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JOURNAL ASIATIQUE 



NEUVIÈME SÉiUE 



TOME XIV 



JOURNAL ASIATIQUE 

RECUEIL DE MÉMOIRES 

D'EXTRAITS ET DE NOTICES 

BBUTiFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES 
ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX 



ET PUBLIE PAK LA SOCIETE .ASIATIQUE 



NEUVIEME SERIE 
TOME XIV 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 

ERiSBST LERUliX, ÉDITEUR 

nUEBOmPAJlTK,!» 

M DCCC XCIX 



3^>^ 



JOURNAL ASIATIQUE. 

JUILLET-AOÛT 1899. 
PROCÈS-VERBAL 

DE U SÉANCE GÉNÉRALE DU 20 JUIN 1899. 



La séance est ouverte à 2 heures sous la présidence 
de M. Maspero , remplaçant M. Barbier de Meynard 
empêché. 

Etaient présents ; MM. Perruchon, Weill, J. Ha- 
lévy, Clément Huart, L. Feer, F. Nau, Mondon- 
Vidailhet, Rubens Duval, Maurice Courant, Sylvain 
Lévi, Grenard, de Charencey, A. Barth, Houdas, 
de Vogué, J.-B. Chabot, membres; 

M. Drouin, secrétaire adjoint. 

Le procès-verbal dé la séance générale du 21 juin 
j 898 est lu et la rédaction en est adoptée. 

Le procès-verbal delà séance mensuelle du 1 2 mai 
1899 est lu et adopté. 

M. Rubens Duval donne lecture du rapport de 
la Commission des censeurs pour Texercice 1898. 
Des remerciements sont adressés aux censeurs ainsi 
qu'aux membres de la Commission des fonds. 



/ 



6 JUILLET-AOÛT 1899. 

Sont élus membres de la Société : 

MM. le général Faure-Biguet, commandant la di- 
rection d'artillerie à Lyon; présenté par 
MM. Barbier de Meynard et Houdas. 

de Rettel (Stanislas), drogman de 2* classe, 
demeurant à Paris, 5 rue Corneille; présenté 
• par MM. Houdas et Clément Huart. 

Sur sa demande , M. J. Oppert est nommé délé- 
gué de la Société asiatique pour le Congrès des 
orientalistes qui doit se tenir à Rome, en 1899. 

M. Maurice Courant présente, delà pai't du Col- 
lège français de Zi-Ka-Weï, ime brochure : la ;Var/- 
gation à vapeursar le fleuve Yang-tsé, par leR. P. Che- 
valier S. J. Chang-Haï, 1899; in-/i^ 

M. l'abbé Nau présente à la Société un volume 
intitulé : Bardesane V astrologue y Le livre des lois et des 
pays, texte syriaque et traduction française (in- 8", 
Paris, 1899; E. Leroux). M. Nau exprime Topinion 
que Bardesane n'est pas un gnostique, c'est-à-dire 
un hérétique comme on Ta cru , mais un simple as- 
trologue ainsi que cela résulte de ses rares écrits. 

Des remerciements sont adressés aux donateurs. 

n est donné lecture d'une lettre du Ministre de 
l'iqstruction publique annonçant l'ordonnancement 
d'une somme de 5 00 francs à titre de subvention 
pour le 2* trimestre 1899. 



k 



SÉANCE GÉNÉRALE. t 

Le Conseil autorise l'échange du « Journal asia- 
tique î> contre les publications périodiques de l'Uni- 
versité catholique de S^int-Joseph , à Beyrouth. 

M. Clément Huart donne lecture dun mémoire 
sur le Janissaire Békir agha, maître de Baghdâd 
(1619-1623), diaprés un document inédit. 

M. Feer communique ensuite la Notice d'un ma- 
nuscrit sur olles , ayant appartenu au premier prési- 
dent Lamoignon. 

Enfin M. l'abbé F. Nau lit un mémoire sur Bar- 
desane Vastrologae , à propos de l'ouvrage dont il a 
fait don comme on l'a vu plus haut. Ces différentes 
communications seront publiées dans ïe Journal 
asiatique. 

H est procédé au dépouillement du scrutin pour 
la nomination du Bureau et du Conseil. Les membres 
sortants sont réélus à l'unanimité. 

La séance est levée à 4 heures et demie. 



8 JUILLET-AOÛT 1899. 

RAPPORT 

DE LA COMMISSION DES CENSEURS 

SUR LES COMPTES DE L^EXEAGIGE 1898, 
LU DANS LA SEANCE GENERALE DU 20 JUIN 1899. 



Messieurs, 

Pendant l'exercice de 1 898 , notre Société a payé , en de- 
hors des frais d'impression de son Journal, une somme de 
4,538 fr. o5, affectée aux publications scientifiques qu'elle 
encourage. Cette somme ne représente qu'une partie de l'ex- 
cédent des recettes ; il est resté en plus , comme fonds dispo- 
nibles, 5,867 ^^' ^^ ^^^ ^^* ®*^ portés au crédit de notre 
compte courant à la Société générale. Le solde créditeur de 
ce compte était, au 3i décembre 1897, de 11,010 fr. 79; 
au 3i décembre dernier, il s'élevait à 16,878 fr. o3. Nous 
pouvons donc compter chaque année , notre Société se main- 
tenant dans ]a même situation financière, sur un excédent 
de 10,000 francs environ, lequel, suivant le vote de la der- 
nière séance générale de la Société , doit être consacré en 
partie au fonds de réserve et en partie aux publications 
orientales. 

Le fonds de réserve n'a pas reçu, Tannée dernière, de 
nouvel accroissement. Trois obligations de la Compagnie des 
wagons-lits sorties au tirage, ont été remplacées par trois 
obligations Omnium russe d'une valeur à peu près égale. 

Les dépenses et les recettes ordinaires n'ont présenté rien 
d'anormal. 

R. DUVAI. O. HOUDAS. 



Il APPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 9 



RAPPORT DE M. SPECHT, 

AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS, 

ET COMPTES DE L'ANNÉE 1898. 



Messieurs, 

Les dépenses de cette année ont été plus fortes que les 
nnnées précédentes; nous avons eu à payer 3,938 francs 
pour les frais d'impression de la traduction par M. le baron 
Carra de Vaux, du Livre de l'Avertissement de Macoudi. Es- 
pcrons que ce volume de la Collection d'ouvrages orientaux 
sera suivi, l'année prochaine, par une nouvelle publication. 

Nos recettes ont diminué de 64o francs, car nous n'avons 
reçu cette année que a i cotisations arriérées au lieu de 67 
que nous avions touchées en 1898. Nos cotisations de l'année 
sont toujours à peu près les mêmes : 126 en 1897, 127 en 
1898, sur 2^0 membres, dont 65 à vie. Un quart des 
membres ne paye donc pas régulièrement leurs cotisations. 
Trois obligations de la Compagnie des wagons-lits ont été 
remboursées à 5oo francs chacune, et nous avons acheté 
trois obligations Omnium russe, qui rapportent 4 p. 100 et 
qui ont coûté i,485 fr. 60. 

Les recettes de Tannée 1 898 se sont élevées à a 1 ,790 fr. r>9' 
les dépenses , à 16,937 fr. 76. 



10 JUILLKT-AOÛT 1899. 



COMPTES 1 



DEPENSES. 



oo' 



Honoraires de M. E. Leroux, libraire, pour le recouvre- 
ment des cotisations 5o^' 

Frais d'envoi du Journal asiatiqae ^^i oo 

Ports de lettres et de paquets reçus 5 1 oo 

Frais de bureau du libraire 99 oo 

Dépenses diverses soldées par le libraire • % . t aàô 90 

Honoraires du sous^bibliothécaire . % . . i^ioo on 

Service et ëtrennes > » aAa 00 

Chauffage , éclairage , frais de bufeau 1 3] ^o 

Heliure et achat de livres nouveaux pour compléter \ r i t 

les collections 3i8 60 ' «.oa.i o5 

Contribution mobilière. ^ • 76 o5 

Contribution des portes et fenêtres 17 5o 

Assurance 67 ^o 

Frais d'impression du Journal asiatique eu 1897» . » » . 7,35 1 85 \ 

Indemnité au rédacteur du Journal asiatique * * . . Goo 00 i 

Frais d'impression de la traduction du Livre rf« l'Àvel'^ \ la.iJSq 00 

tissement 3«938 o5 [ 

Subvention de la première partie du troisième volume j 

de Se-ma-tsien ». 600 00 / 

Société générais. Droits de garde , timbres ^ etc< % 58 10 

Total des dépenses de 1898 ».>.»»..... ^ .>. ». . 15,937 75 

Achat de 3 obligations Omnium russe i,/i85 60 

Espèces en compte courant <i la Société générale au 3 1 décembre 1898^ 16,878 o3 

Ensemble 3/i,3oi 38 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. U 



«ÉE 1898. 



RECETTES. 



is de 1898. 
arriérées. . 



I vie 

mis au Journal asiatique 

blications de la Société 

>nds placés : 

jur l'Etat 3 p. 0/0 

— 3 j/2 p. 0/0 

anguinetti (en rente 3 i/a p. 0/0) 

[gâtions de l'Est ( 3 p. 0/0) 

gâtions de l'Est (nouveau) [3 p. 0/0]. . . 

Igations d'Orléans ( 3 p. 0/0 ) 

igations Lyon-fusion ( 3 p. 0/0 ) ancien . . 
— — — nouveau. 

igations de l'Ouest 

igations Crédit foncier i883 (3 p. 0/0). . 

ations communales 1 880 

gâtions Est- Algérien ( 3 p. 0/0) 

igations Méchérin ( 2* semestre) 

gâtions de la C" des wagons-lits 

ation des Messageries maritimes 

■ations Omnium russe ( k p. 0/0 ) 

onds disponibles déposés à la Société gé- 

lu Ministère de l'instruction publique . . . 

par l'Imprimerie nationale (pour 1897) 
ment des frais d'impression du Journal 



3.810' 00" 
63o 00 
600 00 

2,600 00 
0^7 a 5 

1,800 00 

35o 00 

3i8 00 

268 72 

288 ÔÔ 

86 A 00 

779 57 

537 56 

86 'j 00 

i,io5 5o 

6A 80 

^32 00 

67A 5o 

1 70 00 

i5 84 

3o 00 

60 85 
9,000 00 

3»ooo 00 



8,167' 2 5* 



8,623 3/| 



5,000 00 



ïs recettes en 1 898 ai ,790 09 

it de 3 obligations de la C'° des wagons-lits i,5oo 00 

mpte courant à la Société générale au 3 1 décembre de 

:éaente (1897) 11,010 79 



^al aux dépenses et à l'encaisse au 3i décembre 1898.. . 3A,3oi 38 



12 JUILLET-AOÛT 1899. 



ANNEXE AU PROCES-VERBAL. 
BARDESANE L»ASTROLOGUE. 

M. Fleury, qui publiait en 1 69 1 une Histoire ecclésiastique 
en vingt volumes , à laquelle il avait travaillé pendant trente 
ans , y présentait de la manière suivante le caractère et le 
rôle de Bardesane ^ : 

Comme les hérésies se multipliaient dans la Mésopotamie, Bar- 
desane, (jui était arrivé au comble de la science des Chaldéens*^ et qui 
pariait excdlemment la langue syriaque , composa des dialogues contre 
Marcion et quelques autres hérétiques. Ses œuvres Jurent si estimées 
qu'on les traduisit en grec. Il y avait entre autres un Traité sur le 
destin, adressé à V empereur, Bardesane suivit a abord l'hérésie de 
Valentin : ensuite il s'en retira; mais il en garda toujours quelque 
tache. 11 était d'Ëdesse et ami du prince Agbar (51c) ^ avec qui il 
s*était instruit. Apollonius de Calcédoine, le premier des stoïciens 
de ce temps-là et le maître de l'empereur Marc-Aurèle *, voulut per- 
suader à Bardesane de renier la religion chrétienne ; Bardesane lui 
résista et dit qu'il ne craignait pas la mort, ne la pouvant éviter, 
quand même il ne résisterait pas à l'empereur. Il eut un fils nommé 
Harmonius, qui étudia à Athènes à la manière des Grecs, et com- 
posa plusieurs écrits. 

Cette notice est tirée, cooune l'indique en marge M. Fleu- 
ry, d'Eusèbe , d'Ëpiphane et de Théodoret , et elle nous donne 
cette impression que Bardesane fut un confesseur de la foi , 
puisqu'il fut amené à dire qu'il préférait la mort à l'aposta- 
sie , et fut un père de l'Eglise , puisque , après ses erreurs de 

• ly, 9. 

* C'est l'astronomie et l'astrologie. 

* Lire Abgar. Sans doute Abgar IX, roi de 179 à 216. Cf. Rubens Dii- 
val , Histoire d'Kdesse, p. 1 i/j. 

* Le texte d'EpIphane visé ici |)ar Fleury porte seulement : «Apollonius 
familier d'Autonin». On ne j>cut faire que des conjectures sur cet Antonin, 
car Caracalla et Héliogabale |)ortent aussi ce nom. 



ANNEXE AU PROCES- VERBAL. 13 

jeunesse, il défendit TÉglise contre Marcion et d autres hé- 
rétiques. 

Si nous passons du xvi" au xix" siècle, nous ne reconnais- 
sons plus notre Bardesane. Nous trouvons en 1819 un Bar- 
desanes gnosticus étudié et décrit par M. Hahn, à Leipzig ^ 
puis, en i833 à HildeburghusaB (Heidelberg?), des divinités 
astrales de Bardesane le gnostique ( Bardesanis gnostici numina 
astralia)^; enfin, en i864, M. Hilgenfeld nous apprend, à 
Leipzig encQre , que Bardesane est le dernier gnostique , Bar- 
desanes der letzte Gnostikei\ 

Après lecture, nous reconnaissons que ce Bardesane le 
gnostique est le nôtre , et nous nous demandons quel événe- 
ment survenu au xviii' siècle a pu transformer le père de 
l'Eglise , le confesseur de la foi , en un hérétique , en un gnos- 
tique. Nous découvrons vite que les principaux arguments de 
MM. Hahn , Kuehner et Hilgenfeld proviennent d'une édition 
des œuvres de saint Ephrem *, donnée à Rome par les soins 
d'Assémani de 1732 à 1746'. Tel est l'événement qui a 
transformé , chez nous *, Bardesane en un hérésiarque gnos- 
tique* 

Il nous faut, dès lors, si nous voulons nous faire une opi- 
nion personnelle sur Bardesane , nous reporter à saint Ephrem 



* Nous ne mentionnons pas ici l'ouvrage de M. Merx, Bardesanes von 
Edessa, publié à Halle en i863 , parce que, d'après'cet ouvrage, Bai*dcsane 
cist toujours enfermé dans la gnose hérétique , mais s'est affranchi des traits 
caractéristiques de la gnose , le dualisme et la théorie de l'émanation. — Cet 
ouvrage nous semble donc donner de Bardesane une idée plus exacte qu'on 
ne l'a fait par ailleurs , et nous ne voulons pas le citer en mauvaise part. — ' 
M. Harnack a fait remarquer aussi avec grande raison que Bardesane ne 
|)assa pas d'abord pour hérétique { AltchristUche Literalur, 1, i8d). 

^ So ist undbkibt die Hauptqaelle Ephrem (Hilg. , p. 29). 
' Six volumes in-folio. Les textes contre Bardesane sont tirés du tomo II , 
des Discours contre les hérétiques. 

* Car nos dictionnaires , bien entendu , font aussi de Bardesane un gnos- 
tique , y compris le dernier Dictionnaire Larousse qui ignore les quatre ou 
cinq éditions ou traductions des Lois des p^ys , et ne connaît que le frag- 
ment cité par Eusèbc. 



14 JUILLET-AOÛT 1899. " 

et analyser se» textes et ses idées quand ils ont trait à notre 
question. 

Nous trouvons bien vite que dans certains discours contre 
les hérésies, saint Ephrem attaque violemment Bardesane. 

Un bon nombre de textes renferment de pures injures, 
par exemple : Le diable a donné à Bardesane un grenier plein 
d'ivraie qu'il répand dans les campagnes, etc. D'autres nous 
semblent très obscurs. Je cite la traduction éditée par Assé- 
mani : O te heatam Christi Ecclesiam * . . . Ta spurcissimi Barde- 
sanis putida mendacia atque judaicœ culinœ nidorem diluisti . . . 

nec insani Ulius Marcionis rétines libros aut codicem ex- 

ecrandœ mystagogiœ Bardesanis habes : gemina duntaxat tes- 
tamenta Régis Regisque fdii tua recondit arca^. Quels sont ces 
«putida mendacia», cette odeur de cuisine, ce livre «ex- 
ecrandœ mystagogiœ » ? — Tout en nous posant ces questions , 
nous feuilletons saint Ëphrem, et nous trouvons à chaque 
page les trois noms de Marcion, Bardesane, Manès, qui 
semblent, pourrions-nous dire, cloués à un même pilori. Et, 
après avoir répété une vingtaine de fois : Marcion , Barde- 
sane, Manès Manès, Bardesane, Marcion, la sugges- 
tion nous gagne, et nous cherchons, partie dans Marcion, 
partie dans Manès, l'explication des imputations voilées por- 
tées par saint Ephrem. Si à ce moment, nous nous rappelons 
que , d'après Eusèbe , Bardesane participa d'abord aux erreurs 
de Valentin , nous croyons pouvoir nous écrier : eUtprfKa ! Nous 
omettons le mot d'abord qui est gênant , et faisons de Barde- 
sane un gnostique genre Marcion-Manès , de l'école cepen- 
dant de Valentin et mort , bien entendu , dans l'impénitence 
finale , puisque saint Ephrem l'attaque si violemment. 

Mais laissons pour un instant saint Ephrem ( nous allons y 
revenir), et cherchons si nous ne trouverions pas ailleurs 

' Il , p. 438 , D. On trouvera ce texte et un certain nombre d'autres dans 
une Biographie inédite de Bardesane l'astrologue , chez Fontemoing. 

^ n, |). ô6o, B. On remarquera qu'ici et dans bien d'autres endroits, 
saint Ephrem veut limiter la science du clurétien aux saints Livres. C'est 
ce que prônait aussi son contem{)orain Julien l'Ajwstat. 



ANOTXE AU PROCÈS-VERBAL. 15 

quelques indications sur la note dominante du caractère de 
Bardesane. 

Il parait tout désigné de nous adresser d^abord à ses écrits : 
il nous reste de lui un dialogue rédigé par un de ses disciples « 
et un fragment conservé par Georges des Arabes \ 

Dans le dialogue intitulé : Des bis des pays, on ne trouve 
aucune idée gnostique, mais constamment de Tastronomie 
et de Tastrologie. Je ne développe pas cette idée , qui Test 
suffisamment dans la présente publication ' ; je rappelle seu- 
lement que Bardesane refuse aux astres toute influence sur la 
liberté humaine, mais leur accorde tout pouvoir sur le corps, 
sur la santé et les maladies, la vie et la mort. — Dans le frag- 
ment conservé par Georges des Arabes, Bardesane donne la 
durée des révolutions des diverses planètes, et cherche, en com- 
binant ces durées, à justifier certaine idée eschatologique qui 
avait cours dans les premiers siècles et d'après laquelle le 
monde actuel ne devait durer que six mille ans pour faire 
ensuite place à un autre plus parfait. 

Si nous prenons ensuite Eusèbe , il nous apprend , comme 
l'a traduit Fleury, que Bardesane était arrivé au comble de la 
science des Clialdéens ou de l'astrologie. Bien plus, c'est à Ce 
titi'e seul qu'Eusèbe le cite . et nous remarquons que s'il re- 
produit toujours les passages qui prouvent l'indépendance de la 
liberté humaine vis-à-vis des astres, il omet toujours ceux 
qui attribuent à ces mêmes astres quelque influence sur le 
corps. Nous pouvons nous demander incidemment si ce n'est 
pas dans ces derniers passages qu'il voyait une trace des an- 

' Traduit dans notre édition des Lois des pays , p. 58. 

^ Bardesane l'astrologue. Le livre des lois des pays , texte syriaque et tra- 
duction française avec une introduction et de nombreuses notes , chez Le- 
roux 1899. On remarquera, en particulier, que Ton a cité une trentaine de 
textes de Firmicas Maternas { Matheseos ) , parallèles à autant de textes de Bar- 
desane. Nous expliquons aussi , p. 1 7-20 et 38, d'après leur contexte , les mots 

qui semblaient représenter des idées gnostiques : JLi^«| ; ^i^; JLaa.9a^»«»| ; 

i^.?; ii;;^^; U ^ SâMfc; J^?Vte; )ÀL^^. 



16 JUILLET-AOÛT 1899. 

cîennes erreurs de Bardesane, et si ce n*est pas par là qu*il 
le rattache à Valentin. 

Avant d*en revenir à saint Ephrem, ouvrons encore la 
Doctrine d'Adaï, composée à Edesse au m" siècle , entre Bar- 
desane et saint Ephrem, et qui était comme le code des chré- 
tiens de cette ville. Nous y lisons : « Fuyez le mensonge , l'ho- 
micide , le faux témoignage , les incantations , les destins , les 
horoscopes, les étoiles et les signes du zodiaqiie\ » L'apôtre Adaï 
voulait par là prémunir les fidèles contre la contagion du 

culte des astres; mais ces paroles : fuyez Vhomicide, les 

étoiles et les signes du zodiaque , prises a la lettre et môme dans 
leur esprit, étaient la condamnation de Bardesane. 

Reprenons maintenant saint Ephrem et rappelons- nous 
que , de son temps , la doctrine d'Adaï était regardée comme 
le testament authentique de l'apôtre. Nous y trouvons un cer- 
tain nombre de textes très clairs , par exemple : 

Bardesane ne lisait pas les prophètes, sources de vérité, mais il 
feuilletait assidûment les livres qui traitaient des signes du zodiaque 
(II, p. 439,E). 

^ Et ailleurs : 

Ils (les Bardesanites] observaient les mouvements des corps (cé- 
lestes), divisaient le temps, notaient les signes célestes et en dédui- 
saient des significations cachées , comparaient la pleine Lune au signe 
du zodiaque. En un mot, au lieu dagir avec l'Lglise et de méditer 
avec le fidèle les livres des Saints, ils étudiaient les livres les plus 
funestes (11, p. 438, F, etc.)*. 

Mais voilà décrite précisément , en termes aussi clairs que 
possible , l'hérésie de Bardesane : c*est l'astrologie. Et nous 
pouvons maintenant, dans cet ordre d'idées, expliquer la 
plupart des textes obscurs, sans recourir à Valentin, ni à 

' Ed. Philips, |). 35. 

* On trouvera d'autres textes dans une Biographie inédite de Bardesane 
l'aslrolo(jue , p. 7-10, i-^-iS, 19-20, et dans notre «'Klition du ÏÀvre des loiê 
des pnys , p. 2 1-2 3. 



ANNEXE AU PROCES-VERBAL. 17 

Manès. Par exemple, nous nous demandions au commence- 
ment quel pouvait être ce livre « execrandœ mystogogiaB». Ce 
devait être un ouvrage dans le genre « des livres les plus fu- 
nestes » , dont il vient d'être question. Or ces livres traitaient 
des mouvements des corps célestes , de la division du temps , 
de l'influence de la Lune sur le corps et ses affections sui- 
vant le signe du zodiaque dans lequel elle est placée. Ce 
livre « execrandae mystogogiae » pourrait donc être , à la ri- 
gueur, le livre Des lois des pays, où il est pea question des 
Deuœ Testaments , qui doivent seuls occuper les chrétiens, et 
beaucoup des signes du zodiaque et de la Lune \ 

Nous voyons donc que saint Ephrem lui-même condamne 
chez Bardesane l'astrologue et non legnostique, car il est 
remarquable que, dans les discours contre les hérésies, saint 
Ephrem ne dit pas une seule fois que Bardesane appartînt à 
l'école de Valentin. 

On n'a pas mis plus tôt en relief, dans ce siècle-ci , ce ca- 
ractère de Bardesane parce que, d'une part, grâce à saint 
Ephrem , on le savait hérétique , et , d'autre part , on savait 
que l'astrologie chez nous n'a jamais constitué une hérésie; 
on oubliait qu'elle en constituait une à Edesse , et on négli- 
geait donc les textes clairs, comme insignifiants, pour cher- 
cher l'hérésie de Bardesane dans les vers obscurs , car l'ou- 



' Pour expliquer saint Ephrem, on se rappellera aussi : 1° que son ou- 
vrage est écrit en vers , par suite il ne faut pas y chercher la rigueur que 
Ton demande à une prose châtiée; 2" que l'ouvrage de Bardesane, qu'il 
semble seul avoir en vue (car il ne cite alors que celui-là), est un recueil 
de cent cinquante hymnes , et est donc aussi écrit en vers. On se demandera 
donc si une hyperbole de saint Ephrem ne correspond pas déjà précisément 
à une hyperbole de Bardesane , et il faudra nous garder d'exagérer encore ; 
3° que l'éducation et la vie de saint Ephrem furent l'oppose de l'éducation 
et de la vie de Bardesane, ce qui l'exjwse à ne pas comprendre son ennemi ; 
li° que l'art (?), avec lequel Marcion, Bardesane et Manès (jamais Valen- 
tin) sont mélanges dans les Discours contre les hérétiques rend diflBcile, 
sinon impossible, de discerner ce qui est propre à chacun lorsqu'ils ne sont 
pas spéciGés. De là vient, à notre avis, que les auteurs syria([ues posté- 
rieurs attribuent les mêmes erreurs à Bardesane et à Manès. 

XIV. 2 



18 JUILLET-AOÛT 1899. 

vrage de aaint Ëphtem est écrit en vers , ce qui n'en facilite 
pas Tintelligence. 

Les anciens auteurs syriaques qui connurent toujours saint 
Ëphrem , découvert par nous, pour ainsi dire , au xviii' siècle , 
tombèrent, dès leur époque , dans la même faute. Ils ne soup- 
çonnèrent pas que l'astrologie pouvait être une hérésie , puis- 
qu'elle conduisait, de leur temps, à la fortune et aux hon- 
neurs ; ils attribuèrent donc souvent à Bardesane les erreurs 
de Manès dont saint Ëphrem le rapprochait toujours. 

Ajoutons, poar terminer, que l'épithète d'astrologue, que 
nous donnons à Bardesane, n'est pas pour nous limitative, 
comme 8*il n'avait jamais fait autre chose, mais spécificative , 
conmie nous donnant son caractère propre. — L'astrologie 
embrassait toute une philosophie naturelle ^ que Bardesane 
dut apprendre et enseigner avant d'être chrétien , comme il 
semble nous le dire lui-même ^ ; il devait alors faire dépendre 
des planètes le monde entier, sa création , sa conservation et 
la liberté de l'homme. Devenu chrétien , il restreignit leur 
influence au corps ^. C'est une erreur, comme Ta déjà vu Eu- 
sèbe , mais elle lui est commune avec tant de bons esprits du 
moyen âge , que l'on serait mal venu de la lui reprocher trop 
vivement; et elle aurait vite disparu, si Ton avait donné à 
l'étude des sciences naturelles l'importance qui lui revient 
de droit; la science aurait vite supplanté la fable, et l'on 
n'aurait pas langui durant tant de siècles dans les vains agen- 
cements de mots et les interminables considérations sur 

* Lire , par cx.emple , le premier livre de Firiuicus Maternus. Bardesane, 
élevé avec ie roi Abgar, dut aussi connaître la pliilosophie grecque. Il sem- 
ble suivre plutôt Platon quWristotc. 

' Cf. Le livre des lois des pays, p. 87, dernière lig^nc de la traduction. 

' On Taccnse d'avoir nié la résurrection des corps. Voir, cti jtarticulier, 
Carwûna Nisibena , Ll. Il est certain , d'après Le Lvre des lois des pays , que 
Bardesane euseignait la résurrection de rkonjme et le jugement dernier. 
Croyait-il que le cor|i6, dé{)endant des planètes, n'était |»as essentiel à 
riiomnie ? 11 ne le dit ]»as clairement, mais c'ëiait alors une tli<'*orie |>hilo-' 
sophique qu'il (wt peut-être soutenir. 



OUVRAGES OFFERTS. 10 

l^Ëcriture • préconisés par saint Ëplirem comme la seule occu- 
pation intellectuelle que pouvait se permettre un chrétien de 
son temps '. 

F. Nau. 



OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIÉTÉ. 
(Séance annuelle du ao juin 1899,) 

Par rindia Office : Madras Government Muséum, Bulletin; 
vol. U, n° 3, Madras, 1899; in-8°. 

•^ Indian Antiq uary, JsLnuary et March, 1899. Bombay; 
in-4". 

par ia Société : Atti délia R, Accadeniia dei l,incei; 1898 
et Gennajo. 1899. Rome; in-d". 

: — Mémoires de la Société de linguistique de Paris ^ t. XI, 
1" fasc. Paris, 1899; in-8°. 

— ' Journal asiatique , mars^avril 189g. Paris; in-8'. 

-^ Comptes rendus des séances de la Société de géographie. 
Paris , 1 899 , in-8°. 

->^ Tke Geographical Journal, September 1897 et June 
1899. J^ondon; in-8". 

Par le Ministère de l'instruction publique ; Bibliotlièque des 

^ £n^n on remarque^ , que dam iwire édition , I0 QinlêgiU 4h l»i» des 
piiys est distingué du crlôbrc Dialogue sur le destin adressé à Antonio. Car 
Ëusèbe est notre seule source à ce stijct : or il nientionne dans son Histoire 
( cclésiastique , le célèbre dialogue sur le destin adressé à Antonin et d'autres 
dialogues. . .; et dans la Préparation évangélique , il nous ap|)rend que le 
fragment des Lois des pays cité par lui est tire des dialogues de Bardesane 
avec sêf disciples. On a donc eu tort de dire que ce fragment était tiré du 
célèbre dialogue sur le destin adressé à Antonin , car Eusèbe nous apprend 
le contraire : c'est Tun des autres dialogues. . . Du reste, le destin n*occu{x; 
que les deu& tiers de Touvrage. C^est ce qu'a constaté Epiphane quand il a 
écrit que Bardesane «disputa sur le destin contre A vida»» 

3 . 



âO JUILLET-AOÛT 1899. 

Ecoles françaises d'Athènes et de Rome; Edmond Courtaud, 
Le bas-relief romain à représentations historiques, Paris, iSgg. 

Par les éditeurs : Revue critique, n" 19-3 5, 1899. P^*'*^; 
in-8-. 

— Bollettino, n°* 221-233, Firenze, 1899; in-8'. 

— Polybiblion^ parties technique et littéraire, mai et 
juin 1899; in-8". 

— Al-'Zhiya, mai et juin 1899. ^® Caire; in-8". 

— Al-Machriq, 1 et i5 Hadran 1899. Beyrouth; in-8''. 

Par les auteurs: American Journal of archœology , Novem- 
ber-December 1898. January-February 1899. Nor^ood; 
in 8-. 

— Le Globe, v* série, t. IX, n' spécial : XII* Congrès des 
Sociétés suisses de géographie , tenu à Genève du A au 7 sep- 
tembre 1898; in-8°. 

— Bulletin n" 1, novembre 1898, janvier 1899. Genève; 
in-8-. 

— Revue archéologique, mars-avril 1899, Paris; in-8°. 
Par les auteurs : J. Rouvier, Les ères de Botrys et de Berytc 

(extrait). Athènes, 1899; ^'^'^*' 

-— F. Nau, Le livre des lois des pays. Paris, 1899; in-8". 

— R. Gottheil, Contributions to Syriac Folk-Medicinc 
(extrait). New Haven, 1899; in-8". 

*— M. Courant, L'enseignement de la langue chinoise (ex- 
trait), 1899; in-8". 

— Le même , La presse périodique japonaise ( extrait ) 1 8 9 9 ; 
in.8-. 

— Arthur von Rosthorn, Die Ausbreitung de Chinesischen 
Macht in sudwestlicher Richtang bis zum vierten Jahrhundert 
nach Christié Leipzig, 1896; in-8". 

— Dr. K. Kern, The Aiyabhatîya with the Commentary of 
Pâramâdiçvara. Leide , 1 894 ; gr. in-^". 

— H. Suter, Die Kreisquadratur des Ibn-cl-Haitam (ex- 
trait). Leipzig, 1899; i"'^"' 



QUVRAGES OFFERTS. 21 

Par les auteurs : S. Chevalier, La navigation sur le haut 
Yang-tse, Chang-hai, 1899; gr. in-4°. 

— Chr. Garnier, Méthode de transcription rationnelle des 
noms géographiques, Paùs , i899;in-4°. 

— Le P. P. -A. Deiattre, Les pivgrès de Vassyriologie, 
Paris, 1899; in-8". 

— V. Ding^estedt, The hydrography of the Cancasus (ex- 
trait), 189g; in-8". 



22 JUILLET-AOÛT 1899. 



TABLEAU 

DU CONSEIL D'ADMINISTRATIOiN 

CONPORMBMBNT AUX NOMINATIONS FAITES DANS RASSEMBLER CRNERALE 

DU 20 JUIN 1899. 



PRESIDENT. 

M. Barbier de Meynard. 

VICE-PRÉSIDENTS. 

MM. E. Senart. 
Maspero. 

SECRÉTAIRE. 

M. Chavannes. 

SECRÉTAIRE ADJOINT ET BIBLI0THÉCATÎ4B. 

M. E. Drouin. 

TRÉSORIER. 

M. le marquis Melchior de Vogué. 

COMMISSION DES FONDS. 

MM. Clermont-Ganneau. 
Drouin. 
Specht. 

CENSEURS. 

MM. Rubens Duval. 

HoUDAS. 



TABLEAU DU CONSKII. D'ADMINISTRATION. 23 

COMMISSION DU JOURNAL. 

MM. Devéria. — R. Dlval. — Maspero. — 
Oppert. . — K. Senart. 

MEMBRES DU CONSEIL. 

V. Henry. 

[i. FiNOT. 

Moïse Schwab. 

L. Feer. , „, ç. 

T ^r > Kius en loqo, 

J. ViNSON. i ^^ 

Glimet. 
J.-B. Chabot. 
Rubens Duval. 

MM. DE Charencey. 
Aymonier. 
A. Bartu. 
H. Derenbourg. 
Sylvain LÉvi. 
Clément Huart. 
Carra de Vaux. 
Devéria. 

Oppert, 
J. Halévy. 
Michel Bréal. 
Ph. Berger. 

HOUDAS. 

Cordier. 

Dieulafoy. 

Perruchox. 



Élus en 1898. 



Élus en 1897 



24 JUILLET-AOÛT 1^99. 



SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 



I 

LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS, 

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 

Nota, Les noms marqués d'un * sont ceux des Membres à vie. 

L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 

MM. Allaoua BEN Yahia, interprète judiciaire à 
Inkermann (département d'Oran.) 

Allotte de La Fuye , lieutenant-colonel , direc- 
teur du génie, à Nantes. 

Alric, consul de France, secrétaire-interprète 
du Gouvernement pour les langues orien- 
tales, rue Saint- Jacques , i6o, à Paris. 

Assier de Pompignan, lieutenant de vaisseau, 
rue Saint-Jacques , 4 4 , à Marseille. 
*Aymonier (E.), directeur de TEcole coloniale, 
avenue de TObservatoire , 2 , à Paris. 

Bibliothèque Ambrosienne , à Milan. 
Bibliothèque de l'Université, à Utrecht. 



LISTE DES MEMBRES. 25 

Bibliothèque universitaire, à Alger, 
Bibliothèque Khédiviale, au Caire. 
MM. Barbier de Meynard, membre de Tlnstitut , pro- 
fesseur au Collège de France, administra- 
teur de TEcole des langues orientales vi- 
vantes, rue de Lille, 2 , à Paris. 

Barré de Lancy, ministre plénipotentiaire, rue 
Caumartin , 3 2 , à Paris. 

Barth (Auguste), membre de l'Institut, rue 
Garancière, 10, à Paris. 

Barthélémy, vice-consul de France à Marache, 
par Alexandrette (Syrie). 

Basset (René), directeur de TEcole des lettres, 
rue Michelet, 77, à TAgha (Alger). 

Beauregard (OUivier), rue Jacob, 3, à Paris. 

Beck (l'abbé Franz -Seignac), au château de 
Bosredon, par Montcuq (Lot). 

Belkassem ben Sedira , professeur à l'Ecole des 
lettres , à Alger. 

Bénédite (Georges), conservateur adjoint au 
Musée du Louvre , rue du Val-de-Grâce , 9 , 
à Paris. 
*Berchem (Max van), privat-docent à l'Univer- 
sité de Genève , promenade du Pin , 1 , à 

Genève. 

« 

Berger (Philippe), membre de l'Institut, pro- 
fesseur au Collège de France , quai Voltaire , 
3 , à Paris. 
M"® Berthet (Marie), professeur à l'Ecole norrfiale 
d'Alençon, rue des Promenades, 9, à Alençon. 



26 JUILLET-AOCT 1899. 

'MM. BouvAT (Lucien), élève diplômé deTEcole des 
langues orientales vivantes, boulevard Sainl- 
Germain, 200, à Paris. 

Blanc (Edouard), explorateur en Asie, rue de 
Varennes, 82, à Paris. 

Blochet, rue de TArbalète, 35, à Paris. 

Blonay (Godefroy de), château de Grandson 
(Vaud), Suisse. 
*Bœll (Paul), publiciste, rue Gay-Lussac, 26, 

à Paris. 
*BoissiER (Alfred), cours des Bastions, 4, à 
Genève. 

Bonaparte (le prince Roland), avenue d'Iéna, 
1 o , à Paris. 

BoNET (Jean), professeur d'annamite à l'Ecole 
des langues orientales vivantes, rue Gref- 
fulhe, y, à Paris. 

BouRDAis (l'abbé), professeur à la Faculté libre 
d'Angers , rue Belle-Poignée , a , à Angers. . 
*BouRQLiN (le Rév. A.), à Lausanne, 

BoYER (le P. Auguste), de la Compagnie de 
Jésus, rue de Sèvres, 35, à Paris. 

Bréal (Michel), membre de l'Institut, profes- 
seur au Collège de France, rue d'Assas, 70, 
à Paris. 

BuDGE (E. A. Waliis), litt. D. F. S. A., au Bri- 
tish Muséum , à Londres. 
* Bure AU (Léon), rue Gresset, i5, à Nantes. 
*BuRGESs (James), Seton place, 22, à Edim- 
bourg. 



\ 



LISTE DES MEMBRES. 27 

M. BusHELL (Dr. Stephen-Wootton), médecin de 
la légation de S. M. Britannique, à Pé- 
king. 

M"*^ A. BuTENSCHŒN , 35 , Engeltrehtegatun , à Stock- 
holm. 

MM. Cabaton (Antoine), rue Popincourt, 82, à 
Paris. 

Cahun (Léon), conservateur adjoint à la Bi- 
bliothèque Mazarine, rue de Seine, 1, à 
Paris. 

Calassanti-Motylinski (de), interprète mili- 
taire de 1" classe hcfrs cadre, professeur à 
la chaire d'arabe , directeur de la Médersa , 
à Gonstantine. 

Casanova (Paul), membre de l'Institut d ar- 
chéologie orientale, au Caire. 

Castries (le comte Henry de) , rue Vaneau ,20, 
à Paris. 

Caudel (Maurice), bibliothécaire de l'Ecole 
des sciences politiques, rue Le Verrier, 5, 
à Paris. 

Chabot (M^*" Alphonse), curé de Pithiviers. 

Chabot (l'abbé J.-B.), rue Claude-Bernard , A 7. 
à Paris. 

Charencey (le comte de), rue Barbey-de-Jouy, 
25, à Paris. 

Chavannes (Emiiîanuel-Edouard), professeur 
au Collège de France, 1, rue des Ecoles, à 
Fontenay-aux-Roses. 



* 
* 



28 JUILLET-AOÛT 1899. 

MM. CiiEiKHo (L.), professeur à l'Université Saint- 
Joseph, à Beyrouth (Syrie). 
Chekîb Arslan (rémir), chef druse à Beyrouth. 
Chwolson, professeur à l'Université de Sain l- 

Pétersbourg. 
*CiLLiÈRE (Alph.), consul de France à Salo- 

nique. 
GlaparÈde (René), à Juvisy (Seine-et-Oise). 
Clermont-Ganneau , membre de l'Institut, pre*- 

mier secrétaire-interprète du Gouvernement , 

professeur au Collège de France, avenue de 

l'Aima, 1, à Paris. 
Cohen Sol al, professeur d'arabe au Lycée, à 

Oran. 
Colin (Gabriel), professeur d arabe au Lycée 

d'Alger. 
Colin ET (Philippe), processeur à l'Université, 

place de l'Université, 8, à Louvain. 
Collège français de Zi-Ka-Weï, par Shang- 
haï. 
*CoRDiER (Henri), professeur à l'Ecole des 

langues orientales vivantes , rue Nicolo ,54, 

à Paris. 
CouLBER, commandant en retraite, rue de 

l'Académie, à Bruges. 
Courant (Maurice), interprète -chancelier de 

légation, rue des Sœurs, à Vineuil, par 

Chantilly (Oise). 
*Croizier (le marquis de), boulevard de la 

Saussaye , i o , à Neuilly. 



LISTE'^DES MEMBRES. 29 

MMi*DANON (Abraham), directeur du Séminaire 

israéiite, à Constantinopie. 
* Darricarrère (Théodore-Henri), numismate, 

à Beyrouth (Syrie). 
Decourdemanche (Jean- Adolphe), rue Taille- 
pied, 4, à Sarcelles (Seine-et-Oise). 
Delattre (le P.), rue des RécoHets, 1 1 , à Lou- 

vain. 
*Delphin (G.), directeur de la Médersa, à 

Alger. 
*Derenbourg (Hartwig), professeur à TEcole 

des langues orientales vivantes, avenue 

Henri-Martin, 3o, à Paris. 
*Des Michels (Abel), boulevard Riondet, i^, 

à Hyères. 
DiEULAFOY (Marcel), membre de l'Institut, rue 

Chardin, i 2 ,*à Paris. 
DiHiGO (D' Juan M.), professeur de langue 

grecque à l'Université de la Havane (Cuba). 
Donner, professeur de sanscrit et de philo- 
logie comparée à l'Université de Helsing- 

fors. 
DouTTÉ (Edmond), professeur à la Médersa, 

à Tlemcen. 
Drouin, avocat, rue de Verneuil, 11, à 

Paris. 
DuKAS (Jules), rue des Petits -Hôtels, 9, à 

Paris. 
DuMON (Raoul), élève diplômé de l'Ecole du 

Louvre , rue de la Chaise , 1 o , à Paris. 



30 J0ÏL1.ET-AOÛT 1809. 

MM/DijRiGHELLo (Joseph-Ange), antiquaire, à Bey- 
routh (Syrie). 
*Plssai)D (René), rue du Midi, i , à Neuilly-sur- 
Seine. 
Ddtt (Romesh Chunder), du Service civil du 

Bengale, 3o, Beadon street, à Calcutta. 
Ddval (Rubens), professeur au Collège de 
France , rue de Sontay, 1 1 , à Paris. 

"Fargues (F.), route de Saint-Leu, îi8, à En- 
ghien-les-Bains (Seine-et-Oise). 

Faure-Biguet, général, directeur de lartillerie 
à Lyon. 
* Favre (Léopold) , rue des Granges , 6 , à Genève. 

Feer (Léon), attaché au département des ma- 
nuscrits de la Bibliothèque nationale, rue 
Félicien-David , 6 , à Auteujl-Paris. 

Fell (Winand), professeur à l'Académie de 
Munster. 

Ferrand (Gabriel), >ice-consul de France à 
Oubone (Siam). 
*FiNOT (Louis), directeur de l'Institut archéo- 
logique à Saigon. 

Fossey (Ch.), membre delà Mission du Caire, 
rue des Chartreux, 6, à Paris. 

FoLCHER (A.), maître de conférences à TEcole 
des hautes études, inie de Staël, i6, à 
Paris. 

*Gantin, ingénieur, répétiteur libre à TEcole 




LISTE DES MEMBRES. 31 

des Langues orientales vivantes, rue de la 
Pépinière , i , à Paris. 
MM. Gaddkproy-Demombynes, secrétaire de TEcole 
des Langues orientales vivantes, rue [de 
Lille , 2 , à Paris. 
Gauthier (Léon), processeur à la Médersa, rue 
Marengo , i 2 , à Alger. 
* Gautier (Lucien), professeur de théologie, 
roule de Chêne, 88, à Genève. 
Graffin (M***), professeur de syriaque à l'Uni- 
versité catholique, rue d'Assas, ^7, à 
Paris. 
Greenup (Rev. A. W.), AUrough Rectory, Har- 

leston (Norfolk), (Angleterre). 
Grenard, boulevard des Invalides, 20, à 
Paris. 
*Groff (William N.), à Ghizeh (Egypte). 
Grosset, licencié es lettres , rue Cuvier, k , à 
Lyon. 
*GuiEYSSE (Paul), député, ancien ministre des 
colonies, ingénieur hydrographe de la ma- 
rine, rue des Ecoles, ^2 , à Paris. 
*GuiMET (Emile), au Musée Guimet, place 
d'Iéna, à Paris. 

