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Full text of "Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériences"

Spontaneous Génération. — J\fM. Joly and Ch. 
Musset, who hâve hitherto sidecl with M. Pouchet in his 
endeavours to prove that the lower kinds of organism 
may be produced without the intervention of any 
ancestor, hâve just made a new communication on the 
subject to the Academy of Sciences, in support of this 
view. Their observations hâve this time been directed 
to hen's eggs in a state of spontaneous décomposition. 
A pellicle, solely composed of the granules of the yollc, 
was f ormed in the first instance after the lapse of twelve 
hours. This was succeeded by a living population, con- 
sisting of Monas capusculum and Bacterium ternio, 
which were seen traversing the slides of the microscope 
in aU directions. This population increased for some 
days to an incredible extent ; ifc then died off, and its 
remains, after lying heaped up for some time, were at 
last covered with a membrane dotted with little spherical 
grains or spontaneous eggs, according to M. Pouchet, 
which in their turn produced the Kolpoda Gucullus, 
which, after remaining for some time imprisoned on ail 
sides by the membrane, at length began to rotate slowly 
like the embryos of certain mollusks, and then, extri- 
cating themselves from the mass in which they had been 
generated, fairly appeared under their characteristic 
forms and with their usual motions. The proliférons 
pellicle which covered the surface of the liquid being 
duly removed, the mass of yolky grains under experi- 
ment was gradually exhausted, the same phenomena 
being each time visible. Hence MM. Joly and Ch. 
Musset are of opinion that it is thèse grains which are 
transformed without any extraneous agency into 
Monades and Bacteria, and subsequently into Kolpoda. 
Milk, calves' liver, pounded linseed, potato fecula, and 
yeast, mixed with pure distilled water, hâve produced 
similar efFects. 



HÉTÉROGÉNIE 



OU 



TRAITE DE LA GENERATION SPONTANÉE 



^ 

'^ 



OUVRAGES DE L'AUTEUR 

QUE l'on trouve A LA MÊME LIBRAIRIE I 



Théorie positive de l'oTulation spontanée et de la fécondation 
dans l'espèce humaine et les mammifères, basée sm^ l'observation de 
toute la série animale , par le docteur F. A. Pouchet. Ouvrage qui a 
obtenu le grand prix de physiologie à l'Institut de France. Paris , 
1847, 1 vol. in-S de 500 pages, avec atlas in-4 de 20 planches, renfer- 
mant 250 figures dessinées d'après nature, gravées et coloriées. 36 fr. 

Dans son rapport à l'Académie, en 1845, la commission s'exprimait ainsi en résu- 
mant son opinion sur cet ouvrage : Le travail de M. Pouchet se distingue par l'im- 
portance des résultats, par le soin scrupuleux de V exactitude, par Vétendue des 
vues, par une méthode excellente. L'auteur a eu le coui'age de repasser tout au 
critérium de l'expérimentation, et c'est après avoir successivement confronté les 
divers phénomènes qu'offre la série animale, et après avoir, en quelque sorte, tout 
soumis à l'épreuve du scalpel et du microscope, qu'il a formulé ses lois physiolo- 
giques FONDAMENTALES. 

flistoire des Sciences naturelles au moyen âg^e, ou Albert 
le Grand et son époque, considérés comme point de départ de l'école 
expérimentale, par F. A. Poughet. Paris, 1853. 1 beau vol. in-8. 9 fr. 

Reclierclies et Expériences sur les Animaux ressusci- 
tants faites au Muséum d'histoire naturelle de Rouen, par F. A. Pou- 
chet. Paris, 1859. Brochure in-8 , 5oz« /^re^^e. 

Zoolog^ie classique ou Histoire naturelle du règ^ne ani- 
mal, par F. A. Pouchet. Paris, 1841. 2 vol. in-8 et atlas. 26 fr. 

Histoire naturelle et ag^ricole du hanneton. Rouen, 1853, 
in-8. ' 2 fr. 



He la I*luralité des Haces humaines. Essai anthropologique, 
par Georges Pouchet. Paris, 185S. In-8 de 200 pages. 3 fr. 50. 



CoRBEiL, typographie et sléréotypie de CRÉTi, 



I 



HÉTÉROGÉNIE 






ou 



TRAITÉ 

DE LA GÉNÉRATION SPONTANÉE, 

BASÉ SUR DE NOUVELLES EXPÉRIENCES , 
PAR 

F. A. POUCHET 

CORKESPONDANT DE l'iNSTITCT (aCADÉMIE DES SCIENCES), 

Directeur du Muséum d'hisloire naturelle de Rouen, 

Professeur à l'École de médecine et à l'École supérieure des Sciences de la même ville; 

Chevalier de l'ordre impérial de la Légion d'honneirr, oflïcier de l'ordre impérial du Lion et du Soleil • 

Membre des Sociétés de Biologie, philomatique , d'histoire naturelle et des Sciences physiques 

de Paris; membre fondateur de la Société impériale zoologique d'acclimatation de Paris; 

Associé de la Société d'Anthropologie -, membre de l'Académie des Sciences et des Lettres de Rouen, 

et des académies de Strasbourg, Toulouse, Caen, Cherbourg, Lisieux,\Veiiise, Philadelphie, 

Turin, Bruges; de la Société linnéenne et de la Société des Antiquaires 

de Normandie; correspondant du ministère de l'Instruction 

publique pour les travaux scientifiques , etc., etc. 

MuUa renascentm\ quœ jam'cecidere. 

HoR. , Art Poét. 

A-\1S.C TROIS PliAMCHES ORATKES. 



PARIS 



J. B. BAILLIERE et FILS, 

LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, 

rue Hautefeuille , 19. 

L.O.VDRES ( NEW-YORK 

HIPPOLÏIE BAlLLlÈRE, 21^, REGENT-STREET. | HIPP. ET CH. BilLLIÈRE FRÈRES, 440, BROADWAY' 

MADRID, G. BAILLY- BAILLIERE, GALLE DEL PRINCIPE, 11. 

1S59 









MONSIEUR P. RAYER, 

MÉDECIN ORDINAIRE DE SA MAJESTÉ l'empeREUR, 

MEMBRE DE LINSTITUT (ACADÉMIE DES SCIENCES), 

MEMBRE DE L' ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, COMMANDEuL DE L'ORDRE 

IMPÉRIAL DE LA LÉGION D'hONNEUR, 

PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DE BIOLOGIE, 

PRÉSIDENT DU COMITÉ CONSULTATIF d'hYGIÈNE PUBl'iQUE 

DÉ FRANCE, ETC., ETC. 



Monsieur et très-illustre Confrère, 

En plaçant votre nom en tête de cet écrit, je n'ai eu 
que l'intention de dédier celui-ci à l'un des savants dont 
s'honore le plus la France, et non d'en sauvegarder les 
doctrines à l'aide d'un patronage illustre. 

Vous remplissez une noble mission au milieu du tour- 
billon scientifique de notre époque ; c'est celle d'un homme 
qui, voué lui-même aux travaux intellectuels, aime à pla> 
cer sous son égide protectrice tous ceux qui s'en occupent 
aussi. 

J'ai été à même de pouvoir l'apprécier, et c'est un 
hommage public de ma reconnaissance que je me plais 
ici à vous adresser. 

F. POUCHET. 

Au Muséum d'histoire naturelle de Rouen, 15 juillet 18S9. 



PREFACE 




Cet ouvrage est le fruit de trois années d'expé- 
riences et de recherches incessantes. Lorsque , par la 
méditation , il fut évident pour moi que la génération 
spontanée était encore l'un des moyens qu'emploie la 
nature pour la reproduction des êtres, je m'appliquai 
à découvrir par quels procédés on pouvait parvenir à 
en mettre les phénomènes en évidence : là fut la tache 
laborieuse. Au milieu de mille essais infructueux, j'ai 
poursuivi celle-ci, sans relâche comme sans découra- 
gement , jusqu'au moment où l'expérience est enfin 
venue la sanctionner de toute son autorité. 

L'ensemble de cet ouvrage peut naturellement se 
partager en deux sections : la partie expérimentale , 
qui en est la seule fondamentale , et la partie théo- 
rique, qui n'en forme qii\ui fragment accessoire. 

Je n'ai eu pour but que de démontrer un fait , et 



VIII PRÉFACE. 

non d'en discuter l'essence et les nébuleuses théories. 

J'appelle toutes les sévérités de la critique sur la 
partie réellement essentielle de cet écrit; de cette cri- 
tique loyale et indépendante qui , en dehors des idées 
préconçues ou des passions, cherche la vérité partout 
où elle se trouve, et signale l'erreur avec une louable 
fermeté; de cette critique, enfin, qui honore autant 
ceux qui en sont l'objet que ceux dont elle émane. 

Je dois avouer qu'une telle critique m'a déjà été 
fort utile dans l'achèvement de cette œuvre. Deux des 
expériences qu'elle contient y ont donné lieu , et elle 
m'a permis de connaître quelles étaient ses exigences. 
Je me suis efforcé de m'y conformer. Ce sont ces 
mêmes conseils éclairés que je réclame encore aujour- 
d'hui. 

Mais en même temps que j'appelle toutes les sévé- 
rités de l'opinion sur la partie expérimentale , j'im- 
plore toute son indulgence à l'égard des théories. Sur 
celles-ci, chacun peut avoir ses idées, et les disputes 
incessantes n'éclairciront peut-être rien; aussi je serai 
heureux de voir écarter ce sujet, jusqu'au moment où 
l'on reconnaîtra généralement que le fait capital est 
incontestablement démontré, ce qui, je l'espère, n'est 
pas éloigné. 

Quelques naturalistes illustres de notre époque, en 



PRÉFACE. IX 

tête de leurs ouvrages, ont cru devoir protester avec 
amertume du peu d'encouragement qu'ils avaient 
trouvé dans les sphères élevées de l'enseignement. Je 
viens remplir une tâche plus douce, et parler de mes 
sentiments de reconnaissance envers les personnes 
qui m'ont entouré de leur protection. J'ai dû à M. le 
baron Ernest Le Roy, sénateur, préfet de la Seine- 
Tnférieure, un acte tout spontané de justice, et je me 
plais à lui en exprimer ma vive gratitude dans les 
premières lignes de ce livre , destiné probablement à 
se répandre dans tant de lieux divers. D'un autre côté, 
M. Verdrel, maire de Rouen , avec une bienveillance 
qui n'a été dépassée que par le sentiment de courtoisie 
qui l'accompagnait, a mis le directeur du Muséum 
d'histoire naturelle de Rouen dans une situation 
propre à faciliter ses travaux ; je dois l'en remercier 
bien vivement. 

Enfin, ce Muséum lui-même, auquel l'administra- 
tion de M. H. Rarbet et celle de M. Fleury ont donné 
une si grande impulsion, par ses laboratoires, si bien 
disposés pour la méditation et le travail , est venu 
aussi m'offrir les plus amples ressources. Là j'ai pu 
répéter presque toutes les expériences de mes devan- 
ciers, et en instituer un grand nombre de nouvelles. 

Je ne puis non plus ouiettre de dire que j'ai trouvé 



X PRÉFACE c 

en Angleterre les plus vastes moyens d'étude, dans la 
magnifique bibliothèque du British muséum. C'est 
un vrai paradis pour ceux qui se consacrent aux 
sciences; d'autres l'ont déjà exprimé avant moi. Je 
regrette sincèrement d'avoir à reporter à l'étranger 
une admiration pour une institution qui n'a point d'é- 
gale en France , où le manque absolu de confiance 
empêche de rien réaliser de grand dans cette direc- 
tion. Cependant, il serait injuste de ne pas dire que, 
si j'ai été loin de rencontrer les mêmes ressources, les 
mêmes matériaux, dans les bibliothèques de l'Institut 
et du Jardin des Plantes, j'y ai toujours rencontré la 
plus grande obhgeance de la part des hommes in- 
struits qui les dirigent. 



ERRATA. 



Page 113, lig. 4% au lieu de décomposition, lisez de composition. 

Page 138, lisez chapitre III. 

Page 152, au lieu de Muséum d'histoire naturelle de Rome, lisez 
de Rouen. 

Page 544, lig. iO^, au lieu de Rudolphi, lisez Redi. 



MiTHABD M. METOàLF, 



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HÉTÉROGÉNlÊ 




OU 



f r 



TRAITE DE LA GENERATION SPONTANEE 

CHAPITRE PREMIER. 

HISTORIQUE. 

La génération spontanée est la production d'un 
être organisé nouveau, dénué de parents, et dont 
tous les éléments primordiaux ont ététirés de la ma- 
tière ambiante. Celle définition se rapproche de 
toutes celles des physiologistes modernes, mais elle 
est seulement un peu plus explicite, plus précise. 

Cette génération, ainsi que l'exprime Burdach, 
étant la manifestation d'un être dénué de parents, 
est par conséquent une génération primordiale, une 
Création! L'illustre savant qui a soutenu si magnifi- 
quement l'existence de ce phénomène auquel il 
donne le nom dliétérogénie, ajoute qu'on le recon- 
naît partout où nous voyons paraître un corps or- 
ganisé sans apercevoir un autre corps de même na- 
ture dont il puisse procéder (1). 

i 

( l) Burdach, Trmïe de physiologie. Trad. de Jourdan, Paris, 1837, 
t. I, p. 8. 

POUCHET. 1 



f 



HETEROGENïE. 



C'est ce mode de reproduction qui a été successi- 
vement appelé génération primitive^ primigène^ ori- 
ginaire, directe, équivoque {\) elspontéparilé {2). 

La question de la génération spontanée a divisé 
les savants en deux camps opposés, et les hommes 
les plus illustres ont pris part aux luîtes animées et 
incessantes auxquelles ce grave sujet a donné lieu 
depuis tant de siècles. La victoire est encore indécise; 
aussi reste-t-il quelque gloire à conquérir pour celui 
qui la fera pencher de son côté. 

Pour nous, nous combattons à l'abri d'une ban- 
nière bien respectable et bien imposante, puisque 
déjà, dans l'antiquité, elle portait les noms d'Anaxa- 
gore, de Leucippc, de Démocrite, d'Épicure, d'Aris- 
tote, de Pline, de Lucrèce et de Diodore de Sicile; et 
que depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, on a vu 
successivement V^ inscrire ceux de Rircher, Rondelet, 
Aldrovande, Matthiole , Fabri , Bonanni, Burnet, 
Gassendi, Morison, Dillen, BufTon, GuéneaudeMont- 
béliard, Needham, Priestley, ïngsnhousz, Gleichen, 
Stenon, Baker, Wrisberg, Fray , Werner, 0. F. Muller, 
Braun, Pallas, Rudolphi, Bremser, Goeze, Nées 
d'Esenbeck, Eschricht, Unger, Allen Thomson, 
de Lamélherie, Cabanis, Lavoisier, Lamarck, Saint- 
Amans, Turpin Desmoulins, Latreille, Bory Saint- 
Vincent, Dumas, Dugès, Eudes Deslonchamps, Gros, 
Tiedemann, Treviranus, Bauer, J. Muller, Burdach, 



(1) BuRDACii, Traité de physioloyie. Paris, 1837, l. I, p. 8. 
[2] Dugès , Traité de phijsiologie comparée. Paris, 1839, t. II, 
p. 197. 



f:' 



HISTORIQUE. 3 

Carus, Oken, Yaientin, Dujardin, et A. Richard (1). 

Nous n'entendons nullement, en nous appuyant de 

l'autorité de tant d'hommes, dont la plupart se sont 

(1) Comp. Aristote, Histoire des animaux. l?airis,{lS3. — Traité 
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phie zoologique. Paris, 1809. Histoire naturelle des animaux sans 
vertèbres. Paris, 1 822. —Turpin^ Règne organique, p. 28. ■— Bory 



^ HETEROGENIE. 

illustres dans les sciences ou la philosophie, que 
leurs doctrines reposent toujours sur des bases so- 
lides, bien loin s'en faut; mais ce que nous préten- 
dons seulement, c'est que le sentiment de l'existence 
de la spontéparité était inhérente tous, et que tous 
le possédaient. 

Mais nous n'ignorons pas non plus que, d'un autre 
côté, il existe aussi des savants, dont quelques-uns 
ont une immense valeur, qui ont combattu vivement 
cette hypothèse: parmi eux on compte Redi, Vallis- 
neri, Swammerdam,Réaumur, Bonnet, Spallanzani, 
Andry, Virey, Cuvier, Flourens, Ehrenberg, I. Bour- 
don etLonge t (1). 

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(1 ) Comp. Redi, Expérimenta circa generationem insectorum. Am- 
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servir à l'histoire des insectes. Paris, 1734. — Andry, De la géné- 
ration des vers dans le corps de l'homme. Paris, 1741. — Bonnet, 



HISTORIQUE. • 5 

De Blainville et de Gandoile sont restés absolument 
indécis au milieu de tant de combattants, et plusieurs 
physiologistes modernes, tels que Martini, Béclard, 
les ont imités (1). 

Les antagonistes de la génération spontanéeont par- 
fois traité ses partisans avec une rigueur qu'on n'a ja- 
mais en défendant une loyale cause; et souvent même 
ils ont représenté leurs théories comme n'étant que 
le fruit de la démence; cependant les noms illustres 
qui abritent celle-ci de leur autorité, devaient avoir 
droit à plus de respects, et les opinions d'hommes 
qui ont tant honoré les sciences méritaient bien un 
simple examen avant d'obtenir une si dédaigneuse 
réprobation. 

Nous, nous combattons avec une armée plus ma- 
gnanime et plus disciplinée, et si nous aspirons à faire 
triompher nos opinions, confiant en nos forces, nous 
ne voulons devoir ce succès qu'à une lutte libre et 

Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 1762. — Spal- 
LANZAM. Opuscules de pliysique anim. et végét. Paris, 1787. — 
Saggio di osservazioni microscopiche concenienti il sislema délia 
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soires organisés complètement.) Leipzig, 1838. — Cuvier, Règne 
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et l'embryologie. Paris. 1835. Histoire des travaux de Buffon, 
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1830. — LoNGET, Traité de physiologie. Paris, 1841. 

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Physiologie végétale. Paris, 1832. — Béclard, Traité élémentaire 
de physiologie. Paris, 1856. — Martini, Éléments de physiologie. 
trad. de l'italien. Paris, 1824, p. 539. 



6 HETEROGENIE. 

vive peut-être, mais vierge de tout excès et de tout 
reproche. 

La vérité, comme le dit le savant Chevreul, est 
pour tout homme de bien, quelle que soit sa position 
dans le monde, ce qu'il y a de plus précieux; car tôt 
ou tard elle triomphera de l'erreur (1). Nous y comp- 
tons et nous avons foi en l'avenir et en nos travaux 
consciencieux. 

Descartes voulait qu'on examinât toutes les ques- 
tions scientifiques, même les plus invraiscniblables et 
les plus fausses, « afin, disait-il, de connaître leur 
«juste valeur et de se garder d'en être trompé.» 
C'est cette faveur que j'implore ici ; et je demande 
en grâce qu'on ne juge cet écrit qu'après l'avoir lu et 
médité (2). 

Nous devons avouer^, en débutant, que c'est en 
poussant leurs prétentions jusqu'au delà du possible 
et parfois môme jusqu'à l'absurde, que certains par- 
tisans de l'hétérogénie ont entravé une cause qu'ils 
prétendaient défendre. Fray est malheureusement 
tombé dans cet excès en prétendant avoir vu des 
limaçons et des vers de terre naître au milieu des 
substances organiques en fermentation (3). 

Est-ce la faute de cette sérieuse question, qui exi- 
geait les plus déHcates observations des naturalistes, 
les plus abstraites méditations des philosophes, si 

(1) Chkvreul, Lettres adressées à M. Villemain sur la méthode 
en général. Paris, 1856, p. 3. 

(2) Descartks, Discours delà méthode. Paris, 1845, p. 4. 

(3) Fray, Essai surPorigine des corps organisés et inorganisés. 
Paris, 1817. — - Burdacii, Phys., p. 17. 



HISTORIQUE. ' 

elle a subi de compromettantes interprétations? Les 
rêveries de ralchimie ont-elles fait condamner la 
science des Lavoisier et desDavy? L'immense savoir^ ^ 
d'Arislote est-il compromis pour avoir avancé qué^^^^^ 
j c'est du. Union de nos fleuves que naissent les an- . 
guilles(l)? 

Ainsi M. Camus se révolte à Tidée « d'attribuer à un 
assemblage fortuit ou au hasard, la production d'un 
être qui a des organes aussi parfaits dans leur genre, 
aussi propres à remplir la fin à laquelle ils sont des- 
tinés. Comment, ajoute-t-il, rapprocher jamais deux 
termes aussi éloignés que le sont une opération for- 
tuite et un résultat aussi parfait que l'est le corps 
d'un animal quelconque (2)? » 

Je ne me, soulève pas avec moins d'énergie contre 
cette idée que fie le fait ce savant helléniste ; c'est là 
justement qu'est le point culminant de la dissidence, 
el il faut bien spécifier que par génération spon- 
tanée, nous n'entendons pas plus que celle-ci forme 
un insecte de toutes pièces, que nous n'entendons 
qu'il naît fortuitement un homme dans l'ovaire delà 
femme. Mais nous prétendons seulement que, sous 
l'influence de forces analogues encore inexpliquées, 
et qui, comme le dit Cabanis (3), "resteront vraisem- 
blablement inexplicables, il se produit, soit dans les 
animaux eux-mêmes, soit ailleurs, une manifestation 

(i) Aristote, Histoire des animaux. Paris, 1783, p.* 367. — 
Traité de la géncration, iiv. 111, ch. ii. 

(2) Camus, Notes sur l'Histoire des anirnaux d'Aristote, p. 345. 

(3) Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme. 
Paris, 1824, t. Il, p. 236. 



rkcr^r 



8 HETEROGENIE. 

plastique qui tend à grouper des molécules; à leur 
imposer un mode spécial de vitalité dont il résulte en- 
fin un nouvel être, en rapport avec le milieu où ses 
éléments ont été primitivement puisés. 

J'espère que nous abordons la question sans am- 
bages. 

C'est en prêtant aux hétérogénistes de notre temps 
les prétentions des atomistes de l'antiquité, qu'on a 
soulevé contre eux de légitimes répugnances. Lais- 
sons à chaque siècle la responsabilité de ses doctrines 
et de ses erreurs, et n'entravons point la marche du 
nôtre en accumulant les fautes des autres époques; 
la gloire des sciences modernes n'a plus à compter 
avec les vieilleries des temps passés. 

Éludions la question dans ses proportions ra- 
tionnelles, et nous verrons ses adversaires dispa- 
raître. 

Lorsqu'on envisage celle-ci sous ce point de vue, 
on voit que l'épreuve que Balbus propose aux épicu- 
riens, et que reproduisent sans cesse tous les scolas- 
liques, n'est réellement qu'une puérilité (1 ). Car il ne ^,, 
doit pas être plus permis aux molécules de la matière 
de se grouper fortuilement dans l'ovaire d'un animal 
pour y donner naissance à un nouvel être, qu'il ne 
leur est permis de s'agglomérer dans un milieu diffé- 
rent pour arriver au même résultat. Il ne s'agit plus 

({) Camus, Notes sur Thistoire des animaux d'Aristote, p. 345. 
— Balbus voulait que les épicuriens, pour prouver leur système, 
jetassent épars une foule de caractères pour voir s'il résulterait 
jamais de leur groupement fortuit quelque poème suivi ou au 
moins quelques vers. Cicéron, De nat. Deor.^ lib. II. 



HrSTORIOUE. g 

ici que de savoir si l'Intelligence suprême, si ïordre 
de Dieu, comme l'appelait Van Helmonl dans son style 
poétique (1), a ou non permis que la même force 
plastique qui est mise en œuvre dans l'organisme des 
animaux et des plantes, puisse aussi, dans certaines 
circonstances, se manifester au milieu des débris de 
ceux-ci ; ou enfin si la même loi qui préside à la 
formation d'un ovule dans le tissu du slroma peut 
également élever à la puissance d'un œuf les molé- 
cules organiques dispersées en d'autres endroits. 

C'est dans une autre direction qu'on ne l'a fait gé- 
néralement qu'il faut considérer la génération spon- 
tanée. Lui prêter, comme on le fait, la création immé- 
diate d animaux parfaits, surgissant instantanément 
de a rencontre fortuite de leurs éléments au milieu 
de la matière, c'est nous reporter aux absurdités anti- 
ques, dont la critique a fait ample justice; et c'est 
prêter a ce mode de génération une puissance que n'a 
même pas la reproduction sexuelle, où tout com- 
mence par des phénomènes de l'ordre le plus obscur 
et se manifeste successivement. La génération spon- 
anee ne crée pas un être adulte, elle procède par 
les mêmes voies que la génération sexuelle, qui, 
comme nous le démontrerons, est elle-même d'abord 
un acte tout spontané, par lequel la force plasti- 
que rassemble dans un organe spécial les éléments 
primitifs de l'organisme. De façon que la généra- 
tion qu'on appelle sexuelle, comme l'ont déjà dé- 
montré nos travaux, est réellement précédée d'un 



(1) Van Helmont, Ortes mcAcm*. Amslerdam 1648 yi \jr^--^«. A 

(uj{lIBRARYJ:J 



10 HÉTÉROGÉNIE. 

phénomène tout individuel et tout spontané (1). 

Dans l'ovaire d'un animal, si la force vitale est 
réglée pour produire un être dont l'essence dérive 
des conditions particulières qu'y offre la matière ani- 
mée, il en est de même dans la substance proligère 
primaire; la force plastique y est réglée aussi pour 
produire des êtres dont l'essence dérive du milieu 
qui les engendre. Le contraire serait tout aussi anor- 
mal dans un cas que dans l'autre. 

C'est donc sur un autre terrain que nous voulons 
poser la question. Il faut absolument, pour la vider 
scientifiquement, la reporter au point initial, ei c'est 
ce que nous ferons dans tout le cours de cet ouvrage. 



§ I. — Antiquité. 

L'idée de l'existence des générations spontanées 
est si naturelle, qu'on en trouve des traces dans les 
plus graves écrits de toutes les nations et de tous les 
temps. J'avoue que celles-ci n'ont ordinairement 
rien de sérieux, surtout lorsqu'elles figurent dans les 
anciens mythes ou les croyances populaires, mais il 
n'en ressort pas moins un argument de quelque va- 
leur, c'est que la notion de la spontéparité est uni- 
versellement répandue, et a traversé tous les siècles 
de la civilisation. 

Dans les Juges, l'écrivain inspiré fait naître un es- 
saim d'abeilles de la corruption des entrailles d'un 

(1) PouciiET, Théorie positive de l'ovulation et de la féconda- 
tion dans les mammlCères el respècc humaine. Paris, 1847. 



HISTORIQUE. ANTIQUITÉ. H 

jeune lion, et Samson en dérobe le miel pour son 
festin. Plus loin,netrouve-t-on pas dans l'Ecclésiaste 
une idée des perpétuelles mutations de la matière, 
lorsque le sage Roi s'écrie : « Tout va en un même 
lieu, tout a été fait de poudre, et tout retourne en 
poudre (1)?» 

Le rabbin Ame cite des chapitres du Sanhédrin 
où il est question de souris et de vers que Ton 
croyait engendrés par le limon (2). 

La génération spontanée était presque un dogme 
pourlaplupartdes philosophes de l'antiquité, etcette 
sentence : Corruptio iinius est generalio allerim, res- 
tait incontestée comme l'expression d'une vérité fon- 
damentale. Pour eux, tous les animaux dont la géné- 
ration n'étalait pas ostensiblement ses mystères à 
nos yeux, étaient réputés comme naissant spontané- 
ment des éléments des corps parmi lesquels on les 
découvrait, sous l'influence fécondante delà chaleur, 
de l'air et de l'humidité. On attribuait même à la 
terre la formation des serpents, des rats et des tau- 
pes; à la fange des marécages, la production des gre- 
nouilles, des anguilles et do quelques autres poissons ; 
aux substances animales en putréfaction ou aux vé- 
gétaux, les divers insectes qui s'en nourrissent et en 
sortent parfois par légions innombrables (3). Et ces 



(i) BiBL. SAC, Juges, ch. xiv, v. 14. — licclésiaste, chap. m, 
V. 20. 

(2) Breciier, L^mmortalilé de rame chez les Juifs. Trad. de 
raliemaudpar I. Cahin. Paris, 1857. Sanh., 90, 91. 

(3) Aristote, Hisloire des animaux. Tiaii. de Camus, t. I, 
p. 313. — Lucrèce, Diodore de Sicile, etc. 



12 HÉTÉROGÉNIE. 

croyances furent admises par la plupart des écrivains 
jusqu'au seizième siècle. 

L'un des plus illustres et des plus anciens philoso- 
phes de la Grèce, Anaxagore, qui naquit l'an BOOavant 
l'ère chrétienne, avait déjà prêté la plus extrême ex- 
tension aux générations spontanées, en supposant 
qu'au commencement du monde les animaux avaient 
été formés à même la terre sous l'influence de l'hu- 
midité et de la chaleur (1). Mais, ce que le système 
d'Anaxagore offre de réellement remarquable, c'est 
le rôle qu'il fait jouer, dans la formation des 
corps, à l'élément coordonnateur. Il est le premier, 
à ce que dit Bayle, qui n'abandonne pas les combi- 
naisons de la matière au hasard, à l'aveugle fatalité, 
en professant qu'une intelligence élevée produisit le 
mouvement et débrouilla le chaos. Là il met en 
scène la cause efficiente et la matière passive, l'ou- 
vrier et les matériaux (2). 

Cependant c'est à Leucippeque l'on attribue géné- 
ralement l'invention du fameux système des atomes, 
qui a joué un si grand rôle dans la philosophie an- 
cienne et moderne, quoique plusieurs écrivains, 
ainsi qu'on peut le voir dans Strabon, en reportent 
l'origine au delà de la guerre de Troie (3), ce qui a 
été réfuté par T. Burnet (4) et Bayle. 

{{) DiOG. Laert., lib. II, num. 12.— Bayi.k, Dict. hisl. et crit., 
t. II, p. 21. 

(2) Bayle, Dictionnaire tiistorique et critique. Paris, 1820, t. 11^ 
p. 21. 

(3) Strabon, lib. XVI, p. 512. 

(4) T. Burnet, Archœol. philosoph., lib. 1, p. 314. Amster- 
dam, 1694. 



HISTORIQUE. — ANTIQUITÉ. 43 

L'hypothèse de Leucippe, qui a subi tant de déve- 
loppements dans les mains de Démocrite et surtout 
dans celles d'Épicure, et que Lactance a combat- 
tue à diverses reprises avec un si grand éclat (1) ; 
après avoir fourni de nombreux éléments aux di- 
vers systèmes des philosophes de toutes les épo- 
ques, semble jeter ses dernières lueurs dans les écrits 
de Kepler, de Descartes et de Gassendi, pour suc- 
comber tout à fait sous l'ascendant de la science 
actuelle (2). 

A l'égard de la doctrine des atomes, un incommen- 
surable espace sépare les physiologistes modernes et 
les philosophes anciens, car il n'existe rien de com- 
mun entre le rôle de ces atomes, à la rencontre for- 
tuile desquels presque tous ceux-ci prêtaient l'inces- 
sante production des globes et des créatures animées, 
et les modestes prétentions des hétérogénistes, qui se 
bornent à ne considérer que le point initial delà 
force vitale et de la matière. 

Mais, malgré la distance qui sépare tes atomistes 
anciens des modernes partisans de la génération 
spontanée, les exagérations des premiers n'en doi- 
vent pas moins trouver place dans l'histoire de celle- 
ci, parce que ce sont elles qui l'ont si amplement 
discréditée; leurs rêveries, confond^jes avec un phé- 
nomène positif, ont déprécié celui-ci à tel point que 
des esprits sérieux, sans se rendre compte de l'im- 

(i) Lactance, Divinar. Institution, lib. III, c. xvii, p. 190. — 
De ira Dei, c, x, p. 533. 

(2)Comp. Bayle, Dict, philos. Paris, 1820, t. IX, p. 196. — 
Id., t. Ylll, p. 549. 



14 HÉTÉROGÈNIE. 

mense difTérence des prétentions de l'une et de l'au- 
tre hypothèse, les ont toutes les deux confondues 
dans le même anaihème. Aussi demandons-nous ici 
que l'on forme une scission nette entre les atomistes 
et les spontéparistes ; leurs prétentions réciproques 
étant désormais bien tranchées, la vérité surgira plus 
facilement. 

Démocrite et quelques autres philosophes, ainsi 
que le confirm.ent saint Augustin et Plutarque, 
avaient cru que chaque atome possédait une âme et 
des facultés sensitives (1) , d'autres les leur avaient 
refusées. 

L'on est vraiment étonné de voir Plutarque et Ga- 
lien traiter sérieusement cette question, et être imités 
par quelques écrivains modernes (2). Dans l'hypo- 
thèse, disent les premiers, où chaque atome serait 
destitué d'âme et de faculté sensitive, on voit mani- 
festement qu'aucun assemblage d'atomes ne peut de- 
venir un être animé et sensible. Mais si chaque 
atome avait une âme et des sentiments, on compren- 
drait que les assemblages d'atomes pourraient être un 
composé susceptible de sensation et de mouvement. 
La diversité que l'on remarque entre les passions des 
animaux raisonnables et irraisonnables s'explique- 
rait par la combinaison différente des atomes; auda- 
cieuse hypothèse s'il en fut, que Bayle lui-même 
paraît cependant fort disposé à admettre (3). Mais ne 

(1) s. Augustin, epist. 56. — Plutarque, Adv. Coloten_, p. llH. 

(2) Plutarque, Adv. Culoten, p. 1 1 H. — Galien. 

(3) Bayle, Dict. philos., art. Leucippe. Paris, 1820, t. IX, 
p. 196. 



HISTORIQUE. ANTIQUITÉ. i5 

nous arrêtons pas davantage sur de tels errements 
qui ne sont plus de notre siècle. 

Ce que l'on a débité si souvent à l'égard des ato- 
mes a été reporté avec usure aux molécules organi- 
ques employées à la génération primaire ; mais c'était 
tout à fait sans fondement, car les spontéparistes ra- 
tionnels n'attribuent aucune activité spéciale aux 
particules des corps, et selon eux elles ne se grou- 
pent, pour former ceux-ci, que sous l'empire des mê- 
mes lois qui président à la formation de l'être dans la 
génération ovarique. Les molécules primaires ne sont 
pas plus capables de former instantanément une mo- 
nade adulte que l'ovaire d'un quadrumane de pro- 
duire un singe tout développé. Et je m'étonne qu'il 
faille arriver au dix-neuvième siècle pour s'aperce- 
voir qu'au point initial tout se passe de même dans 
les deux générations. 

Les prétentions des anciens philosophes au sujet 
de la génération spontanée ont été poussées jusqu'à 
rextrême. Ainsi, Anaximandre et Empédoclc, attri- 
buaient à cette génération tous les êtres vivants qui 
peuplèrent primitivement le globe; seulement ils 
pensaient qu'à leur apparition ceux-ci étaient loin 
d'avoir la suprême perfection qu'ils revêtirent après 
en se reproduisant (1). Aristote, selon les plus éclairés 
commentateurs, parait au contraire penser qu'à l'ori- 
gine des choses tout a été créé parla volonté divine, 
mais que malgré cela quelques animaux n'en sont 
pas moins produits par la génération spontanée (2). 

(1) Plutarque, De placit. philos., cap. xix. 

{2} Camus, Notes sur V Histoire des animaux, d'Aristote, p. 344. 



i6 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans ses écrits, le grand philosophe revient à di- 
verses reprises sur ce sujet, de manière qu'il est évi- 
dent qu'il a été pour lui l'objet de méditations sou- 
tenues. Il admet plusieurs sources à ce mode de 
production: tantôî, selon lui, les animaux se for- 
ment dans la terre putréfiée ; tan tôt dans les plantes, et 
enfin, tantôt dans les humeurs des autres animaux (1). 

Arislote, que Ton doit placer à la tête des plus 
illustres partisans de l'hétérogénie, lui donnait même 
beaucoup plus d'extension qu'on ne l'a généralement 
fait depuis. Dans son livre cinquième, qu'il consacre 
à l'étude de la Génération, le savant auteur de V His- 
toire des animaux émet que beaucoup de ceux-ci ne 
se propagent pas à l'aide d'êtres semblables à eux, 
et qu'ils s'engendrent de la matière lorsqu'elle se 
trouve dans des conditions particulières. Il généra- 
lise même ce précepte en prétendant « que tout corps 
«sec qui devient huniide, et tout corps humide qui 
«se sèche, produit des animaux, pourvu qu'il soit 
« susceptible de les nourrir (2). » 

Ainsi, il prétend que la fermentation du limon de 
la mer et des marécages donne fréquemment nais- 
sance à certaines espèces de poissons, en se fondant 
principalement sur ce que souvent les voyageurs ont 
observé que de nombreuses légions de ceux-ci appa- 
raissaient dans des marais absolument desséchés, lors- 
que les pluies y ramenaient une quantité d'eau suffi- 

(1) Aristote^ Hist. liv. V,ch. xv, xix, xxxi, xxxîi; liv. VI, ch. xv. 
— De la génération, liv. I,ch. i; 'iv. III, ch. ii. 

(2) Aristote, Histoire des animaux. Trad. de Camus, t. I, 
p. 313. 



HISTORIQUE. ANTIQUITÉ. 17 

sante(l). II cite particulièrement à ce sujet les marais 
des environs de Cnide, qui, à l'époque de la canicule, 
devenaient absolument à sec, et dans lesquels on 
voyait pulluler une espèce de muge, aussitôt que les 
premières pluies de l'automne y avaient ramené 
l'eau (2). «Il se forme, dit-il, de la même manière, 
« en Asie, à l'embouchure des fleuves, d'autres petits 
« poissons de la grosseur de ceux dont on fait les 
« sauces (3); » ailleurs il prête la même origine aux 
anguilles (4); selon ce philosophe, les chenilles de 
divers papillons ne seraient que le produit des plantes 
diverses sur lesquelles elles vivent (5), et il va même 
jusqu'à prétendre que certains insectes dérivent do la 
rosée qui baigne les feuilles à l'époque du prin- 
temps (6), et que les poux du corps s'engendrent 
spontanément dans les chairs et viennent ensuite sur« 
gir à la surface de la peau (7). 

Théophraste a été le continuateur de son maître 
relativement à ses opinions sur la spontéparité. On a 
de lui un livre sur les animaux qui apparaissent su- 
bitement : on le trouve dans la Bibliothèque de 
Photius(8). 



(1) Ahistote, Histoire des animaux. Traduct. de Camus, 1. 1, p. 363 

(2) Adanson dit quelque chose d'analogue des marécages de la 
Senegambie {Voyage au Sénégal). 

(3)ARisTOTE,///5^oirec;e«ammaMcc.Traduct.deCamus.t.I n 363 
(4) /g?., p. 367. ' yf- 

{^)ld., p. 287. 

(6) Id., p. 287. 

(7) Id., p. 3H. 

(8) F. Redi, Génération des insectes, coll. acad., t. \I, p. 443 cite 
ce livre. ' 

POUCHET. a 



18 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans la suite, les théories des philosophes grecs que 
nous venons de citer se répandirent parmi les écri- 
vains de la république et de l'empire romain , et 
plusieurs de ceux qui illustrèrent l'époque d'Auguste, 
les admirent même sans le moindre contrôle. 

C'est ici le lieu de rappeler Lucrèce, qui a traité 
son sujet comme poêle et comme physicien, et a si 
audacieusement développé les théories atomis- 
tiques de Leucippe et d'Épicure (1). Rien n'ar- 
rête ce penseur téméraire. Il croit possible , dit 
Bayle, que les mômes atomes doiit un homme a 
été composé, et, qui se dissipent par la mort, re- 
prennent, avec le temps, la même situation et repro- 
duisent un homme : mais il veut que les accidents de 
ce nouvel homme ne concernent en aucune manière 
le premier (2). 

Pline assure qu'il existe quelques animaux qui 
sont engendrés par des êlres non engendrés, et 
dont l'origine n'est nullement semblable à celle des 
autres espèces (3), et il assure aussi qu'il se forme 
une foule d'insectes ailés à même la poussière des ca- 
vernes (4). 

{{) LvciitcEf De rerum naturâ. Paris, 1680 : 

Nonne vides quaecumque morâ, fliiidoque liquore 
Corpora tabuerinl, in parva animalia verli? 

(2) Batle, Dictionnaire historique et critique. Paris, 1820, t. IX, 
p. 528. 

(3) Pline, Histoire naturelle, liv.X, ch. lxxxvii: ctQuaedamvero 
gigiimitur ex non genitis, et sine uUâ .^imili origine. » 

(4) Pline, Hist. nat,, liv. XII^ cité par Buffon, t. XI, p. 30, édition 
de Dcux-Ponls. 



HISTORIQUE. — ANTIQUITÉ. J9 

Diodore de Sicile, en décrivant le sol de la fer- 
tile Egypte, prélend que, lorsque le soleil échauffe 
et dessèche le récent limon du Nil, on voit sortir de 
cehji-ci une foule d'animaux dont l'origine ne peut 
être douteuse, puisqu'il en est encore parmi eux qui, 
incomplètement formés, débattent à la surface du sol 
leur tronc tout à fait achevé, tandis que leur train 
de derrière encore informe et incomplet reste adhé- 
rent à la terre (1). 

Ovide, dans de magnifiques vers, a raconté le même 
fait (2); et lorsqu'il décrit le déluge deDeucalion, il va 
même plus loin, en prétendant que c'est à la terre 
seule que fut abandonnée la reproduction des ani- 
maux (3). Plutarque dit lui-même, que le sol de l'E- 
gypte passait pour engendrer spontanément des 
rats (4), et Porphyre fait aussi mention de cette 
croyance (5). Enfin, tout le monde sait que Virgile 



(1) DioJORE DE Sicile, Bibliothèque historique. Paris, 1846, 
1. 1, p. 12. 

(2) Ovide, Métamorphoses, liv. I, v. 422 : 

Et eodem in corpore saepè 

Altéra pars vivit; rudis est pars altéra tellus. 

(3) Ovide, Métamorphoses. Paris, t. I, p. 35: 

Caetera diversis tellus animalia formis 
Sponte siià peperit... 

(4) Plutarque, Sympo^mcon^ lib. ÏI, p. 131. Par ce mot il faut 
entendre de petits mammifères de l'ordre des Rongeurs, car le Rat 
proprement dit était inconnu aux anciens. 

(5)Comp. Camus, Notes sur l'Histoire des animaux d'Aristote, 
p. 711. — YiLLENAVE, IS'otes sur les Métam. d'Ooide^ p. 129. 



20 HÉTÉROGÉNIE. 

prétendait que les abeilles naissaient au milieu des 
chairs en putréfaction d'un taureau (1). 

I II. — Moyeu àgc. 

A l'époque du moyen âge, les écoles étant sous 
l'empire absolu de la philosophie péripatéticienne, les 
idées des maîtres de la scolastique, lorsqu'ils ne 
turent pas entraînés par le sentiment chrétien , 
rappellent évidemment celles du chef de l'école an- 
tique. C'est ainsi qu'Avicenne, dans son ouvrage sur 
les Déluges, prétend qu'après les grandes inonda- 
tions du globe, de nouvelles races d'hommes se sont 
produites à même les amas de cadavres humains 
abandonnés par l'eau (2). 

Les auteurs citent encore comme l'un des parti- 
sans de la génération spontanée , Crescenzi, le plus 
savant agriculteur du moyen âge (3). Et, d'aprèseux, 
celui-ci, à l'exemple des anciens, prétendait que des 
essaims d'abeilles pouvaient naître des entrailles d'un 
taureau. 

§ III. — Renaissance. 

A l'époque de la Renaissance et durant les pre- 

{\] ViRGiLF, Géorg'.^ épis. d'Aristée. 

(2) AviCENNE, De congelatione et conglutinatione lapidum, dans 
Ars anrifera. Baie, 1610, t. I. — Villenave, Métam. d'Ovide, Paris, 
1806. Notes, t. l, p. 129. 

(3^ Ci!é par Rf.di, Générât, des ins., collect. académ., t. VI, 
p. 42i. — Je pense qu'il est question ici du célèbre agronome du 
moyen âge, n'ayant pu vérifier cette citation. 



HISTORIQUE. — RENAISSAMCE. 21 

mières années qui la suivirent, les écoles, malgré l'ef- 
fort des deux Bacon (1), ne s'étant point encore 
soustraites au joug delà philosophie du Stagyrite, il 
en résulta nécessairement que les idées du chef inat- 
taquable y furent généralement professées, et que 
presque tous les savants d'alors, à l'exemple d'Aristote, 
admirent, sans le moindre doute, l'existence des gé- 
nérations spontanées. Parmi eux, on peut citer prin- 
cipalement Matthiole, qui n'hésite pas à considérer les 
grenouilles comme naissant du limon des maré- 
cages (2) ; Cardan, qui prétend que l'eau engendre 
les poissons et que beaucoup d'animaux naissent de 
la putréfaction (3). 

On peut ajouter à ceux-ci, Aldrovande (4), Séb. 
Munster (5), Rondelet (6), Licelus, (7), Moufet (8), 
Jonston (9), Th. Bartholin (10), Gassendi (1 j), Scali- 

(1) RogerBacon, Opus majus. Londres, 1733. — François BacOi>;, 
Novum organum. Paris^ 1843. 

(2) Matthiole, Commentarii in sex libros Vedar. Dioscorid. Ve- 
nise, trad. de J. Desmoulins, p. 216. 

(3) Cardan, De subtilitate, trad. franc. Rouen, 1542, p. 256. 

(4) Aldrovande, Opéra omnm. Bononiae, 1642. 

(5) Séb. Munster, Cosmographie universelle. Paris, 1575. 

(6) Rondelet, Universœ aquatilium historiée pars altéra, etc. 
Lyon, 1554. 

(7) LicETUS, De monsim. Amsterdam, 1665. 

(8) Moufet, Insectorum sive minimorum animalium theatrum. 
Londres, 1634. 

(9} JoNSTON;, Theatrum universale omnium animalium. Amster- 
dam, 1718. 

(10) Th. Bartholin, De vermibus in aceto et semme. Copenhague, 
1671. 

(11) Gassendi, De vita, moribus et placitis Epicuri. Lyon, 
164S. 



HETEROGENIE. 



ger (1), qui pour la plupart admirent sur ce sujet 
les errements des anciens (2). 

Vers l'époque de la Renaissance, la cause de l'hé- 
térogénie fut aussi embrassée sans scrupule par plu- 
sieurs religieux, et entre autres par quelques jésuites, 
qui ont joui d'une grande réputation scientifique, 
tels que le P. Kircher, connu par sa vaste érudi- 
tion (3); leP.Fabri, savant mathématicien français, 
qu'on prétend avoir connu la circulation avant Har- 
vey, et qui mourut à Rome grand pénitencier du 
pape (4); puis le P. Ronanni , naturaliste et anti- 
quaire italien (5), et enfin le P. Cabée (6). 

Dans son Mundus suhterraneus ^ le P. Kircher a 
écrit de longs et curieux chapitres sur la question 
qui nous occupe et il s'en déclare l'un des plus ar- 
dents partisans. Pour lui, les exemples abondent, et 
il en trouve même des plus extraordinaires. La fer- 
veur du savant jésuite était telle pour- cette thèse, qu'il 
allait jusqu'à prétendre que des fragments de tiges de 
certains végétaux, en tombant dansleaus'y transfor- 
maient en animaux divers; et, pour convaincre ses 
lecteurs^ il a même fait reproduire quelques figures de 

(1) ScALiGER, Traduction latine de l'Histoire des animaux d'Aris- 
tote. Toulouse, 1619. 

(2) Comp. Redi, Génération des insectes, coll. acad., t. VI, 
p. 424. 

(3) P. KiRCHEK, Mundus subterraneus. 

(4) P. Fabri, Traclatus duo ; quorum prior est De plantis, et de 
generatione animatium ; posterior Dehomine. Paris, 1666. 

(5) BOi^A^Nl, Observationes circa viventia, quœ viventibus repe- 
fiuntur, cum micrographiâ curiosâ. Rome, 1691. 

(ô) Cabée. 



HISTORIQUE. — RENAISSANCE. 23 

ceux-ci dans son œuvre (1). Là il présente les choses 
avec tant d'assurance que Redi ne dédaigna pas d'es- 
sayer deles vérifier par l'expérience (2). Le P. Kircher 
avait une si grande ferveur pour la cause de la gé- 
nération spontanée qu'il allait jusqu'à professer qu'il 
suffisait d'ensemencer la terre avec des serpents pul- 
vérisés pour récolter une moisson d'ophidiens! 

Le P. Bonanni , naturaliste connu par son livre 
sur la conchyliologie (3), a été aussi l'un des plus 
zélés partisans de la génération spontanée (4), et ses 
opinions ont eu de son temps assez de retentisse- 
ment pour que Redi ait aussi cru devoir lui répon- 
dre (5). Tl a même été assez avancé pour prétendre 
que les diverses espèces animales et végétales, en se 
décomposant, produisaient chacune des espèces par- 
ticulières; opinion que BufPon a lui-même repro- 
duite lorsqu'il était dans toute la maturité de sa car- 
rière (6). 

Amis du merveilleux et frappés de Tétrange aspect 
de tous ces monstres plus ou moins authentiques 
qu'ils décrivirent dans leurs œuvres, Aldrovande et 

(1) KiRCiiER, Mundus SM5ierrane«5. Amsterdam, 1778, lib. XH 
De panspermiâ rervm, p. 371. 

(2) J. Redi, De la génération des insectes, coll. acad., t. VI, 
p. 443. 

(3) BoNAisNT, Ricreazione delV occhio e délia mente nelV osserva- 
zione délie chiocciole. Rume, i681. 

(4) BoNANM^ Observaiiones, etc. 

(5) F. Redi, Osservazioni intorno agli animali viventi che si 
trovano neg'i animali viventi. Florence, 168 i. Trad. de la coll. 
acad., t. VI, p. 487. 

(6) BuFFON, Hist. na^^ Suppléments. Deux-Ponts, 1786, t. 11» 
p. 38. 



24 HÉTÉROGÉNIE. 

Licetus (1) se déclarèrent naturellement partisans de 
la génération spontanée. L'audace du premier n'est 
arrêtée par rien. Dans son Ornithologie, il existe 
même un passage fort curieux dans lequel il expose 
que les bernaches sont produites par certains arbres 
qui habitent le nord de notre continent; et, pour 
mieux persuader ses lecteurs, il consacre une grande 
planche à illustrer ce sujet. Celle-ci représente un 
arbre portant des anatifes en guise de fruits, et au- 
dessous de celui-ci des bernaches, qui sont censées en 
être sorties, nagent à la surface d'un lac (2). Séb. 
Munster a reproduit une fable analogue, et l'a aussi 
illustrée par une figure dans son important ouvrage. 
D'après cet érudit, ce serait un arbre des rivages des 
Orcades qui produirait les bernaches, et il représente 
même celles-ci sortant de ses fruits oviformes (3). 
Enfin, je me plais à croire que, par respect pour 
notre espèce, Rondelet (4), Gesner (5), Theuet (6), 
A. Paré (7), Olaus Magnus (8) et Aldrovande (9) ont 

(1) AldrovaîsdE;, De mollibus crustaceis, etc., p. 583. — Licetus, 
Demonstris. Amsterdam, 1065. 

(2) AiJ)RO\ A^BE y De moUibus crustaceis, etc., p. 543, appelle ce 
prétendu U^miConcha anatifera. 

(3) S. Munster^ Cosmographie universelle. Paris, 1575, t. I, 
p. 100. 

(4) Rondelet, Libri de piscibus marinis. Lyon, 1554. 

(5) Gesner^ Historiœ animalium. Tiguri, 1551. 

(6) Theuet, Cosmographie, eh. x-xxii, etc. 

(7) A. Paré, OEuvres chirurgicales, édition de J. F. Malgaigne. 
Paris, 1841, t. III, liv.XlX. 

(8) Olaus Magisus, Historiade gentibus septentrionalibus. Rome, 
1555. De piscibus monstruosis. 

(9) Alorovande, Monstrorum historia. Bologne, 1642. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 25 

dû considérer comme le produit d'une génération 
anormale ces monstres étranges, dont leurs œuvres 
renferment de longues descriptions ou d'incroyables 
dessins, véritables conceptions d'une crédulité sans 
bornes ou d'une imagination en démence. 

Cependant nous devons avouer, en terminant, que 
quelques-uns des savants de la Renaissance, vaincus 
par l'observation , pour concilier celle-ci avec la foi 
qu'imposaient les doctrines du raaîlre révéré, s'effor- 
cèrent déjà de trouver quelques expédients. Ronde- 
let fut du nombre. Tout en admettant avec Aristole 
que les anguilles s'engendrent spontanément du li- 
mon en putréfaction, il ajoute que, cependant, dans 
certaines circonstances, ces poissons sont également 
le produit du rapprochement des sexes (t). 

§ IV. — Époque moderne. 

L'époque moderne fut remarquable par l'accrois- 
sement extrême des partisans de la génération spon- 
tanée. La découverte du microscope ne contribua 
pas peu à ce résultat. Le monde nouveau d'êtres or- 
ganisés que cet instrument révélait; ces animalcules, 
dont l'infinie petitesse étonnait tous les observateurs, 
leur paraissaient ne pouvoir s'expliquer qu'en suppo- 
sant que la matière elle-même parvenait à s'animer. 
La plupart des savants, en voyant surgir presque sous 
leurs yeux ces myriades d'aniaialcules nouveaux 
pour eux, supposaient même avoir pris la nature 

(l) Rondelet, Des poissons de rivière, chap. xx. 



26 HETEROGENIE. 

sur le fait; quelques-uns seulement doutaient en- 
core. On reconnaît, d'après cela, que durant les 
deux derniers siècles qui ont précédé noire temps, 
l'histoire de l'hétérogénie se lie intimement à la dé- 
couverte et aux perfectionnements du microscope; 
les partisans ou les adversaires de cette hypothèse 
ayant souvent trouvé dans l'emploi de cet instrument 
des arguments nouveaux pour l'appuyer ou la com- 
battre ! 

Aussi, d'après nous, l'histoire des découvertes qui 
doivent être embrassées pour apprécier tout ce qui 
concerne l'hétérogénie, doit-elle se diviser, pour l'é- 
poque moderne, en trois périodes, qui sont aussi les 
trois grandes phases de l'histoire des microzoaires. 
La première ne comprend que les temps où le mi- 
croscope simple est employé; c'est une époque d'in- 
vestigation superficielle; on ne voit guère y briller 
queLeeuwenhoek, Hartsoeker et Baker. La seconde 
commence au tenips où le microscope composé est 
inventé et permet un plus scrupuleux examen des 
faits; c'est l'époque durant laquelle Needham, Buffon 
et 0. F. Muller font leurs observations. Enfin, on ar- 
rive au dernier perfectionnement de l'instrument ou au 
microscope achromatique; c'est la troisième période, 
alors que les Ehrenberg, les Dujardin, les Yalenlin et 
les Czermak (1) font leurs beaux travaux sur l'orga- 
nisation des microzoaires ; et ce fut seulement alors, 
aussi, que l'on parvint à embrasser toute l'immen- 
sité du monde nouveau révélé par cet instrument. 

(i) Valentin, Nov. act. nat. cur., t. XIX. ~ Czermak, Beitraege 
zu der Lehre von der Spermatozoen. Vienne. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 27 

L'imagination n'avait rien supposé d'aussi extraordi- 
naire! Ce fut alors qu'on put découvrir ce Monas 
crepuscidiis, Ehr., dont le dianriètre n'a guère que 
0,0005 de millimètre, ténuité qui est telle que 
M. R. Owen suppose qu'une seule goutte d'eau en 
contient parfois cinq cents millions d'individus, 
nombre qui égale celui de res[)èce humaine répan- 
due à la surface de la terre (1). 

Les premiers observateurs qui firent usage du 
microscope, étonnés de tant d'êtres inattendus qu'il 
leur révélait et n'ayant encore que des instruments 
assez imparfaits, admirent généralement la généra- 
tion spontanée; mais lorsque de grands perfectionne- 
ments permirent de mieux apprécier les objets et de 
découvrir que des animalcules, que l'on avait consi- 
dérés précédemment comme de simples fragments 
de gélatine doués de formes et de \ie , possédaient 
parfois une organisation fort avancée , l'opinion de 
quelques naturalist^es fut ébranlée et les doutes com- 
mencèrent à surgir parmi eux. Il y a donc, comme 
nous venons de le dire , une liaison intime entre 
l'histoire de la génération spontanée et celle du mi- 
croscope, si souvent invoqué pour en dissiper les 
ténèbres. 

l» Microscope simple (dix-sepliéme siècle). 

La Hollande peut, ajuste titre, revendiquer d'avoir 

(l)R. Owen, Lecture on the comparative Anatomy and Physiology 
of the Inverlebrate Animais. Londres, 1843, p. 18. — « Nuniber 
equjilling thaï of Ihe whole human species now existing upon 
the surface of the earth. » 



28 HÉTÉROGÉINIE. 

été le berceau de la micrographie, car ce fut dans ce 
pays que Leeuwenhoek et Hartsoeker employèrent 
pour la première fois le microscope, dont ils se dis- 
putèrent si vivement l'invention. 

Mais ces premiers investigateurs n'employèrent 
que des microscopes simples, et leur patience infinie, 
leur sagacité, en triomphant de tous les obstacles, 
leur permirent cependant, malgré l'imperfection de 
leurs instruments, de faire une foule d'observations 
précieuses qui ont servi de point de départ à la 
science des infiniment petits. 

Leeuwenhoek, que la Hollande compte au nombre 
de ses plus illustres enfants, n'en a jamais possédé 
d'autres; et ce fut avec ceux-ci que ce savant, que 
Ton considère ajuste titre comme le père de la micro- 
graphie, fit ses plus importantes découvertes. On 
peut encore vérifier cette assertion dans les collec- 
tions de la Société royale de Londres ; car, en mou- 
rant, il légua à ce corps savant, dont il était membre, 
tous ceux dont il s'était servi (1). 

A l'aide de ses microscopes simples, Leeuwenhoek 
découvrit les animalcules spermatiques, découverte 
qui eut un immense retentissement, ainsi que quel- 
ques autres animalcules qui dérivent évidemment de 
la génération spontanée (2) . Cependant ce naturaliste 
n'en fut pas moins un ardent antagoniste de cette 
thèse, dont on aurait cru qu'il devait être le défen- 

(1) Baker dit que les plus fortes lentilles de Leeuwenhoek ne 
grossissaient les objets que cent soixante fois en diamètre. Glei- 

CHEN, p. 15. 

(2) Leeuwenhoek, Arcana naturœ détecta . Delft, 1695. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 29 

seur-né. Quelques auteurs, avec M. Dujardin, ont 
attribué àLeeuwenhoekla découverte des infusoires; 
mais Ja sagacité du micrographe liollandais s'est plu- 
tôt exercée sur d'autres animalcules que sur ceux des 
infusions proprement dits, et il possède assez de 
titres de gloire sans qu'on ait besoin d'y ajou- 
ter celui-ci (1). 

Lorsqu'il est question de Leeuwenhoekj on ne peut 
oublier de citer Hartsoeker, qui fut son émule et eut 
de si vives luttes avec lui à l'égard de la priorité de la 
découverte des animalcules spermatiques et de divers 
autres sujets. Ce savant, qui a écrit plusieurs traités 
sur l'optique, a acquis plus de célébrité comme physi- 
cien que comme micrographe (2); cependant il s'est 
aussi occupé des animalcules microscopiques, qu'il 
n'observa également qu'avec de simples lentilles (3). 
Hartsoeker s'est encore fait remarquer par ses étran- 
ges conjectures concernant certains êtres organisés. 

En renouvelant l'hypothèse de la panspermie, ce 
physicien imagina que les germes invisibles des ani- 
malcules spermatiques voltigeaient dansrair,et qu'ils 
entraient dans le corps des animaux par la respira- 
tion ou avec les aliments; puisque ceux qui conve-- 
naient à chaque espèce se rendaient aux organes gé- 
nitaux des mâles, où ils subissaient leurs divers déve- 
loppements. Mais cette étrange hypothèse ayant été 

(1) DujARDîN, Dict. univ. d'hist. nat. Paris, 1846, art. Infu- 
soires, t. VII, p. 43. 

(2) Hartsoeker, Principes de physique. 1696. 

(3) Il se servit d'abord de lentilles fabriquées avec des fils de 
verres exposés à la flamme d'une chandelle. 



30 HÉTÉROGÉNIE. 

abandonnée par lui, il admit ensuite que la forma- 
tion des êtres dépendait à' une force plastique intel- 
ligente qu'\, comme une espèce d'âme végétative, pré- 
side à leur création et régit le jeu régulier de leurs 
fonctions. Hartsoeker a développé ce système dans 
plusieurs de ses ouvrages ( 1 ) . 

Ainsi que le fait observer Fonfenelle, Tâme plasti- 
que ou formatrice du physicien hollandais est fort 
analogue aux natures plastiques de Cudworlh qui ont 
compté tant de partisans, si ce n'était que ces der- 
nières, selon le philosophe anglais, agissent sans con- 
naissance, tandis que la force plastique d'Harlsoeker 
est intelligente (2). 

Un naturaliste liollandais qui vivait vers la même 
époque que les deux savants précédents, Goedaert, 
semble admettre la génération spontanée des insec- 
tes, puisque l'on trouve cette phrase dans son ou- 
vrage : « Les vers s'engendrent de toute substance et 
lesani.naux terrestres, comme les aquatiques, en pro- 
duisent à foison (3). » 

Baker, micrographeanglais qui a joui d'une grande 
célébrité durant le siècle dernier, ne se servait aussi 
que du microscope simple, et ce fut à l'aide de celui- 
ci qu'il ajouta si amplement aux travaux de Leeuwen- 

(!) Hartsoeker, Conjectures physiques. Amsterdam, 1706. — 
Éclaircissements sur les Conjectures physiques. Amsterdam, 1710. 
— Suite des Conjectures physiques et des Éclaircissements sur les 
Conjectures physiques. Ainslerdam, 1712. 

(2) FoNTENKLLE, Éloge d' Hartsoeker . Paris. — Cudworth, True 
intellectual Sy.'^tem of the Universe. Londres, 1678. 

(3) GoEDAEUT, Histoire naturelle des insectes. Amsterdam, 1700. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 3i 

hoek, en décrivant, mais il est vrai assez imparfaite- 
ment, un assez grand nombre d'animalcules qui 
avaient échappé à ce savant, et qu'il observa dans l'eau 
des marais et dans les infusions de foin et de quel- 
ques autres plantes (1). 

L'hypothèse de la génération spontanée avait tra- 
versé une succession de siècles sans que l'on songeât 
même à l'attaquer, mais nécessairement, en passant 
parle critérium de l'école expérimentale de la Renais- 
sance, elle perdit une partie de son prestige. Les 
premiers coups lui furent portés dans l'Académie 
del Cimento d'immortelle mémoire; là, au dix-sep- 
tième siècle, Redi, qui en fut l'un des plus illustres 
membres, démontra par de nombreuses expériences 
que beaucoup d'insectes que l'on avait crus s'engen- 
drer spontanément dans les chairs en pulréfaclion, 
ne se dérobaient pas à la loi générale. Cet expérimen- 
tateur ayant recouvert des viandes en putréfaction 
avec une gaze, reconnut qu'aucun ver ne naissait 
à leur surface, et que les mouches attirées par l'odeur 
infecte de la chair voltigeaient sans cesse autour de 
l'appareil; et, dans l'impossibilité d'approcher de la 
substance qu'il contenait, se bornaient à déposer 
leurs œufs sur la gaze vers les points les plus rappro- 
chés de la viande. Cette expérience fut répétée avec 
du fromage et diverses autres substances, et toujours 
elle eut le même résultat; aussi la conclusion du sa- 
vant italien fut « que les vers qui naissent dans les 



(1) Baker, The Microscope made easy. London, 1743. — Em- 
ployment for tlie Microsc. 1752. 



32 HÉTÉROGÉNIE. 

chairs y sont produits par les mouches et non par 
ces chairs elles-mêmes (i). » 

Les expériences de Redi eurent à son époque un 
immense retentissement, et il les compléta à son 
point de vue en soutenant que les entozoaires qui 
s'engendrent dans les autres animaux, et qu'on regar- 
dait comme étant essentiellement le produit de l'hé- 
térogénie, avaient des organes sexuels et suivaient, 
pour se reproduire, la voie normale (2). 

C'était là, comme on le voit, toute une révolution 
dans les idées généralement admises; cependantRedi, 
qui fut certainement trop facile à l'égard des vers in- 
testinaux, manqua d'audace lorsqu'il s'agit des insec- 
tes qui s'engendrent à l'intérieur des tissus des plan- 
tes; il crut que ceux-ci pourraient bien dériver d'une 
génération spontanée. 

Redi, dont les travaux ont encore une grande 
célébrité, avait victorieusement renversé toutes les 
traditions de l'antiquité concernant la génération 
encore inexpliquée d'une foule d'animaux inférieurs. 
Mais après avoir bien convaincu son époque que ceux- 
ci ne naissaient nullement par des voies anormales, 
mais simplement à l'aide d'œufs, cet heureux nova- 
teur voulut trop généraliser ses observations, en 
prétendant que ce mode de reproduction est uni- 
versel. Là est le reproche qu'on peut lui adresser; 
cependant il faut dire que lorsqu'on lit attentivement 
son œuvre, on y rencontre de place en place quel- 

(1) Redi, Esperienze intorno alla generazione degl' insetti. 1638. 

(2) Redi, Osservazioni intorno agli animali viventi che si trovano 
negli animali viventi. 1684. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 33 

ques aveux indiquant qu'il n'était pas parfaitement 
convaincu; aveux qui s'élèvent contre les préten- 
tions de ceux qui rangent l'illustre naturaliste de Flo- 
rence parmi les adversaires absolus de l'hétérogénie. 

Il suffit de citer quelques passages des œuvres de 
Redi pour se convaincre de la vérité de ce que nous 
avançons. Au début de son Traité de la génération 
des insectes, il semble déjà refuser le combat, en 
disant qu'il ne prétend nullement examiner les opi- 
nions des philosophes, ni se prononcer à leur égard (1 ). 
Presque immédiatement après avoir parlé de la 
création , il dit qu'il est porté à croire que depuis 
celle-ci, la terre n'a produit d'elle-même aucun être 
organisé, et il ajoute, enfin^ qu'il \ui paraît vraisem- 
blable que toutes les espèces se perpétuent par des 
semences (2). De telles assertions sont loin d'être 
aussi explicites qu'on le prétend. 

Plus loin, le doute est encore plus manifeste; et 
là, il est impossible de ne pas voir que le savant 
florentin admet aussi la génération spontanée. En 
parlant des vers qui habitent les végétaux, il prétend 
que leur génération s'opère de deux manières : 
« L'une, dit-il, c'est lorsque ces vers viennent du 
dehors; l'autre, qui ne me paraît point incroijable^ 
c'est que la même vertu qui produit les fleurs et les 
fruits y fait naître aussi les vers qui se trouvent ren- 
fermés dans ceux-ci (o). » 

(1)F. Redi^ Expérimenta circa generationem insectorum. Ârnsle- 
lodami, 1671^ p. 24. 

(2) F. Redi, 26. 

(3) F. Redi, Expériences sur la génération des insectes. Trad. 
coUect. acad.ji.VI, p. 447. 

PoUCHIiT. 3 



34 HÉTÉROGÊNIE. 

Mais lorsque Redi arrive aux vers intestinaux , il 
ne résiste plus à l'évidence, et là, il en explique 
franchement l'apparition en invoquant la génération 
spontanée. On lit dans un de ses chapitres : « Je suis 
porté à croire que toute matière vivante peut d'elle- 
même produire quelques vers qui se transforment 
en insectes volants... » Et deux lignes plus bas, il 
ajoute : « Je suis très-porté à croire que les vers et 
les autres insectes qui se trouvent dans les intestins 
et dans les autres parties du corps humain s'y en- 
gendrent de la même manière (1). » Redi, ainsi 
qu'on le voit, ne doit donc pas être compté au nom- 
bre des adversaires absolus de l'hétérogénie ! 

Dans d'autres circonstances, Redi, malgré la na- 
ture de ses travaux et son opinion, arrêtée , a plu- 
sieurs fois failli à ses convictions. Ainsi , en parlant 
de larves qu'il a observées à diverses reprises dans 
le crâne des cerfs, et dont il donne la figure dans 
son œuvre (2), il dit que le même principe actif et 
vivifiant qui produit ces petits animaux dans la tête 
des cerfs et des moutons donne peut-être aussi nais- 
sance aux poux qui tourmentent les hommes, les 
quadrupèdes et les oiseaux (3). N'omettons pas ce- 

(1) F. Redi^ Expériences sur la génération des insectes. Coll. 
acad., t. VI, p. 458 Osservazioni intorno agli animali viventi che 
si tiovanonegli animali viventi. Florence, 1684. 

(2) F. Redi, Expérimenta circa generationem insectorum. Ams- 
terdam, 1771, p. 303. Aristote avait déjà parlé de ces vers ou lar- 
ves que l'on trouve dans la tête des cerfs. Hist. des anim., liv. II, 
ch. XV. 

(3) F. Redi, Expérimenta circa generationem insectorum, Ams- 
terdam, 1771, p. 309,el CoUect. académique, p. 460. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 35 

pendant de dire qu'il ajoute qu'il est porté à croire 
avec J. Sperlingius, que ces insectes naissent des 
œufs déposés par les femelles (1). II est bien ques- 
tion ici d'un insecte, et non d'un cœnure, ce que 
quelques naturalistes avaient pensé (2), car Redi 
représente exactement sa larve dans ses planches. 
Ainsi donc voici le chef des adversaires de Thété- 
rogénie que nous surprenons doutant à plusieurs 
reprises. 

Mais la lacune que l'illustre médecin florentin 
laissa dans son œuvre fut rapidement comblée par 
Vallisneri, qui fut l'élève et le continuateur des Ira- 
vaux de Redi, et qui traita le môme sujet avec plus 
de sévérité que son maître, en n'y admettant aucune 
exception. En effet, Yallisneri dans ses Dialogues^ 
publiés en 1700, démontra que les insectes qui ré- 
sident à l'inléricur des plantes se reproduisent aussi 
par les lois ordinaires de la génération (3).. 

Enfin, vers la même époque, Swammerdam con- 
tribua avec Redi et Yallisneri à former le trio auquel 
revient toute la gloire du premier effort vigoureux 
dirigé contre riiypothèse, si populaire, alors de la 
génération spontanée. Ce grand observateur, en dé- 
crivant la reproduclion des insectes, dans sa Bible 
de la nature j et en suivant les diverses phases de 
leurs merveilleuses métamorphoses, est venu appor- 
ter aussi d'incontestables preuves en faveur de tout 

(\) J. Sperlingius, Zoologie. ^ 

(2) Gérard, Dict. univ. d' hi st. nat. Paris ^ 1845, p. 57. 

(3) Vallisneiu,. Dialoghi fra Malpighi e Plinio intorno la curiosa 
origine di molli insetti. Venise, 1700. 



36 HÉTÉROGÉNIE. 

ce qu'avaient avancé les deux savants italiens (1). 

Swammerdam ne paraît être que le trait d'union 
qui relie les travaux de Redi à ceux de notre épo- 
que ; il embrassa naturellement les vues de l'illustre 
médecin de Cosme 111 , dont il ne fut , en quelque 
sorte, que le continuateur; mais Swammerdam se 
montra beaucoup plus inexorable que son prédéces- 
seur envers les générations spontanées (2). Il combat 
victorieusement, il est vrai , quelques vestiges de la 
crédulité des anciennes époques, encore abondam- 
ment dispersés dans les écrits des savants d'alors, 
mais il n'attaque aucun des faits transcendants que 
la science et la philosophie modernes ont évoqués 
avec autorité pour démontrer Thétérogénie. Et d'ail- 
leurs , Swammerdam ne possédait guère le calme 
d'esprit nécessaire pour éclairer toutes les obscuri- 
tés de la question; ses relations avec Antoinetle Bou- 
rignon l'avaient conduit à une vie ascétique peu propre 
à la découverte de la vérité ; aussi l'antagonisme de 
Swammerdam est-il d'une moins grande importance 
pour nous que celui de Redi. 

Mais une étrange chose se passa par rapport à 
Swammerdam , c'est que, tandis que toute sa solli- 
citude s'épuisait à combattre les générations sponta- 
néeSy l'un des éditeurs de la traduction de sa Bible 
de la nature, M. Gueneau, de son côté, sapait à ou- 



(1) Swammerdam, Biblia naturœ _, seu historia insectorum. 
Leyde, 1737. Traduite dans le tome XVII de la Collection acade'- 
iiîiqiie. 

(2) Swammerdam^ Biblia naturœ seu historia insectorum. Leyde, 

•1737. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 37 

trance ses vues dans une longue introduction qui 
précède cet ouvrage (1). 

En France, M. de Réaumur, l'un des membres 
les plus saillants de TAcadémie des sciences, eut la 
gloire de populariser les découvertes des trois savants 
que nous venons de citer. Et, dans un ouvrage, mo- 
nument impérissable de la science, il consigne une 
foule de curieuses recherches sur la reproduction des 
insectes, dont les lois générales, posées par ses de- 
vanciers, avaient encore besoin d'être élayées par de 
nouvelles observations. Les travaux du naturaliste 
français sont un modèle de précision et de sagacité; 
aussi sont-ils encore consultés de nos jours comme 
ayant la fraîcheur de la veille, et laissent-ils loin der- 
rière eux ceux de ses prédécesseurs (2). 

Lesser, naturaliste allemand, qui vécut à la même 
époque que Réaumur, professa des vues analogues 
aux siennes, relativement à la génération spontanée. 
En effet, le savant auteur de la Théologie des insectes 
ne pouvait naturellement être compté au nombre 
des hétérogénistes, lui qui, armé du texte sacré et 
le prenant partout comme point de départ, com- 
mence son livre en livrant une bataille en règle à 
toute l'ancienne philosophie (3). 

Si jusqu'ici nous avons omis le nom d'Harvey, 
c'est que son aphorisme, devenu si célèbre, ornne 

{{) GuENEAu, Bible de la nature. Introduction, Collection acadé- 
mique, p. 24. 

(*2) Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. 
Paris, 1734. 

(3) Lesser, Théologie des insectes. Paris, 1745, liv. I, p. 55. 



38 HÉTÉROGÉNIE. 

vivum ex ovo , n'a peut-être pas toute la portée que 
lui accordent la plupart des o^aristes; car il semble 
qu'en dehors de cette proposition générale, le savant 
physiologiste admettait aussi la génération primaire. 
« Les animaux et les végétaux, dit-il , naissent tous 
spontanément, soit d'autres êtres organisés, soit en- 
tre eux, soit de partie d'entre eux , soit par la putré- 
faction de leurs excréments.... (1).» On voit donc 
par tout ce que nous rapportons que nos adversaires 
ne sont pas aussi absolus qu'on le pense générale- 
ment. On peut ajouter que cet aphorisme a été frappé 
d'inexactitude par la science moderne , du mouient 
cil celle-ci a signalé qu'un grand nombre d'animaux 
inférieurs font exception ; et comme le dit Ch. Ro- 
bin, sous une meilleure rédaction , omne vivum ex 
vivo ^ il constituera toujours l'une des principales ba- 
ses de la biologie systématique (2). 

2o Microscope composé (dix-huitième siècle). 

L'invention du microscope composé ayant suivi de 
près celle du microscope simple, les savants com- 
mencèrent spécialement à l'employer vers le milieu 
du siècle dernier. Les travaux deRedi (3), de Vallis- 



(1) Harvey, Exercitationes de gêner atione animalium. Lon- 
dres, 165i, p. 54. 

(2) Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui 
croissent sur l'homme et les animaux. Paris, 1853, p. 87. 

(3) Redi Esperienze intorno alla generazione degli insetti. Flo- 
rence, 1668. — Osservazioni intornoagli animali viventi che si 
trovano neyli animali viventi. 1681. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 39 

neri (1), de Swammerdam (2), de Réaumur (3), en 
nous dévoilant la reproduction d'une foule d'ani- 
maux inférieurs, avaient porté une profonde atteinte à 
l'existence des générations spontanées, admise depuis 
tant de siècles comme un fait positif. Celles-ci parais- 
saient même alors contestées de toutes parts, lorsque 
l'usage du microscope composé, en se répandant, 
transforma de nouveau l'opinion. Les animalcules 
d'une infinie petitesse, que cet instrument révélait par- 
tout où l'on en supposait le moins l'existence, firent 
naturellement penser qu'ils s'y engendraient sponta- 
nément; et jamais peut-être l'hypothèsederhétérogé- 
nie ne compta une armée plus compacte de partisans 
que durant cette seconde phase de la micrographie. 
On peut considérer Othon Frédéric Muller, natu- 
raliste danois, comme ayant été le prince des mi- 
crographes de cette époque (4). En effet, ce fut lui 
qui, pour ses grands travaux sur les infusoires, em- 
ploya le microscope composé avec un art encore in- 
connu jusqu'alors. Le temps durant lequel vécut ce 
savant célèbre fut fécond en observateurs qui, pres- 
que tous, ainsi qu'il le fit lui-même, embrassèrent 
la défense de l'hétérogénie. 

(1) Vallisneri, Dialoghi fra Malpighi e Plinio intorno la curiosa 
origine di molti insetti. Venise, 1700. — Considerazioni ed espe- 
rienze intorno alla generazione de' vermiùrdinari del corpo umano^ 
Padoue, 1710. 

(2)SwAMMERDAM, BîbUanaturœseu historiainsectorum. Leyde, 1 737. 

(3) Reaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. 
Paris, 1734. 

(4) 0. F. Muller, Vermium terrestrium et fluviatilium Historia, 
1774. — Animalcula infusoria, etc. Copenh., 1786. 



40 HÉTÉROGÉNIE. 

Tels furent principalement Hill , que l'on cite 
comme le premier nomenclateur des microzoaires(l), 
Jobiot(2), Rœsel (3) et Wrisberg (4) ; puis, bientôt 
après, les infusoires furent étudiés accessoirement 
parPallas(o) et Ellis(6), dans leurs ouvrages sur les 
zoopbytes; Eichhorn (7), Needham(8), Gleicben(9), 
produisirent sur ces animaux des travaux remarqua- 
bles; enfin Goeze(IO) etBIocb(ll), dans leurs œu- 
vres sur l'helminlhologie, signalèrent quelques es- 
pèces qui vivent dans le tube digestif des grenouilles. 

Les travaux de plusieurs de ces savants, ainsi que 
ceux de divers grands naturalistes de leur époque, 
ayant eu une immense influence sur les questions 
qui nous préoccupent, nous leur consacrerons spé- 
cialement quelques lignes, afin d'en mieux apprécier 
toute l'importance. 

En suivant à peu près l'ordre dans lequel leurs 
observations et leurs opinions ont pris rang dans la 

(I) HiLL^ Essay of natural history, 1752. 

(2)JoBLOT^ Observations d'hist. nat. faites aveclemicroscope, 1754. 

(3) RoESEL, Insecten Belustigung von Rôsel. 1746. Récréations 
entomologiques. 

(4) Wrisberg, Observationes de animalcul. infusor. naturâ. Goel- 
tingue, 176i. 

(5) Pallas, Elenchus zoophytorum. 1766. 

(6) Ellis, Philos. Trans., Londres, 1770. 

(7) EiciiiiORN, Kleinste Wasserthiere. Berlin^ 1781. Los infini- 
ment petits aquatiques. 

(8) Needhâm , Découvertes faites avec le microscope. Leyde, 1747. 

(9) Gleichen, Tnfusionsthierchen. 1778. Des infusoires. 

(iO) Goeze^ Naturgeschichte der Eingeweidewurmer, 1782. His- 
toire naturelle des vers intestinaux. 

(II) Blocw, Abhandl. uber die Erzeugung der Eingew. 1782. Sur 
la génération des vers intestinaux. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 41 

science , nous voyons se présenter successivement les 
noms de Needham, de Buffon, de Spallanzani, de 
Bonnet, de Gleichen, d'O. F. Muller, etc. 

Needham, physicien anglais, auquel plusieurs sa- 
vants attribuent exclusivement la découverte des in- 
fusoires (1), a été l'un des plus vigoureux athlètes de la 
génération spontanée; trop vigoureux peut-être, car 
en voulant la démontrer par des faits controuvés ou 
impossibles, il a peut-être plus discrédité qu'avancé 
la question. Ayant reçu le jour dans une patrie où les 
convictions religieuses ont de profondes racines, le 
célèbre membre de la Société royale de Londres sen- 
tit qu'un semblable système ne serait jamais accepté 
s'il heurtait les crovances. Aussi le voit-on, tout 
d'abord, annoncer que l'hypothèse de laspontéparité 
est dans un parfait accord avec la plus saine métaphy- 
sique ainsi qu'avec nos croyances religieuses (2). 

Il est en effet d'accord avec les préceptes méta- 
physiques de Leibnitz, qui admet une force active 
dans les éléments des corps (3) ; il a la conviction 
que ses théories ne sont nullement en opposition 
avec la religion , en considérant Dieu comme le 
grand régulateur de cette force végétative, atlingens 
a fine iisque ad finem et disponens omnia snaviler. 
N'étant embarrassé par aucun obstacle , il dit avec 
raison que le premier homme surgit de la matière 

(1) J. MuLLER, Manuel de physiologie. Paris, 1845, p. 10. 

(2; Nef.duam, Notes de Needham sur les nouvelles recherches 
sur les découvertes microscopiques et la génération des corps orga- 
nisés par Spallanzani, p. 144. 

(3) Leibnitz, Monadologie. 



42 HÉTÉROGÉNIE. 

à la voix du Créateur, et le savant d'outre-mer 
termine ce paragraphe par un singulier rapproche- 
ment en prétendant qu'elle aussi, Eve, sous la même 
inspiration , n'a été qu'une expansion suhite de 
cette même matière, se détachant du corps d'Adam 
comme un jeune polype se détache du polype 
mère (1) ! 

C'était à Needham qu'il appartenait de mettre un 
frein aux prétentions exagérées des successeurs de 
Redi. Le premier, selon J.Muller (2), il eut la gloire 
de démontrer que si la putréfaction n'engendre 
point d'insectes, au moins, sous son influence, il se 
produit des myriades d'animalcules auxquels les 
naturalistes imposèrent d'abord la dénoiiiination 
d'infusoires (3). 

Ses travaux ouvrirent une nouvelle carrière à l'ob- 
servation; aussi les traces du micrographe anglais 
furent-elles rapidement suivies par des naturalistes 
du plus grand mérite. Parmi eux on remarqua d'a- 
bord Wrisberg, 0. F. Muller, Ingenhousz; puis par 
la suite, Treviranus, Schuitz, Bory Saint-Vincent, 
Ehrenberg, Dujardin. 

Needham , si souvent associé à Buffon lorsqu'il s'agit 
de travaux microscopiques, avait au sujet de l'origine 
des microzoaires une théorie à lui; il pensait qu'ils se 



(1) Needham, Notes sur les nouvelles recherches microscopiques 
de SpaUanzani, p. 144 et suiv. 

(2) J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, Î84;>, p. 10. 

(3) Needham, New microscopical discoveries. Londres, 1745. — 
Trad. en franc, sous le litre de Découvertes faites avec le micro- 
scope. Le y de, 1747. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 43 

produisaient à l'aide d'une force végétative particu- 
lière (1). 

Les travaux de Bufîon doivent se trouver naturel- 
lement placés après ceux de Needham, dont il fui 
presque le commensal, à l'égard de ses observations 
microscopiques, car c'était souvent ce dernier qui les 
lui préparait. 

Un homme comme BufTon, dont la pensée est si 
souvent audacieuse, devait marcher témérairement 
en avant de son siècle : aussi le voit-on embrasser 
sans hésitation la cause de l'hétérogénie, alors si con- 
troversée. Et dans l'un de ces moments où le natu- 
raliste s'efface devant le philosophe, il s'écrie : « Il y 
a peut-être autant d'êtres, soit vivants, soit végétants, 
qui se reproduisent par l'assemblage fortuit des molé- 
cules organiques, qu'il y a d'animaux ou de végétaux 
qui peuvent se reproduire par une succession con- 
stante de générations (2). » Dans un autre endroit 
de ses œuvres il fouille encore plus avant la question. 
c< On s'assurera même, dit-il, que cette manière de 
génération est non-seulement la plus fréquente et la 
plus générale, mais la plus ancienne, c'est-à-dire la 
première et la plus universelle (3). » 

C'est absolument celte même thèse, qu'a déve- 
loppée récemment l'école allemande, en s'appuyant de 
toutes les ressources de la science moderne. 



(1) Needham, Nouvelles Recherches sur les découvertes microsco- 
piques, t. I, p. 171. 

(2) BuFFON, Histoire naturelle. Suppléments, t. IV, p. 335 ; édit. 
de Deiix-Ponls, t. XI, p. 17. 

(3)BuFF0N, Histoire naturelle, t. II, p. 420. 



44 HÉTÉROGÉNIE. 

Bufïon, n'ayant encore en sa possession que d'im- 
parfaits instruments d'optique, et trompé par l'appa- 
rence confuse de certaines infusions, avait cru recon- 
naître qu'il existait une matière ou des molécules or- 
ganiques et vivantes, universellement disséminées 
dans les animaux et les plantes, et servant successi- 
vement à leur génération et à leur développement. 
Quoique parti d'observations inexactes, l'illustre natu- 
raliste n'en était pas moins dans une voie rationnelle, 
seulement il fallait reporter sa pensée dans l'inconnu 
du monde moléculaire. 

Quelques lignes empruntées à Buffon donneront 
une idée exacte de son système; nous citons ici tex- 
tuellement l'illustre naturaliste, parce que souvent 
on a exposé fort inexactement ses opinions. « Lorsque 
les molécules organiques vivantes, dit-il, ne sont 
plus contraintes par la puissance du moule intérieur, 
lorsque la mort fait cesser le jeu de l'organisation, 
c'est-à-dire, la puissance de ce moule, la décomposi- 
tion du corps suit, et les molécules organiques qui 
toutes survivent, se retrouvant en liberté dans la dis- 
solution et la putréfaction des corps, passent dans 
d'autres corps aussitôt qu'elles sont pompées par la 
puissance de quelques autres moules; en sorte qu'elles 
peuvent passer de l'animal au végétal, et du végétal 
à l'animal sans altération (1). » Feu de lignes plus 
bas il ajoute que si pendant leur état de liberté ces 

[\) Ses convictions sont tellement grandes, quMl rapporte que 
des populations de TÉlhiopie qui se nourrissent de sauterelles, ont 
parfois le corps envahi et dévoré par ces insectes, qui se sont re- 
produits à même leurs débris. Édit. de Deux-Ponts, t. XI, p. 26. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 45 

molécules ne se trouvent pas sous la puissance d'un 
moule identique, il en résulte une infinité de géné- 
rations spontanées (1). 

Ce qu'il y eut de remarquable, c'est que Tauda- 
cieuse idée du savant Français passa en Italie et y 
fut soutenue par Filippo Pirri (2) dans un ouvrage 
qui reçut en quelque sorte le baptême de l'Église , 
dans les mêmes États où Galilée, plus de cent ans 
avant, prononçait l'impérissable abjuration de son 
système (3). 

Buffon ne se bornait pas à limiter aux animaux 
microscopiques la génération spontanée , il reten- 
dait aussi aux ténias, aux ascarides et aux autres 
vers intestinaux (4) ; ce grand naturaliste croyait 
aussi que chaque espèce en se putréfiant, donnait 
naissance à une espèce particulière d'infusoires (5). 

Mais, avouons-le sans détour, Buffon était peu 
apte à élucider un tel sujet. L'illustre historien de la 
nature ne s'entendait qu'à décrire les plus majes- 
tueux phénomènes de celle-ci; et c'était à d'autres, 
c'était à Daubenton, àNeedham, qu'il abandonnait 
presque entièrement le soin d'en explorer les plus 



(i) Buffon, Histoire naturelle. Deux-Ponts, 1785, t. XI, p. 21-22. 

(2) FiLipPO PiRiu, Riproduzione de ' corpi organizati, con licenza 
de' superiori. 

(3) Solem esse in centra mundi et immobilem motu locali, est pro- 
positio absurda et falsa in philosophia, et formaliter hœretica, quia 
est expresse contraria sacrœ Scripturœ. 

(4) BvFFùK, Suppléments à l'hist.nat. Deux-Ponls, 1786, t. Il, 
p. 27. 

15) Id., p 38. 



46 HÉTÉROGÉNIE. 

obscurs replis. En effet , que pouvait-on attendre 
de Buffon, lui qui, sans jamais avoir bien vu les 
animalcules spermatiques des chiens, qui sont ce- 
pendant si faciles à observer, prétend, nonobstant, 
en trouver de pareils sur les ovaires de la chienne, 
elle qui n'en possède pas le moindre vestige! Et 
pour constater une telle découverte, il cite deux 
témoins oculaires, Needham et Daubenton, assu- 
rant que ces savants ont répété dix fois cette obser- 
vation (1). 

Le plus rude antagoniste des générations sponta- 
nées est incontestablement l'abbé Spallanzani. Jus- 
qu'à lui, elles n'avaient été attaquées que par bou- 
tades et souvent avec assez d'incohérence ; mais le 
professeur de Pavie se passionne contre elles, et ac- 
cumule les expériences et les volumes pour en démon- 
trer la fausseté. A-t-il réussi ? C'est ce que nous 
prouvera la suite de cet ouvrage. 

C'est principalement sur les travaux de Spallan- 
zani que s'appuient les antagonistes de l'hétérogénie, 
et cependant on peut dire, sans sévérité, que ces tra- 
vaux, qui n'ont pas été sans valeur à Tépoque à la- 
quelle existait l'illustre expérimentateur, sont au- 
jourd'hui largement distancés par les découvertes ^ 
modernes. Il faut aussi ajouter que le naturaliste de 
Pavie n'était peut-être pas assez zoologiste pour en)- 
brasser complètement la question. 

L'œuvre de Spallanzani, au premier abord, paraît 

(i) li se servait cepL'ndant de microscope composé. Gleichen, 
Dissertation sur la génération, les animalcules et ceux d'infusion, 
Paris, an VIL p. î)5-56. 



HISTORIQrE. — ÉPOQUE MODERNE. 47 

assez volumineuse : mais quanrl on la soumet aux sé- 
vérités de l'analyse, on s'aperçoit immédiatement 
qu'elle contient bien moins de matière qu'on ne 
l'aurait cru , à cause de la manière prolixe dont tous 
les faits sont exposés : c'est plutôt un rhéteur qui 
écrit qu'un expérimentateur qui expose. Souvent 
mêm.e les faits sont narrés avec tant de détails qu'il en 
résulte un certain embarras pour les débrouiller et 
que l'auteur lui-même n'est pas toujours exempt 
d'obscurité ou de contradictions. 

Cependant, les plus exclusifs antagonistes de la 
spontéparité se groupent tous autour de l'étendard de 
Spallanzani qui pour eux est presque un prophète. 
Nonobstant, de place en place, vaincu par l'évidence, 
celui-ci avoue les faiblesses de la cause qu'il soutient, 
et fait quelques concessions au sujet d'une matière qui 
n'en souffre aucune; car dans celle-ci, la moindre 
concession estune défaite absolue... Ainsi, n'est-ce pas 
un aveu sans réplique que celui qui échappe au cé- 
lèbre professeur de Pavie lorsqu'il dit : «Les infu- 
soires tirent sans doute leur première origine de prin- 
cipes préorganisés; mais ces principes sont-ils des 
œufs, des germes ou d'autres semblables corpuscules? 
S'il faut offrir des faits pour répondre à cette ques- 
tion, j'avoue ingénument que nous n'avons sur ce 
sujet aucune certitude (1). » Que peuvent être, en 
effet, ces corpuscules préorganisés, si ce ne sont 
des molécules organiques toutes prêtes à entrer en 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. 
Pavie, 1787, t. I, p. 230. 



48 HETEROGENIE. 

combinaison pour la production de quelque nouvel 
être ? 

La lecture de Spallanzani révèle môme à chaque 
page, qu'il sent son impuissance pour expliquer l'ap- 
parition des microzoaires dans les expériences de nos 
laboratoires. Là, il dit, « que l'on n'a aucun fondement 
«pour croire qu'ils commencent à paraître dans les 
« infusions, lorsqu'ils y tombent de l'air (1). » A.il- 
leurs, et c'est sa théorie de prédilection, il émet, au 
contraire, que c'est ce fluide qui transporte partout 
avec lui les germes de l'immewse variété de proto- 
zoaires que nous observons; mais il ne sait dire au juste 
quelle est la nature de leurs introuvables éléments 
procréateurs. Il avoue seulement qu'il est raisonnable 
de croire qu'ils proviennent de quelques germes 
ou de quelque principe préorganisé (2). Ce principe 
qu'il prétend n'être pas toujours visible est un vrai 
mythe; admettre l'existence de ce moteur organique 
impalpable, c'est substituer la prééminence de la ma- 
tière à celle de la force biologique. 

Spallanzani prétend que le système de Buffon n'est 
qu'une fiction ingénieuse, c'est déjà quelque chose et 
l'on pourrait lui répondre que son espèce de Pansper- 
mie,àlui, repose encore surde-bienplusfragiles bases, 
et nous espérons le démontrer dans cet écrit. Du 
reste, comme le dit J. Muller, le savant italien, n'ayant 
pas fait connaître précisément les espèces d'infusoires 
qu'il a observées , ses expériences perdent beau- 

(1) Spallanzaisi, Opuscules de physique animale et végétale. 
Pavie, 1787, t. I, p. 231. 
(2) /d., p. 231. 



HISTORIQUE. EPOQUE MODERNE. 49 

coup de leur valeur (1) ; et celles de Tieviranus, qui 
les renversent, sont bien autrement concluantes (2). 

Dans une de ses lettres à Bonnet, l'abbé Spallan- 
zani disait que la théologie naturelle pourrait reti- 
rer de vives lumières de la connaissance du dévelop- 
pement des animalcules infusoires; mais le célèbre 
professeur de Pavie avouait qu'il n'exislait aucun 
sujet qui exigeât du naturaliste une logique plus ser- 
rée (3). Je partage aussi celte opinion ; mais c'est jus- 
tement parce que cet élément lui a été tout à fait 
enlevé que de si longues controverses ont entravé 
son avancement. 

Bonnet, qui par l'importance de son œuvre a été 
placé à la tcle du parti desovaristes, nous paraît avoir 
traité la question de la génération plutôt en philo- 
sophe qu'en observateur profond et en naturaliste. 
Et ceux qui ont parlé des opinions de ce savant, 
qui a joui d'une si grande célébrité durant le siècle 
dernier, l'ont fréquemment cité, plutôt d'après son 
ancienne réputation que d'après la lecture de son 
livre. Celui-ci n'est que le produit de la jeunesse de 
l'auteur, car l'on sait que Bonnet, lassé prématuré- 
ment par ses observations microscopiques, aban- 
donna de bonne heure les sciences naturelles pour 
se livrer entièrement à la philosophie. Son ouvrage 
sur les corps organisés porte partout l'empreinte 
d'une production incomplètement élaborée; c'est 

(1) J. MuLLER, Manuel de physiologie, Paris, 1845. 

(2) Trkviranus, Biologie, t. Il, p. 279. 

(3) Lettre de Ch. Spallanzani à Bonnet, mentionnée parGleichen, 
op. cit., p. 174. 

POUCHET, 4 



oO KETEROGEISÏE. 

plutôt une succession de propositions sur des sujets 
fort variés que ce n'est l'exposition d'une doctrine 
appuyée sur l'expérience ; il est coupé par une mul- 
titude de chapitres et d'innombrables alinéa. L'un 
des deux volumes, qui est formé de 328 pages, offre 
360 chapitres : c'est plus de chapitres que de feuilles ; il 
y en a parfois trois dans chacune d'elles, ce qui en rend 
la lecture difficile. Souvent même, les faits sont bien 
moins clairement énoncésqu'on n'aurait ledroitde s'y 
attendre de la part d'un professeur de philosophie. 

La réputation de celui-ci a peut-être fait la fortune 
de ses doctrines sur l'histoire naturelle; mais ce que 
nous pouvons affirmer, c'est que, pour notre compte, 
l'ouvrage du célèbre Genevois nous a paru loin d'avoir 
la valeur scientifique qu'on lui prête généralement, 
quand on ne l'a pas sondé d'un bout à l'autre , et 
j'avoue que quelques-uns de ses passages m'ont été 
absolument ininlelHgibles. Bonnet est même fort 
vague, lorsqu'à la première page de son œuvre il ex- 
pose ce qu'il entend par l'emboîlement des germes, 
hypothèse dont il va devenir l'ardent défenseur. 

Il débute en avançant que cette hypothèse a accable 
« r imagination sans effrayer la raison (1). » Je 
commence par ne pas être de cette opinion, car, 
pour moi, elle me semble les épouvanter l'une 
et l'autre. On oppose à l'emboîtement d'ef- 
frayants calculs, et l'on sait qu'Hartsoeker assurait 
que « la première graine serait à la dernière et 
« la plus petite qui paraîtrait la dernière année 

(1) Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 
1772, t. I, p. 2. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 51 

« du soixantième siècle, comme l'unité suivie de 
« trente mille zéros est à l'uni lé, » d'où le physicien 
hollandais concluait que l'emboîtement était ab- 
surde (1). M. Hallen disait que l'imagination se 
trouvait comme étourdie en voyant qu'un seul ver 
spermalique, millionième partie de l'homme, ren- 
ferme un million d'autres petits animalcules qui se 
développent successivement (2) ; Glcichen n'était 
pas moins effrayé d'une telle supposition (3). 

On lit quelques lignes plus bas : « Le soleil un 
« million de fois plus grand que la terre a pour ex- 
ce trême un globule de lumière, dont plusieurs mil- 
« liarcls entrent à la fois dans l'œil de l'animal vingt 
« millions de fois plus petit qu'un ciron. » . 

(( Mais la raison perce encore au delà. De ce glo- 
« bule de lumière, elle voit sortir un autre univers 
« qui a son soleil, ses planètes, ses végétaux, ses 
« animaux, et parmi ces derniers un animalcule qui 
« esta ce nouveau monde ce que celui dont je viens 
ï( de parler est au monde que nous habitons. » 

C'est là toute la substance de l'un des plus impor- 
tants chapitres dé l'œuvre de Bonnet, où il est ques- 
tion de définir ce qu'il entend par emboîtement; 
chapitre qui ne renferme que dix-huit lignes (4)! 
Voici les grands antagonistes que Ton nous oppose. 

(1) Hartsoeker, Physique. 

(2) Hallen, Naturgeschichte der Thiere (Histoire naturelle des 
animaux), p. 74. 

(3) Gleichen, Dissertation sur la génération, etc. Paris, an VII, 
p. 65. 

(4) Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 
1772, t. ï,p. 2. 



52 HETEROGENIE. 

Je ne sais si quelques personnes pourront considérer 
tout cela comme sérieux, mais pour moi j'aime à 
traiter les sciences avec plus de reclitude. J'avoue ne 
pas connaître les yeux de ces animaux vingt-sept 
millions de fois plus petits que le ciron; et que mon 
imagination neva pasjusqu'à suspendre dessoleils au- 
tour d'un atome de lumière, et à le peupler de végé- 
taux et d'animaux! 

En somme, l'hypothèse de Bonnet n'est que la 
Panspermie renouvelée de l'antiquité. Il sature toute 
la création de germes près d'éclore ; les êtres animés, 
comme les substances inertes, en sont gorgés, et, 
selon lui, ils tombent de l'air dans les infusions, ou 
ils y préexistent; et il les fait parfois résister aux 
agents les plus désorganisateurs, au feu lui-même (1). 
Etcependant tous les naturalistes ne savent-ils pas que 
des températures peu élevées anéantissent à jamais 
les organes reproducteurs des animaux et des plan- 
tes (2)? Dugès tuait à volonté les germes du vibrio 
glutinis à l'aide d'une chaleur de 80" (3) ; et Morren 
va plus loin, en prétendant qu'il ne faut qu'élever la 
température à 45" pour détruire tous les germes orga- 
niques qui cheminent dans l'espace (4). 

Mais lorsqu'on lit attentivement Bonnet, on voit 
que ce savant, à plusieurs reprises, avoue la faiblesse 
de ses convictions. Il dit lui-même que son système 

(1) Spall\nzani , Opuscules de physique animale et végétale. 
Paris, 1789,1. II, p. 304. 

(2) MoscAT[, Acta Acad. Bonon.^ t. CXI. 

(3) Dugès, Traité de physiologie comparée. Paris, 1839, t. llï, 
p. 210. 

(4) Morren, Cf. Dugès, Phys. camp., 1. 111, p. 210. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. .^)3 

est sujet à de grandes difficultés (1). En développant 
celui-ci il s'est fréquemment attaqué à Buffon, en 
essayant de renverser sa théorie des molécules orga- 
niques; mais, hélas ! comme il est loin de notre 
Pline français, pour l'élévation des pensées et l'en- 
trainement du style! 

Comme observateur, le baron de Gleichen mérite 
d'être placé fort au-dessus de Spallanzani et de Bon- 
net. S'il n'a pas embrassé un aussi grand cadre qu'eux, 
évidemment, lorsqu'il se rencontre sur le même ter- 
rain, l'avantage reste de son côté. Ainsi, quand Glei- 
chen représente les zoosperraes de l'homme, il le fait 
avec une remarquable précision pour son époque (2), 
tandis que Spallanzani n'en donne qu'une figure ab- 
surde (3). Mais ce qui a peut-être empêché l'œuvre 
du micrographe allemand d'avoir tout le retentisse- 
ment qu'elle méritait, c'est qu'il y combattait les 
plus rudes athlètes de son époque, les Buffon, les 
Bonnet, et Spallanzani lui-m.ême. 

Gleichen a exposé ses idées avec modestie, mais 
non pas sans avoir la conscience de sa force. Il sait 
qu'il a contre lui les hommes les plus émiiients de 
son poque, mais il sait aussi qu'il peut s'appuyer sur 
quinze années d'observations et de patientes médita- 
tions, et il ne craint pas de s'avancer. 

(ijBoNNET;, Considérations sur les corps organisés. Paris, 1772, 
t. I, p. 118. 

(2) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris, an VII, pi. 1, 
fig. 1. — Certains histologistes de notre époque, je regrette de le 
dire, n'ont pas surpassé cette figure. 

(3) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, 
1787, pi. 3, fig. 1. 



-j , HÉTÉROGÉNSE. 

04 

Danssonimportantouvrage,Gleichen,admirateur 
des idées d'O. F. Muller sur la génération spontanée, 
les admet et les regarde comme étant en parfa.te 
concordance avec ce qu'il a appelé germes ongi- 

""ctichen a eu le courage d'attaquer de front Buf- 
fon pour avoir méconnu l'animalité des zoosperraes 
et es avoir confondus avec ses molécules organ.- 
aues (1); car en effet l'intendant du Jardm du Ro. 
Jvaitpensé que les animalcules de la semence re- 
présentaient ces molécules a"'^;!»^'^^! '' ]f .?;,";;. 
un si extraordinaire rôle dans la genèse de lolga- 
"' On peut dire que Gleichen ne s'est pas borné à de 
simples supputations logiques, il a voulu ecla.rer la 
nue^lionna l'observation; et malgré l'.mperfect.on 
Tst: insîruments,il n'en trace pas moins cla.emen 
les phénomènes qui président au groupement des 
Molécules organiques pour former un an.malcule 

"£ Investigation anatomique J- ;;/-;- 
doituneidéeheureuseaubarondeGe.chenCeutu 

qui conçut le premier de fa.re avaler de^ "^^ «"^ 
colorées aux microzoaires pour éclmrerleiis orgam 

lions et leurs fonctions ; il leur d-- ^J^ - 
Mais le célèbre observateur ne tira aucun fru t de ces 
IxTé en esàcet égard, et il avoue, après les avo,r 
expo^s! qu-n ne sait nullement que penser de leur 

(,) G...CB.., Dissertation sur la génération. Paris, an Ml, 

p. n. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 55 

résultat (1). Il faut arriver à Elirenberg pour obtenir 
la solution du problème (2). 

On pourrait seulement reprocher à Gleichen d'avoir 
trop délayé son sujet ; car c'est à peine si dans son ou- 
vrage, qui offre une certaine étendue, il attaque au vif 
la question de la production des raicrozoaires; mais, 
au contraire, il dépense de longues pages à discuter 
les opinions de Buffon, de Spallanzani et de ses autres 
antagonistes, à l'égard de la génération des grands ani- 
maux. Cette direction scientifique, il faut malheureu- 
sement l'avouer, était celle de son époque ! Bonnet et 
Spallanzani semblent eux-mêmes n'écrire que pourat- 
taquer, ou combattre les systèmes de leurs adversaires. 

Cependant au milieu des longueurs de l'ouvrage 
de Gleichen, on trouve de place en place quelques 
vues fort larges, quelques aperçus épars que la science 
n'a fait que développer. C'est ainsi que déjà il y parle 
fort nettement de la pénétration du sperme à l'inté- 
rieur de l'œuf (3); acte déjà entrevu sérieusement par 
Lesser et le baron de Wolf (4), et remis en lumière ré- 
cemment par MM. Claparède, F. Keber et Bischoff (5). 

(1) GLE\cnEV, Dissertation sur la génération, les animalcules sper- 
matiques et ceux d'infusion. Paris^ an VII, p. 200. 

(2) EiiREisEERG^ Die Infusionsthierchen^ etc. 

(3) GleicheiNj Dissertation sur la génération, les animalcule^ 
spermatiques et ceux d'infusion. Paris, an VII, p. 63. 

( i) Wolf, Pensées sur les ouvrages de la nature, p. 730. 

Lesser^ Théologie des insectes. 

(5) Claparède^ Biblioth. univ. de Genève^ 183, t. XXIX^, p. 306. 

F. Keber, Eintritt der SamenzeUen in das Ei (De l'entrée des 
cellules spermatiques dans l'œuf). Kœnigsb., 1854. 

Bischoff, Bebtàtigung des Eindringens der Spermatozoîden in das 
Ei (Sur l'entrée des spermatozoïdes dans l'œuf). Giessen, 1854. 



36 HETEROGÉNIE. 

Gleiclipn, qui, dans tout le cours de son œuvre, 
avoue, de place en place, combien l'explication de la 
génération des infusoires lui paraît difficile, en termi- 
nant son livre, fruit de tant d'années de travail, revient 
un peu sur ce sujet: c'est qu'en effet, à ce moment seu- 
lement, il a cru avoir soulevé un coin du voile de cette 
importante question; mais il n'est guère plus heureux 
là qu'il ne le fut à l'égard de l'emploi des substances 
colorantes. En cet endroit il parle des vorlicelles, qui 
paraissent lui avoir été jusqu'à ce moment peu con- 
nues, et par une étrange aberration il considère leur 
filament postériourcomme un oviducte,etlasubstance 
de l'infusion qui y adhère parfois, comme des amas 
d'œufs. C'est aussi à cet endroit seulement qu'il con- 
fesse avoir observé la scission de quelques vorlicelles, 
et il ne figure celles-ci que dans l'une de ses dernières 
planches. Alors seulement, et pour la première fois, 
il pose en principe, que les infusoires se propagent de 
trois manières : par des œufs, par des petits vivants, 
et par scission (1). Mais pour celte dernière, Gleichen, 
qui a passé quinze années de sa vie à marner un mi- 
croscope, confesse ne l'avoir jamais observée que trois 
fois que trois fois lorsqu'il achève son œuvre! 

A l'égard de la reproduction des protozoaires, un 
observateur scrupuleux qui consacra quinze années | 
de sa vie à observer des infusoires, Gleichen, confesse | 
qu'il n'est pas plus avancé que je ne le suis moi- 
même. « Je dois avouer, dit-il, que malgré toute 
l'activité que j'ai mise dans mes observations, mapa- 

(1) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris, an VI!, p. 218 
et pi. 29. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 57 

tience, le temps que j'y ai employé, il ne m'a point été 
possible pendant plusieurs années d'en rien direde cer- 
tain (1). » Après cela que des physiologistes qui n'ont 
peut-être jamaisobservé ce phénomène viennent avec 
assurance parler de scission comme d'un fait nor- 
mal! Vraiment il y a plus que de la présomption. 

Othon-Frédéric Mûller, qui fut réellement le pre- 
mier des micrographes de son époque, n'hésita pas un 
moment à admettre que les infusoires, dont il a été le 
plus fécond historien, ne sont que le résultat de l'hé- 
térogénie, et qu'ils se produisent ex moleculis briitis 
et qiioad sensiim nostrum inorganicls (2). 

Le grand naturaliste avait môme sur la génération 
spontanée une théorie spéciale qu'il a exposée dans 
la préface de son important ouvrage. « Les animaux 
« et les végétaux, y lit-on, se décomposent en par- 
ce ticules organiques, douées d'un certain degré de 
« vilalitéet constituant des animalcules très-simples, 
« lesquels sont susceptibles de se développer comme 
<( des germes par l'adjonction d'autres particules, 
« ou de concourir eux-mêmes au développement de 
« quelque autre animal, pour redevenir libres après 
« la mort et recommencer éternellement un pareil 
(( cycle de transmutations. » 0. F. Mûller n'ad- 
mettait ce mode de formation que pour les micro- 
zoaires les plus infimes et il pensait, en quelque sorte, 
l'avoir saisi à son origine, et avoir vu les particules 

(1) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris^ an VII, 
p. 122. 

(2) 0. F. MuLLER, Ânimalcula infusoria, fluviatilia et marina^ 
quœdetexit , etc. Opits posth. cura Othon. Fabricii. Leipzig, 4787. 



58 HÉTÉROGÉME. 

organiques dont il parle dans le mouvement de dé- 
composition des corps (1). 

Mais ce qui est tiès-regrettable, c'est que le savant 
auquel la science doit de si amples travaux sur les in- 
fusoires, lui ait été ravi avant d'avoir terminé son 
œuvre; lui qui avait tant éclairé l'histoire de ces ani- 
malcules, aurait pu, à n'en pas douter, jeter aussi de 
vives lumières sur leur génération, encore si impar- 
faitement connue (2). 

On s'accorde aussi à attribuer à 0. F. Muller 
la dénomination à'infusoires, sous laquelle on dési- 
gne les animalcules qui vont tant nous occuper (3). 
Cette dénomination, qui a été généralement ac- 
ceptée, nous parait cependant absolument défec- 
tueuse, parla raison que l'essence de ces animalcules 
n'est point d'apparaître seulement dans les infusions, 
puisqu'on en trouve aussi dans tous les liquides où il 
existe des produits organiques en macération. On 
découvre également des infusoires dans la mer, dans 
toutes les eaux stagnantes ; aussi à ce nom nous préfé- 
rons ceux de Mcro:zoaire.s employé par deBlainville (4) 
ou de Protozoaires dont Goldfuss, Carus et Siebold 
ont fait usage (5), parce que ces noms, que nous avons 

(1)0. F. Muller, Vermium terrestrium et fluviatilium Historia, 
1774. 

(2) Le traité d'O. F. MûUer fut publié par les soins d'Othon Fa- 
bricius. 

(3) De Blainville, Dict. des sciences naturelles^ t. XXIII, p. 416, 
et autres auteurs. 

(4) Id., ibid., 1830, t. LX, p. 140. 

(5) Goldfuss, Manuel de zoologie. Nuremberg. 1820, en alle- 
mand . 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 59 

nous-même adoptés depuislongtemps, nous paraissent 
infiniment plus convenables et ne donnent aucune 
idée fausse sur ces animalcules, surtout les pre- 
miers (1), 

De Blainville les appelait aussi .4(/a5^ra/res(2)5 etLa- 
treille Âgastriqites (3), dénominations qui ont néces- 
sairement dû être abandonnées du moment où Ehren- 
berg, et après lui, R. Owen et Carus reconnaissaient 
que loin d'être privés d'estomac, ces animalcules pos- 
sèdent souvent de nombreuses cavités gastriques (4). 

Goeze. observateur habile et pasteur à Quedlim- 
bourg, a suivi de près 0. F. Mûller et a même 
contribué à faire connaître l'œuvre de celui-ci en en 
publiant quelques fragments (5). On lui doit des ob- 
servations sur la scission des microzoaires, qu'il a 
même représentée (6). Il a aussi observé plusieurs de 
ces animalcules dans les infusions (7). 

Plus on étudie les protozoaires, plus on recon- 
naît qu'il est difficile de débrouiller les ténèbres de 

Carus^ Traité élémentaire d'anatomie comparée. Paris, 1835. 
SiEBOLD et Stannius, Anatomie comparée. 

(1) PoucHET, Zoologie classique. Paris, 1841, l. II, p. 588. 

(2) De Blainville, Bull, de la Soc. philom. 

(3) Latreille, Familles naturelles du règne animal. Paris, 1825. 
p. 550. 

(4) Ehrenbep.g, dm Infusion sthierchenj etc. 

R. Owen, Lectureson the comparative Anatomy and Physiology 
of the invertebrate animais. Londres, 1843, p. '22. 

Carus, Traité élémentaire d'anatomie comparée. Paris, 1835. 

(5) Goeze, Berliner Sammlungen (CôllecUons de Berlin), t. IV. 
p. 94. 

(6) Goeze, dans sa Traduction de Bonnet, pi. 7, fig. 7. 

(7) GoEZF, Recueil de la Société des amis de la nature de Berlin, 
t. III, p. 375. 



60 HÉTÉROGÉNiK. 

leur origine. Il n'y a que les physiologistes superficiels 
qui tranchent la question avec une imperturbable 
présomption. Ce que nous disons avait été parfaite- 
ment senti il y a longtemps par Goeze. «11 nous man- 
que, dit ce laborieux ministre protestant, des expé- 
riences suffisantes et concordantes qui puissent servir 
de base à un système parfait et certain, qui réponde à 
toutes les difficultés sur ce sujet obscur, et qui nous 
permette de dire : Ainsi, et non autrement, s'opère 
toute génération des animalcules d'infusions (1). » 

3o Microscope achromatique (dix-neuvième siècle). 

Vers les premières années du dix-neuvièmesiècle, 
l'étude des sciences prit un immense essor, et les 
instruments mis à la disposition des savants ayant 
subi de grands perfectionnements, celles-ci entrèrent 
dans une nouvelle et brillante phase. L'anatomie et 
la physiologie comparées, dans leurs progrès inces- 
sants, jetaient alors de vives lumières sur l'organisa- 
tion et la vie des moindres êtres de la série zoologique 
comme sur les plus obscurs végétaux. 

Depuis cette époque jusqu'(à ce moment, les plus 
illustres zoologistes et les physiologistes les plus en 
renom, favorisés par l'emploi du microscope achro- 
matique et le progrès de Ticonographie, éclairèrent 
sans relâche et avec une rectitude inaccoutumée, la 
structure et lagénésie d'un grand nombre d'animaux 
inférieurs et en particulier celles des microzoaires. 
La connaissance plus intime de ceux-ci fit faire un 

(\) GoEZE;, Mémoire sur les animalcules mères d'infusions. — Cité 
par Gleichen, p. ni. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 61 

grand pas à la queslion qui nous préoccupe, et Ton 
peut dire qu'à compter de cette époque, Thisloiredes 
générations spontanées entre dans une nouvelle voie 
plus sévère et plus pliilosopbique. 

Il est vrai de dire aussi que la science moderne, en 
découvrant les organes génitaux et le mode de re- 
production de certains organismes inférieurs dans 
lesquels ceux-ci étaient précédemment inconnus, a 
semblé restreindre le cercle de la génération spon- 
tanée et les prétentions des liétérogénisles. Mais ce 
résultat a souvent été plus apparent que réel, car, 
ainsi que nous le démontrerons avec les physiolo- 
gistes les plus considérables de l'époque, de ce f|ue 
Ton découvre l'appareil sexuel dans un certain être 
et qu'à un moment donné il se reproduit par la gé- 
nération normale, il n'en résulte pas qu'à sa pre- 
mière apparition il ne se soit pas formé par la spon- 
téparité. Telle est aussi l'opinion desBuffon (1), des 
Lamarck(2), des Burdach (3) et des Bremser (4). 

Lamarck doit occuper Tune des premières places 
parmi la série des grands naturalistes modernes qui 
ont abordé la question de la génération spontanée, 
et cela non-seulement à cause de l'époque à laquelle 
il vécut et qu'il a tant contribué à illustrer, mais 
aussi à cause du courage et de la rectitude avec les- 
quels il émet son opinion à cet égard. 

(1) BuFFON, Suppléments à l'Hist.nat. Deux-Ponts, 1786, t. II, 
p. 27. 

(2) Lamarck, Philosophie zooloyfque. Paris, 1809, t. II, p. 88. 

(3) BuuDAC», Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I. 

(4) Bkemser^ Traité zoologique et physiologique des vers intesti- 
naux. Paris, 1824, in-8% et atlas de 15 planches. 



65 HÉTÉROGENIE. 

Il n'était guère possible que Lamarck, dans son 
écrit sur la philosophie zoologique, passât sous 
silence la question de l'hétérogénie; il en parle en 
effet, non avec ces phrases entortillées qu'affectent 
certains auteurs pour tourner le sujet et décliner 
presque à l'avance la responsabilité de leurs opinions, 
mais avec la netteté et l'assurance d'un homme con- 
vaincu (1). 

«Les corps, dit leLinnée français, sont sans cesse 
assujettis à des mutations d'état, de combinaison et 
de nature, au milieu desquelles les uns passent con- 
tinuellement de l'état de corps inerte ou passif à ce- 
lui qui permet en eux la vie, tandis que les autres 
repassent de l'état vivant à celui de corps brut et sans 
vie. Ces passages de la vie à la mort et de la mort à 
la vie, font évidemment partie du cercle immense de 
toutes les sortes de changements auxquels, pendant 
le cours des temps, tous les corps physiques sont sou- 
mis (2). » 

Mais déjà Lamarck avait préludé à cette exposi- 
tion catégorique du sujet, en disant, dans un autre 
ouvrage, que la nature crée elle-même les pre- 
miers traits de l'organisation dans des masses où 
il n'en existait pas précédemment, et qu'ensuite 

le mouvement vital développe et compose les or • 
ganes (3). 

Plus loin Lamarck pose la question avec une net- 
teté qui ne souffre aucun doute, et sa conviction est si 

.1) Lamarck, Philosophie zoologique. Paris, 1809, t. II, p. 80. 

(2) Id., ibid., p. 61. 

(3) Lamarck, Recherches sur les corps vivants, p. 92. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 63 

profonde que pour mieux l'inculquer à ses lecteurs, 
il souligne chacune de ses phrases. « La nature^ 
dit-il, à V aide de la chaleur, de la lumière, de V élec- 
tricité et de V humidité, forme des générations sponta- 
nées ou directes, à V extrémité de chaque règne des 
corps vivants, où se trouvent les plus simples de ces 
corps (1). » 

Le grand zoologiste, après avoir si franchenient 
tracé ses convictions, s'avance même bien au delà de 
cette première pensée, et déjà il explore une route 
que suivront plus tard la plupart des naturalistes 
philosophes de l'Allemagne. Après avoir dit : « C'est 
pour moi une vérité des 2:)lus évidentes, que la nature 
forme des générations spontanées au commencement 
de l'échelle animale ou végétale, » il se demande s'il 
ne s'en produit pas également dans des régions plus 
élevées de l'organisme? Il n'a pas encore des convic- 
tions arrêtées à l'égard du dernier fait, mais il avoue 
qu'il y a tant d'observations bien constatées qui l'in- 
diquent, et que la nature a tant de ressources, qu'il 
est presque tenté d'y croire. Il lui paraît même pré- 
sumable que les vers intestinaux, et que quelques 
insectes parasites pourraient bien n'être que le résul- 
tat de la génération directe, et que les moisissures et 
divers champignons pourraient aussi avoir la même 
origine (2). 

Cependant, après avoir si nettement tranché la 
question, nous devons avouer que, lorsque, six ans 
plus tard, Lamarck publie son grand ouvrage sur les 

(1) L\MARCK, Philosophie zoologique. Paris j 1809, t. II, p. 80. 

(2) Id., ihid.y p. 88. 



64 HÉTÉROGÉNIE. 

Invertébrés, il semble devenu moins hardi que ne 
rétait l'auteur de la Philosophie zoologique. Sa des- 
cription des infusoires est embrouillée ; et lorsqu'il 
parle de leur reproduction, lui qui précédemment 
poussait Taudace si loin, il devient là de la plus ex- 
trême timidité. Il ne parle plus que des cissiparité, sans 
faire attention que, pour que celle-ci s'accomplisse, il 
faut qu'il y ait nécessairement d'abord, dans une in- 
fusion, une procréation spontanée ou par des œufs (1 ). 
Cependant plus loin , comme par un aveu qui lui 
échappe, en décrivant les monades, il dit que ces vé- 
ritables ébauches de l'animalité ?>e forment, lorsqu'il 
fait chaud, dans les eaux croupissantes ou dans les 
marécages (2). 

On eût désiré trouver dans les œuvres des savants 
qui suivirent Lamarck des opinions sinon d'accord 
avec les siennes, au moins exprimées avec la même 
franchise et sans la moindre équivoque, et c'est ce 
que l'on ne rencontre nullement dans celles des 
hommes qui, tels que Cuvier et De Blainville, pour- 
ront en quelque sorte être regardés comme ses suc- 
cesseurs. 

Cuvier ne doit être mentionné ici que pour com- 
pléter celle esquisse historique ; car ce naturaliste 
d'une immense valeur a traité la question qui nous 
occupe, si légèrement et si vaguement, qu'en con- 
science, si nous pénétrons le sens de ses paroles, 

(1) Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. 
Paris, i8l5, t. I, p. 404. 

(2) Id., ibid. 

(3) W, 26/(/., p. 4H. 



V 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 63 

nous ne sondons réellement pas dans celles-ci les re- 
plis cachés de sa pensée. M. Laurillard, qui a été l'un 
des plus intimes confidents du grand homme, nous 
apprend que celui-ci « croyait à la préexistence des 
germes. Non pas, dit-il, à la préexistence d'un être 
tout formé, puisqu'il est bien évident que ce n'est que 
par des développements successifs que l'être acquiert 
sa forme , mais, si l'on peut s'exprimer ainsi, à la 
présence du radical de V être, radical qui existe avant 
la série des évolutions, et qui remonte au moins cer- 
tainement, suivant la belle observation de Bonnet, à 
plusieurs générations (1).» 

Cuvier admet donc une sorte d'emboîtement au- 
tre que celui de Bonnet, une espèce d'emboîtement 
métaphysique ; car le radical de Vêtre n'est réelle- 
ment que cette force qui préside à tout mouvement 
organique ; cette force, tellement évidente qu'elle a 
été pressentie et admise par tous les physiologistes, 
car ceux-ci n'ont réellement différé que sur le nom 
qu'ils lui imposaient et sur son mode d'action. 

Que cette force culminante de l'organisme soit 
appelée Radical de l'être par Cuvier; Archée, forma- 
rurn or tus et spiritus vitœ, parVan Helmont (2) ; Prin- 
cipe vital, par Barthez (3); Ame, par Stahl (4), 
cela n'y fait absolument rien , c'est l'aveu de son 
existence et de son impulsion qui constitue toute la 
doctrine. Mais cet être abstrait, Cuvier ne le fait 

(1) Laurillard, Éloge de Cuvier , p. 55. 

(2) Van Helmont, Opéra omnia. Tract, de anima. 

(3) Barthez, Nouveaux éléments de la science de l'homme. 

(4) Staul, De organismi et mechanismi diversitate. Halle, 1706. 

POUCHET. 9 



6(5 HETEROGENIE. 

remonter qu'à plusieurs générations ; il a donc été 
précédemment libre de toute liaison organique, et 
ce n'est donc qu'à un certain moment qu'il s'est con- 
jugué, uni à la matière pour lui imposer une période 
d'évolutions. Là, à cet instant, a commencé une gé- 
nération primordiale ; c'est évident : un principe 
abstrait a coordonné des matériaux épars^ en a do- 
miné l'arrangement et a créé un nouvel être. Nous 
ne demandons pas autre chose ; seulement, pour nous, 
ce principe a tantôt sa sphère d'action dans le tissu 
ovarique, tantôt dans la matière organique amor- 
phe; dans l'un comme dans l'autre cas, sa puissance 
et son œuvre offrent d'aussi profondes ténèbres à 
notre intellect. 

Lalreille a suivi les mêmes errements que Cuvier; 
cependant il s'avance assez pour qu'on puisse le 
compter parmi les partisans de la génération primi- 
tive, puisqu'il dit, dans l'un de ses ouvrages, que les 
protozoaires naissent à nu dans les diverses matières 
animales ou végétales en infusion (l). 

L'illustre successeur de Lamarck et de Cuvier, 
M. De Blainville, en reprenant leurs travaux, y a 
laissé de vivaces empreintes de son génie. Dans son 
histoire des zoophytes (2), qui n'est pas l'un de ses 
moindres litres de gloire, ainsi que dans plusieurs 
de ses articles du Dictionnaire des sciences naturel- 
les, il se trouve forcément appelé à se prononcer sur 

(i) Latreille, Familles naturelles du règne animal. Paris, 1825, 
p. 551. 

(2) De Blainville, Manuel d'actinologie ou de zoophytologie. 
Paris, 1834. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 67 

l'organisation et la reproduction des microzoaires. 
Dans un très-court article sur ceux-ci, écrit en 1822, 
on \oit poindre de toutes parts les plus ingénieux 
aperçus sur l'organisation et la classification de ces 
êtres : c'est en quelques lignes toute une ébauche de 
leur histoire (1). Dans ses écrits subséquents, le grand 
naturaliste ne s'avance guère au delà, surtout pour 
ce qui concerne leur reproduction et leur organi- 
sation. 

On devait essentiellement s'attendre à ce résultat; 
car ce savant, dont je me glorifie d'être l'élève, et 
qu'un de ses plus illustres antagonistes, par une bien 
noble abnégation, en conversant avec moi, rangeait 
parmi les princes de la zoologie moderne, n'était 
guère apte aux patientes observations que nécessite 
l'exploration des infiniment petits; son naturel 
bouillant, impatient, était l'obstacle insurmontable. 
Ne l'ai-je pas entendu, dans ses cours de physiologie 
comparée, employer toutes les ressources de sa logi- 
que pour démontrer que les zoospermes n'existaient 
nullement (2)? A l'égard de la génération des micro- 
zoaires, il est constamment indécis ; lorsqu'il prélude 
à leur histoire, il récuse la génération spontanée 
à l'égard d'une grande partie de ceux-ci, mais il pa- 
raît disposé à l'admettre pour les autres (3); huit 
ans après, lorsqu'il produit son grand travail sur les 

(1 ) De Blain ville. Dictionnaire des sciences naturelles. Paris, 1 822, 
t. m, p. 419; —t. LX, p. 141. 

(2) De Blainville , Cours de physiologie générale et comparée. 
Paris, 1835. 

(3) De Blai n ville. Dictionnaire des sciences naturelles. Paris, i 822 , 
t. XXllI, p. 420. 



68 HÉTÉROGÉNIE. 

zoophytes, il n'est encore nullement fixé, et on le 
voit se résumer, en disant : « Nous n'avons, du reste, 
rien de bien positif sur le mode de reproduction de 
ces animaux (1). » 

Était-il possible que l'ardent anatomiste parvînt à 
une autre conclusion sans de patientes et longues 
observations? et il n'en avait jamais fait, puisqu'il 
confesse lui-même , dans son dernier travail sur les 
microzoaires, que toutes les expériences qu'il a en- 
treprises ne sont point encore terminées au moment 
où il écrit l'histoire de ces animaux. 

Dans son premier article sur les infusoires , De 
Blainville, sans être influencé par les assertions de 
Spallanzani, acceptées sans contrôle par tant de phy- 
siologistes (2), avoue seulement que l'espèce de scis- 
sion par laquelle on a cru que les infusoires se re- 
produisaient, peut se concevoir à priori, mais il 
ajoute qu'il serait cependant important de voir si 
elle a certainement lieu (3). Ce n'est que huit ans 
plus tard , en revenant sur ce sujet , qu'il dit enfin : 
« Nous nous sommes assuré positivement que plu- 
sieurs espèces de kolpodes peuvent se propager en se 
coupant à peu près par le milieu du corps. Nous 
avons vu, ajoute-t-il, ceXie -singulière scissure plu- 
sieurs fois d'une manière indubitable (4). » 

(1) De BlainvillEj Art. Zoophytes, Dict. des se. nat. Paris, 1830, 
t.LX, p. 144. 

(2) LoNGET, Traité de physiologie, etc. 

(3) De Blainville, Dictionnaire des se. naturelles. Paris, 1822. 
t. XXUI, p. 420. 

(4) De Blainville, Dict. des se. nat. Paris, 1830, t. LX, p. 144. 
— Manuel de zoophytologie . Paris, 1834. 



• HISTORIQUE. — ÉPOQUE iMODERKE. 69 

Nous en sommes absolument au même point, 
n'ayant vu cette scission que comme une rare excep- 
tion durant plus de dix années d'observation. 

L'un des élèves de M. De Blainville, M. P. Gervais, 
a montré moins d'hésitation que son maître. Quoique 
confessant que la science ne possède pas assez de faits 
pour trancher la question, il n'en considère pas 
moins l'hypothèse de la génération spontanée comme 
tout à fait inadmissible. Selon lui, les germes des in- 
fusoires et des entozoaires sont probablement tenus 
en suspension dans les fluides que nous respirons ou 
dans ceux qui composent notre nourriture ou qui 
circulent dans notre organisme. Partout, dans cette 
véritable panspermie, ils se trouveraient à l'état 
latent, pour ne commencer leur évolution qu'au 
moment où ils rencontrent les circonstances favo- 
rables (1). 

A l'étonnante indécision qui a régné dans les œu- 
vres des deux naturalistes auxquels leur incontesta- 
ble célébrité imposait de nous éclairer sur une aussi 
grave question, nous pouvons actuellement opposer 
les opinions d'une série d'hommes illustres, philoso- 
phes, naturalistes et physiologistes . qui ont marché 
sans hésitation sous la même bannière que les Buf- 
fon, les 0. F. Mûller et les Lamarck. 

A leur tête, on compte Cabanis, deux fois illus- 
tre , et comme philosophe et comme médecin. Ses 
allures franches contrastent ostensiblement avec la 
contenance timorée de Cuvier. Dans ses considé- 

(1) E. Gervais, Dict. d'histoire nat. et des phénom. de la nature. 
Paris, 1836. t. IV, p. i48. 



