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C.V-.^i\s^ 



I 



L'UNIVERS. 



«• 



HISTOIRE ET DESCRIPTION 



DE TOUS LES PEUPLES. 



ILES DE LA GRÈCE. 



i- 



PARIS. — TYPOORAPniE PK FIRHIN DIDOT KRJvHFU^, nVV. JACOB, 6<> 



ILES 



DE LA GRÈCE, 



M. LOUIS LACROIX, J 



kUCan BEMBIIE DE L'ÉCOLE KRINÇAUE D'IT 

PROFEUKUn n'HIiTOlBB AU LICËE iapfiKUL DE LOV 

«GBÉGÉ MU FkCDLTte DB8 UrmiE*. 




PAKIS, 

FIRMIN DIDUT FRÈRES, EDITliURK, 



t ^ *' 



\ ^ \ 



PREFACE. 



J'ai réuni dantee volume» sous le nom i^Iles de la Grèce , toute» les lies 
de la Méditemmée orientale, depals Chypre Jusqu'à Gorfou, de Vmt à l'ouest , 
et depuis les Iles des Prinees Jusqu'à celle de Candie, dans la direction du nord 
au sud. Toutes ces lies , ooeupées dès la plus haute antiquité par des popula- 
tioDs d'origines diverses , sont devenues au temps de l'expansion de la race 
bellàiique une annexe du domaine continental qu'elle s'était fait au midi de 
l'Earope et i l'oeddent de l'Asie. Les Grées, après en avoir assujetti ou déplacé 
les aneiens habitanU, en ont dépossédé les Phéniciens, qui les exploitaient 
commercialement, s'y sont installés en maîtres, et les occupent encore aujour- 
d'hui, libres dans quelques-*une8, soumis dans les autres w^t à la domina- 
tion desTureSy soit au protectorat de l'Angleterre. 

Qud qu'il en soit de la situation politique de ces lies, elles sont toutes 
restées des lies grecques au point de vue ethnographique, et leur histoire 
est ]e complément de l'histoire de la Grèce» dont elles ont constamment par- 
tagé toutes les destinées. Aussi le plan général de ce livre aurait-il été le même 
<rie celui d'une liistoire grecque, si J'avais pu présenter celle des Oes en un seul 
tableau ; mais la nature même du svfjet rendait impossible toute unité d'exécu* 
tioD. La vie individuelle, si prononcée déjà pour les cités de la Grèce continen- 
^1 l'est bien plus encore pour les llesgreeques, que la mer éloigne les unes des 
i^Qtres, i^foutant ainsi ses flots et les distances à ces nombreux motifi d'isolé- 
<i^t qui à tonte époque ont divisé les peuples grecs. En sorte que dans cette 
iùstoire Je n'ai pu flaire autre chose qu'une série de notices, de monographies 
diitiiictes, dont les plus considérables, telles que Chypre, Bhodes, les Cy- 
<^iades, contiennent toutes les considérations générales que comporte le sujet. 

Toutes ces notices sont distribuées conformément à la position géographique 
à^ lies ou groupes d'Iles dont elles présentent la description et rhistoire. 
^^ cette sorte de périple à travers l'Archipel , Je me suis toujours avancé 
à'orient en occident, prenant l'Ile de Chypre pour point de départ,, et les lies 
Ioniennes pour terme de ma course. De plus, toutes les monographies de ce 

'^^coell ont été traitées d'après un plan uniforme. Je les divise ordinairement 
en cinq parties : la description et la géographie comparée, l'histoire ancienne, 
le tableau de la civilisation dans les temps anciens , le récit des événemeute 
da Qoyen âge et des temps modernes , enfin l'exposition de l'état actael. Pour 

^ grand nombre de ces lies, le peu d'importance de leur histoire et la pénn* 
'le des renseignemente ne m'ont pas permis de remplir entièrement toutes les 

ÎLES DE LA GR£CE> U 



n PRÉFACE. 

divisions da plan que Je m'étais tracé ; mais J0 Tai fait pour les plas eonai- 
dérablesy pour celles qni m'offraient un fonds complet et suivi d'événements 
historiques. Quant aux moindres lies. J'ai essayé, en les gro* ^ani d'une ma- 
nière méthodique, d'en présenter des tableaux d'ensemble lUs satisfistisants 
pour l'esprit, et de remédier par là, autant que possible, au morcellement 
même du sujet. 

Aucun éerivalii) si ce n'est le Hollandais Dapper, n*avait entrapris de 
réunir en un seul reeuetl l'histoire de tontes les Iles grseqnesi mais te livre de 
Dapper, composé au dlx^septlème siècle, décrit nn état sodal et géographique 
tout à (ait modifié anjourdlinl, et il ne traite l'histoire que d'une maBière 
Incomplète et confuse. Ans^ tout restait à refkira de nouTCan, et J'ai dû aller 
chercher les matériaux de est ourrage dans une mnltitttde d'aotenn où ils 
étaient dispersés, dans les géographes et les historiens de l'antiquité, dans la 
Collection byzantine et dans la BlÛiothèqne des croisades pour le moyen âge, 
dans les voyageurs des trois derniers tAMeê , dans une foute de dIssertatioBs 
spéciales, dues principalement à l'infatlgabte curiosité dés éradits de l'Alle- 
magne. J'ai puisé mes renseignements sur l'éM aetttel de ces lies dans les pu- 
bllcatloas les plus récentes, dans les articles des revues, dans les relatiOBe des 
touristes, dans tes ehanceltertes des consulats, dans les souvenirs de mes 
propres courses è travers l'Àrehipel , dans la conversation et les communica- 
tions d'hommes tostrults que des missions scientifiques ou leur positim ofil- 
dette avaient mis à même d'étndier à fond la sltuathm de ces contrées, eemme 
M. de Mas-Latrie pour l'Ile de Chypre, et M. Hitler pour l'Ile de Crète. A ces 
derniers titres, quelques-uns de mes confrères de TEcote d'Athènes m'Mt elfr 
caeement aidé dans mon travail, par te secours de leurs Intéresiantes publies* 
tions, et J'ai largement mis à profit les fragoients publiés par M. Beiiotl sur 
les lies de Délos et de Santorin, et te savante dissertation de M< Girard sur 111e 
d'Bubée. Je tiens aussi & remercier publiquement de leur concours sélé et ln« 
telligent MM. A. Jacobs, F. Oger, C. Port et P. Longuevilte , archivistes pa- 
léographes , ou Kcendés ès4ettres de la Faculté de Paris. Je leur al confié la 
rédaction de quatre des notices qui composent ce recueil , celles des ties de 
Saroos, de Chfo, de Lesbos et d'ÉgIne. Mes actifs colloborateurs n'ont reculé 
devant aucune des exigences du plan que Je tenr avais tracé, et, après des re- 
cherches consdencteuses et approfondies, ils m'ont présenté quatre bonnes no- 
tices, que nous avons travaillé en commun A compléter et à améliorer encore, 
et que Je soumets avec confiance h l'apprédatlOD du lecteur. Ordce à te réunion 
de tant de lumières et de bonnes votentés, toutes les parties de ce reeoell ont 
été étudiées à fond et traitées avec un égal soin ; tes gravures , les cartes, les 
plans annexés au texte ont été l'objet de la même sollidtude, et s'il reste en- 
core beaucoup à faire et k dire sur les fles grecques, c'est qu'en histoire, eottme 
en toute autre science , nul ne peut se fiatter de donner un résultat définitif. 



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I 



IBÉFACfi. Mi 

Dos «D HvieAe 68 genre, dootles matérfanx loUpdtéiàtaiit 46ioafMi| 
fë pcDié qaf I élilt de mdn devoir de citer lonjoiim et exaeteraeDt mes aato* 
îMê^ poorfàdlfteràd'aatreftdeiMnivelleis reAerehes et leurefllrlrla vérlfleaUoii 
da met aeierlioiis et de mes redis. Dans cette intentloa, Je me inls attadié awil, 
aotant qa*f I m'a été poarible , à indiquer la bibliographie des ouvragée ep^ 
eiaox publiée sur les liée grecques. La liste en est asses nombreuse, quoique 
je ne me flatte pas de la donner complète ; Je l'ai composée de tous les ou^ 
rrages que J'ai réunis et dont J*ai pu Mre usage. Cependant lien est quelques- 
uns dont Je n'ai connu que les mres, et que Je n'ai pas laissé de signaler 
comme les autMs. Ce sont des tiièses , des exerelcee académiqueSi comme 11 
s'en ftlt taol dans les laborieuies universités de TAnemagne, que l'on ne con* 
Dilt au loin que par les catalogues ou les revues blbUographlques.||Ghaque fois 
qu'après de patientes recherches Je constatais qu'une de ces monographies 
tait fntroavaUe peur mol Je me prenais à regretter qu'il u'existAt pas entre 
les académies, les universités, et tous les grands corps savants de l'Europe des 
édiangee et:des communications assurées de toutes leurs publications. 

Non content d*avolr donné une idée de la manière dont J'ai conçu et exécuté 
eetouvrage, J*âi à eceur de dire que dans l'accomplissement de ma tâche J'ai 
été constamment soutenu et encouragé par le désir de m'aequitter de la 
dette que J'ai contractée envers l'École française d'Athènes. Cet établissement 
fut fondé en 1846 , sous le mhiistère de M. de Selvandy , dans lé but d'aug- 
menter les lumières du corps enseignant, et de mettre à la disposition de ses 
membres Aes moyens d'instruction qui leur étalent demeurés Jusque là inter- 
dits, rai ea l'honneur de faire partie de la colonie de fondation, qui fut placée 
sous la direction de M. Davèluy , et qui, par l'union parfaite de son chef et de 
aes membres, sut consolider rétablissement nouveau et lui faire prendre racine 
sor le sol grec. Tout le temps de notre mission, qui devait être de deux ou trois 
ans, fut consacré à étudier l'antiquité sur son propre terrain, à prendre des le- 
çons de la Grèce elIC'^méme ; enseignement fécond, qui complète, explique et 
rectifie si avantageusementtselui des livres. L'examen des ruines , des courses 
archéologiques, des études de topographie nous apportaient chaque Jour des 
explications, des lumières nouvelles et inattendues, et c'est dans ce sens que 
mms pouvions nous appliquer ce vers d'Horace, qui au besoin servirait de de« 
îise à l'École française d'Athènes : 

Adjecere bonœ paulo plus artîs Athenœ *. 

Comme Horace aussi, les troubles civils de notre patrie nous amebètent à 
ses studieux loisirs: 

DvrtMd anofere loco not tempera greio, 
CiTîluqoe rudes belli Uilit œstas in arma. 

' Hor., Bp.^ I. n, 2. 

a. 



Jt PRÉFACE. 

Quatre d'eatxo nous fiirait cri>Hgés de regagner laFraoeeyàlaiIndelMSy 
avant le terme de leur mi«9k>n; mais, plus heureux que le poète latin, ikm» 
vîmes se dissiper les appréhensions de la guerre civile , et bientôt un pouvoir 
énergique raffermit l'État ébranlé. L'École d'Athènes , dont Texistence était 
devenue précaire et chancelante, fat adoptée par le nouveau gouvernement, et 
l'activité de ses membres, dirigée et excitée par rimpulsion de l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres , prit enfin son essor. 

Alors ils publièrent à l'envi des thèses ingénieuses et savantes, des rela- 
tions de leurs excursions scientifiques ; ils recueillirent et interprétèrent des ins> 
criptions inédites, et ils entreprirent des explorations et des fouilles dont les ré- 
sultats sont déjà féconds et glorieux. Les suffrages de la Faculté des Lettres de 
Paris n'ont pas manqué aux thèses de MM. £. Burnouf et Lévéque sur le culte 
de Neptune dans le Péloponnèse et sur l'esthétique de Phidias. L'Académie a 
accueilli avec faveur les intéressants rapports de MM . Mézières, Beulé et Girard 
sur leurs explorations dans la Morée , la Thessalie et l'Eubée. Enfin les im- 
portantes découvertes de M. Beulé à l'Acropole d'Athènes ont vivement excité 
l'attention et les applaudissements des savants et des artistes. 

A ces travaux déjà accomplis lyontons, pour faire connaître Tardear de 
cette Jeune école, ceux que Ton prépare et qui vont paraître : hk thèse de 
M. Hanriot sur les démes de l'Attique ; celle de M. Gandar sur Ithaque et le 
royaume d'Ulysse ; le livre de M. Benoit sur la comédie grecque ; les mémoires 
justificatifs de M. Beulé sur ses fouilles à l'Acropole; les études de M. Guérin 
sur Patmos et Samôs, de M. About sur Égine, et des explorations ordon- 
nées pour la description de Delphes et du Parnasse et pour la topographie de la 
Grèce orientale. Quant à moi , désirant m'assoder à cette féconde activité de 
mes confrères, j'ai accepté avec joie l'offre que me fit M. Didot, en 1850 , de 
me charger de l'histoire des lies grecques pour sa grande collection de L' Univers 
piUoresque. Un voyage en Egypte , une tournée sur les côtes d'Asie Mineure 
et à Gonstantinople m'avaient permis de parcourir l'Archipel en tout sens. Cette 
circonstance atténuait à mes yeux les difficultés de l'entreprise, en me fetisant 
espérer que je pourrais utiliser dans mon travail ce petit surcroît à'ars bona , 
comme dit Horace , que les historiens doivent toujours à la connaissance des 
pays dont ils parlent et que les membres de l'École d'Athènes vont demander 
au séjour de la Grèce. 

Tel est le mouvement scientifique, si actif dès ses débuts , auquel a donne 
naissance l'École française d'Athènes , institution éminemment libérale, qui 
avec le temps contribuera puissamment à conserver et h ranimer chez nous 
les études classiques , et qui à l'exemple de l'Académie de Rome , sa sûeur 
aînée, prendra, je l'espère, une place honorable et définitive parmi nos 
grandes institutions nationales. 



L'UNIVERS, 



00 



HISTOIRE ET DESCRIPTION 

DE TOUS LES PEUPLES, 

DE LEURS REUGIONS MŒURS, COUTUMES, etc. 



^^^t% m t^^m %,■% 



ILE DE CHYPRE ^'K 



I. 

GÉOGBAPHIB PHYSIQUB ET POU- 
TIQUB J>£ L'1L£ D£ CHYPBB. 

DlPFBBBirTS NOMS DB LtlB DB 

Chypbb. — En général toutes les con- 
trées de randmiîté sont connues dans 
lliifitoire sous difTérents noms. L'tle de 
Chypre en avait reçu un grand nom- 
bre (3); mais la plupart d*entre eux n*a- 
vaient point été acceptés par le commun 
Qiaee : oe n*était que des dénominations 
mies appliquées à l'Ile tout entière, ou 

(i) Ouvrage spéciaux sur l'histoire gé- 
ncrtlede l'île de Chypre : i^ Meursius, Creta, 
Crpnu, Rfwdu* ; Arostdodami, 1676, in-4®; 

— 2^ le P. Estienne de Lutignan, Description 
ajoute tisU dé Cjpre, iii-4®, i58o; — • 
3* Domioique Jauna , Histoire générale des 
roraitmesdBCxpre, de Jérusalem, <t Arménie 
et it Egypte, a vol. in-4<», Leyde, 1747; — 
4"* Rriiihardt, FoUstandige Gesclùclite der 
Konigreiehs Kjrpern^ a voL in- 4*», 1766; — 
5'Eiiigel, Kfpros, a vol. in-8®, Berlin, 1841 ; 

— 6« Gratiani, Histoire de la Guerre de Cliy' 
pn, traduite par le Pelletier, 10-40, 1701; 
~- ?• ioredano, Istoria dei Re Lusignani, 
««laite par H. Giblet , a vol. in-xa , Paris, 
»:3*; ~ $• Mariti, Foyage dans tile de 
%/»«, la Syrie et la Palestitie, a vol., Paris , 
«791 ; — 9» M. de Mas-Lalrie , différents ar- 
ticles relatifR à lliisioire de Chypre sous les 

1'* Uvraiion. ( Ilb db Chypbb.) 



des noms mythologiques empruntésàdes 
légendes fort contestables, ou même de 
simples épithètes poétiques. Ainsi on ra« 
vait appelée : Aeria, à cause de la pureté 
de son air ou du héros Aerias ; ASrosa , 
de ses mines de cuivre; Jmathowtia, 
d*Amathonte; Aphrodisia, d' A phrodite; 
Aspefia, mot phénicien qui indiquait sa 
position maritime ; ColiniCf le pays des 
collines; Cerastis, des différents pics 
qui la surmontent ; Kryptos^ Ttle basse, 
mot ^ec qui traduit peut-être i*épithète 
phénicienne d*Aspelia; Macaria, Ttle 

Lusignans et h Tétat actuel de File, insérés dans 
la Biïliothèaue de f École des Chartes, i*"' série,* 
t. Y ; a^ série, t. I et II ; dans les Archit^es des 
Missions scientifiques, numéros de mars et sep- 
tembre iS5o;elaans le Correspondant dejum 
et d'août 1847. — Nous nommerons ici une 
fois pour toutes le livre de Dapper : Descrip* 
tion exacte des Isles de tArcn^el, iu-fol.; 
Amsterdam, 1703 : vieux ouvrage plein de 
bons renseignements, qui traite de toutes les 
Iles étudiées dans ce recueil, et que nous n'a- 
vons pas la prétention de rendre inutile. 

(a) Lusignan commence sa Description de 
toute tisle de Cypre par ces mots : « On de- 
vroit plustôt nommer ceste isle Polyonyme, 
que Cypre (oooflne pour le jour d'huy un rap- 
pelle), pour ce que on lui a attribué plusieurs 
et divers noms, la variété desquels Fa rendue 
célèbre et très-renommée par tout le monde. » 

1 



L'UNIVERS. 



heureuse; Meionis, par allu^ou ^uU 
être à une colonie de Méoniens qui s'y 
serait établie dans les temps anciens; 
Ophiusa , rtle des Serpents ; Paphos, 
nom d'une ville étendu à Fîle entière; 
Sphekela, Ttle des Quépes, et tharsis^ 
nom phénicien (]ui ^a^pelle celui deTar^ 
tessus, et qui paraît signifier la terre des 
métaux (1). Mais les deux noms seuls 
usités chez les anciens, et seuls histori* 
gués» sont ceux de Kittim et de KyproSy 
dont il importe de rechercher Torigine 
et la signincatibn. 

Le nom primitif de Tîle de Chypre 
était celui de Kittim ou Chétin]. Touç 
les pays de Taotiquité portèrent d'abord 
le nom de la première famille ou tribu 
qui les occupa. C'était en imposant son 
nom au sol que l'homme sighiliait qu'il 
en avait pris possession, et l'île de Chy- 
pre reçut le sien de ses premiers habi- 
tants. « Chétim, fils de Javan, fils de 
Japhet , dit Josèphe (2) , s'établit dans 
nie qu'on nomme maintenant Cypre,- 
à laquelle il donna son nom ; d'où vient 
que les Hébreux nomment Chétim toutes 
les lies et tous les lieux maritimes. Et 
encore aujourd'hui une des villes de l'Ile 
de Cypre est nommée Citium par eeux 
qui imposent des noms grecs à toutes cho- 
ses; ce qui diffère peu du nom de Ché- 
tim. » Les Phéniciens, ees descendants 
de Cbanaan , qui donnèrent aussi à Ttle 
de Chypre la plus grande partie de sa 
population primitive , ne la désignèrent 
jamais autrement que par les noms de 
Kittim ou de Chétim. On n'en connais- 
sait pas d'autre dans toute l'Asie occi- 
dentale. Au contraire le nom de Kypros 
est le seul dont les Grecs se soient ser- 
vis historiquement dès les temps d'Ho- 
mère et d'Hésiode. « Isidore et Honorius 
prétendent qu'elle ait reçu ce nom d'une 
grande et ancienne ville qu'il y avoit au- 
trefois. Quelques autres veulent qu'elle 
en soit redevable à la déesse Vénus, 
adorée sous celui de Cypris par ses an- 
ciens habitants. D'autres soutiennent 
au'on en doit rapporter l'origine à la 
nile de Clnyras, premier roi de cette île, 
appelée Cyprus. On pourroit dire avec 
plus de vraisemblance qu'elle fut ap- 
pelée ainsi à cause ae la grande quantité 



(r) Pline, Hisi. Nat., V, 35. 
(a) Jos., Ant, Jud., I, 7. 



de cdivre qu(( ses premiers habitants y 
trouvèrent, puisque c'est dans ce même 
sens qu'elle fut nommée jiùrosa du mot 
latin jEs, qui signifie du cuivre, de même 
que cuprum (1). *» Or, aucune de ces éty- 
mologies ne rarhène le tiotn ds Cyprè à 
sa VéhtsblesOuh:é. Lé mot grec Kyfn^s, 
d'où il dérive évidemment, ne signiiie ui 
cuivre ni cyprès , comme on l'a pré- 
tendu queljjuefois : d'est le nom d'un ar- 
buste ^ue ies Phéniciens et les Hébreux 
appelaient kopher, mot d'où les Grecs 
ont tiré cdui de kj/pros, mti est formé 
des mêmes éléments. De la fleur et du 
fruit de cet arbuste on composait des 
huiles et des parfums très-recherchés , 
qui dans l'antiquité, comme dans les 
temps modernes, étaient un important 
article de commerce. Tout porte à croire 
âne les Grecs , qui négociaient avec les 
Phéniciens de l'Ile de Kittim, prirent 
l'habitude de la désigner par le nom de la 
plan te qui produisait un de ses princi paux 
objets d exportation. Ce fut là qu'ils ap- 
prirent à connaître le kypros ; et ils ap- 
pelèrent l'île de son nom, de même qu'ils 
avaient donné à l'tlede Rhodes le nom de 
la rose, qui f croît en abondance. Voilà 
Texplication la plus vraisemblable de 
Torigine du nom de Tîle de Chypre : elle 
était admise par les anciens eux-mêmes, 
et a été recueillie par Etienne de&yzance, 
d'après lequel sans doute Kustàthe la 
répétée (3). Ce nom de Kypros ou Cyprus, 
employé par les Grecs et les Latins , a 
passé dans toutes les langues de I Eu- 
rope moderne. Les Allemands et ies Fla- 
mands, dit Dapper, prononcent et écri- 
vent Cypru9 (bien que les premiers era- 
f>loient quelquefois le mot de Cyprès)^ 
es Italiens Cipro et les Français Cypre. 
Les Arabes nomment cette Ile Cupris, 
et la plupart des Turcs HCibl^Ué Depuis 
Dapper l'orthographe de t;e nom s>st 
modifiée dans notre langue. Fénelon n*c* 
crit jamais que le niot Cypre. Le traduc- 
teur de Dapper, de 1702, écrit de même. 
Le traducteur du f^oyagè de l'abbé Ma- 
riti, dont lé \ï\te parut en 1791, ne su 
sert jamais que du mot de Chypre, dont 
l'usage a tout à fait prévalu de'nos jours. 
Il est à croire que même au dix-sep- 

(i) Dapper, Descr. des isies de ^Archipety 
p. aa. 
(a) Cf. Engel, Kypiw, t. f, p. 14^ 



ILE DE CHYPRE. 



tièm« sièrie « au t«fnp» où l'on écrivait 
toDjoors Cypre, la pmfiondâticA de oe 
mot M ropproeliait di» Itt pronotieiatioti 
italienne « et qu'en modifiant l*ortho^ra« 
phe on n*a ftit que la mettre en eonfoi^ 
mité a?ee le aon du langage (1). 

POSITIOIV ÔÉOGKAPHTQtJfe BT DI* 

Miifstona BË iitLc DC Ghtphe. --*• 
Llle de Chypre est située dans la partie 
la plus orientale de la Méditerranée ^ 
antre lo golfe de Pamphjlie (solfe de Sat- 
Ulie) Cl le golfe d'Issus (golfe d'Aléxan- 
drette), Id mer de Syrie et la mer d*É- 
lypre (3). Sa ohaltie principale eourt dans 
une direction parallèle à celle des mon* 
lignes de lA Citieie, dont elle est séparée 
par un eenal de quinte lieues de lar* 
|ror ( Aulon Cilieius). LMle de Chypre 
s'étend à peu près du 30* au 32* degré 
de longitude et du S4<' 90' au Sd", 30"» de- 
gré de latitude. Elle forme un triangle 
allongé, à côtés inégaux, dont les trois 
sommeta aont le cap Dinaretum à Test, 
le cap Acamaa à Touest, et le cap Curias 
au sud. Le côté le plus oonsidérable est 
celui du nord, qui court de l'ouest à l'est, 
avec une légère inclinaison vers le nord, et 
qui est oompris entre le cap Acamas (cap 
Saiot-Eniphane) (8) et le cap Dinarète 
(eap de Sain t-And ré). De cette côte septen- 
trionale ae détachent deui promontoires, 
le eap Callinusa à Tooest (cap d*Alexan- 
drette, ou de Limnito selon Dapper) et le 
eap ]lromtiiyo& à l'est (aujourd'hui eap 

(i) Ifotis nods eonformerom àl'asage ordl" 
Biireeo nottt scManl du mot Chypre pourThi^ 
toirenodcrae, et totitft les foi* que nous par- 
Icroin de l'll« en général. Mail il nous parait 
plut coufome à la vérité liisiorique de coa- 
tcnrer raiicieuDe ortiiograplie cl d'éci'ire Cy- 
pK eo irailant fpécialeiDeBt de i'hiiioire au- 
àeoae de cette île. 

{a) Dan ville, Mémoire sur la géographie 
de Piie de Crpre {Académ, des Inscr,, KXXII, 
p, 5a5); MaQtK;rt, Géogr, d. Allen., VI, 
p. â48. 

(3} Capo ai Sanl-Èpiphaiiio, communément 
cùpo dl San-PI/a/ii. Dan» Talias calalaa du 
<luaiorziènie siècle, publié oar MM. Buchon et 
Tutu dans la Collection des notices et ma- 
ttutcrilf, t. XIT, p. Ï04, ce cap est appelé 
Sattcti'Bffnmi ^ et le cap Saint- André est ap- 
pelé eavo Sattuto-jifuiré, Les noms de la géo- 
Sophie moderne de l'ile de Chypre viennent 
éa Itafiens et des Catalans, qui éuient nailres 
weooMMrae du Levant au moyen 



Gormaohittî, Comamiito dans l'Atlas 
catalan ). !« côté sua-ouest, qui s^étend 
du cap Acamas au cap Curiaa (cap Délia- 
Gréa), est la plus petit des trois* C'est un 
rivage déeou pé en baies nomlnreuBes et hé- 
rissé de plusieurs promontoires^ qui sont 
dans la géographie ancienne les caps 
Drepane, Zephyrium « Arsinoé et Treta 
ou Phrurium, aujourd'hui cap Dropono, 
Chelidonio, cap Blanc^ et cap des Chats 
(Biancho, délie Gatte) . La troisième côté, 
tourné vers le sud-est, moins grand que 
le premier, mais beaucoup plus étendu 

2ue le ftecond, est compris entre les caps 
urias et Dioarètei et projette au loin 
datls la mer le cap que Ptolémée appelle 
ThronoT, et qui est probablement le cap 
Pila. Les anciens n'ont pas eu de notions 
bien exactes sur retendue de 111e de 
Cbjpre ; ils la regardaient comme une 
des plus grandes îles connues de leur 
temps; mais ils la plaçaient tantôt la cln- 

auième , tailtôt la sixième ou même la 
ixième dans l'ordre des grandeurs (1). 
Strabon évalue le pourtour de I1le , en 
suivant toutes les sinuosités, à trois mille 
quatre cents stades (S), ce qui fait quatre- 
▼ingt-cino lieues et demie. Le grand 
côté de rile a , selon Strabon , quatorae 
cents stades ou trente-cinq lieues de lon- 
gueur. Danvitle ne lui donne que trente 
deux lieues et demie. On comprend qu'on 
ne peut donner à ce sujet que des éva- 
luations approximatives. Les calculs les 
plus récents, qui eux-mêmes ne sont 
point encore d'une rigueur absolue, don- 
nent à l'Ile de Chypre une superficie de 
dna cent vingt lieues carrées , ou d'un 
million d'hectares (8). 

MoNTAO.'VES. — L'Ile de Chypre est 
traversée par deux principales chaînes de 
montagnes que les anciens avaient con- 
fondues et désignées par le même nom. 

(x) F'of. Engel, Histoire de Chypre^ t. I, 

E. aS. Un seul géographe, Agatliemenis* éla- 
IH exactement le raiiporl d*étendiie d<'s îles 
de la Méditerranée, il k>s classe ainsi : Sicile, 
Sardaigne, Cypre et Crète. 

(a) Strabon, 1. XIV, 6 ; Tauch., III, 241, 
(3) Voir dans les Archives des Missions, 
i85o, n. 161, ou àans \t Bulletin de la So~ 
ciété de Géographie^ une notice sur la situa- 
tion actuelle de l'île de Chypre et sur la coai< 
tructioQ d'une carte de Tile par M. de Mas- 
Latrie, 

1. 



LUNIVERS. 



11$ les appelaient toutes deux le mont 
Olympe. La plus considérable de ces 
deux chaînes s étend, dans la direction de 
l'est à l'ouest, depuis le cap Thronoî jus- 
qu'au promontoire Acamas : elle odupe 
rlle en deux versants, dont Tun a sa pente 
vers le nord, c'est le plus considérable, 
et l'autre, de moindre étendue, forme 
la r^ion méridionale de l'Ile. De cette 
(^atne centrale, qui râiferme le sommet 
le plus élevé de Ttle, le mont Olympe 
pro|)rement dit, et dont une partie s'ap- 
pelait l'Aous, se détachent de norh- 
breux contre-forts, qui vont projeter vers 
le rivage, dans le canal de Ciiicie ou dans 
la mer d'Egypte, les promontoires dont 
nous avons énuméré les plus considéra- 
bles; ces rameaux détachés de la chatne 
centrale divisent l'ile de Chypre en bas- 
sins d'une médiocre étendue, qu'arrosent 
de petits cours d'eau, dont quelques-uns 
ne sont que des torrents. L'autre chatne 
forme le prolongement septentrional de 
rtle ; elle commence au cap Krommyon 
et aboutit au cap Dinarète, vers l'orient. 
Dans une grande partie de sa longueur, 
cette chaîne longe le rivage , et se com- 
pose de rochera escarpés , coupés à pic, 
qui de ce côté rendent i'Ue inanordable. 
Entre œs deux chaînes principales s'é- 
tend vers l'orient la grande plaine de 
la Messaria ou Messarée, qui compte 
soixantendix-huit milles de longueur sur 
trente de large, et qui a toujours été la 
contrée la plus riche et la plus puissante 
de rile entière. Les pics culminants 
du système orographique de Tlle de 
Chypre portent aujourd'nui les noms de 
Kantara , SaiulrHilarion, Stavro-Vouni 
ou montdelaCroix, Troodos et Mâchera ; 
mais on n'en connaît pas exactement la 
hauteur. Cependant M. de Mas-Latrie, 
à la suite d observations barométriques 
faites récemment, a trouvé, sauf erreur 
de sa part , dit-il , que le Saint-Hilarion 
est élevé de 709 mètres , ou 2,i29 pieds 
au-dessus du niveau de la mer (1). C'est 
ajoute-t-il, à peu près les deux tiers de 
la hauteur du Vésuve et la moitié du 
Puy-de-Dôme. Le sommet appelé Troo- 
dos ou Throdos (3) paraît correspondre 

(x) Arcftives dês Missions, année x85o, 
p. i8o. 

(ft) Dapp«r l'appelle Trochodos et Trobo- 
dosy p. i6. 



à roiympe des aneietts poètes et géogra- 
phes. Le paganisme consacrait les hautes 
montagnes I ses dieux. On avait élevé sur 
celle-ci un temple à Vénus-Olympienne. 
Les chrétiens le remplacèrent par une 
chapelle dédiée à saint Michel- Archange, 
et les pentes de la montagne se couvri- 
rent de couvents grecs. LeStavro-Vouni, 
voisin des salines et de Larnaca , près de 
la côte méridionale, avait été consacré à 
Jupiter. La tradition rapportait que l'ini- 
pératrice Hélène , mère de Constantin , 
avait élevé sur cette haoteur une cha- 
pelle où elle déposa un morceau de la 
vraie croix. Jean Locke, voyageur an- 
glais, qui visita Jérusalem en l56S,donne 
une description détaillée de cette relique. 
Aujourd'hui l'occupation des Turcs a 
transformé ces montagnes en déserts, et 
a fait disparaître tous ces monuments 
de la piété du moyen âge. 

Fleuves, Tobbents. — L'tle de Chy- 
pre est arrosée par un grand nombre de 
cours d'eau. Mais la plupart ne sont aue 
des torrents, dont le lit, même en ni- 
ver, est presque entièrement desséché, et 
cela par l'extrême rareté des pluies. Le 
ciel y est pour ainsi dire d'airain, selou 
Mariti, et les historiens assurent qu'au 
temps de Constantin il s'écoula trente 
années sans que l'Ile ait été arrosée jpar 
la pluie. Si d un côté l'île est exposée à 
l'inconvénient des sédieresses prolon- 
gées, de l'autre elle est quelquefois expo- 
sée à de terribles inondations. « La nuit 
du dix novembre, veille de Saint- Mar- 
tin 1 330, dit Loredano, la rivière qui pas- 
se à Nicosie crut d'une telle force qu'elle 
inonda non-seulement les endroits les 
plus bas de la ville , mais encore ceux 
que l'on croyait par leur situation être 
le plus en sûreté. Les eaux, arrêtées par 
un pont, menaçaient de tout engloutir; 
mais ce pont fut entraîné par le torrent, 
et sa chute facilita l'écoulement des eaux. 
Il y eut néanmoins quantité de maisons 
renversées et bon nombre de personnes 
entraînées par le torrent. Cette inon- 
dation dura trois jours; la ville de Li- 
massol fut entièrement détruite , et il y 
périt deux mille personnes. Les habi- 
tants des campagnes s'étaient retirés sur 
les hauteurs, d'où ils voyaient au loin les 
eaux engloutir et entraîner leurs bestiaux 
et leurs chaumières. » Le cours d'eau 
le plus.oonsidérable de l'tle est cette ri- 



IL£ DE CHTPRE. 



fière qoi passe à Nieode, el que les an- 
cieDS appelaient le Pedioeos, qui arrose la 
Hessai^, la plus vaste et la plus fertile 
plaine de Ftle de Chypre. Le Pediœos 
coule de Touest à l'est, et se jette dans 
le golfe de Salamine. Sur la côte sep- 
tentrionale on remarquait le Lapitbos, 
près de la ville de ce nom, et le Clarios, 
qui eoule à Touest de la ville de Soli. 
Le rivage méridional était arrosé, outre 
de nombreux torrents, par le Tétios, à 
Touest de Citîum, le Lycos entre Ama« 
thonte et Curium , et le Bokaros entre 
les deux villes de Paphos. 

AiB, Climat, TEMPÉBàTUBB. — Le 
elimat, la température de Ttle de Chypre 
ont b^ucoup d*analogie avec ceux des 
légions oui Tavoisinent. Elle a les 
grandes cnaleurs de la Syrie, les vents 
violents et la sécheresse de la Cilicie- 
Trachée , inconvénients dont il est sou- 
vent Élit mention dans les anciens (1) , 
nuis que compensent les douces brises 
de la mer et les fraîches rosées de la nuit 
I>ans rété les habitants de 111e vont 
chercher la fraîcheur sur les montagnes, 
en hiver ils redescendent sur les cdtes 
et dans les vallées. En effet dans cette 
saison le froid y est plus sensible qu'on 
oe pourrait le croire diaprés la position 
du pays, surtout dans la partie nord, qui 
reçoit les vents glacés du Taurus et des 
côtes de la Caramaiiie. Les sommets de 
la cbatoe de TOlympe restent longtemps 
couverts de neige. Les anciens préten* 
dent que Tair de Ttle de Chypre est 
mauvais et malsain. On allègue en 
preuve de cette assertion, la contagion 

Îui fondit sur l*armée de saint Louis, 
>rs de son passage en cette tie Tan 1 259. 
Ceux (|ui ont longtemps habité Chypre 
sont d un avis contraire; et voici com- 
ment s'exprime à ce sujet Tabbé Ma- 
i^it (2). « Les fièvres tierces et quartes 
*ont, il est vrai, très-fréquentes et très- 
opiniâtres à Chypre et dans tout le Le- 
^at; mais les causes n'en sont pas dans 
^ malignité de Tair. U est (Tailleurs 

(0 Martial, IX, 9 1,9. Injamem nimio calort 

Cypnm; Solin, c. xx : Inciiatissimus calor, 

^M lei Jr^rofumiques atlribaées i Orphée 

«Je est appelée ^ve|i6fi9aa, y. 1 290. Cf. EDgel, 

*riP'««, p. 3i. 

W ^©rtt^e dans tiU de Chypre^ etc., t. I , 
p. 5, 



fiacile de les éviter. Tai souffert pendant 
dii mois entiers de cette maladie : mon 
expérience peut être utile à d'autres , je 
vais en conséquence entrer dans quel- 
ques détails à ce sujet. Je ne tardai pas 
à m'apercevoir que je donnais lieu 
moi-même aux rechutes qui prolongè- 
rent ma fièvre si longtemps. La chaleur 
excessive du climat entretient une trans- 
piration abondante et continuelle ; si 
1 on a l'imprudence de s'exposer dans cet 
état au moindre vent , les pores se res- 
serrent , et il en résulte une suppression 
de transpiration qui est infailliblement 
suivie de la fièvre (1). Une autre cause 
encore , ce sont les liqueurs fortes et 
l'usage immodéré de certains fruits, et 
particulièrement du concombre, de la 
pastèque et du melon. Les naturels même 
du pays échappent rarement, et surtout 
en été, à cette espèce d'épidémie; mais 
ils se contentent d'une légère saignée, 
laissent agir la nature, et guérissent sans 
remède , sans régime, et avec la seule 
attention de se priver de fruits. Cette 
méthode, je l'avoue, ne suffirait pas aux 
Européens. La maladie exise de leur 
part un peu plus de soin. Elle n'est pas 
sans danger ; on ne le prévient que par 
un régime austère et soutenu. L'exercice 
du cheval est encore un remède que les 
Turcs et les Grecs emploient avec succès, 
au moins pour empêcher les obstruc- 
tions occasionnées par cette sorte de 
fièvre. Ces derniers quelquefois , las et 
ennuyés de ia constante opiniâtreté du 
mal, prennent au moment où le frisson 
annonce son retour, un grand verre de 
l'excellent vin de Chypre, et ce remède 
agréable est un de ceux qui réussissent 
le mieux. » 

A Chypre, comme dans presque toutes 
les contrées du Levant , les pluies sont 
périodiques. Elles commencent vers la 
mi- octobre, et continuent par intervalle 
jusgu'à la fin de janvier. Février est 
moins pluvieux, dit l'abhé Mariti (2} , et 

(i) Ceat à dessein qtie j'ai reproduit ce 
passage, qui contient d'utiles conseils. Tous 
ceux qui ont voyagé dans le Levant reconnaî- 
tront la justesse de ces observations, que j'ai 
plus d'une fois vérifiée par ma propre ex- 
périence ou par celle de mes collègues de l'é- 
cole française d'Athènes. 

(«) f^oj-age dans Vue de Chypre^ etc, l. I, 
p. aés. 



* 



L'UIflVraS. 



quelquefois offre un ciel sauf nuages; 
mais les eaux recommeneent avec force 
vers le milieu de mars jusqu'à la lia 
d'avril, hes pluies cessent eu mai, et sont 
suivies de douces rosées qui entretien* 
Dent la fraîcheur, activent la végétation, 
en tempérant les chaleurs de juin. Ce 
mois écoulé, il ne faut plus attendre ni 
rosées ni pluies ; un ciel hrOlaut dessèche 
et appauvrit la terre, et épuise le culti* 
valeur par une excessive transpiration. 
Ces chaleurs, dont Tintensité augmente 
de plus en plus, seraient insupportables 
si l'air n'était rafraîehi par ce vent bien* 
faisant qui vient de ta mer et tempère les 
ardeurs du climat sur toutes les côtes 
de la Méditerranée. Il s'appelle Tembat 
à Chypre, comme sur tous les autres 
rivages grecs ( 1 ). Le vent cesse de soufQer 
vers le niilieu de septembre, et alors 
commencent les plus fortes chaleurs; 
mais elles durent peu, et sont tempérées 
par les nuages pluvieux qui couvrent 
ratmosphère vers la (in d'octobre. Ainsi 
en été le vent du sud est rafraîchissant, 
parce au'il 6*élève de la mer. Au con- 
traire, le vent du nord entraîne avec lui 
des vapeurs malsaines et brOlantes. C'est 
le vent qui vient de l'Asie Mineure. Lé- 
gèrement rafraîchi par la mer qu'il a 
traversé , il est moins incommode sur la 
cote nord de l'île; mais il est aussi mal- 
faisant qu'insupportable pour les habi- 
tants de la région méridionale, où il ap- 
porte avec lui la chaleur des terres sèches 
et brûlantes qu'il a parcourues en fran- 
chissant la chaîne de l'Olympe (â\ Si 
par malheur ce vent souffle sept ou huit 
lours de suite, tous les fruits sont brûlés, 
les plantes séchées et flétries jusqu'à 
leurs racines, et la récolte de l'année est 
anéantie. De là vient que la disette se 
fait souvent sentir dans cette Ile, malgré 
la fertilité, la bonne qualité des terres. 

(i) LV|qb«t, T^ l(iêaTi, de è|iSa(v(i) ou i(A- 
&9i<»>» C'est le vent ijui introduit ou qui s'io- 
trodiiit dans le port, qui envahit la lerre. C'est 
toi^ours, par conséquent, le veot de mer. Il y 
a un «ntbai aM Pii'ée, et dans toutes les îles 
grecques ; mais ce nom ne s'applique pas aux 
vents tumultueux et de tempête, il est ré- 
servé aux vents réglés qui soufflent de oier. 
. (a) De même ^ Athènes, le vent du nord 
qui a traversé TEubée, la Diacrie et les cimes 
arides du Parues el du PenI clique ne procure 
aucun rafraîchissement, malgré sa violence. 



Lfg vents brûlants el la fiÈéeheresae sont 
les deux fléaux du paysan cypriote (1). 

Productions dk l'îlb ns Ghypbb. 
•<- Les anciens voyaient il le de Chypre 
plus peuplée, mieux cultivée, plus pros- 
père qu'elle ne nous apparart aujour- 
d'hui sous la déplorable administration 
des Turcs. Aussi prétendaient-ils , eC 
cela pourrait être encore vrai de nos 
jours , qu'il n'y avait pas de pays plus 
fertile et plus riche en productions na* 
turelles. Les approvisionnements y sont 
eneore à si bon marché, que les navires 
de commerce ont l'habitude de relâcher 
à Larnaca , où ils se ravitaillent à peu 
de frais (3). Ammien-Marcellin exprime 
d'une manière bien sensible la variété 
et Tabondance des produits de l'île de 
Chypre, quand il dit qu'on peutytrou--' 
ver tous les matériaux nécessaires pour 
construire un vaisseau depuis la quille 
jusqu'aux voiles, et le lancer en mer 
chargé de toutes sortes de provisions 
récoltées dans l'ile même. 

MiNBRiux. — Cette assertion n'a rien 
d'exagéré ; on peut s'en convaincre par 
une énumération rapide des principales 
richesses naturelles de Tlle de Chypre. 
Le cuivre était le métal le plus employé 
par l'industrie des anciens. Chypre était 
si renommée par ses mines de cuivre , 
qu'on l'avait surnommée /Erosa, Le 
cuivre de Chypre était le plus estimé 
dans l'antiquité, où il est souvent fait 
mention du ya>x%ç x^npio; , de F ses 
cyprium. Ce métal enfin s'appela chez 
les Latins du nom de Ttle où il était 
si abondant et de si bonne qualité ; ils le 
nommèrent cuprum, et notre mot cuivre 
en dérive. Selon la tradition (8), le héros 
Cinyras avait le premier découvert et 
exploité ces mines de cuivre , dont les 
plus considérables se trouvaient près de 
Tamassus, d'Amathonte, de Soli , de 
Curion et sur le Crommyon. On y trou- 
vait aussi du fer, mais en moins grande 
quantité. Poeocke a vu dans les environs 
de Paphos et de Soli des mines de fer 
creusées dans les montagnes, ainsi que 

(x) Dapper; Dtscr. de rjrehtpef^ p. 4i- 
(a) Engel, Kjrpros, I, p. 40; Strabon, 

I. XIV, 6 ; JElicn, Traité des jén'mQWt, V, 

56; Ammien-Marcellin y I. XIY. 
(3) Pline, Hist, Nat., Vil, 57 ; XXXIV, 

a ; Engel , Kypros^ 1. 1 , p. 43. 



ILE DE CHYPRE. 



près de Boie, à Fouest de Soli, près du 
promontoire Acaœas, où il signale Teiis- 
(eoee d'une source d'eau minérale. Pline 
parle des diaoïants de l*tle de Chypre ( 1 ), 
et au sièei# /iemier Poooeke signale le 
pays de Baffa (Paphos) eonime produi- 
iaot un diamant très-dur, supérieur, se- 
loD lui , aux pierreries de Kerry et de 
Bristol. Mais les connaisseurs refusent 
de reconnaître ce produit de Tîte de 
Chypre pour du véritable diamant. On 
trouvait eneore dans cette contrée de 
Falun blane ou noîr, de l'amiante dont les 
aocieDs disaient une toile avec laquelle 
lis enveloppaient leurs morts avant de 
les mettre sur le bûcher, des émeraudes 
très-précieuses, du jaspe, des opales, 
de l'agate, des saphirs, dii cristal, du 
lapis-laiulî , des pyrites , bu pierres à 
feo, des pierves d'aigle, du ^pse, de la 
ehaux, des marbres, des pierres meu- 
lières, et cette pierre friable appelée 
émeri, que les anciens désignaient sous 
le noin de poussière de Maxos. Les côtes 
de rite étaient garnies de coraux. Les 
salines de Chypre étaient très- renom- 
mées, surtout celles des environs de 
Salamineet de Cittium (2), non loin de 
laquelle on voit encore aujourd'hui le 
grand lac des Salines. Telles étaient les 
richesses minérales que llle de Chypre 
offrait à l'industrie de ses anciens habi- 
tants, et que l'incurie des modernes 
Cypriotes laissent enfouies dans le sein 
de la terre, il n'y a que les salines qui 
(ontinuent à être exploitées ; les der- 
sières évaluations portent à 7,500,000 
kilogrammes, et à la valeur approxima- 
tive de 7S,000 francs la quantité de sel 
nporté annuellement de l'tle de Chypre. 
VÉGÉTAUX. — Pendant la plus grande 
partie de Tannée les montagnes et les 
▼allées de Ttle de Chypre sont couvertes 
dune abondante végétation. L'nir est 
rempli des émanations embaumées des 
mille et mille (leurs qui couvrent le sol, 
et dont les parfums avaient valu à cette 
Ile fortunée le surnom d'cùû(^T); (3). Le 
narcisse, Tanémune, l'hyacinthe, la 
renoncule et quantité d'autres fleurs, 
aussi odorantes , d'un aussi vif éclat 

(i)Pliae, ȉl. JVirr.. XXTLVII, i5. 
(i) Voir surtout Pline aux livres XXXTl 
ei XXXVII, [uissim. 
(3) Engel, Kypros, I, 58; Dapper, p. 46. 



émaillent les champs, les coteaux des 
collines , les bords des chemins. Mais 
nous Bravons pas à décrire la flore de 
rtle de Chypre ; qu'il nous sufOse d*in- 
diquer parmi les produits du rè^ne 
végétal ceux qui étaient dans Tanti- 
quité et ceux qui sont devenus depuis 
pour les habitants de Tlle un objet a*ex- 
ploitation et une source de richesse. 
Mentionnons d'abord le cyprus, cet ar- 
brisseau auquel Tile dut probablement 
son nom. Les Arabes appelaient cette 

Î^lante henné ou el hanna ; les Latins 
'ont nommée ligustrum, et les Français 
troène; son nom botanique est lawsonia 
aiba (1). Voici la description qu'en donne 
Dioscoride : « Le cyprus est un arbre 
dont les feuilles ressemblent è celles de 
l'olivier, si ce n'est qu'elles sont plus lar« 
ges, plus douces et plus vertes. Ses fleurs 
sont blanches , disposées en grappes 
et odoriférantes. Sa semence est noire 
et semblable à celle du sureau. » Pline 
le décrit ainsi : « Le cyprus est un arbre 
d'Egypte, dont les feuilles sont sem- 
blables à celles du jujubier, et la se- 
mence à celle de la coriandre, qui pro- 
duitune fleur blanche et odoriférante. On 
cuit cette fleur dans de l'huile; et après 
qu'elle a bouilli suffisamment, on 1 ex- 
prime, et il en sort une huile qu'on ap- 
pelle cyprinum ou cyprium. Le meil- 
leur croît à Canopus, sur le bords du 
I^il, le second à Ascalon, et le troisième 
en l'île de Cypre ; ce dernier est le plus 
odoriférant de tous (2). » Le heimé est 
un des arbrisseaux que Ton rencontre le 
plus communément en É^^ypte , ou ses 
teuilles et ses fleurs sonf très-recher- 
chées, celles-ci à cause de leur odeur, 
qui ressemble à celle du musc, celle-là 
parce qu'elles servent à teindre en jaune 
ou en rouge certaines parties du corps, 
telles que les ongles, les lèues, les pau- 
pières, les cheveux des femmes, ainsi que 
la crinière, le sabot, la queue des chevaux. 
Dans tous les bazars du Levant on voit 
exposée cette poudre verdâtredu henné, 
qui est toujours très- recherchée pour la 
toilette des femmes de ces contrées. 

Les vins de Chypre étaient déjà très- 
estimés des anciens. Pline parle de la 

(i) Engpl, Kypros^Tp. 64. 
(«) Dio-^cor., I, ia4; Pline, XII, 5'î 
XXIII, 46; Hérod.,II, 94. 



a 



L'UNIVERS. 



grosseur extraordinaire de ses raisins , 
de la grandeur des ceps, dont un seul 
avait fourni tout le t)ois nécessaire à la 
construction de Tescalier du temple de 
Diane à Éphèse. Les crus les plus re- 
nommés étaient ceux de Papbos, d'A- 
matbonte et des coteaux sud du mont 
Olympe. C'était de ces cantons qu'on ti- 
rait le vin de Gommandç^rie. « Le terri- 
toire de la Commanderie, dit Tabbé Ma- 
riti , est enclavé dans cette partie de l'tle 
que les Grecs appellent Orni , laquelle 
comprend au couebant une portion de 
l'ancienne province de Papnie, et au 
midi une autre de celle d'Amathusie, 
qui n'est pas moins ancienne. Ce terri- 
toire est borné au levant par la ville de 
Limassol , au couchant par celle de Pa- 
pbos, au nord par le mont Olympe. En- 
tre plusieurs bameaux qui s'élèvent dans 
cette enceinte , les plus renommés par 
la qualité de leur vin sont Zoopi et 
Ozongun , voisins Tun de l'autre et si- 
tués sur la même colline. Ce nom de 
la Commanderie donné au territoire 
dérive des chevaliers des ordres de Saint- 
Jean de Jérusalem et du Temple, auquel 
il appartenait. Malte conserve encore 
des prétentions sur cette propriété, et le 
grand maître en confère le titre à un 
commandeur de l'ordre; c'est à pré- 
sent la famille des Comaro, établie à 
Venise, qui en est revêtue (1). » Les jar- 
dins produisent tous les fruits de TO- 
rient, grenadiers, orangers, citronniers, 
oédrats. L'arbre qui produit les ca- 
rouges croît dans l'île entière; on y 
trouve de grandes forêts de cyprès et de 
pins ; l'île de Chypre est riche en oliviers, 
en tins, en chanvre, en garance et en cé- 
réales : le palmier^ est aussi beau qu'en 
Egypte et en Syrie; les fruits aqueux 
du genre cucurbitacé y viennent en abon- 
dance. On y recueille un miel excel- 
lent , de la térébenthine , du ladantim , 
suc visqueux que produit une certaine 

Ï liante qui ressemble à la sauge, et dont 
a fleur approche des roses sauvages 
qui viennent dans les haies. « La ma- 

(i) Mariti, Voyage de Chypre, etc., I, 
p. 971. Voyez tous les longs renseignements 
donnés dans cet ouvrage sur la culture de 
la vigne, le transport des vins, la manière de 
les conserver, et Texportation qui s'en faisait 
en Europe au dix •huitième siècle. 



jeure partie du iadanom se reeueOle , aa 
printemps , dans le village de Lascara. 
Le matin, de très-bonne heure, les ber- 
gers conduisent leurs troupeaux de chè- 
vres dans ces environs; le ladanum, mûr 
et visqueux, s'attache aux barbes des chè- 
vres ; on l'en retire, et le ladanum aioai 
recueilli est le plus pur et le moins 
chargé de matières hétérogènes ; tandis 
que ces animaux paissent dans la plaine, 
les bergers en amassent de leur côté : 
c'est ce qu'ils font en attachant au bout 
d'une petite perche une peau de chèvre, 
avec laquelle ils vont essuyer les plantes 
couvertes de celte rosée (i). » Au temps 
de Dioscoride on recueillait le ladanum 
de la même manière, et on l'appliquait au 
même usage que de nos jours , où il est 
très-employé en médecine. A toutes ces 
productions connues des anciens il faut 
ajouter celles qui sont dues aux décou- 
vertes des siècles derniers et à l'impor- 
tation des végétaux étrangers. Le ooton, 
le mûrier, la canne à sucre, le tabac y 
réussissent parfaitement ; et Une dépend 
que de l'industrie et de l'activité des ha- 
bitants de tirer de leur culture de grands 
profits. 

Animaux. — On trouve dans llle de 
Chypre tous les animaux de la Grèce et 
du Levant. Les chevaux y sont fort es- 
timés, non pour la rapidité de leur 
course , mais pour la sûreté, la douceur 
de leur pas dans les chemins difficiles 
et dans les montagnes. Ils sont infatiga- 
bles ; les ânes, les mulets ont les mêmes 
qualités. Les boeufs sont petits et mai- 
gres, et ne servent qu'au labourage. La 
viande dont on fait la plus grande con- 
sommation est celle du mouton, qui y 
est succulente et délicate. On y voit des 
moutons dont la queue est si grosse et 
si pesante , qu'on la fait reposer sur un 
petit charriot à deux roues qu'on leur 
attache par derrière. Du reste, leur chair 
a une odeur qui la fait repousser du 
ran^ des aliments , et on ne les nourrit 
qu'a cause de leur laine, qui étant mêlée 
avec du poil de chèvre sert «1 &ire de 
fort beaux tapis et de bonne couvertu- 
res (2). Les chèvres et les boucs y sont 



il) Manti,; 

11) Dapper. 

n, p. 5i; Er 



Voy, en Chypre, etc., I, p. 306. 
Descript, des Isies de lArchi' 
pei, p. Di; Engel, Kypros, I, 69; Mariti, 
Voyage, I, 35. 



ILE DE CHYPRE. 



en très-grande quantité, et leur poil sert 
à faire de fort beaux camelots qu'on ex- 
porte. Les forêts et les montagnes de 
nie sont peuplées de montons , de che- 
vreuils , de bouquetins, de lapins et de 
lièvres. Les lévriers y sont excellents 
pour la ebasse. Ltle nourrit aussi une 
grande Quantité de toutes sortes d'oi- 
seaux, tels que pigeons, perdrix, cailles , 
iaisans, béeasses, grives, tourterelles, 
oies et canards. « Les becfigues et les 
ortolans y sont chargés de graisse , dit 
Tabbé Mariti, et telle est leur nniltipli- 
dté, que les paysans, à quatre sous le 
bouquet ou la douzaine, y font un gain 
considérable. Ils prennent le plu^ grand 
nombre près du village de Samt-Nappa. 
Us en portent une partie à la ville; mais 
communément ils leur enlèvent la tête 
et les pattes , leur donnent un premier 
bouillon et les mettent dans du vinaigre 
avec quelques in^irédients conservateurs, 
lis les pparaent amsi une année entière, 
et les vendent au même prix que les au- 
tres. Le débouché pour ces sortes d'oi- 
seaux est chez les Européens de Larnic 
( Larnaca ) , qui en font passer en An- 
gleterre, en France, en Hollande et dans 
quelques parties de l'empire Ottoman. » 
L'oiseau carnassier le plus commun dans 
oeUe tie est le vautour, qui en dévore 
tous les cadavres. Malheureusement ce 
pays abonde en bêtes venimeuses et en 
losectes malfaisants, serpents, tarentu- 
les, galères, moucherons, moustiques, et 
surtout les sauterelles, qui font dans les 
champs les plus grands ravages. « Par- 
tout où elles s'arretent, les blés, les her- 
bes, les racines même, tout est dévoré, 
tout est consumé en un instant. Il sem- 
ble au*on ait incendié la contrée. Autre- 
fois les habitants se donnaient toutes les 
peioes imaginables, faisaient les plus 
grandes dépenses pour extirper ces in- 
sectes destructeurs : tous se mettaient à 
la recherche de leurs œufs.... On tient 
maintenant à œt égard une conduite bien 
différente. Si l'on se donnait autrefois 
tant de peine pour détruire ces insectes 
persécuteurs, il est défendu d'en détour- 
ner même les œufs que l'on trouve. La su- 
perstition des Turcs croit que l'on ne 
peut sans crime s'opposer aux châtiments 
de Dieu , et les Grecs , craignant , s'ils 
étaient découverts, quelque outrage de 
leur part, laissent propager ce fléau. La 



plaine de Messarée est la retraite ordi- 
naire de ces sauterelles : heureux lors- 
qu'un bon vent de terre les entraine vers 
la mer, où il en périt des légions (1). » 

VlLLBS DE L*tLB DE ChYPBE. 1** DE- 
PUIS LE GAP ACAMAS JUSQU'AU CAP 

DiN ABÈTB. — Autrefois l'île de Chypre 
était entourée d'une ceinture de villes 
florissantes. Occupée par les deux na- 
tions les plus industrieuses de l'antiauité, 
les Phéniciens et les Grecs , elle ngure 
toujours dans l'histoire comme jouis- 
sant d'une grande lirospérité mattfielle. 
Mais elle perdit de bonne heure son in- 
dépendance politique, et aujourd'hui, 
tombée de servitude en servitude sous 
le joug des Ottomans, elle languit comme 
toutes les autres contrées soumises à 
cette fatale domination ; ses villes sont 
dépeuplées, ses campagnes incultes et le 
port deXarnaka suffit presque seul aux 
Desoins de son commerce. A la place des 
villes signalées par les anciens géogra- 
phes on ne trouve plus ordinairement 
que des raines ou de chétifs villages. Là, 
comme dans tout le Levant, le voyageur 
est continuellement attristé par le spec- 
tacle de la désolation et de la décadence. 
En longeant la côte septentrionale de 
l'île, à partir du cap Acamas ou de Saint- 
Épiphane (3), on trouvait la ville d'Ar- 
sinoé, qui dut son nom à l'une des rei- 
nes d'Ë^pte , auprès de laquelle Stra- 
hou place un bois consacré a Jupiter, et 
dont l'emplacement est probablement 
occupé aujourd'hui par le village de Po- 
lykrusocho. Au pied du promontoire Cal- 
Imusa ou Limnilo, les cartes vénitiennes 
et Danville placent la ville d'Alexan- 
drette, qui dut sa fondation à Alexandre 
le Graiio ou aux Ptolémées. Kntre ce cap 
et le Crommyon , près du petit fleuve 
Qarius, s'élevait la ville de Soli, qui était 
autrefois la capitale du plus puissant^ 
des royaumes de Chypre a près Snlamine. 
« Solon , dit Pluurque (3), étant venu 
dans rile de Cypre, se lia d*amitié avec 
Philocyprus , un des rois de l'tle , qui 

(i) Mariti, Forage en Chypre, I, i34. 

(a) Foj, Strab., XIV, p. 48a ; Ptolémée, 
T , i4; Plioe, Y, 35; Gonstaut. Porphyr., 
Titem,, I, i5 ; Engel., Krpros, I, 71. 

(3) Plut., Sol., a6; trad. Pierron, I, p. aog. 
Selon Sirabon elle aurait été bAtie |Mir deux 
Athéniens, Aoaoïas et Phalénis, 1. XIV, c. 6. 



to 



L'UmVERS. 



habitait une petite viUe bâtie par Dém^ 
phon, fils de Tbésée, près du fleuve Ûa- 
rius. C'était un eadroit fort d'assiette, 
mais, du reste, un terrain stérile et inr 
grat. Soloq persuada au roi de trans- 
porter la ville dans une belle plaine si- 
tuée plus bas , et de l'agrandir en ta 
rendant plus agréable. Il aida même à 
la construire, et à la pourvoir de tout ee 
gui pouvait y (faire régner Tabondance 
et eoptribuer à sa sûreté. Philocvprus 
eut bientôt un si grand nombre de su? 
jets, qu'il enoourut la jalousie des rois 
voisins. Aussi, par une juste reconnais* 
sa née pour Solon , donna-t-il à sa ville , 
qui s'appelait d'abord Epia , le nom de 
Soli. » Poeocke plape à l'endroit oeoupé 
par Soli le village d'Aligore, et plus baut 
dans Ja montagne il a retrouvé un lieu 
appelé Épé , qui est probablement Fan- 
cienne i£pia (Aiireu). Selon Oapper, Soli 
était devenu le bourg de Solea (i). Soli 
avait un beau port et un temple de Vé- 
nus et d'isis. Elle était adossée au sud 
et à l'ouest à des ooUioes tràs*fertiles. 
On a trouvé en cet endroit un mur cir- 
culaire nue Ton croit être les ruines d^un 
ancien théâtre. 

A Test de cette pointe de terre, qui se 
termine par le cap Cornaohiti ou Crom- 
niyott, sWnd une cote d'une extrême 
fertilité, que traverse le Lapethos (au- 
jourd'hui Lapitho) et que fécondent de 
nombreuses sources qui font circuler 
en tous sens des eaux abondantes. L'an- 
cienne ville de Lapethos, doqt Strabon 
fait une colonie lacédâiupnienne, est au- 
jeurd hui le bourg turc et grec de Lapi- 
the, ombragé d'orangers et de palmiers, 
ayant un bazar et assez d'industrie. Il 
ne compte pas moins de quatre cents 
familles grenues, et passe pour le plus 
^aod village de Chypre (&). A huit milles 
a Test était la ville de Gerinia, Ceraunia 
ou Cinyria , dont Fliistorien Lusignan , 
évéque de Limisso, attribue, sans au- 
torité , la fondation à Cyprus. Cette ville 
resta importante au moyen âge , grâce 
surtout à sa citadelle, qui date des pre- 
miers temps de son existence, et ope les 
Lusignans agrandirent encore. C'était 
le port le plus fréquenté pour le corn- 
ai) Dapper, Dcscript,, p. 39. 
fa) M. de Mas-Lalrie, Arehiv. d^s Mis" 
siofu, t85o, p. 173, 



meroe de la Caramaaie. L*abbé Mariti 
signale l'existence de cavaux creusés 
dans les rochers situés à l'ouest de la 
ville, et appelés par les gens du pays 
sépulcres des Gentil» (1). La forteresse 
subsiste encore , mais Kerinia ou Cérîoes 
n'est plus qu'un misérable villas^e. A 
l'est deCérines, à cin<| milles de distança, 
on rencontre Ips ruines magnifiques de 
l'abbaye de Lapais , qui avait été fondée 
par Hugues 111 de Lusignan. La plaine 
au bout de laquelle elle est située est la 
plus fertile et la pins riante de Tile. 
« La richesse de ses productions, h 
diversité des arbres sauvages et frai- 
tiers, de petites collines couvertes d'une 
éternelle verdure, un paysage ehannant, 
mille perspectives délicieuses, un air 
embaumé des parfums les plus purs, une 
multitude de souroes et de ruisseaux , 
tout concourt à faire de cette ^te ub 
séjour, un vrai paradis de déliées (2). * 
L abbaye de Lapais fut détruite par les 
Turcs après la prise de la citadelle de 
Cérines. Non loin de là , après Ja yiWt 
ancienne d'Aphrodisias , le rivage de 
Chypre se hérisse de rochers et se oorde 
d'une chaîne de montagnes qui se pro* 
longe en pointe à l'est , et se termine au 
cap Dinarète ou Saint- André. 

T Du CAP DlITAHÈTB AU PKOMON- 

toibeCubias. — Après lecap Saint-An- 
dré la cote de Tlle redescend brusque- 
ment au sud -ouest, et en suivant la ligne 
sinueuse de tout ee canton oriental, 
qui s'appelle aujourd'hui le Karpas , on 
trouve auprès du village Haï Sergui les 
ruines de l'antique Salamine, fondée par 
Teucer, que le courroux de son père Té- 
lamon contraignit à s'expatrier après le 
siège de Troie (3). Cette ville devint )a 
principale colonie hellénique dans Ttle 
de Chypre, et en fut regardée comme la 
capitale. Son port était vaste et biea 
fermé. Presque entièrement détruite par 
un tremblement de terre sous le rèsne 
de Constantin le Grand, elle fut rebâtie 
plus près du fleuve Pedius, qui traverse 
la plaine de la Messaréa, et elle s'appela 

(i) Voyage en Chypre ^ I, iot. 

(a) Id., I , p. ro5. Lei ruines an couvent 
80!)i décrites par Mariti, et mieux eocore par 
M. de Mas>Latri6. 

(3) Dapper, Description ^ p. ikS; Cngel, 
Kyprùs, I, p. 89 ; Marili, p. laS. 



ILE W CHYPRE. 



11 



depirig Goostantifi. Les éprivalns ecolé- 
àastigoM prét^dent qu*ella devait ce 
nouveau nom au roi Costa, père de sainte 
Catherine. Mais la nouvelle fille fut 
ilétruite par les Sarrasins au temps d'Hé- 
nelius, et n*a jamais été relevée de- 
puis (f). A quatre milles dans Tintérieur 
« trouve le œuvent célèbre de Saint- 
Baroabé, dont le eorps fut découvert en 
œt endroit sous le règne de Zenon; il 
portait sur sa poitrine, dit la tradition 
eooservée par Baronius, Tévangile écrit 
de la main même de saint Mathieu. On 
porta <ws précieuses reliques à Cons- 
laotinople, et eefotrorigine des privilé^ 
g<v et distinctions extraordinaires accor- 
dés au métropolitain de Ttle de Chypre. 

A six milles à Touest, sur remplace- 
ment de raneienne Ammoehostos, dont 
elie a eonservé la nom, se trouve la ville 
de Famagouste, riche et florissante au 
moyen Ige, et qui ne conserve de son 
astique splendeur que sa cathédrale 
(Mhique et ses heaui remparts. Il n'y 
a que des Turos dAi^s cette ville, dont le 
séjour «st interdit aux Grecs : ceux-ci 
rendent au village voisin de Varoschia. 
CoQstruite au treizième siècle par les 
Lusignans, elle fut la principale forte- 
ressedfi l'île, et sontipt contre Mustapha, 
MUS le r^nedu sultan Sélim» en 1570 
«t U71, ce siège mémorable où les Vé* 
Ditieus déployèrent un courage digne 
d UD meilletir sort, hà ehute de Fama- 
goustesQtraîqa la perte dellle» qui passa 
des Vénitiens aux Turcs. 

Plus bas, au sud-ouest, Strabon place 
le port de LeueoUa, établissement de 
peu d'importance. Au sud, une mon- 
^ne escarpée s'avance dans la mer, et 
lorme le cap Pédalion, aujourd'hui pro- 
montoire délia Grega. A partir du Pé- 
daiioQ on ne trouve vers ie sud qu'une 
côte abrupte, rowUeuse, découpée en 
baies, hérissée de pointes menaçantes, 
dont les plus saillantes sont le cap 
Ironoî (Pila) et plus au sud le cap Dadès 
(promontoire Kiti), au delà duquel se 
trouvait la ville de Gitium, dont les ruines 
M voient aujourd'hui entre la Scala et 
Uraaea. Le port fermé dont parle Stra- 

(0 Pooocke» Detcrivt, dû l'Orient, t. IV, 
!• 3, dérril les ruines ac ces deux villes. Yoir 
dans Bofkh, Corp, lascr,^ trois inscriptions 
^vécs à Salamine. M»i6a5, a639, a638. 



bon est naiiitaiiaBt eomUé, mais eo- 
eore bien reconnaissable. Oo a retrouvé 
les fondements des murs, des tombeaui 
de marbre blanc, les restes d'un théâtre, 
des inscriptions phéniciennes, des débris 
d'aqueduc; à part les inscriptions, tout 
le reste appartient h l'art grec. Primi- 
tivement colonie phénicienne, la vil le de 
Ketim ou Citium se remplit de Grecs, qui 
peu à peu efEacèrent l'aneieiine popula- 
tion. Les inscriptions grecques y sont 
plus nombreuses que les mscnptioDS 
phénieieanes, dont on a découvert trente- 
trois, presaue toutes si mutilées qu'elles 
sont illisibles. Danville, après Lusignan, 
avait placé Citium sur l'emplacement du 
hameau de Qtti, situé plus au sud et où 
les rois Lusignans avaient un château et 
une maison de plaisance dont les ruines 
subsistent encore. Chaque jour de nou- 
velles fouilles et découvertes viennent 
détruire cette erreur du savant géogra- 
phe (1). La ville de Larnaca, qui a suc- 
cédé à Citium, contient, avec son annexe 
maritime de la Scala ou la Marina, une 
population de six mille habitants. Les 
consuls européens et la plupart des né- 
gociants francs y résident , quoique ce 
soit l'endroit le plus aride et le plus 
malsain de Ttle. « On prétend que cette 
ville est construite sur l'emplacement 
du cimetière de l'antique ville, d*où lui 
est venu son nom (2). Toutes les mai- 
sons sont construites en argile mêlée 

(i) « Une déroiiverte'qui paraît importante, 
en ce qu'elle confirme encore, contrairement 
à ropioion de Danville, et ranciennelé de 
Larnaca et le véritable emplacement de Ci- 
tium, a été faite récemment. En creusant uit 
terrain situé entre la marine et la haute 
ville, à Larnaca, des ouvriers ont mis à jour 
une grande' pierre de basalte de sept pieds 
de haut, sur deux et demi de large et un pied 
d*épaisscur, couverte d'inscriptions cunéi- 
formes et décorée sur la face supérieure de l'i- 
mage en relief d'un prince ou d'uu prêtre 
portant un sceptre dans sa main gauche, v 
jérc/t. des Missions^ i85o, p. m. M. de 
Mas-Lastrîp, qui signale celle découverte, voit 
dans ce travail le même style que dans les 
bas-reliefs envoyés (>ar M. hotta ; et il y re- 
oennait un des rares monuments de la do- 
mination dea Assyriens dans Tile de Ch3q)re. 
(a) M. Didot, Notes d'uu Voyage fait dans 
k Levant M tSiôet 1S17, p.3j7.DeXdpvaC, 
cncoç, un cercueil. 



13 



L'UNIVERS. 



avee de la paille, et pour facililer Té- 
coulemeDt des pluies, les toits en ter- 
rasse ont une légère inclinaison. » Cest 
grès de Larnaca que se trouve le lac des 
alines, qui avait autrefois douze milles 
de circonférence, mais dont on a des- 
séché la plus grande partie pour la con- 
sacrer à la culture. 

Amathonte, an sud-ouest de Gtium, 
à vingt-quatre milles environ, était aussi 
une ville d'origine phénicienne, où l'on 
adorait Vénus et l'Hercule Tyrien. 
M. de Hammer a retrouvé les ruines du 
temple de Vénus au village d'Agios 
Tycnonos. Amathonte se composait de 
deux parties, la ville et le port, qui au 
moyen âge devint la ville de Limisso ou 
Limassol, que le roi Richard détruisit 
en 1191. Ses ruines se confondent avee 
celles d' Amathonte. A deux lieues .à 
l'ouest de Palae-Limassol, s'élève la nou- 
velle ville de JNéapolis, la moderne Li- 
massol, gue fonda Gui de Lusignan, qui 
s'embellit de palais, d'églises grecques 
et latines, que les Turcs renversèrent 
après la conquête de l'Ile. Aujourd'hui 
Limassol est une petite ville assez propre 
et pavée ; son port e^t commode et oirre 
un asile sûr aux vaisseaux surpris par la 
tempête. Les collines du voisinage pro- 
duisent le meilleur vin de l'île de Chypre. 

S** Du CA.P CURIAS AU GAP ACAMAS. 

— Cette côte de l'île fait face au sud-ouest. 
En remontant du cap Curias (cap Ga- 
vata ou délie Gatte) vers le nord, on 
rencontre, près de l'ancienne ville de 
Curiuin , le village de Piscopi ou Epis- 
copi, qui fut une seigneurie de la famille 
de Catherine de Cornaro. Selon la tra- 
dition, Curias avait été fondée par Cu- 
rons, fils de Cinyras. Mon loin de là, sur 
des rochers qui dominent la mer, se 
trouvait un temple d'Apollon, inacces- 
sible aux profanes. On précipitait dans 
les flots le sacrilège qui violait ce sanc- 
tuaire impénétrable. Au delà, Strabon 
mentionne une ville de Boosura, et on 
retrouve encore aujourd'hui le village de 
Bisur ou Pissouri sur la route de Curium 
à Paphos. 

Il y eut deux villes de Paphos. L'an- 
cienne ville, ou Palae-Paphos, a laissé 
des vestiges dans les ruines qui sont près 
du village de Kouklia, la Cwock du do- 
maine royal de nos princes firançais. La 
nouvelle Paphos occupait l'emplacement 



du villase actuel de Baffa. Les Pbéoi- 
ciens établirent à Palae-Paphosuntempk 
de Vénus, qui fut le sanctuaire le pfuâ 
révéré de tous ceux qui étaient consacrés 
à cette déesse. Les Grecs en attribuaient 
la fondation à Paphos, fils de Cinyras. 
Détruite par un tremblement de terr« 
sous Auguste, elle fut relevée sous le 
nom de Sébaste (1). Elle fut sans doute 
une seconde fois frappée du même fléau, 
puisqu'on reconstruisit son temple sous 
vespasien. Dans la grande fête de la 
naissance de Vénus, tant de fois chantée 

5ar les anciens poètes, on sacrifiait à 
eux temples. L un était situé près du 
port sur cette plage, où Vénus avait para 
pour la première fois toute brillante de 
beauté et portée sur l'écume des Ilots. 
Il reste encore des vestiges de cet édi- 
fice, des fragments de murailles, des 
débris de colonnes, une large table de 
marbre pour les sacrifices. A une demi- 
lieue dans l'intérieur sur les bords du 
petit fleuve Bocarus, au milieu d'un bois 
de lauriers-roses et de myrtes odorifé- 
rants, s'élevait un second temple. IJi se 
voient encore les restes de l'Hiéron. Ost 
un mur cyclopéen, décrivant un rec- 
tangle de cent cinquante pas de lon- 
gueur, sur cent de laideur. Ce carré 
long est partagé en deux par un mur 
intérieur. Cette enceinte est pleine de 
débris accumulés péle-méie, tronçons 
de colonnes , chapiteaux , inscriptions 

Srecques ou phéniciennes, et au milieu 
e ces ruines s'élève une petite éR:lise 
grecque consacrée à la Panagia. On voit 
dans Homère que le sanctuaire de Venus 
à Paphos était déjà célèbre dans tout 
rorient : au temps des empereurs ro- 
mains les médailles de Chypre offrent 
toujours l'image de ce teropie gravée sur 
le revers , ou celles d'autres sanctuaires 
construits sur le même modèle et con- 
sacrés également à Vénus, dans les 
autres parties de l'tle. A Amathonte la 
déesse était représentée sous la figura 
d'une guerrière : « Elle était, dit Macrobe, 
habillée en femme, bien qu*elle ait une 
barbe, le maintien d'un nomme et un 
sceptre à la main » . La déesse de Paphos 
n'avait pas même une forme humaine. 
Cest, dit Tacite (2), un bloc arrondi, plus 

(t) Kngel, Kfpros, T, ia4. 
(a) Tac, Hist., n, 3. 



IL£ DE CBYPRE. 



13 



lai^ à la base, et te rétrécissant aa 
sommet comme une pyramide. La si- 
j^ification de cette figure, ajoute l'histo- 
rieo , est restée inconnue. 

La nouvelle Paphos , la Paffons des 
Lusignans, ou Bania aujourd'hui, est à 
trois grandes heures de marche de Rou- 
klia, non loin du petit golfe aue forment 
les deux promontoires de Zephyrium et 
(TArsinoe. Les rochers qui bordent la 
baie de Baffa sont percés de cavernes , 
doot les parois sont en beaux stalactites. 
Ce rivage était autrefois une ravissante 
contrée, où s'étalait la brillante végéta- 
tion des jardins sacrés, cultivés par les 
prêtres de Vénus. Cétait la région sainte 
de Cite de Chypre. De nombreux temples 
ou édicules avaient été fondés entre les 
deux Paphos pour les stations des pro- 
cessioDs solennelles. La nouvelle Paphos, 
pios récente ^ue l'autre , était grectjue 
d'oriçine, mais elle se voua au culte de 
ia déesse phénicienne, lui éleva plu- 
sieurs temples , et mérita d'être appelée 
la seconde, la nouvelle Paphos. Toutefois 
rancienne Paphos conserva sa supré- 
matie religieuse, son oracle vénéré; elle 
resta une ville sainte ; Pautre devint une 
cité eoinmerçante. Quand les poètes par- 
lent de Paphos et de ses fêtes, c'est ran- 
denne ville quMIs veulent dire. Dans les 
bistoriens il est plus souvent fait men- 
tion de la nouvelle. A deux lieues de 
Bafb, dans l'intérieur, est le bourg de 
Ktima , chef-lieu de ce district , et ha- 
bité principalement par des Turcs. En 
suivant la cote, vers le promontoire Aca- 
mas, on rencontre une chaîne de ro- 
chers tailléct symétriquement et présen- 
tant de loin l'aspect d'une ville ruinée. 
M- de Hammer y a reconnu une antique 
nécropole, qui ne lui paraît offrir aucun 
des caractères particuliers de Tarchitec- 
twe grecque et romaine. Cependant on 
y trouve des hypogées doriques ; nutis on 
^ voit de semblables et du même style 
(^Ds la nécropole égyptienne de Béni- 
Hassan, que Cnampollion croit avoir été 
f^sée sous les rois tanitiques de la vingt- 
troisième dynastie. 

Villes de l'intébibub (î). — Cette 
partie de 111e était moins connue des 
anciens que les côtes, dont ils nous ont 
tûssé une exacte description. D'ailleurs, 

(0 £iigd, Kjrpros^ I, p. 145. 



les villas de Tintérienr étalent loin d'a- 
voir la même importance que les cités 
maritimes , que l'on fréquentait comme 
centre de commerce, comme sancv 
tuaire religieux, et aui furent mêlées aux 
grands événements historiques de l'anti- 

Î|uité. La position de Golgi n'est pas 
acile à déterminer. Selon Pline, elle 
était dans le voisinage des deux Paphoe. 
Mannert la place auprès d'idalîum. Kilo 
devait , dit-on , son origine à un oertain 
Golgus, fils de Vénus et d'Adonis , qui 

L conduisit une colonie de Sicyoniens. 
s poètes la mentionnent souvent 
comme un des séjours habituels de Vé- 
nus avec Paphos, Amathonte, Idalie (1^. 
La position de Chytri est mieux indi- 
quée chez les anciens. Elle était située 
entre Cerynia et Salamine(2). Cétait une 
colonie athénienne , fondée par un petit- 
fils d*Acamas. Érigée en évéché des les 
Sremiers siècles du christianisme, elle 
gure au moyen âge dans l'histoire des 
Lusignans sous le nom de Quithrie : on 
l'appelle aujourd'hui Kythrea ou Chirga. 
Tremithus, la ville des Térébinthes, était 
située dans la plaine de la Messaréa (au- 
jourd'hui Tremise, selon Dapper)(8). Ta- 
massus sur la route deTrimethus à Soli, 
célèbre dans l'antiquité par ses mines de 
cuivre (Borgodi Tamasso selon Dapper), 
dont il est fait mention dans Y odys- 
sée (4). Nicosie est située au milieu de la 
S laine de Messarée , sur les bords du Pe- 
ins; elle est entourée de collines qui 
la bornent de tous côtés à la distance de 
dix milles. 11 est parlé pour la première 
fois de cette ville sous le nom de Leu- 
cosia dans les Pères de TÉglise (5). Elle 
devint pour les Lusignans la capitale 
de 111e, et le siège d'un archevêché 
érigé par Innocent lll en 1212. Quand 
les Vénitiens eurent connaissance des 

^1) Theocr., Id. XV, 100; Catul.i Ntipu 
Pet., ^-jÊfngr,^ 37. 

(a) Dapper, Descr,, p. 40. 

(3) Treroilhiu, dit Mariti, I, Sa, est an vil» 
Itge contidérabla a douze milles de Nicosie. 
C'était autrefois une ville que Richard Cœur 
de Lion détruisit de foud en comble. 

(4) Horo., Od., I, x84; Tamassus est ap- 
pelée par Homère Temesi. Vor, Ovid., MtU, 
X , 644. C'était encore une dfes villes consa- 
crées à Vénus. 

(5) Engel, I, i5o; Dapper, p. 3i ; Marili, 
I, 8a. 



f4 



LTJNiVfellS. 



projètJideÉTui^<ift,1lÉ resserrèrent Ni(H)sie, 
qui avait neuf milles de eireuit, dans une 
enceinte fortifiée de trois milles de eir- 
Donffirenee. Mais elle sticeombë en 1570, 
anrès un siège de quararfte-âinq jours ; 
vingt mille personnes péi*lrent dans le 
mussfldre, et la grande et belle église de 
Salûte^Sophie, où les rois de Chypre re^* 
«eraient la couronne, fut ehôugée en mos^ 
miée (t). NiDOSie est restée la capitale de 
rtle; elle eompte encore douze mille 
habitants, dont huit mille Turcs, trois 
fflille sept éents Grecs entiron , eent ein^ 
puante Arhif^nienset une centainede Ma-* 
ronitei^. Les débris des églises et des pa- 
lais que les Turcs ont détruits donnent 
une haute idée de Tantique splendeur dé 
Nicosie. A douze milles au sud de Nicosie 
on trouve au milieu d*une plaine le petit 
village de Dali, dont le nom conserve le 
souvenir de TantiqUe Idâlie. « Un ruis- 
seau assez abondant parcourt cette plaine 
ibrtunée, dont Faspectest encore agréa- 
ble ; elle s'étend du midi au nord, et de 
petites collines rehferment du côté de 
rest, de Pouest et du nord. Ces dernières 
sont dominées ddhs le lointain par les 
montagnes les plus élevées de lUe (2). » 
Dali est encore entouré de bosquets, de 
vergers, où les grenadiers, les citronniers, 
les orangers étalent les riches couleurs 
de leurs pommes d*or et de pourpre , et 
dans le sol on trouve les restes nom- 
breux d'anciennes idoles de style phéni- 
den et assyrien, appartenant au culte 
de Vénus (3). 

(t) Foy. la description de Sainic-Sophic et 
des autres églises de Nicosie dans les Ârcfmts 
dtf$ Missions seientifi^ttBi , t85o, p. 5ii. 

(a) M. Dtdot, Notes d*nn Vojog* d^ns U 
Levant t p. 3d3. 

(3) Bngel, Kypros, I, i5i» termitie ses 
recherches sur la géographie de l'île de Chy- 
pHs par une discussion sur deux points très- 
controversés. Nous ne reproduirons pas les 
détails de celte disctission ; en voici le ré- 
stiliat : !• Il n*y avait pas de tille appelée 
Cyihère dans Ttle de Chypre, a** Il n'y e(il ja- 
ilMis de ville «tui Mit porté ie nom de Chypre, 



n. 



HlSTOÎHB DE L'fLlS 1)È CY^H» PEN- 
DANT LES tBMPS ÀNCtB^S. 

f&rmaiion de la population de i'ile de 
Cypre par de* ûobmiês étrangères. 

1° Colonies phéniciennes. — L'île 
de Cypre reçut ses premiers habitants du 
continent qui Tavoisinait. Son heureuse 
position , la douoeur de son climat, la ri- 
chesse et la fécondité de son territoire 
durent attirer vers ses côtes les premiers 
hommes qui osèrent confier leurs jours 
aux hasards des dots, et les déterminer à y 

fonder des établissements. Dès les teinps 
es plus reculés la nation phénicienne, 
donnant Tessor à son activité et à sou gé- 
nie aventureux, narcourut le monde an- 
cien, et répandit le surplus de sa popula- 
tion sur tous les rivages et dans toutes les 
îles de la Méditerranée. Uiie de Cypre dut 
être une des premières terres visitées et 
colonisées par cette nation commer- 
çante; mais il est impossible à Thistoire 
de fixer Tépoque de ces établissements 
et de dire s*il8 ont été la première sourie 
d'où estsortiela population cypriote. Les 
peuples commerçants ne recherchent pas 
les pays déserts et non encore exploités 
par Thomme. Partout où les^ Phéniciens 
débarquaient leurs marchandises et dres- 
saient leurs comptoirs, il y avait déjà 
des habitants pour acneter leurs di^n* 
rées, et leur oonner en échange celles 
de leur pavs. L'époque de la formation 
d'un peuple est toujours antérieure aux 
faits attestés par l'histoire , et précède, 
en la préparant, les développements de 
la civilisation. Aussi l'on peut affirmer 
qu*avant l'arrivée de ces colons Phéni- 
ciens, que des raisons politiques ou des 
spéculations commerciales durent attirer 
dans nie de Cypre , elle avait reçu son 
peuplé de ces mêmes côtes de l'Asie , à 
cette époque d'étrange et soudaine pro- 
pagation de la famille humaine dont la 
Bible nous a conservé le souvenir. Uhis* 
torien Josèphe a précisé cet événement 
quand il dit {l) que Kittim , fils de Ja- 
van , petit-fils de Japhet et arrière-petit- 
fils de Noé, vint s'établir en Cypre après 
le déluge et la dispersioa des hommes. 



(i) Joft., Amê, Judt, 1, 6i 



ILE DE CHYPRE. 



H 



Plus tard fiturent les niarehands et lea 
navigateurs phéoicietis , qui par teor r\* 
chesse , leur indvstrie , leurs arte, axer- 
férent une grande iniluenee et méritè- 
rent d'être regardés eomme les civilisa* 
teurs de la contrée. Ce sont eux, dit Stra^ 
fcon (1), qui apportèrent en Cypre la 
première culture, qui défrichèrent les 
champs et exploitèrent les mines. Les 
trois villes les pltis communément regar« 
dées comme d^brigine asiatique ou phé* 
Dicienno sont estles de Citium , de Pa* 
phos et d*Amatbonte, situées toutes trois 
au sud deTlle. Qtium doit à son analogie 
avec le nom de Kittim d*étre considérée 
eomme la plus ancienne de toutes; ce qui 
n'est pas sans vraisemblance (2). Citium 
iîit parnlessus tout une ville de commerce. 
Les deux autres villes furent primitive- 
oKot des sanctuaires, et grandirent à 
i'abri des autels d* Aphrodite et de MeN 
cirt. Fa phos fut fondée par le roi phé- 
nicien Cidyras ( 8 ) , qui construisit un 
temple à Aphrodite sur le modèle de ce- 
loi du Liban. Le sanctuaire , la ville, la 
eootrée environnante restèrent sous le 
{^Hivernetiient sacerdotal des Cinyrades, 
famille iasue de Cinyras. Plus tard les 
Grecs s'emparèrentde Paphos. d*Aphro* 
dite et de Cinyras au profit de leur 
mythologie. Amathonte avait son temple 
d'Aphrodite, et de plus celui de Mel- 
cart , qu*on y appelait Maliku ; ce qui 
u'empécba pas Amathonte d^étre dé- 
laissée plus tard , quand les Orecs, de- 
venus dominants dans Tlie, adressèrent 
tons leurs hommages au sanctuaire de 
Paphos. 

2*Cii.iciEN8. — On ne peut dire ce que 
la population de Cj^pre dut aux courses 
aventureuses des Cilleiens, que les Phé- 
nieiens poursuivaient partout comme 
des pirates ; mais ce que Tacite nous 
apprend de la part quHls prirent à For*' 
ganisatioa du eulte de Paphos peut au- 

(0 5lrab.,l.ilV. 

(î) Eiigel, Kyprosy î, x68. Voir, sur les 
rapports de Tile de Cethitn et de Tyr, Isaïe, 
e. ixin, I, li. 

(3) Celle histoire primitive de Cypre est 
p^ M sérieux et lonç^èment racontéti par 
Fiorio RustroQ, qui a écrit ThUtoire de son 
{Mys <lcpuis les preiliien temps josqttes en 
1458, épo(|ue où il vivait. Cet ouvrage est con- 
scné en manuscrit à la Bibliothèque Nationale. 



toriser d*amplea conjectures sur fin- 
Attende des Ctliciens. dans cette tle, qui 
touchait presque à leurs rivages. « Le 
temple de Paphos i dit Tacite, fut con« 
sacré par Cinyre (1). Mais on rapports 
qu'on dut l'art des aruspiees à des étran-f 
gers; qu'il fut apporté par le Cilicièn 
Tamyras , et qu'on régla que les fonc- 
tions'du sacerdoce se partageraient entre 
les descendants de ees deux familles. 
Par la suite la famille royale reprenant 
toute prééminenee sur une race étran» 
gère, cclle-d abandonna la sdeocn 
qu'elle avait apportée. Aujourd'hui le 

{ urètre que l'on consulte est toujours do 
a famille de Cinyre. » Ainsi^ bien que 
Pélément phénicien finisse par Tempor*^ 
ter^ l'élément Cilicien avait été asser 
considérable dans l'origine pour élever 
les Tamyrades au niveau des Cinyrades, 
et les forcer à partager avec eux. Mais 
qu'on n'oublie pas, en même temps, que 
Cilix , fils d'A^apétior, était d'origine 
phénicienne (2). 

S"" DB L'iNPLtJfilVCn É&Y^TIEirNt! Et 
PHRYOIËMIffi; LB8 COBYBANtES; LES 

Dactyles; les TELCHifiES. -* « Les 
Cypriens, dit Hérodote (3), sont uh mé- 
lange de nations différentes; les uns 
viennent de Salamine et d'Athènes., les 
autres d'Aroadie, de Gythous, de Phé- 
nicie et d'Ethiopie, cornide ils le disent 
eux-méhies. i» On s'est autorisé de cette 
affirmation du vieil historien pour attri- 
buer une partie de la population cy- 
prienne à une antique colonisation 
égyptienne, contertiporaioe de l'invasion 
des Pasteurs et de l'émigration de Ce- 
crops. Ce sont là de ptires hypothèses : 
rien n'atteste d'tlne manière positive que 
l'Egypte ait contribué à peupler et à ci- 
viliser nie de Cvpre. Elle Ha soumit 
plus tard, et ce qu atance Hérodote pou- 
vait être vrai de son temps, sans prouver 
la réalité de ces prétendues colonies 
^yptiennes dont la critique moderne a* 
fait justice (4). Mais les rapports aUciehë 
de 1 fie de Cypre avec les peuples phry- 
giens ou pélasgiqués de I Asie Mineure 

(r) Tatit., WsL, II, 3. 
(\) Hérod., Vtî, gi. 

(3) Rngel, Kypros , I, i8a; Hér. , II, 

VII, 90. 

(4) Miiller, Orchotnène^ p. 104; HcBck, 
Kreta., I, p. 48. 



16 



L'UmVERS. 



sont iD&illiblenieiit eoDttalés. Comme 
rancieiine Lydie, Cypres'appela Méoiiie 
et ses habitants Miones ou Méoniens. A 
une époque où TÉsypte était sans oom- 
municatioDs avec lès pays occidentaux , 
Cypre était ouverte à tous les peuples de 
TAsie Mineure, et TOdyssée atteste com- 
bien ses rapports commerciaux avec l'Oc- 
eident étaient fréquents et continuels. 
Vais ce sont les institutions religieuses 
qui fournissent la preuve la plus torte de 
rantique influence de la race phrygienne 
sur rtie de Cypre. On y retrouve ces castes 
sacerdotales, ces femilles savantes et in- 
dustrieuses desCèrybanteSfdes Dactyles, 
desTelchines, qui, sorties des sanctuaires 
phrygiens, se répandirent dans les plus 
importantes des ties de la Méditerranée, 
propageant avec elles leurs cultes, leurs 
arts et leurs sciences. Les Corybantes, 
ces prêtres phrygiens de Cybèie, exploi- 
tèrent les mines de cuivre de Tlle de 
Cypre, et selon une tradition ils auraient 
tiré leur nom du Corion, montagne de 
ce pays (1). Les danses orgiast:ques des 
Corybantes furent adaptées au culte d* A- 

Iihrodite; et on les désignait à Cypre par 
e mot prylis, qui avait le même sens 
dans la langue phrygienne. Les Dactyles 
Idéens , cette autre caste de mineurs, 
vouée aussi au culte de Cybèie, se livre 
dans l*tle de Cypre à ses travaux mé* 
tallurgiques, et les industrieux Telchi- 
nes, venus peut-être de Ttle de Rhodes, 
y répandent la connaissance et le goût 
des arts manuels (2). 

4^ ÉtABUSSBM BIf TS DBS GrEGS DANS 

lIlb db Cypbb. — Les traditions grec- 
ques sur rile de Cypre ne remontent pas 
au delà de la guerre de Troie. C*était le 
temps où r^ait le Phénicien Qnyras, 
qui, ayant appris, dit Homère (3)» parla 
grande voix de la renommée que les 
urecs devaient naviguer contre Troie, 
offrit à Agamemnon une cuirasse 
comme don d*hospitalité. Selon quel- 
ques récits, cette alliance n'aurait point 
été de longue durée, puisque Ménélas 

{>assa dans TUe de Cypre pour y punir 
es peuples qui avaient porté du secours 
aux Troyehs et qu* Agamemnon y serait 
également venu avec sa flotte et aurait 

(i) Senrins, jéd JEn,, III, 1 1 1 . 

(a) Strab., XIV, 654 ; PauBan., IX, 19, i. 

(3) IL, %J, 90. 



détrôné Cînyras (1). Le premier établis* 
sèment des Grecs en Cypre est celui de 
Teucer, iils de Télamon, qui, chassé de 
Salamine pour n'avoir pas secouru son 
frère Ajax ou ven^ sa mort, alla fonder 
dans nie la Salamine Cyprienne. On dit 
qu'il épousa' Euné, fille de Cinyras. Ijbs 
Grecs firent alliance avec les Phéniciens, 
et leurs émigrations dans Ttle de Cypre 
s'accomplirent sans violence et sans 
guerres. Le continent de l'Attique, dont 
Salamine n'est qu'un fragment détaché, 
envoya dans le même temps de nom- 
breuses colonies dans Tlle de Cypre, 
sous la conduite d'Acamas, de Démo- 
phon, de Phalérus, d'Alédrus, de Chy« 
tnis. C'était la race de Thésée qui émi- 
grait, entraînée sans doute à son tour 
dans la di£^ce qui avait frappé Thésée 
lui-même. Les colonies atnéniennes 
couvrirent la côte septentrionale de Ttle 
et la plaine de la Messarea. On attribue 
la fondation de Lapathus et Céronia à 
Praxandrede Thérapné, ville de Laco- 
nie. Des Argiens, sous un chef inconnu, 
s'établirent à Curium ; Céphas conduisit 
des Achéens d'Olénum et de Dyme, et 
s'établit en Cypre avec Praxandre. Des 
Asinéens Dryopes, chassés par les Do- 
riens, prirent la même route , et se ré- 
fugièrent dans cette île , où l'existence 
d'une ville d'Asine attesté la réalité de 
cette émigration (2). Agapénor, qui corn- 
mandait les Arcadiens au siège de Troie, 
fonda la nouvelle Paphos, ou le culte de 
la divinité phénicienne de Pals-Paphos 
commença a se combiner avec celui de 
l'Aphrodite grecque. Enfin, la fondation 
de la ville de Golgos était attribuée à 
une colonie de Sicyoniens. 
Etat de l'Ilb de Cypbb pendant 

LA PÉBIODE d'indépendance. — Du 

douzième au septième siècle avant Tère 
chrétienne, l'ile de Cypre, divisée en pe- 
tits rovaumes indépendants et peut-être 
confédérés, devient florissante et riche, 
et se place parmi les puissances mari- 
times de la Méditerranée. Cest la seule 
période où, ne relevant que de ses pro- 
spres lois, elle vécut libre de toute domi- 
nation étrangère; et c'est aussi le temps 
où son histoire est le moins connue. La 

(x) Raoul-Rochette, Histoire des Colonies 
gre&fues^ II, p. 890. 

(a) Engel, Kypros, I, aa4. 



IL£ B£ CHYPRE. 



U 



teOitéavee laquelle les Grées s'étaient 
établis et rendus en Cypre semble in- 
diquer que la domination phénicienne 
commençait à y tomber en décadence. 
Il y avait peutpêtre entre les cités phéni- 
ciennes de nie de Cypre et la métropole 
des dissensions qui devinrent fatales à 
ces premières ; car, diaprés une tradition 
fort vraisemblable (1), Teucer avant de 
débarquer dans Ttle séjourna quelque 
temps à Sidon » oi^ régnait Bélus « qui 
Taioa de toutes ses forces dans son ex- 
pédiiion en Cypre. Ce fait nous révèle 
sans doute la cause principale de la ra- 
pidité avec laquelle 8*opéra Finstallation 
de la race greooue dans ce pays : les Hel- 
lènes prirent le dessus, occupèrent le 
nord, le nord-est et fouest de nie, et les 
Phéniciens furent resserrés au sud dans 
les trois villes de Papbos , d*Ainathonte 
et de Citium. Dans ces temps anciens 
00 ne connaissait que la forme du gou* 
reniement monarchique. Les chefs qui 
araient conduit les colonies grecques 
restèrent rois, et fondèrent des dvnastles 
qui se partagèrent l'Ile en plusieurs 
royaumes. Les anciens divisaient Cypre 
en npiif royaumes, qui étaient les sui- 
vants (2) : Salamine, le plus puissant de 
tous, Soli, Chytri, Curion, La pathos» 
Gerynia , la Nouvelle-Paphos , Citium et 
AmathoDte. Ainsi de ces neuf royaumes 
il n'y «n avait que deux gui avaient con- 
servé le caractère phénicien, les sept au- 
tres étaient d'origine grecque, ou étaient 
devenus helléniques par la colonisation. 

PUISSAIICB KABITIMS BT COLONIES 

nis CYPBiBifs. — Ces deux peuples li- 
bres, les Phéniciens et les Grecs, rivaux 
sans être ennemis, établis danscettetle, si 
importante par ses richesses naturelles 
et sa position géographique , déployèrent 
toutes les ressources de leur génie com- 
mercial, et Cypre devint une puissance . 
maritime de premier ordre. Elle eut un 
instant Tempire de la mer, au neuvième 
sièele avant l'ère chrétienne. Tan 846 
d'après les Tables de Castor ; et elle con- 
serva pendant trente-trois ans sa domi- 
nation (3). Alors rtle de Cypre envoya à 
son toor des colonies au denors, sur les 

(i) SerriaSy AdJEn,^ 1, 6!i3. 
(a) PUoe, HisL l^at.^ V, 35 , i ; Pomp. 
Mêla , n, 7 ; Diodor., XTI, 4a. 
(3) Ea^ly ^yp^^y h 338 ; Diod., TII, z3. 

2* livraison, ( Ile db Cqyprb. ) 



côtes de la Macédoine, i Cyme, en Asie 
Mineure, en Svrie, à l'endroit où s'éleva 
plus tard la ville d'Antioche, en Sicile, 
où le Rhodien Dipomène , ancêtre de 
Gélon, etd'origine cyprienne, jeta les fon- 
dements de la ville de Gela. Mais, en 
somme, les indications que l'antiquité 
nous a conservées sur le aéveloppement 
maritime et commercial des Cypriens à 
cette époque sont bien insuffisantes, et 
ne nous permettent pas de donner une 
juste appréciation de cette thalasxocra' 
He de l'île de Cypre, placée par Castor au 
neuvième siècle et attestée également par 
Ëusèbe et le Syncelle. Ce qui paraît cer- 
tain, c'est que la ville de Citium, mal* 
gré la propagation des Grecs dans l'Ile, 
était res'ée le centre principal du com- 
merce de Cypre, grâce, sans doute, à ses 
relations avec les cités phéniciennes et 
surtout avec celle de Tyr,dont elle recon- 
nut la suprématie, et dont elle partagea 
jusqu'à un certain poiut toutes les des- 
tinées. 

Relations dbs Cypriens avbc 
l'Assybib. — En effet, au huitième siè- 
cle avant l'ère chrétienne, Tyr était par- 
venue au comble de sa prospérité, et c'est 
alorsque Tllede Cypre parait être tombée 
sous sa dépendance D'après Thistoriea 
Ménandre,cité par Josèphe. Salmanasar, 
roi de Ninive, ayant envahi la Phénicie, 
les Citiens s'adressèrent à ce prince pour 
obtenir des secours contre Élulée, roi de 
Tyr, auquel ils venaient de refuser obéis- 
sance. D'autres villes phéniciennes ea 
firent autant, et fournirent une flotte au 
roi assyrien. Les Tyriens la dispersèrent ; 
et Salinanasar fut obligé de renoncer à 
l'espoir de s'emparer de Tyr. Mais les 
cités phéniciennes s'affaiblissaient par 
ces dissensions, et le moment n'était pas 
éloigné où elles devaient reconnaître un 
vainqueur. En etïet Nabuchodonosor le 
Grand, au commencement du sixième 
siècle, renversa Fancienne Tyr, et força 
ses habitants à se construire une nouvelle 
cité, sur uu Ilot voisin de la côte. Un grand 
nombre d*entre eux se réfugia dans l'île 
de Cypre, qui subit peut-être la loi du 
conquérant chaldéen. Dans Jérémie, 
Tyr, Sidon et Cypre semblent enve- 
loppées dans la mêine catastrophe quand 
le prophète s'écrie : ^ J'ai reçu la coupe 
de la main du Seigneur, et j'en ai fait 
boire à tous les peuples vers lesquels le 



IS 



L'UMVH&t' 



Seigneur m'a envoyé, à tous les roif de 
T^r et à tous les rois de Stdon, et aux 
rois de la terre des tles qui sont au delà 
de la mer (1>. * Cette terre des îles ne 
peut être que Ttle de Cypre , divisée en 
petits Ëtats qui s'empressèrent tous sans 
Ooute de désarmer par une prompte sou« 
mission le courroux du roi de Babvione. 

CONQUÊTB DB CTPBBPàB LBsÊgYP* 

ttBNS. •» Déjà les cités eommerçantet 
de la Phénicie et de l'Ile de Cypre défen* 
daient bien péniblement leur indépen- 
dance contre les agressions des rois as- 
syriens et chaldéens , lorsqu'un nouvel 
ennemi parut qui vint encore acerottre 
les dangers de leur situation. Au milieu du 
septième siècle, Tavénement de Psammi- 
tichus su trdne de l'tl^ypte marque une 
ère nouvelle dans l'histoire de cette oon* 
trée. Ce prince, qui avait soudainement 
passé de la persécution et de l'exil à la 
possession du souverain pouvoir, gnAee 
aux secours d'aventuriers grecs venus des 
fies et de l'Asie Mineure, les récompensa 
en leur permettant de s'établir près de 
Bubaste, et TÉgypte cessa d'être fermée 
aux peuples navigateurs de l'Occident. 
Plus tard Amasis leur céda Naucratis. 
Les Cypriens profitèrent avec empres- 
sement de l'ouverture de ee nouveau 
marché, et la Vénus de Paphos fut bien- 
tôt comptée au nombre des divinités 
adorées dans la ville de Naucratis (3). 
A la suite de ces événements, qui avaient 
créé à r Egypte des intérêts nouveaux, les 
rois égyptiens de la viogt-sixième dynas» 
tie, dont Psammitichus fut le fondateur, 
s'engagèrent dans une lutte acharnée 
et sanglante avec les rots chaldéens de 
Babvione. Ils leur disputèrent la pos- 
session des provinces maritimes de la 
Syrie, sans lesquelles il n'est point de 
domination possible dans la Méditer- 
ranée orientale. Le résultat de ce conflit 
retomba sur Ttle de Cvpre, qui devint la 
proie des Égyptiens. Apriès . fils de Né- 
cao, petit-fiis de Psammitichus, mar- 
cha, ait Diodore de Sicile (3), à la tête 
d'une nombreuse armée de terre et d'une 
flotte considérable contre l'tle de Cypre 
et la Phénicie. Il prit d*assaut Sidon, et 

(i) Jérém., XXV, 17, aa/ 
(a) Voir Athénée, XT, 676; Engd, JT/- 
pros, T, aSo. 
(B) Dîod., 1, 68. 



porta la tanov «bm tes attiras viiieade 
la Pbénieîe. H vainqoit, dans un grand 
combat naval , les Phéniciens et les 
Cypriens, et retourna en Egypte chargé 
de leurs dépouilles. Les Cypriens, affai- 
blis parées premières deraitea, furent 
subjugués par Amasîa, successeur d'A* 
prîM. Ce prince, dit Hérodote ( I), est le 
premier qui se soit rendu maître de l'île 
de Cypre, et qui l'ait forcée à payer un 
tribut (vers 550). Quelques années aupa- 
ravant. Selon avait visité le roi d'iflpia, 
Philocyprus , ou Cyprenor, et l'avait en- 
gagé à transporter son séjour dans une 
ville qu'on appela Soli en Thonneur du 
sage Athénien. Avant de quitter le roi 
eyprien, Solon lui adressa dans une élé- 
gie les adieux suivants ; 

PoiiMB-ta régaer ici daot Soli de loogoti «n* 

nées. 
Paisible daûs ta vUle, tôt et tes descendants ! 
Pour moi , que mon rapide faisseau loin dr 

cette fie célèbre 
M'emporte sain et tauf , protégé par Cjpris à 

la couronne de violettes. 
Puîaae cette fondation me valoir par la déessa 

reoon naissance, gloire 
niostre, et beunax retour dans ma patrie! 

Ce fut peu de temps après que Vile 
célèbre perdit son indépendance. Mais 
les Athéniens n'oublièrent pas que les 
descendants de Thésée Tavaienteouverte 
de colonies, que leur législateur Tavait 
chantée, et ils firent des efforts héroï- 
ques pour la reconquérir et la rattacher à 
fa grande famille hellénique. 

L'iLB DB CyPBB fasse SOUS LA DO- 

M1NATI0N DBS Pebses. — C*e6t à tort 
assurément que Xénophon place File de 
Cypre dans l'empire de Cyrtu. Cette 
assertion , répétée plusieurs fois dans 
la Cyropédte (3), où les contingents de 
Cypre Ogurent toujours dans les années 
du roi de Perse , est eontredite par le 
témoignage positif d*éerivains plus sou- 
cieux que Xénophon de l'exactitude his- 
torique. Hérodote et Thuc}'dide (8; ma^ 
quant bien clairement que Cyrus, uni- 
quement occupé par ses vastes conquê- 
tes sur le coniiu«it, ne put faire d'entre- 
prises maritimes, et qu'il laissa à see 

(i) Hér., II, iSa. 

(a) Xén., Cyrop., I, t, 4; TQ, 4, t ; VOT, 
6 S 
' (St Hired., m, 34; Thuc^ I, i<. 



ILE DE CBTfîRE. 



•li 



k gloire de t'empartr de 
Vimçm des mers. Loreqne Gambyse dÂ> 
dira la guerre à PaamméDît fils d'Ama- 
itf« fan 62^ avant Tère chrétienne, les 
PbéDieîens et les Cypriens, Jaaaéa de la 
domination éfiyptieooe, et attendant 
qnelqae avantage d'un changement de 
maftre, se donnèrent à la Perae, et mir 
rent Irar marine à la diapoaition du fils 
de Cyrus (i). C'est là le &it que Xéno* 
pboo a transposé par un anachronisme 
sans doute volontaire, et de peu d'impor* 
tance eu éyeard au plan et à rintention 
de son roman historique. Il est probable 
qu'à Tofigine les Cjpriens et les Phéni<* 
ciens, considérés par les Perses comme 
alliés et non comme sujets, jouirent d'une 
liberté qui fut la récompense de leur dé« 
feetion à Tégard de T^^gypte. Ils ne fu* 
KBt pas soumis à des gouverneurs per-» 
sans; mais Darius, qui donna une ad- 
ministration uniforme et régulière à ton 
vaste empire, fit entrer la Phénicieet l'tle 
de Cypre dans la cinquiènie satrapie (2). 
II paraît néanmoins que les petits rois 
de lUe de Cypre conservèrent leur au- 
torité sons la suprématie de la Perse, 
dont ils ae reconnaissaient les vassaux, 
n est fait mention dans Hérodote (3) 
d*an roi de Salamine , appelé Évelthon, 
qui consacra à Delphes un très-bel en** 
eeosoir, qu'on voyait dans le trésor des 
Corinthiens. Pendant le règne de cd 
prince , ^ui avait commencé vers le mi» 
iieadu sixième siècle, Arcésilas III, roi 
de la ville^recque de Cyrène, que les Do« 
liens de Théra avaient fondée en Afri- 
qae, fut chassé de ses Etats par ses sujets 
itfollés. Il se réfugia a SamoS, où ré- 
glait Polycrate, et sa mère, le vindicative 
Phérétîme, se retira à Salamine, auprès 
d*Évelthon « auquel elle demandait avec 
iostance des secours pour se rétablie 
à Cyrène, elle et son nls. Évehhon se 
montrait plein de ^nérositéàson égard, 
mais ne loi donnait ni vaisseaux ni toU 
dats. A duKfueprésentqu'elle recevait de 
lai, Phérétinie , tout en assurant qu'elle 
les trouvait très'beaux, répondait qu*il 
ferait bien mieux de loi accorder des 
tnmpes. A la fin Évelthon, fatigué des 



(i)Hérod.,lII,«9. 

(a) Hérod.y III , 91; Eagel, Krpros, 

(3}H^rod.,n% i6a. 



eolNcitatioiis el des reproches de cettK 
princesse, lui envoya un fuseau d'ois 
avec une quenouille ehargéede laine , et 
il acpampagna ce prèKut de oes pnrolsi 
ironiques: « On donne aux femmes un fih 
seau et nue quenouille, on ne leur donne 
pas une armée. » 
PRBMiBn socLivKirEirT Dte Cr^ 

PniBlVS CONYBB LB8 PSABEB, VBllDAlIt 
i*A BiVOI^TB DB L'IORlB (60S«601 avaQt 

J,-C. ). — La révohe de Tlonie, excitée 
par Tambltion et les intrigues d Arista» 
goras et d*Histi»e de Milet, ne détacha 
un instant les villes grecques d*Aine de 
Tempire des Perses que pour agfq*aver 
leur servitude. L'Ile de Cypre fut en** 
traînée dans ce mouvement, où lesOreoa 
déployèrent un grand oourage et sue* 
oombèrent par leur désunion. Au mo* 
ment où cette guerre éclata, Gorgiis ré* 
gnait à Salamine. Il était fils de Chersis, 

rtit fils de Siromus, lequel avait succédé 
Évelthon, son père. Gorgus avait un 
frère y nommé Onésilos, Jeune hoinme 
remuant et hardi, qui exhortait souvent 
son frère à secouer le joug. A la neu* 
Telle de la révolte des Ioniens , Onéaî» 
lus Ven pressa encore davantage; mais 
n'ayant pu Ty engager, il épia le moment 
qu'il était sorti de Salamine, et, réuniS"' 
saut ses partisans , il s*empara du poU'* 
voir. A son retour, Gorgus trouva Sa* 
lamine soulevée; il se retira ehez les 
Perses. Alors Ouésilus excita les villes 
çypriennes, qui toutes prirent les armée, 
excepté les habitants d'Amathonte. Il mit 
le siège devant cette place. 

Pendant que Darius renvoyait Hît« 
tîise de Suse à Milet pour apaiser lee 
loiûens , il âépécha le Perse Artybioa 
avec une armée, pour comprimer le sou-^ 
lèvement d'Oiiéstlus. Ce dernier était en« 
eore occupé au siège d* A mathonte, quand 
on lui apprit le danger qui le menaçait. 
A rinstant il s'adresse aux Ioniens , les 
conjure de le secourir, et ceux-ci lui en- 
voient une flotte nombreuse, qui arriva à 
peu près en même temps que Tarmée 
d'Artvbius et les vaisseaux phéniciens 
qui devaient la soutenir. Avant d'agir, 
les rois de Cypre et les commandants 
ioniens se réunirent en conseil, et délH 
bérèrent sur le plan de défense qu'il oen« 
▼enait d'adopter (1). « Ioniens, dirent 

(t) Hérod., V, 109, trad, de Larehcr. 

2. 



î;ui!iiver& 



les Çyvnrieiis, sons tous donnons le dioix 
d'attaquer les Perses on lefi Phéniciens. 
Si TOUS voulez essayer sur terre vos 
forœs contre les Perses; il est temps de 
quitter vos vaisseaux et de vous ranger 
«n bataille ; et nous, après être montés sur 
vos vaisseaux , nous combattrons contre 
les Phéniciens ; si vous aimez mieux at- 
taquer les Phéniciens Y faites-le. Mais, 
quel que soit votre choix, songez que de 
TOUS dépend la liberté de Cypre et de 
rionie. » « Princes de Cypre, répondi* 
rent les Ioniens, le conseil commun de 
riooie nous a envoyés pour garder ïr 
mer, et non pour remettre nos vaisseaux 
aux Cypriens, et pour combattre nous- 
jnémes à terre contre les Perses. Nous 
tâcherons de faire notre devoir dans le 
poste où Ton nous a placés. Pour vous, 
rappelez-vous le dur asservissement où 
vous ont tenus les Mèdes , et combattez 
en gens de coeur. » Il fut résolu qu*on 
livrerait bataille aux Peises, pendant 
que la flotte ionienne en viendrait aux 
jnains avec les Phéniciens. 

BATAlUiE DE SàLAHINS *, KOBT D*0- 

NÉsiLUS. -^ Artybius avait établi son 
camp dans la grande plaine de Salamine. 
Les alliés marchèrent contre lui. Quand 
on fut en présence , ils rangèrent leurs 
troupes de manière à opposer les gens 
de Salamine et de Soli, réputés les plus 
braves de Hie, aux bataillons perses. Oné- 
silus se mit à leur tété, et se plaça juste 
en face d'Artybius. « Artybius montait 
un cheval instruit à se dresser contre un 
homme armé. Oùésîlos, qui en fîit averti, 
en parla à son éeuyer, Càrien de nation, 
homme plein de courage, et très-entendu 
dans l'art de la guerre. « J'apprends, lui 
dit-il, que le cheval d* Artybius se dresse, 
et que des pieds et des dents il tue ce- 
lui contre lequel on le pousse. Faites 
sur-le-champ vos réflexions là-dessus, 
et dites-moi lequel vous aimez mieux 
observer et frapper du cheval ou du 
mattre. — Seigneur, répondit Técuyer, je 
suis prêt à faire Tun et l'autre, ou l'un 
des deux , et absolument tout ce qu'il 
vous plaira de m*ordonner. Je vous di- 
rai cependant ce qui me paraît conve- 
nable à vos intérêts. Je pense qu'un roi 
et un général doivent combattre contre 
«n roi et un général. Si vous tuez un 
général, il résuIterapourvous«ine grande 
gloire; s*il vous tue (ce qu'aux dieux 



ne plaise), il est moins triste de mourir 
de la main d'an homme de maroue. 
Quant à nous autres serviteurs. Il faut 
que nous combattions contre d'autres 
serviteurs. A l'yard du cheval d' Arty- 
bius , ne craignez point son mané^ , je 
vous garantis qu'il ne se dressera plus 
contre personne. » Il dit, et bientôt 
après les deux armées de terre et de mer 
en vinrent aux mains (f ). 

Les vaisseaux ioniens dispersèrent la 
flotte phénicienne. Mais la liatoille de 
terre eut une autre issue. D'abord tout 
alla bien pour les Grecs : Onésilus et Arty- 
bius se rencontrèrent dans la mêlée. Tan- 
dis qu' Artybius poussait son cheval contre 
Onésilus, celui-ci le frappe, comme il en 
était convenu avec son écÀiyer. Le cheval 
dresse en même temps ses pieds sur le 
bouclier d^Onésilus , le Carien les lui 
coupe avec une faulx ; le cheval s'abat 
et le général perse tombe avec lui. Mais 
la défection cle quelques chefe cypriens, 
qui s'étaient sans doute concertes avec 
les Perses, enleva la victoire à Onésilus. 
Stésénor, tyran de Curium, et le chef des 
chariots de guerre des Salaminiens pas- 
sèrent à rennemi,et la déroutedes Grecs 
commença. Onésilus fut tué pendant 
cette déroute ainsi qu' Aristocypros , tits 
de Philocypros, roi desSoliens, l'hoteet 
l'ami de Solon. Ces deux princes étaient 
les plus compromis de tous les ^rans 
de I lie. Leur mort mettait fin à la ré- 
volte. Les habitants d'Amathonte, irrités 
contre Onésilus, qui les avait assiégés, lui 
coupèrent la tête et l'exposèrent sur une 
des portes de leur ville. Quelque temps 
après cette tête étant vide , un essaim 
d abeilles la remplit d'un rayon de miel. 
Cet événement leur paraissant un pro- 
dige, les habitants d'Amathonte consul- 
tèrent l'oracle, qui leur ordonna d*en- 
terrer cette tête et d'offrir tous les ans 
des sacrifices à Onésilus comme à un 
héros. « Ils obéirent, dit Hérodote, et de 
mon temps ils lui sacrifiaient encore (2). » 

L'ÎLE DE CYPBE retombe SOCS LE 

JOUG DBS Pebses. — A la nouvelle de 
cette défaite, les Ioniens, jugeant que les 
affaires de Cypre étaient perdues sans 
ressource, remirent 8ur*le-cliamp à la 
voile, et regagnèrent l'Ionie. Toutes les 

(f)Hérod., V, iir. 
(a) Hcrocî. V U. 



ILE DE GBTPRE. 



9i 



villei de C^pre fuirent assiégées, excepté 
SalaiBioe,qui avait rappelé Gor^,8oa 
sneieD itri. Soli fltiiiielos§;Qe résistance. 
Elle arrêta Tennemi pendant cinq mois, 
et ne fut prise que par la mine. Les 
Cypriens retombèrent sous le joug, après 
avoir joui de la liberté pendant .un an. 
Alors les Cvpriens furent obligés d^aller 
eonibattre leurs andens allies. Darius 
les fit marcher contre les Ioniens (1), et 
ils contribuèrent à la défaite de Lada et 
à la prise de Milet. Les Cyprîens sui- 
viient aussi Xerxès dans son expédition 
eo Grèce. Leurs che&, selon la remarque 
d'Hérodote, portaient la mitre, à rimi> 
tation des Perses, Ils fournirent cent 
doqoante vaisseaux (2). Gorgus de Sa* 
biiiine, qui devait aux Perses le recou'* 
vrement de son trône, prit rang parmi 
les commandants supérieurs de la flotte. 
Son frère Philaon, estimé pour sa bra- 
voure, fut fait prisonnier dans un des 
combats de FArtémisinm, ainsi que 
Pmtbilus, fils de Démonoûs, tyran de 
Papbos. Penthilus était venu avec douze 
vaisseaux papliiens : il en perdit onze 
brisés par la tempête au cap Sépias* et il 
tomba entre les mains des Grecs avec le 
seul navire qui lui restât (3). La flotte 
des Pênes fut détruite par Thémistocle 
à la bataille de Salamine, etMardonius 
attribua cette défaite à la mauvaise vo« 
lonté et à la Iftcheté des peuples qui 
avaient fourni les oontmgents mari- 
times, Phéniciens, Égyptiens, Cypriens, 
et Cilieiens (4). Il panait ainsi pour tirer 
Xerxès de la consternation ou il était 
plongé, et Tengs^er à lui confier le soin 
de continuer & guerre avec Tarmée de 
terre. On sait comment Ifardonius (470) 
SDoeomba, sous les efforts des Grecs, à 
la bataille de Platée. 

Expéditions dbs GRscsDiji8Lli.B 
]>E Cypbb. — Les Grecs d'Europe 
avaient clorieusement repoussé Tinva- 
sion des hordes asiatiques que les Perses 
entraînaient à leur suite. Emportés par 
Télan de la victoire, ils prirent Tofiten- 
ftve, et commencèrent une série d^exp^- 
ditions hardies, dont le résultat devait 
êtred'amcfaer à la domination des Perses 

(0 Hérod., Tr, 6. 
(») Hérod., VU, 90. 

(3) Hérod., VH, 9S, 19$; VIII, ii, 

(4) Hérod.» TIU, ioo« 



las lies de la Méditenranée et les viHes 
grecques du littoral de i*Asie. Athènes, 
oui avait en la plus grande part à la 
oélivraneede la urèce {proprement dite,^ 
devait aussi jouer le principal rôle dans 
cette guerre exclusivement maritime. 
Cependant, Sparte resta encore <|uelquo 
temps à la tête de la confédération bel- 
lénique, et son général Pausanias prit 
le commandement de la flotte des Grecs 
et poursuivit les Perses dans les mers 
de FAsie. Sa première expédition fut 
dirigée contre Ftle de Cypre (1). Il parut 
dans cette île avec quatre-vingts navires, 
dont trente athéniens, sous la conduite 
d'Aristide; et il délivra une partie des 
villes cypriennes des garnisons qu'y 
entretenait le grand roi. 

Exploits de DMOn.^-La trahison 
de Pausanias, qui s'était laissé cor- 
rompre par Tor des Perses, ayant fait 
perdre à Sparte le commandement gé- 
néral des forces de la Grèce, i*bégémo- 
nie fut transférée aux Athéniens dont 
les ^néraux Aristide et Cimon s'étaient 
condlié la confiance et rattachement des 
alliés. Tandis qu'Aristide administrait 
les affaires de la confédération, Cimon 
s'illustrait par ses exploits dans les lies 
et sur les côtes d'Asie. « Personne au- 
tant que Cimon, dit Plutarque (3), ne 
rabaissa et ne réprima la fierté du giand 
roi. Non content de l'avoir chassé de la 
Grèce, il s'attadia à le suivre pied à pied, 
pour ainsi dire , sans donner le temps 
aux barbares de respirer et de s'arrêter. 
Il ravageait des provinces, il soumettait 
des villes, en détachait d'autres et les 
faisait passer dans le parti des Grecs : au 
point que toute F Asie , depuis l'Ionie 
jusqu'à la Pampbylie, fut délivrée des 
armées des Perses. » 

Bataille navale ds Ctpbe. — La 
campagne de Tan 470 fot une des plus 

Ïlorieoses de Cimon (3). Étant parti du 
irée avec deux cents narires athéniens, 
auxquels se joignirent cent vaisseaux des 
allia, il cingla vers l'Asie , et en souleva 
toutes les cités maritimes de natiou 
grecque. Les Perses lui opposèrent une 
flotte considérable, founue par les Ci- 
lieiens et les Phéniciens. Cimon vainquit 

(i) Diod. Sicul.« Kl, 44 ; Tbuqrd., I, 94* 

(a) Pliil., Cim„ la, x4, tS. 

(3) Diod. Sical.| XI, 60 ; Tboqrd., h 100. 



23 






ottte flotta daiM les eain de <3fpre, et 
raeheva à rembouchure de rËorymé* 
don , fleuve de la Pamphylie , sur des 
bords duquel il vainautt également Far* 
mée de terre. Thucydide ue parle que des 
deux viotoires de rEurymédon. Dans 
l^lutarqoe et Diodore il est fait mention, 
quoique a vee peu de olarté, d*une bataille 
navale près de Cypre, qui ne peut être 
eonfonaue avec celle de l'Eurymédon, et 
de quelques autres opérations militairee 
dans le voisinage de nie et dans Ttle ell»* 
même, dont on se disputait vivement la 
oonquéte; car la possession de Ttle de 
Cypre assurait la domination de la Mé- 
diterranée orientale. B^tre les mains des 
Perses Cypre couvrait les côtes de Phé* 
nicie, de Ciiicie et d* Egypte, et observait, 
comme une seotineUe" avancée, toutes 
les tentatives des Athéniens contre cet 
provinces. Entre les mains d'Athènes 
die devenait le point d'appui de toutes 
ses opérations sur les contrées niari^ 
times des Perses, qu'elle avait juré d'ex* 
puiser pour toujours de la Méditerranée. 
Nouveaux bfports dis Athéniens 

MOU DSTACHRA CYPAB BT L*ËGYPTB 
BSL'BUPlfiS DES PERSB8(46t). — Mal- 

Hfé Texpédition de Pausaniaset d^Ans* 
tide et les victoires de Cimon , le roi de 
Perse maintenait son autorité sur une 
partie des villes de Cypre, celles surtout 
de la région sud^ouest, qui étaient d'ori« 
gine phénicienne, et qui se rangeaient vo* 
lotttiers sous les lois des Perses pour dis* 
puter aux Grecs la domination aes mers. 
Les Athéniens, d'un autre eôté, devaient 
trouver de nombreux adhérents et des 
alliés dans les villes fondées autrefois 
par des colonies sorties de TAttique et 
du Péloponnèse. L*tle de Cy preétait donc 
partagée entre ces deux puissances, qtii 
Se tenaient en équilibre, sans que Tune 
pût entièrement prévaloir sur l'autre. 
En 46S les Egyptiens, soulevés par le 
Libyen Inarus, appelèrent les Atlieniens 
à leur secours (1). Athènes avait envoyé 
en Cypre une flotte de deux cents ga- 
lères. Sur rinvitation dlnarus, ordre 
fut donné à cette flotte de se rendre en 
Egypte pour y soutenir cette révolte, qui 
pouvait puissammeut contribuer à la 
conquête de l*!le de Cypre. Les Athé- 
niens enurèrent dans le Ml, le remon- 



tèreBtjosqtt'à Mempbis, a'empartrentte 
deux quartiers de cette ville , et «asîé^ 
gèrent le troisième, qui se nommait le 
Mur Blanc. Mais les Perses flreni une 
vigoureuse résistance. Artaxerxe envoya 
deux généraux, Artabaie et Mégabyze» 
avec une armée considérable, et une 
flotte qui comptait beaucoup de vais- 
seaux ^prions. Les Athéniens, assises 
à leur tour, oundurent un traité qui 
leur permettait de retourner dans leur 
patrie. Cet échec interrompit pendant 
dix ans les tentatives des Athéniens sur 
rUe de C^pre. 

Dbbnibbb expbdittoh &v Cihon 
BN CVPBB ; SA MOBT (449). — Dans cet 
intervalle, Texil de Cimon et les dis- 
sensions par lesquelles les Grers prélu- 
daient è la guerre du Péloponnèse per- 
mirent aux Perses de se vauermir dans 
rtle de Cypre. Ils Tavaient entièrement 
recouvrée quand Cimon, de retour dans 
sa patrie, après avoir réconcilié lesGrecs, 
dirigea de nouveau leurs efforts contre 
l'ennemi commun. Il partit avec deux 
cents navires ( 450), et vogua vers Cypre, 
qu*Artabaze et Megabyze furent chargés 
de défendre, il mit le siège devant Citium. 
Informé de Tapproclie de la flotte enne^ 
nne, il marcha a sa rencontre, la dis- 
persa, et la poursuivit jusque sur les cô- 
tes de Phénicie. Puis , cinglant vers la 
Ciiicie, où campait Megabyze , il lui li- 
vra bataille, le vainquit , et revint dans 
nie qui, livrée à ses propres forces, devait 
bientôt succomber. Salamiue avait dans 
ses murs une forts garnison de Perses, et 
elle était abondamment pourvue demu- 
Dîtions de guerre. Cimon investit cette 
place. Alors, selon Diodore de Sicile (1), 
Artaxerxe, effrayé, demanda la paix et 
subit ce traité si glorieux pour Cimon ^ 
qui y attacha son nom, si humiliant 
pour la Perse, qui signait ainsi Taveu de 
sa défaite. « Toutes les villes grecques, 
selon ce traité, se gouverneront par 
leurs propres lois. Les satrapes perses ne 
descendront pas avec leurs troupes à 
plus de trois journées de marehe vers la 
côte de la mer, et aucun de leurs vais- 
seaux longs ne navi^ra entre Phasélis 
et les roches Cyanees. » Du reste, la 
realité de ce traité a été contestée avec 
raison. Piutarque le place vingt ans plus 



(i) Thuc., I^ io3; Diod. Siciil., Si, 74. 



(i)Diod.,XU,5. 



ILE BE CHTPiŒ. 



dS 



tft après la vieioire dé r£iiryiiiéd«n. m 
Thaeydide si Cornélius N^pos n'en 
font mention (1). En général les faits de 
«0(t6 époque sont peu connus : la mort 
de Olfflon est rapportée de diverses ma- 
nièrps : selon les uns, il moumi des sut* 
tes d'une blessure , pendant le siège de 
Gtittm. Selon d^autres, une maladie Tem-' 
porta au moment où il stationnait dans 
ips mers de Gypre, prêt à conduire sa 
flotte en Egypte pour y soutenir Amyr- 
tée contre les Perses. Selon Thucydide, 
i) avait déjà dépêché soixante navires au 
secoars du roi égyptien. Après la mort 
deCimon, la famine survint, et les Athé* 
niens abandonnèrent leur double tenta- 
tive sur Cypre et sur Tfigypte, qui re- 
tomb^ent bientôt sous le soug des Per« 
ses. « Depuis cet événement, aucun des 
généraux grecÉ ne se signala désormais 
contre les barbares nar quelque éclatant 
exploit. Les Grecs s acharnèrent les uns 
sur les autres, excités par des démago- 
gues et des artisans de querelles , sans 
que personne se mît entre eux ^our les 
séparer. Ces guerres intestines laissèrent 
respirer le royaume des Perses, et frap* 
pèrent la puissance des Grecs de coups 
irréparables (2). » 
HisToiBB d'ÉtaoohâS; sa KAIS^ 

8A?fCS ; SES COMMENGSIfElITS. -^ 

L'œuvre dont le génie de Cimon , dont 
la politique d^Athènes avaient poursuivi 
l'exécution avec tant de persévérance, 
fut reprise à la fin dn cinquième siècle 
avant Tère chrétienne par un Grec de 
Pfle dé Cypre , qui osa seul se mesurer 
contre toutes les forces du grand roi, et 
qoi déploya dans cette lutte inégale une 
habileté , une énergie et un courage à 
toute épreuve. Il se nommait Rvagoras. 
ÉvagOfas naquit h Solaminq Pan 445, 
quatre ans après Pe^pédltion et la nnort 
deamon. 11 descendait des anciens rois 
de Salamîne ; le sang de Teueer coulait 
dans ses veines , et son panégyriste Iso* 
erate, transportant dans Thistoire de 
son héros d'anciennes fictions poétiques, 
fait remonter sa généalogie jusqu'à Jo* 
prter (3). Le descendant de Jupiter et des 
Éacides fut réduit d'abord àunecondltlon 

(i) Cf. Engeî, iC;'/yroj, ï, aSt.' 
(a) flufarq., Cimon,, trad. Piefron, t/Hf, 
p. 3i. 
(3) Uocrat.i^f'a^., ta. 



privée de» la tilte o6 avaient régné ses 
ancêtres. Peu de temps auparavant la 
race de Teueer s*était vue dépossédée 
du trône de Salamine* Grâce sans doute 
à Tappui de la Perse, un Phénicien, nomt* 
mé Abdémon, s'était emparé du pou-* 
voir dans cette ville, l'avait remplie de 
soldats barbares, et travaillait à soumet-' 
tre toutes les autres cités à la domina* 
tioB du grand roi, son protecteur (I). 
Évagoras était de sang royaL II avait 
de l'ambition et toutes les qualités bril« 
lentes qui subjuguent les hommes, il de* 
vint suspect au tyran , conspira ou fiûl 
accusé de le faire , fut contraint de s'ex* 
patrier pour sauver sa tête, et se retira à 
Soli , vflté voisine de Cypre « située sur 
la cdte de Cilicie. Loin de l'abattre , )t 
persécution aiguisa son courage; il jura 
d'affranchir Salamine ou de périr, et, re^ 
paraissant à rimproviste dans Ttie avee 
cinquante partisans dévoués, il par* 
vint, soutenu par les bonnes dispositions 
de la population grecque , à chasser lé 
tyran étranger et à détruire le parti des 
Perses (410). 

PaoeBBS DE UL PUISSANCE D'ËVA* 
eOBAS; SES BELATIOCfS AVEC ATHÈ- 

HES. — liS succès de cette entreprise , 
les progrès de la puissance d^Ëvagoras, 
qui travailla avec persévérance à s*eni« 
parer de l'Ile entière, montrent asaes que 
Cypre ne tenait que par de faibles liens k 
Tempire persan, qui commençait à se dis- 
soudre. Darius Nothus et Artaxerxès* 
Mnémon , qui lui succéda , absorbés 
par les emnarras de la politique ex* 
térleure et les révoltes du dedans , lais^ 
aèrent Kvaeoras s'affermir et s'étendre. 
Il parait même, par ses relations aveeles 
satrapes perses, qu*il n'était plus const« 
déré comme un ennemi , et que la coitf 
de Suse s'était résignée à son élévarto*. 
Isocraie remarquequ* Evagoras consolide 
son pouvoir par son excellente adminis- 
tration. Il rendit le commerce et V$* 
grtculture très^florissants dans son petit 
royaume, et créa une armée et une ma- 
rine respectables. La guerre du Pélopon* 
nèse durait encore. Rvagoras prit parti 
poer Athènes, qui lui avait accordé le 
titre de citoyen et qui avait tant combattu 
pour l'indépendance de l'Ile de Cypre; et, 

(i) Ensel, KfprùSf I, a$8; Diod., Siciil., 
XIV o«. 



u 



VWXIVEÊS, 



après la bataille d*JEffiÊ*WtomoB^ ee fst 
auprès d'Évasoras que l' Athénien CoDon 
se retira avec les débris de sa flotte , 
moins pour sa sûreté, dit Platarque (1) , 

rpoor attendre quelque ehangement 
s les afifiaires, comme on attend pour 
s'embarquer le retour de la marée (406)« 
Gonon et Évagoras contractèrent une 
étroite amitié» et se rendirent de mutuels 
services. Gonon avait quelque crédit à 
la cour du roi de Perse : il parvint, par 
Tentremise de rhistorien Ctesias, méde- 
dn d'Artaxene , à apaiser les mécon* 
tentements de ce prince contre Evago- 
ras, qui rentra en grâce auprès de lui. 
Tranquille de ce côté, les deux amis 
conçurent le ^and dessein d'abattre on 
du moins d'affaiblir ia puissance de 
Sparte, tyrannique pour la Grèce, mena- 
çante pour la Perse, et de relever la 
gloire et le nom d'Atbènes, leur commune 
patrie. Les victoires d'AgèsIlas en Orient 
facilitèrent la réussite de leur |>rojet. 
De tous côtés, les satrapes de TAsie Mi* 
Heure adressaient des plaintes à Ar- 
taxerxe contre les Lacédémoniens, qui 
ravageaient leurs provinces, et auxquels 
ils ne pouvaient tenir tête. Alors les 
Perses, qui avaient soutenu Sparte dans 
le temps (|U* Athènes était puissante, 
songèrent à relever Athènes pour Top- 
poser aux projets des Spartiates, formi- 
dables à leur tour. Recommandé au 
grand roi, soutenu par Êvagoras et 
Pbamabaze, Gonon équipe dans les ports 
de Phénicie et de Gilicie une flotte de 
troiscents voiles. Puis, pour vaincre Tin- 
décision de la cour du grand roi, Gonon, 
dans son Impatience de réparer la honte 
d*iEgOs-Potamos » quitte sa ftotte, tra- 
verse la Syrie, nasse l'Euphrate à Thap* 
saque, se rend a Babylone, obtient une 
audience d* Artaxerxe, qui lui accorde des 
subsides et le nomme au commande- 
ment de sa flotte. Ses efforts ne furent 
pas sans récompense. Gonon remporta 
sur Pisandre, irère d'Agésilas, sa ce* 
lèbre victoire de Gnide, qui porta à la 
puissance de Sparte un coup mortel 
(894). En reconnaissance des services 
importants que leur avaient rendus Go- 
non et Évagoras, les Athéniens leur éri* 
gèrent des statues (2). 

(i) Plat., jérttts., a xm, 

(a) Isocr., in Bva^.; Pauf, I» 3, f , 



£yA60RAS BST ATtA^HÉ PAB X.SB 

Pbbsbs; siège dbSalàiiinb. — Encou- 
ragé par les succès de Gonon et la res- 
tauration de la puissance athénienne, 
Ëvagoras , qui songeait toujours à faire 
de nie de Gypre un seul royaume, reprit 
l'exécution de ce grand projet. Em- 
ployant tour à tour la force ou la ruse, il 
s*empara de presque toutes les villes de 
Gypre, excepté Amathonte , Soli et Ci- 
tium. Ges trois cités, vivement prensées 
par Évagoras, implorèrent l'appui d*Ar- 
taxerxe. Le roi leur fit une réponse fa- 
vorable , ordonna aux gouverneurs des 
provinces maritimes d'équiper une flotte, 
et il chargea Hécatomnus, satrape de 
Garie, do commandement de la guerre 
contre Évagoras. Mais, occupé ailleurs 
par des soins plus importants, Ar- 
taxerxe ne put donner à cette affaire 
une sérieuse attention. La guerre, molle- 
ment conduite, languit pendant six ans 
(892*387 )« et cette résistance d'un petit 
prince d'une île grecque couvrait de con- 
tusion le nom persan, déjà tant com- 
promis par le succès de la retraite dos 
Dix-Mille. Enfin, quand Artaxerxe eut 
conclu le traité d'Antalcidas , qnand ti 
fut libre du côté des Grecs, il se tourna 
tout entier vera la guerre de Gypre, et 
attaqua Évagoras avec toutes ses forces 

(3«6)(l). 

Une armée de trois cent mille hom- 
mes, sous la conduite d'Oronte, ^ndre 
du roi, une flotte de trois cents tnrèmes 
confiée à Téribaze, partirent de laGilicJe 
et abordèrent à l'île de Gypre. Évagoras 
avait une flotte dequatre-vingt-dix trirè- 
mes , dont vin^ étalent fournies par les 
Ty riens, qui loi obéissaient, et souante- 
dix par les Gypriens. $on armée de terre 
se composait de six millebommeset d'un 
plus grand nombre de troupes alliées. 
Il avait pris à sa solde un grand nom- 
bre de mercenaires. 11 avait fait un traité 
d'alliance avec Achoris, roi d'Egypte, 
dont il obtint des secoura considérables. 
U entretenait des intelligences secrètes 
avec tous les ennemis du grand rei; un 
chef de tribus arabes et d'autres sou- 
verains mécontents lui fournirent des 
corps nombreux d'auxiliaires. La réu- 
nion de toutes ces forces était |>eu de 
choses en comparaison do formidable 

(i) Dîod. Sicttl., XV, a. 



ILE DE GHTPBE. 



S6 



appmil dei Pênes. Mai» finigeras 
eoioptait sur son courage et sur ta for- 
tune, li coonît la mer de bâtiroenU 
légen^ qui arrêtèrent les eonvois de fi- 
fres e&Toyés aax Perses, cnii souffrirent 
beaueoop de la ûmine. Une sédition 
édata dans leor camp, et ne s'apaisa 
^*àrarfivée des blés de Cilicie. Quant 
à ÉTagoias, il avait reçu des approvi* 
sionnemems eoDsidécables de son allié 
Achoris. 

Gepoidant Évagoras, ayant porté sa 
flotte à deux cents navires, attaqua les 
Perses, pour décider son sort par une 
grande imtaille. Victorieux dans une 

Sremière action , il en vint une seconde 
lis aux mains, et fut vaincu. Bientôt Sa* 
lamine ftit investie nar mer et par terre ; 
et réduit à ses seules forces , Evagoras 
ne pouvait tenir longtemps. Il le sentait 
bien : aussi, laissant à son fils Protago* 
ras le soin de défendre Salamine, îl s^é- 
einppa de nuit avec dix galères, et se di« 
rigea vers l'Egypte. 11 pressa vivement 
son allié Achoris de le soulenir contre 
QB ennemi qui était aussi le sien. 

Ëvasoras n'obtint pas d'Achoris tout 
ce qu'il en avait attendu (I). A son re- 
tour, il trouva Salamioe vivement pres- 
sée par les Perses; et, se v<^ant anan- 
donné de ses alliés, il demanda à capi- 
tuler. Téribaze lui imposa pour con- 
^on d'évacuer toutes les villes de Cypre, 
à l'aosption de Salamine, dont Êvagoras 
Rstemt souverain en payant un tribut 
aoDuel au roi de Perse, en lui obéissant 
eomme un serviteur à son maître. L'ex- 
trémité où Êvagoras était réduit l'obligea 
(Taecepter les autres conditions, quelque 
dures qu'elles fussent; mais il ne put 
jamais se résoudre à consentir à la der- 
nière, et persista toujours à déclarer 
<iQ'il ne pouvait traiter que de roi à roi. 
ÛeaoD côté, Téribasene rabattait rien de 
M* prétentions ; et il paraissait inévitable 
Vt'ETafforas devait céder ou périr, lors- 
V^ la basse jalousie d'Oronte, l'autre 
R^aM, fit retirer le commandement à 
Téribaze. 11 écrivit secrètement à Ar- 
laxerae que Téribaze songeait à serévol- 
^; et le roi, trompé par cette calomnie 
aalnlement présentée, cbarge Orontelui* 
iBfme d'arrêter Téribaze, et lui confie le 
soin d'achever seul la guerre. Pendant 



W 



XV. s. 



eesintri^es, le siège langiteait. Évaigo- 
ras repnt courage; il rompit les négo- 
datiotts, et se remit à résister vîsoureu* 
sèment. Oronte se vit bientôt dans un 
cruel emtoras : l'ennemi le bravait, ses 
soldats, mécontents du départ de Téri- 
baze, se débandaient et refusaient de lui 
obéir. Alors il désira un aocomnMxie- 
ment. 11 foit parler sous main à Êvago- 
ras : on reprend la négociation au point où 
l'avait laissée Téribaze , mais on en re- 
tranche la condition humiliante qui avait 
empédié la conclusion du traité. Êvago* 
ras conserve le titre de roi de SalaminOi 
en payant un tribut annuel et en se sou- 
mettant comme un roi qui obéit à un roi 
^ui ordonne. Ainsi, après dix ansd'hos* 
tilités et un déploiement de forces im« 
menses, Artaxerxès n'avait pu renverser 
du trône un petit prince iprec qui l'avait 
bravé. Êvagoras restait roi, et Artaxerxe 
n'obtenait qu'une incomplète satisDac- 
tion ($86). Cétait pour les Grecs un 
nouvel encouragement à tout entre- 
prendre contre l'empire des Perses. 
Après cette guerre, Êvagoras régna en* 
core treize ans à Salamine. il fut assas- 
siné, selon Diodore, par un eunuque, 
appelé riicoclès, oui usurpa le pouvoir. 
Théopompe appelle cet eunuque Tbra- 
sydée , et il donne pour raison de ce 
meurtre l'outrage âiit par Evagoras à la 
fille de Micocréon, autre roi de Cypre (1). 
Si telle fut vraiment la fin d' Evagoras, 
on doit singulièrement rabattre de iéloge 
pompeux qu'en fait Isocrate dans son 
pan4;3*rique. Il est vrai que ce discours 
était un éloge funèbre commandé et payé 
à Isocrate par Nicoclès, fils d'Êvagoras, 
et un panéjQnrique d'isocrate n'est pas 
plus de l'histoire que la Cyrqpédie de 
Xénophon. 

Bbgnb db Nigoclbs (374). — Éva- 
floras eut deux fils, dont Tstné s'appelait 
Protagoras et l'autre Ificoclès, qui lui 
succéoa. Il nous reste encore deux ha- 
rangues d'isocrate à Nicoclès, l'une oui 
traite de la royauté et de la politique des 

«rinces, et l'autre où l'écrivain présente 
[icodès comme le modèle des rois, et où 
il trace les devoirs des sujets envers le 
souverain. On sent dans tous ces écrits 

(i) Diod., XV, 47; Arisf^ Poiit» T, S, 
lo; Theopomp., ao, Phoi,, 176; frag. 
Btsi, Grœe,, eol|, Didot,!, p. «9e». 



M 



LVmVERS. 



PiDflUttHse d«i iiiiioillMilo00 d«r nteet 
qrprien ; Mis il fiiut aavoir gré a Ita* 
ente de les avoir remplis de tentimenta 
iNnmétes et d'idées joslêa, eapaMes de 
Unimer an bien an jeune prisoe qui at ait 
été son disciple. Nicoclèa avait été en« 
tùfé à Athènes par son père, et il avait 
fréquenté récole d'Isoerate, avec lequel 
il entretint toujours d'amieales relations. 
On peut juger du caractère de Micodés 
d'après ee que rapportent Tbéopompe ( i ), 
Anaximène et Élien de la singulière 
émulation de plaisirs, de luxe et de dé* 
baoehes qui s'établit entre le roi de Sfr* 
lamine et le roi de TJrr, Straton, prince 
également magniSque et voluptueux. 
Chacun s'efforçait d^éclipser son rival 
par la recherche et la somptuosité de 
ses fStes et de ses r^ouissances. Au plus 
fort de cette lutte épicurienne, la mort les 
surprit violemment et à l'improviste. Le 

S ne de Nicoolès avait toujours été fort 
té, comme le foit assez comorendre le 
second discours qui lui fût adressé par 
Isocrate. On lulimputait le trépas de son 
père, et ses sujets lui contestaient ledroit 
de régner. A la suite de longues agHa- 
tiens, qu'Isocrate e8sa3re vainement de 
calmer par ses harmonieuses périodes, 
une insurrection éclata. Ificoelès tomba 
du tréne, et fut mis en prison, oà il mott- 
rut (S61). Êvagoras II lui succéda. 
ÉTAGOBAs II (35)}; Photaocras; 

NOUVELLE TENTATIVE DES PSBSBS 
irOUBBÉDUTBBL'tLEDE CYPBB. — Ilcst 

probable que cet Ëvasoras était fils de 
JNîeoclès. A peine étaMi sur le trdne, il 
en fut renversé par Pytbagoras ou Pro- 
tagoras, que l'on croit être le fils d'Éva* 
goras I. Sur ces entrefaites, une nouvelle 
révolution éclate dans les provinces ma* 
ritimes de l'empire persan. La Phénlde, 
TËgypte, nie de Cvpre se soulèvent à la 
fois contre Tautorià d' Artaxerxe Ochus. 
Les neuf rois de l'île de Gypre nrf'usent 
de payer tribu au ^and roi (9), qui or« 
donne è Idriée , roi tributaire de Carie, 
de les faire rentrer dans le devoir. Idriée 
fit construire rapidement quarante tri* 
i^mes, mit sur pied une armée de huit 
mille mercenaires, qu^I envoya en Cypre 
sous les ordres de Phocion l'Athénien 

(i)Dafte Athéhée, XII, Sit ; JE^an., Bist, 
-wrr. , VII, 2; Engcl, KrptoSfl, p. 33o. 
(a) Diod. tteuLTkvi, 4^. 



