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L'ART
THEATRAL
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l'A m s. — I Ml' niMEiti i; de v. uuui'Y et c
Une Garancièrc, b.
L'Aivr •
THEATRAL
PAR M. SAMSON
DE LA CO.MÉDIE-FRANt.AlSK
ORNÉ riE I'OUTItAlT> 1' 11 UT O (i II A 1' li 1 É ; I' A 11 F II A N C K
d'ai'uics I. i:s oukiinaux
S h: C ( 1 N I ) !•: P A R 1' 1 E
PARIS
E. DENÏU, LIBRAIRE-ÉDITEUU
L113RAIRE UE LA SOCIÉTÉ DES CENS UE LETTRES
Galeiie d'Orléans, 17 & 19, Palais-Royal
186 5
Tous ilroils réicrviV .
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CHANT CINUriEME
11.
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ClïANT riNui ik:\i[^
J'jii coiUr (le l'aiiioiir les Ir.iuiqiios fureurs,
Les loiirmcnls (loiilouiciix, les saiigl.uilcs liorrcurs
Kn (lois-jr néfïliaor (]c plus doiicos inm.GTs,
Ces poi'Irails dont Moliùre égaya ses ouvrages,
Ces coui)les d'amoureux qui, |)roin|)ls às'irrilei',
En jurant de se Cuir, ne se peuvent (piilter?
La querelle, aux amanls chose si familière,
Dans sa marelie, toujours prévue et régulière.
4 L'A 15 ï Tlll'ATKAL,
Parlant du même puiiil, arrive eonslammeni,
l*ar le mèmeehemin, au même déiioùmenl.
Dans un sujet fulilc elle prend sa naissance,
Et sa gradation mène à sa décroissance.
Silùt qu'en son orgueil l'amant se croit blessé,
Un serment de rupture est par lui prononcé.
A peine ce serment de sa bouche s'envole,
IMèt à désavouer Timprudente parole,
l'ar un sot point d'Iionneur il se sent retenir,
El i)rolonge son lorl pour n'en point convenir.
Il |)()urrait d'un seul mol terminer la querelle :
Mais il veut s'éloigner alin qu'on le rappelle ;
Et voyant qu'en sa fuite on ne l'arrête pas.
Pour bien montrer qu'il pari il revient sur ses pas;
Et l'amante à son tour, qui ressent cette offense,
Masque son lier dépit d'un air d'indifférence.
Ils soulagent leurs cœurs de colère oppressés.
Par mille traiis blessants rapidement lancés.
CIIA.M Cl.NnilK.ME. :i
Mais loin (lu'iiii Iddrlial nous doiiiK' (nicliinc ahii'mo.
C'est un courroux ircnl'aiils donl le tableau nous clianne
Les Grecs peignaient l'auioursous des traits enlanlins :
Il est ce qu'il était au\ temps les jjIus lointains.
La figure du monde en \ain se renouvelle :
Il i)orlc a\ ce orgueil son enfance immortelle.
Ces scènes de dé[)it, d'un etïet si [)i(jiiant,
Veulent (lu'avec chalcui'les acteurs s'atlacpiant,
Portent, parent les coups avec même vitesse ;
(Ju'on sente de leurs tons l'unilorme justesse;
Qu'ils sachent l'un et l'autre accorder conslanuneni
Le regard, le débit, les temps, le mouvement. .
Le jeu des deux cotés est vif, leste, rapide :
Faux braves affectant une allure intrépide,
Et par des mots amers désavoués tout bas, '
S'excitant au courage et n'y parvenant pas.
6 l/AKT THÉÂTRAL.
Vaincus |)ar un aniour arclcnl, jeune, sineèrc,
Tout près de se briser, leur lien se resserre :
Gênés de leur serment qu'ils voudraient \ ioler,
Leur orgueil expirant cherche à capituler.
La scène dans sa marche est ici ralentie ;
L'attendrissement \ ienl, la colère est parlie.
Mais ces amants encor semblent prendre plaisir
A retarder l'instant qu'appelle leur désir :
L'un veut demander grâce et craint qu'on le j'el'use;
L'aulre pour pardonner attend que l'on s'accuse.
Ils retiennent tous deux le mol tendre et charmani.
Signal accoutumé du raccommodement :
Ce mot échappe enfin; mais avant qu'ils le disent,
Il faut que dans leurs yeux les spectateurs le lisent,
Qu'on sente de leurs cœurs l'inquiet repentir
Aux soupirs amoureux qui n'osent en sortir.
Mais par qui leur parole hésite et leur voix trendjle :
C'est un duo qui veut un admirable ensemble.
rilANT Cl.Nnlll'.Mi:.
n'iiii moiivcnu'iit l'i^al l'un raiilrc s'iiiilaii!,
l/iin|ircssi()ii donnée csl rendue à riiislaiil.
Des sexes diiïérenls la iiiianee s'observe :
Si l'un a plus de feu, l'aulre a plus de réserve.
C'est pour nous un lableau suave el ravissant
Ou'un amour ignoré du eœur ipii le ressent.
li^nfant du bon Scdaine, aimable Vicloiine,
.l'ai vu Mars te prêter, avec sa voix divine,
Les attraits ingénus qu'épargnait, dans son eouis,
Le vieillard si pressé d'emporter nos beaux jouis.
Le lils de la maison, par le lait de la mère
Entre vous partagé, devint prescpie ton frère :
Il est beau, jeune, aimable; et toi, dans ta candeur,
Tu l'aimes autrement que ne l'aime sa sœur.
Au seul mot de duel la fi'aveur le domine;
L'amour non-seulement prévoit, mai> il dcx iiie :
8 |;AUT TlIÈATIiAL.
Tremblanlc pour des jours (jui le sont ijrrcii.'ux,
D'iiivoloiilaircs pleurs humectent tes doux yeux.
H larde à revenir, et toujours vers la j)orle
Ou Ion pas se diripre, ou ton regard se [)orle ;
IMus lard, folle de joie, on le voit en saulanl
Annoneer le retour (pie lu désirais lanl :
Ainsi, sans que jamais un mol d'amour féeliappe,
Chez loi l'amour toujours se révèle et nous Irappe.
Ce jeune maître, hélas! si tendrement ehéri,
Abusée un instant, lu crois iju'il a péri.
Dans les yeux de son [)ére alors chei'cliant à lire,
Un etïroi douloureux l'oiipressc et le déchire,
Et toute au désespoir d'un si cruel trépas,
Tu dis en sanglotant : Je ne pleurerai pas.
Mais il vil; le voici, l'objet de tes alarmes;
Le bonheur en les yeux amène d'autres larmes;
De ton sein tout à cinij) un cri s'est élancé;
Le chagrin par la joie est soudain elîacé.
(.IIA.M Cl.NULlE.ME. 9
Dans ce rôle parfois des aclricrs Mil^aircs,
FiéiTs {rc\a<i(MTr ces ihouvcmirmiIs coiilraiies,
Des j)assiuiis du (.liaiiie alïeeleiil les élans :
L'excès osl le défaut des modernes lalenls.
Chez noire Mars, toujours <;raeieusc et gentille,
C'étaient des mots, des pleurs, des cris déjeune lille.
Un rôle d'iiuiocencc cl d'ingénuité.
Même dans la douleur veut de la chasteté.
J'aperçois Chémhin (jue son âge tourmente :
En lui le cœur s'éveille el le désir ferment(%
El le sein tout gonllé par (riniptiels souiiirs.
Il appelle l'amoui', en cherche les i)laisirs,
Les mystères charmants qu'il rêve el qu'il ignore.
11 a quitté l'enfance et n'est [)oinl homme encore :
Aussi c'est une actrice au jeune et doux minois.
Dont le beau [)age emprunte et les traits et la \oi\,
10 LAl'.T TllK AÏHAI-.
Cliaqiic rcinn.c le cliarinc cl lui sciiihlc divine:
PrrI, au besoin, d'aiiner hi \ieille Marceline,
11 voudrait une oreille, un cœur pour y poser
Ce mol : .Vulmc, suivi d'un amoureux baiser,
l.esle, espièf^le, bardi parfois, il ose à peine
Lever ses deux grands yeux sur sa belle marraine
Il se trouble à l'aspect de ses nobles appas,
1^1 (lu li'uuble i\\\\\ cause il ne s'aperçoit pas.
Ouel bonbeur le transporte et (piel feu le dévore,
En sentant sur son front la boucbe (ju'il adoieî
l'arle-t on d'un soufHel en cluMuin détourné.
Par un autre l'cçu, mais à lui destiné,
A demander raison le voici (jui s'aj)i)rète,
Et la nuiin sur l'épée, il redresse la tête.
Cet officier imberbe est un liéros naissant :
En le voyant si tendre et si lier, on pressent
Que son cœur, poursuivant une double victoire.
Aura pour passions les femmes et la j;loire.
(.11 A. Ni ClNnl IK.Mi:. M
Munirez dans Chéniljin du l'eu, de la gaîlé;
A la grâce surloul joigne/, l'agililé.
Il cour! plus qu'il ne niarelie,el, [)r()nii)l à fuir son niailre,
Se jette en un lauleuil, saute pai- la fencMre :
C'e^l, iîeaumaiHdiais Tadil, un |)()lisson ehaiinanl,
Ou'euN ierail une mère, el (ju'ou gronde eu raiuianl.
Pour lui (luel sentinienl éprouve la eonitessc?
De l'amour? Pas encore : une vague lentiresse,
In de CCS senlimcats l'uneslcs au devoir,
El tout pleins d'un danger qu'on \ oudrait ne pas \ oir.
Son époux la néglige, et, dans sa solitude.
D'un air distrait, rêveur, elle a pris riiabitudc.
Où vont sa rêverie et sa distraction?
Observez-la : voyez sa \ ive émotion
Quand au [)age charmant qu'elle regarde à peine,
Klle adresse l'adieu que doit une marraine.
' 4
12 L'A HT TIIl' Al I;AI..
Elle i'ou,i;it, hésite, et n'ose envisager
Ce jeune Cliéiiibin, son lève el son dan.Lcr.
Craignant une fatale et séduisante ainoree,
Elle veut se eoml)atlre et n'en a pas la force.
Gel enfant, à la voix si tendre, à l'œil si doux,
Elle l'entend chanter son amour à genoux,
Et par mille détails de toilette, elle semble
Rechercher un jiéril dont pourtant elle trcnd)le
Aux types féminins créés par Maiivaux
Le public a toujours |)r()digué ses !)ravos.
Charmante ItalicMine à Paris transplantée,
Silvia les offrit à la foule enchantée :
Un rôle, où son talent jamais ne s'oublia.
Eut orné par l'auteur du nom de Sihia.
Contât cl Mars, depuis, ont de ces personnages
Reproduit à leur tour de brillantes images.
cil \.\T r.lMjllK MR. 43
Toulos doux possédaient le sorrol (roN|)rinioi'
Kl le désir dt^ plaire^ el la crainte (rainier.
Cet amour plein d'espi-it, de bon ton et de grâces,
El dont notre sourire accueille les disgrâces.
L'une el l'auli-e sa\aient, avec un art chartnanl,
Relarder un aveu jusques au dénoiiment :
Car cet aveu si doux (|ue Ton brfdc d'entendre,
Marivaux s'ingénie à nous le l'aire attendre.
C'est là que son talent se montre avec bonheur :
Connaissant, disait- on, tous les sentiers du coeur
Dont noire Poquelin a su les grandes roules,
Il offre à nos regards de gracieuses joules '
Où, le combat Uni, ceux (jui luttaient entre eux
Sont des vainqueurs soumis et des vaincus heureux.
Marivaux, de l'amour retraçant la puissance,
l'our mieux peindre sesjeu.r, le montre à sa naissance.
14 i.'AiiT I nr; ATi; \ i,.
ncdoiilaiil ]o (lanprr dos nœuds mal assorlis,
l)()i'aiil(> ol Silvia, Ions les doux travostis,
S'ôpi'ouvonl ; mais il faut qu'on los voyant paraître,
Sous rhal)it du valot on dovino lo maître,
Qu'ils s'étonnent l'un l'autre, et, (|u*insonsil)lomoiiI,
L'étonnoment amono un tondre sentiment.
Imitez de l'autour la l'auto volontaire :
Do leur défTuisoment traiiissant lo mystère,
Los héros i\v sa |)ièee, en leur LMlanl jargon,
i*rètent a rantieliamîjre un esprit de salon.
Pasqnin, î/iselle, avee leur attitude outrée,
Sous l(Mirs brillants habits ont un ton do livrée,
VA d(> la \ érité l'auteur |)ou soucieux
Veut iei divertir notre esprit et nos yeux.
Chaeun d'eux à singer son maître s'étudie.
Et l'imitation est de la parodie :
Mais on les voit du moins tenter un vain effort
Pour mettre leur langage et leurs habits d'aeeord.
(Il \NT r.INnril-.MF.. M
Les maîtres, moins sensés, scml)lenf cro'wc iiuitilc
De réformer en eux la lournine et le sl\ le.
La naissance e( le ran^^ semblent les séparer;
Maudissant leur deslin, ils doivent l'admirer :
Rencontrer chez des gens de condition basse
Celte distinction, cet esprit |)lein de grâce,
Ce langage au ton noble, aux tours ingénieux,
Tout ce qui charme enfin l'esprit, Tàme et les yeux,
Ce contraste éclatant de l'état, du mérite,
Injustice du sort dont noire cœur s'irrite,
Que de séductions! comment leur échapper?
L'amour de toutes parts les vient envelopper.
Dès le commencement leur défaite est certaine :
Combat-on un danger qu'on aperçoit à peine?
Livrés en imprudents qui ne redoutent rien
Au charme de leur mu; et de leur entrelien,
Ils se laissent glisser sur l'invisible pente.
Étincelle d'abord, el plus lard llamme ardente.
16 i;\i;i Tiif; ATi; AI..
T.o senlinu'iil (iiTcn on\ on voil iiaîlrc silôl
(liaiidil à chaque scène cl pres(Hie à chaque niol;
A roiibli (le leur rang on seul (|u'il les eniraînc.
Silvia, qui déjà tien! Dorante en sa eliaîne.
Des douceurs (Tnii hupiais en vain se drlVndaril,
Sï'lonne de rester et reste cependant.
Heponssanl faiblement un anu)ur (\\\\ l'outrage,
Pai' des mots li'0|) llalteurs sa bouche rencourape;
Puis, elle sent sa faute, d |)our la réparer.
Affecte une rigueur (|ui permet (rcs|)érei'.
Sans le voul(tir enfui, son imi)rudence jette
l>e faux Pas(iuin aux pieds de la fausse Lisette.
Quelle confusion alors la vient saisir!
Sa honte toutefois se mêle de plaisir.
Mais aux propos moqueurs et d'un père et d'un trére,
Klle seul de son cœur déborder la colère,
El l'actrice doit faire éclater avec art
L'impétuosité d'un courroux babillard.
(Il \N I ( IN(.i| IK.MI .
.\\('c arl, ;ii-j(' dit : car son tlrhil rapide
Ne doit jamais cesser d'être iiel el liiniiidc
El sous im loi excès de \ ulubililé
La iioldes^e s'efface ainsi qut^ la clarté.
(Confuse, en elle-inèiiic elle n'ose descendre;
Klle a pem' d*\ lrou\ rv un senliiuenl li'op Icndi'c.
Ici doil >(■ nionlrer un jeu discret el lin.
Mais liélas ! (juc prévoir? (jui |)ourra mettre lin
Aux combats, à la honte où son àme est en proie?
Ciel!... un mol change tout : d'une iiK^Tahle joie
On voit dans son regaid luire un subit éclaii",
El son cd'ur peut sans crainte aimer : rllr // voit clair
A ses toui'inents succèd(^ un boidieur (pii l'enivre :
Ainsi d'un soii^^e affreux le réveil nous délivre.
de ses maux secrets fortuné dénouement !
Mais c'est peu : Silvia \(miI (\\\c son jeune amant,
11. 2
18 LWP.T iiii: \Tl; AI..
Pour la irndro de lui ])liis ccilaiiic ol plus fièrf,
Sacrilic à l'amour sa raisou loul cnliriT,
I']l (juc son nom, son rang, il les ose oublier
Jusqu'à ne jioint rougir de se mésallier;
il faul à son orgueil celle nou\ elle joie,
Oue de eo(|uelleiie alors elle déploie!
I.a ruse féminine éelale en tonl son jour,
lîeiit'ei'manl son honheui'el \oilanl son amour,
Oue de pièges cliai'manls lendus avee adresse!
Monlranl, sans les livrer, des trésors de lendi'csse,
l'Ile ne donne pas, mais n'ôle pas res|)oir :
(lalalliée, en l'uyanl, se laisse apercevoir.
Klle veul cel amour qui brave un sorl l'uncsle,
Que rol)slacle grandil el qu'une faule allesle;
El que Doranle, benreux d'aimer el d'élre aimé,
Forme avec joie un notud par le monde blâmé.
Mais pour juslifier la faule qu'elle exige.
Pour que la passion aille jusqu'au verlige,
CHANT r.INol IK.MI:. 19
l'oiir iiu'il puisse sui'loul d'clli^ s'(Mii)i"i:ii('iirn-,
IViiiU' nom elle '^viicc vWc sail s'cMnljcIlir.
(Quelle drlicalesse t'I trame cl de langage !
A lui cacher sa nainiiie ell(>-inème l'engage.
Va\ trétrangcs ei'ieurs craignant de le jeter,
A cette ardeur si vive on la voit résister.
Mais (|uelli' l'ésislancc (^t molle et séduisante!
Ou(d regard alleiidi'i! (luelle \<)i\ caressanic!
Non; si chai'mant (ju'il iïil, nul aveu n'olTiiiait
De ce rctus si doux \c gracieux attrait.
Dorante tombe aux pieds (\c cette enchanteresse,
Et Silvia, trop sûre enfin de sa tendresse.
D'un essai dangereux sortie avec honncui-,
Est hi'illanle d'amour, d'orgueil (d de honheui'.
■20
l.\i; I 1 m. AI i; \i.
Diih'iis \ \ ;il('l l'iisr, (Tc^sprcf peu comimiiic,
h'iiii iii.iilrc (|iril clirril \ciil l'aiic la Inrhiiic.
Voyez ('oiiiiuc pai' lui, de drloiii' en drloiii',
l'iK' opiilciilc' \(Mi\(' csl coiiduilc à ramonr.
Sans pilir pour Doianic cl sa llaminr iiisciiséo,
Ouaiid elle croit ipi'uuc aulic a lroul)lc sa pensée
Tue ('(Mnmo plainl |)cu, \aine de ses appas,
\a i\r\\vv amoureux (pTclIc iriiis|iiic pnsj,
IMclc a (diasser rainaul à sa l)eaulc rcdx'ile,
l"'l (pii, hrùlani d'ainour, ne l)i-ùl(> poini ])our elle,
Klle apprend de Dubois (pi'il l'adore, el soudain
Adieu l'allier dcpil el l'apparent dcdainl
S(Mid)lalde au pur rayon d'une aurore nouvelle,
l'iie doue(> luinici'e en son œil clineclle :
l/luMii'en\ ctoiUKMiu'nt (pii la \ient ranimer
Peint le bonheur de ])laii'c el le désir d'aimer.
' Dans /('.s' Fausses cniiftdoifi's. de Mai ivanx.
'<
cil AN 1 Cl Nul IKME.
A (le iiu'iilciirs rrcits ddiil elle ^'ciucin cille
VA\c suspend SCS \ cii\, son ;i!iic, son oreille.
Kllc iiilci'i'o.ue, cl \(nil s;i\nir le lieu, le jour,
L'iiislaiil i[ui lie Doraiile a \ ii iiailic raniour.
Non sans (jucliiuc plaisir, cro\anl a sa ilcuieucc
C'csl pai- la \ anilc (pic son amour coniincutM*.
ici d'un coMir ému les mouvcnnMils sccrcis
DuiMMil se rcllclcr en de mobiles Irails.
21
Ra|)peluns-nous de .Mais la ligure eliarinanlc :
Dans ses regards [lius doux on prcsagcail ramanic
\ai tendre senlimiMil en son àmc naissant
De la compassion j)r( nail l'aimahle aecciil.
Dans ce rôle Contai, sa belle devancière,
Portail son jeu brillant, sa piipiaiile manière,
Va peut cire ses veux, (pi'animail le (b'sir,
S'arrêtaient sur Dorante a\ ce tro|) de plaisii .
22 l/AUi THE Al 11 AL
Des dons extérieurs Mars semblait moins clianiiée;
Elle se laissait picntli'c au hoiilieui' dï'trc aimée,
El dans rexpressioii d'une eroissanle ardeur
L'une a\ail plus de verve, el l'autre de pudeur.
Mais laissons Maris aux el sa muse eoipielle;
Que de sond)res (Miuleuis ehar,i;ent noire palette
Varions nos aspects, el saeiions, en nosxcrs,
Après l'amour i:alaiit |)eindi'e l'amoui' perNci's.
Néron, impatient de ses vertus factices,
Sent au t'omi de son cœur bouillonner tous les \iees.
D'une longue contrainte il abjure l'ennui,
Et trois ans d'innocence ont trop pesé sur lui.
11 est las des devoirs où s'enfermait sa vie,
11 est las d'Agrippine, il est las d'Oclavie.
cil A M Cl.Nnl IL.MK.
23
Nul obslai-lt', mil tVc'm nosaui'ail rai'irlci';
Il a suil' de mal l'aire et se veul eunleiiler.
Aux crimes de son rè^nc il s'a])i)rèl(\ il s'excile :
Néron déjà eommcnee à mériler Tacile.
Dans la nuil, sans égards poui- son sexe el son rang,
Junie est entraînée au i)alais du l\ ran :
Il a, sans être \u, eunlemplé ses alai'nus,
Sa pâleur, son désordre elses\eux pleins de larmes;
Et ce triste spectacle, enllammanl son désii",
A versé dans son àm(> un odieux j)laisir.
Lorsiju'il l'ait ce récit à rinfàmc Narcisse,
Que sa voix, (jue son corps de volu[)té frémisse;
Que son sourire aiïrcux nous donne le frisson.
Mais surtout de la voix ne forcez pas \c son.
Néron n'altère point, de ses chants iilolàtre,
Une voix par son ordre applaudie au théâtre,
Et son talent d'acteur est par lui l'csijecté;
Il unit l'élégance a\ ce la cruauté.
i't I.AK'l 1 iihAl KAI..
l'iiis son àinc, plus lard aii\ l'oii'ails ciiliaidii .
iN'a poinl encore goùlé le meurtre el l'incendu' :
Iv'opprohre tle son réunie es! loul dans l'as cuir,
El sur ses pas Néron peul eiieor revenir.
Aussi, (juand du passr lui relraeanl les (diaruics,
Huirlius verse à ses pieds de généreuses larmes,
La \erlu renli'e au ecrur du lil> dMJioh.irhus :
Mais Narcisse a bienlol l'ail oublier i'urrlius.
l'ar lui rinsliiu'l pcr\ ers tout a coup se \-i'\ cille,
El \ a continuer les crinu-s de la n cille.
El ce n'est j)as l'amour ipii ilu jeune empereur
l-'ail renaitre.soudain riiomieidc lureur;
Non, c'est rennui du joui: malei-nel, c'est la ra'je
Contre un esprit allier dont son sort est Toux ra;je.
Qui ne veut \oir en lui ipTun lils obéissant,
El non de l'univers le maître loul-puissant.
C'est i)ar là que Narcisse et ralla(jue et le blesse,
El (ju'il p(jusse aux l'orl'ails sa l'ou^^ucuse laiblessc.
I 11 \N i I I.Nul IKMK.
l.'aiiKMii' l'.'csl cIkv. Xrroii t|iriiii drsii' ('ITroiiU',
lu caitiicc des sens cl de l;i \anilr.
Ou'ainuso la (l()iil(Mir cl (pic la plainlc inilc.
I>àclic lyraii, loiil lier des Icirciirs (|u"il {'\cil(\
Dans SCS hideux pciudiaiils iiisi|ii"à ce jour coiilr.inil,
Il i)ravc, eu la l'uNauU A^^rippinc t|u"il t-raiul.
Kl les coups (pfa [\illas a porics sa colcr(\
Par-dessus rallraucdii \onl alleiiidre la mère.
Uclaxic csl ^a Icumu', cl ce lilrc csl sou torl :
Le di\orce csl poui'cllc un clieniin \ers la niorl.