*Halévy (J.), professeur à TEcole des hautes 
études, rue Aumaire, 26, à Paris. 
Halphen (Jules), avenue Victor-Hugo, 78, à 
Paris. 
*Hamy (le D*^), membre de llnstitut, conserva- 



32 JUILLET-AOÛT 1899. 

teur du Musée d'ethnographie, rue Geof- 
froy-Saint-Hilaire , 36, à Paris. 
MM.*HAr.KAVY (Albert), bibliothécaire de la Biblio- 
thèque impériale publique, à Saint-Péters- 
bourg. 

Hebdelynck (Adolphe), recteur de l'Univer- 
sité, Louvain (Belgique). 

Henry (Victor), professeur à la Faculté des lettres 
de Paris, rue de Penthièvre, lo, à Sceaux. 

Hériot-Bunoust (labbé Louis), Vicolo del Vil- 
lano, 2 , à Rome. 

Hérold (Ferdinand), licencié es lettres, an- 
cien élève de l'Ecole des chartes , rue Greuze , 
•2 0, à Paris. 

lIoLAs EiENDi (V.), rue Asmali-Mesdjid , 1 1, à 
Constantinople. 

Ho UD AS, professeur à l'Ecole des langues orien- 
tales vivantes, avenue de Wagram, 29, à 
Paris. 

HuART (Clément) , secrétaire-interprète du Gou- 
vernement; professeur à l'Ecole des Langues 
orientales vivantes, rue Madame, 43, à 
Paris. 

Hubert (Henry), agrégé d'histoire, rue Claude- 
Bernard, 7 4, à Paris. 

Hyvernat^ (l'abbé), professeur à l'Université 
catholique, à Washington. 

Jeanmer (A.), vice-consul de France à Larache 

(Maroc). 



LISTE DES MEMBRES. 33 

MM. Jéquier (Gustave), faubourg du Crèt, 5, à 
. Neuchâtel. 

Karppe (S.), élève de TEcoIe des hautes études, 
avenue de Messine, lo, à Paris. 

Kemal ALI, secrétaire d'ambassade, rue d'x\s- 
sas, 1 3o, à Paris. 

KÉRAVAL (le D'), directeur de lasile d'Armen- 
tières (Nord). 

KouLiKOVSKi, professeur de sanscrit à fllniver- 

sité de Kharkov. 

« 

La MartIiMep.e (H. P. de), premier secrétaire 
de la légation de France au Maroc, à Tan- 
ger. 

Lambert (Mayer), rue Condorcet, 53, à 
Paris. 
*LAiNDBERG (Garlo , comlc de) , docteur es lettres, 

au château de Tùtzing (Haute-Bavière). 
*Lanman (Charles), professeur de sanscrit à 
Harvard Collège, à Cambridge (Massachu- 
setts). 

La vallée -Poussin (Gaston de), professeur à 
rUniversité, à Gand. 

LeclÈre (Adhémar), résident de France au 
Cambodge. 

Lecomte (Georges), élève -interprète attaché 
à Ja Légation de France à Pékin. 

Ledoulx (Alphonse), vice-consul de France à 
Siwas (Turquie d'Asie). 

xrv. 3 



IlirBllIRBIK IAtlOatl.1. 



34 JUILLET-AOÛT 1899. 

MM. Leduc (Henri), interprète du Gouvernement 
à Pékin. 

Lefèvre (André), licencié es lettres, rue Haute- 
feuille , 2 1 , à Paris. 

Lefèvre-Pontalis (Pierre), secrétaire d'ambas- 
sade, à Luxembourg. 

Leriche (Louis), à Mogador (Maroc). 

Leroux (Ernest), éditeur, rue Bonaparte, 28, 
à Paris. 

* Lestrange (Guy), via San Francesco Pove- 

rinô , 3 , à Florence. 
Levé (Ferdinand), rue Cassette, 17, à Paris. 
LÉ VI ( Sylvain ) , professeur au Collège de France , 

rue Guy-de-la-Brosse , 9, à Paris. 
LiÉTARD (leD*"), médecin inspecteur des eaux, 

à Plombières. 
LoisY (labbé), aumônier, rue du Château, 29, 

à Neuilly (Seine). 
Lorgeou (Edouard), professeur à TKcole des 

Langues orientales vivantes, à Paris. 

* Makhanoff, professeur au Séminaire religieux, 

à Kazan. 

Mallet (Dominique) , villa Poirier, 9 , à Paris- 
Vaugirard. 

Marçais (VV.), directeur de la Médersa, à 
Tlemcen. 
*Margoliouth (David-Samuel), professeur d'a- 
rabe à l'Université, New-CoUege, à Oxford. 

Marrache, rue Laffon, 10, à Marseille. 



LISTE DES MEMBRES. 35 

MM/Maspero, membre de Tlnstitut, professeur au 
Collège de France, ancien directeur général 
des Musées d'Egypte, avenue de l'Observa- 
toire , 2 4 , à Paris. 

Méchineau (labbé), rue Monsieur, i5, à 
Paris. 

Mehren (le D*"), professeur de langues orien- 
tales, à Fredensborg, près Copenhague. 

Meillet (Antoine), agrégé de grammaire, di- 
recteur adjoint de TEcole des hautes études, 
boulevard Saint-Michel , 2 4 , à Paris. 
M"'' Menant (Delphine), rue Notre -Dame -des - 
Champs, 4A , à Paris. 
MM. Mercier (E.), interprète-traducteur assermenté, 
membre associé de TEcole des lettres d'Alger, 
rue Desmoyen, 19, à Constantine. 

Mercier (Gustave), interprète militaire, à 
Constantine. 

Merx (A.), professeur de langues orientales, à 
Heidelberg. 

MidHEL (Charles), professeur à l'Université, 
avenue d'Avroye , 1 1 o , à Liège. 

MicHELET, colonel du génie en retraite , rue de 
l'Orangerie, 38, à Versailles. 
* Mission archéologique française, au Caire. 
MM.*MocAïTA ( Frédéric -D.), Connaught place, à 
Londres. 

Mohammed ben Braham, interprète judiciaire, 
à Oued-Athménia (Algérie). 

MoNDON-ViDAiLHEï, chargé de cours à l'Ecole 

3. 



36 JUILLET-AOÛT 1899. . 

des Langues orientales vivantes, avenue de 

ViUiers, 20, à Paris. 
MM. MoNTET (Edouard), professeur de langues 

orientales à l'Université de Genève, villa des 

Grottes. 
Morgan (J. de), ancien directeur des Musées 

d'Egypte, à Téhéran. 
Mum (Sir William), Dean Park House, à 

Edimbourg. 
*MuLLER (Max), professeur à Oxford. 

*Nau (l'abbé), docteur es sciences mathéma- 
tiques, professeur d'analyse à l'Institut catho- 
lique, rue de Vaugirard, 7 4, à Paris. 

Nedjib Açem Efendi, ancien rédacteur du journal 
Ikàairiy rue Sublime -Porte, à Constanti- 
nople. 

New Yorr-public library, à New-York. 

Nicolas (A.-Ii.-M.), au consulat de France, 
à Smyrne. 

N1COLLE (Henri), lieutenant au i'"" régiment 
étranger, commandant le poste de Nam- 
Nang, cercle de Cao-Bang (Tonkin). 

Nouet (l'abbé René), chanoine, rue Saint-Vin- 
cent, 2 5, au Mans. 

*Oppert (Jules), membre de l'Institut, profes- 
seur au Collège de France, rue de Sfax, 'i , 
à Paris. 

^Ostrorog (le comte Léon), conseiller légiste 



LISTE DES MEMBRES. 37 

au Ministère de ragricullure , des mines et 
forêts, à Constanlinople. 
MM.*Ottavi (Paul) , vice-consul de France à Mascate 
(Oman). 

Parisot (Dom Jean), à labbaye de Saint-Mar- 

tin-de-Ligugé (Vienne). 
*Patorni, interprète principal à la division, à 

Oran. 
Pelliot (Paul), Grande-Rue, 69, à Saint- 

Mandé. 
Pereira (Estèves), capitaine du génie, Rua*das 

Damas, 4, à Lisbonne. 
*Perruchon (Jules), élève diplômé de TEcole 

des hautes études, rue de Vaugirard, i33, 

à Paris. 
Pertsch (W.), bibliothécaire, à Gotha. 
Pfungst (D** Arthur), Gaertnerweg, 2, à 

Francfort-sur-le-Mein . 
*Philastre (P.), lieutenant de vaisseau, inspec- 
teur des affaires indigènes en Cochinrhine, 

à Cannes. 
Piehl (le D' Kari), professeur d'égyptologie à 

rUniversité, directeur du Sphinx, à Upsal. 
*PiJN appel, docteur et professeur de langues 

orientales, à Middelbourg. 
*PiNART (Alphonse), à Paris. 
Pinches (Th.-C), Assyrian department, au 

British Muséum, à Londres. 
Pognon, consul de France, à Alep. 



38 JUILLET-AOÛT 1899. 

MiVI.*PoMMiER , juge au tribunal civil, au Blanc, 
(Indre). 

* PoDssiÉ (le D'), rue de Valois, 2 , à Paris. 
Pr/Etorius (Frantz), Franckestrasse , 2, à 

Halle. 
*Prym (le professeur E.), à Bonn. 

Quentin (l'abbé), au Plessis-Chenet (Seine-et- 
Oise). 

Raboisson (Tabbé) , rue de Villiers, 80, à Levai- 
lois. 

Rat (G.), secrétaire de la Chambre de com- 
merce, à Toulon. 

Ravaisse (P.), chargé de cours à l'Ecole des 
Langues orientales vivantes , rue des Quatre- 
Cheminées, 7, à Billancourt. 

Réau (Raphaël), vice- consul de France à 
Bangkok (Siam). 

Regnaud (Paul), professeur de sanscrit, à la 
Faculté des lettres, à Lyon. 

* Régnier (Adolphe), sous-bibliothécaire de Tlji- 

stitut , rue de Seine , 1 , à Paris. 
Rettel (Stanislas de), drogman de 2** classe, 

rue Corneille, 5, à Paris. 
Reuter (le ly J. N.), docent de sanscrit et de 
philologie comparée, à l'Université de Hel- 
singfors. 
*Revillout (E.), rue du Bac, 128, à Paris. 
^RiMiniD, rue do l'Ermitage, 16, h Versailles. 



LISTE DES MEMBRES. 39 

MM. Robert (A.), administrateur de la commune 
mixte d'Aïn Miila (département de Constan- 
tine). 

* Rolland (E. ) , rue des Fossés-Saint-Bernard , 6 , 

à Paris. 

Roqde-Ferrier , à Erzeroum (Turquie d'Asie). 

RosNY (Léon de), professeur à l'Ecole des 
Langues orientales vivantes, rue Mazarine, 
28, à Paris. 
*RousE (W. H. D.), Christs Collège, à Cam- 
bridge. 

RouviER (Jules), docteur en médecine, pro- 
fesseur à la Faculté française de médecine 
de Beyrouth. 

Sarbathier, agrégé de l'Université, rue du 

Cardinal-Lemoine, i5, à Paris. 
Sainson (Camille), chancelier du consulat de 

France à Tien-Tsien (Chine). 
Salmon (Georges), élève diplômé de l'Ecole 

des Langues orientales vivantes, avenue de 

Laumière, 20, à Paris. 

* Saussure (L. de), lieutenant de vaisseau, rue 

Poulie, i4i à Brest. 
ScHEiL (le P.), rue du Bac, 9 A, à Paris. 
ScHMmT (Valdemar), à Copenhague, 
Schwab (M.), bibliothécaire à la Bibliothèque 

nationale , cité Trévise , 1 4 , à Paris. 
Senart (Emile), membre de l'Institut, rue 

François P', 1 8 , à Paris. 



40 JUILLET-AOÛT 1899. 

Serruys (Washington), attaché au Consulat de 

Belgique, à Beyrouth. 
*SiMOiNSEN, grand rabbin, à Copenhague. 
SiouFFi, consul de France, en retraite, à Ba- 

abda , près Beyrouth. 
Si saïd boulifa, professeur à TEcole normale 

primaire, à la Bouzaréa, près Alger. 
SociN, professeur à l'Université, Schreber- 

strasse , 5 , à Leipzig. 
SoNNECK (C), professeur à l'Ecole coloniale, 

rue de Vaugirard, 63, à Paris. 
Specht (Edouard), rue du Faubourg-Sain l- 

Honoré, igS, à Paris. 
Spiro (Jean), professeur à l'Université de Lau- 

zanne, à Vufllens-la-Ville (Suisse). 
Stein (D*" m. Aurel), principal du Collège 

oriental, à Lahore. 
Strehly, professeur au lycée Louis-le-Grand , 

rue de Vaugirard , 1 6 , à Paris. 
Strong (Arthur), 36, Grosvenor Road, Lon- 

don, S. W. 
Syad Muhammad Latif, district judge, Jallan- 

dhar City (Penjab). 

Taillefer (Amédée), conseiller à la Cour 
d'appel, rue Cassette, 27, à Paris. 

Textor de Ravisi (le baron), rue de Turin, 
38, à Paris. 

Thatcher (G. W.), professeur, Mansfield Col- 
lège, Oxford. 



LISTE DES MEMBRES. 41 

MM. Theillet, attaché au consulat de France, à 
Alep. 

Thibaut (E.), surveillant général au Lycée, à 
Alger. 

Thureau-Dangin (F.), élève de TEcole des 
Hautes Etudes, rue Garancière, 1 1, à Paris. 

TouHAMi BEN Larbi , interprète judiciaire asser- 
menté à Ksar-et-Tir, Sétif (Algérie). 
*TuRRETTiNi (François), rue de THôtel-de-Ville, 
8 , à Genève. 

Vasconcellos-Abreu (de), professeur desanscrit, 

rua Castilho, SA, à Lisbonne. 
Vaux (Baron Carra de), rue Saint-Guillaume, 

1 /i , à Paris et au château de Rieux , par 

Montmirail (Marne). 
Vernes (Maurice), directeur adjoint à TEcolc 

des Hautes Etudes, rue Notre -Dame- des- 

Champs, 97*", à Paris. 
ViLBERT (Marcel), secrétaire général à la di- 
rection des phares ottomans, à Gonstanti- 

nople. 
ViNsoN (Julien), professeur à l'Ecole des 

Langues Orientales Vivantes , rue de TUni- 

versité, 58, à Paris. 
VissiÈRE (Arnold), consul de France, premier 

interprèle de la légation de France, à Pékin. 
Vogué (le marquis Melchior de), membre de 

rinstitut, ancien ambassadeur de France à 

Vienne, rue Fabert, 2, à Paris. 



42 JUILLET-AOÛT 1899. 

MM. WiLHELM (Eug.), professeur, à l'Université dTéna. 
*WiTTON Davies (T.), principal de Midland 

Baptist Collège, à Nottingham. 
*Wyse (L.-N. Bonaparte), villa Isthmia, au Cap- 
Brun, par Toulon. 
Weil (Raymond), lieutenant au 5* régiment 
du génie , à Versailles. 

Zeky (Salih) Efendi, directeur de TObserva- 
toire Impérial Ottotoan, à Pèra (Constanti- 
nople). 

"ZoGRAPHOS (S. Exe. Christaki Efendi), avenue 
Hoche, 2Q , à Paris. 



II 

MEMBRES ASSOCIÉS ÉTRANGERS 

SUIVANT L'ORDRE DES NOMINATIONS. 

MM. Weber , professeur à TUniversité de Berlin. 
Salisbury (E.), membre de la Société orien- 
taie américaine, 2 37, Church street, à New 
Haven (Etats-Unis). 



LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 43 



III 

LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES 

1 

AVEC LESQUELLES 

LA SOGI^Té ASIATIQUE ÉCHANGE SES PUBLICATIONS. 

Académie de Lisbonne. 

Académie de Saint-Pétersbourg. 

Royal Asiatic Society of London. 

Royal Asiatic Society of Bengal, Park-Street, 67, 

à Calcutta. 
Deutsche morgenlandische Gesellschaft, à Halle. 
American Oriental Society, à New-Haven (Etats- 
Unis). 
Royal Asiatic Society of Japan , à Tokio. 
Bombay branch of the Royal Asiatic Society, à 

Bombay. 
China branch of the Royal Asiatic Society, à 

Shanghaï. 
The Peking Oriental Society, à Pékin. 
SociETA AsiATicA Italiana , à FloFencc. 
Société des Etudes juives , rue Saint-Georges , 1 7 , à 

Paris. 
Société des Bollandistes , rue des Ursulines , 1 4 , à 

Bruxelles. 
Harpers University (American Journal of semitic 

languages and literatures), à Chicago. 
ARCHiEOLOGicAL Institute OF America , 38, Quincy 

Street, Cambridge (États-Unis). 



44 JUILLET-AOÛT 1899. 

Reale AccadExMia DEi LiNCEi, à Rome. 

John Hopkins University, à Baltimore (Etats-Unis). 

Société finno-ougrienne, à Hclsingfors. 

Société de géographie de Paris. 

Société de géographie de Genève. 

Royal Geographical Society, à Londres. 

Société des sciences de BvTAvrA. 

Société historique algérienne. 

Deutsche Gesellschaft fur Natur- und Voelker 

kunde Ostasiens, à Tokio. 
Société de philologie, à Paris. 
Provincial Muséum, à Lukhnow. 
Indian Antiquary, à Bombay. 

POLYBIBLION , à Parfs. 

Revue de l Histoire des religions. 

American Journal of Arch^eology, à Princeton. 

The Japan Society, 20, Hannover square, h Londres. 

Revue de l'Orient chrétien, rue du Regard, 20, à 
Paris. 

Société de linguistique, à la Sorbonne, à Paris. 

Ecole française d^Athenes. 

Revue biblique , au Couvent de Saint-Etienne, a Jé- 
rusalem. 

Université royale, à Upsal (Suède). 



Ministère de l'instruction publique. 
Ecole des langues orientales vivantes, rue de Taille . 
2 , à Paris. 



i 



LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 45 

SÉMINAIRE DES MISSIONS ETRANGERES , FUC du BaC ,128, 

à Paris. 

Séminaire de Saint-Sulpice , à Paris. 

Bibliothèque du Ministère de la guerre. 

Bibliothèque du Chapitre métropolitain, à 1 église 
Notre-Dame, à Paris. 

Bibliothèque de l* Arsenal , rue de Sully, 1 , à Paris. 

Bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon, 
à Paris. 

Bibliothèque Mazarine, quai Conti, 2 3, à Paris. 

Bibliothèque de l'Université , à la Sorbonne. 

Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle, rue 
de BufFon , 2 , à Paris. 

Bibliothèque du Collège de France. 

Ecole normale supérieure, rue d'Ulm, /i5, à Paris. 

Bibliothèque nationale. 

Séminaire Israélite , rue Vauquelin , 9 , à Paris. 

Faculté de droit, place du Ptinthéon , à Paris. 

Parlement de Québec (Ganada)t 

Les bibliothèques d'Aix (en Provence), — de Mou- 
lins, — DE Rennes, — d* Annecy, — de Laon, 

DE PÉRIGUEUX, DE SaINT-MaLO, DES 

Bénédictins de Solesmes, — de Toulouse, — 

DE BeAUVAIS, DE ChAMBÉRY, DE NiCE , DE 

Reims, — de Rouen, — de lile de la Réunion, 

— de Strasbourg, — de Bourges, — de Tours, 

— de Metz, — de Nancy, — de Nantes, — de 
Narbonne , — d^Orléans , — DE Pau , — d'Ar- 

RAS, universitaire DE LyON , DE MARSEILLE, 

— DE Montpellier (Faculté de médecine et Bi- 



46 JUILLET-AOÛT 1899. 

bliothèque publique), — de Montauban, — de 

ValENCIENNES, DE VERSAILLES, DE ClER- 

MONT-FeRRAND , DE CoNSTANTINE, DE DiJON , 

— DE Grenoble, — du Havre, — de Lille, — 
DE Douai , — d'Aurillac , — de Besançon , — de 
Bordeaux (Bibliothèque publique et Université), 

— DE Poitiers, — de Caen, — de Carcas- 

SONNE, de CaRPENTRAS, d'AjACCIO, 

D* Amiens, — d'Angers, — de Troyes, — 
d'Avignon, — de Chartres, — d'Alger, — 
d'Avranches. 

IV 
LISTE DES OUVRAGES 

PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 



En vente chez M. Ernest Leroux, éditeur, rue Bonaparte, 28 , 

à Paris. 



Journal asiatique, publié depuis 1822. La collection est en 
partie épuisée. 

Chaque année 2 5 fr. 



Choix de fables arménienkes du docteur Vartan, en armé- 
nien et en français, par J. Saint-Martin et Zohrab. 1825, 
în-8'* 3fr. 

Eléments de la grammaire japonaise, par le P. Rodriguez, 
traduits du portugais par M. C. Landresse, elc. Paris, 
1 826 , in-8**. — Supplément à la grammaire japonaise , etc. 
Paris, i8a6, in-8'*. (Épuisé.) 7 fr. 5o 



OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 47 

ESSAI SUR LE PÂLI, OU langue sacrée de la prcsqu île au delà 
du Gange, par MM. £. Burnoufet Lassen. Paris, i8a6, 
in-8^ (Épuisé.) 1 5 fr. 

Meng-tseu vel Mengium , latina interpretatione ad interpre- 
tationem tartaricam utramque recensita instruxit , et per- 
pétue commentario e Sinicis deprompto illusttavit Stanis- 
las Julien. Latetiœ Parisiorum , 182^, 1 vol. in-8°. . . 9 fr. 

Yadjnadattabadha, ou la Mort dTadjnadatta, épisode 
extrait du Râmâyana, poème épique sanscrit, donné avec 
le texte gravé, une analyse grammaticale très détaillée, 
une traduction française et des notes, par A.-L. Chézy, et 
suivi dune traduction latine littérale, par J.-L. Burnouf. 
Paris, 1826, in-4**i avec quinze planches 7 fr. 5o 

Vocabulaire de la langue géorgienne, par J. Klaproth. 
Paris, 1827, in-8** 7 fr. 5o 

Elégie sur la Prise d'ëdesse par les Musulmans, parNer- 
sès Klaietsi, patriarche d'Arménie, puhliée pour la pre- 
mière fois en arménien, revue par le docteur Zohrah. 
Paris, 1828, in-8» 4 Tr. 5o 

La Reconnaissance de Sacountalâ, drame sanscrit et prà- 
crit de CâUdâsa, publié pour la première fois sur un ma- 
nuscrit unique de la Bibliothèque du Roi, accompagné 
d*une traduction française, de notes philologiques, cri- 
tiques et littéraires, et suivi d*un appendice, par A.-L. 
Chézy. Paris, i83o, in-4% avec une planche 10 fr. 

Chronique géorgienne, traduite par M. Brosset. Paris, Im- 
primerie royale, i83o, grand in-8** 9 fr. 

Chrestomathie chinoise (publiée par Klaproth). Paris, 
i833, in-8' 7 fr. 5o 

Eléments de la langue géorgienne, par M. Brosset. Paris, 
Imprimerie royale, 1837, in-8'' 9 fr. 

GÉOGRAPHIE d'Abou'lféda, tcxtc arabe publié par Reinaud 
et le baron tie îSlane. Paris, Imprimerie royale, i84o, 
ïn-à" ^ 24 fr. 



48 JUILLET-AOÛT 1899. 

Râdjataranginî, ou Histoire des rois du Kachmir, publié 
en sanscrit et traduit en français, par M. Troyer. Paris ^ 
Imprimerie nationale, 3 forts vol. in-8° 20 fr. 

Précis de législation musulmane, suivant le rite malckile, 
par Sidi Khalil, publié sous les auspices du Ministre de la 
guerre. Nouvelle édition (sous presse). 



COLLECTION D'AUTEURS ORIENTAUX. 

Les Voyages d*Ibn Batoutah, texte arabe el traduction par 
MM. C. Defrémery et Sanguinelti. Paris , Imprimerie na- 
tionale, 4 vol. in-8^ Cliaque volume 7 fr. 5o 

Table alphabétique des Voyagks d'Ibn Batoutah. Paris, 
1 859 , in-S" 3 fr. 

Les Prairies d'or de Maçoudi, texte arabe et traduction 
par M. Barbier de Meynard (les trois premiers volumes 
en collaboration avec M. Pavet de Courteille). 9 vol. in-S". 
(Le tome IX comprenant l'Index.) Cbaque vol. . . 7 fr. 5o 

Maçoudi. Le livre de l'Avertissement [Kitah ct-ienhîh)^ traduit 
et annoté par le baron Carra de Vaux. 1 fort vol. in-S". 
Prix 7 fr. 5o. 



Le Mahàvastu , texte sanscrit, publié pour la première fois, 
avec des Introductions et un Commentaire, par M. Em. 
Senarl. Volumes I, If , III. 3 forts volumes in-8*'. Chaque 
volume 2 5 fr. 

Chants popUf.aii\es des Afghans, recueillis, publiés et tra- 
duits par James Darmesteter. Précédés d'une Introduction 
sur la langue, l'histoire et la littérature des Afghans. 
1 fort vol. in-8** 20 fr. 



OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 49 

Journal d'un voyage en Arabie (i883-i884), par Charles 
Huber. Un fort volume in-8*, illustré de dessins dans le 
texte et accompagné de planches et croquis 3o fr. 



Publication encouragée par la Société asiaticpie : 

Les mémoires historiques de Se-ma Tsien, traduits du chi- 
nois et annotés par Edouard Chavannes, professeur au 

Collège de France. Tome I", in-S" 1 6 fr. 

Tome II, in-8° 20 fr. 

Tome III , première partie , in-8** 1 o fr. 

Nota, Les membres de la Sociélé qui s'adresseront directement 
au libraire de la Société, M. Ernest Leroux, rue Bonaparte, 28, à 
Paiis, auront droit à une remise de 33 p. 0/0 sur les prix de tous 
les ouvrages ci-dessus, à l'exception du Journal asiatique. 



XIV. !i 

IMmiMEKIB lATIOIIALB. 



50 JOILLET-AOCT 1899. 

LES 

PREMIÈRES nVASIONS ARABES 

DANS L AFRIQUE DU NORD 

21-lOOH. — 051-718 J.-C), 

PAR 

M. CALDEL. 



w 



SI ITE. ) 



Les Arabes appelèrent Tépoque qui précéda la 
révélation islamique el Djahiliya « Tignorance » et en 
parlèrent toujours comme d'un temps fâcheux qu'ils 
étaient heureux de voir reculer dans le passé. Les 
traditions familiales et guerrières que rappelait ce 
temps tinrent toujours une grande place dans leurs 
mémoires et avivèrent leur orgueil, mais ils n ai- 
mèrent jamais parier de Tidolàtrie qui avait souillé 
les âmes de leurs pères. Ils auraient eu peu de chose 
à en dire. Les tribus avaient des dieux de bois ou de 
pierre, que leur \-ie errante les obligeait à faire faci- 
lement transportables . et qu'elles traînaient après elles 
sans leur rendre , semble-t-il , un culte bien sérieux. On 
les \it, à rapproche de la mission de Mohammed, 
réunir les idoles dans la Ka'aba, ce qui facilita sin- 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 51 

gulièrement l'exécution sommaire qu en fit le Pro- 
phète, lors de sa rentrée triomphale à la Mekke. 

Le dieu de la tribu de Kelb , Woudd , avait forme 
himfiaine; Yauk avait l'apparence dun cheval; Ya- 
* ghout, celle dun lion; Nasr, celle d'un aigle. Au dire 
d'El-Harassi , la Kaaba renfermait aussi « des figures 
d'anges, celles des prophètes, l'arbre, Abraham, 
l'ami de Dieu tenant dans ses mains les flèches du 
sort, puis encore une figure de Jésus, fils de Marie, 
avec sa mère ». 

Les Arabes antéislamiques étaient ignorants et 
vaguement curieux de l'avenir, aussi croyaient-ils aux 
devins. Ils étaient crédules, craignaient les sortilèges 
et interrogeaient le sort dans la Ka'aba , en tirant au 
hasard , d'un sac rempli de flèches , qui portaient cha- 
cune un signe, l'une d'elles, dont la marque disait 
ce qui serait. *Abd Allah , père de Mohammed , faillit 
être immolé, sur la réponse que donna ce singulier 
oracle à la question que lui posait *Abd el Mot't'aleb. 
On voyait aussi des femmes devineresses , et c'est à 
l'une d'elles , el Kahinah « la devineresse » , que ce 
dernier en appela de la sentence portée par les flèches. 
La foi dans les devins et la croyance aux sortilèges se 
maintinrent après l'Islam. *Ali , le quatrième et le der- 
nier des khalifes parfaits, passait pour posséder la 
science de l'avenir et des livres cachés. Les Musul- 
mans prétendent « que le dépôt en est conservé dans 
un ouvrage mystérieux appelé Gefr. Le mot Gefr est 
arabe et se dit vulgairement d'une espèce de mem- 
brane , mais ici il désigne une grande feuille couverte 

4. 



52 JUILLET-AOÛT 1899. 

de caractères et de figures magiques , et contenant Tex- 
plication du passé, du présent et de l'avenir. Les 
uns disent que ce livre est resté entre les mains des 
descendants d*Ali et qu'à eux seuls en est réservée la 
connaissance; les autres croient que la possession en 
est commune à tous et qu'il est libre à chacun dy 
recourir. Les sultans mamlouks d'Egypte avaient 
entre les mains une copie de cet ouvrage, qui a passé 
au pouvoir des sultans de Gonstantinople. Il en existe 
plusieurs versions. Les Persans, et en général les 
partisans des droits d'Ali, y ont une foi aveugle et le 
consultent assez souvent ^ » On ouvre rarement un 
manuscrit arabe, récemment acquis d'un indigène, 
sans trouver, entre les feuillets , quelque morceau de 
papier divisé par des traits parallèles, dans les deux 
sens, en petits carrés qui renferment chacun une 
lettre de l'alphabet ou un mot quelconque, tandis 
qu'une légende enroulée autour du damier apprend 
quelles prières il faut dire et quels rites on doit 
accomplir pour voir ses désirs se réaliser. A tout cela 
rien d'étonnant ni de particulier. La grande ignorance 
humaine a toujours cherché et toujours cherchera 
tant que se tairont la raison et la science, la solution 
de l'énigme du lendemain dans des pratiques de ce 
genre. 

Mais le problème de l'au-delà tourmentait trop 
les Arabes pour qu'ils se contentassent de semblables 
oracles; quand l'oppression de l'inconnu augmentait, 

* Des vergers , p. 2 7 1 . 



LES PRKMIERKS INVASIONS ARABES. 53 

un homme se levait, qui croyait avoir compris et 
pariait aux autres. Il y eut ainsi beaucoup de pro- 
phètes. Avant Mohammed, Cho'aïb, fils de Dou 
Madham, instruisit les Hadhouras du Yemen, et 
Houd, les Adites du Hadramaout. Saleh fit, devant 
les Béni Thamoud, un miracle : « Un rocher de gra- 
nit s'entr ouvrit à son commandement et il en sortit 
une chamelle pleine qui mit bas son petit. Ce pro- 
dige s'opérait à la demande des Reni Thamoud; 
cependant il ne put les convaincre; non seulement 
ils persistèrent dans leur idolâtrie, mais ils tuèrent la 
chamelle, dont la présence était pour eux un re- 
proche incessant de désobéissance et d^opiniâtreté. 
La vengeance céleste ne se fit pas attendre : le sol 
trembla, les montagnes se fendirent et tous les gens 
de la tribu tombèrent morts, la face contre terre ^ » 
Houd avait été battu de verges par les Adites. Il fal- 
lait aux prophètes une âpre volonté et im vigoureux 
esprit de prosélytisme pour affronter la barbarie de 
leurs frères, et leurs appels restaient vains. Au temps 
même de Mohammed, el Asoued, Mous'aïlamah ibn 
Habib et Toulaiha ibn Khouwaïled tentaient, sans 
plus de succès, d'élever la pensée arabe, qui se refu- 
sait et retombait inerte. Elle voulait voir pour croire ; 
il lui fallait des miracles qui, une fois accomplis, ne 
paraissaient jamais assez probants. Lart du thauma- 
turge n en imposait pas à des esprits aussi pratiques 
et aussi soupçonneux et faisait fausse route en s adres- 

* Desvergers, p. 49. 



54 JUILLET-AOÛT 1899. 

sant à des sens aiguisés , excitables jusqu'à la souf- 
france, ébranlés déjà de sensations trop vives, tandis 
que la conscience intime dormait. — Tout changea 
quand parut Mohammed. 

Mohammed ibn 'Abd Allah ibn 'Abdj el MotValeb 
était im orphelin sans fortune. La famille des Hachi- 
mites , à laquelle il appartenait , était pauvre * ; il dut , 
pour vivre , se faire berger. On confiait généralement 
le soin de garder les troupeaux aux filles et aux es- 
claves^. Le futur prophète abandonna cette condi- 
tion servile pour devenir chamelier et fut assez heu- 
reux pour épouser une riche Mekkoise, Khadidjah, 
veuve d'im commerçant et dont il avait géré les affaires. 
Aquarantft ans , Mohammed a beaucoup voyagé , visité 
les diverses régions de TArabie , entrevu la civilisation 
grecque, fait un peu la guerre et beaucoup trafiqué 
et appris de droite et de gauche, par lambeaux, les 
traditions de son peuple et de quelques-unes des na- 
tions voisines. Il n est pas plus savant que les hommes 
de Qoraïch qui Tentourent^ et n a jamais quitté le 
milieu arabe. Une inquiétude le saisit : il devient taci- 
turne et recherche la solitude , gagne souvent les mon- 
tagnes voisines de la ville et y demeure des journée > 

^ Sprenger, Dos Leben des Mohammadj 1, p. i4i. 

' Ibid,, p. 147. 

' « Die geistige Bildung der Mekkaner oder Koreischiten wie sie 
sich nannten, war bedeutend. Die ineisten konnten leHen und 
schreiben ; sie hatten sichauf ihren Geschâfst-reisen nicht zu unter- 
schàtzende Kenntnisse erworbcn und konnten sich dem Proplieten 
gegenûber auf ibr Wissen bùsten» (Sprenger, Mohammed und der 
Kornn^ ^i. 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 55 

entières , absorbé dans la contemplation. Le fait n éton- 
nait pas son entourage; les Arabes étaient coutumiers 
des longues courses solitaires et leur goût pour les 
cc^itations intimes, loin du monde, en quelque coin 
sombre , suffisait à leur expliquer les subites dispari- 
tions de Mohammed. Au retour d une de ces excur- 
sions, celui-ci commença à prophétiser, d abord avec 
discrétion, dans le petit cercle de ses intimes, puis 
devant tous ceux qui prêtaient Toreille à ses discours. 
Ce prophétisme ne dut pas , non plus , étonner beau- 
coup ; il n'était pas rare dans la péninsule , et les noms 
cités tout à rheure suffisent à prouver que plus d un 
inspii'é avait déjà pris la parole, sous les tentes d(»s 
tribus, avant l'apparition du « Sceau des prophètes ». 
Le prophétisme était, en Arabie, à l'état endé- 
mique. La vie solitaire, les longues réflexions vides, 
la contemplation d'une nature brutale et pesante, la 
suggestion des mirages, la tension nerveuse déve- 
loppée par les fatigues, les dangers et les privations, 
tout poussait l'homme à rêver et, rêvant, à imaginer 
la fin des choses dans une formule très simple qui 
lui épargnât la fatigue de chercher. Le saut était aussi 
brusque , dans l'intelligence , de la complète ignorance 
à la clarté parfaite de tout, qu'était rapide, dans le 
système nerveux, la transition de la sensation à la 
conception. C'était toujours la même brutalité, la 
même absence de gradation et de nuances. La lueur 
qui avait illuminé l'esprit prenait une apparence sur- 
naturelle, et l'homme sentait passer en lui un soufïle 
qu'il attribuait à l'esprit d'En Haut. La formule trou- 



56 JUILLET-AOÛT 1899. 

vée, il fallait la répandre; Thomme y travaillait 
comme il faisait toutes choses, sans calcul ni mesure : 
c'était un prophète de plus. 

Mohammed , inspiré , parla. Ses sectateurs recueil- 
lirent ses paroles , car c'était Dieu qui , par sa bouche , 
leur transmettait la vérité, et la vérité, celte fois, se 
répandit. Pourquoi le nouveau prophète réussit-il là 
où les autres avaient échoué.^ Le hasard lui fut sans 
doute favorable; peut-être aussi puisa-t-il une 
grande force dans la pureté naïve de sa doctrine et 
la cadence aisée de ses discours. Il fut intelligible et 
éloquent, et ses compatriotes prisaient fort les beaux 
diseurs; il s'attaqua aux sentiments au lieu de s'adres- 
ser aux sens, et fit vibrer dans le cœur des siens des 
cordes nouvelles au lieu de leur exhiber des prodiges. 
Ses prédécesseurs avaient été des thaumaturges; il fut 
simplement un prédicateur et se défendit toujours 
de faire des miracles. On en cite peu à son actif. A 
Hodaïbiya, il fit couler de l'eau d'une source desséchée 
en y plongeant une flèche; c'est, disent les historiens 
arabes, le miracle le plus avéré qui ait été constaté; 
pur incident dans la vie du Prophète, qui dut son 
succès à d'autres causes. 

Il se présentait comme «l'envoyé du Seigneur, le 
sceau des prophètes ^ — Tous les peuples eurent 
des prophètes qui les jugèrent avec équité 2. — 11 
n'est point de nation qui n'ait eu son apôtre^. — 

» Qoran, XXXIII, 4o. 
2 Qoran, II. /i8. 
•» Qoran, XXXV, 9.9.. 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 57 

Chaque peuple a eu son guide ' », il est celui du 
peuple arabe. — « Je suis un homme comme vous , 
ajoute-t-il, mais jai été favorisé des révélations 
divines 2. » — Le Dieu qui lui parie est unique : « 11 
n y a pas d'autre Dieu que le Dieu unique. » C'est 
la fonnule fondamentale de la nouvelle croyance. 
C'est Allah er-raK mân er-roKim « Miserator et Miseri- 
cors Dominus ». « Il est le commencement et la fin^. 
— Le centre où tout se réunira^, — . .le terme 
de toutes choses^ — ... il est un, il est éternel. 11 n'a 
point enfanté et n'a point été enfanté. 11 n'a point 
d'égal^ — Il tient entre ses mains les clefs de l'ave- 
nir, Lui seul le connaît. Il sait ce qui est sur la terre 
et au fond des mers. Il ne tombo pas une feuille 
qu'il n'en ait connaissance"^. — Si trois personnes 
s'entretiennent ensemble, il est le quatrième. Si cinq 
personnes sont réunies pour converser, il est le 
sixième^. » Voilà qui explique le monde et nous tous, 
voilà qui satisfait à la première curiosité de l'homme : 
connaître ses origines. Mais' autre chose le tourmente 
davantage : où va-t-il? qu'y a-t-il derrière la morl.^ 
« Toute âme doit goûter la mort ^ . . . jusqu'au 



» Qoran, XIII, 8. 

» Qoran, XVIII, 101. 

•^ Qoran, LVir, 3. 

* Qoran, ÏII, io/|. 

'^ Qoran, XL, 3. 

« Qoran , CXII , 1 , /| . 

' Qoran, VI, 60. 

8 Qoran, L VIII, 8. 

« Qoran, III, iSf?; XXI, 36; XXIX, 67. 



58 JUILLET-AOÛT 1899. 

jour de ia résurrection et du jugement. . . jusqu'à 
ce que Dieu ait prononcé entre nous , car il est le 
meilleur des juges ^ — . . .c'est le jour où chaque 
âme vient plaider pour elle-même^. — Au jour de 
résurrection , la terre entière ne forme qu'une seule 
poignée et les cieux sont roulés dans sa main droite 
(de Dieu) ^ — Un jour nous vaquerons à votre juge- 
ipent, ô hommes*! — En ce jour-là, à chaque 
homme suffira son affaire^. » On fait alors paraître 
devant les hommes « un livre immense qui obstrue 
tout lespace entre l'Orient et l'Occident. Toutes les 
actions des hommes y sont inscrites ^. — Il n'y a au- 
cune petite faute ni aucun grand crime qui ne s'y 
trouvent enregistrés. Ils y trouvent présent tout 
ce qu'Us ont commis et son Seigneur ne fait tort à 
personne '^. » Les actions de chacun parlent pour 
lui , les bons sont reçus dans le paradis et les mé- 
chants vont dans l'enfer. A chacun de veiller sur 
soi pour mériter le premier et éviter le second; les 
prières du voisin ne le sauveront pas s'il n'a lui- 
même travaillé à son salut et d'abord professé la 
foi musulmane. — « La religion de Dieu est l'Islam^ » , 
c'est-à-dire le fait de chercher son salut en Dieu, de 



1 Qoran, VU, 85. 
^ Qoran, XVI, 112. 
^ Qoran, XXXIX, 67. 
* Qoran, LV, 3i. 
' Qoran, LXXX, 07. 
® Ghazzâii, 67. 
' Qoran, XVllI, li-j. 
® Qoran, III, 17. 



\ 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 59 

se résigner à sa volonté; ceux qui agissent ainsi sont 
dits MousUmoan y dont nous avons fait Musulmans. 
Pour confesser la foi, il suffît de prononcer avec con- 
viction et h haute voix la formule : « Il n'y a pas 
d autre dieu que le Dieu (Unique) et Mohammed est 
le prophète de Dieu; je porte témoignage qui! n'y a 
pas d'autre dieu que Lui et que Mohammed est son 
prophète et son serviteur. » Celui qui a dit cela et qui 
pratique le culte est un bon musulman. De culte, il 
n'y en a guère, et il est presque tout personnel : il 
faut , cinq fois par jour, dire la prière , après avoir fait 
ses ablutions, et la prière doit être dite en langue 
arabe, car cest dans cet idiome que le Seigneur a 
révélé son livre , qui ne peut être traduit en aucun 
autre; il faut jeûner pendant le mois du Ramadhan , 
faire l'aumône, payer la dîme et aller en pèlerinage 
à la Mekke. Mais aucune de ces prescriptions n'est 
ni bien lourde ni strictement obligatoire : la prière 
est courte et, en cas d'oubli ou d'impossibilité, peut 
être dite à une autre heure que celle prévue par la loi ; 
le jeûne ne dure que pendant le jour et n'entraîne 
qu'une modification gênante dans la manière de 
vivre, et ainsi du reste. D'une façon générale, le 
culte nest pas obligatoire en cas de danger \ 

Rien dans tout cela qui ne soit simple , compré- 
hensible et doucement attirant, comme toutes les 
doctrines vagues et faciles, qui laissent l'esprit évo- 
luer à l'aise dans l'ampleur de leurs formules. Rien 

^ Voir dans la Grande Encyclopédie l'article Islamisme, par 
M. Houdas. 



60 JUILLET-AOUT 1899. 

qui contraigne la pensée à lutter contre le doute, en 
édifiant une muraille de raisonnement autour dun 
dogme qui défie la raison; rien qui empêche la libre 
expansion de la nature physique, en mortifiant les 
sens ; rien qui soumette la pensée à Tautorité d une 
pensée voisine, en donnant à un clergé la suprématie 
sur les âmes. Les ignorances se fondent en adora- 
tions naïves; les curiosités s'abîment en contempla- 
tions muettes; les sens et les passions jouent à Taise 
sous le manteau religieux et sassoupissent douce- 
meut dans une jouissance mesurée, placide et lé- 
gitime. 

Tout homme peut saisir ces concepts et professer 
cette foi; mieux que toute autre, elle lui fera con 
naître Dieu. Nos consciences aryennes ont, de la di- 
vinité, une idée spéciale; elles la conçoivent vive- 
ment mais, tout aussitôt, prennent sa mesure. C'est 
toujours notre même façon de penser, décrivant 
tout autour du sujet une limite, portant sans cesse 
le regard de fesprit, du centre à la périphérie. Nous 
adorons Dieu profondément, mais nous le discutons 
avec passion. D'abord, nous le voulons près de 
nous ; l'intermédiaire prophétique ne nous suffit pas 
et notre orgueil exige qu'il prenne notre apparence, 
comme dans la mythologie antique, et descende sur 
Ja terre, ou au moins quil envoie une émanation 
de sa personne, qui entre en contact avec nous. Nous 
nous complaisons à ce rapprochement; il flatte notre 
vanité en remettant le Créateur presque dans la 
créature. Ce Dieu tout proche, nous ne f acceptons 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 61 

que sous bénéfice d'inventaire, nous le chicanons 
sur les hyposthases, nous lui disputons les attributs 
et, avant de Tadorer, nous le détaillons; il y a du 
syllogisme dans notre prière; nos actes de foi re- 
cèlent des réticences ; la raison et la foi disputent 
sans cesse en nous, et la foi ne Temporte que si 
la raison est satisfaite par les preuves multiples 
qu'elle découvre de Texistence de Dieu. 