«I do piinoe détrôné finngoras. Tel était 
l'abaissenent politique des Grées : après 
avoir nMtdié les secours des Perses pour 
se déchirer entre cttx, ils eombottaieot à 
leur service pour rétablir leur doim- 
nation, et Phocion allait leur rendre une 
fie qu'autrefois Cimon avait essayé d*iif* 
franchir. Phocion et Êvagoras vinrent 
assiéger Salamine, dont la prise devait 
assurer la soumission des autres villes. 
Les petits rois de Cypre n'atteodîrent 
même pas nue Salamine ait suooombë; 
ils se replacèrent sous le joug. Si ni, Pro- 
tagoras osa résister. Il savait qa*Ëva* 
goras réclamait la souveraineté de Sala* 
mme et qu'il se faisait fort de la recevoir 
des mains des Perses. Il n'y avait de 
salut pour lui que dans une rteistance 
désespérée. L'évéoemoit justifia cette 
courageuse résolution. Êvagoras devint 
suspect à Oehus; rappelé auprès du roi, 
il se justifia; mais 00 ne parla plue de 
lui rendre- Salamine. Protagoras, s*é* 
tant soumis volontairement, régna pai* 
sibleoient à Salamine jusqu'à k fin de 
sa vie. Quant ii Êvagoras, il avait obtenu 
en Asie une souveraineté plus eonsido- 
rable que son patrimoine de Cypre. Mais 
il se compromit encore par sa turfou* 
lence, reparut dans File de Cypre, où il 
fut arrêté et mis à mort. 

L'Îlb de Cypbe sous la MiunvA* 
Tion b'Albxaiidbb lb Gbaiid (MO). 
— Vingt ans après ces derniers évéoé« 
ments, l'édifice de la monarohie penane, 
mal eonaolidé par im despotisme inia* 
telligent et ébranlé par tant de commo* 
tions intérieures, s'émula sous les eau pa 
du héros macédonien. L'Ile do Cypre 
fiit une des premières provineas qui ae 
détacha de l>mpirede Darius. Peodant 
que Tvr arrêtait par une résistaaoe opi« 
nifttrela marche triomphale d*Aleiandre, 
les rois de Cypre se donnèrent à lut avec 
empressement, et mirent à sa disposition 
toutes leurs forces navales. Les eoutin* 
gents fournis par les villes eypriennes 
venaient fort à propos dans cette guerre 
maritime qu'Alexandre n'avait pas pré* 
vue , et il leur dat en grande partie 
PbeureuseconclusiOBdeee siéga mémo* 
rable (1). Pytbagoras s'y distiogoa par^ 

(t) Arrien, II, 17, 9(0 ; Qoint.-Gart., ÎV, 
3; les historiens d'Alexandre appellent Pny- 
tagoras le roi de Sslaaûae, On pest éomHr ' 



ILE 0Ë CHYmE. 



n 



ittm tsqtkt aHtaMi. Arrm nomme €d- 
eori|Mnm)ef chefs cypriensqui prirent 
part a oe nége Androdès d'Amathonte 
et Paâfiratâ de Curium. Aussi les 
phnees de Gypre fureut-ils depuis ce 
temps en grande faveur auprès d'A- 
lexandre. Pendant qu'il était en Egypte* 
il leur témoigna sa reconnaissance par 
des récompenses et des honneurs (1). 
Lorsqu'il revint en Phénicie, il ordonna 
la eéléhration de sacrifices et de pompes 
aoleonelles en l'honneur des dieux, a U 
doooa, dit Plutarque (3), des chœurs de 
dasse , et des jeux où l'on disputa le 
prix de la tragédie, et qui furent remar*- 
quables, noo-seulement par la pompe 4e 
Fappareil, mais encoro par Temulatioa 
de eeox qei en faisaient la d^ense. Ce- 
taieot les rois de Gypre qui s'étaient 
ciiaqiiés de ce soin , comme le font à 
Attièoes les cborctges tirés au sort dans 
kl tribus ; et il y eut entre eux une ar- 
d«ttr merveilleuse i se surpasser les uns 
les autres. Mais personne ne se piqua 
de plus de magnineenoe que riioocréon» 
k Salsminien, et Pasierates de Soli ; car 
c'est à eux qu'il échut d'équiper les deux 
acteurs le plus en renom : Pasierates 6t 
paraître sur la scène Atbénodore et Ni« 
coeréon Thessalns. Alexandre favorisait 
ThesKtlus ; mais il ne montra son intérêt 
poor lui qu'après qu'Athénodore eut 
été proelanîé Tainqueur par les suffrages 
^^ ju^ Tapprouve le jugement, ml* 
il, mais i'aorais donné avec plaisir une 
portion oe mon royaume pour ne pas 
w Tbessalus vainou. » Sur ces entre* 
faites, des nKHivements ayant éclatédans 
le Péloponnèse, Alexandre y envoya cent 
vaisseaux, qu'il fit équiper par les Phé* 
nieiens el par les rois de Cynre, si dé- 
voués à ses intérêts et à ses plaisirs (3). 
Plusieurs chefs cypriens s'attachèrent à 
lui, et la suiirireiit jusqu'aux bords de 
riodus. Ils lui furent très- utiles pour 
^ oftnstmelîoa, IVquipement et le ser- 
vies de la flotte qu'il lan^^ sur oe fleuve. 
Oo troove le Soliea IVicoclès , fils de 
Pasierates, el le Salaminien I<iitaphroo, 
fiisdePytliagoras, au nombredeeeux qui 



reeiiriMeMitleiiièneqnele Profasorw 
dtvssvrat !•* et rivai dXvi«ofaa H* 
(t)Qiiiiit.-C(srt., IVfS. 

(a) Plut.,^/e«.y 3a, tr.Pierron, t. IIl, 477. 
(3)Amea "If 



aoeompagnèrent Iféaraue dans la ^vi- 
sation du golfe Persique. Stasanor de 
Soli, fils ou frère du roi Pasierates,. 
chargé du soin de maintenir et de pacifier 
l'Ane, fut confirmé dans ce gouverne^ 
ment, auquel on ajouta la l)rangiane« 
dans le premier partage fait après la mort 
d'Alexandre, sous les auspices de Per» 
diccas. Plus tard, au nouveau partage 
de Trisparadis, opéré sous la r^enoe 
d'Antipater, on lui donna la Bactrianeet 
la Drangiane eu échange de son pré* 
mier gouvernement, qui fut confié à un 
autre Cyprien, Stassandre (1). 

LBS SUGGBSSBUBS d'Al.BXAN]>BB SB 
BISPUTBNT LA POSSESSION DB L'ÎLS 

DB Gypbb. —Après la mort d'Alexandre 
nie de Cypre ne fut comprise dans au* 
cun gouvernement. Elle s'était donnée 
de plein gré, elle ne pouvait être traitée 
comme un pays conquis. Elle aurait 
voulu d'abord s'incorporer à la Macé- 
doine et rester attachée à la famille 
d'Alexandre; mais elle était trop faible 
pour qu'il lui fût permis de vivre sous 
une domination de son choix ; et sa po« 
sition entre l'Asie Mineure, la Syrie el 
l'Egypte devait l'exposer aux attaques des 
centraux successeurs d'Alexandre qui 
fondèrent dans ces trois contrées de puis* 
sants empires. (2). Après la défaite a'Eu^ 
mène (817), qui avait héroïquement en« 
trepris de soutenir les droits de la dynaih 
tie macédonienne contre l'ambition des 
généraux, les rois de Cypre, qui l'avaient 
soutenu , se partagèrent entre Antigone 
et Ptolémée, devenus les plus puissant^ 
des héritiers d'Alexandre. Le premier 
possédait l'Asie Mineure, et aspirait à la 
domination universelle. Le second ne 
songeait qu'à s'affermir en Egypte; mais 
il lui importait beaucoup d'avoir Tile de 
Cypre dans son alliance, ou sous ses lois. 
11 donna sa fille Irène en mariage à Eu* 
nostus, fils de Pasierates, roi de Soli, et 
attira dans son parti le plus grand nom* 
bre des villes. Antigone s'attacha tes rois 
de Citiura, d'Amathonte, de Lapathos et 
de Cerynia ; et les forces nai aies des deini 
rivaux se dirigèrent sur l'Ue de Cypre (3} 
et la Phénide, gui devinrent le théâtre 
d'une lutte opiniâtre (314). 

(0 Diod. Sicul., XVIII, 3, 39. 

(2) Engel, Kjrprat, I, p. S6i« 

(3) Diod. Sicul., XIX, 6a. 



LUniVEES* 



PlOUSmSB S'BMPABB DB L*tLB DB 

Cypbe. — Séieucas, à qui Antigoiie avait 
enlevé son gouvernement de Babylone, 
8*était étroitement noi à Ptolémée , qui 
l'envoya dans Pf le de C3rpre aveo la flotte 
égyptienne, dont il avait conOé le eom- 
mandement è son frère Ménélas. Pen- 
dant ou* Antigène, seeondé par son jeune 
et vaillant fils, Démétrias, s'emparait de 
la Syrie, de la Phénideetde la Palestine, 
Çypre passait tout entière sous la domi- 
nation de Ptolémée, qui châtia rii^a* 
reosement les rois alliés d'Antîgone. 
Pygmalion de Citium fut mis à mort; 
Praxippe» roi de Lapathos, Thémison de 
Gerynia et Stasioecus de Marium furent 
privés de la liberté. Niooeréon , roi de 
Salamine, allié fidèle de Ptolémée, reçut» 
avec les villes qui avaient appartenu aux 
rois chassés , le gouvernement militaire 
de nie entière, dont le traité de 811 as- 
sura la possession entre les mains de 
Ptolémée. Quelque tem|)s après, le roi 
de Paphos, Nicociès, traita secrètement 
avec Antigène. Alarmé de cette défec- 
tion, qui pouvait en entraîner d'autres, 
Ptolémée se décida à donner un exem- 
ple terrible (f ). Il envoya Argée et Cal* 
nerafee, deux de ses amis, avec ordfe de 
toer Nioodès. Ceux-ci viennent à la tête 
d'un détachement de soldats investir la 
maison de If icoclès, et lui commandent 
au nom de Ptolémée de se préparer à la 
mort. En vain Nicoelès essaye de se ios- 
tifier, on ne veut pas l'entendre; et il est 
réduit à se tuer de ses propres mains. 
Ptolémée avait ordonné qu'on respectât 
la vie des femmes : mais Axiotbéa , 
iémme de Nicoelès, ne voulut pas lui 
survivre: elle égorgea d*abord ses filles, 
encore vierges , et les femmes des frères 
de Nicoelès, excitées par ses paroles, 
partagèrent son forouche désespoir et se 
tuèrent avec elle. A cette nouvelle les 
frères de Nicoelès fermèrent toutes les 
portes du palais, y mirent le feu et 
•*entr'^org^nt. Telle fut la fin tra** 
^ifoe de la famille des rois de Paphos. 
On voit par là combien les Grecs étaient 
à eux-mêmes d'impitoyables maîtres. 
Jamais les rois de Cypre n'avaient eu 
auunt à souffrir de La domination des 
Perses (810). 

(i) Dîod. Sîeal., XX| «i. 



BvicBimios BBPBBHD Cypbb; sno« 
DE s ALAMiif B (807). — La possession de 
Tyr et de la Phénicie ne suffisait pas à 
assurer la domination dans la Méditer- 
nmée orientale; il fallait y joindre la 
coDOuéte de llle de C)Fpre. A la reprise 
des tiostilités avec Ptolémée, en 308, An- 
tigoiie prépara un armement considé- 
rable pour lui disputer cette lie. Détné- 
trius, rappelé de Grèee par son père, 
fiit chaire du soin de cette guerre (I). 
Il avait 8008 ses ordres une flotte àe près 
de deux cents trirèmes et une armée de 
quinze mille hommes. 11 aborda sur la 
côte de Carpasia , tira ses vaisseaux à 
terre, et fortifia son camp. Après s^éire 
assuré la soumission des villes voisines, 
il marche sur Salamine , où le frère de 
Ptolémée, Ménélas avait rassemblé une 
armée à peu près égale à celle de Dêiiié- 
trius. Ménélas vint au-devant de Ten- 
nemi jusqu'à quarante stades de la ville; 
Il livra bataille, et fut vaincu. Comme ii 
lui restait assez de forces pour soutenir 
un siège, il s'enferma dans Salamine, ta 
mit en défense, et écrivit à Ptolémée de 
se hâter de le secourir. 

Démétrius vint investir Salamine. H 
résolut de faire construire d'énormes 
machines, des catapultes, des balisies, 
des tours, des ponts volants, et il dé- 
ploya dans Texécution de ces divers tra- 
vaux ce f^énie inventif etce goût du gran* 
diose qui ont frappé ses contemporains, 
et qui lui ont valu de son vivant le sur- 
nom de Poliorcète (preneur de villes). 
« Il fit £aA>riquer, dit Diodore , une ma- 
chine, connue sous le nom d'hélépoie, 
dont chaque cAté avait quarante-cinq 
coudées oe largeur, et dont la hauteur 
était de quatre-vingtdix coudées, di- 
visée en neuf étages. Cette maebine 
re|>osait sur quatre roues solides, de 
huit coudées de haut. Il fit aussi eons- 
truire d'énormes béliers et deux tortues 
porte-bélier. Aux étages inférieujv de 
l'hélépole étaient fixés des balistes de 
diverses dimensions , dont les plus craii- 
des lançaient des pierres de trois talents 
(78 kilogrammes). Toutes ces machines, 
destinées à lancer des projectiles, étaient 
servies par deux cents hommes ; en s*a^ 
prochant de la ville elles balavatent les 
ciéneaux, en même temps que les béliers 



(0 



SicuU, XXf 47* 



ILE M CBTPRE* 



ébraniaient les nmn. » AalMiit déplu* 
aeon jours la muraOle j^rétentait déjà 
UM hrgt brèdw, el la ville allait être 
prise d^assaot, k>ra(fue Ménélas incendia 
a?eede8 flèebas enflammées les machines 
que Démétrius avait Csit construire à si 
grands frais. Elles furent toutes eonsa- 
jnéeSf et Démétrius changea le siège en 
Uoeas. 

Bataille i>b Lbucolla (306). «^ 
Bientôt après, Ptoiémée parut avec des 
forces considérables de terre et de mer. 
« La bataille qui se préparait suspendait 
non-seulement Démétrius et Ptoiémée^ 
mais aussi tous les autres princes, dans 
l*attente des événements qui devaient 
en être la suite, et oui étaient fort in- 
certains ; toutefois chacun pensait que 
k succès ne se bornerait pas à rendre le 
Tainqueur mattre de Çynre et de la Sy- 
rie, mais cnill en ferait le plus puissant 
éfê rois. Ptoiémée, cinglant à pleines 
loiies, s'avança contre Démétrius avec 
eent cinquante navires , et envoya dire 
à Ménélas de sortir de Salamine , lors- 
ou'on serait au plus fort du combat, et 
oe venir avec soixante vaisseaux char- 
ger Tarrière-garde de Démétrius, afin de 
la mettre en désordre. Mais Démétrius 
laissa dix vaisseaux, pour faire tête à 
ttux de Ménélas, jugeant ce nombre né- 
cessaire pour garder Fissue du port, 
qui était fort étroite, et emoécher Ménélas 
d'en sortir. Pour lui, après avoir distri- 
Imé et ranfi[é son armée de terre sur les 
pointes qui s'avançaient dans la mer, il 
prit le large , et alla charger avec tant 
<rimptoosité et un si crand effort la 
flotte de Ptoiémée, qu'il la rompit. Pto- 
iémée, se vopnt vaincu, prit précipitam- 
ment la fuite avec huit vaisseaux, les 
seuls qu'il put sauver; car de tous les 
aotres un mnd nombre furent brisés 
dans le conibat, etsoixante>dix avec leur 
éqnipsM» tombèrent au pouvoir de l'en- 
nemi. Ses domestiques , ses amis , ses 
fcmroes, ses provisions d'armes, son ar- 
gent, ses machines de guerre, enfin tout 
ce qui était à l'ancre dians des vaisseaux 
de transport , fut pris par Démétrius et 
conduit dans son camp. Après la perte 
de iabataitte, Ménélas ne résista plus, 
et remit Salamine aux mains de Démé- 
trius, avec tous ses vaisseaux et son ar- 
mée de terre, qui se composait de douze 
cents chevaux et de douze mille hommes 



de pîed (f ). » Ce fut près du port de 
Leucolla, situé entre SaUmine et le 
cap PédaUon, que se livra cette bataille 
navale, après laquelle Ptoiémée renonça 
à la possession de Tlle de Cypre et re- 
tourna en Egypte (â). Après la retraite 
des deux frères, Démétrius rangea aous 
fion autorité toutes les villes de Cypre, 
dont il incorpora les garnisons dans son 
armée. A la nouvelle de œl éclatant 
succès. Antigène prit le titre de roi, ^ 
donna à son fils, et, à leur exemple, les 
autres généraux successeurs d'Alexandre 
ceignirent aussi le diadème. 

Ptolbméb bboouvbe l'Îlb db Cy- 
PBB. — Après la conquête de l'île de 
Cypre la puissance d'Autigone et de Dé- 
métrius était parvenue à son apogée : 
elle déclina bientôt, et tomba d'une chute 
soudaine et éclatante. De vaines et rui- 
neuses tentatives pour soumettre l'E- 
gypte, Rhodes et la Grèce épuisèrent les 
forces de oes deux grands ambitieux: 
une nouvelle coalition se forma contra 
eux, et Ils succombèrent à la bataille 
d'Ipsus (301) , sous les coups de Lysima- 
que, de Séleucus et de Ptoiémée. Après 
la bataille d'Ipsus, Démétrius s'enfuit en 
Cypre, mit en sûreté à Salamine ses 
euâints et sa mère, équipa des vais- 
seaux, et alla en Grèce et en Macédoine 
regagner et perdreun nouveau royaume. 
Il apprit bientôt que Ptoiémée lui avait 
enlevé les ports de la Pbénicie et les 
villes de Cypre , excepté Salamine, dans 
laquelle sa mère et ses enfants étaient 
assiégés (3). Démétrius était en Lacouie 
près d'assiéger Lacédémone quand il 
reçut cette nouvelle : il renonça à cette 
entreprise pour s'occu^r de la défense 
de ses possessions d'Asie ; mais les dis* 
sensions des fils de Cassandre l'ayant ap- 
pelé en Macédoine, il s'empara de ce 
royaume, et se laissa enlevor Salamine, 

âu'il avait possédée pendant dix ans. Llle 
e Cypre redevint une province de la 
monarchie des Lagides (S95). 
LIlb de Cypbe sous la. domina- 



(t) Plularq., Fie dét Démétrius, i5. 

(ft) Ni Diodore ni Plularqoe n'indiquent le 
Ueu de la bataille. C'est un mot d'Athénée qui 
le fait connaître. Ath., Y, 209 ; Diod.,XX, 53. 

(3) Diod., Exeerpt,, XXI, p. 4a ; Plutarq., 
Dem,, 35. Voir dans Polyen, Strat^f 5, la 
prise de Salamine. 



90 



L'UMViBRSé 



tB ATIOH DB L'IlB SOUS LES L AOIDBS (1 ). 

"-Ptolémée avait senti que raequisition 
de nie de Cypre était absolument néces* 
saire pour compléter la création de son 
royaume d^Ëgypte. Il y tenait autant 

âu*à la conquête des provinces mari- 
mes de la Syrie. £n efrct , c'était de la 
Phénide et de Cvpre qu'il tiraît des na- 
vires et des matelots pour sa marine de 
guerre et de commerce, et c*étaient 
^es deux provinces qui couvraient son 
royaume contre toutes les tentatives dMn^ 
vasions faites par mer ou par t^^rre. Prî- 
Tée de ces deux positions commerciales 
et de ces deux po^tetf militaires, TÉ- 
cypte ne trouvait pâ^ en elle-même assez 
a éléments de prospérité; elle perdait 
toute importance politique, et restait 
exposée sans défense aux attaques de 
ses ambitieux voisins. Jusqu^à Ptolémée 
les petites dynasties qui gouvernaient 
les villes cypriennes avaient été eénéra- 
lement maintenues par les différents 
mattres qu'elles avaient successivement 
acceptés. Déjà, lors de sa première con- 
quête, Ptotemée avait été très-rigou- 
reux à regard de ces petits princes dé- 
gradés et corrompus par Fhabitude de 
là dépendance, et prêts à proclamer et à 
trahir tour à tour ceux qui les assujet- 
tissaient. Après s'être remis en posses- 
sion de rîle , il la fit gouverner en pays 
conquis, et les anciens pouvoirs locaux 
disparurent. Il y entretint une force mi- 
litaire considérable, confiée à un stratège 
mii réunit entre ses mains toute Tauto- 
nté et que des inscriptions qualifient du 
triple utre de général , d*amiral et de 

grand prêtre (^rpam^oç jcat taûapy^oç xal 
opXtepioç è xarà tt^v wov). Tout était 
soumis à ce gouverneur suprême, même 
les pontifes de Paphos et des autres 
sanctuaires qui pouvaient agiter le pays 
et provoquer de nouveaux soulèvements. 
Le siège du gouvernement de File resta 
fixé à Saiamme. Le gouverneur de Cy- 
pre prenait rang parmi les plus hauts 
dignitaires du royaumed^É^pte, quel on 
appelait les parents du roi (mrnr«tTç tcu 
pàatx^wc). Les gouverneurs particuliers 
des villes et les chefs des différents corps 
de troupes étaient placés immédiatement 

(c}Efigel, Kfi^ros, I, S9i;Bttckb., Corp* 
Ihicript, 



SOUS ses ordres. Les inserifffleiis ti4Mis 
font eonnattre les titres et les noms des 
fonctionnaires civils et militeires chargés 
à cette époque de l 'administration de 1^ 
de Cypre. Ces villes conservèrent ces li- 
berté municipales indispensables à la 
prospérité des cités commerçantes ; et 
mal^ Tassujettlssement politique an- 
quel elle fut soumise, Fîle de Cypre eon- 
tinua à jouir de libertés intérieures que 
les Ptolemées ne laissèrent pas aux habi- 
tants de l'Egypte^ où lesCyprieos étaient 
désignés par le nom distinct de vwriMrai, 
ou insulaires. Les Ptolemées portaient le 
titre de roi d'Egypte et de Cypre; et 
bientôt s'établit dans ta dvnastle des 
Lagides l'usage constant de faire de 
rtle de Cypre l'apanage des frères ou 
des fils des rois égyptiens (1). 

Cypre sovs les tbois PBBmcBs 
ProLÉMéES. — L'île de Cypre, étant 
devenue une annexe de TÉ^pte, parta- 
gea toutes les destinées politiques de ce 
royaume, auquel elle resta assez étroite^ 
ment unie tant que la dynastie des Ptole- 
mées fut florissante. Cet état de elioses 
dura environ deux siècles, après lesquels 
le lien de la dépendance commença à se 
relâcher. Alors les Cypriens se séparè- 
rent peu à peu de TÉgypte, et secouèrent 
lejou^de son administration. T^ période 
de sujétion s'étend depuis Ptoléméf* 1^, 
Soter, qui reconquit rtle de Cypre en 29& 
et qui mourut en 281 , jusqu^au règne de 
Ptolémée YIII , Soter II, surnommé La- 
thyre, qui occupa le trêne depuis 1 17 Jus- 

âu'à l'an 81 avant Tère chrétienne. Pen- 
ant cette période, dont Thistoire est si 
incomplète et si mutilée, Cypre reparaît 
de temps en temps dans les annales des 
Lagides , soit qu^elle entreprenne de re- 
jeter leur dommation , soit que sa pos- 
session si enviée Jette la discorde entre 
les princes de la ramille royale ou arme 
les uns contre les autres les héritiers de 
Ptolémée et les descendants de Séleucus. 
Ainsi sous Ptolémée II, Philadelphe, 
(285-247) , un de ses frères , né du ma- 
riage de Ptolémée-Lagus et dT.ur}^dice, 
essaya de soulever les Cypriens, impa- 
tients de leur nouvel état; il fut mis à 
mort (2). Pliiladelphe travailla h s^atta- 

^i) Cliampollion-Figeac, Ànnntes des tu* 
fiaet, II, sSr. 



ILE DE CHYPRE. 



SI 



dwrlei iMMtaiitt éeVUê jpmwts bons 
tnitMMiti ft par aae mîM habile^ 
ment niéiiaiée m întéréia eommeKiaox 
et du idéet religieuses antre les Cy- 
prieof et les Aletandrins. Il fit élever sur 
le pitHDOutoire Zéphyriun un temple à 
n femme ArslDoe, dul y était aaorée 
«Ku le nom d*Apiiroaite Zéphyrieiine. 
CeM dans ee temple oue Berénloe , sa 
fiile, épouse et sœur d'Efergète, oonsa^ 
fia sa chevelure, que les poètes et les 
astronomes ont rendue si eélèbre. En 
néme temps les fêtes d'Adonis furent 
transportées de Pile de Cypre à Alexan* 
drie, où elles attiraient tous les ans un 
immtDseooneours d'É^ptiens, de Grecs 
etd'étniBgers. Pour plaire à Philadelplie, 
et peut-être par son ordre, Théoerite dé> 
eriTit la pompe de nette eérémonie dans 
la spirituelle idylle des Syracuiaines ( f ). 
Cette politique des premiers Ptolémées 
cet de bons résultats, et pendant près 
ifen siècle Ftle de Cypre resta paisible 
sous leur domination. 

Les SÉLtUGtDES BISPUTBITT L'tLB 

dkCypbi aux Laoidbs. —Les vices 
et rincapacité de Ptolémée IV Philo^ 
pator, fils de Ptolémée Ili, Évergéte, 
(m-305), firent décliner TÉgypte dn 
haut point de grandeur où elle s'était 
életée. Antiochus le Grand sortit de Ta- 
bais^ment où Évergète avait réduit les 
Séleacides, reprit la Pbéaieie et la Pa«> 
lestine, et agita Itle de Cypre. Open* 
4&nt la bataille de Raphia (216) rendit! 
Itsypte la possession de ses provinces 
Biaritimes. Mais à partir de cette épo- 
qMla domination des Ijagides dans ces 
contrées, menacée par » rivalité des 
rois de Syrie, devint taible et précaire, et 
ne pot se passer de la puissante et hau* 
taiae protection des Romains, qui se pré- 
ientiieiit alors comme médiateurs et qui 
(levaient bientôt parler en maîtres. Alors 
^ gonrernement de l'Ile de Cypre devint 
plos difficile : le pouvoir s'anaiblissait, 
^ dégradait de jour en jour : le peuple 
commençait à s^agiter. Telle était la si- 
taation de Cypre sous Ptolémée V, Épi- 

Cttne (906-181), lorsque Polycrate 
t nommé gouverneur générai de cette 
t^Poljerate était un Argien, d'une iK 
lustre et antique famille. Il était alors 

(OHiéocr., Id,f XV. Voir rargament du 
^«Hiut. coUect. Diod., t. XXXni, p. 90. 



BCui, résolu, Mm entendu dans les 
afiaires de Tadminlstration et de la 

guerre (l) ; en un mot c'était un homme 
ien supérieur parTori^Deet le carac- 
tère aui aventuriers gui étaient venus 
sous ce règne chercher fortune en Égf pte, 
où ils firent tant de mal par leurs pil- 
lages et leurs dissensions. Polycrate 
apaisa les mouvements et l'agitation des 
Cypriens, y fit percevoir les impôts, 
qu on refusait de payer, et y rétablit Tau- 
torité compromise du jeune Ptolémée V. 
Il avait feit une fortune immense dans 
son gouvernement. La prospérité hii fut 
fatale, et il acheva sa vie dans de hon- 
teuses débauches. Le Mégalopolitaln Pto- 
lémée lui succéda comme gouverneur 
général de Itle de Cypre. 

Les projets d' Antiochus sur l*lte de 
Cypre n'étaient qu^ajoumés. Profitant d0 
Tenfanoe de Ptolémée Épiphane, il re^ 
prend les villes de la Phénicie, et, malgré 
les assurances qu'il a données aux Ro- 
mains de respecter le trdne du jeune 
prince, il se prépare à envahir l'Egypte (2}. 
Mais, parti d'Ëî}hèse à la tête d'une flotte 
eonsidérable, il renonça à son premier 
dessein, et se dirigea vers Hle de Cypre. 
Une revente de ses soldats puis une tem- 
pête le forcèrent h se réfugier dans les 
ports de CIlide. Lorsqu'il eut assemblé 
les débris du naufrage, ne se trouvant 

Ï»as assee fort pour tenter la conquête de 
tie, il retourna à Séleucie (196). Cepen^ 
dant Antiochus, ayant fini par oom- 
prendre que ses véritables ennemis 
étaient les Romains, traite avec les tu- 
teurs du jeune prince, auquel il donna sa 
fille Cléopâtre Syra , la syrienne , qui ap- 
porta en dot au roi d'Egypte les provinces 
contestées , savoir la Celésvrie , la Phé>- 
nicie et la Palestine. Ouoique détenu 
eendre d' Antiochus, Ptolémée offrit aux 
Romains ses secours contre ce prince. 

Ptolémée y mourut en 181 . Sa veuve 
Cléopfltrela Syrienne prit la régence, et 
gouverna au nom de son fils Ptolémée Vf, 
Philométor, qui n'avait que cinq ans. 
Ptolémée le Mégalopolitaln , fils d' Agé- 
sandre, était toujours gouverneur de 
rtle de Cypre, où il fit respecter l'auto 
rite du jeune roi. Il amassa avec les re- 
venus de rile un trésor considérabla 



(i) Polyb., V,64;XVIU, 3;. 
(a)Til. lâv., XXXin, 4t. 



at 



UOIOYERS. 



doDt il fit présent au ni mniid il foteii 
âge de régjoer. Mais, après avoir long- 
temps servi avec zèle, iLtrahit les intérêts 
de Ptoiémée Philoniétor, et passa dans 
le parti d*ADtiochus Épiphane, qui mé- 
ditait la conquête de 1 Egypte (1). Il re- 
çut en dédommagement le gouverne- 
meatde la Palestine, où il déploya les mé* 
mes qualités de bon administrateur qui 
l'avaient fait apprécier en Egypte. « Il 
résolut, dit Thistorien du livre des Ma- 
ehabées (2), d^observer religieusement 
la justice envers les Juifs, et d*agir tou- 
jours avec un esprit de paii a leur 
égard. » Cette modération le perdit : 
lès ennemis des Juifs le calomnièrent 
auprès d*Antioclius V, Eupator, (ils d*Ë- 
piphane. Us lui inspirèrent des soup- 

Sons sur la fidélité d*un homme qui avait 
éjà abandonné son anden maître. Pto- 
iémée n*échappa à la haine de ses enne- 
mis qu*en prenant du poison. 
Intkbvention des Romains dans 

LBS AFFAIJaES DB CyPBE BT J)*É- 

eYPTB. — Cependant la dynastie des 
Lagtdes tombait dans un tefétat de fai- 
blesse, qu'elle ne se soutenait contre les 
rois de Sjrrie que grâoe à la protection 
des Romains. Popiuus avait arrêté d*un 
mot Antiochus Ëpiphaiie, gui exigeait 
de Philométor et de son frère Ptoié- 
mée VU , Éverçète II, la cession de rîle 
de Cypre, de Peluse et de son territoire, 
afin aavoir, auand il le voudrait, toutes 
les portes de VÉgypte ouvertes à ses ar- 
mée6(8)(168). Ce futencore Popilius qui 
termina les différents survenus entre 
Philométor et Évergète ou Pbyscon. Il 
assigna au premier TÉgypte et Cypra, 
au seoond ta Libye et la Cyrénaïque. 
Évergète mécontent de son lot , se ren* 
dit à Rome pour rédamer auprès du sé- 
nat (4). Ou céda à ses instances, et, pour 
afifaiblir davantage le royaume d*Égyp- 
te, on ajouta Cypre à la portion du roi 
de Cyrène. Le sénat nomma deux com- 
missaires , Titus Torquatus et Cn. Me- 



f; 



;0 Poiyb., xxvn, m; xvm, 3S. 

[a) Macbab., II, xs, i3; Josèphe, Bht. 
dêS Juifs f XII, 7. L*historieD des Madiab«es 
le BuraoïDine MacroD^ le Maigre, et le fait fils 
de Dorimène. 

(3) Titc-Uve, XLV, la ; Poljb., XXIX, 
ir. 

(4)Polyfo.,XXXI, xS. 



mla , pour installer le jeune Ptoléniée 
dans la possession de rtle de Cypre , et 
la détacher doucement et sans^c^rre du 
royaume d'£gypte. Phvscon s*était hâte 
de passer en Urèce, o*y soudover des 
mercenaires, avec lesqnds il prétendait 
assurer rexécution du sénatas-consulte 
rendu en sa faveur. Mais les Romains 
n*employaient les armes qu'après avoir 
reconnu l'impossibilité de réussir pu 
les négociations et la ruse. Les commis- 
saires du sénat exigèrent de Pliyscon 
qu'il renvoj[ât ses merc uaires , et ils se 
rendirent à Alexandrie pour décider 
Philométor à renoncer à FUe de C]r- 

fire (i). Loin de céder sur ce point. Phi- 
ométor attaqua la Cvrénaîque, qui s*é- 
tait soulevée contre Fouieux prince que 
lui avait imposé le sénat, et força Phys* 
con à recourir encore aux Romains. 
Ceux-ci étaient bien décidés à morceler 
Tempire des Lagides et à ne point lais- 
ser Pliilométor en réunir toutes les par- 
ties sous sa domination. On accueillit 
avec faveur le lâche Pbyscon ; on n^d- 
mit aucune des justifications présentées 
par les ambassadeurs de Philométor, et 
une commission de dnq légats fut nom- 
mée pour appuyer les réclamations du 
prot^é des Romains. Cette fois on per- 
mit à Pbyscon de lever des troupes, 
et les alliés de Grèce et d*Asie furent 
invités à seconder de tout leur pouvoir 
Tentreprisc de ce prince sur IHe de Cy- 
pre (2). Id les documents historiques 
manquent absolument , et Ton ne peut 
dire quelle fut Fissue de cette querelle 
entre les deux frères et si Tinterveution 
romaine fit réussir les prétentions de 
Pbyscon. Quoi qu*il en soit du résultat 
de cette affaire , elle tournait toujours 
au profit de Rome, qui préparait ainsi 
de loin la séparation de File de Cypre et 
derÉgypte(l6l). 

La mort de Philométor, survenue en 
Fan H6, termina ce différend. Malgré la 
répugnance de TÊgypte à reconnaître 
pour roi Ptoiémée Pbyscon, ce prince 
a'empara du trône, et réunit entre ses 
mains toutes les possessions des Lagi- 
des. Sa perfidie, sa cruauté et ses vices 
le firent surnommer Kakergète par ses 

(i) Polyb., XXXI, a5 et suiv. 
(2) Id., XUII, 5; Eogel, Kjrpros, I, 
p. 4i5. 



ILR DE CHTPRe. 



3S 



suMts, Ml li€a do mrnom d'Étercète, 
qiril i^etait donné. Sous son règne 
A)»ai]drie,nfW!qiienlée parles savants, 
]h artistes, les négociants , fut délais- 
sée , et vit décliner sa splendeur. La 
proseripCioD frappait toutes les têtes 
illustres. Un grand nombre de lettrés 
ivrait bannis, et parmi eux Aristarque, 
(jai se retira eu Cypre, où il acheva sa 
loogne carrière (t). Après un règne 
h<mtfiix et troablépar des révoltes, dont 
ruiie avait forcé Pnyscon ô se réfugier 
M Cypre, ce prince mourut. Tan 1 17, lais- 
santdeux fils, Alexandre T' et Ptol< mêe 
Soter II, surnommé Lathyros ( pois chl- 
ehe) : leur mère Cléopâlre, qui avait été 
lUKsi la femme de Philométor, et qui 
était la sœur de s* s deux époux, troubla 
tout le royaume d*Égypte par son am* 
bition et ses violences. Elle détestait son 
fils aîné, Soter, qui avait été reconnu roi 
par les Alexandrins , et voulait lui sub- 
stituer Alexandre. Elle le contraria dans 
tous ses projets, et plongea rÉg}'pte dans 
Fanarrhie. Enfiu elle parvint à exciter 
on soulèvement contre Ptolémée La* 
tbjrre ou Soter 11, et à mettre Alexandre 
ni sa place. 

T.1lb db Cypbb se sépabb bb 
itfiYPTB. — L tie de Cypre profita de 
«s déstonlres, à la faveur desquels elle 
rerouvra une sorte d'indépendance. Le 
roi banni y trouva un refuge, et s>n fit 
on petit royaume (2), au'fl détacha de 
Ilgypte. Deux prétendants se dispu- 
tjièiit alors le trône de Syrie, Antîochus 
Grypus et Antiochos Cyzicénus. Le 
limier était soutenu par Cleopâtre, le 
5m>nd par Soier IL Cette guerre , com- 
meneée avant Texpulsion de ce prince , 
mUmn (|uand il fut réduit à Ftle de 
Cypre, qui loi fournit assez deressources 
pour le mettre en état de tenir tête à ses 
^nemis. Les afiiaires de la Judée don« 
Baient aussi beaucoup d'occupation à 
tous les princes Séleucides et Laeides. 
i^ Palestine était gouvernée par la dy- 
ttttie des Asmonéens, nui devait son élé- 
vation au courage qu'elle avait déployé 
^arrachant la nation juive à la domi- 
lutiofl des princes syriens. Continuelle- 
iBent en lutte aveo les Séleucides , le 

(0 f'oy. Justin, XXXVm, s ; Val. Max., 
(»} Josèphe, j4nt. Jad„ XIII, 19 et «uiv. - 

3* Zi>raisoii. ( Ilb db Chypbb. ) 



peuple Juif avait recfaerehé rappul de 
FËgynte, oommeau temps de ses guerres 
avec 1 Assyrie. Pendant les persécutions 
qulls avaient endurées de la part des 
successeurs deSélenous Nicator, les Juifs 
avaient émigré en grand nombre, et s*é- 
talent établis dans les États des Ptolé- 
mées. Ils étaient très-puissants, dit Jo- 
sèphe, dans Alexandrie, en Egypte et 
dans rtte de Cypre. Les fils d'Onias, qui 
avait fait con^itruire le temple d'Hélio- 
polis , Helcias et Ananias, s'étaient mis 
au service de la reine CléopAtre, la veuve 
dePbyscon,et avaient été placés à la tête 
de son armée. Quand Soter II fut chassé 
de rÉffvpte, les Juifs établis à Cypre 
contribuèrent puissamment à lui assurer 
la possession de cette tIe, d*où il put 
exercer une grande influence sur les af* 
faires générales de la Palestine. Alexan- 
dre Jannée, flls de Jean Hyrcan, était 
monté sur le trône l'an 106. Ptolèmaïs, 
Gaza et quelques autres villes de la côte 
refusaient de lui obéir. Alexandre leur 
fit une guerre active, et ces villes appe- 
lèrent à leur secours Ptolémée Lathyre, 
qui vint de Cypre en Judée avec une ar- 
mée de trente mille hommes. De son 
côté Alexandre fit alliance avec la reine 
Cleopâtre, dont les secours ne purent 
arrêter les progrès de Ptolémée Lathyre. 
En effet , ce prince s'empara de Ptolé- 
mais , de Gaza et de Séphoris. Il ren- 
contra sur les bords du Jourdain Tar- 
mée d'Alexandre, la tailla eu pièces, 
et en fit un horrible carnage. Trente 
mille hommes périrent dans cette jour- 
née, dont Ptolémée souilla la gloire par 
d'atroces cruautés. Après cet édataut 
succée, il attaqua F Egypte; mais Cleo- 
pfltre lui opposa Helcias et Ananias, ses 
Juifs fidèles ; et Ptolémée , obligé de re- 
noncer à son entreprise, revint dans son 
royaume de Cypre. Dix ans après ( 88 
av. J. C), Ptolémée Lathyre reprit nos* 
session de T Egypte, d où son trère 
Alexandre avait été chassé , après avoir 
assassiné sa mère, et régna paisiblement 
jusqu'à sa mort, en l*an 81. 

Après quelque mois de troubles, pen- 
dant lesquels Alexandrie fut ensanglan- 
tée par des insurrections populaires et 
des usurpations de palais, TÉ^pte échut 
à Ptolémée XI, Aulétès, fils adoptif de 
Ivïthyre. et Cypre fut donnée comme 
apanage à un autre Ptolémée, fils natu** 

3 



34 



vunmM. 



riA Au uiim& foi. Mbibito f«r yei dis « 
sôniioBS , dégradéft pur ses vieas , cl0(e8- 
tétt pour ses crini«g, la «lynastie lagide 
avaii perdu tout prestige aux yeux des 
peuples. £lle m se souieuait que par 
l'appuî des Romains, qui p'attendaieiit 
que roocasioo favorable pour renvoyer 
tts misérables prinpes et réduire leurs 
États en provinces. L'Ile de Cypre était 
d^jè réellement séparée du rpyeume d'il- 
gypte; aussi devint-elle la preiniine la 
proie des Romains, qui étalon t alors asses 
puissants pour disposer eu maîtres du 
sort des rois et des peuples. On parla 
longtemps à Rome de la réunion des 

rovinoes de la monarchie égyptienne 
Tenipire romain. Cétait une question 
que Ton SMÎtait fréquemment uu sénat ou 
au Forum. Ou faisait valoir un prétendu 
testament ^ne le roi Ptolémée X Alexan- 
dre II aurait lait en faveur des Romains 
pour se venger de ses sujeis qui l'avaient 
êliassé. Déjà l'Egypte avait été comprise 
«loirime don>aine de la république dans 
le projet de loi agraire proposé par le 
tribun Rullus et combattu par Cicéron 
(68 av. J. €.)• Malgré cette proposi- 
tion. r Egypte conserva encore sou mdé« 
peodoncé pendant plus de trente ans; 
mais le caprice d'un autre tribun dé- 
termina b/entAt fa réunion de lile de 
Cypre. App us Clodius, ayant été fait 
prisonnier par les pirates de la Cilicie, 
fit demander a Ptolémée, roi de (L'.ypre, do 
lui envoyer Targent nécessaire à sa ran- 
çon. Ptolémée était riche, avare et lâ- 
che. Il n'osa refuser ; mais il n'envoya 
que deux talents, dont les piratas ne vou- 
lurent pas se contenter. Ils relâchèrent 
leur prisonnier sur sa parole, et Clodius 
jura de se venger d'un roi qui Tavait es- 
timé si peu. 

Catov bbouit l'(lb db Cypbb BU 
FBOviNCB EOMAiNB. — Étant deveuu 
tribun Tan bv, Clodius fit rendre lin dé- 
cret qui déclarait Tlle de Cypre proviuœ 
romame,et qui ordonnait la conllsca- 
tion des biens de Ptolémée. Ce n'étiit 

Eas as^ez pour Clodius d'écraser le fai- 
ie Ptolémée, il se donna aussi le plai- 
sir de mortifier, d'humilier le fier CatoOt 
en le chargeant de cette honteuse mis« 
sion. « A mes yeux , lui dit-il , tu es de 
tous les Romaïus Thorome dont la con- 
duite est la plus pure; et ie veux te 
prouver que |^ai réellenieot de toi cette 



haut» m^. Bien iês leus 4emand«Bt 
qu'on les envoie en C^pre; n>als je te 
crois seul digpe de o^ gouvernement , et 
je me fais un plaisir de t'y nommer. • 
Caton répondit en hpmme qui se seot 
offensé, ci refusa cet etnpioi. n Elr bien ! 
reprit Clodius avec haqteur, si tu ne 
veux pas y aller de gré tu partiras de 
force. « Et il se rendît aussitôt à ras- 
semblée du peuple , et y fit passer le dis- 
cret qui envoyait Caton en Cypre (i ), sans 
lui accorder ni vaisseaux ni soldat^ pour 
exécuter cette oaisuse spoliation. 1^ lâ- 
cheté du roi de Cypre rendait, au reste, 
c tte précaution inuUle. Caton epvoya 
devant lui en Cypre Canidius , un de ses 
amis, pour epgagfar Ptolén^ée à se retirer 
sans combat, eu lui promettant qu'il oe 
manquerait jamais, sa vie durant « ni de 
richesses ni d honneurs, et que le peuple 
Bomain lui conférerait la grande prê- 
trise de Vénus à Paphos. Quant à lui , 
il s*arrdta à Rhodes pour y laire ses pré- 
paratifs e^ attendre la réponse de Ptolé- 
mée. Ce mallieu reux prinee ne &avait 
que résoudre. D'abord il prit le parti de 
eharger ses trésors sur ses navires et da 
s'engloutir avec eux dans les flots, il 
n'osa ou ne put exécuter ce dessein , et 
il se rési{(na à prendre du poison. CeiU 
uiort délivra Caton d'un grand embar- 
ras; la victin^e s'était impiolée flle- 
niéme, il n'y avait plus qu'à recueillir sa 
succession. Caton se rendit en Cypre. 
où il trouva des richesses prodigieuses 
et vraiment royales en vai2>selle d^or et 
d'argent, en tabler précieuses, en pier- 
reries, en étoffes de pourpre. Au fond. 
c*étajt là ce qui avait tenté la cupidité 
des hommes avides et ambitieux qui se 
disputaient le gouvernement dtt la repu- 
hlique et qui mettaient le monde au pjl- 
jage (3). Aus^i avaient-ils envoyé Caton 
pour ne rien perdre de leur proie. « Ca- 
toq , dit Pjgtarque , jaloux que tout se 
passât daps hs rèsles, et qui voulait 
faire monter les efff ts à leur plus haute 
valeur, assista lui-même à la vante , et 

(i) Plut., CatQH^c. XLIV eCtuiv. ; Eogel. 
Kyoros, I, 439. 

(a) Celte honteuse conquête «tt fictric 
oommi! il convieni par les anciens eux-mêmes. 
Voir Vclleiiis P^terculuf, )|, 38, 5; Valcr. 
Maxime, IX., 48; XV, 10; AnioiieQ-Mar'> 
ceUin,XIV,3?, S. 



ILE DE CBTfKE. 



fS 



porttoi'toinptejiMqQ'aiixnendresMRi^ 

mes; car il m s'en tint pas aux former 
ordioaires des eiHians : il avait pouréga* 
lement suspects les ofBcieirs, les crieurs, 
les cDciiérisseurs. f t jusqq^à ses amis. U 
s'aiJrfss.iitlui-méqap aux acheteurs, et les 
poussait à mettre de plus hautes encliè* 
res, et de cett^ f9çon tout fut vendu 
à sa plus juste valeur. Caton rapporta 
de Cypre près de sept mille talents Cqua** 
rante millions de francs); il en char^e^ 
des caisses qui contenaient chacune deu< 
talents cinq cents drachmes. {1 fit atta- 
cberà chaque caisse une longue corde, 
au bout de laquelle on mit une grauda 
pièce de liés:» , afio que si le vaisseau 
venait à se briser, les pièces de liège, 
nageant sur Peau, indiquassent IV ndroit 
où seraient les caisses. Tout cet argent, 
à peu de cliose près, arriva heureusement 
à Rome. 

Jamais général romain revenant 
diargé de dépouilles glorieusement en- 
bé<>s à IVunemi ue tut reçu avep plu» 
d*empres$emeiit et d^honneur ciue Ca- 
ton rapportant dans sa patrie la hon- 
teuse conquête des trésors de Ptolémée* 
Corauie il approchait avec ses vaisseaux, 
ics Romains, instruits de son arrivée, 
magistrats , prêtres , le sénat eu corps 
(t la plus grande partie du peuple, tous 
eoiin allèrent au-devant de lui le long 
du fleuve, pendant que Caton, dédai- 
gnant de s'arrêter pour recevoir les con- 
suls et les préteurs, remontait vers Rome 
sur une galère royale à six rangs de ra- 
mes. Quand on vit porter à travers le 
Forum ces sommes immenses d'or et 
d'aigen^, Tadmiration pe connut plus de 
bornes; le sénat s*assembla, eompli- 
naenta Caton de sa conduite, et lui dé- 
cerna une préture extraordinaire, avec 
le privilège d'assii.ter aux jeux vêtu 
d*ui)6 robe bordée de pourpre. Caton re- 
fuMi ces honneurs, et deBaaudQ$(>ulement 
la liberté de Nicias, intendant du feu roi 
fioiémée, dont il attesta les soins et la 
fidélité. De tant de richesses qui étaient 
à »i dispositioA, Caton ne sVtait réservé 
qu'une statue de Zenon de Citium; 
oêaninoiiis il ne put échapper aux ca- 
lomoies de ce mêmeClodius, qui Taccu- 
sait d'avoir détourné des sommes énor- 
mes à sop profit. Caton avait envoyé ses 
oûinptea à Rome ; mais une tempête en- 
gloutit le navire qui les portait. Cepeu* 



dant il n'eut pas do paine à repousser ie^ 

ûnputations de Clodius , lui qui , santi 
avQir jamais reçu de la république, 
Qomme il le disait , ni un cheval ni un 
soldat, lui avait rapporté de Cypre plus 
dV et d argent que Pompée n'en avait 
oMiquis par tant de guerres et de triomr 
phes , après avoir bouleversé la terre. 

ÊT4X BS l'^^h^ PB CyPRK SOUS 
L'iDUINISTBATIOM P&S BOMAiriS, -r 

Caton avait éri^é Tile de Cypre fu pro- 
vince prétoriepoe. On y envoya pour 
)e gouvi»rner le questeur C. Sextius, 
avec des pouvoirs de préteur. Bientôt 
9n reunit Tîle de Cypre à la Ciltcie, e^ 
on en fit una province proconsulaire, 
dont le gouvernement fut donné a Len* 
tulus (66 av. J. C), un d^ amis les plus 
intimes de Cicéron. L'an 6:2,Cicéron lui- 
même fut pourvu de ce procoosulat, et 
passa un an dans sa province. Ses let- 
tres à Attious sont remplies de curieux 
d^ils sur rétat de Tlle de Cypre, sur 
laquelle s'étaient abattus les publicains, 
qui la pressuraient avec une rigueur im* 
pitoyable. Quand ces publicains étaient 
d'accord avec les gouverneurs , rien n'é- 
galait la détresse des provinciaux. La 
ville de Satamine avait aontracté une 
dette envers M' Scaptius et P. Mati*- 
nius, deux financiers négociants établis 
dans l'Ile, très-bisu appuyés à Rome, 
puisque Brutus avait chargé Cicéron da 
de leur faire obtenir le remboursement 
de leur créanœ. Déjà ces deux hommes 
avaient fait éprouver aux habitauts da 
Salamine mille vexations (i). Appius, 
prédécesseur de Cicéron, avait mis a leuv 
disposition un corps de cavalerie avec le* 
quel ilsavaient bouleversé toute i'ile« en* 
tièrement désarmée. Ils avaient tenu li 
sénat de Salamine assiégé pendant elua 
jours, et cinq sénateurs étaient morts 
de taim. « Appius, dit Cioeron, qui ^ 
traité la province par le fer et par le feu, 
qui Ta saignée, épuisée, qui me Ta re«< 
mise expirante , trouve mauvais que je 
répare le mal qu'il a fait. Ce qui l'irrite, 
c'est que je ne lui ressemble pas; on ne 
peut en effet se ressembler moii-s: la 
province a été sous son i^ouvernemeot 
ruinée de toutes les manières , sous la 
mieu il n'en a été rien exigé sous aucun 

(x) Cicrr., £p. ad Att^ VI, i,a, 3, pas- 
sim. 

3. 



^ 



LTJNIVERS. 



prétexte. Qae ne pounrais-j^ pas dire des 
préfets d'Appios, de ceux de sa suite, 
de ses lieutenants, de leurs rapines, de 
leurs violences, de leurs brutalités? 
Maintenant, au contraire , la maison la 
mieux réglée ne présente pas autant 
d'ordre, de régularité, d'économie que 
cette province. » Scaptius et Matinius 
insistaient auprès de Qoéron pour qu'il 
leur permit d'exiger des Salaminiens 
non-seulement leur capital, mais encore 
un intérêt de quatre pour cent par mois. 
Cieéron, indigné de cette odieuse usure, 
refusa de mettre des troupes à leur dis- 
position , et les fit payer sur le pied d'un 
pour cent par mois. « Voilà ce que j'ai 
fait, dit-il à Atticus, je pense que Brutus 
m^approuvera ; je ne sais si vous serez 
content. Caton sera certainement pour 
moi. » Cieéron s'était fait aimer des Cy- 
priens ; il s'intéressa toujours vivement à 
leur sort, comme on le voit par la lettre 
qu'il écrivit en 44 à C. Sextius, le pre- 
mier ouesteur de Çypre, qui se retrou- 
vait alors ouesteur de Ciiicie, avec l'île 
de Cypre dans son département. « Je 
vous recommande tous les Cypriens en 
général, et les Paphiens en particulier; 
je vous saurai un gré infini de ce que 
vous ferez pour eux. J'insiste d'autant 

glus, qu'il me paraît importer à votre 
onneun dont je suis jaloux, que le pre- 
mier questeur romain dans Itle laisse sa 
trace et marque la voie à ses succes- 
seurs. -Ce vous sera chose facile , je m'en 
flatte , si vous suivez les directions et les 
lois de votre intime ami P. Lentuius, et 
les institutions diverses que j'ai moi- 
même établies. Ou je me trompe , ou 
vous vous feriez par là un honneur in- 
fini (I). » 

Habituée depuis plusieurs siècles à su- 
bir la domination étrangère , l'île de Cy- 
pre avait accepté celle des Romains avec 
une résignation qui prouve qu'elle ne 
sentait plus le prix de la liberté et qu'elle 
n'avait conservé aucun de ces sentiments 

généreux par lesquelis on sait la défen- 
re. L'assuiettissement politique où ils 
étaient tomoés depuis longtemps et leur 
corruption morale avaient rendu lesCy* 
priens indifférents à ces changements de 
fortune où les peuples libres compren- 
nent que leur dignité est en question. 

(0 Cic, Ad Pam,, XIII, 5a. 



Tandis que les Cretois et les Rbodiens 
ne se livrèrent à Rome qu'après de lon- 
gues résistances, Cypre, toute façonnée 
au joue, toute résignée d'avance, se 
soumit a la première sommation, et resta 
la plus paisible des provinces de l'empire 
romain. Indifférente à tout, les plus 
grands événements s'accomplissaient au- 
tour d'elle , et elle passait de main en 
main, sans qu'elle parût s'en apercevoir. 
Après la bataille de Pharsale, Cypre, qui 
vit passer tour à tour la famille de Pom- 
pée fugitif et César victorieux, retourna, 
après être restée dix ans au pouvoir de 
Rome , à la famille des Ptolémées. Au- 
lète, l'indigne protégé du sénat, était 
mort Tan 52, plus méprisé, plus dé- 
testé que jamais des Alexandrins, qui 
n'avaient pu le décider à agir pour re- 
couvrer Ifle de Cypre. 11 laissait en mou- 
rant deux fils, Ptolémée Dionysius et 
Ptolémée Néotéros , et deux filles, Arsi- 
noé et la fameuse Cléopâtre. Les Alexan- 
drins mirent sur le trône Taîné des deux 
fils avec sa sœur Cléopâtre. Mais les mi- 
nistres du jeune roi chassèrent Cléopâtre, 
qui se retira en Syrie avec sa sœur Ar- 
sinoé. A son passage en Egypte , César 
se fit l'arbitre de tous ces différends, et, 
après avoir placé sur le trdne d'Egypte 
les deux aînés des enfants d'Aulète, il 
donna au couple le plus jeune, à !^éo- 
téros et à Arsinoé, l'investiture de l'Ile 
de Cypre. La guerre d'Alexandrie, qui 
suivit de près , empêcha ce partage <ré- 
tre mis à exécution ; la reine de Cypre 
Arsinoé fut emmenée captive à Rome, où 
elle mourut. Tan 41. Plus tard Antoine, 
maître de l'Orient , mais subjugué par 
Cléopâtre, lui fit don de Itle de Cypre, 
qui resta province de l'Egypte jusqti à la 
conquête de ce royaume par Octave, 
l'an 30 av. J. C. On sait qu'Auguste, de- 
venu maître de l'empire, partagea avec le 
peuple le gouvernement des provinces : 
Cypre fut d'abord comprise parmi les 
provinces impériales. Mais il l'abandonna 
peu de temps après au peuple en échange 
de la Dalmatie, dont les insurrections ren- 
daient nécessaire l'intervention directe 
du chef militaire de l'empire romain. 
Cypre devint une province consulaire 
Elle se divisa en quatre districts : celui 
de Salamine à l'est, celui de la nouvelle 
Paphos, à l'ouest , le district de Lapa- 
thos au nord, et celui d'Amathonte au 



ILE DE CHYPRE. 



%r 



8ud(l). Animiste donna des soins atten- 
tif à Tadministration de IHe de Cypre ; 
et le temple de Paphos ayant été détruit 
par un tremblement de terre. Tan 15 
avant Tère chrétienne, il pourvut aut 
tirais de sa reconstruction. 

IirTBODUCTION DU CHBISTIANISMB 

UN Cypbe. — L'Ile de Cypre fut une 
des premières contrées ouvertes à la pré- 
dication de r Évangile. « Joseph, que les 
apôtres surnommèrent Barnabe, c'est-à- 
dire enfant de consolation, qui était lévite 
etoriginaire de Ff le de Cypre, Tendit aussi 
UD fonds de terre qu'il avait, et en ap- 
porta leprix, quil mit aux pieds des apô- 
tres (2). I» Bientôt éclata la persécutioa 
où fut lapidé saint Etienne; les fidèles de 
la première Église se dispersèrent, et quel* 
ques-uns d^entre eux allèrent en Cypre. 
Après la fondation de TÉglise d'Antio- 
die, où les fidèles prirent pour la pre- 
mière fois le nom de chrétiens, saint Paul 
et saint Barnabe firent voile vers Tllede 
Cypre. « Quand ils furent arrivés à Sa* 
iamine, disent les sectes des Apôtres, ils 
prêchaient la parole de Dieu dans les sy- 
nagogues des juifs , et ils avaient aussi 
Jean, qui les aidait. A près a voir parcouru 
toute rtle jusqu'à Paphos, ils trouvèrent 
un certain juif, magicien et faux prophète, 
nommé Bar-Jésu, qui était avec le pro- 
consul Sergius Paulus , homme sage et 
prudent. Ce proconsul désirant d'enten- 
dre la parole de Dieu fit venir Barnabe 
ttPaal; mais Élymas, c'est-à-dire le 
magicien, car c'est ce que signifie ce 
nom d'Élymas, leur résistait, tâchant de 
détourner te proconsul d'embrasser la 
foi. Alors Paul étant rempli du Saint-Es- 
prit, et regardant fixement Elymas , lui 
dit : « Homme plein de tout es sortes d'ar- 
tifices et de fourberies, enfant du diable, 
ennemi de toute justice, ne cesseras-ta 
pas de pervertir les voies droites du Sei- 
gneur? Voilà dans ce moment la main 
de Dieu sur toi : tu seras aveugle, et jus- 
qu'à un certain temps tu ne verras point 
le soleil. A Tinstant les ténèbres tombè- 
rent sur lui , ses yeux s'obscurcirent , et, 

(0 Engel, Kypros^ J, p. 45S. On sait, par 
me inscription tronvée à Paphos et par une 
ttédaille, que P. Fabius Maximus et Aiilus 
Phutitt» furent proconsuls en Cypre sous le 
fnncipat d'Aufpiste. 

(a) Act, dei Apotrts^ c. iv, 36. 



tournant de câté et d'autre, il dierehait 
quelqu'un qui lui donnât la main. 1^ 
proconsul voyant le miracle embrassa 
la foi , et il admirait la doctrine du Sei- 
gneur (1). » 

Telle fut la dernière conquête subie 
par 111e de Cypre dans l'antiquité ; et 
c'est aussi le dernier événement de son 
histoire ancienne. A partir du règne de 
Tibère , sous lequel Serons Paulus em- 
brassa le christianisme, jusqu'à la fin de 
la domination romaine , l'tle de Cypre 
n'eut plus qu'à jouir tranquillement des 
bienfaits de cette paix universelle don- 
née par les Romains aux peuples de TOc- 
ddent. Dès lors elle échappe aux regards 
de l'histoire, à laquelle elle n'offre aucuQ 
souvenir à recueillir, aucun événement 
à enregistrer ; seulement des inscriptions, 
trouvées sous les décombres de ses anti- 
quités y nous ont conservé les noms de 
quelques-uns des proconsuls à qui le sé- 
nat confia le gouvernement de cette 
tie (2). Au quatrième siècle l'administra- 
tion de l'empire romain fut profondé* 
ment modifiée par Constantin le Grand, 
surtout en ce qui concerne le gouverne- 
ment des provinces. Alors l'île de Cypre 
devint la quinzième province du dio- 
cèse d'Orient, avec Ja ville de Constan- 
tia , l'ancienne Salamine, pour capitale. 
Ce fut sans doute a cette époque qu'elle 
fut divisée en treize districts, selon Cons- 
tantin Porphyrogénète, et quatorze selon 
Hiéroclès, qui les énumère dans l'ordre 
suivant : Coiistantia, Tamassus, Citium, 
Amathonte, Curium, Paphos, Arsinoé, 
Soles, Lapithus, Cirbia, Cythri, Car- 
pasion, Trimethonte et Leukosia. 

(t) Act, Apost,, Xin, 4. Le p. Lostgnan 
énumère plus de quatre-vingts saints ou per- 
sonnages célèbres de TÉglise de Chypre dans le 
chapitre qui a pour titre Us illustres hommes 
chrétiens dt Cisle de Chypre, Il y a font un 
côté de l'histoire de rite de Chypre que je 
suis obligé de laisser dans l'ombre ; car, pour 
emprunter le langage du vieux Lusignan, « si 
je vonlois raconter toutes les choses qui ae 
sont faites concernant les affaires de Cypre, 
cette chronique seroit encore augmentée ae la 
moilié d'autant. » 

(a) Voir le recueil de Gruter et les îns- 
U'iptiona citées par Engei, Kypros, I, 460. 



^ 



ItOJWlVERS. 



m 



ttkt BeLTG1C17X,P0LITtQVB« MOBAL 
BT llVTfiLLBGTUEL DB L'IlB DB 
CYPRE PENDANT LES TEMPS AN- 
CIENS. 

Religion de l'île de Cypbb. •— 
« Vénus, très 'belle Glle, nasquit en 
Aphrodisie, ville de Cypre, et pour sa 
rare beauté fut amenée en Cythère, pour 
être là nourrie entre les dieux et dées- 
ses : laquelle estant grande, èii âge con- 
venable , fut mariée au roy Adonis , et 
couronnée royne de Cypre. Les poètes 
et historiens racontent infinies choses de 
ceste femme, lesquelles il seroit trop 
difficile d'esplueher et raconter de mot à 
mot. Contentez- vous seulement d*eit ten- 
dre qu*on luy a donné le premier Heu 
entre les dieux et déesses, et qu'on Fa 
appelée de divers noms ; qu'on lui a édi- 
fié plusieurs temples, non -seulement 
en Cvpre, mais aussi en plusieurs autres 
provinces, voire par tout le monde (1). » 
Voilà comment le P. Lusignan se ren- 
dait compte de rétablissement du culte 
de Vénus dans l'île de Cypre. Il est dou- 
teux que cette explication si. expéditive 
satisfrisse tout le monde, et qu'on veuille 
s'en tenir à cette doctrine d'Évhémère 
qui faisait de tous les dieux et déesses du 
pagunisme des rois et des reines élevés 
après leur mort aux honneurs divins. 
Autrefois elle était généralement biea 
accueillie des savants, et convenait éga- 
lement au scepticisme des uns et à la cré- 
dulité des autres. On l'enseignait alors 
dans toutes les mvthologies élémentai- 
res. Aujourd'hui 1 étude de la mytholo- 
gie tourne au symbolisme ; et si ce sys- 
tème d'interprétation n'est pas exempt 
d'erreur, il présente des vues plus pro- 
fondes et pénètre mieux dans la vérité. 

Aphrodite est le vrai nom de la grande 
déesse des Cypriens; il appartient à la 
langue grecque ; le mot de Vénus est la- 
tin. Mais Aphrodite ne fut pas la plus 
ancienne divinité de Itle de Cypre, ou les 
Grecs n'avalent fait que succéder aux 
Phéniciens. CeUx-el avaient Introduit 
dans rtle leur religion nationale, et les 
temples de Paphos . d'Amathonte et de 
Citium avaient été d'abord consacrés au 

(i) Le Père Lusignan, Description de toute 
VisU de Cypre, p. Sg. 



culte de l*Astarté phénicienne, la même 
divinité qu'on adorait à Ascalon , à By- 
blos, à Tyr et sur toute la eôte de Syrie. 
Quand les Grecs vinrent s'établir en Cy- 
pre , ils apportèrent avee eux le nom- 
Dreux cortège des divinités qui compo- 
saient leur Olympe. Or, aucune n'avait 
autant d'analogie avec l'Astarté phéni- 
cienne que l'Aphrodite antique , divinité 
des premiers âges connue des Pelages. 
Ce puissant symbole signifiait à rôri- 
gine la force créatrice et reproductrice, 
qui entretient tous le^ êtres de la créa- 
tion. Son culte était l'adoration de la 
nature elle-même, dont les anciens ont 
divinisé la fécondité et la vie, dans V'ivtï'' 
possibilité oti ils étaient de remonter 
plus haut et de savoir où placer la source 
et l'origine de toute existence. Ce natu- 
ralisme panthéistique se retrouve par- 
tout, depuis l'Inde, où il existe encore, 
jusqu'aux confins de l'ancien monde, et il 
a produit partout et sous différentes for- 
mes des divinités analogues à l'Astarté 
des Phéniciens et à l'Aphrodite des 
Grecs, savoir : la déesse de Gomana, T A- 
naîtis d'Arménie, de Pont, de Cappa- 
doce,la Mylitta d'Assyrie, la Mitra de 
Perse, rAlflat d'Arabie, IMsis des Êgyp- 
tiens , la Cybèle des Phrygiens et d'au- 
tres encore. 

Personne ne peut dire eomment s'o- 
péra la fusion d'Ast^rté et d'Aphrodite : 
ce qui est certain, c'est que les deux peu- 
ples réunis dans rtle de Cypre parvin- 
rent à se mettie d'accord sur un point 
où il est bien difficile aux hommes de 
s'entendre. Leurs divinités contractèrent 
une union si étroite qu'on ne les distin- 
gua plus l'une de l'autre. Quelles furent 
les coéditions de cette alliance, par 
quelles transactions, par quels sacrifices 
mutuels fut^l le cimentée, voilà encore ce 
qu'il est bien difficile à l'érudition d'étn- 
biir. Toutefois, il me semble qu'on peut 
affirmer que l'élément phénieieii préva 
lut dans le fond, Télément grec dans la 
forme. Les Grecs et, après eux, les Ro- 
mains appelèrent la déesse de Cypre 
Aphrodite ou Vénus; mais le symoole 
ne changea pas : ce fut toujours la pierre 
conique de Paphos, qui représentait le 
Phallus et qui exprimait la force généra- 
trice, ou la déesse barbue d'Amathonte, 
qui réunissait les deux sexes et qui se 
suffisait à elle seule dans l'acte de la re- 



ILE DE GflYf KE. 



prodaction. Le saeerdoee resta entre les 
maJDS des Cinyrades, dont raneétreCiny- 
ras était Phénicien. Mais la mythologie 
grecque, ee grand instrument de la 
propagande des klées helléniques, qni 
altéra et absorba tant de religions étran- 
^res par le charme et le prestige de rima- 
gination, étonfifo TAstarté phénicienne 
sous un monceau de fables et de légen- 
des iorentées pour Aphrodite, dont le 
nom finit par pré?aldir. GnyraS lui- 
niéme devint, bon gré mal gré, un héros 
grec, tout en oonserrant son nom sémi- 
tique. 

II en ftit de même d'Adonis : « Le nom 
comme le culte d'Adonis est essentielle- 
ment phénicien ou syrien dans son prin* 
eipe; e*est un titre, une épitbète d'hon- 
neur, donnée indifféremment sut di- 
Terses formes de Bel ou de Baal , le dieu 
multiple des Araméetis et des Cananéens, 
aussi bien qu*à Jéhovah Ini-méf ne, le dieu 
simple et unique des Hébreut : /ich» 
ni, Adonai^ mon Seigneur, notre Sei- 
gneur (1). r Or, ce grand dieu, à qui Ton 
disait : Àdonai, mon Seigneur, et que 
les Phéniciens avaient déjà réduit à n'ê- 
tre plus que le soleil, comme Tindigue 
bien clairement la nature de la fête 
qu*on célébrait en son honneur an prin- 
temps, les Grecs lui conservèrent son 
nom, et loi appliqùèi^ent Tun de ces mj- 
rhes frivoles et graciedt par lesquels fli 
tournaient presque en plaisanterie tes 
idées les plus graves et les plus sérietisea 
des retiglons de l*Asie. On transporta 
dans rtle de Cypfe le mythe d'Atis et de 
Cvb^le. Adonis devint un bel adolescent, 
fils de Cinyras et de Myrrha , aimé de 
Vénus, qui abandonna leoiel pour s^atta- 
cher à lui : 

▲iMliiiet « eœlo ; ocelo prafertot kéatAM. 

Us passaient leur temps à la chasse; 
Mars, Jaloux d*Adoni8, le fit déchirer 
pr un sanglier furieux. Adonis succom- 
ba; ntais Vénus le disputa au trépas, et 
adonis resta partagé entre la vie et la 
mort. Il passa la monîéde Tannée, le prin- 
temps et Tété , auprès de ?énns , fautre 
moitié, l'automne et Thiver, dans les en- 
fers,auprè8de Proserpine. Aui Adonies, 
ou fétus d'Adonis, on célébrait, par descé- 

( i) Crtmer el Guigniaiit, iitf%MNU db /'^/t- 
Hwté, t. II, y part., p. 919. 



rémonies où ae succédaient la joie et la 
douleur, cet anéantissement et cette ré* 
surreetion périodique du Dieu dans lé* 
quel le vulgaire ne voyait plus que Ta- 
mant d*Aphrodtte, elqui dans Torigine 
avait été le soleil. Aphrodite perdit aussi 
son antique caractère : on cessa de voir 
en elle la personnfication des ftfrces re* 

f productrices de la nature , elle devint 
a déesse des amours ; et son culte consa- 
cra et divinisa la plus puissante et là 
plus funeste dt^ passions humaines L'A' 
phroditeUranle, méconnue et délaissée* 
se retira au fond du sanctuaire, et TA- 
phrodile Pnndemos , Tamour déréglé et 
sensuel , attira à elle tons les homma- 
ges. De là les désordres des fêtes de Pa* 
phos , la prostitution des jeunes filles au 
. rivage où la déesse sortit de la mer, et 
les débauches des hiérodules de Cypre , 
aussi célèbres que les prêtresses consa- 
crées à Vénus dans le temple de Corin- 
the (1). On adorait aussi en Cvpre Gé- 
rés, Bacchus, Jupiter et Junon, Minerve^ 
Apollon et Diane, mais toutes ces ûW\* 
nités n^avalent qu'ufi culte local et par- 
tietiller; seule Aphrodite était adorée 
dans nie entière. 

ÉTAT POLÏTtQtlÉ DE l'ÎLË DE Cy- 
PBE (2) ; GOUTfiltFfEHttIT. — L'îlC de 

C^pre a toujours été gouvernée par des 
rois. I.,es cités grecques étaient encore 
sous le régime monarchique quand elleà 
envoyèrent dfts colonies dans cette île. 
Aussi la royauté, qui j dominait déjà 
avec les Phehiciens, J fut éontinuée par 
les Grecs 4 et s'y perpétua Jusqu'à la sou- 
mission ne nie aux Ptoleniêes. Jamais 
Cypre ne fut réunie sous la domination 
d^jn seul prince ; mais chnque cité fai- 
sait tm petit royaume , qui avait pour 
chefs héréditaires les prraces qui descen-* 
daîent du héros foniiateuf delà colonie. 
Ainsi la famille régnante à Salamine 
prétendait descendre de teucer flis dé 
Télamon ; et, plus heureuses que \eÈ dy- 

(i) Il faut s^en tenir à ces généralités : je 
ne piiis gspUicIter ce que disent les poêles et 
les historiens à ce sujet. Je renvoie ani sa- 
vants ouvrages qui en iraifenl s)>écialenieiit. 
Movers, die Phœnîzier, t. I, Engel, Kypros, 
t. Il, et les Religions de l'Antiquité, de 
MM. Creuzer et <>uigniaut. t. il, :" part., 
ch. Vf, p. aio« et les éciaircisseuieiils. 

(a) Ei^elf Kypros, l, 467* 



40 



L'UNIVERS. 



ndsties héroïques de la Grèce proprement 
dite, celles de i'tle de Cypre conservèrent 
jusqu'à la 6n , grâce peut-être au voisi- 
nage de rOrient , le respect et Tobéis- 
sanee des peuples. Au reste, on a vu dans 
les récits historiaues qui précèdent à peu 
près tout ce que Ton peut savoir du gou- 
vernement de ces princes : nous n'avons 
plus les ouvrages où les anciens décri- 
vaient la constitution des villes cyprien- 
nés , tels que le grand ouvrage d'Aristote 
sur la politique, et le traité spécial de 
Xhéopnraste qui avait pour titre BaotXefa 
xc5v Kuffp((ov, îa royauté des Cypriens, 

Autour de ces rois se groupait une 
aristocratie composée des familles issues 
des premiers colons ou des fondateurs 
de la cité. C'était peut - être originaire- 
ment la première bourgeoisie de chaque 
ville , qui peu à peu devint la noblesse 
de la cour, à mesure qu'elle se réduisait 
par Teffet destructeur du temps, qui, 
en décimant le corps, donnait ainsi 
aux familles qui survivaient un plu» 
grand éclat Au reste, les renseignements 

Sue Ton trouve dans Athénée sont loin 
e donner une idée avantageuse de la 
noblesse cyprienne, dont il représente 
les chefs comme jouant le honteux et 
double rôle de flatteurs des rois et d'es- 
pions de leurs concitoyens. Je transcrirai 
tout ce curieux passage (l), qui n'est lui* 
même dans Athénée qu'une citation 
d'un ouvrage de Cléarque de Soli : « Tous 
les monarques de Cypre ont auprès d'eux 
des flatteurs d'une naissance distinguée, 
comme un accessoire fort important... 
Les flatteurs de Salamine sont partagés 
en deux familles, desquelles descendent 
ceux des autres parties de l'fle de Cypre. 
On les appelle gerginiens et promalan' 
gués (y^pyivot, lïpojiàXaYYeç)- Les gergi- 
niens se mêlent dans la ville parmi les 
autres citoyens , soit dans les lieux de 
travail , soit dans les places publiques , 
écoutant tout ce au'on dit, et faisant 
l'espionnage. Tous les jours ils rendent 
compte aux anactes (princes) de ce 
qu'ils entendent dire. Quant aux proma- 
langues, ils examinent si ce (jueles ger- 
giniens ont rapporté mérite quelque 
information; ce sont comme les ins- 
pecteurs de ces espions. Ils abordent 

(i) Alhén., Deipnos,, l. YI, p. a55, trad, 
de Lefèbvre de Yilltbruae, t, H, p. 466. 



tout le monde avec tant d^artifice^ et 
d'un, ton si persuasif , que je crois volon- 
tiers , comme ils le disent eux*mémes , 
que tous les flatteurs les plus renommés 
sont sortis de leur pépinière. Les hon- 
neurs qu'ils reçoivent des rois les ren- 
dent extrêmement fiers de leur profes- 
sion. » Ainsi cette noblesse dégradée 
sous l'absolutisme des rois cypriens for- 
mait le corps de la police , et n'en con- 
Si«rvait pas moins son rang élevé dans 
l'Eut. 

A Palse-Paphos, qui était le sanctuaire 
principal du culte d'Aphrodite, le gou- 
vernement était sacerdotal. Il appartenait 
à la famille ou tribu des Cînyrades, dont 
l'origine était sans contredit phénicien- 
ne, et qui devint grecque, comme la di- 
vinité Qu'elle servait, après l'émigration 
des Hellènes. Les Cinyrades conservèrent 
la direction suprême des affaires poli- 
tiques et religieuses. Le plus âgé de la 
famille en était le chef; les autres mem- 
bres formaient son conseil. Comme chef 
religieux, il avait une juridiction sur 
l'île entière, où le culte d'Aphrodite était 
partout en grand honneur. A Amathonte 
une branche des Cinyrades avait la di- 
rection des choses religieuses; mais le 
pouvoir politique résidait entre les mains 
d'un roi. La grande prêtresse des tem- 
ples de Déméter était placée sous l'auto- 
rité du collése sacerdotal des Cinyrades. 
Cet état de choses dura jusqu'aux Ptolé- 
mées, qui renversèrent les dynasties lo- 
cales, par lesquelles l'Ile était gouvernée 
depuis tant de siècles, et qui les rempla- 
cèrent par des fonctionnaires nommes et 
révocables à la volonté du prince. De- 
puis cette époque Cypre resta toujours 
dans la dépendance; les Ptolémees la 
transmirent aux Romains , ceux-ci aux 
Grecs de Byzance, et , après trois siècles 
de liberté et de gloire sous les Lusignans, 
elle retrouva la servitude, plus dure, des 
Turcs, qu'elle subit encore. 

Lois. — Nous n'avons que des ren- 
seîgnemejits bien incomplets sur la légis- 
lation de lile de Cypre. On doit à IMon 
Chrysostôme la connaissance des trois 
lois suivantes, observées dans ce pays (1 ) : 

(i) Dion. Chry»., Discours 64 : i* Tiriv 
(tot^suOelfrav xeipo(jiévy}v nopvsve^at. a» Tôv 
aOxèv àicoxTsCvavTadcTafovpfimoeem S^Mt) 
àicoxTetvai 6oûv àpott)pa. 



ILE^ DE GHTPEE. 



41 



V • La femme adultère aura les ebeveiix 
coupés, et sera raogée parmi les courti* 
saoes. » Cette loi avait pour but d'assurer 
la sainteté du mariage; mais les femmes 
n'y étaient guère préparées par leur 
éducation. I^ chasteté ne deveoait ua 
devoir pour elles qu'après le marifige, et 
toute jeune fille devait consommer le sa- 
crifice de sa virginité en Tbonneur d'A- 
phrodite. 2^ « Celui qui s'est donné la 
mort sera privé de la sépulture. » Nulle 
part on ne trouve dans les législations 
j;recques une condamnation aussi aïh 
solue du su'cide. A Athènes on coupait 
la main de Thomme qui s'était donné la 
mort, et on Tenterrait au loin. Quant au 
corps, on l'ensevelissait le visage tourné 
vers roccident. 3« « Il est défendu de tuer 
le bœuf qui sert au labourage. » L'infrac- 
tioD à cette dernière loi était punie de 
iiwt. Chez tous les peuples anciens la loi 
protégeait Tanlmal qui assiste l'homme 
ddDs ses travaux ; mais on ne trouve que 
chez les Cypriens et les Phrygiens une 
pénalité aussi rigoureuse pour la trans- 
gression de cette loi (1). La tradition 
rapportée par Dion Chrysostôme attri- 
iHJe l'établissement de ces trois lois à une 
femme de Cypre appelée Démonassa, qui 
parait un personnage légendaire plu- 
tôt qu'historique. Ces lois reçurent leur 
sanction de l'application rigoureuse qui 
en fut faite aux enfants de Démonassa. 
Sa fille ayant commis l'adultère , elle fiit 
nsée et inscrite parmi les courtisanes. 
De ses deux fils 1 un tua un bœuf de la- 
l)our, et fut mis à mort; l'autre s'étant 
tué de sa propre main , son corps de- 
meura sans sépulture. Cette sinistre tra- 
(iition maintenait en vigueur l'exécution 
<)eces lois. 

MoBURs. — Les mœurs des Cypriens 
noDt pas commencé par être molles et 
licencieuses. Les nations se forment et 
grandissent par le travail, la sobriété, la 
vertu. Le peuple cyprien eut d'abord 
lOQtes ces qualités, sans lesquelles il 
ii aurait pu atteindre la grande prospe- 
cté de la première période de son his- 
toire. Alors les mœurs devaient être sim* 
È les et sévères, la vie active et r^lée, et 
^ religion encore austère. Mais les ri- 

(0 Cependant oq trouve une loi analogue 
«J« les Romains. Cf. Vair., A, Rust., H, 5; 
"'«., ffâf. Nat., VIII, 70. 



ebesMS engendrèrent la conraption des 
mœurs , et celle - ci précipita les petits 
États de Ttle de Cypre dans la décadence 
et la servitude. Or nous ne commençons 
à connaître l'état social de ce pays qu'a- 
près les temps primitifs, quand il est 
déjà engagé dans toutes les recherches 
et dans tous les excès de la civilisation 
la plus raffinée. La population de l'Ile 
de Cypre, enrichie par le commerce, l'in- 
dustrie, l'agriculture, se livra sans rete- 
nue à toutes les jouissances dont elle 
pouvait si facilement s'entourer dans le 
délicieux pays qu'elle habitait. La mol- 
lesse et les plaisirs de la vie cyprienne 
étaient passés en proverbe chez les an- 
ciens. Le culte d'Aphrodite prit dans 
cette île, plus que partout ailleurs, le 
caractère d'un sensualisme effréné, et la 
jeunesse des deux sexes, élevée au mi- 
lieu des fêtes licencieuses de cette reli- 
gion dégradée, s'habituait de bonne 
heure , surtout dans les classes supérieu* 
res , à regarder le plaisir comme le sou- 
yerain bien de la vie. 

Athénée a emprunté aux ouvrages de 
Cléarque de Sali les plus curieux rensei- 
gnements sur les mœurs efféminées des 
rois cypriens. Il y avait à la cour de ces 
princes des femmes appelées colacides, 
ou flatteuses; elles étaient au service des 
dames de la famille royale. Elles étaient 
fort recherchées à l'étranger ; et Arta- 
baze et Mentor en firent venir pour leur 
maison. Plus tard on changea leur nom 
en celui declimacides, et voici pourquoi: 
VQuIant plaire à celles qui les prenaient 
à leur service, elles se courbaient en 
forme de marchepied ou de gradin, de 
manière que les dames montaient sur leur 
dos pour entrer dans leurs litières et en 
descendaient de même. Cléarque s'irrite 
contre cette invention abjecte et mépri- 
sable par laquelle ces viles complaisantes 
augmentaient encore la mollesse et la cor- 
ruption des princesses qui les appelaient 
auprès d'elles. « Mais, aioute-t-il, ces 
climacides , après avoir vécu dans Topu- 
lence par ce ralBnement , n'eurent plus 
qu'une vie dure et pénible dans leur 
vieillesse ; ainsi, celles qui leur succédè- 
rent n'ayant plus obtenu le même crédit 
passèrent en Macédoine. La décence ne 
me permet pas de raconter ici à quel de- 
gré de libertinage elles y portèrent les 
princesses et les femmes du plus haut 



42 



L'UWIVERB. 



rang : Je dirai seulement que faisant pra« 
tiqiler sur elles , et pratiquant sur «fan* 
très les sortilèges d usage aux mystères 
de Diane Tauropole, elles otTraient par 
leur bonteiise conduite le spectaele de 
tous les vices les plus repoussants. » 
Cest encol'e à Cléarque que nous devons 
la peinture du luxe et de la mollesse d*ua 
jeune roi de Paphos, dont il parle en ces 
termes : « Ce jeune iiomme portait la re- 
cherche jusquli coucher sur un lit à pledd 
d*argent, garni d'un tapis en petit point 
de Sardes , des plus riches. Au-dessus 
était étendu un dais de velonrs , recou- 
vert d*une garniture en filet teinte dans 
la pourpre d'Amorgos. Il avait sous la 
tête trois oreillers de fin lin d*une riche 
couleur, et également garnis de filets. 
Ses pieds étaient étendus sur deut cous- 
sins de pourpre. Il reposait sur ce lit re- 
vêtu d'une tobe blanche. » A quelque 
distance du lit se tenaient des esclaves « 
Tétns de courtes tuniques, et tout prè^ 
de lui étaient ses flatteurs, gens de haute 
naissance parmi nous, dît Cléarque. 
Chacun d*eux s*était partagé le soin des 
différentes parties de sa personne. L'un 
S'était assis au pied du lit, et tenait sur 
ses genout lès pieds du jeune prince. 
L'autre, assis sur un siège placé près du 
lit, penché sur la main que le prince 
laissait pendre nonchalamment, la ca- 
ressait, en prenait les doigts, les tirait 
lès uns après les autres Le troisième , 

gui était le plus distingué , se tenait de* 
out i la tête, et s'appuvait famitière- 
tnent sur les coussins qui la soutenaient. 
De la main gauche il rangeait la cheve- 
lure du jeune homme , et de la droite 
)l le rafraîchissait en agitant doucement 
un éventail. Dans une comédie intitulée 
k Soldat, lepoête Antiphane raille ainsi 
la mollesse aun roi de Paphos, qu'il re- 
présente éventé par des colombes (1) : 
« Dis-moi : Avez-vous été longtemps à 
Cypre? — Tant qu'il y a eu guerre. — 
Mais dis-moi en quel endroit. — A Pa- 

ÎihoS; il y règUeune rhullesse, une vo- 
npté si recherchée qu'elle est vraiment 
incroyable. — Quelle volupté donc* — 
Quand le roi est à table, ce sont des co- 
lombes qui l'éventent, et personne autre 
ne s'aviserait de le faire. -- Comment 
ûtncf dis-moi comment cela se fait. — 



(i) Athen., "Vf, aSr. 



Lé roi était 6irit d'un parfîmi qui tient 
de Syrie , et qu'on tire d'un fruit dont 
les pigeons mangent beaucoup. Venant 
au vol à l'odeur de ce parfum, ils ôsnient 
même se poser sur la tête du roi : les va- 
lets qui étaient à eôté les chassaient ; ils 
s'élevaient un ^u « mais sans s'écarter 
aucunement, ni d'un c^é ni de l'autre, 
et c'est ainsi qu'ils réventaient, agitant 
doucement l'air, et sans faire seotir trop 
de vent. » Le vojslnae;e de l'Orient avait 
contribué pour lieaucoup à jeter les rm 
de Cypre dans toutes ces recherches du 
luxe asiatique, dont les rois phéniciens 
et les satrapes persans leur donnaient 
detous côtés l'exemple. Or, dans ee genre 
d'imitation on s'élève bien vite à la hau- 
teur de ses modèles. Il n*étatt pas diffi- 
cile à des Grecs, d'un esprit plus subtil, 
plus actif que celui des Orientaux , de 
pousser plus loin que Ceux-ci les raffine- 
ments du luxe, de la mollesse et de la 
df bauche. C'est ce que firent les rois de 
Cypre, et plus tard les dynasties des La- 
gides et des Séleucides, dont les mons- 
trueux désordres dépassèrent de beau- 
coup tout ce que nous savons sur l'inlé- 
rieur de la cour des monarques persans. 
Aats Rt MÉTiBBs. — Les Cypriens 
avaient une erande renommée dans cer- 
taines branches d'industrie. Ils étaient 
fort habiles à travailler le cuivre et le fer, 
dont les mines étaient si abondantes 
dans leur pays. On recherchait surtout 
les armes ne Cypre. Alexandre le Grand 
porta dans toutes ses campagnes en 
Asie Une épée de CVpre, que lui avait 
donnée le roi de Qtium, et uni, grâce à 
son excellente trempe, était d^une dureté 
etd'unelé^èretéincomparables. Pendant 
le siège de Rhodes, Démétrius Poliorcète 
fit venir de Cypre deux cuirasses d'airain, 
du poids de quarante livres. ZoTle^ i'al^ 
tiste qui les avait faites, voulant montrer 
leur force, demanda qu'il fût lancé con- 
tre l'une d'elles, à la distance de vingt-<;fx 
pas, un trait de batterie : l'épreuve fut 
faite, et ne laissa sur le fer aucune trace 
sensible ; on n'jr vit qu'une rayure près- 

Î[ue imperceptible, comme aurait pu 
aire un Stylet (i). Démétrius prit pour 
lui cette cuirasse, et donna l'autre à Al- 
cimus d'Épire, l'homme le plus fort ei le 
plus belliqueux qui fât dans aon armée. 



(x) Plut., Démet! 



\f%t, 



ILË DE CHYPRE. 



4t 



Couime les Pfaénieieus, dont ils étaient 
en partie descendus, les Cynriens étaieol 
(Texceltents constractèurs de navires. 11 
y arait de grands chantiers à Salamine et 
L Citiiim : on fabriquait aussi dans l*tld 
les îoites, les cordages , tout oe qui sert 
au ^réement des vaisseaux. Les tissus de 
Cvpre étaient fort'recherchÀ, et ses dif- 
férents produits dans ce l^enre d'indus* 
trie, étoffes, toiles, brooeries, tapisse- 
ries, ont été constamment célébrés chez 
les anciens , depuis flomère jusqu'aux 
auteurs de V Histoire Auguste. 

Les Cypriens s*adonnèrent moins à la 
culture des arts libéraux qu'à celle des 
arts utiles. Cependant ceux-là même n'y 
furent pas entièrement négligés. De tous 
les artistes de ce pays on n'a conservé 
que le nom de Siypax, statuaire qui tlo* 
Tissait vers Tan 444 , au siècle de Péri- 
^ Quoique neutralisé par d'autres in- 
iiuences, le génie grec ne s'effaça pas en* 
tierement dans Pîle de Cypre. Les repré- 
sentations, gtossièrement symboliques^ 
de la religion orientale furent transfor- 
ma en objets d'arts à mesure que la re- 
ligion hellénique efïaçait le vieux culte 
pbenicien. De rares témoignages épars 
dans les auteurs anciens et la découverte 
de quelques idoles dans les ruines des 
antiques villes de Cypre attestent que 
lan ne périssait jamais entièrement là 
oii Ton avait une divinité grecque à 
adorer. On peut voir au cabinet des mé- 
dailles de la Bibliothèque Nationale la 
collection que M. de Mas-Latrie a rap- 
portée tout récemment de 1 ile de Chypre, 
^ qui se compose d'un certain nombre 
de statuettes en pierre et de fragments 
<in terre cuite trouvés à Cîtium , Sala- 
mine et Dalia, l'ancienne Idalie. On avait 
poussé très-loin en Cypre l'art de tra- 
vailler les pierreries, et surtout les éme- 
faudes, qu on trouvait en grand nombre 
dans le$ mines de cuivre (1). Pline rfr> 
^'te que dans l'Ile de Cypre sur le tom- 
o^au d'un roi nommé Hermias, était 
QD lion dé marbre avec des yeux en éme- 
raudes. Ce tombeau était au bord de la 
n^er, près des pêcheries. L'éclat des éme- 
Tïudes pénétrait si avant dans la mer, 
9<jçies thons, épouvantés, s'enfuyaient, 
^in pécheurs ne les ramenèrent qu'en 
«wogeanl les yeux du lion. Il y men- 

(0 Mue, But. Nat^ XXXTU, 3, 17. 



lionne aussi parmi les oélèbres éœeraiH 
des gravées oeUe qui repr^ntait Amy- 
mone, et qui fiit miae en vente dans l'Ile de 
Cypre au prix desix deniers d'or. Le joueur 
de flâte Isménias ordonna qu'on la lui 
achetât. Mais le marchand, ayaut dimi- 
nué le prix, lui renvoya deux deniers. 
« Voilà, dit Isménias, un marchand bimi 
maladroit, et qui a beaucoup fait perdro 
au mérite de cette pierre I » On trouve 
dans l'Ile de Cypre de beaux restes d'ar- 
chitecture grecque et des fragments de 
pavés de mosaïque d*un riche travail. 

CoMMsacB. — Dès les temps les plus 
anciens Cypre était un puissant État ma- 
ritime et commercial. Au milieu de ses 
préparatl£i d'expédition dans les Iodes » 
Sémiramis fit venir de Cypre des cons- 
tructeurs de navires, auxquels elle donna 
l'ordre de construire des bateaux propres 
à naviguer sur les fleuves et qui pussent 
se démonter (1). Outre les ouvriers, l'Ile 
possédait aussi des matériaux. Lescèdrea 
de ses montagnes remplaçaient avanta- 
geusement les sapins des autres con- 
trées (2). Cest à (>pre que Ton cons- 
truisait les légers bâtiments appelés xip- 
xoupoi, cercurêà. Cette île posséoait trente 
villes maritimes toutes pourvues de ports, 
dont quelques-uns étaient excellents. Le 
commerce de Cypre embrassait les côtes 
de Syrie, d'Asie Mineure, l'Egypte après 
la fondation du marché de Naucrate, 
l'Afrique orientale après celle de Cyrène, 
les colonies grecques du Pont-Ruxin et 
les contrées de l'Occident. Sous les Pto- 
lémées sa prospérité commerciale ne fit 
que s'accroître , et elle se soutint à la 
même hauteur jusqu'à la décadence de 
l'empire romain. Cypre exportait dans 
tout le monde ancien ses cuivres, ses 
bois de construction, ses grains, ses 
vins, ses huiles, ses laines, ses lins, ses 
chanvres , ses fruits et ses pierres pré- 
cieuses. 

Poids, Mesubbs, Monnaies — Les 
renseignements que nous trouvons dans 
Hésychius et le grand Étymologue sur le 
système métrique des Cypriens se ré- 
duisent à bien peu de chose. Ce sont des 
noms sans évaluation positive. Us a valent 
le cypre, i'hémicypre, le roodios, le cbé- 
nix, le xestes, le migar, la omase pour 

(0 Diod. Sicul., IT, 16. 

(a) PUue, HuL Nat., XVI, 76; VH, 67. 



44 



L'UNIVERS. 



la mesure des liquides et le poids, le pa- 
laiste et le calamus comme mesure de 
longueur (1). L^urs monnaies sont mieux 
connues. Depuis le temps d*Évagoras 
les rois de Cypre eurent le aroit de battre 
monnaie ; on ne connaît pas de médailles 
antérieures à ce prince. Sous les Ptolé- 
mées les Cypriens perdirent ce droit, les 
Romains lé leur rendirent. Ainsi Ton dis- 
tingue deux époques dans la collection 
des monnaies de l'île de Cypre. La pre- 
mière s*étend d*Éva>;oras aux Ptolémées, 
de 884 à 300, et comprend le quatrième 
siècle avant l'ère chrétienne. La seconde 
va d'Auguste à Macrin, et comprend les 
deux premiers siècles après Jésus-Christ. 
L'empreinte ordinaire des médailles de 
Cypre avant le temps des empereurs 
est rima^e d'Aphrodite ou celle de son 
temple. Sur les pièces de Salamine on 
voit souvent figurer Jupiter, ou Taigle et 
le lion, symboles decedieu. D'autres mon- 
naies représentent aussi d'autres divini- 
tés, telles que Diane, Minerve, Apollon, 
mais toujours en rapport avec Aphrodite, 
qui figure partout comme déesse prind- 

'AicoYOvixoc, 
Alvixoç, 
*fouXtoc, 
Katvôpto^ , 
ZeSaoTo; , 
AOtoxpaToptxoc 9 

*P(i>{&a(oc, 

Je renvoie à Engel le lecteur curieux de 
connaître les principaux commentaires 
donnés par les érudits sur ces différents 
noms (2). 

Laingub. — De toutes les lies de la 
Méditerranée orientale iHe de Cypre est 
celle dont la population se compose des 
éléments les plus divers. Les anciennes 
émigrations phéniciennes avaient d'a- 
bord donné à ce pays un caractère orien- 
tal, et en avaient fait une annexe de la Sy- 
rie. Peu à peu les colonies grecques se 
superposèrent en couches successives 
sur l'ancien fond asiatique , et finirent 

(i) Kngel, Krpros, I, p. 5a i. 
(a) Ibid., p. 5iS. 



iiwle du pays. Sur une médaille de Sala* 
mine, sans nom de roi, mais de la pre- 
mière époque, on voit un taureau et une 
proue de navire; sur une autre, égale- 
ment sans nom de roi, se trouve un bé- 
lier et la moitié d'un poisson ou d'uae 
corne de bœuf. Les monnaies de l'épo- 
que impériale sont presque toutes eo 
cuivre. On n'en trouve en argent que 
sous Vespasien , Titus et Domitien. El- 
les portent sur la face l'image de rem- 
pereur, et sur le revers le temple de Pa- 
phos ou Jupiter de Salamine. On trouve 
dans Mionnet l'indication de soixante 

Ëièces connues depuis Auguste jusqu ù 
Lacrin. 

Càlbndrirb. — D'après un ancien 
document qui a pour titre 'H^poXÔYtov 
(x,7ivc5v Btao6p<i)v TcéXscov, caiendrier des 
mois des différentes cités y Ideler, dans 
son Manuel de Chronologie^ a dressé le 
tableau suivant des noms, du commen- 
cement et de la durée des mois usités 
par les Cypriens sous la domination 
romaine : 



des mots. l . 


CommcDcement. 


Dorée. 


Aphrodisius, 


28 seplerobre. 


3t jours 


Apogonieus, 


i!4 octobre. 


30 > 


Ainicus, ' 


23 novembre. 


31 » 


Juliiis , 


24 décembre, 


31 « 


Cœsarius, * - • 


24 janvier, 


28 i* 


Sebastus, 


21 r<^vrier. 


30 » 


Autœratoricus , 


23 mars. 


31 » 


Detnarehexusius» 


23 avril» 


31 » 


Plethypatus, 


24 mai, 


30 » 


Arcluereus, 


23 juin , 


31 » 


Nestieiu , 


24 juillet, 


30 1* 


Ronianusy 


23 août. 


31 » 



par prévaloir : llle devint grecque, et Ton 
y parla la langue des Hellènes. J^'histoire 
ne peut pas rendre compte de cette trans* 
formation, mais elle la constate, et dans 
l'antiquité comme de nos jours Clijpre 
est incontestablement une des contrées 
dont la race grecaue a composé son do- 
maine si disperse. Cependant les peu- 
ples de différente ori0ne qui se sont 
rencontrés dans cette ile ne s'v sont ja- 
mais entièrement confondus. Ils se sont 
mélangés, ils ont combiné leurs lan^nes, 
sans les eifacer entièrement pour en for- 
mer un seul et commun idiome. •« l..es lan- 
gues grecque et turque, dit Mariti (l^i 

(i) Fo)'(tge en Chypre, etc., I, S. 



ILE DE CHYPRE. 



45 



Tsont^îement dominantes, etdeoem^ 
lange est résulté la corruption des deux 
idiomes. La langue grecque a néanmoins 
consem dans les termes la pureté de 
l'aDcien dialecte ; mais la prononciation 
en est également altérée , et cela depuis 
Tarrivée des Vénitiens dans Itle. Les 
commerçants parlent communément la 
langue italienne, et très -peu la fran- 

SBîse. » Martin Crusius , le restaurateur 
es études grecques en Allemagne, disait 
que de son temps , c*est-à-dire au sei- 
zième siède, on parlait dans Hie de Chy- 
pre le grec, Titalien, farménien, le cbal- 
daïque et Talbanais. De toutes ces langues 
la grecque est celle des indigènes, ce qui 
prouve suffisamment que la race grecque 
est devenue prépondérante dans ce pays. 
Bans Tantiqulté Tusage du phénicien 
s'était conservé chez les habitants du sud 
d^ nie (1) : partout ailleiirs le grec do- 
minait; mais il s'était grandement altéré 
au contact des idiomes étrangers, et par 
œtte facilité qa*ont les peuples commer- 
çants, plus empressés ae sVntendre que 
nirieux de beau langage, d'échanger en- 
tre eux les termes de leurs différentes 
laogops maternelles. Aussi le dialecte 
cyprien était-il , de tous les dialectes lo- 
eaux de la langue grecque , le plus déO- 
guré par les importations étrangères. Il 
ofTrait au fond beaucoup d'affinités avec 
ie dialecte éolien , mais il était rempli de 
locutions particulières, de mots phéni- 
nens, d'idiotismes orientaux, et il passait 
au goût des Grecs purs pour un détes- 
table langage. Ceux de Soli avaient sur- 
tout la réputation de parler le plus mal ; 
<lclà Texpression de ooXotxfî^Etv, d*où nous 
avons tiré le mot solécisme (2). 

HisToiEB LiTTBRAifiB. — Dans les 
premiers siècles les Grecs de File de 
^ypre résistèrent aux influences qui al- 
térèrent plus tard leur langue et leur 
^ût. Ils ne restèrent pas étrangers à ce 
^nd mouvement poétique qui succéda 

(0 Le souvenir de l'origine phénicienne 
des babitanU de Ciiium était encore bien vif 
4u teoip» de Cicéron, qui sVxprimail ainsi i 
propos de Zéiion : Postea tuiis îlle Pœiiulus 
(seu enioi Ciiieos, clientes tuos, e Pfaœnicia 
profectos) eic... iU Fifti6.,rv, ao. 

(») Voir dans Engel, t. I, p. 55? à 5g3, 
0» très-euriense ei complète élude mr le? 
Pttticularilé» du dialecte cyprien. 



en Grèce à T^e béroîqne, et an miliea 
duquel parurent Homère et les Cycli- 
ques. Il y a plus : Pausanias (1) recule 
1 origine de la poésie cyprienne jusqu'aux 
temps, mythiaues, en' plaçant parmi les 
Aèdes inspires un certain Euclus, de 
Cypre, dont il fait un contemporain de 
Musée, I.ycus et Bacis. Cet Euclus, chan* 
tre et oracle des premiers âges , aurait 
prédit la naissance d* Homère, et Pausa- 
nias rapporte la prophétie à Tappui de 
son assertion. Or, cet Euclus n*est pro- 
bablement qu'un personnage imaginaire, 
qui figure comme oracle dans les tradi- 
tions cyprien nés relatives à Homère. Les 
Cypriens aspirèrent aussi à l'honneur 
d être les compatriotes de ce grand poète, 
dont les chants étaient répétés de tous 
et dont la vie n'était connue de per« 
sonne. Alors on fabriqua des légendes r 
Tune d'elles racontait gu'Homère était né 
en Cypre, et que sa mère s'appelait Thé- 
misto , et cette naissance était d'autant 
plus certaine qu'elle avait été prédite 
par Euclus. tJne épigramme d'Alcée 
nomme son père : c'était le Cyprien 
Dmésagoras. Une autre tradition rap- 
porte qu'Homère épousa une femme de 
Cypre nommée Arésiphoue, et qu*il en 
eut deux filles et un fils, qui fut le poëta 
Stasinus, Tauteur présumé des poèmes 
cypriens. Les deux filles d'Homère sont 
y Iliade et l' Odyssée, et toute la tradition 
une allégorie imaginée pour faire valoir 
les poèmes cypriens en rattachant son 
auteur à la famille d'Homère. 

Tout ce qui a rapport à l'origine des 
poèmes cypriens est extrêmement incer* 
tain et oDscur. On les attribue tantôt à 
Homère, tantôt à Stasinus, tantôt à 
Hégésias de Salami ne, ou même à un 

Î)oète inconnu, d'Halicamasse. Il y a 
ongtemps qu'Hérodote (2) a fait lus- 
tice de la tradition qui fait d'Homère Fau- 
teur des Cypriaques ; mm Xoui ce qu*il 
peut dire, c'est qu'ils sont de quelque 
autre poète. Or, ce n^est là qu'une néga- 
tion. Cependant, malgré touteslesdiscus- 
sions que la critique a entassées sur celte 
question , ce qu'il y a de mieux à faire, 
cesi d'imiter la réserve d'Hérodote (S). 

(i) Pausan., X, la, rz-ai, 3. 
(a)Hérod.,n, 117. 

(3) Voir la longue et savante dissertation 
d*Engel, Kypros^ 1. I, p. 6o3. On trouve !'««' 



46 



L*e!QVp]tf« 



Q^aBt au ffpéssuè lui^mtoie, 4oDt la titrp 
vient ou de Ftle de Cypre , où il a pu 
être composé, ou de l^iqiportaDee qui y 
est donnée à Aphrodite, la grande divinité 
cyprienne, ce nVst autre chose qu'un 
long prologue de MUade, & Il eq^brassajt 
toue les événements principaux qui 
avaient précédé la querelle d'Achille et 
d'Agamemnon. M poëte expliquait en 
détail les causes de la guerre d^ Troie , 
et remontait jusqu'à la naissance d'Hé- 
lène. L'épouse de Ménélas n'était point, 
selon lui , la GUe de Jupiter et de Léda. 
Jupit^r l'avait eue de Némésis , et Léda 
l'avait élevéeavecles Dioscures. La guerre 
de Troie apparaissait à Stasinus (ou tout 
autre poète) soiis de sombres couleurs : 
ce qui le frappe, ce ne sont poiqt les ex- 
ploits des héros ni la gloire dont ils se 
couvrent, c'est rextermii)atipn à laquelle 
les a voués Jupiter. « Il fut un temps, 
dit-il , où d'innombrables races d'hom- 
mes se répandaient sur toute l'étendue de 
la terre au vaste sein.... Jupiter, qui les 
vit, eut pitié de la terre, qui pourrit tous 
les hommes, et, dans sa sagesse , il ré- 
solut de la soulager. Il alhiqia la grande 
Ïuerelle de la guerre d llion , afin de 
lire disparaître par la mort le fardeau 
pesapt ; et les héros étaient tués dan^ 
les plaines de Troie et le dessein de Ju- 
piter s'accomplissait. » Ce passage des 
chants cypriens suffirait à lui seul pour 
me convanicre que le poème n'était pas 
d'Homère (l). » 

Après l'époque homérique la poésie 
grecque languit, meurt dans llle de Cy- 
pre, comme une fleur transplantée loin 
de sa terre natale. |1 faut franchir plu- 
sieurs siècles pour retrouver des poètes 
cypriens. Mais alors la veine du génie 

Srec est épuisée, et les œuvres poétiques 
e cette époque ne sont en général que le 
produit artificiel de l'imitatiop des an- 
ciens et de l'érudition alexandrine* 
Néanmoins cette résurrection de la poé- 
sie dans l'île de Cvpre indiquait un 
retour à la culture des lettres ; et ce fiMt 
là un des principaux résultats de la con- 
quête d'Alexandre de rendre à la vie inteU 
lectuelle des peuples qui s'abrutissaient 

nalyse et des fragments de ce poëo^ dai|$ Pho- 
tius. Cod. a39, p. 3i9, Bekker. 

(i) A. PierroD, Hist, de ta Littérature grec- 
que, p. UK), 



mas le dmotisnie des mowqn^ per- 
sans. Les Cypriens avaient en Grèce lit 
réputation d'être ignprants et lourds (l). 
Le goût des lettres se ranima chez eux. 
et leur esprit sortit de sa torpeur. Alors 
Cypre produisit quelques poètes, qui oe 
ftircnt pas sans renom dans leur temps : 
Cléon de Curium , qui chanta les Argo- 
nautes, et auquel Apolloniijs de Ehodt^s 
lit de nombreux emprunts ; Hermias df 
Curium , poète lyrique, dont Athénée 
pousa conservé quelques iambes; le poète 
comique Sopatros, de Paphos, connu éga- 
lemeut par des citations d* Athénée (2): 
le fabuliste Théon, qui était aussi rhé- 
teur. L'enseignement de la rhétorique 
3vait été introduit en Pypre p9r Folv- 
crate, qui vint en cette tle au temps d'E- 
Tagoras. Polycrate^ disciple d'Isocrate, 
était un de ces rhéteurs que Platon ap- 
pelle lofo^qclBaXoi y ingénieux artisans 
de mots; il faisait des panégyriques de 
âusiris et de Clytemnestre et des iove^ 
tives contre Socrate Peu lui importait !e 
si^jet, pourvu qu'il eût un paradoxe à 
soutenir et l'occasion de faire briller son 
esprit. Il ouvrit une école à Sdl^mine,et 
i) y enseigna son art frivole avec beau- 
coup de succès. On ima^sine tous les 
fruits que la jeunesse cyprienne dut re- 
tirer d'uQ pareil enseignement. 

Le riche fonds de traditions religieuses 
d'où l'on avait tiré les poèmes cypriens 
produisit une série assey nombreuse d'é- 
crivains qu'on peut appeler les mytho- 
graphes et les légenoajres. Tels sont 
Alexandre de Paphos, Archélaûs, Hé- 
gésandrede Salamine, HermesianaxJsi- 
gpoMs, Micanor, et Pœon d'Amathonte, 
auteurs obscurs qui avaient commenté 
les légendes mytpplogiques , et qui ne 
spnt guère connus que par les cîtatioas 
des scpliastes. 

L'île de Cypre avait donné le jour à 

Plusieurs historiens, savoir : Aristusde 
aiamioe, qui écrivit une histoire de U 
Macédoine ; Democharès de Soli ; Dé- 
métrius de Salamine; Cléarque de Soli< 
disciple d'Aristote, auteur dû livre inti- 
tulé Gergithius^ du nom d'un courtisan 
d'Alexandre le Grapil : Athénée en a 

(i) On disait Bouc icuicptoc, comme Rot«im 
S(r; )LaicxOiov, id est t6 ^X^Otov. £ngel, Kypros, 
I, p. 5o7, 

(«) Cf. Engj^ A>yinif, 1, 69$. 



ILE DE CHTP&E. 



4f 



dmmûé BMDbravf «rtniti ; OiasmaSt 
qoi FéelitautiiiiptdeCoiistantiiiÏBGraiidt 
et GmraesleSviiceUe, qniestdu huitième 
fiècle. Parmi les phiiosoplues de Tîie de 
njpre le pins eélèiNre est Zépoo, de Ci- 
(ium. Il naquit en 863 aYant J.-C. 11 
était marchaDd , eorome soa père Mna« 
séas. Les afiEaires de son eommerce Fa- 
netiaient souveot à Atbèoee. Il y eoa- 
ODt Cratès le Çypiaoe. Il s^attaoha à lui , 
«oitta fout pour le suifie, et fonda la 
célèbre école du portique, ou le stoï- 
cisme. Aiuaii par un singulier eonlrastp , 
estait de l'Ile de Cypre, du pays où ia 
lelifion et les mcaurs étaitol le plus dis^ 
«olqes, nue sortait le philosophe le plus 
austère oe Tantiquitét le plus ennemi de 
la volupté, le plus ferme et le plus dé- 
«Qtéressé défenseur de la vertu. La phi* 
losophie de Zenon eut peu de sueeè* 
dans rtle de Cypre. Dioscorides, £udé» 
nus, Démonai , Pbilolaûs , philosophes 
cf priens , appartinrent tous à d'autrea 
écoles. Cypre méritait plutôt d'être la 
patrie d*Aristippe et la terre natale de 
i*hédonisme. 

IV. 

HUTOIBB DB lIlB DB GHYPBB FBN- 
D41f T LB MOTBN AOB BT LBS TBMP8 
MODBBNSS. 

L*tl.S DB ChYPBB sous hk POMINÀ- 
TIO?i D£S BMPEBBUES BYZANTINS (1). 

— I/empire romain , trop affaibli pour 
soutenir le poids de sa grandeur, avait été 
divisé en plusieurs gouvernements par 
Dioeiétien et Constantin le Grand. Après 
Théodose, à la fin du quatrième siècle de 
rère chrétienne (39.S), la scission fut défi- 
nitive; Tempire d'Orient et Tempired Oc- 
cident furent à jamais séparés. L*lle de 
(Chypre devint nécessairement une pro- 
TlDce de Tempire d'Orient, et hat gouver-f 
née par des ducs (3). à cette époque Ftle 
de Chypre avait renoncé au culte d'A- 
phrodite, et avait embrassé la religion 
chrétienne. Longtemps les juifs, qui 
«étaient si nombreux oans l'Ile, s'étaient 
opposés à la propagation de l'Évangile. 
Sous le rè^oe de Trajan ils se révoltè- 

(i) Eirgel, Krproi, t I, p. 721 j Dapper, 
Dtscr. de rArcM/tel, p. 75. 

(») On lit dans Mcletiui : M ttémita ^icè 
w> iutoxpsTÔpov TTÎç Kov9TmvTtvoim6- 



rtnt, Mépriaéa dei Gf eee* aw^neb île 
avaient voué une haine implacahle, les 
juifs de Chypre massaerèrent, dit-os, 
deux cent quairante mille personnes dans 
eette fie , d'où ils furent ensuite baniiia 
pour touiours. Leur éloignement fut fia^ 
vorable a« cbristiaaisme, qui renversa 
l'autel de Paphoe et prit possession de 
Itle entière. Treixe évéchés furent fqndés 
dans les villes de SalamÎAâ» Carpasie, 
Citium, Nioosie, Chytres, Lapatbos, Sor 
les, Trimethus, Taaiasos, Amatbontei 
Curium , Paphoe , et Arsinoé. Le siège 
métropolitain fut établi à Salamine, dont 
l'évéque relevait do patriarclie 4 Autior 
cbe. Les pères du concile de ^Ï9ée mainv 
tinrent eette organisation hiérarehique, 
qui dura jusqu'au règne de I empereur 
Zenon (1) (474 ). Un décret de ee princt 
retira au patriarche d'Antioche sa suprér 
matie sur TÊglise de Chypre, qpi eut dèf 
lors une eiistenee indépendante. L'enn 
pereur Justinieu accorda les plus graBf 
des immunités au elergé de eette lie, 
aur la recommandation dp sa femme 
Théodore, qui était originaire de Chvpre. 

Jusqu'au septième sièele les habi- 
tante de rtle de Chypre vécurent paisi*» 
blement sous la domination byzantine , 
sans avoir rien ressenti, çrâce à leur po« 
sitioB maritime, desinvasioosqui avaiei^ 
désolé les autres provineea de Tempire. 
Mais l'apparition des Arabes, devenus 
conquérants à la voix de Mahomet, troa« 
bla eette heureuse existence. Soua le rè^ 
gne ducalifo Othman (644-666), après 
que les Arabes eurent enlevé à Tempire 
grec la Syrie et TÉgypte , ils ietèrent les 
yeux sur i'Ile de Chypre, dont la conquéts 
était le complémetit indispensable de 
celles qu'ils avaient déjà faites. Moaviah, 
fils d'Abou^Sophian et gouverneur de 
Syrie , équipa dans les ports de sa pro-! 
vmce une flotte desept eents voiles, etdé« 
barque dans l'Ile, dont il s'empara. Sala^ 
mine fut détruite de fond en comble, et 
Farehevéque transporta son siège à Amt 
mochostos, ville voisine, connue dans le 
moyen kge sous le nom de Famagouais. 

Cependant eette conquête de Chypre 
par les Arabes n'était pas définitive; les 
empereurs grecs s'y rétablirent peu de 
temps après. Mais leur domination, que 

(0 Toy. Lequien, Oriem Chrhtianus, t. Uf 
p. io3S. 



'4ë 



L'tJNIVEBS. 



rien n'avait inquiétée pendant tant de 
siècles, était devenue précaire, et ils eu- 
rent de la peine à la raffermir. En 705 
Fempereor Justinien II ayant fait un 
traité avec le calife Abdel-Melek fut 
obligé de lui abandonner la moitié des 
terres et des revenus de Ttle de Chypre. 
Six ans après, voulant annuler les avan- 
tages que le calife retirait de ce traité , 
Justinien donna Tordre insensé à tous 
les habitants de llle de Chypre d'émi* 
grer en Asie Mineure. Il fallut obéir : 
fil population 8*embarqua presque tout 
entière ; mais un grand nombre ayant 
péri par des naufrages et des privations 
de tout fienre, le reste s*abstint de par* 
tir ou retourna dans Ttle. 

Tant que dura la puissance du califat 
arabe , nie de Chypre fut exposée à de 
eontinuelles agressions de la part des 
vicaires du prophète. Dans cette lutte 
soutenue par Tempire grec contre Fis- 
lamisme, nous signalerons surtout deux 
grandes tentatives dont la population chy- 
priote eut le plus à souffrir. La première 
eut lieu Tan 744, sous le règne du calife 
Yfzid. Les Arabes occupèrent Ttle pen- 
dant la deuxième année du règne de 
Constantin Copronyroe. Un grand nom- 
bre d'insulaires furent arrachés à leur 
patrie, et déportés dans l'intérieur de la 
Syrie. Les empereurs byzantins ayant 
recouvré la possession de Chypre , le ca- 
life Haroun-Al-Raschid ordonna une 
nouvelle expédition contre cette tie, sous 
le règne de Tempereur Micéphore I>o- 
gothète. Les Arabes répandirent de tous 
côtés la désolation, pillant les villes, dé- 
molissant les éfflises , et ils emmenèrent 
an grand nombre d'esclaves (1). JNicé- 

Sbore fut obligé de demander la paix et 
e payer un tribut au calife, qui resta 
maître de Ttle de Chypre. Basile le Ma- 
cédonien , devenu empereur en 867 , en- 
treprit de la reconquérir. Alexius fut 
chargé de cette expédition, (jui réussit, et 
Chypre redevint une province du Bas- 
£mpire. ËUe en fut encore détachée sept 
ans après par les Arabes. Au milieu du 
dixième siècle l'empire grec, hunniié par 
les Arabes, retrouva quelque force sous 
les règnes glorieux de rïicéphore Pho- 
cas et de Jean Zimiscès, qui entreprirent 
de reconquérir toutes les anciennes pro- 

(i) ro)\ Elmacio, HUtoria Saraceniea* 



vinoes d'Asie (96S-976). Pendant que 
j^icépbore prenait en personne les {ua- 
ces tbrtes ae la Cilicie et attaquait An- 
tioche, il envoyait en Chypre son général 
Nlcéphore Phalcuzzès, qui en chassa les 
Arabes, et réunit de nouveau cette Ile à 
l'empire byzantin. 

En présence d'un ennemi aussi opi- 
niâtre, les difficultés de la défense étaient 
encore augmentées par Téloignemeot de 
nie et le relâchement toujours croissant 
des liens qui la rattachaient an gou- 
vernement impérial. La position insu- 
laire de Chypre, son isolement à Texiré- 
mité delà Méditerranée, les immenses 
ressources dont elle disposait, et qui lui 
permettaient de se suffire à elle-même, 
inspiraient souvent aux gouverneurs des 
pensées ambitieuses et un sentiment 
d'orgueil qui les poussaient toujours à 
désobéir ou à se rendre indépendants, 
ils agissaient en souverains dans leurs 

{provinces , comme dans la décadence de 
'empire persan les satrapes du g^and 
roi. Cette tendance à l'insurreaion de- 
venait de plus en plus forte à mesure 
que le pouvoir central s'affaiblissait , et 
elle était sans cesse encouragée par les 
promesses et les su^stions des Musul- 
mans de la Syrie et de l'Egypte, qui in- 
triguaient sans cesse, quand ils n'atta- 
Suaient pas à main armée. Ce furent 
es rébellions , réprimées d'abord et en- 
suite couronnées de succès, oui finirent 
par détacher pour toujours l'île de Chy- 
pre de l'empire grec et par là faire pas- 
ser sous la domination des Latins. Après 
la mort de Constantin VUl (102S). qui 
ne laissait que des filles, le gouverne- 
ment impérial tomba plus bas que ja- 
mais. Pendant que Zoé et Théodora dis- 
posaient de l'empire au gré de leurs ca- 
prices et de leurs passions , le duc de 
Chypre Théophile Êroticus, méprisant 
ce gouvernement de femmes, se déclara 
indépendant ( 1034 ). Mais bientôt Cons- 
tantin IX Monomaque, élevé au trône par 
Zoé, le 6t rentrer dans le devoir. £n 1 057 
Isaac Comnène, soutenu par l'armée, 
substitua sa dynastie à celle des empe- 
reurs macédoniens , dont Tavilissement 
avait dégoûté même les Grecs du Bas- 
Euipire. La situation de l'île de Chypre 
ne changea pas, et Alexis Comnene, 
monté sur le trône l'an lOSO . eut à ré- 
primer dans cette île «m nouveau soulè- 



ILE DE GHYFRE. 



4^ 



fOMBl, «Mité ptr k due Rlit|SOfn«t«it. 
Eoia dans la seeoode moitié du dou* 
Eième nède une révolte plus heureute 
rendit Chypre à elie-méme^ et en consom- 
ma ta «éperation définitive d'avee Tem- 
lÀre grée. Sont le règne de i'emperear 
Manoei I* % Pan 1 1 54, Itle de Chypre avait 
clé afiireiiaement ravagée par Renaud de 
Castille, prince d*Antiocbe (1). Renaud 
arait fourni des aeeours à Bfanuel Com- 
Dèoe contre les Arméniens de la Cara- 
maoie, et n*eo ayant pas reçu la réooin* 
peoM promise , il s'en était dédommagé 
par le pillage des villes et des eampa- 
gnesde Chjrpre, qui n'avaient jamais été 
pHis maltraitées par les Sarrazins ou'el- 
« ne le ftireut par les soldats chrétiens 
du prince d'Antioche. Tant était grande* 
méfoe en face de Tennemi et au milieu 
de dangers communs, la haine récipro- 
que des Latins et des Grecs ! Après avoir 
tout dévasté, Renaud d'Antioche s'était 
rptiré de I tle, n'ayant voulu que ravager, 
et oon pas ooncfuérir. Llle de Chypre 
commençait à peine à réparer eedésastre, 

Su avait laissé dans le pays de pro« 
Ddsrtssentiments et un grand dégodt 
delà domination bysaiitine, qu'elle fut 
de nouveau poussée à la révolte par 
rambitioo d'un prince de la famille ré- 
gnaute, Isaac Comnène, neveu du côté 
aiaiemel de Tempereur Manuel V\ L'em- 
pereur Andronie régnait alors ( 1183 ). 
jsaae avait servi dans la guerre contre 
1rs Arméniens; fait prisonnier dans un 
«ombat, il avait été délivré par Andronie. 
Péroré d'amhition, impatient de n'obéir 
«personne et de commander, Isaac, con- 
naissant les dispositions des Chypriotes, 
leva des troupes et passa dans lile, où il 
annonça tout haut que l'empereur ve- 
nait de lui en confier le gouvernement. 
Devenu foeilement maître de toute l'île 
^ moyen de cette ruse, il se fit pro- 
«anier empereur de Chypre en 1184, 
Ci il épousa la soeur de Guillaume 11, 
^i de Sicile, de la dynastie normande, 
^ies princes faisaient , du cdté de 
I Occident, une guerre cruelle aux em- 
P^rs de Constantinople. Les insu* 
»»w» de Chypre avaient favorisé une 
tentative qui leur rendait leur indépen- 
«ance, dans Tespérance de se soustraire 
^OKOuvememeuttycanniquede l'odieux 

vOOufll.deTyr, XVni,ïo. 

4* Lioraison. (Ile de Chypre.) 



Andronie. Mais ils n'y gagnèrent rien ; 
ils furent punis de leur révolte par cette 
révolte même, qui leur donna un mattre 
plus rude et plus fâcheux que celui auquel 
ils devaient obéissance. Cruel par carac- 
tère , isaac le devint encore plus par né- 
cessité. Sa position était périlleuse : au de- 
hors les tentatives d' Andronie, au dedans 
les soulèvements et les complots de ceux 
des Chypriotes ^ui étaient restés fidèles à 
Tautorite impériale le rendirent furieux i 
il ne sut régner que par la terreur. Toute- 
fois, les empereurs de Constantinople ne 
purent le renverser. Isaac F Ange, devenu 
maître de Tempire par le meurtre d* An- 
dronie, envoya Jean Contostephanos et 
Alexis Comnéne avec une flotte de soixan- 
te-dix na virescontre Pusurpateur de Chy- 
pre. L*arii)ée impériale fut vaincue prés 
d*Amathonte, et Isaac Comnène resta 
souverain indépendant de Tîle de Chypre. 
Conquête de l*Îlb de Cuwke par 

RlGUABD COBUB DE LiON (I). — Déjà 

depuis près de cent ans les chrétiens d'Oc- 
cident combattaient héroîauement pour 
la délivrance du saint sépulcre, et la pre- 
mière croisade avait fondé, à la fin du 
onzième siècle, sur la côte de T Asie située 
à Torient de Tîle de Chypre le royaume 
chrétien de Palestine. Une seconde croi- 
sade était venue au milieu du douzième 
siècle pour secourir ce royaume, toujours 
si menaeé, et que les Grecs ne voulaient 
pas défendre. Enfin en 1189 les rois de 
France et d* Angleterre, Philippe -Au- 
guste et Richard Cœur de Lion, Tempe- 
reur d'Allemagne, Frédéric Barberousse, 
partirent pour la troisième croisade, que 
la détresse du royaume de Jérusalem 
avait rendue indispensable. Arrivée en 
vue de l'Ile de Chypre, la flotte anglaise 
fut assaillie par une violente tempête, 
plusieurs vaisseaux se brisèrent sur la 
cote. Les malheureux échappés au nau- 
frage furent maltraités par les habitants 
et jetés dans les fers. Un navire qui 
portait Bérengère de Navarre et Jeanne , 
reine de Sicile , s'étant présenté devant 
Limissone put obtenir l'entrée du port. 
Peu de temps après, Richard arrive avec 
sa flotte , qu'il avait réunie ; au lieu de 
cette réception hospitalière que les pè- 
lerins et les croisés étaient nabitués à 

(i) Engel, Kjyfros, I. 7^5 ; Michaud, Bist* 
(tes Croisades^ livre VIIT. 



Ù& 



L*DNIVEM. 



recevoir dans Ifle de Chypre, Richard 
éprouva aussi un refus outrageant. Irrité 
de tant d'insolence, le roi anglais força 
rentrée du port de Limisso , s'empara 
de cette place, malgré une viverésistance, 
et, à la tête de ses chevaliers , tailla en 
pièces dans la plahie d'Amathonte l'ar- 
mée de l'empereur Isaac. Les villes de 
Chypre ouvrirent leurs portes au vain- 
queur, et lui jurèrent avec empreesement 
le serment de fidélité (1191). Isaac Com- 
nène demanda la paix , et en présence de 
Gui de Lusigoan, roi de Jérasalem , de 
Godefroi, son f\rôre, de Raymond, prince 
d'Antioche, qui avaient passé la mer pour 
venir au-devant du roi Richard, au milieu 
de tous les barons anglais et des plus il- 
lustres personnages de la chrétienté d*0» 
rient, Richard d'Angleterre donna à Isaad 
Comnène Tinvestiture de Itle de Chypre. 
Isaac se reconnut son vassal, s'enga^ 
à lut paver vingt mille marcs d'or d'm- 
demnlte, à le suivre à Jérusalem , et à lui 
livrer les places fortes de l'île. Peu de 
temps après , ne pouvant ou ne voulant 
exécuter ces conventions , Isaac prit la 
fuite. Richard, aidé du roi de Jérusalem, 
se mit â sa poursuite , parcourut Tlle en 
la ravageant et força Isaac à se rendre à 
discrétion ; et ensuite, pour insulter à sa 
vanité et à sou avarice, il le fit charger de 
chaînes d'argent. Transporté en Terre 
Sainte à la suite du roi d'Angleterre, Isaac 
s'enfuit de nouveau , se rendit chez les 
Sarrasins, essaya de soulever l'île de 
Chypre, et finit misérablement en pre» 
nautdu poison (1195). 

Après cette brillante conquête, Ri» 
chard célébra à Limisso , dans le voisi- 
nage de l'ancienne Amathonie, son ma- 
riage avec Bérengère de Navarre, qu'il 
fît proclamer reine d'Angleterre et de 
Chypre. Selon les anciens procédés de la 
conquête germanique , il laissa aux ha- 
bitants du pays la moitié de leurs ter- 
res. L'autre moitié devint domaine royal, 
ou fut divisée eu fiefs que l'on distri- 
bua aux chevaliers anglais qui devaient 
être choisis dans l'armée pour la défense 
du pays. II donna le gouvernement de 
Vile à Richard de Comouailles et à Ro- 
bert de Torneham ; puis, ayant tout réglé 
pour Tadministration de sa conquête, il 
s'embarqua pour rejoindre les croisés au 
siège dé Ptolémaïs. Quelque temps après, 
il permit aux templiers ae s'établir dans 



llie de délire ei A'r tnanMMria tiégi 
de leur ordre qui nVnt plof é% téi^ur 
fixe depuis la prise éè Jénisileni. Il es- 
pérait par eette mesura anurer la dé- 
nnse de i'tle eoom I«b attaquée des Sar- 
rasins, conserver cette conquête à la 
couronne anglaise, et ait chrétienté un 
point d'appui en Orienta Biais les tem- 
pliers se rendirent insupportables aux 
msulaires. il leur fût impossible de se 
mettre en possession de Ttle, que Richani 
leur avait vendue pour cent mille ducats, 
et à qui Ils furent eontrainlt de la resli- 
tuer. Alors Richard en fit un écham 
avec Guy de Lusignaa, qui^ outre le 
remboursement des^ cent mille ducats 
dont il se chargea , céda ses prétenticiis 
sur le royaume de Jérusalem et sur la 
principauté de Tyr, que Richard voulait 
donner à Henri de Champagne^ son neveu. 

Fondalion du royaume de Chypre, His- 
toire de la dynastie des Lusignans 
(1192-1489). 

Apbbcu cnÉNÉftAi. (1). — L'Ile de 
Chypre ne resta pas la possession du roi 
qui l'avait conquise; mais le briUant fait 
d'armes de Richard Cowr de Uoii la se* 
para pour toujours de rempire grec, «t 
lui fit prendre place parmi les États la- 
tins du r^me féodal. Elle redevînt in- 
dépendante, et forma pédant trois siè- 
cles un rovaume florissant^ dontl'iiistoire 
n'est pas'^sans grandeur. Dans la cons- 
titution du nouveau royaume de Chypre 
on reconnaît les trois éléments dont se 
composaient niors tous les Étatt occiden- 
taux , le clergé , la noblesse , et la bour- 
geoisie. Jusque là le clergé grec avait 
ominé sans partage dans le pays. Les 
rois Lusignans, sujets de TEglise catho- 
lique, donnèrent la soprématieaux pr^ats 
latins (2) : de là entre les deux clergés une 
rivalité, tantôt sourde* tantôt Tiolente , 
que l'autorité royale eut souvent beau- 
coup de peine à contenir et qu'elle ne 
put jamais faire cesser entièrement. l£ 
pouvoir du roi était limité par les attribu- 
tions de la haute cour, composée des prin- 
cipaux seigneurs , et par les oonstttuttons 
qu'il jurait de respecter en mdntent lurk 

f r) Engel, Kypros, I, 7*9 . 

h) Voir !a réorg»»i§i«i»n d« rBgKie fetiw 
de Chypre dans LequieD , Orietts ChrUtUuws, 
t. III , p. I90t. 



ILE DK CHYPRE. 



« 



triM. Tottii fts «mim afbim d'Etal 
et i6$ owset tflwntllM éaieot eu tm* 
sort de la taautt emr ; elto jugeait l«a 
débau vdatifr à la auoeanion au trtee. 
Ltfoi afiii beaoin de mm aoMantemant 
paor daauar Tiafwtitara des plaeea for* 
m du tomme , po«r étaUir les iropéts, 
peur déeftanr la guerre eu conelnre dee 
tnitée; la majorité des rois eoRuneoçait 
à IcurqaimièBie année. Le fils aîné du 
roi régnant s'appelait prince d* AntioelM. 
Le roi était grand mettre de l'ordre du 
Gtiife, qjui fèt institué an eommeneement 
eu règne d'AmauiT, ▼ers lioa. Les Ghe» 
raliers de eet ordre s'engageaient à dé« 
fendre les droits de la veuve et de l'or-» 
phelin, à oonibattre les infidèles et à 
proié^ le sainl-sépulcre. Les revenue 
du roi se oompoeaientdee contributions 
de ses sujeu, dee douanes, de ses do-* 
maines et de la vente du sel, dont le pro« 
duit net était évalué à trois cent mille 
dttosts. Les grands officiers de la cou* 
romie étaient leeénéahal, le connétable, 
le maréchal et le cbambellan ; la noblesse 
«lait nombrense, maie en général étran-» 
gère ao pays , et composée de guerriers 
fraDcs venns à la suite de Richard ou de 
Gui de Lusignan. Tout ce qui concernait 
les fiefs et leur mouvance, les relations 
dei vassaux et du suteratn ftit réglé eon- 
forméfloent au droit féodal , que les eroi^ 
9^ avalent deouis un siècle transporté 
«n Palestine, Lee viilee devinrent puis-* 
ttntes par le commerce, et s'élevèrent à 
une opulence qni rappelait celle des en- 
dennes cités phéniciennes dontrÉcriture 
ttiate décrit le luxe et les splendeurs. 
Aussi la bourgeoisie des villes de Chypre 
a^ait une grande importance, et parvmC 
> se rapprocher de la classe noble, beau-* 
^ pins qoe la bourgeoisie d'Europe 
^ le pot jamais fairei On connaît au^ 
fMirdlini les lois civiles et les iostitu* 
^s jodietaltes de cette portion de la 
J^ôM latine et chrétienne fondée en 
Orient par les croisades. En Chypre 
!^me dans le raynuitie de Jérusalem 
Ijt^itait une cour des bourgeois, où se 
<"^ent toutes les affoires qui intéras- 
mnt les amnicipalités et les habitants 
dit villes, de méine que la haute cour Ju- 
SM tontes les causes où Tintera de la 
noblesseetderÉtat était en question (1). 

[t) foy, dans la Collection des HimriéM 



Leveitede la penulatiou étml divisé 
en cinq classes. La classe intérieure était 
celle des pmrMmê (népeiMi) , serfr on 
oolons, assujettis aux propriétaires dont 
ils cnttivaienl in doasainew Le paiéoia* 
éttit obligé de payer chaque année ein* 
qoanu besans, le tiets dee revenus des 
terres^ et de servir deux Jours la aemainofc 
il pouvait étra vendu au gré du seignev 
du fief. Au -dessus du paréoiea était le 
perpirien. C'était le poréelea affranchi 
et encore assujetti à une taxe de unions 
besans par an. Les kfférUnê (iXfel<|»i) 
éuient entièrement libres de leur ner« 
sonne; ile cultivaient la terre, et aott« 
naient la moitié de la récolte ao proprié^ 
taire. La quatrième oiasse était celle dee 
Albenais, eoldats venus d'Albanie pour la 
défense de 111e, où ils s'étaient mariés^ 
oà ils avaient des terres et oà leurs dee-» 
cendants restèrent séparés du reste do 
la population. Il en était de même do la 
cinquième classe, celle des Vénitiens « 
que les croisades avaient attirés en 
|(rand nombre dans l'île ; ils étaient su* 
jeu du roi ; mais ils obtinrent le privilège 
d'être jugés par un noble vénitien qui ré* 
aidait a Ilioosie avec le titre de consul ou 
baile. 

Sua LA LÉeiaLATton ou iotaums 
nn Cnmn. — Le royaume de Chvpre 
comme celni de Jérusalem , dit M. fteu'» 

Snot, étaient deo Etats aristocratiques, 
ans lesquels les rois n'exerçaient que 
le pouvoir militaire. liS souveraineté ré^ 
aidait dans les hautes cours, et rassise 
ne pouvait être faite « que par l'acort dec 
barons et hauts homes ». L6 mot d'as-* 
sise dans le langage des JurisconsnHés 
latins de l'Orient signifie loi ou oidon-> 
nonce. « Assise est que toutes les cImh 
Ms que l'on a veu ueer et aeoustumer 
et délivrer en la cour dou royoume do 
Jérusalem et de Chipre (1). » On a pré^ 
tendu, mais à tort, sur la roi du P. Lusi-* 
gnan, que iee assises de Jérusalem Ai-> 
rent transportées dans l*t1o de Chypre, 
et qu'elles devinrent la loi du nouveau 
royaume. La fauseetéde cette assertion 
a été eoraplétejuent démontrée par 

tfei Croisades, le tome II des lois contenant les 
Assises des Bourgeois. 

( I ) La Clef des assises de la Haute Oonr, dwis 
le Mêmml dts MUtorient des Ç ré h m ie s ; Lois, 
tom.r%p.589,XLl, 

4. 



I») 



-LUNIVERS. 



M. Betwmot, éèXÈH son Introduction aux 
ourses de la hauts cour (t) ; car les co« 
d«8 <Hi otiartes du ro^ume de Jérusatero 
promulgués sous le rèfcue de Godefroy de 
BouilioD , el cooous sous le Dom de Let-^ 
treêdusamt^pulcre^sùeùXéVkééinàXA 
l'an i ld7 après la prise de Jérusalem. Ce 
n^est doue pas le texte uiéme de ces lois 
due Gui de Lusignan a pu transporter 
de Syrie dans Ttle de Chypre. Mais cette 
législation était si bien appropriée aux 
idées et aux mœurs des nobles et des 
bourgeois de la société chrétienne établie 
«Uns le Levant, aueFon en conserva par 
la tradition les dispositions principales» 
et qu'elle se perpétua à l'état de droit 
ooutumierdans les cours judiciaires d*A* 
ère et de Nicosie Plus tard il se forma 
Ters le milieu du treizième siècle, dans 
les royaumes de Jérusalem et de Chypre, 
Que école de jurisconsultes qui se pro« 
posa pour but de déterminer les priu« 
Kâpes et les règles du droit féodal, tel qu'il 
existait en Orient* « Ces savants person- 
liages réussirent, par des travaux où 
brille la plus étonnante conformité dans 
le choix des opinions et dans l'emploi 
des méthodes a faire tomber Fautorité 
d'une jurisprudence arbitraire et inilé* 
dae, <rune législation dont la connais- 
sanceétait leseeretdequelquesseigneurs, 
jaloux de leur savour autant que de leur 
influence politique. Les colonies dire* 
tiennes de TOrient rentrèrent alors en 
jouissance d'un code de lois véritable; 
et eomme ces jurisconsultes s'étaient ap- 
pliqués à reproduire exactement les 
anciennes lois dont Godefroy de Bouil* 
loD et ses compagnons avaient doté ré- 
tablissement naissant des chrétiens , la 
législation qu'ils retrouvèrent raviva dans 
les royaumes de Jérusalem et de Chypre 
les vieux usages de la féodalité , dont 
FEurope ne possédait plus qu'une image 
incomplète et décolorée (3). »Si les hauts 
barons de la Terre Sainte négligèrent 
d exécuter, après le désastre de Jérusa- 
lem , une deuxième rédaction de leurs 
lois nationales, ils en conservèrent soi- 
gneusement le souvenir en administrant 
la justice, soit dans leurs domaines, soit 
dans la haute cour; et par leur connais- 

(i) P. UIV. 

(ft) M Reiignot, Introduction aux assises 
delà Haie M' Cour, p. Lxvtu 



sance des priodpes et leur expériedce 
dans la pratique^ils perpétuèrent lancien 
code et furent comme une législation vi« 
vante. Tels furent ees seigneurs illustres 
par leur naissance et leurs exploits, Jean 
d*lbelin le Vieux, sireTle Barutb, oui 
brava la puissance de Frédéric II ; Phi- 
lippe de Navarre , son ami, aussi bon bù- 
litique qu'intrépide guerrier, Jean d'Ibe- 
lin comte de Jaffa, son neveu, Raoul de 
Tibériade, Geoffroi le Tort et le sire de 
Sidon, Jacques d'Ibelin, tous f^ods 
hommes d'Ëtat, habiles capitaines et pro- 
fonds jurisconsultes. Leiivrede Jeaad*i- 
belin , neveu du sire de Banith, et celui 
de Philippe de Navarre sont lesoomtnen- 
tairas les plus étendus et les plus déve- 
loppésqui nous soient parvenus de la |tt- 
risprudence du royaume de Chypre, et 
l'on peut affirmer qu'ils suffisaient com- 
plètement pour la connaissance desa l^;is- 
lation. Car le livre d'Ibelin fut salué , dès 
sonapparition,comme Toeuvred'un grand 
législateur, et son autorité devint telle 

Su'en 1369, après la mort de Pierre T', 
cessa d'être considéré comme un ou- 
vrage purement scientifique, fut assi- 
milé aux anciennes assises de Godefroy, 
et devint le code de lois du royaume de 
Chypre. 

Regnb de Guy de Lusignak (f 193- 
11U4 (1) ). •— Guy était fils de Hugues le 
Brun, de la maison de Lusignan, qui pos- 
séda longtemps en France te comtés de la 
Harcbe et du Poitou. Ayant pris la croix, 
comme toute la noblesse de ce temps-là, 
il s'illustra en Terre Sainte par sa valeur, 
épousa la sœur du dernier roi de Jérusa- 
lem, fut reconnu roi après lui, et défen- 
dit vaillamment les restes de la dopnina- 
tion chrétienne en Palestine. Quand il 
eut été investi du royaume de Chypre, 
il alla en prendre possession accompa- 
gné de trois cents chevaliers fraiiçais, de 
deux cents écuyers et d'un plus grand 
nombre de soldats. Les Chypriotes se 
soumirent à un roi qui se présentait si 
bien entouré; et Guy travailla immé- 
diatement à rétablir l'ordre dans ce pays, 
qui, à travers les agitations des der- 
niers temps, était tomoé dans une véri- 
table anarchie. Ce fut lui qui jeta les 
jfondements de l'organisation nouvelle 

(i) Loredano , Hist. des Bois Umgtmms , 
t. ly liv. I. 



ILE DE CHYPRE. 



hi 



dont 1KHI8 venons d'esquisser les prioei* 

G m traits. Il distrilNia des fieft à la no* 
ssse, qui vhii en foule d'Ëarape el d'O- 
rient se grouper autour de son Irôoe. Il 
fonda des églises latines , et donna au 
dergé romain la prééminence sur le 
dei]gé grec; il régla les rapports et les 
droits des différentes classes de la popu- 
lation ehjnpriote. H forma de tous les 
barons et grands foudataires du royaume 
110 grand conseil oii se décidaient les in- 
téito généraux de TÉtat, et où se ju- 
geaient les grandes causes criminelles. 
Les jurés des villes formèrent un conseil 

Si fut appelé la cour des bourgeois, 
tte organisation létait modelée sur celle 
du royaume de Jérusalem , dont les lois 
se perpétuèrent en Chypre à Tétat de 
droit coutumier. 

L'établissement de la dynastie des Lu- 
s^ans assurait la suprématie des La- 
tins dans Pfle de Oiypre. Il fallait s*as- 
surer contre toute tentatii^e de la part de 
Paocienne population, qui se sentait con* 
quise et dominée. Guy voyait toujours 
les Grecs Indisposés et malveillants 
eootre son autorité. Aussi eut-ii grand 
soin de réparer toutes les forteresses, 
d'en élever de nouvelles pour donner une 
forte assiette à sa royauté naissante. Il 
rappela les templiers, et fit continuer la 
ecostmction du Temple, que leur départ 
avait interrompue. Enfin il agrandit et 
embellit la ville de Limisso , que les 
Grecs appelèrent Néapolis , et qui rem- 
plaça l'ancienne Amatbonte. Guy mou- 
rut âgé de soixante- cinq ans, dans la 
^ile de Nicosie, où il fut enterré, dans 
léglise du Temple. Il ne laissait point 
d'enfants; son frère Amaury lui succéda. 

Rbghb b'Ahadby (1194-1205). — 
Amaury était connétable de Chypre et 
comte de Zaffo (Paphos) quand il prit 
possession du royaume. Apres avoir reçu 
le serment de fidélité deses sujets, il jura 
lui-même dans une assemblée solennelle 
d'obsc^rver les lois des assises et de con- 
Hrroer tous les fiefs et tous les offices à 
ceux qui en avaient reçu de son frère. 
Puis il diHina tous ses soins à Facbève- 
■nent des nombreux édifices , châteaux , 
fortifications , églises que le précédent 
roi avait commencés pour Tinstallation 
de sa royauté et de la noblesse ecclésias- 
tique et féodale , et où se dépensait la 
plus grande partie des revenus de la cou- 



ronne. Aussi quand le comte Henri de 
Champagne, neveu du roi d'Angleterre, 
vint rédaœer les soixante mille marcs 
que Ton devait encore sur le prix du 
royaume de Chypre, Amaury ne put les 
payer, et il entra en accommodement. 

Cependant Amaury voulut prendre le 
titre de roi de Chypre, qu'il n*avait point 
encore et que Guy son frère n'avait ja^ 
mais porté. Ce titre il était difficile de le 
prendre soi-même , et Ton risquait alors 
de ne se voir reconnu par personne* 
L'empereur grec, Alexis 111, s'offrait à le 
lui conférer pour maintenir l'île de Chy* 
pre sous sa suprématie. Mais Amaury 
ne pouvait consentir à recevoir le titre 
de roi d'un empereur grec. Alors il as- 
sembla la haute cour du royaume, et sou* 
mit à ses délibérations la question sui- 
vante : Pouvait-il de lui-même prendre 
la couronne et le titre de roi , ou devait- 
il renvoyer demandera Tempereur? Lee 
avis furent partagés; mais Tavautage 
resta à xeux qui voulurent qu'on de- 
mandât a l'empereur T investiture de la 
royauté. Amaury envoya donc Renier Gi- 
blet, son favori, à l'empereur Henri VI, 

3 ni se trouvait alors dans le royaume 
e Naples (i 195). Charmé de cette mar» 
que de condescendance, à laquelle il ne 
s'attendait pas, Henri VI combla de ca- 
resses l'envoyé d' Amaury, le nomma 
chevalier, et dépéi^ha en Chypre son chan- 
celier, qui couronna Amaury roi de Chy- 
pre , dans la cathédrale de Nicosie, Au 
moment où Amaury se préparait à cou* 
ronner sa femme, Cive dlbeliu, elle 
tomba malade et mourut. 

Dans le même temps, Henri de Cbam- 
nagne,roi de Jérusalem, mourut a Pto- 
lémaïs (1 198) Sa veuve la reine Isabelle, 
incapable, par la faiblesse de son sexe et 
par son peu d'expérience, de soutenir le 
poids du gouvernement , laissa les af- 
faires de la guerre aux soins de son con- 
seil, où chacun pensait plus àses intérêts 
particuliers qu'au bien de l'État. Les Sar- 
rasins devenaient de jour en jour plus 
hardis , et poussaient leurs courses jus- 
que sous les murs de Ptolémaïs. Il fal- 
lait un défenseur au royaume de Jérusa- 
lem : on jeta les yeux sur Amaury, qui 
se décida à épouser la reine Isabelle, dont 
il était le cinquième époux. C'était le seul 
moyen de sauver les débris du royaume 
chrétien de la Palestine. Amaury équipa 



M 



Luinvias. 



en Chypre une fnrto Afliiëe, pana ta 
Terre Sainte, Ait eoiironné roi de Jéru« 
Mlem à Ptotémaîs, et resta diMf am dans 
son nonveau royaame, réparant les for- 
tifications des villes, guerroyant oontre 
les Sarrasins à qui fl enleva nn grand 
nombre de places. Étant tombé malade 
au milieu de ces soins , la désertion se 
mit dans son armée. Le chagrin qu*il en 
ressentit augmente son mal , et le réduisit 
à la dernière extrémité. Il mourut à Plo» 
Mmals, en 11Ô5. L*année suivante, son 
eorps fut transporté en Chypre , et dé*- 
posé avec une grande pompe dans Té* 
glise cathédrale latine de Sainte-Sophie* 
BàoNn DB HueuBs 1*' (laoi-isia)* 
--Hugues, fils atnéd^Amaury, étant en* 
core mineur, La haute cour oonfia la ta« 
telle du royaume à Gauthier de Mont* 
héliard , son plus proche parent , qui 
profita de son pouvoir pour amasser 
iPimmenses richesses. En 1S19 Hugues, 
nyant atteint Tâgede la majorité, fut cou* 
Tonné roi , s^empara de la direction d«s 
iBiffhires, et disgracia Gauthier de Mont- 
héliard, qui se retira sur le continent, 
à Ptolémaïs. Le précédent roi, Amaury, 
avait fiancé son fils, encore enftint, avec 
la jeune Alice , fille d'Henri de Cham- 
pagne, alors roi de Jérusalem. Pressé 
Êar les tuteurs des enfanta de oe prince, 
luffues célébra volontiere ce mariage, 
<|uiiui donnait une épouse aooomplie. Le 
jeune roi avait hérité delà valeur de son 
père et de son oncle ; il se trouvait ausai 
en présence des mêmes difficultés. La 
réunion des deux couronnes de ChyfMreot 
de Jérusalem imposait à celui qui les 
portait une vie de fatigue et de dangers, 

5ui empêcha les rois Lusignandes'mol- 
r dans le sein du repos , au milieu des 
d^ices de nie de Oiypre. 