70 HÉTÉROGÉNIE. 

rations sur la vie animale, il revient assez sou vent sur 
l'organisation de la matière, et là, de place en place, 
on peut apprécier ses doctrines sur la génération 
spontanée, qu'il admet d'une manière fort étendue. 

Cabanis professe que, suivant certaines circon- 
stances, la malière inanimée est capable de s'organi- 
ser, de vivre et de sentir (1) ! 

H ne se borne pas à croire que la force plastique 
s'épuise au delà de la production des infusoires ; 
cet illustre penseur n'est pas moins audacieux que 
l'école allemande. Selon lui, fréquemment, les 
pouxet les vers intestinaux qui assiègent l'homme, 
devraient leur origine à la génération spontanée. 
A l'égard de ces derniers, ses convictions sont telles, 
qu'on le voit s'égarer avec la même bonhomie que 
le firent quelques auteurs de l'antiquité (2). Il pré- 
tend qu'on peut parfois en suivre à l'œil le dévelop- 
pement, parce que l'on voit assez fréquemment des 
enfants expulser des lambeaux de vers intestinaux 
« à peine ébauchés et traînant après eux des por- 
tions plus ou moins considérables de glaire, dans 
lesquelles les parties organisées vont s'évanouir et 
se fondre par d'insensibles dégradations (3). » 

Ces animaux , suivant Cabanis, se forment au 
milieu et à l'aide des humeurs des êtres chez lesquels 



(1) Cabaisis, Rapports du physique et du moral de l'homme. 
Paris, 1824, t. II, p. 240. 

(2) DiODORE DE Sicile, Bibliothèque historique. Paris, 1846, t. II, 
p. 12. 

(3) Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme. 
Paris, 1824, t. II, p. 242. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 7 4 

on les observe ; car après ce que l'on vient de lire il 
ajoute: « On trouve sur lesquadrupèdes, sur les oi- 
seaux et dans les différentes parties de leur corps, 
des peuplades d'animalcules très-variées, que l'on 
peut, à juste litre, regarder comme des générations 
de la substance même de l'individu (1). » 

Parmi les plus ardents partisans de la génération 
spontanée qui apparurent au commencement du dix- 
neuvième siècle, et envisagèrent la question plus 
sérieusement qu'on ne l'avait fait d'abord, il faut 
citer en première ligne Bory Saiiit-Vincent. Déjà il 
s'exprime à ce sujet fort nettement dans l'un des ar- 
ticles de ï Encyclopédie méthodique^ en disant : « Il 
est bien démontré maintenant qu'il existe des créa- 
tures végétantes, et même très-vivantes, qui peuvent 
naître spontanément sans œufs ni germes, sauf à dis- 
paraître sans se reproduire, ou bien à se reproduire 
par scission (2). » Il émet là une idée exacte, selon 
moi, car il existe quelques microzoaires qui me pa- 
raissent ne jamais se reproduire autrement que par 
l'hétérogénie ; mais en terminant il est moins auda- 
cieux que l'école qui va le suivre immédiatement, et 
prétendre que certains animaux naissent primitive- 
ment par spontéparité, puis, après cela, sécrètent des 
œufs et se reproduisent parle mode normal (3). 

(1) Cabanis, Rapports du physique et du moral. Paris, 1824, t. II, 
p. 241 . 

(2) Boa Y Saint-Vincent, Ency. méth. Zoophytes, art. Psycho- 
iUaires, t. II, p. 691. 

(3) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intesti- 
naux. Paris, 1824. 

Blrdach, Traité de physiologie. Paris, 1. 1. 



72 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans la suite, Bory Saint- Vincent n'abandonne 
point son idée. Ses méditations le portent, au con- 
traire, à la développer plus ostensiblement ; c'est ce 
qu'on le voit faire dans plusieurs articles du Diction- 
naire classique d'histoire naturelle, où il semble 
déjà éclairer, mais encore timidement cependant, la 
route presque inexplorée que les physiologistes alle- 
mands vont franchir audacieusement, en ne crai- 
gnant pas d'affronter les mystères de l'inconnu à 
l'aide des seules forces de la pensée (1). 

Dans son article Microscopiques, du Dictionnaire 
classique, ce naturaliste s'exprime ainsi : « L'idée 
de générations spontanées révolta d'abord de très- 
bons esprits, et le microscope en démontre pour- 
tant l'existence. Ces assertions seront sans doute 
traitées légèrement par la presque totalité des sa- 
vants qui, ayant formé leur manière de voir d'après 
des créatures où les sexes sont incontestables, ne 
sauraient consentir à ne pas avoir tout connu ; mais 
lorsque l'habitude des observations du genre de 
celles où nous nous sommes longtemps et patiem- 
ment exercé, sera très-répandue, et que pour étudier 
la nature on adoptera la marche du simple au com- 
posé, force sera de ne les plus trouver absurdes (2).» 

M. Dumas, qui a jeté de si vives lumières sur cer- 
tains points de la physiologie comparée, et en par- 
ticulier sur la génération, a été conduit par ses nora- 

{\) Bory Saint-Vincent, Dictionnaire class. d'hist. nat., article 
Matière. 

(2) Bory, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1826, 
t. X, p. 541. 



HISTORIQUE. ÉPOQLK MODERNE. 73 

breuses expériences sur celle-ci, à considérer cer- 
tains animaux inférieurs, tels que les infusoireset 
quelques vers intestinaux, comme pouvant devoir 
leur origine à la génération spontanée. Selon lui les 
spermalozoaires n'auraient pas une autre source. 
L'illustre chimiste a formulé ses opinions avec une 
netteté, avec une précision qu'on voudrait souvent 
retrouver dans les œuvres de beaucoup de naturalis- 
tes de notre époque, qui sont souvent fort obscurs, 
fort indécis, lorsque la nécessité les conduit à trai- 
ter ce sujet. 

M. Dumas ne se borne pas à combattre les étran- 
ges prétentions de quelques-uns des partisans de la 
thèse qu'il embrasse sans hésitation ; il en pose les 
conditions, et il en trace minutieusement les phéno- 
mènes, tels qu'il les a observés durant ses délicates 
expériences (1). 

Si là il condamne de trop crédules observateurs 
qui, à l'exemple de Fray, imbus des idées anciennes, 
s'imaginent encore que les substances en putré- 
faction peuvent engendrer des mouches ou d'autres 
insectes aussi compliqués ; s'il s'élève énergiquement 
contre les prétentions de Spallanzani, lorsqu'il pro- 
fesse que les germes des infusoires résistent à l'ébul- 
4ilion , ailleurs il sait tracer avec une admirable 
précision tous les phénomènes à l'aide desquels la 
nature procède au développement spontané des 
moindres êtres de la création. Devenu l'un des plus 
habiles micrographes de son époque, il nous révèle 

(i) Dumas, Annales des sciences naturelles, i. I, II, III. — Diction- 
naire classique d'histoire naturelle. PdiVis, 1825, t. VII, p. 194. 



lA HÉTÉROGÉNIE. 

comment, dans les infusions, les molécules animées 
se groupent successivement pour donner enfin 
naissance à des êtres plus élevés, à des microzoaires 
résultant de ces agglomérations. M. Dumas a tracé 
la route que devraient suivre tous les observateurs. 
Il donne l'exemple en ne décrivant que ce qu'il a vu; 
et il appelle de nouvelles expériences qui, comme 
il le dit, débarrassées aujourd'hui de toutes les chan- 
ces d'erreurs que la physique et la chimie peuvent 
nous permettre d'éviter, pourront enfin éclairer 
une si importante question, et rendre à la physiolo- 
gie le plus éminent service (1). 

Mais si la question de l'hétérogénie a jamais été 
traitée avec une grande élévation, et parfois même 
avec une profonde philosophie, c'est assurément en 
Allemagne qu'on l'a observé. Ce que nous avons à 
peine effleuré, l'audacieuse persévérance des natu- 
ralistes allemands l'a fouillé à fond, et ceux-ci se 
sont livrés à ce sujet à toutes les témérités de la pen- 
sée. Au premier rang des défenseurs de l'hétérogénie, 
brillent principalement les noms des Bremser, des 
Tiedemann,des Burdach, des Carus,et surtout celui 
deTreviranus, qui s'en est occupé avec toute la saga- 
cité d'un expérimentateur consommé. 

Les magnifiques développements que prit l'étude 
des sciences au commencement de notre siècle por- 
tèrent les penseurs à sonder les plus mystérieuses 
opérations de la nature. Des instruments d'une rare 
perfection leur étaient offerts, et en s' aidant de toutes 

(1) Dumas, Annales des sciences naturelles , t. 1, II, III. — Diction- 
naire classique d'histoire naturelle. Paris, 1825, t. Vil, p. 224. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODEREE. 75 

les ressources synthétiques que les découvertes ré- 
centes leur donnaient si libéralement, ils ont pu s'a- 
vancer moins timidement que leurs prédécesseurs, 
et c'est alors qu'ils ont quitté la voie uniquement 
hypothétique pour lui substituer des théories phi- 
losophiques, ou de véritables déductions tirées de 
l'observation et de la comparaison des faits. 

Bremser, savant médecin allemand, intervint dans 
la discussion en 1818, dans son Traité des vers in- 
testinaux. Son but était de démontrer que, lors- 
que ceux-ci apparaissent pour la première fois dans 
le corps des animaux, ils s'y produisent par la géné- 
ration spontanée. Cet auteur a traité ce sujet fort 
largement, et souvent même il lui donne une grande 
élévation en empruntant ses arguments aux phases 
géologiques du globe ou à la zoologie. 

Bremser a non-seulement considéré les infusoires 
et les vers intestinaux comme étant dus à l'hétéro- 
génie, mais il prétend aussi que certains insectes, 
tels que les poux, lui doivent parfois naissance. Il 
n'ignore pas que ces animaux possèdent des ovaires 
et des œufs, et même que plusieurs sont vivipares; 
mais ces objections n'enchaînent nullement un es- 
prit aussi indépendant que le sien, et on le voit pro- 
fesser que, lorsqu'ils apparaissent pour la première 
fois chez l'homme ou les animaux, ils y naissent 
spontanément (1). 

Les théories de Bremser ont reçu indirectement 
la sanction d'un des plus illustres savants de notre 

(1) Bremser j Traité zooîogique et physiologique des vers intes- 
tinaux. Paris, 1824, p. 65. 



76 HÉTÉROGÉME. 

siècle : Humboldt semble s'y associer, puisque dans 
une de ses lettres il cite l'ouvrage de Thelmintholo- 
giste allemand comme un excellent traité (1). 

L'esprit philosophique d'Oken ne pouvait laisser 
passer inaperçue une thèse telle que la spontépa- 
rite, encore toute pleine d'obscurité, il est vrai, mais 
qui se prêtait à de si magnifiques développements, 
m'admet sans conteste et va même plus loin, puis- 
qu'il considère tous les êtres comme n'étant compo- 
sés que d'animalcules microscopiques (2). Cependant 
on doit dire que ce grand naturaliste a plutôt traité 
cette question à l'aide de l'argumentation qu'en ex- 
posant des faits. 

Carus, qui est peut-être le plus audacieux de ses 
compatriotes lorsqu'il affronte les questions délicates 
de l'anatomie transcendante, traite la question des 
générations primordiales avec moins de clarté que 
ceux-ci; mais cependant on s'aperçoit assez qu'il 
en est partisan lorsqu'il dit, dans son Anatomie 
comparée, « que toute naissance, toute génération, 
« est, quant à son essence , la production d'une 
« chose déterminée par une chose non déterminée, 
« mais déterminable, et que le déplacement spon- 
« tané d'un être déterminé qui naît d'un être indé- 
« terminé, est la ligne primordiale et en même temps 
« le symbole de la vie (3). » 

(1) Humboldt, Lettre à M. Panckouke, imprimée en tête de la 
traduction de Bremser, 

(2) Gérard, Dict, univ. d'hist. nat., t. VI, p. 56. 
DujARDiN, Histoire naturelle des infusoires. Paris, p. 92. 

(3) Carus, Anatomie comparée. Paris, 1835, t. Ill^ p. 13. 



HISTORIQUE. ÉPOQUE MODERNE. 77 

Mais parmi les savants allemands qui se sont occu- 
pés de la génération spontanée, Treviranus et Tiede- 
mann doivent être cités au nombre de ceux qui l'ont 
défendue avec plus d'autorité (l).Le premier a ana- 
lysé avec la même sagacité les travaux de Needham, 
Wrisberg, 0. F.MûUer, Ingenhousz, etc., qui en fu- 
rent d'ardents partisans, et ceux de Spallanzani, de 
Terechovski, leurs antagonistes (2) ; et, en physiolo- 
giste consciencieux, avant de combattre ou d'ap- 
prouver les doctrines des autres, il a répété leurs 
expériences, et ensuite il lésa diversement variées. 

Ainsi que presque toute l'école allemande, Trevi- 
ranus et Tiedemann admettent, comme Buffon l'a- 
vait fait, une matière organique primaire, amorphe, 
susceptible par sa concentration de se revêtir de for- 
mes diverses, sous l'influence de la vie qui vient l'ani- 
mer. En parlant de cette véritable matière plastique, 
subissant toutes les mutations imaginables, Trevi- 
ranus dit qu'elle est dépourvue de formes, mais 
qu'elle est apte à prendre toutes celles de la vie et à 
les conserver sous l'influence des causes extérieures ; 
mais que, quand ces causes cessent d'agir, elle prend 
d'autres formes sous des influences nouvelles (3). 

Mais Tiedemann, surtout, expose ses opinions en 
des termes dont la netteté ne laisse rien à désirer : 
« Les êtres organisés, dit ce célèbre physiologiste, 
« sont produits par leurs semblables ou doivent nais- 

(i) TrevirkîsXjs f Biologie. Gœttingue, 1802. 
Tiedemann, Physiologie de l'homme. Paris, 1831. 

(2) Terechovski, Diss. de chao infusorio Linnœi. 

(3) Treviranus, Biologie. Gœttingue, 1802, t, II, p. 267-403. 



78 HÉTÉROGÉINIE. 

« sance à la matière des corps organisés en état de 
« décomposition (1). » Ailleurs il ajoute : « La puis- 
« sance plastique de la matière ne s'éteint pas après 
« la mort ; elle conserve la faculté de revêtir une nou- 
« velle forme et de se montrer apte à jouir de la vie. 
« La mort ne porte donc que sur les individus orga- 
« nisés, tandis que les matières organiques entrant 
« dans la composition de ces êtres, continuent à pou- 
ce voir prendre forme et recevoir la vie (2). » 

Poussant l'investigation des faits jusqu'à sa der- 
nière limite, Tiedemann va même jusqu'à tracer les 
conditions dans lesquelles les molécules de la matière 
vivante peuvent animer d'autres existences ou celles 
qui leur en interdisent la puissance; c'est alors qu'il 
dit : « Les matières organiques qui se séparent de leur 
« organisation conservent, lorsqu'elles ne sont pas 
« ramenées à leurs éléments ou converties en corn- 
« posés binaires par l'action des affinités chimiques, 
« la propriété de reparaître, avec le concours d'in- 
« fluences extérieures favorables, de la chaleur, de 
« l'eau, de l'air et de la lumière, sous des formes 
« animales ou végétales plus simples, qui varient 
« toutefois en raison des influences à l'action des- 
« quelles elles se trouvent soumises (3). » 

Burdach, l'un des savants les plus éminenls de la 
laborieuse Allemagne, ayant dû, dans son œuvre, se 
prononcer sur la génération spontanée, on reconnaît 
qu'il l'a considérée comme un fait indubitable. A cet 

(1) Tiedemann, Physiologie de l'homme. Paris, i83l,t. I, p. 100. 
(2)/d., p. 104. 
(3) Id., p. 152. 



I 



HISTORIQUE. EPOQUE MODERNE. 79 

égard, rien n'arrête l'illuslre physiologiste; et sortant 
des voies où la timidité enchaîne ordinairement les 
plus ardents partisans de l'hétérogénie , lui, il en 
étend les phénomènes beaucoup plus loin qu'eux. Ne 
se bornant pas à admettre qu'elle ne produit de nos 
jours que des êtres de la plus infime organisation, il 
lui prête aussi le pouvoir de donner naissance à cer- 
taines créatures d'un ordre élevé dans la série zoolo- 
gique ou botanique. 11 va même jusqu'à concevoir 
que dans certains cas exceptionnels il peut en naître 
encore des champignons (1), des vers, des insectes, 
des crustacés et peut-être même certains animaux 
vertébrés (2). 

Le traité de Burdach contient le plus complet ex- 
posé qui ail encore paru sur la matière. Il s'y appuie 
de tant d'autorités imposantes, il cite tant de faits et 
il les élucide avec une si laborieuse persistance, qu'il 
convainc ses lecteurs, sinon de l'existence absolue 
de tous ceux-ci, au moins de celle de la plupart d'en- 
tre eux. 

J. Mûller a marché dans la même voie que ses 
compatriotes. Il admet une génération spontanée 
qui ne serait que le résultat de la décomposition 
des grands organismes, dont les molécules, en se 
dissociant, deviendraient autant d'animalcules. « Or- 
« dinairement, dit-il, les corps organiques d'une cer- 
« taine espèce ne naissent que d'autres corps de la 
« même espèce qu'eux, c'est-à-dire, par des œufs 
« ou des bourgeons. Mais on peut se demander si, 

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 32. 

(2) M., p. 30-45, etc. 



80 HÉTÉROGÉISÎE. 

« lorsqu'un corps organique se décompose, la ma- 
a tière qui le constitue ne produit pas aussi, sous 
« certaines influences, des organismes d'une autre 
« espèce; si non-seulement elle est apte à vivre, 
« mais encore continue de vivre avec d'autres modi- 
« fications ; si par le concours de certaines condi- 
« tions, c'est-à-dire, par l'action de l'air atmosphé- 
« rique, de l'eau, de la lumière, elle se résout en 
« infusoires vivants, tandis qu'en d'autres circon- 
« stances elle revit dans des plantes appartenant aux 
« classes inférieures, les moisissures (1). » 

Plusieurs des savants allemands que nous venons 
de citeront même donné à la génération spontanée 
une puissance que nous sommes loin de lui accor- 
der, mais qui témoigne de leurs profondes convic- 
tions. Nous ne la plaçons que sur l'extrême limite 
des deux règnes ; là où l'anatomie et la physiologie 
semblent presque faire défaut, eux n'ont pas craint 
de lui attribuer des organismes parfaitement déter- 
minés. Burmeister prétend que les poux et l'acarus 
de la gale peuvent en être le résultat (2); Bremser, 
comme nous venons de le dire, lui attribue aussi 
les poux et certains entozoaires munis d'appa- 
reils sexuels (ri); Burdach semble croire que non- 
seulement elle produit des infusoires, mais encore 
qu'il peut en résulter des poissons (4), opinion que 

(1) J. MuLLER, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 9. 

(2) Bur.MEiSTER, Handbuck der Entomologie. Berlin, 1705 (Manuel 
de rentomologie). 

(3) Bremser, Traité des vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824. 

(4) BuRDACii, Traité de phîjsiologie. Paris, 1. 1, p. 45. 



HISTORiQUl'. — EPOQUE MODERNE. 81 

nous avons déjà vu être celle du prince des zoolo- 
gistes (1). 

Mais si l^Allemagne paya largement son contingent 
à la question de l'hétérogénie et si ses physiologistes 
les plus éminenls l'acceptèrent comme un fait dé- 
montré, les zoologistes anglais s'en occupèrent beau- 
coup moins; les uns ne l'admirent qu'avec un ex- 
trême doute, les autres la combattirent vivement. 

Au nombre des Anglais qui n'ont abordé qu'avec 
réticence la question de l'hétérogénie, Allen Thom- 
son doit être cité au premier rang. Ce savant avoue 
que celle-ci n'a dû son discrédit qu'à l'obstination 
de quelques-uns de ses partisans à invoquer des faits 
manifestement impossibles, et que, sans cela, elle eût 
conquis plus de prosélytes (2). 

Tandis que le majorité des hommes transcendants 
de l'Allemagne embrassait si énergiquement la 
cause de l'hétérogénie, en France, on voyait surgir 
de moment en moment quelques partisans de cette 
hypothèse; m.ais ceux-ci plus timides et moins dis- 
ciplinés, loin d'avoir la ferveur des Bremser, des 
Burdach, des Tiedemann et des Treviranus, n'émet- 
taient leurs opinions que comme autant d'aveux 
arrachés de vive force par les circonstances. 

Cependant, quelques-uns des naturalistes, élevés 
à l'école philosophique de Geoffroy Sainl-Hilaire, 
avec l'indépendance du maître, ont aussi abordé la 

(i) Aristote, Histoire des animaux, traduct. de Camus, t. 1, 
p. 363. 

(2) Allen Thomson, Génération, todd's Cycîopœdia of Anatonuj 
and Physiology, t. XI, p. 431. 

PeUCBET. 6 



82 HÉrÉROGÉNlE. 

question à l'aide de la même franchise que nous 
avons rencontrée chez les Allemands. Parmi eux, 
Dugès doit occuper l'un des premiers rangs. Moins 
hardi que les physiologistes que nous venons de citer, 
et peut-être moins préparé qu'eux par l'expérience 
et la méditation, il se contente seulement d'exprimer 
ses convictions, mais sans leur donner ce dévelop- 
pement qu'on aurait pu attendre de lui, et qu'on 
aurait cru devoir entrer dans le plan de sa physiolo- 
gie comparée. 

Cependant Dugès n'hésite pas à dire que les objec- 
tions qu'on oppose à la spontéparité lui paraissent de 
peu de valeur, et que c'est aux doctrines opposées qu'il 
faut adresser le reproche d'être inintelligibles (1); as- 
sertion tout à fait marquée au cachet de l'exactitude; 
car, ainsi que nous le démontrerons, l'hétérogéiiie 
explique lucidement certains phénomènes dont les 
ovaristes ne peuvent donner la moindre solution: 
et ses vérités, facilement accessibles, contrastent 
ostensiblement avec les obscures conceptions de ses 
antagonistes. 

Parmi les derniers travaux relatifs aux Infusoires, 
viennent ceux de M. Dujardin. L'œuvre de ce natu- 
raliste laborieux a une réelle importance soit par les 
bonnes observations dont il est rempli, soit par son 
étendue. L'auteur, avec une grande indépendance, 
attaque avec vigueur les hypothèses qui lui paraissent 
erronées, et il ne craint pas, pour le triomphe de ses 
opinions, d'affronter les plus rudes antagonistes. C'est 

(1) DuGÉs, Traité de physiologie comparée. Paris^ 1839, t. 111^ 
p. 207, 208. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 83 

ainsi qu'il reproche à Ehrenberg d'avoir attribué aux 
Infusoires une richesse d'organisation qu'on ne leur 
découvre nullement (1). En cela il a tort, et une lon- 
gue pratique du microscope nous a convaincu de 
l'authenticité de ce qu'avance l'illustre mierographe 
de Berlin. Avec la moindre attention on vérifie sur 
plusieurs genres cette disposition polygastrique contre 
laquelle s'élève le naturaliste français : on précise 
le diamètre des estomacs, et on les voit se remplir 
à volonté d'ahments, comme nous l'avons observé à 
tant de reprises (2). 

M. Dujardin, dans divers endroits de ses œuvres, 
admet évidemment la génération spontanée, soit 
pour les infusoires, soit pour quelques helminthes (3). 
Mais ce que l'on devait attendre d'un naturahste 
qui est si riche d'observations, c'eût été de formuler 
nettement ses principes à ce sujet et d'émettre sur 
quels faits il les fonde principalement; et c'est ce que 
l'on ne trouve pas nettement exprimé dans ses gé- 
néralités sur la physiologie de ces animaux. A diver- 
ses reprises il dit aussi que plusieurs de ceux-ci sont 
dépourvus de sexe et se reproduisent par scission. 
N'avoir point de sexe, c'est n'avoir point] d'œufs, 
et comme avant que de pouvoir se diviser itfaut 
naître, alors, forcément, il faut bien que le premier 



(1) DujARDiN_, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841. 

(2) PoucBET, Recherches sur les organes de la circulation, de la 
digestioïi et de la respiration des infusoires. — Comptes rendus de 
l'Académie des scienc es^ 1 848-1 849. 

(3) Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, et 
Histoire naturelle des helminthes , 1844. 



84 IlÉTÉROGÉME. 

microzoaire qui se produit dans une macération, y 
soit engendré spontanément ! 

Cependant, M. Dujardin, en traçant l'histoire des 
vers intestinaux, est forcé d'avouer que l'apparition de 
plusieurs d'entre eux ne peut se concevoir ration- 
nellement que par l'hétérogénie (1). C'est ainsi qu'il 
explique seulement par elle l'apparition de certains 
helrainthesmicroscopiques(^?ic/ima5/j/ra/i5,R.Ow.), 
qui envahissent parfois presque tous les muscles de 
l'homme (2). 

Dans son Histoire naturelle des Infusoires, la 
même question, sivivace àl'égard de ce sujet, s'était 
déjà présentée ; mais dans cet ouvrage il oscille à 
diverses reprises : là il semble avoir de grandes ten- 
dances à expliquer par la génération primaire l'ap- 
parition de certains protozoaires; ailleurs ce mode 
de reproduction lui parait moins clair (3). 

En s'occupant de l'histoire des vers intestinaux, 
M. Eudes Deslongchamps a aussi été conduit à se 
prononcer sur leur mode de propagation et il n"a 
pas hésité à embrasser à ce sujet les vues générale- 
ment professées par les helminthologistes allemands, 
et à dire qu'il considérait ces animaux comme étant 
le résultat de la génération spontanée. Il ne prétend 
pas en avoir découvert aucune preuve directe, mais 
ainsi que tous les naturalistes consciencieux, il 
trouve que, sans invoquer ce moyen, il est absolument 

(i) DujARDiN, Histoire naturelle des helminthes. Paris, p. 294-408. 
(2) Id., Ibid., Paris, 1844. 

(3j Jd., Histoire naturelle des in fumoir es. i*aris. J8il, 
p. 100. 



ITISTORiQUE. ÉPOQUE MODERNE. 80 

impossible d'expliquer comment s'engendrent cer- 
tains entozoaires (1). 

Au nombre des derniers naturalistes qui admet- 
tent la génération spontanée il faut encore compter 
A. Richard. Il passe, sans s'y arrêter, sur la repro- 
duction des Infusoires; maisentraîné par ses convic- 
tions, avec cette probité dont il a été un si vivant 
modèle, l'illustre professeur dont je m'honore d'a- 
voir été l'ami, termine son œuvre sur la zoologie mé- 
dicale en disant que pour un grand nombre de vers 
intestinaux, la génération spontanée lui paraît le 
mode le plus probable qu'on puisse admettre pour 
expliquer leur origine (2). 

Quelques naturalistes éminents de notre époque, 
ayant restreint le cercle de la génération spontanée, 
n'admirent plus guère celle-ci que dans les êtres 
dont l'organisation s'était jusqu'alors dérobée à nos 
recherches; et à mesure que leur structure nous fut 
dévoilée par la micrographie, on craignit désormais 
d'attribuer cette origine à des animaux doués d'ap- 
pareils vitaux assez complexes. 

En suivant cette impulsion, Ehrenberg, auquel 
on doit de si belles observations et un si magnifique 
ouvrage sur les Microzoaires, passa naturellement 
parmi les adversaires de la spontéparité (3), 



(1) Eudes Deslongchamps, Encyclopédie méthodique. Zoophytes, 
Paris, 1824, t. II, p. 773. 

(2) A,RiciikKD,Histoire naturelle médicale. Zoologie. Paris, 1849, 
t.I, p. 310. 

(3) EiiRKNBERG;, Die Infusionsthierchen ah voUkommene Organis- 
men. Leipsig, iB38. 



86 HÊTEROGENIE, 

Le célèbre professeur de Berlin nous apprit que 
divers animalcules microscopiques, auxquels certains 
naturalistes refusaient toute trace d'organisation (1), 
étaient cependant doués d'appareils vitaux fort mul- 
tiples et d'une merveilleuse ténuité. Ses découvertes 
étaient tellement inattendues, que plusieurs savants 
proclamèrent que l'on était presque tenté de les con- 
sidérer comme un roman ingénieux (2); elles étaient 
cependant bien positives. 

Les volumineux travaux d'Ehrenberg ayant am- 
plement éclairé l'organisation des infusoires, le sa- 
vant de Berlin voulut les compléter en signalant les 
organes génitaux de ceux-ci; mais dans cette der- 
nière tentative il fut moins heureux que dans les 
autres. N'ayant jamais observé d'accouplement entre 
ces animaux, il en conclut qu'ils devaient être herma- 
phrodites. Il prit parfois pour des œufs les molé- 
cules produites par la diffluence, et considéra comme 
des appareils générateurs mâles les vésicules contrac- 
tées que présentent certains microzoaires (3); vési- 
cules que Spallanzani regardait comme des appareils 
de respiration (4) et que nous avons enfin exactement 
déterminées, en démontrant qu'elles ne pouvaient 
être que des cœurs lançant le sang dans toutes les 

(1) 0. F. MuLLER, Animalium infusoriorum succincta historia. 
Copenh., 1773. — Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 
1841. — Dict. univ. d'hist. natur. Paris, 184G, t. VII, p. 44. 

(2) Comp. Gérard, Dict. univ. d'hist. nat. Paris, 1845, t. VI. 
p. 58. 

(3) Ehrenberg, Zusàtze zur Erkenniniss, etc., 1836. Supplé- 
ments, etc. 

(4) Spallanzani, Opusc, de phys. anim. et veg. 



HISTORIQUE. -— ÉPOQUE MODERNE. S" 

parties du corps, et que nous avons signalés jusque 
dans l'œuf où on en constate déjà les pulsations (1). 

Ehrenberg doit être compté au nombre des plus 
savants antagonistes de la génération spontanée. Il 
l'attaqua vivement dans plusieurs de ses écrits, mais 
c'est surtout dans son Mémoire sur le développement 
et la durée de la vie des Infusoires que se trouvent 
ses principaux arguments, ceux à l'aide desquels il 
croit principalement faire triompher ses opinions. 
Dans cet écrit il prétend avoir constaté que la repro- 
duction de ces animalcules se fait normalement à 
l'aide d'œufs; ce que nous combattrons victorieu- 
sement plus loin, au moins à l'égard de la plupart (2). 
Car si nous croyons fermement avec Ehrenberg que 
les microzoaires les plus élevés, tels que lesRotifères, 
possèdent des organes génitaux et pondent des œufs, 
nos observations nous ont convaincu que cela ne se 
produit nullement dans ceux d'une plus simple tex- 
ture , tels que les Rolpodes et encore plus les 
Monades. De Siebold partage absolument notre opi- 
nion (3). 

Quelques physiologistes de notre époque, entraî- 
nés par l'ascendant d'Ehrenberg, se sont aussi dé- 
clarés contre l'hétérogénie. Parmi eux on compte 
M. Longet, qui, quoique n'ayant répété aucune des 
expériences de ses prédécesseurs, n'en tranche pas 

(1) PouCHET, Recherches sur les organes de la circulation, de la 
digestion et de la respiration des animaux infusoires. Acad. des 
sciences, 1848-1849. 

(2) Comp. le chapitre de la polémique. 

(3) De Siebold et Stanmus, Anatomie comparée. VdiVxs, ISoO, 
p.I, p. 23. 



88 HÉTÉROGÉNIE. 

moins nettement toutes les questions les plus délica- 
tes du sujet ; puis, en suivant la tactique des anta- 
gonistes de la génération spontanée, expose longue- 
ment les faits qui peuvent lui être opposés, et passe 
sous silence les principaux arguments qu'on peut in- 
voquer en sa faveur (1). 

Ce physiologiste considère même certains faits 
comme la loi générale, tandis qu'ils ne forment pro- 
bablement qu'une rare exception; telle est, entre au- 
tres, la scission spontanée des infusoires. Mais si dans 
l'œuvre de ce savant, l'hétérogénie est attaquée sans 
discussion, nous voyons, par compensation, un de nos 
plus célèbres physiologistes français, M. Bérard, sou- 
mettre la question à toutes les sévérités de la logique, 
et avouer avec franchise que, dans certains cas, il est 
impossible de ne pas reconnaître l'existence de la gé- 
nération primordiale (2). 

Devons-nous nous arrêter sur les opinions d'un 
autre physiologiste, M. Bourdon, qui, au dix-neu- 
vième siècle, lorsque les beaux travaux des 0. F. 
Millier, des Bory deSaint-Yincent, des Ehrenberg et 
des Dujardin, ont vu le jour; et lorsque nous possé- 
dons des microscopes achromatiques et des micro- 
mètres qui mesurent un dix millième de millimètre, 
vient soutenir que les infusoires ne sont pas des ani- 
maux, et que peut-être ils ne se meuvent pas(3)!... 

Mais si certains physiologistes français attaquaient 

(1) LoNGET, Traité de physiologie. Paris^ 1848. 

(2) Béhârd^ Cours de physiologie. Paris, 18i8. 

({) Bourdon, Principes de physiologie comparée. Paris ^ 4830, 
p. 51,55. 



HISTORIQUE. ÉPOOUK MODEREE. 89 

l'hétérogénie sans apporter contre elle aucun argu- 
ment solide, il n'en était pas de même en Allemagne 
et en Belgique. Là, les découvertes de Steenslrup 
sur les générations alternantes ayant ouvert la voie, 
on vit successivement Kùchenmeister, de Siebold, 
Lewald, Leuckart, Kœlliker et Van Beneden, donner 
naissance à d'importants travaux sur la génération 
des Helminthes et s'efforcer de rétrécir ainsi le cercle 
des générations spontanées (1). Devant revenir, en 
son lieu, sur l'effort nouveau tenté par ces savants, 
nous n'insisterons pas ici sur leurs expériences. 

Parmi les naturalistes qui ont travaillé, durant ces 
dernières années, à débrouiller la question qui nous 
occupe, on ne peut omettre de citer M. Gros, médecin 
français résidant à Moscou. C'est un ardent partisan 
de l'hétérogénie; mais il esta regretter que ce savant 
ait souvent traité cette question avec plus d'entraî- 
nement que de logique. Il annonce, sans la moindre 
hésitation, d'inconcevables métamorphoses. Selon lui, 
il n'existe aucune différence entre la cellule végétale 
et la cellule animale, et tels animaux, tels que les 
Euglènes, en se parifissant, donnent parfois naissance 
à des conferves; et les Rotifères peuvent produire des 

(1) Steexstî'.up, Onthe alternation of générations. Lond., 1845. 

Kùchenmeister, On animal and vegetable parasites ofthehuman 
hody. Londres, i8o7 (traduction anglaise). 

De Siebold, Exp. sur la transf. des Cijsticerques en Ténias . 1 852 ,elc . 

Lewald, De cysticercorum in tœnias metamorphosi. 

Leuckart, Parasiien und parasitismus (Archiv. fur physiol. 
Ileilkunde, t.Xl.). 

KoLUKER, Zeitschrift filr Wiss. zoQL,i. VU, p. 13:». 

Van Beneden, Les vers cestoules. Bruxelles, 1850. 



00 HÉTÉRO GÉNIE. 

champignons (1)... Mais nous ne suivrons pas plus 
loin M. Gros ; ce fragment de ses œuvres suffît seul 
pour nous justifier. 

Les derniers travaux ayant trait à la génération 
spontanée, qui soient parvenus à notre connaissance, 
sont ceux de MM. Claparède et J. Lachmann , de 
Lieberkuhn et de Balbiani. 

MM. Claparède et Lachmann, dans leur Mémoire 
présenté à l'Académie des sciences (2), n'ont, à ce 
que dit le savant rapporteur, ajouté à ce que l'on 
connaissait déjà aucun de ces faits fondamentaux qui 
ouvrent desvoies nouvelles (3), et n'ont guère fait que 
mieux signaler ce qui avait été étudié précédemment. 

M. Lieberkuhn est entré plus au vif dans la ques- 
tion, et paraît avoir découvert chez quelques para- 
mécies des organes remplis de spermatozoaires. En 
outre, il a mieux précisé, qu'on ne l'avait fait, un 
grand nombre d'assertions sur la scissiparité, la 
gemmiparité et le développement des embryons des 
protozoaires (4). 

Enfin, M. Balbiani a ajouté quelques faits curieux 
aux observations qui précèdent, et est venu clore les 
divers travaux émis récemment sur la reproduction 
des infusoires, 11 a reconnu que la paramécie verte, 

{\) G^os , Bulletin de la Société impériale des naturalistes de 
Moscou, 1854, n. 3, p. 273. 

(2) Claparède et Lachmainn, Mémoire couronne', portant pour 
épigraphe : Omne vivum ex ovo. 

(3) De Quatrefages, Rapport sur le concours (Comptes rendus, 
1858, t. XLvi, p. 27o). 

(4) Lieberkuhn^ Mémoire présenté à l'Académie des sciences et 
qui a obtenu le grand prix des sciences physiques, 1858. 



HISTORIQUE. — ÉPOQUE MODERNE. 91 

paramecmm bursaria de Focke, après s'être multi- 
pliée par scission spontanée pendant un certain 
temps, finissait par présenter des organes des sexes, 
mâles et femelles, reconnaissabies à leurs ovules et à 
leurs spermatozoaires ; et que ces animalcules don- 
naient naissance à des embryons, après y avoir pré- 
ludé par un accouplement, qui se prolonge durant 
cinq à six jours (i). 

Les faits avancés par M. Balbiani paraissent être le 
résultat d'observations attentivement exécutées, mais 
ainsi que ceux que l'on doit à MM. Claparède, Lach- 
mann et Lieberkuhn, ils touchent à peine à la ques- 
tion qui nous préoccupe^ parce qu'ils n'impliquent 
nullement qu'à leur première apparition ces êtres 
n'ont point été le résultat de la spontéparité ; et il est 
même de doctrine parmi les hétérogénistes, d'ad- 
mettre que certains animaux, chez lesquels on ob- 
serve des sexes et qui se reproduisent à l'aide d'œufs, 
à certaines époques, cependant, n'en doivent pas 
moins leur primitive apparition à la génération 
spontanée (2). 

Nous ne pouvons omettre, en terminant, cette es- 
quisse historique de l'hétérogénie, de parler de nos 
premiers efforts pour arriver à la démonstration de 
ce phénomène. Dans un ouvrage qui avait pour objet 
l'étude de l'ovulation spontanée des mammifères, 

(1) Balbiani, Note sur l'existence d'une génération sexuelle chez 
les Infusoires (Comptes-rendus de rAcadémie des sciences), 1858, 
t. XLVl^ p. 628, et Journal de la 'physiologie de l'homme et des 
animaux, par Brown-Seqiiard. Paris, 1858, p. 347). 

{%) C'est ce que Bremser, Uudolphi et d'autres ont professé à 
l'égard des vers intestinaux. 



95 RÉTÉROGÉNÎE. 

nous avons déjà fait entrevoir que la scissiparité est 
beaucoup moins fréquente qu'on ne le suppose or- 
dinairement (1) ; le temps et un nombre énorme 
d'observations nous en ont de plus en plus con- 
vaincu. Dans cet ouvrage aussi, nous nous sommes 
attaché à démontrer qu'à de rares exceptions près, 
dans tout le règne animal , la génération a lieu à 
l'aide d'œufs; et nous verrons ici que les microzoaires 
eux-mêmes, dans la génération primordiale, se déve- 
loppent souvent, ainsi que les autres animaux, à l'aide 
d'ovules; mais seulement que les leurs ont pour 
site une pseudo-membrane et non le stroma de l'o- 
vaire; voilà la seule différence. 

Beaucoup d'animaux inférieurs avaient paru se 
soustraire à la loi générale de la reproduction ; mais 
les recherches de Rudolphi, de Cavolini, de Ber- 
Ihold, de Gaede, de Rathke, de Valentin, de Grant 
et de Laurent, nous ont démontré que la plupart de 
ceux-ci, tels que les helminthes, les gorgones, les 
actinies, les méduses, les astéries, les échinodermes, 
les flustres et les éponges, produisent des œufs (2). 

(1) PoucHET, Théorie positive de l'ovulation spontanée. Paris, 
i8i7, p. 27. 

(2) Rudolphi, Entozoorum seu vormium intcstinalium historia 
naturalis. Amsterdam, 1808. 

Cavolim , Memorie per servire alla storia dei Polipi marini. 
Naples, 1785. 

Berthold, Beitrage zur anatomie , zootomie und physiologie. 
Gœttingue, 1831. 

Ratoke, In floriep's notizen, 1. XXI. 

Valentin, Repertorium, 1840. 

Grant, Heusinger's zeitschrift fur organische Physik, t. II, p. 53. 

Laurent, Becherches sur l'hydre et l'éponge d'eau douce. 



HISTORIQUE. ÉPOQl'E MODERNE. 93 

Elirenberg nous a fait connaître ceux de quelques 
espèces d'infusoires, etnous-mêaies nous avons suivi 
le développement de plusieurs de ces œufs spontanés 
et avons signalé leur gyration et leur punctum sa- 
liens (i). 

En terminant cet exposé historique, nous dirons 
que ce que l'on peut reprocher aux adversaires de la 
spontéparité, c'est d'être restés immobiles en présence 
de la marche ascendante des sciences philosophi- 
ques. C'est à cent ans en arrière de notre époque 
qu'ils vont souvent emprunter leurs arguments. Quel- 
ques phrases des naturalistes du siècle dernier sont 
citées par eux comme inexpugnables! Et n'est-ce donc 
rien que d'avoir pour soi toute l'antiquité et tous les 
penseurs de l'école moderne? Si les Redi, les Swam- 
merdam, et les Spallanzani furent de respectables 
adversaires, ne pouvons-nous pas leur opposer les Tre- 
viranus, les ïiedemann, les Bremser et les Burdach? 

Ainsi que l'observe judicieusement M. Gérard, 
dans un excellent article sur la génération spontanée, 
on a toujours opposé à ses partisans de simples déné- 
gations et pas d'argumentation serrée. Cette question, 
dit-ii avec raison, est plus vivace que jamais, et l'on 
ne peut, sans fermer les yeux à l'évidence, se refuser à 
voir que, depuis Buffon, les naturalistes les plus émi- 
nents y ont ajouté foi ; qu'aujourd'hui les hommes 

(1) EuRENBEUG, Organisation, sijstematik und geographische Ver- 
hœltniss der Infusionstkierchen. Berlin, 1830. 

PouciiET, Recherches sur les organes de la circulation^ de la di- 
gestion et de la respiralion des animaux infusoires. (Comptes ren- 
dus de Hnslilut, I8i8-i849.) 



94 HÉTÉROGÉNIE, 

qui ont le plus reculé devant les idées philosophiques 
des encyclopédistes, les Anglais et les Allemands, ad- 
mettent eux-mêmes cette théorie (1). » 

Gérard, Dict. univ. dliist. mt. Paris, 1845, t. VI, p. oO, ai- 
licle Génération. 



CHAPITRE 11 



METAPHYSIOIE. 



Certains savants se révoltent à l'idée que des êtres 
organisés puissent sortir fortuitenaent de la matière 
amorphe. Ils n'y ont pas songé, car la cause est jugée 
affirmativement et sans réplique; il ne s'agit simple- 
ment ici que de savoir si le phénomène se continue 
avec la succession des siècles, ou s'il a été anéanti à 
tout jamais. 

Personne ne contestera, je Tespère. qu'au mo- 
ment du fiatlux toute la création d'alors fut évoquée 
du néant; le chaos s'organisa, les globes se disper- 
sèrent dans l'espace, et de la matière sans forme et 
sans vie, la toute-puissante main de Dieu fit surgir 
les animaux et les plantes. Cette première phase de 
l'organisation ne fut donc qu'une véritable génération 
spontanée s'opérant sous l'inspiration divine ! 

Pour quelques-uns, la question de la génération 
spontanée est un imprudent défi jeté à la face de la 
religion ; question formidable s'il en fût. qui, selon 
eux, sape les bases de nos croyances et renvei^e les 
lois de la terre et du ciel! fraveurs illéiïitiLijes. car 
si le phénomène existe, c'est que Dieu a voulu rcrn- 



96 HÉTÉROGÉNIE. 

ployer à ses fins ; et nous ne pouvons y voir que l'une 
de ces mystérieuses voies, aussi variées que merveil- 
leuses, qui forcent notre front à s'incliner en présence 
(le sa sagesse infinie. A ceux qui ne le concevront 
pas, nous nous contenterons de répondre par ce ver- 
set, que l'un de nos poètes a si noblement interprété. 

Qui vides multa^ nonne custodies? qui aperlas 
liabes aiires, nonne audies? (îs, xliii, 20.) 

Étrange anomalie! c'est cette suprême intelligence 
qui sonde les profondeurs des cieux, pèse les globes 
disséminés dansi'immensité; puis, trop à l'étroit sur 
sa plage terrestre, s'élance dans les sphères de l'intini 
et pénètre les mystères incréés; c'est cette même in- 
telligence, inquiète, audacieuse, qui enchaîne impé- 
rieusement la main de Dieu, et lui défend d'animer 
d'une étincelle de vie quelques molécules inertes! 

C'est ce même homme aussi, dont à chaque instant 
le cerveau crée spontanément la pensée immatérielle, 
qui prétend qu'il ne peut rien surgir de la matière! 
On le voit, à son gré, rêver des régions imaginaires, 
se bercer de visions féeriques, et c'est lui qui, si 
magnifiquement doté par la libéralité divine, pré- 
tend lui arracher le sceptre de la création ! 

Si Dieu renverse parfois les lois immuables qui ré- 
gissent Tunivers, pour susciter au milieu de nous 
ces niiracles qui étonnent le vulgaire et fortifient 
la foi; si à sa voix suprême les murailles s'écrou- 
lent, les morts sont ressuscites, n'est-ce pas le comble 
de l'orgueil que de lui contester le pouvoir de créer un 
ciron? Et si, à un moment donné, il a plu au sublime 
architecte de tant de merveilles d'anéantir quelques 



MÉTAPHYSiyLE. 97 

fragments de son œuvre, pourquoi donc vouloir lui 
défendre d'en combler les lacunes? aux Mastodontes, 
aux Rhinocéros, aux Hippopotames, aux Éléphants, 
qui animaient autrefois le sol que nous foulons au- 
jourd'hui, ont succédé d'autres races d'animaux ; 
tout a changé à la surface de la terre, et, durant 
notre éphémère passage sur celle-ci, nous, nous pré- 
tendons effacer les impérissables traces du passé et 
limiter les phénomènes de l'avenir! 

Il est certain que parmi les savants qui ont re- 
poussé l'existence de la spontéparité, beaucoup ont 
été dominés par de respectables convictions : op- 
pressa gravi sub religione (1). Mais rien n'autorise 
ce zèle insensé, et tout, dans le vivant spectacle de la 
création et dans notre conscience intime, proteste 
contre lui. 

La Genèse dit bien qu'après le sixième jour Dieu se 
reposa. Mais quel est donc le verset du livre sacré 
qui nous annonce qu'il s'impose de ne jamais re- 
prendre son œuvre? Où donc est-il dit qu'après ce 
repos, il ait brisé ses moules et anéanti sa faculté 
créatrice? 

Enfin, si Ton prétendait que c'est faire décoger la 
majesté suprême que de l'astreindre à de journalières 
innovations; pour ne pas immobiliser le génie créa- 
teur dans l'éternité, ce qui serait la négation de l'om- 
nipotence divine, n'est-il pas possible d'admettre que 
celui dont les mains ont façonné le germe de tant 
d'êtres merveilleux, ait, avant d'abandonner son 



(1) Lucrèce, De rerum naturâ, lib, 

IN)IC11LT. 




98 HÉTÉROGÉNIE. 

* 

œuvre, posé des lois dominatrices de la matière et de 
la vie, déterminant les circonstances dans lesquelles 
la puissance organisatrice peut se manifester et don- 
ner naissance à de nouvelles combinaisons. Ces lois, 
en définitive, ne seraient qu'ua parallèle de celles 
qui régissent la génération sexuelle, la scissiparité, la 
gemmiparité, etc. 

Les théories des hétérogénistes, loin d'énerver les 
attributs du Créateur, ne font qu'en augmenter la di- 
vine majesté. Si parfois, dans le silence de son labo- 
ratoire, le savant produit l'évolution de quelque être 
nouveau, son orgueil ne saurait s'abuser; il sait qu'il 
n'est là que l'ouvrier intelligent qui réalise les con- 
ceptions du sublime maître. Il s'est borné à placer la 
matière dans les circonstances où, conformément à la 
loi suprême, la force organisatrice devait s'y mani- 
fester : ainsi fait le chimiste lorsqu'il produit un 
cristal inconnu! 

Nous nous abritons sous l'éclat des plus vives lu- 
mières de l'Église; mais si cela n'était pas, à ceux qui 
nous le reprocheraient nous répondrions avec saint 
Augustin : que la science et la théologie s'avancent 
par des sentiers divers, mais que toutes deux mènent 
à la connaissance de la vérité (1). 

De place en place, en effet, l'Écriture proteste contre 
ce repos dans lequel on veut inutilement enchaîner 
l'esprit de rEternel, et tout semble, au contraire, y in- 
diquer que celui-ci n'est jamais inactif. Moïse lui fait 



(I) Duo sunt quœ in cognitionem Dei ducunty creatio et Scrip 
tura. 



METAPHYSIQUE. 90 

dire : je tue et vivifie, comme si c'était Tœuvre de tous 
les instants (1). 

Lorsque Dieu commence à débrouiller le chaos, 
les commentateurs se trouvent embarrassés pour ex- 
primer l'état des choses à la suite de ce premier grand 
acte de la suprême volonté. La terre était informe 
et en désordre, et Jérémie la compare à un pays dé- 
solé, ravagé (2) ; les ténèbres régnaient à la surface 
de l'abîme, et l'Esprit de Dieu planait au-dessus des 
eaux. 

Telle est la version de la Septante. Mais S. Cahen 
pense que le dernier membre de phrase pourrait bien 
n'exprimer que l'action d'un vent violent qui labou- 
rait la surface de l'abîme (3); et selon le rabbin 
Jarchi, le texte exprime mot à mot l'action de l'oi- 
seau qui plane ou qui couve (4). 

C. Morton, dans ses Recherches ethnologiques, a 
donné une traduction rigoureuse du verset de la 
Bible qui commence le récit de la création, et qui a 
été l'objet de tant de commentaires. Voici sa version : 

Dans le commencement Élohim créa Tuniversalilé 
des cieux et l'universalité de la terre. Et la terre fut 
tohu et bohu (5), masculin et féminin, principes dislo- 
qués ou confondus, paraphrastiquement « sans forme 
et en masse confuse ; » et les ténèbres furent sur la face 

(1) Moïse, xxxii, 39. 

(2) Jérémie. Comp. Cahen, Genèse, i. 

(3) Caheis , La Bible avec l'hébreu en regard, ou les principales 
variantes de la version des Septante. Paris, 1834, p. 1. 

(4) Jauchi, Comment, in Pentateuchum. Naples, 149i. 

(5) r/io/ioM ua6o/ioM, littéralement, selon J. A. B. Bost., Dict. do 
la Bible. Paris, 1849, t. I> p. 231 . 



100 HÉTÉROGÉME. 

de l'abîme ; et (le souffle) l'esprit d'Eloliim plana 
comme un oiseau qui descend sur la face des eaux (l). 

Saint Basile dit aussi qu'à l'origine de la création 
les eaux couvraient toute la surface de la terre ; et, 
en suivant la version syrienne, qui, selon lui, se 
rapproche le plus du sens exact de l'Écriture, que 
l'Esprit-Saint en planant sur Tabime, les échauffait 
et les fécondait, semblable à un oiseau qui couve ses 
œufs, et, en les échauffant, en excite la puissance 
vitale (2). 

Nous avons fait quelque attention au texte de la 
Genèse, parce que, comme Texpiime Luther, Scrip- 
tara jmmum intelligi débet grammaticè antequam 
pos sitexplicari theologicè (3). 

Il est évident qu'après avoir décrit la création 
d'une si large manière, l'auteur inspiré de la Genèse 
n'en reparle plus, et que rien, dans ce livre, n'auto- 
rise à supposer qu'il puisse advenir une répétition de 
l'action créatrice. Nous le savons, mais rien non plus 
n'y autorise à prétendre que l'Esprit divin s'est im- 
posé de ne jamais retoucher son œuvre! cette im- 
mense épopée occupe à peine quelques lignes, et sans 
doute qu'après avoir esquissé si brièvement un si 
grandiose tableau, on ne devait pas s'attendre à y 
rencontrer des détails sur les actes subséquents; ils 



(1) s. G. MoKTO^, Types ofmankind, or Ethnological researches. 
ï^iladelphie, 1854, p. 562. 

(2) Saint Basile le Grand, Homélies sur l'ouvrage des six jours. 
Lyon, 1827, p. 380. 

i3) Comp. Gliddon. Archœological iiiliu nclion lo the Xîh 
chapter of Gcncsis. Supr. à Moi.TOX, p. 575. 



MÉTAPHYSIQUE. 101 

découlent naturellement de l'intelligence suprême 
et de l'incessante activité du Créateur. 

Cependant, de place en place, nos livres sacres 
protestent contre l'immobilité dont on prétend frap- 
per la création. Nous avons déjà vu qu'on rencontrait 
dans le livre des Juges quelques faits qui sembleraient 
dériver de l'hélérogénie (1). Mais dans d'autres en- 
droits les indices sont bien autrement manifestes, 
bien autrement irrécusables. 

L'audace du Psalmiste, par exemple, ne s'arrête pas 
aux étroites considérations qui enchaînent notre 
époque. Dans ses chants inspirés^ lorsque ses pensées 
s'élancent vers la région des nuages, abandonnant 
l'esprit de Dieu à ses mobiles inspirations, il s'écrie 
dans l'une de ses brillantes métaphores : 

Emittes sp'irilum tuum et creabuntur, et renovabis 
faciem tervœ; averlente autem tefaciem, turbabuntur ; 
au fer es spiritum eorum et déficient, et in pidverem 
suum revertentur (2) . 

Lorsque dans un autre endroit le Psalmiste pro- 
teste que les limites de la terre sont dans la main de 
Dieu, il est évident qu'il fait une allusion à la volonté 
du Créateur, pouvant à son gré suspendre ou conti- 
nuer son œuvre (3). 

L'idée de l'action incessante de l'Éternel sur la 
création ne surgit pas seulement dans l'esprit de ceux 
qui méditent ce sujet, mais an trouve même, de 

(1) Historique, p. 10 Bib. sac. Juges, xiv, 14. Ecdésiaste , 
m, 20. 

(2) Salomon, Psalm. cm, 30. 

(3) Salomon, P;.nlm. xr.iv, 4. 



102 HETEROGENIE. 

place en place, des passages des saintes Écritures qui 
YÎennent la confirmer. Ainsi, lorsque le Christ était 
poursuivi par les Juifs pour avoir guéri un malade, le 
jour du sabbat, il se retourne en leur disant, Pater 
meus iisque modo operatur, et ego operor^ Mon père 
travaille jusqu'à maintenant, et je travaille aussi (i).» 
Tous les commentateurs ont considéré cette phrase 
comme signifiant que Dieu avait travaillé jusqu'à 
présent, constamment, sans cesse, toujours (2). «Dieu 
s'était reposé au septième jour de la création, dit 
Gerlach en s'inspirant de l'œuvre de saint Matthieu; 
mais ce repos n'était que la joie du Créateur, prenant 
son plaisir au bonheur de la créature qui venait de 
sortir de ses mains. Or, ajoute-t-il, la conservation 
du monde, et surtout son rétablissement après la 
chute, exige l'action créatrice de Dieu, sans aucune 
interruption (3). » 

Dans sa magnifique définition de la création, saint 
Jean s'exprime comme si elle s'exerçait sans discon- 
tinuer. C'est un acte du Dieu éternel et tout-puissant, 
s'écrie-t-il, par lequel il appelle à l'existence, des 
choses visibles et invisibles, matérielles et spiri- 
tuelles (4). 

Les opinions d'Aristote sur la génération spon- 
tanée eurent presque autant de sectateurs que saphi- 

(i) Évangile selon saint Jean, chap. v, 17. 

(2) Gerlach, L. Bonnet et Ch. Baup, Le Nouveau Testament. 
Paris, 1846, p. 365. 

(3) Gerlach, Le Nouveau Testament, avec notes explicatives. 
Paris, 1846, p. 365. 

(4) Saint Jean, Apocalypse^ iv, H. Ps. cxlvui, 5. (Bost, t. I, 
p. 227.) 



METAPHYSIQUE. 103 

losophie, et Ton n'est pas surpris d'en retrouver 
quelques vestiges dans les écrits des Pères de l'Église 
eux-mêmes. Saint Augustin s'exprime ainsi dans un 
passage de ses œuvres : « Ut omitlam aliter de homine 
nasci filium^ aliter capilliim, pediculuniy lumbricuniy 
quorum nihil est filius, etc. (1). » 

Enfin la preuve manifeste que les prétentions des 
hétérogénistes n'ont jamais dérogé à l'orthodoxie, 
c'est que nous ne sommes absolument aujourd'hui 
que l'interprète des opinions de l'un des plus grands 
philosophes chrétiens, de ce même saint Augustin 
que nous venons de citer. C'est sa thèse que nous dé- 
veloppons ici avec l'assurance et la précision que nous 
donnent les sciences au dix-neuvième siècle. Voici 
ce qu'il dit dans ses lettres sur la Genèse : « La pro- 
« duclion desêtres vivants et animés n'élait complète 
« et terminée que d'une certaine manière dans leur 
« principe et dans leur cause, en ce sens que la terre 
« et les eaux, en passant du néant à l'être, avaient 
« reçu en même temps le pouvoir d'amener au jour, 
K à l'époque fixée, les êtres vivants destinés à ré- 
« pandre dans les airs, dans les abîmes des mers et 
« sur tous les points du globe, la vie et le mouve- 
« ment qui forment le plus bel ornement de la na- 
« ture... Ainsi les êtres vivants n'ont apparu dans 
« l'état actuel que dans le temps, ou autrement dit, 
« par le déroulement successif des siècles (2). » 

Saint Jérôme, ce génie audacieux des beaux temps 
de l'Église, combat aussi avec nous pour restituer a 

{{) Saint Augustin, Enchiridion, cap. xv, 
(2) Id., Lettres sur la Genèse. 



iOi nÉTÉROGÉNIE. 

l'Éternel sa puissance suprême. Dieu, dit-il, ne cesse 
pas d'être Créateur cl d'être continuellement agis- 
sant. Selon lui, la nature, soit matérielle, soit spi- 
rituelle, est dans un mouvement permanent ; et celte 
vie permanente, cette puissance d'action est un ca- 
ractère ou plutôt le grand caractère de la Divinité (i). 
Ce principe de saint Jérôme, comme le dit M. Benoît 
de Matougues, est la base de toute philosophie, et en 
cela il est d'accord avec les savants de nos jours (2). 

Enfin, si la question de l'hétérogénie était aussi 
brûlante que le prétendent certaines consciences ti- 
morées, eût-on vu des Pères de l'Église en devenir 
eux-mêmes partisans? eût-on vu aussi le béatifié 
Albert le Grand, l'ami de saint Thomas d'Aquin, et 
plusieurssavants jésuites tels que les Kircher (3), les 
Fabri (4), et les Bonanni (5), l'embrasser sans le 
moindre scrupule? Et l'un de ces ardents défenseurs 
de la foi eût-il dédié au pape Alexandre MI, l'œuvre 
dans laquelle il traite cette question avec une au- 
dace à nulle autre pareille (6) ? 

La philosophie moderne, dépouillée de tout le mys- 



(i) Saint Jérôme, (Euvres de saint Jérôme. Paris, 18il. — Traité 
contre saint Jean, écêque de Jérusalem (préface, p. 26). 

(2) B. DE Matougues, Saint Jérôme et son siècle, 1841 (préface 
(lorédition du Panthéon littéraire). 

(3) Kircher, M undus subterraneus. Amiierdam, 1778. 

(4) Fabri Tractatus duo, quorum prior est : De plantis et de gene- 
ralîone animalium, posterior : De homine. Paris, 1666. * 

(o) Bonanni, Obseroationes circa viventia quœ in rébus viventi- 
bus reperiuntur, cum micrographiâ curiosâ . Rome, 1691. 

(G) Le père Kircher a dédié à ce pape son ouvi-age le plus cé- 
lèbre, le Mundus subterraneus. Édit. d'Amsterdam, 4 778. 



MÉTAPHYSIQUE. 105 

ticisme qui l'enchaînait naguère, ne vient-elle pas 
elle-même prêter un auguste appui à la thèse de 
l'hétérogénie? Elle restitue à la matière sa véritable 
dignité en Tassociant intimement à l'esprit, et, par 
cette étroite combinaison, elle en explique d'une plus 
satisfaisante manière les mobiles mutations. La phi- 
losophie de la nature conduit à cette conclusion, car, 
ainsi que Heine en convient lui-même, elle n'est 
qu'un développement du panthéisme ancien (1). 
L'école allemande, après avoir successivement dé- 
daigné le matérialisme de Locke et l'idéalisme de 
Leibnitz, en est revenue au panthéisme de Spinosa, 
qui forme le point initial et la base des doctrines de 
Fichte (2) et de Schelling (3). En effet, ces deux phi- 
losophes enseignent qu'il n'existe qu'un seul être, le 
moi, l'absolu ; et qu'il y a identité entre l'idéal et le 
réel (4). 

Il n'est pas à dédaigner, en traitant un sujet aussi 
abstrait que le nôtre, de rechercher quels sont les 
procédés par lesquels on peut s'aventurer dans son 
étude. Nous avons reconnu que la route la plus sûre 
était de suivre, presque toujours, cette méthode expé- 
rimentale qui, depuis Galilée, a tant fait progresser 
les sciences naturelles, et qui consistée prendre pour 
point de déparî l'observation des phénomènes, à en 
rechercher les causes, conformément à ce que l'on 
appelle Vàmélhode à posteriori, méthode que nossa- 

{\) H. Heinr, De l'Allemagne. Paris, 1855, 1. 1, p. 109. 

(2) J. FiCHTE, Doctrine de la science. 

(3) Schelling, Idées pour servir à une philosophie de la nature. 
^4) H. Hei.ne, De V Allemagne. Paris, 1335, t. I, p. ifio. 



106 HÉTÉROGÉNIE. 

vanls les plus profonds nous conseillent tous pour 
éviter l'erreur (1). 

Cependant pour élucider l'importante question de 
la génération spontanée, ce n'est pas trop d'appeler à 
son secours toutes les ressources de l'esprit humain, 
et de mettre en œuvre ses plus nobles facultés. Là 
aussi on peut répéter ce que dit Is. Geoffroy Saint- 
Hilaire, en parlant des sciences naturelles en géné- 
ral : L'observation, l'analyse sontindispensables; mais 
elles ne suffisent pas; le raisonnement, la synthèse ont 
aussi leurs droits (2). Mais pour arriver à la découverte 
de la vérité, à' la vraie science, selon l'expression 
de la philosophie germanique, il ne faut abuser ni 
des moyens de Galilée, ni des inspirations de Schel- 
ling. 

Après avoir traversé des époques d'inexplicable 
crédulité, nous sommes tombés dans un excès con- 
traire. En embrassant la voie de l'expérimentation, 
nous avons affecté le plus profond scepticisme pour 
tout ce qui n'en découlait pas; nous avons ainsi tari 
une des plus fécondes sources de tout progrès, le cri- 
térium de l'intellect, qui discute et qui juge. Nos de- 
vanciers en avaient abusé, mais nous, nous l'avons 
trop dédaigné. Si Zenon et les stoïciens subordon- 
naient toute la nature à l'action d'un feu vital intellec- 
tuel; si Aristote admettait que les éléments et les astres 
sont dominés par un agent universel intelligent (3) ; 

(1) Chexrevl, Lettres sur la méthode en général. Paris,l856, p.l2. 

(2) Is. Geoffroy Saiist-Hilaire, Histoire naturelle génér aie. PariSy 
J854, t. I, p. 317. 

(3) Arjstotr, De cœloy cap. ii et xii. 



MÉTAPHYSIQUE. 107 

si Descartes prétend qu'une flamme vitale pénètre le 
cœur des animaux et en règle tout le mécanisme (1) ; 
si Gassendi considérait comme une sorte d'âme du 
monde la chaleur latente qui pénètre les globes et 
l'espace (2) ; enfin, si saint Thomas, pour expliquer 
une métaphore de Job et de saint Matthieu (3), a pu 
penser qu'il existait des espèces d'âmes dans les astres 
et les cieux (4), faut-il, à cause de ces écarts de l'ima- 
gination, nier l'attraction planétaire et le principe 
vital? On n'oserait le prétendre. Il en est de môme 
de l'hétérogénie; quoique certains naturalistes aient 
poussé trop loin leurs prétentions, en lui attribuant 
une fantastique puissance, il n'en est pas moins po- 
sitif qu'elle s'exerce dans une sphère déterminée, 
plus modeste, il est vrai, mais que ses résultats sont 
évidents. 

Ainsi que le dit Is. Geoffroy Saint-Hilaire, dans son 
magnifique ouvrage, Texpérimentation, telle que la 
conçoit Scheliing, n'est que la vérification d'une idée 
préexistante; et d'après lui on ne doit condescendre 
à interroger les faits matériels que pour constater, en 
quelque sorte, les prophéties de l'intelligence (5). 
Mais, selon nous, le philosophe allemand sacrifie ici 
l'un des plus féconds résultats des expériences ; car si 
fréquemment celles-ci ne torturent la matière et 

(1) Descartes, Traité des passions, art. 9. Paris, 1844, p. 508. 

(2) Gassendi, Phijsic, 1. 1, p. 158. 

(3) Métaphore dans laquelle il est question des vertus des cieux. 
(Job, cliap. ix; saint Matthieu^ chap. xxiv.) 

(4) Tract, de indulgentiâ. 

(5) Is. Gf.oefkoy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale des rè- 
gnes organiques. Paris, 1854, t. I, p. 308. 



108 HETEROGENIE. 

l'organisation que pour les faire déposer en faveur des 
théories préconçues, souvent aussi lesavant,en voyant 
des phénomènes insolites, inattendus, surgir pendant 
ses opérations, en déduit à posteriori des lois que 
jamais son esprit n'eût fait éclore spontanément. 

Professer une théorie opposée, c'est sacrifier l'u- 
tile moitié des recherches expérimentales. Nous, nous 
avons essayé de les mettre en œuvre sur leurs deux 
faces et de leur donner ainsi toute leur force. 

Pour la recherche des majestueux phénomènes de 
la création, il ne faut ni trop oser, ni trop craindre ; 
rintelligence et l'expérimentation ont leurs écueils, 
étonne les évite qu'en les unissant étroitement : 
c'est là la vraie science. L'esprit seul, dans son infinie 
fécondité, édifie dans l'immensité du vide, et l'ex- 
périence reste souvent stérile si ses résultats ne se 
trouvent ni vivifiés, ni agrandis. 11 ne faut se laisser 
entraîner ni par les témérités des philosophes de la 
nature, ni par la timide réserve de V école des faits ; il 
faut savoir observer et oser, c'est làquenous conduit 
la méthode philosophique introduite dans la science 
par l'immortel E. Geoffroy Saint-Hilaire (1). 

C'est, armé du flambeau dont on lui doit les pre- 
mières clartés, que nous voulons ici nous avancer. 

En se bornant à une étude philosophique ou spé- 
culative de la nature, on se plonge dans un inextri- 
cable dédale, et l'esprit se perd au milieu des plus 
chimériques conceptions : c'est le règne de la sco- 

(1) Comp. Geoffroy Saint-ÎIilaire, Philosophie anatomique. Pa- 
ris, 1818. — Seures, Anatomie transcendante, Mém. inséré dans 
les Ann. des se. nat.y 1827, p. M. 



MÉTAPHYSIQUE. 109 

lastiquc replacé sur le trône des sciences modernes! 
Schelling impose le plus modeste rang aux observa- 
teurs, et prétend qu'il leur serait aussi difficile d'édi- 
fier un système que de traverser V Océan sur un brin 
de paille {\). Mais on pourrait lui demander si c'est 
toujours à priori que nos plus illustres savants ont 
conçu ces systèmes magnifiques devenus la gloire de 
notre époque? Rœmer cherchait-il à préciser la vi- 
tesse de la lumière quand il découvrait la différence 
d'immersion des satellites de Jupiter (2)? Goethe avait- 
il rêvé la structure du crâne, quand, en se déchirant 
sous ses pieds, une tête de Mouton la lui révélait au 
milieu d'un cimetière du Lido (3)? 

Lorsque toute notre carrière a été consacrée à 
l'expérimentation, nous ne pouvons accepter, avec 
Schelling, que la pensée est la source de toute 
vraie science, et que les faits sans théorie n'expri- 
ment rien (4)! Ce que nous voulons, c'est que l'in- 
telligence soit fécondée par les faits, et, que, dans 
ses déductions les plus audacieuses, elle s'appuie 
toujours sur les éléments du connu pour en abstraire 
les théories. C'est là la vraie science, qui ne peut être 
que l'expression philosophique des faits acquis et 
développés dans toutes leurs conséquences. 

Nous faisons entrer largement dans la science de 
la nature, le même élément intellectuel que le chef 

(i) Schelling. Traduction de Bénard. p. 177. 

(2) RoEMER, Mémoires de l' Académie des sciences, 1673. 

(3) Goethe, OEucres d' histoire naturelle. Paris, 1837. 

(4) Schelling, ZeUschrift. \>:00. (Annales). Sur la spéculation et 
l'expérience en physique, p. 305. Traduit par lîénard. 



i 1 HETEROGENIE. 

de la philosophie allemande y introduisait, mais, 
contrairement à lui, nous, nous voulons des théories 
essentiellement déductives, et non des théories intui- 
tives] car, selon Schelling, si l'observation et l'ex- 
périence ont à intervenir dans la vraie science, c*esl; 
non pour découvrir, mais pour vérifier les concep- 
tions de notre esprit. 

Ainsi, sur ce vaste champ clos où depuis si long- 
temps luttent, sans victoire décisive, tant d'adver- 
saires d'un haut mérite, nous venons jeter un élé- 
ment nouveau ; c'est le large exercice de la pensée, 
s'appliquant à scruter des masses de faits pour en 
déduire des lois. 

L'histoire naturelle estessentiellement une science 
de faits, comme le dit Cuvier (1), mais elle resterait 
bien au-dessous de ses splendeurs, si on l'enser- 
rait dans le pur examen de ceux-ci (2). La science 
de la nature ne s'élève au niveau de la philosophie 
que lorsqu'on y associe l'exercice des plus hautes 
facultés humaines, et les expériences et les observa- 
tions n'ont de prix qu'autant que l'intelligence en 
déduit toutes les conséquences. C'est ce que nous 
avons prétendu faire aujourd'hui, non plus en 
opérant sur des bases restreintes, mais en étendant 
immensément le champ de l'observation, en multi- 

(1) Cuvier et Valenciennes, Histoire naturelle des poissons, Pa- 
ris, 1828, 1. 1, p. 1. 

(2) Cuvier, Nouvelles Annales du Muséum d'histoire naturelle, 
1832. 

Comp. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale 
des règnes organiques. Paris, 1844, t. l, p. 289. 



MÉTAPHYSIQUE. 1 1 1 

pliant à Tinfini les expériences, et en ne déduisant 
aucune loi de celles-ci en particulier, mais en tirant 
nos conclusions de ce que nous présentait leur en- 
semble. Ainsi, la pensée et l'expérimentation OiU 
pu s'avancer avec une certitude presque mathéma- 
tique. 

Nous ne prétendons pas pousser la hardiesse de 
la pensée jusque dans les sphères de l'inconnu, et 
oser dire comme Schelling, que celle-ci est la science 
tout entière (1); mais ce que nous voulons, c'est 
qu'elle apparaisse largement sur la scène de l'expéri- 
mentation, et que la majesté de ses conceptionsviennc 
corroborer les faits et en déduire des lois stables. 
La science de l'observation ! mais c'est celle du vul- 
gaire, et prétendre y restreindre le savoir et le génie 
c'est les faire descendre de leur trône élevé. Que les 
témérités de l'intelligence aient leur libre coui's. 
dans nos laboratoires ou au milieu de nos biblio- 
thèques, nous l'accordons bien volontiers; mafs 
qu'au moins, lorsqu'elles apparaissent sur la scène 
de l'enseignement, elles ne s'y montrent qu'avec 
la corroboration de l'expérience et de l'observation. 

Nous nous résumons en disant que ce que nous 
voulons, c'est la doctrine de l'illustre E. Geoffroy 
Saint-Hilaire, ce sont : les faits d'abord, et leurs 
conséquences ensuite, c'est là la.science complète (2) ; 

(1) Schelling, Philosophische Briefe liber dogmatismus undkri- 
ticismus. 1795. (Lettres philosophiques, dogmatiques et criti- 
ques.) 

(2) Et. Geoffroy Saiist-Hilaire, Considérations et rapports nou- 
veaux d'ostéologie comparée {Mém. du Miisénm, t. X, p. 184). — 



112 HÉTÉRO GÉNIE. 

car, comme l'exprime Henri Marlin, il serait illu- 
soire de supposer que la découverte des formules 
biologiques pût se faire à priori (1). 

On a poussé beaucoup trop loin le scepticisme, 
lorsque l'on a jugé la question qui nous occupe, et 
généralement ses antagonistes ont considéré comme 
un axiome, qu'il fallait repousser tout ce qui se dé- 
robait à l'investigation matérielle. Mais nous ne 
consentons pas à ce que l'on écarte ainsi le plus 
noble attribut de noire nature, l'exercice de la rai- 
son, consacré à la démonstration de la vérité. Nous 
demandons que celle-ci jouisse de toute sa pré- 
rogative, en prenant pour point de départ l'expéri- 
mentation. Si, au milieu de ses infinies combinai- 
sons , elle peut mal interpréter quelques faits , 
lorsqu'elle n'aspire qu'à statuer sur l'ensemble d'un 
immense nombre de ceux-ci, il nous paraît que ses 
prétentions sont réellement bien légitimes. 

Nous n'avons voulu suivre ici ni cette science 
uniquement rationnelle, spéculative, philosophique; 
ni celle qui nous restreint à l'observation matérielle. 
Nous avons emprunté des ressources de toutes parts, 
pour féconder notre œuvre. Tantôt nous nous 
soQimes appuyé sur l'autorité des faits, et tantôt sur 
les déductions qu'en peut abstraire la pensée ; tantôt 
sur l'observation, tantôt sur les commentaires de l'in- 

Principes de philosophie zoologique. Paris, 1830, p. 188, 189. — 
Comp. Victor Meunier, Histoire philosophique des progrès de la 
zoologie générale. Paris, 1840, p. 78. 

(1) Hejnri Martin, Philosophie spiritualiste de la nature. Paris, 
1849, t. I, p. 41. 



MÉTAPHYSIQUE. 143 

telligence. Nous avons employé les deux éléments : 
la méthode empirique et la méthode rationnelle. 

La matière organique subit un incessant travail de 
décomposition et de désagrégation, véritable cycle 
de vie et de mort, dans lequel elle se trouve à jamais 
enchaînée, et qu'elle parcourt en présence des siècles 
qui passent et servent de muets témoins à la renais- 
sance et aux perpétuelles funérailles des êtres. Telle 
est la loi suprême, tout naît et périt tour à tour; 
l'homme et la Monade elle-même ne sauraient s'y 
dérober. De tout temps l'intelligence humaine s'est 
efforcée de débrouiller quelles sont les mystérieuses 
puissances qui président à celte immense arène de 
destruction permanente et d'efforts organisateurs. 

Les recherches sur l'origine des choses ne sem- 
blent-elles pas un attribut de notre esprit inquiet et té- 
mérairement investigateur? Ne voit-on pas la même 
tendance se révéler dans toutes les cosmogonies, 
dans tous les écrits des philosophes, comme pour 
rappeler que Dieu même tradidit mundum disputa- 
tionibus eorum ? 

Cette puissance qui produit à la surface du globe 
ce mouvement intime de la matière, durant lequel 
celle-ci s'anime et expire tour à tour, était regardé 
par Kircher comme le Monde archétype ou idéal des 
Égyptiens, Miindiis archetypus, qu'il appelait aussi 
Mimdus causœ causarum (1). Ce mythe, n'est-ce pas 
cet immense mouvement générateur qu'engendrent 
partout la matière et la vie, la substance et l'esprit? 

(1) Kircher, OEdipus œgyptiacus. Romce, 1053, t. II, p. 404. 

POUCHET. 8 



1J4 HÉTÉRO GENIE. 

Mais si ce grand acte générateur de la nature est 
partout ostensible, les mystérieux pliénomènes par 
lesquels il s'opère sont Tobjet de perpétuelles dissi- 
dences parmi les philosophes et les savants, et ceux- 
ci se trouvent partagés, à cet égard, en groupes fort 
distincts. William Wliewell, auquel on doit d'impor- 
tants elïorts tendant à introduire l'ascendant de la 
philosophie dans les sciences, a fort bien tracé, à ce 
sujet, la limite des différentes écoles qui ont succes- 
sivement régné dans celles-ci (1). 

Trois hypothèses ont tour à tour été exhumées 
pour expliquer les phénomènes de la vie, et sont de- 
venues le partage de trois écoles distinctes. 

Dans la première, tous les actes de l'organisme se 
trouvent sous l'empire des lois qui régissent la ma- 
tière brute. Les physiciens atomistes de l'antiquité 
ont été les promoteurs de ce grand système, seule- 
ment, l'obscurité qui régnait alors dans les sciences 
les restreignit à de vagues généralités ; mais les mo- 
dernes ayant mieux scindé les connaissances humai- 
nes, il se manifesta parmi eux plusieurs sectes très- 
tranchées. 

Les uns ne voyant uniquement dans la manifestation 
de la vie que des phénomènes de mécanique et d'hy- 
drodynamique, pour eux tout s'y réduit à un simple 
jeu de leviers et de siphons. Sanctorius, Boerhaave, 
Borelli, Keil, Robinson et Sauvages peuvent être re- 
gardés comme les chefs de cette phalange de physio- 



(I) W. Whewëll, The philo sophxj of the indactioe sciences. Loii- 
don, i847, t.I, p. 518. 



MÉTAPHYSÎQLE. 115 

logistes que l'on a appelés lalromécaniciens (1). Les 
autres, transformant les organes \itaux en de véri 
tables niatras de chimie, réduisaient l'existence aux 
simples lois des affinités de la matière; telle était 
l'école des lalrochimistes, dont Sylvius et T. Willis 
furent les principaux apôtres (2), et que l'illustre 
Newton lui-même parut sanctionner (3). Mais ce fut 
T. Willis surtout qui lui donna un grand renom, en 
prétendant expliquer une foule d'actes physiologi- 
ques par les seuls phénomènes de la fermentation (4). 

Ces deux écoles ne sont en réalité que des reflets 
de la philosophie cartésienne et, Ton peut en somme 
considérer Descartes comme en ayant été le principal 
promoteur par sa métaphysique (5). 

Les partisans de la seconde école, au contraire, 
détrônent la matière et n'expliquent la vie qu'à 
l'aide d'un principe immatériel, intelligent, qui en 
régit et en domine mystérieusement tous les actes : 
c'est là l'école du spiritualisme. Dans l'antiquité, ses 
chefs étaient Platon, Aristote etGalien(6). Durant 

(1) Comp. Sanctorius, ir5 de staticâ medicinâ. Venise, 1614. 
BoERHAAVE, InstituUones vei mediccB. Leyde, 1708. 

BoRELLi, Demotu animalium. Romae, 1680. 
Keil, Tentaminamedico-phijsica.'Lox\à\'&'S>, 1718. 
RoBiNsoN, Traité de l'économie animale. Londres, 1738. 
Sk\]\ AGES, Physiologiœ elementa. Avenione, 1754. 

(2) Sylvius, Opéra medica. Xms[e\., 1679. 

(3) Haller dit dans ses œuvres : Neque magna illa mens Newtoni^ 
ita ah hypothesium amore pura fuit , quin ex fermentatione humo- 
rum, spiritus in ipso corde generari conjecerit. 

(4) T. Willis, De fermentatione . In opéra omnia. Genève, 1680. 

(5) Descartes, Traité des passions, etc. 

(6) Galien, De formatione fœtus. — Galicn admettait trois sortes 



116 HÉTÉIIOGÉME. 

l'époque moderne, ce furent Paracelse, Van Hel- 
mont(l) et Stahl (2), qu'on s'étonne de ne pas comp- 
ter au nombre des chimiàtres. 

Cette école, ainsi que celle qui précède, porta 
l'empreinte du génie de ceux qui en furent les adep- 
tes : ses doctrines sont tempérées par une philoso- 
phie rationnelle, quand elle est dirigée par des 
hommes d'un génie élevé; mais elle tombe dans les 
extravagances de l'illuminisme, lorsqu'elle se trouve 
dans les mains des fauteurs de la Cabale ou de l'Al- 
chimie (3). W. Whewell lui donne même alors le 
nom à' école mystique (4), lorsque ses partisans, et 
tel fut Paracelse, font intervenir les esprits élémen- 
taires, les salamandres et les gnomes, dans l'accom- 
plissement des phénomènes de la vie (5). 

Enfin, vient la troisième école, ou le vitalisme^ 
qui dérive frauduleusement des deux autres. Selon 
celle-ci, les phénomènes vitaux ne résultent ni d'un 
principe immatériel, intelligent, ni des lois qui ré- 
gissent les corps bruts, mais d'une force particulière 
inhérente à l'organisme. C'est celte force qu'on a 

d'âmes : une âme végétative pour les plantes; une âme sensitive 
qui s'y ajoutait chez les animaux; et enfin une âme raisonnable 
qu'on rencontrait, en outre, chez Thomme; 
(i) Van Helmont, Ortus medicinœ. Amsterdam. 

(2) Stahl, Theoria medica vera. Physiologia.UaAe, 1737. 

(3) Ainsi Paracelse , dominé par ses errements cabalistiques, 
admettait aussi que les astres influençaient directement nos or- 
ganes. Le soleil agissait sur le cœur, la lune sur le cerveau, Vé- 
nus sur les organes génitaux. 

(4) W. Whewell, The philosophy ofthe inductive sciences. Lon- 
(Jon, 1847, t. h p. 548. 

(5) Paracelse, De vitâ rerum naturalium. 



MÉTAPHYSIQUE. 117 

appelée principe vital. Cette école, qu'on a nommée 
aussi école oi^ganiciste, ne remonte pas au delà du 
dix-septième siècle ; on en trouve les premiers rudi- 
ments dans les œuvres de Glisson, savant anatomiste 
de Cambridge ; mais elle a surtout été illustrée dans 
ces derniers temps par les Bichat et les Broussais(i). 

Cette prétendue propriété vitale n'est qu'un em- 
prunt fait à l'animisme ancien, dont seulement l'é- 
cole moderne a fait un usage moins rationnel. Les 
philosophes de l'antiquité et les stahliens de notre 
époque entouraient d'un certain prestige ce principe 
animateur; aucun lien ne l'unissaità la matière qu'il 
régissait souverainement : c'était un être d'une es- 
sence suprême. Les vitalistes d'aujourd'hui le font 
descendre de ses régions élevées, et immolent sa 
suprématie en l'enchaînant étroitement à l'orga- 
nisme dont, selon eux, il semble plutôt le résultat 
que le coordonnateur. 

Quelle que soit l'autorité et le génie de ceux qui 
ont propagé le vitalisme, il est cependant évident que 
s'il y a une mutuelle influence entre la matière et le 
principe de la vie, ce principe n'en dérive certaine- 
ment pas. Il est évident qu'un agent coordonnateur 
domine toutes les manifestations vitales, mais aucune 
des écoles ne l'a suffisamment défini. 



(1) Glisson^ Tractatus de naturâ substantiœ energeticâ. Londre?, 
1672. 

Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Paris, 
1818. 

Broussais, Examen des doctrines médicales. Paris, 1821 . — Cours 
de phrénologie. Paris, 1830. 



lis HÉTÉROGÉNÎE, 

Deux systèmes sont seulement restés en présence 
aujourd'hui : l'un est celui de l'école de Montpellier^ 
qui représente V animisme }, l'autre celui de l'école de 
Paris, ÏOrganicisme, 

La première école, sous les inspirations de Stahl 
et magnifiquement secondée par le génie de Bar- 
thez, s'est peut-être perdue par son spiritualisme 
exagéré (1), L'autre, éblouie par l'éclat des sciences 
modernes , en voulant trop leur emprunter, est 
menacée du même naufrage. 

Ainsi que l'a dit avec une profonde raison un 
grand physiologiste de notre époque, M. Bérard, 
nous ne connaissons les causes premières de rien, et 
ces causes seront placées à tout jamais au delà de 
notre intelligence (2). 

Et^ en effet, l'essence du principe vital est tout 
aussi difficile à déterminer que l'est celle du principe 
immatériel des slahliens. Quelques physiologistes se 
révoltent même contre son existence. « On a ima- 
giné, dit Magendie, des propriétés vitales et je m'é- 
tonne que l'esprit puisse se contenter d'une sembla- 
ble mystification (3). » Nous dirons avec plus de 
calme, que l'intervention de celles-ci n'explique pas 
mieux les phénomènes de la vie que ne le faisait 
l'animisme, qu'on a prétendu détrôner. A notre sens, 
les doctrines de l'école de Stahl auraient même un 
immense avantage sur le vitalisme, c'est d'être plus 
ingénieuses et plus élevées. 

(1) Bkï^iiiEz, Nouveaux éléments de la science de l'homme. 1778. 

(2) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. I, p. 142. 

(3) Magendie, Phénomènes physiques de la vie. 



MÉTAPHYSIQUE. 119 

Les partisans de cette dernière école ne sont du 
reste pas plus d'accord entre eux sur le nombre des 
propriétés vitales, que ne l'étaient les successeurs de 
Stahl et de Van Helmont sur le nombre et les attri- 
buts des archées et des âmes. Les uns, avec Adelon, 
englobent toutes les propriétés vitales en une seule, 
qui est la sensibilité (1). D'autres multiplient celles-ci 
à l'infini, tel est Gerdy, qui en compte jusqu'à dix- 
huit (2). 

Bichat etBroussais ont beau protester qu'il n'existe 
dans l'organisme que des tissus et des appareils exci- 
tables et vivants, et que l'animisme n'est qu'une 
entité chimérique ; notre sens intime se révolte 
contre une telle prétention; elle blesse la dignité 
humaine, et tout révèle au philosophe que si dans 
le jeu de l'organisme une foule d'actes peuvent 
avoir leur mobile dans des forces inhérentes à la 
matière elle-même, il en est d'autres, d'un ordre 
plus élevé, qui dérivent d'une puissance immaté- 
rielle. 

S'il faut se garantir des écarts de l'animisme des 
stahliens, il faut non moins se préserver des efforts 
irrationnels de l'école moderne. M. Bérard se borne 
à penser qu'un arrangement particulier de la matière 
organique pourrait donner naissance à des phéno- 
mènes que ni la physique ni la chimie ne nous ex- 
pliquent complètement, et c'est à eux seulement qu'il 
entendrait donner le nom de propriétés vitales ou 

(1) Adelon, Physiologie de l'homme. Paris, 182S. 

(2) Gerdy , Physiologie philosophique des sensations et de Vin- 
telligence.'PsLns, 1846. 



J20 HETEROGENIE. 

mieux de propriétés organiques (1). Dans ce cas ce 
serait donc le corps brut qui, par ses combinaisons, 
produirait l'essence immatérielle. 

Nous aimons mieux penser que le principe coor- 
donnateur domine et régit l'organisme, que de 
croire que lliarraonieux ensemble des phénomènes 
vitaux est subordonné à la modalité de la matière 
vivante. Pour nous, le génie de l'architecte devance 
la construction de l'édifice, et les matériaux de celui- 
ci n'engendrent nullement l'intelligence qui préside 
à son admirable disposition. D'après nous enfin, la 
force vitale rassemble les particules et en forme des 
organes; mais cette force ne puise pas ses matériaux 
dans les éléments chimiques environnant le lieu où 
elle se manifeste, elle ne groupe que des molécules 
organiques binaires ou ternaires; car c'est en vain 
qu'on en voudrait saisir la manifestation là où se 
rencontreraient isolés les divers corps dont la combi- 
naison constitue chimiquement l'organisme. Ce sont 
probablement ces molécules que M. Lebert nomme 
globules organo-plastiques (2). 

Cependant, au milieu de ce conflit entre les orga- 
iiicistes et les spiritualistes, nous qui bientôt allons 
nous efforcer de saisir les premières traces du mou- 
vement vital, nous devons préliminairement essayer 
d'indiquer quel doit être là le rôle simultané de la 
matière ostensible et du principe insaisissable qui l'a- 
nime. 

(1) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848. 

(2) Lebert, Mémoire sur la formation des organes de la circula- 
tion du sang dans V embryon du poulet. 



MÉTAPHYSIQUE. 121 

Lorsque la philosophie antique, avec Épicure , 
prétend que le groupement fortuit de myriades ato- 
miques, purement matérielles et inertes, peut faire 
surgir des images animées et sensibles, c'est là une 
hypothèse qui est aussi confuse que le chaos d'Hé- 
siode. Mais si l'on admet que les atomes eux-mêmes 
sont animés, ainsi que le prétendaient quelques 
sages de la Grèce, on conçoit alors qu'une pen- 
sée, qu'un sentiment en dirige les combinaisons, 
et que de celles-ci peuvent surgir des êtres aux formes 
variées à l'infini, et se reproduisant avec les mêmes 
caractères lorsque des combinaisons , qui ne sont 
plus l'effet d'un hasard incommensurable , se pré- 
sentent de nouveau. Envisagée ainsi, l'hypothèse des 
alomistes devient beaucoup plus élevée et plus sé- 
rieuse, et les hommes les plus éminents, tels que 
Bayle etLeibnitz(l), ne dédaignent pas de la prendre 
en considération. 

On admet bien sans conteste que c'est par une 
force spéciale, un mode particulier de sensibilité, 
l'affinité, que les molécules, s'attirent et se combi- 
nent pendant les opérations de la chimie. Pourquoi 
donc voudrait-on que les molécules qui se groupent 
pour former l'organisme fussent dépouillées d'une 
qualité que l'on accorde si libéralement aux particules 

minérales? Si les molécules qui entrent dans un être 
organisé ne sont point aussi somptueusement parta- 
gées que le voulait Démocrite, au moins faut-il abso- 



(i) Bayle, Dictionnaite philosophique. Paris, 1820, t. IX,p. i78. 
— Leibnitz, Monadologie. Paris, 1842, p. 392. 



122 HÊTÉROGÉNïE. 

Jument leur accorder un mode spécial de sensibilité, 
qui régit et domine leurs combinaisons. DeBlainville 
n'était pas éloigné d'admettre une espèce de sensi- 
bilité dans les molécules minérales (1) et M. Trécul 
ne \ient-il pas de décrire des cristaux organiques 
vivants (2)? 

Les plus ardents partisans de Thétérogénie ne 
renouvellent nullement aujourd'hui l'hypothèse su- 
rannée d'Épicure. 11 semblerait absurde de sou- 
tenir que les Monades inorganiques peuvent en se 
groupant engendrer spontanément le plus simple 
organisme. Les défenseurs actuels de la génération 
spontanée émettent que celle-ci ne peut se produire 
qu'aux dépens des corps organisés subissant les phé- 
nomènes de la décomposition, ou dans l'intérieur 
des corps vivants. Selon eux l'énergie avec laquelle 
se manifeste la spontéparité et l'élévation organique 
des êtres qu'elle engendre dépend du plus ou moins 
d'abondance de matériaux au sein desquels les nou- 
veaux êtres créés se sont développés (3). 

Les doctrines del'organicismc pâlissent en présence 
des merveilleux phénomènes de la vie ; tout atteste 
qu'une sagesse suprême a réglé le cours de ceux-ci, 
et qu'ils ne peuvent être abandonnés au caprice de 

(j) DeBlainville. Dans le moment où les molécules composantes 
s'attirent, dit-il, pour former la molécule composante, il y a réel- 
lement quelque chose de la vie. {Anatomie comparée. Strasb., 1822^ 
Introd., p. 15.) 

(2) Trécul, Comptes rendus 1858. 

(3) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I. 
Bremser, Traité zoologique et phijsiologique sur les vers intesti- 
naux. Paris, 1837, p. 70. 



MÉTAPHYSIQUE. 123 

la matière aveugle ; aussi, à toutes les époques, voit- 
on les philosophes et les naturalistes s'efforcer d'évo- 
quer des causes mystérieuses, des êtres incorporels, 
pour jeter quelque lumière sur l'existence des ani- 
maux et des plantes. L'antiquité se fit remarquer par 
ses tentatives dans cette direction, et le moyen âge 
religieux tomba dans les exagérations du spiritua- 
lisme le plus outré. 

Comme s'ils étaient encore sous l'ascendant de la 
scolastique, Adanson et Kepler multiplient les intel- 
ligences au sein de la matière, pour en expliquer les 
plus insaisissables mystères. Rien n'arrête même 
l'astronome allemand : craignant d'abandonner les 
astres errant sans guide dans l'espace, et troublant 
l'harmonie des cieux, il leur accorde une âme di- 
rectrice qui coordonne leurs courbes savantes; il va 
même jusqu'à les considérer, ainsi que la terre, 
comme de grands êtres organisés dont les montagnes 
réprésentent l'ossature, les fleuves l'appareil vascu- 
laire, et les volcans les bouches destinées à leur servir 
d'émoncloires (1). 

Dans presque toutes les cosmogonies on semble in- 
diquer que l'esprit divin est en quelque sorte infiltré 
dans chaque fragment de la création : Jovis omnia 
plena, disaient les anciens. Cette pénétration indé- 
finie des parcelles de la Divinité dans toutes les mo- 



(1) Adanson accorde des âmes aux plantes^ et, selon lui, cha- 
cune d'elles en a même plusieurs. {Familles des plantes. Paris^ 
1763, t. 1, p. 32. 

Kepler, De stellâ Martis. — Harmon. mundi, 1619. 



124 HÉTÉROGÉNÏE. 

léculesde la matière, ce panthéisme, enfin, qui anime 
d'un souffle divin tous les atomes, né au sein de 
l'antiquité et ressuscité par la moderne philosophie 
allemande, ne vient-il pas prêter son appui à l'hé- 
térogénic? 

Selon les panthéistes. Dieu pénètre tout le monde 
matériel et son esprit remplit tous les espaces inter- 
moléculaires. Saint Augustin pour rendre ce fait pal- 
pable au milieu de l'harmonie des globes, compare 
Dieu à un grand lac et le monde à une éponge qui 
nage au milieu et se gonfle de sa divinité (1). Mais 
les successeurs deKant vont plus loin, et pour eux la 
matière n'est pas seulement imprégnée de l'esprit 
divin, elle est une parcelle de Dieu même. 

Cet esprit immatériel, intimement unià la matière, 
ne doit-il pas en régler les mouvements, en présider 
les transformations et lui imposer des lois ? là, la faire 
apparaître par la succession harmonieuse delà géné- 
ration, ailleurs l'animer spontanément ? 

Ce principe suprême, identique avec la substance 
du monde, d'après les audacieuses conceptions des 
Spinosa, des Kant et des Schelling, se révèle déjà 
dans l'existence presque automatique des plantes 
comme dans la vie sensitive et mobile des ani- 
maux (2) ; et il se révèle surtout chez l'homme, cette 
plus haute manifestation de la création, lui dont l'in- 
telligence est déjà assez exquise pour isoler sa propre 
individualité de la nature objective; chez l'homme, 



(l) H. Heine, De VAllemagne. Paris, 1853, t. T^ p. 78. 
(2)SpmosA, Tractatïistheologico-politicus. Amst., 1670. 



MÉTAPHYSIQUE. 4 25 

OÙ, d'après la philosophie allemande, la divinité 
arrive à la conscience d'elle même (1). 

Nous ne voulons pas rétrograder jusqu'aux doc- 
trines de Van Helmont el; de Stahl, en prétendant 
que l'organisme est le résultat d'une puissance archi- 
tectonique inhérente à l'âme, et que celle-ci se fa- 
brique en quelque sorte le corps qu'elle habite. Mais 
sans ravaler à ce rôle l'essence immatérielle de la vie, 
il faut bien qu'il y ait une harmonie intime entre le 
choix des matériaux et le principe immatériel qui doit 
les animer, et que des lois suprêmes en déterminent 
la corrélation. 

11 est évident que pour Stahl, l'âme est à la fois le 
principe de la vie organique et celui de la pensée; 
mais ce puissant promoteur de tous les ressorts de 
l'existence matérielle et intellectuelle perd de ses pré- 
rogatives en siégeant chez les animaux ; cependant il 
est évident que Stahl accorde également à ceux-ci une 
âme architectonique, et, comme le dit M. Lemoine, 
les passages abondent dans son œuvre pour le prou- 
ver (2). C'était une conséquence des doctrines du 
grand philosophe, puisque pour lui l'âme est le prin- 
cipe vital, et que c'est ce principe qui édifie et con- 
serve l'organisme (3). 

Dans son chapitre sur le conflit entre l'âme et 
l'organisme, J. Mùller, qui s'est inspiré des idées 
de deux métaphysiciens allemands , Herbart et 

(i) H. Hei^e, De VAllemagne. Paris, 1855, 1. 1, p. 83. 

(2) Lemoine, Slahl et l'animisme. Paris, 1858, p. 83. 

(3) ^lAUL y Disquisitio de mechanismi et organismi diversitate, 
p. 83. 



12G HÉTÉROGÉME. 

Bobrik (1), admet que, outre la force vitale qui est 
inhérente au germe, celui-ci possède une aptitude 
latente aux phénomènes intellectuels ou qui dé- 
rivent de l'âme, et que celle-ci y établit ses mani- 
festations à mesure que les appareils où elle réside 
se développent eux-mêmes. L'illustre physiologiste, 
qui se rapproche ainsi des doctrines de Stahl, com- 
pare les relations qui existent entre l'âme et l'orga- 
nisme aux rapports des corps impondérables et de la 
matière (2). 

Nous devons avouer que lorsque l'on fouille fort 
avant dans les primitives manifestations de l'orga- 
nisme, les voiles s'épaississent et les difficultés abon- 
dent. En suivant les philosophes on tombe souvent 
dans les exagérations du spiritualisme; en marchant 
avec les physiologistes on se surprend matérialiste. 
La vérité plane entre les deux opinions opposées. 

Enhardis parles témérités de Leibnitz, les premiers 
observateurs des Microzoaires se sont égarés en attri- 
buant des facultés d'élite à d'aussi frêles animaux. En 
effet, ne les a-t-on pas vus, avec Gleichen (3) et 
Crusius, se plonger dans le dédale de la métaphysi- 
que (4), et, renouvelant à l'égard de ces animalcules, 

(1) Herbart, Lehrbuchzur psychologie. Kœnisberg, 1834. 
BoBRiK, System der logik. Zurich, 1838. 
g (2) J. MuLLER, Manuel de fliysiologie. Paris^ 1851, t. II, p. 536. 

(3) Gleichen, Dissertation sur la génération, etc. Paris, an VII, 
p. 144. 

(4) Le professeur Crusius va jusqu'à prétendre que leur âme 
surpasse en perfection celle de certains animaux. — Christ. Aug. 
CïiVin Anleitung-uber, etc. (Manière de bien penser sur les événe- 
ments naturels). Leipsig, 1749, part. II, p. 120. — Comp. Roesel, 
Hécréations entomologiques, p. II, p. 544. 



MÉTAPHYSIQUE. 127 

les prétentions de quelques philosophes et de saint 
Basile lui-même, relativement^ l'àmedes bêtes (1), 
discuter gravement pour établir si les Infusoires en 
possèdent une ou non ! C'est par de tels errements 
qu'ils ont si profondément déprécié l'hétérogénie. 

L'étude du principe vital est l'une des plus diffi- 
ciles que Ton puisse offrir à la sagesse humaine ; et 
plus on examine les systèmes des philosophes^ plus 
on tombe dans l'incertitude. 

Le principe de vitalité dérive-t-il des Monades de 
Leibnitz,ces atomes de la nature, ces éléments des 
choses, comme il les appelait aussi! monades qu'il 
considère comme de véritables automates incorpo- 
rels (2), ou comme des forces qu'on peut assimiler 
à des points métaphysiques, ayant quelque chose de 
vital et une espèce de perception (3), et qu'il va même 
jusqu'à dire qu'on pourrait appeler âmes (4) ? 

La succession de la vie à la surface du globe en- 
chaîne la matière dans un cercle étroit auquel elle 
ne peut se soustraire : elle est successivement attirée 
et repoussée par des phénomènes incessants. Mais 
les particules organiques, tantôt intimement unies, 
et formant des organismes, et tantôt à l'état de liberté 
dans l'espace, n'en sont pas moins animées d'une vie 
latente, qui paraît n'attendre que leur groupement 



(1) Saint Basile, Hexaémeron, OMVOEuvre des six jours. Lyon, 
1827. 

(2) Leibnitz, Monadologîe. Paris, 1842, p. 391 . 

(3) Leibnitz, Système nouveau de la nature et de la comimtnica- 
tiondes substances. — Euler, int., p. 15. 

(4) Leibnitz, Monadolocjie. Paris, 1842, p. 392. 



128 HÉTÉROGÉNIE. 

pour se manifester ostensiblement, 11 semble que 
pour les molécules organiques, il n'y ait pas de mort 
réelle dans toute l'acception du mot, et qu'il n'y a 
pour elles qu'une transition à une nouvelle vie ; 
c'est ce quePlenck(l), Bremser(2) et Tre\iranus(3) 
ont parfaitement senti. 

Brachet embrasse la question d'une manière éle- 
vée. Selon lui, la vie de la matière organique dérive 
d'un principe qui lui est étranger, le principe vital, 
qui se répand dans toutes les parties de l'être organi- 
sé, par l'intermédiaire du système nerveux ganglion- 
naire, dont il prétend même reconnaître l'existence 
dans l'organisation végétale. 

D'après ce physiologiste, quoique ce principe vital 
ne puisse être isolé de l'organisme, il n'en a pas 
moins une existence indépendante, distincte à la fois 
de la matière et de l'âme intelligente, et pourtant il 
est intelligent lui-même puisqu'il préside au dévelop- 
pement des organes et qu'il en règle les lois physiolo- 
giques. Brachet pense que celui-ci stagne dans « un 
vaste réservoir ou tourbillon vital, qui enveloppe le 
globe terrestre, et que c'est de lui que part cette 

(1) Plenck dans son Hygrologia, s'exprime ainsi : 

« Terra nostrœtelluris putredinis producta absorbendo nigra et 
fertilissima evadit, hinc plantis praestantissimum prsebet pabii- 
lum. Hinc elucescit morte, et putrefactione hominis corpus non 
perire, sed duntaxat ejusdem strucluram organicam deleri , et 
perenni circulo elementorum unius destructionem alterius esse 
generationem. » 

(2) Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers in- 
testinaux. P^ris, 1837, p. 89. 

(3) Trevirakus, Mull., p. i. 



METAPHYSIQUE, 129 

étincelle de vie qui anime chaque être organisé... et 
à lui qu'elle retourne toutes les fois qu'elle abandonne 
le corps (1). » 

Cette idée qui fractionne d'une manière indéfinie 
l'essence vitale et la matière,est extrêmement avancée. 
En subordonnant ainsi l'arrangement de la matière 
à la rencontre du principe qui le régit et le domine, 
on arrive à la production de l'hétérogénie dans tout 
et partout. 

Mais si le sens intime nous révèle facilement quelles 
sont les diverses puissances qui président à toutes les 
manifestations organiques , leur pondération et leur 
modalité nous offrent d'insolubles difficultés, lorsque 
nous tentons d'en élucider la portée. Faut-il, en 
sapant toutes les m.erveilles de l'organisme, ainsi 
que le fait Guilloutet, ne voir dans lesdiverses fonc- 
tions vitales que le simple jeu des forces attrac- 
tives et répulsives du calorique (2)? Et ce sont de 
tels adversaires que l'on oppose aux Stahl et aux 
Barthez! 

La grave question de l'essence des corps avait été 
l'objet de longues méditations de la part d'Euler. 
Ceux-ci , selon lui, sont constitués par deux prin- 
cipes liés étroitement ensemble, l'un matériel et l'au- 
tre spirituel, donnant lieu aux remarquables phéno- 
mènes de la vie (3). Comme l'a dit Barthez, il faut 
reconnaître que toutes les parties dé l'organisme ont 

(1) Brachet, Physiologie élémentaire de l'homme. Paris^ 1855. 
C^;) GuiLLOuTET^ Nouvelle théorie de la vie. Paris^ 1807, p. H. 
(3) EuLER, Lettres sur divers sujets de physique et de philoso- 
phie. Paris, 1843, p. 208. 

POUCHET 9 



430 HÉTÉRO GÉNIE. 

une faculté vitale et même une sorte de perception, 
ce qui peut seul expliquer les divers actes qui s'accom- 
plissent dans les corps vivants (1). 

Mais c'est à la moderne philosophie de la nature 
qu'est due la démonstration la plus incisive de V éter- 
nel antagonisme qui règne entre V esprit et la matière, 
l'idéal et le réel ; et enfin l'établissement de ce paral- 
lélisme qui s'observe dans la plus sublime concep- 
tion de la création, l'espèce humaine (2) ! 

Toutes les cosmogonies s'accordent sur ce point, 
c'est que la matière a précédé le souffle divin qui 
l'anime (3). Le livre fondamental de notre foi s'ex- 
prime dans ce sens, lorsqu'il nous dépeint les scènes 
imposantes de la création. Celle-ci n'a été qu'un 
grand acte de la volonté de Dieu réagissant sur l'iner- 
tie de la matière préexistante, et lui intimant la vie 
et le mouvement. Quelques philosophes chrétiens 
pensent aussi, avec Gassendi, que le texte sacré ne dit 
nullement que le monde a été produit de rien, mais 
au contraire qu'il a été formé à l'aide d'une substance 
inapercevable, ex invisâ materiâ (4). 

Il est évident que les êtres organisés sont sous 
l'empire d'un principe vital, sans lequel toutes leurs 
fonctions s'anéantissent ; mais les liens qui enchaî- 
nent cet agent immatériel à la matière elle-même, 

(1) Barthez, Nouv. éléments de la science de l'homme, i. I, p. 48. 

(2) Gomp. Bremser , Traité zoologique et physiologique sur les 
vers intestinaux. Paris, 1837, p. 74. 

H. Heine, De l'Allemagne. Paris^ 18S5, 1. 1, p. 77. 

(3) BoRY Saint-Vincent, Dict. class. d'hist. nai., art. Matière, 
t. X, p. 248. 

(4) Gassendi, Physica, t. I, p. 163. 



MÉTAPHYSIQUE. 131 

sont loin d'être connus. L'esprit qui coordonne la 
marche des organismes est-il éternellement lié à leur 
ensemble matériel, ou change-t-il seulement d'édifice 
à mesure que ceux-ci se succèdent? Qu'est devenu ce 
régulateur de tous les actes âe la vie chez ces Roti- 
fères, ces Tardigrades, ces Vibrions, que, dans leurs 
expériences, Spallanzani (1), Donné (2), Gérard (3), 
voyaient tour à tour périr et renaître? On rapporte 
que des Microzoaires exhumés des profondeurs de la 
terre, où ils gisaient compris dans des roches extrê- 
mement anciennes, ramenés à la lumière, repren- 
nent la vie au contact de l'eau, comme s'ils venaient 
de s'engourdir (4)! Mais où donc s'était réfugié cet 
immatériel agent qui régissait anciennement ces im- 
perceptibles êtres? Est-il resté près d'eux pendant 
tant de milliers d'années de sommeil, ou un esprit 
nouveau s'y est-il mêlé au moment où le hasard les a 
rappelés à l'existence? Il faudrait s'expliquer pour 
savoir si la vie est restée latente dans les cadavres de 
ces anciens contemporains du déluge, ou si une force 
vitale nouvelle vient les ranimer au moment de 
leur immersion ! 

C'est en exagérant à l'extrême les plus simples 
phénomènes de la vie, que certains philosophes ont 
perdu la cause qu'ils voulaient défendre. Ainsi il y a 
des forces souvent définies, sinon expliquées, qui 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
ris, 1787, 1. 11, p. 203. 

(2) Donné. Cours de Microscopie, Paris, 1844. 

(3) Gérard, Dict. univ.d'hist, 7iat.,art. Génération. 

(4) Id., ihid., p. 60. 



132 HÉTÉROGÉNIE. 

président aux mutations de la matière et à la forma- 
tion des corps bruts et des êtres organisés ; et c'est en 
voulant les élever au rang des plus hautes facultés, 
que souvent les sophistes anciens ont soulevé tant 
de répulsion. A des prétentions qui dérogeaient à la 
simple raison on a répondu par une dénégation for- 
melle. Par exemple, évidemment, il existe une force 
qui préside au groupeaient des molécules ; quoique 
insaisissable, toutes les ressources de l'inteUigence se 
réunissent pour la démontrer. Mais Démocrite l'a 
rendue ridicule en professant que les atomes avaient 
une âme, car la lecture de saint Augustin ne nous 
permet pas de douter en effet que ce philosophe ait 
enseigné que les atomes étaient animés. Democrkiis, 
d\i-\\, hoc distare in naturalibiis qiiœstionibiis ah Epi" 
euro dicitur, qiiod iste sentit inesse conciirsioni ato- 

moriim vim quamdam animalem et spiritalem 

Epicurus verô neque aliqiiidin principiis i^emim ponit 
prœter atomos ( 1 ) . 

Pourquoi donc ainsi, par de stériles observations de 
laboratoire, vouloir intervenir dans le domaine des 
faits que la suprématie de la pensée résout avec bien 
plus de profondeur et de maturité que le microscope 
et la pointe du scalpel? Les anatomistes ont trop de 
tendance à se laisser entraîner aux exigences du 
matérialisme. Il y a deux parties dans tout être orga- 
nisé : la substance grossière qui le compose, et la 
puissance vitale qui en régit et coordonne tous les 
éléments; et c'est cette dernière cependant que. l'on 

(1) AUGUST., Epist. LVI. 



MÉTAPHYSIQUE. 133 

oublie, elle qui, au fond, en constitue la seule essence 
biologique; c'est tout à fait comme si, en faisant 
l'histoire des splendeurs monumentales d'une cité, on 
omettait qu'on les doit à la féconde intelligence de 
ses architectes ! Nous, nous admirons l'organisme, et 
nous oublions l'élément intelligent qui le met en 
mouvement; nous voyons la matière, nous n'aperce- 
vons pas la vie. 

Mais hâtons-nous de proclamer, en achevant ce 
chapitre, que quelques penseurs ont sondé la question 
d'une manière élevée, et parmi eux on peut citer en 
première ligne Burdach et Treviranus. 

La théorie de Burdach relativement aux grandes 
mutations vitales qui se manifestent à la surface du 
globe se trouve résumée dans les lignes suivantes : 
« La génération, dit l'illustre physiologiste, est la 
« réalisation de la tendance à la totalité ou à l'indi- 
« vidualité; les deux directions de la nature dyna- 
<.( mique et matérielle se réalisent simultanément 
« dans le produit organique ; une pluralité de parties 
« en activité continuelle se trouve englobée dans une 
« forme déterminée, et ramenée à l'unité d'action 
« par le conflit ou la réaction mutuelle des activités 
« diverses. Cette réunion de ce qui était isolé dans le 
« corps inorganique, fait que le produit organique 
« de la nature ressemble davantage à l'univers; son 
« corps est un monde en petit, un microcosme, et 
« l'unité idéale de sa vie une émanation de l'âme du 
« monde ; le particulier y devient individu et tout, 
« par le fait de sa participation à l'infini. Chaque 
« chose terrestre est une partie de l'univers et prend 



134 HETERO GENIE. 

part à l'idée primordiale. » Ainsi, selon Burdach, le 
même esprit unique qui produit l'univers, y crée 
des individualités portant en soi le caractère du 
tout, et c'est ainsi que primordialement la yie 
apparaît sur la terre comme génération sponta- 
née(l). 

Déjà Gleichen avait touché le côté philosophique 
de la question. Il lui semble qu'il serait peut-être 
plus noble de supposer que la sagesse suprême a im- 
primé des lois immuables aux éléments de l'organi- 
sation, que d'admettre qu'elle en dirige à chaque in- 
stant la force plastique, pour coopérer à l'incessante 
fécondité de la nature (2). 

Après s'être reposé de ses expériences et en avoir 
médité les résultats, Treviranus est arrivé à profes- 
ser, comme dernière conclusion, qu'il existe dans 
toutes les parties du globe une matière absolument 
indestructible et d'une incessante activité, et que c'est 
d'elle que dérivent les végétaux et les animaux les 
plus simples et les plus complexes ; elle est l'essence 
du plus humble Byssus et du Chêne altier ; de la Mo- 
nade invisible et de la monstrueuse Baleine. Il pense 
que cette matière invariable dans son essence, mais 
variant comme les circonstances, peut prendre toutes 
les apparences des corps vivants dans ses multiples et 
infinies combinaisons. Matière amorphe pendant son 
état de Hberté, mais revêtant toutes les formes des 

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 336. 

(2) Gleichen, Dissertation sur la génération, etc. Paris, an VII , 
p. 109. 



MÉTAPHYSIQUE. 135 

corps organisés pendant le temps que dure leur exis- 
tence (1). 

En effet, en considérant les forces décomposantes 
qui s'emparent des grands organismes, et le résultat 
de leur désagrégation, on voit que chacun de leurs 
atomes n'abandonne momentanément ses affinités, 
que pour rentrer dans une autre sphère d'attrac- 
tion active et vivante, après avoir éprouvé un temps 
d'arrêt entre deux existences, un stage momen- 
tané, entre les perpétuelles oscillations de son acti- 
vité vitale. Aussi, en considérant abstractivement 
chaque molécule organique, est-on tenté de se de- 
mander, si elle ne recèle pas quelques étincelles de 
vie, Laleat scintilhila forsan? 

Mais le principe vital ne préside pas à la formation 
de l'ovule par les mêmes procédés qu'à l'exercice de 
la pensée ou du mouvement. Le premier acte est tout 
à fait intime et résulte de lois préétablies, qui opè- 
rent sans que l'individu en ait conscience, et qui 
peuvent se manifester sur une foule de points, sous 
une foule de formes. Les actes du mouvement, au 
contraire, résultent du libre arbitre de l'individu. 
Ce n'est pas plus l'organisme qui engendre un nou- 
vel être par son concours intelligent, que ce n'est 
celui-ci qui régit l'acte respiratoire. Chacun de ces 
phénomènes est le résultat de l'action vitale, dont le 
seul souffle a animé et a primitivement fait surgir 
l'organisme aux dépens de la rhatière; et c'est ce 
même souffle vital qui peut, loin d'un ovaire, comme 

(1) TREVIRA^^us, Biologie, t. II. 



136 HÉTÉROGÉNIE. 

dans le sein de celui-ci, présider à l'évolution pri- 
maire des êtres de la création. 

A l'aide de cette conception, l'on n'abandonne 
plus les combinaisons de la matière aux chances 
inespérées du hasard, et chaque particule animée a 
son but et ses instincts de combinaison. Ainsi se trou- 
vent réfutées les imposantes objections de Galien 
et de Plutarque (1). 

Lorsque, contrairement aux idées généralement 
reçues, nous venons ici prétendre que ce n'est pas la 
mère qui forme l'œuf, par un mouvement expansif 
de son organisme, mais que c'est, au contraire, l'ovule 
qui recèle en lui-même toute sa puissance architec- 
tonique, nous sommes loin d'être le seul qui profes- 
sions cette idée. Stahl la soutenait déjà de son temps. 
« Le fœtus, dit-il, et toutes les parties qui l'envelop- 
pent et le contiennent immédiatement, jouissent 
d'une vitalité qui leur est propre et non étran- 
gère (2). » C'est là, mot à mot, ce que nous pré- 
tendons soutenir aujourd'hui. 

Les hétérogénistes peuvent se partager en deux 
groupes distincts : les uns, à l'exemple de Lamarck, 
considèrent les agents physiques comme suffisants 
pour déterminer la matière brute à s'organiser; 
les autres, au nombre desquels on compte Redi 
lui-même, suivant M. De Quatrefages, et sur- 
tout Rudolphi, Oken, Morren et Nordmann, admet- 

(1) Plutarque, ic^t;. Colot. — Comp. Bayle, Dict. hist., t. VI 
p. 178. 

(2) Stahl, Theoria medica vera. Halse, 1737, p. 385. 



MÉTAPHYSIQUE. 137 

tent une force plastique existant dans les êtres 
\ivants, et pouvant y produire certains êtres orga- 
nisés (1). On voit, parce qui précède, que nous ap- 
partenons à la dernière école. 

(IJ De Quatrefages, Rapport sur Vhelminthologie (Ann. se. nat. 
zoolog. 1854, t. I, p. 8). 



CHAPITRE II. 

CONDITIONS PRÉLIMINAIRES DE L'HÉTÉROGÉNIE. 

La génération spontanée, pour se manifester, exige 
généralement le concours de trois éléments : un corps 
solide putrescible, de l'eau et de l'air. Déjà Wrisberg 
avait parfaitement signalé ceci (1) ; et Ton sait, en 
outre, que divers agents généraux tels que la chaleur, 
l'électricité et la lumière, concourent également à ce 
phénomène important. 

Contrairement à certains physiologistes (2), nous 
n'admettons pas que ces trois corps soient absolument 
nécessaires à l'hétérogénie, car nous verrons plus loin 
que si leur concours est constamment simultané dans 
la nature, dans nos expériences nous pouvons nous 
passer d'un ou de deux de ceux-ci. 

Il est évident que chacun des trois corps dont la 
réunion est presque indispensable à la production 
spontanée des Proto-organismes, joue dans celle-ci 
un rôle spécial; mais nous pensons que le rôle d'a- 
gent procréateur immédiat n'appartient qu'à un seul 
d'entre eux, au corps solide, et que l'eau et l'air ne 
doivent être ordinairement considérés, que comme 

(1) Wrisberg, Observationum de animalcuUs infusoriis natura,\ 
p. 82. 

(2) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1^ p. 19. 



CONDITIONS PRÉLDimAIRES DE l' HÉTÉRO GÉNIE. 139 

fournissant l'un le milieu \ital, et l'autre le fluide 
respiratoire. 

Les expériences multipliées que nous avons entre- 
prises pour arriver à cette démonstration, nous ont 
fait voir, en effet, qu'en variant à l'infini la substance 
solide de l'infusion , lorsque l'on employait toujours 
la même eau et le même air, les Infusoires variaient 
également à l'infini, comme les substances employées. 
Là c'était donc uniquement et incontestablement le 
corps solide, qui était l'agent fondamental de la pro- 
création primordiale. Le même corps, avec la même 
eau, donne même des Protozoaires différents selon 
que ce corps a subi ou non l'ébuUition. Ce n'est donc 
pas la nature du liquide qui fait varier la génération 
qu'on voit apparaître, puisque l'eau n'a pas éprouvé 
d'addition. Ceci nous l'avons vérifié dix fois après 
Spallanzani, qui déjà avait annoncé qu'il naissait des 
Infusoires différents dans du trèfle soumis à l'ébuUi- 
tion, et dans celui qui était simplement en macéra- 
tion (i). 

Burdach, qui est ordinairement si audacieux quand 
il traite des hautes conceptions delà physiologie, de- 
vient timide dans le cas dont il s'agit. Il dit que la na- 
ture des Infusoires est déterminée, non pas par la na- 
ture de l'un des corpsindispensables à leur formation 
mais par celle de tous (2). Nous ne pensons nullement 
ainsi. 

Il est vrai qu'en mettant le même corps solide dans 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique végétale et animale. Pa- 
vie, 1787. 

(2) Burdach, Traité de Phtjsiologie. Paris, 1837, t. I. 



140 HÉTÉROGÉNIE. 

des liquides différents, on obtient des générations d'a- 
nimalcules dissemblables, mais cela n'infirme nulle- 
ment que celles-ci n'ont pas le même corps pour élé- 
ment procréateur spécial. En effet, il se peut que 
sans participer à l'organisation des productions pri- 
maires, l'action particulière de tel liquide sur la sub- 
stance solide en fasse surgir des éléments organisables 
d'une nature différente : le produit est varié, mais il 
n'en tire pas moins son origine de la même base. En 
considérant la question sous ce point de vue, on ne 
s'étonne plus si, dansses expériences, Terechovsky, en 
employant des eaux différentes, voyait y apparaître 
des Infusoires différents (1). Essentiellement dérivés 
du corps solide, ceux-ci n'apparaissaient sous une 
forme variée qu'à cause de la diversité d'action de 
l'eau sur ce même corps. 

Vaincu par l'évidence des preuves, J. Muller est 
forcé de dire qu'ordinairement les corps organiques 
ne se perpétuent que par des œufs ou des germes. 
c( Mais, ajoute- 1- il, on peut se demander si, lorsqu'un 
« corps organique se décompose, la matière qui le 
« constitue ne produit pas aussi, sous certaines in- 
« fluences, des organismes d'une autre espèce ; si 
« par le concours de certaines conditions de l'air at- 
« mosphérique, elle se résout en Infusoires vivants, 
c< tandis que dans d'autres circonstances elle revit 
« dans des plantes appartenant aux classes infè- 
re rieur es (2). » 



(i) Terechovski, Dissert, de chao infusorio Linnœi, p. 53. 

(2) Muller, Manuel de physiologie^ 2« édition, Paris, 1851, p. 9. 



CONDITIONS PRÉLIMINAIRES DE l'hÉTÉROGÉNIE. 144 

Le grand physiologiste allemand admet donc la gé- 
nération spontanée dans sa plus stricte acception : 
c'est presque l'antique tradition d'Aristote (1). 

Il faut bien s'entendre à l'égard des sources dans 
lesquelles les Proto-organismes, qui naissent sponta- 
nément puisent leurs premiers éléments. Ceux-ci ne 
sont pas extraits de la matière brute proprement dite, 
ainsi que l'ont prétendu quelques fauteurs de Fhé- 
térogénie, mais bien des particules organiques, débris 
des anciennes générations d'animaux et de plantes, 
qui se trouvent combinées aux parties constituantes 
des minéraux. Selon cette doctrine, ce ne sont donc 
pas des molécules minérales qui s'organisent, mais 
bien des particules organiques qui sont appelées à 
une nouvelle vie. Les créations qui apparaissent sem- 
blent même se présenter avec des proportions qui 
sont en rapport avec la masse d'éléments qui se 
trouvent en présence; de manière que si dans nos 
expériences de laboratoire nous n'obtenons jamais 
in vitro que de chétives productions, dans la nature, 
là où tant de particules animales ou végétales se trou- 
vent en fermentation, les générations qui surgissent 
ont une bien autre puissance. Bremser a développé 
cette thèse avec autant de logique que d'audace (2). 
Ainsi le Proto^organisme qui naît au sein de la subs- 
tance expirante, y apparaît avec des formes d'autant 
plus élevées qu'il se trouve environné d'une plus 
grande abondance de matière organisable. 

(1) Aristote^ Histoire des animaux. PariS;, 1783. 

(2) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intes- 
tinaux de Vhomme. Paris^ 1824, p. 69 et suiv 



142 HÉTÉROGÉNIE. 

SECTION I. — DU COUPS PUTRESCIBLE. 

Les naturalistes professent généralement que le 
corps solide, cet indispensable élément de la pro- 
duction des Infusoires, doit absolument appartenir au 
règne organique. J. Muller soutient cette proposition 
en se fondant sur ce que les végétaux ont seuls la pro- 
priété de transformer les substances minérales en êtres 
organisés (1). Mais Burdach se renferme dans le doute 
à cetégard (2). Cette question mérite d'être examinée, 
puisque Gruithuisen prétend qu'il a vu naître des 
Microzoaires dans des infusions de granit, d'anthra- 
cite ou de marbre coquillier (3). A l'égard des deux 
derniers corps, le phénomène peut être facilement 
expliqué. Si l'on se rappelle leur origine géologique, 
résultat d'un mélange d'êtres organisés et de parti- 
cules minérales, ne se peut-il pas qu'il existe encore 
dans leurs interstices quelques vestiges de substance 
organique qui se trouve mise en liberté par le contact 
du liquide? J. Muller, a fait, avant nous, cette suppo- 
sition (4). 

Ce qu'il y a de positif, cependant, c'est qu'aucun 
animalcule n'apparaît dans l'eau contenant des corps 
métalliques, tels que du fer, du cuivre, du plomb ou 
des sels de mercure (5). Le sel marin n'en produit 

(1) Muller, Manuel de phijsiologiej 2^ édition, Paris, 1851, 1. 1, 
p. 10. 

(2) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837, t. î, p. 16. 

(3) Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie und Eautognosie. — 
Idées sur la physiognosie et sur la génération spontanée. 

(4) Muller, Manuel de physiologie. Paris, iSol, 1. 1, p. 8. 

(5) Comp. Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie und Eautogno- 



DU CORPS PUTEŒSCIBLE. 143 

pas non plus, suivant Gruithuisen, tandis que Trevi- 
ranus prétend qu'il en a vu naître dans l'eau qui en 
contenait. Je partage absolument l'opinion de l'il- 
lustre physiologiste, car je suis parvenu au même ré- 
sultat dans mes expériences. A priori, on devait le 
supposer, le sel marin contenant toujours quelques 
particules organiques. — Si Gruithuisen a eu des ré- 
sultats différents des nôtres , cela est peut-être dû- à 
ce que ses solutions étaient trop chargées de parti- 
cules minérales. 

Selon Burdach, la propriété inhérente à certaines 
substances de produire des Infusoires, dépendrait de 
leur affinité pour l'eau (1), et non point de leur solu- 
bilité, comme le veut Gruithuisen (2). La solubilité 
est si bien une qualité accessoire, que certaines sub- 
stances qui en sont parfaitement douées, telles que 
le quinquina, le sirop, les acides azotique^ sulfu- 
rique, etc., ne fournissent jamais d'infusoires. 

C'est, je ne dirai pas par erreur, mais simple- 
ment par inattention , que Burdach mentionne les 
acides, sans restriction, comme s'opposant à la pro- 
duction des Infusoires (3); l'acide acétique affaibli, 
et d'autres, en fournissent, on le sait, en abondance. 

Les animalcules apparaissent d'autant plusrapide- 

sie, p. 100. — Idées sur la physiognosie et sur la génération spon- 
tanée. 
Treviranus, Biologie, t. II, p. 30o. 

(1) Burdach, Traité de phijsiologie. Paris, 1. 1, p.. 17. 

(2) Gruithuisen , Beitràge zur Physiognosie und Eautognosie, 
p. 100. — Idées sur la physiognosie et sur la génération spon- 
tanée. 

(3) Burdach, Traité de physiologie. Paris^ t. I, p. 17. 



144 HÉTÉROGÉNIE. 

ment, que la substance mise en expérience est plus 
putrescible. Ce fait, reconnu par Priestley, et men- 
tionné par Treviranus et Burdach, n'est pas douteux. 

Le premier de ces savants avait vu aussi qu'il se 
développait beaucoup plus de Microzoaires dans de 
l'eau contenant des fraises, que dans celle où Ton 
avait mis des graines de lin ou d'autres corps orga- 
nisés d'une difficile décomposition. Spallanzani rap- 
porte à l'appui de cette assertion, qu'il a observé que 
le gluten produisait plus d'Infusoires que l'amidon. 
D'après cela on s'accorde généralement à penser que 
les infusions les plus putrescibles sont celles où les 
Microzoaires se montrent avec plus d'abondance (1). 
Comment expliquerait-on ce fait dans l'hypothèse où 
l'on suppose que les germes de ces animaux provien- 
nent du dehors et tombent dansle liquide? Or, comme 
on ne peut admettre que des êtres aussi microsco- 
piques exigent le superflu de matière nutritive qu'on 
observe dans les infusions les plus chargées, il faut 
bien convenir que s'ils sont plus abondants parmi 
celles-ci, c'est que leur production n'est réellement 
due qu'à l'exubérance des molécules organiques qui 
s'y trouvent mises en liberté, et toutes prêtes à entrer 
dans de nouvelles combinaisons. 

En s'occupant du rôle de la substance putrescible, 
il serait important de se faire une idée des phéno- 
mènes intimes de désagrégation et de recomposition 

(1) Comp. Treviranus, Biologie. Gœttingue, 1822, t. II, p. 360. 
BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1. 1, p. 14. 
Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pavie, 
1787', t.I. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. i-45 

qu'elle éprouve durant les phases de la génération 
primaire, mais c'est là le point le plus obscur de la 
question. Nous avons déjà vu que, selon Buffon, il 
existerait une mutation continue dans les éléments 
matériels et animés des animaux, ainsi que dans la 
forme de ceux-ci ; les molécules organiques deve- 
nues libres parla désagrégation, pouvant entrer dans 
une série infinie de combinaisons nouvelles, et pro- 
duire des êtres tout à fait différents de ceux dont 
elles provenaient (1). Ceci, est comme on le voit, la 
génération spontanée dans toute son extension. Celte 
hypothèse est naturellement la conséquence de 
l'autre, ainsi que M. Flourens l'avait déjà exprimé 
en analysant les travaux de notre Pline moderne (2) . 
M. Longet, après avoir émis, en abrégé, les idées 
de Buffon, dit qu'il est inutile aujourd'hui de les ré- 
péter, et que nos connaissances histologiques ne nous 
permettent pas le moindre doute |à cet égard (3). 
Nous ne traitons pas aussi cavalièrement un _sem- 
blable sujet; et, lorsque les physiologistes les plus 
considérables de notre époque émettent encore des 
opinions qui se rapprochent de celles de notre im- 
mortel compatriote, ses hypothèses ont bien le droit 
d'être considérées comme étant de quelque valeur. 
Naguère encore , M. Milne Edwards les partageait 
en partie; s'il s'est éloigné de cette voie, d'autres 

(1) Buffon, Histoire naturelle. Paris_, 1749. Suppl., t. IV, 
p. 343. 

(2) Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon. Paris, 
1844, p. 78. 

(3) Longet, Traité de Physiologie. Paris, t. II, p. 7. 

POLCIILT. 10 



146 HÉTÉROGÉNIE. 

savants persistent encore à la suivre : il faut dé- 
brouiller où gît la vérité (1). 

Selon Wrisberg, les Infusoires ne seraient que les 
particules des corps soumis à la putréfaction, et qui, 
pendant que ce phénomène se manifeste, deviennent 
libres, et s'animent d'une vie propre. Cette hypo- 
thèse se rapproche donc des vues de Buffon, dont il 
vient d'être question. S. Schultze soutient une thèse 
analogue en prétendant que les Microzoaires ne sont 
parfois que le résultat des métamorphoses de la sub- 
stance organique : c'est une grande concession de la 
part de ce savant, lui dont les expériences tendent 
à prouver que l'air renferme les germes des Proto- 



organismes. 