Dieu existe-t-il? Voilà une question que le sé- 
mite ne songe pas à se poser. Là, comme ailleurs, 
il commence par où nous finissons, et adore 
pour raisonner ensuite, s'il en a le loisir. Il accepte 
naïvement, à conscience grande ouverte, la révéla- 
tion que nous contrôlons soigneusement, et son ima- 
gination grandit encore et exalte ce que notre logi- 
que tatillonne rapetisse et rabaisse. Il s'absorbe 
dans la divinité et cherche à se modeler sur elle, 
tandis que nous la ramenons à nous; il lui demande 
non seulement une foi, mais une loi, et n'accepte 
pour roi sur cette terre que l'homme qu'elle a mar- 
qué de son sceau. 

La loi se trouve dans le Qoran « la lecture » , 
dicté par Dieu au prophète, qui l'a transmis aux hom- 
mes. Il est sorti par lambeaux des lèvres de l'envoyé, 
du resoul, et chaque morceau a été soigneusement 
joint au précédent, à mesure que la révélation opé- 
rait, avec un beau dédain de l'ordre et de la mé- 
thode. Si l'on veut avoir l'image fidèle de l'espril 
arabe, c'est dans le livre qu'il faut l'aller chercher; 
de brefs aphorismes lances à toute volée, des com- 



62 JUILLET-AOÛT 1899. 

mandements impérieux qui ne souffrent pas la con- 
tradiction, des conseils qui éclatent dans la phrase 
sonore et rythmée comme des ordres de bataille, 
des formules obscures qui dénotent une pensée ab- 
sorbée et dédaigneuse de la réalité, des images saisis- 
santes , des menaces terrifiantes et de tendres objur- 
gations; tout cela haché, haletant, âpre et scandé 
d'exclamations véhémentes qui achèvent de broyer 
les résistances et de détendre les âmes. C'est bien ce 
qu'il fallait à l'esprit arabe , qu'on peut briser, mais 
non ployer ; c'est ce qu'il fallait pour les âmes simples 
et obscures que la propagande arabe conquit à l'Islam. 
La doctrine musulmane, après avoir subjugué les 
âmes arabes, en conquit beaucoup d'autres et en 
conquiert encore chaque jour, parce qu'elle est per- 
suasive, convaincante et simple. Elle est faite pour 
des peuples enfants qui n'ont pas beaucoup de loisir 
pour penser, ni beaucoup d'intelligence pour rai- 
sonner et qui , cependant , rêvent volontiers et aspirent 
il quelque idéal. Elle les touche par tous les points 
sensibles et satisfait toutes leurs aspirations. 

Et d'abord elle parle à leur imagination en lui 
faisant du monde futur un tableau saisissant de réa- 
lisme, tel qu'elle peut le concevoir, et satisfait 
ainsi le besoin inné qu'éprouve l'homme, quelque 
bas qu'il soit placé sur l'échelle de la civilisation, de 
connaître le sort qin l'attend après le trépas. 

Elle donne aussi un aliment à la passion d'idéal 
qui tourmente l'humanité, en lui parlant d'un Dieu 
puissant et juste qui châtie ou récompense, redresse 



^ 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 63 

ce que le monde a brisé , guérit les blessures qu il a 
faites et pardonne les fautes des pécheurs repen- 
tants; Dieu placé très haut, presque inaccessible, 
qu'on verra cependant un jour dans un rayon de 
gloire et, qu'en attendant, on doit prier sans cesse. 
La conception que le croyant peut s'en faire est 
simple et ne laisse pas de place au doute. Nulle part, 
du reste, celui-ci n'a d'accès dans la foi islamique; 
il faut croire tout ou ne rien admettre, mais discuter 
est impossible ; il n'y a , ici , ni dogmes qui ouvrent 
la porte à la controverse, ni rites qu'on puisse in- 
terpréter de façons différentes. 

La foi emplit l'âme tout entière et laisse le phy- 
sique libre; elle n'exige pas les renoncements qui 
coûtent tant aux natures primitives. Sous elle, les 
sens jouent au large et se satisfont sans contrainte. 
Le croyant peut user à Taise de la vie de ce monde 
sans compromettre son salut dans l'autre; la jouis 
sance terrestre est un avant-goût très licite des joies 
du paradis. Cette morale fort large laisse aux facultés 
physiques tout leur jeu, et la foi, loin de les con- 
traindre, suscite leur effort. 

On chercherait vainement ailleurs une religion 
plus élevée dans son concept et d'une pratique plus 
facile , qui respecte mieux les passions physiques en 
satisfaisant les aspirations morales et qui sache 
mieux tirer de l'effort du physique, suscité parle 
moral, un maximum d'effet utile. 

Elle donna à la race à laquelle Dieu la révéla le 
seul sens qui lui manquait pour faire de grandes 



64 JUILLET-AOÛT 1899. 

choses : le sens de lunité et de la coordination, 
unité de la pensée et coordination des actions. Elle 
fut le souffle qui anime la matière , le moteiu* qui met 
la machine en marche; comme tous les sentiments 
de Tâme arabe, elle fut exubérante; la passion exal- 
tait les sens, surmenait les corps et les brisait plutôt 
que de céder; la foi religieuse éperonna la race, la 
jeta à corps perdu dans la carrière, lui fit donner 
tout son eftbrt, Tépuisa et la laissa poussive pour 
toujours. Mais, dans sa chevauchée, la foi avait ren- 
contré d'autres peuples et enlevé d'assaut d'autres 
consciences. 

Loin de périr, elle progresse plus lentement et 
plus sûrement et grandit encore aujourd'hui. Mais 
il faut, avec l'Arabe, se défier des retours subits. 
Mohammed ne fut pas toujours suivi fidèlement : 
« Souviens-toi , fait-il dire à Dieu dans le Qoran , du 
moment où Dieu te lit sortir de ta demeure pour la 
mission de vérité, lorsqu'une partie des croyants ne 
te suivaient qu'à contre-cœur et qu'ils discutaient avec 
toi comme si on les eût conduits à la mort. » 

Lorsque, le 8 juin 632 (i3 Rebi el Eouel de 
l'an 11 de l'hégire), le prophète rendit l'àme, son 
œuvre fut sm' le point de périr. Les Arabes aban- 
donnèrent l'Islamisme , et les seules villes de la 
Mekke, Médine et Taïef persistèrent dans la 
croyance ^ Les renégats disaient que, si Mohammed 
avait été vraiment le prophète de Dieu, il ne serait 

^ Ahou'l PVda, Ann. I, p. 181». 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 65 

pas mort, et, sur ce beau prétexte, ils refusèrent de 
payer la dîme aumônière , car, toujours , dans l'histoire 
arabe, Imtérêt matériel qui met en mouvement les 
hommes se découvre vite. Les fidèles cherchèrent 
en vain à les convaincre que. tous les prophètes an- 
térieurs, dont nul ne contestait la mission divine, 
étaient morts, le propos détenniné des tribus de ne 
pas payer Timpôt les affermit dans leur hérésie et il 
fallut envoyer contre elles des troupes qui les sou- 
mirent^. Ce ne fut qu'une émotion passagère, et 
bientôt un intérêt plus puissant, et matériel aussi, 
unit fortement les tribus. Mohammed leur avait re- 
commandé la guerre sainte, le Djihâd; elles s y je- 
tèrent avec la frénésie de néophytes et Tâpreté de 
coureurs de grands chemins. 

Lorsqu'Abou Bekr proposa à Khaled le com- 
mandement des troupes qu'il voulait envoyer contre 
les Grecs : « J'ai déjà commandé deux fois l'armée 
des musulmans, répondit-il, deux fois j'ai dû mé- 
nager ma vie, car la vie du général c'est, pour son 
armée, la condition du triomphe; il est bien temps 
que, simple soldat, je puisse aller chercher la mort; 
la mort, c'est le paradis^. » 

Moqaouqas, gouverneur de l'Egypte, avait envoyé 
des parlementaires aux envahisseurs. Lorsqu'ils re- 
vinrent, il leur demanda : «Que sont ces gens là? 
' — Nous avons vu, lui répondirent-ils, une troupe 
où chaque homme préfère la mort à Ja vie et la 

^ Ibn et-Tiqt'aqab , Fahkri 90 du texte (éd. de Greifswald). 
^ N. Desvergers, p. /joa. 

XIV. 5 

IMfRIMKRIB lATIOSALt. 



66 JUILLET-AOÛT 1899. 

simplicité à la grandeur. Ils n ont nulle convoitise et 
nulle concupiscence en ce monde; ils s'asseyent 
dans la poussière et mangent sur leur selle. Leur 
chef ressemble au dernier des soldats ; on ne peut 
distinguer dans leur troupe le noble du manant, ni 
le serviteur du maître. Quand vient l'heure de la 
prière, aucun d'eux ne manque de faire ses ablu- 
tions et de sMiuniilier dans ses oraisons ^. » 

*Ibâdah ibn es'-S'àmet, envoyé par ^Amribn el 'As 
au mêmeMoqaouqas, lui disait : «Grâce à Dieu^ je 
ne crains pas cent ennemis m'attaquant ensemble et 
mes compagnons sont comme moi. Notre seul désir, 
notre seul souci est de faire la guerre sainte et de 
mériter par là les faveurs de Dieu. Nous ne combat- 
tons pas lennemi de Dieu pour acquérir les biens 
de ce monde et nous ne les recherchons que si Dieu 
nous le permet ; il a déclaré licite le butin que nous 
faisons sur Tennemi, mais nul d'entre nous ne se 
soucie de savoir s'il possède un qint*ar d'or ou seu- 
lement un seul dirhem. Il ne se préoccupe que du 
pain quotidien et de TétofTe qui lui fera un vête- 
ment; n'eut-il que cela, c'est assez, et s'il possède un 
qint'ar d'or, il le dépensera en bonnes œuvres pour 
obéir à Dieu (qu'il soit exalté) et il restreindra à 
cela son souci des biens de ce monde, parce que les 
jouissances de ce monde ne sont pas des jouissances 
et que l'abondance des biens de ce monde n'est pas 
une richesse. Jouissances et richesses sont dans l'au- 

' Ahou'l Maliasin, p. i3. 



i 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 67 

tre monde. Voilà ce que nous a dit notre Seigneur 
par la bouche de son envoyé ^ » — « Il n y a pas parmi 
nous un seul homme, ajoutait-il, qui ne supplie 
matin et soir le Seigneur de lui accorder comme une 
faveur le martyre [ech-chikadah, la mort dans la 
bataille livrée à Tinfidèle) et qui ne lui demande de 
ne jamais revoir ni sa patiie, ni sa tribu, ni ses 
enfants. Aucun de nous ne se soucie de ce qu'il 
a laissé derrière lui, car il a confié famille et enfants 
à la garde de Dieu. Notre unique préoccupation 
est devant nous^. » 

*Abd allah ibn ez-Zobaïr, un des conquérants de 
TAfrique, puis prétendant au Khalifat, assiégé par 
les troupes de son rival dans la Mekke et sur le point 
de périr, monte, avant le dernier assaut, dans la 
chaire et dit : « Louange à Dieu à qui seul appar- 
tiennent la puissance de créer et le pouvoir su- 
prême. O Dieu ! vous donnez et vous ôtez Tempire 
à qui il vous plaît. . . Pour nous, si nous périssons, 
nous ne mourions pas d'hydropisie , comme meu- 
rent les fils d'Alas , car aucim d eux , ni sous le pa- 
ganisme, ni depuis Tislamisme, na péri de mort 
violente ; pour nous , nous ne périssons que percés 
par les lances ou succombant sous les coups du 
glaive^. » 

Les Arabes ont toujours aimé la guerre et n ont 
jamais craint la mort. Avant l'Islam , ils faisaient la 

^ Abou'l Mahasin, p. i4. 
* Abou'l Mahasin, p. 16. 
*'' N. Desvergers, p. 3o8. 



68 JUILLET-AOÛT 1899. 

guerre par plaisir; après, ils la firent par devoir. 
Avant risiam, ils affrontaient ia mort sans [trembler ; 
après, ils coururent au devant d*elle. a Si vous 
mourez ou si vous êtes tués en défendant la foi , 
songez que la miséricorde divine vaut mieux que les 
richesses que vous aurez amassées ^ — Ne croyez 
pas que ceux qui ont succombé dans le combat soient 
morts ; au contraire , ils vivent et reçoivent leur nour- 
riture des mains du Tout-Puissant ^. — Les croyants 
qui s'arracheront du sein de leurs familles pour se 
ranger sous les étendards de Dieu, sacrifiant leurs 
biens et leurs vies, auront les places les plus hono- 
rables dans le royaume des Cieux ^. » 

Tous les Arabes partirent pour la guerre sainte 
qui , ouvrant une carrière à leur activité fébrile et 
permettant à leur foi religieuse toute neuve de s é- 
pandre, satisfaisait et leurs passions brutales , et leurs 
appétits terrestres, et leurs aspirations morales. 
Aboul Mahasin, que je citais tout à fheure, met 
dans la bouche de ses guerriers des discours acadé- 
micjues qui ne valent que par l'intention et le senti- 
ment qu'ils impliquent. L'auteur écrivait huit cents 
ans après les invasions. Mais s'il ne sut pas mieux que 
nous ne savons nous-mêmes ce que disaient exacte- 
ment les soldais d'Amr au gouverneur de l'Egypte, 
il eut le sens des choses et comprit très bien ce que 
ces hommes- là pensaient et ce qui les faisait agir. 

' Qoran, m, v. i5o. 
- Qoran, m, v. 1G2. 
* Qoran, i\, v. 20. 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 69 

Son ouvrage nest, du reste, quune compilation 
d'œuvres beaucoup plus anciennes. Ne sommes-nous 
pas tous d accord pour admettre que Tite-Live , qui 
écrivait deux cents ans après Cannes, rendit fidèle- 
ment, dans les discours quil fait prononcer aux gé- 
néraux romains, sinon le texte exact, du moins la 
pensée, l'idée, le sentiment? Mais à de telles dis- 
tances, la pensée s affine, l'idée se resserre, le sen- 
timent gagne en profondeur ce qu'il perd en variété 
et , de même que Tite-Live ne nous présente guère 
le dictateur romain que sous une face, de même 
rhistorien arabe ne voit plus dans le guerrier de 
jadis que le religieux mystique qui combat pour la 
foi et rien que pour elle. Dans les deux cas, le phé- 
nomène psychique est le même , la mémoire ne voit 
plus que Timpulsion principale qui faisait marcher 
les hommes et oublie les multiples impressions à côté 
qui travaillaient avec elle. L'histoire n est-elle pas , 
après tout, autre chose que ce grossissement, peut- 
être exagéré, toujours nécessaire, souvent voulu, de 
la cause principale aux dépens de l'accessoire? Aboul 
Mahasin oublie l'amour du butin qui fut pour 
quelque chose dans l'expansion de l'Arabe hors de 
ses frontières , et il a raison de l'oublier, car l'Arabe 
avait été de tout temps âjtre au gain et n'était pas 
pour cela sorti de chez lui ; la passion religieuse seule 
réussit à l'entraîner-, c'est donc bien elle qui anime 
notre guerrier et non pas l'ardeur au pillage. 

Lé Djihâd ! Encore un fait que nos esprits occi- 
dentaux comprennent peu. Nos pères, im jour, con- 



70 JUILLET-AOÛT 1899. 

nurent cela lorsque, éperonnés par la prédication 
d'un moine et sollicités par leur humeur aventureuse , 
il se croisèrent pour reconquérir les lieux saints que 
possédaient ces mêmes hommes dont nous nous oc- 
cupons maintenant. Mais ce ne fut quun instant; 
l'enthousiasme religieux s'éteignit vite , d'autres pré- 
occupations se firent jour; la nostalgie du sol natal, 
le vague soupçon d'autres destinées à poursuivre ra- 
menèrent les Francs vers les climats d'où ils étaient 
sortis. Ils avaient connu durant un temps f état d'âme 
que l'Islam faisait à leurs adversaires , mais leur es- 
prit inquiet d'évolution s'était tourné vers d'autres 
buts. Ce qui était pour l'Arabe un état permanent 
n'avait été pour l'occidental qu'une phase, car il 
change constamment , s'ingénie et se contourne en 
mille formes diverses , tandis que l'autre reste im- 
muable. Et maintenant que ces temps de croisades 
sont loin et que nous avons beaucoup pensé à d'autres 
choses, si, par hasard, nous songeons au djihdd, il 
nous paraît une guerre méthodique et raisonnée, 
l'effort puissant, brutal et mesuré d'une race et d'une 
religion entêtées, à travers les temps et les espaces, 
à la conquête du monde. Nous prêtons à des hommes 
et à une foi que nous ne connaissons pas des sen- 
timents , des volontés , deS facultés qui sont nôtres , 
sans songer que, si ces sentiments et ces volontés 
avaient été dans ces hommes , et que si cette foi avait 
eu pareille puissance , ils l'eussent emporté et balayé 
tout le reste de la surface de la terre. Mais leurs 
eflbrts étaient aussi courts que prodigieux, leurs vo- 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 71 

lontés étaient aussi instables qu impératives , et leur 
foi , si elle était profonde , vibrait en eux-mêmes et ga- 
gnait plus au dehors par sa vertu propre que par l'ac- 
tion des prosélytes. L'Arabe a subi son histoire et ne l'a 
pas faite. Jamais il ne songea à préparer le lendemain 
et quand il combattit, ce fut au jour le jour, sans 
souci de savoir si , du revers de son sabre , il taillait 
un empire ou conquérait seulement vine tente. 

Il avait toujours aimé la guerre et l'avait faite à 
tort et à travers. Le moindre prétexte lui était bon 
et la lutte, engagée, durait longtemps; chaque meurtre 
réclamait une nouvelle vengeance et les représailles 
en appelaient d'autres ; de vendetta en vendetta , les 
guerres s'éternisaient. Koulaïb, chef des Taghlibites, 
aux temps de l'ignorance , tue la chamelle d'une 
femme appelée Baçous; le beau-frère de Koulaïb, 
hôte de cette femme , veut venger l'injure faite à 
celle qu'il protège et tue Koulaïb ; la guerre s'engage 
entre les Benou-Bekr et les Taghlibites; elle dure 
quarante ans. 

«Zohaïr, fils de Djazimah, était le chef de la 
tribu d'Abs, issue de Ghatafan, et, depuis long- 
temps, les tribus des Benou-Hawazin lui payaient 
un impôt. Une vieille femme, appartenant à cetle 
dernière famille, était venue lui apporter un pot de 
beurre, seul tribut que la sécheresse qui était vçnue 
frapper le pays lui eût permis d'offrir. Zohaïr goûta 
le beurre et le trouva mauvais. Furieux de la mau- 
vaise qualité d'un si mince présent , il renversa la 
vieille en la poussant du bout de son arc et cette 



72 JUILLET-AOÛT 1899. 

malheureuse femme tomba dune manière qui offensa 
Ja décence. Telle fut la cause du meurtre deZohaïr. 
Un arabe de Hawazîn, nommé Khalid^ témoin de 
la chute de cette femme, qui lui parut une offense 
mortelle pour sa tribu, s'écria : « Par Dieu, je lèverai 
«mon bras jusquà ce que je tue ou sois tué. . . » 
Quelquesjours après, Zohaïr, attaqué par surprise dans 
les montagnes, succombait sous les coups de Khalid ^ » 
Et voilà Ja guerre allumée. Harith, de la tribu de 
Ghatafan , tue Khalid et n'échappe que par ruse aux 
poursuites acharnées dos vengeurs de ce dernier. — 
Chaque tribu a quelque meurtre de ce genre à re- 
procher à ses voisines , et tous les hommes de la tribu 
doivent s'unir pour laver Tinsulte dans le sang. 
Constamment des combats singuliers s'engagent, en 
plein désert, entre des guerriers que le hasard met 
en présence, et il faut toute la rigueur des lois de 
l'hospitalité pour que les tentes ne soient pas souillées 
de sang chaque fois qu'un étranger y pénètre. Si 
les peuplades se réunissent dans quelque marché 
fréquenté, on les désarme pour empêcher les rixes. 
« Les Arabes, lorsqu'ils venaient à Okadh (une des 
grandes foires d'Arabie) remettaient leurs armes à 
Ebn-Djodhan et les laissaient entre ses mains jusqu'à 
cequeles marchés fussentfixésetlepélerinage terminé; 
puis, au moment de leur départ, Ebn-Djodhan les 
leur rendait. C'était un homme puissant, riche et 
sage'^. » Pour empêcher les guerres perpétuelles, cer- 

* \. Desvergers, p. ii3. 

* Kitab el-Aghâni, cité par N. Desvergers, p. 126. 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 73 

tains mois de l'année furent déclarés sacrés; c'était 
une trêve de Dieu, semblable à celle que connut 
notre féodalité. Malgré ces précautions, on se battait 
toujours et partout, et la trêve laissait à peine aux 
tribus le temps de se refaire. Celles qui se trouvaient 
sur les frontières de la péninsule inquiétaient les 
pays voisins; les ix)is de Ghassan razziaient les terres 
des empereurs de Perse; les rois de Hira faisaient de 
même sur le territoire byzantin, ou bien ils louaient 
leurs services aux empereurs et assouvissaient les 
uns sur les autres leur rage de combat. 

C'était la guerre perpétuelle, acharnée et stérile, 
engagée sans raison, conduite sans méthode, pour- 
suivie sans mesure, cruelle sans grandeur, sanglante 
sans résultat, guerre d'homme à homme, de clan 
contre clan, Thomme entraîné pour soutenir Thon- 
neur du clan, le clan mobilisé pour venger Tinsulte 
faite à Thomme , l'homme frappant aveuglément , par- 
tout où il le rencontre, l'adversaire qu'une sauvegarde 
ne couvre pas, le clan traquanlpartout l'homme delà 
tribu ennemie; guerre faite pour voir couler le sang, 
et qui ressemble plus à une série de combats singu- 
liers qui , souvent , sont des assassinats , qu'à une suite 
de batailles rangées. L'anéantissement de l'un des 
adversaires, plus souvent l'épuisement des deux, 
amènent seuls la fin de la lutte. Commencée dans 
une pousséebrutale d'orgueil farouche et de vigueur 
physique exubérante, elle s'éteint dans l'hébétement 
des grandes fatigues ou la satisfaction repue qui suit 
les massacres. 



74 JUILLET-AOÛT 18Q9. 

L'Arabe est à la guerre ce qu'il est ailleurs et tou- 
jours : impétueux, véhément, inconstant et insou- 
ciant. Le conduire est une rude tâche et on peut rare- 
ment se flatter de le commander. La révolte est à Tétat 
endémique dans les armées : si la tribu marche , c'est 
que l'esprit de corps la mène et que la vie en com- 
mun a donné à ses membres comme une âme unique 
qui dirige l'action à l'insu du chef; si les armées des 
invasions marchent, c'est que l'Islam a donné aux 
soldats un esprit du même genre et le fugitif soupçon 
d'une œuvre à poursuivre. Mais le vieux levain d'in- 
dépendance fermente toujours et la moindre occa- 
sion le fait lever. Alors le chef, méconnu, est trahi 
ou abandonné, l'armée se disloque, devient une 
foule qui recule , tourbillonne et se disperse. Rien ne 
peut conjurer cet « esprit d'imprudence et d'erreur » 
qui saisit tout à coup la masse et abolit en elle toute 
action. L'Arabe paye d'un seul coup la rançon de 
son audacieuse fatuité et de sa brutale imprévoyance. 
La fatigue, l'égarement d'une minute lui font perdre 
le fruit de cent combats. Mais il n'en a cure et son 
esprit inconstant se tourne aussitôt vers d'autres ob- 
jets sans mesurer, dans un retour sur lui-même, la 
perte éprouvée. Avec de pareils hommes, l'autorité 
suprême est toujours précaire. Le plus parfait des 
quatre premiers Khalifes, le gendre et le neveu du 
prophète, Ali, n'est pas mieux obéi que les autres. 
Un gouverneur de province se révolte et lui conteste 
l'empire. Sa propre armée, mutinée, lui impose un 
arbitrage et des arbitres et, finalement, il succombe 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 75 

dans la lutte. Ses successeurs ne purent plus compter 
que sur des obéissances relatives et des fidélités hé- 
sitantes, mesurées juste à la crainte qu ils inspiraient 
et aux salaires qu'ils pouvaient donner; si bien que, 
au premier succès, la crainte, fouaillant les obéis- 
sances, et lapreté au gain, suscitant les fidélités, 
montaient i^pidement à son faite une puissance que 
le premier revers faisait écrouler et projetait dans 
un abîme d*abjection. 

Seul, Mohammed fut obéi, au grand ëtonnement 
des Arabes eux-mêmes. L ambassadeur envoyé par 
les Qoreïcbites auprès de lui , quand il était à Médine , 
leur dit en revenant : «J'ai visité César et Chosroès 
dans leurs palais, mais je n ai jamais vu de souve- 
rain vénéré par son peuple comme Mohammed l'est 
par ses compagnons. » Ses successeurs n*héritèrent 
pas de son autorité. Ils purent déterminer de 
grandes actions, mais nen furent pas les maîtres, 
et trois, des quatre premiers , périrent sous les coups 
de leurs sectateurs. Avant Tlslam, les Arabes 
n avaient pas eu de chef; de là leur impuissance et 
leur inaction. Llslam leur en donna un qui fut 
suivi aveuglément et d autres qui le furent beaucoup 
moins, assez cependant pour les tenir en corps et 
diriger la guerre sainte. 

Les armées musulmanes n'eurent jamais d'effec- 
tifs bien considérables. Les historiens les réduisent 
peut-être pour grandir les succès qu'elles remportè- 
rent; elles ne durent cependant pas compter beau- 
coup plus d'hommes qu'ils ne leur en attribuent. 



76 JUILLET-AOÛT 1899. 

Mohammed, dans son expédition do Syrie, avait 
avec lui 10,000 cavaliers, 20,000 fantassins et 
12,000 chameaux. En 63 1, lors du grand pèleri- 
nage, il harangua au mont Ârafa 1 1^,000 musul- 
mans ^ On peut évaluer approximativement à 
200,000 le nombre des guerriers valides qui sorti- 
ront de la péninsule; beaucoup d'entre eux périrent 
dans les combats très sanglants qu ils livrèrent en 
Syrie et en Perse, et dans- les guerres civiles qui 
suivirent; ainsi s expliquent les effectifs de 20 à 
3o,ooo hommes que les annalistes donnent aux ar- 
mées qui entrèrent en Egypte et en Afrique. 

fiCs foudroyants succès quelles remportèrent 
peuvent être expliqués par la faiblesse relative de 
Tennemi, mais leur tactique y fut aussi pour une 
grande part; elles surent marcher vite, attaquer avec 
décision, reculer sans hésitation, faire tête ou se 
dérober suivant les lieux et les circonstances, et 
tout cela d'intuition , sans plan préconçu , au hasard 
de l'accident. Si elles eurent une tactique , c'est-à-dire 
un ensemble de procédés habituels dans l'attaque et 
dans la défense , elles n'eurent pas de plan d'opéra- 
tions combiné, et cela, surtout, déconcerta l'adver- 
saire. 

L'armée arabe comptait beaucoup de cavaliers; 
les fantassins, équipés à la légère, marchaient vite, 
et les convois de chameaux qui suivaient leur per- 
mettaient de se transporter encore plus rapidement 

* Depont ot Coppalani , Les confréries religienses musulmanes , 
p. 25. 



V 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 77 

en montant, A tour de rôle, surles bêtes de somme. 
Souvent même, le cheval était réservé pour le com- 
bat. Tout Tensemble élait extrêmement mobile et 
cohérent, deux conditions nécessaires pour faire 
avec succès la guerre de surprises et d'embuscades 
que pratiquaient les gens du temps de V Ignorance. 
Qu'il s'agisse d'attaquer une tribu du voisinage ou 
les étrangers des frontières, le but est le même : 
tomber sur Tennemi à Timproviste, annihiler mo- 
mentanément la défense, razzier les troupeaux, et 
revenir vivement en arrière pour se soustraire aux 
retours offensifs d'adversaires souvent très puissants 
que la surprise a étourdis mais non abattus. Il n'est 
pas question de s'installer sur le sol envahi; dans la 
péninsule , il ne vaut pas assez cher et est trop large- 
ment ouvert pour qu'on puisse songer à l'occuper ; sur 
les frontières , il est commandé par des places que la 
surprise n'a pas fait tomber et qui rendent la posi- 
tion intenable. L'incursion arabe est éphémère; elle 
passe sur le territoire sans y laisser de traces. 

Les procédés ne changent pas plus que le but à 
atteindre : dérober son approche à l'ennemi , en allant 
vite, par des routes peu fréquentées, ou même à 
travers le désert, et, en marchant la nuit, battre le 
pays en tous sens pour savoir où sont la troupe en- 
nemie qu'il faut éviter et le campement de la tribu 
qu'il faut razzier; écarter par des ruses adroites 
celle-là de celui-ci pour payer la victoire le moins 
cher possible; ramasser dans un coup de filet les 
troupeaux sans défense, et les emmener rapidement 



78 JUILLET-AOÛT 1899. 

hors des atteintes de leurs propriétaires, voilà qui 
réduit la tactique à une combinaison de marches et 
de contre-marches. Toutes les saisons ne sont pas 
propices à ces mouvements; les Arabes partaient au 
printemps, quand les ondées hivernales avaient 
rempli les puits , et rentraient chez eux dès que Tété 
commençait à les tarir. Voilà qui fait de la guerre 
une simple expédition de pillage. 

Procope nous dit de Mondhir III, roi de Hira, 
que « les ennemis ne pouvaient jamais le joindre 
quand ils étaient en force, car il était toujours par- 
faitement informé de leur marche et il mettait tant 
de promptitude dans ses expéditions qu il revenait 
chargé de butin avant qu'on eût le moindre soupçon 
de ses mouvements. Si parfois il rencontrait quelque 
corps de troupes envoyé à sa recherche, il fondait 
sur lui avant qu'il eût pu se reconnaître et le mettait 
en déroute ^ ». 

Les batteurs d estrade tiennent sans cesse larmée 
au courant des mouvements de lennemi; celui-ci 
est-il au loin , les escadrons s'éparpillent et jettent de 
grands coups de filet sur le pays découvert; sentent- 
ils le contact de l'adversaire , ils se replient et se 
massent pour battre en retraite , s'ils jugent la ba- 
taille inutile, ou pour attaquer s'ils se sentent en 
force. 

Les engagements sont acharnés ; ils commencent 
souvent par des combats singuliers et ne cessent que 

' Ck>inp» N. Desvergers, p. 82. 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 79 

lorsque Tun des adversaires plie. Les deux lignes 
s'abordent de front et se jettent Tune sur Tautre, 
s écartent, puis reviennent; c'est « el kerr ou ITerr » 
lattaque et la retraite, familières aux armées musul- 
manes de tous les temps , qui ont heurté les escadrons 
du prince Eugène à Peterwardein et tournoyé autour 
des carrés républicains aux Pyramides. Quand deux 
troupes arabes s abordent , leur mobilité rend la ba- 
taille peu sanglante; la ligne faible plie vite el sa 
fuite rapide la soustrait au massacre si elle ne se 
laisse pas culbuter, envelopper et anéantir. (A Nahr- 
wan, les û,ooo Khaouaridj révoltés contre Ali, fu- 
rent tués presque jusqu'au dernier) ; quand les armées 
des Khalifes rencontrèrent celles de Byzance, ce fut 
autre chose. Nous avons vu quelle était la tactique 
des Grecs, combien ils étaient méthodiques dans 
leurs marches , solides et massifs dans leur ordre de 
bataille. Il fallut aux Arabes tout Tenthousiasme qui 
les animait pour entamer celui-ci , et ils durent ris- 
quer plus dune attaque avant dy réussir. Tls ne 
semblent pas avoir pris de dispositions spéciales pour 
rompre fennemi ; ils chargèrent de front, perdirent 
sûrement beaucoup d'hommes, mais revinrent sans 
se lasser, jusqu'au moment où le Grec céda le 
terrain. Ils ne durent la victoire quà leur indomp- 
table ardeur. Ils étaient insaisissables et harcelaient 
sans cesse l'ennemi; celui-ci rompu, la retraite pou- 
vait facilement tourner en déroute. La bataille de 
Qadisïah dura trois jours; celle de Fihl coûta 
80,000 hommes auxRoums. Ces derniers» eussent- 



80 JUILLET-AOÛT 1899. 

ils été vainqueurs, n auraient trouvé le lendemain 
devant eux que la plaine déserte et auraient eu , le 
surlendemain, à soutenir un combat plus furieux 
que le premier. La mobilité des Arabes ne permet- 
tait pas de les atteindre; on ne pouvait les frapper 
que de deux façons : en faisant une pointe hardie 
sur leurs propres territoires, en les razziant comme 
ils razziaient les autres; ce fut la tactique des Ro- 
mains et la nôtre en Afrique; le Grec, en Syrie, ne 
pouvait faire de même; ou en lenveloppaiit, ce qui 
nécessitait dans les mouvements une plus grande ra- 
pidité qu'il n'en avait lui-même, condition impos- 
sible à remplir. Une fois pris au piège, il se fût, du 
reste , défendu jusqu à la mort , et la victoire eût coûté 
cher, car s'il ne voit aucun déshonneur à plier vi- 
vement en retraite devant une troupe supérieure 
en nombre, il fait souvent tête aussi, tient jusqu'au 
bout et ne consent jamais à se rendre. « Attaqués à 
Dhou-Kar par les troupes de Chosroès, les Benou- 
Bekr renoncèrent à fiiir. Handhalah, fils de Tha- 
labah , pour anéantir chez les siens toute pensée de 
retraite, coupa les sangles qui retenaient les litières 
des femmes sur le dos des chameaux ^ » Surpris à 
Tahouda, *Oqbah ibnNafi* brise le fourreau de son 
sabre, ses compagnons l'imitent et tous meurent en 
confessant l'Islam. 

L'heureuse issue de la bataille rangée a livré à 
l'Arabe le plat pays; il y répand ses troupes, rafraî* 

' N. Desvergrrs, p. 86. 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 81 

chit ses montures , puis revient au pied des places 
fortes; là, les difficultés commencent. Un bel élan 
suffisait pour bousculer l'ennemi en rase campagne ; 
il faut, pour s'emparer des villes, une science et des 
moyens qui font défaut au vainqueur; aussi se con- 
tente-t-il de les bloquer. Nourri grassement par le 
pays, il attend la chute inévitable dune place que 
nul ne songe à secourir. Mo^aouïah ibn Abi Sofiân 
guetta ainsi pendant quatre ans la reddition de Qaï- 
sariah. Souvent un heureux hasard livre la ville. 
Damas succomba de la sorte après quelques mois 
d'investissement. Les sièges sont le côté faible de la 
tactique arabe; une cité qui tient peut inquiéter 
beaucoup Tenvahisseur et, en combinant ses sorties 
avec une autre place, lobliger à quitter le pays. Il 
s y résoudra, il est vrai, volontiers, car la conquêle 
nest pas le but de son expédition. Ce qui l'attire 
avant tout, c'est le butin et, pourvu qu'il puisse l'em- 
porter, il se tiendra pour satisfait. 

La gro5se affaire, après la bataille, c'est le par- 
tage des prises. Le prophète lui-même l'avait réglé. 
« Le lendemain du combat de Bedr, Mohammed 
donna Tordre de rassembler et de lui présenter tout 
ce qui avait été enlevé à l'ennemi. Chacun s'em- 
pressa d'apporter devant lui les objets qu'il avait re- 
cueillis. De vives discussions s'engagèrent alors sur 
le partage. Ceux qui avaient fait le butin disaient : 
« Il est à nous. » Ceux qui ne s'étaient occupes qu'à 
combattre et à poursuivre les Mekkois répondaient : 



XIV. 



iiirKiMi'.aii; «aiioali.. 



82 JUILLET-AOUT 1899. 

« Sans nous vous n auriez rien pris. » Enfin, les An- 
sars, qui avaient gardé Mohammed, réclamaient' 
leurs droits en disant : « Nous aurions pu également 
« combattre avec les uns ou piller avec les autres si 
« Tintérêt de la sûreté du prophète ne nous eut re- 
« tenus ici. » Afin de terminer ces débats, Mohammed 
déclara que le butin appartenait à Dieu et que son 
prophète en disposerait. Plus tard , il le répartît par 
portions égales entre tous les musulmans qui l'avaient 
accompagné dans cetle expédition ^ » Lors de la cam 
pagne contre les lîenou Koraïzhah, il inaugura une 
autre pratique on prélevant le quint de Dieu (Khoums) 
et en donnant les quatre autres cinquièmes aux mu- 
sulmans, à raison de trois parts par cavalier et d'une 
part par fantassin ; la même proportion fut observée 
lors de la prise de Khaïbar; le prophète voulait dé- 
velopper la cavalerie, qui, lors des premières expé- 
ditions, était très faible dans Tarmée de Tlslam. On 
suivit toujours plus tard cette même règle pour le 
partage. 

Butin sous -entend pillage et évoque la ruine des 
populations vaincues. .Celles-ci cependant ne furent 
pas généralement maltraitées. Les habitants du plat 
pays durent endurer de cruelles souffrances, mais 
dès que les Arabes trouvèrent devant eux une cité 
populeuse ou une province organisée capables d'op- 
poser une résistance sérieuse, ils préférèrent traiter. 
Kn envoyant S(»s troupes contre Sergius, Ahou-Bekr 

^ (laussin de Pcircxal, Jnurn. <isiat. , l'évr. 1839. 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 83 

avait dit aux chefs : « Fidèles serviteurs de Dieu et 
de son prophète, gardez-vous de traiter durement 
vos soldats, car vos soldats sont mes enfants. Rendez 
à tous une égale justice ; les injustes ne prospéreront 
pas. Combattes vaillamment et mourez, s'il le faut, 
la face tournée vers Tennemi , mais qu il ne vous voie 
jamais fuir devant lui. Si vous êtes vainqueurs, épar- 
gnez les vieillards, les enfants et les femmes. Ne 
, coupez pas les palmiers, ne brûlez pas les moissons, 
et ne prenez du bétail que ce qu'il en faudra pour 
votre nourriture. » Ces prescriptions ne furent pas 
toujours obseiTées au pied de la lettre; cependant 
nous voyons Abou ^Obeïdah accorder aux habitants 
de Damas la vie sauve , la disposition de leurs biens 
particuliers et la permission de conserver sept églises 
pour la célébration de leur culte. ^Ornar, visitant le 
Saint-Sépulcre « s aperçut que l'heure de la prière 
était proche. Il demanda au patriarche où il pouvait 
sacquitter de ce devoir et refusa de le faire dans 
féglise même, ainsi que le lui proposait Sophronius : 
« Si je ne veux pas prier dans une église chrétien- 
« ne, lui dit-il , c'est dans votre intérêt, car les musui- 
« mans s'empareraient aussitôt de ce temple et rien 
« ne pourrait les empêcher de prier à leur tour dans 
« le lieu où leur Khalife aurait fait sa prière. » Il se 
retira «n conséquence sur les degrés extérieurs de 
l'église et, s'étant tourné du côté de la Mekke, il ré- 
cita le Naînaz ^ 



' N. Desvergers, p. 233. 



84 JUILLET-AOÛT 1899. 

Souvent le général passa des traités en forme 
avec des cités ou des populations. Emèse et Ki- 
nésrine achetèrent la paix à Abou ^Obaïdah moyennant 
10,000 pièces d'or et 200 robes de soie; il remet- 
lait en liberté les habitants qui s'engageaient à ne 
pas reprendre les armes et à payer le tribut. 

Les villes prises servaient de base aux nouvelles 
opérations militaires. Souvent aussi les envahisseurs 
construisirent des réduits mieux placés à leur con- 
venance que les cités existantes. Ils les appelaient 
Ribats, C'étaient de petits postes assez semblabl s à 
ceux que nous avons trouvés chez les Berbers, et qui 
protégeaient la frontière de la maison de V Islam contre 
les retours offensifs des hommes de la maison de la 
guerre. «Un historien arabe rapporte que, de son 
temps , il y avait une ligne non interrompue de ribats , 
sur la frontière musulmane , depuis TOcéan Atlan- 
tique jusqu'à la Chine ^ » Si le réduit était plus 
important et placé dans une position plus centrale, 
il prenait le nom de Qairoaân, Basrah n'est pas autre 
chose qu'une place de ce genre, fondée par ^Otbah 
ibn Ghazouan sur l'ordre du Khalife *Omar. Les 
Arabes n'eurent pas lieu d'établir beaucoup de postes 
nouveaux ; ils trouvèrent à peu près partout les points 
stratégiques déjà fortifiés et n'eurent qu'à les occu- 
per. Le fait contraire se produisit cependant en 
Afrique. 

* Ibn Klial{I;)un, J, p. >^'^, 



\ 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 85 

Les Arabes ne firent jamais qu'une guerre d aven- 
tures. La foi religieuse les poussait à travers les 
obstacles; ils les franchissaient, toujours insoucieux 
du lendemain , jusqu'à celui qui devait les arrêter, et 
revenaient en arrière, sans fausse honte ni grands 
regrets, marris seulement du pillage manqué et 
conservant au fond de leurs cœurs de grands enfants 
Fespoir d'une vague revanche, quand les temps se- 
raient meilleurs et que Dieu le permettrait. Un fait, 
peu observé jusqu'ici, contribua puissamment, avec 
la pente naturelle de leur caractère , à les faire si in- 
stables : c'est qu'ils se battirent toujoiu's, ou peu s'en 
faut, dans le même climat, et qu'aucune attraction 
plus puissante que le prosélytisme et le pillage ne 
les sollicita. En Mésopotamie et en Afrique, dans 
le Ma-ouera-oun-Neher comme en Espagne, ils re- 
trouvent le même soleil qui chauffe leurs passions 
indécises, et la même lumière qui baigne leurs nerfs 
tour à tour trop tendus et trop lâches. C'est partout 
le même sol et partout la même vie. En tout lieu , ils 
se trouvent bien; ils sont toujours chez eux et nulle 
part ils ne savent se faire une patrie, parce que par- 
tout ils retrouvent la lumière, la chaleur et la vie 
facile. Les barbares, nos pères, ont battu, pendant 
quatre cents ans et plus, les frontières de Rome, de 
coups mesurés, lents et tenaces; ils venaient du Nord 
o! ils avaient froid ; ils venaient de plaines stériles et 
ils avaient faim; ils voyaient, à travers les murs 
d'Hadrien ou de Trajan , briller la splendeur de l'Em- 
pire, et ils en voulaient leur part; la chaleur du 



86 JUILLET-AOÛT 1899. 

Midi , sa fécondité et son luxe les attiraient invinci- 
blement et, toujours repoussés, ils revenaient tou- 
jours plus ardents. Le froid, la faim, le désir de l'or 
leur inspirèrent une volonté, des idées stratégiques, 
des ruses et des expédients , et finalement ils rempor- 
tèrent. Une fois installés au foyer liunineux qu*ils 
avaient si longtemps souhaité, ils le défendirent 
jalousement contre les autres envahisseurs, se ter- 
rèrent en leur coin et n'en voulurent plus sortir. 
Chaque tribu s'attacha au canton qu'elle avait con- 
quis, en fit sa patrie et tous ses efforts nont plus 
tendu, depuis, qu'à protéger le sol occupé, à l'agran- 
dir et à l'embellir. C'est de propos délibéré que les 
barbares mirent le siège devant la citadelle impé- 
riale; ils l'investirent méthodiquement et, une fois 
prise , l'aménagèrent à leur guise pour y rester tou- 
jours. On peut, A travers les temps, mesurer leurs 
cheminements, observer leurs efforts d'organisation, 
déterminer leurs ambitions et leurs procédés, suivre 
pas à pas leiur lente, patiente, invincible marche 
vers le progrès. C'est qu'ils ont , au fond d'eux-mêmes , 
latente et obscure chez la plupart, claire et ribrante 
chez quelques-uns « Timpression nette de la tradition 
qu'il faut respertei* et la conception précise de l'a- 
venir qu'il faut atteindre. 

