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Full text of "Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériences"

Spontaneous Génération. — J\fM. Joly and Ch. 
Musset, who hâve hitherto sidecl with M. Pouchet in his 
endeavours to prove that the lower kinds of organism 
may be produced without the intervention of any 
ancestor, hâve just made a new communication on the 
subject to the Academy of Sciences, in support of this 
view. Their observations hâve this time been directed 
to hen's eggs in a state of spontaneous décomposition. 
A pellicle, solely composed of the granules of the yollc, 
was f ormed in the first instance after the lapse of twelve 
hours. This was succeeded by a living population, con- 
sisting of Monas capusculum and Bacterium ternio, 
which were seen traversing the slides of the microscope 
in aU directions. This population increased for some 
days to an incredible extent ; ifc then died off, and its 
remains, after lying heaped up for some time, were at 
last covered with a membrane dotted with little spherical 
grains or spontaneous eggs, according to M. Pouchet, 
which in their turn produced the Kolpoda Gucullus, 
which, after remaining for some time imprisoned on ail 
sides by the membrane, at length began to rotate slowly 
like the embryos of certain mollusks, and then, extri- 
cating themselves from the mass in which they had been 
generated, fairly appeared under their characteristic 
forms and with their usual motions. The proliférons 
pellicle which covered the surface of the liquid being 
duly removed, the mass of yolky grains under experi- 
ment was gradually exhausted, the same phenomena 
being each time visible. Hence MM. Joly and Ch. 
Musset are of opinion that it is thèse grains which are 
transformed without any extraneous agency into 
Monades and Bacteria, and subsequently into Kolpoda. 
Milk, calves' liver, pounded linseed, potato fecula, and 
yeast, mixed with pure distilled water, hâve produced 
similar efFects. 



HÉTÉROGÉNIE 



OU 



TRAITE DE LA GENERATION SPONTANÉE 



^ 

'^ 



OUVRAGES DE L'AUTEUR 

QUE l'on trouve A LA MÊME LIBRAIRIE I 



Théorie positive de l'oTulation spontanée et de la fécondation 
dans l'espèce humaine et les mammifères, basée sm^ l'observation de 
toute la série animale , par le docteur F. A. Pouchet. Ouvrage qui a 
obtenu le grand prix de physiologie à l'Institut de France. Paris , 
1847, 1 vol. in-S de 500 pages, avec atlas in-4 de 20 planches, renfer- 
mant 250 figures dessinées d'après nature, gravées et coloriées. 36 fr. 

Dans son rapport à l'Académie, en 1845, la commission s'exprimait ainsi en résu- 
mant son opinion sur cet ouvrage : Le travail de M. Pouchet se distingue par l'im- 
portance des résultats, par le soin scrupuleux de V exactitude, par Vétendue des 
vues, par une méthode excellente. L'auteur a eu le coui'age de repasser tout au 
critérium de l'expérimentation, et c'est après avoir successivement confronté les 
divers phénomènes qu'offre la série animale, et après avoir, en quelque sorte, tout 
soumis à l'épreuve du scalpel et du microscope, qu'il a formulé ses lois physiolo- 
giques FONDAMENTALES. 

flistoire des Sciences naturelles au moyen âg^e, ou Albert 
le Grand et son époque, considérés comme point de départ de l'école 
expérimentale, par F. A. Poughet. Paris, 1853. 1 beau vol. in-8. 9 fr. 

Reclierclies et Expériences sur les Animaux ressusci- 
tants faites au Muséum d'histoire naturelle de Rouen, par F. A. Pou- 
chet. Paris, 1859. Brochure in-8 , 5oz« /^re^^e. 

Zoolog^ie classique ou Histoire naturelle du règ^ne ani- 
mal, par F. A. Pouchet. Paris, 1841. 2 vol. in-8 et atlas. 26 fr. 

Histoire naturelle et ag^ricole du hanneton. Rouen, 1853, 
in-8. ' 2 fr. 



He la I*luralité des Haces humaines. Essai anthropologique, 
par Georges Pouchet. Paris, 185S. In-8 de 200 pages. 3 fr. 50. 



CoRBEiL, typographie et sléréotypie de CRÉTi, 



I 



HÉTÉROGÉNIE 






ou 



TRAITÉ 

DE LA GÉNÉRATION SPONTANÉE, 

BASÉ SUR DE NOUVELLES EXPÉRIENCES , 
PAR 

F. A. POUCHET 

CORKESPONDANT DE l'iNSTITCT (aCADÉMIE DES SCIENCES), 

Directeur du Muséum d'hisloire naturelle de Rouen, 

Professeur à l'École de médecine et à l'École supérieure des Sciences de la même ville; 

Chevalier de l'ordre impérial de la Légion d'honneirr, oflïcier de l'ordre impérial du Lion et du Soleil • 

Membre des Sociétés de Biologie, philomatique , d'histoire naturelle et des Sciences physiques 

de Paris; membre fondateur de la Société impériale zoologique d'acclimatation de Paris; 

Associé de la Société d'Anthropologie -, membre de l'Académie des Sciences et des Lettres de Rouen, 

et des académies de Strasbourg, Toulouse, Caen, Cherbourg, Lisieux,\Veiiise, Philadelphie, 

Turin, Bruges; de la Société linnéenne et de la Société des Antiquaires 

de Normandie; correspondant du ministère de l'Instruction 

publique pour les travaux scientifiques , etc., etc. 

MuUa renascentm\ quœ jam'cecidere. 

HoR. , Art Poét. 

A-\1S.C TROIS PliAMCHES ORATKES. 



PARIS 



J. B. BAILLIERE et FILS, 

LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, 

rue Hautefeuille , 19. 

L.O.VDRES ( NEW-YORK 

HIPPOLÏIE BAlLLlÈRE, 21^, REGENT-STREET. | HIPP. ET CH. BilLLIÈRE FRÈRES, 440, BROADWAY' 

MADRID, G. BAILLY- BAILLIERE, GALLE DEL PRINCIPE, 11. 

1S59 









MONSIEUR P. RAYER, 

MÉDECIN ORDINAIRE DE SA MAJESTÉ l'empeREUR, 

MEMBRE DE LINSTITUT (ACADÉMIE DES SCIENCES), 

MEMBRE DE L' ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, COMMANDEuL DE L'ORDRE 

IMPÉRIAL DE LA LÉGION D'hONNEUR, 

PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE, 

PRÉSIDENT DU COMITÉ CONSULTATIF d'hYGIÈNE PUBl'iQUE 

DÉ FRANCE, ETC., ETC. 



Monsieur et très-illustre Confrère, 

En plaçant votre nom en tête de cet écrit, je n'ai eu 
que l'intention de dédier celui-ci à l'un des savants dont 
s'honore le plus la France, et non d'en sauvegarder les 
doctrines à l'aide d'un patronage illustre. 

Vous remplissez une noble mission au milieu du tour- 
billon scientifique de notre époque ; c'est celle d'un homme 
qui, voué lui-même aux travaux intellectuels, aime à pla> 
cer sous son égide protectrice tous ceux qui s'en occupent 
aussi. 

J'ai été à même de pouvoir l'apprécier, et c'est un 
hommage public de ma reconnaissance que je me plais 
ici à vous adresser. 

F. POUCHET. 

Au Muséum d'histoire naturelle de Rouen, 15 juillet 18S9. 



PREFACE 




Cet ouvrage est le fruit de trois années d'expé- 
riences et de recherches incessantes. Lorsque , par la 
méditation , il fut évident pour moi que la génération 
spontanée était encore l'un des moyens qu'emploie la 
nature pour la reproduction des êtres, je m'appliquai 
à découvrir par quels procédés on pouvait parvenir à 
en mettre les phénomènes en évidence : là fut la tache 
laborieuse. Au milieu de mille essais infructueux, j'ai 
poursuivi celle-ci, sans relâche comme sans découra- 
gement , jusqu'au moment où l'expérience est enfin 
venue la sanctionner de toute son autorité. 

L'ensemble de cet ouvrage peut naturellement se 
partager en deux sections : la partie expérimentale , 
qui en est la seule fondamentale , et la partie théo- 
rique, qui n'en forme qii\ui fragment accessoire. 

Je n'ai eu pour but que de démontrer un fait , et 



VIII PRÉFACE. 

non d'en discuter l'essence et les nébuleuses théories. 

J'appelle toutes les sévérités de la critique sur la 
partie réellement essentielle de cet écrit; de cette cri- 
tique loyale et indépendante qui , en dehors des idées 
préconçues ou des passions, cherche la vérité partout 
où elle se trouve, et signale l'erreur avec une louable 
fermeté; de cette critique, enfin, qui honore autant 
ceux qui en sont l'objet que ceux dont elle émane. 

Je dois avouer qu'une telle critique m'a déjà été 
fort utile dans l'achèvement de cette œuvre. Deux des 
expériences qu'elle contient y ont donné lieu , et elle 
m'a permis de connaître quelles étaient ses exigences. 
Je me suis efforcé de m'y conformer. Ce sont ces 
mêmes conseils éclairés que je réclame encore aujour- 
d'hui. 

Mais en même temps que j'appelle toutes les sévé- 
rités de l'opinion sur la partie expérimentale , j'im- 
plore toute son indulgence à l'égard des théories. Sur 
celles-ci, chacun peut avoir ses idées, et les disputes 
incessantes n'éclairciront peut-être rien; aussi je serai 
heureux de voir écarter ce sujet, jusqu'au moment où 
l'on reconnaîtra généralement que le fait capital est 
incontestablement démontré, ce qui, je l'espère, n'est 
pas éloigné. 

Quelques naturalistes illustres de notre époque, en 



PRÉFACE. IX 

tête de leurs ouvrages, ont cru devoir protester avec 
amertume du peu d'encouragement qu'ils avaient 
trouvé dans les sphères élevées de l'enseignement. Je 
viens remplir une tâche plus douce, et parler de mes 
sentiments de reconnaissance envers les personnes 
qui m'ont entouré de leur protection. J'ai dû à M. le 
baron Ernest Le Roy, sénateur, préfet de la Seine- 
Tnférieure, un acte tout spontané de justice, et je me 
plais à lui en exprimer ma vive gratitude dans les 
premières lignes de ce livre , destiné probablement à 
se répandre dans tant de lieux divers. D'un autre côté, 
M. Verdrel, maire de Rouen , avec une bienveillance 
qui n'a été dépassée que par le sentiment de courtoisie 
qui l'accompagnait, a mis le directeur du Muséum 
d'histoire naturelle de Rouen dans une situation 
propre à faciliter ses travaux ; je dois l'en remercier 
bien vivement. 

Enfin, ce Muséum lui-même, auquel l'administra- 
tion de M. H. Rarbet et celle de M. Fleury ont donné 
une si grande impulsion, par ses laboratoires, si bien 
disposés pour la méditation et le travail , est venu 
aussi m'offrir les plus amples ressources. Là j'ai pu 
répéter presque toutes les expériences de mes devan- 
ciers, et en instituer un grand nombre de nouvelles. 

Je ne puis non plus ouiettre de dire que j'ai trouvé 



X PRÉFACE c 

en Angleterre les plus vastes moyens d'étude, dans la 
magnifique bibliothèque du British muséum. C'est 
un vrai paradis pour ceux qui se consacrent aux 
sciences; d'autres l'ont déjà exprimé avant moi. Je 
regrette sincèrement d'avoir à reporter à l'étranger 
une admiration pour une institution qui n'a point d'é- 
gale en France , où le manque absolu de confiance 
empêche de rien réaliser de grand dans cette direc- 
tion. Cependant, il serait injuste de ne pas dire que, 
si j'ai été loin de rencontrer les mêmes ressources, les 
mêmes matériaux, dans les bibliothèques de l'Institut 
et du Jardin des Plantes, j'y ai toujours rencontré la 
plus grande obhgeance de la part des hommes in- 
struits qui les dirigent. 



ERRATA. 



Page 113, lig. 4% au lieu de décomposition, lisez de composition. 

Page 138, lisez chapitre III. 

Page 152, au lieu de Muséum d'histoire naturelle de Rome, lisez 
de Rouen. 

Page 544, lig. iO^, au lieu de Rudolphi, lisez Redi. 



MiTHABD M. METOàLF, 



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HÉTÉROGÉNlÊ 




OU 



f r 



TRAITE DE LA GENERATION SPONTANEE 

CHAPITRE PREMIER. 

HISTORIQUE. 

La génération spontanée est la production d'un 
être organisé nouveau, dénué de parents, et dont 
tous les éléments primordiaux ont ététirés de la ma- 
tière ambiante. Celle définition se rapproche de 
toutes celles des physiologistes modernes, mais elle 
est seulement un peu plus explicite, plus précise. 

Cette génération, ainsi que l'exprime Burdach, 
étant la manifestation d'un être dénué de parents, 
est par conséquent une génération primordiale, une 
Création! L'illustre savant qui a soutenu si magnifi- 
quement l'existence de ce phénomène auquel il 
donne le nom dliétérogénie, ajoute qu'on le recon- 
naît partout où nous voyons paraître un corps or- 
ganisé sans apercevoir un autre corps de même na- 
ture dont il puisse procéder (1). 

i 

( l) Burdach, Trmïe de physiologie. Trad. de Jourdan, Paris, 1837, 
t. I, p. 8. 

POUCHET. 1 



f 



HETEROGENïE. 



C'est ce mode de reproduction qui a été successi- 
vement appelé génération primitive^ primigène^ ori- 
ginaire, directe, équivoque {\) elspontéparilé {2). 

La question de la génération spontanée a divisé 
les savants en deux camps opposés, et les hommes 
les plus illustres ont pris part aux luîtes animées et 
incessantes auxquelles ce grave sujet a donné lieu 
depuis tant de siècles. La victoire est encore indécise; 
aussi reste-t-il quelque gloire à conquérir pour celui 
qui la fera pencher de son côté. 

Pour nous, nous combattons à l'abri d'une ban- 
nière bien respectable et bien imposante, puisque 
déjà, dans l'antiquité, elle portait les noms d'Anaxa- 
gore, de Leucippc, de Démocrite, d'Épicure, d'Aris- 
tote, de Pline, de Lucrèce et de Diodore de Sicile; et 
que depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, on a vu 
successivement V^ inscrire ceux de Rircher, Rondelet, 
Aldrovande, Matthiole , Fabri , Bonanni, Burnet, 
Gassendi, Morison, Dillen, BufTon, GuéneaudeMont- 
béliard, Needham, Priestley, ïngsnhousz, Gleichen, 
Stenon, Baker, Wrisberg, Fray , Werner, 0. F. Muller, 
Braun, Pallas, Rudolphi, Bremser, Goeze, Nées 
d'Esenbeck, Eschricht, Unger, Allen Thomson, 
de Lamélherie, Cabanis, Lavoisier, Lamarck, Saint- 
Amans, Turpin Desmoulins, Latreille, Bory Saint- 
Vincent, Dumas, Dugès, Eudes Deslonchamps, Gros, 
Tiedemann, Treviranus, Bauer, J. Muller, Burdach, 



(1) BuRDACii, Traité de physioloyie. Paris, 1837, l. I, p. 8. 
[2] Dugès , Traité de phijsiologie comparée. Paris, 1839, t. II, 
p. 197. 



f:' 



HISTORIQUE. 3 

Carus, Oken, Yaientin, Dujardin, et A. Richard (1). 

Nous n'entendons nullement, en nous appuyant de 

l'autorité de tant d'hommes, dont la plupart se sont 

(1) Comp. Aristote, Histoire des animaux. l?airis,{lS3. — Traité 
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phie zoologique. Paris, 1809. Histoire naturelle des animaux sans 
vertèbres. Paris, 1 822. —Turpin^ Règne organique, p. 28. ■— Bory 



^ HETEROGENIE. 

illustres dans les sciences ou la philosophie, que 
leurs doctrines reposent toujours sur des bases so- 
lides, bien loin s'en faut; mais ce que nous préten- 
dons seulement, c'est que le sentiment de l'existence 
de la spontéparité était inhérente tous, et que tous 
le possédaient. 

Mais nous n'ignorons pas non plus que, d'un autre 
côté, il existe aussi des savants, dont quelques-uns 
ont une immense valeur, qui ont combattu vivement 
cette hypothèse: parmi eux on compte Redi, Vallis- 
neri, Swammerdam,Réaumur, Bonnet, Spallanzani, 
Andry, Virey, Cuvier, Flourens, Ehrenberg, I. Bour- 
don etLonge t (1). 

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(1 ) Comp. Redi, Expérimenta circa generationem insectorum. Am- 
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servir à l'histoire des insectes. Paris, 1734. — Andry, De la géné- 
ration des vers dans le corps de l'homme. Paris, 1741. — Bonnet, 



HISTORIQUE. • 5 

De Blainville et de Gandoile sont restés absolument 
indécis au milieu de tant de combattants, et plusieurs 
physiologistes modernes, tels que Martini, Béclard, 
les ont imités (1). 

Les antagonistes de la génération spontanéeont par- 
fois traité ses partisans avec une rigueur qu'on n'a ja- 
mais en défendant une loyale cause; et souvent même 
ils ont représenté leurs théories comme n'étant que 
le fruit de la démence; cependant les noms illustres 
qui abritent celle-ci de leur autorité, devaient avoir 
droit à plus de respects, et les opinions d'hommes 
qui ont tant honoré les sciences méritaient bien un 
simple examen avant d'obtenir une si dédaigneuse 
réprobation. 

Nous, nous combattons avec une armée plus ma- 
gnanime et plus disciplinée, et si nous aspirons à faire 
triompher nos opinions, confiant en nos forces, nous 
ne voulons devoir ce succès qu'à une lutte libre et 

Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 1762. — Spal- 
LANZAM. Opuscules de pliysique anim. et végét. Paris, 1787. — 
Saggio di osservazioni microscopiche concenienti il sislema délia 
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soires organisés complètement.) Leipzig, 1838. — Cuvier, Règne 
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et l'embryologie. Paris. 1835. Histoire des travaux de Buffon, 
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1830. — LoNGET, Traité de physiologie. Paris, 1841. 

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Physiologie végétale. Paris, 1832. — Béclard, Traité élémentaire 
de physiologie. Paris, 1856. — Martini, Éléments de physiologie. 
trad. de l'italien. Paris, 1824, p. 539. 



6 HETEROGENIE. 

vive peut-être, mais vierge de tout excès et de tout 
reproche. 

La vérité, comme le dit le savant Chevreul, est 
pour tout homme de bien, quelle que soit sa position 
dans le monde, ce qu'il y a de plus précieux; car tôt 
ou tard elle triomphera de l'erreur (1). Nous y comp- 
tons et nous avons foi en l'avenir et en nos travaux 
consciencieux. 

Descartes voulait qu'on examinât toutes les ques- 
tions scientifiques, même les plus invraiscniblables et 
les plus fausses, « afin, disait-il, de connaître leur 
«juste valeur et de se garder d'en être trompé.» 
C'est cette faveur que j'implore ici ; et je demande 
en grâce qu'on ne juge cet écrit qu'après l'avoir lu et 
médité (2). 

Nous devons avouer^, en débutant, que c'est en 
poussant leurs prétentions jusqu'au delà du possible 
et parfois môme jusqu'à l'absurde, que certains par- 
tisans de l'hétérogénie ont entravé une cause qu'ils 
prétendaient défendre. Fray est malheureusement 
tombé dans cet excès en prétendant avoir vu des 
limaçons et des vers de terre naître au milieu des 
substances organiques en fermentation (3). 

Est-ce la faute de cette sérieuse question, qui exi- 
geait les plus déHcates observations des naturalistes, 
les plus abstraites méditations des philosophes, si 

(1) Chkvreul, Lettres adressées à M. Villemain sur la méthode 
en général. Paris, 1856, p. 3. 

(2) Descartks, Discours delà méthode. Paris, 1845, p. 4. 

(3) Fray, Essai surPorigine des corps organisés et inorganisés. 
Paris, 1817. — - Burdacii, Phys., p. 17. 



HISTORIQUE. ' 

elle a subi de compromettantes interprétations? Les 
rêveries de ralchimie ont-elles fait condamner la 
science des Lavoisier et desDavy? L'immense savoir^ ^ 
d'Arislote est-il compromis pour avoir avancé qué^^^^^ 
j c'est du. Union de nos fleuves que naissent les an- . 
guilles(l)? 

Ainsi M. Camus se révolte à Tidée « d'attribuer à un 
assemblage fortuit ou au hasard, la production d'un 
être qui a des organes aussi parfaits dans leur genre, 
aussi propres à remplir la fin à laquelle ils sont des- 
tinés. Comment, ajoute-t-il, rapprocher jamais deux 
termes aussi éloignés que le sont une opération for- 
tuite et un résultat aussi parfait que l'est le corps 
d'un animal quelconque (2)? » 

Je ne me, soulève pas avec moins d'énergie contre 
cette idée que fie le fait ce savant helléniste ; c'est là 
justement qu'est le point culminant de la dissidence, 
el il faut bien spécifier que par génération spon- 
tanée, nous n'entendons pas plus que celle-ci forme 
un insecte de toutes pièces, que nous n'entendons 
qu'il naît fortuitement un homme dans l'ovaire delà 
femme. Mais nous prétendons seulement que, sous 
l'influence de forces analogues encore inexpliquées, 
et qui, comme le dit Cabanis (3), "resteront vraisem- 
blablement inexplicables, il se produit, soit dans les 
animaux eux-mêmes, soit ailleurs, une manifestation 

(i) Aristote, Histoire des animaux. Paris, 1783, p.* 367. — 
Traité de la géncration, iiv. 111, ch. ii. 

(2) Camus, Notes sur l'Histoire des anirnaux d'Aristote, p. 345. 

(3) Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme. 
Paris, 1824, t. Il, p. 236. 



rkcr^r 



8 HETEROGENIE. 

plastique qui tend à grouper des molécules; à leur 
imposer un mode spécial de vitalité dont il résulte en- 
fin un nouvel être, en rapport avec le milieu où ses 
éléments ont été primitivement puisés. 

J'espère que nous abordons la question sans am- 
bages. 

C'est en prêtant aux hétérogénistes de notre temps 
les prétentions des atomistes de l'antiquité, qu'on a 
soulevé contre eux de légitimes répugnances. Lais- 
sons à chaque siècle la responsabilité de ses doctrines 
et de ses erreurs, et n'entravons point la marche du 
nôtre en accumulant les fautes des autres époques; 
la gloire des sciences modernes n'a plus à compter 
avec les vieilleries des temps passés. 

Éludions la question dans ses proportions ra- 
tionnelles, et nous verrons ses adversaires dispa- 
raître. 

Lorsqu'on envisage celle-ci sous ce point de vue, 
on voit que l'épreuve que Balbus propose aux épicu- 
riens, et que reproduisent sans cesse tous les scolas- 
liques, n'est réellement qu'une puérilité (1 ). Car il ne ^,, 
doit pas être plus permis aux molécules de la matière 
de se grouper fortuilement dans l'ovaire d'un animal 
pour y donner naissance à un nouvel être, qu'il ne 
leur est permis de s'agglomérer dans un milieu diffé- 
rent pour arriver au même résultat. Il ne s'agit plus 

({) Camus, Notes sur Thistoire des animaux d'Aristote, p. 345. 
— Balbus voulait que les épicuriens, pour prouver leur système, 
jetassent épars une foule de caractères pour voir s'il résulterait 
jamais de leur groupement fortuit quelque poème suivi ou au 
moins quelques vers. Cicéron, De nat. Deor.^ lib. II. 



HrSTORIOUE. g 

ici que de savoir si l'Intelligence suprême, si ïordre 
de Dieu, comme l'appelait Van Helmonl dans son style 
poétique (1), a ou non permis que la même force 
plastique qui est mise en œuvre dans l'organisme des 
animaux et des plantes, puisse aussi, dans certaines 
circonstances, se manifester au milieu des débris de 
ceux-ci ; ou enfin si la même loi qui préside à la 
formation d'un ovule dans le tissu du slroma peut 
également élever à la puissance d'un œuf les molé- 
cules organiques dispersées en d'autres endroits. 

C'est dans une autre direction qu'on ne l'a fait gé- 
néralement qu'il faut considérer la génération spon- 
tanée. Lui prêter, comme on le fait, la création immé- 
diate d animaux parfaits, surgissant instantanément 
de a rencontre fortuite de leurs éléments au milieu 
de la matière, c'est nous reporter aux absurdités anti- 
ques, dont la critique a fait ample justice; et c'est 
prêter a ce mode de génération une puissance que n'a 
même pas la reproduction sexuelle, où tout com- 
mence par des phénomènes de l'ordre le plus obscur 
et se manifeste successivement. La génération spon- 
anee ne crée pas un être adulte, elle procède par 
les mêmes voies que la génération sexuelle, qui, 
comme nous le démontrerons, est elle-même d'abord 
un acte tout spontané, par lequel la force plasti- 
que rassemble dans un organe spécial les éléments 
primitifs de l'organisme. De façon que la généra- 
tion qu'on appelle sexuelle, comme l'ont déjà dé- 
montré nos travaux, est réellement précédée d'un 



(1) Van Helmont, Ortes mcAcm*. Amslerdam 1648 yi \jr^--^«. A 

(uj{lIBRARYJ:J 



10 HÉTÉROGÉNIE. 

phénomène tout individuel et tout spontané (1). 

Dans l'ovaire d'un animal, si la force vitale est 
réglée pour produire un être dont l'essence dérive 
des conditions particulières qu'y offre la matière ani- 
mée, il en est de même dans la substance proligère 
primaire; la force plastique y est réglée aussi pour 
produire des êtres dont l'essence dérive du milieu 
qui les engendre. Le contraire serait tout aussi anor- 
mal dans un cas que dans l'autre. 

C'est donc sur un autre terrain que nous voulons 
poser la question. Il faut absolument, pour la vider 
scientifiquement, la reporter au point initial, ei c'est 
ce que nous ferons dans tout le cours de cet ouvrage. 



§ I. — Antiquité. 

L'idée de l'existence des générations spontanées 
est si naturelle, qu'on en trouve des traces dans les 
plus graves écrits de toutes les nations et de tous les 
temps. J'avoue que celles-ci n'ont ordinairement 
rien de sérieux, surtout lorsqu'elles figurent dans les 
anciens mythes ou les croyances populaires, mais il 
n'en ressort pas moins un argument de quelque va- 
leur, c'est que la notion de la spontéparité est uni- 
versellement répandue, et a traversé tous les siècles 
de la civilisation. 

Dans les Juges, l'écrivain inspiré fait naître un es- 
saim d'abeilles de la corruption des entrailles d'un 

(1) PouciiET, Théorie positive de l'ovulation et de la féconda- 
tion dans les mammlCères el respècc humaine. Paris, 1847. 



HISTORIQUE. ANTIQUITÉ. H 

jeune lion, et Samson en dérobe le miel pour son 
festin. Plus loin,netrouve-t-on pas dans l'Ecclésiaste 
une idée des perpétuelles mutations de la matière, 
lorsque le sage Roi s'écrie : « Tout va en un même 
lieu, tout a été fait de poudre, et tout retourne en 
poudre (1)?» 

Le rabbin Ame cite des chapitres du Sanhédrin 
où il est question de souris et de vers que Ton 
croyait engendrés par le limon (2). 

La génération spontanée était presque un dogme 
pourlaplupartdes philosophes de l'antiquité, etcette 
sentence : Corruptio iinius est generalio allerim, res- 
tait incontestée comme l'expression d'une vérité fon- 
damentale. Pour eux, tous les animaux dont la géné- 
ration n'étalait pas ostensiblement ses mystères à 
nos yeux, étaient réputés comme naissant spontané- 
ment des éléments des corps parmi lesquels on les 
découvrait, sous l'influence fécondante delà chaleur, 
de l'air et de l'humidité. On attribuait même à la 
terre la formation des serpents, des rats et des tau- 
pes; à la fange des marécages, la production des gre- 
nouilles, des anguilles et do quelques autres poissons ; 
aux substances animales en putréfaction ou aux vé- 
gétaux, les divers insectes qui s'en nourrissent et en 
sortent parfois par légions innombrables (3). Et ces 



(i) BiBL. SAC, Juges, ch. xiv, v. 14. — licclésiaste, chap. m, 
V. 20. 

(2) Breciier, L^mmortalilé de rame chez les Juifs. Trad. de 
raliemaudpar I. Cahin. Paris, 1857. Sanh., 90, 91. 

(3) Aristote, Hisloire des animaux. Tiaii. de Camus, t. I, 
p. 313. — Lucrèce, Diodore de Sicile, etc. 



12 HÉTÉROGÉNIE. 

croyances furent admises par la plupart des écrivains 
jusqu'au seizième siècle. 

L'un des plus illustres et des plus anciens philoso- 
phes de la Grèce, Anaxagore, qui naquit l'an BOOavant 
l'ère chrétienne, avait déjà prêté la plus extrême ex- 
tension aux générations spontanées, en supposant 
qu'au commencement du monde les animaux avaient 
été formés à même la terre sous l'influence de l'hu- 
midité et de la chaleur (1). Mais, ce que le système 
d'Anaxagore offre de réellement remarquable, c'est 
le rôle qu'il fait jouer, dans la formation des 
corps, à l'élément coordonnateur. Il est le premier, 
à ce que dit Bayle, qui n'abandonne pas les combi- 
naisons de la matière au hasard, à l'aveugle fatalité, 
en professant qu'une intelligence élevée produisit le 
mouvement et débrouilla le chaos. Là il met en 
scène la cause efficiente et la matière passive, l'ou- 
vrier et les matériaux (2). 

Cependant c'est à Leucippeque l'on attribue géné- 
ralement l'invention du fameux système des atomes, 
qui a joué un si grand rôle dans la philosophie an- 
cienne et moderne, quoique plusieurs écrivains, 
ainsi qu'on peut le voir dans Strabon, en reportent 
l'origine au delà de la guerre de Troie (3), ce qui a 
été réfuté par T. Burnet (4) et Bayle. 

{{) DiOG. Laert., lib. II, num. 12.— Bayi.k, Dict. hisl. et crit., 
t. II, p. 21. 

(2) Bayle, Dictionnaire tiistorique et critique. Paris, 1820, t. 11^ 
p. 21. 

(3) Strabon, lib. XVI, p. 512. 

(4) T. Burnet, Archœol. philosoph., lib. 1, p. 314. Amster- 
dam, 1694. 



HISTORIQUE. — ANTIQUITÉ. 43 

L'hypothèse de Leucippe, qui a subi tant de déve- 
loppements dans les mains de Démocrite et surtout 
dans celles d'Épicure, et que Lactance a combat- 
tue à diverses reprises avec un si grand éclat (1) ; 
après avoir fourni de nombreux éléments aux di- 
vers systèmes des philosophes de toutes les épo- 
ques, semble jeter ses dernières lueurs dans les écrits 
de Kepler, de Descartes et de Gassendi, pour suc- 
comber tout à fait sous l'ascendant de la science 
actuelle (2). 

A l'égard de la doctrine des atomes, un incommen- 
surable espace sépare les physiologistes modernes et 
les philosophes anciens, car il n'existe rien de com- 
mun entre le rôle de ces atomes, à la rencontre for- 
tuile desquels presque tous ceux-ci prêtaient l'inces- 
sante production des globes et des créatures animées, 
et les modestes prétentions des hétérogénistes, qui se 
bornent à ne considérer que le point initial delà 
force vitale et de la matière. 

Mais, malgré la distance qui sépare tes atomistes 
anciens des modernes partisans de la génération 
spontanée, les exagérations des premiers n'en doi- 
vent pas moins trouver place dans l'histoire de celle- 
ci, parce que ce sont elles qui l'ont si amplement 
discréditée; leurs rêveries, confond^jes avec un phé- 
nomène positif, ont déprécié celui-ci à tel point que 
des esprits sérieux, sans se rendre compte de l'im- 

(i) Lactance, Divinar. Institution, lib. III, c. xvii, p. 190. — 
De ira Dei, c, x, p. 533. 

(2)Comp. Bayle, Dict, philos. Paris, 1820, t. IX, p. 196. — 
Id., t. Ylll, p. 549. 



14 HÉTÉROGÈNIE. 

mense difTérence des prétentions de l'une et de l'au- 
tre hypothèse, les ont toutes les deux confondues 
dans le même anaihème. Aussi demandons-nous ici 
que l'on forme une scission nette entre les atomistes 
et les spontéparistes ; leurs prétentions réciproques 
étant désormais bien tranchées, la vérité surgira plus 
facilement. 

Démocrite et quelques autres philosophes, ainsi 
que le confirm.ent saint Augustin et Plutarque, 
avaient cru que chaque atome possédait une âme et 
des facultés sensitives (1) , d'autres les leur avaient 
refusées. 

L'on est vraiment étonné de voir Plutarque et Ga- 
lien traiter sérieusement cette question, et être imités 
par quelques écrivains modernes (2). Dans l'hypo- 
thèse, disent les premiers, où chaque atome serait 
destitué d'âme et de faculté sensitive, on voit mani- 
festement qu'aucun assemblage d'atomes ne peut de- 
venir un être animé et sensible. Mais si chaque 
atome avait une âme et des sentiments, on compren- 
drait que les assemblages d'atomes pourraient être un 
composé susceptible de sensation et de mouvement. 
La diversité que l'on remarque entre les passions des 
animaux raisonnables et irraisonnables s'explique- 
rait par la combinaison différente des atomes; auda- 
cieuse hypothèse s'il en fut, que Bayle lui-même 
paraît cependant fort disposé à admettre (3). Mais ne 

(1) s. Augustin, epist. 56. — Plutarque, Adv. Coloten_, p. llH. 

(2) Plutarque, Adv. Culoten, p. 1 1 H. — Galien. 

(3) Bayle, Dict. philos., art. Leucippe. Paris, 1820, t. IX, 
p. 196. 



HISTORIQUE. ANTIQUITÉ. i5 

nous arrêtons pas davantage sur de tels errements 
qui ne sont plus de notre siècle. 

Ce que l'on a débité si souvent à l'égard des ato- 
mes a été reporté avec usure aux molécules organi- 
ques employées à la génération primaire ; mais c'était 
tout à fait sans fondement, car les spontéparistes ra- 
tionnels n'attribuent aucune activité spéciale aux 
particules des corps, et selon eux elles ne se grou- 
pent, pour former ceux-ci, que sous l'empire des mê- 
mes lois qui président à la formation de l'être dans la 
génération ovarique. Les molécules primaires ne sont 
pas plus capables de former instantanément une mo- 
nade adulte que l'ovaire d'un quadrumane de pro- 
duire un singe tout développé. Et je m'étonne qu'il 
faille arriver au dix-neuvième siècle pour s'aperce- 
voir qu'au point initial tout se passe de même dans 
les deux générations. 

Les prétentions des anciens philosophes au sujet 
de la génération spontanée ont été poussées jusqu'à 
rextrême. Ainsi, Anaximandre et Empédoclc, attri- 
buaient à cette génération tous les êtres vivants qui 
peuplèrent primitivement le globe; seulement ils 
pensaient qu'à leur apparition ceux-ci étaient loin 
d'avoir la suprême perfection qu'ils revêtirent après 
en se reproduisant (1). Aristote, selon les plus éclairés 
commentateurs, parait au contraire penser qu'à l'ori- 
gine des choses tout a été créé parla volonté divine, 
mais que malgré cela quelques animaux n'en sont 
pas moins produits par la génération spontanée (2). 

(1) Plutarque, De placit. philos., cap. xix. 

{2} Camus, Notes sur V Histoire des animaux, d'Aristote, p. 344. 



i6 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans ses écrits, le grand philosophe revient à di- 
verses reprises sur ce sujet, de manière qu'il est évi- 
dent qu'il a été pour lui l'objet de méditations sou- 
tenues. Il admet plusieurs sources à ce mode de 
production: tantôî, selon lui, les animaux se for- 
ment dans la terre putréfiée ; tan tôt dans les plantes, et 
enfin, tantôt dans les humeurs des autres animaux (1). 

Arislote, que Ton doit placer à la tête des plus 
illustres partisans de l'hétérogénie, lui donnait même 
beaucoup plus d'extension qu'on ne l'a généralement 
fait depuis. Dans son livre cinquième, qu'il consacre 
à l'étude de la Génération, le savant auteur de V His- 
toire des animaux émet que beaucoup de ceux-ci ne 
se propagent pas à l'aide d'êtres semblables à eux, 
et qu'ils s'engendrent de la matière lorsqu'elle se 
trouve dans des conditions particulières. Il généra- 
lise même ce précepte en prétendant « que tout corps 
«sec qui devient huniide, et tout corps humide qui 
«se sèche, produit des animaux, pourvu qu'il soit 
« susceptible de les nourrir (2). » 

Ainsi, il prétend que la fermentation du limon de 
la mer et des marécages donne fréquemment nais- 
sance à certaines espèces de poissons, en se fondant 
principalement sur ce que souvent les voyageurs ont 
observé que de nombreuses légions de ceux-ci appa- 
raissaient dans des marais absolument desséchés, lors- 
que les pluies y ramenaient une quantité d'eau suffi- 

(1) Aristote^ Hist. liv. V,ch. xv, xix, xxxi, xxxîi; liv. VI, ch. xv. 
— De la génération, liv. I,ch. i; 'iv. III, ch. ii. 

(2) Aristote, Histoire des animaux. Trad. de Camus, t. I, 
p. 313. 



HISTORIQUE. ANTIQUITÉ. 17 

sante(l). II cite particulièrement à ce sujet les marais 
des environs de Cnide, qui, à l'époque de la canicule, 
devenaient absolument à sec, et dans lesquels on 
voyait pulluler une espèce de muge, aussitôt que les 
premières pluies de l'automne y avaient ramené 
l'eau (2). «Il se forme, dit-il, de la même manière, 
« en Asie, à l'embouchure des fleuves, d'autres petits 
« poissons de la grosseur de ceux dont on fait les 
« sauces (3); » ailleurs il prête la même origine aux 
anguilles (4); selon ce philosophe, les chenilles de 
divers papillons ne seraient que le produit des plantes 
diverses sur lesquelles elles vivent (5), et il va même 
jusqu'à prétendre que certains insectes dérivent do la 
rosée qui baigne les feuilles à l'époque du prin- 
temps (6), et que les poux du corps s'engendrent 
spontanément dans les chairs et viennent ensuite sur« 
gir à la surface de la peau (7). 

Théophraste a été le continuateur de son maître 
relativement à ses opinions sur la spontéparité. On a 
de lui un livre sur les animaux qui apparaissent su- 
bitement : on le trouve dans la Bibliothèque de 
Photius(8). 



(1) Ahistote, Histoire des animaux. Traduct. de Camus, 1. 1, p. 363 

(2) Adanson dit quelque chose d'analogue des marécages de la 
Senegambie {Voyage au Sénégal). 

(3)ARisTOTE,///5^oirec;e«ammaMcc.Traduct.deCamus.t.I n 363 
(4) /g?., p. 367. ' yf- 

{^)ld., p. 287. 

(6) Id., p. 287. 

(7) Id., p. 3H. 

(8) F. Redi, Génération des insectes, coll. acad., t. \I, p. 443 cite 
ce livre. ' 

POUCHET. a 



18 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans la suite, les théories des philosophes grecs que 
nous venons de citer se répandirent parmi les écri- 
vains de la république et de l'empire romain , et 
plusieurs de ceux qui illustrèrent l'époque d'Auguste, 
les admirent même sans le moindre contrôle. 

C'est ici le lieu de rappeler Lucrèce, qui a traité 
son sujet comme poêle et comme physicien, et a si 
audacieusement développé les théories atomis- 
tiques de Leucippe et d'Épicure (1). Rien n'ar- 
rête ce penseur téméraire. Il croit possible , dit 
Bayle, que les mômes atomes doiit un homme a 
été composé, et, qui se dissipent par la mort, re- 
prennent, avec le temps, la même situation et repro- 
duisent un homme : mais il veut que les accidents de 
ce nouvel homme ne concernent en aucune manière 
le premier (2). 

Pline assure qu'il existe quelques animaux qui 
sont engendrés par des êlres non engendrés, et 
dont l'origine n'est nullement semblable à celle des 
autres espèces (3), et il assure aussi qu'il se forme 
une foule d'insectes ailés à même la poussière des ca- 
vernes (4). 

{{) LvciitcEf De rerum naturâ. Paris, 1680 : 

Nonne vides quaecumque morâ, fliiidoque liquore 
Corpora tabuerinl, in parva animalia verli? 

(2) Batle, Dictionnaire historique et critique. Paris, 1820, t. IX, 
p. 528. 

(3) Pline, Histoire naturelle, liv.X, ch. lxxxvii: ctQuaedamvero 
gigiimitur ex non genitis, et sine uUâ .^imili origine. » 

(4) Pline, Hist. nat,, liv. XII^ cité par Buffon, t. XI, p. 30, édition 
de Dcux-Ponls. 



HISTORIQUE. — ANTIQUITÉ. J9 

Diodore de Sicile, en décrivant le sol de la fer- 
tile Egypte, prélend que, lorsque le soleil échauffe 
et dessèche le récent limon du Nil, on voit sortir de 
cehji-ci une foule d'animaux dont l'origine ne peut 
être douteuse, puisqu'il en est encore parmi eux qui, 
incomplètement formés, débattent à la surface du sol 
leur tronc tout à fait achevé, tandis que leur train 
de derrière encore informe et incomplet reste adhé- 
rent à la terre (1). 

Ovide, dans de magnifiques vers, a raconté le même 
fait (2); et lorsqu'il décrit le déluge deDeucalion, il va 
même plus loin, en prétendant que c'est à la terre 
seule que fut abandonnée la reproduction des ani- 
maux (3). Plutarque dit lui-même, que le sol de l'E- 
gypte passait pour engendrer spontanément des 
rats (4), et Porphyre fait aussi mention de cette 
croyance (5). Enfin, tout le monde sait que Virgile 



(1) DioJORE DE Sicile, Bibliothèque historique. Paris, 1846, 
1. 1, p. 12. 

(2) Ovide, Métamorphoses, liv. I, v. 422 : 

Et eodem in corpore saepè 

Altéra pars vivit; rudis est pars altéra tellus. 

(3) Ovide, Métamorphoses. Paris, t. I, p. 35: 

Caetera diversis tellus animalia formis 
Sponte siià peperit... 

(4) Plutarque, Sympo^mcon^ lib. ÏI, p. 131. Par ce mot il faut 
entendre de petits mammifères de l'ordre des Rongeurs, car le Rat 
proprement dit était inconnu aux anciens. 

(5)Comp. Camus, Notes sur l'Histoire des animaux d'Aristote, 
p. 711. — YiLLENAVE, IS'otes sur les Métam. d'Ooide^ p. 129. 



20 HÉTÉROGÉNIE. 

prétendait que les abeilles naissaient au milieu des 
chairs en putréfaction d'un taureau (1). 

I II. — Moyeu àgc. 

A l'époque du moyen âge, les écoles étant sous 
l'empire absolu de la philosophie péripatéticienne, les 
idées des maîtres de la scolastique, lorsqu'ils ne 
turent pas entraînés par le sentiment chrétien , 
rappellent évidemment celles du chef de l'école an- 
tique. C'est ainsi qu'Avicenne, dans son ouvrage sur 
les Déluges, prétend qu'après les grandes inonda- 
tions du globe, de nouvelles races d'hommes se sont 
produites à même les amas de cadavres humains 
abandonnés par l'eau (2). 

Les auteurs citent encore comme l'un des parti- 
sans de la génération spontanée , Crescenzi, le plus 
savant agriculteur du moyen âge (3). Et, d'aprèseux, 
celui-ci, à l'exemple des anciens, prétendait que des 
essaims d'abeilles pouvaient naître des entrailles d'un 
taureau. 

§ III. — Renaissance. 

A l'époque de la Renaissance et durant les pre- 

{\] ViRGiLF, Géorg'.^ épis. d'Aristée. 

(2) AviCENNE, De congelatione et conglutinatione lapidum, dans 
Ars anrifera. Baie, 1610, t. I. — Villenave, Métam. d'Ovide, Paris, 
1806. Notes, t. l, p. 129. 

(3^ Ci!é par Rf.di, Générât, des ins., collect. académ., t. VI, 
p. 42i. — Je pense qu'il est question ici du célèbre agronome du 
moyen âge, n'ayant pu vérifier cette citation. 



HISTORIQUE. — RENAISSAMCE. 21 

mières années qui la suivirent, les écoles, malgré l'ef- 
fort des deux Bacon (1), ne s'étant point encore 
soustraites au joug delà philosophie du Stagyrite, il 
en résulta nécessairement que les idées du chef inat- 
taquable y furent généralement professées, et que 
presque tous les savants d'alors, à l'exemple d'Aristote, 
admirent, sans le moindre doute, l'existence des gé- 
nérations spontanées. Parmi eux, on peut citer prin- 
cipalement Matthiole, qui n'hésite pas à considérer les 
grenouilles comme naissant du limon des maré- 
cages (2) ; Cardan, qui prétend que l'eau engendre 
les poissons et que beaucoup d'animaux naissent de 
la putréfaction (3). 

On peut ajouter à ceux-ci, Aldrovande (4), Séb. 
Munster (5), Rondelet (6), Licelus, (7), Moufet (8), 
Jonston (9), Th. Bartholin (10), Gassendi (1 j), Scali- 

(1) RogerBacon, Opus majus. Londres, 1733. — François BacOi>;, 
Novum organum. Paris^ 1843. 

(2) Matthiole, Commentarii in sex libros Vedar. Dioscorid. Ve- 
nise, trad. de J. Desmoulins, p. 216. 

(3) Cardan, De subtilitate, trad. franc. Rouen, 1542, p. 256. 

(4) Aldrovande, Opéra omnm. Bononiae, 1642. 

(5) Séb. Munster, Cosmographie universelle. Paris, 1575. 

(6) Rondelet, Universœ aquatilium historiée pars altéra, etc. 
Lyon, 1554. 

(7) LicETUS, De monsim. Amsterdam, 1665. 

(8) Moufet, Insectorum sive minimorum animalium theatrum. 
Londres, 1634. 

(9} JoNSTON;, Theatrum universale omnium animalium. Amster- 
dam, 1718. 

(10) Th. Bartholin, De vermibus in aceto et semme. Copenhague, 
1671. 

(11) Gassendi, De vita, moribus et placitis Epicuri. Lyon, 
164S. 



HETEROGENIE. 



ger (1), qui pour la plupart admirent sur ce sujet 
les errements des anciens (2). 

Vers l'époque de la Renaissance, la cause de l'hé- 
térogénie fut aussi embrassée sans scrupule par plu- 
sieurs religieux, et entre autres par quelques jésuites, 
qui ont joui d'une grande réputation scientifique, 
tels que le P. Kircher, connu par sa vaste érudi- 
tion (3); leP.Fabri, savant mathématicien français, 
qu'on prétend avoir connu la circulation avant Har- 
vey, et qui mourut à Rome grand pénitencier du 
pape (4); puis le P. Ronanni , naturaliste et anti- 
quaire italien (5), et enfin le P. Cabée (6). 

Dans son Mundus suhterraneus ^ le P. Kircher a 
écrit de longs et curieux chapitres sur la question 
qui nous occupe et il s'en déclare l'un des plus ar- 
dents partisans. Pour lui, les exemples abondent, et 
il en trouve même des plus extraordinaires. La fer- 
veur du savant jésuite était telle pour- cette thèse, qu'il 
allait jusqu'à prétendre que des fragments de tiges de 
certains végétaux, en tombant dansleaus'y transfor- 
maient en animaux divers; et, pour convaincre ses 
lecteurs^ il a même fait reproduire quelques figures de 

(1) ScALiGER, Traduction latine de l'Histoire des animaux d'Aris- 
tote. Toulouse, 1619. 

(2) Comp. Redi, Génération des insectes, coll. acad., t. VI, 
p. 424. 

(3) P. KiRCHEK, Mundus subterraneus. 

(4) P. Fabri, Traclatus duo ; quorum prior est De plantis, et de 
generatione animatium ; posterior Dehomine. Paris, 1666. 

(5) BOi^A^Nl, Observationes circa viventia, quœ viventibus repe- 
fiuntur, cum micrographiâ curiosâ. Rome, 1691. 

(ô) Cabée. 



HISTORIQUE. — RENAISSANCE. 23 

ceux-ci dans son œuvre (1). Là il présente les choses 
avec tant d'assurance que Redi ne dédaigna pas d'es- 
sayer deles vérifier par l'expérience (2). Le P. Kircher 
avait une si grande ferveur pour la cause de la gé- 
nération spontanée qu'il allait jusqu'à professer qu'il 
suffisait d'ensemencer la terre avec des serpents pul- 
vérisés pour récolter une moisson d'ophidiens! 

Le P. Bonanni , naturaliste connu par son livre 
sur la conchyliologie (3), a été aussi l'un des plus 
zélés partisans de la génération spontanée (4), et ses 
opinions ont eu de son temps assez de retentisse- 
ment pour que Redi ait aussi cru devoir lui répon- 
dre (5). Tl a même été assez avancé pour prétendre 
que les diverses espèces animales et végétales, en se 
décomposant, produisaient chacune des espèces par- 
ticulières; opinion que BufPon a lui-même repro- 
duite lorsqu'il était dans toute la maturité de sa car- 
rière (6). 

Amis du merveilleux et frappés de Tétrange aspect 
de tous ces monstres plus ou moins authentiques 
qu'ils décrivirent dans leurs œuvres, Aldrovande et 

(1) KiRCiiER, Mundus SM5ierrane«5. Amsterdam, 1778, lib. XH 
De panspermiâ rervm, p. 371. 

(2) J. Redi, De la génération des insectes, coll. acad., t. VI, 
p. 443. 

(3) BoNAisNT, Ricreazione delV occhio e délia mente nelV osserva- 
zione délie chiocciole. Rume, i681. 

(4) BoNANM^ Observaiiones, etc. 

(5) F. Redi, Osservazioni intorno agli animali viventi che si 
trovano neg'i animali viventi. Florence, 168 i. Trad. de la coll. 
acad., t. VI, p. 487. 

(6) BuFFON, Hist. na^^ Suppléments. Deux-Ponts, 1786, t. 11» 
p. 38. 



24 HÉTÉROGÉNIE. 

Licetus (1) se déclarèrent naturellement partisans de 
la génération spontanée. L'audace du premier n'est 
arrêtée par rien. Dans son Ornithologie, il existe 
même un passage fort curieux dans lequel il expose 
que les bernaches sont produites par certains arbres 
qui habitent le nord de notre continent; et, pour 
mieux persuader ses lecteurs, il consacre une grande 
planche à illustrer ce sujet. Celle-ci représente un 
arbre portant des anatifes en guise de fruits, et au- 
dessous de celui-ci des bernaches, qui sont censées en 
être sorties, nagent à la surface d'un lac (2). Séb. 
Munster a reproduit une fable analogue, et l'a aussi 
illustrée par une figure dans son important ouvrage. 
D'après cet érudit, ce serait un arbre des rivages des 
Orcades qui produirait les bernaches, et il représente 
même celles-ci sortant de ses fruits oviformes (3). 
Enfin, je me plais à croire que, par respect pour 
notre espèce, Rondelet (4), Gesner (5), Theuet (6), 
A. Paré (7), Olaus Magnus (8) et Aldrovande (9) ont 

(1) AldrovaîsdE;, De mollibus crustaceis, etc., p. 583. — Licetus, 
Demonstris. Amsterdam, 1065. 

(2) AiJ)RO\ A^BE y De moUibus crustaceis, etc., p. 543, appelle ce 
prétendu U^miConcha anatifera. 

(3) S. Munster^ Cosmographie universelle. Paris, 1575, t. I, 
p. 100. 

(4) Rondelet, Libri de piscibus marinis. Lyon, 1554. 

(5) Gesner^ Historiœ animalium. Tiguri, 1551. 

(6) Theuet, Cosmographie, eh. x-xxii, etc. 

(7) A. Paré, OEuvres chirurgicales, édition de J. F. Malgaigne. 
Paris, 1841, t. III, liv.XlX. 

(8) Olaus Magisus, Historiade gentibus septentrionalibus. Rome, 
1555. De piscibus monstruosis. 

(9) Alorovande, Monstrorum historia. Bologne, 1642. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 25 

dû considérer comme le produit d'une génération 
anormale ces monstres étranges, dont leurs œuvres 
renferment de longues descriptions ou d'incroyables 
dessins, véritables conceptions d'une crédulité sans 
bornes ou d'une imagination en démence. 

Cependant nous devons avouer, en terminant, que 
quelques-uns des savants de la Renaissance, vaincus 
par l'observation , pour concilier celle-ci avec la foi 
qu'imposaient les doctrines du raaîlre révéré, s'effor- 
cèrent déjà de trouver quelques expédients. Ronde- 
let fut du nombre. Tout en admettant avec Aristole 
que les anguilles s'engendrent spontanément du li- 
mon en putréfaction, il ajoute que, cependant, dans 
certaines circonstances, ces poissons sont également 
le produit du rapprochement des sexes (t). 

§ IV. — Époque moderne. 

L'époque moderne fut remarquable par l'accrois- 
sement extrême des partisans de la génération spon- 
tanée. La découverte du microscope ne contribua 
pas peu à ce résultat. Le monde nouveau d'êtres or- 
ganisés que cet instrument révélait; ces animalcules, 
dont l'infinie petitesse étonnait tous les observateurs, 
leur paraissaient ne pouvoir s'expliquer qu'en suppo- 
sant que la matière elle-même parvenait à s'animer. 
La plupart des savants, en voyant surgir presque sous 
leurs yeux ces myriades d'aniaialcules nouveaux 
pour eux, supposaient même avoir pris la nature 

(l) Rondelet, Des poissons de rivière, chap. xx. 



26 HETEROGENIE. 

sur le fait; quelques-uns seulement doutaient en- 
core. On reconnaît, d'après cela, que durant les 
deux derniers siècles qui ont précédé noire temps, 
l'histoire de l'hétérogénie se lie intimement à la dé- 
couverte et aux perfectionnements du microscope; 
les partisans ou les adversaires de cette hypothèse 
ayant souvent trouvé dans l'emploi de cet instrument 
des arguments nouveaux pour l'appuyer ou la com- 
battre ! 

Aussi, d'après nous, l'histoire des découvertes qui 
doivent être embrassées pour apprécier tout ce qui 
concerne l'hétérogénie, doit-elle se diviser, pour l'é- 
poque moderne, en trois périodes, qui sont aussi les 
trois grandes phases de l'histoire des microzoaires. 
La première ne comprend que les temps où le mi- 
croscope simple est employé; c'est une époque d'in- 
vestigation superficielle; on ne voit guère y briller 
queLeeuwenhoek, Hartsoeker et Baker. La seconde 
commence au tenips où le microscope composé est 
inventé et permet un plus scrupuleux examen des 
faits; c'est l'époque durant laquelle Needham, Buffon 
et 0. F. Muller font leurs observations. Enfin, on ar- 
rive au dernier perfectionnement de l'instrument ou au 
microscope achromatique; c'est la troisième période, 
alors que les Ehrenberg, les Dujardin, les Yalenlin et 
les Czermak (1) font leurs beaux travaux sur l'orga- 
nisation des microzoaires ; et ce fut seulement alors, 
aussi, que l'on parvint à embrasser toute l'immen- 
sité du monde nouveau révélé par cet instrument. 

(i) Valentin, Nov. act. nat. cur., t. XIX. ~ Czermak, Beitraege 
zu der Lehre von der Spermatozoen. Vienne. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 27 

L'imagination n'avait rien supposé d'aussi extraordi- 
naire! Ce fut alors qu'on put découvrir ce Monas 
crepuscidiis, Ehr., dont le dianriètre n'a guère que 
0,0005 de millimètre, ténuité qui est telle que 
M. R. Owen suppose qu'une seule goutte d'eau en 
contient parfois cinq cents millions d'individus, 
nombre qui égale celui de res[)èce humaine répan- 
due à la surface de la terre (1). 

Les premiers observateurs qui firent usage du 
microscope, étonnés de tant d'êtres inattendus qu'il 
leur révélait et n'ayant encore que des instruments 
assez imparfaits, admirent généralement la généra- 
tion spontanée; mais lorsque de grands perfectionne- 
ments permirent de mieux apprécier les objets et de 
découvrir que des animalcules, que l'on avait consi- 
dérés précédemment comme de simples fragments 
de gélatine doués de formes et de \ie , possédaient 
parfois une organisation fort avancée , l'opinion de 
quelques naturalist^es fut ébranlée et les doutes com- 
mencèrent à surgir parmi eux. Il y a donc, comme 
nous venons de le dire , une liaison intime entre 
l'histoire de la génération spontanée et celle du mi- 
croscope, si souvent invoqué pour en dissiper les 
ténèbres. 

l» Microscope simple (dix-sepliéme siècle). 

La Hollande peut, ajuste titre, revendiquer d'avoir 

(l)R. Owen, Lecture on the comparative Anatomy and Physiology 
of the Inverlebrate Animais. Londres, 1843, p. 18. — « Nuniber 
equjilling thaï of Ihe whole human species now existing upon 
the surface of the earth. » 



28 HÉTÉROGÉINIE. 

été le berceau de la micrographie, car ce fut dans ce 
pays que Leeuwenhoek et Hartsoeker employèrent 
pour la première fois le microscope, dont ils se dis- 
putèrent si vivement l'invention. 

Mais ces premiers investigateurs n'employèrent 
que des microscopes simples, et leur patience infinie, 
leur sagacité, en triomphant de tous les obstacles, 
leur permirent cependant, malgré l'imperfection de 
leurs instruments, de faire une foule d'observations 
précieuses qui ont servi de point de départ à la 
science des infiniment petits. 

Leeuwenhoek, que la Hollande compte au nombre 
de ses plus illustres enfants, n'en a jamais possédé 
d'autres; et ce fut avec ceux-ci que ce savant, que 
Ton considère ajuste titre comme le père de la micro- 
graphie, fit ses plus importantes découvertes. On 
peut encore vérifier cette assertion dans les collec- 
tions de la Société royale de Londres ; car, en mou- 
rant, il légua à ce corps savant, dont il était membre, 
tous ceux dont il s'était servi (1). 

A l'aide de ses microscopes simples, Leeuwenhoek 
découvrit les animalcules spermatiques, découverte 
qui eut un immense retentissement, ainsi que quel- 
ques autres animalcules qui dérivent évidemment de 
la génération spontanée (2) . Cependant ce naturaliste 
n'en fut pas moins un ardent antagoniste de cette 
thèse, dont on aurait cru qu'il devait être le défen- 

(1) Baker dit que les plus fortes lentilles de Leeuwenhoek ne 
grossissaient les objets que cent soixante fois en diamètre. Glei- 

CHEN, p. 15. 

(2) Leeuwenhoek, Arcana naturœ détecta . Delft, 1695. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 29 

seur-né. Quelques auteurs, avec M. Dujardin, ont 
attribué àLeeuwenhoekla découverte des infusoires; 
mais Ja sagacité du micrographe liollandais s'est plu- 
tôt exercée sur d'autres animalcules que sur ceux des 
infusions proprement dits, et il possède assez de 
titres de gloire sans qu'on ait besoin d'y ajou- 
ter celui-ci (1). 

Lorsqu'il est question de Leeuwenhoekj on ne peut 
oublier de citer Hartsoeker, qui fut son émule et eut 
de si vives luttes avec lui à l'égard de la priorité de la 
découverte des animalcules spermatiques et de divers 
autres sujets. Ce savant, qui a écrit plusieurs traités 
sur l'optique, a acquis plus de célébrité comme physi- 
cien que comme micrographe (2); cependant il s'est 
aussi occupé des animalcules microscopiques, qu'il 
n'observa également qu'avec de simples lentilles (3). 
Hartsoeker s'est encore fait remarquer par ses étran- 
ges conjectures concernant certains êtres organisés. 

En renouvelant l'hypothèse de la panspermie, ce 
physicien imagina que les germes invisibles des ani- 
malcules spermatiques voltigeaient dansrair,et qu'ils 
entraient dans le corps des animaux par la respira- 
tion ou avec les aliments; puisque ceux qui conve-- 
naient à chaque espèce se rendaient aux organes gé- 
nitaux des mâles, où ils subissaient leurs divers déve- 
loppements. Mais cette étrange hypothèse ayant été 

(1) DujARDîN, Dict. univ. d'hist. nat. Paris, 1846, art. Infu- 
soires, t. VII, p. 43. 

(2) Hartsoeker, Principes de physique. 1696. 

(3) Il se servit d'abord de lentilles fabriquées avec des fils de 
verres exposés à la flamme d'une chandelle. 



30 HÉTÉROGÉNIE. 

abandonnée par lui, il admit ensuite que la forma- 
tion des êtres dépendait à' une force plastique intel- 
ligente qu'\, comme une espèce d'âme végétative, pré- 
side à leur création et régit le jeu régulier de leurs 
fonctions. Hartsoeker a développé ce système dans 
plusieurs de ses ouvrages ( 1 ) . 

Ainsi que le fait observer Fonfenelle, Tâme plasti- 
que ou formatrice du physicien hollandais est fort 
analogue aux natures plastiques de Cudworlh qui ont 
compté tant de partisans, si ce n'était que ces der- 
nières, selon le philosophe anglais, agissent sans con- 
naissance, tandis que la force plastique d'Harlsoeker 
est intelligente (2). 