Dans la manifestation de ses sublimes harmonies, 
Ja nature répartit à chaque être son rôle physiolo- 
gique. Les végétaux possèdent le privilège presque 
exclusif de s'approprier les molécules minérales, de 
les transformer en leur propre substance, tandis que 
les animaux, au contraire, ne s'alimentent que d'é- 
léments organisés, ainsi que l'ont largement déve- 
loppé Burdach et J. Muller (2). De là chacun des 
deux règnes du monde animé a sa fonction spéciale ; 
les végétaux semblent avoir seuls la propriété de 
transformer en leur propre substance les composés 
binaires minéraux, tels que l'eau, l'acide carbonique 
et l'ammoniaque, en élevant leur combinaison à l'é- 

(1) MiLîSE Ej)\y\ï^DS y Répertoire général d'anatomie et de physio- 
logie. Paris, 1827, t. III, p. 47. 

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. IX, p. 401. 
J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1845, 1. 1, p. 16. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. 147 

tat de composés ternaires organiques. Les végétaux, 
comme Ta dit M. Dumas, savent organiser la matière 
et J'accumuler, et les animaux, pour lesquels cette 
matière a été amassée, la consomment pour l'entretien 
de leur vie (1). C'est par cette raison que dans les 
milieux où il n'existe aucun vestige animé, ce sont 
des végétaux qui apparaissent d'abord, et que les ani- 
maux les suivent. 

Il est utile, dans toutes les expériences que l'on en- 
treprend sur la génération spontanée, de tenir compte 
de l'état du corps solide putrescible ; et c'est pour ne 
pas l'avoir fait, que souvent les physiologistes ont ob- 
tenu d'inexacts résultats. Une certaine température 
arrêtant le mouvement fermentescible , et celui-ci 
étant un phénomène indispensable à la production des 
Proto-organismes, il arrive que ceux-ci n'apparais- 
sent qu'après un temps fort long ou même cessent 
absolument de se produire, lorsque le corps solide a 
subi une ébullition prolongée. Dans les décoctions, ce 
n'est même souvent qu'après plus d'un mois qu'elles 
ont été exposées à l'air que cela a lieu. Parfois même, 
après un temps beaucoup plus long encore, on n'y 
voit pas le moindre vestige d'organisme. 

Que signifient donc quelques rares expériences 
à vaisseaux clos faites par certains physiologistes, qui 
n'ayant point rencontré d'animalcule dans leurs 
vases, ont argué de là qu'il ne s'en produisait pas dans 
la matière soumise à l'expérimentation! 



(1) Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Paris, 
1842 . 11. 



148 HÉTÉROGÉNIE. 

Lors même qu'on laisse dans l'eau le corps qui a 
subi la décoction, ce n'est souvent qu'après un temps 
considérable, parfois plus d'un mois, qu'il s'y déve- 
loppe des animalcules. Voici des faits à l'appui de 
cette assertion. 

Expérience. — Une forte décoction de foin, expo- 
sée à l'air durant trente-cinq jours, n'a présenté au- 
cun animalcule vivant, soit à cette époque, soit dans 
les observations qui ont été faites dans l'intervalle. 

Au contraire, des macérations de foin également 
exposées à l'air, près de cette décoction, nous ont 
constamment offert des myriades de lons^s Vibrions, 
au bout de vingt-quatre heures, quand la température 
était de 25 à 28°; et des Kolpodes et d'autres Micro - 
zoaires d'un ordre élevé, après trois ou quatre jours. 

Expérience. — - Quatre grands verres à expériences 
ont été placés sous une même cloche, très-ample, 
pour qu'ils soient soumis tous les quatre aux mêmes 
influences. Chacun d'eux avait reçu 300 grammes 
de liquide. Ils furent examinés trois jours après, la 
température moyenne ayant été de 24% et la pression 
de 0,755. 

Le premier verre était rempli d'eau qui avait 
bouilli pendant 15 minutes, et de 5 grammes de 
foin, qui avait aussi subi Tébullition. La couleur du 
liquide était d'un fauve extrêmement pâle; la pelli- 
cule membraneuse à peine apparente ; sa surface 
était seulement parcourue par un certain nombre 
de longs Vibrions {Vibrio graiiifer ^ Pouch. et 
Vïbris levis, Pouch.), de 20 à 25 divisions micro- 
métri([ues de longueur. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. U9 

Le deuxième verre était rempli d'eau qui avait 
bouilli, mais de 5 grammes de foin qui n'avait point 
subi l'ébullition. Le liquide était fauve et sa pellicule 
bien formée. Il contenait les mêmesYibrions que l'on 
rencontrait dans le vase précédent, mais en quantité 
immensément plus considérable. En outre on y ob- 
servait une abondance de Kolpodes triticiformes. 

Le troisième verre contenait de l'eau qui n'avait 
point été chauffée, et 5 grammes de foin qui avait, 
au contraire, été dans l'eau en ébullition pendant 
quinze minutes. Le liquide était d'un fauve très- pâle 
comme celui du premier vase; à la surface on ren- 
contrait les mêmes Vibrions que dans les deux pré- 
cédents vases; seulement ils y étaient plus abondants 
que dans le premier vase, mais en bien moindre 
nombre que dans le second ; en outre on y voyait 
quelques Kolpodes triticiformes. 

Le quatrième vase, que l'on pourrait considérer 
comme un critérium, contenait de l'eau n'ayant 
point été chauffée, et 5 grammes de foin n'ayant 
subi aucune préparation. Son liquide était trouble 
et d'une couleur fauve, et sa pellicule offrait beau- 
coup plus d'épaisseur que dans tous les autres vases. 
Sa faune était la même, mais plus abondante que 
celle des autres verres. On y voyait à la fois des Vi- 
brions granifères , des Vibrions lisses , et des Kol- 
podes triticiformes. 

Ces expériences rendent donc évident ce que nous 
avons avancé, à savoir : que le corps putrescible qui 
a subi l'ébullition, est moins propre qu'auparavant à 
fournir les particules élémentaires des Protozoaires. 



150 HÉTÉROGÉNtE. 

Celte conclusion aurait pu se déduire à priori, car 
on conçoit que l'action d'une chaleur élevée et le 
contact de l'eau ont dû attaquer une partie de la 
substance organique du solide, et par cela même le 
rendre moins apte à reformer d'autres organismes. 

Il est certain que la diversité des substances orga- 
niques soumises à la macération, entraine des diffé- 
rences notables dans les Microzoaires qui se déve- 
loppent au milieu d'elles. Bory de Saint-Vincent 
Tavait depuis longtemps reconnu (1), et Treviranus 
insiste également sur ce fait (2). Le premier de ces 
naturalistes a même remarqué que certaines infu- 
sions de produits exotiques donnaient naissance à 
des espèces particulières, et que même si l'on unis- 
sait deux infusions différentes, il en résultait des mi- 
crozoaires qui n'étaient nullement les mêmes que 
ceux que produisait ordinairement chaque liquide 
séparé (3). M. Gérard a émis une semblable opi- 
nion (4). De tels faits sont, je pense, embarrassants à 
expliquer pour les physiologistes qui s'obstinent à 
ne voir dans les Infusoires que le résultat de cette 
panspermie aérienne que nous combattons. 

Treviranus avait aussi prouvé que les mêmes 
substances fournissent des espèces différentes, lorsque 
l'on fait varier les conditions de l'expérience. Ainsi, 
une infusion de Pois dans laquelle on ajoute de l'eau 

(1) Bory, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, t.V , 
p. 46. 

(2) TRE\iRk?ivs, Biologie. Gottingue, 1822, t. 11^ p. 325. 

(3) Bory, oper. cit.^i. V, p. 16. 

(4) Gérard, Dict. univ. d'hist. nat. Paris, 1845, t. VI,, p. 66. 



DU CORPS PUTRESCIBLE. 151 

de Laurier-cerise, donne des animalcules plus fins et 
plus Yifs que ceux de la simple infusion (1). M. Bé- 
rard n'hésite pas à accepter cette opinion, nonob- 
stant l'opposition d'Ehrenberg (2), et pour notre 
compte c'est un fait incontestable. 

En effet, nos expériences, si nombreuses, nous ont 
fait reconnaître l'exactitude des opinions de Bory de 
Saint- Vincent et de Treviranus; et nous allons au 
delà, car, pour nous, chaque substance donne non- 
seulement naissance à des organismes particuliers, 
mais ceux qu'elle produit peuvent encore varier infi- 
niment selon les conditions dans lesquelles celle-ci 
se trouve : la saison, la température, la pression at- 
mosphérique, la nature du liquide, etc., agissent avec 
plus ou moins d'intensité sur la procréation. Aussi, 
pour l'œil qui sait saisir les moindres nuances mor- 
phologiques, il semble que presque jamais chez les 
animalcules une forme zoologique ne se reproduit 
deux ïois parfaitemeîît identique. 

Des substances absolument analogues produisent 
même souvent des animalcules entièrement diffé- 
rents, quoique placés dans des circonstances tout à 
fait identiques. Ainsi, des fragments de crânes d'hom- 
mes de diverses nations anciennes et modernes, mis 
macérer à la même époque, et près les uns des au- 
tres, nous ont donné des Proto-organismes animaux 
et végétaux incontestablement différents. Les faits 
suivants démontrent ce que nous venons d'avancer : 

Expérience. — Le même jour on prit trois vases 

(1) T^Exmk^vs, Biologie. Gottingue, 1822, t. II. 

(2) BérarDj Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 93. 



152 HÉTÉROGÉNIE. 

en verre, et chacun d'eux fut rempli avec 300 gram- 
mes de la même eau filtrée. Dans le premier on 
mit 5 grammes d'os d'un crâne d'Égyptien, que j'a- 
vais rapporté des nécropoles de Sakkara. Le second 
reçut 5 grammes de fragments d'os provenant d'un 
crâne de mérovingien; enfin, dans le troisième on 
mit 5 grammes de fragments du crâne de l'un de 
nos contemporains. 

Chacun de ces vases fut placé sous une cloche par- 
ticulière, et abandonné pendant un mois. Au bout 
de ce temps, durant lequel la température moyenne 
avait été de 20% on inspecta scrupuleusement leur 
contenu, et l'on reconnut que dans chacun d'eux il 
était absolument différent : 

Le vase qui contenait des fragments de crâne d'É- 
gyptien, était rempli d'une énorme quantité d'Épis- 
tylis, d'Enchéliydeset de Vibrionides. 

Le vase contenant des portions de crâne de méro- 
vingien était peuplé d'immenses légions du Glaucoma 
scintillans, Ehr. et on y observait en outre, ça et là, 
quelques Vorticella infusionum Duj. , mais en fort 
petit nombre. ~ Il ne s'y trouvait aucune des es- 
pèces du vase précédent (1). 

Enfin, le liquide qui contenait des fragments d'un 
crâne contemporain, avait aussi sa zoologie particu- 
lière. — Il était seulement rempli de Kolpodes. 

(1) Les crânes que nous avons employés dans nos expériences 
provenaient de sépultures du sixième siècle^, contemporaines de 
Cliilpéric ou"de Mérovée/Le Muséum d'iiistoirenalurelle de Rome 
les avait reçus de notre savant et infatigable ami l'abbé Cochet, 
auteur de la Normandie souterraine. 



DU GOIÎPS PUTRESCIBLE. 1 ^3 

Immédiatement après cette première observation, 
les trois vases qui avaient été séparés jusqu'alors, 
furent placés sous une même cloche en verre; et par 
la suite, les débris du contemporain des Pharaons et 
ceux du compagnon de Mérovée ou de notre compa- 
triote, continuèrent toujours à présenter une faune 
absolument différente. 

Expérience. — Dans une autre expérience, 10 

< 

grammes des os d'un crâne de mérovingien ayant 
été mis dans un grand verre, celui-ci, après avoir 
été rempli d'eau filtrée , fut abandonné dans mon 
laboratoire pendant six mois d'été, ayant été simple- 
ment recouvert d'une lame de verre. 

Dix grammes des os d'un crâne que j'avais rap- 
porté des hypogées de ïhèbes, furent placés à côté 
et dans les mêmes circonstances. 

On observa d'abord que les animalcules de l'un et de 
l'autre vase étaient absolument différents ; puis avec le 
temps, ceux-ci ayant disparu des deux macérations, 
il se produisit de la matière verte dans l'une et dans 
l'autre. La macération des débris de mérovingien fut 
toujours beaucoup moins verte que l'autre, qui finit 
même par être d'un beau vert d'émeraude très-foncé. 
Lorsqu'au bout du temps mentionné, on examina 
au microscope les deux produits, on reconnut qu'il 
existait dans la macération d'os de mérovingien une 
algue remarquable, que je n'ai vue nulle part figurée, 
et qui était formée de cordons verts et courts, fort 
contournés, paraissant étendus à la surface d'un tube 
membraneux, excessivement mince ; ces cordons res- 
semblaient absolument à des phrases d'écriture arabe. 



154 HÉTÉROGÉNIE. 

Dans la macération de fragments du crâne de 
Thébain, il n'existait rien d'analogue. La coloration 
d'un vert foncé était simplement due à de la matière 
verte de Priestley, composée de petits granules isolés, 
et d'un beau vert. 

Dix grammes d'une Turritelle fossile, provenant 
des terrains tertiaires de Bordeaux {Tiirritella tere- 
bralis ^Lam.), ayant été placés le même jour dans 
une égale quantité d'eau , et abandonnés dans le 
même endroit, offraient une Algue tout à fait diffé- 
rente de celles des deux vases précédents. Celle-ci 
se composait de petits bâtonnets d'un vert très-pâle, 
articulés, et contenant dans leur intérieur, entre 
chaque article, quatre nodules, plus ou moins dis- 
tincts. 

Nous devons ajouter à ce qui précède, qu'il est 
également fort notable que le corps putrescible n'in- 
flue pas seulement, par sa nature intime, sur les êtres 
qui se produisent à même de sa substance, mais que 
les proportions dans lesquelles on l'emploie, ont aussi 
une influence manifeste sur l'essence et sur l'abon- 
dance de ces mêmes êtres. Les expériences qui sui- 
vent, le démontrent suftisamment : 

Expérience. — On a pris quatre vases de même 
forme, et dans chacun d'eux on amis 300 grammes 
d'eau de fontaine, et une quantité de foin différente. 
Ces vases ont ensuite été placés séparément sous des 
cloches. Huit jours après , par une température 
moyenne de 24° et une" pression de 0,76^ on a ob- 
servé ce qui suit : 

Le premier vase, contenant 10 grammes de foin, 



DU CORPS PUTRESCIBLE. 1S5 

offiait une pellicule épaisse et de teinte foncée. Le 
microscope signale dans sa macération une grande 
quantité deKérones, Kerona lepus, MuW., de 0,1 120 
deraillimètrede longueur, desanimalcules piriformes 
offrant 0,0560 de millimètre de longueur, et un grand 
nombre de gros kistes de 0,0420 de millimètre de 
diamètre. En outre la pellicule proligère était remplie 
par une innombrable quantité de petits kistes de 
0,0084 à 0,0140 de millimètre de diamètre, telle- 
ment serrés de toutes parts qu'ils se touchaient. 

Le second \ase contenait 5 grammes de foin. Sa 
pellicule est m.oins épaisse. On n'y observe aucune 
Kérone et il y existait seulement quelques animal- 
culespir iformes moins gros que dans le premier vase. 
Les groskistes, y étaient bien moins nombreux et les 
petit, s encore en quantité considérable, étaient seule- 
ment moins tassés. 

Le troisième vase avait reçu seulement 2 grammes 
5 décigrammes de foin. Il n'offrait aucune Kérone, 
aucun gros kiste et l'on y distinguait seulement quel- 
ques animalcules très-petits, indéterminables. On y 
voyait encore quelques petits kistes, mais ceux-ci y 
étaient infiniment moins nombreux et moins serrés 
que dans le cas précédent. 

Enfin, le quatrième vase qui ne contenait que 
1 gramme 25 centigrammes de foin, n'offrait aucun 
Kérone, aucun animalcule piriforme, aucun grand 
kiste. Il présentait seulement quelques Microzoaires 
infiniment plus petits que dans les trois premiers 
vases et encore indéterminables. Cette macération 
contenait aussi quelques petits kistes; mais ceux-ci 



156 HETEROGEME. 

y étaient tellement rares qu'au lieu de s'offrir par 
centaines dans le champ du microscope, comme 
dans les cas qui précèdent, l'on n'y en comptait pas 
plus de douze à quinze à chaque observation. 

Il ressort évidemment de cette expérience compa- 
rative, comme de tant et tant d'autres, entreprises 
par nous dans la même direction, 1° que l'organisation 
et le nombre des animalcules s'élève en raison directe 
de la masse des corps en état de décomposition, et 
2° que ces animalcules se forment de toutes pièces 
dans le milieu où on les rencontre. 

Il est évident en effet que si la nature, le déve- 
loppement et le nombre des animalcules n'étaient 
pas absolument subordonnés au volume et à la na- 
ture du corps en décomposition, on eût rencontré les 
mêmes Microzoaires, et en même nombre dans les 
quatre vases, et il en a été tout autrement. Dans le 
liquide qui contenait le plus de matériaux putrescibles 
ils étaient d'une organisation infiniment plus élevée 
et en nombre infiniment plus grand que dans les 
autres; et on les voyait successivement diminuer à 
mesure que l'on arrivait aux vases qui contenaient la 
moindre quantité de foin. Là ils étaient même exces- 
sivement rares. Il résulte aussi de cette expérience 
que ce n'est point l'air qui est le véhicule des germes, 
car comme ces quatre vases étaient remplis d'une 
macération identique, si ce n'est sous le rapport de 
la masse du corps putrescible, on ne voitpas pourquoi 
les mêmes germes n'auraient pas tombé et n'auraient 
pas acquis un égal développement dans le dernier 
vase comme dans le premier. 



DU CORPS PUTRESCIBLE, 157 

Dira-t-on que si le dernier vase ne présentait pas 
plus d'animalcules, c'est que l'aliment n'y était pas 
en assez grande proportion? ce serait une objection 
puérile. Si elle était admissible, il y existerait néan- 
moins quelques spécimens des grosses espèces du pre- 
mier, et les kistes, eux qui ne mangent point, se- 
raient aussi nombreux dans chaque macération, c'est 
évident.... et il n'en était pas ainsi. On pourrait ob- 
jecter que ne m'étant pas servi d'une même macéra- 
tion, les germes se trouvaient dans le foin, mais ce 
résultat qu'on obtient constamment serait alors vrai- 
ment extraordinaire. Cependant pour prévenir toute 
controverse, j'ai aussi opéré avec une décoction de 
la même substance, qui avait bouilli une demi-heure, 
et j'ai obtenu absolument les mêmes résultats ! 

Nous pouvons ajouter que les mêmes macérations 
ayant été observées àquinze jours de distance, on re- 
connut constamment que la population zoologique 
était devenue absolument différente de ce quelle était 
lors des premières observations, et qu'elle offrait éga- 
leriient des différences notables dans chacun des vases 
en expérimentation. 

Nous avons reconnu aussi qu'entre les diverses in- 
fluences que nous venons d'énumérer, l'état de divi- 
sion du corps putrescible avait une action très-pro- 
noncée sur les phénomènes de l'hétérogénie ; et que 
ceux-ci se manifestaient d'autant plus promptement 
et plus énergiquement que ce corps était plus finement 
broyé. C'est là un fait incontestable, et que* cent ex- 
périences nous ont démontré. On voit même parfois, 
dans des observations exécutées parallèlement, se 



158 HETEROGENIE. 

produire (les espèces différentes, dans des macérations 
absolument identiques, sauf Tétat de division de la 
substance. Ces divers faits sont une preuve de plus en 
faveur de Fhypothèse que c'est à la décomposition du 
corps solide seul, et aux diverses circonstances dans 
lesquelles elle se produit, que les Proto-organismes 
doivent leur modalité. 

Nous choisissons parmi nos expériences les deux 
suivantes; elles nous semblent suffire pour démontrer 
ce que nous avançons : 

Expérience. — Après douze heures, à une tempé- 
rature moyenne de 23 degrés et sous la pression de 
0,76 une macération de 5 grammes d'étoupe 
dans 300 grammes d'eau, offre seulement quelques 
petits Vibrions, peu agiles, rectilignes, ayant de 2 
à 4 divisions micrométriques de longueur. 

De l'étoupe hachée placée dans les mêmes condi- 
tions, contenait un bien plus grand nombre de ces 
petits Vibrions et ils étaient tous en grande agitation. 
On y rencontrait en outre une quantité considérable 
de VibrionsJ gigantesques ayant de 20 à 25 divisions 
micrométriques de longueur, animés de vifs mouve- 
ments anguiiloïdes. 

Expérience. — Dans deux vases de même capacité, 
contenant la même quantité d'eau, le même jour, 
on met un poids égal de foin ; seulement, dans l'un 
celui-ci est entier et lié en une petite botte; et dans 
l'autre il est haclié excessivement fin et contenu dans 
un sac de tulle. Au bout de huitjours, latempéralure 
ayant été en moyenne de 21 degrés et la pression de 
0,755 on observa les deux vases en expérience, et 



DE l'eau. 159 

l'on reconnut que la population zoologique de l'un 
était absolument différente de celle de l'autre. 

Dans le vase où le foin était entier l'eau offrait une 
teinte fauve nébuleuse etlapelliculeprésentaitpeud'é- 
paisseur et était arachnoïde. Sa trameencore distincte 
était formée de l'enchevêtrement de longs Vibrions, 
dans l'intervalle desquels on distingue une énorme 
quantité de Monaslens Duj. morts. Le liquide était 
rempli d'animalcules piriformes de 15 divisions mi- 
crométriques de longueur. 

Dans le vase où le foin a été haché la faune est 
plus riche et absolument différente. Elle se compose 
d'une énorme quantité de Kérones, parfaitement 
adultes et d'une abondance deKolpodes d'une taille 
extraordinaire, et que je n'ai jamais rencontrés, du 
moins avec une telle dimension. Ces Kolpodes ont 
40 et même 45 divisions micrométriques de longueur 
et offrent des estomacs nombreux, disséminés dans 
une substance diaphane. En outre il existe aussi 
dans le liquide une Algue rameuse , cloisonnée , 
et de tous côtés nagent des Vibrions et des Mo- 
nades. 

SECTION II. — DE l'eau. 

L'eau joue un rôle important dansles phénomènes 
de l'hétérogénie, et elle est regardée, avec raison, 
comme l'un des éléments indispensables au dévelop- 
peaient des Proto-organismes. En considérant le su- 
jet d'un pointde vue plus élevé, on reconnaît même 
que toute existence soit végétale, soit animale, dérive 
primitivement de celle-ci, et que dans la suite, soit 



i 60 HÉTÉROGÉNIE. 

à l'état liquide, soit à l'état de vapeur, elle continue 
d'être de la plus haute importante pour l'entretien 
de la vie. 

C'est donc avec une sorte de raison instinctive, 
que les auteurs inspirés des principales cosmogonie», 
font tous sortir de l'eau la majeure partie de la créa- 
tion. En traçant le tableau de l'origine des choses, 
les livres sacrés de presque toutes les nations nous 
représentent la superficie du globe comme étant sub- 
mergée par un immense océan. Les commentateur 
de la Bible, ainsi que l'indique lui-même saint 
Jean, s'accordent à émettre qu'à l'époque du chaos, 
la terre était entièrement couverte par une vaste mer, 
qui disparut pour faire place à la création (1). Le 
mot abîme de notre texte sacré a même été considéré 
par la plupart des commentateurs comme synonyme 
des eaux sur lesquelles planait l'esprit de Dieu (2). 

L'élément fluide joue aussi un très-grand rôle 
dans les cosmogonies indiennes. Là, les védas repré- 
sentent Siva, le suprême auteur de la création, dé- 
posant dans le sein de l'Océan les germes de l'uni- 
versalité des êtres (3). Ailleurs ils peignent Yichnou, 
qui en est le symbole, flottant sur l'abîme des eaux, 

(1) Saint Jean, Apocalypse , ch . xxi, 1. — Comp. Bost , t. I, 
p. 238. 

(2) Comp. J. A. Bost, Dictionnaire de la Bible. Paris, 1849, 1. 1, 
p. 231. — Job, xxxviii, 30. Ps. xlii, viii, civ, vi. — Jonas, ii, 6. 

(3) Siva, principe de la chaleur et de la lumière, y tient mani- 
festement la place du grand géne'rateur ou créateur. Son action 
a précédé toute autre action, et c'est lui qui déposa dans les eaux 
primitives (représentées parBhavani), les germes producteurs 
de toutes choses. (F. Creuzer, Religionsde Vantiquité. Paris, 1825, 
t. I, p. 177.) 



DE LEAU. 161 

paisiblement endormi dans les replis du serpent 
adysséchen (1). Enfin, dans d'autres endroits, s'offre 
la charmante figure de Maya, mère de la mer de lait, 
matière première de toutes choses (2), et d'où na- 
quit la déesse des sciences elle-même, Sarassouadi, 
épouse de Brama (3). 

Dans les anciennes théogonies des Persans, on 
Yoit que ceux-ci regardaient la terre, Fair et l'eau, 
comme les principes de toutes choses (4). 

Au milieu de leurs errements, les alchimistes du 
moyen âge et de la renaissance, accordent aussi àl'eau 
une suprême puissance et la considèrent comme le 
grand agent de la vie universelle. Dans un endroit 
de ses œuvres, le trop célèbre Paracelse la désigne 
sous la dénomination de creatiirarum universarum 
matrix (5). Et plus loin, comme s'il avait une con- 



(1) Selon Creuzer_, Vichnou n'est pas seulement l'eau, mais bien 
plutôt l'esprit ou le souffle divin , se mouvant ou marchant sur 
les eaux, c'est-à-dire les vivifiant. [Relig. de Vaut., t.L p. 169.) 

(2) C'est une des plus gracieuses conceptions de l'art indien. 
Cette déesse , richement parce et entourée du voile des préfor- 
mations^ dont les plis recèlent toute la création, effleure légère- 
ment la surface de la mer de lait qui s'écoule de son sein en deux 
longs ruisseaux. 

Comp. Niclas Muller, in Dorow's morgenland. Alterthum,\.\\, 
pi. 2, flg. 2. — Creuzer, Belig. de l'ant. 

(3) So.^KERAT;, Voyage aux Indes orientales. Paris, 1782, t. I, 
p. 154-172. 

(4) Th. Hyde, Veterum Persarum religionis historia, eorumque 
Magorum. Oxonii^ 1760, t, I. 

(5) Paracelse. Nobilis, clarissimi ac probatissimi philosophi et 
medici,Dn. Aureoli Philippi Theophrasti Bombast, ab Hohenherniy 
dicti Paracelsi , opcrum mcdico-chimicorum site paradoxorum^ 
tomus genuinus primus. Francfort, 1603, t. III, p. 25. 

POUCHET* 1 1 



162 HÉTÉROGÉME. 

fuse idée du rôle des principaux agents de l'hétéro- 
génie, on le \oit dire : « Vita in omnibus animalibus 
a a duahus sphœris gubernatur : a siiperiore quce 
« aer est et ignis; ab inferiore j quœ aqiia est et 
« terra (1). » 

Si, abandonnant ces supputations purement histo- 
riques, nous passons à Texanien de la fonction de 
l'eau dans la production des phénomènes de l'hélé- 
rogénie, nous reconnaissons que, quoique l'appari- 
tion normale des Proto-organismes nécessite ordinai- 
rement la présence simultanée de ce fluide, de l'air 
et d'un corps putrescible, il est cependant non douteux 
que des organismes peuvent apparaître, ainsi que le 
dit Gleichen, dans l'eau simple, filtrée ou distillée; 
seulement leur formation y marche beaucoup plus 
lentement que dans les infusions, la nourriture y 
manquant (2). Selon Fray, l'eau pure seule pourrait 
même engendrer des Microzoaires ; il assure en avoir 
parfois observé dans celle-ci (3). Si ce savant ne pré- 
tendait y avoir rencontré que des végétaux rudimen- 
taires, nous pourrions partager son opinion, mais 
jamais nous n'avons vu de l'eau distillée produire des 
animalcules, si ce n'est de la matière verte. 

En effet, lorsque de l'eau très-pure, ou même de 
l'eau distillée, est abandonnée à la lumière dans les 
vases de nos laboratoires, au bout d'un temps qui 
varie, selon la température, on voit y apparaître des 

« 

(1) Paracelse, Ici., ihid., p. 27. 

(2) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris, an VII ^ 

(3; Fr.AY, Essai sur l'origine des corps organisés. Paris, 1817. 



DE l'eau. 163 



granulations d'un beau verl, rondes ou elliptiques, 
plus ou moins abondantes et rapprochées. Celles-ci 
sont immobiles ou douées de mouvements excessive- 
ment prononcés. 

Cette matière verte, dont il est souvent question 
lorsqu'il s'agit de génération spontanée, fut signalée 
au monde savant par Priestley, dans un travail de- 
venu célèbre. Ce physicien ne l'avait d'abord consi- 
dérée que comme un sédiment muqueux (1); mais 
à peine deux ans s'étaient écoulés depuis sa décou- 
verte, qu'il revint sur sa première idée, et éleva cette 
matière au rang des végétaux, en la regardant comme 
une espèce de Conferve (2). Forster, Senebier et De 
Candolle, ont successivement partagé cette erreur. 
Le premier la prit pour le Bissas botryoides de Lin- 
née j Senebier ne vit en elle que le Conferva cespitosa 
filis redis undique divergentibus de Haller (3) ; et 
De Candolle créa pour celle-ci son Vaucheria infusio- 
num (4). 

Ingen Housz, patient observateur, jeta un jour 
nouveau sur la nature de la matière verte, qui avait 
déjà donné lieu à tant de controverses (5). Il la con- 
sidéra d'abord comme une espèce de mousse ; puis 
plus tard il se rangea de l'opinion de M. Thomp- 
son de la société royale de Londr^es, qui ne vit en 

(1) Priestley^ Expériences et observations sur différentes espèces 
d'air, eic. Paris, 1779, t. IV. 

(2) Priestley, Expériences et observations, etc. 1781, t. V. 

(3) Senebier , Journal de physique. 1781, t. XXVIl, p. 209. Ou- 
vrage sur la lumière solaire. 1782. 

(4) De Candolle, Flore française. Paris 1805, t. II, p. 65. 
(o) Ingkn Housz, Journal de physique. 1784, t. XIV, p. 3o6. 



164 HÉTÉROGÉNIE. 

elle que des animalcules (1) et il l'envisagea comme 
n'étant que le groupement d'une immense quantité 
de Microzoaires auxquels il donna improprement le 
nom d'Insectes (2). Cette matière se développe égale- 
ment dans l'eau de pluie, dans les infusions, et 
même dans l'eau de la mer, et elle abonde parfois 
aux environs des fontaines, sur les pierres qui sont 
imbibées d'eau. Selon Bory de Saint-Yincent,elle se 
développe bientôt après que l'eau a manifesté son 
sédiment muqueux, et celui-ci s'en remplit pour 
constituer le végétal qui, par son extrême simplicité, 
a le droit d'être placé à la tête de la série, le Chaos 
prirnor^dialis . Ainsi donc, pour ce savant, celui-ci 
n'est que le résultat de l'apparition de la matière 
verte, qu'il appelle îTia/ière végétative de la matière 
muqueuse (3). Enfin, plus récemment, cette matière 
paradoxale a été regardée par Wagner comme n'é- 
tant formée que par les cadavres de plusieurs espèces 
d'infusoires de couleur verte, et surtout par ceux de 
VEuglena viridis (4). Nos observations nous ont con- 
duit à la même conclusion, en voyant cette matière 
verte s'animer à certains moments de mouvements 
qui ne peuvent appartenir qu'à l'animalité. 

Des Proto-organismes peuvent aussi apparaître 
dans des liquides de composition variée. Retzius dit 



(1) Thompson, Transactions philosophiques. 1787. 

(2) Ingen Housz, Expériences sur les végétaux. Paris, 1789, t. II, 
p. 365. 

(3) BoRYDE Saint-Vincent, Dictionnaire classique d'histoire na- 
turelle. Paris, 182G, t.' I, p. 264. 

(4) Comp. J. MuLLER, Manuel de physiologie, {. I, p. 11. 



DE L EAU. 165 

avoir vu desConferves se développer dans une disso- 
lution de chlorure de baryte, opérée à Taide d'eau 
distillée, et contenue dans un flacon bouché à l'é- 
meri (1). 

Dans certaines circonstances, la composition de 
Teau peut à elle seule expliquer l'apparition des Mi- 
crozoaires, sans qu'il soit utile d'invoquer la pré- 
sence de germes. De l'eau météorique, analysée par 
Zimmermann , lui a fourni une certaine quantité 
d'une substance particulière, dégageant de l'ammo- 
niaque, différente du mucus, et qu'il a appelée Pyr- 
rhine. Cette eau contenait en outre du fer, du manga- 
nèse, de la chaux et quelques autres substances (2). 
Selon Nées d'Esenbeck, lorsque cette pyrrhine vient 
à se précipiter, il se peut qu'elle produise des ani- 
malcules. 

Selon Burdach, Teau qui, dans nos expériences, 
se fait remarquer par sa plus grande fécondité en 
produits organiques, est celle de la rosée ; l'eau de 
pluie vient après, et enfin celle de source (o). 

On peut considérer comme une règle générale 
que le mouvement fermentescible qui précède con- 
stamment l'apparition des Protozoaires, se manifeste 
beaucoup plus lentement et plus difficilement dans 
l'eau qui a bouilli, que dans celle qui n'a pas subi 
l'action de la chaleur. Les observations viennent à 
satiété établir ce que nous avançons. 

(1) Retzius. Froriep, Notizen^j n» 56, 

(2) Zimmermann , Archiv. fur gesammte Naturlehre^ t. I, p. 257. 
Archives de l'histoire naturelle. 

(3) Burdach, Traité de physiologie. Paris, t. I^ p. 18. 



d66 HÉTÉROGÉNIE. 

Expérience. — Les diverses combinaisons suivantes 
ont été abandonnées durant cinq jours à l'air libre, 
par une température moyenne de 24% et une pres- 
sion de 0,755. On opérait sur 300 grammes d'eau. 

Le premier vase contenait une décoction de foin, 
filtrée, ayant subi une heure d'ébullition. Le liquide 
était un peu trouble et fortement coloré en fauve; 
sa surface n'offrait aucune trace de pellicule. Seule- 
ment de place en place on voyait nager quelques 
petits îlots d'un Bissus microscopique, inarticulé, ra- 
meux. Il n'existait aucun animalcule dans la liqueur. 

Le second vase contenait, outre la même décoc- 
tion que le précédent, 5 grammes du foin qui avait 
servi à la confectionner. Le liquide n'offrait pas la 
moindre trace de pellicule. Le microscope y signala 
quelques rares fragments du même Bissus que dans 
le vase précédent, et de plus une immense quantité 
de Vibrions en mouvement. Aucun autre animalcule 
n'y existait. 

Le troisième vase contenait de l'eau de citerne fil- 
trée, dans laquelle on avait mis 5 grammes de foin 
qui avait subi l'ébullition. Le liquide était d'une 
couleur fauve, et recouvert d'une pellicule bien for- 
mée. Il était peuplé de Kolpodes, de Glaucomes et 
d'une innombrable quantité de Vibrions dispersés au 
milieu de filaments bissoïdes. 

Enfin , un quatrième vase était rempli d'eau de 
citerne, et contenait 5 grammes de foin, n'ayant 
subi aucune préparation. Dans ce vase la pellicule 
était encore plus épaisse que dans le précédent. 
L'examen y fit reconnaître un nombre de Vibrions, 



DE L EAU. 167 

de Kolpodes et de Glaucomes encore beaucoup plus 
considérable que dans le troisième matras, et en 
outre une infinité de petits kistos oviformes, repré- 
sentant les nouveaux éléments d'une immense po- 
pulation de Monade lentille, qui va apparaître. 

Cette expérience, que nous avons répétée plusieurs 
fois, en variant l'intervalle du temps, nous a tou- 
joursdonné les mêmes résultats. Elle démontre donc : 
r que l'eau qui a subi un certain temps d'ébullition 
est infiniment moins apte à produire des animalcules 
que ne l'est l'eau ordinaire ; 2° que le foin qui a subi 
l'ébullition, comme nous l'avons déjà vu, est lui- 
même moins rapidement prolifique que celui qui est 
naturel. Elle prouve, en outre, que ce n'est pas le 
foin qui recèle les germes des animalcules, puisqu'il 
s'en développe d'abondantes légions dans les expé- 
riences où lui seul a subi l'ébullition ; et enfin, que 
ce n'est pas non plus l'eau qui contient ces germes, 
puisque dans Teau qui a bouilli on découvre égale- 
ment des animalcules, mais seulement ceux-ci n'y 
apparaissent qu'avec plus de lenteur. 

On peut aussi considérer comme une loi fonda- 
mentale que les phénomènes de l'hétérogénie se ma- 
nifestent avec d'autant plus d'intensité que le corps 
putrescible est placé davantage vers la surface du li- 
quide. Cela est tellement évident, que lorsque nous 
voulons activer dans nos bocaux la production de 
certains animalcules, nous nous bornons à laisser 
surnager une petite portion de la substance sur la- 
quelle nous opérons. Il est même fort curieux de 
noter que la profondeur à laquelle se trouve le corps 



168 HETEROGENIE. 

putrescible, influe même sur la nature des espèces 
qui sont produites, ainsi que le prouvent les dernières 
expériences que nous citons ici à Tappui de nos as- 
sertions. 

Expérience. — Une forte éprouvette est remplie 
d'eau de citerne jusqu'à la hauteur de 30 centi- 
mètres ; \ centimètre au-dessous de la surface du 
liquide on a suspendu 5 gram mes de foin haché, 
maintenu dans un sac de tulle. Le troisième jour, le 
liquide est légèrement trouble ; sa surface offre une 
pellicule mince, fragile, et des bulles d'acide carbo- 
nique. On y rencontre des Kolpodes piriformes et 
des Kérones nageant au milieu d'une immense quan- 
tité de Vibrions granifères, de Vibrions gigantesques, 
et de Monades . 

Dans une éprouvette absolument semblable, avec 
la même quantité d'eau, on met le foin au fond du 
vase. La pellicule est excessivement mince, etcelte ma- 
cération est infiniment moins peuplée que la précé- 
dente. Les Monades y sont clair-semées ; les Vibrions 
gigantesques et les Vibrions granifères sont beaucoup 
moins nombreux; on n'y rencontre ni Kolpodes ni 
Kérones. 

Expérience. — Dans une autre expérience, nous 
avons placé 5 grammes de foin à 50 centimètres de 
profondeur dans un long tube de 2 centimètres de 
diamètre. Parallèlement, on a placé la même sub- 
stance, et en quantité égale, au fond d'un tube, à 1 
mètre au-dessous du niveau de l'eau 5 enfin, dans un 
troisième tube, le foin a été placé à 2 mètres de pro- 
fondeur. Vingt-quatre heures après, voici ce que 



DE l'eau. 169 

l'on observait, la température étant de 25% la pres- 
sion de 0,757. 

Dans le tube où le foin était à 50 centimètres sous 
l'eau, il existait une innombrable quantité de Mo- 
nades, et d'innombrables légions de Vibrions gigan- 
tesques et de Vibrions granifères, tous fort agiles. 

Dans le tube où le foin était placé à 1 mètre sous 
l'eau, il y avait moins de ces animalcules. 

Enfin, dans le tube où le foin était situé à 2 mètres 
au-dessous du niveau de l'eau, on ne rencontrait plus 
que des Menas termo, Mull. fort espacés, fort rares, 
entremêlés de quelques Vibrions très-fins. On ne dé- 
couvre plus ici un seul Vibrion gigantesque, ni un 
seul Vibrion granifère. 

Expérience. — J'ai répété cette expérience, mais 
en observant seulement ses résultats quatre jours 
après qu'elle avait été commencée. Voici ce qui eut 
lieu : 

Dans le tube où le foin a été placé à 2 mètres de 
profondeur, la pellicule est aréniforme et composée 
de granules immobiles : la liqueur ne contient pas 
le moindre animalcule vivant. 

Dans le vase où le corps putrescible est à 1 mètre 
de profondeur, il existe quelques animalcules indé- 
terminables, très-agiles, allongés, d'une division mi- 
crométrique de longueur, puis un assez bon nombre 
de fins Vibrions. 

Dans le tube où le corps fermentescible est placé 
à 50 centimètres au-dessous du niveau de l'eau, on 
trouve une immense quantité d'animalcules très- 
agiles, d'une division micrométrique de longueur, 



170 HETEROGEME. 

encore indéterminables ; puis des Vibrions très-fins; 
et en outre un nombre considérable de Protées, tan- 
dis que les autres tubes ne contiennent pas un seul 
de ces animalcules. 

Ces expériences, que nous avons répétées à di- 
verses reprises, et toujours avec des résultats ana- 
logues, viennent donc nous démontrer que la pro- 
fondeur à laquelle le corps putrescible est placé sous 
l'eau, a une extraordinaire influence, non-seulement 
sur la rapidité de l'évolution des Microzoaires, mais 
encore qu'elle suscite l'apparition d'espèces absolu- 
ment différentes, quoique l'on fasse usage de la même 
substance. Ces expériences prouvent en outre, que 
si les germes des animalcules étaient dans l'un des 
trois corps que l'on en a fait successivement déposi- 
sitaires, il n'y aurait pas de raison pour que les ani- 
malcules ne fussent pas identiques et aussi abondants 
dans un tube que dans l'autre; au contraire, cela 
s'explique , si leur production n'est que le résultat 
de l'action combinée des éléments de l'eau, du so- 
lide et de l'air. 

Expérience. — En expérimentant sur de l'eau 
contenant du Trèfle ordinaire, je suis parvenu aux 
mêmes résultats que précédemment. Si ce végétal se 
trouvait submergé par une abondance d'eau, lesin- 
fiisoires étaient fort longtemps à apparaître, et peu 
nombreux. Au contraire, plus j'approchais de la sur- 
face du liquide le végétal en expérience , plus la 
génération était copieuse et rapide. Enfin, si même 
je laissais une portion du Trèfle sortir de l'eau, dans 
ce cas j'obtenais une production de Microzoaires 



DE l'air. 171 

d'une abondance à nulle autre pareille, et dans le 
moindre espace de temps. 

Fray et Burdach, dansd'autres expériences, avaient 
déjà obtenu des résultats analogues aux miens, mais 
pas tout à fait aussi nettement trancliés, aussi précis. 
Le premier dit seulement que si la substance qui 
macère est surmontée d'une trop haute colonne de 
liquide, il ne se produit pas d'animalcules dis- 
tincts (i); et Burdach avance simplement qu'en 
plongeant un morceau de granit dans de l'eau, si 
cette roche y est totalement submergée , la matière 
verte ne se reproduit que lentement; et qu'au con- 
traire, si elle ne l'est qu'imparfaitement, et qu'une 
partie surpasse le niveau du liquide , cette ma- 
tière apparaît plus promptement et plus abon- 
damment (2). 



SECTION m. — DE LAIR. 



11 est à peine besoin de dire que l'air est indispen- 
sable à la production des Microzoaires, l'atmosphère, 
selon l'expression d'un illustre chimiste, renfermant 
les matières premières de toute l'organisation (3). 
Une expérience de Wrisberg suffirait, s'il en était 
besoin , pour le démontrer. En couvrant ses infu- 
sions d'une couche d'huile d'olive, d'une ligne d'é- 
paisseur, jamais il ne vit d'animaux apparaître; 

(1) Fray, Essai sur l'origine des corps organisés et inorganisés . 
Paris, 1817. 

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1831, t. î^ p. 21. 

(3) Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Pa- 
ris, 1842, p. 10. 



172 HÉTÉROGÉNÏE 

tandis que s'il ne mettait à la surface du liquide que 
quelques gouttelettes d'huile, dans les intervalles des- 
quelles celui-ci se trouvait en contact avec Tatmos- 
phère, on voyait des Protozoaires s'y former (1). D'un 
autre côté, Spallanzani affirme, ce qui à priori semble 
n'être pas douteux, que dans le vide de la machine 
pneumatique, aucun animalcule ne se produit (2). 
Gruithuisen est venu aussi, par ses expériences, appor- 
ter une nouvelle preuve de l'indispensable nécessité 
de l'air pour la production des Protozoaires. En ren- 
fermant une infusion produisant ordinairement d'a- 
bondants animalcules, dans des flacons bouchés à 
l'émeri, et dont le bouchon touchant au liquide en- 
travait la présence de l'air, jamais il ne vit de Micro- 
zoaires apparaître (3). 

L'air est tellement indispensable à la vie des Mi- 
crozoaires que si sa masse n'est pas suffisante, lors- 
qu'on opère à vaisseaux clos, on n'en voit aucun 
apparaître. Lorsque dans ceux-ci son volume est 
trop restreint, on observe même que jamais il ne s'y 
développe que des animalcules dei'ordre le plus in- 
fime (4). Ceux-ci y meurent même rapidement, de 
façon que lorsqu'on ouvre les vases, on n'y trouve 
plus que leurs vestiges. Spallanzani avait déjà si- 
gnalé l'influence lélhifère qu'exercent sur les anirnal- 

(1) Wrisberg, Observationum de animalculis infusoriis Natura, 
etc. Gottingue, 1765, p. 82. 

(2) Spallanzani. Observations et expériences sur les animalcules, 
p. 140. 

(3) Gruithuisen. — Gehuer, Journal fur die Chemie und Physik, 
t. YIII, p. 523. 

(4) Monas, vibriO;, bacterium, etc. 



DE L AIR. 173 

cules microscopiques les vases fermés hermétique- 
ment (1). Mais il ne nous paraît point en avoir 
pénétré la cause réelle, qui^ selon nous, est peut-être 
la stagnation à la surface de l'eau de l'acide carbo- 
nique et des gaz méphitiques produits par la fermen- 
tation putride. 

Voici quelques expériences propres à élucider ce 
sujet. 

Expérience. — Ayant pris un flacon d'un litre de 
capacité, bouchant à l'émeri, on y mit un demi-litre 
d'eau de citerne, passée au filtre, et 5 grammes de 
foin. Ce flacon qui contenait en conséquence un 
demi-litre d'air, après avoir été bouché hermétique- 
ment fut laissé quarante six-jours dans mon labora- 
toire, en été, à une température moyenne de 23 de- 
grés. Après ce laps de temps l'eau était d'une teinte 
légèrement citrine, limpide, sans dépôt au fond et 
sans pellicule à sa surface. Cette eau ne contenait 
aucun animalcule ni aucune autre production orga- 
nisée ; de place en place seulement de rares granules, 
soit globuleux, soit allongés, sont animés d'un mou- 
vement brownien; mais ces granules, qui pourraient 
en imposer à des observateurs inattentifs, examinés 
aux plus forts grossissements, ne sont ni des Monades 
ni des Vibrions. L'air qui se trouve dans le vase a 
contracté une grande fétidité et son odeur rappelle 
celle de l'hydrogène sulfuré. 

Expérience. — Quatre flacons d'un litre de capa- 
cité, bouchant à l'émeri, ont été remplis aux deux 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
ris, 1787, 1. 11, p. 199. 



il A HÉTÉROGÉNIE. 

tiers d'eau; on a ensuite introduit dans chacun d'eux 

10 grammes de foin, lié en une petite botte; puis 
ils ont été bouchés hermétiquement, contenant, par 
conséquent au-dessus de l'eau, un tiers de litre d'air 
atmosphérique. La température moyenne a été de 
22 degrés pendant le cours de cette expérience. 

Le deuxième jour, le premier de ces flacons a été 
observé. La macération était d'une teinte fauve, trou- 
ble; sa superficie était couverte d'un peu d'écume, 
mais il n'existait encore aucune pseudo-membrane. 
La macération contenait alors une immense quantité 
de Vibrions de grande et de petite dimension, Vibrio 
tremiilans j Vibrio levis. Tous étaient morts; seu- 
lement le réseau formé par leurs débris était par- 
couru de place en place par quelques ifonas lens, Duj. 

Le quatrième jour, le second flacon a été ouvert; 
sa surface était écumeuse et sans pellicule apparente. 

11 n'y existait absolument que des corps morts du 
Bacterium trilociilare, Ehr. assez espacés, et quelques 
Y(ives Monas lens en mouvement; souvent même on 
n'en rencontrait pas un seul dans le champ du mi- 
croscope. 

Le troisième flacon, ouvert le septième jour, ne 
présente à sa surface que de rares bulles gazeuses. 
Son liquide est jaune fauve, un peu nébuleux. La 
pellicule à peine formée se compose de cadavres de 
Monas crepiisculiim ; dans la liqueur rien autre chose 
qne quelques-uns de ses monas morts et flottants^ et 
quQ\([ue?> Baclcrium trilociilare également sans mou- 
vement. Vie absolument nullcc Le premier flacon, 
resté ouvert depuis cinq jours, est rempli au con- 



DE l'air. 175 

traire d'une abondance de Glaiicoma scintillans 
Duj. et de Kolpoda eiicullus, Mull. etc. 

Le dix-huitième jour on ouvrit Je quatrième fla- 
con; la macération était de couleur citrine , légère- 
ment nébuleuse; à sa surface existait une pellicule 
extrêmement mince, formée de cadavres de Bade- 
riumtermo, maison ne rencontrait aucun animalcule 
vivant dans la macération. 

Expérience. — Deux flacons à large ouverture re- 
çoivent un litre d'eau, 10 grammes de foin et con- 
tiennent en outre un demi-litre d'air. 

Uun de ces flacons, dont l'ouverture est abritée 
d'une simple cloche en verre, est examiné le qua- 
trième jour, une température moyenne de 23 degrés 
ayant régné pendant la durée de l'expérience; il 
offre alors à sa surface une pellicule cassante, peu 
épaisse, peuplée de Monas lens, de Bacterium termo, 
de Vibrio undidta, de Vibrio levis, de Vibrio gra- 
ni fer Kerona lepus et de vivants. 

Le même jour on débouche l'autre flacon qui a 
été au contraire hermétiquement fermé. Il n'existe 
aucune pellicule à sa surface, ni aucune bulle ga- 
zeuse; son liquide est d'un jaune pâle, peu nébu- 
leux. Les gaz contenus dans l'intérieur sont fétides. 
La macération n'off're absolument aucun animalcule 
vivant. 

Expérience. — Un flacon ayant un litre de conte- 
nance est à moitié rempli d'eau de citerne, et on y 
introduit 5 grammes de foin. Ce flacon, bouchant 
à l'émeri, est fermé hermétiquement, ayant par 
conséquent un demi-litre d'air dans son intérieur. 



d 76 HETEROGENIE. 

Après quatre jours écoulés, par une température de 
25 degrés en moyenne, on ne rencontre dans ce fla- 
con que des Monades et de très-petits Vibrions. Au- 
cun Vibrion gigantesque, aucun Vibrion granifère, 
et aucun autre animal plus élevé, tandis que dans 
vingt expériences commencées à la même époque et 
dans lesquelles l'air est en contact avec l'eau, déjà 
depuis deux jours, l'époque des grands Vibrions est 
passée et l'on découvre desKoîpodes, des Glaucomes 
et des Kérones. 

Il est à noter aussi que dans celte expérience, 
comme dans toutes celles qui sont analogues, îe 
foin s'était mieux conservé que lorsqu'on expéri- 
mentait au contact de l'atmosphère, comme si l'ab- 
sence d'une quantité suffisante d'air arrêtait le mou- 
vement putrescible. 

Ainsi donc ces diverses expériences concernant ce 
qui se passe dans les vaisseaux clos, prouvent plusieurs 
choses : 1° que la stagnation de l'air peut anéantir 
absolument la production des Proto-organismes; 
T que s'il n'y a pas une complète absence de ceux-ci, 
leur développement est considérablement entravé : 
qu'ils sont moins nombreux et constamment d'une 
organisation moins élevée; 3° que l'atmosphère ne 
contient pas normalement les germes des organismes, 
puisque le demi-litre d'air compris dans le flacon 
n'en dépose parfois pas un seul dans l'eau et n'en 
dépose jamais d'un ordre élevé; tandis que dans des 
expériences où l'eau est en contact avec un bieii 
moindre volume d'air, mais dans lesquelles les gaz 
produits par la décoiiiposilion putride peuvent s'é- 



DE L AIR. 177 

chapper en liberté, on voit s'engendrer des myriades 
d'animalcules de toute espèce. 

Cependant , si l'air pur est indispensable à la \ie 
des Microzoaires, on peut ajouter qu'il ne leur en 
faut qu'une quantité infiniment petite, car on les 
voit prolonger longtemps leur existence dans le 
vide de la machine pneumatique. Malgré la délica- 
tesse de leur organisation, ils supportent même 
mieux son influence que certains animaux immensé- 
ment plus robustes, qui, tels que les poissons et les 
grenouilles, sont bien plus rapidement tués qu'eux 
par la raréfaction de l'air. 

Expérience. — Un vase rempli de Kolpodes, de 
Kérones et de Vibrions est placé sous le récipient 
d'une machine pneumatique. On fait le vide, sans en 
constater l'intensité, et on laisse ces animaux pendant 
une nuit sous son influence. Le lendemain tous ceux- 
ci étaient parfaitement vivants. La raréfaction de 
l'air ne peut donc pas influencer la vie des Micro* 
zoaires, quand elle n'est pas portée à un trop haut 
degré. 

Expérience. — Le vide, même assez intense, ne 
semble pas non plus nuire aux animalcules. Une 
macération de Dahlia qui contenait une nombreuse 
population de Kérones, fut exposée sous la cloche 
d'une machine pneumatique et Ton fit le vide. 
Bientôt le liquide bouillonna avec beaucoup de force 
et l'on obtint le vide à deux centimètres. Au bout 
de deux jours, par une température de 25 degrés, 
l'on examina l'appareil, et tous les Kérones étaient 
parfaitement portants et semblaient avoir grossi. 

PoccnET. 1 2 



178 HÉTÉROGÉNIE. 

Expérience. — Une coupe contenant une macéra- 
lion remplie de Kolpodes et de Vibrions est exposée 
sous Ja machine pneumatique ; à côté d'elle, dans un 
vase pareil, on place un petit Cyprin doré, de 6 cen- 
timètres de longueur. On fait le vide, et au bout de 
deux minutes l'eau de l'infusion bouillonne forte- 
ment et se couvre d'écume ; après cinq minutes le 
Cyprin vient à la surface de l'eau et reste sans mou- 
vement. Le vide est fait à 1 centimètre. Après dix 
minutes le Cyprin expire ; et après vingt minutes on 
rend l'air au récipient et Ton observe la macération. 
Le microscope fait reconnaître que tous les Kolpodes 
et lesVibrions sont vivants, comme auparavant. Ainsi 
donc pour tuer ces animaux, il faut une plus puis- 
sante action que celle qui tue un poisson. 

Dansles belles expériences entreprises parMessieurs 
Y. Regnault et J. Reiset, les animaux que l'on plaçait 
dans desappareils oiileurrespiration n'était entretenue 
qu'à l'aide d'un air factice, y ont resté trois ou quatre 
jours sans en éprouver aucun malaise apparent (1). 
Nous avons vu aussi que les Microzoaires pouvaient 
vivre pendant un temps assez long dans un mélange 
de gaz azote et de gaz oxygène, exécuté dans les pro- 
portions rigoureuses pour constituer de l'air artificiel . 

Selon Fray , l'air atmosphérique ne serait pas indis- 
pensableau développement des Microzoaires, et l'on 
pourrait le remplacer par divers autres gaz sans qu'il 
soit entravé. Ce savant dit avoir vu de nombreux In- 
fusoires s'engendrer dans de l'eau qui était en con- 

(1) Regnault et J. Reiset, Recherches chimiques sur la respira- 
tion des animaux des diverses classes. Paris, 1849^ p. 24. 



DE L AIR. ITÎ) 

tact avec de Thydrogène ou de l'azote (1). Burdach 
assure avoir répété ces expériences et avoir obtenu les 
mêmes résultats (2). 

Déjà Humboldt avait fait pressentir qu'il était très- 
douteux qu'un animal pût vivre dans l'azote pur (3). 
Pour nous, à diverses reprises, nous avons répété les 
expériences de Fray et de Burdach, et, comme sem- 
blaient à l'avance nous l'indiquer les notions physiolo- 
giques, nous avons obtenu des résultats absolument 
opposés à ceux que mentionnent ces deux savants (4). 
On conçoit cependant que s'ils ont opéré en em- 
ployant de l'eau qui contenait beaucoup d'air, il ait 
pu se faire que celui-ci suffît à la vie des Microzoaires 
à mesure qu'ils apparaissaient ; mais il est certain que 
toutes les fois que l'on fait usage d'eau qui ne con- 
tient point d'air atmosphérique, aucun animalcule 
ne se développe avec les gaz précités. Dans les 
expériences suivantes, exécutées avec toute la pré- 
cision possible, nous n'avons jamais vu aucun 
Proto- organisme apparaître , soit dans l'eau privée 
d'air, soit même dans l'eau aérée, que nous avons mise 
en contact avec de l'azote, de l'hydrogène, ou de 
l'acide carbonique; l'oxygène seul, comme on pouvait 
s'y attendre, a offert une exception. 

Expériences avec l'eau aérée. — Ayant mis 
10 grammes de foin dans un demi-litre d'eau filtrée 

(1) Fray, Essai sur V origine des corps organisés et inorganisés, 
Paris, 1821, p. 5-8. 

(2) BuRDACH^ Traité de pJnjsiologie. Paris, 1837, t. I, p. 19. 

(3) Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1828, t. II, p. 89. 

(4) Humboldt et Provençal, Sur la respiration des poissons.— 
Recueil d'observations zoologiques, t. II, p. 194. 



i80 lîETEROGEME. 

en contact avec 1 décimètre cube d'oxygène, au bout 
de vingt-cinq jours, la température moyenne ayant 
été de 18 degrés, la macération offrait une pellicule 
mince, et l'on reconnut au microscope que la surface 
du liquide était animée par une grande quantité de 
Monas termo, Mull. et de Vibrions, Vibrio lineola , 
Mull. Vibrio tremidans , Ehv . Vibrio spirilliim, Mull. 

Une pareille macération de foin, dans les mêmes 
circonstances, mise en contact avec de l'azote, ne 
présentait à sa surface aucune pellicule, ni aucun 
Microzoaire. 

En conta :t avec l'acide carbonique, une même 
macération ne m'a offert aucune pellicule à sa sur- 
face et aucun organisme. 

Enfin, un flacon de la même macération , mais 
étant en partie rempli d'hydrogène et qu'on n'exa- 
mina que deux mois et demi après, n'offrait à 
sa surface aucune pellicule , aucune bulle gazeuse 
et ne contenait pas le moindre vestige d'animal- 
cules. 

Expériences avec de l'eau privée d'air. — Avant 
rempli d'eau bouillante un flacon d'un litre de ca- 
pacité, et l'ayant renversé et bouché hermétiquement 
sous une cuve à mercure, lorsque l'eau fut refroidie, 
on introduisit dans celui-ci un demi -litre de gaz 
azote, et 10 grammes de foin, ayant subi quinze mi- 
nutes l'action d'une étuve à la température de 
110 degrés. Ce foin fut introduit avec les plus 
grandes précautions possibles, afin d'éviter la moin- 
dre introduction d'air. Ensuite le flacon fut bouché 
à l'émeri, et pour plus d'exactitude on recouvrit le 



DE l'air. , îSi 

contour du bouchon d'un enduit de vernis au co- 
pal mêle à du vermillon. Six jours après, la tem- 
pérature ayant été en moyenne de 19 degrés, l'eau 
n'offrait aucune pellicule. Alors , ce flacon ayant été 
ouvert et examiné attentivement, on n'y découvrit 
aucune trace d'animalcules, ni de végétaux rudi- 
mentaires. 

Expérience. — En prenant les mêmes précautions 
que dans l'expérience qui précède, et en employant 
de l'hydrogène, au bout de douze jours, la macé- 
ration était d'un jaune citrin, limpide, et ne présen- 
tait à sa surface aucune bulle de gaz et aucune pel- 
licule. Cette macération examinée au microscope 
n'offrit pas la moindre trace d'organismes vivants ou 
morls. 

Expérience. — De l'acide carbonique nous a 
donné un résultat absolument négatif. Après douze 
jours, l'eau colorée en fauve clair, était diaphane, 
sans pellicule et sans bulles à sa surface. Le micro- 
scope n'y fit découvrir aucune trace d'organisation. 
On s'assura à l'ouverture que le gaz était resté in- 
tact. 

Expérience. — De l'oxygène , au contraire, après 
un moindre temps, huit jours seulement, ainsi que 
nous le reverrons en son lieu, avait permis à de 
fortes touffes d'une espèce à'Aspergilhis de se dé- 
velopper dans l'eau dont il baignait la superficie (1). 

Mais outre son indispensable nécessité comme 

(1) Voyez le chapitre de l'éliminalion de Tair, considéré comme 
■véliicule des germes, où cette expérience et son résultat sont dé- 
crits avec les détails qu'ils comportent. 



Î82 HETEROGENIE. 

• 

fluide respiratoire , quelques physiologistes considè- 
rent encore l'air comme le véhicule des germes 
des Microzoaires. Pour eux il en est absolument sa- 
turé et les dissémine dans tous les endroits où il 
pénètre (1). Nous prouverons plus loin, à l'aide 
d'expériences de précision , que l'atmosphère ne 
possède nullement la vertu qu'on lui suppose, et que 
les faits qui suivent suffiraient seuls pour lui faire 
contester. 

Expérience. — Quatre vases en verre, à large 
ouverture, ont été remplis chacun avec 300 gram- 
mes d'eau de source, filtrée. Dans le premier de ces 
vases on mit 10 gramnies de foin ; dans le second, 
on en mit 5 grammes; dans le troisième, 2 grammes 
et 5 décigrammes; enfin, dans le quatrième, seule- 
ment 1 gramme 25 centigrammes. Ce foin était par- 
faitement homogène ; les brins en avaient été fine- 
ment hachés et mêlés ensemble, pour qu'on ne pût 
pas arguer que certaines de ses parties pouvaient rece- 
ler plus de germes que d'autres. 

Après vingt jours d'expérimentation, à une tem- 
pérature moyenne de 19 degrés, à une pression 
de 0,756, et après que durant ce laps de temps on 
eut plusieurs fois constaté que les Protozoaires 
abondaient d'autant plus dans les macérations que 
l'on observait les vases qui contenaient le plus de 
foin, on s'aperçut que le troisième vase, en vingt- 
quatre heures seulement , s'était rempli sur toute sa 
superficie, d'une quantité considérable de matière 

(1) SpallanzanI;, Opuscules de physiqueanimale et végétale. Pa- 
ris, 1787, t. I, p. 205. 



DE L AIR. 183 

verte de Priestley, qui donnait une teinte d'un vert 
foncé ou liquide dans une épaisseur de 4 centi- 
mètres. La surface de ce liquide était occupée par de 
très-grosses bulles de gaz, dont quelques-unes pou- 
vaient avoir un centimètre cube de capacité. Ce gaz/ 
ayant été examiné, fut reconnu être de l'oxygène. 
La matière verte était formée de petits grains verts 
ovoïdes, très-allongés. 

Chacun des vases, dans cette expérience, avait été 
placé sous une cloche particulière, et les quatre 
cloches étaient groupées sur la même table, et ce- 
pendant dans aucun des autres vases rien de sem- 
blable ne s'observait. 

Dans l'hypothèse vulgairement admise de la dis- 
sémination aérienne des germes , comment expli- 
querait-on ce qui se présenta ici ? Pourquoi donc, 
lorsqu'il existe dans les autres vases des macérations 
analogues, est-ce cependant dans un seul de ceux-ci 
que Ton voit, tout à coup, se produire cette grande 
abondance de matière verte, et ces bulles d'oxygène 
qu'elle engendre? Si les vases étaient restés à décou- 
vert, on pourrait, on ne craindrait pas de dire, pour 
m'exprimer plus exactement, qu'une étroite veine 
d'air chargée de corps reproducteurs imperceptibles, 
s'est promenée sur l'un des vases sans s'étendre sur 
les autres ! mais chaque vase était sous une cloche, et 
si un effort de pression atmosphérique , une aspira- 
tion, a rempli un vase deséminulesde matière verte, 
il a dû remplir aussi les autres de la même manière, 
et c'est ce qui ne s'observait pas. On ne pourrait pas 
arguer que les autres vases contenaient des macéra- 



184 HETEROGENIE. 

tions impropres au développement de la matière 
verte, puisqu'ils étaient remplis d'une infusion de la 
même substance. 

On peut donc dire, selon nous, que si cette ma- 
tière verte est tellement abondante dans le troisième 
vase^etsi elle manque absolument dans les autres, 
c'est que ce vase possédait seulement et fortuitement 
l'aptitude à la production de cette matière. Tandis 
que si les germes de ce corps organisé avaient été 
transmis du dehors, ils se fussent à la fois introduits 
dans tous les bocaux, et en égale abondance; car 
tous étaient évidemment aptes à les laisser se déve- 
lopper s'ils s'y étaient introduits, et si la matière verte 
ne se formait pas de toutes pièces là où on l'observe. 

Nous avons déjà reconnu que la production des 
Proto-organismes dépendait de la nature des substan- 
ces qu'on employait, et des influences concom itantes. 

On se souvient que les os d'un crâne d'Égyptien 
ancien, nous ont donné des produits tout à fait dif- 
férents de ceux d'un crâne de Mérovingien. Dans des 
expériences subséquentes, nous avons rempli un vase 
d'une quantité d'eau déterminée, et nous avons mis 
macérer dans celle-ci des fragments d'un tibia, que 
nous avions rapporté des hypogées de Thèbes. Dans 
un autre vase, on mit une égale quantité d'eau et 
des fragments d'os qui appartenaient à la jambe d'un 
Mérovingien du sixième siècle. 

Ces deux vases furent placés dans mon laboratoire, 
à côté l'un de l'autre, et ils furent observés huit 
jours après le commencement de l'expérience. Celle- 
ci avait lieu au mois de juin. 



DE LAÎR. 185 

Ainsi que dans les expériences précédentes, les 
Protozoaires qui existaient dans chaque vase, étaient 
absolument différents. 

Après m'être bien assuré de ce fait, je mis mes 
deux vases en contact sous une môme cloche, afin 
qu'ils se trouvassent sous les mêmes influences. Je 
les abandonnai ainsi pendant un mois Tun à côté de 
l'autre, la température ayant été en moyenne de IT, 
Examinés attentivement alors, on reconnut que l'eau 
avait considérablement diminué dans ces deux vases, 
et c'était à peine s'il en restait le tiers de la quantité 
qu'on y avait mise. Le liquide de l'un et de l'autre 
vase avait contracté, dans les derniers temps, une 
couleur verte très-intense, mais dont la teinte était 
fort différente dans chacun d'eux ; le vert de la macé- 
ration des os de TÉgyptien était d'un beau vert pur, 
transparent; la teinte verte du tibia de Mérovingien, 
qui s'était déclarée beaucoup après , était moins 
translucide, plus foncé et d'un vert bleu. Il était évi- 
dent, à priori, que dans cette seconde phase de l'ex- 
périence, on allait encore, après deux mois, comme 
après huit jours, rencontrer des produits absolument 
différents. C'est ce qui eut lieu : 

La macération d'os d'Égyptien était peuplée, à sa 
surface, d'une abondance de Vorticelles et d'Épisty- 
lis, et sur le fond on rencontrait une épaisse couche 
de Globuline très-fine, et dont tous les grains verts 
étaient séparés. Leur diamètre était de 0,0028 mil- 
limètre. 11 n'existait dans cette macération aucune 
Paramécie, aucun Vibrion, aucun Bacillaire, aucun e 
Arthrodiée. 



186 HETEROGEME. 

La macération d'os de Mérovingien, au contraire, 
était remplie de Paramécies, de globules d'un beau 
vert remplis de granules; ces globules, tout à fait 
différents de la globuline de la macération précé- 
dente, offraient de 0,0095 à 0,0119 de millimètre 
de diamètre. Le fond de cette macération était en- 
combré d'une Arthrodiée, dont beaucoup de compar- 
timents étaient isolés; on y rencontrait aussi de nom- 
breux Vibrions et des Bacillaires. Il n'y existait au- 
cun Épistylis, ni aucun grain de globuline. 

Comment donc les partisans de la panspermie aé- 
rienne, et c'est le dernier refuge de nos antagonistes, 
expliqueraient-ils pourquoi deux macérations pres- 
que absolument identiques, et qui par cela même 
pourraient nourrir les mêmes êtres, si elles les rece- 
vaient en même temps, offraient-elles cependant 
deux faunes absolument différentes ? Dira-t-on que la 
nappe d'atmosphère qui a labouré l'une d'elles était 
différente de celle qui baignait l'autre? ce n'est pas 
soutenable, quand le contact a été continuel. Mais 
bien plus, les deux vases ont été rapprochés sous la 
même cloche, les deux tiers de leur eau se sont vapo- 
risés, et une partie de leur population animée a été 
mise à nu, desséchée sur leurs parois. Si c'est l'air 
qui transporte les germes avec cette immense facilité 
qu'on lui prête, les deux vases en expérimentation 
devaient nécessairement mélanger leurs progénitures 
diverses : la dessiccation d'une partie de celles-ci fa- 
vorisait elle-même le transport; l'air pouvait s'empa- 
rer d'une multitude de germes, les vases se tou- 
chaient, toute la population de l'un d'eux pouvait et 



DU CALORIQUE^ DE LA LUMIÈRE, ETC. 187 

(levait envahir l'autre. Et, cependant, on peut dire 
que pas un germe n'a été déplacé par l'atmosphère; 
pas un, parce que ce n'est pas lui qui est chargé de 
ce rôle, et que les générations se forment spontané- 
ment, et dépendent de la nature intime des sub- 
stances sur lesquelles on expérimente, et de l'in- 
fluence des agents extérieurs !... 

SECTION IV. — DU CALOP.IQUE_, DE LA LUMIÈRE, ETC. 

Outre les agents fondamentaux de toute procréa- 
tion, il existe encore certaines forces physiques gé- 
nérales, qui réagissent sur celle-ci avec une variable 
intensité. Tantôt elles lui sont absolument indispen- 
sables, et tantôt leur influence est plus ou moins 
accessoire. On peut citer principalement la chaleur, 
la lumière et l'électricité. 

M. Gros admet aussi cette influence des agents 
extérieurs sur la nature des Proto-organismes. Il a 
raison de dire qu'un fait qui se présente fort souvent, 
c'est que les mêmes formes Polygastriques ou Systoli- 
diennes, suivant la saison, la quantité d'eau, de lu- 
mière, de chaleur, etc., peuvent présenter d'autres 
phases évolutives, et donner naissance à d'autres 
produits (1). Gruithuisen avait depuis un certain 
temps soutenu à peu près la même thèse, en préten- 
dant que dans plus de mille expériences, il n'avait ja- 
mais trouvé cesanimaux parfaitement semblables(2). 
Nos observations, répétées depuis tant d'années, nous 

(1) Gros, Bulletin de la Société impériale des naturalistes de 
Moscou, 1551, 11^3, p. 27 't. 

(2) GRUiTHUiiE.v, Organozoonomie. Munich, 1821, p. 164. 



188 HÉTÉROGÉNIE. 

ont absolument conduit aux mêmes conclusions que 
ces savants. Adanson disait, en parlant des végétaux, 
que l'espèce est un champ dans lequel chacun peut 
errer en liberté (1); nous pouvons assurer que cette 
maxime est on ne peut plus applicable à la généralité 
des Microzoaires. 

La chaleur est non-seulement le plus énergique 
des agents qui contribuent au développement des 
Protozoaires, rnais on peut même dire qu'elle lui est 
tout à fait indispensable. En effet, nous n'avons ja- 
mais vu aucun animalcule se produire, lorsque la 
température était au-dessous de -j- 5° cent. 

Dans le chapitre remarquable sur les générations 
spontanées, qui se trouve dans sa philosophie zoolo- 
gique, Lamarck a fait ressortir toute l'importance de 
cet agent à l'égard des créations primaires. Selon 
lui, la chaleur, a laquelle il donne le nom de mère 
de toutes les générations, à'àme matérielle des corps 
vivants^esi le moteur principal qu'emploie la nature, 
pour tirer des substances inertes les premières 
ébauches de l'organisation ; et il compare son action, 
qu'il appelle un acte de vitalisation, à la fécondation 
sexuelle (2). 

Spallanzani s'était contenté de dire que la tem- 
pérature requise pour la production des Infusoires, 
était simplement celle qui suffisait au mouvement 
fermentescible des substances soumises à l'expé- 



(1) Adanson, Famille des fiantes. Paris, i763;, préface, p. 153 et 
suiv. 

(2) Lamarck, Philosophie zooJogique.Pdiiïi, 1807, 1. 11. p. 82. 



DU CALORIQUE, DE LA LU.-^IfÈRE, ETC. 189 

rience (1). Il aurait dû préciser plus exacleiiient 
Faction de cet important agent. Dans nos expé- 
riences, nous avons généralement reconnu que, plus 
la température était élevée, plus la production des 
Infusoires était rapide et abondante. Des macérations 
qui étaient sous l'influence d'une température 
de -f- ^2 degrés centig., ont mis souvent huit à dix 
jours pour nous fournir desKolpodes adultes et très- 
disséminés; tandis que sous une température de 
-{- 26 degrés, nous en obtenions en quatre jours de 
nombreuses légions, parfailement développées. 

Selon nous, l'action du calorique influe non-seule- 
ment d'une manière manifeste sur l'abondance avec 
laquelle apparaissent et se développent les Micro- 
zoaires, mais il est certain aussi que le degré d'acti- 
vité qu'il suscite dans les phénomènes de décomposi- 
tion putride, réagit sur les organismes qui en sont le 
produit; il en augmente ou en diminue le perfection- 
nement, de manière que sous une température op- 
posée, avecle même corps, on obtient des espèces dif- 
férentes. Ainsi, si une même substance est mise à 
macérer à une température de J à 1 2 degrés et à celle 
de 25 à 28 degrés, souvent, dans les deux cas, elle 
produira des Protozoaires d'une espèce particulière. 
Nos expériences nous ont mis à même de vérifier cela 
cent fois. Nous en citerons seulement quelques-unes. 

Expérience. — Yers les premiers jours de sep- 
tembre, par une température de 22 degrés en 
moyenne, une macération de 25 grammes d'.4s^er 

(1) SFALLA]szA:'iî, Opusciiles de physique animale et végétale, t. I. 



190 HÉTÉROGÉNIE. 

chinensis dans un litre d'eau, au bout de huit jours, 
est remplie d'une immense quantité d'une petite 
espèce de Kolpodes, très-grêles, n'ayant jamais plus de 
15 divisions micrométriques de longueur et 4 de 
diamètre. Ces animalcules observés pendant quinze 
jours n'augmentèrent pas de taille, el, pressés les 
uns sur les autres, ne parurent pas non plus aug- 
menter en nombre. C'est pour moi une espèce que 
je ne trouve décrite nulle part. 

Une macération de la même plante exécutée dans 
les mêmes proportions, durant les premiers jours 
d'octobre, mais par une température moyenne de 
12 degrés, au bout d'un nombre égal de jours, of- 
frait une espèce de Kolpodes absolument différente 
de celle qui avait été observée dans la macération 
précédente; elle était ovoïde et présentait une lon- 
gueur presque double, 25 à 30 divisions micromé- 
triques. 

Expérience. — En septembre, par une tempéra- 
ture de 26 degrés en moyenne, après vingt-quatre 
heures, et à la pression de 0,75, une macération 
d'Aster chinensis et une macération de lin sont peu- 
plées d'une immense quantité de Monas crepuscii- 
liim, de Vibrio granifer et de Vibrio levis, doués 
de mouvements fort énergiques. 

La température s'étant abaissée subitement à 
+ 12 degrés en moyenne, deux macérations des 
mêmes plantes ayant été faites dans les mêmes pro- 
portions et examinées après le même laps de temps, 
on n'y rencontre absolumentqu'uneespècede Bacté- 
rium,le Ba et erinm trilocuîare Ehr, On n'y trouve 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 191 

aucun vestige ni de Monade, ni de Vibrion granifère, 
ni de Vibrion lisse. La même expérience répétée avec 
d'autres végétaux a donné des résultats analogues. 

Expérience. — Une macération de 10 grammes 
de foin sur 250 grammes d'eau, durant huit jours, 
sous une température moyenne de 12 degrés, ne 
m'a jamais donné, dans les premiersjours du mois de 
mai, que des Monas lens , Duj.et des Vibrions. Tan- 
dis que la même macération, dans les derniers jours 
du même mois, mais sous l'influence d'une tempé- 
rature beaucoup plus élevée, en moyenne 24 degrés, 
me donnait, dans le même espace de temps, une im- 
mense abondance de Vorticelles. 

D'après Gruithuisen, la température ne doit pas 
dépasser 80 à 96 degrés du thermomètre de Fah- 
renheit (1). .Te partage cette opinion, ayant vu que 
rien ne se produisait dans mes vases quand, pendant 
l'été, je les exposais à une chaleur trop élevée. 

Mais si les animalcules ne s'engendrent point 
lorsque l'atmosphère est trop chaude ou trop froide, 
quand une fois ils sont formés ils supportent d'assez 
extrêmes températures. Spallanzani avait déjà re- 
connu ce que nous avançons; mais ses expériences 
sur ce sujet manquent de précision; ce savant ne 
donnant aucune indication sur les espèces qu'il a 
employées, nous avons cru devoir répéter ses es- 
sais (2). 

(i) Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie,\>. 298. — Idées sur 
la physiognosie. 

(2) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
vie, 1787, t. I, p. 76. 



102 HËTEROGEME. 

Nous avons vu que des animalcules qui vivaient 
dans une eau dont la température était de 22 degrés, 
s'étant, en peu de minutes, trouvés dans un liquide 
qui était descendu à 0, ne parurent nullement s'a- 
percevoir de ce brusque changement. On peut dire 
que tous les animalcules supportent la température 
de la glace fondante. îl en est même, dans les régions 
polaires, pour lesquels celle-ci est l'état normal; et 
tel est aussi le cas des animalcules que nous avons vus 
colorer en un beau rouge la neige des Hautes-Alpes. 

0. F. Muller prétend que certains animalcules 
peuvent se ranimer après avoir été totalement gelés 
dans leurs infusions. « Qucedam sic animalia infu- 
soria rigorem frigoris sustinent, aquâque gelii solutd, 
eodem numéro vigoreque pristino circumnatant ; alla 
gelu enecta periere (1). » Spallanzani soutient, au 
contraire, que les animalcules ne survivent jamais à 
la congélation (2). 

Les assertions de ces deux naturalistes étant con- 
tradictoires, j'ai dû entreprendre quelques expé- 
riences pour me fixer à cet égard; et j'ai reconnu 
que c'était O.-F. Muller qui avait le mieux observé 
les faits. En faisant congeler de l'eau dans laquelle 
il y avait des Infusones de diverses espèces^ j'aivu 
que toutes les fois qu'il restait dans la glace quelques 
petits interstices liquides, quoique toute la masse 
parût solidifiée, dans ce cas, tous les animalcules 

(1) 0. F. yiVLLEn, Animalium infasorior uni succincta historia. 
Leipzig, 1773-1774. 

(2) Spallanzaini^ Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
vic, 1787, î. !, p. 77. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 193 

résistaient à l'épreuve, et, après la fonte de la glace, 
semblaiiMit aussi vivants que précédemment. AJais si 
dans l'expérience le mélange frigorifique agit avec 
assez d'intensité pour congeler totalement le liquide, 
alors toutes les grosses espèces périssent, tels que les 
Dileptes, les Glaucomes, les Kolpodes, etc., et l'on 
retrouve leurs cadavres inanimés; mais les petites, 
au contraire, tels que les Monades, les Vibrions, les 
Bactériums, échappent en grande partie à l'action 
destructive de la congélation. 

Expérience. — Nous avons entouré d'un mélange 
frigorifique des vases qui contenaient plusieurs es- 
pèces d'animalcules. Bientôt le liquide a été totale- 
ment pris en glace, et le thermomètre placé au milieu 
était descendu à — 2°. Une heure après, ces vases 
ont été extraits du mélange et se sont peu à peu dé- 
gelés. Tous les grands animalcules qu'ils conte- 
naient étaient morts, et l'on distinguait parfaite- 
ment leurs cadavres flottant çà et là. Voici la liste 
des espèces que nous avons vu périr dans cette expé- 
rience : Kolpoda cucullus , Glaucoma scintillans, 
Dileptiis foHum , Vibrio gi^ani fer, Pouch, , Vibriolevis, 
Pouch. 

Expérience. — Une éprouvette contenant de l'eau 
dans laquelle vivent des Kolpoda cucullus, des Glau- 
coma scintillans, des Monas lens; des Vibrio tremu- 
lans, des Bacterium triloculare, etc., est placée dans 
un vase et entourée de glace fondante. Un thermo- 
mètre placé dans l'eau contenant ces Microzoaires, 
en dix minutes, s'abaisse de vingt-qu^atre degrés et 
tombe à 0. Les animalcules ne paraissent nulle- 

F^OUCHET. /[ 3 



19^ HÉTÉROGÉME. 

ment en être affectés, et tous sont aussi vifs que pré- 
cédemment. 

Expérience. — Une autre éprouvette, contenant les 
mêmes animalcules, est entourée d'un mélange de 
sel et de glace pilée. Un thermomètre placé dans l'eau 
qu'elle contient, s'abaisse rapidement à un degré 
au-dessous de zéro. On laisse cette éprouvette une 
heure dans le mélange frigorifique, et quand on 
la retire, le liquide semble être totalement congelé, 
et le thermomètre se trouve solidement fixé au mi- 
lieu de lui. On fit dégeler lentement la glace, et 
quand l'eau fut revenue à l'état liquide, on l'observa 
et on la trouva peuplée exactement comme aupara- 
vant. Ses Kolpodes, ses Glaucomes, ses Monas,'ses 
Vibrions, ses Bactériums, etc., nageaient au milieu 
d'elle sans paraître avoir été le moindrement affectés 
par l'épreuve qu'ils venaient de subir. Nous attri- 
buons ce résultat à ce que sans doute il aura resté au 
milieu de la glace quelque espace non congelé où les 
animalcules se sont réfugiés ; car pas un seul ne 
semble avoir péri, puisque l'on n*^ rencontre pas un 
seul de leurs cadavres. L'expérience qui suit con- 
firme ce que nous avançons. 

Expérience» — Une éprouvette, contenant de l'eau 
où vivent des Kolpodes, des Glaucomes^ des Dileptes, 
des Monades, des Vibrions et des Bactériums, est placée 
dans un mélange frigorifique, et, pour plusd'efficacité, 
on la recouvre d'une petite cloche, qui est elle-même 
surmontée de glace. Cette éprouvette reste une heure 
exposée à l'action d'un froid de — 5% et quand on 
Ty soustrait, l'eau qu'elle contenait a subi la plus 



DU CALORIQUE j DE LA LUMIÈRE, ETC. 195 

absolue congélation possible. Celle-ci ayant été ra- 
menée lentement à l'état liquide, et ensuite exami- 
née au microscope, on reconnut que la congélation 
avait tué toutes les grosses espèces, les Dileptes, les 
Kolpodes et les Glaucomes, dont on rencontrait çà et 
là les cadavres, très-reconnaissables ; mais qu'au 
contraire beaucoup de Monas, de petits Vibrions et 
de Bactériums avaient échappé à cette destruction et 
étaient encore pleins de vie dans la liqueur. 

Certains petits Vibrions supportent même, sans 
périr, un froid beaucoup plus intense que celui que 
nous .venons de mentionner; une température de 
quinze degrés au-dessous de zéro ne les tue même 
pas ; mais les Monades n'y résistent point. 

Expérience. — Un tube contenant de l'eau dans 
laquelle il y a des Kolpodes, des Dileptes, des Glau- 
comes, des Monades et des Vibrions, est plongé dans 
un mélange frigorifique énergique pendant une 
heure, et le thermomètre y reste pendant ce temps 
à — 15°. Le tube ayant été alors retiré de l'eau et son 
eau ayant été dégelée, on n'y rencontra de vivants 
qu'un petit nombre de Vibrio tremiilans. Tous les 
autres animalcules étaient morts, même les Mo- 
nades. 

M. Boudin prétend que la génération spontanée 
n'est jamais plus active qu'au printemps (1). Nous 
pensons que c'est une erreur et qu'elle n'est nulle- 
ment influencée par la saison, mais seulement par le 
retour de la chaleur à cette époque. Pour nous, nous 

(l) Ch. Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. 
Paris, 1857, t. 1, p. 244. 



196 HÉTÉROGÉNIE. 

avons constamment vu que c'était, au contraire, en 
été et en automne, qu'elle se manifestait avec une 
plus grande intensité, surtout pendant les journées 
chaudes et orageuses de ces deux saisons. Au mo- 
ment où nous écrivons ces lignes, l'automne tire vers 
sa fin et notre laboratoire se peuple chaque jour 
d'aussi nombreux Protozoaires qu'il nous en naissait 
au printemps. Nous avons aussi obtenu des hifn- 
soires en hiver, lorsque nous placions nos vases ma- 
cératoires dans les endroits où la température était 
constamment au-dessus de 12 à 15° cent. Mais, 
dans cette circonstance, les phénomènes uiarchaient 
toujours beaucoup plus lentement. 

Une lumière peu intense semble, en général, favo- 
riser le développement des Protozoaires; aussi ne 
puis-je adopter l'opinion de Burdach , qui prétend 
que ces animalcules se produisent mieux au soleil 
qu'à l'ombre (1). J'ai même observé que l'insolation, 
pendant lesjours les plus chauds, leur nuisait, tandis 
que , sous des cloches noires, mes générations mar- 
chaient rapidement. Ainsi, selon nous, une tempéra- 
ture élevée, unie à la lumière diffuse, est ce qui con- 
vient le mieux à la génération spontanée, et, avec les 
mêmes conditions de chaleur, cet acte se produit 
parfaitement à l'obscurité absolue. 

Les expériences de Treviranus ont mieux déter- 
miné qu'on ne l'avait fait jusqu'alors le rôle impor- 
tant de la lumière dans la génération spontanée. 
Nous pensons avoir poussé plus loin que ce physiolo- 

(I) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 28. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 197 

giste l'étude de rinlluence de cet agent sur la pro- 
duction des Microzoaires. A l'aide d'expériences 
répétées à des températures différentes, nous avons 
reconnu que la couleur des rayons lumineux influait 
énormément sur l'abondance, le développement et 
même sur la nature des animalcules en voie de pro- 
création. 

La lumière blanche paraît être la plus favorable au 
développement des Microzoaires; après elle vient le 
rouge, puis le violet, le bleu et enfin le vert. 11 est à 
remarquer, cependant, que cette action des éléments 
de la lumière est absolument inverse lorsqu'il s'agit 
des Proto-organismes végétaux, ainsi que de la ma- 
tière verte de Pries! ley, qui semble se rapprocher de 
ceux-ci par quelques caractères. Il résulte de nos 
observations que le rayon vert est pour eux le plus fa- 
vorable de tous; le bleu et le violet viennent après, 
et ensuite la lumière blanche. Le rouge, au contraire, 
en entrave le développement, lui qui est si favorable 
à la nroduction des animalcules. 

L 

Voici le résultat d'une de nos expériences sur l'in- 
fluence des couleurs sur la production des Proto- 
organismes végétaux et de la matière verte. 

Expérience. — Pour donner au liquide employé 
une même tendance à la production de la matière 
verte, nous avons employé de l'eau qui contenait 
déjà de cette matière, après l'avoir exactement fil- 
trée. L'expérience a été commencée le 1" janvier, et 
ses résultats examinés trois mois après, le 1" mars. 

Sous un vitrail vert, l'eau contient une quantité 
considérable de globules de matière verte, sphériques 



198 HÉTÉROGÉNIE. 

OU ovoïdes, paraissant dus à l'agglomération de nom- 
breux grains simples. 

Sous un vitrail bleu, on observe des globules de 
matière verte analogues à ceux qui viennent d'être 
mentionnés, seulement moins nombreux; et, outre 
ceux-ci, de petits granules simples de la même cou- 
leur. 

Sous un vitrail violet, l'eau ne contient que peu 
de granules simples. 

Sous un vitrail rouge, il existe à peine quelques 
granules verts ; celui-ci étant évidemment beau- 
coup moins favorable que les autres au développe- 
ment de ces Proto-organismes. 

Enfin, sous un vitrail incolore, on trouve les 
mêmes produits que sous le vert, mais seulement un 
peu moins abondants. 

Selon M. Morren, l'action de la lumière est telle- 
ment indispensable à la génésie des végétaux , que, 
si l'on expose une série de vases remplis d'eau à une 
lumière de moins en moins intense, la production de 
ceux-ci diminue et la simplicité de leur oiganisalion 
augnjente à mesure que ces vases sont de moins en 
moins éclairés ; et même, d'après ce naturaliste, à 
un certain degré d'obscurité, il ne se développe 
absolument rien dans le liquide mis en expérience. 

La loi établie par M. Morren ne nous parait pas 
fondée sur des observations positives. En répétant 
ses expériences, ou en en faisant dautiesa^ant pour 

(1) Morren, Essais pour déterminer quelle est l'influence qu'exerce 
la lumière sur la manifestation et le développement des êtres orga- 
nisés. [Ann. des scifinces naturelles. Zoologie, 1822, t. 111.) 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 199 

objet de préciser quelle est l'action de la lumière 
sur l'évolution des Proto-organismes, je suis parvenu 
à des résultats absolument opposés aux siens. On sait 
que quelques moisissures se plaisent mieux à l'om- 
bre qu'à la lumière (1); et il en est même, telles 
sont celles qui abondenl à l'intérieur du pain qui se 
gâté, qui croissent dans l'obscurité la plus absolue. 
C'est dans des cavernes que Ton cultive le mieux les 
Champignons, etHumboldt a trouvé certaines Rumex 
dans l'obscurité des mines. Dans l'économie animale 
on voit même des végétaux apparaître dans des lieux 
tout à fait inaccessibles à la lumière. M. Rayer a ob- 
servé des productions Bissoïdes sur la plèvre d'un 
phthisique (2). Enfin, les expériences qui suivent 
achèvent de dé ni outrer ce que nous avançons. 

Expérience. — On mit un morceau de mie de 
pain dans un grand verre à expérience; celui-ci fut 
recouvert de trois cloches noires et placé dans un 
endroit où régnait une profonde obscurité. Huit 
jours après, la température de l'appartement ayant 
été de 21 degrés en moyenne, toute la surface de 
l'eau est occupée par le Pénicillium glaiiciim, Link(3), 
en fructification, entre les filaments duquel nagent 
en abondance des Monas lens, Duj., des Monas 
oblonga, Duj., et diverses espèces de Vibrions. 

Expérience. —- Ayant placé du lait absolument 
dans les mêmes circonstances, n^ous obtenons des ré- 
sultats tout à fait analogues. Sa surface est couverte 

[i) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 89. 

(2) Rayer, Journal l'Institut, 1842, n° 492. 

(3) LiNKj Species, l. l. — Synonymie : Mucor penicillatus, Bull. 



200 HÉTÉROGÉNIE. 

de Pénicillium glaucum, Link, et d' Aspergillus glau- 
cus, Fries (1); et en outre elle est parcourue par un 
grand nombre de Monasatlenuata, Duj. 

M. Morren prétend aussi que la lumière est indis- 
pensable à la production des Protozoaires. Il rapporte 
qu'ayant mis macérer des substances végétales dans 
deux vases dont un se trouvait absolument dérobé à 
l'action de la lumière, tandis que l'autre y restait 
exposé, il vit qu'il ne se formait aucun ïnfusoire 
dans le premier, tandis qu'ils pullulaient dans le se- 
cond. Cependant M. Morren ajoute qu'en substituant 
des substances animales à celles que l'on avait em- 
ployées, on trouva quelques Monas termo dans le 
vase placé dans l'obscurité, mais que celui qui, au 
contraire, était exposé à la lumière, contenait une 
foule d'animalcules d'un ordre plus élevé (2). De 
là le naturaliste que nous venons de citer proclame 
comme une loi, que l'on obtient d'autant moins 
de Protozoaires dans les macérations, que l'on sou- 
met celles-ci à une obscurité de plus en plus intense. 

Dans ses expériences relatives à l'influence 
qu'exerce la lumière sur l'apparition et le dévelop- 
pement des Microzoaires, M. Morren aura sans doute 
été victime de l'une des nombreuses causes d'erreurs 
qui égarent parfois les physiologistes. Nous avons 

(0 Fries,, Systema mycologicum, 1829, t. III, p. 385. — Synony- 
mie : Mucor glacusa danica ^ Lin., Species; Mucor aspergillus. 
BiiUiard, Histoire des champignons; Monilia glauca, Persoon., 
Synopsis methodica fungorum. 

(2) Morren , Essais pour déterminer quelle est rinfluence qu'exerce 
la lumière sur la manifestation et le développement des êtres orga- 
nisés. {Ann. des sciences naturelles. Zoologie, vol. III.) 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 201 

obtenu des résultats absolument opposés aux siens, 
et ce sont nos expériences qui doivent faire autorité 
parce que nous sommes parvenu à constater un fait 
positif, précis, tandis que le savant de Bruxelles n'a 
obtenu qu'un résultat négatif. 

Expérience. — Dans nos expériences sur ce sujet, 
nous avons pris toutes les précautions imaginables 
pour qu'il régnât l'obscurité la plus absolue là où nous 
opérions. Dans une pièce de mon laboi'atoire, sous- 
traite à la lumière à l'aide de lideaux doubles, noirs 
et fauves, on prit un vase à précipiter et celui-ci fut 
rempli d'eau et reçut 5 grammes de foin. Après l'a- 
voir mis sur un pied, on le recouvrit d'une cloche 
peinte en noir. Sur celle-ci on plaça une forte feuille 
de papier gris ; puis enfin, le tout fut recouvert d'une 
seconde cloche noire dont le pied était environné 
d'un linge roulé, afin que le vase ne reçût pas le 
moindre rayon de lumière. 

Le troisième jour après que cette expérience avait 
été commencée, on examina la macération. La tem- 
pérature avaitélé en moyenne de 26 degrés, la pres- 
sion de 0, 759. La liqueur était trouble et d'un fauve 
foncé; sa surface était recouverte d'une pellicule 
épaisse, muqueuse. On y trouva des Monades, des 
Bactériums, des Vibrions gigantesques et des Vibrions 
granifères, en quantité; enfin on y voyait aussi de 
nombreux ^o//^of/a lepus, Mulh, de lOà 12 divisions 
micrométriques de longueur. Nous avons diverses 
fois répété cette expérience avec des résultats ana- 
logues. 

On voit, par l'apparition de cette nombreuse popu- 



202 HÉTÉROGÉINIE. 

Jation zoologique, qu'il n'est pas possible de prétendre 
que l'obscurité, même l'obscurité la plus absolue, 
entrave la production des Microzoaires. L'expérience 
qui suit \ieut encore à l'appui de nos prétentions. 

Expérience. - — Dans un malras de verre, on met 
un litre d'eau et un morceau de pain. Ce vase est 
placé sous trois cloches en verre, peintes en noir en 
dedans, et se recouvrant les unes les autres; on en en- 
toure le pied avec des linges, et Tappareil, ainsi dis- 
posé, est même placé dans un cabinet où règne une 
obscurité profonde. Après quatre jours, durant les- 
quels la température a été de 1 4 degrés en moyenne, 
et la pression de 0, 75, on ouvre cette pièce et on 
examine le liquide. On le trouve rempli de Monas 
oblomja, de Monas lens et de Monas crepiiscidum, 
parfaitement vivants. Là nous avons une population 
moins élevée que dans l'autre expérience, ce qui dé- 
pend seulement du refroidissement de l'atuiosphère. 

L'observation seule suffisait même pour rendre 
toutes ces expériences inutiles. Ainsi que le dit de 
Humboldt, la vie remplit les lieux les plus cachés de 
la nature (1); et ne sait-on pas qu'une foule d'Ento- 
zoaires naissent et vivent dans des sites de l'orga- 
nisme tout à fait inaccessibles à la lumière (2)? 

Parmi les agents qui ont une remarquable influ- 
ence sur l'évolution des êtres organisés, l'électricité 
occupe une place importante; et son action, qui est 
si remarquable sur le développement des animaux 

(i) Humboldt, Tableaux de lanature. Paris, 1828, t. II, p. 9. 
(2) Le cerveau, le foie, le canal intestinal sont habiles par des 
Cysticerques, des Distomes, des Ténias, etc. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 203 

élevés, ne l'est pas moins sur celui des Proto-orga- 
nismes les plus infîmes. 

A l'égard des premiers j'ai constamment vu dans 
six expériences comparatives, que, sous l'influence 
d'un simple élément d'une pile de Bunsen, des œufs 
de la grenouille verte, Rana escidenta, éclosaient un 
jour et parfois deux plus tôt que ceux du même reptile 
qui se trouvaient soustraits à l'action de l'électricité. 
A une température moyenne de 18 degrés, les œufs 
que je soumettais à un faible courant électrique 
éclosaient au bout de neuf jours; et ceux qui ne 
subissaient point son influence n'éclosaient que 
le dixième ou le onzième jour. 

Expérience. — Sous l'influence de l'électricité il 
est évident aussi que les Infusoires apparaissent et 
se développent beaucoup plus vite qu'ils ne le font 
normalement. Je m'en suis assuré à l'aide de plusieurs 
expériences. Au mois de mai, en faisant traverser 
par un courant électrique constant, obtenu à l'aide 
d'un élément de Bunsen, un vase rempli d'une ma- 
cération de lin, j ai vu, à une température moyenne 
de 18 degrés et sous une pression de 0,75, que des 
Kolpoda ciiculluSy MuU., y parvenaient a leur entier 
accroissement en six à sept jours, tandis que dans les 
vases placés dans des circonstances analogues mais 
soustraits à l'influence de la pile, pour atteindre cet 
état, ils mettaient neuf à dix jours. 

L'influence de l'électricité atmosphérique est en- 
core plus remarquable. Plus elle est abondante, plus 
j'ai reconnu que les Infusoires s'engendraient vite, 
surtout si l'air n'en est pas surchargé instantaii^ 




20 i HÈTÉROGÉNIE. 

par un orage, et si sa tension électrique se prolonge 
plusieurs jours : dans ce cas, j'ai \u une accélération 
de moitié dans le développement des Kolpodes. En 
trois jours, par une température de 25 degrés, j'ob- 
tenais deces animalcules offrant une dimension qu'ils 
mettaient six jours à acquérir par la même tempé- 
rature lorsque l'air n'était pas surchargé d'électricité. 

ïreviranus avait fait des expériences analogues 
mais sur les végétaux. Il dit que sous l'influence du 
galvanisme on voit des Bissusse former sur des infu- 
sions qui, soustraites à son action, ne donnent que 
des moisissures, au moins le plus communément (1). 

Quand on reconnaît cette influence si manifeste 
de l'électricité sur le développement non-seulement 
des organismes inférieurs, mais encore sur celui des 
êtres d'un ordre élevé , n'est-il pas permis de croire 
que ce fluide joue un grand rôle sur les phénomènes 
primaires de la vie, au moment où le premier grou- 
pement des molécules organiques va se former? 
MM, Coste et Delpech le lui prêtent en effet, et pré- 
tendent qu'il domine les premiers éléments géné- 
rateurs (2). 

Il y a une vingtaine d'années , qu'un expérimen- 
tateur anglais, M. Cross, fit retentir le monde sa- 
vant de faits non moins extraordinaires que ceux 
queFray avait avancés. Dans des essais qu'il avait, 
dit-il, répétés à plusieurs reprises, en soumettant de 
la lave arrosée d'une solution de silice à l'action 

(1) Treviranus, fi^o/o(/^>, t II, p. 327. 

(2) Coste et Delpech, Recherches sur la génération des mammi- 
fères. Paris, 1834. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 205 

d'un courant électrique, il vit bientôt se produire, à 
la surface de cette roche, de petits corps qui s'ani- 
mèrent enfin , prirent une forme déterminée, celle 
d'un Acarus d'une espèce encore inconnue (l).Mais 
cette asserlion ne nous paraît pas assez sérieuse pour 
mériter qu'on la réfute , et nous ne l'enregistrons 
que comme document historique. 

L'état hygrométrique de l'atmosphère a aussi une 
influence non douteuse sur les phénomènes de l'hé- 
térogénie. Gruithuisen avait déjà fait remarquer que 
les Microzoaires apparaissent en plus grande abon- 
dance dans les temps humides et chauds, que dans 
ceux qui oftYent une constitution opposée (2). Dans 
nos expériences nous avons aussi constaté ce fait et 
remarqué que la chaleur humide accélérait énormé- 
ment l'accroissement des animalcules. Toutes les fois 
que nous placions, sous des cloches dont le pied était 
baigné d'eau, des vases dans lesquels nous voulions 
produire des animalcules, ceux-ci se développaient 
manifestement beaucoup plus vite que dans les ma- 
iras exposés à l'air. 

Nous avons reconnu que la génération spontanée 
est influencée par la température et par l'intensité et 
la coloration de la lumière ; on doit ajouter que la 
naissance de certains Microzoaires est aussi in- 
fluencée par l'heure de la journée. Ainsi, M. Boudin 
prétend que le Cercaire éphémère, Cercaria ephe- 
mera, naît constamment vers midi, et qu'avant cette 

(1) Cros5;^ Athenœum. 

(2) Gruithuisen, Beitràge zut Physiognosie. — Idées sur la 
physiognosie. 



206 IIETEROGENIE. 

heure, l'eau qui en fourmille n'en offre point le moin- 
dre individu ; car tous ceux qui apparaissent si 
subitement, sont morts le lendemain matin avant le 
moment où il s'en reproduit une nouvelle généra- 
tion (1). Six. jours consécutifs d'observations ont 
démontré ce fait à Nitzsch. Une autre Cercaire,la 
Cercana majora devance de deux heures la précé- 
dente : elle apparaît vers dix heures du matin (2). 

Outre l'influence qu'ont sur les Proto-organismes 
les principaux agents de la nature, il en existe encore 
d'autres qui possèdent également sur eux une action 
réelle, lorsqu'ils se trouvent accidentellement soumis 
à leur influence. Enfin, l'on doit aussi rectifier ce 
que l'on a avancé d'inexact sur la manière d'agir de 
certains corps à leur égard. 

Dans cette dernière catégorie nous devons citer le 
mercure dont on a considéré les émanations ou le 
contact, comme étant funestes aux animalcules. L'ef- 
ficacité avec laquelle les sels mercuriels paralysent 
le développement des Proto-organismes en aura sans 
doute imposé, car, dans nos expériences, nous avons 
constamment reconnu l'innocuité des vapeurs ou du 
contact de ce métal à Tégard des Protozoaires et de 
la végétation cryptogamique. 

Les vapeurs mercurielles, dans les expériences de 
M. Gaspard, semblent avoir agi avec plus d'intensité 
sur les insectes qu'elles ne l'ont fait dans les miennes 

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. 
Paris, 1857, t.II, p. 9. 

(2) Nitzsch^ Beitràge zur Infusorienkunde . Halle, 1817, p. 43. 
— Idées sur l'histoire naturelle des infusoires. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 2 07 

sur les Microzoaires. Des œufs de Mouche qui se 
trouvaient sur un morceau de viande, ayant été pla- 
cés dans des vases contenant du mercure et sans être 
en contact avec le métal, ne produisirent jamais de 
larves, tandis qu'il en naissait de ceux qui avaient été 
mis dans des circonstances analogues, mais loin des 
émanations mercurielles (1). 

Expérience. — Le fait suivant suffirait seul pour 
démontrer ce que nous avançons : 

Le 1" mai, nous avons pris un verre à expérience 
rempli de Kolpodes et de Vorticelle?, et nous l'avons 
exposé sous une cloche dont le pied était baigné de 
mercure. Deux jours après, la température moyenne 
ayant été dans l'intervalle de 20 degrés, on examina 
le contenu du verre et l'on y rencontra ces mêmes 
animaux en parfait état. Deux jours après ce premier 
examen, ces Vorlicelles et ces Kolpodes avaient même 
considérablement pullulé. Le 15 niai, toute la popu- 
lation animée déposée sous les cloches se portait par- 
faitement bien. 

Ainsi donc il est évident que les vapeurs mercu- 
rielles pendant un espace de quinze jours, n'ont eu 
aucune influence délétère sur des Microzoaires et 
n'ont nullement arrêté leur procréation. Le niveau 
de la macération était à dix centimètres au-dessus de 
celui du mercure. 

Expérience. — Cette expérience prouve encore 
mieux que les précédentes l'innocuité du mercure. 
Des Vorticeiles et des Kolpodes ayant été placés sur 

(1) Gaspard, Journal de physiologie expérimentale de Magendie. 
1821, 1. 1, p. 105. 



208 HÉTÉROGÉNŒ. 

une couche de mercure qui était contenue dans une 
petite cuvette en cristal, et celle-ci ayant été elle- 
même mise à flot sur un bain de ce métal et recou- 
verte d'une cloche, le lendemain, quoique ayant été 
exposée à l'action directe du mercure et aux vapeurs 
qui s'en élèvent, ainsi que le prouvent les expérien- 
ces de Faraday (1) et d'Alex. Colson (2), les animal- 
cules que nous venons de citer ne parurent en avoir 
éprouvé aucun inconvénient. Huit jours après, ces 
animalcules étaient encore en parfaite santé. 

L'expérience qui suit démontre même que le con- 
tact du mercure n'entrave nullement la production 
des Microzoaires. 

Expérience. — Le fond d'une cuvette en cristal, 
de 30 centimètres de diamètre, a été rempli d'une 
couche de mercure d'un centimètre de profondeur. 
Au-dessus on a mis une couche d'eau de 3 centimè- 
tres d'épaisseur ; dans le milieu de celle-ci on plaça 
une petite cuvette en cristal, qui flottait sur le métal 
et contenait 5 grammes de foin, afin d'empêcher ce- 
lui-ci de toucher le mercure, sans cependant qu'il 
cessât d'être baigné par la masse du liquide en expé- 
rience; enfin, l'appareil fut recouvert d'une cloche 
en verre. 

Après avoir abandonné cet appareil pendant huit 
jours, sous l'influence d'une température moyenne 
de 21 degrés, il fut examiné. Toute la surface de 
l'eau était peuplée d'une immensité de Kolpodes. 

{\) Quarterly Journal of sciences and arts, 20th novcmber. 
(2) Alex. Colson^ Archives générales de médecine. Paris, 1826, 
t. Xlï, p. 70. 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 209 

Ce Kolpodevcnu sur le mercure ne me paraît se 
rapprocher d'aucune espèce décrite. Il est réniforme 
et contient ordinairement de dix à vingt vésicules 
stomacales ; on voit fort bien que ces vésicules ont 
une paroi ; elles offrent de deux à trois divisions mi- 
crométriques de diamètre et semblent remplies d'ali- 
ments qui leur donnent une teinte légèrement jau- 
nâtre. L'animalcule est diaphane, hyalin ; le cœur, peu 
apparent, est très-difficile à reconnaître, à cause de 
la lenteur de ses contractions. La superficie du corps 
est grossièrement striée , granulée. Les vésicules 
internes sont évidemment des estomacs et non des 
œufs, ce que l'on pourrait croire. J'ai donné du 
carmin à ces animalcules et bientôt je lésai vus 
remplir un certain nombre de ces vésicules ; en dix 
minutes, dix à vingt étaient déjà gorgées. 

Si réellement il était possible d'assigner un carac- 
tère positif à de tels animaux, je nommerais ce Kol- 
pode, que je crois particulier, Kolpoda hydrargijri. 

M. Morren a prétendu que Tair qui passait à tra- 
vers l'acide sulfurique déterminait la mort des Mi- 
crozoaires ou entravait leur production (1). 

Nos expériences nous ont démontré l'inexactitude 
de cette assertion. Et quoiqu'elles fussent exécutées 
avec plus de rigueur que celles qui ont été précédem- 
ment entreprises, et que nous ayons poussé le soin 
jusqu'à faire traverser l'eau oii vivaient les Microzoai- 
res par l'air lavé dans l'acide, ceux-ci n'ont jamais 

{{) Morren, Expériences sur l'absorption de l'azote par les ani- 
malcules et les algues. [Ann. des sciences naturelles. Zoologie, 1854, 
1. 1, p. 339.) 

POUCHET. i 4 



210 HETEROGENIE. 

paru en souffrir, et ils ont même multiplié dans les 
vases où ils se trouvaient. 

Expérience. — On a pris un appareil de Woulf, 
composé de trois flacons à deux tubulures. Le pre- 
mier de ces flacons fut rempli, aux trois quarts, d'a- 
cide sulfurique concentré. La première tubulure 
donne entrée à un tube effilé à la lampe à son extré- 
mité et qui plonge au fond de l'acide. De la seconde, 
part un tube qui naît au-dessus du niveau de cet 
acide et va se rendre dans le flacon suivant. Ce se- 
cond flacon a été rempli aux trois quarts d'eau et 
l'on a peuplé sa surface d'une immense quantité de 
Glaucomes, de Dileptes et de Kolpodes. Le tube qui 
provient du flacon d'acide sulfurique plonge au fond 
de l'eau, et l'autre tubulure donne issue à un tube 
qui naît un pouce au-dessus de l'eau et va se termi- 
ner dans le dernier flacon à la même hauteur. Enfin 
ce troisième flacon est également rempli aux trois 
quarts d'eau, et en outre on y met les mêmes animal- 
cules que dans le précédent. De la dernière tubulure 
sort un tube qui se rend dans une éprouvette remplie 
d'eau. 

Deux fois par jour on pousse dans cet appareil une 
cinquantaine de litres d'air, et il se passe donc ceci : 
cet air traverse d'abord tout l'acide sulfurique qui 
remplit en grande partie le premier flacon; ensuite il 
traverse de bas en haut toute l'eau que Ton a placée 
dans le second, et enfin il laboure toute la surface du 
troisième. 

L'appareil est déluté le huitième jour, et Ton re- 
connaît que non-seulement tous les animalculesqu'on 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 2H 

y a introduits sont en parfait état, mais qu'en outre 
ils ont multiplié ; quelques animalcules nouveaux ont 
même apparu dans l'un et l'autre flacon. On n'y 
avait mis aucune Vorticelle, et quand on examina le 
résultat de l'expérience, il s'y en trouva un bon 
nombre. 

Ainsi donc, non-seulement les Microzoaires vivent 
bien sous l'influence de l'air qui a traversé de l'acide 
sulfurique, mais encore on peut faire traverser par 
cet air l'eau qui les recèle, et ils ne paraissent pas 
non plus en soufl'rir; bien mieux, ils y multiplient. 

La proximité de l'acide sulfurique semble aussi 
être sans action sur les Microzoaires. 

Expérience. — Le l^'" mai, j'exposai un grand 
verre à expériences, rempli de Kolpodes et de Vorti- 
celles sous une cloche dont le pied était baigné d'a- 
cide sulfurique concentré. Deux jours après, la tem- 
pérature moyenne ayant été de 20 degrés centigrades, 
le contenu du verre ayant subi un nouvel examen, 
j'y retrouvai les mêmes légions d'animalcules qui y 
existaient précédemment, tout aussi abondantes et 
seulement un peu plus développées. Le 15 mai, un 
nouvel examen ayant été fait, on reconnut que les 
animalcules avaient augmenté en nombre et qu'il 
s'en était produit de nouveaux. Il était donc évident 
que l'acide n'avait point influencé les Microzoaires 
pendant un contact médiat de quinze jours. 

La proximité de certains corps influe d'une ma- 
nière extraordinaire sur les phénomènes de la géné- 
ration spontanée. Dans de nombreuses expériences, 
exécutées dans des conditions absolument identiques. 



212 HÉTÉROGÉNIE. 

avec les mêmes liquides, dans des vases absolument 
pareils, et sous l'influence de temps égaux, nous 
avons constamment vu que les vases que nous recou- 
vrions avec un fort couvercle en bois, offraient tou- 
jours une pellicule animée beaucoup plus épaisse que 
ceux qui avaient un simple couvercle en verre, et que 
leurs animalcules étaient infiniment plus abondants 
et se développaient avec plus de rapidité que dans ces 
derniers. Un semblable résultat ne peut être attribué 
qu'aux émanations de la substance végétale qui se 
trouvait à proximité de la surface de l'eau, à quatre 
millimètres à peu près. 

Au contraire, les effluves du bois semblent avoir 
un effet paralysant sur la production de la matière 
verte. Mais pour ceci je n'ai qu'une seule expérience 
à citer. Plusieurs vases étaient remplis d'eau de puits; 
ils restèrent en expérience deux mois. Au bout de ce 
temps tous les vases offraient de la matière verte en 
abondance, nageant à la surface de l'eau ou précipi- 
tée au fond. Le vase recouvert de bois n'en contenait 
que beaucoup moins et sa coloration était d'un vert 
sale, blafard, peu foncé. 

Nous avons fait un grand nombre d'expériences 
sur ce sujet, et ce qu'elles ont en outre offert d'extrê- 
mement remarquable, c'est que, non-seulement la 
proximité d'une masse végétale augmentait l'intensité 
de la production des organismes, mais, en outre, 
c'est qu'elle déterminait l'apparition d'espèces d'un 
ordre plus élevé que celles qu'on rencontrait dans les 
autres macérations. Nous ne citerons qu'une seule 
de nos expériences sur ce sujet : 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 213 

Expérience. — On remplit deux vases en cristal 
d'une égale quantité de foin et d'eau qui ont bouilli 
vingt-cinq aiinutes, pour qu'on ne puisse dire qu'ils 
contenaient quelques germes. L'un de ces vases rem- 
pli presque au niveau de son bord, est recouvert d'une 
épaisse planche de tilleul et placé sous une grande 
cloche en verre. L'autre est rempli pareillement 
et recouvert d'une lame de verre et placé aussi sous 
une cloche. On a la précaution de ne laisser le foin 
surnager ni dans l'un de ces vases, ni dans l'autre. 
Huit jours après, on procède à l'examen des produits. 

Le vase recouvert par une planchette de bois est 
rempli d'un nombre considérable de Kérones et de 
Glaucomes adultes. 

Le vase recouvert d'une plaque de verre n'offre 
que quelques rares Kolpodes de petite dimension. 

Il y a donc eu, dans le premier vase, production 
d'animalcules plus abondants et d'espèce différente 
et plus hautement organisés. 

Au nombre des choses qui influent sur la procréa- 
tion spontanée des Microzoaires, on ne s'allendrait 
guère que l'on dût compter la forme des vases, et ce- 
pendant il est certain que celle-ci a une incontesta- 
ble action sur cet acte. Nos expériences sur l'hétéro- 
génie nous ont souvent démontré que la population 
zoologique est ditîérente dans les vases de configura- 
tion dissemblable. Ceci ne veut pas le moins du monde 
dire que la manifestation organique est liée à la forme 
grossière de la matière, mais seulement que, par la 
disposition de celle-ci, les réactions chimiques ou 
physiques sont influencées, et qu'il en résulte ainsi 



214 HÉTÉROGÉNIE. 

une manifeste influence sur la genèse des Proto- 
organismes. Les faits qui suivent, pris au hasard, 
parmi tant d'autres, confirment cette assertion. 

Expériences. — Dans toutes ces expériences on a 
employé la même quantité d'eau et de foin, 500 
grammes d'eau, 5 grammes de foin, et le produit a 
été examiné le troisième jour, la moyenne de la tem- 
pérature ayant été de 19 degrés, la pression atmo- 
sphérique en moyenne de 0,759. 

Dans un petit ballon de verre, la pellicule est peu 
épaisse, et l'on trouve une grande quantité, de Yi- 
brions granifères, quelques Vibrions gigantesques, 
et enfin quelques Monas lens, Duj. 

Dans une éprouvette extrêmement étroite, de deux 
décimètres de diamètre, la pellicule est peu épaisse. 
11 n'y existe aucun Vibrion granifère, mais seulement 
un fort petit nombre de Vibrions lisses inanimés; on 
y voit en outre des Vibrions tremblants et quelques 
Monades lentilles. 

Dans une cuvette en verre, de 25 centimètres de dia- 
mètre, la pellicule proligère est peu épaisse. Au mi- 
croscope, elle est granulée et renferme un nombre 
considérable de Monas oblonga. En outre on y voit 
un assez bon nombre de Vibrions granifères, et tout 
le hquide est sablé de petits Vibrions. 

Ce vase, dont la surface est peut-être cent fois plus 
étendue que celle du précédent, contient, en propor- 
tion, un nombre d'animalcules immensément plus 
considérable. Si c'est le corps solide qui les pro- 
duit seul ou les recèle, un vase en contenant la même 
quantité que l'autre, les Microzoaires eussent dû être 



DU CALORIQUE, DE LA LUMIÈRE, ETC. 215 

infiniment plus nombreux à la surface restreinte du 
précédent, et c'est l'opposé qui a eu lieu! 

Une nouvelle série d'expériences sur la forme des 
vases fut entreprise dans les mêmes conditions que la 
précédente, maison n'examinâtes résultats qu'après 
huit jours, durant lesquels la température avait été 
en moyenne de 24 degrés. 

Dans un petit ballon en verre, la pellicule est très- 
mince. On y observe une abondance de Kérones 
lièvres et de petits Vibrions. Aucun Kolpode. 

Dans une éprouvette étroite, la pellicule est bien 
formée, de couleur jaune pâle terne, et contient 
beaucoup de petits Kolpodes et des animalcules pi- 
riformes. Il n'y existe aucun Kérone, mais beaucoup 
de petits Vibrions. 

Dans une grande cuvette de 25 centimètres de dia- 
mètre, la pellicule est à peine formée et même man- 
que par places. On n'y découvre que des Kolpodes» 
mais en très-petit nombre, et une immense quantité 
de Bacterium articulalumj Ehr. 

Dans un grand verre à expériences la pellicule est 
plus épaisse que dans aucun des autres vases. Le li- 
quide est aussi d'une teinte plus foncée. On y observe 
immensément plus d'animalcules vivants que dans 
aucun des vases précédents. 

Dans un vase en coupe, dilaté à son fond et un 
peu rétréci au haut, la pellicule est plus mince que 
dans le verre. On y trouve des Kérones de forte taille 
et surtout des Kolpodes et des Bactériums. 



CHAPITRE IV. 

HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION DES GERMES ORGANIQUES. 

Les physiologistes qui ont tracé la voie expéri- 
mentale à suivre dans le but de réfuter les générations 
spontanées, ont considéré comme une condition fon- 
damentale de s'assurer d'abord que tout organisme, 
soit à l'état de germe, soit à l'état vivant, était détruit 
dans les corps soumis aux expériences; puis ensuite 
de veiller à ce qu'il ne puisse, durant celles-ci, s'en 
introduire de l'extérieur. Nous convenons , assuré- 
ment, que c'est là une condition essentielle ; mais il 
eût fallu ajouter aussi qu'en prenant ces deux pré- 
cautions , on aviserait à ne pas dénaturer trop pro- 
fondément les divers éléments génésiques. Nous aurons 
à examiner si cette loi n'a pas souvent été transgressée 
par l'action des agents chimiques ou physiques que 
l'on a employés; et si ceux-ci, en altérant le milieu au 
sein duquel réside le principe vital, n'y ont pas frappé 
de mort tout effort organisateur; c'est pour éviter cet 
écueil que souvent nous avons suivi des routes inu- 
sitées. 

Pour nous conformer aux exigences de la critique, 
nous avons exécuté beaucoup d'expériences à vais- 
seaux hermétiquement isolés du contact de l'atmo- 
sphère. Nos précautions, à cet effet, ont été poussées à 



HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION, ETC. 217 

Textrême, afin de suspendre les élans d'imagination de 
ceux qui pourraient voir dans un atonie d'air la source 
de l'incommensurable fécondité de nos matras. Mais 
en outre, nous avons fréquemment aussi adopté une 
voie absolument opposée à celle de nos devanciers: 
nous avons opéré à l'air libre; et les faits, dans celle- 
ci, se sont tellement contrôlés réciproquement, et ils 
sont tellement nombreux , que nous pensons qu'ils 
forment un faisceau non moins indestrucfible que les 
révélations obtenues par la méthode opposée. Ainsi 
donc toutes les ressources ont été appelées à notre 
aide : là le tribut de l'observation a seul été invoqué ; 
ailleurs les supputations de l'intellect. La méthode 
expérimentale ne doit pas être plus oppressive que 
l'idéalisme. Chaque moyen a ses avantages; si l'ex- 
périence subjugue parfois la raison, celle-ci peut sou- 
vent l'éclairer à son tour; il faut prendre ce que l'une 
et l'autre voie ont de bon : nous voulons l'ascendant 
de Galilée uni à l'investigation de Schelling. 

Dans tout le cours de cet ouvrage on verra que 
nous avons répété la majeure partie des expériences 
de nos prédécesseurs, non pour nous en servir direc- 
tement, parce que souvent elles manquent de préci- 
sion, mais pour expliquer la diversité des résultats 
auxquels elles ont conduit. Nous ne prétendons nul- 
lement rétrograder jusqu'à Spallanzani et Bonnet, 
mais nous interpréterons la portée de leur œuvre. 

En commençant ce chapitre nous exposerons net- 
tement ce qu'il est appelé à démontrer. Le but que 
nous nous proposons est de prouver que les germes 
des Proto-organismes ne peuvent être contenus dans 



218 HETEROGEÎSIE. 

les corps qui concourent à leur évolution, et que, par 
conséquent, ils ne doivent leur genèse qu'aux réac- 
tions qui s'opèrent dans l'ensemble de ceux-ci. De 
très-simples arguments suffiront pour cela. 

Selon Ehrenberg , les germes des Microzoaires au- 
raient une double source : ils préexisteraient dans les 
substances que l'on met infuser ou dans l'eau qui sert 
aux expériences. Là, ils resteraient absolument inac- 
cessibles à nos plus puissants microscopes, jusqu'au 
moment oii les infusions leur offrant une nourriture 
appropriée , devenus plus apparents enfin, nous les 
apercevons (1). Au contraire, selon Spallanzani et 
Bonnet, ce serait l'air qui contiendrait les germes des 
animalcules, en quantité telle que l'esprit ne peut 
s'en faire une idée. Et ce fluide en pénétrant dans les 
interstices les plus inaccessibles des corps, y dissémi- 
nerait ces incalculables légions de Proto-organismes 
qui, en apparaissant tout à coup , étonnent et stupé- 
fient l'imagination (2). 

Ainsi donc, de l'aveu des plus ardents antagonistes 
de l'hétérogénie , les germes des Proto-organismes 
qu'on voit surgir dans nos expériences , ne peuvent 

(1) EHnENBEKG (Gérard), Dict. d'hist.natur.ded'Orb., t. TI.p. 6o. 

(2) Spallanzani , Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
vie, 1787, t. I, p. 295. 

BoNKET voit même clans chaque être une espèce de microcosme, 
et il s'exprime ainsi à ce sujet : 

« Cha(}iie corps organisé se présente à moi sous l'image d'une 
petite terre où j'aperçois, en raccourci, toutes les espèces de 
plantes et d'animaux, qui s'offrent en grand sur la surface de 
notre globe. Un chêne me paraît composé de plantes, d'insectes, 
de coquillages, de reptiles, de poissons, d'oiseaux, de quadrupèdes, 



HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION, ETC. 219 

dériver que de trois sources : du corps putrescible , 
de l'eau ou de l'air. 

Mais l'examen de l'état de la question contribue 
encore à la simplifier. En effet , on reconnaît tout 
d'abord que les physiologistes qui se sont élevés avec 
le plus de vivacité contre la génération hétérogène, 
vaincus par l'argumentation de ses partisans , ont été 
rapidement forcés d'abandonner deux des moyens de 
propagation : le corps putrescible et l'eau. Et c'est 
seulement à l'air qu'ils ont confié le rôle de dissémi- 
nateur universel de ces germes invisibles, impalpables 
comme l'atmosphère elle-même, et qui s'insinuent 
avec lui partout et dans tout (1). Ainsi donc l'air, et 
l'air seul, sera réellement en question, et l'objet de la 
lutte décisive. 

Si l'on admet que dans nos expériences la géné- 
ration ne peut s'opérer qu'à l'aide de trois facteurs, 
et que c'est l'un d'eux seul qui recèle les germes des 
Proto-organismes, il est évident que si l'on prend 
chacun de ces trois corps en particulier , sans s'in- 
quiéter nullement alors des deux autres , et que l'on 
démontre successivement que ce n'est aucun d'eux 

d'hommes môme. Je vois monter dans les racines de ce cliêne, 
avec les sucs destinés à sa nourriture , des légions innombrables 
de germes. Je les vois circuler dans les différents vaisseaux, se 
loger ensuite dans l'épaisseur de leurs membranes pour les aug- 
menter en tous sens. » [Cons. sur les corps org., t. 1^ p. lOo.) Et 
c^est avec de tels arguments que nos adversaires prétendent com- 
battre rhétérogénie! 

(1) Ici nous adoptons le langage de nos adversaires, car nous 
verrons que souvent ces germes sont parfaitement connus, me- 
surés, et qu'ils ne peuvent échapper où ils sont réellement. 



220 HÉTÉROGÉNIE. 

qui contient ces germes , il faudra bien , en somme , 
reconnaître, quand le fait aura été strictement établi 
pour chacun isolément , que ce n'est donc aucun de 
ces trois corps qui peut servir d'asile aux œufs ou aux 
séminules introuvables des êtres divers qu'on voit 
s'engendrer sous ses yeux. 

Si cela n'est pas évident, il faut renoncer à per- 
suader nos antagonistes. 

Ceci bien nettement posé, nous ajouterons qu'il 
est de la plus extrême facilité de renverser les divers 
systèmes qui nous sont opposés, et nous le ferons 
d'abord en quelques mots , sauf à apporter plus loin 
des masses de preuves. 

D'après ce qui précède, pour démontrer, jusqu'à 
la dernière évidence, l'existence de la génération 
spontanée, il suffit donc de constater que les corps que 
l'on a employés ne contenaient auparavant aucun 
germe. Mais cela est on ne peut plus aisé par les 
plus élémentaires combinaisons de l'expérimenta- 
tion ; et il faut assurément vouloir fermer les yeux 
et détourner son esprit, pour ne pas se rendre à 
l'évidence. 

En effet , les trois expériences qui suivent prouvent 
sans réplique que ce n'est : ni le corps solide, ni l'eau, 
ni l'air qui contiennent les germes ; et si je m'étonne, 
c'est que les savants se soient donné tant et tant de 
mal pour arriver à un tel résultat. 

1" Il est évident que le corps putrescible ne con- 
tient point les germes des Proto-organismes, puisque, 
lorsqu'on n'emploie celui-ci qu'après l'avoir car- 
bonisé, on voit l'eau dans laquelle on l'a placé, 



HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION^ ETC. 221 

se peupler de Microzoaires et de cryptogames (1). 

2° Ce n'est pas l'eau, non plus , qui renferme ces 
germes, puisque si l'on met une substance organisée 
dans de l'eau artificielle, on voit s*y produire aussi 
des animalcules et des végétaux (2) . 

3° Enfin, il est évident aussi que ce n'est pas l'at- 
mosphère qui dissémine les germes, puisque , dans 
nos expériences multipliées, nous avons vu des Proto- 
organismes s'engendrer soit dans des vases où il 
n'existait que de l'air artificiel, et pas la moindre 
parcelle d'air atmosphérique; soit dans des appareils 
où il ne parvenait que de l'air dont on avait détruit 
radicalement tout principe vital , en le soumettant à 
la température de la chaleur rouge ou en lui faisant 
traverser de l'acide sulfurique concentré (3). 

Si la genèse d'un Proto-organisme réclame, géné- 
ralement, le concours de trois éléments, comme au- 
cun de ceux-ci, en particulier,. n'a la puissance de le 
produire, et ne le contient pas, ainsi qu'on le démontré 
expérimentalement, il faut bien, nécessairement, que 
l'être nouveau dérive de deux ou de trois de ces élé- 
ments. Or, comme un germe ne peut pas être bi- 
en tripartite , il est évident que celui-ci résulte 
de toutes pièces des combinaisons des particules orga- 

(1) Voyez, pour le développement de cette proposition^ le cha- 
pitre concernant rélimination du corps putrescible considéré 
comme véhicule des germes, où se trouvent les expériences à 
Tappui. 

(2) Compulser la section de rélimination de l'eau, etc. , p. 231. 

(3) Consulter, pour toutes les expériences sur ce sujet , la sec- 
tion de rélimination de Tair considéré comme véhicule des 
germes, p. 240. 



222 HÉTÉROGÉNIE. 

niques contenues dans les trois éléments produc- 
teurs. 

Si c'était réellement l'un des trois corps au milieu 
desquels se produisent les Proto-organismes qui en 
contînt les germes, on ne voit pas pourquoi ceux-ci ne 
se développeraient pas dans l'eau pure, comme le font 
les œufs de tant d'animaux aquatiques, qui n'emploient 
absolument à leur évolution que le fluide ambiant. 
Sans doute qu'on n'ira pas jusqu'à représenter les 
germes des Microzoaires comme étant plus exigeants 
que ceux des poissons ou de tant d'autres animaux. 
Et si l'on prétendait que l'eau pure ne peut pas nour- 
rir les légions de germes qui y tombent, nous ré- 
pondrions à cela qu'au moins on rencontrerait de 
jeunes animalcules dans celle-ci , sauf à les voir 
périr d'inanition ; et nous ajouterions même que l'ex- 
périence nous a prouvé que les adultes trouvent très- 
bien leur nourriture dans l'eau pure, et même dans 
l'eau distillée. 

SECTION 1. — ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE, CONSIDÉRÉ 
COMME VÉHICULE DES GERMES. 

Nous venons de dire que des expériences excessi- 
vement simples, démontrent ostensiblement que les 
germes des animalcules ne se trouvent ni dans le 
corps fermentescible, ni dans l'eau, ni dans l'air 
atmosphérique, et que par conséquent il faut bien 
que les animalcules doivent leur origine à une géné- 
ration primaire. 

Maintenant il s'agit de prouver ce que nous avons 
avancé, et nous débuterons en nous attachant à dé- 



ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 223 

montrer que le corps solide ne peut receler les germes 
organiques. Ce sera facile. 