Rien de tout cela chez l'Arabe, mais une impul- 
sion subite, irrésistible; en lui-même, une grande 
force; chez l'adversaire , une grande faiblesse. ^Ibadah 
l'a dit : « sa préoccupation est devant lui » , entre ciel 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 87 

et terre, et 1 appelle toujours; il y répond et brûle 
sa vie pour atteindre plus tôt à la félicité suprême; 
ce bas monde l'intéresse peu et il ne se soucie guère 
de l'ordonner : sa législation est simple et son gou- 
vernement est primitif. 

( La suite au prochain cahier. ) 



i*>(^ 



.. lui li . 



mI'HU/ 



J 

I • 



88 JUILLET-AOUT 1899. 



LES 



SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA 



PAU 



M. RENÉ BASSET, 



CORRESPONDANT DE I/INSTITUT, 
DIRECTEUR DE L'ECOLE SUPERIEURE DES LETTRES D'ALGER. 



(suite et fin.) 



53. U oratoire de Masloiiken. 

m 

Maslouken était d'Imersaoun ; il était extrêmement 
hospitalier pour les cheïkhs et les docteurs du Dje- 
bel Nefousa. Ech Chemmâkhi cite plusieurs mi- 
racles dont il fut Tobjet. Un jour qu*il était allé 
visiter la sainte célèbre Zoughah el Irdjânyah, il 
s'arrêta pendant une journée à Adjelazen, lava ses 
vêtements, fit rôtir une brebis, la mit sur une nappe 
et pria Dieu de lui pardonner ses péchés et de lui en 
donner la preuve par un miracle : à savoir qu'il 
trouverait le chien de Zoughah mort ou absent, et 
son mari à Edh Dhârah ; en outre , que la première 
chose qu'elle mangerait serait telle part du mouton 
qu'il plaça en dessous. Tout se passa comme il l'avait 
souhaité (Ech Chemmâkhi, Kitâb es 5rVir, p. ifio). 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 89 

54. U oratoire d*Abou Meïmoun à Idjeitâl, 
Idjeitâl est un qsar de Rahibat , dans le moudiriah 
dlfren. Au milieu de ruines, et à Test, est une mos- 
quée qui porte le même norn. Quant au qsar actuel, 
il est divisé en deux parties : celle de Test est peu- 
plée moitié d'Abadhites, moitié d'Arabes; celle de 
Touest ne renferme que des Arabes. Le qsar compte 
en tout i5o maisons (Brahim en Nefousi, Relation 
da Djebel Nefoasa, p. rï^-rc; de Motylinski , Le Dje- 
bel Nefoasay p. 95-96). On trouve ce nom écrit de 
diverses façons : JUaAs^!, jUa^ c^ , Jlka^! et même 
Jlk^. L ethnique est JtMl. De ce qsar, important 
au moyen âge, sont originaires un certain nombre de 
personnages célèbres : 0mm ZâVour, femme d'Abou 
^Obeïdah et Tighermini, dont Ech Chemmâkhi rap- 
porte plusieurs miracles [Kitâb es 5iar, p. 249). — 
Abou Tâher Isma^ïl ben Mousa el Djitâli, auteur 
de plusieurs traités : -Uw^! *>^l^, commenté par 
Abou ^Abdallah Mohammed el Kosbi, autographié 
au Qaire; ^IJJiJ!, également autographié au Qaire; 
un commentaire en trois volumes sur le poème en 
noan, composé sur les fondements de la religion par 
Abou Nasr Fath ben Nouh de ïamlouchaït (voir 
n® 22); un traité sur le compte et le partage des 
successions; un livre du pèlerinage; des poésies où 
il célèbre Abou'l ^Abbâs Ibn el Mekki , souverain de 
Gabès, dont l'intervention le tira de la prison de 
Tripoli où Tavait fait jeter Témir de cette ville, Ibn 
Thâbit. La prise de Tripoli (77 5 de Thégire, i354 
de J.-C.) par Roger de Loria, arrivée peu après, fut 



90 JUILLET-AOÛT 1899. 

considérée comme TefFet de la malédiction d'IsmaHl. 
En sortant de prison, il se rendit à Djerbah où il 
fut bien accueilli par les cheikhs. A cette époque, 
on ny abordait qu'en bateau, jusqu'à ce quune 
chaussée fut construite sous le règne de *Abd el *Aziz 
Abou Fârès. Il s'installa dans la grande mosquée où 
il enseigna et mourut en Tan ySo (iS/ig-iSSo de 
J.-C.) (Ech Ghemmâkhi, Kitâb es SioTy p. 556-559; 
Abou Ras, Description et histoire de Vile de Djerba^, 
p. 8; Brahim en Nefousi, Relation du Djebel Nef oiisa y 
p. rjc; de Motylinski , Le Djebel Nefoasa , p. 9^-96, 
note 3). — Ayoub el Djitâli suivit d abord les le- 
çons dlsmaM; puis, quand celui-ci fut parti pour 
Tripoli et Djerba, celles d'Abou Sâken ech Ghem- 
mâkhi, avec qui il lut le traité d'Abou Ya^qoub You- 
sof ben Ibrahim de Ouai^la; c'est ainsi que la trans- 
mission n'en fut pas perdue. Un jour qu'il avait sept 
disciples étrangers à loger, il les conduisit à la mos- 
quée et invoqua la générosité des fidèles. L'un d'eux, 
qui n'avait pas d'enfants, ofiBit de s*en charger; pour 
l'en récompenser, Dieu lui accorda sept fils grâce à 
la bénédiction du cheikh (Ech Ghemmâkhi, Kitâb 
es Siar, p. 562-563). 

55. On va ensaite à un oratoire à Foum Ghâràh. 

56. L'oratoire d'Abou Solaimân el Ineri, 

Abou Solaïmân el Ineri était un personnage ver- 

* Ed. Exiga; Tunis, i884, petit in-8". La date de 780 donnée 
par Abou Râs doit être rectifiée. 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEPOUSA. 91 

tueux, très lié avec Ahou Zakarya ben ^Abdallah. 
D après une anecdote, citée par Ech Chemmâkhi, 
sur ses relations avec le cheïkh Abou Haroun Mousa 
ben Haroun, il paraît avoir été dun caractère assez 
peu charitable et porté à l'exagération religieuse (Ài- 
tâb es SiaVy p. 34o-34i). 

57. La caverne de Taoukit, 

Cet endroit est déjà mentionné par Ech Cheni- 
mâkhi : c'est là qu Abou Zakaryâ envoya \bou Ha- 
roun Mousa ben Haroun faire pénitence pour le 
réconcilier avec Abou Solaïmân el Ineri [Kitâb es 
iSior, p. 34o). 

58. Uéglise de Temezda. 

Temezda est située au sommet dune berge, à 
louest de Regreg , dans le moudiriah de Fosato ; au 
nord et à Touest de ce qsar on voit deux mosquées 
dont lune est appelée apostolique (i^^t^^). Dans les 
vei^ers qui entourent Temezda, il existe deux mos- 
quées , dont lune , d'origine ancienne , porte aussi le 
nom de « grande mosquée apostolique » ; c'est sans 
doute d'elle qu'il est question ici. On y voit des 
piliers portant des inscriptions incompréhensibles et 
les tolba racontent qu elles sont dues à des popula- 
tions païennes antérieures à Mohammed. Le qsar 
comprend 200 maisons (Brahim en Nefousi, Rela- 
tion du Djebel Nefousa, p. r^; de Motylinski, Le Dje- 
bel Nefousa, p. 91-94). Quand l'imâm rostemide de 
Tiharet 'Abd el Ouahhàb voulut faire le pèlerinage. 



02 JUILLET-AOÛT 1899. 

après avoir purifié ses Etals, il fut retenu par les 
Abadhites du Djebel Nefousa qui craignaient pour 
lui les *Abbâsides de Baghdâd. Il envoya un homme 
de Temezda consulter les deux cheikhs les plus vé- 
nérés : Abou *Omar er Rabi^ ben Habib et Ibn *Ab- 
bâd. La réponse fut qu'il devait s'abstenir. Alors il 
chargea un homme de Temezda de faire le pèleri- 
nage à sa place et resta sept ans au Djebel Nefousa 
à sinstiTiire (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 1 58- 
iSg; Abou Zakaryà, Chronique y p. 121-126; de 
Motylinski , Le Djebel Nefousa , p. gS, note 1). C'est 
à Temezda que fut enterré Abou Zakaryâ Yahya ben 
'Omar ben .\bou Mansour Elyâs, petit-fiîs du célèbre 
gouverneur du Djebel Nefousa (Ech Chemmâkhi, 
Kitdb es Sinr, p. 82 1). 

59. On se dirige ensuite vers un oratoire à Tenzadj, 
près du tombeau.. 

60. Sept (monuments) consacrés à Abou Zeïd el 
Mezghourti. 

Timezghourah est un qsar du moudiriah de Fo- 
sato, divisé en deux bourgades, au milieu de ruines. 
On y voit encore la mosquée construite par Abou 
Mansour Elyâs ^ Le qsar compte 100 maisons (Bra- 



' La biographie cl*Abou Mansour Elyas a été écrite par Ed-Der- 
(Ijini dans le Kitâb et Tabaqât (cf. A. de Motylinski , Les livres sacrés 
de la secte abadJiite, p. 3i). 11 était originaire de Tendemira. La 
bénédiction d'Abou Mirdâs Mohâser lui porta bonheur. Elyâs le ren- 
contra un jour allant à Tidji les pieds nus et ensan^antés par les 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 93 

him en Nefousi, Relation da Djebel Nefoasa, p. rr; 
de Motylinski, Le Djebel Nefoiisa, p. gj-gi). Ce 

épines et lui donna ses sandales. «Que Dieu écarte de toi ce qui le 
mécontenterait, dit le cheïkh, qu'il t'accorde ce qui le satisfera!» 
Le jeune homme se sentit alors un vif désir d'atteindre le plus haut 
degré de la science et des honnes œuvres. Après la mort d'Ahou 
Dzarr ben'Ahân, il fut nommé gouverneur du Djebel Nefousa par 
rimâm Abou'l Yaqzhân Mohammed ben Aflah, et, en cette qualité, 
il dut continuer la lutte contrôle 61s de Khalef ben Samah qui avait 
hérité des prétentions de son père sur le Djebel Nefousa et était 
appuyé par les Zouâghah. Il s'avança contre lui jusque Himou, dans 
les environs de Tripoli, et les dissidents ayant repoussé les propo- 
sitions d'un homme des Benou Yahrasen pour terminer la l.itte sans 
effusion de sang, un combat s'engagea dans lequel le fils de Khalef 
fut vaincu. Ils se retirèrent avec lui à Djerbah , mais Abou Man- 
sour ne leur donna pas le temps de fomenter de nouveaux troubles, 
n acheta pour loo dinars le Zouaghi qui protégeait le fils de Klia- 
lef et qui , en recevant l'argent , n'hésita pas à avouer : « Quand tu 
serais venu nous demander même nos enfants, nous te les aurions 
livrés (à ce prix).» Le fils de Khalef fut amené au Djebel Nefousa 
et on lui coupa le pied après l'avoir consulté, en sa qualité de 
cheïkh, sur l'endroit où devait avoir lieu l'amputation. Le bruit 
courut qu'il était revenu ensuite à la pure doctrine abadhite, à la 
suite de cette opération. Plus tard, El 'Abbâs, fils d'Ahmed ben 
Touloun, souverain presque indépendant de l'Egypte, profita de 
l'absence de son père, occupé à guerroyer en Syrie, pour marcher 
avec 800 cavaliers et 10,000 fantassins nègres à la conquête de la 
Tripolitaine et de l'Ifriqyah, au milieu de djomâda i" 2G6 de l'hcg. 
(880 de J.-C). il battit Mohammed Ibn Qorhob, gouverneur aghla* 
bite de Tripoli, s'empara de Lebdah et vint assiéger Tripoli. Les 
habitants ou, suivant d'autres, Ibn Qorhob, ne comptant plus sur 
les secours de l'Ifriqyah , s'adressèrent à Abou Mansour Elyâs , car 
le royaume abadhite était aussi menacé qu'eux en cas de succès des 
Egyptiens, 11 arriva avec 12,000 Nefousa, battit El 'Abbâs à Qasr 
Hatim et l'obligea à rétrograder. Abou Mansour eut pour successeur 
dans son gouvernement El Adah ben El 'Abbàs qui fut vaincu à Ma- 
non (cf. EcIj Cliemmàkhi, Kitâb es Siar, p. 22 '1-2 25; Abou Zakaryà, 
Chronique, p. 188-19'»; Ibn 'Ad/.ari, Histoire de l'Afrique et de 



94 . JUJLLET-AOÛT 1899. 

nom se trouve aussi écrit i)jày^ pour f^jy^y* On 
cite comme personnages célèbres de ce qsar : Abou 
Mousa ben *Isa et Termesi, qui ne se maria pas 
pour s'adonner tout entier à ia science, alla vers la 
fin de 700 de iliégire (i3oi de J.-C.) s'établira 
Mezghoura, fit ie pèlerinage en 704 (i3o6'i3o5) et 
mourut en 722 (i322-i3a3) (Ech Ghenîmâkbi, 
Kitâb es Siar, p. 553). — D'après Abou *Abd .\llah 
ibn ech Gheïkh, la mosquée de Mezgboura réunit 
quelque temps les trois plus illustres cheikhs du Ne- 
fousa : Abou *Aziz , Abou Tàher IsmaM et Idrâsen 
(Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 556). Abou 
Tâher Isma*ïl (voir n° 53) s était fixé à Mezgboura et 
refusa de la quitter malgré la guerre qui éclata entre 
cette ville et la sienne. Aux démarches faites par les 
siens, par fintermédiaire d'un Arabe, il répondît : 
« Que Dieu \ eus disperse par un nuage de pluie ». Bs 

fEspatfne, l. I. p. ii2-ii3; Maqrizi, Kltiiat, Bouiaq, 1370 de 
rii/'g. , 3 %oi. in-foi. , t. I. p. 330-32 1; Tarikhi Monadjdjim Baehi^ 
Constantinopl(\ is85 de i'bég., 3 voL in-4*, t. Il, p. 333; Ibn 
Khaldoan, Histoire de C Afrique et de la Sicile, p. 56 du teite, 138 
de la trad.; Jbii el Athir, kàrnil , L Vil, p. 139; Ai>oul Mafaasin 
Ihn Tagriberdi, En \odjoum e:h Zhùhinik, éd. Juynboll, Lejde, 
i852-i86i, 3 vol. iii-8% t. II, p. 4i et non 3^1, comme il est dit 
par erreur dans une note crailleurs incomplète de la Revue afri- 
caine, 1898, p. 35o, note 1; El Ya'qoubi, Descriptio al Magribi, 
«'•d. de Goeje, p. v, trad. p. 56 et note 1, p. 56-07; Ibn Sa*îd, Frag- 
mente aus dem Magrih , <»d. Vollers, Berlin, 1894, in-8% p. f'-M; 
Weil, Geschichte der Chalijen, Mannheini, 18.^6, 3 vol. in-8*, t. H, 
p. i 3 9 ; Roorda , Ahul A bkasi Amedis , Tulonidarum primi , vita , I>eyde , 
1 83Ô , in-A*, p. 37-38 (citant Kn Nouaïri , p. 8.*i-85 ) ; Mercier, Histoire 
de l* Afrique septentrionale , t. I, p. 291-292; Fournel, Ijes Berhers , 
t. I , p. 563-560 ; de Motyliuski , Ia.' Djebel ^efousa. p. 9 1-93 , noti* 5. 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 95 

se montrèrent si consternés que le messager ne put 
s'empêcher de leur dire : « Et qu eussiez -vous donc 
fait s'il vous avait dit : par un nuage de pierres ? » (Ech 
Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 558-559). 

61. Les sept monuments d'Aboa ^Obeîdah ^Abd cl 
Hamid el Djenaouni, 

El Djenaouni est l'ethnique arabisé d'Ignaoun, 
qui parait être le pluriel d'agnaou «noir», y GlN^ 
Ce qsar existe encore dans le moudiriah de Fosato , 
mais déchu de son ancienne prospérité. Il est bâti au 
fond d'une gorge et entouré de tous côtés par le 
rocher. On y cultive des palmiers et point d'oliviers, 
alors qu'au temps d'Ech Chemmâkhî la source 
d'Ignaoun arrosait ia,ooo de ces arbres. Lemaqâm 
d'Abou ^Obeïdah existe encore aujourd'hui , près de 
celui de *Ammi Yahya, au dessus du qsar(Brahim 
en Nefousi, Relation du Djebel Nefousa, p. M; de 
Motylinski, Le Djebel Nefoasa, p. 88). 

Abou *Obeïdah 'Abd el Hamid el Djenaouni était 
à Ignaoun pendant le long séjour qu'y fit l'imâm 
rostemide *Abd el Ouahhâb au lieu d'aller en pèleri- 
nage, et conseilla aux Abadhites de garder les enfants 
nés des gens de la suite de l'imâm et des femmes du 
pays. Ech Chemmâkhi fait mention de sept mosquées 
où chaque nuit il priait Dieu : le souvenir s'en est 
conservé dans cette station de visites pieuses. A la 
mort d'Es Samh ben 'Abd el A*la, gouverneur du 

' Cf. mon mémoire sur h's noms des couleurs el des ituHaujc che: 
les Berbères, Paris, 1890, in-8", p. 29-30. 



96 JUILLET^AOÛT 1899. 

Djebel Nefousa pour ^\bd el Ouàhhâb, celui-ci 
refusa d'accepter la désignation de Khalef, fils du 
défunt, pour remplacer son père et choisit Aboul 
Hasan Ayoub, qui mourut peu après. L'imàni 
confirma alors le choix fait par les Nefousa d'Abou 
'Obeïdah ^\bd el Hamid : celui-ci fit d'abord des difïi- 
cultes, se retranchant derrière sa faiblesse, mais 
fimâm repoussa ses excuses et maintint sa décision , 
en conseillant au nouveau gouverneur de s'adresser, 
s'il manquait de science, à Abou Zakaryâ Yahya, et, 
s'il manquait d'argent, au trésor des Musulmans. 
Khalef n'accepta pas la décision qui le privait de la 
succession de son père et commença les hostilités. 
Sur le conseil de ^\bd el Ouahhâb et de son succes- 
seur El Aflah, Abou 'Obeïdah essaya d'abord de la 
patience, mais Khalef, encouragé par ce qu'il prenait 
pour de la faiblesse, augmenta d'audace, pilla les 
biens de ses adversaires et tua ceux qu'il put saisir. 
Abou ^Obeïdah le vainquit à Idref, et, dans une 
seconde bataille, il remporta la victoire avec 700 
hommes contre /io,ooo, le i3 de redjeb 221 de 
l'hégire (2 juillet 836 de J.-Ç.). Khalef se retira à 
Tamti , où il mourut. .\bou ^Obeïdah fut remplacé 
après sa mort par El ^\bbàs ben Ayoub (Abou Za- 
karyâ, Chronique, p. 1 44-173; Ech Chemmâkhi, 
Kitâb es Siar, p. 179-189; de Motylinski , Le Djebel 
Nefousa y p. 88, note 2). Sur un miracle dont l'ora- 
toire d'Abou ^Obeidah fut le théàlre après sa mort, 
>oirn°86. 

Parmi les autres personnages célèbres d'fgnaoun, 



LES SANCTUAffiES DU DJEBEL NEFOUSA. 97 

on connaît Aboui Leïth el Djenaouni; toutefois 
quelques-uns disent qu il était Berbère et non Ne- 
fousi d'origine, mais qu'il habitait ce qsar. Un jour, 
sa femme lui annonça que le lait de leur vache dimi- 
nuait; il reconnut que ce fait provenait de l'affai- 
blissement de la justice \ monta à Djadou où il trouva 
le gouverneur du Djebel Nefousa, Abou Mansour 
Elyâs (voir note i du n** 60) , qui frappait un homme 
à cause d une lettre venue de Taimati. Il intervint en 
disant ; « Tu frappes les gens pour du noir sur du 
papier, Elyâs ! » (^Ult b ^Ul! oyà3 fjJiaJi ^ :^y>^), 
et il lui conseilla de renvoyer l'homme en prison et 
de faire rechercher par des gens sûrs si le fait dénoncé 
dans la lettre était vrai. Il se trouva qu'il était faux 
(Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 2^2). — Le 
cheïkh Ibn Moghtir el Djenaouni, contemporain de 
l'imam ^Abd elOuahhâb; il est le héros dune anec- 
dote tronquée dans Ech Chemmâkhi [Kitâb es Siar^ 
p. i43), mais donnée dune façon plus complète 
dans Abou Zakaryâ [Chronique , p. 127-128). — Le 
cheïkh Abou Ma^bed el Djenaouni quitta sa ville 
natale pour étudier à Qantrarah sous la direction 
de SaM ben Younèsi II refusa ainsi que ce dernier 
d'aller à Manou (Ech Chemmâkhi, Kitâb es SiaVy 
p. 242-243). — Abou'l Kheïr Touzin el Djenaouni, 

* On trouve une anecdote seniblable dans Et Tortouchi, Sirâdj 
cl Molouk (Boulaq, 1289, *n-8^ p. 77), citant Ibn 'Abbâs; elle a 
été reproduite par Ahmed el Ibchihi, Kitâb el Mostalref, Boulaq, 
1292 de l'hég. , 2 vol. in-/i°, t. I, p. 126; et d'après ce dernier, par 
Belkassem ben Sedira, Cours de littérature arabe, Alger, 1879, 
in-12 , p. 57. 

XIV. 7 

IlirBIMlIBIlt «ATIOXiLE. 



98 JUILLET-AOÛT 1899. 

dont les prières étaient exaucées; Ma'bad el Dje- 
naouni et son fiis qui étudia à Qaïrouân , où les tolba 
abadhites étaient en grand nombre (Ech Ghem- 
mSkhi , Kitâb es Siar, p. 3 3 8-3 3 9). — Abou Zakaryâ 
Yahya ben El Kheïr ben Aboul KheïreJ Djenaouni, 
qui étudia longtemps auprès d'Abour Rebi^ So- 
laïniân dans la mosquée d'Abnain ((j^Ià^I). A cette 
époque on tendait dans les mosquées du Djebel Ne- 
fousa un voile qui les séparait en deux, et derrière 
lequel se plaçaient les femmes qui venaient assister 
aux leçons et à la prière. Abou Zakaryâ Yahya acquit 
une grande réputation de science et de piété : con- 
sulté par une foule de personnes, il rendait sur-le- 
champ sans hésiter des décisions, quel que fût le 
nombre des consultants et quel que fût le sujet de 
la demande. Parmi ses ouvrages, on cite un traité 
en sept parties : sur le jeûne, sur le mariage et le 
divorce, sur les testaments, sur les jugements, sur 
les salaires, sur le droit de préemption et sur le 
nantissement. La seconde partie a servi de base à la 
rédaction du chapitre correspondant du Kitâb en Nil y 
qui est encore aujourd'hui le code des Abadhites 
d'Algérie. Un fragment de cette partie, copie datée 
de mohan^m 1 1 83 , existe à Ouargla (cf. R. Basset, 
Les manuscrits arabes des bibliothèques des Zaouias de 
Ain-Madhi et Temacin, Alger, i885, in-8°, p. 36; 
cf. la Risâlah, d'El Berrâdi, ap. de Motylinski, 
Les livres de la secte abadhite , p. 1 2 ; Ech Chemmâkhi , 
Kitâb es Siar, p. 53r)-r)37); de Motylinski, Le Djebel 
Nefousa, p. 8c), note 1). — Abou Yahya Taoufiq 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 99 

el Djenaouni, auteur de plusieurs ouvrages, dans 
1 un desquels il énumère divers miracles du Djebel 
Nefousa, relatifs au sang des martyrs (Ech Chem- 
mâkhi, Kitâb es Siar, p. 543-545). 

62. Oratoire de Touzin , dans la forêt. 

Deux personnages ont porté ce nom : Abou'l 
Kheïr Touzin el Djenaouni (voir n'* 6i), el Aboul 
Kheïr Touzin ez Zouâghi (voir n** yi). Jl s*agit pro- 
bablement du premier. 

63. La mosquée de Mesrata, 

Mesrata est la forme arabe du berbère Iniesraten. 
C'est dans cette mosquée qu'Abou Ishaq el Ichareni 
(voir n*' 83) enferma Abou Zakkâr d'Aghereni Inan, 
gendre du gouverneur Aboti Mohammed *Obeïdab 
ben Zarotir et Taghermini, pour lui apprendre à 
garder ses troupeaux dans les linïîtes (Kch Chein- 
mâkhif Kitâb es Siar, p. 2 48). 

64* Gharghar en Mâder cm en Bâder. 

05. U oratoire de Tekermin, 

66. U oratoire de Taliouin, 

67. L'oratoire de Gharghar NouKyân, 

68. La maison des Benoii ^Abd Allah. 

Elle était située à Djadou. On enterra en face le 



JPO JUILLET-AOÛT 1899. 

gouverneur de Djadou, Abou Mohainined ed Derfi 
(voir n'* S!\). 

69. IJ oratoire d'Ibn Saadali, appelé par d'autres 
Abou Saaxlali, 

70. L oratoire d'Abou Yahya Bâli. 

7 1 . L oratoire d'Aboul Kheir ez Zouâghi, à Mâder. 
Abou'l Kheïr ïouzin ez Zouâghi, contemporain 

du prince zeirite Abou Temim el Mo^izz ben Bàdis 
(4o6-/i53 de rhégire; ioi5-ioi6, 1061-1062 de 
J.-C). C'était un homme vertueux et obéissant à 
Dieu, qui le préserva de tout manquement. Tam- 
soult (oJ^AâuSf), affranchi de ce prince, layant taxé 
à 100 dinars, il alla trouver son ami Abou *Ali el 
Fosatoui et lui dit : « Demande pour moi cette 
somtne au cheïkh des Nefousa et aux gens bienfai- 
sants, pour que je ne sois pas tourmenté par ce 
tyran. » Abou *Ali lui répondit : « Je n'intercéderai 
pas pour toi pour une somme de 100 dinars, car 
je les ai. » Il les lui donna et Abou'l Kheïr les porta 
à ïamsoult. La nuit venue , celui-ci vit sa maison se 
transformer en dragons et en serpents. Il demanda 
ses gardes qui furent chargés d'amener le cheikh. 
Ils le cherchèrent à sa place habituelle sans le trouver. 
On avertit Tamsoult qu'il était à faire ses dévotions 
sur le rivage et qu'il avait une marque à laquelle on 
le reconnaîtrait : c'était l'éternuement. H lui rendit 
les 100 dinars. Aboul Kheïr voyageait souvent du 

:• .; ••• ••• • - 

• • • • 



LES SANCTUAIRES D[i DJEBEL NEFOUSA. 101 

pays des Zouâghah au Djebel Nefousa. Son neveu rap- 
porte que des personnages invisibles lui fournissaient 
en voyage de la nourriture pour lui et ses compa- 
gnons de route , et qu'il s'entretenait avec eux. Quand 
il descendait chez les Zouâghah , il mettait un mor- 
ceau de fer sur une fenêtre, et, quand il le voyait 
rouillé, il disait : « Mon cœur est également rouillé ». 
Alors il montait au Djebel Nefousa pour le polir par 
les avertissements et la fréquentation des cheikhs. 
Ayant un jour aperçu de la lumière sur l'oratoire 
d'Abou*Obeïdah(voir n* 86), il s'y rendit et trouva 
une femme vertueuse, nommée MoHiqah, en prières. 
Elle était entourée d'êtres pareils à des hommes 
vêtus de blanc. « Arrête » , lui dirent-ils. 11 attendit jus- 
qu'à ce qu'elle eût terminé sa prière et prononcé les 
salutations finales; alors il lui demanda de l'eau à 
boire. Elle lui en donna : c'était du lait. Après avoir 
bu, il lui demanda de l'eau pour faire ses ablutions. 
« Prends dans le vase où tu as bu », lui dit-elle. Il le 
fit, c'était de l'eau. — Plus tard, il rêva qu'elle de- 
venait sa femme. Il lui trouva un mari qui mourut; 
elle en épousa un autre , mais enfin le rêve s'accom- 
plit et elle devint sa femme (Ech Chemmâkhi , Kitdb 
es SioTy p. 336-338). 

72. La mosquée de Temidal. 

Temidal , en berbère , signifie « les magasins » 
(pluriel de tamdelt, oJ*Xjf ). C'est dans cette mosquée 
qu'Abou Younès et-Temidali aurait vu s'ouvrir la 
toiture et aperçu les cieux : il aurait alors prié son 



102 JUILLET-AOÛT 1899. 

oncle, Abouch Cha^tha (voir n° 78), de demander 
à Dieu que, jusqu'au jour de la résurrection, le 
sabré des Abbasides ne prévalût pas sur le Djebel 
Nefousa (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 2^2 ). 

73. L'oratoire de ^Ammi Tâher, à Acheji, 
Achefi, quon trouve écrit tantôt j-ût, tantôt ^^1, 
est situé dans le nioudiriah de Fosato ; actuellement 
il nest plus peuplé que d'Arabes. La mosquée de 
*Ammi Tâher existe au milieu dun ravin entouré 
d oliviers (Brahim en Nefousi, Relation du Djebel 
Nefoïua, p. IV; de Motylinski , Le Djebel Nefousa, 

p. 86)* 

D après le cheikh Moqqor (vàr. Moqrin) ben 
Mohammed el Boghtouri , 'Ammi Tâher ben Yousof 
était originaire du Sahel de Mahadia, de Herougha; 
il vivait au temps d'El Mo'izz ben Bâdis. Il possé- 
dait des vergers d'oliviers; mais l'impôt de 70 qafiz 
d'huile qu'il payait ayant été porté à 700, il résolut 
de (|uitter l'Ifriqyah « qui était comme un lac de 
sang », sans doute par suite de l'invasion des Arabes 
Hilaliens. Il se dirigea vers le Djebel Nefousa, s'ar- 
rêta à Djerbah où sa femme perdit la fortune qu'ils 
possédaient; puis à Ifren, qui n'était peuplé que de 
dissidents : Ouahabyah, Khaiefyah, Hasanyah et 
Mestaouah , et non d'Abadhites. Ils lui firent cepen- 
dant bon accueil et lui donnèrent 3oo boisseaux 
d'orge; mais un songe où il se vit poursuivi par un 
fleuve de poix et un fleuve de goudron le détermina 
à quitter Ifren. Il se rendit à Taghma, puis à Tar- 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 103 

(laït; le cheikh Abou Mousa Isa ben Mohriz le con- 
duisit à Djâdou et lui fit assigner par les habitants 
un secours de 56 dinâis; il alla ensuite à Ignaoun 
où on lui donna 4o qafiz d'huile, puis à Charous 
au temps d'Abou ^Amr Maïmoun ben Mohammed; 
il y reçut ^o dinars. Enfin il s'établit à Achefi, où il 
vécut comme un saint dont les prières étaient exau- 
cées (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 342-343; 
De Motylinski, Le Djebel Nefousa, p. y 6, note i). 
Auprès de son oratoire, on voit dans la roche les 
traces d une chamelle , d une bête de somme et d'un 
chien qui lui auraient appartenu (Ech Chemmâkhi, 
Kitâbes SioTy p. 544; R. Basset, Les empreintes mer- 
veilleuses , $ xxvni ^). 

74. L'oratoire d'Aoarir Amoqrân, à Tardait. 
Aourir Amoijrân signifie en berbère « la grande 

colline ». Le qsar des At Tardait existe encore aujour- 
d'hui dans le moudiriah de Fosato; il se compose 
de deux parties entre lesquelles se trouvent des 
ruines provenant des anciens habitants. L'oratoire 
dont il est question est peut-êti^ la mosquée de 
*Ammi Yahya et-Tardaiti, qui est située au haut 
^ d'une berge, en avant du grand qsar (Brahim en 
Nefousi, Relation du Djebel Nefousa, p. iv; de Mo- 
tylinski, Le Djebel Nefoasay p. 85-86), 

75. On se dirige vers la mosquée de Tondjin. 

^ lievue des traditions populaires, l. VIIl, iSgS, p. ^99. 



104 JUILLET-AOÛT 1899. 

76. U église de Taoakit. 

De Taoukit est originaire Abou Zakaryâ Isalten et 
Taoukiti, contemporain de Timâm rostemide ^Abd 
ei Ouahhâb, et célèbre par sa science, au point 
quun Abadhite d'Orient qui se trouvait à Tiharet 
disait : « Le Djebel (Nefousa) est Abou Zakaryâ, et 
Abou Zakaryâ est le Djebel Nefousa» (Ech Chem- 
mâkhi, Kitâb es Siar, p. 1 78-1 79; de Motylinski, 
Le Djebel Nefousa, p. 96, note 1). Sa biographie a 
été donnée par Ed Derdjini dans le Kitâb et Tabaqât 
(cf. de Motylinski, Les livres de la secte abadhite, 
p. 3i). La mosquée d'Abou Zakaryâ et-Taoukiti 
existe encore non loin de Temezda, dans le moudi- 
riah de F'osato , au bord d un ravin planté d'oliviers 
et près de la mosquée (Téglise apostolique) de Te- 
mezda (Brahim en Nefousi, Relation du Djebel Ne- 
foasa, p. rh'-Mc; de Motylinski, Le Djebel Nefousa, 
p. 94). 

78. Les trois monuments commémoratifs d'Abouch 
ChaUha es Sentouti. 

Sentout, écrit tantôt i^yu^^, tantôt c:>y3j, est un 
qsar du moudiriah de Fosato, à lest d'El Gholth, au 
sommet d un rocher escarpé en dos d'âne auquel on 
arrive par 1 ouest. On y voit xme grande mosquée. 
Les habitants tirent leur eau d un puits unique creusé 
au pied dun rocher (Brahim en Nefousi, Relation du 
Djebel Nefousa, p. M; de Motylinski, Le Djebel Ne- 
fousa, p. 85). Abouch Cha^a était un personnage 
pieux dont ies prières étaient toujours exaucées. Les 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 105 

scrupules qu il manifesta en plusieurs occasions sont 
les sujets de divers récits d'Ech Chemmâkhi. Les 
femmes de Tadinah assistaient à ses leçons avec leurs 
enfants et rentraient ensuite chez elles, ce qui pas- 
sait pour un miracle, car la distance de Sentout à 
Tadinah est de 2 4 milles (Ech Chemmâkhi, Kitâb 
esSiar, p. 2^6-247). 

79. L'oratoire de Tadjloatet, 

80. On se dirige vers l'oratoire de Tazrout (ia petite 
roche). 

8 1 . Vers l'oratoire de Tadjdimet, 

82 . La mosquée d'Icharen . 

Icharen, aujourd'hui Charen, dont la mosquée 
est encore célèbre de nos jours, est située à lest des 
ruines d'Idref, dans le moudiriah de Fosato; les 
habitants possèdent beaucoup de palmiers et de bre- 
bis (Brahim en Nefousi, Relation du Djebel Nefousa, 
p. i5; de Motylinski, Le Djebel Nefousa, p. 8/i). 

83. La mosquée d'Abou Ishaq, 

Il s'agit dWbou Ishaq el Ichareni , homme instruit , 
vertueux et inflexible. Quand, de retour de son tra- 
vail, il allait à la mosquée et ne trouvait personne, 
il disait : « Qu'est-ce que cela ? gens d'fcharen ; vous 
êtes devenus peu nombreux » ^jLû! Jjt\ L \S^ U 
^jLû! ^yàa (jouant sur le sens du mot achchar « peu 



100 JUILLET-AOÛT 1899. 

nombreux» en berbère; plur. ichcharen). Un jour 
qu avec sa femme Hafsah il allait à El Djezirab (voir 
n° 3 1 ) , ils eurent .pour compagnons de route un 
lion et une lionne, qui les escortèrent à droite et à 
gauche jusqu'à leur destination (Ech Ghemmâkhi, 
Kitâb es Siar, p. 247-2/18; de Motylinski , Le Djebel 
NefoasUy p. 8/i , note 1). 

84. On se dirige vers l'oratoire d'Idref. 

Les ruines dldref existent encore à l'ouest de 
Charous, dans le moudiriah de Fosato; on y voit 
une mosquée grande et ancienne au milieu de plan- 
tations : cest sans doute celle dont H est question 
ici (Brahim en Nefousi, Relation du Djebel Nefousa, 
p. i5; de Motylinski, Le Djebel Nefoasa, p. 84, 
note 2 ). Ce bourg fut ravagé une première fois dans 
]a guerre d'Abou 'Obeïdah contre Khalef ben Samh 
qui y envoya ses partisans et ses clients au nombre 
de 4 00 cavaliers : Idref fut pillé et dix de ses habi- 
tants tués (Ech Ghemmâkhi, Kitâb esSiar, p. i84; 
Abou Zakaryâ, Chronique, p. iSy). Plus tard, au 
temps du cheikh Abou Yahya (fin du iv® siècle de 
ITiégire), ce qsar fut détruit par 1,000 cavaliers zé- 
nata, rassemblés par Medjdouel ben Yousof et-Ter- 
misi (Ech Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 288). 

Dldref sont originaires plusieurs personnages 
célèbres chez les Nefousa : Abou Daoud ed Derfi, 
dont l'aïeul avait fait des miracles et qui reçut une 
leçon dWbou *Imrân Mousa El Andamouni (Ech 
Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 255-256). — Abou 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEF. NEFOUSA. 107 

Mohammed ed Derfi, dont le nom était Mali d'après 
Aboul ^Abbâs ed Derdjini, qui a écrit sa biographie 
dans le Kitâb et Tabaqât (cf. de Motylinski, Les livres 
de la secte abadliite, p. 29), — et, suivant le Siar en 
Nefousa , Zeïd ben Fasit , étail un homme instruit , ver- 
tueux, sévère jusqu'au scrupule. Il était gouverneur 
de Djâdou; son administration fut marquée par des 
querelles avec des gens de Fosato, dont le chef, Ibn 
Akbah, fut tué. H montra une égale sévérité contre 
son fds Abou Yahya Yousof, qui ne priait pas. Un 
jour, un cheïkh'de Temidjâr étant venu visiter Abou 
Mohammed , celui-ci lui dit : « Tu passeras la nuit 
chez moi. — Non , car tu as un fils qui ne prie pas » ; 
et il partit. Son hôte mit Une corde au cou de son 
fils et le traîna en prison en disant : « On n'a trouvé 
chez moi d'autre péché que ton manque de prières; 
choisis : ou la prière , ou une prison perpétuelle , ou 
tu monteras sur un chameau et je ne te reverrai 
plus. » Abou Yahya choisit la prière et son repentir 
en imposa à ses anciens compagnons de débauche, 
n se mit dès lors à étudier sous la direction d'Abou 
Mohammed el Kabaoui. Quant à Abou Mohammed 
ed Derfi , atteint de la maladie dont il mourut , il 
s'évanouit sur le marché de Djâdou; on le transpor- 
tait dans sa demeure quand il revint à lui et voulut 
être reporté là où il avait été trouvé; il mourut dans 
la maison des Benou 'Abd Allah et fut enterré en 
face. La nuit venue , dit le cheikh Abou Zakaryà el 
Lâlouti, je sortis pour voir le tombeau du cheïkh 
et j'aperçus, tout autour, des rangées d'hommes 



108 JOILLET-AOCT 1899. 

vêtus de blanc. Outre Abou Yahya, Abou Mo- 
hammed ed Derfi eut deux fils : Abou Daoud So- 

• 

laïmân et Abou^Abd AHah Mohammed , qui devinrent 
gouverneurs de Zeminour (Ech Chemmâkhi, Kitâb 
es Siar, p. 28/1-286). — Abou 'Isa ed Derfi, qui 
périt dans une bataille contre les 'Abbasides (Ech 
Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 2^4). 

85. La mosquée d'Ed Dibâdj, 

86. On se dirige vers l'oratoire de ^ Abdel Hamid 
devant Taghermin , à Matkoadasen. 

Il s agit d'Abou 'Obeïdah *Abd el Hamid el Dje- 
naouni, gouverneur du Djebel Nefousa (voir n° 61). 
Taghermin est un qsar aujourd'hui en ruines , à Test 
de Zentan, dans le Djebel Nefousa, moudiriah de 
Fosato (Brahim en Nefousi, Relation du Djebel Ne- 
fousa , p. iK' ; de MotyUnski , Le Djebel Nefousa , p. 8 a ). 
De cet endroit sont originaires : Abou Mohammed 
'Obeïdah ben ZaVour et Taghermini , mari de deux 
femmes dont lune voulut empoisonner lautre, 0mm 
ZaVour. Il épousa aussi une troisième femme, 0mm 
Yahya, dont les réponses pleines de sens l'avaient 
séduit. Il eut quatre fils : ZaVour, Abou 'Abd Allah 
Touzin, disciple d'Abou ^4bd Allah el Boghtouri, et 
Mousa, Le second , le plus vertueux des hommes de 
son temps , eut deux fils qui périrent dans une attaque 
des Senhadja contre Taghermin (Ech Chemmâkhi, 
Kitâb es Siar, p. 248-252). — Abou 'Imrân Mousa 
el Andemâni et Taghermini, un des plus humbles 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 109 

envers les croyants, des plus énergiques envers les 
hypocrites; le relâchement s'était introduit de son 
temps dans le Djebel Nefousa, car un jour le cheïkh 
flaira l'odeur du vin chez un homme qui lavait reçu 
et brisa les jarres qui le contenaient. Son contact 
guérit une blessure (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siat\ 
p. 204-255). — Aboul Qâsem Moumenin et Ta- 
ghermini, qui avait aussi le don des miracles (Ech 
Chemmâkhi, Kitâb es Siar^ p. 257-258); un autre 
Aboul Qâsem et Taghermini (Ech Chemmâkhi, 
Kitâb es SiaVy p. 333). — Abou Mousa Usa ben So- 
laïman, qui habitait avec son frère Aboul Uzz, à 
Taghermin. C'est un de ceux qui travaillèrent au Siar 
des Nefousa : il le termina, d'après FI Boghtouri, 
en 599 de l'hégire (1 202-1 2o3) à Ignaoun, en so- 
ciété d'Abou ^ ahya Taoufiq ben Yahya. Il mourut 
de la morsure d'un chien (Ech Chemmâkhi, Kitâb es 
Siar, p. 55i). 

Le nom de Matkoudâsen (^^t:j^53a^) se rencontre 
avec des variantes provenant sans doute de pronon- 
ciations dialectales : ainsi Abou Midoul ez Zenzelî 
Maskoudâsen (^^l:>jX»â^, Ech Chemmâkhi, Kitâb es 
Siar, p. 4 18) est appelé Abou Mekdoul (pour Meg- 
doul; cf. le nom du saint qui, par altération, est 
devenu Mogador au Maroc * ) Matkoudâzen ( ^jb^CiLo) 
ez Zenzefi dans le Kitâb et Tabaqât d'Ed Derdjini (cf. 
de Motylinski , Les livres de la secte abadhite, p. 32); 
Abou Ibrahim Maskoudâsen (^^t:>^iC«A«^ Ech Chem- 

^ Sur le cbangement de g en k, cf. mon Etude sur Ici dialectes 
berbères j Paris, 189^, in-8", p. 3(j-/io. 



110 JUILLET-AOÛT 1809. 

mâkhi, Kitâb es Smr, p. 5o3) est appelé Matkou- 
(lâsen [^JM^s^JSi^) dans lenumération des chefs 
ouahabites, publiée à la suite dxiKitâb esSiar, p. Sga. 
Ce mot semble composé de deux éléments comme 
les suivants : Semdâsen ((^^tiX-^w) Abou 'Abd es 
Selam ben Ikhlef el Maghraoui [Kitâb esSiar, p. 5o3 ) ; 
Yêindjâsen (^^U^L) , d où vient Tethnique El Yândjâ- 
seni [Kitâb es Siar, p. 5 1 o ) ; Ibn Djellidd^^/ï ((^j^t Jyc^. , 
en berbère Agellidasen y (^!«X-J^!) Abou^Abd Allah 
Mohammed el Lalouti [Kitâb es Siar^ p. 32g), où 
Ton reconnaît le mot berbère Agellid, *x^t (var. 
Adjellid, «isjJLai.! ; ajellid, «x^jl) « roi » ; c'est sans doute 
le même nom cpie lalidasen, porté par un chef 
maure cité par Corippus, Jo/iannid^", VII, ^36*; Ibn 
Irsoukd5<?n ((j^l^>^) Abou Ya*qoub Yousof (Ech 
Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 52 3); Mersoukrbm 
( 0*M»l^^jj*) es Saouini [Kitâb es Siar, p. 53 1); Islâ9m, 
^^Uwaj, var. l.slâtcriy ^Uwaj), nom d'une tribu ber- 
bère (El Edrisi, Description de rAfriijae et de VEs- 
pacjne, p. 5 y; Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, 
t. I, p. 2 1x6; le texte du Qaire porte la variante 
^j^y^u^); OuTseûâsen [ç^'^Kk^^^, var. ^^5Uu»j^, Ibn 
Khaldoun, ibid.);^\s{eTâsen (^j^LiUa^, var. ^jpl^JUdi^, 
Ibn Khaldoun, ibid,)\ Yaghmord^en, porté par le 
fondateur de la dynastie des 'Abd el Ouadites^ à 



' VA. Petscheiiig, Bcriin, i886, in-S'*. 