Lui, les houleux excès, le saii^, les jeux scéniipics
Seronl ses seuls pcncdiaiils cl ses |)laisirs unicpics.
De sa lcrril)l(> nici'c il n"a point ht''rilc
La \aslc andiilion, i'allierc niajcslc :
Il le sait, s'en ii'rilc, cl niiirinurc loin (relie;
Mais préseiilc, à son jou^' il redc\icnl lidcic.
Ce joug, sous rpii son IVonI s'indigne de fléchii",
Le parricide seul pourra Teii aiïran(diii'.
26
i;.\i;t t II r; Ali; a
Dans le Nôi'oii naissaiil pivsciilr par lîaciiio
Oiic le fiiliii' W'ioii s'aiiiioiico cl se dossino;
Oiu; TaclL'ur sache cnliii, |)ai' un c(jii[) de son ait.
Dans ce (nfil l'ail moiilrcr ce (lu'il fei'a plus lard.
Indice de Inreur cl d'une niorl eerlaine,
Ou'un regard soil lancé sur la l'cinine liaulaiiic
Qui même cnxcrs la morl ^^rdera sa lieilé,
OnVanl aux coups le \ entre ou .Néron l'ut porté.
(>e bourreau des Hoinains (jue la |)ouiprc décore,
l/amitié rimpoi'tune, et l'amour, il l'i^jnore,
Va par les nations lâchement obéi,
Il hait le -lenre humain comme il en est haï.
TarlulTe dans son sein cache un honteux mystère
Aimant secrètement d'uu amour adultère,
Il veut séduire Elmire, et par la trahison
Paver son bienlaileur el souiller sa maison.
(IIA.N 1 Cl.NnLIK.Mr.. 2-
Il ne se c'umlial ])(»iiil; di' remords iiicnpaljU',
Il n'implore point Dieu canlre un annjur coupahle ;
Il veille sur KImire en jaloux, en aman! :
Mais nulle Iraee en lui d'un amoui'eux louiiiieiil.
Loin de perdre un seul jour l'appélil el le sonune,
Loin de \i\re de pleurs, de sou|)irs, le saint lionnne
De la ( liair des |)crdi"i\ nonrrit son teint vernu'il,
S'humeete de bon \in vl doit d'un loim sommeil.
Elinirc de Tartulïe a de\iné la llannne;
L'œil d'une femme lit si \ ile dans notre àme !
Pendant (juelques instants elle sait esquiver
La déclaralion toujours près d'ai'ri\ei'.
Pour lui, de sa santé s'informant avec zèle,
Doucement il s'efforce à se rapprocdier d'elle;
Il parcourt tant d'attraits de ses c\ni(pu's yeux,
l^ieusemenl baissés pour les admirer mieux.
28
i.'Ai;! 1 II i; Ail; AI..
Sans (Ml oser iiaricr, il iiioiili'c sa Iciidrcssc,
S'('mi)ar(' de ses doi^ls (|ira\c(' .iiiiour il pros.sc,
IN)se sur SCS genoux une indiserèle main,
Sail, s'il lui hop lianli, s'ari'èlei' en elieinin.
l'oui'ses léini'iilés iii\enle des excuses,
El s'avance à Iravers mille peliles ruses.
l'écoute/, ses discours rem|)lis d'un si doux miel;
(^)nnne il |)aile loujoui's de Dieu, loujours du ciel!
(Tesl .IN ce un laii;^a,i.:(' liund)le, ardent el m\>li(iue
(Jifil allenlea riionneui' du foyer doniesliiiue.
A réi)(uis(> d'Or^on déelaianl >i)\\ ardeur.
Son impudieilé lui parle de pudeur.
Mais il ne la doit pas condamner au inarl\rc
D'une nvmphc ex|)0sce aux Iransports d'un salyre
El le l'ourbe sail Irop ({u'à lui-même lalal,
Il la i'é\ollerail par un amour lirulal.
Heureux d'un hMe-à-lêle où l'on dai,une l'enlfMidre,
Sa voix, sans s'élever, esl animée el lendre;
cil \N r (IN (Il M. mi;
y't
D'un ton ni\sltMi(Mi\ il s'(^\[)riiii(\ (i toujdiii's
Suil d'un d'il iiKiiiict \'c['\'v\ de ses discoiii's.
Avec (|ii(dlo inicllciisc v\ soiiiiioisc inipudciice
11 \;uil(' (\c^ dc\(»ls rainoiirtMise priidrn(M>!
Pour allircr Elmirc en un piriic li'oinpcMii-,
Il l'esporo hMilcr |)ar ///; plaisir .■^aus ppnr :
Sans peur! ol c'csl ainsi (pu' pour toulc inoialt> ,
Il |)rr(dH' oITronIrincnt la craiiile du s( aiidalc,
Kl (pfil ose, poussant raudacc pisipi'au Itoul,
Nier Celui que nul ne \oi[, el cpii Noil (oui.
Accusé par Dnmis, l'aveu même du crime
Aux yeux trompés d'Oraon es! un acte sublime
Ce (pii (lui l(\s hriseï' roserre leurs liens;
Avec sa fille encor il lui donne ses biens,
Kl lauleur, par un liai! de son ])uissanl .aénie,
Uenoue une action (|ue l'on croyait finie.
30
i;\iiT 1 m; ATi; \i..
M.iis ;iii hiil ([ii'il poiiisnil roiniiicnl |)arv irndra-l-ii?
Par (|ucl iiioN en lioiiipcr un (i()iii|)Oiir si siil)lil?
Ici .Molière eiieor mérite (|u'()ii radmire.
TarlulTe esl |)ai' Doiiiie appelé |)rés (rKlinire.
Houleux (le son secrel pai' Dainis dénoncé,
El coulre elle le c(eur douhlenu'ul courroucé
De raeeusalion par sa bouche appuyée,
l"]| du l'iudieux accueil doiil sa llanuue esl payée,
D'un ouli'a,i,^e récent supportant mal le poids,
Son aliord est conliMiiit, froid et lier à la fois,
('(die dont il reçut ce vertueux outrage
Lui lient en ce moment un différent langage :
Il renlend, la regarde, el de ce cliangcmenl
Lui demande la cause avec étonnement.
Puis, avec défiance il observe, il écoute
Celle femme faisant un aveu (pii lui coûte,
< II W r CIMjl IF.MI.
M
El (loiil rrinolioi), (|iii' (Inil lonjoiiis sciilir
La s'm(H"'i'(' vorlu eoiidaniiKM^ à inriilir,
Peul aux youx de TailiitTc, en ccl iiislaiil (ri-picusc,
D'une illicile llaninio èlro l'Iieuroust^ jutun o.
Trop imprudent (ral)ord, Tniiutïe niainlenanl,
A force de prudence, est Irop entreprenani;
Il ose de l'amour vouloir le dernier r.agc :
Il (lemand(M'ail moins s'il eroyail daNanla.uc.
Bientôt le sjjeelalcur voit du tburhe elIVonlé
S'accroître les désirs et la léméiité.
Dans ses sens tout à coup une fièvre s'allume :
Elmire s'arme en \ain de son pudi(pH> l'hunu',
Et par le double sens qu'enferment ses discours,
En feignant de se rendre, appelle à son secours.
Mais on croirait (prOrgon, moins mari (pu- complice,
Attend que devant lui son affront s'accomplisse.
\otre imposleur, que rien n'arrête en ce moment,
Marche aux rènlili-s {\n\\ eon\()ile ardemment,
:\-2
l,"\ HT TIII. \Ti; \l,.
I']| dans r('\|)i('ssl()n i\c sa (lamiiic iiisolciilr.
Son ic^ard csl liai'di, sa paiolc hi'ùlaiilc,
Toiil ol)sla('le esl vaincu, loiil scnipiilc Icsr;
Kiicor (|U('lt|U('s iiistaiils, le crime est aclic\ é :
Devanl un mol |)()MiTanl il s'arrête, il hésite;
lueciel, dont laiit de lois a pailé IIin pociitc,
TonI à coup par KImirc entre eux deux est j)laeé
l'^l c'est dcNanl ce nud. par lui lanl |)rononeé,
OiH' le masipu' arracdié loinhe enliii, et .Molière
Du monstre nous t'ait \ oir la laideur tout entièi'c.
Mais toujours par l'elTel d'un art prodigieux,
Tai'tutïe est ridicule, en étant odieux.
Sous deux aspects divers sa li^nn'c nous frappe :
L'indij^iialion i:roiule et le rire s"éciiapj)e.
Poui' être l'cproduil a\ec lidélité,
Il l'aiil (pfil soit conTupie en sa peiversilé.
(.11 A NT r.lMjt l!'.."\li;. 33
C(M air faux cl cafai'd sur nu visage aiislriv,
Ces yeux levés au ciel, ou baissés vers la Iimtc,
Kl (Von s'ciiluit parfois sa l'ciule liuuiililé
S'effacant sous l'audace et la lubricité,
Ces mains jointes, toujours simulant la prière,
Celle langue myslicpie, à lui si familière,
Et dont il use même en ses propos (ranu)ur;
Et(juand son imposture éclate en tout son jour,
Cet bomme, qui de\ rail im|)lor{M' l'indulgence,
Osant, au nom du ciel, i)r()mellrc la vengeance.
Son i)laisii" du mallieur |)ar lui-même apporté
Sous le toil bienfaisant (pii Pavait abrité,
Et du nom révéré du i)rince, le perfide,
Comme du nom du ciel, se faisant une égide.
Ce scélérat à tous parlant superbement,
Et muet tout i^^oup devant son châtiment ;
Ces fiers coups de |)inceau donnés par un grand maître
Que rien n'a surpassés, n'égalera peut-être,
11. 3
34 \:\\\[ T lit AT II AL.
Voilà ce qu'au théàlro un acteur studieux
A le nol)Ic devoir de montrer à nos yeux.
(Jue jamais au travail \olre talent rebelle
Ne recule devant une laelie si belle !
Que l'admiration sacbe vous ins|)irer!
C'est ne comprendre point que ne point admirer.
L'auteur d'une telle œuvre eut un atïreux salaire.
Des bigots démasqués l'implacable colère
Persécuta sa vie et cbàtia sa mort,
Et Bossuet s'unit à leur barbare effort :
On voit avec douleur, lorsque Molière tombe,
L'Aigle de Meaux lancer la foudre sur sa tombe.
grand prédicateur de la divine loi,
Le grand poète, hélas! fut outragé par toi;
Tu ne pardonnas point ainsi que Dieu l'ordonne :
Mais l'ombre de Molière aujourd'hui te pardonne.
cil A M CINUl iKMi:. 35
Moliri'c, (\[\'ii sa inorl Ijriiit la cliarilt''.
Tu lie prévoyais pas (jue la postérilô,
Juge intègre de eeux que leur siècle renomnie.
Dans eliacun de vous deux saluerait un grand homme;
Qu'égaux devant la gloire, un jour du môme éclat
Ses rayons couvriraient l'acteur et le prélat.
Molière pouvait-il, du haut de son génie.
S'abaisser jusqu'à croire à son ignominie?
Dans les jeux de la scène habile à nous charmer,
Ce qu'écrivait l'auteur, l'acteur sut l'exprimer.
Les méchants el les sots, race toujours nombreuse,
Sur la scène traînés par sa main vigoureuse,
Flagellés par ses traits pleins de verve et de sel,
Y subissaient l'affront d'un rire univei'sel.
Tandis que Bossuet, éloquemment austère,
Étalait le néant des grandeurs de la terre,
Enseignait nos devoirs avec sévérité,
Molière plaisamment disait la vérité,
.iC L'.M'.T THÉÂTRAL.
Siii' le iIk'ùIit, à tous faisant justice égale,
Frappait du vice heureux riinj)unité légale.
C'est pour de tels forfaits que son nom fut flétri,
Son cercueil insulté, ses mânes sans abri.
honte ! o d'un beau siècle indigne barbarie !
France, n'entends- lu pas sa veuve (jui te crie :
Ouoi ! point de sépulture à ses restes mortels!
Va la Grèce à cet homme eût dressé des autels!
Ah ! celle qui parlait ainsi devant son ombre
Le condamna vivant à des tourments sans nombre.
Elle lui refusa ces plaisirs du foyer
Où les chagrins publics se viennent oublier,
Ce bonheur domestique où, dans les jours d'orage,
L'àme prête à faillir retrempe son courage.
Parmi tant de soucis, de travaux accablants.
Quelques doux mois mêlés à des pleurs consolants,
r.iiA.M ciNoi lE.Mi:, .r
Les soins alTcctueux, la causerie iiiliine,
Un regard ([ui repose, un souris ([ui ranime,
Voilà ee (|ui nian(|uail à ce cœur enllammé
Mourant de la douleur d'ainier sans être aimé.
Toi, sourde tant de lois à ses cris de détresse.
Pourquoi ces vains élans de tardive tendresse?
Va, cesse d'étaler si faslueusement
Ton hypocrite deuil, les larmes d'iui moment.
Offre de tes remords une plus sûre ])reuve :
Femme inlidèle, sois une lidèle \euve;
Garde pieusement son souvenir... mais non;
Dans un vulgaire hymen tu cours |)erdre un beau nom.
Honte sur ta mémoire, àme froide et grossière.
Qui n'as pas su mourir la veuve de Molière !
riIAM SIXIKME
CHAM SIXIEME
Des tendres sentimcnls, i)rt''SL'iils de rÉlcrnol,
Le plus beau, le plus saint est l'amour maternel.
La mère ne vit point pour clic; non : ravie
Déplacer dans un autre et son àme el sa vie,
Les douleurs (ju'il coûta le lui rendent plus cher
C'est le sang de son sang el la chair de sa chair.
Il n'est rien que pour lui son courage n'affronte :
Elle brave la mort, elle accepte la honte.
42 I.'MIT T II L Air, AL.
Oucl ou|jli(k' soi-iiuMiic Cl) tousses (lévoiiciuciilsl
OiicUc alïcdioii pure, iniincnsc, ol des amanls
Comliieii raiiioui' cliarucl, r^oislc, ('pliérnèrc,
Est pclil à colé (le r;iiii()ur (rLiiie mère !
Voyez Méropc : un lils, au liépas arraché,
Dans le fond des déserts est loin d'elle caché :
Elle le croit t'rai)pé par une innin barbare :
Jusqu'à la ra^c alors sa tendresse s'égare;
Elle veut le ven;jer pai' un meurtre nouveau,
Et reine, elle se change en un san^jlant bourreau.
A nous faire accepter cctl(; al't'reuse vengeance
Appliquez et \ otre ànie et votre intelligence.
Que (;e cœur maternel à se troubler soit prompt ;
Que son i)àlc visage et les plis de son Iront
D'une longue douleur attestent lliabitude;
Que son regard, errant a\ec inquiétude,
Semble chercher partout cet enfant précieux,
Ou, tourné vers le ciel, aille implorer les dieux.
• Il A M SlME.Mfc.. 4!
Hors le fil> ([u'i-llr pleiirc, il n'est rien qui la louclu ;
Elle n*a que deux uoius dans le ed'ur, dans la houelic :
Narbas, É^'isllie.... Hélas! (juaud r(q)arailra-l-il ,
Narbas, ce vieil ami (jui ^uida sou exil,
A qui l'ut confié le noble san<i d'Alcide?
A-l-il quille les chanq)s de Messéne? TElide
Al elle recueilli ce lils, son cher trésor?...
doule! affreux soupçon î Uespirc-l-il encor?...
De pensée en |)ensée ainsi tlollani sans cesse,
Ce n'esl poinl la laii^i;ueur d'une morne tristesse
Qui s'exhale de l'àme en un acerni plaintif ;
Sa plainte est in{juièle et son chagrin aclif.
La douleur d'Aiulrnmaipic est moins impétueuse
Dans son malheur, d'Hector la veuve vertueuse
Au fruit de leur h\ men peut du moins chaque jour
Porter quelques baisers permis à son amour.
44 i.ai;t Tiii' ati;al.
Au (losliii {|ui r()|)|)iiinc elle sounicl son àme :
Mais elle craint Pyrrhus et sa fougueuse flamme,
El composant ses yeux, son luaiiilien, son accent,
Kvite (le blesser un \ain(|U(Mir l<ml-|)nissanl ,
Prêt, dans son orgueilleuse et féroce colère,
A \enger sur Tenfanl les mépris de la mère.
Pour éteindre l'amour dont s'accroîl son malheur,
Klle moulre ses traits llélris par la douleur,
El combat de Pyrrhus la barbare tendresse
Par ses discoui's tout pleins d'unt' |)icuse adresse.
Mérope a plus d'audace : au sujet orgueilleux
Qui, pensant cpi'un soldat [)eut se passer d'aïeux,
Ose offrir à sa reine une main déloyale,
Elle oppose l'orgueil de sa race royale.
Mais les événements se pressent; à l'instant
Ou Égisthe va périr, un cri part; elle entend.
cil A M SIXIEMK.
Elle rovoit Xaihas qui, |).'il(\ iiors (riialoine,
Accourt pour ('pariruor un rtMiiords à sa rciuo.
Ses autres (ils, ré[)uu\ (pfelle a longtemps pleures
Par l'affreux Polyphonie ont été massacrés;
Narbas le lui révèle, et cependant l'infâme
Veut ravir de Cresphonle et le trône cl la femme;
Il est proclamé roi par l(^ peuple aveuglé.
Surpris qu'en sa douleur Mérojjc ait reculé
D'un obscur assassin le juste sacrifice,
Craignant dans ce retard un secret artifice,
C'est à lui seul, dil-il, ([u'elle doit confier
Le châtiment prochain du jeune meurtrier.
Condamnée aux tourments d'une horrible contrainte,
Il faut qu'elle déguise et sa haine et sa crainte,
Et devant le tyran nous la voyons trembler,
En défendant celui qu'elle allait immoler.
Quand, fièrement bravé, Polyphonie, en sa rage,
Commande de frapper l'insolent (lui l'outrage,
4() l.'AI'.'l rilK AIT, AI-
Odc r.K'Ilicc rrpondc à ce! ordre cruel
l*ar les eris déeliirauls de ramoiir maleriiel.
On dil que Duniesiiil, ecllo suljliine ailisle,
TravorsanI le lliéàlre, accourait vers Égislhe,
Le cou\ rail d(> baisers, de pleurs, semljlail alors
Lui t'aii'c conli'e lous un rein|)arl de son corj)s,
Par son regard, enipreiiil d'une superbe audace,
Défendail (rallenler au dcrniei" de sa race;
Puis, s'elïi'a\ an! soudain de sa téinérilé,
Aux genoux du l>ian (lu'elle avait insulté,
Tonibail, et n'opposait alors pour toutes armes
Oue son bund)le prière et ses touebantes larmes.
Jadis, il m'en souvient, j'ai \u plus d"un \ieillard,
Heureux de me conter ces triomphes de l'art,
Que l'art même inscrivit dans ses glorieux fastes.
De son jeu, disaient-ils, les rapides contrastes,
Cette ciaintive voix, cet accent foudroyant,
Cet œil fier se voilant d'un regard suppliant,
CHANT SlXll'^IE. 47
Ces rris quo I ànio jolto et f|iii vont saisir IVimo,
Ce désordre éloquent, eelle trafique llainnie
Passionnaient la foule; et cliaque s[)eelateur.
Oubliant le théâtre, et l'aclriee, et l'auteur,
Pleurait, et ne voyait ([u'une mère éplorée
Pour le salut d'un lils saintement inspirée;
El ces vieillards émus, dont j'éeoutais la voix.
Retrouvaient dans leurs veux les larmes d'autrefois.
Andromaque nous montre, à la fois douce et fière,
Non l'insolent eourroux d'une captive altière,
Mais le respect d'un nom (jui des Grecs fut l'effroi.
La veuve d'un héros, di^ne fille d'un roi,
Sans murmure subit des maux sans espérance :
On plaint, en l'admirant, celte noble souffrance.
Mais ses pleurs pour sf)n fils ont vainement coulé;
Aux frayeurs de la Grèce il doit être immolé ;
48 i;.\I{T THF. \Ti;.\l..
AiiiIroni.'KHK' a lassî' (ruiif jilaiiitc iiiulilc
El la fille (l'IIélùne cl rhéiitior (rAchillc.
Ail! quand d'Aslyanax l'arrêt est prononcé,
Enlcndez-vous le cri de son sein élancé?
Voye/.-vons tout à ('ouj) ({uellc lerreur Tenlraîne
Aux genoux (lu cruel (jui reliacc à sa haine
Son Ilion détruit, les siens ({u'il lit j)érir,
Son époux qui n'est plus, son fils ([ui va mourir'.'
Vains efforts ! \aiii espoii!... Que faire? Sera-t-elle
Une infidèle veuve, une inére cruelle?
De deux devoirs pieux lequel sera vain(|ueur?
Elle charme l'oreille en déchiiant le cœui'.
Quelle antique heauté! ([uelle lan^^ue divine!
C'est Hoiuère inspirant la Muse de Racine.
Coiument sauver l'enfant jiromis à des hourreaux?.
Sur sa tombe elle ira consulter le héros
Qu'OEacide a plongé dans la nuit éternelle.
Et ses ordres sacrés seront suivis par elle.
CHANT SIXIE.MK. iu
Il parle; à son arrêt An(lroiiia(|iic souscrit.
Pour assurer un père à l'orphelin {iroserit,
Elle éi)ousc Pyrrhus qui l'allend dans le temple :
Là, (le\ ant son époux dont l'onihre la contemple,
Sa main, pour s'épargner la honte d'un remorel, • ■
Va la faire passer de l'hymen à la mort.
Sous un calme apparent, de chagrin oppressée,
A la triste Cléone elle dit sa pensée.
ConHe à sa fidèle et tendre affection
Le seul débris vivant des grandeurs d'Ilion;
Elle espère trouver dans ses soins, dans son zèle,
Pour l'enfant ([u'elle quille une mère nouvelle :
Elle contient ses pleurs dans son sein; mais parfois
L'émotion cpii monte altère un peu sa voix.
Que l'actrice toujours simple, noble et touchante,
N'offre point à l'oreille une douleur qui chante.
Espérons que les jours sont à jamais passés
Des roucoulantes voix, des chagrins cadencés;
50 l/AKT T Ht AT h AL.
(Jue, bannissanl remphaso, une raison j)lus saine
Fixera pour jamais sur la tragique scène
Ce débil poétique ensemble et naturel
honi l'ail, depuis Talma, (il présent à llacliel.
Près des vaisseaux oisifs aux rivages d'Aulide,
(Jnel orgueil biille au Iront de l'épouse d'Alride!
Son port majestueux et son langage lier
Nous révèlent un sang chéri de Jupiter,
La fille de Léda par de saints nœuds unie
Au plus puissant des rois qu'honore l'Hellénie.
Pour disputer son sang à des dieux en courroux ,
Cl\ lemnestre d'Achille embrasse les genoux,
Tant l'amour malernel, qu'un grand devoir réclame,
Au-dessus de Torgneil sait élever une àme!
Cependant, d'une mère humiliant les droits,
Elle ne tombe point aux pieds du roi des rois,
(.11 \N 1 ^iMiMi:. lii
Si la val(Mii' (rAcliilk' est |)ar elle implorôc,
l'Ile Iraile en éj^ale avec le (ils tl'Alrée.
Quaiul cWc veut répondre à ce prince odieux
Urdcjnnanl sans pilié l'obcissance aux dieux,
Ses paroles d'abord sont lenlcs, mesurées;
Elle a les yeux ardenis, fixes, les dents serrées,
El bientôt de son sein gonflé par la fureur
Débordent le mépris, et la liaine, et l'iiorrenr.
Ob! comme en frémissant, elle se rei)résenle
Sa fille, cbaste vierge et victime innocente,
Par Calcbas immolée, et ce prêtre cruel
Dans ses flancs déchirés interrogeant le ciel!
D'un affreux désespoir à ce tableau frappée,
Sa voix est de sanglots, de pleurs entrecoupée;
On la voit succombant sotis le poids de son deuil,
Et son corps est sans force, et son front sans orgueil
Tout à coup (d'une mère, ô vaillante tendresse!)
De toute sa hauteur la voilà rpii se dresse.
52 i;art théathal.
Et lançant vers Airidc un défi menaçant,
Redevient orgueilleuse en désobéissanl.
C'est là qu'il faut tonner, là (|u'il faut être belle
De maternel amour et de fierté rebelle,
Et, dans un jeu sublime en sa siniplicilé,
Allier le désordre avee la majesté.
Est-il un plus beau nom que celui d'Antigone?