Quoique jouant le rôle le plus important dans le 
phénomène de l'hétérogénie, le corps solide, dans 
quelques cas exceptionnels, peut cependant manquer 
absolument. Ainsi, de la Matière verte, des Con- 
ferves se développent fréquemment soit dans l'eau 
ordinaire, soit même dans l'eau distillée, qui ne con- 
tiennent aucune substance putrescible (1). Et c'est 
même probablement à cette propriété inhérente à 
l'eau, qu'il faut seulement attribuer la matière verte 
que Burdach et d'autres ont vu se développer dans des 
macérations de granit et de quelques autres corps mi- 
néraux (2). 

Les savants qui, à l'exemple de Bonnet, prétendent 
que les corps putrescibles sont les dépositaires des 
germes organiques, supposent que ceux-ci se trouvent 
dispersés à leur intérieur, et qu'ils n'en sortent pour 
subir leur évolution qu'au moment où ces mêmes 
corps se décomposent et rendent leurs éléments à la 
masse commune (3). Maintenant que nos instruments 
d'optique sont si perfectionnés et que l'on connaît si 

(t) BoRY DE Saint- Vincent, Dictionnaire classique d'histoire na- 
turelle. Paris, 1826, art. Matière^ t. X, p. 263. 

(2) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837 t. I. 

(3) Bonnet. La prodigieuse petitesse des germes, dit cet auteur, 
les met hors de l'atteinte des causes qui. opèrent la dissolution des 
mixtes. Ils entrent dans Tintérieur des plantes et des animaux; ils 
en deviennent même partie constituante ; et, lorsque ces composés 
viennent à subir la loi des décompositions, ils en sortent sans al- 
tération pour flotter dans l'air ou dans l'eau , ou pour entrer 
dans d'autres corps organisés. {Consid. sur les corps org., t. I, 
p. 3.) 



224 HÉTÉROGÉNIE. 

bien les œufs el les séminules d'une foule d'êtres mi- 
croscopiques, on peut dire que cela est physique- 
ment impossible, parce que si ces germes encom- 
braient les organes des animaux et des plantes, on les 
y découvrirait. 

Des expériences très-simples suffisent pour dé- 
montrer que ce n'est pas le corps putrescible qui 
recèle les germes ; aussi nous ne nous arrêterons 
guère sur ce fait qui n'est plus contesté, ni contes- 
table. 

Si, par exemple, on soumet à la carbonisation 
certains produits animaux ou végétaux, on sera 
bien certain qu'après l'opération, tout germe orga- 
nisé a été complètement détruit dans ceux-ci ; et que, 
dans l'hypothèse contre laquelle nous nous inscri- 
vons, ces mêmes produits ne pourront, par consé- 
quent, donner naissance à aucune génération d'êtres 
organisés. Et cependant c'est tout le contraire qui 
s'observe; seulement on remarque alors que les ani- 
malcules n'apparaissent que plus tard, et qu'ils sont 
d'une organisation inférieure à celle que la substance 
produit lorsqu'elle n'a pas subi la carbonisation. Sans 
doute que l'on ne prétendra pas que le feu a épargné 
les germes des Microzoaires que Ton voit naître alors, 

tandis qu'il consumait les autres Si l'on pouvait 

nous faire cette objection, nous n'aurions plus rien à 
répondre à de tels adversaires. 

Les Protozoaires qui apparaissent ne sont que le 
résultat d'une combinaison organique autre que celle 
qu'on eût obtenue des mêmes corps à l'état frais; et 
s'ils sont moins élevés dans l'échelle zoologique, cela 



ELIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 22 5 

est uniquement dû à ce qu'ils ont été produits par des 
combinaisons dont l'un des éléments avait en partie 
perdu sa faculté génésique, durant la rude épreuve à 
laquelle il a été soumis. 

Spallanzani lui-même, qui a fait quelques expé- 
riences dans cette direction, a vu que des graines de 
divers végétaux qu'il exposait, selon son expression, à 
la terrible flamme du fourneau à réverbère, après y 
avoir été totalement carbonisées, n'en donnaient pas 
moins naissance à de nombreux animalcules. A ce sujet 
le savant Italien s'exprime ainsi : « J'avoue ingénu- 
ment que je ne me serais pas attendu à ce que des 
animalcules parussent encore dans ce nouveau genre 
d'infusion, comme dans les précédentes; même après 
les avoir vus et revus, je pouvais à peine en croire mes 
yeux (1). » Mais, dans ses expériences, Gruithuisen a 
obtenu des résultats absolument opposera ceux du phy- 
siologiste de Pavie et n'a pu produire des Microzoaires 
en employant des substances charbonnées (2). Cette 
dissidence absolue entre ces deux savants, nous a en- 
gagé à réitérer leurs tentatives, et nous avons re- 
connu que c'était Spallanzani qui avait raison. Voici 
nos résultats un peu plus rigoureusement notés que 
les siens. 

Expériences. Dans une cuiller à projection en fer 
et rougie sur un brasier ardent, on a successivement 
opéré la carbonisation complète de dix grammes de 

(1) SPALLAiNZAisi, Opuscules de physique animale et végétale. Pa- 
ris, 1787, t. I, p. 14-27. 

(2) Gruithuisen 5 Beitrœge zur Physiognosie und Eautognosie, 
p. 105. 

POCCHET. 15 



226 HÉTÉROGÉNIE. 

chacune des semences suivantes : du Maïs, des Pois, 
des Haricots, des Lentilles. Après cette opération, cha- 
que espèce de semence a été placée dans un vase de 
verre avec 500 grammes d'eau distillée, et mise sous 
une cloche en verre. 

Après vingt jours, la température ayant été en 
moyenne de 25% et la pression atmosphérique de 0,76, 
on observa les macérations et on les trouva toutes 
peuplées d'animalcules ; Tune d'elles contenait, en 
outre^ quelques végétaux rudimentaires. 

Le Maïs avait la surface de sa macération totalement 
envahie par un champignon appartenant au genre 
Aspergillus de Micheli, ayant des ramifications très- 
touffues et enchevêtrées. Il n'y existait alors aucun 
animalcule ; ce ne fut que quinze jours après, qu'on y 
rencontra un bon nombre de Monades et de Vibrions. 

Les Pois contenaient des Microzoaires assez variés, 
très-nombreux et très-agiles, ayant 0,0175 de milli- 
mètre de longueur, et très-rapprochés du Monas at- 
tenuata, Duj . 

Les Lentilles nous ont présenté une abondance des 
mêmes animalcules. 

Les Fèves avaient à leur surface une population en- 
core plus serrée que les macérations précédentes, et 
évidemment composée par le Monas attenuata, Duj. 
qui là était bien caractérisé (2). 

On avait placé à côté de ces macérations des crité- 
riums, contenant les mêmes graines, mais qui n'a- 

{{) MicuF.Li, Nova plantarum gênera. Florentiae, 1779, p. 212. 
(2) DujARDiN, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, 
pi. m, fig. 12. 



ELIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 227 

vaient pas été exposées à l'action du feu. Les animal- 
cules y apparurent avec la plus grande abondance 
après trois jours; et ceux-ci se composaient d'espèces 
bien plus élevées par leur organisation que celles qui 
peuplaient les graines charbonnées; alors celles-ci 
n'offraient absolument rien encore. 

J'espère que l'on conviendra que durant la carbo- 
nisation, tous les germes ont été détruits dans lesgrai- 
nés, si elles en contenaient; mais nous voulons aller 
au-devant de toute objection. On ne peut pas préten- 
dre quel'eau a été, dans ces expériences, le dépositaire 
des germes, puisque nous nous sommes servi d'eau 
distillée; et d'ailleurs dans un moment nous démon- 
trerons que celle-ci ne les contient point. On ne pourrait 
non plus objecter que c'est l'air qui en a été le véhi- 
cule. Ce n'est pas plus lui que l'eau, car s'il avait char- 
rié ces germes, on eût trouvé, dès le début, les mêmes 
animalcules dans les macérations des graines carboni- 
sées que dans celles de graines fraîches ; et d'ailleurs, 
dans un des paragraphes suivants, nous prouverons 
aussi que l'air ne jouit pas de cette attribution. 

Cette expérience suffirait seule pour enlever au corps 
soHde le rôle de véhicule, si on s'efforçait encore de le 
lui attribuer. Mais actuellement les plus énergiques 
fauteurs du panspermisrae ont eux-mêmes abandonné 
cette prétention; aussi nous ne nous étendrons pas lon- 
guement sur ce sujet, et c'est à peine même s'il est 
utile de citer les faits suivants. 

Si nous ne poussons pas tout à fait aussi loin que 
précédemment la rigueur expérimentale, et si nous 
nous contentons seulement de soumettre le corps or- 



228 HÈTÉROGÉNIE. 

ganisé à une chaleur qui, sans le carboniser, soit 
extrêmement élevée, nous voyons dans ce cas appa- 
raître dans l'eau où on le dépose, de nombreuses lé- 
gions de Proto-organismes. Nous élevons sa tempé- 
rature de 200'' à 220°. Sans doute que l'on conviendra 
que dans ce cas aucun germe organique n'a échappé 
à la destruction. Si quelques savants ont prétendu que 
les germes de certains oïdiums n'étaient détruits qu'à 
la température de 140° (1), aucun, que je sache, n'a 
encore avancé qu'un œuf ou qu'une séminule de plante 
pouvait supporter 200°. 

Expérience. — Dans un ballon de verre portant à 
l'intérieur un thermomètre, on plaça 10 grammes de 
foin , et celui-ci y fut chauffé pendant une heure à une 
température de 200° à 210% et même sur les bords du 
ballon à une plus haute température, car le végétal 
commençait à s'y charbonner. Ce foin, alors parfai- 
tement sec, cassant, fut placé dans 500 grammes 
d'eau distillée que l'on recouvrit d'une lame de verre 
et que Ton mit sous une cloche. Quatre jours après, 
une température de 26° en moyenne ayant régné dans 
mon laboratoire, la macération fut examinée et on la 
trouva peuplée d'une abondance de cadavres de grands 
Vibrions, et d'une population serrée de Glaucomes 
scintillants (2) et de Monades lentilles (3). 

(1) Payen, Chimie industrielle, Paris, p. 540. 

(2) Synonymie : Ovales, Jobelot, Observations micrographiques. 
Pari^!, l7o4^ — Cydidium bulla , Muller, Tnf. — Bursaria hullina^ 
ScHRANK, FaunaBoica. Nuremberg, 1798, — Glaucoma scintillans, 
Ehrenberg, Inf. — Dujardin, Inf. 

(3) Monas lens, Dujardin, Histoire des Infusoires, pi. iv., f. 5, et 
pi. IV, f. 7. 



ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE. 229 

Expérience. — Lorsqu'on met un corps putres- 
cible dans de l'eau qui a bouilli, et que celle-ci est 
contenue dans un appareil parfaitement clos et qui 
reçoit seulement de l'air passé à travers de l'acide sul- 
furique ou un tube chaufTé au rouge, on ne voit aucun 
animalcule y apparaître encore du troisième au sixième 
jour, tandis qu'ils fourmillent, beaucoup avant ce 
temps, dans les critériums exposés à l'air libre et 
confectionnés avec l'eau ordinaire, si la température 
moyenne a été d'environ 25°. Si le corps solide con- 
tenait réellement les germes des Protozoaires, ils de- 
vraient normalement se développer aussi vite dans 
cet appareil où l'air et l'eau en ont été seulement 
privés, s'ils en contenaient, mais où le corps putres- 
cible n'a subi aucune altération notable ; et cela n'a 
pas lieu (1). 

Le fait suivant viendrait encore à l'appui, s'il en 
était besoin, des expériences précitées; comme elles, 
il contribue à enlever au corps solide la faculté de 
receler les germes. 

M. Poggiale, pharmacien encbef du Val- de-Grâce, 
a communiqué à l'Académie de médecine le résultat 
de ses recherches sur une coloration du pain de mu- 
nition fabriqué à la Manutention militaire de Paris, 
en 1856. Ce pain, qui avait été préparé avec un mé- 
lange de farine de blé dur et de farine de blé tendre 
d'Espagne, passa au noir bleuâtre peu de temps après 
son refroidissement. M. Poggiale a reconnu que ce 
pain contenait un nombre considérable d'animalcules 

(I) Compulser rélimination de l'air et de l'eau considére's 
comme véhicules. 



230 HETEROGENIE. 

filiformes, cylindriques, roides, articulés et animés 
d'un mouvement vacillant. Ces Proto-organismes, 
que ce savant considère comme appartenant au genre 
Bacterium, avaient généralement 0''^"\003 à 0'"™,004 
de long. Quelques-uns beaucoup plus longs pouvaient 
être vus à l'aide d'un faible grossissement. On observait 
en même temps d'autres animalcules microscopiques 
en petit nombre, assemblés par deux ou par trois. 
Comme on ne trouvait point de ces Infusoires dans 
les diverses farines employées, ni dans le biscuit pré- 
paré sans levain, M. Poggiale conclut que la formation 
de cette grande quantité de Baclerium était due à la 
fermentation panaire (1). Sans admettre la génération 
spontanée, comment expliquerait-on, en effet, après 
la cuisson dans le tissu solide du pain, la production 
de ces animalcules , leurs germes n'ayant pu résister 
à la chaleur du four ou s'introduire à Tintérieur de 
la pâte? 

Enfin ce que rapporte Bory de Saint- Vincent, dans 
les lignes qui suivent, suffirait pour prouver que le 
corps putrescible n'est pas le réceptacle des germes, 
puisque deux de ces corps réunis donnent des produits 
qui diffèrent de celui qu'offre chacun d'eux en parti- 
culier. « Que l'on choisisse, dit ce naturaliste, pour 
« faire l'expérience, une plante propre au Canada, 
« par exemple ; qu'après l'avoir soumise à l'expérience 
« et quand elle a produit des animalcules on en mêle 
« l'infusion avec celle d'un végétal de l'Inde ou de la 
« Nouvelle-Hollande, et qu'il en résulte, comme la 

{\) Poggiale, Bulletin de l'Académie de médecine, 1856, t. XXI, 
p. 875, et Journal l'Ami des sciences, 1856, n. 29. 



ÉLIMINATION DE L EAU. 231 

« chose ne manquera pas d'arriver, quelque Infusoire 
c( qui ne se trouvait ni dans l'un ni dans l'autre de 
« ces deux liquides, n'aura-t-on pas opéré une véri- 
« table création, un être que la nature n'avait pas 
« arrêté dans son plan primitif (1)? » Cela est positif 
et la nature ici ne déroge pas sans doute à ses su- 
blimes harmonies ; seulement par l'étroitesse de nos 
conceptions nous avons méconnu l'extension de ses 
lois. 

SECTION II. — ÉLIMINATION DE l'eAU, CONSIDÉRÉE COMME VÉHICULE 
DES GERMES ORGANIQUES. 

L'observation dévoile bien rapidement à ceux qui, 
sans système préconçu, cherchent la vérité, que la 
source des Proto-organismes de nos macérations ne 
peut être dans l'eau; quelques expériences, fort sim- 
ples, le prouvent. Il résulte de là qu'aujourd'hui bien 
peu de personnes soutiennent encore cette thèse; 
presque tous les défenseurs de l'ovarisme, comme 
nous l'avons dit, s'accordant, en ce moment, pour 
attribuer ce fait à l'air. D'après cela, on sent à l'a- 
vance que dans ce chapitre nous n'avons besoin d'é- 
mettre qu'un petit nombre de preuves décisives, pour 
éviter une inutile prolixité; le paragraphe de l'air de- 
vant être celui qui appelle toutes nos ressources 
expérimentales, ainsi que les plus sévères investiga- 
tions de l'intellect. 

Les expériences de Spallanzani lui-même ont, 

(i) BoRY DE Saint- Vincent, Dict. class. d'Hist. nat. Paris, i824, 
t. V, p. 46. Cette opinion, comme nous l'avons exposé p. i50, est 
aussi celle de Treviranus et de M. Gérard. 



232 EETEROGENIE. 

depuis longtemps, démontré que des substances végé- 
tales, quoique ayant subi une ébullition de deux 
heures de durée, n'en donnent pas moins naissance 
à des Microzoaires. Or, comme les germes de ceux-ci, 
de l'assentiment de tous les observateurs, ne peuvent 
après une telle épreuve poursuivre leur évolution, 
il devient hors de doute que l'eau n'a pu leur donner 
asile (1). Le physiologiste de Pavie soumit à cette 
expérience des graines de haricots, de vesce, d'orge, 
de maïs, de mauve, etc. 

En se fondant, avec raison, sur ces expériences, 
Spallanzani, professa d'abord que nul germe ne 
résistait à la température de l'eau bouillante. Mais 
un certain temps après, entraîné par les conséquences 
de ses doctrines, il s'efforça de faire prévaloir des 
opinions contraires. Pour ce revirement, il se fonda 
sur une assertion de l'abbé Rozier, qui rapporte que 
Sonnerai a rencontré des poissons dans des sources 
thermales des îles Phihppines, dont la température 
s'élevait à 69° du thermomètre de Réaumur (2). 
Spallanzani prétend aussi s'étayer sur ce que, d'après 
une étrange supputation qu'il fait du climat de la 
Caroline, la chaleur y atteindrait au soleil plus de 80*' 
du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire une tem- 
pérature plus élevée que celle de l'eau bouillante, 
sans que cependant, dans cette contrée, la chaleur, 
détruise les germes des animaux et des plantes. Nous 
ne pouvons réellement nous occuper de réfuter de 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. 
Paris, 1787, 1. 1, p. 22. 

(2) Rozier, Observations sur la physique, t. lll. 



ÉLIMINATION DE l'eAI. 233 

telles assertions (1 ). Qui ne sait qu'au Sénégal, d'après 
Adanson, le thermomètre ne s'élève pas au soleil 
au-dessus de 60'' (2)? 

Voici comment Spallanzani se rétracte. « La sin- 
cérité philosophique, dit-il, m'oblige à penser sur les 
germes de quelques espèces d'animalcules, d'une 
manière contraire aux idées que j'ai publiées dans 
ma dissertation. Je disais alors que je ne croyais pas 
possible que les germes en général de ces animalcules 
pussent résister à l'action de l'eau bouillante ; j'avais 
auguré cette impossibilité, parce que j'avais vu périr 
des graines et des œufs par ce degré de chaleur; mais 
les faits que je viens de raconter, et que je ne con- 
naissais pas, me forcent à changer d'opinion (3). 

Mais lorsqu'on lit attentivement le récit que Spal- 
lanzani fait de ses expériences, on s'aperçoit immédia- 
tement qu'on ne peut en rien conclure. Ainsi, dans 
celles-ci, des œufs de grenouille périssent à 34"; 
ceux du ver à soie à 45% et ceux de la grosse mouche 
à 48^ Il ajoute que la faculté germinative des graines 
s'anéantit au-dessous de 75'' à 80"^ du thermomètre 
de Réaumur, c'est-à-dire à la température de l'eau 
bouillante. Une fois seulement il vit des graines de 
fèves qui y résistèrent. Mais toutes les expériences du 
physiologiste de Pavie manquent de précision. On 
voit, en effet, qu'il se contentait dans celles-ci , de 
placer ses graines dans de l'eau contenue dans des 

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale eC végétale. 
Paris, 1787, 1. 1, p. 70. 

(2) Adanson, Voyage au Sénégal. Paris, 1757^ p. 131. 

(3) Spallanzani, Opusc , t. I, p. 71. 



^34 HÉTÉROGÉNIE. 

vases qu'il plongeait ensuite dans de Peau bouillante , 
pendant deux minutes! Ce temps était absolument in- 
suffisant pour élever la température de la macération 
au niveau de celle de l'eau dans laquelle on la plongeait 
et surtout pour que sa chaleur se propageât jusqu'à 
l'embryon, protégé souvent d'une si efficace manière. 

Mais si, dans des expériences, on plonge les graines 
ou les œufs d'animaux dans l'eau bouillante , en don- 
nant à la température le temps de se transmettre à 
leur intérieur, bien avant l'ébullition, ces œufs et ces 
graines sont tués radicalement. 

Une seule expérience, fort simple, a prouvé que le 
corps putrescible ne contenait pas les germes. Il a 
suffi pour cela de voir des animalcules prendre nais- 
sance parmi des substances végétales qui avaient subi 
une complète carbonisation. Une expérience tout 
aussi élémentaire peut démontrer que ce n'est pas 
Teau non plus qui recèle ces germes. On sait que la 
température de l'eau en ébullition anéantit absolu- 
ment chez eux toute vitalité. Il ne s'agit donc plus que 
de constater qu'après que de l'eau a bouilh on voit 
dans celle-ci se développer des animalcules , comme 
auparavant. Mais cela , l'expérience le prouve sans 
conteste ; et ce qui achève encore bien mieux la dé- 
monstration , c'est que l'eau distillée elle-même en 
fournit abondamment. 

Il serait vraiment puéril de citer des expériences 
à l'appui de ceci. Mais une autre espèce d'expériences, 
tout à fait fondamentale, suffira pour étayer ce que 
nous avançons : c'est celle qui consiste à employer de 
l'eau artificielle. 



ÉLDîlNATîON DE l'eAU. 235 

Expérience. — On fît de l'eau artificielle de la 
manière suivante. Dans un grand flacon à deux tubu- 
lures on mit de l'eau et des fragments de zinc; l'une 
de ces tubulures recevait un tube terminé en enton- 
noir, à l'aide duquel on versait de l'acide sulfurique 
dans le flacon; l'autre était annexée à un gros tube 
horizontal rempli d'amiante et d'où sortait un petit 
tube effilé à la lampe à son. extrémité et se terminant 
près de l'extérieur d'un vase de métal , rempli d'eau 
froide. L'acide sulfurique ayant été versé il se dégagea 
du gaz hydrogène que l'on alluma à sa sortie du 
tube, et dont la flamme rapprochée du vase de métal 
en humectait toute la paroi de vapeur d'eau, résultat 
de la combinaison de l'oxygène de l'air avec l'hy- 
drogène de l'appareil; et cette vapeur, après s'être 
condensée, tombait dans un vase de platine. Cet ap- 
pareil ayant été entretenu en combustion pendant 
trois jours, on obtint 200 grammes d'eau qui furent 
employés dans deux expériences comparatives. 

La moitié de cette eau fut soumise à une ébulli- 
tion d'un quart d'heure, pour tuer les germes qui 
pouvaient y être tombés , quoique pour la démons- 
tration actuelle nous n'ayons pas le moins du monde 
à nous préoccuper de ce qui peut entrer dans le li- 
quide, mais de ce qui s'y trouve réellement au point 
initial. On mit ensuite cette eau dans un verre à ex- 
périences, avec 5 grammes de foin passé à une étuve 
à 200** environ. Ce verre fut déposé dans une cuvette 
ayant de l'eau à son fond et il fut recouvert d'une 
petite cloche. 

L'appareil resta pendant quatre jours dans un salon 



236 - HÉTÉROGÉNIE. 

à une température moyenne de il». Quand on l'exa- 
mina, il existait à sa surface une pellicule granuleuse, 
dans laquelle nageaient deux espèces de Paramécies 
fort distinctes, de dix à quinze divisions micrométri- 
ques de longueur. L'une d'elles était, pour la forme, 
assez rapprochée de la Paramécie verte ; l'autre , qui 
me parut absolument nouvelle, avait la forme d'une 
losange très-allongée. Toutes les deux présentaient une 
vésicule contractile très-prononcée à l'extrémité du 
corps. Enfin, çà et là, la pellicule offrait des œufs non 
éclos et contenant des embryons en mouvement ; 
dans chacun de ceux-ci on en distinguait manifeste- 
ment quatre. 

L'autre portion d'eau artificielle avait été placée 
dans une étuve chauffée à 18°. Tout y avait été disposé 
de même ; seulement le foin n'avait pas été passé à l'é- 
tuve et l'eau n'avait subi aucune ébullition. Le résultat 
de l'expérience fut cependant absolument identique. 
Ce dernier fait ne contribue-t-il pas à prouver, en 
outre, combien sont inutiles ces précautions que l'on 
prend si futilement pour anéantir des germes qui 
n'existent réellement que dans l'empire des fictions ? 

Cette expérience suffit à elle seule pour renverser 
sans retour l'hypothèse de ceux qui prétendent que 
l'eau est le réceptacle des germes. Nous avons dans 
celle-ci de l'eau qui vient d'être formée de la com- 
binaison de deux éléments gazeux, et dans cette eau 
apparaissent des animalcules. On ne prétendra pas, 
sans doute, que ceux-ci nageaient précédemment 
dans l'hydrogène ou l'oxygène qui l'ont formée, et 
qu'on vient d'extraire violemment de leurs précédentes 



ÉLIMINATION DE l'eAU. 237 

combinaisons. Il faut donc bien que les œufs qui ne 
peuvent provenir de cette eau artificielle aient une 
autre origine. 

Cette preuve est tout à fait suffisante ; cependant 
nous joindrons ici quelques autres faits , non qu'ils 
soient utiles à la démonstration, mais seulement parce 
qu'ils offrent quelque intérêt. 

Expérience. — Une immense quantité de Kolpodes 
ayant été enlevée à la surface d'une macération d'As- 
ter de la Chine , où ils pullulaient , fut placée dans 
un grand verre à expériences, contenant de l'eau 
distillée. Pendant quinze jours, on observa cette eau 
et l'on y trouva les mêmes animalcules en parfaite 
santé. 

Il résulte de là que ce ne sont pas les matières con- 
tenues en dissolution dans l'eau qui alimentent les 
Microzoaires; ou au moins que ceux-ci peuvent vivre 
longtemps dans l'eau pure. D'après cela, on ne voit 
pas pourquoi, si l'eau était réellement le véhicule des 
œufs des animalcules , ceux-ci ne s'y montreraient 
jamais sans l'intervention d'un corps fermentescible. 

Expérience. — A. l'aide d'une petite cuiller on a 
recueilh à la surface d'une macération une immense 
légion de Kolpoda ciicullus, Mull., que l'on por- 
phyrisa sur une glace , pendant deux heures , avec 
un soin extraordinaire. Après cette porpliyrisation 
la moitié de la pâte homogène qui en était résultée fut 
délayée dans un verre d'eau et celui-ci fut filtré et 
placé sous une cloche en verre (1). Une expérience 

(!) La pâte qui fut ramassée sur la glace offrait une couleur 
grise, d'une odeur absolunnent semblable à celle du boletus edw 



238 HETEROGEME. 

comparative, identique, fut faite en même temps, avec 
l'autre moitié de cette véritable pâte de Kolpodes 
porpliyrisés , mais celle-ci ne fut pas filtrée. Ces so- 
lutions de Kolpodes furent examinées huit jours après 
leur confection. Depuis le commencement de l'expé- 
rience, la moyenne de la température avait été de 15" 
cent, et la pression de 0,76. 

Le verre qui contenait les Kolpodes broyés et 
filtrés , offrait alors une innombrable quantité de 
Vorlicelles, et pas un seul Kolpode. Beaucoup de ces 
Vorticelles étaient en voie de développement et les 
autres étaient tout à fait adultes et libres. 

Le verre occupé par la solution de Kolpodes non 
filtrée, n'oftrait aucun Kolpode ni aucune Vorticelle. 
On ne voyait dans l'arénaire que de rares Microzoaires 
excessivement petits, appartenant au genre Monas. 

Les partisans de la transmission des œufs par l'in- 
termédiaire de l'air atmosphérique, ne pourraient 
nullement expliquer ce qui s'est passé dans ces deux 
expériences. Si les deux vases eussent Contenu des 
Kolpodes, les fauteurs de l'ovarisme n'auraient pas 
manqué de dire que les œufs de ces animalcules 
avaient une telle ténuité que la porphyrisation, quel- 
que exacte qu'elle ait été, n'a pu les dilacérer. Mais 
aucun Kolpode ne se rencontre dans les deux liquides 
et l'un d'eux seulement est peuplé de Vorticelles. On 
ne prétendra pas sans doute que celles-ci ou avaient 

lis (Lin.). Examinée au microscope, elle n'offrait pas le moindre 
animalcule vivant, et elle n'était composée que de granules ex- 
trêmement fins, de grosseur inégale, véritable cendre organique 
des animaux qui l'avaient formée. 



ÉLIMINATION DE l'eAL. 239 

leurs œufs dans l'eau ou que ces œufs y ont été ap- 
portés du dehors. Une telle allégation ne serait pas 
tolérable. Si les œufs des Vorticelles avaient été mêlés 
à la niasse de Kolpodes qu'on a porphyrisée avec 
tant de soin, ces œufs eussent été aussi bien broyés 
que ceux des Kolpodes. Et si l'on admettait mêaie, 
car nos adversaires peuvent tout supposer, que 
ces œufs pussent passer à travers le filtre , j'espère 
qu'on voudrait bien alors nous faire cette concession : 
c'est qu'il devrait naturellement se trouver plus de 
Vorticelles dans le liquide non filtré que dans celui 
qui l'a été. Et on obtient un résultat tout opposé : 
les Vorticelles abondent dans la dernière macération, 
et on n'en rencontre pas une seule dans l'autre î 

Enfin, en écartant la génération spontanée, on ne 
pourrait expliquer pourquoi une macération et même 
celle qui devrait le moins en contenir, offre des 
Vorticelles, tandis que l'autre n'en présente pas! Le 
laboratoire étant plein de Microzoaires d'espèces va- 
riées, comment se peut-il faire, dans l'hypothèse de 
la panspermie, qu'un seul des vases se soit peuplé d'une 
génération animée déterminée, tandis que l'autre en 
est absolument privé ; et comment sefait-ii, surtout, 
que ce soient uniquement des Vorticelles et que pas 
un œuf de Kolpode n'y soit parvenu ? 

On ne dira pas, sans doute, que le liquide sur lequel 
on expérimentait n'était pas apte à nourrir des Kol- 
podes, lui qui n'a été formé qu'à l'aide même des 
débris -de leurs légions î ou que dans l'un des vases, il 
n'était pas propre à l'existence des Vorticelles, lui qui 
est parfaitement identique dans tous les deux ! 



240 HÉTÉROGÉME. 

On se demandera pourquoi aussi le résidu filtré est 
rempli d'animalcules d'une organisation supérieure, 
tandis que l'autre n'est peuplé que d'infimes Monades ? 
Je répondrai à cela que, sans doute, la liqueur en se 
filtrant a contracté un principe qui devait s'y rencon- 
trer pour la production des Vorticelles. Car j'avoue 
moi-même avoir été trompé, et si je m'attendais à 
rencontrer quelques animalcules c'étaient évidem- 
ment des Kolpodes ; et que si, surtout, je m'attendais 
à en rencontrer quelque part, c'était dans l'eau non 
filtrée. Tout s'est passé contrairement. 

L'expérience dont nous venons de nous entretenir 
avant été continuée, le résultat était absolument le 
même quinze jours après. 

SECTION 111. — ÉLIMINATION DE l'aIR^ CONSIDÉRÉ COMME VÉHICULE 
DES GERMES ORGANIQUES. 

Nous ne nous dissimulons pas que c'est ici 
que s'engage la lutte sérieuse , décisive , et nous 
allons franchement l'aborder. Nous avouerons même 
que nous l'abordons sans crainte, tant nos con- 
victions ont été renforcées par le nombre de nos expé- 
riences et par la méditation; ce sont les faits eux- 
mêmes qui vont combattre pour nous, et c'est ce qui 
centuple nos forces. 

Parmi les plus ardents partisans de l'opinion que 
c'est l'air qui dissémine partout les germes, nous 
avons déjà dit que Bonnet et Spallanzani devaient être 
cités au premier rang (1). Et lorsque ce dernier 

(1) Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amslerdam, 
1762, l. 1, p. 3. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 241 

voyait des Microzoàires naître au milieu des diverses 
graines qu'il avait complètement carbonisées, il en 
expliquait l'apparition en supposant qu'ils y avaient 
été déposés par l'atmosphère (1). 

Les ovaristes, après avoir considéré l'air comme un 
disséminateur universel, à cause de la merveilleuse 
facilité avec laquelle, en apparence, on peut lui con- 
fier les plus impossibles rôles, ont, pour les besoins 
de leurs théories, réduit les germes à un état presque 
métaphysique. 

Bonnet suppose que ces germes sont d'une trans- 
parence tellement parfaite, que la lumière les traverse 
sans réfraction, et il prétend même qu'ils sont telle- 
ment petits, qu'ils n'admettent peut-être qu'un ou deux 
rayons de lumière (2). 

Ainsi donc des corps organisés jouiraient de la 
transparence de l'éther ! Voici à quelles conséquences 
extrêmes nous conduit une hypothèse défectueuse. 
Et, en effet, si les Proto-organismes que nous voyons 
pulluler partout et dans tout, avaient leurs germes 
disséminés dans l'atmosphère, dans la proportion ma- 
thématiquement indispensable à cet effet, l'air en serait 
totalement obscurci, car ils devraient s'y trouver beau- 
coup plus serrés que les globules d'eau qui forment nos 
nuages épais. Il n'y a pas là la moindre exagération. 
Quelque soit le lieu où un corps se trouve, s'il est apte 
à se peupler de diverses légions d'animalcules ou de 

(1) Spallanzam , Opuscules de physique animale et végétale^ t. I, 
p. 205, et t. II, p. 14, 27. 

(2) Bonnet , Lettre sur les animalcules^ adressée à Spallanzani. 
(Euv. de Spallanzani, 1. 1, p. 258. 1771. 

POUCHET. 1 6 



242 HÉTÉROGÉNIE. 

végétaux, immédiatement il en est envahi. Il faut donc 
que l'air, pour satisfaire à cette fécondité, regorge 
dans toute sa masse d'un incommensurable nombre 
de germes, qui, à de rares exceptions près, se trouvent 
tous voués à une absolue destruction. Est-il rationnel 
de supposer que pour peupler quelques flaques d'eau 
d'infimes Protozoaires ou de quelques cryptogames 
microscopiques, notre atmosphère en promène inutile- 
ment les éléments génésiques tout autour du globe ?La 
nature nous offre partout une fécondité qui excite l'é- 
tonnement de tous ceux qui l'étudient; partout aussi 
ses moyens ingénieux de dissémination ont excité 
l'admiration des savants (1); mais c'est réellement 
une ironie que de supposer que la sagesse créatrice 
a si frivolement encombré son œuvre. Je sais que 
pour échapper à de si sérieuses objections, certains 
partisans de la panspermie aérienne répondront qu'il 
suffît de quelques germes isolés pour donner nais- 
sance aux nombreuses populations que l'on récolte. 
L'expérience, comme nous le verrons , ne donne 
nullement sa sanction à une telle supposition, car cette 
fécondité ne tiendrait pas moins du prodige (2). 

(i) Comp. Bernardin de Sainï-Pierre, Harmonies delanature. 
Paris, 1826. 

MiRBEL, Physiologie végétale. Paris, 1815, 1. 1, p. 348. 

PoiRET, Cours complet de botanique. Paris, 1813, t. I, p. 18. 

DeCandolle, Physiologie végétale. Paris, 1832, t. II, p. 595. 

Richard, Éléments de botanique et de physiologie végétale. Paris, 
1846, p. 524. 

HuMBOLDT, De distributione geographicâ plantarum. Paris, 1817, 
T^ableaux, p. 163, 

(2) Compulsez sur ce sujet nos expériences qui se trouvent 
plus loin. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 243 

L'illustre zoologiste dont s'honore l'Angleterre, 
R. Owen, pense que certains animalcules microscopi- 
ques ont une telle ténuité, et tel est, entre autres, le 
Monas crepiisculum d'Elirenberg, qu'il en entre autant 
dans une seule goutte d'eau qu'il y a d'hommes répan- 
dus à la surface du globe : c'est donc au moins cinq 
cents millions (1). Mais ce Microzoaire peut se manifes- 
ter partout où nous lui offrons des infusions propices. 
Aussi, en soutenant la dissémination aérienne, de- 
vient-il indispensable d'en encombrer universellement 
l'atmosphère, et si l'on y joint tous les autres germes de 
Protozoaires qui devraient s'y presser avec les siens, 
n'est-ce pas là une hypothèse mille fois plus effrayante 
queles plus hardies conceptions des hétérogénistes? 

L'expérience vient même démontrer, presque ma- 
thématiquement, que si la dissémination aérienne 
était réelle, il faudrait que chaque millimètre cubique 
de l'atmosphère contînt immensément plus d'œufs qu'il 
n'y a d'habitants sur le globe. Si l'on admet que chaque 
goutte recèle 500,000,000 de Monades, en repré- 
sentant celle-ci par huit millimètres cubes, il en ré- 
sultera que chaque millimètre contiendra 62,500,000 
animalcules. En supposant seulement que Tatmos- 
phère offre en suspension cent espèces de Micro- 
zoaires ou de cryptogames; pour fournir aux exigences 
de la dissémination, il faudrait donc que chacun de 
ses millimètres cubiques renfermât 6,250,000,000 
d'œufs en disponibihté. Et alors l'air dans lequel nous 
vivons aurait presque la densité du fer. 

(1) R. Owen, Lectures on the comparative anatomy and pluf^io- 
lojjij. London, 1843, p. 18. 



24 i HÉTÉROGÉNIE. 

Expérience. On a pris trois cuveltes en cristal, de 
trente centimètres de diamètre, et dans chacune 
d'elles on a placé 125 grammes de chair musculaire 
de bœuf provenant du muscle psoas. Puis ces vases 
ont été exactement remplis d'eau jusqu'à un milli- 
mètre de leurs bords ; et ensuite ils ont été re- 
couverts d'une glace pohe, laissant, par conséquent, 
entre elles et la surface de l'eau un milhmètre d'in- 
tervalle. L'un de ces vases fut placé dans les combles 
du Muséum d'histoire naturelle ; l'autre dans mon 
laboratoire, qui est au second, et le dernier au rez-de- 
chaussée du même établissement. Trois jours après, 
on examina ce qui se passait, et l'on trouva la surface 
de ces divers vases recouverte d'une pellicule animée 
formée d'une masse compacte de Monas crepiisculiim, 
(Ehr.), assez entassés les uns sur les autres pour que 
l'on pût croire qu'il en existait là un chiffre aussi élevé 
quele suppose l'illustre zoologiste anglais. Mais comme 
chaque millimètre carré de l'eau, dans toute la superfi- 
cie des vases,n'a eu au-dessus de lui qu'un millimètre 
cubique d'air, il est donc rationnel de supposer 
qu'ayant reçu toutes ses particules génésiques de 
celui-ci, il se trouvait au moins dans chacun de ces 
millimètres cubiques plus de soixante-deux millions de 
germes du Monas crepusculiim , abstraction faite de 
tous ceux des autres Microzoaires, qui ne devaient 
pas s'y rencontrer en moindre nombre. Or, comme le 
même résultat s'est produit et dans les vases placés 
au sommet de l'édifice et dans ceux placés au rez-de- 
chaussée , les veines d'atmosphère encombrées de 
germes organiques doivent avoir une grande épais- 



ÉLIMINATION DE L AIR. 245 

seur. En raisonnant dans l'hypothèse de la dissémi- 
nation atmosphérique, on se demande comment de 
tels corpuscules , et aussi serrés , peuvent échap- 
per aux lois de la réfraction de la lumière? Pourquoi 
n'y seraient-ils pas soumis comme les globules d'eau 
qui forment les nuages? Il semble qu'il y ait là im- 
possibilité physique. 

Burdach considère comme décisives, pour démon- 
trer l'absence d'œufs dans l'air, quelques expériences 
qu'il a faites avecHensche et de Baer. Il prit de la terre 
fraîche, qu'il soumit à une longue ébullition, dans 
une grande quantité d'eau. A l'aide de l'évaporation, 
le physiologiste réduisit la liqueur à la consistance 
d'extrait sec et en partie pulvérulent. Il renferma en- 
suite celui-ci avec une certaine quantité d'eau distillée 
et de gaz oxygène ou de gaz hydrogène dans des 
flacons bouchés à l'émeri et coiffés d'une vessie. Ces 
flacons, soumis à l'influence de la lumière, ne don- 
nèrent que de la matière verte de Priestley. Mais cet 
extrait, mis dans de l'eau commune en contact avec 
de l'air atmosphérique, ayant été introduit dans les 
vases, on vit y apparaître de nombreux animalcules (1). 
Cependant je dois avouer que dans le cas dont il s'agit 
je ne conçois pas bien la portée de l'expérience du 
savant Allemand. 

Ce qui a pu tromper les observateurs sur le rôle de 
l'air dans la production des animalcules, c'est qu'on 
voit parfois celui-ci, comme l'a observé Schultze (2), 

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 25. 

(2) Schultze , Microskopische Untersuchungcn ueber Brown's 
Entdeckuîiglebender Tlieilcheninallen Kœrpern, p. *z9 (Recherches 



246 HETEROGENIE. 

entraîner au loin des corps organisés réduits, par !e 
temps, à l'état pulvérulent, et en les déposant sur des 
endroits où il y a de l'eau, donner naissance à des Pro- 
tozoaires. C'est cette poussière, déposée à la surface 
des vases à expériences, que certains observateurs inat- 
tentifs ont confondue avec des œufs; car cette pous- 
sière microscopique ne produit évidemment d'animal- 
cules qu'après s'être décomposée et dissoute dans ce 
liquide. On ne peut donc voir dans cet acte un trans- 
port aérien des germes organiques. 

Ehrenberg, dont l'opinion en semblable matière a 
tant d'autorité, vient lui-même corroborer nos as- 
sertions. En effet , dans son premier écrit sur la 
distribution des Microzoaires , il combat vivement 
ceux qui prétendent que l'air est le véhicule des 
germes des ïnfusoires (1). Ce savant rapporte à 
l'appui de son opinion qu'il n'a jamais pu trouver un 
seul animalcule dans l'eau delà rosée immédiatement 
après qu'elle avait été recueillie (2). 

On voit donc Ehrenberg combattre Bonnet et 
Spallanzani. Userait bon qu'avant tout nos antago- 
nistes s'accordassent ensemble. Pour nous, qui les ré- 
futons, nous avons, je crois, précédemment démontré 
que l'on ne pouvait nullement attribuer le rôle d'agent 

microscopiques sur les molécules vivantes dans tous les corps, dé- 
couvertes par M. Brown). 

BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 24. 

{{) Ehrenberg^ Die geographische Verbreitung der Infusionst hier- 
chen, etc. 1828. (De la répartition géographique des infusoires 
sur le globe.) 

(2) Ehrenberg, Ibid. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 247 

disséminaleur ni à Feau ni aux corps solides, et c'est 
ici que nous allons nous efforcer d'en dépouiller l'air 
lui-même. 

Si l'on examine quels sont les faits que les ovaristes 
apportent à l'appui de leurs doctrines, on voit qu'ils 
n'en possèdent qu'un fort petit nombre. Ils offrent 
seulement comme inexpugnables deux expériences, 
l'une faite par M. Schultze et l'autre par M. Schwann. 
Nous allons les faire connaître, et nous pouvons à 
l'avance dire qu'en les répétant, soit en suivant les 
mêmes procédés que ces savants, soit en leur don- 
nant encore plus de rii^idité, nous avons obtenu des 
résultats absolument différents des leurs. Ainsi donc 
tombe ce rempart que depuis vingt ans on opposait 
aux générations spontanées. 

M. Longet ne s'étaye même que sur ces deux expé- 
riences pour saper tous les travaux des hétérogé- 
nistes (1). Et dans un écrit récent sur la génération 
des Infusoires, M. Claparède imite ce physiologiste ; et 
pour toute argumentation se contente aussi d"y ren- 
voyer ses lecteurs. Ce dernier s'exprime ainsi dans 
son chapitre intitulé : Generatio œqiiivoca, 

« Nous ne voulons pas entreprendre, dit-il, de ré- 
futer ici la génération spontanée des Infusoires. Les 
expériences faites à ce sujet sont nombreuses et bien 
connues. Nous renvoyons donc ceux qui en seraient 
curieux aux travaux de MM. Schultze (2), Schwann (3) 



(1) Longet, Traité de physiologie. Vàiis, i851. 

i'i) SciWLizE^ Poggendorf s Annalen, 1857. 
(3) Schwann, Isis, 1837. 



248 HÉTÉROGÉNIE. 

et Morren (1), qui rsument au fond toutes les expé- 
riences faites jusqu'ici (2). » 

De toutes ces expériences nombreuses et bien con- 
nues, on n'en cite cependant jamais quedeux ou trois, 
et des savants vont même, à l'exemple de MM. Ger- 
vais et VanBeneden, jusqu'à n'en mentionner qu'une 
seule, en particulier, comme suffisant pour renver- 
ser toutes les autres (3). Une telle manière d'argu- 
menter ménage toujours à son auteur un facile 
triomphe intérieur, mais elle ne suffit pas à ceux qui 
groupent les faits et qui les comparent. 

Mais ces expériences de MM. Schultze et Schwann 
sont loin d'avoir toute l'autorité qu'on leur suppose; 
on en peut juger par la traduction textuelle que nous 
donnons de l'une de celles du dernier savant, insérée 
dans VIsis oii on l'indique ordinairement (4) . Et à l'é- 
gard des expériences de M. Morren, quand on les lit, 
on voit qu'elles ont au fond un tout autre but que ce- 
lui qu'on leur a supposé. 

Quelques savants, pour combattre l'hétérogénie, 
citent aussi l'expérience qui suit, exécutée par M. Milne 



(1) Morren, Essai pour déteiminer l'influence qu'exerce la lu- 
mière sur le développement des végétaux et des animaux dont l'o- 
rigine avait élé attribuée à ia génération spontanée. {Observateur 
médical belge, 1834, et Ann. des se. nat., 1835.) 

(2) Claparéde, Mémoire pour le concours du prix de physiologie 
(manusciit). 

(3) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, 
p. 309. 

(4) Schwann , Traduction de VIsis. — « II avait versé un peu 
d'une infusion organique dans un globe en verre, laissant la ma- 
jeure partie de ce globe remplie d'air atmosphérique. Il fermait 
ensuite les ouvertures pratiquées dans le globe en fondant le 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 249 

Edwards. Ce zoologiste mit de l'eau contenant des 
substances organiques dans un tube , et fit bouillir le 
mélange pour tuer tous les germes d'êtres vivants qui 
pourraient s'y trouver, et ensuite il effila ce tube à la 
lampe d'émailleur et le scella hermétiquement. Ce sa- 
vant remarqua qu'aucun Infusoire ne se développait 
dans ce tube, même après un laps de temps consi- 
dérable. 

Cette expérience que l'on s'étonne de voir certains 



verre, et le globe fut mis dans l'eau bouillante ou bien dans le 
« Pot papinianien », d'où on le sortait après un quart d'heure. 
Si des animaux se montraient api es un certain intervalle, c'est 
qu'ils s'étaient formés par la generatio œquivoca, car les germes 
existants avaient été détruits par la chaleur de l'eau bouillante. 
S'il n'y avait pas d'animaux microscopiques, c'est qu'il n'y avait 
pas de generatio cpçttffoca, puisque à l'exception des germes, toutes 
les conditions pour la form ation de ces animaux subsistaient. 
Jusqu'ici le docteur Schwann n'avait encore remarqué aucune 
formation d'animaux microscopiques dans ce globe. Pour éviter 
l'objection que la matière organique transformerait , pendant que 
Peau bouillait, Toxygène de l'atmosphère enfermée dans le globe 
en carbone (en principe charbonneux) , le docteur Schwann avait 
modiiié son appareil de la manière suivante : le cou de l'alambic 
fut courbé de haut en bas, puis tordu en forme de genou, de 
manière que l'autre extrémité se retrouvait tout droit debout. On 
y joignit, en soufflant, une petite boule. L'autre bout de l'alam- 
bic fut tiré, allongé , de manière à former pointe, et puis cassé. 
Ceci terminé, on remplit le genou de mercure et l'on versa, par- 
dessus cela, une infusion organique dans la petite boule, dopt on 
fermait, en soufflant, l'issue. Le mercure séparait donc, pendant 
l'ébuUition de l'eau, le fluide de l'atmosphère renfermée dans l'a- 
lambic. L'opération de bouillir terminée, on i^^nversait l'appareil, 
le mercure descendait et l'infusion entrait en contact avec l'air 
atmosphérique dans l'alambic. Mais là encore il ne se montrait 
pas d'animaux microscopiques. Otlon , Renner, Sachs, Huschke 
doutaient que de ces expérien , expériences très-ingénieuses du 



250 HÉTÉRO GÉNIE. 

physiologistes invoquer, et tel a été M. Longet (i), 
pour saper Thétérogénie, ne doit pas même nous oc- 
cuper, parce que sa direction est telle qu'elle ne peut 
coïncider avec la vie. L'intérieur du tube étant absolu- 
ment privé d'air, ne peut ni donner naissance, ni 
même permettre de vivre à aucun être organisé. Déjà 
Bulliard avait fait quelques tentatives semblables (2) 
et nous n'avons pas cru devoir répéter son expé- 
rience ni celle de M. Milne Edwards, bien persuadé à 
l'avance que nous devrions obtenir le même résultat 
qu'eux. Admettez même qu'on puisse placer des êtres 
vivants dans de telles conditions, et immédiatement on 
les verra périr comme dans le vide du marteau d'eau. 
Cependant Spallanzani avait prétendu que les ani- 
malcules du dernier ordre pouvaient naître dans des 
infusions scellées hermétiquement, et qui avaient 
bouilli. Mais quoique ses expériences viennent étayer 
l'opinion que nous nous efforçons de faire prévaloir, 
elles nous paraissent de nulle valeur, tant elles man- 
quent de précision (3). Si le physiologiste de Pavie eût 
bien bouché ses matras, aucun ïnfusoiren'y fût apparu. 

EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES A VAISSEAUX CLOS. 

Pour mieux élucider ce sujet, nous le partagerons en 

reste, l'on pût conclure la non-existence de la generatio œqui- 
voca )).(/m, 1837, p. 523.) 
(i) Longet, Traité de physiologie. Paris, 1851. 

(2) Bulliard, Histoire des champignons de France. Paris 1809. 
t. I, p. 115. 

(3) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale Pa- 
vie, 1787. t. I, p. 29. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 251 

deux parties. La première traitera des expériences 
exécutées à vaisseaux clos, et c'est dans celle-ci que 
l'on trouvera le récit des deux tentatives qui viennent 
d'être mentionnées et celui de nos travaux contradic- 
toires. La seconde partie contiendra l'exposition des 
expériences exécutées à l'air libre, et qui selon nous, 
ont une non moindre valeur que les autres, quand on 
les interprète avec un esprit exempt de toute préven- 
tion. 

Les seules expériences fondamentales qu'on ait 
opposées à l'hétérogénie sont celles de M. Schultzeet 
de M. Schwann, insérées dans les Annales de Poggen- 
dorf {{). 

Expérience de Schultze. — Voici en quoi consiste 
l'expérience de M. Schultze. Il prit un tlacon dans 
lequel il mit des substances végétales et animales, et 
ensuite celui-ci fut rempli d'eau distillée que l'on fît 
bouillir pour détruire tous les germes d'êtres vivants 
qui pouvaient s'y trouver en suspension. Le bouchon 
de ce ballon était traversé par deux tubes à analyses 
munis de leurs boules. Celles de l'un des tubes étaient 
pleines d'acide sulfurique concentré; celles de l'autre 
contenaient une solution de potasse. Cet appareil fut 
ensuite placé sur une fenêtre et à côté de lui se trou- 
vait un vase ouvert contenant les mêmes substances. 
Pendant deux mois, chaque jour, M. Schultze renou- 

(1) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41. Comp. Edin- 
burgh new philosophical Journal. 1 STi , octobre. [Annales des sciences 
naturelles, Zoologie, 1837, t. VIII, p. 320.) 

Schwann, Des générations équivoques. [Annales de Poggendorf, 
1837, p. 184) 



252 HÉTÉROGÉNIE. 

vela l'air de son flacon et examina le contenu de celui- 
ci. Il prétend que, pendant ce laps de temps, il ne 
se développa aucun Infusoire, ni Moisissure, ni Con« 
ferve dans le bocal fermé ; tandis que dans le crité- 
rium exposé à Tair, on vit apparaître des Monades, des 
Vibrions et des Polygastriques. Plane. III, fig. 1 (1). 

Schultze ajoute que, lorsque las d'attendre vaine- 
ment, il débouchait son vase et y laissait pénétrer l'air 
extérieur, au bout de trois jours, des Infusoires y pul- 
lulaient, apportés, dit-il, par le fluide atmosphérique 
qui les tenait en suspension (2). Ce dernier fait est 
pour moi inexplicable car nous avons déjà vu, et nous 
verrons encore, que dans les décoctions le phénomène 
ne marche pas aussi rapidement. 

Nous ne concevons pas trop comment cette expé- 
rience a été conduite et comment chaque jour sans 
introduire de l'air, avec un tel appareil, on a pu véri- 
fier ce qui se passait dans le flacon en expérimenta- 
tion. Nous pourrions dire aussi avec M. Bérard, que 
cette expérience prouve tout simplement que l'air qui 
a traversé l'acide suif urique est contraire à la généra- 
tion spontanée (3). Mais nous n'avons nullement be- 
soin d'employer de tels arguments, puisque cette ex- 
périence répétée avec des précautions infiniment plus 
grandes que celles dont parle M. Schultze nous a 
donné des résultats contraires et positifs. Nous avons 
vu des Mucorinées, des Monades et des Vibrions se 
développer dans des vases qui ne recevaient que de 

(1) ScmiLTZVyEdinburgh new philosophical /oî/rnaZ. Janvier 1837. 

(2) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41. 

(3) Bérard, Cours de physiologie, Paris, 1848, 1. 1, p. 95. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 253 

l'air qui avait traversé une grande épaisseur d'acide 
sulfurique,et même en plus, de l'eau bouillante. Nous 
pouvons en outre prétendre, après une lecture atten- 
tive des Recueils scientifiques, où l'expérience unique 
de M. Schultze a été insérée, que celle-ci n'offre au- 
cune garantie sérieuse .(1). 

Et d'abord, malgré le titre d'Expériences sur 
les générations équivoques, le mémoire ne contient 
qu'une seule expérience fort incomplètement exposée. 
M. Schultze ne dit nullement quelles substances il a 
employées dans l'eau qui remplissait son flacon. Il dit 
seulement qu'il y mit des substances animales et vé- 
gétales variées; il n'en mentionne point la quantité, 
il ne donne aucune attention à la température qui a 
régné durant son expérience. Le vase employé par 
cet expérimentateur était une simple fiole à liqueur, 
dont l'unique goulot était fermé par un bouchon du- 
quel sortaient deux tubes recourbés, dont un commu- 
niquait avec un des petits appareils de Liebig destinés 
aux analyses organiques et était rempli d'acide sulfu- 
rique, tandis que l'autre offrait un appareil semblable 
mais rempli d'une solution de potasse. Ces deux ap- 
pareils avaient été adaptés aux tubes tandis que la li- 
queur. du flacon était en ébullition. M. Schultze aspi- 
rait chaque jour deux fois avec sa bouche l'air du 
flacon par l'appareil rempli de potasse, et il y rentrait 
de l'air nouveau qui traversait les boules remplies 

(1) Schultze, Notice ofthe Resuit of an Expérimental Observation 
made regarding Equivocal Génération. — Edinburgh new philoso- 
phical Journal. Octobre 1837. — Expériences sur les générations 
équivoques. Ann. des se. nat.,2.^ série. Zoologie, t. VIII, p. 320. 



254 HÉTÉROGÉNIE. 

d'acide sulfurique ; et il dit aussi que pendant plus de 
deux mois que dura l'expérience, il eut le soin d'exa- 
miner chaque jour au microscope l'infusion contenue 
dans le flacon et qu'il n'y rencontra jamais aucun ani- 
malcule. Nous ne dirons rien du soin avec lequel 
M, Schultze renouvelait l'air de son appareil, il était 
superflu ; mais nous voudrions bien que Ton pût nous 
enseigner comment , dans un appareil semblable , 
M. Schultze a pu chaque jour, sans l'ouvrir, constater 
ce qui se passait dans l'infusion et en explorer les 
bords, comme il le dit, à l'aide du microscope! Voici 
pour nous ce qui est inexplicable (1). 

Nous ne parlerons nullement du critérium placé à 
côté de l'appareil et dans lequel M. Schultze trouve 
rapidement des Infusoires, parce que si le savant de 
Berlin dit bien que dans celui-ci il plaça les mêmes 
substances que dans l'appareil, il ne dit nullement s'il 
les soumit également à T action deVébullition, ce qui 
est fort essentiel à savoir. 

L'expérience suivante tend à prouver que la facilité 
avec laquelle Schultze obtenait des animalcules, soit 
dans son critérium, soit à volonté et si rapidement 
lorsqu'il ouvrait le matras à expérience, n'existe pas 
toujours, et nous la regardons même comme fort pa- 

(1) Voici comment s'exprime le traducteur du travail de 
M. Schultze dans le Nouveau Journal d' Edimbourg : 

Continued uninterruptedly the renewal of the air in theflask, 
without being able, by the aid of the microscope, to perceive 
any living animal or vegelable substance, although during the 
whole of the tirne I made my observations almost daily on the 
edge of the liquid. » 



ÉLIMINATION DE L AIR. 255 

radoxale lorsqu'il s'agit de décoction de substances 
végétales. 

Expérience. — Un petit ballon à large goulot, d'un 
demi-litre de capacité a été rempli d'eau à moitié, et 
l'on y a ensuite introduit cinq grammes de foin. A 
l'aide d'une lampe à esprit-de-vin on a entretenu l'eau 
en ébullition pendant quinze minutes, et ensuite, le 
matras étant débouché y son contenu a été abandonné 
au contact de l'air. Pendant l'entière durée de l'ex- 
périence, qui fut longue, la température fut en 
moyenne de 16" cent. L'expérience fut com- 
mencée le 24 juillet. Le 2 août le liquide était dia- 
phane et d'une teinte fauve ; sa surface n'offrait au- 
cune pseudo-membrane, aucune bulle gazeuse; on 
n'y voyait aucun vestige d'êtres organisés. Le 7 
août on n'y reconnut encore absolument rien. L'ob- 
servation fut répétée sans plus de succès jusqu'au 
18 septembre, c'est-à-dire pendant presque deux mois. 

En présence d'un tel résultat que doit-on croire de 
ce qu'avance Schultzequi, dans des cas analogues, 
obtenait des êtres organisés aussitôt qu'il exposait sa 
décoction au contact de l'atmosphère? 

Lorsque je me trouvai rationnellement bien péné- 
tré de l'évidence de la thèse que je devais défendre, 
je me mis à l'oeuvre pour la démontrer expérimenta- 
lement. Mais en même temps que mes travaux, dans 
cette direction, venaient chaque jour confirmer mes 
vues, je m'occupai, d'un autre côté, de refaire d'un 
bout à l'autre toutes les expériences des antagonistes 
de l'hétérogénie, en les répétant à plusieurs reprises, et 
en m'entourant de toutes les précautions imagina- 



256 HÉTÉROGÉNIE. 

bles. Voici ce qui advint. Dans tous les cas où les phy- 
siologistes que nous combattons ont opéré de manière 
à ne pas entraver absolument la vie organique, j'ai 
obtenu des résultats entièrement opposés aux leurs, 
j'ai vu constamment des animalcules et des végétaux 
apparaître là où ils prétendaient n'en avoir jamais ob- 
servé. Puis, dans les cas où les résultats ont été né- 
gatifs, dans mes expériences comme dans les leurs, 
j'ai reconnu qu'on le devait à ce que les conditions 
étaient telles qu'aucun être vivant ne pouvait subsis- 
ter au milieu d'elles. 

Contre-expérience de schultze par m. pouchet. 
— J'ai répété delà manière suivante l'expérience de 
M. Schultze : Un ballon d'un litre de capacité a été 
rempli à moitié d'eau, et l'on a mis dans celle-ci cinq 
grammes de foin. Le bouchon de ce ballon était tra- 
versé par deux tubes recourbés à angle droit à cinq 
centimètres au-dessus de leur sortie; l'un d'eux, le 
tube afférent, ne descendait pas plus basque le col de 
ce ballon; l'autre, le tube efférent, plongeait plus 
profondément et arrivait à un centimètre du liquide, 
afin de mieux enlever les gaz pesants qui stagneraient 
à sa surface. Chacun de ces tubes était articulé, à 
l'aide d'un cylindre de caoutchouc, avec un appareil 
à cinq boules de Liebig; cet appareil fut rempli d'a- 
cide sulfurique concentré. Pour plus de précision, et 
afin de faire marcher plus lentement et plus réguliè- 
rement l'introduction de l'air et par conséquent de 
mieux le laver dans l'acide, nous avons employé un 
vase aspirateur, dont le robinet ouvert à peine n'atti- 
rait Tair que globule à globule. Ce vase recevait un 



ELIMINATION DE L AIR. 2S7 

tube qui était articulé avec les boules efférentes. Le 
bouchon du ballon ayant été luté avec du vernis au 
copal et du vermillon, et les extrémités des cylin- 
dres de caoutchouc qui unissaient les diverses pièces 
de l'appareil ayant reçu le même lut, on plaça sous 
l'appareil une lampe  esprit-de-vin et l'eau du ballon 
fut bientôt portée à l'ébullition. On l'entretint dans 
cet état pendant une heure, durant laquelle la vapeur 
sortait abondamment par les tubes. La lampe fut alors 
éteinte et le ballon se refroidit lentement, en aspirant 
peu à peu de l'air par les boules. Plane. IIL fig. 2. 

Le soir du premier jour, lorsque l'appareil était tout 
à fait froid, à l'aide du flacon aspirateur qu'on luta 
alors avec lui, on fit passer un litre dair avec toute 
la lenteur possible, à travers le ballon. Puis ensuite, 
chaque jour, la même opération fut répétée avec les 
mêmes précautions, soit pour enlever les gaz qui se 
produisaient à la surface du liquide, soit pour fournir 
de l'air respirable aux animalcules qui pourraient ap- 
paraître dans la décoction. Près de cefle-ci, on plaça 
un critérium : c'était un ballon absolument semblable 
à celui employé pour l'expérience , ayant reçu autant 
d'eau et de foin, et dans lequel ceux-ci avaient subi 
une pareille ébuUition ; seulement on laissa le matras 
ouvert. 

La marche de cette expérience a été un peu lente 
à cause de la saison dans laquelle nous opérions et de 
la basse température qui régnait, et qui, en moyenne, 
ne s'est pas élevée au-dessus de 14°. Le liquide s'est 
coloré lentement et est resté parfaitement diaphane et 
fauve jusqu'au vingtième jour, époque à laquelle il 

POUCHET. 1 7 



2 58 HÉTÉROGÉNIE. 

devint un peu nébuleux, trouble et où il se produisit 
au fond un léger dépôt. Le vingt-quatrième jour, on vit 
se former à sa surface en petit îlot glauque, d'environ 
deux millimètres de diamètre, qui paraissait formé 
d'une espèce de Pénicillium, Le lendemain on en vit 
un autre de la même dimension. 

Enfin, le vingt-sixième jour, l'appareil fut ouvert -et 
voici l'énumération de ce que nous rencontrâmes dans 
le liquide qu'il renfermait. Les deux îlots étaient réel- 
lement formés d'un Pénicillium , très-rapproché du 
Pénicillium glaucum , Link, mais plus rameux et à 
cloisons très- serrées. L'eau était peuplée à sa sur- 
face d'une immense quantité de Spirillum ondulé, 
Spirillum iindula, Eh. Duj. (1) ; et de Spirillum iouY- 
no^^dini, Spirillum volutans, Eh. Duj. (2). On y ren- 
contrait aussi beaucoup d'autres Vibrions très-agiles 
de 0,0038 de millimètre. La pellicule de la surface 
était arachnoïde et formée de grands Vibrions morts, 
parfaitement enchevêtrés et ayant presque tous une 
longueur de 0,0200 de millimètre environ. Çà et là 
s'agitaient quelques Monades difficiles à déterminer. 
On rencontrait en outre, dans cette décoction, une 
abondance de Bactériums articulés d'une longueur 
qui variait de 0,0076 à 0,0110 de miUimètre (3). Enfin 

(1) Ehrenberg, Infus., pi. V, fig. 3. 

DuJARDiN, Histoire naturelle des Infusoires. Paris, 184t,p. 223. 
0. F. MuLLER, Vibrio undula, Inf., pi. i, fig. 4-6. 

(2) Ehrenberg. Infus.,\)\. v, fig. 13. 
DuJARDiN, Infus., p. 225. 

0. F. MuLLER, Vibrio spirillum, Infus.,pl. vi, fig. 9. 

(3) Bacterium articulatum et Baderium triloculare (I'Ehrenberg. 
DuJARDIN, //î/'us.;,p. 216. 



ÉLIMINATION DE l'aiR. 259 

on voyait aussi à certaines places quelques animal- 
cules que je pense indéterminés. Ceux-ci étaient cylin- 
driques, obtus aux extrémités, et renfermaient à leur 
intérieur de trois à cinq grosses granulations ; leur 
longueur était en moyenne de 0,0200 de millimètre. 
Il existait encore çà et là quelques semences de Péni- 
cilliums faciles à reconnaître. 

De tels résultats, obtenus par notre contre-expé- 
rience, renversent donc ceux que Schultze avait ob- 
tenus dans son expérience si célèbre. 

Voici, dans cette contre-expérience, ce qui se passa 
dans le critérium. Le second jour, le liquide ne pré- 
sente aucune production organique. Le troisième, il 
offre à sa surface un certain nombre de grands Vi- 
brions ayant pour la plupart 0,0140 de millimètre de 
longueur. On rencontrait aussi, de place en place, 
quelques Vibrio levis, nob. de 0,0336 à 0,0420 de 
milli-mètre de longueur; enfin çà et là il existait quel- 
ques Vibrio bacilliis de 80 à 100 divisions micromé- 
triques, doués, ainsi que tous les autres , de mouve- 
ments très-manifesles. Le quatrième jour, la tempéra- 
ture étant de 1 4°, tous les Vibrions observés la veille 
sont morts et forment à la surface de la liqueur un 
réseau lâche inaniaié. Cette rapide phase de vitalité à 
laquelle succède une destruction complète n'aura- 
t-elle pas été une cause d'erreur pour les observateurs 
qui n'ont obtenu que des résultats négatifs? Le cin- 
quième jour, la température moyenne est de 10°. Le 
réseau de Vibrions morts , formé à la surface de la 
liqueur est encore très-distinct, on n'observe pas le 
moindre animalcule vivant. Le sixième jour, temp. 



260 HÉTÉROGÉNIE. 

10% le foin est remonté et surnage un peu; la super- 
ficie du liquide , pendant la nuit, a produit quatre 
petits îlots de Pénicillium glaucum, Link. Le sep- 
tième jour ,tenip. 15°, même état. De temps à autre 
. on aperçoit quelques Vibrions de 4 à 5 divisions mi- 
crométriques, animés de mouvements manifestes, et 
d'autres Vibrions, mais très-petits, qui ont des mou- 
vements fort rapides. On ne les distingue qu'aux plus 
puissants grossissements : sans une attention soutenue, 
on pourrait croire qu'il n'existe dans cette décoction 
aucun animalcule vivant. Le huitième jour, temp. 13% 
dans certains endroits on découvre beaucoup de Vi- 
brions granifères enchevêtrés en pellicule et inanimés; 
puis beaucoup de plus petits, très-agiles, très-nom- 
breux. Le dixième jour, temp. 14% Hqueur devenue 
jaune, trouble ; à sa surface nagent plusieurs ilôts de 
Pénicillium, Pellicule inapparente. On observe beau- 
coup de corps inanimés de Vibrions granulés, des Mo- 
nades terme. Le quatorzième jour, temp. 18% les îlots 
de Pénicillium se sont agrandis et laliqueur ne contient 
absolument qu'une immense abondance de Monades 
fort rapprochées du Monas elongata , Duj. Le vingt- 
sixième jour, jour où l'on ouvre l'appareil, le critérium 
n'est pas plus avancé que lui pour sa faune ; quelques 
rares Monas lermo y quelque?, très-petits Vibrions, voilà 
tout ; l'avantage serait peut-être même à l'expérience. 
On voit que nos décoctions à Tair libre ne sont pas 
aussi rapidement fécondes que celles de M. Schultze; 
nous n'avons trouvé aucun Polygastrique dans cette 
circonstance. 

Expérience. — Après avoir suivi le même procédé 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 261 

que M. Schultze , j'ai conçu une expérience qui est 
encore plus rigoureuse que la sienne, et, dans cette 
tentative, que j'ai répétée plusieurs fois, j'ai obtenu 
encore des résultats opposés à ceux du savant étran- 
ger. Voici cette expérience : un flacon à trois tubu- 
lures, de la contenance d'un litre, fut totalement 
rempli d'acide sulfurique concentré. La première tu- 
bulure était occupée par un tube recourbé qui , par 
l'une de ses extrémités , communiquait avec une 
pompe à air, et par l'autre plongeait au fond de l'acide. 
La seconde tubulure , ou tubulure du milieu , était 
munie d'un siphon qui naissait au niveau de la réunion 
du tiers supérieur du flacon avec les deux tiers 
inférieurs et allait se plonger au fond d'une éprou- 
vette vide.La troisième tubulure portait un tube allant 
se rendre dans le second Qacon. 

Ce second flacon, de la même capacité que l'autre, 
avait été rempli d'eau bouillante ; sa première tubulure 
donnait passage au tube qui provenait du flacon 
rempli d'acide ; né au niveau de la tubulure de celui- 
ci, il allait se rendre au fond de l'eau bouillante. La 
tubulure du milieu avait un siphon offrant exactement 
la même disposition que le précédent et reçu aussi dans 
une éprouvette vide. Enfin, de la troisième tubulure 
partait un tube allant dans le fond du troisième flacon. 

Ce flacon d'une capacité égale aux autres n'offrait 
que deux tubulures. La première recevait le tube pro- 
venant du flacon à eau bouillante ; né dans celui-ci 
au niveau de sa tubulure , il ne se plongeait qu'au 
même niveau dans le dernier flacon. La seconde tu- 
bulure portait un tube ou siphon qui, né au-dessus du 



262 HÉTÉROGÉNIE. 

niveau des deux tiers du flacon, allait se rendre dans 
une éprouvette remplie d'eau. 

Une forte décoction de foin bouillant ayant été in- 
troduite dans ce troisième vase et le remplissant exac- 
tement, on luta l'appareil avec le plus grand soin, à 
l'aide de vernis gras et de vermillon, afin de le fermer 
hermétiquement. L'appareil était donc absolument 
occupé par de l'acide sulfurique et de l'eau presque en 
ébuUition. Alors, avec beaucoup de lenteur, à l'aide 
d'une petite pompe on introduisit de l'air dans l'ap- 
pareil, et voici ce qui se passa, et ce que l'on voulait 
obtenir : l'air introduit traversa peu à peu l'acide 
sulfurique concentré et s'amassa à la partie supérieure 
du premier flacon ; la pression qu'il détermina mit 
en jeu le siphon qui était adapté à celui-ci et le tiers 
de l'acide sulfurique alla remplir la première éprou- 
vette. Lorsque tout ce que ce siphon pouvait enlever 
d'acide fut parti, l'air qui avait traversé celui-ci passa 
dans le flacon d'eau bouillante, se déchargea des 
vapeurs d'acide qu'il avait pu entraîner et s'amassa au 
haut de ce second flacon ; bientôt le siphon se mit en 
action et vida un tiers de l'eau bouillante dans la se- 
conde éprouvette. Enfin, lorsque l'action de ce second 
giphon fut épuisée, l'air passa dans le troisième, où le 
dernier siphon se mit en jeu pour enlever aussi le 
tiers de la décoction qui s'y trouvait contenue. Dans 
cet état de choses, il n'existait donc absolument en 
contact avec la décoction mise en expérience que de 
l'air ayant traversé un flacon rempli d'acide sulfurique 
concentré, et un autre flacon rempli d'eau bouillante, 
double épreuve plus que suffisante pour détruire tous 



ELIMINATION DE L AIR. 263 

les germes d'animaux ou de plantes qui auraient pu 
se trouver dans l'air. 

Ensuite on abandonna absolument l'appareil à lui- 
même, bien persuadé qu'il ne pouvait y avoir aucune 
communication entre l'atmosphère et le troisième fla- 
con, car, par un excès de précaution, le fond des 
éprouvettes contenait du mercure dans lequel plon- 
geaient des siphons, afin qu'on ne pût accuser au- 
cune action d'endosmose du liquide. La dernière 
éprouvette servait de critérium. 

Le critérium examiné de temps à autre prouva, 
comme il fallait s'y attendre , que Texpérience devait 
marcher avec beaucoup de lenteur. Pendant plus de 
quinze jours, quoique exposé à l'air, il n'offrit cepen- 
dant aucune production organique. Ce ne fut que le 
dix-huitième jour qu'on découvrit à la surface une 
petite touffe de Mucorinée près de laquelle s'agi- 
taient en abondance des Vibrions. 

L'appareil ayant été abandonné à lui-même pen- 
dant vingt jours, le flacon qui contenait la décoction 
n'ayant reçu aucune nouvelle portion d'air, n'avait 
donc alors été en contact qu'avec un demi-litre de ce 
fluide. Avant d'ouvrir cet appareil on put observer 
qu'il n'y avait pas eu la moindre communication en- 
tre son contenu et l'air atmosphérique ; le niveau de 
l'eau que les pressions diverses avaient, dès l'origine, 
déterminé dans les tubes et les sipohns n'ayant nulle- 
ment varié. 

A l'issue de ces vingt jours on s'attendait à trouver 
à l'intérieur du liquide en expérience des produits 
analogues à ceux du critérium, et cela eut lieu en ef- 



264 HÉTÉROGÉNIE. 

fet. On avait vu , dès le dix-huitième jour, se former 
dans l'appareil des îlots d'une Mucorinée semblable 
à celle qui recouvrait alors le critérium. Quand le 
flacon fut ouvert, on reconnut que celle-ci était un 
petit champignon à mycélium , excessivement grêle, 
et dont les ramifications étaient alternes, inarticu- 
lées, d'un bleu extraordinairement pâle, d'un diamè- 
tre de 0,0028 de millimètre. Dans les ramifications 
de cette plante, ainsi qu'au fond du vase, on rencon- 
trait un grand nombre de Bactériums articulés, Bac- 
terium articidatum, Ehr., en mouvement ou immo- 
biles ; ils étaient plus abondants au fond , où la 
végétation cryptogamique manquait ; on rencontrait 
aussi çà et là des Vibrions-anguilloïdes, Vibrio undu- 
la Mull. (1), très-agiles, et des Vibrions linéaires 
immobiles, Vibrno bacillus, Mull. 

Comme on le voit, le contenu du flacon isolé de 
l'atmosphère était à peu près le même que celui du 
critérium. Peut-on donner une plus manifeste preuve 
que ce n'est point l'atmosphère qui recèle les germes 
des animaux? La Mucorinée du flacon était évidem- 
ment la même que cefle du critérium ; seulement, si 
elle n'offrait point d'articulations, cela provenait de 
ce qu'elle était un peu plus nouveflement formée; la 
vie ne marchant jamais à vaisseau clos et en présence 
d'une faible portion d'air, comme efle marche en 
pleine atmosphère, car on se rappelle que dans notre 
appareil l'air n'a pas été renouvelé. 

(1) 0. F. MuLLER, Anim. infus., pi. III, fig. 5, 7. 
Spirillum undula, Ehrenberg. Infusion, tab. V, fig. 12. 
Spinllumundulaj Dujardin. Infusoires, p. 223, pi. I, fig. 8. 



I 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 265 

Expérience. — Connaissant combien les animalcu- 
les sont lents à apparaître dans les décoctions, j'ai va- 
rié cette expérience de la manière suivante, pour ob- 
tenir plus rapidement des produits et aussi des ani- 
malcules d'un ordre plus élevé; j'ai réussi ainsi que 
tout me le faisait présager. 

En juillet, cinq grammes de foin ayant subi l'ac- 
tion d'un courant de vapeur d'eau pendant vingt mi- 
nutes, sont introduits dans le troisième flacon de mon 
appareil à acide sulfurique, précédemment décrit. Le 
second flacon venant d'être rempli d'eau bouillante, 
on versa immédiatement aussi de l'eau bouillante dans 
le troisième flacon et on luta hermétiquement. En- 
suite chaque jour, on fit passer un htre d'air dans l'ap- 
pareil à travers l'acide sulfurique, puis l'eau destinée 
à le laver. 

Après huit jours d'une moyenne de 22° pour la 
température, on examina le contenu du flacon qui 
renfermait le foin et voici ce que l'on trouva. Le li- 
quide offre une pellicule apparente, mince, cassante. 
Le microscope y signale ce qui suit : uiie immense 
quantité de Vibrions granifères et de Vibrions lis- 
ses (1) en partie vivants et en partie déjà morts. On 
n'aperçoit aucune Monade, et les Vibrions de petite es- 
pèce sont excessivement rares. De place en place, on 
découvre de petits îlots composés de granules conte- 
nus dans l'enchevêtrement que forment les corps des 
Vibrions morts. Ces granules ne sont évidemment 
que des vestiges de la décomposition des Vibrions 

(1) Vibrio granifer, Pouchet. — Vibrio levis, Pouchet. 



266 HÉTÉROGÉNIE. 

granifèies, de façon que là la membrane proligère 
n'est point formée par des Monades ou de petits Vi- 
brions, mais par les corps des grands et par leurs 
granulations. 

Expérience. — L'expérience qui suit fut exécutée 
sans que l'on s'entourât des précautions si rigoureuses 
que l'on avait prises dans les précédentes, et cepen- 
dant, pour moi, elle est tout aussi explicite. Elle offre 
des résultats plus évidents parce que l'on y a moins 
altéré les éléments génésiques. On l'exécuta dans le 
même appareil. On introduisit de l'eau bouillante dans 
le second flacon et le troisième fut rempli d'eau fil- 
trée et de dix grammes de foin gardé pendant trente 
minutes dans une étuve chauffée à 200° ; enfin de l'air 
extérieur fut introduit dans l'appareil en traversant 
le flacon d'acide sulfurique et le flacon d'eau bouil- 
lante. 

Le lendemain, la température ayant été de 17% 
l'eau est colorée en fauve; il n'existe à sa surface 
aucune bulle de gaz, ce qui indique qu'aucun mou- 
vement fermentescible ne s'est établi. On injecte 
alors un litre d'air. 

Le deuxième jour expiré, l'appareil est ouvert. Il 
existe à la surface du liquide quelques bulles de gaz; 
la macération est légèrement trouble. Le liquide offre 
une pellicule proligère excessivement mince, formée 
d'une immense quantité de Vibrions granifères en- 
chevêtrés avec des Vibrions lisses, et ayant leurs in- 
tervalles remplis de Monades crépusculaires et de 
Bactériums articulés. Presque tous les Vibrions sont 
déjà morts, cependant quelques-uns sont encore très- 



ÉLIMIISATION DE l'aIR. 267 

agiles. De place en place aussi on voit s'agiter quel- 
ques Monades lentilles. 

Parallèlement à cette expérience, il existe près de 
mon appareil un flacon de la même capacité, et dans 
lequel, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, j'ai fait 
bouillir le foin pendant trente minutes. Le liquide est 
d'un fauve extrêmement foncé, limpide, aucunebulle 
de gaz n'existe à sa surface, aucune pellicule ne s'y 
observe. Examinée au microscope, la décoction n'of- 
fre pas alors la moindre trace d'animalcule ! 

Schwann a exécuté aussi quelques expériences qui 
ont eu le même retentissement et le même résultat que 
celles de Scliultze ; mais au lieu d'employer Tacide 
sulfuriquepour tuer les germes qu'il supposait errants 
dans l'atmosphère, il eut recours au feu. Ce savant, 
après avoir fait bouillir de Teau chargée de matières 
organiques , ne faisait parvenir sur celles-ci que 
de Tair qui avait traversé un milieu soumis à la tem- 
pérature de la chaleur rouge. Dans ses expériences 
aucun mouvement putrescible ne se manifesta dans 
le hquide, et jamais dans celui-ci aucun animalcule 
ne se développa, aucun végétal rudimentaire (1). 

Voulant rendre incontestable que l'air ne peut être 
considéré comme le véhicule des germes, et renver- 
ser ainsi le dernier retranchement des adversaires de 
l'hétérogénie, j'ai, à plusieurs reprises, répété l'ex- 
périence de Schwann avec le plus grand soin, et même 
en prenant des précautions encore plus sévères que 
ce savant ne l'avait fait, et, cependant, mes résultats 

(1) Schwann, Des générations équivoques. [Annales de Poggen- 
i-irf, 1837, p. 184. 



268 HÉTÉROGÉNIE. 

ont été tout à fait opposés aux siens. J'ai vu des cryp- 
togames et des Protozoaires se développer abondam- 
ment dans des vases qui n'étaient accessibles qu'à de 
Tair élevé à une température telle que dans l'hypothèse 
ou celui-ci aurait pu contenir quelques germes, ceux- 
ci avaient évidemment été détruits. 

Expérience. — J'ai pris un gros tube en verre, long 
de cinquante centimètres, et, afin de multiplier les 
points de contact et de ralentir la marche de Tair qui 
devait le traverser, tout l'intérieur en fut obstrué avec 
des filaments d'amiante et des fragments de verre. 
Ce tube recevait d'un côté un tuyau de gomme élasti- 
que communiquant avec une pompe à air, et de l'au- 
tre il se continuait avec l'appareil. Ce tube était dis- 
posé horizontalement et au-dessous de lui se trou- 
vaient trois grosses lampes à esprit-de-vin dont la 
flamme l'entourait complètement. Venaient ensuite 
deux flacons, l'un à trois tubulures et l'autre à deux. 
Le premier de ceux-ci était totalement remph d'eau 
bouiflante et recevait, par sa première tubulure, un 
tube recourbé qui plongeait jusqu'au fond du liquide. 
La tubulure du milieu était munie d'un siphon qui 
naissait dans ce flacon vers le milieu de sa hauteur et 
allait se rendre dans une éprouvette vide. Enfin la 
troisième tubulure porlait un tube qui, né à un centi- 
mètre au-dessous de son bouchon , allait se rendre dans 
le second flacon. Ce second flacon avait été rempli 
entièrement d'une décoction de foin bouiflante. Sa 
première tubulure recevait le tube qui partait du vase 
précédent, et ce tube ne s'enfonçait point dans le fla- 
con à plus d'un centimètre au-dessous du bouchon. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 269 

De la seconde tubulure naissait un tube faisant fonc- 
tion de siphon. Il naissait vers le milieu delà hauteur 
du flacon et allait se rendre au fond d'une grande 
éprouvette vide. L'appareil ayant été luté exactement 
en mettant peu de lut et en recouvrant celui-ci d'une 
couche de vernis et de vermillon, on allumâtes trois 
lampes; et lorsque, après une demi-heure, il fut évi- 
dent que le tube et les fragments de verre et d'a- 
miante qu'il contenait étaient élevés à la température 
rouge , on poussa très-lentement de l'air dans l 'appareil , 
à l'aide de la pofnpe. Cet air, à cause de la multiplicité 
des points de contact, fut réellement tamisé tout le 
long du tube, de manière à tuer incontestablement tous 
les germes d'animaux, s'il en contenait. De là il passa 
dans le premier flacon en traversant l'eau presque 
bouillante qu'il contenait. Immédiatement l'air intro- 
duit dans l'appareil mit en jeu le premier siphon et ce 
premier flacon se vida de la moitié de son eau dans 
r éprouvette qui lui était contiguë. Peu de temps 
après, l'air traversait le tube de communication du 
deuxième flacon, arrivait dans celui où était la dé- 
coction de foin et mettait en jeu le second siphon, 
qui alors en enlevait rapidement la moitié pour en 
remplir la seconde éprouvette. Plane, llï, fig. 3. 

Ainsi donc, tout l'air qui remplissait alors le flacon 
contenant la décoction en expérience avait été tamisé 
dans une longueur de cinquante centimètres et y 
avait été élevé à la température de la chaleur rouge, 
et ensuite cet air avait traversé de l'eau presque bouil- 
lante. Aucun germe n'avait donc pu résister. Les tu- 
bes des éprouvettes plongeaient dans du mercure. 



270 HETEROGENIE. 

Dans la première expérience que nous tentâmes 
avec cet appareil, nous fûmes plus rigoureux que 
M. Schwann. L'air ne fut nullement renouvelé et la 
décoction ne se trouva, durant tout le temps, en con- 
tact qu'avec un décimètre cube de ce fluide. Ce ne fut 
qu'après six semaines que l'on déluta l'appareil et 
l'on put avant s'assurer que l'intérieur n'avait pas 
reçu la moindre parcelle d'air atmosphérique, la dif- 
férence de nivellement que l'eau offrit tout d'abord 
dans les siphons n'avait point varié depuis le com- 
mencement de l'expérience jusqu'à sa terminaison. 

Voici ce qui fut observé alors : on n'a jamais dis- 
tingué de pellicule à la surface du liquide, qui a 
toujours été diaphane et d'un fauve foncé. Seulement 
après vingt-qualrejoursona vu se former de place en 
place des îlots de quatre et six millimètres de diamè- 
tre, composés évidemment d'amas de petits champi- 
gnons reconnaissables à la loupe, à travers les parois 
du flacon. Ces amas, d'abord de couleur blanche, 
faisaient une saillie d'un millimètre à la surface de 
l'eau. Deux jours après, leur teinte devint d'un vert 
glauque ( 1 ). A l'ouverture du flacon, avec le microscope 
on reconnut qu'ils étaient composés d'une espèce de 
Pénicillium très-analogue au Pénicillium glaucum de 
Link, ainsi que le firent soupçonner quelques vestiges 
de sa fructification en pinceaux qu'on rencontrait çà et 
là. Chacun de ceux-ci était environné d'un nuage de 
spores libres, sphériques de 0,0028 à 0,0040 de mil- 
limètre de diamètre, colorés en jaune très-clair. Ou- 

(i)A ce moment on n'observait aucun de ces cryptogames dans 
le critérium, ni dans le laboratoire. 



ÉLIMINATION DE L AIR. 271 

tre ces spores, on trouvait encore dans le liquide des 
corpuscules allongés fort petits, presque tous absolu- 
ment immobiles et qui n'étaient que les restes d'une 
génération de Vibrions qui avait précédemment animé 
cette infusion. Quelques-uns seulement jouissaient 
encore de mouvements. Ceci est parfaitement en har- 
monie avec ce qu'a observé M. Pineau. 11 a vu le Péni- 
cillium glaucum succéder à des générations de Vi- 
brions (1). 

Quoi qu'il en soit, voici évidemment un végétal et 
des Vibrionides qui se sont développés spontanément 
après quelques semaines, dans une atmosphère d'air 
non renouvelé ayant subi la température rouge et tra- 
versé deux flacons d'eau presque bouillante. Il est 
évident que l'on ne peut pas dire que là les séminules 
sont venues du dehors. Si ces séminules, chose im- 
possible, avaient traversé le tube rouge, elles ne se- 
raient même pas parvenues dans le second flacon , 
elles fussent restées flottantes dans le premier; enfin , 
on les voit, on les connaît ; si elles pénétraient dans des 
appareils, on les y découvrirait... Nous les y décou- 
vrons comme on le voit, quand elles y sont réelle- 
ment. 

Pendant tout le temps qu'a duré l'expérience, le 
critérium a conservé sa transparence, et après six se- 
maines c'était à peine si sa surface offrait une pelli- 
cule apparente. Le vingt-huitième jour il offrait quel- 
ques yibrio rngula,Du']., mais en si faible quantité 

(4) J. PiNF.AU, Recherches sur le développement des animalcules 
infusoires et des moisissures. {Ann. des se. nat. Zoologie, t. I!l, 
p. 187.) 



272 HETERO GENIE. 

qu'ils auraient pu passer inaperçus. Le trente-cin- 
quième jour on n'y distinguait absolument rien. Enfin, 
observé parallèlement au Qacon et le même jour, on 
ne reconnut à sa surface aucun Mucor ni aucune sé- 
minule de Mucor. De place en place seulement on 
voyait une ou deux Monades, un ou deux Vibrions, 
pas plus. 

Si les germes étaient réellement suspendus dans 
l'atmosphère, pourquoi le Pénicillium qui s'est si am- 
plement développé dans le vase fermé, n' eût-il pas 
apparu en plus grand nombre dans le critérium exposé 
à l'air? Il le devait dans l'hypothèse de la pansper- 
mie. Si cela ne s'est pas réalisé, c'est que celle-ci 
est sans fondement. Pourquoi le critérium était-il 
aussi dénué d'animaux, lui sur lequel tous les germes 
atmosphériques pouvaient pleuvoir?... Pourquoi! 
C'est qu'à l'air libre comme dans les vases fermés, 
les décoctions sont souvent fort peu riches en animal- 
cules, et c'est ce qui a égaré les expérimentateurs qui 
nous ont précédé. 

Expérience. — Nous avons tenté une nouvelle ex- 
périence dans l'appareil dont la description précède. 
On y abandonna , pendant six semaines , un demi- 
litre d'eau bouillante, contenant cinq grammes de 
foin, après avoir introduit sur celle-ci un demi-litre 
d'air qui avait traversé le tube chauffé au rouge , et 
ensuite le flacon rempli d'eau à 98 degrés. Après, et 
pendant tout le cours de l'expérience , aucune nou- 
velle quantité d'air ne fut introduite dans l'appareil. 

Lorsque j'examinai le liquide je reconnus qu'il 
était d'un fauve foncé, diaphane, limpide. Examiné 



ELIMINATION DE L AIR. 273 

au microscope, on s'aperçut que sa surface était 
occupée par une mince membrane proligère , formée 
évidemment de cadavres de longs Vibrions. Les in- 
tervalles, de ceux-ci étaient remplis de myriades de 
Spirillums ondulés, Spirilhim undula ,Ehv. y of- 
frant de 0,0084 à 0,0124 de millimètre de longueur, 
nageant tantôt lentement , tantôt rapidement par un 
mouvement anguilloïde (1). 

L'air contenu dans l'appareil avait une extrême 
fétidité. Est-ce celle-ci qui a empêché d'autres géné- 
rations de se produire? L'odeur était analogue à celle 
de r hydrogène sulfuré. 

Pour les hommes qui font succéder le jugement à 
la méditation, et qui, sans prévention, acceptent les 
décisions de l'expérimentation, il est évident que le 
fait suivant, quoique dépouillé d'une partie des pré- 
cautions infinies qui ont été prises précédemment, 
n'en arrive pas moins au même but, à savoir : à 
prouver purement et simplement que les germes ne 
sont pas contenus dans l'air. Nous employons ici 
exactement le même appareil que dans les deux pré- 
cédentes expériences , seulement le second flacon où 
est le foin chaufféà 200 degrés, au lieu d'être remph 
d'eau bouillante, est plein d'eau froide. Dans ce cas, 
au bout de deux à quatre jours, on voit constamment 
une nombreuse population zoologique apparaître dans 
l'appareil. Le résultat est dû à ce que, dans ce cas, 
nous n'employons pas d'eau bouillante , qui , comme 

(1) Spirillum undula, Ehrenberg, Infus., pi. V, fig. 12. — Spi- 
rillum undula^ Dujardin, Infus., pi. I, fig. 8. — Vibrio undula, 
MuLLtR, Infasoria, tab. YI, fig. 4-6. 

POUCHET. 1 8 



274 lîÈTEROGENIE. 

nous l'avons établi dans tant d'expériences spéciales, 
paralyse ou anéantit le mouvement génésique. Si l'on 
ne se reporte pas à ce qui précède, on objectera que 
les animalcules ont pu tirer leur origine de l'eau ; 
nous pourrions ne pas nous préoccuper de cette ob- 
jection puisqu'il ne s'agit ici, purement et simplement, 
que de prouver que ce n'est pas l'air qui en est le 
dépositaire (1). Mais nous avons démontré précédem- 
ment que l'eau ne recèle pas les germes : tous les 
naturalistes en conviennent aujourd'hui. Or, si dans 
notre appareil il se développe des Proto-organismes , 
comme ils ne peuvent provenir de l'air qu'on y in- 
troduit, il faut bien leur affecter un autre berceau 
que l'atmosphère. 

Expérience. — Voici le résultat de l'une de nos 
expériences. On a rempli d'eau bouillante le premier 
flacon de l'appareil à trois lampes. On a rempli d'eau 
filtrée froide le second flacon et l'on y a mis dix 
grammes de foin passé dans une étuve chauffée à 
200 degrés. Lorsque le tube fut porté à la tempé- 
rature rouge, on introduisit de l'air dans l'appareil. 
Deux jours après, la température moyenne ayant été 
de 22 degrés , on ouvrit celui-ci et voici ce que l'on 
observa. La macération était de couleur fauve et sa 
surface se trouvait occupée par quelques bulles 
d'acide carbonique. Le microscope fit découvrir 
dans l'eau une immense quantité de Vibrions grani- 
fères et de Vibrions lisses ; puis beaucoup de Mona- 

(1) Pour l'instant, si l'on voulait, on pourrait même supposer 
que l'eau est gorgée de germes; cela n'entrave nullement la con- 
clusion. 



ÉLIMINATION DE L AIR. 275 

des crépusculaires et de Baclériums articulés (1). 

Mais quoique les résultats que nous venions d'ob- 
tenir en répétant les expériences de MM. Schwann et 
Schultze fussent absolument décisifs, nous n'en som- 
mes pas resté là, et pour éviter toutes les objections 
subtiles, nous avons exécuté une série d'expériences 
dans lesquelles l'air atmosphérique a été absolument 
banni. On voudra bien, nous l'espérons, dans ce cas, 
nous concéder qu'un agent que nous n'employons 
pas doit être parfaitement vierge de tout soupçon. 

Quoique mes nombreuses expériences démontrent 
jusqu'à l'évidence , selon moi , que l'air atmosphé- 
rique ne peut être et n'est pas le véhicule des germes 
des Proto-organismes, j'ai pensé que ce serait en cou- 
ronner heureusement la série et en même temps 
ne laisser aucune prise à la critique, si je parvenais 
à déterminer l'évolution de quelque être organisé , 
en substituant de l'air artificiel à celui de l'atmo- 
sphère. 

Les belles expériences de MM. Regnault et J. Reiset 
me semblaient à l'avance indiquer que des animaux in- 
férieurs pourraient se développer dans cet air, puisque 
des animaux vertébrés y vivent bien (2). Mes tenta- 
tives ont été couronnées de succès. Dans de l'eau to- 
talement privée d'air et qui ne se trouvait en contact 
qu'avec de l'air artificiel ou de l'oxygène pur, j'ai vu 
des Proto-organismes variés se développer. De tels 

{\) Vibrio granifer, Pouchet. Vibrio levis, Pouch. Monas cre- 
pusculurriy Ehrenberg. Bacierium articulatum, Ehr. 

(2) Regnault et Reiset, Recherches chimiques sur la respiration 
des animaux des diverses classes. Paris, 1849. 



276 HÉTÉROGÉNIE. 

faits suffiraient seuls pour étayer solidement les opi- 
nions que nous professons. 

L'expérience que j'ai tentée en employant l'air 
artificiel, a été faite en commun avec un jeune et 
savant chimiste, M. Houzeau, dont le nom s'est déjà 
inscrit d'une si brillante manière dans la science. 

Expérience avec l'air artificiel. — Nous avons 
pris un grand flacon de cinq litres de capacité, bou- 
chant à l'émeri. Ce flacon a été rempU d'eau bouil- 
lante et immédiatement on Ta hermétiquement fermé 
et renversé sur une cuve à mercure. Lorsque l'eau 
fut refroidie , on introduisit dans ce flacon un mé- 
lange de gaz oxygène et d'azote, dans les proportions 
voulues pour constituer de l'air artificiel ; celui-ci 
occupa les trois-quarts de la capacité du vase. Enfin , 
en prenant les plus grandes précautions, on a aussi 
introduit dans ce flacon 10 grammes de foin qui venait 
d'être exposé durant vingt minutes dans une étuve à 
la température de 100 degrés. Ce foin ayant été en- 
levé de l'étuve dans un flacon à large ouverture, 
bouché lui-même dans l'étuve et débouché seulement 
sous la cuve , on l'introduisit dans le flacon. Ainsi on 
était certain que si quelques parcelles d'air étaient 
restées dans les interstices de ce foin, chauffées à 
\ 00 degrés , efles ne pouvaient receler aucun germe 
susceptible de se développer. Enfin , le flacon ayant 
été bouché sous le mercure, fut remis dans sa situa- 
tion ordinaire et tout le contour de l'ouverture , pour 
plus de précision , quoique le bouchon ait été enduit 
d'un corps gras, fut revêtu d'une couche de vernis à 
la copale, épaissi avec du vermillon. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 277 

Le vase fut ensuite placé dans notre laboratoire, 
près d'une fenêtre, et observé chaque jour à l'exté- 
rieur . 

Durant les six premiers jours, la température 
ayant été en moyenne de 18 degrés, le liquide resta 
jaune et limpide. 

Le huitième, Teau commence à devenir nébuleuse; 
l'on aperçoit près de ses bords un îlot flottant , d'un 
vert glauque, ayant environ trois millimètres de dia- 
mètre, et formé sans nul doute, d'une végétation 
cryptogamique due à une agglomération de Pénicil- 
lium. 

Le douzième jour la liqueur continue à être trouble, 
sans bulles à sa surface, et on y découvre, vers le fond 
du vase, un globule sphérique de cinq millimètres de 
diamètre, constitué très -probablement par un amas 
d'Aspergilhis. 

Le dix-huitième jour, l'eau est encore plus trouble 
que précédemment et il apparaît vers son milieu un 
nouvel îlot flottant, formé évidemment de Pénicillium 
en fructification. 

Le vingt-quatrième jour le liquide présente à peu 
près le même aspect que précédemment, seulement il 
est plus trouble vers le fond. 

Enfin, un mois après le commencement de cette 
expérience, le flacon fut débouché. Le gaz contenu 
dans son intérieur n'avait contracte aucune mauvaise 
odeur ; la superficie de l'eau n'offrait aucune pellicule, 
et on y voyait flotter quatre petits îlots de Pénicillium, 
Danscehquide, qui était jaune et trouble, nageaient 
plusieurs flocons d' Aspergillus de grosseurs diverses^ 



278 HÉTÉROGÉNIE. 

et dont deux, composés de touffes serrées de ce cham- 
pignon, offraient le volume et l'aspect des grains de 
groseille blanche. 

L'un des îlots, extrait et examiné au microscope, est 
formé d'une cryptogame très-touffue, très-ramifiée, à 
ramifications éparses, appartenant au genre Pénicil- 
lium, C'est évidemment le Pénicillium glaucum de 
LinkO). 

Les flocons qui se rencontrent immergés dans la 
macération, par l'aspect de leurs touffes et par la 
structure de leurs mycéliums, ressemblent absolument 
à VAspergillus que nous avons observé dans l'oxygène 
dans une expérience subséquente ; mais comme ces 
flocons sont restés sous l'eau et n'ont pas fructifié, il a 
été impossible de déterminer exactement à quelle es- 
pèce appartenait la mucorinée qui les compose. 

On rencontre çàet là nageant à la surface de l'eau, 
des grains de matière verte, sphériques, remplis de 
granules, et offrant 0,01 12 de millimètre de diamètre. 

Malgré la température qui avait toujours été assez 
basse pendant la durée de cette expérience, et en 
moyenne de 15% et malgré l'influence défavorable 
que présentent toutes les expériences exécutées à vais- 
seaux clos, nous découvrîmes un assez grand nombre 
d'animalcules dans notre macération. Sa surface était 
remphe deProtées diffluents, P r oteus diffliiens ^MuW. , 
Amiba diffluens^ Dujardin. On y voyait aussi un 
grand nombre de Trachelius absolument analogues au 
Trachelius trichophorus d'Ehrenberg, jeunes, et n'a- 

(1) Synonymie: Mucor aspergillus, Bulliard; Monilia glauca ^ 
Persoon; Aspergillus glaucus, F ries. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 279 

yant que 0,065 de aiillimètre de longueur ; ils étaient 
extrêmement agiles, se contournant en tous sens et 
dardant leur longue trompe de tous côtés. On y voyait, 
en outre, quelques Trachelius globifer, Ehr. ; puis 
quelques Monas elongatUy Duj., et un grand nombre 
de Vibrions excessivement fins, parmi lesquels on 
remarquait surtout le Vibrio lineola, Mull., et le Vi- 
brio riigida, Mull. 

Ainsi donc voici une Faune variée d'animaux mi- 
croscopiques et quelques champignons, qui se sont 
développés dans un milieu absolument privé d'air 
atmosphérique, et où celui-ci, par conséquent, n'a 
pas pu apporter les germes. 

Cette expérience à l'aide de l'air artificiel parle 
avec une telle autorité, qu'il semble désormais impos- 
sible d'offrir un plus audacieux démenti aux partisans 
de la panspermie aérienne. Mais nous avons pu venir 
encore l'étayer par quelques autres faits, et l'oxygène 
étant la partie essentiellement vitale de l'air, nous 
avons pensé qu'en l'employant on pourrait peut-être 
voir quelques Proto-organismes apparaître au milieu 
de lui. Nous avons privé absolument d'air une certaine 
quantité d'eau, et mis dans celle-ci un corps putres- 
cible ayant subi une température élevée, et le flacon 
qui les contenait ayant été rempli d'oxygène, on vit 
en effet des végétaux parfaitement caractérisés naître 
dans ce gaz! N'est-ce pas là encore une palpable 
preuve en faveur de notre opinion ? Voici les détails 
de cette expérience répétée par nous deux fois avec 
des résultats analogues. 

Expérience avec l'oxygène. — Un flacon d'un 



280 HÉTÉROGÉNIE. 

litre de capacité fut rempli d'eau bouillante et bouché 
hermétiquement avec la plus grande précaution, et 
immédiatement on le renversa sur une cuve à mer- 
cure. Lorsque l'eau fut totalement refroidie, on le dé- 
boucha sous le métal, et on y introduisit un demi-litre 
de gaz oxygène pur. Aussitôt après, on y mit, sous le 
mercure, une petite botte de foin pesant dix grammes, 
qui venait d'être enlevée, dans un flacon bouché, à 
une étuve chauffée à J 00% et où elle était restée trente 
minutes. Le flacon fut enfin fermé hermétiquement à 
l'aide de son bouchon rodé à l'émeri ; et pour surcroît 
de précaution, lorsqu'on l'eut enlevé de la cuve, on 
mit une couche de vernis gras et de vermillon tout 
autour de son ouverture. 

Huit jours après, la macération était d'une couleur 
fauve, sans pellicule apparente à sa surface, au moins 
à l'œil nu, mais le foin submergé offrait sur quelques- 
uns des brins qui hérissaient sa petite masse, des 
globules d'un blanc jaunâtre, de la grosseur d'un 
grain de groseille blanche, auquel de loin ils ressem- 
blaient parfaitement. Ces globules, au nombre de 
huit à dix, mais dont quelques-uns étaient très-petits 
et libres dans la liqueur, paraissaient évidemment 
formés de filaments de Mucorinées implantés en un 
même endroit, et de là s' irradiant en touffes serrées. 
Le microscope le démontra. 

Le dixième jour, le flacon, ayant été ouvert, on exa- 
mina son contenu. Il n'v avait eu entre l'extérieur et 
l'atmosphère aucun échange. Le gaz oxygène qu'il con- 
tenait paraissait encore absolument pur; et les corps en 
ignition qu'on y plongeait activaient leur combustion. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 28 i 

On reconnut alors que les gros flocons blanchâtres, 
qu'on discernait à travers les parois du vase et qui 
étaient immergés dans l'eau, étaient évidemment for- 
més par une espèce de champignon à mycélium très- 
touffu et tassé. Les filaments de celui-ci étaient 
cylindriques , articulés, et leurs articulations plus 
rapprochées vers leur base qu'à leur sommet ; des gra- 
nulations fines en remplissaient les intervalles ; et 
celles-ci, nombreuses vers l'origine des filaments, le 
devenaient de moins en moins vers leurs extrémités. 

Les sporanges sont parfaitement sphériques, lisses, 
d'une couleur brune et d'un diamètre de 0,0700 de 
millimètre ; ils sont enveloppés extérieurement d'une 
fine membrane transparente qui recouvre les spores. 

Le réceptacle dépouillé de ceux-ci, est sphérique et 
d'un diamètre de 0,0280 de millimètre. Sa surface 
est finement marquée de points indiquant l'implan- 
tation des spores. Ceux-ci sont ovoïdes et implantés 
tout autour du réceptacle ; le plus long diamètre de 
ces spores varie de 0,0056 à 0,0084 de millimètre et 
leur plus court de 0,0028 à 0,0050. 

Cette plante, que je pris pour un Aspercjilhis, ne 
me paraissant point avoir été décrite, afin de m'éclai- 
rer à ce sujet, je me suis adressé à M. Montagne, dont 
l'autorité en semblable matière a une si haute valeur. 
Il a pensé aussi que c'était une espèce nouvelle, et il 
lui a plu de lui imposer le norn d' Aspergillus Poii- 
chetii{i). J'ai respecté sa décision. 

Comme durant ces derniers temps, plusieurs sa- 

(1) Montagne, Plantes cellulaires nouvelles , exotiques et indi- 
gènes. Paris, 1859, 8' centurie, 9« décade. 



282 HÉTÉRO GÉNIE. 

vants ont prétendu que les spores de quelques crypto- 
games ne perdaient leur faculté de germer qu'à une 
température au-dessus de 100 degrés, j'ai dû, pour 
donner à l'expérience dont il vient d'être question 
toute l'authenlicité possible, m'assurer s'il n'en serait 
pas ainsi à l'égard des végétaux qui s'étaient produits 
durant celle-ci. 

Bulliard ayant déjà reconnu que des séminules 
de quelques petits champignons, et en particulier 
celles du Mucor sphœrocephalus, perdaient leur fa- 
culté germinalive après une courte immersion dans 
l'eau bouillante, je pensai, par analogie, qu'il devait 
en être de même pour le champignon qui s'était déve- 
loppé durant mon expérience. 

Ayant pris des spores du Pénicillium glaiicunif 
Link, je reconnus qu'ils étaient parfaitement sphé- 
riques et offraient un diamètre de 0,0028 à 0,0042 
de millimètre. Je les plaçai dans un petit tube avec 
environ deux centimètres cubes d'eau, et celle-ci, à 
l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, fut entretenue en 
ébullition pendant un quart d'heure. Au bout de ce 
temps, on put constater, à l'aide du microscope, que 
les spores de ce Pénicillium étaient déformés; ils 
avaient perdu un peu de leur sphéricité, et leur vo- 
lume était presque doublé; ils offraient alors un dia- 
mètre variant de 0,0050 à 0,0055 de millimètre. 

On rencontrait aussi dans la liqueur des espèces 
de granules aplatis, du diamètre de 0,0028 à 0,0030, 
qui semblaient n'être que des débris du test de quel- 
ques séminules de ce Pénicillium, dont la substance 
intérieure avait été enlevée par le fait de Fébullition. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 283 

L'action de l'eau en ébuUition a paru affecter en- 
core bien plus profondément les spores d'un Asper- 
gilliis. Ces séminules, plus volumineuses que les pré- 
cédentes, et dont par conséquent on pouvait mieux 
suivre les altérations, étaient ovoïdes et offraient un 
diamètre de 0,0092 de millimètre de longueur sur 
0,0054 de largeur. 

Exposées dans l'eau à la température de 98° pen- 
dant un quart d'heure, leur configuration s'y altéra 
sensiblement; elles se gonflèrent et devinrent diversi- 
formes en prenant un aspect granuleux à l'intérieur. 
Enfin, lorsque l'eau dans laquelle se trouvaient ces 
spores d'Aspergillus eut subi une ébuUition d'un 
quart d'heure de durée, ils disparurent complète- 
ment et l'on n'en retrouva plus que des débris. 

Ces recherches microscopiques confirment donc les 
observations de BuUiard et viennent démontrer que, 
le cas échéant où notre liquide ou le corps putres- 
cible que nous avons employé, aurait contenu quel- 
ques spores de la végétation cryptogamique recueillis 
dans notre appareil, la faculté germinative de ces 
séminules eût été anéantie par le procédé expéri- 
mental. 

Cette expérience vient donc mettre hors de doute 
que ce n'est pas l'air qui est le dépositaire des germes, 
puisque nous voyons un végétal naître dans un milieu 
dont l'air, absolument banni,- a été remplacé par de 
l'oxygène. Il faut donc bien que les Proto-organismes 
se forment de toutes pièces dans les milieux qui les 
recèlent. 

Dans cette expérience, le liquide, examiné très- 



284 HETEROGENIE. 

attentivement, ne nous a paru contenir aucun ani- 
malcule. 

EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES A l'aIR LIBRE. 

Quoique les expériences à vaisseaux clos déposent 
d'une manière accablante contre l'hypothèse de la 
dissémination aérienne et la renversent sans retour, 
cependant, nous avons voulu encore joindre ici une 
surabondance d'essais tentés en pleine atmosphère. 
Notre intention est de prouver, par là, qu'il n'est pas 
utile d'avoir recours à tant et tant de précautions pour 
faire luire la plus vive lumière. 

Si, comme le veulent nos adversaires, l'atmo- 
sphère est réellement le disséminateur universel des 
germes organiques, on doit en déduire rationnelle- 
ment que plus la masse d'air en contact avec un corps 
donné sera considérable, plus aussi la fécondité de ce 
dernier s'étendra numériquement. Mais rien de cela 
n'a lieu, parce que l'idée, que l'atmosphère charrie 
merveilleusement les futures générations des Proto- 
organismes, n'est qu'une fiction. 

Dans plus de cent expériences, je me suis con- 
vaincu que le nombre des animalcules n'était pas plus 
grand dans des vases qui étaient labourés par une 
puissante nappe d'air que dans ceux qui ne se trou- 
vaient en contact qu'avec quelques centimètres cubes 
de ce gaz. Mais comme je conçus fort bien que les 
personnes prévenues contre les doctrines que nous 
défendons, prétendraient qu'on n'avait peut-être pas 
opéré en opposant des facteurs assez extrêmes pour 
bien apprécier le résultat différentiel, j'ai conçu, à ce 



ELIMINATION DE L AIR. 285 

sujet, d'exécuter des expériences sur une immense 
échelle, et elles ont toutes déposé de la plus éner- 
gique manière en faveur de mes prévisions. C'est là, 
comme on le voit, une démonstration d'une précision 
mathématique. Voici nos principales tentatives dans 
cette direction. 

Expérience. — Dans une grande coupe en cristal, 
je plaçai cinq cents grammes d'une décoction de foin 
qui avait bouiUi une heure, afin d'être bien certain 
que l'eau et la substance végétale avaient été radicale- 
ment purgées de tout germe d'animalcule. Une pomme 
d'arrosoir plane, dont le diamètre égalait presque 
celui de la coupe, et dont les trous étaient tournés 
vers l'eau, avait été suspendue à cinq centimètres au- 
dessus de celle-ci, afin que le courant d'air n'en trou- 
blât pas la superficie, quand on l'établirait, et qu'il ne 
suscitât aucune perturbation dans le développement 
des organismes. Cette pomme d'arrosoir, par un tube 
en caoutchouc, communiquait à l'extérieur et recevait 
de l'air à l'aide d'une pompe. Enfin, l'appareil fut 
couvert d'une cloche de verre de dix litres de capa- 
cité, dont la base plongeait dans l'eau. 

Un critérium était placé à côté de l'appareil pré- 
cédent : la cloche, le vase et la décoction étaient les 
mêmes, seulement il n'existait aucune communication 
entre l'intérieur de la cloche et l'atmosphère. 

Pendant trois jours entiers, à l'aide d'une pompe 
dont le rendement avait été calculé, un homme 
fut occupé à injecter de l'air dans l'appareil. On en fit 
passer 10,000 htres. Dix jours après, la température 
ayant été en moyenne de 21° cent., les deux appareils 



286 HETEROGENÏE. 

furent l'objet d'un examen attentif. Dans l'un comme 
dans l'autre , on reconnut qu'il existait absolument 
la même population animée, et qu'elle s'y trouvait 
aussi en nombre absolument égal. 

Comment, en présence de cette expérience, ad- 
mettre encore cette espèce de panspermie à laquelle 
on veut nous faire revenir ? Si réellement l'air était 
le véhicule absolu des germes des Microzoaires, il est 
évident que, comme la surface de l'une de nos décoc- 
tions a été labourée par 1 ,000 fois plus de ce véhicule 
que l'autre, nous eussions dû rencontrer dans cette dé- 
coction 1,000 fois plus d'animaux que dans l'autre ; 
et rien de cela n'avait lieu. D'un autre côté aussi, 
comme d'après l'hypothèse que nous nous efforçons 
d'élucider, plus le volume d'air est étendu et plus 
aussi il doit disséminer d'espèces différentes, nous 
devrions trouver plus de sortes d'animalcules dans 
l'appareil qui reçut le plus d'air ; malgré cela, tout était 
absolument identique dans l'un et dans l'autre vase. 

Nous devons même dire que dans les deux vases 
la population animée était fort peu abondante, ce qui 
tient à ce que l'on avait employé une décoction afin 
d'obtenir un résultat plus rigoureux. On ne rencon- 
trait dans l'un comme dans l'autre, que des amas 
de Vibrions granifères, de Vibrions lisses, de Bacté- 
riums articulés et quelques tigelles de mucorinées 
articulées et ramifiées. 

Expérience. — A une autre époque j'ai recom- 
mencé l'expérience précédente, non plus avec une dé- 
coction, mais avec une macération de dix grammes 
de foin haché excessivement fin, réduit presque en 



ÉLIMINATION DE L AIR. 287 

poussière, et mêlé avec le plus extrême soin, afin que 
ses éléments organiques se trouvassent également dis- 
séminés dans sa masse. Cinq grammes .de ce foin 
furent mis dans cinq cents grammes d'eau distillée et 
placés sous l'appareil d'injection à air. Les cinq 
autres grammes furent mis dans cinq cents grammes 
d'eau distillée et isolés sous la cloche de dix litres de 
capacité. 

Durant toute la première journée on ne cessa de 
projeter de l'air sur le premier vase à l'aide de la 
pompe. Après on cessa. Le quatrième jour une tem- 
pérature de 24*" en moyenne ayant régné, les deux 
appareils furent examinés attentivement, à la superficie 
et au fond. Ils possédaient tous les deux une pelli- 
cule de la même épaisseur et tous les deux étaient 
animés par la même population zoologique. L'un et 
l'autre contenaient un nombre prodigieux de Vibiio 
granifer, Poucli., et de Vibrio levis, Pouch., nageant 
au milieu d'une atmosphère de petits Vibrio rugula, 
Duj., de Monas termo, Mull., et de Paramécies vertes. 

Expérience. — Quoique les expériences qui précè- 
dent aient été entreprises sur d'assez larges bases 
pour qu'on ne puisse en contester la valeur, j'ai ce- 
pendant conçu le projet de les répéter sur une échelle 
colossale, afin de paralyser toute espèce d'objection. 
J'employai à cet effet une machine à vapeur de la 
force de huit chevaux, et dont le puissant ventilateur, 
à l'aide de ses 1,500 tours par minute, en moins de 
si\ heures remplirait d'air toute la vaste nef de Notre- 
Dame de Paris. Dans des bocaux d'un litre et de 
deux litres de contenance, on prépara, dans mon la- 



288 HETEROGENIE. 

boratoire, diverses macérations. On y employa du 
foin, des marguerites de la Chine, Aster chinensis. 
Lin., du stramoine, Datura stramonium, Lin., et de 
la canne de Provence, Arundo donax, Lin. Les bo- 
caux furent ensuite placés par gradins dans le large 
conduit que l'air parcourt pour se rendre à un haut- 
fourneau, et le ventilateur fut mis en marche avec 
une vitesse modérée, afin d'empêcher que la vio- 
lence du courant ne renversât les vases, et de per- 
mettre aux germes organiques de s'arrêter plus facile- 
ment à la surface des liquides qu'on avait, dans ce but, 
hérissée d'aspérités, en faisant saillir de place en 
place quelques tiges des végétaux en macération. La 
vitesse du ventilateur fut réduite, à cet effet, à cinq 
cents tours par minute. Les bocaux restèrent 
exposés à son courant pendant deux heures, et Ton 
calcula que, durant ce temps, un volume de six 
millions de litres d'air les avait frappés. 

Après ce temps, ces bocaux furent rapportés au 
laboratoire et placés près de leurs critériums, conte- 
nant les mêmes macérations, dans des vases absolu- 
ment semblables, mais que l'on avait placés sous des 
cloches contenant un litre d'air, et dont le pied 
était baigné d'eau, afin d'empêcher toute communi- 
cation avec l'extérieur et de laisser les vases en con- 
tact avec une atmosphère d'un volume déterminé. 
Toutes ces expériences furent laissées ainsi pendant 
cinq jours sous l'influence d'une température moyenne 
de 15° et d'une pression de 0,75. 

Il est évident que si l'air est le réceptacle des ger- 
mes et que si c'est lui qui les disperse, les vases qui 



ELIMINATION DE L AIR. 289 

ont été labourés par six millions de mètres cubes de 
ce fluide doivent contenir six millions de fois plus 
d'animalcules que ceux qui n'ont été en contact qu'a- 
vec une atmosphère d'un litre d'air : Texpérience 
prouva, au contraire, qu'il y avait autant d'animal- 
cules dans les uns que dans les autres. Il nous 
semble qu'un fait semblable suffit seul pour constater 
que l'hétérogénie, dans cette circonstance, est l'u- 
nique source de toute vitalité. 

Yoici l'analyse comparative des vases exposés au 
ventilateur avec celle de leurs critériums. 

Le vase qui contenait du foin et que l'on avait ex- 
posé au puissant courant d'air du ventilateur, était 
peuplé d'une immense quantité de Monas lens. Mull. 
et de Kolpodes d'une espèce particulière. On y voyait 
en outre beaucoup de Vibrions divers, mais aucun 
Monas crepusculum . Le critérium qui avait été placé 
sous une cloche offrait exactement les mêmes ani- 
mauxj et ceux-ci y étaient en même nombre. Si 
môme l'une des deux macérations offrait quelque 
prééminence sous ce rapport, c'était plutôt la der- 
nière, par des raisons que nous avons déjà appré- 
ciées : la température un peu plus élevée sous la 
cloche qu'à l'air libre du laboratoire. 

Le vase qui contenait des tiges d'Aster de la Chine et 
qu'on avait soumis au ventilateur, était rempli d'une 
espèce particulière de Kolpodes non décrite, très-dis- 
tincte du Kolpoda cuculhis. Mull., et d'une taille 
remarquable, car elle n'avait pas moins de 0,06 à 
0,09 de millimètre de longueur. On y voyait, en 
outre, beaucoup de Glaucoma scintillans, Mull., ainsi 

POUCHET. 1 9 



290 HETEROGENIE. 

que des Monas lens, Duj. et des Paramécies vertes; 
mais on n'y rencontrait aucune Monade crépusculaire. 
Le critérium possédait absolument la même popula- 
tion pour la nature des espèces et pour le nombre. 

La macération de Datura, soumise à l'action du 
ventilateur, était habitée par une couche épaisse et 
extrêmement tassée de Monas crepuscidum, Ehr. et 
par quelques Paramécies vertes; mais on n'y rencon- 
trait certainement aucun Kolpode, aucun Glaucome. 
Le critérium conservé abrité sous une cloche, offrait 
la même faune, et le nombre de ses habitants parais- 
sait absolument semblable aussi à celui de la macé- 
ration soumise au ventilateur, si même il ne le dépas- 
sait un peu. 

Enlin, le vase rempli de Canne de Provence et sou- 
mis à l'action du ventilateur nourrissait quelques lé- 
gions, mais peu nombreuses, de Glaiicoma scinlillans, 
Duj. On y rencontrait un nombre énorme de Monas 
lens, Mull. Il y avait aussi à la surface de l'eau une 
pellicule renfermant des amas serrés de Bacterium 
arlîculatum. Ehr., mais tout à fait morts. On n'y 
voyait point de Monade crépusculaire. Le critérium 
abrité présentait tout à fait la même population et 
pour les espèces et pour le nombre. Tel est l'exposé 
de cette expérience qui, seule, nous semble parler 
plus éloquemment que tous les commentaires pos- 
sibles. 

Les expériences qui précèdent parlent, nous le pen- 
sons, avec une irrécusable autorité; nous pourrions 
donc nous arrêter ici. Cependant nous allons encore 
les escorter d'un assez bon nombre de faits, qui^ in- 



ELIMINATION DE L AIR. 291 

terprétés, en suivant les préceptes de M. Whewel, à 
l'aide d'une discussion approfondie, viendront jeter de 
nouvelles clartés sur ce sujet (1). 

Partant de cette pensée, que si c'était l'air qui dé- 
posât réellement les germes des Proto-organismes, 
celui-ci devrait successivement s'en épurer à mesure 
qu'il traverse des milieux propices, j'ai entrepris une 
série d'expériences pour constater ce fait. Je me suis 
servi , à cet effet , d'un long appareil de Woulff ^ 
composé de huit flacons, dans lesquels je mettais de 
l'eau ou des décoctions variées. De l'air projeté dans 
cet appareil en le traversant d'un bout à l'autre, s'il 
est réellement le véhicule des germes, devrait succes- 
sivement les abandonner dans les premiers flacons, de 
manière à en être totalement privé ou à n'en posséder 
qu'un bien moindre nombre en arrivant aux der- 
niers. Et conséquemment, les premiers devraient être 
d'une grande fécondité, et les derniers absolument 
stériles ou bien peu peuplés. Rien de tout cela n'a lieu : 
la génération zoologique est aussi abondante par tout 
l'appareil. Voici les résultats précis de quelquesrunes 
des expériences que j'ai exécutées dans cette di- 
rection. 

Expérience. — Un appareil de Woulff de huit fla- 
cons fut disposé sur une même table, et l'on en sup- 
prima seulement les tubes de sûreté. Chaque tube 
sortant d'un flacon plongeait au fond du liquide con- 
tenu dans le flacon suivant. Une forte décoction de 
foin, qui avait bouilli une heure et que l'on avait pas- 

(1) W. Whewel, The philosophy of the inductive sciences. Lon- 
don, 1847, t. I, p. 548. 



292 • HËTÉROGÉNIE. 

sée au filtre, fut introduite bouillante dans tout l'ap- 
pareil. Chaque flacon en était rempli aux trois quarts. 
Quoique l'air renfermé dans les flacons se trouvât lui- 
même presque porté à la température de l'eau bouil- 
lante, cependant pour bien s'assurer qu'il ne pouvait 
rester dans l'appareil aucun germe qui n'eût subi cette 
température, on fit passer un courant de vapeur pen- 
dant un quart d'heure à travers toute la série des 
flacons. 

Au bout de quinze jours, la température ayant été, 
en moyenne, de 18", on déluta l'appareil et il fut 
exploré. Voici ce qui fut observé : chacun des flacons 
présentait à sa surface une couche serrée d'une petite 
espèce de Kolpode, très-agile, passant comme un trait 
dans le champ du microscope, et qui ne me pa- 
raît pas encore avoir été décrite. Ce Microzoaire était 
réparti avec la même abondance dans chaque vase. 

Ainsi donc, dans cette expérience, l'air qu'on sup- 
pose chargé de Microzoaires , et qui les dépose si 
facilement dans l'eau, arrive cependant jusqu'au der- 
nier flacon de l'appareil sans avoir perdu une par- 
celle de sa fécondité, puisque ce flacon est tout aussi 
riche en animalcules que les premiers Est-ce ra- 
tionnel? je le demande. 

Expérience. — Les premières expériences que je 
fis à l'aide de mon appareil à huit flacons et à courant 
d'air, furent tentées d'abord dans toute la simplicité 
possible, et lorsque les résultats en furent parfaite- 
ment constatés, et que, par la multiplicité des preu- 
ves, il devint impossible de les contester, je m'ap- 
pliquai à multiplier les obstacles sur le trajet déjà si 



ELIMINATION DE L AIR. 293 

complexe de l'air mis en circulation. Tantôt j'occupai 
tout le fond de mes bocaux par des fragments de 
verre de bouteille, grossièrement brisés, afin que l'air 
poussé à l'aide du soufQet, se divisât au milieu d'eux 
en très-petits globules, et pût abandonner plus fa- 
cilement les œufs des Protozoaires, s'il en contenait. 
Dans d'autres expériences, j'ai garni la surface de 
l'eau d'une multitude de fragments de liège pour 
arrêter ces mêmes œufs ; quatre flacons étaient remplis 
par celui-ci, quatre autres contenaient des décoctions. 
Dans d'autres appareils, quatre flacons étaient remplis 
de sable grossier. Enfin, dans le but de multiplier en- 
core les obstacles, j'ai parfois rempli le fond de quatre 
de mes flacons de fragments de verre, tandis qu'à la 
surface de l'eau de ceux-ci nageaient des fragments 
de liège. 

Eh bien! dans tous ces cas, malgré tant et tant 
d'obstacles qui auraient dû arrêter complètement, ou 
au moins en grande partie, les œufs en suspension 
dans l'atmosphère, dans tous ces cas, dis-je, pendant 
des expériences qui se sont renouvelées sans relâche 
durant deux années entières, c'est-à-dire qui ont été 
tentées sur une immense échelle, toujours nous avons 
vu que les animalcules étaient normalement aussi 
nombreux dans tous les flacons, dans le premier 
comme dans le dernier. 

Si les œufs des infusoires étalent réellement dissé- 
minés dans l'air atmosphérique, j'espère que personne 
ne se refusera de convenir que des résultats absolu- 
ment opposés à ceux que nous avons obtenus auraient 
dû se produire dans nos expériences. 



294 HÉTÉROGÉNIE. 

Expérience. — Une macération de sommités de 
luzerne fut exposée durant quinze jours dans un appa- 
reil deWoulff, composé de huit flacons. Pendant tout 
ce temps, on y injecta, chaque jour, une dizaine de 
h très d'air atmospliérique, et la température moyenne 
fut de 23°. Quand on déluta l'appareil, il offrit une 
faune aussi inattendue qu'inexplicable, en suivant les 
errements des partisans de la panspermie. En effet, le 
même courant d'air ayant traversé les vases, si réelle- 
ment les œufs flottants des Microzoaires parvenaient, 
comme ils le prétendent, si facilement dans les ma- 
tras que nous prenons cependant tant de soin d'isoler, 
toutes les pièces de notre appareil, à plus forte raison, 
auraient dû se peupler d'une progéniture analogue; et 
tout le contraire a eu lieu. 

Le premier flacon était peuplé d'une espèce de 
Conferve verte, articulée, qui y était fort abondante ; 
puis d'une énorme quantité de Navicules, Navicula 
obtiisa, Turp., parfaitement en mouvement. Rien 
autre chose ne s'y rencontrait. 

Le second ne renfermait que des Dileptes feuilles, 
Dileptiis folmm^Bu], (1), qui y étaient en extrême 
abondance et s'y agitaient au milieu d'ilôts de matière 
verte. D'endroit en endroit, mais rarement, on obser- 
vait un Trachèle fouet, Trachelius trichophoriis, 
Ehr.(2). 

Le troisième bocal ne contenait que de fort petits 
animalcules et quelques Rotifères ; puis quelques 

(1) DujARDiN, Infusoires,^. 409, pi. II, fig. 6. Ce netait peut-être 
qu'une espèce voisine, qu'on ne peut rapprocher d'aucune autre. 

(2) EhrenberGj //î/i<so?res, pi. XXXIII, fig. 11. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 295 

Confei'ves différentes de celles du premier flacon. 

Le quatrième flacon n'était rempli que d'une Con- 
ferve de la même espèce que celle du premier vase 
et de beaucoup de Kolpoda cucullus, Mull., adultes, et 
dont les estomacs, chez quelques-uns, étaient gorgés 
de matière verte. 

Le cinquième n'offrait qu'une abondance de Yor- 
iicelles communes, d'Épistylis et de Glaucomes, et 
rien de tout ce qui se rencontrait dans les pièces pré- 
cédentes de l'appareil. 

Le sixième flacon n'est absolument rempli que de 
globules de matière verte, GîobuUna botryoides, Turp., 
simples et doués de mouvements très-rapides, ou en- 
kystés deux à deux, trois à trois, quatre à quatre et im- 
mobiles; puis, en outre, d'une abondance extrême de 
Trachèles fouets, Trachelius trichophorus, Ehr. (2). 

Le septième flacon est rempli d'une immense quan- 
tité à'Enchelys corrugata, Duj., et de matière verte à 
granules simples. Puis de Kystes qui donneront pro- 
bablement naissance à des animalcules semblables à 
ceux du sixième flacon. Mais on n'en rencontre pas 
d'adultes. Pas de Conferves, pas de Yorticelles. 

Il est évident que pour ceux qui admettent que le 
véhicule des œufs leur donne un si facile accès par- 
tout, cette progéniture insaisissable a dû circuler 
amplement dans notre appareil, avec le grand volume 
d'air qui le traversait chaque jour. Ils pourraient pré- 
tendre rationnellement qu'il y eût une différence no- 

(1) TuRPiN , Dictionnaire des sciences naturelles. Végétaux mi- 
croscopiques, pi. IV, fig. 1. 

(2) Ehrenbebg, Infusoires, pi. XXXllI, fig. H. 



296 HÉTÉROGÉNIE. 

table, et même fort notable, dans le nombre d'animal- 
cules qu'offriraient les premiers et les derniers flacons; 
et que l'avantage devrait toujours être au profit des pre- 
miers. Mais dans l'hypothèse de la dissémination des 
œufs on ne peut pas admettre qu'une espèce puisse 
traverser les premiers flacons sans s'y arrêter le moins 
du monde, pour n'aller féconder que les derniers ; on 
ne peut pas admettre que la population animée des di- 
verses pièces de l'appareil de Woulff, puisse être ab- 
solument différente, comme si chaque flacon la choi- 
sissait au passage. Eh bien! c'est cependant tout cela 
qui a eu lieu dans notre expérience. 

Ainsi, le premier flacon nous offre des Navicules et 
l'on n'en rencontre plus une seule dans tous les au- 
tres. Le second est rempli de Dileptes feuilles, dont pas 
un ne s'est arrêté dans le premier flacon ; dont pas un 
ne s'est transmis aux autres. Le troisième possède des 
Rotifères et c'est Tunique où l'on en trouve. Le qua- 
trième est plein d'une génération de Kolpodes ca- 
puchons qu'on ne retrouve nulle part. Le cinquième 
n'est peuplé que par des Yorticelles, des Épistylis et 
des Glaucomes, dont on n'a pas observé un seul spéci- 
men dans les autres flacons. Le sixième n'est abso- 
lument animé que par une abondance de Trichopho- 
rus, Ehr. (1), dont aucun ne se retrouve dans les fla- 
cons qui suivent. 