La quatrième croisade (1B04) avait 
donné Constantinople aux Latins; mais 
ladétressedu royaume de Jérusalem était 
toujours aussi grande. Une cinquième 
croisade fiit préchée, 1 317 . Hugues partit 
pour la guerre sainte , laissant à la reine 
Alice le gouvernement de TNe de Chypre. 
Le plus grand embarras dei'aduiinistra- 
tion du royaume venait de la rivalité des 
évéques grecs et des prélats latins. Les 
deux clergés se disputaient la prééminen- 
ce. Alice s'adressa au pape Innocent III, 
aui était alors au concile deLatran,le pria 
etraosférerrarehevêdbédeFasaiîgouste 



à NioQsiê, denoiM alors la résidenee des 
rois, de le donner aux Latins, de rédmra 
à quatre le nombre des évéebés, qui an» 
paravant était de quatorse. Le pape lui 
accorda ses demandes, à savoir rarehd* 
véché de Nicosie, et rétablissement des 
quatre évêchés tant grecs que latins , à 
Famagottste, à Cérinei, à Paphos et à 
Limisso. Les éviques grecs dont les 
sièges devaient être supprimés conservè- 
rent leurs droits et leurs revenus de leur 
vivant : le règlement du pape ne devant 
être eiéeuté qu'après leur mort. On oréa 
des bénéfioss et on institua la dlme si 
profit du clergé latin. Pédant qu*Alioa 
opérait avec de sages ménsgemeols nette 
déUoate réforme , Hugues combattait en 
£gypte et pénétrait jnsqu'su Caire, d'où 
les croisés furent chassés par Tinonda- 
tkm du Nil« Il fallut renoncer à la con- 
quête de Damiette, et la cinquièniq crei- 
sede s'acheva sans utiles résultats. Hu- 
gues revint en Palestine. Il s'arrêta à Tri* 
Kili» pour célébrer le mariage de sa eoaur 
élissène sveo Bohémond , prinœ d* An- 
tioche. Au milieu de Is joiede cette fêle, 
ttne maladie violente l'enleva, à l'âge de 
trente ans. La reine Alice fit trmspor» 
1er ses rsstss en Chypre, où il eut son 
tombeau dans l'église des Hospitaliers. 
RàouB n'HBnni I**^ (l81g-lS64). — 
Henri n'avait que neuf ans à la mort de 
son père. Aussi la reine, du eonsente- 
flient de la haute cour, admit au gouver- 
nement deux oncles du feu roi, Philippe 
et Jean d^Ibelin, hommes de courage et 
d'expérience. Jean d'Ibeiin était auseiesi- 
gnmirde Béryte(BaruthouBeyroatb). Il 
avait administré le royaume de Jérusalem 
pendant la nnnorité de la reine Iferie, 
fille d'IsabeUe et de Conrad de Blontfer- 
rat, que Jean de Bricnne avait épeusce. 
La reine Alice ne put s'entendre avec ses 
deux enC'Ics, et la minorité du jeune 
Henri fut pleine de troubles. Alâee, mé- 
eontsnie des deux tuteurs, leor nppœeit 
son fovoriCamerinde Barlias,et les fores 
à donner leur démission, Msis Ceme iuï 
souleva contre hitJ'indtgnatien publique; 
et les deux libères forent invUés par les 
états à repreuére les rênes du nou v ero e- 
ment. Peu de lemps après Philippe d1- 
èelin mourut, fiénéralemeut vegreiaé, 
et Frédéric II BartMronsse, empereur 
d' AUesMigne , s'étant mis à la tête de In 
sixième cwriaede, débarqua deus rHe de 



ILE DE CHYPRE. 



5$ 



diypre, dont il avait réaolu de se rendre 
maître. 

Frédéric fmdait ees prétentions aur 
deux motiii. D'abord e*était l'empereuf 
Henri YI , son père , qui avait donné à 
Amaïïtj l'inveatiture da royaume de 
Chypre, et le pape Honorine 111 Favait 
formellement innté à veiller attentive^ 
meDtSDi intérêts du jenne roi Henri. De 
pies, il avait épouaé Yolande, héritièrn 
de Jean de Brienne, et ee mariage lut 
doBBait le droit de a'immisoer dans lea 
affairée dn royanmede Chypre. Cameriii 
de Barbas et tous les ennemis de la mai- 
soD d*ibeltn ae montrèrent zélés parti- 
sans de Temperenr, qu'ils indisposèrent 
eentre le seigneur de Béryte. A peine or* 
rWéà Liœisso, Frédéric manda auprès 
de lai Jean d'ibello, qui vint après de 
longues bésitatteBS. Pendant le repas, 
l'empereur somma Jean dlbelin de lui 
remettre la forteresse de Béryte, et de 
Ibi rendre compte de son administration 
dans Chypre depuis dix ans (laas). Jean 
se Tovait entouré de tous ses ennemis : 
la salle du festin était pleine de soldata 
allemands ; mais rimminenee du dan* 
m n'ébranla pas son oourage : il osa 
iiraver le ceiirroux de l'empereur, qui 
pouvait le perdre d'un mot, et qui con* 
smtit i porter l'afiEaire aux hautes ooura 
de Chypre es de Jérusalem. Quant à 
Jean dlbelin, instruit que l'empereur, 
eicité par de perides suûestions, avait 
donné des ordres eontre lui, il se retira 
daas le château Dien-d'Amonr ou de 
Saint-Htiariont situé sur une montagne 
à riaq Heoes de Nicosie , et à quatre du 
dikean de Buf&vent, où il resta jusqu'à 
l'ajMiaeinent du courroux de Frédéric, 
^itti-ci , rappelé en Europe par les inté« 
f^ de sa rivalité avec m saint-siége, 
Avait hâte de terminer sa croisade. Il 
oiisade pevaéeoter Jean d'Ibelîn; mais 
ii fit occuper les forteresses de l'île par 
<^ troupes allemandes, et conGa l'admi- 
nistration à cinq balles, parmi lesquels 
était Camerin de Barbas. 

^Quoique dépouillé delà tutelle, Jean 
4'Ibelin était toujours a craindre : ces 
fiÙH) administrateurs ne négligèrent rien 
Four le perdre (1). Ils poursuivirent ses 
^W, etsurteut Philippe de Navarre, qui 

(') litredane, But, de» R0U Jmdgntuuy 

*• il« 



lui était le plus dévoué. Le seigneur de 
Béryte, qui était retourné en Syrie, re- 
vint en Chypre bien accompagné, et, 
enhardi par le dévouement qu*on lui té- 
moignait et Timpopularité des baOes, 
il leur livra bataille, les vainquit près 
de Nicosie, dont il s'emj)ara. Les forte- 
resses de Cantara , de Saint-Hilarion , de 
Buffiivent, servirent d'asile aux vaincus, 
qui n'en purent sortir en sûreté qu'en 
renon^nt à la tutelle du jeune roi et en 
abandoonant le pouvoir au vainqueur. 
Le roi Henri avait atteint l'âge de quinze 
ans ; mais il était plein de confiance dans 
le aeigneur de Béryte , qui redevint plus 
puissant qu'auparavant. A la nouvelle 
des sttceèsdeJeand'Ibelin, Frédéric avait 
fait partir une armée de six cents che* 
vaux et de dix-huit cents hommes d'in- 
fanterie avecune flotte de trente-huit vais- 
seaux et de vingt-deux galères. N'ayant 
pu efifectner leur débarquement dans 
nie de Chypre, les Allemands se diri^ 
vent sur Béryte, prirent la ville et assié- 
gèrent le château. Jean d'Ibeiin courut 
au secours de sa seigneurie patrimoniale, 
et le jeune roi consentit à raccompagner* 
Après d'iwitiles efforts pour s'em^rer 
de la citadelle, les Allemands brûlèrent 
Béryte, et se retirèrent à Tyr, tandis 
qu'une partie d'entre eux s'emparait du 
royaunae de Chypre, entièrement dégarni 
de troupes. Tout était tombé en leur 
pouvoir, excepté les forteresses de Buffa- 
vtnt et de Dieu-d' Amour, où s'étaient re- 
tirées les sœurs du roi et les plus nobles 
dames de la cour. 

Cependant le roi, qui étaità Ptolémaïs, 
informé de ce qui se passait en Chypre, 
résolut de reconquérir son royaume, il 
manquait d'argent; les seigneurs de Cé- 
sarée et de Béryte avaient aliéné la plus 
grande partie de leurs biens. Le jeune 
roi oréa un papier monnaie pour subve- 
nir aux affidres présentes; il fit faire 
quantité de petits billets avec l'empreinte 
de son sceau , qu'il faisait circuler au 
lieu d'argent , s*obligeant de les payer 
comptant, aussit^ que les Impériaux se- 
raient chassés de son royaume. Jean d*!- 
belm ramena le roi Henri dans Chypre 
sur des vaisseaux génois et vénitiens. Le 
Mtour du jeune prince fut le signal d'un 
soulèvement général : à Famagouste, 
à Nicosie les Impériaux furent massa- 
crés au cri de : Vive le roi Henri 1 Le nia- 



sa 



LUNIVERS. 



récital de l*Empire, Richard Felingher, 
ayant concentré ses troupes dans la 
plaine d*Agndi,livra bataille, et fàtvainco 
par Jean d*Ibeitn ; et les impériaux, chas> 
ses de toutes leurs positions, ne conser- 
vèrent que la TÎlfe de Cérines. Ils s*y dé* 
fendirent opiniâtrement pendant deux 
ans. Enfin on parla de n^^çoder. Les Al- 
lemands rendirent la ville et le château 
de Cérines avec toutes les munitions qui 
sy trouvaient , à condition qu^on leur 
fournirait des vaisseaux, des vivres, et 
qu*on leur rendrait leurs prisonniers. Le 
roi entra dans Cérines au moment où le 
dernier Allemand en sortait, et il eut 
enfin la satisfaction de voir son royaume 
entièrement purgé de la présence de 
cette grossière soldatesque. 

Pendant ces longs troubles radmi* 
nistration du royaume avait été fort né- 
gligée. Henri travailla activement à répa- 
rer tout le mal qui s'était foit. Il renvoya 
ses mercenaires , récompensa les capi- 
taines étrangers qui l'avaient servi, mais 
ne voulut pas les garder dans ses Etats, 
li fit refleurir le commerce, l'agricul* 
ture, l'industrie, et vit la prospérité re- 
naître en peu d'années. Ce fût avec une 
vive douleur qu'il apprit, au milieu de 
ses soins, la mort du seigneur de Béryte, 
qui périt d'une chute de cheval en re- 
tournant de la chasse. On l'avait porté 
mourant à Ptolémaîs, où il fit le partage de 
ses terres à ses enfants, donnante lalné, 
Balian, la seigneurie de Béryte et la suze- 
raineté sur ses frères (1236). « Jeand'Hî- 
belin, seigneur de Baruth, dit Lored»- 
no, fot un personnage d'une valeur et 
d'une prudence consommée; il apprit la 
guerre sous les chevaliers du Temple; il 
exerça toutes les charges militaires con- 
tre les Sarrasins , son père ne voulant 
pas qu'il montât à aucun degré d'hon- 
neur s'il ne l'avait mérité par ses ac- 
tions ; il fut toujours heureux, et si mo- 
deste dans ses victoires les plus com- 
plètes , qu'il ne parlait que d'accommo- 
dement et de oaix ; et quoiqu'il s'attirât 
l'admiration ae tout le monde, jamais 
fidélité ne fiit pareille à la sienne, lors- 
qu'il s^agissaitdes intérêts de son prince, 
n fut toujours médiateur entre le roi et 
le royaume, la guerre ou la paix dé- 
pendant de ce qu'il jugeait le plus a 
propos. » 

11 était à cramdre pour la tranquillité 



du royaume de Cbvpre que la mue 
Alice ne voulût profiter de la mort de 
Jean d'Ibelin pour reprendre le pouvoir 
dont il l'avait dépossédée. Mais par bon- 
heur cette princesse , dont la turbulence 
et l'ambition augmentaient tous les jours, 
tourna toutes ses vues vers le royaume de 
Jérusalem, qui était sans chef, car alors 
Frédéric II était excommunié, et son fils 
Conrad était encore en bas âge. Elle fut 
proclamée à Tyr Tan 1239. Mais il fiai- 
lait un bras plus vigoureux pour soute- 
nir ce chancelant État. Le soudan d*É- 
gypteenvahit la Palestine, prit Tibériade, 
assi^ea Ascalon. Un en de détresse par- 
tit de la terre sainte. Louis iX , roi de 
France, y répondit en se mettant à la tête 
de la septième crois^ide. 11 s'embarqua 
à Algues-Mortes, le 2S août, il arriva en 
Chypre le 21 septembre de Tan 1348. 
Le roi Henri alla le recevoir a Limisao, 
et le conduisit dans sa eapitale de Nico- 
sie, au milieu des acclamations du peu- 
[Ae, de la noblesse et du clergé (i). « Les 
sdgneurs et les prélats de Cbjrpre, dit 
Guillaume de Nangis, prirent tous la 
croix, vinrent devant le roi Louis, et lui 
dirent qu*ils iraient avec lui partout 
où il voudrait les conduire <iuand l'hiver 
serait passé. » Il fut décidé que l'armée 
èhr^enne ne partirait ^u*au printemps 
prochain. Mais les délices de l'île de 
Chypre amollirent le courage des guer- 
riers d'Occident, qui se livrèrent à Tin- 
tempérance, entraînés par l'excellenee 
des fruits et des vins , et par l'i^bon- 
dance excessive qui régnait dans leur 
camp (2). Enfin Tannée suivante, I34il, 
le vendredi avant la Pentecôte une Hotte 
nombreuse, qui portait les guerriers 
français et les croisés de Ule de Ciiypre 
sortit du port de Limisso, et fit voile 
vers TÉgypte. Le roi de Chypre parta- 
gea la gloire et la captivité de saint 

(i) Michaud, But. des Croisades, t. tV, 

1. x4. 

(a) C'est eo pariant de cet provisiom abon- 
dautes que Juinville 8*écrie : « Tous euasiei 
dit que ces oelliers , quand on les voit do 
loing , fussent grandes maisons de tonneaux 
de TÎn qui estaient les uns sur les autres « et 
•emblableroent les grenim de froment, oi^ 
el autres blé» qui esioient aux champs, sem- 
bloîent, quand on les voyoit de loiug, que ce 
(lissent montagnes* n 



ILE I>£ CHYP&E. 



57 



Um ; 9ÇfM le traité qui te rendait à 
la Jiberté , tous deux partirent eDsembte 
poar la Terre Sainte, et se rendirent à 
Ptolémaîs (Saint-Jean-d'Aere); alors le 
rai de iibyiire épousa la fille du prince 
d'Antioctie et de Tripoli. Il se hâta de 
conduire la nouvelle reine dans ses Etats ; 
nais après la cérémonie du couroone- 
nent Henri tomba malade, et mourut en 
peu de jours, le 8 janvier 1263, à Tâge de 
tieote-trois ams» 

ASGffEde BUGDES II (1254-1267 )(1). 

^ La mort prématurée du roi Henri li- 
vrait encore le foyaome de Cbf pre aux 
hasards d'une longue minorité. Le jeune 
Buftues était dans Page le plus tendre 
quand il fut reconnu roi. Sa mère. Plai- 
sance, princesse d'Antiocbe, fut chargée 
de la r^enee et gouverna avec fermeté. 
A cette époque la rivalité de Venise et de 
Gènes troublait tout le Levant, et ajou* 
tait un nouvel aliment aux discordes qui 
devaient ruiner les États chrétiens de 
ces contrées. Ces deux républiques se 
disputaient la possession de Tegiise de 
Saiut Sabas à bamt-Jeao d'Acre. Cette 
eontestalion dégénéra en guerre achar- 
née. La réfErnte de Chypre se déclara 
pour les Vénitiens (125H), et la flotte 
combinée des deux puissances vainquit 
eella des Génois. Bientdt la médiation du 

epe Alexandre IV rétablit la paix en Pa- 
tine. Maiscemalheureux pays était ex- 
Dosé à des périls sans cesse renaissants. 
Les Mongols et les mameluks le mena- 
çaient de deux côtés à la fois. Vain- 
(|ueur des Tartares, le sultan du Caire, 
Bibars Boudochar,se montra un des plus 
redoutables ennemis des chrétiens. 

Il aUaqua le royaume de Jérusalem, 
alors réduit à quelques villes du littoral. 
Césarée et Argouf lurent emportées, Se- 
pbed, vaiUammentdéfeuilue par les Tem- 
pliers, capitula ( 1268 ) ; mais, au mépris 
du traité, la garnison , qui refusa de se 
sauver par Tapostasie, fut impitoyable- 
ment massacrée. Les chrétiens de Chy- 
pre ne pouvaient rater indifférents à ces 
désastres. Hugties, seigneur de Beyrouth, 
devenu tuteur déjeune roi après la mort 
de la reine Plaisance, passa sur le con- 
tinent, et combattit vaillamnnent , mais 
sans succès. Rappelé eu Chypre par une 
maladie du jeime prince, il le vit mourir 

(OUmdano, Bist,desMoîi dt Chfpre,l Ut 



aussitôt après son arrivée, à Tâge deoua- 
torze ans (1267). Avec ce prince s'étei- 
gnit la branche directe de la maison de 
Lusignan. - 

Regns de Hugues III (1277-1284). 
— Hugues , seigneur de Beyrouth , était 
fils d^Benri, second fils de Bohémond IV, 
prince d'Antiocbe et d'Isabelle, fille 
d'Hugues 1*' de Lusignan. Il fut re- 
connu roi après la mort de Hugues II; 
et le sceptre passa des mains d un en- 
fent entre celles d'un homme capable 
et drja versé dans le gouvernement et la 
guerre. Toutefois les progrès du sultan 
d'^ypte n'étaient pas ralentis. Il prit 
Jafta , dont il renversa les murs et le 
château ; il enleva nombre de places aux 
Templiers et aux Hospitaliers, enfin il 
assiégea Antioche, qui se défendit à 
peine. Quarante mille habitants furent 
massacres, cent mille réduits en escla- 
vage. Hugues n'était pas directement in- 
téressé à défendre les États chrétiens 
de Terre Sainte. Le titre de roi de Jéru- 
salem appartenait alors au jeune Con« 
radin , qui disputait à Charles d'Anjou 
le royaume de Naples. Quand ce jeune 
prince eut péri sous la hache du Dour« 
reau, Hugues réclama le royaume de Se* 
rusalem, comme plus proche héritier. II 
soutint ses prétentions avec vi&ueur, 
passa à T^r avec une armée, et se fit cou* 
ronner roi de Jérusalem par l'évéque de 
Saint-Georges. Tout le monde applaudit 
à son élévation ; seule, Marie d' Antioche, 
sa tante, protesta au nom des droits 
qu'elle avaitou qu'elle s'attribuait, et que, 
dans son dépit de n'être point écoutée, 
elle alla transmettre à Charles d'Anjou, 
roi de Naples ( 1270). Cependant la dé- 
tresse de la Terre Sainte produisait en- 
core en Europe une certaine émotion. 
Saint Louis prenait la croix; Jacques 
d'Ara[;on et le prince Edouard d'Angle- 
terre imitaient son exemple. Dernière et 
vaine tentative de la ferveur religieuse 
qui avait produit les croisades ! Le roi de 
France mourut sur la plage de Tunis; 
Jacques d* Aragon s'effraya d'une tem- 
pête qui l'assaillit en route, et retourna 
dans ses États. Edouard d'Angleterre, 
qui seul était venu rejoindre le roi Hu- 
gues à Ptolémaîs, faillit succomber à un 
lâche assassinat. Il quitta aussitôt la Pa- 
lestine, où il avait inutilement déplo}[é 
une brillante valeur* Mais le sultan Bi*» 



58 



L'UMVlltS. 



barit qui ftnak il*Miou#r 4iiii im'Bniid 
pitjet ^'Ib vatioB de l'île de Ghvpre , et 
qui craignait un aoulèvemeol dani ses 
Etats , consentit à conclure afee le roi 
Hufues une trêve de éïx aBt et dii mois. 
Après le rétabliseemeot delà paix, Hu- 

Sues laissa Tadimnistration du royaaiae 
e Jérustleiii« dont Ptolémaîde ou SaiBl- 
Jeaei'd'Acre était derenae la capitale, as 
seigneur de Beyrouth* et il retourna daas 
son royauiuede Chypre. Unefut pasloog- 
teuiM eu repos. £n effet si les princes 
4)hreneiis ne savaient pas dtfendre le 
royaume de Jémsaleni contre lesSarrsr 
sins, ils s'entendaient tràs-bien à se le 
disputereotreeux. Charles d'Anjou, vou- 
lant faire valoir les prétentions mie lui 
avait cédées la pnoeesse Marie, fit atta- 
quer à l'ioiproviste la ville de Ptolémaîde. 
Le gouverneur se retira dans la citadelle ; 
iuais le patriarche de Jérusalem , Bu- 

Ses Revel, grand maître de THôpital, 
1 Templiers et presque tous les grands 
du royaume firent détection , et se don* 
nèreiit au roi Charles. Le château de 
ptolémaîde se rendit, et le eomte Roger 
de Saint-Séverin fit proclamer son mat* 
tre, Charles d'Anjou, roi de Jérusalem 
el de Sieik. Le roi Uugues At une vaine 
fentative pour reprendre Ptolémaîde; il 
revint en Chypre, et se vengea des ordres 
militaires en confisquant leurs revenus, 
leurs terres et leurs châteaux de Li^ 
misso, de Baffo et de Gastna ( 1277 ). 
Tyr et Beyrouth étaient demeurées au 
pouvoir du roi de Chypre. La mort de 
Charles d'Anjou, qui eut lieu quekfue 
tempsaprès les Vêpres siciliennes (1288), 
permit au roi Hugues de rentrer en 
nossessioB de son royaume de Jérusa- 
lem , où il fut rapiielé par oes mêmes or- 
dres militaires qui Ten avaient ehaasé 
peu de temps auparavant ( 128g). Irrité 
contre les habitants de Ptolémaîde, Hu* 
gués m érigea la ville de Tyr en capitale; 
u y tomba malade , revint en Chypre, es* 
pâ-ant s'y remettre par le ehangement 
d'air, mais il y mourut en peu de jours, 
après un règne dedix-septans (t284).Ls 
roi Hugues fut un des princes les plus 
renommés de sou temps. Il avait Tesprit 
cultivé, et il maniait aussi bien la phime 
oue répée. U attira à sa cour des savante 
étrangers, auxquels il donnait de gros- 
ses pensions. Il fonda le magnifique mo* 
nastère de Lapais, qu'il dota IrèsHrlche- 



meot. Saint Ihamas d'Aquin isisàt 
grand eas de son mérite et de ses eon- 
naissanees ; il lui dédia son livre de Ht' 
çimime Prmcipum; « C'était, dit Lore- 
dano, dans un siècle où l'on ne flattait 
pas les prinees, et l'ingénuité deee saiitf 
était incapable de faire adulation (1). > 
Hugues III fut enterré au couvent de La- 
pais, ainsi qu'il l'avait ordonné dass 
son testament. 

RÈGNE DE Jean l^ (lt84*128S ). -- 
Hugues lil laissait cinq fils : Le prinœ 
Jean , i'atné, était atteint d'une maladie 
incurable, qui ne lui permettait pus d'es- 
pérer de longs jours. Ses frères [misaient 
que l'état de sa santé le déterminerait à 
renoncer à la couronne. Il n'en fut rien; 
le moribond voulut régner, et ses ûnères, 
irrités de ce qu'il ne leur livrait pas son 
trône, s'alisentèrent le jour de son cou- 
ronnement. Mais la cérémonie dn ses 
funérailles ne se fit pas longtemps at^ 
tendre. Jean l*"' mmirut après treise mois 
de règne, à l'âge de trente-trois ans. Soa 
frère Henri II lui sueoéda. 

RÈGNK SB HUIEI II, (1286-1824)(2). 

-— Dès qu'il eut pris possession de 
trône de Chypre, le nouveau roi s'em- 
pressa de faire valoir ses droits sur celai 
de Jérusalem. Il parut avec une ftotte et 
une armée devant Ptolémaîde, qui le rs> 
connut pour roi , et il alla se fiâire cou- 
ronner a Tyr. Cette nouvelle rëuniea 
des deux royaumes ne fut pas de longos 
durée. Bibars-Bondochar n'était pins; 
mais le vaillant Kélaoun ne Ait pasmoias 
redoutable aux chrétiens. Après avoir 
chassé les Mongols de la Syrie, il assiégea 
les cités maritimes qui composaient lei 
derniers débris du royaume de Jérusa- 
lem, et il prit successivement Laodicée, 
Tripoli, Tyr et Sidoa (1288). Tons les 
chrétiens de la Palestine s'étaient réfu« 
giés à Ptolémaîde. Kélaoun moarut au 
moment où il allait assié^ cette plaoe. 
Son fils KjiKl-Ascraf avait prônais a sea 
père mourant d'aehever Pextermiiiation 
des chrétiens de Palestine. To«t était 
préparé pour le siéRe de Ptolémais : Ka- 
lil-Aseraf se hâta d'investir cette place. 
Cependant le roi Henri avait fait un s|»- 
pel au pape fiioolas lY et aux rois ebré- 

(i) Loredaao, Hist, éles RôUdê Chypr; 1 1, 

p. i94« 

(a) LOTtéana, id., Uv, IT» 



IL£ D£ CHYPRE. 



Sieofi. Veftteê eBf<iya fingt galèvM, dont 
rentretien fat payé par le aaiot-aiége. 
Henri se renferma dans la plaee avae 
réiitede a» eheyaleria, et Toa attendit 
rwoemî de pied ferme. Mais toute la 
râleur des LatJDS était rendue iautile par 
leurs difisfoDS et laars diaoordea. Ptô- 
lémaîde était partasée en dix-iept jari* 
dlctioDS, toutes indépendantes les unei 
des antres. Le roi Henri eommandail 
dans une grande partie de la ▼ille : les 
tmis ordres militaires, Bospitaliers, 
IWnpliera et Tentons étaient souverains 
dans leurs quartiers. Charles 11, roi de 
Naple&, le roi de France, le lé«it du pa^ 
pe , le roi d'Angleterre , fàisment geu- 
Temer leurs sujets par des résidents in* 
dépendants. Les Vénitiens, les Génois, 
les Florentins , les Pisans avaient tous 
leurs juges, leurs magistrats et leurs eons» 
titutions. Le danger eoipmun ne put faire 
cesser cette déplorable anarchie, et Ptolé* 
maïde succomba, en 1291, après une glo- 
rieuse défeQse,^ laquelle il ne manqua que 
Tonité de commandement. Pendant la 
noitqui suivit Passaut où la ville fiit for- 
cée, le roi Henri, les chevaliers des trois 
ordres, et bon nombre de soldats et de 
bourgeois purent s*embarquer et faire 
TOile vers llte de Chypre. Le lendemain 
le Soudan ordonna le massacre des habi<- 
taots demeurés dans la place : on en 
compta soixante-dix mille tués ou faits 
prisouniers. Les murailles furent rasées 
etiefeufat mis à la ville. AiorsChypre de- 
vint Tasile des fagitifls de la Terre Sainte, 
l» Hospitaliers et les Teutons n'y resté» 
rent pas; mais les Templiers se fixèrent 
sLimisso, où fnt transporté le eheflien 
de leur ordre. Tous les antres réfugiés 
fiirent établis à Famagouste, qui s*agran- 
dit considérablement à cette époque. 

La chute du royaume de Jérusalem 
exposait plus directement Ffle de Chy- 
pre aux attaques des musulmans. Cepen- 
dant, grice à sa position maritime, la 
««quête de Richard d'Angleterre survé- 
cut trois siècles à celle de Godefroy de 
^villoa. La prise de Ptoléraaïde n'avait 
pas réconcilié les chrétiens entre eux. Lu 
diaoorde élevée entre les priooes de la 
onille d'Haylon désolait r Arménie, et 
livrait ce pays à Tinvasion des barbares. 
Utle deCnypre fut bientôt en proie à des 
dissensions Intestines , et elfe ne devait 
^e sécurité passagère qu'aux sanglantes 



divIsleM dea inaaMinoks d'^'pte. Maig» 
tandis ^ue la chvétienté ne songeait phia 
à la délivrance de Jérusalem, les TarUiei 
de la Pêne, à qui le pape avait savo]^ 
des roissioniiaires, formèrent k projet 
d'arraeber aux musulmans la Syrie «I 
la Palestine. Caxan, prioeemcHigoi^r»» 

Srdait les ohrétiana oomme aaa plus 
èles alliés, et les liistoriena ffree»«v» 
méniena donnent les pina gran(K élogae 
à ea probité et à sa bravoure (1). Ct» 
•an ^itta la Perse à la tête d'une at» 
mée; les rois d'Arménie et de GéMme» 
le vûi de Chypre et les ordres de Saint» 
Jean et dn Temple, avertis de ae0 projeta, 
étaient venus rejoindre ses drapeamu 
Une grande bataille fut livrée près d'É-» 
mèse; les mameinks forant vaincus, 
et poursuivis jusqu'en désert par iee 
cavalière sirméniens. Alep et Damas 
ouvrirent leurs portes aux vainqueun. 
Si noua en croyons l'historien Hayt 
ton , les chrétiens rentrèrent alon dans 
Jérusalem , et Tempereur des Tartares 
visita avee eux le tombeau de Jésus* 
Christ ( 1 300) , d'où il appela l'Europe à 
la guerre sainte. Mais sa voix ne fut pas 
entendue, et sa brillante entreprise fut 
sans résultats. Les troubles de la Perse 
le rappelèrent en arrière, il tenta une 
seconde expédition , qu'il abandonna en- 
core; et dans une tloisième invasion « 
son armée s'étant avancée jusqu'à D»r 
mas, il tomba malade et mounrt, em^ 
portant au tombeau les dernières espé* 
rances des chrétiens. Ak>ra les guerriers 
4'Arméttte et de Chypre sertirent de k 
ville sainte, dont ils oommençaieat a re* 
lever les remparts et qui ne devait nius 
revoir dans ses mura les étendards de k 
eroix(l30S). 

La pins grande partie du règne ds 
Henri II fut troublée par les intrigues de 
ses frères. L'afné, Amaury, prince de Tyr, 
était plein d'ambition, dissimulé et eruel. 
n résolut de détrôner Henri II. L'autre, 
Camérin, connétable de Chypre, consi- 
dérant que ce projet le rapprodiait dn 
trône, entra dans ses vnes. Henri II avait 
de la bravoure ; mais son extrême douceur 
et la faiblesse de sa santé le rendirent 
inhabile à réprimer l'Apre ambition d'A- 
Buury. 11 se laissa suncessivemeni dé- 
pouiller du pouveir et de la liberté. 

(i) Miebasd, Misi, des Croumdêi, V, liv. 



LTHOVERS. 



Amaaiy, racoonu r^ent du rojâume 
(1S04) et investi de toute Tautorité, re- 
légua le malheureux Henri dans le châ- 
teau de Strovilo, à une demi-lieue de JNi- 
eoBÎe, où il le réduisit à mener la vie d'un 
simple particulier. Cet ambitieux gou- 
vernait le royaume de Chypre lorsque ar< 
riva dans Ftle la sentence du pape Clé- 
ment V, qui abolissait Tordre des Tem- 
pliers. Les chevaliers, au nombre de 
filus de deux cents, menaçaient de résis- 
tar par les armes. Amaury, jaloux de 
se concilier les bonnes grâces du pape, 
travailla activement à la destruction de 
l'ordre , qui disparut de Chypre comme 
de toute la chrétienté , sans coup férir 
(1310). Enhardi par le succès de ses 
criminelles tentatives, Amaury repré- 
senta au faible Henri que sa présence 
dans nie de Chypre était préjudiciable 
aux intérêts du royaume , et troublait la 
paix publique. Toujours résigné, Henri 
se laissa déporter en Arménie (l), où 
il fijt retenu prisonnier dans le château 
de Lambron. Peu de temps après, arriva 
le lé^at du pape pour régler le différend 
des deux frères et les réconcilier. D'a- 
bord Amaury réussit presque à lui per- 
suader que tous les torts étaient du côté 
de son frère; mais le prélat pénétra bien- 
tôt Tambition et la mauvaise foi du prince 
de Tfr, qui vit alors s'écrouler sous 
ses pieds l'échafaudage de son injuste 
pouvoir. Suspect au saint-siége , oaieux 
•ux habitants de Chypre, Amaury al- 
lait tomber lorsqu'il périt. Un jour on 
le trouva dans son cabinet, baigné dans 
son sanff et frappé de dix coups de 
poignard que lui avait portés son favori 
Sîméon du Mont Olympe. Son frère Ca- 
noérin, connétable de Chypre, préten- 
dait hériter de son pouvoir; mais toute 

(i) C'est-à-dire en Cilirie. Le nom d'Ar- 
ménie s'était étendu à cette province sous les 
successeurs dt* Justinien. Séparée de Tempire 
grec au neuvième siècle, elle était devenue un 
royaume iudépendant en ii47> à peu près 
dans le même temps que les Lusignans s'éta- 
blissaient en Chypre. Livon , fondateur du 
royaume d'Arménie, se soumit à l'Église ca- 
iholique; de sorte que la politique et la re- 
ligion dmentaieiit Tunionaes deux royaumes 
de Chypre et d'Annénie. I^es principales 
villet de commerce de l'Arménie étaient 
Lajazzo, ville capitale dn royaume, Adana, 
. fialsûtra ( Mopsueste ), Gorhigqs ( Gprycus ). 



la population , paysans , boui|9eoîs, prê- 
tres et nobles se prononça si viveoient 
en foveur du rot exilé, que le connétable 
Ait obligé de s'enfuir ( 131 1 ), et que le 
roi Henri , tiré de sa prison d'Arménie, 
revint triomphalement dans son royau- 
me, où il régna jusqu'à l'an 1334, chéri 
de ses sujets, vengé dé ses ennemis, et 
plus puissant par sa résignation et sa 
douceur que le despotique Amaury ne 
l'avait été par ses violences. 

R£GREDbHugUBSIV(1324-1349(I)). 
— Henri avait épousé, peu do temps 
avant sa mort. Constance, fille de Fré- 
déric , roi de Sicile; mais il nt* laissa pas 
d'héritiers, et le trône passa après lui non 
pas au fils d'Amaury, que Ton méprisait 
a cause de son père', mais à Hugues, fils 
de Guy, devenu comme son père ««on- 
Détable de Chypre. Après la mort de son 
oncle Camérin, Huiîues fut couronné 
roi de Chypre à Nicosie, dans l'église de 
Sainte-Sopliie, et roi de Jérusalem à Fa- 
roagouste (2) , titre dont les rois T^usi- 
gnans continuèrent à se parer. Deux 
laits principaux caractérisent le rc^ne re- 
marquable du roi Hugues IV : la prospé- 
rité commerciale du royaume de Chypre 
et la lutte qu'il soutint contre les Etals 
musulmans de l'Asie Mineure. La chute 
du royaume de Jérusalem déplaça le 
théâtre de cette lutte entre l'islamisme et 
la chrétienté. Elle fut transportée* des 
côtes de la Syrie vers celles de TAsie 
Mineure et dans l'Archipel, où les chré- 
tiens avaient tant d*interéts à défendre. 
Hugues f V guerroya sans cesse contre les 
successeurs d'Othman et de Caraman, 
qui se partngeaient alors l'Asie Mineure, 
pour sauver de leur fureur les débris du 
royaume chrétien d'Arménie, comme ses 
ancêtres avaient combattu les soudans 
d'Egypte et leur avaient courageusement 
disputé les restes du royamne de Jérusa- 
lem. 

DÉVELOPPEMENT DU GOMMEBCS ET 
PROSPÉBITÉ DU AOYAUME DB CHY- 

(i) Loredano, Hist, dâs RoU de Chypn, 
livre VI. 

(s) Depuis oeUe époque Ira roii de Cby|)i« 
eonservèreni Tiuage de ce double couronne- 
aenl. Voir dans la Bibliothèque ée C École 4u 
Cfuirtes, i'* lérie, t. Y, p. 4o5, une nolietr 
anr les monnaies et les sceaux des rois de Chy- 
pre» par M< de Afas-Lalrie* 



ILE DE CHTFRE. 



1(1 



PBB AU QUATOftZIBMB 8IBCLB. <- Loîll 

de aooffrir et de s'éfniiser da milieu de 
fette eontinuetle croisade , le royaume 
de Cliypre voyait ses reiations commer* 
eiales s'étendre et sa prospérité augmea» 
ter de plos en plus. « La prise de Saint* 
lean^d^Acre par les Arabes , en privant 
les Oeddentaux des marchés où ils ve« 
naient tous en sûreté chercher les pro- 
ductions asiatiques, eut les plus heureux 
résultats pour le développement du com- 
merce et de nndustrie ou royaume des 
Lnignans. Les marchands des (grandes 
dtés eommerçantes, comme Venise, Gè- 
nes, Pise, Marseille, Barcelonne, qui 
parvinrent à obtenir des sultans du 
€aire le renouvellement de leurs privi- 
lèges dans les villes de Syrie et d*É« 
gypte, loin dlnterrompre leurs relatioos 
avec rfle de Chypre, fréquentèrent en 
plus grand nombre ses villes et ses 
ports, y instituèrent des consuls, y ac- 
quirent des immeubles, y fondèrent des 
oablissements commerciaux pour cor- 
respondre avec ieets fondoucs d'Egypte 
ou de Turquie, et recevoir en dépôt les 
marchandises ou'ils étaient toujours heu* 
rrax d'abriter nors de Tatteinte des mu- 
sulmans. Les armateurs des villes secon- 
daires des côtes de la Méditerranée, oui 
n'étaient pas privilégiées des sultans, n^o- 
sant tenter le commerce direct avec TÉ- 
Sypte , que Favidité et le fanatisme des 
Arabes rendait toujours périlleux , trop 
faibles d*ailleurs pour faire respecter 
leurs pavillons si loin de fEurope, vinrent 
de préférence dans les villes de Ttle de 
Chypre, à Famaeouste, à Limisso, à Pa- 
pho8,à Cérines, a Nicosie, dont les maga- 
sins, bien approvisionnés, remplacèrent 
avantjtteusement pour eux ceux de Saint- 
leaoHlUcre, de Tyr ou d*Alep (i). » 
« Un demi-siècle avait suffi , depuis la 
chute de Saint-Jean-d* Acre, pour placer 
Famagouste au premier rang des cités 
commerçantes de la Méditerranée; pour 
l'élever au-dessus de Tyr, de Tripoli, de 
Sattalie, de Lajazzo, de Smvme, de Tré» 
^isoiide, de Gallipoli, de Clarentza, au- 
parafant ses rivales, et pour partager 

(i) P. de Mai'Latrie, Des Relations corn- 
^Kràales et politiques de tAsie Mineure avec 
fik de Ckxpre sous ie règne des princes de 
k maison de Lastgna/t; BOdiotkèque de lÉ- 
^des CAar«sr,a*9éric, t.l«% p. 3i3. 



entre cette ville, renouvelée pour ainsi 
dire par les Lusignans, et les vieilles ci-* 
tés de Gonstantinopte et d'Alexandrie, 
la suprématie du commerce d*Orient. 
Kl Venise la l>elle, ni Gènes la superbe, 
ne pouvaient se vanter d'avoir des mar- 
chands plus riches , des bazars mieux 
assortis, des approvisionnements plus 
considérables en productions de tous 
pays, des hôtellertesplus nombreuses, 
des étrangers venus Je plus loin et de 
contrées si diverses. Un prêtre allemand, 
homme instruit et observateur, qui pas- 
sait dans rtle de Chypre en se rendant au 
Saint-Sépulcre, vers ran 1841, a laissé un 
curieux témoignage de la prospérité du 
pays dans le lécit de son pèlerinage (l). 
c II y a dans le pays de Chypre, écrit- 
il à 1 évéque de Paaerborn , les plos gé- 
néreux et les plus riclies seigneurs de la 
chrétienté. Une fortune de trois mille 
florins annuels n^est pas plos estimée ici 
qu'un revenu de trois mille marcs chez 
nous. Mais les Chypriotes dissipent tous 
leurs biens dans les chasses, les tournois 
et les plaisirs. Le comte de Jafifa, que 
j'ai connu, entretient plus de cinq cents 
chiens pour la chasse. Les marchands 
de Chypre ont acquis aussi d'immenses 
richesses ; et cela n'est pas étonnant , car 
leur île est la dernière terre des chrétiens 
vers l'Orient : de sorte que tous les na- 
vires et toutes les marchandises, de quel- 
ques rivages qu'ils soient partis, sont 
obligés des'arreteren Chypre. De plus,le9 
pèlerins de tous les pays qui veulent aller 
outre mer doivent descendre dabord 
en cette tle. De sorte que Ton peut y sa- 
voir à tous les instants de la Journée', de- 
puis le lever jusqu'au coucher du soleil , 
par les lettres ou les étrangers qui y vien- 
nent incessamment, les nouvelles et les 
bruits des contrées les plus éloignées. 
Aussi les Chypriotes ont-ils des école«i 
particulières pour apprendre tous les 
idiomes c<mnus. 

« Quant à la villede Famagouste, c'est 
une des plus riches cités qui existent. 
Ses habitants vivent dans l'opulence. 
L'un d'eux en mariant sa fille lui donna 
pour sa coiffure seule des bijoux qui 
valaient plus que toutes les parures de 
la reine de France ensemble, au dire de^, 

(i) Id., SièL de t École des Chartes, %* sé- 
rie, 1. 1, p. 3ao. 



6Î 



LtJNIVBRS. 



oh*? attan fruB^aiB renas avtc noos m 
Chypre. Un marchand de Fattïagouatè 
vfJMit un jour an aaltaB d'Émte , fofut 
]éaoeptreroyai,«Be pomm%^9r enrichie 
dv qitXte pierres précietiseB; une eaéar^ 
boude, une émeraude, un saphir et unt 
perle* Ce Joyau coâta 60,000 florini. 
Quelque temps après la fente, le nMr« 
ehand voulut le racheter, et en offrit 
100,000 florins, mais le sultan les re- 
flisa. Le connétaUe de Jérusalem avait 
quatre perles, que sa femme fit monter en 
agrafie; on aurait pu sur chacune d'elles 
trourerà emprunter 3,000 florins partout 
où on aurait voulu. It y a dans telle bott« 
t^ue que ce soit de Famagouste plus de 
bois d aloès que cinq chars n'en pour« 
raient porter. Je ne dis rien des épiceries, 
elles sont aussi communes dans cette 
ville et s'y vendent en aussi grande 
quantité que le pain. lH)ur les pierres 
précieuses, les draps d'or, et les autres 
objets de luxe , je ne sais que vous dire^ 
od ne me croirait pas dans notre pays 
de Saxe. 11 y a aussi à Famagouste une 
infinité de courtisanes ; elles S'y sont 
fait des fortunes considérables , et beau- 
coup d'entre elles possèdent plus de 
100,000 florins ; mais je n'ose vous p»>- 
ler davantage des richesses de ces infbr'* 
tunées(l). » 

ExpEBrrions dv boi Hogcbs IV 
coutbb I.BS TuBcs d'Asik MifTBDaa. 
— Hugues lY consacra toute la première 
partie de son règne à combattre les infl^- 
dèles, et il mérita par ses exploits, sur 
terre et sur mer, d'être appelé par le pape 
Clément VI le cJus vaillant champion de 
la chrétienté. Toujours les armes à la 
main, on le voit parcourir, sur les na« 
vires Chypriotes , les côtes de T A^e Mi- 
neure et de la Syrie , donner assistance 
aux Arméniens, dont la situation empi* 
rait tous les leurs, piller les villes mari« 
times des inndèlea , poursuivre les cor« 
saires, et quelquefois, déheMpiautè la 
itite de ses braves chevaliers, faire d'heu- 
reuses incursions dans Fintérieur des 
pays musulmans. Plusieurs places du 
littoral de rancienue Cillcie, Anameur, 
Stcce , Candelore , se reconnurent sea 
tributaires. Satalie elle-même se racheta 
de ses mains et lui fit hommage. L'an 

(x) Rodolphe de Saie, ih Terra êsmeté et 
itinere Iherosolimitano, 



1344 le pape Clément VI, qui déplova le 
plus ^rand zèle pour les mtéréls ie la 
chrétienté en Orient , décida les Véni- 
tiens à se joindre au roi de Chypre et 
aux chevaliers de Rhodes pour combat- 
tre les Turcsel défendre l'Archipel, CODS- 
tamment inciuiété par les incursions des 
émirs d'Aidin et de Saroukhaa. Les con* 
fédérés se réunirent à Negrepent , et, vo- 
guant hardiment vers les cites d*Aaie 
Mineure, ils brûlèrent la flotte tyrque 
dans le golfe de Smyroe, enlevèrent d'as- 
saut la forteresse qui commandait eette 
ville, et y établirent une garnison • Les 
chrétiens conservèrent cette conquête 
pendant plus d'un demi^iècle. fin tS46 
Hugues iV battit les Turcs en Lydie , 
eatre Smyrne et Alto*Logo , tandis que 
le grand maître de Rhodes incendiait 
une flotte ennemie dans le port de Tiie 
d'Imbros. Ces brillants débuts permet- 
taient d'attendre de cette croisadu les 
plus beaux résultats , lorsque les opéra- 
tions de la guerre furent interrompues 
par le départ du roi de Chypre. Lee Vé- 
nitiens suivirent son exempw , et la con- 
fédération fut dissoute. 

Hugues IV éuài fatigué de guerres et 
d'aventures : il n'accorda plus dès Ion 
qu'une faible et incertaine coopération 
aux ligues nouvelles que le saint-aî^e, 
le plua constant défenseur de la chré- 
tienté contre les Turcs, ne Urda pas à 
renouer entre les puissances maritimes 
de rOcddent. Toute son attention, tous 
aea soins furent consacrés dès lors à l'ad- 
ministration de ses États, dont il amé- 
liora les institutions civiles, et dont 
il entretint la prospérité commereiale. 
Une inondation qui dévasta toute la 
plaine de Nicosie, la peste noire, qui 
dépeu[^a Chypre comme le reste du 
monde, les passions impétuevee* du 
eomie de Tripoli, fils aîné du fui, qu'un 
auMxir insensé entraîna dans une l^te 
violenta avec sou père, troubiêreal aevïss 
las dernières années du rai Hugues. Ca 

face guercior avait un eaprit cuHivé et 
godt des arts et des lettres. Ideeeace 
lui a dédié un de ses ouvrages, ie iirrs 
de la Genéaloaie des dieux. Le savant 
Georges Lapithès jouissait de sa faveur, 
et le roi descendait souvent des hauteurs 
de Saint-Hilarion pour s'entretenir avec 
lui de littérature et de philosophie, à 
Fombie des palmieit et dsa utaagesv, 



ILB DE CHYPRE. 



** 



im kÊéëkimx jinlias de Vainlîa (I V 
Fatigué &% végBer).ooiniDe aatrafois il 
l'ivait élé de ooinbettre, Hugues IV ab* 
diqaa es ûveur de sou fils, à qui il avail 
pardoDDé, et ee retira daiie Fi^>baye de 
Strovilopoiflr eootacrerle restede ta vie 
à se préparer à la laort; il mourut en 
1361, et nit enterré dans Téglisede Saint" 
Dominique de Nicosie* 

RBGNB Dl PlEBBB V ( lM9-lt69). 

- Ge prince était Jeune, plein de oou- 
nge, chefateresque à l'excès ^ et porté 
aux grandes enlreprises. Tant que soa 
père ?éeut, qirès son abdication, il se 
oontiDt; mais à la mort du vieux roi il 
doDoa Tessor à son génie aventureux, et 
remplit rEuroue et TAsie du bruit de 
son nom. Les Tures^Karamans avaient 
détroit le royaume chrétien d'Arménie. 
Le roi Léon ne conservait plus que la 
citadelle de Oorhigos, dont la ville était 
en leur pouvoir. Les défenseurs de Go-* 
rfaigos se donnèrent au roi Pierre , qui , 
libre d'acir à son gré, accepta leur boni* 
mage et leur promit ton appui. L'acqui* 
sitioD de Gorbigos avait une double 
iaipcrtance politique et commerciale. 
Us Lusienana possédaient enfin une 
TîUe fortifiée sur le littoral de T Asie Mi- 
seare. Encouragé par ce début, Pierre 
entreprit de continuer ses eonqoiStes sur 
le riraae de l'Asie et de retouler les 
TUm dons Tintérieur, comme autrefois 
)ei Atbéniens avaient tenté d'y refouler 

(0 Voir Archipes des Missions, p. Soi, et 
BièliotMifue de tÉcok des Chmries^ s« sèrte« 
(• If p. 48S , Im études da M. de Mat•Ul^ie 
'ur rile de Chypre ; voir snr Ocofiget Lapithèi 
lei Noticet et'ejctraiu dêt MamucrUs^ t XII, 
1* pirtie. C« volume contient nu extrait de 
l« diisertttion d'Allatius iDtitUlM de Geor* 
g'ii; eet exU-ait est rektifà k vie et aux ou- 
*nf«s de Georges Lapithès. AUatius y cite un 
cwieiu passage d^AgatbaOf élus sur sa visite à 
If pitliés, qui demeurait sur les bords de ta 
nviere de ce nom. On trouve aussi dans ce 
volone trois lettres de Georges Lapiibès à 
Ntcéphore Grégoras sur des questions méta- 
pitjnqaety et un poème moral de quinze cent 
on vers, < dont les idées, dit M. Boissonade 
naiiqiieiit assurément de force et d'origina- 
lité, mais sont raisonnables et sages, doot I« 
>t}|e est simple et suffisamment correct, et 
<Pù pourrait être mis aTec utilité aux mains 
^ jeunes gens 4|ui étudient la langue 
Srecqoe. • 



leoPeiees. Le 1^ avril iS61 il partit do 
Famagouste avec une flotte de centâix- 
neuf navires, ftit voile sur Satalie, el 
s*empare en un assaut de cette cité ré- 

ritée imprenable, dont il confie la garde 
Jacques de jNorès. La soumission de 
Lajazzo et de Candelore fiit le résultat 
de ce brillant fait d'armes , auquel touta 
lèi chrétienté applaudit. 

La conquête de Satalle ranima la 
ffuerre religieuse, depuis quelque temps 
Jangijdssante, et remitaux prises les chré- 
tiens avec les princes musulmans , turca 
et arabes. Tacca, émir dépossédé de Sa- 
talie, appela les Turcs à son secours, et 
deseenoit des hauteurs du mont Taurus 
avec une formidable armée. Jacques de 
Norès résista avec une intrépidité hé- 
roïque. Mais le royaume de Chypre ne 
pouvait soutenir seul tout le poids de 
œtte guerre; et le roi Pierre I" se rendit 
eo Europe pour appeler les rois et les 
chevaliers latins à la croisade (1 362). Ua 
fatal concours de circonstances fit traî- 
ner ce voyage en longueur (1). Les Vé^ 
nitiens et les Génois, jaioui de la pros* 
périté des Chypriotes, firent tous leurs 
eiforts pour entraver les armements de 
Pierre V'* La rivalité de la France et de 
rAngleterre , les troubles d'AUemsgne, 
les guerres de Castille et d*Ara((on em^ 
péchaient les seigneurs d'Occident de 
s'engager dans une entreprise si loin- 
taine. Personne ne songeait à suivre le 
roi de Chypre, oui, de son côté, ne pou- 
vait se décider à quitter ces cours bril* 
lentes de France , de Flandre , d'Italie , 
de Pologne, de Hongrie, où il était fêté 
comme un héros. Il perdit trois ans dans 
ce voyage, qui semblait n'avoir plus d'au- 
tre objet que le plaisir. Pendant ce temps 
Tacca poussait vigoureusement le siégo 
de Sataiie, les navires turcs insultaient 
les cdtee de File de Chypre; les musul* 
BMne parcouraient les rivages de ce. 
royaume depuis le cap Saint- André jus* 
qu'à Chrusocho, brdiant les habitationit 
enlevant les bestiaux et les hommes 
dans les campagnes « jusqu'aux portes 
des villes; enfin l'émir de Damas m^ 

(i) De Mai-Latrie, Mehàme, cU!.| Jiétf. 
de CÈeeim det CAartMg %' séries 1. 1^ p. 499* 
Teir dtM eet article les intérameiiu dételesH 
peneol» comacrés a rbistetre politique du 
règne de Pierre V\ 



•4 



LUNIVERS. 



naçait de joindre ses forces à eeiles des 
T^ros pour accabler les Chypriotes, que 
leur roi semblait avoir délaissés. Averti 
par des lettres pressantes de son frère le 

5 rince d'Antioche, Pierre I" revint à 
es préoccupations plus sérieuses. Il 
réunit à Venise une escadre sur laquelle 
s'embarquèrent des guerriers peu nom- 
breux, mais éprouvés, fit voile sur Rho- 
des, ou il rassembla toutes ses forces; et 
avec le secours des chevaliers de Saint- 
Jean il tenta un coup de main hardi 
contre TÊii^pte. Après un combat san- 
glant, où il fit des prodiges, le roi de 
Chypre sVmpara d'Alexandrie, cette 
Tille aussi peuplée que Paris, aussi belie 
que Venise , aussi rorte que Gènes , dit 
un contempHorain , et la livra au pillage 
pendant trois jours. Mais il ne put gar- 
der sa conquête; les réclamations des 
marchands italiens et catalans, que cette 
ffuerre privait des bénéfices du commerce 
0* Egypte, le contraignirent à traiter avec 
le Soudan du Caire (1365). 

Pendant qu*il négociait la conclusion 
de ce traité, le roi de Chypre avait à dé- 
fendre ses possessions d'Arménie contre 
les attaques des Turcs-Karamans. Go- 
ifaigos fut assiégée par une puissante ar- 
mée. Le prince d'Antioche la dégagea 
au prix des plus héroïques efforts, et le 
grand Karanian , découragé et affaibli 
par les pertes qu1l avait éprouvées, de- 
manda fa paix. Un traité fut conclu à 
Nicosie entre les deux princes , et tant 
qne Pierre vécut les Karamans n'osè- 
rent plus inquiéter les Chypriotes, ni 
dans leur lie, ni dans leurs possessions de 
terre ferme (1866). Mais les négociations 
avec le Soudan d'É^pte n'aboutissaient 
pas : il fallait toujours rester sous les 
armes. Pierre, incapable de repos, at- 
taque les cdtes de S][Tie, enlève Tripoli, 
Tortose, Bélinas,Lajazzo, et il accepte la 
couronne d'Arménie, devenue vacante 
par l'extinction de la d^stie de Livon. 
Ne sachant pas proportionner ses entre-» 
prises à ses forces , Pierre forme le pro- 
jet de rétablir le royaume de Jérusalem 
et d'arracher aux musulmans toutes les 
villes de l'Arménie : il lève de nouvelles 
troupes, il équipe des flottes, il reparaît 
en Europe pour obtenir des subsides, et 
il retourne a Rhodes pour eoneerter avec 
les ehevaliert on nouveau plan de croi- 
sade. Mais à son retour en Chypre , il 



trouve ses tlats^dans la détuaase, sa 
propre maison dans le désordre, et il 
est assailli de chagrins , absorbé par de 
graves préoccupations qui le forcèrent à 
oublier fArménie , le royaume de Jéni- 
aalem et l'Egypte. Au milieu de tous ees 
projets déaoraonnés, Pierre V' avait fini 
par perdre Fempire de 8oi*méme. Il s'a- 
iMndonnait à la fougue de ses passions, 
et ses débauches irritèrent contre lui les 
fomillea chez lesquelles il répandait le 
déshonneur. D'ailleurs « son humeur 
belliqueuse et ses projets de conquête, 
sans cesse renaissants , avaient fini par 
lasser cette noblesse chypriote, brave en- 
core, mais dégénérée et sensuelle, ca- 
pable dans un moment critique de quel- 
ques généreux efforts» mais trop effémi- 
née au sein des richesses pour supporter 
ces longues guerres ou'avaient autrefois 
soutenues m chevaliers du vieux sire 
de Beyrouth et de Philippe de Navarre. 
Pendant Tabsence du prince des mécon- 
tentements s'étaient manifestés parmi la 
noblesse; les propres frères du roi, le 
prince d'Antioche lui-même, qui avait 
sauvé Gorhigos, le prince Jacques, soa 
compagnon d'armes en Egypte et en Sy- 
rie, n'avaient pas caché les dissentiments 
qui les divisaient souvent. Les violences 
auxquelles Pierre s'abandonna à l'oc- 
casion de circonstances fâcheuses qui 
avaient compromis la réputation de la 
reine, hâtèrent le dénoûmentd*un com- 
plot dont la pensée remontait peut-être 
a l'expédition de Satalie. Le 16 janvier 
1369, deux mois après son arrivée d'Oc- 
ddent, il périssait assassiné par les sei- 
gneurs de sa cour (1). » 

RÀGNB hb Piebbk II ( 16 janvier 
1S69-17 octobre tS83). —Jean, prince 
de Galilée, frère du roi, l'auteur ou le 
principal complice de la conspiration qui 
avait mis fin à ses jours, s'empara aussi- 
tôt du pouvoir , et l'exerça au nom du 
jeune roi Pierre II , malgré les réclama- 
tions de la reine-mère, Eléonore h qui la 
tutelle de son fils avait été déférée (2). 
Après le meurtre de Pierre, le royaume 

(i) BlbUoth, de tÈeoUdet Chartes^ 2* sérif, 
t. I, p. 5ax. 

(a) Loredano, Histoire des Rois de Chyprct 
t. n, p. 4, Ht. VIII; Bibltothèqtie de f École 
des Chartes, a» sVtîc, t. II» p. i ai, 3* •rticl»' 
de M. de Mas-Latrie. 



ILE DE CHtPRE 



65 



desLosfgnansfletrouvaitdans la situation 
la plos critique : un roi en bas âge , des 
ooc'es ambitieux, une reine-mère tur« 
bulente, des partis au dfdans, de nom* 
breux ennemis au dehors, les anciennes 
guerres avec les musulmans,' des luttes 
nouvelles avec une puissante ville de la 
chrétienté, telles sont les âcheuses cir- 
roQbtances produites ou aggravées par 
la mort de Pierre l*"**, qui arrêtent la 
prospérité du royaume de Chypre et le 
précifiitent vers sa décadence. 

D^abord il fallut renoncer aux pro-. 
jets d'agrandissement en Asie Mineure, 
dont Texecution avait commencé sous le 
règne précédent d'une manière si bril- 
lante. L'Arménie fut abandonnée, et on 
laissa le roi Léon V, nouvellement élu, 
défendre ses dernières forteresses avec 
la seule assistance des chevaliers de 
Rhodes. H fut même impossible de gar- 
der Satalie , la plus belle conquête du 
brave Pi«rre V. L'émir Tacca, qui était 
devenu seigneur de Candeloreou Alaîa, 
entretenait des intelligences secrètes avec 
les musulmans restés dans la ville. Un 
homme dévoué à Témir, accueilli par le 
capitaine de Satalie, qu'il trompa en re- 
cevant le baptême , convint avec quel- 
ques Turcs de livrer une porte à Tacca, 
qui, survenant au jour ûxé, se vit bien- 
tôt maître de quatorze tours. Toute- 
fois, il fut rejpoussé; mais la ville resta 
bloquée par I armée de l'émir, qui occu- 
pait ia campagne. Ce n'ét^iit pas seule- 
ment contre les musulmans que la cour 
de Nicosie avait à combattre pour la dé- 
fense de cette importante possession : 
les Génois, avec cet ^oîsme qui carac- 
térise toutes les puissances commer- 
^ules, s^étaient proposé de profiter de 
la faiblesse du gouvernement de Pier- 
^11 ; en même temps qu'ils lattaquaient 
dans ses propres États , ils intercep- 
t^ent les communications entre Chypre 
^ Satalie, pour augmenter la détresse 
w ceue cité, et en obtenir la cession 
(omme urix d'un accommodement. Mais 
Kttrs calculs furent déjoués; car le roi, 
exaspéré par leur conduite violente 
^ perfide , plutôt que de satisfaire 
KQr avide ambition en leur ouvrant 
*ne place forte si rapprochée de ses 
^ts, préféra la rendre aux turcs. Le 
l^mai 1373 la ville de Satalie fut éva- 
P^ par ia garnison chypriote, et la ban- 

ô« Uvnùson, (Ile de Chypre. 



nière de Tislamisme Ootta de nouveau 
sur ces remparts où douze ans aupara- 
vant le victorieux Pierre P' avait arboré 
rétendard de la croix. Ces douze années 
avaient bien changé l'état de Ttle de 
Chypre. « En 1861 le royaume était au 
comble de la prospérité et de la force : 
il tenait en respect l'Ég^rpte et la Syrie, 
il secourait l'Arménie, il imposait des 
tributs aux émirs de l'Asie Mineure , il 
n'avait en Occident que des alliés ou des 
ami.s; en 1878 de tous les ports des 
musulmans qui Tentouraient il pouvait 
craindre une attaque, et du côté de 1*1- 
talie la guerre était imminente (1). » 

En etîét, les Génois, toujours en riva- 
lité de commerce avec Venise , et vou- 
lant acquérir dans le Levant une place de 
commerce d'où ils pussent faire concur- 
rence au comptoir vénitien de Beyrouth, 
avaient provoqué dans Famagoûste une 
collision qui entretenait des hostilités 
aussi funestes qu'un état de guerre dé- 
claré. C'était en 1872, pendant le couron- 
nement du jeune roi , à la suite d'une 
3ucrelle de préséance entre les consuls 
e Venise et de Gènes, que la bonne in- 
telligence avait été troublée entre le gou- 
vernement des Lusignans et celui des 
Génois. Dans la rupture, (H>mme dans 
le cours des hostilités, tous les torts fti- 
rent constamment du côté de ces avi- 
des marchands que l'amour du lucre en- 
traîna dans tous les excès de la perfidie 
et de la violence. En vain le papîe Gré- 
goire XI, fidèle à la politique ordinaire du 
saint-siége, essaya -t-il d'amener les Gé- 
nois à un accommodement. Ceux-ci , qui 
ne s'étaient point ensagés dans une telle 
entreprise pour reculer devant les repré> 
sentations d'un vieillard désarmé, paru- 
rent sur les côtes de Chypre avec une 
flotte considérable, conduite par Grégoire 
Frégose, frère du doge de Gènes, et dé- 
barquèrent à Limisso au mois de juin 
de 1 an 1378. Après avoir traversé 1 île , 
et ravagé les environs de Nicosie , Fré- 
gose investit la ville de Famagoûste, et 
s'en empara par un stratagème, au mois 
d'octobre de la même année (2). La ville 
fut livrée pendant trois jours à la fureur 
de la soldatesque, qui la maltraita horri- 

(x) BibUolh. de t École des CkarteSp »* série, 
t. n, p. 123. 

(a) Fay, Loredano, II, p. 4i' 

) i 



^ 



L*TJ3)^IVKI|Si 



Internent, et pilla tiNijt, même le9 riebçsses 
des églises. Puis après s'être emparé, 
par une indigos trahlsoQ, de la personne 
du roi Pierre II, Frégose marclia spr lïi- 
cosie, roccupa huit jours Ja livra comme 
Famagouste à toutes les horreurs du pil- 
lage, et, ne pouvant obtenir du jenne roi 
prisonnier qu'il lui flt ouvrir les forteres- 
ses de Cérjnes et de Dieu-d' Amour, il 
poussa la brutalité jusqu'à le soufQeter 
de sa propre main. Le malheureux roi, 
outragé, dépoMîllé de ses États, fut con- 
traint de consentir à une paix humiliante 
et de livrer au vindicatif Fr^ose son 
oncle le connétable de Chypre , qui fut 
emmené prisonnier à Qèiies. En 9e reti- 
rant de rtie de Chypre, 1374, Frégose 
rendit la liberté au roi; mais le rp^^ume 
ne se remit jamais du coup qui lui avait 
été porté : la flotte était anéantie, Farmée 
dispersr-e, les revenus engagés par les 
tributs énormes qu'exigèrent les Génois 
avant d'évacuer toutes les places dont 
ils s*étaient efvip^rés, expepté Fama- 
gouste. 

Pfins cet état de misère et de délabre-* 
ment, le royaume des tusignans serait 
devenu la proie de quelqu'un des émirs 
de TAsie Mineure, et surtout de Tacca , 
le plus acharné à sa ruine, si la crainte 
des chevaliers de Rhodes d'un cfité, et 
des sultans ottomans de Brousse de lau* 
tre y n'eût préoccupé ces émirs du soin 
de leur propre défense. I^e royaume de 
Chypre vécut encore un siècle, parce que 
personne ne se présenta pour lui donner 
le coup de mort. Aux misères publiques 
se joignent à cette époque les désordres 
et les crimes des princes de la famille 
royale. La reine Éiéonore faisait assassi- 
ner le prince Jean, oncledu roi, qui laissa 
tuer volontiers le meurtrier de son père. 
La dépravation des mœurs avait fait d'ef* 
frqyants progrès , et rappelait celle des 
temps anciens. L'exemple des nombreux 
assassinats commis à la cour avait ré- 
pandu de tous côtés l'habitude du meur- 
tre , et on ne se faisait plus justice que 
par le poignard (1). Faible au dehors, 
méprise au dedans, Pierre II crut se rele* 
ver et s'affermir en épousar^t Valentinfi 
Visçonti, fille de Jean Galéas r% duc de 

(0 Vçy. rhiatoire de Tib«t dans Loredaqo, 
t. II, p. 84, eiBibUotU, de r École (Us Chartes, 
t. II, p. 125, a* série. 



Milan, ^ui avait foiuié (laps l'Italie lei^- 
tentrionale un puissant Etat, et dont il 
espérait se faire un qppui contre les Gé- 
nois. Ce marivige augmenta encore les 
troubles de la Emilie royale. Éléonore 
et Yalentine devinrent ennemies mortel- 
les , comme il arrive souvent entre bru 
et belle-mère; et,apr^ les plus violentes 
querelles, la reine mère céda la place à la 
jeune princesse, et se retira en Aragon. 
Pierre II commençait 9 espérer qu'il al- 
lait enfin trouver la tranquillité dans 
son palais, lorsqull fut atteint d'une ma- 
ladie qui l'emporta ep quatre mois, à 
r^ge de vingt-six an^. Il en avait régné 
onze. Il ne lais!>ait pas d'enfants . et Ct 
héritière de tous ses biens sa sœur Marie, 
femme de Jacques de Lusignan, comte 
de Tripoli. 

BÈ0NE PE Jacques V^ ( 1382-20 sep* 
tembre 1398). — Après la mort du roi, 
il fut longtemps délibéré dans rassem- 
blée de la haute cour sur rélectiou de 
son successeur. Deux partis étaient en 
présence; l'un reconnaissait le^ droità 
de la sœur du feu rpi. et voulait mettre 
la couronne sur la tête de son époux , 
Jacques de Lusi^an, opmte de Tripoli; 
l'autre soutenait les prétentions plus 
fondées du connétable, oncle du roi, 
dont on n'osait contester les droits que 
parce qu'il était eppore retenu prisonnier 
a Gènes. Fjifin la jeune reine Valentini' 
Yisconti avait aussi ses partisans, qui e^* 
péraient faire tourner à son avantage le 
conflit suscité entre les héritiers du nom 
de Lusignan. Mais leurs intrigues furent 
déjouées ; et la haute cpur proclama roi 
Jacques I^^ ancien connétable de CIiypr<;, 
à qui les Génois permirent d*aUer pren- 
dre possession de son royaume, moyen* 
nant un traité avantageux. Les priooi* 

{lales conditions de (fe traité furent que 
es Génois retiendraient la villç de F> 
magouste et deux lieues de pays aux en- 
virons , avec les gabelles de la mer pour 
cent mille ducats, qu'ils auraient le droit 
d'exercer toutes sortes d*arts dans toute 
l'île, et qu'ils jouiraient de tous les pri- 
vilèges qui étaient accordés aux Cby* 
priotes. Jacques 1^^, pressé d^allfir jouir 
4u titre de roi, consentit à ce traite, qui 
te forçait à partager son royaume avec 
la république de Qènes (1). 

(<) Loiedano, l. )X» t. II| p. roS» 



ILE D^ CHTFRE^ 



La fituation extérieure du rovaueie 
de Chypre n^était guère plua brillaote. 
De toaUs le$ eonquêtes de HuKues IV et 
de son fils en Asie Mineure, u oe res- 
tait au roi Jacques que le château de 
Gorbi^o9. Les bautea et puissantes for* 
tiflcatioDS de ce château en rendaient la 
coDiervdtioa facile; la sûreté de sou 
mouillage et soq heureuse situation vis- 
à-vis de nie de Chypre anoenaieot tou- 
jours de nombreuse navires dans son 
port. Aus$i le» Lusignans, au milieu de 
leurs désastres ^ ne négligèrent jamais de 
pourvoir à sa défense ^ mais si cette place 
resta encore longtemps en leur pouvoir, 
les Lusignans le durent nnoins à leurs 
moyeus de défense qu*aux graves événe* 
ments dont TAsie Mineure était alors le 
théâtre, et quj détournaient ailleurs Tat* 
teotioodes pnncesde Caramanie. La puis* 
sance des sultans ottomans de Brousse 
n'avait cessé de grandir ; et elle avait ab- 
sorbé presque toutes les principautés d'A- 
sie Mineure par des mariages, des achats, 
des soumissions volontaires ou des vic- 
toires. Des dix principautés formées de 
Tempire dlconium , il ne restait plus à 
soumettre que celle de Caramanie au 
moment où Bajazet fut reconnu sultan. 
La guerre éclata entre les Ottomans et 
les Caramans. Ala-Eddin fut vaincu par 
Bajazet, qui réunit la Caramanie à sou 
empire l'an 1392. La soumission de l'A- 
sie Mineure fut complétée par la défaite 
du prince de Castamouni, dans Tan- 
cieono Cappadoce; et il ne resta plus aux 
chrétiens dans cette contrée que Smyrne 
et Gorhigos. Bajazet, détourné sans 
doute par des soins plus importants, ne 
songea pas à reprendre cette deraïère 
place, et le roi Jacques V en conserva 
b paisible possession. 

NoD'SeuIement, dans cette nouvelle 
période de leur histoire , les Lusignans 
avaient renoncé à toute hostilité contre 
ksTures, mais il s'était même établi des 
relations amicales entre les puissantssou- 
▼erains de Brousse et la petite cour de JNi- 
Gûsie. Aussi, après la bataille de Nicopo- 
liSiOù Bajazet dispersa Tarmée chrétienne 
<)ui était venue rattaquer en Hongrie, 
quand on traita du rachat des vingt-cinq 
prisonniers qui appartenaient aux plus 
Illustres familles cfe France , on s'adressa 
ao roi de Chypre pour qu'il travaillât à 
apaiser Bajazet et à l'amener à un aeeooi* 



. modement (1). Jacques I^^ ne ebarg^ 
volontiers d entamer cette négoeiation ; 
il tenait à témoiper sa bonne volonté 
envers la France, pour se concilier la 
faveur de la cour et de la noblesse de ce 
rovaume et s'en faire un appui contre lf$ 
Génois. Il envoya à Brousse une ambas- 
sade composée des plus nobles ebevaliere 
de l'île de Chypre. Le chef de cette dé- 
putât ion offrit au sultan de la part du 
roi Jacques un riche drageoir en or, re«> 
présentant un navire, et valant dix mille 
ducats. C'était un chef-d'œuvre de l'or* 
févrerie de Nicosie, assex florissante dès 
le treizième siècle pour être constituée en 
maîtrise par les Lusij(nans. « Et étoit la- 
dite nef d'or tant belle et bien ouvrée 
que grand plaisir étoit à regarder. Et U 
reçut et recueillit ledit Aniorat (c'est la 
nom que les chroniqueurs du temps don- 
nent a Bs^azet). A gr.md gré il demanda 
au roi de Chypre que il lui feroit valoir 
au double en amour et en courtoisie. » 
Le succès de ces premières démarches eut 
pour effet de dissiper les préveiuione 
que l'on avait en France contre le roj 
Jacques, dont ou n'ignorait pas le con-* 
senteinent criminel au meurtre de loa 
frère Pierre F^ Satisfait des témoija;uagea 
de confiance qu'on lui prodigua, il con-» 
tinua ses bons offices, et contribua puis- 
samment à activer la conclusion du 
traité qui rendit à la liberté le comte de 
I^evers et ses compagnons, vers le milieu 
de Tan 1397, moyennant uue rançon de 
deux cent mille ducats, dont les seigneurs 
Génois d'Ahydos, de Lesbos et de Chio 
furent les principaux garants. Le 7 jan* 
vier 1398 le sire de Beyrouth, neveu 
du roi Jacques et son ambassadeur eu 
France, signait à Paris un traité d'alliance 
avec Amanieu d'Albret, mandataire de 
Charles VI, par lequel le royaume de 
Chypre était réconcilié avec la France . 
et par conséquent replacé dans l'amitié 
des princes de l'Occident. Néanmoins 
les Lusignans conservèrent leurs rela- 
tions pacifiques avec les Ottomans, et, 
autant par politique que par impuissance, 
s'abstinrent d'entrer dans la nouvelle 
confédération que les États chrétiens or- 
ganisèrent contre eux après la déli* 
vrance des prisonniers. Le roi Jacques 
ne songeait qu'à relever la prospérité de 



(i) Froisnrt, I. lY, c. xv. 



5. 



ta 



L'UNIVEBS. 



protoDgation de son existence qu*à t*ac* 
iive protection des cheyaliers de Rhodes. 
On sentait que ]e royaume de Chypre 
allait échapper des mains débiles qui 
n*en pouvaient plus tenir les rênes. Gè- 
nes, rÉgypte, les émirs de PAsie Mi- 
neure, pf'ut être les chevaliers de Rhodes 
épiaient le moment favorable pour s*em- 
parer de cette riche proie. Auctm d*eux 
ne Tobtint; ce fut Venise qui recueillit 
rhéritage des Lusignans. 

RÈGNE DE Charlotte et ns Louis 
DE Savoie (26 juillet 1458). —Jean It 
avait eu de son mariage avec Hélène 
une fille, la princesse Charlotte, quiétalt 
sa légitime néritlère. Mais toute sa ten- 
dresse s'était portée sur Jacques , son 
fils naturel. Cependant à sa mort Char- 
lotte fut reconuue reine de Chypre, et 
elle partagea le trône avec son mari, 
Louis de Savoie, prince médiocre, qui ne 
lui fut d'aucun secours dans la guerre 
civile que rambition de Jacques le Bâ- 
tard ne tarda pas à allumer. En effet 
Jacques , forcé de quitter le royaume , 
après le couronnement de sa sœur, se 
rendit au Caire, demanda une audience 
au Soudan , et, s^adressant à ce prince, 
comme au suzerain du royaume de Chy- 
pre,il le supplia de le mettre en possession 
d*un trône dont il se prétendait injus- 
tement dépouillé. Jacques n^était qu*Un 
ambitieux, déjà souille de crimes; mais 
sa jeunesse, sa beauté, ses manières no- 
bles et aisées, ses vices brillants, le ren- 
daient agréable à tout le monde. Le sou- 
dan, datte de cet acte de soumission, 
dont il n^avait pas à apprécier la bas^ 
sesse , le couronna roi de Chypre, et lui 
donna quatre-vingts vaisseaux et de 
bonnes troupes pour soutenir ses pré- 
tentions. 

Règne de Jacques II (septembre 
1460-6 juin 1473). — A la tête de ce puis- 
sant armement, Jacques débarque au 
port de Constance, près de Famagouste, 
et le plus grand nombre des Chypriotes 
se déclarent pour lui. Alors la confusion 
est au comble. Les Sarrasins pillent le 
royaume au nom du roi Jacques; les 
Génois le dévastent pour leur propre 
compte. Louis de Savoie défend molle- 
ment le trône de sa femme Charlotte ; 
et chassé de position en position il va 
se jeter dans le ctiâteau de Cérines » où 
Jacques , maître de Nicosie et du reste 



de nie, vint bientSt Passif. Mais il 
n'y tint pas longtemps; il s'ecfaâppa par 
mer, et revint en Piémont. Cependant 
Charlotte, pins résolue, passe en Italie, 
rassemble quelques soldats, débarque 
hardiment à Panhos, dont elle s>mpinre, 
traverse toute rtle, couverte de bandes 
de Sarrasins , de Catalans , et ravitaille 
la forteresse de Cérines. Vains efforts! 
les ressources lui manquent, 1e^ peuples 
Fabandonnent , elle il'éloigne, le ectnir 
navré, et la forteresse de Cérines se reikl 
au roi Jacques le 25 avril 1464. 

Jacques s*était emparé du trône par 
d'odieux moyens ; mais il ne se moritra 
pas indigne de régner. Il reprit Fama- 
gouste aux Oénois, qui roecupalent de- 
puis qnatre-vinst-dix ans. Cette con- 
quête, tant de fois tentée et abandonna 
par ses prédécesseurs, affenhit son pou*' 
voir et parut le légitimer. Il acheva et 

gagner les cœurs par ses manières affa- 
les, par son attention à ménager i*argeRt 
de ses sujets, et à regard de ses ennemis 
par un heureux mélange de fermeté et 
de clémetice. Loredano fait de ce toi un 
éloge complet, et Pégale aux plus grands 
de sa rtce. Mais récrivain vénitien est 
prévenu en faveur du prince que sa pn- 
trie avait adopté et dont elle hérita. Il 
fest également , par la même raison , 
contre Charlotte, sa sœufet sa rivale, 
qu'il efface trop dédaigneusement de ses 
récits. Et cependant rhistoire témoigne 
de rhéroisme et du grand étisur de eette 
princesse, qui lutta si éner«(}quement 
contre la fortune de Theureut bâtard 

Ïui la détrôna. En effet, la reddition de 
érines ne Ta pas découragée; elle 
court à Rhodes, elle ouvre des négocia- 
tions avec les Hospitaliers , avee les Gé- 
nois, avec le sultan de Constantinople; 
elle tente de mettre dans son parti Td- 
miral et la flotte de Tenise envoyée pour 
soutenir son adversaire; puis, quand elle 
Se voit délaissée, ruinée , quatid ses par- 
tisans sont battus ou bannis, que la Sa- 
voie la repousse, que les ptinCeS de TEu- 
tope restent sourds à ses prières ; quand 
elle a perdu Tunique enfant à qui elle 
oôt laisser la couronne , elle adopte on 
nls du roi de Naples ; elle se rend au 
Caire avec lui, et entreprend de changer 
la politique du Soudan ; enfin, quand le 
sort fait échouer toutes ses généreuses 
tentatives , accablée de souffrances et de 



ILE DE CHYPRE. 



71 



peines, elle vient tuotirir à Rome, à Fâgd 
dequarante-neafans, auprès du Vatican, 
où avaient toujours été ses pins fidèles 
amis, et de la basilique dé Saint^Pierre^ 
où ses restes reposent ertcore (t). 

VâppiA de Venise avait rendu inu« 
tîles tant dVfforts et de persévérance î 
le trdne de Jacques était affermi ; Génès 
avait perdu le poste imponant de Fa* 
magodste, et rinfluetice, des Vénitiens 
augmentait de iour en jour dans le 
foyatime et sur le 1*01 Jâdqties, quMIs en* 
trjfnëfetit dans là ligué formée par les 
princes cbrétienâ dontfe lès Ottomans. 
Jacques renonça à la politique Suirie pai^ 
SCS pfédécessears , et l'on tit les galères 
chypriotes combattre suf les côtes dé l'io- 
nié et de la Pamphylle à côté des navires 
Vénitiens, sOus les ofdres du généra- 
lissime Pierre Mocenlgo, qui renouvela 
datisses brillantes eampagties de ta guerre 
de 1470 les exploits de Hugues IV et 
de Pierre 1**^. Le mmidge de Jacques 
avec Catherifte Cornaro avait resserré 
les liens de soxl Union avec la république 
de Venise. Ce mariage fut eonciu par le 
sénat vénitien avec une solennité extra- 
ordinaire. Le sénat délibéra sur cette 
alliance, Tapprouva par un décret, 
adopta la JeUlie Catheritie. et là déclara 
fille de la république vénitienne, sa- 
chant bien que la mère survivrait à sa 
fille et' qu^elle en bérit^ait. Tout se 
passa comme Tavaient prévu les fins poli- 
tiques du sénat de Saint-Mard Catherine 
devint reine de Chypre en 1471. Une 
foule de Vénitiens s'y installèrent à sa 
suite. II semblait déjà qu*ils fussent maî- 
tres de nie. Deux ans après Jacques 
mourut (1473). 11 laissait sa femme en-* 
ceiDte. Elle accoucha d'un fils : on rap- 
pela Jacques , comme son père. Il fut 
reconnu roi; Catherine eut la régence, 
les Vénitiens le pouvoir réel. Ce furent 
eux qui réprimèrent leS complots des 
partis : tout était tranquille sous leur 
domination, et cette situation aurait pu 
S6 prolonger longtemps si la mort n'edt 
eulevé le petit pnnce le jour même qu*il 
achevait sa deuxième année ( 1475). 

L1lK de CâV^ÂE »ASéE sous LA 
DOMINATIOÎÏ DÈS VENITIENS. — Lfl 

mort du petit roi Jacques devait chan«> 

(i) BiU, de VÈgpU des Chartes^ t V» 
p. 434. 



§ef entîèi^ment la situation politique 
e rtle de Chypre , et la faire retomber, 
après trois siècles d'indépendance, sous 
la domination étrangère. Il y avait long- 
temps que ce royaume avait cessé d*étre 
le boulevard de la chrétienté contre lés 
Turcs, qu'il ne se défendait plus par ses 
propres forces et qu'il était tombé en 
tutelle. L'extinction de la dynastie des 
Lusignans le livra aux mains' de la puis- 
sance qui le protégeait alors, et qui le pré- 
serva encore pendant un siècle de l'inva- 
sion des Ottomans. En effet , tout était 
prêt à la mort du roi eufant pour Tàc- 
eompliâsement de cette réunion que pré- 

f)âratt de loin la politique prévoyante de 
'aristocratie vénitienne. Lés Chypriotes 
auraient bien voulu se maihtenir an rang 
de royaume indépendant ; et ils désiraient 
Texécution du testament du roi Jacdues, 
qui appelait à la succession ses entants 
naturels. Mais les Vénitiens étaient maî- 
tres du pays par la précaution qu*avait 
prise Mocenigo de s'assurer les forte- 
resses, et par Ta présence de Loredano et 
de sa puissante flotte. Toute là noblesse 
chypriote était depuis longtemps tenue 
dans la dépendance et l'abaissement. Il 
fallut continuer à obéir à lu reine Cathe- 
rine, qui, obsédée par les Vénitiens, con- 
sentît à renonce)* à ^on royaume en fa- 
veur de la république (t). Le séuateuf 
Georges Cornaro, son frère, flit chargé 
d*obtenir d'elle l'acte d^abdication. 1( lui 
représenta si vivement les dangers aux- 
quels Texposait l'esprit séditieux de set 
sujets, et Fambition menaçante des 
Turcs , qu'elle abandonna ce trdoé si 
chancelant et si périlleux pour h souve- 
raineté, moins brillante mais plus pai- 
sible, de la Tille d'Asolo, One le sénat lui 
cédait en compensation. L'impuissance 
des Chypriotes était trop grande pouf 
qu'ils pussent s'opposer à Tinstallatioù 
du gouvernement vénitien , et tout ce 
qu'ils purent obtenir fut une promesse 
lormelle que le sénat de Venise les gou- 
vernerait selon les lois fondamentales 
des Assises. L'an 14^9. iâ reine Cathe- 
rine s'embarqua pour Venise avec soû 
frère Georges Corflaro et les troîs (ils 
naturels de Jacques, qu'il eût été impru- 

(i) Dominique Jauna, ffutcire générale 
des Éojraumes de Chypre, de Jérusalem, d^Ar^ 
ménie et d^Égyptey t. 11^ 1. XXIII, c, xf. 



73 



LtmiVKRS. 



dent de laisser dans l*!Ie. Le doge Au* 
is^ustin Barbarigo, accompagné de tout 
le sénat, monta sur le Bucentânre pour 
allprau-«levant de cette princesse. Cathe- 
rine fut conduite en triomphe à i'églUe 
de Saint-Marc, où elle présenta au doge 
la Ggure de Tîle de Chypre en argent , 
et m reçut en échange celle de la petite 
ville d'Asolo. Après quelques mois de 
séjour à Venise, Tancienne reine de 
Chypre se retira dans sa résidence d'A- 
solo, où elle vécut jusqu'à une vieillesse 
très-avaucée, entourée de toutes les 
pompes et de tous les honneurs de la 
royauté. Deux ans auparavant, 1487, la 
reine Charlotte était morte à Rome , 
en faisant une donation solennelle du 
royaume de Chypre à Charles duc de 
Savoie , avec le titre et la qualité de roi, 
pour lui et tous ses successeurs. Depuis 
cette époque les princes de la maison de 
Savoie ont pris le titre de rois de Chypre, 
État de l*Île de Cbypbe sons la 
DOMINATION VENITIENNE. — Le séna- 
teur François Priuli , chargé par la ré- 
Ïmblique d organiser le gouvernement de 
Ile après le départ de la reine Cathe- 
rine, donna sur-le-champ l'ordre de 
démanteler les châteaux royaux de Saint- 
Hilarion ou Dieu-d' Amour, de Kantara, 
deBuffavent, de Cave, de Potamia, et de 
Sigouri, qui exigeaient des garnisons trop 
coiisidérahles. Il vendit aux plus offrants 
les titres et les fiefs de la couronne, dans 
Tintention d'abaisser la noblesse chy- 
priote ; celle-ci vit s'élever à son niveau 
des parvenus sans naissance, que le sénat 
vénitien lui opposait pour la tenir en 
échec. Cependant, au dire du père Lusi- 
gnan, « les Vénitiens ont toujours gou- 
verné nie de Chypre selon les /^ssiaes de 
Hlérusnlf'm, ayant les nobles en grande 
réputation, lesquels le sénat appeloit 
confédérés et non subjects, pour ce qu'ils 
n'avoient pas acquis le puis par force , 
mais par amitié (l). » Le père Lusiguau 
devait regretter la domination vénitienne, 
qui avait reculé de quatre-vingts ans Tas- 
sujettissement de sa patrie par les Turcs , 
et ses regrets étaient d'autant plus vifs 
qu'il avait vu Tafireuse catastrophe dans 
laquelle l'indépendance de Chypre avait 
succombé. Sous le gouvernement de Ve- 

(t) Lusignan, Description tfe toute Visie de 
Chypre, p. a 1 3, 



Dise Chypre eonserva les institotîoDS 
civiles et judiciaires des Lusignans. Elle 
perdit seulement la liberté politique. Le 
gouvernement civil et l'administration 
furent confiés à un lieutenant et à deux 
conseillers, qui s'appelaient tous trois les 
recteurs ou régents. L^autorité militaire 
était confiée au provéditeur, et les finan- 
ces à deux camerlingues ou chambellans. 
Le sénat changeait ces officiers tous les 
deux ans. il maintint Tancienne divi- 
sion du pays en douze districts, avec les 
mêmes limites qu'au temps des rois Lu- 
signans. On établit dans chaque district 
ou contrée un capitaine avec une com- 
pagnie de trois cents hommes pour ga- 
rantir l'ordre et assurer la défense du 
pays. Outre ces douze compagnies, le 
sénat entretenait mille cavaliers Alba- 
nais ou £(ûrote$ pour la garde des cô- 
tes, dont on avait conservé les fortifi- 
cations, tandis que toutes celles de Tin- 
térieur furent détruites. Par la sagesse 
de ses mesures et Thabileté de son ad- 
ministration , le sénat put tirer d'abon- 
dants revenus de Hle de Chypre , et en 
rendit Tacquisition très-lurfative pour 
la république. On en retirait tous les 
ans un million d'écus d*or, outre toutes 
les dépenses nécessaires pour l'entretien 
des officiers et la solde des troupes qui 
la gardaient : de plus huit milte écus 
d'or pour le tribut du soudan , que le 
sénat paya ensuite à la Porte lorsque le 
sultan Sêlim eut conquis T Egypte. 

La noblesse chypriote^ après avoir 
fait quelque bruit, et montré de mau- 
vaises dispositions contre le gouverne- 
ment vénitien, finit par s'y accoutumer 
insensiblement, ainsi que le peuple, et se 
calma tout à fait. Elle se plongea dans 
Toisiveté et la mollesse, heureuse de D'a- 
voir plus à combattre pour sa défense et 
eelle de la chrétienté. Pendant presque 
tout le oours du seizième siècle, File de 
Chypre semble sommeiller au sein d*une 
paix profonde, d'où elle devait être arra- 
chée par un terrible réveil. Les seuls 
événements de son histoire à cette époque 
sont les grands fléaux naturels qui la 
frappèrent, et qui se montrèrent alors 
plus fréquents et plus extraordinaires 
que jamais. En 1493 un tremblement de 
terre ébranla toute l'île, fit de grands 
ravages et renversa une partie de I église 
de Saint&^pbie, cathédrale de Nicosisi 



ILE 0B CHYPRE. 



73 



En 1543 les tremblements dé terre re- 
commencèrent, et furent suivis de i*in* 
vasioD des sauterelles, qui s'abattirent 
en si grand nombre sur Tlie qu'elles la 
dépouillèrent de toute sa vrgétation. 
Les habitants de Chypre furent nourris 
par d immenses convois de vivres qu*on 
T importa. En 1547 tout le pays fut dé- 
solé par des pluies extraordinaires, qui 
diangèrent toutes les rivières en torrents, 
et la disette fut aussi grande qu'après le 
flfau des sauterelles. En 1565 une cause 
différnite produisit la même calamité. 
La sécheresse fut telle, que les terres ne 
produisirent presque rien, et encore celte 
fable ré(*olte fut-elle exportée parles ad- 
ministniteurs vénitiens, hommes avides» 
empressés de réaliser de gros benéûces. 
Cette fois la famine fut si grande et la 
souffrance do peuple si cruelle, que, sor- 
tant de leur résignation apathiqire. les 
Chypriotes se soulevèrent, assiégèrent 
b'ré^ents dans leurs propres maisons , 
où ils les auraient assommés sans Tin- 
t(r\eDtion des nobles de Nicosie, qui 
obtinrent des régents qu'ils ouvriraient 
leurs magasins au public. 

PBÉPAB4TIFS DE DEFENSE CONTRE 

LES TuBCS. — Mais le plus crand dan- 
ger de rile de Chypre venait des progrès 
effrayants de la puissance ottomane, qui 
sVtait considérablement agrandie en 
Asie et en Afrique, et au milieu de la- 
quelle cette tle était comme enclavée. 
SoQfent les galères turques avaient in- 
stilté ses côtes , et préludé par des ra- 
vages partiels à la grande entreprise qui 
slait s'accomplir. Du vivant même de 
Soliman le Grand, son fils atné, Sélim r% 
nommé gouverneur de la Caramanie, 
avait fait comprendre aux Vénitiens, par 
ses préparatifs et son attitude aggressive, 
tout ce qu*its avaient à craindre pour 
leur lointaine et précieuse possession. 
Regardant U guerre comme mévitable, 
le sénat résolut de mettre Ttle en état de 
K défendre. Toutes les forteresses de 
riiitérieur avaient été démantelées ; celles 
<lesrdtes« excepté Famagouste, étaient 
dans un grand délabrement. La répu- 
blique envoya Jules Savorniani , habile 
ô)§énieur,d'une noble famille vénitienne, 
pour relever toutes les fortifications qu'il 
juRerait nécessaire de rétablir, avec or- 
dre e hâter les travaux et de profiter 
^ Tabsenee de Soliman, qui faisait alors 



la flMrre en Hongrie à l'empereur Maxi- 
miîien II (1666). Savorniani, accompagné 
4*une commission d'ingénieurs au'on lui 
avait adjoints, parcourut Hle d un bout 
à Tautre, et ne trouva que les deux places 
de Cérines et de Famagouste en état de 
résister à une surprise, mais non à un 
siège régulier. Il fit non-seulement ré- 
parer et augmenter les fortifications de 
ces deux vUles, mais il résolut de mettre 
Nicosie en état de défense, et il confia 
aux nobles et aux habitants de la ville 
Texécution de ces grands travaux. Ceux- 
ci, pei suadés de Téminence du danger, 
mirent à sa disposition leurs biens et 
leurs personnes, et le secondèrent acti- 
vement. Savorniani fit abattre les anciens 
mursde Nicosie elles maisonsadjacentes; 
il en réduisit la circonférence d*un quart, 
divisa c«tte nouvelle enceinte en onze 
bastions, et n'y laissa que trois portes, au 
lieu de huit qu'elle eu avait auparavant. 
Ayant choisi onze des plus riches et des 
plus puissants seigneurs de File, il leur 
confia le soin de conduire les travaux, de 
pourvoir à la dépense, et permit a chacun 
d'eux de donner sou propre nom au 
bastion qu'il devait construire. L'habile 
Savorniani fut parfuitemeiit secondé par 
le zèle des Chypriotes , et en moins de 
six mois Moosie , entourée de bonnes 
murailles en pierres de taille, bien ter- 
rassées, avec un large et profond fossé, 
et un ciiemin couvert, paraissait en état 
d'offrir à ses habitants un asile inexpu* 
gnable. Du fond de la Hongrie, ou il 
raisait aux Impériaux une guerre impi- 
toyable, Soliman jura de cliatier Venise 
de Taudace qu'elle avait eue de fortifier 
contre lui-même une province qui rele- 
vait de son empire. Mais la mort, qui le 
surprit au siège de Zigeth, le disfiensa 
d'accomplir son serment, que son fils 
Séitm se chargea d'exécuter. 

Comment le sultan Selim II 
SE détermine a. bntbbpbendbe la 

C0NQ13ÉTB DE L'ÎLB DE CHYPBB(I). — 

(i) Voir pour celte gnerre : Oraliani, His- 
toire de la Guerre de Chypre, écrite en latin, 
et U>aduite en français par Lefieletier, in-4<*y 
1701; Dapper, Description de t Archipel ^ 
p. 79; Jauiia, UuU de L hypre^ etc, liv. XXIV 
el xiv ; La vrayeet très-Jidèle Narration dti 
sucrés des assaïUts , défense et pritise du 
royaume de Cfffre^ par Père Ange Calepiea de 



74 



I/tiRïVERS. 



Bans les premières années de aoii ir^e, 
Séiiiti, embarrassé parla guerre de Hon- 
grie et pht une révolte des Arabes de 
rYémen.fut obligé d'ajourner rexécutîon 
de ^es deâs^ns contre Ttle de Chypre. 
Mais dès que la tranquillité fut rétablie 
à fdrient et à i'oeddent de son empire, 
Il songéft éériettéement à rompi^e avec 
Venise et à étende son empire aux 
détyenâ des pnisBances chrétiennes de la 
Méditerranée. Sélim avait accordé toute 
sa confiance è un juif portugais, nommé 
doih MigUez ou Joseph I*lassy; cet 
ftomme , qui s*é(ait fait chrétien et qui 
était retourné à ia religion juive, s'était 
rendu agréable à Sélim, avant son avè- 
nement au trdne, par ses prêts d'argent 
et sa complaisance pour tous les vices du 

Jeune prince, à qui il procurait les meil- 
eurs vins du Levant, et surtout ceux de 
rtie de Chypre. Peu scrupuleux sûr l'ob- 
servation des préceptes du Coran^ Sélim 
avait un penchant décidé pour l'ivro- 
gnerie , et il se laissa facilement persua- 
der par les propos de son favori à pré- 
{)arer la conquête de Ttle qui produisait 
es vins délicieux qu'il aimait tant (i). 
Un jour, dans Tenusion produite par 
de copieuses libations de vin de Chypre, 
Sélim, se tournant vers le juif, qui était 
devenu son favori et le compagnon de 
ses plaisirs, s'écria : « En vérité, si mes 
désirs s'accomplissent, tu deviendras roi 
de Chypre. » Ces paroles, prononcées an 
sein de Tivrcsse, remplirent Joseph Nassy 
d^spérances si ambitieuses, qu*il fit sus- 
pendre dans sa maison les armes de 
Chypre avec cette inscription : < Joseph 

Cypre, de Tordre des frères prêcheurs, dans 
Fonrrage de Lasignan, p. 957 ; de Hammer^ 
Histoire de C Empire Ottemûa, t. yi , 
I. XXKVI, p. 383. 

(f) Sélim devint maître de cette île tant 
éônvoitée ; il trouva se perte dam sou succès 
aième. Ob lui envoya ks meilleurs vins de File 
après la conquête. Le i" décembre 1574, 
UD jour qu'il visitait un bain nouvellement 
construit, Sélim se sentit saisi par le froid en 
entrant dans dés salles encore toutes fraîches. 
Il demande aussitôt un flacon de vin de Chy- 
pre, et boita I<)ngs traits. La force du viù Ten- 
ivre , il chancelle, lombe, et se frappe vio- 
lemment la tète cont^ les dàfles de ttiarbre. 
Onze jours après i! expirait dans le délire, 
Py>jr. le Correspondant, du 10 aoât 1847, 

o. Se)« 



réi de Chypre, v Quand Sélim monta 
'sur le trône, il combla son favori de 
bienfaits : il lui donna le titre de duc 
de Naxos et des douze principales Cy- 
clades , qui furent enlevées à la dynasâe 
vénitienne, qui les possédait depuis trois 
siècles. C'était un commencement de ru»- 
ture avec Venise ; toutefois la suerre n'é- 
clata définitivement qu'après le rétablis- 
sement de la paix en Hongrie et dans 
TTémen, et quand Josenh Nassy, qui 
n'oubliait pas sa royauté ae Chypre, eut 
réussi par ses intrigues à vaincfe l'oppo- 
sition du grand vizif, et par ses complai- 
sances à rallumer les passions dd saltan 
Sélim. Le juif ayant mis dans ses inté- 
rêts le moufti Ebousoueùd, celui-ci pu- 
blia un fetwa nui déclarait la guerre avec 
les infidèles Iqçftime et nécessaire. L*in- 
cendie de l'arsenal de Venise, allumé 

{leut-étre par les émissaires de I^assy, 
e 13 septembre 1569, donna encore plus 
de force et d'ardeur au parti qui à Cons- 
tantinopfe voulait la guerre avec cette 
puissance. Sélim fit demandef aux Véni- 
tiens là cessioil de Ttle de Chypre, et sur 
leur refus l'expédition fût dénnitivement 
tésolne. 

DÉISABQtJfiMENf nSS TtACS BAHS 

lIlb de Chyphe (1570).— a Cette nou- 
velle l'effroi se l*épandit dans totite la 
chrétienté; ce n'était pas seulertietit Tîle 
de Chypre, mais toute la domination vé- 
nitienne et tous les rivages chrétiens de 
la Méditerranée qui se sentaient menacés 
par l'invasion ottomane. Le pape Pie V 
appelle l'Europe aut armes; on négocie, 
on s'empresse , on s'agite sans pouvoir 
se concerter et prendre des mesures 

Eromptes et énergiques. Venise, tr^m- 
lante pour elle-même, met en défense 
ses possessions de terre ferme, et elle ou- 
blie d'envoyer en Chypre les troupes 
nécessaires pour garder leS fortldcations 
de Savorniani. Cependant les Tu rés, bien 
plus actifs que les chrétiens, et tous 
unis sous un même commandement.» pré- 
paraient un armement formidable à Rho- 
aes et à Megrepont. Lala-Mtiâtapha fut 
nommé âeraskier des troupes de débar- 
quement, et Piali-Pàcha commandant 
de la flotte, qui se divisait en trois esca- 
dres, et comprenait en tout trois cent 
soixante Voiles. Le l*"* juillet 1570 la 
flotte turque jeta fancfe dans la rade 
deLimassôl, près de Tancienne Anoa- 



ILE DE CHYPRE. 



n 



tbonte, etopéra son déb«)rqtieiiieitt sém 
obstacle, graee à Pincurid et à F iûeapa* 
6té dû ttrotéditêur Iffeolo Dandoio, 
fluidéfenmtà Hector Baglioni^ eommaii- 
mi dé rifffaoterie, de s*opposer à cette 
descente. Dtfits un eonMÎil de guerre, 
tenu au botffg dMsehîa, dans la Messa* 
rée, oâ rimprétojanée du pro?éditeur et 
rioéapacit^ présomptueuse du comte de 
Rdeas, général de la eâtalerie, se réuni- 
rent pont fepousser les sages conseils dé 
fiaslioni , H nit déHdé (}u*nn ne songerait 
i)u'è fa dëfenae de Nicosie et de Fama- 
Rouste, sans se niHtre en peine du reste 
h Ytie, d*oô té manTtfis air, ies chaleursr 
etee^sHree et les maladies chasseraient 
bientôt les etiflemîs. Ce fût pour ce» 
tailler raisons nu'on laissa tes Turcs dé- 
barquer traA(|tiulement dans nie comme 
fôr une terril de leur empire. Lé fort de 
Leftàri dans té voisinage de Llmassol, 
/était rendu à fa première sommation, 
et le séraskiéf Mustapha avait épargne 
la fie et les biens des habitants, pouf 
engager par cette feinte modération lett 
autres tîiles à fait-é une prompte sou« 
mission. Mais les Ténitlens pnévinrent 
h contagion de l'exemple en tirant une 
vengeance éclatante dé fa trahison dé 
Leftari : Hssorpt-irent la olace pendant la 
nuit, fflâssacrèfeni la plupart des habi« 
tants, et entraînèrent les femmes et les 
enfants dans lés montagnes. Cesriffueurtf 
i»rai$saiét)t nécessaires : un grand nom« 
bre de Grecs, en baitie des Latins, lé 
bat peuple, en haine des grands, voyaient 
sans inquiétude et drec une sorte de fé* 
venr Tentreprise des Turcs qui devaient 
les débarrasser de leurs maftres actuels. 
SrfcE «t PBiSÉ DB Nicosie (1570). — 
Vers le milieu du mois de juillet, la grosse 
artillerie étant débarquée, le séraskiei' 
fotiroana un conseil de guerre dans lequel 
ii fit aédder aa*on commencerait les 
opérations par le siégé de Nicosie, con- 
tnÎTttnent à Tâvis du capitdn Piali-Pacha, 
qui Toolait d^abord assiéger Famagousté, 
pour donner i la flotte roccasion de se 
signaler. En conséquence de cette déci« 
sion, Mustapha- Pacha , après avoir ra- 
ngé tout le plat pays, parut devant les 
mors de Nicosie avec une armée d'environ 
c?nt mille hommes. 11 divisa l'Infanterie 
R^lière en &ept corps, composés de sept 
nnile hommes chacun,et leur assigna leur 
point d'attaque. Chaque corps avait une 



batterie dé sept eanods. La ftarnisim de 
If ieosle était forte de dix mille hommes, 
savoir : quinze cents Italiens, nrille gen- 
tils^hommes avecléursdomestlques, deut 
mille cinn cents miliciens libres, trois 
ibille Vénitiens de terre ferme, deux cent 
cinquante Albanais, et mille nobles dé 
Nicosie. Dandolo, Rocas et le capitaine 
Palaiso s'étaient enfermés dans la place. 
Pendant les sept semaines que dura le 
sié^e, Piali'Pacna se tint en croisière avec 
la flotte dans les eaux de Rhodes, pouf 
fermer le passage aux escadres que les 
chrétiens avaient mises en mer. Lés as- 
siégés de Nicosie se défendirent brave« 
ment, et repoussèretit deux attaques avec 
bravoul'e ; mais dans un troisième assaut, 
livré le jour de l'Assomption^ ils perdirent 

Îdusieurs de leuM malleurs officiers. A 
a fin du mois d'août, Piati étabt revenu 
de sa croisière, le séraskier fit renforcer 
son armée de vingt mille soldats et ma- 
telots de la flotte, et ordonna un assaut 
général. 

Ce dernier assaut avait été fixé au 
9 septembre 1570. Les bastions de Po* 
docataro, Costanza et Tripoli furent em- 
portés avant le lever du soleil; leurs gar- 
nisons se retirèrent en désordre dans 
rintérieur de la place, où les Turcs se 
précipitèrent avec impétuosité. En vain 
les habitants, jetant leurs armes, implo- 
raient à grands cris la pitié des vain- 
queurs, les Turcs les égorgeaient impi- 
toyablement. Cependant le provéditeuT, 
farchevéque, et les autres magistrats oc- 
cupaient encore le palais du gouverneur : 
six canons furent pointés sur rédificè, 
et le séraskier envoya aux assiégés un 
moine qui les somma de se rendre et leur 
promit la vie sauve. t)éjd ils avaient mis 
bas les armes, lorsqu'au retour du moine, 
les Turcs, furieux de leur résistance, pé- 
nétrèrent dans le palais et les massacre' 
rent tous. I>e tous côtés s'offraient à la 
vue des scènes d'horreur et de carnage, 
spectacle ordinaire des villes prises d'as- 
saut par les barbares. Pour échapper à ta 
honte dont elles étaient menacées, plu- 
sieurs femmes se précipitèrent du haut 
des toits; d^autrès assassinèrent leurs 
filles de leur propre main ; l'une d'elles 
poignarda sou fils en s^écriant : « Non, 
tu n'assouviras pas comme esclave les 
infômes passions des Turcs; » puis elle 
se frappa elle-même. Yingt mille per« 



n 



L'UmVEBS. 



aoniies forant immolte à la fureur san- 
guinaire du vainqueur et deux mille jeu« 
nés gens de l'un et de Tautre sexe furent 
emmenés en esclavage. Pendant huit 
jours la ville resta livrée à la férocité du 
soldat; mais Faction héroïque d*une 
femme grecque ou vénitienne priva le 
vainqueur du principal fruit de sa con- 
quête. Poussée par le désir de la ven- 
geance ^ elle mit le feu à la galiotteda 
grand vizir Moiiammed*Pacbâ et à deux 
autres navires, qui, chargés du butin le 
plus précieux en or, argent, canons et 
jeunes filles des premières familles, at- 
tendaient dans le port le moment de met- 
tre à la voile. L explosion des poudres 
fit sauter le vaisseau du grand vizir, et 
le feu consuma les deux autres; mille 
jeunes esclaves périrentdans les flammes, 
quelques matelots seulement parvinrent 
à se sauver à la nage. Enfin le calme se 
rétablit. Le séraskier alla le t S septembre 
entendre la prière dans 1 église de Sainte- 
Sophie, changée en mosquée, et trois 
jours après il se rendit devant les murs 
de Famagouste, laissant à Nicosie Mou-» 
saffer-Pacha avec un corps de deux mille 
hommes. 

Siège et pbisb db Famagoustb 
(1571). — Cependant les galères de Tes* 
pagne, de Venise et du pape, commen- 
çaient à se réunir, et les Vénitiens fai- 
saient tous leurs efforts pour entraîner 
leurs. alliés à marcher pour la défense de 
rtle de Chypre. La nouvelle de la prise de 
Kicosip jeta le découragement et la divi- 
sion dans Tescadre confédérée; et malgré 
les instances de Zano, lamiral vénitien, 
6t de Colonna, amiral du saint-siége, 
Famiral espagnol Doria refusa d'aller 
chercher la flotte de Piali-Pacha dans 
les eaux de Chypre, et l'on resta en sta- 
tion dans rîle de Candie. Seulement 
douze galères vénitiennes, commandées 

rir Marc- Antoine Quirini, parvinrent 
jeter dans Famagouste un secours de 
seize cents hommes et des approvision- 
nements. Ces mêmes galères coulèrent 
bas plusieurs vaisseaux turcs , et s'em- 
parèrent de celui qui apportait de Cons- 
tantino|}le la solde des troupes. Le sultan 
s*en prit de ces échecs successifs aux 
beys de Chio et de Rhodes, qui avaient 
été laissés en station devant File; le pre- 
mier eut la tête tranchée, le second fut 
privé de son Canal, insigne distinctif des 



b^ de o)er« L'hiver avait retardé les 
opérations du siège. La flotte des Otto- 
mans était retournée à Constantinople; 
mais au printemps de 1671 elle reparut 
dans Pile de Chypre, et le siège de Fa- 
magouste, qui jusque là n'avait été qu uq 
blocus, fut poussé avec vigueur 

La défense de Famagouste fut bien 
mieux dirigée que ne Pavait été celle de 
l^icosie. L'héroïque Marc^ Antoine Bra- 
gadino commandait en chef la ville et b 
forteresse; il avait sous ses ordres son 
frère, Jean André. Hector Baglioni était 
capitaine général , et Jean Antoine Qui- 
rini , intendant. On renvoya toutes les 
bouches inutiles, et il ne resta dans U 

f»lace que sept mille hommes, nHiitie Ita- 
iens, moitié Grecs, capables de porteries 
armes. Les fortifications de Famagouste 
n'étaient pas en bon état; ses défenseuis 
furent inaignement délaissés par lesËtats 
chrétiens d'Occident : mais le coura;^ 
de Bragadino et Fardeur qu'il commu- 
niqua à toute sa garnison tinrent long- 
temps les Turcs en écliec, et rendirent 
gloneux les derniers moments de la do- 
mination chrétienne dans Tîlede Cliypre. 
La tranchée, ouverte dans le cours da 
mois d'avril , était entièrement termiiiée 
au milieu de mai, sans qu'il eût été pos- 
sible aux assiégés d'y mettre obsta<*(& 
Dans une étendue de plus de trois mil- 
les (1), Mustapha avait fait pratiquer, 
quelquefois à travers le roc, un diemin 
large et si profond, qu'un homme à che- 
val pouvait le parcourir sans être aperçu; 
en arrière de ce fossé on avait construit 
dix forts, d'où partait un feu continuel, 
qui empêchait les sorties de la garoisoD. 
Les murs, les tours, et les bastions étaieot 
foudroyés par cinq batteries composées 
de soixante-quatorze canons, parmi leir 
quels on en remarquait quatre d'un ca- 
libre extraordinaire, tels aue ceux que h 
Turcs avaient l'habitude d'employer daos 
leurs grands sièges à Constantinople, ^ 
Scutari , à Belgrade et à Rhodes, et que 
les historiens chrétiens ap^teLent tantôt 
hélépole^, tantôt basilics. Du côtéd^s 
assises le feu était dirigé par le gênerai 
d'artillerie Martinengo,qui promettait de 
soutenir en cette circonstmoe Thonneur 
d'un nom déjàillustréausiégede Rhodes. 

(i) De Hammer, Sistoire du Ottmoni, 
TI, p, 408, 



ILE DE <;Rt»ft£. 



»T 



AffrHvnitaitié ée boittolB les ba»- 
tioDsdeFanuurouste, les Turcs en ten^ 
tarent PeseaMe ; mais la garnison les 
repoussa. Toutefois, elle ne put les em- 
pn;her de se fofstr dans les fossés, d'où 
il fîit impossible de les débusquer. De 
part et d*autre on travaillait activement 
à creuser la mine ou à Téventer. Mais 
les efforts des assiégés étaient inutiîesi 
Les travaux souterrains de rennemi 
arançaient toujours, et le 21 juin la 
mine' éclata au tourillon de Tarsenal, 
ébranlant toute la ville et renversant 
on éoonne pan de murailles. Aussitôt 
les assiégeants s'élancent sur les dé* 
eombres, dans Tespérance d'emporter 
la place; mais cet assaut n'eut pas 
plus de succès que le précédent; Ten* 
Demi fut repoussé, après un combat 
de einq heures, où il fit de ^andes 
pertes, et pendant lequel on vit plu* 
sieurs femmes combattre vaillamment 
i côté de leurs maris, l^lais quel que fftt 
le courage des assiégés et les avantagées 
qu'ils remportaient sur les Turcs, ils 
s'af&iblissaient tous les jours, sans pou- 
voir réparer leurs pertes ni renouveler 
leurs munitions, tandis que l'armée de 
Uustapha était toujours suffisamment 
nombreuse et abondamment pourvue 
de tout Le 39 juin une autre mine fit 
explosion; un nouvel assaut fut livré par 
la brèche qu'elle avait pratiquée, et après 
uneaction acharnée et sanglante qui dura 
six heures encore, Mustapha fut obligé 
de donner le signal de la retraite. Dans 
le courant du mois de juillet d'autres 
a^uts furent tent^, sans plus dç sue* 
ces. Le séraskler commençait à déses* 
pérerde pouvoir prendre la place; déjà 
ij songeait avee enroi au châtiment qui 
Tauendait s'il revenait vaincu. Il ne 
cfssait d'exciter par ses paroles et ses 
rigueurs le zèle de ses nombreux soldats^ 
qu'il envo)jraît mourir par milliers sous 
Ks murs imprenables de Fama^ouste. 

Cependant Bragadino, Baglioni, Tié* 
poli et leurs compagnons déplopient 
un héroïsme que rhistoire reprochera 
toujours à Venise et aux autres États 
ehrétiens de n*avoir pas secondé. Ils 
sVtaient logés dans les remparts, afin 
<fàre prêts à toutes les occasions et de 
ne point perdre de vue les défenseurs. 
Ils visitaient continuellement tous les 
postes. Tous les officiers se faisajent uk 



point d'honneur de les imiter, et rï la 
place avait été ravitaillée , l'armée des 
Ottomans se serait inutilement consu* 
mée au pied de s^es murailles. Mais 
l'explosion des mines , le feu de i'artiU 
lerie des Turcs, le carnage des assauts 
avaient singulièrement diminué le nom- 
bre des bravesdéfenseursde Famagouste. 
La disette de vivres et de munitions où 
ils étaient réduits devait bientôt leur 
feire tomlier les armes des mains. On ne 
trouvait plus dans la ville ni vin, ni lé« 
sûmes, ni viande d'aucune espèce. On 
était réduit à manger les chevaux , les 
ânes, les chiens et les chats. Les hour» 

{^eois suppliaient Bragadino de capitul- 
er, ce ou^il refusa constamment de faire 
tant qu il lui resta des munitions pour 
combattre. Le 39 juillet il repoussa uu 
sixième et dernier assaut , dans lequel y 
debout sur la brèche, il tua plusieurs en* 
nemis de sa main et reprit lui-même un 
drapeau vénitien enlevé à Nicosie. Mais 
dans ce dernier combat les assiégés 
avaient épuisé leurs approvisionnements* 
H ne leur restait plus que sept barils de 
poudre. La garnison, menacée d*un sep- 
tième as.saut, dut se résigner à une ca- 
pitulation devenue nécessaire, et le dra- 
peau blanc fut ar(H)ré sur la forteresse.- 
Le l^aoât 1671, après avoir échangé 
des otages de part et a autre, la capitula- 
tion fut signés avec les conditions sui- 
vantes : la garntifon devait sortir avee 
ses armes, ses bagages, cinq pièce» de 
canon , les trois chevaux de ses princi- 
paux chefs, et être transportée immé- 
diatementà Candie. Les habitants étaient 
libres de quitter la ville et d'emporter 
tout oe qui leur appartenait. Ceux qui y 
resteraient ne devaient être molestés ni 
dans leurs biens ni dans leurs person- 
nes. Mustapha n'eut garde de contester 
sur aucun de ces articles; il craignait* 
trop ^ue les chrétiens ne prissent une ré- 
solution désespérée, et il ne voulait pas 
compromettre par un nouveau oomnal 
et de nouveaux sacrifices une victoire 
désormais assurée. Il envoya à l'instant, 
des vaisseaux au port, sur lesquels la 
garnison commença à s^embarquer pour 
être transportée à Candie. Il alieclait de 



montrer beaucoup d'estime pour 
courageux adversaires, il recevait avee 
courtoisie tous ceux qui lui étaient pré-* 
sentes, et il leur envoya des provisions: 



40 toate ««yèee. M ik il m'y mtàt «i«i| 
d« sinoèr« daos tout^ «es «•rtssff , el l# 
INNrfide imisuliiuii), cmi ii# poi^yail p«ff« 
doooer aux braves défattseurs de Faoi»« 
gSùeH» toutes les iogqiétudes qu'ils lui 
aTsient causées , méditait OMotre eux la 
plus atroee vengeaneer 

PSRPIBIK PS MOSTAFHA; eUPF|.ICB 
os BBA0ADIVO ET DS 8SS eOMPÂ-* 

OSONS. •— Immédiatement après la ca* 
pitttlation la ville avait été évaenée, e| 
la garnison, embarquée sur les vaisseaux 
turcs, n'attendait plus pour mettre à la 
voile que la dernière entrevue de Braga« 
dino avec le séraskier. « Le â août, Bra? 

Sadino envojra au camp ottoman Henri 
lartinengo, neveu du général d'artillerie 
deeenom, pour prévemr le séraskier qu*il 
aurait l'honneur de lui présenter le soir 
même les clefs de la ville. Moostapha ré* 
pondit à ce message avec toutes les ap- 

Sirenees de la courtoisie, et fit dire à 
ragadino qu'il éprouverait une vive sa* 
tisfaetion à faire connaissance avec les 
braves défenseurs de Famagousie. Trois 
heures avant le coucher du soleil, Bra-* 
gadino sa rendit au camp ottoman aveo 
Beçlioni, Louis Martinengo, Antoine 
Quif ini, plusieurs autres ofnoiers et une 
eseortede quarante hommes. Il marchait 
à cheval à la tête du cortège , dans son 
eostnme de magistrat vénitien , o'est-à^ 
dire vêtu de sa robe de pourpre et faisant 
porter siur sa téta un parasol rouge , qui 
était une des marques de sa dignité. Il 
fut reçu avec force civilités ; m pacha 
s'entretint quelques instants avec lui 
et les personnes de sa suite des événe- 
ments du siège. Mais ces trompeuses dé- 
raonstrations eessèiwat presque aussitôt : 
le séraskier leur demanda quelles sû- 
retés ils pouvaient donner pour garantir 
le libre retour des vaisseaux chargés de 
transporter la garutsen à Candie; et 
sur la réponse de Bragadino c|ue la capi- 
tulation n'avait rien stipulé à cet égard, 
il exigea qu'on lui laissât en otage le 
jeune Antoine Quirini. Bragadino se 
réeria vivement, et avee plus d'indigna- 
tion que ne lui permettait sa position. 
Dédaignant alors de dissimuler, le séras- 
kier se répandit en imprécations contre 
le commandant et tous les Vénitiens, et 
les accusa d'avoir fait égorger cinquante 

eerins musulmans , malgré leur invio* 
iiité, garantie par la capitulation* 



|/9IRV9«S' 



Bragidiao, qui Ait ah i wl ii » à jnetite 
ou à nier ce meurtre , n'en oo^tinua pai 
moins à refuser avee oomeie et qn pa* 
rôles peu mesurées les otegea demandes. 
Mustapha passa des injures aux faits, fit 
garrotter Bagliooi, Martinango, Quinoi 
et Bragadino, et ordonna deles Uaioer 
ainsi hors de sa tante; k^ trois pre- 
miers forent a Tinstant niaisaosés. hn- 
gadino, témoin de leur mort, était ré- 
servé a de plus longs tourments î on m 
contenta pour ne moment de loi couper 
te nez et les oreilles. Ce ne fut que dix 
jours après , un vendredi i que fui cod- 
sommé son afi&eux supplice; piaoé sur 
un siège, une ooqronne à seç pieds, ii 
fut hissé sut la vei^qe de la galère do 
boy de Rhodes, puis |>longé dans Tesa, 
parce que, d'après rhistorien ottoman » 
il aurait traité de la sorte dos prisob- 
niers turos; cm Un suspf^ndit onsuite au 
eou deui paniers pleins de terre , qu'il 
dut porter sur les deus bastions pour 
aider à leur reopusuruction ; chpqiie fois 
qu'il passait devant le séraskier, il était 
toroédese prosterner. Enfin, oonduitsur 
la place devant le palais de la Si^igneu- 
rie , il fut attaché au poteau sur lequel 
les prisonniers turcs subissaient d'ordi- 
naire la peine de la flagellation • puis 
couché à terre et éeorobé vif, « attendu, 
dit le général ottoman, que celui quia 
Ait couler le sang musulman doit ver- 
ser le sien ». Le séraskier et le bourreau, 
s'adressent à rfaéroique patioot, N 
criaient à la fois i « Oà dono est toa 
Christ? çiue ne nent-il à Vau seeoun?» 
Sans laisser échapper aucune plainte, 
Bragadino récita leAlisfrere au milieu de 
aes affreuses tortures , et en prononçant 
le onzième verset, Jceardê^mai, Sei^ 
gneur, mn cœur pmrf sa grande âme 
exhala son dernier soupir. Non content 
du supplice ignominieux et horrible au'il 
avait fait subir à Bragadino, le aérassier 
ordonna, dans sa sauvage fÀocilé,qiie le 
corps du héros fût écartelé , sas quiitre 
membres exposés sur les quatre grandes 
batteries » et que sa peau lût remplie de 
foin, pour Atre promenée dérisoiremeot 
sur une vache, dans le camp et dans la 
ville. Cette noble dépouiUe fut ensuite 
pendue a la vergue d'une galère, et d^ 
posée dans une caisse avec les quatre 
têtes de Bragadino, Baglioni, Marti* 
■ODfl(> •t Quirmi , pour ôdfe envoyées au 



ILE jiB cavB&i;. 



n. 



suiiiB. A GMMiaaliaotle la pmê é» 
Bn^dme ûit aposéo dtoa le bigna à 
Ja vue dM ctdavci ehréti«M (t). » Quel* 
qoet Miiiéet après elle fut rachetée par 
son frère et ae« Éls, ensevelie dans un 
sépulere de marbre et déposée dans Té* 
giise de Saint- Jean et SainUPaul; tandis 
qœsfs ossements, leeueillis avec un soin 
religieux après son supplice, furent in- 
humés dans réalise de SaintpGrégnire. 

L'fLK DB CHTPBE SODMISB A LA 

MMiNATiON DBS TcBCs. — Apr^ uno 
si odieuse violation du droit des gens à 
r^rd des ebffs, le reste de la garni- 
son ne pouvait plus eompt^ sur les 
garanties de la capituletion. Trois œnte 
chrétiens qui se trouvaient dans le 
eamp des Turcs avaient été massaevés 
as moment de Tarrestation de Brafiadino 
«t de ses «Mmpagnons. Tous les soldats 
embarqués sur les navires turas furent 
rédoits en esclavage. Les otages envoyés 
au eamp avant la signature de la capi- 
talation n'échappèrent à la mort que 
pour être mutilés et relégués parmi les 
tanuques du harem. Non content d'a- 
voir assoavi sa fureur sur les défenseurs 
éê Famagouste , le sérpskier exerça de 
crandes rigueurs contre la ville et ses 
oabitants. 11 laissa les Turcs piller les 
richesses de celte cité opulente ( il fit 
dépouiller toutes les églises , il profana 
les autels, Ibola aux nieds les reliques 
dei saints , fit brâler les images, ouvrir 
les tombeaux , jeter les ossements à la 
mer. L'église de Saint-Nicolas , la ca« 
tbédrale des Latins, fut convertie en 
Doiqoée. Les habitants latins de Fama* 
gOQste furent emmenés en esclavage (8). 

(x) De Haviner, ^isfoir» de t Empiré OttO' 
*ui, Vl,4ia. 

(a) Ces malheurs avaient été prédite par 
Mioie Brisitle, qui pasia à Famagouste ea 
revenant ou péleriuage de Terre Sainte ep 
1373. « 1^ périras, nouvelle Gomorrhe, 
dii-elle sous riuspiration de Tesprit divin, 
tQ périras brûlée par le feu de la luxure, par 
l'ifxcés de les biens et de Ion ambition ; tes 
édiâres crouleront en ruiuei , tes habitants 
s'enhiiroBt loin deM, et Ton parlera de ton 
chitiment dans les contrées lointaines car je 
«lis irrité contre toi. » Révélations céÈes- 
<ef, ete., L yVLj c, xn, foL i33 ; Norainfaei^, 
iSi^.Les rérélations de sainte Brigitte ont 
été écritts peu de temps après sa mort par le 
■Boine Pierre, prieur d'Alvasire, et par Bia* 



Us Or#oi tasit lirftéi |d«i liiMtM» 
ment, et le vainf^eur Ifûr laissa 4mt 
éf^Uses , Saintf-SojMiie et Saii^trSiaaéon. 
Le siège avait ruiné les fertificalioas de 
la place, Mustapha les fil relpver et y 
laissa gamisoii. 11 diatribua jursa de 
vingt mille hemmeide pied et àin vf^ïii% 
cavaliers, en divers endroits de 1 Ile» U 
leur assigna des maisons et des terres cq^ 
levéesaux vaincus» Bon nombre de Xures 
s'enriebirsnt des dépouilles des rielies 
et des nobles chypriotes 9 dont ua graud 
nombre, précipités du fait^de la fortune 
dans la dernière misère^ étaient réduits 
à mendier leur vie ou a la gagner au 
métier de muletier ou de croebeteur. 
Après avoir organisé le gpuvernetiyeut 
de nie sur le modèle des autres pro* 
viaces de Tempire , et laissé le oomman* 
dément des troupes au frambourat de 
Ebodes, L.ala-Mu9t«iph|t partit le ]$ sep» 
t^bre 1671, et fUàGoostauUneple une 
entrée triomphale. Sélim le reçut gre* 
oieusement et le combla d*bouneura, 
bien que , disai(-il , la conquête de nie 
de Chypre lui eât coûté plus de soldats 
qu'elle ue lui avait açijuis de aujets. 
Mais le sultan en prenait facileinent son 
parti, et s'en consolait en ajoutent que 
la perte des hommes as répare facile* 
ment |Nir la producUondes autres. Quant 
au juif dom Miguez ou Joseph Yasser, il 
oe put obtenir son royaume de ChyprCi 
dont les revenus furent affectéa à ren- 
tretien du grand vizir. Plus tard on en 
détourna la plus grande partie , pour en 
grossir Tapanage de la sultane Validé. 
Fin nss sostilitss ]|NTB|i l£s Vb- 
NiTiENs ET LES Musi/lmahs. — Cette 
guerre, entreprise pour la possession de 
l'Ile de Chypre, mena^it d'aboutir à une 
invasion des Ottomans dans r£urope 
méridionale. La victoire de Lépaute, 
remportée Tannée suivante par don 
Juan d' A utriehe aidé des Vénitiens et du 
saint-siége, 7 octobre 1572, arrêta \9* 

K ogres des musulmans et anéantit leur 
tt^. Maia les ehrétiena ne euieot pas 
tirer parti de leurs avantages , et la len<* 
demam de la bataille leurs dissensioi^s, 
oubliées au jour du eombal« recommen* 
cèreot plus vives que jamais. Venise per- 
dit la plus belie occasion, la seule 



tUas, chanoine de Linkôpîag» qui 
aes confesseurs. 



été 



8^ 



L^UmVEllS. 



flRf elte «Ql jnnaîs , de Mfrendrê nie &» 
Chypre. Elle ii*avait m à foire paraître 
aa 'flotte sur les eôtea cle llle ; la terreur 
était telle parmi les troupes laissées par 
Mustapha, que la garnison de Fama- 

f ouste demandait à traiter avec les ha* 
Itaots, et qu'on voirait des Turcs quitter 
le turban et se coiffer à la grecque. Mais 
on ne sut profiter ni de ce retour de for- 
tune ni de la terreur des Ottomans ; et 
tandis que les escadres espagnole et pon- 
tificale retournaient dans leurs ports, 
Its Véniti^s perdaient le temps à en- 
lever quelques bicoques de TËpire, ou 
à concerter des expéditions mal con- 
duites. Les Turcs réunirent en mer une 
flotte considérable , et le grand vizir put 
dire avec raison à Tambassadeur de Ve- 
nise, qui lui avait fait demander au- 
dience pour traiter de rechange des 
prisonniers , « qu'il y avait une fort 
grande différence entre leurs di^râces, 
puisqu'en enlevant un royaume à la ré- 

gublique les Turcs lui avaient coupé un 
ras , qui ne renaîtrait plus; mais que 
les chrétiens n'avaient fait que raser la 
barbe aux musulmans en défaisant leur 
armée navale , puisqu'elle ne tarderait 

Sas à leur revenir, à moins que les pro- 
udions des hommes et des forêts ne 
cessassent entièrement. •> Le grand vi- 
zir disait vrai : les Turcs retrouvèrent 
des flottes; Venise fut pour toujours 

Erivée de l'île de Chypre, et s'estima 
eureuse d'acheter la paix en payant 
au grand seigneur la somme de trois 
cent mille ducats (t). 

ÉTAT DE l'île J)E CHYPBR SOUS LE 
ÛOOVEBNEMBNT DES TCIRCS. — L'île 

de Chypre resta donc, à partir de 
Fan 1571, un pachalikde Tempire ot- 
toman. Elle fut le septième des pacha- 
liks d Asie , qui étaient au nombre de 
vingt-deux. L'empire turc en compre* 
naît alors trente-cinq, savoir : outre 
les vingt-deux d'Asie, cinq en Afrique 
et sept en Europe. Le béglierbey on 
pacha de Chypre résidait à riicosie, et 
avait sous ses ordres des sangiaks, des 
beys et des cadis. Il avait le commande- 
ment de toutes les forces militaires de 
rîle, qui fut divisée en quinze cadiaskers 
ou districts, ayant chacun un aga ou 



gouverneur, et un eadi ou ofBcier de jus- 
tice. Mais, à Texempledes Vénitiens, 
les Turcs firent un gouvernemoit par- 
tîcidier de la ville et du territoire de F a- 
magouste, que Ton plaça sous rautorité 
d'un bey, sans la permission duquel le 
pacha de t*île ne pouvait entrer dans 
cette ville. Le pacha était nommé par 
le grand vizir, qui jouissait de la plus 
grande partie des revenus de cette nrhe 
province, et qui la cédait à bail au fonc- 
tionnaire de qui il obtenait les offres les 
plus avantageuses. Mais vers le com- 
mencement du dix-huîtième siècle, les 
Chypriotes, écrasés par les exactions de 
leurs pachas, adressèrent de vives ré- 
clamations à la Porte : les padias furent 
remplacés par de simples mutzelims ou 
muhassils, à qui llle (îit affermée pour 
deux raillions ciuq cent mille piastres, oo 
six cent vingt-cinq mille francs. Ce dian- 
sèment derégimene produisit aueunsou- 
lagement dans la condition des malheu- 
reux Chypriotes, lis» se plaignirent de 
nouveau à la Porte, et redemandèrent un 
pacha; mais on ne les écouta plus, et 
il leur fiallut se taire et se résigner. A 
partir de cette époque l'Ile de Chypre 
vit commencer pour elle une ère de déca- 
dence déplorable et continue, qui abou- 
tit à un état de misère et de dégrada- 
tion qu'elle n'avait jamais connu dans 
toutes les vicissitudes si variées de son 
existence historique. Vendue aux plus 
offrants par les grands vizirs , elle était 
livréeà d^avldl^s gouverneurs, qui la pres- 
suraient à l'envi. Leurs exactions ea 
firent disparaître le numéraire neees- 
satre aux transactions ; leurs vexations 
enlevaient toute confiance au com- 
merce, toute sécurité à la jouissance de 
la propriété. L'industrie, Tagrlculture, 
autrefois si florissantes, tombèrent dans 
un déplorable abandon. Les terres 
restaient en friche ; le sol se dépouil- 
lait peu à peu de ses riches produc- 
tions; les villes, les villages se dépeu* 
filaient avec une rapidité effrayante, et 
'abbe Mariti, au milieu du dix-huitième 
siècle, n'évalue pas I». population en- 
tière de l'île à plus de quarante mille 
âmes (i;. Jamais la condition de ce pays, 
qui depuis fîit améliorée , n'avait été si 



(i) J^mui, SUloire 4ie Chypre» t\c,^ t, llf (i) BAariti, yoyage dans Câe de Chy* 
>. iao3. pre^ etc., I, p. 19. 



ILE DE CHYPAE. 



81 



fflisénlile. Les droits perças sor ses ha«^ 
]nUot8, de plus en plusaggravés, avaient 
atteint un taux exorbitant. Ils présen* 
talent dans leur totalité une somme de 
deux cents piastres par tête. La capiu- 
tJon, qui dans tout le reste de l'empire 
était de vingt piastres seulement, s'était 
élevée jppnr les Chypriotes jusqu'à qua- 
rante piastres. Le harach (1), taxe 
Slevte sur les chrétiens, et établie 
js toutTempire, le nozotd, impôt qui 
remplaçait le service militaire, la dîme 
Rirtout, établie pour Pentretiendes deux 
milices des zcatts et des timariotes, for- 
maient, avec lacapitation, les principaux 
impôts sous le poids desquels gémis- 
saient les débris de la malheureuse po« 
pulation chypriote. Les taxes extraor- 
dinaires ajoutaient encore à leurs souf- 
frances habituelles. Quelquefois le pacha 
publiait par édit que toutes les personnes 
OQ même nom paveraient une contribu- 
tion dont il fixait le taux , « et je n'ou- 
blierai jamais, ditBfariti, que Je nom 
«e George était le nom taxé à mon ar- 
rirée dans cette île». 

SODLBVBMSNT DSS ChYPBIOTSS 

CORTBB Lss TuBCS ( l'au 1764). — 
Cest à ce voyageur que nous devons de 
connaître les détails de cette insurrec- 
tion, qui désola l'île pendant deux ans, et 
qui en aggrava encore la misère et la 
oésolation. Au mois de juillet 1764 l'Âga 
TzilQsman fut nommé gouverneur de 
^ypre. Son premier acte fut de per- 
ler la eapitation à quarante-quatre pias- 
tres et demie pour les chrétiens, et à la 
moitié pour les Turcs. Cette exaction 
poussa a bout une population déjà aigrie 
^ de longues souffrances : on retusa 
« payer ; on réclama auprès de la Porte, 
m Turcs par leurs primats , les chré- 
oeiK par leurs évéques. Le sultan Mus- 
upha m écouta leurs plaintes, et un vl- 
ar-ciocadar fut dépéché de Constanti- 
w>ple en Chypre pour donner satisfac- 
^on aux habitanu. Le vizir, arrivé à 
i>ï«)sie, convoque les évéques, les pri- 
ais turcs et bon nombre de Chypriotes 
<te tomes religiona, dans la salle du di- 
^ pour leur lire les ordres du grand 
«igneur. Tout à coup la saUe s'écroule, 
« entraîne dans sa chute plus de trois 

(i) PocodKe, Description de t Orient, t. IV, 

6' iMfraUon, ( Ile ds Chypbb. ) 



cents personnes. Cétaît le gouverneur 
qui avait fait scier les solives et les co- 
lonnes qui soutenaient le plancher de la 
salle. Le vizir avait échappé : Tzil-Os- 
man, qui voulait à tout pru se débarras- 
ser de sa fâcheuse intervention , lui ser- 
vit du poison dans une tasse de café. 
S^uand tous ces faits furent connus, l'in- 
ignation du peuple ne se contint plus. 
La foule courut au palais, en brûla les 
portes, et l'envahit en poussant des cris 
de vengeance. Les défenseurs du mu- 
hassiJ furent massacrés, lui-même tomba 
sous les coups de la multitude, qui après 
cette exécution hardie retourna paisi- 
blement à ses affaires. 

Quelque temps après un nouveau mu- 
hassil arriva de Constantinople. H se 
nommaitHaflz-Mahamed-Effendi.C'était 
un homme qui ne manquait ni de capa- 
cité ni de prudence; il paraissait dis- 
posé à accorder une amnistie tacite au 
meurtre de son prédécesseur. Mais il 
se trouvait auprès de lui des gens plus 
zélés que leur maître*, qui s'empressè- 
rent de lui présenter la liste des chefe 
de l'émeute qui avait coûté la vie à Tzil- 
Osman. Cette maladresse jeta HaGz 
dans un grand embarras : il ne voulait 
pas ranimer la rébellion par des ri- 
gueurs , ni se déconsidérer par sa conni- 
vence. Il prit une résolution qui sentait 
bien le pacha turc. 11 imposa à tout le 
monde une contribution de quatorze 
piastres par tête, en expiation ae la ré- 
volte et du meurtre d'Osman. Cette ma- 
nière d'aviser ne fut du goût de per- 
sonne : l'insurrection recommença. Les 
rebelles, groupés dans le village de Cy- 
thère, s'emparèrent des moulins qui ali- 
mentaient Nicosie. Les évéques se plai- 
gnirent de nouveau à la Porte, qui nom- 
ma un second muhassil pour assister 
Hafîz. C'était le meilleur moyen de com- 
pliquer la situation et d'embrouiller les 
affaires. De leur côté, les rebelles avaient 
trouvé un chef dans un certain Halil, 
aga de la forteresse de Cérines. Cet 
homme, qui avait beaucoup d'audace et 
d'habileté , tint en échec les deux gou- 
verneurs, répandit l'effroi dans l'île par 
ses incendies et ses dévastations , me- 
naça Famagouste, réduisit plusieurs 
fois Nicosie à l'extrémité, et, comme il ar- 
rive toujours en pareil cas , fit beaucoup 
plus de mal au pays que les gouverneurs 



82 



LiimyÉHÉ;. 



don 1 1 ei abtM avaient prov5(iaé ce ft(»uléf#- 
mf'nt. Les campagnes étaient à fâ mefCf 
d^Ualil et de sa bande, et les villes épfou< 
valent de continuelles alarmes. Alors les 
principaux habitants de Ttle résolurent 
d*pni ployer Ips consuls européens comme 
médiateurs entre le gouvernement et les 
sédiijeut. Ils s*adressArent d'abord au 
consul frnnçais; mais celui-ci sVn dé* 
ifrudit, nllégûant que 1p roi son mattre lui 
ivait riéfendu d'intervenir dans aucune 
âtfnire qui n^jurait point de rapport avec 
les fonctions dont il était chargé. Alors 
ils jetèrent les yeux sur le consul an- 
glais, qui se chargea de la négociation, 
mais sans pouvoir rien conclure. 

Le consul ang ais ayant retiré sa mé- 
diation, les liostiiités recommencèrent, et 
Jes rebelles reparurent sous les murs de 
fïicosjp. Cette affaire durait depuis deux 
ans, et Pinsouciance du gouvernement 
turc lui 'ivait laissé prendre une certaine 
gravité. A la fin le sultan prit des mesures 
Vigoureuses, et le 27 iuin 1766 on vit 
débarquer â la raie des Sahaes Kiof* 
Maliamed, pacha à deux queues, avec plu- 
sieurs vaisseaux de guerre et une petite 
arn)6éde deux millecinq cents hommes. 
le même jour arrivait à Pamagouste un 
certdfn Ghierghilousght, gouverneur de 
Selefki dans la Caramanie, qui se hâteit 
d'accourir, avec une bande de féroces 
CaramanieUs, au pillage de Ttle déChy« 
pre. Le pacha força ce brigand à seran^ 
ger Sous son commandement; mais il ne 
put t*empécher de commettre d*affreut 
ravages. Après avoir pris connaissance 
de Tétat des choses , le pacha marcha 
vers Nicosie, où il trouva Malil h la tête 
de cinq mille hommes, qui paraissaient 
résolus à bien Combattre. Mais une am- 
nistie accordée par Mahamed â cetix qui 
se retireraient en dispersa le dIus grand 
nombre; il ne resta autour d Halil que 
deux cents hommes déterminés^» avec les* 
quels il se jette dans la citudelle de Céri- 
nes , où tous jurèrent de tenir jusqu'à 
la dernière extrémité. Ils s*y défendirent 
bravement, firent éprouver de grandes 
pertes à Tarmée du pachn. Mais Halil , 
attiré dans un plége, fut livré à Maha- 
med; la citadelle se rendit le même 
Jour. H.-ilil fut étranglé; on coupa deux 
cents têtes, la tranquillité fut rétablie, 
et nie de Chypre retomba, plus cal- 
me et plus misérable que jamais, sous Id 



gottvemêffleiit ùè m moHafliis (<). 
TftdtjftLts 0B lits im Chypib 

àV OlX-USUttftltt SfiKlLK^ SâHÛLAST 
£001» ll'ÉTAt t)S KOUTCttODK-MBRI* 

HfiT. ^ Le clergé grec avait ecrnserré 
dans nie de Chvpre une Influence qtii 
ne fut abaissée qu'à la suite des itrâves 
événemenis dont toutes les contrées ht* 
bitées par la race iielléuique furent le 
tliéâtre au commencement de ce siècle. 
L'archevêque de iMeosle^ investi du titre 
de raïa-vëklU, représentant des ralei, 
avait attiré à lut presque toute rauiortté 
administrative, et non-seulement il i>« 
lait rendu indépendant des imiiiassiis, 
mais il décidait la plupart du temps de 
leur choix et de leur révocation. De son 
palais rarcbevêque administrait Tlle 
entière , nommait auit emplois de toui 
les districts , arrêtait le chiffre dpsim* 
positions annuelles, envoyait les sotn* 
mes Ûxées par le bail à ferme de I1l« lo 
grand viKir ou au trésdr impérial. Det 
avantages, concédés ft propos, atta- 
chaient les agas turcs à la cotiserration 
de son pouvoir, et toos les habitants dl 
nie, Tufcs et Orr^cs, Id tegardairot 
comme le véritable gouverneur, et Vite* 
situaient à ne plus tenir eompte du mu« 
hsssil. La toute^pulssflnca des arche» 
téques de Nicosie parvint U son $i^ 
eous les règnes de Sdllm m et de Moei* 
tapba, prédéeesseurs Immédiatt du sa)' 
tin Mahmoud, ei ne fut ébranlée qu'eo 
commencement du dln^neuvièmesièiie, 
en 1804, par un mouvement insurreciiofl' 
fiel dt*s Turcs, prélude de la eatastroplM 
•anglante ^ui devait l'anéantir. Ut 
Turcs établis dans nie de Chypre étaient 
profondément blessés de se voir tof\\)téî 
eous la dépendance de cent qu'ils avaient 
autrefois assujettis. La population tor- 
que de Nicosie et des campagnes enri- 
ronnantes i émue par le bruit vrai ot 
faux de rinsufOsance dee ap0rovlsiotTfl^ 
ments nécessaires à la subaisUoce de 
nie , se souleva Contre rauterité <^^ 
afastique de qui tout dépendait , et fut 
on Instant mattresse de Nicosie. L'a^ 
Wvée de deux pachaa d'Asie Bllneure. 
avec des forces respectables, rinterten- 
tion, toujours respectée, des consuls de 
France, é' Angleterre el de Russie, qtfi 

(r) Marîti, P'oyage âani tSe de Chy 
ftre, etc., 1. 1, p. zox et suiv. 



ILE M CB¥^RE. 



8S 



étiifBt iloift tftf. RfgrtaUK, P^isffàrii 
01 GHIiimtl, apaisèfeiit cette «fTefve^- 
«ncf pMtgèK^ et lés eho^ès paruff^m 
reprendre \€ûf eontê aecotitttttié. Mais 
lei imiigUM an «gas tarda eontfe les 
fFriftiais gre«s fie a« ralentirent pas , et 
abouUrentf en 1898, à un Coup d*Ëtat 
ito|laift <|ui mit fin à radministratioA 
4ej mtibaaaila, rtftiveraa rautdritë du 
«Krgé jgrM it rMbllf le ponto\t entré 
tel fflami dea paebas. L'arrhevédtie Ky^ 
prianos otMpaU alors le siège de Nico^ 
lie, et le fouvernement de rtle étdit 
dfpuia iK3o entre les maiùs de Kout- 
«houk'Méliémet, homme impérieut et 
liiMfmule) que le capltan-parlia avait 
rtieisi à dessein potir ruiner l^influencé 
do iirlntat grée. Les cireonst^nces de- 
rinretit bientôt favorables à rexécutlotl 
éî ee projet. Les premières insurred- 
lions de (a iVloldatie et du Péloponnèse, 
qui fttateni éclaté peu après l'arrivée de 
Komehouk-Htéhértieten Ciiypre, en ins- 
pirant les plus Vives Craintes au gou- 
femenièot ottoman, autorisaient toutes 
In niesufes que potivait*nt prendre seS* 
ifems pour <X)n(etiir les rafas dans les 
prdvlnces oft Ils ne s'étaient pas insur- 

Ïis. or, les Grées de i1le de Ciiypre 
a)em festéS tout à ftit étrangers au 
doovemem Haiiobâl nul avait soulevé 
l«i autres leê et le eotitlnent de la Grèee. 
• Ce ii*étalt pas eut ^ul criaient à là ty- 
ranbie et qui songeaient à prendre les ar- 
nrs $ é*êtâletfit les Tures , impatients de 
riMirvlSMnteftt dâbs lequel les primats 
^ tetiaietit deptils une dnquantaine 
d'snnées; <f était pour eut que se prépd- 
nient là féattlon et l^afTrancfiissc- 
Bient(i). n «n effet, Koutchoukniélié- 
m, sons ptéiextë de contenir la popu- 
lation grecque , qui ne demandait qu'à 
rHter tranquille, et en réalité pour res- 
saisir le potivOif , f;!it venir des mon- 
tsfuies de PAnfl Liban des bandes d*A- 
rabes, de Bédôoloâ et de brigands Ansa- 
H^.rt les disperse dans rtle. Les Grecs, 
frappéa dé terreur^ se laissent désarmer 
pour jter tout prétexte au soup^n : 

(i) Voir sur œs éTénemenls, dam iê Cor* 
retpotutattt du ft& juin 1847 , «n aHiele dtf 
M. de Mas-Latrie imitolé : Nieôtié , ses ààUvé^ 
firsettaâiiUÊHionprëêeniBt p. êfto^ eieooMnifé 
àêns le n«mén>dd le MéL -^ Pouqiietille , 
Bisioîre de h Re^értéritti9n de U Griffe, I. TV. 



rarèfievéquë ICyprlauos {protesté dé son 
attaehement h la pBÏx , de sa soumlssioh 
du gouvernemefit du grand seigneur. 
Routchouk-Méhémet persiste à inven- 
ter un complot, persuade de sonetis^ 
tenee le grand vizir, qui était peut-être 
ide moitié dans le stratagème, et qui peN 
met au gouverneur de faire un exempte 
par la châtiment rigoureux dès chefs. 
Libre d'agir, K0Utchouk->11éiiémet oN 
donna, leil juillet 1823, d*arréter l'ar* 
ehevèque et léS trois évéques dé Ttié. 
Ou les conduisit au sérail , et à peine fu* 
rent«ils etifrés, quMs furent massacres 
par les Janissaires. Les primats grecs, 
appelés ensuite, avant que le meurtre 
des prélats eflt transpiré, éprouvèrent 
le même sort. On ouvrit alors les portes 
du palais, et Ton jeta sur la phice leurs 
cadavres sanglants. Ce fut le signal d un 
massacre général Le couvent de Phaue- 
romeni fut aussitôt investi et ses papas 
égorgés. On m'a dit , ajoute M de Mas- 
Latrie , qu*avant de les massacrer, les 
Tums^ par un raflinemeut inouï de ven- 

§eat)ce , avaient selle les On pas comme 
es chevaut, leur brisant tes dents pour 
introduire un morS dahs la bouche, et 
les forçant à caracoter sous leurs épe- 
rdus. Les maisons grecques furent li- 
vrées au pillage. Les massacres Se renon- 
vêlèrent datis toutes les provinces de 
rilé; les spoliations vinrent ensuite. 
Pendant slt mois ce fut une terreur uni- 
verselle parnn la population grecoue. 
Les paysans se sauvaient dans les Dois 
ou en Caramanie; les primats , tes prê- 
tres, les Grecs aisés échappés aut janis- 
saires Se réfugièrent à Larnaca, sous ta 
protection des consuls européens. La plu- 
part passèrent en Italie et en France, 
et il y a peu de familles grecques chez qui 
le nom de Marseille ou de Venise ne ré- 
veille encore , après plus de vingt anS 
écoulés depuis son retour dans l'Ile, 
d'attendrissantes émotions de reconnais- 
sance. Tel fut pour Hle de Chypre le 
funeste contre-co un de la ri^volution qui, 
efi affranchissant la Grèce continentale 
et les Cyclades, renouvela toutes les ri- 
gueurs de Toccupation musulmane pour 
lés contrées qui restèrent condamnées 
à la servitude* 

ÉtAT ACTÛBL D£ L'itfi DC CfltPBE 

— Cette belle et malheureuse île, disait 
Maf rti au siècle dernier, Ue se remettra ja- 

0. 