Des siècles écoulés le respect environne
Cette loucbante image et ce type idéal
De l'amour fraternel, de l'amour filial.
Ducis à nos regards l'offre près de son père.
Guidant et consolant une grande misère :
Elle est d'un triste roi détrôné par les dieux
Le bâton de vieillesse, et la joie, et les yeux.
Si Ducis a chargé de couleurs infidèles
Les superbes tableaux de ses fameux modèles,
C.IIA.N 1 slMK.Mi:. 53
Du moins il sut trouNcr, puclo par le cœur,
De réelles beautés qu'avec un ris mociucur
A sa niéniuire en vain la justice dénie :
A force de vertus il avait du tîénie.
Eh! qui peut conteinpU r sans respect, sans pitié,
Ce proscrit du destin sur sa lille appuyé,
Ce coupable innocent, celte jirandeur ([ui toinl)e,
Mendiant un asile et cherchant une tombe?
Traînant en fugitif ses déplorables jours.
Il n'a que son enfant pour abri, pour secours.
Quand ses fils l'ont chassé, quand chacun l'abandonne,
1 partage ses maux avec son Antigone.
Pour elle point d'hymen ! son époux, le voilà :
Le sentir, le toucher, s'assurer qu'il est là.
Qu'il conserve la vie en perdant la lumière;
S'il implore les dieux, se joindre à sa prière;
Quand il lance Tinsulle à ces dieux ennemis,
Seuls auteurs des forfaits que ses mains ont commis,
S4 L'Ain TIILATUAI..
Ijnloriiiii' sa rurriir dans ses douces élreinles,
M(Moi- sa voix |)lainlive à ses amères plainles,
Calmer de ses esprits l'égaremenl cruel,
Le rendre à la raison par Tamour i)alern('l,
Taii'c, à ses doux accents, des lèvres de son père
Descendre le paillon sur un cou|)able IVère :
Telle esl, vierge lidèle à ses chasles liens,
La sainle de la Fable cl l'ange des païens.
Un père a l'allilude cl la voix iniposanle :
S'il bénit ou maudit, c'est Dieu (pi'il représenle.
Corneille se fait voir dans toute sa hauteur,
Quand Géronle irrité gourmande un fils menteur
Voyez, en flétrissant une indigne faiblesse.
Quelle noble origine il donne à la noblesse;
Enlendez-le à ce fils déclarer fièrement
Que, lors(pi'il s'ose dire un gentilhomme, il ment.
r. Il A NT SIXIK.MF.. 53
Celui-ci (le Ciilon olTrc le témoi^nairo :
1.0 vieillard seul mouler la houle à sou \ isaiic.
S'approche de Dorante, et, s'e\i)i iiuaul plus has,
Lui demande comment son front ne rougit pas,
En s'abaissant ainsi jusques à reconnaître
Qiruu \alel [)eul avoir plus d'honneur que son maître.
Molière en don Juan peint un co'ur \i(ieii\
lîravant les lois, les mœurs, les enfers et les cieu\.
Il a (vous en jugez à sa froide altitude).
Du courroux paternel une longue ha])ilude;
Les discours du \ ieillard ne sauraient rémou\ oir,
Va pour toute réponse il TiuN itc à s'asseoir.
Don Louis, à ce trait de sublime impudence,
Surpris, indigné, garde un instant le silence,
Sur ce fils, de son nom Iroj) indigne hérilier.
Tourne un triste regard plein d'un couiroux allier,
56 l/Al'iT THÉ ATI', AL. ^
Un front où la grandeur respire, où se retrace
La majesté du père et l'orgueil de sa race
Quand il laisse échapper ces mots : \on , inaolcnt,
Je lie veux pas m'asseoir, que son débit soil Iciil.
11 faut qu'ici l'acteur se contienne et s'observe,
Des brusques mouvements que son corps se préserve,
Qu'on sente sous un calme apparent, solennel,
Les nobles grondements du courroux paternel.
Vieillards du grand Corneille, ô fière et noble race,
Salut, père du Cid ! salut, père d'Horace !
Par un corps sans vigueur ton courage est trompé,
Don Diègue, et de la main le fer s'est échappé.
Devant ton déshonneur un instant immobile.
Ton cœur vaillant maudit la vieillesse débile;
Ton nom est à jamais flétri.... mais, ô bonheur î
Un fils digne de toi te va rendre l'honneur.
ni A NT SIXII'.ME. .y
Le ji' Il ne hoiiinu' pai'aît : dès (|u'il (miIcikI son pèro
Lui dire : As-tu du cœur? il l)ondit de colère :
Son iiéroïque accent, son j^Tste, son rej^^ard
Jeltcnl la joie au cœur du ,uénéreux \ieillard.
Pourtanl Rodrigue hésite au nom de sa maîtresse.
Don Diègue le fait taire : il \c pousse, il le presse
D'aller venger ralïronl (ju'uu père va |)leurer.
El comme son amour se plaît à Tadmirer,
Ouand la mort de (iormas est son vaillant ouvrage!
Comme il lui fait baiser la place où fut l'outrage!
Il a vengé l'honneur de son {)ère oITensé :
Qu'il sauve maintenant son pays menacé.
El Rodrigue obéit; il va joindre le Maure :
11 s'appelle le Cid. Ce n'esl pas tout encore :
Chimène le poursuit jusque sous ses laïu'iers,
El demande sa têle à tous les chevaliers.
A de nouveaux combats en \ ain le roi s'oppose :
Don Diègue ne veut pas que son lils se repose,
58 LA UT TU LAI l;AL.
El ccriain de son bras ainsi (|iie (h; son rœur,
Il clicrchc des périls pour ce jeune vainqueur
Ne faites pas d'Horace un vieillard Iroj) farouche.
Citoyen, on l'admire : il faut enror (iii'il louche;
Car ce llomain est |)ère. Au monienl des adieux,
11 sent son coMir lléchir, des pleurs mouillent ses yeux;
El quand les deux cités semblent d'accord entre elles
Pour mettre en d'autres mains le soin de leurs querelles,
Il est heureux de croire, au moins (pielques instants,
Qu'elles se vont choisir de nouveaux combattants.
De l'époux de Sabine on raconte la fuite :
Comme il est indigné de sa lâche conduite!
Devanl des ennemis trahir ainsi l'Etat !
Ils étaient trois; qu'importe? il fallait qu'il restât,
Qu'il mourfit; et ces mois, dont l'oreille esl avide,
Doivent être lancés d'un ton bref et rapide.
CHANT SIME.MK. 59
C'est un suhliinc élan, sainliMiinit inlininaiii;
C'est le cri île rhoiiiunii' ([ue jolie un vieu\ Koiii.iin;
E[ non contenl encor d'un énergique hhune,
Il jure tle verser le sang de cet inl'ànie.
(Juanil ranioui' du |)avs a-l-il jamais l'ait voir
De plus niàles transports, un plus beau désespoir!
Tout à eouj) nuelques mots prononcés par Valére
Dissipent son erreur, éteignent sa colère.
C'est pour Rome (ju'aux siens sou (ils a survécu :
Le guerrier avait fui pour vaincre; il a vaincu.
Et son père est saisi d'une héroïque ivresse;
Il verse avec fierté des larmes d'allégresse.
Quand ce fils s'est souillé du trépas de sa sœur,
Horace consterné le blâme avec douceur,
Et ne veut point venger, à soi-même funeste,
La fille qu'il n'a plus sur le (ils ([ui lui reste.
Pour défendre les jours du coui)able vain([ueur,
Quelle éloquente voix s'échappe de son cœui'!
GO I>AIIT TllI'ATKAL.
Il alleslc les lieux témoins de sa victoire,
Ces murs retentissant de sa récente gloire,
Et le sacré laurier qui, respecté des dieux,
Protège, en le couvrant, son front victorieux.
Le sien semble entouré d'une sainte auréole ;
Un lyrique transport échauffe sa parole,
El le jeune héros que le vieillard défend.
Comme au champ de iialaille est encor triom|)hant.
En détouiiianl les \ eux de ces cœurs magnanimes,
Je vois l'amour du tronc enfanter de grands crimes.
D'un lils, dont le nom seul excite encor l'horreur,
Les forfaits d'Agrippine ont fait un empereur :
Mais en le revêtant de la pourpre suprême,
Elle l'a fait régner pour régner elle-même.
Las de son joug, Néron, l'évitant avec soin,
Méconnaît ses bienfaits et la brave de loin ;
CHANT SI XI KM t. 01
Car devant elle plein d'une inipuissanle rage,
II sent fléchir sa force et tomber son courage.
De celle (jui le mil au trône des Césars
Il craindrait d'affronter la voix et les regards,
Et, fuyant le courroux d'une mère outragée,
Par elle vainement sa porte est assiégée.
De la veuve de Claude humiliant l'orgueil,
Hurrhus insolemment l'arrête sur le seiftl.
Dans l'exil de Pallas sans j)eine elle devine
L ne mortelle alleinte au crédit d'Agrippine.
Elle voit dans Junie au tronc s'asseyant
De ses honneurs détruits le présage etîrayanl,
Et sa colère, alors perdant toute mesure.
Ajoute imprudemment la menace à l'injuie.
Mais, songeant que peut-être on va briser demain
Le sceptre que longtemps a dirigé sa main.
Elle craint, au moment de commencer la lutte.
Que Néron en tond)ant ne l'entraîne en sa chute.
Gî l.AU I 1 liK AI UAL.
Oiicl icpos, (|iicl ('sjjoii'lui pcul rire pciiiiis
Dans une cour nouvelle, au milieu (renneniis,
Ses maîtres maintenant, naguère ses victimes,
El prêts à la punir tles maux dus à ses crimes?
Elle croit (vain espoir d'un orgueil insensé!)
Faire renaître encor son éclat effacé;
Elle croit qu'à sa voix, si longtemps obéie,
Néron va regretter une chaîne haïe,
L'n joug qui maintenant commence à lui peser,
El qu'il ne reprendra que pour le mieux briser.
Mais enlin elle obtient l'entretien qu'elle iini)lorc;
Elle peut épancher le fiel qui la dévore.
Montrant (lue sa lierté survit à son pouvoir.
Assise, elle commande à César de s'asseoir.
Il prend place auprès d'elle et l'écoute en silence.
D'un discours orgueilleux subit la longue offense.
Et l'entend raconter un horrible passé.
Jusqu'au poison qu'à Claude elle a jadis versé,
C 11 \ N I ^ I \ I K M I G3
Tant (lV)ilicu\ socitIs, do linnloux arlifiros,
Bienfaits intéressés, sanguinaires services,
Forfaits qu'elle reproche à ce Néron (m'iiii jour
Ses forfaits montreront digne d'un tel amour.
Dans ses discours, empreints d'une subtile adresse,
Elle mêle au courroux des accents de tendresse;
D'un sinistre avenir son cœur semble effrayé :
La menace a parfois le ton de la pitié.
Mais lorsque, par Néron facilement trompée.
Elle croit ressaisir sa puissance échappée.
Quel délire d'orgueil éclate en ses regards!
Dans ton triomphe, ô veuve, o mère des Césars,
Avec quelle fierté ta tète se redresse !
Te fiant aux transports d'une feinte tendresse,
Aux semblants imposteurs du respect filial,
Ta main semble tenir le sceptre impérial.
Quelques instants ont vu s'évanouir ton rêve;
De tes illusions le vain nuage crève.
64 L'A HT T II r; ATT. AI,.
Britannicus a bu le poison fraternel,
El bienlôl à tes yeux s'offre le criminel.
C'est alors (jue d'a\ ancc insullaul ^a iiiémoiie,
En vers majestueux tu fais parler l'histoire :
D'une tonnante voix tu maudis le pervers
, Ou'en silence bientôt maudira l'univers.
L'actrice en ce moment est plus (ju'unc morlclle
Eièrc divinité, tout doit grandir en elle :
C'est Némésis qui jette au despote irrité
L'épouvantable arrél de la postérité.
Bourreau de ses enfants, d'elle seule idolâtre,
Plus criminelle encore, apparaît Cléopâtre.
Ub! comme on sent brûler dans cette àme d'airain
L'inextinguible soif du pouvoir souverain !
Eh quoi! du rang suprême il lui faudrait descendre,
Elle, de qui l'orgueil n'a jamais pu comprendre
■)
cil A NT SIXll'MK. 65
Que, si lo sang vorsé froyo au Irono un cliomiii,
On ose refuser d'ensanglanter sa main !
Avant (jue de son front le diadème tombe,
Ses fils, tués par elle, entreront dans la tombe;
Le trône est son seul but, sa seule passion :
Rempli par l'avarice ou par l'ambition,
Aux i)lus doux sentiments le cœur bumain se ferme.
Et pour ses vœux jamais d'obstacle ni de terme.
Opulent, on s'efforce à grossir son trésor;
Au faîte parvenu, l'on veut monter encor.
Observez bien comment la muse du théâtre
Fait parler, fait agir Harpagon, Cléopâtre,
Comment, types parfaits dans des genres divers,
Se montre de leurs cœurs l'égoïsme pervers.
Voyez de quelle ardeur tristement inquiète
L'une aime sa couronne et Tau Ire sa cassette :
Alceste à Célimène eût trouvé moins d'appas.
Phèdre sent des remords; mais eux, ils n'en ont pas.
II. o
GO ' L'ART THÈATKAL.
Tous deux, multipliant autour d'eux les victimes,
Marchent de honte en honte et de crimes en ciimes.
Jamais pour ses enfants Harpagon n'eut d'amour :
Dans Élise et Cléante, à chaque heure du joui-,
11 croit voir deux larrons guettant l'instant propice
De lui voler cet or, son tourment, son délice.
Sans respect pour leur père et sans affection,
L'un, payant d'un bon mot sa malédiction,
Reproche à ce vieillard que la colère enflamme
Son ridicule amour et son usure infâme ;
L'autre, non moins rebelle à son autorité.
Complice d'un amant, brave un père irrité.
Rival de son fils même, à l'ardeur de Gléanle
11 dispute la main d'une fille charmante;
Mais aux jeunes appas dont son cœur est touché
Le sordide vieillard veut plaire à bon marché.
Cet homme, possédé d'une double démence.
D'un budget amoureux comprend peu la dépense.
r. Il A NT SIX 11' ME. (J7
El, jour par son Mis, se plie on onr;\i;eanl
A lies allenlions qui coùlcnl de rargenl.
Ua\ i, lorsque sans dot sa fille est accoplée,
11 lui laul par sa reinmc une dot apportée.
Son oreille toujours écoute; son regard,
Errant de tous côtés, est sinistre et hagard.
Quel endroit ignoré, quelle sûre cachette
Pourra jjrotéger l'or qu'enferme sa cassette?
Chaque bruit est pour lui findice d'un malheur :
In chien jappe; ce chien vient d'entendre un voleur;
Ses enfants se l'ont signe; ô l'uneste pensée!
C'est que par ses enfants sa bourse est menacée.
En proie à la colère, agité de soupçons,
D'une peur invincible éprouvant les frissons.
Le joui', la nuit se passe en dévorantes fièvres,
Et le rire jamais n'approcha de ses lèvres.
C8 LA UT TIll'ATUAL.
Cléopâtre nourrit un odieux espoir,
El veut par la vengeance assurer son pou\ oir.
Elle emploie à la fois el la ruse el l'audace;
Mais jamais la grandeur en elle ne s'efface.
Fièrement vers le crime elle marche à grands pas,
Et le ciel en tombant ne l'arrêterait pas.
Séleucus va périr sous un fer homicide :
Au moment de l'hymen, une coupe perfide
A déjeunes époux viendra donner la mort;
Et devant leur trépas sans pitié, sans remord.
Elle ressaisira, dans sa hideuse joie,
Ce sceptre, son amour et sa sanglante proie.
Le sort a déjoué son projet infernal :
Antiochus devant le breuvage fatal
Hésite, retenu par une main aimée.
Lasse d'un long débat, de dépit enflammée,
Elle prend le poison, el (moment plein d'horreur!)
Le verse dans son sein que gonfle la fureur.
CHANT SlXlKMi:. 09
CVsl ainsi (|iie sa main tlôfail son propre ouvrage.
Contre une mort trop prompte elle lutte a\ee rage,
Kl redressant son corps lorilu par les douleurs,
Son front est menaçant, son œil vide de pleurs.
Elle semble braver son horrible agonie,
Vante les allentals dont le eiel Ta |)unie.
Et sur ceux dont la vie échappe à ses forfaits
Vomit, en expirant, d'exécrables souhaits.
Contemplez maintenant rHarjjagon de Molière:
Il n'a point l'altitude et la jiarole fière :
Étranger aux forfaits nés de raiid)ilioii.
Son àme est sans grandeur, mais non sans passion,
Ses entrailles, sun sang, c'est ainsi qu'il appelle
Cet or (pie lui ra\ il une main eriniiiieJU'.
Dès fpi'il s'est a|)ercu de son trésor volé,
Ou'on entende les cris du \ ieillard désolé,
70 LAKT THÉÂTRAL.
Avant (lu'il enlre, avant (|u'à nos yeux il drploïc
l.'inscnsé désespoir qui fera notre joie.
11 paraît : la douleur, la fureur à la fois
L'agitent, font trembler ses membres et sa voix,
Et de ses mouvements la brusque véliémence
Nous indique un elia^rrin voisin de la démence.
On le voil, en criant, précipiter ses pas;
Dans son égarement il aj)ercoit un bras :
C'est celui du voleur; et soudain il s'élance,
Se saisit de ce bras, jmis avec violence
Le jiresse, le secoue, et redemande encor
Au prétendu larron sou argent, son trésor.
Mais il s'agite en vain; rien à sa voix criarde
Xe répond il s'étonne, il s'arrête, il regarde;
11 voit ce qu'en son trouble il ne soupçonnait pas.
Et ce bras qu'il pressait était son propre bras.
Alors, confus, il pleure, il sanglote, il adresse
A son argent perdu des mots pleins de tendresse.
'.Il A M" Sl.\lI..Mi;. 71
Pâle, tremblant, l'esprit de douleur égaré,
Il rêve qu'il est niorl et se eroit enterré.
On dirait, en voyant la langueur (jui l'aeeahle,
Oue de tout mouvement son eorps est ineapablc ;
Mais, en secret, le cœur lui bal, le sang lui bout.
Il croit entendre un bruit; soudain il est debout,
El son œil inquiet sans pudeur se basarde
A cbercber son voleur parmi ceux cpiMl regard(\
Quelqu'un a remué, parlé; c'est son voleur :
On rit; les insolents! ils raillent son malbeur :
C'est qu'ils ont part au crime.... Allons, qu'on les punisse!
Holà! juges, bourreaux, instruments de supplice.
Venez; pour rassurer son esprit éperdu,
Il faut que tout le monde à l'instant soit pendu,
Et s'il ne trouve pas l'or (pi'on vient de lui pi'endre,
Tout le monde pendu, lui-même ira se pendre.
72 L'ART THEATRAL.
Ainsi, dès le début jusques au dénouement,
Sa vile passion jamais ne se dément.
Pour garder le pouvoir, froidement homieide,
Du sang de ses deux fds Cléopâtrc est avide.
Harpagon (il le dit en pleurant son trésor),
A son enfant noyé préférerait son or.
Le style est différent ; mais le cœur se ressemble
Pourtant je ris de l'un; devant l'autre je tremble.
Puissance du génie ! admirables tableaux !
Vieux chefs-d'œuvre, toujours plus jeunes et plus beaux !
Heureux qui, consacrant à de telles merveilles
Son esprit, son courage, cl son àme et ses veilles.
Se figure parfois que ces illustres morts
D'un sourire indulgent couronnent ses efforts !
CHA.NT SlXlt.Mi:. 73
Quel spectacle iinposaiil lur ra\il d in'éloiiiie î
Du grand prêtre des Juifs jVnleiuls la noix ipii loiiiu^ ;
En des vers où respire une sainle iirandeur,
Il annonce aux mortels le ré\ eil du Seii,Mieur;
Leur montre Jéhovah, par un terrible exemple,
Châtiant les l'ort'ails qui souilleront son temple,
Du peuple de Juda la chute et les douleurs ;
El sur ces maux futurs ses yeux versent des j)leurs.
Bientôt il voit, sortant de sa longue ruine,
Jérusalem briller d'une splendeur divine,
Et par les rois sa gloire adorée en tout lieu,
Et la terre s'ouvrant pour enfanter son Dieu.
L'Esprit-Sainl le transforme, et, proi)l!ète, lui-même
A d'un Dieu sur son front la majesté suprême.
Peignez-nous son respect pour la divine loi.
Son amour pour l'enfant qui doit être son Hoi,
Et que, du sang royal sacré dépositaire ,
Il a caché huit ans au fond du sanctuaire.
74 L'Ain T 11 K AT Fi AL.
Il (lélcslecn Malhan le prêtre déloyal
Quitlantles saints autels pour l'aulcl do liaal :
Quand il le voit, énui d'une haine farouche,
L'insulte à flots pressés s'élance de sa houclic ; '
Il invoque sur lui la colère du ciel
Livrant jadis aux chiens l'infàmc Jésahel.
Pour rétablir Joas au rang de ses ancêtres,
Bassemblant près de lui les lévites, les |)rètres.
Et les appelant tous au secours de leur Roi,
Il assigne à chacun son poste, son emploi :
Il a le lier accent, la |)arole animée
D'un héros aux périls entraînant son armée.
Avec quelle doueeui' il [)arle au jeune enfant
Que ses mains ont sauvé, que son amour défend !
Du pontife quittant la majesté sévère,
C'est un ami lidèle, un bon et sage père,
Enseignant à >un fils avec simplicité
Les devoirs de sa race et de la royauté.
r.llAM SIXIK.MK
Qu'on ;uliiiii'0,aussilo( qiio l'aelion coinnionoo.
Dans le .Maîlre des cieu\ sa loi iirol'oiide, iininense,
Inébranlable; il mel sa foi'ee au Dieu |)uissanl
Qui conlre l'oppresseur prol(\i;(^ l'innoeenl,
Terrasse l'orgueilleux et parle à la lenipèle,
El devant (jui des Ilots le lier courroux s'arrête.
i.e poëte jamais n'avait de vers [)lus b.eaux
Eiu-iclii noire langue, et charmé Despréaux.
OITerl aux s|)eclateurs, le merveilleux ouvrage
D'un accueil dédaigneux subit l'indigne outrage :
Pour la dernière fois le cygne avait chanté,
El de son chant suprême on niait la beauté.
Dcload, il est vrai, malheureux interprète,
Manquant de la grandeur du saint et du prophète,
76 L'Al'iT TIIKAl IIAL.
Beaubourg, acleur outré, sans |)i-incipes, sans ail,
Au succès quelquefois conduit par le hasard,
Sur la scène étalait le spectacle efl'royable
D'iui piètre du Seigneur inspiré par le diable :
Sous ce jeu sans noblesse abaissant sa hauteur.
L'ouvrage était vulgaire aussi bien (jue l'acteur. .
Mais quand liaron revint, exilé volontaire,
Baron, cher aux auteurs, aux loges, au parterre;
Ouand de l'art attristé consolant le long deuil,
De notre vieux théâtre il redevint l'orgueil ;
Quand le public courut pour y n oir re])araitre
Ce vivant souvenir des leçons d'un grand maître.
Unissant aux trésors dans le passé conipiis
Les dons de son génie aidé d'un goùl exquis,
Le Roscius français, sans avoir le courage
De renoncer encore aux rôles du jeune âge.
Cli AM SIXII-MK.
Y voulu! ajouter oeu\ d'un ;li:o plus inùr :
il vil, talent prut'outl, sou|ile, brillant et pni-,
D'un li'i()ni[)he de plus sa earrière endx'llie,
Va le nouveau Joad lit eoiuprendre Athalie.
Vingt- neuf ans de repos avaient encor grandi
Le vieillard triomphant, toujours plus applaudi,
ijui sentait, sous les bruits de la l'ouïe eharniée.
S'accroître son génie avec sa renommée.
Mais la mort, l'épiant de son regard cruel,
Allait le eondamncu' au repos éternel;
Elle avait sur la scène été prendre Molière :
Elle y frappa Baron de sa faux meurtrière.
Un an plus lard, hélas! un mystère d'horreur
A l'amour du public enleva Lecouvreur,
Et son cor[)s, sans honneui', fut jeté dans la terre,
Tandis qu'auprès des rois de la libre Angleterre,
78 \:\\\ï T II K AT haï..
Auprès (les morts fameux qui flattent son orgueil,
Olficlds voyait placer son glorieux cercueil.