Tout cela est fort remarquable et on se demande 
pourquoi tous les germes des Navicules se sont-ils ar- 
rêtés au premier flacon sans se propager aux autres ? 

(1) EEREmEKG , Infusionsthierchen , pi. XXXIII, fig. H. Syno- 
nymie. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 297 

pourquoi aucun des œufs problématiques qui ont été 
éclore dans le cinquième compartiment de l'appareil 
pour former desYorticelles et des Épistylis, ne s'est-t-il 
arrêté avant pour s'y développer, ou n'a-t-il pas passé 
outre ? Il est vrai que Ton a découvert trois ou quatre 
Traclîèles fouets dans le second flacon, tandis que le 
sixième a été leur lieu d'élection particulier ; mais ce 
fait est peut-être le plus fort argument dont nous 
pourrions nous servir contre nos adversaires. En effet, 
je demanderai pourquoi, dans l'hypothèse de la pan- 
spermie, il ne s'est pas arrêté un plus grand nombre de 
germes dans le second vase, tandis qu'il s'en est tant 
développé dans le sixième. Puisqu'on en a rencon- 
tré dans le second, le site convenait à l'espèce, et il était 
naturel de l'y rencontrer plus abondamment que dans 
l'un des flacons suivants, et on a observé le contraire. 
Il faudrait expliquer aussi pourquoi cette forte espèce 
qui est l'un des plus robustes Microzoaires que l'on 
connaisse, après avoir laissé quelques rares représen- 
tants de sa race dans le second flacon, a sauté par- 
dessus le troisième, le quatrième et le cinquième sans 
y abandonner un seul de ses représentants. 

Tout cela est inexplicable par le système des ova- 
ristes; tout cela s'explique facilement par l'hétéro- 
génie. Chaque vase a vu s'engendrer des générations 
spéciales, parce qu'il se trouvait lui-mêa^e dans des 
circonstances particulières provenant des modiflca- 
tions que le temps avait réparties inégalement sur les 
macérations qu'il contenait depuis une quinzaine de 
jours. 

Pour ceux qui ne réfutent pas systématiquement 



298 HÉTÉROGÉNIE. 

l'évidence^ il n'est même nullement besoin de recou- 
rir à cette série d'expériences complexes auxquelles 
nous nous sommes livré ; les suivantes, quoique bien 
simples, suffiraient. 

Expérience. — Deux petits paquets de luzerne, par- 
faitement homogènes et d'un poids égal, ayant été mis 
bouillir dans de l'eau, afin de tuer tous les germes qui 
pouvaient s'y rencontrer, on mit cette eau bouillante 
dans deux grands verres à expériences, en les remplis- 
sant presque jusqu'aux bords, après avoir placé dans 
chacun d'eux un de ces paquets. On laissa à l'air libre 
l'un de ces vases; on déposa sur l'autre une lame de 
verre et on l'abrita sous une grande cloche. 

En raisonnant d'après l'hypothèse qu'on nous op- 
pose, le verre exposé au contact de l'air, et dont la 
surface en est sans cesse effleurée, a dû recevoir une 
pluie de germes. Mais, au contraire, le vase qui est 
sous la cloche et recouvert d'une lame de verre, 
n'ayant été en contact qu'avec une fort minime couche 
d'air qui ne s'est renouvelée qu'insensiblement, a dû 
être privé des éléments générateurs que l'autre a 
pu recevoir si libéralement. Conséquemment il de- 
vra donc y avoir une grande quantité d'animalcules 
dans le verre exposé à l'air libre, et infiniment moins 
dans celui qui est doublement abrité. La vérité, cest 
quil y en a autant dans Vun que dans Vautre. 

Une telle expérience, lorsqu'il a été précédemment 
établi que le corps solide ne contient pas les germes, 
ne suffit-elle pas pour prouver en outre que ni l'eau 
ni l'air n'en sont les dépositaires ? 

Expérience. — Deux vases, d'un litre de capacité. 



ÉLIMINATION DE L AIR. 299 

sont remplis d'eau, et l'on place dans chacun d'eux 
dix grammes de roseau commun, arundo phragmites. 
Ils sont mis ensemble sous une grande cloche en 
verre. La température est de 28 degrés. 

Le lendemain, la surface de ces deux vases contient 
une prodigieuse quantité de Vibrions rugules, Vibrio 
rugitla, Mull. ; puis en outre un nombre immense 
de grands Vibrions anguilloïdes, Vibrio levis, Pouch., 
de dix à vingt-cinq divisions micrométriques de lon- 
gueur. 

Six autres vases de diverses formes sont, au même 
moment, mis en expérience. Tous reçoivent trois cents 
grammes d'eau seulement et cinq grammes de ro- 
seau. Ils ne sont recouverts d'aucun appareil. 

Le lendemain, ces vases sont aussi observés. Quatre 
de ceux-ci ne contiennent que des granulations im- 
mobiles ; deux seulement offrent une abondance de 
petits Vibrions ; mais dans aucun on ne rencontre ces 
immenses Vibrions de dix à vingt-cinq divisions mi- 
crométriques de longueur, qui se trouvent dans les 
deux vases abrités. 

Dans l'hypothèse de la panspermie, cela est plus 
qu'embarrassant à expliquer. Les vases exposés à l'air 
sont moins féconds que les autres. On pourrait dire 
que la température a été un peu plus considérable 
sous la cloche, c'est possible , mais ce serait une sim- 
ple condition de développement, et là il y a une es- 
pèce qui manque absolument dans les autres. 

Expérience. — Une décoction de deux litres de 
foin ayant resté à l'air, dans un grand ballon, pen- 
dant huit jours, la température moyenne ayant 



300 HÉTÉROGÉME. 

été de 24 degrés , cette décoction fut alors ex- 
plorée très-attentivement. 

Le liquide était d'un jaune foncé ; à sa surface na- 
geaient de nombreux îlots de Pénicillium glmicum, 
Link. On ne reconnut point le moindre vestige d'ani- 
malité dans ce liquide. 

Voici donc une décoction qui est sans nul doute de 
nature à pouvoir nourrir les animalcules qui tombe- 
raient à sa surface et qui cependant, quoique exposée 
à l'air, n'en possède aucun vestige. Faut-il s'étonner, 
après cela, si les décoctions à vases clos ont paru ab- 
solument stériles à des expérimentateurs trop impa- 
tients? 

Ce ne fut que quinze jours après que de nouvelles 
observations furent faites ; mais alors une nombreuse 
population de Kolpodes, de Vibrions et de Monades 
s'y rencontrait. Ce résultat, tout simple qu'il est en 
apparence, peut donner lieu à d'importantes remar- 
ques. Si l'on n'a pas d'abord trouvé d'animalcules, 
on ne manquera pas d'attribuer cela à l'étroitesse du 
goulot du ballon, qui n'a pas permis à leurs germes 
d'y pénétrer. Mais si cela était exact, on n'eût pas, tout 
à coup, quinze jours après, trouvé tout le liquide en- 
vahi d'animalcules; la même cause ayant dû s'opposer 
continuellement à cette subite invasion. On peut 
même ajouter à cela que si c'était seulement le rétré- 
cissement de l'ouverture qui fût l'obstacle, cet obstacle 
n'étant pas absolu, la population fût arrivée successi- 
vement, et dès la première observation il en eût 
existé des vestiges, et alors on n'y en observait 
pas le moindre. 



ELIMINATION DE L AIR. 30! 

Et enfin, nous ajouterons encore que ce résultat 
était si bien inhérent au liquide lui-même, qu'une 
portion de celui-ci, exposée dans un vase à large ou- 
verture et amplement aérée, a offert la même particu- 
larité. Il est donc évident que dans ce cas les Proto- 
organismes n'ont apparu qu'à compter du moment où 
ce liquide leur a présenté la modalité requise. 

Expérience. — Cinq vases, absolument semblables, 
contenant la même quantité d'eau, le même poids de 
substances fermentescibles,sont exposés le même jour 
sous une grande cloche en verre et absolument dans 
les mêmes circonstances. Ils sont ensuite abandonnés 
huit jours, par une température moyenne de 22 
degrés. Voici comment se composait alors la faune 
microscopique que l'on rencontrait dans chacun de 
ces vases. Je passe à dessein l'énumération des peti- 
tes espèces pour rendre la comparaison plus claire. 

Le premier vase, contenant du foin haché, n'offrait 
que des Kolpodes capuchons parfaitement caractérisés. 

Le second vase, contenant du même foin, mais en- 
tier, était essentiellement peuplé d'une abondance de 
Kérones lièvres, parfaitement adultes ; et en outre on y 
observait, mais en petit nombre, une espèce de Kol- 
pode particulière. 

Le troisième vase, qui contient du foin entier, n'est 
rempli que de Glaucomes scintillants , très-déve- 
loppés, et de Protées. 

Le quatrième vase, qui est également rempli de 
foin entier, a sa faune uniquement composée de Para- 
mécies. 

Enfin, le cinquième vase, qui contient de l'étoupe 



302 HÉTÉROGÉNIE. 

de lin, est peuplé d'une innombrable quantité d'une 
espèce de Kolpode, très-effilée/très-agile, non encore 
décrite, à ce que je pense, et que, à cause de sa forme, 
l'on pourrait nommer Kolpoda triticea. 

Ainsi qu'on le voit, dans tous ces vases, la popula- 
tion fondamentale est absolument distincte, car le 
Kolpode contenu dans le dernier est totalement diffé- 
rent de celui que nous avons signalé dans le second. 
Cette expérience complexe suffirait seule pour ruiner 
la théorie du véhicule aérien : car, en supposant que 
ce soit l'air qui apportât les germes, oserait-on soute- 
nir que celui-ci a pu, en effleurant le liquide des va- 
ses en expérimentation, trier pour chacun d'eux une 
population particulière , absolument particulière 
même? car, pendant quatre jours qu'ont duré nos 
observations, nous avons toujours reconnu une par- 
faite identité dans la faune de chacun de nos verres, 
et pas un animalcule ne s'était fourvoyé. 

Au nombre de cette foule d'arguments que l'on a 
si souvent en réserve pour nier l'évidence, que l'on 
ne vienne pas nous dire que la même source de fécon- 
dité a été épanchée sur tous les vases en expérience ; 
que la même pluie de germes a tombé de tous côtés, 
mais que les macérations ne leur offraient pas à tous 
un sol propice. Ces espèces, étant toutes analogues, 
pouvaient vivre dans les liquides identiques qu'of- 
fraient ces macérations. Ainsi, pourquoi ne rencon- 
tre-t-on pas dans les autres vases un seul des Kérones 
qui, dans le second vase, vivent cependant avec des 
Kolpodes? pourquoi les Glaucomes se trouvent-ils 
seulement parqués dans le troisième vase ? pour- 



ÉLIMINATION DE L AIR. 303 

quoi ces Kolpodes particuliers du lin, s'ils provenaient 
réellement de l'air, n'auraient-ils pas laissé choir sur 
les autres vases, placés côte à côte, quelques repré- 
sentants de leurs innombrables légions ? 

Que l'on n'aille pas non plus supposer que quelques 
rares individus tombent sur un vase et qu'ils s'y mul- 
tiplient avec une rapidité qui tient du prodige. Non, 
pour ceux qui observent lesMicrozoaires, on voit que 
les choses ne se passent nullement ainsi, et que 
leur génération est tellement obscure, que ce n'est 
qu'avec une peine extrême qu'on en pénètre le 
mystère. Si leur multiplication se faisait ainsi, leur 
nombre et leur taille varieraient à l'infini : et tous, 
au contraire, quand on commence une observation, 
sont de la même dimension. On sait aussi, et nous 
le démontrerons, qu'il faut rayer tout ce que Ton a 
dit de la génération par scissiparité ; ce n'est qu'un 
charmant roman. Si elle a lieu, ce dont je doute 
beaucoup, elle est si rare, si rare, qu'elle constitue 
plutôt une exception qu'une règle. 

Expérience. — J'ai fréquemment fait l'expérience 
suivante : je disposais trois vases d'eau absolument 
dans les mêmes circonstances; dans l'un d'eux, je 
plaçais, tout au fond un paquet de cinq grammes de 
trèfle, surmonté d'une colonne de hquide d'environ 
vingt centimètres de hauteur ; dans un autre le paquet 
de trèfle était placé vers la surface de l'eau, mais ce- 
pendant totalement submergé; enfin, dans le troi- 
sième, le paquet se trouvait seulement plongé dans 
l'eau aux trois quarts de sa longueur, et le reste 
était en contact avec l'air. Constamment, dans le 



30 4 HETEROGENIE. 

premier vase, les animalcules apparaissaient plus len- 
tement que dans les autres et étaient infiniment moins 
nombreux. Dans le second, la génération se produisait 
plus vite et était beaucoup plus abondante ; enfin, 
dans le troisième, il y avait une marche bien plus ra- 
pide encore que dans les deux autres, et surtout une 
exubérance extraordinaire d'animalcules. 

Or, comment les partisans de la dissémination 
aérienne des germes pourraient-ils expliquer ce fait? 
Les trois bocaux contenant les mêmes macérations 
auraient dû aussi offrir des générations identiques. Si 
cela n'a point eu lieu, c'est qu'il faut en chercher la 
cause dans une autre hypothèse. Cette différence si 
notable tient, à n'en pas douter, à l'obstacle qu'é- 
prouve le mouvement fermentescible dans son déve- 
loppement à l'égard du paquet de trèfle qui supporte 
une plus lourde colonne d'eau, et à la facilité qu'il 
éprouve à se manifester dans le paquet incomplète- 
ment submergé. 

Expérience. — J'ai répété un assez grand nombre 
de fois l'expérience qui suit. Durant le mois d'avril, 
je mis cinq grammes de foin dans deux cent cinquante 
grammes d'eau. Le vase qui contenait celle-ci, après 
avoir été recouvert d'une plaque de verre, fut ensuite 
placé sous une cloche de cinq litres de capacité, reçue 
dans un plat dans lequel on versa de l'eau jusqu'à 
la hauteur de cinq centimètres, afin que l'air contenu 
sous la cloche ne subisse aucune mutation sous l'in- 
fluence des différentes raréfactions que pourrait lui 
imprimer les variations de température diurne ou 
nocturne. Il était donc évident que ma macération ne 



ÉLIMINATION DE l'aIH. 305 

se trouvait en contact qu'avec cinq litres d'air en- 
volume ; et je pourrais même dire avec beaucoup 
moins, le vase qui la contenait étant recouvert d'une 
plaque en verre qui touchait presque le niveau de 
l'eau. A côté de cet appareil, un vase absolument 
semblable contenant la même macération, servait de 
critérium et était exposé aux divers courants d'air du 
laboratoire. 

La première expérience que je fis avec cet appa- 
reil fut tentée en avril 1857. Au bout de quatre jours, 
la température moyenne ayant été de IG"* cent., et la 
pression de 76 centimètres, j'examinai les deux vases. 
Dans l'un comme dans l'autre, il existait une nom- 
breuse génération de Kolpoda cuculhis, MulL, parfai- 
tement adultes. Il en existait un nombre absolument 
semblable dans le vase abrité par la cloche et dans le 
vase exposé à toutes les oscillations de l'air libre. J'en 
appelle à la raison des naturalistes : est-ce que si l'air 
servait de véhicule aux Microzoaires, il ne devrait 
pas y en avoir immensément plus dans le critérium 
que dans le vase abrité, puisque le critérium a été 
constamment en contact avec tous les courants d'une 
immense nappe d'air, tandis que la macération abri- 
tée, n'a été baignée que par quelques centimètres 
cubes de ce fluide. 

Afin qu'on ne puisse pas prétendre que les œufs 
étaient déjà dans l'eau, j'ai varié l'expérience de plu- 
sieurs manières. En employant des décoctions de 
foin que j'avais tenues en ébullition pendant un quart 
d'heure à une heure, j'ai constamment obtenu le 
même résultat. 

POUCIIET. î* 



300 HÉTÉROGÉME. 

Expérience. — Si le véhicule des germes était le 
corps solide, l'eau ou l'air, jamais on n'obtiendrait 
le résultat qui suit. On a opéré avec une substance 
qu'on pourrait dire hétérogène et qui, par consé- 
quent, devait varier ses produits, si elle les contenait 
dispersés dans ses interstices. On mit deux litres d'eau 
dans un vase de cristal à large ouverture et vingt 
grammes de foin. Ce vase fut abandonné dans le 
laboratoire pendant dix jours à une température 
moyenne de 14°. Après ce laps de temps, on n'y 
observait absolument qu'une quantité innombrable 
d'une espèce de Kolpode piriforme, d'un volume con- 
sidérable. Un autre vase reçut du même foin en 
même quantité et fut examiné après le même temps 
écoulé. Il ne contenait absolument que des Glaucomes 
scintillants, de petite taille; pas un seul Kolpode ne 
s'y voyait. 

Expérience. — Dans une macération de cinq 
grammes d'étoupes dans trois cents grammes d'eau, 
après dix jours, par une température moyenne de 
27% nous avons rencontré une population prodi- 
gieuse de Kolpodes; ceux-ci, qui me paraissent être 
une espèce fort distincte, sont très-finement granulés 
à l'intérieur, et leur corps est grêle et de petite di- 
mension. Le liquide, qu'on observa attentivement, 
ne contenait aucun autre animalcule. Tous ces" Kol- 
podes avaient exactement la même taille et la 
même coloration d'un jaune citron clair. Dans 
l'hypothèse de la dissémination par Tair, ce fait a 
quelque chose d'étrange; car la chute des germes 
dans le liquide n'a pas dû avoir exceptionnellement 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 307 



lieu à un seul instant donné, et l'on devrait rencon- 
trer des individus de différents âges et d'un dévelop- 
pement différent. 

Expérience. — L'expérience suivante parle encore 
avec éloquence pour démontrer que l'air n'est pas 
le disséminateur des germes organiques. On prit 
une grande cuvette en cristal, assez profonde, et l'on 
y plaça sept verres à boire ordinaires; chacun de 
ceux-ci après avoir reçu une substance putrescible 
dans son intérieur, fut environné d'un manchon en 
verre qui en dépassait la hauteur. Enfin, on versa de 
l'eau dans la cuvette, de manière à lui faire dépasser 
d'un centimètre les bords des verres. De cette façon, 
c'était le même hquide qui baignait tout l'appareil ; 
seulement dans celui-ci les verres étaient entourés 
d'un manchon capable de parquer les animalcules 
qui naîtraient dans les macérations et séjourneraient 
seulement à leur surface. Tout l'appareil fut ensuite 
recouvert d'une grande cloche en verre et laissé en 
repos pendant quatre jours, sous l'influence d'une 
température de 21°, en moyenne, et à une pression 
atmosphérique de 0,75. 

Lorsque, après ce temps, on examinâtes verres dans 
lesquels macéraient de l'aconit, du hn, de la viande, 
des os de momie, de l'aster de la Chine et du foin, 
voici ce que l'on observa : 

Le compartiment de l'aconit était occupé par 
une espèce de Kolpode particuher, très-effilé et très- 
petit , puis par des Monades lentilles et des Vibrions 
baguettes. 

Celui du lin était totalement rempli par un Kol- 



308 HETEROGENIE. 

pode différent du précédent, encore plus effilé, jau- 
nâtre, non décrit par les naturalistes. 

Le compartiment de la viande de bœuf offrait un 
grand nombre de Glaucomes scintillants, de Monades 
lentilles et de Vibrions baguettes. 

Celui où se trouvaient des fragments de tibia prove- 
nant d'une momie égyptienne, contenait un Kolpode 
tout à fait différent des deux espèces observées dans 
les autres compartiments, et qui était deux fois moins 
volumineux. 

Le compartiment garni de fragments d'aster de 
la Chine, contenait encore une espèce particulière de 
Kolpode; celle-ci était piriforme, aiguë et de plus 
forte taille que dans tous les autres sites de l'ap- 
pareil (1). 

Le compartiment au foin entier est excessivement 
pauvre en animalcules. On y rencontre à peine quel- 
ques Glaucomes scintillants; souvent il n'y en a qu'un 
dans le champ du microscope, et quelquefois on 
n'y en trouve aucun. 

Enfin, le compartiment qui contient du foin haché 
est, au contraire, extrêmement prolifique et offre une 
population serrée de Kolpodes et de Glaucomes. 

Afin de ne pas tomber dans de fastidieuses répéti- 
tions, nous passerons rapidement sur les consé- 
quences de cette expérience. Dans celle-ci c'est la 

(1) Je n'ai donné ici aucun nom à ces différents Kolpodes, parce 
que rien d'absolument identique n'a été décrit par les auteurs. 
Rien n'est plus variable que l'espèce dans les Microzoaires. On 
peut s'en faire une idée en étudiant les tigures originales des na- 
turalistes; pas une ne se ressemble. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 309 

même eau et le même air qui se trouvent dans tout 
l'appareil, et cependant partout les animalcules sont 
différents. Cette expérience s'élève avec énergie con- 
tre les hypothèses dans lesquelles on donne à ces 
agents le rôle de disséminateurs des germes. Si c'était 
l'eau, est-ce que les mêmes animalcules ne se seraient 
pas rencontrés partout? elle qui baigne à la fois tous 
les compartiments de l'appareil. Si c'était l'air, celui- 
ci aurait-il choisi ses compartiments pour n'y laisser 
tomber que telle ou telle espèce sans en égarer une 
seule sur la limite d'un vase voisin? Et dans cette 
hypothèse, qui pourrait expliquer pourquoi le foin 
entier est presque dénué de progéniture, tandis que 
le foin haché en regorge? 

Enfin, il nous a semblé que, pour saper de toutes 
parts l'hypothèse de la panspermie, il serait bon aussi 
de fixer expérimentalement les bornes de la dissémi- 
nation des végétaux inférieurs, et c'est ce que nous 
avons tenté de faire par les expériences ou les obser- 
vations qui terminent ce chapitre. 

Nous ne prétendons nullement nier les ingénieux 
moyens que la nature emploie pour disséminer les 
plantes, ni les extraordinaires migrations des semences 
voyageuses ; mais il ne faut pas en tirer des conséquen- 
ces impossibles. Les végétaux inférieurs, eux qui, par 
la nature de notre sujet, appelaient surtout notre at- 
tention ; eux surtout qui apparaissent parfois avec une 
abondance qui excite l'étonnement ; dans nos expé- 
riences, ils nous ont semblé être loin de jouir de cet 
extraordinaire pouvoir expansif qu'on leur accorde 
généralement, pour expliquer et leur multitude et leur 



310 HÉTÉROGÉME. 

subite apparition dans les plus inaccessibles réduits. A 
l'égard d'un certain nombre d'entre eux, cette puis- 
sance est même extrêmement limitée. Au lieu de fran- 
chir merveilleusement l'espace et les difficultés, leurs 
semences, au contraire, s'arrêtent souvent devant les 
moindres obstacles.- A l'air libre, elles ne se propa- 
gent même pas toujours à un centimètre de distance 
d'un objet infecté à celui qui ne l'est pas. 

Expérience. — Nous plaçons sous une cloche une 
macération de maïs, dont toute la superficie est recou- 
verte d'une abondante végétation de Pénicillium glau- 
cum, Link. Celui-ci est en fructification, et le micro- 
scope constate partout une immense quantité de cha- 
pelets de séminules. Cette macération est contenue 
dans un grand verre à expérience et affleure presque 
ses bords. Tout à côté d'elle, et dans des vases pareils, 
nous plaçons trois macérations datant de la même 
époque, et qui sont vierges de toute végétation crypto- 
gamique. Examinées après six semaines, durant les- 
quelles la température avait été de quinze degrés en 
moyenne, ces macérations, qui avaient été faites avec 
des pois, des fèves et des lentilles, ne présentaient 
pas à leur surface la moindre trace de ce même Pé- 
nicillium. Bien mieux, en explorant de tous côtés la 
surface de ces macérations, on n'y a pas découvert un 
seul spore du champignon qui infecte le maïs. On ne 
peut pas, pour ce Mucor, inventer les germes invisi- 
bles auxquels on fait jouer un si grand rôle pour 
expliquer des phénomènes qui ne sont explicables que 
par l'hétérogénie. Dans les Pénicilliums, les spores 
sont parfaitement reconnaissables et ont un diamètre 



ÉLIMINATION DE L AIR. 311 

connu. Et comme j'espère que l'on ne prétendra pas 
qu'ici il y a des germes mélapliysiques et des germes 
palpables, je puis dire que si on ne découvre pas de spo- 
res à la surface du liquide des autres macérations, c'est 
qu'aucun ne s'est échappé de celui qui les a produits. 

On ne pourrait arguer ici d'arguments tirés de l'in- 
suffisance du temps ou de la non-convenance du mi- 
lieu offert à la nouvelle végétation. Pour le temps, le 
Mucor n'a mis que huit jours à se développer sur la 
première macération, et les trois autres sont restées 
trois semaines presque accolées dans le mèmemiheu. 
A l'égard du sol, on n'a pas d'objection sérieuse à 
offrir, puisqu'il a été reconnu qu'il n'a été infecté par 
aucune séminule ; et s'il eut été propice à la plante, 
elle s'y fût bien développée sans leur concours. 

On pourrait aussi objecter que les spores qui sont 
tombés sur ces diverses macérations ont pu échap- 
per à l'observation. Je réfuterai facilement cette ob- 
jection, en disant que pour un micrographe exercé la 
régularité que présente la forme des séminules du 
Pe7iicilUum glauciirriy et leur couleur jaune, quand on 
les observe dans l'eau et par réfraction, ne permettront 
aucune erreur. J'ajouterai encore que ces germes, 
quand on les découvre dans leur site, sont fréquem- 
ment accolés plusieurs ensemble et forment même de 
longs chapelets, ce qui a fait grouper sous le nom de 
Monilia, quelques espèces de Pénicillium; et que cette 
particularité ne permet pas de méconnaître ces sémi- 
nules. 

Quelques expériences, exécutées par Bulliard, con- 
tribuent encore à démontrer combien la dissémination 



312 HÉTÉROGÉNIE. 

aérienne est bornée. Celles- ci ont d'autant «plus 
d'autorité pour nous qu'elles ont été entreprises dans 
le but de combattre l'hypothèse des générations spon- 
tanées. Bulhard dit qu'ayant à diverses reprises semé 
du Mucor miicedo yhin., Mucor sphœrocephahis ^BuW., 
dans des fioles, celui-ci poussa et y fructifia parfai- 
tement, sans que ses séminules s'insinuassent dans 
d'autres fioles placées dans le voisinage et y produisis- 
sent des Moisissures. Ce n'était que par exception que 
ces dernières en contenaient parfois quelques ves- 
tiges (1). 

Les expériences d'infection qui suivent, par leurs 
résultats négatifs, viennent encore limiter la puissance 
disséminatrice des plantes. 

Expérience. — On prit un grand verre à expé- , 
rience dans lequel macérait un morceau de mie de 
pain , et dont toute la superficie était recouverte 
à' Aspercjillm glaiicus, Mich., parfaitement développé 
et disséminant abondamment ses spores. 

Dans le but d'offrir un sol propice aux séminules 
qui s'échapperaient de la plante mère, on remplit un 
autre verre semblable au précédent avec une macé- 
ration qui déjà contenait la Mucorinée dont l'autre 
était infecté, seulement on en filtra l'eau avec soin pour 
s'assurer qu'aucun spore n'avait pu y pénétrer. Ce 
verre fut ensuite placé sous une grande cloche à côté 
du précédent. 

Le huitième jour on observe l'appareil. L'Aspergil- 
lée s'est encore énormément développée. Le verre 

(1) BuLLiARD, Histoire des champignons de la France. Paris, 
1809, t. l,p. 115. 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 313 

qui est placé à côté de celui qui la contient ne présente 
pas le moindre rudiment de cette plante, et sa sur- 
face ne paraît pas avoir reçu un seul de ses spores. 
Ceux-ci n'auraient pu se dérober à nos yeux s'ils y 
eussent existé ; leur longueur, de 0,0056 à 0,0084 
de millimètre , eût empêché qu'ils passassent ina- 
perçus. 

D'après cela, ne faut-il pas de beaucoup diminuer 
cette facilité qu'on prête à l'air de transporter par- 
tout les germes ? Nous avons là deux vases placés 
côte à côte, l'un est rempli d'une prodigieuse quan- 
tité de germes, et pas un de ceux-ci ne va s'abattre 
à un centimètre de là ! Les expériences qui suivent 
contribuent encore à démontrer combien la dissémi- 
nation des germes doit être limitée. 

Expérience. — On enleva sur une macération de 
mie de pain, une plaque de seize centimètres carrés, 
d'un amas serré d'une végétation composée de Muco- 
rinées diverses, dont cependant le Pénicillium glati- 
cum, Link, formait la principale masse. Cette plaque fut 
déposée, avec précaution , sur une tranche de mie de 
pain, qu'on avait préalablement imbibée d'eau, et 
dont elle n'occupait qu'un sixième de la surface. Cette 
tranche de pain fut ensuite placée dans une cuvette 
au fond de laquelle on avait mis une petite quantité 
d'eau pour y entretenir une humidité favorable à la 
végétation cryptogamique. Le tout fut enfin recou- 
vert d'une vaste cloche en verre. 

L'appareil ayant été laissé en repos pendant quinze 
jours, sous l'influence d'une température moyenne 
de 12% lorsqu'on le visita, la surface du pain n'offrait 



314 HETEROGENIE. 

pas la moindre trace de moisissure, et même on put 
constater, en la faisant gratter dans toute son étendue, 
qu'il n'y existait aucun spore de Pénicillium, même à 
un centimètre de la plaque déposée sur la tranche de 
pain. 

On ne pourrait pas arguer que dans ce cas les cir- 
constances favorables ont manqué à l'extension de 
la végétation cryptogamique, car la plaque de Muco- 
rinée avait remarquablement accru la sienne, en se re- 
couvrant d'une nouvelle génération de Pénicillium. 
Les éléments d'une ample dissémination ne faisaient 
pas défaut eux-mêmes, car la moindre parcelle du 
tapis glauque du champignon en expérience pré- 
sentait au microscope une nuée de spores, et cepen- 
dant pas un de ceux-ci, en quelque sorte, n'était 
allé germer à un centimètre de sa souche. 

Expérience. — Cette expérience sert en quelque 
sorte de critérium à la précédente . On mit une large 
plaque de Pénicillium glaucum^ Link, sur une tranche 
de mie de pain ; elle en couvrait à peu près le quart 
de la surface, et cette tranche, trempée dans l'eau, 
fut abandonnée un mois sous une cloche, par une 
température moyenne de S". A ce moment toute la 
surface de la tranche de pain était couverte de petits 
îlots de Pénicilhum, d'un vert glauque ou blancs, de 
deux à cinq millimètres de diamètre, très-rapprochés 
les uns des autres. 

Si l'on n'avait eu que cette partie de l'expérience 
sous les yeux , on aurait évidemment prêté à une in- 
fection cryptogamique la nouvelle végétation qu'on 
observait; mais sous une autre cloche et absolument 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 315 

dans les mêmes circonstances, on avait déposé une 
tranche du même pain, seulement on n'avait pas mis 
dessus de plaque de Mucorinée; et cependant cette 
tranche de pain éloignée de toute infection, n'en 
offrait pas moins une collection d'îlots de Pénicillium 
tout aussi abondante que l'autre. Ainsi tombe, en pré- 
sence des faits, cette puissance exagérée que l'on a 
prêtée à la dissémination. 

Les expériences qui suivent, et que j'expose très- 
succinctement viennent encore à l'appui de notre opi- 
nion sur les hmites que l'on doit imposer à la dissémi- 
nation. 

Expérience. — Un très-grand verre à pied rempli 
d'urine humaine avait sa superficie recouverte d'une 
épaisse couche de Moisissure en fructification. On 
filtra le hquide qu'il contenait et on le mit dans deux 
verres; on recouvrit seulement l'un d'eux avec la 
couche cryptogamique dont nous venons de parler. 
Ces deux verres furent ensuite placés tout à côté l'un 
de l'autre sur une planche du laboratoire, et aban- 
donnés ainsi à l'air libre. Quinze jours après, à la 
température de 14° en moyenne, lorsqu'on l'examina, 
le verre sur lequel on n'avait pas mis de champignons 
n'offrait pas la moindre trace de végétation; sur l'au- 
tre, au contraire, avait surgi une nouvelle généra- 
tion de Mucorinées. Pas un seul^ spore ne s'était trans- 
porté d'un verre dans l'autre. On ne peut pas dire là 
que les circonstances étaient défavorables ; c'était le 
liquide sur lequel déjà les plantes se propageaient, et 
depuis le commencement de rexpérience leur nom- 
bre s'était accru dans l'un des vases. 



316 HETEROGENIE. 

Expérience. — On prit un verre à expérience rempli 
d'eau, dont toute la surface était recouverte de Péni- 
cillium g laiiciim, Link, en fructification. Ce verre fut 
placé au centre d'une glace, parfaitement essuyée. 
Quinze jours après, on explora au microscope la sur- 
face de celle-ci et une minutieuse attention n'y fît 
pas découvrir un seul spore. 

Expérience. — Une macération de maïs, totale- 
ment couverte d'Aspergilliis et de Pénicillium en fruc- 
iification et chargés d'une abondance de spores, est 
placée sur une planche du laboratoire. A côté on met 
un vase à large ouverture et rempli d'eau distillée. 
Quinze jours après, on explore la surface de ce der- 
nier pour reconnaître si l'on n'y verrait pas nager 
quelques spores de ces deux plantes; mais l'obser- 
vation la plus attentive n'a fait absolument rien décou- 
vrir. 

M. Gérard a fait aussi une expérience d'une ex- 
trême simplicité et qui, avec tant et tant d'autres, 
vient encore s'élever contre le pouvoir dissémina- 
teur de l'air et ajouter une preuve de plus à la spon- 
téparité. Une feuille de papier ayant été exposée par 
lui à l'humidité, il la vit bientôt se recouvrir de pla- 
ques roses, jaunes et noires, qu'il reconnut être 
occupées par autant d'organismes distincts. ïl semble 
rationnel dépenser que si c'était à des germes aériens 
que l'on dût cet essai de végétation, celui-ci eût été 
uniforme à la surface du papier ; mais que, puisqu'il 
n'en fut pas ainsi, il faut attribuer la diversité des 
Proto-organismes à l'hétérogénéité des matières qui 
entraient dans la composition de leur sol, et qui ont 



ÉLIMINATION DE l'aIR. 317 

dû en se réorganisant, donner chacune naissance à 
un produit particulier (1). 

En présence des diverses expériences que nous ve- 
nons encore d'exposer, on est bien forcé de limiter 
extrêmement les migrations des cryptogames. Du reste 
pour celles-ci l'imagination peut moins s'exercer. 
Comme leurs spores sont apparents et qu'on ne leur a 
pas donné une essence presque métaphysique, comme 
on l'a fait pour les œufs des Microzoaires, il est moins 
facile d'errer, parce que le naturaliste exercé peut 
presque toujours dire que si les germes végétaux exis- 
taient réellement, il les découvrirait! 

Cependant nous ne pouvons passer sous silence 
que M. Payen rapporte qu'en 1848 le pain de muni- 
tion de Paris fut envahi par un Oïdium, VOidium au^ 
rantiacum (2), dont les spores, dit-il, répandus en 
poussière invisible, peuvent végéter avec une extrême 
rapidité sous l'influence de la chaleur et de l'humi- 
dité. L'illustre chimiste dit avoir constaté que les 
séminules de ce champignon microscopique résistent 
aune température de 100 à 120°, et qu'elles ne per- 
dent leur faculté germinative qu'à 1 40° (3) ; il résulte 
de là que cette Moisissure se conserve intacte dans la 
mie du pain pendant la cuisson, parce qu'elle n'y 
éprouve pas une température qui dépasse iOO^, mais 
qu'elle s'altère dans la croûte, elle qui subit une 

(1) Gérard, Dict. univ. d'hist. nat, Paris, 1845, t. VI, p. 64. 

(2) Oïdium décrit et tiguré par MM. Mirbel et Payen , et déter- 
miné par M. Léveillé. 

(3) Payen, Précis de chimie industrielle. Paris, 1849, p. 390. — 
Annales de chimie, 1843. 



31 s HÉTÉROGÉNIE. 

température dépassant 200°. On rapporte qu'un quart 
de milligramme de cet Oïdium suffît pour infecter un 
pain en un temps très-court. 

Nous ne pouvons rien dire à cet égard, n'ayant fait 
aucune expérience sur ce champignon; seulement 
nous pouvons affirmer que dans toutes les expériences 
que nous avons faites avec les moisissures qui en- 
vahissent ordinairement le pain, et dont nous venons 
de rapporter un certain nombre, jamais nous n'avons 
reconnu cette grande facilité de dissémination que 
l'on prête à VOidium aurantiacum. Toutes nos expé- 
riences d'infection ont échoué. Aussi lorsque nous 
voyons ces cryptogames envahir subitement et sur 
une grande échelle des substances alimentaires qui 
s'altèrent, nous sommes bien plus tentés de les attri- 
buer à l'hétérogénie qu'à la génération normale. 

Donc, d'un côté, tandis que toutes nos expériences 
d'infection ont échoué, de l'autre nous avons vu que 
les spores des moisissures qui envahissent le plus 
communément le pain se désorganisaient totalement 
sous l'influence d'une chaleur de 100° ou durant une 
ébullition d'un quart d'heure à une heure (1). 

Une expérience de Bulliard se joint aux miennes 
pour démontrer, que la température de Veau bouil- 
lante suffît pour anéantir la faculté germinative des 
séminules des plantes inférieures. Il introduisit dans 
des fioles à médecine une espèce de bouilhe formée 
de mie de pain et d'eau et saupoudrée d'une ample 
quantité de spores du Mucor sphœrocephaliis . Ces 

(1) Voyez plus haut, p. 282. 



ÉLIMINATION DE l'aI«. 319 

fioles furent plongées clans l'eau bouillante pendant 
une heure, et ensuite bouchées herméliquement. 
Bulliard dit que deux mois après on ne distinguait 
aucun Mucor dans ces fioles, tandis que dans d'autres 
qui avaient eu le même ensemencement, mais qu'on 
n'avait pas exposées à la chaleur, on trouvait tout 
l'intérieur rempli de cette cryptogame. Ce fait prouve 
donc qu'une température de cent degrés est suffi- 
sante pour tuer les semences des champignons (1). 

L'observation vient elle-même nous aider à limiter 
le pouvoir disséminateur de l'atmosphère et donner 
un nouvel appui à la spontéparité. 

Dans la série, déjà assez nombreuse, des végétaux 
qui se développent sur les animaux, les uns viennent 
sur les organes qui communiquent avec Talmosphère 
ambiante, et d'autres naissent dans la profondeur des 
organes (2). Le champignon qui produit le muguet, 
V Oïdium alhicans., Ch. Robin, dont l'histoire a été 
tracée par MM. Gruby et Gh. Robin ; celui qui cause la 
teigne faveuse, VAcîwrion Schœnleimi, Remak, étudié 
successivement par Lebert, Remak, Gruby, Ch. Robin, 
Bazin (3) , ainsi que diverses autres productions 

[i] Bulliard, Histoire des champignons de France. Paris, 1809, 
t.I, p. il5. 

(2) Comp. SluyteRj De vegetabilibus organismi animalis para- 
sitis. Berolini, 1847. 

Gh. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent 
sur l'homme et les animaux vivants. Paris, 1853. 

(3) Lebert, Physiologie pathologique. Paris, 1843, t. II, p. 477. 
Remak. Diagnost. imdpatliologische Untersuchungen. Berlin, 1855. 
Gruby, Comptes rendus de l'Acad. des sciences. Paris, 1841, p. 72. 
Ch. Robin, iy/sL natur. des végétaux parasites. Paris, 18o3,p.441. 
Bazin, Rech. sur la nature et le traitem.des teignes. Paris, 1853. 



320 HÉTÉROGÉNIE. 

cryptogamiques qui engendrent quelques maladies ex- 
térieures, pourraient rationnellement devoir leur ori- 
gine à la dissémination aérienne de leurs séminules. 

On pourrait aussi attribuer la même origine aux 
productions cryptogamiques suivantes : hV Aspergillus 
candidus, MicheM (1), rencontré dans les sacs aériens 
d'un Bouvreuil, par MM. Rayer et Montagne (2); à 
V Aspergillus glanais, Fries (3), découvert par Spring 
dans les cavités aériennes de l'abdomen d'un Plu- 
vier (4) ; à y Aspergillus nigrescens, Ch. Robin, si- 
gnalé dans les sacs aériens d'un Faisan (5); et à d'au- 
tres végétaux parasites qui ont été observés dans les 
cavernes pulmonaires de quelques personnes phthisi- 
ques, par Bennett (6). 

Mais les partisans de la dissémination aérienne ne 
pourraient expliquer par elle la présence des végé- 
taux bissoïdes rencontrés par M. Rayer dans les 
plèvres d'un individu tuberculeux ; et ceux que cet il- 
lustre médecin trouva dans la cavité péritonéale 
d'un homme atteint de pneumo-thorax (7). Sansdoute 
que , comme les séminules de ces végétaux ne sont 
pas armées de crochets et qu'on ne peut leur attri- 

(1) MiCHELi, Nova plantarum gênera. Florenliae, 1779. 

(2) Rayer et Montagne, Journal de l'Institut. i842, n. 492. 

(3) Fries, Systema mycologicum. 1829, t. 111, p. 385. 

(4) Spring, Sur une Mucédinée développée dans la poche abdo- 
minale d'un Pluvier doré. Bruxelles {Bull, de l'Acad. rot/.), 1848, 

(5) Ch. RoBi^, Histoire naturelle des végétaux parasites qui crois- 
sent sur l' homme et les animaux vivants. Paris, 1853, p. 518. 

(6) Bennett, On the présence of confervœ in some exsudative 
masses passed by the bowels. {Lectures on clinical medicine.) Edim- 
burgh, 1851. 

(7) Rayer, Journal l'Institut. 1832, n. 392. 



ÉLIMINATION DE l'aiR. 321 

buer une force instinctive qui les dirige \ers un site 
d'élection, on ne pourra pas, pour elles, invoquer l'in- 
génieux mode de migration que MM. Kuchenmeister, 
Stein, Leuckart et Van Beneden, etc., prêtent aux em- 
bryons de quelques Entozoaires (1). 

On ne voit pas comment on expliquerait autrement 
que par la génération primaire la production des 
végétaux parasites que l'on rencontre dans les cavités 
splanchniques des grands animaux. Leurs séminules, 
d'abord, sont d'un diamètre trop considérable pour 
pouvoir franchir les parois des vaisseaux absorbants; 
et si l'on admettait même qu'elles puissent, par quel- 
que violence aux lois physiologiques, s'insinuer dans 
le système circulatoire, on ne pourrait concevoir par 
quels procédés elles en sortiraient ensuite, à travers 
les membranes séreuses, pour tomber dans leurs ca- 
vités; car ces séminules, dont le diamètre est souvent 
de 0,0028 à 0,0084 de millimètre, elles qui ne peu- 
vent traverser nos grossiers filtres en papier, ne pour- 
raient assurément franchir le tissu serré de la plèvre 
ou du péritoine. 

Si cependant, et il faut nous attendre à répondre 
aux plus extraordinaires objections, on prétendait que 
cotte miraculeuse migration est facile et qu'on peut 
l'expliquer, nous répondrions à cela que dans ce cas 
les faits qui viennent d'être cités devraient se présen- 

(1) KucHEiNMEiSTER, Oïl animal and vegetable Parasites of ihe Im- 
man body. Loiidon, 1857. 
Stein, S^e6o/(i und Kollikefs Zeitschr.^y ^ p. 380. 
R. Leuckart, Parasiten und Parasitismus {Archiv fur physiol.) 
Van Beneden et Gervais, Zoologie médicale. Paris, 1859. 

POUCUET. 2 1 



322 HÉTÉROGÉNIE. 

ter avec la plus extrême fréquence, car les espèces 
d'Aspergillées qui envahissent ordinairement l'éco- 
nomie animale étant très-abondantes autour de nous, 
il n'y aurait pas de raison pour qu'il ne s'en trouvât 
pas un grand nombre d'absorbées normalement parla 
respiration ou la nutrition, et qu'on ne les vit se re- 
produire çà et là à l'intérieur de l'organisme. C'est ce 
qui n'a pas lieu. 

Et ce qui vient même confirmer que leur appari- 
tion est un fait de spontéparité, c'est qu'on ne les voit 
guère se développer que dans les cas où l'individu a 
succombé sous l'influence de quelque maladie. 

M. Ch. Robin, avec cette rare sagacité qui le dis- 
tingue, a décrit le mécanisme par lequel les spores en 
germant pénètrent dans les tissus, et y enfoncent 
leur mycélium (1). Là il y a une puissance active 
qui presse devant elle la substance organisée et peut, 
comme il le dit, la faire disparaître molécule à molé- 
cule.' Mais aucune force semblable n'est inhérente 
spore errant, et vraiment il est impossible de supposer 
qu'il puisse mécaniquement percer les tissus pour en- 
trer dans les cavités closes de l'économie animale. Si 
des corps étrangers y pénètrent, comme on en cite des 
cas si rares, ils le doivent à leur volume, à leur pe- 
santeur, à l'aide desquels ils exercent une pression 
sur les tissus, et y trouvent des points d'appui. Les sé- 
minules des cryptogames n'ont rien de ce qu'il leur 
faudrait pour cela. Étant sphériques ou ovoïdes, 
elles manquent même de ces formes anguleuses (jui 

(1) Cii. KoBiN, Histoire naturelle des végétaux parasites qui 
croissent sur l'homme et les animaux. Paris, 1853^ p. 278. 



ÉLIMINATION DE L*AIR. 323 

permettent, selon certains physiologistes, à des corps 
pulvérulents inorganiques de s'insinuer dans les 
tissus (1). 

On cite, il est vrai, des spores trouvés dans les si- 
nus sanguins des vers à soie ; mais il faudrait bien 
déterminer s'ils y ont été observés sur l'animal vivant 
et avant leur germination, ce qui est fort essentiel. En 
germant ils peuvent pénétrer dans l'économie; à l'état 
stagnant ils en sont plutôt expulsés qu'ils n'y pénè- 
trent. M. Ch. Robin rapporte que l'on a trouvé des 
spores dans les oeufs du Bombyx du mûrier. Pour 
cela j'y crois fermement, et le célèbre anatomiste 
décrit parfaitement le mécanisme par lequel ils ont 
dû y pénétrer : les spores ont pu, dit-il, se trouvant 
dans l'oviducte, être enveloppés par l'albumen en 
même temps que le jaune (2) . 

Des corps étrangers peuvent fréquemment ainsi 
s'insinuer à l'intérieur des œufs, même à l'intérieur 
des œufs des oiseaux. On me parlait souvent, dans les 
campagnes, de pattes de hannetons rencontrées dans 
des œufs de poule; j'y croyais à peine. Mais durant 
une invasion de ce coléoptère en Normandie, oii les 
poules en mangèrent tant que le vitellus de leurs 
œufs en avait contracté une couleur d'un brun foncé, 
qui leur donnait un aspect repoussant, j'eus l'occa- 
sion d'ouvrir moi-même l'œuf d'une volaille qui con- 
tenait une patte antérieure de hanneton. Gela s'expli- 

(i) Ch. Robin Et Verdeil, Traité de chimie anatomique normale 
et pathologique. Paris, 1852, t. III, p. 520. 

(2) Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites j etc.,. 
p. 282. 



32 i HETEROGENIE. 

que fort bien. Dans une contraction du cloaque, elle 
sera entrée par le fémur dans l'orifice del'oviducte ; et 
les épines de la jambe l'auront fait y monter jusqu'au 
moment oii l'albumen l'aura enveloppée et où elle 
sera redescendue pour être ainsi que lui recouverte 
par la coquille. 

Récapitulation. — Le but de ce chapitre était de 
démontrer que le véhicule des germes organiques ne 
peut être ni le corps putrescible, ni l'eau, ni l'air at- 
mosphérique. 

Cela ayant pu être mis hors de doute pour chacun 
de ceux-ci en particulier, en somme ce n'est donc 
aucun des trois. C'est là un fait tout aussi incontes- 
table que le serait un théorème dans lequel , pour prou- 
ver qu'une ligne mathématique ne peut exister, on en 
éliminerait successivement les fractions. 

Ce n'est pas le corps solide, puisque des animal- 
cules naissent après que celui-ci a subi une carbonisa- 

ionpresque complète, et l'on ne peut pas prétendre 
que les œufs résistent au feu de forge. 

Ce n'est pas l'eau, cardes animalcules naissent dans 
l'eau artificielle, formée de toutes pièces dans nos la- 
boratoires en combinant de l'hydrogène et de l'oxy- 
gène. Personne, je pense, n'oserait soutenir que l'un 
de ces gaz était le dépositaire des œufs. 

Enfin, ce n'est pas l'air atmosphérique , puisqu'il 
se produit des Protozoaires dans l'air artificiel obtenu 
en mêlant de l'oxygène et du gaz azote et qu'on 
n'admettra jamais , sans doute , que l'un de ces gaz a 
pu fournir des œufs à la combinaison. 

Puisque par voie d'exclusion on prouve facilement 



ÉLIMINATION DE l'aiR. 32»j 

que les Proto-organismes n'ont point leurs germes 
dans l'un des trois corps précités, il faut donc bien 
leur chercher une autre origine, et c'est ce que nous 
allons faire dans le chapitre suivant. 



CHAPITRE V. 

■ DU DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DES MIGROZOAIRES. 

Afin qu'il ne s'établisse aucune confusion entre nos 
idées et les prétentions des physiciens atomistes de 
l'antiquité et de leurs modernes imitateurs , nous de- 
vons insister sur ce point, c'est que la génération pri- 
maire ne produit jamais un animal de toutes pièces, 
mais que seulement elle engendre des ovules spon- 
tanés, dans le milieu proligère, absolument sous l'em- 
pire des mêmes forces qui façonnent des ovules dans 
le tissu de l'ovaire. Ceci bien nettement posé , nous 
pouvons entrer en matière. 

Lamarck prétend , avec raison, que c'est la même 
cause déterminante qui suscite les phénomènes pri- 
maires, soit dans la génération spontanée, soit dans la 
génération sexuelle. C'est cette cause qu'il a})pelle 
cause excitatrice, stimulus , et aussi aura vitalis (1). 

Ce grand zoologiste nous paraît avoir pénétré, en 
effet, tous les rapports qui existent entre deux actes 
en apparence si différents, mais qui, cependant, sont 
absolument similaires. 

L'énorme répulsion qu'éprouvent certains savants 
pour la génération spontanée vient tout simplement 

(I) Lamarck, Philosophie zoologique. Paris, 1809, t. 11, p. 71, 
75 et 77. 



DEVELOPPEMENT SPONTANE DES MICROZOAIRES. 327 

de ce qu'ils comparent les résultats génésiques et non 
leur point initial. 

Cependant, secouant tout scrupule, il en est qui ne 
craignent pas d'admettre que les ïnfusoires peuvent 
dériver de l'hétérogénie, parce qu'ils ne voient en eux 
qu'une ébauche de l'animalité; mais ils se scandali- 
sent à la pensée qu'un oiseau ou un mammifère ait ja- 
mais pu surgir de la même source. 

Toute dissidence disparaîtrait si ces savants se re- 
portaient à l'origine des choses. Ils y verraient , en 
effet, que là l'animal le plus complexe se confond 
absolument avec le plus simple Protozoaire; et ils re- 
connaîtraient que l'un et l'autre ne sont d'abord for- 
més que par quelques rares molécules organiques , 
composant là un ovule presque imperceptible. 

Il faut essentiellement se persuader que les molé- 
cules organiques qui se groupent spontanément, à un 
moment donné, soit dans l'ovaire des animaux, soit 
dans la pellicule proligère des infusions, sont soumises 
aux mêmes lois génésiques. Dans la génération spon- 
tanée, il se forme une enveloppe adventive comme 
dans la génération ovarique. Seulement, dans la pre- 
mière on la nomme kyste, et dans la seconde, mem- 
brane vitelline ; mais c'est la même chose. C'est un 
œuf qui, dans le premier de ses modes, continue son 
évolution sans fécondation, et qui, dans le second, ne 
peut ordinairement le faire. Je dis ordinairement, car 
dans quelques cas la fécondation peut manquer. 

Si, dans nos expériences, c'est au contact de corps 
divers que se développent les Proto -organismes, il ne 
faut pas croire que la raison de leur apparition est ab- 



328 HÉTÉROGÉNIE. 

solument sous l'influence des affinités ; ce serait ra- 
baisser la création au niveau d'une attraction chimi- 
que. Non, la cause intime de la vie, cette force initiale 
qui en groupe le canevas , est cet esprit que Bremser 
considère comme le régulateur de tous les actes biolo- 
giques (1). 

« La cause principale de la vie est placée dans ce 
que j'ai nommé l'esprit, et que l'on pourra appeler x 
si l'on veut ; mais qui est tout à fait différente du mé- 
lange des substances, et par lequel ce mélange devient 
vivant. Si la vie n'était que le produit d'un certain mé- 
lange proportionné des substances, le chimiste, après 
avoir décomposé un corps organisé, pourrait redonner 
à ce dernier sa structure primitive ; mais c'est ce que 
ne peut faire le chimiste, par la raison qu'il n'est pas 
maître de l'esprit. » 

Lorsque M. de Humboldt lui-même écrit les lignes 
suivantes, ne semble-t-il pas se douter des phéno- 
mènes que vont révéler les générations spontanées : 
« La vie est répandue partout ; la force organique tra- 
vaille continuellement à rattacher à de nouvelles 
formes les éléments séparés par la mort ; mais cette 
richesse d'êtres organisés et leur renouvellement dif- 
fèrent suivant les climats (2) . 

La répugnance avec laquelle certains savants re- 
poussent toute idée de génération spontanée, provient 
aussi de leurs fausses notions physiologiques. Ils ne 

(1) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intesti- 
naux. Paris, 1837, p. 87. 

(2) A. DE Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1828, t. II, 
p. 13. 



DEVELOPPEMENT SPONTANE DES MICROZOAIRES. 329 

voient dans la reproduction qu'un acte accompli par 
la mère, et c'est là, selon nous, une immense erreur. 
L'œuf, au contraire, est un produit qui, depuis sa plus 
infînae origine jusqu'à son expulsion, agit sous l'em- 
pire d'une force qui lui est inhérente, et semble os- 
tensiblement en révolte contre l'organisme dont il 
dérive. Pour vulgariser notre pensée, nous dirons que 
la mère ne façonne pas plus son œuf que son fœtus. 
Souvent même c'est fort loin d'elle que ceux-ci puisent 
l'air, l'eau et la chaleur employésauxprincipales phases 
de leur développement. Ce qui a fait exagérer le rôle 
maternel , c'est qu'on a toujours pris pour point de 
départ les mammifères, et il faut se reporter bien au 
delà si Ton veut juger sainement la question. 

A l'abri de la coquille d'un œuf d'oiseau , on voit 
s'accomplir un acte bien autrement surprenant que la 
formation de l'œuf lui-même. Sous la mère, un em- 
bryon qui était d'une telle ténuité qu'on en aperce- 
vait à peine les premiers linéaments, se transforme en 
poulet ou en jeune autruche. Elle n'a nullement con- 
couru cependant, par elle-même, à façonner ce nouvel 
être, dont une muraille calcaire la sépare : le fœ^tus se 
développe à l'aide de sa seule force vitale mise en jeu 
par l'air et la chaleur humide. La mère est si bien 
inutile à cet acte que l'incubation artificielle peut ab- 
solument la remplacer ; et l'on sait même que certains 
oiseaux de l'Australie, si féconde en productions extra- 
ordinaires, ne couvent nullement leurs œufs. lisse 
contentent de les déposer dans d'immenses amas de 
foin ou de terre mêlée de débris de végétaux, en con- 
fiant uniquement le soin de leur incubation à la cha- 



330 HÉTÉROGÉNIE. 

leur q^ue la fermentation développe dans ceux-ci. C'est 
ce que Gould nous rapporte à l'égard du Telegalla 
Lathami, Gould, et du Megapodius tumulus, Gould, 
dont il a si bien observé la nidification (1). 

Depuis le nnoment où un ovule groupe ses deux 
premières molécules jusqu'à celui où il s'isole com- 
plètement de l'organisme maternel par ses enve- 
loppes adventives , il est constamment sous l'empire 
d'une force vitale, qui lui est absolument inhérente et 
à l'aide de laquelle il dégrade, à son profit, ce même 
organisme. Je me sers à dessein de cette expression, 
parce que chaque reproduction est réellement un acte 
énervant pour la mère, un acte de mort comme l'ap- 
pelait de Blainville ; aussi, dans une foule d'animaux, 
celle-ci succombe-t-elle d'épuisement aussitôt qu'il est 
accompli... 

Supposez alors que la force plastique, au lieu de se 
manifester dans l'ovaire, se produise au sein d'un 
amas de matière organique, il en résultera un nouveau 
produit qui dans l'un et l'autre cas s'élèvera à un de- 
gré différent d'organisation , dépendant de la nature 
absolue de l'un ou de l'autre milieu. De l'ovaire d'un 
mammifère sortira un singe ou un bélier; de la pelli- 
cule d'une macération , un simple Microzoaire. Tout 
sera subordonné aux mêmes lois : celles-ci sont po- 
sées par la nature ; l'homme en interprète seulement 
les résultats, mais sans en pénétrer la cause. 

Burdach ne semble-t-il pas étayer cette manière de 
voir de tout l'ascendant de son autorité lorsqu'il dit : 

(1) Gould, An introduction to the Birds of Australia. Londres, 
1843, p. 82-87. — The Birds of Australia. Londres, 1840. 



DÉVELOPPEMENT SPONTANE DES MICROZOAIRES. 331 

« Dans la propagation par œufs, le nouvel individu se 
forme aux dépens d'une masse amorphe de granula- 
tions microscopiques qui se décomposent. De pa- 
reilles analogies ne permettent pas de regarder comme 
absolument impossible que de la substance grenue, 
produite par la décomposition de la matière organi- 
que, il se développe un animal d'une autre espèce, 
pourvu de bouche, de cavité digestive , d'organes lo- 
comoteurs, quoique d'ailleurs d'une structure fort sim- 
ple (1). » 

Mais quelle est cette force vitale qui se manifeste à 
certaine époque dans un point de l'organisme mater- 
nel? Quelle est cette puissance organisatrice, ce 
îïiodus fiendi atqiie agendi, comme l'appelait Stahl (2)? 
c'est ce que nous ne pénétrerons sans doute ja- 
mais (3). 

Cependant, quelle que soit cette force, elle gouverne 
déjà la formation de l'ovule; elle la domine avec une 
puissance suprême, absolument identique à celle avec 
laquelle elle régira toutes les fonctions organiques qui 
vont successivement se manifester chez l'être créé. 
Elle se complique en même temps qu'il s'avance dans 
la vie; obscure et indécise d'abord, bientôt elle accroît 
son énergie et finit ensuite par s'adjoindre les volitions 
intellectuelles. 

La première étincelle de vie qui anime l'orga- 

(1) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 10. 

(2) Stahl, Demonstratio de mixti et vivi corporis vera diversi- 
tate. Sect. lxi, p. 91. 

(3) Cabanis, Rapports du moral et du physique de l'homme. 
Paris, 1824, t. II, p. 236. 



332 HETEROGENIE. 

nisme, ne doit évidemment sa manifestation qu'à cer- 
taines circonstances concomitantes. Si celles-ci man- 
quent, tout reste dans le néant. C'est à cause de cela 
qu'on peut remarquer que le principe vital ne se trans- 
met pas toujours d'une façon continue de la mère à 
sa progéniture : il y a un ou plusieurs hiatus durant 
lesquels la vie s'éteint absolument pendant un temps 
illimité. 

On sait que certaines graines conservent fort long- 
temps leur faculté germinative. Duhamel rapporte que 
des semences de stramoine ont pu se développer après 
être restées vingt-cinq ans sous la terre (1) ; Friewald 
a vu des graines de melon germer après avoir été 
gardées plus de quarante ans (2); Roger Galen et 
Voss ont fait germer des haricots conservés depuis 
trente-trois et trente-sept ans (3). Van Swieten raconte 
que des graines de sensitive extraites d'un herbier, 
après y avoir séjourné quatre-vingts ans, se sont parfai- 
tement développées (4); enfin, des semences de blé, 
au rapport de Pline, ont été fertiles après cent ans de 
sommeil (5), et Gérardin dit qu'après un même laps 
de temps, il a fait germer des graines de haricot enle- 
vées à l'herbier de Tournefort (6). 

On peut encore citer des exemples de semences 
qui se sont conservées bien plus longtemps que celles 

(1) Duhamel, Traité des semis, 'p. 93-95. 

(2) Fkiewald, Philosophical Transactions. London, 1742. 

(3) RoGF.p. Galen, Philosophical Transactions. Loiidon, 1742. 
Woss, Bulletin des sciences naturelles, XVII, p. 222. 

(4) Van Swieten, Comment. VI, ad s. Q\\\,de Podagrâ, p. 260. 
(o) Pline, Histoire naturelle. 

(6) Gkkardin, Propriété conservatrice des graines. 



DEVELOPPEMENT SPONTANE DES MICROZOAIRES. 333 

dont il vient d'être question. Ch. Desmoulins rapporte 
que des graines d'Héliotrope, deMédicago et de Bluet, 
trouvées, il y a quelques années, dans un tombeau 
gallo-romain du troisième ou quatrième siècle, ont 
parfaitement poussé dans un jardin où elles furent cul- 
tivées (l). Malgré l'assertion contraire de Rœmer (2) 
et de De CandoUe (3), on sait aujourd'hui que des grains 
de blé, datant encore d'une époque beaucoup plus re- 
culée, et qu'on recueille à l'intérieur de quelques tom- 
beaux de l'ancienne Egypte, germent et multiplient 
parfaitement dans nos campagnes. On a même vu, en 
Angleterre, un ognon de scille, trouvé dans les mains 
d'une momie, et qui, ayant été cultivé, s'est couronné 
de feuilles et de fleurs. 

Dans tous ces cas, dira-t-on que la parcelle de vie 
qui devait présider à la résurrection des grains, était 
restée latente dans leur sein? Non, la force vitale qui 
s'y est révélée a dû sa manifestation au concours des 
circonstances dans lesquelles l'organisme a été re- 
placé. Si la vie s'y paralysait seulement, si elle y res- 
tait à l'état latent, il n'y aurait pas de raison pour 
qu'elle n'en fît autant chez les animaux que l'asphyxie 
tue, sans qju'aucun secours puisse les ranimer, après 
un trépas de quelques minutes. 

Dans le but de refouler toute idée de spontéparité, 
on s'est toujours complu à rappeler les descendances 
naturelles dans lesquelles le produit ressemble con- 

(i) Charles Drsmoulins, Écho dumonde savant, 2e année. 

(2) Rœmer, Théorie élémentaire, Trad. de Tallem., t. L p. 187. 

(3) De CxNDOLL!::, Traité de physiologie végétale. Paris, 1832, 
t. H, p. 623. 



334 HÉTÉROGÉNIE. 

stamment à l'être qui Tengendre, comme si celui-ci, 
ayant participé activement à sa formation, l'avait fa- 
çonné à son image. L'objection tirée de la ressem- 
blance serait de quelque valeur, si l'être producteur 
déployait une force active dans l'acte génésique ; ou 
si, comme Bufîon le prétendait, le produit extrayait 
tous ses éléments des divers organes maternels (1); 
ou si enfin, lorsque celui-ci naît, il était toujours sem- 
blable à ses parents. Mais rien de tout cela n'est abso- 
lument rigoureux. La mère n'a nulle influence nor- 
male sur son produit, et celui-ci se forme non-seule- 
ment à son insu, mais, en outre, par une force spéciale; 
et pour rendre notre pensée à l'aide d'une métaphore 
vulgaire, nous redirons que ce n'est pas la mère qui 
le sculpte, mais que c'est lui qui se sculpte lui-même, 
ce qui est immensément différent. La nature a voulu 
que chaque être ait sa reproduction limitée et définie, 
et si une chose pouvait être anormale, ce serait le 
renversement de ses harmonieuses lois. L'annéhde et 
l'insecte reproduisent des êtres semblables à eux et 
non des animaux plus élevés, ce qui serait un scan- 
dale; la membrane prohgère d'une infusion donne 
naissance, selon sa composition, à des espèces égale- 
ment déterminées, et jamais on n'y voit les mieux 
organisées précéder celles qui le sont moins; jamais 
le Rotifère n'apparaît avant la Monade! 

La génération spontanée se manifeste dans le milieu 
prohgère absolument sous l'empire des mêmes lois que 



(1) BuFFON, Histoire naturelle générale et particulière. Deux- 
Ponts, 1786. 



FORCES INITIALES. _ 335 

la génération normale dans le tissu de l'ovaire. Cette 
dernière, à son origine, n'est aussi qu'une génération 
spontanée, qui ne recevra que plus tard le stimulas du 
mâle. Et c'est la même influence occulte qui produit 
un être donné dans un ovaire offrant des conditions 
particulières, et un autre être donné dans un milieu 
proligère offrant d'autres conditions. 



SECTION I. — FORCES INITIALES. 



La démonstration des diverses phases de la géné- 
ration spontanée est difficile et laborieuse ; voici pour- 
quoi ses antagonistes ont pu si facilement l'attaquer, 
et pourquoi ses partisans ont quelquefois désespéré 
d'arriver à en dérouler de manifestes preuves. 

Ainsi Sénebier prétendait qu'il n'y a eu aucun sys- 
tème qui ait été plus fortement attaqué et plus solide- 
ment renversé que Thétérogénie; selon ce savant expé- 
rimentateur, Bonnet et Spallanzani l'auraient même 
dissipé au point de n'en laisser aucune trace (1). Nous 
ne sommes pas de l'avis du respectable ministre gene- 
vois. Un système pour lequel ont combattu ou com- 
battent encore des hommes tels que Buffon,Lamarck, 
Treviranus, Tiedemann, J. Muller, Burdach et Bé- 
rard, est loin d'être, non pas anéanti, mais seule- 
ment énervé par deux savants, au talent desquels nous 
rendons hommage, mais qui sont loin d'avoir acquis 

(1) ^É^EBiER, Ébauche de l'histoire des êtres organisés avant leur 
fécondation, p. 8, dans les Expériences pour servir à l'histoire de 
la génération, par Spallanzani. 



336 HÉTÉRO GÉNIE. 

rillustration de ceux qu'on peut leur opposer (1). 

Et, quoiqu'on puisse ranger Burdach parmi les plus 
énergiques partisans de la génération spontanée, ce . 

savant prétend cependant que celle-ci ne peut être ni ' 

réfutée, ni démontrée directement d'une manière com- 
plète. Mais nous, nous pensons que le moment est 
enfin arrivé où l'observation directe peut éclaircir 
quelques points de la question ; et que s'il n'en était 
pas ainsi, la solution rationnelle pourrait même ac- 
quérir toute la certitude possible. Il peut en être de 
l'hétérogénie comme de certains phénomènes physi- 
ques, qui, quoique inaccessibles à nos sens, n'en su- 
bissent pas moins la plus stricte démonstration à l'aide 
d'expériences ou d'observations indirectes, que vien- 
nent élucider toutes les ressources de l'intelligence. 

Dans nos diverses observations, le microscope, par 
ses admirables perfectionnements, en centuplant nos 
sens, nous initie aux confidences du Créateur ; et l'in- 
telligence, en venant à son aide, étend indéfiniment 
ses mystérieuses révélations. Ainsi s'eclaircissent ces 
sublimes et presque incompréhensibles lois qui prési- 
dent à l'organisation de la matière. Et c'est cet in- 
strument que nous allons actuellement appeler à notre 

(1) BuFFON, Suppléments à l'histoire naturelle. Deux-Ponts, 1786, 
t. II. 

Lamauck, Physiologie zoologique. Paris, 1809. 

Treviuaîsus, Biologie. Gœttingue, 1802. 

TiEHEMANN, Pkijsiologie de l'homme. Paris, 1831. 

J. MuLLER, Manuel de p%sio/o(/îé?, traduit de rallemand, par 

A. J. L. Jourdan. Paris, 1851. 
Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. 1. 
Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848. 



FORCES INITIALES. 337 

aide pour explorer tout ce que la question possède de 
points tangibles. 

Phénomènes catalytiques. — On peut considérer 
comme une loi fondamentale, que des phénomènes de 
fermentation ou de dédoublement catalytiques pré- 
cèdent ou accompagnent toute génération spontanée. 

Il est curieux de voir que ceci avait déjà été soup- 
çonné par quelques anciens alchimistes. Après avoir 
divisé en deux sections la production des êtres orga- 
nisés : ceux qui naissent spontanément, sine arte, et 
ceux qui sont le produit de Tart. qim fit arte, nempè 
alchymiam, Paracelse entrevoit déjà, dans son cha- 
pitre De gfe?ie?'a^fo/ii6î/5 rerum, quelle est l'influence 
du mouvement putrescible des corps sur la génération, 
car là il s'exprime ainsi : Nampulrefactio est supremus 
gradus et primiim inUiiim ad generationem . Puis il 
ajoute : Putrefactio aiitem inithim siiiim snmit ex hu- 
mido calore (1). 

En effet, les organismes ne se produisent qu'à 
même ia nature expirante, et au moment oii les 
éléments des êtres sur lesquels ils s'engendrent en- 
trent dans de nouvelles combinaisons chimiques, et 
éprouvent tous les phénomènes de la fermentation ou 
de la putréfaction. Van Helmont était dans une voie 
assez rationnelle , lorsque , alliant ses idées de spi- 
ritualiste à ses doctrines alchimiques, il disait qu'à 
Taide d'un ferment, l'archée peut organiser la ma- 
tière directement et spontanément (1). 

(1) Paracelse, Chap. De generationibus rerum naturalium, t. VI» 
p. 201. 
[{) Van Helmont^ Ortus medicinœ. Amstel., 1648. 

POUCHET. 22 



338 HÉTÉROGÉNIE. 

Il résulte de là qu'il ne se manifeste de générations 
primaires, qu'après que les corps dont elles dérivent 
commencent à subir les premiers phénomènes de 
décomposition ; comme si, pour s'organiser, les êtres 
nouveaux attendaient la désagrégation des autres, 
afin de s'emparer des molécules de la substance expi- 
rante, à mesure qu'elles se trouvent mises en li- 
berté. 11 est évident que l'organisme ne puise ses 
éléments matériels qu'à même les cadavres des an- 
ciennes générations. Aussi Liebig a-t-il pu dire que le 
même atome de carbone, qui fait partie des fibres du 
cœur d'un certain homme, a pu, autrefois, appartenir 
au cœur de l'un de ses ancêtres; et que les atomes 
d'azote de notre cerveau, peuvent provenir de l'encé- 
phale d'un Égyptien ou d'un nègre (1). Oken avait 
déjà dit que le corps des animaux n'était qu'un 
édifice de Monades, s' élevant aux dépens de la putré- 
faction, qui ne représente qu'une désagrégation de 
Monades (2). 

Bremser envisage sous un point de vue nouveau 
les phénomènes qui se manifestent pendant la décom- 
sition des organismes morts et la production de ceux 
qui leur succèdent. Il considère ce double mouvement 
comme une fermentation particulière , dans laquelle 
chaque particule se désagrège de l'être en décomposi- 
tion, pour entrer ensuite dans de nouvelles combi- 
naisons organiques. Mais, selon ce savant, ces parti- 
cules que le chimiste considère comme absolument 
mortes, jouissent d'une vitalité latente, susceptible de 

(i) J. LiEBiG, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 7. 
(2) Oken, Lehrbuch der Naturphilosophie. léna, 1831. 



FORCES INITIALES. 339 

se manifester aussitôt qu'elles rentrent dans quelque 
organisme nouveau. D'après lui, il y a même une 
immense différence, entre les corps absolument morts, 
tels que les particules minérales, et les corps simple- 
ment privés de vie, tels que les débris organiques. 
Durant toutes nos opérations, aucune production 
animée ne peut apparaître dans les premiers, tandis 
que les autres en produisent constamment (1). 

Aux diverses époques géologiques, selon Bremser, 
durant les grandes réactions qui s'opéraient à la sur- 
face de la terre, la matière et ce principe suprême 
qu'il appelle esprit, se combinaient diversement en 
produisant des êtres nouveaux, dont l'organisation se 
trouvait en rapport direct avec la masse en fermenta- 
tion. 

L'illustre médecin, dont rien n'arrête les hautes 
pensées, transforme ainsi le globe en un vaste labora- 
toire de l'organisation, dans lequel, au moment où les 
cataclysmes faisaient table rase des anciennes créa- 
tions, de nouvelles précipitations comblaient le vide, 

(1) ((Le corps mort, dit Bremser, est composé de substances 
toutes différentes que celui qui est organisé, et que les parties 
qui en proviennent après sa mort. Les corps morts se laissent 
aussi bien dissoudre et décomposer que les corps privés de vie. 
Quelques corps morts, comme par exemple les métaux, se laissent 
même transformer dans des états sous lesquels on peut à peine 
deviner leur état primitif; mais, par des procédés chimiques, on 
peut de nouveau les réduire et les ramener à cet état primitif. 
Des corps organisés, privés de vie, se laissent également décom- 
poser par l'art dans leurs substances originelles, mais jamais un 
chimiste n'a réussi à rendre ensuite à un corps organisé et dé- 
composé sa structure véritable et primitive. » Bremser, Op. cit., 
p. 84. 



340 HÉTÉROGÉNIE. 

en fournissant des races déplus en plus perfectionnées. 

Poursuivant audacieusement son sujet, Bremser 
exhume les révélations du passé et suppute l'avenir ; 
et. en voyant qu'à chaque époque de la nature, l'esprit 
tend à révéler sa suprématie et à dominer la matière, il 
s'exprime ainsi dans une belle page que nous ne pou- 
vons résister au plaisir de reproduire textuellement : 

« Les animaux de la première création, dit-il, ne 
pouvaient pas être si parfaits que ceux delà dernière. 
Dans la première, l'esprit était encore trop enchaîné à la 
matière, et ce n'est qu'après s'être débarrassé de cette 
dernière, non propice à l'animalisation, qu'il pouvait 
agir plus librement et parvenir enfin à gouverner 
l'existence corporelle de l'organisation à laquelle il est 
adhérent, car l'homme, animé par l'esprit, veut, et sa 
volonté est une loi pour la matière. Cette assertion 
souffre cependant quelquefois des exceptions ; mais 
alors l'esprit demande plus que la matière ne peut 
faire, et nous devons également considérer que 
l'homme n'est pas un pur esprit^ mais seulement un 
esprit borné par la matière de différentes manières. 
En un mot, l'homme n'est pas un Dieu ; mais malgré 
la captivité de l'esprit dans sa corporéité, celui-ci est 
déjà assez libre en lui pour qu'il s'aperçoive qu'il est 
gouverné par un esprit plus élevé que le sien, c'est- 
à-dire par un Dieu. Pouvoir ou plutôt devoir com- 
prendre, cela est ce qui forme la différence entre 
l'homme et les animaux... Il est encore à présumer, 
dit Bremser, dans la supposition qu'il y aurait une 
nouvelle précipitation, que des êtres beaucoup plus 
parfaits que ceux qui ont été le résultat des précé- 



FORCES INITIALES. 3-41 

dentés seraient créés. L'esprit dans l'homme est à la 
matière dans la proportion de 30 à 50, avec de légères 
différences en plus ou en moins, car c'est (an tôt l'es- 
prit et tantôt la matière qui domine. Dans une création 
subséquente, si celle quia formé l'homme n'est pas la 
dernière, il y aurait apparemment des organisations 
oii l'esprit agirait plus librement et où il serait dans 
la proportion de 75 à 25. Il résulte de cette considé- 
ration que l'homme a été formé comme tel à l'époque 
la plus passive de l'existence de notre terre. L'homme 
est un triste moyen terme entre l'animal et l'ange ; 
il tend aux connaissances élevées et ne peut pas y 
atteindre ; quoique nos philosophes modernes le 
croient quelquefois, cela n'est réellement pas. » 

Ce qu'il y a de certain , c'est que le mouve- 
ment putrescible est si indispensable à chaque mani- 
festation génésique que toute production organique 
cesse de se former aussitôt qu'on l'arrêie. Dans nos 
laboratoires nous remarquons même constamment 
que l'eau dans laquelle se produisent des Microzoaires, 
subit des modifications dans sa composition chimique. 
Burdach l'a fait observer avec raison (1), et, avant 
lui, Gruithuisen avait même considéré ce phénomène 
comme devant être une espèce particulière de fermen- 
tation (2). 

Certains savants considèrent la fermentation, ou la 
résolution des molécules organiques complexes en 
combinaisons plus simples, comme étant due à l'appa- 

(1) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837, t. H, p 122. 

(2) Gruithuisen, fietira^e zur Physiognosis, p. 116, 107. — Idées 
«iirlaphysiognosie. 



342 HÉTÉROGÉNIE. 

rition de certains organismes inférieurs (1). Yirey a 
rappelé que le père Kircher avait émis une opinion 
analogue (2). 

La putréfaction, en désagrégeant plus rapidement 
l'organisme que ne le fait la fermentation, agit encore 
d'une manière plus énergique sur l'hétérogénie. Les 
molécules organiques composées qu'elle met en liberté 
entrent bien vite dans d'autres combinaisons : ainsi 
une recrudescence de vitalité tire sa source de phé- 
nomènes d'un ordre absolument opposé. La putréfac- 
tion, non-seulement dégage les molécules qui vont 
s'assimiler primairement à l'organisme, mais aussi, 
elle est ultérieurement pour celui-ci une source 
incessante de nutrition, puisque la plupart des aliments 
des animaux sont extraits des substances putresci- 
cibles (3). 

Il ne serait pas déraisonnable de penser que les 
premiers phénomènes génésiques doivent peut-être 
leur manifestation à des conditions chimiques nou- 
velles, qui surgissent à certaines époques, soit dans 
les animaux, soit dans les plantes. Liebig en avouant 
que nous ne savons pas faire une distinction nette entre 
les effets des forces vitales (4), ne nous autorise-t-il pas 

(1) Liebig dit : « On sait^ en effet, par l'analyse microscopique, 
que la lie et la levure se composent de petits globules souvent réu- 
nis sous forme de chapelet, qui possèdent les caractères des cel- 
lules végétales vivantes, et ressemblent beaucoup à certaines 
plantes inférieures, à des champignons, ou à des algues. » Nouv. 
lett. sur la chimie, p. 29. 

(2) ViREY, Dict. se. méd.^ article Fermentation, t. XV. 

(3) Liebig, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 24. 

(4) Ibid., p. 40. 



FORCES INITIALES. 343 

à émettre cette idée ; et cette opinion ne trouve-t-elie 
pas une certaine force dans ces nombreuses légions 
d'organismes, qui apparaissent dans les corps en 
putréfaction, ou dans ceux dont les ovules surgissent 
périodiquement sous l'influence des saisons? 

La présence d'un corps qui, en se décomposant, 
produise de l'azote, semble une indispensable condition 
de l'hétérogénie ; et si, dans beaucoup de leurs expé- 
riences, certains pliysiologistes ont obtenu des résul- 
tats négatifs, c'est presque toujours parce qu'ils avaient 
préliminairement entravé le mouvement putrescible 
dans les substances qu'ils employaient. M. Morren, 
depuis longtemps, a fait connaître combien ce gaz est 
indispensable à la vie des Microzoaires de tous les 
ordres ; il a même reconnu que quand il manque, ces 
animaux deviennent immobiles et passent à une sorte 
de vie simplement végétative (1). M. Laurent prétend 
même qu'en donnant aux înfusoires un supplément 
d'azote, il déterminait chez eux un accroissement 
extraordinaire (2). 

Cette importance de l'azote nous paraît non dou- 
teuse. — Il semble, en effet, que pour les Micro- 
zoaires, sa présence est peut-être un élément indis- 
pensable et que ceux-ci l'emploient, en quelque sorte, 
à l'état naissant: c'est pourquoi T effervescence génési- 
que se manifeste plus amplement dans les corps 

(1) Morren, Expériences sur l'absorption de V azote par les ani- 
malcules et les algues. — Ann. se. nat., Zoologie. 1854, t. I, 
p. 339. 

(2) P. Laurent, Études physiologiques sur les animalcules des 
infusions végétales. Nancy, 1854, t. I. 



Si A HÉTÉROGÉNIE. 

abandonnés à la fermentation putride, où l'azote se 
produit avec abondance, que dans ceux qui ne subis- 
sent qu'une simple fermentation. Ce produit est aussi 
susceptible de leur fournir cet élément, puisque des 
végétaux simplement recouverts d'eau aérée, en fer- 
mentant, dégagent de l'azote, de l'acide carbonique et 
de l'hydrogène carboné (1). 

Phénomènes de réorganisation. — D'après La- 
marck, la génération directe ne consisterait que dans 
la transformation de petites masses gélatineuses ou 
muqueuses en tissu cellulaire ; à remplir de fluides 
divers les cellules qui se forment ; et enfin à les vivi- 
fier en mettant les fluides contenus en mouvement à 
l'aide du stimulus vital (2). 

L'idée du grand zoologiste, comme on le voit, était 
fort simple, mais nous pensons que Ton peut fouiller 
la question un peu plus avant, ainsi que nous allons 
actuellement essayer de le faire. 

Il y a des molécules inertes, comme il y a des mo- 
lécules organiques ; les unes et les autres sont régies 
par d'invariables lois. A l'aide de forces particulières, 
qui, comme tant d'autres, nous sont inconnues (3) les 

{]) Trè^ard, Traité de chimie. Paris, 1815. t. III, p. 410. 

(2) Lamarck, Philosophie zoologique, Paris, 1809, 1. 1, p. 373. 

(3) Que nous a expliqué Newton en disant : « La gravitation est 
Tattraction vers le centre de la terre? Quelle est la cause de celte 
attraction? Peut-être que les grands corps attirent les petits; 
bien : mais quelle est la cause que le plus grand attire le plus 
petit? Personne ne peut l'expliquer, et personne ne le compren- 
dra aussi longtemps que notre esprit sera captivé par notre corpo- 
réité; mais nous le saurons quand cette tension élevée de l'esprit, 
ce que nous appelons dans le sens strict esprit ou intelligencey 
aura quitté la matière. » Bremser, toc. cit.^ p. 87. 



FORCES INITIALES. 345 

molécules minérales s'agrègent avec ordre et se cris- 
tallisent sous des formes identiques ; à l'aide d'autres 
forces, non moins obscures, les molécules organiques 
se groupent pour composer des êtres vivants détermi- 
nés. Lorsqu'une force a désagrégé les molécules d'un 
minéral, on ne trouve pas singulier que dans des cir- 
constances différentes, ces mêmes molécules reconsti- 
tuent leurs cristaux. Serait-il donc si étrange que des 
molécules organiques, qui ont aussi leur mode d'asso- 
ciation déterminé, s'organisassent lorsqu'elles se ren- 
contrent dans la modalité de leur attraction sensitive? 
Si nous ne pouvons pas, nous, reconstituer des orga- 
nismes dans nos laboratoires, cela ne dit pas que la 
nature ne peut pas le faire dans le sien ! 

Les chimistes ayant reconnu l'existence de molé- 
cules organiques complexes (1), et les médecins en 
ayant démontré empiriquement la présence, par la 
transmission des miasmes et des principes conta- 
gieux (2), il n'est pas douteux que ce ne soient ces 
molécules, mises en liberté par la putréfaction, qui 
entrent dans de nouvelles combinaisons pour former 
les organismes incréés. 

Dans ceux-ci, chaque molécule organique primaire 
possède indubitablement deux éléments, l'un matériel 
et l'autre vital ; sans cela le phénomène de la conti- 

(J) Comp. LiEBiG, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, 
p. 25. 

(2) Comp. Lancîsi, De noxiis paludum effluviis. Rornse, \1S1. 

Platner, Dissertatio de pestiferis aquarum putrescentium expi- 
rationibus. Leipsig^ 1747. 

Nacquart, Dictionnaire des sciences médicales. Paris, 1819, 
t. XXXUI, p. 353. 



346 HÉTÉROGÉNIE. 

nuelle rénovation des tissus vivants serait absolument 
inexplicable. On ne peut attribuer ce mouvement 
incessant de l'organisme à la puissance de ses appa- 
reils. La preuve qu'il n'en existe aucun pour l'opérer, 
c'est qu'au moment où ses premiers linéaments com- 
mencent à poindre , il ne se produit d'abord qu'une 
trame microscopique, et celle-ci, par conséquent, ne 
peut être que le résultat des affinités moléculaires; nul 
organe achevé ne pouvant alors diriger, avec supré- 
matie, le mouvement vital. îl n'y a donc évidemment 
là qu'une action intime de molécule à molécule. Si les 
molécules se sont assimilées d'abord par leur propre 
force, dès l'origine de la vie, doivent-elles, par la 
suite, perdre cette propriété? 

Les plus hardis penseurs de notre époque, qui ont 
systématiquement soutenu l'hypothèse de la sponté- 
parilé, n'entendent plus, aujourd'hui, que les corps 
organisés émanent directement de matériaux inorga- 
niques, mais qu'ils se produisent à même des éléments 
dissociés, qui ont précédemment subi l'influence vi- 
tale ou au moins en partie. Nous avons déjà vu qu'une 
telle opinion était professée par Treviranus, Tiede- 
mann, Burdach, Bremser et J. Muller (1). 

Ainsi donc, sous l'empire de la fermentation ou de 
la putréfaction, les corps organisés se décomposent et 
dissocient leurs molécules organiques; puis, après 

(1) Treviranus, Biologie. Gœttingue, 1802^ t, 11^ p, 267, elc. 

TiEDEMANN, Physiologie de l'homme. Paris, 1831, 1. 1, p. 100, etc. 

Bremser, Traité des vers intestinaux. Paris, 1824. 

BuRDAcn, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I. 

J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, t. I, p. 9. 



FORCES INITIALES. 347 

avoir erré en liberté pendant un temps illimité, lors- 
que les circonstances plastiques viennent à se mani - 
fester, ces molécules se groupent de nouveau pour 
constituer un nouvel être. Aussi, Burdach a-t-il pu 
dire que, dans la nature, il n'y a que deux formes 
primordiales essentielles de toute activité biologique : 
celle dans laquelle le multiple procède de l'unité : et 
celle dans laquelle le multiple retourne à l'unité. Notre 
théorie, ajoute-t-il, a donc pour axiome que la nature 
est la manifestation de l'infini dans le fini (1). 

Mais la force agissante qui opère et qui crée, 
ne façonne parfois que des êtres d'une extrême 
simplicité. De là, il nous semble que c'est avec raison 
que M. Raspail dit que le type de l'être organisé peut 
se réduire, dans sa plus simple expression, à une 
vésicule imperforée, douée delà propriété d'élaborer, 
au profit de son développement , les substances 
gazeuses et liquides qu'elle attire dans son sein par 
aspiration ; et de rejeter par expiration ceux des élé- 
ments décomposés qui ne peuvent servir à l'assimila- 
tion (l).En effet, certains êtres rudimentaires, tels que 
les globules du sang et quelques Monades, ne semblent 
composés que d'une cellule élémentaire. 

Depuis bien des siècles, l'hétérogénie, cette ques- 
tion d'un ordre si élevé, a passionné tous les philoso- 
phes. Admise par la plupart d'entre eux, beaucoup 
cependant se sont révoltés avec colère contre elle. Il 
semblait à ceux-ci qu'il était de la plus inexplicable 
folie qu'on pût admettre qu'il soit possible à la matière 

(i) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. U, p. 332. 
(2) Raspail, Nouveau système de chimie organique, Paris, 1838. 



348 HÉTÉROGÉNIE. 

amorphe, d'engendrer des êtres organisés d'un ordre 
élevé. Il leur semblait que toutes les molécules maté- 
rielles ne pouvaient jamais se rencontrer dans le mode 
de combinaison voulu pour produire une œuvre aussi 
capitale qu'un lion ou qu'un palmier. Je dois me hâter 
de répeter que je partage largement leur manière de 
voir sur ce sujet, mais que ce n'est nullement là que 
réside la question. Pour la résoudre, il faut se reporter 
au point initial de V organisation , alors tout se sim- 
plifie et se comprend. Nous n'avons plus à nous 
occuper si par d'incommensurables combinaisons, 
des molécules se sont groupées pour former de gi- 
gantesques êtres, tels que le hon et le palmier, mais 
seulement si , sous l'empire d'une force initiale, 
quelques molécules se sont rencontrées pour engen- 
drer un ovule imperceplihle, presque un point mathé- 
matique! 

A l'origine des créations, il ne faut par chercher 
Vêtre, mais uniquement la force génésique, car c'est 
elle seule qui d'abord se révèle, et qui, selon son 
énergie, détermine la modalité spécifique. Et cette 
force initiale, se manifeste généralement avec d'autant 
plus de profusion que le produit qui doit en découler 
est moins élevé: l'étroit canal sexuel d'un Ascaride 
donne naissance à des milliards de vermicules, et le 
volumineux ovaire d'une cavale ne laisse tomber qu'un 
seul fœtus. Faites, si vous voulez, dériver cette force 
initiale de l'incessante action de la nature ou admet- 
tez qu'elle émane de la puissance créatrice, il n'en 
est pas moins vrai qu'elle apparaît partout et dans 
tout. C'est elle qui se manifeste tantôt au milieu de 



FORCES INITIALES. 349 

la substance de l'ovaire , tantôt parmi ces amas 
de matières organiques répandus à la surface du 
globe. 

Personne ne conteste cette mystérieuse puissance, 
mais il existe seulement de nombreuses dissidences, à 
l'égard de son mode d'action, de son énergie et du 
nom sous lequel on doit la désigner. Ces détails nous 
importent peu ; ce qu'il y a seulement d'essentiel pour 
nous, c'est que par intuition chacun reconnaît le doigt 
de cet immatériel agent. Qu'on le nomme âme, avec 
Stahl (1 ) ; arcliée, avec Van Helmont (2) ; nisiis forma- 
tiviis, avecBarthez {3) i force plastique, awec d'autres : 
que ce soit ce que Bichat désigne sous le nom de force 
vitale (4); que cet agent soit simple, comme le pense 
Adelon, ou multiple comme le veut Gerdy (5), tout 
cela nous est absolument indifférent; ce qu'il y a 
d'incontesté, c'est que tout le monde convient de 
son existence. Nous nous bornons à constater que 
pour tous les physiologistes, c'est l'élément coordon- 
nateur des divers actes de la vie, et que celle-ci cesse 
aussitôt qu'il abandonne l'organisme. 

Ceci posé nettement, j'espère que l'on conviendra 
que cette force plastique, ce nisus formativus est en 
quelque sorte le noyau immatériel qui préside aux 

(1) Stahl, Disquisitio de mechanismt et organismi diversitate. 

(2) Van Helmont, Ortus medicinœ. Amsterdam. 

(3) Bap.thez, Nouveaux éléments de la science de l'homme. 177s. 

(4) Bichat, Recherches 'physiologiques sur la vie et la mort. 
Paris, 1818. 

(o) Adelon, Physiologie de l'homme. 

Gerdy, Physiologie philosophique des sensations et de l'intelli- 
gence. Paris, 1846. 



350 HETEROGENIE. 

premiers actes de la vie, et que les premiers atomes 
de l'organisme sont déjà groupés et animés par lui, 
car sans cela il faudrait se disputer sans fin sur le 
moment où Tagent immatériel, appelé à dominer 
toutes les mutations de la matière, a fait son irrup- 
tion dans celle-ci. Si le principe vital ne présidait pas 
au groupement des premières molécules de l'orga- 
nisme, il faudrait aussi qu'il y eût deux sortes 
d'existences pour le même être ; Tune simplement 
abandonnée aux lois de la matière, et l'autre qui 
serait régie par le principe vital ; cela devient impos- 
sible. 

11 faut donc qu'à leur origine, les organes et la 
force vitale soient étroitement unis ensemble, et que 
par la suite ils se développent parallèlement. 

Or ce iiisiis formativiis ^ dont Faction est toujours 
coordonnée à la nature de la gangue au milieu de la- 
quelle il opère, sous la pression de ses lois intimes, 
dans l'ovaire des êtres créés, n'engendre que des 
êtres semblables à eux ; ailleurs, dans les substances 
en putréfaction, il ne produit que quelques animal- 
cules microscopiques. 

En terminant ce sujet, nous ne pouvons cependant 
pas omettre de dire que quelques savants absolument 
adonnés aux sciences physiques, considèrent l'hypo- 
thèse d'une force vitale, comme n'étant rien moins 
que logique: telle est en particulier l'opinion de Leh- 
mann. Mais ce chimiste, à quelques lignes de l'endroit 
où il émet cette opinion, semble lui-même la réfuter 
en rappelant que l'on n'est autorisé à admettre une 
force nouvelle, une cause générale pour expliquer un 



FORCES INITIALES. 351 

ensemble de phénomènes, que lorsqu'on a bien re- 
connu que tous ces phénomènes sont inexplicables 
par toutes les autres causes connues (1). C'est là pré- 
cisément, selon nous, le cas des phénomènes organi- 
ques, et personne ne le contestera (2). 

Nous l'avons dit précédemment, ce sont les préten- 
tions exclusives des écoles qui ont entraîné leur nau- 
frage. Nous rendons un hommage mérité à la science 
de notre époque, car c'est elle qui doit lui imprimer 
sa plus éclatante et sa plus solide gloire. Les Lavoisier, 
les Laplace, les Monge, les Gay-Lussac, les Davy, 
les Arago ont rempli le monde de leurs immenses 
travaux; mais il ne faut pas que, dans leur enivrement, 
leurs successeurs prétendent encore avoir sondé fous 
les confins de l'inconnu, soulevé tous les voiles de 
l'organisme. Nous ne voulons subir ni le joug du 
spirituahsme exagéré, ni celui du matérialisme plus ou 
moins ingénieusement déguisé : nous demandons seu- 
lement que l'on restitue à l'organisme sa véritable di- 
gnité, sa suprématie; et nous ne voulons pas pour cela 
que l'on exhume de chimériques entités pour expli- 
quer d'inexplicables phénomènes, mais qu'on recon- 
naisse une force organique distincte des forces pure- 
ment physiques, cette force enfin que tout nous révèle 
sur chaque feuillet de la création. 

En traçant le tableau des facultés intellectuelles, 

( 1 ) Lehmann, Précis de chimie physiologique animale. Pari?, 1 855, 
p. 297. 

(2) Lehmann ne le conteste pas lui-même, car il avoue que Ton 
ne connaît pas encore assez les phénomènes physiques pour pou- 
voir le faire. (P. 297.) 



352 HETEROGENIE. 

l'un des chefs de la philosophie allemande a pu dire : 
Penser, c'est créer, 

c'est édifier dans le monde immatériel, intangible. 

Pour compléter l'esquisse des attributs de l'orga- 
nisme, le physiologiste peut ajouter : 

Vivre, c'est s'organiser, 

c'est édifier, c'est créer un être sensible aux dépens 
du monde tangible et matériel. Et je n'ajoute pas que 
c'est en même temps se désorganiser, parce que les 
phénomènes de décomposition rentrent peut-être dans 
le cadre de ceux qui tiennent partiellement aux réac- 
tions physiques': 

De tout ce que l'on vient de lire dans ce chapitre, 
il résulte ce qui suit : 

D'abord, que la fermentation et la putréfaction doi- 
vent être considérées comme presque indispensables à 
la manifestation des générations spontanées. 

Ensuite, que la force plastique, dans de certaines 
limites, s'exerce aussi bien au niiheu des substances 
organiques en décomposition que dans le tissu de 
l'ovaire. 

Et enfin, que les générations spontanées dérivent 
aussi d'ovules, qui, à leur point initial, sont d'une pe- 
titesse extrême. Et que les molécules y sont groupées 
sous l'empire de deux forces. 

SECTION 11. — PHÉNOMÈNES PRIMAIRES. FORMATIO N DE LA PELLICULE 

PROLIGÈRE. 

Nous avons vu, dans la première section, que l'ap- 
parition des Proto-organismes était toujours précédée 



FORMATION DE LA PELLICULE PROLIGÈRE. 353 

par des phénomènes de fermentation ou de putré- 
faction, qui, en désagrégeant les molécules organiques, 
préparent ainsi la voie aux nouvelles combinaisons 
génésiques dans lesquelles celles-ci doivent entrer. Il 
résulte de là, ainsi que l'ont déjà fait remarquer 
Wrisberg et J. Mûller, que la formation des animal- 
cules dans les macérations, est précédée d'un déo^a- 
gement de gaz divers produits par la décomposition 
des substances que l'on a employées (i). 

Bientôt après la manifestation de ce phénomène, 
on reconnaît qu'il se forme à la surface des liquides 
en expérience une pellicule d'abord inapparenle et 
que le microscope discerne à peine; puis celle-ci 
s'épaissit successivement, et finit même parfois par 
devenir assez tenace. Cette pellicule est évidemment 
composée par des débris d'animalcules, d'abord de 
l'ordre le plus infime, et ensuite, par ceux d'espèces 
de plus en plus élevées dans la série des Microzoaires. 
C'est cette mince pseudo-membrane que j'ai nommée 
pellicule proligère, parce qu'il est évident que c'est 
elle qui, à l'instar d'un ovaire improvisé, produit les 
animalcules. On peut y suivre leur développement à 
l'aide de nos instruments et reconnaître qu'ils s'en- 
gendrent à môme les débris organiques dont elle se 
compose. 

Les Protozoaires qui forment d'abord la pellicule 
prohgère sont des Monades, des Bactériums et des 
Vibrions, et chacun de ces animalcules lui donne un 

(1) Wrisberg, Observationum de animalculis infusoriis natura. 
Gottingue, 1765, p. 85. 
J. MuLLER, Manuel de 'physiologie. Paris, 1851, t. I, p. 16. 

POUCHET. 2 3 



354 HETEROGENIE. 

aspect particulier. Comment ces animalcules sont-ils 
produits? d'où viennent-ils? c'est ce que nous ne 
pouvons dire, leur extrême petitesse les dérobant à 
toute espèce d'investigation. Mais plus tard appa- 
raissent les Paramécies, les Vorticelles^ les Kérones, 
les Kolpodes, dont on peut reconnaître l'origine ; et 
qui, eux, après s'être formés à même les débris or- 
ganiques des animalcules qui les précèdent, contri- 
buent ensuite, après leur mort, à augmenter l'épais- 
seur de la pseudo-membrane, et à lui donner un 
nouvel aspect. 

Valentin prétend que la pellicule de la surface 
des infusions n'est que le résultat des réactions 
chimiques qui se manifestent dans les substances 
que l'on a employées, et que ce n'est qu'après que 
cette pseudo-membrane est apparue que l'on voit 
naître les premières générations d'animalcules (1). 
Je m'étonne que Valentin, qui est un des plus pro- 
fonds observateurs de notre époque, se soit mépris 
à cet égard. La pellicule proligère , au contraire, est 
constamment formée, dès son origine, par d'infimes 
Microzoaires ; et l'erreur vient de ce que l'illustre 
successeur de Haller n'a fait attention qu'à la 
seconde génération , celle ^des grands animalcu- 
les, qui, eux, s'engendrent à même le détritus des 
petits. 

La pellicule proligère étant constamment formée 
par les cadavres des animalcules dont les générations 
se sont succédé, doit présenter des caractères assez 

(1) Valentin, Additions à Burdach. De la modalité de Théte'- 
rogénie. Physiologie, Paris, 1838, 1. Il, p. 123. 



FORMATION DE LA PELLICULE PROLIGÈRE. 355 

variés, et c'est ce qui a lieu en effet. Bien plus, les 
débris des Microzoaires s'y conservent parfois d'une 
si complète manière, que souvent, longtemps après 
leur mort, on les y reconnaît encore parfaitement. 
Ceci nous a permis de distinguer bien nettement 
quatre sortes de membranes qui ont des caractères 
très-tranchés, et que nous décrirons ci-après ; ce sont : 
la pellicule proligère granulée ; la pellicule enche- 
vêtrée; la pellicule pseudo-cellulaire et la pellicule 
mixte. 

1° Pellicule proligère granulée. — Cette pellicule 
est évidemment formée par des cadavres de Monades 
ou de Bactériums, c'est la plus élémentaire qu'il soit 
possible d'observer. Voici comment elle se développe 
dans les macérations que l'on a pris le soin d'abriter 
sous des cloches, afin d'éviter qu'il ne s'y mêle quel- 
ques-uns des corpuscules que l'atmosphère tient cons- 
tamment en suspension. 

Dans l'origine, la matière organisable est à l'état de 
dissolution complète dans les liquides qui la renfer- 
ment, et le microscope le plus perfectionné n'y dé- 
montre absolument rien (1). Ce n'est qu'après un 
certain temps de repos, quinze à vingt heui'es seule- 
ment, si la température est élevée^ et sous l'influence 
de l'air et de la chaleur, qu'on voit apparaître à leur 
surface des corpuscules ou molécules microscopiques, 
sphéroïdes, d'une petitesse extrême , et qui semblent 
absolument privés d'organisation. Ces corpuscules 
restent plongés dans la plus profonde immobilité, 

(I) J. MuLLER, Manuel de physiologie, traduit de Tallemand;, par 
A. J. L. Jourdan. Deuxième édition. Paris, 1851, t. I, p. 6. 



a56 HÉTÉROGÉNIE. 

comme s'ils se trouvaient enchaînés à distance. Cette 
immobilité est même, selon nous, un caractère fon- 
damental qui les dislingue des molécules inorganiques. 
Et quand plus tard ces corpuscules s'animeront, leurs 
oscillations seront tout à fait différentes de celles qu'a 
observées M. Brown sur les particules inertes. C'est là 
la transition de la matière inerte vers la matière ani- 
mée; c'est là la plus simple expression des particules 
organisatrices venant de s'échapper des corps en dé- 
composition; c'est là entîn ce que nous nommons 
molécules primaires immobiles. 

Ces granules ou corpuscules globulaires, comme 
les appelle Tiedemann, doivent être, selon lui, consi- 
dérés comme la forme élémentaire des corps organi- 
sés et comme les dernières molécules organiques 
douées de formes distinctes que l'on puisse apercevoir 
en eux (1). 

Le lendemain, des phénomènes d'un ordre opposé 
se manifestent dans la macération : à l'immobilité de 
la veille succède une agitation particulière. Les molé- 
cules organiques, sans avoir grossi en apparence et 
encore tellement ténues que les plus forts microscopes 
ne tes font apparaître que sous la forme de pointes 
qu'on distingue à peine, s'agitent de côté et d'autre et 
sont toutes animées de mouvements que l'on ne peut 
méconnaître. C'est lorsqu'elles sont sous cet état que 
nous leur donnons ce nom de molécules primaires 
mobiles. 

Ce mouvement intime des molécules organiques, 

(1) Treviranus, Traité de physiologie de l'homme. Paris, 1851, 
t.l, p. H9. 



FORMATION DE LA PELLICULE PROLIGÈRE. 357 

observé par nous, avait déjà été reconnu par 0. F. Mill- 
ier et par iM. Dumas (1). 

J. Muller et M. Dujardin ont essayé de réfuter ce 
phénomène, en prétendant que c'est au mouvement 
brownien qu'il faut rapporter les indices de motilité 
observés par les deux savants que nous venons de ci- 
ter (2) ; mais c'est à tort. 

Le mouvement qu'offrent les molécules primaires 
devenues animées ne ressemble même nullement au 
mouvement brownien. Dans leurs mouvements, ces 
molécules ne semblent enchaînées par aucune attrac- 
tion réciproque, et elles sont animées d'une force qui 
leur est inhérente et leur permet de franchir de si 
grands espaces, comparativement à leur volume, 
qu'elles traversent parfois tout le champ du micro- 
scope. 

Le mouvement brownien est tout différent. Dans 
celui-ci toutes les molécules s'agitent dans une sphère 
limitée, et jamais elles n'en sortent; elles semblent 
enchaînées les unes aux autres par une puissance 
attractive, et ne varient nullement dans leurs rapports 
respectifs. Un œil exercé distingue très-bien cela avec 
le microscope ordinaire ; mais on le prouve, sans ré- 
plique, à l'aide du microscope solaire. L'image d'un 
certain nombre de molécules de fer, de laque ou d'in- 
digo étant projetée sur un tableau blanc, je place sur 

(1) 0. F. Muller, Jnim. in fus. 

Dumas, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1825, 
t. VII, p. 221. Ann. des sciences naturelles. 

(2) J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 7. 
Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, p. 93. 



358 HETEROGENIE. 

quatre ou cinq d'entre elles des aiguilles fines ^ et je 
reconnais que ces molécules s'agitent en tous sens, se 
rapprochent ou s'éloignent entre elles, mais que ja- 
mais elles n'abandonnent le lieu où elles siégeaient 
primitivement, et où se trouve enfoncée la pointe de 
l'aiguille. On a sous les yeux, qu'on me permette cette 
comparaison parce qu'elle est d'une exactitude par- 
faite, une espèce de contredanse microscopique dans 
laquelle les sujets, après s'être agités diversement, 
reviennent toujours à leur place. Au contraire, quand 
il s'agit d'animalcules infiniment petits, jamais ceux-ci 
ne retournent à l'endroit d'où ils sont partis. J'insiste 
sur ce point parce que, depuis qu'il a été découvert, 
le mouvement brownien a souvent été mal interprété 
par les physiologistes et a donné lieu à une foule 
d'erreurs. 

Pour nous, ces molécules primaires mobiles ne sont 
autre chose que des Monades de la plus petite espèce, 
le Monas termo, MuU. et le Monas crepiisculum ^ Ehr., 
qu'on a d'abord aperçus encore inanimés, et qui, avec 
le temps, ont enfin revêtu le caractère le plus tranché 
de l'animalité. Et si sous leur premier état nous les 
appelons molécules immobiles, c'est tout simplement 
pour exprimer cette phase indécise de l'organisation 
où un être ne jouit pas encore de ses attributions dis- 
tinctives; car un animal ne peut résulter que d'une 
réunion de molécules, et ce nom n'est là employé que 
pour donner l'idée de leur agglomération et de leur 
infinie petitesse. La vie de ces Monades est de courte 
durée. Quelques heures seulement leur suffisent pour 
en parcourir toutes les phases; et lorsqu'elles sont mor- 



FORMATION DE LA PELLICULE PROLIGÈRE. 359 

tes, leurs corps constituent autant de granulations en- 
tassées, qui forment la pellicule que nous nommons 
pellicule proligère granulée, à cause de son aspect. 

M. Pineau (1) a bien reconnu l'apparilion de ces 
animalcules, mais il a eu tort en prétendant que c'é- 
tait la substance organique des infusions qui se trans- 
formait elle-même, par voie de division, en granula- 
tions qui acquéraient, par degrés, les caractères de 
l'animalité, et formaient autant de Monades. 

Bory de Saint-Yincent, en suivant pas à pas l'orga- 
nisation de la matière, a signalé aussi des phénomènes 
analogues à ceux que nous venons de décrire. Il dit, 
avec raison, qu'au moment où le liquide commence à 
se troubler à sa surface, celle-ci est occupée par des 
globules sphériques, infiniment petits, animés d'un 
mouvement incessant, et auxquels il donne le nom 
de matière agissante (2). Ce sont, selon lui, ces glo- 
bules que 0. F. Mûller a figurés sous le nom de Monas 
termo, au nombre des Infusoires (3). Selon Bory, 
chaque molécule de cette matière représente une in- 
dividuaHté, jouissant d'une vie propre, mais qu'elle 
peut perdre en se groupant avec d'autres molécules 
identiques pour contribuer à la production d'un être 

(1) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcules 
infusoires. Ann. se, nat. Zoologie, 1845, t. 111, p. 183. 

(2) BoR\ DE Saint-Vincent, Dict. classique d'histoire naturelle, 
Paris, 1826, t. X, p. 260, dit que ces globules sont d'une telle pe- 
titesse que leur volume n'équivaut pas, après un grossissement de 
mille fois, à celui du trou que Ton ferait dans une feuille de pa- 
pier avec une aiguille extrêmement déliée. 

(3) 0. F. Muller, Encyclopédie méthodique. Paris, 1791, pi. I, 

tig. i. 



360 HÉTÉROGÉNIE. 

plus élevé. Nous verrons plus loin que cette idée est 
exacte; mais, comme nous venons de le dire, chaque 
molécule animée n'en représente pas moins un ani- 
malcule. 

D'autres fois, au lieu de Monades, ce sont desBac- 
tériums qui forment uniquement la pellicule proli- 
gère. D'abord on en distingue très-peu à la surface 
du liquide; puis ensuite d'autres apparaissent. D'a- 
bord, aussi, ils sont tous immobiles; mais bientôt 
leurs mouvements deviennent sensibles, et souvent en 
vingt-quatre heures, leur vie s'est totalement écoulée 
et l'on ne rencontre plus après que leurs cadavres 
excessivement lassés et formant une pseudo -membrane 
vermiculée. J'ai souvent vu des pellicules uniquement 
composées par le Bacteriumarticulatum, Ehr.; quel- 
quefois aussi il s'y mêle des Monades. 

2° Pellicule proligère enchevêtrée. — Mais, la 
majeure partie du temps, lorsque la température est 
élevée, la pseudo-membrane se produit par un pro- 
cédé qui diffère de celui dont il a été question dans 
la section précédente. On voit tout d'un coup la sur- 
face du hquide se peupler d'une immense quantité de 
longs Vibrions qui s'enchevêtrent ensemble en mou- 
rant, et forment une pellicule plus ou moins tenace. 
Voici^ce qui se passe alors. 

Dans ce cas, le rôle principal de la formation de 
cette pseudo-membrane est confié à deux très-longs 
Vibrions, qui ne me paraissent avoir été décrits par 
aucun auteur. J'ai nommé l'un d'eux Vibrion grani- 
fère, à cause de sa structure, et l'autre Vibrion lisse. 

Le Vibrion granifère, Vibiio granifer offre une 



FORMATION DE LA PELLICULE PROLIGÈRE. 361 

taille peu commune parmi ses congénères : sa lon- 
gueur atteint souvent 0,0560 de millimètre; il est 
parfaitement cylindrique dans toute sa longueur et 
obtus à ses deux extrémités. Son corps est incolore, 
hyalin, transparent, et presque constamment l'in- 
térieur en est occupé par huit granules, ce qui me 
donna d'abord l'idée de le nommer Vibrio oclopunc- 
tatiis ; uiRh parfois aussi on n'y en compte que quatre, 
et d'autres fois il n y en a que deux ou même qu'un 
seul. La disposition de ces granules offre une cer- 
taine régularité; ils sont toujours groupés deux à 
deux. Un groupe de deux est placé vers l'une des ex- 
trémités, et un groupe de deux autres vers l'autre ex- 
trémité ; les quatre granules qui restentsont, au con- 
traire, situés vers le milieu du corps et ramassés deux 
à deux, en laissant un certain intervalle entre leurs 
deux groupes. 

Ce Vibrion a une natation élégante, absolument 
analogue à celle de l'anguille commune, seulement 
un peu plus lente et moins tortueuse. On le voit par- 
fois faire de grands efforts pour traverser certains en- 
droits d'un abord difficile, et quand il ne peut réussir 
à s'y enfoncer, il rétrograde en nageant en arrière. 
Plus les Vibrions granifères sont longs, plus ils nagent 
gracieusement. Ils semblent parfois se multiplier par 
scission; je dis parfois, car d'abord on les voit tous 
apparaître brusquement en ayant toute leur longueur. 
Quand cela a lieu, la scission se fait entre les deux 
groupes de granules situés vers le milieu du corps. 
Alors la natation n'est plus onduleuse : elle ressem- 
ble aux mouvements anguleux qu'auraient deux ba- 



362 HÉTÉROGÉNIE. 

guettes raides, articulées chacune ensemble par l'une 
de leurs extrémités : les inflexions sont considérables 
comme si les deux portions faisaient de mutuels ef- 
forts pour se séparer, se briser, à un endroit déjà 
étranglé. 

La durée de la vie du Vibrion granifère est peu 
considérable. Souvent on le voit apparaître dans les 
macérations vingt-quatre heures après qu'elles ont 
été commencées. Il s'y agite pendant vingt ou vingt- 
quatre heures, et après ce laps de temps écoulé, il a 
généralement accompli le cycle entier de son exis- 
tence. Nés presque tous à la même heure, presque 
tous succombent en même temps et viennent, en mou- 
rant, s'enchevêtrer et former un véritable canevas à 
la surface de l'eau. 

Ni 0. F.Mûller(i),niEhrenberg(2),ni Dujardin(3), 
ni enfin Diesing (4), qui n'admet que les espèces des 
deux premiers naturalistes, ne me semblent avoir dé- 
crit le Vibrion queje mentionne. 0. F. Mûller ne cite 

(l) 0. F. MuLLER, A7iiTnalcula infusona fluviatilia et marina' 
Hauniœ, i786. 

(2} Ehreisberg, Die infusionsthierchen, etc. Leipzig, 1838. 

(3) DujARDiN, Histoire naturelle des infusoires. Paris. 

(4) DiEsiiNG, Systema helminthum. Vindobonae, 1850. La descrip- 
tion du vibrio prolifer.Ehv. que donne cet auteur, semblerait s'en 
rapprocher : Syntherium cylindricum, crassum, flexuosum, utrinque 
rotundatum corpusculis ad 8, ovatis, hyalinis, distinctis. Mais la 
figure d'Ehrenberg, qu'il indique, ne s'y rapporte nullement, 
pas plus que la description. [Infus. 81. tab. 5, 8.) Elirenberg ne 
parle aucunement, dans sa description, des huit corpuscules 
mentionnés par M. Diesing. Il le décrit ainsi : Vibrio bacillis vali- 
dioribus abbreviatis^ hyalinis^ motu lento {lexuosis, distincte arti- 
culatis. M. Diesing a mentionné k tort comme des granulations, 
les huit nodosités moniliformes qu'offre la figure d'Ehrenberg. 



FORMATION DE LA PELLICULE PROLIGERE. 363 

aucune espèce qui puisse même en être rapprochée. 
Son Vibrio bipunclatus est évidemment fort ana- 
logue aux fragments de notre espèce; mais ce n'est 
assurément pas de .ceux-ci qu'il est question dans 
l'œuvre de ce zoologiste, car, en parlant de son ani- 
malcule, il dit qu'il le découvrit in aqua marina posl 
quatuor septimanas, au moment où elle exhalait une 
odeur excessivement fétide (1), tandis que le nôtre 
vient dans l'eau douce, dans laquelle ont seulement 
macéré, une vingtaine d'heures, quelques substances 
végétales. 

Le Vibrion lisse, Vibrio levis, Pouch. , doit le nom que 
je lui ai donné à son corps allongé et tout à fait lisse. 
Ce Vibrion est certainement aplati, ce qui se distingue 
nettement quand il nage. Il est excessivement long et 
atteint jusqu'à 0,0840 de millimètre de longueur, ce 
qui m'avait d'abord porté à lui donner le nom de 
Vibrion gigantesque. Son diamètre est de 0,0014 de 
millimètre; sa natation est très-élégante, anguilloïde. 

Le Vibrion granifère semble précéder un peu l'ap- 
parition du Vibrion lisse. Il arrive un moment où l'on 
trouve encore dans les macérations de nombreux re- 
présentants du dernier, tandis que l'autre n'offre çà 
et là que quelques individus entiers et languissants, et 
une foule de fragments ou de granules, répandus dans 
le liquide, qui n'en sont que les débris. De place en 
place même, ces granules forment parfois des îlots 
colorés en jaune, composés de grains très-distincts, 
placés dans les lacunes de l'enchevêtrement des Vi- 

(1) 0. F. MuLLER, Animalcula infusoria fluviatilia et marina. 
Hauniae, 1786, p. 52, pi. YII, fig. \. 



364 HÉTÉROGÉNIE. 

brions lisses, comme si, dans certaines circonstances, 
le corps du Vibrion granifère, après la mort, se dis- 
solvait en laissant ses granules libres, tandis que le 
corps du Vibrion lisse reste indécomposé un certain 
temps pour former le primitif canevas de la membrane 
proligère. 

La pellicule proligère enchevêtrée est formée prin- 
cipalement à l'aide des deux Vibrions que nous venons 
de décrire. A cet effet, ils s'entassent en se mêlant, 
soit séparément, soit ensemble, en se feutrant, pour 
parler exactement; et c'est ainsi qu'ils donnent nais- 
sance à cette pellicule qui, au microscope, ressemble 
au tissu d'une toile d'araignée. Celle-ci, à cause de sa 
nature, est plus solide, plus résistante que celle qui 
est simplement composée de débris de Monades. La 
pellicule enchevêtrée est parfois presque uniquement 
formée par le Vibrion granifère qui est resté entier; 
d'autres fois, par le Vibrion lisse; parfois aussi elle est 
constituée par ces deux espèces, et dans l'intervalle 
de leurs mailles on voit des corpuscules qui ne sont 
que des vestiges de petits Vibrions, de Monades ou de 
Bactériums, qui ont vécu en même temps que les 
longs Vibrions qui composent essentiellement le ca- 
nevas de la pseudo-membrane. 

En voyant ainsi les Vibrions composer par leurs 
débris inanimés une sorte de sol à même lequel vont 
à leur tour se former des Microzoaires d'un ordre 
plus élevé, nous pourrions, à l'exemple de M. W. Bur- 
nett, supposer que ces Vibrions ne sont que des végé- 
taux primaires (1), et les considérer comme des cra- 
it) w. BuRNETT_, The family oj Vihrioma (Ehrenberg) ?<of Ani- 



FORMATION DE LA PELLÏCLLE PROLIGERE. 365 

tures d'essai destinées à nourrir les animalcules qui 
vont leur succéder. Mais il est évident que ces Vibrions 
sont parfaitement des animaux, quoi qu'en ait dit le 
savant Américain. 

3" Pellicule proligère pseudo-cellulaire. — Par- 
fois aussi, lorsque les générations de Monades et de 
Vibrions se sont anéanties et que des Microzoaires d'un 
ordre plus élevé sont apparus, ceux-ci, en mourant, 
ajoutent leurs débris à la mince pellicule précédem- 
ment formée par de plus infimes animalcules. Je dis 
parfois, car, dans certaines circonstances, ces Micro- 
zoaires, en expirant, se dissolvent complètement dans 
le fluide qui les contient; phénomène dont nous par- 
lerons plus loin. Mais celui-ci, que l'on regarde comme 
un fait général, est peut-être plus commun sous la 
pression qu'éprouvent les Microzoaires, durant nos 
observations, qu'il ne l'est dans la nature. Ce que 
je sais, c'est que souvent j'ai vu que quand nos ma- 
cérations étaient anciennes et que la pellicule était 
très-épaisse, pultacée, on reconnaissait évidemment 
que presque toute l'épaisseur de cette pseudo-mem- 
brane était le résultat d'amas de corps de Kolpodes ou 
de Monades volumineuses, dont les cadavres s'étaient 
entassés en mourant et avaient pu se conserver mu- 
tuellement. 

Des expériences conduites avec délicatesse démon- 
trent cela bien évidemment. Si l'on prend une pelli- 
cule épaisse dans une macération où se sont succédé 
plusieurs générations de Kolpodes, et qu'on la com- 

mals, but Plants. — Proceedings of (he American association for 
Ihe advancement of science, 1851. 



366 HETEROGENIE. 

prime très légèrement, bientôt on reconnaîtra qu'elle 
est composée d'espèces d'utricules, qui ne sont autre 
chose queles cadavres de ces animalcules, à l'intérieur 
desquels on distingue parfois même encore les esto- 
macs. La micrométrie ne permet aucune erreur à ce 
sujet. 

Si l'on comprime un peu plus la pellicule proli- 
gère, quoique fort légèrement encore, les corps tassés 
l'un contre l'autre prennent l'aspect d'un tissu cellu- 
laire végétal, même assez régulier, ce qui est produit 
par la pression réciproque des animalcules morts. 

Lorsque cette pellicule pseudo-cellulaire a été for- 
mée par la Monade lentille, cette espèce étant globu- 
leuse et plus petite, l'apparence cellulaire est beaucoup 
plus régulière et imite des cellules beaucoup plus fines. 
■ Combien de temps des cadavres de Kolpodes ou de 
grosses Monades peuvent-ils se conserver sans trop 
se déformer, pour engendrer ainsi une pseudo-mem- 
brane? C'est ce que je ne pourrais dire au juste. 
Mais je crois que les Monades se conservent facile- 
ment cinq à six jours. L'enveloppe cutanée des Kolpo- 
des me paraît durer beaucoup moins, mais leurs esto- 
macs au contraire sont parfois assez tenaces, et ce sont 
eux qui ont été dans quelques circonstances pris pour 
de petits Kystes. 

Lorsque l'on rencontre des pellicules proligères 
formées par des corps de gros animalcules, ceux-ci 
ont toujours été excessivement nombreux et entassés 
dans la macération, où ils semblent parfois s'être 
étouffés par leur extrême multiplication. 

4° Pellicule proligère mixte. — Nous appelons 



FORMATION DE LA PELLICULE PROLIGÈRE. 367 

ainsi les pellicules proligôres qui sont à la fois compo- 
sées par les divers éléments qui entrent dans les es- 
pèces de pseudo-membranes dont nous venons d'étu- 
dier la formation. 

On rencontre, à la rigueur, assez communément 
cette sorte de pellicule que nous appelons mixte, car 
souvent aux Vibrions on voit se joindre des Monades 
et d'autres animalcules; mais cependant, si une es- 
pèce est tranchée et si une sorte d'animalcule en pré- 
dominant, donne à la pellicule un caractère spécial, 
nous préférons la désigner sous l'un des noms précé- 
dents. 

Enfin, lorsque ce sont des végétaux qui apparais- 
sent à la surface des macérations, on voit un autre 
ordre de phénomènes se présenter. La pseudo-mem- 
brane proligère est alors presque uniquement formée 
par l'enchevêtrement des mycéhums des champignons 
rudimentaires qu'on observe à sa surface, etsou- 
vent cette pseudo-membrane prend alors une épais- 
seur fort remarquable et offre une résistance qu'il 
faut une certaine force pour vaincre. On pourrait 
donc ajouter à ce qui précède qu'il y a une pellicule 
proligère cryptogamique ; mais celle-ci, par son as- 
pect microscopique, doit rentrer dans la catégorie 
des pellicules enchevêtrées. C'est ainsi que souvent la 
surface de l'urine qui s'altère se couvre d'une pelli- 
cule extrêmement épaisse, coriace, qui est formée par 
le mycélium du Pénicillium glaucum, Link. qui y 
abonde ordinairement. 



368 HÉTEROGENIE. 

SECTION m. — PHÉNOMÈNES SECONDAIRES. APPARITION DE l'ovuLE 
SPONTANÉ DANS LA PELLICULE PROLIGÈRE. PREMIERS GRANULES 
VITELLINS. 

En comparant attentivement les phénomènes géné- 
siques qui se manifestent successivement lors de l'ap- 
parition des ovules spontanés et des ovules ovariques, 
je ne vois pas la moindre différence enire eux, sinon 
que les uns résultent de la concentration des molécu- 
les organiques du stroma de l'ovaire, tandis que les 
autres sont produits par celle des molécules organi- 
ques de la pellicule proligère. Et si, par la suite, il y a 
une différence fondamentale entre les deux corps en- 
gendrés, elle est à l'avantage de celui qui naît sponta- 
nément, car l'œuf ovarique, pour continuer son évo- 
lution, a ordinairement besoin d'être fécondé, tandis 
que l'œuf spontané, élevé à une plus grande puis- 
sance biologique, parcourt toutes ses phases sans nul 
stimulant nouveau. 

Bory Saint-Vincent avait déjà parfaitement senti 
que, durant leurs premières phases génésiques, tous 
les êtres organisés se ressemblent par leur extrême 
simplicité. Il est une époque de l'existence, dit-il, où 
tout être vivant, quels que soient sa taille et le rôle qu'il 
joue sur le globe, n'est qu'un animalcule (1). Nous, 
nous n'entendons pas par là que l'être traverse suc- 
cessivement les formes des Microzoaires, bien loin s'en 
faut, mais qu'au moment où les premières molécules 
se groupent dans la substance ovarique ou dans la 

(1) BoRY Saint-Vincent,. Dictionnaire classique d'histoire natu- 
relle. Paiis, 1820, t. X, p. 534. 



APPARITION DE L OVULE SPONTANE. 369 

membrane proligère pour former l'ovule, tout s'y passe 
absolument de même. 

M. Dumas, dans des observations semblables aux 
noires, mais faites sur des macérations de viande, a 
vu se développer des phénomènes absolument ana- 
logues à ceux que nous allons bientôt décrire. Selon 
cet illustre savant, voici comment les infusoires surgi- 
raient spontanément dans la matière organique. «Que 
l'on place, dit-il, un fragment de chair animale ou 
d'une matière analogue dans de l'eau et que l'on 
abandonne le mélange à lui-même, on observera 
bientôt, au moyen du microscope, une foule de petits 
globules dans le liquide, et l'on pourra se convaincre 
aisément que chacun d'eux est doué d'un mouve- 
ment spontané, qu'il paraît peu capable de diriger 
et qui ressemble assez, mais avec beaucoup moins 
de précision, aux oscillations de la lentille d'un 
pendule. 

« Le diamètre de ces petits êtres, qui paraissent pro- 
pres à réaliser la haute pensée des molécules organi- 
ques de Buffon, est absolument semblable à celui 
des globules élémentaires qui constituent la fibre mus- 
culaire. Ils sont par conséquent aussi petits que les 
plus petites particules organiques qu'il nous ait été 
permis d'observer encore, et cependant ils jouissent 
du mouvement volontaire ou au moins d'un mouve- 
ment spontané, fonction qui semble indiquer une 
organisation déjà compliquée. » 

Cette observation nous montre la matière organisée 
morte désagrégeant ses éléments en une infinité 
d'être animés, dont chacun ne semble que l'un de ses 

F'orcriEr. 2* 



370 HETEROGENIE. 

globules élémentaires. «En continuant l'observation, 
on aperçoit bientôt, ajoute M. Dumas, deux de ces 
globules mouvants s' accolant l'un à l'autre, de ma- 
nière à produire un être nouveau plus gros, plus 
agile et capable de mouvements mieux déterminés 
que ceux que l'on observe dans les simples globules. 
Ce composé binaire ne tarde pas à attirer à lui un 
troisième globule, qui tiendra se réunir aux précé- 
dents et se souder intimement lavec eux. Enfin un 
quatrième et un cinquième et bientôt trente ou qua- 
rante se trouveront accolés et constitueront un animal 
unique, doué de mouvements puissants, énergiques, et 
muni d'appareils locomoteurs plus ou moins compli- 
qués ; enfin, un être dont l'organisation sagement 
calculée, repousse au premier abord toute idée d'une 
génération aussi simple que celle dont on vient d'of- 
frir l'histoire (1). » 

Nous ne venons ici que soutenir et développer les 
doctrines analogues à celles qu'a professées l'illustre 
chimiste. Seulement nous pouvons le faire, nous le 
pensons, avec la précision que l'on doit attendre de 
la marche ascendante de l'expérimentation et du per- 
fectionnement des instruments que nous offre notre 
époque. 

Semblable à certaines forces physiques, la puis- 
sance vitale paraît diffusément répandue dans toute la 
matière organique, où elle n'attend que quelque cir- 
constance déterminée pour concentrer son action et 
produire de nouveaux êtres. Yoici pourquoi Timpor- 

(It Dumas. Dictionnaire classique d'histoire naturelle, Paris, 1825, 
t. VII, p. 194. 



APPARITION DE L OVULE SPONTANÉ. 371 

tance de ceux-ci est toujours en raison proportionnelle 
de la masse en fermentation. 

Les premières piiases génésiques d'une Monade ou 
d'un Mammifère offrent la même simplicité. La force 
plastique se manifeste sur un point quelconque de 
la matière et comme un centre vitaly coerce quelques 
molécules organiques ; et c'est de son degré de ten- 
sion que dérive l'importance de l'être qui va suri^ir. 
îl n'y a pas là d'atomes formant d'impossibles combi- 
naisons sous l'empire du hasard, mais l'influence do- 
minatrice d'une force spéciale, rassemblant successi- 
vement toutes les particules du nouveau produit si- 
tuées à sa portée, et centuplant son action à mesure 
que celui-ci s'organise et se développe. 

C'était cette primitive origine qu'il fallait compa- 
rer; tout y est identique, car c'est une puissance 
absolument similaire qui préside à la genèse de tous 
les animaux, seulement elle varie selon son intensité 
et son siège. Là, en s'épanchant avec surabondance 
elle nous livre toutes les magnificences de la série 
zoologique; ici, tout à fait débile, elle n'aboutit qu'à 
engendrer ses plus infimes représentants. Mais, quoi 
qu'il en soit, au début, comme le dirait Geoffroy 
Saint-Hilaire, il y a unité de composition et unité de 
plan (1) ; et ce n'est même qu'en passant par divers 
états transitoires que les êtres élevés parviennent à 
acquérir leur perfection organique. Les travaux des 
naturalistes l'ont mis hors de doute (2). 

(1) E. Geoffroy Saint-Hilaire^ Principes de philosophie zoolo- 
gique. Paris, iS'SO, p. 59. 

(2) Comp. E. Geoffroy Saikt-Hilaiiœ, Principes de philoso^ 



37 2 HÉTÉROGEME. 

Les plus délicates observations microscopiques ré- 
vèlent que tous les êtres vivants, à leur plus infime 
origine, ne résultent d'abord que d'un simple grou- 
pement de quelques molécules; et que ce n'est que 
plus tard que celles-ci augmentent et forment un sphé- 
roïde à la surface duquel l'organisation se manifeste. 
Bremser en était arrivé de vive force d'intelligence 
à cette conclusion (1); Carus y fut conduit après 
de graves supputations anatomiques (2). 

Voici la série de phénomènes qu'on voit successi- 
vement apparaître. Lorsque la pellicule proligère est 
parfaitement liomogène, et que ses granulations sont 
uniquement formées de cadavres de Monades crépus- 
culaires ou de Monades termes, le premier indice de 
genèse que peut apercevoir l'observateur consiste en 
de petits amas de ces granules qui se forment de place 
en place dans cette membrane, et à distances à peu 
près égales. Ces amas sont simplement dus au grou- 
pement ou à la concentration des granules qui envi- 
ronnaient le centre vital, comme si celui-ci les avait 
attirés à lui aux dépens de ceux de sa circonférence. 
Il en résulte que ce premier indice d'ovule, car c'en 
est un en effet, présente des granulations un peu plus 
serrées que la pellicule proligère elle-même, et que 

phie zoologique. — Serres, Recherches d'anatomie transcendante. 
Paris, 18*^3. — Dugès, Mémoire sur la conformité organique dans 
l'échelle animale. Paris, 1832. — Traité de physiologie comparée. 
Montpellier, 1833, t. 111, p. 408. 