^ 



L'UNIVEES. 



mais des désastres qu'elle souffre depuis 
tant d^années , si elle continue d'être ven- 
due au plus offrant et au demiet enché- 
risseur. £n effet, quel que fût le titre des 
gouverneurs qu'on lui imposait, pachas 
ou mubassils , Ftle de Chypre était tou- 
jours une ferme qu'on leur donnait à ex- 
ploiter sans contrôle , et elle alla végé- 
tant et s'appauvrissant d'année en an- 
née jusqu'aux innovations du dernier 
sultan. 11 faut rendre cette justice aux 
derniers maîtres de l'empire ottoman, 
que depuis longtemps ils ont reconnu 
les vices et les dangers de l'inintelligent 
despotisme de leurs prédécesseurs , et 
qu'ils ont entrepris une lutte courageuse 
contre les abus invétérés qui menaçaient 
d'entraîner la ruine de leur domination. 
Vers la fin de Tannée 1838, un firman 
du sultan Mahmoud étendit à l'île de 
Chypre le nouveau mode de gouverne- 
ment qu'il cherchait à introouire dans 
tous ses pachaliks. Ce firman abolit le 
fermage de nie , et décréta qu'elle serait 
à l'avenir gouvernée par un fonction- 
naire à appointements fixes , qui verse* 
rait au trésor impérial la totalité des 
impôts perçus , et ne pourrait plus rien 
extorquer des habitants. Le nouveau ré- 

fime lut inauguré dans l'île par Osroan- 
acha , homme de guerre habile et dé- 
voué, dont la présence en Chypre parut 
nécessaire pour surveiller Médémet-Ali, 
qui venait de se déclarer indépendant 
et d'enlever la Syrie à la Porte. Le fir- 
man de Mahmoud inaugurait un systè- 
me de réformes administratives qu'Ab- 
dul-Medjid a complété en 1839 par le 
hatti-schériff de Gulhané, et qui a com- 
mencé une ère nouvelle pour 111e de 
Chypre et pour la Turquie tout entière. 
Sans doute il ne suffit pas de décréter 
une réforme pour changer la face d'un 
pays et guérir les maux dont il est tra- 
Taillé : en Turquie surtout, les mœurs 
publiques opposent de nombreux obsta- 
cles à l'application sincère de ces nou- 
veaux procédés administratifs, tant le 
Turc est habitué à l'arbitraire du despo- 
tisme et le raîa à l'avilissement de la ser- 
vitude; mais il faut tout attendre de la 
volonté persévérante des sultans et de 
l'influence salutaire des principes civi- 
lisateurs acceptés et proclamés par le 
gouvernement ottoman; car, selon la 
remarque judicieuse de M. de Mas-La- 



trie, dans un paysr oà Fautoiité soUTe- 
xalne conserve encore son prestige sacré, 
tout ce que veulent le prince et son gou- 
vernement devient oossible. 

Depuis la nouvelle organisation (1) , 
le gouverneur de Chypre porte le titre 
de kaïmakan, lieutenant du sultan, et 
reçoit par mois un traitement de 40,000 
piastres, ou 130,000 francs par an. Il 
est pris indistinctement dans ramnée, 
dans les services civils, ou parmi les 
employés supérieurs des ministères à 
Constantinople ; et, qud que soit son 
rang, pacha, effendi ou aga, les Qiy- 
priotes ont l'habitude de lui donner le 
nom de pacha. Toute Tautorité civile, 
l'administration financière et le pouvoir 
exécutif sont concentrés en ses mains. 
Il a au-dessous de lui, et à sa nomina- 
tion, douze zabitsou lieutenants admi- 
nistrant chacun des douze districts de 
rtte, de concert avec un démogéromie ou 
khodja-bachi , choisi par les Grecs de la 
circonscription. Un conseil, que Ton ap- 

rille divan ou choura, assiste le pacha 
I^icosie dans l'expédition des affaires 
et la répartition des impôts. Ce conseil 
tient à la fois de notre conseU d^j&tat, 
de la cour des comptes , et de la cour 
de cassation. Les huit membres qui le 
composent sont : le mufti, chef de la 
religion et interprète de la loi musul- 
mane; le mollah, qui est le cadi ou juge 
de Nicosie; le commandant des for- 
ces militaires, lorsqu'il y a par oceasion 
des troupes dans l'île; les principaux 
agas turcs de la capitale; l'archevêque 
grec, et l'un des trois démogérontes cJus 
par les Grecs, dont ils sont les repré- 
sentants vis-à-vb de l'autorité supé- 
rieure. Un délégué des Arméniens est 

(z) J^emprante tous ces renseignemema 
aux lettres adressées au ministre de l'iiistnie» 
tion publique par M. de Mas-Latrie et in> 
iérées dans les jircfùves des Missions scienti^ 
fiques, mars xS5o. Je n'aurai pas toujours des 
documents aussi exacts ni aussi réceots sur 
les Iles dont l'histoire formera ce recueil : 
ceux que je don aux publications de M. de 
Mas-Latrie me seront d'autant plus précieux. 
Gomme la situation sociale et admtaistrativr 
des lies turques est presque partout la même, 
ce que nous disons ici de l'île de Chypiv 
s'applique en général à toutes les auiies. Ah 
una disce omtits. Je reproduis en l'abréi^ant 
lu lettre de M. de Mas-lastrie* 



ILE DE CHYPRE. 



86 



adoiis au ciionra, pour défendre les in- 
térêts de ses coreligionnaires ; les Ma- 
roDit» attendent cette faveur, que la 
France a demandée pour eux. 

Les contributions versées annuelle- 
ment au trésor du grand sel^eur par 
nie de Chypre s'él^ent environ à la 
somme de quatre millions de piastres ou 
on million de francs. Les sources de ce 
revenu sont : 1** le khorach, impôt per- 
sonnel à la charge exclusive des raîas, 
grecs y maronites et arméniens ; 2^ le 
miri, impôt prélevé snr la fortune pré- 
sumée des contribuables turcs ou raïas : 
ceux-ci en payent injustement les quatre 
cinquièmes denuis les événements de 
1823, bien que leur nombre, double seu- 
lement de celui des Turcs, ne dût leur 
eo faire attribuer que les deux tiers; 
3^ le bail à ferme des douanes deTtle; 
4Me fermage des salines de Larnaca et 
de Limassol ; 5** une dîme perçue sur la 
récolte de la soie et du fermage des dif- 
férents fiefs ou terres domaniales réser- 
vées au grand seigneur dès la conquête 
de rtie. 

La justice est rendue dans chaque dis- 
trict aux Turcs et aux Grecs par un cadî 
turc; mais certaines causes sont sou- 
mises au mufti de [Nicosie , et décidées 
par i^fetwca ou interprétations. Les 
Grecs dépendent encore des tribunaux 
d« leurs évéqu^s pour toutes les ques- 
tions de foi, de morale et d'état civil , 
comme les mariages et les cas de divorce, 
très-fréquents dans l*fle. Les cadis n'ad- 
mettent pas le témoignage des raïas 
dès qu'un musulman est impliqué dans 
le procès, quel qu'en soit l'objet. Cette 
procédure, commune à tout l'empire, et 
(ipi a son analogue, du reste, dans la lé- 
gislation des croisés , finira par être ré- 
jormée, tant elle est rigoureuse. On 
appelle du jugement des cadis à la déci- 
sion du ehoura, et dans les questions ré- 
servées aux évéques les Grecs peuvent 
'^orir en second ressort à la sentence 
de rarcbevéque, 

L'Église de Chypre est divisée en qua- 
tre diocèses, qui sont : Tarchevéché de 
Nicosie ou Leukosia, comme disent les 
Grecs, capitale de llie, et les évéchés de 
Larnaca, de SLérinia ou Cérines, de 
Baffo, l'andenne Pajihos, et de Limassol 
00 Limisso. Le diocèse de I^îcosie, 
plus grand de moitié que les autres. 



fournit à l'archevêque un revenu annuel 
de 240/)00 piastres turques, ou 60,000 
francs. Les sources des rentes archi- 
épiscopales sont : 1*" la contribution pré- 
levée sur toutes les églises du diocèse , 
proportionnellement à leurs revenus 
particuliers; 2* les redevances dues par 
ses vingt-sept couvents ou bénéfices; 
3® la dlme payée nar les paysans; 4» le 
tribut payé par chaque village pour le 
prix d'une messe pontificale que rarcbe- 
véque y va célébrer chaque année ; S"* la 
perception d'un talari ( 5 francs) pour 
chaque mariage célébré dans le diocèse ; 
6** enfin le droit de dispenses, si souvent 
nécessaires dans l'Église grecque pour 
cause de parenté ou de divorce. Chaque 
évéque prélève des droits analogues dans 
les limites de son ressort ; mais retendue 
du diocèse de Nicosie, qui comprend, 
outre la ville de ce nom, les districts du 
Karpas, de la Messorée, de Kythréa et 
d'Orini, donne à rarcbevéque un revenu 
double au moins de celui de ses suffra- 
gants. Outre ces rentes, l'archevêque 
reçoit encore les redevances en nature 
qu^apportent les Grecs, quand ils vien- 
nent à ISicosie, où l'archevêché est leur 
caravansérail, et les sommes assez fortes 
que payent les papas pour recevoir l'or- 
dination , car la simonie la plus déplora- 
ble régne toujours dans TÉglise erecque. 
Après avoir assujetti toutes les pro- 
vinces de l'empire byzantin , les Turcs 
respectèrent la position acquise par 
le clergé, qui continua à être, après 
comme avant la conquête , le corps le 

Îilus considéré de la nation. De sorte que 
es évéques des raïas grecs ont con- 
servé, sous le despotisme tutélaire des 
Turcs, des prérogatives qui rappellent 
l'ancienne puissance de l'Église , et qui 
ne leur ont point été laissées dans la 
Grèce indépendante. Le clergé grec du 
royaume fondé par l'affranchissement 
des Hellènes n'occupe dans l'État, orga- 
nisé sous l'influence des idées euro- 
Séennes, que la place modeste et secon- 
aire du clergé latin dans la plupart des 
États catholiques. En Turquie, ou l'on a 
peu d'instincts novateurs , où , par goût 
pour l'immobilité, on laisse se perpétuer 
le bien comme le mal , l'Église grecque 
a conservé à peu près la situation qu'elle 
avait au moyen âge, au temps de la con- 
quête. L'archevêque de Nicosie est resté 



86 



{.umvKius. 



indép^daDt de tout patriarche . mèm 
4e celui de ConstdDtinople* cbef de l'Et 
slise d'Orient. Comme celui-ci, il porte 
la pourpre; etmiand il ofGcie, il est ac- 
compagné d'im lévite portant le chande- 
lier à (leux branches. Au lieu de crosse, 
il a une canne h pomme d'or, comme Ie3 
anciens empereurs grecs.; il signe tou- 
jours 5 l'encre ruuge, et conserve pour 
sceau r»iigle impériale à deux têtes. Ce9 
privilèges datent du temps de l'empe- 
reur Zenon, ver3 47$, (|ui l'accorda à 
Tévéque de S^iamine, à 1 occasion de la 
découverte des reliques de saint Bar-^ 
sabè. Ils lurent confirmés et étendus par 
les douveriiins pontifes, lors de la trans- 
lation (1(1 siège de Famagouste a NicosiCy 
sous le règne de Guy de l.usij{nap. 

L'archevêque est nommé directement 
par la purte^ qui consulte rarem^^nt daqa 
ses choix le chapitre de Nicosie; mais 
les chapitres diocésains ont le droit de 
Donnner leurs évéqufs, sans la sanction 
de l'archevêque. Leur élection une fois 
agréée par le gouvernement turc, ils sont 
sacrés par rarihevéque, et entrent alors 
dans l'exercice de leurs fonctions ; chaque 
évéqtie a, comme le métropolitain, trpis 
grands vicaires, un exarque, charrié du re- 
couvrement des dîmes et de» autres reve- 
sus de Tévéché, un archimandrite, cl^ef 
des prêtres, un archidiacre, chef des dia- 
cres, préposés tous les deux a Tadminis- 
traiion du diocèse. Les chapitres des trois 
évechés réunis ont ensemble cinquante 
membres envirout chanoines, vicaires, 
diacres ou autres dignitaires ; le chapitre 
de Mcosie, a lui sf ul, est aussi nombreux. 
Près de quatre cents caloyers, moines^ 
bénéficiaires ou servants, obéissant a 
quatre-vingt-trois higoumènes, chefs de 
monastère, et douze cents papas ou prê- 
tres séculiers, répartisdans Tile, forment, 
avec les chapitres, uu clergé de plus de 
dix-sept cents membres pour une popu- 
lation grecque d'environ soixante-quinze 
nulle âmes. Les caloyers font vœu de cé- 
libat ; et c'est presque toujours parmi eux 
Que Ton prend les hauts dignitaires du 
clergé séculier, nécessairement e^éliba- 
taires ou veufs. Les papas, la plupart 
mariés et misérables, sont obligés de 
cultiver la terre ou de se livrer à quelque 

Ï»etit métier pour entretenir leurs en- 
ants : j'en ai trouvé souvent dans les 
villages, dit M. de Mas-Latri^ gardait 



les pourceauvi tmnt 1 wr cutopt^o» fai- 
sant des souliers. Iaw instruotion est 
entièrement nulle; car tout bomn^e est 
apte à devenir papas, pourvu qu'il sache 
lire couramment dans un bréviaire. 
' Tout est négligé et languissant daq^ 
rîle de Chypre ; ragriculture et le cora- 
iperce y sont bien peu de chose, Findus- 
trie y est à peu près nulle. Les Cliy- 
priotes ont à leur disposition un millioQ 
d'hectares de terreSi presque toutes cul- 
tivables. Us n*en exploitent pas au delà 
de soisante-cinq mille hectares. Ils cul- 
tivent les terrains les plus rapproclié» 
de leurs villages; les çiifimps elpigoé 
sont abandonnés, et restent des déserts 
incultes. Les principaux produits de l> 

gricuiture dans Tile de Chypre sont : lu 
lé et rprge, )e tabac, le cotop, la g;^' 
rauee, la solejes caroubes, le sei, l'huils 
et les vins. D'après les docunoepts re- 
cueillis par M. oe Mas-Latrie aux coa- 
sulats cfe France et de Sardaigne, es 
peut établir ainsi la quotité annuelle des 
divers produits de l'Ae de Chypre (1) : 

(l) Op vpit ppr le table^H sqivsm qq'il 
n*^st plus auestioii du cuivra iioripi les pro' 
duiU de rile de Chypre. Ses vins sont encore 
très-renommés. Ou eu distingue cinq quali- 
tés : I* les vins noirs ordinaires, dont ks 
meilleurs se récoltent i Gfaouri, à Palseocbori, 
k Omodos y aux environs de Limasiol , sur U 
lM«eb^a; a* las vins ondfljàiras voussâtres. 
qui se trouvent à peu {irès daps les mév» 
localités : les uju ci las autres font «apitiust 
et onl une fort» odeur de goudron. |i«foii tum 
lei paysans les conservent d#ns de« omm «m 
de$ bjiriU goudrouoés : ç^ vimi commuiM tf 
biglent ou s ex portent à Alfxandria, j^aiiif 
en £uro|>e; 3<* parmi bt vins de luxe k fk] 
estirnée^l li; fameux viu de corem^nderie, <]ui 
se récolte dauç \p district de l^imassol , m 
nord de Kolos&i, ancienne romm<>pderi<î Je> 
bos|)iialiers; roux quaqd il sort du |)re&»ûtr, 
ce vin se clarifie, et prend une couleur topasCr 
qui devient toujours plus Ijmpide jusqu'à b 
buiiièmeou ueuvièmeaonée ; eusuUefI .«e fonce 
suocessivenieni, el «a teinte, d*abord grenat • 
comme celle du Malaga* pa«<e presque au 
noir quand il ert axtrèniewMitit vieux : le vin 
est alors visquaux , épais el plein de Ibrce : 
c*est un eseelUut slooiacbique; 4* leauM*' 
ait plus doux qiie la précédant el «viw if 

«liercbé, quqiaps de tf9$*boi|«e quililé; 
S® le morocQ/ieUa, moins dQuiiqw« if ma^« 
est ua excellent ¥io« wsi« «l^ez rara : oa n'cp 
récolte qu'on très-petite quaiOilé, 



ILE DK CBYPHE. 



K 




■ ^ w *' a^ wpi 



VATCU on vmvuagn. 



• r m m 



,Hi,i| .e s 

c» 

nK^ures 

4« Praoee. 



UTlMiTIOU 

«pproiimatlve. 



Mf. 



Céréales ; { oi^gp. . . ,.«.••«. 
%9w& et avoine, • • « . 
Viq. 



Hiiile. . . , ; 

Uroubei , 

Fiuits et légumes 

Animaux exportés et leurs dépouilles. 

Uii, bfjirre, fromage 

▼olaille 

Poitton cl gibier 

«el. . . . 



Laine 

ioit. 

CeioR. . . , . 

GiruK^ • . . • . 

Ui. chmwe, giviae 4e Uq, aéMiic. 

Tibia f 

Soif rt ohirbpni* ,...«.•*» 
, Miel, cirt, coloquinte, poâ^ etc, , , 

i TûtaL 



6qo,ooo 
i,35o,ooo 

3oo,ooQ 
{,4qo,oqo 

1 90,00Q 

ao,ooQ 

» 
100,000 
6,0Qp,000 
IftO,000 

»o,odo 

x,6oo 

5oo 

» 
190,000 

» 



ka&s. 

id. 

id. 
coures, 
riires. 
quint. 



okes. 

id. 

id. 

id. 
quiat. 

id, 

okM. 



1 5o,ooo hect. 

337,000 

75.000 

140.0U0 

4,687 Ulog. 

A^^oo.ooo 



n 
•» 



1» 

ia5,ooo 

7,ffoo,ooo 

iSo.ooo 

afi,ooo 

3So,ooo 

II9»S0O 

I $0,000 



f,5oo,ooofr, 
i,35g,ooo 
3ou,ooo 
lt4oo.uoo 
375,000 
25o,ouo 
5oo,ooo 
85o,ooo 
5oo,oQ0 

75,000 
100 000 

75,000 

90,000 
475,000 
aào,ooo 

75,000 

I $0,000 
130,000 

i5oiOoo 
aoo,ooo 



a, 81 5,000 fr. 



Nicosie, Larnaca, Limassol et Kilani, 
les villes de fabricatioo de Ftle, ne possè- 
dent aucun étoWisfiwiMBl qui puisM étrt 
comparé aux plus petites fabriques d*Eu- 
lope. Du reste, Fétablissemept de grands 
ateliers et de manufbctureB n*est pas 
uni coadition indispepsable de la pros- 
périiéd'u» Bo«plo| et Cbypro serait suf- 
fisamment heureuse et riche , t^i le tra- 
vail iDdividuei et Tindustrie dfs ménages 
9 avaient plus d'activité et de dévelo^ 
pensent Les femmes grec(]ues de Nicosie 
et erlles de Laniaca eiécutent de jolis 
ouvrages en broderie pour la coiffure et 
lis vétemrnta des dames. La broderie 
eiUau reste, upt* vieille industrie de Tile ; 
et 11. de Mas-Latrie croit qu'on y fait 
encore cet er de Chypre ^ si recherché 
au moyen âge pour les oostumes d'église 
et (le coan si vanté dans les tableaux de 
Qos trouvères, et imité au quinzième 
sièctepar les passementiers d'Italie. Dans 
^oiMi nie, les feiames tissent à domicile 
<W« lerviettes ei des toiles communes de 
^i^« de grandes beseces en loine de 
çaulfur, servant au transport des mar- 
wuUie«, e( de groesee toiles d*«mbai- 



laiie ta ehanvre ou en lin. Micost^ net" 
tage avec Psimilophou, Bedoulla et To- 
lirguia, le tannage dee poau« verdétree, 
dont les paysans font les hautes chaus- 
sures qu'ils portent toujours pour se 
garantir de fa morsure des aspics. Ni- 
cosie fabriaue encore, comme Kiani^ 
des mousselines de soie et des hakire oa 
soie et coton, étoffe raj^ée semblable à 
une fine toile écrue. Mais les objets tes 

1)lus importants de son industrie sont 
es marocains et les indiennes. ICtle ex- 
porta ses cuirs teints en jaune, noir ou 
rouge, dans la Syrie et la Caramanie. Ses 
indiennes sont recherchées en Orient 
pour tenlures et divans. Ce sont des oty- 
tonnades importées d'Angleterre à trèe- 
bas prix, et qui une fois temtes à Nicosie ' 
s'exportent avec une valeur double eo 
Syrie , en Caramanie , à Smyrne et à , 
Constantinople. La fabrication des pote- ' 
ries communes de Larnnca, Limassof , 
Lapistro, etc., la distillation du raki, 
espèce d'eau-de-vie très- répandue dan» * 
le Levant, que chaque paysan propri^ 
taire de vignes fait avec son alambic; . 
celle dea «aux de senteurt de rû«e , d'o- 



SB 



I/UHIVCRS. 



ranger, de lavande, huile de myrte, 
laudanum, quise âiit dans les districts de 
Lapithos et de Kounia, et dans la vallée 
venloyante de Marathassa, si bien sur- 
nommée MyriafUJumsa y complète la 
série des différentes branches de l*indus- 
trie des Chypriotes. 

Le commerce de Hle consiste presque 
uniquement dans Texportation de ses 

Sroduîts naturels. Pendant une période 
e quatre années, de 1840 à 1843, les 
seules pour lesquelles des renseigne- 
ments journaliers, et aussi exacts que 
possible, aient permis de fiiire des rele- 
vés dignes de confiance, la moyenne 
annuelle des exportations s'est élevée à 
3,200,000 francs, et la moyenne des 
importations d'articles étrangers servant 
à la consommation des habitants, à près 
de la moitié de cette somme. 

Depuis la fin du seizième siècle toutes 
les provinces de Tempire turc ont été 
travaillées par une dépopulation conti- 
nue. Cette oépopulation s'est fait sentir 
en Chypre comme ailleurs. A la fin de la 
domination vénitienne, Chypre reiiferv ^ 
mait huit cent soixante villages; elle n'en 
compte plus aujourd'hui que six cent 
dix , et dans ce nombre il y en a plus de 
la moitié au-dessous de trente feux. Le 



nombre des villages entièrement pmpléi 
de Grecs ou habités par des Grecs et des 
Turcs est de dnq cent quinze ; il n'y a 
que quatre-vingt-neuf villages complè- 
tement turcs et six villages entièrement 
maronites. On a été longtemps sani 
renseignements positifs sur la popula- 
tion deirtle de Qivpre , et l'on ne peut 
regarder comme des évaluations même 
approximatives celles des voyageurs et 
des géographes qui ont avance que cette 
île ne pouvait renfermer plus de 60,000 
ni même plus de 80,000 Ames. Des cal- 
culs plus exacts, établis sur un oommea^ 
cément de statistique, dû à Talaat-£f- 
fendi, gouverneur de Chypre en 1841, 
permettent d'évaluer la population ac- 
tuelle du pays à 108 ou H0«QO0 habi- 
tants , ainsi divisés : 75 à 76,000 Grecs, 
32 à 83,000 Turcs, 12 à l,30a Maroni- 
tes, 500 catholiques romains, la plu- 
part Européens, et 150 à 160 Armé- 
niens. Nicosie seule a une population de 
12,000 habitants, dont 8,000 Turcs, 
8,700 Grecs, 150 Arméniens, et une cen- 
taine de Maronites. Le tableau suivant 
présente les derniers résultats de la 8ta« 
tistique sur la population , les impAts et 
la superficie de l'île de Chypre : 







NOMBRE D'HABITANTS. 




S.i 


QOOTtri 


i 1 


DISTRICTS. 


eBBV»-l.U«X. 


— -^ 






TOT AI.. 


de 


cSS 






T»rc«. 


Grèce. 


Divers. 




1 -^ 


n«pA«. 


lï 


Xarnaca. 


Laroaea. 


3,000 


9,500 


600 eatbollqaee 
etqq.MaroBitee. 


13,000 


42 


rq. 

Irlet 


«! 


UmwML 


UnaMol. 


2,000 


6,600 


> 


8,500 


66 


"il 


36 


Kilani «t ÂTdlmoii. 


Kilaal. 


800 


5,000 


» 


5,800 


39 


pi 


36 


BafTo et KonUia. 


Ktima. 


4,000 


7,000 


t 


11,000 


79 


30 1 


Chrytotthon. 


Cbrysochoa. 


1,500 


3,600 


» 


6,000 


66 


46 


Ufta. 


Ufta. 


2,400 


4,600 


» 


7,000 


39 


42 


Morpho. 


Morpbo. 


1,000 


4,500 


180à200Maron. 


6,600 


44 


28 


Upitbo et Kérfaia. 


Xérinta. 


8,000 


5,000 


1,000 id. 


9,000 


43 


46 


Oriai «t Tillyrglia. 


UthnxIOD^. 


6 4 700 


6,400 


> 


6,000 


61 


44 


Kytbréft. 


Kytbréa. 


2,00016,500 


> 


7,600 


40 


.. «e 


30 


Messorèe on HcMOiga. 


VatiU. 


2,000 ;8,000 


» ' 


10,000 


64 


|sl 


82 


Karpu. 


Famagosfte. 


3,000; 5,000 


200 Anaénient. 


8,200 


51 




100 


Mieodo. 


Nicosie. 


3,000 


3,700 


lOO Maronitce. 


12,000 


» 




» 


616 












5^-5 






^iSS 



RésuMÉ ; GONCLUsioir. — On voit 

*par ce tableau de Tétat actuel de Ttle de 

Chypre dans quelle décadence morale et 

matérielle elle est tombée. Cest à ce 

misérable résultat qu'est venue atwutir 



cette longue existence historique, dont 
nous venons de représenter en résumé 
toutes les vicissitudes. Peuplée d'abord 
par les Phéniciens et les Grecs , les deoi 
peuples les plus commerçants et )m plus 



ILE DE CHYPRE. 



89 



■dutliieia de Vaamm monde, eetto fie, 
fl6foriiéedela nature, était parvenue 
ÀODliaiit degré de prospérité, qu'elle sat 
conserver tous les différentes conquêtes 
qu'il lai fallut subir. Sons les Égyptiens, 
les Perses, les Grecs, les Romains, qui la 
possédèrent tour à tour, elle ne cessa pas 
aétre florissante par eoa industrie, son 
eommeree et son aiqriculture. Mais en 
même temps le earactèrede ses habitants, 
adonnés au luxe et à la mollesse, leurs 
mceurs relâchées, empêchèrent 111e de 
Chypre d'obtenir dans l'antiquité une 
srandeimportasce|)olitique, etde figurer 
dans Tbistoire aussi honorablement que 
d'aatrestles, moins considérables par leur 
étendue et leurs ressources naturelles. 
Les Grecs de Chypre restèrent toujours en 
général au-dessous du niveau commun de 
leur race, et cela à toutes les époques de 
l'histoire, au temps des luttes contre les 
Perses comme pendant rinsorrection 
contre les Turcs. Au moyen âge la dé- 
gradation de la race grecque était univer- 
selle; et Itle de Chypre, comme toutes 
les antres parties du Bas-Empire, mar- 
efaait visiblement À une décadence com- 
plète, lorscfue la conquête de Richard 
Cœur de Lion , en la misant passer sous 
la domination franque, la releva de son 
abaissement et lui rendit une vie nou- 
velle. Elle traversa alors avec gloire une 
période détruis siècles, pendant laquelle 
^ acquit une grande importance po- 
litiqne, comme boulevard de la chré- 
tienté contre Tislamismc, où elle jette 
on vif éclat par ses arts , son industrie* 
son commerce, et où elle atteignit à une 
opulence et à une splendeur qui surpas- 
sèrent peut-être celles qu'elle avait eues 
aox plus beaux temps de son histoire 
ancienne. Mais le fléau qui s^abattit sur 
jcs contrées autrefois si florissantes de 
1 Asie et de l'Europe orientale, au quin- 
oèmeet au seisième siècle, étendit aussi 
ws ravages sur cette tle, que Venise fut 
iapoissantè à garantir. Elle devint la 
proie des Turcs, et tomba dès lors dans le 
<lomaine de la barbarie. Voilà cependant 
Que cette société musulmane, qui se 
laissait nonchalamment mourir avec les 
Pfopies enchaînés à son sort, semble 
disposée à conjurer Flieure fatale, et con- 
*^t à se laisser appliquer tous les re- 
Btèdesquela politique de l'Occident met 
i sa disposition. Le hatti-schériff de 1889 



a inauguré une ère de réformes et de 
progrès pour l'empire ottoman; une 
nouvelle ovganisation administrative 
fonctionne aujourd'hui d'un bout à l'au- 
tre de ses vastes frontières. Les publicis- 
tes (1), les hommes d'État, les voyageurs 
semblent d^'accord pour constater et cé- 
lébrer les heureux résultats de cette cou- 
rageuse tentative, et expriment des 
espérances que je ne veux certes pas 
contredire, mais que le temps seul pourra 
confirmer, en les réalisant* Le paysan 
chypriote commence à respirer sous un 
régime plus régulier, où les exactions et 
les avanies ne sont plus que des excep- 
tions ; il ne sonae plus à quitter son tle, 
il cultive , il défriche. « Pal vu sur le 
mont Olympe, dit M. de Mas-Latrie (3), 
des vallées d'une et deux lieues d'éten- 
due mises en valeur depuis peu d'années 
et coavertes déjà de Beaux plants de 
mûriers. La confiance, en ramenant le 
travail , facilitera le payement de l'im- 

Edt. augmentera peu à peu l'aisance des 
abitants. En même temps le gouverne- 
ment se régularise; la perception de 
l'impôt étant plus fecile, ses procédés 
seront moins violents, moins arbitraires, 
et le raîa comprend que des temps 
meilleurs commencent à venir pour lui. » 
Sans doute, i'aime à le croire, ces temps 
viendront ; les Grecs de Ttle de Chvpre 
ont assez souffert depuis trois siècles 
pour que la Providence leur ménage enfin 
des jours plus heureux ; mais il faut qu'ils 
sachent s en rendre dignes, il faut qu*ils 
comprennent bien qiril ne suffit pas 
de quelques réformes administratives de 
leurs maîtres pour les régénérer, que 
cette grande entreprise n'aboutira pas 
slls ny travaillent eux-mêmes. Le gou- 
vernement turc a fait son devoir en amé- 
liorant la situation de ses sujets et en 
allégeant le joug qu'il leur avait imposé ; 
c'est à ceux-ci, maintenant que la main 
des conquérants pèse moins lourdement 
sur leur tête, à faire des efforts éner- 
giques pour se relever de rabaissement 
où ils étaient tombés, à sortir de la mi- 

(i) Foy, rîntéressant ouvrage pablié ré- 
cemment par M. Ubicini, sons le titre de Let" 
très sur la Turquie, Le premier volume seul 
a paru. 

(a) Yoir U Correspondant, numéro du 
xo août x847, p, 372. 



1 



00 



vvïïpnas. 



mite 9iiorM qu% rif(riiva|t AU puNif 
toujoun 9U% p^uplM awwrvis, m»» qu'iti 

Jpuveni ratrpuver noua m régime filiii 
OUI lA pl|is équitable. Malnauiwuftr 
mmt k plus pulMant Uislrumant de n» 
(EtoératioM &i( 1^ HUmIi le «large graa 
06 1 tu 4e Cbypra aat bora d'aui d« osar 
coijrir ppur aa part a ramélieratiiMi 
iDQrala at i^tallaotualla du paupla t la 
tAta dMqyal il aal plaaa, al dont II aotra^t 
ti^Pt Tignaranaa a( las préjugea par aa« 
prppra a<«iiipla. Oa trouva plua da lu» 
miàra at da tolârapoaobfglaaftraea lal« 
4u^ da la aUaa a aiaaa que altai laa pré« 
traa I doat la fiipatkma aat tauiours auiai 



yivaaa ^u'au ta«pa daa ooi 
iitéaa par la aebia«M d'Qriaat. IHi pcaia, 
iaa araei oa aavaat paa aaaaa, à Chfpm 
mmmê aillauva, qoa c« qui los a pardui, 
G*aat la triati diasanfimoiit roligîoux qui 
las a fiéparéa da l'tgiiio latine, mit les a 
isolés da TËuropa, qui loaa IWpm à t'ia- 
laiaisma, à la sarvitada, à ta barlsarie, 
alilana oompiminaBtpasaaoBra, aija- 
piaia lia la aampraoaaat, qu*ila •• vqr- 
roai ta fia da laurs miièaes qiia daos 
rabjuratian da aa déplaaabla nnaaîaaia 

Îui laa anima toujaura aaat^a nana, at 
a aatta iaaaraBoa prafanda qai Fatar- 
BJaa au mulau d'aui. 



ILE DE RHODES <> 



DBieiifTfoir ST evouBâram oom- 
^Autu M lIlb i»b ahodvs. 

A$rifiT ST nous JPIFpiAltEfTS DR 

L^tLs Q« Khop««. — Si Von quitte Hid 
^ Cbypr^ pour «e nipprocb^r des ip^rs 
de Id Grio^, b prfipiçr# ttfrre que Tq^ 
rencontra à i entrée (te la mer Ëuf 9 ou (J« 
i'Arcbipel, #0 suivant tesc^téf oa TAsi» 
Miqeuri , c*^ 1^1 ricbfi et glorteuH tle 
oe Bbodff, ^^i «'pnoooce du Ipio oar 1*^ 
claunu \mfi\$rê d# ^ riîdge^, Rhodes, 
Il véri|#Me cité du ^aieil , eomme dit la 
waeeur im pialoguH du Luaiep, «t 
^h comm te soleiriui-méme (3) . J/^rs- 
9^00 louvpie en serrapt de près la e^ta 
pour arriver 9 fo ville qui m située à le 
mm mtepifioniH de ritot on voit s« 
dérouler devant 991 uue luite variée de 
migniSqu^ paysages. Deseoteaus s'ar* 
[0ndis»eut doiiceoient e( entreeroisem 
leurs courbes gracieu$ee; fouvent leura 
soiDfn^s o^ralssent pus et aabionneui^ , 
m\% ils Aipaelieot de ees reflets d'axur 
^\ (l'or que ron ne retrouve que sous ee 
beau ml de la Grèoe e^ de TAsie Mi- 
neure. La pente des hauteurs est ordi- 
Ddirement couverte de bois touffus et 
^Noyante « qui sont à la fois la parure 
Ha ricl)eMe de rtle. Çà et là de hauts 
palmiers se balancent au milieu des ar- 
m moins élevés des forets, ou s'élèvent 
i^lei sur la plage , annonçant de loin 
^u Toy^geur que cette terre appartient 

[i) Coosalier noqr Tbistoire ancienne de 
Rbodes : Coroqeili, Isola di RhotH, geogra- 
k^tUoricQ, tf/itica c moderna, eott aiire 
^^•çmti, çàppss9Jtiie da eapalieri kospita- 
^'fri di ê, iiovammi di Gervtalenunê ; Vepe- 
zia, iSIS, iii-S#. — Rost, RIiodos, kêsiomck- 
^ffktnhgUêhês Jras9unt.i ÀlloiM, xa^^, 
M". - C. Mamert , Q$oMntnkU d» arm- 
«*« ma Rimri artirle Rkadw, part» vi, 
'01. III, p. aoa-aSi ; Nurewb., |«Q9, in-S», 
-le colonel lVettigr«, Qç4Çrif(iça dc4 Monur 
»<nu de Rhodes^ in-4«» avec atlas : Bruxelles, 
'tîo. 

(») Ueieti, Amgrtêy XXXVIII, 7, 8 ; coll. 

Didei, p. 388. 



encore a TOrient. La mer ne baigne p9$ 
toujours le pied des hauteurs: des prai- 
ries et de^ champs cultivés n'étendeq! 
quelquefois sur le hvage, qui ordinai- 
rement est comme entoure d*un rem* 
part naturel de rochers nui et peu 
élevés. 

Cette tie, dont tons les vovageurg ap- 
ciens e( modernes ont décrit aveq en* 
ijiousiasroe Taspect enchanteur; est dé- 
signée dans Tantiquité sous ditféreRti 

noms. On rappela d*abord Ophiu^a^ h 
eause dee oomoreui^ serpents oui se ca? 
chaient dans les broussailles de se« fo- 
rêts* On la nomma aussi T^tchinù^ Ten- 
chanteresse, ou la terre des Telchme« ; 
Sthrma, TAérlenne; W^acr/a, Ttleçux 
trois pointes ou auK trois capitales ; Co- 
rymbia > llle aux couronnes de lierre , 
aans doute à cause dee triomphe; de ses 
athlètes; Pressa, rtle de Péan, à èausf 
d'ApoHoQ, à qui elle était consacrée; 
Vacaria, la Bienheureuse ; et epQn /^tci- 
byria, nom qui était aussi celui du piç 
principal qui s*élève h son centre, et qui 
ravait reçu . dit-on , d*ua ancien roi du 
peysClj. 000 vrai nom historique est celqi 
de Pthodes, qui lui a sans doute été donné 
à cause de la grande quantité de rosiers* 
quidetout temps en ont couvert naturelle- 
ment tous les cna m ps en friche. Recueillir 
leurs fleurs, en extraire resseoce et en faire 
des conserves, est encore aujourd'hui la 
principale occupation des femmes tur- 
ques établies dans Ttle. Cette explication 
au nom de Hhodes était trop simple et 
trop naturelle pour que tout le monde 
ait pu s'en contenter. On a supposé que 
ce nom venait d'un bouton de rose «n 
cuivre qui fut trouvé en jetant les fon- 
dements de Undos, l'une des plus an** 
ciennes villes de l'île. Selon d'autres, 
Apollon lui donne ee nom en eouveaif 
d*uRe nymphe qu'il aimait. Elle s*appe* 

(i) Cf. Meurftius, Rhodtis, |, I, c. lit j Dap- 
per, Description ^ p. 88; Rotliers. Ato/iU' 
ments de Rhfidês, p« 37 ; Forbiçer, aaudiuçh 
der atten Géographie^ t. II, p. ^4 r j Coiooelti, 
Dçir isola eff Rodi, ^. 3. 



93 



L'innTE&s. 



lait Rhodes, et elle était fille de Neptune 
et d^Halia, sœur des Telchines , que la lé- 
gende rapportée par Diodore de Sicile 
aonne comme la plus ancienne &mille 
qui ait habité ce pays (1). Bochart veut 
que le nom de Rhodes soit phénicien 
d'ori^e, qu'il vienne de Gésirath'hodj 
ce qui signifie dans la langue de ce peu- 

ϻle Ile des serpents. Contentons-nous de 
*étymologie grecque, qui fait dériver le 
nom de Rhodes du mot grec ^6Sov ; les 
Rhodiens la préférèrent à toute autre, et 
prirent la rose pour emblème, comme 
on le voit sur leurs monnaies, oui repré- 
sentent d'un c6té le soleil et ae l'autre 
one rose épanouie (S). 

Position, étendue de l'île br 
Rhodes. — L'Ile de Rhodes est située 
dans la mer Carpathienne, sous le 36® de- 
gré de latitude, et entre le 25® et le 2G' de- 
fré de longitude à partir du méridien de 
ans. Elle forme un ovale, qui s'allonge 
dans la direction du nord au sud, et dont 
la pointe septentrionale n*est s^arée 

3ue par un canal d'environ trois neues 
e largeur de la côte d'Asie dont Itle de 
Rhodes semble n'être qu'un fragment 
détaché. Sa longueur est d'environ vingt 
lieues de France, et sa plus grande lar- 
geur de sept à huit (3). Du reste, ses di- 
mensions n'ont Jamais été bien rigoureu- 
sement établies ni par les géographes 
anciens, ni même par les moKdernes. La 
côte d'Asie qui fait face à l'tle de Rhodes 
était autrefois la Dorîde ; elle appartenait 
à l'ancienne Carie , d'où se detacliaient 
les deux presqulles que les anciens appe- 
laient,rune la péninsuledeCnide. l'autre 
la péninsule Rhodienne. Cette dernière 
8*avance dans la direction du sud, et cor- 
respond exactement au cap Saint-Étienne 
ou des Moulins, qui termine au nord Ttle 

(r)Dîod.,V,56. 

(a) Au reste, cette ooncliuion n'ett qu'âne 
hypothèse. Il y en a qui voient dans U fleur 
des médailles rnodieanes la fleur du grenadier 
sanvage, appelée Ao/afanV/m, dont on tirait une 
temtore de pourpre. D'autres la prennent 
pour l'héliotrope. En réalité elle ressemble 
plutôt à la fleur du grenadier domestique. 
f^ojr. Dapper, Descript., p. 5a e, dans un 
appendice sur les médailles des îles. 

(3) Pline {H'ut. Nat., Y, 36) loi donne 
xa5,ooo pas de tour ; il la place à 57S,ooo 
pas d'Alexandrie, et à fe6,ooo de Tile de 
Chypre, 



de Rhodes. L'autre 8*écarte au loin ven 
l'ouest, et semble se confondre avec Hle 
de Cos , qui paraît en être le prolonge- 
ment. A rorient et au sud de rile s'*étend 
une mer vaste et solitaire, où Fœil se 
fatigue vainement à chercher à Tborizon 
les rivages de la Syrie et de l'Afrique. 
Au nord et à l'ouest le spectacle est plus 
varié; on aperçoit les cimes éclatantes 
des montagnes de la Doride et de la 
Lycie, et, au milieu des flots biens de la 
mer de Carpathos , le groupe dtles sur 
lesauelles Rhodes a longtemps régné, 
et aont plusieurs ne sont que des éeueils 
stériles et inhabités. Les plus importan- 
tes d'entre ces fies, dont Rhodes a été 
comme la reine , sont Simia, TaDcienne 
Syme, qui touche presque à la Doride , 
Cnalcis, Télos, Misyros, aujourd'hui 
Cbaici, Piscopia, MIsara ; cestles se succè- 
dent les unes aux autres dans la direction 
de Ifle de Cos , oui borne an nord-ouest 
l'horizon. Vers le sud-ouest , on voit se 
détacher du sein des flots Itle de Carpa- 
thos avec les tlots qui l'environnent, et 
an delà les pics élevés du mont Ida de 
rtle de Crète, qui forme vers le sud la 
barrière de l'Archipel. 

Air, climat, natube bu pats. 
— Le climat de l'tle de Rhodes , tiède 
en hiver, rafraîchi pendant l'été par des 
brises régulières, son ciel si pur et si bril- 
lant, en font auiourd'hui , comme au tre- 
fois , le plus délicieux séjour (I). L'air y 
est extrêmement sain ; rarement le ciel y 
est couvert de nuages, et on n'y voit ja mas 
un jour entier sans soleil. Aussi Ptie de 
Rhodes avait-elle été consacrée par les 
anciens au dieu de la lumière. Le culte 
d'Apollon y tenait la première place, 
comme celui d'Aphrodite en Cypre. 
Pbœbus y avait des temples magnifi- 
ques ; on y montrait son char, on y ad- 
mi rait son fameux colosse, qui était rangé 
parmi les merveilles du monde. Les 
poètes latins lui ont souvent donné IV 
pithète de Clara ^ que Ton put enten- 
dre aussi bien de sa célébrité historique, 
2ue de la clarté du soleil qui rédaire. 
.e vers d'^orace 

Laodabant alli daram Rbodon.... 

était peut-être compris dans ce dernier 
sens par Lucain, quand il écrivait à son 

(z) M. de Marcellus, Soupenirt de fO- 
rient, II, a68. 



ILE DE RHODES. 



tour ces mots, qui sembleot eompléter la 
pensée da eélèbre lyrique : 

Claraiiu|ae reUnquit 

Soie HbodoiL 

Malgré rédat de sou soleil, Ftle de 
Rhodes n'est pas exposée à l'inconvé- 
nieot des sécbmsses et des chaleurs ex- 
traordinaires. Aussi f grâce à la douceur 
du climat, la végétation n*y est jamais in» 
terronipue, et la nature semble ravoir do« 
téa d'un printemps perpétuel. Ses eo» 
teaux , boisés , offrent un feuillage pres« 
ijue toujours verdoyant. De tout temps 
1 île a exporté une grande quantité de bois 
de chauffage et de construction (1). Les 
plaises sont couvertes d'arbres fruitiers ; 
on y recueille en abondance des raisins, 
des olives, des citrons, des oranges, 
des grenades, des figues et même des 
dattes. Le terroir, quoique fertile , est 
peu propre à la culture des céréales (2}. 
Les pâtura^ v sont excellents, et peu- 
vent nourrir de nombreux troupeaux. 
L'île abondait autrefois en plantes mé» 
dicJDales et potagères; et il ne £eiudrait 
qu*uQ peu de travail et de culture pour 
loi rendre la prospérité qu'elle avait sous 
les anciens et sous le gouvernement des 
iprands maîtres. 

Malgré l'état misérable de la popula- 
tioDactuelledeFllede Rhodes, etledépto- 
rable abandon de ses campagnes , la na- 
ture y est si belle de ses propres oeuvres, 
qu'on ne peut voir Rhodes sans admi- 
ratioo ni la quitter sans regret. C'est 
là le double sentiment exprimé dans 
preM]ue tous les livres récemment pu- 
Uiés sur la Grèce et l'Orient par nos 
touristes modernes, et où, à défaut de 
œs études solides qui demandent du 
temps et de la sdence, se trouvent ra- 
<^mées de vraies et spirituelles impres- 
sions de voyage. « En découvrant cette 
i|e diarmante, dit M. d'Estourmel, je ne 
dirai pas que mon attente fut surpassée; 
cv ce que j'attendais et ce que j*ai vu 

(0 Pocodie, Description de F Orient^ t. IV, 

p.aoS. 

(>) L'île ne fournissait pas assez de blé 
pour la consommation de ses habitants. « /n- 
J"^ se ituutœ parvœ et sterilis agris littorî' 
^» qum nequaquam alere tantœ urbis po-' 
P^^posset. » Tîle-Live, XLV, aS.Leoom- 
'^'crce était indispensable à Texislence de sa 
Qombftmepopulation, 



n'ont aucun rapport. Mon œil, encore 
attristé de la nudité du sol de la Grèce* 
pouvait-il se flatter de rencontrer une si 
belle et si riche végétation ! Toute l'en- 
ceinte d'Athènes ne m'avait offert que 
trois palmiers ; ici ils croissaient eu nom- 
breux bouquets, couronnaient les hau- 
teurs, et formaient une ceinture verte au- 
tour des murs de la ville Je suis de 

plus en plus enchanté de Rhodes. « Que 
« serait-ce si vous l'aviez entendu ! » disait 
Escbine, dans cette même tle, quand on 
lisait en sa présence la harangue de 
Démosthène, qui l'avait fait exiler d'A- 
thènes. Que serait-ce si vous aviez vu 
Rhodes ! suls-je aussi tenté de dire cha- 
que fois que j'entreprends de donner une 
idée de cet agréable et curieux séjour ( 1 ). » 
Chez M. de Marcellus l'admiration est 
encore plus vive , et s'élève iusqu'à l'en- 
thousiasme. « Rhodes est rife que j'aime* 
Scio, triste victime des révolutions, n'est 
plus qu un séjour de deuil.Lesbos, oubliée 
des voyageurs, est froide et sauvage; 
Chypre et Candie sont des royaumes 
plus que des îles : mais Rhodes est la 
rose de l'Archipel. Située vers la grande 
mer, comme une fleur détachée du ri- 
vage , Rhodes touche presque aux belles 
montagnes de la Qliae, et s'avance dans 
les flots telle qu'une sentinelle vigilante; 
elle est asiatique et européenne à la fois; 
les vents familiers à ces parages y amè- 
nent de toutes parts , et elle devient la 
relâche obligée de tous les vaisseaux 

3ui cinglent vers la Syrie ou TËgypte 
e le répète, Rhodes est ma terre fa- 
vorite : 

lUe terramm mllil prêter omnea 
AngoJoa ridet. 

C'est là que vont mes vœux et mes re- 
grets. Cest là une je voudrais aborder, si 
le flot des révolutions doit me jeter loin 
de mon pays; et quel homme depuis 
cinquante ans n'a pas chaque jour mêlé 
cette triste prévision À ses rêveries! C'est 
là même sans révolutions que je voudrais 
revenir; il est si fadle et si doux d'y 
vivre 1 Après tant d'années, je songe en- 
core avec bonheur à la maison c|ue j'y 
habitais, et que je n'hésitai pas à ache^ 
ter, tant Rhodes s'était associée à mes 
chimères et me semblait devoir jouer un 

(i) Journal <Cun Voyage en Orient^ par le 
eomte Joseph d'Estourmel, t. II, p. iB\ i06« 



d4 



t^ONlVËftS. 



fMe tant mon atenlr ! Otti ûmcné m*«dt 
eùvlê un t«i asite (I). » — « Je ne condds 
au monilé, dit M. d« tamartine, ni uni 
pld^ b«1te position militaire maritime, 
ni un plus beau tAel , ni une terré plus 
riflnté et plus féconde.... Je fejjrettè 
(".ette belle fie comme tinô apparition 
du'on voudrait ranimer, je m*v fixerais 
A elle était moins séparée du monrJé vl- 
f ant, avee lequel la destinée et le devoir 
nous Imposent la loi de vivre t Quelles 
délicieuses retraites aujt flancs de hautes 
montagnes et siir ces gradins ombragés 
de tous les arbres de TAsie! On m^y â 
montré une maison magnifique appar- 
tenant â Tancien pacha, entourée de trois 
grands et riches Jardins baignés de fon- 
taines abondantes, ornés de kiosques 
ravissants. On en demande 1 6,000 pias- 
tres de capital, c'est-à-dire 4,000 francs ^ 
voilà du bonheur à bon marché (2}. » OU 
le voit, tons les témoignages les ptus ré- 
cents sontunanimes;chacunetpfimeàsd 
manière Tadmiratlon ouelul Inspire cette 
fie fortunée, et certes il n*v a rien de cou- 
ténu ou de factice dans cette admiration. 
CéWt aussi le sentiment des anciens eux- 
inéiiies, qui vivaient cependant sous un 
si beau climat, dans des contrées belles 
encore, malgré leur désolation actuelle $ 
fOur eut 1 fie de Rhodes était l'objet dei 

Élus vives prédilections. Âleicandre Id 
Irand voulait y établir sa mère Olym- 
p(a< \ les grands de Rome aimaient h y 
Vlvre;onlaclidiSissait pour lieud'el^îl; 
Tibère y p issa huit années, qui furent, 
aiflon tes plus heureuses, au moins ié^ 
plus tranquilles de sa vie. Cet acrôrd des 
anciens et des MùâurtitMl h eélébrer la 
beauté et les agréments de cette fie , et 

0tla ft la distance de taut de siècles ef 
éhûi des conditions al dissemblable.?, 
protiveqtie Rhodes est réellement un des 
l^ats de la terre les plus favorisés de fa 
nature et les plus Heureusement dllpO' 
iêi pour le séjour des hommes. 

TKCMnLtMtWta M f Ëtlltt Et llVOlt-' 

t^ATto^n. — Malgré tons ces avartta.^es, 
rfle de Rhodes n'a pas toujours été àf i'â' 
Uri de ces grands fléattt naturels qui 
bouleversent un pays et consternent les 

(t) êftrttvenirs de VOtient, ptt le vtComte 
de Marcelliis, t. Il, p. a6S. 

(4) ut. dé iJimartlite, rcf/a^e en Orient, 
riftfïvr., t. Tf, p. tSa. 



tlatlons. Etté tut ravagée I diffâ^tes re- 

Srises par des tremblementa de terre ef par 
es iDondatiom. Rbodw Mfitible avoir éxè 
le produit d*une des dernières a|ptdf ions 
TOlcaniqued (|ui remuèrem le fond de là 
Méditerranée et aul doDoèrent à âda tles 
et à ses rivages leur fortnè et leur état 
définitifs. Les anciens se seuvenaient 
d'avoir vu haltra 111e de Rhodei \ 9% Pie- 
dere e rêelieilii l'aïUqué légende qei 
rseodtait eomment eette tié s'éuit éle- 
vée du séln des flots pour venir effrit 
SCS campagnes encore homidee set 
rayoïis fécondants du soleil. Ott a rt- 
marqué que les roohers voisios de la 
ville de Rhodes n'étaient qu'an eitias 
de ooquillfiges marins^ iiKtuirtés dens tin 
sable lin (t)^ preuve eertiiine que Ttie, 
formée lentement par raicglortiérmlon de 
ees coquilles au fond de la m^r, e été 
ensuite lancés à la surface par aue érup- 
tion voloonique. La méfne forise qui i 
produit nie de Rhodes pourrait bien )a 
détruire, et l'histoire a eons^rvé le sou- 
tenir des grands tremblemcnis do terrs 
qui eu ont ébrablé les fondemeota. l/ae 
tt% avant lère ehrétienoe, l'fhi fut vie- 
lertiiHeiit secouée par uoo aeiteikm fou- 
terraine. Les murs de la ville Céerodiè* 
veiii ) le colosse tomba ef ftit brlié^ les 
veisseauss'entro'dhoquêremdaneleperti 
et plusieurs y foron t ennloutlft (1). Le dé* 
sestre lut grand, matt rscttvHé ée9 Rbe- 
diens et les dons de tous les prlonn itrecs 
de PAaiCf ipji avaient Imérlt i reletar 
esttè V Ale4 si nécessaire k leur éommerce* 
le réparèrent promptement. L« aceon4 
tremblement de terre dont eetta île fet 
affligée éclata solis le règne d'AMonla. 
Rhodes i Ces ^ plusieurs tilles d« la Ca- 
rie et de la Lveie fureat reltvirsM 
et relevées aossiiét par k Mbérallté de 
l'empereur (S). Sous CofistancOf sous 
Anastase h' le même fléau sertaMveta 
encore^ et causa ses ratages ordinaires. 
]>epuis le cidquième alècie il n'est phfs 
fait mention des tremblements de terre 
de nie de Rbedes (4). 

(i)Voy« RêvUe ées tfeux Ktondes, 1844, 
^. 8o<^; L'Ile de àftodes, arl. de M. CoUiit, 
/a)PoIyb.^ V, SS. 

(3) Paasan., Tiff, 43, 4. 

(4) Au fnoiriédt où j'écris ces' ti^ael on lit 
ââni lei Journaux du Lcvâftf. et surtout daa^ 
Cimptwtial de Smyrnc, en daté dû 6 inar> , 



ILE t>e HHObES. 



M 



Ut aoeiemiM ifiondati^tift dnl Misé 
mil de t«rriBI«ft smiveniri. « Au ttmpê 
àfB TeldMAet, dit ÎMôéfe de Bidle, l'fl« 
était eolièfeiiMstit Muirefte par les eaux; 
le soleil la dessécha , la rendit fieofide, 
et y établit les enfkftta du'll âYalt eus 
de ffl nymphe AhcrdoS. «> ChistOiien qui 
rvpporte eette tégetide en donne aussi la 
féritaMé explication, quand II ajoute que 
Il m\ sens de ee itiyttie est que le terrain 
di rtii était primititeifient marécageut , 
()ue lé soleil te desséetta, et mi'il rendit 
lé psvs fertile et liabitable (f). Depuis 
eedéiu^ primitif, eontemporein de It 
nâisssnèe même de nie , Ahodes a subi 
pluslpurs inondations, qui ont été pouf 
elle de véritables cfttamités. La troisième 
et la plus désastreuse est celle de i*ait 
310 avant Têrë dtrétienne. fille Ait pro" 
dttite par un orase effroyable qui s^anat' 
tlt sur rtle au printemps de eette année, 
n tomba des torrents de pluie et une 
gflte d'une prodigieuse grosseur. Lea 
^loDs étalent du poids d'une mine 
(43Q grammes) et même plus gros; en 
tombant ils détruisaient les maisons et 
tuileat les hommes et les animaut. 
Comme la tille de Rhodes était bfttie ett 
amphithéâtre , les eattx se réunirent en 
KO point et totites les parties basses fn« 
ittn inondées. On était sur Ift fhi de 
i'hiter, et on atait négligé de nettoyer 
\H esnSut pratiqués pour l'éeoulement 
te eaujt. Atissl la fille Se remplissait* 
elle eomme tm faste bassin ) les bâbl* 
ttnts, époof sntls , se réfuglftlent sur let 
nivireSf OU dans les édifiées des haute 
quartiers. Lorsque tout â eoop la pttê* 
slon des eaux rentersa uft faste pan de 
uinraille, et eette ouferture latoriSâ leur 
éeotilement. Rhodes filt dégstfée en peu 
de tmps, et tottt rentra dans rétat habi* 
toei; mais un grand nombre d'édiftecS 
araltnt été endommagés « et ee désastre 
anit eodté la fie à plus de einq eent» 
personnes (3). Telle est la force terrible 
des orages qui fendent qtielqtefMS suf 
nie de Rhodes. 

dts diuiU circonstantiés relatifs à un tr^OH 
Uemeat de terre qui vient de éausef de 
grauds déiaiirei dans Vi\€ de Hitodea et aw le 
^oiineat, à Maeri. U tiecHMêe pritteijMie a eu 
^ le «s léf riM> lSS«. 

(i) Oiodor., V, 56. 

(î) Diod., XIX, 45. 



Un antre téàd, non moins Aineste, 
tient eneore de temps en temps s^abattre 
sur ses eampagnes. Ce sont des saute- 
relies, que le vent du sud lui apporte d'A- 
frique. En iei5 elles déférèrent presque 
toutes les récoltes. Du temps des ehëf d- 
tiers , quand la population de rtie était 
nombreuse f à rapproche du fléau, que 
Ton apercevait de loin comme un nuage 
noir, on s'assemblait sur la edte en pous- 
sant des cris et en frappent sur des us- 
tensiles de euif re. on pârfenait quelque- 
fois à époufanter les Sauterelles, quiévi- 
tsient n'aborder Su rivage, et passaient 
à edté de rne ; ensuite, épuisëesde fsti^ne 
et toujours poussées par le fent, elles 
allaient s*abfmer dans les flots (i). Au- 
jourd'huli que nie d mottis d'habitants, les 
sauterelles la déf estent lom à leur aise. 

PlllNCtP4L«8 PHOntJCtîOlïS DIS RlIO- 

i>es. — L*lle de Rhodes n*était ni âussi 
étendue ni aussi féconde que l*lle de 
Chypre. Elle dut son importance et 
sa célébrité plutôt au dôurage et h Vae^ 
tifité de ses habitants qu'à ses richesses 
naturelles. Cependant on recherehait 
afee empressement quelques produits 
qui lai étalent pârtlculiers.Certaihes den- 
rées rhodiennes , eomme M les appe- 
lait, étaient préférées à tdutes les entres 
du même genre, tù eolle de Rhodes était 
la plus recherchée des peintres et des 
médeélns. Selon fline« le eyperns de 
Rhodes était (brt estimé. On Appelle ey- 
perus (souehet, Cf/perui mgttê) une 
eorte de Jonc dont fa radne ressemble i 
une otlve noire et est d'un grand usage 
en médecine. Le eyperns le plus redher^ 
(^é thez tes endens Aalt eelui du 

Says d'Ammen, en secotid Heu celtrl 
e Rliodes, en troisième eelui de Théra. 
en quatrième celui d'Eg|Ote(l}. Pline et 
Athénée font mention <3>tfl eertain on- 
guent dé Rhodes qnlls appellent un- 
gitt^nfum erocintim,éM'h'ilfe onguent 
sdfrâoé. Llle de Rhodes produisait une 
espèee de raisin fort renommée, que 
Tirgile a chantée dans Ses Géorgiquêê (S), 

Kdft #10 le, iH et uMMts semla Meeeet*, 
Tfanaieria« HImmUr, êi tuiaMiS^ tuaiaiie, 

t rac^Aiis. 

(i) Kotliers, Monuments de Rltodei^ p. 33. 
(a) Pline, Hist, Nat., 1x1, ^d i J WeBi- 
sius, Rhod,, p. 76 et suif. 
(3) Virg., Georg,<, If, to6. 



v^ 



L'UNIVERS* 



Le via de Rhodes était estimé Tégal da 
vin de Gos ; il flattait agréablement le 
goût et Fodorat. La poix de Rhodes était 
aussi recherchée que celle du mont Ida ; 
les fruits de cette tle étaient excellents. 
Elles produisait des figues noires et très- 
succulentes (1). Le caroubier y est très- 
abondant. Le pécher y fleurissait, selon 
Pline et Théophraste*, mais sans pro- 
duire de fruits. Théopbraste parle des 
palmiers de Tîle de Rhodes , que Ton 
entourait de fumier et au*oii arrosait 
avec soin. Parmi les produits emprun- 
tés au rè^e minéral, on remarquait le 
vert de gris, la céruse, la craie, des mar- 
bres de diverses couleurs et des agathes. 
On V trouvait une terre bitumineuse ap- 
peleie ampeUtes. On la détrempait dans 
de l'huile, et on en frottait les ceps pour 
détruire les vers qui rongent la vigne. 
On y péchait des huîtres , des épon- 
ges , plus douces que celles d^Afirique , 
et le coquillage qui fournit la pourpre. 
La mer qui 1 ^environne était très-abon- 
dante en poissons ; un ancien auteur, 
cité par Athénée , donne à cette île l'é- 
pithete de poissonneuse. On recherchait 
surtout rélops, que Pline met sur la 
même ligne que les loups du Tibre, qu'on 
péchait entre les deux ponts, le turbot 
de Ravenne, et la murène de Sicile (2), 
Mais la plupart de ces poissons ne se 
prenaient que sur les côtes; car Ttle 
ne possédait qu'une petite rivière , qui 
n'était pas même navigable, et des ruis- 
seaux souvent à sec. Pline nous apprend 
que les coqs de Rhodes étaient extrême^ 
ment bravés, et ne naissaient que pour 
la guerre et de perpétuels combats. Ils 
étaient grands et forts,charsés de chairs 
et de graisse, peu propres à la reproduc- 
tion. Les poules de Rhodes pondaient 
r^u, et étaient fort lentes et paresseuses 
couver et à élever leurs poussins. On 
ne voyait point d'aigle dans l'Ile du So- 
leil. Aussi Suétone a-t-il mentionné 
comme un prodige l'apparition d'un ai- 
gle qui vint se percher sur la maison 
qu'habitait Tibère, dans Ttle de Rhodes, 
quelques iours avant son retour en Ita- 
he (8). C'était, dit-il, comme le présage 
de Sj> vTOchaine élévation à l'empire. 



iz) Pline, XY, zg, a. 
a) Id., IX, 79, a. 
(3) Suét., Tiher.y 14. 



GboGB APHIE PHYSIOUB DB I*1U 

DB Rhoues. — Rhodes est la plus 
grande des lies grecques voisines de l'A- 
sie, après Cypre et Lesbos. Elle se ter- 
mine au nord vers la côte de Carie, par 
une pointe basse et sablonneuse qui est 
le prolongement du mont SaintrËtienne, 
et que les géographes modernes ont nom- 
ma cap des moulins (1). A côté, vers 
l'ouest, se trouve le promontoire de Pan, 
aujourd'hui cap Saint-Antoine. A l'ex- 
trémité méridionale de l'Ile était le cap 
Miiantia aujourd'hui cap Tranquille, 
qui touche presque à la petite tle de 
Cordylusa , appelée maintenant fie de 
Sainte-Catherine. Dapper et Coronelli 
placent sur la côte orientale de Tlle le 
cap Ro, à trois lieues au sud de Rhodes, 
le cap Lindo et le cap Saint-Jean , et à 
l'occident le cap Candura ou Cavallero. 
L'intérieur de rtle est couvert de mon- 
tagnes qui courent dans la direction da 
nord au sud, et qui forment deux ver- 
sants tournés l'un à l'ouest, rautre 
à l'orient. Le sommet le plus élevé de 
nie est le mont Atabyrius, sur lequel 
Althémène, contraint de quitter la Crète, 
éleva un temple à Jupiter Atabyrien. On 

Î voyait aussi un temple de Minerve. Du 
aut de cette montagne on aperçoit 
non-seulement la Crète, mais même, 
dit-on, nie de Chypre (2). Une tradi- 
tion rapporte qu'on voyait sur le moot 
Atabyrius deux bœufs de bronze, l'un 
tourné vers Torient, l'autre vers l'ood- 
dent, dont les musissements se faisaient 
entendre quand 1 île était menacée d*uD 
grand malheur; ce qui nous fait coin* 
prendre qu'il y avait un oracle dans le 
temple de Jupiter Atabyrien. On fait 
venir le nom de cette montagne d'Ata- 
bvrius, ancien roi telchine de l'ile ; 
d autres en font un mot phénicien, sem- 
blable à celui du mont Thabor. La plus 
haute montagne qui s'élève au centre de 
l'île s'appelle aujourd'hui Ârtémira, 
C'esttrès-probablement là qu'il fautcbe^ 
cher le mont Atabyris. On se trompe 
éviJeniment quand on le place au mont 
Philerme. Artémira est fort escarpée , 
dit Savary (3) ; oà ne peut y monter à 

(z^ Coronelli, Uola di RotU, p. i3. 
(a; Meursiot, Rhodtis, c. vzii, p. ai. 
(3) Savary, Lettres 4ur la Grèce^ p. 86, 
1788. 



ILE DE RHODES. 



91 



eharai; 3 faut la gravir à pied pendant 
quatre heures de marebe poar arriver 
a sa cime. Lorsqu'on y est parvenu, on 
jouit d'un coup d'ceil magnifique. On 
découvre aux bords de Tborizon, vers ie 
nord-est, les sommets du Cragus, au 
nord la cMe élevée de la Caramanie, au 
nord-ouest de petites îles semées dans 
i'Arehipd , qui paraissent comme des 
points lumineux, au sud-ouest la tête 
du mont Ida, couronnée de nuages, au 
Bidi et au sud-est la vaste étendue des 
eaux qui baiff nent les côtes de l'Afrique» 
Au nord de Plie, non loin de la ville de 
Rhodes, est le mont Philerme, nom qui 
dérive de phUeremos, qui aime la soli- 
tude; cette hauteur est voisine du vil- 
lagede Trianda. On y volt une ^lise con- 
sacrée à Notre-Dame de Pbilerme et un 
sonterrain orné de fresques représentant 
des sujets religieux, dont la description 
se trouve dans la relation du colonel 
ftottiers (1). Au sud-est de la ville est la 
bauteurduSimboli, où la tradition place 
l'éeole de ces rhéteurs rhodiens dont 
renseignement eut tant de célébrité chez 
les anciens. L'Ile de Rhodes n'a pas de 
cours d'eau navigable : le seul des ruis* 
seaux qui Tarrosent auquel les anciens 
fient donné un nom est le Pbyscus, au- 
jourd'hui la Gradura on la Fisca , qui 
eonle du nord au sud, et se jette dans la 
n)er vers la côte orientale de l'île (2). 
Mais on voit dans les plaines et sur les 
coteaux de nombreuses sources très- 
abondantes , qui entretiennent la ferti- 
lité du sol et font croître autour d'elles 
des bois touffus. La viUe de Rhodes 
recevait les eaux de la fontaine Inessa, 
en rhonneur de laquelle les Rhodiens 
fondèrent une ville de ce nom en Sicile. 
Ancieitnss tilles et lieux gélb- 

BEES DE l'île DE RhODES. — LeS 

trois premières villes de l'île de Rhodes 
lurent Lindos, Camiros et Jalyssos, dont 
Strabon attribue la fondation aux trois 
fils de Gercaphus. Celle d'Achœa, attri- 
buée à Gercaphus lui-même, n'est attes- 
^ que par des traditions incertaines. 
On connaît l'emplacement des trois au- 
tres cités. Lindos était située sur la côte 
onenude^ dans la région la plus âpre de 
lue. Les campagnes environnantes 

(i) Monuments de BkodéM, p. 360. 
(^)D€ttJsoiadiRodi.,^, i4. 

7* UvraUon. ( Ile de Chypre. ) 



étaient couvertes de rochers. La vigne^ 
et le figuier y prospéraient; mais on ne 
pouvait ni labourer ni ensemencer ses 
champs rocailleux. Lindos était célèbre 
par son temple de Minerve, dont la cons- 
truction est attribuée à Cadmus ou à 
ses filles. Ce temple fut détruit sous le 
règne de l'empereur Arcadius, fils de 
Théodose le Grand. On en voit encore 
les ruines sur une colline élevée qui do- 
mine la mer. Les débris de ces murs 
sont composés d'énormes pierres, et ap- 
partiennent au style cydopéen. Sur la 
cime la plus élevée du rocher on remar- 
que les restes de la citadelle, ou acropole, 
de Lindos. Au temps des chevaliers il 
y avait à Lindos un château fort appar- 
tenant aux grands maîtres; on l'appelait 
Castello di Lindo. Sous les Turcs Lindo 
resta un village habité par des chrétiens 
fort riches, qui faisaient un grand com- 
merce et avaient de très-bons navires. 
Cette prospéritéa disparu depuis le temps 
dcDapper (1). Lindos est situé au pied de 
la montagne qu'occupaitrancienne ville. 
Une baie spacieuse, qui s'avance au loin 
dans les terres , lui sert de port. Les 
vaisseaux y trouvent un bon mouillée, 
par huit et douze brasses. Ils y sont k, 
l'abri des vents du sud-ouest, qui régnent 
dans la plus rude saison de l'année. Près 
de Lindos était la région appelée Ixia 
et le port Ixus, où l'on adorait Apollon 
Ixien, 

Camiros était située dans la partie oc- 
cidentale de l'île; c'était une ville ou- 
verte, non fortifiée; Strabon l'appelle un 
bourg,et Thuc3[dide dit positivement que 
les Lacédémoniens s'en emparèrent sans 
peine au temps de la guerre du Pélo- 
ponnèse, parce qu'elle n'était pas envi- 
ronnée de murailles. Les anciens don- 
naient à Camiros l'épithète d'Argilleuse, 
La divinité tutélaire de la ville était 
Junon Telchinienne. On y adorait le 
héros Aithémène. Camiros n'est aujour- 
d'hui qu'un misérable village. 

Jalyssos a ;iussi presque entièrement 
disparu. £lle était située au nord de 
Camiros. C'était une ville forte,dominée 
par une acropole appelée par Strabon 
Ochyroma (2). On y avait élevé un tem- 

(i) Dapper, Description tU tArchîpei , 

P- 9î»- 

(a) MeursiiV} Hhodus, p. a6, c w. 



98 



LimiyEBS. 



pie à Juoon, et aux Nymphef Tel- 
ehiniennes. Chu y retrouve des masses 
de pierres renversées, derniers restes 
d'une des portes de l'antique Jalyssos, 
et çà et là, sur remplacement qu'elle 
occupait, on voit des blocs de marbre, 
des fragments de colonne et quelques 
débris de bas-reliefs dont le colonel Rot- 
tiers a donné les dessins(l) . Les cheva- 
liers de Rhodes ont exploité les ruines 
de cette Tille et Font fouillée comme une 
carrière. Ils en ont enlevé de belles co- 
lonnes, qui ont servi à la décoration de 
l'église Saint-Jean. Ils y ont trouvé des 
statues, des inscri ptions qu'ils envoyaient 
à leurs parents et a leurs amis d'Europe; 
les Vénitiens en ont fait autant dans tout 
l'Archipel. Peut-être y aurait-il encore 
à faire en cet endroit des fouilles pro^ 
ductives. 

Dbsgbtftion de l'àncieniis villb 
DB Rbodbs. — La ville de Rhodes fut 
fondée bien longtemps après les trois an- 
ciennescités de Jalys8os,Gamiros et Lin- 
dos. Vers la fin delà guerre du Péloponnèse 
les habitants de ces trois villes, réunis par 
l'intérêt commun, renoncèrent à former 
trois cités distinctes, et fondèrent la ville 

S'ils appelèrent Rhodes, du nom de Tlle. 
le eut pour architecte Hippodamus de 
Milet, le même qui avait tracé le plan de 
la ville du Pirée (2). Strabon lui donne 
quatre-vingts stades , ou environ trois 
lieues de circuit. Le terrain était en 
pente, et la ville présentait l'aspect d'un 
amphithéâtre, d'où la vue s'étendait sur 
la mer et les côtes d'Asie. C'était une 
des plus belles villes de l'antiquité; et 
l'on admirait son emplacement, ses mu- 
railles, SCS édifices publics, l'habile dis- 
position de ces rues, la grandeur et la 
commodité de ses ports. « Dans l'inté- 
rieur de Rhodes, dit le rhéteur Aristide, 
on ne voyait point une petite maison 
à côté d'une grande. Toutes étaientd'une 
égale hauteur, et offraient le même ordre 
d'architecture, de manière que la ville en- 
tière ne semblait former qu*un seul édi- 
fice. Des rues fort larges la traversaient 
dans toute son étendue. Elles étaient 
percées avec tant d'art, que de chaque 
côté que l'on portât ses regards, l'inté- 

(i) Monuments de Rhodes, p. 384, et atlas^ 
pi. 75. 

(9) Meursius, Rkod,, c. x, p. 27» 



rieur paratasaitsvperiMBie&t déeoré. Les 
murs, dont la vaste eneeintB était cd- 
trecoupée de tours d'ime haoteor et 
d'une beauté surprenantes, «xeîtaient 
surtout l'admiration. Leurs sommets 
élevés servaient de phare aux naviga* 
teurs. Telle était la magnlfioence de 
Rhodes, qu'à moins de Tavèir vue, l'i- 
magination ne pouvait en concevoir l'i- 
dée. Toutes les parties de cette immense 
dté, liées entre elles par les plus belles 
proportions, composaient un ensemble 
pariait, dont les murs étaient la cou- 
ronne. Cétait la seule ville dont od pût 
dire, qu'elle était fortifiée eorome une 
plate de guerre et ornée comme on pa- 
lais. » 

La rille de Rhodes était située ao nord 
de l'tle, sur la pointe d'un promontoire 
qui s'avance vers l'orient. Elle était do- 
minée par une vaste acropole, dont l'en- 
ceinte renfermait des champs cultivés et 
des bois. On ▼ voyait une statue en or 
du dieu de la richesse, Piutus,à qui l'ar- 
tiste avait donné des ailes et des yens. 
Rhodes possédait encore d'autres tem- 
ples magnifiques; celui du Soleil, princi- 
pale divmi té de la ville ; celui de Baoebas, 
que décoraient des peintures de Protogè- 
ne; le temple d'Isis, voisin des murailles. 
Ces trois temples que mentionnent les 
anciens n'étaient pas les seuls , puisque 
Dion Ghrysostome prétend que les Kho- 
diens en avaient élevé à tous les dieux, 
avec un grand nombre de chapelles consa- 
crées aux héros. Il y avait à Rhodes des 
théâtres, des gymnases pour l'enseigne- 
ment de la philosophie et des lettres, 
des stades pour la course et les exercices 
du corps. Tous ces édifices étaient or- 
nés de peintures et de statues, dont Pline 
porte le nombre à trois mille. Rtiodes 
avait plusieurs ports et de ^ands arse> 
naux. « Le navigateur qui y abordait 
dit Aristide (1), voyait avec étonnenient 
plusieurs ports formés perdes môles de 
pierre jetés bien avant dans la mer. 
L'un recevait les vaisseaux d'Ionie, 
l'autre ceux de Carie. Celui-ei offrait 
son abri aux flottes d'Egypte, de Ghy- 

Sre et de Phénicie, comme si chacun 
'eux eût été fait exprès pour telle rille. 
Près de ces ports s'élevaient des arse* 

(i) Dans aei Ahodiaea, cité par Meursiiis, 
p. 35. 



ILE l>£ atiODES. 



^ 



nan (htm rinfMMattli aMiMé étouoait 
k» re^anis; si Ton oMUidorait rimmea** 
ailé de leurs toits (fiu lieu élevé, ils resr 
semblaieDt à un vaste champ doat le ter* 
raiD est iaeliné. » Il y a de reiagératioa 
et de i'empbase dans le langage du rhé* 
teor asiatique. Des histoneas plus exacts 
fi plus précis ne parlent que de deux 
ports, un grand et un petit, dont il est 
fait mention dans le récit du siège que 
la ville soutint contre Démétrius Polio^ 
eète. Cependant on reconnaît au sud de 
la ville remplacement d'un troisième 
poit, qui est aujourd'hui presqu'à sec. 
L'entrée de quelques-uns de ses arse- 
naux était interdite sous peine de mort* 
Od leconnatt dans cette terrible prohi^ 
bition resprit des grandes républiques 
eofflmereantcB. Garthage et Venise 
avaifnt dans leurs codes des rigueurs 
lemblables. La ville était entourée de 
faubourgs, que les habitants détruisirent 
quand ils furent menacés d'un siège par 
Mitbridate. C'était dans Tun d'eux que 
Ton admirait le célèbre tableau d'Ialysus 
du peifitre Protogène dont nous repar-t 
ktons plus loin en détail. Toute la 
ville était remplie des chefs-d'œuvre de 
Tart antique, que les riches Rhodiens sa* 
nient généreusement payer aux grands 
artistes de la Grèce. « Tétais logé dans 
le quartier du temple de Bacchus, dit 
^ voyageur de Lucien, et dans mes 
moments de loisir je parcourais la ville 
poor en examiner les monuments. De 
temps en temps je goûtais un plaisir 
nqnis en me promenant sous les porti* 
quçs du temple, et en contemplant les 
peÎQtares admirables qui les décoraient, 
(^speetaele avait d'autant plus d'attrait 
pour moi que je comprenais les sujets 
^ que je repassais dans ma mémoire les 
labiés héroïques qu'ils représentaient. » 

La ville actuelle de Rbopbs. — 
La nouvelle ville de Rhodes occupe l'em- 
placement de randenne; seulement elle 
nt moins étendue. On n'y retrouve plus 
de vestiges de la cité grecque ; temples , 
portiques, gvmnases , statues, tableaux, 
tout a été enlevé ou détruit; tout a dis- 
paru. £t cependant cette ville est en- 
«tte, telle qu'elle est, un intéressant dé- 
bris du passé. Ce n'est plus la Grèce 
QD^elle rappelle; c'est une autre époque, 
«éjà vieillie par les siècles, mais qui a 
hissé dans tous les souvenirs autant de 



traces que Tantiquité elle-même. La villç 
actuelle de Rhodes date du temps des 
croisades et a été bâtie par les cheva- 
liers de Saint- Jean. « Le mo^en âge, dit 
M. d'Ëstourmel, est reste à Rhodes 
avec tout son appareil guerrier, ses tou* 
relies, ses créneaux , ses ogives, ses ar- 
moiries. Nous possédons chez nous quel- 
ques maisons de ce genre ; mais une cité 
tout entière, c'était un spectacle com- 
plètement nouveau pour moi. Le port où 
nous descendîmes est bordé de quais en 
grande partie ruinés, et de longues mu- 
railles hérissées de meurtrières; une 
belle et haute tour carrée, crénelée, 
flanquée à son sommet de quatre tou- 
rillons, s'élève au-dessus des autres for- 
tificatioDS. Lors du siège elle s'appelait 
la tour Saint-Nicolas, et elle fut vaiN 
lamment défendue par un Castellane. 
Une fois les portes franchies, on pé- 
nètre à travers un assemblage de mai* 
sons bâties en pierre , à petites croisées 
carrées , à portes basses et cintrées , avec 
des trottoirs qui ne laissent entre eux 
qu'une voie étroite. Quelques rues mieux 
percées forment le quartier noble, le 
faubourg Saint-Germain de Rhodes. 
Une d'elles, la plus droiteet laplus large, 
a conservé le nom de rue des Chevaliers ; 
elle traverse la ville, aboutissant d'un 
côté à la mosquée, près de la porte du 
port, de l'autre à l'ancienne église pa- 
tronale de Saint-Jean; les hôtels oui la 
bordent sont tels qu'ils étaient à la fin 
du quinzième siècle, dont la plupart 
portent la date. Seulement quelques oal- 
cous fermés ont été ajoutés aux fenêtres 
pour empêcher le jour et surtout les re- 
gards de s'introduire du dehors dans 
l'intérieur des chambres. Des créneaux, 
des petites tourelles, des gouttières en 
pierre s'avancent en saillie sur les fa- 
çades; de longs câbles sculptés mar- 
quent la séparation des étages. Dans 
l'architecture des noms se sont con- 
servés , qui maintenant ne représentent 
plus rien. Qu*est-ce dans nos maisons 
modernes qu'une croisée autour de la- 
quelle règne un cordon? Un assemblage 
de vitres et des moulures alentour ; mais 
les anciennes croisées représentaient 
exactement une croix, comme leur nom 
l'indique. La forme en fut adoptée à l'é- 
poque des croisades, et ce qu'on appela 
alors un cordon est bien réellement cq 

7. 



"100 



L'UNIVERS. 



câble que je retrouve ici dans les encadre* 
ments. Ce qui contribue surtout à I*or* 
nement , c^est la profusion d'armoiries 
en pierre et en marbre blanc, qu'on 
aperçoit jusque sous les toits; quelque- 
fois on voit réunir jusqu'à sept de ces 
écussons. La croix de l'ordre est par- 
tout, mais jamais seule ; la croix ancrée 
des d'Aubusson lui est accolée sur toutes 
les portes et les lieux les plus apparents, 
preuve évidente que la ville fut en grande 
partie reconstruite après le premier 
siège. On rencontre aussi fréquemment 
nos fleurs de lys. Les maisons ainsi dé* 
corées présentent à Tœil un blason com- 
plet , souvent avec des devises et des ins- 
criptions en caractères »>thiques (1). » 
La ville actuelle de Khodes a deux 
ports : celui qu'on rencontre le premier, 
en abordant par le nord , est le port des 
Galères, ainsi nommé parce qu'il servait 
d'abri aux sept galères que le pacha de 
File entretenait autrefois pour le service 
du grand seigneur. L'entrée de ce port 
est défendue par le fort Saint-Elme. Le 
grand port est appelé le port des Vais- 
seaux. Il est détendu par la tour Saint* 
Nicolas; au delà d'un môle couvert de 
moulins et terminé par la tour de Saint- 
Michel , on aperçoit l'enceinte presque 
ensablée d'un troisième port qui doit 
avoir été abandonné depuis bien des 
siècles. La ville est encore entourée des 
fortiGcations derrière lesquelles les che- 
valiers soutinrent le siège de 1522. Sans 
doute cette enceinte avait grandement 
souffert par l'effet des mines et du canon 
des Turcs. Mais Soliman la fit rétablir 
dans l'état où elle était avant le siège ; de 
sorte que l'on ne retrouve en aucun autre 
pays du monde une ville du quinzième 
siècle aussi bien conservée. Rhodes est là 
encore debout, telle qu'elle devait être 
lorsque les Turcs s'en emparèrent. Elle 
a dû à rinaction et à l'indolence de ce 
peuple d*échapper à toutes les causes 
de transformation qui tous les jours 
métamorphosent les villes d^Europe. 
Elle est restée intacte sous le gouverne- 
ment inerte des musulmans, comme 
Pompéi et Herculanum sous la lave et 
les cendres du Vésuve (2). A part le dé- 

( I ) JoivrnaltTun Voy. en Orient, 1. 1, p. 1 55 , 
(a) Midiaiid et Poujoulat, Correspondance 
d Orient, t. rv,p. i3. 



labrementde ces remparls, queletsmos 
augmoate tous les jours ^ rien n'a «é 
chauffé dans leur construction ; on n'y a 

Î)as dérangé une pierre ni comblé «m 
bssé. Chaque bastion a conservé son 
nom. Ici c'est le bastion d'Angleterre, 
là celui d'Espagne et de Portugal , plus 
loin ceux de France, d'Italie, d'Au- 
vergne, de Provence. Tout autoar de la 
ville rèffne une longue suite de cime- 
tières, hérissés de pierres levées, de 
dalles de marbre blanc , fichées en terre, 
quelques-unes chargées de versets du 
Coran et terminées par un turban gros- 
sièrement sculpté. Comme les Turcs ne 
renouvellent pas les sépultures dans leurs 
cimetières, ils s'étendent de joar en 
jour, et occupent autour de leurs villes 
d'immenses emplacements. La mort 
saisissant tous ceux qui ont véca , la 
nécropole de Rhodes est bien plus vaste 
que la cité des vivants. 

La ville se divise en deux parties , la 
ville haute vers l'orient , et la ville basse 
à l'ouest. Partout les rues sont étroites 
et tortueuses. La haute ville était le 
quartier réservé aux chevaliers. Le quar- 
tier des Juifs est à l'extrémité de la ville 
basse. Les ruines du palais des grands 
maîtres sont dans le haut de la rue des 
Chevaliers, près des fortifications. « Ce 
château, qui dominait autrefois la ville, 
la mer et les campagnes, dit un voya- 
geur (1), n'est nlus qu'un amas de dé- 
combres, du milieu (lesquelles s'élèvent 
des murs flanqués de tourelles, dont les 
débris obstruent les cours et les salles ; 
des restes de galerie, des arcades que le 
lierre enlace et soutient encore, servent 
d'abri à de tristes oiseaux qui s'échappent 
en criant et se replongent dans leur 
sombre repaire dès que le voyageur s'est 
éloigné ». «Çà et là on aperçoit les restes 
de ces grandîs édffîces où les chevaliers 
de la même langue vivaient eneommun, 
et qui portaient le nom d'auberge. Elles 
étaient jadis au nombre de huit, à cause 
des huit nations dont se composa l'ordre 
des Hospitaliers. Non loin des ruines 
du palais des grands maîtres on trouve 
celles de la loge Saint^Jean, qui occupe 
l'emplacement d'un temple de Jupiter- 
Sauveur, où l'on recevait avec honneur 

fi) M. Cottut, Revite des Oenx Mandes ^ 
xSÙ, p. 8i5. 



ILE DE RHODES. 



h)i 



les étrangers de distinetion et les am- 
bassadeors des États avec lesquels Kho- 
des entretenait des relations amica- 
les (1). » C'est la nartie la plus élevée 
de la ville, qui de la descend en pente 
douce jusqu^au port. La loge Saint* 
Jean fut construite par Hélion de Vil* 
leoeuve. C'était là que se réunissaient 
les chevaliers pour les conseils de 
guerre, les grandes délibérations : c'é- 
tait là que se rendait le grand maître 
pour communiquer avec Tordre, ou diri- 
ger les travaux dans les grands sièges 
que Rhodes eut à soutenir. Endom- 
magée dans le dernier siège, la logo 
Saint- Jean a été de pins en plus dégra* 
dée par le temps, et dans quelques an- 
nées il n'en restera plus nen. L'éB;Iise 
Saint- Jean, ancienne cathédrale oe la 
Tille, est aujourd'hui la grande mos* 
quée. Elle est de beaucoup inférieure 
pour la beauté et la richesse à l'église 
que le même ordre édifia plus tard dans 
nie de Bialte. Autrefois les Turcs en in- 
terdisaient l'entrée à tout étranger. Le 
eolonel Rottiers prétend être le premier 
chrétien qui y ait pénétré depuis la con- 
quête. Cest en 1825 qu'il visita l'Ile de 
Rhodes. Aujourd'hui l'antique église de 
Saint-Jean n'est plus fermée aux voya- 

gmrs. Elle a cent soixante pieds de 
Dg et cinquante-deux de large; les co- 
lonnes ont presque toutes des chapi- 
teaux différents; leur diamètre est d*en- 
viron vingMeux pouces. Elles ont été 
enlevées aux ruines d'anciens temples 
païens, et sous la chaux blanche dont 
les Turcs les ont recouvertes , on re- 
connatt qu'elles sont en beau granit 
oiieatal. La charpente qui soutient la 
toiture de la nef est toute parsemée d'é- 
toiles d'or sur un fond d'azur. Cette 
église a été bâtie sur les plans d'Ar- 
nolfe , architecte de Florence : sa cons- 
truction commença peu de temps après 
rétablissement des cnevaliers dans i île» 
ear on rapporte que la première pierre 
^ fut posée solennellement par Foul- 
ques de Viilaret en 1310, le jour de la 
uativité de Saint-Jean-Baptiste , patron 
de l'ordre (2). Les autres églises de la 
ville, Sainte-Catherine , Saint-Pantaléon, 
Saint-Sauveur, Sainte-Marie-de-la-Vic- 

(i)KoUiers, Monuments deJRhodes, p. a85. 
(3)Roitien,/J., p. Soi. 



toire, Saint-Cosme et Damien, Saint- 
Jean de la Fontaine sont tombées en 
ruines ou converties également en mos- 
quées. Les couvents de Saint-François 
et de Saintr Augustin subsistent encore. 
On retrouve dans la rue des Juifs un 
vieux couvent de religieuses, la maison 
du grand commandeur, et le palais de jus- 
tice de l'ordre. T^ porte, qui donne accès 
dans la ville du côté du port s'appelle la 
porte Saint-George ou de Sainte-Cathe- 
rine. A l'occident, vers la ville basse, est 
la porte Saint-Jean, et à l'orient, à la 
ville haute, la porte Saint-Michel, ap- 
pelée aussi porte d'Amboise. 

Les Turcs ne souffrent pas qu'aucun 
chrétien habite dans l'enceinte de Rho- 
des. 11 en est de même à Constanti- 
nople. Le Fera de Rhodes est un grand 
village ouvert, situé au nord-ouest de la 
ville, dans le voisinage de la mer, et qui 
s'appelle Neochorio. Les Grecs y sont 
également relégués, ainsi qu'à Paximada, 
qui est le prolongement de Neochorio. 
Ce faubourg est adossé à la hauteur 
factice élevée par les musulmans lors 
du siège qui mit Rhodes en leur pou- 
voir, et au delà de laquelle on a perçoit le 
sommet du mont Saint- Nicolas. Les 
consuls européens y ont tous leur rési- 
dence. En sortant de la ville par le côté 
opposé , on arrive au site de Simboli, 
dont le nom vient du mot turc zambidu, 
gui signifie hyacinthe. Cest une plate- 
forme ombragée de beaux platanes, arro- 
sée par une fontaine qui entretient en 
cet endroit une délicieuse fraîcheur. Là 
est le plus joli site des environs de Rho- 
des , oui généralement ne sont pas sans 
beauté. A l'ouest du mont Saint- Etienne 
s'étend la vallée qui servait de retraite 
au monstre que combattit le chevalier 
Gozon^ et dont on voit le prétendu sque- 
lette suspendu sous la porte Sainte-Ca- 
therine. Au sud-ouest de la ville, à deux 
ou trois heures de chemin, sont les 
ruines qu'on appelle le vieux Rhodes. 
La route en est agréable ; on suit long- 
temps le bord de la mer, puis on che- 
mine entre de gros arbres touffus, chênes 
verts, oliviers, figuiers; on traverse le 
joli village de Trianda, dont les maisons 
sont en pierre et presque toutes unifor- 
mément ornées d'une petite tourelle à 
cul de lampe délicatement sculptée, 
genre de construction qui dénote une 



fas 



L'UmVBRS. 



origine féodale. Ptos loin, sur une éroi* 
neuce,est remplacement d*UDe ancienne 
ville, quelques restes de tour et un 
couvent ruiné. Le vieux Rhodes n'est 

Sas une ville greeque, mais franque; ses 
ébris sont ae construction gothique, 
car à Ehodes comme dans Hle de Chypre 
la plupart des ruines appartiennent aui 
édifices construits par les Latins à l'é^ 
poque des croisades. Les vestiges de 
rantiquité ont presque entièrement dis* 
paro, mais partout se retrouvent la 
Race des Francs et les souvenirs de 
leur cloire. 

L'fle de Rhodes a cent quarante 
milles de superficie, quarante-quatre 
villages, une capitale et un bourg, celui 
de Lmdo. Dana le siècle dernier sa po^ 
pulation était encore de quatre-vingt 
mille âmes, et la ville conservait quei^ 
que prospérité. Mais la fiscalité d^ gou* 
vemeurs turcs a tout ruiné : outre les 
impôts arbitraires et exeessîfs dont ils 
frappaient les habitants, ils s'attribue'» 
rent les monopoles de presque toutes les 
denrées, soie, cire, miel, huile, oranges, 
raisins, etc. Ils ont accaparé toutes les 
productions du sol. Appauvri par leurs 
exactions , le cultivateur a renoncé an 
travail ; le^ jardins ont disparu, les mois- 
sons ne couvrent pins la terre. Beaucoup 
de cantons fertiles et autrefois bien cul- 
tivés sont devenus des solitudes, et selon 
le témoignage de voyageurs qui ont vi- 
sité cette tie après 1880, le dénombre^ 
ment qu'on venait de faire par Tordre 
de la Porte n'avait donné pour toute l'île 
que seize mille habitants (1). 

IL 

HISTOIBS ANGIETTIVE DE l'tLB 
DE BHODBS. 

Ses PBEHIBB8 HABITANTS, LES 
TELGHINES, les leHÈTES, LES Hi- 

LiÀDBS. •*- Les plus anciennes tradi*^ 
tit>ns relatives à l'histoire primitive de 
Rhodes ne sont que des légendes poé- 
tiques et des fables incohérentes, où l'i- 
magination a la plus ij^ande part, et 
dans lesquelles il est bien difficile de 
distinguer la fiction de la vérité. C'était 
une opinion généralement reçue dans 

(i) Bllchaad et Poujonlat, C^rrespomUmee 
ttGrimt, U IV» p. 96. 



la Grèoe que 111e de Rhodes était née 
du sein des eaux de la mer. Laissons 

Sarler Pindare, l'historien, le chantre 
e cette origine merveilleuse. « Les 
vieilles traditions des hommes racon- 
tent qu'au temps où Jupiter et les im- 
mortels se partagèrent le monde , Rho- 
des n'était pas encore visible sur la 
plaine humide; l'île se cachait dans les 
profondeurs de la mer. Le soleil ab- 
sent, personne n'aivait tiré son lot ; au- 
cun pays n'avait été assigné au chaste 
dieu, dépendant Jupiter, qu'il avertit, 
voulut établir an nouveau partage ; nuûs 
kii ne le permit point, car al dit aux dieux 
qu'au fond de la mer bianchissaDle il 
voyait grandir une terre féconde en 
hommes et favorable aux troupeaux. 
Sur-le-chasnp il exicea que Lacbesia au 
fuseau d*or étendit les mains et que les 
dieux ne refusassent pas de prêter le 
grand serment; mais qu'avee le fils de 
Cronos ils lui promissent que l'tle qui 
montait à la clarté du ciel serait à Pa- 
venir placée sur sa tête. Ces paroles 
souveraines s'accomplirent selon In v^ 
rite. Du sein humide de la mer germa 
Itle que possède le dieu générateur de 
la lumière radieuse , le roi des coursien 
au souffle de feu. C'est là qu'il s'unit à 
Rhodo, qu'il engendra sent en&nts, 
dont la sa^se éclata parmi les hommes 
des premiers temps ; l'un d'eux engen- 
dra Camire, Jalyse l'alné et Lindus. 
Mais ils vécurent séparés, après avoir fiait 
trois parts des terres et des villes pater- 
nelles : leur séjour porta leur nom (1). » 
Selon Pindare, les (derniers habitants 
de Rhodes sont les fils du Soleil, les Hé- 
liades, race d'honames née de l'union 
de l'astre du jour avec la terre de Rhodes 
qu'il avait fécondée. Les traditions re- 
cueillies par Diodore remontent plus 
haut, et avant les Héliades il nomme les 
Telchines comme étant les premien qui 
peuplèrent Rhodes (3). Il leur donne le 
titre de fils de la mer; ce qui les lait 
regarder comme des Phéniciens (S) par 
la plupart des critiques. Comme inven- 
teurs et propagateurs des arts miles, 
les Telchines peuvent encore être avec 



(z) Pindare, Olymp., TU, £p. 3. 
(a) Diodor., V, 55. 
(3) Raoul Bocbette^ Sutoin im 
Grecques, I, p. 3,3S. 



ILE DE RHODES. 



>da 



fraîsfunblaiieenltsoliés à ee pettçto In» 
dostrieox qui eouvrit de ses colonies les 
flestle la MéditerraDée , alors que les 
Grecs étaient encore dans un état voisia 
de la barbarie. Les Telchioes passaient 
pour avoir les premiers fabriqué les sta* 
tues des dieux, et toutes les villes de 
Rhodes rendaifflit les plus grands hon- 
neurs à celles qui étaient sorties de 
leurs ftiaÎDfi. Us étaient de puissants en- 
chanteurs, et savaient par la magie as- 
sembla' les Ruafires, attirer ou repousser 
les orages. Enfin ils priaient à leur 
gré toutes les formes qu'ils voulaient. 
ËTidemment les Telehines étaient des 
étran^rs savants et habiles, que les po- 
pulations grossières des Iles de r^jsie 
Occidentale et de la Grèce regardaient 
comme des magiciens et des sorciers. 

La fable raconte que ces Telehines 
avaient été chargés par Rbéadu soin d*é* 
lever Neptune. Ce dieu, devenu grand, 
aima Halia, soeur des Telehines, et en 
eut six fils et une fille appelée Rhodes, 
qui donna son nom à rlle. Quelque 
temps après Vénus allant de Cythère en 
Cypre voulut aborder à Rhodes ; les fils 
de Neptune Ten repoussèrent : la déesse 
s'en vengea en les rendant furieux ; ils 
outragèrent leur propre mère Halia , et 
Neptune les punit en les enfermant dans 
les profondeurs de la terre. Halia, dé* 
sespérée de son déshonneur, se préci- 
pita dans la mer, et reçut des honneurs 
divers sons le nom de Leucothoé. Ce 
mythe est susceptible dMnterprétations 
bien diverses; mais il est certain que 
sïl D*e8t pas une invention filite à plai- 
sir, il ne peut avoir été suggéré que 
par le souvenir confus des événements 
variés de la vie aventureuse d*un peu* 
pie ou d*une colonie de navigateurs éta- 
ka dans Tlie de Rhodes. 

Le mythe des Héliades est plus clair, 
et les anciens eux-mêmes en ont plus 
fadlement saisi le sens. Les Telehines, 
selon Diodore, prévoyant un déluge, 
quittèrent l'île, et se dispersèrent, (ijoèh 

3aes-UDS périrent surpris par rinon<* 
ation; d autres échappèrent sur de 
hautes montagnes. Mais le Soleil (Hé* 
lios), épris de Rliodes, dessécha 111e, lui 
donna le nom de celle qu'il aimait, et y 
établit ses sept fils, Ochimus, Cerca- 
pbus, Macar, Actis, Téna^, Triopas et 
Candalos. Évidemment & mythologie 



exprimait id , dans son langage figuré, 
Finfluence bioifaisaute du soleil sur une 
terre auparavant marécageuse, qu*il avait 
rendue nabitable en la dessécbant. Les 
Héliades, comme les Telehines, avec les- 
quels il faut peut-être les confondre, se 
distinguaient par la connaissance des 
arts , des sciences et surtout de l'astro- 
logie. Us réglèrent les saisons, et firent 
des découvertes utiles aux progrès de la 
navigation (i). 11 est bien certain qu'il s'a- 
git encore id d'un peuple navigateur, et, 
quelle que soit la lorme que prenne la 
légende, on voit que dans le fond elle n'a 
fait que conserver vaguement le souvenir 
des andens établissements phéniciens. 
Ténagès, qui était le plus habile des Hé* 
liades, périt par la jalousie de ses frères* 
Le crime ayant été découvert , tous les 
coupables prirent la fuite. Macar se re- 
tira à LeskM>s, et Candalus à Cos; Actis 
aborda en Egypte, et y fonda Héliopolis; 
Triopas s'établit en Carie, au promon- 
toire Triopium. Quant aux autres Hélia- 
des, qui n'avaient point pris part au crime, 
ils demeurèrent à Rhodes, et construi- 
sirent la ville d'Adiaia, dans la Jalyssie* 
Ochimus , l'aîné , en fut le premier roi* 
Cercaphus lui succéda : il fut père do 
Jalysus, Camirus et Lindus, qui par- 
tagèrent rtle en trois régions et y fon- 
dèrent chacune une ville. 

Deux indications très-concises d'Hé* 
sychius et d'Etienne de Byzance don- 
nent pour successeurs aux Telehines, 
comme habitants de 111e de Rhodes, les 
Gnètes ou Ignètes, que Bochart conjeo- 
ture, avec assez de raison, être le même 
peuple que le précédent (2). Il n'en est 
nullement fait mention dans Diodore. 

Au temps des fils de Cercaphus, selon 
Diodore, Danaûs, fuyant oe l'Egypte, 
vint aborder à Lindos avec ses nlles. 
Bien aceudlli des habitants, il éleva un 
temple à Minerve , et lui consacra une 
statue. A quelque temps de Jà, Cadmus 
aborda aussi a Ttle de Rhodes après 
une tempête, pendant laquelle il avait 
fait vœu d'élever un temple à Neptune. 
Il construisit ce temple dans l'Ile de 
Rhodes, et y laissa des Phéuidens pour 
le desservir. Ces Fbénidens obtinrent 

(i) Diod., y, 56 et suiv, 
(a) Raoul Kwùkeiie^Colomêt Grecques, t.I, 
p. 338« 



104 



L*t7mV£RS. 



le droit de cité à Jalyssos, et la fiicilité 
avec laquelle ils se confondirent aveo 
les habitants du pays semble prouver 
une communauté d'origine. Cadmus en 
passant à Rhodes avait honoré les divi- 
nités locales et consacré à la Minerve de 
Lindos un ma^ifique bassin d'airain. 
Peut-être Danaus avai^ii reconnu une 
déesse phénicienne dans la Minerve de 
Lindos. 

Expulsion des Phenigisivs , colo- 
nies PÉLASGIQUBS ▲ RHODES. — JUS- 

que là toutes les colonies établies dans 
Rhodes, Telchtnes, Ignètes, Héliades, 
compagnons de Danaus, avaient uneori- 
gine orientale, et se rattachent à l'Asie 
Mineure ou aux contrées maritimes de 
la Syrie (1). Sans doute l'examen cri- 
tique de toutes ces traditions pourrait 
faue ressortir bien des contradictions , 
susciter de nombreuses difficultés, et 
contredire, à certains*^ards, les conclu- 
sions générales que nous en avons tirées, 
principalement en ce qui concerne les 
Héliaaes, dont l'origine asiatique est 
moins évidente (|ue celle des deux au- 
tres tribus. Mais le fond de ces asser- 
tions demeure toujours, et l'on ne peut 
nier que Tîle de Rhodes, comme la plu- 
part des autres fies de la mer Egée , 
n'ait été occupée par la race phénicienne 
avant de l'être par la race grecque. Ce 
fait n'avait pas échappé aux anciens eux- 
mêmes ; il est attesté par la grave au- 
torité de Thucydide (2) , et deux Rho- 
diens, Polyzélus et Ergéas, qui écrivi- 
rent sur l'histoire de leur patrie, avaient 
Tecueilli les traditions relatives àll'exDul- 
sion des Phéniciens de l'tle de Rno- 
des (3). D'après leurs récits, Phalantus, 
chef des Phéniciens, vigoureusement at- 
taqué par un certain Fphiclus, s'était ren- 
fermé dans une place forte, où il faisait 
une bonne résistance. Ayant consulté l'o- 
racle , il lui fut répondu que l'ennemi ne 
se rendrait mattre de la place que lorsque 
l'on verrait des corbeaux blancs voler 

(x) M. Eaoul Rocbette conteste Tongine 
phénicienne des Héliades, admise par Clavier, 
et les regarde comme issus de la colonie pélas- 
giqiie de Phorbes. Foyez les preuves do cette 
assertion, t. I, p. 34o. 

il) Thucyd., I, 8. 

(3) Ap. Alfaénée, I. VIU; Dapper, Des- 
cription de CArcfùpel, p. tSi, 



dans l'air et des poissons nager dans les 
eoupes. Phalantus, croyant qoe ces pro- 
diges ne se réaliseraient jamais, se crat 
imprenable, etse relâcha de sa vigilanee. 
Cependant Iphiclus, informé de cet ora- 
cle qui avait rassuré Phalantus, eut re- 
eoursà la ruse pour accomplir les singu- 
lières conditions qui devaient lui livrer la 
place qu'il assiégeait. Selon le récit d'Er- 
géas, s'étant emparé de Larca, On des 
serviteurs de Phalantus, au moment où il 
allaitchercher de l'eau à la source voisine, 
Iphiclus ne le relâcha qu'à condition qu'il 
s engagerait à verser dans la coupe de son 
maître l'eau qu'il lui rapportait, et où II 
avait jeté lui-même une quantité de petits 
poissons ; ce que Larca exécuta fidèle- 
ment, comme il s'y était engagé. Qoant 
à l'autre difficulté de l'oracle, Iphiclus 
sut également Téluder en envoyant à 
Phalantus des corbeaux qu'il avait en- 
duits de chaux. Selon Pciyzélos, il fut 
aidé dans l'exécution de ces deux stra- 
tagèmes par la propre fille de son rival, 
qui avait conçu poiur lui une vi(Hente 
passion. Quoiqu'il en soit, Phalantus, 
voyant l'oracle accompli , perdit l'espoir 
de pouvoir se défendre, et aoandonna If le 
de Rhodes, qui fut pour toujours enlevée 
aux Phéniciens, auxquels les Grecs succé- 
dèrent. On ne sait à quelle époque placer 
cet événement, dont les détails sont loin 

d'offririecaractèredela vérité historique. 
Mais cette tradition n'en est pas moins 
curieuse, comme étant le seul souvenir 
conservé par l'histoire de la lutte qui dot 
nécessairement s'engager entre les deux 
nations qui se disputèrent dans ces temps 
reculés la possession de l'Ile de Rhodes. 
Cette victoire d'Iphiclus sur Phalantus 
et les Phéniciens ne peut s'expliquer 
que par l'établissement dans l'Ue de 
Rhodes de colons grecs ou pélasgiques , 
qui y vinrent en assez grand nombre 
pour obtenir enfin la prépmidérance. La 
première de ces colonies, selon M. Raoul 
Rocbette , est celle de Lencippus, fils de 
Macar, qui était venu de Lœbos avec 
une troupe nombreuse. La population 
de Rhodes, selon Diodore (l), était alorr 
fort réduite ; Leucippus et ses compa* 
gnons furent accueillis avec joie, et ne 
tardèrent pas à se confondre avec les 
anciens habitants. Or, il &ut se sou* 

(i)Diod.,V, St. 



ILE DE RHODES. 



105 



Tenir 406 Uaettr était iBi-màne on Hé- 
ijade, qui avait monté Rhodes pour s'é-i 
tabiir à Lesbos. Son fils abandonna Les- 
bosàson toor poor revenir, aveeles Pélaa* 
ges, de cette tie an berceau de sa famille. 
Qoelqae tempsaprdSyil se formaà Rbodes 
m Doovel établissement pélasgiqiie, sous 
la conduite de Phorluis, fils de Trio- 
pai , selon Hygîn , et de Lapithus , selon 
Diodore. La mythologie paraît s*étze 
exdosivement emparée de ce fiait. S*il 
faat en croire Biodore, Itle était ra- 
vagée par des serpents d'une grandeur 
prodji^use, (^ dévoraient on grand 
oombre d'habitants. Pour se délivrer 
de œ fléau, ils consultèrent l'oracle de 
Déios, qui leur conseilla d'appeler à leur 
Ncoors Phortias, qui vint deThessalie, 
puigea le pays des monstres qui l'infes- 
taient, et fonda une colonie dans Ttle 
qoi loi devait sa délivrance. Il est asses 
sioguUer, ajoute M. Raoul Rochette (l\ 
de trouver a une époque aussi ancienne 
Torigine des fables qui reparaissent dans 
rhistoire moderne de Rnodes, lors<]ue 
eette ville était au pouvoir des chevaliers 
de Saint-Jean de Jérusalem. Ces fiables 
avaient sans doute un fondement réel, 
eiagéré par l'imagination des Grecs. 
Comme Leucinpus, Phorbas était encore 
ori^airc de rtle de Rhodes. Son jèee^ 
Triopas, avait émicré en Carie et londé 
UD établissement dans la presqulle de 
Goide, OU6 Phorbas fut obligé d*aban- 
doDoer lors de l'invasion des Carieos. 
n était en Thessalie, ouand les Rhodiens 
le rappelèrent dans l'Ile natale, où il re- 
vint avec une colonie pélasgique. 

CoLonis CBBTOISE d'Althbhbnb. 
— AUhémène, fils de Catrée, petit-fils 
de Minos, ayant reçu de l'oracle une ré- 
ponse qui lui prédisait qu'il tuerait son 
père, s exila volontairement de l'Ile de 
Crète. U vint à Rhodes, aborda à Ca- 
miros, et introduisit dans ce pays le culte 
de Jupiter, auquel il éleva un temple sur 
le mont Atabyrius, d'où Ton apercevait 
rtle de Crète. Cependant Catrée, désolé 
du départ de son fils , fit voile pour 
Khodes , afin de le revoir et de le ra- 
mener en Crète. La fatalité rapprocha 
ainsi le père et le fils, pour assurer l'exé- 
cution des arrêts du destin. Catrée dé- 
barqua de nuit dans l'fle de Rhodes. 

(i) Colonies Grecques, I, 339* 



Les hafailants se cfvrent attaqués par 
des pirates. Us marchèrent en armes à 
leur rencontre. Althémène accourut 
aussi pour repousser cette prétendue 
agression, et son javelot frappa son père, 
qu'il n'avait pas reconnu. ApoUmiore 
ajoute oue, désespéré du crime involon- 
taire qu il avait commis, ce malheineux 
fils pria les dieux de permettre à la terre 
derengloutir, et que son vœu fut exaucé. 
Mais Diodore explique historiquement 
cette fable, et prétend que s*étant banni 
de la société et du commerce des hom- 
mes, il trouva dans la solitude le terme 
de ses chagrins et de sa vie (1). Un autre 
AUhémène conduisit ]>lus tard dans 
rtle de Rhodes la colonie dorienne qui 
donna un caractère définitif à la popu- 
lation de cette tle, composée d'éléments 
si divers. 

Colonie abgibnne db Tlépolèhe 
(1392 av. J.-C). — Tlépolème, filsd Her- 
cule, établi à Argos, forcé de s'expatrier 
pour un meurtre involontaire , émigra 
avec une nombreuse troupe d'Argiens. 
Étant allé consulter l'oracle de Delphes, 
le dieu lui ordonna de conduire une co- 
lonie à Rhodes. Un des descendants de 
Cadmus, forcé de se bannir de Thèbes, 
à cause du meurtre d'un de ses parents, 
se réfugia à Athènes, d'où ses descen- 
dants accompagnèrent Tlépolème à Rho^ 
des. Quelques Athéniens prirent éga- 
lement part à cette colonie , qui rebâtit et 
açrandit les trois villes de Lindos , Ca« 
miros et Jalyssos, dont l'existence au 
temps du siège de Troie est attestée par 
Homère. La même colonie de Tlépolème 
s'étendit aussi dans l'tle de Cos, qui au 
tempsde la guerre de Troie était, ainsi que 
Itle de Rhodes, dominée par les Héra* 
clides. « L'Héradide Tlépolème, dit Ho- 
mère (2), grand et fort guerrier, amena 
de Rhodes neuf vaisseaux montés par les 
courageux Rhodiens. » Il périt sous les 
murs de Troie de la main de Sarpédon, 
fils de Jupiter .Voici comment Homèrera* 
conte la mort du chef des Rhodiens (3). 
« La cruelle destinée poussa le malheu* 
reux fils d'Hercule, le grand Tlépolème, 
contre le divin Sarpédon. Quand ces deux 




Rocbelte, Colo' 



IQB 



L'UNIVERS. 



héros ^ rcB fil8 et riotfd pctft*il8 dd 
dieu qai lance lelomierre, iansnt tous 
deux en pvéeenee et prêts à se charger, 
Ttépolème parla le premier, et lui 
adressa ces paroles : « Sarpédon , con- 
seiller des Lvdens , quelle nécessité de 
▼enir trembler ici, toi qui ne connais 
pas la guerre? ils mentent ceux qui te 
disent fils de Jupiter Porte-Égide ; car 
tu es de beaucou|> inférieur à ces héros 
anciens qui naquirent de Jupiter. Tel 
fut, dit'On, Hercule, mon vaillant père 
au coeur de Lion, qui, venu ici avec six 
vaisseaux seulement et un petit nombre 
d'hommes pour enlever les chevaux de 
Laomédon , saccagea la ville de Ticoie 
et désola ses rues. Mais toi, tu n'es 
<|u*ufi lâche , et tes peuples périssent. £it 
je ne pense pas que ta venue en ce pays 
soit désormais d un grand secours aux 
Troyens , quand même tu serais très- 
robuste; car, terrassé par moi, tu vas 
franchir les portes de renier. — Tlépo- 
lème, reprend Sarpédon, il est vrai 
qu'Hercule ruina autrefois la ville de 
Troie par la faute et par Timprudence 
du grand Laomédon, qui lui refusa ses 
clievaux qu'il lui avait promis, et pour 
lesquels ce héros était venn de fort loin. 
Ce roi parjure ne se contenta pas même 
de les lui refuser ; il le traita indignement, 
quoiqu'il en eût reçu de très-grands 
services. Pour toi , je te prédis que tm. 
n'auras pas le sort de ton père. Ta der- 
nière heure t'attend ici, et, terrassé par 
cette pique, tu vas me couvrir de gloire, 
et enricnir d'une ombre l'empire dn 
dieu des enfers. » Comme il achevait ces 
niots, Tlépolèrae lève son javelot, et le 
lance. Dans le même instant les traits 
de ces deux guerriers partent de leurs 
juains. Sarpédon donne du sien au mi- 
lieu du cou de son ennemi , et le perce. 
La mort ferme ses paupières et le cou* 
vre d'une éternelle nuit. Le javelot que 
Tiépolème avait lancé atteignit Sarpé** 
don à la cuisse gauche, et le fer avK[e , 
poussé avec une violence extraordinaire^ 
entra dans l'os , et s'y attacha. Jupiter 
garantit son fils de la mort. » 

ÉtABLISSEH £NT DBS DOBIBNS DANS 

l'Ile de Rhodes. — A l'époque de la 

fuerre de Troie, Rhodes, débarrassée 
es Phéniciens, qui l'avaient occupée d'à» 
bord , des Cariens, qui y dominaient au 
temps de Minos , était devenue une île 



greecnie. Une dernière ém^ratlen cuit 
une fie dorienne (1). Le chef de ce aoa- 
vel établissement fut un second Althé- 
mène, fils de Cisus, petit^^fllsde Téménns, 
qui dans la conquête du Pélopomtèse 
par les Héraelideset les Dorions avait ob- 
tenu en partage le royaume d'Argm (2). 
Althémène était le plus jeune des fils 
de Cisus. Il quitta l'Argolide, à la suite 
d'une querelle avec ses frères, accompa- 
gné d'une troupe de Doriens, auxquels 
s'étaient joints quelqjues Pélasges. A 
cette époque les agitations dont la Grèce 
était le théâtre, par suite des invasions 
des Cadméens, des Améens et des Do* 
riens, avaient déterminé parmi les an- 
ciennes populations de ce pays un mou- 
vement d'émigration très-actif vers l'A- 
sie Mineure et les tles. Au momeot où 
Althémène s'apprêtait à quitter la Grèee, 
des Athéniens sous la conduite de Nélfc, 
des Lacédémoniens sous celle de Del- 
phus et de Polis , lui proposèrent de se 
joindre à lui et de se placer sous sob 
commandement. Mais il devait être iin- 
posslble à ces peuples si différents d'ori- 
gine et de caractère de s'entendre sur 
la direction à donner à leur entreprise. 
Les Ioniens voulaient aller en Asie Mi- 
neure, leur terre de prédilection; les Do- 
rions poussaient Althémène à se rendre 
en Crète. Celui-ci, rejetant les offres qii'oo 
lui faisait , alla consulter l'oracle de Del- 
phes , qui lui ordonna de se dirij^er vers 
Jupiter et le Soleil , et de s'établir dans 
les pays qui les reconnaissaient pour pro- 
tecteurs et dieux tutélaires. Étant donc 
parti du Péloponnèse, Althémène rint 
•aborder en Crète , qui était particulière- 
ment consacrée à Jupiter. Il laissa une 
partie de sa troupe; et, poursuivant .^n 
voyage avec le reste des Doriens, qui t'a- 
vaient accompacné, il vint prendre terre 
dans 111e de Rhodes. A partir de ret^^ 
époque les Doriens dominèrent dans 
cette île, dont ils occupèrent les trois 
villes, Camiros , Jalyssos, Lindos, qvi 
avaient d^à reconnu tant de maîtres dif- 
férents. Ils s'établirent aussi dans TUf 
de Cos , et sur le continent, à Cnide et à 
Halicamasse. Les Doriens de ces sis 
villes des tles de Cos, de.Rhodes etde b 

• 

(( ) Fojr, SUT l'ttsage de la laogi» doriamf * 
Rhodes Meursius, RtuxLt !• n, c. m. 
(a) CoDoo «p. Meurs», Rhod,^ p. i5. 



ILE. SB BBODES 



t07 



CM^sc rémirciit en xom 6oiifiSdéMlon 
gni s'appela l'HeiapoIe Dorique. 

AlITIQUB PBOSFéxnS MABITIlfS 
DES RHODlSnS ; LEUBS COLOHIBS. — > 

Ces traditions, toutes confases et ineom-^ 
plètes qu'elles sont, ne laissent pas de 
nous donner de précieux renseignenaents 
$ur les orifçines de la population de l'Ile 
de Rhodes. Mais après rétablissement 
de la colonie dorienne Tbistoire ne nous 
transmet phis rien sur les destinées de 
cette île, dont les annales offrent une la- 
ronedesix siècles environ. On sait seu- 
lemeot, par des indieationséperses çà et 
là dans les anciens auteurs , que Fîle de 
Rhodes s'élève à un haut degré de pros- 
périté, et qu'elle dut au courage, au génie 
actif et entreprenant de ses habitants 
une importance supérieure aux ressour- 
ces et aux forces dont la nature l'avait 
pourvue. Dès le temps d'Homère la ri- 
chesse des Abodiens était déjà célèbre : 
• Le fils de Saturne, dit le poète, a ac- 
cordé aux Rhodiens de grandes riches* 
ses.(l). 

Aussi Pindare a-t-il imaginé de dire 
«qoe le puissant roi des immortels avait 
arrosé d'une pluie d'or l'tle de Rhodes , 
lorsque Minerve, avec l'aide de Vulcain , 
arme de sa hache de bronze, s'élança du 
ecneau de Jupiter en poussant un cri 
retentissant (2) ». Penaant toute Tanti- 
qnité, ce fut la destinée de Rhodes d'ê- 
tre renommée pour son opulence. Les 
rhéteurs des siècles postérieurs Aristide, 
Philostrate, Libanius, Himérius répè- 
tent tous la fable de la pluie d'or, qui n'a- 
vait pas cessé d'être vraie, et un sco- 
liaste d'Homère en donne une explica- 
tioQ mythologique , qui , prise au sens 
iDoral, offre un bel enseignement, qui 
s'adresse à tous les peuples. On rapporte, 
dit-il, que Jupiter fit pleuvoir de l'or sur 
itie de Rhodes, parce qu'elle fut la pre- 
mière qui offrit des sacrifices à sa fille 
Minerve. Ainsi le dieu récompensait les 
KlKxiiens de leur culte pour la sagesse en 
l^ur accordant des richesses proverbia- 
le. L'oraele sibyllin avait dit au sujet 
deillede Rhodes : a Et toi, Rhodes, fille 
do dieu du jour, tu seras pendant long- 
temps une terre indépendante, et tu pos- 
séderas d'immenses trésors. « Que la 

(0 Hom., //., n, 670 
(2)Piiidar., O/., TII, ep. 2. 



prédictioii ait été fiiice après «i^p^ oa 
qu'elle ait devancé l'événement, elle 
n'en reproduit pas moins avec conci* 
sion et exactitude les deux ^ands traits 
généraux de cette période inconnue de 
rhistoire de Rhodes, qui sut, par un rare 
bonheur et par sa conduite parfaite, con- 
server penaant des sièeles deux choses 
qu'il est bien dilQSeile d'acquérir et de 
posséder simultanément , la richesse et 
l'indépendance (1). 
L'oracle de la Sibylle avait dit encore 

Sue rtle de Rhodes aurait la domination 
e la mer; et elle fut en effet de toutes 
les îles grecques la plus puissante, par 
sa marine et son commerce. Bien avant 
l'époque où Tite-Live célébrait la supé- 
riorité de la marine rhodienne , la rapi- 
dité de ses vaisseaux, l'expérience de ses 
pilotes et l'adresse de ses rameurs , les 
Rhodiens passèrent pour les meilleurs 
marins de la Grèce. Ils se vantaient que 
chacun d'eux pouvait à lui seul conduire 
un vaisseau ; de là ce proverbe *E{uU 
tinot TdStot, Mxa vaOç , dix Rhodiens, dix 
navires. La puissance maritime des Rho- 
diens, dit Strabon, précéda de beaucoup 
la fondation de la ville actuelle de Rbo« 
des. Bien des années avant l'institution 
des jeux Olympiques, ils fondèrent de 
lointains établissements. Une colonie 
nombreuse s'établit en Ibérie ou Es- 
pagne, ety fonda la ville de Rhodes (Ro* 
sas ), que les Marseillais occupèrent plus 
tard. Dans la terre des Opiques, cest- 
à-dire en Campanie, ils établirent une 
colonie à Parthénope, qui fut plus tard 
la ville de Naples. Le Rhodien Elpias, 
ayant émigré avee des habitants de 
Rhodes et de Cos, fonda la ville de Sala* 
pie en Apulie. D'autres Rhodiens allè- 
rent , après la guerre de Troie, coloniser 
les fies Gymnasiennes ou Baléares. Les 
Grecs de Rhodes, qui s'étaient déjà éta- 
blis dans leur fie sur les débris de la 
domination des Phéniciens, profitèrent 
de la décadence de leurs colonies des 
Gaules, et s'emparèrent du commerce 
de la Méditerranée occidentale. Ils cons- 
truisirent quelaues villes, entre autres 
Rhoda et Rhodanhusia , près des bou- 
ches libyques du Rhône, qui leur dut 
«>n nom. Vers Tan 600 avant Tère chrér 

(1) ^ojrez pour toutes ces citations Meur* 
sios, Rhodus, c. xvci> p» 5i et suiv. t 



10$ 



LUSITEBS* 



tieime, ils finrent remplacés dans ces pa- 
rages parles Phocéens, qui y établirent 
la puissance cité de Marseille (1). En Si- 
cile, des Cretois et des Rhodiens réunis 
fondèrent la ville de Gela, qui à son tour 
devint la mère patrie d'Agrwente (3). 
« Antiphème de Rhodes et Éntime <l6 
Crète, dit Thucydide (3), amenèrent des 
habitants à Gela, et la fondèrent en com- 
mun, quarante-cinq ans après la fonda- 
tion de Syracuse. Le nom de cette ville 
lui vint dû fleuve Gelas; Tendroit où elle 
est aujourd'hui, et qui fut le premier en- 
touré d'un mur, se nomme Lindie^ et 
ses habitants eurent les institutions do- 
riennes. Environ cent huit ans après leur 
établissement, ceux de Gela fondèrent la 
ville d*Agrigente , à laquelle ils donnè- 
rent le nom au fleuve Acragas ; ils char- 
gèrent de sa fondation Aristonoiis et 
Pystilos , et y étal)lirent les lois et cou- 
tumes de Géla« » On mentionne encore 
des établissements rhodiens en Macé- 
doine, à Téos en lonie, à Soli en Cili- 
cie, en Lycie, en Carie, et enfin dans les 
Iles voisines de Rhodes, telles que Car- 
pathos, Casos autrefois Achné, Nisyra, 
Calydna, Cos, Syme, Chalcia et quelques 
autres, sur lesquelles Rhodes établit son 
empire, et qu'on appelait les Iles Rho- 
diennes. 

Tel fut le développement commercial 
et maritime des Rnodiens , du dixième 
an sixième siècle avant Tère chrétienne, 
pendant la période inconnue de leur his- 
toire. Les aeux points extrêmes de leur 
navigation étaient l'Espagne, où nous 
avons vu qu'ils fondèrent des colonies, 
et l'Egypte, où sous le règne d'Amasis 
ils s'établirent à Naucratis, et où ils con- 
tribuèrent à la construction de l'Helle- 
nium avec d'autres cités commerçantes 
de l'Asie et des îles (4). Ainsi leur com- 
merce s'étendit sur toute la mer des an- 
dens, et ils s'étaient assurés sur toutes 
les côtes, dans les Sles, en Asie, en Macé- 

(x) Am. Thierry, HUt. des Gaulois, 1. 1, 
p. a3. 

(a) MeursîuSy Rhod,, p. 6o. 

?3) Thuc, VI, 4 ; Hcr,, TII, 1 53. 

(4) Her., U, 178 : « Les villes qui firent 
bâtir IHellénion à frais communs furent : du 
côté des Ioniens, Chios, Téos, Phooée, CU- 
lomènes; du côté des Doriens, Rbûodes, 
Cnide, Halicsmasie, Pbasélis; et de oeloi des 
ËoUens U seule viUe de Mitylène. » 



doioe, en Sidle, en Italie, en Gaule, m 
Espagne, des comptoirâ et des stations. 
Pendant le long intervalle de temps où 
s'accomplirent toutes ces choses, Rhodes 
resta divisée en trois cités, gouvernées 
d'abord par des rois, comme on le voit 
dans Homère (1), puis transformée en 
république, comme tous les autres ÊtaU 
grecs , a une époque inconnue. De c6 
trois cités, Lindos paraît avoir été la plus 
considérable. C'est d'elle dont il est le 
plus souvent fait mention dans les rares 
témoignages relatils à cette partie de 
l'histoire de Rhodes. 

L'tLB BB RbODBS au TBHPS DE L4 
6UEBBB MBDIQUB. — RiodcS , COOQIBe 

toutes les Iles de ces parages , comme 
tous les États maritimes de l'Asie occi- 
dentale, perdit son indépendance à la fin 
du sixième siècle, et se vit contrainte de 
reconnaître la domination des Perses. 
Dans sa grande expédition (4S0) Xenê 
fit marcher les Grecs d'Asie contre les 
Grecs d'Europe; les Doriens habitant 
dans le voisinage de la Carie, unis a 
ceux de Rhodes et de Cos, fournirent qua- 
rante vaisseaux au grand roi (2). I/entre 
prise de Xerxès ayant échoué, il en ré- 
sulta de grands cbiangements dans Tétai 
du monde grec. Les Grecs d'Europe, 
qui avaient su repousser une domination 
que ceux d'Asie avaient reconnue, vireot 
commencer pour eux une nouvelle ère 
de puissance et de gloire. Ils s'empa- 
rèrent de la suprématie intellectuelle, 
commerciale et politique qui jusque la 
avait appartenu aux cités grecques d'A- 
sie. Athènes, qui avait tout sacrifié pour 
la défense de la Grèce, eut la plus grande 
part aux honneurs et aux bénéfices de U 
victoire. Elle affranchit les Grecs d'Asie 
du joug du grand roi, mais en se les as- 
sujettissant, et les trois cités rhodienaes 
furent contraintes d'entrer, à titre d'al- 
liées, dans cette vaste confédération mari- 
time dont Athènes fut le centre et la tâe. 
Etat db lIlb db Rho&bs pe>- 

(x) Mearsiiis, JS/un/., p. 6a. Au temps de 
la guerre de Troie TIépolèoie régnait à Bbo- 
des. Sa veuve Polyxo gouverna au nom de sop 
fils. Froniin fait mention d'un Memnon , roi 
riiodien, et Pausanias d'un Damagète, roi 
d'Ialysos, qui épousa la fille du héros 
nien Aristomèue ; 1. lY, c. 'xxixi. 

(2) Diod., XI, 3. 



ILR DE RHODES. 



tm» 



DANT LA fi^mBBBBDU PÉlOPONNiSE. — 

Cependant la haine qne se portaient 
mutuelkment les Athéniens et les Spar- 
tiates ayant éclaté Y toute la Grèce s'en- 
gagea dans cette longue et sanglante 
qneretle appelée la guerre da Pélopon- 
nèse. Apres que les Athéniens eurent 
été défaits au siège de Syracuse (413) , 
an grand nombre de leurs alliés les 
abandonnèrent. Les Rhodiens suivirent 
ce mouTement de défection, et s'engagè- 
rent dans le parti des Lacédémoniens, 
Ters lesquels us inclinaient en qualité de 
Doriens. Mmdare , chef de la flotte de 
Sparte, jeta dans Hle deux exilés rho- 
diens, Doriée et Pisidore, qui s'étaient 
retirés à Thurium à la suite de troubles 
qni les avaient forcés de s'expatrier (1). 
Celaient sans doute les che» du parti 
aristocratique et dorien, opposé à la dé- 
mocratie et à Tinfluence d'Athènes. Leur 
retour prépara le changement d'alliance 
que Tarrivee de la flotte lacédénM>nienne 
rendit définitif. Pendant l'hiver de t'an- 
oée 313, le général Spartiate Astyochus 
s'embarqua de Cnide, et fit voile sur 
Rhodes, que le grand nombre de ses ma- 
rins et son armée de terre, dit Thucy- 
dide (2), fendaient déjà importante» Il 
Tint touchera Camiros avec quatre-ving^ 
Quatorze vaisseaux. D'abord la terreur 
iDt grande à Camiros. La ville n'étant 
pas fortifiée, les habitants s'enfuirent. 
Mais les Lacédémoniens les rassurèrent 
sur leurs intentions, et déterminèrent 
les trois dtés à accepter leur alliance. 
£ites s'unirent à eux , et payèrent une 
raotribution de trente-deux talents. Les 
Athéniens firent de vains efforts pour 
ressaisir cette importante possession. Us 
se portèrent à 111e de Chalcia (Carchi) 
en vue de Rhodes, firent des descentes 
dans nie, remportèrent quelques 'avan- 
tages, mais sans réussir dans le but 
principal de leur entreprise (3). Quelque 
temps après, Alcibiade ayant momenta- 
nément relevé les affaires des Athéniens, 
l^r flotte descendit dans les tles de Cos 
«t de Rhodes , les mit au pillage , et en 
<^porta quantité de vivres et de provi- 
sions de toute espèce (4) (408). Ce fut le 

(i)Dlod., Xin, 38 ; Païuan., VI, 7. 
W Thucyd., VUI, 44. 
(3)ld.,Xra,S5. 60. 
(4) Diod., Vni, 69, 70. 



dernier exf^it dies Athéniens. Sparte 
plaça Lysandre à la tête de ses forces 
navales : celui-ci fit voile pour Rhodes, 
réunit à sa flotte tous les vaisseaux que 
les villes de cette Ile purent lui fournir, 
et alla vaincre Antiochus, lieutenant 
d'Alcibiade, sur les côtes del'Ionle. 

Cette année même la première de la 
quatre-vingt-treizième olympiade, en 
408 avant l'ère chrétienne, les habitant» 
de rtle de Rhodes , dit Diodore (1) , qui 
occupaient lalvssos, Camiros et Lindos, 
se réunirent dans une seule ville à la» 
quelle ils donnèrent le nom de Rhodes. 
Aucun historien ne nous rend compte 
des motifs qui déterminèrent les Rho- 
diens à prendre ce parti ; Strabon, Aris- 
tide, Eustathe mentionnent ce fait, 
comme Diodore, avec la plus grande 
brièveté , et nous laissent réduits à nos 
conjectures sur les causes qui ont pu le 
produire. La cause probable de cette dé- 
termination , c'est que les Rhodiens , se 
voyant, par leur dispersion en trois ci- 
tés, à la merci des deux villes de Sparte 
et d'Athènes, qui leur imposaient tour 
à tour leur alliance, comprirent qu'ils 
trouveraient en se réunissant plus de 
forces et de nouvelles garanties d'indé- 
pendance. En effet, la ville de Rhodes 
devint une des plus importantes cités 
des derniers temps de Thistoire grecque. 

Quelques années après la fondation 
de R houes , Athènes succomba sous les 
coups de Sparte, qui fit peser sur les ci- 
tés grecques d'Europe et d'Asie un joug 
plus pesant queceluides Athéniens. Rho- 
des tut une des premières à s'en lasser; 
et lorsque l'Athénien Conon parut dans 
les mers de l'Asie à la tête d'une flotte 
que lui avait fournie Artaxerxès, les 
Rhodiens , fermant leur port à la flotte 
]acédémonienne(2), y reçurent Conon 
et ses navires. Rientôt on vit paraître en 
mer un grand convoi de blé que le roi 
d'Egypte envoyait pour l'approvisionne- 
ment des forces navales de Sparte , son 
alliée. Profitant de l'ignorance où étaient 
les conducteurs de ce convoi de la dé- 
fection des Rhodiens , ceux-ci et Conon 
le firent entrer dans le port, et s'empa- 
rèrent aisément de ce riche butin (396). 

(1) Diod., xniy 75; Meursins, Rkad,, c. x, 

p. «7- 

(a) Diod., Xrv, 79. 



IM 



L'UltmSBS* 



il ett mdent qu« h pett|^ rfaodieii 
était divisé en deux partis qui dominaieBt 
tour à tour^ et qui nt portaient tantôt 
vers l'alliance de S^rke, tantât vers celle 
d'Athènes. C'est là ce qui explique les 
brusques variations de la politique exté- 
rieure de Rhodes à cette époque* Cinq 
aas après ce retour des Rhodiens au 
parti d'Athènes, en a91, les partisans 
de Laoédémone reprirent le d^os, fi- 
rent soulever le peuple, et expulsèrent de 
la ville ceux qui tenaient pour les Athé^ 
niens (1). il y eut guerre civile, du sang 
versé et des proscriptions. Puis , crai* 
gnant aae réaction et des représaillesv 
le parti vainqueur demanda du secours 
aux Laoédémoniens. Sparte, enchantée 
de cette occasion qui s'offrait de rétablir 
ses affaires en Asie, envoya sept trirè« 
mes commandées par trois cheÉ. Ceux« 
ei, après avoir détaché Samos des Athé- 
niens , aâenntrent à Rhodes rautorité 
de leurs amis , et chassèrent ïts Athé* 
niens de ces parages et des côtes voi- 
sines. 

La domination de Sparte, un instant 
ébranlée, avait été raffermie par la bra- 
voure d'Agésiias et la politique d'Antal- 
cidas, qui avait su, comme autrefois Ly« 
aandre, procurer à sa patrie Talliance 
du roi de Perse. Mais le joug des Lacé- 
démoniws étant devenu de nouveau in- 
supportable à force d'orgueil et d'inso- 
lence (2) , une nouvelle défection se dé- 
clara. Athènes était redevenue puis- 
sante; Thèbes commen^it à se faire 
connaître sous la conduite de ses deux 
grands hommes, Pélopidas et Épaminon« 
das, et engageait avec Sparte une lutte 
qui devait lui assurer momentanément 
rempire de la Grèce. Encouragés par 
ces circonstances favorables , les habi- 
tants de Chio et de Byzance d'abord , 
puis les Rhodiens, les Mityléniens et 
aautres îles abandonnèrent Sparte, et 
revinrent a l'alliance d'Athènes. Une 
assemblée générale fut convoquée dans 
cette ville. Chaque cité confédérée y en- 
voya ses représentants et y obtint le 
droit de suffrage : l'indépendance de 
chaque cité fut reconnue, et Athènes 
placée à la tête de la confédération. 
Ainsi se reforma l'empire maritime des 



Àtbéuens, en S77, vingt-six «ns âpres la 
prise d'Athènes par Lysandre,et la des* 
truction des murailles do Pirée. 

£n peu d'années la situation générale 
des États grecs subit de grandes modifia 
cations. Thèbes avait humilié Sparte 
par ses victoires, et lui enlevait la supré- 
matie sur terre. A TiustigatioD d^Épa- 
minondas, elle entreprit aussi de dé- 
pouiller Athènes de l'empire maritime. 
D'après les conseils de ce grand homme, 
les Thébains décrétèrent l'équipemeat 
d'une flottedecent trirèmes (1). Puis Êpa- 
minondas fut envoyé à Rliodes, a Chio, 
à Byzance pour les détacher d'Athènes 
et les intéresser à la réussite de ses des> 
seins. En vain Atliènes envoya uoe 
flotte sous la conduite de Lâches pour 
retenir ces villes dans son alliance. Épa* 
minondas força les Athéniens à quitter 
ces parages, et fit passer Rhodes et l€S 
autres villes dans le parti des Thébaisi 
(S64). Enfin, ajoute Diodore, si cet 
homme avait vécu plus longtemps , les 
Thébains, de l'aveu de tout le oionde, 
seraient devenus les maîtres smr terre et 
sur mer. 

Gdebeb sociale; les Rhodun s se- 
couent LBiOCG d' ATHENES. — Après 
la mort d'Épaminondas, Rhodes et les 
autres colcmies grecques d'Asie retoai- 
bèrent sous la dommation d'Athènes, 
contre laquelle elles ne tardèrent pas à 
se révolter. En 368 éclata ia guerre so- 
ciale, ou guerre des alliés, a laquelle 
Rhodes prit une part active avec Cos, 
Chio, Byzance Ça), Athènes employa 
pour les réduire et de grandes forces, et 
de grands capitaines , Chabrias, Iphi- 
crate, Timothée, qui furentavec Phocion 
les derniers généraux athéniens doot 
les talents firent honneur à leur patrie. 
MausDle, rot de Carie et tributaire de la 
Perse, encouragea le soulèvement des 
Rhodiens et des autres insulaires. Il as- 
pirait à conquérir lestles voisines de ses 
Etats , et pour y parvenir il fallait les 
soustraire a rinfloence d' Atliènes. Us 
affaires des Athéniens furent fort mal 
conduites dans cette guerre importante. 
Chabrias périt dans le j>ort de Chio; les 
dénonciauons de Chares, général cher à 
la multitude, firent écarter du comman- 



(i)Diod.,XIV,97. 
(a) Id., XV, aS. 



(i) Diod., XV, 79, 

(a) Id., XVI, 7 j Metifsitis, I, II. c. xr. 



ILB 1» BHODES. 



«11 



dément TfiBoiMe «t ipbicnte, qui fit* 
rtfit mig en aceiuBtloD. Chargé «ni d» 
la direetioii de la guerre, Cliarès, on* 
biiant leioin de réduire leeallîés, eontint 
]a ré?olte du satrape Artabaze contre 
soQ maître. A rinstant Ocbus menaça 
les AtbéDieoa de foire mareher une 
flotte de trois eenta voiles au secours 
des insulaires soulevés contre eui. il 
Caliot songer à la paiz ; isocrate y inviu 
ses condtoyens dans le discours mpl tl» 
çi'frii, où il déclare que si Athènes veut 
être heureuse et tranquille, Il faut 
(pi'elle renferme son domaine dans de 
JBStes bornes, et qu'elle renonce à l'em- 
pire de la mer et à la domination uni* 
verselle; qu'elle consente à une paix qui 
laisse chaqtie ville, chaque peuple dans 
la jouissance d'une pleine liberté, et 
(fo'elie se déclare l'ennemie irréeonci- 
liable de quiconque osera troubler cette 
pais et renverser cet ordre (1). La paix 
fot en effet conclue à ces conditions, et 
il fut arrêté que Rhodes, Bvzance, Chio 
et Cos rentreraient dans la jouissance de 
leor liberté (356). 

DbmÉLBS DB8 RHOBIBNS AYEG 
MiTisoLB BT Abtbmisb; INTBHTBN- 
non BBS AtHBNIBHS BN PATBUB DBS 

Hhooibus.— La guerre sociale avait eu 
1^ résultat que Mausole en avait espéré. 
Rbodes était libre, mais sans protection, 
et le prince carien qui l'avait aidée à se- 
couer le joug d'Athènes ne tarda pas à 
loi imposer le sien. Sous Tinfluenoe 
athénienne, le parti démocratique était 
maître des aâaires. Mausole favorisa le 
parti des riches etdes grands, qui ressaisit 
le pouvoir et opprima la fection con- 
traire. Rhodes» qui avait cru s'affranchir 
des^ Ath^iens, ne fit que changer de 
maître; elle tomba dans la dépendance- 
d'uo satrape du grand roi, et après la 
mort de Mausole (854) Artémise, sa 
veuve, soutenue par la Perse, Inaintint 
son autorité sur ces ties nouvellement 
acquises. La mort de Mausole avait 
[OMiu aux Rbodiens l'espoir de se re- 
lever de leur abaissement. Pleins de mé- 
pris pour Artémise, qu'ils croyaient sans 
défense, ils entrepirir^t de la détrôner 
et de s'emparer de la Carie. Mais Ar- 
^^oùse n'était pas tellement occupés à 

(0 Iiocnto» Or,, dé Paee, colL Didot, 
t« XXIUy p, xoo. 



pleuier ton époux, qu'elle ne songeât 
eossl à eoBserver les cesquétes qu'il lui 
avait laisoées. H parait, par une harangue 
de Démostbèue, qu'on ne la regardait 
lioint à Athènes oomme une veuve dé- 
solée et inconsolable, abîmée dans les 
larmes et la douleur (1). On savait au 
contraire quelle était son actirité , et 
combien elle était attentive aux intérêts 
de son royaume. £n effet, les Rhodiens« 
croyant la surprendre, mirent leiir 
flotte en mer, et entrèrent dans le grand 
port d'Halicamasse. La reine, avertie 
de leur dessein , avait ordonné aux ha- 
bitants de se tenir sur les murailles , el 
quand les ennemis seraient arrivés , de 
leur témoigner, par leurs cris et leurs 
battements de mains, qu'ils étaient prêts 
à leur livrer la ville. Les Rbodiens des-* 
cendirent tous de leurs vaisseaux, se 
rendirent avec hâte dans la place, et lais^ 
aèrent leur flotte vide. Pendant ce temps^* 
là, Artémise fit sortir ses galères du 
petit port par une ouverture qu'elle 
avait rait pratiquer exprès, entra dans 
le grand port, se saisit de la flotte en- 
nemie, qui é(ait sans défense, et y ayant 
lait monter ses soldats et ses rameurs , 
elle sortit en pleine mer. Les Rbodiens 
enfermés dans Halicamasse forent tous 
égor^« La reine cependant s'avança 
vers RlKNles. Quand les habitants aper- 
çurent de loin leurs vaisseaux ornés de 
couronnes de lainriers , ils jetèrent de 
grands cris, et reçurent avec des mar- 
ques de Joie extraordinaires la flotte vic>- 
torieuse et triomphante. Ils ne furent 
détrompés qu'après qu' Artémise se fut 
rendue maîtresse de la ville. Elle fit 
mourir les principaux citoyens, et fit 
dresser un trophée de sa victoire, avec 
deux statues de bronze , dont l'une re- 
présentait la ville de Rhodes et l'autre 
Artémise qui marquait cette ville d'un 
fer chaud. Vitruve, à qui nous devons ce 
récit (2), ajoute que les Rbodiens n'o- 
sèrent jamais âdre disparaître ce tro- 
phée, parce que pétait un objet consa- 
cré par la religion, maisqu'ils l'environ- 
nèrent d'un édifioequi en dérobait la vue. 
Dans cette triste et humiliante ex- 
trémité , les Rbodiens députèrent vers 

(x) Demostb.» Orat. de Rhodiorum liber" 
tate^ coll. Didot, t. XTI, p. loo. 
(a) Vitruv,, De jirchii,, 1. II, c. vm. 



ut 



L*UniVBIS. 



les AtbémmB^ eontra lesquels ils s*é- 
taient réoeoimeiit révoltés ^ el ini)dord« 
reot leur protection ( 351 ). Oa était fort 
auimé contre eux à Athènes, à cause de 
la part qu'ils avaient prise à la guerre 
sociale. « Cependant Démostbène ne 
laissa pas que de parler au penple en 
leur faveur. Il met d*abord leur feute 
dans tout son jour; il exagère leur in- 
justice et leur perfidie; il semble entrer 
dans les justes sentiments de colère et 
d'indignation du peuple, et Ton dirait 
qu*il va se déclarer fortement contrôles 
Rbodiens. Mais tout cela n'était qu'un 
artifice de l'orateur, qui cherchait à 
s'insinuer dans l'esprit de ses auditeurs 
et à y exciter des sentiments tout eon«* 
traires, de bonté et de compassion pour 
un peuple qui reconnaissait sa faute, 
qui avouait son indignité, etquinéan-^ 
moins venait avec confiance implorer sa 
protection. Il étale les grandes maximes 
qui dans tous les temps ont fait la 

Sioire d* Athènes, d'oublier les injures» 
e pardonner à des rebelles, et de pren* 
dre la défense des malheureux. Aux 
motife de gloire il ajoute ceux de l'in- 
térêt, en montrant combien il importe 
de se déclarer pour une ville qui fovoriso 
la démocratie, et de ne pas abandonner 
aux ennemis une île aussi puissante 
qu'est celle de Rhodes. Cest ce qui fait 
le sujet du discours de Démostbène inti-> 
tuié : Pour la liberté des Bbodiens (1). » 
La mortd'Aitémise, qui arriva cette an- 
née-là même, et sans doute Tinterven* 
tion d'Athènes, rendirent la liberté aux 
Rhodiens. Ce peuple comprit enfin que 
son véritable intéret était de rester atta<> 
cbé aux Athéniens etde les soutenir con* 
tre les aggressions de Philippe, roi de 
Macédoine. 