Témoin irmi tel contraste et de telles injures,
L'arl français éclatait en douloureux murmures.
Des bords de la Garonne un jeune esprit aidenl,
Caractère exalté, mobile, indépendant,
Accourait vers Paris pour consoler la scène
De celui que pleuraient Tbalie et Melpoménc.
Il a, i)our réussir dans ce projet hardi.
L'audace familière aux enfants du Midi;
Sous son brillant soleil Toulouse le vit naître.
Préparé par Télude aux saints devoirs du jirèlre,
L'ne parole aisée, un son de voix flatteur
Promettaient à la chaire un nouvel orateur.
Bientôt de son esprit rinconstance ordinaire
Lui fil i)our le barreau quitter le séminaire.
Las d'être sous sa robe un éloquent bavard,
A la géométrie il aspira plus tard ;
CHANT SIX 11' M F.. 79
l*Liis, les calculs puni' lui ccssaiil d'avoir tics chai'mcs.
Il s'éprit tout à coup de la doirc des ai'incs,
El, nionlanl à cheval sous Tiiahil de dra^^on,
D'un maréchal de France il ré\a le Làlon.
Ce n'est pas tout : amant de la musc tragique,
Il couronna son Iront du laurier i)oéliqne.
Et d'un Jules-Ccsar par sa verve enfanté ,
El dans le lieu natal par lui représenté,
Le succès lui marqua sa nouvelle carrière.
Il cache son vrai nom sous celui de Banière,
El du théâtre à ])einc ayant touché le seuil :
Je suis comédien, dit-il, avec orgueil.
Un début n'est pour lui qu'une brillante fête :
Siir, dès les premiers pas, de s'élever au faîte.
Et que l'art doit en lui reconnaître son roi,
Sur la scène française il monte sans effroi.
Repoussant du souffleur l'utile ministère,
Dans un adroit discours il s'adresse au parterre,
80 i;ai',t thi': \ti;ai..
I/cngapc à prolcgor son périlleux essai,
Kl, vanlanl de Baron le talent noble cl vrai,
De le lui ra|)peler, humblement il se Halle.
Jeune encore, il jouait le vieux roi Milhridate
Où Ton se souvenait toujours du grand acteur.
On conviil de bravos la voix de l'orateur.
Il reparaît bienlôl, armé de son audace,
(lourmandant tour à tour Xipharès et Pharnace.
Mais à peine dix vers sont prononcés par lui,
Grandeur sim|)le, raison, mesure, tout a lui :
Il s'emporte, il éclate en fougues imprudentes;
De son ciel toulousain les llammes trop ardentes
L'enlraînenl loin du l)ul et de la vérité :
Mais il n'entendit point ce sifflet redouté
Qu'un parterre clément send)le aujourd'bui |)roscrire :
Comment pouvoir siffler celui qui nous fait rire?
Poisson, dans ses moments les plus gais, les plus fous.
De ce succès comiipie aurait été jaloux :
CHANT SIM KM i:. 81
Par ses joyeux éclals la salle tout entière
Saluait iMithridate à son heure dernière.
Cet affront, qui d'un autre aurait brisé le cœur,
Hanièrc le subit sans trouble, sans fureur.
Opposant aux rieurs un obstiné courage,
11 achève son rôle au milieu de l'orage;
l'uis, d'un visage calme et d'un ton assuré :
« De la leçon. Messieurs, je me ressouviendrai;
Vous pourrez samedi juger si j'en profite :
Revenez ce jour-là, c'est moi qui vous invile. »
Le tumulte renaît, et des rires nouveaux,
Où viennent se mêler d'ironiques bravos,
De l'acteur toulousain accueillent la prière ;
On lui crie : « Au revoir, à samedi, Banière. »
82 I;AKT THEATRAL.
Au jour mar(|UL', la foule accouil au rendez -vous;
Et de l'honneur de l'art le parterre jaloux
Veut punir cet orgueil slupide, opiniâtre,
Outrageant sans pudeur la muse du théâtre.
Derrière le rideau les acteurs s'effrayaient
Des sil'llels lurbulenls qui déjà s'essayaienl.
A ce bruil, d'un cœur seul la crainte était absente :*
Baniérc, défiant la tempête naissante.
Nouvel Agamemnon, en dépit du fracas,
Tranquille, s'apprêtait à réveiller Arcas.
Le rideau s'est levé : les murmures s'apaisent;
Les yeux sont allenlifs et les sifflets se taisent.
Un silence glacé sur la salle s'étend,
Et, l'arme dans la main, on observe, on attend;
On épie un ton faux, un ridicule geste.
Tout autre, frémissant de ce calme funeste,
CHANT SIXIK.MK. 83
Eùl |)(Mtlii loul à ('()ii|) 1.1 m(''in(/ir(> c\ la \oi\ :
Lui, l'ien ne rinliiiiidc; il (>sl le roi des rois.
ïl se lève, il s'avance; un mouvement larouelie
A soudain rapprociié le sifllel de la bouche.
Mais comment se servir de l'instrument fatal
Devant un f^cste sobre, un port vraiment royal?
Mesuré, large, pur, le débit de Banière
Rappelait de Baron la savante manière :
De Racine par lui les beaux vers prononcés
Étaient harmonieux, sans être cadencés.
Un sentiment nouveau dans les âmes s'éveille;
ïl remuait le cœur, il caressait l'oreille ;
On cachait le sifflet qu'on avait apporté;
Et, sans s'étonner troj) d'un succès mérité.
L'enfant du Languedoc entendait sur sa tète
Des ap])laudissements l'agréable tempête.
Les spectateurs, surpris d'un changement si prompt.
Mesuraient noblemenl le Iricjmphe à l'alTronl,
84 i;akt Tni;.\TR.\L.
Mclpomènc ccoulail, et, calmant ses alarmes,
Par l'espoir ranimée, elle essuyait ses larmes.
L'incroyable succès cul des échos nombreux,
Et ce jour l'ut sui\i de jours non moins heureux.
Devant le jeune acteur (juel avenir se lève!
Le succès qu'il rêvait n'était jjIus un vain rêve.
Hélas! trop courts instants d'allégresse et d'orgueil!
Toujours l'extrême joie est voisine du deuil;
C'est dans un ciel serein que se forme l'orage :
Jeune insensé, ta perte est ton fatal ouvrage.
Au service du roi son devoir l'attachait.
Et sous un nom d'emprunt en vain il se cachait.
Avait-il cru, soldat, pouvoir rompre sa chaîne.
Dépouiller l'uniforme et monter sur la scène.
Et qu'entendu de tous et de tous regardé,
Un secret si public serait toujours gardé?
cil AN r SIMI'MK. 83
P(Misail-il revonii' (!ii IIkniIto à rarniôc?
Avide (le talents, de hniit. de reiioininée.
Jeune, ardent au travail, d'un maleui' hrillanl ,
D'un sublime poète et d'un i^uei'i'iei' \aillant.
D'un jj^rand aeleur prcMant aux leuvres du i;énio
Du geste et de la \()i\ la puissante iiarmonie,
1! voulait, esprit vain cteceur and)itieu\,
Qu'on admirât en lui tous les dons précieux,
Et, s'assurant de loin une illustre mémoire.
Fatiguer les cent \oi\ cpii racontent la gloire.
L'obstacle, poui'son cœur, n'a\ait rien d'effrayant:
Il croyait quelquefois le vaincre en l'oubliant.
Mais toute son audace est soudain abattue
Par un mol : Déserteur! mol terrible et (pii tue.
De la loi militaire implacable rigueui-!
Acteurs, publie, en \aiii eonrondanl leur douleur,
Implorent le pardon du malheureux Hanièrc,
Et l'heure qui s'approche est son heure dernière.
80 i;ai;t thé au; al.
Il cnlond son ai'nH sans pâlir, sans Ircinljlcr;
Il marche, cl sur son sein les balles vont siffler.
Des applaudisscnicnls, adieu la douce ivresse,
El le bel avenir rêvé par sa jeunesse!
La niorl esl là : soldai, il l'eiil, au champ d'honneur.
En clierchanl l'ennemi, reçue avec Ijoniieur.
Mais d'un nom llétrissant subir l'horrible injure:
Mais mourir de la moil du lâche, du parjure,
S'appeler déserteur, lorsque l'on porle en soi
La loyale licrlé d'un C(rur exempt d'effroi!...
Sans doute à ces pensers, par l'orgueil retenues,
Dans ses yeux, malgré lui, des larmes sont venues.
Laissait- il une mère, un père gémissants.
Une amanlc adorée et des amis absents?
L'un d'eux vint-il du moins, à celte heure cruelle,
Dire l'adieu touchant d'une amitié fidèle?
Nul ne l'a su jamais : sous l'homicide plomb
Il expire, et l'oubli vient emporter son nom.
4i. ï ^«A./t,
CM A. M si\ii:mk. s-
Dans les l'asles de l'art (ju'il ohlioiiiie luic page !
Je lui \ ions en ces vers olïrii' mon humble lioinnui^^e.
Je n'ai, pour eélébrer ce cruel sou\ (Miir,
(Ju'une impuissante voix, des chants sans avenir,
Daigne l'en contenter, o fatale victime ;
Reçois de ma pitié le tribut lé,i;ilime.
Banière, que ton ombre honore d'un regard
Un soldat de iMolière, un vétéran de l'arl,
Qu'on vit trente-sept ans fouler la noble scène
Où lu devais grandir, où tu parus à peine!
CHANT SEPTIÈME
CEANT SEPTIÈME
De la muse comique aimables in(cr|)rcles,
Facétieux valets, amusantes soubrettes,
Que votre seul aspect soit un sii^nal joyeux ;
Divertissez l'esprit en éprayant les yeux.
Si votre froid visage atteste une humeur triste,
Le spectateur, souffrant des efforts de l'artiste,
Sent tout à coup son cœur s'altrisler avec lui,
Et contre la tristesse il invoque l'ennui.
92 i;\r.l illÉATHAL.
(lardcz-vous de penser (]iie j'aille vous prescrire
De iiioiill'er au publie un élei'uel sourire :
La bouciie (jui sans cause incessamment sourit
l'eul liahir (pichpielois rindi^ence d'espril.
l'ounjuoi celle soubrelle e.sl-elle si rieuse?
Pour étaler les dents dont elle est glorieuse.
Il est plus d'un nio\en d'exciler la j^aité.
Labranche, de Crispin camarade eiïroulé,
Lui raconte comment une fausse ajjparence
A fait emprisonner sa douteuse innocence.
Son rire nous serait insipide, odieux :
Il ne sera plaisant (pie s'il est sérieux.
Chez Térence et cbez Plante on voyait maint esclave,
Fourbe portant le nom cl le masque de Dave.
Parmi nous transporté du théâtre latin.
CHANT Sr.l'TlI- Mi:. 93
l/aneien Dave dc\inl Mascaiillo ou rronlin.
Déployez dans ce l'ùle une îuidace iinpudcnle:
Ayez une parole incisive et mordante,
El qu'une niajeslé comique, à tous momenls,
Éclate dans vos traits et dans vos mouvements.
Rien n'égale l'orgueil de ce Dave moderne.
Surpassant par l'esprit le maître qu'il gouverne.
Par Léandre Scapin ' à genoux supplié
D'un amant malheureux daigne prendre pitié.
Comme dans son manteau Mascarille ^ se drape !
Chaque coup d'étourdi dont son maître le frappe.
S'il l'irrite un instant, ne sert (ju'à redoubler
L'impétueuse ardeur dont il se sent brûler.
Son grand cœur des périls jamais ne se fatigue;
Il croit en son génie, il est né pour l'intrigue;
Sa vanité fait taire une juste fureur,
' Les Fourberies de Scapin.
- Mascarille dans VÉlourdi.
94 I;AF',T THEATRAL.
El (les fourbes en lui |)r()clame l'empereur.
Ouaiul il parle d'honneur et de sa renommée,
Ne croil-on pas entendre un général d'armée
Oui sait, dans ses desseins hardi non moins qu'adroil,
Unir à la valeur l'aplomb et le sang-froid?
Dans un tel j)ersonnage, à nos mœurs si contraire,
L'exagération est presque nécessaire :
Sa diction, qu'anime une extrême chaleur,
Du tragique débit a la superbe ampleur.
Il porte le front haut, sa démarche est rapide,
Son geste est vif et large et son œil intrépide.
Tel Monrose, marchant sur la scène à grands pas,
De sa vibrante voix lançait les fiers éclats,
El de ce rôle ainsi marquant le caractère,
Du feu de ses regards échauffait le parterre.
cil \M SKI'TIÉMK. 95
Au goiil (l'une antre époque habile à se plier,
Dave devint plus tard Figaro le harhier.
Avec moins d'idéal il a plus d'élégance;
L'épigramme chez lui tempère l'arrogance.
Philosophe chantant, versifiant, rasant,
Sans peur de l'avenir, sans souci du présent.
Le crayon dans la main, à son dos la guitare.
Assez vain d'un esprit dont il n'est point avare,
Est-il barbier, valet, poëte, aventurier?
Il n'est rien, il est tout; et, type singulier
D'un serviteur qui sert beaucoup moins qu'il ne fronde,
Et, pas plus que Scapiii, ii";i île modèle au monde,
Ce personnage heureux, vil", brillant, enjoué.
Gréé par Beaumarchais, par Préville joué.
Jeune, après tant de jours d'une gloire éclatante.
Éblouit la raison plus qu'il ne la contente.
'.)(-, i;ai;t tu i: aï haï,.
Aisé dans vos discours coniine en vos inouvftnenls
Ouc votre esprit s'échappe en gais pétillements;
Que le ton soit léger, l'allure cavalière :
Quittez la majesté des Dave de Molière.
L'exagération ici serait un lorl.
Soyez spirituel sans ai)|)rét, sans effort.
Que vos yeux au public ne disent point sans cesse :
Mcoutez ce bon mot; goûtez celte finesse.
Ne soulignez jioint tout : ambitieux acteur,
(lai'dez-vous d'affecter plus d'esprit que l'auteur.
Des temps trop prolongés vous devez vous défendre:
l/es])rit de Figaro ne se fait pas attendre.
Bannissez de vos traits l'air grave et soucieux;
Que votre impertinence ail un ton gracieux.
Mais dans votre gaîté montrant de la réserve,
Fuyez de quelques-uns la turbulente verve
Et ce jeu tapageur qui rend les sols heureux :
L'acteur le plus bruyant est le meilleur pour eux.
CHANT si:i>Tii;.Mi:.
Mais rigaro plus tard n'habite plus Séville ;
Pour le château du coinle il a (|uillé la xillc,
Le rasoir, les chansuiis, la i'olle liberté.
Valet, contre son maître il lutte avec gaîté;
Car le comte réclame, amant illégitime,
Sur ses plaisirs d'époux une secrète dime.
Fidèlement aimé de sa chère Suzon,
De son perfide maître il veut avoir raison.
Et punir par la l'use un mari trop volage
Qui pour le lit d'aulrui déserte son ménage.
Plus artificieux parfois (piMI nv le faut,
Il voit, sans sourciller, sa linesse en défaut;
Un mot |)laisanl le sauve, et, sans changer de face,
Il remplace soudain le succès par l'audace.
Et conservant toujours son ton leste et moqueur.
Dans ses défaites même on le croirait vaincjueui'.
Peu fier de ses parents (|ue le ciel lui renvoie,
Le voilà qui pourtant ril cl pleure de joie,
11.
98 i;AIiï TU f: AT K AL.
Comme à la raillerie à rarlificc enclin,
Avec un cœur sensible il a l'esprit malin.
Un instant vient, hélas! où sa gaîlé s'altère :
D'une épingle perdue il surprend le mystère.
Tout à coup le soupçon dans son cœur se glissant,
Il devient soucieux et sombre et menaçant.
Au rendez-vous où doit se consommer sa honte,
Venu pour épier et Suzanne et le comte,
De son rêve jaloux la fièvre le poursuit ;
Il regarde, il écoute et tremble au moindre bruit,
Va, s'arrête, et courant de pensée en pensée.
Sa vie est par lui-même à ses yeux retracée.
Le voilcà seul, la nuit, se contant longuement
Et ses chagrins passés et son nouveau tourment.
Ce fameux monologue où l'épigramme abonde
Présage l'ouragan qui s'approche et qui gronde,
Et brisera bientôt, pour le renouveler.
In monde qui chancelle et s'apprête à crouler.
CHANT s F. l' Tir. .mi:. 99
Trompr, coinnir il le croit, j)ai' une Icmine aimée,
Son trait est pins aFiier, sa vni\ pins animée.
Ce monde, en s'en mociuant, il Ta toujours haï :
Cette haine s'accroît de son amour trahi.
Dans Tamoureux cha^rrin dont son àme est flétrie,
11 môle les soupirs avec la raillerie;
Car Figaro n'a point un langoureux amour :
A travers le malheur sa gaîté se t'ait jour.
Aussi sa folle joie est hienlôt revenue,
Quand par lui de Suzon la voix est reconnue;
Et comme il joue, après son conjugal ennui,
La maligne heauté qui se jouait de lui !
Gomme, tout en riant de leur méprise étrange,
D'un maître déloyal le couple heureux se venge.
Ravi de tourmenter, ne l'ùl-ce (]u'un moment,
Cet éternel lromi)eur ({u'on trompe incessamment!
100 l/Ar.T TIN'; AT h M..
Mais Fiyaru sicillil, cl son cspiil morose
Du jeune Bcaumarrliais n'a jjIiis la vivo prose :
Aussi l)i('n (pic son IVonl son esprit s'est ridé;
Aux vices de ce monde il s'est accommodé.
L'épigramme plus rare est aussi moins hardie :
Pour le drame on le voit (|uitter la comédie.
Mais comme sa vieillesse est pleine de verdeur!
Contre un lourljc eiïrontc luttant avec ardeur,
Kntre deux ennemis dont la force est égale
C'est un duel à mort, une lutte infernale.
Où Figaro toujours attaque et se défend,
Et, vaincu (juelquefois, est cnlin triomphant.
Dans ses traits radieux quel orgueil se déploie.
Et, malgré ses vieux ans, connue il hondil de joie !
Havi de démas(}uer un fourbe audacieux,
D'un impuissant courroux il réjouit ses yeux.
Et, pour ne laisser pas sa victoire imparlaite.
Accable le vaincu du poids de sa défaite,
CHANT sKnir.AiF. lo-t
I.ui lance iwcv plaisir Tiiisulte ol \c mépris.
Généreux soin ilcui' de ses inaîlres eliéris,
DansToriproii lui propose il >()il pics(|ue une olïense
Moui'ir chez eux, \oilà sa seule i'eeoni[)ense.
Il veut dans ses vieux ans, meilleui' el plus sensé,
Racheter les erreurs d'un orageux passé.
Jadis c'était l'espril (jui parlait par sa houchc;
11 faisait rire alors : inainlenani il nous louche,
Et pourtant, à tra\erssa sensihililé,
Brille un i'a\ on de jeun(> el niali^Mie gaité.
Il est pour les valets plus d'un genre de rôles.
Voyez ce personnage aux allures si drôles :
C'est Crispin, grand hàldeiir et jo\eux l'anl'aron
Qui, portant sur roreille un petit chapeau lond.
D'une moustache orna sa groles(|ue ligure.
Une fraise, une épée, une large ceinlui(\
U2 I;AKT T 111':: AT UAL.
Sa veste, un courl manteau sur r(''|)aiile ;j;lissant,
El sa main s'appuyant sur un <:\a[\'c innoeenl,
Sa démarche, son air, tout eommande ([u'on rie :
Il est l'ancien héros de la houlTonnerie,
Et l'acteur peut ici, par sa verve em|)orli'.
Se livrer aux écarts d'une folle ^^ailé.
C'est Poisson qui, dil-on, au temps de Louis treize,
Produisit le premier sur la scène française
Ce plaisant personnage, aujouidluii dédaigné.
Trois aeleurs de ce nom au Ihéàlre ont régné :
Facétieux es|)i'its, bouffons par caractère.
Ils ont dans les Crispins diverli le [)arterre,
l'^l tous se ressemblaient par un bredouillement
nui fut d'un jeu naïf le bizarre ornement :
Aussi quand vint Préville, il manqua de déplaire
Avec son débit net et sa parole claire.
La laideur de Poisson enchantait nos aïeux,
Et le nouveau Crispin sembla trop gracieux.
cil A M SLI' ilL.Mi:. 103
L'engouciiieiil est a\ cii^lc, et dans l'aclciu' (lu'il aime
Le puljlie a|i|)laii(lil iiis(|ifà ses (lélauls même.
Mais (le Pi'é\ ille eiiliii le laleiil leeonnu
Sut vainere le public coiiIih; lui |tréveiui,
Oui, faisant sueeétler l'éloge à la criti((ue,
Vit (lu théâtre en lui le |)Ius parfait comique :
La linesse s'unit à la \ive gailé,
El, moins grossier, Crispin n'en fut que plus fclc.
Évitez les lazzis dont le bon goût se blesse :
Que la bouffonnerie ait de la gentillesse.
C'est peu de faire rire, il faut encor cbarmcr.
Au style de Regnard sachez vous conformer :
Dans sa joyeuse verve aimant la parodie,
Il prête à ses valets des vers de tragédie;
Puis parmi ces grands mots, pour nous mieu\ égayer.
Tout à coup tombe un vei's comi(pie et l'amilier.
L'auteur du Légataire en traits paieils abonde.
Suivez, en le jouant, sa marche vagabonde.
104 F.'AMT TIII^:.\TRAL.
Ou'cn vos Iraiisilious licii ne scinhlc apprrlé :
La langue doit du corps avoir l'agilité.
Prompt à se travestir, que Crispin soil habile
A varier les airs de sa lace mobile.
On le voit tour à lour insolent campagnard,
Veuve au Ion déluré, cacochyme vieillard.
Flairant avec La])ranebe ' une assez l'oi'le soinnic
Il singe le ton fat (Tun jeune gentilhomme.
Faux brave, il est hardi, vantard cl ta|)ageui',
Va son front de la honte ignore^ la rongeur.
Qu'à sa verve souvent un jeu lin se marie ;
Mêlez un peu de grâce à son effronterie.
La vieille comédie, en sa gaillarde hnmenr
D'une oreille moderne offense la pudeur :
' Dans le Crixpin rival de Lesage.
(.11 A M SKI'TIE.MI".
iMais d'un drhil ndroil la priidiMilo mn^'io
Sait des mois tiii peu crus leiupéi'(M' l'éner^ne.
Mieux vaut niaïupier le l'ire auipiel nous aspire/.
Que de le proNoquer i)ai' (h's iiioyiMis ouirés.
L'exagéra lion, voilà ce qu'il faut craindre :
On dépasse le but quand on ne p(>iil l'alleindre.
La charge Ihéàlrale, en de certains emplois,
Est lin excès (jue l'art nous permet ([uelquefois.
Mais fuyons un abus dont la raison murmure :
C'est dans l'excès surtout (|u'il iaut de la mesure,
Le plaisant Dugazon, par la foule adopté,
Avait reeu du ciel des trésors de gaîlé.
De ce bien précieux, il devint trop prodigue :
Comme un fougueux torrent qui renverse la digue
Vainement opposée à ses Ilots destructeurs.
Son beau talent de l'art déserta les hauteurs.
lor, i;\i;i i iikathal.
El sonvoiil il ('()n(|uil, en excilaiil le liro,
In succès lr()|) facile (;l ([uc l'ail (htil [ii{ts( ilrr.
Son nom en lui |)nni, chàlimcnl mérité!
Un peu d'ombre se mélc à sa célébrilé,
Kl (le Pré\ille enfin la gloire plus aiici<iiii(\
l'ure de tout nuage, a surpassé la sienne.
J'apereois deux valets à l'œil moins effronté.
Tous deux di\ (M'iissaiils par leur naïveté.
Sosie ' est le |)remi('r ipii i-rjouil ma vue :
Sa main d'une lanterne est prudemment poui'vue;
Craintif, à chaque pas, il tiemhle. Le second.
Non moins poltron sans doute, en proverbes fécond.
C'est le bon Sganarelle % àme honnête et croyante,
Nous rappelant un peu le Sancho de Cervante,
' Dans VAmpliiitrion de Molière.
- Dans le Fesliu de Pierre de Molière.
r.llANT s Kl' Tir. mi;. 107
Souhaitant, espérant loiijnuis \c rcpL-iilir
De l'impie endurci (pi'il ciierehe à eonveilir.