"' Je ne cite pas Mad^liâsen, nom d'un célèbre nionunoent près 
(le *Aïn Yaqoiil), dans le département de Constantine, car il paraît 
être le pluriel d'un singulier .\fmlgliis, nom iVun ancêtre légendaire 
des Berbères. Il est à remarcpier qne ce nom est devenu l'ethnique 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 1 1 1 

Tlemcen. D après la tradition \ ce mot s'explique- 
rait par « rétalon [lar'mow) d'eux [dsen) ». Ce der- 
nier élément serait donc le pronom personnel suffixe 
masculin pluriel complément dun nom. Mais, dans 
les dialectes berbères actuels, la forme asen ne se 
joint qu'aux verbes comme complément indirect, et 
non aux substantifs pour lesquels on emploie ensen. 
Je ne connais pas, du reste, en berbère, un mot 
iarmoar signifiant « l'étalon » ; le seul qui ne soit pas 
d'origine arabe s'est conservé en touareg : atnaliy 
•|Q. On ne peut nier cependant que les mots cités 
plus haut se composent de deux éléments , puisqu'on 
trouve l'un d'eux isolé : Yaghmor ben 'Abdel Melik 
(Ibn Khaldoun , Histoire des Berbères , t. III , p. 121), 
Yaghmor ben Mousa [ibid.y p. /jo); pour Matkou- 
dasen, nous rencontrons Matkoad (:>^5lLaj»), Abou 
Mohammed 'Abd Allah ben Matkoud (Ech Chem- 
makhi, Kitâb es Siar, p. 3/i3); Abou Nouh Sa^d 
ben Zengbil el Matkoudi (^:>^XlkJlt, Kitâb es Siar, 

de plusieurs cheikhs du Djebel Nefousa : Abou'l Hasan Aflah el 
Madgfaâseni (^^L«j4J), qui gouverna pendant plusieurs années les 
B. Ourtizlan ((^^^^) de la part d*Abou 'Ahd Allah Mohammed 
(Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 5 18); Sa'ad ben Ikhlef el Ma- 
dghâseni {Kitâb es Siar, p. 467); Ikhlef hen Zakaryâ el Madghâ- 
seni [Kitâb es Siar, p. 468). Je ne mentionne pas non plus des 
noms comme Idrâsen (ç^';;'^») ♦ lahrâsen ( ^^\y^,) , Israsen (^j-i*«i*->*o ) , 
Oungâsen [^jMtl>ij^) ^lzna.cen ^ qui paraissent être des pluriels comme 
Madghâsen. 

* Baltes, Complément de l' histoire des Béni Zeiyàn, Paris, 1887, 
in-8*, p. 5, note 1. Et-Tidjâni, dans le récit d(î son voyage, men- 
tionne près de Gabès la station de Ghamorâsen (^^-wt^è JjJU), qui 
appartient à la n»énHî racine (Rousseau, Voyiuje du sclieîkli Et-Ti- 
djâni, Paris, i8ô3, in-8", p. i53). 



112 JUILLET-AOÛT 1899. 



p. 3 5 y). On trouve aussi Maskoud (:>^5C»a«) et même 
Mathkoud (:>^Juuo) dans le nom dun personnage 
d'où vient celui de Souaïqah ibn Mathkoud [mj^^ 
:>jSuJ» (j^l), petite ville située chez les Berbères 
Hoouâra, entre Lebda et Mesrata (El Ëdrisi, Descrip- 
tion de l'Afrique et de V Espagne, p. 120, i33; des 
manuscrits présentent aussi les variantes :>^Xjl« et 
:>^jjû«, cf. la note i de la page 1 33 du texte) .11 y a lieu 
de rapprocher du second élément de cette catégorie 
de noms la terminaison asen ou asan , qu on trouve 
dans un certain nombre de noms propres berbères 
cités dans la Johannide de Corîppus : Hîsdreasen (IV, 
634; V, 202, 209, 2i3) ou plutôt Isdreasen (33); 
Laumasan (V, 110), Macurasen (V, 3i 1; peut-être 
mokliorasen, ^^Lajo, de la racine y/MK* R), Mano- 
nasan (V, 34 1), Manzerasen (V, 120); Nacusan 
( V, 3 1 o ) Ml y a aussi im parallélisme à établir entre 
ces terminaisons en asen et celles en ten, suffixe 
direct des verbes qu on retrouve dans plusieurs noms 
propres. Si Ton décompose les mots cités plus haut 
en deux éléments, on ne peut, comme la avancé 
M. Partsch [op, laad.), les classer dans les noms in- 
déclinables terminés par n. 

87. On se dirige vers l'oratoire dldhiren (les pi- 
geons). 

' Cf. PartHch » Die Berberen in der Dichtung des Corîppus , Breslati , 
iSgG» in-H", p. 19. Je nv crois pas, malgrtV l'opinion de. Mazuc- 
rlicili, ivproduile par Ik'kkrr (Merobandcs et Corippus, Bonn, i836f 
in-8", p. '2()&) , qu'IsdiTascn soit à rapprocher de ÈaStXaaav de Pro- 
cope (De bcllo Vandalico , II, 10, i'j). 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 113 

A Idbiren se trouvait Toratoire d*Abou Moham- 
med , où la pieuse 0mm ZaVour vit prier des ran- 
gées d'êtres pareils à des hommes vêtus de blanc, 
miracle fréquent au Djebel Nefousa (Ech Chem- 
màkhi, Kitâb es Siar, p. 2 5 4). 

88. Uoratoire de^Ammi Djenaoan. 

Plusieurs personnages ont porté ce nom : Abou 
Sâlih Djenaoun ben Imryân , un des pôles de la reli- 
gion qui avait le don des miracles, mais qui ne paraît 
pas avoir été heureux en ménage. Un jour il reçut 
de sa femme, en train de pétrir du pain, un vigou- 
reux soufflet qui laissa des traces sur son visage. 
Il alla se plaindre à son chef Abou Ya*qoub et-Tarfi 
qui Texhorta à la patience , ce qu'il pratiqua depuis. 
Suivant le Kitâh el Mo^aïlacjât, il trouva sa femme 
morte en rentrant à la maison. Le Kitâh es Siar cite 
plusieurs exemples de sa générosité. Il passa la fin 
de sa vie à Ouargla et donna son nom à un cime- 
tière où on enterra le dernier des Rostemides , chassé 
de Tiharet par les Fatimites , Ya^qoub ben El Aflah , 
et il eut, sur des questions religieuses, des querelles 
avec Abou Solaïmân, fils de ce Ya^qoub (Abou Za- 
karya. Chronique, p. a6o-2()5; Ech Chemmâkhi, 
Kitâb es Siar, p. 362-365). — Le cheïkh Djenaoun 
ben ^Ali , dont l'autorité est citée dans les Mo^allcujât , 
ouvrage anonyme contenant divers récits sur les 
compagnons de la doctrine, et dont l'auteur est in- 
connu (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 482-483). 

siv. 8 



114 JUILLET-AOÛT 1899. 

— Djenaoun ben Serghin, qui avait le don des mi- 
racles et eut une vision la nuit d'El Qadr ^ 

89. L'oratoire d'El Qasr. 

90. L'oratoire aa-dessus d'El Qasr. 

91. L'oratoire d'Onim Zaîd, 

La pieuse 0mm Zaïd est mentionnée dans le 
Kitâb es Siar comme une amie d'Omm ZaVour (Ech 
Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. aSA). 

92. On se dirige vers le rocher de la vallée. 

93. On se dirige vers l'oratoire de Djillizet. 

94. Vers téglise de Masin. 

G est le Masif (ubuNut pour ç^yj^M*^) mentionné par 
Ibn Haouqal ( Viœ et régna, p. 67 '^) , comme une des 
villes du Djebel Nefousa. Ses ruines existent encore 
aujourd'hui et on y voit une mosquée à une demi- 
heure de marche dldjeital, dans le moudiriah de 
Fosato ( Brahim en Nefousi , Relation du Djebel Nefoasa , 
p. rô; de Molylinski, Le Djebel Nefoasa, p. 96). 
C'est dans ce qsar qu'on apporta pour la première 
fois, dans le Djebel Nefousa, le Kitâb el Khalil e§ 

* Cf. sur les mérites de la nuit d*£l Qadr, El Bokhâri, Sahih, 
le Qaire, i3o6 de Thég., 2 vol. in- 4°, t. I, p. 226; Paulz, Mu- 
hanvnedis Lehre , Leipzig, 1898, in-8*, p. 3o-33. 

* Éd. de Goeje, f^cyde, 1873, in-8". 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 115 

Satih (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. a 35). C est 
à Masin (var. (j^a*<»^!) qu'habitait le cheïkh Abou 
Yousof Ya^qoub ben Ahmed ei Ifreni el Midiouni; 
il y mourut et y fat enterré {Nisbah Un el Moslemin, 
à la suite du Kitdb es SioTy p. 679; de Motylinski, 
Le Djebel Nefousa, p. 96, note 1). 

95. On se dirige vers la mosqaée du quartier des 
Benou Ankâsen. 

96. L oratoire d'Omm Djelditi à Tounriret. 

Cette 0mm Djeldin était la mère du mufti Abou 
^Obeïdah ei Boghtouri, disciple d'Abou *Abd Allah 
ben Djellidâsen qui habita Gharous pendant quatre 
mois; il devint le plus savant de son temps (Ech 
Chemmâkhi, Kitâh es 5iar, p. 3 2 8-3 3 o). 0mm 
Djeldin ne souhaitait que trois choses : visiter la 
pieuse 0mm ZaVour, voir les ohviers de Taghermin 
et avoir les prières d'Abou Mohammed sur son tom- 
beau (de Motylinski , Le Djebel Nefousa^ p. 82, 
note 2). 

97. On se dirige vers l'oratoire vis-à-vis du tombeau 
d'Abou Hâtem. 

C'est Abou Hâtem Ya^qoub ben Lebid (Ibn 
^Adzari : ben Lebib; Ibn Khaldoun : ben Habib) 
ben Midian b. Itououeft el Hoouâri el Melzouzi. El 
Belâdzori [Liber expugnationis , p. 233^) lui donne 

^ Éd. de Goeje, Leyde, i8G3, in-4". Je n'ai pas cm devoir con- 

8. 



116 JUILLET-AOÛT 1899. 

le surnom d'Es Sedrati , peut-être par confusion avec 
*Asiin; cest ce dernier qui commandait les Sedrata 
au siège de Qairouân. Après avoir gouverné Tripoli 
de redjeb ilxo (novembre -décembre ySy) à i44 
(761-762), il fut élevé à Timâmah après la mort 
d'Aboul Khattab. Il commença par réprimer une 
dissidence peu considérable, puis il mit en déroute 
près de Gabès une armée envoyée de Tlfriqyah 
contre lui. Le succès ne paraît pas avoir été décisif 
car Abou Hâtem revînt à Tripoli et y resta quelques 
mois. L'ordre et la tranquillité ayant été rétablis, il 
profita du départ de Qairouân du gouverneur ^abba- 
side de rifriqyah *Omar ibn Hezarmard, pour re- 
commencer la guerre. Il rassembla une armée consi- 
dérable, dans laquelle servait *Asem es Sedrati (voir 
n° 4), et à laquelle se joignirent les Berbères héré- 
tiques du Maghreb : Abou Qorrah , Timâm des So- 
fritesqui résidait à Tlemcen, amena 4 0,000 hommes; 
^Abd er Rahmân, Timâm rostemide de Tiharet, 
6,000 Abadhites; El Misouar ben Hani, 10,000 
Kharedjites ; Djerir ben Mas*oud arriva avec un con- 
tingent des Midiouni et ^Abd el Melik ibn Sekerdid 
avec 2,000 Sanhadja. Cette armée vint bloquer à 
Tobna ^Omar ibn Hezarmard, que le khalife El Man- 
sour avait chargé de rebâtir cette ville, laissant pour 
gouverner Qairouân en son absence un de ses pa- 

server la lecture a^ICJLLM , rethnique étant tiré du nom berbère de 
Sedrata (iC?I^OsXv, Isedraten) qui existe encore aujourd*Lui. Ibn 
Khaldoun d'ailleurs [Histoire des Berbères, 1, 33 2] admettes deux 
formes. 



LES SANCTUAIRES Dl] DJEBEL NEFOUSA. 117 

rents, Abou Hâzem Habib b. Habib b. Yezid el Mo- 
hallebi. *Omar n'avait que 1 5,5oo hommes à opposer 
à la multitude de ses adversaires; sur le conseil de 
ses officiers, il eut recours à la ruse, /i 0,000 dirhems 
décidèrent Abou Qorrah, ou, suivant d'autres, son 
frère à battre en retraite avec les Sofrites en aban- 
donnant leurs alliés; en même temps le corps d'ar- 
mée de ^Abd Allah ben Rostem subissait un échec 
à Tehouda ; *Omar sortit de Tobna avec ses troupes 
et marcha contre Abou Hâtem , mais ce n'était qu'une 
feinte pour se dégager; il trompa son adversaire, re- 
vint en toute hâte à Qaïrouân , où il laissa une gar- 
nison , et se retourna contre les Berbères qui le pour- 
suivaient. Vaincu par eux il retourna s'enfermer 
dans la ville , en attendant les secours demandés au 
khalife, lis se firent attendre; pendant ce temps le 
blocus continuait, interrompu par des sorties quoti- 
diennes qui ne rétablissaient pas les communications 
avec le dehors. La famine devint telle qu'on mangea 
les bêtes de somme , les chiens et les chats et que le 
sel se vendait un dirheiii fonce. Sur ces entrefaites, 
^Omar apprit qu'une armée abbaside arrivait, mais 
qu'elle était commandée par Yezid ben Hâtem que 
le khalife lui donnait pour successeiu™. Désespéré de 
sa disgrâce, il se fit tuer dans une sortie au milieu 
de dzou'l hidjdjah i54^ (décembre 770). Djamil 

* La date de i53, donnée par Tabari et Ibn Qattân dans le 
Nazlim el Djomân est inexacte et combattue par Ibn er Raqiq, 
'Arib, Ibn Hammâdah, Ibn Khaldoun et les historiens abadhites. 
De même Ibn el Abbâr (Hollat es Sinra, p. 207) prétend que 



118 JUILLET-AOÛT 1899. 

ben Sakhr, qui le remplaça provisoirement, traita de 
la reddition de la ville avec Abou Hâtem, qui se 
montra généreux et accorda aux ennemis une capi- 
tulation honorable ; il leur fournit des vivres , mais il 
les expulsa de Qaïrouân. Il marcha ensuite contre 
1 armée abbaside qui venait de l'Orient , mais il dut 
revenir sur ses pas pour réprimer une insurrection 
des gens de Qaïrouân commandés par *Omar ben 
'Othmân el Fihri el El Mokhâriq ben Ghifâr. Ceux-ci 
furent vaincus et s enfuirent à Djidjelli, poursuivis 
par Djerir ben Mas oud el Midiouni , pendant qu A- 
bou Hâtem retournait au-devant de Yezid ben Hâtem 
el Mohallebi. Celui-ci, d après des récits probable- 
ment exagérés, amenait 6o,ooo hommes du Kho- 
rasân, 6o,ooo de Koufah, de Basrah et de Syrie, 
auxquels se joignirent les garnisons fugitives de 
rifriqyah, des Berbères des Mlila, faction des Ho- 
ouâra , commandés par Yousof el Fartiti , et même 
des dissidents du Djebel Nefousa conduits par 'Omar 
ben Matkoud. Le chef de lavant-garde 'abbaside 
était Salim ben Souadah et Temimi; il fut battu et 
mis en fuite par Abou Hâtem à Maghmadas ; mais , 
dans la grande bataille qui fut ensuite livrée à Djenbi 
le a 7 de rebi i* i55 (y mars 772), les Abadhites 
furent complètement défaits : 3o,ooo hommes pé- 
rirent avec Abou Hâtem et, à 1 endroit où ils succom- 
bèrent, les légendes du Nefousa signalent Tappari- 



Yezid ben Hâtem fut nommr gouverneur de Tlfriqyah en 1 44 : il 
faut lire i54. 



LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 119 

tion, tous les jeudis, dune lumière miraculeuse. Ce 
fat le dernier des 3 7 5 combats livrés par les Ber- 
bères aux troupes 'abbasides depuis qu'ils avaient 
déclaré la guerre à *Omar ibn Hazarmard. (Cf. Ech 
Chemmàkhi, Kitâb es Siar, p. i3/i-i38; Ibrahim el 
Berrâdi, Kitâb el Djaouâher, p. 1 73 ; Abou Zakaryâ, 
Chronique, p. lii-lig; lauteur du Kachf el Ghommah 
a aussi consacré un chapitre à Abou Hâtem, sans 
doute d'après Abou Zakaryâ ; cf. Sachau , Ueber eine 
arabische Chronik aus Zanzibar, p. 1 2 * ; El Belâdzori , 
Liber expugnationis regionum , p. 23a-233; IbnKhal* 
doun, Kitâb el Iber, t. VI, p. 1 12-1 13; Histoire des 
Berbères, t. 1, p. 221-223; Histoire de l'Afrique et 
de la Sicile, éd. Desvergers, p. 2 3-2 6 du texte, 62- 
68 de la trad. ; En Nouaïri, cité par Des vergers, 
op. laud., p. 64-66, note; de Goeje, Descriptio Al 
Magribi, p. 83-84; Ibn ^\dzari, Histoire de l'Afrique 
et de l'Espagne, t. I, p. 64-69; Ibn el *Abbâr, 
Hollat es Siara, p. 207-208^; Tabari, Annales, t. III, 
2" part. , p. 370-373^; Aboul Mahasin Ibn Tagri- 
berdi. En Nodjoum ez Zâhirah, t. I, p. 4i i-4i2; 
Ibn el Athir, t. V, p. 283-285; lauteur des notes 
de la traduction fragmentaire publiée dans la 
Revue africaine [1897, P* ^34-236] ne cite que 
les sources qui sont mentionnées par Fournel; 



^ Mittheilungen des Seminarsfûr orientalische Sprachen, 1" année, 
1898, fasc. I. 

* Ap, M.-J. MùUer, Beitrœgcinr Geschichte der westlichen Araber, 
Munich, 1866-1878, in-8\ 

» Leyde, 1880, in-8''. 



120 JUILLET-AOÛT 1899. 

Ibn Abi Dinar ei Qaïrouâni, Kitâb el Moanis^, 
p. 45; Fournel, Les Berbères, t. I, p. Syo-SSo; 
Mercier, Histoire de l'Afrique septentrionale, t. I, 
p. 25o-25/i). 

* Tunis, 1286 de l'hég., petit in-4". 



SIX CHANSONS ARABF.S EN DIAF.ECTK MAGHREBIN. 121 



SIX CHANSONS ARABES 

EN DIALECTE MAGHREBIN, 

PUBLII^ES, TRADUITES ET ANNOTEES 



PAR 



M. C. SONINECK. 

(suite.) 



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168 




LES AISSAOUA A PARIS. 

l. Venez voir ce qui est arrivé en cette année de 
malheur : le tremblement de terre a démoli les mai- 
sons et les a presque rasées; criquets et sauterelles 
nont rien laissé après eux^ 

4. Ecoutez ce qui est advenu cette annSe du fait 
de ces coquins de negros, de ces chenapans de mu- 
siciens ^ et d'un lot d'Aïssaoua. Ils ne parlaient chaque 
jour que de leur projet. Malheur à l'homme qui 
manque de sincérité ! 

7. En apprenant le voyage de Ràyyâto^, ils se 
mirent à crier et à courir, les uns nu-pieds, les autres 
chaussés de souliers. Dieu les a bien affligés en ce 
monde ! Il n est jusqu'aux nègres qui badigeonnent 
les maisons^ qui ne les aient suivis en tumulte. 

* V. 1. L'année 1867 fut pour TAlgérie une année funeste : le 
2 janvier, un tremblement de terre détruisit tous les villages entre 
Blida et Cherchel; la sécheresse et les sauterelles firent manquer les 
récoltes; le choléra sévit avec une extrême violence et le typhus 
vint s ajouter à tous ces malheurs. 

* V. 5. ZôrnâM, artiste qui joue de la z6ma, instrument à 
anche de la famille du hautbois. Zorna, mot turc, est passé en 
arabe sous les formes les plus diverses. 

' V. 7. Mustapha Raïato, marchand de curiosit<^s algériennes. 

* V. 9. A Alger, dans la ville mauresque, le métier de badigeon 
neur est à peu près exclusivement exercé par des nègres. 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 141 

10. Le chrétien a nom Salvador. C*est lui qui les 
a embarqués sur le bateau à vapeur. L'un d'eux, 
sentant le cœur lui tourner, dit : « J'ai envie de vo- 
mir!» V^aryfa^ répand des aromates sur le feu et 
embaume Tair autour d'elle. 

13. Ils sont partis pour Paris, où ils vont voir 
*Abd-el-*Azyz^. Le chrétien les avait parqués comme 
des bandes de criquets entre la mer cl l'église^. Il 
les a emmenés en leur promettant monts et mer- 
veilleâ ; il les conduit à la mendicité. 

16. Il les mène dans son pays pour les montrer 
au maître de ses maîtres^. Il espère recevoir un ca- 
deau et les rétribuer au moyen d un présent. Mais 
s'il le garde pour lui, il réglera avec eux à partir des 
préliminaires du voyage^. 

.19. Peut-être se montreront-ils sur un théâtre ou 
en tout autre endroit que voudra sa fantaisie? Les 
nègres commencent à danser^ au bruit de toutes les 

^ V. 1 a. On appelle 'arffa la négresse qui préside aux danses 
de^ femmes aïssaoua. 

* V. i3. Le sultan de Constantinople, venu à Paris à Toccasion 
de TExposition. 

* V. i4. Sur le port. 

* V. i6. L'empereur Napoléon UI. 

* V. i8. Il leur avait avancé pour leuri préparatifs dj voyage 
une certaine somme d'argent. 

^ V. 2 G. \^yloLz^,, Ce verbe, qui signifie • frapper», a ici le sens 
de « taper des talons en cadence » , comme le font les nègres dans 
leurs danses. Le langage populaire aime ces redoublements de 



m JIU llUV,TrAOtiT U09. 

castagnettes. Les chrétiens ouvrent do» paris sur ce 
que deviendra iaffiiire. 

22 . Ou dit qu une lettre dWy Mt arrivée , aimocir 
çant qu*ils ont supprimé i'aUution et la priera. L'iin 
d'eux a été très malade : a Je ne sais ce que J9i», 
disait'il. La cause de son mal, cei^t quil avait tré- 
buché sur les brûla-parfums qu avait waportéi la 
prêtresse ^ 

25. Pour imam Uê ont pris Y^aryfa qui sent mau- 
vais comme une charogne. Avec ses petites boites 
dans un petit couflBn et sa tunique pendante ^^r venez 
voir ce beau tableau •— r- ne dirait-on pas un apeetipe? 

28. Le chrétii»n les ei^ploite tous s 1% phiptrt sont 
remplis de foh'e. Voulez-vous 49onnattfî|i lu premier 
d'entre eux, Messieurs ? C'est Et-Try, le fils d'El-Qer- 
meslyya ^, qui n'eut jamais souei de bien S^ra et ne 
vit que pour le mal et le péché. 

lettres: en dit dôkhhhAn pour ^U^», rëbbâr pour ^t^. Bmwtiiiip 
de mots empruntés à des langues européennes subissent aussi ces 
réduplieations t «capele» de¥)afiC gëbboét; «dép4^ie« dékhfêk, etc. 

^ V. a 4. 11 y a là un jeu de mots sur hoûryya qai si^pîâtt c né- 
gresse •, mais qui , étant données ies fonctions apëcialw de cette 
femme , est employé dans cette strophe comme un lémkidi fiuiM*' 
siste du mot français < curé » ; c'est pour cela qife je f ai traduit par 
fl prétresse ». 

Le fait, pour des gens qui ont délaissé l'ablation et ia prière, de 
trébucher en rentrant chez eux parmi les objets qui forment 1^ wth 
biiier de leur habitation indique cjairemeni ia ostnrf de Tindispo- 
sition du «alade. 

' V. «9. El qérmêzlyya fia cran^M^iet, çest-Àrdir» «ceUe 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 143 

31. Le mérkânty fait sur eux du bénéfice. Et-Try 
leur sert de truchement. Le chrétien doit leur faire 
gagner cette année mille [douros?]. Je prie Dieu 
d emporter ces deux hommes et de {q$ envoyer en 
présent au fen de i enfer ! 

34. Cest^Aly Et-Try qui est leur pourvoyeur; ii 
court chaque jour du matin au soir. Le chrétien les 
a enfermés dans une écurie et les fa(t sortir eu 
troupe comme des soldats; il les traite comme des 
boeufs : il n y man(jue que les cris des toucheurs. 

37. Considérez cette déconfiture d'Ould Sa*yd 
aux grandes mâchoires : ii a gagné dix mille francs 
et les a perdus au jeu. De tout son avoir, ii ne lui 
reste que les bancs ou du marc de café bouilli. 

40. Le chef des musiciens, complètement gâ- 
teux et dont la barbe est plus blanche que la laine, 
est allé à Paris « pour voir » (Puisse-t-il finir sa jour- 
née dans le feu de 1 enfer I ) , et s ii revient déçu , du 
moins sa renommée viyra-t-elle dans le monde. 

43. Sydy *Aly, le hauboïste, était barbier et cafe- 
tier. Il est avide de mouvement et désireux de se 
botirror de pièces d w i « Ce voyagea, «441 dit k ses 
oompognon», est mon pèlerinage; il m y manifoera 
que Ja teihyya. « 

les joues sont rendues rouges par ie fard ». Ce mot est pris dans un 
sens désobligeant. 



144 JUILLET-AOÛT 1899. 

46. « Je voyageais jadis, toujours content. J'étais 
le Maître, j'étais l'artiste applaudi. Je dirigeais la 
noâba dans la cour à l'époque du Gouvernement 
turc. Maintenant, je fais des tours de baladin et j'en 
ai le cœur brisé. La mort! mon Dieu, où est la 
mort!» 

49. «J'ai laissé un ouvrier dans ma boutique 
pour ne pas tarir mes moyens d'existence. Je vais 
aller montrer ma musette; peut-être quelqu'un me 
fera-t-il demander? C'était anciennement mon ha- 
bitude de voyager avec les musiciens. » 

52. Quel étrange ouvrier! Dieu le bénisse! Il 
parle à tous les chalands qui passent. Il les fait entrer 
clans la boutique, leur explique la situation et leur 
dit : «Je suis ici provisoirement». Puis il entame 
l'éloge de son patron qui, dit-il, s'est muni d'un 
cadeau pour lui. 

55. Son lieutenant est un idiot, nommé Oulyd 
el Hâdj Ouâly, (jui croit sa parole supérieure à tout 
el se figure que personne en ce monde ne l'égale. 
Quand il sera allé là-bas et en sera revenu, il sera 
parfait ! 

58. Il contredit tous ceux qui parlent et ne sup- 
porte même pas qu'ils lèvent le doigt. 11 n'aime pas 
ceux qui s'expriment avec franchise; mais il fait bon 
accueil aux menteurs et leur dit : « Approchez-vous 
de moi n. 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 145 

6 1 . Il dit : (( Mon enfance a été dorlotée » , et s'em- 
porte si Ton paraît en douter. I) ne se nourrit que 
de semoule grossière et sa panse vide pend toute 
flasque. Chaque jour cependant, faisant l'important, 
il vient dire : « J ai mangé telle et telle chose ». 

64. u J ai découvert, dit-ii, une certaine semoule 
arrivée tout nouvellement chez un Maltais qui de- 
meure loin d'ici; on n'a jamais vu la pareille. J'en 
ferai faire le pain de la Fête et un peu de meqroât^. *» 

67. Le long El-Hâdj Mostëfa a été entraîné par 
les nombreux mensonges qu'il a entendus et aussi 
par l'amour du gain. Si Dieu ne l'avait pas aban- 
donné, il fabriquerait encore des formes pour les 
cordonniers; mais c'e^ la foule qui l'a induit en ten- 
tation . . . , et voilà comme ca s'est fait ! 

70. Avec eux est Hamyda au visage d'âne, qui 
vendait des fleurs sur la place. Il n'a rien laissé aux 
siens pour vivre, leur disant seulement : «Modérez 
l'allure; à mon retour, je vous achèterai une maison 
et notre existence sera, à l'avenir, bien tranquille.» 

73. On voit aux mains de SJdy Ahmed Et Isoqba 
des timbales grosses comme des outres; il veut ap- 
prendre à jouer en partie; mais il est l'opprobre des 

* V. 66. On appelle meqroût pour meqroûd (permutation algé- 
rienne du Je» en b), des gâteaux de semoule fourrés de confitures, 
coupés en losanges et frits dans du beurre. 

XIV. 10 



146 JUILLET-AOÛT 1899. 

musiciens, car il ne connaît aucun rythme. « O mon 
semblable, à moi . ^ . P » 

76. Le cœur de Sydy Ahmed est ardemment 
épris d'^Ayn boû zelloûf^, qui concevra cette année. 
Je lui souhaite que les soucis et Jes syncopes le 
fassent enfler, ou qu'il devienne jaune comme une 
carotte ! 

79. J'aime Sydy-t-Tàyyeb quand il se met à tam- 
bouriner et à chanter. Mes yeux n'ont jamais vu pa- 
reille laideur : on dirait d'un bouffon au milieu d une 
société. «Personne ne me vaincrait, dit-il, si je 
n'étais un peu malade. » 

82. Qâddoûr, le petit coq, timbalier, qui ici, 
badigeonnait les maisons , suspendu par des cordes 
aux murs élevés , ou en compagnie des goudronneurs 
de terrasses, dit : «J'ai fait ce voyage au petit bon- 
heur, uniquement pour prendre l'air. » 

85. Koûtchoûk est resté ici, il n'est pas parti; il 
vend des abricots sur la place : « Le repos , déclare- 
t-il , est le meilleur des aliments , et mon petit cœur 

^ V. 7$. Dicton qui correspond à notre expression : «S'il en 
trouvait un plus béte que lui il le tuerait ». 

^ V. 76. *Ayn bon zellouf est un sobriquet signifiant «qui a les 
yeux à fleur de tété comme une tête de mouton bouillie et parée 
au fer chaud ( boû zelloûf) ». Ce mets était connu de la vieille cui- 
sine française : < Chefs de belin dorez , autrement appeliez perdrix 
de la tnianderie» (Noél du Fail, Propos rustiques et facétieux, XV). 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 147 

demeurera en paix. » Ahmed, ie boulanger, lui aussi 
ne demande que la tranquillité. 

88. Lorsque *Abd el-Qâder, le fds du laveur de 
morts , tombe dans ses extases de folie, il ceint sa taille 
dune corde et ny va pas de main morte. Cependant 
on voit les scorpions dans la main d'^Allâl, châouch 
des Aïssaoua. 

91. Farâdjy ^ ce petit-maître, mange du feu et 
des feuilles de figuiers de Barbarie, tandis que Ha- 
sân le rat Texcitc au bruit du tambourin de tout 
son cœur, de tout son pouvoir et de toute son âme. 
Ils nous ont ravagé les haies d'El-Qëttâr^ pour en 
faire hommage à TEmpereur. 

94. Ben Zerfa, ce dameret, qui ici, hachait de la 
graine de hachy ch , dit : « Nous avons cet été une 
bonne aubaine, je payerai mes dettes. J'exécuterai 
les exercices de la massue et du sabre et je servirai 
mon cheykh de mon mieux. » 

97. Si vous aviez vu Ben Zerfa comme il courait 
légèrement, portant sur ses épaules un coufiBn plein 
de je ne sais quoi I U paraît que c'étaient des ra- 
quettes de cactus. . . Mais son panier était toujours 
fermé! 

« 

^ V. 91. Farâdjy était un nègre de la troupe. 
* V. 93. El Qêttâr est le nom d'un quartier suburbain d'Alger 
où se trouve un cimetière musulman enclos de cactus. 



10. 



148 JUILLET-AOÛT J899. 

100. Voyez 1 extase insipide d'El-Hâdj Batâta^ : 
la chemise débraillée et sans col , la calotte sur les 
yeux, au ronflement des tambours, il montre sa 
houppe dégarnie de cheveux. 

103. n nest pas jusqu^à Mostêfa ben el-Mëddâh 
qui n'ait eu envie d'aller faire fortime à Paris : « A 
mon retour, dit-il, j'achèterai une lampe, un plateau 
à café et un sucrier. J'achèterai aussi un grand et un 
petit matelas, un tapis et une carpette. » 

106. Es Snybla^, la figure en soufflet, qui était 
employé chez le maire, est allé à Paris faire du café 
pour les soldats. Quand il reviendra , ayant beaucoup 
gagné, il sera plus riche qu'un négociant. 

109. «Soyez le bienvenu, Sydy ^Omar! Tout 
Paris est ravi de vous voir; tout le monde proclame 
votre gloire, ô Snybla, mon chéri! (S'il pouvait s'en 
aller au Mexique , c'est ça qui serait un bon débar- 
ras!) 

112. Il est cafetier et son fils boulanger. Il a pour 
associé Sydy *Aly Mëhrâz, qui fait ses affaires en en- 
fourchant un aiguillon ; il mérite nos compliments ! 
Tous trois sont vêtus de coutil, à la mode des chré- 
tiens. 

115. De Merzoûg, on dit qu'il est bon; mais on 

' V. loo. Batât^a (esp. patata), est ici un sobriquet. 
* V. io6. Snyhla est le diminutif de JuJLiw «jacinthe». 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 149 

le craint parce qu il est grossier. Juste Dieu ! Quand 
il commence à crier et que son jargon nègre ^ lui 
monte aux lèvres , il y a de quoi vous faire fuir jus- 
qu'au tiers inhabité de la terre 2. 

118. Oulyd ben Za^moûm a vu s augmenter ses 
soucis. Depuis qu'il est musicien , le monde est dé- 
livré de lui. Et quand il se met à jouer sur la chan- 
terelle et que la juive commence à crier ! 

121. Avec lui sont partis deux juifs; les pareils 
ne se trouveraient pas dans le monde : l'un ressemble 
à un hérisson, l'autre n'y voit pas d'un œil. Quand 
on n'a jamais entendu jouer du luth, il faut écouter 
ce prélude ^ ! 

124. Quelques personnes entendirent de loin 
mon histoire, parmi lesquelles Oulyd Sydy Sa^yd et 
Bryhmât, qui riait tant et plus, et avec eux le chef 
de Miliana. Ils étaient assis sur un banc de fer, dans 
la boutique de droite*. 

^ V. 1 1 6. El Gênnâouiya , le dialecte des nègres de Djenné ; 
mais, en général, le langage des Soudanais. 

* V. 1 17 y^ ^;ljJ ^ûUà, yl^ «i*B j.Lc Hj^ç^ ï;«--«-» W^ J»;^' 
^Us* ti^3 Sj^SL^ (El ]Vfas*oûd^, Les Prairies d'or, Edit. Barbier 
de Meynard, I, 368). 

' V. 133. HtsJb^ n. d*act. de ^^ «tracer des dessins, des ara^ 
besques, damasquiner» (comp. l'esp. atoua;ia ], équivaut à ce que 
nous nommons en musique «agréments, fioritures »; d*où son sens 
de «préludo». 

^ V. 12 4-1 a 6. OuKd S^d^ Sa*M était assesseur à la Cour imp(^« 



150 JUILLET-AOÛT 1899. 

127. Ils m'appelèrent. J'allai à la boutique, où 
je fus régalé de café et de confiture. Invité à fumer, 
je restai confus : « Impossible! répondis-je : j'ai étudié 
sous Sydy Hasàn Sydy Khelyl et la Senoùsyya ^ » 

130. Ben ^Aysa^ vint vers moi, l'air furieux : 
« L'Antéchrist, me dit-il, naîtra de ta postérité! J'ai 
vu dans le livre qni est chez toi son histoire fidèle- 
ment narrée. — Vous avez raison, répondis-je, grand 
merci ! » Et , tout en riant , je le regardai en tournant 
les yeux. 

133. Il me dit : « Ceci n'est pas une action digne 
d'un homme. » Il se fâcha et , frémissant de rage , il 
me regardait, hagard, avec des yeux grands comme 
des tasses. Et sa roupie lui pendait au nez et son vi- 
sage était devenu bleu comme une aubergine. Il 
voulait passer sur moi sa colère^. 

136. Avec lui était mon oncle Mohammed ben 



riale ; Sy Hasân ben Bryhmât , directeur de la Medersa et président 
du Conseil de droit musulman; «le chef de Miliana» était l'aga S^ 
Slymân ben Syâm. 

« La boutique de droite » , située sur le côté droit de la rue , était 
un lieu de réunion. 

^ V. 1 29. Tout le monde connaît, au moins de nom , l'ouvrage de 
S^dy Khelyl. Es Senoûsyya est le nom que l'on donne couramment 
à la petite ^Aqfda d'Abou 'Abd Allah Mohammed ben Yoûsef es Se- 
noûsy, traité de théologie très en faveur dans le Maghreb. 

* V. i3o. C'était le mufti de Dellys; il louchait, ce qui explique 
le second hémistiche du vers i32. 

^ V. i35. Litt. : «Il voulait refroidir sur moi son courroux». 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 151 

el-HàflFâf , qui passe sa journée en prières. En enten- 
dant ce prélude ^ il leur dit : «Ce nest pas une 
afiFaire! — Ne craignez rien, lui répondirent-ils, on 
vous mettra aussi dans la chanson ! • 

139. 11 se glorifie des éloges des gamins qui le 
traitent de maître en polissonnerie. — « C'est fini 
pour toi de monter aux mâts, ajoutent-ils, tu nés 
plus qu'un objet de dérision 2. C'est assez resté ici; 
va-t-en chez les Sahâry apprendre à lire aux bœufs 
sauvages I » 

1 42. Lorsque je débitai ces vers à Sy Mohammed 
Oulyd el-imam, qui possède au suprême degré le 
don detre ennuyeux, il me dit : « C'est une compo- 
sition fade ». Les souris , dans sa boutique , aussi nom- 
breuses que les nuées , lui ont mangé une once de 
laine. 

145. Il s'installe dans la salle d'El-Boûkhâry^, 
dans la posture d'un homme qui étudie, ayant entre 
les mains de la laine bleu de ciel : «C'est, dit-il, 
pour en faire des mules ou des chaussons pour les 
petits enfants, car je n'ai que peu de laine. » 

* V. 1 37. Banchrâf « prélude » , mot persan introduit en Maghreb 
avec les autres termes musicaux. On le trouve le plus souvent 
sous la forme altérée bechrâf. 

* V. 1 4o. Mohammed ben el Hâ£Pàf avait été marin dans sa jeu- 
nesse. 

' V. i45. La salle d'Ël Boul^âr^ est la bibliothèque de la mos- 
quée de S^dy 'Abd er Rahmân ettsaMeb^. 



152 JUILLET-AOÛT 1899. 

148. Quand j'eus terminé ce dithyrambe, et 
qu*Ei-Hâdj ben er Rëbha en eut connaissance, il se 
mit à rire, tout en égrenant son chapelet: «Voilà 
une excellente chanson ! » me dit-il , et il tira de sa 
sacoche sa décoration qui y était serrée. 

151. Ma chanson se répandit; on la trouva sa- 
voureuse ^ C'est, honorables auditeurs, le dernier 
vendredi du mois d'El-Mouloûd de Tannée mil deux 
cent quatre-vingt-quatre que j'achevai ce récit fan- 
taisiste 2. 

154. Voulez-vous savoir mon nom ? Je suis Qâd- 
doûr, de tous connu, relieur à Sydy Boû Gdoûr, vêtu 
d'une qéchchâbyya^. Si mon dos n'était pas difiForme, 
personne ne pourrait me résister. 

1 57. On m'a dit : « Quand ils reviendront, cache- 
toi, dans la crainte qu'ils ne te donnent quelque 
mauvais coup; ils t'écraseraient ta bosse et te déli- 
vreraient des soucis d'ici-bas. — Je saurai bien me 
sauver, ai-je répondu, ou bien je me plaindrai à la 
police. » 

160. Si je n'étais très occupé, j'aurais encore 

^ V. i5i. Qâddoûr joue sur le mot ^^jJ^ «savoureux». On a vu 
qu'il se nomme Ben Ben^na. 

^ V. i53. C'est-à-dire le 26 juillet 1867. 

^ V. 1 54-1 55. S^d^ Boû Gdoûr est un quartier de la haute ville. 
Sur le saint homme qui lui a donné son nom, cf. A. Devoulx ; Les 
édifices religieux de l'ancien Alger, p. aiio» Alger, 1870. 

On appelle qêchchâbyya une grande hlouse en laine épaisse. 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 153 

bien des choses à dire. Ceux qui ont entendu mon 
bavardage le disent agréable. C'est aussi lavis des 
chanteuses et des musiciens, y compris Ez Zohra 
bent el Foûl qui, de sa fenêtre, m'adresse des com- 
pliments. 

163. Celui qui n'a en vue rien d'utile trouvera 
dans cette chanson ce qu'il lui faut. Mais s'il sou- 
haite y voir quelque chose, étendez-le sous le bâton, 
et qu'il se régale de mille coups sur le ventre; puis 
menez-le au médecin qui saura bien lui soutirer une 
once [d'or]. 

166. Que votre cœur ne soit pas attristé, mes 
frères, de ce que je vous aie ainsi plaisantes. Je me 
suis mis au milieu de vous pour ne pas encourir 
votre blâme; je vous ai dit ma difformité et je vous 
ai dévoilé toutes mes misères. 

^*^ Ancien élève de la Medersa d'Alger, relieur, luthier el 
copiste de manuscrits, Qâddoûr ben *Omar ben Benyna, plus 
connu de ses coreligionnaires sous le nom de Qâddoùr el Hâd- 
by (le bossu), mort pendant Thiver 1897-1898, a, pendant 
trente ans , chansonné tous les personnages en vue de la haute 
ville. 

Ce morceau vif et gai , produit d'une verve raUleuse qui 
lui donne des allures de chanson française, a été composé 
par lui a l'occasion du voyage à Paris d'une troupe de musi- 
ciens, de chanteurs et d'Aïssaoua qui figura à l'Exposition 
de 1867, sous la direction d'un professeur de musique nom- 
mé Salvador Daniel (voir sur ce personnage la notice que lui 
consacre la Grande encyclopédie, t. III, p. 855). Il est versifié 
en mosèddes, c'est-à-dire en couplets de six hémistiches. 



J54 JUILLET-AOÛT 1899. 

On remarquera le grand nombre de mots d'origine espa- 
gnole que renferme cette pièce — le langage des villes ma- 
ritimes en fourmiUe — et cette particularité orthographique 
que quand le e doit être prononcé g dur, il est remplacé par 
le J surmonté de trois points. 

Je dois faire observer aussi que la traduction, qui nuit 
toujours beaucoup à la poésie arabe , est impuissante à rendre 
tout l'effet comique des vers du relieur. 



NOTES DU TEXTE. 

V. 8. )^LZmx9, bsêbbâtou est pour id^Ujâ^. Les nécessités de la 
rime ont fait changer le » en \y. Toutes ces syllabes finales sont 
brèves ; on doit prononcer comme s'il y avait bLlê , ^^. i b^^^A^ ) 

V. 9. l>klo est pour J^Ar.;,! (y^ili «blanchir au lait de chaux, 
badigeonner»). Ce changement du dâd en ta est assez fréquent à 
Alger. 

V. 1 o. Vâpoûr, de Tesp. vapor « bateau à vapeur ». 

V. 12. (S^ «de, du., de la, des», indiquant la possession, la 
relation , la matière , la provenance , est le relatif sémitique ^«S , l«> , 
(^S . Particularité à noter : ce mot n'est employé que dans le massif 

littorid , du Maroc à la Tunisie. Les gens de l'intérieur se servent 
plus volontiers de l'état construit concurremment avec »Lxa . 