État de Rhodes au temps db 
Philippe et d'Alexandre.— En 340 
Philippe, assiégea Byzance. La posses- 
sion de cette ville l'eût rendu maître du 
Bosphore, c'est-à-dire du commerce du 
Pont-Euxin, qui était une abondante 
source de richesses poftr Athènes, Rho* 
des et les autres îles de l'Asie. Les Athé- 
niens prirent des mesures énergiques, et 
envoyèrent une flotte commandée par 
Phodon au secours de Byzance. Les 

(x)KoIlin, Histoire Ancienne^ 1. XJn, t V, 
P« 471. 



RbodieDS, redev«i»a leurs alliés, aioà 
que ceux de Chio, de Gos et d'autres in- 
sulaires , envoyèrent aussi des renforts. 
Cette démonstration des citÀ eomoier- 

Sintes de la Grèce arrêta Milippe, qui 
eba sa oroie et fit la paix avec les Athé- 
niens et leurs alliés (1). 

Deux ans après, la liberté de la Grèoe 
succombait à la bataille de Ghérooéei 
et en S86 le royaume de Maeédoine pas- 
sait aux mains d'Alexandre le Grand, qui 
entreprit aussitôt la oonquéte de l'Asie. 
Les historiens d'Alexandre remarquent 
Tempressement avec lequel les Rhodiens 
se soumirent au héros macédonien (}). 
C'était cependant un Rhodien, le brave 
et habile Mensnon engagé au service do 
roi de Perse, qui parut un instant ca- 
pable d'arrêter Alexandre, si Alexandre 
avait pu être arrêté. Mais la chute de 
l'empire des Perses était décrétée dans 
les conseils éternels; un empire grec et 
macédonien s'éleva sur ses déiMris, et 
Rhodes n'eut qu'à s'applaudir de ces 
arands événements, qui la délivraient de 
la crainte des Perses et qui la débarras- 
saient du fâcheux patronage des Athé- 
niens. Alexandre, dans l'intention peut- 
être de ruiner le commerce d' Athènes 
et de lui susciter une rivale, traita la 
ville de Rhodes avec une attention et 
des égards tout particuliers. Il l'bonon 
entre toutes les villes en la choisissant 

Sour y déposer son testament. A partir 
e cette époque jusqu'à la conquête ro- 
maine, Rhodes devient le premier État 
maritime de la Grèoe, et succède à 
Athènes, qui avait été frappée à mertdans 
sa lutte avec la Macédoine. 

Conduite des Rhodiensapbbs la 
MOBT d'Alexaudbe (323). — La mort 
d'Alexandre fut suivie d'un soulève- 
ment général des villes grecques. Pen- 
dant qu'Athènes donnait le signal de la 
guerre lamiaque, Rhodes duissait de 
ses murs la garnison macédonienne, et 
recouvrait son indépendance (3). Ren- 
dus à eux-mêmes, les Rhodiens se livrè- 
rent avec plus d'activité que jamais au 
commerce, et s'efforcèrent de rester en 
dehors des agitations politiques de ces 
temps malheureux. Leurs amires pros- 



i 



i) Diod., XVI, 77. 
a) Menniiii, Bhod,^ p. 1 14. 
il) Diod., XYUI, S. 



ILK DE JLHODES. 



ni 



pérèrent BU miliefi de It coofiitjoii 
Qoiveredie. Ils augmentèrent leur ma- 
me; ils eoncentrèrent dans leur Ile 
le eommerce de TOocident, du Pont- 
Euxin et de TÉgypte; ils réprimèreiit 
la piraterie, fireut la police des merst 
acquirent de grandes richesses, et af- 
fectèrent de garder entre les différents 
princes qui se disputaient l'empire la 
plus stricte neutralité. Aussi chaque roi 
recherchait leur allianee et les honorait 
deses faveurs. LesRhodiens paraissaient 
tenir la balance égale entre eux tous, 
mais ils inclinaient plus partieulière- 
ment pour Ptolémée, roi d Egypte, car 
c'était avec l'Egypte qu'ils taisaient leur 
pius grand commerce, et c'était à ce 
royaume, où elle s'approvisionnait se- 
lon Diodore, que Rhodes devait en quel* 
que sorte son existence (l). 

RuPTUBS AYEG Antigonb. — Cepen- 
dant lesRhodieus paraissaient également 
bien avec Antigène, qui régnait en Asie 
Mineure , qui possédait les ports de la 
Phénide , et qu'ils avaient aussi le plua 
grand intérêt à ménager. Ils ne né* 
gligeaient aucune occasion de lui être 
agréables , tant qu'ils pouvaient le faire 
sans compromettre leursautres alliances, 
et eo 312 ils lui fournirent dix vaisseaux, 
qui se Joignirent à la flotte qu*il euToyait 
eo Grèce pour l'enlever à 1 influence de 
Cassandre (3). Mais quelque temps après 
Antigone, ayant rompu avec Ptolémée, 
voulut entraîner les Rhodiens dans son 
parti et les contraindre à mettre leurs 
vaisseaux à la disposition de son iils Dé- 
métrius. Geux-d refusèrent; Antigone 
ti capturer leurs navires de commerce; 
les Rhodiens se défendirent, Antigone 
les menaça d'un siège. En vain les Rho- 
diens essayèrent-ils de l'apaiser par leurs 
Jrotestations de dévouement et leurs 
oïDfflages; comme ils refusaient tou- 
jours, avec autant de fermeté que de 
modération, de prendre part à la guerre 
eontre Ptolémée, Antigone ne |x>uvait 
leur pardonner ce refus. Il resta impla* 
^le, et, ehassantleurs députés d'auprès 
de loi, il chargea son fils Démétriiis du 
fÀQ de prendre Rhodes et d'en châtier 
les habitants. Informés des grands pré* 
Paratifs que Démétrius fiiisait contre 

(0l>iod^XX,^8i, 
Wld.,ÎIX,77. 

8« lÂvraUon. ( Ilb nx Rhodbs. ) 



«Qx , les Rbodiena prirent Talarme, et 
consentirent alors à seconder Antigone 
dans sa guerre contre Ptolémée. Mais 
Démétrius ne se contenta pas de cette 
concession tardive; il exigea qu'on lui 
livrât cent otages et qu'on lui ouvrit 
tous les ports de l'tle. De telles exigen- 
ces rendirent aux Rhodiens le courage 
qui les avait un instant abandonnés, et, 
reconnaissant aue Démétrius en vou- 
lait à leur indépendance, ils prirent 
l'héroïque résolution de périr plutôt que 
de se rendre. 

SiBOB DB RhODBS PÀB DÉMÉTBTUS 
POMOBCBTB (80Ô-304); PBÉPABATIFS 
BB L'ATTAQUB et DB LÀ ]>BF£MSB. — 

L'tle de Rhodes est célèbre, entre toutes 
les Iles grecoues , par les sièges mémo- 
rables qu'elle a soutenus, tant dans 
l'antiquité que dans les temps moder- 
Bes. Cette particularité de son histoire 
prouve à la fois la force et l'importance 
de sa position militaire et le courage 
de ses habitants. Démétrius, déjà re- 
nommé par ses exploits et par la prise 
de Salamine, capitale de nie de Cypre, 
rassembla une flotte considérable dans 
le port de Loryma, situé en face de l'Ile 
de Rhodes, à Textrémité de la péninsule 
méridionale de la Carie. Cette flotte se 
composait de deux cents vaisseaux de 
guerre, et de plus de cent soixante bâ- 
timents de transport, sur lesquels étaient 
embarqués environ quarante mille hom- 
mes, sans compter la cavalerie et les pi- 
rates alliés. Indépendamment de ces 
navires, armés et équipés par Démétrius, 
il était venu de tous côtés un nombre 
considérable d'embarcations, évaluées 
à près de mille par Diodore, que mon- 
taient des aventuriers qui comptaient 
sur le butin de la ville et de rîle de 
Rhodes, dont on connaissait l'opulence. 
Car depuis longtemps elle n'avait point 
été ravagée par aucun ennemi. Cette 
flotte traversa le canal qui sépare Rho- 
des du continent, s'avançant en bon or- 
dre, couvrant un immense espace, et dé- 
ployant ses vastes lignes en face de la 
ville , d'où les habitants, montés sur les 
murailles de l'enceinte ou sur les toits 
de leurs maisons, contemplaient à la 
fois avec crainte et admiration l'impo- 
aante arrivée de l'ennemi (1). Ils ne pou- 

(x) Diod., 1. XX^ c. 8a-ioo ; Plut,, DemeW, 

8 



114 



I«*I1KIVIB& 



vâient È^^ppèaêrmk détefOMMBl^* qui m 
it sauf oMtado. Dénétriiii «avoya à 
FÎBstaDl ées soldais et das piratai poua 

S 1er rintérieap el les e6tes de l*lle. Il 
blH son armée dans un camp , qu'il 
entoura ë'uae triple eBeamle de rewan* 
ohements palissades, et il lit travaillai 
ses troupes de terre et de mer à une di« 
gue , qui Ibt achevée eu quelques jours, 
et qui formait un port asseï spaoieui 
peufr contenir la flotte (1). 

De leùf eôté les RhedieBS se prépa- 
raient à une viffoureuse dtfense. Us en« 
voyèreat des députés à tous les rois al- 
liés, à Ptolémée, à Lysimaque et à Cas- 
sandre pour sollioiter leurs aeeours. ils 
enrélèrent comme volontaires tous les 
étrangers domiciliés à Rhodes et capa- 
bles de porter les armes. Ils renvoyèrent 
toutes les bouches inutiles. Le nombre 
des défenseurs de la place était de huit 
mille hommes, tant citoyens qu'étran- 
gers. Par un décret du peuple , les es- 
claves les plus vigoureui furent rache- 
tés, mis en liberté, armés comme les 
citoyens , parmi lesquels on promit do 
les admettre s'ils servaient avec bra- 
voure et fidélité. On déclara de plus que 
la ville ferait enterrer honoranlement 
ceux qui seraient morts en cbmbattanti 
qu'elle pourvoirait à la subsistance et à 
iVntretien de leurs pères, mères, femmes 
et epfants; qu'elle fournirait aux filles 
qne dot pour les marier; et que quand 
les garçons seraient en âge de servir 
daûs l'armée, elle leur donnerait en po- 
blio, sur le théâtre, dans la grande so- 
lennité des Bacchaqales, une armure 
complète. Ces dispositions et l'immi- 
nence du péril excitèrent au plus haut 
degré le patriotisine de tous les habitants 
de Rhodea. Toutes les classes de citoyens 
rivalisaient entre elles de zèle et de dé- 
vouement; les riches apportaient leur 
argept, les pauvres offraient leurs bras 
pour la fabrication des armes. Les uns 
travaillaient aux balisteset aux catapul- 
tes, les autres réparaient les brèches 
des murs. Tout mit en mouvement; 
tpus cherchaient à se di^tineuer et è se 
surpasser les uns les autres. Les assiégés 
commencèrent par faire sortir du port 

(i) Oe port de Déméfrîas est peat-étre le 
port ensablé que ron voit auiourd*hai au 
midi de la viVe de Rhodei» 



tmbk Mvirea, fltt ^»Ui«i« «ai tl4ffè< 
roQt UB convoi de viwes destipé 4 1 en- 
Bomi. Les hâtînMBta qui le eompos^iofit 
furent coulés à fond pu brâlés, les prî- 
aoBBiers rotenus jusqu'à ce qu'ils payas- 
aoBt ran^B ; car ou était oonvoQU (te 
part et d^autre que la prii dq ranbat des 
prisonniers serait, par tlt«, do lOûO 
draehmoa pour un nomme libre et de 
MO pour un eadave. 
PBBMiàmBs QBBBATioiia DU sises ; 

▲SVAQUIS DO Q<TB PB UL XBB. t— Dé- 

métrius eomman^ l'attaqua du eôté da 
la mer, pour se rendre mutra du port et 
daa tours qui ea défendaient rantréa. Il 
avait ftdt âbsiquer diUévaotes maobines 
ppopres à seoender les efforts des assié- 
geants, toutes iBg[énieusenaent eonçues 
et CKéentées. C'étaient d'abord deux tor- 
tues placées chacune sur deux bfltîmeoU 
plats joints ensemble : l'une, plus lorta et 
plusmauive, pour garantir aea aoldaU d^ 
masses énormes que les assiégés lançaieol 
du haut dep toura et das murailles av«f 
leurs catapultes ; rautre, d'une coBStrue- 
tion plus légère, pour les mettre à l'abri 
des flèches et des traits lancés par les b<h 
listes. Puis venaient deux tours à quatre 
étages, qui surpassaient en haïuteur les 
tours qui défendaient l'entrée du port, 
et qui étaient posées sur deux bâtiments 
joints et liés ensemble. Devant «es lo^ 
tuea et ces toura il fit élever um cspèr» 
de barrière flottante, soutenue par da 
solives éauarries clouées ensaflable, H 
destinée- a protéger les bAtinsents qm 
supportaient les maehines de aî^e con- 
tre les éperons des Bawas ennemii. 
Knsuite Démétrius rassembla un grand 
nombre de barques; il y fit dfasaer des 
remparts de plaùcbes, dernàrf lesquels 
il plaj^ toutea sortes de machines prch 
près à lancer des traits. Ces barques Ai- 
vent montées par d'habiles amers et | 
surtout par des Cretois. 

Les Rhodieiis, voyapt que ka assiâi 
géants tournaient tous leurs efforts di 
coté du port, mirent aussi toua leuif 
soîQS pour le défendre* Ils dreas 
deux machines sur la digue t et troi 
autres sur des bâtiments & obarse p 
de l'entrée du petit port. On ois 
smaal tons les navires du grand port df 
manière à les faire servir è lancer des 
traits contre rennemi. 

Tous ces préparatifs éta^t teroÙDés de 




ILE DE &BODËS. 



m 



inrt et d'autrt , Dimétiius fit avancer 
les iD8eliiD€8 contre les deux ports ; maïs 
le vent soiiflQa violemment, et la mer 
devint si houleuse, qu'il loi fut imposr 
Rble de rien faire pendant tout le jour* 
Sur le soir la mer sa ealma ; Démetrius 
s'approclHi seerètement du rivage, a'éta^ 
Mit sur une éminenee voisine du radie 
joi doraîDe le grand port, s'y retrancha 
isimédiatement et y logea quatre cents 
soldats. Le jour étant venu, il introduisit 
m machines dans le port , fit jouer ses 
iMilistes, et pratiqua plusieurs brèches 
im Feneeînte du mole. Cependant la 
giniiion de la ville se défendit vaillanv' 
JMti lei pertes forent égales des deui 
4téa,et le soir Démetrius futoblicéde 
le retirer et de mettre ses machines nors 
4f b porté» des traits de TennemL Dans 
iesoit qui gui vit cette première attaque, 
l<elihodiens firent sortir de leur port, 
3 II faveur des ténèbres, quantité de 
bfillots, dans le dessein d'aller mettre 
le feu aux tortues et aui tours de bois 
de Démétriiis. Mais ils ne purent forcer 
le barrière flottante qui les couvrait. Le 
imdemain Démetrius ordonna un nou« 
vel assaut : le signai en fot donné au 
lea de )a trompette, auquel aeu soldats 
répondirent par de grands cris. Mais 
les assiégés tinrent bon , et résistèrent 
beureusement à toutes les attaques que 
les assiéffcants firent sans interruption 
peadant nuit jours. 

Cependant, de la hauteur où ils B*é« 
tttent postés, les soldats de Démetrius 
laoçaient sur l'enceinte du môle des 
pierres d'un poids énorme qui brisèrent 
in machines des assiégés, ébranlèrent 
les tours et firent brèche a la muraille. 
Alors les assiégeants attaquèrent avec 
farie Dour s'emparer du môle. Ce poste 
était (le la dernière importance ; les Rho- 
4ieDs n'épargnèrent rien pour le défen<> 
Are, et ils réussirent à forcer l'ennemi à 
•e retirer. Cet écbec ne diminua rien 
k l'ardeur des assi^ieanta. Plus animés 
eacore qu'auparavant contre les Rbor 
diens^ ila montant à l'escalade en même 
^emps par terre et par mer, et donnent 
lent d'occupation aux assiégés , qu'ils ne 
savent à quel endroit courir. Partout on 
attaque avec furie, et partout l'on résiste 
evee intrépidité. Plusieurs, renversés de 
dessus leurs échelles , tombent par terre 
le corps brisé-, quelques-ans des princi- 



emux oomasandaiM»^ vm^é» jusque sur 
le mur, sont blessés et pria par les Rbor 
diens. Il fallut enfin que pémétriua « 
malgré sa valeur, pensât è Ip retraite t 
peur aller raoeommoder ses mechinei 
indommagées et les vaisseauK qui les 
portaient. 

Démetrius , rentré dans son pert, enir 
ploya sept jours à réparer ses machinée 
et ses embarcations. Pendant ce tempe* 
les Rhodiena rendirent les derniers be»' 
nenrs à leurs morts. Ils consacrèrent 

Îinx dieux les armes et les éperons en* 
evés à rennemi , et ils réparèrest les 
brèches de leurs murailles. Après ee 
«spos foreéy Démetrius reoemmença le 
aiége, et s'approcha de neuvean du grani 
port , par où il voulait s'emparer de le 

S lace. Des qu'il fut à pcurtée, il fit lancer 
ss brûlots contre les navires des Rhe* 
diens , Undis qu'on battait les murs à 
coups de pierres Isncées par les eelsK 
pultes sans interruptien. Les assiéiée 
eurent beaneoup de peine à garantir 
leurs vaiaseaux de rinoeodia. L'ardeur 
é» cette attaque fut telle , que les Pr^^ 
BCi, OU premiers magistrats de la ville « 
craignant de voir le port forcée appelé* 
rent tous les habitants aux armes; tous 
sépondirent à cet appel. Trois des pk» 
forts navires , montes par les meilleurs 
marins et commandés par le navarque 
Exéceste f forent envoyés contre le» bar* 
ques de Démetrius , pour tenter de les 
oouler bas avec les machines qu'elles 
portaient. Cet ordre fut exécuté avec 
nne promptitude et une adresse inerveilr 
leuses. Les trois galères, après avoir bri* 
se et franchi la palissade flottante, dont 
uèrent de leurs éperons avec tant de vio* 
lance dans le flanc des bâtiments qui por« 
talent les machines, qu'on y vit aussitôt 
l'eau entrer de te«s côtes. Deux de eei me* 
chines périrent, la troisième, traînée à la 
«emormic, futsauvée. Mais les RhedienSt 
cubardus par ce succès, se laissèrent eoH 
porter trop loin : enveloppés par les ncv 
vires ennemis , leurs bjuments furent 
brisés à coups d'éperons. Cependant des 
trois vaisseaux qui avaient fait cette au* 
jdacicuse sortie, deux rentrèrent au port. 
Le troisième, monté par le buave £xé^ 
oe«te, tomba seul au pouvoir de l'ennemi 
L'opiniâtreté de Démetrius à attaquer 
égalait la persévérance des Rhodiens 
à se défendre. Malgré son derpier échee. 

8. 



m 



L'UNIVERS* 



Si ne se déc<mragea |Ma. 11 iOTenta une 
machine qui avait trois fois plus de hau- 
leor et de laraeur que celles au*il venait 
de peràre. Dès qu'elle lut acnevée, il la 
fit dresser du c6té du port qu'il avait ré« 
tolu de forcer. Mais au moment de s'en 
servir une tempête furieuse s'étant éle- 
irée, les bâtiments qui la portaient fu- 
irent désunis, remplis d'eau, et la ma* 
chine mise hors de service. Les assiégés, 
«ttenti6 è profiter de toutes les occa- 
«ions, altèrent, au milieu du tumulte et 
de la eonfiision produits par cet orage, 
attaquer le poste qui depuis le commen- 
cement du siège occupait cette hauteur 
Toisinedu môle. Ils furent repoussés plu- 
sieurs fois ; mais les gens de Démétrius, 
accablés par le nombre, et ne recevant 
pas de secours» mirent bas les armes, et 
se rendirent au nombre de quatre cents. 
Ce fut au milieu de cet enchaînement de 
snocès, que les assiégés recurent des ren- 
forts de leurs alliés; savoir, centcin- 
Suantehommes envoyés de Gnosse, ville 
e Crète, et cinq cents fournis par Pto- 
iémée, toi d'É^rpte, dont plusieurs mer- 
cenaires rbomens qui servaient dans 
son armée. 

SfiGONBBS OPBBATIOHS BU SIBGB ; 
▲TTAQUBS DU GÔTS DB LJl TBBBB. — 

Quoique le sié^ n*avançât pas, Démé- 
trius s'opiniâtrait à le continuer ; mais, 
obligé de renoncer à ses attaques par 
mer, il tourna tous ses efiforts du côté de 
la terre. H inventa une machine oui sur- 
passait toutes celles qu'il avait aéià fait 
construire, et que l'on appela l'hélépole. 
« La base était carrée, dit Diodore ; eha- 
^e côté , formé de poutres équarries 
uiintes ensemble par des crampons de 
1er. avait à peu pics cinquante coudées 
de long. L*e4»acemtérieur étaitdivisé par 
des plandies, laissant entre elles environ 
nnecoudéed'intervalle, etdestinéesà por- 
ter ceui qui devaient faire jouer la ma- 
<Âiine. Toute la masse était supportée par 
des roues, au nombre de huit, grandes 
et soikies. Les jantes des roues , garnies 
de cercles en fer« avaient deux coudées 
d'épaisseuTi et pour pouvoir imprimer 
à la machine toutes sortes de directions, 
on y avait adapté des pivots mobiles. 
Les quatre andes étaient formés par 
quatre piliers oe cent coudées de hau- 
lear, et légèrement inclinés en haut. 
Toute la Utiase était partagée en neuf 



étages, dont le plus bas se composait d« 

Suarante-trois planches et le plus élevé 
e neuf. Trois côtés de cette machine 
étaient recouverts extérieurement par 
des lames de fer, qui les garantissaient 
contre les torches allumées. Sur le qua- 
trième côté, faisant face à l'ennemi, 
étaient pratiquées, à chaque étage, des 
fenêtres proportionnées a la grosseor 
des projectiles qui étaient lancés sur la 
vUle. Ces fenêtres étaient garnies d'au- 
vents, fixés par des ressorts, et derrière 
lesquels se trouvaient à l'abri les hom- 
' mes qui lançaient les projectiles. Ces an- 
vents étaient formés de peaux cousues 
ensemble et bourrées de lame pour amor- 
tir le choc des pierres lancées par les 
catapultes. Enfin, à chaque étage étaieot 
deux échelles larges; l'une servait pour 
monter et apporter les munitions néces- 
saires, et Tautre pour descendre, afin de 
ne pas troubler la régularité du service. 
Les hommes les plus vigoureux de l'ar- 
mée , au nombre de trois mille quatre 
cents, furent choisis pour mettre eo 
mouvement cet immense appareil de 
guerre. Les uns , placés en dedans , les 
autres, en dehors et en arrière, donnaient 
l'impulsion au mécanisme qui faisait 
avancer ri)élépole(l). » On construisit 
encore des tortues pour protéger les ter- 
rassiers, des galeries où les ouvriers 
pouvaient travailler en sûreté. On ni- 
vela le sol dans une étendue de quatre 
stades, par les équipages de la flotte. 
Tirente mille hommes avaient été em- 
ployés à ces divers travaux, qui furent 
achevés avec une étonnnante rapidité et 
qui méritèrent si justement à Demétrius 
le surnom de Poliobgbtb, preneur de 
Tilles, qu'on lui donna. 

A la vue de ces formidables prépa- 
ratifs, les Rhodiens n'étaient pas restés 
inactifs. Ils travaillèrent à élever un con- 
tre-mur à l'endroit où Demétrius devait 
ûire jouer l'hélépole; et pour construire 
ce mur ils employèrent des matériaux 
enlevés au théfttre, aux édifices voisins 
et même à quelques temples, en proinet- 
tant de réparer le dommage qu ils fai- 
saient aux dieux. Puis ils envoyèrent 
en course neuf de leurs meilleurs vais- 
seaux, divisés en trois escadres, dont ils 
donnèrent le commandement à leurs 

(f) Diod.y XX, yx. 



ILE DE BHODES. 



«17 



trois plus braves offleîenr, Bamopbile, 
Ménéoème et AmjDtas. Ceux-d rerin- 
rent chargés d'an nche butin, emmenant 
arec eux anelqnes galères et plusieurs 
barques enlevées à l'ennemi et un grand 
nombre de prisonniers. Ménédème cap- 
tura, entre antres, un navire ayant à bord 
des lettres, des vêtements, des orne* 
ments rovaux que Phila, femme de Dé- 
luétrius, raisait passer à son mari. Méné- 
dème envoya tous ces objets à Ptolémée, 
roi d*Ëgypte, action qui manquait de 
délicatesse, et bien diflférente de la con- 
duite honnête et loyale des Athéniens , 
qui, selon Plutarq Je, ayant arrêté les 
courriers de Philippe, avec qui ils étaient 
en^rre^ ouvrirent toutes les lettres 
qu'ils portaient, mais ne touchèrent 
pointa celles d'Olympias, qu'ils ren- 
Toyèrent sans les avoir décachetées. 
Quelque temps après, on proposa dans 
rassemblée du peuple, à Rhodes, de 
renverser les statues élevées autrefois à 
Antigone et à Démétrius ; mais le peuple, 
n'écoutant que ses sentiments naturels 
de respect pour les règles de biens^nce 
et d'honnear, repoussa unanimement 
cette proposition. Une résolution si équi- 
table et SI prudente, miellé que fût l'issue 
du siège, faisait infiniment dlionneur 
auxRhodiens; et dans le cas où la ville 
serait prise, elle pouvait leur servir beau- 
coup auprès du vainqueur. 

On travaillait aussi très-actfvement, du 
côté de Démétrius, à creuser des mines, 
du côté des Rhodiens à les éventer. Pen« 
dant que ces travaux souterrains s'exécu- 
taient secrètement de part et d'antre, 
quelques agents de Démétrius entrepri- 
rent de corrompre le Milésien Athena- 
gore, chef de la garde des Rhodiens. 
Celui-ci feignit de se laisser gagner, 
et s^engagea à introduire l'ennemi dans 
la place; et en même temps il dévoi* 
lait toute l'intrigue au sénat de Rho- 
des. Sur la foi des promesses d'Athéna- 
gore, une troupe de soldats commandée 
par le Macédonien Alexandre, ami de 
Démétrius, s'engagea dans la mine et se 
laissa surprendre. Le peuple décerna à 
Athéoagore une couronne d'or et un 
présent de cinq talents. 

Enfin , Démétrius ordonna un grand 
assaut. L'hélépole, garnie à tous ses éta- 
ges debalistes et de catapultes, flanqnée 
de deux béliers de cent vingt coudées 4e 



longoeor, fot mroeliêe des immittes, 
et à un signal dcÀné, les troopes poos* 
sèrent le cri de guerre, et Pattaqne com- 
mença sur tous les poioCs* Pendant qiM 
les béliers et les catapultes ébranlaieni 
la muraille, une députation de CnidioBS 
se présenta à Démétrius, le priant de 
cesser le siège et lui promettant d'obte- 
nir des Rhodiens toot ce qu'on poumût 
exiger d'eux. L'attaque fat suspendue; 
on négocia, mais on ne put s'entendre , 
et le siège recommença avec plus d'ar-^ 
deur. Démétrius parvmt à abattre une 
des plus grosses tours de Tenceinte; 
mais la r&istance des Rhodiens fût si 
viffoureuse, qu'il fut impossible aux as« 
si^eants de pénétrer par la brèche. Sur 
ces entrefaites les assiégés, qui oomnien<* 
çaient à manquer de vivres, recurent ua 
convoi de vivres envoyé par Ptolémée^ 
Il ne montait pas à moins de trois eesot 
mille artabes (138,000 hectolitres) de 
blé et de légumes. De son côté, Cassaa- 
dre leur envojra dix mille médimnes 
d'orbe, et Lysimaque quarante millo 
médimnes de froment et autant d'orge. 
Ranimés par ces renforts , soutenus 
par les témoignages d'intérêt qu'ils reoe« 
valent de tous cotés , les Rhodiens pri- 
rent l'offensive , et résolurent de mettre 
le feu aux machines de l'ennemi. Pen- 
dant une nuit obscure, ils font une sor- 
tie, attaquent impétueusement la garde 
du camp ennemi , et accablent les ma- 
chines de projectiles enflammés. Quel- 
oues plaques de fer étant tombées de 
I hélépole, les Rhodiens essayèrent de 
mettre le feu au bois; mais les gens de 
service l'éteignaient aussitôt au moyen 
de l'eau contenue dans des réservoirs 
dont chaque étage était pourvu , et les 
Rhodiens furent obligés de renoncer à 
leur tentative. Ainsi ni les Rhodiens ni 
Démétrius ne réussissaient dans aucune 
de leurs atta<|ue6, et de part et d'autre 
on avait toujours le dessus dans la dé- 
fense. Au lever du jour, Démétrius fit 
ramasser par ses serviteurs les traits qui 
avaient été lancés parles Rhodiens. On 
compta ainsi plus de huit cents projec- 
tiles enflammés, et au moins quinze 
cents traits lancés par les balistes. Ce 
nombreétonna Démétrius, qui ne croyait 
pas que les Rhodiens eussent des moyens 
de défense si redoutables. Il fit inhumer 
ses morts, panser ses blessés et réparer 



hê 



LUAIViaS* 



Iflt mMlfiiiit'qiii iviMrt été déoMiitéM 
eliiiiBM bon w serrîoo. 

Daat la ptévition d'im AouTelattaiilf 
Im Rbédittls mirait à profit œ temps 
êè relâobe poui^ cHmstrare un trcnuèmé 
Binrd*eii<Mliit8f dans la partie la ptui 
«tpôfléeaox attaqiiaa de rennemi. PuiSf 
ils cnreusèrêAt on fossé large et profond^ 
derrière la brèehe, pour empêcher le roi 
de pénétrer par un ooup de main dans 
riotériéur de la Wlla« Ëneonragés par le 
sueoèe de leurs deraièrea tentatives , ils 
ordonnèrent de nouvelles courses ett 
mer. Le navarque Arayntas prit leà 
meilteiife navires de la il(»tte, et allaeroi'* 
ser sur les eOtes de l'Asie 4 où il eaptura 
des pirates au service de Démétrius, des 
navires marobands et des bâtiments 
ehàrsés de blé. Il rentra heurensêment « 
penoant la nuit, dans le port de Rhodee 
avec tout son butin. 

Gepetidam, les fnaehines étant répfr* 
réee,lea hostilités avaient reeommenoé 
ayeo là tnéme vivacité qu'auparavant. 
Mâts le siège lie ftilsait aucun progrès ( 
Rhodes reeevait de nouveaux rentortsj 
Ptolémée lui etivoya un oonvoi de Mé, 
aussi codtidérable que le premier^ et un 
sèôôUrs dé qUiUÉe cents nommes oom** 
ftiandés par Antigone le maoédonioi^ 
£n faiéme temps arrivèrent auprès de 
Défbétrius plus de dnduante députés ^ 
envoyés tant nar lee Atnéuiens que par 
les autres villes de la Qrèee. Tous œi 
députés viUretit solliciter le roi de faiito 
là paix avec les Rhodiens. Un armistiee 
fût accordé; mais aprèl de longs pour* 
parlera entre le peuple de Rhodes et Dé- 
roétrius, on ne put s'entendre, et les dé* 
]^utés partirent sans avoir rien obtenu. 

DémétriUft tèiita encore un dernier ef«> 
fort. Yottlatit diriger une atuque noo»- 
tUrtie Contre la brèehe ouverte, il choisit 
quinze cents soldata d'âite , en confia le 
eômmandertieht à Alcime et à Mantia^i 
et leur ordonna d'approcher en silence 
de l'enceinte vers l'heure de la seconde 
Teille, de forcer lés retranchements éle- 
vés derrière la brèche et de pénétrer 
dans la ville. Pour faciliter l'exécution 
d'un ordre si important , mais si dange- 
reux f il fit en thème temps sonner la 
charge, et mena toutes ses autres troupes 
à l'attaque des Murs tant oar mer que 
par terre. 11 espérait que fes assiégés , 
obligés de se défendre sur tous les 



pobits, Bo peurraent repousser la 
troupe d'Aldme et de Maotias; cette 
fisinte eut d'abord tout le suocës que le 

E rince en avait espéré. A la faveur de 
i confusion générale, le détachement dei 
quinze cents franchit la brèche, renver- 
sa tous ceux qui défendaient les retran- 
chements, et, vint occuper les environs 
du théâtre. L'alarme fut grande dans la 
ville ; mais ies^ chefs firent face au danger 
avec sang-froid et courage : ils ordonnè- 
rent à tous les officiers et soldats de rester 
chacun à leur poste et de repousser tes 
assaillants* Après cela^ prenant l'élite de 
leurs troupes et celles qui étalent arri- 
vées tout récemment d'Egypte , ils vin- 
rent fondre sur le détachement qui s*é* 
tait avancé jusqu^au théâtre. Cependant 
le jour parut, et Démétrius donda lési- 
nai d'un assaut général. Aussitôt toute 
son armée poussa lecride guerre, et l'os 
se battit sur tous les points et dans l^io- 
térieur de la ville qui retentissait dei 
clameurs des combattants et des gémis- 
sements des enfants et des femmes, qui 
s'imaginaient que la ville était prise. Lai 
remparts et le port furent si bien dé- 
fendus que l'ennemi ne put les forosr. 
On se battit vivement auprès dd théâtre, 
et les soldats de Démétrius gardèrent 
longtemps leur poste* ktais enfin les 
Rhodiens, qui combattaient pour leur 
patrie, pour leurs familles, pour leurs 
tempes, firent des prbdijges, et écrasèl-eDi 
les troupes du roi. Aldmus et Manties 
périrent pendant l'action. La plupart 
des soldats restèrent sur le terrain, lea 
autres furent faits prisonniers. Un petit 
nombre seulement parvint à s'échapper. 
• Il y avait plus d^ln an que ce siégr 
était commencé, et il n^était pas plus 
avancé (]u'au nremier jour. On parais- 
sait toujours déterminé de6 deux eoté» 
à se battre, et Démétrius se préparait 
à un nouvel assaut, quand on vint 
lui apporter des lettres d* Antigone, son 
père, qui lui mandait de traiter avec 
les Rhodiens à la première occasion fa- 
vorable. D'un autre côté, Ptolémée, 
tout en promettant aux Rhodiens des 
secours encore plus considérables que 
les premiers, les avaient exhortés à trai- 
ter dès qu'ils pourraient le faire honora- 
blement. Ils sentaient l'extrême besoin 
de faire finir un siège où ils auraient en- 
fin sunoombé. l)e sorte que les deux par- 



ILE DS RBODBS. 



lit 



tfe tiselkialent égâlenent veirs la ptîi. 
Sur ces entreftitet arrivèrent des d^* 
tés de la ligue étolteimè, iiui Bernrent da 
nédiateiirs. La paii M anfio eboelua 
aux côliditiDiiB Bttivantas : la ville éd 
Rhodia gatderà sim iiidé|^(nidanee alaah 
feveniié; les RIlodieiiBfoitfiiiiOBtà An» 
tif^one dea tfoopes auxiliaires « eioeoté 
datift le eas où il inatdierait cotitre Poh 
lémée. lia ioitièreiit eeiil otagaa eoai« 
mè ^raÉts do triiit, après lequel Dd« 
tténitts mil à la tt^e^ et {Mtksa en Grèaa 
où sob père renmait eo aire Casaandre^ 

Pline <f ) taeotib qn*att moineni ou 

DémélHtta asaiégeait Rëedes le célébra 

peintre ProtDgèhe de GaWitta cotnpdsall 

^\m on tàMead représenuht qUelfaes 

traits dé l'hiatoife dli liéroa Jaiyans. V^ 

vtM dé Protogène était dans ns petit 

jardin Ittué daiis un faubourg de la viili 

dont s*était eitipaHi Détnétfiusi La pré» 

sèDce de rennemi et lé tumulte de It 

mrtt né tt^biètttlt pmnt Protogènei 

9 resta dans sa deméute, et continua son 

t^âVâll. DéméIriUs en fût BiktpH$; il lé 

fit véldr, et il lui demanda comment il 

ferait ateft tant d*assuranee liol's dei 

mars : a Je Mié^ répondit Tartiste, que 

tous faites Id guerre aui Rtaodiena , et 

noti sut ans. * DétnéUrlna était éapabte 

ût comprendre dn si noble langage. Ton* 

cbé de la tiofllifttiée dUë Idi témoignait 

Ptotogèhe, U lui dt^nna dea cârdea 

t>ôur le protâpr, afin qu'au milieu dd 

Camp tnême u fût en repos on du éaoina 

en sârété. Il allait soU¥ent le toir travail^ 

ler, et né se lasMit pOittt d^admiter sdn 

apbiKâtkm h Touffase et soii extrême 

héilètê. PlUtàrqUe ajomè ^ue les KbO^ 

dièbs, crai|nâilt d*abord qUe Démétriuè 

te déttni&tt ce éhe^d'te!lvre , Itii avaient 

«nvoyê dés députés pour le èuppUer de 

1 épargtiet. ^ A brûlerais plutôt toijia leé 

ponraits de mon père, atait r^ondu le 

(iHncé, que de déimire Od si bel otivra*' 
ge. > CétteeOndUite fait infiniment d'bott^ 

iièdt à Démétrtns, en ce qu'elle montra 

qu'il avait un esprit déiiCÀt et un caratstère 
g^tittbox. Maia U eût poussé sbn goût 
pDor les arts jusqti'è un excès ridicule si) 
tomme le prétend Plitie, il s'était abstenu 
de prendre Rhodes par respect pour ce 
tableau, et S'il eût mienx aimé renon^ 



40. 



(i) Pline, Mist. Nai,^ 1. X.XXV,c, xxxvi, 



eer à la viètoiniqde de s'exposer àfaire 

Sérir par le fen on si prédeox monumesl 
é Tart. Nous avons vu les véritaMaa 
raisons qui obligèrent Démétrius à le- 
ver le siège ; le tanleau de Protogène s'y 
fut pour rien* Une autre eirconsladeif 
que Diodore de Sicile n'a pas nipporléèf 
•t qui se troave dans Végeoe (1), eoitiii^ 
buB peut-être rdeUement à disposer Dé*- 
nsétrius à la paix. Ga prince) se prépn^ 
rant à approcher de nouvean rbdiépon 
contre les nMiailles^ un Idgémeur Hio- 
dien taiiaglnà nn moyen de la rendra 
tout à fiiit inutile. 11 onvrit uile gaicria 
souterraine^ d\fi passait par deaaoda icd 
murs de la Tilié, «t il la pouaaa aena le 
chemin par où Id todr devait rouler jut» 
ira'aUx murs. Cette mine Ait pratiiiuêê à 
rinsu dea ftsaiégeants, ((ui oonduiairaÉt 
rhélépole jusqu'à rendrait où le terrain 
était creusé; le poids de la tour fit M^ 
dra la tette , dans laquelle elle s'abtmé 
sans qu'on pût Jamais la retirer. Vé^na 
et VitruvO) qui semble confirmer oè M*- 
cft en eu changeant néanmoins queludês 
éitcohstancès, disent que cet ëceideul: 
détel^mina Démétrius à accorder la patt 
aux Rhodiehs. H est au moins certain ^ 
dit Rollid , qu'il eut beaucoup de pan è 
lUi faira prendra enfin ce parti. 

En quAtaUt Rhodes, Démétrius IMaèà 
aux Rbodiens toutes les machines quil 
avait fabriquées pour s'emparer de leur 
tille, tls les teudireut pour 300 ulenis^ 
«t cousaerèrant cet argent I faira ce VÈh 
meut colosse due l'on comptait parmi 
les sept merveilles du monde, et qui était 
leonsaeré à Apollou. Lès Rhodieus tê^ 
moignèfent ausai leur rèconnaisftabce 
envers les princes qui les avaient seeott^ 
Hift. ils élevèrent des statueê è Caftsan*- 
dra et à LVsimagUè, et à d'àUtra^ alliée 
fitoittS célèbraa. Mais ils aè sUrpassèréfil 
pour honorer Ptoléméé, dont lia avaiéut 
reçu lé plus de secouit. Après aîrbir cou- 
snitérorBded'Amraon, pour savoir i'ilft 
devaient honorer ce ptidce comme uu 
dieu , et obU^hu de l'oracle une réponse 
affirmative, ils élevèrent dans leut ¥illè 
un temple auquel ils donnèrent le nom 
de Ptolémeum (2). Ce temple était de 
forme carrée, et chaque côte, d'un stade 
de long, avait tm portique. On n'oublia 

^i) Veget., De Re Milît., c iv, 
(a) Diod. de Sicile, i» XK, e. too. 



isd 



L'UmVKMfl. 



pas de féeompenaer le lèie des partîeiH 
liers |>ar de flatteuses distinetioiis, et les 
serrices des esdaves en leur doimaDt la 
Ufoerté et le rang de citoyen. Puis on re» 
oonstraisit le théâtre y on répara les mn- 
railles et tous les points qui avaient soaf- 
lért pendant le siège. En peu de temps 
oo fit disparattre toutes les traees.de la 

Serre, et Rhodes sortit de oette terrible 
reuve plus puissante et plus glorieuse 
que jamais. 

ÉTAT DB RHODBS AU TROISISHB SIB^ 

GLB AYANT J.-€. — Il OU ost d'uu peuple 
comme d*un homme ; une grande action 
le rehausse et l'ennoblit. Après avoir re- 
poussé Démétrius, les Rhodiens devin» 
rent un État considérable et une puis* 
sance maritime de premier ordre* Leur 
commerce ne fit que s'étendre et pros- 
pérer de plus en plus, et tous les rois de 
FAsie, tous les États grecs recherchaient 
leur amitié et vivaient en bonne intelli* 
gence avec eux. Rhodes éprouva bien- 
m lesefifets de cette bienveillance géoé« 
raie qu'elle avait inspirée, après le trem"> 
biemcDt de terre dcTan 332, qui &illit 
la bouleverser de fond en comble. Dans 
leur détresse, les Rhodiens députèrent à 
tous les princes, leurs alliés, et aux dtés 
grec(]ue6 pour implorer leurs secours (1). 
Qiacon s^empressa de contribuer, se- 
lon ses ressources, au soulagement de 
cette ville infortunée. Hiéron et Gélon en 
Sicile, et Ptoléniée Evergète en Egypte 
se signalèrent entre tous les autres. Les 
premiers fournirent plus de 100 talents 
en argent, des vases de prix, des ma- 
chines, des matériaux, et firent dresser 
sur une place de Syracuse deux statues 
représentant le peuple Rhodien et le peu- 
ple Syracusain qm mettait au premier 
une couronne sur la tête. Ptolémee, sans 
parler de beaucoup d'autres dépenses , 
qui montaient à des sommes considéra- 
Sles, envoya 300 talents, un million de 
mesures de froment, des matériaux pour 
construire dix navires à cinq rangs de 
rames , et autant à trois rangs , des ar- 
chitectes pour relever la ville , et en par- 
ticulier la somme énorme de 3,000 ta- 
lents pour rétablir le colosse qui avait 
été renversé par le tremblement de terre. 
Antigone Doson, roi de Macédoine, et sa 
femme Cbryseis, Séleucus roi de Syrie, 



Pmsias de Bithynie, flfilbrMate V, fd de 
Pont, tous les aynastes de l'Asie , ausn 
bien que toutes les villes , signalèrent 
leur lioéralité. Outre les présents qu'on 
leur faisait, on accordait aussi aux Rho- 
diens des immunités et des franchises, 
qui accrurent encore leur prospérité 
commerciale, de sorte qu'en peu de 
temps Rhodes se retrouva plus opulente 
et plus magnifique qu'elle iravait Jamais 
été. Il n'y eut que le colosse qm no fiit 
pas rétabli. Les Rhodiens prétendirent 
que l'oracle de Delphes leur avait dé- 
fendu de le relever, et ses débris restè- 
rent gisant à la place où il s'était abattu, 
pendant près de neuf siècles. 

Pendant la plus grande partie du troi- 
sième siècle avant l'ère chrétienne, on 
manque de renseignements sur l'his- 
toire de 111e de Rhodes. Cette lacune, 
qui est de près de quatre-vingts ans, ne 
cesse qu'avec Polyoe, dont les éôrits 
nous rendent la suite interrompue des 
événements relatifs à cette tie. L'an 221 
Philippe III montait sur le trône de Ma- 
cédoine. La Grèce était partagée en 
deux ligues, celle des Achéensetoâledes 
Étoliens, qui s'aflaiblissaient l'une l'autre 
par leur rivalité. Au milieu des conflits 
qui s^élevèrent entre oesdifférentes puis- 
sances, les Rhodiens, dont l'iotérét su- 
prême était de Caire respecter la liberté 
du commerce, devaient intervenir en 
laveur des Achéens, peuple paisible et 
ami des lois, contre la Ji([ue étolienne, 
adonnée au brigandage et a la piraterie. 



et contre Philippe, qui prétendait à 
l'empire de la mer. Telle est la politique 
des Rhodiens à cette époque , dans tous 
les événements où nous les voyons 
mêlés : assurer la liberté des mers et 
combattre toute puissance qui aspire à 
y dominer. Une marine considérable 
protège leur commerce, qui sert à l'en- 
tretemr, les fait respecter de tous les 
États voisins et rivaux, et assure la ga- 
rantie de tous leurs intérêts commer- 
ciaux et politiques. 

Ainsi rUlyrien Démétrius de Pliaros, 
s'étant ligué' avec les Étoliens et Sparte, 
ennemis des Achéens, et ayant armé en 
course cinquante légers navires, vint 
parcourir et pilier les Cyclades (1). En 
agissant ainsi, Démétrius de Pharos 



(x)Po)yb.,Y,SS'9i, 



(i) Poljfb., Sut., h IV, 17, 19. 



II.K DE RHODES. 



Idl 



vMt le tnilé d0 imIz que kii aviieiit 
imposé les Romains, et qui lui interdi- 
sait de naTiguer ao delà de r lie de Lissa. 
Les Rhodieos féprimèrent ee brigaa- 
dage, et forcèrent Démétriiis à fuir de- 
vant leur escadre, qui dominait dans la 
iDerÉg6e(331). 

GuSimS BRTBB Rhodbs bt By- 
ZARCB. -"- Quelque temps après, la li- 
bre navigation du Pont-Eoxin fut me- 
nacée par une tentative des habitants 
de Byzanee, gui exigèrent un droit de 
tous les navires qui franchissaient le 
fiospfaore (1). Les intérêts des négo- 
ciants de Rhodes étaient lésés par cette 
nesuie, qu'ils essa^rèrent vainement de 
faire révoquer. Les Byzantins, qui 
avaient de lourdes dépenses à supporter 
ponr se défendre contre les Thraees, ne 
voulurent pas renoncer à l'exploitation 
de œt impôt lucratif. On ne put s'en* 
tendre, et la guerre fut déclarée (330). 
Les Rbodiens entraînèrent dans leur 
parti Prusias, roi de Bithynie, à qui By- 
zanœ avait refusé des statues; et les 
Byxantins obtinrent l'appui d'Âcbœus, 
beau-frère de Seleucus III, roi de Syrie, 
qui, profitant de la jeunesse du nouveau 
roi Anttochus III, venait de se déclarer 
indépendant en Asie Mineure. Tant crue 
Bvzaoce nut compter sur l'appui d A- 
coaeas, elle fit bonne contenance; elle 
SQscita un prétendant au trône de Bi- 
tbynie, et soutint vigoureusement la 
giûrre. Mais les Rbodiens détachèrent 
Aebaeos de leur alliance en lui rendant 
son père Andromachos , qui était pri- 
lonnier en Egypte, et que le roi Ptolé- 
mée Philopator renvoya sur la demande 
des ambassadeurs de Rhodes. Gagné par 
eeboD office, et charmé des honneurs 
<|Qe la cité de Rhodes lui décerna, 
Acbsusrefiisasessecoursaux Byzantins. 
CeoxHsi, trop faibles pour continuer seuls 
les hostilités, demandèrent la paix, dont 
les Rbodiens leur dictèrent les condi- 
tions. Byzanee renonça au droit de péage 
qu'elle avait voulu percevoir, et le pas- 
sage du Bosphore resta libre. Le succès 
de cette guerre ajouta encore à la puis- 
sance de Rhodes ; les rois la traitaient 
avec la plus grande considération ; bon 
nombre de villes recherchaient son pa- 
tronage. C'est ain^ que les habitante 

(i) Polyb., I. IT, 46-5». 



de Gnom demaadèivAt son appui con- 
tre les autres viUes créioises, et que ceux 
de Sinope implorèrent son secours con- 
tre les agressions du roi de Ppnt Mi- 
thrîdatey(l). 

Rblatiors de Rhodes avec .la 
Macédoine. — C'était le temps de cette 
lutte engagée entre les Adriens- et les 
Étoliens que l'on appelle la guerre des 
deux ligues. Les Aehéens avairat été 
obligés de se placer de nouveau sous la 

J protection de la Macédoine, et Phi» 
ippe III, vainqueur des Étoliens, mar- 
chait rapidement à la conquête de toute 
la Grèce. Les Rbodiens et leurs alliés 
s'inquiétaient des progrès de cette puis- 
sance macédonienne, qui prétendait tou- 
jours à la suprématie sur tout le corps 
nelléniquc, tandis que celui-ci s'épuisait 
et se livrait par ses dissensions. Des 
députés de Rhodes et de Chio vinrent 
trouver Philippe à Corinthe (S) et l'en- 
^gèrent à accorder la paix aux Eto- 
Bens. Le roi feignit d'y consentir, et se 
débarrassa d'eux en les envoyant chez les 
Étoliens pour qu'ils travaillassent à les 
amener a un accommodement. Il n'en 
continua pas moins la ^erre avec vi- 

Î[ueur, et ne se réconcilia avec les Ëto* 
iens qu'au moment où il se préparait à 
attaquer Rome. Cétait Tusage parmi 
les États grecs que les cités neutres 
a'interposassent , par leurs ambassa- 
deurs, pour rapprocher les États qui sa 
faisaient la guerre et faire cesser des 
conflits contraires à l'intérêt général. 
Les cités maritimes étaient toujours les 
plus empressées à offrir leur médiation, 
parce qu'elles avaient toujours plus h 
gagner à la paix qu'à la guerre. Ainsi, 
dans le mente temps les Rbodiens, 
aidés de ceux de Byzauf e et de Cyzique, 
faisaient tous leurs efforts pour récon- 
cilier l'Egypte et la Syrie (3). Ce genre 
d'intervention n'avait pas toujours le 
résultat qu'on se proposait, et les puis- 
sances belligérantes pouvaient bien n'en 
pas tenir compte. Mais les députés qui 

B Polyb.» Hisi., 1. IV, 53, 56. 
Polyb., V, «4- f^oyez dans Tite-Li?e« 
XXTII, 3o, XXYIII, 7, d'autres ambas- 
sades des cités d« Rhodes et de Chio pour 
Biettre fin à celle gu«re entre Philippe et 
les Ëtoliens. 

(3) Polyb., V, «3. 



I» 



vtSËmhÊ. 



m ptém ala à mi à Ml itt* étaiMI tmÊh' 
îom nçus, éooatéi et oongédiét affc 
neaueonp d'é«ildt. En trompiat lis 
Rhoditiis, PhUippè oomineoça à tes in- 
disposer contre lui. Loin de tmvailhBT 
à cakner te méoobtaiiteneDt et la dé- 
flânes de ees insulaires, fiers et jaloOk 
de leur Ubeité , Philippe les irrita de 

Elus en pluspaf ses hauteurs et son ant- 
îtion. Û s'en fit dés emlemis déblaréë^ 
et les poussa à se Jeter dins l'alliatilie 
des Romains, qui eurent l'adresse de 
fairs eroife aux Grecs du continent et 
des tles Qu'ils ne ëombettaient ia M ft^ 
cMoine que pour les affradchir dé sa 
dominatiodi 

GtlBftBA mtlB LB8 R1IO0IBNB Bt 

Phili^pU IlL » Oe ne fut qu*epièl 
Tan 106 que Philiope rtompit définitif»- 
ment afce les Rhoufens. Débarrassé des 
Romains, avec lesquels il était en guerre 
depuis à\% atts, ce prlnoe4 au lieu de se 
Isirte des siliés , dans la prévision d'une 
notiveilé lutté avec et» peuple, au lieud% 
■iMplifler sa position en aéconmodant 
tous les démêlés qu*il avait avec sel 
toisins, devint plus protoquant et plus 
agressif quu Jamais, il oublia qull avait 
à fsire A une puissance redoutable « qui 
ue fttlsalt que suspendre ses coups i 11 
attaqua tous dedt dont il aurait dfi s'mk 
eurer l'apoui^ et en eherefaant partout fc 
acquérir il trouva partout des ennemis. 
Les Rhodiens , menacés par ase fntriA 
gues ti) et ses viéleuces dans leurdo^ 
luinatiun sur les tles asiatiques ei sur 
les cdtas dé la CaHe, flreut alliance aveé 
Attalé, M de Pargame, à qui Philippe 
disputait quclquei lilles de VÉolide ; et 
comme le rot us BfaMdoine était enoare 
«ta tmn«mi trod redoataUe ytsut ces 
deua tiâts r#unMt ils l'adressèrent eut 
Romains, et ietir dénoncèrent les projeté 
fie Pbllit)pe coutrè lé liberté des villel 
ttrecques d^ r Asie (S). Attalé éUilt déjl 
rattié éh Rome. Lel Rbodiena le devins 

(i) t^olyb., 1. lYlt, 3-6. On liè peut se 
faire qu'une idée bien incomplète , d'après le 
récit mutilé de Pbl^, des dSsseint de Phi- 
lippe coiftlre Uhodes et de la fourberie dont 
l'iBlrigant Hélaclide devitt être le principal 
■gent. f^oy, dans Myb., XV 9 s3, récouba 
de la rupture définitive dai Rbodknt avee 
Philippe. 

(a) lite-Uve, XXXI» I. 



Mit aloil par l'entremlia du tel dt 
Pergamc, et à la suite de leur hosdiitt 
contre le roi de Macédoine. ToutlMi, 
avant oue Rome eût vaincu Oarthagt et 
termine la seconde guerre punique, At- 
talé et les Rhudieus soutinrent isiés 
tout le poids de la guerre contre Ptai- 
lip|)e III, de l'an 305 à l'an SOO avant Vm 
ebrétienne, et ils livrèrent à ce priasi, 

3ui s'était créé une marine impoiasu, 
eut grandes batailtes navales. La ^ 
mière rencontre eut lieu prèa de Ladl, 
petite tle lituéé eo face de la viliiée 
Milet. L'action fut très-vive et ïmâ- 
trière, et l'issue paraît eu avoir élédmi- 
teuSe. Les Rhodlens prétendirent avsir 
remporté la viétoire ; mais Pol^, diK 
une digression sur deui historieot de 
Rhodes , 2énoh et Antisthène , leur iv- 
procbe d'avoir altéré ia vérité sar m 
point) et il établit d'après lears preprÉ 
aveux, et lurtoUt d'après la lettre di 
l'amiral de la flotte Hiodienoe aUx pit- 
tauea et au sénat, au*on pouvait lira m- 
eore aux aiuhives Ue la ville^ que le ni 
de Macédoine avait eu l'atantage daH 
cette bataille (1). 

CSe qui le prouve encore, eTelt qu'à h 
Buite de ce combat les RhUdiens bit- 
tirent en futraitè, et Attalé Alt réM 
quelque teni os è rinaotion. Lu mer était 
libre, et Philippe^ dit Poljrbé, aurslt^ 
aé reudre sans obstacle à Alenndrie. Il 
ne le fit pas , et se comenta d'assiégt 
Chio (i); mais le éiége traîné en Isa» 
gueur, et renueml reparut. Attalé et ft- 
mirai rhodlen 1 Théophiiiseul • Mvrènat 
à Philippe tme seconde bataille nsvilr 
eh vue de Qhlo. On avait réuni dé part 
et d'autre des forces considérables, la 
flotte meoédonienné se com^esatt et 
cliiquante-<trois bdtimeata de guette, et 
quelques Aavires non pontés et de dcat 
dneuaq^e esquiftf avec des Alstes» I0 
allies avaiettt eoIxanteMnUq vafssesux é» 
guerre, y compris ceux des fiyiêiitifls, 
neuf gaUotea et trois trirèmes. Le vsH* 
eeau monté par Atiaie commeUfa ^ 

(tj Wyb., 1. Itt, t. iitt. tlle*U«e W 
atlasloti a ces deUx baulOei, et il sdinH le 
a^sertioas des historiens rbodietts, • Réi- 
Jam eoai àhediîl et Attak) navilibés cerU* 
tainibtts, kektrofUteitêt fhM^ tirés et|l(^ 

tus. » 1. XXXI, C. SUT. 

(a)Polyb.,LXVI,af9* 



ILS DS KHODES. 



ISt 



fomiiat, ettoot les âums, Mn» ménito 
«ftttftdrtltBignèl, 6e heonèretit. Lte ma- 
rin! é'ÉUMfoifl , à déftât de eette for^ 
midâble anilietie dont nous ermonB nolt 
faisseaut de iituene, a?aieiit aussi 
trooTé des pfoeéd^ trèë'^expëditifs et 
tfès-ptiiMiitt pour 6*efitre-détruire. Lea 
natfres lâli6éa a toute vitesse, se préd^ 
pitateot lea ûoê sur les auttes, se per* 
çaient de léWe éperotlB, se brisaient lea 
rames, ae fracaaeaient les flanea, le plds 
fort ôdUlaUt lé plus faible , quelquefois 
s'abtmant touB lea deuic, et te choc pro- 
doiSait quelquefois plus vHe ce tëaultat 
glorieux que taoUi obtenons aujourd'hui 
par l*@iiipIoi d u utujectiie fUlmiuaat. 8ou- 
^nl aussi ee n*âait poiut à la fdfce qu'oft 
6«mât)dâtt la viélolfè , mais à Tadresse 
et à Pagilité des tttatiœutree. tolybe 
WivA donne une idée bled exacte de la 
tactique natale ûtH àueiens. ^ Toutes 
les fols qu*ttii ebgagemem avait lieu de 
fbnt, dit4l, tel Hhodiènè rertiportaietit 
par une maUtteUVre fort habile : abais- 
tànï autant ^ue boasible la proue de 
itara ttafires , i\i recevaient des coups 
lH)ts de Teaa el eu portaient à rénneuii 
au-dessous de la ligne de flottaison , lui 
âisaat altiat des blessures satts remède. 
Mais ils euf^nt tarement recoure à eet 
irtlllce. lia évitaient les combats de celle 
nature, à cause du eoutage que meCtaieUt 
Itt Macédoniens à se défendre dtt HaUt 
de lears poUtÉi dana Une lutte réglée. 
Cdaraut de préféreuee du milieu des 
iiatires mueédbniena , lia en brisaient 
tèa ramel et rendaient par là tout moU- 
v^eat impoédibie; lia ee portaient à 
droite, Il |iud)e, ee jetaiebt à la proue 
dé tel vaisieau, fî^ppaient tel autre dans 
le fisine au ti^umènt où il ae toumaii , 
eauiaiâieiit l'Un, enlevaieut è TAutre qudi- 
que partie de ses agrès. Une foule de 
bâtimeotl tuacédouiena ^éfireut deeeue 
manière. « 

Cette fola Philippe éprouva une dé- 
faite complète : il oerdit vingt navirea , 
soixante- cinq esquifs, un grand nombre 
de matelots et de soldats. Attale fut 
obligé de sa falfè éebouer sur la côte 
d'Asie et d'idMnddnn^ le vaisaeau royal ; 
les Rhodiena eur^t à déplorer la ibort 
deTheophlliscua, leur amiral, qui ne 
survéctit qu'un Jt)ur à sa victolto. « Cé- 
^it un homme, dit Polybe. dont la 
braToore dans leâ combats et la sagesse 



daûB lea eonaalia aont dignes de mé» 
moire. S*ll n'avait pas oaé en veUir au 
mains avee Philippe, aea oondtoyena et 
les aotrea peoj^ea , intimidéa par Fan** 
dacedn prince, eussent négligé roeeU»- 
felon de le vaincre. En ouvrant lea bol* 
tilités , il força sa patrie I profiter des 
oirconsttoces favorables, et contraignit 
Attale 6 ne blus différer sens eeaae do 

E'épafer aetttement la guerroi et à h 
ite avec énergie et eourage. Aussi, «e 
ne fht que justice quand lefe litiodiew 
lui rendirent, après sa mort, dei hoà^ 
nèurs assez éclatants ndur «télter au 
dévouement en ven lé pattle et leuH CM- 
temporttina et leurt deéeendama (i). « 

LBS RttODlKIia Sb PLAUËNt êouft 

tb PHOtscTottAil nt RoHfi. -^ Malgfé 
«ette déftiite Philippe était toujours re- 
doutable ; les Romains venaient de termi- 
ner la seconde guerre pudique \ le ftéuit 
ae mit aiora à la disnoiitiott de aei aUila 
grecsd'Europe etd'Asie^ qui l'appeièrettt 
contre la Maeédoine. Ce fUt à Athènik 
que se forma Torage qui devait fondis 
aur Philippe. Attale ae rendit eu peN 
aonne dana cette ville ! Il y vint dea am* 
basaedeurs rhodiena et dee eommisaaires 
du aénat (S). Enhardi par lâ piiésenee 
d'alliés si puisaabM, le peuble âthénieh 
décréta la guerre contre Philippe, pla«a 
Attale parmi aes bienfeitëurs el ais 
héros, et fit oUx Rhodleuë tttté rébeptiUh 
magnifique. Ainsi Rome avait soulevé 
«t lancé tdus sea alliés eoutre Philippe; 

Suabd 11 voulut agir contre eUx, elle lui 
éfendit de lea combattre ; aUr son refUs 
d'obéir, elle lui déclara le gueffe (tOU). 
If ous ne devons rechercHer dans eêtie 
grande lutte , qui fut le prélude de t*A- 
bnlssemeut de la Macédoine et de l'assu- 
jettissement de la Grèce , que lés fillts 
relatifs aux Rhudlëns et la part utt'ila y 
torii^nt. L'intei'veution romamé u^étaltai 
bieti accueillie de ces insulaires que par 
«e qu'elle lelit urocurait immédiatement 
de grands avantagea. U devait en irésultir 

Sue Philippe, occupé du soin de délbn- 
re son royaume contre les Romaine , 
renoncerait è ses projeta d'âghtndisae- 
ment maritime, et que de ée eété les 
RhddienS auraient le champ libre. Rn 

(i) Polyb., XYI, 9 ; tTàd; Bouèbac, I. H 
p. 3o4. 
(2) Tite-Live, XXXI, i4 ; Polyb., XTI, a4. 



124 



L'UNIVERS» 



effet, le premier résolW qu'ils obtins 
rent de cette coalition , fat d'entraîner 
dans leur alliance toutes les Cyclades^ 
excepté Andros, Paros et Gythoos, qui 
étaient occupées par des garnisons macé- 
doniennes. Mais en n^^ligeant d'aâr 
avec vigueur contre Philippe » ils lui 
permirent de leur enlever plusieurs 
places de la Carie, de prendre Âoydos,et 
de se rétablir dans i'Hellespont; il parut 
blenévidentalorsqueles Romains étaient 
seuls capables d'arrêter ce prince et de 
l'abattre. 

Pendant cette guerre, qui dura quatre 
ans (200 à 197) toutes les forces des 
Rhodiens Curent constamment à la dis- 
position du sénat. L*amiral rhodien, 
Acésimbrote, prit part à toutes les tenta- 
tives faites par les Romains contre TEa- 
bée et les autres possessions maritimes 
de Philippe. En vain les Achéens , qui 
étaient restés d'abord fidèles à Philippe, 
essayèrent-ils de détacher Rhodes du 

ϻarti romain (t), ce fut au contraire la 
igue Achéenne qui se laissa entraîner à 
changer d'alliance, et les députés rho- 
diens (2) assistèrent au conerès ou fût 
prise cette détermination à laquelle ils 
contribuèrent pour beaucoup (198). 
L'année suivante on parla du rétablis- 
sèment de la paix entre Philippe, les 
Romains et leurs alliés. L'amiral rho- 
dien Acésimbrote parut aux conféren- 
ces de Nicée près des Thermopyles. Il 
réclama la restitution de la Péree , pro- 
vince de la Carie, que Philippe avait en- 
levée aux Rhodiens : il le somma d'dter 
ses garnisons de Jassos , de Bargylis et 
d'Eurome, de replacer Périnthe dans Té* 
tat de dépendance où elle était autrefois 
à l'égard de Byzance, d'abandonner Ses- 
tos, Abydos, tous les marchés et tous les 
ports de l'Asie (3). Philippe consentit à 
rendre la Pérée ; mais il ne voulut pas 
céder sur les autres points. On rompit 
les conférences ; la guerre recommença. 
Bientôt Philippe fut vaincu à la bataille 
de Cynocéphales, les Rhodiens recon- 
quirent la Pérée, excepté Stratonicée, 
où s'enferma le général macédonien Di- 
nocrate. Le traité que les Romains dic- 
tèrent au roi de Macédoine donna aux 

(i) Polyb., XVI, 35. 
{a)Tite-Live, XXXII, rg. 
(3) Polyb., XVII, 3. 



Rhodiens la complète possession de cette 
province, et assura la liberté de toutes les 
cités maritimes que les Rhodiens avaient 
voulu soustraire à son influence (1). 

Philippe avait cessé d'être redoutable, 
mais Antiochus le Grand devenait me- 
naçant à son tour. Ses tentatives ea 
Asie Mineure et contre l'Egypte inquié- 
taient les Rhodiens. L'Egypte, leur an- 
cienne alliée, déclinait tous les jours. 
Antiochus aspirait aussi à la dominatioa 
des mers : Rhodes entreprit de l'ar- 
rêter, et de défendre les villes alliées do 
ïoi d'Egypte. Grâce à leur activité, 
Caune, Mynde, Halicamasse et Samos 
échappèrent aux tentatives du roi de 
Syrie, et restèrent dans l'alliance de 
Rhodes et de l'Egypte (2). Mais les dioseï 
n'en devaient pas rester là. Antiochus, 
opposant aux prétentions des Romains 
des prétentions non moins hautes, se 
déclara leur rival, et descendit sur ce 
champ de bataille où la Macédoine ve- 
nait d'être vaincue. Rhodes et EoDoè- 
ne, successeur d'Attale au trône de 
Pergame, déployèrent encore plus de 
zèle dans cette guerre que dans la pré- 
cédente. Antiochus avait couvert la mer 
ï^ée de ses vaisseaux; les Rhodiens ai- 
dèrent Rome à anéantir cette marine 
puissante qui gênait leur commerce. 
Leurs amiraux Pausistrate, Eudémus, 
Pamphylidas combattirent avec les pré- 
teurs romains aux batailles de Sida, 
d'Éphèse et de Mvonèse contre Annibai 
et le Rhodien exile Polyxénidas, dont les 
talents ne purent empêcher la destruc- 
tion des flottes d' Antiochus (3) . La mer 
une fois libre, les Romains passèrent en 
Aaie; Antiochus fut défait dans une 
grande bataille près de Magnésie, et les 
Rhodiens eurent une large part à ses 
dépouilles. 

Eumène obtint tous les pays en deçà 
du Taurus et de THalvs. Les Rhodiens 

Xent la Lycie et la Carie jusqu'au 
dre. Toutefois, les deux alliés 
étaient en désaccord sur un point im- 

(t) Tile-Live, XXXIH, xS, 3o. 

(^) Tite-Live, XXXIII, ao. 

(3) Titc-Uve, XXXVI ; Polj^b., XX I, p»- 
sim. Dans celle guerre Poiyxéiiid«s détruisit » 
À la hauteur de Samoa, une floUe rhodienoe, 
commandée par le navarque Pausisuilf. 
Tilc-Li?e, XXXVII, lo. 



ILE DE RHODES. 



I2d 



portant, la liberté des viRes grecques 
d'Asie : Eomène les demandait en ré- 
eompense de ses services. Les Rbodiens 
plaidèrent leur cause dans un langage 
qui prouve combien ils se faisaient illu* 
sioo sur le caractère et les conséquences 
des événements qui s'accomplissaient 
alors, et auxquels ils avaient pris une si 
^ode part. « La fin que vous marquez 
a vos actions , dirent les députés de 
Rhodes pariant dans le sénat , est bien 
autre que oelle du reste des hommes, 
^'ordinaire , ils ne se jettent dans les 
guerres que pour conquérir et gagner 
des filles, des munitions et des flottes. 
Les dieux vous ont épargné cette néces* 
site en plaçant Funivers sous votre obéis- 
sance. De quoi donc avez vous besoin.' 
De quoi vous fout-il maintenant avoir 
le plus de soin? De cette gloire, de 
cette renommée universelle qu'il est d 
difficile d'acquérir et plus encore de 
conserver. Vous allez reconnaître ce que 
nous vous disons; vous avez combattu 
Philippe, vous avez tout bravé pour ren- 
dre la liberté aux Grecs : tel a été votre 
but, telle a été la récompense que vous 
TOUS êtes promise de cette expédition ; 
il D'y en avait pas d^autre, et cependant 
TOUS en avez plus joui que de tous les 
tributs imposés aux Carthaginois. Cela 
est très-naturel : l'argent est une pro- 
priété commune à tous les hommes; 
mais la réputation, les hommages, la 
louange, ne sont faits que pour les dieux 
et ceux qui leur ressemblent. Oui, votre 
oeuvre la plus belle a été l'affranchisse* 
ment des Grecs. Si vous la complétez 
aujourd'hui, cette œuvre, Tédifice de 
votre renommée est à jamais élevé ; si- 
oon , Totre gloire sera bientôt abaissée. 
Sénateurs, après avoir participé à cette 
entreprise et, avec vous, soutenu pour 
la poursuivre de grands combats, bravé 
de Téritables périls, nous ne voulons pas 
aujourd'hui trahir le devoir d'un j^uple 
ami. Aussi nous n'avons pas cramt en 
effet de vous dire franchement la con- 
duite que nous croyons la seule vrai- 
oient di^e de vous, nous l'avons foit 
sans arrière-pensée, en hommes qui ne 
mettent rien au-dessus de ('bon- 
néte (1). » Ce discours parut digne de la 



grandeur romaine, dit Tite*Live, et les 
villes grecques qui avaient été tribu- 
taires d'Antioehus furent, conformé- 
ment aux vœux des Rhodiens, déclarées 
libres. Peu s'en fallut que les Rhodiens 
n'obtinssent aussi la liberté de Soles, ville 
de Cilide , quMIs disaient être , comme 
eux , une colonie d'Argos. Le sénat pa- 
raissait disposé à leur accorder tout ce 
qu'ils voulaient, pourvu que cela fût 
préjudiciable à Antiochus, et il fut même 
sur le point de contraindre ce prince à 
évacuer toute la Cilicie. 

Après avoir vaincu Antiochus, les Ro- 
mains châtièrent les Êtoiiens, qui avaient 
appelé ce prince en Gtèce. Quoique le 
cnatiment fût mérité, Rhodes voyait 
avec regret un peuple grec frappé par 
les Romains. Cétait un précédent fâ- 
cheux , et qui faisait concevoir des in- 
quiétudes pour l'avenir. Les députés 
rhodiens travaillèrent très-activement à 
faire conclure un traité. Ils parurent au 
camp de Fulvius, qui assiégeait Ambra- 
cie (1), et désarmèrent son courroux. Le 
consul permit aux Étoliens d'envoyer à 
Rome aes députés, pour qui les Rhodiens 
obtinrent une audience du sénat. Néan- 
moins, le peuple étolien fut traité avec 
rigueur, et il n'}[ eut aucun peuple grec 
qui ne pût prévoir que le sénat, qui n'é- 
tait encore qu^un protecteur et un allié, 
deviendrait nientdt un maître impérieux. 

Conduite équivoque des Rho- 
diens PENDANT LA OUBBBB CONTHB 

Pebsbb. — Les Rhodiens ne devaient 
pas tarder à en faire Texpérience. £n 
leur donnant la Lycie, le sénat leur avait 
fait un cadeau embarrassant. Les Ly- 
ciens n'obéissaient qu*à contre-cœur, et 
Rhodes se fatiguait à les faire obéir. 
Enfin des députés de Xanthe, capitale 
de la Lycie, vmrent à Rome se plaindre 
au sénat de la tyrannie des Rhodiens , 
qui était beaucoup plus cruelle, disaient 
ils, que celle d^Antiochus. Les Rho- 
diens s'aperçurent alors qu'ils étaient 
à leur tour justiciables de cette juridic- 
tion du peuple romain qu'ils avaient in* 
voquée autrefois contre Philippe et An* 
tiochus. Le sénat écoutait toujours les 
plaignants; d'ailleurs les Rhodiens ne 
montraient plus le même zèle , ils fal- 



(i)Poljb.,XXII,6;Tite-Live,XXXyiI, 54. 
■ AptamagnitudiQÎ ronans oratio visa e«t. » 



(i)Polyb.,XXII, xs^Tite-Uve XXXTin» 



10. 



IM 



LiniIVEllS. 



MrieitdesaTaiiMfl IPeMée^roifte Ma? 
eédoine, mtoosavar àê Philippe Ili. Lt 
8éoat lança contre eu un déevet sévèra, 
fui leof enjoignait de traiter lea Lydeoa 
en alliéa et non pas en sujets (1). Ceui-d, 
enhardis par cette proteetion, eu se ma-* 
niiBstait l'intention d*huniilier les Rho« 
dienSf prirent les armes pour seeouer le 
joug. Polybe avait raconté cette guerre 
dans les parties perdues de son histoire. 
Ttte-Live se contente d'y fiiirs allusion, 
et de dire que les Lyeiens, aeeahlés par 
Rhodes, eurent de nouveau recours à 
l^nterrentien protectnee du sénat (3) 
(lldav. J.-C.). 

Lea Rhodiens commençaient donc à 
Revenir suspects au moment où éclata la 
guerre contre Persée (172). Eumène 
avait été seul à provoquer cette guerre, 
que les députés rhodiens eieayèrent vai- 
aernenl de détourner, parce qu'ils com- 
mencent à comprendre que Rome était 
devenue plus redoutable que ne l'avait 
jamais été la Maoédohic (S). Cette atti- 
tude nouvelle prise par les Rhodiens , 
«nii autrefois avaient montré tant d'ar- 
oeur contre Philippe et Antiochus, ins- 
phpa quelque Inquiétude au sénat, et 
donna des espérances à Persée. De part 
et d'aqtre on envoya des députés, le 
sénat pour maintenur Rhodes dans son 
alliance, Persée pour l'entratuer dans 
la sienne. Quoique renthouslasme qu'a- 
valent inspiré autrefois les Romains fût 
bien refixndi, cependant les magistrats 
rhodiens hésitaient à se jeter £ins un 
nouveau parti, et le prytaneHégésiloque 
montra aux légats une flotte de quarante 
vaisseaux prête h combattre pour le ser- 
vice de Rome. D*un autre cdté, on reçut 
les ambassadeurs de Persée avec dis- 
tinction; mais on fit répondre à oc 
prince qiie dorénavant il s'absttnt de 
rien demander qui exposât |es Rho- 
diens à paraître contraires aux désirs de 
Rome (4). 

C'était ce qu'il y avait de mieux à 
f^ire, et les prytanes travaillèrent de tout 
leur pouvoir à maintenir la république 



(i)Tite-Livc, XLI, 6; Polyb., XXVI, 7 et 
Miiv. 

• (a) Tit€-Live, XLT, a5. 

(3) Tile-Live, XLH, 14, a6. 

(4) Poly b. , XXVII, 3, 4; Tite-Iive, ILII, 
45, 46. 



dans oetle voie ; mais dans tout Étrt libn 
il se trouve toujours des hommec am« 
hitieux, qui ne sont pas aux affaires, ^ 
veulent y parvenir, et qui poussent le 

Suple ou côté où il leur ptalt de le 
ire aller. Dinon et Polyarate se mirent 
k la tête du parti hostile aux Romains. 
IjC cfael de la flotte ronaaine, ftpurtui 
liUcrétius, avait ésritauiRhodiens pour 
leur demander des vaisaeaux (171). 
Dinon et Polyarate essayèrent de faire 
refuser le eontingent; liiais le pryians 
Stratoelès réussit à obtenir dans raaseoh 
Uée du peuple la sanction du déevel qui 
ordonnait renvoi des vaisseaux. « Ûu 
reste, dit Polybe, ces deux haoïmei 
n'étaient si lélés pour Persée «e parée 
que Polyarate, homme vain et mstucox, 
avait engagé tous ses biens , et quf Di- 
non, avare sans pudeur, avait tonjoun 
lait métier de s'enrichir dies lar g a sso a des 
sois et des puissants (1). » A la fia dt 
cette campagne, Persée envoya Antéaor 
à Rhodes pour traiter du rachat des 
prisonniers. Les magistrats ne voulaient 
aucune relation avec ce prince; Diaoa 
et Polyarate étaient de l'avis contraire : 
ils l'emportèrent, et l'on convint do la 
mnqon des captifîi. 

Cétait un échec grave pour le parti 
romain. Cette décision indiquait la ten- 
dance des Rhodiens à se rapprocher d# 
la Macédoine. Cependant le sénat nt 
s'en plaignit pas , renouvela l'ailianoe et 

Sermit aux Rhodiens d'exporter des blés 
e Sicile (2). Dans ce temps-la parut un 
décret du sénat qui prescrivait aux alliés 
grecs de ne plus ooéir désormais aux 
ordres des généraux, mais seulement aux 
sénatus-consultes. Cette mesure excita 
une grande joie en Grèce , où l'on souf- 
frait déjè neaucoop des exactions des 
consuls et des préteurs romaina ; les 
Rhodiens y applaudirent , et le parti ro- 
main s'en trouva fortifié. Profitant de 
ces bonnes dispositions , les magistrats 
firent envoyer une députation à Marcius 
Philippus et à Cafus Figulus, qui corn- 
mandaient cette année-là l'armée et la 
flotte envoyées contre Persée (160). Ldcs 
deux généraux reçurent les députes 
avec les plus grandes démonstrations 
d'amitié. Le consul, prenant à paît 

^ (i)Polyb., XXVII,7. 
{7) Id., XKVIII, a. 



ILE DE RHODES. 



wr. 



Apâptiit, ékêt de l'ambatMMlo, ko di| 
qvll t'étaonait que Rhode» R^estavât. 
pai d'enpéeher la guerre qui venait aé« . 
dattr entif Ptolémée et Antioebus, aa 
siyet de la Galé-8]rvie« et que ee y^le 
lui eenfenait parfuteroent* Pourquoi 
«tte iosinuatioD? ae demande Polybe. 
Atait-aa |Nur eraiute d'Àntioehus, avee le* 
qud en Youlait éviter toute oouteatatîon 
tiat qu'eç aurait eucore Peasée aur les 
bras, ou pour entrataer leaRhodieDt 
à quelque foute dont cm profiterait eoo- 
irt iaur liberté ? U n'eat paa faetle de le 
iiéuiler, ajeute-t-il ; mais je eroia la ae* 
titane aoppoaition piua vraie, et ee qui ae 
pina peu aprèa a Rbodea aerable la 
oenfinner (1). 

£a alfet « envoyant toua lea méwatte- 
laiBli dont 09 uaait à leur énrd , Tee 
Rbodiena eriuent que lea RemaiBS 
anieat peur^ et qoe leure affairée al^ 
liient iiial..£neauia9é8 fiar la résiatanee 
ioMpérée de Peraée, qui depula quatre 
aai toutenait la guerre aana oea^vantaM» 
mtéi par I^non et Polyarate* dont m 
(liieouri étatenl aana eeaae dirigea eon-^ 
tn lei Romains , aprèa avoir intervenu 
(iani la querelle dea roîa d*£gypte et de 
Syrie, ils a'aveuglèrent au point de a'é- 
ngeren arbitrée entre lea Romalna et 
fenée. Lea partisane de Rome ne pu« 
reat arrêter ce mouvement Lea amia de 
l^ttiée eurent le deaaua , ils reeurent lee 
onbanadeurs de ee prinee et ae son al- 
lié Gentiua, roi d'IUyrie , et firent déoi* 
der dans rassemblée du peuple qu'on 
«égoeierait on aeoommodement entre 
1m deui puissaneea, et qu'on prendrait 
du meaurea pour garantir 1 indépen- 
dance dea villes greequea (3). Une am« 
wade partit à Tinstant pour Rome, afin 
(Tinforiner le sénat des nouvelles dlspo- 
sitioos du peuple rhodien. D'autres dé- 
pQtéi lurent envoyée à Peraée et à Gen* 
jus, avee dea instruetionsayant peur but 
M létabliaaement de la paix. On aavait à 
Heaie Tobjet de rambaaaade ^bodlenne ; 
^ lui fit attendre l'audienoe du aénat, et 
jUt ae iiit reçue qu'après la dé&ite d» 
^•iséaà Pydna. Lea députés, dont le ebef 
w A^éaipolia, dirent qu'ils étaient ve*^ 
DOS afin de terminer la guerre; que 

(0 P*lyb.t XKTin, 14. 

W Poljfb., XXIX, 4; Tito-Llve, XUV, 
t4,a9;XLV, 3. 



les Rbedtena avaient réaehi dlnterveQir« 
parce que eette lutte, qui traînait eu lon- 
gueur, était également fuaeatu pour toua 
lee Oreœ et peur lea Romaine, par les dé- 
penses qu'elle oeeaaioonait, et que la 
guerre étant terminée comme lea Rbo- 
diena le déeiraient, ila n'avaient qu^à té* 
moigner eombien ila ae rejouîasaient ^vec 
Rome de cet beureui auoeèa (1). Mais le 
qénat ne selaissa pas prendreà eea demie- 
rea paroles ; il répondit aux députés que 
Rbodea n'avait en vu^ dana sa conduite 
ni l'intérêt de la Grèce , ni ee}ui dea 
Romains^ maie bien celui de Persée, 
et an congédia aéebement l'ambassade. 
Modes était tombée dans une disgidee 
oemplète et bien méritée. On ne vqulut 
pas recevoir au aénat la députation en- 
voyée pour félieiter le peuple romain 
de aa victoire sur le Maoédomei eu lui 
refusa lea présenta d'usage et le logement 
dana la Orécostase, en un mot toua lea 
devoirs de l'hospitalité. Le préteur Jm<* 
ventiua Thalna exeiteit le peuple à dé- 
clarer la guerre à Rbodea , et il espérait 
en être chargé. Maia les tribune Ante- 
nius et Pomponlua firent repousser cette 
pvopoeition, et obtinrent que lee Rbo- 
diens seraient reçue dana le sénat. 
Quand il eut obtenu la permission do 
parler, Astymède , chef de l'ambasaade , 
prononça une longue apologie de la con- 
duite de ea patrie, que Polvbe trouve ma- 
ladroitement composée , bixprre et cbo- 
queute; car eette oéf(Mise, dit«il, se corn* 
posait bien moins d'arguments en faveur 
des Rliodieos que d'accusations contre 
autrui (S). Maia le diaeours d'Astyroède 
ne se trouve pas dans Polybe. On voit 

(1) Polyb., XXIX, 9« Tita-Live raconta 
une première réception de eette ambuMule , 
L Xil¥, 14, avant U défaite de Peraée; maia 
an livre XLV» oh. m, il pvrait reveoir au. 
aentiment dé Polybe, qui rejette raudience 
après la bataille de Pydna. Le langage quUl 
préteam députés Rhédiens est bursde vrai- 
lenibhmee. Lear démaiehe était déjà bien 
asses compromettanie-par elle-même sans 
qu'ils y joignissent encore rinsolcnce do lan- 
gage. Tite*Live aura puisé ee récit k de mau- 
valses sources. Le témoignage de Polybe est 
de beaucoup le meilleur pour tous ces temps, 
et ordinairement Tite-LiVe ne fiit qoe le re* 
produire. 

(e) Tite-Ihe, XLT, ai^ee; Myb.; 



13S 



LIDniVERS. 



dans celui aaeTite-Livelai attribue qu'il 
essayait d'établir que Rome n*avait au- 
cun acte hostile à reprocber aux Rho* 
diens , que si le langage de l'ambassa- 
deur chargé de proposer au sénat leur 
médiation a été assez hautain pour dé- 
plaire , il serait trop rigoureux de le pu- 
nir par la ruine entière de la république; 
que les fautes de Dinon et de Polyarate 
ne sont pas celles de la cité tout entière ; 

aue les Rhodiens sont d'anciens alliés , 
ont les services peuvent racheter une 
erreur passagère , et que si Rome veut 
leur ûure la guerre, ils sont bien ré- 
solus à ne pas se défendre et à se rési- 
gner (1). 

Cependant rien n'apaisait le courroux 
du sénat; maisCaton le censeur prit la 
parole en faveur des Rhodiens. « On ac- 
cuse, dit-il, les Rhodiens de se montrer 
trop orgueilleux. C'est un défaut sans 
doute, et|eserais fâché d'entendre faire ce 
reproche a moi ouaux miens. Mais que les 
Rhodiens soient orgueilleux,que vousim- 
porte? seriez- vous blessés de voir qu'il 
y a au monde un peuple plus orgueilleux 
que vous (2)? » Caton était un homme 
d'une grande éloquence et d'une grande 
autorité , sou discours modifia les dis- 
positions du sénat : on se contenta d'a- 
baisser les Rhodiens, on ne les détruisit 
pas. Quand ils surent qu'on ne les trai- 
terait pas en ennemis, les Rhodiens res- 
sentirent la joie la plus vive ; ils votèrent 
l'envoi d'une couronne de dix mille piè- 
ces d'or, qu'ils firent porter à Rome par 
Théétète, à la fois amiral et ambassa- 
deur. Théétète était chargé de conclure 
avec les Romains un traité d'alliance. 
Des liens d'amitié, dit Tite-Live, avaient 
existé depuis longtemps entre les deux 
lépubliques, sans stipulation d'aucun 
genre , et Rhodes n'avait eu pour s'abs- 
tenir de tout engagement d'autre motif 

(i) On ne voit pas ce qu'il y a de si bi- 
carré et de si choquant dans ce discours. U 
est évident que ce n'est pas l'original dont 
Poljbe fait une si amère critique. 

(a) Ce discours de Caton se trouvait en en- 
tier dans le cinquième Hvre de ses Origine*» 
Aulu-Gelle nous en a conservé de beaux Crag» 
ments dans un chapitre où il réfute fort sen- 
sément la critioue de ce discours par Tullius 
Tiron, affranchi de Cieèron. Aid^eU.| Noçi. 

AH^ vn, S. 



que de ne pas dter aux rois respéranee 
d'être secourus par elle au besoin , et 
de ne pas se priver ellennéme des fruits 
de leur générosité , et d'une pari à leur 
fortune. En ce moment les Rhodiens se&> 
taient le besoin de rechercher formelle- 
ment l'alliance des Romains non pour se 
créer un appui vis-à-vis des autres, car 
ils ne craignaient plus que les Romains, 
mais pour devenir moms suspects aux 
Romains eux-mêmes (1). 

Le sénat ne se hâta pas de rassurer 
les Rhodiens par la concession d'une 
alliance définitive. Il valait mieux pro- 
longer cet état u^inoertitude ei d'angois- 
ses, pendant lequel Rhodes, toujours 
tenue dans la crainte; du plus grand châ- 
timent, était insensible aux coups dont 
on la frappait. A toutes 1^ ambassades, 
à toutes les supplications aes Rhodiens, 
le sénat réponuait par des ^ts de spo- 
liation. Non-seulement on leùjrenle va la 
Lycie et la Carie , que Rome leur avait 
données, mais encore Caune et Stra- 
tonicée, qu'ils avaient acquises d'eux- 
mêmes. On frappa leur revenu dans ses 
principales sources ; on leur ôta la per- 
ception du péage du marché de Délos; 
leurs douanes, qui rapportaient un mil- 
lion de drachmes, tombèrent à cent cin- 
quante mille. Enfin , quand on sut que 
les Rhodiens avaient obéi à tous les or- 
dres du sénat , qu'ils avaient condamné 
à mort les partisans de la Macédoine , 
on leur accorda le traité d'alliance tant 

désiré(3)(167av.J. O- 

Telle fut l'issue de ce fâcheux déniélé 
des Rhodiens avec Rome, la perte de 
leurs plus belles possessions sur le con- 
tinent, l'humiliation de leur cité , et un 
commencement de sujétion. On pour- 
rait être tenté de plaindre les Rhodiens, 
mais il ne faut pas les croire dîmes 
d'un meilleur sort. Il n'y avait rien dans 
ce mouvement contre Rome qui ressem- 
blât à ces grandes et généreuses tenta- 
tives d'un peuple qui voit la servitude 
s'avancer vers lui à grands pas et qui se 
dévoue pour la repousser. Ce ne fiit 
qu'une ridicule intri^e, tramée par des 
misérables, qui n'agissaient que par -^ 



(x) Tile-Iive, XLV, a5, a empniolé ces 
rcfiexions à Polvbe, 1. XXX, 5. qu'il ne lait 
ici que Uvdoire. 

(9) Pol^b., XXXI, 6, 



ILE DE RHODES. 



129 



nité et pour desordides intérêts. Cestœ 
oue Poiybe fait parfaitement compren* 
ire daDs une a|)préeiation calme et éle- 
vée de la conduite et des sentiments de 
tous les chefs grecs qui se comnromi- 
reat vis-à-vis des Romains penaant la 
guerre contre Persée. Dans ce beau 
fragment de son Histoire^ il montre Di- 
non et Polyarate , qu*un certain pres- 
tige de courage et d'audace avait en- 
tourés jusque là , s'abaisser pour sauver 
leur vie à toutes sortes de subterfuges 
et de bassesses, et se dépouiller aux yeux 
de la postérité de tout droit à la pitié 
et au pardon. Qu*on ne dise pas que 
Poiybe, ami de Scipion l'Africain, 
comblé de faveur à Rome , ait voulu 
poursuivre jusqu'à la mémoire de deux 
nommes qui avaient encouru la colère 
du peuple romain, puisqu'il rend un 
si bel nommage à la noble résolution 
des chefs épirotes, qui dans une situation 
semblable surent mourir résolument 
les armes à la main. Poiybe est l'ami des 
Romains , il n'en est jamais le courti- 
san. « Si j'ai insisté si longtemps sur Po* 
ijarate et Dinon , dit-il en terminant, ce 
n'est pas certes qne j'ai prétendu insul- 
ter à leur malheur; rien ne serait plus 
iueoDvenant. Mais j'ai voulu mettre en 
évidence leurs erreurs , afin de préparer 
ceux qui se trouveraient dans descircons^ 
tances pareilles à se conduire avec plus 
de prudence et de sagesse (1). > Dans 
toat ce morceau , Poiybe n'a tort qu'en 
na seul point, c'est quand il reproche 
au deux malheureux dont il juge les 
actions de n'avoir pas su échapper à 
Tinfamie par une mort volontaire. Sans 
doute ce n'est pas toujours par courage 
qu'on recule devant le suicide ; mais il 
importe de ne pas laisser croire aux 
hommes, et Poiybe aurait dû le savoir, 
que c'est un acte de vertu que d'y avoir 
recours (2). 

Etat de Rhodes apbès la sou- 
MTssiOR DE LA MACÉDOinB. — Sor- 
ti» eoGn de cette rude épreuve, les 
Hhodiens comprirent qu'il fallait se re- 
lier à voir la souveraineté du monde 

(0Polyb.,XXX,6,9. 

(i) En géDéral, les historiens anciens re- 
Sinleiit le suicide comme une action légitime, 
et ils ne le blâment jamais. Fox- I>iod. Sicul. 
l-iiXVII, «7 ; Cic, Sp» ad Fmi,, YU, 3. 

9* Ucraitom, ( Ile de Rhodes.) 



passer entre les mains de Rome; ils 
consentirent à vivre paisibles à l'ombre 
de la protection romaine, en restant 
fidèles a l'alliance oui leur avait été im- 
posée, heureux de conserver encore 
quelque liberté d'action dans la sphère 
de leurs intérêts commerciaux et jusqu'à 
un certain point dans leurs relations 
politiques. Grâce à la sagesse de ses 
magistrats , Rhodes se remit peu à peu 
de ses malheurs, et regagna la faveur du 
peuple romain, à qui elle fit élever un 
colosse de trente coudées dans le tem- 
ple de Minerve. Elle obtint du sénat la 
concession de Calyoda, et pour ceux 
qui avaient des propriétés en Lyoie et 
en Carie l'autorisation de les conserver 
aux mêmes conditions qu'autrefois. Les 
Rhodiens se réconcilièrent avec Eu- 
mène, qui avait, comme eux, obtenu dif- 
ficilement son pardon, et ils en reçurent 
un présent de quatre-vingt mille médim- 
nes de blé (1). Quelque temps après une 
guerre acharnée éclata entre les Cretois 
et les Rhodiens. Ceux - ci demandèrent 
du secours à la ligue achéenne. Les Cre- 
tois en firent autant ; l'assemblée pen- 
chait pour les Rhodiens, mais Calli- 
crate, le chef du parti romain en 
^chaîe , s'écria qu'on ne devait ni faire 
la guerre ni envoyer du secours à qui 
que ce fût sans l'agrément des Ro- 
mains (3). Cette guerre était ruineuse 
pour Rhodes, qui en confia la conduite à 
des chefs malhabiles. Il fallut , bon gré 
mal gré , recourir aux Romains pour en 
être débarrassé. Astvmède fut envoyé 
à Rome, exposa au sénat la situation des 
affaires. Le sénat prêta à ses discours 
une sérieuse attention, et aussitôt un 
légat partit pour mettre un terme aux 
hostilités (S) (154 av. J.-C). 

Les Rhodiens bésistent a- Mi- 
THBiDATE. — Au tcmps dc Mithridato 
les Grecs d*Asie et d'Europe firent une 
dernière tentative ^our secouer le joug 

(i)Polyb.,XXXI, 17. 

(a)Id., XXXm, x5. 

(3) Id., XXXin, z4, ne désigne ce lé- 
gpt que par son prénom de Quinius. Celte 
guerre de Crète est le dernier des renseigne- 
ments fournb par ce précieux auteur sur 1 his- 
toire de rite de Rhodes, Cf. Diod. Sicnl., 
XXXI, 38, 43. y'ojrez sur cette guerre Tar- 
tîcle de la Crète dans ce volume. 

9 



130 



L'UNIVERS- 



des Romains. Les Rbodiens ne cédèrent 
pas à Tentraînement général, et se con- 
duisirent en alliés fidèles et dévoués. Ils 
donnèrent asile à un grand nombre de 
Romains échappés au massacre ordonné 
par le roi de Pont, et entre autres à Lu* 
cius Cassius, proconsul d^Asie (88). Mi- 
thridate résolut de réduire les Rbodiens, 
qui presque seuls lui résistaient. li réu* 
nit une flotte considérable, et passa dans 
nie de Cos. Les Rbodiens sortirent au* 
devant de lui avec courage. Mais Finé- 
^lité du nombre était si grande , que 
tout ce que put faire Tnabileté des 
Kbodiens, ce fut d^empécber la flotte de 
Mitbridate de les envelopper. Rentrés 
dans leur port, sans grandes pertes , ifs 
le fermèrent avec des cbatnes, détrui* 
sirent les faubourgs de la Tille, et s'ap- 
prêtèrent à soutenir un siège. 

Cependant Mitbridate n'avait pas en- 
core ses forces de terre. Les troupes na- 
vales qu'il débarqua furent battues dans 
plusieurs rencontres autour des murs. Le 
succès de ces combats enhardit les assié- 
gés à tenter une bataille navale. Malgré 
leur petit nombre, ils furent vainqueurs. 
Quelques jours après Tarmée de terre 
arriva ; un vent violent rendit le débar- 

3uement dlfûcile, et permit aux Rbodiens 
e couler bas plusieurs navires et de faire 
quatre cents prisonniers. Mitbridate, 
ayant toutes ses forces de terre et de mer, 
tenta l'attaque des deux côtés. Des feux 
allumés sur le mont Atabyrius donnè- 
rent le signal d'un assaut général , pen- 
dant la nuit. Les Rbodiens repoussèrent 
les assaillants. Une sambuque placée 
sur deux navires s'approcha aes murail- 
les près du temple d Isis, pour les battre 
en brèche. Mais elle s'affaissa sous son 
propre poids, et devint la proie des flam- 
mes. Mitbridate ne pouvait s'arrêter plus 
longtemps à ce siège, qui menaçait ae se 
prolonger comme celui de Démetrius ; il 
abandonna l'entreprise , et les Rhodiens 
eurent la gloire d'avoir rendu service 
aux Romains en arrêtant les premiers 
ce torrent qui s'était répandu sur toute 
l'Asie (1). Bientôt Syila enleva à Mitbri- 
date toutes ses conquêtes , et , pendant 
qu'il châtiait rigoureusement les cités 
qui s'étaient données à lui, il renouvela 

(i) Appian.» De Bello Mithridatico, aa-s; ; 
Diod. Sicul., XXXVII, a8. 



avee les Rhodiena l'aoeîea traité d'al- 
liance (1). Les Rhodiens, bien traités par 
Sylla, suivirent son parti dans la guerre 
civile. Norbanus, l'un des chefs du parti 
populaire, s'était réfugié dans leur tle. 
Le peuple s'assembla pour délibérer sur 
son sort, et Norbanus, s'apercevant 
qu'on allait le livrer, se poignarda au 
milieu de la place publique (2). 

Rhodes pbh dànt ibs guberks ci- 
yiLBS DB RoMB. -- Le Signal des guer- 
res civiles était donné; Rhodes n^vait 
plus à choisir entre Rome et ses enne- 
mis, mais entre les partis romains qui se 
disputaient Tempire* A l'exemple de tous 
les autres insulaires , de toutes les pro- 
vinces maritimes de l'Orient, elle fournit 
des vaisseaux à Pompée , (49) avant la 
bataille de Pharsale. Elle lui en donna 
encore pour favoriser sa fuite (8), mais 
aucun des fugitife du parti pompéien ne 
fut reçu ni dans la vifle ni dans le port; 
et quand César poursuivant Pompée 
arriva dans leurs murs, les Rhodiens le 
traitèrent en maître , et mirent leur flotte 
à sa disposition (4). Les vaisseaux rho- 
diens, commandés par Euphranor, suivi- 
rent César en Egypte, et y combattirent 
avec une bravoure et un dévouement 
auxquels il est hautement rendu justice 
dans le livre de la Guerre d^ Atexandrie, 
Après la mort de César (44) les troubles 
fecommenoèrent. Le monde romain se 
partagea entre ses meurtriers et aes ven- 
geurs. Rhodes resta fidèle au dernier 
parti , qu'elle avait embrassé; et auand 
Doiabella passa dans llle pour aller en 
Syrie disputer cette province à Cassius, 
les Rhodiens contribnèrent a lui former 
une flotte (5), tandis qu'ils refusèrent de 
fournir des vaisseaux a Cassius, et qu'ils 
repoussèrent toutes les avances qui leur 
furent faites par les cbefe du parti répu- 
blicain (6). Cassius jura de se venger; et i 



(i) Appian., B, àiUhr,^ 6i. 
(a) Id.» De Bell, Civil,, 1,91. 

(3) Id., iè,i II, 71, 83; Caes., De BeiL 
Civ», lUf loa. 

(4) Appian., iBiJ,, Sg; Hirt, De Betto 
Alex., x3. 

(5) Appian., 1. IT, c. So, Si. 

(6) Forez la letire an propréleur Leatuloi 
sur tous les torts des Rhodiens à Tégard m 
son parti , dans fai oorrespondâiice de Gi*^ 
oéroD, Ad Pàm,, XII, t5. 



ILB DE BHQDES. 



fit 



fond fl «tt wonaàê la S^e, qn'il eut 
mis à mort Dolabella dans Laodieée, il 
M eoDoerta avee Bratiu , qui se chargea 
d'aller châtier les Lydens, tandis qa'il 
derait marcher lai-méme eontiie les 
Rhodiens. 

SiSGB ET PB18B 1>B RHODBS PAB 

Cassius (43). — Casshis réunit sa flotte 
et son armée dans la ?ille de Myndns ea 
Garie, et il exerça ses vaisseaux à la 
fflaneeuvre avant de les mener contre les 
Hbodiens, qui étaient toujours des ma- 
nos redoutables (I). « Il j avoit dans 
Rbedes un parti qui voulett au'on se 
womtt à Cassius. iTétoit celui nés plus 
sensés, qui trop ordinairement est le 
plasûible. Le gros de la multitude, ani* 
mé par quelques esprits téméraires et 
factieux, pvétendoit faire résistance, et 
M doutoit point du succès. La gloire dé 
leurs ancêtres leur en répondoit : ils se 
rappeloient avec eomplaisanoe Démé- 
triuset Mitbridate, pnnœs tout autre- 
ment puissants que ne Tétoit Cassius, 
obligés de ae retirer honteusement de 
derant Rhodes. Ils persévérèrent dana 
lette résolution, et lorsque Cassius ap- 
procha, au lieu de lui promettre satis- 
uetion, ils lui firent la proposition in- 
SBltante d^attendre les ordres dû sénat 
siégeant actuellement à Rome, c'est-à- 
dire les ordres des triumvirs. 

« On peut juger de quel air Cassius, le 
plus fier des hommes, reçut un pareil 
discours. U n*y répondit que par des 
menaces , dont les Rhodiens ne furent 
pts aussi touchés qu'ils defoient Fétre. 
Seulement, ils firent une tentative pour 
le fléchir, en lui députant Archélaûs , 
leur eoneitoyen, qui avoit été son mattre 
dans les lettres grecques. Car Rhodes 
étoit une école de toutes les belles con^ 
aaissances, et Cassius y avait été instruit 
pendant sa jeunesse. Archélaûs s^ac* 
quitta de sa commission de la manière 
la plus tendre et la plus pathétique. Mais 
Cassius, content d'avoir fait beaucoup 
d'amitié à son ancien mattre, demeura 
inexorable sur le fond de la chose. 11 fal- 
lut en venir aux mains : et lej Rhodiens 
furent assez téméraires pour risquer par 
deux fois le combat naval. Dion rapporte 
qu'ils poussèrent Tinsolence jusqu'à éta- 
ler aux yeux des Romains le» chalaes 

(0 Appian., 1, IV, 65-74. 



S l'As leur préparoient. Mais cet excès da 
lieetd'aveu^lementparoît peu vraisem- 
blable. Ce qm est certain, e'est que deux 
fois vaincus les Rhodiens s'opiniâtrèrent 
encore à soufifrhr l'approche des troupes 
romaines , et se laissèrent assiéger par 
terre et par mer. Alors néanmoins ceux 
qui vouloient la paix prirent le dessus, 
et commencèrent à négocier avec Fan* 
nius et Lentulus, qm commandoient 
l'armée de terre des assiégeants. Mais 
pendant qu'ils parlementoient , CassiuSi 
qui montoit lui-même sa flotte , et q«i 
geuvemoit l'attaque du côté du port , 
parut tout d'un coup au milieu de la 
ville avec un nombre de sens d'élite , 
sans avoir tait brèche à la muraille, 
sans être monté à Tesealade. Les poter* 
nés du cAté de la mer lui avalent été ou« 
vertes par quelques-uns des prindpaux 
citoyens de Rhodes, uni , frappés de la 
crainte de voir leur ville prise d'assaut , 
n'avoient pas cru pouvoir trop se hâter 
de prévemr un tel malheur. 

« Un mot de Cassius sembloit d'abord 
promettre de la modération .* car comme 
plusieurs le saluoient des noms de mat- 
tre et de roi, il rejeta bien loin ces ti- 
tres, en disant que sa plus grande gloire 
étoit d'avoir tué celui qui avoit oié se 
faire maître et roi dans Rome. Lé reste 
de sa conduite ne répondit pas à ce dé- 
but. Il fit ériger un tribunal au milieu 
de la place , et planta à côté une pique, 
comme un signe qu'il prétendoit traiter 
Rhodes en ville prise de force. Il con- 
damna à mort et fit exécuter en sa pré- 
sence cinquante des principaux auteurs 
de la rébellion, et prononça contre vingt- 
cinq autres, qui s étaient' enfuis ou ca- 
chés, la peine du bannissement. Il est 
vrai qu'il assura au reste des habitants 
la vie et la liberté , ayant fait défendre à 
ses troupes sous peine de mort d'exercer 
aucune violence contre les personnes. Il 
leur interdit de plus le pillage; mais ce 
ne fut que pour piller loi-même cette 
tille , Tune ues plus opulentes de l'Asie, 
car il mit la main sur tous les trésors 
et sur toutes les choses de prix qui 
appartenoient au public , sans épargner 
ni les offrandes consacrées dans les tem- 

Ê les, ni les statues mêmes dès dieux. 
;t comme les Rhodiens le prioient de 
leur laisser au moins quelqu'une de leurs 
divmités, il leur répondit qu'il leur iais- 

9. 



ist 



LimiVE&S. 



soit le soleil. En efiet, il ne toacha point 
BU simalacre ni au char de ce dieu, qui 
étoit singulièrement honoré à Rhodes. 
Mais il jouoit sans doute sur Fambiguîté 
de cette expression, <jui pouvoit signifier 

3u'il ne leur laissoit que la jouissance 
e la lunnière. £t par un troisième sens , 
que l'antiquité superstitieuse a remar* 
que , on jugea lorsqu'il eut été réduit à 
se priver de la vie peu de mois après à 
Philippes, qu'il avait en parlant ainsi an- 
noncé lui-même sa mort prochaine. Cas* 
sius publia aussi une ordonnance pour 
obliger les particuliers à lui apporter 
tout Foret tout l'argent qui étoient dans 
leurs maisons , avec menace du dernier 
supplice contre les désobéissants et pro- 
messe de récompense aux dénoncia- 
teurs. Les Rhodiens ne s'effirayèrent pas 
beaucoup d'abord, et crurent qu'ils pou- 
voient cacher leurs trésors sans courir 
un grand risque. Mais lorsqu'ils virent 
par quelçpes exemples que l'ordonnance 
s'ex&utoit h la rigueur, ils connurent 

3u'il &lloit obéir; et Cassius a^ant tiré 
e Rhodes parées différentes voies 8,000 
talents en imposa encore 600 à la ville 
par forme d'amende (1). » 

Après le pil^ge de cette opulente cité, 
Cassius se retira chargé de butin , lais- 
sant dans Rhodes une ^rnison sous le 
commandement de Lucius Varus. Cas- 
sius de Parme, qui avait aussi trempé dans 
le complot contre César, resta en Asie, 

Eour surveiller le payement des contri- 
utions dont elle avait été frappée. A la 
nouvelle de la mort de Cassius, crai- 
ffnant un soulèvement des Rhodiens, il 
les dépouilla de leur flotte. Il s'empara 
des trente meilleurs navires ; il brûla les 
autres, excepté la galère sacrée, et rejoi- 
gnit l'armée navale qui croisait sur les 
côtes de la Macédoine. Brutus envoya 
Clodius avec treize vaisseaux pour con- 
tenir les insulaires exaspérés de tant de 
mauvais traitements (2). Mais quand 
Brutus eut péri à la seconde bataille de 
Philipi)es, il fut impossible à Clodius de 
contenir les Rhodiens, et il partit en em- 
menant la garnison, qui était de trois 
mille légionnaires. Il rejoignit Cassius 
de Parme , Turulius et d'antres chefs 
d'escadre du parti vaincu, qui allèrent 

(i) Rolliu, Hùt. Rom,, t. XV, I. XLIX. 
(a) Appûm., Bell, Civ., Y, a. 



presque tout se ranger sons leconHimn- 
dément de Sextus, fils du grand Pompée. 
Quelque temps après Antoine vint en 
Asie pour replacer cette contrée sous 
l'autorité du triumvirat. Il loua les Rho- 
diens de leur fidélité à sa cause, et pour 
réparer les dommages au'iis avaient 
éprouvés il leur donna les îles d'Aadros, 
de Tenos, de Naxos et la ville de Myndus 
en Carie. C'était un riche présent, mais 
les Rhodiens n'en eurent pas longtemps 
la jouissance ; on révoqua cette oonees- 
sion pour le même motif gui leur avait 
fait retirer autrefois la Carie etla Lycie , 
c'est-à-dire à cause de la dureté de leur 
administration (1). Antoine les avait 
aussi exemptés de toute espèce de tribut; 
il leur rendit leurs anciens droits, immu- 
nités et privilé^, et replaça la cité de 
Rhodes sur le pied d'État liore, allié du 
peuple romain (3). 

ÉTAT DE RhODBS SOUS L'£MPIK£; 
BBDUCTION BN PBOYIlfGB BOMAIlf B.-^ 

Mais la liberté n*était plus qu'un vain 
mot pour tout le monde. Sujets ou non, 
tous les peuples de l'empireromain obéis- 
saient au même despotisme. Qu'on en 
juge par quelques détails conservés par 
Suétone sur le séjour de Tibère dans 1 fie 
de Rhodes (8). Tibère, en revenant d^nne 
expédition en Arménie, avait séjourné 
quelque temps dans cette tle, qui lui avait 
plu singulièrement par la douceur et la sa- 
lubrité de son climat. Lorsque, entraîné 
par les caprices et les jalousies de son 
ambition, il s'éloigna de Rome et <r Au- 
guste, ce fut rtle de Rhodes qu'il choisit 
pour le lieu de sa retraite. Il habita dans 
la ville une maison fort modeste, et dans 
la campagne une villa qui ne Tétait pas 
moins. Il vivait comme un simple ci- 
toyen, visitant parfois les gymnasea sans 
licteur et sans viateur, entretenant avee 
les Grecs des relations de politesse, pres- 
que sur le ton de l'égalité. Mais s'il 
voulait quelque chose, il était obéi à 
l'instant avec tout l'empressement de la 
servilité. On crut un jour, par une sin- 
gulière méprise, qu'il voulait voir tous 
les malades de la ville. A l'instant on 
s'empressa de satisfaire cette fantaisie, 
qu'on lui supposait, et on transporta 

(r) Appian., V, 7. 
(a) Scn., De Benef.^ V. 
(3) Suet., Tlber,, XI. 



ILE DE BHODES. 



iS8 



tous ks matedet dtfos iid6 galerie pu- 
bliaue, où on Jes rangea par ordre de 
maladie. Tibère fot dans un grand éton- 
nement quand on lui offrit ce spectacle 
ioatteoda; il ne sut d*abord ce qu'il de* 
Tait faire, puis, s'approchant du lit de 
chacun d'eux, il leur fit à tous des excu- 
ses de cette naéprise , même aux plus 
ëiuTres et aux pins ignorés. L'aventure 
it honneur à Tibère; mais elle donne 
une triste idée de ce qu'étalent devenues 
rindépendance et la dignité du caractère 
rbodien. Quant à la liberté civile, elle 
s'efifaçait aussi d^elle-méme devant la vo- 
lonté du redoutable réfugié qu'Auguste 
avait associé à la puissance tribunitienne. 
Tibère était fort assidu aux écoles et aux 
le^ns des professeurs : un jour qu'il 
l'était élevé une vive altercation entre des 
sophistes opposés; l'un d'eux, croyant 
qu'il favorisait son adversaire, s'échappa 
coDtre lui en propos injurieux. Tibère 
retourna à sa demeure sans rien dire, 
reparut tout à coup avec ses appariteurs, 
fit citer à son tribunal l'insolent qui Ta- 
rait outragé , et le fit traîner en prison. 
Rhodes conservait encore, dans cette 
situation dépendante, une grande pros- 
périté commerciale. Sa position en fai- 
sait toujours une ville très-fréquentée 
par les négociants. De plus, tous ceux 
qui allaient au delà des mers de Grèce 
preodre possession d'un commandement 
militaire ou d'une magistrature s'arrê- 
taient presque toujours a Rhodes, qu'en- 
richissaient les visites de tous ces grands 
personnages (1). Cette ville continuait 
donc à être opulente, recherchée pour 
les agréments de son séîour et la célé- 
brité de ses écoles. La liberté munici- 
pale, qu'elle avait conservée, si res- 
treinte qu'elle fût , y entretenait encore 
un reste d'activité et de mouvement in- 
tellectuel. Mais sous le règne de Claude 
elle fut pour la première fois réduite à 
la condition de sujette. Les Rhodiens 
avaient osé mettre en croix des citoyens 
romains; ils furent privés de leur li- 
berté (2) (44 ap. J.-C. ). Quelque temps 
après, Néron, qui venait d être adopté et 
dépouser Octavie, intercéda en faveur 
de Rhodes, et la fit rétablir en sa première 

(i) Tacil., Ânn., II, 55; Hisi.^ Il, «j 
Siiét, Tiber,, XJI. 
(a) Dio. Cass., I. LX. 



indépendance (1), Tan 14. Enfin, Yespa* 
sien la pla^ définitivement sous l'admi- 
nistration impériale, et forma delà réu- 
nion de cette île avec Samos et toutea 
les autres de ces parages une province 
connue sous le nom de province des 
fies (2), dont Rhodes fut la capitale. Cette 
province fit toujours partie de l'empire 
d'Orient. Plus tard, quand cet empire 
subit une nouvelle division administrar 
tive, et que les thèmes furent substitués 
aux provinces, Rhodes fit partie du 
thème de Cibyrrha. 

Cependant le christianisme s'y était in- 
troduit de bonne heure. Les autels des 
dieux du paganisme avaientété renversés; 
la vieille statue telchinienne de la Minerve 
de Lindos avait été transportée à Cons- 
tantinople et placée comme un simple or^ 
Dément à la porte de la Curie, et Kbodes 
était devenue une métropole du patriar*- 
chat de Constantinople. L'évéque métro* 
politain de la ville de Rhodes avait pour 
suffragants tous les évéques des Cyclades, 
qui étaient au nombre de dix -huit. Lee 
Églises qui relevaient du siège de Rho- 
des étaient, selon le P. Lequien (3), celles 
de Samos, de Chio, de Delos, de r^axos* 
de Paros, de Théra, de Ténos, d'An* 
dros, de Mélos, de Léros, de Carpa- 
thos, de Ténédos, de Sipbnos, dlm^i 
bros, de Lemnos, de Mitvlène et de Mé- 
thymne. Le premier éveque connu de 
Kbodes est Eu phranon, qui condamna 
une secte de gnostiques qui s'était répan- 
due dans son île. 11 est antérieur au con- 
cile deNicée, où l'on voit figurer, comme 
évéque de Rhodes, Hellanicus. Au reste, 
à cette époque et pendant plusieurs siè- 
cles, l'histoire ecclésiastique et profane 
perd complètement de vue l'île de Rho« 
des, qui vit obscure, mais tranquille, à 
l'ombre de la paix que les Roniains ont 
donnée au monde en échange de la li- 
berté qu'ils lui ont ravie. 

(i) Tacit., jéniLt XII, 58. 

(a) Meursiiu, Rhod., 1. II, c. xvi ; Stiet., 
J^esp., 8 ; Sext. Kuf. Breviar, 

(3) Le P. Lequien, Orient c/iris/Umia, 
t. 1, p. 934. 



ÎU 



LIJSFnSRS. 



111. 



AYAT BBLI61B0Z, POLITIQUE, SOCIAL 
XT IVTBLLBCTUXL PB L*tLB BB 
BH0DB8 PENDANT L* ANTIQUITE. 

KELIOION; DIYIBITBS; CULTB. ->- 

L'tie de Rhodes, oomme celle de Cby* 
prSf comme la Crète et tant, d'autres 
points de rArohipel, avait été le rendent- 
vous des différents peuples qui, dans 
Tantiquité, s'étaient adonnés au com- 
meree et k la navigation. A l'origine des 
temps, tout nous atteste rexistencedans 
rtis de Rhodes d'une population d'ori* 
cine orientale, et la prépondérance de 
fa nation phénicienne, à laquelle succède 
peu à peu l'influence de la race belle» 
nique, qui s'établit dans cette tie d'une 
manière plus complète et plus exclusive 
qu'en Chypre , et qui en lit disparaître 
tous les vestiges de l'occupation asiati- 
que. Cependant la religion , qui conserve 
mieux que tout le reste les traces des 
influences primitives et des antiques 
traditions, resta chez les Rhodiens em« 
preinte d'un caractère particulier ana- 
logue, à certains égards, à celui des 
ouïtes orientaux, et dont la persistance 
prouve que l'état de choses antérieur 
aux Hellènes dans cette contrée n'a pas 
été entièrement aboli par eux. C'est 
donc avec raison qu'on a pu dire que 
« à Rhodes, comme en Cilicie et en Cy* 
pre, les cultes grecs ne furent oue dès 
rejetons entés sur une tige plus an« 
denne, et çue tout annonce avoir été sé- 
mitique, à commencer par le culte du 
soleil, oui avait là son char, comme à 
Biérapolis, son autel et sa statue colos- 
sale, dans le goût babylonien. Saturne 
y réclamait, comme en Phénide et à 
Cartbage, des victimes humaines ; et le 
mont Atabyrien ou Tabyrien était un 
autre Thabor, avec un temple de Jupiter 
du même nom, auquel des taureaux 
d'airain étaient consacrés. Des Phéni- 
dens paraissent , en outre, avoir apporté 
à Lindos le cuite de la Minerve ^yp- 
tienne, reconnue pour telle par le Pha- 
raon Amasis. Cest à ce peuple encore 
qu'il faut rapporter, selon toute appa- 
rence, et les Telchines et les Héliades, 
au nombre de sept , qui jouent un si 



ri rMe dansTliisiotre 4e le eififisa- 
denie(l).9 
Les habitants de Rhodes adoraient 
trois divinités principales, le soleil. Mi- 
nerve et Hercule. Toutes oes divinités 
étaient d'origine orientale, et remon- 
taient au temps des Telchines et des Hé- 
liades, femiiles mythiques qu'il est bien 
diffidle de distinguer rune de l'autre, et 
qui désignent la première population 
venue de PAsie Mineure ou de la Phé- 
nide dans l'tle de Rhodes. Or , quelle 
que soit l'époque où l'on prenne l'his- 
toire d'un peuple , on voit toujours que 
la religion y occupe une grande place. 
Cette importance ne la reliffion apparaît 
comme u'autant plus considérable qu'on 
se rapproche plus de l'origine des nations, 
et il est même à remarquer que les socié- 
tés se constitueAt toujours sous Tempire 
des idées religieuses, et qu'elles se désor- 
ganisent sous l'influence des Idées con- 
traires. A Rhodes, comme partout ail- 
leurs, dèi qu'il y a des hommes on voit 
s'élever un sanctuaire. Lindos , la plus 
considérable des trois cités primitives, 
eut les temples les plus renommés. Od 
y adorait surtout Athéné ou Minerve. 
Cette déesse y avait une idole appelée 
rAthénéTelchinlenne. Cette statne de le 
Minerve de Lindos est citée parmi les 
plus andens monuments de l'art, si l'on 
peut donner ce nom à un objet de forme 
grossière, ressemblant, selon quelques- 
uns, à une colonne ou à une pierre corn- 
2ue (3). C'était au fond le même gni- 
ole que TAphrodite de Cypre. Les filles 
de Danaûs poursuivies par les fils d'E- 
gyptus , comme des colombes par des 
éperviers, dit Eschyle, ayant abordé as 
port de Lindos élevèrent un temple en 
l'honneur d' Athéné : Cadmus consacra 
à cette dé«»e une chaudière d'airain. 
Plus tard Amasis, roi d'apte, envoya 
h la Minerve de Lindos deux statues de 
pierre, et une cuirasse de lin d'un admi- 
rable travail, dont les fils étaient compo- 

(i) MM. GreoieretGuigmaut, A^ioiu de 
V Antiquité^ t. n, S« part., p. 83!i. Ce fMSsafe 
exprime roplnion éinise et développée par 
M. Movers dans le premier volume de son 
savant ouvrage sur les l^ènidens : Die Pkê- 
nhùer^ Bonn., z84x. 

(a) Religion de CAntiq.^ t. H, n* part., 
p. 739. 



r 



ILE DE RHODES. 



m 



ses it trois eent soixante-cinq brins (1). 
Cm hommages rendus par les Orientaox 
à la déesse oe Lindos attestent assez son 
origine et son caractère asiatiques. Mais 
elle n*échappa pas plus que 1* Aphrodite 
de Cypre à cette transformation que la 
mjtholo^e pecque fit subir à toutei 
les divinités importées de l'Asie, et après 
aroir été, dans l'origine, une déification 
de quelque grande force de la nature, 
elle devint, comme la Minerve d'Athènes, 
la déesse de rintelligenee , la chaste et 
sage divinité sortie du cerveau de Ju* 
piter. 

n y avait aussi à Lindos une statue 
d'Apollon Telcbînien : le dieu et son 
culte avaient la même ori^e qu'A- 
théoé. Tous les pays de l'Asie Mineure 
voisins de l'tie de khodes avaient pour 
divinité principale le soleil. C'est de la 
Lycie que vint en Grèce Olen, le plus 
aoden prêtre qui ait rendu un culte à 
Apollon, et c'est à cause du pays d'où 
les Grecs le reçurent qu'ils donnèrent à 
ce dieu Tépithete de Lycien. Bans son 
passage d'Asie en Grèce, Apollon se fit 
adorer dans les anciennes tuIcs de Rho- 
des, et il devint la divinité protectrice 
de la nouvelle dté, où se concentra 
plus tard la population rhodienne. Néan- 
moins le sanctuaire de Minerve, dans 
la eitadelle de Lindos, resta toujours en 
grande vénération , et Ton continua à y 
offrir à la déesse des sacrifices sans 
feu (2). Le culte d'Hercule , & Lindos, 
présentait aussi des particularités singu- 
lières, au sujet desquelles on racontait la 
légende suivante^ que Lactance nous a 
conservée. « A Lindos, dit-il, il y a dea 
sacrifices en l'honneur d'Hercule, qtd 
sont bien différents de tous les autres 
sacrifices usités partout, car au lien de 
ces bonnes paroles , e5f7]{ji(a comme di- 
sent les Grecs , qui accompagnent les 
prières, on n'y entend que des injures 
Pt deç imprécations. On regarde le sa- 
crifice comme manqué si pendant sa oé* 
lébration il échappe à quel(|u'un un 
root favorable. En voici la raison, con- 
tinue Lactance, si toutefois Ton peut 
appeler raison de pareilles puéribték 

(0 Diod. Sicul., Y, 58 ; Hérod. , n , zSa ; 
Mine, But, Nat.^ XIX, a, 3 ; Mcur»., Rhod^ 
p. x4. 

(a) Pind., Olymp,, Vit 



Hercule étant arrivé dans ce pays, et 
ayant faim, demanda à un laboureur qui 
travaillait qu'il voulût bien lui vendre 
un de ses deux bœufs. Celui-ci refusa, 
car, disait-il, toute respéranca de sa ré- 
colte reposait sur le travail de ses deux 
bcBufiB. Hercule, voyant qu'on lui re- 
fusait l'un de ses boeuCs , eut recours à 
la force, et les prit l'un et l'autre, et il lea 
immola au milieu des injures dont Taiv 
câblait le malheureux laboureur. Her- 
cule s'en amusa fort, et mangea les deux 
boBufe avec ses compagnons, en riant 
beaucoup dea imprécations qu'on lui 
lançait. Plus tard Hercule ayant ob* 
tenu des honneurs divins, à cause de sa 
vertu, les habitants de Lindos lui éû- 
vèrent un autel , qu'il appela lui-méma 
^(uyav, le joug des bœu£s , sur lequel 
ils immolèrent un couple de bœufs ea 
souvenir de ceux qu'il avait enlevés a^ 
laboureur. Hercule voulut que ce !«*■ 
boureur devint son prêtre, et il ordonna 
çiu'on oélâirerait ses sacrifices avec dea 
imprécations, oommeceiles qui l'avaient 
tant diverti pendant son repas (!)• » 
De là le proverbe récité chez les Grecs* 
A<v$tot T^v Ouokv, offrandes Undlenoes, 
pour désigner tout présent fait dana nna 
intention perfide et dissimulée. 

A Gamiros l'institution des fêtes reli- 
gieuses remonte aussi au temps dea Tel* 
chines. Hénrehius signale lea aacrifiaai 
des MylantMns, descendants de Mylas, 
l'un des héros decette race. LesRhodiens 
avaient aussi établi des cérémonies reli- 
gieuses en l'honneur de Phorbas, fils de 
Triopastdontlavaleuravaitdélivréieurlle 
d'un affreux serpent qui la dévastait. Tlé^ 
polème était encore un des héros vénérés 
parmi eux. Au reste les Rhodiens cél^* 
braient des fêtes nombreuses en l'honneur 
étE dieux etdes héros, et ces fêtes étaient 

(i) Liet., in$t, Div„ I, ai. Photiiu répète 
h même l^nde, Narrât. ^ XI, Cf. Meurt,, 
Mhod, , p. 19. JTcivite de m'ensag^ daot tous Un 
développetne&ti que comporte le sujet, ce ré- 
sumé historique etaot déjà bien chargé, et je 
me contente de renvoyer à un ouvrage spe* 
cial de HefTter, intitulé: Z)<V Gotterdiemte at^ 
Rkodus im AUerthume. Zerbst^ 1827-1833. 
Ce livre sur la religion des anciens Rhodiens 
est divisé en trois parties : la première est 
consacrée au culte d'Hercule à Lindos, la se- 
conde i la Minerve de cette ville, et la troi- 
sième aux autres divinités de i'tle. 



iSd 



LTNIVERS. 



décrites par deux aoeiens auteurs, Geor- 
gus et Tneognis , dont Athénée noos fait 
eonnattre Texistence. Outre les temples 
des anciennes cités, qui subsistèrent 
même après la réunion des Rhodiens 
dans une seule ville, outre le sanctuaire 
de Jupiter Atabyrien, et celui d'Apollon 
Ixien, près du port d'Ixus, la ville de 
Rhodes vit s'élever un pand nombre 
d'^ifices religieux en rbonneur des 
principales divinités de TOlympe Grec, 
Jupiter, Junon, Minerve, Apollon, 
Diane, Gérés, Neptune, Mercure, sans 
compter les chapelles ou édicuies con« 
sacres aux demi-dieux ob héros , et les 
temples d'isis et de Sérapis, qui s'y 
introduisirent à la faveur des relations 
politiques et commerciales des Rhodiens 
avec les Lagides. Mais à cette époque, 
la religion rhodienne avait perdu sa pn}r- 
aionomie primitive et orientale ; elle était 
devenue tout hellénique, comme la po- 
pulation même, et c'est le caractère 
qu'elle ^arda jusqu'au moment où à 
une époque incertaine , et par des mis- 
tionnaires inconnus , Rhoaes fût con- 
¥ertie au christianisme. 

Gouvehrevent; Màgistbatttbb. 
— Au temps de la guerre de Troie l'Ile 
de Rhodes, comme tous les autres États 
grecs, était gouvernée par des rois. Le 
régime monarchique s'y maintint au 
moins jusqu'à l'an 668 avant l'ère chré- 
tienne, puisqu'à cette époque Aristo- 
mène se retira aupr^ de Damagète, 
roi de Jalyssos, après la prise d'Ira et la 
seconde guerre de Messenle. On ne sait 
ni quand ni comment la royauté fut 
abolie chez les Rhodiens, mais ils étaient 
déjà constitués en république lorsqu'ils 
se réunirent pour fonder la ville de Rho- 
des. Les républiques grecques étaient ou 
aristocratiques ou démocratiques, selon 
le caractère, les habitudes et les besoins 
de leur population. Les plus sagement 
gouvernées étaient celles où l'on savait 
le mieux conserver la paix publiaue , et 
maintenir l'union entre les différentes 
classes de citoyens, entre les riches et les 

Fauvres, entre les grands et les petits, que 
on retrouve partout en présence, et dont 
les dissensions font de l'histoire de toutes 
les cités grecques un combat perpétuel. 
 ce compte, Rhodes fut peut-être celle 
de toutes les républiques de la Grèce 
qui approcha le plus de l'idéal d'un bon 



gouvernement Sans doute die ne (ut 
pas à l'abri de toute agitation, et pen- 
dant les temp qu'elle a duré on aperçoit 
des traces de divisions et de change- 
ments intérieurs. Maïs ces mouvements 
sont toujours maintenus dans une me- 
sure qu'on ne trouve pas ailleurs. Les 
Rhodiens surent éviter de tomber dans 
aucun exc^, soit de la tyrannie, soit de 
la sédition; heureuse modération qui 
était plutôt un effet de leur caractère 
et de leurs vertus que de leurs lois , et 
qui conserva leur république prospèrent 
respectée à une époque où tout le reste 
de la Grèce était tombé dans la déca- 
dence et le mépris, 

Aussi de tous les États grecs il n'en 
est aucun que les Romains traitèrent 
avec plus d'égards, et qui consen-a 
tant d importance au milieu de l'abais- 
sement général du monde hellénique. 
Cest toujours avec estime, pour rË- 
tat et les particuliers, qu'il est parlé de 
Rhodes dans les écrivains romains et 
dans les auteurs postérieurs à la con- 

Suéte de la Grèce. « Les Rhodiens, dit 
alluste (1), n'ont jamais eu à se plain- 
dre de leurs tribunaux, où le riche et le 
Sauvre indistinctement, et d'après la lot 
u sort, prononcent sur les plus impor- 
tantes comme sur les moindres affaires. » 
Polybe, un historien si grave et si pea 
kudatif , rend souvent hommage a la 
aagesse des Rhodiens, à leurs bonnes lois, 
à leur excellente conduite, qui ne 8*est 
démentie qu'une fbis de son temps, dans 
la guerre de Persée, et à laquelle ils se 
sont bâtés de revenir. Deux siècles plus 
tard, Strabon (2) trouvait encore en vi- 
gueur les excellents règlements établis 
autrefois par l'aristocratie rhodienne 
pour subvenir aux besoins de la classe 
inférieure, que la république avait tou- 
jours eu soin de mettre a l'abri de la 
misère. « Ils font aux pauvres, dit-il, 
des distributions périodiques de blé ; et 
les Grecs riches , se conformant à un 
usage ancien, soutiennent ceux qui ne 
le sont point. Il existe même certains ser 
vices publics que ces derniers sont obli- 
gés de rendre, moyennant un salaire fixe 
et assuré qu'ils reçoivent de TÉtat, de 

(i) Salluste, Lettre à César, c. vix. 
(a) Su-ab., 1. XIY, c. ii; Taucb., L m, 
p. '94- 



ILE^ DE BHODES. 



lar 



oMiiière vftm vuènt tttoips ks psirrres 
ofit de quoi subsister, et la TiUe ne maû- 
que pas de bras pour ses besoms, sur- 
tout pour la manne. » De telles mceurs 
etde telles iostitutious témoisneDtasses 
un bon sens et de la sagesse de eeux qui 
soovernajeot cette république, et justi- 
fient pleinement cet éloge, si pr&is et 
si juste. Que Strabon feit des Rhodiens 
quand îl oit de ce peuple : « Le gouver- 
Dement des Rhodiens est ami du peuple, 
mais non pas démocratique (1). » 

Le gouvernement de Rhodes n'avait 
pas toujours été aristocratique, comme 
il rétait devenu dans les trois derniers 
siècles de la liberté grec(|ue, et jusqu'au 
temps de Tempire romain. Quoique do- 
rienne d'origine, la population de 1 île de 
Rhodes s'était en{;agee dans Talliance 
d'Athènes. Celle-ci avait placé sous son 
protectorat tous les États maritimes de 
la Grèce, et s'était attachée à développer 
partout les institutions démocratiques. 
Dans le cours du quatrième siècle avant 
J.*C., après l'abaissement de la puissance 
athénienne, la démocratie rhodienne se 
compromit par ses excès; des démago> 
gnes s*emparèrent de la confiance du 
peuple, disposèrent des revenus publics, 
et excitèrent la multitude contre les 
grands. Le parti des grands ne se laissa 
pas intimider ; il sut se grouper et s*en- 
tendre ; une coalition se lorma entre tous 
les intérêts menacés ; le pouvoir fut enlevé 
à la multitude, et, par de nouvelles dis- 
positions, l'influence de l'aristocratie de- 
vint prépondérante. Une révolution sem- 
blable avait eu lieu à Gos à la même épo« 
que (2), ainsi qu'à Chio et à Lesbos, 
comme le remarque Démostbène , dans 
ion discours De la Uberté des JUkocUens^ 
Ce fut au milieu de ces changements que 
leRbodien Hégesiloque entreprit d'assu- 
jettir sa patrie , avec le secours de Mau- 
>ole roi de Carie, et qu'il parvint à occu- 
per quelque temps le pouvoir, jusqu'au 
Bwment où ses vices et son ivrognerie le 
vendirent si méprisable aux yeux des 
Rhodiens, qu'ils le chassèrent (8). Sortie 

(0 Toici la phrase de Strabon, qui est 
aune précision presque intraduisible : At)- 
l*«xr,8eî;ô' elalv ol 'Poîioi, xainep où Îtjjio- 
«f«Toû|uvoi; I. XrV, c. u. 

W Arislot., Poiit., 1. V, C. ii, C. v. 

(3)Meunius, Hftod., I, 19. 



enfin de cette crise, qui faillit être fittale 
à sa liberté, Rhodes vit s'affermir œ ré- 
gime , aristocratique qui devait lui as- 
surer encore une nouvelle période de 
prospâité et de grandeur, et qui était 
en vigueur au temps de Polybe , dont 
les récits nous en montrent l'action et 
les ressorts. 

Toutes les grandes questions d'intérêt 
pubUc, les alhances, la paix ou la guerre 
étaient décidées à la pluralité des suf- 
frages dans l'assemblée du peuple, dont 
la composition nous est mconnue et 
dont le lieu de séance était ordinaire- 
ment le théâtre' (1). Les premiers ma- 
gistrats de la république étaient les nrf- 
tanes, qui étaient nommés par l'assemblée 
du peuple, pour six mois seulement, 
mais que l'on pouvait proroger dans leurs 
fonctions. La prytanie formait un con- 
seil de plusieurs membres; elle se réu- 
nissaitdans un édificeappelé le prytaoée, 
qui paraît avoir été le chef-lieu de l'État, 
et ou étaient déposées les archives (2)« 
Plutarque compare léi prvtanes aux 
généraux à Athènes et aux béotarques, 
ce qui prouve qu'ils réunissaient aux at- 
tributions politiques à l'intérieur le com- 
mandement des armées, comme les con- 
suls romains. C'étaient les prytanes 
qui présidaient les assemblées publiques 
et qui en dirigeaient les délibérations* 
Ce n'est qu'au temps de Dinon et de 
Polyarate qu'on voit l'influence leur 
échapper, et passer aux mains des chefs 
du parti populaire , ^i repoussait l'al- 
liance avec les Romams. Un mot d*Uesy- 
chius nous révèle Texistence d'un sénat 
dont les membres auraient porté le nom 
de MdoTpoi (3), mais il n'en est fait men- 
tion nulle part ailleurs, et le silenee de 
Polybe à ce sujet autorise à conjecturer 

Îrue ce corps avait peu d'importance po- 
itique, ou qu'il ne fut qu'une institution 
temporaire. Les fonctions les plus im- 

(x)Polyb., XTI, i5, 8; XXIX, 4# 4. "Cette 
circonstance noas montre que l*assemblée de- 
vait être assez restreinte. Cependant Polybe 
ne rappelle pas seulement à Stifioc, mais aussi 
%6 irXîjOoc, la foule, la multitude. Après tout, 
la valeur de oe terme n'est toujours que re- 
lative. 

(a) Polyb., XXV, «3,4; XXVU, 6, a; 

(3) Meîirs., Ehod,, p. 65: Màarpoinopà 
*Pod('otc povXevtvJdec. 



i» 



li'UMVJttS. 



{Mvtanttt à Rbodes, tpt^ teifeàrge de 

Kjrtaae, étaient cellw d^aminl et d'am- 
ssadeur (va6apx<K» xpaoSturfc), que 
Fou voit coavent rémiiesdaiis les méoiea 
maina. Ainsi Tliéétète et Eodopfaon, 

Soi commandaieDt la flotte, fureotauasi 
épatés au sénat |»ar on décret du peuple, 
qui voulait par la, dit Polybe, éviter Té- 
dat d'une vaine ambassade. D'ailleurs 
une loi spéciale conférait au navarque le 
droit de négocier (1). 

Càbàgtbbb, mobubs, goutumbs 
BBS Rhodibns. — Ge qui nous parait 
•distinguer la constitution rhodienne de 
celle des autres cités doriennes gouver- 
nées comme elle aristocratiquement, 
c'est la forte organisation du pouvoir 
exécutif, c'est*à Maire Timportance des 
grandes magistratures, qui eurent tou- 
jours réellement, sans entrave et sans 
contrôle, la direction des afihires publi- 

2ues. Au reste, ce n'est pas seulement à la 
)rme de son gouvernement que Rhodes 
^ dû la conservation de sa prospérité et 
de«<Mi im|)ortaoce politique. Un peuple 
Bc se soutient pas uniouement par sa 
49enstitution et par ses lois, mais beau- 
coup plus par son caractère, ses bonnes 
mœurs et par les hommes qu'il produit. 
Aussi est-ce une vérité de tous les tempe 
0t de tous les pays, trop méconnue des 
dtés et des nations qui tombent en déca- 
dence, celle que le poète latin a eipri- 
mée par ce beau vers : 

Moribas anUqois sUt res romaoa virisque ! 

L'histoire de Rhodes nous montre un 
peuple industrieux, patient, laborieux, 
orave, constant dans sesaUiances, fidèiCf 
sâr, commode à tous les étrangers, 
liès-appliqué aux arts utiles du corn* 
Bierce et de la navigation, aimant à s'en* 
richir, mais non à vivre dans l'oisiveté, 
d à la tête de ce peuple d'habiles hom- 
mes d'Ëtat, de courageux marins, de 
prudents ambassadeurs , sortis la plu- 
part de familles enrichies par le com- 
merce et où la pratique des grandes affai- 
res se transmettait par la nature et Tédu- 
cation. En faut-il davantage pour com« 
prendre comment Rhodes est devenue 
une cité aussi célèbre et aussi puissante, 
et comment cette petite tle s'est élevée 
par la vertu de son peuple au-dessus de 

(i) Polyb., XXX, 55 ; XVH, 1,4. 



ses moyms (1)? Aa premier siècle de 
l'empire romain Rhodes résbtait ea- 
eore à cette corruption qui avait dissoos 
les mœurs de ranelenne Grèce, et eUe 
conservait les coutumes d'outref ms. Les 
Rhodieus portaient toujours la longue 
chevelure; ils marchaient gravement 
dans les rues. « Vous connaissez la 
Rhodiens, dit Dion Chrysostôme (2), ee 
peuple qui vit aupr^ de vous en liberté 
et en une tranquillité parfaite : il est in- 
convenant chez eux de courir par les 
rues de la ville, et ils ne permettent pas 
même aux étrangers de le feire. « Ad 
théâtre même gravité : ils écoutaient 
en silence et sans applaudir, et le ri< 
lence était un signe de satisfaction. Dion 
loue encore leur convenant , leur so- 
briété, leur simplicité dans les repas. Ib 
avaient aussi de l'âoignement pour le 
luxe des vêtements, et ne souffraient 
que l'usage de bandes de pourpre très- 
étroites et qui auraient passé pour ridi- 
cules ailleurs. « Enfin, moute Dion, 
toutes ces choses vous rendent une cité 
vénérable, et vous placent au-dessus de 
toutes les autres villes ; c'est là ce ({ni 
vous fiait admirer et chérir, et votre cite 
brille plus par la conservation des anti- 
oues mœurs grecques que par la beauté 
de ses ports, de ses murs et de ses ane 
Baux (S). » 

Lois DES Rhodie!vs; gode vàbi- 
TIME. — On connaît trois lois des Rho- 
diens. Elles ont toutes un caractère 
particulier. La première défendait qu'on 
se fit raser. Athénée ajoute, il est vrai* 
qu'on n'observait plus cette loi de son 
temps, c'est-à-dire sous les Antonins, 
mais elle témoigne du désir qu'on avait 
eu de conserver le vieil usage de porter 

(1) Barthclem., Anoch,^ c. uulcci. rojn 
l'éloge fait psr Tacite des BMBura de la cité 
grecque de Maraeille, VU JPAgricaia^ e. iv. 
Un peuple commerçant ne prospère qu'à b 
condition d'élre tel que furent Rhodes d 
Marseille. 

^2) Âp. Meurs., Rhod,, p. 66. 

(3) On trouTe épars çà et là dnns Plolsr> 
que, ÂnacréoD el Juvéoal quelques traits de 
satire contre les vices et les travers des Rbo- 
diens; mais ils ne peuvent détruire le témoi- 
gnage de toute l'histoire en foreur du carac- 
tère et des moBurs de ce peuple. Vof, Meor- 
siuSy loc, cii. 



ILE mSr RHOUBS. 



m 



ta barbe et lès eherénx loags. !.« m* 
eonde M est admirable, et ne peut aToit 
été pertée que par les plus honnêtes 
gens da monde : elle oraonnaH au fils 
de paver les dettes de son père, même 
dans le cas oà il aurait renoncé à Fhéri- 
tage. La troisième était empreinte d'un 
sentiment rigonreux et peut-être outré 
de la dignité de VÈM : elle interdisait 
an boarreau d'entrer dans la ville. 
Aussi toutes les exécutions capitales se 
âisaîent hors des murs (1). Ce qu'il y 
a?ait de plus célèbre dans la législation 
des Rbodiens, c'était leur code maritime, 
à la sagesse duquel les Romains ren- 
dirent un éclatant hommage en Tadop* 
tant tout entier. « Je suis, i! est vrai, ai* 
sait Antonin , d'après le jurisconsulte 
Volusius Marcianus, je suis le seigneur 
da monde, mais ce sont les Rbodiens 
gmoDt écrit la législation des mers. Et 
cela le divin Auguste l'avait lui-même 
reconnu. » On Ht aussi dans Constantin 
Herfflénopule : « Toutes les affaires mari- 
times, tous les différends relatifs à la 
navigation sont décidés par la loi rfao* 
dienne. Cest d'après elle qu'on établit 
la procédure et qu'on rend les juge- 
ments, à moins qu'il n'y ait une loi con- 
traire qui s'y oppose formellement. Isa 
lois des Rbodiens sont le plus ancien de 
tous les codes maritimes. » On retroure 
en grande partie ces règlements sur le 
commerce et la navigation dans les 
compilations des jurisconsultes romains 
et dans les édits et ordonnances des em- 
pereurs , qui n'avaient fait que les tra- 
duire du grec en latin. C'est en puisant 
à ees sources une le savant Leundavius 
est parvenu à reconstruire le code 
commercial et maritime des Rhodiens, 
dont il a donné un recueil divisé en cin- 
quante et un chapitres, la plupart extraits 
des onze livres du Digeste (3). 

(i) MeuniiiSy Bkod,^ 1. I, c. ui, p. 70. 

(a) LettDclavius, Juris Grœco-Romani^ iam 
Cawniâ attam Civilis, Tond duo, in-fol. Fran- 
cof't ^596. A la fin du t. II, p. a65, se trouve 
oe KciMÎI des lois rbodiennes, avec le titre 
'uivaQt : Jus navale Hhodiorum, qttod impe* 
rttores tacratusimi Tiberius, Aadrianus , 
Mtottinus ^ Perlinax , Lucius Septîmius Se- 
J*^ sanciverunt, C'e»t un document fort 
wlértt^aDl et le plus complet sur le droit 
Buntime dm anciens. Mais les limites de mon 
tranil ne me pormettent pas d'en rendre 



Lbs BBÀOS-Ants ▲ Rhoobs; psih^ 
VUBB; SCULPTUAB. — Les Rbodiexi^ 
aimaient les beaux^^arts. Les ricbessea 
qu'ils avaient acquises par une prospérité 
commerdide non interrompue pendant 

Elusieurs siècles les mirent en état d*em-r 
ellir leur ville des chefs-d'œuvre des 
plus grands artistes de la Grèce , dont ils 
savaient magnifiquemept récompenser la 
talent. Pleins d'amour pour la dté dans 
laquelle ils vivaient libres et heureux, les 
Rbodiens s'étaient fait un point d'iion* 
neur de lui donner un aspect splendidoi 
en la remplissant de grands et beaux 
édifices , que la peinture et la sculpture 
furent appelées à décorer. Il y avait dans 
la ville de Rhodes* .dit Pline l'Ancien, 
plus de trois mille statues. Les p<HrtiT 
ques de ses temples étaient ornés de 
pieintures d'un pnx infini, et la posscs? 
sion d'un seul ae ses ouvrages , disait le 
rhéteur Aristide, eût suffi pour rendre 
une ville illustre. Ce n'est pas que Rhodes 
ait donné naissance à aucun de ces ar? 
tistes de premier ordre qui font tant 
d'honneur au génie grec; mais elle sa« 
▼ait dignement apprââer leurs œuvres, 
elle les attirait dans son sein, etn'épr- 
gnait rien pour se procurer les produc* 
tiens de leur génie. 

Protogène, qui vivait à Rhodes au 
temps du siège de cette Yille par Démé- 
trius , était né à Caune en Carie. Cétait 
une ville sujette des Rhodiens, qui, ^ ce 
titre et à cause de l'accueil qu'ils nrent 
à son talent, peuvent revendiquer ce 
peintre comme Fun des leurs. Protogène 
resta longtemps pauvre et méconnu. Ses 
oompatriotes,aui recb^rchaientavec tant 
d'ardeur les tanleaux des maîtres étran- 

Sers, ne savaient pas apprécier les chefa- 
'œuvre que Protogène taisait sous 
leurs yeux. Alors Apelle, oui était dans 
tout l'éclat de sa gloire, vint a Rhodes(f ). 

compte. Je me contanta de dire, coasaie Mewh 
ains : II^ lûdeat qui vokt, Toy. aussi Dap^* 
per, Deser,f p. 146. 

(i) Pline, Hist. Jiat., XXIY, 35, 95. 
Pline abonde en anecdotes sur Apelle et 
Protogène. C^esl lui qui nous a conservé 
la suivante : A peine débarqué dans l'île de 
Rhodes, Apelle courut à Tatelier de Proto- 
gène. Celui-ci éuit absent^ mais un grand 
tableau était disposé sur le chevalet pour èu« 
peint, et une vieille femme le gardait. Celle 
vieille répondit que Protogène, était sorti, 



Uù 



LUmvfiRS, 



Ce grand peintre, goi M eomnit jamais 
la jaloasie , et qui tut looiours généreur 
envers ses rivaux, vint à l'atelier de Pro- 
togène, admira son talent, et résolut de 
forcer les Rbodicns à Fadmirer. Il lui 
demanda combien il vendait les tableaux 
qu*il venait de terminer : Protogène les 
mit à un prix très- modique. Apelle en 
Offrit 50 talents ( 246,000 francs ), et ré* 
pandit le bruit qu*il les achetait pour les 
vendre comme siens. Par là il nt com- 
prendre aux Rhodiens le mérite de leur 
peintre, et il ne leur céda les tableaux 

gu'après qu'ils y eurent mis un plus 
aut prix. 