Honteux, dans sa confuse et buriescpie él()(pieiice,
Dr ne puuNoir pas mieux e\i)rim(M' ce (pi'il pense,
Ce qui lui semblait clair et (pi'il comprend si ])ien.
Quand il veut l'expliquer, il n'y comprend plus rien.
Sa parole s'arrête, obscure, embarrassée,
Et, sans la ressaisir, il cherche sa pensée.
Mais quand son trop d'ardeur ne trouble point ses sens,
Comme tout ce qu'il dit est nourri de bon sens î
On sent en lui la foi d'une àme simple cl bonne, >
Oui hait l'impiété, qu'un doute même étonne.
Se dépilant toujours de ne pas en autrui
Faire passer la foi, si profonde chez lui.
Craignant de ses pensers (jue le fd ne se rompe,
De peur de rester court, il veut (ju'on l'inlen-ompe.
Ému d'un mot pervers, d'une iidàme action,
Le peur refoule en lui son indi;„mation.
108 i;\i; I I III. AT haï. .
Il se lail; sur sairvrc un souiiic li\|t()criU'
Contredit la colère en ses regards éeiilc
Euliu, (juand de son àiiie élalaul la uoiieeur,
Don Juan, de TarlulTe odieux piéeurseur,
Projette de eaelier sous un ddiois ausirie
Son lier uu''|)ris des lois du eici cl de la leirc,
Sganarelle ne peut eonlenii' son liorrcur,
Va par un Um'^i sermon \eul dé(diar^er son cœur.
Mais, son pauvre cerveau se Icouhlaiil dès j'cxorde
En proverbes nombreux sa colère déborde.
Voilà sa langue errani dans un dédale affreux
De phrases et de mois se liant mal cuire eux :
N'im|)orle, il va loujouis; sa parole pressée
N'a pas même le temps d'asoir une pensée.
Le diffus sermoneui' parle à tort, à tiasers,
De la mer, de la mort, des eieux et des enfers;
El, las de débiter ces phrases incroyables.
Finit par envo\er son maître à tous les diables.
f.llAM sKl' TU- Ml.. 109
Que l'arleur n';iil |)as l'air ilc se ninciiuM'dc soi :
Car le comique ici iiail de la bonne lui.
Ayez de la gaîté : mais, de vous loujours maître,
Sachez (Mre plaisant, sans alTecter de IVti'e,
El ne briguez jamais des succès malheureux.
D'un général vainqueur ambassadeur peureux,
Sosie a préparé la harangue ampoulée
Dont Alcmène par lui doit être régalée.
Mais sous ses traits un dieu malin et tracassier
Vient le rouer de coups pour se désennuyer.
Du logis de son mailre un lui ferme la porte;
Ainsi que le courroux, la douleur le transporte :
Mais comme Sganarelle, en proie à la frayeur.
Devant le châtiment il contient sa fureur.
Tombant à charpie instant de surprise en surprise,
Non moins (juc sa ligure, il voit sa [Aacc prise ;
110 L'ART TIIKATUAL.
Kl l()rsf|U(' pour s'en plaindre il élève le Ion,
Puni |)ai' un souiïlel ou bien par le bàlon,
Il i'e|)reii(l aussitôt sa ])eur el son silence;
Car il a contre lui la force el l'évidence.
N'ayez pas d'un Grispin la folâtre gaîlé ;
ici le |)reniier don, c'est la naïveté.
(Juel (le|)it en voyant qu'on traite d'imposture
Le fidèle récit de sa triste aventure !
IMus tard rinioituné, changeant d'émotion,
Craint pour son Iront d'époux le sort d'Amphitryon,
Et bridant de savoir jusqu'où l'autre Sosie
A de le renij)lacer |)oussé la fantaisie,
Il adresse humblement à son aigre moitié
Certaines questions dont il est effrayé.
Condjien il est heureux d'apprendre cpfil fut sage
Dans cette chaste nuit dont Cléanthis enrage!
Lorsqu'à son appétit il va donner l'essor,
Le terrible bâton sur lui se lève encor;
( IIANl Si:i'TIK.Mr.. \M
A riuMii-(' (lu (li'nor ne so jins mcllic à l;il)l(' '
De toutes ses douleurs e'esl la plus laineiilahlc
Gardez-vous de doniuM' à sa naïNclé
Les grotesques dehors de la sliipidilé.
Qu'il ne ressemble point à ees niais de théâtre
Prodiguant leurs lazzis à la foule idolâtre.
Dans ces rôles si vrais el si divertissants,
Molière à pleines mains a semé le bon sens.
A remonter aux cieux (piand Jupin se décide,
Justilianl Alemène el proiuetlanl Alcide,
l']ntendez-vous Sosie à tous recommandant
Sur cet étrange honneur un silence prudent?
Au mari consterné d'un malheur ridicule,
Son divin suppléant sait dorer la pilule :
Sosie, en l'écoutant, malignement sourit.
Parfois l'orgueil des grands le révolte et l'aigrit;
Mais des penchants railleurs sa raison eniuMuic
Dans sa malice même a de la bonhomie.
112 l/Alil I II I. \i KAI..
Siiiloiil, divine oiiicinciil du IIknIIpc français,
Fuyez toujours la cliarge et ses honteux succès :
Diles vous que Molière et vous voit et vous juge
Des (lélauls de l'acleur la charge est le refuge.
(Juand l'auteur du Tartuffe à nos yeux apparaît,
Nous voyons j)rrs de lui la hoiiiie Laforèt,
Oui i)arl'ois, nous dil-on, de son maître chérie,
Servante (Tiin grand homme, en était Tl^^gérie.
l'ar Molière altcMilif , son rire consulté
A devancé l'avis de la postérité.
Est-ce son humeur franche et sa raison plaisante
Ou'en des types divers Molière nous présente?
Dans Dorine au ton brusque, au langage sensé,
L'âme de Laforèt aurait-elle passé?
El s'est-il souvenu de sa vive parole
En peignant Marinette et Toinette et Nicole?
r. Il A NI' SKl'Tir.MP, 1 \:\
.\rii\('/ au succès dans ces rôles hcuicux
Par un coniiiiuo rcrm(\ cl Iarp:c, rt vipfonroiiv.
C'esl là (|u'il faut, laissant les <;ràc(>s niinaudicres,
A\oir un Jcbil Iranc cl de franches manières.
Voyez lutter Doriiie et sa \ crie raison
Contre rentètenieni du ranalicjue Oriion.
Comme, de son courroux atlVonlanl la tempête,
Pour protéger la fille, au père elle tient tète!
Mais quand elle se li\ rc à son zèle emporté,
N'ayez pas l'air méchant et le Ion effronté.
Dorine est bonne; elle aiiiie une honnête famille
La jeune Marianne est jjour elle une fdle ;
A l'amoureux Valère elle voudi"ait l'unii'.
Son indignation ne se peut contenir,
Eu voyant cet Orgon, si sottement crédule,
Ch(tisir ])Our son enl'anl un époux ridicide.
114 I/AI'.T TIIi; ATHAI-
rri f'omix' (Ml sa maison |)ar lui-mrnio amené,
Donl radiillère amour par clic est deviné.
A son maili'c abusé peu soigneuse de plaire,
Sa colère se piail a le mellre en colère,
El, quand il es! saisi d'un courroux Iro]) brûlai,
A h; l'aire rougir d'un |)éebé ea|)ilal.
Pour rendre de Tauleur l'espril ci la j)ensée,
La scène avec lalenl doit être nuancée.
Les (\vu\ acteurs entre eux se doivent concerter.
Pour se rè|)oiidi'e mieux, savoir bien s'écouler.
Il faul (pi(^ les regards s'altacbent l'un sur Tauli-e;
Le jeu d'Orgon toujours doit inspirer le vôtre.
Pareil à ce volant qui, dans l'air élancé.
Tombant sur la ra(|uellc, est par elle chassé,
Que soudain le mot parle et soudain vous revienne.
Surtout que votre voix s'accorde avec la sienne.
N'allez pas, vous livrant à des sons hasardeux,
Sur des tons différents vous fâcher tous les deux.
CilANT SKlTIK.Mi:. II;.
Ces typps, nppclés servantes de Molière,
Ont la pai'ole alerte et \ ive et laniilière.
Qiieiciuerois, par l'idée et |)ar l'expression,
Doriiie est an-dessus de sa condilion.
La Toinette d'Araan à nos yeux se présente ,
i*lus vive et d'une liuinenr plus follement plaisante.
Prompte à eontrarier son maître, à le railler,
Et gaîment le eoiffanl d'un peifide oreiller,
Se changeant, pour guérir un mal imaginaire,
En un docteur burlesque et cpiasi centenaire,
Sous sa longue perru(pie et sous son noir liahit,
Qu'une verve bouffonne anime son débit.
Lancez joyeusement votre gi'ave parole :
La raison veut ici (pie l'on soit un peu folle.
Moins franche que Dorine et l'espiit |)lus mocpienr.
Comme Dorine elle a du bon sens el du cieur.
11 G i;.\ll 1 TlIKATl; AI..
Voycz-voiis 1(3 cliaîjiin de la l)onno Marlino?
Hélas ! elle a (luiltr les cliainijs pour la (niisino,
El celle pauvre lille, on veiil, pour son louinieiil,
La forcer de {larlei' LM-aniinalicalemenl.
Elle écoute, lu'il li.\e el la houclie béante,
Les sasanles leçons de la troupe pédante;
Ilcnvoyéc, à son sort tristement se soumet,
El (piilte a\('c douleur le niaitre fpi'elle aimait.
Comme elle |)i'end jilus lard une belle revanche,
Quand sa droile raison et sa parole IV-uichc
Des folles du logis bra\e le sot courroux,
Et j)roclame les droits du coq et de l'époux!
Uien n'arrête l'essor de sa verve mutine :
De sa mordante voix la gaillarde .>[artine
Fait résonner la scène où chaque trail jeté,
Applaudi par Chrvsale el par tous écouté,
Des transports éclatants d'une foule rieuse
Va soulever au loin la tempête joyeuse.
cil A M si:i'Tii:mi:. ht
La Mailoii du hoiuloir \('iil nue aiilro p-aîlé :
Le ton (le sa niailressc est pai' elle iinilé;
y\a\> elle n'en a point les manières e\(|iiises;
Ses grâces ne sont i)as des ^uràees de inarciuises.
Gardez de prodi.iïuer l'œillade et le souris:
Glissez sur certains traits pour qu'ils soient mieux compris,
El ne grimacez point Tespi-it el la lincsse.
Familière parfois a\ec votre maîtresse,
Dans vos accès d'orgueil, n'allez point oublier
Le modeste bonnet et rimmblc tablier.
Sage dans votre jeu comme en votre toilelle,
(iardez toujours l'esprit el Taii' d'uiie soubrette,
Et d'un public frivole éblouissant les yeux,
N'allez point vous charger d'atours ambitieux.
Charmez parmi jeu lin cl plein de genlillcsse;
Que votre gai visage; inspire l'allégresse :
Variez voire vei've, el mouliez avec arl
Le rire de Molière d celui de Uegnard.
IIK LA in 1 llLAl UAL.
Marivaux ik; va guère au delà du sourire.
Suzanne (Beaumarchais se plul a la décrire;,
Maligne avec douceur et sage avec gaîté,
Des iringanles Marions n'a pas l'air elTronlé.
D'un cd ur plein de soupiis conlidenle discrète,
Elle est moins qu'une amie et plus rpi'unc soubrette.
Dans ce rôle charmant Contât prit son essor;
De ce premier liiomplie on se sou\ient encor :
Il fui son premier ])as vers la coquetterie.
Hienlùl, lière beauté de la foule chérie,
Dans Suzanne on lèla Célimène, et plus tard
Célimène \ieillit cl lut madame Evrard.
Sous ces aspects divers, de la comique scène,
En elle on salua la noble souveraine.
Mars n"a point effacé ses succès éclatants,
Mars, la dix ine voix et l'éternel printemps,
Oui, de rôles nombreux adorable interprète.
Fut plus d'un demi-siècle ingénue et coquette.
cil A M si:ptii:.mi:. n9
Ami (lu naturel et do la \érilr,
.Molière eul en iiorreur ce lani;ai:( apprèlé,
Ce slvle où, l'eciierchanl la manière cl remphase,
Le sens avec bonheur se cachait sous la phrase,
Ce jargon précieux, dont on s'émer\ cillait
Parmi les beaux esprits de riiolel Hambouillet.
Du naïf Gorgibus o burlesque lamille,
Vicomte Jodelel, marquis de Mascarille',
Sur le public charmé, quel fut votre pouvoir!
11 \inl payer plus chérie plaisir de vous voir.
Sous le rire éclatant l'allusion circule,
Et devant la raison le mauvais goùl recule.
Ce chef-d'œuvre de verve et de malignité
Veut dans cluuiue interprète un excès de gailé
' Dans les Précieuses ridicules ùc Mulicro.
I:'0 L'ART T II r'.AT 11 A L.
l'oiir ('cliaiirtcr Iciii jeu, la joyoiis(; Tlialic
Doit les illinninor (Tiin (''clair do folio.
Cathos cl Madcloii au jargon précieux
Joignoiil dos aii's |)Oii(du''s, dos tons prôloiiliciix,
Soulignoiil ('ha(|uo mot, caressent cliatino phrase,
Kl d(naiil lonr soltiso ollc^ sont on extase.
Dans ces rôles sortant des bornes du l'éei ,
Il laul , |)()ur L'Ire \riii , n'être pas nalurel.
Non moins lier de lui-même, auprès d'elles babille,
Marquis improvisé , le laquais Mascarille.
Il leur l'ait admirer ses airs e\tra\"agants,
Leur vante ses canons, sa perrucpie, ses gants,
Son goût toujours, dit-il. respecté du parterre ,
Et de son sot quatrain fait un long connuentaire.
Molière raille ici le lourd eonunentaleur
Oui, d'un auteur fameux fervent adorateur.
CHANT SF.l'l IK.Mi:. 121
Ouelquefois s'exténue, en ses Iraiisporls risibles.
Jusqu'à l'aire admirer des beautés invisibles.
Mnntrez-nous de l'auleurla pensée, et qu'enfin.
Sous la boulToiiiieric on sente un (^spril lin.
- Moins brillant , .lodelet en scène se présente
Avec la face blénie (M l'allure pesante.
Loin d'alfecler des airs lestes et tuibulenis ,
Sa parole est traînante et ses gestes sont lents.
Malade récemment . la lancette inbuinaine,
Epuisant par malbeur sa poéti([uc \ einc,
Au \ icomle, encor faible, inlei'dil l'impromptu.
El lui ravit ainsi Tespril (pi'il aurai! eu.
Aux éclats de gaîté son bumeur se refuse :
C'est par son sérieux que .lodelet amuse.
Près de son compagnon, Ix-le avec gravité,
H lui laisse le lire et la bxpiacité.
M2 l/Al'.i Tlli: A ri'.AI..
El, jaloux (le moiilrer sa science f^'uerrière,
Change une denii-lune en lune (oui entière.
Fuyez le jeu grossiec : le goùl n'apjjrouxe point
Du |),ile .lodelel le faelie(> cinhonpoini
(Ju'il doit à eel amas de vestes entassées,
Disparaissant toujours, et toujoui-s icinplacécs.
A (le pareils succès gardez-vous d'asj)ir( r :
Sont-ils faits |)our nous plaire et pour vous honorer?
Ne recherchez jamais la gloire singulière
D'être plus amusant (jue ne le veut Molière.
Cet ouvrage si court, si jo\eu\, si hardi,
Fui d'un rire hruyant par la loule applaudi :
La sottise frémit de se voir détrônée;
Un art nouveau brilla sur la scène étonnée.
CIIA.M SKl'ilK.Mi:. IJ.i
El cette œuvre boulTonne éclose en un moiiicnl.
D'un sérieux es|)ril l'ol.ilre ninuscinent,
Des chels-d'œuvre a venir lïil l'inilice et le germe :
Ainsi le eliène sort du iiland (|ni le renlei-ine.
Chose étrange! treize ans sur sa vie ont passé;
S'inspirant du dessin par sa verve esquissé, .
l/inuuorlel peintre ajoute un lleuron à sa gloire,
El le tableau de genre est un la!)leau d'hisloii'e.
La sottise à nos yeux prend un nouvel aspeel ;
Trois femmes, radolanl de latin et de grec,
Des pédantes du temps sont l'image vivante :
L'ancienne précieuse est changée en savante'.
Fuyez ici les tons par trop exagérés.
De la tète et du corps les mouvements outrés.
' Les Femmes savantes du Mo'.it're.
121 I;aUT Tlii: Ai UAL.
Ave/. Mil jeu |»liis pur: loulelbis, dans Bélise,
l'iic Icgrre chai'gc à raclricc est pennise;
Mais avec cliastolr croyanl à ses appas,
Oii'cii loucliaiil ;iii l)iirles(|U{', çlle n'y lonihc pas.
De (|U(.'ls aii's (.le haulcur IMiilaininle est arniûc !
V\v]ur dans son loiris, rrainio plnlôl qu'aimée,
I.a nioindi(> résislance irrile son orcrucil,
El son liinidc (''|ion\ Ircniijic sons son coup d'ccil.
Armandr, dans ses yeux, a ror;.nioil de sa inèro :
Du plalouifpic amour caressant la cliimcrc,
On la voit cependant, jalouse de sa sœur,
D'un hymen dédait^né regretter la douceur.
Pour ramener vers elle un cœur dont la constance
A trois ans dans ses l'ers langui sans espérance.
Lasse d'un célibat ipii Ini ^emblail si doux,
Elle est |)rète à subir les plaisirs des époux.
Mais Clitandre à son tour venge un long esclavage,
El d'un refus blessant lui fait sentir l'outrage.
CHANT SKl'Tlt.MK. \>r,
lleiiricllc a soiicd'Ui' : couple aimable cl clianiiaiil,
Tous deux d'un Icndi'c amour s'ainicnl cpalcmcul.
Loin d'eux le lou pcdanl {Tune absurde l'amille!
C'est par le nalurcl (pie ruii cl Faulrc Ijrille.
Cœurs bons cl généreux, esjjrils justes et lins,
Égayant la raison de (juclipirs traits malins,
La ressemblance entre eux accroît la sympatiiie.
Bailleur parfois amer, prompt à la repartie,
Clitandre, par Tamour et l'orgueil emporté,
A, (juoique homme de coui', trop de sincérité.
Immolant sans pitié Trissotin qu'il méprise.
Qu'il unisse toujours la grâce à la franchise ;
Spirituel rival d'un slupide rimeur,
Qu'il reste gentilliomme en ses excès d'humeur.
La sincère Henriette à Trissotin confesse
Oiie le lovai Clitandi'c a toute sa tendresse.
12f) I.'AI'.T Tlli; ATIl AI.
1/eiifA'agc à rcluseï', mais iiiulilcniciil,
Un hymen que sa dol rend, liélas ! trop cliarmanl.
Mais croyant au malheur qu'un faux message annonce,
A cet liyinen sans dol loul à coup il renonce.
Dans cet instanl qu'ainrnc un arlifiee heureux,
Entre elle et son amaiil (pid conihal rrénéreux !
Hiillanl à nos l'cgards d'une clarté nouvelle,
C'est là que de leurs co'urs la hcaulr se révèle :
L'un est charmé, paiini la eoniiiiunc douleur.
De pouvoir d'une anianle ahriter le malheur,
El l'autre, refusant ce gage de tendresse,
Ne veut pas le charger du poids de sa détresse.
Elle prévoit les maux d'un fâcheux avenir,
El la raison chez elle à Taniour \ ient s'unir.
Euyez des mots pompeux le fracas inutile;
Vo\ cz combien Tauteur est simple dans son style.
Imitez son cxenqile ; évitez à la fois
Le geste ambitieux et l'éclatante voix,
cil \NT Sr.l'TlI'.MK. \i:
Kl [)ar \()lro aclion ïiwWc et iiatiiirlle,
Prouvant que la vorlu vous osl hahilurllo;
Soyez, quand loin de vous la l'oilune s'eid'nil.
Courageux sans orgueil el généreux sans hiuil.
A côté de ce couple un autre se dessine :
C'estle faible Chrvsale et la IVanclie Martine,
Venant nous rappeler, dans leurs plaisants portraits,
Marotte et Gorgibus, ces deux types si vrais.
Pareil à ces polirons qu'un trop sanglant outrage
Échauffe tout cà coup d'un accès de courage,
Chrysale quelquefois, justement irrité,
Par son emportement venge sa lâcheté.
Mais observons combien celle colère ardente.
Dans son cours passager, sait être encor prudente,
Gomme il lance à sa sœur, de lui-même effrayé,
Les traits qu'il destinait à son aigre moitié.
128 i;\l'.T TU l'Aï II M..
S'aj)|)nHanl au conibal (jiii (Irja féiiouvaiiU',
Il ramène au logis sa lidcle servante,
Kl n'osanl du mari rcvcndiciuor les droits.
Il laisse eelte làehe à sa rustique voix.
Par quelques mots jelés ra[)|)rouve, l'oneouragc.
Orgueilleux d'un succrs (|iii n'est pas son ouvrage,
Lors(iue tout esld'aeeord, (|uel air d'aulorile
liemplace sa faiblesse cl son linmililé!
La frayeur de ré|)oux cesse alors de |jaraîlre :
Quand il ne craint jjIus licn, Chrvsale parle en maître.
Du léger JMascarille el du lourd Jodelel
Trissotin, Vadius sont un lointain rcllel.
Toutefois Philaminle, austère et chaste muse,
N'admet point les lazzis dont Madelon s'amuse.
Si de sots écrivains ti'oncnt dans son salon,
Le mauvais goût, du moins, n'exclut pas le bon ton.
CHANT Si;rTII-.Mr.. I2<»
Ce|)omlaiil (|iiamMa l'oule, licurcusc de l'cnUMulre,
Sous les traits de Fleury reconnaissait Clilandre,
Lorsque Henriette à Mars empruntait ses beaux yeux
Et de sa douce voix le charme gracieux,
J'ai vu des Vadius, défigurant Molière,
Exciter dans la salle une gaîté grossière.
Au lieu d'aller offrir, pour l'amour seul du grec.
Un docte embrassement plein d'un chaste respect,
D'un lubrique regard lorgnant chaque visage,
Aux attraits de la femme ils mesuraient l'hommage.
ï.e bruit retentissant d'un baiser effronté
D'Armande saluait l'éclatante beauté;
Philaminte n'avait qu'un baiser peu sonore;
Mais l'âge de Bélise obtenait moins encore,
Et d'elle Vadius s'approchant à regret,
D'une bouche insolente à peine l'eineurail.
C'est ainsi que souvent , du puJjlic a|)plaudie ,
La farce a remplacé la fine comédie.
11. 9
«30 i;ai;t tiii; ati'.ai.
Supprimez de tels jeux : les sols vous l)lAmoront
C'esl un succès de plus; leur |)laire csl un alTionl.
D'un généreux arlislc ayez le lier courage,
Et des faux connaisseurs dédaignez le suffrage.
Accahlé de malheurs ])ar un sort inhumain,
L'honnèle homme jamais ne sort du droil chemin :
Sa probité sévère et repousse et méprise
Aux dépens de l'honneur une fortune acquise.
Le vrai lalenl, des sots craignant d'être loué,
N'aime cpie le succès par le goût avoué.
Soyez d'un art charmant noblement idolâtre :
A la ville honnête homme, il faut l'être au théâtre.
HANT HUITIEME
f
J
CHANT HUITIEME
-Non, (|uoi (|u"()ii puisse dire, un grossier louiliereau
Du théâtre des Grecs ne l'ut point le berceau;
Un autre que Thespis est son glorieux père :
L'art d'Eschyle naquit de la lyre d'ilunière.
Quel poète, quel peintre offrit dans ses tahieauv
Des portraits plus vivants, plus variés, plus beaux''
Homère a du théâtre enseigné les nu stères :
l'a[lu','li(|ue, gi'andcur, j)assions. caractères.
lifi i.wr.T T m: au; AI.
Un (lialo^^in^ Mai, ra|)i(l(', vigoureux,
Les prrparalioiis, les contrastes heuroiix,
La scienc(3 du cœuv, rémotion, la flamme,
Tout ce (jui donne au drame enfin la vie cl l'àmc
Dans les livres d'Homère apparaît à nos yeux :
Victorieux du temps, ces livres précieux,
Sont le code élernel de la race choisie,
Noble amante des arts et de la poésie.