(1) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intesti- 
naux de lliomme. Paris, 1824, p. 81. 

(2) Carus, Traité élémentaire d'anatomie comparée. Paris, 1835, 
t. ni, p. 20. 



APPARITION DE L OVULE SPONTANÉ. 373 

fout autour de cet amas central il y a, au contraire, 
une zone un peu plus claire et très-large. Cette 
zone, dont les limites ne sont point nettement circon- 
scrites , forme dans la pellicule autant de cercles 
clairs que l'on a d'ovules en voie de formation sous 
le champ du microscope. Mais tout est encore con- 
fondu avec la pellicule proligère durant ce premier 
effort organisateur. Ces amas de granules constituent 
les premiers granules \itellins de l'ovule du Micro- 
zoaire (1). 

L'histologie des Microzoaires est venue confirmer 
un fait remarquable que nous avions déjà signalé 
dans le développement des Mollusques; c'est que les 
premiers linéaments de l'animalité se recrutent à 
l'aide des débris d'une génération qui vient d'expirer. 
Nous avions reconnu qu'avant la segmentation du vi- 
tellus des Lymnées, celui-ci était rempli d'animalcu- 
les dont l'agitation incessante ne pouvait être confon- 
due avec le mouvement Brownien (2), L'œuf des 
Microzoaires se forme lui-même de molécules qui ne 
sont évidemment que les cadavres des Monades et 
parfois des Vibrions qui l'ont précédé et qui forment 
la pellicule proligère. 

Les granules élémentaires dont nous voyons le 
groupement constituer les plus infîmes linéaments de 
l'embryon, composent la base.de tous les tissus et de 
tous les fluides de l'organisme. Beaucoup do savants, 

(1) Voyez la planche ii , tig. 1, où Ton représente ce premier 
indice d'ovule. 

(2) PoucHET, Annales françaises et étrangères d'anatomie et de 
physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 2o3. 



374 HÉTÉROGÉME. 

tels que Swammerdam (1), C. F. Wolf (2), C. R. 
Treviranus (3) , Sprengel (4), L. C. Treviranus (5), 
Link (6), Rudolphi (7), J. F. Meckel (8), et Tie- 
demann (9) en ont démontré la présence dans les 
embryons des plantes et des animaux. 

Ce n'est qu'en se reportant à l'origine des phéno- 
mènes de la génération normale et de la spontéparité 
qu'on se met à même de bien juger la question. L'his- 
tologie nous démontre évidemment que, chez un 
grand nombre d'animaux de toutes les classes, les 
premiers linéaments des ovules n'ont nulle adhérence 
avec l'appareil maternel qui les produit, et que ces 
ovules, sous l'empire d'une force spéciale, se forment 
au milieu d'un fluide granuleux sécrété dans les ca- 
vités de cet appareil. Là ces ovules, primitivement 
constitués par le groupement d'un certain nombre de 
granules, restent flottants pendant un certain temps 
au milieu de ceux-ci. R. Wagner a fort bien repré- 
senté cela chez le lapin ; Dugès le mentionne chez 
certains insectes (10). L'ovule s'est donc formé au mi- 

(1) SwAMMERDAM, Bibi anattiTCB. p. 817. 

(2) Wolf, Theoria generationis^ t. Il, p. 2-16. 

(3) Treviranus, Biologie, 1. 111. 

(4) Sprengel, Von clem Bau und der Natur der Geivœchse. 
Halle, 1812. 

(5) L. C. Treviranus, Beitrœge zur Pflanzenphysiologie, p. 1. 

(6) Link, Grundlehren der Anatomie und Physiologie der Fflan- 
zen, p. 29. 

(7) Rudolphi, Anatomie der Pflanzen, p. 27. 

(8) Meckel, Vergleichende Anatomie, t. I, p. 40. 

(9) TiEDKMAîNN, Traité de physiologie de lliominc^ Paris, 1831, 
t. 1, p. 119. 

(10) R. Wagner, Icônes physiologicœ, lab. ii, tig. 8. — Dugès, 



APPARITION DE l' OVULE SPONTANÉ. 375 

lieu d'un fluide qui avait été sécrété par l'ovaire; et 
cet ovule, n'ayant aucune connexion avec la mère, ne 
peut en être considéré comme une expansion anato- 
mique. Ce n'est donc qu'un produit qui, par sa propre 
force plastique, s'est organisé au milieu d'un fluide, 
ainsi que l'affinité chimique produit un cristal dans 
une solution saline. Cette force organique est si bien 
inhérente aux ovules que ceux qui cheminent dans un 
longoviducte, grossissent souvent dans le trajet avant 
d'être pondus et avant l'annexion de leurs enveloppes 
adventives. 

Or, si la production d'un ovule dans la génération 
normale est indépendante de la mère et dérive des 
réactions d'un simple fluide sécrété, on ne voit pas 
pourquoi certaines macérations abondantes en molé- 
cules organiques ne pourraient pas aussi produire 
des Protozoaires. 

Plus tard il existe encore une analogie frappante 
entre le développement de l'ovule spontané et celui 
de l'ovule des animaux. On peut s'en convaincre en 
compulsant les travaux et les planches des zoologistes 
qui se sont occupés de l'évolution de ceux-ci. En sui- 
vant les magnifiques figures qu'a données Nelson, sur 
le développement de V Ascaris mystax, il semble que 
l'on assiste à l'apparition d'un ovule spontané dans sa 
pellicule proligère (1). C'est le même mode de grou- 
pement des granules vitellins ; c'est la même nuance 

Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1839, t. 111, 
p. 303. 

(1) Nelson, The reproduction of the ascaris mysfax. Phil. trans., 
i852, ni. xxviii, lig. 48, 49, 50, ;iJ. 



376 HÉTÉRO GÉNIE. 

claire qui isole raggloraéralioii centrale; ce sont les 
mêmes granulations; il ne manque à Tovule du Mi- 
crozoaire que l'apparition de la vésicule germinative; 
elle y existe peut-être, mais trop exiguë , on ne l'a- 
perçoit pas. L'ovule primaire des Microzoaires., au 
moment où il apparaît, offre aussi le même aspect que 
celui d'un grand nombre de mollusques, ainsi que 
j'ai eu l'occasion de le reconnaître sur les huîtres, les 
anodontes, les lymnées ; il ressemble absolument à 
celui de V Unio pictorwn y qu'a figuré M. Lacaze-Du- 
tbiers dans son travail sur les organes génilaux des 
acéphales (1). Il n'otTre aussi nulle différence avec 
celui des pectinibranches, fort bien représenté par 
MM. Koren et Danielssen dans leurs recherches sur le 
développement de ces mollusques (2) , et avec ceux 
des annélides que M. de Quatrefages a fait figurer 
dans ses travaux sur l'embryogénie de ces ani- 
maux (3). 

L'œuf primaire des Microzoaires suit aussi, en se 
développant, absolument les mêmes phases que l'on 
observe dans celui des poissons lorsqu'il apparaît dans 
lestroma des lames ovigères. On peut le voir en com- 
parant ce que nous venons de dire avec les recher- 
ches de M. LerebouUet sur les œufs de la Perche flu- 

(1) Lacaze-Dutihers, Recherches sur les organes génitaux des 
acéphales lamellibranches. — Ann. se. nat.. zoologie, i854, t. II, 
p. loi), pi. vii_, fig. 6. 

(2) J. RoREN et D. Damklssen, Recherchea sur le dévelo}ypement 
des pectinibranches. — Ann. se. nat., zoologik, 1853, t. XiX, p. 80, 
pi. XIX, fig. 2.' 

(3) De Quatrefages, Études embrijogéniques. — J7in. se. nul. 
Zoologik, 1848, t. X, pi. ni, fig. 3. 



APPARITION DE L OVULE SPONTANÉ. 377 

vialile, et celles de M. Dufossé sur le Serran (1). 

Lorsque la vie vient de s'éteindre dans un corps 
organisé et que la fermentation s'en empare et dés- 
agrège ses divers éléments, on ne nie pas là l'inter- 
vention d'une force spéciale, d'un véritable élément 
désorganisateur dont l'essence intime nous échappe, 
mais dont les grossiers phénomènes de dédoublement 
nous contraignent cependant d'admettre la présence. 
Pourquoi donc n'existerait-il pas aussi une force ca- 
pable de grouper les molécules qu'une autre disperse 
à son gré? S'il en existe une pour diviser, n'est-il pas 
rationnel qu'il en existe une autre pour concentrer? 
L'une brise, l'autre édifie; Tune est la force centri- 
fuge qui disperse, l'autre est la force centripète qui 
rassemble; l'équilibre réside au milieu. 

L'observation des phénomènes biologiques rend in- 
contestable l'existence de ces forces opposées : s'il 
n'en était pas ainsi , la raison les admettrait en pré- 
sence de l'harmonieux ensemble de la création. Ceci 
étant reconnu, on se demande s'il n'est pas plus 
extraordinaire de voir la force plastique mouler un 
gros œuf d'oiseau à même les molécules d'un ovaire, 
que de la voir former un ovule microscopique d'In- 
fusoire, dans un amas de granules organiques. 

Je m'attends bien qu'on m'objectera que l'ovule 
émis par l'oiseau provient d'un appareil spécial, et 

(1) Lereboullet, Embryologie comparée Je la perche, du bro- 
chet et de l'écrevisse. — Annales des sciences naturelles, zoologie, 
1854, t. I^ p. 239. — Dufossé, De V hermaphrodisme chez certains 
vertébrés. — Ann. se. nat , zoologie, 18o(3, t. V, p. 295. 



378 HÉTEROGENIE. 

que celui-ci émet un produit semblable à la mère dont 
il dérive. Celte objection, pour le premier chef, n'au- 
rait de valeur que si l'animal façonnait son œuf; et 
pour nous, celui-ci, loin d'être son œuvre, se forme 
de lui-même par une force qui est telle que, loin de la 
mère, elle opère encore des actes bien autrement im- 
portants que ceux qui s'accomplissent dans son sein. 
Le produit est semblable à la mère, c'est évident; il 
serait bien plus étrange qu'il ne le fût pas. De l'ap- 
pareil maternel émane une force dynamique qui re- 
produit le type originaire, chaque être, comme l'a dit 
Dugès, ayant ses affinités moléculaires spéciales (Ij. 
Au sein des molécules organiques libres, des forces 
différentes travaillent avec moins d'ampleur, mais 
guidées par des lois non moins sévères. Là aussi la 
nature ne subit aucun écart ; ses produits ne varient 
plus selon la nature de l'espèce, mais selon celle des 
substances en fermentation, selon leur abondance, 
leur température, etc. 

Ainsi donc, pour nous, l'ovaire est le siège d'une 
force génésique indépendante, dérivant d'un concours 
de circonstances; et les matières organiques peuvent 
être le siège d'une force analogue. 

Dans tout ce qui précède, comme on vient de le 
voir, nous reconnaissons que la genèse des ovules 
spontanés, dans la pellicule prohgère, est absolument 
analogue à celle de l'ovule normal dans l'ovaire. Et 
si plus tard l'ovule spontané continue son évolution 
sans le concours de la fécondation, c'est encore là un 

(t) Dugès, Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1831', 
t. lll,p. 38i. 



APPARITION DE l'oVULE SPONTANÉ. 3 79 

fait que l'on sait aujourd'hui se présenter parfois dans 
la série zoologique. En effet, il est quelques insectes 
et quelques crustacés dont on n'a jamais trouvé les 
mâles, et d'autres dont les femelles n'ont jamais subi 
les approches de celui-ci, et qui pourtant produisent 
des œufs féconds. Léon Dufour n'a jamais pu rencon- 
trer de mâles du Diplolepis gallœ tinctoriœ, parmi les 
nombreuses femelles qui s'échappaient des noix de 
galle qu'il possédait dans son laboratoire, et qui 
déjà, lorsqu'elles en sortaient, avaient leurs œufs fort 
développés (1). A l'appui de ce fait, après avoir ob- 
servé neuf à dix mille individus du Cynips divisa^ et 
trois à quatre mille du Cynips folii, Hartig affirme 
qu'il y a vingt-huit espèces du genre Cynips qui n'ont 
point de mâle. Il a même toujours vu que la femelle 
du dernier de ces hyménoptères , immédiatement 
après sa sortie de la galle, se mettait à pondre ses 
œufs (2). On ne connaît encore que les femelles de 
VApus cancriformis (3). A. Brongniart n'a pas pu 
trouver les mâles de la Limnadia Gigas (4). Jurine et 
ceuxquil'ont suivi, n'ont encore jamais rencontré que 
des individus femelles du Polyphemiis oculus (5). Vogt 

(1) Léon Dufour, Recherches anatomiques et physiologiques sur 
les orthoptères, les hyménoptères et les névroptères. — Mém. de 
l'Acad. des sciences; Savants étrangers, 1841, t. VII, p. 527. 

(2) S. Hartig, Zweiter Nachtrag zur Ngturgeschichte der Gail- 
wespen, ou Germar's Zettsch. f. die Ëntomol. 1843, Bd. 4, p. 397. 

(3) Comp. SiEBOLD, Manuel d'anatomie comparée. Paris, 1848, 
p. 39o, note 8. 

(4) A. Brongniart, Mémoire sur la Limnadie. — Mém. du Mm. 
d'hist. nat., 1820, t. VI, p. 89. 

(o) Jurine, Histoire des Monocles qui se trouvent aux environs de 
Genève. 1820, p. 146. 



380 HÈTÉROGÉNIE. 

affirme avoir observé le fractionnement d'œufs de Fi- 
role qui n'avaient point été fécondés (I), Enfin, dans 
un assez récent mémoire sur la génération de quel- 
ques Lépidoptères dont on ne connaît point les mâles, 
Siebold dit qu'il pense que Tancienne hypothèse que 
les œufs, pour se développer, ont besoin d'être fécon- 
dés par le mâle, a reçu de graves atteintes (2). 

C'est à cette production d'œufs féconds, émis par 
des femelles qui n'ont subi le contact d'aucun mâle, 
à cette véritable Lncina sine conciibitu, que l'illustre 
R. Owen a donné le nom de Parthénogenèse (3). C'est 
un phénomène analogue que nous voyons se produire 
dans les ovules engendrés spontanément dans les ma- 
cérations, et qui ensuite continuent leur évolution sans 
fécondation et par une espèce de Parthénogenèse. 

SECTION IV. — PHÉNOMÈNES TERTIAIRES. ENKYSTEMENT GÉNÉSIQUE DE 
l'ovule SPONTANÉ OU FORMATION DU ClIOUION. 

Peu de temps après que s'est effectué le grou- 
pement des premières molécules de l'ovule, et que 
celui-ci s'est ainsi révélé dans la pellicule proligère, 
on voit apparaître un autre ordre de phénomènes 
biologi(jues, indice de plus en plus évident de l'œuvre 
incessante qui se poursuit. Après une vingtaine 
d'heures, et parfois moins, selon la température, le 

(1) VoGT, Bilder aus dem Thierleben. 1852, p. 2)7. 

(2) SiKBOLD, Wahrc Parthenogenesis, etc. — Rechprches sur la 
ParthénofjPnésie proprement dite, chez les Lépidoptères et les abeil- 
les. — Analyse, Ann. se. nat., iSSô, zoologie, i. VI, p. 193. 

(3) R Ow'iN^ On Parthenogenesis or the successive production of 
individuaJs from a seng'e oviim. J8i9. 



ENKYSTEMENT GÉNÉSIQUE DE l/oVLLE. 38 i 

nouveau produit opère sa délimitation. L'ovule qui 
n'était précédemment circonscrit que par nne limite 
indécise, a désormais sa forme, et représente une 
sphère parfaitement distincte, dans laquelle les gra- 
nules qui formaient précédemment un amas centrai, 
sesontdisséminés d'une manière à peu près uniforme. 

Dans la Paramécie que nous avons particulière- 
ment observée, à ce moment, cet ovule devient même 
partout d'une teinte plus claire que la pellicule pro- 
ligère, et les granules qu'il contient, les granules vi- 
tellins, sont assez inégaux. PI. lï, fig. 2. 

Dans l'origine, la membrane externe ne s'aperçoit 
nullement, et l'ovule, quoique ayant acquis sa forme, 
semble encore adhérer par toute sa surface à la pelli- 
cule dans laquelle il est né. Ce n'est que plus tard, 
et souvent après vingt-quatre heures, que la mem- 
brane enveloppante se forme et se distingue, et que 
l'ovule semble tout à fait circonscrit et libre d'adhé- 
rence. Cette membrane est d'abord fort mince et ab- 
solument incolore; mais ensuite, chez certains Mi- 
crozoaires, elle acquiert une épaisseur assez notable, 
et souvent alors elle se colore d'une teinte violette 
très-claire. La partie externe de cette membrane est 
ordinairement unie et constamment dépourvue de cils. 
Mais chez certains Microzoaires, où elle devient avec 
le temps extrêmement épaisse, en dehors, elle semble 
chiffonnée. C'est cette délimitation à l'aide d'une 
membrane protectrice compacte, que l'on a parfois 
nommée enkystement. 

Ce dernier acte a été, selon nous, l'objet d'une as- 
sez grande confusion de la part des micrographes. Ils 



38:2 HÉTÉROGENIE. 

ont pensé qu'il y avait là un enkystement d'individus 
adultes, et que ceux-ci formaient de cette manière 
une sorte de coque, comme font certains insectes en 
se métamorphosant. Nous verrons plus tard que lors- 
que des Microzoaires s'enkystent réellement, c'est 
chez eux un phénomène morbide, une espèce de pré- 
paratif de mort, et nous distinguerons facilement 
l'enkystement génésique de ce véritable enkystement 
sépulcral, avec lequel on l'a confondu. 

Voici les mesures micrométriques des ovules que 
nous avons observés. Chez les fortes espèces de Mi- 
crozoaires le diamètre de l'ovule est de 0,0280 à 
0,0560 de miUimètre. Chez les Paramécies, nous lui 
avons souvent trouvé 0,0420 de millimètre. Chez 
d'autres, telles que les Monades de forte espèce, 
ces ovules n'ont que 0,0095 de milhmètre de dia- 
mètre. 

La membrane qui circonscrit l'ovule a elle-même 
une épaisseur fort variable. Chez les Paramécies, elle 
est souvent fort mince et n'a que 0,0014 de milli- 
mètre d'épaisseur; mais chez d'autres Microzoaires 
elle acquiert une épaisseur qui s'élève de 0,0028 de 
millimètre à 0,0056. Tantôt, quoique épaisse, elle 
forme une zone transparente, et tantôt elle est colo- 
rée; de manière que Ton est réellement fort embar- 
rassé sur le nom par lequel on doit la désigner, et sur 
ses véritables rapports biologiques. Quand cette mem- 
brane est épaisse et translucide, on serait tenté de lui 
donner le nom de zone transparente, que de Baër a 
imposé à la tunique de l'œuf des mammifères, à la- 
quelle elle ressemble beaucoup; ou celui de Cho- 



ENKYSTOIE>T GÉNÉSIQIE DE l' OVULE. 383 

rion, que R. Wagner lui donne; car, si dans l'ori- 
gine cette membrane est transparente, parfois aussi, 
vers l'époque de la sortie de l'embryon, quand elle se 
colore d'une façon assez intense et que sa surface 
devient ridée, elle semble mériter cette dernière dé- 
nomination (1). Krause et Valentin considèrent cette 
enveloppe comme étant de nature albumineuse chez 
les mammifères (2) ; son aspect, absolument identique 
chez certains Microzoaires, pourrait faire soupçonner 
qu'elle y offre aussi cette composition. 

Ce sont surtout sur les œufs des Vorticelles, 
que le chorion offre une épaisseur si remarquable. 
Dans ceux du plus fort diamètre, sur lesquels cette 
enveloppe extrêmement développée offre 0,0056 de 
millimètre d'épaisseur et présente une teinte violette, 
elle semble formée de deux couches distinctes : l'une 
interne plus pâle et homogène ; l'antre extérieure 
lamelleuse, chiffonnée et d'un violet plus foncé. 

Ce sont ces œufs protégés par un chorion épais que 
MM. Stein, Pineau et d'autres ont considérés comme 
n'étant que des enkystements (o), ou des espèces de 
cocons selon M. Gros (4), sous lesquels l'animal 

(1) Baer, De oii mammalium et hominis genesi, p. 9. — 
R. Wagner , Histoire de la génération et du développement. 
Bruxelles, 1841, p. 40. 

(2) Krause, Muller's archiv.^Nkvmii^, Repertorium, t. III, 

p. 100. 

(3) Stein, Recherches sur le développement des vorticelles. — Ann. 
des se. ?îat. Zoologie, 1842, t. XVlll. — Pineau, Observations sur 
les animalcules infusoires. — Ann. se. nat. Zoologie, 1848. 

(4) Gros, De la génération primitive ascendante facultative con- 
tingente des infusoires poly gastriques. 1855. Mém. prés, à Tlnst. 



384 HÉTÉROGÉME. 

opérait toutes ces extraordinaires métamorphoses que, 
dans ces derniers temps, on a prêtées aux Microzoaires. 
Je dis extraordinaires métamorphoses, parce que s'il 
est constant que ces animalcules subissent en se déve- 
loppant de notables mutations, ils sont loin d'offrir 
cette véritable fantasmagorie de formes qu'on leur a 
prèlée. 

La membrane vitelline, admise dans les mammi- 
fères par W. Jones, Barry, Wagner et J. Muller, et 
qui y est si difficile à distinguer (1), existe aussi chez 
les Microzoaires, et y contient le vitellus, à n en pas 
douter; mais celui-ci remplissant toujours l'œuf, cette 
membrane ne peut être aperçue. 

Les œufs que nous avons observés sont absolument 
distincts des boules que forment, dit M. Haime, les 
Trichodes pendant leurs métamorphoses. On n'aper- 
çoit nullement à leur surface les vestiges des cils qu'y 
a figurés cet auteur, ni la disposition intérieure 
qu'il signale (2). Enfin, les ovules que nous décrivons 
ne peuvent appartenir à la métamorphose d'aucun 
de ces animaux, puisqu'ils apparaissent avant qu'au- 
cun d'eux ne se soit montré. Ces boules ne seraient- 
elles pas un état morbide, que nous décrirons plus loin 



{{) Warthon Jones, London and Edinburgh phUosophicnl maga- 
zine. 1835, t. VIL p. 209. — Bxrrs , Fhilosophical Transact. 1838. 
— Wagnei!, Histoire de la génération et du développement. 
Bruxelles, 1841, p. 40-49. — J. Muller, Manuel de physiologie. 
Paris, 1851, T. II, p. 621. 

(2) J. Haime. Observations sur les métamorphoses et sur l'organi- 
sation de la Trichoda lynceus. Ann. se. nat. 1853, Zoologie, 
t. XIX, pi. vi^fig. 11, 12. 



GYRATION DU VITELLUS. 385 

sur les Paramécies? Je dois avouer que je n'ai aucune 
opinion à cet égard, n'en ayant jamais observé. 

Section v. — phénomènes quaternaires, gyration du vitellus. 
punctum saliens. mouvements embryonnaires. 

Peu de temps après que le chorion a complètement 
enkysté l'ovule, on voit l'embryon se former: ses mou- 
vements gyratoires, les pulsations du punclum 
saliens, et enfin ses mouvements instinctifs décèlent 
manifestement sa présence sous l'enveloppe de l'œuf. 
Dans les Paramécies, ces indices se manifestent de 
vingt-quatre à quarante-huit heures après l'achève- 
ment de la délimitation de l'ovule. 

Le mouvement gyraloire s'établit généralement 
peu à peu. Lorsqu'il va se manifester, on aperçoit 
d'abord des espèces d'oscillations dans la masse des 
granules vitellins , comme si celle-ci cherchait à 
rompre ses adhérences. Ce n'est qu'après quelques 
heures d'hésitation, que l'embryon, devenu libre enfin, 
commence des mouvements uniformes et parfaitement 
réguliers, analogues à ceux d'une sphère qui tourne- 
rait lentement sous une enveloppe transparente. Toute 
la masse vilelline est en même temps emportée dans 
le tourbillon. Si quelque animalcule vient à passer et 
ébranle l'œuf, immédiatement la gyration s'arrête. 

Bientôt après que s'est manifesté le mouvement 
gyraloire, on aperçoit, vers le milieu de l'embryon, 
qui est encore subglobuleux, un endroit plus pâle 
que le reste; et si on fixe attentivement ce point 
pendant quelques minutes, il arrive qu'on le voit 

POUCHET. 25 



386 HETEROGENIE. 

subitement disparaître, puis ensuite, peu à peu, il 
redevient sensible. C'est là le premier vestige du 
centre circulatoire ou le punctum saliens ; et c'est ce 
qui, plus tard, constituera cequeles auteurs ont nommé 
vésicule contractile, et ce qui, selon moi, n'est autre 
chose que le cœur des Microzoaires ; opinion déjà 
adoptée par un certain nombre d'observateurs. 

Enfin, après un nouveau laps de temps, on voit ap- 
paraître un autre ordre de phénomènes, ce sont les 
mouvements embryonnaires ou les véritables mouve- 
ments instinctifs. Ceux-ci sont absolument différents 
de la gyration ; ils sont irréguliers, saccadés, et déjà 
ils se révèlent sous l'apparence de contractions de 
la masse de Tanimalcule, qui changent sa forme sous 
la coque de l'œuf. Dans ses mouvements, l'embryon 
semble parfois ramper contre les parois du chorion et 
le corroder pour opérer sa sortie. Dans ces circonstan- 
ces, il ressemble exactement aux jeunes mollusques 
gastéropodes, et en particuUer aux Limnées, qu'on voit 
ainsi s'agiter pour rompre leur enveloppe. Lorsque 
quelque Microzoaire vient à toucher l'œuf, ces mou- 
vements deviennent à ce moment plus vifs et plus pro- 
noncés. Nous venons de voir qu'il en était autrement 
des mouvements gyratoires, eux dont l'harmonie 
est immédiatement rompue par le moindre ébranle- 
ment. 

Dans son intéressant mémoire sur la métamorphose 
des Trichodes, M. Haime parle, il est vrai, de mouve- 
ments gyratoires qu'offre à certaines époques l'em- 
bryon de ces animalcules, lorsqu'il est contenu sous 
sa coque. Mais ces mouvements, qu'il dit lui-même 



GYRATION DU VITELLUS. 387 

être rapides et intermiltents, et s'opérer à l'aide de cils 
que l'on voit sur le jeune individu (1), ne sont nulle- 
ment semblables à ceux que nous pensons avoir ob- 
servés le premier et qui sont strictement des mouve- 
ments gyratoires, continus, réguliers, et appartenant 
au simple vitellus et non à un embryon. L'un de nous 
a donc vu lagyration vitelline et l'autre le mouvement 
embryonnaire. 

Mais telle n'est pas toujours la simple succession 
des phénomènes. Dans certains Microzoaires, Tœuf, 
au lieu de ne receler qu'un ovule, produit trois ou 
quatre animalcules ; c'est ce que nous avons observé 
sur quelques Paramécies de petite taille. Dans ces 
circonstances, à un certain moment, on aperçoit sur 
la sphère vitelline deux à quatre échancrures, puis, 
bientôt après, le vitellus se partage en quatre portions 
distinctes, et enfin on voit sous son enveloppe quatre 
embryons s'agiter ensemble, appliqués l'un contre 
l'autre vers le centre de l'œuf. Cet état pourrait en 
imposer et faire croire à une segmentation du vitel- 
lus : ce sont seulement quatre embryons accolés dont 
on voit séparément battre les vésicules contractiles. 
Après s'être agités quelque temps sous la membrane 
protectrice, celle-ci finit par se rompre, et les jeunes 
se dispersent immédiatement. J'ai assisté quatre ou 
cinq fois à ce spectacle. Voici ce qui se passa dans 
l'une d'elles : 

Dans une macération, un gros kyste à enveloppe 
mince, ayant 0,0400 de millimètre de diamètre, 

(1) J. Haime, Obser Dations sur les métamorplioses et sur l'or- 
ganisation de la Trichoda lynceus. Ann. se. nat. Zoologie, t. IX. 



388 HÉTÉROGÉNIE. 

paraissait segmenté en trois; mais au bout d'un 
moment, les trois parties qui le formaient paru- 
rent chacune s'animer d'un mouvement particulier. 
Puis , pendant leurs mouvements , apparut une 
quatrième partie, et il devint évident qu'il y avait sous 
le kyste quatre Microzoaires s'agitant pour rompre 
leur coque commune. En effet , après de longs 
et vifs mouvements, durant lesquels ils paraissaient 
fort tassés, leur enveloppe finit par se déchirer, et 
nous pûmes voir les quatre animalcules en liberté. 
Ceux-ci étaient des Paramécies qui se dispersèrent 
immédiatement, et je pus seulement constater que 
chacune d'elles avait, au moment de sa sortie, 0,0280 
de millimètre de longueur. Leur corps était piri- 
forme, pointu en avant , avec l'intérieur rempli de 
très-fines granulations. On y apercevait le cœur déjà 
doué de contractions sous l'enveloppe du kyste. 

Dans le développement de l'ovule des Microzoaires, 
nous n'avons jamais rien vu d'analogue à la segmen- 
tation du vitellus, observée dans la plupart des classes 
du règne animal. Nous n'avons non plus jamais rien 
découvert qu'on puisse exactement considérer comme 
une vésicule germinative. 

Section vi. — Éclosion du microzoaire spontané. 

Maintenant que nous avons exposé quelle était la 
marche successive du développement des animalcules 
considérés en général, traçons Thistoire complète de 
l'évolution spontanée de quelques-unes des espèces 
que les circonstances nous ont permis de suivre d'un 



ÉCLOSION DU MICROZOAIRE SPONTATS'É. 389 

bout à l'autre, depuis le groupement des premières 
molécules vitellines jusqu'à l'éclosion. 

Désirant pousser mes recherches jusqu'aux confins 
du possible, afin de parvenir à éclairer la grave ques- 
tion qui me préoccupe, j'ai entrepris une série d'ob- 
servations sur le développement des Microzoaires, en 
suivant jour par jour et parfois heure par heure ses 
diverses phases, décrivant et dessinant successivement 
tout ce qui se présentait durant cette première ma- 
nifestation de la vie. Voici le sommaire de mes obser- 
vations sur la Monade lentille. 

Évolution de la Monade lentille. — L'observa- 
tion fut exécutée dans les premiers jours de mai, 
sur une macération de foin. L'état a été constamment 
noté à midi, de viiigt-quatre heures en vingt-quatre 
heures, afin qu'il y eût une différence assez notable 
dans le mouvement organique. 

Après un jour écoulé, la température étant de 1 5° 
et la pression de 0,745, la macération était colorée en 
jaune pâle ; il n'existait aucune pellicule à sa surface. 
Examinée au microscope, l'eau ne contenait absolu- 
ment rien d'apparent. 

Le deuxième jour, la température étant de 20° et 
la pression 0,76, la surface de l'eau n'offrait qu'une 
pellicule proligère extrêmement fine. Examinée atten- 
tivement, celle-ci paraissait vermiculée et uniquement 
formée d'un enchevêtrement de petits corpuscules 
ayant 0,0038 à 0,0057 de millimètre de longueur 
sur 0,0009 de diamètre. Ces corpuscules n'étaient 
autre chose que des Bacterium articulatum, Ehr., 
qui formaient ainsi le fond de cette pellicule proligère. 



390 HETEROGENIE. 

Le troisième jour, à une température de J 4° et une 
pression de 0,76, l'eau a une teinte fauve foncée. La 
pellicule proligère est bien formée ; elle a perdu 
l'aspect Yermiculé de la veille et est aujourd'hui gra- 
nulée, les Bactériums ayant en partie disparu pour 
faire place à de simples granules. Cependant on en 
découvre encore quelques-uns dans le fluide, surtout 
dans les endroits où il est en mouvement, car les élé- 
ments delà pellicule, qui hier étaient libres, semblent, 
en ayant pris l'aspect granulé, avoir contracté une 
tendance à s'agglomérer et à donner à cette membrane 
plus de cohésion. 

Cette pellicule est évidemment formée par la sou- 
dure des Bactériums observés la veille ou par celle 
des granules résultant de leur fractionnement ; mais 
avant de s'agglomérer en pseudo-membrane, ces 
éléments organiques ont été mobiles et animés. Les 
granules ont 1/500 de millimètre de diamètre, et 
tous sont tenus à distance par une sphère transpa- 
rente qui semble les environner (pi. II, fig. 9). 

Quatrième jour, température de 16°; pression de 
0,76. — LapelHcule proligère est plus épaisse; son en- 
semble est composé de grains sablés immobiles; on 
distingue de place en place dans cette pellicule, des 
amas de granules, ayant une forme sphérique et dont 
le diamètre est de 0,0056 à 0,0076 de millimètre. 
Ceux-ci ont un chorion parfaitement distinct et sont 
agités de mouvements absolument analogues à ceux 
d'un balancier de montre, seulement ils ont infini- 
ment moins d'étendue et de rapidité, et ne se mani- 
festent qu'à intervalles, comme une sorte de tremblo- 



ECLOSION DU MICROZOAIRE SPONTANE. 391 

tement ayant pour but de détacher l'ovule de la 
membrane proligère. 

Ce sont ces ovules mobiles, sphériques, qui consti- 
tuent toute la génération ; et ce sont eux qui vont bien- 
tôt donner naissance à la nombreuse progéniture qui 
va se répandre dans la macération. 

Voulant savoir si les ovules delà pellicule proligère 
ne seraient pas d'abord formés au fond des vases, plus 
petits, pour ensuite opérer leur ascension vers cette 
membrane où jamais on ne les découvre d'un moindre 
diamètre que celui mentionné, j'ai examiné le fond de 
ces vases et n'ai rien découvert qui ressemblât à des 
œufs. 

Cinquième jour, température 22°; pression 0,758. 
— La pellicule proligère est toujours formée de grains 
sablés immobiles, puis d'une immense quantité des 
mêmes ovules qui s'y trouvaient hier, seulement ils 
sont généralement un peu plus gros. Beaucoup aussi 
se sont détachés de la pellicule et sont libres dans les 
endroits où il existe des lacunes liquides (pi. II, 
fig. 11). 

Le sixième jour, la température étant de 18" et la 
pression de 0,76, je trouvai la pellicule proligère à 
peu près comme la veille. Les animalcules sont un 
peu plus gros et plus mobiles, ils sont encore absolu- 
ment sphériques et composés uniquement de gra- 
nules très-fins, au milieu desquels il existe une 
vésicule transparente. Ces animalcules que l'on re- 
connaît déjà n'être bien probablement que de jeunes 
Monades, Mo?îas lens^ MulL, ont 0,0095 de millimè- 
tre de diamètre et leur vésicule centrale 0,0028. Ces 



392 HÉTÉROGÉME. 

animalcules s'exercent par leur mouvement de ba- 
lancier, à se détacher de la pellicule proligère. 
Examinés avec soin, on voit que celui-ci est pro- 
duit par un long appendice filiforme, flagelliforme, 
qui vibre difficilement de côté et d'autre, resserré 
qu'il est encore près du sphéroïde que représente l'a- 
nimalcule (pi. II, fig. 11). 

Le septième jour, la pellicule proligère a repris 
une forme bacillaire et semble composée de cada- 
vres immobiles de très-petits Vibrions. Les Monades 
lentilles qui formaient, le sixième jour, la presque- 
totalité de la population de la macération, s'y trouvent 
aujourd'hui en bien moindre abondance. Il leur a 
succédé des animalcules allongés, qui se meuvent à 
l'aide de mouvements tremblotants. Leur locomo- 
tion est due au filament flagelliforme qu'ils portent 
à leur extrémité antérieure. Ces animalcules, aujour- 
d'hui en nombre considérable, et dont la progéni- 
ture semble avoir succédé à celle des Monas, en se- 
raient-ils une métamorphose ? Je le pense. Ils me 
paraissent évidemment des individus de cette espèce 
plus avancés en âge, car on suit toutes les transi- 
tions de formes. De cette observation il résulterait 
donc que la Monade lentille n'est qu'un jeune d'une 
autre espèce. 

Le huitième et dernier jour d'observation, il y avait 
encore moins de Monas lens que la veille, et plus d'a- 
nimalcules allongés, que je rapproche du Cercomonas 
crassicauda, Duj., qui me paraît en être l'adulte. 

En somme, ces observations nous ont révélé toute 
la genèse de la Monade lentille. 



ÉCLOSION DU MICROZOAIRE SPONTANÉ. 393 

Nous devons faire remarquer que la lenteur du dé- 
veloppement et l'infériorilé des animalcules observés 
dans cette circonstance, ne peuvent être attribués qu'à 
la basse température qui régnait, et à la petite quantité 
de substance fermentescible qui se trouvait dans le 
liquide. En etîet, dans d'autres vases qui contenaient 
aussi du foin, mais en bien plus grande proportion, 
les Microzoaires s'y sont montrés beaucoup plus rapi- 
dement et plus abondamment, et ils y étaient d'une 
organisation plus élevée. La progéniture est donc en 
raison de l'abondance de la substance en fermentation 
comme nous l'avons déjà répété. Et si, dans ce cas, 
nous n'avons aucun indice d'animalcules après vingt- 
quatre heures, nous savons que lorsque la tempéra- 
ture s'élève à 25% alors le liquide en est déjà rempli, 
et ceux-ci y présentent même parfois une organisation 
assez complexe. 

Je dois avouer que M. Pineau a fait précédemment 
à moi des recherches sur l'évolution du Monas lenSy 
et qu'elles concordent parfaitement avec les miennes 
(1). Si cet observateur s'est égaré au sujet du dévelop- 
pement de quelques autres Infusoires, au moins, pour 
celui-ci, il est rigoureusement dans le vrai, et je n'ai 
fait qu'ajouter, par mes observations, quelques faits 
de plus à ce qu'il avait déjà vu. Il dit, avec beaucoup 
d'exactitude, en parlant de la pseudo-membrane des 
macérations : « On remarquait en premier lieu de pe- 
tits amas de oranulations dont les contours commen- 



(1) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcu- 
les infusoires. Anii. se. nat. Zoologie, 1845, t, 111. p. 182. 



394 HÉTÉROGÉNIE. 

çaient à être diffus; peu à peu ces amas devenaient 
plus nettement circonscrits, et ils finissaient par ac- 
quérir l'aspect de véritables Monades, d'abord immo- 
biles, puis douées de mouvement (1). )^ 

L'évolution de la Monade lentille était assez diffi- 
cile à débrouiller, à cause de sa petitesse, mais à me- 
sure que les observations s'étendent à des espèces de 
plus en plus volumineuses, elles deviennent aussi de' 
plus enplus faciles, et c'est ce que nous avons vu sur la 
Paramécie verte, dont nous allons tracer la genèse. 
Là, l'œil de l'observateur peut suivre chaque phase 
du développement sans la moindre interruption. 

Évolution de la paramécie verte. — On a observé 
le développement de cet animalcule dans une macé- 
ration de 5 grammes de foin sur 300 grammes 
d'eau. A une température de 23° et une pression 
de 0,758, après dix-huit heures, le liquide est devenu 
d'un fauve rougeàtre foncé ;iln'existe aucunepellicuie 
à sa surface. Cependant toute celle-ci est déjà peu- 
plée d'une immense quantité de Vibrions, de 0,0084 
à 0,0140 de millimètre de longueur; presque tous 
sont rectilignes et mobiles. Le liquide contient en ou- 
tre un grand nombre de Vibrions lisses, de 0,0840 à 
0,0900 de millimètre de longueur, nageant fort élé- 
gamment comme des anguilles. Il n'y existe aucune 
Monade, ni aucun petit Vibrion. 

L'observation ayant été répétée dans la même jour- 
née, vers le soir, six heures après, déjà beaucoup des 

(1) J. Pineau, Supplément aux recherches sur le développement 
des animalcules tnfusoires. Ann. se. nat. Zoologie, 1845, t. IV, 
p. 103. 



ECL03I0N DU MICROZOAIRE SPONTANÉ. 393 

Vibrions qu'on avait vus le malin vivants, étaient 
morts et formaient les éléments de la pellicule proli- 
gère. Ils étaient aussi devenus bien plus nombreux, 
et de place en place on voyait apparaître quelques Vi- 
brions granifères vivants. 

Deuxième jour; température de 23°; pression de 
0,76. — Pellicule proligère très-mince, encore incom- 
plète, formée d'îlots aréniformes, composés de débris 
de Vibrions. Elle est presque entièrement granulaire, 
entremêlée seulement d'un petit nombre de cadavres 
de longs Vibrions. Dans les espaces des îlots on dis- 
tingue un grand nombre de corps de Vibrions de pe- 
tite espèce, morts, et ceux d'un bon nombre de Vibrions 
granifères, presque tous morts. Ces grands Vibrions 
n'étaient apparus que la veille, dans la soirée, et déjà 
ils ont presque tous succombé ; leur existence est donc 
fort éphémère et ne comprend guère qu'un cycle de 
vingt-quatre heures au plus. On voit apparaître dans 
la liqueur un grand nombre de Monades termes. 

Lorsque l'on comprime légèrement la pellicule pro- 
ligère, on voit qu'il existe de place en place des amas 
de granules un peu plus tassés, plus foncés que dans 
le reste de l'étendue de cette membrane. Ces amas de 
granules sont environnés d'une zone plus pâle et assez 
large. Dans celle-ci les granules sont, au contraire, 
moins abondants qu'aux environs. Ce sont là les pre- 
miers rudiments des ovules. Quand ceux-ci sont rap- 
prochés, cela donne à la pellicule un aspect tigré. La 
zone pâle n'étant pas encore Umitée, aucune mesure 
exacte n'est alors possible (pi. 2, fig. 1).- 

Le troisième jour, la température étant de 21° et la 



396 HETEROGENIE. 

pression de 0,76, les amas de granules se sont trans- 
formés en ovules sphériques, parfaitement circonscrits 
et ayant un diamètre de 0,0420 de millimètre. Les 
granules ne forment plus d'amas concentriques, mais 
ils semblent s'être éparpillés dans un fluide hyalin. 

Il résulte de cette nouvelle disposition, que ces 
ovules ne constituent plus dans la pellicule des taches 
tigrées plus denses, plus foncées que la pseudo-mem- 
brane, mais qu'au contraire ils ressemblent à autant de 
sphères plus pâles que cette pellicule, contenant dans 
leur intérieur des granules plus rares et plus gros que 
ceux de celle-ci, et qui constituent les granules vitel- 
lins de l'œuf. Ces gros granules ne semblent être que 
ceux qui s'étaient primitivement entassés vers le centre, 
et qui, après avoir trouvédansleur contact une nouvelle 
force plastique, ont grossi. A cette époque le chorion. 
est excessivement mince, indistinct, et, quoique l'œuf 
soit parfaitement circonscrit, il semble adhérer à la 
pellicule granuleuse qui l'environne ; on ne distingue 
alors ni gyration, ni punctum saliens. 

Le quatrième jour, température de 22"; pression 
de 0,755. — La pellicule proligère est devenue plus 
épaisse et s'est augmentée des cadavres d'une énorme 
quantité de Monades, de Bactériums et de Vibrions. 
Les ovules offrent la même forme sphéroïdale et le 
même diamètre que précédemment, mais leur inté- 
rieur s'est rempli de granules plus fixes et plus serrés. 
Le chorion, qui est fort mince, s'aperçoit quand on 
comprime légèrement l'œuf. A l'intérieur de celui-ci 
le vitellus est en état de gyration. Sur les œufs les 
plus avancés, on distingue même la vésicule cardiaque. 



ÉCLOSION DU MICROZOAIRE SPONTANÉ. 397 

et de temps à autre, on la voit disparaître en se 
contractant (pl.Il,fîg. 3). 

Le cinquième jour, température de 22° ; pression 
de 0,75. — La pellicule proligère a à peu près le même 
aspect que la veille. Les œufs conservent leur forme 
et leur diamètre, mais leur coloration est devenue 
plus foncée et d'un vert tendre. On distingue facile- 
ment, sous leur mince chorion, l'embryon qui se 
remue et rampe en quelque sorte sous son enveloppe. 
D'instant en instant, la vésicule cardiaque, qui forme 
une tache plus pâle que le corps de l'embryon, se 
contracte et disparaît, pour se remontrer quelques 
moments plus tard. De temps à autre, on aperçoit 
quelque embryon qui, après s'être vivement agité 
sous son enveloppe, finit par la rompre, sort enfin 
de l'œuf et se disperse dans l'eau. L'animalcule 
nouvellement éclos est piriforme, aplati, et long 
de 0,0420 à 0,05()0 de millimètre. Son corps est 
cilié très-finement à l'extérieur, et l'intérieur semble 
rempli de granulations petites et serrées et d'un vert 
très-pâle (pi. ÏI, fig. 4). Au bout de peu d'heures, 
ces animalcules ont acquis tout leur volume. Alors ils 
sont piriformes, aplatis, verdàtres, et vers leur extré- 
mité antérieure, qui est un peu recourbée, on voit une 
espèce de fente buccale, garnie de plus longs cils que 
le reste du corps. Au centre, un organe que quelques 
auteurs on désigné à tort par le nom de nucleus ; vers 
la grosse extrémité du corps une vésicule contractile. 
L'intérieur de celui-ci paraît rempli de granules très- 
fins, verdàtres, et on n'y observe à la simple inspec- 
tion, aucune vésicule stomacale (pi. II, fig. 5). 



398 HETEROGENIE. 

Lecinquième jour, température de 22"; pression de 
0,750. — La macération est peuplée d'un grand nom- 
bre d'animalcules piriformes nouvellement éclos. Ce 
sont évidemment des Paramécies vertes, ayant en 
moyenne une longueur de 0,0560 de millimètre. 

Lorsque l'observation se prolonge, on voit, de 
temps à autre, passer dans le champ du microscope, 
des sphères verdàtres de 0,0400 de millimètre de 
diamètre environ, ciliées finement à l'extérieur. Si 
on examine pendant un certain temps des Paramé- 
cies, on s'aperçoit bien vite que ces corps sphéroïdes 
ne sont autre chose que des Microzoaires de cette 
espèce, qui, à cause de la gêne qu'ils éprouvent, se 
contractent, deviennent sphéroïdes au lieu de pirifor- 
mes et d'aplatis qu'ils étaient; puis se montrent en- 
core quelques instants sous cette forme, qui est un vé- 
ritable état morbide (pi. II, fig. 7). 

C'est cet état, qui en a assurément imposé à quel- 
ques observateurs, qui l'ont pris pour un enkystement 
normal de l'animalcule, préludantà des métamorpho- 
ses : c'est selon nous, au contraire, un véritable enkys- 
tement mortuaire. 

Ainsi, nous avons exposé l'histoire complète de la 
genèse de la Paramécie verte. 

OEuFS NORMAUX. — Daus le but d'expliquer par des 
voies naturelles la subite apparition des immenses lé- 
gions de Protozoaires qui peuplent nos macérations, 
certains naturalistes leur supposent une fécondité 
qui tient du prodige. Est-ce un fait parfaitement éta- 
bli ? Nous ne le pensons pas. 

A l'égard de la scission, qu'on a regardée comme 



CELFS ^ORMAUX. 399 

multipliant les Infusoires presque aussi rapidement 
que pourrait les couper un instrument tranchant, c'est 
un véritable roman. 

Si, pour nous, la spontéparité est le seul moyen 
par lequel rationnellement et expérimentalement on 
peut expliquer la primitive apparition des Microzoai- 
res, nous ne pouvons nier cependant que chez quel- 
ques-uns, la reproduction sexuelle est également évi- 
dente. Mais ce mode normal est tellement rare, qu'il 
ne doit même pas entrer en ligne de compte dans 
cet incommensurable nombre de Protozoaires qui se 
manifestent dans tous les lieux du globe où se trouve 
quelque amas d'eau en putréfaction, ou quelque ma- 
cération. 

J'ai surtout observé des œufs sur des Kolpodes et 
des Kérones, et jamais je n'en ai vu dans les Paramé- 
cies. Cependant je dois avouer que, pour moi, ce n'est 
qu'assez rarement e{ue j'ai découvert de ces œufs avec 
leurs caractères biologiques incontestables. Mais leur 
présence, parfaitement établie, loin de saper nos doc- 
trines sur l'hétérogénie vient, au contraire, fournir un 
nouvel et péremptoire argument en leur faveur; c'est 
une preuve de plus apportée à l'édifice dont nous es- 
sayons d'affermir la base ébranlée. En effet, dans les 
cas rares où nous avons vu des œufs sur ces animaux, 
jamais il n'y en avait qu'un seul et qui était fort gros; 
et, avant de rencontrer des faits semblables, plusieurs 
milliards de Kolpodes ou de Kérones passaient sous 
nos yeux. 

Nous n'avons jamais découvert de Kolpodes accou- 
plés; mais plusieurs fois nous avons rencontré et 



400 HÉTÉROGÉNIE. 

dessiné quelques-uns de ces animalcules qui avaient 
un œuf dans la cavité viscérale , œuf qu'il était im- 
possible de confondre avec quoi que ce soit. J'ai ob- 
servé ce fait sur desKolpodes qui paraissaient arrivés 
aux dernières limites de la vie, tant ils étaient volu- 
mineux. Ceci est si exact, qu'une ou deux fois j'ai 
vu ces Kolpodes entr' ouverts et ayant encore l'œuf 
au milieu de leurs débris ; de manière que je me de- 
mande , mais sans avoir d'opinion arrêtée à cet 
égard, si ces œufs en se produisant n'étouffent pas 
la mère. 

Voici ce qui est exact. Sur des Kolpodes de 0,0840 
de millimètre de longueur, et parfois même sur de 
plus longs encore, j'ai trouvé cet œuf placé vers le 
milieu de l'animalcule, et toujours au-dessus du 
cœur: il a de 0,0150 à 0,0224 de millimètre de dia- 
mètre. Son chorion est mince, translucide, et contient 
un vitellus formé de granules fins et d'un jaune pâle. 
Je n'ai reconnu, dans ces cas, aucune gyration, aucun 
pimctiim saliens. Mais comme là tout était analogue à 
ce que nous allons voir ci-après, il est indubitable 
que nous avions affaire à un œuf. Celui-ci était entiè- 
rement libre dans la cavité viscérale qui le contenait. 
En pressant un peu l'animalcule sous le compresseur, 
la résistance du vitellus étant plus considérable que 
celle du reste du corps, arrêtait le Kolpode, et alors on 
le voyait faire des efforts pour se débarrasser. Durant 
ceux-ci, l'œuf restait fixé, mais le Microzoaire faisait 
varier la forme de la cavité qui le contenait ; ou bien 
même l'œuf, à certains moments, devenait une es- 
pèce d'axe immobile, autour duquel l'animalcule ac- 



ŒUFS NORMAUX. 401 

complissait une rotation plus ou moins rapide, ce 
qui démontrait que ce produit n'avait nulle adhé- 
rence avec la mère. En donnant du carmin aux ani- 
malcules qui présentaient un semblable état, les esto- 
macs se coloraient subitement en rouge et apparais- 
saient sous la forme de petits globules de 0,0084 de 
millimètre de diamètre, et jamais aucune coloration 
ne se manifestait sur l'œuf. Plus rarement, outre cet 
œuf, j'ai vu une ou deux autres masses moins volumi- 
neuses, et qui paraissaient évidemment des ovules plus 
jeunes. Jamais je n'en ai aperçu plus. 

Sur quelques Kérones j'ai trouvé des œufs dont le 
développement, encore plus avancé, ne permettait 
plus le doute. Mes observations ont été faites sur des 
Kerona lepus, MulL, de 0,180 de millimètre de 
longueur. Dans ces animalcules, que j'ai parfois ren- 
contrés accouplés, il n'existait jamais qu'un seul œuf 
situé vers la partie postérieure de la cavité viscérale. 
Celui-ci était sphérique, environné d'un chorion assez 
épais, translucide. Cet œuf offrait un diamètre 
de 0,0224 de millimètre et était parfaitement libre 
dans sa cavité. Le Kérone comprimé tournait autour 
de lui comme sur un axe fixe, et même parfois assez 
rapidement. Cet œuf contenait des granules très- 
serrés, et son vitellus, dans plusieurs cas, était évi- 
demment animé de mouvements de gyration ; dans 
d'autres où l'œuf était plus avancé, la vésicule cardia- 
que existait indubitablement et se contractait de 
temps à autre : ce n'était plus un œuf, c'était quelque 
chose de plus, c'était un embryon (pi. II, fig. 13). 

L'œuf interne de la Kerona lepiis, bien vu par moi, 

POUCHET. *6 



402 HÉTÉROGÉME. 

je dois le dire, avait déjà été soupçonné par 0. F. 
Millier ; je ne fais donc ici que démontrer un fait 
déjà entrevu par le zoologiste danois (1). 

M. Balbiani a fait des observations qui confirment 
absolument ce que je viens de dire. Il pense que la 
Paramécie verte, Paramecium bursaria de Focke, qu'il 
a principalement étudiée, se muUiple d'abord par 
scission, et qu'ensuite il y a un accouplement entre 
les individus, qui tous sont hermaphrodites. Bientôt 
après celui-ci, on voit apparaître un groupe de cinq 
à six gros œufs dans le corps de chaque individu, et 
qui s'y transforment en autant d'embryons dont on 
aperçoit déjà la vésicule cardiaque se mouvoir (2). 
L'analogie de ce fait avec ce que j'ai observé dans 
lesKolpodes et les Kérones, me porte à supposer qu'il 
est exact, quoique je n'aie jamais eu occasion de le 
vérifier. Seulement, je dois avouer que je ne crois 
pas à la scissiparité dont parle cet observateur, 
n'ayant jamais rien vu qui l'indiquât sur tant et tant 
de millions de Paramécies qui sont passées sous mes 
yeux. 

Ainsi donc, voici bien évidemment des œufs de 
Kolpodes, de Kérones et de Paramécies, dévelop- 
pés à l'intérieur delà mère; et dont l'embryon est 
même déjà formé, comme l'attestent ses mouvements 

(1) 0. F. MuixER dit, en décrivant la Kerona lepus : In medio 
sœpe corpora duo .sphœrica,opaca an ovaria? Seulement je n'en 
ai jamais vu qu'un seul. Animalcula infusoria fluviatilia et wîa- 
rma. Hauniœ, 1786, p. 243. 

(2) Balbiani, Génération sexuelle chez les infusoires. Journal de 
Physiologie, par Biown Sequard. Paris, 1858, 1. 1, p. 346. 



OEUFS NORMAUX. 403 

gyratoires et les pulsations de la vésicule cardiaque. 
Avec de tels éléments de procréation peut-on admet- 
tre la panspermie aérienne, ce véritable roman de 
quelques naturalistes de notre époque? 

Absolument non. D'abord, si de tels œufs, qui ap- 
paraissent si volumineux au microscope, même à de 
médiocres grossissements, provenaient de l'air, on les 
apercevrait immédiatement dans l'eau ou dans les 
macérations lorsqu'ils y tomberaient, et jamais on 
n'y en découvre. D'un autre côté, on voit que déjà 
l'évolution est commencée à l'intérieur de lamère, et 
que ces œufs sont de véri fables embryons en mouve- 
ment. Mais dans leurs impossibles supputations, les 
savants qui confient à Tair le rôle de disséminateur 
universel sont tous obligés de recourir à une prélimi- 
naire dessiccation de l'œuf et de le réduire presque à 
un volume atomique! Alors, que devient donc cet 
embryon déjà ébauché et qu'on y voyait vivre? 
On argumentera des graines qui conservent leurs 
qualités germinatives tant d'années! Ce n'est pas le 
cas; des graines qui ont commencé leur évolution ne 
s'arrêtent point ou meurent. L'œuf du Microzoaire est 
soumis aux mêmes lois que celui de l'oiseau ou du 
mollusque; l'évolution commencée, l'arrêter c'est la 
mort; et elle est déjà largement commencée dans le 
corps de la mère. Alors, comment expliquer l'inexpli- 
cable dessiccation, la réduction à l'état moléculaire 
invisible, qu'il faut admettre avec tant d'autres im- 
possibilités pour soutenir le système de la panspermie ? 

Quoi, ces embryons, que l'on aperçoit pleins de 
vie et de mouvement dans le corps de la mère ; ces 



404 HÉTÉROGÉNIE. 

embryons, dont on voit battre le cœur et qui n'ont 
pas moins de 0,0150 de millimètre de diamètre; 
ces embryons qui à l'aide de forts grossissements 
apparaissent du volume d'un pois ; ces mêmes em- 
bryons, enfin, qui semblent destinés à ne vivre que 
dans l'eau, pourraient, selon nos adversaires, se 
dessécher radicalement, se solidifier, cesser absolu- 
ment de vivre, puis se réduire à l'état atomique 
invisible, et désormais errer dans l'air en si prodi- 
gieuse quantité que la science des calculs n'offre 
plus de chiffres pour en exprimer le nombre!... 
Ceux qui nous présentent toutes ces impossibilités 
y ont-ils réellement pensé? 

Mais en supposant un moment l'existence de ces 
œufs desséchés, imperceptibles, dont il faut que 
chaque centimètre cube de l'atmosphère con- 
tienne tant et tant de myriades ; en supposant 
même cette impossibilité, une autre difficulté non 
moins sérieuse, non moins insoluble se présentera. 
En concédant même à nos adversaires que ces œufs 
ou plutôt ces embryons, qui nous apparaissaient si 
volumineux , se sont réduits à l'état atomique , 
invisible; mais aussitôt qu'ils tomberaient dans l'eau 
leur hygroscopicité leur y ferait immédiatement 
retrouver leur volume et leur vie, et on les aperce- 
vrait par innombrables légions dans l'eau pure ; et 
cependant la palience à l'épreuve des micrographes, 
n'en retrouve jamais un seul dans celle-ci (1) ! 



(I) Comp. Dictionnaire universel d'histoire naturelle. Paris, 4845, 
t. VI, p. 65. 



ŒUFS NORMAUX. 405 

Je poursuis encore, car dans cette argumentation, 
je ne ^'eux pas laisser un seul point en litige. Ainsi 
que nous l'avons déjà vu, certains savants préten- 
dent que les œufs des Microzoaires n'attendent pour 
se développer dans l'eau qu'ils encombrent, que le 
moment oi^i l'on y plonge le corps putrescible ou 
Taliment de la progéniture. Est-il possible que 
des physiologistes aient émis de telles assertions? 
Quoi cet embryon, car c'en est un réduit à l'état ato- 
mique, inerte, solide, discernerait, avant sa réimbi- 
bilion, s'il y a près de lui ou non les particules ali- 
mentaires qui doivent le nourrir après son éclosion ! 
Je demande si ceux qui nous offrent de telles énor- 
milés comme la limite de la science, n'ont pas dé- 
sespéré de la raison humaine ! Sortant malgré nous 
des sphères sérieuses de la discussion, en présence 
de tels faits, nous pourrions réellement demander 
à nos adversaires, si les œufs de nos frêles Mi- 
crozoaires sont plus exigeants que ceux des plus 
voraces animaux ; car un œuf de brochet ne 
subordonne pas son développement à la présence 
d'un morceau de viande; l'eau la plus limpide lui 
suffit ! 

J'ai parfois vu des Kérones accouplés et c'est cet 
accouplement que l'on a pris pour une scission lon- 
gitudinale. L'étroite manière dont ils se tiennent me 
fait supposer que leur accolement doit être assez 
long; et les embryons qu'on voit dans leur corps 
étant très-volumineux doivent mettre un certain 
temps à se développer. M. Balbiani dit que l'accou- 
plement des Paramécies dure cinq à six jours ; et ce 



406 HETEROGENIE. 

savant ajoute que ce n'est qu'après un laps de temps 
aussi considérable qu'apparaissent les ovules (1). La 
procréation est donc assez lenle, et cette observation, 
ainsi que tant d'autres, vient infirmer cette rapidité 
qu'on lui supposait bénévolement pour expliquer la 
multitude d'Infusoires qui surgissent partout où 
existe quelque liquide en putréfaction. 

Enfin, une preuve non moins évidente que les Mi- 
crozoaires doivent leur primitive apparition à la géné- 
ration spontanée et non à une faculté de reproduction 
qui tiendrait du prodige, c'est qu'on les voit tous de 
la même taille dans les nouvelles infusions et comme 
s'ils étaient apparus au même moment, et non à plu- 
sieurs jours d'intervalle, comme cela serait si les 
œufs provenaient de l'atmosphère. Souvent après, la 
macération reste sans que sa population augmente 
sensiblement. Ce n'est que dans les expériences an- 
ciennes, et même pas toujours, que l'on découvre des 
individus de divers âges. J'ai vu fréquemment des 
macérations présenter longtemps un même nombre 
d'individus, et si la génération était aussi active qu'on 
Ta supposé pour fournir aux besoins de certaines 
théories, en quelques heures les bocaux devraient en 
être encombrés. On remarque plutôt des successions 
de générations diverses qu'un immense accroissement 
dans la même espèce. 

Un Kolpode ou un Kérone n'ayant souvent qu'un 
seul œuf ou deux dans le corps, cette pénurie dans 

(1) Bai.biam, Génération sexuelle chez les infusoires. — Jour- 
nal de la physiologie de l'homme et des animaux. Paris, 1858, 
p. 349. 



ENKYSTEMENT MORBIDE. 407 

la reproduction ne serait pas suffisante pour remplir 
l'atmosphère de germes, et elle s'ajoute aux données 
précédentes pour démontrer que la génération spon- 
tanée peut seule expliquer cette multitude de Mi- 
crozoaires qu'on voit apparaître dans tous les en- 
droits du globe. 

Section vu. — Enkystement morbide, .mort, diffluence ou 
momification. 

Lorsque des Infusoires sont tenus assez longtemps 
sous le microscope pour y pénr, ce qui a lieu ordinai- 
rement en quelques minutes, on est étonné de voir 
qu'à l'instant même où la mort arrive, tout leur or- 
ganisme se désagrège et se réduit à ses éléments pri- 
mordiaux. Cette dissolution est parfois si rapide que 
tous ceux-ci s'étendent dans la liqueur en imitant le 
mouvement des étincelles de ces bombes d'artifice qui 
éclatent en l'air; comme si à l'instant même où la 
vie s'éteint, non-seulement la force coercitive cessait 
avec elles, mais en outre comme s'il se manifestait au 
milieu des molécules une force répulsive. Parfois 
aucun organe n'est épargné, tout disparaît instantané- 
ment. J'ai observé ce curieux fait sur des Kolpodes et 
des Vorticelles. 11 a aussi frappé MM. Gérard et 
Pelletier (1). C'est ce phénomène que M. Dujardin 
appelle Dilfluence (2). 



(1) Gérard, Dictionnaire d'histoire naturelle. Pari?, 1845, f. VI, 
p. 66. 

(2) Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1811, 
introducLiun. 



408 HÉTÉROGÉNIE. 

D'autres fois, au lieu de se désagréger subitement 
ainsi, les Microzoaires se conservent en entier ou seu- 
lement en partie, et leur corps, comme nous l'avons 
vu, vient augmenter l'épaisseur de la pellicule proli- 
gère et parfois même la former presque entièrement. 
Dans certains cas, on voit l'enveloppe externe de di- 
verses espèces de Kolpodes se dissoudre en quelque 
sorte dans le liquide, tandis que les estomacs seuls 
résistent et se reconnaissent dans la pseudo-membrane 
soit à leur teinte jaunâtre, soit à leur diamètre. Avec 
de l'habitude, on distingue fort bien ces estomacs 
d'avec les ovules de même volume et dont il de- 
vra sortir quelques Monades. Ces phénomènes de 
diffluence totale ou partielle ne s'observent que dans 
les grosses espèces de Microzoaires ; les petites restant 
ordinairement intactes après leur mort. 

Enfin, dans certains cas les Microzoaires avant 
d'expirer semblent s'enkyster ; je dis semblent s'en- 
kyster, parce que dans l'acte qui a lieu il n'y a 
point exactement là un enkystement : il n'y a qu'un 
changement de forme, mais non la production d'une 
enveloppe adventive. Voici ce que j'ai observé et exac- 
tement observé sur des Paramécies. Lorsque ces ani- 
malcules emprisonnés entre deux verres, sont soumis 
à l'observation pendant quelques minutes, il arrive 
que la gêne qu' ils éprouvent les porte bientôt à changer 
de forme. Ils se raccourcissent et, en même temps, 
leur corps qui était aplati se gonfle peu à peu; et en 
sept ou huit minutes une Paramécie qui était piri- 
forme devient parfaitement sphérique. Sous cet état 
elle continue pendant un certain temps à se mouvoir 



ENKYSTEMEM MORBIDE. 409 

en roulant en quelque sorte dans le champ du micro- 
scope. On voit manifestement que sa translalion se 
produit à l'aide du mouvement ciliaire qui s'observe à 
sa surface. Alors cet animalcule ressemble absolu- 
ment à un œuf de spongille. Peu de temps après il 
devient immobile : les pulsations de la vésicule car- 
diaque n'ont pluslieu et le mouvement ciliaire s'anéan- 
tit. Enfm, quelques instants après, l'enveloppe cutanée 
se rompt et par une ou deux larges fentes qu'elle offre 
on voit saillir une masse hyaline, incolore, dans 
laquelle on ne distingue aucun viscère , aucune 
granulation : l'animalcule est mort et vient d'é- 
clater (1). 

C'est là ce que l'on peut nommer enkystement mor- 
bide, quoique, je le répète, il n'y ait qu'une déforma- 
tion générale qui précède la mort. 

M. Claparède prétend, avec raison, que sur un grand 
nombre de Protozoaires l'enkystement a pour but de 
soustraire ceux-ci à quelques influences nuisibles (2). 
Mais dans ce cas, comme nous l'avons dit, il n'y a 
qu'une déformation maladive. Selon nous, c'est un 
enkystement morbide que M. Haime a figuré sous le 
nom de métamorphose de laTrichode lyncée (5). 

Les Infusoires subissent assurément certaines mé- 
tamorphoses ; il suffit de comparer les planches 
d'Ehrenbcrg et de M. Dujardin,ou même de comparer 

(i) Voyez planche ii. 

(2) Clavauï ME. Supplément aumémolresur la reproduction des in- 
fusoires (Mémoire présenté an conconr?, 1858). 

(3) Haime, MétamoriAiose de la Trichode lyncée. Ann de 
se. nat. 



410 HETERO GENIE. 

ces planches entre elles, pour en être convaincu. Mais 
ces métamorphoses sont souvent loin d'être aussi con- 
sidérables qu'on l'a prétendu dans ces derniers temps. 
Les uns, à l'exemple de T. Kutzing, assurent avoir vu 
des Microzoaires se transformer en végétaux infé- 
rieurs (1); d'autres, au contraire , considèrent les 
transformations comme destinées à élever l'animalité, 
et tel est Agassiz, qui pense que certaines espèces de 
Paramœcium et de Barsaria, ne sont que des larves 
de Planaires (2). D'autres enfin, avec M. Burnett de 
Boston, ne voient dans les Infusoires qu'un recepla- 
culum omnium animallum et planlanim, et les regar- 
dent comme les germes ou les larves d'un certain 
nombre d'êtres inférieurs de toutes les classes (3). 

La moindre critique sufQt pour démontrer que l'on 
a professé les plus inadmissibles opinions sur l'enkyste- 
ment et les métamorphoses des Microzoaires. Ainsi 
M. Stein prétend que les Yorticelles, après s'être en- 
kystés, deviennent desPodophrys (4). M. Pineau as- 
sure, au contraire, que ces mêmes Yorticelles, après 

(1) T. KuTziNG, Sulla metamorfosi degli infusori in alghe infe- 
riori. Gioniale deir I. R. islilulo loinbardo di scienze ieltere ed 
arti. Milan, 1845, t. XI. p. 229. Trad. de l'allem. 

(2) Agassiz, Comp. Annals ofnat. hist. 1850, p. 156. 

Thus Agassiz lias shown Ihat paramecium and Bursaria, etc., 
are only larval forms of planarise. 

(3) BuuNETT, Reviews and Records in Anatomy and Physiology. 
Theamerican Journal of sciences and arts. 1854, t. XVIII, p. 105. 

(4) Stein, Zeitschrifi de MM. Siebold et Kolliker. 1852. Annales 
and magazine of natural lustory, t. IX. p. 471. — Recherches sur 
le développement des vorticelles. Ann. se. nat. Zoologie. 1852, 
t.XVlII,p. 95. 



ESKYSTEMENT MORBIDE. 41 i 

cetenkystement, produisent des Oxy triques (1). En 
prései^ce d'assertions si opposées, il faut bien que 
l'un de ces deux observateurs soit dans l'erreur. Ce 
qu'il y a de certain c'est qu'ils y sont tous deux. Ce qui 
probablement les aura Ironipés, c'est qu'après avoir 
vu des Yorlicelles dans une macérafion, ils y auront 
trouvé des Podophrys ou des Oxytriques, et ils ont 
pris une généralion qui succédait à l'autre, comme 
n'en étant qu'une métamorphose. 

M. Stein lui-même se charge de prouver l'exactitude 
de ma supposition. 11 raconte, qu'ayant mis des Vagi- 
nicola cryslalHua, Ehr., dans des vases, trois jours 
après, quand il visita ceux-ci, ils étaient remplis d'^- 
cinela mysiaciua, Ehr., et il prétend que comme ce fait 
s'est répété deux fois, on ne peut l'attribuer qu'à une 
métamorphose (2). M. Claparède s'est élevé énergi- 
quement contre cette conclusion, et il a eu raison (3). 
C'est souvent ainsi qu'ont procédé les observateurs 
qui nous racontent tant d'étrangetés sur les Microzoai- 
res. M. Gros est encore intervenu lui-même, pour 
achever de démontrer combien toutes les observations 
ont été inhabilement conduites. Pour lui il soutient 
une thèse encore différente de celle de MM. Stein et 
Pineau ; il prétend que lesVorticelles ne sont que les 
résultats de la métamorphose des Kolpodes (4). 

(1) PiisEAU, Observations sur les animalcules infusoires. Ann. se. 
nat. Zoologie, 1848, t. XIX, p. 90. 

(2) Stein, Die Infusiomthierchen , etc., p. 38 et 40. 

(î^) Claparède, Mémoire sur le développenient des infusoires. 
1858. 
(4) Gros, De la génération primitive ascendante, facultative^ coU' 



il 2 HÉTÉROGÉNIE. 

Lorsque l'on voit ainsi MM. Stein, Pineau et Gros 
admettre des théories si diamétralement opposées, 
n'est-on pas autorisé, plus que suffisamment, h con- 
sidérer leurs diverses opinions comme absolument 
erronées? Pour moi je reconnais n'avoir jamais vu 
de Vorlicelles s'enkyster, et jamais je n'ai vu non plus 
de kystes à l'extrémité de leur filament d'attache, 
comme en ont figuré MM. Pineau et Stein. Et d'ail- 
leurs l'on remarque que les kystes, dont parlent ces 
deux observateurs, se montrent souvent dans des ma- 
cérations où il n'a jamais existé de Vorlicelles et dans 
des pseudo -membranes tellement compactes qu'aucun 
de ces animalcules n'y existait évidemment. Ces enkys- 
tements représentent pour moi, jusqu'à nouvel or- 
dre, des ovules primaires. 

Au milieu de ses recherches sur la genèse des 
Microzoaires, le zoologiste attentif est frappé d'une 
chose, c'est de la diversité morphologique des espè- 
ces qui se succèdent sous ses yeux ; et celle-ci est 
telle qu'il est extrêmement difficile, et souvent tout à 
fait impossible de les déterminer. Quelquefois même 
une multitude de formes apparaissent dans une seule 
expérience. Ainsi dans une macération de quelques 
fragments d'un os humain que j'avais rapporté des hy- 
pogées de Thèbes, et qui avaient passé trois mois dans 
rcau,j'ai vu s'offrira la fois la plupartdes Vorlicelles de 
notre faune française et en outre un grand nombre 
d'autres espèces que je ne sache pas que l'on ait ja- 



tingente des infusoires poly gastriques et rotifères. 1855 (Méin. pré- 
senté au concours). 



ENKYSTEMENT MORBIDE. 413 

mais représentées; c'était un monde nouveau (1). 

Ces faits ont déjà frappé comme moi plusieurs sa- 
vants, ils sont donc fort posilifs, et il faut même qu'ils 
parlent bien hautement, puisque plusieurs descrip- 
teurs d'espèces ont été forcés de les reconnaître. Ce 
sont encore là, comme on le voit, autant d'arguments 
en notre faveur et que les ovaristes ne pourraient nul- 
lement expliquer. 

C'est ainsi que dans ses expériences sur la généra- 
tion spontanée, Gruilhuisen, prétend que dans plus de 
mille cas, jamais les Microzoaires ne se sont présentés 
sous des formes identiques dans les infusions de sub- 
stances diverses ou dans les mêmes matières, lorsqu'on 
les exposait dans des circonstances différentes (2). 
Burdach assure aussi que les Microzoaires harmoni- 
sent leurs formes avec le milieu dans lequel ils se 
trouvent placés (3). Et il me semble qu'Ehrenberg et 
Treviranus soutiennent la même hypothèse en avan- 
çant qu'ils n'ont jamais pu obtenir des Infusoires de 
forme déterminée dans des Infusions également dé- 
terminées (4) : cela me paraît constituer une série d'ar- 
guments sérieux. 

Les observations d'Ehrenberg ont aussi démontré 

{\) Les fragments d'os soumis à cotte expérience provenaient de 
l'exlrémilé infcrienre d'un tibia. Ils restèrent dans Teau pendant 
les mois de janvier, février et mars,' et furent observés le 1er 
avril. — La macération ne contenait absolument que des Vor- 
ticoUes. 

(2) Gkuithuisen, Organozoonomie. Munich, 18H,p. 104. 

(3) Burdach, Traité de physiologie. Taris, 1837, t. I, 
p. 26. 

(4) Treviranus, Biologie. 



414 HETEROGENIE. 

que les Infusoires subissaient d'assez profondes mo- 
difications de forme durant leur développement, 
pour avoir égaré d'une étrange façon la plupart 
des descripteurs. 11 s'est convaincu que douze espè- 
ces de 0. F. Muller appartenant au genre Vorlicelle 
ne sont absolument que les divers états d'une seule 
et même espèce, dont Lamarck et surtout Bory de 
Saint-Vincent ont même formé plusieurs genres (1). 
Fischer a également signalé celte erreur (2). Pour moi, 
je vois à chaque instant apparaître et disparaître sans 
retour certaines espèces parfaitement distinctes. Ainsi 
la Vorlicelle qui est représentée dans ma première 
planche, et qui y a été dessinée avec une scrupuleuse 
exactitude, en dédaignant toutes ces exagérations de 
formes qu'on affecte dans l'iconographie; cette Vor- 
licelle je ne l'ai jamais revue depuis dix ans! 

Un des naturalistes qui, de nos jours, ont le plus 
décrit d' Infusoires, et qui par conséquent devrait être 
un des plus ardents défenseurs de l'invariabilité de 
l'espèce, M. Dujardin, fait lui-même l'aveu de la dif- 
ficulté qu'offre la distinction zoologique de beaucoup 
de ces animaux. En parlant des Paramécies, par 
exemple, il dit textuellement que leur forme est telle- 
ment altérable et variable que l'on sera fréquemment 
disposé à méconnaître ces hifusoires, quand lescircon- 

(1) Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. 
Paris, iSlO, t. II. 

Bory Saint-Vincent, Mémoire sur les microzoaires. 

(2) Fischer, BulL de la Soc. impér. des naturalistes de Moscou. 
1831, t. m, p. 11. — Rapport aux membres sur quelques faits 
nouveaux de zoologie. 



ANATOMIE DES MICROZAIRES. 415 

stances de leur développement auront été modi- 
fiées (1). 

Anatomie des MicROzoAiRES. Les Microzoaires n'ont 
ni la simplicité de structure que leur suppose M. Du- 
jardin (2) , ni le luxe d'appareil dont les décore M. P. 
Laurent (3j. 

Leur organisation a été merveilleusement élucidée 
par les beaux travaux d'Ehrenberg (4); et nous ne 
concevons pas que, lorsque ces travaux ont obtenu la 
sanction de naturalistes aussi illustres que K.Owen et 
Carus(5), M. Dujardin ait pu dire que malheureuse- 
ment personne n'a constaté, depuis le savant prus- 
sien, l'organisation des Infusoires. Nous-méme nous 
l'avons reconnue, et nous avons contribué, dans l'un 
de nos mémoires, à démontrer la précision des ob- 
servations du professeur de Berlin (6). 

Le peu de précision de nos connaissances, rela- 
tivement à l'organisation des Infusoires, était due à 
ce que, à l'exclusion des Yorticelles, on n'observait 
pas assez longtemps les mêmes individus , ceux-ci se 
dérobant subitement au champ du microscope. Je 
suis parvenu à exécuter des observations plus lon- 

(1) DuJARDiNj Histoire naturelle des infusoires. Paris^ 1841, p. 482. 

(2) Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, 
Observations générales. 

(3) P. Laurent, Études physiologiques sur les animalcules des 
infusions végétales. Nancy, 18j4^ 18o8^ 2 vol. 

(4)'Ehrf,nberg, Infusionsthierchen, etc. 

(5) R, OwEN, Lpctures on the comparative anatomy and physio- 
logy. Londres, 1843. p. . — Carus, Traité d' anatomie com- 
parée. Paris, 1835, Irad.t. II, p. 3. 

(6) PoucHET , Comptes rendus de l'Académie des sciences. 
Paris, 1847. 



il 6 HETEROGENIE. 

gues et plus précises, en plaçant des Microzoaires 
sur de la batiste très -fine, et en pressant légèrement 
celle-ci avec le compresseur ; alors on obtient des 
mailles ou des intervalles de 0,10, à 0,12 de mil- 
limètre dans chacun desquels il ne se rencontre or- 
dinairement qu'un seul Infusoire de forte taille. Là, 
sans désemparer, on peut suivre successivement le 
mode d'introduction des substances alimentaires et 
le procédé par lequel celles-ci se répartissent dans 
les vésicules stomacales. Là aussi, on peut compter les 
contractions des vésicules destinées à la circulation, 
en déterminer les intervalles, en mesurer l'étendue. 

Voici jusqu'à ce moment ce que j'ai pu bien voir, 
et les points sur lesquels je ne crois pas que, par la 
suite, on puisse me faire d'objection sérieuse. Dans 
les Infusoires appelés par Ehrenberg Polygaslriques, 
il existe évidemment des estomacs vésiculaires plus 
ou moins nombreux. Les observations du zoologiste 
de Berlin et les nôtres se trouvent même pleinement 
confirmées par l'analogie. En effet, j'ai découvert 
qu'il existait sur les larves du Cousin commun mi 
appareil digestif ayant les plus grands rapports avec 
celui de ces Polygastriques. Chez ce Diptère, l'in- 
testin est enveloppé par une couronne de huit es- 
tomacs vésiculaires, ovoïdes, qui ne tiennent à celui- 
ci que par un canal imperceptible, et qui se rem- 
plissent de carmin, avec la même facilité que le font 
les vésicules stomacales des Microzoaires (1). 

Le nombre et le diamètre de ces estomacs est fixé 

(1) PciucnET, Comjtes rendus de l'Académie des sciences. 1847. 
Zoologie, 1. 11, p. 192, pi. xxi^ iig. 1. 



ANATOMIE DES MICROZOAIRES. 417 

sur chaque espèce ayant acquis tout son développe- 
ment. Ces organes présentent aussi une forme et une 
structure invariables. Ils sont presque constamment 
globuleux, et leurs parois offrent une minceur 
extrême. On aperçoit très-bien la forme, et l'on peut 
apprécier facilement le diamètre de ces estomacs, 
sans même avoir besoin qu'ils soient gorgés de sub- 
stances colorées. Il suffit qu'ils se trouvent remplis 
d'aliments. Quoique les parois des vésicules stoma- 
cales soient excessivement minces, cependant, lors- 
que celles-ci contiennent des substances alimen- 
taires, on les aperçoit très-bien ; mais dans l'état de 
vacuité, on ne les distingue nullement. On ne peut 
donc considérer ces cavités stomacales, ainsi que Ta 
fait M. Dujardin, comme de simples vacuoles creu- 
sées à volonté dans la substance glutineuse du corps, 
et n'offrant aucune paroi propre (1). Dans les Vorti- 
celles, on compte trente à quarante estomacs vési- 
culaires, ayant un diamètre de 0,0056 à 0,0076 de 
millimètre, à l'état de plénitude. Dans les Kolpodes, 
il en existe constamment vingt à trente de 0,0 100 de 
millimètre de diamètre, lorsqu'ils sont remplis d'ali- 
ments. 

La prétendue rotation de ces estomacs, que quel- 
ques observateurs ont signalée, est une étrange illu- 
sion d'optique. Ces organes sont fixés dans leur ré- 
gion respective, et ne s'en éloignent que dans le 
rapport de l'élasticité des tissus. C'est la gyration du 
vitellus des œufs contenus dans le corps qu'on a pris 
pour un mouvement des estomacs. 

{{) DvjkRDiîi, Zoophy tes infusoires, p. 70. 

POUCHET. 2 7 



A\S DÉTÉROGÉNIE. 

La vésicule contractile des Microzoaires est un vé- 
ritable organe circulatoire, représentant le cœur des 
animaux élevés. Cette vésicule contractile ou car- 
diaque est ordinairement unique, et contient un fluide 
analogue au sang, offrant une teinte d'un jaune fauve 
extrêmement clair , ce qui la rend facile à distin- 
guer. 

Chez les Yorticelles , cette vésicule cardiaque est 
unique et acquiert un volume énorme , comparative- 
ment à celui de ces animalcules. Sur des Yorticelles 
de 0,080 à 0,100 de millimètre de longueur, elle 
offre, totalement dilatée, jusqu'à 0,020 de millimètre 
de diamètre. Chez ces Microzoaires , elle possède des 
parois extrêmement distinctes , et présente en avant 
une sorte de conduit jaunâtre, qui ne peut être qu'un 
vaisseau afférent ou efférent. Sur les Kolpodes, la vé- 
sicule cardiaque est également unique, mais propor- 
tionnellement plus petite; elle offre de 0,012 à 0,015 
de millimètre de diamètre, sur des individus de 0,100 
de millimètre de longueur. Sur les Glaucomes, elle 
n'a que 0,010 de millimètre de diamètre. Chez les 
Dileptes, il y a deux vésicules cardiaques qui se con- 
tractent successivement; l'une est située à l'extré- 
mité postérieure du corps, l'autre vers le centre. 

Chez les Yorticelles, la vésicule cardiaque se rem- 
plit très-lentement et ne se vide qu'à de longs inter- 
valles, mais subitement; elle se contracte toutes 
les deux à six minutes. Chez les Kolpodes et les Glau- 
comes, les mouvements de cette vésicule imitent tout 
à fait ceux du cœur des grands animaux : ils sont 
très-rapprochés. L'organe se dilate et se remplit in- 



ANATOMIE DES MICROZOAIRES. 419 

stantanément du fluide sanguin, mais cependant les 
contractions n'ont lieu que toutes les sept à dix se- 
condes, à la température de 20 degrés centigrades. 

Récemment, dans leur Traité d'anatomie comparée, 
Siebold et Stannius ont confirmé ce que nous avions 
découvert, et ils y considèrent aussi les vésicules con- 
tractiles des Microzoaires comme des ébauches d'or- 
ganes circulatoires (1). 

Enfin, chez toutes les Vorticelles , il existe un sac 
parfois fort apparent, situé du côté opposé à la vési- 
cule cardiaque, et qui s'étend dans presque toute la 
longueur de ces animalcules. L'intérieur de ce sac 
présente des mouvements moléculaires très-apparents, 
qui paraissent évidemment dus à la présence de cils 
vibratiles. Parfois ce sac se contracte d'avant en ar- 
rière, et semble transporter dans cette direction une 
masse en mouvement, très-distincte des vésicules sto- 
macales qu'elle refoule. Ce sac est, selon nous, l'or- 
gane respiratoire de ces animaux, formé chez eux 
d'une simple cavité branchiale dont la surface est cou- 
verte de cils, comme les branchies de certains Mol- 
lusques. Ses mouvements sont ce qui en a imposé 
à certains micrographes , soit en leur faisant croire 
qu'il se creusait des vacuoles dans le tissu, comme Ta 
professé M. Dujardin, soit en leur faisant admettre 
qu'il existe chez les Microzoaires une espèce de cir- 
culation de granules, semblable à celle que l'on ob- 
serve sur certains végétaux, ainsi que l'a avancé 
M. Meyen. 

(i) Siebold et Stànmus, Manuel d'anatomie comparée. Paris, 
1850, t. 1, p. 19. 



420 HÉTÉBOGÉNIE. 

Lorsque j'eus terminé ces observations sur l'orga- 
nisation des Infusoires, je demeurai parfaitement con- 
vaincu que ceux-ci possédaient une structure anato- 
mique assez complexe : mais, désirant enfin réfuter, 
sans réplique, les assertions des savants qui professent 
des doctrines toutes différentes, je sentis qu'il n'y 
avait qu'un seul moyen pour obtenir ce résultat, c'é- 
tait d'observer le développement de ces animaux, et 
de reconnaître, sous les enveloppes de l'embryon, 
l'existence et les mouvements de la vésicule car- 
diaque, comme je les avais souvent aperçus dans les 
œufs de beaucoup de Mollusques. Mes recbercbes 
ayant été couronnées de succès, alors elles ne me 
laissèrent aucun doute. 

Sur des œufs spontanés de Vorticelles, dont les ani- 
malcules étaient à la veille de sortir de leur coque, 
j'ai reconnu l'existence de la vésicule contractile ou 
cardiaque, et constaté ses mouvements. Cette vési- 
cule était proportionnellement moins volumineuse 
que sur les animalcules entièrement développés, et 
ses pulsations moins fréquentes. Ces œufs, alors to- 
talement occupés par l'embryon , offraient 0,04 de 
millimètre, et la vésicule contractile, qui était placée 
vers leur centre, présentait dans son plus grand déve- 
loppement 0,005 de millimètre. D'après ce qui pré- 
cède, la vésicule contractile ne peut donc être assi- 
milée qu'à un cœur. On la voit déjà se manifester 
comme le pimctum saliens des embryons ovipares. 
D'après cela aussi, on ne peut plus considérer les vé- 
sicules contractiles comme appartenant, soit à l'ap- 
pareil génital , comme le voulait Ehrenberg , soit 



ANATOMIE DES MICROZOAIRES. 421 

à l'appareil respiratoire, comme le professait Spal- 
lanzani. En effet, l'opinion de ces deux savants ne 
peut nullement résister à l'examen. 

Si, avec l'illustre zoologiste de Berlin, on préten- 
dait que la vésicule cardiaque appartient à l'appareil 
génital mâle, dont elle représenterait une vésicule sé- 
minale, et que ses contractions correspondent à l'é- 
mission du fluide spermatique qui la remplit; comme 
cette vésicule offre un volume considérable, compa- 
rativement à celui de l'animal, il en résulterait qu'en 
peu de minutes, souvent un Microzoaire aurait sécrété 
et expulsé un volume de sperme dépassant considé- 
rablement le sien, et qu'il répéterait cet acte durant 
tous les instants de sa vie, ce qui est totalement inad- 
missible. D'un autre côté aussi, il est certain que 
l'appareil ne peut pas être destiné à la respiration, et 
qu'il n'est point un appareil aquifère; car, si réelle- 
ment le fluide qu'il contient était expulsé au dehors, 
lors de ses contractions, on verrait, tant l'organe est 
volumineux, l'animalcule s'affaisser ou se contracter 
et diminuer sensiblement de volume, ce qui n'a pas 
lieu : d'ailleurs, le fluide qu'il contient possède une 
couleur propre. 11 faut donc que la vésicule con- 
tractile soit un organe central de circulation , 
qu'efle ne se vide qu'en répartissant son fluide dans 
d'autres régions du corps; fluide qui ne peut être lui- 
même que le fluide sanguin. C'est un cœur. 

L'investigation de tout ce qui concerne les Mi- 
crozoaires présentait d'énormes obstacles à cause de 
leur infinie petitesse; mais, loin d'en surmonter 
la difficulté par de patientes observations et de ri- 



422 HETEROGENIE. 

goureux commentaires, certains savants n'ont que 
trop souvent traité ce sujet avec une inconcevable lé- 
gèreté. 

C'est ainsi, par exemple, que, dans son chapitre 
consacré à l'histoire des organes digestifs des Infu- 
soires, M. Dujardin confond la vésicule cardiaque ou 
contractile avec ces organes. En parlant des vésicules 
digestives:« Ces vésicules, dit-il, remarquables par 
leur extensibilité indéfinie et par leurs contractions 
subites, etc., etc. » D'abord, les vésicules stomacales 
ne sont pas susceptibles d'une extensibilité indéfinie; 
leur maximum d'expansion est déterminé : et , en 
outre, jamais elles ne se contractent subitement; c'est 
le cœur qui seul possède cette faculté. 

Il résulte donc de mes observations sur les Infu- 
soires : 

Qu'avec M. Ehrenberg, j'admets chez eux un appa- 
reil digestif; que les vésicules contractiles des Infu- 
soires représentent le cœur ; que les Yorticelles ont 
un troisième appareil vital fort apparent, qui ne peut 
être qu'un organe respiratoire branchial ; que les 
embryons des Infusoires présentent aussi le phéno- 
mène de la gyration et le punctum saliens. 

M. Balbiani, dans un récent travail, considère cer- 
tains Microzoaires, les Paramécies, comme étant her- 
maphrodites , et décrit leurs ovaires et leurs sper- 
matozoaires. Ses observations me paraissent posi- 
tives (1). 

(1) Balbiam, Génération sexuelle chez les Infusoires. Journal 
de la ptiysiologie de rhomroe et des animaux de Biown-Sequard. 
Paris, 1838, p. 347. 



ANATOMIE DES MICROZOAIRES. 423 

Quelques physiologistes , parmi lesquels il faut 
compter J. Miiller (1), prétendent qu'Ehrenberg, en 
découvrant les organes internes des Microzoaires , a 
rendu improbable leur production par la génération 
spontanée. Quoique ayant nous-même étendu ces con- 
naissances, cela ne nous empêche pas de regarder 
ceux sur lesquels nous en suivons le développement, 
comme n'étant le plus souvent que le produit de 
Thétérogénie. Ehrenberg, tout en prétendant que les 
Infusoires naissent d'œufs, laisse indécise la question 
de savoir si ceux-ci ne sont pas eux-mêmes, en par- * 
tie, le produit d'une génération spontanée (2). Nous 
ne demandons rien de plus. 

Quoique J. Carter se soit assez longuement occupé 
de l'organisation des Microzoaires, nous n'avons rien 
emprunté à cet auteur, parce qu'il nous a paru n'a- 
voir pas traité son sujet avec autant de précision que 
l'avaient fait les micrographes qui l'ont précédé, et 
n'avoir donné que d'inexactes figures (3). 

Avant d'entamer un autre sujet, je dois réfuter de 
tout mon pouvoir les assertions inexactes que m'attri- 
bue M. Claparède. Il prétend que j'ai adopté les idées 
de sexualité des Infusoires, ainsi que l'a fait M. Ni- 
collet (4). Je n'ai jamais écrit un seul mot, ni dans 

(1) J. MuLLER, Physiologie. Paris, 1845, t. I, p. 13. 

(2) Ehreinberg-Poggendorf's, Annales i832. Comp. R. Wagner, 
Isis. 1832. p. 383. J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1845, 
p. 14. 

(3) H. J. Carter, On the organization of infusoria. The an- 
nals and magazine ofnatiiral history.Lond., 1856, t.XVIII^ p. 115. 

(4) Claparède, Recherches sur la généhition des Infusoires. Mé- 
moire présenté au concours de l'Académie des sciences. 



424 HÉTÉROGÉNIE. 

mes Mémoires sur l'organisation des Microzoaires, ni 
dans ma Zoologie , qui puisse faire supposer cela. Il 
n'y a même que bien peu de temps qu'après de lon- 
gues recherches, j'ai enfin \u des œufs à l'intérieur 
de quelques-uns de ces animalcules. Plus loin, M. Cla- 
parède prétend aussi que j'ai cru que les Micro- 
zoaires, en sortant de l'œuf, avaient la forme qu'ils 
auraient plus tard. C'est tout le contraire que j'ai 
dit* On peut s'en convaincre en examinant la pre- 
mière planche de ce livre, sur laquelle j'ai représenté, 
il y a déjà longtemps, les métamorphoses des Kol- 
podes (1). 

M. Claparède prétend aussi que j'ai pris le pharynx 
des Vorticelles pour un appareil respiratoire. Je n'ai 
présenté mes observations sur cet appareil qu'avec 
une certaine réserve; ce n'est qu'aujourd'hui que je 
suis parvenu à les considérer comme exactes. Si 
M. Claparède voulait se reporter à toutes les figures 
où les naturalistes ont représenté les organes in- 
ternes des Vorticelles, il y verrait que son opinion 
ne peut pas un instant être soutenue (2). L'organe 
que je considère comme une poche respiratoire s'a- 
vance jusqu'au fond du corps ; et M. Claparède aurait 
pu voir que, dans tous les ouvrages où l'on décrit, ou 
bien où l'on figure le tube digestif des Vorticelles , 
tels que ceux d'Ehrenberg, R. Owen, etc., on repré- 

(1) Compuls. PoucHET, Comptes remiws de V Académie des scien- 
ces. 1847. — Recherches sur les organes de la digestion^ de la circu- 
lation et de la respiration des Infusoires. 1848. 

(2) Comp. R. Owen, Lectures on the comparative anatomy and 
physiology. Londres, 1843, p. 21. 



FORCES GÉNÉSIQUES. 425 

sente celui-ci comme une anse recourbée qui, depuis 
son origine jusqu'à sa terminaison, porte des poches 
stomacales. Or, avec cette disposition, un pharynx ne 
peut donc pas s'enfoncer profondément dans le corps. 
Enfin, l'organe que j'ai représenté est tellement dif- 
férent de l'appareil digestif, que les savants qui ont 
figuré des Yorticelles l'ont eux-mêmes très-explicite- 
ment tracé sur leurs dessins, comme forcés par une 
simple réminiscence de leurs impressions. M. Clapa- 
rède pourra vérifier mon assertion en se reportant 
aux figures que l'on trouve dans les œuvres d'Ehren- 
berg, de R. Owen, de Carus , de J. Muller, de Lon- 
get , de Yan Beneden et Gervais , de Ch. Robin et 
Littré, etc., et il y verra même que tous ceux-ci re- 
présentent cet organe comme un cœcum fermé en 
arrière (1) ; ce ne peut donc pas être un pharynx. Je 
n'ai donc que le mérite d'avoir tracé la signification 
de l'organe, car celui-ci a été vu par tout le monde, 
sinon expliqué. 

Forces génésiques. — Nous avons déjà dit que l'o- 
vule n'était nullement une expansion du tissu mater- 
nel, mais qu'il dérivait d'une force particulière, qui lui 
est absolument inhérente. L'étude attentive des pre- 
miers phénomènes génésiques qui se passent dans 

(1) Ehrenberg, Die Infusionsthierchen, PI. 25, 26 et 28, sur un 
grand nombre de Yorticelles et d'Epystilis représente ce pré- 
tendu pharynx de M. Glaparède comme un sac fermé en arrière. 
J. Muller, Manuel de physiologie. Paris. 1845, p. 571. — Lon- 
GET, Traité de physiologie. Paris, 1850, t. Il, p. 37, fig. 2. — 
Van Beneden et Gervais. Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, 
p. 415. — Ch. Robin et Littré. Dictionnaire de médecine de Nysten. 
Paris, 1858, p. 5S0. 



426 HETEROGENIE. 

l'ovaire, et les assertions des hommes les plus compé- 
tents sur cette matière ne laissent aucun doute à cet 
égard. Kolliker considère les cellules primordiales, 
d'où procède chaque organisme, comme naissant au 
milieu d'un Blastème ou substance conjonctive , qui 
est ordinairement tout à fait liquide (1). 

Cet histologiste ajoute que ces cellules apparaissent 
d'une manière indépendante au milieu du liquide 
formateur. Et, après avoir dit qu'il admet la produc- 
tion spontanée des cellules partout où il existe des 
noyaux libres, Kolliker affirme que la formation de 
l'œuf de beaucoup d'animaux lui paraît être l'une 
des preuves les plus certaines du développement spon- 
tané des cellules (2). 

Or, ce savant, ainsi que Siebold l'a fait aussi, con- 
sidérant certains Proto-organismes végétaux ou ani- 
maux comme n'étant composés que d'une cellule ; on 
voit donc que, pour lui , les Microzoaires peuvent 
n'être que le résultat d'une spontéparité (3). 

Il est évident que, dès qu'une cellule se forme 
spontanément dans le blastème d'un animal, et telle 
est l'opinion du chef de l'histologie, il peut s'en for- 
mer plusieurs et en résulter un œuf plus ou moins 
complexe; c'est aussi ce qu'il pense. 

Ce sont là les vues que nous venons nous-même 

(0 Kolliker, Eléments d'histologie humaine. Paris, 1856, 
p. 9 et 18. 

(2) Kolliker, Eléinents d'histologie humaine. Paris, 1856, 
p. 20. 

(3) Kolliker, Eléments d'histologie humaine. Paris, 1856, 
p. 14. 



FORCES GÉNÉSIQUES. 427 

émettre; seulement, au lieu de restreindre la scène 
au blastème de l'ovaire, nous en étendons le siège à 
la pellicule proligère ; véritable blastème aussi, qui, 
comme nous l'avons vu, est lui-même formé de gra- 
nules organiques, et, par cela même, extrêmement 
apte aux phénomènes génèsiques. 

En parlant de la genèse des animaux et des plantes, 
MM.Littré et Ch.Robin s'expriment ainsi : «Rien n'exis- 
tant que des matériaux liquides, on voit ces matériaux 
se réunir presque subitement, molécule à molécule, les 
uns aux autres, en une substance solide ou demi-so- 
lide. La genèse des éléments est caractérisée par ce 
fait, que, sans dériver directement d'aucun des élé- 
ments qui les entourent, ils apparaissent de toutes 
pièces par générations nouvelles, à l'aide du blastème 
fourni par ces derniers ; blastème dont les matériaux 
se réunissent molécule à molécule. Ce sont, comme 
on voit , des éléments qui n'existent pas et qui appa- 
raissent. C'est une génération nouvelle, qui ne dérive 
d'aucune autre directement (1). » Nous avons tex- 
tuellement traduit ce fragment, parce que c'est un 
tableau fidèle de ce qui se passe dans la production 
de l'ovule spontané des Microzoaires; chez eux, c'est 
la pellicule proligère qui représente le blastème et 
fournit l'élément génésique. 

Pour nous , en étudiant jour par jour, presque 
heure par heure, le développement de quelques Mi- 
crozoaires , nous n'avons rien reconnu qui rappelât 
dans leur genèse la théorie cellulaire créée par 

{{) LiTTRÉ et Ch. Robin, Dictionnaire de médecine de Nysten. 
Paris, 1858, p. 627. 



428 HÉTÉROGÉNIE. 

Schleiden, d'après l'observation des plantes, et adap- 
tée par Schwann à l'Histologie animale (1). En effet, 
rien , dans la composition des premiers éléments des 
Protozoaires, ne peut être assimilé aux cellules avec 
leur nucleus ou cytoblaste, et avec leur nucléole, 
qu'ont distingués si facilement Barry et Bischoff dans 
l'œuf des mammifères (2). J'ai rappelé ceci, parce 
que, dans ses importantes observations, M. Balbiani 
emploie les termes de fwyaii et de nucléole , et cela, 
selon moi, à tort, et en les appliquant à l'appareil 
sexuel (3). 

Au moment où nous terminons cette esquisse de 
l'histoire de la formation des Microzoaires , je ferai 
observer à M. Milne-Edwards, que je n'ai jamais dit 
un mot qui puisse faire supposer que je croyais à la 
genèse d'êtres animés sans le concours de la puissance 
vitale (4). Je suis trop vitaliste pour avoir émis une 
telle opinion ; car j'ai toujours pensé que les êtres 
organisés étaient animés de forces qui ne sont nul- 
lement réductibles aux forces physiques et chimiques. 

{{) Schleiden, Sur la formation de r ovule et l'origine de l'em- 
bryon dans les phanérogames. Ann. se. nat. Botanique, t. Xi , 
p. 129. — ScHWAisN, Observations microscopiques sur l'analogie de 
strucfîon et d'accroissement des végétaux et des animaux, Ann. 
se. nat. Zoologie, t. XVII, p. 5. 

(2) Barry, Researches in embryologij, three séries. London phi- 
losophical transactions. 1840. — Bischoff, Traité de développement 
de l'homme et des mammifères. Paris 1843. 

(3) Balbiam, De la génération sexuelle dans les Infusoires. 
Journal de la physiologie de l'homme et des animaux. Paris, 
1838, p. 347. 

(4) Milne-Edwards, Comptes rendus de l'académie des sciences. 
Paris, 1859. 



FORCES GÉNÉSIQUES. 429 

Et ce que je crois, contrairement à lui, c'est que le 
principe vital qui régit un être organisé ne peut ni 
s'allonger, ni se couper par morceaux, qu'on me par- 
donne cette grossière métaphore ; et que par consé- 
quent il n'est ni une expansion de la mère, ni un de ses 
fragments. Ce n'est qu'une manifestation spontanée, 
qui domine et régit les forces plastiques de l'orga- 
nisme : l'ovule ne procédant pas plus de la mère, que 
le fœtus de l'oiseau de la femelle qui le couve. Ce 
principe vital est si bien inhérent aux circonstances, 
et non à l'organisme maternel ou fœtal, il est telle- 
ment indépendant de tous deux, qu'on le voit appa- 
raître ou disparaître de leur sein. 

Si je demandais à un physiologiste, si une graine 
extraite d'un tombeau gallo-romain vit, il me répon- 
drait : non, car le principe vital, sans doute, n'est pas 
resté inactif près d'elle deux mille ans. 

Mettons-la dans le sol, et elle va cependant gernfer 
et vivre. Les circonstances y ont rappelé le principe 
vital qui désormais va l'animer. 

Ainsi se forme l'ovule normal dans l'ovaire. 

Ainsi se forme l'ovule spontané dans la pellicule 
proligère. 

Ainsi revit la semence inerte. 

Là , le principe vital trouve dans l'ovaire les 

éléments génésiques qui lui sont indispensables ; 

ailleurs il les rencontre dans la pellicule des-macéra- 

tions. 

Là, c'est un ovule qui dérive d'éléments fournis par 

la souche maternelle; ailleurs c'est un ovule qui dé- 
rive d'éléments puisés dans une pseudo-membrane 



430 HETERO GENIE. 

qui en tient lieu. Enfin, la pellicule proligère est à 
l'ovule spontané, ce que le stroma ovarique est à 
l'ovule maternel. 

Le principe vital ne se transmet pas; il se mani- 
feste dans toutes les circonstances où la vie peut se 
développer. Telle semence absolument cornée et dense 
comme le marbre, tel œuf dont l'albumine s'est ab- 
solument solidifiée, ne recèlent assurément dans leur 
sein aucun vestige de vitalité; c'est l'emblème le plus 
frappant de la mort. Et cependant, si après que ces 
germes ont passé un long laps de temps sous cet état, 
vous les soumettez à l'influence de la cbaleur hu- 
mide, la vie y réapparaît tout à coup. On ne peut 
donc pas prétendre, malgré ce qu'en a dit M. Milne- 
Edwards (1), que les forces organisatrices ne dérivent 
que de la nature en mouvement; dans ces germes 
elles se sont manifestées au milieu d'une nature pro- 
fondément en repos ! 

Nous pourrions ajouter à ces considérations que 
la pellicule proligère, au moment où s'y développent 
des ovules spontanés, n'est peut-être pas plongée 
dans une inertie aussi absolue qu'on le suppose. La 
genèse s'y produit au milieu de phénomènes de 
catalyse qui réagissent sur les débris des générations, 
qui ont ordinairement précédé celles qui apparaissent. 
Les fluides des ovaires, au moment où se forment les 
ovules, sont peut-être sous l'empire des mêmes forces 
chimiques; ce qui ne dit pas que la vie se subor- 
donne à celles-ci, mais qu'elle y trouve les éléments 

(1) Milne-Edwards, Comptes rendus de l'académie des sciences. 



FORCES GÉNÉSIQUES. 431 

de sa manifestation. M. Boudin assure que des végé- 
taux parasites se développent parfois sur des pseudo- 
membranes (1); ainsi se développe Tovule spon- 
tané sur la pellicule proligère, qui est aussi une 
véritable pseudo-membrane. 

Et, en-poursuivant cette pensée, on pourrait dire 
que les phénomènes génésiques ne dérivent pas de la 
matière en mouvement, mais de la matière en décom- 
position; car les fluides granuleux au milieu desquels 
apparaît tout vestige d'organisation , semblent évi- 
demment dériver d'une excrétion de l'organisme, et 
peut-être ceux-ci, comaie tant d'autres fluides sécrétés, 
subissent-ils déjà certaines réactions chimiques in- 
times ? ainsi donc, il y a peut-être à l'origine de la 
vie, soit pour l'ovule spontané, soit pour l'ovule 
maternel, une absolue identité. 

Que l'être vivant s'engendre dans un ovaire ou dans 
une pellicule proligère, il n'en est pas moins le résultat 
d'une force transmise à la matière, et cette force ne 
dérive pas plus de la mère, à son point initial, qu'elle 
ne le fait plus tard, quand, après une mort séculaire, 
une semence reprend le cours d'une vie si longtemps 
^interrompue. 

Si l'ovule adhérait à la mère par le moindre funi- 
cule, on pourrait supposer qu'il n'en est qu'une ex- 
pansion et que celle-ci lui transmet activement des 
parcelles de matière et de vie. Ce qui a égaré l'opinion 
et fait tout confondre, c'est l'ovule des mammifères, 
qui, après avoir cheminé libre dans le canal sexuel, 

(l) Boudin^ Traité de géographie et de statistique médicales, 
Paris, 1857. t. 1, p. 323. 



432 HÉTÉROGÉNIE, 

se fixe et adhère à l'un de ses points et en reçoif la 
vie à l'aide de son cordon. Mais tel n'est pas ici le cas ; 
à son point initial, l'ovule s'engendre spontanément 
au milieu des fluides qui baignent les interstices de 
l'ovaire, comme le grain de fécule se produit dans 
la cellule végétale. Si autrefois on supposait que celui- 
ci adhérait au tissu qui le produit par un funicule, 
personne aujourd'hui ne saurait le soutenir (1). 11 en 
est de même pour l'ovule. 

Micrographie atmosphérique. — Nous avons déjà 
vu que Burdach, Hensche, de Baer et Ehrenberg 
avaient conclu de leurs expériences, qu'il n'existait 
aucun œuf d'animalcule dans l'atmosphère (2); et, à 
l'aide d'expériences répétées, nous sommes arrivé à 
la même opinion. 

Il n'entre nullement dans notre pensée, cependant, 
de prétendre que c'est un fait absolu. On rencontre 
parfois quelques œufs de Microzoaires flottant dans 
l'air, comme on y rencontre une infinité de corpus- 
cules légers, mais c'est une véritable et rare excep- 
tion ; aussi, jamais ceci ne pourra fournir un argu- 
ment sérieux pour expliquer l'extraordinaire appari- 
tion des Microzoaires partout oi^i s'offre la moindre* 
flaque d'eau corrompue. En analysant l'air, jamais 
nous n'en avons trouvé d'une manière notable na- 
geant dans ce fluide, soit que nous le prenions dans 
notre laboratoire, qui devrait en être encombré ; soit 

(1) Raspail, Chimie organique. 

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 25. — 
Ehrenberg, Die geographische, etc. (de la répartition géographi- 
que des Infusoires sur le globe). 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 433 

en le prenant dans un lieu élevé. Lorsque j'ai bien 
positivement découvert un œuf de gros Microzoaire, 
et cela ne m'est arrivé que deux fois, c'était dans la 
poussière de ce même laboratoire; et cet œuf, toujours 
déformé et que l'immersion n'a jamais ranimé, s'y 
rencontrait mêlé à une foule de corpuscules. Si j'ai 
été étonné, c'a été d'en rencontrer si peu, là où cepen- 
dant il aurait dû tant en exister, si réellement l'air en 
est le véhicule. 

M. de Quatrefages ayant de nouveau prétendu que 
l'atmosphère est le disséminateur des germes (1), le 
meilleur argument que nous puissions lui opposer est 
la citation de nos expériences qui confirment absolu- 
ment celles des savants que nous venons de nommer. 

Dans nos expériences, les macérations de poussière 
ont presque constamment été peu fécondes et ne nous 
ont présenté aucunes espèces d'une organisation éle- 
vée. Si les œufs des Microzoaires étaient réellement 
déposés par l'atmosphère, les anciennes couches de 
poussière en devraient contenir une immense quan- 
tité, et, pour peu que leur vitalité se conserve, chaque 
fois que l'on expérimente, on devrait avoir une récolte 
immensément plus abondante et plus variée que lors- 
que l'on se sert d'une simple macération de plantes; la 
poussière recelant parfois la rosée d'œufs amassée de- 
puis des siècles, tandis que nos vases ouverts ne re- 
çoivent que le dépôt d'un petit nombre d'heures. — 
Tout cela est, je crois, logique. Et, cependant, c'est le 
contraire qui s'observe. 

(1) De Quatrefages, Comptes rendus de l'Académie des sciences. 
Paris, 1859, t. , p. 

POUCHET. 2 8 



434 HÉTÉROGÉNIE. 

Tout ce que nous avançons, l'une de nos expérien- 
ces le démontre plus que suffisamment. 

Expérience. — Je pris 5 grammes de poussière sé- 
culaire dans les combles de la cathédrale de Rouen, 
et ils furent mis dans 100 grammes d'eau distillée. En- 
suite, dans un vase pareil à celui qui avait été employé, 
on mit 1 00 grammes d'eau distillée et 5 grammes de 
tiges d'aster de la Chine, sèches, etqui avaient été expo- 
sées pendant deux heures dans un bain de sable chauffé 
à 200°. Les deux vases furent placés ensemble sous 
la même cloche de verre ; et huit jours après, une tem- 
pérature de 18° en moyenne ayant régné, on les ob- 
serva. Celui qui contenait la poussière séculaire n'était 
rempli que de Vibrions et de Monades assez clair- 
semés. On y voyait en outre, mais en fort petit 
nombre, quelques Kolpodes. Le vase qui contenait les 
tiges d'aster était encombré de Monades et de Kolpo- 
des. C'était donc l'expérience dans laquelle il y avait 
lieu, dans l'hypothèse de lapanspermie, d'espérer une 
plus nombreuse progéniture, que celle-ci, au contraire, 
était plus rare. 

Du reste, nous allons voir que l'opinion de M. de 
Quatrefages succombe en présence des faits; l'expé- 
rience la condamne, et l'observation l'anéantit sans 
retour. En effet, l'analyse nous démontre que les petits 
corps sphériques ou ovoïdes dont parle ce savant, et 
qui, selon lui, font naître l'idée d'un œuf d'une exces- 
sive petitesse, sont tout autre chose que ce qu'il 
pense. 

L'atmosphère qui nous environne contient en sus- 
pension une foule de corpuscules qu'on y voit mani- 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 435 

festement voltiger lorsqu'on introduit un rayon do lu- 
mière dans un endroit obscur. Ceux-ci se composent 
de parcelles de l'écorce minérale du globe, de débris 
d'animaux et de plantes, ainsi que des détritus de tout 
ce qui est employé pour nos besoins. Ces divers cor- 
puscules y sont d'autant plus nombreux que l'atmos- 
phère se trouve plus violemment agitée par le vent. 
C'est à eux que nous donnons le nom de poussière, 
soit lorsqu'ils se trouvent ostensiblement dans l'air, 
soit lorsqu'ils forment des dépôts dans nos habitations 
ou ailleurs. 

Le transport des masses de poussière qui sont en- 
levées par l'air a été décrit dans la Géologie de M. de 
Beaumont (1). L'illustre savant a démontré combien 
cet acte, qui nous semble ne se produire que sur une 
faible échelle, avait cependant de notables résul- 
tats. J'ai eu l'occasion de reconnaître que ses vues 
étaient exactes. On a bien signalé comment certaines 
villes , telles que Pompéï et Herculanum avaient été 
en partie ensevelies sous une pluie de poussière volca- 
nique; mais la science se tait à l'égard de ph'^nomènes 
peut-être encore plus remarquables que produit, dans 
nos cités, l'accumulation de la poussière atmosphé- 
rique déposée par la succession des siècles. C'est un 
fait qui m'a plusieurs fois frappé durant me^oyages. 
Je ne parle pas du transport du sable qui vient com- 
bler les gorges des montagnes des bords du Nil, après 
avoir franchi les sommets de la chaîne lybique , ni de 
celui qui envahit l'intérieur des temples de l'ancienne 

V 

(1) Élie de Beaumont, Leçons de géolutjie. 



436 * ' HÉTÉROGÉNIE. 

lîgypic', et arrive presque à leur comble; mais je veux 
signaler ici le dépôt lent de la poussière qui se produit 
dans toutes nos cités, et qui tend sans cesse à en exhaus- 
ser le sol. Cet amas de poussière n'est pas sensible au 
milieu de l'activité de nos villes modernes et du sys- 
tème de nivellement des rues ; mais la manière dont 
la poussière s'accumule et exhausse le sol dans cer- 
taines villes, ou dans certains monuments en ruines, 
constitue assurément un phénomène important. C'est 
cette accumulation de poussière qui a envahi la plu- 
part des monuments de Rome, qu'il a fallu en quelque 
sorte exhumer quand l'amour de l'art nous a porté à 
les revoir. L'arc de Septime-Sévère réside aujourd'hui 
au fond de l'excavation qui a été creusée pour le re- 
mettre en évidence. Il en est de même du socle des co- 
lonnes Trajane et Antonine! En Egypte, j'ai reconnu 
que la petite ville d'Esné, qui entoure le temple, s'est 
successivement élevée presque jusqu'au niveau des 
chapiteaux çle ses hautes colonnes. Maintenant, on des- 
cend un long escalier pour arriver sur le parvis de ce 
temple, qui assurément était autrefois au niveau du sol. 
La poussière n'étant formée que par le dépôt des 
corpuscules que charrie l'atmosphère , il est évident 
que son étude attentive n'est que l'analyse microsco- 
pique de l'air. La poussière se compose d'une multi- 
tude de corpuscules solides de nature variée. MM. Ch. 
Robin et Littré (1), qui ont donné une bonne nomen- 
clature de ceux-ci, prétendent que leur diamètre varie 



(1) Nysten, Dictionnaire de médecine de Nysten, onzième édi- 
tion, par Robin et Littré. Paris,1858, p. il47. 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. i'M 

de 0,001 de milliaiètre et moins, jusqu'à 0,010. Mais 
à l'intérieur de quelques monuments des environs de 
la mer, exposés à de forts coups de vent , nous avons 
souvent rencontré des particules de silice qui attei- 
gnaient 0,0140 de millimètre. 

Les granules d'origine minérale présentent peu de 
variété. Ils proviennent essentiellement du détritus des 
roches qui se trouvent à découvert dans la contrée 
dont on observe la poussière, de manière que celle-ci 
résume, au microscope, la constitution géologique du 
sol. On rencontre presque partout des grains de si- 
lice. Sur les rivages de la mer, souvent même ceux-ci 
forment presque en totalité la poussière qui remplit 
les constructions; il en est de même des temples de 
l'Egypte situés sur la limite des déserts. Dans ces di- 
verses circonstances, les granules de silice sont gros, 
très-anguleux et offrent des angles fort aigus; ils sont 
ordinairement incolores, hyalins, parfois aussi jaunes 
ou noirâtres. Outre ces gros grains, on trouve presque 
partout de très-fins granules de silice, qui ont une 
telle ténuité, qu'ils s'offrent, dans le champ du mi- 
croscope, sous l'aspect de granules sphériques, trans- 
parents , qui ont l'apparence de très-petits œufs ; 
aussi, ce sont eux qu'à cause décela quelques micro- 
graphes ont pris, en effet, pour des œufs d'une exces- 
sive finesse. On évite facilement cette erreur en fai- 
sant complètement carboniser la poussière dans un 
creuset de platine porté au rouge , et ensuite en la 
traitant par l'acide chlorhydrique affaibli. Les gra- 
nules de silice dont nous parlons résistent à cette 
épreuve, et après ils se montrent encore sous la même 



138 HÉTÉROGÉNIE. 

apparence ; ce qui ne saurait avoir lieu pour des corps 



organises. 



J'ai trouvé la poussière presque entièrenfient com- 
posée de carbonate calcaire dans les lieux où de 
grandes surfaces de nos assises de craie sont à décou- 
vert, et en particulier dans des chapelles situées le 
long de nos falaises. Dans toutes nos églises con- 
struites en pierres calcaires tendres, le détritus pul- 
vérulent se compose en grande partie de ce calcaire. 
Dans nos habitations, on rencontre souvent du sulfate 
de chaux. J'ai parfois découvert des parcelles d'oxyde 
de fer dans la poussière ; elles étaient d'un brun 
rouge transparent, et elles furent principalement ob- 
servées dans les environs des grandes constructions 
en fonte. Enfin, on trouve aussi dans la poussière, des 
parcelles de noir de fumée, provenant de la combus- 
tion de nos cheminées. 

Les particules provenant du règne animal sont 
principalement les suivantes : divers animaux dessé- 
chés, infiniment petits, tels que des Acarus, suivant 
MM. Ch.RobinetLittré,etdesRotifères, d'après M. de 
Quatrefages (1). J'y ai trouvé beaucoup de squelettes 
d'Infusoires siHceux, surtout des Navicules et des Ba- 
cillariées; des Vibrions et des Oxyures desséchés, des 
fragments d'antennes d'insectes divers ; des écailles 
d'ailes de papillons diurnes et nocturnes; des poils de 
laine de couleurs variées, provenant de nos vête- 
ments, souvent teints en beau bleu ou en rouge ; des 

(1) Nysten, Dictionnaire de médecine , owzxhme, édition, parCn. 
Robin et Littré. Paris, 1838, p. 1147. — De Quatrefages, 
Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1859. 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 439 

barbules de plumes, des cellules épithéliales ; des 
fragments de peau d'insectes. Je n'y ai jamais ren- 
contré que deux kystes d'Infusoires du diamètre de 
0,0150 de millimètre. M. de Quatrefages professe 
avoir aperçu des œufs de Microzoaire mêlés aux cor- 
puscules atmosphéricfues (1) ; mais ce naturaliste 
n'ayant pas donné le diamètre de ce qu'il considère 
comme des œufs, il est difticile de s'entendre sur 
ce sujet ; cependant nous y reviendrons ci-après. 

Les corpuscules de poussière qui appartiennent au 
règne végétal, et que j'ai observés sont les suivants : 
des fragments de tissu de diverses plantes; des fibres 
ligneuses en petit nombre ; plus souvent des fragments 
de cellules; fréquemment des poils de végétaux appar- 
tenant à des espèces variées; des fragments d'aigrettes 
de synantbérées ; des filaments de coton, ordinaire- 
ment teints de diverses couleurs, provenant de nos 
vêtements ; quelques grains de pollen d'épilobium 
et de pin ; des capsules de fougères et des spores de 
cryptogames, mais en fort petit nombre. Enfin, j'ai 
constamment rencontré , presque partout où mes 
observations se sont étendues, une certaine quantité 
de fécule de blé mêlée à la poussière soit récente, 
soit ancienne. Puis, mais infiniment plus rarement, 
de la fécule d'orge ou de seigle. 

M. Ch. Robin (2), qui a fait des recherches analo- 
gues aux miennes, et sans les connaître, est arrivé aux 

(1) De Quatrefages. Comptes rendus de V Académie des sciences. 
Paris, 1859, t. XLVm, p. 31. 

(2) Nysten, Dictionnaire de médecine^ onzième édition, par 
Robin et Littré. Paris, 1858, p. 1147. 



140 HÉTÉROGÉNIE. 

mêmes résultats et a rencontré aussi de la fécule dans 
presque toutes les poussières qu'il a explorées : on en 
découvre même, selon lui, sur la peau des hommes 
vivants et des cadavres, qui y est libre ou adhérente 
aux lamelles épithéliales. 

Il est donc évident que l'atmosphère tient en sus- 
pension une certaine quantité de fécule de blé, mêlée 
à ses corpuscules de poussière. Cette fécule se re- 
trouve dans tous les lieux où on l'emploie pour l'ali- 
mentation, et elle y est facile à distinguer par ses ca- 
ractères physiques et chimiques. Ses grains sont tantôt 
ovoïdes et tantôt sphériques ; leur diamètre varie géné- 
ralement de 0,0336 à 0,0112 de millimètre. Outre 
ceux-ci, on rencontre des grains naissants, extrême- 
ment petits Les grains d'une grosseur moyenne sont 
beaucoup plus communs que les autres, et les très- 
petits sont extrêmement abondants. Dans les gros, 
on distingue parfois assez bien les couches concen- 
triques et le bile ; mais à cause sans doute de leur 
pesanteur, ces gros grains sont fort rares, même dans 
les monuments où les autres abondent. Il est assez 
curieux de signaler que cette fécule, malgré son exis- 
tence parfois séculaire, possède encore presque tous 
les caractères physiques et chimiques de la fécule 
récente ; par l'ébuUition dans l'eau elle se gonfle et se 
dissout. 

L'iode la colore en bleu avec plus ou moins d'inten- 
sité, et bientôt sa couleur disparait sous l'influence de 
la lumière. Un fait qui m'a frappé, c'est que parmi la 
fécule que j'ai observée dans la poussière ancienne, 
datant de plusieurs siècles, de temps à autre, j'ai ren- 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 441 

contré des grains qui s'étaient spontanément colorés en 
un beau bleu clair. Était-ce dû à l'influence du temps, 
ou aux traces de vapeur d'iode que contient l'air, sui- 
vant M. Chatin (1)? L'identité de cette fécule aérienne 
avec la fécule ordinaire devient encore évidente par 
son action sur la lumière ; elle la polarise aussi; seule- 
ment quand elle provient d'un dépôt fort ancien, 
elle ne la polarise pas avec autant d'intensité que la 
fécule récente. 

Il est évident que c'est cette fécule, parfaitement ca- 
ractérisée physiquement et chimiquement, ou que ce 
sont des grains de siHce, que M. de Quatrefages a pris 
pour des œufs de Microzoaires. C'est de leurs plus fins 
grains dont il est question, lorsqu'il dit qu'il reconnut 
dans de la poussière, a plusieurs de ces petits corps 
sphériques ou ovoïdes que connaissent bien tous les 
micrographes, et qui font naître involontairement 
l'idée d'un œuf d'une extrême petitesse (2). » Cette 
image est exacte, mais la moindre épreuve chimique 
dissipe immédiatement l'illusion , et prouve que ces 
granules ne peuvent être ou que des grains exces- 
sivement fins de fécule, ou que des grains de silice 
encore plus ténus, et dont j'ai parlé plus haut. Quel- 
quefois aussi, ces petits corps oviformesne sont autres 
que des granules de calcaire devenus transparents 
par leur immense ténuité. 

Je m'étonne que, dans le cours de ses observations, 

(1) Comp. Boudin, Traité de géographie et de statistique médi- 
cales. Paris, 1857, t. 1, 158. 

(2) De Quatrefages. Comptes rendus de l' Académie des sciences . 
Paris, 1859, t. XL VIII, p. 31. 



4^2 HÉTÉROGÉNIE. 

M. de Quatrefages n'ait pas reconnu, ni les gros 
grains de fécule, ni les grains de grosseur moyenne 
beaucoup plus abondants. Par le mot plusieurs dont 
ce zoologiste s'est servi, il n'indique nullement cette 
profusion d'œufs qui devraient être sur le porte- 
objet, à chaque investigation, si la poussière était 
réellement le réceptacle des œufs atmosphériques; car 
il faut que l'air en contienne d'incalculables myriades 
pour encombrer chaque macération de tant de lé- 
gions d'animalcules. Et il en faut non-seulement 
pour fournir toutes les petites espèces, mais encore 
toutes les grosses qui, elles aussi, apparaissent en 
incalculables cohortes. 

Étonné de l'abondance proportionnelle de la fé- 
cule que je rencontrais parmi les corpuscules aériens, 
pour arriver à une démonstration rigoureuse de ce 
fait , je me suis mis à interroger la poussière de 
tous les siècles et de toutes les localités. J'ai exploré 
les monuments de nos grandes villes, ceux des rivages 
et ceux du désert; et presque partout j'en ai trouvé 
en plus ou moins d'abondance. 

J'ai découvert de la fécule dans les plus inacces- 
sibles réduits de nos ^/ieilles églises gothiques, mêlée 
à leur poussière noircie par six à huit siècles d'exis- 
tence; j'en ai aussi rencontré dans les palais et dans 
les hypogées de la Thébaïde, où elle datait peut-être 
de l'époque, des Pharaons; là, j'en ai même recueilH 
qui avait pénétré jusqu'à l'intérieur du crâne de quel- 
ques animaux embaumés. Douée d'une puissance ex- 
traordinaire de conservation, les années semblent à 
peine l'altérer; seulement celle qui est fort ancienne 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 443 

contracte une légère teinte jaunâtre et offre une su- 
perficie moins lisse ; puis elle bleuit plus facilement par 
l'iode que ne le fait l'amidon récent, et ce réactif lui 
donne proportionnellement une teinte plus foncée. 

On peut poser en thèse générale, que dans tous les 
pays où le blé forme la base de l'alimentation, sa fécule 
pénètre partout avec la poussière et se rencontre dans 
celle-ci en quantité plus ou moins notable. On en dé- 
couvre d'autant plus que l'on explore des lieux plus 
rapprochés du centre des villes, et situés plus bas. Au 
contraire, la fécule est de moins en moins abondante 
et ses grains deviennent de plus en plus fins, à mesure 
que l'on s'éloigne des grands centres de population et 
que l'on explore des monuments plus isolés. Je n'en 
ai pas rencontré dans le temple de Jupiter Sérapis si- 
tué sur le rivage du golfe de Baies, ni dans celui de 
Vénus Athor placé sur les confins de la Nubie. 

On remarque aussi qu'à mesure que l'on s'élève sur 
les montagnes ou les monuments, la quantité de fécule 
mêlée aux détritus atmosphériques devient de moins 
en moins considérable. Dans l'abbaye de Fécamp, qui 
est au-dessous du niveau du sol et située dans la partie 
centrale de la ville, la fécule abonde dans la poussière 
de ses chapelles. Dans la cathédrale de Rouen, on en 
rencontre en quantité considérable vers la région in- 
férieure de la tour de Georges d'Amboise, mais ses 
proportions diuiinuent de plus en plus à mesure qu'on 
s'élève; abondante encore dans la poussière séculaire 
qui se trouve dans les combles du cœur, elle devient de 
plus en plus rare à mesure que Ton monte dans la 
flèche. On n'en rencontre plus que très-peu à la base 



444 HETEROGENIE. 

de la pyramide de fonte, et il ne s'en trouve plus un 
seul grain au sommet de celle-ci. Il en est de même 
lorsqu'on s'éloigne des villes, ou lorsque près d'elles 
on explore des montagnes élevées. 

Dans une chapelle isolée, située sur les bords de la 
mer, et bâtie sur une falaise de cent dix mètres d'élé- 
vation, la poussière amassée sur une statue de saint, 
était en grande partie composée de grains calcaires 
enlevés aux parois de la montagne et transportés par 
le vent dans le fond du monument, ouvert jour et nuit 
aux pèlerins. On y rencontrait un grand nombre de 
plumules d'ailes de phalènes, qui sans doute y ont 
souvent cherché un abri, mais fort rarement un grain 
de fécule était aperçu dans le champ du microscope; 
tandis que dans les détritus des villes, à chaque obser- 
vation on en découvre plusieurs grains de grosseur 
moyenne, et un grand nombre de grains de petite 
taille. 

Une batterie des bords de la mer, située dans un 
lieu isolé et quePon n'avait pas ouverte depuis soixante 
ans, m'a présenté une poussière noire, tout aussi 
pauvre en fécule que celle de la chapelle de la falaise; 
mais la nature de cette poussière était absolument 
différente; elle était presque entièrement composée de 
granules de silice très-anguleux, transparents et inco- 
lores. La fécule y était représentée en si petite quan- 
tité, que souvent on n'en rencontrait qu'un seul grain 
sur une dizaine d'observations. 

Voici quelques-unes des observations de microgra- 
phie atmosphérique qui m'ont conduit à dire ce qui 
précède. 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 445 

Poussière du laboratoire du muséum d'histoire 
NATURELLE DE RouEN. — On a trouvé ce qui suit dans 
quatre décimètres carrés de poussière, ayant six mois 
d'ancienneté et recueillie sur une planche élevée. 
Fécule de blé abondante ; deux grains de fécule de 
pomme de terre; pollen de malvacée, pollen d'épi- 
lobium, pollen de pin ; anthère d'orchidée; fragment 
de tissu cellulaire végétal ; vaisseaux rayés ; spores ; 
filaments de coton roses et verts ; granules de char- 
bon ; poils d'ortie et de plusieurs autres plantes; 
poils de laine blancs ; poils de laine bleus ; un ascaride 
vermiculaire desséché ; plumules de papillon diurne ; 
un œuf d'Infusoire déformé, ayant son centre occupé 
par une masse jaune ; squelettes siliceux de Bacillaires 
et de Navicules ; fragments d'antennes d'insectes de 
divers genres. 

Tour de Georges d'Amboise a Rouen. — Endroit 
non fréquenté, situé vers le bas du monument, et dont 
la poussière, en quelque sorte charbonnéepar le temps, 
date peut-être de deux ou trois cents ans . Fécule de 
grosseur moyenne, très-abondante, et parmi laquelle, 
de temps à autre, on découvre quelques grains colorés 
spontanément en un beau bleu clair. Cette fécule a gé- 
néralement de 0,0224 et 0,0280 de millimètre de dia- 
mètre ; on y rencontre de temps à autre des filaments 
de coton ; des fibres et du tissu cellulaire de divers 
végétaux; puis des poils de laine teints en bleu, en 
vert ou en rouge; des filaments de toiles d'araignées; 
des fragments d'insectes; des plumules de papillons 
nocturnes. La base de cette poussière était principale- 



446 HETEROGENIE. 

ment formée de grains calcaires; il y avait peu de gra- 
nules siliceux. 