Un naturaliste liollandais qui vivait vers la même 
époque que les deux savants précédents, Goedaert, 
semble admettre la génération spontanée des insec- 
tes, puisque l'on trouve cette phrase dans son ou- 
vrage : « Les vers s'engendrent de toute substance et 
lesani.naux terrestres, comme les aquatiques, en pro- 
duisent à foison (3). » 

Baker, micrographeanglais qui a joui d'une grande 
célébrité durant le siècle dernier, ne se servait aussi 
que du microscope simple, et ce fut à l'aide de celui- 
ci qu'il ajouta si amplement aux travaux de Leeuwen- 

(!) Hartsoeker, Conjectures physiques. Amsterdam, 1706. — 
Éclaircissements sur les Conjectures physiques. Amsterdam, 1710. 
— Suite des Conjectures physiques et des Éclaircissements sur les 
Conjectures physiques. Ainslerdam, 1712. 

(2) FoNTENKLLE, Éloge d' Hartsoeker . Paris. — Cudworth, True 
intellectual Sy.'^tem of the Universe. Londres, 1678. 

(3) GoEDAEUT, Histoire naturelle des insectes. Amsterdam, 1700. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 3i 

hoek, en décrivant, mais il est vrai assez imparfaite- 
ment, un assez grand nombre d'animalcules qui 
avaient échappé à ce savant, et qu'il observa dans l'eau 
des marais et dans les infusions de foin et de quel- 
ques autres plantes (1). 

L'hypothèse de la génération spontanée avait tra- 
versé une succession de siècles sans que l'on songeât 
même à l'attaquer, mais nécessairement, en passant 
parle critérium de l'école expérimentale de la Renais- 
sance, elle perdit une partie de son prestige. Les 
premiers coups lui furent portés dans l'Académie 
del Cimento d'immortelle mémoire; là, au dix-sep- 
tième siècle, Redi, qui en fut l'un des plus illustres 
membres, démontra par de nombreuses expériences 
que beaucoup d'insectes que l'on avait crus s'engen- 
drer spontanément dans les chairs en pulréfaclion, 
ne se dérobaient pas à la loi générale. Cet expérimen- 
tateur ayant recouvert des viandes en putréfaction 
avec une gaze, reconnut qu'aucun ver ne naissait 
à leur surface, et que les mouches attirées par l'odeur 
infecte de la chair voltigeaient sans cesse autour de 
l'appareil; et, dans l'impossibilité d'approcher de la 
substance qu'il contenait, se bornaient à déposer 
leurs œufs sur la gaze vers les points les plus rappro- 
chés de la viande. Cette expérience fut répétée avec 
du fromage et diverses autres substances, et toujours 
elle eut le même résultat; aussi la conclusion du sa- 
vant italien fut « que les vers qui naissent dans les 



(1) Baker, The Microscope made easy. London, 1743. — Em- 
ployment for tlie Microsc. 1752. 



32 HÉTÉROGÉNIE. 

chairs y sont produits par les mouches et non par 
ces chairs elles-mêmes (i). » 

Les expériences de Redi eurent à son époque un 
immense retentissement, et il les compléta à son 
point de vue en soutenant que les entozoaires qui 
s'engendrent dans les autres animaux, et qu'on regar- 
dait comme étant essentiellement le produit de l'hé- 
térogénie, avaient des organes sexuels et suivaient, 
pour se reproduire, la voie normale (2). 

C'était là, comme on le voit, toute une révolution 
dans les idées généralement admises; cependantRedi, 
qui fut certainement trop facile à l'égard des vers in- 
testinaux, manqua d'audace lorsqu'il s'agit des insec- 
tes qui s'engendrent à l'intérieur des tissus des plan- 
tes; il crut que ceux-ci pourraient bien dériver d'une 
génération spontanée. 

Redi, dont les travaux ont encore une grande 
célébrité, avait victorieusement renversé toutes les 
traditions de l'antiquité concernant la génération 
encore inexpliquée d'une foule d'animaux inférieurs. 
Mais après avoir bien convaincu son époque que ceux- 
ci ne naissaient nullement par des voies anormales, 
mais simplement à l'aide d'œufs, cet heureux nova- 
teur voulut trop généraliser ses observations, en 
prétendant que ce mode de reproduction est uni- 
versel. Là est le reproche qu'on peut lui adresser; 
cependant il faut dire que lorsqu'on lit attentivement 
son œuvre, on y rencontre de place en place quel- 

(1) Redi, Esperienze intorno alla generazione degl' insetti. 1638. 

(2) Redi, Osservazioni intorno agli animali viventi che si trovano 
negli animali viventi. 1684. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 33 

ques aveux indiquant qu'il n'était pas parfaitement 
convaincu; aveux qui s'élèvent contre les préten- 
tions de ceux qui rangent l'illustre naturaliste de Flo- 
rence parmi les adversaires absolus de l'hétérogénie. 

Il suffit de citer quelques passages des œuvres de 
Redi pour se convaincre de la vérité de ce que nous 
avançons. Au début de son Traité de la génération 
des insectes, il semble déjà refuser le combat, en 
disant qu'il ne prétend nullement examiner les opi- 
nions des philosophes, ni se prononcer à leur égard (1 ). 
Presque immédiatement après avoir parlé de la 
création , il dit qu'il est porté à croire que depuis 
celle-ci, la terre n'a produit d'elle-même aucun être 
organisé, et il ajoute, enfin^ qu'il \ui paraît vraisem- 
blable que toutes les espèces se perpétuent par des 
semences (2). De telles assertions sont loin d'être 
aussi explicites qu'on le prétend. 

Plus loin, le doute est encore plus manifeste; et 
là, il est impossible de ne pas voir que le savant 
florentin admet aussi la génération spontanée. En 
parlant des vers qui habitent les végétaux, il prétend 
que leur génération s'opère de deux manières : 
« L'une, dit-il, c'est lorsque ces vers viennent du 
dehors; l'autre, qui ne me paraît point incroijable^ 
c'est que la même vertu qui produit les fleurs et les 
fruits y fait naître aussi les vers qui se trouvent ren- 
fermés dans ceux-ci (o). » 

(1)F. Redi^ Expérimenta circa generationem insectorum. Ârnsle- 
lodami, 1671^ p. 24. 

(2) F. Redi, 26. 

(3) F. Redi, Expériences sur la génération des insectes. Trad. 
coUect. acad.ji.VI, p. 447. 

PoUCHIiT. 3 



34 HÉTÉROGÊNIE. 

Mais lorsque Redi arrive aux vers intestinaux , il 
ne résiste plus à l'évidence, et là, il en explique 
franchement l'apparition en invoquant la génération 
spontanée. On lit dans un de ses chapitres : « Je suis 
porté à croire que toute matière vivante peut d'elle- 
même produire quelques vers qui se transforment 
en insectes volants... » Et deux lignes plus bas, il 
ajoute : « Je suis très-porté à croire que les vers et 
les autres insectes qui se trouvent dans les intestins 
et dans les autres parties du corps humain s'y en- 
gendrent de la même manière (1). » Redi, ainsi 
qu'on le voit, ne doit donc pas être compté au nom- 
bre des adversaires absolus de l'hétérogénie ! 

Dans d'autres circonstances, Redi, malgré la na- 
ture de ses travaux et son opinion, arrêtée , a plu- 
sieurs fois failli à ses convictions. Ainsi , en parlant 
de larves qu'il a observées à diverses reprises dans 
le crâne des cerfs, et dont il donne la figure dans 
son œuvre (2), il dit que le même principe actif et 
vivifiant qui produit ces petits animaux dans la tête 
des cerfs et des moutons donne peut-être aussi nais- 
sance aux poux qui tourmentent les hommes, les 
quadrupèdes et les oiseaux (3). N'omettons pas ce- 

(1) F. Redi^ Expériences sur la génération des insectes. Coll. 
acad., t. VI, p. 458 Osservazioni intorno agli animali viventi che 
si tiovanonegli animali viventi. Florence, 1684. 

(2) F. Redi, Expérimenta circa generationem insectorum. Ams- 
terdam, 1771, p. 303. Aristote avait déjà parlé de ces vers ou lar- 
ves que l'on trouve dans la tête des cerfs. Hist. des anim., liv. II, 
ch. XV. 

(3) F. Redi, Expérimenta circa generationem insectorum, Ams- 
terdam, 1771, p. 309,el CoUect. académique, p. 460. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 35 

pendant de dire qu'il ajoute qu'il est porté à croire 
avec J. Sperlingius, que ces insectes naissent des 
œufs déposés par les femelles (1). II est bien ques- 
tion ici d'un insecte, et non d'un cœnure, ce que 
quelques naturalistes avaient pensé (2), car Redi 
représente exactement sa larve dans ses planches. 
Ainsi donc voici le chef des adversaires de Thété- 
rogénie que nous surprenons doutant à plusieurs 
reprises. 

Mais la lacune que l'illustre médecin florentin 
laissa dans son œuvre fut rapidement comblée par 
Vallisneri, qui fut l'élève et le continuateur des Ira- 
vaux de Redi, et qui traita le môme sujet avec plus 
de sévérité que son maître, en n'y admettant aucune 
exception. En effet, Yallisneri dans ses Dialogues^ 
publiés en 1700, démontra que les insectes qui ré- 
sident à l'inléricur des plantes se reproduisent aussi 
par les lois ordinaires de la génération (3).. 

Enfin, vers la même époque, Swammerdam con- 
tribua avec Redi et Yallisneri à former le trio auquel 
revient toute la gloire du premier effort vigoureux 
dirigé contre riiypothèse, si populaire, alors de la 
génération spontanée. Ce grand observateur, en dé- 
crivant la reproduclion des insectes, dans sa Bible 
de la nature j et en suivant les diverses phases de 
leurs merveilleuses métamorphoses, est venu appor- 
ter aussi d'incontestables preuves en faveur de tout 

(\) J. Sperlingius, Zoologie. ^ 

(2) Gérard, Dict. univ. d' hi st. nat. Paris ^ 1845, p. 57. 

(3) Vallisneiu,. Dialoghi fra Malpighi e Plinio intorno la curiosa 
origine di molli insetti. Venise, 1700. 



36 HÉTÉROGÉNIE. 

ce qu'avaient avancé les deux savants italiens (1). 

Swammerdam ne paraît être que le trait d'union 
qui relie les travaux de Redi à ceux de notre épo- 
que ; il embrassa naturellement les vues de l'illustre 
médecin de Cosme 111 , dont il ne fut , en quelque 
sorte, que le continuateur; mais Swammerdam se 
montra beaucoup plus inexorable que son prédéces- 
seur envers les générations spontanées (2). Il combat 
victorieusement, il est vrai , quelques vestiges de la 
crédulité des anciennes époques, encore abondam- 
ment dispersés dans les écrits des savants d'alors, 
mais il n'attaque aucun des faits transcendants que 
la science et la philosophie modernes ont évoqués 
avec autorité pour démontrer Thétérogénie. Et d'ail- 
leurs , Swammerdam ne possédait guère le calme 
d'esprit nécessaire pour éclairer toutes les obscuri- 
tés de la question; ses relations avec Antoinetle Bou- 
rignon l'avaient conduit à une vie ascétique peu propre 
à la découverte de la vérité ; aussi l'antagonisme de 
Swammerdam est-il d'une moins grande importance 
pour nous que celui de Redi. 

Mais une étrange chose se passa par rapport à 
Swammerdam , c'est que, tandis que toute sa solli- 
citude s'épuisait à combattre les générations sponta- 
néeSy l'un des éditeurs de la traduction de sa Bible 
de la nature, M. Gueneau, de son côté, sapait à ou- 



(1) Swammerdam, Biblia naturœ _, seu historia insectorum. 
Leyde, 1737. Traduite dans le tome XVII de la Collection acade'- 
iiîiqiie. 

(2) Swammerdam^ Biblia naturœ seu historia insectorum. Leyde, 

•1737. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 37 

trance ses vues dans une longue introduction qui 
précède cet ouvrage (1). 

En France, M. de Réaumur, l'un des membres 
les plus saillants de TAcadémie des sciences, eut la 
gloire de populariser les découvertes des trois savants 
que nous venons de citer. Et, dans un ouvrage, mo- 
nument impérissable de la science, il consigne une 
foule de curieuses recherches sur la reproduction des 
insectes, dont les lois générales, posées par ses de- 
vanciers, avaient encore besoin d'être élayées par de 
nouvelles observations. Les travaux du naturaliste 
français sont un modèle de précision et de sagacité; 
aussi sont-ils encore consultés de nos jours comme 
ayant la fraîcheur de la veille, et laissent-ils loin der- 
rière eux ceux de ses prédécesseurs (2). 

Lesser, naturaliste allemand, qui vécut à la même 
époque que Réaumur, professa des vues analogues 
aux siennes, relativement à la génération spontanée. 
En effet, le savant auteur de la Théologie des insectes 
ne pouvait naturellement être compté au nombre 
des hétérogénistes, lui qui, armé du texte sacré et 
le prenant partout comme point de départ, com- 
mence son livre en livrant une bataille en règle à 
toute l'ancienne philosophie (3). 

Si jusqu'ici nous avons omis le nom d'Harvey, 
c'est que son aphorisme, devenu si célèbre, ornne 

{{) GuENEAu, Bible de la nature. Introduction, Collection acadé- 
mique, p. 24. 

(*2) Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. 
Paris, 1734. 

(3) Lesser, Théologie des insectes. Paris, 1745, liv. I, p. 55. 



38 HÉTÉROGÉNIE. 

vivum ex ovo , n'a peut-être pas toute la portée que 
lui accordent la plupart des o^aristes; car il semble 
qu'en dehors de cette proposition générale, le savant 
physiologiste admettait aussi la génération primaire. 
« Les animaux et les végétaux, dit-il , naissent tous 
spontanément, soit d'autres êtres organisés, soit en- 
tre eux, soit de partie d'entre eux , soit par la putré- 
faction de leurs excréments.... (1).» On voit donc 
par tout ce que nous rapportons que nos adversaires 
ne sont pas aussi absolus qu'on le pense générale- 
ment. On peut ajouter que cet aphorisme a été frappé 
d'inexactitude par la science moderne , du mouient 
cil celle-ci a signalé qu'un grand nombre d'animaux 
inférieurs font exception ; et comme le dit Ch. Ro- 
bin, sous une meilleure rédaction , omne vivum ex 
vivo ^ il constituera toujours l'une des principales ba- 
ses de la biologie systématique (2). 

2o Microscope composé (dix-huitième siècle). 

L'invention du microscope composé ayant suivi de 
près celle du microscope simple, les savants com- 
mencèrent spécialement à l'employer vers le milieu 
du siècle dernier. Les travaux deRedi (3), de Vallis- 



(1) Harvey, Exercitationes de gêner atione animalium. Lon- 
dres, 165i, p. 54. 

(2) Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui 
croissent sur l'homme et les animaux. Paris, 1853, p. 87. 

(3) Redi Esperienze intorno alla generazione degli insetti. Flo- 
rence, 1668. — Osservazioni intornoagli animali viventi che si 
trovano neyli animali viventi. 1681. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 39 

neri (1), de Swammerdam (2), de Réaumur (3), en 
nous dévoilant la reproduction d'une foule d'ani- 
maux inférieurs, avaient porté une profonde atteinte à 
l'existence des générations spontanées, admise depuis 
tant de siècles comme un fait positif. Celles-ci parais- 
saient même alors contestées de toutes parts, lorsque 
l'usage du microscope composé, en se répandant, 
transforma de nouveau l'opinion. Les animalcules 
d'une infinie petitesse, que cet instrument révélait par- 
tout où l'on en supposait le moins l'existence, firent 
naturellement penser qu'ils s'y engendraient sponta- 
nément; et jamais peut-être l'hypothèsederhétérogé- 
nie ne compta une armée plus compacte de partisans 
que durant cette seconde phase de la micrographie. 
On peut considérer Othon Frédéric Muller, natu- 
raliste danois, comme ayant été le prince des mi- 
crographes de cette époque (4). En effet, ce fut lui 
qui, pour ses grands travaux sur les infusoires, em- 
ploya le microscope composé avec un art encore in- 
connu jusqu'alors. Le temps durant lequel vécut ce 
savant célèbre fut fécond en observateurs qui, pres- 
que tous, ainsi qu'il le fit lui-même, embrassèrent 
la défense de l'hétérogénie. 

(1) Vallisneri, Dialoghi fra Malpighi e Plinio intorno la curiosa 
origine di molti insetti. Venise, 1700. — Considerazioni ed espe- 
rienze intorno alla generazione de' vermiùrdinari del corpo umano^ 
Padoue, 1710. 

(2)SwAMMERDAM, BîbUanaturœseu historiainsectorum. Leyde, 1 737. 

(3) Reaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. 
Paris, 1734. 

(4) 0. F. Muller, Vermium terrestrium et fluviatilium Historia, 
1774. — Animalcula infusoria, etc. Copenh., 1786. 



40 HÉTÉROGÉNIE. 

Tels furent principalement Hill , que l'on cite 
comme le premier nomenclateur des microzoaires(l), 
Jobiot(2), Rœsel (3) et Wrisberg (4) ; puis, bientôt 
après, les infusoires furent étudiés accessoirement 
parPallas(o) et Ellis(6), dans leurs ouvrages sur les 
zoopbytes; Eichhorn (7), Needham(8), Gleicben(9), 
produisirent sur ces animaux des travaux remarqua- 
bles; enfin Goeze(IO) etBIocb(ll), dans leurs œu- 
vres sur l'helminlhologie, signalèrent quelques es- 
pèces qui vivent dans le tube digestif des grenouilles. 

Les travaux de plusieurs de ces savants, ainsi que 
ceux de divers grands naturalistes de leur époque, 
ayant eu une immense influence sur les questions 
qui nous préoccupent, nous leur consacrerons spé- 
cialement quelques lignes, afin d'en mieux apprécier 
toute l'importance. 

En suivant à peu près l'ordre dans lequel leurs 
observations et leurs opinions ont pris rang dans la 

(I) HiLL^ Essay of natural history, 1752. 

(2)JoBLOT^ Observations d'hist. nat. faites aveclemicroscope, 1754. 

(3) RoESEL, Insecten Belustigung von Rôsel. 1746. Récréations 
entomologiques. 

(4) Wrisberg, Observationes de animalcul. infusor. naturâ. Goel- 
tingue, 176i. 

(5) Pallas, Elenchus zoophytorum. 1766. 

(6) Ellis, Philos. Trans., Londres, 1770. 

(7) EiciiiiORN, Kleinste Wasserthiere. Berlin^ 1781. Los infini- 
ment petits aquatiques. 

(8) Needhâm , Découvertes faites avec le microscope. Leyde, 1747. 

(9) Gleichen, Tnfusionsthierchen. 1778. Des infusoires. 

(iO) Goeze^ Naturgeschichte der Eingeweidewurmer, 1782. His- 
toire naturelle des vers intestinaux. 

(II) Blocw, Abhandl. uber die Erzeugung der Eingew. 1782. Sur 
la génération des vers intestinaux. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 41 

science , nous voyons se présenter successivement les 
noms de Needham, de Buffon, de Spallanzani, de 
Bonnet, de Gleichen, d'O. F. Muller, etc. 

Needham, physicien anglais, auquel plusieurs sa- 
vants attribuent exclusivement la découverte des in- 
fusoires (1), a été l'un des plus vigoureux athlètes de la 
génération spontanée; trop vigoureux peut-être, car 
en voulant la démontrer par des faits controuvés ou 
impossibles, il a peut-être plus discrédité qu'avancé 
la question. Ayant reçu le jour dans une patrie où les 
convictions religieuses ont de profondes racines, le 
célèbre membre de la Société royale de Londres sen- 
tit qu'un semblable système ne serait jamais accepté 
s'il heurtait les crovances. Aussi le voit-on, tout 
d'abord, annoncer que l'hypothèse de laspontéparité 
est dans un parfait accord avec la plus saine métaphy- 
sique ainsi qu'avec nos croyances religieuses (2). 

Il est en effet d'accord avec les préceptes méta- 
physiques de Leibnitz, qui admet une force active 
dans les éléments des corps (3) ; il a la conviction 
que ses théories ne sont nullement en opposition 
avec la religion , en considérant Dieu comme le 
grand régulateur de cette force végétative, atlingens 
a fine iisque ad finem et disponens omnia snaviler. 
N'étant embarrassé par aucun obstacle , il dit avec 
raison que le premier homme surgit de la matière 

(1) J. MuLLER, Manuel de physiologie. Paris, 1845, p. 10. 

(2; Nef.duam, Notes de Needham sur les nouvelles recherches 
sur les découvertes microscopiques et la génération des corps orga- 
nisés par Spallanzani, p. 144. 

(3) Leibnitz, Monadologie. 



42 HÉTÉROGÉNIE. 

à la voix du Créateur, et le savant d'outre-mer 
termine ce paragraphe par un singulier rapproche- 
ment en prétendant qu'elle aussi, Eve, sous la même 
inspiration , n'a été qu'une expansion suhite de 
cette même matière, se détachant du corps d'Adam 
comme un jeune polype se détache du polype 
mère (1) ! 

C'était à Needham qu'il appartenait de mettre un 
frein aux prétentions exagérées des successeurs de 
Redi. Le premier, selon J.Muller (2), il eut la gloire 
de démontrer que si la putréfaction n'engendre 
point d'insectes, au moins, sous son influence, il se 
produit des myriades d'animalcules auxquels les 
naturalistes imposèrent d'abord la dénoiiiination 
d'infusoires (3). 

Ses travaux ouvrirent une nouvelle carrière à l'ob- 
servation; aussi les traces du micrographe anglais 
furent-elles rapidement suivies par des naturalistes 
du plus grand mérite. Parmi eux on remarqua d'a- 
bord Wrisberg, 0. F. Muller, Ingenhousz; puis par 
la suite, Treviranus, Schuitz, Bory Saint-Vincent, 
Ehrenberg, Dujardin. 

Needham , si souvent associé à Buffon lorsqu'il s'agit 
de travaux microscopiques, avait au sujet de l'origine 
des microzoaires une théorie à lui; il pensait qu'ils se 



(1) Needham, Notes sur les nouvelles recherches microscopiques 
de SpaUanzani, p. 144 et suiv. 

(2) J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, Î84;>, p. 10. 

(3) Needham, New microscopical discoveries. Londres, 1745. — 
Trad. en franc, sous le litre de Découvertes faites avec le micro- 
scope. Le y de, 1747. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 43 

produisaient à l'aide d'une force végétative particu- 
lière (1). 

Les travaux de Bufîon doivent se trouver naturel- 
lement placés après ceux de Needham, dont il fui 
presque le commensal, à l'égard de ses observations 
microscopiques, car c'était souvent ce dernier qui les 
lui préparait. 

Un homme comme BufTon, dont la pensée est si 
souvent audacieuse, devait marcher témérairement 
en avant de son siècle : aussi le voit-on embrasser 
sans hésitation la cause de l'hétérogénie, alors si con- 
troversée. Et dans l'un de ces moments où le natu- 
raliste s'efface devant le philosophe, il s'écrie : « Il y 
a peut-être autant d'êtres, soit vivants, soit végétants, 
qui se reproduisent par l'assemblage fortuit des molé- 
cules organiques, qu'il y a d'animaux ou de végétaux 
qui peuvent se reproduire par une succession con- 
stante de générations (2). » Dans un autre endroit 
de ses œuvres il fouille encore plus avant la question. 
c< On s'assurera même, dit-il, que cette manière de 
génération est non-seulement la plus fréquente et la 
plus générale, mais la plus ancienne, c'est-à-dire la 
première et la plus universelle (3). » 

C'est absolument celte même thèse, qu'a déve- 
loppée récemment l'école allemande, en s'appuyant de 
toutes les ressources de la science moderne. 



(1) Needham, Nouvelles Recherches sur les découvertes microsco- 
piques, t. I, p. 171. 

(2) BuFFON, Histoire naturelle. Suppléments, t. IV, p. 335 ; édit. 
de Deiix-Ponls, t. XI, p. 17. 

(3)BuFF0N, Histoire naturelle, t. II, p. 420. 



44 HÉTÉROGÉNIE. 

Bufïon, n'ayant encore en sa possession que d'im- 
parfaits instruments d'optique, et trompé par l'appa- 
rence confuse de certaines infusions, avait cru recon- 
naître qu'il existait une matière ou des molécules or- 
ganiques et vivantes, universellement disséminées 
dans les animaux et les plantes, et servant successi- 
vement à leur génération et à leur développement. 
Quoique parti d'observations inexactes, l'illustre natu- 
raliste n'en était pas moins dans une voie rationnelle, 
seulement il fallait reporter sa pensée dans l'inconnu 
du monde moléculaire. 

Quelques lignes empruntées à Buffon donneront 
une idée exacte de son système; nous citons ici tex- 
tuellement l'illustre naturaliste, parce que souvent 
on a exposé fort inexactement ses opinions. « Lorsque 
les molécules organiques vivantes, dit-il, ne sont 
plus contraintes par la puissance du moule intérieur, 
lorsque la mort fait cesser le jeu de l'organisation, 
c'est-à-dire, la puissance de ce moule, la décomposi- 
tion du corps suit, et les molécules organiques qui 
toutes survivent, se retrouvant en liberté dans la dis- 
solution et la putréfaction des corps, passent dans 
d'autres corps aussitôt qu'elles sont pompées par la 
puissance de quelques autres moules; en sorte qu'elles 
peuvent passer de l'animal au végétal, et du végétal 
à l'animal sans altération (1). » Feu de lignes plus 
bas il ajoute que si pendant leur état de liberté ces 

[\) Ses convictions sont tellement grandes, quMl rapporte que 
des populations de TÉlhiopie qui se nourrissent de sauterelles, ont 
parfois le corps envahi et dévoré par ces insectes, qui se sont re- 
produits à même leurs débris. Édit. de Deux-Ponts, t. XI, p. 26. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 45 

molécules ne se trouvent pas sous la puissance d'un 
moule identique, il en résulte une infinité de géné- 
rations spontanées (1). 

Ce qu'il y eut de remarquable, c'est que Tauda- 
cieuse idée du savant Français passa en Italie et y 
fut soutenue par Filippo Pirri (2) dans un ouvrage 
qui reçut en quelque sorte le baptême de l'Église , 
dans les mêmes États où Galilée, plus de cent ans 
avant, prononçait l'impérissable abjuration de son 
système (3). 

Buffon ne se bornait pas à limiter aux animaux 
microscopiques la génération spontanée , il reten- 
dait aussi aux ténias, aux ascarides et aux autres 
vers intestinaux (4) ; ce grand naturaliste croyait 
aussi que chaque espèce en se putréfiant, donnait 
naissance à une espèce particulière d'infusoires (5). 

Mais, avouons-le sans détour, Buffon était peu 
apte à élucider un tel sujet. L'illustre historien de la 
nature ne s'entendait qu'à décrire les plus majes- 
tueux phénomènes de celle-ci; et c'était à d'autres, 
c'était à Daubenton, àNeedham, qu'il abandonnait 
presque entièrement le soin d'en explorer les plus 



(i) Buffon, Histoire naturelle. Deux-Ponts, 1785, t. XI, p. 21-22. 

(2) FiLipPO PiRiu, Riproduzione de ' corpi organizati, con licenza 
de' superiori. 

(3) Solem esse in centra mundi et immobilem motu locali, est pro- 
positio absurda et falsa in philosophia, et formaliter hœretica, quia 
est expresse contraria sacrœ Scripturœ. 

(4) BvFFùK, Suppléments à l'hist.nat. Deux-Ponls, 1786, t. Il, 
p. 27. 

15) Id., p 38. 



46 HÉTÉROGÉNIE. 

obscurs replis. En effet , que pouvait-on attendre 
de Buffon, lui qui, sans jamais avoir bien vu les 
animalcules spermatiques des chiens, qui sont ce- 
pendant si faciles à observer, prétend, nonobstant, 
en trouver de pareils sur les ovaires de la chienne, 
elle qui n'en possède pas le moindre vestige! Et 
pour constater une telle découverte, il cite deux 
témoins oculaires, Needham et Daubenton, assu- 
rant que ces savants ont répété dix fois cette obser- 
vation (1). 

Le plus rude antagoniste des générations sponta- 
nées est incontestablement l'abbé Spallanzani. Jus- 
qu'à lui, elles n'avaient été attaquées que par bou- 
tades et souvent avec assez d'incohérence ; mais le 
professeur de Pavie se passionne contre elles, et ac- 
cumule les expériences et les volumes pour en démon- 
trer la fausseté. A-t-il réussi ? C'est ce que nous 
prouvera la suite de cet ouvrage. 

C'est principalement sur les travaux de Spallan- 
zani que s'appuient les antagonistes de l'hétérogénie, 
et cependant on peut dire, sans sévérité, que ces tra- 
vaux, qui n'ont pas été sans valeur à Tépoque à la- 
quelle existait l'illustre expérimentateur, sont au- 
jourd'hui largement distancés par les découvertes ^ 
modernes. Il faut aussi ajouter que le naturaliste de 
Pavie n'était peut-être pas assez zoologiste pour en)- 
brasser complètement la question. 

L'œuvre de Spallanzani, au premier abord, paraît 

(i) li se servait cepL'ndant de microscope composé. Gleichen, 
Dissertation sur la génération, les animalcules et ceux d'infusion, 
Paris, an VIL p. î)5-56. 



HISTORIQrE. — ÉPOQUE MODERNE. 47 

assez volumineuse : mais quanrl on la soumet aux sé- 
vérités de l'analyse, on s'aperçoit immédiatement 
qu'elle contient bien moins de matière qu'on ne 
l'aurait cru , à cause de la manière prolixe dont tous 
les faits sont exposés : c'est plutôt un rhéteur qui 
écrit qu'un expérimentateur qui expose. Souvent 
mêm.e les faits sont narrés avec tant de détails qu'il en 
résulte un certain embarras pour les débrouiller et 
que l'auteur lui-même n'est pas toujours exempt 
d'obscurité ou de contradictions. 

Cependant, les plus exclusifs antagonistes de la 
spontéparité se groupent tous autour de l'étendard de 
Spallanzani qui pour eux est presque un prophète. 
Nonobstant, de place en place, vaincu par l'évidence, 
celui-ci avoue les faiblesses de la cause qu'il soutient, 
et fait quelques concessions au sujet d'une matière qui 
n'en souffre aucune; car dans celle-ci, la moindre 
concession estune défaite absolue... Ainsi, n'est-ce pas 
un aveu sans réplique que celui qui échappe au cé- 
lèbre professeur de Pavie lorsqu'il dit : «Les infu- 
soires tirent sans doute leur première origine de prin- 
cipes préorganisés; mais ces principes sont-ils des 
œufs, des germes ou d'autres semblables corpuscules? 
S'il faut offrir des faits pour répondre à cette ques- 
tion, j'avoue ingénument que nous n'avons sur ce 
sujet aucune certitude (1). » Que peuvent être, en 
effet, ces corpuscules préorganisés, si ce ne sont 
des molécules organiques toutes prêtes à entrer en 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. 
Pavie, 1787, t. I, p. 230. 



48 HETEROGENIE. 

combinaison pour la production de quelque nouvel 
être ? 

La lecture de Spallanzani révèle môme à chaque 
page, qu'il sent son impuissance pour expliquer l'ap- 
parition des microzoaires dans les expériences de nos 
laboratoires. Là, il dit, « que l'on n'a aucun fondement 
«pour croire qu'ils commencent à paraître dans les 
« infusions, lorsqu'ils y tombent de l'air (1). » A.il- 
leurs, et c'est sa théorie de prédilection, il émet, au 
contraire, que c'est ce fluide qui transporte partout 
avec lui les germes de l'immewse variété de proto- 
zoaires que nous observons; mais il ne sait dire au juste 
quelle est la nature de leurs introuvables éléments 
procréateurs. Il avoue seulement qu'il est raisonnable 
de croire qu'ils proviennent de quelques germes 
ou de quelque principe préorganisé (2). Ce principe 
qu'il prétend n'être pas toujours visible est un vrai 
mythe; admettre l'existence de ce moteur organique 
impalpable, c'est substituer la prééminence de la ma- 
tière à celle de la force biologique. 

Spallanzani prétend que le système de Buffon n'est 
qu'une fiction ingénieuse, c'est déjà quelque chose et 
l'on pourrait lui répondre que son espèce de Pansper- 
mie,àlui, repose encore surde-bienplusfragiles bases, 
et nous espérons le démontrer dans cet écrit. Du 
reste, comme le dit J. Muller, le savant italien, n'ayant 
pas fait connaître précisément les espèces d'infusoires 
qu'il a observées , ses expériences perdent beau- 

(1) Spallanzaisi, Opuscules de physique animale et végétale. 
Pavie, 1787, t. I, p. 231. 
(2) /d., p. 231. 



HISTORIQUE. EPOQUE MODERNE. 49 

coup de leur valeur (1) ; et celles de Tieviranus, qui 
les renversent, sont bien autrement concluantes (2). 

Dans une de ses lettres à Bonnet, l'abbé Spallan- 
zani disait que la théologie naturelle pourrait reti- 
rer de vives lumières de la connaissance du dévelop- 
pement des animalcules infusoires; mais le célèbre 
professeur de Pavie avouait qu'il n'exislait aucun 
sujet qui exigeât du naturaliste une logique plus ser- 
rée (3). Je partage aussi celte opinion ; mais c'est jus- 
tement parce que cet élément lui a été tout à fait 
enlevé que de si longues controverses ont entravé 
son avancement. 

Bonnet, qui par l'importance de son œuvre a été 
placé à la tcle du parti desovaristes, nous paraît avoir 
traité la question de la génération plutôt en philo- 
sophe qu'en observateur profond et en naturaliste. 
Et ceux qui ont parlé des opinions de ce savant, 
qui a joui d'une si grande célébrité durant le siècle 
dernier, l'ont fréquemment cité, plutôt d'après son 
ancienne réputation que d'après la lecture de son 
livre. Celui-ci n'est que le produit de la jeunesse de 
l'auteur, car l'on sait que Bonnet, lassé prématuré- 
ment par ses observations microscopiques, aban- 
donna de bonne heure les sciences naturelles pour 
se livrer entièrement à la philosophie. Son ouvrage 
sur les corps organisés porte partout l'empreinte 
d'une production incomplètement élaborée; c'est 

(1) J. MuLLER, Manuel de physiologie, Paris, 1845. 

(2) Trkviranus, Biologie, t. Il, p. 279. 

(3) Lettre de Ch. Spallanzani à Bonnet, mentionnée parGleichen, 
op. cit., p. 174. 

POUCHET, 4 



oO KETEROGEISÏE. 

plutôt une succession de propositions sur des sujets 
fort variés que ce n'est l'exposition d'une doctrine 
appuyée sur l'expérience ; il est coupé par une mul- 
titude de chapitres et d'innombrables alinéa. L'un 
des deux volumes, qui est formé de 328 pages, offre 
360 chapitres : c'est plus de chapitres que de feuilles ; il 
y en a parfois trois dans chacune d'elles, ce qui en rend 
la lecture difficile. Souvent même, les faits sont bien 
moins clairement énoncésqu'on n'aurait ledroitde s'y 
attendre de la part d'un professeur de philosophie. 

La réputation de celui-ci a peut-être fait la fortune 
de ses doctrines sur l'histoire naturelle; mais ce que 
nous pouvons affirmer, c'est que, pour notre compte, 
l'ouvrage du célèbre Genevois nous a paru loin d'avoir 
la valeur scientifique qu'on lui prête généralement, 
quand on ne l'a pas sondé d'un bout à l'autre , et 
j'avoue que quelques-uns de ses passages m'ont été 
absolument ininlelHgibles. Bonnet est même fort 
vague, lorsqu'à la première page de son œuvre il ex- 
pose ce qu'il entend par l'emboîlement des germes, 
hypothèse dont il va devenir l'ardent défenseur. 

Il débute en avançant que cette hypothèse a accable 
« r imagination sans effrayer la raison (1). » Je 
commence par ne pas être de cette opinion, car, 
pour moi, elle me semble les épouvanter l'une 
et l'autre. On oppose à l'emboîtement d'ef- 
frayants calculs, et l'on sait qu'Hartsoeker assurait 
que « la première graine serait à la dernière et 
« la plus petite qui paraîtrait la dernière année 

(1) Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 
1772, t. I, p. 2. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 51 

« du soixantième siècle, comme l'unité suivie de 
« trente mille zéros est à l'uni lé, » d'où le physicien 
hollandais concluait que l'emboîtement était ab- 
surde (1). M. Hallen disait que l'imagination se 
trouvait comme étourdie en voyant qu'un seul ver 
spermalique, millionième partie de l'homme, ren- 
ferme un million d'autres petits animalcules qui se 
développent successivement (2) ; Glcichen n'était 
pas moins effrayé d'une telle supposition (3). 

On lit quelques lignes plus bas : « Le soleil un 
« million de fois plus grand que la terre a pour ex- 
ce trême un globule de lumière, dont plusieurs mil- 
« liarcls entrent à la fois dans l'œil de l'animal vingt 
« millions de fois plus petit qu'un ciron. » . 

(( Mais la raison perce encore au delà. De ce glo- 
« bule de lumière, elle voit sortir un autre univers 
« qui a son soleil, ses planètes, ses végétaux, ses 
« animaux, et parmi ces derniers un animalcule qui 
« esta ce nouveau monde ce que celui dont je viens 
ï( de parler est au monde que nous habitons. » 

C'est là toute la substance de l'un des plus impor- 
tants chapitres dé l'œuvre de Bonnet, où il est ques- 
tion de définir ce qu'il entend par emboîtement; 
chapitre qui ne renferme que dix-huit lignes (4)! 
Voici les grands antagonistes que Ton nous oppose. 

(1) Hartsoeker, Physique. 

(2) Hallen, Naturgeschichte der Thiere (Histoire naturelle des 
animaux), p. 74. 

(3) Gleichen, Dissertation sur la génération, etc. Paris, an VII, 
p. 65. 

(4) Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 
1772, t. ï,p. 2. 



52 HETEROGENIE. 

Je ne sais si quelques personnes pourront considérer 
tout cela comme sérieux, mais pour moi j'aime à 
traiter les sciences avec plus de reclitude. J'avoue ne 
pas connaître les yeux de ces animaux vingt-sept 
millions de fois plus petits que le ciron; et que mon 
imagination neva pasjusqu'à suspendre dessoleils au- 
tour d'un atome de lumière, et à le peupler de végé- 
taux et d'animaux! 

En somme, l'hypothèse de Bonnet n'est que la 
Panspermie renouvelée de l'antiquité. Il sature toute 
la création de germes près d'éclore ; les êtres animés, 
comme les substances inertes, en sont gorgés, et, 
selon lui, ils tombent de l'air dans les infusions, ou 
ils y préexistent; et il les fait parfois résister aux 
agents les plus désorganisateurs, au feu lui-même (1). 
Etcependant tous les naturalistes ne savent-ils pas que 
des températures peu élevées anéantissent à jamais 
les organes reproducteurs des animaux et des plan- 
tes (2)? Dugès tuait à volonté les germes du vibrio 
glutinis à l'aide d'une chaleur de 80" (3) ; et Morren 
va plus loin, en prétendant qu'il ne faut qu'élever la 
température à 45" pour détruire tous les germes orga- 
niques qui cheminent dans l'espace (4). 

Mais lorsqu'on lit attentivement Bonnet, on voit 
que ce savant, à plusieurs reprises, avoue la faiblesse 
de ses convictions. Il dit lui-même que son système 

(1) Spall\nzani , Opuscules de physique animale et végétale. 
Paris, 1789,1. II, p. 304. 

(2) MoscAT[, Acta Acad. Bonon.^ t. CXI. 

(3) Dugès, Traité de physiologie comparée. Paris, 1839, t. llï, 
p. 210. 

(4) Morren, Cf. Dugès, Phys. camp., 1. 111, p. 210. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. .^)3 

est sujet à de grandes difficultés (1). En développant 
celui-ci il s'est fréquemment attaqué à Buffon, en 
essayant de renverser sa théorie des molécules orga- 
niques; mais, hélas ! comme il est loin de notre 
Pline français, pour l'élévation des pensées et l'en- 
trainement du style! 

Comme observateur, le baron de Gleichen mérite 
d'être placé fort au-dessus de Spallanzani et de Bon- 
net. S'il n'a pas embrassé un aussi grand cadre qu'eux, 
évidemment, lorsqu'il se rencontre sur le même ter- 
rain, l'avantage reste de son côté. Ainsi, quand Glei- 
chen représente les zoosperraes de l'homme, il le fait 
avec une remarquable précision pour son époque (2), 
tandis que Spallanzani n'en donne qu'une figure ab- 
surde (3). Mais ce qui a peut-être empêché l'œuvre 
du micrographe allemand d'avoir tout le retentisse- 
ment qu'elle méritait, c'est qu'il y combattait les 
plus rudes athlètes de son époque, les Buffon, les 
Bonnet, et Spallanzani lui-m.ême. 

Gleichen a exposé ses idées avec modestie, mais 
non pas sans avoir la conscience de sa force. Il sait 
qu'il a contre lui les hommes les plus émiiients de 
son époque, mais il sait aussi qu'il peut s'appuyer sur 
quinze années d'observations et de patientes médita- 
tions, et il ne craint pas de s'avancer. 

(ijBoNNET;, Considérations sur les corps organisés. Paris, 1772, 
t. I, p. 118. 

(2) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris, an VII, pi. 1, 
fig. 1. — Certains histologistes de notre époque, je regrette de le 
dire, n'ont pas surpassé cette figure. 

(3) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, 
1787, pi. 3, fig. 1. 



-j , HÉTÉROGÉNSE. 

04 

Danssonimportantouvrage,Gleichen,admirateur 
des idées d'O. F. Muller sur la génération spontanée, 
les admet et les regarde comme étant en parfa.te 
concordance avec ce qu'il a appelé germes ongi- 

""ctichen a eu le courage d'attaquer de front Buf- 
fon pour avoir méconnu l'animalité des zoosperraes 
et es avoir confondus avec ses molécules organ.- 
aues (1); car en effet l'intendant du Jardm du Ro. 
Jvaitpensé que les animalcules de la semence re- 
présentaient ces molécules a"'^;!»^'^^! '' ]f .?;,";;. 
un si extraordinaire rôle dans la genèse de lolga- 
"' On peut dire que Gleichen ne s'est pas borné à de 
simples supputations logiques, il a voulu ecla.rer la 
nue^lionna l'observation; et malgré l'.mperfect.on 
Tst: insîruments,il n'en trace pas moins cla.emen 
les phénomènes qui président au groupement des 
Molécules organiques pour former un an.malcule 

"£ Investigation anatomique J- ;;/-;- 
doituneidéeheureuseaubarondeGe.chenCeutu 

qui conçut le premier de fa.re avaler de^ "^^ «"^ 
colorées aux microzoaires pour éclmrerleiis orgam 

lions et leurs fonctions ; il leur d-- ^J^ - 
Mais le célèbre observateur ne tira aucun fru t de ces 
IxTé en esàcet égard, et il avoue, après les avo,r 
expo^s! qu-n ne sait nullement que penser de leur 

(,) G...CB.., Dissertation sur la génération. Paris, an Ml, 

p. n. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 55 

résultat (1). Il faut arriver à Elirenberg pour obtenir 
la solution du problème (2). 

On pourrait seulement reprocher à Gleichen d'avoir 
trop délayé son sujet ; car c'est à peine si dans son ou- 
vrage, qui offre une certaine étendue, il attaque au vif 
la question de la production des raicrozoaires; mais, 
au contraire, il dépense de longues pages à discuter 
les opinions de Buffon, de Spallanzani et de ses autres 
antagonistes, à l'égard de la génération des grands ani- 
maux. Cette direction scientifique, il faut malheureu- 
sement l'avouer, était celle de son époque ! Bonnet et 
Spallanzani semblent eux-mêmes n'écrire que pourat- 
taquer, ou combattre les systèmes de leurs adversaires. 

Cependant au milieu des longueurs de l'ouvrage 
de Gleichen, on trouve de place en place quelques 
vues fort larges, quelques aperçus épars que la science 
n'a fait que développer. C'est ainsi que déjà il y parle 
fort nettement de la pénétration du sperme à l'inté- 
rieur de l'œuf (3); acte déjà entrevu sérieusement par 
Lesser et le baron de Wolf (4), et remis en lumière ré- 
cemment par MM. Claparède, F. Keber et Bischoff (5). 

(1) GLE\cnEV, Dissertation sur la génération, les animalcules sper- 
matiques et ceux d'infusion. Paris^ an VII, p. 200. 

(2) EiiREisEERG^ Die Infusionsthierchen^ etc. 

(3) GleicheiNj Dissertation sur la génération, les animalcule^ 
spermatiques et ceux d'infusion. Paris, an VII, p. 63. 

( i) Wolf, Pensées sur les ouvrages de la nature, p. 730. 

Lesser^ Théologie des insectes. 

(5) Claparède^ Biblioth. univ. de Genève^ 183, t. XXIX^, p. 306. 

F. Keber, Eintritt der SamenzeUen in das Ei (De l'entrée des 
cellules spermatiques dans l'œuf). Kœnigsb., 1854. 

Bischoff, Bebtàtigung des Eindringens der Spermatozoîden in das 
Ei (Sur l'entrée des spermatozoïdes dans l'œuf). Giessen, 1854. 



36 HETEROGÉNIE. 

Gleiclipn, qui, dans tout le cours de son œuvre, 
avoue, de place en place, combien l'explication de la 
génération des infusoires lui paraît difficile, en termi- 
nant son livre, fruit de tant d'années de travail, revient 
un peu sur ce sujet: c'est qu'en effet, à ce moment seu- 
lement, il a cru avoir soulevé un coin du voile de cette 
importante question; mais il n'est guère plus heureux 
là qu'il ne le fut à l'égard de l'emploi des substances 
colorantes. En cet endroit il parle des vorlicelles, qui 
paraissent lui avoir été jusqu'à ce moment peu con- 
nues, et par une étrange aberration il considère leur 
filament postériourcomme un oviducte,etlasubstance 
de l'infusion qui y adhère parfois, comme des amas 
d'œufs. C'est aussi à cet endroit seulement qu'il con- 
fesse avoir observé la scission de quelques vorlicelles, 
et il ne figure celles-ci que dans l'une de ses dernières 
planches. Alors seulement, et pour la première fois, 
il pose en principe, que les infusoires se propagent de 
trois manières : par des œufs, par des petits vivants, 
et par scission (1). Mais pour celte dernière, Gleichen, 
qui a passé quinze années de sa vie à marner un mi- 
croscope, confesse ne l'avoir jamais observée que trois 
fois que trois fois lorsqu'il achève son œuvre! 

A l'égard de la reproduction des protozoaires, un 
observateur scrupuleux qui consacra quinze années | 
de sa vie à observer des infusoires, Gleichen, confesse | 
qu'il n'est pas plus avancé que je ne le suis moi- 
même. « Je dois avouer, dit-il, que malgré toute 
l'activité que j'ai mise dans mes observations, mapa- 

(1) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris, an VI!, p. 218 
et pi. 29. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 57 

tience, le temps que j'y ai employé, il ne m'a point été 
possible pendant plusieurs années d'en rien direde cer- 
tain (1). » Après cela que des physiologistes qui n'ont 
peut-être jamaisobservé ce phénomène viennent avec 
assurance parler de scission comme d'un fait nor- 
mal! Vraiment il y a plus que de la présomption. 

Othon-Frédéric Mûller, qui fut réellement le pre- 
mier des micrographes de son époque, n'hésita pas un 
moment à admettre que les infusoires, dont il a été le 
plus fécond historien, ne sont que le résultat de l'hé- 
térogénie, et qu'ils se produisent ex moleculis briitis 
et qiioad sensiim nostrum inorganicls (2). 

Le grand naturaliste avait môme sur la génération 
spontanée une théorie spéciale qu'il a exposée dans 
la préface de son important ouvrage. « Les animaux 
« et les végétaux, y lit-on, se décomposent en par- 
ce ticules organiques, douées d'un certain degré de 
« vilalitéet constituant des animalcules très-simples, 
« lesquels sont susceptibles de se développer comme 
<( des germes par l'adjonction d'autres particules, 
« ou de concourir eux-mêmes au développement de 
« quelque autre animal, pour redevenir libres après 
« la mort et recommencer éternellement un pareil 
(( cycle de transmutations. » 0. F. Mûller n'ad- 
mettait ce mode de formation que pour les micro- 
zoaires les plus infimes et il pensait, en quelque sorte, 
l'avoir saisi à son origine, et avoir vu les particules 

(1) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris^ an VII, 
p. 122. 

(2) 0. F. MuLLER, Ânimalcula infusoria, fluviatilia et marina^ 
quœdetexit , etc. Opits posth. cura Othon. Fabricii. Leipzig, 4787. 



58 HÉTÉROGÉME. 

organiques dont il parle dans le mouvement de dé- 
composition des corps (1). 

Mais ce qui est tiès-regrettable, c'est que le savant 
auquel la science doit de si amples travaux sur les in- 
fusoires, lui ait été ravi avant d'avoir terminé son 
œuvre; lui qui avait tant éclairé l'histoire de ces ani- 
malcules, aurait pu, à n'en pas douter, jeter aussi de 
vives lumières sur leur génération, encore si impar- 
faitement connue (2). 

On s'accorde aussi à attribuer à 0. F. Muller 
la dénomination à'infusoires, sous laquelle on dési- 
gne les animalcules qui vont tant nous occuper (3). 
Cette dénomination, qui a été généralement ac- 
ceptée, nous parait cependant absolument défec- 
tueuse, parla raison que l'essence de ces animalcules 
n'est point d'apparaître seulement dans les infusions, 
puisqu'on en trouve aussi dans tous les liquides où il 
existe des produits organiques en macération. On 
découvre également des infusoires dans la mer, dans 
toutes les eaux stagnantes ; aussi à ce nom nous préfé- 
rons ceux de Mcro:zoaire.s employé par deBlainville (4) 
ou de Protozoaires dont Goldfuss, Carus et Siebold 
ont fait usage (5), parce que ces noms, que nous avons 

(1)0. F. Muller, Vermium terrestrium et fluviatilium Historia, 
1774. 

(2) Le traité d'O. F. MûUer fut publié par les soins d'Othon Fa- 
bricius. 

(3) De Blainville, Dict. des sciences naturelles^ t. XXIII, p. 416, 
et autres auteurs. 

(4) Id., ibid., 1830, t. LX, p. 140. 

(5) Goldfuss, Manuel de zoologie. Nuremberg. 1820, en alle- 
mand . 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 59 

nous-même adoptés depuislongtemps, nous paraissent 
infiniment plus convenables et ne donnent aucune 
idée fausse sur ces animalcules, surtout les pre- 
miers (1), 

De Blainville les appelait aussi .4(/a5^ra/res(2)5 etLa- 
treille Âgastriqites (3), dénominations qui ont néces- 
sairement dû être abandonnées du moment où Ehren- 
berg, et après lui, R. Owen et Carus reconnaissaient 
que loin d'être privés d'estomac, ces animalcules pos- 
sèdent souvent de nombreuses cavités gastriques (4). 

Goeze. observateur habile et pasteur à Quedlim- 
bourg, a suivi de près 0. F. Mûller et a même 
contribué à faire connaître l'œuvre de celui-ci en en 
publiant quelques fragments (5). On lui doit des ob- 
servations sur la scission des microzoaires, qu'il a 
même représentée (6). Il a aussi observé plusieurs de 
ces animalcules dans les infusions (7). 

Plus on étudie les protozoaires, plus on recon- 
naît qu'il est difficile de débrouiller les ténèbres de 

Carus^ Traité élémentaire d'anatomie comparée. Paris, 1835. 
SiEBOLD et Stannius, Anatomie comparée. 

(1) PoucHET, Zoologie classique. Paris, 1841, l. II, p. 588. 

(2) De Blainville, Bull, de la Soc. philom. 

(3) Latreille, Familles naturelles du règne animal. Paris, 1825. 
p. 550. 

(4) Ehrenbep.g, dm Infusion sthierchenj etc. 

R. Owen, Lectureson the comparative Anatomy and Physiology 
of the invertebrate animais. Londres, 1843, p. '22. 

Carus, Traité élémentaire d'anatomie comparée. Paris, 1835. 

(5) Goeze, Berliner Sammlungen (CôllecUons de Berlin), t. IV. 
p. 94. 

(6) Goeze, dans sa Traduction de Bonnet, pi. 7, fig. 7. 

(7) GoEZF, Recueil de la Société des amis de la nature de Berlin, 
t. III, p. 375. 



60 HÉTÉROGÉNiK. 

leur origine. Il n'y a que les physiologistes superficiels 
qui tranchent la question avec une imperturbable 
présomption. Ce que nous disons avait été parfaite- 
ment senti il y a longtemps par Goeze. «11 nous man- 
que, dit ce laborieux ministre protestant, des expé- 
riences suffisantes et concordantes qui puissent servir 
de base à un système parfait et certain, qui réponde à 
toutes les difficultés sur ce sujet obscur, et qui nous 
permette de dire : Ainsi, et non autrement, s'opère 
toute génération des animalcules d'infusions (1). » 

3o Microscope achromatique (dix-neuvième siècle). 

Vers les premières années du dix-neuvièmesiècle, 
l'étude des sciences prit un immense essor, et les 
instruments mis à la disposition des savants ayant 
subi de grands perfectionnements, celles-ci entrèrent 
dans une nouvelle et brillante phase. L'anatomie et 
la physiologie comparées, dans leurs progrès inces- 
sants, jetaient alors de vives lumières sur l'organisa- 
tion et la vie des moindres êtres de la série zoologique 
comme sur les plus obscurs végétaux. 

Depuis cette époque jusqu'(à ce moment, les plus 
illustres zoologistes et les physiologistes les plus en 
renom, favorisés par l'emploi du microscope achro- 
matique et le progrès de Ticonographie, éclairèrent 
sans relâche et avec une rectitude inaccoutumée, la 
structure et lagénésie d'un grand nombre d'animaux 
inférieurs et en particulier celles des microzoaires. 
La connaissance plus intime de ceux-ci fit faire un 

(\) GoEZE;, Mémoire sur les animalcules mères d'infusions. — Cité 
par Gleichen, p. ni. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 61 

grand pas à la queslion qui nous préoccupe, et Ton 
peut dire qu'à compter de cette époque, Thisloiredes 
générations spontanées entre dans une nouvelle voie 
plus sévère et plus pliilosopbique. 

Il est vrai de dire aussi que la science moderne, en 
découvrant les organes génitaux et le mode de re- 
production de certains organismes inférieurs dans 
lesquels ceux-ci étaient précédemment inconnus, a 
semblé restreindre le cercle de la génération spon- 
tanée et les prétentions des liétérogénisles. Mais ce 
résultat a souvent été plus apparent que réel, car, 
ainsi que nous le démontrerons avec les physiolo- 
gistes les plus considérables de l'époque, de ce f|ue 
Ton découvre l'appareil sexuel dans un certain être 
et qu'à un moment donné il se reproduit par la gé- 
nération normale, il n'en résulte pas qu'à sa pre- 
mière apparition il ne se soit pas formé par la spon- 
téparité. Telle est aussi l'opinion desBuffon (1), des 
Lamarck(2), des Burdach (3) et des Bremser (4). 

Lamarck doit occuper Tune des premières places 
parmi la série des grands naturalistes modernes qui 
ont abordé la question de la génération spontanée, 
et cela non-seulement à cause de l'époque à laquelle 
il vécut et qu'il a tant contribué à illustrer, mais 
aussi à cause du courage et de la rectitude avec les- 
quels il émet son opinion à cet égard. 

(1) BuFFON, Suppléments à l'Hist.nat. Deux-Ponts, 1786, t. II, 
p. 27. 

(2) Lamarck, Philosophie zooloyfque. Paris, 1809, t. II, p. 88. 

(3) BuuDAC», Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I. 

(4) Bkemser^ Traité zoologique et physiologique des vers intesti- 
naux. Paris, 1824, in-8% et atlas de 15 planches. 



65 HÉTÉROGENIE. 

Il n'était guère possible que Lamarck, dans son 
écrit sur la philosophie zoologique, passât sous 
silence la question de l'hétérogénie; il en parle en 
effet, non avec ces phrases entortillées qu'affectent 
certains auteurs pour tourner le sujet et décliner 
presque à l'avance la responsabilité de leurs opinions, 
mais avec la netteté et l'assurance d'un homme con- 
vaincu (1). 

«Les corps, dit leLinnée français, sont sans cesse 
assujettis à des mutations d'état, de combinaison et 
de nature, au milieu desquelles les uns passent con- 
tinuellement de l'état de corps inerte ou passif à ce- 
lui qui permet en eux la vie, tandis que les autres 
repassent de l'état vivant à celui de corps brut et sans 
vie. Ces passages de la vie à la mort et de la mort à 
la vie, font évidemment partie du cercle immense de 
toutes les sortes de changements auxquels, pendant 
le cours des temps, tous les corps physiques sont sou- 
mis (2). » 

Mais déjà Lamarck avait préludé à cette exposi- 
tion catégorique du sujet, en disant, dans un autre 
ouvrage, que la nature crée elle-même les pre- 
miers traits de l'organisation dans des masses où 
il n'en existait pas précédemment, et qu'ensuite 

le mouvement vital développe et compose les or • 
ganes (3). 

Plus loin Lamarck pose la question avec une net- 
teté qui ne souffre aucun doute, et sa conviction est si 

.1) Lamarck, Philosophie zoologique. Paris, 1809, t. II, p. 80. 

(2) Id., ibid., p. 61. 

(3) Lamarck, Recherches sur les corps vivants, p. 92. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 63 

profonde que pour mieux l'inculquer à ses lecteurs, 
il souligne chacune de ses phrases. « La nature^ 
dit-il, à V aide de la chaleur, de la lumière, de V élec- 
tricité et de V humidité, forme des générations sponta- 
nées ou directes, à V extrémité de chaque règne des 
corps vivants, où se trouvent les plus simples de ces 
corps (1). » 

Le grand zoologiste, après avoir si franchenient 
tracé ses convictions, s'avance même bien au delà de 
cette première pensée, et déjà il explore une route 
que suivront plus tard la plupart des naturalistes 
philosophes de l'Allemagne. Après avoir dit : « C'est 
pour moi une vérité des 2:)lus évidentes, que la nature 
forme des générations spontanées au commencement 
de l'échelle animale ou végétale, » il se demande s'il 
ne s'en produit pas également dans des régions plus 
élevées de l'organisme? Il n'a pas encore des convic- 
tions arrêtées à l'égard du dernier fait, mais il avoue 
qu'il y a tant d'observations bien constatées qui l'in- 
diquent, et que la nature a tant de ressources, qu'il 
est presque tenté d'y croire. Il lui paraît même pré- 
sumable que les vers intestinaux, et que quelques 
insectes parasites pourraient bien n'être que le résul- 
tat de la génération directe, et que les moisissures et 
divers champignons pourraient aussi avoir la même 
origine (2). 

Cependant, après avoir si nettement tranché la 
question, nous devons avouer que, lorsque, six ans 
plus tard, Lamarck publie son grand ouvrage sur les 

(1) L\MARCK, Philosophie zoologique. Paris j 1809, t. II, p. 80. 

(2) Id., ihid.y p. 88. 



64 HÉTÉROGÉNIE. 

Invertébrés, il semble devenu moins hardi que ne 
rétait l'auteur de la Philosophie zoologique. Sa des- 
cription des infusoires est embrouillée ; et lorsqu'il 
parle de leur reproduction, lui qui précédemment 
poussait Taudace si loin, il devient là de la plus ex- 
trême timidité. Il ne parle plus que des cissiparité, sans 
faire attention que, pour que celle-ci s'accomplisse, il 
faut qu'il y ait nécessairement d'abord, dans une in- 
fusion, une procréation spontanée ou par des œufs (1 ). 
Cependant plus loin , comme par un aveu qui lui 
échappe, en décrivant les monades, il dit que ces vé- 
ritables ébauches de l'animalité ?>e forment, lorsqu'il 
fait chaud, dans les eaux croupissantes ou dans les 
marécages (2). 

On eût désiré trouver dans les œuvres des savants 
qui suivirent Lamarck des opinions sinon d'accord 
avec les siennes, au moins exprimées avec la même 
franchise et sans la moindre équivoque, et c'est ce 
que l'on ne rencontre nullement dans celles des 
hommes qui, tels que Cuvier et De Blainville, pour- 
ront en quelque sorte être regardés comme ses suc- 
cesseurs. 

Cuvier ne doit être mentionné ici que pour com- 
pléter celle esquisse historique ; car ce naturaliste 
d'une immense valeur a traité la question qui nous 
occupe, si légèrement et si vaguement, qu'en con- 
science, si nous pénétrons le sens de ses paroles, 

(1) Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. 
Paris, i8l5, t. I, p. 404. 

(2) Id., ibid. 

(3) W, 26/(/., p. 4H. 



V 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 63 

nous ne sondons réellement pas dans celles-ci les re- 
plis cachés de sa pensée. M. Laurillard, qui a été l'un 
des plus intimes confidents du grand homme, nous 
apprend que celui-ci « croyait à la préexistence des 
germes. Non pas, dit-il, à la préexistence d'un être 
tout formé, puisqu'il est bien évident que ce n'est que 
par des développements successifs que l'être acquiert 
sa forme , mais, si l'on peut s'exprimer ainsi, à la 
présence du radical de V être, radical qui existe avant 
la série des évolutions, et qui remonte au moins cer- 
tainement, suivant la belle observation de Bonnet, à 
plusieurs générations (1).» 