Ouand l'aveugle di\in, las de l'adversité,
Alla ( hercher aux cieux l'immortelle clarté,
La mort n'éteignit point le flambeau de sa gloire :
Ses vers lui survivaient dans plus d'une mémoire.
Parcourant les cités et les bourgs et les champs.
Des hommes récitaient des lambeaux de ses chants,
Et, réunis autour de ces bardes antiques,
Les Grecs leur prodiguaient des clameurs sympathiques,
ni A NT m ITlI.Mi:. l3o
Hourciix (l'ouir chauler l(^s iwcm's des Trovens.
Lycurgue, voyageant aux bonis ioniens.
Sentit son cœur ému par les beaulés suprêmes.
Dont la muse d'ilomère a semé ses poëmes.
Pisistrate el ses (ils, tyrans amis des arts,
En firent rassembler tous les fragments cpars :
Sa gloire resplendit, et la publiiiue ivresse
Vit dans ce dieu des vers un des dieux de la Tirèee.
C'est au temps de Solon (pie Tbespis ap|)ai iit :
Le peuple athénien à ses jeux accourut ;
Mais on craignit qu'un jour ces fictions scéniques
N'altérassent les mœurs et la candeur aniicpies
Avec son art naissant, (rAtbènes, sans ])itié,
Sur son char vagabond, Tbespis l'ut renvoyé :
Lorsque des factions grondait le sourd murmure,
Athènes |)()ur les arts n'était point eneor nune.
V.iC, l/AUi I IlEAÏliAI,.
Un siècle s'écoula : des monarques ailiers,
Jelanlsur le sol grec leurs peuples loul entiers,
Vont aux fils de Cécrops porter d'indignes ehaînes.
Mais aux jours du nuilh(;ur on \ oit grandii' Alliènc s ;
La guerre fait surgir d'invincibles héros :
Hallu de tous cotes sur la terre el les Ilots,
1/ennenii, (pii rêvait des conquêtes faciles,
Tombe, nouveau Troyen,sous ces nouveaux Acbilles
Abritant de Xerxès et la honte et l'effroi,
L'ne barque a loin d'eux emporté le grand roi.
Le peu))le de Pallas, qui voit des jours plus calmes,
Aux palmes des combats va joindre d'aulres palmes.
Parmi les cœurs vaillants et les fameux espiits
Par la Cirècc enfantés, par les muses nourris.
Brillait le lier Eschyle; et ce fils de rAtlitjue,
Avant d'orner son front du laurier poétique,
S'était pour son pays dignement signalé :
Dans d'illustres combats son sang avait coulé.
ciiA.M m 1 1 il: .ML. I3-;
Ces lulles de ^èanls, où, dans un cdin du luoiule.
Du joug de l'étranger l'aversion profonde,
Le mépris des périls, et l'amour exalté
Du pays, de l'honneur et de la liberté
Préparaient ces récits, nobles pages d'histoire ;
Où, courant au trépas, on rencontrait la gloire;
Tous ces faits merveilleux, dignes d'être chantés.
Formaient l'âme d'Eschyle aux sublimes beautés :
C'est par lui qu'enivrant une foule idolâtre,
La tragédie enlin monta sur le théâtre.
Euripide, Sophocle étalèrent aux yeux
IMus d'un front couronné [)oursui\ i par les dieux,
Et d'un destin jaloux les sentences fatales
Jetant d'affreux malheurs sur les races royales.
Tout ce peuple, ennemi des monarchiques lois,
Voyait avec plaisir l'abaissement des rois.
138 LAIIT TllKAl l;.\L,
Des liiiniaincs grandeurs le luiicsh^ naulVage
An\ liomnu's rotracé dans un divin langage,
Ces lal)leau\ du passé, terribles ou louehants,
El du dieu, j)role('l(nM' de ees jeux, de ces chants,
Aux spectateurs pieux la majesté j)résente.
D'un sj)ectacie si beau la grandeur imposante
Passionnaient ces cœurs, si sensibles, si fiers,
l'our (pii le dieu du jour élail le dieu des vers.
J)e leurs juges briguant les glorieux suffrages.
Les poètes jouaient dans leurs pro])res ouvrages :
Ils enseignaient leeliieur; des prix étaient donnés
Ia^s acteurs au mépris n'étaient i)oint condamnés :
Plus d'un, hors du théâtre esprit diplomatique.
Auprès des rois voisins représentait l'Attique,
Et sut, ambassadeur habile autant qu'heureux,
Remplir avec succès ce rôle dangereux.
Notre profession, par les Romains flétrie,
Fui dans l'antique Grèce honorée et chérie.
ni A NT m nir, ^n:. 139
\)v inas(iucs \ aiiés les visajA'Cs couverts
Déi'ol)aieiil aux re.uards leurs mouN (Miieiits divefs.
AUenlirs aux accents d'une passion feinte,
Des milliers d'auditeurs, se pressant dans l'cMieeinlc,
Applaudissaient l'ouvrage et les acteurs chéris,
De l'art et du publie illuslr(>s faxoiis :
C'étaient Gallipidès, Melon, Néoptolènie,
Timolhée, OEagrus, Pollux, Arislodème,
D'autres non moins fameux, dont les noms éclatants
Ont su vaincre l'oubli, cette rouille du lemj)s.
Leurs utiles leçons, leur jjarole savante
Formaient les orateurs dont la (irèce se vante.
L'histoire nous l'apprend : la tribune parfois
Au théâtre emprunta ses plus puissantes voix,
El d'un maître de l'art l'élocpicnce divine
!\it seule triompher de rélo([uent Eschine.
l'iO i/Ai; I Tiii:.\Ti;.\l..
Ali! dans ces U'mps faincux, souvenirs toujoiiis cliers,
C()inl)i(>n élail puissant le charme des beaux vers !
Sophocle, chai'gé d'ans cl d'une gloire ininicnsc,
Fui par un fds infïral accusé de démence :
C'était à l'instant môme où son puissanl cerveau
Eniantail i)our la scène un cliel-d'œuvre nouveau;
El l'auguste vieillard conlre la calomnie
Défendit sa raison, en prou\anl son génie.
Sa muse relra(;ail un prince inl'orluné,
OEdipe aveugle, erranl, |)ar ses (ils délroné;
1^1 lorsque, dédaignant une vaine élo(|ucnce,
Le poëtc à ses vers confia sa défense ;
Devant un auditoire allenlil, étonné,
Lorsqu'il lut son chef-d'œuvre à peine terminé;
Quand retentit, terrible et semblable au lonneric.
Cette voix poétique et presque centenaire.
Tous pleuraient de pitié, tous frémissaient d'effroi
El dans le vieux poêle ils voyaient le vieux roi.
CHANT III ill l'Ali.. 144
Du courroux jtaUMiK'l la srvc'M'c juslico
Hetombail sur le Iront d'un aulro Polynice
Qui subissait, tremblant, l'analiiômc jeté
Par ce prince de l'art vcnpeant sa royauté.
De ses juges émus l'unanime sufïrage
Consola le poëte agrandi par l'outrage,
El du nouvel OEdipe on vit le noble auteiii'
Par le peuple escorté comme un Iriompluiteur.
Sous ses cheveux blanchis, fier d'un nouveau trophée,
Le vieux So[)hocle alors ressuscitait Orphée.
Athènes lut vaincue, et de longs jours de deuil
Punissaient de ses lils l'ambitieux orgueil :
Leurs corps avaient jonché les champs de la Sicile.
Les guerriers (pi'épargna la luorl, troui)eau servile,
Subissaient des combats le droit injurieux.
Mais déchus de leur gloire el trahis |)ar les dieux,
U2 \:\\\\ TIII'ATHAL.
D'aulrcs dieux plus cléniouls consolent leur misère,
Dieux toujours adorés, postérité d'Homère,
Euri|)ide, Sophoele, Eschyle, noms sacrés.
Les vaincus, récitant leurs chefs- d'œiivro admirés,
Onand le soi! des combats humiliait l'Attiqiie,
Ra|)j)elaienl aux vainf|ueurs sa ;^loire |!oéti(pje.
Et ceux-ci rougissaient de tenir dans leurs fers
Des hommes nés aux bords fameux par de tels vers.
() merveilleux langage! o pouvoir du génie!
La haine s'éteignait sous ces flots d'harmonie :
Ils écoulaient, surpris et charmés à la fois.
Ces sublimes leçons des peuples et des rois.
Ces vers, qui retraçaient les malheurs de la gloire,
Apaisaient dans leurs cœurs l'orgueil de la victoire.
De ceux qui leur offraient ces tragiques tableaux
Ils plaignaient Tinforlune, ils soulageaient les maux;
Plus d'un captif se vit affranchi par son maître.
Heureux d'aller mourir au sol ipii le vil naître;
CHANT 1111 IIKMK. I i3
Los (Irccs asscrvissaiobl ;m\ ails de Iciii' |ia\s
Les peuples élran.aers doiil ils rlaienl haïs.
Athènes Irionipiiail, cl, dans sa chute inèine,
Portait encor (l(\s arls le hrillaul diadèiiic.
xMelpomène, ciiai'iiiaid de nombreux speelaleurs,
Voyageait dans la («rcce avec ses giands acteurs;
Philippe l'appelait à ses royales fêtes.
L'orgueilleux roi rêvait de lointaines conquêtes :
A la lèle des Grecs, par ses aripes soumis,
Il voulait ehàlier leurs anciens ennemis,
Et marchant vers l'Asie, il allait entreprendre
Les travaux (jue plus tard accomplit Alexandre.
Un superbe festin célébrait à la fois
Les noces de sa fille et ses futurs exploits.
Vers latin du baïuiuel, l'acteur Néoptolème,
Connue un sinistre oracle inspiré du ciel même.
•144 I/Ain TIII. ATI', AI,
Dans do tragiques vers à la sc(''ne ompriinlés,
Rappelait le néant de nos félicités.
Terrible, il s'écriait : « Mortels, race orgueilleuse,
u Votre pensée an ciel s'élève radieuse;
-' Vous ])lanez sui- la terre, el l'heure du trépas,
" Au sein de vos grandeurs ne vous apparaîl i)as.
t' Entassant d(>s trésors, votre impuissante envie
" Recule follement les bornes de la vie :
'' Mais, vous cachant son vol et préparant ses coups,
K La mort, la sombre mort se glisse parmi vous. »
Chacun, songeant alors à la prochaine lutte.
D'un empire ennemi voyait déjà la chute.
Et, vengeant le sol grec par les Perses foulé,
Darius expirant sous son trône écroulé ;
Tous célébraient d'avance avec leurs coupes pleines
La gloire de Philippe et celle des Hellènes.
Le lendemain promet d'autres solennités ;
Et (|uand brillent du jour les premières clartés,
r.IIANT III ITIIJIE. 145
l/iinpalicntc loule aux jeux de Melpoinrnc
Accourt pour applaudir le grand aclom- (rAllu'iio,
Dont le talent aux yeux du roi, du peuple eiilit>r,
Dans une œuvre nouvelle allait se déployer.
Puis, des douze grands dieux les images sacrées
Venaient en grande pompe et richement parées,
Et d'un t'Tizième dieu Tiniage les suivait :
C'était celle du roi, qui lui-même arrivai!,
Vêtu de blanc, superbe et précédant sa garde.
Tandis qu'avec amour son peuple le regarde,
Qu'au milieu des clameurs s'élançant dans les cieux,
Il rêve un avenir encor plus glorieux,
Et qu'il règne en espoir sur un puissant einj)ire,
Un assassin le frapj)e et le monarque ex])ire.
Néoptolèmc, ajirès celle scène d'horreur,
Resta longtemps Ir.ippè de lioubic cl de lerreur,
11. 10
14(i i;y\RT TU h: ATI', AL.
Quand on lui demandait, de lant de tragédies
Sur le Ihéâlre grec justement applaudies,
Laquelle préférait son goût judicieux,
L'aclcurquc poursuivait, comme un spectre odieux,
D'un spectacle sanglant la mémoire importune,
Disait: « Depuis ce jour je n'en j)réfère aucune. »
Les antiques Romains, cœurs belliqueux et fiers,
l*our leur cliami) de bataille avaient pris TuniNcrs;
Chez les peuples tremblants leur race audacieuse
Promenait en tous lieux l'aigle victorieuse.
Mais la terre d'Asie, où Crassus l'entraîna,
Vit un jour son honneur terni par Suréna :
Crassus périt, frappé par une main perfide;
Et deux rois, réunis dans un banquet splendide.
Fêtaient pompeusement et leur pays vengé.
Et les Romains défaits, et Crassus égorgé.
CHANT ill ITIKMI.. UT
I/actoiir Jason, cliarmanl loiirs yeux cl leurs oreilles,
Du vieux tliéàlre grec leur olïrait les merveilles ;
D'une mère il peignait le délire inhumain :
Tenant de son (ils mort la tète dans sa main,
Et croyant d'un lion agiter la crinière,
De cet affreux trophée elle se montrait fière :
Ce fils, c'était Penthée, un roi haï des dieux.
S'imaginant combattre un lion furieux
(Car, pour punir le fils, la céleste colère
D'une horrible démence avait frappé la mère),
Elle l'avait tué dans son égarement ;
Et la main de l'acteur montrait en ce moment
Un masque figurant la tête de Penthée.
Soudain une autre tète aux rois est apportée :
C'est celle de Crassus : des guerriers envoyés
Au nom de Suréna la mettent à leurs pieds.
Jason, du roi thébain jetant la froide image,
Ramasse des vainqueurs réi)Ouvantablc hommage,
us I.AlîT TU K Air. AL.
Et parcelle aclion redouble la lerrcur ;
Des Hacclianlcs il l'eiiil la barbare fureur,
Et poursuivant son rôle, il s'écrie : « Avec joie
Du liaul des monts, ici j'apporte cette proie,
Victime récemment frappée. » Alors le chœur :
« Du premier coup porté (jui réclame Thonneur?
— Moi: c'est, répond Jason, ma gloire. — C'est la mienne, »
Dit un acteur nouveau de cette étrange scène,
Ln Parthe, dont le bras avait assassiné
Le général romain dans un piège amené.
De Crassus à l'acteur il arrache la tête,
El le festin devient une sanglante fêle;
La fiction fait place à la réalité :
Crassus, après sa mort lâchement insulté,
Les malédictions contre Rome lancées.
Un bruit tumultueux de clameurs insensées
Étouffent de Jason la pathétique voix.
Guerriers et courtisans, tous enfin jusqu'aux rois,
ni A NT 11 ni IKMlî. 149
Poiisscnl des cris cuntusclc liaiiie cl de \icluirc.
La tragédie ainsi se inèlail à l'iiisloirc.
Jason, Néoptolèmc, à ces tableaux sanglanls
Sentaicnl battre leurs cœurs et grandir leurs talents;
Et celle émotion, dans leurs ànies gravée,
Sur la scène sans doute, ils l'auront retrouvée.
L'acteur, (|ui pour son nom rêve un long avenir,
Doit sentir, observer et se ressou\ enir.
Moins d'éclat entoui'a la conuxlie anti(|ne.
Pamphlet en action, satire politique.
Qu'on vit pendant longtemps, en vers licencieux,
Uailler l'État, ses chefs, ses sages et ses dieux.
450 l/Ain IIIEAIIIAI..
Mcnandrc, succcdanl à cet Aristophane
Que l'espril applaudit, (ju(; la vertu condamne.
Sut la l'aire parler en des vers moins hardis,
Mais (pii, non brillants et non moins applaudis,
Inspirèrent plus tard une musc romaine.
Quel funeste destin, (luelle main inhumaine
Du poëte vanté nous ravit le trésor?
Son œuvre a disparu, son grand nom vit encor.
Tércnce apprit son art à cctlc école illustre :
Au théâtre latin donnant nn nouveau lustre,
Il régna sur la scène, il enchanta les fds
Des spectateurs (jiie IMaute avait charmés jadis.
Conduite aux bords latins, la Melpomène grcctpic
Manqua de majesté dans les vers de Sénèque.
Pour ce peuple, cruel en sa servilité.
L'art tragique, c'était un cirque ensanglanté,
r.IIAM Ml ITIC.AIK. 151
Les cris lie la douleui' el rôdeur du earnape.
Mais avant i|ue r(Mn|)ire apportai l'esclavage,
Roscius, Ésopus avaient su conquérir
Tn nom qui brille encore et ne doit jjoinl mourir.
Aux insolents mépr-is de la superbe Rome
Ils pouvaient opposer l'amitié d'un grand homme.
Du talent de conduire et le geste et la voix
Cicéron apprit d'eux les importantes lois.
C'est ainsi que les Grecs virent leur Démosthène
Disciple studieux des tragiques d'Athène.
Prêtant à Roscius un éloquent soutien,
Cicéron dans l'acteur loua l'homme de bien.
Après qu'il eut des lois assuré la victoire.
Les douleurs de l'exil châtièrent sa gloire ;
El le grand orateur, par d'ingrats citoyens
Privé d'un ciel aimé, dépouillé de ses biens.
Rougissait de pleurer ces murs, ce Capitole
Que sauva son courage, où régna sa parole.
\62 I;A1',T THEATRAL.
Quand d'équitables lois demandèrent qu'un jour
Le repentir du peuple ordonnât son retour,
La haine résistait; mais dans Rome en balance,
Ésopus à la haine imposa le silence,
Et (stratagème heureux d'une adroite amitié !}
Voulant pour un proscrit exciter la pitié.
Du poète Accius il joue une œuvre ancienne,
Dont le public latin se souvenait à peine.
Il y représentait un prince détrôné,
Télamon, |)ar son peuple à l'exil condamné.
« Dieux justes, rendez -moi, disait l'acteur antique.
Et ma terre et mon ciel et mon toit domestique,
Et les tendres amis à qui j'étais si cher :
Le i)ain de l'étranger à ma bouche est amer.
Tristement solitaire au milieu de la foule,
Je me sens repoussé par le sol que je foule.
Eh ! qui peut effacer de nos cœurs attendris
Le lieu des premiers pleurs et du premier souris,
niANT m iTiKMi:. 153
Uu iiuus avons, cnlants, sciili sur nos paiipiùrcs
Les premières clartés du soleil de nos pères,
Qui garde leurs tombeaux, triste et cher souvenir.
Où le passé repose, attendant l'avenir!
Ia^s bois où s'égaraient mes pas, mes rêveries,
Jusqu'à l'eau murmurante, à l'herbe des prairies,
Pour moi tout est regret mes concitoyens.
Que mon dernier soupir entre les bras des miens,
Exhalé sous les cieux témoins de ma naissance,
Soit un soupir d'amour et de reconnaissance! »
Les pleurs, mouillant ses yeux, interrompaient ses mut?
Et tous les spectateurs éclataient en sanglots.
Il leur semblait ouïr cette voix admirée,
Par l'amour du pays tant de fois inspirée,
Ce consul qu'à l'exil un décret condanma
Pour avoir arraché Piome à Gatilina,
154 LAUT TIILAÏI'.AL.
El Irompaiil (Vnn porvcrs l'Iiomici(l(3 furie,
Mérité ce I)CMU nom : Pcrc de la pairie.
On le plaint, on l'ailmirc, et l'illustre exile
Par les larmes du peuple est bientôt rappelé.
On le revoit enfin, ce dieu de l'éloquence :
Accompagné, porté par une foule immense,
Il revient triomphant vers ces Romains ingrats.
Désavouant leur crime, et rouvrant à ses pas
L'immortelle cité qui du monde est la reine.
joie! o pure ivresse ! ô volupté sereine !
Jour trop rare, où l'envie avec douleur se tait,
Contrainte de sourire aux vertus qu'elle hait !
Là, pas de rois captifs, de dépouilles sanglantes.
Pas de cris douloureux, de clameurs insolentes.
De vainqueur orgueilleux, de vaincu gémissant :
C'est une sainte fête, un triomphe innocent.
cil A M lUlTIKML. loo
In peuple repontanl qui console un ur.ind hoiiinie,
Rome enlin réparant rinjiislice de Rome ;
El, dans un jour si beau, le sublime orateur
Dut presser tendrement la main du .iirand acteur.
Le théâtre chez nous eut de loniis jours d'euTanec :
Mais Corneille parut, et le Cid prit naissance.
Bientôt de l'art comique illustre fondateur,
L'heureux père du Cid enfanta le Menteur.
Racine avec éclat s'élanea dans l'arène ;
Sans lui ravir le sceptre, il régna sur la scène.
Voici venir ^Molière, et Scarron tant prôné
Par ce peintre du cœur est enftn détrôné,
Paris était charmé; l'amant de La Vallière
Attirail à sa cour la muse de Molière.
De ces auteurs aimés trois théâtres rivaux
Offraient avec orgueil les précieux travaux.
i5f) i;\r,T THÉ AT ri AL.
Pour (Mi\ lîi renommée embouchait ses trompelles;
Les acteurs s'efforçaient d'égaler les poêles.
Montfleury fit parler le Gitl avec l)onheur ;
De mentir avec art Bellerose eut l'honneur. .
Mais la noblesse simple était encore absente ;
Le naturel manquait sur la scène naissante.
l*oMr mieux rejjrésenter la majesté tics- rois,
Les acteurs cadençaicnt et le pas et la voix,
Et, se souciant jjcu d'une étude incommode,
Ils venaient réciter sans art et sans méthode.
Le geste élail outré, le ton était bruyant;
L'amour le plus discret s'exprimait en criant ,
La passion prenait l'accent de la démence :
On était furieux jusque dans la clémence.
Et les amants, en proie à leurs transports jaioux,
Semblaient des échappés de l'hôpital des fous.
CHANT m rrii'Mi:. 157
Floridor \c premier, à l'usaiie inl'ulèle.
D'un débit sans cadence ol'tVil rheurcux modèle :
Il supprima des cris l'insipide fureur,
El, ménageant l'oreille, il parla mieux au cœur.
Baron vint qui, paré de sa jeunesse exiréme,
Charmant, près de Psyché semblait l'amour lui-mèiue,
Il avait tous les dons de l'esprit et du corps,
l*]l l'étude y joignit ses précieux trésors.
Fier, enjoué, brillant, profond, tendre, énergique.
Acteur de comédie ou bien héros tragique,
A mille tours divers habile à se plier,
Le merveilleux acteur créa l'art tout entier.
Disciple de Molière, il est bientôt un maître :
Nul autre n'eut jamais ])lus de grandeur peut-être;
Nul autre dans son jeu ne sut mieux allier
Le sublime au correct, le noble au familier.
loh L'ART T m': AT MAL.
Cliam|)incslé de Racine esl l'amante el l'élève;
Au sommet du talent la passion l'élève :
Esprit borné, cœur tendre et volage à la l'ois,
Soumcltanl au poëte une docile voix,
Interprète fidèle, écho rempli de charmes.
Par son maître inspirée, elle arrachait d('s larmes.
Quand Racine, honteux de combattre Pradon,
De ses succès au ciel eut demandé pardon.
Heureux d'ensevelir sa gloire poétique
Dans l'innocente paix du loyer domestique.
L'inconstante, dil-on, oublia promptement
L'amour du grand poëte et son enseignement.
Mais ses admirateurs applaudissaient en elle
De son passé brillant un reflet infidèle.
Plus tard on entendit la pompeuse Duclos
Modulant ses soupirs, cadençanl ses sanglots;
r.iiANT lin TU' mi:. i.'w
Los fureurs de Hcaulxnirg, ses cris tréiierguinène.
Son jeu désordoiuié courrouçaient iMclponiène.
Lecouvreur vient régner : son iinposanle voix
Du tragiciue débit ressuscite les lois.
Joignant à ses attraits une grâce royale,
Émule de Baron, et souvent son égale,
La grande artiste, hélas! a\ant Tàge expira :
l.e public en gémit. Voltaire la pleui'a,
Près des talents voués à la muse tragique
Des noms aimés brillaient sur la scène comique.
Créateur des Crispins, à sa postérité
Raymond Poisson léguait sa burlescjue gaité.
Molière eut sur la scène une gloire complète,
Et l'acleur partagea les succès du poêle.
A ses comédiens, dont il était l'appui.
Le précepte et l'exemple étaient douiiés p;n- lui.
160 . L'AP.T TIlhATIiAl..
JustcmrnI lionorr de la favcui- |)ul)li([U(',
Lagrangc du tliéàlre écrivait la chronique.
Debric, au jeu naïf, lut la Mars de son temps :
Ell(\i()ua, dit -on, Agnès à soixante ans.