Dès lors Protogène eut toute la repu* 
tation qu'il méritait , et Apelle put le 
traiter en égal. Cependant Protogène 
ii^atteignit jamais à la même hauteur que 
le peintre de Gos , et Apelle exprima un 

Sur lui-même, quoique d'une manière 
rt délicate , le sentiment qu'il avait de 
sa supériorité. « Protogène, dit4l, a au* 
tant ae talent que moi et peut-être plus ; 

et elle demanda quel était le nom du visi- 
teur : « Le voici v répondit Apelle; et ni- 
aissant un pinceau, il traça sur le tableau une 
fi^ne d'une extrême ténuité; Protogèue de re* 
tour, la vieille lui raconte ce quis*é(ait passé* 
L'artiste , ayant contemplé la délicatesse du 
trait, dit aussitôt qu' Apelle était venu, nul 
autre n*étant capable fie rien faire d*aussi 
parfait. lAii-roéme alors danscette même lignç 
en traça une encore plus déliée, avec une au- 
tre couleur, et sortit en recoiumandant i la 
vieille de la faire voir i l'éiranger, s'il reve- 
nail, et de loi dire : « Toi la celui que vous 
cherchez. » Ce qu'il avait prévu arriva : 
Apelle revint , et , honteux d'avoir été sur- 
passé, il refondit tes deux lignes avec une 
troisième couleur, ne laissant plus possible 
même le trait le plua subtil. Protogène , s'a- 
vouant vaincu, vola au port chercher son hôte 
( Pline, iéid., 29, traduction de M. Uttré )• 
On garda cette toile sur laquelle les deux ar- 
tistes avaient lutté d'adresse et de aavoir-faire, 
et Pline assure l'avoir vue à Rome, on elle 
était plus regardée que les plus beaux tableaux. 
On raconte i Rome quelque chose de sem- 
blable sur une visite de Michel-Ange à Ra- 
Ehael. Celui-ci travaillait à la décoration de 
i Farnésine ; Michel-Ange vint le voir, et ne 
le trouvant pas, il crayonna à la hâte une tète 
dans laquelle Raphaël reconnut à l'instant 
la main de son rival. On voit encore ceUe lète 
à la Farnésine, sur le plafond de la salle où se 
trouve la Gabitéç, 



mais/aiun amilagesorloi, e*estqall 
ne sait pas dter la main de dosas un ta- 
bleau. » Mémorable leçon, ajoute Pline, 
qui apprend que trop de soin est souvent 
nuisible. En effet, c'étak là le seul dé- 
faut de Protogène, de viser à trop (uir 
ses ouvrages , et par là de n'en finir ja- 
mais avec eux, ce qui leur était de la 
grâce et du naturel. Cependant c'était 
assurément uft grand peintre que celui 
dont Pline raconte que tant qu'il tra- 
vailla à son tableau d'Ialysus, il ne vécut 
que de lupins et d'eau, afin de soutenir 
et d'exciter son talent par l'abstineoce. 
Cest pousser bien loin sans doute l'a- 
mour de Fart et le désir de la gloiine, 
mais il n'y a qu'un homme passionné et 
réellement supérieur qui puisse s'impo- 
ser de pareils sacrifices. 

Les deuxcbefe-d'oeuvrede Protogèoe 
étaient son tableau d'Ialysus, et celui qui 
représentait un satyre appuyé contre 
une colonne sur laquelle était perchée 
4ine perdrix. Quand ce tableau fut ei« 
posé aux regards du public, roiseao 
causa une admiration universelle, aa 
point aue l'on négligea le satyre , qœ 
Protogene avait travaillé avec le plus 
grand soin. L'entbousiasme s'accrut ea- 
core lorsqu'on eut apporté devant ce ta- 
bleau des perdrix apprivoisées, qui se mi- 
rent à chanter dès qu'elles aperçureal 
la perdrix peinte. Protogène, indisoé 
que l'on oubliât le principal pour admi- 
rer l'accessoire, obtint des rârdiensda 
temple où était posé son tableau la per- 
mission d'effacer la perdrix, et il lefiia; 
^ (1). On sait tout le soin qu'il mit à 
composer son lalysus, qui devait être son 
principal titre de gloire et auquel 11 tra- 
vailla sept ans (2). Pour rendre ce U- 
bleau plus durable et le défendre des dé- 
gradations et de la vétusté, il y mit quatre 
fois la couleur, afin qu'une couclie tom- 
bant l'autre lui succédât. C'est pendant 
qu'il travaillait à ce tableau qu'il arri^a 
a ce peintre , si soigneux et si app1iqu<^'. 
d'obtenir par le hasard un effet que m 
son art ni ses efforts n'avaient pu rendra 
Il voulait représenter un chien haletant, 
la gueule blanchie d écume ; il s'y état 
repris à vingt fois, toujours mécôiiten^ 
de ce qu'il avait fait. Enfin, irrité de son 

<z) S\nh,f I. XIY, e. ù. 
(a) Cicér., Orai,p c, ii. 



ILB DE ftaODES. 



141 



imptrissaoce, il jeta de dépit FépoBg^ 
ooDtre le tableau, eomrae pour TeaiBcer. 
Cette bmagoerie réussit mieux que tout 
soQ travail ; l'époDge déposa d'elle-même 
les couleurs eomme il le désirait, et cette 
fois le hasard reproduisit exactement la 
nature. Pline cite encore de Protogène 
on Çydippe, un Tlépolème, le poëte 
tragique Philiscus en méditation, un 
athlète, le roi Antigone, la mère d'Aria* 
tote. Ses derniers ouvrages furent uo 
Alexandre et le dieu Pan. Protogène 
faisait aussi des figures en bronze. Au 
temps de Pline le tableau dlalysus avait 
été transporté à Rome et consacré dans 
le temple de la Paix, construit sous Ves* 
pasien, et dont on voit encore les ruines 
imposantes le long de la voie Sacrée. Les 
Rbodiens possédaient aussi de belles 
peintures de Zeuxis, d'Apelle et des 
pios srands maîtres de l'antiquité, et 
elle n^avait pas été tellement dépouillée 
par les Romains qu'elle n'eût encore 
coDservé de nombreux œuvres d'art, 
dont Loden parle avec admiration. 

La ville de Rhodes renfermait une vé- 
ritahte population de statues. Elle en 
avait encore trois mille à une époque où 
Rome loi en avait déjà fait perdre quel* 
qoes>unes. Les Rbodiens avaient en 
sculpture un goût particulier, plutdt 
asiatique que grec. Ils aimaient les co-* 
losses, et ils en avaient fait élever un 
^and nombre. Le plus célèbre de tous 
était celui du Soleil-, qui avait été coulé 
en bronze par Charès de Lindos, élève 
de Lysippe. Ce colosse avait soixante- 
dix coudées de hauteur (t). Charès et 

(i) Pline, Hisi. NaU^ XXXIV, 18, 3. a, 
Meon., Rkod., p. 41. On a souvent discuté 
sur reopUoement occupé par le colosse de 
Rbodei. On s'est trompe en le mettant à ren- 
trée du grand port, recartemeni des jambes 
du colosse ne pouvant être que de trente-cinq 
à trcQte-six pieds. D*ailleurs s'il eût été en 
cft endroil, he tremblement de terre Teût pré- 
âpiié dans les fioU. Sou véritable emplac»- 
OK&t éuit en fiice de Tentrée du port, et de- 
^t le bassin des Galères. Les deux tours 
q^'on voit au fond du port furent bâties sur 
Kl bases qui soutenaient jadis ses jambes 
^^^ et sous lesquelles passaient les bAti- 
Beats que Ton retirait dans un bassin que le 
|r-«qd maître d'Aubusson fit combler en 1478. 
J*T' ^ Monuments de RluxUs du colonel 
«ott»ers,p.5«ct8i. 



son disciple Lâchés y travaillèrent douze 
ans; on y dépensa 300 talents (1*476,000 
francs), proatiit des machines de guerre 
abandonnées par le roi Démétrius, en* 
nuyé de la longueur du siège de Rbodes* 
Cette statue fut renversée cinquante-six 
ans après son érection par le trennble- 
ment de terre de fan 282 , qui ébranla 
Rhodes, la Carie et toutes les tles voi* 
sines. Tout abattue qu'elle est, dit Pline, 
elle excite Tadmiration : peu d^hommes 
en embrassent le pouce ; les doigts sont 
plus gros que la plupart des statues. Le 
vide de ses membres rompus ressemble 
à de vastes cavernes. Au dedans on voit 
des pierres énormes, par le poids des- 
quelles Tartiste avait affermi sa statue 
en rétablissant. Les débris de ce colore 
restèrent gisant sur le sol jusqu'au mo- 
ment où les Arabes s'étant emparés de 
nie, Tan 656, ils en vendirent le bronze 
à un marchand juif, qui y trouva la 
charge de neuf cents chameaux. Rhodes 
avait encore, dans l'antiquité, cent autres 
colosses plus petits, mais dont un seul 
aurait stira pour illustrer toute autre ville. 
On y voyait aussi cinq colosses de dieux 
faits par Bryaxis. Mais ce qu'il y avait de 
plus précieux à Rhodes en sculpture, c'é- 
tait le char du soleil, ouvrage de Lysippe, 
le seul objet d'art que respecta Cîassius, 
après qu'il se fut emparé de Rhodes. 

L'antiquité produisit des artistes très- 
habiles à ciseler l'argent. Les plus ad* 
mirés après Mentor, qui fut le plus 
grand mattre eu cet art , étaient Acra- 
gas, Boethus et Mys. Au temps de 
Pline (1) on voyait à Rhodes des mor- 
ceaux très-estimés de ces artistes : de 
Boethus , dans le temple de Minerve à 
Lindos; d'Acragas, dans le temple de 
Bacchus, à Rhodes, des coupes repré- 
sentant en ciselures des bacchantes et 
des centaures, d'autres coupes représen- 
tant des chasses ; de Mys, dans le même 
temple de Bacchus, un Silène et des 
Amours. 

LlTTBBÀTURB ; PHILOSOPH» ; SCTSlf- 

GKS. — La ville de Rhodes fut aussi le 
centre d'un mouvement intellectuel très- 
actif et très-fécond. On y cultivait avee 
ardeur et suco^ les lettres , les sciences 
et la philosophie, et elle fut pendant 
longtemps , selon l'expression de Dap* 

(r) Pline, i7if/. NaU, XXXIH, S%, i. 



141 



L^URIVKRS.' 



per, oommé un magasin éés sdenees et 
une pépinière de gens de lettres. Quand 
Ptolémée t^hiladelphe fit chercher de 
tous côtés des livres pour augmenter la 
bibliothèque fondée par son père, ce fut 
à Rhodes où il en trouva le plus. Plus 
tard, quand les Romains eurent soumis 
les Grecs à leur domination politique, 
Rhodes attirait les principaux d^entre 
eux à ses écoles, comme Athènes, comme 
Alexandrie, entretenant ainsi le seul 
genre de supériorité que le génie grec eât 
conservé, et forçant les vainqueurs à y 
rendre hommage. G*était surtout pour 
4es écoles d*éloquence que Rhodes était 
fréquentée [)ar les jeunes Romains des 
^andes familles, qui allaient s*y prépa- 
t^r aux luttes oratoires de la Curie et 
du Forum. Rhodes était restée un État 
libre, à Tabri de toute tyrannie inté- 
rieure , et de toute servitude étrangère, 
et par conséquent le talent de la parole 

Îr exerçait encore une grande influence; 
e pouvoir appartenant toujours dans les 
républiques bien réglées à ceux qui pos* 
sèdent 1 art de bien dire. 

Cest la nature qui rend les hommes 
éloquents; mais c*est Part seul qui peut 
former un orateur. L'étude de rélo- 
quence était déjà en grand honneur chez 
m Rhodiens, lorsqu'Eschine , après la 
condamnation qui le fit sortir d'Athènes, 
se retira chez ce peuple, qu'il initia à tous 
les secrets d'un art que les Athéniens 
avaient porté au comnle de la perfec- 
tion (i). Il charma les Rhodiens par ses 
improvisations, par la déclamation de ses 
discours, par la lecture de ceux de Dé- 
mosthène ; il fonda une école, qui devint 
la plus célèbre de toutes, et où il forma 
de nombreux disciples. "Uni doute que 
l'autorité et les leçons d*Ëschine n'aient 
contribué pour beaucoup à éloigner de 
Rhodes ce genre d'éloquence emphatique 
et boursoufXlé (2), très-prise à Gnide, à 

(t) PhikMtr., Ktt. Sapkîst,t I| i, i8; Gicflr., 
fie Oraior,, lU, 56. 

(») Cic, Orat., YIII. Yoici counneal Ci- 
ccron reconnaît dans le Bruttu , c. xci , tout 
ce qu'il doit aux leçons du rliéteur rhodien : 
« Je vins à Rhodes , où je m'atlachai de nou- 
veau a ce même Molon, que j^avais entendu 
a Rome. Habile avocat, excellent écrivain, il 
•avait en outre critiquer avec finesse , et don- 
nait avec un rare talent de savantes leçons. 



Halicamasse et dans les autrei villas de 
la Garie, d'où il n'avait qu'un bras de 
mer à franchir pour pervertir le août des 
Rhodiens. Esehine l'arrêta par Ta digue 
insurmontable de l'attieisme, qu'il nato* 
ralisa dans l'tle de Rhodes, où renseigne- 
ment de l'éloquence resta ilorissaiit jus- 
qu'au premier sièele de l'empire romain. 
Yoilà ce qui attira dans cette file tons les 
grands orateurs des derniers temps de la 
république romaine, Mare-Antoine, d- 
eéron. César, Brutus et Cassitis et d'an- 
tres encore. C'était le rhéteur Apolkniius 
Molon, dont les leçons étaient alors les 
|)lus recherchées. Apollonius Molon était 
né à Alabanda en Carie , mais il n'avait 
t>as donné dans le goût de ee détesuMe 

S le asiatique, contre lequel II inspir» à 
léron tant d'élotgnement. Cet haiiile 
Hiéteur avait d'abord enseigné à Rome, 
où il s'était fait avantageusement eon- 
nattre; et quand il se fot établi à Rho- 
des, la Jennesse romaine l'y suivit , et 
partagea le temps de son séjour en Grèce 
entre cette ville et Athènes. 

Ce serait une bien longue étode que 
de rechercher tous les titres de Rhodes 
à la célébrité littéraire, et de passer en 
revue les hommes illustres qu'elle a pro- 
duits dans tous les genres, sdeneea, his- 
toire, poésie, philosophie et éioquenoe. 
Meursius en énumère environ soixante- 
dix : de quelques-uns d'enté eux on ne 
connaît que les noms; de ta plupart on 
ne sait que les titres de leurs écrits , on 
les sujets dont ils se sont partlcalière- 
ment occupés. Il n'v en a qu'un très-pe- 
tit nombre dont le temps ait épargné 1» 
ouvrages on le souvenir; et, rejetant de 
ce résumé historique le catalogae de tous 

n réprima, ou du moins il fit tons ses effortc 
pour réprimer tous les écarts où mVofrainsit 
fa fougue d*un âge impunément andaciem, 
et pour resserrer dans de jtfstes Ihnîtes le tor- 
rent débordé d*une élocutton redondante. 
Aussi lorsque après deux ans je revins â Rome, 
J'étais beaucoup mieux exercé, on poor mieux 
dn*e je n*étais plus le m&ne. Ma aédamation 
était moins vénémente, mon style moins im- 
pétueux. » Il est évident par ce passage que 
Molon avait conservé dans son enseignement 
les traditions de Téloquence atttque. F'oyei 
dans Touvraee du colonel Rottiers la descrip- 
tion de Sumbulu et de la Fontaine Rodiai, où 
la tradition place l'école d'ApoIlopi«is H<4on, 
p. 1^6. Cf. Cic, Ep. ad Âft,^ II» i. 



ILE XnS BOODES. 



Ka 



Jes avtM fittlêon à pra piès încomu^ 
je me eontentend de fiûre mention de 
ceax dont on peiil raeonler quelque 

chose. 

Cléobnle , Fan des sept sages de la 
Grèee, était de Lindos. Il florissait à la 
un du septième siècle. Ce que Ton sait 
sur sa Tie se réduit à quelques ren* 
seignements conservés par Diogène de 
Laerte (f ). Quelques auteurs prétendent 
qu'il se donnait pour descendant d*Her« 
dite. Il étudia la philosophie égyptienne, 
tt il leconstniisit le temple de Minerve 
fondé par Danaûs. Il eut des relations 
uec Selon , à qui il écrivit la lettre 8Qi« 

CléoMê à Soion: 

Ta tt de nombreux amis, et partout on 
s'empressera de te recevoir. Je vois cepen- 
dant que nul séjour n'est préférable pour So« 
ion à celui de Lindos. (Test une ville libre , 
dans une tIe battue de toos cOtés parles flots, 
et où tu n'auras rien à redouter de Pisistrate ; 
ans oompter que de toutes parts %f» amie 
psarroat y accourir vers toi. 

Il mourut à Tdge de soUante-dii ans, 
et Ton mit sur son tombeau rinseription 
suivante : 

lÀndotf qui brille au milieu des Jlots^ 
flettre la mort du sage Cléolmle^ auquel 
file a donné U jour, 

Qéobnle avait composé trois mille 
^rs de chants Ijrriques et d'éni^es 
[iya^a, fpdfoi). OU lui attrilnie Témgme 
soivante, dont le mot n'est pas difficile à 
deviner : « Un père a douze enfants, qui 
ont chacun soixante filles, mais d'aspect 
différent; les unes sont blondes, les au- 
tres sont brunes ; elles sont immortelles^ 
et cependant toutes périssent tour à 
lonr. > Des jeux d'esprit de cette nature 
ont peu de portée, et sont au moins inu* 
liles; mais quelques-unes des sentences 
de Cléobule indiquent une certaine élé* 
vation d'âme, beaucoup de modération et 
justifient suffisamment sa réputation de 
sagesse : « Qae votre langue soit toujours 
chaste. — Soyez familier avec la vertu et 
Étranger au vice. —Fuyez Tinjustice. — 
Maîtrisez vos passions. — N'ayez jamais 
'^econrsà la violence. — Calmez les haines* 
-** Ne vous laissez ni-enorgueillir par le 
*"<»^ ni abattre par l'adversité. — Ap- 

(ODiogLwrt., I, 6. 



inrenes à suBporler eourageuaement le* 
Tidssitudes de la fortune. » Il avait sou- 
vent cette maxime à la bouche : « Le 
bien, c'est la mesure. » Le sa£e Rhodiea 
laissa une fille, appelée Cléobuline, qui 
a aussi eomposé aes énigmes en vers 
hexamètres. 

Panétius, l'un des plus célèbres philo- 
sophes de l'école stoïcienne, était né à 
Rhodes, vers l'an 190, d'une famille qui 
avait fourni des prytanes et des navar« 

5uea à la républiaue. « Antipater de 
'aise fut son maftre* Il l'écouta en 
homme qui connaissoit les droits de la 
raison ; et malgré la déférence aveugle 
avec laquelle les stoïciens reeevoientles 
décisions du fondateur du portique, Pa« 
Bétius abandonna sans serupule celles 
fui ne lui parurent pas suiiisamment 
établies. Pour satisfaire son désir d'a^ 
prendre, qui étoit sa passion dominantOi 
il quitta Rhodes, peu touché des avan- 
tages auxquels sembloit le destiner la 
crandeur oesa naissance. Les personnes 
les plus distinguées en tout genre de lit- 
térature se rassembloient ordinairement 
à Athènes, et les stoïciens y avoient une 
école fameuse. Panétius la fréquenta 
avec assiduité, et en soutint dans la suite 
la réputation avec éclat. Les Alhéniens, 
résolus de se l'attacher, lui offrirent le 
droit de bourgeoisi.e : il les en remercia. 
« Un homme modeste» leur dit-il , au 
rapport de Proclus , doit se contenter 
d'une seule patrie. » En quoi il imitoit 
^nort , qui dans la crainte de blesser 
aes concitoyens, ne voulut point accepter 
la même grâce. Le nom de Panétius ne 
tarda pas )k passer les mers. Les sciences, 
depuis quelque temps, avoient fait à 
Rome des progrès considérables. Les 
grands les culti voient à l'envi, et ceux 
que leur naissance ou leur capacité 
ovoit m» à la tête des affaires se fai- 
Boient un honneur de les protéger effi- 
cacement. Yoilà les circonstances dans 
lesquelles Panétius vint à Rome. Il y 
étoit ardemment souhaité. La jeune no- 
blesse courut à ses leçons, et il conipta 
parmi ses disciples les Lélius et les Sci- 
pion. Une amitié tendre les unit depuis, 
et Panétius^ comme le témoignent plu- 
sieurs écrivains, accompagna Scipion 
dans ses diverses expéditions. Les liai- 
tons de Panétius ave^ Scipion ne furent 
pas inutiles aux Rhodiens, qui employé- 



i44 



mnnvEBs. 



feBt sotivent a vee soceès le crédit de leur 
eompatriote. On ne sait [kis préciaéinent 
Fannée de sa mort. Qoéron nousapprend 
que Panétius a véeu trente ans après 
avoir publié le Traité des Devoirs de 
f Homme que Gicéron a fondu dans le 
sien; mais on ne sait point en quel 
temps ee traité a paru. On peut croire 
qu'il le publia à la fleur de son âge (1). » 
A en juger par les éloges qu'en, donne 
Gicéron et le parti qu'il en a tiré^ oÎb traité 
était un ouvrage de premier ordre, dans 
lequel Panétius avait su éviter non-seu- 
lement les excès de la doctrine des stoî* 
ciens, mais encore la séclieresse et la 
dureté habituelies de leur style qui re- 
butait les lecteurs. Il avait réduit la mo^ 
raie de l'école à des propositions raison* 
nabies, l'avait exposée dans un langage 
clairet intelligible, et avait rendu ses 
leçons aimables par la grâce et l'élégance 
de son style (9). 

L'école stoïcienne de Rhodes devint 
célèbre. Panétius avait formé de nom* 
breux disciples : le plus illustre est Po« 
sfdoniu8,à la fois philosophe, historien, 
géographe, grammairien et savant (3). 
Posidonius était d' A pâmée en Syrie; 
mais il vint s'établir à Rhodes, y passa 
la plus grande partie de sa vie, y ensei- 
gna la philosophie avec succès , et fut 
emplove dans les affaires publiques. Son 
earactere lui avaitattiré l'estime et la con- 
sidération générales , et quand Pompée 
revenant d'Asie, vainqueur de Mithridate 
l'an 62 avant J.-G. , visita Rhodes, il traita 
Posidonius avec les plus grands égards. 
11 alla cliez le philosophe, qui était alors 
retenu au lit par un cruel accès de goutte. 
Le voyant dans cet état. Pompée expri- 
mait combien il regrettait de ne pouvoir 
l'entretenir et Fentendre. Mais, reprit le 
philosophe : « 11 ne sera pas dit que la 
douleur soit assez puissante pour faire 
qu'un aussi grand nomme m ait rendu 
visite inutilement. » Et aussitôt il en- 
tama un long discours pour prouver que 

(z) 'AoWint Hut. j4ne„X, XII, p. 4iB. Cf. 
t. IX, a58. 

(a) Cicér., De Fin., IT, 28. Voir, sur les 
autres ouvrages de Panétius, Meursius, R/tod,, 
p. xor, et un mémoire de Tabbé Sévin, Acad, 
des Jnscr., t. X. 

(3) royez la liste de ses ouvrages dans 
Mçur^îus, iU»d., p. xo5. 



rien ne mérite le nom de hiea que It 
vertu. De temps en temps les pointes de 
la douleur devenaient si perçantes, que 
Posidonius était obligé de s'interrompre, 
et qu'il répéta souvent : « Non» douleur, 
tu n'y gagneras rien. Quoique tu sois 
incommode, je n'avouerai jamais que tu 
sois un mal. « On doit savoir bon gré à 
ce philosophe , dit Rollin , d'avoir eu le 
courage, malgré ce qu'il souffrait, de 
discuter des matières de raisonnement 
avec une sorte de tranquillité. Mais n'est- 
ce pas une subtilité puérile, que de re- 
fuser d'appeler la douleur un mal, pen- 
dant qu'dle fait jeter les hauts cris (1). 

Utle de Rhodes a produit des poètes : 
Nous passons Boniere, dont elle pré- 
tendait aussi être la patrie, mais qui ap- 
partient à toute la Grèce ; nous passons 
Aristophane , que certains auteurs ont 
fait naître à Camiros ou à Lindos, mais 
dont Athènes s'est approprié la gloire, 
et Pisandre et Idéus et beaucoup d'au* 
très, tout à fait oubliés, même des anciens. 
Timocréon est mieux connu par oe pas- 
sage de la F^ie de Thémistocle de Plu- 
targue : « Timocréon le Rbodiep, poète 
lyrique, fait, dans une de ses chansons, 
un reproche bien mordant à Thémis- 
tocle ; il l'accuse d'avoir rappelé les ban- 
nis pour de l'argent, tandis que pour de 
l'argent il l'avait abandonné, lui, son 
ami et son hAte : « Loue , si tu veux , 
« Pausanias, loue Xanthippe, loue Léo- 
« tvchide ; moi, c'est Aristide que je loue, 
« rhomme le plus vertueux qui vint ja- 
« mais d'Athènes, la ville sacrée. Pour 
« Thémistocle, ce menteur, aet homme 
« injuste, ce traître, Latone le déteste; 
« lui, l'hôte de Timocréon, il s'est laissé 
« corrompre par un vil argent, et a re- 
« fusé de ramener Timocréon dans la- 
it lysus sa patrie. Oui, pour le prix de 
« trois talents d'argent, il a nus à la 
« voile, l'infâme ! Ramenant injustement 
c œux-d d'exil, bannissant œux-là, 
« mettant les autres à mort; du reste 
« repu d'argent. £t à l'isthme il tenait 
« table ouverte; avec quelle lésinerie 
« il servait des viandes iroides; et l'on 
a mangeait en souhaitant que Thémis- 
« tocle n'allât pas jusqu'au printemps. » 
Mais Timocréon lance contre Thémis- 

(1) RoUin, Hist. Rom,, 1. XXX'Wjt. XI, 
p. aSi* 



ILE DE RHODES. 



1^^ 



fodedes traits plus piquants encore, et 
le ménage moins que jamais, dans une 
chanson qn*il fit après le bannissement 
de Thémistoele, et qui commence ainsi : 
K Huse, donne à œ chant, parmi les 
« Grecs, le renom qu'il mérite et que ta 
« loi dois. 9 On dit que Timocréon fut 
banni pour avoir embrassé le parti des 
Mèdes.et que Thémistoele opina pour la 
condamnation. Aussi lorsque Tbémis- 
toeie subit la même accusation , Timo- 
créon fit contre lui les vers suivants : « Ti- 
i roocréon n'est pas le seul gui ait traité 
■ a?ec les Mèdes; iljn bien d'autres 
B pervers, et je ne suis pas le seul boi- 
« tenx : il 7 a d'autres renards encore. » 
Ce poète, qui passa sa vie au milieu des 
querelles politiques et littéraires, dut 
surtout s'exercer à l'invective. On voit 
par ces fragments qu'il s'en tirait assez 
beorensement, et que sa poésie^ ijnelque 
peu rude et brutale , ne manquait ni de 
Terre ni d'esprit (1). 

II nous reste un ouvrage entier d'un 
poète rhodien ; cesontles^r^onav/i^tté^ 
d'Apollonius. Apollonius était né à 
Alexandrie. Il étudia sous Gallimaque ; à 
Tio^ ans il publia son poëme sur l'ex* 
{lédidon des Arffonautes. Gallimaque, 
irrité de voir naître une réputation qui 
éclipsait lasienne, persécuta son disciple, 
et le força à s'exiler. Apollonius se retira 
«Rhodes, où U obtint le droit de cité. Il 
; enseigna la rhétorique, la grammaire ; 
uy remania son poème, et le mit dans 
Tétat où nous le possédons. Rappelé 
plus tard à Alexandrie, il y devint un 
Personnage considérable, et y mourut, à 
1 âge de quatre-vingt-dix ans, dans les 
premières années du deuxième siècle. 
• l^ AraonatUiques, dit M. Pierron, 
Mot le chef-d'œuvre de la littérature 
alexandrine. Apollonius abuse peu de 
son savoir mythologique ; il fait des récits 
igréables; il trouve quelquefois d'assez 
beureuses images; mais il manque de 
^e et de force. Son poëme appartient, 
en somme, au genre ennuyeux (S). » On 
ne peut caractériser ni apprécier le talent 
tTAnexandride, d'Anth&s, d'Antiphane 
^ d'autres poètes rhodiens dont les 
Doon Mois nous sont parvenus, ni le 

(0 A. Pierron, Histoire tie ia Littérature 
r^ue, c xn, p. 175. 
(1) Id., ib^ c. xxxvxa, p. 389. 

10* Uoraison. (Ile db Rhobbs.) 



mëritedeiiKNBbMix Malwiopaqqe eelte 
fie a produits, et qui sont cités çà et là 
dans les anciens auteurs. Tous ces écrits 
ont disparu, comme tant d'autres ; mais 
H n'y a que les historiens que je regrette, 
si médiocres qu*ils pussent être, car un 
hvre d'histoire apprend toujours quel<iue 
chose à son lecteur. Les poètes ordinaires 
peuvent disparaître sans grand incon- 
vénient : or ceux de Rhodes n'ont ja- 
mais eu un bien grand renom dans l'an- 
tiquité, et si le ooup d'œil que nous ve* 
nous de jeter sur 1 histoire littéraire de 
cette ville nous montre un peuple stu* 
dieux et ami des lettres et des arts, il ne 
nous y fait pas découvrir un seul homme 
de génie , Protogène excepté. Les Rho« 
diens avaient pour dons et qualités spé* 
claies d'être aptes an commerce, habiles 
dans les affaires, intelligents et coura- 
geux dans la politique , et cela suffit k 
leur gloire. Ils eurent aussi le goût du 
beau dans les arts et dans les lettres, 
mais ils n'en eurent pas le génie. H n'jr 
a pas deux peuples dans l'antiquité qui 
aient reçu, comme les Athéniens, le don 
d'exceller en toutes choses. 

rv. 

BISTOTEB DB l1lB DB BHODBS PEN- 
DANT LE XOYEN AGB ET LBS TEMPS 
M0DBBNE8 (1). 

L'Ile de Rhodbs sous la domi- 
nation DBS EMPEBECES BYZANTINS. 

^~ Devenue sous Constantin la capitale 
du thème cibyrrhatique, et le siège d'un 
archevêché, dont relevaient quatorze 
évêques, Rhodes occupait dans l'empire 
d'Orient un rang digne de son ancienne 
importance et de tous ses souvenirs his- 
toriques. Mais elle avait perdu depuis 
longtemps cette indépendance et cette 
activité qui avaient fait autrefois sa di- 
gnité et sa grandeur, et elle devait encore 
continuer pendant plusieurs siècles à 

(x) Ouvrages spéciaux sur Thistoire des 
chevaliers de Rhodes i 1^ G, Bosio, Istoria 
délia sacra reUgione delT illustrissima Mi- 
iitia di San^Giopanni GierosoUnùtano ; der- 
nière édiiioD, Yerona, 1703, 3 ?oU in-foL — 
ft* J. Baudoin et F. A. de Naberat, Histoire 
des Chevaliers de tordre de Saint-Jean de Je- 
msalem; Paris, x643, a vol. in-fol — 3* R. A. 
de Yerlot M'Aubœuf), Histoire des Cheva" 

10 



Î4& 



L'UniVKRS. 



n'être au*an membre inafte de oe Taste 
corps ae Tempire d'Orient, où la vie et 
raction avaient abandoiuié les proviiioes 
pour fie coneentrer dana la capitale. 
Aussi rtle de Rhodes disparaft-elle pres- 
que entièrement de l'histoire pendant le 
moyen flge. Il en est fait surtout men- 
tion dans les auteurs byzantins à Tocca- 
sion de la eonstruetionde Sainte-Sophie» 
sous Justinien , pour la coupole de la« 
quelle on employa les briques blanches 
et légères qui se fabriquaient à Rhodes. 
Douze de ces briques, dit-on, ne pesaient 
pas plus qu'une brique ordinaire. On les 
composait avec un dment de jonc pilé , 
mêle avec d'autres matières, et pétri 
avec de la farine* Ce ciment avait la 
propriété de durcir et de devenir extrê- 
mement léger; aussi l'emploi de ces bri« 
ones et de la pierre ponce a-t*il singu* 
lièrement diminué le poids du vastedômo 
de Sainte-Sophie. La fabrication de ces 
briques était particulière à Rhodes, et 
elle y a été tellement oubliée que j'i- 
gnore, dit le colonel Rottiers (1), si 
un seul habitant en conserve aujourd'hui 
le souvenir. 

L'île de Rhodes dut à sa position, plus 
centrale, d'être moins exposée que les 
îles de Chypre et de Crète aux incur- 
sions des Sarrasins. Chypre la couvrait 
du côté de la Syrie, et la Crète du côté de 
l'Afrique , de sorte que les expéditions 

• 

tiers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem; 
Paris, i7îfc6> 4 vol. in-4". — 4" S. Paoîi, Codice 
diplomatiodelsancto Ordine Gierosolimitano i 
LQcca, 1733, a ▼ol. in-fol. — 5* J.G. Diene^ 
mann, Nachricht vom Johanniterorden, nehtt 
beigejugten f^appen und Ahnentajeln dêt 
Rîtter, herausgegeben , vott. J« E. liasse; 
Berlin, 1767, in-40. — 6» P. M. Paociaudî, 
Memorie di Gran-Maettri dtlmiUtare Ordine 
Gierosolimitûno ; Parma, x 7S0, 3 toL in-i**.-^ 
7^ G. Caoursiaus; DeseripUo O&tidionis urbis 
Mkodiœ a Makomeie li, aniio 1480; Ulme 
X 496, in-foi. «~ 8« G. FonUni, De Selio B/todio 
Ubri très; Romse, x 5a4y in-fol., dernière édi- 
tion, Basile», x53S, in-So. — 9* JeandeBour- 
lMn, La grande et metveiUeuse Oppugnaùon 
de la cité de Rhodes, priée par suiian Soliman 
en i5aa; Paris, x525, in-lbL — xo» De 
TiileneuTe-Bargemont, MomtmemtsdesGrands 
Mattres de tOrdre de Saint-Jean de Je'rm- 
saUm; Paris, i%^% a vol. in-S», etc., etc. 

(i) Monuments de A/wdes, p. 6t. Cf. Gib- 
bon, Décadence de fMmpire BanuUnp c. x&. 



marîtimesdesArabessednifèrent le plus 
souvent sur ces deuxfles, qui étaient plus 
à leur portée. Cependant Rhodes elle- 
même et toutes les autres Iles de l'ardii- 
pel ne restèrent pas entièrement à l'abri 
de leurs aggressions. Déjà même , avant 
TapparitioD des Arabes, elle avait été ra va- 
llée par les Perses, à l'époque de la grande 
invasion de Cbosroès , sous le règne de 
l'empereur Héraclius, l'au 616. Cbos- 
roès avait commencé la dévastation des 
antiques monuments de la ville de Rho- 
des, dont les dépouilles allèrent orner la 
ville de Hamadan, qu'il faisait alors cons- 
truire pour être sa capitale. Les Perses 
y reparurent encore en 622, l'année 
même de l'Hégire, et en emmenèrent ua 
grand nombre d'habitants en esclavage. 
Peu de temps aprèsJa Perse succonoba 
sous les coups des musulmans, et l'em- 
pire d'Orient se trouva en face d*un en* 
nemi nouveau et plus terrible. Vers le 
milieu du septième siècle , sous le calife 
Omar, Moawiah, encouragé par les suc- 
cès qu'il avait obtenus dans lile de Chy- 
pre, résolut de faire de nouvelles courses 
sur la Méditerranée. Il équipa une flotte 
considérable toute en petits bâtiments; 
et il transporta une armée sur douze 
cents barques. Abou* Lawar la comman- 
dait. Il attaqua d'abord l'île de Cos , qui 
lui fut livrée par trahison; il y tua beau- 
coup de monoe, fit un ^nd butin , et 
détruisit la forteresse qui s'v trouvait. Il 
se porta de là dans nie de Crète, puis il 
passa dans celle de Rhodes, et s*empara 
de la ville et de l'île. Rien ne causa plus 
d'admiration aux Sarrasins, encore gros- 
siers et ignorants dans les arts , que les 
débris du fameux colosse du Soleil, oui 
étaient restés sur le rivage du port de- 
puis près de neuf cents ans. Les musul- 
mans considéraient avec étonnement les 
vastes cavités qui s'ouvraient à l'endroit 
des fractures, et les prodigieuses masses 
de pierres dont on avait rempli l'inti^ 
rieur du bronze pour lui donner une 
assiette solide. Un marchand Juif de la 
ville d'Émèse acheta de Moawiah ces 
énormes débris, qui firent la charge de 
neuf cents chameaux : ce que Muratori, 
ajoute Lebeau, traite de fable (1) sans en 

(i) Lebeau y Histoire du ff as-Empire, ééL 
Saint-Martin, t. XI, p. 354. Gibbon panîl 
avoir adopté ropinion de Muratori , ou à 



' 



ILB DE RHODES. 



147 



apporter de niioa fliifflinft»(65 de rèie 
efirédeane, la douzième année du règne 
deCoosUntlI). 

L*hi8toîre byxantlne ne fixe pas Fépo- 
ooe à laquelle les Arabee lurent obasséB 
de rilede Rhodes. Biais, suivant toute 
probabilité, ils durent en partir Tannée 
soivante ( 664 ), lorsque leur flotte eut été 
battue dans la baie de Pbcenica. Tou- 
jours est-il qu'au siècle suivant, sous Le 
Kgne de l'empereur Anastase D (718), 
Rbodes était de noureau le point de rat 
liemeotdeseseadres byzantines. Du reste, 
taot que le califat di)rient fut redou- 
table, et dans le fort de la lutte qu'il sou^ 
tint eontre l'empire grec, 111e nit cons- 
tamment menacée par les courses des 
Arabes, qui insultèrent plus d'une fois 
ses riTaçes. En 807, sons le règne de To* 
ékax mcépbore P', une flotte sarrasine 
ayant abordé à cette Ile, au mois de sep^ 
tttnbm, massacra les habitants, et sac- 
cagea tout le pays. La capitale , défen^ 
doe par une bonne garnison, échappa 
arale à la fureur des musulmans (1). 

Après la conquête de l'empire grec 
par les Latins (1204) , Rhodes fut le lot 
aun prince italien, dont rhistoire ne nous 
a pas conservé le nom. Le aeoond erope- 
Rurde Nîcée, l'habile Jean Dueas Va« 
taœ^ rétablit la domination des Grecs sur 
la plupart des lies des côtes d'Asie. Il 
reprit Rhodes, Lesbos, Chio, Samos, 
learie, Cos et plusieurs autres fies de 
TArcbipel. Vatace avait accordé toute sa 
KTeur a un seigneur grec, nommé Léon 
Gabalas, qu'il avait élevé à la dignité de 
osar. On lit dans George Aeropolite 
que cet ingrat favori prit les armes oon* 
^ son bienfaiteur, et s'empara de l'tle 
de Rhodes. Vataee envoya pour la re- 
prendre Andronie Paléologne, grand do* 
ine^ique du palais , déjà illustre par ses 
*ocftres , et oui le devint plus encore 
^r sa postérité. Andronie, à la tête d'une 
flotte et d'une armée, passa dans l'tle de 

■«iiu il croit eoraiBe lai que le poids du co* 
•pMe a été exagéré ; mais lut-ffléme exagère 
ottn davantage quand il ajoute que ce poids 
«» !»rtii bieo grand, « lors même qu'on y 
coeH.i*qdniit kê oeot ûguiet ooloftsalea el les 
^i« milk Matue» qui décoraient la ville du 
»ol«I aux jour, de >a prospérilé. > Déca- 
»«ce de l'Empire Homam^ C. t. 
(OUbeau, Hîst, au Bas-Empire, XII, 4lo, 



Rhodes, en plein hiver, et combattit le 
rebelle (1283). L'historien se contente 
de dire que tout réussit au gré de Vatace, 
sans entrer dans aucun détail. Il nous 
apprend seulement que cette expédition 
de Rbodes, quoique heureuse pour l'é- 
vénement, oodta grand nombre de sol- 
dats , qui périrent dans les combats ou 
par la rigueur de Thiver (1). • 
Quelque temps après nous voyons le 

fouvemement de l'fle de Rhodes confié 
Jean Gabalas , frère de ce Léon qui 
avait soulevé cette Ile quinte ans aupa- 
ravant. L'an 1249, pendant une absence 
du gouverneur, une flotte génoise, avant 
abordé de nuit, surprit la ville, et s em» 
para de Ttie entière. Aussitôt, par ordre 
de l'empereur Vataee, Jean Caotacusône^ 

Souvemeor de Lydie et de Carie, passe 
ans Itle avec le peu de troupes qu'M 
atait, combat les Génois, et reprend plu- 
sieurs placeB. Ajrant reçu im ronfort con- 
sidérable, il assiège la* ville de Rhodes, 
oili les Génois, abondamment pourvus de 
vivres , étaient en état de résister long- 
temps. Cependant la vigueur de Canta- 
eualène, ses attaques vives et continuel* 
les les auraient mentôt réduits, sans un 
secours imprévu qui leur arriva. GuiU 
laume de Villehardouin, prince d'Acfaaïe^ 
et Hugues, duc de Bouiigogoe, qui al- 
laient en Terre Sainte avec une flotte 
bien garnie de troupes , passèrent par 
Rhodes, etconsentirent volontiers à lais- 
ser aux Génois plus de cent de leurs meil* 
leurs cavaliers. Ceux*ci commencèrent 
par une sortie qui obligea les Grecs, fort 
maltraités, à lever le siège et à se retirer 
dans Philérème. Les cavaliers , laissant 
ensuite les Génois à la garde de la place, 
se chargèrent de battre la campagne, 
pour amener des convois et enlever ceux 
de l'ennemi. En sorte qu'en peu de 
temps les Grecs, comme assiégés eux« 
mêmes, furent réduits à la disette. Cepen* 
dant Vatace, étant venu à Nymphée, Ht 
en diligence équipera Smyrne une grande 
flotte et embarquer trois cents clievaux. 
Il en confia le commandement à Théo« 
dore Contostéphane . qui était revêtu de 
la dignité de protosébaste ; et n<m cou* 
tent de Tinstruire de vive voix, il lui 
donna par écrit les détails de l'opération 

(i) Georg. AcropoLy c. uvii, xxviir; 
Voy, Lebeauy id., t. XVH, p. 367. 

]0, 



148 



L'UNIVERS. 



^u'il devait faire. Là fldâité du général 
à suivre les iDStmctions d'au maître 
si expérimenté le rendit vainqueur. Les 
eavaliers auxiliaires furent tons taillés 
enpièees. Les Génois, renfermés dans la 
place, s'y défendirent pendant quelques 
jours ; enfin, perdant courage, ils se ren- 
dirent, à condition d^avoir la vie sauve. 
On les conduisit à Tempereur, qui était 
très-disposé, par son humanité naturelle, 
à leur faire grace, même sans conditions. 
L'Ile de Rhodes rentra ainsi sous la 
puissance de Vataee (1). Bientôt après 
lies Grecs reprirent Constantinople aux 
Latins, sons le règne de Michel Paléo- 
gue ( 1261 ) ; mais leur empire était plus 
chancelant que Jamais. Un seigneur de 
la Qualla, gouverneur de Rhodes, se dé- 
clara ind^ndant, sans que l'empereur 
pût étoufrer cette révolte, et des pirates 
turcs dévastèrent impunément cette tie 
ainsi que cdle de Ghio, de Samos et d'au- 
tres dans rArchipel. 

GORQUÉTB DB lIlB DB RHODBS PAH 
LBS GHBYALIBRS DB SaINT-JbAN DB 

JBBnsALEH (1309). — A la fin du trei- 
fluème siècle le royaume de Jérusalem 
avait succombé sous les coups des son- 
dans d'Egypte. La prise de Saint- Jean 
d'Acre parKalll-Ascraf (1291) avait forcé 
les ordres militaires et religieux de la 
Terre Sainte à abandonner cette contrée, 
que leur valeur n'avait pu défendre (2). 
Pendant quelques années les chevaliers 
de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem 
résidèrent dans l'île de Chypre, où les 
avait reçus le roi Henri II de Lusignan. 
Mais ce n'était là qu'une situation pro- 
irisoire, qui ne convenait ni aux cheva- 
liers, qui avaient besoin d'indépendance, 
ni au roi , pour lequel ils étaient des 
hôtes trop puissants. Depuis l'an 1800 
les hospitaliers avaient a leur tâte Guil- 
laume de Villaret ou de Villars, vingt- 
troisième grand mattre de Tordre. Mé- 
content de rhospitalité ombrageuse du 
roi de Chypre, Guillaume de Villaret 
résolut de donner à son ordre une r^i- 
dence ou il ne dépendrait d'aucun sou- 
verain temporel et où il pourrait conti- 
nuer la guerre contre rislamisme. Il jeta 

(x) Lebeau, But, du Bas-Empire, t XTII, 
p. 433. 

(a) rojr. plus haut l'histoire de 111e d^ 
Chypre, p. 68. 



les yeux sur Itte de Rhodes, dont la po> 
Bîtibn géographique offrait tous les avan- 
tages désirables , et dont l'état précaire 
promettait une facile conquête. En effet, 
Rhodes ne reconnaissait plus que de 
nom la souveraineté de i empereur de 
Cottstantmople, Andronie II, qui n'y 
possédait alors qu'une forteresse. Elle 
était occupée en partie par des seigneurs 
grecs indépendants , en partie par des 
Turcs, et cette anarchie où elle^était plon- 
§jke donnait des chances à ^iconque se 
présenterait pour la conquérir. Gmllaïune 
de Villaret, sans rien communiquer à 
personne de ses desseins, vint à Rhodes, 
«n parcourut toutes les côtes, en exa- 
mina les fortifications , et de retour à 
Limisso il se préparait à aghr, l<»sque la 
mort le prévint, l'an 1806. 

FO0LQ0B8 DB Villaubt , TIlieT- 
QUATUEICB GBÀNDMAtTBB(1806-IS19). 

— Le nouveau grand mattre , homme 
de grand entendement et de grand 
ciBur (1), hérita des projets de son pré- 
décesseur, et se mit aussitôt à Toeavre. 
Mais, ne se sentant pas en état de faire 
la conquête de l'tle de Rhodes avee les 
seules forces de l'ordre, il passa ea 
France, et alla trouver à Poitiers dé- 
ment V et Philippe le Bel, auxquels il fit 
approuver l'entreprise. Le pape seconda 
le grand mattre avec beaucoup de lèàe ; il 
fit prêcher la guerre sainte, il accorda un 
Jubilé et des indu^ences plénières à qui- 
conque concourrait à l'expédition, dont 
le but était toujours tenu secret. Bientôt 
une flotte se rassembla à Brindes, d'où 
Foulques de Villaret s'embarqua au prin- 
temps de l'année 1308. Il conduisit son 
escadre à Limisso, d'où, après avoir ras- 
semblé le restedeses forces, il fitToile vers 
le port de Macri, sur les côtes de la Ljrcie. 
On rapporte qu'avant son voyage en 
France, Villaret était passé secrètement 
à Constantinople, oiï l'empereur Andro- 
nie lui avait donné l'investiture de Ff le 
qu'il s'apprêtait à conquérir. Outre l'in- 
vraisemblance du fait, ce témoignage esc 
contredit par d'autres historiens, q[iii 
prétendent que ce fut de Maori que Vil- 
laret s'of^t à reconnaître la suzeraineté 
de 
recevrait 



l'empereur grec , à condition qu'il en 
«vrait rinvestiture de Rhodes, et 



(i) Battdoin, StsM>e des Chevaliers, etc. 
t, I, p. 59. 



ILE DE BHODES. 



149 



gne oetlt pmp^tàànm fiit mêlée avec 
mépris. Quoi qa*il en soit, des oue les 
espions enyoyes poor explorer 111e fu- 
rent revenus a Macri, la flotte des che- 
valiers s'approcha de Rhodes , et le dé* 
l»armienient eut lieu après un léger 
eomnat. Les Turcs et les Sarrasins s é- 
tant réunis pour repousser cette agres- 
sion, Villaret les dispersa, et vint mettre 
le siège devant la ville. Après plusieurs 
assauts inutiles, il convertit le siège en 
blocus. Alors le découragement com- 
mença à se répandre parmi les croisés 
qui 1 avaient accompagné. L'argent man- 
quait; la désertion menaçait de disperser 
son armée, les musulmans avaient re« 

f^ris l'offensive et établi leur camp non 
oio de celui du grand maître. Mais Vil* 
laret rétablit la confiance par sa cons- 
tance et son courage. Les assauts re- 
commencèrent, plus fréquents et plus 
terribles, et la ville de Rnodes fut em- 
portée le 15 août 1309, jour deTAssomp- 
tiofi. On raconte que quelques chevaliers 
s'étant recouverts de peaux de mouton, 
se glissèrent parmi des trou|)eaux prêts 
à entrer dans Rhodes ; qu'arrivés sous la 
porte ils se relevèrent, massacrèrent les 
sentinelles et s'emparèrent ainsi de la 
ville. Ce singulier stratagèmeétait repré- 
senté sur de ma§[nifiques tapisseries que 
legrandmaftre Pierre d'Aubusson fit exé- 
cuter à grands frais en Flandre , sur les 
dessins de Quintin Messis, surnommé le 
maréchal d'Anvers. Les Turcs s'emparè- 
rent de ces tapis après le siège de Rhodes 
en 1522, et depuis il n'en a plus été 
question (l). La prise de la capitale en- 
traîna la soumission de Vile entière, et 
la conquête de Rhodes fut suivie de cel- 
les des sept tles adjacentes Nisara, Pis- 
copia,Calchi ou Carchi, Limonia, Simie, 
Tilo et Saint-Nicolas, qui suivaient pres- 
que toujours la fortune de Rhodes. 
Quatre ans après, les galères de Tordre, 
qui avait quitté Chypre pour s'établir 
oans sa nouvelle conauéte, sortirent en 
mer et s'emparèrent des îles de Lango , 
Lero et Calamo, autrefois Cos, Léros 
et Garos. Lango était la plus impor- 
tante de toutes Tes dépendances de ror- 
dre. Foulaues de Villaret la fortifia d'un 
château flanqué de quatre tours car- 

(i) Rottiers, Monumenis de Rltodet, p» 6z; 
CoronelU, UoU di Rodi, p. 7 1 . *^ 



rées , et ses successeurs embellirent cette 
ville de magnifiques édifices en marbre. 
Lango possédait aussi un évéché , et de- 
vint un bailliage de l'ordre. 

Orioine et oegantsation bk 
l'obdrs des chbtàliees de SàIRT- 
Jeaii de Jébusàlem. — Ainsi Tlle de 
Rhodes fut définitivement détachée de 
l'empire grec, et enlevée aux musul- 
mans , qui en étaient déjà presque les 
maîtres. Pendant plus de deux siècles 
elle fut la capitale d'un État chrétien 
fondé par la valeur de ce glorieux ordre 
de Saint-Jean de Jérusalem, créé pour la 
défense du samt-sépulcre , et dont les 
chevaliers, forcés d'abandonner la Terre 
Sainte, leur premier poste, allaient four- 
nir dans rtle de Rhodes une nouvelle 
carrière d'héroïsme et de dévouement. 
Sans contredit aucune des tles de la 
Grèce n'offre dans son histoire le spec- 
tacle d'une aussi singulière transforma- 
tion; non pas même l'tle de Chvpre, 
Fui, tout en partageant avec Rnodes 
honneur de couvrir la chrétienté du 
côté de l'Orient , reste un royaume sé- 
culier, et ne devient pas, comme elle, le 
poste avancé , la forteresse de la religion 
contre l'islamisme. Comment donc s'é- 
tait formé et accru ce merveilleux ordre 
de Saint-Jean de Jérusalem , dont l'his- 
toire montre si visiblement tout ce ^ue 
{>eut la religion chrétienne pour associer 
es hommes et les faire agu*, et dont il 
serait peut-être téméraire de dire que les 
destinées sont accomplies ? 

Un Provençal, Gérard Tune des Marti- 
eues , s'était dévoué au service des ma- 
lades dans l'hôpital que des marchands 
d'Amalfi avaient construit auprès du 
saint-sépulcre, l'an 1050. L'ardente cha- 
rité de Gérard Tune se communiqua aux 
autres serviteurs des malades de l'hôpi- 
tal ; ils prirent l'habit religieux , firent 
vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéis- 
sance, et en 1113 le pape Pascal II, ap- 
prouvant le nouvel ordre, adressa à Gé- 
rard Tune une bulle qui le nommait 
fondateur et chef des Hospitaliers, et 
conférait aux frères seuls, après sa mort, 
le droit de lui élire un successeur (1), 

(x) "Voir dana les sUtuts de l'ordre, lit. Xm, 
la foiin* de t élection du Grand- Maîsire de 
t Hôpital de Hiérusalemy Baudoin et Naberat, 
9*prtie, p. XI 5. 



150 






Jusque là les bospitaliers avaient dé-' 
pendu des moines du monastère du Saint- 
sépulcre. Cette bulle de Pascal 11 les ren» 
dait indépendants de toute juridiction 
étrangère. Alors Gérard Tune fit bâtir 
une église sous Tinvocatiou de saint Jean- 
Baptiste, et autour de Téglise s'élevèrent 
les vastes bâtiments de l'hôpital. Son 
zèle ne se borna pas à doter la Terre 
Sainte de ces utiles établissements. En 
Provence, en Andalousie, dans la Sicile, 
dans la Pouille, il fonda des hôpitaux 
' et des maisons de charité où Ton recueil- 
lait les pèlerins, les pauvres, les mala- 
des, et qui donnèrent naissance aux 
cpmmanderies. En 1118 Raymond du 
Puy, gentilhomme du Dauphmé, succé* 
da à Gérard Tune par l'élection libre et 
unanime des frères bospitaliers. Ray- 
mond du Puy était un homme de guerre. 
Blessé dans un combat il avait été guéri 

Sar les frères de THôpital ; il était entré 
ans leur ordre , il en avait accepté l'es- 
prit de charité, et bientôt il le remplit de 
son esprit guerrier. Il proposa aux frères 
hospitaliers de joindre aux trois pre- 
miers vœux qui les avaient réunis celui 
de prendre les armes pour la défense de 
la religion. Cette proposition fut accueil- 
lie avec transport, et Tordre fut sur-le- 
champ classé en trois divisions : les prê- 
tres, ou aumôniers ; les frères servants, 
3ui devaient demeurer auprès des mala- 
es ; enfin, les chevaliers, qui portèrent 
répée sous le froc de religieux. Dès que 
l'ordre eut revêtu ce nouveau caractère, 
une foule de jeunes chevaliers vinrent 
s'enrôler dans cette milice sacrée. On les 
sépara d'après les royaumes ou provin- 
ces d'où ils arrivaient, et ils formèrent 
des corps distincts, qui prirent d'abord 
le nom de langues , et plus tard celui 
i^auberges. 

Raymond du Puy donna à l'ordre ses 
premiers statuts, qui, développés et com- 
pléta par ses successeurs , forment un 
ensemnle considérable de règles, de pré- 
ceptes (1) et d'ordonnances dont voici 
)66 principaux traits : « L'habillement 
commun des chevaliers était dans Ton- 
tine une longue robe noire descendant 
]usqu*aux pieds, recouverte en haut d'un 

U) Forez dans VHistoire de Baudoin et de 
Kaoerat les Statuts de tordre de Saint-Jean 
4e Hierusalem, t. II, p. 3-172. 



manteau noir auquel iénlc atMdié an 
eapuee pointu, ce qui le fit nommar 
manteau à bec : la croix blanehe y était 
cousue et placée sur la poitrine, du eolé 
du cœur. Ce fut Alexandre lY qui, 
en 1259, jugea à propos d'établir mie 
différence entre l'habit des servants et 
celui des chevaliers. D'aprèv œs statuts, 
ceux-ci eurent seuls le droit de porter la 
manteau noir en temps de paix ; quand 
ils allaient à la guerre, ifs se reeoa* 
Traient d^une soubreveste rouge {tth 
pra veste)^ toujours décorée delà eroix 
de la religion. 

« Pour être admis dans l'ordre il 
fallait prouver sa descendance de pa- 
rents nobles de nom et d'armes (1). 
Gomme autrefois à Sparte, on rejetait 
ceux qu'une complexion faible, un corpi 
énervé, ou quelques difformités reo- 
daimt impropres aux fatigues de la 
guerre. On avait fixé l'âge de seize ans 
pour faire ses vœux , mais on ne rece- 
vait qu'à dix-huit ans Thabit de cheva- 
lier, et l'on était obligé de passer un in 
entier dans la maison des hospitalien 
avant la réception définitive. « Mous 
« vouions , avaient dit les andeiis de 
« l'ordre, que de chacun on puisse oon- 
« naître la vie, les moeurs et la sofli- 
« sanoe. » L'année d'épreuves éooiiiée, 
le récipiendaire se contessait, et venait, 
revêtu d'une robe séculière, se présenter 
à l'autel , un cierge allumé k la noaio. 
Après avoir entendu la messe et conanHi- 
nié, il s'approchait du grand maître, ou 
d'un chevalier délégué par lui , et de- 
mandait humblement « qu'il lui pi (h 
l'admettre en oompa^îe dès autres frè- 
res de la sacrée religion de l'Hénital de 
Jérusalem. » L'aspirant, auquel le grand 
maître exposait la noblesse et l'étendue 
des devoirs qu'il allait contracter, jurait 
ensuite ^n'ii n'était engagé dans aueoD 
erdre, ni esclave, ni poursuivi pour det- 
tes, qu'il n'avait ni promis ni contracté 
mariage ; alors on le faisait approcher, et 
les deux mains jointes sur I Evangile il 
pronon^it ces paroles. « Je fais vœu et 
« je promets à Dieu tou^ poissant , à b 
« bienheureuse vierge Marie , et à saint 

(i) Toir les imstracttons pour faire ira 
preuves de noblesse des chevauers de Maiihe^ 
par le commandeur delCaberat, 3* partie d« 
VHistoire de Baudoin et de Nabmt, p. i63. 



ILE DE RHODES 



ISt 



t Jean-Baptisce , dé rendre toujours ; 
« avec Taide de Diea , une Traie obéis» 
t sanœ ao supérieur qui me sera donné 

< par Dieu et par notre ordre; de vivra 
« sans rien posséder en propre et d'ob- 
« server la enasteté. » 

Bientôt, et après une nouvelle profes-» 
sion de foi, le néophyte était revêtu àa 
manteau de Tordre, et en lui appliquant 
la croix sur la poitrine : « Au nom de 

< ia très-sainte Trinité, de la bienheu- 
t reose vierge Marie, et de saint Jean- 
« Baptiste, disait le grand mattre, re^ 
« COIS ce signe pour raccroissement de 

* fa foi, la défense du nom chrétien, et 
« pour le service des pauvres; car c'est 
« pour cela, chevalier, que>nous te pia- 
« çoDS la croix de ce coté, afin que tu 
« Taimes de tout ton cœur, que tu la 

• défendes de ton bras droit, que tu la 

< conserves après l'avoir défendue. £R 
« jamais en combattant pour J^us- 
" Christ, contre les ennemis de la foi , 

< ta abandonnais Tétendardde la sainte 
« Croix, si tu voulais f échapper d'une 
« soerre sacrée et juste, tu serais privé 
« deoesigneglorieuxcommeparjureaux 
« vœux ({ue tu as proférés, et retranché 
« do milieu de nous comme une bran* 
« ciie infecte et pourrie. » En achevant 
ces paroles, le ^and mattre attachait le 
manteau du récipiendaire^ lui donnait le 
baiser de paix et d'amour , et tous les 
chevaliers présents venaient embrasser 
le nouveau trère. 

« Des lois sévères et nombreuses ré- 
{essaient ces religieux guerriers, et elles 
n'étaient point abrogées encore lorsque , 
dans des temps plus modernes, un relâ- 
chement général affaiblit la jpîété de 
Tordre, et que la prise d'habit devint 
moins un acte de dévouement qu'un cal* 
cnl ; souvent alors on fut contraint d'ar*- 
nicher l'habit à des chevaliers qui s'en 
étaient rendus indignes en le déshono- 
rant par leurs vices et leur conduite cou* 
pable. Il fallait néanmoins des causes 
graves pour encourir un tel acte de ri- 
gueur : telles étaient le parjure de ses 
voeux, la rébellion envers le pand 
mattre, et surtout l'opprobre d'avoir foi 
devant l'ennemi. Comme dans une cala- 
mité publique ce n'était pins le conseil 
senl, mais tous les chevaliers qui se rén* 
misaient au son des docbes , et la honte 
des coupables y était proclamée de la 



manière la plu» solennelle. Amené en- 
tre deux haies de gardes par le maître 
écuyer, on instruisait les assistants du 
crime qui lui était imputé; un jury, com- 
posé des baillis de 1 ordre, s organisait 
sur-le-champ, et le procureur du grand 
mattre soutenait l'accusation. L'accusé 
pouvait répondre et se défendre. S'il 
avouait sa taute en implorant le pardoUi 
les juges reparaissaient devant 1 assem* 
blée, et par trois fols imploraient en fa- 
veur du criminel la clémence du ^nd 
mettre et des chevaliers; si , persistant 
à tout nier, il demeurait convaincu par 
les feits et de nombreux témoignages , 
la sentence était d'abord prononcée; 
toutefois le droit d'implorer sa grftce res- 
tait encore au criminel, et les baillis , 
joignant ordinahrement leurs voix à la 
sienne, se trouvaient jusqu'à la fin juges 
et protecteurs. 

« Mais lorsque d'accord avec les che* 
▼allers, le grand maître avait par trois 
fois rejeté les supplications du conseil 
et des baillis, on taisait mettre le cou- 
pable à genoux pour entendre sa sen- 
tence, et dès qu'il était déclaré à haute 
voix infâme et eorrompu, le mattre 
écuyer déliait les nœuds du manteau, 
l'arrachait^ et les gardes reconduisaient 
ignominieusement en prison le chevalier 
dégradé ; cette privation de l'habit était 
rendue plus terrible par la perte entière 
de tous les droits, de tous les bénéfices, 
et Toubli de tous les services qu'il avait 
pu rendre. Une prison perpétuelle de- 
venait la demeure de rinfàme, oui ne 
communiquait plus qu'avec les geôliers. 

« GepeiHlant tout espoir n'était point 
enlevé aux malheureux que :leur jeu- 
nesse ou des erreurs passagères pou- 
vaient avoir entraînés; un statut or- 
donna que s'ils se convertissaient et 
changeaient totalement de conduite, les 
prisonniers pourraient non-seulement 
recouvrer leur liberté, mais même être 
admis de nouveau dans l'ordre. Ils fai- 
saient alors amende honorable, la corde 
au cou, les mainsjointes et liées, tenait 
un cierge alluma en robe séculière ou 
en chemise, suivant la gravité de l'of- 
fsnse; ils se prosternaient aux pieds du 
grand mattre, faisant le serment de 
mieux vivre à revenir, imploraient leiur 
crîice, et s'ils l'obtenaient, admis dans 
les rangs des chevaliers, il était défendu 



161 



L17NIV£B& 



à tous les frèreB de kar ? eproober, de 
leur rappeler odéme leur condaauia- 
tioo (1). » 

Il paraît, dit Vertot (3), que la forme 
da ^uvemement de cet ordre était dès 
Tongine purement aristocratique : Tau- 
torite suprême était renfermée dans le 
conseil, oont le mattre des hospitaliers 
était le chef, et en cette qualité et en cas 
de partage il y avait deux voix. Ce con- 
seil avait la direction des grands biens 
que Tordre possédait tant en Asie qu*ea 
Europe; l'origine de ces grands biens 
était les donations et fondations faites 
par les rois, les princes et les seigneurs 
en faveur des hospitaliers de Saint- Jean, 
qui, après en avoir tiré ce qui était né- 
cessaire à leur subsistance, consacraient 
tout le reste à nourrir les pauvres ou à 
soutenir la guerre contre les infidèles. 
Jacques de vitry, évéque d'Acre en Pa- 
lestine , au douzième siècle , rapporte 
que de son temps les hospitaliers et les 
templiers étaient aussi puissants gue des 
princes souverains, et, selon Mathieu 
JPâris , autre auteur contemporain, les 
hospitaliers^ possédaient dans retendue 
de la chrétienté jusau'à dix-neuf mille 
mcMoirs^ terme par lequel on entendait 
communément le labour d'une charrue 
à deux bœufs. 

Les propriétés de Tordre étaient par- 
tagées en prieurés, qui se subdivisaient 
en bailliages et en commanderies. D'a- 
bord Tadministration de ces domaines 
était donnée à des chevaliers qui avaient 
le titre de précepteurs : c'étaient de 
simples économes, dont la commission 
ne durait qu'autant que le grand maître 
et le conseil le jugeaient à propos. Sous 
le magistère d^Hugues de Revel ( 1260) 
on réoreanisa Tadministration des biens 
de Tordre. Les précepteurs furent rem- 
placés par les commandeurs; la divi- 
sion en prieurés prit sa forme définitive. 
Chaque prieur dut réunir les contribu- 
tions ordinaires de chaque commanderie 
de son prieuré appelées re</70f»ion5, qui 
pouvaient être augmentées selon les be- 
soins de Tordre, et en conséquence des 

(x) De YiUeneuTe-BtfgeiiiODt, MîonumenU 
4ti Grands Maitret de F Ordre de Saint-Jean 
de Jérttsalem, C I, p. aS el Hiiv» 

(a) Yertoi, Histoire d^ tOrtfrf 4p U«dte^ 
t. I, p. 59. 



ordonnances et décrets du cbapitie gé- 
néral. 

Le chapitre général était la grande as- 
semblée ae Tordre , ou assistaient tous 
les chevaliers présents , et où se déci- 
daient les grandes afEaires de la commu- 
nauté. La convocation en était déter- 
minée par les ^constances, et n'avait 
lieu quelquefois gu'à de longs inter- 
valles. A Texception des statuts orga- 
niques et des décrets de réformation, 
qm étaient toujours délibérés et arrêtés 
en chapitre général , le reste du gouver- 
nement appartenait au grand mattre et 
au conseil , qui se composait des hauts 
officiers de Tordre, savoir : les prieurs, 
les baillis, le maréchal, le srand comman- 
deur, le drapier, Thospitalier, et le tureo- 
polier (1). 

Dès l'origine de Tordre on vit aoeou- 
rir en foule la jeune noblesse de la 
chrétienté pour s'enrôler sous les ensei- 
gnes de la religion. Alors on sépara les 
chevaliers d'après leur nation, ^ on en 
forma sept langues, savoir .-Provence, 
Auvergne, France, Italie, Aragon, Alle- 
magne et Angleterre. Dans les premiers 
siècles de Tordre, les prieurés, bailliages 
et commanderies, étaient communs in- 
différemmoit à tous les chevaliers , ao 
lieu que ces dignités ont été depuis af- 
fectées à chaque langue et à chaque na- 
tion particulière. Plus tard le nombre 
des langues fut porté à huit, par la créa- 
tion de celle de Castille et de Portugal. 
Mais après le schisme d'Henri VIII la 
suppression de la langue d'Angleterre 
en ramena de nouveau Te nombre à sept. 

Cette organisation de Tordre de Saint- 
Jean de Jérusalem ne fiit pas.Tœuvre 
d'un jour. Elle se développa et se com- 
pléta successivement, selon les circons- 
tances et les besoins du moment , pen- 
dant toutes les vicissitudes de l'existence 

(x) Les turcopoles, dit Yertot, 1. 1, p. ao6, 
d'où a été forme le nom de tureopoRer, étaient 
smdeiiDemeiit des compagnies de che^n- 
légers. L'origine de ce terme menait des Tbr- 
comans, qui appelaient en général Tttrto^oUs 
les enfants nés d'une mère grecque el d'un 
père turcoman , et qui. étaient destinés à la 
milice. Ce fat depuis un titre de dignité nili- 
laire dans le royaume de Ckypret d*où il 
était passé dans Tordre de Saint-Jean. Mais 
les hosoitaliers ne s'en servaient que pour dé- 
signer le colonel général de l'infanterie 



ILJfL DE RHODES. 



<6a 



li agitée di e0l ordre, qiielafeniuieëe 
laoïerre avait déjà toreé plusieurs fois 
à coaoger de résidence. £q effet, après 
la prise de Jérusalem, en 1187, les che* 
Tahers s'étaient retirés à Margat, une de 
Jeun forteresses de Palestine. Le neu- 
vième grand maître de Tordre, £rmen« 
ard d Aps, alla s'établir à Saint- Jean 
d*Aere, qui était devenue la capitale du 
royaume chrétien de la Terre Sainte. Un 
instant, de 1286 à 1244, les hospitaliers 
purent reparaître à Jérusalem, d où Tin- 
vasion des Turcs Kharismiens les chassa 
de uoaveau. Us revinrent à Margat et à 
SaiDt-Jean d*Acre, où ils restèrent jus* 
qu*à la prise de cette ville par le fils de 
iélaoun. Jean de Villiers , vingt et 
UDième grand maître, se retira dans File 
de Chypre, à Limisso, où Tordre sé- 
journa jusqu'en 1309, époque à laquelle 
il Tint s'installer dans 1 île de Rhodes , 
sa récente conquête. L'ordre de Saint- 
Jean de Jérusalem resta à Rhodes de 
Tan 1309 à Tan 1522 sous le gouverne- 
ment de dix-neuf grands maîtres depuis 
Foulques de Yillaret, le vingt-quatrième, 
JQsqu a Villiers de TUe Adam, le aua- 
rante-deuxième. Cette période de l'his- 
toire des cltôvaliers de Rhodes, comme 
ils s'appelèrent alors, fut une croisade 
continuelle contre tes Turcs, dont ils 
retardèrent longtemps les conquêtes 
dans l'Archipel , alors que toute T£u- 
lope orientale leur était déjà soumise. 

DEJlNltABS ANNÉES DB FOULQUES 

dbTillàbex. — Au moment où Tordre 
de THôpiUl s'établissait dans Tîle de 
Rhodes, la Méditerranée était déjà par* 
courue par des pirates turcs, qui en dé« 
Testèrent les îles depuis le Bosphore 
jusqu'à Gibraltar. Les historiens byzan- 
tins font mention des diverses descentes 
des flottes turques et de leurs ravages 
dans les îles des Princes, de Samos , de 
Carpathos, de Lemnos, de Lesbos, de 
Candie, de Malte, de Rhodes, et dans 
les autres Gyclades. C'était même aux 
Turcs plutôt qu'aux Grecs que Rhodes 
avait été enlevée par les chevaliers de 
Saint-Jean. Maïs il n'est pas probable 
qu'ils aient eu déjà pour adversaires les 
Turcs Ottomans. Othman, fils d'Erdo- 
grul, avait déjà, il est vrai , jeté les fon- 
dements du puissant empire qui devait 
plus tard réunir toutes ces contrées sous 
sa domination. Mais àcette époque, 1310, 



A ne s'étmi eiieon ^prandi que 
rintérieur de T Asie Mmeure ; son 



dans 
terri* 
toire s'étendait à peine jusqu'à la mer* 
où il n'avait eonquis que la position de 
ILalolimni; aussi peut-on conjecturer 
avec raison que ces flottes turques dont 
il est fiait si souvent mention dans Ba- 
chymère et dans les historiens byzan^ 
tins de ce temps-là appartiennent non 
aux Ottomans, mais aux princes turcs 
de Karasi, de Saroukhan, d'Aîdin et 
de Mentesché, qui occupaient les oôtea 
de TAsie Mineure depuis le golfe de Mo- 
dania jusqu'à celui de Megri (Telmis- 
sus) (1). Si donc Tan 1310 Rhodes 
eut à se défendre contre les attaques des 
Turcs, ce ne fut pas Témir ottoman qui 
dirigea cette expédition, comme le ra* 
conte Vertot et presque tous les histo- 
riens de Tordre, mais l'un de ces princes 
turcs qui s'étaient élevés sur les débris 
deTempiredesSeldjoucides,et le dernier 
historien des Ottomans, M. de Hammer, 
se garde bien d'attribuer au fils d'Erdo- 
grul cette prétendue expédition mari- 
time. 

Outre le succès de leur établissement 
dans Rhodes, les chevaliers de Saint- 
Jean firent bientôt un héritage inat*. 
tendu, qui leur procura d'immenses ri- 
chesses. L'ordre des templiers venait 
d'être aboli; le pape, en frappant cet 
ordre pour complaire à Philippe le Bel, 
conserva une partie de ses biens à 
la religion, en les donnant aux cheva- 
liers de Rhodes , qui en firent prendre 
possession par neuf commissaires nom- 
més par le grand maître et le conseil. 
« Mais, dit Vertot (2), ces différentes 
sources de richesses, si avantageusesdans 
un Ëtat purement séculier, affaiblirent 
insensiblement cet ordre religieux. La 
puissance temporelle, poussée trop loin, 
causa depuis sa faiblesse : et les grands 
biens, surtout des particuliers, introdui- 
sirent parmi les plus jeunes chevaliers 
le luxe, la mollesse et les plaisirs. » As- 
surément c'est trop tôt annoncer la dé- 
cadence d'un ordre à qui étaient encore 
réservés plusieurs siècles d'une histoire 

(z) De Hammer, Histoire des Ottomans , 
t» I, p. ga. 

(a) Vertot, Histoire des ClievaUers hospi- 
t^ers de Saint-Jean de Jérusahm, clc, 
t. ,Uy p. a. 



154 



iromvERa 



^orieiiM. et on peut reeoanafire à cette 
i^reté de langage eombien sont justes 
les reproches adressés à Vertot sar Tin*- 
exactitude de ses jagements et de ses 
récits dans cette histoire des ebeyaliers de 
fiaîDtJean^ qui pourtant lui avait été corn* 
mandée par Tordre lui^néme. La vérité 
est que Foulques de Tillaret, enorgueilli 
par le bonheur de ses entreprises et les 
grands accroissements de Tordre sous son 

Souremement, se laissa aller à la fougue 
e son caractère et à rentraînement de ses 
passions. Infidèle aux anciennes mœurs 
de Tordre, il s*adonna au luxe et à la mol- 
lesse , sacrifia les affaires aux plaisirs , 
et, affectant des manières absolues et 
despotiques , rejeta dédaigneusement 
tous les conseils et viola ouvertement 
toutes les règles. Mais les torts du grand 
maître étaient si peu ceux de Tordre eu' 
tier, que le plus vif mécontentement se 
manitesta bientôt. Le conseil somma le 
grand maître de rendre compte de son 
administration, qui était si désordonnée, 
que les dettes de Tordre augmentaient 
tous les jours ; sur son refus de répondre 
à cette sommation, queloues cheva- 
liers, ayant à leur tête le rigide comman- 
deur Maurice de Paenac, formèrent le 
coupable dessein de s emparer du grand 
maître et de le traîner devant le conseil. 
Averti à temps, Foulques s'échappa, et 
vint se retrancher dans le château de 
Lindo, d'où il protesta contre ce que 
pourrait décider le conseil, et fit appel 
au souverain pontife (1817). 

La fuite de Foulques de Villaret irrita 
Tordre entier. Le grand maître fut dé- 
posé et Maurice de Pagnacélu à sa place; 
Un schisme déplorable allait déchirer 
Tordre de Saint-Jean, lorsoue le pape 
Jean XXII évooua Tamire a son tribu- 
nal , suspendit les deux çrands maîtres, 
et chargea Gérard de Pins d'adminis- 
trer pendant l'interrègne. Bientôt les 
deux compétiteurs arrivèrent devantleur 
juge. Un accueil bien différent leur 
avait été fait en France. On ne connais- 
sait au loin que la gloire et les exploits 
de Foulques : on le traita en héros; 
Maurice de Pagnae, qui portait un nom 
obscur, fut regardé comme un chef de 
séditieux. 11 se retira à Montpellier, où 
il mourut, en 1818. Foulques restait 
inrand maître ; mais le pape reconnut dans 
tordre une répugnance si invincible et 



d'ailleurs bien fondée à loi obéir, quH 
ledétermina à abdiquer, Tan 1819, à coa- 
didon qu'il jouirait sa vie durant d'un 
prieuré indépendant de toute redevanœ 
et de toute responsabilité. Puis les die- 
valiers réunis a Avignon procédèrent à 
l'élection d*un nouveau grand maître, 
et , sur la recommandation du pape, ih 
élurent le Provençal Hélion ne Ville 
neuve , grand prieur de Saint-Gilles. 

Ainsi Thabireté et Tesprit conciliant 
de Jean XXII avaient prom|)tement ter- 
miné une querelle qui pouvait dégénérer 
en guerre civile et entraîner les plus fi- 
cheuses conséquences pour les mtéréts 
de Tordre et de la chrétienté ; et ce n'est 

{>as la seule fois que nous signalerons 
'intervention des souverains pontifes 
comme arbitres des actions de Tordre. 
« Les chevaliers de THôpital étant uni- 
« quement destinés , comme le dit Ray* 
« moud du Puy dans sa règle, à combattre 
« pour la gloire de Jésus-Christ , pour 
« maintenir son culte et la religion catho- 
« lique, aimer, révérer et consen-er la jus- 
« tice, favoriser, soutenir et défendre ceux 
«( qui sont dans Toppression , sans négli- 
« ger les devoirs de la sainte hospitalité, • 
« il était naturel que des liens étroits 
rattachassent ces soldats - religieux à h 
chaire apostolique, d'où émanent pour 
le monde chrétien les sublimes exem- 
ples et les paroles d*encouragement do 
serviteur des serviteurs de Dieu ; il tt» 
tait donc une sorte de filiation entre 
Tordre de THôpital et le souverain poih 
tificat. Indépendamment de ce motif, le 
pouvoir moral du pape s'élevait , dans 
ces siècles de foi , au-dessus même ^f 
celui des rois et des empereurs ; dans 
Tintérét de Tunité religieuse , que Ton 
confondit trop souvent avec Tnmté poli- 
tique acquise au j^rofitdeRome, le suc- 
cesseur de saint Pierre concentrait à son 
tribunal la connaissance de toutes les 
matières qui avaient trait au bien de b 
religion, et propageait sur tous les 
points de Tumvers catholique Tautorité 
de ses décisions. Or, par leur nature 
même, les ordres religieux et militaires, 
tels aue celui de THôpital, se trouvaient 

S lacés dans une dépendance plus imme- 
iate du saint-siége , et devaient, par 
conséquent , subir d'une manière plus 
directe son action toute-puissante. (Test 
ce qui fait qu'à considérer les chevaliers 



ILE DS ftSODGS. 



i»: 



de SmUleaxk de Jérusalem , même ate- 
traetioD laite des rapfiorts nécessaires 
qui unissent au saint-siége an ordre re- 
ligieux, il faut convenir que leur institu- 
tion, quoiqu'elle eât son existence à 
part et sa vie politique, n*aurait iamais 
pu s'afi&ancbir, comme tant d autres 
£tâts, de la tutelle de Rome, n! se dé- 
veloj^per d*une manière aussi forte qu'à 
l'abri de sa vivifiante influence (1). » 

HSLION DE YlIXENEUTE, VÏWGT- 
CINQUIEME GRAND MAÎTAE (1819-1 346). 

—A peine le nouveau grand mattre fot-il 
élo, que le pape le félicita de son éléva- 
tion par une nulle datée d* Avignon , le 
19 juin 1319, où il s'exprimait en des 
ternies : « £a notre présence et en celle 
de DOS frères, réunis dans un consis- 
toire secret, BOUS les exhortâmes avec 
ifltianee à «hoisir et à nommer pour 
grand mattre celui qu'ils Jugeraient le 
plos propre à eette haute dignité. Après 
en avoir mûrement conféré entre eux, 
diaoïn se retira à part , et prenant en 
considération le zèle religieux , la purc^ 
de vie , la gravité de moeurs et ta sagesse 
de conseil qui tous ont toujours distin- 
i^ué, ainsi que la valeur extraordinaire 
oue TOUS avez constamment déployée 
dans la Terre Sainte contre les nations 
ioiidèles; ayant également égard aux 
iKMnbreux services que vous avez rendus 
i I ordre dans les différentes adminis- 
trations qui vous ont été confiées, et où 
vous n*avei pas montré moins de désin- 
téressement que de prudenee et de sa- 
gesse; enfin, n*oubliant ni votre rare 
nreonspeetion , ni votre esprit de pré- 
▼ojance, ni tontes les autres vertus aont 
voas avez donné tant de preuves, le con- 
seil VOUS a déclaré unanimement le plus 

digne de la grande maîtrise Mous 

espérons qu'après avoir été trouvé fidèle 
dans la puissance terrestre que Dieu 
vous a remisct vous serez digne de ré- 
gner «ncore dans les tabernacles de la 
ne éteroeUe. » 

L'administration d'Hélion de Yille- 
oeoTs justifia toutes les espérances et 
^les éloges du pape. Apres quelques 
années de séjour en Europe, employées 
a régler les affaires de Tordre sur le oon- 
^«Dt et à terminer tous les différends 

(0 tte Villetieuve-BacgemoDt, Monuments 
^ Grûndi Maitret^ etc., 1. 1, p. Si 



réiatifil à la sooéeasioa Ali tetpBwas» 
Hélion de Vilieneave ipartit pour Rho* 
des , attaquée eette fois par les Turcs 
Ottomans. Avant de quitter la Franoe» 
il convoqua à Montpellier un chapitns . 
gâiéraly oà Ton prit des mesures impor- 
tantes. Cest là que Tordre fut divisé 
par langues et que l'on créa huit baillis 
conventuels, on grands<Kuroix « qui en 
étaient les plus hauts dignitaires après le . 
grand maître, dont ils devaient former le 
conseil. L'Hôpital étant alors accablé de. 
dettes, on augmenta les rupotuionê^ 
(^estè«dire les sonames que chaque com- 
mandeur était tenn de faire verser au 
trésor, et des peines ^ves furent éta- 
blies contre ceux qui différeraieni de 
s'en acouitter (la^ra). Arrêté au moment 
de s'eniDarquer à Marseille par une ma- 
ladie à laquelle il faillit succomber, de. 
Villeneuve ne put arriver qu'en 1393 
dans rtle de Rhodes» où il était impa- 
tiemment attendu. 

En effet, la situation devenait difQeile, 
Après les troubles qm avaient signalé le 
fin du gouvernement de Foulques, Tab» 
sence prolongée de son successeur avait 
encore relâché les liens de la discipline. 
Les commandeurs s'étaient dispersés 
dans leurs provinces et détournaient les 
revenus de leur destination ; la garnison 
de Rhodes, mal pavée, se débandait, 
les fortifications tomnaîent en ruines. La 
lieutenance de Gérard de Pins avait été 
marquée par quelques exploits contre les 
Turcs ) mais ce uave chevalier n'avait 
pu arrêter les progrès du désordre. Le 
retour du grand mattre remit toutes cho^ 
ses en bon ordre : dès son anrivée il fit 
travailler à la réparation des remparts. 
Il fit construire à ses frais un bastion 
crénelé et un boulevard qui conservent 
encore aujourd'hui le nom de château 
de Villeneuve; il augmenta la flotte, 
et fit respecter dans tout T Archipel Ica 
pavillons de Tordre, il rendit des règle-* 
ments utHes aux habitants de rtle; par 
ses soins la mendicité fîit extirpée; 
l'industrie et le travail, encouragés, ra* 
menèrent l'abondance; et un vaste hô- 
pital s'éleva pour recevoir les malades 
et servir d'asile aux vieillards sans res», 
sources. Cependant l'ordre avait une' 
dette considérable à amortir. On avait 
dépensé des sommes énormes pour le 
recouvrement des biens des templiens ^ 



M 



L'UNIVERS* 



qmtie tingt-dii nulle dnoits avaient été 
enipnintés au pape à l'époque de la eon- 
quéte de Rhodes; ou devait soixante 
mille fl<Nri08 d*or à Florenee et presj)!» 
autaot à Gènes. Foulques, par prodiga- 
lité, Gérard de Pins, ffar nécessité, 
avaient eu recours encore a de nouveaux 
emprunts. L'hablletéetréoonomie d'Hé* 
lion de Villeneuve réparèrent tout. Il 
commença par se libérer de la créance 
du pape Vn lui vendant quelques biens 
de FHdpital et en lui payant le reste. 
On obtint aussi du pontiie l'autorisa- 
lions d'aliéner d'autres possessions pour 
la valeur de deux cent mille florins. 
Insensîblemrat tout fut acquitté, les 
finances se rétablirent, le trésor s'aug- 
menta, et Tordre, à son tour, se trouva 
créancier de plusieurs banques de TEu- 
rope. 

Cétait le temp« où le rovaume de 
Chypre parvenait à son plus haut point 
de prospérité sous le règne de Hugues IV ; 
mais c'était aussi le moment où la dynas- 
tie ottomane grandissait pour la ruine 
de tous les États dirétiens de l'Orient. 
Orkban, fils d'Otbman, avait étendu ses 
conquêtes dans la partie occidentale de 
l'Asie Mineure, et commençait à atta- 

Soer l'Europe. Lés émirs d'Aîdin et 
e Saroukhan n'avaient pas cessé d'étie 
redoutables. La chrétienté d'Orient était 
environnée de dangers; et par malheur 
l'Égliseétait divisée par leorand schisme. 
Néanmoins , excités par les éneigîques 
remontrances de Clément VI, les cheva- 
liers de Rhodes et les Lusignans sou- 
tenaient vigoureusement la Uitte, et ea 
1846 la flotte de Tordre, conduite par 
Jean de Biandra, chevalier, prieur de 
Lombardie, fit une brillante expédition 
sur les côtes de l'Asie Mineure, et s'em- 
para de la ville de Smyme , acquisition 
miportante pour la ^erre et le com- 
merce. Ce fut le dermer événement du 
kmg et glorieux magistère d'Hélion de 
Villeneuve, qui avait eu pour résultat 
de rétablir la discipline dans Tordre et 
d'y ranimer l'esprit guerrier qu'un long 
repos avait engourdi. De Villeneuve 
mourut à quatre-vingts ans, en 1346, ei 
fia, dit Ifaberat, méritoiremerU sur" 
nommé l'heureux gouverneur (1). 

(i) HUkùrê des Chentiiende f Ordre, etc., 
p.«7- 



Dibudorué he Gozon, tihgt- 
sixishb gbànd mattbe (1346-135s). 
— Sous Hélionde Villeneuve, en 1342, an 
chevalier, nommé Dieudonné de Gozon, 
tua un serpent énorme qui répandait Pé- 

emvante clans Rhodes et aux environs, 
éjà plusieurs chevaliers avaient suc- 
combé dans cette eotreprise, et le grand 
maître avait formellement défendu aux 
autres d*attdquer le monstre. Malgré 
cet ordre, Qozon, n'écoutant que Fins- 
piration de son courage, avait tenté l'a- 
venture et en était sorti vainqueur (t); 

(i) Voici comment le combat est raconté 
dans VH'tsioire de tordre de Saint-Jean^ de 
Haberat et Baudoin. Par sa simplicité, oe 
récit est bien préférable i celiii de Vcrtoi, an- 
quel il sert de base : 

« En 06 temps, dit Kaberat, il y avoii a 
nie de Rhodes ung i^nd dhrajpon en ane 
caverne, d*où il infeâoit Tair de sa piuolear, 
et taoit les hommes et les bestes qu'il pov- 
voit renoonsbvr, et cstoit dé£endu è tons reli- 
gieux soubs peine de privations de Tbabit, eic^ 
et à tons subjects de passer en ce liea qui s'ap- 
peloit Afaitpas. Ce dragon étoit de la gros- 
seur d]un cbeyal moyeu , la teste de serpent, 
les oreilles de mulet, recouvertes de peau fort; 
dure et d'escailles , ies dents fort aiguës , h 
gorge grande, les jeux caves, luysans comme fn 
avec ung regard esfroyable. Quatre jamks 
comme ung crocodile ; les grifUes fort dum] 
et aiguës ; sur le dos deux petites aîales, dessos 
de couleur d'ung dauphin , dessoobs jauno| 
et verdes comme estoient le ventre et b qnns 
comme nng lezart. Il conrroit, betunt de fs 
aisies , autant qu'ung bon cheval «vec uaf 
horrible sifflemeat. 

« Le chevalier de Gozon ayant entrepris de 
le combattre, s*en alla à Goaon, chex soa 
£rère , où il fist ung iant6me qui représentai! 
naîfvement le dragon, et accoustuma son cll^j 
Tai et deux chiens à rap|jrocher et PattaquA 
courageusement sans cramte. 

« Après retourné à Rhodes, fist nii jourj 
ter ses armes à Tesglise Saint-Estieane , 
Maupas, et y envoya son serviteur, et 
avec un seul serviteur, s*y en allast , 
qu'on recognnst son dessein. 11 laissa 

serviteurs sur le oosteau , et leur oomi 

qu'aj^nt veu le combast, s*ll csloit viii 
et tué, ils s'enfuissent , si non qu'Us vinss 
à luy pour le secourir. Et lui armé de too^ 
pièces, la lanoe sur la cuisse» marche veni 
caverne, laquelle il trouva suivant contre i 
courant d*ung ruisseau qui en sortoit. D 
un peu de temps, le dragon vint à lui la ti 
levée, et bastant des aisies avec son ' 



ILÏ DE BHODES. 



157 



mais, lonqneaprte son triomphe, 9 Yut 
se pr^Dter aa grand roattrô, celui-ci 
lui demanda d'un Ion sévère « si c'é- 
tait ainsi qo*il observait ses défenses » ? 
Interdit, le vainqueur ne put répondre; 
il se laissa sans résistance conauire en 
prison, puis traduire devant le conseil 
assemblé, gui le condamna à la perte de 
rbabitttais, après avoir donné cette sa- 
tisfaction à la discipline, Hélion, admira- 
teur du vrai courage, brisa les fers de 
Gozon, le combla d'âoges et de bien- 
faits; et, voulant montrer quMI savait ré- 
eompenser comme punir, il le nomma 
on 068 premiers commandeurs ; enfin, il 
réleva a la charge de son lieutenant gé- 
néral. Il n*y a aucune raison sensée de 
douter de cette aventure, qui n'offre rien 

3oe de vraisemblable dans son fond et 
ans ses détails, sauf peut-être la des- 
eription du monstre, qui a été chargée 
de traits étranges par la terreur et le 
goât du merveilleux. Le sculpteur du 
tombeau de Dieudonné de Gozon, en 
représentant l'exploit de ce grand 

ment aecoottimié. Le chevalier lay counist 
eouragensement contre, baissant la lance, 
fiilteigoU à une espaule , qu'il Uouva coq- 
rarte d'eacailles si dures , que la lanee te 
mit eo pièces sans rien roHenser. Cepen* 
àant les chiens assaillant vivement le dragon 
de tous ooatés, et l'un d*euz l'alfera soubs 
le feutre , chose qui vexa et retarda aulcu- 
aemeiit le dragon; de sorte que le chevalier 
«ut bisir de oMttre pied à ten e, et retourna 
l'cspée au poing contre le dragon, et la lui 
flûQgea dans la gorge, où la peau se trouva 
tendre, et la maniant et renfonçant tou- 
jonn de pln& en plus , luy trancha le gosier et 
KwbiÎDt ainsy son espée , et soi-même butté 
eoaire le dragon jusqu'à ce qu'il eust jecté 
et perdu fout son sang* Et lors le dragon, se 
sentant faillir, se iaiasa tomber à terre et ac- 
cueillit dessottbs soy ce chevalier, à qui la 
fora billoit de lassitude et de la puanteur et 
peismear dç cette espouvanlable charogne* 
&» wrvileurs voyant le dragon par terre , y 
accoururent» et voyant qu'il ne bougeoit plus^ 
avec grand peine et travail l'ostèrent de des- 
«tt leur BBaiatre» «lu'ib trouvèrent tout pasmé. 
Msis voyant que le poulx lui battoist encore, 
h nfreschireot promptement avec de l'eau 
da ruisseau , et incontinent il reprit ses es- 
prits et ses scna. Ses serviteurs le désarmèrent 
et le remirent à cheval, et s'en retourna plein 
^'alégtesse, telle qu'on peut penser, ayant mit 
à beureuscaMOt fin à si haulte entreprise. » 



mattre, a donné à f animal tous les traits 
qui rappelaient la chimère de Belléro- 

S faon (1). Bftals le colonel Rottiers a vu 
ans une maison de la rue des Cheva- 
liers une fresque antique représentant 
le feit d'armes de Gozon, et ou le mons- 
tre qu'il combat n'est autre chose qu'un 
véritable crocodile. Cette maison, qui est 
aujourd'hui la propriété d'un Turc, ap- 
partenait autrefois à quelque prieuré 
d'Allemagne. « La fresque est peinte 
au-dessus d'une vaste cheminée, et oc* 
cupe une étendue de dix-huit pieds en- 
viron, sur sept ou huit de hauteur. LV 
nimal représenté dans ce tableau doit 
avoir été de la plus grande espèce des 
reptiles sauriens, un crocodile enfin du 
seul genre connu des anciens, dont les 
Égyptiens avaient fait un demi-dieu, et 
à qui ils avaient consacré la ville d*Ar- 

sinoé Sur la fresque en question on 

voit le monstre renversé et expirant ; 
contrairement au récit deVertot (et à ce> 
lui de Naberat), la lance est rompue dans 
aa poitrine; un des deux dogues est 
écrasé à ses.côtés ; Dieudonné de Gozon, 
cuirassé et jeté à terre, parait vouloir se 
relever tenant toujours sa longue épée à 
la main. On aperçoit dans le lointam un 
écuyer courant après son cheval , oui , 
tout effrayé, s'enfuit au ^and galop. 
Sur le premier plan on voit une grotte 
d'où s*échappe un ruisseau; le peintre 
aura voulu sans doute figurer parla l'an- 
tre qui servait de retraite au monstre. Il 
est certain que le héros est représenté 
tout a fait triomphant^ et paraissant n'a- 
voir besoin de personne, tandis que 
Vertot raconte le fEût différemment (3). » 

(x) Les archives de Malte renfermaient une 
collection de dessina des tombeaux dea 
grands maîtres. Cette collection a été dé- 
truite dans un looendie : mais le comte de 
Bloise, commandeur d'HannonviUe (mort en 
z8a4, à l'Age de quatre-vingt-quatre ans), avait 
fait auparavant une copie exacte de ce recueil* 
Ce sont les dessins du commandeur d'Han- 
nonviUe que M. TiUeneuve-Bargemont a pu- 
bliés , en accompagnant ces monuments des 
grands maîtres de notices historiques, exactes 
et succinctes , auxquelles nous avons souvent 
TCoours dans celte partie de notre travail. 

(a) Rottiers, Monumenu dé Rhodes, P* M <; 
Aîéasp pl« aS.Voyez encore la fresque du caveau 
de N.-D. de Philérème, où le combat de Gozon 
est encore représenté d'une manière naïUTBlie* 



1^ 



vmavEas 



Quoi ^oHoiaaltdoeefdifléreneeft^le 
témoJgÎDage de la fretqiie de Rhodes est 
précieux Y e» oe qu'elle nous montre te 
chef aller Gozcm aux prises avec un ani- 
mal possible et féritabie. La présence 
d'un crocodile dans nie de Rhodes n*en 
•reste pas mofais un fait extraordinaire; 
mais il est ridicule de rejeter un ûrit 
uniquement parce qu'il est ou qu'il pa- 
raît extraordinaire. D'ailleurs cet anî- 
mal a pu venir à Rhodes de plus d'une 
manière, et quoique son arrivée en cette 
•Ile ne nous soit pas expliquée , son sé- 
jour et sa lutte avec Gozon sont des 
iiiîls trop bien attestés pour qu'il soit 
permis de les révoquer en doute. 

Après la mortd'Hélion de Viileneuvet 
« ce fut Gozonqui parut le plus digne de 
lui succéder* A peine fat-ii élu, qu'il eut 
les Turcs à combattre. Ceux«ei s étaient 
jetés en grand nombre sur llle d'Im* 
bros. La flotte chrétienne, composée des 
f^lères de Rhodes et des autres États 
maritimes de la chrétienté , se réunit à 
8Biyme, sous le commandement du 
prieur de Lombardie, Blaitdra. La flotte 
musulmane fut surprise h Imhros, et 
presque entièrement brâlée. On flt cinq 
mille prisonniers (1) ». La retraite du roi 
de Chypre Hugues IV, les dissen- 
sions des Génois et des Vénitiens ne 
tardèrent pas à dissoudre 1& ligue ebré* 
tienne, et tout le poids de fa guerre 
retomba sur les chevaliers de Rhodes, 
qui n'avaient aucun intérêt de com- 
merce ni aucune rivalité politique qui 
pussent les détourner de leur noble des- 
tination. En 1351 le pape Clément VI 
les envoya au secours de Constant, roi 
d'Arménie, contre lequel le soudan d'É- 
fypte préparait un grand armement. 
« Quoique ce prince suivit le rit ^rec, 
dit Vertot, et fllt même schismatique, 
Gozon, plein de zèle et animé de Tesprit 
de son institut, ne crut pas devoir aban- 
donner des chrétiens à la fureur de ces 
barbares. L'armée des chevaliers, trans- 
portée sur les galères de Tordre, vainquit 
les Sarrasins. Le roi d'Arménie, secondé 
de ces puissants auxiliaires, reprit toutes 
les places dont les musulmans s'étaient 
emparés, et les débris de l'armée du Sou- 
dan regagnèrent péniblement l'Egypte. 

Cependant ces guerres continuelles 

• (i) Vertot, I. V, L II, p, 46; Naberat, p. 70. 



épuisaient les reveons de V<aéx^ doiA 
les finances étaient tomours assez irré» 
gullèrement administra. SI à lUiodd 
le grand maître donnait à tous Texcoh 
pie du plus actif dévouement, les eom- 
mand^rsi retirés dans leurs domainas 
d'Europe, paraissaient ouMier les inté- 
rêts de la cnrétienté. Les respoaâoas ad 
se payaient pas ou se payaient mal. On 
voit nar une lettre de Grozon aux coin- 
manoeura des royaumes de Suède, dd 
Danemark et de Norvège, que depuis b 
perte delà Terre Sainte oon avait reçudej 
leur part aucune eontribtttioD. Déleoii- 
ragé par le peu de succès de ses remon- 
trances, Gozon offrit au pape sa démis- 
sion du titre de grand mettre. Le pape 
refusa d'abord de l'accepter ; mais, presséi 
de nouveau par Gazon, Innooent VI en- 
voya à Rhodes la pernûssion d'élire un 
autre grand maître, quand Gazoamourut 
subitement, le 7 septembre lSô9« Il avaa 
employé les derniers temps de sa vie a 
fortifier la ville de Rhodes. 11 fit entourer 
de murailles tout le faubourg qui re- 
garde la mer, et construire le môle du 
port où depuis abordèrent ks navires. 
.« On enterra le grand maître Dieudonaé . 
de Gozon dans l'église Sainl-Ëtieiuie au! 
mont, dit le manumarit d'Ëleathère (1), 

(i) Éleirthère, moiee grcedeflaint-BaMlp, 
était à Rhodes Iws du nége de iS%%; H 
mourut en i54S. U reste du noiiie Éleuilim 
une histoire maonserite de Ehodes. Ea i$iS 
ee précieux naDusdrit étsit ea la 
du pspes fiuphémio, de Trisode, qui le 



arouiqua au colonel R^Ctien^ « Cceait, dit cr 
itoyageur, uo manuscrit co grec «odcmey d'an 
petit format ia-quariOy eontenaat mkrirom 
quatre-YÎBgts pages d'one éerimre li èa iisiiièr; 
oe qui me fit taire la reaoarqae que ee devasi 
élre une copte faite d'après rorigiîud oumum 
d'après une autre copie. Le hou vielUard tôt 
répondit ingéoumeot qn'effectiveaaMit c*e> 
tsit une copie, mais qu*ale datait d'us siède 
et demi ; et là-dessus il me montre sur la cou- 
verture une inscription portani que ee lirre 
d*Ëleuthère, moine de Saiiit<Basilc, sar 1rs 
è?étiemenls qui se sont passés à Rbodes d»> 
rant le séjour des cbevauers arah été fid è l e 
ment copié en 1676 par un Orec de Ithodrv 
nommé Laure Gbryaopolot et qu'il en eiis* 
tait encore deui autres exemplaires dans rde« 
dont Tun devait être Torigimd. » ATohbm. 
de JR/todes, p. 35g. Sait-on, depuis le eabosi 
Rottiers, œ qu'est defena le manaaeriK d^-^ 
kuthère^ qui partit un docameot d'imper- 



ILE SE fiBODES. 



16» 



ià oùil tvait fait vftu à Di«at laYingi ft 
atnt Étauie, anuifc d'aller oombattre le 
dragon, de fonder noe oicai e a*îl revenait 
triomphant.... Sa mort, dit-il pliialoîD) 
eausa la désolation à Rhodes et dans 
toute 111e; tous les habitants en état de 
mareher, tant riches que pauvres, asai»- 
tèrent à son enterrement, et restèrent 
eaoïpés, en grande partie, autour de 
eette église et dans les environs pendant 
trois joom que durèrent les eérémonies 
funèbres , dnrant lequel tempe on distri- 
baa du pain, du vin et d'autres vivres 
aux pauvres, aux frais du trésor de Tor- 
dre. » 

Le mont Saint -Etienne a environ 
cent mètres de hauteur. De son sommet 
on aperçoit toutes les tles rbodiennes. 
L'église où fut enterré Graon est Tun 
des plus anciens monuments de la chré- 
tienté ; elle date du sixième siècle. La fa- 
çade et la partie latérale du nord ont le 
pios souffert , edle du sud est encore en 
assez bon étsit. A rinténenr, ses murs 
ofiraient encore en plusieurs endroits, 
dit le colonel Rotticrs, des traces d'an- 
deimes peintures à fresque. Au-dessus 
des pilastres qui soutiennent le dôme on 
▼oyait assen distinctement les quatre 
cvâogélistes , et sur une autre partie du 
mor noua trouvâmes les restes d'une 
assoroption. Lors de l'arrivée des cbe- 
^ers cette église était déjà délaissée 
par les Grées depuis le sé}our des Samh 
ôas; etHélion de Villeneuve l'ayant ftât 
ftttaurer, elle fut consacrée au culte ro** 
nain. Elle a servi d'hdpiul pour les offt- 
tiers turcs blessés pendant les deux sié- 
98, et aujourd'hui les dominateurs de 
Rhodes fontabandonnéeà la destruction 
du temps. Les sites pittoresques de ees 
linx, les points de vue charmants qu'ils 
offraient devaioit ep faire du temps des 
chevaliers le séjour le phis agréable de 
^^ (1). » Aussi les chevaliers v avaient 
^ des jardins et des villas, qn occupent 
«ijourd'hui des Turcs et des Grecs. 

taoce, à en juger d'après les indications qu'en 
> tirées le iroyageor belge P Ce serait là une 
curieuse recherche à faire dans cette lie de 
Uiodes q«i cit ascore tonte à étudier de non- 
^u. Et qui empêcherait quelqu'un des nen^ 
»a de l'école li«DÇRiaed'Athèoead*catrepMn- 
■Kcet int trouant voyage de découvertes? 
(i) Rottiers Mon. de Rhodes, p. 3ii» 



. PiBBBB DB GOlMIUJiIli nMT-iSP- 
TISIU ajUNP XAtlBB (1354'1S66). -^ 

Pierre de Comillan, chevalier de la lan« 

gie de Provence et prieur de Saint<> 
illes, était di^ de succéder à Gozon, 
par la régulante de sa vie ^ et même la 
sévérité de ses mœurs. Il fut élu eu 1364» 
Son premier soin à son avènement au 
pouvoir fiit de convoquer un chapitre 

Sénéraly afin de remédier à une partie 
es alms qui affaiblissaient la vigueur du 
grand corps dont il était le chef. L'ordre 
avait des biens par toute r£urope, et 
eette situation, en le mettant en relation 
avec beaucoup de souverains, lui créait 
aussi beaucoup de difficultés. Les mé^ 
mea princes qui reprochaient à l'ordM 
de ne pas assez défendre la chrétienté 
«n Onent travaillaient à lui disputer 
ses revenus, et principalement l'héritage 
des templiers, qu'on avait vu avec regret 
passer dans les mains des chevaliers de 
Rhodes. Innocent VI se laissa prévenir 
contre eux. Les {>rogrès des Turcs Otto» 
mans commençaient à égayer l'Europe. 
Déjà ils avaient passé en Tbrace et pris 
Gallipoli. Que faisaient donc les hospi- 
taliers P Ils oubliaient, disait-on, les com^ 
bats pour les plaisirs, et le pape, s'^y- 
soeiant au blâme général, adîiresaa a« 
grand mettre de sévères remontrances^ 
avec l'ordre d^abandonner Ttle de Rho« 
des et de transporter son siège au hiI* 
lieu de l'ennemi, soit dans T AnatoKie, aoît 
dans la Palestine. 

Évidemment la crainte on la prévenu 
tion rendaient tout le monde, même le 
pape, injuste et avetigle. Envoyer Tordus 
en Asie, c'était renvoyer inutilement à 
la mort. Le grand maître s'alarma d'une 
si fâcheuse perspective. Il répondit en 
termes respectueux qu'il allait convoquer 
un chapitre général, afin de lui coomm* 
niquer la lettre du saint-père. Inno* 
cent VI, voulant diriger les délibérations 
de ce chapitre, ordonna qu'il se réuni« 
rait à Ntmes ou i Montpellier. Au mi* 
Heu de ce conflit, qui l'abreuvait d'amer» 
tume, Pierre de Comillan mourut, après 
avoir gouverné environ dix-huit moisj 

ROOBB DB PiMS, YINOT-HUITlàlCB 
0BAlf D M liXBB ( 1 3&5»1 366.) — Le BOU^ 

veau grand maître était de la langue de 
Provence et de cette illustre maison qui 
avait déià donné à l'ordre Odon, S9« 
vingt-deuxième grand mattte, et ce Gé^ 



tM 



LtTinVERS. 



-nvd de Ffss qui awdt faliiea Oroan. 
La mort de Pierre de ConiiUan n'avait 
ma changé aux résolntioiid du pape. 
Loin de la, Innocent VI, plus décidé 
que jamais à Iransferer les chevaliers 
hors de Rhodes, voulut que le chapitre 
convoqué sous le précédent magistère 
se réunît sous ses yeoz, à Avignon; et 
sans attendre la réunion de cette assem- 
blée générale , il décida que la Morée 
deviendrait le séjour de Tordre. Mais il 
fadlait, avant de l'y établir, obtenir au- 
paravant des princes chrétiens la cession 
des droits qu'ils feisaient valoir sur cette 
contrée. Des difficultés imprévues entra- 
vèrent les négociations ; le pape les abon» 
donna , et les chevaliers restèrent dans 
Itlede Rhodes. 

Ce pape si peu favorable aux hospi- 
taliers était cependant gouverné par un 
dievalier de leur ordre , nommé frère 
Jean-Ferdinand d'Hérédia , de la langue 
d* Aragon et chfttelain d'Emposte. Hé- 
lédia menait à son gré Innocent VI, qui 
lui avait donné le gouvernement d'Avi- 
gnon et du Gomtat Venaissin, et les plus 
riches propriétés de l'cHrdre, telles que 
le prieuré de bastille et celui de Samt- 
Oiiles. Bérédia était plus puissant que 
le grand maître, dont il bravait l'auto- 
nté. Ce fût en vain que Roger de Pins 
députa à Avignon deux chevaliers qui 
demanderait au pape la permission de 
Mre le procès à Bérédia comme usur- 
pateur des biens de Tordre. Innocent VI 
détourna le coup qui menaçait son fa- 
vori , en faisant examiner Taffure par 
deux cardinaux. Hérédia fut renvoyé 
absous , et Timpunité accrut son inso* 
lence. Ne pouvant frapper le coupable, 
Roger de Pins voulut au moins s*opposw 
à la conta^on du mauvais exemple. II 
convoqua a Rhodes même un chapitre 
général, et y fit décider que les prieurs 
ne pourraient être pourvus d'autres com- 
manderies que de celles qui compo-» 
saient leur chambre prieurale ; que dans 
chaque prieuré il y aurait des receveurs 
particuliers des revenus de Tordre, qui 
n'en seraient comptables qu*au trésor 
commun. Cette importante r^orme ar- 
léuit le cumul des commanderies, et 
assurait le p^ement des responsions. 

Roger de Pins mourut un an après la 
tenue de ce chapitre, le 38 mai 1866. 
« L'ordre perdit en sa personne, dit 



Tertot (1), un chef pSdn de sMe |KNir k 
manutention de la discipline, et tes pau- 
vres de nie un père très-chsaitabie. On 
remarqua que dans le temps que la peste 
infesta cette île comme tout rOrienf, 
et fut suivie d'une fomine affreuse, il 
employa d'abord tous ses leveaus, et 
qu'il vendit ensuite son argenterie et 
jusqu'à ses meubles pour subvenir aux 
bœoins des pauvres : ce qui lui méiîti 
dans Tordre et devant les hommes le 
titre d'aumùnier, et dans le ciel une 
juste récompense, et le centuple promis 
si formellement par^ celui-là seol dont 
les promesses sont infaillibles. » 
Raymond Rbbengeb, TiNeT-FBu- 

-VIÈMB GBÂlfD MAÎTBB (1366-1S74). 

— Raymond Béranger, chevalier «le la 
langue de Provence, originaire du Dau- 
phiné, était commandeur de Castd- 
{Sarrasin, quand il fut élu grand maître. 
Depuis Dieudonné de Gozon, Tordre 
s'était endormi dans la paix ou afiEaibli 
par ses divisions : Bérenger lui remit 
les armes à la main , et recommença la 

S terre sainte avec une nouvelle viguenr. 
'était le temps où Pierre P', roi de 
Chypre, s'illustrait par ses exploits. De- 
puis plusieurs années ce prinee soute- 
nait seul et avantageusement la guerre 
contre le Soudan d%gypte (2). Le nou- 
veau grand maître seconda ses efiCtets, 
et les deux princes ayant rassemblé une 
flotte de plus de cent navires firent voile 
secrètement vers Alexandrie, et i*atta- 
quèrent à Timproviste (3). « Les Aimum- 
-drins furent surpris; mais, entre «ne 
nombreuse garnison, il y avoit tant de 
monde dans cette grande ville, la plus 
riche de TÉgypte, qu'on vit en uu ins- 
tant les murailles bordées de sohtate ^ 
d'habitants, qui ûiisoient pleuvoir une 
grêle de flèches sur les chrétiens. Ces 
assiégés, appuyés sur le parapet, à grands 
4X)ups de piques et de nallenardes, ren- 
versent les assiégMtnts, les poussent 
dans le fossé, et les accablent de grosses 
pierres. De nouveaux assaillants pren- 
nent la place des morts et des blessés, 
et sans s'étonner du sort de leurs eom- 



(i) Bût. det CkenUiên BatpitâBerf, 1. IT, 

p. 6e. 

i2) Voyei plu haot, p. 64. 
S) Yerlot, Histoire des HasfHtûSers, L II, 
p. 68. 



ILE OR RHODES. 



161 



pagBoos, tâchent de gagner le haut des 
roaraiiles. Les uns sont percés à coups 
de flèches^ d'autres précipités on ren- 
versés arec les échelles. Les assiég^ 
répandent de tous côtés de Fhuile bouil- 
lante, et des feux d'artifice embrasent 
les machines des chrétiens, s'attachent 
ffléme à leurs habits , passent jusqu'au 
corps, et forcent le soldat tout en feu 
d'abandonner l'attaque pour chercher 
des secours dans l'eau, où il se précipite. 
Jamais assaut ne fut plus furieux et plus 
meurtrier; mais, malgré l'image de la 
mort (fuï se présente de tous côtés , les 
cbevaliers de Rhodes, animés par leur 
propre courage, et soutenus des regards 
intrepides du grand maître, reviennent 
au combat, s'attachent de nouveau aux 
murailles, et, se faisant une échelle des 
corps morts de leurs compagnons, s'éle- 
vait jusqu'au haut, gagnent le parapet, 
se jettent dans la place, et tuent tout ce 
qui se présente devant eux. De là les vic- 
torieux se répandent dans la ville, pénè- 
trent dans les maisons voisines des rem- 
parts, massacrent les hommes dans les 
bras de leurs femmes , pillent les plus 
riches meubles, et font esclaves tout ce 
qui échappe à la première fureur du 
soldat. Quoique le roi et le grand maître 
eussent perdu beaucoup de monde dans 
les diffi^ntes attaques, cependant ils 
aoroient bien souhaité de pouvoir se 
maintenir dansieur conquête.Mais, ayant 
appris que le sultan falsoit avancer 
toutes les forces de l'Egypte pour les en 
dttsser, et d'ailleurs se voyant dans une 
l^ace encore remplie d'un nombre infini 
d'habitants qui s'etoient retranchés dans 
la basse ville, ils résolurent de se retirer ; 
et, après s'être chargés d'un butin ines- 
timable, ils mirent te feu à tous les vais- 
seaux des infidèles qu'ils trouvèrent dans 
^ port , et se rembarquèrent avec leurs 
prisonniers. Le roi reprit le chemin de 
sonisle, et le grana maître celui de 
llhodes, où ils arrivèrent l'un et l'autre 
heureusement (1866). » 

Deux ans après (1367) , les chevaliers 
et le roi de Chypre se remirent en campa- 
gne, fortifiés par les Génois, qui s'étaient 
joints à eux. Ils firent des courses heu- 
^ses sur les côtes de la Syrie, et s'em- 
parèrent de Tripoli, de Tortose, de Lao- 
«tte, et de Bellinas. Bientôt la mort de 
Pierre V de Lusignan suspendit l'acti- 

11« Livraison. (Ilb db BjatODBS.) 



vite de la guerre. Chypre commença à 
tomber en décadence; l'Arménie, livrée 
sans défense aux attaques du Soudan, se 
vit abandonnée de la plupart des familles 
chrétiennes, dont quelques-unes cherchè- 
rent un asile à Rhoâes.Rhodes,à son tour, 
se vit menacée par les forces de l'Egypte. 
Le bruit ayant couru que le Soudan pré- 
parait une expédition contre cette tle , 
Raymond Bérenger fit acheter des che- 
vaux et des armes en Italie, et les com* 
mandeurs furent invités à envoyer leurs 
responsions au trésor. Mais la plupart 
désobéirent, et le grand maître, indigné, 
serait sur-le-champ passé en France pour 
se faire rendre justice, si ses infirmités, 
son ^and âge et le salut de Rhodes ne 
l'avaient arrêté. Cependant, dégoûté du 
commandement, affligé de l'indifférence 
et du relâchement qu^ voyait autour de 
lui, il prit un parti extrême, et supplia 
le pape de recevoir sa démission. Gré- 
goire XI,désirantremédier par lui-même 
aux abus dont l'ordre était travaillé, con- 
vo<]ua une assemblée de chevaliers à 
Avignon, en 1374. Il avait déterminé le 
grand mettre à garder sa charge, et, ju- 

(jeant son séjour à Rhodes nécessaire, il 
e dispensa d^assister à ce chapitre d'A- 
vignon; peu de temps après , Raymond 
Bérenger mourut, au mois de novembre 
1874. 

ROBBBT BB JULLUG, TBBRTlàMS 
OBAND MaItBB (1374-1376). — RobCTt 

de Julliac, grand prieur de France, était 
dans son prieuré quand le chapitre de 
Rhodes le nomma grand maître. Il quitta 
la France aussitôt, et le premier acte de 
son gouvernement fut de révoquer tous 
les receveurs qui négligeaient de verser 
leurs recettes au trésor. Jusque là la viUe 
de Smyme avait eu des gouverneurs qui 
ne relevaient que du saint-siége ; mais 
l'archevêque et les habitants de cette 
ville s'étant plaints que leur gouverneur 
Ottoboni Castasleo, qui était un mar- 
chand plutôt qu'un homme de guerre, 
négligeait les soins de la défense pour 
les affaires de son commerce , le paph 
annonça au grand mettre qu'il avait 
l'intention de réunir Smyrne aux autres 
possessions de l'ordre. En vain Julliac 
objectà-t-il le danger d'une garnison en- 
tourée d'ennemis, perpétuellement en 
état de siège; l'éloi^ement de Rhodes, 
qui ne lui permettait pas d'y fsire pas* 

11 



J162 



fjmfym9* 



ser de pioinptg secours; enfin tout ce 
qu'une telle responsabilité aurait d'oné- 
reux et pour les chevaliers et pour ie 
trésor : iu fallut y consentir, moyennant 
un revenu de mille florins annuels que 
faya^e saint-siége. Cette nouvelle acqui- 
sition mettait les chevaliers de ^.hodes 
en présence des Jures Ottomans, qui 
n'avaient cessé 4e s'agrandir en Asie 
AKiiieure, ^t qui sous Amurs|t }^', fi|ls 
^''Qrcan, s'étaient emparés de la prind- 

Îàuté d'Ai'i^n, où Smjrne était située, 
.es immenses préparatifs que faisait ce 
prince au jnoment où Ji-C^ert de Julliac 
arriva dans TUe de Rhodes inspiraient 
au grand maître de vives inquiétudes. 
jHhodes était presque sans défense ; beau- 
jcoup de chevaliers avaient péri dans les 
dernières expéditions ; le reste s'était dis* 
jitersé ^aiïB tes commanderies. Le pape, 
informé par le grand maître du danger 
iiè' la situation , ordonna aux chevaliers 
^se rendre à leurposte, et bientôt cinq 
cents hospitaliers accoururent à Abodes, 
suivis chacun d'un frère servant faisant 
Vcifiice d'écuver. Rhodes était donc en 
état de se déii^endre ; mais Tennemi ne se 
pifésenta nas. Aniurat se jeta sur l'Eu- 
rope, et,rordre jouissait d*une paix pro- 
fonde lors(][iie Robert de lulliac mourut, 
Vers le milieu d'août de Tan 1376. 
Feroinaivd D'HÉainiÀ, tbbnte- 

DNL&MSGBÀNDMAipCBE (1376-1396).— 

IPepuis que Ferdinand d'Uérédia était 
entré dans l'ordre, il s'était montré avide 
de pouvoir, d'honneurs et de richesses; 
mais il avait de la fermeté, de l'inteUi- 
gence, du courage ; d'ailleurs, l'âge avait 
amorti la fougue de ses passions , saivs 
rien ôter à ses talents, et dans les cir- 
constances difficiles où l'on était, « il 
étoit de la politique de l'ordre de mettre 
à sa tête un homme aussi puissant et 
aussi autorisé que l'étoitHéredia, et qui 
dans c«tte place ne pourroit plus distin- 
guer les intérêts de la religion des siens 
propre ^) ** 

Jean-ferdinand d'Uérédîa était issu 
d'une des plus nobles maisons d'Aragon. 
Son frère aîné, Velasco d'Qérédia, était 
grand justicier de ce royaume , c'est-à- 
dire, comme l'explique très-bien Vertot, 
l^'il faisait à lui seul la fonction dont les 
ephores ét^leat autrefois chargés à La« 

(«) VeriQt, u XI, .p. 79» 



oédémone contre leurs rois. Comuie le 

grand justicier n'avait pas d'enfants, et 
qu'il désirait perpétuer son nom et sa 
maison, il défermma son frère à se ma- 
rier; mais Ferdinand o'eut que d^x 
filles, dont la seconde coûta la vie à sa 
mère. G^ant encore aux voeux des siens, 
Ferdinand se maria une seconde fois, et 
la naissance d'un fils paraissait lui as- 
surer l'immense héritage du grand jus- 
ticier, quand, après une lon^ stérilité, 
Ja femme de ce dernier devint suecesâ- 
vement mère ^e deux enfants mâles. 
Alors, trompé dans ses espérances, de- 
venu veuf de nouveau, d'Herédia conGa 
ses enfants à son frère, et résolut de 
changer de voie j;>our arriver au pouvoir 
et à la fortune. Jl partit pour Rhodes, 
re(^ut l'bdhit des chevaliers des mains du 
grand maître Uélion de Villeneuve; et, 
cachant son ambition sous un extérieur 
modeste, affectant des mœurs sévères, ii 
trouva bientôt l'occasion de feire valoir 
son habileté et son courage, et il ne tarda 
pas à s'acquérir l'estime de l'ordre entier. 
Bientôt il est nommé commandeur d'Â* 
Jambro et de Yillet, bailli de Capse, 
eafin châtelain d'£mposte, la plos haute 
dignité après celle die grand maître. 
Bientôt le grand prieuré de Catalogne 
vint à vaquer. Deux prétendants se le dis- 
putaient J'un appuyé par lepape« l'autre 
soutenu par les chevaliers. D'Herédia 
fut chargé de porter au saint-si^e les 
représentations du grand mattre ; mais 
l'adroit Aragonais, ayant su s^iisinuer 
dans l'esprit de Clément VI, demanda et 
obtint le grand prieuré pour lui-même. 
Depuis, n'osant retourner à Rhodes, il 
demeura à la eour d'Avignon , où son 
crédit ne cessa de s'accroitre. Le pape 
l'employait dans les! cireonstanoes les 
plus délicates et les plus importantes. II 
lut chargé de réconcilier Philippe de Va- 
lois etÉdouard UI, et de lesempéeherd'en 
venir aux mains. Mais, n'ayant pa per- 
suaderle roi d'Angleterre, il passa dans le 
camp du roi de France , conobattit à ses 
côtés à la bataille de Crécy, 1846, et lui 
sauva deux fois la vie. 11 se retira du 
champ de bataille couvert de blessures, 
et Edouard III, loin de s'irriter contre le 
médiateur du saint-siége, qui avait com- 
battu contrelui, n'enconçut.que plusd'es- 
time pour d'Herédia ; et le grand prieur 
fit signer aux deux rois une trêve d'un 



ILE p% fi^OpES. 



m 



ancm ^luff pui^éaDt. j{(omme gouver- 
neur de Ja vjjjle et du comtat )1* Avignon, 
îl ttt èntbarer fa résidence papale j^e 
fortes toun «t de,hf|uts remparts, et il 
reçut en réèompensè les riqhes prieurés 
de Dsâlle et de Salnt-6itles. Cette iosa- 
tiéle avj{l\téd*Hrérédid, son an^bition dé- 
mesurée, exqtdrent'dâns Tor^lre de vives 
réclamations. jA)ursùiv) par le consciil et 
par )e grand maître, j^b'^er ^e Pins, il 
lut absous nar ià protection du saint- 
si^ ; toutefois, sous tJrbain y et O.ré- 
pire fj , successeurs <f Innocent VI , il 
n'eut plus la même fnfluence. On oublia 
peu à peu lei scandales de sa coudulte 
passée, et à la mort de Jlobert de JuIIiac, 
comme il était le plus capable et le plus 
puissant de tons les membres ^e l'ordre, 
it fut élu grand maître Cl)- 

A peine élu , d*Héréaia éguipe à ses 
frais une escadre de neuf galères, ramène 
a Ostie le pape Gr^olre ^, gui s*était 
laissépersaaaér de revenir à Rome, puis, 
cootinuant sa route vers tlbodés, il ren- 
contre snr les cdtes de la Grèce une 
fioue vénitienne, '^ôntf amiral le déter** 
mine à se joindre à lui pour reprendre 
Patras,que les Tunss venaient d'dn lever à 
la répi^lique. les deux chefs marchent 
«semble contre cette ville, et s'en em- 
parent; mais la citadelle résiste, et la lon- 
gueur du' siège impatiente d'Hérédia , 
qui, malgré son âge avancé, ordonne et 
dirige Tassaut. Il va lejpremier aux reih* 
p3rt$, saisit une échelle, Tappuie contre 
la brèche, et, sans r^r^er s'il était suivi, 
se jette dans la place. Jje gouverneur 
turc Tient à sa rencontre : le combat s*exi- 
F^ge; d'Çérédiâ est vajhiqueur, coupe la 
léte de Fennemi, et la montre aux siens, 
qQi accourent et s'emparent de la for- 
teresse. 

Aaimés par ce succès , les alliés ten- 
tent de nouvelles conquêtes en Morée. 
Mais le grand mattre tombe dans une 
embuscade, tandis gu*i.l examine la posi- 
tion de Corinthe , et Û demeure prison- 
mer des Turcs. Pour obtenir la liberté du 
grand mattre, les chrétiens s'engagent 
a restituer Patras : les Jures refusent; 
on ajoute à cette offre celle d*nne grosse 
somme d'argent ; les grands prieurs de 

(0 VîUeneave-Bar^mont, Monuments des 
Craruls }ffaùres, t. I, p. 167. 



^^içt-JSÂHes, d'Aogleterre et (je JLoipe 

s*ençagéi\t à rc^èrcomipe otages jus- 




« répon^lt-il fiux J^rois prieurs , laissez 
« moynr ^ans .lès fers un v^lejUar^ inù- 
a ijile, et qui pe peut plus vjvre long- 
« .temps : pour vous, gui êtes jeunes, ré- 
« servez-vous pour servir. la relijçioin. » Il 
ne voului même pas gue iVrd're tirât du 
jtrésorrargèpt ^esa rançon, «pion la doit 
« p»ayer,' ajouta-t-il, pa façôflle a reçu 
« d*a3sez grands Jbiens ^e moi pour me 
« jlohner cette marque tfe^reconnaîs- 
c sance. » (Ces nobjes .refus coupèrent 
court aux négociations \ où né put rien 
C0Q(^\ure; d^Btérédia resta piûsonnler, et 
fot transféré du château de tlôrinthedans 
Jes moAtagnes de 1 Albanie. « Jl Tut en- 
fermé dans une étroite prison ; et, au lieu 
Be jouir à Kbodes de sa nouvei,le dl^ité, 
il se vit retenu pendant plus de trois ans 
dans un rigoureux esclavage , où il eut 
.tout Je temps de faire de sérieuses ré- 

S exions sur le peu de solidité des gran- 
eqrs humaines (1). " 
En lasi, le grand maître, racheté par 
sa famille, vit se terminer enfin cette^u]*e 
captivité, par laquelle il expiaft si cruelle- 
ment les torts de son ambition! JÉ^endant 
ce temps le grand schisme avait éclaté. 
Gément VII et Urbain YI se disputaiept 
le gouvernement de TÉglise.' Le grand 
msatre et une partie des chevaliers se dé- 
clarèrent pour Clément VU. Le reste 
reconûut urbain, qui déclara d'Hérédia 
déchu de sa dignité, et nomma pour ie 
remplacer Kicnard Carraccioli, prieur 
deCapoue, qui ne fut reconnu que par les 
langues d'Iuilie et d'Angleterre; tout le 
reste de Tordre demeura inviolablement 
attaché à l'obédience de Clément VU et 
soumis au gouvernement d'Hérédia. A 
la faveur de ce schisme fiineste, qtii me- 
naçait de diviser et de dissoudre toutes 
les institutionis de ITglise , l'insubordi- 
nation des commandeur^ restait im- 
punie; et le désordre devenait plus diffi- 
cile f) réprimer. Le grand maître d'Héré- 
dia, de retour en Europe, tînt plusieurs 
chapitres à Avignon, et parvintà ramener 
ses subordonna à Tobeissance. Il pour- 
vut aussi à la défense de Rhodes et de 



(i) Verlot, 1. V, t. II, p. 98. 



11. 



164 



L*UNIVERS. 



Smy me, que Ba jazet menaçait d'un siège, 
et y Gt passer à plusieurs reprises , et à 
ses frais, des vaisseaux chargés d*armes, 
de munitions et d*argent. Il fonda aussi, 
peut-être, ajoute Vertot, par un motif de 
pénitence et de restitution, une comman- 
ilerie en Aragon, et une collégiale de 
douze prêtres; et il mourut à Avignon, 
en 1396, après avoir gouverné son ordre 
pendant dix-neuf ans et huit mois. « De- 
puis son élévation à la dijgnité de grand 
maître, ce fut pour ainsi dire un autre 
homme ; et il auroit été à souhaiter, ou 
qu'il n'eût jamais entré dans Tordre, ou 
que la condition humaine lui eût per- 
mis de n*en quitter jamais le gouverne- 
ment (1). » 

Phiubbbt db !Nàillàg, tbbntb- 
deuxibmb gband maîtbb (1396-1421). 
— Richard Carraccioli était mort Tannée 
précédente , et le pape Boniface IX avait 
annulé toutes les charges conférées par 
ce prétendu grand maître. L'ordre avait 
retrouvéTunité de gouvernement, et Phi- 
libert de Naillac, (Tune ancienne famille 
du Berry, grand prieur d'Aquitaine, fut 
élu par les suffrases de Tordre entier 
pour succéder à oTHérédla. A peine le 
nouveau grand maître eut-il pris posses- 
' sion de sa dignité, qu'il fut sollicité d'en- 
trer dans la ligue que formaient alors les 
États chrétiens pour arrêter les progrès 
effrayants du sultan Bajazet. L'empereur 
grec, les Vénitiens, les chevaliers de Kho- 
des réunirent leurs vaisseaux, et la flotte 
confédérée, commandée par Thomas 
Mocenigo , se tint en croisière à l'em- 
bouchure du Danube. En même temps le 
grand maître, suivi des principatn com- 
mandeurs et d'un grand nombre de che- 
valiers de son ordre, allait rejoindre en 
Hongrie le roi Sigismond. U combattit à 
ses côtés à la désastreuse bataille de Ni- 
copolis, quise livra le 28 septembre 1396, 
et où toute Tarmée chrétienne fut taillée 
en pièces. Les principaux chefs furent 
faits prisonniers ; le roi Sigismond et Phi- 
libert de Naillac n'échappèrent aux vain- 
queurs qu'en se jetant dans une barque 
que le hasard leur offrit aux bords du 
Danube. Ib s'éloignèrent rapidement, 

Eour éviter les flèches dont on les acca- 
lait, et se laissèrent aller, en suivant le 
courant jusqu'à Tembouchure du fleuve , 

(i) Yertot, I. y, t. Il, p. lia. ^^ 



où ils trouvèrent la flotte dirétiemie. 
Une galère de la religion raniena à 
Rhodes le grand maître et le roi œ 
Hongrie. 

Après avoir vaincu les Latins, Bajazet 
se tourna contre les Grecs , dévasta la 
Morée, dont le despote Thomas Paléolo- 

§ue, frère de Tempereur Manuel, se bâta 
e chercher un asile à Rhodes. Déses- 
pérant de pouvoir défendre sa i^hnci- 
Sauté, Paléologue vendit la Morée à Por- 
re de Saint- Jean, et convint avec le 
grand maître et le conseil de leur livrer 
Corintbe, Sparte et les principales villes 
de cette province, dont il reçut le prix. 
Mais la résistance de Sparte, qui refusa 
d*ouvrir ses portes aux commissaires de 
Tordre, Téloignement de Bajazet, que 
Tinvasion de Tamerlan appelait en Asie, 
empêchèrent la conclusion de ce marché, 
et la Morée retourna à son ancien maître 
(1399). 

Bajazet était sur le point de s'emparer 
de Constantmople, lorsqu'il fut attaqué 
par Tamerlan. Timour-lenc ou Tamer- 
jan, descendant de Geneiskhan par les 
femmes, s'était mis à la tête des Tartares 
de la Transoxiane, et avait établi à Sa- 
roarcande le siège d'un en)pire qui com* 
prenait la plus grande partie cfe TAsie. 
A force de s'étendre vers Toccident, Ie« 
Mongols vinrent toucher aux frontières 
de la domination des Ottomans. Alors 
la guerre éclata entre Tamerlan et Ba- 
jazet; les deux rivaux vidèrent leur qu^ 
relie dans les plaines d'Ancyre {\40^\ 
en Phrygie; et le fier Bajazet, vaincu et 
fait prisonnier, acheva sa destinée dans 
les fers. Après sa victoire, Tamerlm 
marcha contre Smyrne, position impor« 
tante, que les grands maîtres avaient foh 
tifiée avec soin , et où ils entretenaieil 
une nombreuse garnison. Frère Guil* 
laume de Mine, gouverneur de la placib 
avait tout préparé pour une vigoureun 
résistance. Sommé par Tamerlan de II 
reconnaître pour maître, il répondit pd 
un refus énergique, et aussitôt la plaei 
fut investie. Après quelques assauts P 
vrés sans succès, Tamerlan fît combl 
les fossés, élever des tours en bois j 

Su'au niveau des remparts, sur lesqud 
lança ses nombreux bataillons. « 
dernier assaut qu'il donna alors, 
Thlstorien persan Cherefeddin - Ali 
dura du matm au soir et du soir au rar 



ILE DE RHODES. 



165 



tin. » Smfne fat emportée, le massaere 
derhit gâéral, et tout y périt, hors quel- 
mies cMTaliers, qui s*etant jetés à la mer 
forent sauvés par la flotte chrétienne, 
vcDoe trop tara à leur secours ( 1403). 
L'année suivante Tamerlan retourna 
dans la haute Asie : sa retraite permit 
aux Ottomans de relever leur empire et 
an grand mattre de réparer la perte de 
Smyrne. Philibert de Naillac s'empara 
d'im ancien château situé sur la côte d'A- 
sie, en face nie de Lango (Cos), et occu- 
pant l'emplacement des ruines de la ville 
d'Halicarnasse. Maître de cette position, 
le grand mattre fit élever un nouveau 
fort, à la construction duquel le cheva- 
lier allemand Pierre Schlegelhold em- 
ploya les débris du mausol^ de la reine 
Artémise. Cette forteresse, appelée châ- 
teaa de Saint-Pierre par les chrétiens, 
reçut des Turcs le nom de Bidrou ou 
Boudroun. qu*elle porte encore aujour- 
d'hui. 

Non content de défendre les posses- 
sions de Tordre, Philibert de rfaillac 
consacrait aussi une partie de ses forces 
à protéger toutes les possessions chré- 
tiennes en Orient. Le royaume des Lu- 
signans, déjà en pleine décadence, ne 
devait sa conservation qu'aux flottes et 
aux armes des chevaliers. Le maréchal 
de Boucicaut et le grand maître mar- 
chèrent au secours du roi Jean II , me- 
nacèrent les côtes de la Syrie et de TÉ- 
^nrpte, et forcèrent le Soudan à respecter 
rlle de Chypre. 

Au dedans le gouvernement de Phili- 
bert de Naillac ne fut pas moins heureux 
au*aa dehors. Par ses soins et sa pm- 
oence, il sut garantir Tordre des divi- 
sions dont le grand schisme avait jeté 
les germes dans toute la chrétienté. Au 
coDolede Pise (1409) il fut déclaré seul 
et légitime^and maître ; et an concile de 
Constance il obtint la soumission de tous 
les chev^ers dissidents (1414). Après 
un séjour de près de dn ans en Europe, 
pendant leouel il s'efforça toujours de 
rapprocher les princes chrétiens pour les 
tourner contre les Turcs, de ^Naillac re- 
tourna enfin à Rhodes , l'an 1419, où on 
le reçut avec les témoignages de la plus 
vive allégresse. Deux ans après (1421), il 
assembla un chapitre général, dont les 
actes eurent pour effet de maintenir, de 
<^solider la paix et l'union dans l'or- 



dre. Ce fut au milieu de oes'soins que 
Philibert de Naillac mourut paisible- 
ment, entouré et regretté de tous les 
chevaliers qui s'étaient réunis pour le 
chapitre. 
Antoinb Fluvian, tbewte-tboi- 

SliKB GBÀND MÀÎTBB ( 1421-1437 ). — 

Antoine Fluvian OU de laRivière était che- 
valier de Catalogne , drapier de Tordre , 
grand prieur de Chypre et lieutenant de 
Philibert de Naillac. Il fat à Tunanimité 
élu successeur de ce vénérable srand 
maître, qu'il secondait activement depuis 
plusieurs années. Quel que fût le grand 
mattre, la situation extérieure de Ixirdre 
ne changeait pas. C'étaient toujours les 
mêmes dangers à conjurer, les mêmes 
ennemis à combattre. D'un côté, Maho- 
met I*** rétablissait en Europe et en Asie 
la. domination ottomane, qu'on avait 
crue anéantie par Tamerlan. Il attaquait 
de nouveau les côtes de la Grèce, et diri- 
geait ses flottes contre l'Archipel et les 
possessions de l'ordre de Saint-Jean. De 
l'autre, le Soudan d'Egypte, Seifeddin, 
envahissait l'île de Chypre , s'emparait 
de la personne du faible roi Jean, et ne 
trouvait de résistance sérieuse que dans 
l'intervention des chevaliers de Rhodes. 
Dès lors Seifeddin médita la ruine de 
Tordre , et il prépara secrètement une 
expédition contre Rhodes. Mais Antoine 
Fluvian, prévenu par des agents fidèles, 
rassembla ses chevaliers , remplit la ca- 
pitale de vivres, d'armes, de munitions, 
et le Soudan, qui vit ses projets décou- 
verts, ajourna son entreprise (1426). 

Ces guerres continuelles, l'infidélité de 
Jean Starignes, lieutenant du grand 
maître, qui livra au roi d'Aragon cent 
mille florins du trésor, épuisèrent les 
finances de l'ordre. Pour remédier à la 
détresse présente, on convoqua un cha- 
pitre général à Rhodes le 10 mai 1428; 
on y prit de sages mesures pour réta* 
blir le trésor de l'ordre, et on y réforma 
de nouveau certains abus déjà combattus 
bien des fois, mais Jamais entièrement 
extirpés, et qui renaissaient toujours dans 
cette grande institution, comme les mau- 
vaises plantes dans une terre féconde. 
Après avoir réparé les maux de la guerre 
et les désordres intérieurs, Fluvian gou- 
verna paisiblement Jusqu'à sa mort, qui 
eut lieu le 26 octobre 1437. Cest à lui 
qu'on doit l'agrandissement du quartier 



I6C 



tijlii^EÎÉ. 



des JùiÉ^ à ]^odp^ et ta ccjnstructioa 
d'uàê sûpqrBe infirmerie, que lé ^ran^ 
raaître oota à sçs dépens. Avant de 
mbuifi']^, il tégùa au trésor puDnc fa somme 
de ,deQx ceat jonille duç^^, gu'il avait' 
épat^gtiés p'ébdfaut son af (AiDislratlon. . 
Jean ÔÔ5ÎPAB DÉ LkHià , xbkntiî- 

— AXissitôt* apr^. ^a mort de Fîùvian « l'é 
cfiapitre s''assemblq pour lui nomn^er un 
successeur ; le$ capitulants pi^irentja voie 
de compromission. On élut d^'abordt 
treize crkevaliefs, auxquels le chapitre 
Ternit le droit (f élection. Ces treize élec- 
teurs s'j^ préparèrent par rusa^e dés sa- 
crements dé ïiéniteuce et' d' eucharistie j 
ifs entrèrent ensuite dan^ uile chambre 
séj^arée d'u lieu du chapitre , ef. , après 
avoir eîçai7)iné avec ^oin Tes niérltes çles 
prétendants, leurs qualités personnelles, 
et çell^ surtout' qui étoient les plifs con- 
venables au gouvernement, tous Jes sut 
frages, se réunirent en faveur^ de frère 
Jean de tasllc, gfand'prj eur ^'-^uvergne, 
qui fut reconnu par tout le chapit'rè pour 
grand" maître de i'ordfe (1). » À la^ nou- 
velle dé son élection, Jean ç^ l!*astic, qui* 
était alors en France, se hâta dé passer à 
Rhodes, où Ton prévoyait une pr^chainp 
expédition de t)gemaled'din,soudan d'E- 
gypte. Jue gVahd maître s'occupa immé- 
rfiaterneiit drajouter ^e nouveaux ou- 
vrages aux fortipca^tloi^s dé Rhodes, 
tout en négociant avec le soud'an d^.É- 
gypté et' avççl^ ottoman Amurat. Ce d'er- 
nler consentit ^ une trêve ; ma^is 1 autre, 
se fot^dapt sûr les anciens établissements 
des Arabeç dafis )es îles de Chj^pré e^ de 
Rhodes, Ip déclara ,sa |;iropriété, et en- 
voya ut\è flotte de dix-huit galères nour 
appuyer ses prétentions. Cette Jlotte 
s empar.^ de la petite île de Cast^l-Rosso, 
sur laquelle les chevaliers avaient bâû 
vtn. fort, ^t fît une d'escenté dans 1 île de 
Rhodes, le 15 septembre 1 44Ô ; mafs elfe 
fut' obligée de se retirer avant d'avoir 
pu mettre lé siège devant ta capitale. 
Quatre ans après, au mois d'apût d'e 
Tamise f4'44', une armée égyptienne 
aborda à Àhodes, et' assiégea la ville 
pendant quaraiitendeu^ jou)cs sads pou- 
voir s*en emparer. Apres cette lutje glo- 
S'euse, qjai a illustré le magistère de Jean 
âLàstic, Tordre oe Saint^Jean n'eut 

(i) Verlot, t. 11, p. ao5. 



plus rie^DÎ à ^^i4^é <iâjt%][|>t)â. âaîs 
alors ^fahoi^jàtn .çucceaaît a ^murat 
(l^ôl'jsef Constanân6i^t(é tômBaitaupou* 
vdir oesTurM CM^Si. Après celle impor- 
taj^fe cdngùqe , le sultan euv(^ja un hé- 
raùy demai^dér tçLut et ^ipi^a]^ au 
gtànatûmr^. « ^ Dieu nç plaise,. ré- 
pondit Lastië, mie^di^trouff mon orare 
linre ei que j|e le laisse ^claVé*, je serai 
mon auparavant, ».Çelt^ réppnse de- 
vait faire éclater Isf giiprjrè.| JÇiC ^and! 
maître eùvoya demanoer des secours 
aux princes fîhfétîens* ^drÊùro^, qui 
malneureusemeçt'pç savaiéût'^lus s'en- 
tendre pourjcombattre.rennemiconunuii. 
Il npit Rhodes en état (fe deiensÇj ramassa 
des munitions, convoqua les ÇDev4llers. 
La moçt le surjprit au milieu dé «s 
soins , le fà mai 1454V après un gou- 
vernement glorieux de aix-neûT ans. 
Jacques de mijuii^ tbçntè-cis- 

QUIEHB GBAND ÙaIxBE (14^4-1^61). 




où l'on s'attendait' chdauç jou^ a voir 
paraître, la Aotte de Mahomet ïi. M 
resté, nqn-seulemei^t B!boaes et toutes 
les îles de 1 Archipe) , mais la ebrétientc 
tout entière se sentait menacée par les 
progrès d|i conquérant^ de.Cqnstantî« 
nopTe , et le pape Calixté Ul ^tait pa/:- 
veuu à fgrpner une hg|ie destinée à dé- 
feridrq l'Europe contre les Ottomans. Les 
rois de Hongrie, d'Aragon, le duc de 
Bourop^ne, l^es iépub)iqpes de Venist? 
et de ôreùes, la plupart des princes ita- 
liens en faisaient partie, et*. le npureaa 
grand maître y accéda immèduateipeiit 
(1*454). béja uneflottç turq;ué, de trente 
navires, avait raVagéles côtés de Carie et 
l'île de Lanjgo ( CosV, non §ans pousser 
ses incursions jusqu à R'hQdfes'^ aoù eue 
ramena un butin consid^éi:aJ)le et uo 
grand nombre de prisonniers'j^n était 
que le prélude (Tune^péditTon plos 
cpnsidérablé. Éi^ t4S$ ^amzabé^paml 
djpins les eaux de fArdiipel , avec une 
flotté dé cenfq'ugtre^vingt-cinq voiIk. D 
attaqua successivement l^sBos'. diiûi 
Cos, Sunisi'vil écl^oua niarlout. 11 ne fut 
pas pfûs h^ûïeux contre ^hajles. Les 
Qttômans avaient abbir^é nr^ du villagt 
d^ Archangeron ; ils enlevèrent .gûelquâ 
habitants, ruinèrent lés'^^pàgneseun- 
ronnantes, commirent de^ deprédatioo^ 



ILE ]6ë AàôDES. 



semblables à Leros^ à Cafamos et à Ki- 
svra, qui appartenaient toutes trois aux 
chevaliers de Rhodes. A son retour 
Hamza fut disgracié. « Si tu n'avais pas 
été si cher à mon père, je faurais lait 
ecorcher vif », lui avait dit Mahomet d'un 
ton menaçant ; mais il se contenta de 
le reléguer dans le gouvernement de 
SattaJie. 

Après la retraite des Turcs, Jacques de 
Milli fit fortifier les côtes de Khodes et 
élever des châteaux forts, où il plaça des 
garnisons. Les galères de la religion, 
redoublant d'activité . parcouraient les 
mers, pillaient les cotes des Turcs, et 
faisaient le plus grand mal à leur com- 
merce. En même temps Tordre de Saint- 
Jean avait sur les bras une grosse guerre 
avec les mamelucks, et de violents démê- 
lés avec Venise à propos de Jacques le bâ- 
tard, qui s'était adressé au Soudan Aboul- 
fath-Abmed pour obtenir Tinvestiture 
de r!Je de Chypre. Le grand maître 
soutint le parti de la princesse Charlotte. 
Un instant la guerre fut sur le point 
d'éclater entre Khod^ et Venise. Les 
Vénitiens firent une descente d'ans l'île, 
y commirent dWfreux dégâts ; et, pour 
appuyer une réclamation de captifs 
sarrasins pris à bord des vaisseaux de 
la république, ils vinrent bloquer le 
port de Rhoides. Quelques chevaliers pro- 
posaient de leur répondre à coups de 
cjnon ; mais le grand maître, trop pru- 
dent pour augmenter le nombre de ses 
ennemis, traita avecles Vénitiens, et ren- 
dit les prisonniers. En même temps il en- 
tamait des négociations avec Mahomet U^ 
fi préparait la conclusion d'une trêve, qui 
fie fut signée que sous son successeur. 

Au dedans l'ordre était déchiré par 
ses dissensions intestines. Au chapitre 
de Tan 1459 les chevaliers d'Espagne , 
d'Italie, d'Angleterre et d*Allemague se 
plaignirent hautement que les Français 
eoyahissaîent toutes les dignités. Ceux-ci 
avaient de bonnes raisons à faire valoir; 
c'étaient eux qui avaient fondé Tordre 
et qui y avaient admis les autres nations : 
à eux seuls ils en composaient la moitié; 
chaque nation avait ses droits et ses ti- 
tres; Tamlral était toujours de la langue 
d'Italie; celles d'Aragon, d'Allemagne 
et d'Angleterre fournissaient constam- 
nient le nand conservateur, le grand 
l^ailli et le turcopolier; il était juste 



167 

que celles de Érance, de Provenêe et 
^Auvergne se réservassent les dignités 
de grand hospitalier, de grand com- 
mandeur et de grand maréchal. Malgré 
ces bonnes raisons, les mécontents per- 
sistèrent , et le procureur d'Aragon , en 
plein chapitre, mterjeta appd* à la conr 
de Rome, et sortit suivi de ses partisans. 
Le conseil voulait les poursuivre, le 
grand maître sV op]^osa ; sa modération 
toucha les rebelles, les fît neu à peu ren- 
trer dans le devoir et rétablit la concorde 
intérieure. Jacques de Milli ihournt le 
17 août 146f. 