V. 1 3. Pâr^z pour Paris est la prononciation d'un indigène déjà 
familiarisé avec notre langue. On dit généralement Bârfz : citadins 
et Bédouins prononçant di£Bciiement le p, 

V. 17. Kâdoû est le fr. «cadeau». 

V. 19. Tyâtroû (esp. teatro), H est à remarquer qu'au lieu de 
transcrire le t par le u» qui est son homophone, les Arabes em- 
ploient le L?, lettre très emphatique; ils en usent de même dans 
toutes leurs transcriptions. 

y. 3i. fjAjlSyM (esp. mercante) «commerçant, négociant». 

y. 35. Dans koûry on reconnaît le fr. «écurie». 
— hèlkonpàaya « en rangs , en bon ordre » , comme une « com- 
pagnie » de soldats. 

V. 38. Frank «franc», a été transformé en frâk pour la rime; 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 155 

cette orthographe est d^aiilcurs pi as voisine de la vraie prononciation. 
Les Arabes rendent di£Bcilement les syllabes nasales et les font vo- 
lontiers disparaître quand ils les rencontrent dans des mots étran- 
gers à leur langue. An, en, in et un sont le plus souvent remplacés 
par un d long; ainsi «Durand» devient Dourâ, «content» konntâ, 
«Martin» Martâ, «Vincent» Fansa, tandis que on se change en où : 
«Avignon» Fenyoû, «planton» blâtoâ, 

V. 39. Elabnâk « les bancs ». Quand il leur faut mettre au pluriel 
un mol étranger, les Arabes se servent des procédés de leur langue. 
Ainsi bougâtou (esp. abogado, fr. «avocat»), en a deux : un pluriel 
en *=>!, bougâiouât , en sa qualité de mot d'origine étrangère; c'est 
la forme qu'ont choisie les citadins. Les Bédouins , fidèles au pluriel 
brisé, si éminemment arabe, ont préféré bouâget avec terkh^m du 
onâon final). 

V. 47. Elhoûr «la cour du palais du pacha». 

V. 55. On ne fait pas sentir dans le langage le second dj^m du 
mot ^L^ hâddj, 

V. 70. Plâsa est Tesp. plaza, 

V. 84. Arya, ital. aria «air», ^^i) «xi^Lî est un gsdlicisme. 

V. 93. <s^y^^ errày (esp. el rej«le roi»). Les indigènes algériens 
habitués depuis i83o à se servir de ce mot pour désigner le Chef 
de l'Etat , l'ont conservé pendant toute la durée de l'empire. Ainsi 
Oah^l errày a successivement signifié « Procureur du roi et Procu- 
reur impérial». 

V. 106. Elnvfr (fr. «le maire»). Ce mot reproduit exactement 
l'altération populaire du mot ^^). 

V. 109. dLoest pour db. Ici cette sdtération est motivée par la 
rime, mais on la retrouve partout, car il est d'usage d'allonger la 
voyelle brève des particules d'une seule lettre <_», d, J. On emploie 
aussi cette façon d'écrire, en vue d'obtenir une reproduction fidèle 
de la prononciation , pour les personnes des verbes concaves ou dé- 
fectueux qui devraient grammaticalement perdre leur lettre faible ; 
ainsi on dit et on écrit Oy& pour UU;, (^y^\ pour y^\, 

V. 1 1 1 . Miksyk , transcription de « Mexique ». L'emploi de ce mot 
pourrait, à défaut de date, fixer l'âge de cette chanson. Il est em- 
ployé ici comme équivalent de «au bout du monde, au diable». 

V. 112. 31^4* est pour o*»lv^ «mortier». Ce mot el le mot^L^y^ 
«bâton pointu , aiguillon», sont pris ici dans un sens équivoque. 

y. 119. owoU^I . La forme populaire Jlxi\ marque les modifi- 



156 JUILLET-AOÛT 1899. 

cations que ie sujet subit dans son état ou dans sa manière d'être, 
en acquérant la qualité indiquée par le radical; ex. : Jl^l «s'al- 
longer», jLiAf c devenir fou». M. Beaussier (Dictionnaire pratique 
arabe-français, Alger, 1871) ia nomme tx* moderne. Je préfère y 
voir avec M. Gorguos (Cours Carabe vulgaire, a* édit., p. 168, 
Paris, 1857), ^^^ altération de la xi' : toutes deux désignent les 
couleurs et les défieiuts physiques, celle-ci avec plus d'intensité que 
celle-là; toutes deux voient, suivant la règle propre au langage, 

disparaître le redoublement de la troisième radîcde : Jjii! = Jjiil ; 

Jlx>! = Jlx>! (comp. Ji' M = 3:^ Ml; ^U. Ad^ = gU. hâdd[j. 

Mais , quoiqu'aucune grammaire n'attribue à la xi* forme cette si- 
gnification spéciale , le vocabulaire en renferme quantité d'exemples : 

^ « reunir sur un seul point » ; ^>o ) « se ramasser, se contracter 

pour tenir le moins de place possible»; yàs «écaille, épiderme», 

IwÂSt = jL&S) usjLâJl «avoir le frisson, la chair de poule», etc.; 
pourquoi dors se mettre dans la nécessité de chercher une expli- 
cation à l'addition d'un alif k la ix' dors que le paradigme de 
la xi' donne tout naturellement satisfaction ? 

V. 149. i fA tf mendahha est la prononciation nsudlc de L» 
V. iSg. Poûlfsya» esp. policia. 



[La suite au prochain cahier.) 



LA KAÇtDAH D'AVICENNE SUR L'ÂME. 157 

LA 

KAÇÎDAH D'AVICENNE 

SUR L'Ame, 

PAR 

M. LE Bo« CARRA DE VAUX. 



AVANT-PROPOS. 

Il existe un petit poème sur 1 ame , uiïiverseliement attribué 
à Avicenne, et dont les manuscrits né sont pas rares. L'in- 
térêt de ce poème vient de ce que la langue en est belle , et 
de ce que la pensée y a un tour énîgmatique qui laisse le 
lecteur hésitant entre des interprétations diverses. Il parait 
que cette kaçidah est connue en Orient. Un élève du lycée 
de Galata Serai, — M. G. Kendirdjy, notre collaborateur 
dans le présent travail , — nous a dit que les maîtres de cette 
institution la faisaient apprendre aux élèves comme morceau 
classique , sans oser en fournir d'explication nette. 

La Bibliothèque nationale de Paris possède cinq manu- 
scrits de la kaçidah sur Tâme, portant les n**' i6ao, 23a 2, 
a5o2, 254it 3171. 

Le ms. 3171 contient le poème seul, sans commentaire; 
le vers 1 9 y est déplacé et transporté avant le vers 1 6. Le 
ms. a 3 21 2 contient, avec le poème, mi commentaire attribué 
à ^Abd er-Rahman es-Soufî. L'auteur connu de ce nom , qui 
a écrit un catalogue des étoiles, est mort en 376 de l'hégire, 
et n'a pas pu commenter un ouvrage d'Avicenne mort en 428 
à un âge assez peu avancé. Il faut donc , ou que l'attribution 
soit fausse, ou qu'il s'agisse d'un homonyme inconnu. Ce 



158 JUILLET-AOÛT 1899. 

manuscrit est d'ailleurs mauvais et écrit avec une extrême 
nég^gence. Les trois autres manuscrits renferment un com- 
mentaire qui n*est pas identique au précédent , et dont Tau- 
teur n'est pas nommé. On lit dans VHistoire des dynasties 
d'Abou'l-Faradj qu'un certain Mohammed fils d"Abd es- 
Salâm el-Mokaddasi el-Mâridîni, homme fort savant mais 
qui n'aimait point écrire, et qui mourut en 5 94 de l'hégire, 
« laissa comme unique ouvrage un conmientaire de la poésie 
d'Avicenne qui commence par ces mots : ^i^Jî oia.îj6 . » C'est 
notre kaçîdah. Il se peut que le commentaire qui l'accom- 
pagne soit un abrégé de celui d^Abd es-Salâm. Ce qui est 
certain, c'est qu'il n'a pas une très grande valeur, et que 
l'incognito sied bien à son auteur. Cependant , en une pareille 
matière, le conmientaire le plus médiocre a son utilité et 
constitue un secours qu'on aurait tort de négliger. 

Nous éditerons le texte et la glose de la Kaçidah d'après 
le ms. 254i« avec quelques emprunts au ms. 1620. La glose 
attribuée à *Abd er-Rahman es-Soufi, plus mal écrite que 
celle-là, n'est pas plus développée et parait peu originale. 
Nous la laisserons tout à fait de côté. Après avoir traduit le 
poème , nous en donnerons nous-même un commentaire en 
nous inspirant de celui du texte. 



LA KAÇiDÂH D'AVICENNE SUR L'ÂME. 159 



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160 JUILLET-AOÛT 1899. 



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LA KAÇÎDAH D'AVICENNE SUR L'AME. 161 

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^3^1^ i^JUlII L^ cîJlJL^ «±»3oJI «tooc^t i (:Ps^L^ oJLo^) )^) jJt ^^(3 
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XIV. 1 1 



l«i->ilHK.tlK ■*1l<i»4ir. 



162 JUILLËT-AOÛT 1809. 

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LA KAÇÎDAH D'AVICENNE SUR L'AME. 103 

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164 JUILLET-AOÛT 1899. 

«^.wjJLJl ^yiJ\ ùJj\ 4{jS ^^\ #jJy» ^ byâJI ijSy^ yA^ ^JL^\ ^ os^ 

v>^ 1^ u^ui l^^e^ 17 

^ ^ • -> 

V;:)» Â.y* /^i t;>!--=^ ^3 »oot^ 7^^ r^ tj^-^ ^3 
& A i ^ JlJÛ iL^ll^ ^%J^9 i3 



/ JLJi L^ Jux^ U (^^1 i .gtjitf'fc JXî iULfi c9LM«^...oâJU i^o<^ 
jtiLS'oLs^l 3^,...iûy* ^j^li'yl /jJp byûJ!, hyAJ\ v'>e- ^7^ 



s.r^..^^ s':*^. 






' Ed. Ablwardl, pièce 1, vers 28. 



LA KACIDAH D'AVICENNE SUR L'ÂME. 165 « 



i yJiy^ yLSEjJI^UlJ, yL.yi ^jA (j^i ^b ^ ijyù^ COjX ^ 
iW^ ^JP) f^\yù (s^y?. ^ (S^^ yjyUL ^yJ^ yO^^ ,j-*^l Jt»a3l JU^ 

^LxJ! yL.) Jl iu--jJb l^jJD ïjsîo^ oJlS'y!^ yO^L? j^JUJl JUsI 
jL-w^^3 JtK-^ JlOï Ax^l^ J! ^UJ! Jîrffjo ^^ ^1 ooill Jl J^Sll ^^ 

jJxj^î 31, yO^I ^^ .jLcJI ^^1 c>JlIa5 ^ Jtjjl ylS" y!^ vUJ^l 

Quelques manuscrits ajoutent ce vers : 






' 160 JUILLET-AOÛT 18Q9. 



II 

LA KAÇÎDAH ATTRIBUÉE AU CHEÏKH 
ABOU ^ALI IBN SÎnA. 

1. Il est tombé vers toi, du lieu suprême, une 
colombe de couleur cendrée, pleine de chasteté et 
de réserve , 

2. Invisible à Toeil même du savant. Et pour- 
tant elle était dévoilée et n^était pas couverte du 
bourqa*. 

3. Elle est parvenue avec répugnance jusqu'à toi ; 
mais peut-être aussi elle te quittera avec peine, et 
elle en sera dans la désolation. 

4. Elle était pure, sans amitié pour personne. 
Puis quand elle s est unie à toi, elle s'est acclimatée 
au voisinage des déserts et des ruines. 

5. On dirait quelle a oublié les promesses du 
foyer, et les demeures qu elle a quittées contre leur 
gré; 

6. De sorte que, après s*être séparée du mîm de 
son centre, pour s'attacher au hâ de sa chute sur 
une terre desséchée, 

7. Elle est tombée dans la dépendance du thâ de 



LA KAÇtDAH D'AVICENNE SUR lIME. 167 

la lourdeur; et elle s'eut trouvée entre len veitiges 
des routes et les traces misérables des campements, 

8. Elle pleure, lorsqu'elle se rappelle les pro- 
messes de son foyer, des larmes qui ooident et ne 
tarissent pas ; 

0. Elle passe son temps à gémir sur les traces 
noircies que dissémine le va «et'* vient des quatre 
vents. 

10. Car le iao serré la retient, et sa faiblesse 
Tempôche d'atteindre l'apogée vaste , pareil au pâtu- 
rage du printemps. 

1 1 . Lorsqu'enfm son départ va la rapprocher du 
foyer, et son voyage la ramener dans la vid^ spjN 
cieux, 

12. Elle se sépare de tout ce qui, en arriére 
d'elle, reste dans la poussière, ne l'accompagnant 
pas. 

13. Elle s'assoupit, et alors, le voile s'étant sou- 
levé, elle voit ce que ne perçoivent pas les yeux en- 
dormis. 

14. EHe se met à roucouler au sommet d'une 
montagne élevée. Car la science élève quiconque 
était en bas. 



108 JUILLET-AOÛT 1899. 

15. Pourquoi donc est-elle tombée du pic ardu 
jusqu au fond déprimé du sol ? 

16. Si c est Dieu qui la précipitée par un principe 
de raison, ce principe est resté caché à Thomme in- 
telligent, subtil, spirituel; 

17. Et si sa chute a été TefiFet d'un coup fatal, 
afin qu'elle entendît ce qu elle n'avait pas encore en- 
tendu , 

18. Et qu'elle devînt savante dans tous les secrets 
des deux mondes, la lacune qu'elle portait en elle 
n'a pas été comblée. 

19. Le destin lui a coupé sa route, elle s'est cou- 
chée pour ne plus se relever. 

20. Elle est comme un éclair qui brille dans la 
vallée, puis qui s'éteint; et c'est comme s'il n'avait 
jamais lui. 

III 

Il est clair que l'auteur de ce poème a entendu 
décrire la chute de l'âme, d'un monde supérieur vers 
le coi'ps , puis sa rupture d'avec le corps par la mort , 
et que , dans les derniers vers , il a posé la question 
de la cause de cette chute. Les détails de l'interpré- 
tation ne sont pas aussi aisés. 



LA KACÎDAH DAVICENNE SUR L'ÂME. 109 

Le vers i montre lame, sous la forme d'une 
colombe, tombant dun lieu élevé. Ce lieu est le 
monde spirituel, et le commentateur avertit qu'il 
s'agit de Tâme raisonnable iUldtjJI ^jwJLJI, qu'il ne 
faut en effet pas confondre avec l'âme animale ou 
avec l'âme végétale. L'âme vient d'en haut pour tous 
les Musulmans ; mais selon la philosophie du cheïkh , 
elle n'existe pas, avant le corps, pure de matière; 
et, si l'on veut mettre ce vers d'accord avec sa doc- 
trine, il faut entendre par la chute de l'âme sa rela- 
tion avec le corps, qui est une relation de gouver- 

nement et de possession : ôyâxJI^ Yi^*>^l {j^ ; ces 
mots sont techniques. 

Lame est invisible, dit le vers 2; et cependant 
chacun connaît l'existence de son âme. — Il faut 

remarquer dans ce vers l'inversion des mots J^ ^JS> 
ôjUilXjL», qui doivent être compris comme s'il y 

avait : c3;U J6 iUjU ^JS>. Le boiirqa\ c'est le voile des 
femmes. 

En entrant dans le corps (vers 3), l'âme, essence 
spirituelle , a éprouvé le dégoût de la matière corpo- 
relle; mais peut-être quittera-t-elle le corps avec 
regret parce qu'elle ne sera pas sûre d'atteindre le 
bonheur, ou qu'elle aura perdu le goût des choses 
supérieures. 

Le corps (vers Ix) est comparable à un lieu vide 
et désert, parce que, en tant que corps, il est vide 
des facultés de l'âme. Cependant l'âme, en se liant 



170 JUILLET.AOÛT 1809. 

avoe lui, oublie lei demeures supérieurea qu'elle a 
quittées (vers 5). 

Dans les deux vers suivants (6 et y), Tauteur se 
sert des initiales M, mtm , thd des trois mots l»^ « la 
chute » , yL» a le centre » , Juiî « la lourdeur ». H y a 
plusieurs interprétations de ces images, dont la plus 
juste est celle-ci : le hâ de la chute désigne l'entrée 
en relation de Tâme avec le corps; le mim de son 
centre est le moment où elle apparaît dans Je monde 
spirituel, et le tM de la lourdeur, ce sont les parties 
du corps qui viennent les premières en contact avec 
Tâme , c'est-à-dire le cœur et l'esprit animal. Cette in- 
terprétation suppose que, conformément à la doctrine 
d'Avicenne, lame est produite en môme temps que 
le corps. 

Viennent ensuite, dan«» les vers 7, 8 et 9, des 
images familières à la poésie arabe, oix ion voit 
lame se lamenter sur les traces de campements 
abandonnés. Ici les cendres et les débris noircis que 
dispersent les quatre vents , doivent être considérés 
comme signifiant les parties du corps mues en sens 
divers par les quatre qualités essentielles : le chaud, 
le froid, fhumide et le sec. Le corps est aussi vil, 
aussi fragile que ces minces débris; il offre à l'âme 
un séjour dont elle peut déplorer la tristesse. 

L ame (vers 1 o) est retenue dans les liens corporels 
comme Toiseau dans les lacs du chasseur. Cette fai- 
blesse qui l'empêche d'atteindre à son apogée vient 
de ses attaches avec le corps et des imperfections de 



LA KAÇÎDAH D'AVICENNE; SUR L'AME. 171 

h matière, Lg Hou que ie poète symboiige par ces 
bellea images d\ apogée vaste » et de « pâturage prin- 
tanier », c'est toujours le monde spirituel, 

Mais enfin vient le temps de la mort, où Tâme va 
remonter dans son atmosphère et retuurner vers son 
foyer (vers n), s'étant débarrassée du corps et de 
ses facultés qui restent en bas, vouées à la poussière 
(vers i Q ). Alors elle voit les essences véritables que 
n'atteignent pas les yeux endormis du corps; elle 
entre dans cet état auquel Ali faisait allusion lors- 
qu'il disait : «Si le voile s était levé, ma certitude 
n'eût pas été plus grande » (vers 1 3), 

Revenue dans le monde de Tesprit, lame se ré' 
jouit, chante comme une oolorabe sur une montagne 
élevée (vers i/i). Qu est-ce qui la fait remonter vers 
ces sommets? C'est la science. Et le commentateur, 
expliquant cette ascension dit : Elle s est élevée suc- 
cessivement de Tintelligence matérielle ij^^^i JJbJI 
à Tintelligence de possession dX)JL\j JJUJt , de celle-ci 
à l'intelligence en acte JjûJI^ JJUJt , puis à Tintelli- 
gence acquise ^UxamII JJuJI qui est le plus haut état 
de l'intellect humain. Nous ne pouvons pas déve- 
lopper ici le sens de ces termes qui a un peu varié 
selon les philosophes. On les rencontre dans les ou- 
vrages d'Avicenne et dans ceux de Farabi qui les a 
tirés d'Alexandre d'Aphrodise^ 

* Voir h iVa((/d( d'Avicenne , traité de Tome, uqction sur 1a fa- 
culté spéculative, f»îiyiàjJ\ s^\; — et Al-Farabi, Plnhiophischc 
Abhandlungen , éd. Fr. Dieterici, p. Sg; traité sur les sens du mol 
«intelligence». 



172 JUILLET-AOÛT 1899. 

Le cycle que doit parcourir lame étant ainsi 
décrit , lepoètepose cette question troublante (vers 1 5- 
2o) : Pourquoi lame est-elle tombée? Si elle est 
tombée pour un motif rationnel autre que celui d'ob- 
tenir la perfection , ce motif est resté caché aux plus 
sages; et si elle est tombée pour obtenir la perfec- 
tion, pourquoi se trouve-t-elle soudain séparée du 
corps, au hasard de la destinée, avant quelle ait 
atteint cette fin , qu'elle ait achevé sa route , qu elle 
ait comblé la Jacune de son ignorance, recousu ses 
fentes ou bouché ses fissures ? A ce dilemme posé en 
termes si nets le poète ne sait point répondre. 11 pré- 
voit que quelques-uns chercheront à résoudre la dif- 
ficulté en ayant recours à la' métempsycose : cette 
vie a laissé Tœuvre du salut de lame incomplète; 
elle a été trop courte, insuffisante, manquée; mais 
1 ame pourra être plus heureuse dans des vies subsé- 
quentes. — Il n en est rien ; le corps usé par la vie 
est bien usé, consumé pour toujours; la mort est un 
coucher qui ne sera pas suivi dun second lever 
(vers 19). Si courte soit la vie, elle est unique et 
définitive ; on ne doit pas chercher à l'expliquer en 
la répétant. Tout son sens tient dans ce rapide instant 
où, au sein de Téternité, lame passe dans le monde 
de la chair, pareille à Téclaii* qui luit un moment 
entre les collines et s'éteint à jamais (vers 20). 

Faut-il voir dans cette énigme une intention pessi- 
miste ? La vraie pensée de l'auteur est-elle que la vie 
est une œuvre mal faile, une institution mal venue. 



LA KAÇÎDAH D'AVICENNE SUR L'ÀME. 173 

incapable de répondre à son but, ou bien encore 
que ce but même ne saurait être celui que pensent 
les sages et qu'il est ignoré? Ces quelques lignes 
nous révèlenl-elles un Avicenne pessimiste ou agnos- 
tique? Nous croyons qu'il faut éviter de tirer dun 
si court fragment des conséquences si graves relati- 
vement à un auteur qui est d'ailleurs connu par des 
ouvrages considérables. Au fond, la kaçîdah sur 
l'âme exprime plutôt une impression qu'une pensée. 
En tous cas son véritable sens , s'il nous échappe , ne 
nous sera pas fourni par le vers assez plat que quel- 
ques scribes ont cru devoir ajouter au poème : 
« Pouvez- vous répondre ? Moi , je n'en suis pas capable ; 
mais le feu de la science a ses illuminations. » 



174 JUILLET-AOÛT 1899. 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 



BULLETIN D'^PIGRAPHIE SEMITIQUE. 

Dans la séance de rÂcadëmie des Inscriptions et Belles- 
Lettres du i" septembre 1899, ^* ^® marquis de Vogué, 
président de ia Commission du Corpus Iiiscriptionam Semiti- 
cavam , a annoncé que cette Commission avait pris la résolu- 
tion de publier, à partir du 1" janvier 1900, des Bulletins 
périodiques d'épigraphie sémitique , qui enregistreront au fur 
et à mesure , toutes les nouvelles découvertes épigraphiqnes , 
qui noteront et analyseront toutes les publications relatives 
à Tépigraphie, et serviront ainsi tout à la fois de complé- 
ment aux volumes déjà parus du Corpus, en signalant les 
corrections ou améliorations que les nouvelles découvertes 
pourront permettre d*y apporter, et de préparation aux 
volumes futurs , en mettant immédiatement à la disposition 
des savants les textes nouveaux , et en facilitant leur discus- 
sion et leur étude avant qu'ils ne soient insérés définitive- 
ment au Corpus. 

Voici d'ailleurs les termes mêmes du Rapport de M. de 
Vogué. Après avoir dit que le nouveau recueil , dont le pro- 
jet remonte à plusieurs années , serait conçu à peu près sur 
le plan de VEphemeris epigrapkica Latina, il ajoute : 

Cette publication , que les auteurs du C. /. L, ont jugée 
indispensable à la bonne préparation de leur recueil, est 
encore plus nécessaire à l'élaboration des futurs volumes du 
C. /. S, Le moment approche en effet, où la Commission 
aura définitivement publié tous les textes découverts avant 
sa constitution, ou mis au jour pendant ses travaux. Ses 
futures publications seront alimentées par les découvertes 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 175. 

nouvelles, lesquelles étant nécessairement intermittentes et 
irrégulièrement espacées, Tobligeront à mettre un assez grand 
intervalle entre Tapparition des volumes qu'elle préparera. De 
là, la nécessité dune publication supplémentaire qui enre- 
gistre les découvertes et mette immédiatement les textes à la 

disposition des savants » 

« Les sacrifices considérables que l'Académie s*est imposés 
pour le Corpus, ont permis d'apporter à son exécution tout 
le soin , toute la précision , et on peut ajouter le luxe , qui 
placent cet ouvrage au premier rang parmi les publications 
orientales qui ont vu le jour jusqu'à présent. Nous devons à 
l'Académie de ne reculer devant aucun effort pour main- 
tenir son œuvre à la bauteur où elle a été placée , et main- 
tenir au milieu d'elle le centre des études d'épigraphie 
orientale » 

Nous sommes certains que les lecteurs du Journal asiatique 
apprendront avec plaisir l'apparition prochaine de cette publi- 
cation, qui est une nouvelle marque de la sollicitude de 
l'Académie des Inscriptions pour les études orientales et qui, 
sous son haut patronage, et sous la direction de la Com- 
mission du Corpus, ne peut manquer de devenir un organe 
important de l'orientalisme. , 



LE JANISSAIRE Bl^HIR-AGHA , MaItRE DE BAGHDAD (iGig-lGaS) . 

D'APRÀS UN DOCUMENT INEDIT. 

Comme on le sait , les Ottomans ont conquis deux fois la 
ville de Baghdad : la première fois en iô3/i« sous le règne 
du sultan Suléïman le Législateur ou le Magnifique; la se* 
conde fois en i638, sous le sultan Moorad IV. La première 
conquête eut lica de la façon suivante : L'ancienne capitale 
des khalifes abbassides, qui jusque-là relevait de la dynastie 
des Turcomans du Mouton-Blanc, avait été prise en i5o8 



176 JUILLET-AOÛT 1899. 

par Lâlà-Hoséïn, général de Châh-Ismail le Çafavidc; depuis 
lors , sauf l'enlreprise éphémère de Dliou'l-Fiqàr, chef d'une 
tribu kurde, cette ville était restée sous la domination per- 
sane, lorsque le sultan Suléïman, poursuivant le cours de 
ses campagnes contre la Perse, songea, après Toccupation 
de l'Adherbaïdjan , à conquérir la vallée du Tigre ; son grand- 
vizir et généralissime Ibrahim-pacha, fds d'un matelot de 
Parga , enlevé par des corsaires et vendu comme esclave , et 
dont la bonne mine et l'habileté sur le violon avaient fait 
toute la fortune , avait été envoyé en avant-garde et suivi de 
près par le souverain; le gouverneur persan s'étant enfui, 
la ville s'était rendue (i534). 

Depuis lors, la domination ottomane n'avait plus été in- 
terrompue que pendant quinze ans, de 1628 à i638, pé- 
riode pendant laquelle Baghdad était retombé sous le joug 
des Çafavides. La cause principale de ceUc interruption, qui 
motiva la campagne de Mourad IV, fut la révolte d'un simple 
janissaire de la garnison turque, Békir-agha, devenu çoâ- 
bâchy ou chef de la police , qui fut le réel maître de la ville 
pendant cinq ans, trahit son souverain en entretenant des 
intelligences avec les Persans, se repentit trop tard de sa 
trahison , et périt de la main des nouveaux maîtres qu'il avait 
cherchés. 

Békir-agha est connu par les pages que lui a consacrées 
Hammer-Purgstall [Histoire de l'Empire ottoman, t. IX, p. 5 
à 2 1 de la traduction française de J.-J. Hellert) , qui a tiré 
surtout ses renseignements de l'historien turc Nalmâ. Si nous 
revenons sur ce personnage et sur le rôle qu'il a joué , c'est 
que nous pouvons citer, à côté de l'historiographe officiel 
ottoman, un manuscrit turc inédit de notre collection qui 
contient l'histoire de Baghdad, depuis la chute du khalifat 
abbasside en 1 268 jusqu'en 1677. Cet ouvrage a été composé 
probablement à la fin du xvii" siècle et postérieurement à 
1 683 , date la plus récente citée dans le corps du texte , par 
un auteur inconnu. 

Lorsque Chàh-'Abbâs 1" s'empara de Baghdad, la plupart 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 177 

des TuiTs émigrèrent ; le père de notre auteur se devisa en 
derviche, après être resté caché quelques jours, et, accom* 
pagné de sa seule mère, tète et pieds nus, sans provisions, 
i^ussit à gagner Y Asie Mineure en remontant le cours de 
TËuphrate, et à se l'éfugier auprès du général HÀiyz Ahmed 
pacha qu*il connaissait et qui tenta en vain de reprendi^e la 
ville des Khalifes. 

Les renseignements que nous donne notre auteui* ano- 
nyme sur le janissaire Békir-agha, il les tenait de son père, 
témoin oculaire , et il est intéressant , à ce titre , de les com- 
parer avec ceux de Nalmâ utilisés par Hanimer. Voici donc 
ce qu'il nous dit sur cette période : 

« A la mort du sultan A^med I", celui-ci fut remplacé par 
son frère Moçtafâ I*' qu'on déposa au hout de trois mois et 
qui vit monter sur le trône son neveu *Osmân II , iils d'Ai^- 
med I" (1618). Sous le règne désordonné de cdui~ci, en 
1 61 9 , un individu nommé Bëkir, simple janissaire de la gar> 
nison de Baghdad, devenu ensuite çou-hâchy, puis agha de 
cette troupe, et qui conserva toujours ce surnom de çoâ- 
bâchy, vit croître son influence à tel point qn*il devint le vi^ai 
maître de la province. Toutes les nominations de fonction- 
naires locaux passaient entre ses mains , et les affaires étaient 
réglées suivant son avis. » 

Cette influence de Békir n'était pas pour plaire à tout le 
monde ; un corps de troupes , les Azahs , se mirent contre lui 
et complotèrent sa perte. Ces Azahs avaient à Baghdad 
même un agha , nommé Mohammed Qanhèr, qui fat i*àme 
de cette machination, et profita de ce qu'en 1631, certaines 
trihus bédouines s' étant révoltées dans les régions éloignées 
de la province, Bddr marcha en personne contre dUes, en 
laissant à sa place un lieutenant nommé Mohammed. « Qan- 
hèr, dit notre auteur, invita chez lui les chefs des Azahs et les 
chérifs de la ville , et tint conseil avec eux pour détruire l'om- 
nipotence du parvenu qui s'était élevé au rang de tyran. Tons 
approuvèrent sa manière de voir et se conjurèrent avec kd ; 
ils se mirent à chercher le moyen de rétablir l'ordre dans la 

IV. la 

IMHIHKias ii«nos«L>. 



178 ' JUILLET-AOÛT 1899. 

province en détruisant le çoû-bàchy et les acolytes qui sou- 
tenaient son pouvoir. » Mais Békir avait laissé dans la ville 
des gens qui lui étaient dévoués et , parmi eux , son kiaya 
*Omar. Celui-ci songea , pour gagner -du temps , à suggérer 
aux Azabs l'idée de se mettre d'accord avec le gouverneur de 
la province, Yousouf- pacha, que l'autorité de Békir avait 
réduit à n'être plus qu'un fantôme, et a s*appuyer sur lui 
pour arriver à ses fins. Il se rendit auprès de Mohamme4 
Qanbèr, et lui fit des offres de service pour amener l'abaisse- 
ment du pouvoir du çoù-bàchy, en s'appuyant sur le repré- 
sentant de l'autorité du sultan, qui habitait la forteresse 
connue sous le nom de citadelle intérieure [Itck-Qafe], 

Cette forteresse a joué un grand rôle dans les sièges et les 
séditions dont Baghdad a été le théâtre jusque dans des 
temps très rapprochés de nous; elle était bâtie de belles 
pierres blanches, d'après Thévenot; du temps de Niebuhr 
elle servait encore d'arsenal et de magasin à poudre. Elle 
était située au nord-ouest de la ville , dans l'angle formé par 
la rencontre des remparts et de la rive du fleuve; elle fiit 
totalement détruite lors des troubles qui marquèrent la chute 
du gouverneur général Daoud-pacha en i83i. C'était là que 
se trouvaient le palais du gouverneur, les demeures des ja- 
nissaires, et sa possession était la marque visible de l'occu- 
pation de la ville. 

Mohammed Qanbèr, au lieu de s'emparer du kiaya 'Omar 
qui était venu se mettre entre ses mains , ainsi qu'on le lui 
conseillait , accueillit ses avis et le fit reconduire chez lui avec 
des honneurs particuliers; puis il se rendit auprès du gou- 
verneur Yousouf- pacha, qui accueillit favorablement les ou- 
vertures du chef des Azabs , approuva son projet et s'entendit 
avec lui pour mettre fin à la domination occulte du chef des 
janissaires; mais par insouciance ou peut-être pour se mé- 
nager des appuis dans l'autre camp, il négligea de faire ar- 
rêter le kiaya *Omar et s'occupa au contraire de lui conférer 
une promotion de grade. 

Le kiaya 'Omar profita immédiatement du répit qui lui 



NOUVKLLKS RT MKLANGËS. 179 

était maladroitement laissé; il réunit les partisans de Békir, 
qui se procurèrent des armes, fermèrent les portes des quar- 
tiers et des rues, et se saisirent des points stratégiques sur 
lesquels ils voulaient s'appuyer; ils attaquèrent la citadelle, 
devant laquelle, sur le Méïdan ou place publique, étaient 
massées les troupes du gouverneur et de Mohammed Qanbèr ; 
ils firent pleuvoir sur elles une grêle de balles , en mirent la 
plus grande partie hors de combat; les rebelles restèrent 
maîtres du terrain et installèrent immédiatement, pour battre 
les murailles de la citadelle , des batteries de canons sur des 
cavaliers qu'ils élevèrent sans tarder. 

L'événement ayant tourné contrairement à ses espérances , 
et les partisans de Békir étant maîtres de la ville , Moham- 
med Qanbèr se souvint que son fils, Abdallah-Réïs, accom- 
pagnait alors Békir dans sa campagne contre les Bédouins 
révoltés ; il lui écrivit pour lui reconmiander de soulever les 
Azabs qui l'accompagnaient, de prendre par surprise Békir 
et ses gens, de les anéantir et d'envoyer le reste des troupes 
en hâte à Baghdad. Cette lettre fut remise à un courrier 
arabe qui traversa le Tigre par une nuit obscure ; ce courrier, 
trouvant que la gratification que Qanbèr lui avait remise à 
son départ était trop mince , n'hésita pas à se rendre auprès 
du chef des janissaires et à lui remettre le message de 
Qanbèr. 

Békir était un homme énergique et d'une décision prompte. 
Il s'empara d'Abdallah-Réïs , le fils de Qanbèr, le destinataire 
du message trahi , pendant son sommeil , et le fit mettre à 
mort en sa présence malgré ses protestations d'innocence; 
les Azabs qui l'entouraient s'enfuirent, et Békir, maître de 
la situation, leva le camp, revint en hâte à Baghdad, s'éta- 
blit à l'occident de la ville et s'occupa de jeter un pont de 
bateaux sur le Tigre ; c'est pendant qu'il surveillait l'installa- 
tion des canons destinés à déjouer cette manœuvre , que le 
gouverneur Yousouf- pacha fut tué par une balle partie de 
la rive opoosée , et que disparut le représentant de l'autorité 
centrale 

13. 



180 JUILLET-AOÛT 1899. 

Les assiégés, renfermés dans la citadelle, résistèrent en- 
core quelques jours; mais, réduits au désespoir, ils se ren- 
dirent à discrétion. Les vainqueurs pillèrent Tarsenal con- 
servé depuis la conquête du sultan Suléïman , ainsi que tous 
les biens des particuliers ; ils mirent le feu à Imtérieur et à 
l'extérieur de la forteresse; des habitants de la citadelle, les 
uns s*enfuirent dans le désert, les autres restèrent prison- 
niers. Au nombre de ces derniers se trouvait Mohammed 
Qanbèr, qui fut conduit devant Békir; le janissaire le fit 
attacher sur un pilori, dans une barque menée par deux 
hommes, enduire de naphte, et brûler vif au milieu du 
Tigre. 

Les partisans de Qanbèr furent recherchés, poursuivis, 
punis de supplices variés; «ces atrocités, dit notre auteur, 
rappelèrent aux habitants de Baghdad les temps d'Houlagou 
et de Timour ». Le mufti lui-même, Molla-agha, qui avait des 
parents parmi les Azabs , n'échappa pas au ressentiment du 
çoù-bâchy et tomba sous les coups de ses bourreaux. 

C'est ainsi que le çoù-bâchy Békir devint maître incontesté 
et indépendant de Baghdad. Cependant il ne tarda pas à 
réfléchir aux suites de l'imprudence qu'il avait commise en 
rompant toutes relations avec la Sublime Porte. Le sidtan 
Mourad IV venait d'être intronisé (1622). Békir s'adressa à 
Hàfyz Ahmed -pacha, gouverneur militaire de Diarbékir, 
pour obtenir, par son entremise , son pardon et sa nomination 
comme gouverneur de la province de Baghdad ; mais le Di- 
van , très au courant de ce qui s'était passé , refusa d'entrer 
dans les vues du rebelle , désigna , contrairement à ses dé- 
sirs, Suléïman-pacha comme gouverneur, et chargea Hà^ 
Ahmed-pacha de l'installer par la force. Celui-ci prit avec 
lui 20,000 hommes de cavalerie et des troupes kurdes, vint 
camper dans le village de Yénidjé et bloqua Baghdad, dont 
les habitants sou£Praient déjà de la disette à cause des mau- 
vaises récoltes provenant de la sécheresse et des désordres 
qui avaient troublé la province. 

Cependant plusieurs mois se passèrent, et Hâfyz Ahmed- 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 181 

pacha n'avançait à rien ; il quitta sa position de Yéfiidjë et 
vint planter ses tentes en face des bourgades de Behroûz 
et de Bà*qoubâ , qui furent pillées et dévastées. A la nouvelle 
de ce changement de front , Békir, pour protéger les villages 
situés de ce côté , envoya son kiaya *Omar à la tête de 7,000 
à 8,000 hommes. Une rencontre eut lieu dans l'endroit 
nommé Qobâb-Léïth; le gouverneur de Rerkoùk, Boustân- 
pacha, qui commandait à 5, 000 hommes, fut blessé dans la 
lutte; les Ottomans, découragés, s'apprêtaient à s'enfuir, 
lorsque le lendemain' Hâfyz Ahmed -pacha apparut sur le 
champ de bataille, et attaqua les rebelles de quatre côtés à 
la fois; la résistance dura jusqu'au soir, mais elle fut finale- 
ment vaincue; 3,700 hommes restèrent sur le terrain; 2,5oo 
furent faits prisonniers et amenés devant Ahmed-pacha , qui 
avait eu fort à se plaindre de ces gens quand il avait été 
gouverneur de cette même province , peu de temps avant la 
révolte de Békir; il les sacrifia sans pitié. 

Békir fut profondément aflligé de la défaite de ses troupes ; 
il réunit les principaux de son entourage, et leur expliqua 
que la disette d'approvisionnements et la faiblesse de son 
armée en déroute empêchaient toute résistance; dans une 
pareille situation , on résolut de se mettre sous la protection 
du chah de Perse et de lui livrer la ville. Abbâs l" était alors 
en campagne dans la région de Qandahâr ; on lui fit porter 
les clefs de la forteresse. Le Chah accueillit favorablement 
les ouvertures des révoltés , et désigna immédiatement Çaft- 
qouly-khân, gouverneur de Hamadan, pour aller prendre 
possession de Baghdad. 

Hâfyz Ahmed pacha , à la nouvelle de la marche des Per- 
sans, reconnut qu'il lui serait impossible de s'y opposer, 
parce que son armée était fatiguée de la guerre et dégoûtée 
de la campagne , et hors d'état de résister à une sortie de la 
garnison si elle se produisait en même temps que l'attaque 
de l'ennemi. 11 eut recours à la ruse, et voulut ramener 
Békir du côté des Turcs ; il lui envoya une lettre amicale et 
flatteuse qui lui promettait sa confirmation dans le gouver- 



182 JUILLET-AOÛT 1899. 

nement de la province, avec pardon entier et l'envoi de pré- 
sents de la part du Stdtan. o Le passé est passé ; qu'on n*en 
parie plus ; Baghdad vous est promis sans changement ni refus. 
Protégez la province impériale contre les étrangers, sinon 
vous serez cause de la destruction du monde entier. » Puis il 
se mit en sûreté. 

Békir, heureux d*étre débarrassé de la présence des Otto- 
mans, flatté peut-être de la marque de confiance que lui 
donnait le représentant du Sultan , en le chargeant officiel- 
ment de la défense de Baghdad contre les Persans, com- 
prit retendue et la portée de la trahison à laquelle il 
s'était livré, lui un vieux janissaire; il se repentit de ce 
qu'il avait fait, et, se sentant incapable de défendre la 
place contre l'armée des Gafa vides , il résolut de gagner du 
temps en employant la ruse. « Il commença , dit notre au- 
teur anonyme, par envoyer à la rencontre du général per- 
san Gaf î-qouly-khàn , qui avait réuni ses troupes à Khâ- 
niqin entre Ramadan et Baghdad, et en était déjà parti, 
plusieurs personnages de son entourage revêtus du carac- 
tère de mihmândâr ou fourriers, par lesquels il le fit féli- 
citer amicalement; il lui fit préparer un logement du côté 
de la porte de Qara-qapou (la porte noire), appelée aussi 
Qaranlyq-qapou (la porte obscure), au sud de la ville, ou 
l'attendait un festin destiné à durer trois jours et où on 
lui présenta les cadeaux d'usage. Il écrivit au général persan 
une lettre amicale remplie de compliments de bienvenue, 
lui disant qu'il était plein de reconnaissance pour l'aide 
qu'il était venu lui apporter, et il lui faisait tenir en même 
temps quelques bourses d'argent à titre de frais de route, 
et rien de plus. 

« Çafi-qoidi-khân , qui s'attendait à la reddition pure et 
simple de la place, fut tout agité à la lecture de cette 
lettre et entra dans une violente colère; il comprit qu'il 
n'y avait là qu'une ruse pour gagner du temps; il s'écria: 
« Ce n'est pas pour recevoir des honneurs et amasser de 
«l'argent que nous avons supporte tant de difficultés et 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 183 

« affronté tant de périls ; je vais faire savoir ce qui se passe 
« au chah de Perse. » 

Châh-Ahbâs avait terminé la campagne de Qandahâr et 
s'était déjà installé à Ispahan, où il attendait justement 
des nouvelles de Baghdad ; c'est là que le trouva le messager 
qui venait lui apprendre que Békir avait rompu rengage- 
ment souscrit. Saisi , lui aussi , d*une colère violente , il en- 
voya immédiatement des courriers avec Tordre de réunir 
les troupes du Khorasân, de la Géorgie, du Gîlan et du 
Mazandéran , ce qui constitua une armée considérable avec 
laquelle il se mit lui-même en route. Il ne tarda pas à 
arriver a Baghdad et il s'installa sous les murs de la cita- 
delle. 

A l'arrivée du Chah , Çaf î-qouly-khân passa sur la rive oc- 
cidentale du Tigre pour s'en saisir, ce qui terrifia Békir; 
pour essayer d'entraver le mouvement tournant des troupes 
persanes , il mit son kiaya *Omar à la tète de cpielques sol- 
dats, les fit passer par le pont sur la rive occidentale; le 
combat qui s'y livra se termina par la déroute des troupes 
de Baghdad ; le kiaya 'Omar et plusieurs grands personnages 
tombèrent aux mains de l'ennemi. 

Dès son arrivée, Châh-Abbâs avait fait élever des para- 
pets et des cavaliers, et creuser des mines devant la cita- 
delle. Eln outre des dommages causés à la ville par son feu , 
la disette qui y régnait depuis longtemps amena une 
horrible famine. La misère fut telle que, profitant de 
Tobscurité de la nuit, nombre de désespérés descendirent 
des murailles et se rendirent à l'armée persane. Békir se 
trouva très faible , sans armée et sans munitions. 

C'est alors que se noua le comploj; qui devait livrer la 
viUe aux assiégeants. « Voyant cette situation et poussé par 
les mauvais conseils du désespoir, Mohammed, fils aîné de 
Békir, qui était chargé de la garde de la citadelle intérieure 
et de repousser l'ennemi de ce côté-là, se résolut à trahir 
la cause de son père. £n i6a3, ayant encore à peine la 
force de résister et après avoir attendu quelque temps une 



184 JUILLET-AOÛT 1899. 

délivrance qui ne venait pas, il profita d*une nuit sombre 
pour envoyer un messager au camp persan,- en vue d'ob- 
tenir la promesse du gouvernement de Baghdad pour lui- 
même en offrant de livrer la citadelle. Or, au même mo- 
ment, un chef persan, noomié Isâ-khân, s'emparait sans 
aucune peine de la citadelle intérieure en s*y introduisant 
du côté de la campagne avec quelques milliers de Persans. 
Au matin, les citadins, en entendant les appels de trom- 
pettes sur les tours et les murailles, comprirent ce qui 
s'était passé. On prétend que la terreur qui se répandit fut 
si grande , que des fenunes enceintes avortèrent et que plu- 
sieurs personnes rendirent Tâme de saisissement. 