Cuvier admet donc une sorte d'emboîtement au- 
tre que celui de Bonnet, une espèce d'emboîtement 
métaphysique ; car le radical de Vêtre n'est réelle- 
ment que cette force qui préside à tout mouvement 
organique ; cette force, tellement évidente qu'elle a 
été pressentie et admise par tous les physiologistes, 
car ceux-ci n'ont réellement différé que sur le nom 
qu'ils lui imposaient et sur son mode d'action. 

Que cette force culminante de l'organisme soit 
appelée Radical de l'être par Cuvier; Archée, forma- 
rurn or tus et spiritus vitœ, parVan Helmont (2) ; Prin- 
cipe vital, par Barthez (3); Ame, par Stahl (4), 
cela n'y fait absolument rien , c'est l'aveu de son 
existence et de son impulsion qui constitue toute la 
doctrine. Mais cet être abstrait, Cuvier ne le fait 

(1) Laurillard, Éloge de Cuvier , p. 55. 

(2) Van Helmont, Opéra omnia. Tract, de anima. 

(3) Barthez, Nouveaux éléments de la science de l'homme. 

(4) Staul, De organismi et mechanismi diversitate. Halle, 1706. 

POUCHET. 9 



6(5 HETEROGENIE. 

remonter qu'à plusieurs générations ; il a donc été 
précédemment libre de toute liaison organique, et 
ce n'est donc qu'à un certain moment qu'il s'est con- 
jugué, uni à la matière pour lui imposer une période 
d'évolutions. Là, à cet instant, a commencé une gé- 
nération primordiale ; c'est évident : un principe 
abstrait a coordonné des matériaux épars^ en a do- 
miné l'arrangement et a créé un nouvel être. Nous 
ne demandons pas autre chose ; seulement, pour nous, 
ce principe a tantôt sa sphère d'action dans le tissu 
ovarique, tantôt dans la matière organique amor- 
phe; dans l'un comme dans l'autre cas, sa puissance 
et son œuvre offrent d'aussi profondes ténèbres à 
notre intellect. 

Lalreille a suivi les mêmes errements que Cuvier; 
cependant il s'avance assez pour qu'on puisse le 
compter parmi les partisans de la génération primi- 
tive, puisqu'il dit, dans l'un de ses ouvrages, que les 
protozoaires naissent à nu dans les diverses matières 
animales ou végétales en infusion (l). 

L'illustre successeur de Lamarck et de Cuvier, 
M. De Blainville, en reprenant leurs travaux, y a 
laissé de vivaces empreintes de son génie. Dans son 
histoire des zoophytes (2), qui n'est pas l'un de ses 
moindres litres de gloire, ainsi que dans plusieurs 
de ses articles du Dictionnaire des sciences naturel- 
les, il se trouve forcément appelé à se prononcer sur 

(i) Latreille, Familles naturelles du règne animal. Paris, 1825, 
p. 551. 

(2) De Blainville, Manuel d'actinologie ou de zoophytologie. 
Paris, 1834. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 67 

l'organisation et la reproduction des microzoaires. 
Dans un très-court article sur ceux-ci, écrit en 1822, 
on \oit poindre de toutes parts les plus ingénieux 
aperçus sur l'organisation et la classification de ces 
êtres : c'est en quelques lignes toute une ébauche de 
leur histoire (1). Dans ses écrits subséquents, le grand 
naturaliste ne s'avance guère au delà, surtout pour 
ce qui concerne leur reproduction et leur organi- 
sation. 

On devait essentiellement s'attendre à ce résultat; 
car ce savant, dont je me glorifie d'être l'élève, et 
qu'un de ses plus illustres antagonistes, par une bien 
noble abnégation, en conversant avec moi, rangeait 
parmi les princes de la zoologie moderne, n'était 
guère apte aux patientes observations que nécessite 
l'exploration des infiniment petits; son naturel 
bouillant, impatient, était l'obstacle insurmontable. 
Ne l'ai-je pas entendu, dans ses cours de physiologie 
comparée, employer toutes les ressources de sa logi- 
que pour démontrer que les zoospermes n'existaient 
nullement (2)? A l'égard de la génération des micro- 
zoaires, il est constamment indécis ; lorsqu'il prélude 
à leur histoire, il récuse la génération spontanée 
à l'égard d'une grande partie de ceux-ci, mais il pa- 
raît disposé à l'admettre pour les autres (3); huit 
ans après, lorsqu'il produit son grand travail sur les 

(1 ) De Blain ville. Dictionnaire des sciences naturelles. Paris, 1 822, 
t. m, p. 419; —t. LX, p. 141. 

(2) De Blainville , Cours de physiologie générale et comparée. 
Paris, 1835. 

(3) De Blai n ville. Dictionnaire des sciences naturelles. Paris, i 822 , 
t. XXllI, p. 420. 



68 HÉTÉROGÉNIE. 

zoophytes, il n'est encore nullement fixé, et on le 
voit se résumer, en disant : « Nous n'avons, du reste, 
rien de bien positif sur le mode de reproduction de 
ces animaux (1). » 

Était-il possible que l'ardent anatomiste parvînt à 
une autre conclusion sans de patientes et longues 
observations? et il n'en avait jamais fait, puisqu'il 
confesse lui-même , dans son dernier travail sur les 
microzoaires, que toutes les expériences qu'il a en- 
treprises ne sont point encore terminées au moment 
où il écrit l'histoire de ces animaux. 

Dans son premier article sur les infusoires , De 
Blainville, sans être influencé par les assertions de 
Spallanzani, acceptées sans contrôle par tant de phy- 
siologistes (2), avoue seulement que l'espèce de scis- 
sion par laquelle on a cru que les infusoires se re- 
produisaient, peut se concevoir à priori, mais il 
ajoute qu'il serait cependant important de voir si 
elle a certainement lieu (3). Ce n'est que huit ans 
plus tard , en revenant sur ce sujet , qu'il dit enfin : 
« Nous nous sommes assuré positivement que plu- 
sieurs espèces de kolpodes peuvent se propager en se 
coupant à peu près par le milieu du corps. Nous 
avons vu, ajoute-t-il, ceXie -singulière scissure plu- 
sieurs fois d'une manière indubitable (4). » 

(1) De BlainvillEj Art. Zoophytes, Dict. des se. nat. Paris, 1830, 
t.LX, p. 144. 

(2) LoNGET, Traité de physiologie, etc. 

(3) De Blainville, Dictionnaire des se. naturelles. Paris, 1822. 
t. XXUI, p. 420. 

(4) De Blainville, Dict. des se. nat. Paris, 1830, t. LX, p. 144. 
— Manuel de zoophytologie . Paris, 1834. 



• HISTORIQUE. — ÉPOQUE iMODERKE. 69 

Nous en sommes absolument au même point, 
n'ayant vu cette scission que comme une rare excep- 
tion durant plus de dix années d'observation. 

L'un des élèves de M. De Blainville, M. P. Gervais, 
a montré moins d'hésitation que son maître. Quoique 
confessant que la science ne possède pas assez de faits 
pour trancher la question, il n'en considère pas 
moins l'hypothèse de la génération spontanée comme 
tout à fait inadmissible. Selon lui, les germes des in- 
fusoires et des entozoaires sont probablement tenus 
en suspension dans les fluides que nous respirons ou 
dans ceux qui composent notre nourriture ou qui 
circulent dans notre organisme. Partout, dans cette 
véritable panspermie, ils se trouveraient à l'état 
latent, pour ne commencer leur évolution qu'au 
moment où ils rencontrent les circonstances favo- 
rables (1). 

A l'étonnante indécision qui a régné dans les œu- 
vres des deux naturalistes auxquels leur incontesta- 
ble célébrité imposait de nous éclairer sur une aussi 
grave question, nous pouvons actuellement opposer 
les opinions d'une série d'hommes illustres, philoso- 
phes, naturalistes et physiologistes . qui ont marché 
sans hésitation sous la même bannière que les Buf- 
fon, les 0. F. Mûller et les Lamarck. 

A leur tête, on compte Cabanis, deux fois illus- 
tre , et comme philosophe et comme médecin. Ses 
allures franches contrastent ostensiblement avec la 
contenance timorée de Cuvier. Dans ses considé- 

(1) E. Gervais, Dict. d'histoire nat. et des phénom. de la nature. 
Paris, 1836. t. IV, p. i48. 



70 HÉTÉROGÉNIE. 

rations sur la vie animale, il revient assez sou vent sur 
l'organisation de la matière, et là, de place en place, 
on peut apprécier ses doctrines sur la génération 
spontanée, qu'il admet d'une manière fort étendue. 

Cabanis professe que, suivant certaines circon- 
stances, la malière inanimée est capable de s'organi- 
ser, de vivre et de sentir (1) ! 

H ne se borne pas à croire que la force plastique 
s'épuise au delà de la production des infusoires ; 
cet illustre penseur n'est pas moins audacieux que 
l'école allemande. Selon lui, fréquemment, les 
pouxet les vers intestinaux qui assiègent l'homme, 
devraient leur origine à la génération spontanée. 
A l'égard de ces derniers, ses convictions sont telles, 
qu'on le voit s'égarer avec la même bonhomie que 
le firent quelques auteurs de l'antiquité (2). Il pré- 
tend qu'on peut parfois en suivre à l'œil le dévelop- 
pement, parce que l'on voit assez fréquemment des 
enfants expulser des lambeaux de vers intestinaux 
« à peine ébauchés et traînant après eux des por- 
tions plus ou moins considérables de glaire, dans 
lesquelles les parties organisées vont s'évanouir et 
se fondre par d'insensibles dégradations (3). » 

Ces animaux , suivant Cabanis, se forment au 
milieu et à l'aide des humeurs des êtres chez lesquels 



(1) Cabaisis, Rapports du physique et du moral de l'homme. 
Paris, 1824, t. II, p. 240. 

(2) DiODORE DE Sicile, Bibliothèque historique. Paris, 1846, t. II, 
p. 12. 

(3) Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme. 
Paris, 1824, t. II, p. 242. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 7 4 

on les observe ; car après ce que l'on vient de lire il 
ajoute: « On trouve sur lesquadrupèdes, sur les oi- 
seaux et dans les différentes parties de leur corps, 
des peuplades d'animalcules très-variées, que l'on 
peut, à juste litre, regarder comme des générations 
de la substance même de l'individu (1). » 

Parmi les plus ardents partisans de la génération 
spontanée qui apparurent au commencement du dix- 
neuvième siècle, et envisagèrent la question plus 
sérieusement qu'on ne l'avait fait d'abord, il faut 
citer en première ligne Bory Saiiit-Vincent. Déjà il 
s'exprime à ce sujet fort nettement dans l'un des ar- 
ticles de ï Encyclopédie méthodique^ en disant : « Il 
est bien démontré maintenant qu'il existe des créa- 
tures végétantes, et même très-vivantes, qui peuvent 
naître spontanément sans œufs ni germes, sauf à dis- 
paraître sans se reproduire, ou bien à se reproduire 
par scission (2). » Il émet là une idée exacte, selon 
moi, car il existe quelques microzoaires qui me pa- 
raissent ne jamais se reproduire autrement que par 
l'hétérogénie ; mais en terminant il est moins auda- 
cieux que l'école qui va le suivre immédiatement, et 
prétendre que certains animaux naissent primitive- 
ment par spontéparité, puis, après cela, sécrètent des 
œufs et se reproduisent parle mode normal (3). 

(1) Cabanis, Rapports du physique et du moral. Paris, 1824, t. II, 
p. 241 . 

(2) Boa Y Saint-Vincent, Ency. méth. Zoophytes, art. Psycho- 
iUaires, t. II, p. 691. 

(3) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intesti- 
naux. Paris, 1824. 

Blrdach, Traité de physiologie. Paris, 1. 1. 



72 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans la suite, Bory Saint- Vincent n'abandonne 
point son idée. Ses méditations le portent, au con- 
traire, à la développer plus ostensiblement ; c'est ce 
qu'on le voit faire dans plusieurs articles du Diction- 
naire classique d'histoire naturelle, où il semble 
déjà éclairer, mais encore timidement cependant, la 
route presque inexplorée que les physiologistes alle- 
mands vont franchir audacieusement, en ne crai- 
gnant pas d'affronter les mystères de l'inconnu à 
l'aide des seules forces de la pensée (1). 

Dans son article Microscopiques, du Dictionnaire 
classique, ce naturaliste s'exprime ainsi : « L'idée 
de générations spontanées révolta d'abord de très- 
bons esprits, et le microscope en démontre pour- 
tant l'existence. Ces assertions seront sans doute 
traitées légèrement par la presque totalité des sa- 
vants qui, ayant formé leur manière de voir d'après 
des créatures où les sexes sont incontestables, ne 
sauraient consentir à ne pas avoir tout connu ; mais 
lorsque l'habitude des observations du genre de 
celles où nous nous sommes longtemps et patiem- 
ment exercé, sera très-répandue, et que pour étudier 
la nature on adoptera la marche du simple au com- 
posé, force sera de ne les plus trouver absurdes (2).» 

M. Dumas, qui a jeté de si vives lumières sur cer- 
tains points de la physiologie comparée, et en par- 
ticulier sur la génération, a été conduit par ses nora- 

{\) Bory Saint-Vincent, Dictionnaire class. d'hist. nat., article 
Matière. 

(2) Bory, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1826, 
t. X, p. 541. 



HISTORIQUE. ÉPOQLK MODERNE. 73 

breuses expériences sur celle-ci, à considérer cer- 
tains animaux inférieurs, tels que les infusoireset 
quelques vers intestinaux, comme pouvant devoir 
leur origine à la génération spontanée. Selon lui les 
spermalozoaires n'auraient pas une autre source. 
L'illustre chimiste a formulé ses opinions avec une 
netteté, avec une précision qu'on voudrait souvent 
retrouver dans les œuvres de beaucoup de naturalis- 
tes de notre époque, qui sont souvent fort obscurs, 
fort indécis, lorsque la nécessité les conduit à trai- 
ter ce sujet. 

M. Dumas ne se borne pas à combattre les étran- 
ges prétentions de quelques-uns des partisans de la 
thèse qu'il embrasse sans hésitation ; il en pose les 
conditions, et il en trace minutieusement les phéno- 
mènes, tels qu'il les a observés durant ses délicates 
expériences (1). 

Si là il condamne de trop crédules observateurs 
qui, à l'exemple de Fray, imbus des idées anciennes, 
s'imaginent encore que les substances en putré- 
faction peuvent engendrer des mouches ou d'autres 
insectes aussi compliqués ; s'il s'élève énergiquement 
contre les prétentions de Spallanzani, lorsqu'il pro- 
fesse que les germes des infusoires résistent à l'ébul- 
4ilion , ailleurs il sait tracer avec une admirable 
précision tous les phénomènes à l'aide desquels la 
nature procède au développement spontané des 
moindres êtres de la création. Devenu l'un des plus 
habiles micrographes de son époque, il nous révèle 

(i) Dumas, Annales des sciences naturelles, i. I, II, III. — Diction- 
naire classique d'histoire naturelle. PdiVis, 1825, t. VII, p. 194. 



lA HÉTÉROGÉNIE. 

comment, dans les infusions, les molécules animées 
se groupent successivement pour donner enfin 
naissance à des êtres plus élevés, à des microzoaires 
résultant de ces agglomérations. M. Dumas a tracé 
la route que devraient suivre tous les observateurs. 
Il donne l'exemple en ne décrivant que ce qu'il a vu; 
et il appelle de nouvelles expériences qui, comme 
il le dit, débarrassées aujourd'hui de toutes les chan- 
ces d'erreurs que la physique et la chimie peuvent 
nous permettre d'éviter, pourront enfin éclairer 
une si importante question, et rendre à la physiolo- 
gie le plus éminent service (1). 

Mais si la question de l'hétérogénie a jamais été 
traitée avec une grande élévation, et parfois même 
avec une profonde philosophie, c'est assurément en 
Allemagne qu'on l'a observé. Ce que nous avons à 
peine effleuré, l'audacieuse persévérance des natu- 
ralistes allemands l'a fouillé à fond, et ceux-ci se 
sont livrés à ce sujet à toutes les témérités de la pen- 
sée. Au premier rang des défenseurs de l'hétérogénie, 
brillent principalement les noms des Bremser, des 
Tiedemann,des Burdach, des Carus,et surtout celui 
deTreviranus, qui s'en est occupé avec toute la saga- 
cité d'un expérimentateur consommé. 

Les magnifiques développements que prit l'étude 
des sciences au commencement de notre siècle por- 
tèrent les penseurs à sonder les plus mystérieuses 
opérations de la nature. Des instruments d'une rare 
perfection leur étaient offerts, et en s' aidant de toutes 

(1) Dumas, Annales des sciences naturelles , t. 1, II, III. — Diction- 
naire classique d'histoire naturelle. Paris, 1825, t. Vil, p. 224. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODEREE. 75 

les ressources synthétiques que les découvertes ré- 
centes leur donnaient si libéralement, ils ont pu s'a- 
vancer moins timidement que leurs prédécesseurs, 
et c'est alors qu'ils ont quitté la voie uniquement 
hypothétique pour lui substituer des théories phi- 
losophiques, ou de véritables déductions tirées de 
l'observation et de la comparaison des faits. 

Bremser, savant médecin allemand, intervint dans 
la discussion en 1818, dans son Traité des vers in- 
testinaux. Son but était de démontrer que, lors- 
que ceux-ci apparaissent pour la première fois dans 
le corps des animaux, ils s'y produisent par la géné- 
ration spontanée. Cet auteur a traité ce sujet fort 
largement, et souvent même il lui donne une grande 
élévation en empruntant ses arguments aux phases 
géologiques du globe ou à la zoologie. 

Bremser a non-seulement considéré les infusoires 
et les vers intestinaux comme étant dus à l'hétéro- 
génie, mais il prétend aussi que certains insectes, 
tels que les poux, lui doivent parfois naissance. Il 
n'ignore pas que ces animaux possèdent des ovaires 
et des œufs, et même que plusieurs sont vivipares; 
mais ces objections n'enchaînent nullement un es- 
prit aussi indépendant que le sien, et on le voit pro- 
fesser que, lorsqu'ils apparaissent pour la première 
fois chez l'homme ou les animaux, ils y naissent 
spontanément (1). 

Les théories de Bremser ont reçu indirectement 
la sanction d'un des plus illustres savants de notre 

(1) Bremser j Traité zooîogique et physiologique des vers intes- 
tinaux. Paris, 1824, p. 65. 



76 HÉTÉROGÉME. 

siècle : Humboldt semble s'y associer, puisque dans 
une de ses lettres il cite l'ouvrage de Thelmintholo- 
giste allemand comme un excellent traité (1). 

L'esprit philosophique d'Oken ne pouvait laisser 
passer inaperçue une thèse telle que la spontépa- 
rite, encore toute pleine d'obscurité, il est vrai, mais 
qui se prêtait à de si magnifiques développements, 
m'admet sans conteste et va même plus loin, puis- 
qu'il considère tous les êtres comme n'étant compo- 
sés que d'animalcules microscopiques (2). Cependant 
on doit dire que ce grand naturaliste a plutôt traité 
cette question à l'aide de l'argumentation qu'en ex- 
posant des faits. 

Carus, qui est peut-être le plus audacieux de ses 
compatriotes lorsqu'il affronte les questions délicates 
de l'anatomie transcendante, traite la question des 
générations primordiales avec moins de clarté que 
ceux-ci; mais cependant on s'aperçoit assez qu'il 
en est partisan lorsqu'il dit, dans son Anatomie 
comparée, « que toute naissance, toute génération, 
« est, quant à son essence , la production d'une 
« chose déterminée par une chose non déterminée, 
« mais déterminable, et que le déplacement spon- 
« tané d'un être déterminé qui naît d'un être indé- 
« terminé, est la ligne primordiale et en même temps 
« le symbole de la vie (3). » 

(1) Humboldt, Lettre à M. Panckouke, imprimée en tête de la 
traduction de Bremser, 

(2) Gérard, Dict, univ. d'hist. nat., t. VI, p. 56. 
DujARDiN, Histoire naturelle des infusoires. Paris, p. 92. 

(3) Carus, Anatomie comparée. Paris, 1835, t. Ill^ p. 13. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 77 

Mais parmi les savants allemands qui se sont occu- 
pés de la génération spontanée, Treviranus et Tiede- 
mann doivent être cités au nombre de ceux qui l'ont 
défendue avec plus d'autorité (l).Le premier a ana- 
lysé avec la même sagacité les travaux de Needham, 
Wrisberg, 0. F.MûUer, Ingenhousz, etc., qui en fu- 
rent d'ardents partisans, et ceux de Spallanzani, de 
Terechovski, leurs antagonistes (2) ; et, en physiolo- 
giste consciencieux, avant de combattre ou d'ap- 
prouver les doctrines des autres, il a répété leurs 
expériences, et ensuite il lésa diversement variées. 

Ainsi que presque toute l'école allemande, Trevi- 
ranus et Tiedemann admettent, comme Buffon l'a- 
vait fait, une matière organique primaire, amorphe, 
susceptible par sa concentration de se revêtir de for- 
mes diverses, sous l'influence de la vie qui vient l'ani- 
mer. En parlant de cette véritable matière plastique, 
subissant toutes les mutations imaginables, Trevi- 
ranus dit qu'elle est dépourvue de formes, mais 
qu'elle est apte à prendre toutes celles de la vie et à 
les conserver sous l'influence des causes extérieures ; 
mais que, quand ces causes cessent d'agir, elle prend 
d'autres formes sous des influences nouvelles (3). 

Mais Tiedemann, surtout, expose ses opinions en 
des termes dont la netteté ne laisse rien à désirer : 
« Les êtres organisés, dit ce célèbre physiologiste, 
« sont produits par leurs semblables ou doivent nais- 

(i) TrevirkîsXjs f Biologie. Gœttingue, 1802. 
Tiedemann, Physiologie de l'homme. Paris, 1831. 

(2) Terechovski, Diss. de chao infusorio Linnœi. 

(3) Treviranus, Biologie. Gœttingue, 1802, t, II, p. 267-403. 



78 HÉTÉROGÉINIE. 

« sance à la matière des corps organisés en état de 
« décomposition (1). » Ailleurs il ajoute : « La puis- 
« sance plastique de la matière ne s'éteint pas après 
« la mort ; elle conserve la faculté de revêtir une nou- 
« velle forme et de se montrer apte à jouir de la vie. 
« La mort ne porte donc que sur les individus orga- 
« nisés, tandis que les matières organiques entrant 
« dans la composition de ces êtres, continuent à pou- 
ce voir prendre forme et recevoir la vie (2). » 

Poussant l'investigation des faits jusqu'à sa der- 
nière limite, Tiedemann va même jusqu'à tracer les 
conditions dans lesquelles les molécules de la matière 
vivante peuvent animer d'autres existences ou celles 
qui leur en interdisent la puissance; c'est alors qu'il 
dit : « Les matières organiques qui se séparent de leur 
« organisation conservent, lorsqu'elles ne sont pas 
« ramenées à leurs éléments ou converties en corn- 
« posés binaires par l'action des affinités chimiques, 
« la propriété de reparaître, avec le concours d'in- 
« fluences extérieures favorables, de la chaleur, de 
« l'eau, de l'air et de la lumière, sous des formes 
« animales ou végétales plus simples, qui varient 
« toutefois en raison des influences à l'action des- 
« quelles elles se trouvent soumises (3). » 

Burdach, l'un des savants les plus éminenls de la 
laborieuse Allemagne, ayant dû, dans son œuvre, se 
prononcer sur la génération spontanée, on reconnaît 
qu'il l'a considérée comme un fait indubitable. A cet 

(1) Tiedemann, Physiologie de l'homme. Paris, i83l,t. I, p. 100. 
(2)/d., p. 104. 
(3) Id., p. 152. 



I 



HISTORIQUE. EPOQUE MODERNE. 79 

égard, rien n'arrête l'illuslre physiologiste; et sortant 
des voies où la timidité enchaîne ordinairement les 
plus ardents partisans de l'hétérogénie , lui, il en 
étend les phénomènes beaucoup plus loin qu'eux. Ne 
se bornant pas à admettre qu'elle ne produit de nos 
jours que des êtres de la plus infime organisation, il 
lui prête aussi le pouvoir de donner naissance à cer- 
taines créatures d'un ordre élevé dans la série zoolo- 
gique ou botanique. 11 va même jusqu'à concevoir 
que dans certains cas exceptionnels il peut en naître 
encore des champignons (1), des vers, des insectes, 
des crustacés et peut-être même certains animaux 
vertébrés (2). 

Le traité de Burdach contient le plus complet ex- 
posé qui ail encore paru sur la matière. Il s'y appuie 
de tant d'autorités imposantes, il cite tant de faits et 
il les élucide avec une si laborieuse persistance, qu'il 
convainc ses lecteurs, sinon de l'existence absolue 
de tous ceux-ci, au moins de celle de la plupart d'en- 
tre eux. 

J. Mûller a marché dans la même voie que ses 
compatriotes. Il admet une génération spontanée 
qui ne serait que le résultat de la décomposition 
des grands organismes, dont les molécules, en se 
dissociant, deviendraient autant d'animalcules. « Or- 
« dinairement, dit-il, les corps organiques d'une cer- 
« taine espèce ne naissent que d'autres corps de la 
« même espèce qu'eux, c'est-à-dire, par des œufs 
« ou des bourgeons. Mais on peut se demander si, 

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 32. 

(2) M., p. 30-45, etc. 



80 HÉTÉROGÉISÎE. 

« lorsqu'un corps organique se décompose, la ma- 
a tière qui le constitue ne produit pas aussi, sous 
« certaines influences, des organismes d'une autre 
« espèce; si non-seulement elle est apte à vivre, 
« mais encore continue de vivre avec d'autres modi- 
« fications ; si par le concours de certaines condi- 
« tions, c'est-à-dire, par l'action de l'air atmosphé- 
« rique, de l'eau, de la lumière, elle se résout en 
« infusoires vivants, tandis qu'en d'autres circon- 
« stances elle revit dans des plantes appartenant aux 
« classes inférieures, les moisissures (1). » 

Plusieurs des savants allemands que nous venons 
de citeront même donné à la génération spontanée 
une puissance que nous sommes loin de lui accor- 
der, mais qui témoigne de leurs profondes convic- 
tions. Nous ne la plaçons que sur l'extrême limite 
des deux règnes ; là où l'anatomie et la physiologie 
semblent presque faire défaut, eux n'ont pas craint 
de lui attribuer des organismes parfaitement déter- 
minés. Burmeister prétend que les poux et l'acarus 
de la gale peuvent en être le résultat (2); Bremser, 
comme nous venons de le dire, lui attribue aussi 
les poux et certains entozoaires munis d'appa- 
reils sexuels (ri); Burdach semble croire que non- 
seulement elle produit des infusoires, mais encore 
qu'il peut en résulter des poissons (4), opinion que 

(1) J. MuLLER, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 9. 

(2) Bur.MEiSTER, Handbuck der Entomologie. Berlin, 1705 (Manuel 
de rentomologie). 

(3) Bremser, Traité des vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824. 

(4) BuRDACii, Traité de phîjsiologie. Paris, 1. 1, p. 45. 



HISTORiQUl'. — EPOQUE MODERNE. 81 

nous avons déjà vu être celle du prince des zoolo- 
gistes (1). 

Mais si l^Allemagne paya largement son contingent 
à la question de l'hétérogénie et si ses physiologistes 
les plus éminenls l'acceptèrent comme un fait dé- 
montré, les zoologistes anglais s'en occupèrent beau- 
coup moins; les uns ne l'admirent qu'avec un ex- 
trême doute, les autres la combattirent vivement. 

Au nombre des Anglais qui n'ont abordé qu'avec 
réticence la question de l'hétérogénie, Allen Thom- 
son doit être cité au premier rang. Ce savant avoue 
que celle-ci n'a dû son discrédit qu'à l'obstination 
de quelques-uns de ses partisans à invoquer des faits 
manifestement impossibles, et que, sans cela, elle eût 
conquis plus de prosélytes (2). 

Tandis que le majorité des hommes transcendants 
de l'Allemagne embrassait si énergiquement la 
cause de l'hétérogénie, en France, on voyait surgir 
de moment en moment quelques partisans de cette 
hypothèse; m.ais ceux-ci plus timides et moins dis- 
ciplinés, loin d'avoir la ferveur des Bremser, des 
Burdach, des Tiedemann et des Treviranus, n'émet- 
taient leurs opinions que comme autant d'aveux 
arrachés de vive force par les circonstances. 

Cependant, quelques-uns des naturalistes, élevés 
à l'école philosophique de Geoffroy Sainl-Hilaire, 
avec l'indépendance du maître, ont aussi abordé la 

(i) Aristote, Histoire des animaux, traduct. de Camus, t. 1, 
p. 363. 

(2) Allen Thomson, Génération, todd's Cycîopœdia of Anatonuj 
and Physiology, t. XI, p. 431. 

PeUCBET. 6 



82 HÉrÉROGÉNlE. 

question à l'aide de la même franchise que nous 
avons rencontrée chez les Allemands. Parmi eux, 
Dugès doit occuper l'un des premiers rangs. Moins 
hardi que les physiologistes que nous venons de citer, 
et peut-être moins préparé qu'eux par l'expérience 
et la méditation, il se contente seulement d'exprimer 
ses convictions, mais sans leur donner ce dévelop- 
pement qu'on aurait pu attendre de lui, et qu'on 
aurait cru devoir entrer dans le plan de sa physiolo- 
gie comparée. 

Cependant Dugès n'hésite pas à dire que les objec- 
tions qu'on oppose à la spontéparité lui paraissent de 
peu de valeur, et que c'est aux doctrines opposées qu'il 
faut adresser le reproche d'être inintelligibles (1); as- 
sertion tout à fait marquée au cachet de l'exactitude; 
car, ainsi que nous le démontrerons, l'hétérogéiiie 
explique lucidement certains phénomènes dont les 
ovaristes ne peuvent donner la moindre solution: 
et ses vérités, facilement accessibles, contrastent 
ostensiblement avec les obscures conceptions de ses 
antagonistes. 

Parmi les derniers travaux relatifs aux Infusoires, 
viennent ceux de M. Dujardin. L'œuvre de ce natu- 
raliste laborieux a une réelle importance soit par les 
bonnes observations dont il est rempli, soit par son 
étendue. L'auteur, avec une grande indépendance, 
attaque avec vigueur les hypothèses qui lui paraissent 
erronées, et il ne craint pas, pour le triomphe de ses 
opinions, d'affronter les plus rudes antagonistes. C'est 

(1) DuGÉs, Traité de physiologie comparée. Paris^ 1839, t. 111^ 
p. 207, 208. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 83 

ainsi qu'il reproche à Ehrenberg d'avoir attribué aux 
Infusoires une richesse d'organisation qu'on ne leur 
découvre nullement (1). En cela il a tort, et une lon- 
gue pratique du microscope nous a convaincu de 
l'authenticité de ce qu'avance l'illustre mierographe 
de Berlin. Avec la moindre attention on vérifie sur 
plusieurs genres cette disposition polygastrique contre 
laquelle s'élève le naturaliste français : on précise 
le diamètre des estomacs, et on les voit se remplir 
à volonté d'ahments, comme nous l'avons observé à 
tant de reprises (2). 

M. Dujardin, dans divers endroits de ses œuvres, 
admet évidemment la génération spontanée, soit 
pour les infusoires, soit pour quelques helminthes (3). 
Mais ce que l'on devait attendre d'un naturahste 
qui est si riche d'observations, c'eût été de formuler 
nettement ses principes à ce sujet et d'émettre sur 
quels faits il les fonde principalement; et c'est ce que 
l'on ne trouve pas nettement exprimé dans ses gé- 
néralités sur la physiologie de ces animaux. A diver- 
ses reprises il dit aussi que plusieurs de ceux-ci sont 
dépourvus de sexe et se reproduisent par scission. 
N'avoir point de sexe, c'est n'avoir point] d'œufs, 
et comme avant que de pouvoir se diviser itfaut 
naître, alors, forcément, il faut bien que le premier 



(1) DujARDiN_, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841. 

(2) PoucBET, Recherches sur les organes de la circulation, de la 
digestioïi et de la respiration des infusoires. — Comptes rendus de 
l'Académie des scienc es^ 1 848-1 849. 

(3) Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, et 
Histoire naturelle des helminthes , 1844. 



84 IlÉTÉROGÉME. 

microzoaire qui se produit dans une macération, y 
soit engendré spontanément ! 

Cependant, M. Dujardin, en traçant l'histoire des 
vers intestinaux, est forcé d'avouer que l'apparition de 
plusieurs d'entre eux ne peut se concevoir ration- 
nellement que par l'hétérogénie (1). C'est ainsi qu'il 
explique seulement par elle l'apparition de certains 
helrainthesmicroscopiques(^?ic/ima5/j/ra/i5,R.Ow.), 
qui envahissent parfois presque tous les muscles de 
l'homme (2). 

Dans son Histoire naturelle des Infusoires, la 
même question, sivivace àl'égard de ce sujet, s'était 
déjà présentée ; mais dans cet ouvrage il oscille à 
diverses reprises : là il semble avoir de grandes ten- 
dances à expliquer par la génération primaire l'ap- 
parition de certains protozoaires; ailleurs ce mode 
de reproduction lui parait moins clair (3). 

En s'occupant de l'histoire des vers intestinaux, 
M. Eudes Deslongchamps a aussi été conduit à se 
prononcer sur leur mode de propagation et il n"a 
pas hésité à embrasser à ce sujet les vues générale- 
ment professées par les helminthologistes allemands, 
et à dire qu'il considérait ces animaux comme étant 
le résultat de la génération spontanée. Il ne prétend 
pas en avoir découvert aucune preuve directe, mais 
ainsi que tous les naturalistes consciencieux, il 
trouve que, sans invoquer ce moyen, il est absolument 

(i) DujARDiN, Histoire naturelle des helminthes. Paris, p. 294-408. 
(2) Id., Ibid., Paris, 1844. 

(3j Jd., Histoire naturelle des in fumoir es. i*aris. J8il, 
p. 100. 



ITISTORiQUE. ÉPOQUE MODERNE. 80 

impossible d'expliquer comment s'engendrent cer- 
tains entozoaires (1). 

Au nombre des derniers naturalistes qui admet- 
tent la génération spontanée il faut encore compter 
A. Richard. Il passe, sans s'y arrêter, sur la repro- 
duction des Infusoires; maisentraîné par ses convic- 
tions, avec cette probité dont il a été un si vivant 
modèle, l'illustre professeur dont je m'honore d'a- 
voir été l'ami, termine son œuvre sur la zoologie mé- 
dicale en disant que pour un grand nombre de vers 
intestinaux, la génération spontanée lui paraît le 
mode le plus probable qu'on puisse admettre pour 
expliquer leur origine (2). 

Quelques naturalistes éminents de notre époque, 
ayant restreint le cercle de la génération spontanée, 
n'admirent plus guère celle-ci que dans les êtres 
dont l'organisation s'était jusqu'alors dérobée à nos 
recherches; et à mesure que leur structure nous fut 
dévoilée par la micrographie, on craignit désormais 
d'attribuer cette origine à des animaux doués d'ap- 
pareils vitaux assez complexes. 

En suivant cette impulsion, Ehrenberg, auquel 
on doit de si belles observations et un si magnifique 
ouvrage sur les Microzoaires, passa naturellement 
parmi les adversaires de la spontéparité (3), 



(1) Eudes Deslongchamps, Encyclopédie méthodique. Zoophytes, 
Paris, 1824, t. II, p. 773. 

(2) A,RiciikKD,Histoire naturelle médicale. Zoologie. Paris, 1849, 
t.I, p. 310. 

(3) EiiRKNBERG;, Die Infusionsthierchen ah voUkommene Organis- 
men. Leipsig, iB38. 



86 HÊTEROGENIE, 

Le célèbre professeur de Berlin nous apprit que 
divers animalcules microscopiques, auxquels certains 
naturalistes refusaient toute trace d'organisation (1), 
étaient cependant doués d'appareils vitaux fort mul- 
tiples et d'une merveilleuse ténuité. Ses découvertes 
étaient tellement inattendues, que plusieurs savants 
proclamèrent que l'on était presque tenté de les con- 
sidérer comme un roman ingénieux (2); elles étaient 
cependant bien positives. 

Les volumineux travaux d'Ehrenberg ayant am- 
plement éclairé l'organisation des infusoires, le sa- 
vant de Berlin voulut les compléter en signalant les 
organes génitaux de ceux-ci; mais dans cette der- 
nière tentative il fut moins heureux que dans les 
autres. N'ayant jamais observé d'accouplement entre 
ces animaux, il en conclut qu'ils devaient être herma- 
phrodites. Il prit parfois pour des œufs les molé- 
cules produites par la diffluence, et considéra comme 
des appareils générateurs mâles les vésicules contrac- 
tées que présentent certains microzoaires (3); vési- 
cules que Spallanzani regardait comme des appareils 
de respiration (4) et que nous avons enfin exactement 
déterminées, en démontrant qu'elles ne pouvaient 
être que des cœurs lançant le sang dans toutes les 

(1) 0. F. MuLLER, Animalium infusoriorum succincta historia. 
Copenh., 1773. — Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 
1841. — Dict. univ. d'hist. natur. Paris, 184G, t. VII, p. 44. 

(2) Comp. Gérard, Dict. univ. d'hist. nat. Paris, 1845, t. VI. 
p. 58. 

(3) Ehrenberg, Zusàtze zur Erkenniniss, etc., 1836. Supplé- 
ments, etc. 

(4) Spallanzani, Opusc, de phys. anim. et veg. 



HISTORIQUE. -— ÉPOQUE MODERNE. S" 

parties du corps, et que nous avons signalés jusque 
dans l'œuf où on en constate déjà les pulsations (1). 

Ehrenberg doit être compté au nombre des plus 
savants antagonistes de la génération spontanée. Il 
l'attaqua vivement dans plusieurs de ses écrits, mais 
c'est surtout dans son Mémoire sur le développement 
et la durée de la vie des Infusoires que se trouvent 
ses principaux arguments, ceux à l'aide desquels il 
croit principalement faire triompher ses opinions. 
Dans cet écrit il prétend avoir constaté que la repro- 
duction de ces animalcules se fait normalement à 
l'aide d'œufs; ce que nous combattrons victorieu- 
sement plus loin, au moins à l'égard de la plupart (2). 
Car si nous croyons fermement avec Ehrenberg que 
les microzoaires les plus élevés, tels que lesRotifères, 
possèdent des organes génitaux et pondent des œufs, 
nos observations nous ont convaincu que cela ne se 
produit nullement dans ceux d'une plus simple tex- 
ture , tels que les Rolpodes et encore plus les 
Monades. De Siebold partage absolument notre opi- 
nion (3). 

Quelques physiologistes de notre époque, entraî- 
nés par l'ascendant d'Ehrenberg, se sont aussi dé- 
clarés contre l'hétérogénie. Parmi eux on compte 
M. Longet, qui, quoique n'ayant répété aucune des 
expériences de ses prédécesseurs, n'en tranche pas 

(1) PouCHET, Recherches sur les organes de la circulation, de la 
digestion et de la respiration des animaux infusoires. Acad. des 
sciences, 1848-1849. 

(2) Comp. le chapitre de la polémique. 

(3) De Siebold et Stanmus, Anatomie comparée. VdiVxs, ISoO, 
p.I, p. 23. 



88 HÉTÉROGÉNIE. 

moins nettement toutes les questions les plus délica- 
tes du sujet ; puis, en suivant la tactique des anta- 
gonistes de la génération spontanée, expose longue- 
ment les faits qui peuvent lui être opposés, et passe 
sous silence les principaux arguments qu'on peut in- 
voquer en sa faveur (1). 

Ce physiologiste considère même certains faits 
comme la loi générale, tandis qu'ils ne forment pro- 
bablement qu'une rare exception; telle est, entre au- 
tres, la scission spontanée des infusoires. Mais si dans 
l'œuvre de ce savant, l'hétérogénie est attaquée sans 
discussion, nous voyons, par compensation, un de nos 
plus célèbres physiologistes français, M. Bérard, sou- 
mettre la question à toutes les sévérités de la logique, 
et avouer avec franchise que, dans certains cas, il est 
impossible de ne pas reconnaître l'existence de la gé- 
nération primordiale (2). 

Devons-nous nous arrêter sur les opinions d'un 
autre physiologiste, M. Bourdon, qui, au dix-neu- 
vième siècle, lorsque les beaux travaux des 0. F. 
Millier, des Bory deSaint-Yincent, des Ehrenberg et 
des Dujardin, ont vu le jour; et lorsque nous possé- 
dons des microscopes achromatiques et des micro- 
mètres qui mesurent un dix millième de millimètre, 
vient soutenir que les infusoires ne sont pas des ani- 
maux, et que peut-être ils ne se meuvent pas(3)!... 

Mais si certains physiologistes français attaquaient 

(1) LoNGET, Traité de physiologie. Paris^ 1848. 

(2) Béhârd^ Cours de physiologie. Paris, 18i8. 

({) Bourdon, Principes de physiologie comparée. Paris ^ 4830, 
p. 51,55. 



HISTORIQUE. ÉPOOUK MODEREE. 89 

l'hétérogénie sans apporter contre elle aucun argu- 
ment solide, il n'en était pas de même en Allemagne 
et en Belgique. Là, les découvertes de Steenslrup 
sur les générations alternantes ayant ouvert la voie, 
on vit successivement Kùchenmeister, de Siebold, 
Lewald, Leuckart, Kœlliker et Van Beneden, donner 
naissance à d'importants travaux sur la génération 
des Helminthes et s'efforcer de rétrécir ainsi le cercle 
des générations spontanées (1). Devant revenir, en 
son lieu, sur l'effort nouveau tenté par ces savants, 
nous n'insisterons pas ici sur leurs expériences. 

Parmi les naturalistes qui ont travaillé, durant ces 
dernières années, à débrouiller la question qui nous 
occupe, on ne peut omettre de citer M. Gros, médecin 
français résidant à Moscou. C'est un ardent partisan 
de l'hétérogénie; mais il esta regretter que ce savant 
ait souvent traité cette question avec plus d'entraî- 
nement que de logique. Il annonce, sans la moindre 
hésitation, d'inconcevables métamorphoses. Selon lui, 
il n'existe aucune différence entre la cellule végétale 
et la cellule animale, et tels animaux, tels que les 
Euglènes, en se parifissant, donnent parfois naissance 
à des conferves; et les Rotifères peuvent produire des 

(1) Steexstî'.up, Onthe alternation of générations. Lond., 1845. 

Kùchenmeister, On animal and vegetable parasites ofthehuman 
hody. Londres, i8o7 (traduction anglaise). 

De Siebold, Exp. sur la transf. des Cijsticerques en Ténias . 1 852 ,elc . 

Lewald, De cysticercorum in tœnias metamorphosi. 

Leuckart, Parasiien und parasitismus (Archiv. fur physiol. 
Ileilkunde, t.Xl.). 

KoLUKER, Zeitschrift filr Wiss. zoQL,i. VU, p. 13:». 

Van Beneden, Les vers cestoules. Bruxelles, 1850. 



00 HÉTÉRO GÉNIE. 

champignons (1)... Mais nous ne suivrons pas plus 
loin M. Gros ; ce fragment de ses œuvres suffît seul 
pour nous justifier. 

Les derniers travaux ayant trait à la génération 
spontanée, qui soient parvenus à notre connaissance, 
sont ceux de MM. Claparède et J. Lachmann , de 
Lieberkuhn et de Balbiani. 

MM. Claparède et Lachmann, dans leur Mémoire 
présenté à l'Académie des sciences (2), n'ont, à ce 
que dit le savant rapporteur, ajouté à ce que l'on 
connaissait déjà aucun de ces faits fondamentaux qui 
ouvrent desvoies nouvelles (3), et n'ont guère fait que 
mieux signaler ce qui avait été étudié précédemment. 

M. Lieberkuhn est entré plus au vif dans la ques- 
tion, et paraît avoir découvert chez quelques para- 
mécies des organes remplis de spermatozoaires. En 
outre, il a mieux précisé, qu'on ne l'avait fait, un 
grand nombre d'assertions sur la scissiparité, la 
gemmiparité et le développement des embryons des 
protozoaires (4). 

Enfin, M. Balbiani a ajouté quelques faits curieux 
aux observations qui précèdent, et est venu clore les 
divers travaux émis récemment sur la reproduction 
des infusoires, 11 a reconnu que la paramécie verte, 

{\) G^os , Bulletin de la Société impériale des naturalistes de 
Moscou, 1854, n. 3, p. 273. 

(2) Claparède et Lachmainn, Mémoire couronne', portant pour 
épigraphe : Omne vivum ex ovo. 

(3) De Quatrefages, Rapport sur le concours (Comptes rendus, 
1858, t. XLvi, p. 27o). 

(4) Lieberkuhn^ Mémoire présenté à l'Académie des sciences et 
qui a obtenu le grand prix des sciences physiques, 1858. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 91 

paramecmm bursaria de Focke, après s'être multi- 
pliée par scission spontanée pendant un certain 
temps, finissait par présenter des organes des sexes, 
mâles et femelles, reconnaissabies à leurs ovules et à 
leurs spermatozoaires ; et que ces animalcules don- 
naient naissance à des embryons, après y avoir pré- 
ludé par un accouplement, qui se prolonge durant 
cinq à six jours (i). 

Les faits avancés par M. Balbiani paraissent être le 
résultat d'observations attentivement exécutées, mais 
ainsi que ceux que l'on doit à MM. Claparède, Lach- 
mann et Lieberkuhn, ils touchent à peine à la ques- 
tion qui nous préoccupe^ parce qu'ils n'impliquent 
nullement qu'à leur première apparition ces êtres 
n'ont point été le résultat de la spontéparité ; et il est 
même de doctrine parmi les hétérogénistes, d'ad- 
mettre que certains animaux, chez lesquels on ob- 
serve des sexes et qui se reproduisent à l'aide d'œufs, 
à certaines époques, cependant, n'en doivent pas 
moins leur primitive apparition à la génération 
spontanée (2). 

Nous ne pouvons omettre, en terminant, cette es- 
quisse historique de l'hétérogénie, de parler de nos 
premiers efforts pour arriver à la démonstration de 
ce phénomène. Dans un ouvrage qui avait pour objet 
l'étude de l'ovulation spontanée des mammifères, 

(1) Balbiani, Note sur l'existence d'une génération sexuelle chez 
les Infusoires (Comptes-rendus de rAcadémie des sciences), 1858, 
t. XLVl^ p. 628, et Journal de la 'physiologie de l'homme et des 
animaux, par Brown-Seqiiard. Paris, 1858, p. 347). 

{%) C'est ce que Bremser, Uudolphi et d'autres ont professé à 
l'égard des vers intestinaux. 



95 RÉTÉROGÉNÎE. 

nous avons déjà fait entrevoir que la scissiparité est 
beaucoup moins fréquente qu'on ne le suppose or- 
dinairement (1) ; le temps et un nombre énorme 
d'observations nous en ont de plus en plus con- 
vaincu. Dans cet ouvrage aussi, nous nous sommes 
attaché à démontrer qu'à de rares exceptions près, 
dans tout le règne animal , la génération a lieu à 
l'aide d'œufs; et nous verrons ici que les microzoaires 
eux-mêmes, dans la génération primordiale, se déve- 
loppent souvent, ainsi que les autres animaux, à l'aide 
d'ovules; mais seulement que les leurs ont pour 
site une pseudo-membrane et non le stroma de l'o- 
vaire; voilà la seule différence. 

Beaucoup d'animaux inférieurs avaient paru se 
soustraire à la loi générale de la reproduction ; mais 
les recherches de Rudolphi, de Cavolini, de Ber- 
Ihold, de Gaede, de Rathke, de Valentin, de Grant 
et de Laurent, nous ont démontré que la plupart de 
ceux-ci, tels que les helminthes, les gorgones, les 
actinies, les méduses, les astéries, les échinodermes, 
les flustres et les éponges, produisent des œufs (2). 

(1) PoucHET, Théorie positive de l'ovulation spontanée. Paris, 
i8i7, p. 27. 

(2) Rudolphi, Entozoorum seu vormium intcstinalium historia 
naturalis. Amsterdam, 1808. 

Cavolim , Memorie per servire alla storia dei Polipi marini. 
Naples, 1785. 

Berthold, Beitrage zur anatomie , zootomie und physiologie. 
Gœttingue, 1831. 

Ratoke, In floriep's notizen, 1. XXI. 

Valentin, Repertorium, 1840. 

Grant, Heusinger's zeitschrift fur organische Physik, t. II, p. 53. 

Laurent, Becherches sur l'hydre et l'éponge d'eau douce. 



HISTORIQUE. ÉPOQl'E MODERNE. 93 

Elirenberg nous a fait connaître ceux de quelques 
espèces d'infusoires, etnous-mêaies nous avons suivi 
le développement de plusieurs de ces œufs spontanés 
et avons signalé leur gyration et leur punctum sa- 
liens (i). 

En terminant cet exposé historique, nous dirons 
que ce que l'on peut reprocher aux adversaires de la 
spontéparité, c'est d'être restés immobiles en présence 
de la marche ascendante des sciences philosophi- 
ques. C'est à cent ans en arrière de notre époque 
qu'ils vont souvent emprunter leurs arguments. Quel- 
ques phrases des naturalistes du siècle dernier sont 
citées par eux comme inexpugnables! Et n'est-ce donc 
rien que d'avoir pour soi toute l'antiquité et tous les 
penseurs de l'école moderne? Si les Redi, les Swam- 
merdam, et les Spallanzani furent de respectables 
adversaires, ne pouvons-nous pas leur opposer les Tre- 
viranus, les ïiedemann, les Bremser et les Burdach? 

Ainsi que l'observe judicieusement M. Gérard, 
dans un excellent article sur la génération spontanée, 
on a toujours opposé à ses partisans de simples déné- 
gations et pas d'argumentation serrée. Cette question, 
dit-ii avec raison, est plus vivace que jamais, et l'on 
ne peut, sans fermer les yeux à l'évidence, se refuser à 
voir que, depuis Buffon, les naturalistes les plus émi- 
nents y ont ajouté foi ; qu'aujourd'hui les hommes 

(1) EuRENBEUG, Organisation, sijstematik und geographische Ver- 
hœltniss der Infusionstkierchen. Berlin, 1830. 

PouciiET, Recherches sur les organes de la circulation^ de la di- 
gestion et de la respiralion des animaux infusoires. (Comptes ren- 
dus de Hnslilut, I8i8-i849.) 



94 HÉTÉROGÉNIE, 

qui ont le plus reculé devant les idées philosophiques 
des encyclopédistes, les Anglais et les Allemands, ad- 
mettent eux-mêmes cette théorie (1). » 

Gérard, Dict. univ. dliist. mt. Paris, 1845, t. VI, p. oO, ai- 
licle Génération. 



CHAPITRE 11 



METAPHYSIOIE. 



Certains savants se révoltent à l'idée que des êtres 
organisés puissent sortir fortuitenaent de la matière 
amorphe. Ils n'y ont pas songé, car la cause est jugée 
affirmativement et sans réplique; il ne s'agit simple- 
ment ici que de savoir si le phénomène se continue 
avec la succession des siècles, ou s'il a été anéanti à 
tout jamais. 

Personne ne contestera, je Tespère. qu'au mo- 
ment du fiatlux toute la création d'alors fut évoquée 
du néant; le chaos s'organisa, les globes se disper- 
sèrent dans l'espace, et de la matière sans forme et 
sans vie, la toute-puissante main de Dieu fit surgir 
les animaux et les plantes. Cette première phase de 
l'organisation ne fut donc qu'une véritable génération 
spontanée s'opérant sous l'inspiration divine ! 

Pour quelques-uns, la question de la génération 
spontanée est un imprudent défi jeté à la face de la 
religion ; question formidable s'il en fût. qui, selon 
eux, sape les bases de nos croyances et renvei^e les 
lois de la terre et du ciel! fraveurs illéiïitiLijes. car 
si le phénomène existe, c'est que Dieu a voulu rcrn- 



96 HÉTÉROGÉNIE. 

ployer à ses fins ; et nous ne pouvons y voir que l'une 
de ces mystérieuses voies, aussi variées que merveil- 
leuses, qui forcent notre front à s'incliner en présence 
(le sa sagesse infinie. A ceux qui ne le concevront 
pas, nous nous contenterons de répondre par ce ver- 
set, que l'un de nos poètes a si noblement interprété. 

Qui vides multa^ nonne custodies? qui aperlas 
liabes aiires, nonne audies? (îs, xliii, 20.) 

Étrange anomalie! c'est cette suprême intelligence 
qui sonde les profondeurs des cieux, pèse les globes 
disséminés dansi'immensité; puis, trop à l'étroit sur 
sa plage terrestre, s'élance dans les sphères de l'intini 
et pénètre les mystères incréés; c'est cette même in- 
telligence, inquiète, audacieuse, qui enchaîne impé- 
rieusement la main de Dieu, et lui défend d'animer 
d'une étincelle de vie quelques molécules inertes! 

C'est ce même homme aussi, dont à chaque instant 
le cerveau crée spontanément la pensée immatérielle, 
qui prétend qu'il ne peut rien surgir de la matière! 
On le voit, à son gré, rêver des régions imaginaires, 
se bercer de visions féeriques, et c'est lui qui, si 
magnifiquement doté par la libéralité divine, pré- 
tend lui arracher le sceptre de la création ! 

Si Dieu renverse parfois les lois immuables qui ré- 
gissent Tunivers, pour susciter au milieu de nous 
ces niiracles qui étonnent le vulgaire et fortifient 
la foi; si à sa voix suprême les murailles s'écrou- 
lent, les morts sont ressuscites, n'est-ce pas le comble 
de l'orgueil que de lui contester le pouvoir de créer un 
ciron? Et si, à un moment donné, il a plu au sublime 
architecte de tant de merveilles d'anéantir quelques 



MÉTAPHYSiyLE. 97 

fragments de son œuvre, pourquoi donc vouloir lui 
défendre d'en combler les lacunes? aux Mastodontes, 
aux Rhinocéros, aux Hippopotames, aux Éléphants, 
qui animaient autrefois le sol que nous foulons au- 
jourd'hui, ont succédé d'autres races d'animaux ; 
tout a changé à la surface de la terre, et, durant 
notre éphémère passage sur celle-ci, nous, nous pré- 
tendons effacer les impérissables traces du passé et 
limiter les phénomènes de l'avenir! 

Il est certain que parmi les savants qui ont re- 
poussé l'existence de la spontéparité, beaucoup ont 
été dominés par de respectables convictions : op- 
pressa gravi sub religione (1). Mais rien n'autorise 
ce zèle insensé, et tout, dans le vivant spectacle de la 
création et dans notre conscience intime, proteste 
contre lui. 

La Genèse dit bien qu'après le sixième jour Dieu se 
reposa. Mais quel est donc le verset du livre sacré 
qui nous annonce qu'il s'impose de ne jamais re- 
prendre son œuvre? Où donc est-il dit qu'après ce 
repos, il ait brisé ses moules et anéanti sa faculté 
créatrice? 

Enfin, si Ton prétendait que c'est faire décoger la 
majesté suprême que de l'astreindre à de journalières 
innovations; pour ne pas immobiliser le génie créa- 
teur dans l'éternité, ce qui serait la négation de l'om- 
nipotence divine, n'est-il pas possible d'admettre que 
celui dont les mains ont façonné le germe de tant 
d'êtres merveilleux, ait, avant d'abandonner son 



(1) Lucrèce, De rerum naturâ, lib, 

IN)IC11LT. 




98 HÉTÉROGÉNIE. 

* 

œuvre, posé des lois dominatrices de la matière et de 
la vie, déterminant les circonstances dans lesquelles 
la puissance organisatrice peut se manifester et don- 
ner naissance à de nouvelles combinaisons. Ces lois, 
en définitive, ne seraient qu'ua parallèle de celles 
qui régissent la génération sexuelle, la scissiparité, la 
gemmiparité, etc. 

Les théories des hétérogénistes, loin d'énerver les 
attributs du Créateur, ne font qu'en augmenter la di- 
vine majesté. Si parfois, dans le silence de son labo- 
ratoire, le savant produit l'évolution de quelque être 
nouveau, son orgueil ne saurait s'abuser; il sait qu'il 
n'est là que l'ouvrier intelligent qui réalise les con- 
ceptions du sublime maître. Il s'est borné à placer la 
matière dans les circonstances où, conformément à la 
loi suprême, la force organisatrice devait s'y mani- 
fester : ainsi fait le chimiste lorsqu'il produit un 
cristal inconnu! 

Nous nous abritons sous l'éclat des plus vives lu- 
mières de l'Église; mais si cela n'était pas, à ceux qui 
nous le reprocheraient nous répondrions avec saint 
Augustin : que la science et la théologie s'avancent 
par des sentiers divers, mais que toutes deux mènent 
à la connaissance de la vérité (1). 

De place en place, en effet, l'Écriture proteste contre 
ce repos dans lequel on veut inutilement enchaîner 
l'esprit de rEternel, et tout semble, au contraire, y in- 
diquer que celui-ci n'est jamais inactif. Moïse lui fait 



(I) Duo sunt quœ in cognitionem Dei ducunty creatio et Scrip 
tura. 



METAPHYSIQUE. 90 

dire : je tue et vivifie, comme si c'était Tœuvre de tous 
les instants (1). 

Lorsque Dieu commence à débrouiller le chaos, 
les commentateurs se trouvent embarrassés pour ex- 
primer l'état des choses à la suite de ce premier grand 
acte de la suprême volonté. La terre était informe 
et en désordre, et Jérémie la compare à un pays dé- 
solé, ravagé (2) ; les ténèbres régnaient à la surface 
de l'abîme, et l'Esprit de Dieu planait au-dessus des 
eaux. 

Telle est la version de la Septante. Mais S. Cahen 
pense que le dernier membre de phrase pourrait bien 
n'exprimer que l'action d'un vent violent qui labou- 
rait la surface de l'abîme (3); et selon le rabbin 
Jarchi, le texte exprime mot à mot l'action de l'oi- 
seau qui plane ou qui couve (4). 

C. Morton, dans ses Recherches ethnologiques, a 
donné une traduction rigoureuse du verset de la 
Bible qui commence le récit de la création, et qui a 
été l'objet de tant de commentaires. Voici sa version : 

Dans le commencement Élohim créa Tuniversalilé 
des cieux et l'universalité de la terre. Et la terre fut 
tohu et bohu (5), masculin et féminin, principes dislo- 
qués ou confondus, paraphrastiquement « sans forme 
et en masse confuse ; » et les ténèbres furent sur la face 

(1) Moïse, xxxii, 39. 

(2) Jérémie. Comp. Cahen, Genèse, i. 

(3) Caheis , La Bible avec l'hébreu en regard, ou les principales 
variantes de la version des Septante. Paris, 1834, p. 1. 

(4) Jauchi, Comment, in Pentateuchum. Naples, 149i. 

(5) r/io/ioM ua6o/ioM, littéralement, selon J. A. B. Bost., Dict. do 
la Bible. Paris, 1849, t. I> p. 231 . 



100 HÉTÉROGÉME. 

de l'abîme ; et (le souffle) l'esprit d'Eloliim plana 
comme un oiseau qui descend sur la face des eaux (l). 

Saint Basile dit aussi qu'à l'origine de la création 
les eaux couvraient toute la surface de la terre ; et, 
en suivant la version syrienne, qui, selon lui, se 
rapproche le plus du sens exact de l'Écriture, que 
l'Esprit-Saint en planant sur Tabime, les échauffait 
et les fécondait, semblable à un oiseau qui couve ses 
œufs, et, en les échauffant, en excite la puissance 
vitale (2). 

Nous avons fait quelque attention au texte de la 
Genèse, parce que, comme Texpiime Luther, Scrip- 
tara jmmum intelligi débet grammaticè antequam 
pos sitexplicari theologicè (3). 

Il est évident qu'après avoir décrit la création 
d'une si large manière, l'auteur inspiré de la Genèse 
n'en reparle plus, et que rien, dans ce livre, n'auto- 
rise à supposer qu'il puisse advenir une répétition de 
l'action créatrice. Nous le savons, mais rien non plus 
n'y autorise à prétendre que l'Esprit divin s'est im- 
posé de ne jamais retoucher son œuvre! cette im- 
mense épopée occupe à peine quelques lignes, et sans 
doute qu'après avoir esquissé si brièvement un si 
grandiose tableau, on ne devait pas s'attendre à y 
rencontrer des détails sur les actes subséquents; ils 



(1) s. G. MoKTO^, Types ofmankind, or Ethnological researches. 
ï^iladelphie, 1854, p. 562. 

(2) Saint Basile le Grand, Homélies sur l'ouvrage des six jours. 
Lyon, 1827, p. 380. 

i3) Comp. Gliddon. Archœological iiiliu nclion lo the Xîh 
chapter of Gcncsis. Supr. à Moi.TOX, p. 575. 