Pierre Raymond Zagosta, tren- 
te-sixième grand maître (1461-1^7). 
— Pierre Raymond Zacosta, Castillan de 
naissance, était châtelain d^Emposte. A 
. son avènement, l'opposition des quatre 
langues étrangères menaçant de se re- 
nouveler, on ne put terminer cette af- 
faire que par la création d'une nomelle 
langue en faveur des Castillans et des 
Portugais , qui furent séparés des Ara- 
gonnais, des f^avarrais et dps Catalans. 
On attacha à cette nouvelle langue la 
dignité de ^and chancelier, et par cette 
augmentation il se trouva depuis Huit 
langues dans la religion (i462). Ce fut 
dans le chapitre où cette innovation fut 
décrétée que l'on 4pnna pour Ta pre- 
mière fois au grand maître le titre a*é- 
minentissime. 

On ne savait pas encore au juste ce 
qu'il fallait attendre des négociations en- 
tamées par Jacques de Milli, pour con- 
clure une trêve avec Mahomet II. Où 
n'avait pu obtenir du sultan qu'il donnât 
des passeports au commandeur Sacco- 
nay, que le grand maître avait chargé 
de traiter cette affaire , et Tordre pou- 
vait se croire menacé par les immenses 
préparatifs de Tennemi. Mais Maho- 
met II, ayant destiné cet armement à la 
conquête' de Trébizonde, voulut' s^assu- 
rer la paix dans l'Archipel, et il accorda 
les passeports en question. Èès au'il 
les eut reçus , le nouveau grand maître, 
Raymond Zacosta, s'empressa d'envoyer 
à Constantinople Gnillaume Maréchal, 
commandeur de Yillefranche, gti'il fit 
accompagner de deux Grecs de Rhodes. 
Guillaume conclut en 1461 le premier 
armistice entre les chevaliers et lesTores. 
Mahomet le signa pour deux ans , et se 
désista de sa demande d'un tribut. 



I6B 



LUNIYëRS. 



A la ft?eur de eette tréfe, le grand 
mattre fit élever pour la défense de la 
▼Ule de Rhodes et du port un nouveau 
fort , qui fut construit sur des rochers 
fort avancés dans la mer. Philippe le 
Bon , due de Bourgogne, fournit douze 
mille écus d'or pour contribuer aux frais 
de ce travail, qui fut exécuté avec le plus 

Î;rand soin. On appela cette forteresse 
a tour Saint-Nicolas, à cause d'une cha- 
pelle dédiée à ce saint, et qui se trouva 
enclavée dans la nouvelle enceinte. Mal- 

fré la trêve, les corsaires turcs faisaient 
es courses dans les domaines de Tordre, 
et les chevaliers usaient de représailles 
sur les côtes de l'empire Ottoman. Ma- 
homet, irrité, menaça de rompre Tarmis- 
tice, et exigea pour sa continuation que 
l'ordre entretint un député à sa cour, 
qu'on lui payât annuellement quatre 
mille écus, qu on lui rendît les esclaves 
chrétiens fugitifs, et qu'on l'indemnisât 
des dégâts commis dans ses États. Les 
chevaliers repoussèrent avec indigna- 
tion ces propositioDS déshonorantes. La 
guerre éclata , et la flotte turque se ré- 
pandit dans l'Archipel, et vint attaquer 
Lesbos, afin de s'emparer de toutes les 
positions voisines avant d'assiéger la ville 
de Rhodes. Des chevaliers accoururent 
à la .défense de Mitylène ; ils y firent des 
prodiges; mais, lâchement trahis jpar 
les Grecs, ils périrent tous les armes a la 
main (1) (1462). Lesbos fut prise, Rhodes 
plus menacée que jamais, et le grand 
maître, dans la prévision d'une attaaue 
imminente, fit un appel à tous les cne- 
valiers dispersés en Europe, et ordonna 
à tous les receveurs d'envoyer les an- 
nates et les responsions au trésor. On 
pourrait croire que tous les membres 
de l'ordre s'empressèrent de mettre à la 
disposition du grand maître leurs bras 
et leurs richesses et de courir avec 
enthousiasme à la défense de leur loin- 
taine capitale. Loin de là ; au lieu d'o- 
béir au grand maître, on l'accusa d'a- 
varice et d'avidité; les commandeurs 
s'autorisaient de l'appui de leurs souve- 
rains pourdésobéir . On accusa Raymond 
Zacosta devant le pape Paul IL Le grand 
maître consentit a se justifier : il vint à 

(i) Yertot, Histoire des ÛhevaUers Hos» 
piialiers, L II, p. a58. — Hammer, Histoire 
des Ottomans, t« III, p. 99. 



Rome , malgré la {pravilé des eiiooDS- 
tances; il confondit ses accusateurs, 
prouva aue son administration avait ét^ 
irréprocnable, et fut comblé de caresses 
et d honneurs par le pape. Mais comme 
il se préparait à s*embarquer pour 
Rhodes, une pleurésie l'emporta, le 21 fé- 
vrier 1467. Il fut enterré dans l'église 
de Saint-Pierre au Vatican. 

Jeàh-Bàptistb des Ubsins, tben- 
te-septième gra.iid haïtes (146?- 
1476).— L'élection du successeur de Za- 
Costa se fit à Rome, le 4 mars 1467. Les 
suffrages se partagèrent entre Jean-Bap- 
tiste des Ursins, ne l'illustre famille de 
ce nom, grand prieur de Rome et Ray- 
mond Ricard, Provençal, prieur de SaioV 
Gilles. Des Ursins ne l'emporta que 
d'une voix, et se hâta, après avoir reçu la 
bénédiction du pape, de se rendre à 
Rhodes, où la présence du grand maître 
était plus que jamais nécessaire. A son 
arrivée, des Ursins s'entoura des hommes 
les plus habiles et les plus estimés de 
l'ordre : on se sentait à' la veille d'une 
crise terrible; on ne pouvait pas, sans 
risquer de périr, ne pas confier les char- 

g es aux plus dignes. Pierre d'Aubusson, 
rave guerrier, habile ingénieur, fut 
alors nommé surintendant des fortifica- 
tions de Rhodes ; ce fut par son conseil 
et par ses soins qu'on creusa et qu^on 
élargit les fossés de la ville , et qu'on 
éleva du côté de la mer une muraille qui 
avait cent toises de longueur, six de hau- 
teur et une d'épaisseur. 

Déjà rennemi s'était présenté. En 1467 
trente galères turques débarquèrent ? 
Rhodes des troupes nombreuses, et ie 
pillage commença. Mais depuis long- 
temps rîle était pourvue de châteam 
forts. Les habitants des campagnes se 
retirèrent avec leurs bestiaux dans les 
forteresses de Lindos, d'Héraclée, de 
Trianda, d'Archangelon et de Ville- 
neuve; les chevaliers , partagés en diffé- 
rents corps , harcelèrent l'ennemi , et le 
forcèrent à se rembarquer. De nou- 
veaux armements de la marine torque « 
destinés en apparence contre Rhodes, 
vinrent jeter une seconde fois la terreur 
dans l'île; mais l'expédition se dirigea 
sur r^égrepont , au secours de laquelle 
des Ursins envoya quelques galères, sous 
le commandement de Cardone et d*Âu- 
busson. Mais la présomption et la là- 



ILE DE RHODES. 



169 



ehelé da raminil vénitien Ganale reo- 
dinnit inutiles le courage des chevaliers 
deRhodes. L'tle de Négrepont succomba ; 
les Turcs y exercèrent d'horribles cruau- 
tés, et le sultan, irrité d'avoir vu parmi 
la flotte vénitienne les galères de la reli- 
gion, envoya à Rhodes signifier une dé- 
claration de guerre à outrance , faisant 
jorer par son ambassadeur de tuer dé- 
sormais le grand maître et d'exterminer 
tous les chevaliers qui tomberaient en 
son pouvoir (1471). 

Ces menaces n'effrangèrent point les 
braves hospitaliers, qui n'en continuè- 
rent ^as moins de combattre avec leurs 
alliésies Vénitiens. Le fameux Mocenigo 
avait;remplacé le timide Canale comme 
chef de la flotte de saint Marc. De con- 
cert avec les hospitaliers , Mocenigo at- 
taqua Satalie, dont ils prirent et rava- 
gèrent les faubourgs. D'autres courses 
sur les côtes de la Pamphylie signalèrent 
cette heureuse expédition. Ce fut alors 
au'nn ambassadeur d'Ussum-Cassan, roi 
de Perse, passa à Rhodes pour se rendre 
à Venise, afin d'y conclure une alliance 
contre Mahomet. Cette guerre engagée 
entre les Turcs et les Persans donna 
quelque répit aux chevaliers de Rhodes, 
et leur permit d'ajouter encore aux for- 
tifications de leur ville. Le commandeur 
d'Âubusson fit «construire sur le rivage 
deux tours du côté de Limonia, et une 
troisième qui regardait le village de 
Sainte-Marthe. Devenu grand prieur 
d'Auvergne, d'Aubusson, dit Vertot (1), 
«induisait ces ouvrages avec une atten- 
tion digne de son zèle et de sa capacité; 
rien n'échappait à sa vigilance. Le grand 
maître et la religion écoutaient ses avis 
comme des lois ; c'était pour ainsi dire 
l'âme et le premier mobile du conseil ; 
lui seul était ordinairement chargé de 
Texéeution des projets qu'il avait pro- 
posés : guerre, finances, fortifications , 
tout^passait par ses mains. On le voyait 
enrironné en tout temps de gens de 
guerre, d'artisans et d'ouvriers, sans que 
le nombre et la différence des affaires 
Tembarrassassent : son zèle pour le ser- 
vice de l'ordre, l'étendue et la facilité de 
son esprit suffisaient à ces différents 
emplois. 

La grand maître Jean des Ursins, 

(i) Hittmn des Hospitaliers, t. II, p. 979. 



parvenu à une grande vieinesse, et at- 
teint d'hydropisie, restait à peu pr^ 
étranger aux affaires. Cependant il pré- 
sida encore un chapitre général qui se 
tinta Rhodes.lefi septembre de l'an 1475 ; 
mais le 13 avril 1476 il tomba subite- 
ment en syncope ; on le crut mort, et on 
allait l'ensevelir, lorsqu*il revint à la vie; 
mais le 8 juin suivant l'hydropisie dont 
il était atteint le conduisit réellement 
au tombeau. 

PlEBBE n'AuBUSSON, TBENTB-HITI- 
TIBMB GBAND MAÎTBE (1476-1503). — 

On peut dire que déjà longtemps avant 
son élection Pierre d'Aubusson était le 
grand maître de l'ordre ; on sentait qu'il 
était le seul homme capable d'arrêter les 
progrès du terrible Mahomet II, et son 
avènement causa une grande joie dans 
l'ordre et dans toute la chrétienté. Issu 
des anciens vicomtes de la Marche , et 
d'une famille dont l'existence remonte 
au neuvième siècle, Pierre d'Aubusson, 
né en 1423, s'était fait avantageusement 
connaître de Charles VU et du dauphin 
Louis pendant la guerre de Suisse. 11 
pouvait arriver à la gloire et aux hon- 
neurs en restant à la cour; il renonça au 
plus brillant avenir, par besoin de dé- 
vouement et d'héroïsme, pour prendre, 
à l'âge de vingt-deux ans, rhabit de sim- 

f>le hospitalier. Son mérite et son zèle 
'élevèrent rapidement aux plus hauts 
grades, et neuf jours après la mort du 
grand maître des Ursins, d'Aubusson fut 
élu à l'unanimité par le conseil. A peine 
investi du souverain pouvoir, d'Aubusson 
adressa une touchante et énergique ci- 
tation à tous les membres de l'ordre, qu'il 
appelait auprès de lui. Après leur avoir 
retracé les périls dont Rhodes était me- 
nacée : « Nous sommes perdus, ajoutait- 
il, si nous ne nous sauvons nous-mêmes. 
Les vœux solennels gue vous avez faits, 
mes frères, vous obligent à tout quitter 
pour vous rendre à nos ordres. C'est en 
vertu de ces saintes promesses, faites au 
Dieu du ciel et au pied de ses autels , 

Sue je vous cite. Revenez incessamment 
ans nos États, ou plutôt dans les vôtres : 
accourez avecautant.de zèle que de cou- 
rage au secours de la religion. C'est 
votre mère qui vous appelle, c'est une 
mère tendre qui vous a nourris et élevés 
dans son sein, qui se trouve en péril. Y 
aurait-il un seul chevalier assez du^ pour 



170 

li^ndoDoer à la fureur des WÉares? 
Non, mas frères, je ne Tappréheade point: 
des sentiments si lâches et si impies ne 
s'accordent point avec la noblesse de 
votre origine , et eincore moins avec la 
piét4 et la valear dont vous faites pro- 
lesf Ion. » 

. Pendant que le grand maître rani* 
iBi^ par son exemple et ses paroles le 
zèle dans tous les coeurs, il négociait 
avec le sultan po.ur gag^eir du temps et 
assurer les libres traversées des mers à 
tçu£f les chevaliers qui accouraient en 
fqu^ d'Europe pour la défense de Rhodes. 
Mahomet consentit en 1479 à la conclu- 
sion d'une trêve qui lui était aussi néces- 
saire ; mais ce nouveau délai ne devait ser- 
vir qu'à rendre plus formidables les pré- 
paratifs de la guerre. Dans un chapitre 
assemblé à Rhodes vil fut décidé que le 
saà^à maître aurait pendant la guerre 
la direction suprême et absolue de toutes 
les forces militaires et du trésor de Tordre. 
D'Aubusson chpisit pour ses quatre lieu- 
tenants : le maître ae Thôpital, Tamiral, 
le chancelier et le trésorier; il nomma 
son frère Antoine d Aubusson, vicomte 
de Montheil, général en chef dqs troupes ; 
il donna le commandement de la cava- 
lerie au gragad prieur de Brandebourg, 
Rodolphe de Walenberg. Û fit abattre 
les maisons et les^ arbres qui environ- 
naient la ville , et 'raser les églises de 
Saint-Antoine et de Sainte-Marie de 
Pbilérème. Le 4 décembre 1479, avant 
l'entier équipement de sa flotte, Mahomet 
envoya une espadre pour reconnaître 
l'état de l'île. Mesih-Pacha, qui la com- 
mandait, essaya vainement de prendre 
terre à Rhodes ; il en fut.repoussé ainsi 
que de l'île de TilOrCtil se replia dans la 
baie de Fenika (autrefois Physcus) pour 
attendre le printemps et l'arrivée de la 
grande, flotte ottomane. Vers la fin du 
mois d'avril de Tannée 1480 , elle sortit 
des Dardanelles forte de cci^t soixante 
navires, longea les côtes de Rhodes, en 
se dirigeant vers la baie de Fenika pour 
y prendre des troupes de débarquement, 
et reparut devaot nie le 23 mai 1480. 

Pbeuib^ sibgs db Rhodes fables 
TuBGS ( 1480). — Le grand vizir Mesih- 
Pacfaa, qui commandait cette expédition, 
était un priuee greo de la maison im- 
péti^le des Paléotogues. Né chrétien , il 
s'était fait musulman à la prise de Gons- 



itJI^îVÈRS. 



tantinopk, pour échapper à la nx>rt à 
laquelle Mahomet avait condamné tous 
les héritiers de Tempire. Sa valeur, ses 
services, son adresse et une coniplai- 
siance entière pour toutes les voloutês 
du sultan l'avaient élevé depuis à la di- 
gnité de vizir ; et pour ne laisser aucun 
soupçon sur son changement de religioo, 
il affectait une haine implacable contre 
tous les princes chrétiens, et surtout con- 
tre le grand maître et les chevaliers de 
Rhodes. Pour faciliter à son maître la 
conquête de Hle , Mesih-Pacha , que 
Yertot appelle Misach Paléolo^ue, avait 
introduit à la cour trois renégats qui 
avaient levé des plans de la ville et de 
l'île de Rhodes : Tun d'eux, Antoine Me- 
ligali, était un Grec rhodien; le second 
s'appelait Démétrius Sophian, et le troi- 
sième était un Allemand, appelé maître 
Georges, qui possédait de profondes 
connaissances en mathématiques et en 
artillerie. Les plans de ce dernier furent 
jugés les meilleurs ,• et ce fut d'après 
eux qu'on arrêta les ^spositions de Tat- 
taque. 

« Pour donner un récit fidèle de ce 
siège, dit l'historien de Haramer, j'ai vi- 
site les lieux en 1803 , l'histoire à la 
main, bastion par bastion, rempart par 
rempart, et j'espère qu'une exacte des- 
cription topographique servûra à rectifier 
les erreurs dans lesquelles ont pu tomber 
Vertotet Gouffîer (1). » 

On sait déjà que la ville de Rbodtis 
est située à la pointe la plus septentrio- 
nale de l'île , dont elle est la capitale. 
Deux langues de terre qui se projet- 
tent dans la mer, et dont les extrémités 
se rapprochent en s'arrondissant en 
courbe , forment un port sûr, vaste et 
profond, dans lequel on a élevé une di- 
gue qui sépare Tanse des barques de b 
rade des vaisseaux. La langue de terre 
à gauche des navires entrants est située 
hors des fortifications de la ville, héris- 
sée dans toute sa longueur de moulins à 
vent et défendue à son extrémité par une 
tour qu'on appelle le château Saint-Ange 
ou Saint-Michel. La langue de terre 

(i) De Uammer, Histoire Je tea^nre 0^ 
kundn, t. Ut, p. 280. J*emprunle à cet ou- 
vrage le récit de ce siège, en le modifiant p<r 
3uelques rectilicalions on additions que j^ 
ois à d'autres auteurs. 



ILE ÛE b(60DES. 



opposée^ âiiiement couverte dfe n^oulina 
à Yent\^ Hextr^mité de sa courbe, est 
comprise qtns les mmrs de la ville, et sa 
termine par Ja plus^importante et la p]us 
céJèbfe de toutes les toqrs d/e Âhodes, 
construite dtaBora gar les Arabes^ ré- 
p3rée,agrandie,coosacrée6D)$uiteà Saint- 
Nicolas .sous le magistère de Zacosta, ^ 
aussi. cette .touf est-elle eqcore appelée^ 
psr les .l^urcs là tpur Arabe^ et par l'es 
chrétiens la tour Saint-Nicolas. A Tex- 
téneur des deu^d langues de t^rrç, dont 
l'intérieur {(ftme le; port principal, le ri- 
vage se replie en décrivant une courbe,^ 
et fornv^ àgaucbe des vaisseaux entrants 
one baie comblée pçr les sables, et à leur 
droite un. second port, appelé port des 
galjères, dont feutrée est défendue d un 
c6tç pai: ,une^toui; et <}e Tautre ,par le 
fort ^alnt^Elfliie. Au ^Qd du port prin- 
cioal s'él.^yent immédiatement les dou- 
bles reratparts de la ville, qui sont bai- 
gnés j^ar la mer,; ap fond de celui des 
galères .^t un faubourg^ où se trouve 
aujourdbui. la maison du. gouverneur, 
hors de .Fenceinte de& fortifications. 
Comme dans ce premier siège il n'est 
pas ^it une mentiofi particulière (ïes 
sept bastions que détendant les cheva- 
liers des çept langues de Tordre , non 
plus que des portes de la ville , nous en 
omettrpns rényi^ération^ qui serait ici 
superflue > et qui est mieux à sa place 
dans rbistoûre du second s^ége. 

À une lieue fi louest de Ta ville s'é- 
lève non loin de la mer le mont Sain^- 
Ëtienne. C'est là que vint aïiiorder la 
flotte ottomane, et que le pacha Faléo- 
logue, m^l^é la viooqreu^e résistance 
de la ^ari^if on du tort $aint-Étienne ^ 
opéra le debarqu^ent de son armée et 
de son artillerie. Les troupe^ ottomanes 
prirent aussitôt position sur le^ hauteurs 
et au piefT de la montagne. Deux jours 
après . le général turc dressa une bat- 
terie de troiâ~caDons monstrueux contre 
la tout 39int-]Nicolas, sur la place même 
où se trouvait Téglj|çe de Saint- Antoine,. 
UartlAerie éùit dirigée par maitre Geor- 
ges, le scuf des trois renégats qui, vécQl; 
encore^ Meligali ^D,t mort pendan( la 
travers^,. et ^Sophian. ayant péri daqs 
une acti9n deslé^ premiers jours du 
siège, (^oant )k maître Qe.oraes,.unç j ust^ 
puaiU9n Tat^ndaiV dan!^ rintécieur dé 
la ville. Jouant le rôle cfe transtiige ré- 



irr 

pentàaf,,iVpaF^t au piea oj^'iHpurs, h^ 
suppllq qu^04i Im ouvp^'les portes. Con- 
dmt devant Je grand maître, il avou^ 
iranchenoent' son apostasie,., protestant 
de son sincère repentir. Siai^ il .éveilla 
l'es çoupçpns par les détails exagéré^' 
qu'il donoa sur les forces et riQvincihla 
artillerie des assiëg^nts. Le grand 
n)aitr^ confia le tra^stuge à , la garde di^ 
six soldats ^ui nedevaieïit pas le perdre 
de vue un instant, et lui donna lé com- 
mandement d'vne batterie à son choix 
sur les remparts. Les Turcs avaient déjà 
tiré plus de trois cents coups de leurs 
énormes canons contre la tour de Saint- 
Nicolas, et cçt ouvrage admirable, 
comme parle le. grand maître d*Aubus- 
son dans une relation du sié^e adressée 
à l'empereur Frédéric IIÏ, qui parais- 
sait devoir résister à mille attaques, 
s'écroulait ep grande partie aprçs quel- 
ques jours d^une canonnade continuelle. 
Le 9 juin les janissaires montent à l'aa- 
sjaut par les ruiue^ fumantes de la for- 
teresse en poussantd'horribles clameurs. 
Mal» le grand maître les reçoit sur la 
brèche, Tépée à, la pain, et arrête leur 
élan. Un éclat de pierrç vient brjser ep? 
pièces lé casque d'Àubusson '^ il prend 
sans s'émouvoir celui «d'un soldatjvoisin. 
En Yaii\ le commandeur italien Fabrice 
Caretti le conjure de se retire^ : a , C'est 
à votre granq ^naître, répond ïç héços^ 
qu'appartient le poste (Thonpeur ! » Et i( 
ajoute en souriant : « Si j'y sufs tué,, il j 
a plus à espérçr pour vous qù'à.çraindre 
ppur moi ; v lui faisant en tendre éar là| 
qu'il était digne de lui succéder., Un \e{ 
exemple électrise les chevaliers. Le périt 
disparaît à leuîrs yeux, et . lés mahoracr 
tans, frappés de terreur, foudroyés par^ 
les canons de la .ville, fuient éperdus, et 




perdu sept 
hommes. Le grand, maître célébra, sa 
victoire dans l^lise où Ton avait plac^ 
Timage miraculeuse de sainte Marie do 
Philéreme. » 

Le jour suivant Mésih^Pacba, chan- 
geant son système d'opérations, aban- 
donna 1 attaque par mer, et la transporta 
duc6té de la, terre. Il.fit battre ^n brécjie 
le quar^er des jui& par huit de ses pliu 

Î^ros canons ; ujd neuvième fut b)|caquéqe 
'extrémité de là digue contre les moii- 



t7!l 



LnmiVEES. 



liiis à yêQt de ia langue de terre. D'Ao- 
bûsson ordonna aussitôt de raser les mai- 
sons des jaifs, et d'en employer les ma- 
tériaux à ia construction d un second 
mur intérieur, qu'il fit entourer d'un 
fossé. Chevaliers et paysans, négociants 
et bourgeois, femmes et enfants, rivali- 
sèrent oe zèle à élever ce nouveau rem- 
part, tandis que l'artillerie turque fou- 
droyait le mur extérieur avec un tel 
fracas, que le bruit du canon s'entendit 
jusqu'à Cos, située à cent milles à l'ouest 
de Rhodes, et jusqu'à Castel-Rosso, dis- 
tante de cent milles à Test. 

Les bombes lancées par les Turcs 
dans la ville Grent peu de mal aux ha- 
bitants : les femmes et les enfants s'é- 
taient réfugiés dans le château, que ces 
projectiles n'atteignirent que fort rare- 
ment ; ia garnison, de son côté, les évi- 
tait, abritée dans les souterrains des 
éjjlises ou les casemates. Les Ottomans 
dirigèrent une seconde attaque sur la 
tour de Saint-Nicolas, au moyen d'un 
pont de bateaux. Ce pont , assez large 
pour que six hommes pussent y marcher 
de front, s'étendait depuis l'angle de la 
langue de terre, où se trouvait naguère 
l'église de Saint-Antoine, jusqu'à la tour 
de Saint-Nicolas. Les Turcs, au moyen 
d'un câble fixé sur le rivage par une an- 
cre, étaient parvenus à faire remonter le 
pont jusqu'au nied de la tour. Le ma- 
telot anglais Gervasius Roger se jeta 
pendant la nuit dans la mer, coupa le 
câble, et le pont, abandonné à lui-même, 
fut repousse loin du rivage; mais les 
Turcs le remorquèrent avec des barques 
et l'adossèrent de nouveau à la digue. 
Dans la nuit orageuse du 19 juin J480 
commença l'assaut de la tour Saint-Nico- 
las. Une canonnade terrible s'engagea des 
deux côtés : le pont de bateaux se rom- 
pit ; une grande partie des assaillants et 
quatre chaloupes canonnières furent en- 
glouties; les barques d'abordage furent 
pour la plupart brâlées. La lutte dura , 
sanglante et acharnée , depuis minuit 
jusqu'à dix heures du matin ; les Turcs 
durent enfin se retirer, après avoir perdu 
deux mille cinq cents nommes, parmi 
lesquels Souieiman, le sandjakbeg de 
Kastemouni. 

Repoussé dans cet assaut, Mesih- 
Pacha réunit toute son artillerie sur un 
seul point. Cette immense batterie fut 



dirigée tout entière contre la partie delà 
▼il le voisine de la tour de Saînt-Nicolas, 
c'est-à-dire contre le bastion des Ita- 
liens et le quartier des juifs. Trois mille 
cinq cents boulets ne tardèrent pas à y 
ouvrir de larges brèches ; mais les Rho- 
diens opposèrent à cette batterie une 
machine qui lançait au loin des pierres 
d'un volume prodigieux. Cette machine, 
qui renversait les ouvrages des Turcs H 
écrasait leurs travailleurs, reçut des as- 
siégés le nom de tribut, par une allusion 
dérisoire à celui que Mahomet avait de- 
mandé ; on chargeait cette machine avfc 
les énormes boulets de pierre que les 
Turcs lançaient dans la ville, et avec les 
fragments de rochers dont ils comblaient 
les fossés ; lesRhodiens les enlevaient ca- 
chés sous des cryptoportiques, de sorte 
que les Turcs ne pouvaient s'expliquer 
comment ces fossés venaient à se vider 
tous les jours. Pierre d'Aubusson, s'at- 
tendant à un assaut général, fit porter 
sur les remparts du soufre, de la poix, 
de la cire et d'autres matières inflamma- 
bles, des cylindres en pierre, et de pe- 
tits sacs remplis de poudre et de fer ha- 
ché , qu'on devait lancer sur l'ennemi. 
Il fit venir devant lui maître Georges, et 
le consulta sur ce qu'il convenait dr 
faire dans cette extrême nécessité : 
Georges proposa une nouvelle catapulte 
qui devait détruire les travaux des assié- 
geants; mais comme les coups de cette 
machine , au lieu de porter sur les bat- 
teries turques , portaient sur les murs 
même de la ville, on soupçonna de plus 
en pins la connivence de Georges a?ef 
Tennemi, et le soupçon devint bientôt 
une certitude, après les aveux que lai 
arracha la question. Maître Georges ex- 
pia toutes ses trahisons par le supplice 
de la potence. 

Le général en chef de l'armée assié- 
geante, voyant échouer toutes ses atta- 
ques, tenta la voie des négociations pour 
obtenir la reddition de la place, et en- 
voya à cet effet un Grec auprès do 
grand maître. Mais celui-ci revint sans 
avoir pu rien conclure. Mesib-Pacha en 
fut d'autant plus irrité que son avarice 
aurait voulu enlever aux soldats, par une 
capitulation, le riche butin auquel lenr 
donnerait droit la prise de la ville à 
main armée. Cependant bon nombre de 
chevaliers étaient décidés à accepter la 



ILE DE RHODES. 



178 



« 

capitolation ; ils se concertèrent poar y 
amener le grand mattre , oui, prévoyant 
le mauvais effet de cette disposition , &C 
Tenir ces chevaliers, et comme s*il les 
eût déjà bannis de l'ordre : « [Si quelqu'un 
de vous, leur dit-il d'un ton courroucé, 
ne se trouve pas en sûreté dans la place, 
le port n'est pas si étroitement bloqué, 
aue je ne trouve bien le moyen de l'en 
ulre sortir... Mais si vous voulez de- 
meurer avec nous, qu'on ne parle ja- 
mais de composition , ou je vous ferai 
tous mourir. » Ils comprirent alors que 
d'Aubusson était encore plus terrible 
que rennnemi, et le courage rentra dans 
leurs cœurs. 

Alors Mésih-Pacha ordonna un as- 
saut général, et promit le pillage ; outre 
les préparatifs ordinaires en pareille cir- 
eoDstance, les Turcs se munirent de sacs 
(X)ur y mettre leur butin, de cordes pour 
lier les jeunes filles et les jeunes gar- 
çons, et de huit mille pieux pour em- 
paler le grand maître et les chevaliers. 
Le camp turc retentit des cris d'Allah ! 
pendant toute la nuit qui précéda le 
jour de l'assaut. La batterie des liuit 
canons avait la veille tellement battu le 
quartier des Juifs, que les murs delà 
ville étaient en cet endroit entièrement 
détruits et les fossés comblés jusqu'au 
bord. Le vendredi 28 juillet 1480, le 
même jour où une flotte ottomane abor- 
dait à Otraute, un coup de mortier 
donne le signal de l'assaut , au lever du 
soleil. Les Turcs s'élancèrent avec une 
irrésistible impétuosité sur la brèche, où 
trois mille cinq cents d'entre eux enga- 
gèrent un combat terrible; derrière eux 
se pressait une armée de quarante mille 
hommes, qui attaqua la ville par tous 
les points a la fois. De part et d'autre 
OD fit des prodiges de valeur ; les assié- 
geants se précipitèrent sur la ville, dit 
Seadeddin,« comme des lions déchaînés 
sur leur proie, » et les assiégés combat- 
tirent, suivant l'expression de Breiden- 
bach, « comme les Machabées pour leur 
religion et leur liberté ». Déjà 1 étendard 
de Mésih-Pacha était arboré sur les cré- 
neaux^ déjà quatre échelles adossées à 
rintérienr du mur, haut de vingt pieds , 
qui fermait le quartier des Juifs, livraient 
passage aux assiégeants, lorsque Mésih- 
Pacha fit crier sur les remparts, « que le 
pillage n'était pas permis , et que les tré- 



sors de l'ordre appartenaient au sultan. • 
Cette proclamation refroidit tout à 
coup le zèle des assiégeants ; les troupes 
encore au dehors de la ville refusèrent 
de marcher au secours de celles qui s'y 
étaient déjà engagées. Dans le même 
tem^ le grand mattre, averti que l'en- 
nemi pénètre dans la place , se précipite 
à sa rencontre à la tête de ses chevaliers. 
Il repousse les Turcs au delà du premier 
mur, et montant avec eux sur le rem- 
part, il engage un combat furieux, plus 
acharné que tous les précédents. Le pa- 
cha, debout au pied de la muraille , voit 
les siens plier; il frémit d'indignation, 
s'élance contre les fuyards, et les ramène 
au combat à coups de cimeterre. Animés 
par ses promesses, douze janissaires 
cherchent le grand maître au milieu de 
l'épouvantable mêlée, et, l'apercevant 

{tarmi ses chevaliers, ils fondent sur lui, 
e frappent tous à la fois , et tombent 
aussitôt massacrés. Mais d'Aubusson, 
atteint de cinq larges blessures , est 
inondé de sang. On î'entourre , on veut 
le forcer à se retirer ; mais l'héroïque 
grand maître résiste aux instances des 
siens. « Mourons ici , mes chers frères , 
dit-il, plutôt que de reculer. Pouvons- 
nous jamais mourir plus glorieusement 
que pour la défense de la foi et de notre 
religion. » Désespérés de l'état de leur 
chef, exaltés par son dévouement , les 
chevaliers et les soldats chrétiens fon- 
dent avec furie sur les bataillons des 
infidèles , et y répandent partout le car- 
nage et la terreur. Ceux-ci prennent enfin 
la fuite; le pacha lui-même est entraîné, 
poursuivi jusque dans son camp , et son 
étendard reste aux mains des chevaliers, 
comme un trophée de leur victoire. A 
ce dernier assaut les Turcs laissèrent 
sur les brèches et dans les fossés trois 
mille cinq cents cadavres, qui furent 
brûlés. Pendant les trois mois que dura 
le siège , Mésih-Pacha eut en tout neuf 
mille morts et quinze mille blessés. 11 
retourna avec les débris de son armée 
dans la baie de Fenika: puis, après 
avoir assiégé sans succès le fort de Pe- 
tronium» à Halicarnasse, il ramena sa 
flotte à Constantinople. Dans le premier 
mouvement de sa colère , Mahomet vou- 
lait le faire étraneler ; mais il se contenta 
de le reléguer a Gallipoli. Quant à 
d'Aubusson , dès qu'il fut guéri de ses 



174 



vvjspqs^. 



plantes, il se rendit dans l'église ^aint- srand VMfVte put ^i| 

' r reçnfercier Dieu dé là vlctoite jcomrhe'p ^' j^S^i^'èl 

lva\^ accordée; $ ft tâtir plu- Ht Sa sod ctdre. W , 

5eur^ 'églises, et il récompensa généreu- Je pape T[nnoôent Vltf ettvôyà fléml 




,Feai pour remercier Dieu dé là victoire Jfcomme p ve Jtigea 

duil l^i ava\^ accordée ; $ ft ï^âtirplu- ïf t de sod ctdri. 

Sleur^ églises, et il riécompensâ généreu- Je papeT[nnoôent V^ . ^,_^^ ^r 

kemeritles braves guerriers qûîràvaient au grandi roatti^ qtlll lui nvi|Ptjla |()ier- 

SI ^ién secondé. ï^oùr Soulager les pàjr- sonhe' de Zizinrt , po^r entretenir les in- 

saos etMes jiabitants dé llfé', dont les quiétudes ^e Bajazet. Les In^taiices du 

v--L_ '___/_ i..i.__. iw jz..i^z.L •*. 1...- ^ • g jfyi^gnt sJ yjyes gûe d'Aubusj^h fut 



canl^aepels avaient été dévastées, ^I leur 
jftjt'jtisu'ibûer des krains pour les nourrir 
iusjîl*^ ja prochaine ji;6colté, et ^îles 



lape lurent si vives que uAunusi^n lui 
lUigé de cédeV (/4Sf ), ètl^pri✠^zîm 
lit transféré ^ ^6me , où if inourût em* 



fut 




MaMm^ lï résolut 'dé nVj)lus s'en rap- nairedèlllëde^h^ , 

JorteT qii*h1ùi-mëroe pouf dlrîgeif ses |né. Pour reconnaître <lâ dâférencé aefor 

ou velles entreprises. J[l rassembla une dre a ses volontés, il conBf ma'ses â'ûdens 

puîssqnté armée de trois cent mille hora- privilèges, en accorda de nouveaux, et 

^mes, et il allait en prendre le commandé- réunit au chajpltre de ^bèfes ceux du 

ment pour marcher; soit contre Pjhodes, ^aint-Sépulcre et de Saint-Iizàre. Le 

soft côli tire Tïtaliè, lorsque sa mort , sur- jÈrand mattré re(J\it le âiâpeau de carçi- 

Venué les mai 44^1 , déuyra ta chrétienté nat. %n 14?5 Je pape Alexandre Tl av^ot 

'ifû ilangér''de cette invasion. Alors ta organisé une ligué contre les Turc^, en 

guerre civile éclata ^ ans Tein pire otto- nomma d^Aubusson généralissime. Mais 

man ; les deiù fils deMa1iomet,'^ajazet la tiédeur et la^égligencé deS at!iés*em- 

ét pjem où Zlzi'm, se disputèrent te pou- péchèrent ^e tien éntrepréndirje. ^uls , 

Voir. Ce dernier, vaincu et poursuivi par jles chevaliers de BJbodeS en vinrent aux 

son fréré, demanda un asile au srand — *'"" •*^'*'- "— -™» -• -«'-«-*^-»a — » 
maître de jKhodes, qui l'accueillit avec 
empressement et distinction. Mais lapré 



sence du prince musiâman à Rhodes 
ayant suscité beaucoup d'embarras et de 
{liffîcultés à Pierre d^Aùbusson, il le fit 
transporter en JFrance , sous la conduite 
^e son neveu Guy de Blânchefort. 2izim 
reçut pour résidence la commanderle 
de Bourgneuf en Poitou , où les sicaires 
de;Bajàzet ne purent Tatteindrè. Cepen- 
dant de longues négociations s'ên^è- 
rent entre rordre et la Porte au sujet 
du prince réfugié. Elles se terminèrent 
Il l'avantage des chevaliers ; car Bajazet, 
craignant que ^izim ne redevint son ri- 
val s'il était mis en liberté et soutenu 
paries chrétiens, s'engagea à payer à 
rBdpital un tribut de 45,000 ducats , à 
conoition que Zizirh resterait' toujours 
prisonnier. On a Justement reproché à 
^*Aubusson d'avoir violé la fbi'jurée à 
un malheureux fu^it^f en signant cet 
article qui le privait de sa liberté. Ce- 
pendant Guillaume de Jalignî, historien 
de l'ordre, prétend que le grand maî- 
tre n'avait aucun engagement envers 



mains avec .rennémi , et remportèrent 

Xne victoire sur une flotte de Turcs et 
e Sarrasins, dans les mers de laSvrie. 
Ce fot le dernier exploit du grand oialtte 
d'Aubusson. La paix avant été rétablie, 
il se livra tout entier m gouverneineDi 
intérieur de l'ordre; il fit revivre les lois 
somptuaires, et chassa les. jui& usuriers 
de Rhodes. Mais ne pouvant mettre les 
biens et les dignités dé son ordre à Tabri 
de favidité et des exactions d* Alexan- 
dre yj , il en conçut une telle douleur, 
qu'il tomba gravement malade ;]e dia- 
grin et la Vieillesse réunis ensemble, 
11 ne tarda pas à succomber. 11 mourat 
le 3 jui^et 1503 , âgé de plus de quatre- 
vingts ans, après en avoir tégne vingt- 
sept. 

ÉMBnY p'fMBOISB, TBEIÎjrE-NïC- 
VIÈME GRAND MAÎTBE (I50â-ltfl35- — 

Émery d'^mboise était fils de pient 
a'Aniboise , chambellan de !LO>uis XI et 
de Cîiarles yjl, et Tun de sei frères était 
le célèbre Georges d'Amboise, archevê- 
que de Rouen, cardinal et légat du saint- 
siège, et premier ministre de Louis XII. 
 son avènement la guerre avec les Turcs 



2izim ; que ce prince était simple pri- ^paraissait imminente. J|9|ajazet avait con 
sonnier ne guerre, et non un fugitif pro- serve le plus vif ressentinieï^t ^e la ooa- 
tégé p£ur un sauf-conduit, et que le duite de 1 ordre de Saint-tTean dans ses 



ILE ^ ;ïUQOp£$. 



m 



démêlés avec son frère. Enhardi par Ja 

n^ort de d^ÂuLusson , dont le nom seul 
servait de défense à Rhodes , le sultan 
recofnmença la guerre. Une première 
escadre turque avait été repoussée Tan 
1503. L'an 1505 Bajazet donna au fa- 
meux corsaire CamaJi ou Kemal-^éis Je 
commandement d'une expédition contre 
Rhodes et les autres lies de la religion. 
Mais Jes chevaliers faisaient si i)onne 
Aarde, que I*ennemi ne put ahorder nulle 
part dans ^^e de Rhodes. Repoussé de 
nie capitale, Camali remit à la voile, et 
courut les lies de Simia, de Tilo, de I^is- 
saro, à J'attaque desquelles il ne fut pas 
plus heureux. Il n'osa pas même tou- 
cher à ce(le de Lango, que défendait une 
bonne garnison d'hospitaliers. Il croyait 
au moins surprendre Hle deLero, qui 
n'avait point de défenseurs. Mais au 
moment de Tassaut il voit apparaître 
sur la muraille une double haie de che- 
valiers revêtus de cottes d'armes rouges, 
la croix iïlanche sur la poitrine. Camali 
crut qu'il était arrivé du renfort , et prit 
la fuite. Ce n'était que les pauvres na- 
bitauts de l'île qu'un jeune chevalier pié- 
montais, appelé Paul Siméoni, avait 
revêtus d'habits de guerre. 

L'année suivante , 1506, le chevalier 
de Gastlneau, commandeur de Limoges, 
s'empara de la Mogarbine. C'était une 
grande caraque, dit Vertot (1), qui par- 
tait tous les ans d'Alexandrie pour por- 
ter d^£^pte en Afrique , à Tunis , et 
jusqu'à Constantinople des soieries, des 
épiceries et toutes sortes de marchan- 
dises , que les sujets du Soudan tiraient 
des Indes par la mer Rouge. > Ce vais- 
seau (étoit d'une grandeur si extraordi- 
naire, qu'on prétend que la cime du 
grand mât des plus grandes galères, 
n'approchait pas de la hauteur de la 
proue de cette énorme machine. A peine 
six hommes en pouvaient-ils embrasser 
le !mât. Ce bâtiment avoit sept étages, 
dont deux alloient sous l'eau ; outre son 
fret, les nuarchands et les matelots né- 
cessaires à sa conduite , il pouvoit en- 
core porter jusqu'à mille soldats pour sa 
d^ense. C'étoit comme un château flot- 
tant, armé de plus de cent pièces de ca- 
non ; les Sarrasins appeloient cette ca- 

(i) Tertot, JBUt, de r Ordre, etc., t. U, 
p. 400, 1. Tin, 



raque la reine ^ la mer. » Cette^nyiQr- 

tante capturent suivie de là prise pe 
trois autres vaisseaux égyptien^ 9ÛrJi^ 
côtes de Syrie. 

Effrayé de l'audace Qt des succès ^es 
hospitaliers, le Soudan, J&ansou-^- 
Gauri , mit en mer vingt-cinq vaisseaux 
qu'il envoya sur les côtes d'Asie ]\Ai- 
neure. Ces navires allaient chercher les 
bois qu'il destinai); à la construction 
d'une flotte qui devait être Jancée çur 
Ja mer Rouge, popr disputer aiix Poi^tu- 
gais le commerce des Indes. VJingt-^eMX 
navires, Ja ^Eogarbiné en tête, scftârept 
des ports ^e Rhodes sous la conduite 
d'André d'Amaral et de Villîers de I^e 
Adam. Malgré la mésintelligence de s^s 
deux chefs, la flotte chrétienne détruisit 
Fescadre égyptienne au /ond dii gcife 
d'Ajazzo. On apprit alors que B^azet 
venait de faire alliance avec le Soudan 
d'£gypte ; aussitôt le grand maître ^ip- 
pela tous Jes chevaliers à la d^ense $e 
JEUiodes , et, maigre son grand âge , pré- 
para tout pour soutenir i^n siège. ]La 
mort le surprit au miUeu de ces soins, 
^e 13 novembre 151^, à l'âge de soixante- 
dix-huit ans, « dont il avoit employé la 
meilleure partie dans la pratique des 
vertus chrétiennes ; prince sage , habile « 
dans le gouvernement, heureux dans 
toutes ses entreprises , qui enrichit son 
ordre des dépouilles des infidèles, saps 
s'enrichir lui-même (1) », et qui mourut 
sans biens , avec la consolation fie ne 
laisser aucun pauvre dans ses JÈtats. 

Guy de Blanghefobt , quÂaai^- 

XIÈME GAA.ND MAÎTBE (1512-^151$). ^ 

Le souvenir impérissable du glorieux 
gouvernement de Pierre d' Aubusson fit 
élever à la dignité de grand maître son 
neveu, .frère Guy de Blanchefort, grand 
prieur d'Auvergne , qui durant le ma- 
gistère de son oncle avait pris une 
grande part au gouvernement de l'ordre 
et surtout à la garde et à la conduite du 
prince Zizim. Mais au momcAt de son 
élection Guy de Rlanchefort tomba mfr 
lade dans son prieuré. Jugeant sa pré* 
sence nécessaire à Rhodes, le grand 
maître se mit en route malgré sa fai- 
blesse, n s'embarqua à Villcfranche près 
de Nice. La mer augmenta encore son 
mal, et de Blanchefort rendit le dernier 

(i) VçrJor, t. U, p. 408. 



m 



LTJNIVEM: 



soupir avant d*aToir achevé soo voyage. 
Il moarnt dans nie de Prodana, en face 
de Zante, le 24 novembre 1513, un an et 
deux jours après son élection. Il était à 
craindre que le pape Jules II ne voulût 
disposer de la grande maîtrise , et n'at- 
tentât à rindépendance temporelle de 
l'ordre. Aussi les derniers ordres du 
grand maître mourant avaient eu pour 
but de détourner ce danger. Une cara- 
velle légère , servie par (T excellents ra- 
meurs, courut à Rnodes annoncer la 
nouvelle du trépas de Blanchefort, et 
l'on procéda immédiatement à l'élection 
de son successeur, avant que le pape ait 
eu le temps d'entreprendre sur la lioerté 
des suffrages. 

Fabricb Gàeretti, quabàntb- 
vnibhb grand haîtbb (1513-15*21). 
— La caravelle qui annonçait la mort du 
grand maître était arrivée à Rhodes le 
k 18 décembre. Le chapitre s'assembla le 
lendemain, et le 15 on proclamait grand 
maître Fabrice Garretti, commandeur de 
la langue d'Italie, de la famille des raar- 

Ïuis de Final en Ligurie. Au siège de 1480 
larretti avait déployé la plus srande va- 
leur et le grand maître d'Aubusson lui 
avait prédit son élévation. Nommé de- 
puis amiral et procureur général à la 
cour de Rome , il s'acquitta dignement 
des devoirs de ces différentes charges , 
et au moment de son élection c'était 
sur lui une reposait le soin de pourvoir 
à la déiense et à Tapprovisionnement 
de Rhodes. Son magistère fut continuel- 
lement inquiété par la crainte d'une ex- 
S édition des Turcs. Sélim , successeur 
e Bajazel, en 1512, nourrissait, comme 
son père, une haine profonde contre 
les chevaliers de Saint-Jean. Mais ses 
euerres contre la Perse et l'Egypte le 
forcèrent à ajourner l'exécution de ses 
projets contre Rhodes. De son côté, 
l'ordre s'alliait avec le sophi Ismaïl, 
avec le Soudan Toman-Bey, et, sans re- 
tarder leur chute, il fournissait ainsi de 
nouveaux griefs au sultan Sélim. 
Ce ne fut qu'après son retour d'Egypte 

Sue Sélim ordonna l'armement a une 
otte de cent navires destinée à marcher 
contre Rhodes. Ses vizirs, ses généraux 
étaient impatients d'attaquer enfin cette 
dté contre laquelle la valeur des Turcs 
avait toujours échoué. Mais le souvenir 
de l'humiliante retraite de son grand- 



père Mahomet II , inspirait à SAm de 
jostes défiances, et il hésitait à s'aventa- 
rer dans une entreprise où il pouvait 
compromettre sa gloire. « Yons me 
poussez, dit-il un Jour à ses vizirs, à la 
conquête de Rhodes; mais savez-vow 
ce qu'il faut pour cela , et pouvez-voos 
me dire quelles sont vos provisions de 
poudre. » Les vizirs répondirent an snl- 
tan qu'ils avaient des munitions sofifi- 
santes pour un siège de quatre mois. 
« Que faire avec un approvisionnement 
de quatre mois , s'écna Sélim avec ha- 
meur, lorsque le double ne suffirait pas? 
Voulez-vous voir se renouveler à ma 
honte l'échec de Mahomet II ? Je n'en- 
treprendrai point la guerre , et je ne fe- 
rai pas le voyage de Rhodes avec de tels 
préparatifs; d'ailleurs, je crois que je 
n'ai plus de voyage à faire que celui de 
l'autre monde (1). » Cependant il eon- 
tinuait ses préparatifs, tandis que Fa- 
brice Garretti augmentait ses moyens 
de défense. Mais la mort les surprit tons 
deux en 1521 , et la vieille querelle des 
Turcs et des chevaliers de Rhodes de- 
vait» se décider entre leurs succes- 
seurs (2). 

ViLLIBRS DB l'Ile- ADAH, QU4- 
BANTE - DBCXIÈMB GBAIf D MAÎT» 

(1521-1534). — A la mort de Fabrice 
Garretti, trois chevaliers se recomman- 
daient par leur renommée aux suffrage 
du chapitre. Cétiiient André d*Amaral. 
chancelier de l'ordre, grand prieur de 
Castille, Thomas d'Ocray, grand prieur 
d'Angleterre, et enfin le grand prieur de 
France, Philippe Villiers de l'Ile- Adam. 
Mais d'Amaral indisposa le chapitre par 
ses hauteurs et ses prétentions ; il fat 
écarté tout d'abord , et bientôt le choix 
des électeurs se fixa sur la personne de 
l'Ile -Adam, alors absent de Rhodes, 
mais que recommandaient suffîsammert 
son habileté, son courage et ses vertus. 
La nouvelle de cette élection excita li 

(x) De Hammer, Hutoire de tEa^e Oi- 
toman, t. IV, p. 356. 

(a) Le colonel Rottiert a refrouTé le ton* 
beau de ce grand maître dans Téglise Saiot- 
Jean. C'est le seul monument de ce genre qui 
ait été préservé de toute dévastation. VovfX 
Monuments de Rhodes, p. 3oo et Atla<. 
pi. XLI. Le prieuré d'Italie porte une im- 
eription qui atteste qu'il fut rebâti en i5;9 
aous Fabrice Caretti. Ibid., p. Sn^, 



ILE DE RHODES. 



177 



joie de tous lei habitants de l'Ile de 
Ahodes. Seul , d'Amarai en conçut un 
Tîoleot chagrin : il jura de se venger des 
refus de l'ordre , et dans les premiers 
traDsports de sa colère il lui échappa 
de dire que rile-Adam serait le dernier 
grand mettre qui rtoierait à Rhodes. 

Cette sinistre prédiction ne devait être 
que trop tdt réalisée. Villiers de Tlie- 
Adam s'était hâté de prendre con^é de 
François I*' et de gag;ner sa capitale. 
Après une traversée où il faillit périr 
plusieurs fois, par le feu, parla tempête, 
et par les emoûcfaes de Famiral turc 
Kourdoghil,i] arriva à Rhodes, le 19 sep- 
tembre 1521. Cependant Soliman , suc* 
cesseur de Sélim, venait d'inaugurer 
EOD règne, le plus glorieux de la dynas* 
tJeottomane par la conquête de Belgrade, 
devant laquelle Mahomet II avait échoué 
autrefois. Après avoir renversé un des 
remparts de la chrétienté, Soliman ré- 
solut décidément d'attaquer l'autre, 
c*est-à-dire de s'emparer de Rhodes, qui 
tenait en échec la puissance musulmane 
sur mer et en Asie. Jamais les circons- 
tances n'avaient été si favorables à Texé- 
cution d'un pareil projet (1). Charles- 
Quint et François I^ partageaient et 
épuisaient l'Europe par leur rivalité po- 
litique. L'unité religieuse de la chré^ 
tienté venait d'être brisée par l'explosion 
de la réforme luthérienne. Soliman com- 
prenait qu'il pouvait tout oser contre les 
États chrétiens, et qu'il n'avait rien à en 
craindre. U avait pris Belgrade, et il s'é- 
tait ainsi ouvert la Hongrie, que la mino- 
rité de Louis II livrait sans défense à ses 
armes; il hii restait à prendre Rhodes, 
pour dominer dans l'Archipel et assurer 
de libres et faciles communications entre 
Constantinople et les deux provinces ré- 
cemment conqniises par Sélim, la Syrie 
et rÉgy^te. Indépendamment de ces rai- 
sons, quêtaient plus que sufiBsantes pour 
entraîner Soliman, il était encore poussé 
à la guerre par les exhortations de son 
vizir Houstapha, de son grand amiral 
Kourdoghlî, qui échauffaient son ambi- 
tion et son amour de la gloire. Enfin à 
tons ces motife s'ajoutaient aussi les 
communications de deux traîtres, un doc- 
teur juif et le vindicatif André d'Amarai, 

(i) De Hammer, Histoire eU t Empire Oi- 
tmaa, t V, p. a5 i 43. 

W lÀoramn, ( Ilb pe Rhodes. 



qui lui démontraôentropportuiiité d*iuie 
attaque contre Rhodes, en lui représen- 
tant cette place comme mal approvision- 
née et démantelée en plusieurs endroits. 
L'expédition fut donc résolue; mais 
avant de commencer les hostilités, SoU- 
man, pour accomplir la formalité pres- 
crite par le Coran, envoya au grand 
maître une lettre dans laguelle il le som- 
mait de se rendre, et jurait comme à l'or- 
dinaire, par le Créateur du ciel et de la 
terre, par Mahomet, son prophète , par 
les autres cent vingt-quatre mille pro- 
phètes de Dieu, et par les quatre livres 
sacrés envoyés du ciel, gu'il respecterait, 
dans le cas d'une soumission volontaire, 
ta liberté et les biens des chevaliers (1). 
Peu de temps aorès, la capture d'un bri- 

§antiu de Rhoaes par un navire turc 
onnale signal des hostilités. Le 18 juin 
1522 la flotte ottomane^ forte de trois 
cents voiles, sortit du port de Constanti- 
nople et sedirigea surRnodes. Elle portait 
une immense quantité de provisions, et 
elle avait à bord dix mille soldats de ma- 
rine, sous les ordres du vizir Moustapba, 
nommé séraskier de l'expédition. Cepen- 
dant l'armée de terre, commandée par 
Soliman lui-même, et forte de cent mille 
hommes, marchait à travers l'Asie vers 
le golfe de Marmaris (l'ancien Phiscns ). 
Après une traversée heureuse , la flotte 
commença son débarquement dans la 
baie de Farembolus, près de la ville de 
Rhodes, le jour de la Saint-Jean, patron 
de l'ordre dfes Hospitaliers. Un mois se 
passa à débarquer les troupes , les pro- 
visions et rartulerie, à dresser un camp 
et à attendre le sultan, à qui le séraskier 
ne pouvait enlever l'honneur d'ouvrir 
lui-même le siège. Le 28 juillet 1522 
Soliman quittait Marmaris et débarquait 
à Rhodes, au milieu des salves deTartil- 
ierie de siège, composée de plus de cent 
bouches à feu. On y remarquait douze 
énormes canons, dont deux lançaient 
des boulets de onze à douze palmes de 
circonférence (2). On en retrouve encore 

(i) Vcrtol, Hist, des Cheval, de Saint- Jean, 
t. II, p. 456. M. de Hammer regarde cette 
lettre comme la seule authentique. Tout le 
reste de la correspondance entre Soliman et 
Tilliers de Tlle^Adam lui parait supposé. 
Voy. t. V, p. 4x6, not. i5. 

(%) « J'ai moi-même mesuré, dit M. de 

] 1» 



1 



i78 



L'nmvERS. 



q^^taWHtffB 4fQ9 les mw et dan9 rea« 
^fita^ 4^ Ifi forteresse. 

I^e grap4 maitre n'avait pii ^'oppoçer 
9U (|&arqoemeot des Turcs. Aban- 
4QQDé p{ir le9 princes chrétiens, réduit 
9Ul ressources de son ordre, il n'avait 
P4 réunir (|ue quatre mille cinq cents 
fojd^ts etsixeepts chevaliers. Toutefois, 
PQMf ne laisser ancune ressource à Ten- 
a^mi, ii avait fait incendier les villages, 
il avait ^hattutopsles édifices extérieurs 
et reçu 49DS la ville tous les habitants 
diBS campagnes pour les employer à la 
réparatioo des brèches. Les Grecs de 
Rhodes et des Iles s'étaient attachés à la 
domination des chevaliers, et en général 
ilf lenr restèrent fidèles, n^algré les avan- 
ces et les séductions de Soliman (1). 
Quant aux chevaliers, enflammés par le 
fjéyouement , le courage et la piété du 
grand maître, ils se montrèrent tous dis- 
posés à le seconder jusqu'au dernier sou- 
IMr- L'Ue-Adam distribua à différentes 
angues de l'ordre la défense des sept bas- 
tions de la ville. Lui-même se plaça à la 
Porte des f^aingueurs, près de réglise 
49 painte-Marie de la Victoire. Cette 
porte était au nord delà ville, à l'oppo- 
site du port lllandraccio et de celui des. 
Galères; à gauche de cette porte était le 
li^astlon de la langue allemande, puis la 
porle d' Auiboise etle bastion de la langue 
espagnole; à droite, les bastions des 
langues d'Auvergne tt de France. Ces 
quatm bastions défendaient la partie 
nord de la ville. A l'est, où se portaient 
principalement les attaques des assié- 
geants, s'élevait le bastion de la langue 
anglaise. Les murs, au sud de la viUe , 
étaient confiés aux chevaliers de Pro^ 
▼enee et d'Italie ; ceux de la langue por- 
tugaise avaient la défense de Ta porte 
maritime. Guyot de Castellane, vieux 
bailli provençal, eut la garde de la forte 
tour de 8aint-19icolas, avec vingt cheva- 
liers et six cents soldats. De fortes chat- 
ues et la tour Saint-Michel complétaient 
la défense du port. 

Les Ottomans enveloppèrent la ville 
du nord au sud dans l'ordre suivant : à 
Taile droite en face des bastions des lan- 

Hammer, plosieurs de «s boulets pour m'as- 
snrer de Feiactitude de Tassertion des his- 
toriens du temps. » T. y, p. 416, DOt. x8. 
(i) roy, Vertot, U VUJ, t Û, p. 458. 



gues française et allemande était pbeé 
Ayaz-Pacha, béglerbey de Roumélie , tt 
à ses côtés, en face des bastions d*f> 
pagne et d'Auvergne, le troisième vizir, 
Acnrpet-Pacha. Au centre, et parallèle- 
ment au bastion de la langue anglaise, 
se trouvaient le séraskier et le second vi- 
9Jr, Moustapha-Pacha. Le camp du sul- 
tan fut établi devant la position de Mous* 
tapha, sur la colline de Saint-Cômeetde 
Saint-Damien, et près de la chapelle de 
la Vierge d'Élemonitra. Au sud-est delà 
Ville, c'est-à-dire à l'aile gauche de l'ar- 
mée assiégeante, Kasimbeç, béglerbey 
d'Anatolie, devait conduire Tattaque 
contre le bastion de la langue de Pro- 
vence, et plus loin encore, à rextrémite 
de cette même aile gauche, le grand Fizir. 
Piri-Pacha, était opposé aux chevalier! 
d'iuUe. 

Le 1^'^ août le béglerbey de Boiunélie 
ouvrit Id siège en attaquant le poste des 
chevaliers allemands, que commandait 
Christophe de Waldner. Vingt et on q- 
nous foudroyaient le bastion allemand 
et vingt-deux la tour de Saint-Kicolas. 
Quatorze batteries de trois canons cha- 
cune étaient dirigées contre les bastions 
d'Espagne et d'Angleterre, et dis-s^i 
autres semblables contre le bastion dl-j 
talie. Les assi^eants et les assiégés em- 
ployèrent le mois d'août en travaux de 
mines et de contre-mines. Malgré k 
grand nombre de bras dont pouvait dis- 
poser Tennemi, les travaux de la dé- 
fense conservaient l'avantage , grâce à 
l'habileté de l'ingénieur vénitien Gabriel 
Martinengo, que, d'après l'avis do ebe- 
valier deBosio, le grand maître avait ùit 
venir de lUe de Candie. A peine arrive 
à Rhodes, Martinengo s'était enflamme 
au contact de rentnousiasme guemer 
et religieux qui animait les chevaliers, et 
ii s'était enrolé dans cette milice sacrer* 
dont il fut un des plus vaillants défen- 
seurs. La bravoure héroïque du grand 
maître et les talents de Martinengo 
firent échouer toutes les premières ten- 
tatives de l'ennemi. 

Le 4 septembre deux mines renrer- 
sèrent une partie du bastion anglais. 
Plusieurs bataillons de janissaires sélaa- 
cèrent sur la brèche ; et déjà ils cagDaient 
le sommet de la muraille et ils y plaoj 
talent leurs étendards. Mais le grao'i 
mattre accourut l'étendard de la cron 



ILE J^fL AHOPES. 



170 



i^é, j^ l^s forfia à ^ retirer «près 
imej)^ aepnss aedejaxiQUlç hominef . 
Pn sm»4 a^sdiit, ]xYX0 six jours pli)s 
tard par les Turcs, leqr fit éprouver ui)e 
perte auasî forte ; les ds^i^esols n'eq- 
rent que trente homines tués , parmi 
lesquels le gépérsl de Tartillerie ^t |e 
porte drapeau du ^^nd maître. Le 13 
septeoabref à la suite d'ui^e première at- 
taque« les Turcs forcèrent le bastion an- 
glais, sur lequel ils arborèrent cinq ilra- 
peau. Le ODOimandeur Waldne^ les 
mm , et le grand maître acheva leur 
défaite. Quelques jours après le docteur 
juif qui trahissait Tordre et corresj)on- 
dait avec le camp ottoman , surpris au 
moment où il allait lancer à Temiemi 
uoe lettjre au rooyw d'une flèche, fut 
écartelé. 

Jusque là il n'y avait eu que des as- 
sauts partiels; fn^is le 34 septembre on 
annonça une attaque générale sur toute 
ia ligne des fortifications. Depuis midi 
^jsqu'à minuît, des hérauts parcouru- 
rent le camp eu criant : « Demain il y 
aura assaut; la pierre et le territoire 
sont au Padiscbah, le sani^ et les bieos 
des habitants sont le butin des vain- 
queurs. » Au point 4u jour le§ Ottomans 
se pojitèrent au nord; à Vest et au sud 
de la ville ; cependant leurs efforts se 
concentrèrent surtout contre les bas- 
tions des langues anglaise et espagnole ; 
Taga des janissaires parvint même à 
surprendre ce dernier bastion et à y 
planter son drapeau. Mais ce triomphe 
ue fut que de courte durée : le grand 
maître qui avait déjà repoussé Vattaque 
du bastion anglais, engagea avec les 
janissaires un combat acharné. Les 
Turcs furent repoussés de toutes parts, 
laissant quinze mille des leurs sur la 
brèche et dans les fossés. Dans cet as- 
mt, le plus terrible de tous ceux qui se 
Tèrent pendant le cours du siège, toute 
population de l'île seconda bravement 
valeur des chevaliers. Les femmes 
les-mémes prirent une [>art glorieuse 
ni sucoès(|e cette sanglantejournée. Sans 
reffrayer ^es cris, d^ tumulte et du car- 
)ge, elles portaient les unes des mupi- 
ms et des rafraîchissements aux guer- 
îrs qui combattaient sans relâche, les 
itres de la terre pour en remplir les 
'èche3* et des piçrre^ pour les jeter sur 
~ assaillants. 



Is sultfio, irrité <iu mauvfùs succès de 
cette entreprise, s'en prit a|i béglerbey de 

Siouméliet Aya^-Pacba. U tedéposa,etle 
t emprisonner; mais il le rendit à la 
liberté et à ^ {onctions 4ès le lende- 
main (|). Il songeait, dit-ûQ, à lever le 
siège, lorsqif'uii transfuge, envoyé peut- 
être par d'Amaral, vint lui faire sur la 
situation déplorable delà ville des révé- 
latîQQS qui dét^rnûflèrent Soliman à 
persévérer. Le 12 octobre, à la pointe du 
jour, Achmet-Pacbdi qui 9vait remplacé 
Moustapha dans la direction du sié^^, 
tenta de surprendre le bastion anglais; 
les remparts étaient d^à au pouvoir des 
Turcs, lorsque Ta^a des Janissaires 6tf 
blessé et ses soUlaU forces de battre ea 
retraite. Vers la (in du même mois, un 
nouvel assaut fut tenté contre les bas* 
tions d'Italie et de Provence, d*où les 
assiégeants furent repoussés après un 
combat meurtrier. Cependant' Marti- 
nengoavait été gravement blessé, et pen* 
dant les trente-quatre jours que dura sa 
maladie rile-Adam veilla seul à toutes 
les opérations de la défense, ne prenant 
plus de repos qu'entièrement armé , et 

f)araissant devenu, ainsi que ses cheva- 
iers, insensible à la fatigue comme aux 
dangers. 

Sur ces entrefaites la trahison de d' A- 
marai fut découverte- Son domestique 
Biaise Dtez, fut surpris en communica- 
tion avec Tennemi. On le mit à la ques- 
tion, et il révéla toutes les intelligeoces 
de son maître avec les Turcs. Un prêtre 

Srec, chapelain de Tordre, confirma sa 
éposition. D*Amaral, confronté avec 
ses deux accusateurs, nia tous les faits 
qui lui étaient imputés, et la torture ne 
lui arracha aucun aveu. Mais la convic- 
tion des juges résista à toutes §es déné- 
gations, et d'Amaral fiit oondammé à 
mort avec son valet. Avant l'exécution , 
il fut dégradé dans Féglise de Saint- 
Jean, en présence de tout Tordre assem- 

(i) Voir le Journal de t expédition de So- 
itntan contre Vite de Rhodes, dans Hamm^, 
t. y, p. 421. Cette arrestution , ajoute I*hi»- 
torien, a donné naiaiance à la fable que Bour- 
bon, et d'après lui Bosio, Tertot, Knolles, 
Méieray , Sagredo , Mignot et Alix ont rap- 
portée an sujet de Moustafa-Pacha qae le sih- 
tan aurait fait mourir à coups de flèches. De 
Hammer, l, V, not. ai. 

12. 



180 



L'UNIVERS. 



blé : conduit ensuite sur la grande place 
de Tordre, il y subit la mort avec fermeté. 
Bourbon, Fontanus, tous les historiens 
de Tordre, ont flétri la mémoire du 
grand chancelier d'Amaral. Cependant 
Vertot remarque qu'on ne l'aurait pas 
traité si rigoureusement, si quand il s'agit 
du satut public le seul soupçon n'était 
I>as pour ainsi dire un crime que la po- 
litique ne pardonne guère (1). (80 oc- 
tobre 1522. ) 

La nlus grande partie du mois de 
novembre se passa en travaux et en en- 
gagements partiels , qui igoutaient tou- 
jours à la faiblesse des chevaliers et aux 
progrès des Turcs. Le 23 novembre un 
jiouvel assaut donné au bastion d'Italie 
ooûta aux Ottomans cinq cents hommes 
sans aucun résultat. Le 30, jour deSaint- 
André, les bastions d'Espagne et d'Ita- 
lie furent impétueusement assaillis par 
les Ottomans. Les chevaliers, exténués 
de fatigue, plièrent d'abord, et l'ennemi 
se répandait dans les retranchements. 
Jamais Rhodes ne s'était vue si près de 
succomber. A l'instant toutes les clo- 
ches sonnent l'alarme, de tous côtés on 
voit accourir chevaliers , bourgeois , 
paysans : les Turcs sont arrêtés; la brè- 
che est reconquise; la pluie qui tombe 
par torrents entraîne les ouvrages des 
Musulmans. Ils'se dispersent tous en lais- 
sant trois mille des leurs sur le champ 
de bataille. 

Cette nouvelle perte détermina le sé- 
raskier à ne plus tenter d'attaques ou* 
vertes et à se réduire aux tranchées et 
aux mines. Le siège avait coûté à Soli- 
inan environ cent mille hommes, dont la 
moitié avait péri les armes à la main , 
l'autre moitié par suite de maladies. Mal- 
gré ces pertes immenses, l'armée du sul- 
tan se trouvait toujours recrutée, tandis 
que chaque jour la mort faisait dans les 
rangs des défenseurs de l'ordre des vides 
irréparables. Aussi Soliman, sachantles 
chevaliers réduits à la dernière extré- 
mité, et croyant leur courage abattu, fit 
proposer le 10 décembre une entrevueau 
grand maître, et offrit une capitulation 
honorable, sous la condition de rendre la 
ville dans le délai de trois iours. La red- 
dition de la place avait déjà été résolue 
dans le chapitre des grands -croix de 

(i) Verlol, HtsL de t Ordre, clc, c. II, 5o3. 



l'ordre, et dans celui où chaque langue 
était réprésentée par deux chevaliers. 
Cependant cette résolution, blâmée vive- 
ment par les plus intrépides , fut révo- 
quée, et l'on fit demander à Soliman un 
délai plus long que celui qu'il proposait. 
Pour toute réponse Soliman ordonna à 
ses généraux de recommencer le siège 
(18 décembre). Mais il avait réussi par 
des négociations à jeter la division dans 
la ville ; les populations grecques , fati- 
guées du siése, effrayées des menaces 
des Turcs , s^uites par l'espoir d'une 
capitulation, se détachent des chevaliers , 
qui, réduits à eux-mêmes, sans munitions 
et presque sans vivres, se vûrent enfin 
dans l'impossibilité de prolonger plus 
longtemps leur r^tstance. D'abord Vil- 
liers de risle-Adam, ne pouvant se rési- 
gner à l'aveu de sa défaite, osa encore 
garder une attitude supérieure à sa for- 
tune. Il envoya au séraskier l'écrit par 
lequel Bajazet II avait jadis garanti au 
grand maître Pierre d'Aubusson la libnf 
possession de Rhodes, en son nom et en 
celui de ses descendants. Dès quMI vit 
cette pièce entre ses mains, Achmet-Pa- 
cha la déchira et la foula aux pieds, et il 
ré[)ondit au grand maître une lettre 
pleine de grossières injures. Bientôt 
Villiers de rIsle-Adam, réduit à la der- 
nière extrémité, se vit contraint à chan- 
ger de langage, et il députa à Soliman 
un chevalier et deux bourgeois de la 
ville pour négocier la reddition de Rho- 
des ( 22 décembre ). La capitulation fut 
aussi honorable que pouvaient l'espérer 
des vaincus. Elle portait que les églises 
ne seraient point profanées, que l'exer- 
cice de la religion chrétienne serait libre. 
Que le [)euple serait exempt d'impôts pea- 
oant cinq ans, que tous ceux qui vou- 
draient sortir oe l'île en auraient b 
permission, que les chevaliers pourraient 
se retirer avec tout ce qui leur apparte- 
nait en meubles, en armes, reliques et 
vases sacrés; que tous les forts de Rhodes 
et des autres Iles qui apoartenailsnt à ia 
religion et le château ue Saint-Pierre 
seraient remis auxTurcs ; querarmée ot- 
tomane s'éloignerait de quelques railles; 
que l'a^a et quatre mille janissaires 
viendraient seuls prendre possession de 
la place; enfin que l'ordre donnerait 
comme otages vingt-dnq chevaliers et 
vingt-cinq des principaux bourgeois. 



I 



ILE DE RHODES. 



181 



A peine eette capitulation eut-elle été 
signa de part et d*autre, qu'elle fut 
violée dans ses danses principales. Le 
einguième jour après la signature, c'est- 
à-dire le 25 décembre 1522, les janis- 
saires échappèrent à leurs chefs, et s'ap- 
prochèrent de la ville sans autres armes 
que des bâtons. Ils forcèrent une des 
portes , pillèrent les maisons des prin- 
cipaux habitants , et commirent toutes 
sortes d'excès. Leur fureur se déchaîna 
surtout contre Féglise Saint- Jean; ils 
raclèrent les peintures à fresque repré- 
sentant les saints, brisèrent les statues, 
ouvrirent les tombeaux des grands 
maîtres, renversèrent les autels, traînè- 
rent les crucifix dans la boue, et mirent 
au pillage les ornements sacrés. Du 
haut du clocher de l'église Saint- Jean on 
appela les croyants à la prière. C'était 
dans la matinée du jour de Noël ques'ac- 
<t)mplissait le pillage, au moment même 
où le pape Adrien d'Utrecht célébrait 
le service divin dans l'église de Saint- 
Pierre ; pendant l'office, une pierre, se 
(détachant de la corniche, vint tomber à 
ses pieds, circonstance qui fut regardée 
comme le présaee de la chute du pre- 
mier boulevard de la chrétienté (1). 

Le lendemain, le 7 du mois de safer, 
26 décembre, Villiers de risle-Adam, in- 
formé que le sultan désirait le voir, se 
rendit, malgré sa répugnance^ à cette 
entrevue. Il vint au camp ottoman , ac- 
compagné seulement de quelques cheva- 
liers. « Comme c'était un jour de di- 
van, il resta longtemps devant la tente 
de son vainqueur, exposé à la neige et à 
la pluie, en attendant le moment d'être 
introduit. Enfin le grand maître, après 
avoir été revêtu d'un kaftan d'honneur, 
fut conduit en présence de Soûl éi m an. 
Ces deux princes, qui étaient arrivés en- 
semble au pouvoir deux ans auparavant, 
et qui se trouvaient maintenant face à 
face dans des positions si diverses, gar- 
dèrent lon^mps le silence et s'exami- 
nèrent réciproquement. Enfin le sultan, 
firenaotla parole, s'efforça de consoler 
e grand maître de sa défaite en lui re- 
présentant que c'était le sort des princes 
de perdre des villes et des royaumes, et 
lui renouvela l'assurance d'une libre re- 



traite. Deux jours après Souléiman, étant 
allé voir le bastion d'Espagne et la tour 
de Saint-Nicolas, voulut visiter égale- 
ment Rhodes et le palais du grand maître 
avant de retourner à son camp. Accom- 
pagné seulement d'Achmet - Pacha et 
d'un jeune esclave, il se rendit au ré- 
fectoire des chevaliers, et demanda Vil- 
liers de risle-Adam. Achmet-Paeha fai- 
sant fonction d'interprète et traduisant 
les paroles du sultan en grec, assura de 
nouveau au grand maître que la capitu- 
lation serait de tous points strictement 
exécutée, et lui offrit un terme plus long 
pour l'évacuation de Rhodes. Le grand 
maître remercia lesultan, et sebornaà lui 
demander de rester fidèle aux clauses du 
traité. Le 1®*" janvier 1523, le grand 
maître, avant de s'éloigner, vint baiser la 
main du sultan, et lui offrit quatre vases 
d'or. « Ce n'est pas sans en être peiné 
moi-même, dit Souléiman à son tavori 
Ibrahim, que je force ce chrétien à 
abandonner dans sa vieillesse sa maison 
et ses biens (1), » Après cette dernière 
entrevue le grand maître et les débris 
de l'ordre quittèrent pour toujours l'Ile 
de Rhodes, où les chevaliers de Saint- 
Jean-de- Jérusalem régnaient avec tant 
de gloire depuis près de deux cent vingt 
ans. Plus de quatre mille habitants de 
l'île les accompagnèrent dans leur re- 
traite, et l'escadre se composait de cin- 
quante bâtiments. Leur retour en Eu- 
rope fut désastreux : battus par de vio- 
lentes tempêtes, décimés par des maladies 
après avoir successivement relâché à 
Candie, à Gallipoli, à Messine , ce ne 
fut que six mois après qu'ils abordèrent 
à Civita-Vecchia, le port principal des 
États de l'Église. Au mois de janvier 
1524, Villiers de l'Isle-Adam vint se 
fixer àViterbe, que Clément Vil, suc- 
cesseur d'Adrien IV , lui assigna pour 
résidence provisoire. Enfin en 1530 
Charles-Quint conclut avec le conseil de 
l'ordre le traité de Castel-Franco , par le- 
quel il cédait aux chevaliers Malte, Goz- 
zo et Tripoli. Rendu ainsi à sa destina- 
tion, l'ordre de Saint- Jean prit posses- 
sion de l'île de Malte au mois d'octobre 
1530. Il recommença dans ce nouveau 
poste sa lutte héroïque avec l'islamisme, 



(i)T^'HvsLmeT, HUt, des Ottomans^ t. Y ^ (i) De Hammer, H ht. des Ottomans, 
P. 39. t. V, p. 4o. 



182 



L'tAlTEftS. 



qu*il ne cessa Je combattre qu'après que 
cet ennemi eut cessé lui-môme d'être 
redoutable à la chrétienté. 

Cependant Soliman, après le départ 
de Tordre, acheva la conquête du petit 
empire maritime dont il avait emporté 
la capitale. Les îles qui dépendaient de 
Rhodes furent entraînées par sa chute. 
Leros, Cos , Calymna , Nisyros, Télos, 
Chaice, Limonia et Svmê furent oc- 
cupées par des postes d*Ottomans. Les 
femmes grecques de Syme, qui par leur 
habileté a plonger, avaient rendu de 
grands services aux Turcs pendant le 
siège , obtinrent du sultan le privilège 
de porter un turban d'étoffe olanche. 
Le fort de Ëoudroun, bâti sur les ruines 
de Tancienne Ualicarnasse, ouvrit aussi 
ses portes , et compléta le nombre des 
dix conquêtes de Soliman. Quant à ce 
prince , il avait quitté Rhodes peu de 
jours après le grand maître. 11 s'était 
embarqué un vendredi, après avoir as- 
sistée fa prière publique dans Féglise de 
Saint-Jean, et avoir donné les ordres né- 
cessaires à la reconstruction immédiate 
des fortiûcations de Rhodes. Un mois 
après le vainqueur célébrait son entrée 
triomphale à Constantinople. 

État db l'Île de Rhodes après 
LA GOiNQUETE DES TuECs. — Quand 
Soliman eut réuni l'île de Rhodes à son 
empire, il prit toutes les mesures né- 
cessaires pour assurer la conservation 
de cette importante conquête. Des négo- 
ciations s'étaient engagées entre Charles- 
Quint et le grand maître pour replacer 
Rhodes sous le gouvernement de la re- 
ligion (1). Mais il était encore plus diffi- 
GîTe de recx)uvrer cette île qu'il ne l'avait 
été de la défendre ; et l'on ne put rien 
tenter de sérieux pour sa délivrance. 
Rhodes re^ta donc et reste encore sous 
k domination des Turcs; le croissant y 
rempla^ l'étendard de la croix ; la t)ar- 
barie musulmane y succéda à la civilisa- 
tion chrétienne , et depuis trois siècles 
elle en efface les vestiges et elle en dé- 
truit les œuvres. A partir de cette époque 
Rhodes n'a plus d'existence individuelle^ 
plus d'activité politique; son histoire 
est terminée, et il ne nous reste plus qu'à 
montrer à quel degré de décadence el! 
d'abaissement elle est tombée, ainsi que 

(i) Goronelii, Isola di Rodi, p. ai6. 



presque toutes les lies mii oifféKéOftiftie 
elle frappées du même fléau. 

Rhodes fut placée, comme todte$ les 
autres provinces dé Tempire ottoman, 
sous le gouvernement d'un paclia , f\\\\ 
avait une dutorité absolue. Un canti était 
chargé de l'admîtiistration de la Justice; 
un muphti y dirigeait le sèfviée reli- 

Î^îeux. Tous l'es Latins furent expulsés de 
'île. Les Grecs et les juifs, auxquels les 
Turcs permirent la résidence, étaient 
placés soùs l'autorité d'un chef appelé 
Mouteveli , qui percevait le haracn ou 
capitation , tribut imposé par les vain- 
queurs, et qui jugeait leurs différends. 
Les troupes qui formaient la garnison de 
la place étaient commandées par un A^p. 
ff Tels sont, dit Savary, les principaux 
ofBciers de l'île ; ils semblent tous cons- 
pirer sa ruine (1) ». Et le tableau qui! 
trace de l'état de l'île à la fin du dix-buf- 
tième siècle montre que cette ruine était 
déjà consommée. 

Toutefois, cette décadence des pro- 
vinces de l'empire ottoman ne se fit pas 
immédiatement sentir. Au seizième et 
pendant la plus grande partie du dix- 
septième siècle, cette puissance eonserra 
encore l'apparence d'nne grande pros- 
périté. Sans doute , elle contenait dans 
son sein les germes de sa destruction 
future; mais us n*avaient point encore 
fait les effroyables ravages que nous 
constatons de nos jours. La situation de 
Rhodes, autant que nous permet de 
l'apprécier la pénurie des documents his- 
toriques (2), reste encore quelque temps 

(i) Savary, Lettres sur la Grèce ^ p. So. 

(ru) Depuis le temps des Turcs File df 
Khodes a été irès-peu connue. Les Turcs ont 
toujours surveillé avec soin cette conquête, qni 
leur avait coûté si cher. Le colonel Rollien 
n*a pu la parcourir entièrement. An dix-sef- 
tième siède, Thévenot disait : « Nous deaieu- 
rames dans le port de Rhodes treixe juiin, 
pendaut lesquels je considérois cette place 
autant que je pus , n'osant pourtant pas y 
rien regarder trop atteutivement ; car aussi- 
tôt que je m*arresiois les Turcs me regar* 
doieut , et en même temps un gentilbomoH: 
cbiot , avec qui j'estois , me pous&oil » pour 
me retirer de mon atteution, qui me pou^oii ■ 
être dommageable, prioci paiement en ce 
temps-là , auquel on craignoit par toutes les 
ites de la Turquie que les Téàltiais a'v 
fissent descente, v Relation d'un voyage f^t 



ILE bt kUODES. 183 

assez satisfaiàahte. « Après la conquête truire la prospérité de cette fie éderfî^ 

les Turcs, toujours soutenus par Fesprit et vivace. 11 fallait que la décadence ait 

fanatique et guerrier qui fit longtemps commencé depuis longtemps , que déjà 

leur force , utilisèrent les belles forêts toutes les sources du commerce, de 

de chênes et de pins qui couvraient les Tagriculture et de Tindust^re aient été 

montagnes de nie. Des galères cons- entièrement taries , pour qu'à la fin du 

truites à Rhodes allèrent grossir les dix-huitième siècle un voyageur ait pu 

flottes musulmanes, ou sortirent en constater à Rhodes une depo(>ùl£rtion et 

course contre les chrétiens. La popula- une misère dont le tableau stfivaiït don- 

tîon grecque elle-même profita d'abord nera Tidée. 

des ressources immenses qu'offrait l'ex- L'Ile de Rhodes , dit Savary (1), con- 

ploitation de ce prodigieux empire, alors tient deux villes ; la capitale et l'ancienne 

dans toute sa splendeur. Dociles à leur Lîndos. La première est habitée pat des 

génie national , qui depuis ne s'est pas Turcs et un petit nombre de juifs. Elle 

démenti, les Grecs devinrent les facteurs a de plus cinq villages occupés par des 

de TAsie, des villes de Syrie et de TÉ- musulmans, cinq bourgs et quaratite et 

cvpte; leurs petits bâtiments couvrirent un villages occupés par des Grecs. Oh 

Tarchipel, et en même temps que se com- y compte en tout 7,500 familles, aif^si ré- 

blaient le Pirée et les autres ports de la parties : 

Grèce soumise, les sacolèves arrivaient ^^ Turcs 4.700 familles. 

en foule a Rhodes , qui devint comme i^^ Grecs 2,6oo « 

l'entrepôt des différentes échelles du Le- Les juifs. '.'.'... . 'aoo >» 

vant. En dehors de cette navigation gé- TôôÔ 

nérale, qui procurait de grands bénéfices ' 

aux armateurs, les principales exporta- En supposant cintf personnes pflf fa- 

tions de Rhodes consistaient dès lors mille, c'est nne population de 37,500 ha- 

envins du pays, en bois de construction, bitanls. Le tableau des revenus <te Ttle 

I^ oranges , les citrons , lel figues , les est en rapport avec le nombre et Ifl patf- 

aniandes , tous ces fruits que l'antiquité vreté des habitants. 

allait chercher à Rhodes, et qui y sont «t^i./-^.. w^* «...,.«... ^- iv/. ^ «i j 

toujours renommés, étaient expédiés à ^^^^'^" ^^* '^*'''»^ ^« ' ^'^ ^« ^''^^• 

Smyrne, à Beyrouth, partout où af- ^^^^^^ ^f. c«*"acli on capICa- 

fîua'ient les Vénitiens. De riches Turcs, ^ T '^ ' ' ' \' ' x\' *2»*^ \ . 

des pachas exilés affermaient leurs " ^^!f **"* *"' ^ '^^' 23 05o * 

terres aux cultivateurs grecs , qui ven- _ de diûane. '. !'.;!:; a^boo 1 * 

daienl a la ville lesgrams que leurs com- — sur les maisons 6,i5o f *• 

paU'iotes savaient diriger vers les con- — sur la fibrine de la cire! '. io'soof'S 

Iréesoù la disette se faisait sentir (1). » — surlebëlaif ^ . sool 3 

Malgré toute son activité et ses heu- — «»« portes. . . ..... 200/45 

reoses dispositions pour le commerce , ~" '"^ ^ *®'*™* ^*» ***'***• • ^'J^ I g 

la forte race des Grecs de Rhodes ne Z ÎÎJÎ L vianoblis rn^lî 

pot tenir longtemps contre la désastreuse Nouveau droit sur la léle de fi 

influence du despotisme musulman. Les chaque Grec et juif. . . 900 ''* 

aTanies, les exactions, les corvées, tous q,, ^,: ' / 

les excès de la fiscalité brutale des pa- ^'^^^ 

chas turcs durent promptement dégra- Voilà donc 90,000 piastres que Tlle pro- 

der cette population industrieuse , et dé- duit au grand seigneur. Il faut retrancher 

de cette somme celle de 55,500 piastres, 

«iUfant. inn^-Pari.. i664.p.ai4.Eni8a5 qui sont employées à payer les gardiens 

fe colonel Rotiim écrivait ceci : « Je ne 5« la ville, des Villages, les inspecteurs 

toulais pat quiuer Rhodes tans faire une ^^ "**"* ^e *? campagne, i entretien 

•txcursiou dans l'île ; mais on m'en détourna, ^^ mosijuées , le pain et la S0ll|^ qiie le 

rassurant qu'il y allait peut-être de ma vie. » sultan fait distribuer aux pauvres. Ainsi , 

iion, de Ritodes , p. 3So. il n'entre réellement dans ses coffres que 

(0 GoUu , Revue deé Deux Mondes , 1844 , 

P- 833. (i) Lettres sur la Grèce , f. *r. 



184 



L'UNIVERS, 



84,600 piastres. En somme, cette^nde 
tie produisait moins au grand seigneur 
qu'un domaine médiocre en France ne 
rapporte à son propriétaire. 

£tàt actuel db Rhodes. — De 
nos jours, les événements politiques 

aui ont rendu à la liberté une partie 
e Tancien monde grec ont encore con- 
tribué à augmenter la misère et à aggraver 
Fassujettissement de Tlle de Rhodes. 
« En 1832 (1), peu de temps après Tin- 
surrection de la Grèce, Tlle de Rhodes 
avait pour gouverneur Toussouf -Bey . De- 
puis dix ans, les musulmans et les 
Grecs vivaient tranquilles sous son ad- 
ministration. La révolution qui venait 
d'éclater troubla cette harmonie , et les 
Turcs de Rhodes ne tardèrent pas à in- 
tenter de nombreuses accusations contre 
les Grecs, soupçonnés par eux de prendre 
part à la révolte ae leurs coreligionnaires. 
Ces imputations n'étaient qu'un pré- 
texte. Le nombre des Grecs, oien supé- 
rieur à celui des Turcs dans l'île , leurs 
travaux, une certaine aisance qu'ils 
avaient acquise , tout excitait la cupidité 
de leurs ennemis (2). Le sage Youssouf 
le comprit, et ne voulut pas servir d'ins- 
trument à des persécutions iniques. » 

Irrités de la résistance du gouver- 
neur, les musulmans formèrent un com- 
plot contre lui-même. Il fut dénoncé à 
Constantinople comme traître envers son 
souverain, infldèle à sa religion , et pro- 
tecteur exagéré des rayas. Il n'en fallut 
pas davantage pour que le rappel du bey 
fût décidé. Fort de sa conscience et de 
son caractère, Youssouf se rendit au 



divan , v exj^liqua sa conduite ; et , loin 
de marcher a réchafaud, comme s'y at- 
tendaient ses accusateurs , il acquit l'es- 
time du sultan, qui l'éleva à la dignité de 
I>acha et lui confia le gouvernement de 
Scio. 
La Porte envoya à Rhodes pour lui 

(r)'Rottiers, Monum, de Rhodes,^. 69. 

(3) Ces renseignemeDts ne s'accordent pas 
tout à fait a?ec ceux que donne Savary. Mais 
la situation de Tile avait pu changer dans 
rîQtervalle de son voyage et de celui du co- 
lonel Rottiers. La pénurie des documents me 
met dans rimpossibilité de critiquer ces 
assertions contradictoires. Ceci , du reste, est 
une histoire toute nouvelle, et qui pourra être 
mieux connue plus tard. 



succéder Mébémed-Sdiukur*Bey, vieil- 
lard de soixante ans , Grec , Maniote de 
naissance, et frère de Plétro-Bey. Sdio- 
kur-Rey avait été esclave ; ses talents et 
ses vices l'avaient tiré de l'obscurité ; il se 
distingua comme marin. Tour à tour en 
faveur ou en disgrâce, il avait mené une 
vie aventureuse, pendant laquelle il avait 
acquis et dissipé une fortune considé- 
rable. L'île de Rhodes , relevée par l'ad- 
ministration de Youssouf, était redevenue 
assez prospère ; c'était une riche proie 
pour un gouverneur ruiné. Schukur-Ber 
ne songea gu'à refaire sa fortune déla^ 
brée; et son msatiable cupidité se fît sentir 
également aux Grecs et aux Turcs. Aux 
Grecs, dit M. Rottiers, qui visita Pile 
sous ce gouverneur, il reprochait leur 
esprit séditieux , et il leur attribuait de 
prétendus projets de conspiration. A\i\ 
Turcs il annonçait que les circonstances 
étaient difficiles, et ôu'il fallait de fortes 
contributions et dénormes sacrifices 
pour soutenir la guerre contre les ravâs 
révoltés. En vain ces derniers se plai- 
gnaient d'être mis sur le même rang que 
les Grecs; la seule satisfaction quïh 
obtinrent fut de voir ceux-ci sans cesse 
vexés pour le plus léger prétexte, et punis 
de mort au moindre soupçon de complot. 
Dans la ville de Rhodes, dans les villages 
les moins peuplés Schukur-Bey avnit 
répandu des agens secrets , presque tous 
juifs, dont le perpétuel espionnage l'ins- 
truisait des actions de tous les particu- 
liers , des secrets de toutes les ramilles. 
Turcs et Grecs , tous tremblaient éni- 
lement devant la menace de leurs redou- 
tables délations; et celte tyrannie, mo- 
tivée, protégée par les circonstances, fit 
évanouir pour toujours les dernières 
chances que les Rhodiens avaient eues 
de reconquérir une certaine prospérité. 
Rhodes retomba plus épuisée que ja- 
mais; et quelque temps après (1830) un 
voyageur français recueillait ce rensei- 
gnement, qui dispense de tout autre, 
n Dans les lieux les plus renommés pour 
leur fertilité il ne reste plus que le sol; et 
ce qui montre jusqu'où va la décadence 
de toutes choses, le dénombrement qu'on 
vient de faire par ordre de la Porte ne 
donne pour toute l'île que seize mille 
habitants (1). » 

(i ) Micbaud et Ponjoulaty Correspondimct 



ILE DE RHODES. 



185 



Enfin te dernier témam de la misère 
et de la décadence de File de Rhodes, 
un officier de notre roarioe militaire, 
M. Cottii, nous en retrace aiusi le la- 
mentable tableau dans un intéressant 
article inséré dans la Revue des Deux- 
Mondes^ en 1844. « On ne saurait, dit-il, 
établir par des cbif&es le résultat d'un 
eommerce qui ne se révèle nuUe part. 
Le port militaire est désert, les vagues 
viennent mourir le long des grèves sur 
lesquelles il ne reste plus de vestiges 
d*ateliers; les sables arides s'étendent au 
pied des remparts; quelques barques de 
pécheurs halees sur la plage , leurs filets 
étendus au soleil , des matelots couchés 
à Tombre des bordages, un silence éter- 
nel, ce silence de mort qui pèse sur toute 
la Turquie : tel est l'aspect de ce lieu si 
animé autrefois, et qui retentirait bientôt 
des cris des marins si un gouvernement 
intelligent pouvait mettre à profit les 
éléments de prospérité de ce beau pays. 

« S'il n'y a rien à dire du commerce 
actuel de Rhodes, on ne peut méconnaître 
du moins les ressources que présente 
cette terre fertile, dont les moissons, au- 
trefois si abondantes , ne suffisent plus 
à nourrir vingt-cinq mille habitants. Les 
productions les plus importantes sont 
les vins. Quoique justement estimés , ils 
ne donnent cependant pas lieu à des ex- 
portations considérables. Les vins du Le- 
vant sont doux ou capiteux , et ne peu- 
ventservir à l'usage ordinaire des Francs; 
celai de Rhodes seul, mitigé avec de 
leau comme ceux de France, remplace- 
rait avantageusement, surtout par le 
prix , les vins d'Europe. La vigne croît 
sans efforts et n'exige qu'un léçer tra- 
vail; mais si elle était mieux cultivée , et 
si les principes les plus simples de la fa- 
brication étaient connus des ignorants 
vendangeurs, Rhodes fournirait des 
vins précieux, aussi recherchés que ses 
fruits savoureux, qui en ce moment sont 
à peu près les seuls produits envoyés par 
rile sur les côtes voisines. 

• De temps en temps arrive un navire 
qui vient chercher des bois de construc< 
tion pour l'arsenal de Constantinople. 
Alors le gouverneur loue des Grecs, qui 
vont abattre sans choix dans l'intérieur 

iOrtent, t. IV , p. 25, d'après les indications 
de M. Juliani, consul d'Autriche à Rhodes. 



des arbres encore debout; et comme 
personne ne surveille les ouvriers, ils 
ravagent les collines charmantes, dont 
les chênes et les sapins auraient une va- 
leur incalculable pour les petites ma- 
rines des Sporades et des Cycjades, où le 
sol est complètement déboisé. 

« L'île est remplie d'oliviers, d*arbres 
à mastic et à térébenthine; ses vallées 
profondes , les versants des montagnes , 
sont couverts de ces arbustes que l'ab- 
sence du maître ou sa pauvreté empê- 
che de soigner. Quelques Grecs possè- 
dent de grossiers pressoirs, où ils jettent 
pèle-méle les olives bonnes et flétries , 
qu'ils pillent, comme les oiseaux, dans 
les champs abandonnés. L'huile épaisse 
est consommée par les habitants, et ne 
sort guère de Rhodes. Toutes les îles , 
toutes les rives d'Orient possèdent ainsi 
des forêts d'oliviers, qui croissent et 
meurent au hasard dans les campagnes 
dépeuplées. Le mastic sert principale- 
ment a parfumer une liqueur fort agréa- 
ble, à laquelle onfdonne son nom, et que 
les Grecs et les juifs livrent aux Turcs. 

<i En résume, les exportations de 
Rhodes consistent en bois de construc- 
tion, en fruits secs, en olives, en éponges 
fort belles, qui se trouvent aux abords de 
nie. Les importations se réduisent aux 
grains nécessaires à la population , qui 
ne sait pas tirer de son territoire le blé 
et le maïs , qui pourraient y venir avec 
facilité. Une trentaine de barques suf- 
fisent à ce commerce : les Grecs seuls 
naviguent; ils vont et viennent, partent 
avec quelques caisses, et rapportent un 
chétiff chargement de grains; mais ces 
bateaux, qui partent tristement du port 
et qui reviennent s'échouer sur les sables, 
ne peuvent s'appeler une marine. Ces 
échanges niiséraoles, faits par des mate- 
lots voleurs, ne sauraient usurner le nom 
d'opérations commerciales. Il ne reste 
rien à Rhodes de la puissance de l'île for- 
tunée qui avec ses galères résistait aux suc- 
cesseurs d'Alexandre et aux barbares ; 
il n'y a plus de traces de cette prospérité 
de deux siècles qui s'abritait sous le fier 
étendard de la croix. L'île n'est mainte- 
nant qu'une savane magnifique, où la 
nature verse en liberté tous les trésors 
d'une sauvage véjgétation, que l'homme 
ne vient jamais ni diriger ni contraindre. 
Dans le pâle fanal qui veille pendant la 



ià6 



tItïWVÉlis. 



nuîi saie la tôOf iéé Atabéà , leà ûstvi^si- 
teur^ ne voiè'ni aujourd'hui qu'un point 
oe reconnaissance pour éviter cette terre, 
où depuis longtemps ne serment que 
des fleurs inutiles. Cependant les ba- 
teaux à vapeur autrichiens gui vont de 
Smyrnaà Beyrouth font maintenant es- 
cale à nhodes^ et plusieurs navires mar- 
chands viennent f purger leur guaran- 
taine avani çie se renclre dans le Nord. 
Peut-éffë cette nouvelle navigation don- 
nera-t-elle pluâ de mouvement à Ttle , 
peut-être les passagers , les voyageurs 
des p2i()uebotâ, les capitaines de i)âti- 
meif , troùveront-fls à vendre et à ache- 
ter aans cepori sitencieux. Il faut Feâ- 
pérer ; maïs une secousse violente peut 
seule tirer cette île de la léthargie pro- 
fonde où elle est plongée comme Fem- 
piretout entier (0- » 

RÉ0EGÀNI$AT10N DE L*ÀDMINIS- 
TEÂTION EN TUBQUIÈ ; IDÉE GÉNÉRALE 

DU TANZiMÀt. — Mieux qu'une se- 
cousse violente , ùnè réforme adminis- 
trative sagement conçue et éner^aue- 
ment appliquée pourrait rendre a illè 
de Rhooes, comme aux autres provinces 
de Tempire ottoman, quelque chose 
de leur ancienne prospérité. C'est dans 
cette espérance, et .avec le loUable désir 
d'améliorer la condition de ses sujets et 
de rétablir un Etat qui s'en allait en di^ 
solution, que le gouvernement de \A 
Porte travaille depuis le commencement 
de ce siècle à donner à la Turquie une 
unité politique et administrative orga- 
nisée sur le modèle des grandes nations 
de l'Europe occidentale. J'ai déjà parlé, 
à proDOS de nie de Chypre (2), de cette 
granae révolution administrative qui 
s'accomplit en ce moment dans l'empire 
Ottoman, et dont les souverains, par une 
inspiration de sagesse qui malheureuse- 
ment a manqué à bien d'autres, ont 
eux-mêmes donné le signal, ^e crois qu'il 
est à propos , dans l'histoire de tes îles 
grecques, dont les plus considérables ap- 
partiennent àlaTurauIe, de faire con- 
naître le mouvement ne r^énératîon qui 
s'accomplit dans cet empire , et dont Tes 
îles doivent tôt ou tard ressentir les in- 
fluences. 

(i> jji. Coltu, Vue de Rhodes ; Revue des 
deux Mondes. 1844, p. 834. 
(a) ^oycl plus hauY, p. 89. 



terâ U fin dd dix-htlftlèfeê stfeleU 
domination des OstfnaaliA, ^ fortement 
organisée datis Forigine, était en pleine 
décadence. Le pouvoir impérial avait 
perdu ses droits et son action; et tandis 
que dans tous les États de l'Europe dire- 
tienne l'autorité centrale attirait tout à 
elle, chez les Ottomans l'ancienne unité 
n'existait plus, et la Turquie marchait à 
grands pas vers un démembrement. Le 
sultan Mahmoud arrêta ce mouvement de 
dissolution ; et il consacra son règne à 
renverser tous les pouvonrs locaux oui 
gênaient l'exercice du sien et à jeter les 
fondements d'un nouveau système de 
centralisation. Cette œuvre, dont il pour- 
suivit l'accomplissement avec une eons- 
tance et une énergie infatigables, ne 
fut point interrompue par sa mort. Son 
jeune successeur, le sultan actuel Ab- 
dul-Medjid, troiiva les obstacles ren- 
versés et le terrain aplani ; guidé par les 
ministres fo^més à 1 école de son père, 
il put enfin décréter une notitvelle orga- 
nisatioh politique et administrative, qui 
fut appliquée à tout l'empire sods le nom 
de tanzimat {tanzimaU hhairié, FheiH 
lieuse organisation). 

tt Conséquence ou pintôt application 
directe des principes proclamés parle 
batti-chérif de Gul-EUiné ( 8 novembre 
1839), dit M. Ubicini (1), le Tanzimst 
comprend l'enseftible des améliorations 
introduites depuis onze ans dans les ë- 
verses branches de l'administration, et 
dont la plupart, comme les quaran- 
taines , les postes , l'abolition ées mo- 
nopoles , !a réforme monétaire , la créa- 
tion de l'université, etc., furent préparées 
ou exécutées par le grand vizir actuel, 
Réchid-Pacha. Ce fut le 3 novembre, 
jour mémorable dans l'histoire de la ré- 

génération de la Turquie , que par suite 
'une ordonnance rendue le 26 de la 
lune de Chaban , en présence du sul- 
tan et de toute la cour, du corps des 
tïlémas, de tous les fonctionnannes civils 
et militaires , des employés des divers 
bureaux de l'empire, aes repr^entants 
de toutes les puissances amies résidant 
à Constantinople , des chéicks, hatibs 
et imans de tout rang et de toute hiérar- 
chie, des patriarches des trois nations 

(i) TTbidni, lettres sur la Turquie ^\. I, 
p. ir. 



ILE SfE ftËOlfES. 



W 



méfiieimè4d)isiiiatl<ftfè, du Iribbîn dei 
jm£s, de toos lèê n<M>fed et chefs deé 
corperatiisbs dé la capitale, réunis danâ 
la vaste ptaine de Oul-Hané, 6ituéé dani 
rfotériètfr da p»^h de T<%Kapou, Ré- 
chid-Pachà, Mdrs ttJnistfè des affaire^ 
étrantèretf, doiffiâ leetare à haute foix 
«tu hàtti-cbérif , éndiraé de Id volonté 
soiiTéralnè , <fkA Jetait les base» de Id 
nettveNe eonstitiition de Vetnpité Turc. 

a Le préaAibcrle de cett^ charte, confirme 
oD ra apl^ée , est remarsuable. « Tod 
le inonde sait, y est-ii dit, que dans 
les prefniefs temps de la monarchie ot- 
tomane M préceptes glof feux du Korâb 
et les lois de fempire étaient une règle 
torfjoufs honorée. En conséquence, l'em- 
pire croissait en force et en grdndeur, 
et tous les sujets s^s èxoeotion vivaient 
acquis du plus haut degré raisauce et 
la prospérité. Deptrts cent ciuqaafnte ans 
une succession d accidents et des causes 
diverses ont fait qu'on a cessé de se coti- 
former au code âacfé des lois et aut rè« 
cléments qui en déooutetit , et sa force 
ets3 prospérité antérieures se sont chan- 
ges efi faiblesse et en appauvrissentent; 
ces* qu'eu effet ua enfïpire perd toirtë 
stabilité quadd i) èesse d'observer Ses 
lois. Ces coffSidératîoiTS sont sans cesse 
présentes à notre esprit; et depuis }fe 
jour de notre avéciefnent au trône ï^ 
pensée du bien public, de ramélidratioù 
derétat des fhroviAces et du soulagement 
des peuples n'a cessé de nous occuper 
ooiqtièMiefit. Of, si l'on considère la po- 
sition géografÂique des provinces otto- 
ftttnes , la fertilité du sot , l'aètftude et 
I mtelf^encedes habitants, c/a dferrfeurera 
convaincu qu'en s'appriqnant à trouver 
les iDOveos efficaces, le résultat qu^avee 
le secéf&rs de IMea notis espérons at- 
tendre peut être obtenu dans Tespace 
<>e qi/elqtfus années. Ainsi donc, piefA 
de confiance dîms te seeotirs du Très- 
Ham, ap^puyé sur l'imereession de orotrè 
prophète, tfots jugeons convenable dé 
rhercfae^ par des iiïBtiftutions nouvelles 
a procurer aux provinces qui comfposefii 
i empire ottommti le bienfait d^mte botfrre 
admittistratios. » 

« Ces institutions, comme il est dit 
dans le texte inêuie du batti^bérif, 
devaient porter sur trois points priad- 
paox, à savoir : 1^ les garanties profères 



à mttfèt atmhê SQ^étÈ de PèAf fè, 
fhusulmans ou f aîâs , une pdrfSfie Se' 
curité quant à leur vîé, leur noniïeur et 
leur fortutfe ; 2» ua mode fé^ulièr d'a^ 
âeoir et de prélever leè ihipdts; ^ un 
miode égàiemèitt r^ulîér pdiir 1^ levée 
dèâ soldats et I^ durée dé leur service. 
Le sultan s'eâsagealt pât S^ttheùt noû- 
seulèmènt â oMrvèr «cHlifUletiSerrieht 
feà prescriptions de son hatfi-cbérff, 
dont Torigindl ftft dépdi^é ôûnà là salle 
qui renferme !é ttiaifCèatf dti prophète, 
mais même il sanctiotilhait à l'avance 
tôuteâ \èi thësttteÈ (ftû âeraieftt décrétées 
p]tii tard potir assurer re^écàtion de ced 
trois points prînclpaùt, cfui detdiedt^tre 
la base et éôttrae ie pdini de départ dé 
foute \ti féforme. En effet, Fe taiitimat , 
qui fift établi bîenKrt après, et dont le 
rfouveroemèrit du fîtfttan n'ai palfe cessé 
depuis lorS de poûr^vfe l'afpph'fcatioii 
difficile, avefe une pfer^êvéf aticè df|ne dé 
tant d'éloges , tre â'e$t pàè hottié à athé> 
horef Pétat pofiticfii'e, clvfl et adrtiîûi^ 
tratif rfé rennfpîre, en codfd&htitidt et 
régularisant Faction des différents pou- 
voirs ; il s'est étendit a(t jp«f séWné! nfremè 
du palais îitîpéfiaff, tfu'îl tecfé h réduire 
èhaque année èft se débdrfa^Sànt d^ùftè 
foule de charges irïi^fifeS , resté du Ba*- 
Empiré , qui cdnttaâtaietf! avec laf sirit- 
prictté des premiers témpil dft Riffifat. » 
Je ne puis entreprendre tfè reptadiUrë, 
nféme eb résutfié, les iméirë^S^ts reh^* 
gnements donnés par Fatrtèftr dW Lei' 
très snr la TterqiHe, au Èt^ de ce taftfrfJ- 
mat, vaste code adnMftIstraflf et peîhh^, 
qui totiche à toos les pottts dti goiivcr- 
tfement et ^ cbmp^èfid qiït^trer ptttii^ 
différentes : !• Le gouverfte*e« oer 
conseils de l'errfpire ottomafi; f* Yââ- 
ministratioù oif division aditrlnistratf^f 
et financière (te l'empire; 3» Ites emplois 
ou offices jutfieiait'és ; 4® léS emplois âè 
Vépèe. Cest fk trofe éttrde dé détaîlis , qùè 
rofti ne peut faffe que danlS lé cùriecft 
livre ^i tfouS a révélé la trafnsfotmratioa 
soudaine et presque ifiagiqtfe qtfe far Titf- 
quie vient de Snmr. Les aperçus que îe 
lui ai enfprtmtés, et ^tamment lé 
préambule du baftl-cfaférîf, sofBfoiVe pdur 
Êitire comprendre quelles sont léS noblëi' 
et généreuses diSpositiobs de \A Porte af 
l'égard des peuples c^'ellè dvaft trop 
lottgteMps sontfns à tMe dppréMreM qui 
n'était m con^AAMe et s^roDiati^iff 



18$ 



LTimVERS, 



mais viokote et irrésistible. Ce ehange- 
ment de principes et de conduite de la 

Sert du gouvernement turc doit pro* 
uire un changement de langage à son 
é^ard. Il faut renoncer aux déclamations 
si fort à la mode an siède dernier, et 
dans le nôtre encore, contre un gouver- 
nement et un peuple qui travaillent à se 
régénérer sans faire de révolutions. Cest 
un spectacle trop rare pour qu'on ne 
Tadmire pas , une entreprise trop diffi- 
cile pour qu'on ne l'encourage pas par 
de bonnes paroles. 

Toutefois, je voudrais mettre le lecteur 
en garde contre toute illusion. Rien n'est 
si beau ni plus séduisant que le plan 
d'une réforme dans la tête de celui qui 
la conçoit, dans les ordonnances où on 
la décrète, dans les ministères où on 
croit qu*on l'applique, dans les livres où 
on la raconte. Mais en toutes choses il 
faut distinguer entre ce que l'on veut 
faire et ce gue l'on peut exécuter. Ja- 
mais cette distinction n'a été plus néces- 
saire qu'en ce qui concerne l'application 
du tanzimat. Ici surtout, ce qu on lit et 
ce qu'on voit ne se ressemble guère» Au 
lieu de la belle et régulière ordonnance 

3u'on admire dans l'exposition officielle 
u tanzimat, le voyageur qui parcourt 
les contrées soumises à la Turquie a 
trop souvent encore l'occasion de cons- 
tater combien les anciens abus et les 
vices d'autrefois y conservent d'empire ; 
et il lui semble que , par la force invin- 
cible des moeurs, elles resteront tou- 
jours en proie à l'inertie, au désordre et 
a la violence. On se prend alors à douter 
du succès de l'entreprise des sultans , à 
la condamner à Tavance. N'a-t-on pas 
déjà été trompé au sujet d'une des 
eontrées de l'empire ottoman , de l'E- 
gypte , dont on avait si pompeusement 
annoncé la résurrection? Qui ne croyait 
U y a douze ans, en entendant raconter 
les exploits d'Ibrahim et les travaux gi- 

Ï dantesques de Méhémet-Ali , en voyant 
es flottes , les armées qu'ils avaient à 
leur disposition ; qui ne croyait, au mo- 
ment ou ces deux hommes s'ouvraient 
le chemin de Gonstantinople et tenaient 
en suspens la politique oe toute l'Eu- 
rope , que l'Egypte ne fût remontée au 
rang des nations et n'eût recouvré quel- 
que chose de la splendeur et de la force 
qu'elle eut au temps des Pharaons et des 



Ptolémées .' Cette illusioii, qui a été géné- 
rale, en France surtout, s'est dissipée 
bien vite; on a reconnu, mais un pei 
tard, combien l'effet était loin de ré- 
pondre aux promesses qu'on annonçait, 
aux espérances ou'on avait conçues. Poar 
moi, j ai visité 1 Egypte dans la dernière 
année du r^e deMéhemet-AJi ; j^ai vu 
de mes propres yeux l'affaissement de ce 
grand corps , que les entreprises de cet 
audacieux pacha avaient achevé d'épui- 
ser ; j'ai vu l'impuissance de toutes ses 
tentatives de régénération industrielle, 
commerciale et scientiBque , et il m'a 
semblé , pour rappeler un mot célèbre, 
que j'avais alors oevant moi un cadavre 
un instant galvanisé, encore debout, 
mais ne demandant qu'à se recoucher 
dans la tombe (1). 

Ce n'est pas que cet exemple fameux, 
qui nous a été donné en spectacle de 
nos jours , doive faire préjuger de i*a- 
venir réservé à l'empire ottoman. La si- 
tuation du sultan, souverain légitime 
de la Turquie, réformant l'adminis* 
tration pour le bien de ses peuples , ne 
ressemble en rien à celle du pacha re- 
belle qui innovait dans Fintéret de soa 
ambition. Il serait facile de montrer 
combien, à côté de certaines analogies, 
il y a de profondes différences entre ces 
deux tentatives, si l'on considère la po- 
sition, le but, les moyens et l'exécution; 
et cette comparaison pourrait fournir 
plus d*une présomption favorable au 
succès de l'oeuvre des sultans. Mais si 
l'on songe qu'il s'agit de régénérer ua 
empire dont le territoire est de cent 
vingt et un mille lieues carrées, qui 
comprend trente-cinq milUons d^habi- 
tants partasés en treize races différentes, 
en autant de langues , et en quatre re« 
ligions, sans compter les sectes ; que cette 
population se compose de conquérants 
et de rayas ou sujets; que ceux-d soat 
d'anciennes races depuis longtemps ea 
décadence , que ceux-là y sont tombés 
à leur tour ; que rd>us du pouvoir a cor- 
rompu les uns, que la servitude a dé- 
Sradé les autres, alors on se trouve rejeté 
ans le doute, et l'on s'aperçoit, à Ve^- 
lité des chances contraires , que le pour 

(x) C'est le mol d*Alberoni à propos de 
rEspagne, au comnicDcement da dix-huilièBie 



ILE DE RHODES. 



18f> 



et le contre peuvent être également sou- 
tenus. Goneluons donc qu*en pareille 
question le mieux est de s^abstenir de 
tout jugement téméraire, de toute espé- 
rance précipitée, d'applaudir aux bonnes 
intentions, au bien qui s'est déjà fait, 
d'attendre pouK le reste la consécration 
du temps et de Texpérience, et de se 
persuader surtout que de si erands ehan- 
^ments dans un si grana empire ne 
s*accompIissent pas sans quelque secret 
dessein de Dieu sur les destinées et 
pour le bonheur des peuples (1). 

Ilbs db là mbb db lycib. 

Les côtes de la Lycie depuis le golfe de 
Telfoissus jusqu'au défilé dû mont Cli- 
niax, au-dessus de Pbasélis, sont bordées 
de petites iles,qui toutes sont très-rappro- 
cbeesdu rivage, et qui étaient bien mieux 
connaes des anciens qu'elles ne le sont 
de nos jours. Les Grecs en effet, dans 
leur grande activité commerciale, ne s'é- 
taient pas contentés de visiter fréquem- 
ment ces parages ; ils y établirent aussi des 

(i) Le tanzimat â diTÛé Tempire ottoman, 
foiB le rapport administratif et financier, en 
naleis , ou gouTemements généraux, qui se 
partagent en Gpas , ott provinces. Les Hvas 
comprennent les eazas, ou districts, et ceux- 
ci m hahiyèSf ou villages : ce qui répond i 
nos départeoMots , arrondissements, cantona 
et cooununes. Les gouTomeurs des eyalets 
portent, selon l'importanee des localités, le 
titre de voit (vice-roi) ou celui de mutessarif 
(gouverneur général ). Les gouverneurs des 
liras sont ou des kaimakaos (lieutenants 
gouverneurs) ou des mohassils (préfets). Les 
nés forment deux eyalets de la Turquie d'Eu- 
rope, qui en compte quinze. L'eyalet de l'Ar- 
chipel avait formé jusqu'à ces derniers temps 
on gouvernement à part , donné en apanage 
au capilan*pacha. Une onionnance de 1 année 
<lmiicrera rangé sous la loi du tanziqiat, et en 
a fait un département ordinaire dont le gouver- 
neur aeluei est Rhagoub-pacha* L'ajalet de 
fArehipel dn Djizaîr comprend six livas, 
savoir: 

Bodos (Rhodes), 
Bozt^a Ada (Ténédos), 
Limmi (Lemnos), 
fff;<£//i(Bfitylène), 
Sakrz (Chio), 
Qjbryi (Chypre). 

La Crète forme i elle seule un eyalet divisé 
en trois livas. 



colonies nombreuses, et occupèrent tous 
les points avantageux de la cÀte conti- 
nentale et des tics. Les Rhodiens, dans 
le temps de leur grande amitié avec les 
Romains, possédorent tous ces établis- 
sements. Alors , cette mer de Lyde , au* 
jourd*hui déserte et silencieuse, était 
sillonnée par le passage de nombreux 
navires; il y avait là un grand mouve- 
ment d'hommes et d^afbires : les riches 
Rhodiens allaient visiter leurs propriétés 
de Ljrde, les administrateurs allaient et 
venaient, selon les besoins du service 
public; les sujets Ijdens étaient sou* 
vent appelés à la capitale par leurs af- 
faires ou par la curiosité; de tout temps, 
d'ailleurs, les villes de la Lycie avaient 
su se créer par le commerce et la navi-> 
gation d'abondantes ressources, et les 
petites tles du voisinage, quand elles 
étaient habitables et qu'elles offraient 
quelque commodité pour le négoce , re- 
cevaient une population et acquéraient 
quelque importance. 

Ces tles , que les géographes anciens 
ont énumérées avec som, et dont la 
plupart sont sans nom aujourd'hui, 
étaient, en suivant la côte de Touest h 
l'est (1) : 

Laoousa (Â^ou<Ta), au fonddu golfe 
de Telmissus , à cinq stades de la ville 
de ce nom. 

DoLiCHiSTE ( tySkv^lfsvr^ ) (aujourd*huf 
Karavà). Ptolémée la mentionne comme 
la plus importante de toute cette côte , 
mais il n'en indique pas précisément la 
position. Le colonel Leake (2) y a trouvé 
les ruines de l'ancienne ville. Elle pos- 
sédait un théâtre. Ainsi on représentait 
les tragédies d'Eschyle et de Sophocle 
sur ce rocher maintenant inhabité. 

Les tles de Xbnagobas (al EzMa'xà^ 
pou vijooi ) ; c'est un croupe de huit tlots , 
situé à soixante stades à l'est dePatare, 
en face la baie de Phénicus, aujourd'hui 
baie de Kalamaki. 

Rhopb (PoTni), selon Ptolémée, ou 
Rhog€[y^rfn)f dans Etienne de Byzance, 
à cinquante stades des précédentes. 

MBGiSTB({)M8Y{aT7)) ; aujourd'hui CaS" 
teliorizo ou Castel^Rosso (3); Strabou 

(x) Forbiger, Handbuch der alter Gtogra' 
phie^ t. n, p. 360 et suîv. 

(a^ ]>ake. Tour in Jsia àfîn.^ p: Z17. 
(3) Leake, Tour, p. 184 ;Fellows, tfciaf^ 



m 



VU»IV|SIl$. 



l*PPWH^ Cjsthèpe. E41e a i|ii port ca 




vjntée et mieux cooau^ que les autres 
dp la fD^ipe cot^. Pa y vpU dç« restée 
49 la çjt^ antique. Ay pioy^q âge 
cette îl^ çuf une t^onpe foftere^s^, que 
les rois de Chypre, 1^ cbeyaUer^ dp 

Rhodes, le soudao w^y9^^ ^^ ^$ 1'"'^^ 
se difPUtèrept et occup^f ent tour à tour. 
Apr^la chute de l'oàre de Saîut-Jean, 
iiD certàip nombrp de Gr^cs se r^ugiè- 
rent dan» nie dp Castel-Çiosso, que les 
Turcs dédaignaient d'habiter, l^^ grand 
seignepir leur conDa la gardp du châ- 
teau; ils 8*y livrèrent au commerce, vé- 
curent tranquille^ et libres ; et il y avait 
peu de Grecs plus heureux gue ces insu- 
laires, aous la domination des f urcsCO- 
Ils avaient une espèce partic^lière de 
bâtiments , appelés caramoussat^, avec 
lesquels ils transportaient le coton et la 
laine d'Asie Mineure dans les ports (le 
ritalie. La prospérité de ce petit établis- 
sement donna 1 éveil aux Turcs; on re- 
tira aux Grecs la garde du château, et 
yne garnison d'Ottomans vintroccuper. 
Toutefois les Grées ne furent pas trou- 
blés dans leur commerce. Les choses 
restèrent dans cet éfat jusqu'à Tan 165^. 
Alors les Turcs et les Vénitiens se fai- 
saiepit une guerre acharnée. Au mois de 
septembre Ï659 une escadre vénitienne, 
commandée par Grémonville, vint assié- 
ger la place de Casteî-B-Osso , et s'en 
empara. Mais , reconnaissant qu'ils ne 
pouvaient conserver cette importante po- 
sition , les Vénitiens firent sauter la for- 
teresse, ha ville fut saccagée ; la plupart 
des Grecs, qui s'étaient montres très- 
hostiles a^x vénitiens, fjiirent faits m- 
sonniers de guerre. Il n'en resta tpxun 
petit nombre, qui furent assujettis à un 
tribut. A partif de cette catastrophe l'île 
de Castel-Rosso tomba dans une grande 
misère. Au <|ix-bultième siècle, quand 
Savary la visita, ce n'était qu'un cbétif 
village. M. Povjoulat lui do^e trois 
mille habitants. « Castel-Kosso, ^ÎQUte- 
t-il , tire tovtes ses provisions de la Ca- 
ramanie par le port d'Antiûlo. L'île n'est 

P* '^9 f Dupaly, Lettres sur la Grèce, [). i8 

et SUIT. 

^ (i) Papperj l/es de Vjrehipel, p. 169. 




croissent sur cet éci|eu ; les glus riches 
(lancées de Castel-{losso reçoivent, dit- 
bp, pour d^i un pied d'olivier ou de 
Hguier, ou même la ipoitiè , le quart du 
revenu d'up pe ces arbAs. Sur ces ro- 
cheris sans vé^étadon e^ sans' yerdure 
yn pieu d^bUvier est un trésor (!}. > 

Les îles paEUDONÎBI!^rfES (Xdtd^- 

viai vîi^oi) sont trois îlots, ou'grands ro- 
chers, situés a six stades du continent de 
l'Asie Mineure , en face le promontoire 
HiéroQ, qui terinioe le moat Olympe, 
l'une des branches du mont Taurus. Ces 
îles séparent la merde Lycie dé la mer 
de Pamphylie, appelée aujourd'hui golfe 
de Sattalie. Elles sont entourées de bri- 
sants et d'écueils, qui rendent la navi- 
gation tr^-danjB^ereuse en ces parages (3). 
n semble de loin, dit Dappef , quand on 
est en mer, que ces roches chéfîdo- 
niennes sont le pied du mont Taurus , et 
qu'elles se rattachent au côté dé cette 
montagne qui regarde la mer (8). Il est 
certain qu'on peut regarder ces Ues et les 
écueils qui les entourent comme les som- 
mets du prolongement sous-niarin de 
la grande chaîne du Taurus. Les lies 
Ghélidoniennes ûirent la limite que Ci- 
mon imposa aux Perses par le fi^orieux 
traité qui porte son nom , et oui inter- 
disait an grand roi le droit «'envoyer 
un vaisseau de guerre au delà de la mer 
de Pamphylie. Cest probablement à ce 
traité , dont on a contesté à tort Texis- 
tence, que Lucien fait allusion quand il 
appelle ces lies les heureuses frontiérfs 
de Tantique Grèce (4). Pline raconte 
longuement par quels singuliers procé- 
dés on venait dans ces parages palier 
l'anthias, espèce de poisson qui porte 
sur le dos des piquants en forme de scie. 
Ce poisson , qui élait très-commun sur 
ces côtes, est inconnu aujourd'hui (S). 

(x) Michand et Poiijoulat , Correspondance 
et Orient, t. IV, p. 49. 

(a) Pline dit de ces ilet qu^eUes «ont pesti- 
férée navit(antibus ; Hist. Mat., Y, 35, 3. 

(3) Description dé tArcUipel, p . z^. 

(4) ToOc eOTv^^eîç rvic icoi^ac *E>^3iSo: 
5pouc- Amores, 7, coll. Didot, t. VIII, p. 3 S 7. 

(5) Vpy. le récit de Winc^ Eist, Nat,^ 
1. fx, c. è5. 



ILE DE RHODES; 191 

Les anciens géograpb/s ^fliyèren^ 9ft9()Mie et de la CUide (1). Strabon 

fDcore quelques autres éiBs delà mer de menticmnésur les côtes decette dernière 

Lycie, dont ils se bornent à nous indi- contrée les deux lies de Crarobusa et 

qûer les noms; c'est à savoir : llljris, d*£lusa (3), mais sans rien en dire qui 

Télendos , Attélébussa, les Gypriennes, mérite d*étre rapporté. 
qui sont trois flots incultes et stériles ; 

Dionysia , appelée auparavant Caretha. (x) Forbiger, Handbueh, etc., II , p. a63 . 

Toutes ces llêS sont situées à Test des (a) Strab.» XIY, 5; Dapper, Description^ 

Chélidoniennes , dans la direction de la p. 169. 



LES SPORADES 



Mss ÉGÉB. — L'Ile de Rhodes est vers 
J'Orientcommela barrière delà mer Egée. 
Quand on a franchi cette terre , en ve- 
nant de TAsie , on voit se dresser devant 
soi tes côtes et les sommets dlles nom- 
breuses, qui ne présentent ordinairement 
a la vue que des rivages rocailleux et 
stériles, mais dont Taspectest agréa- 
blement diversifié par les mille accidents 
d'une belle lumière. Ce groupe dlles , 
qui remplit tout le vaste bras de mer 
situé entre la Grèce et l'Asie Mineure , 
porte aujourd'hui le nom d'Archipel , et 
ce nom , emprunté à la langue grecque, 
est aussi celui de la mer où ces Iles sont 
situées. Ce grand ffolfe, que les anciens 
appelaient mer Egée (1), baignait les 
cotes de la Grèce, oe la Macédoine, de la 
Thrace , de l'Asie Mineure ; et sa limite 
au sud était marauée par l'Ile de Crète, 
qui la fermait du coté de l'Afrique, 
comme l'tle de Rhodes du côté de l'Asie. 
Les anciens géographes assignaient à la 
mer Egée les dimensions suivantes : 
quatre mille stades de long , deux mille 
de large et vingt-trois mille de circuit en 
suivant les sinuosités des côtes. Elle avait 
été subdivisée en plusieurs parties , qui 
avaient différents noms ; c'étaient : i^ la 
mer de Thrace au nord; 2° la mer de 
Myrtos au sud-ouest, ainsi appelée d'une 
petite fie située à la pointe méridionale 
de l'Eubée : dans la mer de Myrtos 
étaient compris les golfes Saronique et 
d'Argos ; 3*^ la mer Icarienne , qui s'é- 
tendait au sud-est , et qui baignait les 
côtes de la Doride et de l'Ionie. On di- 
sait oue cette mer devait son nom à Icare, 
fils de Dédale, qui avait péri dans ses 
'flots. La mer de Crète et la mer de Car- 
pathos, ainsi nommées à cause des deux 

(i) Les Grecs disaient 6 Alyoîoc tcovtoc, 
ta Alyatov icAayoç, oa Vj *£XXvivixi?j OdXaTTa, 
on ii xaO' ^{iâç OdiXaTTa. Toy. Forbiger, 
Mandb,, II , p. 19. 



tles au'elles entouraient, peuvent être 
considérées comme faisant partie de la 
mer Egée , dont elles sont au sud Xtv 
tréme limite. 

Les anciens Grecs avaient partagé en 
deux groupes principaux la masse d'ties 
situées entre FEurope et l'Asie dans li 
partie méridionale de la mer Egée : cV 
talent les Cyclades à l'ouest et les Spo* 
rades à l'est; les premières ainsi nom- 
mées du mot x^s^oç, cercle, parce qu'on 
les considérait comme formant un oerde 
autour de Délos; les secondes de a:stf(>j« 
parce qu'elles paraissent comme semm 
sans ordre sur la côte d'Asie. Il est as- 
sez difficile de reconnaître la ligne de dé- 
marcation que les anciens avaient établie 
entre ces deux groupes d'îles. On voit 
dans Strabon, Pline et les autres géo- 
grapnes quelques-unes de ces lies rangéei 
tantôt parmi les Cyclades , tantôt parmi 
les Sporades, surtout celles qui avoisi- 
nent la mer de Carpathos , ou les deux 
groupes sont tout à fait confondus J). 
Cependant on peut affirmer que le dooi 
de Sporades est généralement donné à 
toutes les tles comprises entre Samos 
et Rhodes, et qui sont séparées des Cv- 
dades par une ligne qui partirait de U 
pointe occidentale d'icaria et qui vieo- 
drait aboutir à Casos en passant par Le» 
binthos et Astypalée. Toutes les aatrei 
tles , plus rapprochées de la Grèce et 
comprises entre la pointe de l'Eubée et 
la mer de Crète , forment le groupe des 
Cyclades. Conformément à la marche 
géographique quej'ai adoptée dans ce lra< 
YaU, nous continuerons à avancer dV 
rient en occident, en parcourant succes- 
sivement toutes les petites Sporades et les 
autres grandes tles asiatiques qui les a voi- 
sinent jusqu'à THellespont. Delà passant 
en Europe, nous visiterons rapidedicnt les 
îles éparses et peu nombreuses des côua 

(i) Plin. , Hist, Nat. ; V a3. 



LES SPORADES. 



19ff 



de Tliriee et de Maeéddne, d'où now 
atteindrons Plie d^Eobée, les Cyclades, 

Si lui sont continués , la gnmâe île de 
été, qui cidt tout rArchipel , et eofin 
leitles lonlenDes, situées à roecident du 
Péloponnèse, par Tétude desquelles nous 
teriDineroos œ travail historique et géo- 
graphique sur les ties de la Grèce. 

\le de symb. 

Cette tie, appelée aujourd'hui Simia 
ou Simmi, est placée par Pline à moitié 
chemin entre Cnide et Rhodes, tout près 
du continent de la Carie, dans le golfe 
que forment la pointe de Cnide et celle 
du mont Pliœnix. C'est une tie de trente 
milles de circonférence , autour de la- 
quelle s*élèvent des rochers , des écueils, 
de nombreux tlots, qui lui avaient valu 
autrefois le nom d'tle des Singes ( Isoia 
deiie Simie), par la singulière raison, à 
ee qu^on prétendait, que ce petit groupe 
dUes singeait les Cyelades autour de Dé- 
los (1). En réalité cette dénomination 
n'était qu'une altération de l'ancien nom 
de Syme, dont les légendes grecques ex- 
pliquent Torigine d'une manière confuse. 
Tantôt Syme est fllle de Jalyssus, en- 
levée parGlaucus, dieu marin, et trans- 
portée dans la petite tIe à laquelle elle 
donne son nom. Tantôt elle est femme 
de Neptune, et c'est son fils Chthonius 
qui donne à File le nom de sa mère. 
Chthonius était un des compagnons de 
Tnopas, ce héros héliade si célèbre dans 
les Iles et sur les côtes de ces parages ; 
M qui prouve que Syme a reçu ses pre- 
miers habitants de la même émigration 
qui a peuplé Rhodes. 

Au temps de la guerre de Troie, Syme 
fi^ra parmi les Etats grecs énumérés 
dans Homère. « Nirée, dit le poète (2), 
■Renaît irois vaisseaux de l'île oe Syme, 
Nirée, fils de la nymphe Agiaia et du 
|oi Caropus , Nirée le plus beau de tous 
les Grecs qui allaient à Troie, si l'on 
eu excepte le divin Achille, qui était 
d'uae beauté accomplie; mais Nirée était 
peu vaillant et avait peu de troupes. » 

D'après Diodore du Sicile (3), Nirée 
possédait aussi une partie de la pres- 

(0 Otte puérilité le trouve dans Goro- 
Mlli , Isoia di Rodi » p. a54 . 

(2) Hom., //., n, 671. 

(3) Oiod.Sic.,y,53. 

IS* livraison, ( lbs Spobadbs. ) 



qu'tle de Cnide. Après la^rve de Troie, 
ajoute l'historien, les Cariens occupèrent 
llie de Svme, à réiioque où ils étaient 
mattres de la mer. Ils furent forcés de l'a- 
bandonner après une longue sécheresse. 
Svme reiita déserte jusqu'au moment où 
elle fut repeuplée par la colonie des 
Lacédémoniens et des Argiens qui vint 
sous Althémène fonder l'Sexapole do- 
rique. Hippotès, l'un des chefo de cette 
émigration , prenant avec lui ceux qui 
avaient été oubliés ou traités peu avan- 
ta§[eu8ement dans le partage, les con- 
duisit à Symé , et la leur abandonna. 
Quelques années après, d'autres Dorions, 
venus de Cnide et de Rhodes, et con- 
duits par Xuthus, abordèrent à Syme, et 
furent admis par les premiers habitants 
au partage des terres et des charges pu- 
bliques. 

Au temps des chevaliers, Syme fut une 
dépendance de Ttle de Rhodes. Elle fut 
conquise en 1S09 par Villaret. Ses ha- 
bitants furent assujettis à payer une con- 
tribution, quel'on appelait le mortuaire, 
et dont on leur fit remise en 1852 ; on 
remplaça cet impôt par un tribut annuel 
de cinq cents aspres, et tous les biens 
des caloyers durent retomber après leur 
mort dans le domaine de Tordre. En 1878 
l'ile de Syme devint un domaine magis- 
tral, c'est-à-dire que ses revenus furent 
assignés au grand maître, comme ceux 
des Iles de Saint-Mcolas et de Piscopia. 
Les chevaliers avaient bâti dans l'île 
délie Simie un château fort, et un poste 
de signaux dont on retrouve encore les 
ruines (t). De ce poste on était en com- 
munication avec le corps de garde ap- 
pelé la Vedette des Chevaliers, qui avait 
été établi sur le mont Saint*Étienne à 
Rhodes, et d'où l'on pouvait surveiller 
tout l'archipel qui entourait l'île capi- 
tale (2). La chute de Rhodes entraîna 
celle deSimia, qui depuis 1523 est réunie 
à l'empire ottoman. 

L'île de Simia a deux ports, dont l'un, 
situé au nord, est fort large d'entrée , et 
peut commodément contenir les plus 
grands vaisseaux. Cette île produisait de 
très-bons vins, et nourrissait une grande 
quantité de chèvres et de boucs (8). U 

(x) Rottiers , p. ai et 342. 

(a) Toy. plus haut , p. i Ô9. 

(3) Dapper, Descr, de tÂrehipel^ p. i63. 

18 



194 



L'UNIVERS. 



paraît qu'elle était autrefois fertile M' 
grains; car ses anciennes monnaies, 
dont on a retrouvé quelques pièces, re- 
présentent des javelles de blé el ud« 
tête de Cérès couronnée d'épis. Au temps 
des chevaliers les Grecs de cette Ile 
construisaient de petites fustes , fort lé- 
gères, qui allaient à ta voile et à la rame« 
et qu*ancun navire ne pouvait atteindre. 
Les Turcs appelaient ces bâtiments 
simbêquirs, dV)ù Pile a été souvent 
nommée Ile de SImbequirou de Sumber* 
chi, mot composé, qui semble signifier 
barque de Sinde. Encore aujourd'hui ou 
fabrique à Simie de très-jolis misties. 
De tout temps les habitants de Simie 
ont été pécheurs et plongeurs. Ils vont 
chercher au fond de la mer des éponges 
d'une exrellente qualité, qui se trouvent 
en abondance sur les rochers de ces 
cdtes. Dès Tenfance ils s'habituent à ce 
rude exercice , et ne peuvent se marier 
qu'ils ne sachent plonger à vingt brasses 
et rester sous l'enu un certain espace de 
temps. L'tle de Syroe parut fort misé- 
ral)le à Savary, qui y fut retenu pendant 
quelques Jours (1). « Je suis allé visiter 
K village qu'habitent les |)lonffeur.<9, dit* 
il; tout y annonce la pauvreté et la mi- 
sère. Les rues sont étroites et sales ; les 
maisons ressemblent à de misérables 
cabanes , où la lumière du jour entre à 
peine. » La population est triste, silen- 
cieuse; \^s nommes et les femmes y 
étaient vêtus de la même manière. Tous 
portaient la longue robe , la ceinture et 
le châle autour de la tête. Le visage seul 
les fnisnit reconnaître. Le voyage , plus 
récent , de M. de Prokesch nous montre 

3 ut' les choses sont restées à peu près 
ans le même état (2). 

lu DBCHALKIÀ. 

Cette petite tle(aujourd hui Chalkim. 
Caravi) est située à l'ouest de Rhodes, 
<lontelle est comme une annexe, ainsi que 
les petites fies deTentiusa (Limonia), 
Cordylusa (Sainte-Catherine) et Stéga- 
nusa (Saint-Nicolas), qui entourent Rhop 
des à Touest, au sud et à Test. Chalkia 
avait une ville du même nom, un port 
et un temple d'Apoilon, dont on voit des 

(i) Lettres sur la Crèce , p. 97. 
(a) De Frokesch, Denkwurdigk , t. III , 
p. 4"*^. 



vestiges (f ). « Dana 111e de Ghalkia,qiil 
appartient aux Rhodiena, dit Pliae ()j, 
est un lieu tellament féouMl, qu'après jr 
avoir récolté l'orge semée à l'époque or- 
dinaire, on en fait immédiatemaat une 
nouvelle semaille, qu'on récolteen roéoie 
tem(is que les autres grains. » Ces graim 
devaient aller è Rhodes, dont la produ^ 
tion de céréales était insuffisante pour 
les besoins des habitants. 

Clialkia n'a pas d'autre histoire que 
eelle de Rhodes. Conquise par lesTurd 
après l'expulsion des chevaliers, elle fut 
attaquée par les Vénitiens en 1658. ftio* 
rosini, qui les commandait, y porta le fer 
et la flamme , et plongea cette île dans 
une misère d'où elle ne se releva ji* 
mais (d). Ce fut là le sort de beaucoup 
d'Iles grecques pendant la lutte adiaroee 
des Vénitiens et des Turcs. Llles étaient 
ravacées par les deux puissances nvales 

3ui se les disputaient ; et après les fleaui 
e la guerre, elles eurent à subir Tae- 
tion, tout aussi malfaisante, d'une gros- 
sière tyrannie. 

Ile de télos. 

Télos, 'H TtiXoc ( auj. DHo9 ou £pû- 
copi, Piscopia)^ est une petite île, de 
trente-cinq milles de tour, située à a^ia* 
tre^vingts stades nord-ouest de Chalkia 
et à huit cent vingt stades de Rhodes [iy 
Elle est longue et étroite, «ssexélevéeau* 
dessus de I eau. Son extrémité ooeîden* 
taie forme une pointe basse, qui s'avaoff 
dans la mer. Elle a trois ports, où i'of- 
trouve de bons mouillages. Au côté oneo- 
tal se trouve une grande baie, au-devabt 
de laquelle est un petit îlot. Cette bùe 
a vingt-quatre et viugt«six brasses dVJ*> 
sur un fond très-propre à I ancrage y . 
Cette Ile était autrefois célèbre, par ua^i 
espèce de baume qu'elle produisait a^ 
abondance (6). Du reste, elle n'eut aui 
eune importance historique, 11 en e$< 
Élit mention dans Hérodote (7) à pio^ 
du célèbre Gélon, tyran de Syracuse 

(i) Leake, Tour in Asla^ p. aa^* 
(a) Wio., Uist. JVat., 1. XVII, 3, 6. 

(3) Dapper, p. 164. 

(4) On compte ordinairement vingt^qnatfi 
stades à la lieue. 

{5} Forbiger, HanMueh, etc., t. Dt, p. lio 
Dapper, Descr,^ p. 161. 

[6) iMiii., Hist. Nat.^ IV, a3. 
[7)Hérod., VU,i53. 



t 



LES SFORADES. 



IM 



Îm était originaifê de Tâos, et dont 
aneélrt Téiinès éuit venu 8*établir à 
Géia^ eo SIeile. Il jr avait eieroé la charge 
d'hiérophante de Gérés et de Proserpine ; 
et cette dignité avait été déclarée néré* 
ditaire dana sa famille. Téloa était une 
tle ifaodienQe. 

Au moyen âge Téloi prend le nom 
de Piscopia, |M(at-étre d*une tour de 
vigie placée sur aee hauteurs (l). Elle 
était alors défendue par deux châteauil 
forts, celui de Saint-Etienne et oetui de 
Zuchalora ou Cauealora. Car au moyen 
âge il n'j avait de sécurité nulle part 
sans forteresse. Au quatorzième siècle, un 
bourgeois de Rhodes, Barello Assanti, 
s'en empara au nom de Tordre des Hospi- 
taliers, et en reçut Finvestiture du i^rand 
maître, à la charge de payer deux cents 
florins d*or, 1866. En 187 S Piscopia 
devint domaine mistral. Elle tomba 
sous la domination des Turcs après Tex* 
pulsion des chevaliers de Rhodes. 

ÎLl DB NISYB08. 

Ilisyros, 11 NCoopoç (auj. NMro, NU 
iari, Nisaria)^ est située entre Cos et 
Télos, à é^le distance de toutes deux et 
juste en race du promontoire Triopium 
(auj. cap Crio\ qui termine la presqu'île 
de Cnide. Elle a quatre-vingts stades de 
toor. Cest une Ile élevée, formée de ro- 
chers dont le désordre attestede violentes 
eommotions volcaniques. En effet , on 
racontait que cette Ile, autrefois appelée 
Porpbyris (2), avait été détachée de Cos 
par un tremblement de terre , phéno- 
mène naturel, que la mythologie grecque 
avait transformé en merveilleuse lé- 
gende. C'était !f eptune, qui, poursuivant 
un géant appelé Polybotès, détacha d'un 
coup de son trident un morceau de Tlle 
de Cos, qu'il lança à soixante stades de 
là, et dont le géant fut acrablé. Ainsi fut 
formée nie de Nisyros, que te géant 
qu'elle opprimait agita fréquemment de 
ses secousses. Cet exploit de Neptune 
rappelle celui de Minerve écrasant Enoe- 
lade sous le mont Etna (3) ; et l'un et 
fautre se rattachent a ce grand combat 
des dieux et des géants par lequel l'i* 

(x)Cest rexplication de CoroneHi Isota 

(«) pifci., Hut, NM,, V, se, J. 



magîaatioii dee Grecs racontait d'une 
manière figurée lee chocs des éléments 
et les révolutions physiques , encore ré^ 
eentes,qui avaient donné naissance à 
la partie du continent et au groupe dilea 

3u1ls habitaient. Nisyros est entourée 
'écueila qu^ semblent avoir été lancés 
avec elle par la même éruption soutev*. 
raine qui l'a formée , ou , comme dirait; 
Apolloidore, par la main de Neptufte. Au. 
centre de Ttie est un pie qui a dé dtrr 
longtemps en éruption. Son cratère, au* 
jeurd'hui éteint, est devenu un Ipc d'eau 
salé. De ses flancs, encore incandesoenta 
à Tintérieur, sortent des sources d'eau 
chaude et aulfureuae d'un effet trca- 
salutaire pour la santé. La vigne erott* 
très-bien sur ses coteaux brûlés. Le vin 
de Nisyros était célèbre, et pourrait le 
redevenir. Cette Ile fournissait ay.ee Mé-« 
les et les Iles Ëoliennes, de nattire vol- 
canique comme elle, les meilleures 
pierres ponces connues des anciens (I). 
Pline dit qu*on trouvait à Nisyros , ainsi 
qu'à Rhodes, un arbuste épineux appelé 
erysisceptrum {genista atanthoclada) 
dont on faisait un usagé fréquent en mé- 
decine. 

Cetle tle fut primitivement habitée par 
des Cariens (2). Plus tard les Grecs leur 
succédèrent ou se mêlèrent à eux. Ils 
vinrent sous la conduite de Thessalus , 
fils d'Hercule, qui s*établit à Cos, et sou- 
mit les îles voisines Nisyros , Calydna 
ou Calymna , Carpathos et Casoi. Phi- 
dippuset AotiphuS; fils de Thessalus, 
et chefs de ce petit Etat maritime, oon* 
doisirent trente vaisseaux au siège de 
Troie (3). A une époque incertaine, mais 
postérieure à la guerre de Troie, un 
tremblement de terre détruisit la popu* 
lation de Nisyros. Elle fut repeuplée par 
oeuxdeCos; et plustardun nouveau fléau 
ayant encore désolé cette Ile , elle reçut 
une colonie de Rhodiens, et dès lors Ai« 
syros partagea toutes les destinées de sa 
métropole. 

Nisari fut enlevée à l'empire grée 
eo 1304, comme toutes les îles de ees 
parages (4) : recouvrée par Jean Vataee , 

(i) Plîn., Hist. Nai., XXXTI, 4«; 
XXIV , 69. 

(a) Diod. 5Kcttl., ▼ , 54 . 

(3) Honi., //{W., II, 678. 

(4) CoroneUi , Isgh di Madi, p. diB. 

18. 



196 



L'UNIVERS. 



elle fut reconquise par les cbeiraliers de 
Rhodes, qui Tinféodèrent aax frères As* 
saoti d'Isebia, 1816. En 1340 Ligorio 
Assantî, Tan des seigneurs de Tile, ce* 
dant à une tentation bien puissante sur 
les insulaires de ces parages, arma une 
galère, et se fit pirate. Il pilla plusieurs 
navires marchands, entre autres des 
Chypriotes. Le roi de Chypre, Hugues IV 
adressa ses plaintes au grand maître, qui 
réprima par un jugement rigoureux les dé- 
sordres de son vassal. Les Assanti furent 
obligés dès lors d*entretenir une galère 
au service de la religion. Cette famille 
s'étant éteinte en 1886, Ttle de Nisari 
revint à Tcrdre, qui n*en aliéna plus Tad- 
ministration. En 1488 on trouve cette île 
sous le gouvernement de Fantino Que- 
rini, amiral, prieur de Rome, bailli de 
Lanjgo, seigneur de Nisari, qui outre l'en* 
tretien d'une galère payait une redevance 
de six cents florins, et avait à sa charge 
Tentretien des forteresses de Tile. Nisari 
avait cinq châteaux , dont les plus forts 
étaient ceux de Mandrachi et de Paleo- 
Castro. Elle était le siège d'un évéché* 
Souvent attaquée par les Turcs, elle re- 
poussa toujours leurs tentatives, et ne 
succomba qu*après la prise de Rhodes. 

PAN AIA., ou LE ROCHER DES GÀLOYERS. 

« On découvre, dit Dapper (1), à près 
(le vingt milles d'Italie ou cinq Ueues 
d'Allemagne, à Toccidentde Fîle de Nisa- 
ria ou Nisyros, un rocber fort élevé, ap- 
peléCaloiero et autrement Panaia, qui est 
entièrement inaccessible, comme étant 
escarpé de tons côtés. Un caloyer ou ec- 
clésiastique grec, d'où sans doute elle a 
pris son nom, avoit autrefois choisi ce 
rocher pour v aller passer ses jours sous 
la rigidité d'une discipline fort sévère, 
comme elle se pratique ordinairement 
parmi ces ecclé^stiques, avec deux au- 
tres religieux de son ordre. 11 avoit eu pour 
cet effet l'industrie de trouver moyen d'y 
élever, à l'aide d'une bascule ou poulie, 
un fort petit bachot, où seulement 
deux personnes se pouvoient mettre, 
avec beaucoup d'adresse et de' facilité* 
Mais il y fut enûn massacré par deux 
Turcs , 'qui le surprirent en cette ma- 
nière. Ses confrères, les deux autres ca- 
loyers, étant descendus pour quelques 

(x) Pftcnpfion de C Archipel, p. 170. 



affaires danslé petit bachot, à la manière 
accoutumée, ils furent tués par ces deex 
Turcs, qui vêtirent ensuite leurs habits, 
et se présentèrent sous cette flgure pour 
être élevés au haut du rocher par l'autre 
caloyer, qui, les prenant pour ses odd- 
frères , ne balança |>as un moment à 
faire ce qu'ils soubaitoient ; de sorte qu'y 
étant arrivés, ils massacrèrent aussi oe- 
loi-là , et ayant pris le peu de leurs ef- 
fets qu'ils y trouvèrent, ils descendirent 
de nouveau du mieux qu'ils purent du 
haut du rocher f qui depuis ce temps est 
demeuré inhabité. On peut du haut df 
ce rocher découvrir une grande partie 
de l'Archipel. » 

ÎLE DE C4RPÀTH0S. 