Quels rires éclataient quand, joyeuse soubrette,
Beauval représentait Nicole ou Zerbinette!
La trop coquette Arniandc entre toutes Ijrillail :
De l'amour du |)uljlic Molière s'effrayait, ,
Va l'époiix a gémi souvent dans la coulisse
Des ap])laudissemenls prodigués à l'actrice.
D'autres jours sont venns, qui non moins fortunés,
Ont donné des talents dignes de leurs aînés.
Raisin, à trente-huit ans terminait sa carrière.
Grand acteur qu'égala bientôt La Thorillière,
Armand, Dave parfail, plaisamment sérieux,
Auger, moins naturel et moins ingénieux.
CHANT HIITIÉME. 161
Oblenanl jiar la charge un riro trop facile,
Et le maître de l'art, eel iiiiinorl','l Prôville,
Devant qui s'inclinaient les talcfits les plus liers.
Admirable Protée à mille aspects divers;
Dazincourt, accusé d'un peu trop de reserve,
Dugazon, qui pécha par un excès de verve,
Artistes applaudis et valets excellents.
Dont plus d'une soubrette égala les talents :
Témoin Desmare, et toi, sa nièce si vantée,
Qui fus, comme Pré\ ille, un séduisant Protée,
Dangeville, au débit plein de grâce et de sel.
Talent si vrai, si souple, et presque universel;
Et Quinault, d'une race en grands acteurs fertile.
Sur la scène portant son esprit de la ville;
Bellecourt, à l'œil vif, au jeu franc et joyeux ;
Et Joly, qui eharniail l'esprit plus que les yeux;
Son modèle Luzy, savante en l'art de dire,
El Panier et Devienne au gracieux sourire.
ir,2 I.AI'.T TIIK \Ti;.\l..
Si, quittant l'antichambre on arrive au salon,
Que d'aclrices dont l'arl a consacré lo nom !
La louchante Gaussin, de qui la voix divine
Faisait parler Agnès et Zaïre et Nanine;
Olivier, transformée en page adolescent,
Jeune et charmante fleur moissonnée en naissant !
Sans pouvoir des attraits essayer la puissance ,
Doligny de son jeu fit aimer la décence.
Et quand brillaient Mole, Préville et Bellecourt,
Près d'eux charma vingt ans et la ville et la cour.
Vanhove, qu'à Tal ma l'hymen avait unie.
D'un organe enchanteur déployait l'harmonie ;
Et, pour charmer l'oreille et le cœur à la fois,
Elle avait, disait-on, des larmes dans la voix. ^
Contât régna longtemps, et Dangeville en elle
Sembla ressusciter, mais plus noble et plus belle.
CIIA.M IIIITIÉME. 103
Grandeur, verve, gaîlé, comique ingénieux,
Souplesse, nalurel, tous ces dons précieux
Accordés par le ciel, fécondés par l'étude.
Tout ce que de la scène une longue habitude
Donne de sûreté, d'aisance, de fini.
Dans le jeu de Contât se trouvait réuni.
L'épouse de Préville avait été son guide.
D'abord, pâle talent et disciple timide,
A des succès obscurs le sort'la condamna :
L'auteur de Figaro la vit, la devina :
Voilà Suzon, dit-il, et, plein de confiance,
A son joyeux barbier Beaumarchais la fiance ;
Et l'hymen réussit, et le public accourt;
Et Contât, grandissant auprès de Dazincourt,
Bientôt de l'art comitiue est l'illustre héroïne, '
Et devant son éclat tout s'elïace ou s'incline.
164 i;art Tui; \tual.
Aprrs Ircnle-lrois ans de travaux glorieux,
A la foule idolâtre elle fil ses adieux,
Et sur la scène Mars, sa célèbre héritière,
A plus de soixante ans termina sa carrière.
Mars n'eut point de Contât la verve et la grandeur :
Mais quel jeu délicat ! quelle aimable pudeur !
Qui mieux qu'elle à l'amour allia la décence?
(Jui peignit mieux d'Agnès la naïve innocence?
iîelle comme Contât, mais d'une autre beauté,
Que sa grâce ineffable avait de chasteté,
Et comme elle savait, dans son jeu plein d'aisance,
Doubler de certains mots le charme et la puissance!
Son sourire si pur, son naturel charmant
Excitaient dans la salle un doux frémissement.
Ses accents pour l'oreille étaient une caresse :
Sa voix sexagénaire avait tant de jeunesse !
types ravissants où son talent brilla,
V'iclorine, Araminte, Elmire, Sil\ ia.
ni A M m ITIK.ME. 165
Je iroublii'i'ai jamais ces lieurcuses soirées
Oii, jeune, sons ses Irails je vous vis admirées;
L'œil s'attachait sur vous, et le eœursoupirail :
C'était peu iCadmirerJ'aetiiee ; on ladorail,
En ramenant ses yeux sur la Iragitiue scène,
Au-dessous d'Adrienne on aperçoit Deseine,
Moins connue en nos jours, et dont le nom pourlaii
A reçu de Clairon un hommage éclalanl;
Dumesnil cl Clairon, deux grandes renommées,
Actrices par la foule également aimées;
Raucourt, à la savante et large diction,
Mais à (jui trop sou\ eut manqua la passion.
Quoique Vestris régnât par res|)rit et les charmes,
Devant elle les yeux restaient vides de larmes :
l'élève de Lekain, à ce maître admiré
Elle n'avait pas su ravir le l'eu sacré.
166 I;aKT J Ht AT K al.
Des (l('u\ Saiiival raîiiéc, impélucuse actrice,
Avait de Dumcsnil la flamme inspiratrice,
El tandis qu'au théâtre éclataient ses fureurs,
L'autre, douce et touchante, attendrissait les cœurs.
Quand Desgarcins peignait ranioureuse tendresse.
Dans ses traits, dans sa voix, (luellc hrùlante ivresse !
Sans avoir de Gaussin les attraits ravissants,
Elle en eut i'Iieurcux charme et les divins accents.
L'impitoyahle mort lit trop tut dispara tre
Maillard, jeune talent dont Monvel l'ut le maître.
Par Duchesnois le vers trop souvent fut chanté;
Mais sa touchante voix, sa sensihilité
Voilèrent ses défauts aux regards du vulgaire.
Près de Talma, trente ans Duchesnois a su plaire :
Auprès de ce grand nom le sien longtemps cité
A droit au souvenir de la postérité.
('.11 AN I 111 11 ii;mi;. igt
Laii liaiiKiue, en ce temps, s(> inoiirail de xicillcsse,
l)i>ail-(»ii ; cl Ao Tari uiu^jeune |)rèlresse,
S'élaneant radieuse et d'espoir et de foi,.
S'écrie : Il ne nuMirl pas, el je le prouve, moi.
C'était Uaciiel... on sail son Irioinplie et sa gloire.
Je n'en conterai pas la trop récente histoir(> :
Les beaux-arts ont pleuré son précoce lré[)as ,
Mais son nom lui survit cl ne périra pas.
Après le beau (Irainlval succédant à DelVesne,
Deux tragiques acteurs ont illustré la scène.
Au feu des passions joignant la profondeur,
Lckain fit admirer sa sublime laideur ;
Talma, non moins profond, plus vrai, moins |)atliéti(pic.
Quand il représentait un personnage antique,
Par son geste, sa pose, et son costume offrait
Des béros du vieu\ monde un étonnant porli'ait;
468 i/Ain tiii':ai i;ai,.
Il (Mail (îi'cc, Uomaiii : c'est vous (]ijç j'en aUe>le,
Œdipe, Manlius, Sylla, Néron, Orcsle,
Vous, sorlis de la tombe à sa puissante \ oix,
Sous sa noble ligure applaudis tant de fois,
l/art en lui secondait une beureuse nature,
l'^t son goût à l'audace alliait la mesure.
Vainement de ses ans le nombre s'accroissait ;
Sous leur fardeau léger son talent grandissait.
Au faîte du succès, le grand artiste expire,
Et le trône est vacant dans le tragique empire.
O douleur ! en bornant ses précieux travaux,
La mort lui ravissait des triomphes nouveaux,
.leune de cœur, devant sa vieillesse si verte
l'ne longue carrière encor semblait ouverte,
El dans un avenir à ses yeux plein d'attraits,
Pour son talent sublime il rêvait le progrès.
(".Il \N I mil ii-ML. n.o
I.i' piihlii.', (le I.ckaiii l()i's(iu(.' la mort le |iii\(\
A sa succession semble appeler Larive.
Avec ses dons brillants el sa siipeibe ardeur,
Tl n'eni pas de Ix^kain IVune el la profondeur,
Ni du savant Talma le jeu pur, simple, antique.
Mais sa chaleur, sa voix sonore el sympallinpie
Transportaient le public : acteur éblouissant,
Il avait d'un héros les dehors et l'accent :
Par l'éclat de son jeu fascinant l'auditoire.
Il obtint le succès, sans conquérir la liloire.
Plus d'un acteur savait autrefois marier
Une palme comique au tragique laurier.
Defresne interprétait le bouillant Orosmane,
Tuliére, Euphémon lils, le jeune Métromane :
Voltaire, dans ses vers, l'a vanté quelquefois;
Et Grand\al, après lui, joua ces deux emplois.
no L'AliT Tlli:,\Tl',,\l,.
S'il ciil (lai)s Tail Ira^jirjiic une pnlnio moins bcllo,
La comédie en lui \il un l)rillanl modèle.
\jC charmant Hcllecouil ([ui |)récédaiMole,
Successeur de Grand val, ne la point égalé.
Mais son sage dé])it, son ton, sa grâce aimal)l('
Rappelaient au j)ublic l'artiste regrettable ;
On no l'admirait |)oinl : mais il était aimé.
Mole fut le plus grand et le |)lus renommé.
11 connut do son arl les plus secrets mystères,
Sut prendre tous les tons et tous les caractères.
Polil-mailro, vieillard, plein d'esprit cl do l'eu,
Ami du célibat, au vil amour du jeu
Immolant son épouse, et jusqu'à son lils mémo,
Bourru, dans Morinzer, pour la femme qu'il aime,
Dans l'Alcesle fameux, par Molière tracé,
Quels transports, (|uol amour noblement insensé !
(.MA M iiihii:mi;. ni
Dans le iimncl Alceslo ofïcrt i)ar (ri^i^Ianliiu',
La \ crlii rrcliaiilTail ^\'\\uc llainiiu- divine.
Oplimisto, jaloux, inconslanl, séilucleur,
Il HP se lassa |)oinl iVr\vo iin siibliiiie aeleiir.
Après Mole, Flciirv, (|ui lui moins ^rand sans doule,
S'ouvrit \ ers le succès une nouvelle roule.
Moins léger, moins brillant et moins passionné,
Mais railleur jikis j)arfait, il a mieux dessiiu;
Des marquis du vieux temps rinsolencc tranquille,
El la cour n'a jamais mieux persiflé la ville.
Dans les pères, les rois, la loule apj)laudissail
Le vertueux lirizaid que Dueis chérissait.
Quel auguste maintien! quelle àmc palernelle!
Que sous ses cheveux blancs la vieillesse était belle!
172 i;.\r.r tiii:.\ti;.\i..
La nature à Monvel refusa ses présents;
Il n'avait ni la \oi\ ni les traits imposants :
Mais, vieux avant le temps, il |)ui[ail dans son amc
L'amour sacré de l'art et sa brûlante llamme.
A Talma, jeune encore et bientôt sans rival,
Il apprit les secrets du débit tbéàtral.
Sainl-IMix, dont le talent s(>mblait manquer d'étude
D'une voix monotone avait pris l'babitude.
Quand d'un parler tro|» lourd secouant le fardeau,
L'artiste s'animait, le réveil était beau.
Dans son savant débit trop rechercbé peut-être,
Baj)tiste aîné de l'art lut un liabile maître.
Des pères vénérés grave et noble portrait.
Dans Vanderk, prés de Mars, le jiublie l'admirait.
[I est un emploi riche en plaisants personnages,
De notre vieille seéne égayant les ouvrages,
CHANT liriTlI'ME. 173
Poi'lrails hi'illanls (l(^ vcv\e e( de varirlr.
Nous offrant la vieillesso cl la mal mité,
Les tuteurs, toujours sûrs de déplaire aii\ pupilles,
Lesaneiens Turearels, esprits lourds. Ames viles.
Le prétendu malade eselax e de Purf^on,
Elle faible Chrysale, et l'avare Harjjagon,
Ghieaneau, chez son juge aceourant dès l'auroie.
Et d'autres que le temps n'a pas courbés encore,
Arnolphe, Sganarelle, amants infortunés,
Aux rires du public justement condamnés,
Enfantés et joués par notre grand Molière.
A quatre-vingt-deux ans terminant sa carrière,
Guérin se fit un nom dans ce comique emploi.
La veuve de Molière, en lui donnant sa foi.
Comme à l'époux vivant, infidèle à sa cendre,
Quitta pour lui le nom du moderne Ménandre.
11 eut en Ducliemin un successeur aimé;
Et Bonneval, talent moins .liraiid, moins renommé,
i7'i i;a[{t t II r, AT II ai,.
Siil plaire aux spectateurs par un jeu toujours sage.
Descssarts vint plus tard; il avait en partage
Le mordant, la rondeur, une l'ranrhe gaîlé.
Sur la scène l'ranyaise à einciuante ans monté,
Grandmesnil dans son art fui cité comme un tnaîlic,
r.l nuisit à Caumonl, Iroj) oublié peut-être :
Par un autre éclipsé, cet acteur excellent
N'oblinl i)as un renom égal à son talent.
Bellemont, (|ui pour maître eut la seule nature.
Offrait d'un paysan la naïve peinture.
Michot, plein de franchise et de simplicité,
Au comique joignait la sensibilité.
De Baptiste cadet les traits et la j)arole
Jetaient les spectateurs dans une gaîlé folle;
CIIAiM III II II' ME.
Et sa nièce, lirrilaiit dv son prrc cl de lui.
De Part servi pai^nix lui un vaiiiani a|)|)ui.
Du Théâtre-Français étudiez l'histoire :
Connaissez ses grands noms et chérissez sa gloire.
Mallicur à qui méprise un passé glorieux !
C'est, fils dénaturé, renier ses aïeux.
Il les faut honorer pour en suivre la trace.
Sachez des vrais talents continuer la race;
iiegardez; entendez ! à l'acteur studieux
La leçon vient s'offrir en tous temps, en tous lieux.
Par l'exemple, en causant, chacun peut vous instruire
De l'art essentiel d'écouter et de dire.
Qu'habile à démêler les sentiments divers,
Les visages pour vous soient des livres ouverts.
Dans les inflexions où notre voix s'engage.
Pénétrez la pensée à travers le langage.
176 i;af;t tiii';a'I k ai,.
Amoureux do volro aii, de vos progrès jaloux,
Enobservanl aiilrui, vous-même observez-vous.
Voyez par votre cœur comme on liail, comme on aime
Nos meilleures leçons nous viennent de nous-nif'^me.
KIcui'v (|u'en ses \i('u\ ans je vis encoi- hiillfi
(En lui j'ai des marcjiiis salué le dernier;,
Était né dans Nancy d'un acteur de la \ illc
Entant, son jeu charma la cour de JAinrville.
Voilà le jeune acteur loué, choyé, l'èlé;
De ce petit Versaille il est l'enfant gâté :
il partage au palais où son père le laisse
Les divertissements de la jeune noblesse;
Tous traitent en égal l'acteur imberbe encor.
Ils grandissent : adieu ces jours de l'âge d'or!
Adieu l'égalité de la joyeuse enfance;
L'âge aux jeunes seigneurs rappelle leur naissance ;
iilitieml: chant. 177
Chacun (foux a re|)ris son raii^' cl son orgueil.
Surpris, liuiuilié d'un ilcdaigucux accueil,
FIcury les délivra d'un obscur camarade :
11 se souviendra d'eux, l()rs(|u'il jouera Moncade.
Talma donnait, dit-on, au premier empereur
De secrètes leçons de grâce et de grandeur.
Non; facteur qu'il aimait et ipii lui lut lidèle,
Au lieu d'un écolier, n'eut en lui qu'un modèle,
Il vit, admis souvent dans son intimité,
Combien la grandeur vraie a de simplicité.
Les gestes du héros, son ton, son attitude,
Tout était pour l'artiste une vivante étude.:
A ces leçons d'en haut son talent se lorma :
C'était Napoléon qui posait |)()Ui' Talma.
12
178 LAIIT TlIflATIIAL.
C'est peu (le conquérir un renom légitime :
En cherchant le succès, aspirez à l'estime.
N'ayez point de grands airs, d'impertinents |)ropos
L'importance est toujours la parure des sots.
.Jeune, écoutez des vieux les discours salutaires;
Ils vous conteront Fart, son passé, ses mystères,
Et peut-être, pour mieux vous frayer le chemin,
Un d'entre eux vous tendra sa paternelle main.
Cette dette si sainte, et jamais oubliée,
A la jeunesse un jour par vous sera payée.
Et les jeunes, mûris par l'âge et les travaux,
Plus tard viendront en aide à des talents nouveaux
Ainsi l'art entre tous forme une heureuse chaîne.
Pour moi, dont les cheveux ont blanchi sur la scène,
Que ne puis-je, en mes vers, de loin utile encor.
Des athlètes nouveaux guider le jeune essor.
m ITIIvMt; CHANT. 179
Préparer leurs succès, empêcher leurs défailes,
Fier de leur épargner les l'aulcs (juc j'ai laites !
De noire vieux théâlre, ô soutiens glorieux,
Qui m'avez entouré de fraternels adieux,
Dans la prospérité dont vous goûtez les charmes,
Donnez une pensée à l'ancien frère d'armes.
Qui, fidèle au drapeau par lui toujours aimé,
A vieillir près de vous s'était accoutumé.
Heureux de vos succès au sein de la retraite,
Pour prix de ses travaux (est-ce trop?), il souhaite
Que son nom, emporté hicntol j)ar l'avenir,
S'efface lentement dé votre souvenir.
NOTES
NOTES DU CHANT CINQUIÈME.
C'est un duo (lui veut un adnnrable ensemble.
Voir la in« scène du IV^ acte dti Dépit amouyciLc, onlrc
Érastc et Lucile; la iv^ scène du II« acte de Tarlulfc, entre
Valère et Marianne; et la x"^ scène du III» acte du Bourfieois
gentilhomme, entre Lucile et Cléante.
Enliint du bon Sedainc, aimable Victorinc....
Victorine du Pliilosophc sans le savoir, de Sedainc.
Charmante Italienne à Paris transplantée,
Silvia les offrit h la foule enchantée.
Zanette-Ilosa Benozzi, connue sous le nom de Silvia, cé-
lèbre actrice de la Comèdie-ltaliennc, née à Toulouse, a
débuté à Paris en 1710, et a joué les rôles d'amoureuses
pendant quarante-deiix ans avec un grand succès.
184 l'A HT T m: Air, AL.
Fil son cœur pcul sans crainlc aimer : elle ji voil clair.
Ah! je vois clair dans mon cœur, dit Silvia dans ravani
dcrni^rn scèno du III'' aclo du Jeu rie ramour.
N(!!ron impalicnl de ses vertus factices.
Néron dans Hritannicua, de Racine.
Ilonic sur ta mémoire, âme froide cl grossière,
Oui n'as pas su mourir la veuve de Molière !
La veuve de Molière épousa, en 1077 ou 107», Guérin
d'Escriclié, acteur du théâtre du Marais, qui, avec les autres
comédieus'de ce théâtre, s'était réuni à la troupe de Molière
alors établie rue Mazarine. A cette époque, Guérin était
très-obscur : plus tard il eut de la réputation dans l'emploi
des rôles à manteau et des grands confidents tragiques.
NOTES DU CHANT SIXIEME.
Voyez Méropc : un fils, au Irrpas arraclu-.
Dans le fond des dôserls csl loin d'elle caclié.
Mérope, tragédie de VoUaire.
La douleur d'Androniaquc est moins inipôUiouse.
Andromuquc, dans la trascdio do ce nom.
On dii que Dumcsnil, celle sublime arlisle,
Traversant le théâtre, accourait vers Égisllie.
Mérope, créée par mademoiselle Dumesnil, passait pour
un de ses plus beaux rôles. Le jeu de tliéàlrc, dont je parle,
m'a été en effet raconté par des vieillards, grands admira-
teurs de cette actrice.
|K(. i;.\i;ï t m: Ail', ai.
PK's des vaisseaux oisifs aux rivages d'Aulide
Quel orgueil brille au front de Tépouse d'Airidc!
(ilyU'mnosIro, (VlphifiénU' en Aulidc
lisl-il un plus beau nom que celui d'Anligonc?
Il s'agit ici du personnage d'Antigono dans YCEdipc clic
Admète, de Ducis.
Par un corps sans vigueur ton courage est Irompé,
Don Dièguc, et de ta main le fer s'est échapiié.
Don Dièguc du Cid, de Corneillo.
Ne faites pas d'Horace un vieillard trop l'arouche.
Le vieil Horace de la tragédie d'Horace, de Corneille.
D'un tils dont le nom seul excite encor l'horreur,
Les forfaits d'Agrippine ont fait un empereur.
Agrippine, de Britannicus.
NOTKS Itl CIIA.N I SIMKMK. 1S1
Dourrcau de ses cnlanls, >Ve\\v sciilo itlolàlro,
Plus criminelle encore, apparaît Cléopâlrc.
(Iléopàtrc, dans IUkIikihiu'
Oliscrvez bien eomnieul la muse du ihéàlre
Fait parler, lail agir Harpagon, Ck^opàlrc.
Harpagon, dans /\4 luur.
Harpagon (il le dil en i)leui-aiil son trésor),
A son onl'ant noyé préférerait son or.
Acte V, scène iv. Harpagon dit à sa lille, ([iii lui rap-
pelle qu'elle a été sauvée d'un grand danger par Valèrc
qu'on accuse d'avoir volé le trésor de l'avare : Tout cela
n'est rien; et il valait bien mieux pour mol qu'il te laissât
noijer que de faire ce qu'il a fait.
Quel spectacle imposant me ruvii et m étonne 1
Du grand prôtrc des Juifs j'entends la voix ([ui tonne :
En ses vers où respire une sainte grandeur,
11 annonce aux mortels le réveil du Seigneur.
Prophétie de Joad dans Athalie, acte 111, scène vu.
188 I/AIIT Tilt Air, AI.
Beaubourg, acteur outré, sans j)rincipes, sans art.
r>RAUiîOURti délluta cil l(ii>l, tut rrru en 1092, se relira
en 1718, mourut en r/2'j. 11 uian(|uait de nolnesse, d'intel-
ligence et de naturel. Mais sa chaleur, qui était exagérée,
le faisait aimer de la partie la moins éclairée du public. On
raconte que, jouant Horace avec mademoiselle Duclos, qui
remplissait le rôle de Camille, au moment où il tirait son
épée pour la punir de ses imprécations, il céda à un mouve-
ment de politesse assez intempestif, en la voyant tomber sur
la scène par suite d'un faux pas qu'elle lit; ])uis, ôtant son
chapeau d'une main, il lui présenta l'autre fort civilement
pour la relever, et un instant après, il courut après elle pour
l'aller tuer dans la coulisse.
Madame de (laylus, parlant dans ses Souvenin des re-
présentations (.VAtlialie sur la scène française, s'exprime
ainsi : Je crois que M. Racine aurait été fâché de la voir
aussi défigurée qu'elle nfa paru Vètre par îine Josabet
fardée, par une Athalie outrée et par un grand prêtre plus
capable d'imiter les capucinades du petit Père Honoré que
la majesté d'un prophète divin.
Louis Racine, qui rapporte ce passage dans les Mémoires
sur la vie de son père, ajoute dans une note : Elle parle
de la Duclos, de la Desmares et de Beaubourg. Le vieux Baron
fit après lui le rôle du grand prêtre bien différemment.
NOTKS m CHANT S I X I !• >1 K. 189
// cache sou vrai nom sous relui de V>anith-e.
L'aventure de Danière est vraie. Ce qui ajoute à la pitié
qu'il inspire, c'est que, puni comme déserteur, il ne l'était
point. Il n'avait quitté son corps qu'en vrrUi d'un congé
qui n'était pas expiré; mais il eut li' mallieur de l'égarer,
el paya celte perte de sa vie.
NOTES DU CHANT SEPTIÈME.
Tel Monrose, marchaiU sur la scùnc à grands pas,
De sa vibrante voix lançait les tiers éclats.