MÉTAPHYSIQUE. 101 

découlent naturellement de l'intelligence suprême 
et de l'incessante activité du Créateur. 

Cependant, de place en place, nos livres sacres 
protestent contre l'immobilité dont on prétend frap- 
per la création. Nous avons déjà vu qu'on rencontrait 
dans le livre des Juges quelques faits qui sembleraient 
dériver de l'hélérogénie (1). Mais dans d'autres en- 
droits les indices sont bien autrement manifestes, 
bien autrement irrécusables. 

L'audace du Psalmiste, par exemple, ne s'arrête pas 
aux étroites considérations qui enchaînent notre 
époque. Dans ses chants inspirés^ lorsque ses pensées 
s'élancent vers la région des nuages, abandonnant 
l'esprit de Dieu à ses mobiles inspirations, il s'écrie 
dans l'une de ses brillantes métaphores : 

Emittes sp'irilum tuum et creabuntur, et renovabis 
faciem tervœ; averlente autem tefaciem, turbabuntur ; 
au fer es spiritum eorum et déficient, et in pidverem 
suum revertentur (2) . 

Lorsque dans un autre endroit le Psalmiste pro- 
teste que les limites de la terre sont dans la main de 
Dieu, il est évident qu'il fait une allusion à la volonté 
du Créateur, pouvant à son gré suspendre ou conti- 
nuer son œuvre (3). 

L'idée de l'action incessante de l'Éternel sur la 
création ne surgit pas seulement dans l'esprit de ceux 
qui méditent ce sujet, mais an trouve même, de 

(1) Historique, p. 10 Bib. sac. Juges, xiv, 14. Ecdésiaste , 
m, 20. 

(2) Salomon, Psalm. cm, 30. 

(3) Salomon, P;.nlm. xr.iv, 4. 



102 HETEROGENIE. 

place en place, des passages des saintes Écritures qui 
YÎennent la confirmer. Ainsi, lorsque le Christ était 
poursuivi par les Juifs pour avoir guéri un malade, le 
jour du sabbat, il se retourne en leur disant, Pater 
meus iisque modo operatur, et ego operor^ Mon père 
travaille jusqu'à maintenant, et je travaille aussi (i).» 
Tous les commentateurs ont considéré cette phrase 
comme signifiant que Dieu avait travaillé jusqu'à 
présent, constamment, sans cesse, toujours (2). «Dieu 
s'était reposé au septième jour de la création, dit 
Gerlach en s'inspirant de l'œuvre de saint Matthieu; 
mais ce repos n'était que la joie du Créateur, prenant 
son plaisir au bonheur de la créature qui venait de 
sortir de ses mains. Or, ajoute-t-il, la conservation 
du monde, et surtout son rétablissement après la 
chute, exige l'action créatrice de Dieu, sans aucune 
interruption (3). » 

Dans sa magnifique définition de la création, saint 
Jean s'exprime comme si elle s'exerçait sans discon- 
tinuer. C'est un acte du Dieu éternel et tout-puissant, 
s'écrie-t-il, par lequel il appelle à l'existence, des 
choses visibles et invisibles, matérielles et spiri- 
tuelles (4). 

Les opinions d'Aristote sur la génération spon- 
tanée eurent presque autant de sectateurs que saphi- 

(i) Évangile selon saint Jean, chap. v, 17. 

(2) Gerlach, L. Bonnet et Ch. Baup, Le Nouveau Testament. 
Paris, 1846, p. 365. 

(3) Gerlach, Le Nouveau Testament, avec notes explicatives. 
Paris, 1846, p. 365. 

(4) Saint Jean, Apocalypse^ iv, H. Ps. cxlvui, 5. (Bost, t. I, 
p. 227.) 



METAPHYSIQUE. 103 

losophie, et Ton n'est pas surpris d'en retrouver 
quelques vestiges dans les écrits des Pères de l'Église 
eux-mêmes. Saint Augustin s'exprime ainsi dans un 
passage de ses œuvres : « Ut omitlam aliter de homine 
nasci filium^ aliter capilliim, pediculuniy lumbricuniy 
quorum nihil est filius, etc. (1). » 

Enfin la preuve manifeste que les prétentions des 
hétérogénistes n'ont jamais dérogé à l'orthodoxie, 
c'est que nous ne sommes absolument aujourd'hui 
que l'interprète des opinions de l'un des plus grands 
philosophes chrétiens, de ce même saint Augustin 
que nous venons de citer. C'est sa thèse que nous dé- 
veloppons ici avec l'assurance et la précision que nous 
donnent les sciences au dix-neuvième siècle. Voici 
ce qu'il dit dans ses lettres sur la Genèse : « La pro- 
« duclion desêtres vivants et animés n'élait complète 
« et terminée que d'une certaine manière dans leur 
« principe et dans leur cause, en ce sens que la terre 
« et les eaux, en passant du néant à l'être, avaient 
« reçu en même temps le pouvoir d'amener au jour, 
K à l'époque fixée, les êtres vivants destinés à ré- 
« pandre dans les airs, dans les abîmes des mers et 
« sur tous les points du globe, la vie et le mouve- 
« ment qui forment le plus bel ornement de la na- 
« ture... Ainsi les êtres vivants n'ont apparu dans 
« l'état actuel que dans le temps, ou autrement dit, 
« par le déroulement successif des siècles (2). » 

Saint Jérôme, ce génie audacieux des beaux temps 
de l'Église, combat aussi avec nous pour restituer a 

{{) Saint Augustin, Enchiridion, cap. xv, 
(2) Id., Lettres sur la Genèse. 



iOi nÉTÉROGÉNIE. 

l'Éternel sa puissance suprême. Dieu, dit-il, ne cesse 
pas d'être Créateur cl d'être continuellement agis- 
sant. Selon lui, la nature, soit matérielle, soit spi- 
rituelle, est dans un mouvement permanent ; et celte 
vie permanente, cette puissance d'action est un ca- 
ractère ou plutôt le grand caractère de la Divinité (i). 
Ce principe de saint Jérôme, comme le dit M. Benoît 
de Matougues, est la base de toute philosophie, et en 
cela il est d'accord avec les savants de nos jours (2). 

Enfin, si la question de l'hétérogénie était aussi 
brûlante que le prétendent certaines consciences ti- 
morées, eût-on vu des Pères de l'Église en devenir 
eux-mêmes partisans? eût-on vu aussi le béatifié 
Albert le Grand, l'ami de saint Thomas d'Aquin, et 
plusieurssavants jésuites tels que les Kircher (3), les 
Fabri (4), et les Bonanni (5), l'embrasser sans le 
moindre scrupule? Et l'un de ces ardents défenseurs 
de la foi eût-il dédié au pape Alexandre MI, l'œuvre 
dans laquelle il traite cette question avec une au- 
dace à nulle autre pareille (6) ? 

La philosophie moderne, dépouillée de tout le mys- 



(i) Saint Jérôme, (Euvres de saint Jérôme. Paris, 18il. — Traité 
contre saint Jean, écêque de Jérusalem (préface, p. 26). 

(2) B. DE Matougues, Saint Jérôme et son siècle, 1841 (préface 
(lorédition du Panthéon littéraire). 

(3) Kircher, M undus subterraneus. Amiierdam, 1778. 

(4) Fabri Tractatus duo, quorum prior est : De plantis et de gene- 
ralîone animalium, posterior : De homine. Paris, 1666. * 

(o) Bonanni, Obseroationes circa viventia quœ in rébus viventi- 
bus reperiuntur, cum micrographiâ curiosâ . Rome, 1691. 

(G) Le père Kircher a dédié à ce pape son ouvi-age le plus cé- 
lèbre, le Mundus subterraneus. Édit. d'Amsterdam, 4 778. 



MÉTAPHYSIQUE. 105 

ticisme qui l'enchaînait naguère, ne vient-elle pas 
elle-même prêter un auguste appui à la thèse de 
l'hétérogénie? Elle restitue à la matière sa véritable 
dignité en Tassociant intimement à l'esprit, et, par 
cette étroite combinaison, elle en explique d'une plus 
satisfaisante manière les mobiles mutations. La phi- 
losophie de la nature conduit à cette conclusion, car, 
ainsi que Heine en convient lui-même, elle n'est 
qu'un développement du panthéisme ancien (1). 
L'école allemande, après avoir successivement dé- 
daigné le matérialisme de Locke et l'idéalisme de 
Leibnitz, en est revenue au panthéisme de Spinosa, 
qui forme le point initial et la base des doctrines de 
Fichte (2) et de Schelling (3). En effet, ces deux phi- 
losophes enseignent qu'il n'existe qu'un seul être, le 
moi, l'absolu ; et qu'il y a identité entre l'idéal et le 
réel (4). 

Il n'est pas à dédaigner, en traitant un sujet aussi 
abstrait que le nôtre, de rechercher quels sont les 
procédés par lesquels on peut s'aventurer dans son 
étude. Nous avons reconnu que la route la plus sûre 
était de suivre, presque toujours, cette méthode expé- 
rimentale qui, depuis Galilée, a tant fait progresser 
les sciences naturelles, et qui consistée prendre pour 
point de déparî l'observation des phénomènes, à en 
rechercher les causes, conformément à ce que l'on 
appelle Vàmélhode à posteriori, méthode que nossa- 

{\) H. Heinr, De l'Allemagne. Paris, 1855, 1. 1, p. 109. 

(2) J. FiCHTE, Doctrine de la science. 

(3) Schelling, Idées pour servir à une philosophie de la nature. 
^4) H. Hei.ne, De V Allemagne. Paris, 1335, t. I, p. ifio. 



106 HÉTÉROGÉNIE. 

vanls les plus profonds nous conseillent tous pour 
éviter l'erreur (1). 

Cependant pour élucider l'importante question de 
la génération spontanée, ce n'est pas trop d'appeler à 
son secours toutes les ressources de l'esprit humain, 
et de mettre en œuvre ses plus nobles facultés. Là 
aussi on peut répéter ce que dit Is. Geoffroy Saint- 
Hilaire, en parlant des sciences naturelles en géné- 
ral : L'observation, l'analyse sontindispensables; mais 
elles ne suffisent pas; le raisonnement, la synthèse ont 
aussi leurs droits (2). Mais pour arriver à la découverte 
de la vérité, à' la vraie science, selon l'expression 
de la philosophie germanique, il ne faut abuser ni 
des moyens de Galilée, ni des inspirations de Schel- 
ling. 

Après avoir traversé des époques d'inexplicable 
crédulité, nous sommes tombés dans un excès con- 
traire. En embrassant la voie de l'expérimentation, 
nous avons affecté le plus profond scepticisme pour 
tout ce qui n'en découlait pas; nous avons ainsi tari 
une des plus fécondes sources de tout progrès, le cri- 
térium de l'intellect, qui discute et qui juge. Nos de- 
vanciers en avaient abusé, mais nous, nous l'avons 
trop dédaigné. Si Zenon et les stoïciens subordon- 
naient toute la nature à l'action d'un feu vital intellec- 
tuel; si Aristote admettait que les éléments et les astres 
sont dominés par un agent universel intelligent (3) ; 

(1) Chexrevl, Lettres sur la méthode en général. Paris,l856, p.l2. 

(2) Is. Geoffroy Saiist-Hilaire, Histoire naturelle génér aie. PariSy 
J854, t. I, p. 317. 

(3) Arjstotr, De cœloy cap. ii et xii. 



MÉTAPHYSIQUE. 107 

si Descartes prétend qu'une flamme vitale pénètre le 
cœur des animaux et en règle tout le mécanisme (1) ; 
si Gassendi considérait comme une sorte d'âme du 
monde la chaleur latente qui pénètre les globes et 
l'espace (2) ; enfin, si saint Thomas, pour expliquer 
une métaphore de Job et de saint Matthieu (3), a pu 
penser qu'il existait des espèces d'âmes dans les astres 
et les cieux (4), faut-il, à cause de ces écarts de l'ima- 
gination, nier l'attraction planétaire et le principe 
vital? On n'oserait le prétendre. Il en est de môme 
de l'hétérogénie; quoique certains naturalistes aient 
poussé trop loin leurs prétentions, en lui attribuant 
une fantastique puissance, il n'en est pas moins po- 
sitif qu'elle s'exerce dans une sphère déterminée, 
plus modeste, il est vrai, mais que ses résultats sont 
évidents. 

Ainsi que le dit Is. Geoffroy Saint-Hilaire, dans son 
magnifique ouvrage, Texpérimentation, telle que la 
conçoit Scheliing, n'est que la vérification d'une idée 
préexistante; et d'après lui on ne doit condescendre 
à interroger les faits matériels que pour constater, en 
quelque sorte, les prophéties de l'intelligence (5). 
Mais, selon nous, le philosophe allemand sacrifie ici 
l'un des plus féconds résultats des expériences ; car si 
fréquemment celles-ci ne torturent la matière et 

(1) Descartes, Traité des passions, art. 9. Paris, 1844, p. 508. 

(2) Gassendi, Phijsic, 1. 1, p. 158. 

(3) Métaphore dans laquelle il est question des vertus des cieux. 
(Job, cliap. ix; saint Matthieu^ chap. xxiv.) 

(4) Tract, de indulgentiâ. 

(5) Is. Gf.oefkoy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale des rè- 
gnes organiques. Paris, 1854, t. I, p. 308. 



108 HETEROGENIE. 

l'organisation que pour les faire déposer en faveur des 
théories préconçues, souvent aussi lesavant,en voyant 
des phénomènes insolites, inattendus, surgir pendant 
ses opérations, en déduit à posteriori des lois que 
jamais son esprit n'eût fait éclore spontanément. 

Professer une théorie opposée, c'est sacrifier l'u- 
tile moitié des recherches expérimentales. Nous, nous 
avons essayé de les mettre en œuvre sur leurs deux 
faces et de leur donner ainsi toute leur force. 

Pour la recherche des majestueux phénomènes de 
la création, il ne faut ni trop oser, ni trop craindre ; 
rintelligence et l'expérimentation ont leurs écueils, 
étonne les évite qu'en les unissant étroitement : 
c'est là la vraie science. L'esprit seul, dans son infinie 
fécondité, édifie dans l'immensité du vide, et l'ex- 
périence reste souvent stérile si ses résultats ne se 
trouvent ni vivifiés, ni agrandis. 11 ne faut se laisser 
entraîner ni par les témérités des philosophes de la 
nature, ni par la timide réserve de V école des faits ; il 
faut savoir observer et oser, c'est làquenous conduit 
la méthode philosophique introduite dans la science 
par l'immortel E. Geoffroy Saint-Hilaire (1). 

C'est, armé du flambeau dont on lui doit les pre- 
mières clartés, que nous voulons ici nous avancer. 

En se bornant à une étude philosophique ou spé- 
culative de la nature, on se plonge dans un inextri- 
cable dédale, et l'esprit se perd au milieu des plus 
chimériques conceptions : c'est le règne de la sco- 

(1) Comp. Geoffroy Saint-ÎIilaire, Philosophie anatomique. Pa- 
ris, 1818. — Seures, Anatomie transcendante, Mém. inséré dans 
les Ann. des se. nat.y 1827, p. M. 



MÉTAPHYSIQUE. 109 

lastiquc replacé sur le trône des sciences modernes! 
Schelling impose le plus modeste rang aux observa- 
teurs, et prétend qu'il leur serait aussi difficile d'édi- 
fier un système que de traverser V Océan sur un brin 
de paille {\). Mais on pourrait lui demander si c'est 
toujours à priori que nos plus illustres savants ont 
conçu ces systèmes magnifiques devenus la gloire de 
notre époque? Rœmer cherchait-il à préciser la vi- 
tesse de la lumière quand il découvrait la différence 
d'immersion des satellites de Jupiter (2)? Goethe avait- 
il rêvé la structure du crâne, quand, en se déchirant 
sous ses pieds, une tête de Mouton la lui révélait au 
milieu d'un cimetière du Lido (3)? 

Lorsque toute notre carrière a été consacrée à 
l'expérimentation, nous ne pouvons accepter, avec 
Schelling, que la pensée est la source de toute 
vraie science, et que les faits sans théorie n'expri- 
ment rien (4)! Ce que nous voulons, c'est que l'in- 
telligence soit fécondée par les faits, et, que, dans 
ses déductions les plus audacieuses, elle s'appuie 
toujours sur les éléments du connu pour en abstraire 
les théories. C'est là la vraie science, qui ne peut être 
que l'expression philosophique des faits acquis et 
développés dans toutes leurs conséquences. 

Nous faisons entrer largement dans la science de 
la nature, le même élément intellectuel que le chef 

(i) Schelling. Traduction de Bénard. p. 177. 

(2) RoEMER, Mémoires de l' Académie des sciences, 1673. 

(3) Goethe, OEucres d' histoire naturelle. Paris, 1837. 

(4) Schelling, ZeUschrift. \>:00. (Annales). Sur la spéculation et 
l'expérience en physique, p. 305. Traduit par lîénard. 



i 1 HETEROGENIE. 

de la philosophie allemande y introduisait, mais, 
contrairement à lui, nous, nous voulons des théories 
essentiellement déductives, et non des théories intui- 
tives] car, selon Schelling, si l'observation et l'ex- 
périence ont à intervenir dans la vraie science, c*esl; 
non pour découvrir, mais pour vérifier les concep- 
tions de notre esprit. 

Ainsi, sur ce vaste champ clos où depuis si long- 
temps luttent, sans victoire décisive, tant d'adver- 
saires d'un haut mérite, nous venons jeter un élé- 
ment nouveau ; c'est le large exercice de la pensée, 
s'appliquant à scruter des masses de faits pour en 
déduire des lois. 

L'histoire naturelle estessentiellement une science 
de faits, comme le dit Cuvier (1), mais elle resterait 
bien au-dessous de ses splendeurs, si on l'enser- 
rait dans le pur examen de ceux-ci (2). La science 
de la nature ne s'élève au niveau de la philosophie 
que lorsqu'on y associe l'exercice des plus hautes 
facultés humaines, et les expériences et les observa- 
tions n'ont de prix qu'autant que l'intelligence en 
déduit toutes les conséquences. C'est ce que nous 
avons prétendu faire aujourd'hui, non plus en 
opérant sur des bases restreintes, mais en étendant 
immensément le champ de l'observation, en multi- 

(1) Cuvier et Valenciennes, Histoire naturelle des poissons, Pa- 
ris, 1828, 1. 1, p. 1. 

(2) Cuvier, Nouvelles Annales du Muséum d'histoire naturelle, 
1832. 

Comp. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale 
des règnes organiques. Paris, 1844, t. l, p. 289. 



MÉTAPHYSIQUE. 1 1 1 

pliant à Tinfini les expériences, et en ne déduisant 
aucune loi de celles-ci en particulier, mais en tirant 
nos conclusions de ce que nous présentait leur en- 
semble. Ainsi, la pensée et l'expérimentation OiU 
pu s'avancer avec une certitude presque mathéma- 
tique. 

Nous ne prétendons pas pousser la hardiesse de 
la pensée jusque dans les sphères de l'inconnu, et 
oser dire comme Schelling, que celle-ci est la science 
tout entière (1); mais ce que nous voulons, c'est 
qu'elle apparaisse largement sur la scène de l'expéri- 
mentation, et que la majesté de ses conceptionsviennc 
corroborer les faits et en déduire des lois stables. 
La science de l'observation ! mais c'est celle du vul- 
gaire, et prétendre y restreindre le savoir et le génie 
c'est les faire descendre de leur trône élevé. Que les 
témérités de l'intelligence aient leur libre coui's. 
dans nos laboratoires ou au milieu de nos biblio- 
thèques, nous l'accordons bien volontiers; mafs 
qu'au moins, lorsqu'elles apparaissent sur la scène 
de l'enseignement, elles ne s'y montrent qu'avec 
la corroboration de l'expérience et de l'observation. 

Nous nous résumons en disant que ce que nous 
voulons, c'est la doctrine de l'illustre E. Geoffroy 
Saint-Hilaire, ce sont : les faits d'abord, et leurs 
conséquences ensuite, c'est là la.science complète (2) ; 

(1) Schelling, Philosophische Briefe liber dogmatismus undkri- 
ticismus. 1795. (Lettres philosophiques, dogmatiques et criti- 
ques.) 

(2) Et. Geoffroy Saiist-Hilaire, Considérations et rapports nou- 
veaux d'ostéologie comparée {Mém. du Miisénm, t. X, p. 184). — 



112 HÉTÉRO GÉNIE. 

car, comme l'exprime Henri Marlin, il serait illu- 
soire de supposer que la découverte des formules 
biologiques pût se faire à priori (1). 

On a poussé beaucoup trop loin le scepticisme, 
lorsque l'on a jugé la question qui nous occupe, et 
généralement ses antagonistes ont considéré comme 
un axiome, qu'il fallait repousser tout ce qui se dé- 
robait à l'investigation matérielle. Mais nous ne 
consentons pas à ce que l'on écarte ainsi le plus 
noble attribut de noire nature, l'exercice de la rai- 
son, consacré à la démonstration de la vérité. Nous 
demandons que celle-ci jouisse de toute sa pré- 
rogative, en prenant pour point de départ l'expéri- 
mentation. Si, au milieu de ses infinies combinai- 
sons , elle peut mal interpréter quelques faits , 
lorsqu'elle n'aspire qu'à statuer sur l'ensemble d'un 
immense nombre de ceux-ci, il nous paraît que ses 
prétentions sont réellement bien légitimes. 

Nous n'avons voulu suivre ici ni cette science 
uniquement rationnelle, spéculative, philosophique; 
ni celle qui nous restreint à l'observation matérielle. 
Nous avons emprunté des ressources de toutes parts, 
pour féconder notre œuvre. Tantôt nous nous 
soQimes appuyé sur l'autorité des faits, et tantôt sur 
les déductions qu'en peut abstraire la pensée ; tantôt 
sur l'observation, tantôt sur les commentaires de l'in- 

Principes de philosophie zoologique. Paris, 1830, p. 188, 189. — 
Comp. Victor Meunier, Histoire philosophique des progrès de la 
zoologie générale. Paris, 1840, p. 78. 

(1) Hejnri Martin, Philosophie spiritualiste de la nature. Paris, 
1849, t. I, p. 41. 



MÉTAPHYSIQUE. 143 

telligence. Nous avons employé les deux éléments : 
la méthode empirique et la méthode rationnelle. 

La matière organique subit un incessant travail de 
décomposition et de désagrégation, véritable cycle 
de vie et de mort, dans lequel elle se trouve à jamais 
enchaînée, et qu'elle parcourt en présence des siècles 
qui passent et servent de muets témoins à la renais- 
sance et aux perpétuelles funérailles des êtres. Telle 
est la loi suprême, tout naît et périt tour à tour; 
l'homme et la Monade elle-même ne sauraient s'y 
dérober. De tout temps l'intelligence humaine s'est 
efforcée de débrouiller quelles sont les mystérieuses 
puissances qui président à celte immense arène de 
destruction permanente et d'efforts organisateurs. 

Les recherches sur l'origine des choses ne sem- 
blent-elles pas un attribut de notre esprit inquiet et té- 
mérairement investigateur? Ne voit-on pas la même 
tendance se révéler dans toutes les cosmogonies, 
dans tous les écrits des philosophes, comme pour 
rappeler que Dieu même tradidit mundum disputa- 
tionibus eorum ? 

Cette puissance qui produit à la surface du globe 
ce mouvement intime de la matière, durant lequel 
celle-ci s'anime et expire tour à tour, était regardé 
par Kircher comme le Monde archétype ou idéal des 
Égyptiens, Miindiis archetypus, qu'il appelait aussi 
Mimdus causœ causarum (1). Ce mythe, n'est-ce pas 
cet immense mouvement générateur qu'engendrent 
partout la matière et la vie, la substance et l'esprit? 

(1) Kircher, OEdipus œgyptiacus. Romce, 1053, t. II, p. 404. 

POUCHET. 8 



1J4 HÉTÉRO GENIE. 

Mais si ce grand acte générateur de la nature est 
partout ostensible, les mystérieux pliénomènes par 
lesquels il s'opère sont Tobjet de perpétuelles dissi- 
dences parmi les philosophes et les savants, et ceux- 
ci se trouvent partagés, à cet égard, en groupes fort 
distincts. William Wliewell, auquel on doit d'impor- 
tants elïorts tendant à introduire l'ascendant de la 
philosophie dans les sciences, a fort bien tracé, à ce 
sujet, la limite des différentes écoles qui ont succes- 
sivement régné dans celles-ci (1). 

Trois hypothèses ont tour à tour été exhumées 
pour expliquer les phénomènes de la vie, et sont de- 
venues le partage de trois écoles distinctes. 

Dans la première, tous les actes de l'organisme se 
trouvent sous l'empire des lois qui régissent la ma- 
tière brute. Les physiciens atomistes de l'antiquité 
ont été les promoteurs de ce grand système, seule- 
ment, l'obscurité qui régnait alors dans les sciences 
les restreignit à de vagues généralités ; mais les mo- 
dernes ayant mieux scindé les connaissances humai- 
nes, il se manifesta parmi eux plusieurs sectes très- 
tranchées. 

Les uns ne voyant uniquement dans la manifestation 
de la vie que des phénomènes de mécanique et d'hy- 
drodynamique, pour eux tout s'y réduit à un simple 
jeu de leviers et de siphons. Sanctorius, Boerhaave, 
Borelli, Keil, Robinson et Sauvages peuvent être re- 
gardés comme les chefs de cette phalange de physio- 



(I) W. Whewëll, The philo sophxj of the indactioe sciences. Loii- 
don, i847, t.I, p. 518. 



MÉTAPHYSÎQLE. 115 

logistes que l'on a appelés lalromécaniciens (1). Les 
autres, transformant les organes \itaux en de véri 
tables niatras de chimie, réduisaient l'existence aux 
simples lois des affinités de la matière; telle était 
l'école des lalrochimistes, dont Sylvius et T. Willis 
furent les principaux apôtres (2), et que l'illustre 
Newton lui-même parut sanctionner (3). Mais ce fut 
T. Willis surtout qui lui donna un grand renom, en 
prétendant expliquer une foule d'actes physiologi- 
ques par les seuls phénomènes de la fermentation (4). 

Ces deux écoles ne sont en réalité que des reflets 
de la philosophie cartésienne et, Ton peut en somme 
considérer Descartes comme en ayant été le principal 
promoteur par sa métaphysique (5). 

Les partisans de la seconde école, au contraire, 
détrônent la matière et n'expliquent la vie qu'à 
l'aide d'un principe immatériel, intelligent, qui en 
régit et en domine mystérieusement tous les actes : 
c'est là l'école du spiritualisme. Dans l'antiquité, ses 
chefs étaient Platon, Aristote etGalien(6). Durant 

(1) Comp. Sanctorius, ir5 de staticâ medicinâ. Venise, 1614. 
BoERHAAVE, InstituUones vei mediccB. Leyde, 1708. 

BoRELLi, Demotu animalium. Romae, 1680. 
Keil, Tentaminamedico-phijsica.'Lox\à\'&'S>, 1718. 
RoBiNsoN, Traité de l'économie animale. Londres, 1738. 
Sk\]\ AGES, Physiologiœ elementa. Avenione, 1754. 

(2) Sylvius, Opéra medica. Xms[e\., 1679. 

(3) Haller dit dans ses œuvres : Neque magna illa mens Newtoni^ 
ita ah hypothesium amore pura fuit , quin ex fermentatione humo- 
rum, spiritus in ipso corde generari conjecerit. 

(4) T. Willis, De fermentatione . In opéra omnia. Genève, 1680. 

(5) Descartes, Traité des passions, etc. 

(6) Galien, De formatione fœtus. — Galicn admettait trois sortes 



116 HÉTÉIIOGÉME. 

l'époque moderne, ce furent Paracelse, Van Hel- 
mont(l) et Stahl (2), qu'on s'étonne de ne pas comp- 
ter au nombre des chimiàtres. 

Cette école, ainsi que celle qui précède, porta 
l'empreinte du génie de ceux qui en furent les adep- 
tes : ses doctrines sont tempérées par une philoso- 
phie rationnelle, quand elle est dirigée par des 
hommes d'un génie élevé; mais elle tombe dans les 
extravagances de l'illuminisme, lorsqu'elle se trouve 
dans les mains des fauteurs de la Cabale ou de l'Al- 
chimie (3). W. Whewell lui donne même alors le 
nom à' école mystique (4), lorsque ses partisans, et 
tel fut Paracelse, font intervenir les esprits élémen- 
taires, les salamandres et les gnomes, dans l'accom- 
plissement des phénomènes de la vie (5). 

Enfin, vient la troisième école, ou le vitalisme^ 
qui dérive frauduleusement des deux autres. Selon 
celle-ci, les phénomènes vitaux ne résultent ni d'un 
principe immatériel, intelligent, ni des lois qui ré- 
gissent les corps bruts, mais d'une force particulière 
inhérente à l'organisme. C'est celte force qu'on a 

d'âmes : une âme végétative pour les plantes; une âme sensitive 
qui s'y ajoutait chez les animaux; et enfin une âme raisonnable 
qu'on rencontrait, en outre, chez Thomme; 
(i) Van Helmont, Ortus medicinœ. Amsterdam. 

(2) Stahl, Theoria medica vera. Physiologia.UaAe, 1737. 

(3) Ainsi Paracelse , dominé par ses errements cabalistiques, 
admettait aussi que les astres influençaient directement nos or- 
ganes. Le soleil agissait sur le cœur, la lune sur le cerveau, Vé- 
nus sur les organes génitaux. 

(4) W. Whewell, The philosophy ofthe inductive sciences. Lon- 
(Jon, 1847, t. h p. 548. 

(5) Paracelse, De vitâ rerum naturalium. 



MÉTAPHYSIQUE. 117 

appelée principe vital. Cette école, qu'on a nommée 
aussi école oi^ganiciste, ne remonte pas au delà du 
dix-septième siècle ; on en trouve les premiers rudi- 
ments dans les œuvres de Glisson, savant anatomiste 
de Cambridge ; mais elle a surtout été illustrée dans 
ces derniers temps par les Bichat et les Broussais(i). 

Cette prétendue propriété vitale n'est qu'un em- 
prunt fait à l'animisme ancien, dont seulement l'é- 
cole moderne a fait un usage moins rationnel. Les 
philosophes de l'antiquité et les stahliens de notre 
époque entouraient d'un certain prestige ce principe 
animateur; aucun lien ne l'unissaità la matière qu'il 
régissait souverainement : c'était un être d'une es- 
sence suprême. Les vitalistes d'aujourd'hui le font 
descendre de ses régions élevées, et immolent sa 
suprématie en l'enchaînant étroitement à l'orga- 
nisme dont, selon eux, il semble plutôt le résultat 
que le coordonnateur. 

Quelle que soit l'autorité et le génie de ceux qui 
ont propagé le vitalisme, il est cependant évident que 
s'il y a une mutuelle influence entre la matière et le 
principe de la vie, ce principe n'en dérive certaine- 
ment pas. Il est évident qu'un agent coordonnateur 
domine toutes les manifestations vitales, mais aucune 
des écoles ne l'a suffisamment défini. 



(1) Glisson^ Tractatus de naturâ substantiœ energeticâ. Londre?, 
1672. 

Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Paris, 
1818. 

Broussais, Examen des doctrines médicales. Paris, 1821 . — Cours 
de phrénologie. Paris, 1830. 



lis HÉTÉROGÉNÎE, 

Deux systèmes sont seulement restés en présence 
aujourd'hui : l'un est celui de l'école de Montpellier^ 
qui représente V animisme }, l'autre celui de l'école de 
Paris, ÏOrganicisme, 

La première école, sous les inspirations de Stahl 
et magnifiquement secondée par le génie de Bar- 
thez, s'est peut-être perdue par son spiritualisme 
exagéré (1), L'autre, éblouie par l'éclat des sciences 
modernes , en voulant trop leur emprunter, est 
menacée du même naufrage. 

Ainsi que l'a dit avec une profonde raison un 
grand physiologiste de notre époque, M. Bérard, 
nous ne connaissons les causes premières de rien, et 
ces causes seront placées à tout jamais au delà de 
notre intelligence (2). 

Et^ en effet, l'essence du principe vital est tout 
aussi difficile à déterminer que l'est celle du principe 
immatériel des slahliens. Quelques physiologistes se 
révoltent même contre son existence. « On a ima- 
giné, dit Magendie, des propriétés vitales et je m'é- 
tonne que l'esprit puisse se contenter d'une sembla- 
ble mystification (3). » Nous dirons avec plus de 
calme, que l'intervention de celles-ci n'explique pas 
mieux les phénomènes de la vie que ne le faisait 
l'animisme, qu'on a prétendu détrôner. A notre sens, 
les doctrines de l'école de Stahl auraient même un 
immense avantage sur le vitalisme, c'est d'être plus 
ingénieuses et plus élevées. 

(1) Bkï^iiiEz, Nouveaux éléments de la science de l'homme. 1778. 

(2) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. I, p. 142. 

(3) Magendie, Phénomènes physiques de la vie. 



MÉTAPHYSIQUE. 119 

Les partisans de cette dernière école ne sont du 
reste pas plus d'accord entre eux sur le nombre des 
propriétés vitales, que ne l'étaient les successeurs de 
Stahl et de Van Helmont sur le nombre et les attri- 
buts des archées et des âmes. Les uns, avec Adelon, 
englobent toutes les propriétés vitales en une seule, 
qui est la sensibilité (1). D'autres multiplient celles-ci 
à l'infini, tel est Gerdy, qui en compte jusqu'à dix- 
huit (2). 

Bichat etBroussais ont beau protester qu'il n'existe 
dans l'organisme que des tissus et des appareils exci- 
tables et vivants, et que l'animisme n'est qu'une 
entité chimérique ; notre sens intime se révolte 
contre une telle prétention; elle blesse la dignité 
humaine, et tout révèle au philosophe que si dans 
le jeu de l'organisme une foule d'actes peuvent 
avoir leur mobile dans des forces inhérentes à la 
matière elle-même, il en est d'autres, d'un ordre 
plus élevé, qui dérivent d'une puissance immaté- 
rielle. 

S'il faut se garantir des écarts de l'animisme des 
stahliens, il faut non moins se préserver des efforts 
irrationnels de l'école moderne. M. Bérard se borne 
à penser qu'un arrangement particulier de la matière 
organique pourrait donner naissance à des phéno- 
mènes que ni la physique ni la chimie ne nous ex- 
pliquent complètement, et c'est à eux seulement qu'il 
entendrait donner le nom de propriétés vitales ou 

(1) Adelon, Physiologie de l'homme. Paris, 182S. 

(2) Gerdy , Physiologie philosophique des sensations et de Vin- 
telligence.'PsLns, 1846. 



J20 HETEROGENIE. 

mieux de propriétés organiques (1). Dans ce cas ce 
serait donc le corps brut qui, par ses combinaisons, 
produirait l'essence immatérielle. 

Nous aimons mieux penser que le principe coor- 
donnateur domine et régit l'organisme, que de 
croire que lliarraonieux ensemble des phénomènes 
vitaux est subordonné à la modalité de la matière 
vivante. Pour nous, le génie de l'architecte devance 
la construction de l'édifice, et les matériaux de celui- 
ci n'engendrent nullement l'intelligence qui préside 
à son admirable disposition. D'après nous enfin, la 
force vitale rassemble les particules et en forme des 
organes; mais cette force ne puise pas ses matériaux 
dans les éléments chimiques environnant le lieu où 
elle se manifeste, elle ne groupe que des molécules 
organiques binaires ou ternaires; car c'est en vain 
qu'on en voudrait saisir la manifestation là où se 
rencontreraient isolés les divers corps dont la combi- 
naison constitue chimiquement l'organisme. Ce sont 
probablement ces molécules que M. Lebert nomme 
globules organo-plastiques (2). 

Cependant, au milieu de ce conflit entre les orga- 
iiicistes et les spiritualistes, nous qui bientôt allons 
nous efforcer de saisir les premières traces du mou- 
vement vital, nous devons préliminairement essayer 
d'indiquer quel doit être là le rôle simultané de la 
matière ostensible et du principe insaisissable qui l'a- 
nime. 

(1) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848. 

(2) Lebert, Mémoire sur la formation des organes de la circula- 
tion du sang dans V embryon du poulet. 



MÉTAPHYSIQUE. 121 

Lorsque la philosophie antique, avec Épicure , 
prétend que le groupement fortuit de myriades ato- 
miques, purement matérielles et inertes, peut faire 
surgir des images animées et sensibles, c'est là une 
hypothèse qui est aussi confuse que le chaos d'Hé- 
siode. Mais si l'on admet que les atomes eux-mêmes 
sont animés, ainsi que le prétendaient quelques 
sages de la Grèce, on conçoit alors qu'une pen- 
sée, qu'un sentiment en dirige les combinaisons, 
et que de celles-ci peuvent surgir des êtres aux formes 
variées à l'infini, et se reproduisant avec les mêmes 
caractères lorsque des combinaisons , qui ne sont 
plus l'effet d'un hasard incommensurable , se pré- 
sentent de nouveau. Envisagée ainsi, l'hypothèse des 
alomistes devient beaucoup plus élevée et plus sé- 
rieuse, et les hommes les plus éminents, tels que 
Bayle etLeibnitz(l), ne dédaignent pas de la prendre 
en considération. 

On admet bien sans conteste que c'est par une 
force spéciale, un mode particulier de sensibilité, 
l'affinité, que les molécules, s'attirent et se combi- 
nent pendant les opérations de la chimie. Pourquoi 
donc voudrait-on que les molécules qui se groupent 
pour former l'organisme fussent dépouillées d'une 
qualité que l'on accorde si libéralement aux particules 

minérales? Si les molécules qui entrent dans un être 
organisé ne sont point aussi somptueusement parta- 
gées que le voulait Démocrite, au moins faut-il abso- 



(i) Bayle, Dictionnaite philosophique. Paris, 1820, t. IX,p. i78. 
— Leibnitz, Monadologie. Paris, 1842, p. 392. 



122 HÊTÉROGÉNïE. 

Jument leur accorder un mode spécial de sensibilité, 
qui régit et domine leurs combinaisons. DeBlainville 
n'était pas éloigné d'admettre une espèce de sensi- 
bilité dans les molécules minérales (1) et M. Trécul 
ne \ient-il pas de décrire des cristaux organiques 
vivants (2)? 

Les plus ardents partisans de Thétérogénie ne 
renouvellent nullement aujourd'hui l'hypothèse su- 
rannée d'Épicure. 11 semblerait absurde de sou- 
tenir que les Monades inorganiques peuvent en se 
groupant engendrer spontanément le plus simple 
organisme. Les défenseurs actuels de la génération 
spontanée émettent que celle-ci ne peut se produire 
qu'aux dépens des corps organisés subissant les phé- 
nomènes de la décomposition, ou dans l'intérieur 
des corps vivants. Selon eux l'énergie avec laquelle 
se manifeste la spontéparité et l'élévation organique 
des êtres qu'elle engendre dépend du plus ou moins 
d'abondance de matériaux au sein desquels les nou- 
veaux êtres créés se sont développés (3). 

Les doctrines del'organicismc pâlissent en présence 
des merveilleux phénomènes de la vie ; tout atteste 
qu'une sagesse suprême a réglé le cours de ceux-ci, 
et qu'ils ne peuvent être abandonnés au caprice de 

(j) DeBlainville. Dans le moment où les molécules composantes 
s'attirent, dit-il, pour former la molécule composante, il y a réel- 
lement quelque chose de la vie. {Anatomie comparée. Strasb., 1822^ 
Introd., p. 15.) 

(2) Trécul, Comptes rendus 1858. 

(3) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I. 
Bremser, Traité zoologique et phijsiologique sur les vers intesti- 
naux. Paris, 1837, p. 70. 



MÉTAPHYSIQUE. 123 

la matière aveugle ; aussi, à toutes les époques, voit- 
on les philosophes et les naturalistes s'efforcer d'évo- 
quer des causes mystérieuses, des êtres incorporels, 
pour jeter quelque lumière sur l'existence des ani- 
maux et des plantes. L'antiquité se fit remarquer par 
ses tentatives dans cette direction, et le moyen âge 
religieux tomba dans les exagérations du spiritua- 
lisme le plus outré. 

Comme s'ils étaient encore sous l'ascendant de la 
scolastique, Adanson et Kepler multiplient les intel- 
ligences au sein de la matière, pour en expliquer les 
plus insaisissables mystères. Rien n'arrête même 
l'astronome allemand : craignant d'abandonner les 
astres errant sans guide dans l'espace, et troublant 
l'harmonie des cieux, il leur accorde une âme di- 
rectrice qui coordonne leurs courbes savantes; il va 
même jusqu'à les considérer, ainsi que la terre, 
comme de grands êtres organisés dont les montagnes 
réprésentent l'ossature, les fleuves l'appareil vascu- 
laire, et les volcans les bouches destinées à leur servir 
d'émoncloires (1). 

Dans presque toutes les cosmogonies on semble in- 
diquer que l'esprit divin est en quelque sorte infiltré 
dans chaque fragment de la création : Jovis omnia 
plena, disaient les anciens. Cette pénétration indé- 
finie des parcelles de la Divinité dans toutes les mo- 



(1) Adanson accorde des âmes aux plantes^ et, selon lui, cha- 
cune d'elles en a même plusieurs. {Familles des plantes. Paris^ 
1763, t. 1, p. 32. 

Kepler, De stellâ Martis. — Harmon. mundi, 1619. 



124 HÉTÉROGÉNÏE. 

léculesde la matière, ce panthéisme, enfin, qui anime 
d'un souffle divin tous les atomes, né au sein de 
l'antiquité et ressuscité par la moderne philosophie 
allemande, ne vient-il pas prêter son appui à l'hé- 
térogénic? 

Selon les panthéistes. Dieu pénètre tout le monde 
matériel et son esprit remplit tous les espaces inter- 
moléculaires. Saint Augustin pour rendre ce fait pal- 
pable au milieu de l'harmonie des globes, compare 
Dieu à un grand lac et le monde à une éponge qui 
nage au milieu et se gonfle de sa divinité (1). Mais 
les successeurs deKant vont plus loin, et pour eux la 
matière n'est pas seulement imprégnée de l'esprit 
divin, elle est une parcelle de Dieu même. 

Cet esprit immatériel, intimement unià la matière, 
ne doit-il pas en régler les mouvements, en présider 
les transformations et lui imposer des lois ? là, la faire 
apparaître par la succession harmonieuse delà géné- 
ration, ailleurs l'animer spontanément ? 

Ce principe suprême, identique avec la substance 
du monde, d'après les audacieuses conceptions des 
Spinosa, des Kant et des Schelling, se révèle déjà 
dans l'existence presque automatique des plantes 
comme dans la vie sensitive et mobile des ani- 
maux (2) ; et il se révèle surtout chez l'homme, cette 
plus haute manifestation de la création, lui dont l'in- 
telligence est déjà assez exquise pour isoler sa propre 
individualité de la nature objective; chez l'homme, 



(l) H. Heine, De VAllemagne. Paris, 1853, t. T^ p. 78. 
(2)SpmosA, Tractatïistheologico-politicus. Amst., 1670. 



MÉTAPHYSIQUE. 4 25 

OÙ, d'après la philosophie allemande, la divinité 
arrive à la conscience d'elle même (1). 

Nous ne voulons pas rétrograder jusqu'aux doc- 
trines de Van Helmont el; de Stahl, en prétendant 
que l'organisme est le résultat d'une puissance archi- 
tectonique inhérente à l'âme, et que celle-ci se fa- 
brique en quelque sorte le corps qu'elle habite. Mais 
sans ravaler à ce rôle l'essence immatérielle de la vie, 
il faut bien qu'il y ait une harmonie intime entre le 
choix des matériaux et le principe immatériel qui doit 
les animer, et que des lois suprêmes en déterminent 
la corrélation. 

11 est évident que pour Stahl, l'âme est à la fois le 
principe de la vie organique et celui de la pensée; 
mais ce puissant promoteur de tous les ressorts de 
l'existence matérielle et intellectuelle perd de ses pré- 
rogatives en siégeant chez les animaux ; cependant il 
est évident que Stahl accorde également à ceux-ci une 
âme architectonique, et, comme le dit M. Lemoine, 
les passages abondent dans son œuvre pour le prou- 
ver (2). C'était une conséquence des doctrines du 
grand philosophe, puisque pour lui l'âme est le prin- 
cipe vital, et que c'est ce principe qui édifie et con- 
serve l'organisme (3). 

Dans son chapitre sur le conflit entre l'âme et 
l'organisme, J. Mùller, qui s'est inspiré des idées 
de deux métaphysiciens allemands , Herbart et 

(i) H. Hei^e, De VAllemagne. Paris, 1855, 1. 1, p. 83. 

(2) Lemoine, Slahl et l'animisme. Paris, 1858, p. 83. 

(3) ^lAUL y Disquisitio de mechanismi et organismi diversitate, 
p. 83. 



12G HÉTÉROGÉME. 

Bobrik (1), admet que, outre la force vitale qui est 
inhérente au germe, celui-ci possède une aptitude 
latente aux phénomènes intellectuels ou qui dé- 
rivent de l'âme, et que celle-ci y établit ses mani- 
festations à mesure que les appareils où elle réside 
se développent eux-mêmes. L'illustre physiologiste, 
qui se rapproche ainsi des doctrines de Stahl, com- 
pare les relations qui existent entre l'âme et l'orga- 
nisme aux rapports des corps impondérables et de la 
matière (2). 

Nous devons avouer que lorsque l'on fouille fort 
avant dans les primitives manifestations de l'orga- 
nisme, les voiles s'épaississent et les difficultés abon- 
dent. En suivant les philosophes on tombe souvent 
dans les exagérations du spiritualisme; en marchant 
avec les physiologistes on se surprend matérialiste. 
La vérité plane entre les deux opinions opposées. 

Enhardis parles témérités de Leibnitz, les premiers 
observateurs des Microzoaires se sont égarés en attri- 
buant des facultés d'élite à d'aussi frêles animaux. En 
effet, ne les a-t-on pas vus, avec Gleichen (3) et 
Crusius, se plonger dans le dédale de la métaphysi- 
que (4), et, renouvelant à l'égard de ces animalcules, 

(1) Herbart, Lehrbuchzur psychologie. Kœnisberg, 1834. 
BoBRiK, System der logik. Zurich, 1838. 
g (2) J. MuLLER, Manuel de fliysiologie. Paris^ 1851, t. II, p. 536. 

(3) Gleichen, Dissertation sur la génération, etc. Paris, an VII, 
p. 144. 

(4) Le professeur Crusius va jusqu'à prétendre que leur âme 
surpasse en perfection celle de certains animaux. — Christ. Aug. 
CïiVin Anleitung-uber, etc. (Manière de bien penser sur les événe- 
ments naturels). Leipsig, 1749, part. II, p. 120. — Comp. Roesel, 
Hécréations entomologiques, p. II, p. 544. 



MÉTAPHYSIQUE. 127 

les prétentions de quelques philosophes et de saint 
Basile lui-même, relativement^ l'àmedes bêtes (1), 
discuter gravement pour établir si les Infusoires en 
possèdent une ou non ! C'est par de tels errements 
qu'ils ont si profondément déprécié l'hétérogénie. 

L'étude du principe vital est l'une des plus diffi- 
ciles que Ton puisse offrir à la sagesse humaine ; et 
plus on examine les systèmes des philosophes^ plus 
on tombe dans l'incertitude. 

Le principe de vitalité dérive-t-il des Monades de 
Leibnitz,ces atomes de la nature, ces éléments des 
choses, comme il les appelait aussi! monades qu'il 
considère comme de véritables automates incorpo- 
rels (2), ou comme des forces qu'on peut assimiler 
à des points métaphysiques, ayant quelque chose de 
vital et une espèce de perception (3), et qu'il va même 
jusqu'à dire qu'on pourrait appeler âmes (4) ? 

La succession de la vie à la surface du globe en- 
chaîne la matière dans un cercle étroit auquel elle 
ne peut se soustraire : elle est successivement attirée 
et repoussée par des phénomènes incessants. Mais 
les particules organiques, tantôt intimement unies, 
et formant des organismes, et tantôt à l'état de liberté 
dans l'espace, n'en sont pas moins animées d'une vie 
latente, qui paraît n'attendre que leur groupement 



(1) Saint Basile, Hexaémeron, OMVOEuvre des six jours. Lyon, 
1827. 

(2) Leibnitz, Monadologîe. Paris, 1842, p. 391 . 

(3) Leibnitz, Système nouveau de la nature et de la comimtnica- 
tiondes substances. — Euler, int., p. 15. 

(4) Leibnitz, Monadolocjie. Paris, 1842, p. 392. 



128 HÉTÉROGÉNIE. 

pour se manifester ostensiblement, 11 semble que 
pour les molécules organiques, il n'y ait pas de mort 
réelle dans toute l'acception du mot, et qu'il n'y a 
pour elles qu'une transition à une nouvelle vie ; 
c'est ce quePlenck(l), Bremser(2) et Tre\iranus(3) 
ont parfaitement senti. 

Brachet embrasse la question d'une manière éle- 
vée. Selon lui, la vie de la matière organique dérive 
d'un principe qui lui est étranger, le principe vital, 
qui se répand dans toutes les parties de l'être organi- 
sé, par l'intermédiaire du système nerveux ganglion- 
naire, dont il prétend même reconnaître l'existence 
dans l'organisation végétale. 

D'après ce physiologiste, quoique ce principe vital 
ne puisse être isolé de l'organisme, il n'en a pas 
moins une existence indépendante, distincte à la fois 
de la matière et de l'âme intelligente, et pourtant il 
est intelligent lui-même puisqu'il préside au dévelop- 
pement des organes et qu'il en règle les lois physiolo- 
giques. Brachet pense que celui-ci stagne dans « un 
vaste réservoir ou tourbillon vital, qui enveloppe le 
globe terrestre, et que c'est de lui que part cette 

(1) Plenck dans son Hygrologia, s'exprime ainsi : 

« Terra nostrœtelluris putredinis producta absorbendo nigra et 
fertilissima evadit, hinc plantis praestantissimum prsebet pabii- 
lum. Hinc elucescit morte, et putrefactione hominis corpus non 
perire, sed duntaxat ejusdem strucluram organicam deleri , et 
perenni circulo elementorum unius destructionem alterius esse 
generationem. » 

(2) Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers in- 
testinaux. P^ris, 1837, p. 89. 

(3) Trevirakus, Mull., p. i. 



METAPHYSIQUE, 129 

étincelle de vie qui anime chaque être organisé... et 
à lui qu'elle retourne toutes les fois qu'elle abandonne 
le corps (1). » 

Cette idée qui fractionne d'une manière indéfinie 
l'essence vitale et la matière,est extrêmement avancée. 
En subordonnant ainsi l'arrangement de la matière 
à la rencontre du principe qui le régit et le domine, 
on arrive à la production de l'hétérogénie dans tout 
et partout. 

Mais si le sens intime nous révèle facilement quelles 
sont les diverses puissances qui président à toutes les 
manifestations organiques , leur pondération et leur 
modalité nous offrent d'insolubles difficultés, lorsque 
nous tentons d'en élucider la portée. Faut-il, en 
sapant toutes les m.erveilles de l'organisme, ainsi 
que le fait Guilloutet, ne voir dans lesdiverses fonc- 
tions vitales que le simple jeu des forces attrac- 
tives et répulsives du calorique (2)? Et ce sont de 
tels adversaires que l'on oppose aux Stahl et aux 
Barthez! 

La grave question de l'essence des corps avait été 
l'objet de longues méditations de la part d'Euler. 
Ceux-ci , selon lui, sont constitués par deux prin- 
cipes liés étroitement ensemble, l'un matériel et l'au- 
tre spirituel, donnant lieu aux remarquables phéno- 
mènes de la vie (3). Comme l'a dit Barthez, il faut 
reconnaître que toutes les parties dé l'organisme ont 

(1) Brachet, Physiologie élémentaire de l'homme. Paris^ 1855. 
C^;) GuiLLOuTET^ Nouvelle théorie de la vie. Paris^ 1807, p. H. 
(3) EuLER, Lettres sur divers sujets de physique et de philoso- 
phie. Paris, 1843, p. 208. 

POUCHET 9 



430 HÉTÉRO GÉNIE. 

une faculté vitale et même une sorte de perception, 
ce qui peut seul expliquer les divers actes qui s'accom- 
plissent dans les corps vivants (1). 

Mais c'est à la moderne philosophie de la nature 
qu'est due la démonstration la plus incisive de V éter- 
nel antagonisme qui règne entre V esprit et la matière, 
l'idéal et le réel ; et enfin l'établissement de ce paral- 
lélisme qui s'observe dans la plus sublime concep- 
tion de la création, l'espèce humaine (2) ! 

Toutes les cosmogonies s'accordent sur ce point, 
c'est que la matière a précédé le souffle divin qui 
l'anime (3). Le livre fondamental de notre foi s'ex- 
prime dans ce sens, lorsqu'il nous dépeint les scènes 
imposantes de la création. Celle-ci n'a été qu'un 
grand acte de la volonté de Dieu réagissant sur l'iner- 
tie de la matière préexistante, et lui intimant la vie 
et le mouvement. Quelques philosophes chrétiens 
pensent aussi, avec Gassendi, que le texte sacré ne dit 
nullement que le monde a été produit de rien, mais 
au contraire qu'il a été formé à l'aide d'une substance 
inapercevable, ex invisâ materiâ (4). 

Il est évident que les êtres organisés sont sous 
l'empire d'un principe vital, sans lequel toutes leurs 
fonctions s'anéantissent ; mais les liens qui enchaî- 
nent cet agent immatériel à la matière elle-même, 

(1) Barthez, Nouv. éléments de la science de l'homme, i. I, p. 48. 

(2) Gomp. Bremser , Traité zoologique et physiologique sur les 
vers intestinaux. Paris, 1837, p. 74. 

H. Heine, De l'Allemagne. Paris^ 18S5, 1. 1, p. 77. 

(3) BoRY Saint-Vincent, Dict. class. d'hist. nai., art. Matière, 
t. X, p. 248. 

(4) Gassendi, Physica, t. I, p. 163. 



MÉTAPHYSIQUE. 131 

sont loin d'être connus. L'esprit qui coordonne la 
marche des organismes est-il éternellement lié à leur 
ensemble matériel, ou change-t-il seulement d'édifice 
à mesure que ceux-ci se succèdent? Qu'est devenu ce 
régulateur de tous les actes âe la vie chez ces Roti- 
fères, ces Tardigrades, ces Vibrions, que, dans leurs 
expériences, Spallanzani (1), Donné (2), Gérard (3), 
voyaient tour à tour périr et renaître? On rapporte 
que des Microzoaires exhumés des profondeurs de la 
terre, où ils gisaient compris dans des roches extrê- 
mement anciennes, ramenés à la lumière, repren- 
nent la vie au contact de l'eau, comme s'ils venaient 
de s'engourdir (4)! Mais où donc s'était réfugié cet 
immatériel agent qui régissait anciennement ces im- 
perceptibles êtres? Est-il resté près d'eux pendant 
tant de milliers d'années de sommeil, ou un esprit 
nouveau s'y est-il mêlé au moment où le hasard les a 
rappelés à l'existence? Il faudrait s'expliquer pour 
savoir si la vie est restée latente dans les cadavres de 
ces anciens contemporains du déluge, ou si une force 
vitale nouvelle vient les ranimer au moment de 
leur immersion ! 

C'est en exagérant à l'extrême les plus simples 
phénomènes de la vie, que certains philosophes ont 
perdu la cause qu'ils voulaient défendre. Ainsi il y a 
des forces souvent définies, sinon expliquées, qui 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
ris, 1787, 1. 11, p. 203. 

(2) Donné. Cours de Microscopie, Paris, 1844. 

(3) Gérard, Dict. univ.d'hist, 7iat.,art. Génération. 

(4) Id., ihid., p. 60. 



132 HÉTÉROGÉNIE. 

président aux mutations de la matière et à la forma- 
tion des corps bruts et des êtres organisés ; et c'est en 
voulant les élever au rang des plus hautes facultés, 
que souvent les sophistes anciens ont soulevé tant 
de répulsion. A des prétentions qui dérogeaient à la 
simple raison on a répondu par une dénégation for- 
melle. Par exemple, évidemment, il existe une force 
qui préside au groupeaient des molécules ; quoique 
insaisissable, toutes les ressources de l'inteUigence se 
réunissent pour la démontrer. Mais Démocrite l'a 
rendue ridicule en professant que les atomes avaient 
une âme, car la lecture de saint Augustin ne nous 
permet pas de douter en effet que ce philosophe ait 
enseigné que les atomes étaient animés. Democrkiis, 
d\i-\\, hoc distare in naturalibiis qiiœstionibiis ah Epi" 
euro dicitur, qiiod iste sentit inesse conciirsioni ato- 

moriim vim quamdam animalem et spiritalem 

Epicurus verô neque aliqiiidin principiis i^emim ponit 
prœter atomos ( 1 ) . 

Pourquoi donc ainsi, par de stériles observations de 
laboratoire, vouloir intervenir dans le domaine des 
faits que la suprématie de la pensée résout avec bien 
plus de profondeur et de maturité que le microscope 
et la pointe du scalpel? Les anatomistes ont trop de 
tendance à se laisser entraîner aux exigences du 
matérialisme. Il y a deux parties dans tout être orga- 
nisé : la substance grossière qui le compose, et la 
puissance vitale qui en régit et coordonne tous les 
éléments; et c'est cette dernière cependant que. l'on 

(1) AUGUST., Epist. LVI. 



MÉTAPHYSIQUE. 133 

oublie, elle qui, au fond, en constitue la seule essence 
biologique; c'est tout à fait comme si, en faisant 
l'histoire des splendeurs monumentales d'une cité, on 
omettait qu'on les doit à la féconde intelligence de 
ses architectes ! Nous, nous admirons l'organisme, et 
nous oublions l'élément intelligent qui le met en 
mouvement; nous voyons la matière, nous n'aperce- 
vons pas la vie. 

Mais hâtons-nous de proclamer, en achevant ce 
chapitre, que quelques penseurs ont sondé la question 
d'une manière élevée, et parmi eux on peut citer en 
première ligne Burdach et Treviranus. 

La théorie de Burdach relativement aux grandes 
mutations vitales qui se manifestent à la surface du 
globe se trouve résumée dans les lignes suivantes : 
« La génération, dit l'illustre physiologiste, est la 
« réalisation de la tendance à la totalité ou à l'indi- 
« vidualité; les deux directions de la nature dyna- 
<.( mique et matérielle se réalisent simultanément 
« dans le produit organique ; une pluralité de parties 
« en activité continuelle se trouve englobée dans une 
« forme déterminée, et ramenée à l'unité d'action 
« par le conflit ou la réaction mutuelle des activités 
« diverses. Cette réunion de ce qui était isolé dans le 
« corps inorganique, fait que le produit organique 
« de la nature ressemble davantage à l'univers; son 
« corps est un monde en petit, un microcosme, et 
« l'unité idéale de sa vie une émanation de l'âme du 
« monde ; le particulier y devient individu et tout, 
« par le fait de sa participation à l'infini. Chaque 
« chose terrestre est une partie de l'univers et prend 



134 HETERO GENIE. 

part à l'idée primordiale. » Ainsi, selon Burdach, le 
même esprit unique qui produit l'univers, y crée 
des individualités portant en soi le caractère du 
tout, et c'est ainsi que primordialement la yie 
apparaît sur la terre comme génération sponta- 
née(l). 

Déjà Gleichen avait touché le côté philosophique 
de la question. Il lui semble qu'il serait peut-être 
plus noble de supposer que la sagesse suprême a im- 
primé des lois immuables aux éléments de l'organi- 
sation, que d'admettre qu'elle en dirige à chaque in- 
stant la force plastique, pour coopérer à l'incessante 
fécondité de la nature (2). 

Après s'être reposé de ses expériences et en avoir 
médité les résultats, Treviranus est arrivé à profes- 
ser, comme dernière conclusion, qu'il existe dans 
toutes les parties du globe une matière absolument 
indestructible et d'une incessante activité, et que c'est 
d'elle que dérivent les végétaux et les animaux les 
plus simples et les plus complexes ; elle est l'essence 
du plus humble Byssus et du Chêne altier ; de la Mo- 
nade invisible et de la monstrueuse Baleine. Il pense 
que cette matière invariable dans son essence, mais 
variant comme les circonstances, peut prendre toutes 
les apparences des corps vivants dans ses multiples et 
infinies combinaisons. Matière amorphe pendant son 
état de Hberté, mais revêtant toutes les formes des 

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 336. 

(2) Gleichen, Dissertation sur la génération, etc. Paris, an VII , 
p. 109. 



MÉTAPHYSIQUE. 135 

corps organisés pendant le temps que dure leur exis- 
tence (1). 

En effet, en considérant les forces décomposantes 
qui s'emparent des grands organismes, et le résultat 
de leur désagrégation, on voit que chacun de leurs 
atomes n'abandonne momentanément ses affinités, 
que pour rentrer dans une autre sphère d'attrac- 
tion active et vivante, après avoir éprouvé un temps 
d'arrêt entre deux existences, un stage momen- 
tané, entre les perpétuelles oscillations de son acti- 
vité vitale. Aussi, en considérant abstractivement 
chaque molécule organique, est-on tenté de se de- 
mander, si elle ne recèle pas quelques étincelles de 
vie, Laleat scintilhila forsan? 