«Une fois la viUe prise, de nombreux sunnites furent 
jetés au cachot ; Nouri-Ëfendi , mufti de la province , fut mis 
à mort ; les soldats appartenant au corps des janissaires in- 
digènes (qoal-tâ^èsi) furent soumis à toutes sortes de tor- 
tures pour révéler les cachettes de leur fortune, et enfin 
mis à mort. 

« On revêtit Mohanuned, fils de Békir, et ses partisans de 
vêtements d'honneur pour les récompenser de leurs ofires 
de service ; Békir et son frère *Omar-Efendi furent faits pri- 
sonniers et torturés pendant deux mois au moyen d'un 
supplice qui consistait à les empêcher de dormir, et dont 
ils moururent. Après ces exécutions , on proclama un pardon 
générai : les prisonniers furent relâchés, et l'abondance 
recommença à régner pour les pauvres affamés ». 

Telle fut la fin misérable du çoû-bâchy Békir, qui fut 
cinq ans maître de Baghdad, et emporté par l'orgueil et 
son ressentiment contre ses ennemis, craignit de rester 
sous l'obéissance du sidtan de Constantinople , se tourna 
vers Châh-'Abbâs, comprit trop tard l'étendue de sa faute 
et ne sut pas la racheter par l'énergie de sa défense. Les 
suites de sa domination néfaste se firent sentir pendant 
longtemps : « la ville était à moitié démolie , dit notre au- 
teur ; les médressés et les mosquées , souvenirs des khalifes 
abbassides, tombaient en ruines et étaient transformées en 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 185 

écuries; les maisons des simples particuliers avaient été 
mises à sac le jour de Tassant. » En outre , le sultan Mourad IV, 
pour reprendre Baghdad, fut obligé à une des expéditions 
les plus considérables entreprises par TEmpire ottoman, à 
la suite d*une tentative infructueuse faite par le serdâr 
Hàfyz Ahmed-pacha , en 16 2 5; Châh-*Abbàs était mort en 
1629 et avait eu pour successeur son petit-fils Çafl-Mirzâ; ce 
ne fut, comme on sait, qu*à la fin de i638 que Baghdad re- 
tomba sous la domination ottomane, cette fois pour n*en 
plus sortir. 

Voici, en résumé , les principsdes différences qui séparent 
le récit qui précède de celui de Na'imâ, qui a servi de base 
à Hammer et à Jouannin : 

1° L'historiographe ottoman donne pour raison de la 
tentative malheureuse de Mohammed , dont il ignore le sur- 
nom de Qanbër, son désir de satisfaire sa vieiUe inimitié 
contre Békir, tandis que notre auteur anonyme attribue l'ori- 
gine du complot au besoin que ressentait ce personnage , 
soutenu en cela par les chefs des Azabs et les chérifs, de 
mettre fin à l'omnipotence du çoû-bâchy. 

2° Na*îmâ dit que Tagha des Azabs eut l'imprudence de 
confier ses projets au kiaya 'Omar; d'après l'auteur anonyme , 
c'est celui-ci qui eut l'initiative de la ruse qui le mettait au 
courant des projets des ennemis de Békir, ce qui est beau- 
coup plus vraisemblable. 

3" Les historiens attribuent une trop grande activité à 
Yousouf-pacha , le gouverneur, qui parait au contraire , dans 
notre texte , comme absolument annihilé tantôt par l'autorité 
de Békir, lantôt par celle de Mohammed Qanbèr après sa 
révolte ; enfin ce n'est pas pendant qu'il était occupé à exercer 
des canonniers qu'il fut atteint de la baUe qui le tua , mais 
pendant qu'il faisait mettre en batterie des canons pour 
abattre le pont de bateaux que faisait construire Békir. 

4* Hammer affirme (t. IX, p. i3) que Châh-*Abbâs n'at- 
tendait qu'une occasion pour s'emparer d'une province aussi 
importante; le récit de notre auteur montre au contraire 



18C JUILLET-AOÛT 1899. 

qu*il n'y songeait nullement , occupé qu'il était à faire cam- 
pagne en Afghanistan ; la remise des clefs de la forteresse le 
surprit , mais , à dire vrai , il saisit immédiatement roccasion 
qui s'offrait et désigna un général pour aller prendre pos- 
session de la viUe. 

S"" n est bien certain que Moliammed, le fils de Békir, 
avait comploté avec les Persans la remise de la citadelle; 
mais notre auteur nous fait connaître que la nuit même où 
s'achevaient les négociations , « un chef persan , nommé Isa- 
khân, s'emparait sans aucune peine de la citadelle en s'y 
introduisant du côté de la campagne ». 

6" Il faut rejeter définitivement le récit des historiens 
ottomans qui représente Békir périssant du même supplice 
qu'il avait infligé à Mohammed Qanbèr, le chef des Azabs; 
au lieu d'être placé sur une barque enduite de naphte et 
abandonnée toute en flanunes au courant du Tigre, Békir 
mourut parce que, pendant deux mois, on l'empêcha de 
dormir. Si Békir avait péri dans les flanunes , le parallèle de 
son exécution avec celle de sa victime n'aurait pas manqué 
de frapper vivement l'imagination des habitants de Baghdad , 
et nous en aurions l'écho dans notre auteur, dont le père 
avait vu tous ces événements et qui les écrivait une soixan- 
taine d'années plus tard. 

Ce ne sont, si l'on veut, que des détails; cela ne change 
rien aux grandes lignes de l'histoire; mais, pour ce qui 
concerne la ville de Baghdad, notre document explique 
mieux que les historiens les causes qui amenèrent, au début 
du XVII* siècle , son occupation par les Persans et sa reprise 
par les Turcs. 

Cl. HUART. 



Le gérant : 
KUBENS DUVAL. 



188 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

la précise ou la complète, c'est la Sounnah; Ten- 
semble constitue la législation qoranique. 

Elle marqua sur Tordre de choses antérieur un 
réel progrès. Elle releva la femme, adoucit 1 autorité 
du père de famille et donna à Tensemble du Code 
une allure plus rationnelle, plus précise et plus 
douce, parce quelle éleva le concept de la justice 
et chercha en Dieu sa propre source. La révélation 
la fixa sur des bases inébranlables. Les hommes 
ont, depuis, multiplié les formules, accumulé les 
distinctions et élevé, autour de la masse primitive, 
comme un taillis de règles secondaires, de coutumes 
dérivées, de pratiques détournées; ils n'ont pas pu, 
comme ailleurs, transformer l'édifice législatif lui- 
même, ni forienter vers les lumières nouvelles. 

La loi primitive n'était pas simple; l'esprit d'Allah, 
qui l'avait dictée, était vraisemblablement sémite 
et s'inspirait souvent des coutumes antérieures; en 
d'autres termes, et faisant abstraction de la révéla- 
tion, Mohammed donna, dans les versets du Qo- 
rân, ime forme plus précise et souvent adoucie, 
mais rarement nouvelle, des anciennes coutumes. 
Celles-ci étaient compliquées, formalistes et par- 
tiales comme toute législation primitive. La loi qo- 
ranique fiit moins formaliste et moins partiale. D 
ne faudrait cependant pas s'exagérer sa simplicité; 
ce serait méconnaître une des caractéristiques les 
plus tranchées de l'esprit arabe, qui ne voit pas 
simple, évolue facilement au milieu des difficultés 
juridiques, et attache trop de prix aux biens ma- 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 189 

tériels pour ne pas en discuter âprement la jouis- 
sance et la dévolution. Les Ismaïlites ont pu, dans 
un accès subit de passion religieuse, se jeter sur le 
monde, sans autre souci que Tacquisition , au prix 
de leur sang, des joies de Tau -delà (et ce fut, à 
nen pas douter, le moteur qui les mit en marche), 
mais ils ne tardèrent pas à abaisser leurs regards 
vers la terre, et Téclat du butin qu'ils faisaient en 
tous lieux trouva vite le chemin de leurs yeux. Ils 
surent, du reste, faire habilement au ciel sa part 
dans leurs préoccupations journalières, sans, pour 
cela, négliger le temporel : les primitifs et les com- 
plexes ont de ces habiletés que, du reste, beaucoup 
d autres, qui se croient plus affinés et plus simples, 
possèdent souvent aussi, à un rare degré, à leur 
insu. Ces hommes primitifs et complexes surent tou- 
jours allier une conception très élevée de Tau-delà 
au souci très pressant des choses de ce bas monde; 
ils eurent, du grec, la faculté religieuse, et, du ro- 
main, Tespril juridique. De là un code très com- 
pliqué qui ne le cède en rien aux compilations des 
Papinien et des Gaïus. En feuilletant un de leurs 
recueils de jurisprudence, on retrouve presque tous 
les titres des InstituteSy avec des définitions, des 
distinctions et des controverses aussi fouillées, pe- 
sées, serrées que celles des juristes de Rome, et ce 
code ne semble pas mieux fait que le leur pour pé- 
nétrer la nation barbare qui avait mal supporté ou 
refusé le premier et qui, cependant, adopta celui-ci. 
G est que les deux lois, semblables en apparence, 

i3. 



190 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

présentent des difiFérences considérables qui chan- 
gent leur caractère, leur action et leur portée. 

La loi du Bas-Empire est humaine; ce sont des 
hommes, que Ton connaît bien, qui Tout faite, de 
même que d'autres hommes la défont et la refont 
chaque jour, et l'imposent autour d'eux en même 
temps que leur autorité. Elle se ressent de la haine 
que le vaincu a pour le conquérant, et ce n'est qah la 
longue, quand le temps a si bien confondu l'un et 
l'autre qu'il est inipossible de les distinguer dans la 
nation devenue homogène , que la loi déracine les cou- 
tumes locales et s'implante k demeure ; si, avant que 
l'heure de l'union ait sonné, le vaincu se soulève, il 
chasse la loi en même temps que l'oppresseur et se dé- 
livre des deux à la fois. — La loi arabe est d'origine 
divine; celui qui l'apporte, loin de l'imposer au 
vaincu, se défend de l'appliquer à un homme qui 
ne pratique pas sa foi; c'est une loi de privilégiés, 
que tout le monde ne peut invoquer et qui confère 
à ceux qui l'observent de grands avantages. Le con- 
quérant, ici, ne va pas au-devant du conquis; il 
attend qu'il vienne k lui et qu'il demande comme 
une faveur ce que le romain imposait comme une 
obligation. On le sait de reste : l'homme est ainsi 
fait qu'il désire ardemment ce qu'on lui refuse, fût-ce 
peu de chose, et repousse avec dédain ce qu'on 
lui offre. Les aristocraties soucieuses de conserver 
leurs privilèges, les tribus inquiètes pour leurs 
terres de parcours et leur antique renommée, les 
individus isolés, attirés par le désir de se joindre 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 191 

aux armées d'invasion dans la chasse au butin, 
se précipitèrent vers Tlsiam, qui ne leur demandait 
qu une profession de foi et leur donna en (échange 
une loi nouvelle; ils la reçurent à leur insu, enve- 
loppée dans les feuilles du Qorân, et Tobservèrent , 
parce que, à leurs yeux de nouveaux convertis, elle 
était la parole de Dieu. 

La loi romaine était enfermée dans des recueils 
nombreux, coûteux et rares qui, à un certain mo- 
ment, devinrent si coûteux et si rares que les ju- 
ristes eux-mêmes ne pouvaient plus se les procurer; 
on la codifia; mais, pour être enfermée dans un di- 
geste, elle n'en fut pas beaucoup plus claire, et 
resta toujours lettre morte pour l'ignorant, l'homme 
du commun, le commerçant, le soldat, tous ceux 
qui n'étaient ni juges, ni fonctionnaires. Nous savons 
trop ce qu'est une loi de ce genre ; l'ignorant, c est- 
à-dire tout le monde, la considère avec crainte, 
comme une machine dangereuse qui tranche un peu 
en tous sens, sans qu'on sache jamais pourquoi, 
qui entre en mouvement sans qu'on la sollicite et 
s'arrête parfois quand on la voudrait voir nuuxher. 
On la craint, comme beaucoup d'autres choses en ce 
monde, parce qu'on l'ignore, et on l'ignore parce 
que personne n'a jamais songé à l'apprendre à tous, 
autrement que par bribes insignifiantes et rares 
échappées, en insistant toujours sur la complexité 
de ses dispositions, et en épaississant l'obscurité des 
textes par la phraséologie technique des définitions. 
La loi arabe est écrite dans le livre saint, que tout 



192 SEPTEMBRE-OCTORRE 1899. 

bon musulman doit apprendre par cœur et qu'il 
finit du reste par connaître sans le vouloir, en enten- 
dant résonner chaque jour k son oreille les versets 
qui le composent. Le néophyte apprend là loi comme 
Tenfant, chez nous, se pénètre des préceptes de la 
morale en étudiant son catéchisme. Certes, cette 
connaissance est relative et satisferait peu aux né- 
cessités courantes de Texistence; le juriste est là, 
qui éclaircil les points controversés et ordonne les 
raisonnements subtils et les distinctions nécessaires; 
mais la loi est connue de tous , elle est répandue à 
des milliers d exemplaires entre toutes les mains et 
s offre à qui veut Tétudier, tandis que notre légis- 
lation se cache dans des livres spéciaux , fermés aux 
profanes. On s'étonne parfois de trouver chez l'Arabe 
de rares qualités juridiques , un goût spécial pour 
la controverse et une connaissance approfondie du 
droit; l'explication du fait est facile à donner. Dès 
l'enfance, on l'a mis en présence de la loi; il Ta 
apprise par cœur, copiée et recopiée, récitée dans 
ses prières et psalmodiée à la mosquée; il a vécu avec 
elle, pour elle, par elle; comment ne serait-il pas 
soucieux de la mieux connaître encore et d'analyser 
l'esprit d'un texte dont il possède si bien la lettre? 
Enfin la loi romaine, nous lavons déjà vu, est le 
domaine du juge, du fonctionnaire. Cette machine, 
compliquée et quinteuse, ne marche que s'ils l'or- 
donnent et qu'autant qu'ils le veulent ou qu'autant 
que le veut celui qui leur commande à tous : l'Etat. 
C'est l'Etat qui fait la loi et la met en action. De là 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 193 

cette défiance incurable du sujet, qui craint toujours, 
s'il s approche trop près, d'être pris dans un engre- 
nage qu il ignore. — La loi musulmane est appliquée 
par le qâd'i, jurisconsulte éprouvé, que la confiance 
du prince investit du pouvoir de rendre la justice, 
mais qui reste supérieur au prince de toute la hauteur 
dont le domine la loi elle-même , que nul ne peut 
modifier. Le prince ne consei^ve que la juridiction 
criminelle. La procédure du qâd'i est simple ; chacun 
peut la suivre sans peine et Fentamer sans frais, quand 
le magistrat est intègre. S^l ne Test pas , l'application 
de la loi peut être faussée, son esprit reste intact et 
le plaideur lésé , qui sait cela , ne songe pas à imputer 
à la loi la faute de l'homme. Le plaignant trouve 
prompte justice à sa porte, car les qâd'is sont nom- 
breux, et ils expédient les affaires rapidement et 
sans frais, avantage inestimable en tous pays, mais 
surtout chez des peuples primitifs, qui préfèrent 
souvent une sentence un peu boiteuse, mais vite 
rendue et pas trop coûteuse, à un arrêt impeccable 
poursuivi durant des années, à grand renfort d'ar- 
tifices de procédure et de frais écrasants, devant 
une série interminable de juridictions. 

Je le répète , les deux législations qui se succèdent 
en Afrique, car c'est toujours l'Afrique qui, dans 
cette étude, nous préoccupe, présentent des ressem- 
blances trompeuses et, au fond, diffèrent essentielle- 
ment. La législation antique est une œuvre humaine 
et ne s'impose pas facilement aux hommes ; elle est 
le domaine du juge et inquiète f esprit ignorant; 



194 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

elle est compliquée et formaliste et décourage les 
plaideurs les plus sûrs de leur droit. La législation 
arabe est d'essence divine et commande impérieu- 
sement; elle est voisine de l'homme, qui vit presque 
en elle; le juge aussi est proche et expéditif. Elle 
est autoritaire et approximative, et ces défauts 
mêmes sont des qualités aux yeux des hommes qui 
lui obéissent. 

Le Gouvernement arabe, présente, lui aussi, des 
caractères propres et, sous de spécieuses ressem- 
blances, des particularités remarquables. En cette 
matière, comme en beaucoup d'autres, le mot fran- 
çais, précis et évocateur d'idées nettes, trahit l'au- 
teur qui veut parier du monde sémite. Il peut 
craindre que, dès l'abord, un malentendu ne s'élève 
entre le lecteur, qui attend des notions techniques, 
et lui, qui ne peut fournir que des données vagues. 
J'emploie le mot de gouvernement faute d'un plus 
mauvais, qui dise moins en laissant supposer davan- 
tage, et qui signifie une autorité suprême, impé- 
rieuse et toujours contestée, dominatrice et sans 
cesse menacée, écrasante aujourd'hui et demain ré- 
duite à rien, quelque chose comme le Parlement 
d'Angleterre à Westminster avec, au-dessous, dans 
les caves, Guy Fawkes, mèche allumée, à côté de 
sa machine infernale. 

L'esprit d'indépendance et d'égalité de la race a 
toujours condamné le gouvernement à n'êlre que 
cela. 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 195 

Lorsque Mo^aouïah, gouveineur de la Syrie, se 
préparait à' disputer le Khalifat à *AU, il demanda à 
lun de ses fidèles, officier de sa garde, Nos'aïr, de 
raccompagner dans lexpédition qui devait se ter- 
miner à Sifïin. Nos'aïr refusa en disant ; « Tu renies 
celui qui mérite plus de louanges que toi : Dieu, qu'il 
soit exalté , et je ne m associerai pas à ton infidélité. » 
Mo^aouïah ne répliqua pas et laissa Nos'aïr libre d'agir 
à sa guise ^ Voilà comment on peut compter sur 
eux. 

Mohammed à peine mort, la plupart des tribus 
refiisent l'impôt et répudient Tlslam, et il faut les 
ramener par la force dans le giron de l'Eglise. 

Au moment où *Ali combat son compétiteur 
Ma^aouïah, une troupe de fanatiques, forte de plu- 
sieurs milliers d'hommes et campée dans la basse 
Mésopotamie, se soulève contre le Khalife, sous le 
prétexte de réformer l'Islam, et V\li, désespérant d'en 
venir à bout par d'autres moyens, les massacre 
presque jusqu'au dernier. Il en épargne cependant, 
car en 65 H. ils se révoltent encore dans l'Iraq contre 
le gouverneur de ^Abd Allah ibn ez-Zobaïr, et Mo- 
hallab ibn Abi S'ofrah el Azdi en tue 4,800 dans le 
Khorassan. 

Après la mort de 'Oqbah , en Afrique, H'anach es'- 
S'anâni, suivant quelques traditionnistes^, enlève à 
Zohaïr el Balaoui le commandement de l'armée et 
l'oblige à battre en retraite. 

' Ibn al Al'ir. Kamil, [V, p. ''117. 
^ Foumeî, [, 180. 



196 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

Nous retrouverons bientôt des faits pareils à 
foison ; c est partout et toujours la tnénie chose : la 
détente nerveuse pousse l'homme dans un sens; il 
ny sait pas résister et marche droit devant lui, 
tranche, abat, détruit sans souci de lautorité qu'il 
méconnaît, qui! jalouse, et que, du reste, il ne ren- 
verse que pour la rétablir à son profit. C'est qu'il a 
aussi un remarquable esprit égalitaire , qui fait de lui 
le frère de quiconque et l'émule des plus puissants. 

En Tan 20 H., *Amr parlementa avec Moqaouqas, 
gouverneur de l'Egypte , lui envoya dix Arabes et , 
parmi eux, ^Ibadah ibn es'-S'amet, qui était noir. 
Moqaouqas refusa de lui parler. Ils dirent tous : 
« Cet homme noir est le plus avisé et le plus sage 
d'entre nous. C'est lui qui nous conseille et nous 
conduit; nous suivons toujours ses avis et notre 
émir nous enjoint d'obéir à ses ordres et de ne point 
contrecarrer ses opinions ni ses dires. — Comment , 
dit Moqaouqas, admettez-vous que ce noir soit votre 
supérieur ? Il devrait vous être soumis. — Bien au 
contraire, répondirent-ils ; il a beau être noir, comme 
tu le vois, il est notre supérieur par le grade, par 
le rang, par l'intelligence et parle conseil; car, 
chez nous , les noirs ne sont pas méprisés ^ » En efiFet , 
ils n'atlachent aucune importance à la différence de 
race et de teinte; la profession de foi musidmane 
met tous les hommes qui l'ont faite sur le même 
pied. Mais ces égaux ont \m même désir d'indépen- 

^ Abou'l Mabasin, p. i3. 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 197 

dance et un dédain suprême pour Tautorité qui, si 
elle ne sait pas se faire craindre, se condamne à 
périr. Soldats et officiers sont également insubor- 
donnés; les officiers entraînent leurs hommes; les 
soldats poussent les officiers à la rébellion ou pren- 
nent lun deux, plus intelligent et plus audacieux 
que le reste de la troupe, pour les conduire à Tas- 
saut du pouvoir. L armée est la vraie force d une 
autorité implantée par hasard en pays étranger, sur 
des populations pacifiques, indifférentes ou hostiles. 
Si 1 aimée désobéit, fautorilé s effondre. L'armée, à 
Tépoque qui nous occupe, c'est toute la nation 
arabe, car la nation ne vit que par la guerre et pour 
la guerre. Le chef du gouvernement est un général ; 
il a la toute-puissance du commandement militaire, 
la décision du chef de bande qui mène lexpédition 
pour le bien de ses hommes et pour son propre bé- 
néfice. Tant que les intérêts des soldats et du chef 
sont les mêmes , l'accord subsiste et permet de faire 
de grandes choses; si les intérêts viennent è diffé- 
rer, et cela arrive fatalement le jour où, la conquête 
finie, le général s'érige en souverain ou au moins 
en gouverneur, et administre au heu de combattre , 
les soldats, encore enfiévrés par la bataille, mal 
assis sur une conquête qu'ils dédaignent déjà, im- 
patients d'en faire d'autres ou aigris par quelque 
récent échec , s'en prennent à leur chef de l'inaction 
qui leur pèse ou de la défaite qui les humilie ; ils 
cherchent un autre homme qui les mène ailleurs ou 
satisfasse à leurs désirs : c'est la révolte. Le nouveau 



198 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

chef, porté au pouvoir par les troupes , est feur in- 
strument plutôt que leur guide ; au premier faux pas , 
au premier revers, il est déposé à son tour et rem- 
placé par un autre : voilà toute f histoire arabe , per- 
pétuel recommencement de faits que rien n a pré- 
parés et qui n'ont pas de lendemain. La révolte mi- 
litaire n'a pas d'idée , elle ne vise qu'à l'acquisition 
d'un pouvoir qui sera ce qu'était l'ancien ; elle ne 
songe ni à transformer ni à réformer, mais seule- 
ment à jouir, et considère le gouvernement comme 
une proie, non comme une charge. C'est le pronan- 
ciamientOy sans l'appui ni l'aveu des populations, 
qui restent impassibles , car tout se passe au-dessus 
d'elles; elles ne souffrent ni ne profitent des chan- 
gements d'un pouvoir qui reste toujours à leur égard 
naïvement autoritaire dans la forme, et, dans le 
fond, indolemment paternel. 

Mohammed, en mourant, n'avait pas désigné 
l'homme qui devait , après lui , prendre le comman- 
dement des Arabes. Il ne pouvait être question de 
lui donner un successeur dans des fonctions pro- 
phétiques qui avaient été pour lui un don spécial 
de Dieu, que Celui-ci ne devait pas renouveler; 
Mohammed était le sceau des prophètes. Mais il fallait 
trouver un homme qui exerçât n sa place l'autorité 
temporelle et présidât à l'exercice du culte. Les 
grands chefs avaient, dès cette époque, l'habitude, 
qu'ils ont toujours conservée, de choisir, parmi leurs 
officiers les plus dévoués et les plus renommés, et 
souvent même . dans leur propre famille , un lieute- 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 199 

nant qui pût les remplacer en cas d'absence et les 
aider dans Texpédition des affaires ou la conduite 
des opérations militaires ; cet officier, soldat éprouvé 
et administrateur habile, mais toujours subordonné, 
s'appelle aujoui'd'hui encore le Khalifah, On ne vou- 
lut pas, même dans Tordre temporel, donner à Mo- 
hammed un successeur qui eût été un égal ; on lui 
chercha un Khalifah. Le choix fut difficile et peu 
s'en fallut qu'une scission irrémédiable ne rompît, 
dès fabord, l'unité du peuple arabe. L'accord se fit 
cependant sur le choix d'Abou Bekr qui , plus avisé 
que le Prophète, eut soin, quand.il sentit sa fin 
prochaine, de désigner clairement 'Omar comme 
son successeur, en le chargeant de faire la prière 
• solennelle dans la mosquée durant sa maladie. 

*Omar, en mourant, confia à six des plus célèbres 
et des plus anciens compagnons de Mohammed le 
soin de lui choisir un successeur. Ce furent *Ali, 
'Abd er-Rah'mân ibn *Aouf , Talhah ibn *Abd Allah , 
Zobaïr ibn *Aouam , ^Otsmân ibn V\ffân et Sa^d ibn 
Abi Ouaqqâs'. Il avait, en outre, stipulé que , si au bout 
de trois jours les électeurs n'étaient pas tombés d'ac- 
cord , on devrait préférer le candidat de *Abd er-Rah'- 
mân. Bien lui en prit , car les notables étaient à peine 
réunis que chacun d'eux , par un singulier oubli des 
devoirs qui lui incombaient, fit valoir ses propres 
mérites et posa sa candidature au Khalifat. La situa- 
tion n'avait pas d'autre issue que celle qu'avait pré- 
vue *Omar et, au bout de trois jours, *Abd er-Rah'- 
niàn fit proclamer *Otsmân. 



200 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

La mort violente de celui-ci ne lui permit pas de 
prendre, comme ses prédécesseurs, des mesures 
pour la nomination de son remplaçant. Les chefs, 
assemblés à Médine, tombèrent bientôt d'accord 
pour porter à la magistrature suprême le gendre du 
prophète , *Ali ; mais le nouveau Khalife trouva bien- 
tôt un compétiteur dans le gouverneur de la Syrie, 
Mo^aouïah ibn Abi Sofiân, qui, finalement, rem- 
porta, et qui, après un règne long et glorieux, laissa 
le pouvoir à son fils; il fondait ainsi une dynastie 
et faisait du Rhalifat, jadis électif, un titre héré- 
ditaire qui resta dans sa famille durant quatre-vingt- 
dix ans. 

En somme, les règles de dévolution du pouvoir 
n'avaient pas été fixées d'une façon satisfaisante ; le 
système électif fut le résultat de circonstances etiion 
l'application d'une coutume dès longtemps admise, 
et la pente naturelle de l'esprit arabe ramena le 
peuple au régime héréditaire qu'on eût vu rétabli 
même sans la révolte de Mo^aouïah, car une partie 
de la nation considéra longtemps et toute une bran- 
che de l'Islam considère encore aujourd'hui le fds 
aîné de\\li, el H'asân, puis son second fds el H'osaïn 
et la descendance de ce dernier, comme les légitimes 
héritiers du pouvoir suprême. 

Les Khalifes étaient les suppléants de Mohammed. 
A ce titre , ils devaient veiller à l'observation de la 
loi que Dieu avait révélée à leur prédécesseur, loi à 
la fois religieuse et séculière , qui les faisait monter 
dans la chaire pour dire la prière au peuple et diri- 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 201 

ger les armées lancées sur les frontières des in- 
fidèles. C'étaient là leurs doux principales attribu- 
tions. Les trois premiers Khalifes ne quittèrent pas 
les lieux quavait illuminés la présence de Moham- 
med; ils séjournèrent à Médine ou à la Mekke, 
peut-être dans lespoir de conserver plus pure la 
tradition religieuse et de maintenir plus absolue 
lautorilé séculière que leur avait transmises le Pro- 
phète, en demeurant où lui-même avait prêché et 
agi. Ils ne prirent même pas, comme il l'avait fait, 
la direction des expéditions militaires, et se conten- 
tèrent d en confier le commandement à des officiers 
éprouvés. 

Ce fut la ruine du régime électif qui, du reste, 
ne fonctionna que pour les deux derniers des « Kha- 
lifes parfaits ». Le choix du chef mourant ou le suf- 
frage des notables se portèrent sur de vieux compa- 
gnons du Prophète , qui avaient suivi pas à pas sa 
prédication et en avaient pleinement saisi le sens. 
Quand ils montèrent dans la chaire, Abou Bekr et 
*Oraar étaient des hommes dage mûr, ^Otsmân et 
*Ali étaient des vieillards. Tous les quatre, Arabes 
d'Arabie , n étaient pas sortis de leur pays et n'en 
sortirent guère durant leur règne. Abou Bekr et 
*Otsmàn y restèrent toujours ; *Omar n'alla qu'à Jé- 
rusalem, et *Ali ne se rendit en Mésopotamie que 
pour combattre la révolte de Mo^aouïah. Le souci 
d'interpréter sagement la loi de Mohammed et de 
l'appliquer avec justice, de pratiquer rigoureuse- 
ment son culte et de maintenir l'orthodoxie, les 



202 SEPTEMBRE OCTOBRE 1899. 

préoccupait avant tout. Ce furent des pontifes plus 
que des chefs d'Etat. 

Ils répugnaient à l'étiquette des cours et aux ti- 
tres pompeux. *Omar, le premier, prit le titre d'Emir 
el Moumenin , « Commandeur des Croyants » , à l'in- 
stigation d'elMoghaïrah ibn Chol)ah, disent les uns, 
de *Amr ibn el *Asi, disent les autres, deux chefs 
qui avaient combattu les Grecs et appris d'eux le 
formalisme byzantin. Mais nous avons vu déjà en 
quel simple appareil le même Khalife se rendit à 
Jérusalem. « Une nuit que^Abd er-Rah'màn ibn^Aouf 
était occupé chez lui à faire ses prières, il fut tout 
étonné de voir arriver le Khalife et lui demanda 
quelle pouvait être la cause qui le faisait sortir à 
une heure si avancée. — J'ai su, répondit *Omar, que 
des étrangers, arrivés tard dans la ville, reposent 
dans les alentours du marché , et j'ai craint qu'ils ne 
fussent victimes de quelque vol ; viens m'aider à 
veiller sur eux. Tous deux, en effet, s entretenant 
ensemble, et assis dans un coin de la place publi- 
que, assurèrent par leur vigilance, pendant toute la 
nuit, le repos des voyageurs ^» Abou Bekr avait 
donné tout son bien aux pauvres. Il prélevait, pour 
vivre, trois dirhems par jour sur le trésor public et, 
avec cette faible somme, s'entretenait, lui et sa fa- 
mille, et trouvait encore le moyen de faire l'aumône. 
A sa mort, il ne laissa que l'habit qu'il portait, un 



^ Abou'l Feda, Ann. Moslem. p. 250-202; cp. Desvergers, 
p. 2^7. 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 203 

chameau et un esclave. « Quant à l'apparence des 
premiers Khalifes , dit Ibn et'-T'iqt'aqah , ils menaient 
une vie rude, mangeaient frugalement et s'habil- 
laient pauvrement. On vit l'un d'eux aller à pied 
dans les marchés, vêtu d'une chemise usée et re- 
troussée jusqu'à mi -jambe ^ » « Le prince des 
croyants, *Ali, tirait de ses terres un revenu considé- 
rable, mais il le partageait entre les pauvres et les 
déshérités et se contentait, pour lui et les siens, de 
vêtements de toile grossière et de pains d'orge'-. » 
Après la bataille du Chameau, il partagea le trésor 
de Basrah entre ses soldats. Chacun d'eux eut cinq 
cents dirhems et lui-même n'eut pas une part plus 
forte; il la donna du reste à un homme arrivé en 
retard ^. Il dédaigna toujours la richesse. « Monnaie 
jaune, monnaie blanche, était-il accoutumé de dire, 
allez séduire d'autres que moi^. » 

Mais, pendant que ces hommes de bien édifiaient, 
par leurs vertus, le peuple des villes saintes, les gé- 
néraux et les armées arabes gagnaient au large et 
perdaient peu à peu le contact avec eux; les géné- 
raux se laissaient séduire par les biens que méprisait 
^\li, prenaient le goût et le faste du pouvoir, et de- 
venaient moins maniables, de chefs de troupes tour- 
nant condottieri et combattant volontiers pour leur 
compte. Les armées changeaient aussi de caractère : 

^ Fakhri, p. 7(). 

■^ Fakhri, p. 90. 

^ Maçoudi, l. IV, ]). :')3G. 

* Ibii Khalcloim. 

XIV. 1 1\ 



204 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

parties pleines d'enthousiasme religieux , elles arri- 
vaient aux limites de Tempire fatiguées de luttes, 
lourdes de butin , énervées par lappoint de soldats 
étrangers recrutés au hasard, et que les profits de 
rfslam attiraient plus que ses beautés spirituelles. 
Imaginez un pape qui ne fût pas un Jules II, lan- 
çant sur des États gagnés à la Réforme dix ou douze 
Castruccio Castracani, bons chrétiens et grands 
pillards, et vous n aurez quune idée aifaiblie de la 
position d abord difficile, et bientôt intenable des 
Khalifes de Médine. Ils sentent, chaque jour, dimi- 
nuer leur ascendant sur les gouverneurs auxquels 
ils confient les provinces conquises, ou sur les gé- 
néraux auxquels ils remettent le soin d'en conquérir 
d'autres, et, à fintérieur, ils nont, pour tenir en 
bride les passions instables et la volonté exaltée des 
Arabes restés chez eux, qu'une autorité purement 
morale qui, elle aussi, baisse à mrsure que s'efface 
dans un passé, cependant bien |)roche encore, la 
grande figure du Prophète. — « 'Omar avait reçu 
des toiles rayées du Yémen ; il les distribua entre 
les Musulmans; chacun en eut, pour sa part, une 
pièce, et 'Omar fut partagé comme les autres. Il 
s'en fit faire un habit, puis, revêtu de cet habit , il 
monta en chaire et harangua les Musulmans pour 
les exhorter à faire la guerre aux infidèles. Un homme 
de l'assemblée, se levanl, l'interrompit et lui dit : 
« Nous ne t'obéirons pas.^ — Poiîrquoi cela? lui de- 
« manda 'Omar. — Parce que , lui répondit cet 
homme, lorsque tu as partagé entre les Musul- 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 205 

n inans ces toiles du Yémen, chacun en a eu une 
« pièce et tu en as eu de même pour toi une seule 
« pièce. Cela ne peut suffire pour te faire un habit, 
« et cependant nous voyons aujourd'hui que tu en 
« as un habit complet. Tu es d'une grande taille et, 
« si tu n avais pas pris pour toi une part plus consî- 
« dérable que celle que tu nous as donnée, tu nau- 
« rais pas pu en avoir une robe. » ^Omar se retourna 
vers son fils ^Abd Allah et lui dit : «^Abd Allah, rë- 
« ponds à cet homme.» ^4bd Allah, se levant, dit 
alors : « Lorsque le prince des croyants , ^Omar, a 
« voulu se faire faire un habit de sa pièce de toile, 
«elle s'est trouvée insuffisante. En conséquence, je 
« lui ai donné une partie de la mienne pour complé- 
«ter son habit. — A la bonne heure, lui dit cet 
« homme; à présent, nous t'obéirons^ » 

Une obéissance aussi mesurée et soupçonneuse ne 
sera pas de longue durée. *Omar est poignardé par 
un esclave persan, Firouz(24 H.-644); son succes- 
seur, *Otsmàn, est massacré, malgré le Qorân qu'il 
serre sur sa poitrine, par les rebelles de Tarmée 
d'Egypte, venus à Mëdine pour arracher au vieux 
Khalife la destitution de *Abd Allah ibn Sa*d, leur 
chef (26 H.-656); ^Ali est à peine monté dans la 
chaire du Prophète qu'il lui faut lutter, non plus 
contre un soulèvement passager, mais contre uil mou- 
vement militaire, dès longtemps organisé, qui suscite 
contre lui toutes les forces de la Syrie, et il est loin 

^ Cihrestomathie arabe de Sacy, t. II, p. 58-59; cp. besvcr- 
^tît*8, p. 229. 



206 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

de regagner le terrain perdu, quand le Kharedjite 
*Abd er-Rah'mân ibn Moldjem le tue dans la mos- 
quée de Koufah [[\i H.-661). Son fils, el H'asan, 
préféra renoncer au titre de Khalife, qui passa à Mo- 
'aouïsth (4i H.-661). Avec ce dernier triomphait le 
parti militaire, le parti des gouverneurs, des expa- 
triés , qui bientôt n'auront plus connu de l'Arabie que 
ce cpi'ils en auront vu lors du pèlerinage, et des vertus 
du Prophète que ce qu'en rapporteront les tradi- 
tions, mais qui, en revanche, connaîtront bien la 
guerre, aimeront les plaisirs, la poésie et le vin, 
les richesses et les femmes , et surtout le pouvoir, 
qui donne tout cela à l'audacieux qui sait, s'il est 
fort, ourdir un complot, enlever une troupe hési- 
tante, soulever une province, et, s'il est faible, obéir 
à propos et désobéir à point. 

La vie de ces chefs est toujours la même. Pre- 
nons l'un d'eux, des plus célèbres, qui nous in- 
téresse d'autant plus qu'il prit part aux expéditions 
contre l'Afrique, \'\bd Allah ibn ez-Zobaïi*. Tout 
jeune, il part avec 'Amr ibn el *As', assiste à la prise 
de l'Egypte et, à la tête d'un corps de troupes, mène 
une expédition heureuse contre Sabrah. *Amr lui 
donne un commandenK nt dans l'armée levée eh 27 
pour envahir rifriqïah; il tue, de sa main, si l'on en 
croit la légende, le patrice Grégoire et, si Ton n'ac- 
cepte pas cette tradition contestable, se couvre au 
moins de gloire en combat tan t les Rouui ; aussi l'envoie- 
t-on à Médine annoncer l'heureuse issue de l'expé- 
dition au Khalife, qui le fait monter dans la chaire 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 207 

pour qu il raconte lui-même au peuple les incidents 
de la campagne. Dix -huit ans plus tard, nous le 
trouvons encore en Afrique, où il bat le patrice Ni- 
céphore sous les murs de Sousse; puis, revenu en 
Arabie, réfugié à la Mekke, car il craint la haine 
des Omïades , il prend le titre de Khalife à la mort 
de Yezid et reçoit le serment de fidélité des habi- 
tants de la ville sainte, du Hidjâz et des provinces 
soumises ; il envoie des gouverneurs en Egypte, en 
Iraq, àKoufah, à Basrah, exerce effectivement le 
pouvoir et ne succombe qu après dix ans de lutte 
(63-73 H.). 

Les chefs ne songeaient pas tous , comme le fils 
de Zobaïr, au pouvoir suprême , mais ils méditaient 
au moins le refus d'obéissance et la fondation , dans la 
province qu'ils occupaient, d un petitEtat indépendant 
en fait, s'il restait en droit soumis à fautorité reli- 
gieuse du Khalife. Car ils ne pensaient pas un instant 
à se soustraire au pouvoir spirituel de ce dernier, pas 
plus qu'un prince gibelin ne songera plus tard, 
dans d'autres lieux et d'autres circonstances, à se 
faire élire pape. Les pouvoirs spirituels, plus ou 
moins teintés d'autorité temporelle, offrent cette 
particularité , quels que soient les temps et les hom- 
mes, de permettre à l'ambition locale de s'étendre, 
sans rien perdre, au moins en apparence, de leur 
propre éclat. Les gouverneurs rebelles feront dire la 
prière dans la mosquée au nom du Khalife, et les 
apparences seront sauves. Pour le moment, ils ne 
pensent qu'à vivre à l'aise dans leur domaine, sans 



208 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

méconnaître ia suprématie des successeurs du Pro- 
phète. 

Ceux-ci, dans les premiers temps, eurent sur les 
chefs d'armées et sur les gouverneurs ime grande au- 
torité. Ils choisissaient des hommes de guerre comme 
Khaled, 'Amr ibn el ^As', 'Abd Allah ibn SaM , des 
fds de grande» fajiiille comme Mo^aouïah ibn Abi 
Sofiân ; bientôt, ils prirent aussi leurs propres pa- 
rents et Ton vit ^(Jtsmân nommer à Basrah son 
cousin 'Abd Allah ibn *Amir ibn Koraïz. Le même 
Khalife donna trop souvent, dans Tattribution des 
grades, ia preuve dun favoritisme sénile qui lui 
aliéna les cœurs, détermina des révoltes, comme à 
Roufah, et entraîna sa perte. On n'est bien servi que 
par ceux en qui Ion a confiance et , aux yeux du prince , 
le mérite de l'homme consiste plus dans sa fidélité 
que dans des qualités qui lui portent d'autant plus 
d'ombrage qu'elles sont plus éclatantes. Cela était 
vrai surtout pour des souverains qui n'avaient point 
eux-mêmes de pouvoir effectif, et qui remettaient 
les armées aux soins de leurs lieutenants. Ils devin- 
rent vite jaloux des succès de ces derniers et les 
destituèrent au milieu de leurs triomphes. Khaled 
reçoit la nouvelle de son rappel et de la nomination 
d'Abou ^Obaïdah au poste qu'il occupe , au moment 
où il vient de conquérir la Syrie. Il se soumet sans 
murmurer et dit à son successeur : « J'obéirais à un 
enfant, si le Khalife lui avait donné le commande- 
ment de l'armée, et à vous, Abou *Obaïdah, je vous 
dois obéissance et respect , car vous m'avez précédé 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARARKS. 200 

dans votre conversion à Tlslamisme. » De si beaux: 
exemples de soumission sont rares, et le même^Omar, 
qui faisait si brutalement rentrer dans le rang Yépée 
de VIslam, dut, à la même époque, envoyer Moham- 
med ibn Maslamah el Ans'âri pour requérir, des gou- 
verneurs de provinces et surtout de ^Amr ibn el^As', 
les sommes qu'ils avaient perçues et qu'ils mettaient 
peu d'empressement à transmettre au Commandeur 
des Croyants. 

^Amr nous représente à merveille le type du gou- 
verneur seconde manière, enflé par ses succès mi- 
litaires, convaincu de son importance d'homme 
nécessaire, sûr d'une troupe qui le connaît mieux 
quelle ne connaît le chef suprême de la nation, 
confiant dans les ressources dont il dispose , con- 
scient du rôle qu'il peut jouer. Il conquiert l'Egypte , 
en est nommé gouverneur; destitué, puis rétabli « il 
exerce longtemps le commandement et le pouvoir, 
de militaire devient homme d'Etat, apprend, au 
contact des Grecs , l'art du gouvernement et les ruses 
de la diplomatie. Peu à peu, sa foi, qui, vraisem- 
blablement n'avait jamais été des plus vives , s'affaiblit 
encore , et son ambition augmente ; en fiéquentant les 
hommes, il apprend à les juger à leur valeur et à ne 
les apprécier qu'à leur puissance. Son parti est pris 
quand ^Ali monte sur le trône ; il soutient contre le 
Khalife le rebelle Mo^aouïah. On peut suivre, durant 
les quinze ans qui s'écoulent entre la conquête de 
l'Egypte et l'avènement de*Ali, les transformations 
insensibles qui font du général musulman un intri- 



210 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

gant et un révolté. Nous savons combien les impres- 
sions sont fugitives chez ces gens-là. Chaque année 
passée loin des villes saintes affaiblit le souvenir de 
la prédication du Prophète et l'homme, parti servi- 
teur fidèle, enflammé de passions religieuses, dé- 
daigneux des biens de ce monde, nous revient hau- 
tain et cassant, fier de sa puissance toute neuve et 
impatient de Tautorité khalifienne. 

Les Khalifes savaient tout cela ; ils voyaient croî- 
tre le danger et, pour le conjurer, n avaient quun 
moyen : «changer souvent les gouverneurs. *Ali, en 
montant au trône , en nomma partout de nouveaux et 
changea encore ses agents par la suite. Dès Tan 38 H. , 
il destitua Qaïs ibn Sa*d ibn Ibadah el Ans'âri, 
gouverneur de l'Egypte , et le remplaça par el Achtar 
en-Nakhaï. Ce dernier finit fort mal. Mo^aouïah, le 
prétendant au Khalifat, le fit empoisonner peu après, 
lors de son passage à Qolzoum. C'est le grand moyen 
auquel on recourt , faute d'autre et souvent de pré- 
férence à tout autre , parce qu'il est expéditif et ne 
coûte que l'effort d'une ruse bien ourdie. 