Monrose, né îi Besançon en 1783, après avoir joué au
théâtre des Jeunes-Artistes et parcouru les départements
et l'étranger, débuta au Théfttre-Franrais le il mai 1815. H
eut un grand succès et fut reçu sociétaire pour l'année
1816; resta vingt-huit ans au théâtre, oii il jouit constam-
ment de la laveur publique; ce tut l'affaiblissement dosa
santé qui le força de se retirer, et il mourut le 20 avril 1sî:j.
Uavo devint plus lard Figaro !<• barliicr.
Figaro du Barbier de Séville.
192 I;AHT TIll'ATUAL.
Mais Figaro plus tard n'iiabilc plus Sévillc;
Pour le cliàlcau du comte il a quille la villf.
Figaro du Mariafic de Fiçiaro.
Mais Figaro vieillit, et son esprit morose,
Du jeune Beaumarchais n'a plus la vile prose.
Figaro de la Mère roupahh'.
C'est Poisson qui, dit-on, au temps de Louis treize.
Produisit le premier sur la scène française.
Ce plaisant personna^;e, aujourd'hui dédaigné.
Raymond Poisson monta sur la scène vers 4650 ou 4651,
et y fit paraître pendant trente-deux années un talent supé-
rieur pour les rôles comiques, principalement pour celui
de Crispin, dont il fut l'inventeur, et qu'il adopta spéciale-
ment. Il avait le défaut de bredouiller : ce défaut devint
une grâce de plus dans ses rôles, et le public s'y habitua si
bien, qu'il vit avec plaisir le bredouillement de Raymond
Poisson passer à son fils Paul et à son petit-fils François-
Arnould, qui se succédèrent dans son emploi, et s'y firent
tous deux beaucoup de réputation.
Paul Poisson, né en 1658, débuta eu 1686; retiré en 1711,
il rtMiionla sur la seène en 1*15, et quitta de nouveau le
NOÏKs 1»| t II \\ i si.i'i II.M i:. 193
llK'àti'O en \'2'i. Cupuiidaiil, Louis \\ le rcj^iTtlail Icllr-
uiciil. (]iril vouliii le revoir encui'c uiio lois, (>t le 2.) mars
1729, Paul Poisson joua avec un grand succès le r(Me do
M. Jourdain dans le Bourgcoin f/enlilhomme : il avait alors
plus de soixante et onze ans. Après celle représentation, il
rentra dans la retraite el mourut en IT'io.
François Arnould Poisson, ([ui joua aussi les l'ùlesdeson
père et de son grand-père, natiuit on iniio, débuta en 1722
el mourut on 1743.
liaymond Poisson a fait pour la scène onze pièces dont le
comique est trivial et gro.ssier. Paul Poisson, père de Fran-
rois-Arnould, eut un autre lils, Philippe Poisson, qui fut
inférieur à ses frères comme acteur. 11 débuta en 1700 sans
succès, fit un second début en 1704, fut bien accueilli; mais
le peu de goût (ju'il avait iioui- son élat lui lit demander sa
retraite à l'époque où son père, Paul Poisson, prit la sieniu'
pour la première fois, cl il quitta le tliéâlrc ainsi que lui en '
1711. Tous deux y remontèrent en ITI.'i, et Philippe, en 1722,
se retira détinitivement. Les comédies qu'il a fait repré-
senter valent mieux que celles de son grand-père Raymond.
J'en ai vu jouer quelques-unes encore, el j"ai joué moi-
même en province Ir Prururcur arbUrc et rhnpvowjiiu de
campagne.
Paul Pois.son eut une tille, née en 1684 el morte en 1770.
Douée des plus heureuses dispositions pour les lettres, elle
ne les avait d'abord cultivées que par amusement; mais,
ayant épousé un homme qu'elle croyait riche et qui était
neeal)lé do deiios don <".abriol {\o ('.omès, gentiliionimo
11. i:s
i'H \:\\\\ Tlll- \ I l; Al,.
espagnol , oUc se vit oliligce de clierclier une ressource
contre rindii^^enee, et c'est sans doute à celte triste néces-
sité d'éci'ire pour vivre, est-il dit dans la biograpliie Mi-
cliaud, ([u'ii faut attribuer la quantité prodigieuse et Tiné-
galité de ses productions. Il en est quelques-unes, cepen-
dant, qui obtinrent beaucoup de succès. Devenue veuve,
elle épousa en secondes noces un sieur Bonhomme; mais
conserva toujours, dans la liltéralurr. le nom de son pre-
•niier mari.
Le plaisaiU Diigazoïi, par la t'ouie adopté.
Avait revu du ciel des trésors degaîté.
DuGAZON(Jean-Baptiste-Henri-Gourgaud;, débuta en 1*71,
fut reçu en 1772 et mourut en 1809. C'était un acteur d'un
grand talent; mais sa verve (lu'il ne savait pas modérer
l'entraînait à la charge et à la bouffonnerie. Il a fait, dans
la révolution, (juclques comédies qui n'ont pas mérité de
survivre aux circonstances pour lesquelles elles ont été
composées. Il fit subir aux Originaux, comédie en un acte,
de Fagan, des modifications, selon nous, malheureuses, mais
([ui furent applaudies parce qu'elles lui fournissaient l'occa-
sion do déployer la souplesse et l'originalité de son talent :
vers la lin ae sa vie, il donna des marques d'aliénation.
•r-
N(»Ti;S m CIIA.N I SKITIIMi:. I'.).
Quand ranlour de Tartuffe à nos yeux apparaît,
Nous voyons près do lui la bonne Lat'orél
Qui, parlois, nous dil-on, de son niailrc clK^rie,
Servanlo d'un grand lioniuie, en élail rKgéric.
On sait i|(i(' Molit'';'o prenait L[uelciuefois sur ses uiivraj^cs
avis de Lafnrèl.
Molière avee raison consullail sa servante,
Dit Mondor, dans ht ^h-tromanic.
La Toinetle d'Argan ;\ nos yeux se présente
Plus vive et d'une humeur plus t'oUemenl plaisante.
Toi nette dans le Malade imaginaire.
Suzanne (Beaumarchais se pinl A la diV-iire).
Suzanne du Mariage de Figaro. — Beauinarcliais a des-
^iné le caractère de Suzanne dans la prùl'acf! de sa comédie,
i% l/Ain THÉ A TUAI.
C(''liiTiôno vieillit ol ut, madame Evrard.
Mademoiselle Contai créa avec un j^rand succès le rôlo
de madame Evrard, dans le Vieux célibataire, de Collin
d'Harleville.
Sur le |>ul)lic charmé quel fui volrc pouvoir !
11 vint payer plus cher le plaisir de vous voir.
A la seconde représentation des Précieuses ridicules, le
prix du parterre fut porté de 10 sous à 1o, et le prix des
;nitres places fut doublé.
Trois femmes, raffolant de latin cl de grec,
Des pédantes du lenips sont l'image vivante:
L'ancienne précieuse est changée en servante.
s'atrit do la comédie des Femmes savantes.
NOTES DU CHANT HUITIÈME.
Kt (ruii iiiailrodo l'arl réloiiiiciU'C diviiif
!*ul seul irioiiiplicr de rclo([uciil Kscliiiic.
EsciiiMi, d'ubord coiiiédieii niùdiocrc, devint un cél("'l)i'C
orateur. S'étant porto accusateur de Ctésiphon au sujet
de la couronne que celui-ci avait proposé de décerner à
Déraosthènes, il ne voulut pas payer raniende de mille
drachmes à laquellt^ il fut condamné et alla s'éta!)lir dans
rile de Uliodes, où il ouvrit une école d'éloquence.
Un assassin !e iVapiic, cl le inoiiar(|iu; expire.
Philippe lut tué par un jeune homme nommé l'ausanias,
([ui avait inutilement imploré de lui la vengeance d'un al-
IVoiil ([uc lui avait lait Attalc, oncle de Cléopàtre, ([Uf^ le roi
avait épousée ajuvs avoii' réjjudié sa première ('(unnie.
i'>s i;.\i;t 1 11 k AT 11 al.
Soudain une autre lête aux rois est apportée :
C'est celle de Crassus.
r,i'assus, ayant obtenu le gouvernenient de Syrie. alla(|iia
les Parllies avec qui Rome était en paix. L'expédition lui
désastreuse, et il y périt avec son lils.
La haine résistait ; mais dans Rome en balance
Ésopus à la haine imposa le silence
Esoius i)artai;ea avec lloscius raniilié de Cicéron, à (pii
tous deux donnèrent des leçons d'action oraloiic II lit
elTectivenicnt jouer une ancienne pièce d'Accius, intitulée:
Télamon exilé, dans la(iuelle il représenta le principal pci-
sonnage. Le peuple y trouva des allusions (jui le disposè-
rent au rappel de rilluslre consul.
De ces auteurs aimés trois théâtres rivaux
OnVaienl avec orgueil les précieux travaux.
Ces trois théâtres étaient l'hôtel de Bourgogne, le théâtre
du Palais-Roval et celui du Mai\ais.
.NitïKs iti <.ii,\.\ 1 mil 11..M1:. \\n
.Monltlcuiy til paik'!' ic l'.iil avec bonlieur ;
De mentir avoo arl Bclloroso oui l'iionueur.
MoNTFLEURY ci'éa lo l'ôlc du Cid cl celui du jeune Horace
Bellerose créa Dorante du Menteur. Il entra à l'Iiùtel de
Bourgogne en 1G29, et mourut en IG"(>.
Floridor le premier, à l'usage iulidéle,
D'un débit sans cadence offrit l'heureux modèle.
Fi.oiîiDOU L'tail né griitillioaune et s'appelait Josias de
Soûlas. 11 débuta au théâtre du Marais, en 1G40, tomba
dangereusement malade en liJTl ou I(i72, et son confesseur
le lit renoncer au théâtre. Il guéi'it et tint sa promesse. Il
y a beaucoup d'incertitude sur la date de sa mort; mais il
parait ([u'il n'existait plus on 1074.
CliamiimeslL' de Uaciiic esiramaiilc et relève.
Madame Champmeslh: débuta avec son mari en Itifi'J, et
mourut en 1()98.
Bientôt on entendit la pompeuse Duclos.
Mademoiselle Drcr.os parut à la Comédie-l'i-ancaisc en
1693, se retira en I73G et mourut en 1748.
200 I.AHl TU K A TUAI..
Les fureurs de Beaubourg, ses cris d'éncrgumènc.
Sou jeu désordonné courroueaienl Melpomônc.
y i l>i':,\uiiouKG débuta (Ml lîiîd, lui reru en 1G92, se relira eu
V , t
171.3, mourut en \ll'-').
Lagraiigc du liiéàlre écrivait la chronique.
Laorange débuta en I6;)8, mourut en \u\)->.. Ou a dans le's
archives du Tliéàlre-l'"rançais le registre sur hNiucl il uien-
lionnail lout ce ([ui était relatif à radministralion de la
société.
Dehrie, au jeu naïf, fui la 31ars de son leniiis.
IMadame Di-bkii:; débuta à Paris eu IGoS, se relira (Mi 1GS4,
mourut en 1706.
Qaels rires éclataient, quand, joveusc soubrette,
Deauval représentait Dorine ou Marinellc !
Madame Beâuval entra avec son mari en lUTuau théâtre
de -Molière ; tous deux se retirèrent en 1704. Elle mourut en
« 720.
Nn 1 1> m ( II \\ I III I iii..Mr.. 201
l.a trop cotinciU' Annaiulo ciilro loiili's liiilliiil.
Madanu' Moi.ii;i;i: Aiiiiaiulr lîéjai'l , drliiita avec lalroupo
lit! -Molière, sous \o nom (rAniiaiidc Hijarl ou lOoS , rpousa
Molière en lG(i2, devint veuve en KiT.?, se i-euiaria eu KiTT
ou 1678, se relira du lliéàlre eu moi, et mourut en iTOii.
MoLiLRE (Jean-Haiilisle Poquelin), né à Paris, le 15 jan-
vier 1G22, après avoii' été à la tète d'une troupe de comé-
diens bourgeois, part pour la provinciv où il est à la luis
auteur, aeleur et direeleur, l'evieul à Paris débutei' avec sa
troupe, en lOoS, et y joue ses immortels ouvrages. Il mourut
le 17 février IG73,
llaisiii, à tronUî-luiit ans k'i'niiiiaiil sa caiTière,
Grand aclour ([u'égala bionlùl l,a Tlioriliière,
Annaïul, Dave pail'ail plaisannneiil sérieux,
Aiiger, moins nalurel et moins ingénieux.
PiAisiN, né en 1Go6, débuta en l(.7!), mourut en I()!t3.
La TiioiULLiiiRE débuta en IG84, mourut, étant encon;
acteur, en 1731, à soixante-quinze ans.
Armand, né en 1699, débute en 1723, se retire en 1765, et
meurt dans la même année.
AuGER débute en 1703, se relire eu 1782, et meurt en 1783.
202 i;.\iM Tlli; A I l; AL.
Daziiicourl, accusé il'iin peu liop de rObCivc.
Dugazon, qui pécha pur un excès de verve.
l).\ziNCOURT, né en 17 i", déhute en 1*70, esi reçu soeié-
lairc en 1778, nieurl en 1809.
I)UG.\zoN : débul en 1771, adnii.ssiun en 1772, niurl (;n
1809.
lil Uuiiiaiill, iruue race en grands lalcnls l'erlile,
Sur la scène porlanl son esprit de la ville.
-Madame ni:iN.\ii.T-l)Li'RKS.Nr:, dél)ule le lion lo juin 17ls,
csl admise, se rclii'e en 1741, à l'âge de quarante ans, et
meurt en 1783. Elle fut liée avec Voltaire, Deslouches, Pont-
Veyle, Marivaux, le comte de Caylus, Duclos, Dalembert. De
six acteurs et actrices qui portèrent le nom de Quinaull.
(;inq eurent un talent très-disliui^'ué.
Bellecourl à Tœil vif, au jeu irauc et joyeux.
Madame Ukli.ecolrt délutla sous le iiunide madame Heau-
ménard. fut reijue, disparut de la scène en l7o6, y rentra
après avoir épousé Belleconrt, se retira en 17^)i, mourut en
1798.
M)Ti:s i»r ( Il \\ I mil itmi.. 203
KlJoly qui clianiuiil Tospiil |)lll^ ([uo lo.s yi-iix.
Madame Joly, née en ITGii. debiita en iTsi el niuniiil tMi
I7ÎI7.
Son modèle Luzy, savaiUo on Karl do dire.
Mademoiselle Luzy débuta en 1703, lut leeueen l7Gi, se
retira en 1781.
El Fanicr cl l'ovioniic au içracioux souri to.
Mademoiselle K.\nii;k débuta en i7()4, l'ut reçue en I70G
et se retira en I78f3.
Mademoiselle DEvii-NNt; débuta en I7s'., fui rc(;ueen nsc.
se retira en 1811.— Ces deux soubrettes se falsaienl dislin-
i,'uer parla llnesse et la grâce.
La louchante Gaussin, de (|ui la voix divine
Faisait parler Agnès et Zaïre el Naninc.
Mademoiselle Tivussin, née en 1711, débuta à Paris en
731, fut reeuc, se retira en 1763, inournl en nfi.'i,
204 i;.\i; I nu: \ti; \i.
Olivier, iranblornicc ou page adolcbcenl.
Madomoisollc Oijvihk, iu-c en I7G4, débiilaon I7»n, moii-
nileii 17«7; elle avait créé avec un grand succès le rôle de
(llici'ubin dans le Mariaije de Viiiaro.
Mademoiselle Doi.igny, née en 1737, débule on 1763, csl
reeueet se relire en I7.s3. Klle vivait encore en 1810, ainsi
que Mesdemoiselles Luzy et Fanicr.
Vanhovo ([ii'à Taliiia riiyincii avail unie,
l»'un organe encliantear déployait riiarmonie.
Mademoiselle ^AMiovt:, après avoirélé Madame Petit, de-
vint la femme de Talnia, et mourut comtesse de Chalot en
1860. Klle avait débuté en 17s:j,et elle se relira en 1811. Klle
faisait entendre, dans les silnalions pathéti({ues,des accents
si louchants, ((ue ce fut poni- elle, dit-on, qu'on inventa
cette locution : avoir des Uirnics dans sa voix.
Contai régna longtemps.
>lademoiselle Comat (Louise), née en 1760, retirée en
I80'J, avail déltulé en 1776; elle est morte en \h\'S.
NUIKS IM ( Il \N 1 III I riK.MI'.. -iOl)
Au dessous tl'Adrioiinc mi aiicicoil I>osciii(>.
Mademoiselle Oeseine, qui devint Ti-pousp de QuinaiiU-
Dufresne, débuta en 172.j, avec un j^i'aud succès el fui ad-
mise; mais sa santé la força de se i-etireren i'.'îfi.
Mademoiselle Clmi;on raconte dans ses Mémoires (ju'cllr
alla lui rendre visite dans sa retraite, et «lu'elle la ]iria de
lui dire une scène de VEUrtrc tic Cri'billon. Madame Qui-
nault-Uufresne y consentit, et mademoiselle Clairon, trans-
portée d'admiration, se jeta à ses pieds.
Kaucouil, à la savante el large diction.
Mais à qui trop souvent uiamiua la passion.
Mademoiselle Raucourt, née en n:i(i, débuta en 1772, fut
reçue sociétaire eu 1773, mourut en i81o. Elle était élève de
mademoiselle Clairon.
Quoique Veslris régnai par l'esprit el les charmes.
Devant elle les yeux restaient vid(>s de larmes-
I
Madame Vestris, sœur de Diigazon, née en t7V(i. débnl;i
en 17r.s, se retira en ^802, mourut en isnl.
206 I.AI'.T Tlli; \TI; AL.
Dos deux Sainval l'aînée, impélueuse uclrieo,
Avait de Dumesnil la ilamme inspiratrice.
Mademoiselle Sainvai. aînre débuta en 1700, lui reçue
vn 1707; par suite de querelles qu'elle eut avec madam(;
N'csiris, futforrt''e de so retirer on 1779, et mourut en 1830.
Mademoiselle Sainvai, cadette, débuta en 1772, fut reçue
en 1782; elle mourut en 1830.
Oiiaml Diigarcins peignail l'amoureuse tendresse,
Dans SOS youx, dans sa voix quollo lnùlanlo ivrosso !
Mademoiselle Duoarcins débuta en 1788. fut itm ue, et
mourut en 1790.
Maillard, jouno lalont dont Monvel fut le maître.
Elle était au Théâtre-Français en 1810 ; elle mourut peu
de temps après sans avoir été'sociétaire.
Par Duchosnois lo vers trop souvent fut cbanté.
Mademoiselle DucHESNOis, née en 1777, débuta en 1802,
prit sa l'elraite en 1S30, mourut en IS3.'..
\n IKS m (Il \ N I MM ! Il .MK. :>0-;
C'était Rachol.... On sait son irioniplie cl sa f^ioirc
Mademoiscllo Raciikl, nrc cii Isjo. (Irliniii en isus, fui
it'fMc. luoiii'iUon ISoti.
Lp puliiic, lie Lekain lors([uc la mort lo |)riv(\
A sa sucression soniblo appeler Larivc.
Larive, ne en 1749, mort en 1827. Il débuta en 1778, tut
i-eou, et mourut en lso-2. — Il (Hail retiré du tliéûtre de-
puis longtemps lorsqu'il joua dans la salie Favarl. une vv-
présentalion au bénéfice des incendiés de Salins. Il joii;iit
Lannése; il avait soixante el onze ans, et à la répétition à
laquelle j'assistai, il me fil un ^rand plaisii-.
Le chaiMianl Ijellccourl qui précéda Mole,
Successeur de (Wandval, no Ta point égalé.
Bellecourt débuta en 17o0, et mourut acteur en 177s.
Alolé fut le plus grand el le plus renommé.
Moi,É, né en I7;U, déliula en 175'^ ne lut point reen, alla
2IIS i;ai;t tiika i i; al.
joinT 011 pi-oviiicc, rrviiil à l*ai'is liiirc un noiivoaii di'iui
en 1702, lui admis, et niouiail sans avoir jjris sa l'fli-aitf*
(Ml 1802.
itefrcsnc inlerprolaille bouillanl Orosmane,
TufK'-rc, Eu|ih(''nion fils, le jpuno métromano.
(trosmane de Zaïre, Tufièic du Glorieux, Eupliénioii lils
de VEnfanl prodifiue, et Damis de la Métromanie.
nLiNAiii.T-DLFKi-SNE drl)iita très-jcimo sur la scriic tVaii-
caisc, se relira en 1741, cl iiidiirut en M^r,.
Kl Graiulval apn'-s lui joua ces doux oniplois.
GiiAMiVAL. nù en 171 1, drhnta en 1729, se relira en 17G2,
■oparul en 1764, el prit sa retraite dctinitive en I7(i8.
Dans les pères, les rois, la foule applaudissait
Le vertueux Brizard que Duels cliérissail.
Brizaiu), né en 1721, débuta en 1737. se retira t-n I7sg et
mourut en 1791.
NOTi-s Di ciiANi" III nii;:Mi:. 2i)'^
!.a nalurc à Monvol refusa ses pr(?senls.
MoNVEL, né en 1745, drbutc en 1770, ([uitle la Trancc eu
1781, y revient en 17s<j, s'altaelic au lliéàlro des N'ariélés
du Palais-lloyal (aujourtrimi le 'riiéàlre-Fi'anrais;. (jui pril
le nom de théâtre de la républi(iuc, rentre dans la Société
lorsqu'elle est reconstituée par le gouvcrnenicnt, se retire
en 1806, et meurt en 1811. 11 a écrit pour le tliéàtre des
comédies, des drames et des opéras-comiques (jui ont eu
beaucoup de succès.
Saini-Prix, dont le talent semblait nian(iucr dV'lude,
IVune voix monotone avait pris l'habitude.
Saint-Prix, né en 1759, débuta en 1782, Un reçu en 1784,
se retira en 181H et mourut en lH3i.
A quatre-vingt-deux ans terminant sa carrière,
Guérin se fit un nom dans ce comique emploi.
GuÉRiN d'Estriché, né en 1G3G, débute en 1672, est admis,
renonce au tlu'nitre en 1717, et meurt en I72s.
14
'210 i;.m;t tiikati'.ai.
Il cul en Duchcmin un successeur aimé,
DucHEMiN débuta en 1717, tïu reçu, se retira en 1741, ei
mourut en 17;)4.
El Bonneval, talent moins grand, moins renommé.
Sut plaire aux spectateurs par un jeu toujours sage.
Bonneval débuta en 1741, fut reçu et se retira en 1773,
mourut en 1783.
Desessarts vint plus tard ; il avait en partage
Le mordant, la rondeur, une franche gaîlé.
Desessarts débuta en 1772, fut reçu en 1773 et mourut
en 1793. Sou embonpoint est devenu célèbre.
Grandmesnil dans son jeu fui cité comme un maître,
Et nuisit à Caumont, trop oublié peut-être.
Grandmesnil, né en 1737, débute à Paris en 1790, prend sa
retraite en 18H, et meurt en 4816.
-NOTKS Itl CHANT III ITII.,Mi:. 211
Caumont : début on 1794, rclraite on <soy, décos on 18)1.
.l'ai beaucoup entendu vantoi- par do vieux amateurs sou
naturel et sa bonboniio.
iiollcmoiit, (|iii pour iiiailrc eut la seule naUii'c,
Offrait d'un paysan la naïve peinture.
Bellemont, né en i728, débuta en 17G5, ne fut rem qu'on
1778, se retira en 1802, et mourut en 1803.
Michot, plein de franciiise et de simplicité,
Au comique joignait la sensibilité.
Michot entré au ThéAtre-Francais en 1798, prit sa ro
traite en 1820 et mourut en 1826.
De Daptiste cadet les traits et la parole
Jetaient les spectateurs dans unegaîié folle.
Baptiste cadet débuta au Tliéâtre-Franoais on I793, s(
retira en 1 822 et mourut en 1 839.
212
i;a[5T Tin': ait, al
El sa nièce, hcrilani de son i)ère el de lui.
De l'art servi par eux lui un vaillant ap])ui.
Madame Desmousseaux, fille de Baptiste aîné, débuta an
Théâtre-Français en isi7, lut reeue en 1824 cl se retira en
1852.
i>iris. — iMi'. V coipv i;t c-- . i.uk. GARA>r!tai
(^.
980 4
P':' Samson, Joseph Isidore
L»art théâtral
ptie.2
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