Mais le principe vital ne préside pas à la formation 
de l'ovule par les mêmes procédés qu'à l'exercice de 
la pensée ou du mouvement. Le premier acte est tout 
à fait intime et résulte de lois préétablies, qui opè- 
rent sans que l'individu en ait conscience, et qui 
peuvent se manifester sur une foule de points, sous 
une foule de formes. Les actes du mouvement, au 
contraire, résultent du libre arbitre de l'individu. 
Ce n'est pas plus l'organisme qui engendre un nou- 
vel être par son concours intelligent, que ce n'est 
celui-ci qui régit l'acte respiratoire. Chacun de ces 
phénomènes est le résultat de l'action vitale, dont le 
seul souffle a animé et a primitivement fait surgir 
l'organisme aux dépens de la rhatière; et c'est ce 
même souffle vital qui peut, loin d'un ovaire, comme 

(1) TREVIRA^^us, Biologie, t. II. 



136 HÉTÉROGÉNIE. 

dans le sein de celui-ci, présider à l'évolution pri- 
maire des êtres de la création. 

A l'aide de cette conception, l'on n'abandonne 
plus les combinaisons de la matière aux chances 
inespérées du hasard, et chaque particule animée a 
son but et ses instincts de combinaison. Ainsi se trou- 
vent réfutées les imposantes objections de Galien 
et de Plutarque (1). 

Lorsque, contrairement aux idées généralement 
reçues, nous venons ici prétendre que ce n'est pas la 
mère qui forme l'œuf, par un mouvement expansif 
de son organisme, mais que c'est, au contraire, l'ovule 
qui recèle en lui-même toute sa puissance architec- 
tonique, nous sommes loin d'être le seul qui profes- 
sions cette idée. Stahl la soutenait déjà de son temps. 
« Le fœtus, dit-il, et toutes les parties qui l'envelop- 
pent et le contiennent immédiatement, jouissent 
d'une vitalité qui leur est propre et non étran- 
gère (2). » C'est là, mot à mot, ce que nous pré- 
tendons soutenir aujourd'hui. 

Les hétérogénistes peuvent se partager en deux 
groupes distincts : les uns, à l'exemple de Lamarck, 
considèrent les agents physiques comme suffisants 
pour déterminer la matière brute à s'organiser; 
les autres, au nombre desquels on compte Redi 
lui-même, suivant M. De Quatrefages, et sur- 
tout Rudolphi, Oken, Morren et Nordmann, admet- 

(1) Plutarque, ic^t;. Colot. — Comp. Bayle, Dict. hist., t. VI 
p. 178. 

(2) Stahl, Theoria medica vera. Halse, 1737, p. 385. 



MÉTAPHYSIQUE. 137 

tent une force plastique existant dans les êtres 
\ivants, et pouvant y produire certains êtres orga- 
nisés (1). On voit, parce qui précède, que nous ap- 
partenons à la dernière école. 

(IJ De Quatrefages, Rapport sur Vhelminthologie (Ann. se. nat. 
zoolog. 1854, t. I, p. 8). 



CHAPITRE II. 

CONDITIONS PRÉLIMINAIRES DE L'HÉTÉROGÉNIE. 

La génération spontanée, pour se manifester, exige 
généralement le concours de trois éléments : un corps 
solide putrescible, de l'eau et de l'air. Déjà Wrisberg 
avait parfaitement signalé ceci (1) ; et Ton sait, en 
outre, que divers agents généraux tels que la chaleur, 
l'électricité et la lumière, concourent également à ce 
phénomène important. 

Contrairement à certains physiologistes (2), nous 
n'admettons pas que ces trois corps soient absolument 
nécessaires à l'hétérogénie, car nous verrons plus loin 
que si leur concours est constamment simultané dans 
la nature, dans nos expériences nous pouvons nous 
passer d'un ou de deux de ceux-ci. 

Il est évident que chacun des trois corps dont la 
réunion est presque indispensable à la production 
spontanée des Proto-organismes, joue dans celle-ci 
un rôle spécial; mais nous pensons que le rôle d'a- 
gent procréateur immédiat n'appartient qu'à un seul 
d'entre eux, au corps solide, et que l'eau et l'air ne 
doivent être ordinairement considérés, que comme 

(1) Wrisberg, Observationum de animalcuUs infusoriis natura,\ 
p. 82. 

(2) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1^ p. 19. 



CONDITIONS PRÉLDimAIRES DE l' HÉTÉRO GÉNIE. 139 

fournissant l'un le milieu \ital, et l'autre le fluide 
respiratoire. 

Les expériences multipliées que nous avons entre- 
prises pour arriver à cette démonstration, nous ont 
fait voir, en effet, qu'en variant à l'infini la substance 
solide de l'infusion , lorsque l'on employait toujours 
la même eau et le même air, les Infusoires variaient 
également à l'infini, comme les substances employées. 
Là c'était donc uniquement et incontestablement le 
corps solide, qui était l'agent fondamental de la pro- 
création primordiale. Le même corps, avec la même 
eau, donne même des Protozoaires différents selon 
que ce corps a subi ou non l'ébuUition. Ce n'est donc 
pas la nature du liquide qui fait varier la génération 
qu'on voit apparaître, puisque l'eau n'a pas éprouvé 
d'addition. Ceci nous l'avons vérifié dix fois après 
Spallanzani, qui déjà avait annoncé qu'il naissait des 
Infusoires différents dans du trèfle soumis à l'ébuUi- 
tion, et dans celui qui était simplement en macéra- 
tion (i). 

Burdach, qui est ordinairement si audacieux quand 
il traite des hautes conceptions delà physiologie, de- 
vient timide dans le cas dont il s'agit. Il dit que la na- 
ture des Infusoires est déterminée, non pas par la na- 
ture de l'un des corpsindispensables à leur formation 
mais par celle de tous (2). Nous ne pensons nullement 
ainsi. 

Il est vrai qu'en mettant le même corps solide dans 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique végétale et animale. Pa- 
vie, 1787. 

(2) Burdach, Traité de Phtjsiologie. Paris, 1837, t. I. 



140 HÉTÉROGÉNIE. 

des liquides différents, on obtient des générations d'a- 
nimalcules dissemblables, mais cela n'infirme nulle- 
ment que celles-ci n'ont pas le même corps pour élé- 
ment procréateur spécial. En effet, il se peut que 
sans participer à l'organisation des productions pri- 
maires, l'action particulière de tel liquide sur la sub- 
stance solide en fasse surgir des éléments organisables 
d'une nature différente : le produit est varié, mais il 
n'en tire pas moins son origine de la même base. En 
considérant la question sous ce point de vue, on ne 
s'étonne plus si, dansses expériences, Terechovsky, en 
employant des eaux différentes, voyait y apparaître 
des Infusoires différents (1). Essentiellement dérivés 
du corps solide, ceux-ci n'apparaissaient sous une 
forme variée qu'à cause de la diversité d'action de 
l'eau sur ce même corps. 

Vaincu par l'évidence des preuves, J. Muller est 
forcé de dire qu'ordinairement les corps organiques 
ne se perpétuent que par des œufs ou des germes. 
c( Mais, ajoute- 1- il, on peut se demander si, lorsqu'un 
« corps organique se décompose, la matière qui le 
« constitue ne produit pas aussi, sous certaines in- 
« fluences, des organismes d'une autre espèce ; si 
« par le concours de certaines conditions de l'air at- 
« mosphérique, elle se résout en Infusoires vivants, 
c< tandis que dans d'autres circonstances elle revit 
« dans des plantes appartenant aux classes infè- 
re rieur es (2). » 



(i) Terechovski, Dissert, de chao infusorio Linnœi, p. 53. 

(2) Muller, Manuel de physiologie^ 2« édition, Paris, 1851, p. 9. 



CONDITIONS PRÉLIMINAIRES DE l'hÉTÉROGÉNIE. 144 

Le grand physiologiste allemand admet donc la gé- 
nération spontanée dans sa plus stricte acception : 
c'est presque l'antique tradition d'Aristote (1). 

Il faut bien s'entendre à l'égard des sources dans 
lesquelles les Proto-organismes, qui naissent sponta- 
nément puisent leurs premiers éléments. Ceux-ci ne 
sont pas extraits de la matière brute proprement dite, 
ainsi que l'ont prétendu quelques fauteurs de Fhé- 
térogénie, mais bien des particules organiques, débris 
des anciennes générations d'animaux et de plantes, 
qui se trouvent combinées aux parties constituantes 
des minéraux. Selon cette doctrine, ce ne sont donc 
pas des molécules minérales qui s'organisent, mais 
bien des particules organiques qui sont appelées à 
une nouvelle vie. Les créations qui apparaissent sem- 
blent même se présenter avec des proportions qui 
sont en rapport avec la masse d'éléments qui se 
trouvent en présence; de manière que si dans nos 
expériences de laboratoire nous n'obtenons jamais 
in vitro que de chétives productions, dans la nature, 
là où tant de particules animales ou végétales se trou- 
vent en fermentation, les générations qui surgissent 
ont une bien autre puissance. Bremser a développé 
cette thèse avec autant de logique que d'audace (2). 
Ainsi le Proto^organisme qui naît au sein de la subs- 
tance expirante, y apparaît avec des formes d'autant 
plus élevées qu'il se trouve environné d'une plus 
grande abondance de matière organisable. 

(1) Aristote^ Histoire des animaux. PariS;, 1783. 

(2) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intes- 
tinaux de Vhomme. Paris^ 1824, p. 69 et suiv 



142 HÉTÉROGÉNIE. 

SECTION I. — DU COUPS PUTRESCIBLE. 

Les naturalistes professent généralement que le 
corps solide, cet indispensable élément de la pro- 
duction des Infusoires, doit absolument appartenir au 
règne organique. J. Muller soutient cette proposition 
en se fondant sur ce que les végétaux ont seuls la pro- 
priété de transformer les substances minérales en êtres 
organisés (1). Mais Burdach se renferme dans le doute 
à cetégard (2). Cette question mérite d'être examinée, 
puisque Gruithuisen prétend qu'il a vu naître des 
Microzoaires dans des infusions de granit, d'anthra- 
cite ou de marbre coquillier (3). A l'égard des deux 
derniers corps, le phénomène peut être facilement 
expliqué. Si l'on se rappelle leur origine géologique, 
résultat d'un mélange d'êtres organisés et de parti- 
cules minérales, ne se peut-il pas qu'il existe encore 
dans leurs interstices quelques vestiges de substance 
organique qui se trouve mise en liberté par le contact 
du liquide? J. Muller, a fait, avant nous, cette suppo- 
sition (4). 

Ce qu'il y a de positif, cependant, c'est qu'aucun 
animalcule n'apparaît dans l'eau contenant des corps 
métalliques, tels que du fer, du cuivre, du plomb ou 
des sels de mercure (5). Le sel marin n'en produit 

(1) Muller, Manuel de phijsiologiej 2^ édition, Paris, 1851, 1. 1, 
p. 10. 

(2) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837, t. î, p. 16. 

(3) Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie und Eautognosie. — 
Idées sur la physiognosie et sur la génération spontanée. 

(4) Muller, Manuel de physiologie. Paris, iSol, 1. 1, p. 8. 

(5) Comp. Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie und Eautogno- 



DU CORPS PUTEŒSCIBLE. 143 

pas non plus, suivant Gruithuisen, tandis que Trevi- 
ranus prétend qu'il en a vu naître dans l'eau qui en 
contenait. Je partage absolument l'opinion de l'il- 
lustre physiologiste, car je suis parvenu au même ré- 
sultat dans mes expériences. A priori, on devait le 
supposer, le sel marin contenant toujours quelques 
particules organiques. — Si Gruithuisen a eu des ré- 
sultats différents des nôtres , cela est peut-être dû- à 
ce que ses solutions étaient trop chargées de parti- 
cules minérales. 

Selon Burdach, la propriété inhérente à certaines 
substances de produire des Infusoires, dépendrait de 
leur affinité pour l'eau (1), et non point de leur solu- 
bilité, comme le veut Gruithuisen (2). La solubilité 
est si bien une qualité accessoire, que certaines sub- 
stances qui en sont parfaitement douées, telles que 
le quinquina, le sirop, les acides azotique^ sulfu- 
rique, etc., ne fournissent jamais d'infusoires. 

C'est, je ne dirai pas par erreur, mais simple- 
ment par inattention , que Burdach mentionne les 
acides, sans restriction, comme s'opposant à la pro- 
duction des Infusoires (3); l'acide acétique affaibli, 
et d'autres, en fournissent, on le sait, en abondance. 

Les animalcules apparaissent d'autant plusrapide- 

sie, p. 100. — Idées sur la physiognosie et sur la génération spon- 
tanée. 
Treviranus, Biologie, t. II, p. 30o. 

(1) Burdach, Traité de phijsiologie. Paris, 1. 1, p.. 17. 

(2) Gruithuisen , Beitràge zur Physiognosie und Eautognosie, 
p. 100. — Idées sur la physiognosie et sur la génération spon- 
tanée. 

(3) Burdach, Traité de physiologie. Paris^ t. I, p. 17. 



144 HÉTÉROGÉNIE. 

ment, que la substance mise en expérience est plus 
putrescible. Ce fait, reconnu par Priestley, et men- 
tionné par Treviranus et Burdach, n'est pas douteux. 

Le premier de ces savants avait vu aussi qu'il se 
développait beaucoup plus de Microzoaires dans de 
l'eau contenant des fraises, que dans celle où Ton 
avait mis des graines de lin ou d'autres corps orga- 
nisés d'une difficile décomposition. Spallanzani rap- 
porte à l'appui de cette assertion, qu'il a observé que 
le gluten produisait plus d'Infusoires que l'amidon. 
D'après cela on s'accorde généralement à penser que 
les infusions les plus putrescibles sont celles où les 
Microzoaires se montrent avec plus d'abondance (1). 
Comment expliquerait-on ce fait dans l'hypothèse où 
l'on suppose que les germes de ces animaux provien- 
nent du dehors et tombent dansle liquide? Or, comme 
on ne peut admettre que des êtres aussi microsco- 
piques exigent le superflu de matière nutritive qu'on 
observe dans les infusions les plus chargées, il faut 
bien convenir que s'ils sont plus abondants parmi 
celles-ci, c'est que leur production n'est réellement 
due qu'à l'exubérance des molécules organiques qui 
s'y trouvent mises en liberté, et toutes prêtes à entrer 
dans de nouvelles combinaisons. 

En s'occupant du rôle de la substance putrescible, 
il serait important de se faire une idée des phéno- 
mènes intimes de désagrégation et de recomposition 

(1) Comp. Treviranus, Biologie. Gœttingue, 1822, t. II, p. 360. 
BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1. 1, p. 14. 
Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pavie, 
1787', t.I. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. i-45 

qu'elle éprouve durant les phases de la génération 
primaire, mais c'est là le point le plus obscur de la 
question. Nous avons déjà vu que, selon Buffon, il 
existerait une mutation continue dans les éléments 
matériels et animés des animaux, ainsi que dans la 
forme de ceux-ci ; les molécules organiques deve- 
nues libres parla désagrégation, pouvant entrer dans 
une série infinie de combinaisons nouvelles, et pro- 
duire des êtres tout à fait différents de ceux dont 
elles provenaient (1). Ceci, est comme on le voit, la 
génération spontanée dans toute son extension. Celte 
hypothèse est naturellement la conséquence de 
l'autre, ainsi que M. Flourens l'avait déjà exprimé 
en analysant les travaux de notre Pline moderne (2) . 
M. Longet, après avoir émis, en abrégé, les idées 
de Buffon, dit qu'il est inutile aujourd'hui de les ré- 
péter, et que nos connaissances histologiques ne nous 
permettent pas le moindre doute |à cet égard (3). 
Nous ne traitons pas aussi cavalièrement un _sem- 
blable sujet; et, lorsque les physiologistes les plus 
considérables de notre époque émettent encore des 
opinions qui se rapprochent de celles de notre im- 
mortel compatriote, ses hypothèses ont bien le droit 
d'être considérées comme étant de quelque valeur. 
Naguère encore , M. Milne Edwards les partageait 
en partie; s'il s'est éloigné de cette voie, d'autres 

(1) Buffon, Histoire naturelle. Paris_, 1749. Suppl., t. IV, 
p. 343. 

(2) Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon. Paris, 
1844, p. 78. 

(3) Longet, Traité de Physiologie. Paris, t. II, p. 7. 

POLCIILT. 10 



146 HÉTÉROGÉNIE. 

savants persistent encore à la suivre : il faut dé- 
brouiller où gît la vérité (1). 

Selon Wrisberg, les Infusoires ne seraient que les 
particules des corps soumis à la putréfaction, et qui, 
pendant que ce phénomène se manifeste, deviennent 
libres, et s'animent d'une vie propre. Cette hypo- 
thèse se rapproche donc des vues de Buffon, dont il 
vient d'être question. S. Schultze soutient une thèse 
analogue en prétendant que les Microzoaires ne sont 
parfois que le résultat des métamorphoses de la sub- 
stance organique : c'est une grande concession de la 
part de ce savant, lui dont les expériences tendent 
à prouver que l'air renferme les germes des Proto- 



organismes. 



Dans la manifestation de ses sublimes harmonies, 
Ja nature répartit à chaque être son rôle physiolo- 
gique. Les végétaux possèdent le privilège presque 
exclusif de s'approprier les molécules minérales, de 
les transformer en leur propre substance, tandis que 
les animaux, au contraire, ne s'alimentent que d'é- 
léments organisés, ainsi que l'ont largement déve- 
loppé Burdach et J. Muller (2). De là chacun des 
deux règnes du monde animé a sa fonction spéciale ; 
les végétaux semblent avoir seuls la propriété de 
transformer en leur propre substance les composés 
binaires minéraux, tels que l'eau, l'acide carbonique 
et l'ammoniaque, en élevant leur combinaison à l'é- 

(1) MiLîSE Ej)\y\ï^DS y Répertoire général d'anatomie et de physio- 
logie. Paris, 1827, t. III, p. 47. 

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. IX, p. 401. 
J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1845, 1. 1, p. 16. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. 147 

tat de composés ternaires organiques. Les végétaux, 
comme Ta dit M. Dumas, savent organiser la matière 
et J'accumuler, et les animaux, pour lesquels cette 
matière a été amassée, la consomment pour l'entretien 
de leur vie (1). C'est par cette raison que dans les 
milieux où il n'existe aucun vestige animé, ce sont 
des végétaux qui apparaissent d'abord, et que les ani- 
maux les suivent. 

Il est utile, dans toutes les expériences que l'on en- 
treprend sur la génération spontanée, de tenir compte 
de l'état du corps solide putrescible ; et c'est pour ne 
pas l'avoir fait, que souvent les physiologistes ont ob- 
tenu d'inexacts résultats. Une certaine température 
arrêtant le mouvement fermentescible , et celui-ci 
étant un phénomène indispensable à la production des 
Proto-organismes, il arrive que ceux-ci n'apparais- 
sent qu'après un temps fort long ou même cessent 
absolument de se produire, lorsque le corps solide a 
subi une ébullition prolongée. Dans les décoctions, ce 
n'est même souvent qu'après plus d'un mois qu'elles 
ont été exposées à l'air que cela a lieu. Parfois même, 
après un temps beaucoup plus long encore, on n'y 
voit pas le moindre vestige d'organisme. 

Que signifient donc quelques rares expériences 
à vaisseaux clos faites par certains physiologistes, qui 
n'ayant point rencontré d'animalcule dans leurs 
vases, ont argué de là qu'il ne s'en produisait pas dans 
la matière soumise à l'expérimentation! 



(1) Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Paris, 
1842 . 11. 



148 HÉTÉROGÉNIE. 

Lors même qu'on laisse dans l'eau le corps qui a 
subi la décoction, ce n'est souvent qu'après un temps 
considérable, parfois plus d'un mois, qu'il s'y déve- 
loppe des animalcules. Voici des faits à l'appui de 
cette assertion. 

Expérience. — Une forte décoction de foin, expo- 
sée à l'air durant trente-cinq jours, n'a présenté au- 
cun animalcule vivant, soit à cette époque, soit dans 
les observations qui ont été faites dans l'intervalle. 

Au contraire, des macérations de foin également 
exposées à l'air, près de cette décoction, nous ont 
constamment offert des myriades de lons^s Vibrions, 
au bout de vingt-quatre heures, quand la température 
était de 25 à 28°; et des Kolpodes et d'autres Micro - 
zoaires d'un ordre élevé, après trois ou quatre jours. 

Expérience. — - Quatre grands verres à expériences 
ont été placés sous une même cloche, très-ample, 
pour qu'ils soient soumis tous les quatre aux mêmes 
influences. Chacun d'eux avait reçu 300 grammes 
de liquide. Ils furent examinés trois jours après, la 
température moyenne ayant été de 24% et la pression 
de 0,755. 

Le premier verre était rempli d'eau qui avait 
bouilli pendant 15 minutes, et de 5 grammes de 
foin, qui avait aussi subi Tébullition. La couleur du 
liquide était d'un fauve extrêmement pâle; la pelli- 
cule membraneuse à peine apparente ; sa surface 
était seulement parcourue par un certain nombre 
de longs Vibrions {Vibrio graiiifer ^ Pouch. et 
Vïbris levis, Pouch.), de 20 à 25 divisions micro- 
métri([ues de longueur. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. U9 

Le deuxième verre était rempli d'eau qui avait 
bouilli, mais de 5 grammes de foin qui n'avait point 
subi l'ébullition. Le liquide était fauve et sa pellicule 
bien formée. Il contenait les mêmesYibrions que l'on 
rencontrait dans le vase précédent, mais en quantité 
immensément plus considérable. En outre on y ob- 
servait une abondance de Kolpodes triticiformes. 

Le troisième verre contenait de l'eau qui n'avait 
point été chauffée, et 5 grammes de foin qui avait, 
au contraire, été dans l'eau en ébullition pendant 
quinze minutes. Le liquide était d'un fauve très- pâle 
comme celui du premier vase; à la surface on ren- 
contrait les mêmes Vibrions que dans les deux pré- 
cédents vases; seulement ils y étaient plus abondants 
que dans le premier vase, mais en bien moindre 
nombre que dans le second ; en outre on y voyait 
quelques Kolpodes triticiformes. 

Le quatrième vase, que l'on pourrait considérer 
comme un critérium, contenait de l'eau n'ayant 
point été chauffée, et 5 grammes de foin n'ayant 
subi aucune préparation. Son liquide était trouble 
et d'une couleur fauve, et sa pellicule offrait beau- 
coup plus d'épaisseur que dans tous les autres vases. 
Sa faune était la même, mais plus abondante que 
celle des autres verres. On y voyait à la fois des Vi- 
brions granifères , des Vibrions lisses , et des Kol- 
podes triticiformes. 

Ces expériences rendent donc évident ce que nous 
avons avancé, à savoir : que le corps putrescible qui 
a subi l'ébullition, est moins propre qu'auparavant à 
fournir les particules élémentaires des Protozoaires. 



150 HÉTÉROGÉNtE. 

Celte conclusion aurait pu se déduire à priori, car 
on conçoit que l'action d'une chaleur élevée et le 
contact de l'eau ont dû attaquer une partie de la 
substance organique du solide, et par cela même le 
rendre moins apte à reformer d'autres organismes. 

Il est certain que la diversité des substances orga- 
niques soumises à la macération, entraine des diffé- 
rences notables dans les Microzoaires qui se déve- 
loppent au milieu d'elles. Bory de Saint-Vincent 
Tavait depuis longtemps reconnu (1), et Treviranus 
insiste également sur ce fait (2). Le premier de ces 
naturalistes a même remarqué que certaines infu- 
sions de produits exotiques donnaient naissance à 
des espèces particulières, et que même si l'on unis- 
sait deux infusions différentes, il en résultait des mi- 
crozoaires qui n'étaient nullement les mêmes que 
ceux que produisait ordinairement chaque liquide 
séparé (3). M. Gérard a émis une semblable opi- 
nion (4). De tels faits sont, je pense, embarrassants à 
expliquer pour les physiologistes qui s'obstinent à 
ne voir dans les Infusoires que le résultat de cette 
panspermie aérienne que nous combattons. 

Treviranus avait aussi prouvé que les mêmes 
substances fournissent des espèces différentes, lorsque 
l'on fait varier les conditions de l'expérience. Ainsi, 
une infusion de Pois dans laquelle on ajoute de l'eau 

(1) Bory, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, t.V , 
p. 46. 

(2) TRE\iRk?ivs, Biologie. Gottingue, 1822, t. 11^ p. 325. 

(3) Bory, oper. cit.^i. V, p. 16. 

(4) Gérard, Dict. univ. d'hist. nat. Paris, 1845, t. VI,, p. 66. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. 151 

de Laurier-cerise, donne des animalcules plus fins et 
plus Yifs que ceux de la simple infusion (1). M. Bé- 
rard n'hésite pas à accepter cette opinion, nonob- 
stant l'opposition d'Ehrenberg (2), et pour notre 
compte c'est un fait incontestable. 

En effet, nos expériences, si nombreuses, nous ont 
fait reconnaître l'exactitude des opinions de Bory de 
Saint- Vincent et de Treviranus; et nous allons au 
delà, car, pour nous, chaque substance donne non- 
seulement naissance à des organismes particuliers, 
mais ceux qu'elle produit peuvent encore varier infi- 
niment selon les conditions dans lesquelles celle-ci 
se trouve : la saison, la température, la pression at- 
mosphérique, la nature du liquide, etc., agissent avec 
plus ou moins d'intensité sur la procréation. Aussi, 
pour l'œil qui sait saisir les moindres nuances mor- 
phologiques, il semble que presque jamais chez les 
animalcules une forme zoologique ne se reproduit 
deux ïois parfaitemeîît identique. 

Des substances absolument analogues produisent 
même souvent des animalcules entièrement diffé- 
rents, quoique placés dans des circonstances tout à 
fait identiques. Ainsi, des fragments de crânes d'hom- 
mes de diverses nations anciennes et modernes, mis 
macérer à la même époque, et près les uns des au- 
tres, nous ont donné des Proto-organismes animaux 
et végétaux incontestablement différents. Les faits 
suivants démontrent ce que nous venons d'avancer : 

Expérience. — Le même jour on prit trois vases 

(1) T^Exmk^vs, Biologie. Gottingue, 1822, t. II. 

(2) BérarDj Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 93. 



152 HÉTÉROGÉNIE. 

en verre, et chacun d'eux fut rempli avec 300 gram- 
mes de la même eau filtrée. Dans le premier on 
mit 5 grammes d'os d'un crâne d'Égyptien, que j'a- 
vais rapporté des nécropoles de Sakkara. Le second 
reçut 5 grammes de fragments d'os provenant d'un 
crâne de mérovingien; enfin, dans le troisième on 
mit 5 grammes de fragments du crâne de l'un de 
nos contemporains. 

Chacun de ces vases fut placé sous une cloche par- 
ticulière, et abandonné pendant un mois. Au bout 
de ce temps, durant lequel la température moyenne 
avait été de 20% on inspecta scrupuleusement leur 
contenu, et l'on reconnut que dans chacun d'eux il 
était absolument différent : 

Le vase qui contenait des fragments de crâne d'É- 
gyptien, était rempli d'une énorme quantité d'Épis- 
tylis, d'Enchéliydeset de Vibrionides. 

Le vase contenant des portions de crâne de méro- 
vingien était peuplé d'immenses légions du Glaucoma 
scintillans, Ehr. et on y observait en outre, ça et là, 
quelques Vorticella infusionum Duj. , mais en fort 
petit nombre. ~ Il ne s'y trouvait aucune des es- 
pèces du vase précédent (1). 

Enfin, le liquide qui contenait des fragments d'un 
crâne contemporain, avait aussi sa zoologie particu- 
lière. — Il était seulement rempli de Kolpodes. 

(1) Les crânes que nous avons employés dans nos expériences 
provenaient de sépultures du sixième siècle^, contemporaines de 
Cliilpéric ou"de Mérovée/Le Muséum d'iiistoirenalurelle de Rome 
les avait reçus de notre savant et infatigable ami l'abbé Cochet, 
auteur de la Normandie souterraine. 



DU GOIÎPS PUTRESCIBLE. 1 ^3 

Immédiatement après cette première observation, 
les trois vases qui avaient été séparés jusqu'alors, 
furent placés sous une même cloche en verre; et par 
la suite, les débris du contemporain des Pharaons et 
ceux du compagnon de Mérovée ou de notre compa- 
triote, continuèrent toujours à présenter une faune 
absolument différente. 

Expérience. — Dans une autre expérience, 10 

< 

grammes des os d'un crâne de mérovingien ayant 
été mis dans un grand verre, celui-ci, après avoir 
été rempli d'eau filtrée , fut abandonné dans mon 
laboratoire pendant six mois d'été, ayant été simple- 
ment recouvert d'une lame de verre. 

Dix grammes des os d'un crâne que j'avais rap- 
porté des hypogées de ïhèbes, furent placés à côté 
et dans les mêmes circonstances. 

On observa d'abord que les animalcules de l'un et de 
l'autre vase étaient absolument différents ; puis avec le 
temps, ceux-ci ayant disparu des deux macérations, 
il se produisit de la matière verte dans l'une et dans 
l'autre. La macération des débris de mérovingien fut 
toujours beaucoup moins verte que l'autre, qui finit 
même par être d'un beau vert d'émeraude très-foncé. 
Lorsqu'au bout du temps mentionné, on examina 
au microscope les deux produits, on reconnut qu'il 
existait dans la macération d'os de mérovingien une 
algue remarquable, que je n'ai vue nulle part figurée, 
et qui était formée de cordons verts et courts, fort 
contournés, paraissant étendus à la surface d'un tube 
membraneux, excessivement mince ; ces cordons res- 
semblaient absolument à des phrases d'écriture arabe. 



154 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans la macération de fragments du crâne de 
Thébain, il n'existait rien d'analogue. La coloration 
d'un vert foncé était simplement due à de la matière 
verte de Priestley, composée de petits granules isolés, 
et d'un beau vert. 

Dix grammes d'une Turritelle fossile, provenant 
des terrains tertiaires de Bordeaux {Tiirritella tere- 
bralis ^Lam.), ayant été placés le même jour dans 
une égale quantité d'eau , et abandonnés dans le 
même endroit, offraient une Algue tout à fait diffé- 
rente de celles des deux vases précédents. Celle-ci 
se composait de petits bâtonnets d'un vert très-pâle, 
articulés, et contenant dans leur intérieur, entre 
chaque article, quatre nodules, plus ou moins dis- 
tincts. 

Nous devons ajouter à ce qui précède, qu'il est 
également fort notable que le corps putrescible n'in- 
flue pas seulement, par sa nature intime, sur les êtres 
qui se produisent à même de sa substance, mais que 
les proportions dans lesquelles on l'emploie, ont aussi 
une influence manifeste sur l'essence et sur l'abon- 
dance de ces mêmes êtres. Les expériences qui sui- 
vent, le démontrent suftisamment : 

Expérience. — On a pris quatre vases de même 
forme, et dans chacun d'eux on amis 300 grammes 
d'eau de fontaine, et une quantité de foin différente. 
Ces vases ont ensuite été placés séparément sous des 
cloches. Huit jours après , par une température 
moyenne de 24° et une" pression de 0,76^ on a ob- 
servé ce qui suit : 

Le premier vase, contenant 10 grammes de foin, 



DU CORPS PUTRESCIBLE. 1S5 

offiait une pellicule épaisse et de teinte foncée. Le 
microscope signale dans sa macération une grande 
quantité deKérones, Kerona lepus, MuW., de 0,1 120 
deraillimètrede longueur, desanimalcules piriformes 
offrant 0,0560 de millimètre de longueur, et un grand 
nombre de gros kistes de 0,0420 de millimètre de 
diamètre. En outre la pellicule proligère était remplie 
par une innombrable quantité de petits kistes de 
0,0084 à 0,0140 de millimètre de diamètre, telle- 
ment serrés de toutes parts qu'ils se touchaient. 

Le second \ase contenait 5 grammes de foin. Sa 
pellicule est m.oins épaisse. On n'y observe aucune 
Kérone et il y existait seulement quelques animal- 
culespir iformes moins gros que dans le premier vase. 
Les groskistes, y étaient bien moins nombreux et les 
petit, s encore en quantité considérable, étaient seule- 
ment moins tassés. 

Le troisième vase avait reçu seulement 2 grammes 
5 décigrammes de foin. Il n'offrait aucune Kérone, 
aucun gros kiste et l'on y distinguait seulement quel- 
ques animalcules très-petits, indéterminables. On y 
voyait encore quelques petits kistes, mais ceux-ci y 
étaient infiniment moins nombreux et moins serrés 
que dans le cas précédent. 

Enfin, le quatrième vase qui ne contenait que 
1 gramme 25 centigrammes de foin, n'offrait aucun 
Kérone, aucun animalcule piriforme, aucun grand 
kiste. Il présentait seulement quelques Microzoaires 
infiniment plus petits que dans les trois premiers 
vases et encore indéterminables. Cette macération 
contenait aussi quelques petits kistes; mais ceux-ci 



156 HETEROGEME. 

y étaient tellement rares qu'au lieu de s'offrir par 
centaines dans le champ du microscope, comme 
dans les cas qui précèdent, l'on n'y en comptait pas 
plus de douze à quinze à chaque observation. 

Il ressort évidemment de cette expérience compa- 
rative, comme de tant et tant d'autres, entreprises 
par nous dans la même direction, 1° que l'organisation 
et le nombre des animalcules s'élève en raison directe 
de la masse des corps en état de décomposition, et 
2° que ces animalcules se forment de toutes pièces 
dans le milieu où on les rencontre. 

Il est évident en effet que si la nature, le déve- 
loppement et le nombre des animalcules n'étaient 
pas absolument subordonnés au volume et à la na- 
ture du corps en décomposition, on eût rencontré les 
mêmes Microzoaires, et en même nombre dans les 
quatre vases, et il en a été tout autrement. Dans le 
liquide qui contenait le plus de matériaux putrescibles 
ils étaient d'une organisation infiniment plus élevée 
et en nombre infiniment plus grand que dans les 
autres; et on les voyait successivement diminuer à 
mesure que l'on arrivait aux vases qui contenaient la 
moindre quantité de foin. Là ils étaient même exces- 
sivement rares. Il résulte aussi de cette expérience 
que ce n'est point l'air qui est le véhicule des germes, 
car comme ces quatre vases étaient remplis d'une 
macération identique, si ce n'est sous le rapport de 
la masse du corps putrescible, on ne voitpas pourquoi 
les mêmes germes n'auraient pas tombé et n'auraient 
pas acquis un égal développement dans le dernier 
vase comme dans le premier. 



DU CORPS PUTRESCIBLE, 157 

Dira-t-on que si le dernier vase ne présentait pas 
plus d'animalcules, c'est que l'aliment n'y était pas 
en assez grande proportion? ce serait une objection 
puérile. Si elle était admissible, il y existerait néan- 
moins quelques spécimens des grosses espèces du pre- 
mier, et les kistes, eux qui ne mangent point, se- 
raient aussi nombreux dans chaque macération, c'est 
évident.... et il n'en était pas ainsi. On pourrait ob- 
jecter que ne m'étant pas servi d'une même macéra- 
tion, les germes se trouvaient dans le foin, mais ce 
résultat qu'on obtient constamment serait alors vrai- 
ment extraordinaire. Cependant pour prévenir toute 
controverse, j'ai aussi opéré avec une décoction de 
la même substance, qui avait bouilli une demi-heure, 
et j'ai obtenu absolument les mêmes résultats ! 

Nous pouvons ajouter que les mêmes macérations 
ayant été observées àquinze jours de distance, on re- 
connut constamment que la population zoologique 
était devenue absolument différente de ce quelle était 
lors des premières observations, et qu'elle offrait éga- 
leriient des différences notables dans chacun des vases 
en expérimentation. 

Nous avons reconnu aussi qu'entre les diverses in- 
fluences que nous venons d'énumérer, l'état de divi- 
sion du corps putrescible avait une action très-pro- 
noncée sur les phénomènes de l'hétérogénie ; et que 
ceux-ci se manifestaient d'autant plus promptement 
et plus énergiquement que ce corps était plus finement 
broyé. C'est là un fait incontestable, et que* cent ex- 
périences nous ont démontré. On voit même parfois, 
dans des observations exécutées parallèlement, se 



158 HETEROGENIE. 

produire (les espèces différentes, dans des macérations 
absolument identiques, sauf Tétat de division de la 
substance. Ces divers faits sont une preuve de plus en 
faveur de Fhypothèse que c'est à la décomposition du 
corps solide seul, et aux diverses circonstances dans 
lesquelles elle se produit, que les Proto-organismes 
doivent leur modalité. 

Nous choisissons parmi nos expériences les deux 
suivantes; elles nous semblent suffire pour démontrer 
ce que nous avançons : 

Expérience. — Après douze heures, à une tempé- 
rature moyenne de 23 degrés et sous la pression de 
0,76 une macération de 5 grammes d'étoupe 
dans 300 grammes d'eau, offre seulement quelques 
petits Vibrions, peu agiles, rectilignes, ayant de 2 
à 4 divisions micrométriques de longueur. 

De l'étoupe hachée placée dans les mêmes condi- 
tions, contenait un bien plus grand nombre de ces 
petits Vibrions et ils étaient tous en grande agitation. 
On y rencontrait en outre une quantité considérable 
de VibrionsJ gigantesques ayant de 20 à 25 divisions 
micrométriques de longueur, animés de vifs mouve- 
ments anguiiloïdes. 

Expérience. — Dans deux vases de même capacité, 
contenant la même quantité d'eau, le même jour, 
on met un poids égal de foin ; seulement, dans l'un 
celui-ci est entier et lié en une petite botte; et dans 
l'autre il est haclié excessivement fin et contenu dans 
un sac de tulle. Au bout de huitjours, latempéralure 
ayant été en moyenne de 21 degrés et la pression de 
0,755 on observa les deux vases en expérience, et 



DE l'eau. 159 

l'on reconnut que la population zoologique de l'un 
était absolument différente de celle de l'autre. 

Dans le vase où le foin était entier l'eau offrait une 
teinte fauve nébuleuse etlapelliculeprésentaitpeud'é- 
paisseur et était arachnoïde. Sa trameencore distincte 
était formée de l'enchevêtrement de longs Vibrions, 
dans l'intervalle desquels on distingue une énorme 
quantité de Monaslens Duj. morts. Le liquide était 
rempli d'animalcules piriformes de 15 divisions mi- 
crométriques de longueur. 

Dans le vase où le foin a été haché la faune est 
plus riche et absolument différente. Elle se compose 
d'une énorme quantité de Kérones, parfaitement 
adultes et d'une abondance deKolpodes d'une taille 
extraordinaire, et que je n'ai jamais rencontrés, du 
moins avec une telle dimension. Ces Kolpodes ont 
40 et même 45 divisions micrométriques de longueur 
et offrent des estomacs nombreux, disséminés dans 
une substance diaphane. En outre il existe aussi 
dans le liquide une Algue rameuse , cloisonnée , 
et de tous côtés nagent des Vibrions et des Mo- 
nades. 

SECTION II. — DE l'eau. 

L'eau joue un rôle important dansles phénomènes 
de l'hétérogénie, et elle est regardée, avec raison, 
comme l'un des éléments indispensables au dévelop- 
peaient des Proto-organismes. En considérant le su- 
jet d'un pointde vue plus élevé, on reconnaît même 
que toute existence soit végétale, soit animale, dérive 
primitivement de celle-ci, et que dans la suite, soit 



i 60 HÉTÉROGÉNIE. 

à l'état liquide, soit à l'état de vapeur, elle continue 
d'être de la plus haute importante pour l'entretien 
de la vie. 

C'est donc avec une sorte de raison instinctive, 
que les auteurs inspirés des principales cosmogonie», 
font tous sortir de l'eau la majeure partie de la créa- 
tion. En traçant le tableau de l'origine des choses, 
les livres sacrés de presque toutes les nations nous 
représentent la superficie du globe comme étant sub- 
mergée par un immense océan. Les commentateur 
de la Bible, ainsi que l'indique lui-même saint 
Jean, s'accordent à émettre qu'à l'époque du chaos, 
la terre était entièrement couverte par une vaste mer, 
qui disparut pour faire place à la création (1). Le 
mot abîme de notre texte sacré a même été considéré 
par la plupart des commentateurs comme synonyme 
des eaux sur lesquelles planait l'esprit de Dieu (2). 

L'élément fluide joue aussi un très-grand rôle 
dans les cosmogonies indiennes. Là, les védas repré- 
sentent Siva, le suprême auteur de la création, dé- 
posant dans le sein de l'Océan les germes de l'uni- 
versalité des êtres (3). Ailleurs ils peignent Yichnou, 
qui en est le symbole, flottant sur l'abîme des eaux, 

(1) Saint Jean, Apocalypse , ch . xxi, 1. — Comp. Bost , t. I, 
p. 238. 

(2) Comp. J. A. Bost, Dictionnaire de la Bible. Paris, 1849, 1. 1, 
p. 231. — Job, xxxviii, 30. Ps. xlii, viii, civ, vi. — Jonas, ii, 6. 

(3) Siva, principe de la chaleur et de la lumière, y tient mani- 
festement la place du grand géne'rateur ou créateur. Son action 
a précédé toute autre action, et c'est lui qui déposa dans les eaux 
primitives (représentées parBhavani), les germes producteurs 
de toutes choses. (F. Creuzer, Religionsde Vantiquité. Paris, 1825, 
t. I, p. 177.) 



DE LEAU. 161 

paisiblement endormi dans les replis du serpent 
adysséchen (1). Enfin, dans d'autres endroits, s'offre 
la charmante figure de Maya, mère de la mer de lait, 
matière première de toutes choses (2), et d'où na- 
quit la déesse des sciences elle-même, Sarassouadi, 
épouse de Brama (3). 

Dans les anciennes théogonies des Persans, on 
Yoit que ceux-ci regardaient la terre, Fair et l'eau, 
comme les principes de toutes choses (4). 

Au milieu de leurs errements, les alchimistes du 
moyen âge et de la renaissance, accordent aussi àl'eau 
une suprême puissance et la considèrent comme le 
grand agent de la vie universelle. Dans un endroit 
de ses œuvres, le trop célèbre Paracelse la désigne 
sous la dénomination de creatiirarum universarum 
matrix (5). Et plus loin, comme s'il avait une con- 



(1) Selon Creuzer_, Vichnou n'est pas seulement l'eau, mais bien 
plutôt l'esprit ou le souffle divin , se mouvant ou marchant sur 
les eaux, c'est-à-dire les vivifiant. [Relig. de Vaut., t.L p. 169.) 

(2) C'est une des plus gracieuses conceptions de l'art indien. 
Cette déesse , richement parce et entourée du voile des préfor- 
mations^ dont les plis recèlent toute la création, effleure légère- 
ment la surface de la mer de lait qui s'écoule de son sein en deux 
longs ruisseaux. 

Comp. Niclas Muller, in Dorow's morgenland. Alterthum,\.\\, 
pi. 2, flg. 2. — Creuzer, Belig. de l'ant. 

(3) So.^KERAT;, Voyage aux Indes orientales. Paris, 1782, t. I, 
p. 154-172. 

(4) Th. Hyde, Veterum Persarum religionis historia, eorumque 
Magorum. Oxonii^ 1760, t, I. 

(5) Paracelse. Nobilis, clarissimi ac probatissimi philosophi et 
medici,Dn. Aureoli Philippi Theophrasti Bombast, ab Hohenherniy 
dicti Paracelsi , opcrum mcdico-chimicorum site paradoxorum^ 
tomus genuinus primus. Francfort, 1603, t. III, p. 25. 

POUCHET* 1 1 



162 HÉTÉROGÉME. 

fuse idée du rôle des principaux agents de l'hétéro- 
génie, on le \oit dire : « Vita in omnibus animalibus 
a a duahus sphœris gubernatur : a siiperiore quce 
« aer est et ignis; ab inferiore j quœ aqiia est et 
« terra (1). » 

Si, abandonnant ces supputations purement histo- 
riques, nous passons à Texanien de la fonction de 
l'eau dans la production des phénomènes de l'hélé- 
rogénie, nous reconnaissons que, quoique l'appari- 
tion normale des Proto-organismes nécessite ordinai- 
rement la présence simultanée de ce fluide, de l'air 
et d'un corps putrescible, il est cependant non douteux 
que des organismes peuvent apparaître, ainsi que le 
dit Gleichen, dans l'eau simple, filtrée ou distillée; 
seulement leur formation y marche beaucoup plus 
lentement que dans les infusions, la nourriture y 
manquant (2). Selon Fray, l'eau pure seule pourrait 
même engendrer des Microzoaires ; il assure en avoir 
parfois observé dans celle-ci (3). Si ce savant ne pré- 
tendait y avoir rencontré que des végétaux rudimen- 
taires, nous pourrions partager son opinion, mais 
jamais nous n'avons vu de l'eau distillée produire des 
animalcules, si ce n'est de la matière verte. 

En effet, lorsque de l'eau très-pure, ou même de 
l'eau distillée, est abandonnée à la lumière dans les 
vases de nos laboratoires, au bout d'un temps qui 
varie, selon la température, on voit y apparaître des 

« 

(1) Paracelse, Ici., ihid., p. 27. 

(2) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris, an VII ^ 

(3; Fr.AY, Essai sur l'origine des corps organisés. Paris, 1817. 



DE l'eau. 163 



granulations d'un beau verl, rondes ou elliptiques, 
plus ou moins abondantes et rapprochées. Celles-ci 
sont immobiles ou douées de mouvements excessive- 
ment prononcés. 

Cette matière verte, dont il est souvent question 
lorsqu'il s'agit de génération spontanée, fut signalée 
au monde savant par Priestley, dans un travail de- 
venu célèbre. Ce physicien ne l'avait d'abord consi- 
dérée que comme un sédiment muqueux (1); mais 
à peine deux ans s'étaient écoulés depuis sa décou- 
verte, qu'il revint sur sa première idée, et éleva cette 
matière au rang des végétaux, en la regardant comme 
une espèce de Conferve (2). Forster, Senebier et De 
Candolle, ont successivement partagé cette erreur. 
Le premier la prit pour le Bissas botryoides de Lin- 
née j Senebier ne vit en elle que le Conferva cespitosa 
filis redis undique divergentibus de Haller (3) ; et 
De Candolle créa pour celle-ci son Vaucheria infusio- 
num (4). 

Ingen Housz, patient observateur, jeta un jour 
nouveau sur la nature de la matière verte, qui avait 
déjà donné lieu à tant de controverses (5). Il la con- 
sidéra d'abord comme une espèce de mousse ; puis 
plus tard il se rangea de l'opinion de M. Thomp- 
son de la société royale de Londr^es, qui ne vit en 

(1) Priestley^ Expériences et observations sur différentes espèces 
d'air, eic. Paris, 1779, t. IV. 

(2) Priestley, Expériences et observations, etc. 1781, t. V. 

(3) Senebier , Journal de physique. 1781, t. XXVIl, p. 209. Ou- 
vrage sur la lumière solaire. 1782. 

(4) De Candolle, Flore française. Paris 1805, t. II, p. 65. 
(o) Ingkn Housz, Journal de physique. 1784, t. XIV, p. 3o6. 



164 HÉTÉROGÉNIE. 

elle que des animalcules (1) et il l'envisagea comme 
n'étant que le groupement d'une immense quantité 
de Microzoaires auxquels il donna improprement le 
nom d'Insectes (2). Cette matière se développe égale- 
ment dans l'eau de pluie, dans les infusions, et 
même dans l'eau de la mer, et elle abonde parfois 
aux environs des fontaines, sur les pierres qui sont 
imbibées d'eau. Selon Bory de Saint-Yincent,elle se 
développe bientôt après que l'eau a manifesté son 
sédiment muqueux, et celui-ci s'en remplit pour 
constituer le végétal qui, par son extrême simplicité, 
a le droit d'être placé à la tête de la série, le Chaos 
prirnor^dialis . Ainsi donc, pour ce savant, celui-ci 
n'est que le résultat de l'apparition de la matière 
verte, qu'il appelle îTia/ière végétative de la matière 
muqueuse (3). Enfin, plus récemment, cette matière 
paradoxale a été regardée par Wagner comme n'é- 
tant formée que par les cadavres de plusieurs espèces 
d'infusoires de couleur verte, et surtout par ceux de 
VEuglena viridis (4). Nos observations nous ont con- 
duit à la même conclusion, en voyant cette matière 
verte s'animer à certains moments de mouvements 
qui ne peuvent appartenir qu'à l'animalité. 

Des Proto-organismes peuvent aussi apparaître 
dans des liquides de composition variée. Retzius dit 



(1) Thompson, Transactions philosophiques. 1787. 

(2) Ingen Housz, Expériences sur les végétaux. Paris, 1789, t. II, 
p. 365. 

(3) BoRYDE Saint-Vincent, Dictionnaire classique d'histoire na- 
turelle. Paris, 182G, t.' I, p. 264. 

(4) Comp. J. MuLLER, Manuel de physiologie, {. I, p. 11. 



DE L EAU. 165 

avoir vu desConferves se développer dans une disso- 
lution de chlorure de baryte, opérée à Taide d'eau 
distillée, et contenue dans un flacon bouché à l'é- 
meri (1). 

Dans certaines circonstances, la composition de 
Teau peut à elle seule expliquer l'apparition des Mi- 
crozoaires, sans qu'il soit utile d'invoquer la pré- 
sence de germes. De l'eau météorique, analysée par 
Zimmermann , lui a fourni une certaine quantité 
d'une substance particulière, dégageant de l'ammo- 
niaque, différente du mucus, et qu'il a appelée Pyr- 
rhine. Cette eau contenait en outre du fer, du manga- 
nèse, de la chaux et quelques autres substances (2). 
Selon Nées d'Esenbeck, lorsque cette pyrrhine vient 
à se précipiter, il se peut qu'elle produise des ani- 
malcules. 

Selon Burdach, Teau qui, dans nos expériences, 
se fait remarquer par sa plus grande fécondité en 
produits organiques, est celle de la rosée ; l'eau de 
pluie vient après, et enfin celle de source (o). 

On peut considérer comme une règle générale 
que le mouvement fermentescible qui précède con- 
stamment l'apparition des Protozoaires, se manifeste 
beaucoup plus lentement et plus difficilement dans 
l'eau qui a bouilli, que dans celle qui n'a pas subi 
l'action de la chaleur. Les observations viennent à 
satiété établir ce que nous avançons. 

(1) Retzius. Froriep, Notizen^j n» 56, 

(2) Zimmermann , Archiv. fur gesammte Naturlehre^ t. I, p. 257. 
Archives de l'histoire naturelle. 

(3) Burdach, Traité de physiologie. Paris, t. I^ p. 18. 



d66 HÉTÉROGÉNIE. 

Expérience. — Les diverses combinaisons suivantes 
ont été abandonnées durant cinq jours à l'air libre, 
par une température moyenne de 24% et une pres- 
sion de 0,755. On opérait sur 300 grammes d'eau. 

Le premier vase contenait une décoction de foin, 
filtrée, ayant subi une heure d'ébullition. Le liquide 
était un peu trouble et fortement coloré en fauve; 
sa surface n'offrait aucune trace de pellicule. Seule- 
ment de place en place on voyait nager quelques 
petits îlots d'un Bissus microscopique, inarticulé, ra- 
meux. Il n'existait aucun animalcule dans la liqueur. 

Le second vase contenait, outre la même décoc- 
tion que le précédent, 5 grammes du foin qui avait 
servi à la confectionner. Le liquide n'offrait pas la 
moindre trace de pellicule. Le microscope y signala 
quelques rares fragments du même Bissus que dans 
le vase précédent, et de plus une immense quantité 
de Vibrions en mouvement. Aucun autre animalcule 
n'y existait. 

Le troisième vase contenait de l'eau de citerne fil- 
trée, dans laquelle on avait mis 5 grammes de foin 
qui avait subi l'ébullition. Le liquide était d'une 
couleur fauve, et recouvert d'une pellicule bien for- 
mée. Il était peuplé de Kolpodes, de Glaucomes et 
d'une innombrable quantité de Vibrions dispersés au 
milieu de filaments bissoïdes. 

Enfin , un quatrième vase était rempli d'eau de 
citerne, et contenait 5 grammes de foin, n'ayant 
subi aucune préparation. Dans ce vase la pellicule 
était encore plus épaisse que dans le précédent. 
L'examen y fit reconnaître un nombre de Vibrions, 



DE L EAU. 167 

de Kolpodes et de Glaucomes encore beaucoup plus 
considérable que dans le troisième matras, et en 
outre une infinité de petits kistos oviformes, repré- 
sentant les nouveaux éléments d'une immense po- 
pulation de Monade lentille, qui va apparaître. 

Cette expérience, que nous avons répétée plusieurs 
fois, en variant l'intervalle du temps, nous a tou- 
joursdonné les mêmes résultats. Elle démontre donc : 
r que l'eau qui a subi un certain temps d'ébullition 
est infiniment moins apte à produire des animalcules 
que ne l'est l'eau ordinaire ; 2° que le foin qui a subi 
l'ébullition, comme nous l'avons déjà vu, est lui- 
même moins rapidement prolifique que celui qui est 
naturel. Elle prouve, en outre, que ce n'est pas le 
foin qui recèle les germes des animalcules, puisqu'il 
s'en développe d'abondantes légions dans les expé- 
riences où lui seul a subi l'ébullition ; et enfin, que 
ce n'est pas non plus l'eau qui contient ces germes, 
puisque dans Teau qui a bouilli on découvre égale- 
ment des animalcules, mais seulement ceux-ci n'y 
apparaissent qu'avec plus de lenteur. 

On peut aussi considérer comme une loi fonda- 
mentale que les phénomènes de l'hétérogénie se ma- 
nifestent avec d'autant plus d'intensité que le corps 
putrescible est placé davantage vers la surface du li- 
quide. Cela est tellement évident, que lorsque nous 
voulons activer dans nos bocaux la production de 
certains animalcules, nous nous bornons à laisser 
surnager une petite portion de la substance sur la- 
quelle nous opérons. Il est même fort curieux de 
noter que la profondeur à laquelle se trouve le corps 



168 HETEROGENIE. 

putrescible, influe même sur la nature des espèces 
qui sont produites, ainsi que le prouvent les dernières 
expériences que nous citons ici à Tappui de nos as- 
sertions. 

Expérience. — Une forte éprouvette est remplie 
d'eau de citerne jusqu'à la hauteur de 30 centi- 
mètres ; \ centimètre au-dessous de la surface du 
liquide on a suspendu 5 gram mes de foin haché, 
maintenu dans un sac de tulle. Le troisième jour, le 
liquide est légèrement trouble ; sa surface offre une 
pellicule mince, fragile, et des bulles d'acide carbo- 
nique. On y rencontre des Kolpodes piriformes et 
des Kérones nageant au milieu d'une immense quan- 
tité de Vibrions granifères, de Vibrions gigantesques, 
et de Monades . 

Dans une éprouvette absolument semblable, avec 
la même quantité d'eau, on met le foin au fond du 
vase. La pellicule est excessivement mince, etcelte ma- 
cération est infiniment moins peuplée que la précé- 
dente. Les Monades y sont clair-semées ; les Vibrions 
gigantesques et les Vibrions granifères sont beaucoup 
moins nombreux; on n'y rencontre ni Kolpodes ni 
Kérones. 

Expérience. — Dans une autre expérience, nous 
avons placé 5 grammes de foin à 50 centimètres de 
profondeur dans un long tube de 2 centimètres de 
diamètre. Parallèlement, on a placé la même sub- 
stance, et en quantité égale, au fond d'un tube, à 1 
mètre au-dessous du niveau de l'eau 5 enfin, dans un 
troisième tube, le foin a été placé à 2 mètres de pro- 
fondeur. Vingt-quatre heures après, voici ce que 



DE l'eau. 169 

l'on observait, la température étant de 25% la pres- 
sion de 0,757. 

Dans le tube où le foin était à 50 centimètres sous 
l'eau, il existait une innombrable quantité de Mo- 
nades, et d'innombrables légions de Vibrions gigan- 
tesques et de Vibrions granifères, tous fort agiles. 

Dans le tube où le foin était placé à 1 mètre sous 
l'eau, il y avait moins de ces animalcules. 

Enfin, dans le tube où le foin était situé à 2 mètres 
au-dessous du niveau de l'eau, on ne rencontrait plus 
que des Menas termo, Mull. fort espacés, fort rares, 
entremêlés de quelques Vibrions très-fins. On ne dé- 
couvre plus ici un seul Vibrion gigantesque, ni un 
seul Vibrion granifère. 

Expérience. — J'ai répété cette expérience, mais 
en observant seulement ses résultats quatre jours 
après qu'elle avait été commencée. Voici ce qui eut 
lieu : 

Dans le tube où le foin a été placé à 2 mètres de 
profondeur, la pellicule est aréniforme et composée 
de granules immobiles : la liqueur ne contient pas 
le moindre animalcule vivant. 

Dans le vase où le corps putrescible est à 1 mètre 
de profondeur, il existe quelques animalcules indé- 
terminables, très-agiles, allongés, d'une division mi- 
crométrique de longueur, puis un assez bon nombre 
de fins Vibrions. 

Dans le tube où le corps fermentescible est placé 
à 50 centimètres au-dessous du niveau de l'eau, on 
trouve une immense quantité d'animalcules très- 
agiles, d'une division micrométrique de longueur, 



170 HETEROGEME. 

encore indéterminables ; puis des Vibrions très-fins; 
et en outre un nombre considérable de Protées, tan- 
dis que les autres tubes ne contiennent pas un seul 
de ces animalcules. 

Ces expériences, que nous avons répétées à di- 
verses reprises, et toujours avec des résultats ana- 
logues, viennent donc nous démontrer que la pro- 
fondeur à laquelle le corps putrescible est placé sous 
l'eau, a une extraordinaire influence, non-seulement 
sur la rapidité de l'évolution des Microzoaires, mais 
encore qu'elle suscite l'apparition d'espèces absolu- 
ment différentes, quoique l'on fasse usage de la même 
substance. Ces expériences prouvent en outre, que 
si les germes des animalcules étaient dans l'un des 
trois corps que l'on en a fait successivement déposi- 
sitaires, il n'y aurait pas de raison pour que les ani- 
malcules ne fussent pas identiques et aussi abondants 
dans un tube que dans l'autre; au contraire, cela 
s'explique , si leur production n'est que le résultat 
de l'action combinée des éléments de l'eau, du so- 
lide et de l'air. 

Expérience. — En expérimentant sur de l'eau 
contenant du Trèfle ordinaire, je suis parvenu aux 
mêmes résultats que précédemment. Si ce végétal se 
trouvait submergé par une abondance d'eau, lesin- 
fiisoires étaient fort longtemps à apparaître, et peu 
nombreux. Au contraire, plus j'approchais de la sur- 
face du liquide le végétal en expérience , plus la 
génération était copieuse et rapide. Enfin, si même 
je laissais une portion du Trèfle sortir de l'eau, dans 
ce cas j'obtenais une production de Microzoaires 



DE l'air. 171 

d'une abondance à nulle autre pareille, et dans le 
moindre espace de temps. 

Fray et Burdach, dansd'autres expériences, avaient 
déjà obtenu des résultats analogues aux miens, mais 
pas tout à fait aussi nettement trancliés, aussi précis. 
Le premier dit seulement que si la substance qui 
macère est surmontée d'une trop haute colonne de 
liquide, il ne se produit pas d'animalcules dis- 
tincts (i); et Burdach avance simplement qu'en 
plongeant un morceau de granit dans de l'eau, si 
cette roche y est totalement submergée , la matière 
verte ne se reproduit que lentement; et qu'au con- 
traire, si elle ne l'est qu'imparfaitement, et qu'une 
partie surpasse le niveau du liquide , cette ma- 
tière apparaît plus promptement et plus abon- 
damment (2). 



SECTION m. — DE LAIR. 



11 est à peine besoin de dire que l'air est indispen- 
sable à la production des Microzoaires, l'atmosphère, 
selon l'expression d'un illustre chimiste, renfermant 
les matières premières de toute l'organisation (3). 
Une expérience de Wrisberg suffirait, s'il en était 
besoin , pour le démontrer. En couvrant ses infu- 
sions d'une couche d'huile d'olive, d'une ligne d'é- 
paisseur, jamais il ne vit d'animaux apparaître; 

(1) Fray, Essai sur l'origine des corps organisés et inorganisés . 
Paris, 1817. 

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1831, t. î^ p. 21. 

(3) Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Pa- 
ris, 1842, p. 10. 



172 HÉTÉROGÉNÏE 

tandis que s'il ne mettait à la surface du liquide que 
quelques gouttelettes d'huile, dans les intervalles des- 
quelles celui-ci se trouvait en contact avec Tatmos- 
phère, on voyait des Protozoaires s'y former (1). D'un 
autre côté, Spallanzani affirme, ce qui à priori semble 
n'être pas douteux, que dans le vide de la machine 
pneumatique, aucun animalcule ne se produit (2). 
Gruithuisen est venu aussi, par ses expériences, appor- 
ter une nouvelle preuve de l'indispensable nécessité 
de l'air pour la production des Protozoaires. En ren- 
fermant une infusion produisant ordinairement d'a- 
bondants animalcules, dans des flacons bouchés à 
l'émeri, et dont le bouchon touchant au liquide en- 
travait la présence de l'air, jamais il ne vit de Micro- 
zoaires apparaître (3). 