Intérieur de l'abbaye de Fécamp. Poussière da- 
tant DE CINQ A SIX siècles. — Poussièrc grise, compo- 
sée en grande partie de granules calcaires; grains de 
silice de toutes les grosseurs; les plus volumineux 
anguleux, les plus fins oviformes ; fécule très-abon- 
dante, de toutes les grosseurs, et dont quelques 
grains sont colorés spontanément en un beau bleu ; 
filaments de coton de diverses couleurs; squelettes de 
Bacillaires, de Navicules; filaments de laine bleus, 
verts et rouges; fragments de poils de lapin. 

Ruines de Thèbes. Poussière prise dans les bas- 
RELiEFS des PALAIS DE Karnac. — Poussièrc à basc si- 
liceuse ; grains de silice à arêtes vives, transparents 
comme du cristal ; et grains de silice opalins à angles 
mousses, provenant des détritus des colonnades de 
grès ; fécule de blé paraissant fort ancienne, dont la 
surface est rugueuse, et se bleuissant fortement par 
l'iode; fécule rcniforme, indéterminée, que l'iode co- 
lore en bleu foncé ; poils de laine d'une belle couleur 
rouge ; poils de chameau ; squelettes de Bacillaires et 
de Navicules. 

TOiMBEAU DE RhAMSÈS II (SéSOSTRIS), AU FOND DU DÉ- 
SERT DE BiBAN-EL-MoLouK. — Poussièrc à base calcaire 
et siliceuse; corps organisés infinimentrares. Point de 
fécule ; un fragment de Bacillaire; granules d'un beau 
vert et d'un beau bleu, provenant des peintures qui 
ornent l'intérieur des chambres sépulcrales. 

Chambre sépulcrale de la grande pyramide de 
GisEH. — Poussière à base calcaire ; granules de silice 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 447 

diversement colorés. Point de fécule. Filaments de 
coton ; filaments de laine ; poils de chauve-souris. 
Quelques squelettes de Bacillariées. 

Temple de Vénus Athor a Phyl.e. — Poussière si- 
liceuse; gros granules de silice diversement colorés, 
jaunes, rougeâtres, bruns ou noirs, à angles obtus ; 
granules rougeâtres de syénite; fécule nulle ; corpus- 
cules de limon du Nil; quelques Bacillaires fort rares; 
hors cela, nuls produits organisés ; beaucoup de grains 
de silice extrêmement fins, ovoïdes ou globuleux, 
transparents, analogues à de petits œufs. Plaques de 
mica. 

Temple de Sérapis sur les rivages du golfe de 
Baies. — Poussière prise dans une excavation des co- 
lonnes, produite par une Pholade. Granules siliceux 
abondants, jaunes ou incolores ; granules calcaires 
d'un beau vert diaphane, qui ne sont que la poussière 
des colonnes de marbre cypolin, produite par les 
Mollusques; squelettes deNavicules et de Bacillariées 
très-abondants, et constituant plus de douze espèces. 
Squelettes d'ïnfusoires stelliformes. Fécule nulle. 

Tête de chien momifiée, provenant des temples 
SOUTERRAINS [sféos) DE Beni Hassan. — Extérieur du 
crâne : granules de silice, gros, anguleux, blonds ou 
jaunes; fécule assez abondante, de 0,0224 à 0,028 de 
millimètre de diamètre, que l'îode bleuit facilement, 
à couches concentriques très-apparentes. 

Intérieur de la caisse du tympan : la même fécule 
très-abondante ; un à trois grains de grosse taille à 
chaque observation (1). 

(1) Cette fécule, qui m'a paru être différente de celle du blé, a 



448 HÉTÉROGÉNIE. 

Cette abondante suspension de la fécule dans l'air 
atmosphérique, et sa dissémination dans tous les en- 
droits où celui-ci pénètre, se conçoit facilement. 
Des corps bien autrement pesants que l'amidon, on le 
sait, sont fort souvent transportés très-loin par les 
mouvements de l'atmosphère. On a fréquemment 
mentionné, sous le nom de pluies de soufre, les tour- 
billons de pollen enlevé aux forêts de pins et déposé au 
loin par l'action des vents. Au rapport de Kaemtz, les 
typhas couvrent parfois aussi les étangs de leur pous- 
sière fécondante. Les vents, durant les orages, en- 
traînent même des corps bien autrement pesants. Il 
n'est plus douteux actuellement qu'ils peuvent en- 
lever des reptiles et des poissons, en labourant la 
surface de la mer et des marécages, et donner lieu à 
ces pluies d'animaux qui, aujourd'hui, sont un fait in- 
contestable. 

M. Duméril a rapporté d'irrécusables observations 
de pluie de grenouilles; d'autres ont cité des avalan- 
ches d'épinoches (1). Le docteur Conny dit même 
qu'un orage qnleva à la mer un immense nombre de 
petits merlans et les transporta au loin dans le comté 
de Kent (2). Wolke parle d'un étang de poissons, dont 
toute la population fut enlevée ainsi que l'eau et trans- 
portée au loin (3). D'autres citent des faits analogues; 

été considérée par M. Ch. Robin comme étant de la fécule d'orge 
ou de seigle. 

(i) Duméril. Comptes rendus de l'Académie des sciences. 

(2) R. CoNNY, Lettres dans les transactions philosophiques. Lon- 
dres, 1816, t. XX, p. 289. 

(3) WoLKE, Relations du professeur Wolke [Gilbert' s Annalen), 
i. X, p. 482. 



MICROGRAPHIE AOIOSPiiÉRIQL'E. 4 49 

des mares mises à sec et dont (oute la population fut 
transportée à une lieue et demie de l'endroit (1). 
Après cela, faut-il s'étonner de la dissémination nor- 
male de la fécule au sein de l'air calme ou peu agité, 
et de son introduction dans les endroits les plus re- 
tirés ? 

Nous venons de voir qu'il est évident que c'étaient, 
soit les plus fins grains de fécule, soit les plus fins 
grains de silice de l'atmosphère, qui seuls avaient pu 
être pris pour des œufs. Mais, à cette démonstration 
toute physique, il faut ajouter une preuve de plus pour 
qu'on ne puisse pas dire qu'aux deux corps que nous 
mentionnons, il a pu s'en joindre une troisième es- 
pèce. C'est ce que j'appellerai la démonstration bio- 
logique. 

Expérience. — On prit deux grammes de poussière 
séculaire provenant du pourtour de la cathédrale de 
Rouen; cette poussière, d'une teinte noire, comme 
charbonnée par le temps , fut placée dans un tube 
mince, au fond d'un bain d'huile, et pendant une 
heure un quart elle resta soumise à l'action d'une 
température de 215''. On la mit ensuite dans cin- 
quante grammes d'eau distillée que l'on plaça sous 
une cloche en verre. 

Trois jours après, la température ayant été en 
moyenne de 1 S^'et la pression de 0,75, on examina le ré- 
sultat de l'expérience. D'endroit en endroit, on décou- 
vrait des Monades analogues au Monas lermo, Mull. 

(1) Corap. Mauduyt, Monde savant. Ai-t. Ichthyologie. 1835, 
n°5 80 et 83. — A. Pelletier, Observations et recherches expéri- 
mentales sur les trombes. Paris, 1840, p. 42. 

POUCHET. 29 



50 HÉTÉROGÉME. 

En outre, il y existait des Vihrio spirillus et des Vi- 
brio iimhila, ainsi que quelques grosses Monades que 
je n'ai jamais vues el qui sont analogues au Monas lens, 
Mull. Le lendemain, toutes les petites Monades étaient 
mortes et formaient une pellicule proligère sablée, 
dans laquelle on apercevait, soit des ovules de grosses 
Monades, soit de ces Monades faisant effort pour se 
détaclier de la fausse membrane, soit enfin de ces 
Monades en parfait mouvement et fort agiles. Le cin- 
quième jour, on y rencontra quelques Kolpodes, mais 
on n'y observa aucun filament confervoïde. 

Expérience. — La même poussière de la cathédrale 
de Rouen, dont il est question dans l'expérience pré- 
cédente, fut chauffée de 280 à 300°, pendant vingt 
minutes, dans un bain d'huile, et elle en sortit pres- 
que totalement charbonnée; deux grammes de celle- 
ci furent délayés dans cinquante grammes d'eau dis- 
tillée. La macération fut placée sous une cloche de 
verre et elle y passa trois jours. Durant ce temps, la 
moyenne de la température fut de 18°, et la pression 
de 0,75. Observée alors, la superficie du liquide était 
remplie de particules noires, charbonnées, au milieu 
desquelles nageaient d'abondantes Monades différen- 
tes de celles observées dans la poussière, qui n'avait 
été chauffée qu'à 215°. Ces Monades, excessivement 
nombreuses, ont 0,0056 de millimètre de diamètre 
et offrent une teinte brune et un point noir. Je ne les 
ai jamais rencontrées. De place en place, il existe aussi 
une foule de granules immobiles, qu'avec de l'habi- 
tude on sait n'être qu'une immense quantité de Mo- 
nades mortes, formant déjà une pellicule proligère. 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 45! 

Eniin, le cinquième jour, la macéralion s'est peu- 
plée subitement d'une abondance de gros Kolpodes, 
longs, stries, à estomacs nombreux et rcFiiplis. C'est 
une espèce non décrite. 

En outre, on \oit çà et là une conferve moniiiforme, 
composée de filaments entremêlés et remplis de i^ra- 
nules, et que je n'ai jamais observée jusqu'à ce mo- 
ment. 

Ces deux expériences ne \iennent-ellcs pas, avec 
tout ce qui précède, démontrer que l'air n'est nulle- 
ment le réceptacle des germes des animalcules, con- 
trairement à l'hypotbèse de quelques savants, ré- 
cemment reproduite par MM. Mil ne Edwards et de 
Quatrefages (1)? Cette poussière, amassée depuis tant 
de siècles, et qui devrait non-seulement être riche du 
récent dépôt de l'air, mais encore des dépôts anciens, 
est si peu le réceptacle des œufs, que lorsqu'elle a 
subi une température de 2i5 à 300o, qui a dû, sans 
conteste , brûler toute la progéniture qu'elle pou- 
vait contenir ; elle n'en est pas moins féconde. Cela 
démontre bien que les animalcules qui peuvent naître 
d'une poussière quelconque ne viennent pas d'œufs 
que celle-ci recèle, mais bien d'ovules qui s'y forment 
spontanément, puisque, qu'elle soit intacte ou presque 
cbarbonnée, elle n'en est pas moins proligère. 

Ceci est si vrai que, par une de ces anomalies si 
communes en de telles expériences, c'est la macéra- 
tion qui devrait être la moins proligère qui Test deve- 
nue davantage ! En etïet, dans la poussière qui a été 

(l) De Quatrefages, Comptes rendus de T Académie des sciences. 
Paris, Janvier 1859. 



452 HETEROGEME. 

presque totalement charbonnée par 300t> de chaleur, 
on observe une quantité considérable de Kolpodes, et 
une conferve si rare, que je ne l'ai jamais vue se for- 
mer; tandisque dans la poussière chauffée seulement 
à 215^, et non charbonnée, les Kolpodes sont infini- 
ment rares et la conferve y manque absolument. 

M. de Quatrefages, au nombre des preuves qu'il 
allègue pour démontrer la présence des œufs dans la 
poussière atmosphérique, dit qu'au bout de trois quarts 
d'heure, il a vu des Monades se mouvoir dans celle-ci 
après qu'on l'avait imbibée d'eau (l).Ce savant n'ayant 
pas fait connaître à quelle température ses observations 
ont été faites, je n'ai pu les répéter exactement. Pour 
moi, jamais je n'ai vu un seul animalcule se mouvoir 
dans la poussière avant douze à dix-huit heures, à une 
température de 1 5° ; mais souvent il m'est arrivé d'y 
reconnaître le mouvement brownien immédiatement 
après qu'elle avait été plongée dans l'eau, ce qui 
pourrait en imposer à un observateur moins exercé 
que le savant que nous venons de citer. 

Dans le but de pousser la démonstration jusqu'au 
bout, j'ai pris une abondance d'animalcules, apparte- 
nant à des genres extrêmement variés, depuis les Ro- 
tifères jusqu'aux Monades (2). J'ai laissé ces animal- 
cules se dessécher lentement parmi le limon qu'on 
avait recueilli avec eux; puis, au bout de deux jours, 

(1) De QvMREFkGES, Comptes rendus de l'Académie des sciences. 
Paiis, Janvier, 1859. 

(2) Voici les genres qui y avaient des représentants : Rotifère, 
Kolpode, KéronCj, Paramécie, Plœsconie, Navicule, Bacillaire, Spi- 
rillum, Monas Bacterium. 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 453 

quand la dessiccation était parfaite, j'ai imbibé de nou- 
veau d'eau tous ces Microzoaires, et jamais parmi leurs 
nombreuses espèces, je n'en ai vu une seule revivre; 
pour la plupart, môme, leurs cadavres avaient subi 
quelques lésions par l'effet de la mort. Quelques Bac- 
tériums de petite taille, auraient encore pu là égarer 
certains observateurs; ils étaient animés d'un manifeste 
mouvement brownien, qu'un micrographe ne pourra 
jamais confondre avec leur locomotion vive et sac- 
cadée (1). 

Dans ces expériences les Rotifères ont été de ma 
part l'objet d'une attention toute spéciale, et je me 
suis convaincu que ces Microzoaires, dont on a partout 
proclamé l'extraordinaire résurrection, ne se rani- 
maient pas plus que les autres animalcules lorsqu'ils 
sont réellement morts. Quand on voit périr sous ses 
yeux des Rotifères, on se convainc bien rapidement 
qu'ils ne pourraient même jamais ressusciter. Quel- 
ques-uns se contractent en une espèce de sphéroïde 
irrégulier, mais d'autres en expirant subissent de vé- 
ritables dilacérations. En humectant des Rotifères, soit 
seulement vingt-quatre heures après leur mort, soit 
après quarante-huit heures, jamais je n'en ai vu un 
seul se ranimer. Ce qui en a imposé pour une résurrec- 
tion, c'est que lorsqu'on leur rend de l'eau, le corps 
de plusieurs se gonfle et s'allonge de nouveau par un 
véritable phénomène d'endosmose, et l'animal semble 
revenir à sa primitive forme. La queue devient saillante, 



(f) En effets lorsque les Bactérium sont bien vivants, ce qui 
dure peu, leur natation est très-rapide. 



454 HETERO GENIE. 

mais cette apparence cle résurrection en reste là. Et si 
alors on examine l'état des viscères on s'aperçoit immé- 
diatement que ceux-ci ont subi par la mor^ une grande 
perturbation, et même souvent une désorganisation 
complète. Ce gonflement s'opère en une ou deux 
heures; puis ensuite, en suivant pendant dix à douze 
heures ce qui se passe, on voit que nul phénomène 
vital ne se produit dans le cadavre de l'animalcule, et 
qu'enfin il se désagrège complètement. Quelques 
Rotifères, même avant ce temps, se crèvent et ex- 
pulsent une partie de leurs viscères. Quelques-uns 
ne subissent nullement l'action de l'endosmose et 
restent en boule. 

On voit, d'après ce qui précède, que maintenant, 
même en s'appuyant sur les nouvelles conquêtes de la 
science, il devient facile de démontrer d'une irrécusa- 
ble manière qu'on a attribué à l'air un rôle absolument 
faux. M. Balbiani, ainsi que nous l'avons dit, a reconnu 
que les Paramécies possédaient seulement un petit 
nombre de fort gros œufs, mais dont il n'a pas, que 
je sache, donné la mesure. J'ai reconnu ces œufs sur 
les Kolpodes elles Kérones, où ils sont aussi fort gros, 
et présentent à l'intérieur des mères un diamètre de 
0,0150 à 0,0224 de miUimètre. Enfin, M. de Qua- 
trefages lui-même a trouvé aussi de ces gros œufs secs 
dans la poussière qu'il a observée au microscope; et 
selon moi c'est à eux qu'il donne avec beaucoup de 
micrographes le nom d'hifusoires enkystés. C'est donc 
un fait acquis, ces œufs sont connus, mesurés, soit sur 
les mères, soit à l'état sec dans la poussière. Je pars de 
là et j'exécute l'expérience suivante : 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 4o5 

Expérience. — Je prends une cuvette en cristal 
de trente centimètres de diamètre et remplie d'eau 
distillée. J'y plonge dix grammes de lin chauffé à 200° 
pendant deux heures. Cette cuvette est ensuite recou- 
verte d'une cloche et placée dans une autre grande 
cuveite de cinquante centimètres de diamètre, rem- 
plie d'eau distillée presque jusqu'au niveau de la pre- 
mière. Après quatre jours, dont la température a été 
en moyenne de :25% on examine le résultat de Fex- 
périence. La cuvette du centre est encombrée de Kol- 
podes et de Paramécies ; on ne trouve pas un seul 
de ces animaux, ni un œuf dans la grande cuvette 
qui la contient (1). 

Cette expérience, si simple en apparence, ne suf- 
fit-elle pas à elle seule pour renverser tout l'é- 
chafaudage de la panspermie aérienne? Si, malgré 
la cloche qui le recouvre, une pluie d'œufsest tombée 
sur le vase central pour y produire ces animalcules 
entassés par millions, a-t-elle pu épargner l'eau dé- 
couverte qui l'environne? On n'oserait pas sans doute 
nous faire cette objection, car dans toutes les expé- 
riences analogues, le même résultat se produit. Dira- 
t-on qu'un seul œuf suffit pour engendrer une si pro- 
digieuse progéniture ? mais la scissiparité n'est qu'une 
hypothèse sans fondement, prq3osée pour expliquer 
facilement un phénomène embarrassant, et que l'on a 
acceptée avec enthousiasme, à cause de son étran- 



(1) J'ai répondu ailleurs à l'objection de la nécessité d'une 
nourriture appropriée pour les œufs, dans l'eau. Ce n'estpas assez 
sérieux pour y revenii". 



456 HÉTÉROGÉNIE. 

gelé; et d'un autre côté, ne sait- on pas actuellement 
que la génération normale est, elle-même, tout aussi 
impuissante pour expliquer le phénomène, depuis que 
M. Balbiani en a démontré les lenteurs etlapénurie(l). 
Osera-t-on prétendre aujourd'hui que les œufs 
tombés dans l'eau ont échappé à notre observation? 
Mais nous répondrions que c'est impossible, tant ils 
sont apparents, car sans même employer de forts 
grossissements, on leur donne le volume d'un petit 
pois; et d'ailleurs, pour arrivera l'équivalence de la 
population du vase central, ils devaient se rencontrer 
en nombre prodigieux dans le vase extérieur; et, n'y 
en eût-il que très -peu, je le répète, ils n'échapperaient 
pas. Enfin, dira-t-on encore aujourd'hui ce que l'on 
disait il y a quelques années avec Ehrenberg (2) , que 
ces œufs se réduisent à une telle ténuité par la dessic- 
cation qu'ils deviennent invisibles. Mais pour les 
Kolpodes et les Paramécies, qui seuls sont ici en ques- 
tion, les observations de M. Balbiani et les mieimes 
rendent cette ancienne objection tout à fait impos- 
sible aujourd'hui. En effet, nous avons démontré, cha- 
cun de notre côlé, que lesMicrozoaires ne produisaient 
pas des œufs, mais de véritables embryons assez 
avancés en développement, car on aperçoit déjà leurs 
mouvements automatiques dans le ventre de la mère 
et les pulsations de leur cœur. Dira-t-on que ces em- 
bryons ont acquis inutilement un tel développement, 
et qu'ils ont inutilement commencé à vivre, pour pé- 

(1) Balbiam, Génération sexuelle chez les Infusoires. Journal de 
physiolofjie. Paris, 1858, t. I, p. 346. 

(2) Ehrenberg, Infus, 



MICROGRAPHIE AT3I0SPHÉRIQLI- . i57 

rir ensuite et devenir invisibles, afin de se transpor- 
ter, par le moyen de l'air, eux qui naissent dans l'eau, 
partout où certains zoologistes prétendent qu'ils cir- 
culent. Tout cela offrirait autant d'impossibilités, s'il 
n'y en avait pas une plus grande encore, c'est celle 
du nombre. 

Expérience. — Une autre expérience, tout aussi 
simple que la précédente, vient encore démontrer 
l'absence des embryons d'Infusoires dans l'atmosphère. 
On prend un tube à boule de Liebig, et on le remplit 
d'eau. Puis, à l'aide d'un vase aspirateur, on fait pas- 
ser à travers cette eau cinquante litres d'air atmo- 
sphérique; si, après huit jours, on explore celle-ci on 
n'y rencontre aucun Microzoaire vivant^ ni aucun 
embryon. Si, au contraire, on amis à côté une ma- 
cération de foin, étant seulement en contact avec 
un demi-litre d'air, c'est-à-dire avec cent fois moins 
de ce fluide, à la même époque, on y compte un in- 
calculable nombre de Kolpodes ou de Paramécies 
dont les œufs n'auraient pu échapper à l'observation 
dans l'autre expérience. 

Nous pouvons dire en terminant ce chapitre, que ce 
qui est réellement dans l'atmosphère s'y retrouve ai- 
sément; et que si nous ne l'avions pas suffisamment 
démontré, les récentes recherclies de M. Gigot sur 
les émanations marécageuses viendraient le con- 
stater (1). 

(I) L. Gigot, Recherches expérimentales sur la nature des émana- 
tions marécageuses. Paris 1859, pi. ii, m, iv, où cet auleur a figuré 
de nombreux corps recueillis dans l'air des marais. 



458 HÉTÉROGÉNIE. 

Résumsï:. — Ainsi donc, tout ce qui précède prouve 
que certains Microzoaires non-seulement apparaissent 
spontanément, m.ais en outre qu'ils ont aussi des or- 
ganes sexuels et produisent des œufs. Les observa- 
tions et les expériences nous ont également démon- 
tré que ceux-ci ne sont nullement en suspension dans 
l'atmosphère en assez notable quantité pour pouvoir, 
le moins du monde, expliquer la fécondité des eaux 
stagnantes ou des macérations. Enfin que ce que les 
auteurs ont pris pour des œufs ne peut certainement 
s'attribuer qu'à la fécule que contient la poussière ou 
aux fins grains de silice ou de carbonate calcaire 
qu'on y rencontre si abondamment. 

Dans la discussion académique à laquelle la géné- 
ration spontanée a donné lieu, c'est M. de Quatrcfages 
lui-même qui s'est chargé de donner aux doctrines 
qu'il prétendait défendre, le plus splendide démenti 
qu'on puisse leur infliger. En effet, si quelque chose 
peut renverser de fond en comble ihypothèse de la 
panspermie et l'ovarisme absolu, c'est évidemment la 
découverie de la reproduction sexuelle des Microzoai- 
res. Car, nécessairement, M. de Quatrefages s'étant 
appuyé sur les observations de M. Balbiani, doit 
en subir toutes les conséquences, et celles-ci sont 
accablantes pour lui : cet observateur ayant reconnu 
que les Paramécies ne produisaient chacune que cinq 
à six embryons, et même après un accouplement 
et une gestation fort longue pour de tels animal- 
cules. 

Cette exiguité dans la reproduction rend malhé- 
matiquement impossible la diîTusion atmosphérique ; 



MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 459 

et ensuite, par le volume de ses produits, elle défend 
que ceux-ci puissent passer inaperçus. 

Or, la raison se révolte, en présence de tous ces 
faits nettement posés ; et elle ne peut accepter que des 
embryons, après avoir acquis un tel volume, une telle 
organisation, s'arrêtent dans leur cycle vital, se con- 
tractent et se solidifient au point de devenir invisibles, 
eux qui avaient un volume tellement apparent, une 
organisation si avancée ! 

Une seule assertion suffirait même pour renverser, 
et ce changement de milieu de l'œuf, et cette extraor- 
dinaire mutation de volume : c'est que jamais on ne 
voit un œuf de Paramécie subir de renflement dans 
nos macérations. 



CHAPITRE VI 

PREUVES GÉOLOGIQUES. 

La génération, ou la manifestation de la vie à la 
surface du globe, a été l'un des premiers actes de la 
création, et toutes les théogonies constatent aussi 
qu'elle est devenue le premier sujet des méditations 
de l'intelligence humaine. 

A diverses époques, dont aucun chronomètre ne 
peut donner une idée, la matière inerte a formé des 
êtres organisés, sans le secours d'aucun être organisé 
préexistant (1). C'est une conséquence toute natu- 
relle de la géogénie; personne ne le conteste. Il s'a- 
git donc uniquement de savoir s'il y a eu, postérieu- 
rement à ce premier acte, d'autres générations, et s'il 
peut encore s'en manifester aujourd'hui de nouvelles; 
c'est là toute la question. 

Si une puissance suprême, dont l'unité se révèle 
sur chaque parcelle du globe, a présidé éternellement 
et universellement à tous les phénomènes qui s'ac- 
complissent à la surface de celui-ci; et s'il lui a plu, 
de peupler la terre de tribus d'animaux et de plantes 
qui s'y sont succédées, pourquoi donc ne répéterait- 

(1 ) BoMFASj De la génération spontanée. Paris^, 1 858, p. \ 8, tranche 
nettement la question et dit : Il y a eu génération spontanée. 



PREUVES GÉOLOGIQLES. 461 

elle pas aujourd'hui ce qu'elle a fait à d'autres épo- 
ques? car, ainsi que l'exprime P. Gorini, la génération 
spontanée n'est pas un phénomène plus merveilleux 
que la reproduction normale (1); et, pour notre 
compte, nous ne concevons pas pourquoi on la re- 
garde comme si extraordinaire. 

La nature n'est pas ahandonnée aux désordres du 
hasard; elle est régie par d'harmonieuses lois, et 
chaque acte qui s'accomplit dans son sein, se lie avec 
le passé et se perd dans l'avenir : une génération qui 
apparaît n'est que le corollaire de celle qui l'a précé- 
dée. Si l'on suit les étapes de la création, depuis les 
plus anciens temps jusqu'à notre époque, on s'aper- 
çoit que ses formes ont constamment changé, et que 
tous les êtres, sauf quelques oscillations, ont suivi 
une marche ascendante. 11 semble d'abord que la na- 
ture hésite, comme si elle doutait de ses forces, et 
procédait à une succession d'essais, avant de façonner 
ses plus splendides chefs-d'œuvre. 

D'abord apparurent les végétaux, les polypiers, les 
mollusques et les crustacés; plus tard les poissons et 
les reptiles; puis les oiseaux et les premiers mammi- 
fères; et enfin, les mastodontes, les rhinocéros et les 
éléphants (2). A-t-il fallu pour cela le concours d'é- 

(1) Paolo GoRiiM, La generazione spontanea non è fenomenà più 
meravigliso che l'ordinario modo di propagazione. SulT origine 
délie montagne e dei vnlcani studio sperimentale. Lodi, 1851, 
1. 1, p. 449 et suivantes. 

(2) On signale à peine quelques rares exceptions à cette régu- 
lière succession. Quelques reptiles ont été rencontrés dans des 
terrains houillers. Compt. rend, décembre, 1857; et des mam- 



462 HÉTÉROGÉNIE. 

léiiienls sexuels qui n'existaient pas alors? Évidem- 
ment non; il n'y a eu ià que l'intervention d'une vo- 
lonté créatrice. Et si de cet incommensurable amas 
de matière, TÉternel a fait surgir tant de races diver- 
ses, trouvant instantanément dans la substance inerte 
tous les éléments de la vie, n'est-il pas irrationnel de 
prétendre qu'après ce grand œuvre, si fréquemment 
remanié, il a dû s'arrêter. Si tant de faits ne venaient 
corroborer nos opinions, notre sens intime nous per- 
suaderait que si, à des époques successives, il a plu à 
la Divinité de poser les lois qui président à l'organi- 
sation, ces mêmes lois n'ont pas été abrogées au mo- 
ment de la dernière production : elles se continuent 
en subissant l'immuable destinée de tout ce qui émane 
de la suprême sagesse ; mais seulement leurs mani- 
festations n'atteignent plus les mêmes proportions 
que dans les anciens temps : elles se sont amoindries 
comme beaucoup d'autres phénomènes telluriques. 
Nous n'avons plus en fermentation ces immenses amas 
de matière morte, résultat de tant de cataclysmes et de 
funérailles d'animaux; aussi, au lieu de ces races 
gigantesques qui surgissaient alors au milieu des 
éléments agités, ne voyons-nous plus se produire que 
d'infimes essais d'organisation (1). 

mifères dans le trias. — R. Owen. On the characlers of Ihe class 
mammalia, 1857. 

(1) Comp. surtout pour la distribution ou l'ordre d'apparition 
des animaux et des plantes A. Brongniart, Tableau des terrains 
qui composent Vécorce du globe. Paris, 1829. — Pictet, Traité de 
paléoîitologie^ 2e édition. Paris, 1853. — Cuvieu, Recherches sur les 
ossements fossiles. Paris, 1812. — AGkSsvi, Recherches surles pois- 
sons fossiles. Nenïchàie]^ 1835. — Goldfuss. Fetrefacta Germaniœ. 



ORIGINE DU GLOBE. 463 

Car la croule terrestre n'est qu'une immense né- 
cropole où chaque génération s'anime à même les 
débris de celle qui vient d'expirer; et l'atmosphère, 
ce réceptacle de tous les éléments chimiques de l'or- 
ganisation, devient le trait d'union ende la matière 
morte et la nature vivante. Ainsi à prendre les faits 
au point de vue le plus élevé de la physique du globe, 
les animaux et les plantes dérivent de l'air, et ne sont 
que de l'air condensé (i ). 

SECTION l'*'. — ORIGINE DU GLOBE. 

La théorie de la formation de la terre n'est plus 
aujourd'hui l'objet d'aucun doute de la part des géo- 
logues. Le génie de l'homme, en l'absence des tra- 
ditions et des manuscrits, en a débrouillé toute l'his- 
toire en confrontant les vestiges des anciennes époques 
et les phénomènes actuels. 

Il est évident que notre planète a été originairement 
une masse incandescente, environnée d'une immense 
atmosphère de gaz et de vapeur ; et qu'en se refroidis- 
sant, elle a subi tous les accidents physiques ou chi- 
miques qui devaient nécessairement résulter de son 
changement d'état. 

Cette incandescence du globe n'a été entrevue 
qu'assez tard. Descartes la devina , en quelque 
sorte, en proclamant que celui-ci n'était qu'un so- 

Dusseklorf, i82ô. — D'Oi\big^y, Paléontologie française. Paris, 1840. 
— Ad. BuoNGiMAUT, Fisfoire des végétaux fossiles, Paris, 1828. 

(I) Dumas, Essai de statistique chimique des êtres organisés. 
Paris, 18'r2, p. '6. 



464 HETERO GENIE. 

leil partiellement éteint, faute de combustible, et 
dont la croûte solide nous dérobait les fournaises in- 
térieures (1). 

Presque en même temps, le père Kircher émit 
des idées absolument analogues à celle de notre phi- 
losophe, et supposa aussi que le centre de la terre 
était occupé par une substance fluide en ignition. 11 
consacre même un des chapitres et une planche de son 
célèbre ouvrage à l'exposition de cette théorie (2). 

En cela Descartes et le Père Kircher avaient été 
merveilleusement inspirés ; et leur hypothèse, que 
Leibnitz accepta et développa dans sa Protogée (3), 
se trouva bientôt d'accord avec les observations des 
R. Hooke, des J. Ray, des Buffon, des Dolomieu, 
des Cuvier, des Rendant et des de Buch (4) ; ainsi 

(1) Descartes, Œuvres de Descartes. Édition de V. Cousin, t. III, 
p. 265etsiiiv. 

(2) Kircher, Mundus subterraneus, Amst., 1678. Chap. De igné 
suhterraneo per omnia diffusa, p. 186. — Il est présumable que le 
P. Kircher, qui mourut à Rome en 1680, n'a pas connu l'œuvre 
de Descartes, qu'on n'imprima pour la première fois à Amsterdam, 
que de 1670 à 1683. Le savant jésuite avait sans doute conçu sa 
théorie en présence des volcans de la Sicile et de l'Italie, qu'il 
avaitvisités. 

(3) Leibnitz, Acta eruditorurn. Leipsick, 1693. — Protogœa 
Gottingue, 1749. Traduit sous le litre de : Protogée, ou de la for- 
mation et des révolutions du globe. Paris, 1859. 

(4) R. Ilooke et Jean Ray, dans des mémoires fort intéressants 
exposent Taction des forces internes du globe contre son écorce. 
Soc. Roy. de Londres. — Buffon, Théorie de la terre, hist. nat. 
Deux-Ponts, 1783, t. I. — Dolomieu, Rapports à l'Institut, an V 
et VI. — CuviER, Discours sur les révolutions du globe. Paris, 1851. 
— Reudant^ Cours de géologie. Pàvls, 1857, p. — 5. De Buch, 
Voyage en Norwége et en Laponie. Berlin, iSiO. — Description 
physique des 'des Canaries. Traduction de Boulanger, 



ORIGINE DU GLOBE. 163 

qu'avec les calculs des de Laplace, des Fourier, des 
Cordier, des Élie de Beaumont, et des de Hum- 
boldt(l). 

Lancé dans l'espace, le globe embrasé dut obéir 
aux lois du rayonnement de la chaleur; et à mesure 
que ce phénomène se produisit, la superficie terrestre 
se solidifia avec une immense lenteur, et augmenta 
d'épaisseur de l'extérieur à l'intérieur. Lorsque la 
terre fut assez refroidie, et que l'atmosphère eut assez 
dispersé de son calorique, les vapeurs d'eau que celle- 
ci contenait se condensèrent et en inondèrent la sur- 
face. Telle fut l'origine des premières mers, qui, fort 
peu profondes, semblent avoir couvert la presque-to- 
talité de l'écorce du globe. 

Puis, par la marche incessante du refroidissement, 
la masse intérieure de la terre, en diminuant de vo- 
lume, forçait la croûte extérieure à se contracter, et 
produisait à sa surface des soulèvements et des fis- 
sures. Ces phénomènes ne se manifestèrent d'abord 
qu'avec peu d'intensité. L'écorce terrestre étant en- 
core fort mince, il ne fallait qu'un faible effort pour 
la rompre, et ses fragments ne pouvaient donner nais- 
sance qu'à d'insignifiantes saillies. Mais lorsque, par 
la succession des siècles, cette écorce eut acquis une 
grande épaisseur, des forces vulcaniennes prodigieu- 

(1) De Laplace, Exposition du système du monde, l. II. — 
Fourier, Théorie analytique de la chaleur, Paris^ 1822. — Cor- 
dier. Essai sur la température de l'intérieur de la terre, Acad. 
des sciences 1827. — Elie de Beaumont, Recherches sur quelques- 
unes des révolutions du globe, 1829. — Humboldt, Cosmos. Paris, 
1855, t. I,p. 194,226, etc. 

PoucnET. 3 



466 HETÉROGÉNIE. 

ses en purent seules occasionner la rupture et les sou- 
lèvements; c'était alors qu'apparaissaient les Alpes 
et les Cordilières; et que celles-ci, en refoulant les 
vagues furieuses des océans, suscitaient les grands 
déluges. Ainsi le feu et l'eau sculptèrent et façonnè- 
rent diversement toute la surface du globe (1) ! 

Selon Cuvier et toute son école, les forces telluri- 
ques n'ont opéré le remaniement du globe qu'à l'aide 
de brusques révolutions ; et les générations créées, ont 
tour à tour sombré durant ces grands cataclysmes (2). 
Au contraire, Constant Prévost, Ch. Lyell et Lartet 
pensent que la nature n'a procédé qu'au milieu de 
scènes plus calmes, et que l'organisation s'est déve- 
loppée et a disparu successivement sous l'empire de 
forces actives et graduées. Selon eux, les généra- 
tions naissaient et s'épuisaient tour à tour, à mesure 
que la puissance organisatrice se développait et s'af- 
faissait; aussi faudra-t-il peut-être un jour que le mot 
cataclysme soit rayé de la science (3). 

Pour nous, nous croyons qu'il est évident que les 
deux procédés ont été tour à tour employés, mais rien 
en cela n'entrave la question qui est toute en ceci : 
les générations ont été successives. 

L'écorce accidentée de notre planète, d'abord in- 
habitable, s'est successivement revêtue de son man- 

{\) Le feu et l'eau, dit Sénèque, sont les arbitres souverains de 
la terre. Du feu et de Teau viennent le commencement et la fin 
des choses. iVa^. qiiœst. Lib. 111, cap. xxviii. 

(2) CuviER, Révolutions du globe. Paris, 1821. 

(3) Lartet. Les migrations anciennes des mammifères. Comptes 
rendus 1838, p. 414. — Lvell, Eléments de géologie, Paris, 1839, 
p. 140 et suiv. 



ORIGINE DU GLOBE. 467 

teau de verdure et peuplée d'animaux. Sa force plas- 
tique, tour à tour vivace ou expirante, exubérante 
ou épuisée, ne peut pas avoir eu une existence pas- 
sagère .-cet agent de la nature est toujours là, enchaîné 
à ses œuvres, les tirant du néant et les façonnant à 
mesure que les siècles les anéantissent. Et parce que 
l'incalculable puissance qui souleva les Andes et l'Hi- 
malaya, ne se manifeste plus avec ses effrayants phé- 
nomènes, faut-il donc dire qu'elle s'est énervée sans 
retour? non, elle travaille silencieusement dans les 
profondeurs de la terre, et ne se révèle à nos yeux 
que par d'infimes indices, jusqu'au moment où, bri- 
sant enfin ses impuissantes digues, elle couvre de 
débris tout un fragment du globe : c'est comme un 
volcan menaçant qui, tour à tour, vomit des laves 
enflammées ou rentre dans le calme absolu. Ainsi se 
succédèrent les grandes créations telluriques. A cha- 
cune d'elles une exubérance de force et de vie se ma- 
nifesta à la surface du globe; et, dans l'intervalle, 
comme si elle s'était épuisée par un effort suprême, 
la nature ne procéda plus que d'une main timide : au 
moment de l'effort, des mammifères et des reptiles 
de taille colossale ; pendant le repos, des animalcules 

presque invisibles 

Mais lorsque la science eut enfin jeté quelque lu- 
mière sur les différentes phases de la création, on 
craignit que son flambeau n'eût répandu que de con- 
fuses clartés sur certains passages scripturaires. Ce- 
pendant, les plus habiles interprètes de la genèse et 
les plus savants géologues sont aujourd'hui unanimes 
sur ce point, c'est que les journées bibliques ne re- 



468 HÉTÉROGÉNIE. 

présentent que des époques d'une durée illimitée, et 
pendant chacune desquelles ont eu lieu successive- 
ment les diverses créations (1). 

Les nuits et les journées cosmogoniques n'indi- 
quent, suivant quelques érudits, que des périodes de 
cataclysmes ou de création. 

« Les soirées (Ereb), dit M. de Rougemont, sont des 
temps de désordre. Le premier soir n'est autre chose 
que le chaos lui-même; les suivants sont des invasions 
du chaos au milieu de l'œuvre lumineuse de Dieu. 
Les matins sont des temps d'ordre, de vie, de créa- 
tion. La géologie ne fait ici que préciser, expliquer, 
commenter le récit mosaïque, qui accepte en plein 
tous les résultats de la science (2). 

Quelques auteurs, à l'exemple du docteur Wise- 
man , ont cru trouver dans le sens même du lan- 
gage de la genèse, la preuve qu'il n'y est point ques- 
tion de simples journées, mais évidemment d'époques 
dont la durée a pu être fort longue (3). De place en 
place, dans les récits scripturaires on aperçoit, en 
effet, que ce mot de journée n'a été employé qu'au 
figuré, car souvent on voit qu'il signifie un temps fort 
considérable. Dans plusieurs passages de la bible il est 
dit qu'aux yeux de l'Éternel, mille ans sont comme un 
jour, et un jour comme mille ans! Saint Jean parle 
aussi de ce jour du Seigneur qui doit durer mille ans. 

(1) Conip. BucKLANDj La géologie et la minéralogie dans leurs 
rapports avec la théologie naturelle. Paris, 1838, t. I, p. 7. 

(2) F. DE RouGEMO>T, Fragments (Tune histoire de la terre. 

(3) WisEMAN, Lectures on science and revealed Religion^ t. I, 
p. 295. 



ORIGINE DU GLOBE. 469 

Les Rabbins les plus érudits ne font eux-mêmes 
aujourd'hui aucune difficulté à adineltre que les jour- 
nées de la genèse peuvent correspondre à de grands 
laps de temps. M. Cahen, dans ses variantes sur la 
version des Septante, avoue lui-même qu'il ne s'a- 
git pas ici d'un jour ordinaire puisque le soleil n'était 
pas encore créé, et il ajoute qu'il est permis de croire 
que l'expression de jour est placée au figuré pour si- 
gnifier une époque (1). C'est à cette opinion, comme 
le dit M. Bost, que se sont arrêtés presque tous les 
théologiens et les géologues de notre temps. Et selon 
cet écrivain, les jours de la création ne sont point 
des jours solaires comme ceux d'à présent, mais en 
effet des époques cosmogoniques, des temps de for- 
mation et de progression alternant avec des temps de 
troubles et de révolutions telluriques (2). 

Dans les plus anciennes cosmogoniesdes divers peu- 
ples, on donne aussi une assez ample extension aux 
divisions du temps dans lesquelles l'ensemble de la 
création se trouve compris. Zoroastre, en traçant l'his- 
toire de la création, ne se sert pas de l'expression de 
jours, mais dit qu'elle se fit en six époques d'une dui'ée 
inégale, qui comprenaient chacune un certain nom- 
bre de journées (3). 

La succession des créations, dont tout atteste l'é- 
vidence, se trouve relatée dans chacun des hvres qui 

(0 Cahen, La bible avec l'hébreu en regard, et des notes philolo- 
giques, géographiques, etc., Paris, 1831, p. 2. 

(2) J. A. Bost, Dictionnaire de la bible. Paris, I8i9, t. I, p. 233. 

(3) H\DE, De religione veterum Persarum, cap. ix. A Bost, Dic- 
tionnaire de la bible. Paris, 1849, t. 1, p. 233. 



470 HETEROGENIE. 

forment la base des religions des peuples, et elle y 
est considérée comme un attribut essentiel à la di- 
gnité de l'Éternel. On en rencontre déjà des traces 
dans les écrits bibliques (1). 

La principale cosmogonie indienne représente son 
Être suprême comme ayant successivement créé et dé- 
truit un grand nombre de globes, avant de donner nais- 
sance au monde actuel (2). Dans un passage cité par 
Lyell, avec nos textes bibliques en regard, Menou s'ex- 
prime ainsi : « l'Être dont la puissance incompréhensi- 
ble m'ayant créé, moi (Menou) et tout cet univers, fut 
de nouveau absorbé dans l'Être suprême, faisant suc- 
céder au temps de l'énergie l'heure du repos (3). » 
Les mêmes traditions, d'après A.Bost, se rencontrent 
chez les Égyptiens et les Birmans, et même dans les 
œuvres de quelques Pères de l'Église, saint Augustin 
et saint Basile (4) . 

SECTION II. — SUCCESSIONS DES SOULÈVEMENTS. 

11 est évident qu'après avoir été déposés au fond des 
eaux, les continents et les montagnes se sont succes- 
sivement soulevés au-dessus de celle-ci. Il n'y a plus 
de dissidence qu'à l'égard du mode que la nature a 
employé. 

Les archives scientifiques nous prouvent même 
que ce fait a été connu fort anciennement. Les écri- 

(1) Psaume civ, 29, 30. Édit. 1825, p. 770. 

(2) Institutes of hindii Law. London, 1825, ch. i. 

(3) Lyell, Principles of geology, t. 1, p. 234. 

(4) A BosT, Dictionnaire de la bible. Paris, 1849, t. 1, p. 234. 
— S. Augustin, Orat, xi. — S. Basile, Hexaëmeron, hom. ii. 



SUCCESSION DES SOULEVEMENTS. 471 

vains de la Grèce et de Rome semblent déjà s'en 
douter. Aristole dit que dans certaines circonstances, 
la terre s enfle et s'élève avec fracas à V instar des 
flots qii agile la tempête (1). Quelques siècles aj)rès 
lui, le géographe Strabon prétendait, en parlant du 
sol, que les mêmes fonds s'élèvent et s'abaissent suc- 
cessivement (2). 

On trouve encore des notions plus précises sur ce 
sujet dans l'œuvre de Ferdoucy, auteur persan con- 
temporain du dixième siècle. Les montagnes s éle- 
vaient^ dit-il, en parlant de la terre, et les eaux en 
découlaient (3). 

Un moine de Lucques, Paidus Sanctinus, qui vi- 
vait au quinzième siècle, eut aussi des vues analo- 
gues (4). Mais ce fut Tanatomiste Sténon, qui, pour 
la première fois, professa des idées fort nettes sur la 
théorie de la terre, en prétendant que les diverses ro- 
ches avaient été formées par voie de sédiment, et que 
les montagnes n'étaient que le résultat de soulève- 
ments, dont il attribuait la cause à Tincandescence 
centrale du globe (5). Woodward, Scheuchzer, Lazare 

(!) Aristote, Opéra omnia. Météor., lib. II, c. vnr. 

(2) Strabon, Géographie. Trad. franc. Liv. 1, ch. m. Déjà le 
grand géographe ancien avait reconnu avec Eratojlhène que les 
coquilles marines répanduesdanslesterresaujourd'huià sec, attes- 
tent que ces terres ont anciennement formé la profondeur des mers. 

(3) Ferdoucy, Le Chûh-Nâmeh, suite de poëmes liéroïqnes sur 
Taucienne histoire de la Perse, traduits en français par M. Jules 
Mohl, 1839. 

(4) Paulus Sanctinus, De machinis bellicis. Manuscrit de la hibl. 
imp. uo 7239, feuillet 107. 

(o) SïÉ^o^^, De solido intra solidum naiuraliter contenta dis- 
sertationis prodromus. Florence, 1669. 



472 HÉTÉROGÉNIE. 

Morro et Needhani émirent la même théorie quelques 
années après (1). Enfin, lorsque la science reposa sur 
des bases plus stables, les géologues les plus éminents, 
tels que De Saussure, Pallas, Dolomieu, d'Omalius 
d'Halloy, Conybeare, reconnurent aussi quon ne 
pouvait attribuer qu'à des efforts internes, les divers 
accidents qu'offre la croûte terrestre (2). 

Mais, tous ces auteurs n'avaient émis sur cette im- 
portante question que des vues souvent assez vagues, 
et l'on doit à deux des plus illustres géologues de notre 
époque, à MM. De Buch et Élie de Beaumont, d'a- 
voir généralisé les lois qui régissent les soulèvements. 

M. Élie de Beaumont a surtout donné à ses travaux 
un admirable degré de précision. Selon lui, les phé- 
nomènes qui ont présidé à ces dislocations du globe ont 
été brusques et de peu de durée, et il en est résulté 
un certain nombre de systèmes de montagnes, dont 
on peut démontrer l'âge relatif et la succession (3). 

(1) WooDWARD, Géographie physique ou essai sur l'histoire natu- 
relle de la terre, 1695. — Scheuchzer, Musœuin diluvianum, 1716. 

— Lazare Morro, De crostacei e degli altri marini corpi che si tro- 
vano su' monti. Venezia, 1741. — Needham, Nouvelles recherches, 
physiques et mathématiques sttr la nature, Paris, 1769. 

(2) De Saussure, Voyage dans les Alpes, Neufchâtel, 1796. — 
Pallas, Observations sur la formation des montagnes, trad. fran- 
çaise, p. 74. — Dolomieu, Journal de physique, Paris, 1792. — 
D'Omalius d'Halloy, Éléments de géologie, Paris, 1831, p. 436. — 
Conybeare, Rapport sur la géologie, 1832, dans lequel il développe 
les vues de Leibnitz. 

(3) De Buch, Voyage en Norwége et en Laponie. Berlin, 1810. 
Description des îles Canaries. — Elie de Beaumont, Recherches sur 
quelques-unes des révolutions de la surface du globe. Paris, 1829. 

— Dictionnaire universel d'histoire naturelle. Paris, 1848, t. XII, 
p. 167.— Comp. Huoï, Géologie. Vdivis, 1830, t. 11, p. 724. 



SUCCESSION DES SOULÈVEMENTS. 473 

D'après ce géologue, ces dislocations de l'écorce ter- 
restre ne seraient pas dues à l'action plufonique, 
mais, au contraire, auraient pour cause le retrait de 
cette écorce, occasionné par le refroidissement de la 
masse interne du globe, qui, en diminuant de vo- 
lume, force sa surface solide à onduler et produit ses 
fractures et ses soulèvements. M. Huot partage 
cette opinion , et nous pensons nous-même que 
telle est la cause de ceux-ci (1). Ce mode indique 
assez que ces soulèvements n'ont dû se manifester 
que successivement et à de longs intervalles de 
temps. 

L'apparition de chaque chaîne de montagne, ainsi 
que le dit M. Élie de Beaumont, a dû déterminer 
au loin d'énormes perturbations dans le nivellement 
des eaux de la mer, et produire ces grandes scènes 
de déluges qui se trouvent mentionnées dans les cos- 
mogonies de presque tous les peuples (2). D'après 
lui, ainsi que d'après MM. d'Omalius d'Halloy, Huot et 
Beudant, notre déluge mosaïque n'aurait peut-être été 
que le résultat d'un des derniers grands soulèvements 
du globe, de celui des Andes, lequel en exhaus- 
sant les deux Amériques au-dessus de l'Océan, donna 
naissance à l'immense flot qui est A/enu submerger 
toute l'ancienne partie de la terre (3). Le système des 

(1) Huot, Nouveau cours élémentaire de géologie. Paris, 1839, 
t. 11, p. 738. 

(2) R. KiNG dit que les Esquimaux eux-mêmes ont aussi l'idée 
qu'il a existé une création et un déluge. Edinburgh new philo- 
sophical journal, t. XXXVlll. 

(3) Elie de Bkaumont, Recherches sur quelques-unes des révolu- 
tions de la surface du globe. Acad. des sciences. 1829. — D'Omalius 



474 HETEROGENIE. 

Andes semble, en effet, êlre le plus récent de tous, 
et ses nombreux volcans encore en activité décèlent 
sa jeunesse (i). 

Ainsi donc, les plus savants géologues n'élèvent pas 
le moindre doute à cet égard : les soulèvements ont 
été successifs. C'est aussi l'opinion de De Hum- 
boldt (2). Or, une conséquence forcée de ce fait c'est 
qu'à chaque remaniement de la surface du globe, il a 
dû nécessairement surgir de nouveaux êtres, et ceux-ci 
n'ont pu provenir que de la matière ; n'existant pas 
avant, il a bien fallu qu'ils soient alors engendrés. Et 
si ce phénomène s'est reproduit à d'assez nombreuses 
reprises, on ne voit pas pourquoi il ne se reproduirait 
plus. 

En prenant l'ancien continent pour critérium, nous 
voyons que les terres exondées depuis lui, présentent 
une nature particulière et parfois absolument différen- 
te. L'Amérique, l'Australie, Madagascar, Mascareigne 
le démontrent suffisamment. La constitution géologi- 
que de l'Amérique, atteste qu'elle a été produite par un 
soulèvement subséquent à ceux qui façonnèrent l'autre 
région du globe; et l'étude de ses animaux et de ses 



d'Halloy, Géologie. Paris, 1831, p. 460. — J. Huor, Nouveau 
cours élémentaire de géologie. Paris, J839, t. II, p. 734. — BeuuA^iT, 
Cours de géologie, Paris, 1857, p. 331. 

(1) En effet, tandis qu'il n'existe qne douze volcans enflammés 
sur l'ancien continent et produisant de nos jours des éruptions 
notables. Ton en compte soixante-deux en pleine activiîé dans la 
seule Amérique. — Ai'.AGO, Système osseux, aqueux et volcanique 
du globe. — Suider, La création. Paris, 1859, p. 318. 

(2) De HuMBOLLT, Cosmos. Paris, 1855, t. I, p. 351. — Mélanges 
de géologie et de physique générale. Paris, 1854. 



SUCCESSION DES SOULÈVEMENTS. 475 

plantes indique qu'après être sortie absolument dénu- 
dée du sein de l'océan, elle a eu par la suite plusieurs 
grands centres d'évolution organique. Sans cette hypo- 
thèse, comme la plupart des êtres organisés du nou- 
veau continent diffèrent absolument de ceux de l'an- 
cien, on se demanderait commentilsy sont apparus?Ni 
l'homme^ni les animaux, ni les flots, ni les vents n'ont 
pu les apporter sur cette terre vierge, puisque ces êtres 
n'ont jamais existé ailleurs. 11 a donc nécessairement 
fallu qu'ils soient le produit d'une formation nouvelle. 
Cependant, malgré la jeunesse relative de l'Amé- 
rique, plusieurs savants géologues n'en considèrent 
pas moins comme datant d'une époque fort reculée la 
grande fissure qui lui a donné naissance, en brisant le 
globe presque d'un pôle à l'autre, et en soulevant les 
Andes jusque dans la région des nuages. G. Morton 
s'autorise même des assertions du savant Agassiz 
pour la représenter comme remontant à une prodi- 
gieuse ancienneté (1). Sir Ch. Lyell, d'après de nom- 
breuses observations, et d'après le témoignage de sé- 
rieuses autorités, pense que le Mississipi a coulé dans 
son présent lit depuis plus de cent mille ans (2). Le 
docteur Bennet Dowler a confirmé la grande ancien- 
neté du Delta de ce fleuve, dont Lyell et Carpenter 
avaient déjà parlé avant lui. D'après une investigation 
de l'accroissement successif des forêts de cyprès des 
environs de la Nouvelle-Orléans, et d'après l'examen 
de quelques corps d'Indiens, et de diverses poteries 

(1) Georges Morton. Types of mankiml. Philadelphie, 1854, 
p. 272. 

(2) Ch. Lyell, Second visit to the United states. Part. II, p. 188. 



476 HÉTÉROGÉNIE. 

découvertes sous des racines d'arbres, ce savant pense 
pouvoir conclure, que la race humaine a existé dans 
le Delta depuis plus de cinquante mille ans ; et que 
dix forêts souterraines de la Louisiane prouvent que 
plus de cent mille ans antérieurement à l'existence de 
l'homme, il se trouvait déjà une vigoureuse végéta- 
tion dans ce pays (1). 

L'Australie est aussi le résultat de l'un des derniers 
bouleversements du globe. Et cette cinquième partie 
du monde, par sa faune extraordinaire et par sa végé- 
tation, semble un défi jeté par la nature, au génie 
des savants. Cette terre nouvelle étant peuplée d'or- 
ganismes spéciaux , ceux-ci ne peuvent avoir été 
produits que par des générations subséquentes à cel- 
les qui ont fécondé les autres parties du globe. Il ne 
peut y avoir de doutes, tant ses animaux et ses plan- 
tes diffèrent de tout ce qui est connu : tels sont ses 
Aptéryx, ses Kanguroos, ses Échidnés, et surtout ses 
extraordinaires Ornithorhinques, au corps de mam- 
mifère, au bec et aux pattes de canard, et qui ont été 
si longtemps l'objet des disputes des naturalistes (2). 

(1) Bennet Dowler, Tableaux of New- Orléans, 1852. — Dikeson 
and Browin, Cypress timher of the Mississipi. 1848, p. 3. 

(2) L'ornithorhinque paradoxal, nommé ainsi, par Blumenbach, 
comme s'il eût prévu toutes les dissidences auxquelles il allait 
donner lieu, fut tour à tour considéré comme un oiseau par 
Lesson, à cause de son bec et de ses pattes; comme un reptile par 
d'autres, d'après la structure de quelques parties de son squelette; 
et enfin, comme un mammifère par Meckel, qui découvrit ses 
mamelles, et par De Blainville, qui le premier lui assigna sa véri- 
table place. — Blumenbach, Manuel d'histoire naturelle. Metz, 1803, 
t. I, p, 162. — Lesson, Manuel d'ornithologie. — Meckel, Ornitho- 
rhynchi paradoxi descriptio anatomica. Leipzig^ 1826. — De 



SUCCESSION DES SOULÈVEMENTS. 47 7 

A cela ne peut-on pas même ajouter cette race déshé- 
ritée de la grande famille humaine, qui se trouve ré- 
pandue à sa surface? 

Enfin, plusieurs géologues professent que quelques- 
uns des grands soulèvements ne datent que d'une épo- 
que fort peu reculée. M. Beudant croit même que le 
soulèvement du système du Ténare, qui semble être la 
plus récente catastrophe du globe, a peut-être eu lieu 
à une époque à laquelle l'homme peuplait déjà la 
terre (1). Et tout atteste que ce soulèvement qui a pro- 
duit l'Etna, la Somma et le Stromboli, a dû être posté- 
rieur à l'émission des Alpes principales, car sans cela 
cette catastrophe les eût démantelés au milieu des 
grands ravages qui l'accompagnèrent (2). Les débris 
d'une industrie humaine naissante, signalés par M. de 
la Marmora dans les dépôts sédimentaires de la Sar- 
daigne, paraissent donner une certaine certitude à 
cette opinion. Aussi peut-on admettre, jusqu'à un 
certain point, avec Klee, que quelques anciennes na- 
tions aient pu conserver des traditions de cette der- 
nière catastrophe du globe, à laquelle elles auraient 
survécu (3) . 

Blainville, Dissertation sur la place que la famille des ornitho- 
rhinques et des échidnés doit occuper dans les séries naturelles. 
Paris, 1812. 

(1) Beudant, Minéralogie et géologie. Paris, 1837, p. 304. 

(2) Suivant M. Beudant le soulèvement du Ténare, qui doit son 
nom au cap de la Morée auquel il aboutit, serait le dix-septième ; 
et celui des Alpes principales le seizième. 

(3) F. Klee, Le Déluge, Considérations géologiques et historiques 
sur les derniers cataclysmes du globe. Paris, 1847, p. 179. Dans les 
écrits mythiques des Scandinaves, on trouve, selon cet érudil,de 
curieux récits qui semblent indiquer que ces peuples conservaient 



478 HÉTÉROGÉNIE. 

Cependant, si les grandes convulsions qui ont sou- 
levé, à diverses époques, les continents et les îles, 
datent presque toutes des temps antéhistoriques, il 
n'en est pas moins évident que des phénomènes ana- 
logues se sont reproduits de siècle en siècle, depuis 
qu'ont commencé nos annales écrites, et qu'ils se con- 
tinuent encore chaque jour. 

Tous les géologues ne savent-ils pas que le Monte 
71U0V0, près le golfe de Baies, est apparu subitement, 
au seizième siècle (1)? Tous ne savent-ils pas aussi 
que, de nos jours, certains rivages de la Baltique s'é- 
lèvent d'une façon incessante ? Les anciennes Sagas 
nous racontent que plusieurs plages, autrefois pres- 
que au niveau de cette mer, et sur lesquelles montaient 
les phoques, étaient le théâtre de grandes chasses 
de la part des Fennes^ qui les y tuaient à coup de 
flèches (2). Et de Buch et Lyell ont constaté que ces 
mêmes endroits se trouvent aujourd'hui placés à une 
grande hauteur au-dessus des flots, et qu'ils seraient 
tout à fait inaccessibles à ces animaux (3). « Depuis 
8,000 ans, dit de Humboldt, le rivage oriental de la 

quelques obscures traditions des grandes catastrophes du globe. 
— Dans les Prophéties de la Vala, il exi.-te aussi une description 
rapsodique de la fin du monde et de son renouvellement. 

(1) Cette célèbre montagne volcanique fut soulevée le 29 sep- 
tembre io38, pendant une éruption du lac Lucrin, qui n'élait 
qu'un cratère, que l'on croyait à jamais éteint. 

(2) Comp. }\\i{}T, Nouveau cours de géologie. Paris, 1837, t. I, 
p. 1d3. 

(3) De Buch, Voyage en Norivége et en Laponie. Berlin, 1810. — 
Lyell, Comptes rendus de rassocialion britannique. Edim- 
bouig, 183i. — Transactions philosophiques, 1835. — Eléments de 
géologie. Paris, 1839, p. 108. 



SUCCESSION DES SOULEVEMENTS. 479 

péninsule Scandinave, s'est peut-être élevé de plus de 
100 mètres; et si ce mouvement est uniforme, dans 
12,000 ans des parties du fond de la mer, couvertes 
de 50 brasses d'eau, commenceront à émerger et de- 
viendront terre ferme (1). » 

Darwin et plusieurs autres savants, ont aussi re- 
connu que certaines régions très-étendues de l'Amé- 
rique méridionale, furent autrefois le théâtre de sou- 
lèvements lents et progressifs, qui ont donné naissance 
aux plaines de la Patagonie, toutes jonchées de co- 
quilles marines récentes, qui en attestent éloquem- 
ment la jeunesse (2). M. Freyer, lieutenant de la ma- 
rine anglaise, a aussi observé, en 1834, des soulève- 
ments modernes verslacôte occidentale de l'Amérique, 
et en particulier dans l'île de San-Lorenzo. Ceux-ci , 
qui s'élevaient à des hauteurs considérables, avaient 
encore leur surface jonchée de coquilles marines 
contemporaines, ornées des plus vives couleurs (3). 
Enfin, n'avons-nous pas vu, il y a peu d'années, l'île 
Julia se soulever un instant au-dessus des flots dans 
la Méditerranée (4). 

Les observations géographiques faites aux îles Gal- 



(1) De Humboldt, Cosmos. Essai d'une description physique du 
monde. Pdiiis, 1855, 1. 1, p. 348. 

(2) Darwin, Proceedingn of geolog. soc. n. 51, p. 552, et son 
Journal dans le voyage du Beagle, t. IH, p. 557. — Lyei.l, Eléments 
de géologie. Paris, 1839, p. 109. 

(3) Lettre de M. Freyer, adressée à M. Ch. Lyell, communi- 
quée à la Société géologique de Londres, 1835. 

(4) L'île Julia, nommée ainsi par les Français parce qu'elle 
apparut en juillet, s'est montrée en 1831 à la suite d'un tremble- 
înent de terre. 



4.80 HÉTÉROGÉNIE. 

lapagos, par M. Dupetit-Tlîouars (1), viennent encore 
s'ajouter à ce qui précède pour saper l'opinion des 
partisans de la stabilité du globe. Le célèbre amiral 
en visitant ces îles volcaniques a été frappé de leur 
air de jeunesse, et, pour lui, c'est une nouvelle pro- 
duction sortie de l'océan. Il confesse n'avoir jamais 
vu ailleurs de spécimen de quelques végétaux et 
de plusieurs animaux qu'il y a observés ; et entre 
autres de prodigieuses tortues du poids de six à 
sept cents kilogrammes. Et il se demande d'où ces 
animaux et ces plantes inconnues ont pu tirer 
leur origine. M. Milne-Edwards pense également 
que la faune de ces îles est toute particulière, et 
qu'elle n'a pu provenir ni de la côte d'Amérique, ni 
des terres actuellement existantes soit à l'est, soit au 
sud de cet archipel (2). 

L'archipel des Gallapagos ajoute donc une preuve 
de plus à tous ces vivants témoins des soulèvements 
successifs des continents et des îles. Ces nouveaux 



(1) Dupetit-Thouars, Observations faites aux îles Gallapagos. 
Comptes rendus. Paris, 1859, p. 144. Toutes ces îles, d'une créa- 
tion volcanique encore récente, dit-il, sont dans un état de déve- 
loppement progressif bien marqué ; Tune d'elles, Albe marie, 
est encore à l'état d'incandescence. 

(2) Milne-Edwards, Mémoiresur la distribution géographique des 
crustacés. Ann. se. natur. 1838, t. X, p. 129. Comptes rendus de 
l'Académie des sciences, 1859, t. XLYIII, p. 143. Ce savant, qui 
est d'accord avec tous les voyageurs à l'égard de la spécialité de 
la faune des Gallapagos , diflère d'opinion avec eux, en ce qu'il 
regarde ces îles comme les vestiges d'un ancien continent qui se 
serait affaissé et dont on ne voit plus que les principales saillies. 
M. Dupetit-Thouars a combattu vigoureusement celte hypothèse. 
Comp. rend.,t.XLYIll, p. 212. 



SUCCESSION DES SOULÈVEMENTS. 481 

présents de la mer, ont eu le sort de Madagascar et 
de Mascareigne; et, plus jeunes qu'elles encore, elles 
ont aussi une Faune et une Flore toutes spéciales. Je 
m'étonne qu'un savant naturaliste ait pu contester 
ces assertions. Depuis longtemps Lyell a fait observer 
qu'à très-peu d'exceptions près, on ne rencontre 
dans aucun autre endroit du monde les oiseaux, les 
reptiles, les insectes et les plantes qui peuplent les 
Gallapagos (1). Darwin, qui a visité ces îles, les con- 
sidère aussi comme étant de nature volcanique et sor- 
ties récemment de l'Océan. Sous le rapport de leur 
Faune, elles sont surtout remarquables par l'excessive 
abondance de serpents, de tortues et de lézards qu'elles 
nourrissent ; celle-ci est telle que ce naturaliste dit 
qu'on pourrait nommer cet archipel la Terre à rep- 
tiles (2). C'est dans les Gallapagos que Darwin a ren- 
contré, en extrême abondance, le seul saurien marin 
que l'on connaisse actuellement, et dont, par consé- 
quent, les mœurs sont analogues à celles des grands 
lézards antédiluviens (3). 

Les ouvrages de géologie sont remplis de témoi- 
gnages récents et irrécusables de phénomènes analo- 
gues à ceux que nous venons de citer. Delamétherie 
rapporte qu'en 1721 , les feux sous-marins soulevèrent 
une île près des Açores (4). De Humboldt dit encore 

(1) Lyell, Éléments de géologie. Paris, 1839. p. 459. 

(2) Darwin, Journal des voyages dans V Amérique du Sud^ 
de 1832-1836. Voyage du Beagle. 

(3) C'est VAmblyrynchus cristatns. Bell. Darwin dit qu'il est 
extrêmement commun dans tout rarchi})el et qu'il n'en a jamais 
vu un seul à dix mètres du rivage. 

(4) Delamétherie, Géologie, t. II, p. 184 et 260. 

POUCHET. 3 1 



482 HÉTÉROGÉNIE. 

qu'après une éruption du Jurullo, en 1 759, il se forma 
aux environs de ce volcan une montagne de cinq 
cents pieds de hauteur (1) . 

Il semble que dans la discussion à laquelle donnè- 
rent lieu ces îles, on ait oublié toute l'histoire de la 
science. Qu'y a-t-il d'étonnant, en effet, qu'une 
terre nouvelle ait surgi au milieu de l'immensité du 
grand Océan, quand déjà tant de faits analogues 
se sont présentés? L'antiquité elle-même connaissait 
si bien ce phénomène, qu'il existait une loi spéciale 
dans les Inslitutes de Justinien, relativement à la prise 
de possession de ces terres inattendues : L'île qui naît 
à la surface de la mer, y lit-on, est au premier occu- 
pant (2). Sénèque a même décrit, avec un profond 
cachet de véracité, l'apparition d'une île volcanique 
qui fut observée dans la mer Egée (3); et il ajoute 
que cet événement s'est révélé sous le consulat de 
Valérius Asiaticus. Pline parle aussi d'une île qui 
sortit des flots aux environs de Santorin. 



(1) De Humboldt, Histoire de la Nouvelle-Espagne, et Journal de 
physique, t. LXÏX, p. 149. 

(2) JuSTiNiEN, Inst, Just. lib. II, lit. I. 

(3) Sénéque, Natur., quœst., lib. III, cap. xxvi, décrit ainsi l'ap- 
parition de cette île. « On voyait la mer écumer pendant le jour et 
rejeter une noire fumée du fond de ses abîmes. Ensuite elle jeta 
des feux, non pas continuels , mais qui brillaient par intervalles, 
toutes les fois que la flamme intérieure surmontait le poids des 
eaux ; bientôt ce furent des pierres, même des rochers énormes 
qui furent lancés dans les airs, les uns encore intacts, les autres 
rongés et réduits à la légèreté de la pierre ponce. Enfin parut 
la cime brûlée d'une montagne dont la hauteur s'accrut insensi- 
blement, et dont toutes les dimensions s'agrandirent au point de 
former une île. » 



SUCCESSION DES SOULÈVEMENTS. 483 

L'île de Mascareigne doit être aussi considérée 
comme un récent présent de la mer, et à l'appui de ce 
que nous venons de dire, nous ne pouvons nous 
empêcher de reproduire ici la brillante page dans 
laquelle Bory de Saint - Vincent trace l'apparition 
de cette île volcanique et des diverses phases qu'y a 
suivi le développement de l'organisation. « Nous 
avons démontré ailleurs, dit ce naturaliste, que 
toute la masse de ce point du globe, convulsive- 
ment élevée au sein de l'Océan , fut originaire- 
ment incandescente et liquéfiée par le feu. Dans l'en- 
droit où nous la trouvons, la mer roulait encore ses 
vagues que la moitié du monde avait été exondée. 
Déjà des torrents dépouillaient d'antiques montagnes 
en arrachant à leurs cimes des atterrissements destinés 
à augmenter l'Afrique, l'Europe et l'Asie, que Masca- 
reigne n'était pas encore sortie du sein des flots. Tout 
dans cette île est neuf en comparaison de ce qu'on 
voit sur l'ancien continent; tout y porte un carac- 
tère de jeunesse, une teinte de nouveauté qui rappelle 
ce que les poètes ont chanté du monde naissant, et 
qu'on ne retrouve que dans quelques autres îles for- 
mées aussi dans les derniers âges. Mascareigne fut d'a- 
bord un de ces soupiraux brûlants au milieu des 
eaux, comme on en a vu presque de nos jours à 
Santorin ou dans les Açores. Des éruptions fréquen- 
tes en élevèrent la fournaise, au moyen des couches de 
lave ardente qui, s'y superposant sans interruption, 
formèrent enfin une montagne, que des tremblements 
de terre terribles vinrent lacérer, et sur la surface 
échauffée de laquelle les eaux pluviales se réduisant 



484 HETEROGENIE. 

aussitôt en vapeur, n'arrosaient aucun végétal possi- 
ble, ne rafraîchissaient aucun vallon. Les salamandres 
de la Fable, seules, eussent pu devenir les hôtes de ce 
brûlant écueil . Comment une aimable verdure le vînt- 
elle ombrager? comment des animaux attachés au sol 
choisirent-ils pour patrie un rocher nécessairement 
inhabitable longtemps encore après son apparition et 
durant son accroissement (1) ? » 

Après cet exposé, Bory de Saint-Vincent démontre 
longuement que l'homme, les oiseaux, les vents et les 
flots n'ont pu peupler Mascareigne de sa verdure et de 
ses animaux, et que l'hétérogénie seule a pu y prési- 
der. « Les hommes, dit-il en terminant, n'y ont pas 
surtout apporté avec eux ce Dronte, oiseau mons- 
trueux, qu'ils furent si étonnés d'y voir et dont ils 
exterminèrent la race : où Feussent-ils pris? d'où 
l'auraient-ils amené? il n'exista jamais ailleurs; il 
fut propre au sol, et création locale d'une nature 
trop hâtée de produire, il semblait porter dans son 
ridicule ensemble le cachet d'une certaine inexpé- 
rience organisatrice. » 

Bory de Saint-Vincent achève ainsi son chapitre 
sur ce sujet : « Quelque révoltante que puisse être pour 
certaines personnes l'idée de ces créations continuel- 
les, non-seulement il est impossible pour tout bon 
esprit de ne la point admettre, mais il sera peut-être 
bientôt évident qu'il existe des créations spontanées, 
c'est-à-dire qui non-seulement peuvent avoir lieu se- 
lon que les éléments s'en trouvent réunis, mais qui 

(1) Bory de Salnt-Vincent, Dict. class. d'histoire naturelle. Paris, 
1824, t. V, p. 42. 



SUCCESSION DES CRÉATIONS, 485 

ne se perpétuant pas d'elles-mêmes peuvent avoir 
lieu toutes les fois que les causes occasionnelles s'en 
renouvellent. Certes, un pareil fait n'est pas en fa- 
veur de la doctrine qui attribuerait à l'aveugle hasard 
l'ordre sublime auquel nous concourons par notre 
existence; il commande au contraire une admiration 
qui porte au respect pour le législateur souverain (1). » 

SECTION m. — SUCCESSION DES CRÉATIONS 

Les créations ont été successives comme les soulè- 
vements, et chacune d'elles a suivi l'un de ceux-ci. 
Les travaux des géologues ayant rendu incontestable 
que les continents et les montagnes se sont soulevés 
à différentes époques, il faut bien admettre que les 
animaux et les plantes qui animent leurs sites variés, 
ont subi la même loi dans leur apparition. C'est une 
déduction toute rationnelle, dont au besoin l'examen 
des productions du sol, partout si différentes, donne- 
rait la plus évidente démonstration. 

La science ne permet plus aujourd'hui de contes- 
ter la succession des créations. Les Buffon, les Cu- 
vier, les Buckland , les de la Bêche, les Lyell, les 
Brongniart, les Bory de Saint- Vincent, les Beudant,les 
Huot,les Pictet,les Ch. d'Orbigny, les Aie. d'Orbigny 
et tous les géologues sont d'accord sur ce point (2) ; 

(1) BoRY DE Saint-Vincent, ibid. 

(2) Buffon, Époques de la nature. Eist. nat. Deux-Ponts, 1785, 
t. XII. — CuviER, Discours sur les révolutions du globe. Paris, 1831, 
Recherches sur les ossements fossiles. — Buckland, La géologie et la 
minéralogie dans leurs rapports avec la théologie naturelle. Paris. 
— De la Bêche, Geological researches. 1824, p. 239. — Lyell, 



486 HÉTÉROGÉNIE. 

s'il y a quelques dissidences, elles ne roulent que sur 
le mode par lequel la nature a procédé. Aussi, les ani- 
maux se trouvent-ils répartis par étages qui consti- 
tuent autant de tableaux des époques géologiques. Cha- 
cune de celles-ci a sa Faune et sa Flore distinctes, 
caractéristiques; les étages silurien, carboniférien, ju- 
rassique, crétacé, etc., présentant des caractères pa- 
léonlologiques identiques pour chacun d'eux (1). 

Il est évident, en effet, que chaque période du globe 
a eu ses formes organiques particulières, qui n'existè- 
rent dans aucun âge antérieur et qu'on ne retrouve plus 
ensuite. Ainsi que le dit M. Pictet, les espèces d'ani- 
maux d'une époque géologique n'ont vécu ni avant, ni 
après cette époque (2) . G' est aussi l'opinion des Cuvier, 
des Buckland, des d'Orbigny et des plus illustres pa- 
léontologistes. (3) Enfin, de Humboldt, lui-même, 
partage également cette manière de voir, et s'exprime 

Principles of geology, t. II. Brongntart, Descriptions géologiques 
des environs de Paris, en collaboration avec Cuvier. — Tableau 
des terrains qui composent l'écorce du globe. Paiis^ 1829. — 
BoRY DE Saint-Yinceint, Dict. class. d'hist. nat., art. Création. — 
Beudant, Cours de géologie. Paris, 1(857. — Huot, Nouveau cours 
de géologie. Paris, 1839, 1. 11, p. 73. — Pictet, Traité de paléonto- 
logie, deuxième édition. Paris, 1853. — Agassiz, Études sur les 
glaciers. Neuicliâlei, 1840. — Ch. d'Orbigîny, Géologie appliquée 
aux arts. VnviSj 1851, p. 83. — Al. d'Orbigny, Cours de paléonto- 
logie. 

(1)Ch. d'Orbigny, Géologie appliquée aux arts et à l'agriculture. 
Paris, 1851 , p. 89. 

(2) Pictet, Traité de paléontologie, 2e édition. Paris, 1853. 

(3) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles. Paris, 1822. — 
Ch. d'Orbigny, Géologie appliquée aux arts. Paris, 1851. — 
Buckland, La géologie et la minéralogie dans leurs rapports avec la 
théologie naturelle. Paris, 1838. 



SUCCESSION DES CRÉATIONS. 487 

ainsi à ce sujet : « Chaque soulèvement de ces chaînes 
de montagnes dont nous pouvons déterminer l'ancien- 
neté relative, a été signalé par la destruction des es- 
pèces anciennes et par l'apparition de nouvelles orga- 
nisations (1). » 

En effet, depuis que l'homme a pu scruter l'âge 
des diverses chaînes de montagnes, et, avec l'assu- 
rance du génie, le buriner sur leur fronton, la suc- 
cession des créations est devenue un fait ration- 
nellement incontestable (2). Comment, hors cette 
hypothèse, expliquer cette diversité que l'on remarque 
dans les productions naturelles de la surface du 
globe? Tous les types nouveaux, qui surgirent après 
chaque révolution tellurique , eurent une origine 
simultanée : il n'en existait aucun vestige dans les 
temps antérieurs, et beaucoup d'entre eux n'auraient 
même pu subsister alors. Nous avons fréquemment 
rencontré dans le cours de nos recherches , dit 
Buckland, de nombreux exemples de systèmes orga- 
niques végétaux et animaux qui ont eu leur commen- 
cement et leur fin ; et chaque fois, nous avons été 
conduit à leur assigner, comme origine, l'intervention 
directe d'une action créatrice (3). 

Il a donc fallu lorsque ces types apparurent que 
les germes fussent extraits de la matière ; ils ont donc 

(1) De UmiBOLDT y Cosmos. ParisJ855, t. ï,p. 312. 

(2) La main du temps, dit M. Élie de Beaumont, a gravé l'his- 
toire du globe sur sa surface; les montagnes sont les lettres ma- 
juscules de cet immense manuscrit, et chaque Système de mon- 
tagnes en renferme un chapitre. Dict. univ. d'hist. «at., article 
Système de montagnes, t. Xll, p. 167. 

(3) Buckland^ Géologie et Minéralogie, etc., t. 1, p. 515. 



488 HÉTÉROGÉNIE. 

été formés à même celle-ci, et comme le serait, de iK)s 
jours, un être qui apparaîtrait pour la première fois 
au milieu d'elle. 

La science nous enseigne que les grandes créations 
ont du se succéder à de longs intervalles, et elle nous 
démontre aussi que d'autres créations partielles ont 
encore apparu, en offrant aux regards étonnés une série 
d'êtres nouveaux. On peut poser en fait, dit de la Bêche 
que les plantes et les animaux ont été engendrés en 
vue des situations dans lesquelles ils se trouvent placés, 
et qui, elles-mêmes, ont été disposées d'avance pour 
les recevoir. Ces êtres paraissent avoir été créés à me- 
sure que la terre présentait des conditions favorables 
à leur existence (1). Le grave Buckland n'élève aucun 
doute à cet égard : « L'état parfait de conservation, 
dit-il, dans lequel nous trouvons les débris animaux 
et végétaux de chacune des diverses formations géo- 
logiques, et le mécanisme admirable dont beaucoup 
de fragments fossiles nous offrent des traces, sont des 
preuves, en nombre infini, que les créatures auxquel- 
les ils appartiennent ont été créées dans un but d'har- 
monie avec la succession de conditions diverses qui 
s'est faite à la surface de notre globe, et avec son ap- 
titude croissante à recevoir des formes organiques de 
plus en plus comphquées. (1). » 

« Toutes les observations s'accordent même sur ce 
point, dit de Humboldt, que les Faunes et les Flores 
fossiles diffèrent d'autant plus des formes animales et 

(1) De la Bêche, Geological researches. 1834^ p. 239. 

(2) Buckland, La géologie et la minéralogie dans leurs rapports 
avec la théologie naturelle. Paris, 1838. 



SUCCESSION DES CREATIONS. 489 

végétales actuelles, que les formations sédimentaires 
où elles gisent sont plus inférieures, c'est-à-dire plus 
anciennes (1). » 

Les poissons eux-mêmes, malgré l'uniformité du 
milieu qu'ils habitent, ont aussi beaucoup varié durant 
les diverses phases géologiques. Agassiz qui a étudié 
plus de dix-sept cents espèces de poissons fossiles, 
affirme que parmi ceux-ci il n'a rencontré aucune 
espèce qui fût identique avec les animaux de cette 
classe, vivant aujourd'hui dans nos mers (2). 

Ainsi donc, à des intervalles de temps illimités, il a 
plu à la Sagesse infinie de pétrir la matière et d'en 
façonner les plus sublimes organismes. Tout cela n'est 
au fond que cette mutation moléculaire qui révolte 
tant certains savants ; ce n'est que la manifestation de 
l'hétérogénie sauvegardée par l'intermédiaire de la 
Divinité. Dans ces phénomènes insolites, tout a obéi 
aux lois suprêmes. Ce n'est pas autre chose que nous 
voyons aujourd'hui se réaliser sur une moindre 
échelle; c'est la matière s'organisant à un moment 
donné, en raison de lois qui nous échappent. Là elle 
s'agglomère dans l'ovaire, ailleurs dans une pseudo- 
membrane qui en tient lieu; là surgit un mollusque 
ou un oiseau; ici un simple Polype ou un Kolpode. 

Il ne peut plus être contesté que la création qui a 
animé primitivement la surface du globe, ne ressem- 

(1) De Humboldt, Cosmos. Paris, i8o5, t. I, p. 316. 

{2j Agassiz, Poissons fossiles, t. 1, p. 30^ et t. III, p. i-52. Il 
fait seulement une exception pour un seul petit poisson qu'on 
rencontre dans les géodes argileuses du Groenland. Sous la craie 
on ne trouve plus un seul genre de poissons de l'époque ac- 
tuelle. 



490 HÉTÉROGÉNIE. 

blait nullement à celles qui se manifestèrent durant 
les temps suivants. Ce n'est peut-être que bien des 
siècles après que se furent déposés les terrains carbo- 
nifères, où l'on ne rencontre que des animaux aqua- 
tiques, des mollusques et des poissons, que se pro- 
duisirent les terrains paléothériens si féconds en 
mammifères (i). On ne dira sans doute pas que lors 
des premiers essais échappés des mains du Créateur, 
il avait en même temps disséminé çà et là sur le globe, 
quelques germes pouvant impunément braver l'action 
destructive des temps et des cataclysmes, pour venir 
éclore à un moment donné, après un sommeil dont 
la pénétration humaine ne peut même pas sonder la 
durée. Non, quand à de longs intervalles il lui a plu 
d'ajouter quelques nouvelles pages à son œuvre, 
Dieu en a puisé tous les éléments parmi la matière 
ambiante. 

Emportés trop loin en s'élevant contre les généra- 
tions spontanées, quelques savants ont soutenu que la 
vie, depuis la création jusqu'au moment actuel, s'était 
transmise par une chaîne non interrompue de ^posses- 
seurs qui se la sont communiquée successivement (2). 
Mais chaque parcelle du globe proteste éloquemment 
contre une telle assertion; et les vestiges des généra- 
tions éteintes, ces véritables médailles de la création, 
comme les appelle Mantell, lui impriment le plus inef- 
façable démenti (3). Cette chaîne non interrompue 

(1) D'Omalius d'Halloy, Élém. de géologie. Paris, 1831, p. 296. 

(2) Milne-Edwards, Comptes rendus de V Académie des sciences. 
Paris, 1859, t. XLVIU,p. 2o. 

(3) Mantell, The medals of création. Londres, 1846. 



SUCCESSION DES CRÉATIONS. 491 

dont on parle , mais nous la trouvons brisée sur 
chaque stratification de l'écorce terrestre, et la paléon- 
tologie s'efforce en vain d'en retrouver les anneaux ! 

Les Faunes des diverses phases géologiques du 
globe sont tellement différentes, sous certains rap- 
ports, qu'il devient absolument impossible de les re- 
lier à rien d'analogue , ni dans le passé, ni dans 
l'époque actuelle. Où étaient donc avant la formation 
des strates du lias, les chefs de la généalogie des rep- 
tiles gigantesques qui en animaient la surface? et 
depuis eux, que sont devenus leurs descendants? où 
étaient avant le diluvium ,\e?> ancêtres des Mastodontes, 
des Éléphants et des Rhinocéros, qui abondaient alors 
en Europe ? où vivaient aussi les devanciers du Mylo- 
don d'Owen, ce Paresseux gigantesque, qui n'avait 
pas moins de trois mètres et demi de longueur; et 
ceux du Colossochelys, cette prodigieuse tortue de 
terre de quatre mètres de longueur sur deux d'épais- 
seur ? 

Je ne pense pas qu'il existe aujourd'hui beaucoup 
de paléontologistes qui veuillent soutenir cette trans- 
mission non interrompue des êtres dont on vient de 
parler. M. Pictet la condamne de tout l'ascendant de 
son autorité : « La théorie des créations successives, 
dit-il, est la seule qui se lie avec la loi que les espèces 
sont toutes différentes d'un terrain à l'autre (1). » En- 
fin, Cuvier, lui-même, s'est nettement exprimé à cet 
égard. Selon lui, les Faunes antédiluviennes ne peu- 
vent pas être reliées à la création contemporaine : «Les 

(1) PicTET, Traité de paléontologie ou Histoire naturelle des ani- 
maux fossiles. Deuxième édition, Paris, 1853, t. I, p. 93. 



492 HÉTÉROGÉNIE. 

races actuelles, dit-il, ne sont nullement des modifi- 
cations des races anciennes qu'on trouve parmi les 
fossiles; les espèces perdues ne sont pas des variétés 
des espèces vivantes (1). » 

On ne peut oublier aussi qu'à chacune des grandes 
époques du globe, on voit osciller la série zoologique. 
Là elle se trouve réduite à ses moindres représentants 
et ses plus magnifiques manquent absolument ; ici les 
plus élevés précèdent les autres; ailleurs de longs 
chaînons font défaut (2). 

En suivant le développement de l'animalité à la 
surface du globe, voit-on toujours cette série d'ani- 
maux suivre réguhèrement la marche ascendante 
qu'indiquent quelques zoologistes ? mais, pas le moins 
du monde. Aie. d'Orbigny a fait remarquer, avec rai- 
son, que les Rayonnes, depuis les premières époques 
du globe, ont parfois suivi une marche rétrograde. 
Selon lui les Mollusques sont restés stationnaires ou 
même ont rétrogradé; et aucun des groupes de la 
période actuelle n'offre une organisation plus élevée 
que ceux des terrains paléozoïques. 11 en est de même 
pour les animaux articulés. Dans les Vertébrés seule- 

(1) CuviER, Recherches sur les ossements fossiles. Paris, 1821, 
t. I, p.57. 

(2) Les détails prouvent surabondamment ce que nous avan- 
çons. Dans la première grande période du monde, dans la pé- 
riode paléozoïque, suivant un savant dont Tautorité ne peut être 
contestée, suivant Aie. d'Orbigny, il n'existait que trente-un or- 
dres d'animaux sur soixante-dix-sept dont se compose le règne 
animal. Où étaient donc alors les animaux destinés à former cette 
chaîne non interrompue dont on parle. [Cours élémentaire de 
paléontologie et de géologie strati graphiques. Paris, t. I, p. 225 
à 232. 



SUCCESSION DES CRÉATIONS. 493 

ment les choses prennent un aspect différent, et là le 
savant géologue convient que, jusqu'à un certain point, 
l'hypothèse du perfectionnement progressif semble 
fondée ; mais quand on met en regard les diverses 
classes de ce grand type, on voit que dans plusieurs 
d'entre elles, il y a eu une marche rétrograde ; c'est 
ce qu'on observe sur les poissons et les reptiles. En 
effet, les Sauriens apparus d'abord, sont supérieurs 
aux Ophidiens et aux Batraciens qui ne vinrent que 
bien plus tard. Les poissons des terrains paléozoïques, 
tels que les Placoïdes et les Squales, sont supérieurs 
aux Pleuronectes, qui ne se montrent que dans les 
dernières époques géologiques. Les oiseaux restent 
stationnaires depuis la seconde époque ; et les mam- 
mifères seuls offrent un argument en faveur du per- 
fectionnement successif (1). 

S'il est de la dernière évidence que l'organisme a 
été primitivement créé aux dépens de la matière 
amorphe, et que les créations ont été successives, et 
la science est unanime sur ce point, si cela, dis-je, 
est évident, on ne peut pas prétendre spolier notre 
époque d'un phénomène que les temps qui nous ont 
précédés ont vu se reproduire à d'assez nombreuses 
reprises. Assurément, actuellement, comme autrefois, 
partout où il se trouve de la matière organique amor- 
phe, elle peut se concentrer et produire de nouveaux 
organismes. 



(1) Déjà, avant moi, M. V. Meunier a pu dire aussi, avec toute 
Tautorité d'un éminent savoir, qu'il demeure hors de contesta- 
tion qu'il est absolument faux que la nature a passé sans cesse 



494 HÉTÉROGÉNIE. 

L'effervescence qui se manifeste dans cette matière 
étant en raison de sa masse, plus celle-ci est considé- 
rable, plus il en sort de produits et plus ils sont avan- 
cés en organisation. C'est pourquoi lorsque, dilacérée 
par les cataclysmes, toute l'organisation s'anéantit 
dans le même naufrage, il s'engendre ensuite une po- 
pulation plus nombreuse et plus variée que précédem- 
ment. L'Amérique moins étendue que l'ancien conti- 
nent, ne produisit qu'une Faune et qu'une Flore 
beaucoup moins riches. L'Australie , Madagascar , 
Mascareigne, dont le périmètre se rétrécit de plus en 
plus, virent se restreindre, dans la même proportion, 
les types d'animaux et de plantes qui peuplèrent leur 
sol émergé. 

D'après ces considérations, est-il nécessaire de dire 
pourquoi dans nos expériences toujours faites sur une 
si petite échelle, on ne voit apparaître que de si in- 
fimes Protozoaires? Nos infusions , nos bocaux ne 
représentent guère qu'un point métaphysique dans 
l'espace en comparaison de ces masses incalculables 
de matières organiques qui purent entrer en fermenta- 
tion après les grands cataclysmes du globe. Cette idée, 
que les forces productrices doivent être en raison di- 
recte de la masse de substance en action, se présente 
naturellement à l'esprit. Aussi beaucoup d'hommes 
d'une intelligence élevée, ainsi que le fait M. Guépin, 
se sont demandé si, au lieu de se produire dans un 
étroit bocal, l'acte génésique avait lieu dans un lac 
échauffé et renfermant d'abondants matériaux orga- 

des êtres inférieurs aux êtres supérieurs. (V. Meunier, L'ami des 
sciences. PdiTiSf 1859, p. 37.) 



SUCCESSION DES CRÉATIONS. 495 

niques, il n'en résulterait pas des êtres infiniment 
plus élevés (1). 

Si MM. de Humboldt et Bonpland ont pu dire que 
la question générale de la première origine des habi- 
tants d'un continent est au delà des limites prescrites 
à l'histoire (2), ce qui nous parait une assertion d'une 
immense gravité; comme on peut, sans scrupule, 
s'occuper de l'apparition des animaux et de leur dis- 
tribution géographique, nous allons voir qu'elles of- 
frent de victorieux arguments en faveur des généra- 
tions successives. 

La zoologie de chaque continent possède un aspect 
spécial, et partout elle présente certains types parti- 
cuhers, qui indiquent, ainsi que le dit M. Boue, dans 
chacun d'eux un ou plusieurs grands centres de créa- 
tion (3). Il en est de même à l'égard de quelques îles. 
En réalité, les faits de géographie zoologique abondent 
pour prouver que sans invoquer les créations succes- 
sives et locales, il est tout à fait impossible d'expli- 
quer la répartition circonscrite de certaines espèces. 
Cela devient surtout évident lorsque l'on étudie l'ha- 
bitat de la plupart des quadrupèdes, des reptiles et des 
insectes, eux qui ont plus de difficulté que beaucoup 
d'autres animaux à se transporter, à cause des obsta- 
cles physiques qui peuvent leur barrer si facilement 
le passage. 

(1) GuÉPiN, Philosophie du dix-neuvième siècle. Paris, 1854, 
p. 296. 

(2) De Humboldt et Bonpland, Essai politique sur la Nouvelle- 
Espagne, ouvrage dédié à S. M. Catholique Charles IV, 1. 1, p. 79. 

(3) BouÉ^ Guide du voyageur géologue^ t. I, p. 374. 



496 HÉTÉROGÉNIE. 

. La distribution topographique des animaux prouve 
surabondamment que ceux-ci, dans l'état dénature, 
résident souvent dans des régions assez circonscrites. 
Chaque espèce s'attache à son chmat, à son sol, et, 
ainsi que le dit M. Bonifas, la moindre différence 
dans la température semble un obstacle presque in- 
surmontable à sa dissémination (1), Le Condor, qui, 
dans son vol puissant, plane au-dessus des cimes des 
Cordillères, ne réside que dans la portion de celles-ci 
qui traverse le Pérou et le Mexique. Le Vautour des 
agneaux ne s'éloigne jamais des hautes Alpes ; et La- 
treille dit que le Rhin et sa bordure de montagnes, 
forment à eux seuls une limite que certains insectes 
ne franchissent pas (2). 

La conquête de l'ensemble du globe ne date, en 
quelque sorte, que de notre époque; et sur chaque 
plage où nos vaisseaux ont abordé, après tant de siè- 
cles, tant de dangers et de funérailles, on a découvert 
quelque animal nouveau , quelque végétal inconnu. 
Comment donner une explication plausible de ce 
fait? Nés sur l'ancien continent, comment ont-ils pu 
gagner les îles qui s'en trouvent séparées par d'im- 
menses mers? Pourquoi alors n'en retrouve-t - on 
plus de descendants dans leur primitive patrie ? Et si 
Ton voulait prétendre que c'est l'homme lui-même 
qui s'est chargé de répandre les animaux sur toute 
la surface du globe, au berceau de ceux-ci tout ves- 

(1) A. Bonifas, De la génération spontanée. Paris ^ 1852, p. 24 
(Thèse). 

(2) Latreille, Cours d'entomologie. Paris, 1831, p. 289 et suiv. 
Comp. Fabrigius, Philosophia eniomologica, 1778. 



SUCCESSION DES CRÉATIONS. 497 

tige en serait-il anéanti? cette hypothèse ne pourrait 
même concerner que les espèces pacifiques et d'un 
très-faible volume. Est-ce l'homme qui s'est occupé de 
disséminer dans les forêts de l'Amérique le Jaguar et 
le serpent à sonnettes, qui les ravagent malgré lui? 
comment eût-il pu peupler Java et Sumatra des espè- 
ces particulières de Rhinocéros que l'on y rencontre 
aujourd'hui (1) ? 

Pour ne citer que les exemples les plus saillants, 
sans admettre des créations locales et successives, 
comment expliquer les Paresseux, les Tamanoirs, les 
Hurleurs, les Tatous et tant d'autres mammifères, ab- 
solument relégués dans les régions équatoriales de 
l'Amérique? Comment expliquer ces étranges Kan- 
guroos et ces Monotrêmes qui n'habitent que l'Austra- 
lie? Puis les Makis, les ïndris et les Epiornis de 
Madagascar (2), les Manchots de la Terre de feu, le 
Dronte de Mascareigne , le Dinornis de la Nouvelle- 
Zélande ? 

Toutes ces questions s'étaient déjà présentées à nos 
devanciers à une époque où la géographie zoologique, 
moins avancée, en rendait la solution plus laborieuse. 
On voit que saint Augustin y avait songé. Dans l'un 
de ses plus importants ouvrages, il se demande com- 
ment les îles, après le déluge, ont pu recevoir de 
nouvelles plantes et de nouveaux habitants; et il 
semble porté à croire que ceux-ci y ont été engen- 

{\) Rhinocéros Javànicus, Desm. ; R. Sondaicus, G. Cuv. ; 
Rhinocéros Sumatr anus _, Raffl.; R. Sumatrensis, G. Ciiv. 

(2) Gomp., pour Y Epiornis, I. Geoffroy Saint-Hilaire , Comptes 
rendus de l'Académie des sciences. 18oI. 

POUCHET. 32 



498 HETEROGENIE. 

drés par les seules forces de la génération spontanée ; 
génération qu'il désigne déjà sous les mêmes noms 
qu'on lui donne encore aujourd'hui (1). Si les anges 
ou les chasseurs des continents, dit ce Père de l'Église, 
n'ont point transporté d'animaux dans les îles éloi- 
gnées, il faut bien admettre que la terre les a en- 
gendrés (2). ■ 

Le Nouveau-Monde possède, il est vrai, dans ses 
régions boréales, quelques animaux absolument iden- 
tiques à ceux qui habitent les mêmes latitudes de 
l'ancien continent ; mais lorsque l'on s'avance vers 
l'équateur on voit graduellement tout changer et appa- 
raître des espèces absolument différentes. On conçoit 
facilement que quelques grands mammifères du nord, 
dans leurs pérégrinations hivernales, aient pu passer 
d'un continent dans l'autre, en traversant le détroit de 
Bering, encombré par les glaces, et aller répandre 
leur féconde progéniture sur la terre nouvellement 
exondée. Ainsi le renne, Fours blanc, l'élan, le renard 
bleu, habitent à la fois les régions arctiques des deux 
mondes. Mais pour les espèces intertropicales de 
l'Amérique, comme elles sont entièrement différentes 
de toutes celles de Tancien continent, et qu'on ne 
rencontre nulle part ailleurs rien qui puisse leur être 
assimilé, il faut indubitablement qu'elles aient été 
créées sur place. Pour qu'il soit possible d'admettre 
la pérégrination des espèces de l'ancien continent sur 

(1) Saint Augustin la nommait déjà generatio œquivoca , spon- 
tanea aut primaria. 

(2) AuGusTLNUs, De civitate Dei, lib. XIV, c. vu. Venet., 1732, 
édition des Bénédictins, p. 422. 



SUCCESSION DES CRÉATIONS. 499 

le nouveau, la première condilion serait qu'elles eus- 
sent existé dans ce dernier; cependant cela n'a jamais 
eu lieu, car elles n'auraient pu disparaître absolument, 
et la science en rencontrerait encore des vestiges. 
Mais y eussent-elles vécu, jamais même l'idée d'un tel 
voyage n'entrerait dans l'esprit d'un géologue ou d'un 
géographe (1). 

Il est impossible, en effet, de se rendre compte de 
l'état actuel de diverses régions du globe sans admettre 
des créations successives et locales ; et les trois règnes 
protestent à la fois contre l'unité d'origine qu'on vou- 
drait leur attribuer. Quelle que soit la puissance de cette 
mystérieuse main qui dissémine si merveilleusement 
les germes, sans invoquer ces créations temporaires, 
il est absolument impossible d'expliquer une foule de 
faits de géographie zoologique ou botanique. Nous 
pourrions arguer à la fois de la presque totalité des 
animaux de l'Amérique australe, de Madagascar ou 
de l'Australie; mais contentons-nous de citer un seul 
fait, parmi tant de milliers, qu'il serait possible de 
produire. 

Le Fourmilier-tamanoir, par exemple, n'a jamais 
pu naître dans l'ancien monde, pour s'en expatrier 
ensuite et aller se fixer dans les brûlantes régions de 
l'Amérique méridionale! On sait que ce gros mammi- 
fère ne vit que d'insectes, et en particulier de fourmis, 

(I) On sait que Biiflbn prétendait qu'il ne serait pas impossible 
que tous les animaux du nouveau continent ne fussent dans le 
fond les mêmes que ceux de Tancien, desquels ils auraient 
tiré leur origine [Hist. nat., 1761, t. IX, p. 126). Mais qui oserait 
aujourd'liui, parmi l'ancien continent, exhumer des ancêtres aux 
fourmiliers, aux paresseux, aux tatous, etc. 



500 HETRROGENIE. 

et qu'à cause de la disposition de ses pattes, sa locomo- 
tion est excessivement pénible. Comment donc, en 
admettant même qu'à l'époque de la primitive créa- 
tion l'Amérique fût déjà émergée, comment donc sup- 
poser qu'un tel animal ait pu naître en Asie et partir 
de là pour aller disséminer sa race dans toutes les 
forêts qu'arrosent les affluents de l'Amazone et de la 
Plata ? Je fais immédiatement abstraction de la len- 
teur et des diflicultés du voyage pour un Edenté aussi 
peu agile; des fleuves et des montagnes qui ont barré 
le passage. îl ne sera question ici que des obstacles 
insurmontables, que la diversité des climats a opposés 
à cette impossible pérégrination. 

Parti des régions chaudes de l'Asie, pour se rendre 
en Amérique, le Fourmilier a dû nécessairement re- 
monter vers le pôle, en se dirigeant sur la Sibérie, 
pour franchir le détroit de Bering, qui, lorsque les 
glaces l'encombrent, permet une communication di- 
recte entre les deux continents. 

Je ne parle nullement, ni des glaces qu'il a fallu 
franchir, ni de l'Amérique du Nord, dont il fau- 
dra longer toute la Cordillère, ni de l'isthme de Pa- 
nama, qui devra encore être traversé avant d'atteindre 
le but du voyage; je n'insisterai que sur l'absolu dé- 
faut d'alimentation durant un si long trajet et sur 
l'action mortelle des climats. En admettant même que 
le froid extrême n'ait pas cent fois tué le voyageur 
durant sa pérégrination, qui n'a pu être entreprise 
qu'au milieu de l'hiver; je me borne à dire que le 
Fourmilier, en traversant des régions absolument dé- 
pouillées des insectes qui seuls le nourrissent, a né- 



SUCCESSION DES CRÉATIONS. 501 

cessairement dû périr par la faim, longtemps même 
avant d'être arrivé au passage qui sépare les deux 
mondes. La même remarque serait applicable au Pa- 
resseux, à la progression presque impossible, et qui, ne 
vivant que de feuilles, est absolument construit pour 
rester accroché aux branches des arbres (1). 

On ne manquera pas d'opposer à ce qui précède les 
migrations périodiques de certains animaux. Mais au- 
cun d'eux n'a à braver une telle inclémence des saisons 
et à accomplir un aussi extraordinaire voyage. Ceux- 
ci ont constamment en vue une amélioration de posi- 
tion que la Providence, qui les guide, leur indique 
instinctivement. Là, chassés par la rigueur de l'hiver, 
ils s'exilent vers des contrées plus heureuses et plus 
fertiles, et chaque étape est marquée par un accroisse- 
ment de bien-être. Ailleurs, ce sont les chaleurs âpres 
des tropiques qui font fuir certaines espèces, qu'on 
voit venir dans les zones tempérées pour y respirer une 
atmosphère moins accablante. Et cependant, durant 
ces migrations, de combien de funérailles la route 
n'est-elle pas jonchée? Les Économes partent en 
bandes immenses, et ils ne reviennent qu'en bien petit 
nombre vers leur pays natal. Les oiseaux, en traver- 
sant les mers, périssent souvent épuisés de fatigue 
si quelque roche propice ne leur offre un refuge. Et 
cependant, combien ces migrations sont peu de chose 
comparativement à l'incompréhensible voyage qu'au- 
raient dû faire les animaux, nés sur l'ancien conti- 

(1) Le tamandua , le priodonte, les boas et tant d'antres ani- 
maux, n'ont pas pu davantage accomplir un tel trajet. 



r)02 HÉTÉROGÉNIE. 

nent, pour aller se disséminer dans la Patagonie, 
l'Australie, Madagascar ou Mascareigne ! Comment 
même les espèces essentiellement terrestres ont-elles 
pu franchir la mer pour arriver dans ces dernières 
iles? Il faut bien qu'il y ait eu là des créations subsé- 
quentes; elles seules peuvent expliquer ce point de 
géographie zoologique. 

Que nous fait à nous le mode suivi par la nature 
pour atteindre la sublime harmonie de l'ordre actuel? 
Révolutions subites ou évolutions progressives , il n'en 
est pas moins positif que l'apparition de la vie et sa 
marche ascendante, ont escorté pas à pas les diverses 
phases du globe ; les transformations biologiques se 
sont manifestées parallèlement aux transformations 
géologiques. Chaque empreinte des générations pas- 
sées démontre l'évidence de cette assertion. Et pen- 
dant que s'établissait cette harmonie progressive, 
pour me servir de l'expression de Geotïroy Saint- 
Hilaire (i), quels germes les générations expirantes 
pouvaient-elles transmettre à celles, absolument diffé- 
rentes, qui surgissaient au milieu de la confusion des 
éléments ? Se peut-il qu'il n'y ait pas eu là autant de 
générations primordiales, qu'il s'est présenté de 
grandes phases organiques différentes? 

(1) Geoffroy Sainï-Hilaire, Histoire naturelle générale des 
règnes organiques. Paris, 1854, t. I, p. 346. 



DE l'immutabilité DES ÊTRES. 503 



SECTION IV. — DE l'immutabilité DES ÊTRES DURANT CHAQUE ÉPOQUE 
GÉOLOGIQUE. — VARIABILITÉ LIMITÉE ET TEMPORAIRE DES ESPÈCES. 

Il ne peut y avoir que trois hypothèses pour exph- 
quer comment la surface de la terre s'est peuplée 
d'êtres organisés : ou ceux-ci sont tous dérivés d'une 
espèce unique et primitive; ou tous les êtres ont été 
créés en une seule fois; ou, enfin, leur apparition a eu 
lieu à des époques successives. 

Les fauteurs de la première hypothèse font des- 
cendre toutes les créatures d'une seule et unique es- 
pèce, qui aurait été formée à l'origine des choses, et 
aurait subi des métamorphoses à l'infini, sous l'in- 
fluence des siècles et des circonstances, pour nous pré- 
senter enfin celte immense variété d'êtres qui peuplent 
aujourd'hui le globe (1). Cette hypothèse, qu'on ne 
peut considérer comme sérieuse, ne mérite guère que 
d'être rangée parmi les témérités de l'intelligence hu- 
maine. Cependant, cette idée, dont l'origine se perd 
dans l'antiquité, et qui entrait dans la tendance de la 
philosophie hermétique, eut quelque cours au moyen 
âge; et dans une œuvre récente, qui n'est qu'une vé- 
ritable débauche d'esprit, Demaillet s'occupa de la 
reproduire (2). 

(i) Celte iclce n'est pas neuve, et déjà elle avait été émise par 
Anaximandre. 

(2) Demaillet, Tclliamed ou Entretiens d'un philosophe indien 
avec un missionnaire français. Amsterdam, 17 18. Dans cette œuvre 
d'une imagination en délire, rautcur considère tous les êtres 
comme ayant une oiigine aquatique ; selon lui , les oiseaux et les 
reptiles seraient provenus des poissons; et Ihomme lui-ffiême 
n'est que le produit de la métamorphose des Triions. 



504 HETEROGENIE. 

La seconde hypothèse, ou celle d'une création uni- 
que, n'est pas plus admissible que la première. 

La géologie et toutes les sciences naturelles pro- 
testent contre elle avec tout l'ascendant de l'évidence; 
cependant elle compte des défenseurs d'un grand 
mérite. 

La création, comme nous le révèle la paléontologie, 
offrant un cachet spécial à chacune de ses phases, 
il faut nécessairement, en adoptant cette hypothèse, 
reconnaître que les organismes primitivement créés 
ont subi une suite de métamorphoses d'où sont déri- 
vés tous les êtres existant aujourd'hui, quelle que soit 
leur différence avec les types primitifs (i). 

Lamarck a été Tun des plus énergiques partisans de 
cette variabilité illimitée des êtres, et selon lui, l'ordre 
actuel aurait pris sa source dans les plus infinies 
ébauches de l'animalité etde la végétabilité (2). Mais 
si le génie de ce zoologiste a pu le sauvegarder des 
témérités de quelques-uns de ses devanciers, ses 
audacieuses hypothèses n'en ont pas moins été con- 

(1) Keilmeyer, en Allemagne, il y a à peu près soixante ans, 
professait que toutes les espèces organisées ne sont que des mo- 
difications d'une seule et même organisation. Comp. Bose, Mém. 
sur la gén. spont., p. 32. 

(2) Lamarck, Système des animaux sans vertèbres. Paris, 1801. 
— Recherches sur l" organisation des corps vivants. — Paris, 1802. 
Système des connaissances positives. Paris, 1820. — Philosophie 
zoologique. Paris, 1809. « La nature, dit Lamarck, par la succession 
des générations, a pu produire dans les corps vivants de tous les 
ordres les changements les plus extrêmes, et amener peu à peu, à 
partir des premières ébauches de Tanimalité et de la végéta- 
nte, l'état de choses que nous observons maintenant. » {Disc, 
de l'an XI.] 



DE l'immutabilité DES ÊTRES. 505 

damnées avec une sévérité, dont ne purent le préser- 
ver les immenses services que la science lui de- 
vait (i). 

E. Geoffroy Saint-Hilaire a émis des vues ana- 
logues à celles de Lamarck, mais il le tait avec une 
telle sagesse qu'on a parfois peine à se défendre de 
la séduction. Il pose, comme principe, que les espèces 
changent et se modifient lorsque leur milieu ambiant 
varie; mais qu'elles restent stables si celui-ci se main- 
tient (2). Ce sont là, assurément, des préceptes à 
l'abri de toute critique; seulement, ce savant en étend 
un peu témérairement l'application, en prétendant 
que les animaux qui animent actuellement la surface 
du globe, ne sont que les descendants des races anté- 
diluviennes (3). 

Les partisans de la filiation généalogique des espèces 
des différentes époques du globe, se sont appuyés sur 
l'analogie qu'offrent les crocodiles, les éléphants et 
les rhinocéros fossiles avec ceux de notre époque. 11 est 
tout naturel qu'il y ait de grands rapports entre la 
Faune du diluvium et la nôtre, puisqu'elles se sont 
succédées et même confondues : la difficulté n'est pas 

(1) Comp. I. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale 
des règnes organiques. Paris, 1859, t. II, p. 407. 

(2) Geoffroy Saint-Hilaire, Études progressives d'un naturaliste ^ 
p. 107. Sur le degré d'influence du-monde ambiant pour modi- 
fier les formes animales. {Mém. de VAcad. des se. 1833.) 

(3) « Les animaux vivant aujourd'hui, dit-il, proviennent , pai" 
une suite de générations et sans interruption, des animaux per- 
dus du monde antédiluvien ; par exemple, les crocodiles de l'époque 
actuelle des espèces retrouvées aujourd'hui à l'état fossile. » {Sur 
l'infl. du monde amb.j p. 74.) 



oO'î HETEROGENE. 

là. C'est à mesure qu'on rétrograde vers des temps de 
plus en plus reculés qu'elle devient tout à fait inso- 
luble. Ainsi, on chercherait en vain, antérieurement 
à eux, de quels parents ont pu provenir ces animaux : 
on n'en trouve aucun vestige dans les roches anciennes. 
On en pourrait dire autant des grands pachydermes 
fossiles; aucun d'eux ne se lie aux races éteintes avant 
leur existence; aucun d'eux ne se perpétue dans les 
races qui leur succédèrent (1) ! 

Mais, malgré les hypothèses de Bufîon sur la muta- 
bilité des espèces, malgré celles de Delamétherie et de 
Lamarck (2), et malgré les doutes rationnels émis par 
E. Geoffroy Saint-Hilaire, la doctrine de l'immuta- 
bilité de l'espèce n'en fut pas moins considérée comme 
un fait acquis à la science, par tous les naturalistes 
de la France et de l'étranger; et l'on dut accepter la 
succession des créations comme l'une de ses consé- 
quences. 

Cependant, malgré l'accord presque unanime des 
savants, touchant l'immutabilité de l'espèce, de temps 
à autre quelques naturalistes n'en persistèrent pas 
moins à soutenir une thèse contraire; en prétendant 
que les types organiques, d'abord peu nombreux, 

(1) Serait-il possible de voir dans nos crocodiles dégénérés les 
descendants du gigantesque Mososaurus Hoffmanni? Nos frêles 
tatous ont-ils quelque chose de commun avec le mégalhère 
gigantesque? Et, dans les temps antérieurs à l'existence de ce- 
lui-ci, où était donc sa généalogie? Tout, oui, tout s'est succédé 
et non transfornjé. 

(2) De Lamétheuie, Traité de la perfectibilité et de la dégénéres- 
cence des êtres organisés. Paris, 1806; ou tome lil des Considéra- 
tions sur les êtres organisés. 



DE l'immutabilité DES ÊTRES. 507 

mais doués d'une extrême flexibilité dans leurs élé- 
ments, en se modifiant, ont donné naissance à l'infi- 
nie variété des espèces actuelles. 

Telle est encore aujourd'hui Topinion de M. Nau- 
din (1); telle est aussi celle de M. Lecoq, qui croit à 
la transformation passée, actuelle et future d'une seule 
et unique création divine (2). 

Un savant de Rouen, M. Malebranche, qui sou- 
tient aussi l'unité de la création, a produit, à cet égard, 
une hypothèse toute particulière. Selon lui, la souve- 
raine Puissance aurait créé des germes atomistiques 
ou plutôt métaphysiques, car c'est ainsi qu'il les ap- 
pelle, susceptibles de sauter par-dessus les siècles et 
les cataclysmes sans donner signe de vie, excepté 
quand se présentent des circonstances favorables à 
leur évolution. « Alors, dit M. Malebranche, tout se 
comprend sans effort ; les germes de toutes les 
plantes sont créés dans le sol. .. La vie repose en eux, 
attendant,, pour se produire, des conditions favora- 
bles. L'action divine est complète et terminée, le jeu 
des éléments fera le reste. Ainsi fait le semeur.,. (3) 

La troisième hypothèse, ou celle des créations suc- 
cessives, trouve sa démonstration sur chaque frag- 

(1) Naudin, Considérations philosophiques sur l'espèce et la va- 
riété. [Bévue horticole^ 1852.) 

(2) LtcoQ , Études sur la géographie botanique de l'Europe, Pa- 
ris, 1854, t. III, p. 230. 

GoDRON, De V espèce et des races (Mem. de la Soc. de Nancy, 1847), 
pense, au contraire, que l'espèce est immuable depuis la période 
géologique actuelle, mais que, dans les temps antérieurs, elle a 
pu changer. 

(3) Malebranche, De l'origine des espèces en botanique, p. 19. 



508 HÉTÉROGÉNIE. 

ment du globe. Interrogés par la science, les continents 
et les montagnes, comme autant de chronomètres 
naturels, lui révèlent et leurs âges divers et leurs an- 
tiques convulsions. Et leurs couches fossilifères, ces 
véritables catacombes antédiluviennes, lui démontrent 
qu'ainsi que l'a dit M. Pictet, cette Théorie des créa- 
tions successives est la seule possible {\) '^ aussi compte- 
t-elle, comme nous l'avons déjà dit, parmi ses parti- 
sans presque toutes les illustrations scientifiques : les 
BufTon, les Cuvier, les Brongniart, les Bremser, les 
Élie de Beaumont, les Buckland, les Al. d'Orbigny, 
les Ch. d'Orbigny, les Huot, les Pictet, les de Hum- 
boldt, etc. (2). 

Si cette suprême progression des êtres organisés 
est le résultat d'une loi universelle, comme l'admet 
M. Pictet, et comme tout le révèle ostensiblement 
dans la création (3), l'introduction de quelques nou- 

(1) PiCTETj Traité de Paléontologie ou Histoire naturelle des ani- 
maux fossiles, 2^ édition. Paris^ 1853, 1. 1, p. 9. 

(2) BuFFON, Époques de la nature, Hist. nat. Deux-Ponls, 1785, 
t. XII. — G. CuYiER, Discours sur les révolutions du globe. Paris, 
1821. — Brongniart, Ta6^eait des terrains qui composent Vécorce 
du globe. Paris, 1829. — Eue de Beaumont, Système de monta- 
gnes, Dict. univ. d'hist. nat., t. XII, p. 168. — Bremser, Traité 
zoologique ou physiologique sur les vers intestinaux. Paris, 1824. 
— Buckland, La géologie et la minéralogie dans leurs rapports avec 
la théologie naturelle. Paris, 1838. — Al. d'Orbigny, Cours de pa- 
léontologie. — Ch. d'0f5Bigny, Géologie appliquée aux arts. Paris, 
1851, p. 81. — Huot, Nouveau cours de géologie. Paris, 1839, t. II, 
p. 73. —Pictet, Traité de paléontologie, histoire naturelle des 
animaux fossiles. 2^ édition. Paris, 1853, 1. 1, p. 58.— DeHumboldt, 
Cosmos. Paris, 1 855, 1. 1, p. 3 1 2 . 

(3) Pictet, Histoire naturelle des animaux fossiles. Paris, 1853^ 
t. l,p. 75. 



DE L IMMUTABILITE DES ÊTRES. 509 

velles espèces durant Tépoque actuelle, ainsi qu'on l'a 
fait observer, n'a absolument rien qui puisse éton- 
ner (1). 

Ainsi donc, il ne peut y avoir de doutes : à l'unani- 
mité, les zoologistes et les paléontologistes ont proclamé 
que chaque période géologique du globe avait possédé 
sa faune caractéristique, et que l'immutabilité des es- 
pèces rendait évidente leur création successive. Mais 
il est certain aussi que si ces espèces ne se sont point 
métamorphosées pour subvenir à l'infinie variété de la 
nature, durant chacune des phases qu'elles traversent, 
elles peuvent subir quelques modifications assez pro- 
fondes pour être rendues méconnaissables au premier 
aspect (2). 

C'est ce qu'a pensé M. ï. Geoffroy Saint-Hilaire, qui 
a développé toutes les conséquences de ce fait sous le 
nom de Théorie de la variabilité limitée de Ves- 
pèce{3). 

Cette variabilité est très -bien démontrée par l'exis- 
tence des races parmi les mêmes espèces; mais elle 
n'a pas paru suffisante aux paléontologistes, comme 



(i) Vestiges ofthenatural history of création, par un anonyme. 
Londres, 1853. 

(2) La nature de cet ouvrage ne nous permettant pas de nous 
étendre longuement sur Tespèce, nous renverrons, à cet égard, à 
l'Histoire naturelle générale des règnes organiques de M. Isidore 
Geoffroy Saint-Hilaire , où il a traité la question avec une im- 
mense supériorité. (Tome H, ch. vi.) 

(3) L Geoffroy SAl^T-HlLAlRE, Histoire générale et particulière des 
anomalies. Paris, 1832, t. L — Essais de Zoologie générale. Paris, 
i84i. — Histoire naturelle générale des règnes organiques. Paris, 
1859, t. II, p. 430. 



510 HÉTÉROGÉNIE. 

nous l'avons VU, pour expliquer la filiation des espèces 
antédiluviennes (1). 

Les espèces ont une existence réelle dans la na- 
ture, dit Lyell, et chacune d'elles, au moment où 
elle fut créée, fut douée des attributs organiques qui 
la distinguent encore aujourd'hui (2). Mais durant 
chacune des phases de l'existence de la terre, les 
espèces produites d'abord à sa surface, par le roule- 
ment des siècles, se modifient parfois un peu elles- 
mêmes successivement. Malgré l'immense tendance 
que les naturalistes avaient de proclamer l'éternité des 
types pour donner à la science toute sa stabilité, il a 
fallu y renoncer. 

Cependant, Cuvier, Duméril, deBlainville,Hollard, 
et Straus ont soutenu l'hypothèse de l'éternité de l'es- 
pèce, dans la création actuelle (3). Les descriptions 
d'Aristote, qui se rapportent encore aux types que 
nous rencontrons aujourd'hui, et l'identité des restes 
d'animaux conservés dans les catacombes de l'Egypte, 
avec les espèces contemporaines, leur ont'paru de 
plausibles arguments en faveur de leur opinion (4), 

(1) Compulsez les opinions de Buckland,Cuviei', A. d'Orbigny, 
Pictel, émises plus haui. 

(2) Lyell, Principles of Geology. 

(3) CvxiER, Tableau élémentaire de l'histoire générale. Paris, 1798, 
p. 11. — Règne animal. Paris, 1829, t. l. — Duméril, Iclithyologie 
analytique (Acad. des se, 1856). — Duméiul et Bibron, Erpétholo- 
gie générale. POiVis^ 1834. — De Blainville et Maupied, Histoire des 
sciences de l'organisation. Paris, 1845, t. I, p. 464. — Hollard, 
Nouveaux éléments de zoologie. Paris, 1838, ^;^frot/., p. 28. — 
Straus, Théologie de la nature. Paiis, 1852, t. II, p. 342. 

(4) Les opinions de Linné et de Buffon ayant singulièrement 
varié sur ce sujet, nous ne les faisons point entrer dans la dis- 



DE l'immutabilité DES ÊTRES. 5H 

L'art antique semble lui-même corroborer les as- 
sertions favorables à la fixité des espèces. Lu peinture 
et la statuaire nous ont conservé beaucoup de figures 
d'animaux et de plantes, qui remontent aux temps les 
plus reculés; et celles-ci, en reproduisant avec une 
admirable fidélité un grand nombre d'êtres qui vivent 
encore actuellement, nous indiquent que les siècles 
n'ont apporté aucun changement à leur forme et à 
leur coloration. 

On peut vérifier cette assertion, soit sur les monu- 
ments de l'Italie et de la Grèce, soit sur ceux de l'E- 
gypte et de l'Assyrie, soit enfin dans les œuvres de 
Montfaucon, de De Cboiseul, de 0. Muller et de Creuzer 
où se trouvent figurés tant d'animaux d'après les mo- 
numents de Rome et d'Athènes (1); ou dans celles 
de Jomard, Denon, Champollion, Passalacqua, Sa- 
vigny et de Blainville où il existe tant de spécimens de 

cussion. Linné pi'ofessa d'abord la fixité des espèces. [Systema 
naturœ, 1775. Fundamenta botanica, 1730. Oratio de telluris ha- 
bitabilis incremento, 1743. Philosophia botanica, 1751.) Plus tard, 
il considéra celles-ci comme variables. ( Generaf/o ambigena , 
thèse de Ramstroem. Upsal, 1759. Amœnitates, édit. d'Erlang, 
1789. — Biitïbn, au commencement de sa carrière, admit aussi 
rinvariabilité des espèces {Histoire naturdley 1756, t. VI, p. 55), 
et plus lard professa la mutabililé {Époques de la nature, 1778, 
Suppl., t. V, p. 27). — Compulsez sur ce sujet E. Gkoffroy Saint- 
HiLAiRE, Buffo7i, Études sur sa vie et ses ouvrages, édit. de Buffon, 
1837. — Flourens, Buffon, Histoire de ses travaux et de ses idées. 
Paris, 1844. — I. Geoffroy Saint-Hilaip.e , Histoire naturelle gé- 
nérale des règnes organiques. Paris, 1859, 1. 11, p. 385. 

(1) Montfaucon, L'antiquité expliquée et représentée en figures. 
Paris, 1719. — De Choiseul, Voyage pittoresque de Grèce. Paris, 
1826. —0. xMuLLhR, JlJanuel d'archéologie. Paris, IBM, allas. — 
Creuzer, Religions de l'antiquité. Paris, 1829, allas. 



S12 HETEROGENIE. 

zoologie reproduits d'après les bas-reliefs ou les pein- 
tures des temples et des palais de l'Egypte et de la 
Nubie ; ou enfin dans celles de Layardou deBonomi 
consacrées à l'histoire de l'art assyrien (1). 

La fidélité avec laquelle l'art ancien a reproduit 
divers animaux ne permet même pas d'erreur. Dans 
quelques cas, l'iconographie moderne ne surpasse pas 
les productions des artistes de l'antiquité. Sur une pein- 
ture de Pompéi, j'ai reconnu deux ibis sacrés qui y 
sont représentés avec une admirable fidélité; j'ai vu 
des hippopotames et des lotus exécutés avec la même 
recherche, sur une grande mosaïque découverte ré- 
cemment dans la même ville. L'art égyptien, qui en 
reproduisant le type humain se trouvait subordonné 
aux traditions sacerdotales, au contraire, a souvent 
exécuté des animaux avec une rare perfection. J'en 
ai rencontré d'admirables peintures dans les palais 
de la haute Egypte, et surtout dans ses hypogées et ses 
temples souterrains. Dans l'un de ces derniers, je dois 
noter principalement deux belles peintures représen- 
tant des hippopotames, animaux que les antiquaires 
avaient dit n'avoir jamais été représentés dans les mo- 
numents qui se trouvent vers le cours inférieur du 

(i) JoMARD, Recueil d'observations et mémoires sur VÉgypte. 
Paris, 1823, — Denon, Voyage dans la haute et basse É gypte pen- 
dant les campagnes du général Bonaparte. Paris, 1802. — Cham- 
POLLÏON jeune. Panthéon égyptien. Paris, 1823. — Champollion 
(Figeac), Egypte ancienne. Paris, 1839. — Passalacqua, Catalogue 
raisonné des antiquités égyptiennes. Paris, 1818. — Savigny, His- 
toire naturelle et mythologique de Vibis. Paris, 1805. — De Blain- 
viLLE, Ostéographie. Paris, 1844. — Layard. — J. Bonomi, Ni- 
neveh and Us Palaces. London, 1852. 



DE l'immutabilité DES ÊTRES. 513 

Nil. J'ai vu aussi ailleurs des singes, des vautours, rap- 
pelant nos espèces actuelles ; j'ai extrait de divers mo- 
numents des ossements de celles-ci, qui leur sont 
absolument identiques. 

Mais tous ces faits constatent simplement qu'à 
l'état sauvage, l'espèce conserve très-longtemps les 
caractères qu'elle possède à une époque, ujais nulle- 
ment qu'elle se perpétue indéfiniment et invariable- 
ment avec les mômes caractères (1). La durée de nos 
observations n'est presque qu'un point en comparai- 
son de l'ancienneté du globe ; et malgré notre orgueil 
nous ne pouvons étreindre qu'une poignée de siècles! 

Cependant, la mutabilité de plusieurs espèces d'ani- 
maux s'exerce ostensiblement aujourd hui. On l'ob- 
serve sur quelques mammifères, mais elle est surtout 
tranchée à l'égard de certains oiseaux, dont le plumage 
ne se ressemble pour ainsi dire jamais (2). Dans la 
classe des mollusques il y a même des genres dans 
lesquels les variétés spécifiques sont telles que leur 
délimitation fait le désespoir des nomenclateurs (3). 
Et, je l'ai déjà dit, je ne rencontre pas deux généra- 

(1) Qui ne sait qu'en changeant de climat les espèces se trans- 
forment énormément? iNotre écureuil devient un pelit-gris dans 
le Nord. 

(2) Le Chevalier combattant en offre un frappant exemple. II 
en existe une cinquantaine d'individus au muséum d'histoire 
naturelle de Rouen, et pas un ne ressertibie à l'autre. On en pour- 
rait dire autant du Buleo mutans , Yieill. Cet étabhsstment en 
possède vingt individus, se dégradant en coloration depuis le 
fauve noir jusqu'au blanc roussàtre. 

(3) Le genre Muletle est presque ini chaos inextricable. Il en 
est de même du genre ÎSérite. La Nerita virginea a été décrite 
sous vingt noms divers, etc. 

POUCHET. * 3 3 



514 HÉTÉROGÉNIE. 

lions de Microzoaires qui se ressemblent absolu- 
ment. 

Mais si quelques êtres mettent en évidence la puis- 
sance d'action de la nature sur l'espèce, ce sont assu- 
rément les végétaux. L'animal, ordinairement doué 
d'une certaine faculté locomotrice, fuit l'endroit où 
sa vie est entravée; mais la plante attachée au sol est 
forcéed'en subir l'influence, et l'hybridité vient encore 
pour elle augmenter la variété des formes et de la co- 
oration ; aussi, peut-on dire que certains genres du 
règne végétal sont absolument inextricables (1). 

Sous la pression de tant d'influences, l'espèce, dans 
le règne végétal, est devenue tellement indécise, telle- 
ment insaisissable, qu'Adansona pu dire, avec raison, 
que c était un champ dans lequel chacun errait à vo- 
lonté {2) , et que Mirbel n'a pas craint d'avancer que 
toutes les espèces de Saules admises par les botanistes, 
n'étaient peut-être que la descendance d'une seule et 
même espèce. Marquis et Poiret s'élèvent aussi contre 
la fixité de l'espèce (3). 

Les caractères de la plus mince valeur ont parfois 
suffi aux botanistes pour instituer d'inutiles espèces. 
La couleur de la fleur, dont Linnée avait fait ressortir 
l'incertitude, est venue elle-même les égarer (4) . En 

(1) Tels sont lesrumex, les hrassica, les veronica, les rosa, les 
potentilla, les verbascum, les senecio, les géranium, etc. 

(2) Adanson, Familles des plantes. Paris, 4763, préface. 

(3) PoiRET, Leçons de Flore. Paris, 1819, p. 251. — Marquis, 
Fragments de philosophie botanique, Paris, 1821. 

(4) Linnée, Philosophie botanique, p. 22Q. Nimium ne crede 
colori. 



DE l'immutabilité DES ÊTRES. 515 

vain le professeur d'Upsal avail-il critiqué Tourne- 
fort d'avoir formé quatre-vingt-seize espèces de tulipes 
avec une seule, en consultant uniquement les teintes du 
périanthe (1). En vain Pallasnous avait-il raconté les 
mutations de coloration qu'éprouvaient quelques ané-- 
mones des bords du Volga. En vain, aussi, M. Moquin- 
Tandon nous a-t-il appris que quelques gentianes 
subissent d'importantes modifications de coloration» 
selon qu'elles croissent dans les montagnes ou 
dans les plaines (2). On ne s'est pas moins égaré en 
créant d'éphémères espèces sur de futiles variétés 
de coloration. 

Et si, sous l'influence de circonstances particulières, 
l'espèce subit de si profondes transformations, y a-t-il 
donc de là si loin à l'existence de Thétérogénie ? Si 
les circonstances, eh dominant l'individualité, ont pu 
la modifier au point de la rendre absolument mécon- 
naissable dans sa descendance, n'est-ce pas là une, 
subslitution organique lente et graduelle ; successive 
dans ses phases, mais constituant à la fin de ses 
métamorphoses, une création tout à fait hétérogène? 
Et si, sous nos yeux, il se forme ainsi des individus 
nouveaux, n'est-il pas réellement évident qu'il peut 
également s'en créer ailleurs de toutes pièces? 

Mais quand tout nous atteste cette succession des 
créations, acceptée aujourd'hui comme une vérité 
fondamentale, on se demande : pourquoi notre époque 
ne voit-elle rien surgir de comparable aux primitives 



{\) LiNNÉE, Critica botanica, p. 155 

(2) Moquin-Tandon, Éléments de tératologie végétale. Paris. 