Il ne faut point quitter ces parages de 
l'île de Rhodes sans parler de file de 
Carpathos, qui a donné son nom à cette 
partie de la mer Egée où sont situées 
toutes les Sporades méridionales et Rho- 
des elle-même. Carpathos, aujourd'hui 
encore Scarpanto ou Zerfanto, est si- 
tuée entre les lies de Crète et de Rhodes, 
à quarante milles de la première et à 
cinquante de la seconde (1). Strabon nt* 
lui donne que deux cents stades de tour, 
ce qui fait environ vingt-cinq milles d'I- 
talie ou huit lieues de France ; mais eu 
réalité sa circonférence est de soixante 
milles, qui font vingt Ueues. Cest unf 
île assez élevée au-dessus de IVau , de 
forme un peu longue, étroite, et qui s'é- 
tend du nord au sud. Elle a de hauts som- 
mets, que l'on aperçoit de fort loin en mer. 
Carpatuos possède de bons pâturages, 
et peut nourrir uoe grande quantité d€ 
gros et de petit béiail ; on y trouve des 
cailles, des perdrix et beaucoup d'autre 
gibier en abondance. On y mange les 
meilleurs lièvres de l'Archipel. « Ces 
excellents lièvres n'ont pas toujours ha- 
bité l'Ile. Ce sont les insulaires eux- 
mêmes qui les introduisirent chez eux; 
et, ■ bien que les lièvres, comme dit Ué- 
« rodote, trouvent des ennemis partout, 
« parmi les animaux, les oiseaux et les 
a hommes » , ceux-ci se multiplièrent 
tellement , qu'ils dévorèrent toutes les 
récoltes. D'où le proverbe appliqué aux 
gens punis par leurs propres tantes : la 

(0 Dapper,p. i7i;Strab., X, 5;TmkIio., 
t. n, p. 393 ; Win., IV, a3; V, 36. 



j 



LBS SPORAUES. 



197 



^fffet de Carpaihoz (t). » On trouv« 
aussi dans eette île des mines de fer et 
des carrières de marbre. La mer de Car« 
pathos est semée d'écueils : elle était 
fort redoutée des andeiis; de là cette 
touchaote comparaison d'Horace : 

ut mftter Jovenem , quem Notas invido 
Fiatls Carpathli (rans maris squora 
Cuoclantem spallo loojçfus anouo 
Dalci detîDet a domo, etc. . . (2). 

De son côté, Pline a célébré le scare de 
la mer de Carpathos {xcanu cretensis), 
excellent poisson, très-recherché de son 
temps pour la table des riches. « On dit 
que c*est le seul poisson qui rumine et 
qui se nourrisse d'nerl>ageet non de pois- 
sons. Très-commun dans la mer Garpa* 
tiiienne, jamais il ne dépasse spontané- 
ment le Lecton, cap de la Troade (8). » 
Sous le règne* de Claude on réussit à 
rarclimater sur le littoral de fltalie. Oit 
pêche aussi aux environs de Carpathos 
de très-beau corail. 

Dapper, qui fait, d*après Porcachi, une 
description assez complète de la géogra- 
phie de cette fie, donne les noms des trois 
montaenes qui s^élèvent au centre de 
Carpathos; ce sont les monts Ânchinata, 
Oro et Saiot-Élias. Ses riyages sont hé- 
rissés de nombreux caps et creusés en 
ports et en baies, qui offrent d'excellents 
mouillages. Les principaux promontoi- 
res sont au sud, au côte de Casos, le cap 
Sidro , le cap de Pemisa ; vers le nord , 
les caps Andemo et Bonandrea. Autre- 
fois cette tie était très-fréquentée des ma- 
rins italiens, qui en connaissaient tous 
les ports, savoir : Agata, Porto di Tris- 
tano , que les anciens appelaient Trito- 
mus et que défend recueil de Pharia, 
Porto Grato, Porto Malo Nato. Avant 
la prospérité commerciale de Rhodes , 
Carpathos dut être le point de relâche 
le plus fréquenté par les navires mar- 
chands qui allaient de la mer Ë^ée dans 
la Méditerranée orientale. Aussi devait- 
elle être florissante au temps où elle 
comptait, selon les uns quatre, selon les 
autres sept villes; ce qui l'avait fait sur- 
nommer Tetrapolis ou Heptapolis. On 
retrouve des ruines antiques sur plu- 

(0 M. de Marcellus, Épisodes, etc., t. Il, 
p. 196. 

(î) Hor., 0</., 1. IV, 4, V. 9. 



sieurs points de Ttle, à Phianti, à Méné- 
tès , à Tentho et à Arcassa. Phianti pa« 
ratt être remplacement de l'ancieune 
Posideium, capitale de Ttle; non loin de 
là s*élève le bourg actuel de Scarpanto, 
que domine un château du même nom. 
Llle n'est habitée que par des Grecs, dit 
Dapper; on n*y trouve point d'autre Turc 
que le cadi ou juge, qui se tient dans le 
château, et y gouverne au nom du grand 
seigneur. 

Carpathos n'a pas d'histoire parti- 
culière. Dès l'origine elle paraît avoir 
subi l'influence de la Crète et de Rhodes, 
dont elle dut toujours partager les des- 
tinées. On lit dans Diodore qu'elle eut 
pour premiers habitants quelques com- 
pagnons de Minos , à l'époque où ce roi 
eut, le premier parmi les Grecs, Teinpire 
de la mer (t). Mais les poètes, qui re- 
montent toujours plus haut que les his- 
toriens dans les antiquités des peuples, 
nous reportent bien au delà des temps 
de Minos, quand ils nous disent que Ja- 
pet, fils de Titan et de la Terre, engen- 
dra dans Carpatlios ses quatre fils qu'il 
eut de la nymphe Asie,, savoir : Hespe* 
rus, Atlas, Ëpiméthée et Prométliée. 
Ainsi , selon la mythologie , si la Crète 
fut le berceau des dieux de l'Olympe , 
Carpathos fut la terre natale de leurs 
adversaires, les Titans. Qu'est-ce à dire, 
si ce n'est oue ces deux Iles grecques , 
placées sur les confins des mers d'Asie, 
furent les premières à recevoir des Orien* 
taux, des Phéniciens surtout, les noms 
et le culte des divinités qui plus tard for- 
mèrent l'Olympe grec. Nul doute qu'a- 
vant Minos, Carpathos n'ait reçu des 
colonies d'Asiatiques navi^teurs. Plu- 
sieurs générations après lui, loclus, fils 
de Démoléon, Argien d'origine, envoya, 
d'après l'ordre d'un oracle , une colo- 
nie à Carpathos. Cet établissement, dit 
M. Raoul Rochette (2), dont Diodore nous 
laisse ignorer l'époque, doit appartenir 
au même ensemble d'émigration dirigé 
par Althémène , et ne lui être postérieur 

Sue de bien peu d'années. Déjà, au temps 
e la guerre de Troie , Carpathos , qui 
est appelée Krapathos dans Homère, 
faisait partie du royaume de Phidipp.us 
et d'Antipbus, descendants d'Hercule. 

(x) Diod. Sic, Y, 54. ê 

(a) Çolonks Grecques, III, 74. 



10S 



L'UmVERS. 



£I1edevîDt donoune tle darieniMY commit 
la Crète, comme Rhodes, comme toutes 
les iles voisines. Sa divinité principale 
fut Poséidon, ou Neptune, qui était le 
dieu protecteur de la confédération de 
rhexapole dorique. Virgile fait de cette 
Ile le séjour du dieu Prêtée, d'où Ton 
peut conclure qu'elle avait un oracle de 
^Neptune. 

lEst tn Carpalhio Nepluni gargite vate» 
Cœruleus Proleus.... (i). 

On voit que si Carpathos n*a pas d'his* 
toire, elle a des antiquités; peut-être 
mime qu'aveo des recherches attentives 
et toutes spéciales on pourrait suivre 
ses destinées d'Age en Age , depuis les 
temps héroïques ius(ju*à Tépoque où elle 
passe sous la domination des Turcs. 
Peut-être aussi oette étude a-t-elle déjà 
tenté la patience de quelque érudit alle- 
mand ; mais Je n'ai rien pu découvrir à 
cet égard. . 

« L'Ile de Soarpanto est à présent, dit 
Dapper au dix*septième siècle , sous la 
domination du grand seigneur, q^i la 
fait gouverner par un cadi. Il n'y fait 
pourtant pas son séjour ordinaire, se 
contentant d'y venir seulement tous les 
trois mois une fois , pour conuottre les 
différends qui naissent entre les insu- 
laires, exercer sur etix la justice, et pu- 
nir les eoupables suivant que les affaires 
le demandent. Ensuite il s en retourne h 
nie de Rhodes, où il se tient ordinairo* 
ment, sous l'autorité du aangiac, qui en 
est le gouverneur. Ce sangiac y envoie 
tous les ans un nouveau receveur pour 
en tirer les tribus et les impôts que les 
insulaires grecs doivent payer à la Porte. 
On y envoie aussi un gouverneur de 
CoBstantinople; mais c'est un des moin- 
dres officiers de l'empire, qui ne laisse 
pourtant pas d'exercer une cruelle ty« 
raiiule sur oes insulaires. Quand il arrive 
911e les galères de Malte y viennent 
aborder, ces insulaires sont en de gran- 
des inquiétudes pour défendre et cacher 
ktur gouverneur, étant obligés de ré- 

• (r) Oeorg^., 1. IV, v. 384. Virgile a emprnfilé 
cet épisode de SfS(réor épiques k V Odyssée, I.V, 
▼. 349. Maïs Homère place le séjour de Prolée 
dans rilc de Pliaros, et eu fait un dieu égyp- 
tien. L'Egypte était Jine des sources d'o/i la 
Grèce avait.puiséaa mythologie. 



pondre de sa persOBnê au grand sei- 
gneur, sous peine de la vie ou de ki 
perte de leurs biens et de leur liberté. * 
Aujoud'hui Scarpanto est encore à la 
Turquie; mais .elle doit avoir changé de 
régime et se ressentir des am^oratioifr* 
décrétées par le tanzimat. 

ÎLB SB CASOS. 

L*î1e que les géograplies anciens a^i- 
pelaient Casos était encore nommée 
Casso ou Caxo par les Grecs et les It^ 
Uens. Les marins français lui avaient 
donné le nom d'île du uaz. Casos est 
située entre Carpathos et la Crète, à 
soixante-dix stades de la première (près 
de trois lieues ) et à deux cent vin^t de 
la seconde. Ëllea quatre-vingts stades de 
circuit. Ces mesures, données par Stra- 
bon, ont été trouvées très-exactes par Sa- 
vary (1). Selon Etienne de Byzance, elle 
fut ainsi noniiuée de Casos, père de 
Ciéomaque; et il ajoute que les hahilaDts 
de cette petite Ile envoyèrent une colo- 
nie sur le mont Casius en Syrie. Cette 
Ile est située dans une mer remplie d'é- 
cueils. Ses rivages ne présentent que ro- 
chers hérissés de pointes menaçaotes. 
que les flots mugissants blanchissent dr 
leur écume. Casos parait inabordable, 
et en effet on ne pénètre dans le petit 
bassin qui forme son port que par un 
étroit passage, où les bnrques en temff 
de houle courent risque de «e briser 
contre les rocs anguleux de cette passe. 
Dans l'antiquité , Casos n'était eonour 
que par son miel. Du temps de Dapp«r 
ce n'était qu*un rocher nu , qui senait 
de retraite à des pirates. Quand Savan* 
la visita, à la 6n du dix -huitième siècle. 
il y trouva une population active, iodui- 
trieuse , adonnée à Taisrioulture et sa 
commerce , vivant dans l'aisance et la 
simplicité antiques. Cliarmé de l'hospi- 
talité qu'il y reçut et des divertissemeats 
qu'on lui procura, le voyageur philosophe 
célèbre les vertus patriarcales des Casio- 
tes avp^cet enthousiasme exalté et systé- 
matique si fort à la modeau siècle dernier. 
qui pour la forme parodiait 1e style du 
Télémaque, et qui pour le fond reprodiù- 
sait trop fidèlement les sophismes et les 
paradoxes de Rousseau. « Heureux peu- 
ple, medisois-je ! l'ambition et l'intiigue 

(x) Lettresiw la Grèce, p, xo6. 



LBS SPC^ADES. 



IW 



ne troublent point ta tranquillité 1 la soif 
de l'or a*a point corrompii tes moeurs! 
les qoprelles, les dissensions, les crimes 
dODt elle remplit la terre , te sont in* 
connus. On ne roit point dans ton Ne 
le citoyen enor^eilli de ses titres ou de 
ses richesses fouler atii pieds son hum* 
bleoompatriote; on n'y voit point nn bas 
vaiet encenser les vices de son maître. 
L^homme y est égal à Thomme; le Ca*- 
siote ne ro<igit ni ne s'abaisse devant le 
Casiote, etc. , ete« » Toute la lettre, qui 
est de vingt pages, est sur ce ton. 

Il est vrai de dire qu'à nette époque le 
petit rocher de Casos commençait à de* 
venir une des lies les plus coinmerçan* 
tes de r Archipel. Selon Pouqueville, elle 
arait reçu une de oes colonies albanaises 
ou schypes qui faisaient au commence* 
met de ce siècle la splendeur de la marine 
çre»iue(l). Casos exploitait alors lecum- 
merce des côtes de Syrie \ mais la guerre 
de rindépendanee est venue étouffer, 
pour toujours peut-être, l'essor de cette 
prospérité. 

IlB DB COS. 

Descbiptiow oéoobaphtqub. — 
L'île de Cos (^ K&ç ou K6a>ç), la plus oon- 
sidérable des Sporades, est située à l'en- 
trée du golfe Céramique (auj. golfe de 
Boudroun ou de Stancno), à peu de dis- 
lance du cap Termerion (auj. Termera), 
qui termine au sud la presau tie de la Ca- 
rie, où se trouvaient Minaus et Halicar- 
nasse. Cos est désignée quelquefois chez 
les .mciens par le nom de Méropis, qu'elle 
re<;ut , selon Hygin , de Mérops (3), pre» 
mier roi de ce pays. Coa, sa fille, substi- 
tua son nom à celui de son père , et Ttle 
fut appelée Cos. Selon Pline, on la nom- 
mait aussi Cea, et enfin Nymphœa. De 
tous ces noms, celui de Cos est le seul 
qui ait été communément employé par 
les anciens. Au moyen âge elle est ap- 
pelée ordinairement Lan^o, peut-être à 
cause de sa forme allongée, et Stancho 

(i) Voyage de la Grèce^ t. VI, p. 3oa-3 to. 

(a) Forbi«;er, ffandhuch, etc., t. II, p. aSo. 
Vojez «ur Pîle de Cos un mémoire de Leake, 
dans Tfie Transactions ofthe royal Society of 
Uteraturtoftite United Kingdom^ 2* série, 1. 1, 
J845. — Zander, Bettrage zttr Kundê der 
ifftêtKott Hamb., tSSi. — Kofter, dé Coin- 



00 fltanchiô, ni6t formé par les marins de 
ceux par lesquels les Grecs disent qu'ils 
vont a Cos ( tic t^v Kâ h et qui pronon- 
eés rapidement font Stinco. C'est par une 
altération du même genre que se sont, 
formés les noms de Stalimèue, de Stam-' 
boul etdeSétines(l). 

Pliue place File de Cos à quinse milles 
d^Halicarnasse (fi). Il lui donne cent 
milles de tour ; et Strabon cinq cent eiiH 
quante stades, ce qui fait environ trente 
lieues. Cette Ile est longue, étroite, pri»- 
eipalement dans sa partie occidentale, 
qui se recourbe vers le sud , et ^ui est 
montagneuse. Le reste de I île ofire des 
plaines propres à la culture. Son pie ie 
plus élevé était le mont Prion. Les an? 
eiens lui a valent reconnu troÂscaps : le cap 
âcandarionoii Scandalion,au nord; le cap 
Dreoanon, à Touest ; et le cap Lacter, au 
sud. Le terroir de Cos <ist fertile ; ses vins 
étaient célèbres autrefois et sont encore 
excellents. Les habitants de cette île mé- 
langeaient du vin avec de IVau de meir, 
et en faisaient un breuvage fort reclier» 
ebé) appelé /eticoi'Ottm (8). La principale 
industrie de ces insulaires consistait 
dans la fiibrication de ces étoffes de soie, 
légères et transparentes, dont on faisait 
les vêtements appelés coœ oetteê. Jl en 
est fréquemment fait mention dans les 
poètes latins. Voici ce que Pline nous 
apprend de Tinseote qui produisait la 
soie de Cos : « Ou dit qu'il naît aussi des 
bombyk dans l'Ile de Cos, les exhalaisons 
de la terre donnant la vie aux fleurs que 
les pluies ont fait tomber du eyprès, do 
térébinthinier, du frêne,du chêae. Ce sont 
d*abord de petits papillons nus; bientôt, 
ne pouvant supporter le froid, ils se cou- 
vrent de poils, et se font contre l'hiver 
d'épaisses tuniques, en arrachant avec 
les aspérités de leurs pieds le duvet des 
feuilles. Ils forment un tas de ce duvet, 
le cardent avec leurs ongles, le traînent 
entre les branches, le rendent fin comme 
avec un peigne , puis le roulent autour 
d>ux, et s'en forment un nid qui les en- 
veloppe. C*est dans cet état qu'on les 
prend; on les met dans des vases de terre, 
unies y tient chauds, les nourrissantavec 

(i) Choiieul-Gottflier, Voyetge pittoresque, 
1. 1, p. 171. 

(«) PKti., Bitt, Nat., T, 36. 
(3) Id., XIV, 8 , 10. 



MO 



L*UNIVERS< 



da 8on ; alors il lear natt des plames d^ine 
espèce particulière; et quand ils en sont 
revêtus, on les renvoie travailler à une 
nouvelle tâelie. Leurs coques, jetées dans 
l'eau, s'amollissent r puis on les dévide 
sur un fuseau de jonc (1). » On recher* 
cbait encore la poterie de Gos, et surtout 
ses belles amphores, ainsi que ses par- 
fums et onguents de coing et de marjo- 
laine (3). 

La capitale de Ttie de Gos portait le 
même nom et était située au nord, près du 
cap Scandarion. D'abord les insulaires 
avaient habité une autre ville, située dans 
un canton que Thucydide nomme la Mè- 
ropide. Us abandonnèrent cette cité à la 
âuite d*un terrible tremblement déterre, 
et fondèrent la nouvelle Cos , Tan 366 
avant Tère chrétienne. Le nom d'Astv- 
palée resta à Tancienne Yilie, ^ui tomba 
bientôt en ruines (8). Cos était une cité 
bien bâtie, et très-agréable à voir quand 
on y arrivait par mer. Il y avait encore 
dans file la ville d'flalisarne, près du 
cap Lacter, et le bourg de Stomalimné, 
près du promontoire Drecanon , à deux 
cents stades de la capitale. 

La ville moderne occupe le même 
emplacement que Tancienne. Dapper en 
parle comme Strabon. « Elle est fort 
joliment bâtie et assez bien peuplée , » 
dit-il (4). Mais, malgré cet éloge, la sim- 
plicité agréable de la ville de Stancbio 
n*a rien de comparable à la beauté de 
Tancienne Gos, dont la splendeur est 
attestée par les débris de ses antiques 
édifices au milieu desquels s'élèvent les 
bâtiments modernes. Le port, autrefois 
grand et tommode, est maintenant ensa- 
blé, etlesgramls navires restent en rade. 
On voit (Taprès les récits des derniers 
voyageurs que File de Gos a moins souf- 
fert que beaucoup d'autres terres de 
TArcbipel (5). « La ville de Cos est sur le 
rivage, dit Choiseul-Gouffier ; son port 
est commode , et toute la côte est cou- 
verte d'orangers et de citronniers , qui 

(i) PUn., Hist, Nat., XI, 47. 
(a) Id., XXXV, 46; XIH, t , a. 

(3) Siinb., XIV. p. 673; Tauch., t, IH, 
p. aoa ; Tbuc. VIII, 41. 

(4) Deser, de tArchipel^ p. 176. 

(5) Chois<rul-Gounier, 1. 1^ p. 170; Mi- 
diaud et Poujoulat, III, p. 461 ; Pro^esch, 
Denkwuryifrft, in, p. 43»^ 



forment Faspeet le plus sédaisaitt. Mais 
rien n'est aussi agréable que la place pu- 
blique. Un platane prodigieux en occupe 
le centre, et ses branches étendues la cou 
vrent tout entière ; affaissées sous leur 
propre poids, elles pourraient se briser, 
sans les soins des habitants, qui lui ren- 
dent une espèce de culte ; mais comme 
tout doit offrir dans ces contrées ée% 
traces de leur ancienne grandeur, œ sont 
des colonnes superbes de marbre et de 
granit qui sont employées à soutenir la 
f leillesse de cet arbre respecté. Une foD> 
taine abondante ajoute au charme de ces 
lieux , toujours fréquentés par les habi- 
tants, qui viennent y traiter leurs affaires 
et y chercher un asile contre la ehaleur 
du climat. » il est déjà fait noention de 
ce beau platane dans les voyagieurs et 
géographes du quinzième et du seiaènie 
siècle. Une de ses principales branches 
s'est brisée dans ces dernières années. 
<( Les branches qui lui restent, dit M. Mi- 
chaud , affaissées sous le poids des ans, 
s'étendent horizontalement à une grande 
distance, SOI 1 tenues par des colonnes dont 
le marbre a pénétré dans Técoroe, et qui 
semblent faire partie de l'arbre qu'elles 
supportent. Le platane de Cos ou de 
Stanchio est révéré des Grecs et des 
Turcs, qui le mettent au-dessus de toutes 
lesantiquitésdu pays, et qui ne manquent 
pas de répéter aux voyageurs qu*Hippo* 
crate donnait des consultations sous son 
ombrage. » 

Au moyen âge , Lango était défendue 
par une citadelle, qui fut élevée par Tordre 
de Saint- Jean de Jérusalem. On voit en- 
core sur la noi'te de cette forteresse les 
armes des liospitaiiers, ainsi que sur 
plusiwrs maisons voisines. Dans le mur 
extérieur du château est encastré un ma- 
gnifique bas-relief antique, qui semble 
représenter les noces de Neptune ou de 
Bacchus. Les Grecs de Cos sont persua- 
dés que dans l'intérieur de la citadelle 
on conserve un buste d'Hippocrate , et 
qu'on y trouve une petite chambre qui 
tut habitée par le père de la médecine. 

A Cos le souvenir d'Hippocrate est en- 
core vivant partout. Il y aà trois milles de 
Stanchio, sur une montagne assez âevée, 
une fontaine dont la construction re- 
monte à la plus haute antiquité. Cet édi- 
fice est encore appelé la Fontaine dHip- 
pocrate. Le lieu d'où jaillit la soucoe est 



LES SPQRADES. 



201 



reeoarert (Tmie rotonde assps éle? ée qui 
a une ouverture par le haul; Teau coule 
ensuite par un lit de pio're creusé dans 
une galerie fermée des deux côtés par 
des murs eydopéens. Cette galerie est 
recouverte par une voûte angulaire de 
pimes également cyclopéennes. Tout 
atteste une construction des premiers 
âges, eoutemporaine de la galène de Ti- 
ryate ou des remparts de Myeènes. On 
retrouve encore sur les hauteurs de la 
partie méridionale de Ttle les débris des 
châteaux forts que les ebevaliers de Rho- 
des y avaient fait élever. Ces forteresses 
dominaient et défendaient les Titlages de 
Pili, d'Antiphili et de Kephalo. Cette 
partie de Ttle est peu connue , et onli- 
nairement négligée par les voyageurs, qui 
se contentent d'admirer en passant le 
site de la capitale, son paysage, et le 
magnifique aspect qu*offre le voisinage 
des cétesd* Asie. 

HlSTOIfiB DE lIIiB DB COS DANS 

L'ifiTiQuiTB. — Cos reçut ses premiers 
hatHtants des mêmes émigrations qui 
peuplèrent Rhodes et toutes les tles de 
ces parages. Mérops , Tun des fils de Trio- 
pas, s'établit le premier dans cette île, qui 
prit d*abord le nom de ce chef. Ses oompa« 
gnons, probablement Pélasges d'origine, 
s'appelèrent aussi les Méropes (1). Qt^el- 
tjue temps après le déluge de Deucalion, 
des Éoliens cle Lesbos quittèrent cette Ile, 
où régnait Macarée, et vinrent s'établir 
à Cos, sous ta conduite de Méandre, qui 
devint rm du pays(3). On raeontequ'Her- 
cole vint à Rnodes, qu'il y tua Eurypvle, 
tyran odieux par ses cruautés et ses bri- 
gandages. Dès lors la race d*Hereule ré* 
goa à Ces et dans les tles voisines. « Ceux 
qui habitaient, dit Homère, les îles de Ni- 
syre, de Carpathus, de Casus, de Cos, où 
^it régné Eurypylus, et les tles Ca- 
lidnes étaient sous la- conduite de Pbei- 
dippus et d'Antiphus , fils de Thessalus 
et petit-fils d*Hereule ; ils avaient trente 
vaisseaux. « Ainsi les Uéraclides domi- 
naient à Cos au temps de la guerre de 
Troie. Après Textinction des Heraclides, 
^nreot les Aselépiades, ou fils d'Escu- 
lape, Maeliaon et Podalire, mil après la 
prise de Troie se fixèrent dans 1 tie de 

(0 Raoul Roeliette» Cofonies Grtct/,, I, 
p. 337. 

W Diod. Sioil., V, 81. 



Cos. L'insalubrité de cette lie écartait 
de ses rivages les navigateurs grecs et 
étrangers; ils la choisirent pour l'objet 
partieulier de leurs soins, et y renou- 
velèrent en peu temps la population, 
{>resque éteinte (1). Depuis ce temps 
'art de la médecine fut en grand hon- 
neur à Cos; Eseulape en fut la divi- 
nité principale. On lui éleva un temple 
magnifique dans le fiiubourg de Cos. 
Ce temple était rempli des offrandes 
de ceux que la puissance d' Eseulape 
avait guéns de leurs maux ; les prêtres 
d'Esculape tenaient registre de tous les 
remèdes reconnus par l'expérience (3). 
Ce fut à cette éoole de médecine que 
se forma Uippocrate. Les derniers co- 
lons qui s'établirent à Cos furent des 
Doneus venus à la suite d'Altbemène (S). 
Dès lors cette fie fit partie de l'Hexa» 
pôle dorique, qui avait ses réunions 
politiques et ses fîtes commîmes dans 
le temple d'Apollon Triopien. ' 

L'histoire de Cos pendant l'anti- 
quité se confond continuellement avec 
celle de Rhodes : nous en a^ons in- 
diaué les principaux traits dans l'ar* 
ticle consacré à cette dernière (4). Pen- 
dant longtemps Cos fut une cité d^une 
importance secondaire. Mais la troi- 
sième année de la 108* olympiade 
. ( l'an 866 av. J.C. ) « les habitants 
de Cos se transportèrent dans la ville 

Sulls occupent encore aujourd'hui, dit 
Modore (6), et Tembellirent beaucoup. 
Cette ville se remplit d im grand nombre 
d'habitants, fut entourée de fortes mu- 
railles; elle avait un port magnifique. 
Depuis cette époque les revenus et les ri- 
chesses de ses habitants sont toujours 
allés en augmentant; enfin elle put riva- 
liser avec les premières villes ». Cos était 
donc en pleine prospérité quand elle 
s'unit à Byzanee, à Rhodes et à Chio 
pour s'affranchir du joug d'Athènes. Peu 
de temps' après, elle reconnut avec 
empressement la domination d'Alexan- 
dre le Grand, et pendant les troubles 

Îi) Raoul Rocbetle, II, p. 40 1. ' 
a) .Htrab.« XIT; Tauch., III, p. aoi. 

(3) Voy. plus haut, p. xo6; Sirab., p. 663; 
Her., I« 144 1 Raoul Rochette, III, 71. 

(4) Voyez plus haut, p. xoS , 109, 110, 
lia, i3o, x37, 

(5) Diod. Sicul., XY, 76. 



302 



LumyfiRS. 



qni loivirsDt sa inort^ elto €iHrft d'abord 
daas le parti d'Aotigone. Mais Ptoléméet 
nareu d'Antigone, ayant trahi soo oeelei 
livra nie de Coa à Ptolémée, roi d'É- 
^ptc, qui sut habilement attacher eea 
isaulaires à aea intéréta par lea avaa- 
tages eDininerciaHX qu'il leur procura. 
Pendant son eipéditlon de Tan SOO dana 
la Grèce et la mer Egée, Ptolémée La^ua 

/ lit de rile de Coa le oeolre de aea opéra* 
tiens (1). C'est à cette époque et dans 
oette Ile que naquit son fila Ptolénoée 
Phtladelphe » car Bérénice avait aceoni- 
pagné son époux dana cette oampagne* 

/ Jusqu'à la nn, Coa fut toujours unie 
par dea liena d'amitié très-étroita à la 
dynastie des Ijagides. 

Plus tard^ lorsque l'Egypte fut abais- 
sée, lea habitante de Cos recherchèrent, 
comme les Rhodiens, la protection 
du sénat contre les rois de Macédoine 
et de 8yrie^ et, comme Rhodes, cette île 
rendit de lrèa*granda services aux Ro* 
mains dana leurs fuerrea maritimes (2). 
Gomme Rhodea auasi , elle Ait grande- 
ment maltraitée par lea meurtrfera de 
Otear, qui n'avaient nu déterminer ces 
insulaires à se joinore à eux. Turu» 
liu^, l'un d'eux, abattit le bois oonsnaté 
à IKsculape, et en it des navires. Sous 
l'empire, Con devint tributaire, maie 
elle conserva ses droits de dlé. L'em- 
pereur Glande {Mropoaa au sénat d'af* 
ntinchir de tout tribut lea inaulaires 
de C^. Claude alléguait Tantiquilé de 
cette ville, dont il &aait remonter l'o- 
r^fne à Céua, père de Latone, la 
grande célébrité de son dieu Esculape, 
les services qu'elle avait rendus en 
produisant tant d'illustres médecina. Le 
sien, appelé Xénopbon, était un Asdé- 

Ï^iade; et c'était à aa demande que 
'empereur faisait au sénat cetle sin- 
gulier propoeiUon. « il n'est pas doo* 
teux, ajoute Tacite (S), que ces in» 
aulaires n'evssent rendu beaucoup de 
services aux Romains, et l'on po«- 
vait citer des victoires auxquelles ils 
avaient contribué; mais Claude, avec 
son irréflexion ordinaire, accordant 
une grâce purement personnelle, né- 

(x)-Diod. Sicul., Xï-, ^7; App., A/iMr., 

(a) Tit. Liv., XXXVII, i6, 0». 
(3)Tac.,/^ii/i.,Xn,fir. 



gligeait de la justifier par dss codé- 
dérations d'utiiité publique. » Sous Yn- 
pasien, Cos perdit, les derniers restas 
de sa liberté , et fit partie de la pro- 
vince des îles, dont Rhodes devint U 
capitale. Sous Antunin, un tremble^ 
ment de terre ayant bouleversé les eéiti 
de la Carie, de la Lycie et les îles voi- 
sines» fempereur répara tout le dé- 
sastre, et fit reconstruire à ses frab 
les villes de Cos et de Rliodes (i'. 
A partir de cette époque Cos dit^paraiL 
perdue dana l'immensité de Tempin: 
romain* ^ 

Hommes iLi^usTnia db l'Ilb de 
Cos.— Si V\i% de Cos n'a qu'une plaor 
médiocre dans Tbistoire politique df 
la Grèce, elle eat a jamais illustrrr 

Ear la gloire immortelle des grands 
ommes qu'elle a produits* Cos est U 
patrie du plus grand médecin et du 
plus grand peintre de l'antiquité, d'Hip- 
pocrate et d'Apelle. indépendamnieot 
de cea deux grands génies, qui sul* 
fiaent à sa gloire, elle donna aussi naii- 
•ance à quelques hommes célèbres, qui 
eurent une grande réputation de lâir 
temps, mais dont les noms ne MSt 
plus évoqués aujourd'hui que par b 
curiosité des érudita. « On compte pamu 
les hommes illustres de Coa, dit Htnr 
bon, outre Hippoorate, Sîmus, auirf 
médecin; Pliilétaa, poète etgraromai- 
ffien, qui fut le préee|ilcur de Fte- 
lémée Philaddphe; Nicias, chef àt 
nartl « qui devint tyran de Cos, et doti 
le nom se retrouve sur une méilailli' 
de l'Ile; Ariston le Philosophe, discipî^ 
et liéritier du péripatéticien de ce nom. • 
Cette ville a vu naître aussi Tlieot»- 
ne:»te, célèbre eitbarède, qui a pteda 
parti opposé aux entreprises de ^J€ias. 
Il suimt d'énuroérer ces persona^ti 
plus ou moins illustres; mais dos- 
nons plus d'attention aux deux graa6 
hommes de Cos, Hippeerate et Apelie. 
HippocnATK; Écotn de mébeci}!! 
»B Cos.-* La vie d Uippocralecsl presque 
inconnue; les récits qu'on en fait seet 
surchargés d'inventions et d'embellis- 
•ements invraisembiiibles, qui la to 
nesserabler à une légende. Ce n'est quf 
deux cents ans après la mort dllip- 
pocrate que les énulits alexandrin^ 

(t) Pausan., yUI,4S. 



L£8&BraRAD£S. 



^00 



eMMBtMènftt &m rtehtrdies sur la 
lNographi« de rhomme illiutre dont )a 
sJoirp. grandinait tous ks jours, et doot 
Ici écrits étaient def enus comme le oode 
de la médedoe (1). Mais, oomme la via 
d« ce médeein n'avait été recueillie ni 
fit les eontemporains, ni par ceux 
qui Tout suivi immédiatement « ceux 
qai plus tard ont voulu l'écrire n'ont 
trouvé aucun récit digne de foi pour 
les détails personnels à Hippocrate; 
i)iD*0Dt pu que recueillir quelques do* 
cumeots positift, qui fixaient sa patrie , 
^on âge, le lieu ou il avait exercé son art 
et sa célébrité. Tout le reste avait péri. 
Hippocrate naquit la première an* 
oée de la quatre- vingtième olympiade, 
en 4eo (S), dans la ville de Gos , où 
son père, liéradide, exerçait aussi la 
;>rofpssion de médedu. Une généalogie 
'iHitrouvée le rattachait à Podalire et 
1 Esculape, dont il aurait été le dix* 
septième desocndant. Cependant c'est 
iree raison que Platon, dans le Pro* 
/a^otoj, donne à flippocrate le titre 
d'Asclépiade ; car les Asdépiades n*é- 
taieal pss nne famille, nais oes corport* 
tioM lacerdetales, qui dès les temps les 
plus aoeiena avaient en le privilège ex* 
eluitf de la pratique de la médedne, et 
')«i eommenfaient au dnquièoie dède k 
il partager avec d'autres concurrents* 
On eorporatiaas de prétres-médedns 
liibitaient autour des temples d'Asclé* 
piiM ou Esculape, dieu de la médé* 
ciae, st dans ces édifices, anpeléa ase^* 
omt {àmùofKaXw)^ tout était disposé 
^ la fois pour le culte et la pratique 
<le Tart, pour le service du dieup et 
vltti des malades, il s'était fondé en 
Grèce, à l'origine de la société bdié* 
nique, na grand nombre de ces as- 
•iepioBs, dont les phis considérables 
WiBiflsaient le triple caractère de 
ttmple, d'hApital et d'école de méde* 
oine. Les plus renommés de ces Asdé* 
fHoas étaient, au temps qui précède 
Hippocrate, eenx de Cyrene, de Rhodes, 
di Caide et de Gos. Les malades qui 
^reaaîent se faire traiter dans les temples 
•avaient l'habitude d> laisser un té- 
•aolgnage de leur reconnaissance envers 

(c) M. LitU^* OMwPws compiàies d'Hip- 
pocrate. Introduction , 1 1, p. 3a. 
(>) A. PierroOy LUtérattare Grwque, p. a i a. 



le dieu et une infteation de la RMittAie 
dont ils avaient été guéris. « Le temple 
d'Épidaure, dit Strabon, est toujoun 
plein de malades et de tableaux qui j 
sont suspendus, et dans lesquels le trai- 
tement est consigné. Il en est de même 
à Gos et à Tricca (1)». Les prêtres 
recueillaient ces notes , et en faisaient 
sans doute une des sources de rensei- 
gnement médical qu'ils donnaient à 
leurs élèves. Le livre intitulé Préno* 
Umu Coaquês^ qui se trouve dans les 
œuvres d'Hippocrâte, n'est sans doute 
qu'un recueil de notes de ce genre. 
Telle était l'école oà Hippocrate oom* 
mença son noviciat médical et acquit ce 
titre d'Aselépiade, par lequel il est dé- 
ti^ûé è plusieurs reprises dana Platon, 
son contemporain. C'était comme le di- 
plôme de docteur de ces temps-là : et ce 
titre ne forçait pas le médecin qui le poi^ 
tait à s'enfermer dans le temple ou il 
l'avait n^f puisque Hippocrate, qui fai- 
sait partie du sacerdoce médical aeCos, 
qui appartenait à une ftimllle illustre, 
que l'on disait descendue d'Esculape, 
parcourut comme médedn pérMeufe, 
ou ambulant, différentes parties de la 
Grèce , et y exerça la médecine. Nul 
doute qu*Hippoerate n'ait beaucoup 
voyasé. Dans les écrits de la collec- 
tion nippocratique. Il est très-souvent 
question de l'tle de Thasos. On y trouve 
aussi nommées Abdère et Périnthe- en 
Tbrace, Olynthe dans la Chalcidique, 
Lansae, Cranon et Phère en Thessalie, 
les tles de Délos, de Gos et d'Andros. 
Hippocrate parie des Palos-Méotldes, 
du Phase, des contrées du Pont, 
des Scythes nomades, comme ayant vu 
ces peuples et parcouru ces contrées. 
Il est évident qu'il avait aussi visité la 
I<ybîe et l'Egypte. De tout terttps il a 
été utile de voyager pour apprendre 
à connaître la nature et les hommes; 
mais dans l'antiquité, oè les commoni- 

(i) Strab.» L TIU. On a trouvé dans le 
temple d'EjcuUpe k Rome une iuecription 
grecque, dont void le aeos : « Julieo éiaat 
travaillé d'un flux de aang nar le haut et 
abandonné des hommes, le dieu vint à sou 
«ecours ; de sorte que l'ayant nourri de miel 
pendant trois jours il le remit en sa première 
aanté. Il lui en i*end grAoes devant le peu- 
ple. » 



S04 



LTJiaV£R8. 



cations entre les savants étaient nulles, 
où les peuples ne se connaissaient pas 
les uns les autres, c*était une néces- 
sité de sortir de chez soi pour échap- 
per à rignoranoe que produit l'isole- 
ment. De nos jours c^est la science qui 
voysse ; autrefois il fallait que Thomme 
courut après elle; c'est ce que Grent 
le grand rapporteur de la médecine 
antique et le père de riiistoire, Uippo- 
crate et Hérodote. 

Après ses voyages, Hippoerate revint 
à Cos, dans sa viei liesse ; et par ses travaux 
et ses écrits il éleva TécoLe de sa patrie 
au-dessus de toutes ses rivales. 11 ne 
faut pas croire ou'à cette époque la 
science médicale fut à créer, et qu'ilip- 
pocrate ait été à proprement parier le 
père de la médecine. « Jadis il existait, 
dit Galien (1), entre les écoles de Cos 
et de Cnide une lutte à qui rempor- 
terait par le nombre des découvertes ; 
car les Asdépiades d'Asie étaient di- 
visés en deux branches après Texiino- 
tion de la branche de Rhodes. A cette 
lutte honorable prenaient part aussi 
les médecins deTltalie, Philistion, Ëm- 
pédocle, Pausanias et leurs disciples; 
de telle sorte que trois écoles admi- 
rables se disputaient la prééminence 
dans la médecme. Celle de Cos se trouva 
avoir les disciples les plus nombreux 
et les meilleurs; celle de Cnide la sui- 
vit de près, et Técole d'Italie ne fut 
pas non plus sans gloire. » Ainsi, le 
mouvement scientiflque était déjà très- 
actif et très-fêcond quand parut Hip- 
poerate; mais l'expérience qu'il avait ao- 
3uise dans ses voyages» la comparaison 
es différentes méthodes et doctrines 
qu'il avait étudiées , lui donnèrent des 
vues d'ensemble et une étendue de con- 
naissances qui manquaient aux autres 
médecins de son temps, asdépiades, 
philosophes et gymnastes, enfermés 
dans les traditions incomplètes d'un 
enseignement local et particulier. Hip- 
poerate ne oréa pas la médedne, mais 
il étendit, compléta et féconda ce qui 
existait avant lui. « Son mérite dans 
la sdence, dit M. Littré, à qui j'em- 
prunte tous ces développements, la rai- 
son du haut rang qu^il y occupe, la cause 
de la puissance qu'il y a exercée, tout 

(r) Gai., t. lY, p. 35, éd. Basil. 



cela est dans la féroe des aiideaiies 
doctrines qu'il embrassa, dévelo»|»a, 
soutint avec talent, employa avec bon- 
heur et transmit pleines de vie, de force 
et de profondeur à la postérité (f ). » 

Les biographes alexandrins qui ont 
travaillé si tard sur la vie du médecin 
de Cos ont recueilli ou inventé des 
histoires invraisemblables, qui ont fait 
fortune, mais dont aucune ne peut 
tenir devant l'examen d'une saine cri- 
tique : telles sont les récits sur le rôle 
d 'Hippoerate dans la peste d'Atliènes, 
sur l'invitation d'Artaxerce, sur le re- 
fus du médecin de Cos , sur son entre- 
vue avec Démocrite, sur la guerre faite 
à rile de Cos par les Athéniens. Tous 
ces faits n'ont d'autres garants que les 
lettres et discours qui forment un ap- 
pendice de la collection hippocratique. 
Mais il est suffisamment démontré au- 
jourd'hui que toutes ces pièces ont été 
rabriquées par des faussaires et qu'elles 
sont entièrement controuvées (2). 

La fin de la vie d'tiippocrale est 
aussi peu connue que le reste. On sait 
qu'il parvint jusqu'à un âge très-avancé, 
jusqu'à quatre-vingt-doq ans selon le^ 
uns, jusqu'à quatre-vingt-dix selon le» 
autres; sdon d'autres encore, jusqu*a 
cent quatre ou même cent neuf ans. 
Son biographe anonyme dit qu'il mou- 
rut non point dans sa ville natiile. 
mais près de Larissa, dans la Thessalie. 
Au reste, les notions et les doutes de 
la critique ne font que dégagor du sein 
de l'erreur et des fables les seules vraies 
notions qui se rattachent à rbistoire 
d'Hippocrate. Elles dissipent des illu- 
sions, sans rien diminuer de la grandeur 
et du prestige de son nom , et elles ne 
servent qu'à faire ressortir davantage \es 
seuls faits qui permettent d'apprécier le 
rôle qu'il a joué et la place qu*il a oc- 
cupée dans la sdence. Le personnage 
&ntastique de la légende a disparu; 
mais, ce qui vaut mieux, il reste un 
grand homme , qui a fait de grandes 
cjioses. On doit donc se tenir pour sa- 
tisfait, puisque l'on peut donner oonime 
certaines les conclusions suivantes, qui 
sont celles du savant et habile tradoc- 

(x) Œuvres tT Hippoerate, I/ttroifuctioff, 
I. I, p. 94. 

(ft) M. LiUré, ItOrod.y 1. 1, p. 4«^ 



LES SPORADES. 



10» 



teur des œuvres hippocratiques : « Pra- 
ticien, professeur, écrivain, Hippocrate 
a joui de Testime de ses eontempo- 
rains; desœndu d*une fiimille oui tai- 
sait remonter son origine jusqu à l'âge 
liéroïque , U lui a donné plus de gloire 
qu'il n'en avait reçu; attaché a une 
corporation qui desservait un temple 
d*£sculape» il a fait prévaloir Técôle 
de Cos sur toutes les écoles médicales 
gai Font immédiatement suivie ; et de 
hooDe heure ses écrits étaient médités 
n cités par Platon (1). » 

C'est dans la lecture de ses écrits 
qoe l'on peut, du reste, achever de con- 
naître Hippocrate; sa haute intelliffenoe, 
SOD noble caractère s'y révèlent à chaque 

Jage. La plus belle de toutes est celle 
u serment, où il trace, en s'engageant 
à les remplir, tous les devoirs d*un mé- 
decin véritablement honnête homme 
et religieux : « Je jure par Apollon 
médecin, par Esculape, par Hygie et 
Panacée ; je prends à témoin tous les 
dieux et toutes les déesses d'accomplir 
fidèlement, autant qu'il dépendra de mon 
pouvoir et de -mon intelligence, ce ser- 
ment et œt engagement écrit : de re- 
garder comme mon père celui qui m'a 
easeigné cet art; de veiller à sa sub- 
astance; de pourvoir libéralement à 
^ besoins ; de considérer ses enfants 
comme mes propres frères; de leur 
apprendre cet art sans salaire et sans 
aucune stipulation, s'ils veulent l'é- 
tudier.... Je conserverai ma vie pure 
et sainte aussi bien que mon art.... 
le garderai inviolablement la loi sa- 
crée du secret.... Si j'accomplis avec 
fidélité mon serment, si je n'y fais 
point défaut , puissé-ie passer des jours 
heureux, recueillir les fruits de mon 
art, et vivre honoré de tous les hommes 
et de la postérité la plus reculée; mais 
si je viole mon serment, si je me parjure, 
que tout le contraire m'arrive (2). > 

Apelle. — Apelle naquit à Cos« 
comme Hippocrate, dans la première 
moitié du quatrième siècle avant l'ère 
chrétienne, pendant la 1 1^*" olympiade, 
n était fils de Pythius, et il eut pour 
maître Êpborus d*£phèse et Paniphile 
d'Amphipolis. Il voyagea pour per- 

(i) lilb^, iHtrod., 1. 1, p. 43. 

(s) A. PitrroDy UtU Grecque ^ p. ai 5. 



feetionner son talent » et il vint étudier 
à l'école de peinture de Sicyone, qui 
était alors la plus renommée de toute 
la Grèce. On lui donne quelquefois le 
surnom d'Éphésien , non pas que Ton 
ait cru qu'il naquit dans cette ville, 
mais parce qu'il y demeura longtemps 
et qu'il y reçut sans doute le droit de 
cité (i). Au jugement des anciens eux* 
mêmes, Apelle surpassa tous les peintres 
qui l'avaient précédé et tous oeui qui 
le suivirent. A lui seul, il contribua 
presque autant que tous les autres au 
progrès de la peinture, et cela non- 
seulement par ses tableaux, mais aussi 
par ses écrits. U composa trois hvres 
sur la théorie de la peinture, qui exis- 
taient encore du temps de Pline. 

Apelle eut plus que tous les autres 
peintres la grâce en partage. Il y avait 
de son temps de irès-grands artistes; 
il admirait leurs ouvrages, il les com- 
blait d'éloges, mais 11 disait qu'il leur 
manquait la grâce, qui était à lui; qu'ils 
possédaient tout le reste, mais que 
pour cette partie seule il n'avait point 
d'égaK L'ingénuité et le charme de son 
caractère n'étaient pas moindres que la 
grâce de son talent. Il était au-dessus de 
toutes les mesquines passions nui trop 
souvent travaillent les artistes. Il reoon> 
naissait, il encourageait, il produisait les 
talents d'autrui; on sait sa conduite à 
r^ard de Protogène, qui cependant pou- 
vait étreson rival (2). 11 était désintéressé, 
et conservait partout, devant le public 
comme chez les plus grands princes, 
une attitude pleine de convenance , de 
franchise et de dignité. Deux anecdotes 
racontées par Pline et beaucoup d'autres 
auteurs montrent comment il savait 
parler aux petits et aux grands. Quand 
Apelle avait fait un tableau, il l'expo- 
sait devant le public; et, se tenant ca* 
ché derrière un rideau , il écoutait ce 
qu'on disait, dans le dessein de corri- 
ger les défauts qu'on y pouvait remar- 
quer. Un jour un cordonnier critiqua 

(i) Voy. Fr. Junîu*, /)« P/c/wra Veterwm 
Idlii treSf Roterodami, 1694, iu-fol.; Catah^ 

ÊuSf p. la. On trouve dans ce livre tout 
» malériaiix de la biographie d* Apelle, 
mais réunis sans critique. PUoe, Bist, Mai., 
XXXV, 36,17. 

(a) Voy. plus haut, p. 139. 



SM 



L'UNIVERS. 



kl tûMSÊùxe d*un de lés penonnagiesf 
et comme il avait raiflon , Apelle cor« 
rîgea la faute qu'il avait faite. Le len* 
demain le même cordonnier, tout flet 
d*avotr été écouté , se mit à reprendre 
la façon de la jambe ; mais cette fois 
le peintre , Irrité , sortant de derrière 
SA toile, s'écria qu'au oordounier n'a« 
vait rien à voir au-dessus de la chaus* 
sore. C'est h cette anecdote qu'on rap- 
porte Taventure du proverbe ne sutor 
mlit^a erêpidam^ qui se trouve para- 
pbrasé dans Rollin delà façon suivante : 

Savetier, 

Fais ton métier; 
£t garde-toi surtout d'élever (a ceosure 
Au-dessus de la chaussure. 

Une autre fols c'était Alexandre qui, 
étant allé visiter le peintre dans son 
atelier, se mit à parler de peinture à 
tort et à Iraver» : « Prince, lui dit 
Apelle, prenez garde, ces jeunes gar- 
çons qiii broient mes couleurs vous 
admiraient pendant que vous gardiez 
1# silence; maintenant ils rient de vous. « 
Malgré cette bberté de langage, Apelle 
f^t toujours très-agréable au héros 
mseédonien, qui le nomma son peintre 
ofieiel. Il défendit h tout autre artiste 
doftdre son portrait. Ayant à se plaindre 
(le Ptolémée, roi d'Egypte, qui avait 
accueilli les accusations de ses adver- 
saires, Apelle s'en vengea en exposant 
a Ëphèse un tableau allégorique qui 
représentait le roi avec de très-grandes 
oreilles tendant la main à la Calomnie. 
Aux cdtés du roi se tenaient deux fem- 
mes, représentant l'Ignorance et le Soup- 
çon {MXrfyii). La Calomnie était pré- 
cédée par un homme, qui Ûgurait l'envie 
(^(^voç) , et qui était suivi de la Buse 
et de la Trahison. A quelque distance 
de ce groupe marchait le Repentir, qui, 
tournant la tête en arrière, reconnaît 
dans le lointain la Vérité, qui s'approche 
environnée de lumière. Telle fut la 
vengeance utile et ingénieuse de ce 
grand homme. Apelle était fort labo- 
rieux, et, quelque» occupations au'il eût 
â'aUleurs, il ne laissait point s écouler 
m jour sans s'exercer la main en tra- 
çant quelaues traits au crayon ou au 
pkieeau. Il mourut après avoir joui' 
de toute sa gloire, laissant un grand 
nombre d'ouvrages. Mine en a éna- 



l 



méré les principaux , fout en dédarant 
u'il n'est pas lacile de dire, an milies 
e tant de chefs-d'œuvre, quels sont 
ceux qu'on doit déclarer les meilleurs. 
£tat de l'Ile de Lanoo socs 
la domination des chsvalibbs 01 
Rhodes. — Après leur réunion à Vtm- 
pire romain, les insulaires de Cos d>b- 
rent plus d'autre destinée que eellf 
de tous les autres sujets de Ronoe ; cette 
He vécut en paix, à l'ombre d*un despo- 
tisme longtemps bienfaisant; et quand 
vint la décadence de Tempire « elle eut 
sa part des maux qui vinrent fondre sur 
toutes ses provinces. Les Sarrasins Isi 
firent éprouver de grands dontmages [1} 
dans leurs courses à travers Tarehipe}. 
où rien ne leur résistait. Les faibles 
souverains du bas-empire ne savaiftit 
défendre que Constantlnople. Grâce 
aux croisades, l'Église latine vîot ai: 
secours de la société grecâue, qui déjj 
succombait au onsième sieele ^ et dont 
elle retarda la diute en versant sur 
TAsie les bataillons des chrétieDi de 
l'Europe. Au quatorxième sièole , Cos, 
désormais appelée Lange, devist uae 
province de ce petit État maritime 
fondé à Rhodes par les dievaher» de 
Saint- Jean, et où s'organisa, aa nem 
de la foi chrétienne, une ai éner^^îqtie 
résistance. En 1816 Lango Alt occu- 
pée par Foulques de Ylllaret, le ron- 
quérant de Rhodes (S); et cette tie de- 
vint un des Gef^ les plus eonsidéraMes 
de Tordre. En f996 des fsinillee B^ 
méniennes chassées par les Tun9<^> 
ramans demandèrent asile aux Cheva- 
liers. On les établit à Lango, sur le 
territoire de Céphalo; on pourvut 
à tous leurs besoins, on leor don^'a 
des bestiaux^ et des instruments ara- 
toires, et on leur permit d'élever une 
église où l'on célébrait le culte d'après 
leur rit, que reconnaît l'Église latine 
En 1389 le gouvernement de I^ngo 
appartenait à frère Pierre SchlegcN 
hoid, qui fonda plus tard le château 
de Boudroun, sur les ruinée d'Hali- 
carnasse. Bientôt, en 1991, on ajouta 
à la commanderie de Schle^elhold les Iles 
de Calamo et de Lero. Yotci lee ebarises 
imposées au gouverneur de ces ties 

(x) Voyez plos haut, p. t4é, 147. 
(a) Voy. plus hanly p. 147. 



LES SfORAIIBS. 



207 



par ritvKtHuvt du ^rand mâtm s II 
devait payer cent flonns d'or au trésor 
à» l'ortlre; pourvoir à l'entreUen de 
viBgt-diiq religieui, dont quinie cheva- 
liers, équiper et aolder dix hommes 
d armes latios nés au-delà des mers, 
n de eeot cinquante Tureopoles; pour- 
voir la garnison de Lango d'un méde* 
cio et d*une pharmacie; ne vendre les 
denrées de 1 tie qbe dans le marché 
de Rhodes; faire nettoyer tous les ans 
1 étang maisftin qui est près de Lango; 
équiper une galère à vingt rames; faire 
toutes les dépenses nécessaires à Ten- 
trrttea des églises , des forteresses , de 
tous les édittces publies de son gou- 
Teroeinent (i). 

Après la mort de Scblegelbold, le fief 
de Lango changea de nature ; il devint 
UD bailliage, et fut réuni au prieuré de 
Portugal. Cependant les fréquentes at- 
taqu<^ des Turcs et des Sarrasins conti- 
nuaient à épuiser les ressources de l'tle, 
qui ne pouvait plus se défendre ni entre- 
tenir ses forteresses. En 1444 l'amiral 
Quérioi , bailli de Lango, à bout de ves* 
sources, s'adrease au grand roattre de 
Listic, et demande des renforts. Le con« 
m\ répondit par Tordre d*abando&ner 
les foru aeooodaires, d évacuer le dis» 
tiict de Narangia et de ne défendre que 
its principaux postes. Évidemment la 
Pttissance des coevalien de Rhodes foi« 
blissait; le temps de leur décadence 
triait venu; l'ordre n'avait plus qu'à se 
tenir sur une pénible défensive. A mo> 
surs qu'il perdait de aa force contre 
l'enDemi, tl perdait de aon autorité 
<ur les insulaires qui lui obéissaient. 
Fj i4&f les habitants du district do 
^arang•a, le meilleur canton de Lango, 
5« révoltèrent. Cependant la valeur des 
chevaliers restait la même, malgré le 
mauvais état de leurs afiaires; frère 
ina de Châteeu-Neuf repoussa toutes le» 
attaques dirigées par Mahomet II contre 
Lanfso et les îles voisines de 1454 à 1460. 

Après ces luttes, qui avaient aug- 
laenté sa détresse, Lango fut placée di^ 
reeteineulsoii&radministrationdu grand 
maître Zaoesta, qui la fit gouverner pat 
on lieutenant. On avait senti la néces- 
sité d*augmenter les pouvoiva du chef 
de Tordre à mesure que les dangers 



grandiisaieiil el qve ^ennemi 
plus pressant. Lango était la seconde He 
de la religion, la plus menacée nar les 
Turcs, la plus importante à défendre 
après Rhodes. On la pia^ donc sous 
Tautorité immédiate du grand maître. 
En 1404, nouvelle descente des Turcs 
dans l'tle de Lango : ils la ravagèrent, 
sans pouvoir s'y établir. Le 1 7 octobre 
1493 un tremblen>ent de terre boule* 
versa Ttle entière: les habitants se- 
raient morts de faim si le grand maître 
d'Aubusson ne leur eût envoyé des vi« 
vres. Il fallut reconstruire toutes les for* 
teresses. En 1495 Lero et Calamo éproih 
vèrent le même désastre. D'Aubusson 
eut à faire d'énormes dépenses ; il poui^ 
Yut à tout. 

En 1500 les juifs, dont on suspectait 
les dispositions, furent bannis de Lango, 
comme de tous les Étals des hospita- 
liers (I). Ils furent tous transportés à 
^ice. Cette mesure ne sauva pas la d»> 
mination rhodienne, qui succomba en 
1523 sous les coups de Soliman. Lango 
se rendit après la prise de Rhodes. A 
partir de la domination des Turcs elle 
tut désignée de préférence sous !• nom 
de Stanchio. 

ÉTAT ACTUEL DE StANCSIO.-- L'Ile 

de Stanchio a été moins maltraitée que 
beaucoup d'autres sous le gouverno» 
ment des Turcs. En 1831, lors des 
troubles de la Grèce , le pacha de Slan- 
ehio n'eut pas de peine à maintenir 
l'ordre dans son petit geuvemement. 
Stanchio fut le point central des opé» 
rations des Ttires contre Samoa, qui était 
en pleine révolte , et elle traversa sans 
souffrir cette époque si funeste à d'eu- 
très fies voisines. Aujourd'hui la ville 
a environ trois mille habitants : la po- 
pulation de toute 1 île est de vingt mille 
âmes. La campagne parait assez bien 
cultivée; on rencontre sur les coteami 
de nombreux troupeaux de motHons 
et de dièvres. Les principales prodtic- 
tions du territoire sont les cflrooa, les 
oranges, les raisins secs. Les expor* 
totions faites dans l'année IMO eut 
été évaluées à plus de cent mille tala- 
vis (500,000 francs). Stanchio »'a pas 
bougé dans la guerre de rindépendance. 
f:n 1891 elle étâil UtnqAiUe et heu- 



I ( 



Coronelli, isola di Bodi, p. 399< 



(i) CoronelK, hoia tH /Htêéff . p. ilo. 



rUNIVBBS. 



rtoiet MMW le (jouveniMnMil modéré 
d*Ali-Bey, Tare instruit et bieuTeillaot, 
qui disait qu^il était cbarsé de prot^er 
et non de ruiner le peuple (I). On re- 
trouTe à Stancbio une singulière cou- 
tume, qui existe aussi à Métélin : les filles 
ont seules droit à rhéritage de leurs 
parents; la coutume veut que ce soit 
la femme qui choisisse le mari ; quand 
elle a pris les informations nécessaires, 
le père transmet les intentions de sa 
flile à celui qu'elle a choisi ; son mari 
n'apporte jamais rien en mariage, et 
ne tait aucun présent à sa nouvelle 
épouse. Quand c'est la fille atnée qui 
se marie, le père lui abandonne sa 
maison, et va s'établir ailleurs. Cet usage 
qui n'admet que les femmes à l'hérédité 
subsiste encore, avec des modifica- 
tions, dans plusieurs autres îles , telles 
que Maxos, Paros, Santorin. Qui peut 
dire la cause véritable de cette singu* 
larité de mœurs? 

Iles voisines de gos. 

Le golfe Céramique, dont l'île de Cos 
occupe rentrée, était rempli de petites 
fies, auxquelles les anciens avaient donné 
des noms, et que l'on ne connaît plus 
dans la géo^aphie de nos jours. C'é- 
taient, dit Pline (3},Pidosus prèsd'fla- 
licamasse, Arconnesos, Priaponesos, 
Hipponnesos, Psyra, Mya, Lampseman- 
dus, Passais, Crusa, Pyrrhe, Sepiussa, 
Melano, et une tle peu éloignée du 
continent, appelée Cinœdopolis, parce 
qu'Alexandre le Grand y relégua des 
nommes de mœurs infâmes. Vers la 
pointe de Myndus et le cap Zéphyrion , 
se trouvaient le groupe des îles argien- 
nés, qui sont au nombre de vingt, Hipsi- 
risma, i£tbusa, Caryanda, patrie de 
Scylax l'ancien» le logojsraphe, qui 
fut chargé par Darius l" d'explorer 
les côtes de l'océan Indien (3). 

Calymiia est plus considérable que 
toutes les précédeutes. On la désigne 
aujourd'hui sous les noms de Calymno, 
Calamine, Colmine. Elle figure sou- 
vent dans l'histoire des chevaliers de 
Rhodes sous le nom de Calamo. Les 
anciens l'ont souvent appelée Calydna. 

(i) Micbiud et Poujoulat, lU, 469. 
(a) Plin., HUt, Pfat., Y, 3G, 3. 
(3) Forbîger, Handà,, II, p. 9x7. 



Homère fût de oetle Oe et des îlots 
voisins le groupe des lies Calydnes (1). 
Pline prétend qu'elle renfemait trois 
villes. Notion, Nisire, et Mendetêre. 
Le miel de Calymna était célèbre chez 
les anciens. Les chevaliers de Rhodes 
y élevèrent une forteresse, qui fut uoe 
de leurs bonnes positions militaires. 
L'île de Calamo faisait partie du bail- 
liage de Lango, dont elle était séparée 
par un bras de mer, large de treize milles 
seulement. Soliman la conqiiit en 1623. 
A l'est de Calymna est le rocher de 
Lebinthos et le petit groupe dllotsdoot 
Qnaros est le principal, que Ton poiv- 
rait aussi bien ranger parmi les Cyela- 
des, et qui marouent de ce côté la li- 
mite extrême des îles d'Asie ou Sporades, 
dont elles sont séparées par une assa 
grande distance* 

ttS DE LÉROS. 

Cette île peut être encore eonsidérée 
comme une annexe de Cos. Elle en était 
éloignée de trois cent vingt stades, as 
nord. Aujourd'hui encore on l'appelk 
Léro. Dans l'antiquité, Léros reçut uw 
colonie de Milet (2). C'est h Léros qi» 
l'historien Hécatée conseillait à Aristago- 
ras. Fauteur de la révolte d'iooie, de citer 
cher un asile , et d'attendre le moment 
favorable pour rentrer à Milet (3j. Ld 
habitants de Léros passaient pour aroir 
le caractère rusé et méchant (4). Leur 
île produisait un assez beau marbrt 
blanc. Le sol en est stérile. j 

Sous les chevaliers de Rhodes» Tinj 
devint une dépendance du bailliage M 
Lango ou Stancbio. On y constmisi^ 
une nonne forteresse, sur une bautesl 

2 ni domine le port et le boura de Lèro^ 
fn trouve de très^bons mouilTa^fS dao^ 
cette petite île, qui n'a qu environ huit 
lieues de circuit. Elle fut bien souveol 
attaquée et ravagée par les Turrs, ju» 
qu'au moment de la prise de Rhodes. 



(f ) Toy. Strab., X, 5 ; Tauchn., Il , 3o4 
Dapper rappelle Clarat dans rantiqoité (IVf 
eriptlon, n. 1S2). Je ne voit nuUe part quel'^ 
anciens aient connu une lie de œ nom. 

(«j) Sb^b.y XIV; Taucha., III, p. les. 

(3) Hérod., V, laS. 

(4) Slrab., X, 5; Taiichn., II, S9X. XshôSi 
^wxvXîSto». Aépioi xaxoi ovx' é piv, i 
S' oO. 0dvT<c... etc. 



LES SPORADES. 



S09 



Oa sait par q«el habile stratagème le 
jeune Paul Siméoni la défendit cootre 
UM attaque de Kemal-Réia, eo 1605 (1). 
DeveDue ponession des Turcs en 1528, 
Léro fut assiégée et prise en 1648 par 
k Vénitien Foseolo, qui en démolit la 
forteresse (2). 

Sur la côte orientale de Léro on 
trouve un petit golfe appelé Terraco, 
et un bon port, a l'entrée duauei est 
Ja jolie petite tle de Lépida. 

ÎLB DB l^ATHOS (3). 

Cette tle (IldtcfAoç, Patmo Patina, 
PalmOf Patmosa\ Tune des Sporades, 
est située dans la mer Icarienne, sur les 
eoQlius des cdtes de la Carie et de la Ly-* 
de, au sud des tles d*iearia et de Samos, et 
à soixante milles au nord de Tlie de Cos« 
Sa pointe méridionale s'appelait le cap 
Amazonium ; elle est à deux cents stades 
de Léros. Dans Tantiquité, Patmos n'é- 
tait qu'un rocher stérile ; elle avait une 
petite ville du même nom, mais elleserait 
restée une des tles les plus obscures de 
rArchipel, si elle n'avait été le lieu d'exil 
de saint Jean, qui y écrivit son Jpoca* 
lypse.sou» Domitien,ran95.« Moi Jean, 
qui suis votre frère , et qui ai part avec 
TOUS à l'afOietion , au règne et à la pa- 
tience de Jé8us*Chrl9t, j*ai été dans rtle 
appelée Patmos pour la parole de Dieu 
et pour avoir rendu témoignage à Jé- 
sus. Un jour de dimanche je fus ravi 
en esprit, et j'entendis derrière moi une 
voix forte et éclatante , comme le son 
d'une trompette , qui disait : Écrivez 
dans un livre ce que vous voyez, et 
eavoyez>le aux sept Églises qui sont 
eu Asie (4). » On montre encore au- 
dessous du couvent de Saint- Jean une 
grotte où l'apôtre inspiré entendit cette 
voix céleste, et où il eut cette série de 
visions et de révélations dont il composa 
son sublime et mj^stérieux livre. 

Au onzième siècle, sous le règne 
dePempereur Alexis Comnène, Christo- 
doule, abbé de Latros en Asie Mineure, 

(i) Toy. plus haut, p. 175. 

(2) Curooelli, iiola di Rodi , p. ^9. 

(3) Korbiger, Bandb,, etc., I. II, p. aS? ; 
Townetoit, n, 436; Fococke, lY, 4ao; 
Choiseul-Gouffier, I, i6i;Michaud et Pou- 
jOMlat, m» 454; Dapper, p. 179. 

(4) Apocai.^ c. I, 9. 

U< Livraison, (Spob4DBS. ) 



fuyant les perséeutions des Turcs, fonda 
le monastère de Patmos, qui occupa 
le sommet de la plus haute montagne 
de l'île, et qui futeutourée de muraules 
comme une forteresse. Les habitants, 
dispersés dans l'Ile, vinrent se grouper 
autour du couvent , où ils pouvaient se 
réfugier lorsque les pirates, si nombreux 
dans ces parages, faisaient des incur* 
sions dans l'île. Peu à peu la ville s'a- 
grandit, et fit un commerce considérable, 
qui procura de grandes richesses aux 
Habitants. Au dix-septième siècle Pat- 
mos était, au rapport de Dapper, une 
île florissante, bien cultivée et reudue fer- 
tile par le travail de ses habitants; les 
trois grands ports de la Scala, de Sap- 
sila, de Gricou, étaient visités par de 
nombreux navires. Les Vénitiens en 
firent leur station dans la guerre de Can- 
die. Ses côtes et ses vallées étaient cou- 
vertes de villages. Si ce tableau de la 
Ïirospérité de Patmos n'est pas exagéré, 
es malheurs des temps qui suivirent 
en ont bien changé la situation au dix- 
huitième siècle, puisque Toumefort di- 
sait que Patmos est un des plus mé- 
chants écueils de l'Archipel. Selon ce 
voyageur c'est une île découverte , sans 
bois et fort sèche. Elle est couverte de 
lapins, de cailles, de tourterelles, de pi- 
geons, de becligues ; elle ne produit que 
peu de froment et d'orge. Le vin y vient 
de Santorin , car on n'en recueille pas 

Elus de mille barils dans Patmos. Les 
abitants possèdent une douzaine de 
calques et plusieurs autres petits bâti- 
ments, avec lesquels ils font le transport 
des blés d'Asie et de la mer Noire. 

Il n'y a que des Grecs dans cette 
île; ils payaient aux Turcs, dit Tour- 
nefort, une capitation de huit mille écus 
et une taille de deux cents. On voyait 
sur le port de la Scala trois ou quatre 
bouts ae colonne de marbre qui étaient 
d'un bon style, et qui sont probablement 
des restes d'un ancien temple. L'ermi* 
tage de l'Apocalypse est à mi-côte d'une 
montagne située entre le couvent et le 
port de la Scala. On y entre par une al- 
lée fort étroite, taillée à moitié dans le roc 
et qui conduit à la chapelle. Cette cha- 
pelle n'a que huit ou neuf pas de long, 
sur cinq pas de large; la vodte en est 
belle, cintrée dans le genre gothique; 
à droite est la grotte de saint Jean 

14 



iîé 



L'UNIVERS. 



dont l'entrée, haute d'environ sept pieds, 
est partagée en deux par un pilier carré. 
La citerne de la maison est à gauche 
de la chapelle, au bas de la fenêtre. 
Le grand couvent, dont l'abbé est comme 
le souverain de l'Ile , est situé au som- 
met de la montagne; un collège ou 
séminaire, qui a été très-florissant, j 
est annexé. Le couvent, dit Pococke, 
compte deux cents personnes, dont vingt 
sont prêtres et quarante caloyers. 11 
possède une petite bibliothèque , pres« 
que toute composée des ouvrages des 
Pères grecs ; Pococke n'y a pas vu autre 
chose. Cependant, de nos jours on 
ne perd pas l'espérance d'y retrouver 
quelques débris littéraires de l'antiquité. 
Telle était la situation de Patmos 
au siècle dernier. Elle paraît être la 
même de notre temps. Le peuple de 
Patmos est pauTre, disent les auteurs 
de la Correspondance cT Orient, mais il 
vit en paix; l'air y est sain, et la peste, 
qui désole souvent les îles , n*a Jamais 
porté ses ravages dans Patmos. Pat- 
mos a de plus un collège renommé , 
au'on pourrait appeler Tuniversitc de 
1 Archipel; bn y enseigne le grec litté- 
ral, l'italien, la rhétorique, la logique; 
il y vient des élèves même de la Morée. 
Le rocher de Patmos n'a pas tenté les 
Osmanlis, qui ne s'y montrent point et 
se contentent d'un léger tribu. Jamais 
on n'y aperçât l'ombre d'un minaret; 
la cloche, qui retentit à toute heure sut 
la montagne de Patmos, annonce à la 
fois que la religion y fleurit et qu'on 
n'y vit point dans la servitude. On <y 
vivrait parfaitement tranquille, sans la 
crainte des pirates, qui infestent encore 
les environs de Nicarie, le groupe des 
tles Fourni et les boghaz de Samos. 

ÎLE 1GAB1A. 

Cette île, appelée par les Grecs d'abord 
^Ixapoç, et plus tard 'IxapCa, est située à 
l'ouest de Samos , dont elle est séparée 
par un canal de dix- huit milles de largeur. 
La pointe d*Icaria, qui est opposée au cap 
Cantharion, à l'ouest de Samos, s'appelait 
Dracanon ou Drepanon. C'est aujour- 
d'hui la pointe du Fanar, à cause d^une 
vieille tour, dont parle Tournefort (1), 
qui servait de fanal pour éclairer 1$ 

(i) Tournefort, f^oyage du Lcpatit, I, 402^ 



passage des vaisseaux etsM leaHe ë. 
Samos. L'autre extrémité d'Iearia re- 
garde Mycone, une des Cydades, qui 
en est à quarante milles de distance. 
On Pappelfe le cap Baba. Strabon donne 
à rîle crlcare trois cents stades de cir- 
cuit, ce qui fait trente-sept milles. Mais 
Tournefort prétend q[u'elle a soixante 
milles de circuit ou vingt lieues. Selon 
Pline, elle avait dix-sept milles de lon- 
gueur. Près du cap Dracanon était si- 
tué un bourg de ce nom, plus à TouesL 
Au même côté nord-ouest de Tîte étaient 
les deux villages appelés Isti C^mi) pu 
Strabon. Là se trouvait aussi une bonne 
rade et un temple de Diane Tauro- 
pole (Taupoic6Xtov). On trouve en on 
canton de l'intérieur, appelé le champ 
des Roseaux, des ruines que Ton croit 
être celles de l'ancienne ville d' JCnoé. 
learia est fort étroite et traversée dans 
sa longueur par une chaîne de mon- 
tagnes en dos d'âne, que recouvraient 
des forêts de pins et de ebénes et d'où 
coulent toutes les soarees qui arrosent 
le pays. On appelait cette chaîne le mont 
Pramnos. Sur iaedte sad, à l'est, étaient 
des soarees d'eaux ebaudes et un bour: 
appelé Thermes. 

On attribue le nom de file Icarta 
à Icare, fils de Dédale, qui se noya dact 
la mer environnante, laquelle fat appeler 
aussi mer Icarienne. Strabon place dac' 
cette mer Samos, Cos et les petites fl« 
situées entre ces deux-là. La fable d'I- 
carie est trop connue pour que je 1. 
reproduise ici : je renvoie le lecteur ::& 
récit d'Ovide (1). Quant à l'explicatict 
de cette fiction mythologique, elle est 
donnée par Pline Tancien, qui attribue a 
Icare l'invention des voiles (2). Voilà !d 
ailes au moyen desquelles Icare se saur: 
de la Crète, avec son père Dédale, et 
dont il se servit pour passer jus^ifà file 
où il vint faire naufrage. Icatie a encore 
été appelée par les anciens Maearis, ïk- 
liche et lebthysessa. Le savant Bodun 
prétend même que ee dernier nom n'e^i 
que la traduction du mot phénicien 
Icaure, qui signifio poissonneux. Getîtj 
étymologie, si elle était véritable, dH 
truiiait tout à fait la fable d'Icare, oi 
du moins son rapport avec l'Ile en que? 

(i) 0\ià,, Met., VlUy i83. 
(2) Pline, Vn, 57. 



LEâ SPOKàBCS. 



Qtl 



tiofl; mais êUê n^a pouf elle tTaotrè 
garantie que l'imagiiiation d'an savant 
flvstéoifltiqiie. Dans l'antiquité, leatia 
D'eat aueune importance historiqoe; 
elle fttt eolonlsée par les Milériens. Mais 
cet établissenieitt ne tarda pas à dépérir; 
au temps de Strabon, Icaria était infia- 
bitée. Elle n'était iMMsupée que par les 
pâtres et les trotipeaox des Samiens (f }. 

Soas l'empire grec 111e Icaria ou N^ 
caria, comme oti rappelle a^oofd'hui, 
fot repeuplée , et détint un évéché qui 
relevait de rarchevéché de Samoa. Leê 
empereurs bysantins en firent un lien 
d'exil (3). £n tl^t< Femperear Isaad 
TAnge érigea nie de !9ioa#ia en baronnitf 
ifldépeodant0Y en faveur d'un oertaiti 
Siesrd de Bejatiaoo, à qui fut confié hf 
fioJQ de défendre Ttle et de teiiir gar* 
nisoQ dans la forteresse de Dolietie, qtfi 
m était la place forte. Cette baronnie tut 
déclarée béréditaire dads la iMkiille de 
Sieard, qui la conserva jusqu'au eon»' 
mpBeement du quinzième siede. Dana 
cet intervalle die temps Nicaria avait 
été obl^ de reeomiattre taatdt le 
patronage des Vénitiens ^ tantôt la do' 
miDation de la maison génoise des Jus-* 
liniaDî de GIrios. Fatigués de tous ces 
cbaDgemeots de condition, et désiranf 
trouver des mattres capables de les dé' 
fendre, les habitants ee If icaria se don* 
nèrent, en 1481, au grand maître d'Au^ 
basson, et File resta ce la possession 
de l'ordre jnsqa*à la conquête de ce pe« 
tit empire maritime par Soliman , 1623. 

La stérilité de Ttle de Kicaria, la pau« 
vreté et la simplicité de mœurs de ses ha- 
bitants, leur ont assuré sons la domina- 
tion des Turcs «ne sorte d'indépendance. 
« La petite Ile de Nicaria, dit Dapper (8), 
fôl bien la plus heureuse, quoKfue la 
(dus pauvre de toutes les lies de la mer 
£çée ; car si le terroir en est aride, Tair 
en est sain; ils ont peu de besoins, et 
se satisfont facilement pour le vêtement, 
la nourriture et' rhabitation. Ils ont 
chez eox de petits moulins à bras, et ils 
ne font leur pain qu'an moment de 
prendre leur repas. C'est là toute leur 
cuisine. » Le pain qu'ils font ainsi , dit 
Tonmefort, nest autre chose que des 

(i) Strab., X ; Tanch., Hy 39 1 . 

(1) Coronelli, / sùla di Jtodi, p. 357. 

f'U Descr. de tÀnhîpel, p. 189. 



fouaces sans levain, que l'on fait cuire 
à demi sur une pierre plate ebauffée 
par dessous. On dimne deux por^ns 
aux femmes enceintes, et on fait la 
même honnêteté aux étrangers. Ils ont 
peu de vin, et le mélangent avec beau^ 
coup d'eau. Ils le gardent dans de grands 
pots cachés sous terre, et se servent de 
roseaux pour y puiser. Dapper feit re*- 
marquer comme une singularité qu*its 
ne connaissent pas l'usage des lits. Ced 
n'a rien de particulier aux Nicariotès. En 

g^éral, sur le continent, comme dans 
s lies, les Gtecs couchent sinf des nat^ 
tes, ou à terre enveloppés de leurs ta^ 
laganis ou couverts de peaux de mou* 
tons. Du reste, tout misérables qu'ils 
sont, lesNicariotes se disent touanooles, 
tous porphvrogénéies, c'est-à-dire issus 
de la familte Impériale. 
Les habitants de Niearia ne vivent 

3ue du commerce des planches de pin, 
e chêne , et de bois à brûler qu'ils 
portent à Cbios ou à Scala-?fova. Ils;ven* 
dent anssL des petites barques de leurs 
façons , qui sont très-recherchées. Us 
exportent encore des moutons, des porcs, 
des figues, de la cire et du miel. Ils 
sont trèa-habiles plongeurs, et vont à 
la pêche des éponges. A Nicaria, comme 
â Simia, un jeune homnie ne se marie 
que quand il a fait ses preuves comme 
plongeur. Dapper, au dix-septième siè- 
cle, donfie à T9icaria une assez nom- 
breuse population, à en juger par les 
villages qu'il énumère et la quantité 
de maisons qu'il leur donne. Au temps 
de Tonmefort nie paraît être déchue : 
« On ne croit pas, dit-il, qu'il y ait pré- 
sentement plus de mille âmes à Nicaria : 
les deux principales villes sont d'envi- 
ron cent maisons chacune ; l'une s'ap- 
pelle Masseria, l'autre Paramaré; les 
villages sont Aratusa, où il y a seu- 
lement quatre maisons. Gela n'est pas 
extraordmalre , car à Ploumara il n'y 
en a que trois, deux à Néa, quatre a 
Perdikis proche Fanal , cinq à Oxo , 
sept à Langada. On appelle villaees 
dans cette Ile les endroits où il y a pTus 
d'une maison (1). » Les r^icariotes vi- 
vent très-longtemps, on tronve souvent 
parmi eux des centenaires. Tout con- 
tribue à leur assurer cette longévité : 

(1) Tourn., Voydge au luxant, I, p. ^9^. 

14. 



9tt 



L'UNIVERS. 



ils respirent un bon air, boivent <l*ex»> 
eellente eau ; leur régime est plus que 
frugal, et ils n*ont aucune inquiétude. 
« Ils n'ont ciiez eux, dit Tournefort, 
m eadi ni Turc : deux administrateurs, 
gui sont annuels et nommés par eux, 
ront toutes les afTaires du pays. En 
1700 ils pavèrent cinq cent vingt-cinq 
éous pour la capitation, et cent trente 
éeoB au douanier de Chios pour la taille, 
et surtout pour avoir la liberté d'aller 
vendre leur bois hors de Ttle. Nicaria n'a 
pas de port, mais seulement des mouil- 
lages pour les petits bâtiments ; de sorte 
que les pirates s'y peuvent réfugier, 
sans crainte qu'on les y poursuive. JNi* 
caria et les ilôts voisins étaient devenus 
leur repaire au commencement de ce 
siècle. Aussi lord Byron Ta diantée dans 
l£ Corsaire. « Lorsque les pirates, dit 
le poète, aperçoivent leur Ile favorite, 
les rochers semblent leur sourire; un 
murmure joyeux se fait entendre dans 
le port, la flamme des signaux brille 
sur les hauteurs, les chaloupes plongent 
dons la baie; les dauphins se poussent 
on se jouant à travers l'écume des flots ; 
l'oiseau de mer, à la voix discordante, 
les salue de son cri rauque et aigu. » 

PETITES ÎLES DE LÀ MEB ICARIENNE. 

La mer learienne renferme un cer- 
tain nombre de petites Iles, qui de tout 
temps ont servi de refuge aux pirates. 
Les environs de Samos, de Nicaria, dos 
ities Fourni en étaient surtout infestés 
jusqu'à ces derniers temps, et, quoiqu'on 
leur fasse aujourd'hui bonne chasse, ils 
n'ont point encore entièrement disparu. 
<i Les marins ne traversent pas ces dé* 
troits sans être saisis de craiote, dit 
un voyageur moderne (1); car c'est là 
que les corsaires attendent leur proie ; 
tous les rivages que nous voyons sont 
bordés de criques , de petites anses , de 
ports formés par des écueils ; les cor- 
saires sortent de là pour tomber sur 
les navires marchands, comme les bétes 
fauves sortent de leurs antres sauvages 
pour atuquer les troupeaux et les pas- 
teurs. • 

Ces Iles sont, en suivant la direction 
le l'ouest à l'est , à partir de Nicaria : 

Iles Ck>BAssiEs ou îles Foueni. - 

(i) Michaud et Poujoulat , t. HI , p. ^5i. 



Cea lies sont situées dans le boghai 
qui est entre I^icaria et Samos, ainies- 
sous du vent, par conséquent un peu au 
sud du passage ; elles ont Nicariaà Touest 
et Samos au nord-est. Les anciens les ap- 
pelaient les Iles Corsies ou Corassies, 
(Kôpotai, KopàwvaLi) (1). « Leur nom ae* 
tuel d'tles Fourni vient, dit Tournefort, 
de ce que les Grecs se sont imaginés 
que leurs ports, qui sont fort bous, 
étaient creusés en manière de four (3). ^ 
Ces îles sont au nombre de dix-huit ou 
vingt; mais il n'y en a aucune qui soit 
habitée. Les plus proches du grand bo- 
ghaz sont le Grand Fourni, Saint-Mi* 
nas ou le Petit-Fourni, et Fimena; les 
autres sont : Alacho, Petro, Prasonisi, 
Coucounes, A tropofages, Agnidro» Stron- 
gylo, Daxalo et pluaieurs autres, qui u*ont 
pas de nom» 

« Celle de Saint-Minas, ajoute Tour- 
nefort, qui a herborisé dans ces îles, n*a 
gue cinq ou six milles de tour ; elle est 
taite en dos d'âne, composée pour ainsi 
dire de deux pièces, dont celle qui re- 
garde Patmos est de pierre ordinaire . 
couverte de terrain et de broussailles: 
l'autre moitié, qui semble lui avoir él^ 
collée, est du marbre le nlus rare qu'oo 
puisse voir, et c'est dans les fentes de œ 
marbre que naisseni les plus belles plao- 
tes de 1 île, entre autres le liseron arbris- 
seau, a feuilles arsentées, assez sembla- 
bles à celles de Tolivier. La plupart des 
autres îles sont longues, étroites et m- 
versées d'une chaîne de montagnes. Can- 
die, Samos, Nicarie, Patmos, Macronisi. 
sont de cette forme. 11 semble que la nier 
ait emporté peu à peu le pays plat, doui 
le fônu était mobile, et qu'il n'y ait eu 
que les ruines des montagnes qui aient 
résisté à ses vagues* » 

Ile de Tragia. ^ Cette {le était &<- 
tuéeausud de Samos, au-dessous du cap 
Ampelos, à moitié chemin entre Samos 
et Milet. Pline en fait mention. Plutar- 

3ue , Thucydide en parlent à l'occasion 
e la guerre des Atiiéniens contre Sa- 
mos (3). « Un terrible combat s'aigagea 
près de Tîle de Tragia, dit Plutarque, ei 
Périclès y remporta une brillante vic- 
toire; car avec quarante-quatre vais 

(^i) Forbiger, Hand6,,etc,, U y p. ao3. 

(a) Touriief., I, p. 443. 

(3) Plut. Pér,, 25 ; Thucyd., I, n6. 



LES SPORADES. 



21S 



seaux il en défit soixante-dix^ dont ving^ 
portaientdes troupes de débarquement. » 
Voilà le seul souvenir légué par Tanti- 
quité au sujet de cette tie. Aujourd'hui 
elte est inhabitée et sans nom. 

ILB Phabm ACUSÀ. — Cette île s'ap- 
pelle encore aujourd'hui Farmaco; elle 
est située à la pointe de la Carie, où se 
trouvaitte temple d* Apollon Didyme,qae 
desservaient len Branchides, famille sa- 
cerdotale deMilet.Son histoire n'a qu'un 
tait; le voici tel qu*il est racoulé dans 
Piutarque (1). César, obligé de quitter 
Rome sous la dictature de Sylla, s'était 
retiré en Bithynie , auprès du roi Kieo- 
mède. « Après y avoir séjourné peu de 
temps, il se remit en mer, et fut pris au* 
près de l'Ile de Pharmaeusa par des pi- 
rates, qui dès cette époque infestaient 
déjà la mer avec des flottes considéra* 
blés et un nombre infini d'embarcations 
légères. Les pirates lui demandèrent 
vin)2[t talents pour sa rançon : il se mo« 
qua d*eux de ne pas savoir quel était leur 
prisonnier, et il leur en promit cin- 
quante. Il envoya ensuite ceux oui l'ac- 
compagnaient dans d ifférentes villes pour 
y ramasser la somme, et demeura avec 
UD seul de ses amis et deux domestiques, 
au milieu de ces Ciliciens , les plus san- 
guinaires des hommes. Il les traitait avec 
tant de mépris que lorsqu'il voulait dor- 
mir, il leur envoyait commander de faire 
silence. Il passa trente-huit jours avec 
eux, moins comme un prisonnier que 
comme un prince entoure de ses gardes. 
Plein d'une sécurité profonde , il jouait 
et faisait avec eux ses exercices, compo- 
sait des poèmes et des harangues, qu'il 
leur lisait, et ceux qui n'en étaient pastou- 
elles, il les traitait en face d'ignorants 
et de barbares ; souvent il les menaça, en 
riiint , de les faire pendre. Ils aimaient 
celte frandiise, qu'ils prenaient pour 
une simplicité et une gaieté naturelles. 
Dès qu'il eut reçu de Milet sa rançon , 
et qu'il la leur eut payée, le premier 
usage qu'il fit de sa liberté , ce fut d'é- 
quiper des vaisseaux du^ port de Milet, 
pour tomber sur les brigands ; il les sur- 
prit à Fancre dans la rade même de l'île; 
il les 6t presque tous prisonniers, et s'em- 
para de tout leur butin. Il les remit en 
dépôt dans la prison de Pergame, et 
alla trouver Junms, à qui il appartenait, 

(i) PInl.* Cœs.^ I; Suct., iV., 4. 



comme préteur d'Asie, de les pumr. Ju- 
nins Jeta un xzW de cupidité sur l'argent, 
qui était considérable, et dit qu'il exa- 
minerait à loisir ce qu'il ferait des pri- 
sonniers. César , laissant là le préteur, 
retourna à Pergame, et fit mettre en croix 
tous les pirates, comme il le leur avait 
souvent annoncé dans l'tle avec un air 
de plaisanterie. « Ainsi ce fut à Pharma- 
eusa et sur des pirates que César, tout 
jeune encore, commença à montrer la 
supériorité de son génie , et à pratiquer 
le grand art de maîtriser la fortune et de 
dominer les hommes. 

IlrsLepsia bt dbLade. — Lepsia est 
à huit milles à l'est de Patmos et à cinq 
milles au norddeLéros. Elle s'appelle au- 
jourd'hui Lipso. Elle a au nord l'Ilot de 
Hyétussa, au sud celui de Parthénion. 
Pline est le seul géographe qui en fasse 
mention (1). C'est encore a Pline que 
nous devons de connaîtiv les noms des 
petites Iles du ^olfe du méandre au fond 
duquel était située Milet, et qui sont : 
« Ladé,appeléeauparavantLaté; parmi 
quelques tles sans nom les deux Camé- 
lidés, voisines de Milet; les trois Trc- 
gylies, voisines de Mycale, qui sont Psî- 
los, Agennos, Sandalios (3). » C'est au- 
près de Ladé , qui était située en face de 
Milet, que se rassembla la flotte confé- 
dérée des Grecs d'Asie et des tles pour 
combattre contre les Perses. C'était pen- 
dant la révolted'Ionie, à l'instigation d'A- 
ristagoras et d'Histiée de Milet, que les 
Grecs avaient pris les armes pour s'af- 
franchir de la domination des Perses 
(504 avant J.-C.) Mais Darius avait en- 
voyé des troupes de terre, qui soumirent, 
les provinces rebelles du continent, et 
qui vinrent assiéger Milet. Quant au.v 
fies grecques d'Asie, elles n'étaient point 
encore soumises au grand roi. Cependant, 
elles prirent fait et cause pour Milet , et 
marcnèrent pour la défendre. Les insu- 
laires et leurs alliés furent vaincus à la 
bataille navale de Ladé (498) (3). Cette 
défaite replaça la Grèce d'Asie sous le 
joug des Perses, et prépara l'asservisse- 
ment des îles que Datis et Artapherue 
réunirent quelques années plus tard à 
l'empire persan. 

(i) Plin., Hi4t, Nat„ V, 37. 
(») Id.. V, 36, a. 

(3) Voir le rérit de cette iMiaille daus R^ 
ro'lute, I. VI, c. 7 et siiiv. 



ILE D£ SAMOS. 



6B0&BAPHIB BT OBSCBIFTION 

DB l'Île pp samos. 

Samos (Samo, Sousam-Adassi ) fait 
partie du groupe d'îles situées le long 
aes côtes d'Asie Mineure et appelées 
Sporades orientales. Le sommet du 
mont Kerki, point culminant de l'île 
dans la partie occidentale , s'étend par 
3^7" 43' 48" de lat. nord et 24® 18' 6" de 
longitude est. Samos ferme au sud le 
golfe de Scala-Nova. A l'est le détroit, 
nommé petit Bogbaz, large de moin^ 
de deux kilomètres, le sépare de l'Ana- 
toile ; à l'ouest le grand bogbaz , large 
de sept kilomètres et demi, s'étend entre 
elle et les îles Fourni. La distance jus- 
qu'à Nicaria est de vingt kilomètres, de 
soixante-cinq jusqu'à Cnios, et de trente- 
six jusqu'à Patino (Patmos ). 

Autour de l'île principale s'élèvent 
quelques îlots et quelques rochers de sa 
dépendance; ce sont : dans le petit bo- 
gbaz les îles Nartbex ou Nartbécis, re- 
fuges des pirates, qui de tout temps ont 
rendu ce détroit redoutable aux navi- 
gateurs; Samo Poulo, à l'extrémité de 
la pointe la plus méridionale de l'île 
(cap Golonni) ; plus au nord, vers Scala- 
Nova, les îles Prasonisi ( îles de Boue), 
enfin celles de Koth, près du port Va- 
thi. Le nom de Samos, sous lequel l'île 
s'est illustrée , et qui la désigne encore 
aujourd'hui , n'est pas le seul qu'elle ait 
porté autrefois. Dans l'antiquité la plus 
reculée , elle avait dû à l'aspect boise de 
ses montagnes , aux fleurs de ses plai- 
nes ou même à la tradition religieuse, 
d'autres dénominations ; c'était Dryusa 
et quelquefois Cyparissia, Melampbyllos, 
Anthémis et Stéphane , . et aussi Par- 
thenia (1), parce que les agnuscastusem- 

(i) Strabon, X, p. 457; Pline, d'aprôs 



bftamés de llmbrasos, son fleuve prind- 

Eil, avaient vu les premierB pas et kc 
ux enfontins de la déesse Jonon. A one 
époque que l'on ne peut déterminer, nie 
prit le nom de Samos, soit d'un de ses 
liéros , soit , disait la fable , de la belle 
Samia, fille du fleuve Méandre, soit fUm 
tdt d'un vieux mot grée ou phénicien 

3ui signifie élevée et oui servait aussi à 
ésigner deux autres îles très-esearpées 
et une ville de l'Ëlide, construite aa 
semmet d'un roch^ (t). L'aspect exté- 
rieur des rivages de Samos justifie e^e 
supposition. « Rn mer, dit M. de Cha- 
teaubriand (9), nous voyons des îles et 
des terres autour de nous, les unes roa- 
des et élevées comme Samos, les autres 
longues et basses eomme les caps do 
golfe d'Ëphèse. » La eôte oeeidentale 
est la plus abrupte; « une montagne 
nue et affreuse s'y présente au voyageur ; 
on l'appelle Gatabacte, ou la montagne 
des précipices et des orages (8) » 

Cette île élevée et montagneuse de 
Samos a de nombreux eaps : au pied do 
Catabaqte ou ReilLi, s^allonge le pro- 
montoire de Samos ou Saint-Dominique; 
du rivage nord se détachent les pointes 
Saint-lNioolas , des Vourliotes, Ambe- 
laki , le cap Tio , et à l'extrémité nord- 
est, au-dessus des îles Prasonisi, le cap 
Praso; au sud-est, vers l'île Nartbëets, 
le cap Posidium , où s'élevait jadis un 
temple de Neptune ; à l'extrémité méri- 
dionale le cap Blanc ou Golonni appelé 
autrefois Ampélos ; enfin , vers le grand 
Bogbaz, le cap Fourni, vis-à-vis les îles 
du wéme nom. L'étendue de Samos, 
évaluée par Pline à trente-sept milles de 
circuit (4) et par Strabon à six cents sta- 

• 

(i) Dapper, Description des If es de TJ'* 
ehipel, p. 190. 

{1) Itinéraire de Paris à Jérusalem, 
a* partie. 

(3) Biichaud et Poujoalat, Corrttpûndestce 
(^Orient, tlll, p.446. 

(4) Pline, Hist. Hat., T, 37. 



ILE DE SAMÛS 



2U 



des (1), faidaot qua Seylax plaçait ealla 
iie au dixième rang entre Goîoa et Cor- 
ejre, est, d'après desdoeumeDts positifs 
âréceots (eartas du dépôt de la marine), 
de qoarante*six kilomètres du eap Saint* 
Dominique au eap Praso, et de mgt de 
la pointe Arobelaki au cap Blanc. 

Le Kerki commence à l'ouest une 
ehaîne de montagnes , oui se prolonge 
dans'toute la largeur de Vue et jusqu'au 
cap Blanc dans la partie méridionale ; 
elle était autrefois appdée TAmpélos. 
Outre le Kerki (anâen Gercétias), les 
points culminants portent les noms 
d'Ambelona au centre de rfle, et de Tio 
à Test. Quatre cours d'eaux et deux sour^ 
ces découlent de ces hauteurs ; ce sont : 
TAmphylissus, Tlbettes, le Ghésius et 
l'Imbrasus , primitiveraent appelé Par- 
tbénins pour le même motif qui avait foit 
donner ce nom à l'île entière; les Ion* 
taines Gigartho et Leucothoé sont éga- 
lement mentionnées par Pline (3) ; ce 
Huit peut-être leiurs eaux fraîches et lim- 
pides qui forment aujourd'hui le ruis- 
seau de Mytilène. 

Autrefois, si nous en croyons les an* 
dens auteurs (3) , nul ciel n'était fÀn» 
clément que celui de Samos, nui air 
n'était plus pur crue celui qu'on respi- 
rait parmi ses jardins de grenadiers et 
de citronniers, quifleurisseientdeux fois 
Tan. Selon les royageurs modernes il 
nVn serait plus de même : un vent im« 
ptkueux du nord , qui n'est interrompu 

Sue par le calme de la nuit , règne pan- 
ant tout rétévCeat la terrible tramon* 
taue; ses effets sont désastrueux : ce 
vent fait sentir les iroids les plus vifs au 
milieu de la canicule, et « obscurcit tel- 
lement rborizonçfu'à peine peut-on voir 
à quelques centaines de pas (4). » A son 
souffle, tout se dessèche :les prairies, qui 
au printemps s'étaient couvertes de mule 
fleurs, se flétrissent et sont frappées de 
stérilité ; les arbres et les arbrisseaux 
du côté où vient l'ouragan languissent 
dépouillés de feuilles, et leurs tiges s'in* 
dînent vers le sud ; à cette époque beau- 
coup de gens souffrent de douleurs de 
tête aiguës. En hiver il gèle peu, mais 

(i)Strabon, XIV, ch. ni, 169. 
(a) Pliie, Hist. Nai,,y , 37. «• 
(3) Hérodote, I9 14^ ; Diod. de Sic, Y, 8f; 
. (4) fiarthokiy, Voj,en Grèet, i8o$-i8o4. 



bs traies de février et de mars entre- 
tiennent une humidité malfaisante. Puis 
c'est le tour du sirocco, veni violent du 
sud, qui ébranle et quelquefois même 
renverse les maisons. Alors la mer sem- 
ble en feu ; il tonne d'une manière ef- 
froyable; Içs ruisseaux se gonflent, et 
tombent comme un déluge du haut des 
montagnes, qui six mois plus tôt sem- 
blaient calcinées. Ces eaux , dont aucun 
travail n'a depuis des siècles fadliaé 
l'écoulement vers la mer, se sont acco* 
mutées dans une grande plaine à l'est de 
la ville capitale, liugalè-Chora , et y ont 
formé un vaste marais, dont les émanai 
tions pernicieuses répandent la mort, 
ft Plusieurs ties de l'Archipel, dit M. Bar« 
tholdy, sont malsaines et empestées, 
surtout Samos et Milo (1). » On voit 
combien les récits actuels diffèrent des 
assertions des anciens. Ce n'est pas que 
eeux-ei nous aient «cagéré les mérites 
d'une tle illustre, ou que son climat se 
soit réellement modifié : le changement 
est venu de l'incurie des habitants. Ils 
ont laissé se dégarnir les bois touffus qui 
protégeaient leurs montagnes contre les 
vents étésiens, et ils ont permis aux 
eaux du ciel de changer en un marais 
insalubre la plaine la plus fertile de l'Ile. 
Les productions cfn sol ont été ap- 
préeiées diversement dans Tantiquité. 
Selon Didore, sa fertilité lui avait mé- 
rité le nom d'ttedes Bienheureux(2). Le 
poète Ménandre lui avait appliqué ce 
proverbe grée : les oiseaux même y 
donnent du laii (3); ifithlius, cité par 
Athénée (4), assure que ses figuiers, 
ses riffues, ses rosiers se couvraient 
deux fois t*an de fleurs et de fruits. 
Mais Strabon lui refuse d'avoir Jamais 
produit du bon vin , quoi qu*on poisse 
mférer du nom du mont Âtnpéhs, Le 
dernier éditeur du livre de Buondel- 
monti (5) a pensé que l'Ampélos ne s'é- 

(x) Voir pour ces détails Xournefort , 
Voyage au Levant^ t. I, p. 404 et suiv., et 
Bartholdy, Voyage en Grèce, t, I, p, j39. 

(a) Diod., V, 81. 

(3) 4Ȏpei 6pv(0(Dv f^a, Strab., XIY , 9. 

(4) Athénée, XfV, 635. 

, (5) M. L. de Siiraer, daot son édition du 
lÀber Jnsularum Archipelagi de ChrislMhé 
Buondelmonti y de Florence; Lîpi. et 6e- 
rol., 1894, Yoy. p. 9<i* 



216 



LUNIV£BS. 



lait aioBî appelé Que par antiphrase; et 
voici oomnieDt, a Fépoque de Trajan» 
Apulée s'exprimait au aujet deSamos : 
« C'est une petite tle de la mer dMcare« 
dont le sol, peu fertile en blé, rebelle 
à la charrue, ne produit ni vignes ni lé» 

Sûmes; la culture consiste tput entière 
ans la taille et la plantation des oli- 
viers, dont le produit est plus fructueux 
que toutes les autres récoltes (l). » Il 
en est à peu près de même aujourd'hui 
de Samos; elle n*a plus cette fécondité 
qu'exagérait autrefois iËthlius; elle a 
perdu quelques-unes de ses richesses na- 
turelles, et peut-être n'y retrouve-t-on 
phis ce fameux laurier aux feuilles noi- 
res dont parle Méléagre, dans le petit 
poëmequ'ilenvoieàunami sousie titre de 
la Couronne (3) ; mais elle donne du mais 
et du blé, auquel les pauvres mêlent de 
l'orge et du millet ; avec les olives on y 
trouve des orangers, des citronniers, des 
figuiers dont le fruit est d'une grosseur 
remarquable» et ces grenadiers qui, 
semblables à ceux de l'Egypte, avaient 
au dire de Pline des fruits rouges et 
blancs (3). La vigne constitue mainte* 
nant un des meilleurs rapports de l'île : 
les Samieos vendent leurs raisins secs, 
et font des vins muscats très-estimés , 

3ui s'importent surtout en Angleterre et 
ans toute l'Allemagne (4). Si à ces pro- 
ductions on ajoute les melons et d ex- 
cellentes pastèques, des concombres, des 
châtaigniers, si nombreux qu un village 
en a pris le nom de Castany , des pins 
qui produiraient une térébenthine très- 
estimée et seraient une ressource pré* 
cieuse, si les habitants ne craignaient de 
se créer avec une nouvelle source de re- 
venus un nouvel impôt, des mûriers, 
des cotonniers, des chênes, de superbes 
platanes, toutes sortes de fleurs, de la 
cire , le miel le plus délicat et quelques 

{dantes médicinales, telles que le julep et 
a scammonée , on verra que la nature 
Ùxi moins défaut à Samos qu'une cul- 
ture soignée et une administration bien 
entendue. 
Outre ces productions , il faut men- 

(i) Apiil., Florides, XY. 
(!») Jftcobt, Antlwhgie Gr,, t. I, p. 70, 
V. i4. 

(3) Pline, Bisi. Nat, XUI, 43. 

(4) Panofka , Res Samiontm, p. 7* 



tîonner des richesses d'un autre genre : 
à une époque où le mélinum , avec le- 
quel les anciens faisaient la coukur 
blanche, jouait dans la peintore un rôle 
important, celui de Samos, sans être 
très-estiraé, parce qu'il était trop gras, 
était assez abondant (1). 11 y avait deux 
sortes de terre de Siimos, l'une appelée 
collyre, l'autre aUery qui entraient dans 
la composition de remèdes ophtbalmi* 
ques, et servaient surtout à la fabrica- 
tion d'une espèce de poterie fort estimée I 
chez les anciens (3). On trouve encore 1 
à Samos quelques mines d'oere et de fer, 
l'émeri , la pierre d'aimant et un beau 
marbre blanc (8). 

Les animaux de 111e sont des elievain 
et des mulets, qui, sans être beaux, sont 
bons marcheurs ; les montagnes cachent 
quelques loups et quelques chacals, des 
sangliers, des chèvres sauvages, des bi- 
ches et beaucoup de lièvres. Le plus eè* 
lèhre des oiseaux de Samos est le paon, 

3 ne les anciens Samiens avaient ju^ 
igné d'être consacré à la première des 
déesses, comme le plus beau de tous les 
oiseaux , et que le poète Anti phon di> 
sait originaire de Samos (4). Les per- 
drix s'y rencontrent en quantité prodi- 
gieuse; des francolins s'y sont eantonnés 
entre le marais de Mcgalè-Chora et la 
nier ; les pi^ns sauvages , les tourte- 
relles, les bécasses, les bécaesînes, les 
grives y abondent, sans parler de l'hi- 
rondelle blanche, grosse comme une pe^ 
drix, qui se voyait autrefois à Samos, au 
rapport du géographe Meletius. Les ri- 
vieres, ainsi qu'un petit étang au sommet 
du Kerki , sont peuplées d'une sorte 
d'anguilles, précieuse ressource pour les 
nauvres pendant la saison de pêdie. Par- 
fois aussi Ou rencontre quelques bêtes 
venimeuses ; et Toumefort parle de la 
crainte où sont les voyageurs en leraoi 
les pierres des ruines de mettre la mais 
sur un scorpion ou sur un serpent. 

Description de la tille de Sa- 
mos.. — Si on remonte aux temps an- 
ciens, la richesse et la puissance de Sa- 
mos éclatent surtout dans les monu- 



(i) Pline, Hist Nat„ XXXV, 63. 
(3) Id.. Ibid. 

(3) Tournefort, t. I, p. 41 3; Thévenot, 
Voyagé au Levant, première part., p. 207. 

(4) Albénée, XIY ; Tarro, />« RéBnsùee. 



ILE DE SAMOS. 



2ir 



ments emts et rf4igieux ; Diane, Vénutf, 
Minene, Cërès, Apollon, Neptune, Bae- 
ehus, Mereare y avaient des temples 
fiiiDfQx , mais de tons le plus eélèbre 
était THerœum consacré à Junon. « C'est, 
dit Hérodote, un temple dij^ne de renom, 
le plusgrand que j'aie iamais vu (1). » Et 
eette opinion est confirmée par Strabon, 
Apulée, Cicéron, Patisaoias (2), qui Font 
vanté à Tenvi. Les ruines de Tanctenne 
Samos couvrent une vaste étendue de 
terntio dans la partie sud-est de Hle, 
au pied d'une montagne , où cette viile 
s*étendait eu amphithéâtre, vers la rive 
droite de l*Imbrastis, qui eouledu nord au 
nid (3). Cest à vingt stades de ces ruines 
(eoviroD 3 kil. 780 mètres), à égale dis- 
tance du fleuve et de la mer, que sale- 
rait le temple de Junon , bflti selon les 
proportions de l'ordre dorique (4). La 
saperstition attribuait à cet édifice une 
origine divine. Ménodote, cité par Athé- 
Dée (&) , dit qu'if était l'ouvrage de Ca- 
ricos et des nymphes; Pausanias rap- 
porte que, selon quelques-uns, il avait 
été élevé par les Argonautes ((î); Héro- 
dote attribue sa construction à l'archi- 
leete Rbseeus, environ 700 ans avant 
J .'C. Incendié et détruit par les Perses , 
il avait été rebâti plus majçnifique après 
h guerre de Cyrus contre les Samiens ; 
et Jamais il né cessa de s'enrichir, jus- 
qu aux jours où il fut pillé, d*abord par 
Verres, puis par Antoine, qui le dépouilla 
de ses plus précieux ornements, au 
profit de Cléopâlre. Indépendamment 
de la grandeur et de la beauté du tem- 
ple de Junon , on y admirait encore la 
profusion avec laquelle l'or et l'argent 
avaient été mis en œuvre pour orner 
l'autel de trépieds, de vases, de miroirs 
et de tous les objets nécessaires au culte. 
II s'y trouvait une collection de tableaux 
prédeux et de nombreuses statues d'ai- 
rain, entre autres celle d'un joueur de 
cithare, qui passait pour l'image de Py- 

(i) Hérodote, n, 148; lU, 60. 
(1) Strabon , XIV ; Apulée , Florid., XV ; 
Gcér., la Verrem, I; PauMn., VIF, 5. 

(3) Joseph Oeorgirène, Evtrait dans Us 
Nom, Annales des Voyages^ première série, 
t. XXV. /-^ r 

(4) Viirufe , vn, Pr«f. 
(5)Alhéoée, XIV, 655, a 
(6) Pausan., VJI , chap. 4« 



thagore. Voiei la description gu'en ûrit 
Apulée : « £lle représente, dit-il. un ado- 
lescent d'une admirable beauté ; ses che- 
veux , partagés sur le front, descendent 
sur les tempes, par derrière ils flot- 
tent en longues boucles, le cou est plein 
de mollesse ; les tempes sont gracieusess 
les joues arrondies , une petite fossette 
creuse son menton; il a la pose d'un mu- 
sicien, et regarde la déesse; sa tunique, 
parsemée de broderies et attachée par 
une ceinture grecque, tombe sur ses 
pieds, la chiamyde recouvre ses bras ; il 
ouvre la bouche , et la voix semble en 
sortir, on dijrait qu'il va moduler un 
chant, tandis que la main approche l'ar- 
chet prêt à frapper les coraes de la d- 
tbare. » La beauté de Pythaeore , son 
talent pour la musique ont fait penser 
que cette statue pouvait bien le représen- 
ter; mais il est plus vraisemblable qu'elle 
était l'image du citharède Bathylle ou 
de quelque antre favori de Polycrate (1). 
On y voyait aussi trois statues colos- 
sales , ouvrages du célèbre Myron ; ellei» 
représentaient Minerve, Hercule, et Ju- 
piter ; Antoine les avait enlevées. Au- 
guste restitua les deux premières, réser 
vaut la troisième pour le Capitule (3). Il 
y avait aussi de superbes cratères ; Tun , 
d'airain , du prix de six talents et tra- 
vaillé avec un art infini , avait été con- 
sacré à Junon par le navigateur Coisus, 
qui y avait employé la dtme de son 
profit (3). L'autre, primitivement destiné 
par les Lacédémoniens au Lydien Cré- 
sus , pouvait contenir trois cents am- 
phores; il était orné à l'extérieur des 
plus belles dst^lures. Les droits du tem- 
ple de Samos à la possession de ce chef- 
d*œuvre n'étaient pas bien établis; les 
Samiens disaient que des Lacédémoniene 
chargés de le porter à Sardes le leur 
avaient vendu; mais les Lacédémoniens 
prétendaient qu'il leur avait été ravi (4). 
On voyait encore au temps d'Hérodote 
lieux statues égyptiennes de bois en- 
voyées par Amasis à son allié Poly- 
crate (6) , et la statue de Junon , d'abord 
simple soliveau, ensuite œuvre de Smili$, 



(i) Apul.,lVortt/.,XV. 
(a) Strabon , XIV , 9. 

(3) Hérodote, IV, i52. 

(4) Id., I. 70. 
(5)Id.»U, z8a. 



^la 



yqigyExis. 



teont0iiiporain et émule de Dédale (1). 
Tel était ce temple femeux , la première 
des trois merveilles de Samos ; voi<si 
quels vestiges en ont trouvé les voya- 
geurs. 

£d 1709 le célèbre Toumefort deft- 
eendît dans Ttle, et reconnut à rempla- 
cement marqué par Apulée, entre la 
mer et Tlmorasus, les débris de THé» 
rœum ; il en restait deux colonnes : Tune 
en morceaux; l'autre, à peu près com- 
plète, n'avait perdu que sa partie supé- 
rieure; les Tores l'avaient brisée à coups 
de eanon, parce qu'ils comptaient y trou- 
Yer un trésor. Ces deux colonnes sont 
du plus beau marbre ; mais Toumefort 
se méprend en croyant, contre le ter 
moignage formel de Vitmve, y recon*» 
naître Te genre ionique dans sa nais- 
sance. 11 est vrai que l'unique chapiteau 
qu'il ait vu a , dans une hauteur de un 
pied sept pouces , sur son tympan, haut 
d'un pied, des ornements en oves enca- 
drés oans une bordure qui laisse échap- 
per de ses entrenieux des espèces de 
petites flammes ; en dessous, le rouleau 
est terminé par un petit cordon ou as- 
tragale (2). Pococke compte dix* sept 
tambours à la même colonne, et observe 
que les bases qui restent sont d'une 
structure particulière; il s'étend en as- 
sez longs détails sur la description de ces 
débris (S). « Mais à peine, dit Choisenl* 
Gouffier, trouve-t-on dans l'île de Sa- 
mos quelques traces de son ancienne 
splendeur. » Nul monument, aucun de 
ces fragments précieux dont tant d'au- 
tres endroits de la Grèce sont couverts, 
tout a disparu ; quelques monceaux de 
pierres sont les seuls indices qui con- 
firment la situation de la ville; enfin 
de ce temple de Junon , si célèbre dans 
l'antiquité, à peine reste-t^il aujourd'hui 
une seule eolonne, à demi détruite (4). » 
Il y a vingt ans cette colonne était en- 
core debout, et deux voyageurs contem- 
porains ont contemplé ce vieux débris 

(j^ Pausanias , YII , 4* 
(a) Toumefort , Voyage au Levant , l. I , 
p. 4o4 et saÎT. 

(3) Pococke, Descript, de t Orient, t. IV, 
p. 406-409. 

(4) Choiseul Gouffier, Voyage pUtar, dans 
l'empire Ottoman, t. I, chap. vu. — On 
peut aussi consulter sur ces mines Dallavay , 
Constantinooie anc. et nwd,, t. Il , ehap«. ii. 



Si s'élevait solitaire à rextrémité du cap 
ra (1). 

Le temple de Junon n'a pas laissé 
d'autres traces ; il en est à peu près de 
même des autres édifices qu on admirait 
encore à Samos. Il ne reste que d'iofor- 
meis débris de cet aqueduc dont Barthé- 
lémy fait, d'après les renseignemeQts 
des anciens, la description suivante 
« Non loin des remparts, vers le nord, 
est une grotte , taillée à main d'homme, 
dans une montagne qu'on a percée de part 
en part. La longueur de cette grotte est 
de sept stades ; sa hauteur ainsi que sa 
largeur, de huit pieds. Dans toute soo 
étendue était creusé un canal large è 
trois pieds, profond de viDcteoudées. Des 
tuyaux placés au fond ou canal amè- 
nent à Samos les eaux d'une source 
abondante qui coulent derrière la moa- 
tagne (2). » Hérodote mentionne encom^ 
comme une des merveilles de Samos, ub 
mdle haut de cent vingt pieds, long 
de plus de deux stades, qui protégeait 
l'entrée du port de cette ville contre la 
violence de la mer (3)* U ne dit pas a qui 
était due cette grande coBstructioa 
Quant à l'aqueduc, il était Toeuvrc d'En* 
palinus de Mégare. La ville de Saroi» 
avait été ceinte de murailles é|»i6ses de 
dix, douze et quinze pieds et bâties de gros 
quartiers de marbre nlane ; des tours ca^ 
rées, également de marbre, protégeaiest 
le mur de soixante en soixante pas. 
partout oii la montagne n'était pas ass« 
escarpée (4) ; enfin des fossés uirges h 
nrofonds avaient été creusée par des Les- 
niens que Poiycrate avait faits prison- 
niers après une bataille navale. Au pied 
des hauteurs, Toumefort et *^ Pococke 
ont reconnu l^mplacement du tbéitre et 
de ram|)bithéâtre dont parle Plutarquf 
dansla vied'AnU>îne<ô). « lia, ditlevoya- 

Seur aurais, deux ceot quarante pieds 
e diamètre et l'espace des sâ^es dii- 
huit ; il est bâti de marbre blanc, et Ton r 
entre par une porte de dix pieds d*oo- 

(<^ MM. Micbaut et PoujooUt, Corm 
pond, d'Orient, t. m» p. 454. 

(9) Barthélémy 9 Foy. dujetim^ Aamch . 
|. VI, p. aSo] Hérod., m, 60; Xoumeioft. 
1. 1, p. 409. 

(3) Hérod., m, 60. 

(4) Id., m, 54. 
^S^Plut. Vie d'Jnt,, B^. 



ILE DX SAMQiS. 



919 



Termn. L'anUteeture éa est rinliqiie ; 

iei pienret e» sont arroodles de mattièff* 
qu'elles lormenl presqa'un jqaart de 
c«Kl6; et il y a a» bas de ehaqiie as* 
«ae, de Satanée en distance, des es* 
pèces de tenens , qai servaient probaUe- 
ment à les placer (1). » Quant à V^isty* 
pakiia, eitadelle dé Polycrate (â), au 
Lawrû, nieiie où le tyr3n avait réuni les 
femmes les pins belMs (S), à la colonne 
qui 8*éle?ait dans V Agora portant ios-» 
ctiu les noms des Samiens libérateurs 
de leur patrie opprûnée par les Perses (4), 
au Pédétès , lien où étaient déposées les 
chaînes des Mégarieos (6) , et aux tem- 
ples de Jupiter Sauveur, de Diane, d'A* 
poUon, à celui de Vénus , bâti par les 
courtisanes nui avaient suivi Périclès 
dans son «pedition contre Samoa (6), à 
celui de Baechus, élevé par le navigateur 
FJpis, tous ees édifiées ont entièrement 
disparu ; on a eommeneé à les démolir 
pour la construction des monuments de 
Constantinople. Plus tard les Vénitiens 
en ont déplacé et enlevé des fragmenta 
entiers , et le reste des débris a servi à 
bâtir Mégalè-Chora et quelques chétivea 
bourgades. 

N^lè-Chora (7), antrafois habitée par 
i'agaet le cadi, est encore, ditTournefort, 
la résidence de l'arehevéque et dn petit 
nomlMre^eàimillcs turques qui restent 
dans nie. Elle est située sur un rocher, à 
^oe demirlieue à l'ouest de Faneienne 
Saroos; il s'y trouve un assez grand nom« 
bre d'^lices (8) et deux cent cinquante 
maisons pauvres et mal bâties. A une 
petite lieue vers l'est s'étend la baie de 
Cora, appelée aussi Tigani (en grec vul- 
gaire gàt^u ro$id) à cause de sa forme; 
c'était le port de l'ancienne Samos et 

(0 Pafocke, Deseript. de C Orient, t. IV, 
p. 4o3. 
{%) Héred,t lU» z44 ; &uélOQ., Fie de Ca- 

(3) Athénée, XII, 54o, t. 

(4) Hérod., IV , 14. 



(a) Plutarq., Quejt, Grec, 57. 
(6)Athénée, iui, 57a,f. 



(7) Samos n^a pas été visitée ni décrite de 
DOS jours. Nous prenons les renseignements 
lae nous donnent les voyageurs des deux 
'«lûensièdet. 

(S) Pococke. IV, 400 ; Joseph Georgirèoe, 
£xtrmt €l tMduceiom frane, dans Us Ifou9. 
^luul, des Fajages, première série, tcXXV, 



3 



celui qne la nmifdla fîUe a eensen^; 
il est petit et ouvert aux vents du miji ; 
la mer y est ai haute en hiver que, mal- 
gré Tabri d'une Langue de terre , les na- 
vires ne sauraient y demeurer en sûreté. 
Pococke y a obeervé les débris d'une 
construction qui, partant de terre et s'a« 
vacant vers la langue opposée pour res» 
serrer rentrée de la baie, pourrait bien 
être, p6pse*t-il , le reste de la jetée dont 
parle Hérodote. Au midi de Mégalè- 
Ghora s'étend ce vaste marais , souvent 
empesté, qui n'existait pas jadis ; der-r 
rière ce marais coule Tlmbrasus , à tra** 
vers des champs fertiles, qui dépiendent 
des couvents de l'île de Patmos. Son 
cours fait tourner les nombreux nioulins 
du petit village de Myles ou Myli; dans 
les environs abondent les orangers, les 
citronniers et les autres arbres fruitiers 
de rile» et les prairies se couvrent de 
CMshrys et de la germandrée, dont la flo- 
raismi a lieu au commencement de féf 
vrier (1). Un peu à l'ouest de Myli s'al- 
longe une colline, toute ombragée de pins 
et de chênes verts , sur laquelle s*élève 
le village le plus sain de Tile. C'est Pa- 
gontas, dont les habitants, répartis daos 
trois cents maisons, au milieu desquelles 
a'élevaient deux églises, étaient assez 
industrieux à l'époque où écrivait Geor- 

S'rène (2) et s'adonnaient à la fabrication 
« étoffes de soie. A une lieue de Pagon- 
tas, Spathareï avait cinquante maisons et 
une église ; c'est en face de ce village que 
0e trouvait en mer l'Ue de Samo«PouIo 
(petit Samos), d'une demi-lieue de tour; 
entre cet ilôt et Samos, le détroit, large 
d'un quart de lieue, esta l'abri de tous 
les vents. Samo-Poulo produit une fleur 
particulière, appelée muscuUa à cause de 
6on odeur de muscade. Expédiée à Gon»> 
tantinople, elle y était l'objet d'une cul- 
ture très-soignée, et acqamitun grand 
prix de ce que le sultan la portait dans 
ison aigrette; on disait qu'avec le temps 
«on odeur s'augmentait au lieu de s'af* 
faiblir. A une lieue et demie de Spathareï 
est Pyrgos , avee cent maisons et deux 
églises ; dans les environs on veeoeille 
un mi<^l très'délieat. Sur le chemin qui 
mène de ce village à Myles , Tournefort 

(x) Toumef., I, p. 4a6. 
(9) Archevêque de Samos au milieu du 
dix-septième siècle. 



220 



LinnvERS. 



a retrouvé auelqites arcades â'uu'aqae- 
duc, dont les eaneux avaient été faits 
avec cette terre de Bavonda qui servait 
aux poteriesde l'antiquité. 

Au-dessus de Pyrgos il y avait une 
petite colonie d'Arnautes ou Albanais, 
de la communion grecque , parlant un 
idiome particulier, assez semblable à Tii* 
lyrien. A deux lieues au sud , le village 
de Platanos tirait son nom du grand 
nombre de platanes qui croissent dans 
ies environs. C'est l'endroit le plus sa- 
lubre de Ttle, et ses habitants ont une 
certaine réputation de longévité. A deux 
lieues vers Touest, Maratbo-Campos tire 
son nom du fenouil , nommé marathon 
par les Grecs , qui y croit en abondance. 
Ce village a deux cents maisons et deux 
églises ; il est situé vers Patmos. Non loin 
de là, quelques religieux habitent l'ermi- 
tage de Saint-Georges, et à peu de dis* 
tance , sur le sommet abrupte de la mon- 
tagne, est une caverne, où la tradition 
raconte que Pythagore chercha un re- 
fuge. Plus tard, la sainte Vierge s'y 
montra , et uno petite église consacra fe 
souvenir de cette apparition miracu- 
leuse. D*effroyable8 rochers , des arbres 
vénérables par leur vieillesse, une soli- 
tude imposante ajoutent au caractère 
religieux de ce petit édiGce , auquel on 
ne parvient que par une rampe étroite. 
Là l'intérieur de l'Ile cesse d'être connu ; 
les guides refusent pour quelque prix 
que ce soit de marcher plus avant dans 
la montagne ; un froid âpre s'y fait sentir, 
les bétes de somme n'y trouvent plus rien 
qui puisse les nourrir (1). Cette église de 
la Paoagia s'appelle Notre-Dame de 
l'Apparition (UavoY^a ^aivojjivTj ). En 
avançant encore vers t'est, on voit la cha- 
pelle du prophète Ëlie , sur les hauteurs 
de l'ancien Cercétus. C*est là que toutes 
les nuits apparaissaitune lumière céleste, 
que l'on voyait de tous les environs et 
de la haute mer. Les incrédules disaient 
qu'elle était allumée par des pâtres ou 
par les religieux ; mais les matelots et 
les habitants de l'île affirmaient qu'elle 
s'évanouissait si on en voulaitapprocher, 
et qu'elle était la marque certaine de 
l'existence de quelque sainte relique. Uo 

(i) Dapper, Description des Iles de VArdù" 
pclf p* 19a ; Tournelort , Foyage au Levant t 



voyageur prétend aussi avoir vo etouo- 
temple attentivement cette flamme my»" 
térieuse (1). Près de cette chapelle '(b 
Kerki s'élève une autre église à ta Pana- 
gia ; elle est située dans une affreuse so- 
litude. Les montagnes par lesquelles 00 
y arrive sont couvertes de pins, df 
bruyères et d'arbousiers ; le sentier, loo^ 
de trois cents pas, qui y oondait, bordé 
d'une part par des rochers et à peine larjir 
d'un pied , n'a de Fautre que d'affreu 
précipices. C'est l'église appelée Iiioire- 
Dame du mauvais chemin , ou nonx|is 
xaxoiGipaTa. Viennent ensuite les villaEC 
de Castany et de Leca , de chaevn cin- 
quante maisons et une église ; auprès 
Relève un monastère, à une lieue duqoM 
on trouve Carlovassi , l'endroit le plfl^ 
considérable de l'tle après Mégalè^^oca 

Cette petite ville a cinq cents maisoib 
et cinq églises; le coronierce mantiaie 
qu'elle fait avec Scio, Smyme et quelques 
autres places, et l'exportation desraisiflsj 
secs et du muscat a beaucoup profilés 
ses habitants. Son port, toujours oot<91 
aux vents du nord , est très-mauvais; H 
navires de petite dimension peuTtoil 
seuls y pénétrer, et pour qu'ils ne mvA 
pan brisés il Caut les mettre à sec sark{ 
rivage. 

11 en est de même du port Seitao, 
port du Diable , où la tramontane fA 
échouer la plupart des bâtiments % 
Près de Carlovassi , au pied d'une moa- 
tagne, on voit la chapelle de Notre-DaM 
de la Rivière, qui semble presque abH- 
donnée. Tournefort y a trouvé quatre 
belles colonnes de marbre grisâtre, doel 
les chapiteaux sont à double rang à 
feuilles d'acanthe ; des marbres épars aus 
environs font soupçonner des débris ik 
vieux temple, peut-être celui de Mer* 
cure, l'un des dieux les plus honorés 
par les Samiens. 

En s'avançant vers l'est, à une distano 
de plus d'une lieue de Carlovassi, on ar* 
rive à la petite ville de Fourni, célèbn 
par ses vases et ustensiles de poterie, tm 
estimés des Romains. « Elle a deux cecti 
maisons et une église; son nom lui vittii 
des fours où l'on cuit sa poterie. Lf^ 

(i) Thcvenoty Voyage en i655, praoitfi 
partie , p. ^07. 

(a) Tournefort, Foyage an LtpmM, 1 1 
p. 414. 



ILE D£ SAMOS. 



ISl 



montàj^nes qbi s'élèvent non foin de 
Fouroi, et qm se continuent sur une Ion- 
sueur de SIX lieues, sont couvertes de 
forêts dont oo tire toute sorte de bois 
pour les constructions navales et civiles ; 
les châtaigniers y sont surtout si nom- 
breux, que leurs fruits sont abandonnés 
à ceux des habitants qui veulent les re- 
fueillir. De la ville de Vourla , voisine 
tie Sniyme sur le continent, une colonie 
est venue fonder une petite ville sur ces 
hauteurs dans Tendroit le plus froid de 
i*ile; ces Voorliotes de SanH)s sont pour 
ia plupart bûcherons et font du souoron. 
A un quart de lieue est l'église de Notre- 
Dame du Tonnerre (1), et un couvent où 
rivent ose douzaine de moines. On dit 
quedans les champs environnants Fherbe 
est pernicieuse à tous les animaux qui 
ne sont pas de Tendroit même. 

A trois lieues à Test de ce monastère 
se trottvela petite ville de Vatbi ou Vassi. 
Elle aquatre cents maisons, mal construi- 
les (2); aon port regarde le nord-ouest. 
U est le meilleur de File, quand le vent 
du oord, auauel il est exposé, comme tous 
les points de cette côte, n'est pas trop 
violent. On y donne fond, à droite, dans 
une sorte d'anse formée par une colline 
qoi s'avance dans la mer (3). Cest à 
Carlovassi et à Vathi que se faisait 
presque tout le commerce de File. Sa si- 
tuation, assez favorable pour le com- 
merce, et les avantages d« son port Font 
rendue dès l'antiquité Tune des premières 
positions deSamos; elle portait alors le 
oom dHonusia. L'oa*upation princi- 
pale de ses habitants consiste dans la 
pêche des éponges , que Ton trouve en 
grand nombre dans les rochers qui bor- 
dent Samos. Le régime de ceux qui se 
livrent à cette pèche est tout à fait par- 
ticulier : dès Tenfance on les maigrit par 
une diète sévère pour les rendre propres 
à ce genre de travail. Ils plongent aaus 
reau tenant à la bouche uneéponge imbi- 
bée d'huile , et les plus maigres s'habi- 
tuent, à force d'exercice, à y rester toute 
uae demi-heure; c'est le terme exigé 

(() ToOhiefort, Voyage au Levant, t.I, 

V' 429. 

(a) Toiimefort eslime qu'il y a à Tathi 
qiiau% oenis inaiaoïu, et Pococke cinq ceots. 

(3) 9ococke tOescript, de t Orient, t. IV, 
p. 397. 



pour un pécheur accompli, et nul n^ peut 
se marier qu'il n'ait acquis ce degré aha* 
bileté (1). 

Du haut de la montagne sur les flancs 
de laquelle s'étendent les maisons de 
Vathi et ses six églises , les points de 
vue sont variés à l'infîni et les sites 
très- pittoresques. D'un seul coup d'œil 
on embrasse toute l'étendue du golfe de 
Scala-Nova, ancien golfe d*Ëphèse, qui 
forme un vaste demi-cercle terminé au 
sud par le cap Trogyle (auj. Sainte* 
Marie) et le mont My cale (auj . Sam^um)^ 
et au nord sur les promontoires Myon- 
nèse et Coryoéion et la presqu'île de 
Glazomène. Dans le lointain, sur le der- 
nier plan , on voit ^e dresser, comme un 
mur continu , les chaînes de montagnes 
qui entourent la plaine du Caystre. 

Après Vathi, on arrive vers l'ouest à 
PalsBo-Castro, ()ui comprend cent mai- 
sons et une église. Le port de Boucaria 
est à une lieue de ce village. La nature 
avait disposé ce lieu de manière à le 
rendre très-commode pour l'établisse- 
ment de salines naturelles; mais la 
crainte où étaient les habitants des im- 

Iiôts excessifs des Turcs en empêchait 
'exploitation, et ils faisaient venir de 
Milo et de Naxos tout le sel qui se eon* 
sommait dans l'île. Dans la grande plaine 
de Piso-Campos , oui commence à trois 
quarts de lieue de là , coule un ruisseau, 
qui fait tourner plusieurs moulins. On y 
cultive du bon froment , du coton et du 
maïs. On y a consacré une petite ^lise 
à l'apôtre saint Jean, qui, selon la tra- 
dition , visita 111e de Samos avec saint 
Paul. A une lieue au nord de cette 
église est situé le village de Métélinous. 
C est une colonie venue de Lesbos, ainsi 
que son nom l'indique; la fontaine qui 
s y trouve est, dit Tournefort, la plus 
belle de Ttle. Auprès de cette source, et 
contre l'église, on a enchâssé, à hauteur 
d'appui, un ancien bas-relief de très-beau 
marbre, qu'un papas découvrit en labou- 

(x) Dallaway , Consiantinopte ancienne et 
moderne, etv.^ t. Il, chap. Il , p. 47. H cite 
le témoignage de Bluot, Voyagitur au Levant, 
Ces détaik sur l'éducation des plongeurs sont 
exacts ; mais le terme d'unedemi-heureest une 
exagération ridicule : la durée de leur séjour 
sous Teau ne dépasse jamais , pour les plus 
yjgoureux,sept ou huit minute?. 



23ii 



LnjNIVERSi 



rant sa terre; \\ a deux pieds quatre 
pouces de long, sur une hauteur de quinze 
à seize pouces , et trois pouces d*épai8^ 
seur; il contietit sept figui^, et repré- 
sente une invocation à Eseulape pour 
la guérîsoik d'un personnage considé- 
rable. Pococke dit y avoir iu le nom 
d*ApoHonius , et Fune des figures tieut à 
la main la feuille d*une plante purgative 
qui croît paniû les focbers, et qu'où 
nomme pascaltfa (t). Mététiuous n'est 
qu'à une demi-lieue de Mégalè'^Ghora ; 
et c'estt le village par lequel on revient a 
la capitale, après avoir fait le tour de nie. 
Là population répartie dans ces pe« 
tltes villes et dans ces villages était éva« 
luée par Toumefort à 12,000 âmes. 
Georgirène Tavait portée à 14 ou 15,000. 
Au commencement de la guerre de i'In'» 
dépendance ce chl^e était plus que 
doublé, par suite de l'augmentation du 
commerce et d'un certain retour à Tin-* 
dustrie. Pendant cette guerre et après sa 
conclusion, l'île de Samos reçut des 
émigrations assez nombreuses , et dans 
une récente histoire de l'empire turc (2), 
la population de Samos étaH; évaluée à 
55,000 habitants. 

11. 

HISTOIRE DE l'ÎLE DE SAMOS DANS 
LES TEMPS ANGIExNS. 

COLOItlSATION nti L'ÎLE ftM SaMOS. 

•>— Les premières traditions relatives à 
Samos remontent snix temps amtélnsto* 
riques, à l'époque où la nature achevait 
de consolider cette tle et de la disposer 
pour recevoir des hdlyitants. Autrefois, 
dit Ou vieux mythe conservé pur Héra^ 
dide de Pont, Samos était déserte; et il 
ne s'y trouvait que des monstres, appelés 
Néades, dont les mugissements {faisaient 
tremrbter et brisaieut le sol (3). Sans 
doute âes comniotions volcatiiquee au-> 
font agité l'île et donné prétexte à ces 
fables. Les premiers habitants de Ttle 
durent être des Pélasges. Eustathe dit 
positivement que Samos avait été habitée 
par des Pélasges, et que Junon était ré- 

(i) Toumefort, l. I, p. 433; Fôcocle, 
t. lY, p. 4i2. 

(à) JucherauU de Saint-Denis, ffistoire dé 
VEfnplre Ottoman , 1. 1, p. 194. 

{'^) Voir Pniiofka , Hes Samiontm , p. ro. 



vérée dans cette lie soud le nom de Pé* 
iasgia (1). ToiitefeiSf Samos paraltavoii 
été assez lardlveraest peuplée, conip»- 
vatlvement aux lles'voisiiies , et surtout 
à Lesbos, d'où elle reçut la colonie doat 
l'arrivée commence ks temps hisio- 



Macarée,rundesHéliMlM, chassé pour 
le meurtre de son frère de la ville d'O* 
lénum en lonie ( plus lanl Achme), daos 
le Péloponnèse , se fixa smis obstacle à 
Lesbos; une eolonie, venne deTlies- 
salie , le rejoignit , et permîl à son fils, 
Cjrdrolaus, de preadre possession de Si- 
mos* Cette tle nit partagée entre les eoi- 
uuérantt, et, eomme tooteè cdks m 
domina la famille de MMarée« porta ie 
uom d'île des Bienheureux (3)* A la ni«iBc 
époque, ou peu de temps afffèsi Toraek 
d'Apollon lut envoya soâ second ^ son 
véritable fondateur. De Pérlmède, (ils 
d'Ofnée, Phébix eM deiia filles, Asty- 
palée et Europe; la première deviatr^ 
pouse de Neptune, et lui donna un iib, 
Ancée, aoî rat roi des Léléges ; à son tov 
Ancée épousa Samia^ la nlk du fleuie 
Méandre, et il en eut Eandos, Sami» 
et Halitherse (8). Ce roi des Lë^es, 
peuple uni par le sang aux Pélasges ainsi 
que les Cariens, et qui porta de mèoM 
des émigratioiis dans i Asie Mineure, 
avait fondé un établissement dans i'iit 
de Céphallénie, et lui avnt donné le 
nom de Samos, lorsque le ciel lai envoya 
eet ordre : « Aneée,^ veox qu'au lieu éf 
Samos tu ailles habiter une Hé qoi po^ 
tera le même nom; aujourd'hui on rap- 
pelle Phyllé (4). » 11 partit avec des Ce 
phallénlens, auxquels se joignireat da 
Areadiens, des Thessahens et des Io- 
niens, se fixa dans le séjour que Im trût 
indiqué l'oracle , donna à rNe le nm 
qui fui est resté, fonda la viUe d'Asty- 
palée en nïémoire de aa mèrOf développi 
la culture de la vigne et l'agrieultQre. 
et ne quitta l'Ile, qvi était devenue sa 
patrie, que pour se joindre aux héros 
conquérants de la Toison d'Or. Apre loi 
régna son fils , soit qu'il fui né dans te 

(i) Raoul Rodiette, dohntes Grec^ttiSf l 
p. 393. 
(a^ Diod., y, a^ ; Pompoahis Mêla , n* : 

;3) 



(5) Le poète AsiOs cité (utf 

vn,4. 

(4) Jarohlique , f^ie df Pythag^ I, *. * 



ILE DE BkUÔS. 



Ciys , mnl qii*il y fttt veftu avee une eo* 
nie de Céphalléaieiis et d'habitant» 
(f Ithaque (f}. C'est à œtte époque, dont 
rbiitoire est bien incerlaiue , qa'il faut 
rapporter la domination des Carient 
dans 111e : la plupart des auteurs men*- 
Donnent ee feît ; us disent même que la 
doininatîoB carienne fut la plus aneiennft 
à Samos « mais sans nous apprendre s'il 
veut imiptioii riolente ou accord et par- 
tage amieal entre les Ioniens de Cydro» 
laâs et les Lélèges (fAneée. Kous igno- 
rons de méflie le rdie que Samos jfoutf 
dans la guerre de Troie , si toutefois elte 
y prit part. 

Si l'oD veut arriver aux faits bien po* 
sitifi de son histoire, il faut descendre 
jusqu'au temps du grand établissement 
des Ioniens en Asie Mineure. Vers Tan 
1188 avant J.-C, les Ioniens chassés de 
TEgialée avaient cherelié un refuge dansr 
TAttique. A ta mort du roi Codros , ein* 
(juante ans environ après leur établisse-' 
nient dans ee pays^Médon, l'un des fils 
du dernier roi, uivorisé parla Pythie, 
avant été nommé archonte, ses frèrear 
allèrent fonder diverses colonies. L'uoi 
d'eux, Néiée, se rendit d'abord à Naxos, 
pois dans l'Asie Mineure^ et, après avoir 
triomphé de la résistance des Cariens, 
touda la ville de Milet et les autres citét 
de la confédéraitron Ionienne (2). Tem- 
Inion et on descendant de Xuthus, Pro^ 
<*tès, fils de Pityrée, se détachèrent do 
*^rps principal, que conduisait I^éléc, et 
descendirent dans Itle de Samos. Les* 
Cariens qui l'habitaient paraissent leur 
avoir opposé monts de résistance que 
<^x du continent. Bientôt un accord fut 
eoDclu , en vertu duquel Ttie et même 
la ville principale étaient partagées entre 
ks anciens rabitanis et les nouveaux 
venus. Une partie de la ville prit du 
Oeuve Cbésius ie nom de Cbésie, l'autre 
conserva la dénomination antienne d'As- 
typalée (3). Les Ioniens fondèrent en 
Asie Mineure et dans les îles de Ghios et 
de Samos leurs douze ou , selon Titrnve, 
kors treize villes , en souvenir de leur 
séjour dans le Péloponnèse (4) ; puis ils 

(i) Strabon, XIV, c. i. 

(a) Étien^ VIU, 5; Pausan., VU, a. 

(3) Pausan.^ VU, 4; Strab., X, 5; 

irv,a, 

(4) Hérodote, î, c i4a^ compte douit villes* 



s^unTrent parle tien IMéraltf du Panio* 

nium(]). 

RElATIOlftS BB SiklIOS AVSC ÉFHÈSA 

Bt Paièkb. — ^ Cette institotioif n'en!* 
pécha pas les villes nouvelles de deve*- 
nir rivales , la roésifltelligeneê ne tarda 
pas à éclater entre elles; Épbèse et Sa- 
mos en donnèrent le omiier exemple. 
Les Cariens du continent, massacrés 
pfcndant la conquête , réduits en esda* 
vage, voyant leurs femmes et Umn filles 
devenues la proie des vainqueurs, nour* 
rissaient contre eeuxH» une haine pro* 
fonde, et cherchaient l'occasion de se 
sèulever. A Samos, att eonferaire, ils 
avaient conservé une portien du terrl'^ 
toire , et jotdssaient des mémos droits 
que les nouveaux venus. Ce fut pottr An^ 
oroclès, chef des Épbéslens, le prétexte 
d'attaqncr Léogoras, qui avait suocédé h 
son père Proclôs dans la rovauté de Sa« 
mos ; Il l'accusa de favoriser lee Cariens 
et de méditer une alHanoe avee eux eomre 
la cause ionienne. Les Samiens furent 
vaincus ; une partie de cette population , 
que les vicissitudes de la guerre avaient 
déjà chassée du Péloponnèse et de l'At* 
tique, s'exila encore une fois , et alla por- 
ter à une fie située en face des rivages 
de la Thrace le nom de sadernière patrie. 
Mais avec le reste de ses sujets Léogo^ 
ras r^ista courageusement à cette fata- 
lité qui semblait avoir condamné sa race 
à une destinée errante. Forcé de quitter 
Samos , tl se réfugia sur le continent , se 
fortifia dans la ville d'Ans», demandant 
au pillage des moyens de subsistance, 
inquiétant Androciès et les Épbésiens. 
Enfin , après dix années de cette exis* 
tence, son courage persévérant fut récom-* 
pensé; à son tour il expulsa les usurpa- 
teurs, et put rentrer en possession de la 
conquête de son père (i). Ce triomphe 
des Ioniens de Samos semble avoir res* 

Vitruve , IV , c. i, en admet une trdiièaie, 
Méliie, qui, aj«iite*t-il, déiesiét foar son 
orgueil , ne subuste pas loDgieBipa* 

(i) PamoniiiiD était le non d^on teaorpki 
conatruit en oooudvb par les douze cités 
ioniennes, et où tous les ans chacune d'el* 
les envoyait des députés pour régler les in- 
térêts généraux ; il s'élevait sur le mont My« 
cale , et était consacré à Neptune Uéficonien. 
Hérodote, I, i43 et 148* 

(a) Pausan., VII, 4 ; Suidl^/Avsia ; Plut., 
Quesf. Grec. , 55 ; Afhén., VIII, p. 36 1. 



334 



LlimYERS. 



serré les tteiis d^amfitié qui les anissaieiit 
aux Cariens. Priène, l'une des dix villes 
du eootÎDent , attaquée par ces derniers, 
demanda du secours aux habitants de 
Samos , au nom de leur commune ori- 
gine ; par dérision, au lieu des vaisseaux 
et de 1 armée attendue, Léogoras envoya 
une petite barque. Néanmoins, les Pné- 
niens furent vainqueurs; maïs une 
liaine implacable s'établit entre eux et 
les Samiens, et dès ce moment commen- 
cèrent des guerres sans fin au sujet des 
limites du territmre que ceux-ci préten- 
daient s'attribuer sur le continent. 

ABNVE&SIMBNT DB la. KOYÂUTi II 

Samos. — Après Léogoras, Samos dut 
continuer à être gouvernée par des rois 
pris dans la même maison; mais nous 
les perdons de vue, dans un intervalle 
de trois à quatre siècles, jusqu'à Ampbi- 
crate. Cette période , si elle n'est pas cé- 
lèbre dans l'histoire saniienne, ne fut 
cependant pas perdue pour l'accroisse- 
meut des forces de Ule. C'est ainsi que 
704 ans avant J.-C. le Corinthien Ami- 
iKMsIès, qui le premier avait donné aux 
vaisseaux la forme qu'ils conservaient 
encore au temps de Thucydide, fut chargé 
par les Sdmiens de leur construire quatre 
trirèmes (1). Adonnés à la navigation^ 
héritiers des goûts de piraterie ue la na- 
tion carienne, les maîtres de Samos 
apportaient tout leur soin à l'entretien 
de leur flotte, et ce fut un des pre- 
miers peuples qui chez les Grecs se 
rendirent redoutables sur mer. Am- 
phicrate dès son arrivée au pouvoir 
(680 ans av. J.-C.) porta' la guerre à 
l'extrémité de la mer Egée, dans nie 
d'Égine ; et les succès et les revers furent 
égaux des deux côtés (2). Eu même temps 
^ue les Samiens recherchaient au dehors 
a fonder une puissance maritime, au de- 
dans ils étaient agités par des factions; 
le peuple et les grands menaçaient la 
royauté. Nous ne savons pas si entre 
les factions rivales il y eut une lutte de 
longue durée ; mais la royauté y suc- 
comba , et Amphicrate fut le dernier roi 
de Samos. Cette tie,s'étant déclarée libre, 
se donna des magistrats appelés Géo^ 
mores, et il est à présumer que cette ré- 
volution ne s'accomplit pas sans vio- 

(OTliUcjd.,I,G. i3. 
(a) Hérodote, III, Sg. 



iBDce, pnisqn^iin grand sonlèvement des 

esclaves répond à ce changement. Mille 
esclaves se retirent sur l'Ampélus , et y 
vivent de brigandages. Après six années 
d'efforts inutiles pour les réduire , leurs 
andens maîtres sont engagés par l'orade 
à traiter avec eux, et pour s*en délivrer, 
ils leur abandonnent des vaisseaux , qui 
les conduisent à Éphèse (1). Peut-être 
cette révolte de leurs prcjires esclaves 
engagea-t-elle les Samiens a secourir La> 
céuémone durant la seconde guerre de 
Messenie (2). Dans le même temps la 
guerre éclata avec les Éoliens établis à 
Lesbos : les Samiens commencèrent les 
hostilités ; mais leur gouverueiuent , eo- 
core mal affermi, souffrit de cette expé- 
dition : un de leurs généraux , que la fa- 
veur du peuple avait portéà cette dignité, 
Syloson , fils de Calhtélès , s'empara de 
la tyrannie. Peu après ils intervinreat 
dans un différend entre Chalcis et Ér<>- 
trie en £ubée, où ils prirent parti pour 
les Chalcidiens , et Miiet pour les Ere- 
triens (3). Plus tard , nous les trouvons 
arbitres d'un différend entre Chalcis et 
Andros au sujet d'Acanthe, que les Au- 
driens obtinrent (4). Démotélès, qui ré- 
gnait en 620 , périt violemment , et tes 
Samiens revinrent au gouvememeat des 
géomores. 

RÉVOLUTIONS INTESTINES. — 5lab< 

il semble que l'administration de c£s 
magistrats fut tyrannique; car une ré- 
volution liée à une guerre extérieure ne 
tarda pas à les renverser, l^s Mégaheni 
avaient attaqué Périnthe, colonie df 
Samos, et avant leur expédition se 
talent munis de chaînes pour leurs pri 
sonniers. Les géomores envoyèrent 
leur colonie un secours de trente navires 
sous les ordres de neuf généraux. Deux 
des navires périrent à l'entrée du port, 
frappés de la foudre; mais les autres, 
unis aux Périnthiens, furejit victorieux « 
et les Mégariens perdirent six cents pri- 
sonniers. Les Samiens de l'expédition 
armèrent les vaincus , et, revenant à Sa- 
mos avec ce renfort, massacrèrent les 
géomores , et leur substituèrent Tauto- 

(i) Athén., VI, p. 267. 
{1) Hérodote, lU, 47, 

(3) Id, V. 99. 

(4) Plut., Quest, gr„ 3o; Ensèb., Ckrw, « 
rOlyrop, XXXII. 



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