L'air est tellement indispensable à la vie des Mi- 
crozoaires que si sa masse n'est pas suffisante, lors- 
qu'on opère à vaisseaux clos, on n'en voit aucun 
apparaître. Lorsque dans ceux-ci son volume est 
trop restreint, on observe même que jamais il ne s'y 
développe que des animalcules dei'ordre le plus in- 
fime (4). Ceux-ci y meurent même rapidement, de 
façon que lorsqu'on ouvre les vases, on n'y trouve 
plus que leurs vestiges. Spallanzani avait déjà si- 
gnalé l'influence lélhifère qu'exercent sur les anirnal- 

(1) Wrisberg, Observationum de animalculis infusoriis Natura, 
etc. Gottingue, 1765, p. 82. 

(2) Spallanzani. Observations et expériences sur les animalcules, 
p. 140. 

(3) Gruithuisen. — Gehuer, Journal fur die Chemie und Physik, 
t. YIII, p. 523. 

(4) Monas, vibriO;, bacterium, etc. 



DE L AIR. 173 

cules microscopiques les vases fermés hermétique- 
ment (1). Mais il ne nous paraît point en avoir 
pénétré la cause réelle, qui^ selon nous, est peut-être 
la stagnation à la surface de l'eau de l'acide carbo- 
nique et des gaz méphitiques produits par la fermen- 
tation putride. 

Voici quelques expériences propres à élucider ce 
sujet. 

Expérience. — Ayant pris un flacon d'un litre de 
capacité, bouchant à l'émeri, on y mit un demi-litre 
d'eau de citerne, passée au filtre, et 5 grammes de 
foin. Ce flacon qui contenait en conséquence un 
demi-litre d'air, après avoir été bouché hermétique- 
ment fut laissé quarante six-jours dans mon labora- 
toire, en été, à une température moyenne de 23 de- 
grés. Après ce laps de temps l'eau était d'une teinte 
légèrement citrine, limpide, sans dépôt au fond et 
sans pellicule à sa surface. Cette eau ne contenait 
aucun animalcule ni aucune autre production orga- 
nisée ; de place en place seulement de rares granules, 
soit globuleux, soit allongés, sont animés d'un mou- 
vement brownien; mais ces granules, qui pourraient 
en imposer à des observateurs inattentifs, examinés 
aux plus forts grossissements, ne sont ni des Monades 
ni des Vibrions. L'air qui se trouve dans le vase a 
contracté une grande fétidité et son odeur rappelle 
celle de l'hydrogène sulfuré. 

Expérience. — Quatre flacons d'un litre de capa- 
cité, bouchant à l'émeri, ont été remplis aux deux 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
ris, 1787, 1. 11, p. 199. 



il A HÉTÉROGÉNIE. 

tiers d'eau; on a ensuite introduit dans chacun d'eux 

10 grammes de foin, lié en une petite botte; puis 
ils ont été bouchés hermétiquement, contenant, par 
conséquent au-dessus de l'eau, un tiers de litre d'air 
atmosphérique. La température moyenne a été de 
22 degrés pendant le cours de cette expérience. 

Le deuxième jour, le premier de ces flacons a été 
observé. La macération était d'une teinte fauve, trou- 
ble; sa superficie était couverte d'un peu d'écume, 
mais il n'existait encore aucune pseudo-membrane. 
La macération contenait alors une immense quantité 
de Vibrions de grande et de petite dimension, Vibrio 
tremiilans j Vibrio levis. Tous étaient morts; seu- 
lement le réseau formé par leurs débris était par- 
couru de place en place par quelques ifonas lens, Duj. 

Le quatrième jour, le second flacon a été ouvert; 
sa surface était écumeuse et sans pellicule apparente. 

11 n'y existait absolument que des corps morts du 
Bacterium trilociilare, Ehr. assez espacés, et quelques 
Y(ives Monas lens en mouvement; souvent même on 
n'en rencontrait pas un seul dans le champ du mi- 
croscope. 

Le troisième flacon, ouvert le septième jour, ne 
présente à sa surface que de rares bulles gazeuses. 
Son liquide est jaune fauve, un peu nébuleux. La 
pellicule à peine formée se compose de cadavres de 
Monas crepiisculiim ; dans la liqueur rien autre chose 
qne quelques-uns de ses monas morts et flottants^ et 
quQ\([ue?> Baclcrium trilociilare également sans mou- 
vement. Vie absolument nullcc Le premier flacon, 
resté ouvert depuis cinq jours, est rempli au con- 



DE l'air. 175 

traire d'une abondance de Glaiicoma scintillans 
Duj. et de Kolpoda eiicullus, Mull. etc. 

Le dix-huitième jour on ouvrit Je quatrième fla- 
con; la macération était de couleur citrine , légère- 
ment nébuleuse; à sa surface existait une pellicule 
extrêmement mince, formée de cadavres de Bade- 
riumtermo, maison ne rencontrait aucun animalcule 
vivant dans la macération. 

Expérience. — Deux flacons à large ouverture re- 
çoivent un litre d'eau, 10 grammes de foin et con- 
tiennent en outre un demi-litre d'air. 

Uun de ces flacons, dont l'ouverture est abritée 
d'une simple cloche en verre, est examiné le qua- 
trième jour, une température moyenne de 23 degrés 
ayant régné pendant la durée de l'expérience; il 
offre alors à sa surface une pellicule cassante, peu 
épaisse, peuplée de Monas lens, de Bacterium termo, 
de Vibrio undidta, de Vibrio levis, de Vibrio gra- 
ni fer Kerona lepus et de vivants. 

Le même jour on débouche l'autre flacon qui a 
été au contraire hermétiquement fermé. Il n'existe 
aucune pellicule à sa surface, ni aucune bulle ga- 
zeuse; son liquide est d'un jaune pâle, peu nébu- 
leux. Les gaz contenus dans l'intérieur sont fétides. 
La macération n'off're absolument aucun animalcule 
vivant. 

Expérience. — Un flacon ayant un litre de conte- 
nance est à moitié rempli d'eau de citerne, et on y 
introduit 5 grammes de foin. Ce flacon, bouchant 
à l'émeri, est fermé hermétiquement, ayant par 
conséquent un demi-litre d'air dans son intérieur. 



d 76 HETEROGENIE. 

Après quatre jours écoulés, par une température de 
25 degrés en moyenne, on ne rencontre dans ce fla- 
con que des Monades et de très-petits Vibrions. Au- 
cun Vibrion gigantesque, aucun Vibrion granifère, 
et aucun autre animal plus élevé, tandis que dans 
vingt expériences commencées à la même époque et 
dans lesquelles l'air est en contact avec l'eau, déjà 
depuis deux jours, l'époque des grands Vibrions est 
passée et l'on découvre desKoîpodes, des Glaucomes 
et des Kérones. 

Il est à noter aussi que dans celte expérience, 
comme dans toutes celles qui sont analogues, îe 
foin s'était mieux conservé que lorsqu'on expéri- 
mentait au contact de l'atmosphère, comme si l'ab- 
sence d'une quantité suffisante d'air arrêtait le mou- 
vement putrescible. 

Ainsi donc ces diverses expériences concernant ce 
qui se passe dans les vaisseaux clos, prouvent plusieurs 
choses : 1° que la stagnation de l'air peut anéantir 
absolument la production des Proto-organismes; 
T que s'il n'y a pas une complète absence de ceux-ci, 
leur développement est considérablement entravé : 
qu'ils sont moins nombreux et constamment d'une 
organisation moins élevée; 3° que l'atmosphère ne 
contient pas normalement les germes des organismes, 
puisque le demi-litre d'air compris dans le flacon 
n'en dépose parfois pas un seul dans l'eau et n'en 
dépose jamais d'un ordre élevé; tandis que dans des 
expériences où l'eau est en contact avec un bieii 
moindre volume d'air, mais dans lesquelles les gaz 
produits par la décoiiiposilion putride peuvent s'é- 



DE L AIR. 177 

chapper en liberté, on voit s'engendrer des myriades 
d'animalcules de toute espèce. 

Cependant , si l'air pur est indispensable à la \ie 
des Microzoaires, on peut ajouter qu'il ne leur en 
faut qu'une quantité infiniment petite, car on les 
voit prolonger longtemps leur existence dans le 
vide de la machine pneumatique. Malgré la délica- 
tesse de leur organisation, ils supportent même 
mieux son influence que certains animaux immensé- 
ment plus robustes, qui, tels que les poissons et les 
grenouilles, sont bien plus rapidement tués qu'eux 
par la raréfaction de l'air. 

Expérience. — Un vase rempli de Kolpodes, de 
Kérones et de Vibrions est placé sous le récipient 
d'une machine pneumatique. On fait le vide, sans en 
constater l'intensité, et on laisse ces animaux pendant 
une nuit sous son influence. Le lendemain tous ceux- 
ci étaient parfaitement vivants. La raréfaction de 
l'air ne peut donc pas influencer la vie des Micro* 
zoaires, quand elle n'est pas portée à un trop haut 
degré. 

Expérience. — Le vide, même assez intense, ne 
semble pas non plus nuire aux animalcules. Une 
macération de Dahlia qui contenait une nombreuse 
population de Kérones, fut exposée sous la cloche 
d'une machine pneumatique et Ton fit le vide. 
Bientôt le liquide bouillonna avec beaucoup de force 
et l'on obtint le vide à deux centimètres. Au bout 
de deux jours, par une température de 25 degrés, 
l'on examina l'appareil, et tous les Kérones étaient 
parfaitement portants et semblaient avoir grossi. 

PoccnET. 1 2 



178 HÉTÉROGÉNIE. 

Expérience. — Une coupe contenant une macéra- 
lion remplie de Kolpodes et de Vibrions est exposée 
sous Ja machine pneumatique ; à côté d'elle, dans un 
vase pareil, on place un petit Cyprin doré, de 6 cen- 
timètres de longueur. On fait le vide, et au bout de 
deux minutes l'eau de l'infusion bouillonne forte- 
ment et se couvre d'écume ; après cinq minutes le 
Cyprin vient à la surface de l'eau et reste sans mou- 
vement. Le vide est fait à 1 centimètre. Après dix 
minutes le Cyprin expire ; et après vingt minutes on 
rend l'air au récipient et Ton observe la macération. 
Le microscope fait reconnaître que tous les Kolpodes 
et lesVibrions sont vivants, comme auparavant. Ainsi 
donc pour tuer ces animaux, il faut une plus puis- 
sante action que celle qui tue un poisson. 

Dansles belles expériences entreprises parMessieurs 
Y. Regnault et J. Reiset, les animaux que l'on plaçait 
dans desappareils oiileurrespiration n'était entretenue 
qu'à l'aide d'un air factice, y ont resté trois ou quatre 
jours sans en éprouver aucun malaise apparent (1). 
Nous avons vu aussi que les Microzoaires pouvaient 
vivre pendant un temps assez long dans un mélange 
de gaz azote et de gaz oxygène, exécuté dans les pro- 
portions rigoureuses pour constituer de l'air artificiel . 

Selon Fray , l'air atmosphérique ne serait pas indis- 
pensableau développement des Microzoaires, et l'on 
pourrait le remplacer par divers autres gaz sans qu'il 
soit entravé. Ce savant dit avoir vu de nombreux In- 
fusoires s'engendrer dans de l'eau qui était en con- 

(1) Regnault et J. Reiset, Recherches chimiques sur la respira- 
tion des animaux des diverses classes. Paris, 1849^ p. 24. 



DE L AIR. ITÎ) 

tact avec de Thydrogène ou de l'azote (1). Burdach 
assure avoir répété ces expériences et avoir obtenu les 
mêmes résultats (2). 

Déjà Humboldt avait fait pressentir qu'il était très- 
douteux qu'un animal pût vivre dans l'azote pur (3). 
Pour nous, à diverses reprises, nous avons répété les 
expériences de Fray et de Burdach, et, comme sem- 
blaient à l'avance nous l'indiquer les notions physiolo- 
giques, nous avons obtenu des résultats absolument 
opposés à ceux que mentionnent ces deux savants (4). 
On conçoit cependant que s'ils ont opéré en em- 
ployant de l'eau qui contenait beaucoup d'air, il ait 
pu se faire que celui-ci suffît à la vie des Microzoaires 
à mesure qu'ils apparaissaient ; mais il est certain que 
toutes les fois que l'on fait usage d'eau qui ne con- 
tient point d'air atmosphérique, aucun animalcule 
ne se développe avec les gaz précités. Dans les 
expériences suivantes, exécutées avec toute la pré- 
cision possible, nous n'avons jamais vu aucun 
Proto- organisme apparaître , soit dans l'eau privée 
d'air, soit même dans l'eau aérée, que nous avons mise 
en contact avec de l'azote, de l'hydrogène, ou de 
l'acide carbonique; l'oxygène seul, comme on pouvait 
s'y attendre, a offert une exception. 

Expériences avec l'eau aérée. — Ayant mis 
10 grammes de foin dans un demi-litre d'eau filtrée 

(1) Fray, Essai sur V origine des corps organisés et inorganisés, 
Paris, 1821, p. 5-8. 

(2) BuRDACH^ Traité de pJnjsiologie. Paris, 1837, t. I, p. 19. 

(3) Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1828, t. II, p. 89. 

(4) Humboldt et Provençal, Sur la respiration des poissons.— 
Recueil d'observations zoologiques, t. II, p. 194. 



i80 lîETEROGEME. 

en contact avec 1 décimètre cube d'oxygène, au bout 
de vingt-cinq jours, la température moyenne ayant 
été de 18 degrés, la macération offrait une pellicule 
mince, et l'on reconnut au microscope que la surface 
du liquide était animée par une grande quantité de 
Monas termo, Mull. et de Vibrions, Vibrio lineola , 
Mull. Vibrio tremidans , Ehv . Vibrio spirilliim, Mull. 

Une pareille macération de foin, dans les mêmes 
circonstances, mise en contact avec de l'azote, ne 
présentait à sa surface aucune pellicule, ni aucun 
Microzoaire. 

En conta :t avec l'acide carbonique, une même 
macération ne m'a offert aucune pellicule à sa sur- 
face et aucun organisme. 

Enfin, un flacon de la même macération , mais 
étant en partie rempli d'hydrogène et qu'on n'exa- 
mina que deux mois et demi après, n'offrait à 
sa surface aucune pellicule , aucune bulle gazeuse 
et ne contenait pas le moindre vestige d'animal- 
cules. 

Expériences avec de l'eau privée d'air. — Avant 
rempli d'eau bouillante un flacon d'un litre de ca- 
pacité, et l'ayant renversé et bouché hermétiquement 
sous une cuve à mercure, lorsque l'eau fut refroidie, 
on introduisit dans celui-ci un demi -litre de gaz 
azote, et 10 grammes de foin, ayant subi quinze mi- 
nutes l'action d'une étuve à la température de 
110 degrés. Ce foin fut introduit avec les plus 
grandes précautions possibles, afin d'éviter la moin- 
dre introduction d'air. Ensuite le flacon fut bouché 
à l'émeri, et pour plus d'exactitude on recouvrit le 



DE l'air. , îSi 

contour du bouchon d'un enduit de vernis au co- 
pal mêle à du vermillon. Six jours après, la tem- 
pérature ayant été en moyenne de 19 degrés, l'eau 
n'offrait aucune pellicule. Alors , ce flacon ayant été 
ouvert et examiné attentivement, on n'y découvrit 
aucune trace d'animalcules, ni de végétaux rudi- 
mentaires. 

Expérience. — En prenant les mêmes précautions 
que dans l'expérience qui précède, et en employant 
de l'hydrogène, au bout de douze jours, la macé- 
ration était d'un jaune citrin, limpide, et ne présen- 
tait à sa surface aucune bulle de gaz et aucune pel- 
licule. Cette macération examinée au microscope 
n'offrit pas la moindre trace d'organismes vivants ou 
morls. 

Expérience. — De l'acide carbonique nous a 
donné un résultat absolument négatif. Après douze 
jours, l'eau colorée en fauve clair, était diaphane, 
sans pellicule et sans bulles à sa surface. Le micro- 
scope n'y fit découvrir aucune trace d'organisation. 
On s'assura à l'ouverture que le gaz était resté in- 
tact. 

Expérience. — De l'oxygène , au contraire, après 
un moindre temps, huit jours seulement, ainsi que 
nous le reverrons en son lieu, avait permis à de 
fortes touffes d'une espèce à'Aspergilhis de se dé- 
velopper dans l'eau dont il baignait la superficie (1). 

Mais outre son indispensable nécessité comme 

(1) Voyez le chapitre de l'éliminalion de Tair, considéré comme 
■véliicule des germes, où cette expérience et son résultat sont dé- 
crits avec les détails qu'ils comportent. 



Î82 HETEROGENIE. 

• 

fluide respiratoire , quelques physiologistes considè- 
rent encore l'air comme le véhicule des germes 
des Microzoaires. Pour eux il en est absolument sa- 
turé et les dissémine dans tous les endroits où il 
pénètre (1). Nous prouverons plus loin, à l'aide 
d'expériences de précision , que l'atmosphère ne 
possède nullement la vertu qu'on lui suppose, et que 
les faits qui suivent suffiraient seuls pour lui faire 
contester. 

Expérience. — Quatre vases en verre, à large 
ouverture, ont té remplis chacun avec 300 gram- 
mes d'eau de source, filtrée. Dans le premier de ces 
vases on mit 10 gramnies de foin ; dans le second, 
on en mit 5 grammes; dans le troisième, 2 grammes 
et 5 décigrammes; enfin, dans le quatrième, seule- 
ment 1 gramme 25 centigrammes. Ce foin était par- 
faitement homogène ; les brins en avaient été fine- 
ment hachés et mêlés ensemble, pour qu'on ne pût 
pas arguer que certaines de ses parties pouvaient rece- 
ler plus de germes que d'autres. 

Après vingt jours d'expérimentation, à une tem- 
pérature moyenne de 19 degrés, à une pression 
de 0,756, et après que durant ce laps de temps on 
eut plusieurs fois constaté que les Protozoaires 
abondaient d'autant plus dans les macérations que 
l'on observait les vases qui contenaient le plus de 
foin, on s'aperçut que le troisième vase, en vingt- 
quatre heures seulement , s'était rempli sur toute sa 
superficie, d'une quantité considérable de matière 

(1) SpallanzanI;, Opuscules de physiqueanimale et végétale. Pa- 
ris, 1787, t. I, p. 205. 



DE L AIR. 183 

verte de Priestley, qui donnait une teinte d'un vert 
foncé ou liquide dans une épaisseur de 4 centi- 
mètres. La surface de ce liquide était occupée par de 
très-grosses bulles de gaz, dont quelques-unes pou- 
vaient avoir un centimètre cube de capacité. Ce gaz/ 
ayant été examiné, fut reconnu être de l'oxygène. 
La matière verte était formée de petits grains verts 
ovoïdes, très-allongés. 

Chacun des vases, dans cette expérience, avait été 
placé sous une cloche particulière, et les quatre 
cloches étaient groupées sur la même table, et ce- 
pendant dans aucun des autres vases rien de sem- 
blable ne s'observait. 

Dans l'hypothèse vulgairement admise de la dis- 
sémination aérienne des germes , comment expli- 
querait-on ce qui se présenta ici ? Pourquoi donc, 
lorsqu'il existe dans les autres vases des macérations 
analogues, est-ce cependant dans un seul de ceux-ci 
que Ton voit, tout à coup, se produire cette grande 
abondance de matière verte, et ces bulles d'oxygène 
qu'elle engendre? Si les vases étaient restés à décou- 
vert, on pourrait, on ne craindrait pas de dire, pour 
m'exprimer plus exactement, qu'une étroite veine 
d'air chargée de corps reproducteurs imperceptibles, 
s'est promenée sur l'un des vases sans s'étendre sur 
les autres ! mais chaque vase était sous une cloche, et 
si un effort de pression atmosphérique , une aspira- 
tion, a rempli un vase deséminulesde matière verte, 
il a dû remplir aussi les autres de la même manière, 
et c'est ce qui ne s'observait pas. On ne pourrait pas 
arguer que les autres vases contenaient des macéra- 



184 HETEROGENIE. 

tions impropres au développement de la matière 
verte, puisqu'ils étaient remplis d'une infusion de la 
même substance. 

On peut donc dire, selon nous, que si cette ma- 
tière verte est tellement abondante dans le troisième 
vase^etsi elle manque absolument dans les autres, 
c'est que ce vase possédait seulement et fortuitement 
l'aptitude à la production de cette matière. Tandis 
que si les germes de ce corps organisé avaient été 
transmis du dehors, ils se fussent à la fois introduits 
dans tous les bocaux, et en égale abondance; car 
tous étaient évidemment aptes à les laisser se déve- 
lopper s'ils s'y étaient introduits, et si la matière verte 
ne se formait pas de toutes pièces là où on l'observe. 

Nous avons déjà reconnu que la production des 
Proto-organismes dépendait de la nature des substan- 
ces qu'on employait, et des influences concom itantes. 

On se souvient que les os d'un crâne d'Égyptien 
ancien, nous ont donné des produits tout à fait dif- 
férents de ceux d'un crâne de Mérovingien. Dans des 
expériences subséquentes, nous avons rempli un vase 
d'une quantité d'eau déterminée, et nous avons mis 
macérer dans celle-ci des fragments d'un tibia, que 
nous avions rapporté des hypogées de Thèbes. Dans 
un autre vase, on mit une égale quantité d'eau et 
des fragments d'os qui appartenaient à la jambe d'un 
Mérovingien du sixième siècle. 

Ces deux vases furent placés dans mon laboratoire, 
à côté l'un de l'autre, et ils furent observés huit 
jours après le commencement de l'expérience. Celle- 
ci avait lieu au mois de juin. 



DE LAÎR. 185 

Ainsi que dans les expériences précédentes, les 
Protozoaires qui existaient dans chaque vase, étaient 
absolument différents. 

Après m'être bien assuré de ce fait, je mis mes 
deux vases en contact sous une môme cloche, afin 
qu'ils se trouvassent sous les mêmes influences. Je 
les abandonnai ainsi pendant un mois Tun à côté de 
l'autre, la température ayant été en moyenne de IT, 
Examinés attentivement alors, on reconnut que l'eau 
avait considérablement diminué dans ces deux vases, 
et c'était à peine s'il en restait le tiers de la quantité 
qu'on y avait mise. Le liquide de l'un et de l'autre 
vase avait contracté, dans les derniers temps, une 
couleur verte très-intense, mais dont la teinte était 
fort différente dans chacun d'eux ; le vert de la macé- 
ration des os de TÉgyptien était d'un beau vert pur, 
transparent; la teinte verte du tibia de Mérovingien, 
qui s'était déclarée beaucoup après , était moins 
translucide, plus foncé et d'un vert bleu. Il était évi- 
dent, à priori, que dans cette seconde phase de l'ex- 
périence, on allait encore, après deux mois, comme 
après huit jours, rencontrer des produits absolument 
différents. C'est ce qui eut lieu : 

La macération d'os d'Égyptien était peuplée, à sa 
surface, d'une abondance de Vorticelles et d'Épisty- 
lis, et sur le fond on rencontrait une épaisse couche 
de Globuline très-fine, et dont tous les grains verts 
étaient séparés. Leur diamètre était de 0,0028 mil- 
limètre. 11 n'existait dans cette macération aucune 
Paramécie, aucun Vibrion, aucun Bacillaire, aucun e 
Arthrodiée. 



186 HETEROGEME. 

La macération d'os de Mérovingien, au contraire, 
était remplie de Paramécies, de globules d'un beau 
vert remplis de granules; ces globules, tout à fait 
différents de la globuline de la macération précé- 
dente, offraient de 0,0095 à 0,0119 de millimètre 
de diamètre. Le fond de cette macération était en- 
combré d'une Arthrodiée, dont beaucoup de compar- 
timents étaient isolés; on y rencontrait aussi de nom- 
breux Vibrions et des Bacillaires. Il n'y existait au- 
cun Épistylis, ni aucun grain de globuline. 

Comment donc les partisans de la panspermie aé- 
rienne, et c'est le dernier refuge de nos antagonistes, 
expliqueraient-ils pourquoi deux macérations pres- 
que absolument identiques, et qui par cela même 
pourraient nourrir les mêmes êtres, si elles les rece- 
vaient en même temps, offraient-elles cependant 
deux faunes absolument différentes ? Dira-t-on que la 
nappe d'atmosphère qui a labouré l'une d'elles était 
différente de celle qui baignait l'autre? ce n'est pas 
soutenable, quand le contact a été continuel. Mais 
bien plus, les deux vases ont été rapprochés sous la 
même cloche, les deux tiers de leur eau se sont vapo- 
risés, et une partie de leur population animée a été 
mise à nu, desséchée sur leurs parois. Si c'est l'air 
qui transporte les germes avec cette immense facilité 
qu'on lui prête, les deux vases en expérimentation 
devaient nécessairement mélanger leurs progénitures 
diverses : la dessiccation d'une partie de celles-ci fa- 
vorisait elle-même le transport; l'air pouvait s'empa- 
rer d'une multitude de germes, les vases se tou- 
chaient, toute la population de l'un d'eux pouvait et 



DU CALORIQUE^ DE LA LUMIÈRE, ETC. 187 

(levait envahir l'autre. Et, cependant, on peut dire 
que pas un germe n'a été déplacé par l'atmosphère; 
pas un, parce que ce n'est pas lui qui est chargé de 
ce rôle, et que les générations se forment spontané- 
ment, et dépendent de la nature intime des sub- 
stances sur lesquelles on expérimente, et de l'in- 
fluence des agents extérieurs !... 

SECTION IV. — DU CALOP.IQUE_, DE LA LUMIÈRE, ETC. 

Outre les agents fondamentaux de toute procréa- 
tion, il existe encore certaines forces physiques gé- 
nérales, qui réagissent sur celle-ci avec une variable 
intensité. Tantôt elles lui sont absolument indispen- 
sables, et tantôt leur influence est plus ou moins 
accessoire. On peut citer principalement la chaleur, 
la lumière et l'électricité. 

M. Gros admet aussi cette influence des agents 
extérieurs sur la nature des Proto-organismes. Il a 
raison de dire qu'un fait qui se présente fort souvent, 
c'est que les mêmes formes Polygastriques ou Systoli- 
diennes, suivant la saison, la quantité d'eau, de lu- 
mière, de chaleur, etc., peuvent présenter d'autres 
phases évolutives, et donner naissance à d'autres 
produits (1). Gruithuisen avait depuis un certain 
temps soutenu à peu près la même thèse, en préten- 
dant que dans plus de mille expériences, il n'avait ja- 
mais trouvé cesanimaux parfaitement semblables(2). 
Nos observations, répétées depuis tant d'années, nous 

(1) Gros, Bulletin de la Société impériale des naturalistes de 
Moscou, 1551, 11^3, p. 27 't. 

(2) GRUiTHUiiE.v, Organozoonomie. Munich, 1821, p. 164. 



188 HÉTÉROGÉNIE. 

ont absolument conduit aux mêmes conclusions que 
ces savants. Adanson disait, en parlant des végétaux, 
que l'espèce est un champ dans lequel chacun peut 
errer en liberté (1); nous pouvons assurer que cette 
maxime est on ne peut plus applicable à la généralité 
des Microzoaires. 

La chaleur est non-seulement le plus énergique 
des agents qui contribuent au développement des 
Protozoaires, rnais on peut même dire qu'elle lui est 
tout à fait indispensable. En effet, nous n'avons ja- 
mais vu aucun animalcule se produire, lorsque la 
température était au-dessous de -j- 5° cent. 

Dans le chapitre remarquable sur les générations 
spontanées, qui se trouve dans sa philosophie zoolo- 
gique, Lamarck a fait ressortir toute l'importance de 
cet agent à l'égard des créations primaires. Selon 
lui, la chaleur, a laquelle il donne le nom de mère 
de toutes les générations, à'àme matérielle des corps 
vivants^esi le moteur principal qu'emploie la nature, 
pour tirer des substances inertes les premières 
ébauches de l'organisation ; et il compare son action, 
qu'il appelle un acte de vitalisation, à la fécondation 
sexuelle (2). 

Spallanzani s'était contenté de dire que la tem- 
pérature requise pour la production des Infusoires, 
était simplement celle qui suffisait au mouvement 
fermentescible des substances soumises à l'expé- 



(1) Adanson, Famille des fiantes. Paris, i763;, préface, p. 153 et 
suiv. 

(2) Lamarck, Philosophie zooJogique.Pdiiïi, 1807, 1. 11. p. 82. 



DU CALORIQUE, DE LA LU.-^IfÈRE, ETC. 189 

rience (1). Il aurait dû préciser plus exacleiiient 
Faction de cet important agent. Dans nos expé- 
riences, nous avons généralement reconnu que, plus 
la température était élevée, plus la production des 
Infusoires était rapide et abondante. Des macérations 
qui étaient sous l'influence d'une température 
de -f- ^2 degrés centig., ont mis souvent huit à dix 
jours pour nous fournir desKolpodes adultes et très- 
disséminés; tandis que sous une température de 
-{- 26 degrés, nous en obtenions en quatre jours de 
nombreuses légions, parfailement développées. 

Selon nous, l'action du calorique influe non-seule- 
ment d'une manière manifeste sur l'abondance avec 
laquelle apparaissent et se développent les Micro- 
zoaires, mais il est certain aussi que le degré d'acti- 
vité qu'il suscite dans les phénomènes de décomposi- 
tion putride, réagit sur les organismes qui en sont le 
produit; il en augmente ou en diminue le perfection- 
nement, de manière que sous une température op- 
posée, avecle même corps, on obtient des espèces dif- 
férentes. Ainsi, si une même substance est mise à 
macérer à une température de J à 1 2 degrés et à celle 
de 25 à 28 degrés, souvent, dans les deux cas, elle 
produira des Protozoaires d'une espèce particulière. 
Nos expériences nous ont mis à même de vérifier cela 
cent fois. Nous en citerons seulement quelques-unes. 

Expérience. — Yers les premiers jours de sep- 
tembre, par une température de 22 degrés en 
moyenne, une macération de 25 grammes d'.4s^er 

(1) SFALLA]szA:'iî, Opusciiles de physique animale et végétale, t. I. 



190 HÉTÉROGÉNIE. 

chinensis dans un litre d'eau, au bout de huit jours, 
est remplie d'une immense quantité d'une petite 
espèce de Kolpodes, très-grêles, n'ayant jamais plus de 
15 divisions micrométriques de longueur et 4 de 
diamètre. Ces animalcules observés pendant quinze 
jours n'augmentèrent pas de taille, el, pressés les 
uns sur les autres, ne parurent pas non plus aug- 
menter en nombre. C'est pour moi une espèce que 
je ne trouve décrite nulle part. 

Une macération de la même plante exécutée dans 
les mêmes proportions, durant les premiers jours 
d'octobre, mais par une température moyenne de 
12 degrés, au bout d'un nombre égal de jours, of- 
frait une espèce de Kolpodes absolument différente 
de celle qui avait été observée dans la macération 
précédente; elle était ovoïde et présentait une lon- 
gueur presque double, 25 à 30 divisions micromé- 
triques. 

Expérience. — En septembre, par une tempéra- 
ture de 26 degrés en moyenne, après vingt-quatre 
heures, et à la pression de 0,75, une macération 
d'Aster chinensis et une macération de lin sont peu- 
plées d'une immense quantité de Monas crepuscii- 
liim, de Vibrio granifer et de Vibrio levis, doués 
de mouvements fort énergiques. 

La température s'étant abaissée subitement à 
+ 12 degrés en moyenne, deux macérations des 
mêmes plantes ayant été faites dans les mêmes pro- 
portions et examinées après le même laps de temps, 
on n'y rencontre absolumentqu'uneespècede Bacté- 
rium,le Ba et erinm trilocuîare Ehr, On n'y trouve 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 191 

aucun vestige ni de Monade, ni de Vibrion granifère, 
ni de Vibrion lisse. La même expérience répétée avec 
d'autres végétaux a donné des résultats analogues. 

Expérience. — Une macération de 10 grammes 
de foin sur 250 grammes d'eau, durant huit jours, 
sous une température moyenne de 12 degrés, ne 
m'a jamais donné, dans les premiersjours du mois de 
mai, que des Monas lens , Duj.et des Vibrions. Tan- 
dis que la même macération, dans les derniers jours 
du même mois, mais sous l'influence d'une tempé- 
rature beaucoup plus élevée, en moyenne 24 degrés, 
me donnait, dans le même espace de temps, une im- 
mense abondance de Vorticelles. 

D'après Gruithuisen, la température ne doit pas 
dépasser 80 à 96 degrés du thermomètre de Fah- 
renheit (1). .Te partage cette opinion, ayant vu que 
rien ne se produisait dans mes vases quand, pendant 
l'été, je les exposais à une chaleur trop élevée. 

Mais si les animalcules ne s'engendrent point 
lorsque l'atmosphère est trop chaude ou trop froide, 
quand une fois ils sont formés ils supportent d'assez 
extrêmes températures. Spallanzani avait déjà re- 
connu ce que nous avançons; mais ses expériences 
sur ce sujet manquent de précision; ce savant ne 
donnant aucune indication sur les espèces qu'il a 
employées, nous avons cru devoir répéter ses es- 
sais (2). 

(i) Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie,\>. 298. — Idées sur 
la physiognosie. 

(2) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
vie, 1787, t. I, p. 76. 



102 HËTEROGEME. 

Nous avons vu que des animalcules qui vivaient 
dans une eau dont la température était de 22 degrés, 
s'étant, en peu de minutes, trouvés dans un liquide 
qui était descendu à 0, ne parurent nullement s'a- 
percevoir de ce brusque changement. On peut dire 
que tous les animalcules supportent la température 
de la glace fondante. îl en est même, dans les régions 
polaires, pour lesquels celle-ci est l'état normal; et 
tel est aussi le cas des animalcules que nous avons vus 
colorer en un beau rouge la neige des Hautes-Alpes. 

0. F. Muller prétend que certains animalcules 
peuvent se ranimer après avoir été totalement gelés 
dans leurs infusions. « Qucedam sic animalia infu- 
soria rigorem frigoris sustinent, aquâque gelii solutd, 
eodem numéro vigoreque pristino circumnatant ; alla 
gelu enecta periere (1). » Spallanzani soutient, au 
contraire, que les animalcules ne survivent jamais à 
la congélation (2). 

Les assertions de ces deux naturalistes étant con- 
tradictoires, j'ai dû entreprendre quelques expé- 
riences pour me fixer à cet égard; et j'ai reconnu 
que c'était O.-F. Muller qui avait le mieux observé 
les faits. En faisant congeler de l'eau dans laquelle 
il y avait des Infusones de diverses espèces^ j'aivu 
que toutes les fois qu'il restait dans la glace quelques 
petits interstices liquides, quoique toute la masse 
parût solidifiée, dans ce cas, tous les animalcules 

(1) 0. F. yiVLLEn, Animalium infasorior uni succincta historia. 
Leipzig, 1773-1774. 

(2) Spallanzaini^ Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
vic, 1787, î. !, p. 77. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 193 

résistaient à l'épreuve, et, après la fonte de la glace, 
semblaiiMit aussi vivants que précédemment. AJais si 
dans l'expérience le mélange frigorifique agit avec 
assez d'intensité pour congeler totalement le liquide, 
alors toutes les grosses espèces périssent, tels que les 
Dileptes, les Glaucomes, les Kolpodes, etc., et l'on 
retrouve leurs cadavres inanimés; mais les petites, 
au contraire, tels que les Monades, les Vibrions, les 
Bactériums, échappent en grande partie à l'action 
destructive de la congélation. 

Expérience. — Nous avons entouré d'un mélange 
frigorifique des vases qui contenaient plusieurs es- 
pèces d'animalcules. Bientôt le liquide a été totale- 
ment pris en glace, et le thermomètre placé au milieu 
était descendu à — 2°. Une heure après, ces vases 
ont été extraits du mélange et se sont peu à peu dé- 
gelés. Tous les grands animalcules qu'ils conte- 
naient étaient morts, et l'on distinguait parfaite- 
ment leurs cadavres flottant çà et là. Voici la liste 
des espèces que nous avons vu périr dans cette expé- 
rience : Kolpoda cucullus , Glaucoma scintillans, 
Dileptiis foHum , Vibrio gi^ani fer, Pouch, , Vibriolevis, 
Pouch. 

Expérience. — Une éprouvette contenant de l'eau 
dans laquelle vivent des Kolpoda cucullus, des Glau- 
coma scintillans, des Monas lens; des Vibrio tremu- 
lans, des Bacterium triloculare, etc., est placée dans 
un vase et entourée de glace fondante. Un thermo- 
mètre placé dans l'eau contenant ces Microzoaires, 
en dix minutes, s'abaisse de vingt-qu^atre degrés et 
tombe à 0. Les animalcules ne paraissent nulle- 

F^OUCHET. /[ 3 



19^ HÉTÉROGÉME. 

ment en être affectés, et tous sont aussi vifs que pré- 
cédemment. 

Expérience. — Une autre éprouvette, contenant les 
mêmes animalcules, est entourée d'un mélange de 
sel et de glace pilée. Un thermomètre placé dans l'eau 
qu'elle contient, s'abaisse rapidement à un degré 
au-dessous de zéro. On laisse cette éprouvette une 
heure dans le mélange frigorifique, et quand on 
la retire, le liquide semble être totalement congelé, 
et le thermomètre se trouve solidement fixé au mi- 
lieu de lui. On fit dégeler lentement la glace, et 
quand l'eau fut revenue à l'état liquide, on l'observa 
et on la trouva peuplée exactement comme aupara- 
vant. Ses Kolpodes, ses Glaucomes, ses Monas,'ses 
Vibrions, ses Bactériums, etc., nageaient au milieu 
d'elle sans paraître avoir été le moindrement affectés 
par l'épreuve qu'ils venaient de subir. Nous attri- 
buons ce résultat à ce que sans doute il aura resté au 
milieu de la glace quelque espace non congelé où les 
animalcules se sont réfugiés ; car pas un seul ne 
semble avoir péri, puisque l'on n*^ rencontre pas un 
seul de leurs cadavres. L'expérience qui suit con- 
firme ce que nous avançons. 

Expérience» — Une éprouvette, contenant de l'eau 
où vivent des Kolpodes, des Glaucomes^ des Dileptes, 
des Monades, des Vibrions et des Bactériums, est placée 
dans un mélange frigorifique, et, pour plusd'efficacité, 
on la recouvre d'une petite cloche, qui est elle-même 
surmontée de glace. Cette éprouvette reste une heure 
exposée à l'action d'un froid de — 5% et quand on 
Ty soustrait, l'eau qu'elle contenait a subi la plus 



DU CALORIQUE j DE LA LUMIÈRE, ETC. 195 

absolue congélation possible. Celle-ci ayant été ra- 
menée lentement à l'état liquide, et ensuite exami- 
née au microscope, on reconnut que la congélation 
avait tué toutes les grosses espèces, les Dileptes, les 
Kolpodes et les Glaucomes, dont on rencontrait çà et 
là les cadavres, très-reconnaissables ; mais qu'au 
contraire beaucoup de Monas, de petits Vibrions et 
de Bactériums avaient échappé à cette destruction et 
étaient encore pleins de vie dans la liqueur. 

Certains petits Vibrions supportent même, sans 
périr, un froid beaucoup plus intense que celui que 
nous .venons de mentionner; une température de 
quinze degrés au-dessous de zéro ne les tue même 
pas ; mais les Monades n'y résistent point. 

Expérience. — Un tube contenant de l'eau dans 
laquelle il y a des Kolpodes, des Dileptes, des Glau- 
comes, des Monades et des Vibrions, est plongé dans 
un mélange frigorifique énergique pendant une 
heure, et le thermomètre y reste pendant ce temps 
à — 15°. Le tube ayant été alors retiré de l'eau et son 
eau ayant été dégelée, on n'y rencontra de vivants 
qu'un petit nombre de Vibrio tremiilans. Tous les 
autres animalcules étaient morts, même les Mo- 
nades. 

M. Boudin prétend que la génération spontanée 
n'est jamais plus active qu'au printemps (1). Nous 
pensons que c'est une erreur et qu'elle n'est nulle- 
ment influencée par la saison, mais seulement par le 
retour de la chaleur à cette époque. Pour nous, nous 

(l) Ch. Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. 
Paris, 1857, t. 1, p. 244. 



196 HÉTÉROGÉNIE. 

avons constamment vu que c'était, au contraire, en 
été et en automne, qu'elle se manifestait avec une 
plus grande intensité, surtout pendant les journées 
chaudes et orageuses de ces deux saisons. Au mo- 
ment où nous écrivons ces lignes, l'automne tire vers 
sa fin et notre laboratoire se peuple chaque jour 
d'aussi nombreux Protozoaires qu'il nous en naissait 
au printemps. Nous avons aussi obtenu des hifn- 
soires en hiver, lorsque nous placions nos vases ma- 
cératoires dans les endroits où la température était 
constamment au-dessus de 12 à 15° cent. Mais, 
dans cette circonstance, les phénomènes uiarchaient 
toujours beaucoup plus lentement. 

Une lumière peu intense semble, en général, favo- 
riser le développement des Protozoaires; aussi ne 
puis-je adopter l'opinion de Burdach , qui prétend 
que ces animalcules se produisent mieux au soleil 
qu'à l'ombre (1). J'ai même observé que l'insolation, 
pendant lesjours les plus chauds, leur nuisait, tandis 
que , sous des cloches noires, mes générations mar- 
chaient rapidement. Ainsi, selon nous, une tempéra- 
ture élevée, unie à la lumière diffuse, est ce qui con- 
vient le mieux à la génération spontanée, et, avec les 
mêmes conditions de chaleur, cet acte se produit 
parfaitement à l'obscurité absolue. 

Les expériences de Treviranus ont mieux déter- 
miné qu'on ne l'avait fait jusqu'alors le rôle impor- 
tant de la lumière dans la génération spontanée. 
Nous pensons avoir poussé plus loin que ce physiolo- 

(I) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 28. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 197 

giste l'étude de rinlluence de cet agent sur la pro- 
duction des Microzoaires. A l'aide d'expériences 
répétées à des températures différentes, nous avons 
reconnu que la couleur des rayons lumineux influait 
énormément sur l'abondance, le développement et 
même sur la nature des animalcules en voie de pro- 
création. 

La lumière blanche paraît être la plus favorable au 
développement des Microzoaires; après elle vient le 
rouge, puis le violet, le bleu et enfin le vert. 11 est à 
remarquer, cependant, que cette action des éléments 
de la lumière est absolument inverse lorsqu'il s'agit 
des Proto-organismes végétaux, ainsi que de la ma- 
tière verte de Pries! ley, qui semble se rapprocher de 
ceux-ci par quelques caractères. Il résulte de nos 
observations que le rayon vert est pour eux le plus fa- 
vorable de tous; le bleu et le violet viennent après, 
et ensuite la lumière blanche. Le rouge, au contraire, 
en entrave le développement, lui qui est si favorable 
à la nroduction des animalcules. 

L 

Voici le résultat d'une de nos expériences sur l'in- 
fluence des couleurs sur la production des Proto- 
organismes végétaux et de la matière verte. 

Expérience. — Pour donner au liquide employé 
une même tendance à la production de la matière 
verte, nous avons employé de l'eau qui contenait 
déjà de cette matière, après l'avoir exactement fil- 
trée. L'expérience a été commencée le 1" janvier, et 
ses résultats examinés trois mois après, le 1" mars. 

Sous un vitrail vert, l'eau contient une quantité 
considérable de globules de matière verte, sphériques 



198 HÉTÉROGÉNIE. 

OU ovoïdes, paraissant dus à l'agglomération de nom- 
breux grains simples. 

Sous un vitrail bleu, on observe des globules de 
matière verte analogues à ceux qui viennent d'être 
mentionnés, seulement moins nombreux; et, outre 
ceux-ci, de petits granules simples de la même cou- 
leur. 

Sous un vitrail violet, l'eau ne contient que peu 
de granules simples. 

Sous un vitrail rouge, il existe à peine quelques 
granules verts ; celui-ci étant évidemment beau- 
coup moins favorable que les autres au développe- 
ment de ces Proto-organismes. 

Enfin, sous un vitrail incolore, on trouve les 
mêmes produits que sous le vert, mais seulement un 
peu moins abondants. 

Selon M. Morren, l'action de la lumière est telle- 
ment indispensable à la génésie des végétaux , que, 
si l'on expose une série de vases remplis d'eau à une 
lumière de moins en moins intense, la production de 
ceux-ci diminue et la simplicité de leur oiganisalion 
augnjente à mesure que ces vases sont de moins en 
moins éclairés ; et même, d'après ce naturaliste, à 
un certain degré d'obscurité, il ne se développe 
absolument rien dans le liquide mis en expérience. 

La loi établie par M. Morren ne nous parait pas 
fondée sur des observations positives. En répétant 
ses expériences, ou en en faisant dautiesa^ant pour 

(1) Morren, Essais pour déterminer quelle est l'influence qu'exerce 
la lumière sur la manifestation et le développement des êtres orga- 
nisés. [Ann. des scifinces naturelles. Zoologie, 1822, t. 111.) 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 199 

objet de préciser quelle est l'action de la lumière 
sur l'évolution des Proto-organismes, je suis parvenu 
à des résultats absolument opposés aux siens. On sait 
que quelques moisissures se plaisent mieux à l'om- 
bre qu'à la lumière (1); et il en est même, telles 
sont celles qui abondenl à l'intérieur du pain qui se 
gâté, qui croissent dans l'obscurité la plus absolue. 
C'est dans des cavernes que Ton cultive le mieux les 
Champignons, etHumboldt a trouvé certaines Rumex 
dans l'obscurité des mines. Dans l'économie animale 
on voit même des végétaux apparaître dans des lieux 
tout à fait inaccessibles à la lumière. M. Rayer a ob- 
servé des productions Bissoïdes sur la plèvre d'un 
phthisique (2). Enfin, les expériences qui suivent 
achèvent de dé ni outrer ce que nous avançons. 

Expérience. — On mit un morceau de mie de 
pain dans un grand verre à expérience; celui-ci fut 
recouvert de trois cloches noires et placé dans un 
endroit où régnait une profonde obscurité. Huit 
jours après, la température de l'appartement ayant 
été de 21 degrés en moyenne, toute la surface de 
l'eau est occupée par le Pénicillium glaiiciim, Link(3), 
en fructification, entre les filaments duquel nagent 
en abondance des Monas lens, Duj., des Monas 
oblonga, Duj., et diverses espèces de Vibrions. 

Expérience. —- Ayant placé du lait absolument 
dans les mêmes circonstances, n^ous obtenons des ré- 
sultats tout à fait analogues. Sa surface est couverte 

[i) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 89. 

(2) Rayer, Journal l'Institut, 1842, n° 492. 

(3) LiNKj Species, l. l. — Synonymie : Mucor penicillatus, Bull. 



200 HÉTÉROGÉNIE. 

de Pénicillium glaucum, Link, et d' Aspergillus glau- 
cus, Fries (1); et en outre elle est parcourue par un 
grand nombre de Monasatlenuata, Duj. 

M. Morren prétend aussi que la lumière est indis- 
pensable à la production des Protozoaires. Il rapporte 
qu'ayant mis macérer des substances végétales dans 
deux vases dont un se trouvait absolument dérobé à 
l'action de la lumière, tandis que l'autre y restait 
exposé, il vit qu'il ne se formait aucun ïnfusoire 
dans le premier, tandis qu'ils pullulaient dans le se- 
cond. Cependant M. Morren ajoute qu'en substituant 
des substances animales à celles que l'on avait em- 
ployées, on trouva quelques Monas termo dans le 
vase placé dans l'obscurité, mais que celui qui, au 
contraire, était exposé à la lumière, contenait une 
foule d'animalcules d'un ordre plus élevé (2). De 
là le naturaliste que nous venons de citer proclame 
comme une loi, que l'on obtient d'autant moins 
de Protozoaires dans les macérations, que l'on sou- 
met celles-ci à une obscurité de plus en plus intense. 

Dans ses expériences relatives à l'influence 
qu'exerce la lumière sur l'apparition et le dévelop- 
pement des Microzoaires, M. Morren aura sans doute 
été victime de l'une des nombreuses causes d'erreurs 
qui égarent parfois les physiologistes. Nous avons 

(0 Fries,, Systema mycologicum, 1829, t. III, p. 385. — Synony- 
mie : Mucor glacusa danica ^ Lin., Species; Mucor aspergillus. 
BiiUiard, Histoire des champignons; Monilia glauca, Persoon., 
Synopsis methodica fungorum. 

(2) Morren , Essais pour déterminer quelle est rinfluence qu'exerce 
la lumière sur la manifestation et le développement des êtres orga- 
nisés. {Ann. des sciences naturelles. Zoologie, vol. III.) 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 201 

obtenu des résultats absolument opposés aux siens, 
et ce sont nos expériences qui doivent faire autorité 
parce que nous sommes parvenu à constater un fait 
positif, précis, tandis que le savant de Bruxelles n'a 
obtenu qu'un résultat négatif. 

Expérience. — Dans nos expériences sur ce sujet, 
nous avons pris toutes les précautions imaginables 
pour qu'il régnât l'obscurité la plus absolue là où nous 
opérions. Dans une pièce de mon laboi'atoire, sous- 
traite à la lumière à l'aide de lideaux doubles, noirs 
et fauves, on prit un vase à précipiter et celui-ci fut 
rempli d'eau et reçut 5 grammes de foin. Après l'a- 
voir mis sur un pied, on le recouvrit d'une cloche 
peinte en noir. Sur celle-ci on plaça une forte feuille 
de papier gris ; puis enfin, le tout fut recouvert d'une 
seconde cloche noire dont le pied était environné 
d'un linge roulé, afin que le vase ne reçût pas le 
moindre rayon de lumière. 

Le troisième jour après que cette expérience avait 
été commencée, on examina la macération. La tem- 
pérature avaitélé en moyenne de 26 degrés, la pres- 
sion de 0, 759. La liqueur était trouble et d'un fauve 
foncé; sa surface était recouverte d'une pellicule 
épaisse, muqueuse. On y trouva des Monades, des 
Bactériums, des Vibrions gigantesques et des Vibrions 
granifères, en quantité; enfin on y voyait aussi de 
nombreux ^o//^of/a lepus, Mulh, de lOà 12 divisions 
micrométriques de longueur. Nous avons diverses 
fois répété cette expérience avec des résultats ana- 
logues. 

On voit, par l'apparition de cette nombreuse popu- 



202 HÉTÉROGÉINIE. 

Jation zoologique, qu'il n'est pas possible de prétendre 
que l'obscurité, même l'obscurité la plus absolue, 
entrave la production des Microzoaires. L'expérience 
qui suit \ieut encore à l'appui de nos prétentions. 

Expérience. - — Dans un malras de verre, on met 
un litre d'eau et un morceau de pain. Ce vase est 
placé sous trois cloches en verre, peintes en noir en 
dedans, et se recouvrant les unes les autres; on en en- 
toure le pied avec des linges, et Tappareil, ainsi dis- 
posé, est même placé dans un cabinet où règne une 
obscurité profonde. Après quatre jours, durant les- 
quels la température a été de 1 4 degrés en moyenne, 
et la pression de 0, 75, on ouvre cette pièce et on 
examine le liquide. On le trouve rempli de Monas 
oblomja, de Monas lens et de Monas crepiiscidum, 
parfaitement vivants. Là nous avons une population 
moins élevée que dans l'autre expérience, ce qui dé- 
pend seulement du refroidissement de l'atuiosphère. 

L'observation seule suffisait même pour rendre 
toutes ces expériences inutiles. Ainsi que le dit de 
Humboldt, la vie remplit les lieux les plus cachés de 
la nature (1); et ne sait-on pas qu'une foule d'Ento- 
zoaires naissent et vivent dans des sites de l'orga- 
nisme tout à fait inaccessibles à la lumière (2)? 

Parmi les agents qui ont une remarquable influ- 
ence sur l'évolution des êtres organisés, l'électricité 
occupe une place importante; et son action, qui est 
si remarquable sur le développement des animaux 

(i) Humboldt, Tableaux de lanature. Paris, 1828, t. II, p. 9. 
(2) Le cerveau, le foie, le canal intestinal sont habiles par des 
Cysticerques, des Distomes, des Ténias, etc. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 203 

élevés, ne l'est pas moins sur celui des Proto-orga- 
nismes les plus infîmes. 

A l'égard des premiers j'ai constamment vu dans 
six expériences comparatives, que, sous l'influence 
d'un simple élément d'une pile de Bunsen, des œufs 
de la grenouille verte, Rana escidenta, éclosaient un 
jour et parfois deux plus tôt que ceux du même reptile 
qui se trouvaient soustraits à l'action de l'électricité. 
A une température moyenne de 18 degrés, les œufs 
que je soumettais à un faible courant électrique 
éclosaient au bout de neuf jours; et ceux qui ne 
subissaient point son influence n'éclosaient que 
le dixième ou le onzième jour. 

Expérience. — Sous l'influence de l'électricité il 
est évident aussi que les Infusoires apparaissent et 
se développent beaucoup plus vite qu'ils ne le font 
normalement. Je m'en suis assuré à l'aide de plusieurs 
expériences. Au mois de mai, en faisant traverser 
par un courant électrique constant, obtenu à l'aide 
d'un élément de Bunsen, un vase rempli d'une ma- 
cération de lin, j ai vu, à une température moyenne 
de 18 degrés et sous une pression de 0,75, que des 
Kolpoda ciiculluSy MuU., y parvenaient a leur entier 
accroissement en six à sept jours, tandis que dans les 
vases placés dans des circonstances analogues mais 
soustraits à l'influence de la pile, pour atteindre cet 
état, ils mettaient neuf à dix jours. 

L'influence de l'électricité atmosphérique est en- 
core plus remarquable. Plus elle est abondante, plus 
j'ai reconnu que les Infusoires s'engendraient vite, 
surtout si l'air n'en est pas surchargé instantaii^ 




20 i HÈTÉROGÉNIE. 

par un orage, et si sa tension électrique se prolonge 
plusieurs jours : dans ce cas, j'ai \u une accélération 
de moitié dans le développement des Kolpodes. En 
trois jours, par une température de 25 degrés, j'ob- 
tenais deces animalcules offrant une dimension qu'ils 
mettaient six jours à acquérir par la même tempé- 
rature lorsque l'air n'était pas surchargé d'électricité. 

ïreviranus avait fait des expériences analogues 
mais sur les végétaux. Il dit que sous l'influence du 
galvanisme on voit des Bissusse former sur des infu- 
sions qui, soustraites à son action, ne donnent que 
des moisissures, au moins le plus communément (1). 

Quand on reconnaît cette influence si manifeste 
de l'électricité sur le développement non-seulement 
des organismes inférieurs, mais encore sur celui des 
êtres d'un ordre élevé , n'est-il pas permis de croire 
que ce fluide joue un grand rôle sur les phénomènes 
primaires de la vie, au moment où le premier grou- 
pement des molécules organiques va se former? 
MM, Coste et Delpech le lui prêtent en effet, et pré- 
tendent qu'il domine les premiers éléments géné- 
rateurs (2). 

Il y a une vingtaine d'années , qu'un expérimen- 
tateur anglais, M. Cross, fit retentir le monde sa- 
vant de faits non moins extraordinaires que ceux 
queFray avait avancés. Dans des essais qu'il avait, 
dit-il, répétés à plusieurs reprises, en soumettant de 
la lave arrosée d'une solution de silice à l'action 

(1) Treviranus, fi^o/o(/^>, t II, p. 327. 

(2) Coste et Delpech, Recherches sur la génération des mammi- 
fères. Paris, 1834. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 205 

d'un courant électrique, il vit bientôt se produire, à 
la surface de cette roche, de petits corps qui s'ani- 
mèrent enfin , prirent une forme déterminée, celle 
d'un Acarus d'une espèce encore inconnue (l).Mais 
cette asserlion ne nous paraît pas assez sérieuse pour 
mériter qu'on la réfute , et nous ne l'enregistrons 
que comme document historique. 

L'état hygrométrique de l'atmosphère a aussi une 
influence non douteuse sur les phénomènes de l'hé- 
térogénie. Gruithuisen avait déjà fait remarquer que 
les Microzoaires apparaissent en plus grande abon- 
dance dans les temps humides et chauds, que dans 
ceux qui oftYent une constitution opposée (2). Dans 
nos expériences nous avons aussi constaté ce fait et 
remarqué que la chaleur humide accélérait énormé- 
ment l'accroissement des animalcules. Toutes les fois 
que nous placions, sous des cloches dont le pied était 
baigné d'eau, des vases dans lesquels nous voulions 
produire des animalcules, ceux-ci se développaient 
manifestement beaucoup plus vite que dans les ma- 
iras exposés à l'air. 

Nous avons reconnu que la génération spontanée 
est influencée par la température et par l'intensité et 
la coloration de la lumière ; on doit ajouter que la 
naissance de certains Microzoaires est aussi in- 
fluencée par l'heure de la journée. Ainsi, M. Boudin 
prétend que le Cercaire éphémère, Cercaria ephe- 
mera, naît constamment vers midi, et qu'avant cette 

(1) Cros5;^ Athenœum. 

(2) Gruithuisen, Beitràge zut Physiognosie. — Idées sur la 
physiognosie. 



206 IIETEROGENIE. 

heure, l'eau qui en fourmille n'en offre point le moin- 
dre individu ; car tous ceux qui apparaissent si 
subitement, sont morts le lendemain matin avant le 
moment où il s'en reproduit une nouvelle généra- 
tion (1). Six. jours consécutifs d'observations ont 
démontré ce fait à Nitzsch. Une autre Cercaire,la 
Cercana majora devance de deux heures la précé- 
dente : elle apparaît vers dix heures du matin (2). 

Outre l'influence qu'ont sur les Proto-organismes 
les principaux agents de la nature, il en existe encore 
d'autres qui possèdent également sur eux une action 
réelle, lorsqu'ils se trouvent accidentellement soumis 
à leur influence. Enfin, l'on doit aussi rectifier ce 
que l'on a avancé d'inexact sur la manière d'agir de 
certains corps à leur égard. 

Dans cette dernière catégorie nous devons citer le 
mercure dont on a considéré les émanations ou le 
contact, comme étant funestes aux animalcules. L'ef- 
ficacité avec laquelle les sels mercuriels paralysent 
le développement des Proto-organismes en aura sans 
doute imposé, car, dans nos expériences, nous avons 
constamment reconnu l'innocuité des vapeurs ou du 
contact de ce métal à Tégard des Protozoaires et de 
la végétation cryptogamique. 

Les vapeurs mercurielles, dans les expériences de 
M. Gaspard, semblent avoir agi avec plus d'intensité 
sur les insectes qu'elles ne l'ont fait dans les miennes 

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. 
Paris, 1857, t.II, p. 9. 

(2) Nitzsch^ Beitràge zur Infusorienkunde . Halle, 1817, p. 43. 
— Idées sur l'histoire naturelle des infusoires. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 2 07 

sur les Microzoaires. Des œufs de Mouche qui se 
trouvaient sur un morceau de viande, ayant été pla- 
cés dans des vases contenant du mercure et sans être 
en contact avec le métal, ne produisirent jamais de 
larves, tandis qu'il en naissait de ceux qui avaient été 
mis dans des circonstances analogues, mais loin des 
émanations mercurielles (1). 

Expérience. — Le fait suivant suffirait seul pour 
démontrer ce que nous avançons : 

Le 1" mai, nous avons pris un verre à expérience 
rempli de Kolpodes et de Vorticelle?, et nous l'avons 
exposé sous une cloche dont le pied était baigné de 
mercure. Deux jours après, la température moyenne 
ayant été dans l'intervalle de 20 degrés, on examina 
le contenu du verre et l'on y rencontra ces mêmes 
animaux en parfait état. Deux jours après ce premier 
examen, ces Vorlicelles et ces Kolpodes avaient même 
considérablement pullulé. Le 15 niai, toute la popu- 
lation animée déposée sous les cloches se portait par- 
faitement bien. 

Ainsi donc il est évident que les vapeurs mercu- 
rielles pendant un espace de quinze jours, n'ont eu 
aucune influence délétère sur des Microzoaires et 
n'ont nullement arrêté leur procréation. Le niveau 
de la macération était à dix centimètres au-dessus de 
celui du mercure. 

Expérience. — Cette expérience prouve encore 
mieux que les précédentes l'innocuité du mercure. 
Des Vorticeiles et des Kolpodes ayant été placés sur 

(1) Gaspard, Journal de physiologie expérimentale de Magendie. 
1821, 1. 1, p. 105. 



208 HÉTÉROGÉNŒ. 

une couche de mercure qui était contenue dans une 
petite cuvette en cristal, et celle-ci ayant été elle- 
même mise à flot sur un bain de ce métal et recou- 
verte d'une cloche, le lendemain, quoique ayant été 
exposée à l'action directe du mercure et aux vapeurs 
qui s'en élèvent, ainsi que le prouvent les expérien- 
ces de Faraday (1) et d'Alex. Colson (2), les animal- 
cules que nous venons de citer ne parurent en avoir 
éprouvé aucun inconvénient. Huit jours après, ces 
animalcules étaient encore en parfaite santé. 