516 HÉTÉROGÉNIE. 

conceptions du globe? Si notre planète ne voit rien ap- 
paraître actuellement qui rappelle ces grandes et nom- 
breuses races d'animaux qui la peuplèrent autrefois, 
cela s'explique suffisamment. Les siècles ont énervé 
cette force plastique et cette exubérance vitale qu'on 
observait lorsque la terre avait plus de jeunesse, et 
c'est à son incessante fécondité qu'elle doit peut-être 
l'épuisement qu'elle éprouve ! Les mers épurées ne 
déposent plus de nouveaux continents ; et les cata- 
clvsmcs, en cessant de rendre au néant d'immenses 
légions d'êtres organisés, ont tari l'élément fonda- 
mental des grandes forces organisatrices; tout est 
presque dans l'inertie, et les matériaux disponibles 
se trouvent totalement dépensés au profit des repro- 
ductions normales. Couvert de glace dans ses régions 
polaires, et seulement brûlant sous la zone équato- 
riale, le globe semble se reposer dans le calme de ses 
dernières révolutions et être arrivé à une période de 
stabilité. Les tropiques seuls nous présentent encore 
une réminiscence de ses antiques magnificences, par 
leur luxuriante végétation et la richesse de leur Faune. 
Et la force plastique, selon Burdach et Bremser, 
ne se manifeste plus que par la conservation de ce 
qu'elle a créé et qu'elle laisse se reproduire par la voie 
de la génération normale. Cependant, il ne répugne 
point à la raison, dit le premier, de penser qu'elle a 
encore la puissance de produire des formes inférieu- 
res avec des éléments hétérogènes, comme elle a créé 
précédemment tout ce qui possède l'organisation (1). 

(1) BuRDAca, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. U. 



APPARITION DE l'hOMME. 317 

Mais ici ce n'est point la dimension des produits 
qui change la nature du phénomène, car au point 
initial, comme le dit avec raison Georges Pouchet, 
« tout anima!, ses instincts, son inlelligcnce compris, 
on le sait, n'est qu'une cellule qui en a produit d'au- 
tres; et croire à la génération spontanée, c'est donc, 
dans l'état actuel de la science, admettre qu'une sim- 
ple cellule douce de vie indépendante peut se former 
isolée (1). » 

Section v. — apparition de l'homme. 

Ainsi donc, à chaque grande extinction qui s'est 
manifestée à la surface du globe, a succédé une géné- 
ration nouvelle; puis, l'homme est venu terminer la 
série des créations, et il en a été, évidemment, le chef- 
d'œuvre et la plus sublime conception. 

Son apparition est assez récente. Quelques natura- 
listes théologiens ont fait d'inutiles tentatives pour 
retrouver des vestiges humains dans les anciennes 
couches du globe. Schcuchzer rendit célèbre un 
fossile qu'il intitula îlomo diluvii lestis (homme té- 
moin du déluge) (2). Mais la moindre inspection fît 
reconnaître à Cuvier que l'ancien contemporain de 
Noé, rencontré par le naturaliste suisse dans les car- 
rières d'OEningen, n'était autre chose que le sque- 
lette d'une Salamandre gigantesque (3). Scheuchzer ne 

(1) Georges Pouchet, De la pluralité des races humaines. Paris, 
1858, p. 174. 

(2) ScHEocHZER, Physica sacra icombus illustrafa. Zurich, 1721. 

(3) Cuvier, Discours préliminaire sur les fossiles, t. I, p. 85, et 
Jnnal. du Muséum, cah. 78, p 411. — Kielmeycr, avant le zoo- 
logiste français, avait déjà émis celte opinion. 



518 HÉTÉROGÉNIE. 

fut pas mieux inspiré à l'égard de quelques vertèbres 
qu'il trouva dans un gibet près d'Allorf (1). Plus 
orthodoxe que versé dans l'anatomie, il avait pris, 
ainsi que le démontra Cuvier, des vertèbres d'Ich- 
thyosaures pour des vertèbres d'homme (2). 

On ne fut guère plus heureux, soit à l'égard des 
squelettes humains trouvés dans les brèches de la 
Guadeloupe (3), soit à l'égard des ossements humains 
rencontrés dans les cavernes (4). Les travaux de 
Kœnig, de Cuvier, de Buckland et de Desnoyers (5) ont 
démontré que ceux qui avaient cru avoir découvert 
des vestiges d'hommes fossiles, se sont, jusqu'à ce jour, 
égarés. 

Deluc et Dolomieu, dans ces derniers temps, ont en 
effet soutenu que l'espèce liumaine n'est apparue à 
la surface de la terre que depuis un petit nombre de 
siècles, et bien postérieurement aux autres animaux. 
Le dernier de ces géologues prétendait qu'il n'y avait 

(1) ScHEucHZER, Piscium quevelcB, où ces vertèbres ont été gra- 
vées. Tiguri, 1708. 

(2) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles. Paris, 1851. 

(3) Delamétherie, Leçons de géologie. Paris, 1818, t. 11, p. 341, 
et Journal de physique, t. LXXIX, p. 196. 

(4) ScHMERLiNG, RechcKches sur les ossements fossiles de la pro- 
vince de Liège, 1825. — De Christol, Note sur les ossements fossiles 
des cavernes du département du Gard. Montpellier, 1829. 

(5) Kœnig, Mémoire sur un squelette humain de la Guadeloupe 
(Trans. phil., 1814). — Cuvier, Discours sur les révolutions du 
globe. Paris, 1851. — Buckland, Reliquiœ diluvianœ. Londres, 
1823. Account of an assemblage of fossil and bones discovered in 
thecave of Kirkdale (Trans. phil., 1821). — Desnoyers, art. Grotte. 
Dict, univ . d'hist. nat. Paris, 1846. Comp. aussi Journal de phy- 
sique et d'histoire naturelle. Paris, 1814, p. 196. — Bulletin de la 
Société phUomatique.V Ans j J8I4, p. 149. 



APPARITION DE l'hOMME. 519 

peut-être pas dix mille ans que l'homme existait (1). 
Cuvier lui accorda un peu moins d'ancienneté (2), 
tandis que quelques savants étrangers, comme nous 
l'avons dit plus haut , en font remonter l'origine 
beaucoup au delà (3). 

Un des plus audacieux penseurs de l'Allemagne, le 
savant Bremser, a esquissé de la manière suivante l'ac- 
tion simultanée de la vie et de la matière, pendant les 
diverses phases que le globe a traversées. En fouillant 
jusque dans l'inconnu du chaos, il n'y voit qu'une 
masse fluide et amorphe, vivifiée par ce qu'il appelle 
V esprit vivant (4). Ce savant, comme le fit aussi Voigt, 
presque en même temps que lui, désigne ainsi l'agent 
universel qui préside à tous les actes d'organisation 
et de vie, qui se manifestent à la surface du globe (5). 
Ce simple moteur des phénomènes biologiques géné- 
raux et particuliers, n'a donc nulle analogie avec ce 
que divers philosophes anciens appelaient l'âme du 
monde ; ni avec ces émanations de la suprême intel- 
ligence que quelques Pères de l'Éghse, plus audacieux 

{]) DoLOMiEU, Journal de physique , t. XXXIX, p. 404, et t. XL, 
p. 43. 

(2) Cuvier, Discours sur les révolutions du globe. Paris, 1851. 

(3) G. MoRTON, Tijpes of maiikind. Philadelphie, 1854, p. 271. — 
Lyell, Second visit to the United States, part. Il, p. 188. — Bennet- 
DowLER, Tableaux of New-Odeans, 1852. 

(4) Le système géologique des Phéniciens, que nous connais- 
sons seulement par quelques citations d'Eusèbe, se rapproche de 
celui de Bremser. Dans le commencement, in principio rerum, 
selon eux, tout était humide. L'esprit uni à la matière' produisit 
Moth, ce que Ton croit être le limon. (Eusèbe, Préparation évan- 
gélique, 1. 1, ch. x.) 

(5) VoiGT, Éléments d'histoire naturelle, 1817. 



520 IIÉTÉROGÉME. 

que nous n'oserions l'être, plaçaient dans les globes 
de notre système planétaire (1). Enfin, il n'y a aussi 
là rien d'analogue à cette incommensurable puissance 
vitale, que prêtaient à la terre ceux qui , comme Kepler, 
ne la considéraient que comme un immense organisme 
vivant (2). 

Bremser s'explique du reste très-catégoriquement à 
ce sujet: « Par cet esprit, dit-il, je n'entends autre 
« chose que ce que l'on pourrait appeler également la 
« vie, la force vitale; en un mot la cause primitive de 
« la vie en général, de laquelle tous les mondes, lors 
« de la création, ont été doués, ou plutôt animalisés 
« par l'Être des êtres, par Dieu le créateur (3). » Ceci 
posé, on s'aperçoit qu'il considère la matière et la force 
vitale comme étant livrées à un incessant antagonisme, 
durant lequel la dernière tend constamment à réagir, 
à dominer l'antre et à la coercer, pour en former des 
êtres indépendants, des organismes isolés dansl'espace. 

L'union intime de la matière et de l'esprit vital 
subsista, selon lui, jusqu'au moment où, en se cristal- 
lisant, les terrains formèrent le noyau du sphéroïde 
terrestre. Mais après cette première et immense pré- 
cipitation , l'agent organisateur, délivré des atomes 
matériels auxquels il était enchaîné, commença désor- 
mais à exercer sa toute- puissance, et à dominer cer-. 
taines portions de la matière, pour en créer des êtres 
isolés et vivants. Ce fut alors que se manifesta, à la 
surface du globe, le premier acte de la vie, dont nous 

(1) SaiiNT Thomas, Tract, de indulgentiâ. 

(2) Kepler, De steltâ Martis. 

(3) BremseRj p. 67. 



APPARITION DE l'hOMME. 521 

retrouvons les vesligcs dans les terrains de transilion. 
C'est là, en ctîet, que l'on rencontre, pour la preaiière 
fois, des traces de plantes et d'animaux, qui, presque 
tous, comme des créatures d'essai, appartiennent aux 
types inférieurs (1). 

Aux premières révolutions du globe en succédèrent 
d'autres; et à chacune d'elles, on vit se former une 
nouvelle préci})ita(ionde la matière ; puis une nouvelle 
création vint animer la surface de la terre. Et lors de 
chacune d'elles, aussi, l'organisme suivit une marche 
progressive, dans laquelle on n'observe que de rares dé- 
viations. En quelques lignes, un de nos plus illustres 
écrivains, M. Michelet, a apprécié ce fait avec la lucidité 
du génie: « La nature, dit-il, n'a pas marché avec 
l'ordre d'un flot continu, mais avec des détours, des 
reculs sur elle-même, qui lui permettaient de s'har- 
moniser ('2). » 

Celle marche ascendante n'apparaîtrait pas, suivant 
Bremser, comme un phénomène insolite, éphémère, 
mais au contraire comme une loi stable, décrétée par la 
sagesse providentielle. C'est celle-ci qui a tracé les dif- 
férenls degrés de tension que devait présenter l'esprit 
à mesure que sa prééminence s'établissait; c'est elle 
aussi qui a voulu que dans les plus infimes animaux, 
ce régulateur de toute organisation dépassât à peine 
le niveau de la sensibilité organique, tandis que dans 
l'homme, il atteint la sublimité du génie. 

(1) Fucoides, calamités, cyclopteris, etc.; caryoptiyllia, asirea, 
madrepKia, ogygia, calymcne, produclus, spuifer, Icrebra- 
lula, etc. 

(2) Michelet, l'Insecte. Paris, 1838, p. 128. 



522 HÉTÉRO GÉNIE. 

Les dernières périodes géologiques commencent à 
nous montrer cette tendance manifeste qu'a l'intellect 
à prédominer la matière ; aussi voyons-nous déjà y 
apparaître les animaux qui se rapprochent le plus de 
l'espèce humaine (1). Puis l'homme se montre enfin, 
comme la manifestation vivante du dernier effort de 
l'esprit contre la prééminence de la matière, mais cet 
effort suprême n'a encore abouti qu'à équilibrer les 
deux puissances opposées. 

Ainsi s'est manifestée la loi de balancement de l'in- 
telligence et de la matière. Cependant, à peine cet 
antagonisme est-il établi, que tout révèle déjà la ten- 
dance dora-inatrice que l'esprit humain exerce sur la 
nature. L'homme, doué du noble sentiment de sa puis- 
sance, s'en assimile successivement toutes les forces 
productives. Et, en le voyant partout étendre le ré- 
seau de sa civilisation, à la fois vivifiante et destruc- 
tive, on se demande si l'on ne peut pas déjà supputer, 
dans les siècles à venir, quel sera l'instant lugubre 
où le dominateur, lui-même, assistera à l'épuisement 
du globe et aux scènes finales de la création ! 

Dans cette succession d'organismes, qui apparais- 
sent et s'éteignent à chaque révolution tellurique^nous 
voyons constamment progresser la suprématie intel- 
lectuelle ; et si, d'après une immense échelle d'obser- 
vations, on reconnaît que l'esprit tend constamment 
à dominer la matière et à atteindre, chez l'homme, 



(1) Des mâchoires de singes fossiles, découvertes par M. Lartet 
dans les terrains tertiaires du département du Gers, ne laissent nul 
doute à ce sujet. 



APPARITION DE l'hOMME. 523 

la sublimité du génie, nous sommes forcés d'admettre 
à priori que si de nouveaux cataclysmes doivent un 
jour retravailler la superficie de la terre, il est évident 
aussi que des créatures nouvelles et plus perfectionnées 
viendront en animer la surface ! Guidé par une in- 
flexible logique, ainsi que nous l'avons vu, l'audacieux 
penseur allemand en arrive à ces conclusions (1). 

Après avoir posé, comme une loi générale, que le 
développement des organismes qui surgissent de la 
matière en fermentation était en raison directe de la 
masse de celle-ci, Bremser, poursuivant ses témérités 
jusqu'à l'extrême limite, compare chaque animal à une 
sorte de petit monde, régi par des forces biologiques 
indépendantes du grand tout, à la surface duquel il vit. 
L'homme, lui-même, selon ce savant, représente l'un 
de ces microcosmes, et peut, ainsi que les autres êtres, 
donner naissance à des organismes dont le rang, dans 
la série zoologique, semble déterminé par l'abondance 
de substances animalisées que recèlent ses divers 
appareils; et, ce qui frappe l'observateur le moins 
attentif, c'est que les Entozoaires qu'on observe chez 
lui, deviennent de plus en plus élevés, à mesure qu'il 
avance en âge (2). 

La grande idée de Bremser s'applique absolument 
à la succession des phénomènes génésiques des animal- 
cules. Quand on suit les phases diverses de l'apparition 
de ceux-ci, on voit que, constamment, des générations 
de plus en plus hautement organisées, apparaissent et 

(1) Comp. page 340. 

(2) L'enfant n'a ordinairement que des ascarides et des oxyures; 
riîomme nourrit des ténias et des strongles. 



luJiLIBf^ARYjS 



52 i HÉTÉRO GÉNIE. 

se détruisent : celle qui suit ne naît qu'au milieu des dé- 
bris de celle qui l'a précédée. Toujours ce phénomène 
est parfaitement dessiné : à une phase où Tonne dis- 
tingue que les plus infimes Monades, en succède une 
autre durant laquelle il n'existe que des Vibrions. Puis, 
sur les vestiges de cette dernière, naissent des Kol- 
podes ou des Kérones ; et toujours un nouveau cycle 
de vie succède à une période de mort. 

Diodore de Sicile a émis une opinion tout à fait 
semblable à celle du savant Allemand. Lors de son 
apparition, selon lui, la terre, ayant pris de la consis- 
tance sous l'influence des rayons du soleil, se souleva 
comme une matière fermentescible, et l'on en vit sortir 
des types de tous les animaux. Puis les circonstances 
ayant changé, ceux-ci ne se propagèrent désormais 
que par la voie de la génération (1). Euripide, disci- 
ple du physicien Anaxagore, a eu des idées analogues. 
Ainsi le ciel et la terre, dit-il, étaient confondus dans 
une masse commune, lorsqu'ils furent séparés l'un de 
l'autre. Tout prenait vie et naissait à la lumière : les 
arbres, les oiseaux, les animaux que la terre nourrit, 
et le genre humain (2). » 

Résumé. — Dès qu'il est démontré que les frag- 
ments du globe ont apparu successivement, et que des 
créations nouvelles se succédèrent à leur surface avec 
les époques géologiques, « on est forcé, comme le dit 
M. Ch. d'Orbigny, pour expliquer cette succession de 
nouvellesFaunes et de nouvelles Flores, à mesure que 
le globe vieillissait, d'admettre, avec la plupart des 

(1) Diodore DE Sicile, Bibliot. historique. Paris, 1846, t. I, p. 8. 

(2) Euripide, Ménalippe. 



APPARITION DE l'iIOMMK. fi25 

géologues contemporains, l'hypollièse des créations et 
des destructions alternatives et successives, mani- 
feslalions spontanées émanant d'une suprême puis- 
sance (1). » 

(1) Ch. d'Orbigny, Géologie appliquée aux arts c-t à l'agriculture. 
Paris, 185J, p. 107. 



CHAPITRE YJI 

PREUVES HELMINTHOLOGIQUES. 

Les vers intestinaux ne peuvent tirer leur origine 
que de trois sources : ou ils sont transmis par les pa- 
rents; ou ils proviennent du dehors; ou enfin, ils sont 
le produit de la génération spontanée (1). 

(1) Redi, Osservazioni intorno agit animali viventi che si trovano 
negli animali viventi. Firenze, 1684. — Bloch, Abhandl. von d. 
Erzeugung der Eingeweidewurmer . Berlin, 1782. — Goeze, Versuch 
einer Naturgeschichte der Eingeweidewurmer und thierischer Kôr- 
per. Leipzig, i787. — Vallisneki^ Considerazioni ed esperienze 
intorno alla generazione de' vermi ordinari del corpo umano. Pa- 
dova, 1782, — Werner, Vermiumintestinalium,etc, brevis expositio. 
Leipzig, 1782. — Retzius, Lectiones publicœ de Vermibus intesti- 
nalibus. Holm., 1786. — Rudolphi, Observ. circa vermes intesti- 
nales. Gryphisw., 1793. — Entozoorum sive vermium intestinalium 
historia naturalis. Amsterdam, 1808. — Entozoorum synopsis. 
Berlin, 1819. — Treutler, Observ. pathol. auct. ad Helmin- 
thologiam corp. humani. Leipz., 1793. — Olfers, De vegetativis 
et animatis corporibus in corporibus animatis reperiundis. Ber- 
lin, 1816. — Fischer, Brevis entozoorum seuverm. intest. ea?/)o- 
Si720. Viennae, 1822. — Bremser, Icônes Helminthorum Systema Ru- 
dolphi illustrantes. Viennae, 1823. — Bremser, Traité zoologique et 
physiologique des vers intestinaux de lliomme. Paris, 1824. — 
JoERDENS , Entomologie und Helminthologie des mensch. Kôrpers^ 
1801. — LiDTH DE Jkiide^ Bccueil des figures des vers intestinaux. 
Lyede, 1829. — J. Cloquet, Anatomie des vers intestinaux. Paris, 
1824. — Creplin, Observ. de Entozois. Gryphisw., 1825. — Schmalz, 
Tabulœ anatomicœ Entozoorum. Dresde, 1831. — Leblond, Maté- 



TRANSlMISSION HÉRÉDITAIRE. 527 

SECTION l'^". — HYPOTHÈSE DE LA TRANSMISSION HÉRÉDITAIRE. 

Cette première hypothèse mérite à peine de nous 
arrêter, tant elle est inadmissible. Cependant elle a 
été opiniâtrement soutenue par quelques médecins au 
nombre desquels on compte surtout Brera (1). 

Parmi les savants qui ont supposé que les vers in- 
testinaux étaient transmis d'un individu à l'autre par 
la voie de la génération, les uns prétendaient qu'ils 
étaient introduits par le mâle, au moment de la fécon- 
dation; d'autres, par la femelle, durant le développe- 
ment de l'œuf dans son sein ; enfin, il en est qui ont 
soutenu que c'était par l'allaitement que cette trans- 
mission s'opérait. 

Une première condition que sont forcés d'ad- 
mettre les fauteurs de cette hypothèse, c'est que dès 
l'origine de la création, chaque animal a dû porter 
en lui-même, le germe de toutes les espèces de vers 
qui lui sont propres (2). Ainsi donc, l'homme au mo- 

riaux pour servir à l'hisfoire des Pilaires et des Strongles. Paris, 
183G. — Mehlis, Observ. anat. de Distomate kepatico et lanceolato. 
Golting. 182S. — NoRDMA^N, M'krogmphische Beitrœge. BerMn, 
1832. — Laennec, Mémoires de la Société de l'École de médecine. 
Paris, 1812, in-4, avec pi. — Dictionnaire des sciences médicales. — 
Home, Fhilosophical Transactions, 1793. — J. Van der Hoeven, 
Eandbook ofzoology.Umdres, l8o6, t. I. — Dujardin , Histoire 
naturelle des helminthes. Paris. — Van Benedf.n, Les vers cesfoïdes 
ou acotyles. Bruxelles, 1850. — Mémoires sur les vers intestinaux, 
Paris, 1858, in-4. ~ Zoologie médicale. Paris, 1859. 

(1) Brera, Memorie fisico-mediche sopra i principali vermi del 
corpo umano vivente, elc. Crema, 1811. 

(2) Ainsi, par exemple, les Hydalides, les Strongles et d'autres 
vers, qui sont rares, chemineraient parfois un millier d'années 



S28 HÉTÉROGÉNIE. 

ment de son origine, devait posséder déjà une tren- 
taine d'espèces d'entozoaires ; le renard, le putois, 
le cochon, le bœuf, le hérisson, le lièvre et le clieval 
huit à quinze; la cigogne, la pie, le vanneau, le cor- 
moran, sept à dix; la grenouille verte, dix; le silure, 
la perche, la truite, le saumon et le brochet, de sept 
à dix. 

Puis, il faut qu'ils admettent que certains En- 
tozoaircs, avant do se montrer, restent des siècles oc- 
cupés à traverser inutilement une succession de gé- 
nérations. 

D'ailleurs, supposer que les œufs des helminthes 
peuvent être lancés dans l'appareil génital de la femelle, 
mêlés au fluide séminal, c'est vraiment soutenir une 
hypothèse qu'il est puéril de combattre. Ces œufs 
offrant souvent un diamètre qui dépasse celui des ca- 
naux spermaliques, si réellement ils se trouvaient 
dans ceux-ci, la micrographie les y découvrirait. 11 est 
beaucoup d'animaux chez lesquels les testicules ne se 
développent qu'au moment de la fécondation, et dans 
tout l'intervalle qui sépare ces époques l'une de l'autre, 
c'est-à-dire pendant la majeure partie de Tannée, 
ces organes sont absolument atrophiés et presque in- 
trouvables. Dans ces cas on se demande ce que de- 
viendrait l'immense magasin d'entozoaires que le mâle 



dans notre organisme, et traverseraient inutilement une quaran- 
taine do générations avant de se réveiller de leur léthargie. On 
pourrait se demander aussi à quelle époque remontent ces vers 
qu'on n'a jamais rencontrés qu'une seule fois sur respèce hu- 
maine, tels que l'Anmlaire compiimé, le Polystorae pinguicole 
et rophiostome de Pontier. 



TRANSMISSION HEREDITAIRE. 529 

doit lancer à chaque procréation? Enfin, achevons en 
disant qu'on n'a jamais rencontré un seul œuf d'hel- 
minthes durant les millions d'observations qui ont été 
faites sur le sperme. 

La mère ne peut nullement non plus transmettre 
les Entozoaires à son fœtus. 

Pour cela, il faudrait qu'ils fussent absorbés dans 
son intestin et qu'ils passassent dans l'appareil circu- 
latoire; qu'ensuite ils fussent absorbés dans le placenta 
par les radicules de la veine ombilicale, puis qu'ils 
traversassent l'appareil circulatoire du fœtus pour être 
enfin déposés dans l'intestin de celui-ci par une sorte 
d'excrétion spéciale! mais il y a là, absolue impossi- 
bilité. L'absorption ne s'opère que par endosmose et à 
travers les parois des vaisseaux et des membranes; et 
si l'on supposait même que ces corps, qui sont de 
nature à ne jamais être absorbés, le fussent cependant, 
ils seraient trop volumineux pour parcourir le système 
capillaire, et encore plus pour en sortir et aller se 
répandre dans les cavités viscérales. 

Et cependant nous verrons plus loin que l'on ren- 
contre des vers intestinaux sur le fœtus humain, comme 
sur celui des animaux. 

Or, si comme tous les physiologistes en convien- 
dront, sans conteste, la mère ne peut transmettre 
d'œufs d'Entozoaires au fœtus, il est évident qu'il ne 
peut y avoir pour ces animaux d'autre origine que la 
génération spontanée. C'est le sentiment de Bremser, 
de Burdach, de Bérard(l), et c'est aussi le nôtre. 

(I) Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers in- 
testinaux de l'homme. Paris, 1824. — Burdach, Traité de Physiolo- 

POUCHET. 3 4 



530 HÉTÉROGÉNIE. 

SECTION II. — INTRODUCTION DF.S HfXMINTHES PAR l'alIMENTATION. 
HYPOTHÈSE A^C1ENNE. 

Cette hypothèse a surtout été soutenue par Pallas; 
et il l'a fait avec une suite d'arguments qui, au premier 
abord, ne paraissent point dépourvus de valeur (I). 
Ce naturah'ste prétendit que les Entozoaires sont 
beaucoup pkis fréquents sur les hommes et les animaux 
qui habitent dans les grands centres dépopulation, où 
Ton fait ordinairement usage de réservoirs ou de ri- 
vières qui reçoivent les immondices. Selon lui, ils sont 
aussi plus communs dans les localités où les hommes 
et les animaux vivent environnés de causes débilitantes, 
de malpropreté. Le naturaliste prussien prétendit 
également qu'on trouve peu de vers dans les contrées 
les moins peuplées de la Russie et de la Sibérie. Et il 
ajoute enfin que les animaux de proie, qui avalent leur 
nourriture avec voracité, sont beaucoup plus sujets 
aux vers intestinaux que ceux qui, tels que les Rumi- 
nants et les Rongeurs, vivent d'herbes ou de substances 
végétales, qu'ils n'avalent qu'après leur avoir fait 
subir une trituration prolongée. 

Les faits abondent pour combattre Pallas. L'argu- 
ment de la plus grande fréquence des Helminthes sur 
les habitants des cités populeuses, et leur rareté 
dans les pays dépeuplés , s'explique facilement , la 
génération de ces animaux étant, on le sait, sin- 

gie. Paris, i837, t. I. — Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, 
t. I, p. 100. 

(1) Pallas, De infestis viventibus intra viventia. Rotterdam, 
1768. — Neue nord. Beitrœge. 1781. 



ÎNTUODUCTION DES HEUIINTHES PAR L ALIMEMATION. 1)31 

gulicrcment favorisée par les causes débilitantes. A 
l'aide du système de Pallas, il serait fort difficile 
d'expliquer la présence des vers chez les Hollandais, 
qui poussent, la propreté jusqu'à un point fabuleux. 
La communication se concevrait seulement par l'in- 
termédiaire de l'eau puisée dans les rivières qui reçoi- 
vent les déjections. Ce naturaliste semble lui-même se 
réfuter à l'avance , en convenant que les œufs des 
helmindics se détruisent fort rapidement quand ils se 
trouvent éloignés du milieu indispensable à leur con- 
servation (1). Mais en admettant leur introduction avec 
les boissons, on s'aperçoit qu'à l'aide de cette hypo- 
thèse, il est de toute évidence que l'on ne peut expli- 
quer comment certains helminthes, envahissent les 
organes sans communication avec l'extérieur. 

Enfin, en supposant que c'est à l'aide des boissons, 
que les animaux absorbent leurs vers intestinaux, 
comment expliquerait-on leur abondance à l'intérieur 
de beaucoup de Rongeurs, qui vivent uniquement 
d'herbes et ne boivent jamais? 

Relativement à ce qui concerne la plus grande fré- 
quence des helminthes chez les animaux carnassiers 
que chez les herbivores, malheureusement pour l'hy- 
pothèse favorile de Pallas, de nombreuses nécroscopies 
d'animaux ont démenti son assertion et prouvé que 
c'est le contraire qui existe. Brçmser rapporte que sur 
vingt loutres qu'il ouvrit, pas une seule ne contenait 
d'Entozoaires ; et que parmi cinquante-quatre lapins 
sauvages qu'il disséqua, il n'y en avait, au contraire, 

(1) Pallas, Neue nordische Beitrœge, erster Band. Leipzig, 1781. 



532 HÉTÉROGÉNIE. 

que cinq à l'intérieur desquels on n'en trouva point. 
Il ajoute en outre qu'ayant anatomisé dix-sept chamois 
provenant des montagnes de la Styrie , tous , à l'ex- 
ception d'un seul, contenaient des vers (1). Comment 
donc Pallas expliquerait-il ces faits? Aucun helmin- 
the sur des loutres qui vivent d'animaux qui en sont 
remplis; et, au contraire, une abondance de vers 
intestinaux sur des lapins qui ne broutent que de 
l'herbe ! Comment surtout expliquer leur abondance 
sur ces chamois dont parle Bremser, eux qui n'habi- 
tent que les solitudes glacées des montagnes (2) ? 

Embarrassés pour expliquer par la simple transmis- 
sion la présence des Entozoaires, quelques auteurs 
ont supposé que ceux-ci n'étaient que des vers qui 
vivent normalement dans l'eau ou dans la terre , et qui 
après s'être introduits dans le corps des animaux, y 
subissent diverses métamorphoses. 

Cette étrange opinion, dont Brera a été l'ardent 
défenseur, n'est pas assez sérieuse pour que la science 
doive s'armer pour la combattre (3) ; quelques lignes 

(i) Bremser, Traité anatomique et physiologique sur les vers in- 
testinaux. Vdrh^ 1824^ p. 36. 

(2) Une seule expérience, mais une expe'rience fondamen- 
tale, suftirait pour renverser tout Téchafaudage accumulé par 
Pallas; c'est celle de Schreiber. Ce naturaliste a soumis un putois, 
pendant Tespace de six mois, à un régime qui se composait uni- 
quement de vers intestinaux et d'œufs de ceux-ci, puis de laitage; 
et^ au bout de ce temps, lorsqu'il sacrifia ce mammifère, il ne 
trouva aucun helminthe dans ses organes. — Schreiber. Cité par 
Bremser, p. 37. 

(3) Brera^ Traité des maladies vermineuses. Trad. Paris, 1804. 
— Memorh fisico-mediche sopra i principali vermi del corpo umano. 
Crème, 1811. 



INTRODUCTION DES HELMINTHES PAR l' ALIMENTATION. 533 

seulement en démontreront toute la nullité. Et d*ail- 
leurs , la structure des helminthes est absolument 
différente de celle des animaux dont on prétend les 
faire descendre , et quand l'habitat impose quelque 
modification à une espèce, celle-ci n'est jamais que 
superficielle et ne transforme pas l'organisation de 
fond en comble ; et sous un état identique , un animal 
ne renverse pas toutes ses habitudes pour s'accom- 
moder à une nouvelle manière d'être. L'œstre, qui à 
l'état de larve vit dans le canal digestif du cheval, 
devenu insecte parfait, y périrait au bout de quelques 
minutes; les libellules, les éphémères, dont les larves 
vivent sous l'eau de nos marais pendant plusieurs an- 
nées, seraient noyées en un moment si, lorsqu'elles 
se sont revêtues de leurs ailes, on les plongeait dans 
leur ancien élément (1). 

SECTION 111. — INTRODUCTION DES HELMINTHES PAU l'aUMENTATION. — 
HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 

Évidemment embarrassés pour expliquer la propa- 

(1) Si Linnée a pu croire avoir trouvé le distoma hepaticum, le 
tœnia lata et l'ascaris vermicularis dans des marais; si Uiizer a 
prétendu que les vers de terre et les Ascarides lombricoïdes n'é- 
taient que les mêmes animaux ; si Beireis assure avoir rencontré 
l'ascaride lonibricoïdedeThomme dans une fontaine prèsd'Helm- 
stadt; si Gmelin dit avoir observé un Ténia dans un marais; enfin, 
si Sch seller piétend qu'il a rencontré des Douves du foie vivant 
dans l'eau; Otto-Frederic iMûlIer, Pallas et Bremser ont renversé 
de fond en comble leurs prétentions. — Otto-Fredf.p.ic Muller, 
Verra, terr. hist., t. I, p. 36. — Gmelin, Reisen 3 ter Theil, s. 302. 
Tab. 30. — ScHAEFFER, Die Engelschnecken, s. 20. Pallas, iVor- 
dische Beitr, t. I, s. 42. — Bremser, Traité zoologique et physiolo- 
gique des vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824, p. 8, 9. 



534 HÉTÉROGÉNIE. 

gation des helminthes, les adversaires de la génération 
spontanée ont récernnnent supposé que les œufs ou les 
petits de ces animaux, étaient d'abord introduits dans 
les voies digtstives, et qu'ensuite ils pénétraient divei- 
sement dans toutes les parties du corps des êtres sur 
lesquels ils vivent, même les plus profondes, les plus 
inaccessibles. 

D'après un certain nombre d'helminthologistes mo- 
dernes, voici ce qui adviendrait normalement. 

Les vers intestinaux, après avoir été iniroduits à 
l'élat d'œuf à l'intérieur de certains animaux, éclo- 
raient dans ceux-ci, et y passeraient la première phase 
de leur vie. Puis, à l'aide d'une extraordinaire migra- 
tion, ils parviendraient enfin dans une autre espèce 
pour y terminer leur exislence. Et, comme sous ces 
deux états ces vers ne se ressemhlent nullement, on 
les aurait considérés comme étant des êtres fort dif- 
férents. Citons, à titre d'exemple, l'histoire du Ténia de 
l'homme. Selon ces helminthologisies, les œufs de ce 
ver, après avoir été expulsés avec nos déjections, seraient 
mangés parle porc;el, unefoisintroduitsdansson canal 
digestif, à l'aide des crochets dont les embryons sont 
armés, ceux-ci perforeraient les tissus et parviendraient 
à s'enfoncer dans les organes profonds. Arrivés là, en 
se développant, ilsy conslilueraient ce quel'on nomme 
le Cyslicerque du cochon(i), que l'on avait jusqu'à ce 
jour considéré connue une espèce particulière. En- 
suite, l'homme en mangeant du porc cru, au milieu 
de la chair duquel ces Cysticcrques sont restés vivants, 

(1) Cysticercus cellulosœ. Rud. Brems. 



INTRODUCTION DES HELMINTHES PAR L ALIMENTATION. 535 

les introduirait dans son intestin où, en changeant 
d'halDilat, ils revêtiraient une nouvelle forme et de- 
viendraient le Ténia de V homme (I). Ainsi donc, ce 
serait le porc qui aurait la fonction spéciale d'élever 
pour nous la jeune progéniture de notre ver solitaire. 

Ceci avait été soupçonné depuis longtemps, car 
Nitzsch, guidé par Tanalo^ ie, a fait remarquer que 
les vers vésiculaires pourraient bien n'être que des 
individus appartenant à d'autres familles d'helmin- 
thes, et dont les formes ont subi une déviation spé- 
ciale (2). Mais Kûchenmeister, de Zillau, fit connaître 
le premier, par des expériences, cette transformation 
des Cysticerques en Ténias (3), et celles-ci ont été ré- 
pétées par Lewald, Siebold et Van Beneden (4). 

Sous rinfluence de ces récentes investigations de la 
science , Kûchenmeister a même posé comme une 
loi fondamentale, que tout animal infesté de Cysticer- 
ques en trouve la source dans sa nourriture, ou dans 
sa proie infestée par des Ténias. Et il ajoute que cela 
lui a été confirmé par ses observations particulières 
et par celles de MM. Von Siebold, Lewald, Roll, 
Eschricht, Van Beneden, MoUer et surtout parLeuc- 
kart (5). 

(1) Tœnia solium; Rud. Brem. 

(2) NiizscH, art. Anlhoccphalus dans l'Encyclopédie d'Ersch et 
de Gril lier, 1.S20. 

(3) KïcHE^.MElSTER, Comp. MérT'oire présenlc à l'Académie des 
sciences, avec celle devise : Oiiine viuum exoou; GeiicratiO œqui- 
voca nuUa. I8oo. 

(4) Van Be.neden, Mémoire qui a ol)lenii le prix de l'Académie 
des sciences, en 1853. Pans, lNo8, in-4", avec 27 pi. 

(5) De Siebold, Expériences sur la transformation des Cysticer- 



536 HÊTÉROGÉNIE. 

D'après les savants qui ont le plus récemment étu- 
dié les helminthes, tels que MM. Kûchenmeister et 
Van Beneden, les crochets que les embryons du Ténia 
présentent et meuvent à l'intérieur de l'œuf, leur servi- 
raient à perforer les tissus des animaux, pendant leurs 
migrations. Si l'on songe, dit Van Beneden, que ces 
embryons ne dépassent guère le volume d'un globule 
du sang de la grenouille, on comprendra aisément 
qu'ils perforent les parois de l'intestin pour s'enkyster 
sous le péritoine, ou pénétrer dans les vaisseaux et se 
répandre avec le sang dans divers viscères, sans en ex- 
cepter le cerveau et les yeux (1). 

Dans sa Physiologie, de Siebold avait annoncé le 
premier, que le Cysticerque qui vit dans le foie des 
rats et des souris, n'était autre chose que le Ténia du 
chat, égaré et devenu vésicuîeux (2). Plus tard les ex- 
périences du docteur Kûchenmeister deZittau, renga- 
gèrent à s'occuper de ce sujet. DesCysticerques com- 
muns sur les lapins et les lièvres, le Cysticerciis pisi^ 
formis, furent administrés à des chiens pour voir s'ils 
ne donneraient pas naissance au Tcenia serrala, qui 

ques en Ténias. Breslau, 1852, etc. — Lewald, De Cijsticercorum 
in Tœnias metamorphosi. — Roll, On the resuit of the administra- 
tion of the Tape-Worm. — Van Benkden, Les Vers Cestoïdes ou 
Acotyles. Bruxelles. — Moller, Gazette médicale, 1854. — Leuckart, 
Archiv fur physiol. Heilkunde, XI, p. 404, art. Parasiten und Pa- 
rasitismus. 

(1) Van Beneden, Nouvelles observations sur le développement 
des Vers cestoïdes. Ann. se. nat. Zoologie. 1853, t. XXIX, p. 318. — 
Acad. des scien. 1853, p. 788. — Kûchenmeister, On animal and 
vegetable parasites of the human body. Londres, 1857. 

(2) De Siebold, Manuel de physiologie. 1851, vol. IL J'admet- 
trais volontiers l'idée qu'un cysticerque n'est qu'un ténia déforme. 



INTRODUCTION DES HELMINTHES PAR l' ALIMENTATION. 537 

est aussi fort commun sur cet, animal. Ces expérien- 
ces, faites de concert avec M. Levvald, son élève, fu- 
rent couronnées d'un plein succès (1). 

Les auteurs qui ont soutenu la thèse de la transmi- 
gration des Cyslicerques, ont prétendu, comme on le 
suppose, que c'étaient ceux des animaux dont ils se 
nourrissent le plus communément qui les peuplaient 
de Ténias. Ainsi, selon eux, le Cijslicerciis fasciolaris, 
qui habite sur le rat et les souris, devient le Ténia 
du chat; le Cysticerciis pisiformis du lapin, se trans- 
forme en Tœnia serrata du chien (2) ; le Cysticerciis 
celhdosœ du porc, devient, mangé par l'homme, le 
tœnia solium ou ver solitaire. On ne nous a pas en- 
core dit, que je sache, quelle est l'espèce du pre- 
mier de ces genres qui fournit notre Botryocéphale ? 

VanBeneden, rapporte qu'ayant administré, vers la 
fin d'octobre 1853, à un porc, des œufs du Tœnia so- 
/mm rendus par une femme, lorsque l'on tua cet ani- 
mal en mars 1854, on rencontra dans ses muscles et 
surtout dans ses muscles intercostaux, un grand nom- 
bre de Cyslicerques complètement développés ou à 
l'état descolex (3). Kiichenmeister complète la trans- 

(1) De SiEBOLD, Expériences sur la transformation des Cysticer- 
qnes en Ténias. (Société nationale silésienne de Breslau, 1852; 
— Institut, n" 974.) Voir Ann.des se. nat., Zoologie, 1852, t. XVII, 
p. 377. 

(2) Il a donc deux systèmes de migrations^puisque ce ténia, selon 
quelques helminthologistes, donne le cœnure du mouton, — Cœ- 
nure au cerveau du mouton, — Cysticerque de Tinlestin sur le 
lapin? Inoxplicables contradictions! 

(3) Van Brneden, Note sur des expériences relatives au déve- 
loppement des Cyslicerques. Ann. des se. nat. Zoologie, 1855, 
t. I, 104. 



538 HETEROGEME. 

migrafion de cet helminlbe en assurant qu'ayant ad- 
ministré un certain nombre de ('.ysticeiques à une 
femme condamnée à mort, et l'ayant ouverte le len- 
demain de son exécution, il découvrit dans l'intestin 
de celle suppliciée, dix jeunes lénias. De celte ob- 
servation, le savant de Ziitau conclut que le Cysticer- 
que cellulaire du porc est le jeune individu du Ver 
solitaire de Tbomnie (î). 

(!) KiJCHENMEiSTEH, Lettre sur des expériences relatives à la 
transmission des vers intesliinnix chez l'espère luunaine. Annales 
des sciences naiureW'S, Zoologie. 1853, l. V, p. 377, 

Expériences de M. Kilchenmeister. — « Envii on cent trente- 
deux heures avant le moment fixé pour IVxi'^culion d'ime femme 
condamnée à la décapitation, pour assassinat, je lui fis avaler^ à 
son insu, un Cysticercustenuicol/is, et au bout de vingt tu'ures, je 
lui donnai six Cysticercus pisiforrnis,n'a\(\r][ pas à ma disposition 
de Cysticercus cellulosœ. Ces Vei's. di'pouiUés de leur vessie cau- 
dale, furent administrés dans un potage, dont )a tempéralureétait 
à peu près celle du corps humain. 

«Environ quatre-vingts heures avant rexrculion, j'ai pu me 
procurer de la viande de poic, contenant des Cy iicercus ce'lulosœ, 
provenant d'un animal tué depuis soixante hiures, et, îe lende- 
main, je fis servir à la condamnée du boudin dans lequel j'avais 
introduit douze de ces Vers; enfin d'autres Cysticercus cellulosœ^ 
au nombre de dix-huit, puis quinze, ensuite douze tt dix-huit,, lui 
furent administrés avec des aliments, qu'elle prit dans divers 
repas qui procédèrent l'exécution de soixante-quatre, vingt-quatre 
et douze heures. 

« L'autopsie ne î)ut être faite que quarante-huit heures après 
la mort. Ayant fait tremper les intestins dans de Teiiu pendant 
quelque temps, je parvins à découvrir dans le duodénum quatre 
jeunes lénias, qui tous avaient encore sur la lête wne ou deux 
paires de crochets; l'un de ces Vers avait encoie la couronne 
de crnctiets presque complète. Ces parasites a n aient de 3 h. 
8 millimcties de longueur, et ressemblaient au tœnia soliuni 
par le nombre, la grandeur et la l'orme de leurs ciochels. Je 



INTRODUCTION DES HELMINTHES PAR l'aLIMENTATION. 539 

Un petit licliinnthe, presque iiiicroscopiqiie, qui 
envahit par millions tout "le système musculaire de 
l'homme, le TricJnna spiralis, dont on doit la con- 
naissance à MM. Owen , Farre et Hilton (l), avait jus- 
qu'à ce moment paru ne pouvoir être exphqué que 
par la génération spontanée; mais quelques phy- 
siologistes ont aussi annoncé avoir, par l'expérience, 
prouvé ses migrations. M. Herbst a eu l'heureuse idée 
d'employer cet helminthe dans ses tentatives de 
transmission, parce que, comme il est extrêmement 
rare, son développement dans les sujets consacrés à 
celle-ci, ne peut être considéré comme une coïnci- 
dence. M. Herbst a été exlraordinairemcnt favorisé à 
cet égard , ayant rencontré plusieurs animaux infestés 
de Trichina; il a choisi l'un d'eux, un blaireau, pour 
ses essais (2). Ayant donné la chair de cet animal à 
manger à de jeunes chiens, au bout de trois mois, 
quand on les tua, tous leurs membres furent examinés 
et l'on reconnut qu'ils contenaient un nombre aussi 

trouvai aussi, dans la lavure des intestins, six autres Ténias qui 
manquaient de crochels, mais qui_, du reste, ressemblaient tout à 
fait aux précédents. » 

(1) R. Owen, Transactions de la Société zoologique de Londres. 
1835, t. I, p. 315. — Lectures on tiie comp anat. andphys., p. 62. 
— A. Fakre. Comp. zool. ïrans. t. I. Hu.ton, Médical Gazette. 
February 1833. Ce ver, qni est long de 8/10 de millimètre, vit 
dans de petits kysles à l'intérieur desquels il est enruulé, et 
qui ont un demi- millimètre de longueur. A rhô[>ilal Saint- 
Barlhélemy de Londres, on en trouva dix-sept h rintérieur d'un 
des muscles des osselets de l'ouïe, sur un militaire qui y était 
mort. 

(2) M. Herbst l'a rencontrée presque simultanément sur un chat, 
un chien, un hibou et un blaireau. 



340 HÉTÉROGÉNIE. 

considérable de Trichina spiralis qu'en possédait la 
chair de l'animal qu'ils avaient dévorée (1). 

En résumé, on peut donc dire qu'il résulte des 
expériences et des observations de Kiichenmeister, 
Leuckart, de Siebold, Lewald, Van Beneden et Moller, 
que les Cysticerques et les Cénures ne sont que de 
jeunes Ténias, qui, pour arriver à un entier dévelop- 
pement, ont nécessairement besoin d'abandonner 
l'animal sur lequel ils vivent d'abord, pour aller, après 
une migration plus ou moins longue , se développer 
sur une autre espèce d'animal, souvent fort difîé- 
rente. 

SECTION IV. — DISCUSSION DE i/hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 

Les observations et les expériences récentes sur la 
genèse des lichiiintbes étant considérées, par quelques 
physiologistes, comme ayant donné le dernier coup à 
l'hétérogénie , il est de notre devoir d'^examiner si 
cette prétention est aussi fondée qu'on l'a pensé. Nous 
apporterons dans cet examen la plus extrême impar- 
tialité, mais aussi nous y mettrons une sévérité qui 
n'accusera que notre ardeur à démêler le vrai , mais 



(1) Herbst, Expériences sur la transmission des vers intestinaux. 
Société des sciences de Goetlingue, 1851; Institut, n» 956. Jnn. 
des se. nat. 1852. 

(2) KucHEMMEiSTER , On animal and vegetable parasites of the hu- 
man body. London, 1857, t. I, p. 34. — Leuckart, Archiv. fur phy- 
siol. — Dt; SiEuoLD, Mémoire sur les vers rubannés et vésiculaires 
de l'homme et des animaux. Ann. des se. nat. Zoolf 1855. — Lewald, 
De cysticercorum in Tœnias metamorphosi. — Van Beneden, Vers 
Cestoïdes ou Acotyles. Bruxelles. — Moller^ Gazette médicale. 1 851 . 



DISCUSSION DE L HYPOTHESE DES MIGRATIONS. o4i 

jamais la loyauté d'aucun expérimentateur. La discus- 
sion nous prouvera que de nouvelles expériences sont 
peut-être encore à désirer, pour mettre la question 
hors de doute; et qu'il n'est pas absolument démontré, 
pour tout le monde, que quelques helminthes ne se 
produisent pas par la génération spontanée. 

Nous avons devant nous des antagonistes d'un grand 
renom, des expérimentateurs consommés, et au pre- 
mier abord, notre entreprise paraîtra téméraire. Elle 
ne l'est cependant nullement, et eux-mêmes, en se 
combattant réciproquement, nous permettront d'éta- 
blir, sans conteste, que leur victoire est encore fort 
indécise. Là, nous assisterons à leurs luttes; ailleurs, 
nous les verrons successivement changer d'opinions, 
et, avec le scepticisme qui seul convient au milieu de 
tant d'indécisions, nous nous demanderons où est la 
vérité? 

En doutant des migrations, nous n'avons pas la 
prétention de venir ici contester une conquête scien- 
tifique, vierge de toute atteinte. Nous ne sommes pas 
le seul dont les doutes ne soient pas absolument dis- 
sipés, car si M. de Filippi a pu dire que les recherches 
de de Siebold et de Steenstrup (1) avaient démon- 
tré que les Cercaires sont des larves de Distomes ; d'un 
autre côté, des savants du plus grand mérite, tels que 
Ehrenberg et Diesing (2), prétendent encore que les 

(1) De Filippi, Mémoires de V Académie de Turin, 2® série, t. XV. 
— De Siebold, dans Burdach, P/ïî/^., t. III. — Steeîsstrup, Uëher 
den Générât ionswechsel. Copenhague, 1842. 

(2) EuRENBERG, Monatsbericht d. k. Âkademie zu Berlin, 1851, 
p. 776. — DiESiNG, Systema helminthum. Vindobonac, 1850, t. I. 



542 HÉTÉROGÉME. 

mêmes Ccrcaires sont des animaux parfaits. Du 
reste, quelques expérimcnlaleurs nous viennent déjà 
en aide, en contestant de fond en comble les nouvelles 
investigations, dont nous nous bornons seulement à 
signaler 1 imperfection ou à nier les conséquences. 
Ainsi MM. Ercolani et Vella ont récemment combattu 
les conclusions de Kiichenmeister, de Siebold et de Van 
Beneden, en prétendant que leurs recberches n'étaient 
point applicables à l'entière solution de la grave ques- 
tion de la genèse des helminthes. Ces savants ont 
même échoué dans leurs expériences, en voulant ob- 
tenir des Cysticerques en employant des œufs de 
Ténia (i). 

Presque tous les savants modernes qui ont spécia- 
lement étudié les vers intestinaux, s'accordent à pen- 
ser que ceux-ci ne peuvent d'abord se produire qu'à 
l'aide de la génération spontanée. Retzius avoue que 
l'apparition des Entozoaires lui paraît pouvoir tout 
aussi bien s'expliquer par elle, que par l'émission des 
œufs; Reil et d'Outrepont partagent cette opinion ; 
Linck, Baillieet Cooper sont également unanimes sur 
ce point (2). Rudolphi et Bremser, auxquels on doit 
de si beaux travaux sur les helminthes, n'hésitent pas 
eux-mêmes à dire que ces animaux dérivent en par- 
Ci) Ercolani et "Vella, Comptes rendus de V Académie des scien- 
ces, 1855, 24 avril. 

(2) Retzius, Lect. publicœ de vermib. intestinalib . imprimis hu- 
manis. Holmiœ, 1788. — Reil et d'Outrepo.nt, Perpétua materiœ 
organico-animalis vicissitudo. Haloe, 1798. — Linck , Versuch 
einer Geschichte und Physiologie der Thiere. Chemnilz, 1805. — 
Baillik, Morbid anatomy. — Cooper, On intestinal worms. Lond., 
Med. Soc, t. V. 



DISCUSSION DE l'iIYPOTOÈSE DES MIGRATIONS. 5 43 

tiederiiélérogénie; Ticdemann, Biirclach, Bérard et 
beaucoup d'autres physiologistes parfagent cette ma- 
nière de voir, qui est aussi la nôtre (I). Enfin, M. Du- 
jardin, qui a écrit récemment un traité sur les Ento- 
zoaires, a été conduit à la même conclusion à l'é- 
gard de plusieurs d'entre eux. Dans un de ses chapi- 
tres, il avance que l'existence du Trichiua spiralis est 
un puissant argument en faveur de la génération 
spontanée de ccrlains helmintlies (2). Dans un autre 
endroit, la même idée revient, lorsqu'il parle d'un 
Distome qui se rencontre dans le foie des limaces et 
n'offre aucun organe sexuel ; il dit qu'il s'y produit 
spontanément (3). M. Gérard prête aussi ce mode de 
génération à la plupart des vers intestinaux (4). 

C'est à tort que M. C. Vogt prétend que la repro- 
duction des vers intestinaux a été le dernier refuge des 
partisans de l'hétérogénie (5), car ils en tirent en- 
core aujourd'hui de vigoureuses objections contre les 
prétentions de leurs antagonistes ; et celles-ci sont, 
jusqu'à ce moment, restées sans réponse. M. Vogt 
lui-môme, malgré son mérite éminent, n'apporte sur 



(1) RuDOLpni, Entozoorum historia naturalis. Amst. 1808, t. I, 
p. 375-100. — BiEMSEK, Traité zoologique, physiologique des vers 
intestinaux de Vhomme. Paris, 1824. — Tu demann, Physiologie de 
l'homme. Paris, 1834. — Blrdach, Traité de physiologie. Paris, 
1837, t. I, p. .■:I0. — Béraud, Cours de physiologie. Paris, 1859. 

(2) DujARDiN , Histoire naturelle des helminthes. Paris, 1845, 
p. 294. 

(3) DujARDiN, ibid., p. 408. 

(4) Gérard, Dict.univ. d^htst. nat. Paris, 1845, t. Yl, p. 67. 

(5) Ch Vogt, On the transmigration of Worms. Dans The ann. 
and. mag. of nutural history. T. IX, p. 436. 



544 HÉTÉROGÉNIE. 

ce sujet aucun fait positif, dans le court article où il 
parle si facilement de ses adversaires. 

Résistance vitale des helminthes et de leurs œufs. 
— Dans le but d'élaguer l'une des principales difficul- 
tés qu'offre leur système, les partisans des migrations 
ont supposé aux helminthes ou à leurs œufs, une ré- 
sistance vitale extraordinaire. Il est facile de passer 
leurs assertions à un critérium infaillible, il ne faut 
que les opposer à celles des autres naturalistes. 

Depuis bien des années, Rudolphi, dans son fa- 
meux Traité des vers intestinaux, avait raconté aux 
savants que des Ascarides placés dans une forte so- 
lution d'aloès, y restèrent vivants pendant quatre 
jours (1). 

On sait aussi que Rudolphi rapporte que de pareils 
vers, extraits d'un cormoran, après avoir séjourné onze 
jours dans de l'alcool, n'avaient pas encore cessé de 
vivre. Enfin M. Miran dit que des Entozoaires de ce 
genre, retirés d'un poisson, revinrent aussi à la vie 
après avoir été desséchés (2) . 

Les œufs, peut-être avec plus de raison, ont étécon- 
sidérés comme jouissant encore d'une plus grande ré- 
sistance vitale. Dans l'eau ils paraissent pouvoir se 
conserver très-longtemps. M. Verloren, a vu ceux de 
V Ascaris marginata y vivre une année entière ; et 
M. Davaine dit avoir reconnu que les œufs de l'Ascaride 
lombricoïde de l'homme restent sous l'eau six mois 

(1) Redi, Osservazioni degli animait viventi che si trovano negli 
animali viventi. Firenze, 1684. 

(2) Rudolphi. Entozoorum synopsiSj, p. 250. 
Miran. Wiegmann's Jrchiv. 1840, p. 35. 



DISCUSSION DE L HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 545 

avant de commencei' leur développement. Tout ceci se 
conçoit parfaitement; mais, ce qui est tout à fait ex- 
traordinaire, c'est de voir MM. Ercolani et Vella, pré- 
tendre que des œufs et des embryons d'Helminthes, 
après avoir été six jours dans l'alcool et avoir subi une 
dessiccation de trente jours, ont été complètement revi- 
vifiés (1). Van Beneden va beaucoup plus loin encore, 
puisqu'il dit que « des œufs pris de vers conservés de- 
puis assez longtemps dans l'alcool, ayant été placés 
dans l'eau, on y a trouvé, au bout de quelques jours, 
des embryons vivants ; et que la vie n'était pas non 
plus éteinte dans des œufs retirés de préparations ana- 
tomiques séchées depuis plusieurs années, ou même 
plongées dans l'acide chromique (2). » 

Tout cela est prodigieux, et l'on doit regretter que 
Van Beneden ne dise pas si c'est lui-même qui a ob- 
servé de tels faits. Cependant voici d'un autre côté un 
des plus ardents partisans des migrations, Ktichen- 
meister, qui soutient une thèse absolument contraire. 
Cet helminthologiste prétend que l'action de l'alcool 
est absolument mortelle sur les œufs des Ténias; et il 
considère comme tout à fait faux, le fait rapporté par 
Mo lier à l'égard du Cysticercus cellulosœ qu'on aurait 
obtenu à Paris, avec des œufs du tœnia soliiim, con- 
servés dans l'esprit-de-vin (3). 

(t) Ercolani et Vella, On the embryogeny and propagation of 
intestinals Worms. Ann., aiid mag. of. nat. hist. London 1854, 
XIV, p. 156. — Comptes rendus de l'Ac. des scienc. 1855, 24 av. 

(2) Van Beneden, Zoologie médicale. VdiVis, 1859. T. II, p. 312, 
de l'Homme et de la perpétuation des espèces, Bruxelles, 1859. 

(3) KiicHENMEisTER, Oïl animal and vegetable parasites of hu- 
man body. Londres, 1857. t. I, p. 45. — Moller. Gaz. méd., 1855. 

POUCHET. 3 5 



546 HÉTÉROGÉNIE. 

A l'égard de ce qui concerne l'extraordinaire vita- 
lité des helminthes, nous ne pouvons croire tout ce 
qui se trouve plus haut. Les auteurs sont unanimes, 
au contraire, *pour considérer ces animaux comme 
succombant au bout d'un temps fort court lorsqu'ils 
sont extraits de leur habitat normal. Bremser et Bur- 
dach affirment qu'ils périssent presque immédiate- 
ment après la mort de l'animal qui les nourrit; M. Ro- 
bin a vu que les échinocoques succombaient en quel- 
ques heures lorsqu'on les en avait enlevés (1). 

Relativement à l'innocuité de l'acide chromique et 
de l'alcool, nous ne pouvons rien dire, n'ayant pas pu 
faire d'expérience sur ce sujet. Mais ne sommes-nous 
pas en droit de nous demander si ce phénomène ex- 
traordinaire, strictement examiné, ne perdrait pas tout 
son prestige? Nous avons déjà vu que les Roiifèrcs, 
que Spallanzani et MM. Doyère et de Quah^efages 
pensaient pouvoir être impunément tués et ressusci- 
tes (2), succombaient, au contraire, dans des expé- 
riences exécutées avec précision. Et en se fondant sur 
des observations bien dirigées, MM. Pennetier et Tinel 
ont mis ce fait hors de doute (3). 

(1) Bremser, Traité zoologique et 'physiologique des vers intesti- 
naux. Paris, i824. — Burdach, Traité de physiologie. Vdx'i's, 1837, 
t. I, p. 27. — Nysten, LiTTiŒET Gii. Roem, Dictionnaire de méde- 
cine. Paris, 1838. 

(2) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. 
Paris, 1787, t. II, p. 205. — De C)\]kïK^?kGv.'s>, Souvenir s d'un natu- 
raliste. Paris, i8v^6. — \)oxtK^,Annales des sciences naturelles. 1841. 

(3) Peisjsetier, Journal l'Ami des Sciences. Paris, 1839, Juin. — 
TiNEL, l'Union médicale. Paris, I859,no 72. Ce que Ton a pris pour 
une résurrection est simplement l'dclosion des jeunes Rotifères ou 
des Tardigrades, ces animaux possédant une enveloppe imper- 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 547 

De l'introduction des oeufs des helminthes. — 
La circonscription géographique des helnriinthes, par- 
fois si limitée, n'est-elle pas elle-même un argument 
fort sérieux contre leur introduction par la voie des 
aliments? Un fleuve, une rivière établissent, en cer- 
tains pays, une limite très-tranchée entre les lieux en- 
vahis par deux espèces fort distinctes. Ainsi, d'après 
M. Boudin, le Botryocéphale, qui réside spécialement 
dans l'est de l'Europe, en Russie et en Pologne, s'ar- 
rête à la Yistule; et en deçà de ce fleuve, on ne ren- 
contre plus que le Ténia solitaire (1). Cette ligne de 
démarcation est tellement tranchée, qu'à Dantzick, qui 
est située sur ce cours d'eau, de Siebold devinait la 
résidence des personnes à la nature des helminthes 
qu'elles expulsaient (2) . Si c'était la nourriture, comme 
celle-ci est identique sur les deux rives du fleuve, on 
ne voit pas pourquoi des deux côtés on ne rencontre- 
rait pas les mêmes vers. 

Une chose aussi serait bien inexplicable pour les 
helminthologistes qui prétendent que les vers se pro- 
pagent par les aliments : c'est l'extrême fréquence de 
quelques-uns de ceux-ci, comparée à la rareté de leurs 
analogues. Ainsi, d'après MM. Boudin et Odier, le 
quart des habitants de Genève a eu, ou aura, leBotryo- 



méable, sous laquelle ils peuvent se conserver vivants, malgré la 
sécheresse. 

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. 
Paris, 1857, t. I,p. 336. 

(2) R. Vf AG^ER, Haiidwàrterbuch der Physiologie. BrBiunschweig, 
1844, t. II, p. 652. 



548 HÉTÉROGÉNIE. 

céphale (1); ce Botryocéphale dont la larve n'a point 
de crochet, et dont on ne peut expliquer la migra- 
tion ; ce Botryocéphale, enfin, dont les voyages extraor- 
dinaires sont encore un mystère, et qui là est plus com- 
mun que le Ténia! Est-ce donc qu'à Genève on ne 
mange point de porc, ni de toutes ces viandes qu'on 
dit être la source du Ténia des Français? 

Enfin, l'hypothèse de l'introduction des vers intes- 
tinaux par l'alimentation, et, par suite, celle des mi- 
grations, sont tout à fait renversées par l'existence 
bien constatée de ceux-ci, soit sur des animaux encore 
à la mamelle, soit même sur des fœtus encore conte- 
nus dans l'utérus. Parmi les nombreux exemples que 
Ton pourrait citer, mentionnons seulement les sui- 
vants : Gœze, Bloch et Rudolphi ont fréquemment 
rencontré de longs Ténias sur de jeunes agneaux en- 
core à la mamelle (2) ; Bremser en a trouvé quarante- 
cinq sur un jeune cornus frugilegus, encore au nid et 
sans plumes (3) ; Rudolphi dit avoir observé plusieurs 
fois des Douves du foie sur plusieurs autres oiseaux 
aussi jeunes; Fromann a rencontré de ces vers sur 
des agneaux nouveau-nés (4); enfin Pallas et Bloch 

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. 
Paris, 1857, t. 1, p. 336. — Ouier, Médecine 'pratique^ p. 224. 

(2) GoEZE , Naturgeschichte d. Eingeweidewurmer , cité par 
Bremser, p. 27. — Bloch, i46/iand/., e!c. Berlin, 1782. — Rudolphi, 
Entozoorum seu vermium inteslinalium historia naturalis. Anister- 
»'aî-\ 1808. 

(3) BiiKMSER, Traité zoologique et physiologique sur les vers in- 
testinaux. Paris, 1824, p. 27. 

(4) Rudolphi, idem. — Fromann, Observ, de verminoso in ovibuf 
et juvencis reperto hepate. Ephemerides nat. cur. 1G77. 



DISCUSSION DE l'iIYPOTHÊSE DES MIGRATIONS. 549 

assurent que des Ténias ont été observés à Tintérieur 
du fœtus humain par Brendel et Heim (1). Hippocrate 
dit qu'on en a découvert dans les intestins d'un enfant 
qui venait de naître, et Rudolphi dans ceux d'un chien 
qui venait d'être mis bas. Quoique M. Blanchard ait 
contesté la présence des vers intestinaux dans le corps 
du fœtus (2), c'est un fait établi aujourd'hui par des 
observations si positives qu'il n'est pas possible de le 
nier. M. Berthélue a rappelé qu'il y a sur ce sujet des 
observations positives qui remontent au dix-septième 
siècle (3) ; et Graetzer, dans son Traité des maladies 
du fœtus, cite des faits nombreux et bien établis d'hel- 
minthes développés sur l'espèce humaine, pendant la 
vie utérine (4). Van Beneden, lui-même, prétend que 
de jeunes cochons naissent parfois en ayant déjà des 
Cysticerques (5). Il serait vraiment utile de sortir de 
toutes ces contradictions. En effet, si les helminthes 
entrent avec les aliments, comment peut-il s'en rencon- 
trer sur le fœtus? Nous avons vu que la transmission 
de la mère à celui-ci était impossible. 

Les enfants ne sont ordinairement sujets qu'aux 
Oxyures et aux Ascarides, et ce n'est que par exception 
que l'on rencontre chez eux des Ténias et des Cysticer- 
ques. Si les œufs provenaient du dehors, pourquoi ne 
rencontrerait-on pas aussi bien chez eux ces derniers 



(1) Pallas, De mfestis viventibus intra viventia. Rotterdam, 
1768. — Bi.ocH, AbhandL, etc. Berlin, 1782. 

(2) BLA^CHARD, Mémoire lu à l'Académie des sciences en 18i8. 

(3) Berthéiue^ Revue zoologique, 18^8, p. H 9. 

(4) G\ikE7ZE\x, Maladies du fœtus. Breslau, 1837. 

(5) Van Blneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 260. 



550 HETEROGEME. 

Enfozoaires, qui semblent n'affecter que T homme 
adulte. — On ne peut arguer que les enfants n'of- 
frent pas les conditions de vitalité qu'exigent ces vers, 
puisqu'on en a observé sur plusieurs, exceptionnelle- 
ment, et qu'on en trouve fréquemment à l'intérieur 
de quelques jeunes animaux, tels que les chiens. Ce 
n'est là qu'un argument accessoire. Mais ne semble- 
t-il pas que si ces Entozoaires ne se développent ordi- 
nairement que dans Tàge adulte, c'est que celui-ci 
seulement, livre à leur état naissant une substance assez 
animalisée pour leur permettre de coercer les maté- 
riaux nécessaires à leur organisation. 

Si l'air, l'eau et les aliments étaient les véhicules 
des helminthes, ceux-ci seraient assurément plus uni- 
formément répartis qu'ils ne le sont sur ces animaux. 
Pour ne pas rester, à ce sujet, dans le vague des géné- 
ralités, citons quelques exemples. Le Trichina spi- 
ralis, en particulier, ne peut être assurément expli- 
qué par aucun des moyens derrière lesquels les ova- 
ristes se retranchent. Tout à coup ce ver, dorat nous 
avons déjà parlé, se déclare sur les individus et pul- 
lule par myriades dans tous les muscles de l'écono- 
mie. En voyant se manifester un tel phénomène, on 
conviendra immédiatement qu'il a fallu que le milieu 
ambiant dans lequel a vécu la personne infestée ren- 
ferme un incalculable nombre de germes de cet En- 
tozoaire, un nombre qui surpasse même tout ce que 
l'on peut imaginer. Or, comment se pourrait-il faire 
que lorsque beaucoup d'hommes habitent le même 
lieu, vivent de la même nourriture, présentent le 
même accès à l'infection, ont le même âge, et souvent 



DISCUSSION DE l'hypothèse DES MIGRATIONS. 551 

la même constitution, comment se pomTait-il faire, 
dis-je, que quand la cause qui agit est si multiple, si 
répandue, un seul individu se trouve cependant in- 
festé?... Tel est le cas d'un soldat dont tout le système 
musculaire fut littéralement envahi par le Trichina spi- 
ralis^ et en telle abondance qu'on en trouva jusque 
dans les muscles de l'oreille interne (1). 

Si la cause provenait du dehors^ si les germes de ce 
Trichina avaient été contenus dans l'air ou dans Feau, 
comment expliquerait-on pourquoi aucun des autres 
militaires de la même caserne n'a éprouvé, je ne dirai 
pas cette véritable infiltration générale d'Entozoaires, 
mais seulement l'attaque de quelques-uns? La cause, 
ayant eu une incalculable énergie, devait agir sur un 
grand nombre d'individus, comme cela s'observe dans 
toutes les épidémies; et elle le devait d'autant plus 
qu'elle trouvait dans sa sphère d'action des sujets dans 
la même condition. Quoi! l'atmosphère ou la nourri- 
ture, qui possédaient pour le militaire en question de 
si amples matériaux léthifères, avaient une parfaite 
innocuité sur ses compagnons de chambrée ou son ca- 
marade de lit! Seul il a été infesté par des myriades 
d'animaux dont les germes ont enveloppé tous les au- 
tres soldats, et aucun de ceux-ci n'a été tourmenté par 
un de ces vers qui tuent leur camarade! Tout cela 
tiendrait du prodige, dans l'hypothèse des migrations. 

L'examen des animaux peut nous fournir des ar- 
guments analogues à ceux qui précèdent. 



(1) R. OwEN, Transactions de la Société zoologique. Londres^ 
1835. 



552 HÈTÉROGÉNIE. 

On rencontre parfois à l'intérieur de quelques-uns 
une extraordinaire abondance d'helminthes, tandis que 
les autres individus de la même espèce n'en offrent ja- 
mais un nombre qui lui soit comparable ; c'est ainsi que 
M. Nathusiusatrouvé dans une cigogne noire, plusieurs 
centaines d'helminthes appartenant à des genres très- 
divers, et disséminés dans presque tout l'organisme (1). 

Krause rapporte aussi qu'un cheval de deux ans et 
demi contenait plusieurs milliers de vers très-dispa- 
rates "(2). 

Envoyant ces animaux tourmentés par un si grand 
nombre d'helminthes, on se demande comment, en 
admettant que c'est à l'aide de l'air ou des aliments 
que se transmettent ces parasites, on pourrait expli- 
quer pourquoi cette cigogne et ce cheval sont ainsi 
devenus de véritables pépinières de vers, tandis que 
leurs congénères n'en étaient point affectés, quoique 
\ivant dans les mêmes circonstances. Cependant cela 



(1) Nathushjs, Wiegmann's Archiv, 1837. — Vingt-quatre fila- 
ria lahiata dans le poumon, seize syngamus trachealis dans la tra- 
chée, plus de cent spiroptera alata entre les membranes de l'es- 
tomac, plusieurs centaines d'/îolosioînwînea^caya/um dans rinleslin 
grêle, environ centd/sioma ferox dans le gros intestin, vingt-deux 
distoma hîans dans l'œsopbage; cinq distoma Mans (?) entre les 
membranes de Testomac, et enfin un distoma echinatum dans 
Tintestin grêle. 

(2) Krause, Wiegmann's Archiv, 1840. — Plus de cinq cent dix- 
neuf ascaris megalocephala, centquatre-vingt-dix oœyuris curvula, 
deux cent quatorze strongylus armatiis, plusieurs milliers de 
strongylus tctracanthus, soixante-neuf tœnia perfoliatn, deux cent 
quatre-vingt-sept filaria papillosa, et six cysticercus fistularis. 

Dujardin, Histoire naturelle des helminthes. Paris, 1845. p. 13. 



DISCUSSION DE l'uYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 553 

aurait dû être si les vers provenaient réellement du 
dehors. Si cela ne vs'est pas présenté, c'est que ceux- 
ci n'ont trouvé la raison de leur apparition que dans 
la nature des circonstances particulières qui leur ont 
été otTertes par les deux animaux en question, circon- 
stances qui chez eux en ont déterminé l'apparition 
spontanée. 

A l'aide de l'expérience, Pallas a prouvé que des 
œufs d'Entozoaires peuvent se grefîer sur un autre 
animal que celui qui les a produits, et se développer 
là où on lésa placés. Il rapporte avoir introduit, par 
une plaie, quelques œufs de Ténia du chien dans la 
cavité abdominale d'un autre animal de cette espèce, 
et qu'ils s'y sont parfaitement développés, jusqu'au 
point d'atteindre la longueur d'un pouce dans l'espace 
d'un mois. Mais, comme le fait judicieusement ob- 
server Bremser, cela est insignifiant, puisque ces œufs 
possédaient toute leur fraîcheur, venant d'être extraits 
à l'instant même d'un autre chien (1). Cette expé- 
rience soulève quelques objections fondamentales. 
Comment donc ces œufs de Ténia ont-ils donné nais- 
sance à de jeunes individus finement annelés, ayant 
le faciès de leurs parents, et non pas à des Cysticer- 
ques, ce qui devrait avoir eu lieu, si les faits annoncés 
par les partisans des migrations sont exacts? Com- 
ment s'est-il pu faire aussi, en suivant leurs errements, 
qu'il se soit développé de jeunes Ténias à la surface du 
péritoine, eux qui pour arriver dans l'intestin des 

(I) Bremser, Traité anatomique et physiologique des vers intes- 
tinaux. Paris, i824, p. 42. 



554 HÉTÉROGÉNIE. 

animaux, leur site de prédilection, opèrent de si ex- 
traordinaires voyages? 

Absorption des oeufs ou des embryons. — Pour 
être à l'abri de tout reproche, les expériences de mi- 
grations artificielles des helminthologistes auraient 
dû, absolument, se rapprocher de la marche de la na- 
ture, et c'est ce qui n'a pas eu lieu. 

Ces expériences sont tellement subordonnées aux 
précautions que prennent les physiologistes , que 
Klichenmeister avoue lui-même que, pour en faci- 
liter la réussite, on doit avoir la précaution d'en- 
lever les enveloppes des Cysticerques, et même d'in- 
ciser la vésicule de ceux qui sont volumineux, parce 
que, sans cela, ils sont vomis très-fcfcilement. Dans 
la nature, les animaux qui mangent accidentellement 
des Cysticerques prennent-ils ces précautions (1)? 

Mais si, dans ces expériences, le Cysticerque, que 
l'on a mis hbre dans l'estomac, traverse cet organe 
pour aller ensuite se développer sur l'intestin grêle, 
cela ne dit nullement que, dans l'ordre naturel, les 
phénomènes se passent ordinairement ainsi. Aussi 
sommes-nous porté à considérer ces expériences, non 
comme exprimant la marche normale de la nature, 
mais comme n'étant qu'une transposition artificielle 
d'un animal qui, placé dans de défavorables circon- 
stances, n'y devait jamais présenter qu'une forme té- 
ratologique; mais qui, transporté par le bienfait de la 
transmigration, dans un habitat plus propice, y prend 
toute son extension. Ainsi une plante s'étiole et meurt 

(1) KucoENMEisTER^ Ou animal and vegetable parasites of the 
htiman body. Londres, 1837, 1. 1, p. 83. 



DISCUSSION DE L HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 555 

dans un sol trop restreint et privé d'éléments nutri- 
tifs, mais devient un végétal robuste quand ensuite on 
la confie à une terre plus riche et plus étendue. 

Admettons cependant que cette difficulté soit levée, 
et que l'œuf ou l'embryon d'un Cestoïde se trouve 
parvenu dans l'intestin d'un animal ; comment de là 
opérera-t-il sa migration pour se rendre dans les or- 
ganes éloignés? Les helminthologistes prétendent qu'il 
est absorbé, mais les physiologistes sont fortement 
autorisés à nier que cela soit possible. 

Il est vrai que Herbst, par ses expériences sur les 
fonctions du système lymphatique, avait fait supposer 
que des molécules de lait ou d'amidon pouvaient être 
absorbées dans l'intestin, et passer dans le système 
sanguin (1); et que, plus tard, OEsterlen, ayant nourri 
des lapins, des chats et des poules avec de la pous- 
sière de charbon, a retrouvé des parcelles de celle-ci, 
de 30Ô à À de millimètre, dans le sang des veines du 
mésentère (2). Il est vrai aussi que F. Éberhard a re- 
trouvé des molécules de soufre de 3J0 à 7J0 ^^^ millimè- 
tre de diamètre , dans le sang des veines mésaraïques^ 
de divers chiens qu'il avait nourris avec du soufre 
sublimé (3). L'on sait aussi, que Mensonides et Don- 
ders prétendent qu'ayant fait avaler, de vive force, de 
l'amidon à des grenouilles, au moyen d'une seringue, 

(1) Hekbst, Le Sijstèmehjmphatique et ses opérations. Gœii'ingne, 
1844 (en allemand). 

(2) ŒsTERLEN, Annales de Henle et Pfeufer pour la médecine 
rationnelle, Heidelberg, l. V, p. 43i. 

(3) F. Eberhard, Recherches sur le passage des matières inso- 
lubles de l'intestin et de la peau dans le sang. Zurich;, 1847 (en 
allemand). 



556 HÉTÉROGÉNIE. 

après six heures, ils ont retrouvé des molécules de 
farine dans les veines du mésentère de ces reptiles, 
et que là elles étaient paifaitement reconnaissables 
à l'aide du microscope et de l'iode. Bruch assure 
même que les molécules du lait passent intégrale- 
ment dans le sang des jeunes animaux encore à la ma- 
melle, et dit avoir retrouvé ce fluide dans les veines 
mésentériques de plusieurs petits chats (1). Enfin, Mar- 
fels. en injectant du sang de brebis et du sang de bœuf 
dans l'estomac de plusieurs grenouilles, a retrouvé ce 
sang dans le cœur, et a même \u ses globules circu- 
ler dans les capillaires les plus ténus du mésentère 
de ces reptiles (2). 

Mais déjà on a fait quelques objections à plusieurs 
des expériences que nous venons de citer. On a 
prétendu, avec raison, que les molécules du char- 
bon, présentant communément des angles assez ai- 
gus, avaient pu dilacérer les fines parois des absor- 
bants pour s'introduire danslesystème circulatoire (3). 
C. E. Hoffmann, qui a remporté le prix proposé par 
la Faculté de Wûrtzbourg sur cette question : « Si du 
mercure et de la graisse peuvent entrer en substance 
dans le système circulatoire?» contredit les expériences 



(1) Bruch, Annales de la zoologie scientifique de Ch. de Siebold 
et Kolliker. Leipzig 1853, l. IV. 

(2) F. ^\\ïKFEL'è, Recherches sur la voie par laquelle de petits cor- 
puscules solides passent de l'intestin dans l'intérieur des petits vais- 
seaux chyliféres et sanguiîis. Ann. se. iiat. Zoologie. 1856, t. V, 
p. 134. 

(3) Corn p. F. Marfels. Recherches sur la voie par laquelle de 
petits corpuscules solides, elc. 



DISC! SSÎON DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 557 

d'Éberhard sur ce sujet (1). On pourrait enfin se 
demander si, dans ses expériences, Martels n'a pas 
pu confondre des globules du sang de grenouille à 
l'état de corpuscules élémentaires, avec le sang du 
mouton et du bœuf qu'il avait présenté à l'absorption? 
Mais une objection autrement capitale que les précé- 
dentes, c'est le diamètre des œufs des helminthes, 
beaucoup plus considérables que celui des globules 
du sang et du lait, en admettant que l'absorption de 
ceux-ci soit un fait positivement établi. 

En ce qui concerne la fécule, dans mes expériences 
sur les grenouilles et les poissons, soit que je l'aie 
fait manger à ces animaux, soit que je l'aie injectée 
dans leur tube digestif, jamais je ne l'ai retrouvée en 
circulation dans les veines mésaraïques (2). 

Mais si les helminthes qu'on trouve dans les or- 
ganes profonds, qui n'ont aucune communication 
avec l'extérieur, ne sont pas le produit de l'hétérogé- 
nie, il faut absolument indiquer par quelle voie ils 

{{) C. E. Hoffmann. Sur le passage du mercure et de la graisse 
dans le courant du sang, dissertation inaugurale. Wiirtzboiirg, 
1854 (en allemand). 

(2) Expérience. Sur une Rana esculenta, on injecta dans l'es- 
tomac de la fécule non colorée ; si\ heures après on tua l'animal 
et l'on explora attentivement le mésentère, sans y rencontrer un 
seul grain de cette fécule ; l'iode n'en signale pas non plus. S'il 
eût existé des granules d'amidon dans les vaisseaux, on les eût 
découverts immédiatement, ceux-ci ayant un diamètre au moins 
du double de celui des globules du sang. — J'ai répété ensuite 
cette expérience avec de l'amidon préalablement coloré en bleu 
par l'iode, pour qu'elle fût encore plus précise; et, soit sur des 
grenouilles, soit sur des poissons [cyprinus auratus), jamais je 
n'ai vu un seul grain de fécule être absorbé. 



558 HETERO GENIE. 

onl pu s'y introduire. Comment, par exemple, s'ils ne 
se développent point sur le lieu même, certains Ento- 
zoaires envahissent-ils le cerveau, le foie, la rate, la 
cavité du péritoine, celles de la plèvre et du péricarde, 
et même celle des os ! 

Est-ce à l'état d'œuf qu'on prétend qu'ils y arri- 
vent ou à l'état vivant? 

A l'état d'œuf, il est de toute impossibilité qu'ils 
puissent s'insinuer dans les organes; le système vas- 
culaire sanguin ou lymphatique ne pouvant les ad- 
mettre dans leurs canaux, ceux-ci formant un en- 
semble parfaitement clos. 

Et d'abord, relativement à l'introduction des œufs, 
il y a impossibilité matérielle, car dans aucune partie 
des surfaces absorbantes des mammifères, par exem- 
ple, ils ne pourraient être aspirés. 

Il n'y a pas besoin d'insister sur la barrière infran- 
chissable que la peau oppose à ces œufs; et il est évi- 
dent que s'ils peuvent s'introduire à l'intérieur des 
organes, ils doivent nécessairement, après leur ad- 
mission préalable avec l'air ou les aliments, être as- 
pirés par la surface des muqueuses intestinales ou 
pulmonaires. Or, les travaux de précision des anato- 
mistes et des physiologistes du dix-neuvième siècle 
nous démontrent, jusqu'àl'évidence, que cela est tout 
à fait impossible. 

Les œufs ne peuvent assurément pas être absorbés 
par les vaisseaux sanguins ou chylifères de la mu- 
queuse intestinale, puisque ceux-ci n'ont aucune ou- 
verture béante à la surface de cette membrane ; et 
que, d'après Valentin, Béclard et Bérard, ils n'y 



DISCUSSION DE L HYPOTHESE DES MIGRATIONS. 550 

pompent les fluides que par une imbibition endos- 
motique (1). 

Et d'ailleurs, avant ce débat il y aurait une obser- 
vation préjudicielle à exécuter : il faudrait s'assurer si 
l'on peut découvrir des œufs d'helminthes dans les 
organes digestifs des animaux qui sont le plus fré- 
quemment infectés de vers vésiculaires. Et déjà des 
helminthologistes, qui ont fait de nombreuses re- 
cherches, assurent n'avoir jamais rencontré un seul 
œuf de Ténia dans les intestins des porcs et des lapins. 

L'absorption pulmonaire étant absolument endos- 
motique, il est évident que les œufs des helmmthes 
ne peuvent pas plus entrer dans l'économie animale 
par les cellules bronchiques, qu'ils ne peuvent y pé- 
nétrer par les villosités intestinales. Le grand physio- 
logiste J. Mûller a lui-même senti combien ces faits 
ont une imposante autorité (2). 

Enfin, un obstacle encore plus grand viendrait s'of- 
frir par rapport à certains helminthes qui sont vivi- 
pares. Pour eux, il faudrait donc que les petits s'é- 
chappassent du gîte maternel, ce qui est déjà difficile; 
puis, qu'après avoir traversé, sans périr, un espace 
d'atmosphère plus ou moins considérable, ils en- 
trassent ensuite dans Tintérieur d'un autre animal 
pour s'y insinuer à travers des membranes que nous 
avons déjà vu être infranchissables pour des œufs 

(1) Valentin, Physiot. London, 1843 (trad.), p. 56.— Béclard, 
Traité élémentaire de physiologie. Paris, 18o9;p. 162. — Bérard, 
Cours de physiologie. Paris, 1848. 

[1] i.MiJLLER, Manuel de physiologie, trad. de rallemand par 
Jourdan. 3« édit. Paris, 1851, p. 15. 



560 HETEROGENIE. 

plus petits qu'eux. C'est encore plus impossible. 

Migration des oeufs et dks embryons. — Nous 
avons d'abord démontré que l'absorption des œufs 
était tout à fait impossible ; et que les muqueuses in- 
testinales et pulmonaires leur refuseraient absolument 
passage, si on supposait même qu'ils aient pu s'intro- 
duire dans les voies digestives ou respiratoires. La 
micrométrie parle là avec une irrécusable autorité. 
Maintenant il nous sera tout aussi facile de démontrer 
que la circulation n'est pas plus apte à transporter 
les œufs à travers l'organisme que celui-ci ne l'est à 
les absorber. 

En admettant même que quelques œufs puissent 
s'introduire dans le système circulatoire et qu'ils 
soient entraînés dans son torrent, bientôt wne double 
barrière, barrière absolument infranchissable, s'op- 
poserait à ce qu'ils parvinssent dans la profondeur 
des organes. En effet, il faudrait qu'avant tout, 
ils traversassent deux systèmes capillaires : celui 
du foie et celui du poumon ! double impossibilité. 

En effet, nécessairement, ils devront être absorbés 
par les veines mésaraïques; et, en admettant qu'ils 
parvinssent à traverser le système capillaire du foie, 
arrivés dans le pouaion, ils y trouveront un nouvel 
obstacle infranchissable; les capillaires extrêmement 
déliés qui tapissent les cellules bronchiques, n'offrant 
pas un calibre susceptible de leur livrer passage. Ce- 
pendant, si ces premiers obstacles infranchissables, 
obstacles sérieux, auxquels je crois qu'on n'avait pas 
encore songé , pouvaient être franchis , le système 
artériel pourrait il ensuite lancer les helminthes dans 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 561 

cette foule d'organes profonds où parfois on les dé- 
couvre? mais nullement. 

Les physiologistes qui ont parlé de la dissémination 
des œufs à l'aide du système vasculaire, et qui l'ont 
fait après un examen attentif des prémisses de la ques- 
tion, à savoir : le rapport des diamètres de ceux-ci et 
des capillaires, sont restés convaincus qu'il y avait 
impossibilité physique. Burdach pense, qu'en admet- 
tant même qu'ils parvinssent dans les vaisseaux, ils 
ne pourraient circuler à l'intérieur de leur étroite fi- 
lière, les œufs de certains vers étant, selon lui, dix fois 
plus gros que les globules du sang, qui, eux-mêmes, 
y trouvent parfois des passages dans lesquels ils peu- 
vent à peine s'introduire. J. Muller etBremser profes- 
sent une opinion analogue (1). 

En effet, les œufs de beaucoup d'helminthes ont 
une grosseur qui dépasse considérablement le calibre 
des capillaires; aussi, est-il impossible d'expliquer 
par ceux-ci leur transport dans l'organisme. Le dia- 
mètre des vaisseaux capillaires de l'homme variant 
de 0,005 à 0,006 de millimètre, et celui des œufs 
des Ténias étant de 0,020 à 0,080de millimètre, ceux- 
ci ne peuvent par conséquent traverser leur réseau. 

Les modernes partisans des migrations des Ento- 
zoaires expliquent celles-ci par deux moyens. Les uns 
pensent que l'embryon, après avoir été introduit dans 
les voies digeslives des animaux, se fraye un chemin 

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 28. — 
J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 15. — Brehser, 
Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris, 
1824. 

POUCHET. 36 



562 HÉTÉRO GÉNIE. 

à travers les tissus à l'aide de ses crochets, jusqu'à ce 
qu'il soit parvenu dans un site de prédilection (1); les 
autres croient qu'après s'être introduits dans les vais- 
seaux, les jeunes helminthes sont passivement dissé- 
minés dans les diverses régions de l'animal qu'ils vont 
infester. On rapporte même, à l'appui de cette der- 
nière opinion, que Leuckart a trouvé quatre embryons 
de vers, libres dans la veine-porte, à son entrée dans 
le foie (2). 

Voici déjà une grande concession de faite par les 
partisans des migrations. La progéniture n'entre 
point dans le système vasculaire par l'absorption or- 
ganique, mais elle s'y insinue violemment à l'aide de 
sa propre force vulnérante ; ou bien, en employant 
celle-ci, elle perfore une série d'organes pour parve- 
nir enfin dans son site d'élection. 

Ces nouvelles explications, quoique fort ingénieuses, 
soulèvent une tourmente d'objections. D'abord quand 
'Tembryon, car ce n'est plus un œuf, a percé l'intes- 
tin pour arriver dans les veines du mésentère, alors il 
faut r qu'il traverse le système capillaire du foie; 
2° qu'il franchisse le système capillaire du poumon ; 
3° qu'il passe une seconde fois par le cœur; 4° qu'il 
soit, enfin, lancé dans les organes à l'aide des artères. 
Mais, sans compter tout ce qu'a d'extraordinaire ce 



^1) Telle est Topinion de Kûchenmeister et de Van Benederi, qui 
décrivent avec un soin exliême le mécanisme par lequel le ver 
fouille et perfore les tissus. — Klchenmeister, 1. 1, p. 48. — Van 
Beneden, ZooL méd., t. II, p. 217. 

(2) Comp. Kûchenmeister, On animal and vegetable parasites of 
the human body. London, i857, t. 1, p. 50. {Trad. angl.) 



DISCUSSION DE l'hYPOTIÎÈSE DES MIGRATIONS. 563 

vo;yage, nous avons déjà \u qu'il offre deux insurmon- 
tables obstacles, deux systèmes capillaires itifranchis- 
sables. 

Si les œufs des entozoaires qui attaquent T homme, 
étaient transportés dans les organes par le système 
vasculaire, comme nécessairement beaucoup devraient 
être en circulation, on les y trouverait, comme on 
trouve dans les vaisseaux ceux de quelques entozoai- 
res qui y vivent naturellement ; et je ne sache pas, 
qu'excepté M. Leuckart, slucun savant en ait observé. 

Les physiologistes ont récemment démontré que 
plusieurs helminthes se rencontrent, et parfois même 
en abondance, à l'intérieur du système vasculaire, où 
semble être leur habitat normal. Presque tous ceux-ci 
appartiennent au genre Filaire; et MM. Delafond et 
Gruby en ont reconnu un assez grand nombre circu- 
lant avec le sang des mammifères et des reptiles. 
M. Valentin a découvert un Hématozoaire particulier, 
une espèce (ÏAmœda, dans le sang d'un saumon. Plus 
récemment, M. Gruby a fait connaître des animalcules 
infiniment petits, de 0,0040 de millimètre de lon- 
gueur, roulés en spirale et dentés en scie, qu'il a 
rencontrés abondamment sur des grenouilles adultes, 
mêlés à des Pilaires, et en circulation dans les vais- 
seaux, où ils se meuvent d'un mouvement extrê- 
mement rapide (1) . On sait en outre que Schmitz, Va- 

(1) Delafond et Gruby, Comptes rendus de l'Académie des sciences y 
t. XXXIV, p. 9. —Valentin, Archiv. de Muller. 1841, p. 435.— 
Gruby, Recherches et Observations sur une nouvelle espèce dliéma- 
tozoaire. {Try panosoma sanyuinis.) Ann. se. nat. 1844, 1. 1, p. 164, 
pi. 1, fig. B. 



564 * HÉTÉROGÉNIE. 

lentin, Vogt, Remak, Mayer, Berg, Creplin ont aussi 
rencontré des helminthes dans le sang des grenouilles 
et de quelques poissons d'eau douce (1); de Siebold 
en a souvent vu au milieu de celui des oiseaux (2). 

On connaît, depuis Swammerdam, une espèce 
d'Ascaride qui vit particulièrement dans le poumon des 
grenouilles (3). M. Gluge a découvert, il est vrai, les 
ovaires et reconnu les œufs de ce parasite, qui est 
Y Ascaris nigrovenosiis. Valentin a vu circuler ceux-ci 
avec le sang de ce reptile ; mais ces œufs n'avaient 
point été introduits du dehors, ils se trouvaient en 
quelque sorte enfermés dans leurs cavités naturel- 
les (4). Il y a loin de là à l'hypothèse qui admettrait 
l'entrée de ces œufs, par endosmose, dans le tissu ca- 
pillaire, à travers la paroi des bronches. Ils sont telle- 
ment ici dans leur site d'élection, que M. Gruby, 
ayant injecté de ces œufs dans les vaisseaux des gre- 
nouilles, parvenus au poumon, on les a vus s'arrêter 
dans ses capillaires pour s'y développer (5). 

(1) SciiMiTZ, De vermihus in circulatione vivent ibus. Berolini, 
1826. — Valentin, De functîonibus nervorum cerebralium et nervi 
sympathici, 1839, p. 101 et 144. — Vogt, Mullef's Archiv. 1842 
— Remak, Canstatfs Jahresbericht. 1842. — Mayer^ De organo 
eleclrico et dehœmatôzois. Bonn, 1843, p. 10. — Berg et Creplin, 
Archiv skandinavischer Beitràge zur Naturgeschichte. 1815, t. I. 

(2) De Siebold, art. Parasites du Handworterbuch, t. Il, p. 648. 

(3) Swammerdam, Biblia naturœ. Leyde, 1737. 

(4) Gluge, Sur un Entozoaire dans te sang de la grenouille. Ar- 
ctiives de médecine comparée de Rayer, t. I, p. 44. — Valentin, 
De la présence d'entozoaires dans le sang. Archives de médecine 
comparée de Rayer, t. I, p. 42, 43. 

(5) Gruby, Recherches et observations sur une nouvelle espèce 
d'hématozoaire. Ann. des se. nat., 3® série, t. 1. 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 56S 

M. Joly, ayant rencontré récemment des Filaires de 
quinzeà vingt centimètres de longueur, dans les deux 
oreillettes d'un plioque commun, a pensé que ces hel- 
minthes, qui tous étaient femelles et remplis d'œufs 
et de petits éclos, n'étaient que l'ét^il adulte âufilaria 
pisciiim.Ce zoologiste suppose que les phoques, vivaqt 
presque exclusivement de poissons, avalent avec ceux- 
ci les Filaires dont ils sont remplis, et que ces derniers 
résistant à l'action digestive, perforent les parois du 
tube intestinal, s'insinuent dans les vaisseaux sanguins 
et parviennent au cœur (1). 

Mais M. Joly, avouant que ce ver, qu'il nomme 
filaria cordis pliocœ, n'a ni bouche, ni anus, et que 
même sa tète est obtuse, on ne peut expliquer com- 
ment il lui serait possible de perforer les parois résis- 
tantes des vaisseaux et de l'intestin. Selon ce zoolo- 
giste, ce Filaire acquiert son développement complet 
dans le sang du phoque, et il y produit même ses pe- 
tits. Mais comment ceux-ci passent-ils donc dans les 
poissons? Ces myriades de jeunes Filaires, qui, à un 
moment donné, envahissent le système sanguin, en 
sortent-ils en criblant ses parois pour se répandre en- 
suite dans la mer? Ce ne peut être que là que les 
absorbent les poissons, car ceux-ci ne mangent pas, à 
leur tour, les phoques dont ils sont la pâture. 11 faudrait 
donc admettre que ccsFilaires naissent dans les canaux 
sanguins de ces mammifères; qu'ils en sortent ensuite 
pour aller vivre sur des poissons, et qu'ils ont besoin 

{\) Joly, Mémoire sur une nouvelle espèce d'hématozoaire, ob- 
servée dans le cœur d'un phoque. Compt. rend. 1858, t. XLVI, 
p. 403. 



566 HETEROGENIE. 

enfin, pour parvenir à leur état adulte, qu'un phoque 
les dévore, pour qu'ils se réintroduisent dans le même 
appareil qu'ils ont précédemment abandonné..... 

Tout cela est vraiment extraordinaire ! et ce que je 
puis affirmer, bien plus difficile à comprendre que 
l'évolution spontanée de ces Pilaires, tout simplement 
dans le lieu où on les découvre. Et pourquoi donc ces 
Pilaires se donneraient-ils tant de peine pour s'expa- 
trier d'ujj milieu où ils doivent enfin revenir? 

Comment donc Van Beneden, qui connaissait ce 
fait, mais qui ne le cite que fort brièvement, a-t-il pu 
dire que tous les hématozoaires paraissent se trouver 
à l'état agame dans le système vasculaire (1)? 

Lorsque l'on découvre aujourd'hui si habilement 
les hématozoaires qui circulent avec le sang, et qui 
ont parfois des dimensions infiniment petites, telles 
que l'hématozoaire de 0,0040 demiUimètre dont parle 
M. Gruby(2); on se demande comment, si le sang 
était réellement le véhicule normal des helminthes, 
comment, nous le répétons, depuis longtemps, on 
n'aurait pas déjà découvert leurs œufs ou leurs em- 
bryons dans ce fluide? Cela serait on ne peut plus fa- 
cile, car ils devaient se rencontrer en abondance chez 
certains animaux, qui sont infestés par une inconceva- 
ble quantité de vers. On devrait d'autant plus obtenir 

(i) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 4859, 
t. II, p. 303. 

(2) GuuBY, Recherches et observations sur une nouvelle espèce 
d'hématozoaire. Ann. se. nat. Zoologie, 1844, 1. 1, p. 104. Quelques 
savants ont douté, il est vrai, de l'animalité de cet helminthe, mais 
cela ne diminue nullement de la force de rargnmenlalion, si ce 
n'est pas un véritable animal, c'est une production quelconque. 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 567 

ce résultat, que beaucoup de germes voyageurs doi- 
vent s'égarer ou périr en route, et qu'il faut nécessai- 
rement qu'il y en ait un immense nombre en circula- 
tion, pour qu'il en arrive quelques-uns seulement à 
leur destination. 

Mais la découverte des hématozoaires, ainsi que le 
fait observer Bérard, n'offre aucun argument en faveur 
de la transmission des œufs à l'aide de la circulation. 
Bien au contraire, ces animaux sont là dans leur site 
d'élection, et ils y offrent une preuve de plus en faveur 
de la génération spontanée (1). 

On sait que Valentin a découvert un microzoaire 
dans le sang. Cet animalcule, qui y était excessive- 
ment abondant, ressemblait absolument aux Protées 
et n'offrait pas la moindre trace' d'organisation ni 
d'appendices (2). La présence de ce microzoaire ne 
peut être expliquée là que par l'hétérogénie ; car je ne 
suppose pas que les partisans des migrations puissent 
admettre qu'un être microscopique diffluent, privé 
d'appendices vulnérants, a pu pénétrer dans le système 
sanguin. 

De l'habitat des helminthes. — Les savants qui 
prétendent que les œufs s'introduisent du dehors dans 
l'intérieur des organes, ne se sont pas réellement rendu 
compte des conséquences de cette hypothèse, sans 
cela, ils auraient reconnu qu'elle est complètement 
inadmissible. Burdach, qui a très-bien entrevu les 
difficultés qu'il y a d'expliquer ainsi les Entozoaires 

(1) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. I^ p. i02. 

(2) Valentin, ArchivesdeMuUer. 1841, n° 5, p. 435. Ami. se. nat. 
Zoologie, 1841, t. XVI, p. 303. 



56 8 HETEROGENIE. 

que recèlent les cavités closes ou les divers tissus, dit 
avec raison : « Leurs œufs ne pourraient être portés 
« au dehors qu'à la faveur du renouvellement des 
« matériaux du parenctiyme de ces organes ou du 
« liquide qu'ils contiennent; c'est-à-dire, qu'autant 
« qu'ils seraient amenés dans le sang par l'absorption 
« et séparés de cette liqueur par la sécrétion ; après 
« quoi il leur faudrait, pour arriver chez un autre 
« individu, à l'endroit qui les doit recevoir, s'intro- 
« duire avec les aliments dans le canal intestinal, 
« puis couler avec le chyle dans le sang, et se détacher 
« du sang pendant le travail intime de la sécrétion et 
« de la nutrition. Mais ces migrations sont compléte- 
« ment fabuleuses, puisqu'il n'existe point ici de voies 
« ouvertes, et que tous les vaisseaux sanguins ou con- 
« duits sécrétoiresont des parois closes à travers les- 
« quelles aucune substance ne peut pénétrer qu'à 
« l'état de dissolution et de liquidité (1). w 

En effet, on implorerait en vain toutes les hypothèses, 
hors l'hétérogénie, il n'en est aucune qui puisse expli- 
quera présencedecertains helminthes parmi une foule 
d'organes. Comment, en effet, sans elle, concevoir les 
Cysticerques ou les Échinocoques qu'on découvre 
dans nos organes les plus inaccessibles? Bonet et 
Geoffroy en citent qui ont été rencontrés dans la cavité 
pectorale ;Morgagni dans le cerveau et la moelle épi- 
nière; Ruysch, F. Plater et Corvisart dans le foie; 
Cullerier dans l'intérieur du tibia (2). M. Yalenciennes 

(1) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 28. 

(2) Bonet, Sepulcretum, seu Anatomia practica. Genève, i679, 
lib. XI, obs. 21 . — Geoffroy, Sur deux hydatides trouvées dans la 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 569 

a découvert dans la cavité péritonéale d'un lézard 
vert soixante-trois helminthes de plus d'un centi- 
mètre de longueur, appartenant à une espèce nou- 
velle, assez rapprochée des Ténias. Aucun de ces vers 
ne se trouvait dans l'intestin de ce reptile, et celui- 
ci ayant été gonflé d'air, le savant zoologiste s'assura 
qu'aucune ouverture n'avait été faite par eux pour 
pénétrer dans la cavité close de l'abdomen (1). M. Du- 
jardin dit avoir vu un helminthe semblable à Tinté- 
rieur de l'une des plèvres d'un singe (2). Dans deux 
Môles que j'ai disséqués au muséum de Rouen, j'ai 
moi-même rencontré, dans la cavité péritonéale de 
ces poissons, une quantité considérable de vers Ces- 
toïdes. Il y en avait dans chacun d'eux, un peloton 
gros comme la tête d'un enfant, et de toutes les 
tailles. Le docteur* Brunetta assure aussi avoir trouvé 
quelques Ascarides dans une tumeur molle située sur 
l'avant-bras d'un sujet qui avait été précédemment 
affecté de syphilis (3). J'ai moi-même rencontré un 
ascaris lombricoides mâle, dans une fistule de la partie 
moyenne de la cuisse, sur le cadavre d'une vieille 
femme. Les partisans de l'hypothèse des migrations, 

cavité thoraci que. Bull.de Téc. de méd., an xiii,p. 164. — Mokgagni, 
De sedibus et causis morborum. — Ruyscii, Thesaur., \, n. 12. — 
Plater, Observ., lib 111, p. 617. — Corvisart, Observation sur 
une hijdropisie enkystée du foie avec hydatides. Jouin.de méd. — 
CuLLERiER, Observation sur une tumeur du tibia qui contenait une 
grande quantité d'hydntides. Jonrn. de méd., 1806. 

(1) VAl.ENCIE^^ES, Observation d'une espèce de ver de la cavité 
abdominale d'un lézard vert. {Dithyridium lacertœ. Val.) Ann. se. 
nat. Zoologie, 184'f, t. II, p. 248.— Institut, t. XIX. 

(2) Cité par M. Vdlenciennes. 

(3) Brunltta, Scienziati italianiatti. Lucca. 1844, p. 532. 



570 HETEROGENIE. 

expliquent le voyage de l'embryon à l'aide du travail 
des crochets dont il est armé. Mais comment les as- 
carides se transportent-ils, eux qui ne possèdent pas 
de semblables appendices? 

Ajoutons enfin, que quelques savants italiens sont 
unanimes pour soutenir que l'on a parfois trouvé di- 
vers animaux dans les pustules de la variole. Le pro- 
fesseur Cerioli dit y avoir rencontré des helminthes, 
et considère leur production comme une nouvelle 
preuve de la génération équivoque. Le docteur Mo- 
rello observa deux cas semblables dans une récente 
épidémie à Lucques (1 ) . 

Par la théorie des migrations, comment expliquer 
aussi les helminthes que l'on rencontre à l'intérieur 
des yeux des animaux vertébrés ? Si leur habitat 
dans ces organes était un fait isolé ou rare, on pour- 
rait lui chercher quelque cause extraordinaire ; mais 
il est tellement fréquent qu'il faut presque lui trouver 
une voie naturelle, si l'on n'admet point l'hétérogé- 
nie (2). En effet, Nordmann rapporte qu'ils sont 

(i) Cerioli, Scienziati italiani atti. Lucca, 1844, p. 532. — Mo- 
RELLO, Scienziati italiani atti. Lucca, 1844, p. 546. 

(2) Le docleur Hsering a découvert un cyslicerque dont on dis- 
tinguait parfaitement les suçoirs et les crocliets, entre la scléro- 
tique et la conjonctive de l'œil d'un enfant. — HiERiNc, Observation 
de cysticerquecelluleux entre la conjonctive et la sclérotique, Gazette 
médicale de Paris, 1839, p. 636.— Le Diplostomum volvens,^ovA., 
se rencontre en telle abondance dans l'œil des poissons, que ses 
cavités en sont presque remplies. Dans son bel ouvrage, Nord- 
mann en a liguré qui avaient envahi l'humeur vitrée d'une 
perche. On le découvre aussi jusque dans l'humeur aqueuse; ce 
savant a représenté les yeux d'un yadus Iota et ceux d'un cyprinus 
erythrophthalmus sur lesquels, .cette humeur en contient une 



DISCUSSION DE L HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 571 

communs dans les yeux des poissons, et qu'il en a ren- 
contré dans presque tous ceux qu'il a disséqués. Ces 
vers, de genres variés, appartenaient aux Distomes, 
aux Diplostomes et aux Holostomes ; les uns sié- 
geaient dans l'épaisseur des membranes, et les autres 
dans ses plus profondes cavités, l'humeur vitrée et le 
cristallin (1). Il n'est pas rare non plus de découvrir 
des Filaires vivants dans les yeux des mammifères. 
Hopkinson, Morgan et Bremser ont observé le filaria 
papillosa dans la chambre antérieure de l'œil du che- 
val, où il est assez commun, et où parfois on le dis- 
tingue parfaitement se mouvoir pendant la vie de 
l'animal (2). Enfin, plusieurs observations curieuses 
de MM. Rayer etNordmann prouvent que l'homme lui- 
même recèle parfois des helminthes à l'intérieur du 
globe de l'œil. Ces savants ont découvert des Filaires 
dans le cristallin de quelques personnes affectées de 
cataracte (3). L'hypothèse des migrations serait bien 

énorme quantité. — Nordmann, Mikrographische Beitràge zur Na- 
turgeschichte der wirbellosen Thiere. Berlin , 1832, p. 110, pl.i, 
fig. 1, 2, 3. 

(1) Nordmann, Mikrographische Beitràge. Berlin, 1832, t. I, 
p. 219. 

(2) Hopkinson, Account of a worm in a horse's Eye. In Trans. of 
the amer, philos, society. 1786, p. 183. — Morgan, Of a living 
snakein a living horse's Eye, etc., In Trans. of the amer, society. 
1786, t. n, p. 383. — Bremser, Traité zoologique et physiologique 
sur les vers intestinaux. Paris, 1824, p. 18. 

(3) Rayer et de Nordmann, Helminthes dans Vceil de l'homme^ 
Archiv. de médecine comparée. — Ces filaires ont paru à ces obser- 
vateurs constituer même une espèce particulière, à laquelle ils 
ont donné le nom de filaria oculi humani. Van Beneden le nomme 
filaria lentis. — Comp. Sichel , Iconographie ophthalmologique . 
Paris, 1859. — Ammon, Klinische Darstellungen, pi. XII. 



572 ' HÉTÉROGÉNIE. 

impuissante pour expliquer tous ces faits, et surtout 
ces derniers, quand on songe que les Filaires sont 
vivipares (1) ! Sœmmering assure même avoir décou- 
vert un cijsticercus cellulosœ vivant, de la grosseur 
d'un pois, dans la chambre antérieure de l'œil d'une 
jeune fille. 

Dans riiistoire des helminthes, certains faits de 
double ou de triple emboîtement, viennent encore cor- 
roborer d'une extraordinaire manière la théorie des 
générations primaires. Bojanus et de Baër ont trouvé, 
dans le foie de quelques limaçons, des Distomes à 
l'intérieur desquels il existait des Cercaires (2). De 
Nordmann rapporte avoir fréquemment rencontré, 
dans l'œil des poissons, des ïrématodcs qui conte- 
naient d'autres Entozoaires microscopiques (3). Mais 
de Siebold a mentionné un fait bien autrement éton- 
nant encore : c'est celui d'un Monostomum mittabile, 
ver qui vit à l'intérieur des palmipèdes, et dans le 
corps duquel il existait un œuf occupé par un jeune 
Monostomum, qui lui-même contenait un Distome (4) ! 
Bremser rapporte avoir trouvé dans le foie d'un bœuf, 



(1) Comp. Leblond, Quelques matériaux pour servir à l'histoire 
des filaires, Acdd.âesscwnc.àe Rouen, \S3^, p. 145. — Valen- 
ciENisES^ Institut. I806, 4 août. — Jacobso.n, Nouvelles annales du 
muséum, t. III, p. 80. 

(2) BoJA^us, Isis, 1818, p. 729. — Baer, Nov. act. nat. cur. 
t. XIII, p. 603. 

(3) Nordmann, Mikrographische Beitràge. Berlin, 1832, p. 47. 
Recherches microscopi'iues, elc. 

(4) SiEBOLD, Sur le Monostomum mutabile, dansWiEGMANN's Arch. 
t. 1, p. 45. Comp. aussi Carus, du Leucochloridium paradoxum. 
I^ov. act. nat. cur., t. XVII. 



DISCUSSION DE l'hYPOTIIÈSE DES MIGRATIONS. 573 

une Hydalide de ia grosseur du poing, qui, après 
avoir été incisée, laissa ^s'échapper une grande quan- 
tité de vésicules d'eau, dont quelques-unes avaient le 
volume d'une noix. Celles-ci étaient elles-mêmes rem- 
plies de plus petites Hydatides, dans la cavité des- 
quelles nageaient de véritables Échinocoques.De sem- 
blables emboîtements ont été observés sur 1 homme (1 ) . 
Recherches expérimentales. — En décrivant les 
migrations des vers, Kùchenmeister dit, sans men- 
tionner d'exception, que l'hôte qui recèle les Cystoïdes 
est dévoré par les animaux carnivores, et que c'est 
par ce moyen que ces vers arrivent dans leur esto- 
mac (2). S'il ne s'agissait que des carnivores, si même 
de nombreuses objections ne se présenlaient contre ce 
mode d'introduction, il resterait encore à expliquer 
comment les espèces herbivores introduisent dans leur 
tube digestif les scolex qui sont appelés à produire les 
nombreux Ténias qu'on rencontre parfois sur eux; 
eux qui ne mangent pas de viande, et qui par consé- 
quent ne dévorent aucun cystoïde. On pourrait citer 
en particulier le mouton , qui a parfois plus de cin- 
quante Ténias dans ses intestins. En effet, à une épo- 
que où, en Normandie, on remarqua beaucoup de 
Ténias chez ces animaux, j'ai disséqué des brebis qui 
en contenaient un tel nombre, que l'intestin grêle en 
était absolument obstrué (3). On pourrait demander 

(1) Brkmskr, Traité zoologique et physiologique des vers intesti- 
naux. Paris, 1824, p. HO. 

(2) KÛLHEMWF.iSTERj Oïl animal and vegetable parasites of the 
human body. Londres, 1857, t. 1, p. 80. 

(3) Je conserve encore au muséum de Rouen une anse d'intes- 
tin grêle demouton qui est absolument interceptée par ces ténias. 



o74 HÉTÉROGÉWE. 

aux fauteurs des migrations, comment ces moutons 
ont pu collecter une telle abondance d'Entozoaires. 
On ne peut pas dire qu'ils dévorent de la chair de 
porc!... Où étaient donc les cystoïdes qui ont engen- 
dré leurs cesloïdes? 

Les partisans des migrations seraient tout aussi 
embarrassés à l'égard des chamois mentionnés par 
Bremser, et dont il a été question. Qui pouvait leur 
avoir communiqué cette abondance de vers dont parle 
le célèbre helminthologiste? Relégués vers les contins 
des neiges éternelles, il n'y a pas là de chiens pour 
souiller d'immondices leurs solitaires pâturages, et 
ils ne mangent pas de chair d'animaux! 

Il est essentiel de constater ici que le cysdcercus 
cellidosœ mi parfaitement sur l'homme, et qu'on l'y 
a déjà observé un assez grand nombre de fois. Sur 
notre espèce, ainsi que l'a fait remarquer R. Owen, 
c'est spécialement dans les muscles qu'on le rencon- 
tre (1). On l'a parfois observé en Angleterre, mais il 
y est rare; sur le continent, au contraire, on le ren- 
contre assez fréquemment. Rudolphi rapporte que 
sur deux cent cinquante cada\res humains qui sont 
annuellement disséqués à l'École d'anatomie de Ber- 
lin, on en compte quatre ou cinq qui contiennent un 
nombre plus ou moins grand de Cysticerques (2). 

Les observations de Plater (3), Bonet, Rudolphi, 

(1) R. OwEN, The Cyclopœdia ofanatomy and physiology de Todd, 
Londres, 1839, art. Entozoa, p. 119. 

(2) Cette observation fut faite par Rudolphi durant plusieurs 
années consécutives. 

(3) Platek, Observ. lib. III, p. 3. — Bonet, Sepulcretum sive 
Anatomia practica. Genève, 1()97. — Rudolphi, Lettre de Brem- 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 575 

Bremser, Van Beneden, ayant parfaitement démontré 
que les Cysticerques se développent aussi bien sur 
l'homme que sur les animaux, on ne voit pas pour- 
quoi le porc deviendrait l'indispensable intermédiaire 
par lequel ces \ers devraient passer avant de ^enir se 
fixer dans nos intestins. Or, puisque notre espèce est 
aussi apte à nourrir ce Cysticerque que l'espèce por- 
cine, et qu'elle doit encore être plus apte qu'elle à le 
contracter, possédant ce vers adulte, rempli de sa 
progéniture, nous devrions en être plus fréquemment 
infestés. 

M. Ch. Vogt, quoique prétendant que la théorie 
de la génération spontanée est ébranlée et renversée 
sur tous les points, ne nous satisfait pas, tant s'en 
faut, à l'égard des voies par lesquelles il explique les 
migrations des Helminthes (1). « Dans tous les pays 
oùleBothriocéphale est si fréquent, dit-il, on a l'ha- 
bitude d'arroser les plantes qui servent de légume 
avec des excréments liquides, puisés dans les fosses 
d'aisances. Il n'y a point de doute qu'un certain nom- 
bre d'œufs deBothriocéphales, rejetés avec les excré- 
ments, ne parviennent, avec la salade et d'autres lé- 
gumes crus, dans les intestins de l'homme. » 

Les physiologistes modernes s'efforcent de faire in- 
tervenir le porc commun, comme l'indispensable nour- 
ricier des Ténias qui infestent les Anglais et les Fran- 
ger. — Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers in- 
testinaux de l'homme. Paris, 1824, p. 228. — Gervais et Van 
Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 251. 

(1) Ch. Vogt, Sur la transmigration des vers. Bib. univ. de Ge- 
nève, 1851, t. XVIII, p. 



576 HÉTÉROGÉNIE. 

çais; M. Vogt, à l'égard du Bothriocéphaîe, y va plus 
franchement. Selon lui, cet Helminthe n'est pas en- 
chaîné, comme le Ténia, à faire un pénible stage et un 
voyage encore plus pénible pour parvenir dans le 
corps humain : il l'envahit directement. J'ajouterai 
seulement que c'est par une inconcevable erreur que 
ce savant prétend qu'en Hollande, ce pays de l'idéal 
de la propreté, ou en Suisse, on arrose les légumes 
avec nos excréments liquides. 

A l'exemple de M. Vogt, Van Beneden pense aussi 
quelesœufs des Bothriocéphales sont introduits immé- 
diatement dans notre intestin. Il croit qu'ils se trou- 
vent dans l'eau que nous buvons et que leurs embryons 
ne s'enkystent pas (1). Mais on se demande comment 
donc il se peut qu'il y ait une si extraordinaire diffé- 
rence entre les mœurs et le développement de deux 
helminthes aussi rapprochés que les Ténias et les Bo- 
thriocéphales? Et, d'un autre côté, ne sait-on pas que 
depuis un siècle, Schreiberet Bremser ont combattu 
ce mode d'introduction des vers avec une incontesta- 
ble supériorité, en joignant l'expérience à la sévérité 
de l'ai'gumentation (2). 

En admettant même, dans toute leur extension, les 
théories de Kiichenmcister, de Siebold et de Van Be- 
neden, sur les migrations des helminthes, il serait de 
toute impossibilité d'expliquer, à l'aide de celle-ci, les 
Cœnures et les Échinocoques.En effet, si un embryon 
arrive dans un site et qu'il y produise un helminthe 

(1) Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 237. 

(2) Schreiber cité par Bieiriser. — Bremsek, Traité zoologique 
et physiologique des vers iîitesttnaux, Paris, Ia24. 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 577 

vésiculaire , un Cysticerque, cela se conçoit; mais 
que cet embryon-là, tantôt donne naissance à un ver 
vésiculaire simple, et tantôt donne naissance à une 
vésicule qui, elle-même, engendre de nombreux em- 
bryons Je ne conçois plus cet être avec de si étranges 
prérogatives. On ne dira pas, sans doute, qu'à l'en- 
droit oii se développe un Écbinocoque, il s'est amassé 
des myriades d'œufs de Ténia, comme à une espèce de 
rendez-vous, tandis que l'on n'en trouve nulle part 
ailleurs, dans l'économie. En efîet, si leur migration 
s'était produite sur une si vaste échelle, pour qu'il s'en 
arrêtât autant à une place, on en verrait quelques-uns 
ailleurs, et souvent il n'existe sur un animal qu'une 
seule vésicule de Cœnure ou d'Echinocoque. A l'égard 
desÉchinocoques,les migrations ne peuvent donc pa- 
raître sérieuses. Et l'on sait que ces helminthes sont 
une objection terrible à la théorie nouvelle. M. G. Busk 
avoue lui-même avoir fait d'infructueux efforts pour 
éclaircir leur dissémination (1). 

Depuis longtemps, la vésicule enveloppante des 
Échinocoques a été signalée comme jouant un rôle 
actif dans la production de ceux-ci ; Laennec, sans la 
connaître à fond, l'avait déjà entrevu (2). Délie Chiaje 
a insisté sur ce sujet, et, dans une plus récente produc- 

(1)G. Busk, Some observations on the Natural History of the 
Echinococcus. Dans the transactions of the microscopical society of 
London, 1849^ vol. II, p. 49, 

(2) Laennec, désignait ces helminthes sous le nom d'hydatides 
ou d'acéphalocystes. — Delle Chiaje, Cumpendio di Elminto- 
grafia Umana. Naples, 1823^ p. 30. — Thomas Huxley, On the 
Anatomy and Development of Echinococcus veterinorwn, Zoolo- 
gical society. Ann. and. ofmag. nat. hist. 1854, p. 379, pi. xi. 

POUCHET. 5 7 



578 HÉTÉROGÉME. 

tion, T. Huxley représente, dans une figure hypothéti- 
que, la production des Échinocoques par la face in- 
terne de la vésicule qui les contient. Enfin, M. Robin 
a démontré, d'une manière évidente, comment cette 
membrane interne des Échinocoques, qu il appelle 
membrane mère ou fertile, produisait de jeunes 
individus par une espèce de gemmation. Toutes les 
phases de leur développement sont représentées avec 
soin dans le travail de ce savant (1). 

Nonobstant tout cela, VanBeneden prétend que les 
Échinocoques ne sont qu'un état particulier des vers 
Gestoïdes (2) ; et, au contraire, de Siebold affirme que 
ce ne sont que des Ténias malades, hydropiques (3). 

On le voit, ces deux savants se trouvent à cet égard 
étrangement en dissidence. 

Si l'on penchait vers l'hypothèse de de Siebold, 
n'aurait-on pas à s'étonner de voir des êtres malades, 
jouir d'une fécondité qu'on ne rencontre pas chez 
ceux qui se trouvent dans l'état normal ! 

Si, avec Van Beneden, on considère les Échinoco- 
ques, comme n'étant que des vers Gestoïdes aga- 
ines (4), alors, ce sont donc les mêmes êtres agames 
qui, tantôt, sont isolés et obligés d'exécuter une labo- 

(1) Robin, Dictionnaire de médecine de Nysten. Paris, i8o8, 
|). 468.— Griffitii et A. Henfrey, dans The micrographie dictionary, 
Lonclon, 1856, ont représenté cette gemmation sur la face externe 
de la membrane de VEchinococcus veterinorum. Rud. pi. xvi^ f. 2. 

(2) Van Beneden, Les vers cestoïdes ou acotyles. Bruxelles, 
p 83. Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 216. 

(3) De Siebold, Zeitschr. fiir wiss. Zool. 1850, p. 220. 

(4) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, 
î. H, p. 216. 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 579 

rieuse pérégrination, pour aller sur un autre animal 
s'y métamorphoser et s'y revêtir d'un appareil sexuel, 
afin de produire des embryons (1) ; et qui, tantôt, sont 
agglomérés, et, tout agames qu'ils sont, donnent nais- 
sance à ces mêmes embryons, par simple gemmation, 
à la surface de leur membrane interne (2) ! 

L'esprit ne suit qu'avec difficulté ce dédale de con- 
tradictions. Et, en voyant la membrane interne granu- 
leuse des Échinocoques, donner naissance, par gem- 
mation, à une nouvelle progéniture, dont l'apparition 
se voile des plus profondes ténèbres, n'est-il pas plus 
évident qu'elle y prend spontanément*naissance, par 
cette espèce de gemmation si bien décrite par les ob- 
servateurs. Ainsi naissent les Microzoaires, dans les 
granules des membranes proligères. 

Un Nématoïde microscopique déjà mentionné, le 
Trichina spiralis (3) , qui envahit tous les muscles de 
l'homme, et même ceux de l'oreille interne, offre un 
argument sans réplique en faveur de l'hélérogénie. 
Tout le monde l'a parfaitement senti ; cependant, que 
peut-on opposer aux expériences de Herbst, que nous 
avons citées? Rien, tant elles sont précises. On ne peut 
que louer celui-ci d'avoir été assez heureux pour ren- 
contrer tant d'animaux infestés de ce ver, lui qui est si 
rare chez nous; et ensuite, d'avoir si merveilleusement 

(i) Les cysticerques obligés d'aller sur un autre animal se 
transformer en ténia! 

(2) Les échinocoques, produisant des embryons libres à leur 
intérieur ! 

(3) R. OwEN, Transactions de la société zoologique de Londres, 
1835, t. I, p. 315. 



580 HÉTÉROGÉNIE. 

réussi (1). Seulement, on pourrait objecter à cette 
expérience que de Siebold ne considère le Trichina 
spiralis que comme une espèce qui s'est égarée dans 
ses migrations, et que, par conséquent, il est réelle- 
ment fort extraordinaire que ce ver se soit constam- 
ment fourvoyé durant les expériences de Herbst (2). 
Ainsi, nous opposons toujours les expérimentateurs 
les uns aux autres. 

Remarques sur les transmigrations des vers. — Je 
n'ai nullement à me préoccuper, dans ce travail, si les 
Cysticerques sont ou non de jeunes Ténias; ce qui 
m'intéresse seulement, c'est d'élucider par quels 
moyens les vers parviennent ou apparaissent dans les 
organes variés où nous les trouvons. M. Leuckart, qui 
assure avoir très-souvent vu se produire des Cysticer- 
ques sur des mammifères que l'on avait nourris avec 
des proglottides, dit lui-même : « Je regrette de ne 
pouvoir pas encore indiquer assurément la voie par la- 
quelle les embryons parviennent dans le foie, n'ayant 
pas encore été assez heureux jusqu'à présent pour 
trouver l'embryon voyageur (3). » Ce serait cepen- 
dant là, il faut en convenir, la chose fondamentale. 

(1) Herbst, Expérience sur la transmission des vers intestinaux. 
Société des sciences de Gœtlingue, 1851. Institut, n° 995. Ann. 
scienc. uat. 1852. 

(2) C. T. DE Siebold, Mémoire sur les vers rubanés et vésicu- 
laires de l'homme et des animaux. Ann. se. nat. Zoologie. 1855, 
t. IV, p. 72. Ce savant considère aussi comme des vers égarés les 
cysticercus cellulosœ que Ton rencontre sur l'homme^ ce qui, 
dit-il, arrive assez souvent. 

(3) R. Leuckart, Lettre relative à de nouvelles expériences sur le 
développement des vers intestinaux. Ann. se. nat. Zoologie, 1855, 
t. III, p. 352. — Kûchenmeister rapporte cependant que ce phy- 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 581 

La lettre de M. Leuckart, qui me paraît avoir été 
provoquée par de légitimes interpellations de M. Va- 
lenciennes, ne me semble nullement répondre à cel- 
les-ci; et j'avoue ne pas en comprendre divers points, 
et en considérer d'autres comme tout à fait contraires 
à la thèse que soutient le naturaliste étranger. Nous 
dirons d'abord que vraiment il ne nous semble point 
extraordinaire qu'après avoir nourri des lapins avec 
des œufs de Ténia, on trouve le corps de ces Ron- 
geurs rempli de Cysticerques. Ils en sont si commu- 
nément affectés, qu'on pourrait y en rencontrer de 
même sans leur avoir donné cet aliment. Mais ce que 
je ne m'explique pas, c'est comment Leuckart, après 
avoir ûxé à 1 ou 2 millimètres la longueur des Cysti- 
cerques, au moment de leur éclosion, à quelques li- 
gnesdelà, dit que leurs embryons perforants n'offrent 
quel/12 de millimètre d'étendue! Enfin, l'expérimen- 
tateur étranger n'est pas tellement sûr de l'itinéraire 
de ses jeunes voyageurs, pour qu'il ne soit forcé de 
convenir qu'il soupçonne que, parfois, quelques-uns- 
d'entre eux se développent dans le mésentère, sans 
avoir parcouru le foie (1). 

Maintenant, occupons-nous des importants travaux 
de de Siebold. Mais qu'il nous soit permis de dire, en 
commençant, que ce grand zoologiste avoue lui-même 
que les premières tentatives relatives aux migrations 
des vers, ont fomenté des discussions de toutes parts, 
et qu'on a reproché au docteur Kûchenmeister de 

siologiste, nousTavons dit, a trouvé des embryons dans la veine 
porte. Kùch., t. I, p. 50. 
(1) K. Leuckart, /d., p. 354. 



582 HETEROGENIE. 

n'être pas assez bon helminlhologiste pour pouvoir 
élucider la question (1). Donc, dès le début, nous 
trouvons déjà en dissidence les deux grands promoteurs 
des nouvelles doctrines. 

Après cela, on nous pardonnera, nous l'espérons, 
si nous nous permettons encore quelques doutes. 
Nous dirons d'abord, que les premières expériences de 
de Siebold sont loin, pour nous, d'être plus concluantes 
que celles du savant de Zittau. Nous n'y trouvons 
nullement la précision, la rectitude, qu'on doit s'effor- 
cer d'admettre dans de si délicates recherches, et 
nous trouvons aussi que ce premier mémoire est loin, 
pour les résultats, d'être en harmonie avec celui que 
nous analyserons ensuite. 

M. de Siebold n'énonce les résultats de ses expé- 
riences qu'avec un vague qui étonne. Là il se con- 
tente de dire que les chiens tués plusieurs jours après 
l'ingestion des Cyslicerqucs offraient des Ténias de 1 
à 3 pouces. Plus loin, il ajoute qu'après vingt ou vingt- 
cinq jours, ces vers avaient p/wsfeî/ï'5 pouces de lon- 
gueur. Enfin, dans d'autres expériences, au bout de 
huit semaines, les Ténias avaient atteint trente-six à 
trente-neuf pouces, et quelques individus étaient 
longs de plusieurs mètres (2). Nous verrons ci-après 
que toutes ces mesures sont loin d'être en harmonie 
avec les plus extrêmes proportions que l'illustre natu- 
raliste rencontre dans les expériences mentionnées 
dans son second mémoire. De Siebold dit bien ici 

(i )t)E Siebold, £'xpé?'fences sur la transformation des cysticerques 
en ténias. Ann. se. nat. 1852, t. XVII, p. 378. 

(2J De Siebold, Mémoire précité. Anu. se. nat., p. 379. 



DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 583 

qu'il donnait à ses chiens de 30 à 60 Cyslicerques, 
mais il ne note nullement combien il rencontrait de 
Ténias dans chaque animal soumis à Texpérimenta- 
tion. Il est extraordinaire aussi, que dans toutes ses 
expériences sur les chiens, jamais on ne mentionne 
un Ténia né naturellement sur ces animaux, eux qui 
en sont si fréquemment infestés. 

Après avoir admis que c'est le Cysticerque des la- 
pins et des lièvres, qui, dévoré par les chiens, produit 
leurs Ténias, de Siebold fait ingénieusement remar- 
quer que les Ténias sont rares chez les chiens de 
garde et d'appartement; mais qu'ils sont plus com- 
muns chez ceux de chasse, qui ont souvent l'occasion 
d'avaler les intestins des lièvres et des lapins tués par 
leurs maîtres, et par conséquent doivent être plus 
sujets à l'infection (1). 

Tout cela est ingénieux , en théorie ; mais quand on y 
réfléchit on voit que le chasseur ne mange pas propor- 
tionnellement plus de gibier qu'une autre personne; 
les produits de ses courses se disséminent, et à l'office 
le chien de garde, le chien de salon et le chien de 
chasse ont absolument le même régime. Il n'est pas 
prouvé par moi que le chien de salon veuille toujours 
accepter des intestins de lapin crus pour sa nourri- 
ture. 

J'ai lu attentivement ce qu'a produit de Siebold sur 
ce grave sujet, et j'analyserai son œuvre avec une im- 
partialité qui saura, tout en rendant hommage à 

(1) De Siebold, Expérience sur la transformation des cysticerques 
enténias. Ann. des se. nat., 1852, t. XVH, p. 380. 



584 HETEROGENIE. 

l'immense mérite de l'auteur, rester inflexible lorsque 
celui-ci me paraîtra sortir du domaine de la réalité. 
Le but que s'est proposé le professeur de Munich, 
dans son long mémoire, est de démontrer que les 
helminthes ne s'engendrent jamais par Thétérogénie, 
mais qu'ils parviennent dans le corps des animaux à 
l'aide de migrations, et en subissant des transforma- 
tions plus ou moins extraordinaires (1). 

A diverses reprises, de Siebold a senti lui-même 
qu'il soutenait une thèse vulnérable, et il s'en explique 
fréquemment avec ses lecteurs. Au début de son 
œuvre cet aveu lui échappe : On pourrait peut-être 
croire^ dit-il, qu'après avoir blâmé les hypothèses ima- 
ginées pour expliquer la production des Helminthes, 
je tombe à mon tour dans le même travers... \diU 
Beneden a eu de semblables appréhensions au début 
de ses recherches (2). 

En faisant connaître les générations alternantes, 
Steenstrup (3) a peut-être contribué beaucoup à Tau- 
dace des doctrines émises récemment sur les migra- 
tions des Helminthes. Le mémoire de M. de Siebold, en 
est pour nous la preuve. Ainsi là, sans s'appuyer d'au- 
cun fait relatif à l'animal lui-même, en invoquant la 
simple analogie, il prétend que le Gordius des marais, si 
rare chez nous, n'est que l'adulte du filaria inseclorum, 

{\) De Siebold, Mémoire sur les vers rubanés et vésiculaires 
de l'homme et