L'expérience qui suit démontre même que le con- 
tact du mercure n'entrave nullement la production 
des Microzoaires. 

Expérience. — Le fond d'une cuvette en cristal, 
de 30 centimètres de diamètre, a été rempli d'une 
couche de mercure d'un centimètre de profondeur. 
Au-dessus on a mis une couche d'eau de 3 centimè- 
tres d'épaisseur ; dans le milieu de celle-ci on plaça 
une petite cuvette en cristal, qui flottait sur le métal 
et contenait 5 grammes de foin, afin d'empêcher ce- 
lui-ci de toucher le mercure, sans cependant qu'il 
cessât d'être baigné par la masse du liquide en expé- 
rience; enfin, l'appareil fut recouvert d'une cloche 
en verre. 

Après avoir abandonné cet appareil pendant huit 
jours, sous l'influence d'une température moyenne 
de 21 degrés, il fut examiné. Toute la surface de 
l'eau était peuplée d'une immensité de Kolpodes. 

{\) Quarterly Journal of sciences and arts, 20th novcmber. 
(2) Alex. Colson^ Archives générales de médecine. Paris, 1826, 
t. Xlï, p. 70. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 209 

Ce Kolpodevcnu sur le mercure ne me paraît se 
rapprocher d'aucune espèce décrite. Il est réniforme 
et contient ordinairement de dix à vingt vésicules 
stomacales ; on voit fort bien que ces vésicules ont 
une paroi ; elles offrent de deux à trois divisions mi- 
crométriques de diamètre et semblent remplies d'ali- 
ments qui leur donnent une teinte légèrement jau- 
nâtre. L'animalcule est diaphane, hyalin ; le cœur, peu 
apparent, est très-difficile à reconnaître, à cause de 
la lenteur de ses contractions. La superficie du corps 
est grossièrement striée , granulée. Les vésicules 
internes sont évidemment des estomacs et non des 
œufs, ce que l'on pourrait croire. J'ai donné du 
carmin à ces animalcules et bientôt je lésai vus 
remplir un certain nombre de ces vésicules ; en dix 
minutes, dix à vingt étaient déjà gorgées. 

Si réellement il était possible d'assigner un carac- 
tère positif à de tels animaux, je nommerais ce Kol- 
pode, que je crois particulier, Kolpoda hydrargijri. 

M. Morren a prétendu que Tair qui passait à tra- 
vers l'acide sulfurique déterminait la mort des Mi- 
crozoaires ou entravait leur production (1). 

Nos expériences nous ont démontré l'inexactitude 
de cette assertion. Et quoiqu'elles fussent exécutées 
avec plus de rigueur que celles qui ont été précédem- 
ment entreprises, et que nous ayons poussé le soin 
jusqu'à faire traverser l'eau oii vivaient les Microzoai- 
res par l'air lavé dans l'acide, ceux-ci n'ont jamais 

{{) Morren, Expériences sur l'absorption de l'azote par les ani- 
malcules et les algues. [Ann. des sciences naturelles. Zoologie, 1854, 
1. 1, p. 339.) 

POUCHET. i 4 



210 HETEROGENIE. 

paru en souffrir, et ils ont même multiplié dans les 
vases où ils se trouvaient. 

Expérience. — On a pris un appareil de Woulf, 
composé de trois flacons à deux tubulures. Le pre- 
mier de ces flacons fut rempli, aux trois quarts, d'a- 
cide sulfurique concentré. La première tubulure 
donne entrée à un tube effilé à la lampe à son extré- 
mité et qui plonge au fond de l'acide. De la seconde, 
part un tube qui naît au-dessus du niveau de cet 
acide et va se rendre dans le flacon suivant. Ce se- 
cond flacon a été rempli aux trois quarts d'eau et 
l'on a peuplé sa surface d'une immense quantité de 
Glaucomes, de Dileptes et de Kolpodes. Le tube qui 
provient du flacon d'acide sulfurique plonge au fond 
de l'eau, et l'autre tubulure donne issue à un tube 
qui naît un pouce au-dessus de l'eau et va se termi- 
ner dans le dernier flacon à la même hauteur. Enfin 
ce troisième flacon est également rempli aux trois 
quarts d'eau, et en outre on y met les mêmes animal- 
cules que dans le précédent. De la dernière tubulure 
sort un tube qui se rend dans une éprouvette remplie 
d'eau. 

Deux fois par jour on pousse dans cet appareil une 
cinquantaine de litres d'air, et il se passe donc ceci : 
cet air traverse d'abord tout l'acide sulfurique qui 
remplit en grande partie le premier flacon; ensuite il 
traverse de bas en haut toute l'eau que Ton a placée 
dans le second, et enfin il laboure toute la surface du 
troisième. 

L'appareil est déluté le huitième jour, et Ton re- 
connaît que non-seulement tous les animalculesqu'on 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 2H 

y a introduits sont en parfait état, mais qu'en outre 
ils ont multiplié ; quelques animalcules nouveaux ont 
même apparu dans l'un et l'autre flacon. On n'y 
avait mis aucune Vorticelle, et quand on examina le 
résultat de l'expérience, il s'y en trouva un bon 
nombre. 

Ainsi donc, non-seulement les Microzoaires vivent 
bien sous l'influence de l'air qui a traversé de l'acide 
sulfurique, mais encore on peut faire traverser par 
cet air l'eau qui les recèle, et ils ne paraissent pas 
non plus en soufl'rir; bien mieux, ils y multiplient. 

La proximité de l'acide sulfurique semble aussi 
être sans action sur les Microzoaires. 

Expérience. — Le l^'" mai, j'exposai un grand 
verre à expériences, rempli de Kolpodes et de Vorti- 
celles sous une cloche dont le pied était baigné d'a- 
cide sulfurique concentré. Deux jours après, la tem- 
pérature moyenne ayant été de 20 degrés centigrades, 
le contenu du verre ayant subi un nouvel examen, 
j'y retrouvai les mêmes légions d'animalcules qui y 
existaient précédemment, tout aussi abondantes et 
seulement un peu plus développées. Le 15 mai, un 
nouvel examen ayant été fait, on reconnut que les 
animalcules avaient augmenté en nombre et qu'il 
s'en était produit de nouveaux. Il était donc évident 
que l'acide n'avait point influencé les Microzoaires 
pendant un contact médiat de quinze jours. 

La proximité de certains corps influe d'une ma- 
nière extraordinaire sur les phénomènes de la géné- 
ration spontanée. Dans de nombreuses expériences, 
exécutées dans des conditions absolument identiques. 



212 HÉTÉROGÉNIE. 

avec les mêmes liquides, dans des vases absolument 
pareils, et sous l'influence de temps égaux, nous 
avons constamment vu que les vases que nous recou- 
vrions avec un fort couvercle en bois, offraient tou- 
jours une pellicule animée beaucoup plus épaisse que 
ceux qui avaient un simple couvercle en verre, et que 
leurs animalcules étaient infiniment plus abondants 
et se développaient avec plus de rapidité que dans ces 
derniers. Un semblable résultat ne peut être attribué 
qu'aux émanations de la substance végétale qui se 
trouvait à proximité de la surface de l'eau, à quatre 
millimètres à peu près. 

Au contraire, les effluves du bois semblent avoir 
un effet paralysant sur la production de la matière 
verte. Mais pour ceci je n'ai qu'une seule expérience 
à citer. Plusieurs vases étaient remplis d'eau de puits; 
ils restèrent en expérience deux mois. Au bout de ce 
temps tous les vases offraient de la matière verte en 
abondance, nageant à la surface de l'eau ou précipi- 
tée au fond. Le vase recouvert de bois n'en contenait 
que beaucoup moins et sa coloration était d'un vert 
sale, blafard, peu foncé. 

Nous avons fait un grand nombre d'expériences 
sur ce sujet, et ce qu'elles ont en outre offert d'extrê- 
mement remarquable, c'est que, non-seulement la 
proximité d'une masse végétale augmentait l'intensité 
de la production des organismes, mais, en outre, 
c'est qu'elle déterminait l'apparition d'espèces d'un 
ordre plus élevé que celles qu'on rencontrait dans les 
autres macérations. Nous ne citerons qu'une seule 
de nos expériences sur ce sujet : 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 213 

Expérience. — On remplit deux vases en cristal 
d'une égale quantité de foin et d'eau qui ont bouilli 
vingt-cinq aiinutes, pour qu'on ne puisse dire qu'ils 
contenaient quelques germes. L'un de ces vases rem- 
pli presque au niveau de son bord, est recouvert d'une 
épaisse planche de tilleul et placé sous une grande 
cloche en verre. L'autre est rempli pareillement 
et recouvert d'une lame de verre et placé aussi sous 
une cloche. On a la précaution de ne laisser le foin 
surnager ni dans l'un de ces vases, ni dans l'autre. 
Huit jours après, on procède à l'examen des produits. 

Le vase recouvert par une planchette de bois est 
rempli d'un nombre considérable de Kérones et de 
Glaucomes adultes. 

Le vase recouvert d'une plaque de verre n'offre 
que quelques rares Kolpodes de petite dimension. 

Il y a donc eu, dans le premier vase, production 
d'animalcules plus abondants et d'espèce différente 
et plus hautement organisés. 

Au nombre des choses qui influent sur la procréa- 
tion spontanée des Microzoaires, on ne s'allendrait 
guère que l'on dût compter la forme des vases, et ce- 
pendant il est certain que celle-ci a une incontesta- 
ble action sur cet acte. Nos expériences sur l'hétéro- 
génie nous ont souvent démontré que la population 
zoologique est ditîérente dans les vases de configura- 
tion dissemblable. Ceci ne veut pas le moins du monde 
dire que la manifestation organique est liée à la forme 
grossière de la matière, mais seulement que, par la 
disposition de celle-ci, les réactions chimiques ou 
physiques sont influencées, et qu'il en résulte ainsi 



214 HÉTÉROGÉNIE. 

une manifeste influence sur la genèse des Proto- 
organismes. Les faits qui suivent, pris au hasard, 
parmi tant d'autres, confirment cette assertion. 

Expériences. — Dans toutes ces expériences on a 
employé la même quantité d'eau et de foin, 500 
grammes d'eau, 5 grammes de foin, et le produit a 
été examiné le troisième jour, la moyenne de la tem- 
pérature ayant été de 19 degrés, la pression atmo- 
sphérique en moyenne de 0,759. 

Dans un petit ballon de verre, la pellicule est peu 
épaisse, et l'on trouve une grande quantité, de Yi- 
brions granifères, quelques Vibrions gigantesques, 
et enfin quelques Monas lens, Duj. 

Dans une éprouvette extrêmement étroite, de deux 
décimètres de diamètre, la pellicule est peu épaisse. 
11 n'y existe aucun Vibrion granifère, mais seulement 
un fort petit nombre de Vibrions lisses inanimés; on 
y voit en outre des Vibrions tremblants et quelques 
Monades lentilles. 

Dans une cuvette en verre, de 25 centimètres de dia- 
mètre, la pellicule proligère est peu épaisse. Au mi- 
croscope, elle est granulée et renferme un nombre 
considérable de Monas oblonga. En outre on y voit 
un assez bon nombre de Vibrions granifères, et tout 
le hquide est sablé de petits Vibrions. 

Ce vase, dont la surface est peut-être cent fois plus 
étendue que celle du précédent, contient, en propor- 
tion, un nombre d'animalcules immensément plus 
considérable. Si c'est le corps solide qui les pro- 
duit seul ou les recèle, un vase en contenant la même 
quantité que l'autre, les Microzoaires eussent dû être 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 215 

infiniment plus nombreux à la surface restreinte du 
précédent, et c'est l'opposé qui a eu lieu! 

Une nouvelle série d'expériences sur la forme des 
vases fut entreprise dans les mêmes conditions que la 
précédente, maison n'examinâtes résultats qu'après 
huit jours, durant lesquels la température avait été 
en moyenne de 24 degrés. 

Dans un petit ballon en verre, la pellicule est très- 
mince. On y observe une abondance de Kérones 
lièvres et de petits Vibrions. Aucun Kolpode. 

Dans une éprouvette étroite, la pellicule est bien 
formée, de couleur jaune pâle terne, et contient 
beaucoup de petits Kolpodes et des animalcules pi- 
riformes. Il n'y existe aucun Kérone, mais beaucoup 
de petits Vibrions. 

Dans une grande cuvette de 25 centimètres de dia- 
mètre, la pellicule est à peine formée et même man- 
que par places. On n'y découvre que des Kolpodes» 
mais en très-petit nombre, et une immense quantité 
de Bacterium articulalumj Ehr. 

Dans un grand verre à expériences la pellicule est 
plus épaisse que dans aucun des autres vases. Le li- 
quide est aussi d'une teinte plus foncée. On y observe 
immensément plus d'animalcules vivants que dans 
aucun des vases précédents. 

Dans un vase en coupe, dilaté à son fond et un 
peu rétréci au haut, la pellicule est plus mince que 
dans le verre. On y trouve des Kérones de forte taille 
et surtout des Kolpodes et des Bactériums. 



CHAPITRE IV. 

HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION DES GERMES ORGANIQUES. 

Les physiologistes qui ont tracé la voie expéri- 
mentale à suivre dans le but de réfuter les générations 
spontanées, ont considéré comme une condition fon- 
damentale de s'assurer d'abord que tout organisme, 
soit à l'état de germe, soit à l'état vivant, était détruit 
dans les corps soumis aux expériences; puis ensuite 
de veiller à ce qu'il ne puisse, durant celles-ci, s'en 
introduire de l'extérieur. Nous convenons , assuré- 
ment, que c'est là une condition essentielle ; mais il 
eût fallu ajouter aussi qu'en prenant ces deux pré- 
cautions , on aviserait à ne pas dénaturer trop pro- 
fondément les divers éléments génésiques. Nous aurons 
à examiner si cette loi n'a pas souvent été transgressée 
par l'action des agents chimiques ou physiques que 
l'on a employés; et si ceux-ci, en altérant le milieu au 
sein duquel réside le principe vital, n'y ont pas frappé 
de mort tout effort organisateur; c'est pour éviter cet 
écueil que souvent nous avons suivi des routes inu- 
sitées. 

Pour nous conformer aux exigences de la critique, 
nous avons exécuté beaucoup d'expériences à vais- 
seaux hermétiquement isolés du contact de l'atmo- 
sphère. Nos précautions, à cet effet, ont été poussées à 



HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION, ETC. 217 

Textrême, afin de suspendre les élans d'imagination de 
ceux qui pourraient voir dans un atonie d'air la source 
de l'incommensurable fécondité de nos matras. Mais 
en outre, nous avons fréquemment aussi adopté une 
voie absolument opposée à celle de nos devanciers: 
nous avons opéré à l'air libre; et les faits, dans celle- 
ci, se sont tellement contrôlés réciproquement, et ils 
sont tellement nombreux , que nous pensons qu'ils 
forment un faisceau non moins indestrucfible que les 
révélations obtenues par la méthode opposée. Ainsi 
donc toutes les ressources ont été appelées à notre 
aide : là le tribut de l'observation a seul été invoqué ; 
ailleurs les supputations de l'intellect. La méthode 
expérimentale ne doit pas être plus oppressive que 
l'idéalisme. Chaque moyen a ses avantages; si l'ex- 
périence subjugue parfois la raison, celle-ci peut sou- 
vent l'éclairer à son tour; il faut prendre ce que l'une 
et l'autre voie ont de bon : nous voulons l'ascendant 
de Galilée uni à l'investigation de Schelling. 

Dans tout le cours de cet ouvrage on verra que 
nous avons répété la majeure partie des expériences 
de nos prédécesseurs, non pour nous en servir direc- 
tement, parce que souvent elles manquent de préci- 
sion, mais pour expliquer la diversité des résultats 
auxquels elles ont conduit. Nous ne prétendons nul- 
lement rétrograder jusqu'à Spallanzani et Bonnet, 
mais nous interpréterons la portée de leur œuvre. 

En commençant ce chapitre nous exposerons net- 
tement ce qu'il est appelé à démontrer. Le but que 
nous nous proposons est de prouver que les germes 
des Proto-organismes ne peuvent être contenus dans 



218 HETEROGEÎSIE. 

les corps qui concourent à leur évolution, et que, par 
conséquent, ils ne doivent leur genèse qu'aux réac- 
tions qui s'opèrent dans l'ensemble de ceux-ci. De 
très-simples arguments suffiront pour cela. 

Selon Ehrenberg , les germes des Microzoaires au- 
raient une double source : ils préexisteraient dans les 
substances que l'on met infuser ou dans l'eau qui sert 
aux expériences. Là, ils resteraient absolument inac- 
cessibles à nos plus puissants microscopes, jusqu'au 
moment oii les infusions leur offrant une nourriture 
appropriée , devenus plus apparents enfin, nous les 
apercevons (1). Au contraire, selon Spallanzani et 
Bonnet, ce serait l'air qui contiendrait les germes des 
animalcules, en quantité telle que l'esprit ne peut 
s'en faire une idée. Et ce fluide en pénétrant dans les 
interstices les plus inaccessibles des corps, y dissémi- 
nerait ces incalculables légions de Proto-organismes 
qui, en apparaissant tout à coup , étonnent et stupé- 
fient l'imagination (2). 

Ainsi donc, de l'aveu des plus ardents antagonistes 
de l'hétérogénie , les germes des Proto-organismes 
qu'on voit surgir dans nos expériences , ne peuvent 

(1) EHnENBEKG (Gérard), Dict. d'hist.natur.ded'Orb., t. TI.p. 6o. 

(2) Spallanzani , Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
vie, 1787, t. I, p. 295. 

BoNKET voit même clans chaque être une espèce de microcosme, 
et il s'exprime ainsi à ce sujet : 

« Cha(}iie corps organisé se présente à moi sous l'image d'une 
petite terre où j'aperçois, en raccourci, toutes les espèces de 
plantes et d'animaux, qui s'offrent en grand sur la surface de 
notre globe. Un chêne me paraît composé de plantes, d'insectes, 
de coquillages, de reptiles, de poissons, d'oiseaux, de quadrupèdes, 



HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION, ETC. 219 

dériver que de trois sources : du corps putrescible , 
de l'eau ou de l'air. 

Mais l'examen de l'état de la question contribue 
encore à la simplifier. En effet , on reconnaît tout 
d'abord que les physiologistes qui se sont élevés avec 
le plus de vivacité contre la génération hétérogène, 
vaincus par l'argumentation de ses partisans , ont été 
rapidement forcés d'abandonner deux des moyens de 
propagation : le corps putrescible et l'eau. Et c'est 
seulement à l'air qu'ils ont confié le rôle de dissémi- 
nateur universel de ces germes invisibles, impalpables 
comme l'atmosphère elle-même, et qui s'insinuent 
avec lui partout et dans tout (1). Ainsi donc l'air, et 
l'air seul, sera réellement en question, et l'objet de la 
lutte décisive. 

Si l'on admet que dans nos expériences la géné- 
ration ne peut s'opérer qu'à l'aide de trois facteurs, 
et que c'est l'un d'eux seul qui recèle les germes des 
Proto-organismes, il est évident que si l'on prend 
chacun de ces trois corps en particulier , sans s'in- 
quiéter nullement alors des deux autres , et que l'on 
démontre successivement que ce n'est aucun d'eux 

d'hommes môme. Je vois monter dans les racines de ce cliêne, 
avec les sucs destinés à sa nourriture , des légions innombrables 
de germes. Je les vois circuler dans les différents vaisseaux, se 
loger ensuite dans l'épaisseur de leurs membranes pour les aug- 
menter en tous sens. » [Cons. sur les corps org., t. 1^ p. lOo.) Et 
c^est avec de tels arguments que nos adversaires prétendent com- 
battre rhétérogénie! 

(1) Ici nous adoptons le langage de nos adversaires, car nous 
verrons que souvent ces germes sont parfaitement connus, me- 
surés, et qu'ils ne peuvent échapper où ils sont réellement. 



220 HÉTÉROGÉNIE. 

qui contient ces germes , il faudra bien , en somme , 
reconnaître, quand le fait aura été strictement établi 
pour chacun isolément , que ce n'est donc aucun de 
ces trois corps qui peut servir d'asile aux œufs ou aux 
séminules introuvables des êtres divers qu'on voit 
s'engendrer sous ses yeux. 

Si cela n'est pas évident, il faut renoncer à per- 
suader nos antagonistes. 

Ceci bien nettement posé, nous ajouterons qu'il 
est de la plus extrême facilité de renverser les divers 
systèmes qui nous sont opposés, et nous le ferons 
d'abord en quelques mots , sauf à apporter plus loin 
des masses de preuves. 

D'après ce qui précède, pour démontrer, jusqu'à 
la dernière évidence, l'existence de la génération 
spontanée, il suffit donc de constater que les corps que 
l'on a employés ne contenaient auparavant aucun 
germe. Mais cela est on ne peut plus aisé par les 
plus élémentaires combinaisons de l'expérimenta- 
tion ; et il faut assurément vouloir fermer les yeux 
et détourner son esprit, pour ne pas se rendre à 
l'évidence. 

En effet , les trois expériences qui suivent prouvent 
sans réplique que ce n'est : ni le corps solide, ni l'eau, 
ni l'air qui contiennent les germes ; et si je m'étonne, 
c'est que les savants se soient donné tant et tant de 
mal pour arriver à un tel résultat. 

1" Il est évident que le corps putrescible ne con- 
tient point les germes des Proto-organismes, puisque, 
lorsqu'on n'emploie celui-ci qu'après l'avoir car- 
bonisé, on voit l'eau dans laquelle on l'a placé, 



HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION^ ETC. 221 

se peupler de Microzoaires et de cryptogames (1). 

2° Ce n'est pas l'eau, non plus , qui renferme ces 
germes, puisque si l'on met une substance organisée 
dans de l'eau artificielle, on voit s*y produire aussi 
des animalcules et des végétaux (2) . 

3° Enfin, il est évident aussi que ce n'est pas l'at- 
mosphère qui dissémine les germes, puisque , dans 
nos expériences multipliées, nous avons vu des Proto- 
organismes s'engendrer soit dans des vases où il 
n'existait que de l'air artificiel, et pas la moindre 
parcelle d'air atmosphérique; soit dans des appareils 
où il ne parvenait que de l'air dont on avait détruit 
radicalement tout principe vital , en le soumettant à 
la température de la chaleur rouge ou en lui faisant 
traverser de l'acide sulfurique concentré (3). 

Si la genèse d'un Proto-organisme réclame, géné- 
ralement, le concours de trois éléments, comme au- 
cun de ceux-ci, en particulier,. n'a la puissance de le 
produire, et ne le contient pas, ainsi qu'on le démontré 
expérimentalement, il faut bien, nécessairement, que 
l'être nouveau dérive de deux ou de trois de ces élé- 
ments. Or, comme un germe ne peut pas être bi- 
en tripartite , il est évident que celui-ci résulte 
de toutes pièces des combinaisons des particules orga- 

(1) Voyez, pour le développement de cette proposition^ le cha- 
pitre concernant rélimination du corps putrescible considéré 
comme véhicule des germes, où se trouvent les expériences à 
Tappui. 

(2) Compulser la section de rélimination de l'eau, etc. , p. 231. 

(3) Consulter, pour toutes les expériences sur ce sujet , la sec- 
tion de rélimination de Tair considéré comme véhicule des 
germes, p. 240. 



222 HÉTÉROGÉNIE. 

niques contenues dans les trois éléments produc- 
teurs. 

Si c'était réellement l'un des trois corps au milieu 
desquels se produisent les Proto-organismes qui en 
contînt les germes, on ne voit pas pourquoi ceux-ci ne 
se développeraient pas dans l'eau pure, comme le font 
les œufs de tant d'animaux aquatiques, qui n'emploient 
absolument à leur évolution que le fluide ambiant. 
Sans doute qu'on n'ira pas jusqu'à représenter les 
germes des Microzoaires comme étant plus exigeants 
que ceux des poissons ou de tant d'autres animaux. 
Et si l'on prétendait que l'eau pure ne peut pas nour- 
rir les légions de germes qui y tombent, nous ré- 
pondrions à cela qu'au moins on rencontrerait de 
jeunes animalcules dans celle-ci , sauf à les voir 
périr d'inanition ; et nous ajouterions même que l'ex- 
périence nous a prouvé que les adultes trouvent très- 
bien leur nourriture dans l'eau pure, et même dans 
l'eau distillée. 

SECTION 1. — ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE, CONSIDÉRÉ 
COMME VÉHICULE DES GERMES. 

Nous venons de dire que des expériences excessi- 
vement simples, démontrent ostensiblement que les 
germes des animalcules ne se trouvent ni dans le 
corps fermentescible, ni dans l'eau, ni dans l'air 
atmosphérique, et que par conséquent il faut bien 
que les animalcules doivent leur origine à une géné- 
ration primaire. 

Maintenant il s'agit de prouver ce que nous avons 
avancé, et nous débuterons en nous attachant à dé- 



ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 223 

montrer que le corps solide ne peut receler les germes 
organiques. Ce sera facile. 

Quoique jouant le rôle le plus important dans le 
phénomène de l'hétérogénie, le corps solide, dans 
quelques cas exceptionnels, peut cependant manquer 
absolument. Ainsi, de la Matière verte, des Con- 
ferves se développent fréquemment soit dans l'eau 
ordinaire, soit même dans l'eau distillée, qui ne con- 
tiennent aucune substance putrescible (1). Et c'est 
même probablement à cette propriété inhérente à 
l'eau, qu'il faut seulement attribuer la matière verte 
que Burdach et d'autres ont vu se développer dans des 
macérations de granit et de quelques autres corps mi- 
néraux (2). 

Les savants qui, à l'exemple de Bonnet, prétendent 
que les corps putrescibles sont les dépositaires des 
germes organiques, supposent que ceux-ci se trouvent 
dispersés à leur intérieur, et qu'ils n'en sortent pour 
subir leur évolution qu'au moment où ces mêmes 
corps se décomposent et rendent leurs éléments à la 
masse commune (3). Maintenant que nos instruments 
d'optique sont si perfectionnés et que l'on connaît si 

(t) BoRY DE Saint- Vincent, Dictionnaire classique d'histoire na- 
turelle. Paris, 1826, art. Matière^ t. X, p. 263. 

(2) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837 t. I. 

(3) Bonnet. La prodigieuse petitesse des germes, dit cet auteur, 
les met hors de l'atteinte des causes qui. opèrent la dissolution des 
mixtes. Ils entrent dans Tintérieur des plantes et des animaux; ils 
en deviennent même partie constituante ; et, lorsque ces composés 
viennent à subir la loi des décompositions, ils en sortent sans al- 
tération pour flotter dans l'air ou dans l'eau , ou pour entrer 
dans d'autres corps organisés. {Consid. sur les corps org., t. I, 
p. 3.) 



224 HÉTÉROGÉNIE. 

bien les œufs el les séminules d'une foule d'êtres mi- 
croscopiques, on peut dire que cela est physique- 
ment impossible, parce que si ces germes encom- 
braient les organes des animaux et des plantes, on les 
y découvrirait. 

Des expériences très-simples suffisent pour dé- 
montrer que ce n'est pas le corps putrescible qui 
recèle les germes ; aussi nous ne nous arrêterons 
guère sur ce fait qui n'est plus contesté, ni contes- 
table. 

Si, par exemple, on soumet à la carbonisation 
certains produits animaux ou végétaux, on sera 
bien certain qu'après l'opération, tout germe orga- 
nisé a été complètement détruit dans ceux-ci ; et que, 
dans l'hypothèse contre laquelle nous nous inscri- 
vons, ces mêmes produits ne pourront, par consé- 
quent, donner naissance à aucune génération d'êtres 
organisés. Et cependant c'est tout le contraire qui 
s'observe; seulement on remarque alors que les ani- 
malcules n'apparaissent que plus tard, et qu'ils sont 
d'une organisation inférieure à celle que la substance 
produit lorsqu'elle n'a pas subi la carbonisation. Sans 
doute que l'on ne prétendra pas que le feu a épargné 
les germes des Microzoaires que Ton voit naître alors, 

tandis qu'il consumait les autres Si l'on pouvait 

nous faire cette objection, nous n'aurions plus rien à 
répondre à de tels adversaires. 

Les Protozoaires qui apparaissent ne sont que le 
résultat d'une combinaison organique autre que celle 
qu'on eût obtenue des mêmes corps à l'état frais; et 
s'ils sont moins élevés dans l'échelle zoologique, cela 



ELIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 22 5 

est uniquement dû à ce qu'ils ont été produits par des 
combinaisons dont l'un des éléments avait en partie 
perdu sa faculté génésique, durant la rude épreuve à 
laquelle il a été soumis. 

Spallanzani lui-même, qui a fait quelques expé- 
riences dans cette direction, a vu que des graines de 
divers végétaux qu'il exposait, selon son expression, à 
la terrible flamme du fourneau à réverbère, après y 
avoir été totalement carbonisées, n'en donnaient pas 
moins naissance à de nombreux animalcules. A ce sujet 
le savant Italien s'exprime ainsi : « J'avoue ingénu- 
ment que je ne me serais pas attendu à ce que des 
animalcules parussent encore dans ce nouveau genre 
d'infusion, comme dans les précédentes; même après 
les avoir vus et revus, je pouvais à peine en croire mes 
yeux (1). » Mais, dans ses expériences, Gruithuisen a 
obtenu des résultats absolument opposera ceux du phy- 
siologiste de Pavie et n'a pu produire des Microzoaires 
en employant des substances charbonnées (2). Cette 
dissidence absolue entre ces deux savants, nous a en- 
gagé à réitérer leurs tentatives, et nous avons re- 
connu que c'était Spallanzani qui avait raison. Voici 
nos résultats un peu plus rigoureusement notés que 
les siens. 

Expériences. Dans une cuiller à projection en fer 
et rougie sur un brasier ardent, on a successivement 
opéré la carbonisation complète de dix grammes de 

(1) SPALLAiNZAisi, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
ris, 1787, t. I, p. 14-27. 

(2) Gruithuisen 5 Beitrœge zur Physiognosie und Eautognosie, 
p. 105. 

POCCHET. 15 



226 HÉTÉROGÉNIE. 

chacune des semences suivantes : du Maïs, des Pois, 
des Haricots, des Lentilles. Après cette opération, cha- 
que espèce de semence a été placée dans un vase de 
verre avec 500 grammes d'eau distillée, et mise sous 
une cloche en verre. 

Après vingt jours, la température ayant été en 
moyenne de 25% et la pression atmosphérique de 0,76, 
on observa les macérations et on les trouva toutes 
peuplées d'animalcules ; Tune d'elles contenait, en 
outre^ quelques végétaux rudimentaires. 

Le Maïs avait la surface de sa macération totalement 
envahie par un champignon appartenant au genre 
Aspergillus de Micheli, ayant des ramifications très- 
touffues et enchevêtrées. Il n'y existait alors aucun 
animalcule ; ce ne fut que quinze jours après, qu'on y 
rencontra un bon nombre de Monades et de Vibrions. 

Les Pois contenaient des Microzoaires assez variés, 
très-nombreux et très-agiles, ayant 0,0175 de milli- 
mètre de longueur, et très-rapprochés du Monas at- 
tenuata, Duj . 

Les Lentilles nous ont présenté une abondance des 
mêmes animalcules. 

Les Fèves avaient à leur surface une population en- 
core plus serrée que les macérations précédentes, et 
évidemment composée par le Monas attenuata, Duj. 
qui là était bien caractérisé (2). 

On avait placé à côté de ces macérations des crité- 
riums, contenant les mêmes graines, mais qui n'a- 

{{) MicuF.Li, Nova plantarum gênera. Florentiae, 1779, p. 212. 
(2) DujARDiN, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, 
pi. m, fig. 12. 



ELIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 227 

vaient pas été exposées à l'action du feu. Les animal- 
cules y apparurent avec la plus grande abondance 
après trois jours; et ceux-ci se composaient d'espèces 
bien plus élevées par leur organisation que celles qui 
peuplaient les graines charbonnées; alors celles-ci 
n'offraient absolument rien encore. 

J'espère que l'on conviendra que durant la carbo- 
nisation, tous les germes ont été détruits dans lesgrai- 
nés, si elles en contenaient; mais nous voulons aller 
au-devant de toute objection. On ne peut pas préten- 
dre quel'eau a été, dans ces expériences, le dépositaire 
des germes, puisque nous nous sommes servi d'eau 
distillée; et d'ailleurs dans un moment nous démon- 
trerons que celle-ci ne les contient point. On ne pourrait 
non plus objecter que c'est l'air qui en a été le véhi- 
cule. Ce n'est pas plus lui que l'eau, car s'il avait char- 
rié ces germes, on eût trouvé, dès le début, les mêmes 
animalcules dans les macérations des graines carboni- 
sées que dans celles de graines fraîches ; et d'ailleurs, 
dans un des paragraphes suivants, nous prouverons 
aussi que l'air ne jouit pas de cette attribution. 

Cette expérience suffirait seule pour enlever au corps 
soHde le rôle de véhicule, si on s'efforçait encore de le 
lui attribuer. Mais actuellement les plus énergiques 
fauteurs du panspermisrae ont eux-mêmes abandonné 
cette prétention; aussi nous ne nous étendrons pas lon- 
guement sur ce sujet, et c'est à peine même s'il est 
utile de citer les faits suivants. 

Si nous ne poussons pas tout à fait aussi loin que 
précédemment la rigueur expérimentale, et si nous 
nous contentons seulement de soumettre le corps or- 



228 HÈTÉROGÉNIE. 

ganisé à une chaleur qui, sans le carboniser, soit 
extrêmement élevée, nous voyons dans ce cas appa- 
raître dans l'eau où on le dépose, de nombreuses lé- 
gions de Proto-organismes. Nous élevons sa tempé- 
rature de 200'' à 220°. Sans doute que l'on conviendra 
que dans ce cas aucun germe organique n'a échappé 
à la destruction. Si quelques savants ont prétendu que 
les germes de certains oïdiums n'étaient détruits qu'à 
la température de 140° (1), aucun, que je sache, n'a 
encore avancé qu'un œuf ou qu'une séminule de plante 
pouvait supporter 200°. 

Expérience. — Dans un ballon de verre portant à 
l'intérieur un thermomètre, on plaça 10 grammes de 
foin , et celui-ci y fut chauffé pendant une heure à une 
température de 200° à 210% et même sur les bords du 
ballon à une plus haute température, car le végétal 
commençait à s'y charbonner. Ce foin, alors parfai- 
tement sec, cassant, fut placé dans 500 grammes 
d'eau distillée que l'on recouvrit d'une lame de verre 
et que Ton mit sous une cloche. Quatre jours après, 
une température de 26° en moyenne ayant régné dans 
mon laboratoire, la macération fut examinée et on la 
trouva peuplée d'une abondance de cadavres de grands 
Vibrions, et d'une population serrée de Glaucomes 
scintillants (2) et de Monades lentilles (3). 

(1) Payen, Chimie industrielle, Paris, p. 540. 

(2) Synonymie : Ovales, Jobelot, Observations micrographiques. 
Pari^!, l7o4^ — Cydidium bulla , Muller, Tnf. — Bursaria hullina^ 
ScHRANK, FaunaBoica. Nuremberg, 1798, — Glaucoma scintillans, 
Ehrenberg, Inf. — Dujardin, Inf. 

(3) Monas lens, Dujardin, Histoire des Infusoires, pi. iv., f. 5, et 
pi. IV, f. 7. 



ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 229 

Expérience. — Lorsqu'on met un corps putres- 
cible dans de l'eau qui a bouilli, et que celle-ci est 
contenue dans un appareil parfaitement clos et qui 
reçoit seulement de l'air passé à travers de l'acide sul- 
furique ou un tube chaufTé au rouge, on ne voit aucun 
animalcule y apparaître encore du troisième au sixième 
jour, tandis qu'ils fourmillent, beaucoup avant ce 
temps, dans les critériums exposés à l'air libre et 
confectionnés avec l'eau ordinaire, si la température 
moyenne a été d'environ 25°. Si le corps solide con- 
tenait réellement les germes des Protozoaires, ils de- 
vraient normalement se développer aussi vite dans 
cet appareil où l'air et l'eau en ont été seulement 
privés, s'ils en contenaient, mais où le corps putres- 
cible n'a subi aucune altération notable ; et cela n'a 
pas lieu (1). 

Le fait suivant viendrait encore à l'appui, s'il en 
était besoin, des expériences précitées; comme elles, 
il contribue à enlever au corps solide la faculté de 
receler les germes. 

M. Poggiale, pharmacien encbef du Val- de-Grâce, 
a communiqué à l'Académie de médecine le résultat 
de ses recherches sur une coloration du pain de mu- 
nition fabriqué à la Manutention militaire de Paris, 
en 1856. Ce pain, qui avait été préparé avec un mé- 
lange de farine de blé dur et de farine de blé tendre 
d'Espagne, passa au noir bleuâtre peu de temps après 
son refroidissement. M. Poggiale a reconnu que ce 
pain contenait un nombre considérable d'animalcules 

(I) Compulser rélimination de l'air et de l'eau considére's 
comme véhicules. 



230 HETEROGENIE. 

filiformes, cylindriques, roides, articulés et animés 
d'un mouvement vacillant. Ces Proto-organismes, 
que ce savant considère comme appartenant au genre 
Bacterium, avaient généralement 0''^"\003 à 0'"™,004 
de long. Quelques-uns beaucoup plus longs pouvaient 
être vus à l'aide d'un faible grossissement. On observait 
en même temps d'autres animalcules microscopiques 
en petit nombre, assemblés par deux ou par trois. 
Comme on ne trouvait point de ces Infusoires dans 
les diverses farines employées, ni dans le biscuit pré- 
paré sans levain, M. Poggiale conclut que la formation 
de cette grande quantité de Baclerium était due à la 
fermentation panaire (1). Sans admettre la génération 
spontanée, comment expliquerait-on, en effet, après 
la cuisson dans le tissu solide du pain, la production 
de ces animalcules , leurs germes n'ayant pu résister 
à la chaleur du four ou s'introduire à Tintérieur de 
la pâte? 

Enfin ce que rapporte Bory de Saint- Vincent, dans 
les lignes qui suivent, suffirait pour prouver que le 
corps putrescible n'est pas le réceptacle des germes, 
puisque deux de ces corps réunis donnent des produits 
qui diffèrent de celui qu'offre chacun d'eux en parti- 
culier. « Que l'on choisisse, dit ce naturaliste, pour 
« faire l'expérience, une plante propre au Canada, 
« par exemple ; qu'après l'avoir soumise à l'expérience 
« et quand elle a produit des animalcules on en mêle 
« l'infusion avec celle d'un végétal de l'Inde ou de la 
« Nouvelle-Hollande, et qu'il en résulte, comme la 

{\) Poggiale, Bulletin de l'Académie de médecine, 1856, t. XXI, 
p. 875, et Journal l'Ami des sciences, 1856, n. 29. 



ÉLIMINATION DE L EAU. 231 

« chose ne manquera pas d'arriver, quelque Infusoire 
c( qui ne se trouvait ni dans l'un ni dans l'autre de 
« ces deux liquides, n'aura-t-on pas opéré une véri- 
« table création, un être que la nature n'avait pas 
« arrêté dans son plan primitif (1)? » Cela est positif 
et la nature ici ne déroge pas sans doute à ses su- 
blimes harmonies ; seulement par l'étroitesse de nos 
conceptions nous avons méconnu l'extension de ses 
lois. 

SECTION II. — ÉLIMINATION DE l'eAU, CONSIDÉRÉE COMME VÉHICULE 
DES GERMES ORGANIQUES. 

L'observation dévoile bien rapidement à ceux qui, 
sans système préconçu, cherchent la vérité, que la 
source des Proto-organismes de nos macérations ne 
peut être dans l'eau; quelques expériences, fort sim- 
ples, le prouvent. Il résulte de là qu'aujourd'hui bien 
peu de personnes soutiennent encore cette thèse; 
presque tous les défenseurs de l'ovarisme, comme 
nous l'avons dit, s'accordant, en ce moment, pour 
attribuer ce fait à l'air. D'après cela, on sent à l'a- 
vance que dans ce chapitre nous n'avons besoin d'é- 
mettre qu'un petit nombre de preuves décisives, pour 
éviter une inutile prolixité; le paragraphe de l'air de- 
vant être celui qui appelle toutes nos ressources 
expérimentales, ainsi que les plus sévères investiga- 
tions de l'intellect. 

Les expériences de Spallanzani lui-même ont, 

(i) BoRY DE Saint- Vincent, Dict. class. d'Hist. nat. Paris, i824, 
t. V, p. 46. Cette opinion, comme nous l'avons exposé p. i50, est 
aussi celle de Treviranus et de M. Gérard. 



232 EETEROGENIE. 

depuis longtemps, démontré que des substances végé- 
tales, quoique ayant subi une ébullition de deux 
heures de durée, n'en donnent pas moins naissance 
à des Microzoaires. Or, comme les germes de ceux-ci, 
de l'assentiment de tous les observateurs, ne peuvent 
après une telle épreuve poursuivre leur évolution, 
il devient hors de doute que l'eau n'a pu leur donner 
asile (1). Le physiologiste de Pavie soumit à cette 
expérience des graines de haricots, de vesce, d'orge, 
de maïs, de mauve, etc. 

En se fondant, avec raison, sur ces expériences, 
Spallanzani, professa d'abord que nul germe ne 
résistait à la température de l'eau bouillante. Mais 
un certain temps après, entraîné par les conséquences 
de ses doctrines, il s'efforça de faire prévaloir des 
opinions contraires. Pour ce revirement, il se fonda 
sur une assertion de l'abbé Rozier, qui rapporte que 
Sonnerai a rencontré des poissons dans des sources 
thermales des îles Phihppines, dont la température 
s'élevait à 69° du thermomètre de Réaumur (2). 
Spallanzani prétend aussi s'étayer sur ce que, d'après 
une étrange supputation qu'il fait du climat de la 
Caroline, la chaleur y atteindrait au soleil plus de 80*' 
du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire une tem- 
pérature plus élevée que celle de l'eau bouillante, 
sans que cependant, dans cette contrée, la chaleur, 
détruise les germes des animaux et des plantes. Nous 
ne pouvons réellement nous occuper de réfuter de 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. 
Paris, 1787, 1. 1, p. 22. 

(2) Rozier, Observations sur la physique, t. lll. 



ÉLIMINATION DE l'eAI. 233 

telles assertions (1 ). Qui ne sait qu'au Sénégal, d'après 
Adanson, le thermomètre ne s'élève pas au soleil 
au-dessus de 60'' (2)? 

Voici comment Spallanzani se rétracte. « La sin- 
cérité philosophique, dit-il, m'oblige à penser sur les 
germes de quelques espèces d'animalcules, d'une 
manière contraire aux idées que j'ai publiées dans 
ma dissertation. Je disais alors que je ne croyais pas 
possible que les germes en général de ces animalcules 
pussent résister à l'action de l'eau bouillante ; j'avais 
auguré cette impossibilité, parce que j'avais vu périr 
des graines et des œufs par ce degré de chaleur; mais 
les faits que je viens de raconter, et que je ne con- 
naissais pas, me forcent à changer d'opinion (3).» 

Mais lorsqu'on lit attentivement le récit que Spal- 
lanzani fait de ses expériences, on s'aperçoit immédia- 
tement qu'on ne peut en rien conclure. Ainsi, dans 
celles-ci, des œufs de grenouille périssent à 34"; 
ceux du ver à soie à 45% et ceux de la grosse mouche 
à 48^ Il ajoute que la faculté germinative des graines 
s'anéantit au-dessous de 75'' à 80"^ du thermomètre 
de Réaumur, c'est-à-dire à la température de l'eau 
bouillante. Une fois seulement il vit des graines de 
fèves qui y résistèrent. Mais toutes les expériences du 
physiologiste de Pavie manquent de précision. On 
voit, en effet, qu'il se contentait dans celles-ci , de 
placer ses graines dans de l'eau contenue dans des 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale eC végétale. 
Paris, 1787, 1. 1, p. 70. 

(2) Adanson, Voyage au Sénégal. Paris, 1757^ p. 131. 

(3) Spallanzani, Opusc , t. I, p. 71. 



^34 HÉTÉROGÉNIE. 

vases qu'il plongeait ensuite dans de Peau bouillante , 
pendant deux minutes! Ce temps était absolument in- 
suffisant pour élever la température de la macération 
au niveau de celle de l'eau dans laquelle on la plongeait 
et surtout pour que sa chaleur se propageât jusqu'à 
l'embryon, protégé souvent d'une si efficace manière. 

Mais si, dans des expériences, on plonge les graines 
ou les œufs d'animaux dans l'eau bouillante , en don- 
nant à la température le temps de se transmettre à 
leur intérieur, bien avant l'ébullition, ces œufs et ces 
graines sont tués radicalement. 

Une seule expérience, fort simple, a prouvé que le 
corps putrescible ne contenait pas les germes. Il a 
suffi pour cela de voir des animalcules prendre nais- 
sance parmi des substances végétales qui avaient subi 
une complète carbonisation. Une expérience tout 
aussi élémentaire peut démontrer que ce n'est pas 
Teau non plus qui recèle ces germes. On sait que la 
température de l'eau en ébullition anéantit absolu- 
ment chez eux toute vitalité. Il ne s'agit donc plus que 
de constater qu'après que de l'eau a bouilh on voit 
dans celle-ci se développer des animalcules , comme 
auparavant. Mais cela , l'expérience le prouve sans 
conteste ; et ce qui achève encore bien mieux la dé- 
monstration , c'est que l'eau distillée elle-même en 
fournit abondamment. 

Il serait vraiment puéril de citer des expériences 
à l'appui de ceci. Mais une autre espèce d'expériences, 
tout à fait fondamentale, suffira pour étayer ce que 
nous avançons : c'est celle qui consiste à employer de 
l'eau artificielle. 



ÉLDîlNATîON DE l'eAU. 235 

Expérience. — On fît de l'eau artificielle de la 
manière suivante. Dans un grand flacon à deux tubu- 
lures on mit de l'eau et des fragments de zinc; l'une 
de ces tubulures recevait un tube terminé en enton- 
noir, à l'aide duquel on versait de l'acide sulfurique 
dans le flacon; l'autre était annexée à un gros tube 
horizontal rempli d'amiante et d'où sortait un petit 
tube effilé à la lampe à son. extrémité et se terminant 
près de l'extérieur d'un vase de métal , rempli d'eau 
froide. L'acide sulfurique ayant été versé il se dégagea 
du gaz hydrogène que l'on alluma à sa sortie du 
tube, et dont la flamme rapprochée du vase de métal 
en humectait toute la paroi de vapeur d'eau, résultat 
de la combinaison de l'oxygène de l'air avec l'hy- 
drogène de l'appareil; et cette vapeur, après s'être 
condensée, tombait dans un vase de platine. Cet ap- 
pareil ayant été entretenu en combustion pendant 
trois jours, on obtint 200 grammes d'eau qui furent 
employés dans deux expériences comparatives. 

La moitié de cette eau fut soumise à une ébulli- 
tion d'un quart d'heure, pour tuer les germes qui 
pouvaient y être tombés , quoique pour la démons- 
tration actuelle nous n'ayons pas le moins du monde 
à nous préoccuper de ce qui peut entrer dans le li- 
quide, mais de ce qui s'y trouve réellement au point 
initial. On mit ensuite cette eau dans un verre à ex- 
périences, avec 5 grammes de foin passé à une étuve 
à 200** environ. Ce verre fut déposé dans une cuvette 
ayant de l'eau à son fond et il fut recouvert d'une 
petite cloche. 

L'appareil resta pendant quatre jours dans un salon 



236 - HÉTÉROGÉNIE. 

à une température moyenne de il». Quand on l'exa- 
mina, il existait à sa surface une pellicule granuleuse, 
dans laquelle nageaient deux espèces de Paramécies 
fort distinctes, de dix à quinze divisions micrométri- 
ques de longueur. L'une d'elles était, pour la forme, 
assez rapprochée de la Paramécie verte ; l'autre , qui 
me parut absolument nouvelle, avait la forme d'une 
losange très-allongée. Toutes les deux présentaient une 
vésicule contractile très-prononcée à l'extrémité du 
corps. Enfin, çà et là, la pellicule offrait des œufs non 
éclos et contenant des embryons en mouvement ; 
dans chacun de ceux-ci on en distinguait manifeste- 
ment quatre. 

L'autre portion d'eau artificielle avait été placée 
dans une étuve chauffée à 18°. Tout y avait été disposé 
de même ; seulement le foin n'avait pas été passé à l'é- 
tuve et l'eau n'avait subi aucune ébullition. Le résultat 
de l'expérience fut cependant absolument identique. 
Ce dernier fait ne contribue-t-il pas à prouver, en 
outre, combien sont inutiles ces précautions que l'on 
prend si futilement pour anéantir des germes qui 
n'existent réellement que dans l'empire des fictions ? 

Cette expérience suffit à elle seule pour renverser 
sans retour l'hypothèse de ceux qui prétendent que 
l'eau est le réceptacle des germes. Nous avons dans 
celle-ci de l'eau qui vient d'être formée de la com- 
binaison de deux éléments gazeux, et dans cette eau 
apparaissent des animalcules. On ne prétendra pas, 
sans doute, que ceux-ci nageaient précédemment 
dans l'hydrogène ou l'oxygène qui l'ont formée, et 
qu'on vient d'extraire violemment de leurs précédentes 



ÉLIMINATION DE l'eAU. 237 

combinaisons. Il faut donc bien que les œufs qui ne 
peuvent provenir de cette eau artificielle aient une 
autre origine. 

Cette preuve est tout à fait suffisante ; cependant 
nous joindrons ici quelques autres faits , non qu'ils 
soient utiles à la démonstration, mais seulement parce 
qu'ils offrent quelque intérêt. 

Expérience. — Une immense quantité de Kolpodes 
ayant été enlevée à la surface d'une macération d'As- 
ter de la Chine , où ils pullulaient , fut placée dans 
un grand verre à expériences, contenant de l'eau 
distillée. Pendant quinze jours, on observa cette eau 
et l'on y trouva les mêmes animalcules en parfaite 
santé. 

Il résulte de là que ce ne sont pas les matières con- 
tenues en dissolution dans l'eau qui alimentent les 
Microzoaires; ou au moins que ceux-ci peuvent vivre 
longtemps dans l'eau pure. D'après cela, on ne voit 
pas pourquoi, si l'eau était réellement le véhicule des 
œufs des animalcules , ceux-ci ne s'y montreraient 
jamais sans l'intervention d'un corps fermentescible. 

Expérience. — A. l'aide d'une petite cuiller on a 
recueilh à la surface d'une macération une immense 
légion de Kolpoda ciicullus, Mull., que l'on por- 
phyrisa sur une glace , pendant deux heures , avec 
un soin extraordinaire. Après cette porpliyrisation 
la moitié de la pâte homogène qui en était résultée fut 
délayée dans un verre d'eau et celui-ci fut filtré et 
placé sous une cloche en verre (1). Une expérience 

(!) La pâte qui fut ramassée sur la glace offrait une couleur 
grise, d'une odeur absolunnent semblable à celle du boletus edw 



238 HETEROGEME. 

comparative, identique, fut faite en même temps, avec 
l'autre moitié de cette véritable pâte de Kolpodes 
porpliyrisés , mais celle-ci ne fut pas filtrée. Ces so- 
lutions de Kolpodes furent examinées huit jours après 
leur confection. Depuis le commencement de l'expé- 
rience, la moyenne de la température avait été de 15" 
cent, et la pression de 0,76. 

Le verre qui contenait les Kolpodes broyés et 
filtrés , offrait alors une innombrable quantité de 
Vorlicelles, et pas un seul Kolpode. Beaucoup de ces 
Vorticelles étaient en voie de développement et les 
autres étaient tout à fait adultes et libres. 

Le verre occupé par la solution de Kolpodes non 
filtrée, n'oftrait aucun Kolpode ni aucune Vorticelle. 
On ne voyait dans l'arénaire que de rares Microzoaires 
excessivement petits, appartenant au genre Monas. 

Les partisans de la transmission des œufs par l'in- 
termédiaire de l'air atmosphérique, ne pourraient 
nullement expliquer ce qui s'est passé dans ces deux 
expériences. Si les deux vases eussent Contenu des 
Kolpodes, les fauteurs de l'ovarisme n'auraient pas 
manqué de dire que les œufs de ces animalcules 
avaient une telle ténuité que la porphyrisation, quel- 
que exacte qu'elle ait été, n'a pu les dilacérer. Mais 
aucun Kolpode ne se rencontre dans les deux liquides 
et l'un d'eux seulement est peuplé de Vorticelles. On 
ne prétendra pas sans doute que celles-ci ou avaient 

lis (Lin.). Examinée au microscope, elle n'offrait pas le moindre 
animalcule vivant, et elle n'était composée que de granules ex- 
trêmement fins, de grosseur inégale, véritable cendre organique 
des animaux qui l'avaient formée. 



ÉLIMINATION DE l'eAL. 239 

leurs œufs dans l'eau ou que ces œufs y ont été ap- 
portés du dehors. Une telle allégation ne serait pas 
tolérable. Si les œufs des Vorticelles avaient été mêlés 
à la niasse de Kolpodes qu'on a porphyrisée avec 
tant de soin, ces œufs eussent été aussi bien broyés 
que ceux des Kolpodes. Et si l'on admettait mêaie, 
car nos adversaires peuvent tout supposer, que 
ces œufs pussent passer à travers le filtre , j'espère 
qu'on voudrait bien alors nous faire cette concession : 
c'est qu'il devrait naturellement se trouver plus de 
Vorticelles dans le liquide non filtré que dans celui 
qui l'a été. Et on obtient un résultat tout opposé : 
les Vorticelles abondent dans la dernière macération, 
et on n'en rencontre pas une seule dans l'autre î 

Enfin, en écartant la génération spontanée, on ne 
pourrait expliquer pourquoi une macération et même 
celle qui devrait le moins en contenir, offre des 
Vorticelles, tandis que l'autre n'en présente pas! Le 
laboratoire étant plein de Microzoaires d'espèces va- 
riées, comment se peut-il faire, dans l'hypothèse de 
la panspermie, qu'un seul des vases se soit peuplé d'une 
génération animée déterminée, tandis que l'autre en 
est absolument privé ; et comment sefait-ii, surtout, 
que ce soient uniquement des Vorticelles et que pas 
un œuf de Kolpode n'y soit parvenu ? 

On ne dira pas, sans doute, que le liquide sur lequel 
on expérimentait n'était pas apte à nourrir des Kol- 
podes, lui qui n'a été formé qu'à l'aide même des 
débris -de leurs légions î ou que dans l'un des vases, il 
n'était pas propre à l'existence des Vorticelles, lui qui 
est parfaitement identique dans tous les deux ! 



240 HÉTÉROGÉME. 

On se demandera pourquoi aussi le résidu filtré est 
rempli d'animalcules d'une organisation supérieure, 
tandis que l'autre n'est peuplé que d'infimes Monades ? 
Je répondrai à cela que, sans doute, la liqueur en se 
filtrant a contracté un principe qui devait s'y rencon- 
trer pour la production des Vorticelles. Car j'avoue 
moi-même avoir été trompé, et si je m'attendais à 
rencontrer quelques animalcules c'étaient évidem- 
ment des Kolpodes ; et que si, surtout, je m'attendais 
à en rencontrer quelque part, c'était dans l'eau non 
filtrée. Tout s'est passé contrairement. 

L'expérience dont nous venons de nous entretenir 
avant été continuée, le résultat était absolument le 
même quinze jours après. 

SECTION 111. — ÉLIMINATION DE l'aIR^ CONSIDÉRÉ COMME VÉHICULE 
DES GERMES ORGANIQUES. 

Nous ne nous dissimulons pas que c'est ici 
que s'engage la lutte sérieuse , décisive , et nous 
allons franchement l'aborder. Nous avouerons même 
que nous l'abordons sans crainte, tant nos con- 
victions ont été renforcées par le nombre de nos expé- 
riences et par la méditation; ce sont les faits eux- 
mêmes qui vont combattre pour nous, et c'est ce qui 
centuple nos forces. 

Parmi les plus ardents partisans de l'opinion que 
c'est l'air qui dissémine partout les germes, nous 
avons déjà dit que Bonnet et Spallanzani devaient être 
cités au premier rang (1). Et lorsque ce dernier 

(1) Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amslerdam, 
1762, l. 1, p. 3. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 241 

voyait des Microzoàires naître au milieu des diverses 
graines qu'il avait complètement carbonisées, il en 
expliquait l'apparition en supposant qu'ils y avaient 
été déposés par l'atmosphère (1). 

Les ovaristes, après avoir considéré l'air comme un 
disséminateur universel, à cause de la merveilleuse 
facilité avec laquelle, en apparence, on peut lui con- 
fier les plus impossibles rôles, ont, pour les besoins 
de leurs théories, réduit les germes à un état presque 
métaphysique. 

Bonnet suppose que ces germes sont d'une trans- 
parence tellement parfaite, que la lumière les traverse 
sans réfraction, et il prétend même qu'ils sont telle- 
ment petits, qu'ils n'admettent peut-être qu'un ou deux 
rayons de lumière (2). 

Ainsi donc des corps organisés jouiraient de la 
transparence de l'éther ! Voici à quelles conséquences 
extrêmes nous conduit une hypothèse défectueuse. 
Et, en effet, si les Proto-organismes que nous voyons 
pulluler partout et dans tout, avaient leurs germes 
disséminés dans l'atmosphère, dans la proportion ma- 
thématiquement indispensable à cet effet, l'air en serait 
totalement obscurci, car ils devraient s'y trouver beau- 
coup plus serrés que les globules d'eau qui forment nos 
nuages épais. Il n'y a pas là la moindre exagération. 
Quelque soit le lieu où un corps se trouve, s'il est apte 
à se peupler de diverses légions d'animalcules ou de 

(1) Spallanzam , Opuscules de physique animale et végétale^ t. I, 
p. 205, et t. II, p. 14, 27. 

(2) Bonnet , Lettre sur les animalcules^ adressée à Spallanzani. 
(Euv. de Spallanzani, 1. 1, p. 258. 1771. 

POUCHET. 1 6 



242 HÉTÉROGÉNIE. 

végétaux, immédiatement il en est envahi. Il faut donc 
que l'air, pour satisfaire à cette fécondité, regorge 
dans toute sa masse d'un incommensurable nombre 
de germes, qui, à de rares exceptions près, se trouvent 
tous voués à une absolue destruction. Est-il rationnel 
de supposer que pour peupler quelques flaques d'eau 
d'infimes Protozoaires ou de quelques cryptogames 
microscopiques, notre atmosphère en promène inutile- 
ment les éléments génésiques tout autour du globe ?La 
nature nous offre partout une fécondité qui excite l'é- 
tonnement de tous ceux qui l'étudient; partout aussi 
ses moyens ingénieux de dissémination ont excité 
l'admiration des savants (1); mais c'est réellement 
une ironie que de supposer que la sagesse créatrice 
a si frivolement encombré son œuvre. Je sais que 
pour échapper à de si sérieuses objections, certains 
partisans de la panspermie aérienne répondront qu'il 
suffît de quelques germes isolés pour donner nais- 
sance aux nombreuses populations que l'on récolte. 
L'expérience, comme nous le verrons , ne donne 
nullement sa sanction à une telle supposition, car cette 
fécondité ne tiendrait pas moins du prodige (2). 

(i) Comp. Bernardin de Sainï-Pierre, Harmonies delanature. 
Paris, 1826. 

MiRBEL, Physiologie végétale. Paris, 1815, 1. 1, p. 348. 

PoiRET, Cours complet de botanique. Paris, 1813, t. I, p. 18. 

DeCandolle, Physiologie végétale. Paris, 1832, t. II, p. 595. 

Richard, Éléments de botanique et de physiologie végétale. Paris, 
1846, p. 524. 

HuMBOLDT, De distributione geographicâ plantarum. Paris, 1817, 
T^ableaux, p. 163, 

(2) Compulsez sur ce sujet nos expériences qui se trouvent 
plus loin. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 243 

L'illustre zoologiste dont s'honore l'Angleterre, 
R. Owen, pense que certains animalcules microscopi- 
ques ont une telle ténuité, et tel est, entre autres, le 
Monas crepiisculum d'Elirenberg, qu'il en entre autant 
dans une seule goutte d'eau qu'il y a d'hommes répan- 
dus à la surface du globe : c'est donc au moins cinq 
cents millions (1). Mais ce Microzoaire peut se manifes- 
ter partout où nous lui offrons des infusions propices. 
Aussi, en soutenant la dissémination aérienne, de- 
vient-il indispensable d'en encombrer universellement 
l'atmosphère, et si l'on y joint tous les autres germes de 
Protozoaires qui devraient s'y presser avec les siens, 
n'est-ce pas là une hypothèse mille fois plus effrayante 
queles plus hardies conceptions des hétérogénistes? 

L'expérience vient même démontrer, presque ma- 
thématiquement, que si la dissémination aérienne 
était réelle, il faudrait que chaque millimètre cubique 
de l'atmosphère contînt immensément plus d'œufs qu'il 
n'y a d'habitants sur le globe. Si l'on admet que chaque 
goutte recèle 500,000,000 de Monades, en repré- 
sentant celle-ci par huit millimètres cubes, il en ré- 
sultera que chaque millimètre contiendra 62,500,000 
animalcules. En supposant seulement que Tatmos- 
phère offre en suspension cent espèces de Micro- 
zoaires ou de cryptogames; pour fournir aux exigences 
de la dissémination, il faudrait donc que chacun de 
ses millimètres cubiques renfermât 6,250,000,000 
d'œufs en disponibihté. Et alors l'air dans lequel nous 
vivons aurait presque la densité du fer. 

(1) R. Owen, Lectures on the comparative anatomy and pluf^io- 
lojjij. London, 1843, p. 18. 



24 i HÉTÉROGÉNIE. 

Expérience. On a pris trois cuveltes en cristal, de 
trente centimètres de diamètre, et dans chacune 
d'elles on a placé 125 grammes de chair musculaire 
de bœuf provenant du muscle psoas. Puis ces vases 
ont été exactement remplis d'eau jusqu'à un milli- 
mètre de leurs bords ; et ensuite ils ont été re- 
couverts d'une glace pohe, laissant, par conséquent, 
entre elles et la surface de l'eau un milhmètre d'in- 
tervalle. L'un de ces vases fut placé dans les combles 
du Muséum d'histoire naturelle ; l'autre dans mon 
laboratoire, qui est au second, et le dernier au rez-de- 
chaussée du même établissement. Trois jours après, 
on examina ce qui se passait, et l'on trouva la surface 
de ces divers vases recouverte d'une pellicule animée 
formée d'une masse compacte de Monas crepiisculiim, 
(Ehr.), assez entassés les uns sur les autres pour que 
l'on pût croire qu'il en existait là un chiffre aussi élevé 
quele suppose l'illustre zoologiste anglais. Mais comme 
chaque millimètre carré de l'eau, dans toute la superfi- 
cie des vases,n'a eu au-dessus de lui qu'un millimètre 
cubique d'air, il est donc rationnel de supposer 
qu'ayant reçu toutes ses particules génésiques de 
celui-ci, il se trouvait au moins dans chacun de ces 
millimètres cubiques plus de soixante-deux millions de 
germes du Monas crepusculiim , abstraction faite de 
tous ceux des autres Microzoaires, qui ne devaient 
pas s'y rencontrer en moindre nombre. Or, comme le 
même résultat s'est produit et dans les vases placés 
au sommet de l'édifice et dans ceux placés au rez-de- 
chaussée , les veines d'atmosphère encombrées de 
germes organiques doivent avoir une grande épais- 



ÉLIMINATION DE L AIR. 245 

seur. En raisonnant dans l'hypothèse de la dissémi- 
nation atmosphérique, on se demande comment de 
tels corpuscules , et aussi serrés , peuvent échap- 
per aux lois de la réfraction de la lumière? Pourquoi 
n'y seraient-ils pas soumis comme les globules d'eau 
qui forment les nuages? Il semble qu'il y ait là im- 
possibilité physique. 

Burdach considère comme décisives, pour démon- 
trer l'absence d'œufs dans l'air, quelques expériences 
qu'il a faites avecHensche et de Baer. Il prit de la terre 
fraîche, qu'il soumit à une longue ébullition, dans 
une grande quantité d'eau. A l'aide de l'évaporation, 
le physiologiste réduisit la liqueur à la consistance 
d'extrait sec et en partie pulvérulent. Il renferma en- 
suite celui-ci avec une certaine quantité d'eau distillée 
et de gaz oxygène ou de gaz hydrogène dans des 
flacons bouchés à l'émeri et coiffés d'une vessie. Ces 
flacons, soumis à l'influence de la lumière, ne don- 
nèrent que de la matière verte de Priestley. Mais cet 
extrait, mis dans de l'eau commune en contact avec 
de l'air atmosphérique, ayant été introduit dans les 
vases, on vit y apparaître de nombreux animalcules (1). 
Cependant je dois avouer que dans le cas dont il s'agit 
je ne conçois pas bien la portée de l'expérience du 
savant Allemand. 

Ce qui a pu tromper les observateurs sur le rôle de 
l'air dans la production des animalcules, c'est qu'on 
voit parfois celui-ci, comme l'a observé Schultze (2), 

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 25. 

(2) Schultze , Microskopische Untersuchungcn ueber Brown's 
Entdeckuîiglebender Tlieilcheninallen Kœrpern, p. *z9 (Recherches 



246 HETEROGENIE. 

entraîner au loin des corps organisés réduits, par !e 
temps, à l'état pulvérulent, et en les déposant sur des 
endroits où il y a de l'eau, donner naissance à des Pro- 
tozoaires. C'est cette poussière, déposée à la surface 
des vases à expériences, que certains observateurs inat- 
tentifs ont confondue avec des œufs; car cette pous- 
sière microscopique ne produit évidemment d'animal- 
cules qu'après s'être décomposée et dissoute dans ce 
liquide. On ne peut donc voir dans cet acte un trans- 
port aérien des germes organiques. 

Ehrenberg, dont l'opinion en semblable matière a 
tant d'autorité, vient lui-même corroborer nos as- 
sertions. En effet , dans son premier écrit sur la 
distribution des Microzoaires , il combat vivement 
ceux qui prétendent que l'air est le véhicule des 
germes des ïnfusoires (1). Ce savant rapporte à 
l'appui de son opinion qu'il n'a jamais pu trouver un 
seul animalcule dans l'eau delà rosée immédiatement 
après qu'elle avait été recueillie (2). 

On voit donc Ehrenberg combattre Bonnet et 
Spallanzani. Userait bon qu'avant tout nos antago- 
nistes s'accordassent ensemble. Pour nous, qui les ré- 
futons, nous avons, je crois, précédemment démontré 
que l'on ne pouvait nullement attribuer le rôle d'agent 

microscopiques sur les molécules vivantes dans tous les corps, dé- 
couvertes par M. Brown). 

BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 24. 

{{) Ehrenberg^ Die geographische Verbreitung der Infusionst hier- 
chen, etc. 1828. (De la répartition géographique des infusoires 
sur le globe.) 

(2) Ehrenberg, Ibid. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 247 

disséminaleur ni à Feau ni aux corps solides, et c'est 
ici que nous allons nous efforcer d'en dépouiller l'air 
lui-même. 

Si l'on examine quels sont les faits que les ovaristes 
apportent à l'appui de leurs doctrines, on voit qu'ils 
n'en possèdent qu'un fort petit nombre. Ils offrent 
seulement comme inexpugnables deux expériences, 
l'une faite par M. Schultze et l'autre par M. Schwann. 
Nous allons les faire connaître, et nous pouvons à 
l'avance dire qu'en les répétant, soit en suivant les 
mêmes procédés que ces savants, soit en leur don- 
nant encore plus de rii^idité, nous avons obtenu des 
résultats absolument différents des leurs. Ainsi donc 
tombe ce rempart que depuis vingt ans on opposait 
aux générations spontanées. 

M. Longet ne s'étaye même que sur ces deux expé- 
riences pour saper tous les travaux des hétérogé- 
nistes (1). Et dans un écrit récent sur la génération 
des Infusoires, M. Claparède imite ce physiologiste ; et 
pour toute argumentation se contente aussi d"y ren- 
voyer ses lecteurs. Ce dernier s'exprime ainsi dans 
son chapitre intitulé : Generatio œqiiivoca, 

« Nous ne voulons pas entreprendre, dit-il, de ré- 
futer ici la génération spontanée des Infusoires. Les 
expériences faites à ce sujet sont nombreuses et bien 
connues. Nous renvoyons donc ceux qui en seraient 
curieux aux travaux de MM. Schultze (2), Schwann (3) 



(1) Longet, Traité de physiologie. Vàiis, i851. 

i'i) SciWLizE^ Poggendorf s Annalen, 1857. 
(3) Schwann, Isis, 1837. 



248 HÉTÉROGÉNIE. 

et Morren (1), qui résument au fond toutes les expé- 
riences faites jusqu'ici (2). » 

De toutes ces expériences nombreuses et bien con- 
nues, on n'en cite cependant jamais quedeux ou trois, 
et des savants vont même, à l'exemple de MM. Ger- 
vais et VanBeneden, jusqu'à n'en mentionner qu'une 
seule, en particulier, comme suffisant pour renver- 
ser toutes les autres (3). Une telle manière d'argu- 
menter ménage toujours à son auteur un facile 
triomphe intérieur, mais elle ne suffit pas à ceux qui 
groupent les faits et qui les comparent. 

Mais ces expériences de MM. Schultze et Schwann 
sont loin d'avoir toute l'autorité qu'on leur suppose; 
on en peut juger par la traduction textuelle que nous 
donnons de l'une de celles du dernier savant, insérée 
dans VIsis oii on l'indique ordinairement (4) . Et à l'é- 
gard des expériences de M. Morren, quand on les lit, 
on voit qu'elles ont au fond un tout autre but que ce- 
lui qu'on leur a supposé. 

Quelques savants, pour combattre l'hétérogénie, 
citent aussi l'expérience qui suit, exécutée par M. Milne 



(1) Morren, Essai pour déteiminer l'influence qu'exerce la lu- 
mière sur le développement des végétaux et des animaux dont l'o- 
rigine avait élé attribuée à ia génération spontanée. {Observateur 
médical belge, 1834, et Ann. des se. nat., 1835.) 

(2) Claparéde, Mémoire pour le concours du prix de physiologie 
(manusciit). 

(3) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, 
p. 309. 

(4) Schwann , Traduction de VIsis. — « II avait versé un peu 
d'une infusion organique dans un globe en verre, laissant la ma- 
jeure partie de ce globe remplie d'air atmosphérique. Il fermait 
ensuite les ouvertures pratiquées dans le globe en fondant le 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 249 

Edwards. Ce zoologiste mit de l'eau contenant des 
substances organiques dans un tube , et fit bouillir le 
mélange pour tuer tous les germes d'êtres vivants qui 
pourraient s'y trouver, et ensuite il effila ce tube à la 
lampe d'émailleur et le scella hermétiquement. Ce sa- 
vant remarqua qu'aucun Infusoire ne se développait 
dans ce tube, même après un laps de temps consi- 
dérable. 

Cette expérience que l'on s'étonne de voir certains 



verre, et le globe fut mis dans l'eau bouillante ou bien dans le 
« Pot papinianien », d'où on le sortait après un quart d'heure. 
Si des animaux se montraient api es un certain intervalle, c'est 
qu'ils s'étaient formés par la generatio œquivoca, car les germes 
existants avaient été détruits par la chaleur de l'eau bouillante. 
S'il n'y avait pas d'animaux microscopiques, c'est qu'il n'y avait 
pas de generatio cpçttffoca, puisque à l'exception des germes, toutes 
les conditions pour la form ation de ces animaux subsistaient. 
Jusqu'ici le docteur Schwann n'avait encore remarqué aucune 
formation d'animaux microscopiques dans ce globe. Pour éviter 
l'objection que la matière organique transformerait , pendant que 
Peau bouillait, Toxygène de l'atmosphère enfermée dans le globe 
en carbone (en principe charbonneux) , le docteur Schwann avait 
modiiié son appareil de la manière suivante : le cou de l'alambic 
fut courbé de haut en bas, puis tordu en forme de genou, de 
manière que l'autre extrémité se retrouvait tout droit debout. On 
y joignit, en soufflant, une petite boule. L'autre bout de l'alam- 
bic fut tiré, allongé , de manière à former pointe, et puis cassé. 
Ceci terminé, on remplit le genou de mercure et l'on versa, par- 
dessus cela, une infusion organique dans la petite boule, dopt on 
fermait, en soufflant, l'issue. Le mercure séparait donc, pendant 
l'ébuUition de l'eau, le fluide de l'atmosphère renfermée dans l'a- 
lambic. L'opération de bouillir terminée, on i^^nversait l'appareil, 
le mercure descendait et l'infusion entrait en contact avec l'air 
atmosphérique dans l'alambic. Mais là encore il ne se montrait 
pas d'animaux microscopiques. Otlon , Renner, Sachs, Huschke 
doutaient que de ces expérien , expériences très-ingénieuses du 



250 HÉTÉRO GÉNIE. 

physiologistes invoquer, et tel a été M. Longet (i), 
pour saper Thétérogénie, ne doit pas même nous oc- 
cuper, parce que sa direction est telle qu'elle ne peut 
coïncider avec la vie. L'intérieur du tube étant absolu- 
ment privé d'air, ne peut ni donner naissance, ni 
même permettre de vivre à aucun être organisé. Déjà 
Bulliard avait fait quelques tentatives semblables (2) 
et nous n'avons pas cru devoir répéter son expé- 
rience ni celle de M. Milne Edwards, bien persuadé à 
l'avance que nous devrions obtenir le même résultat 
qu'eux. Admettez même qu'on puisse placer des êtres 
vivants dans de telles conditions, et immédiatement on 
les verra périr comme dans le vide du marteau d'eau. 
Cependant Spallanzani avait prétendu que les ani- 
malcules du dernier ordre pouvaient naître dans des 
infusions scellées hermétiquement, et qui avaient 
bouilli. Mais quoique ses expériences viennent étayer 
l'opinion que nous nous efforçons de faire prévaloir, 
elles nous paraissent de nulle valeur, tant elles man- 
quent de précision (3). Si le physiologiste de Pavie eût 
bien bouché ses matras, aucun ïnfusoiren'y fût apparu. 

EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES A VAISSEAUX CLOS. 

Pour mieux élucider ce sujet, nous le partagerons en 

reste, l'on pût conclure la non-existence de la generatio œqui- 
voca )).(/m, 1837, p. 523.) 
(i) Longet, Traité de physiologie. Paris, 1851. 

(2) Bulliard, Histoire des champignons de France. Paris 1809. 
t. I, p. 115. 

(3) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale Pa- 
vie, 1787. t. I, p. 29. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 251 

deux parties. La première traitera des expériences 
exécutées à vaisseaux clos, et c'est dans celle-ci que 
l'on trouvera le récit des deux tentatives qui viennent 
d'être mentionnées et celui de nos travaux contradic- 
toires. La seconde partie contiendra l'exposition des 
expériences exécutées à l'air libre, et qui selon nous, 
ont une non moindre valeur que les autres, quand on 
les interprète avec un esprit exempt de toute préven- 
tion. 

Les seules expériences fondamentales qu'on ait 
opposées à l'hétérogénie sont celles de M. Schultzeet 
de M. Schwann, insérées dans les Annales de Poggen- 
dorf {{). 

Expérience de Schultze. — Voici en quoi consiste 
l'expérience de M. Schultze. Il prit un tlacon dans 
lequel il mit des substances végétales et animales, et 
ensuite celui-ci fut rempli d'eau distillée que l'on fît 
bouillir pour détruire tous les germes d'êtres vivants 
qui pouvaient s'y trouver en suspension. Le bouchon 
de ce ballon était traversé par deux tubes à analyses 
munis de leurs boules. Celles de l'un des tubes étaient 
pleines d'acide sulfurique concentré; celles de l'autre 
contenaient une solution de potasse. Cet appareil fut 
ensuite placé sur une fenêtre et à côté de lui se trou- 
vait un vase ouvert contenant les mêmes substances. 
Pendant deux mois, chaque jour, M. Schultze renou- 

(1) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41. Comp. Edin- 
burgh new philosophical Journal. 1 STi , octobre. [Annales des sciences 
naturelles, Zoologie, 1837, t. VIII, p. 320.) 

Schwann, Des générations équivoques. [Annales de Poggendorf, 
1837, p. 184) 



252 HÉTÉROGÉNIE. 

vela l'air de son flacon et examina le contenu de celui- 
ci. Il prétend que, pendant ce laps de temps, il ne 
se développa aucun Infusoire, ni Moisissure, ni Con« 
ferve dans le bocal fermé ; tandis que dans le crité- 
rium exposé à Tair, on vit apparaître des Monades, des 
Vibrions et des Polygastriques. Plane. III, fig. 1 (1). 

Schultze ajoute que, lorsque las d'attendre vaine- 
ment, il débouchait son vase et y laissait pénétrer l'air 
extérieur, au bout de trois jours, des Infusoires y pul- 
lulaient, apportés, dit-il, par le fluide atmosphérique 
qui les tenait en suspension (2). Ce dernier fait est 
pour moi inexplicable car nous avons déjà vu, et nous 
verrons encore, que dans les décoctions le phénomène 
ne marche pas aussi rapidement. 

Nous ne concevons pas trop comment cette expé- 
rience a été conduite et comment chaque jour sans 
introduire de l'air, avec un tel appareil, on a pu véri- 
fier ce qui se passait dans le flacon en expérimenta- 
tion. Nous pourrions dire aussi avec M. Bérard, que 
cette expérience prouve tout simplement que l'air qui 
a traversé l'acide suif urique est contraire à la généra- 
tion spontanée (3). Mais nous n'avons nullement be- 
soin d'employer de tels arguments, puisque cette ex- 
périence répétée avec des précautions infiniment plus 
grandes que celles dont parle M. Schultze nous a 
donné des résultats contraires et positifs. Nous avons 
vu des Mucorinées, des Monades et des Vibrions se 
développer dans des vases qui ne recevaient que de 

(1) ScmiLTZVyEdinburgh new philosophical /oî/rnaZ. Janvier 1837. 

(2) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41. 

(3) Bérard, Cours de physiologie, Paris, 1848, 1. 1, p. 95. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 253 

l'air qui avait traversé une grande épaisseur d'acide 
sulfurique,et même en plus, de l'eau bouillante. Nous 
pouvons en outre prétendre, après une lecture atten- 
tive des Recueils scientifiques, où l'expérience unique 
de M. Schultze a été insérée, que celle-ci n'offre au- 
cune garantie sérieuse .(1). 

Et d'abord, malgré le titre d'Expériences sur 
les générations équivoques, le mémoire ne contient 
qu'une seule expérience fort incomplètement exposée. 
M. Schultze ne dit nullement quelles substances il a 
employées dans l'eau qui remplissait son flacon. Il dit 
seulement qu'il y mit des substances animales et vé- 
gétales variées; il n'en mentionne point la quantité, 
il ne donne aucune attention à la température qui a 
régné durant son expérience. Le vase employé par 
cet expérimentateur était une simple fiole à liqueur, 
dont l'unique goulot était fermé par un bouchon du- 
quel sortaient deux tubes recourbés, dont un commu- 
niquait avec un des petits appareils de Liebig destinés 
aux analyses organiques et était rempli d'acide sulfu- 
rique, tandis que l'autre offrait un appareil semblable 
mais rempli d'une solution de potasse. Ces deux ap- 
pareils avaient été adaptés aux tubes tandis que la li- 
queur. du flacon était en ébullition. M. Schultze aspi- 
rait chaque jour deux fois avec sa bouche l'air du 
flacon par l'appareil rempli de potasse, et il y rentrait 
de l'air nouveau qui traversait les boules remplies 

(1) Schultze, Notice ofthe Resuit of an Expérimental Observation 
made regarding Equivocal Génération. — Edinburgh new philoso- 
phical Journal. Octobre 1837. — Expériences sur les générations 
équivoques. Ann. des se. nat.,2.^ série. Zoologie, t. VIII, p. 320. 



254 HÉTÉROGÉNIE. 

d'acide sulfurique ; et il dit aussi que pendant plus de 
deux mois que dura l'expérience, il eut le soin d'exa- 
miner chaque jour au microscope l'infusion contenue 
dans le flacon et qu'il n'y rencontra jamais aucun ani- 
malcule. Nous ne dirons rien du soin avec lequel 
M, Schultze renouvelait l'air de son appareil, il était 
superflu ; mais nous voudrions bien que Ton pût nous 
enseigner comment , dans un appareil semblable , 
M. Schultze a pu chaque jour, sans l'ouvrir, constater 
ce qui se passait dans l'infusion et en explorer les 
bords, comme il le dit, à l'aide du microscope! Voici 
pour nous ce qui est inexplicable (1). 

Nous ne parlerons nullement du critérium placé à 
côté de l'appareil et dans lequel M. Schultze trouve 
rapidement des Infusoires, parce que si le savant de 
Berlin dit bien que dans celui-ci il plaça les mêmes 
substances que dans l'appareil, il ne dit nullement s'il 
les soumit également à T action deVébullition, ce qui 
est fort essentiel à savoir. 

L'expérience suivante tend à prouver que la facilité 
avec laquelle Schultze obtenait des animalcules, soit 
dans son critérium, soit à volonté et si rapidement 
lorsqu'il ouvrait le matras à expérience, n'existe pas 
toujours, et nous la regardons même comme fort pa- 

(1) Voici comment s'exprime le traducteur du travail de 
M. Schultze dans le Nouveau Journal d' Edimbourg : 

Continued uninterruptedly the renewal of the air in theflask, 
without being able, by the aid of the microscope, to perceive 
any living animal or vegelable substance, although during the 
whole of the tirne I made my observations almost daily on the 
edge of the liquid. » 



ÉLIMINATION DE L AIR. 255 

radoxale lorsqu'il s'agit de décoction de substances 
végétales. 

Expérience. — Un petit ballon à large goulot, d'un 
demi-litre de capacité a été rempli d'eau à moitié, et 
l'on y a ensuite introduit cinq grammes de foin. A 
l'aide d'une lampe à esprit-de-vin on a entretenu l'eau 
en ébullition pendant quinze minutes, et ensuite, le 
matras étant débouché y son contenu a été abandonné 
au contact de l'air. Pendant l'entière durée de l'ex- 
périence, qui fut longue, la température fut en 
moyenne de 16" cent. L'expérience fut com- 
mencée le 24 juillet. Le 2 août le liquide était dia- 
phane et d'une teinte fauve ; sa surface n'offrait au- 
cune pseudo-membrane, aucune bulle gazeuse; on 
n'y voyait aucun vestige d'êtres organisés. Le 7 
août on n'y reconnut encore absolument rien. L'ob- 
servation fut répétée sans plus de succès jusqu'au 
18 septembre, c'est-à-dire pendant presque deux mois. 

En présence d'un tel résultat que doit-on croire de 
ce qu'avance Schultzequi, dans des cas analogues, 
obtenait des êtres organisés aussitôt qu'il exposait sa 
décoction au contact de l'atmosphère? 

Lorsque je me trouvai rationnellement bien péné- 
tré de l'évidence de la thèse que je devais défendre, 
je me mis à l'oeuvre pour la démontrer expérimenta- 
lement. Mais en même temps que mes travaux, dans 
cette direction, venaient chaque jour confirmer mes 
vues, je m'occupai, d'un autre côté, de refaire d'un 
bout à l'autre toutes les expériences des antagonistes 
de l'hétérogénie, en les répétant à plusieurs reprises, et 
en m'entourant de toutes les précautions imagina- 



256 HÉTÉROGÉNIE. 

bles. Voici ce qui advint. Dans tous les cas où les phy- 
siologistes que nous combattons ont opéré de manière 
à ne pas entraver absolument la vie organique, j'ai 
obtenu des résultats entièrement opposés aux leurs, 
j'ai vu constamment des animalcules et des végétaux 
apparaître là où ils prétendaient n'en avoir jamais ob- 
servé. Puis, dans les cas où les résultats ont été né- 
gatifs, dans mes expériences comme dans les leurs, 
j'ai reconnu qu'on le devait à ce que les conditions 
étaient telles qu'aucun être vivant ne pouvait subsis- 
ter au milieu d'elles. 

Contre-expérience de schultze par m. pouchet. 
— J'ai répété delà manière suivante l'expérience de 
M. Schultze : Un ballon d'un litre de capacité a été 
rempli à moitié d'eau, et l'on a mis dans celle-ci cinq 
grammes de foin. Le bouchon de ce ballon était tra- 
versé par deux tubes recourbés à angle droit à cinq 
centimètres au-dessus de leur sortie; l'un d'eux, le 
tube afférent, ne descendait pas plus basque le col de 
ce ballon; l'autre, le tube efférent, plongeait plus 
profondément et arrivait à un centimètre du liquide, 
afin de mieux enlever les gaz pesants qui stagneraient 
à sa surface. Chacun de ces tubes était articulé, à 
l'aide d'un cylindre de caoutchouc, avec un appareil 
à cinq boules de Liebig; cet appareil fut rempli d'a- 
cide sulfurique concentré. Pour plus de précision, et 
afin de faire marcher plus lentement et plus réguliè- 
rement l'introduction de l'air et par conséquent de 
mieux le laver dans l'acide, nous avons employé un 
vase aspirateur, dont le robinet ouvert à peine n'atti- 
rait Tair que globule à globule. Ce vase recevait un 



ELIMINATION DE L AIR. 2S7 

tube qui était articulé avec les boules efférentes. Le 
bouchon du ballon ayant été luté avec du vernis au 
copal et du vermillon, et les extrémités des cylin- 
dres de caoutchouc qui unissaient les diverses pièces 
de l'appareil ayant reçu le même lut, on plaça sous 
l'appareil une lampe à esprit-de-vin et l'eau du ballon 
fut bientôt portée à l'ébullition. On l'entretint dans 
cet état pendant une heure, durant laquelle la vapeur 
sortait abondamment par les tubes. La lampe fut alors 
éteinte et le ballon se refroidit lentement, en aspirant 
peu à peu de l'air par les boules. Plane. IIL fig. 2. 

Le soir du premier jour, lorsque l'appareil était tout 
à fait froid, à l'aide du flacon aspirateur qu'on luta 
alors avec lui, on fit passer un litre dair avec toute 
la lenteur possible, à travers le ballon. Puis ensuite, 
chaque jour, la même opération fut répétée avec les 
mêmes précautions, soit pour enlever les gaz qui se 
produisaient à la surface du liquide, soit pour fournir 
de l'air respirable aux animalcules qui pourraient ap- 
paraître dans la décoction. Près de cefle-ci, on plaça 
un critérium : c'était un ballon absolument semblable 
à celui employé pour l'expérience , ayant reçu autant 
d'eau et de foin, et dans lequel ceux-ci avaient subi 
une pareille ébuUition ; seulement on laissa le matras 
ouvert. 

La marche de cette expérience a été un peu lente 
à cause de la saison dans laquelle nous opérions et de 
la basse température qui régnait, et qui, en moyenne, 
ne s'est pas élevée au-dessus de 14°. Le liquide s'est 
coloré lentement et est resté parfaitement diaphane et 
fauve jusqu'au vingtième jour, époque à laquelle il 

POUCHET. 1 7 



2 58 HÉTÉROGÉNIE. 

devint un peu nébuleux, trouble et où il se produisit 
au fond un léger dépôt. Le vingt-quatrième jour, on vit 
se former à sa surface en petit îlot glauque, d'environ 
deux millimètres de diamètre, qui paraissait formé 
d'une espèce de Pénicillium, Le lendemain on en vit 
un autre de la même dimension. 

Enfin, le vingt-sixième jour, l'appareil fut ouvert -et 
voici l'énumération de ce que nous rencontrâmes dans 
le liquide qu'il renfermait. Les deux îlots étaient réel- 
lement formés d'un Pénicillium , très-rapproché du 
Pénicillium glaucum , Link, mais plus rameux et à 
cloisons très- serrées. L'eau était peuplée à sa sur- 
face d'une immense quantité de Spirillum ondulé, 
Spirillum iindula, Eh. Duj. (1) ; et de Spirillum iouY- 
no^^dini, Spirillum volutans, Eh. Duj. (2). On y ren- 
contrait aussi beaucoup d'autres Vibrions très-agiles 
de 0,0038 de millimètre. La pellicule de la surface 
était arachnoïde et formée de grands Vibrions morts, 
parfaitement enchevêtrés et ayant presque tous une 
longueur de 0,0200 de millimètre environ. Çà et là 
s'agitaient quelques Monades difficiles à déterminer. 
On rencontrait en outre, dans cette décoction, une 
abondance de Bactériums articulés d'une longueur 
qui variait de 0,0076 à 0,0110 de miUimètre (3). Enfin 

(1) Ehrenberg, Infus., pi. V, fig. 3. 

DuJARDiN, Histoire naturelle des Infusoires. Paris, 184t,p. 223. 
0. F. MuLLER, Vibrio undula, Inf., pi. i, fig. 4-6. 

(2) Ehrenberg. Infus.,\)\. v, fig. 13. 
DuJARDiN, Infus., p. 225. 

0. F. MuLLER, Vibrio spirillum, Infus.,pl. vi, fig. 9. 

(3) Bacterium articulatum et Baderium triloculare (I'Ehrenberg. 
DuJARDIN, //î/'us.;,p. 216. 



ÉLIMINATION DE l'aiR. 259 

on voyait aussi à certaines places quelques animal- 
cules que je pense indéterminés. Ceux-ci étaient cylin- 
driques, obtus aux extrémités, et renfermaient à leur 
intérieur de trois à cinq grosses granulations ; leur 
longueur était en moyenne de 0,0200 de millimètre. 
Il existait encore çà et là quelques semences de Péni- 
cilliums faciles à reconnaître. 

De tels résultats, obtenus par notre contre-expé- 
rience, renversent donc ceux que Schultze avait ob- 
tenus dans son expérience si célèbre. 

Voici, dans cette contre-expérience, ce qui se passa 
dans le critérium. Le second jour, le liquide ne pré- 
sente aucune production organique. Le troisième, il 
offre à sa surface un certain nombre de grands Vi- 
brions ayant pour la plupart 0,0140 de millimètre de 
longueur. On rencontrait aussi, de place en place, 
quelques Vibrio levis, nob. de 0,0336 à 0,0420 de 
milli-mètre de longueur; enfin çà et là il existait quel- 
ques Vibrio bacilliis de 80 à 100 divisions micromé- 
triques, doués, ainsi que tous les autres , de mouve- 
ments très-manifesles. Le quatrième jour, la tempéra- 
ture étant de 1 4°, tous les Vibrions observés la veille 
sont morts et forment à la surface de la liqueur un 
réseau lâche inaniaié. Cette rapide phase de vitalité à 
laquelle succède une destruction complète n'aura- 
t-elle pas été une cause d'erreur pour les observateurs 
qui n'ont obtenu que des résultats négatifs? Le cin- 
quième jour, la température moyenne est de 10°. Le 
réseau de Vibrions morts , formé à la surface de la 
liqueur est encore très-distinct, on n'observe pas le 
moindre animalcule vivant. Le sixième jour, temp. 



260 HÉTÉROGÉNIE. 

10% le foin est remonté et surnage un peu; la super- 
ficie du liquide , pendant la nuit, a produit quatre 
petits îlots de Pénicillium glaucum, Link. Le sep- 
tième jour ,tenip. 15°, même état. De temps à autre 
. on aperçoit quelques Vibrions de 4 à 5 divisions mi- 
crométriques, animés de mouvements manifestes, et 
d'autres Vibrions, mais très-petits, qui ont des mou- 
vements fort rapides. On ne les distingue qu'aux plus 
puissants grossissements : sans une attention soutenue, 
on pourrait croire qu'il n'existe dans cette décoction 
aucun animalcule vivant. Le huitième jour, temp. 13% 
dans certains endroits on découvre beaucoup de Vi- 
brions granifères enchevêtrés en pellicule et inanimés; 
puis beaucoup de plus petits, très-agiles, très-nom- 
breux. Le dixième jour, temp. 14% Hqueur devenue 
jaune, trouble ; à sa surface nagent plusieurs ilôts de 
Pénicillium, Pellicule inapparente. On observe beau- 
coup de corps inanimés de Vibrions granulés, des Mo- 
nades terme. Le quatorzième jour, temp. 18% les îlots 
de Pénicillium se sont agrandis et laliqueur ne contient 
absolument qu'une immense abondance de Monades 
fort rapprochées du Monas elongata , Duj. Le vingt- 
sixième jour, jour où l'on ouvre l'appareil, le critérium 
n'est pas plus avancé que lui pour sa faune ; quelques 
rares Monas lermo y quelque?, très-petits Vibrions, voilà 
tout ; l'avantage serait peut-être même à l'expérience. 
On voit que nos décoctions à Tair libre ne sont pas 
aussi rapidement fécondes que celles de M. Schultze; 
nous n'avons trouvé aucun Polygastrique dans cette 
circonstance. 

Expérience. — Après avoir suivi le même procédé 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 261 

que M. Schultze , j'ai conçu une expérience qui est 
encore plus rigoureuse que la sienne, et, dans cette 
tentative, que j'ai répétée plusieurs fois, j'ai obtenu 
encore des résultats opposés à ceux du savant étran- 
ger. Voici cette expérience : un flacon à trois tubu- 
lures, de la contenance d'un litre, fut totalement 
rempli d'acide sulfurique concentré. La première tu- 
bulure était occupée par un tube recourbé qui , par 
l'une de ses extrémités , communiquait avec une 
pompe à air, et par l'autre plongeait au fond de l'acide. 
La seconde tubulure , ou tubulure du milieu , était 
munie d'un siphon qui naissait au niveau de la réunion 
du tiers supérieur du flacon avec les deux tiers 
inférieurs et allait se plonger au fond d'une éprou- 
vette vide.La troisième tubulure portait un tube allant 
se rendre dans le second Qacon. 

Ce second flacon, de la même capacité que l'autre, 
avait été rempli d'eau bouillante ; sa première tubulure 
donnait passage au tube qui provenait du flacon 
rempli d'acide ; né au niveau de la tubulure de celui- 
ci, il allait se rendre au fond de l'eau bouillante. La 
tubulure du milieu avait un siphon offrant exactement 
la même disposition que le précédent et reçu aussi dans 
une éprouvette vide. Enfin, de la troisième tubulure 
partait un tube allant dans le fond du troisième flacon. 

Ce flacon d'une capacité égale aux autres n'offrait 
que deux tubulures. La première recevait le tube pro- 
venant du flacon à eau bouillante ; né dans celui-ci 
au niveau de sa tubulure , il ne se plongeait qu'au 
même niveau dans le dernier flacon. La seconde tu- 
bulure portait un tube ou siphon qui, né au-dessus du 



262 HÉTÉROGÉNIE. 

niveau des deux tiers du flacon, allait se rendre dans 
une éprouvette remplie d'eau. 

Une forte décoction de foin bouillant ayant été in- 
troduite dans ce troisième vase et le remplissant exac- 
tement, on luta l'appareil avec le plus grand soin, à 
l'aide de vernis gras et de vermillon, afin de le fermer 
hermétiquement. L'appareil était donc absolument 
occupé par de l'acide sulfurique et de l'eau presque en 
ébuUition. Alors, avec beaucoup de lenteur, à l'aide 
d'une petite pompe on introduisit de l'air dans l'ap- 
pareil, et voici ce qui se passa, et ce que l'on voulait 
obtenir : l'air introduit traversa peu à peu l'acide 
sulfurique concentré et s'amassa à la partie supérieure 
du premier flacon ; la pression qu'il détermina mit 
en jeu le siphon qui était adapté à celui-ci et le tiers 
de l'acide sulfurique alla remplir la première éprou- 
vette. Lorsque tout ce que ce siphon pouvait enlever 
d'acide fut parti, l'air qui avait traversé celui-ci passa 
dans le flacon d'eau bouillante, se déchargea des 
vapeurs d'acide qu'il avait pu entraîner et s'amassa au 
haut de ce second flacon ; bientôt le siphon se mit en 
action et vida un tiers de l'eau bouillante dans la se- 
conde éprouvette. Enfin, lorsque l'action de ce second 
giphon fut épuisée, l'air passa dans le troisième, où le 
dernier siphon se mit en jeu pour enlever aussi le 
tiers de la décoction qui s'y trouvait contenue. Dans 
cet état de choses, il n'existait donc absolument en 
contact avec la décoction mise en expérience que de 
l'air ayant traversé un flacon rempli d'acide sulfurique 
concentré, et un autre flacon rempli d'eau bouillante, 
double épreuve plus que suffisante pour détruire tous 



ELIMINATION DE L AIR. 263 

les germes d'animaux ou de plantes qui auraient pu 
se trouver dans l'air. 

Ensuite on abandonna absolument l'appareil à lui- 
même, bien persuadé qu'il ne pouvait y avoir aucune 
communication entre l'atmosphère et le troisième fla- 
con, car, par un excès de précaution, le fond des 
éprouvettes contenait du mercure dans lequel plon- 
geaient des siphons, afin qu'on ne pût accuser au- 
cune action d'endosmose du liquide. La dernière 
éprouvette servait de critérium. 

Le critérium examiné de temps à autre prouva, 
comme il fallait s'y attendre , que Texpérience devait 
marcher avec beaucoup de lenteur. Pendant plus de 
quinze jours, quoique exposé à l'air, il n'offrit cepen- 
dant aucune production organique. Ce ne fut que le 
dix-huitième jour qu'on découvrit à la surface une 
petite touffe de Mucorinée près de laquelle s'agi- 
taient en abondance des Vibrions. 

L'appareil ayant été abandonné à lui-même pen- 
dant vingt jours, le flacon qui contenait la décoction 
n'ayant reçu aucune nouvelle portion d'air, n'avait 
donc alors été en contact qu'avec un demi-litre de ce 
fluide. Avant d'ouvrir cet appareil on put observer 
qu'il n'y avait pas eu la moindre communication en- 
tre son contenu et l'air atmosphérique ; le niveau de 
l'eau que les pressions diverses avaient, dès l'origine, 
déterminé dans les tubes et les sipohns n'ayant nulle- 
ment varié. 

A l'issue de ces vingt jours on s'attendait à trouver 
à l'intérieur du liquide en expérience des produits 
analogues à ceux du critérium, et cela eut lieu en ef- 



264 HÉTÉROGÉNIE. 

fet. On avait vu , dès le dix-huitième jour, se former 
dans l'appareil des îlots d'une Mucorinée semblable 
à celle qui recouvrait alors le critérium. Quand le 
flacon fut ouvert, on reconnut que celle-ci était un 
petit champignon à mycélium , excessivement grêle, 
et dont les ramifications étaient alternes, inarticu- 
lées, d'un bleu extraordinairement pâle, d'un diamè- 
tre de 0,0028 de millimètre. Dans les ramifications 
de cette plante, ainsi qu'au fond du vase, on rencon- 
trait un grand nombre de Bactériums articulés, Bac- 
terium articidatum, Ehr., en mouvement ou immo- 
biles ; ils étaient plus abondants au fond , où la 
végétation cryptogamique manquait ; on rencontrait 
aussi çà et là des Vibrions-anguilloïdes, Vibrio undu- 
la Mull. (1), très-agiles, et des Vibrions linéaires 
immobiles, Vibrno bacillus, Mull. 

Comme on le voit, le contenu du flacon isolé de 
l'atmosphère était à peu près le même que celui du 
critérium. Peut-on donner une plus manifeste preuve 
que ce n'est point l'atmosphère qui recèle les germes 
des animaux? La Mucorinée du flacon était évidem- 
ment la même que cefle du critérium ; seulement, si 
elle n'offrait point d'articulations, cela provenait de 
ce qu'elle était un peu plus nouveflement formée; la 
vie ne marchant jamais à vaisseau clos et en présence 
d'une faible portion d'air, comme efle marche en 
pleine atmosphère, car on se rappelle que dans notre 
appareil l'air n'a pas été renouvelé. 

(1) 0. F. MuLLER, Anim. infus., pi. III, fig. 5, 7. 
Spirillum undula, Ehrenberg. Infusion, tab. V, fig. 12. 
Spinllumundulaj Dujardin. Infusoires, p. 223, pi. I, fig. 8. 



I 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 265 

Exprience. — Connaissant combien les animalcu- 
les sont lents à apparaître dans les décoctions, j'ai va- 
rié cette expérience de la manière suivante, pour ob- 
tenir plus rapidement des produits et aussi des ani- 
malcules d'un ordre plus élevé; j'ai réussi ainsi que 
tout me le faisait présager. 

En juillet, cinq grammes de foin ayant subi l'ac- 
tion d'un courant de vapeur d'eau pendant vingt mi- 
nutes, sont introduits dans le troisième flacon de mon 
appareil à acide sulfurique, précédemment décrit. Le 
second flacon venant d'être rempli d'eau bouillante, 
on versa immédiatement aussi de l'eau bouillante dans 
le troisième flacon et on luta hermétiquement. En- 
suite chaque jour, on fit passer un htre d'air dans l'ap- 
pareil à travers l'acide sulfurique, puis l'eau destinée 
à le laver. 

Après huit jours d'une moyenne de 22° pour la 
température, on examina le contenu du flacon qui 
renfermait le foin et voici ce que l'on trouva. Le li- 
quide offre une pellicule apparente, mince, cassante. 
Le microscope y signale ce qui suit : uiie immense 
quantité de Vibrions granifères et de Vibrions lis- 
ses (1) en partie vivants et en partie déjà morts. On 
n'aperçoit aucune Monade, et les Vibrions de petite es- 
pèce sont excessivement rares. De place en place, on 
découvre de petits îlots composés de granules conte- 
nus dans l'enchevêtrement que forment les corps des 
Vibrions morts. Ces granules ne sont évidemment 
que des vestiges de la décomposition des Vibrions 

(1) Vibrio granifer, Pouchet. — Vibrio levis, Pouchet. 



266 HÉTÉROGÉNIE. 

granifèies, de façon que là la membrane proligère 
n'est point formée par des Monades ou de petits Vi- 
brions, mais par les corps des grands et par leurs 
granulations. 

Expérience. — L'expérience qui suit fut exécutée 
sans que l'on s'entourât des précautions si rigoureuses 
que l'on avait prises dans les précédentes, et cepen- 
dant, pour moi, elle est tout aussi explicite. Elle offre 
des résultats plus évidents parce que l'on y a moins 
altéré les éléments génésiques. On l'exécuta dans le 
même appareil. On introduisit de l'eau bouillante dans 
le second flacon et le troisième fut rempli d'eau fil- 
trée et de dix grammes de foin gardé pendant trente 
minutes dans une étuve chauffée à 200° ; enfin de l'air 
extérieur fut introduit dans l'appareil en traversant 
le flacon d'acide sulfurique et le flacon d'eau bouil- 
lante. 

Le lendemain, la température ayant été de 17% 
l'eau est colorée en fauve; il n'existe à sa surface 
aucune bulle de gaz, ce qui indique qu'aucun mou- 
vement fermentescible ne s'est établi. On injecte 
alors un litre d'air. 

Le deuxième jour expiré, l'appareil est ouvert. Il 
existe à la surface du liquide quelques bulles de gaz; 
la macération est légèrement trouble. Le liquide offre 
une pellicule proligère excessivement mince, formée 
d'une immense quantité de Vibrions granifères en- 
chevêtrés avec des Vibrions lisses, et ayant leurs in- 
tervalles remplis de Monades crépusculaires et de 
Bactériums articulés. Presque tous les Vibrions sont 
déjà morts, cependant quelques-uns sont encore très- 



ÉLIMIISATION DE l'aIR. 267 

agiles. De place en place aussi on voit s'agiter quel- 
ques Monades lentilles. 

Parallèlement à cette expérience, il existe près de 
mon appareil un flacon de la même capacité, et dans 
lequel, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, j'ai fait 
bouillir le foin pendant trente minutes. Le liquide est 
d'un fauve extrêmement foncé, limpide, aucunebulle 
de gaz n'existe à sa surface, aucune pellicule ne s'y 
observe. Examinée au microscope, la décoction n'of- 
fre pas alors la moindre trace d'animalcule ! 

Schwann a exécuté aussi quelques expériences qui 
ont eu le même retentissement et le même résultat que 
celles de Scliultze ; mais au lieu d'employer Tacide 
sulfuriquepour tuer les germes qu'il supposait errants 
dans l'atmosphère, il eut recours au feu. Ce savant, 
après avoir fait bouillir de Teau chargée de matières 
organiques , ne faisait parvenir sur celles-ci que 
de Tair qui avait traversé un milieu soumis à la tem- 
pérature de la chaleur rouge. Dans ses expériences 
aucun mouvement putrescible ne se manifesta dans 
le hquide, et jamais dans celui-ci aucun animalcule 
ne se développa, aucun végétal rudimentaire (1). 

Voulant rendre incontestable que l'air ne peut être 
considéré comme le véhicule des germes, et renver- 
ser ainsi le dernier retranchement des adversaires de 
l'hétérogénie, j'ai, à plusieurs reprises, répété l'ex- 
périence de Schwann avec le plus grand soin, et même 
en prenant des précautions encore plus sévères que 
ce savant ne l'avait fait, et, cependant, mes résultats 

(1) Schwann, Des générations équivoques. [Annales de Poggen- 
i-irf, 1837, p. 184. 



268 HÉTÉROGÉNIE. 

ont été tout à fait opposés aux siens. J'ai vu des cryp- 
togames et des Protozoaires se développer abondam- 
ment dans des vases qui n'étaient accessibles qu'à de 
Tair élevé à une température telle que dans l'hypothèse 
ou celui-ci aurait pu contenir quelques germes, ceux- 
ci avaient évidemment été détruits. 

Expérience. — J'ai pris un gros tube en verre, long 
de cinquante centimètres, et, afin de multiplier les 
points de contact et de ralentir la marche de Tair qui 
devait le traverser, tout l'intérieur en fut obstrué avec 
des filaments d'amiante et des fragments de verre. 
Ce tube recevait d'un côté un tuyau de gomme élasti- 
que communiquant avec une pompe à air, et de l'au- 
tre il se continuait avec l'appareil. Ce tube était dis- 
posé horizontalement et au-dessous de lui se trou- 
vaient trois grosses lampes à esprit-de-vin dont la 
flamme l'entourait complètement. Venaient ensuite 
deux flacons, l'un à trois tubulures et l'autre à deux. 
Le premier de ceux-ci était totalement remph d'eau 
bouiflante et recevait, par sa première tubulure, un 
tube recourbé qui plongeait jusqu'au fond du liquide. 
La tubulure du milieu était munie d'un siphon qui 
naissait dans ce flacon vers le milieu de sa hauteur et 
allait se rendre dans une éprouvette vide. Enfin la 
troisième tubulure porlait un tube qui, né à un centi- 
mètre au-dessous de son bouchon , allait se rendre dans 
le second flacon. Ce second flacon avait été rempli 
entièrement d'une décoction de foin bouiflante. Sa 
première tubulure recevait le tube qui partait du vase 
précédent, et ce tube ne s'enfonçait point dans le fla- 
con à plus d'un centimètre au-dessous du bouchon. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 269 

De la seconde tubulure naissait un tube faisant fonc- 
tion de siphon. Il naissait vers le milieu delà hauteur 
du flacon et allait se rendre au fond d'une grande 
éprouvette vide. L'appareil ayant été luté exactement 
en mettant peu de lut et en recouvrant celui-ci d'une 
couche de vernis et de vermillon, on allumâtes trois 
lampes; et lorsque, après une demi-heure, il fut évi- 
dent que le tube et les fragments de verre et d'a- 
miante qu'il contenait étaient élevés à la température 
rouge , on poussa très-lentement de l'air dans l 'appareil , 
à l'aide de la pofnpe. Cet air, à cause de la multiplicité 
des points de contact, fut réellement tamisé tout le 
long du tube, de manière à tuer incontestablement tous 
les germes d'animaux, s'il en contenait. De là il passa 
dans le premier flacon en traversant l'eau presque 
bouillante qu'il contenait. Immédiatement l'air intro- 
duit dans l'appareil mit en jeu le premier siphon et ce 
premier flacon se vida de la moitié de son eau dans 
r éprouvette qui lui était contiguë. Peu de temps 
après, l'air traversait le tube de communication du 
deuxième flacon, arrivait dans celui où était la dé- 
coction de foin et mettait en jeu le second siphon, 
qui alors en enlevait rapidement la moitié pour en 
remplir la seconde éprouvette. Plane, llï, fig. 3. 

Ainsi donc, tout l'air qui remplissait alors le flacon 
contenant la décoction en expérience avait été tamisé 
dans une longueur de cinquante centimètres et y 
avait été élevé à la température de la chaleur rouge, 
et ensuite cet air avait traversé de l'eau presque bouil- 
lante. Aucun germe n'avait donc pu résister. Les tu- 
bes des éprouvettes plongeaient dans du mercure. 



270 HETEROGENIE. 

Dans la première expérience que nous tentâmes 
avec cet appareil, nous fûmes plus rigoureux que 
M. Schwann. L'air ne fut nullement renouvelé et la 
décoction ne se trouva, durant tout le temps, en con- 
tact qu'avec un décimètre cube de ce fluide. Ce ne fut 
qu'après six semaines que l'on déluta l'appareil et 
l'on put avant s'assurer que l'intérieur n'avait pas 
reçu la moindre parcelle d'air atmosphérique, la dif- 
férence de nivellement que l'eau offrit tout d'abord 
dans les siphons n'avait point varié depuis le com- 
mencement de l'expérience jusqu'à sa terminaison. 

Voici ce qui fut observé alors : on n'a jamais dis- 
tingué de pellicule à la surface du liquide, qui a 
toujours été diaphane et d'un fauve foncé. Seulement 
après vingt-qualrejoursona vu se former de place en 
place des îlots de quatre et six millimètres de diamè- 
tre, composés évidemment d'amas de petits champi- 
gnons reconnaissables à la loupe, à travers les parois 
du flacon. Ces amas, d'abord de couleur blanche, 
faisaient une saillie d'un millimètre à la surface de 
l'eau. Deux jours après, leur teinte devint d'un vert 
glauque ( 1 ). A l'ouverture du flacon, avec le microscope 
on reconnut qu'ils étaient composés d'une espèce de 
Pénicillium très-analogue au Pénicillium glaucum de 
Link, ainsi que le firent soupçonner quelques vestiges 
de sa fructification en pinceaux qu'on rencontrait çà et 
là. Chacun de ceux-ci était environné d'un nuage de 
spores libres, sphériques de 0,0028 à 0,0040 de mil- 
limètre de diamètre, colorés en jaune très-clair. Ou- 

(i)A ce moment on n'observait aucun de ces cryptogames dans 
le critérium, ni dans le laboratoire. 



ÉLIMINATION DE L AIR. 271 

tre ces spores, on trouvait encore dans le liquide des 
corpuscules allongés fort petits, presque tous absolu- 
ment immobiles et qui n'étaient que les restes d'une 
génération de Vibrions qui avait précédemment animé 
cette infusion. Quelques-uns seulement jouissaient 
encore de mouvements. Ceci est parfaitement en har- 
monie avec ce qu'a observé M. Pineau. 11 a vu le Péni- 
cillium glaucum succéder à des générations de Vi- 
brions (1). 

Quoi qu'il en soit, voici évidemment un végétal et 
des Vibrionides qui se sont développés spontanément 
après quelques semaines, dans une atmosphère d'air 
non renouvelé ayant subi la température rouge et tra- 
versé deux flacons d'eau presque bouillante. Il est 
évident que l'on ne peut pas dire que là les séminules 
sont venues du dehors. Si ces séminules, chose im- 
possible, avaient traversé le tube rouge, elles ne se- 
raient même pas parvenues dans le second flacon , 
elles fussent restées flottantes dans le premier; enfin , 
on les voit, on les connaît ; si elles pénétraient dans des 
appareils, on les y découvrirait... Nous les y décou- 
vrons comme on le voit, quand elles y sont réelle- 
ment. 

Pendant tout le temps qu'a duré l'expérience, le 
critérium a conservé sa transparence, et après six se- 
maines c'était à peine si sa surface offrait une pelli- 
cule apparente. Le vingt-huitième jour il offrait quel- 
ques yibrio rngula,Du']., mais en si faible quantité 

(4) J. PiNF.AU, Recherches sur le développement des animalcules 
infusoires et des moisissures. {Ann. des se. nat. Zoologie, t. I!l, 
p. 187.) 



272 HETERO GENIE. 

qu'ils auraient pu passer inaperçus. Le trente-cin- 
quième jour on n'y distinguait absolument rien. Enfin, 
observé parallèlement au Qacon et le même jour, on 
ne reconnut à sa surface aucun Mucor ni aucune sé- 
minule de Mucor. De place en place seulement on 
voyait une ou deux Monades, un ou deux Vibrions, 
pas plus. 

Si les germes étaient réellement suspendus dans 
l'atmosphère, pourquoi le Pénicillium qui s'est si am- 
plement développé dans le vase fermé, n' eût-il pas 
apparu en plus grand nombre dans le critérium exposé 
à l'air? Il le devait dans l'hypothèse de la pansper- 
mie. Si cela ne s'est pas réalisé, c'est que celle-ci 
est sans fondement. Pourquoi le critérium était-il 
aussi dénué d'animaux, lui sur lequel tous les germes 
atmosphériques pouvaient pleuvoir?... Pourquoi! 
C'est qu'à l'air libre comme dans les vases fermés, 
les décoctions sont souvent fort peu riches en animal- 
cules, et c'est ce qui a égaré les expérimentateurs qui 
nous ont précédé. 

Expérience. — Nous avons tenté une nouvelle ex- 
périence dans l'appareil dont la description précède. 
On y abandonna , pendant six semaines , un demi- 
litre d'eau bouillante, contenant cinq grammes de 
foin, après avoir introduit sur celle-ci un demi-litre 
d'air qui avait traversé le tube chauffé au rouge , et 
ensuite le flacon rempli d'eau à 98 degrés. Après, et 
pendant tout le cours de l'expérience , aucune nou- 
velle quantité d'air ne fut introduite dans l'appareil. 

Lorsque j'examinai le liquide je reconnus qu'il 
était d'un fauve foncé, diaphane, limpide. Examiné 



ELIMINATION DE L AIR. 273 

au microscope, on s'aperçut que sa surface était 
occupée par une mince membrane proligère , formée 
évidemment de cadavres de longs Vibrions. Les in- 
tervalles, de ceux-ci étaient remplis de myriades de 
Spirillums ondulés, Spirilhim undula ,Ehv. y of- 
frant de 0,0084 à 0,0124 de millimètre de longueur, 
nageant tantôt lentement , tantôt rapidement par un 
mouvement anguilloïde (1). 

L'air contenu dans l'appareil avait une extrême 
fétidité. Est-ce celle-ci qui a empêché d'autres géné- 
rations de se produire? L'odeur était analogue à celle 
de r hydrogène sulfuré. 

Pour les hommes qui font succéder le jugement à 
la méditation, et qui, sans prévention, acceptent les 
décisions de l'expérimentation, il est évident que le 
fait suivant, quoique dépouillé d'une partie des pré- 
cautions infinies qui ont été prises précédemment, 
n'en arrive pas moins au même but, à savoir : à 
prouver purement et simplement que les germes ne 
sont pas contenus dans l'air. Nous employons ici 
exactement le même appareil que dans les deux pré- 
cédentes expériences , seulement le second flacon où 
est le foin chaufféà 200 degrés, au lieu d'être remph 
d'eau bouillante, est plein d'eau froide. Dans ce cas, 
au bout de deux à quatre jours, on voit constamment 
une nombreuse population zoologique apparaître dans 
l'appareil. Le résultat est dû à ce que, dans ce cas, 
nous n'employons pas d'eau bouillante , qui , comme 

(1) Spirillum undula, Ehrenberg, Infus., pi. V, fig. 12. — Spi- 
rillum undula^ Dujardin, Infus., pi. I, fig. 8. — Vibrio undula, 
MuLLtR, Infasoria, tab. YI, fig. 4-6. 

POUCHET. 1 8 



274 lîÈTEROGENIE. 

nous l'avons établi dans tant d'expériences spéciales, 
paralyse ou anéantit le mouvement génésique. Si l'on 
ne se reporte pas à ce qui précède, on objectera que 
les animalcules ont pu tirer leur origine de l'eau ; 
nous pourrions ne pas nous préoccuper de cette ob- 
jection puisqu'il ne s'agit ici, purement et simplement, 
que de prouver que ce n'est pas l'air qui en est le 
dépositaire (1). Mais nous avons démontré précédem- 
ment que l'eau ne recèle pas les germes : tous les 
naturalistes en conviennent aujourd'hui. Or, si dans 
notre appareil il se développe des Proto-organismes , 
comme ils ne peuvent provenir de l'air qu'on y in- 
troduit, il faut bien leur affecter un autre berceau 
que l'atmosphère. 

Expérience. — Voici le résultat de l'une de nos 
expériences. On a rempli d'eau bouillante le premier 
flacon de l'appareil à trois lampes. On a rempli d'eau 
filtrée froide le second flacon et l'on y a mis dix 
grammes de foin passé dans une étuve chauffée à 
200 degrés. Lorsque le tube fut porté à la tempé- 
rature rouge, on introduisit de l'air dans l'appareil. 
Deux jours après, la température moyenne ayant été 
de 22 degrés , on ouvrit celui-ci et voici ce que l'on 
observa. La macération était de couleur fauve et sa 
surface se trouvait occupée par quelques bulles 
d'acide carbonique. Le microscope fit découvrir 
dans l'eau une immense quantité de Vibrions grani- 
fères et de Vibrions lisses ; puis beaucoup de Mona- 

(1) Pour l'instant, si l'on voulait, on pourrait même supposer 
que l'eau est gorgée de germes; cela n'entrave nullement la con- 
clusion. 



ÉLIMINATION DE L AIR. 275 

des crépusculaires et de Baclériums articulés (1). 

Mais quoique les résultats que nous venions d'ob- 
tenir en répétant les expériences de MM. Schwann et 
Schultze fussent absolument décisifs, nous n'en som- 
mes pas resté là, et pour éviter toutes les objections 
subtiles, nous avons exécuté une série d'expériences 
dans lesquelles l'air atmosphérique a été absolument 
banni. On voudra bien, nous l'espérons, dans ce cas, 
nous concéder qu'un agent que nous n'employons 
pas doit être parfaitement vierge de tout soupçon. 

Quoique mes nombreuses expériences démontrent 
jusqu'à l'évidence , selon moi , que l'air atmosphé- 
rique ne peut être et n'est pas le véhicule des germes 
des Proto-organismes, j'ai pensé que ce serait en cou- 
ronner heureusement la série et en même temps 
ne laisser aucune prise à la critique, si je parvenais 
à déterminer l'évolution de quelque être organisé , 
en substituant de l'air artificiel à celui de l'atmo- 
sphère. 

Les belles expériences de MM. Regnault et J. Reiset 
me semblaient à l'avance indiquer que des animaux in- 
férieurs pourraient se développer dans cet air, puisque 
des animaux vertébrés y vivent bien (2). Mes tenta- 
tives ont été couronnées de succès. Dans de l'eau to- 
talement privée d'air et qui ne se trouvait en contact 
qu'avec de l'air artificiel ou de l'oxygène pur, j'ai vu 
des Proto-organismes variés se développer. De tels 

{\) Vibrio granifer, Pouchet. Vibrio levis, Pouch. Monas cre- 
pusculurriy Ehrenberg. Bacierium articulatum, Ehr. 

(2) Regnault et Reiset, Recherches chimiques sur la respiration 
des animaux des diverses classes. Paris, 1849. 



276 HÉTÉROGÉNIE. 

faits suffiraient seuls pour étayer solidement les opi- 
nions que nous professons. 

L'expérience que j'ai tentée en employant l'air 
artificiel, a été faite en commun avec un jeune et 
savant chimiste, M. Houzeau, dont le nom s'est déjà 
inscrit d'une si brillante manière dans la science. 

Expérience avec l'air artificiel. — Nous avons 
pris un grand flacon de cinq litres de capacité, bou- 
chant à l'émeri. Ce flacon a été rempU d'eau bouil- 
lante et immédiatement on Ta hermétiquement fermé 
et renversé sur une cuve à mercure. Lorsque l'eau 
fut refroidie , on introduisit dans ce flacon un mé- 
lange de gaz oxygène et d'azote, dans les proportions 
voulues pour constituer de l'air artificiel ; celui-ci 
occupa les trois-quarts de la capacité du vase. Enfin , 
en prenant les plus grandes précautions, on a aussi 
introduit dans ce flacon 10 grammes de foin qui venait 
d'être exposé durant vingt minutes dans une étuve à 
la température de 100 degrés. Ce foin ayant été en- 
levé de l'étuve dans un flacon à large ouverture, 
bouché lui-même dans l'étuve et débouché seulement 
sous la cuve , on l'introduisit dans le flacon. Ainsi on 
était certain que si quelques parcelles d'air étaient 
restées dans les interstices de ce foin, chauffées à 
\ 00 degrés , efles ne pouvaient receler aucun germe 
susceptible de se développer. Enfin , le flacon ayant 
été bouché sous le mercure, fut remis dans sa situa- 
tion ordinaire et tout le contour de l'ouverture , pour 
plus de précision , quoique le bouchon ait été enduit 
d'un corps gras, fut revêtu d'une couche de vernis à 
la copale, épaissi avec du vermillon. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 277 

Le vase fut ensuite placé dans notre laboratoire, 
près d'une fenêtre, et observé chaque jour à l'exté- 
rieur . 

Durant les six premiers jours, la température 
ayant été en moyenne de 18 degrés, le liquide resta 
jaune et limpide. 

Le huitième, Teau commence à devenir nébuleuse; 
l'on aperçoit près de ses bords un îlot flottant , d'un 
vert glauque, ayant environ trois millimètres de dia- 
mètre, et formé sans nul doute, d'une végétation 
cryptogamique due à une agglomération de Pénicil- 
lium. 

Le douzième jour la liqueur continue à être trouble, 
sans bulles à sa surface, et on y découvre, vers le fond 
du vase, un globule sphérique de cinq millimètres de 
diamètre, constitué très -probablement par un amas 
d'Aspergilhis. 

Le di