Destitués, empoisonnés ou massacrés, les gou- 
verneurs se succèdent avec une incroyable rapidité. 
Voyons, par exemple, ce qui se passe à Basrah. Vers 
fan i6 H., nous y trouvons un Arabe, Choraïb ibn 
*Amir, de la tribu de Sa*d ibn Bekr, qui gouverne 
le pays et est tué par les Persans. Sa*d ibn Abi 
Ouaqqàs', après s'être emparé de Djaloula , de Tahert 
et des autres châteaux forts de la région, envoie, 
par ordre du Khalife, *Oqbah ibn Ghazouân, avec 



LES PREMIERES LNVASIONS ARABES. 211 

ordre de fonder un Qaîrouân ^ ; Tannée suivante 
(16), le gouverneur s'appelle el Moghaïrah ibn 
Cho^bah; en 1-7, c'est Abou Mousâ al AchWi; en 
28 ou 29, *Abd Allah ibn ^Amiribn Koraïz; en 36, 
*Ali nomme *Otsmân ibn Honaïf , puis , dans la même 
année, *Abd Allah ibn ^Abbâs. Mo^aouïah lui donne 
pour successeur Zïâd, puis Samorali ibn Djondob, 
puis *Obaïd Allah ibn Zïâd , et je ne prétends pas 
que la liste soit complète. 

Il semble qu'une pareille instabilité de l'autorité 
locale dût sérieusement compromettre l'œuvre de 
la conquête et de l'assimilation. Il n'en est rien : la 
conquête avançait dans tous les sens avec une étrange 
facilité, et l'assimilation s'opérait d'elle-même. Voilà 
qui pourrait nous prouver, si nous n'en étions déjà 
intimement convaincus, que l'action délibérée des 
hommes n'est pas tout en histoire et qu'il faut faire 
à côté d'elle une large place à la fatalité, ou au 
hasard, ou à la Providence, trois mots qui, bien 
souvent, désignent une même chose. Belle matière 
à réflexion pour le philosophe que le spectacle du 
Byzantin qui s'ingénie, organise, calcule, combine, 
met un esprit inventif, volontaire et patient au ser- 
vice d'une politique méthodique et savante, et n'ar- 
rive à rien, et celui de l'Arabe qui, sans préparation , 
sans plan préconçu, sans idée et sans ingéniosité, 
édifie un empire qui durera longtemps et fonde une 
société qui, aujourd'hui, vit encore. 

^ Tabari, ch. xxxv, l. 111, p. i3. 



212 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

Les gouverneurs arabes, quelque fugitive que fût 
leur autorité et quelque précaire que fût leur pou- 
voir, travaillaient tous dans le même sens et toujours 
dans le sens de l'histoire ; aussi bien leurs attribur 
tions étaient-elles simples et leur personnalité jouait- 
elle un rôle assez mince dans l'action générale. Ils 
n'avaient qu'à faire la guerre, lever l'impôt et ren- 
dre la justice en matière pénale. Nous savons com- 
ment ils menaient les opérations militaires. Dans 
les premiers temps, ils ne les engageaient jamais 
sans l'autorisation du Khalife, et nous les voyons 
très souvent discuter avec lui l'opportunité d'une 
expédition qu'il contestait souvent. Plus tard , quand 
ils furent dans des régions éloignées, ils mar- 
chèrent d'eux-mêmes, sans autorisation. Le soir 
même de la bataille, le guerrier cédait chez eux 
la place au traitant, l'esprit positif du sémite re- 
prenait le dessus et la journée, commencée par 
le combat, finissait dans des comptes de caisse. Le 
contraste est grand, dans ces expéditions, entre 
le décousu de la tactique et la régularité des opéra- 
tions financières. 11 faut d'abord rassembler le butin, 
en mettre de côté la cinquième partie , destinée au 
trésor public , et partager le reste entre les combat- 
tants , à raison d'une part pour le fantassin et de trois 
pour le cavalier. C'est le chef qui préside au partage; 
des hommes versés dans la loi l'assistent pour tran- 
cher les différends possibles. Il faut, après cela, faire 
payer le tribut aux vaincus qui ne se font pas musul- 
mans. Seuls, les chrétiens et les juifs conservaient 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 213 

la faculté de pratiquer leur culte. On tuait les ido- 
lâtres qui refusaient d'embrasser Tlslam^ Les infi- 
dèles étaient soumis au payement d'un impôt spécial , 
pour marquer leur état de sujétion. « Les infidèles 
ne sont soumis au tribut, a dit le Khalife *Ali, que 
pour mettre au même niveau leur sang avec notre 
sang, leurs biens avec nos biens. » C'était la capita- 
tion (djiziah), qui difierait suivant que le pays était 
devenu terre d'Islam après un traité ou par la reddi- 
tion sans conditions. Les indigènes avaient-ils obtenu 
une capitulation , l'acte fixait le montant de Timpôt 
exigible , qui devenait taxe de répartition ; avaient-ils 
été soumis par la force, le tribut était une taxe de 
quotité dont le maximum était de ko dirhems. La 
loi exemptait les vieillards, les femmes et les en- 
fants ^. 

Le sujet doit, en outre, payer le Kharadj, pour la 
terre dont on lui laisse la jouissance. Comme la ca- 
pitation , le Kharadj est, suivant qu'il y a eu ou non 
capitulation , de répartition ou de quotité. Le taux 
maximum en est fixé à 5o p. o/o des produits, mais, 
à défaut de stipulation , le chef militaire en déter- 
mine le montant. 

* N. Desvergers, p. îîi8. 

^ La capitation est un impôt personnel. Sa dénomination vient 
du mot djeza , récompense , attendu que cet impôt est payé par les 
infidèles en récompense de la sûreté et de la protection que les 
musulmans leur promettent et leur accordent. Elle est établie 
d'après le texte du Koran , qui dit : « Opprimez-les jusqu'à ce qu'ils 
payent la capitation et qu'ils soient humiliés.» (ix, v. 3o.) 

(Abou'l H'asàn 'Ali ibn Moh'ammed ibn H'aleb Mawardi, cp. 
N. Desvergers, p. 4o'i.) 



214 SEPTEMBRE. OCTOBRE 1899. 

Le revenu va au trésor public, c est-à-dire au 
Khalife , qui en a la gestion ; le gouverneur en est 
comptable et une administration qui , sous les Abbas- 
sides, sera très puissante, surveille les rentrées. A 
lavènement d'el Mamoun, Barqah payait de la 
sorte 1 million de dirhems par an et TAfrique versait 
1 3 millions de dirhems et 1 2 o pièces de drap de 
laine. Les musulmans aussi payent des taxes : la 
dîme pour les terres qu ils occupent et Timpôt dit 
Zekkat, le seul qu'ait prévu le Kôran (Lvm, i4) et 
qui frappe tous les autres biens. 

C est encore le gouverneur qui procède à la per- 
ception et à lattribution du produit de cette taxe, à 
raison de deux neuvièmes distribués aux indigents, 
un neuvième aux gens dans la gêne, un neuvième 
aux infidèles employés à l'espionnage, un neuvième 
affecté au rachat des esclaves infirmes , un neuvième 
aux débiteurs honnêtes dans Tembarras , un neuvième 
pour la guerre sainte , un neuvième pour le rapatrie- 
ment des étrangers, un neuvième aux collecteurs ^ 

En somme , musulmans et dzimmi , tous payent 
plus ou moins, les mis par observance religieuse, 
les autres par ordre du vainqueur ou en exécution 
d'un traité. Dès le premier jour, les registres du 
diwân s'ouvrent et les dinars prennent le chemin de 
la capitale; c'est la mise en coupe réglée qui ne se 
farde pas du prétexte d'un intérêt public à assurer . 
ou d'une amélioration à effectuer, mais tire de la 

* Voyt'/. Hondas, arlirlr Impôts arabes^ dans la Grande Encyclo' 
pctlie. 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 215 

province la taxe, comme le propriétaire touche le 
revenu de sa terre, et, là-bas, le propriétaire est exi- 
geant et la terre vite épuisée. Le pouvoir central est 
très loin, connaît mal les provinces, leurs ressources 
et leurs misères; il compte sur Timpôt comme sur 
une rente certaine, il le lui faut à jour fixe; pour le 
satisfaire et pour son propre compte, le gouverneur 
réclame le double, pressure et prévarique; les col- 
lecteurs en font autant, et, pour chaque pièce d*or 
entrée dans le trésor, trois ou quatre autres restent aux 
mains des intermédiaires. La question financière fut 
pour beaucoup dans la rapide décadence de l'em- 
pire arabe. Après avoir été une entreprise de con- 
quêtes, assez mal dirigée du reste, et favorisée sur- 
tout par la faillite des sociétés rivales, il tourna 
rapidement à Tentreprise- financière, maison d(» 
banque mal tenue qui confiait le maniement de ses 
fonds à des commis d'une improbité flagrante , tirait 
de ses succursales, pour les accumuler au siège so- 
cial, tous les bénéfices nets, et les gaspillait en ex- 
travagantes folies. 

Les succursales, c'est à-dire les provinces, se fati- 
guèrent de payer; les commis, j'entends les gouver- 
neurs, profitèrent du désaiToi pour empocher les 
bénéfices et monter une maison à leur compte, et 
l'empire s'écroula, comme craquent nos sociétés 
financières quand elles sont mal gérées. L'âpreté 
au gain de l'Arabe, son incurie administrative, son 
imprévoyance dissipatrice ruinèrent, en peu de 
temps, l'édifice de la conquête. 



216 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

Les gouverneurs étaient tenus pour insubordon- 
nés et capables de se réyolter sous le moindre 
prétexte ; les Khalifes Omïades , établis à Damas et 
devenus des princes très temporels , les soupçonnaient 
et les destituaient au premier symptôme d'indé- 
pendance. Le gouverneur restait-il inactif dans sa 
capitale , les revenus baissaient , le Khalife le jugeait 
incapable et le rappelait ; faisait-il des conquêtes et 
en envoyait-il le produit à Damas , son succès portail 
ombrage au prince, qui le rappelait encore et, sou- 
vent, le punissait de ses victoires par le plus indigne 
traitement. Soulaïmàn fait battre de verges et mettre 
au pilori Mousà ibn Nos'aïr, le conquérant de 
TEspagne, le condamne à payer une amende de 
100,000 mitskals d'or et lui montre la tête de soil 
111s ^Abd el ^Aziz quon a assassiné, sur son ordre, à 
Séville. Voilà le traitement réservé à ceux qui ser- 
vent le Khalife. Il est peu fait pour encourager les 
bonnes volontés et raffermir les fidélités vacillantes. 
Si la province est lointaine et surtout si le nerf du 
gouvernement central saflfaiblit, le gouverneur se 
révolte. En Chaoual 35, Mohammed ibn Abi Ho- 
dzaïfah se rend en Egypte , chasse ^Oqbah ibn ^Amir 
el-Djohani qui l'administrait, et se déclare gouver- 
neur de la province. Il faut que deux générant 
éprouvés, Mo'aouïah ibn Hodaïdj et, après lui, 
Mo^aouîah ibn Abi Sofiân , lui fassent Une guerre en 
règle pour le soumettre. La révolte éclate bientôt 
au siège même de Tempire. En 69, 'Amr ibn Sa^id 
ibn el ^\s^ gouverneur de Damas, profite d*an 



LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 217 

voyage de Whd el Melik dans llraq pour se faire pro- 
clamer; 'Abd el Melik revient et le fait tuer sous ses 
yeux. Enfin , peu après, des parents mêmes du prince 
donnent l'exemple de l'indiscipline : au moment où 
Abou DjaYar el Mans'our, le deuxième Khalife Ab- 
basside, est appelé au trône, son oncle, ^Abd -^ah 
ibn 'Ali, gouverneur de la Syrie, lui dispute le pou- 
voir. Gela finit forcément par la guerre el le meur- 
tre, et la grande habileté consiste à éviter la guerre 
en tuant à propos. Les procédés de gouvernement 
sont toujours simples et deviennent vite atroces; le 
meurtre provoque la vengeance, la perfidie appelle 
la trahison , l'histoire roule un fleuve de sang tou- 
jours plus large, et c'est le sang le plus pur de la 
nation qui coule. Le meurtre fi:'appe rarement 
l'homme de rien qui vit dans son coin ; il grandit 
rarement jusqu'au massacre organisé d'une race ou 
d'une population, mais il s'acharne sur les nobles, 
sur ceux qui peuvent porter ombrage au prince. 

Comment un tel gouvernement a-t-il pu se main- 
tenir, fractionné, il est vrai, mais encore puissant 
et actif? Ses imperfections mêmes le servirent, son 
impuissance et son inertie furent ses meilleures sau- 
vegardes. 11 agit par à-coups, sans suite, avec de 
longs intervalles de repos, et cela satisfit un sujet 
plus jaloux de son indépendance que soucieux d'une 
bonne administration; il exigea relativement peu, 
souvent ne demanda rien du tout, et ne réclama 
jamais que ce qu'il pouvait obtenir; l'impôt rentrait 
quand le chef de l'Etat était capable de le lever. S'il 



218 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

ne ie pouvait pas, un gouverneur le faisait à sa 
place, la province semblait vivre d'une vie à part, 
raais, dans les mosquées, on disait toujours la prière 
au nom du Khalife, et le principe de Tunité de l'em- 
pire était sauf. 

Cette autorité tint surtout parce qu'elle ne fut 
pas délibérément tyrannique et qu elle respecta les 
consciences. 

Byzantins et Persans sont Aryens. Leur autorité 
est tatillonne et oppressive, jalouse de ses préroga- 
tives et soucieuse de les exercer; elle comprime len- 
tement l'individu, le déforme sous sa pression sans 
cesse accrue, le garrotte chaque jour davantage et 
en veut autant à sa conscience qu'à sa personne; 
la suprématie sur les corps ne lui suffit pas, il lui 
faut la domination des âmes, et, quand elle a fait de 
la personne une machine, elle ne se tient pour sa- 
tisfaite qu'en faisant de son âme une esclave inof- 
fensive, obéissante et molle. En Orient, la personne 
ne sut pas se défendre contre les entreprises de 
l'Etiit et se laissa subjuguer; les âmes, plus subtiles 
qu'en d'autres pays, en apparence plus débiles, 
mais au fond plus nerveuses et plus fuyantes, ne se 
laissèrent jamais soumettre. Toute la vigueur de ces 
corps émaciés se réfugia dans l'esprit, citadelle inex- 
pugnable qu'aucun souverain ne put démanteler. A 
vouloir les gagner à ses dogmes ou à ses hérésies, 
l'Etat perdit sa peine et se compromit, et quand 
sonna l'heure de défendre ses institutions et son 
existence , les bras se trouvèrent trop faibles et les 



L£S PREMIERES INVASIONS ARABES. 219 

consciences trop hésitantes. S'il est un reproche à 
faire à notre race et aux gouvernements qu'elle s*est 
donnés dans les différents pays quelle occupe, c'est 
de n'avoir pas su, pendant trop longtemps, et de ne 
pouvoir peut-êlrejamais , en certains coins du monde , 
faire la part assez large à rindividti libre dans l'Etat 
agrandi et entiché d'omnipotence. Les familles su- 
périeures de la race n'ont compris cette nécessité et 
relativement atteint ce but qu'après de longs détours 
dans l'histoire , de singulières fortunes et de pénibles 
efiForts; les autres, faute delan, de confiance et de 
volonté , n'y sont point parvenues , et l'Etat qu'elles 
ont constitué les écrase sous sa masse inerte que 
gouvernants et gouvernés ne peuvent plus mouvoir. 



IX 



La Grèce antique, Rome, Byzance, avaient 
monté l'humanité trop haut. Par un de ces longs 
efiForts soutenus et tenaces que notre monde seul 
sait fournir, eDes avaient guindé les hommes, qu'ils 
le voulussent ou non, à des sommets veitigineux, 
où l'air raréfié manquait à leurs poumons; la fatigue 
vint, puis l'angoisse, et le nombre grandit de ceux 
qui voulaient descendre. Tous étaient las, décon- 
certés, indécis; ils sentaient battre dans leurs poi- 
trines des cœurs trop étroits et voyaient baisser dans 
leurs cerveaux la flamme de l'intelligence. Ils répé- 
taient cependant les gestes de leurs pères, mais 

XIV. i5 



IXI'KKII DM NàrllMtl.t. 



320 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1890. 

comme des automates miment le personnage vivant; 
ils combattaient parce quon les attaquait, enrou* 
laient de nouveaux sophismes autour de. vieilles 
pensées et chauffaient malaisément leurs âmes au 
foyer d une religion que trop de controverses étouf- 
faient. Plus de ressort et pas de quoi en faire un. fls 
se laissaient vivre : heure grave dans la vie d un 
peuple , car cela sous-entend l'abandon , le renonce- 
ment, les petites lâchetés individuelles accumulées 
en ime formidable paresse, la fatigue de chaque 
cellule qui refuse le service, se détend, se déforme 
et provoque la décomposition du corps entier. De 
cette pourriture du vaste organisme antique naîtra 
plus tard, en quelques points, quelque chose» mai» 
rien, au moment où nous sommes, ne fait prévoir 
la renaissance future, et, sans rémission, sans arrêt, 
Timmense orgueil romain s'affaisse. 

KArabe, alors, monte du désert. C'est un sauvage 
ignorant, grossier, brutal, vindicatif, cruel, mais 
c'est im caractère. Il veut âprement ; il a son but qui 
est grandiose et taillé à la mesure de sôs moyens, qui 
sopt simples et puissants. Le but est de porter par- 
tout la foi que Dieu lui a révélée; les moyens 
sont l'attaque brutale, l'écrasement de tout ce qui 
résiste, la charge sur tous les obstacles, le dédain 
pour tout ce qui plie et s'incline. A ce jeu, on broie 
ou on est broyé. L'Arabe l'emporta et ne s*arrât« 
que devant des bastions naturels qu'il ne put enlever 
et lorsqu'il rencontra, au bout du monde, des 



LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 281 

hommes d une autre race qui , eux aussi , avaient une 
volonté et des bras vigoureux. 

L'empire grec résista. Les éléments le défendaient , 
la diplomatie et la science vinrent à son secours; 
mais il perdit ses plus belles provinces, tout ce qui 
n était pas proprement romain ni grec et n avait pas 
été aussi fortement charpenté que la carcasse cen- 
trale. Nous veiTons bientôt comment il perdit 
TAfricpic. 

L'Arabe n'avait ni plan concerté, ni tactique sa- 
vante, ni sagesse, ni prudence; il dut les conquêtes 
quil fit à son caractère. J'ai tenté d'en donner tout 
à l'heure une esquisse. Elle est incomplète, car cet 
esprit est ondoyant sous une apparente fixité , et fiigi- 
tive , parce que ce caractère , sous un faux semblant 
d'unité et de permanence , est profondément divers 
et changeant. J'ai voulu le décrire tel qu'il devait être 
au vu" siècle de notre ère. Si, la tâche terminée, nous 
jetons un coup d'oeil d'ensemble sur l'ébauche, nous 
voyons un être tout en nerfs qui agit avant de penser, 
rêve quand il n'agit pas , et oscille constamment de 
l'action immodérée à l'atonie absolue; une intelli- 
gence qui ne perçoit que des réalités et conçoit à 
merveille l'irréel, se perd dans le détail des unes 
et s'absorbe dans la contemplation de l'autre; un 
esprit qui estime par livres et deniers tous les biens 
de ce monde , et oublie d'évaluer Dieu. Imprévu , 
contraste, disproportion , véhémence , inconstance, 
tout nous choque en lui. Soucieux de belle ordon- 

i5. 



222 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

nance, épris de notre méthode, nous avions entamé 
cette étude dans Tespoir qu'elle nous mènerait à 
une conclusion, et voilà que nous n*en trouvons 
point, sinon que TArabe est irréductible et fuyant 
et que ses destins fm^ent accomplis, hors de sa 
portée, par la foi qu'il reçut de son Prophète. 



FIN DE LA PREMIERE PARTIE. 



SrX CHANSONS ARABES KN DIALECTE MAGHRÉBIN. 223 

SIX CHANSONS ARABES 

EN DIALECTE MAGHRÉBIN, 

PUBLIÉES, TRADUITES ET ANNOTEES 

PAR 

M. C. SONNECK. 

(suite.) 



^ Il b Il U^ Jt^à ^^^_^t^ 



JLiMbJ œ»Ag f»tvÂU (,^ykAk CUA40 U 4 

JLiLAt iO^JU iuJ«U t^l^i 

JUo ^^^ |»|;*Jlj y>itfw» ^^^ 5 

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224 



SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 225 



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SIX CHANSONS AKABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 227 



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SE^TEMBRE-OCTOBRR 1899. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 229 



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1 . Mon esprit souffre des rigueurs dont je suis 
l'objet, n ne peut oublier la gazelle, aux yeux noirs. 
Le feu qu'elle a allumé dans mon cœur brûle mes 
entrailles ; mon corps dépérit et se flétrit. Où est ton 
remède , ô tâleb ? 

4. Je ne trouve pas de médecin qui guérisse de 
lamour, c'est en vain que je cherche. Celle qui cause 
ma souffrance est Fâtema , aux khelkhâl teintés d'in- 
digo. Mon cœur endure les tourments de la passion 
et mon mal se prolonge. Où est ton remède , ô tâleb ? 
Ton remède est perdu , seigneur tàleb ! 



230 SEPTEMBRK-OCTOBRK 1899. 

7 . O tâleb , implore Dieu pour moi. Mais com- 
ment guérir le malade d'amour ? remède et science, 
tout est perdu ! Je me meurs sans trouver la force 
de supporter mes épreuves. C'est à toi que je me 
confie, médecin qui dois rendre le repos à mon 
cœur, car un tison brûle dans mon sein. Si tu es 
perspicace et habile étudie et rends-toi compte des 
symptômes. 

1 1 . Cherche pour moi dans ton livre et calcule. 
Si tu éteins ce brandon qui est en moi, ce que tu 
stipuleras sera obligatoire et je deviendrai, sans 
qu'il t'en coûte rien, ton serviteur et ton esclave; tu 
me garderas ou tu me feras vendre à l'encan. Où est 
ton remède, ô tâleb P Ton remède est perdu, sei- 
gneur tâleb ! 

1 5. Le tâleb regarda et me dit : « Courage ! amou- 
reux, courage! Tu as déjà goûté à la coupe de la 
mort et il ne te reste plus longtemps à vivre. Mais 
écoute mon conseil : patiente ; la patience te sera un 
soutien. Tu obtiendras les bienfaits de Celui qui seul 
connaît l'avenir, et tes destinées s'accompliront 
comme l'aura fixé la volonté du Seigneur. » 

19. «Adresse-toi au Dieu généreux, supplie-le 
instamment; il écoute avec bienveillance et voit dans 
les âmes; il ne repousse point celui qui Timplore; il 
observe le fond des cœurs. Supporte ses décisions 
avec la même patience que montrent les chameaux : 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 231 

ils cheminent par les contrées, espérant déposer 
enfin leurs fardeaux. » Où est ton remède, ô tâleb? 
Ton remède est perdu , seigneur tâleb ! 

23. O tâleb, cherche dans le livre les lettres qui 
font naître Imclination et famitié. Ecris-les moi et 
sois habile , pour que Dieu en fasse la cause de mon 
bonheur, qull inspire à celle qui est semblable à la 
gazelle de me pardonner et que tous mes chagrins 
se dissipent. Mon supplice a trop duré; je suis las 
d'attendre. Il n'est point d'aventure plus étrange que 
la mienne. 

27 . Mes soucis se prolongent et je me suis fatigué 
dans d'opiniâtres efforts; mais la peine que j'ai prise 
pour mériter cette belle a été pour moi comme 
celle de l'homme qui , ayant entrepris le commerce , 
s en revient dépouillé, sans bénéfice ni capital, 
n'ayant récolté que fatigue et lassitude. Où est ton 
remède, ô tâleb P Ton remède est perdu, seignem' 
lâleb ! 

31. Le tâleb répondit : « Supporte ses rigueurs. 
Ecoute-moi; je te donnerai de profitables conseils. 
Détourne ton cœur de son souvenir et oublie-la 
comme elle t'a oublié. Courage ! Son abandon te fait 
dépérir et ton visage, ô amoureux, a changé de cou- 
leur. Tu as pour elle délaissé tes intérêts et sacrifié 
une partie de tes jours. » 

35. « Suis mon avis et ne me traite pas d'impos- 



232 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

teiir. Ecoute ce que disent les sages en leurs pro- 
verbes : Ce qui est amer ne peut devenir doux. 
Laisse là celui dont le commerce est pénible et re- 
cherche celui qui a un caractère facile. Supporte 
patiemment le tourment de ton amour jusqu'à ce 
qu'il se dissipe. » Où est ton remède, ô tMeb? Ton 
remède est perdu , seigneur tâleb ! 

39. tâleb, si tu es puissant, agrée mon excuse 
et viens en aide à ma cause. Ton discours n est que 
paroles vaines; il fait empirer et augmenter mon 
mal. Je n'oublierai cette beauté accomplie que 
si mon existence s'évanouit. Je l'aime, la reine des 
belles; elle est mon âme et la limiière de mes yeux. 

43. Ah! combien grandit mon amour! Je servi- 
rais un esclave, j'obéirais à un homme méprisé. 
Peut-être ce qui est éloigné se rapprochera-t-il ? Et 
si arrive le moment, tu le sais, toi qui connais les 
adages : celui qui est bien portant périra et le ma- 
lade retrouvera la santé. Où est ton remède , ô tâleb? 
Ton remède est perdu , seigneur tâleb ! 

47 . Le tâleb repartit : « Tu t'es pris dans les rets 
de Qëys — tu sais ! — ; il pourchassait Leyla et l'at- 
tendait frémissant au rendez-vous. Toi, tu poursuis 
depuis deux ans ta bien-^aimée et elle ne veut se 
laisser attendrir; tu n'as trouvé aucun moyen de lui 
parler. Dieu veuille , toi et moi , nous favoriser ! » 

51. Dieu est généreux; il observe. Si le trouble 



SIX CHANSONS ARABES EN PIALECTE MAGHRÉBIN. 233 

se met dans mon esprit, il réparera ce désordre. 
Mon sort est triste et je m'en vais apeuré. Si je di* 
sais mes soucis aux hautes montagnes elles fondraient 
au récit de mes souffrances et se changeraient en 
sable. Où est ton remède , ô tâleb ? Ton remède est 
perdu, seigneur tâleb? 

55. O tàleb, si je contais ma peine à un sabre 
de rinde/ il fondrait en entendant mes plaintes. Mon 
cœur ne peut supporter mes chagrins et le feu dé- 
vore mes entrailles. 

57. Mon discours est fini; j'ai achevé mes vers 
et je publie mon nom dans ma chanson : c'est Ben 
Sabla. Je ne cache pas comment je me nomme et, 
dans mon désespoir, je ne cesse de me lamenter. 

59. vous qui avez goûté les tourments de 
famour, excusez-moi et ne me blâmez pas dans cette 
circonstance. Je vais mourir, vaincu par le mal, et 
le médecin de mon cœur recule sans cesse le terme 
de ma souffrance. Il ne me guérit pas et ne tr^incbe 
pas complètement le fd de mes jovu:s? Où est ton 
remède , ô tâleb ? Ton remède est perdu , seigneur 
tâleb ! 

^*^ Les ëtemelles lamentations de f amant malheureux -^ 
ou du soufyte qui soupire après Dieu — constituent le fond 
du répertoire des villes. Cette élégie , à laquelle sa formé dia- 
loguée donne de la vjç, est l'œuvre d'un cbeykli célébra de 
Tlemcen , Mohammed ben Sahla , dont on peut, en se défiant 



234 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

des écai*ts chronologiques des indigènes , qui lui attribueraient 
une longévité biblique, placer la période de production dans 
la première moitié du xviii* siècle. Auteur fécond, il s*est 
surtout adonné au genre sacré et aussi au genre erotique, 
que les doctrines soufytes permettent de considérer comme 
une variété de la poésie religieuse. Malheureusement, ses 
(euvres ont beaucoup souffert et ne nous sont parvenues 
qu*avec de graves altérations, ce qui est d'ailleurs le cas de 
toutes les pièces qui remontent un peu haut. 

Mohammed ben Sahla laissa un fds , Boû Mediën , qui hé- 
rita de son lalent poétique et vécut , parait-il , jusqu'aux der- 
nières années de la domination turque. Leurs descendants 
habitent encore un petit hameau , voisin de Tlemcen , nommé 
Fëddân ës-Seba^ 



NOTES DL TEX.TE. 

V. lo. h^^^t 'Essêbbêb est mis pour tm*. :^^ ^ imp. de ia 5* forme. 
On sait (cf. de Sacy, Grammaire arabe, 2" édit., I, 220,S454) 

que cette forme se change quelquefois en JLx3t et que son impé- 
ratif devient alors JLxii . Il faut aussi remarquer que dans le lan- 
gage le ta disparait fréquemment dans le voisinage du s^; ainsi 
(^Am^ ystenna , formé de J^Lx^st «il attend», se prononce j^senna. 

V. 17. Dans la poésie populaire, l'adjectif démonstratif est le 
plus souvent écrit )•>, quels que soient le genre et le nombre du 
nom qu'il détermine. Cet alif est lui-même à peu près sans valeur 
car le •> s'articule toujours avec Ye muet, vers lequel tendent les 
trois voydles arabes. 

V. 20. Le premier hémistiche offre la variante v>^' i ^ >^^ 
h^t^ . Cette quasi -homophonie s*explique tout naturdlement si Ton 
tient compte que ces textes se transmettent surtout par tradition 
orale. 

V. 28. Les participes passifs des verbes hamzés fa, qui se 
changent fréquemment dans le langage en assimilés par onoon, et 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 235 

ceux des assimilés par ouaou sont parfois d'un type J^JuL«, in- 

connu à la langue classique, ^^y» est ici pour «S^L«, 4X^t étant 
considéré comme s'il était devenu «S^â.^ ; mais on trouve f»3«N^ pour 

l»3.>U «gras, graisseux» (rad. m,>\) et ^y**-*:^ pour ^y^y» «marqué, 
distingué» (rad. m)* 

V. 37, Jl«^ est mis pour la rime au lieu de J^.^>i> 



XIV. 1 6 



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236 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1809. 

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SJX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 237 

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238 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 239 

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340 SEPTEMBAE.OCTOBRE 1800. 

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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 241 

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242 SKPTEMBREOCTOBRE 1899. 

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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 243 

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SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 245 

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246 SEPTEMBRE. OCTOBRE 1899. 

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LE DEBAT DE LA CITADINE ET DE LA BEDOUINE. 

1. Otoi qui nVécoutes, je dis une de ces histoires 
dans lesquelles je suis maître incontesté; ce sont des 
histoires vraies. Par elles j'émeus les amants épris 
comme toi, je les divertis par d agréables récits. 
Comme je les ai entendues je les rapporte, et elles 
plaisent à mes auditeurs par la légèreté de l'esprit et 
l'éloquence des pensées. Je conte le difiFérend des 
belles. Mes vers sont composés dans la perfection. 

5. Je cheminais, ne pensant k rien, le jour où je 
venais rendre visite à celles dont la beauté m'égare, 
celles dont je n'ai jamais vu les pareilles ni dans les 
campagnes ni dans les villes. J'eusse dit qu'elles 
étaient le Soleil et la Lune et que les jeunes filles de 
ce temps n'étaient que des étoiles, surpassant les 
Pléiades. Les astres se portent envie dans leurs fir- 
maments et, s'ils s'approchent l'un de l'autre, leur 
jalousie se manifeste, et l'on assiste à ces éclipses 
connues de la Lune et du Soleil. Mon récit est vrai. 
Comme les astres, les femmes se jalousent. Le jour 
où je les vis, les deux jeunes vierges s'étaient ren- 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 247 

contrées ; ceiie-ci jalousa ceiie-ià et ce fut pour eiies 
une malheureuse journée. 

11. La citadine dit à la bédouine : « Regarde tes 
semblables, tu ne verras en elles que des campa- 
gnardes , vrais chiens du douar. Qu'es-tu auprès des 
filles élevées à la ville? Tu es une bédouine. Ne 
songes-tu pas aux outres qu'il te faut remplir le ma- 
tin , à la charge de bois que tu dois couper chaque 
jour et comment tu passes la nuit à faire tourner 
sans cesse la meule du moulin , fatiguée et harassée ? 
Tes pieds, toujours nus, se fendillent et sont cou- 
verts de crevasses. Ta tête ne goûte jamais le sou- 
lagement d être découverte , et tu t'en vas , brisée de 
fatigue, te coucher sur la terre, dans la suie, comme 
un serpent enroulé sur lui-même. Tu te couvres 
avec l'envers de vieux lambeaux de tente et tu re- 
poses ta tête sur les pierres du foyer. Vêtue de hail- 
lons, tu dors d'un lourd sommeil, puis tu te lèves 
et ta journée s'écoule stupide. Telle est la vie des 
gens du dehors, la tienne comme la leur. Qu'es-tu 
donc à côté de ceux qui vivent à l'ombre , à ral)ri des 
murs, qui ont des mosquées pour les prêches et la 
prière, où les questions se discutent et où l'on ré- 
dige les actes ? » 

21. L'Arabe parla et dit à la citadine — ô toi 
qui comprends leurs discours — : « Va-t-en ! tu res- 
sembles à une chouette dans une caverne. Qu'es-tu 
à côté dos filles des Arabes, des filles de ces tribus 



248 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

qui groupent sous leurs étendards des cohortes dé 
cavaliers ? Tu es une citadine. Regarde tes semblables i 
le médecin ne les quitte jamais : sans maladie, elles 
sont fanées et blêmes. Le poison de la chaux ^ t'a pé- 
nétrée et un empoisonné même n a pas ton visage. 
Tu es morte, quoique vivante en apparence, toi qui 
n as pas vu nos Arabes et leurs prouesses, nos Arabes 
qui ramènent la prospérité dans les déserts par letirs 
glaives tranchants. Si tu voyais notre tribu quand 
nos cavaliers chargent contre une troupe ennemie, 
montés sur des chevaux de race entourés de soins, 
armés de lances et de boudiers pour s abriter des 
coups de leurs adversaires ! Ceux qui leur ressemblent 
sont renommés et glorifiés. Ce sont des hôtes géné- 
reux, des hommes au caractère libéral. Dans de» 
mosquées qu'ils ont bâties sont des logements pour 
les tolba et pour les hôtes. Tous ceux qui viennent 
chez eux les quittent emportant des marques de leur 
bienfaisance et en font des éloges. Par quoi seraient* 
ils attirés vers les villes , où tout s'achète îi prix d'ar- 
gent ? » 

31. La citadine reprit : «O bédouine! oublies-tu 
donc ce que tu fais ? Tu t'en vas de maison en mai- 
son avec des mauves , des cardons ^ et de ces sal- 

^ V. 2 4. Les bédouins attribuent la pâleur des citadins à un 
principe nuisible renfermé dans la chaux dont ils badigeonnent 
leurs maisons. 

^ V. 32. iUib, mot berbère qu'on retrouve dans TAurès sous ia 
forme c^^Jub, désigne une sorte d'artichaut sauvage (Carduncellus 
primatus, Prax, dans Beaussicr). 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 240 

sifîs sauvages si connus. Tu es toute graisseuse; la 
graisse s'infiltre dans tes vêtements au point de les 
imprégner complètement. C'est ainsi que tu vis 
chaque jour. Je ne fais pas de comparaisons pour.ce 
qui est caché. Laisse-donc tes médisances. Qu as-tU 
à dire de moi ? Mieux que toi je suis les préceptes 
de la Sojina; j'observe plus fidèlement les moments 
canoniques. Cachée par mon voile, aucun œil ne 
m'a vue. Je ne suis pas, ainsi que toi, toujours dans 
les champs; je vais par les rues et je m'y promène. 
Qu'es-tu donc auprès de moi? Je ne garde pas les 
vaches, passant, comme tu le fais, la journée à les 
suivre. Tu te nourris d'oseille sauvage et de cœur de 
palmier nain. Tes pieds se fatiguent à marcher et tes 
mains à creuser la terre pour en arracher le palmier 
nain. » 

39. «Qui vous pousse, qui vous amène, dit la 
bédouine à la citadine, à nous outrager et à nous 
adresser de méchants propos , vous qui êtes les pires 
des créatures et en qui sont rassemblés tous les vices 1 
Toutes vous êtes des pécheresses , et Satan n'oserait 
citer nombre de vos actions; toutes vous êtes des 
magiciennes et des débauchées. Vous trahiriez votre 
propre frère; à plus forte raison trompez- vous vos 
époux. Aucune de vous ne se garde; vous sortez sans 
vos maris et sans leur assentiment. Vous reniez votre 
foi et il n'est point d'impie qui vous soit comparable; 
la malédiction du Ciel pèsera sur vous jusqu'à ce 
que vous reveniez au Créateur. Nulle de vous n'est 



250 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

honnête. O femmes qui ne vouiez pas voir, d'où 
donc vient votre aveuglement? Toutes vous suivez 
des pratiques réprouvées , et celle que ne préoccupe 
pas Tamour des hommes recherche Tamour des 
femmes. Vous violez la loi divine et combien peu 
parmi vous craignent leur Seigneur ! C'est dans les 
campagnes, au milieu des champs, que sont les 
femmes qui craignent Dieu. Pourquoi dis-tu que, 
seules, celles des villes sont pieuses? Accomplis- tu 
pour moi les devoirs de la religion ? » 

49. «Quel agrément ont tes pareilles? reprit la 
citadine ; elles ne goûtent aucun plaisir et ne voient 
jamais ce qui divertit les yeux. Elles ne teignent pas 
de henné les mains qui terminent un bras arrondi. 
Elles ne portent pas les riches costumes qui coûtent 
des centaines [de pièces d'argent], ni les nombreux 
vêtements rehaussés de pierreries et pénétrés de par- 
fums suaves; elles ne se coiffent pas de foulards à 
fleurs de brocart, ni de voiles, ni de mouchoirs de 
soie alourdis par des fils d'or de fabrication chré- 
tienne. Elles n'ont pas une négresse qui élève les 
enfants et va et vient dans la maison et dans le ha- 
rem. Elles se vantent plus que ne le ferait un fan- 
faron. Pourquoi m'accuser de mener une vie blâ- 
mable quand ta conduite mérite la réprobation ? La 
saleté règne chez les campagnards; où leur fait-^e 
défaut ? Chez vous l'eau croupit l'hiver dans un cretix 
de rocher ; elle vous manque l'été pour la boisson , à 
plus forte raison pour vous baigner. On ne voit pas 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 251 

parmi vous une femme propre : les poux et les puces 
sont leur couche et leur couverture; votre lit cest 
la terre et la poussière ; le millet est votre nourriture , 
ou bien Torge et le blé échauffé. » 

59. L'Arabe reprit la parole et dit à la citadine ; 
« Qui sont ceux dont tu descends P Quelle est ta tribu 
parmi celles qui peuplent les contrées? Vous n'êles 
que des Beny Leqyt, ramas de gens de toute sorte. 
Tu te prétends citadine; que sont les citadins ! Tes 
seigneurs ne les déchirent pas ; seuls ceux qui viennent 
comme toi on ne sait d*oii ont ton insolence. Et tu 
m'insultes, toi qui appartiens à des gens dont la 
considération est partout décriée ! Et tu braves une 
Qoreychyte, une Hâchemyte glorieuse de ses an- 
cêtres et des éloges qu'ils ont su mériter ! Il convient 
à la femme issue d une souche illustre de s'enor- 
gueillir de ses origines; mais toi qui n'es que la fille 
des masures, la descendante d'une race vaincue. . .! 
Tu te prétends sonnyte et tu ne connais pas les trois 
grandes choses dont leur auteur, Celui qui sait tous 
les secrets , nous a gratifiés : le Paradis , le Qoran et 
le Prophète illustre , abrogateur des fausses croyances , 
intercesseur * des créatures. Quiconque l'aime aime 
aussi les Arabes et s'attache à eux. Qui les hait bait 
l'Elu de Dieu et qui hait Ta Hâ hait aussi incontes- 
tablement l'Eternellement vivant, le Dieu immuable. 
Tu le hais, toi, car tu calomnies mes ancêtres, tu 
ravales leur rang et déprécies leur honneur. Songe 
k tes mauvaises actions pour le jour où tu seras 

\iv. 17 



iiiraiJieaiB raxiosalb. 



252 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

mise au tombeau et pour celui où tu seras ressuscitée , 
ô insulteuse des Arabes, desquels est sorti le Sei- 
gneur des peuples ! » 

71. « Je ne méconnais pas les Apabes , dit la cita- 
dine, et je n'offense pas leur honneur, et sans toi je 
n eusse pas mal parié d'eux; mais c est toi qtii as in- 
jurié les miens et exalté ceux de ta race. C'est celui 
qui commence qui commet l'excès et celui qui l'imite 
ne mérite pas le blâme , ô toi qui leur as cherché 
querelle ! Demande pour moi pardon au Dieu indul- 
gent et miséricordieux, comme je l'implore moi- 
même, et je n'attaquerai plus les Arabes. Et s'ils 
m'offensent, je leur pardonnerai et je les approuverai 
par respect pour le Prophète pur et purifié. Je re- 
cevrai le Paradis ; c'est d'eux qu'on l'acquiert et il est 
sans prix. Ceux-ci, franchement, je les aime plus 
que moi-même, je les aime passionnément. Celui 
qui aime un peuple ressuscitera avec lui, et c'est ici 
le terme des propos désobligeants et des reproches 
échangés entre nous. » 

79. Je leur dis que le devoir m'incombait de les 
réconcilier et je les rendis aussi pures' d'intentions 
quç je désirais qu'elles le fussent. Je les rapatriai et 
je leur rendis cette journée agréable. Ainsi que le 
souhaitaient ces belles, je dissipai leurs soucis par 
la bonté et la douceur. 

J'ai composé les vers de ce morceau; le sens en est 
plus délicat que le parfum de la fleur d'oranger, plus 



SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 253 

doux que le sucre , pour les cœurs de ceux qui aiment 
à pardonner. Quant aux méchants, ils goûteront le 
zeqqoûm. Ma chanson est ornée de fleurs de rhéto- 
rique; telle une jeune vierge dont la poitrine est 
parée de pierreries qui étincellent comme les étoiles 
du firmament. Les paroles en sembleront amères aux 
censeurs. Je les ai cueillies comme un bouquet dans 
le parterre des allusions. Que les lions courageux, 
que les hommes à Tesprit pénétrant, aimés de Dieu 
et objets de ses bontés, reçoivent nos salutations 
aussi longtemps que se prolongeront les existences, 
salutations innombrables, et, parvînt-on à les dé- 
nombrer, ajoutées les unes aux autres. 

87. Je dois faire connaître mon nom à celui qui 
est soumis aux Chërfa et reconnaît leur puissance : 
le mym précède, puis vient le hd dans l'écriture. Le 
mym et le dâl le complètent et le rendent compré- 
hensible au lecteur [MoHaM{M)eD]. Dieu me par- 
donne cette œuvre futile et aussi mes fautes et mes 
erreurs. Je mets ma confiance en mon créateur, in- 
dulgent à tous les péchés, et j'espère en sa miséri- 
corde , car quiconque l'attend en reçoit les effets. 

91. La bédouine et la citadine en désaccord se 
présentèrent devant le juge demandant une sentence ; 
elles en vinrent aux invectives et se complurent dans 
l'échange de ces propos. Mais après le débat de ces 
belles, je m'empressai de les réconcilier. 



17 



254 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

^*^ La chanson révèle la physionomie d'un pays et Tânie 
de ses habitants; plusieurs causes contribuent à donner à 
celle du Maroc un caractère particulier. 

L*esprit massif du Berbère manie avec peine une langue 
qui n'est pas la sienne. Tous les morceaux marocains que 
j'ai lus ou entendus sont le résultat de laborieux efforts; ils 
sont tout imprégnés de ce sentiment religieux resté si vif 
dans l'Empire des Ghéryfs , mais l'inspiration , qui se mani- 
feste si intense dans les vers du moindre des trouvères bé- 
douins , leur fait à peu près complètement défaut. 

Le poète marocain se cantonne presque exclusivement 
dans le genre érotico-mystique cher aux Soufytes. Son tem- 
pérament religieux n'en est cependant pas Tunique cause. Le 
pays est triste, mais dune tristesse spéciale, à laquelle son 
état social n'est pas étranger : il n*est pas prudent , au Maroc , 
de dire tout ce que l'on pense , encore moins de le chanter. 
Les rares chansons politiques , satiriques on simplement gaies 
que composent de ci de là quelques faqyh railleurs ou plai- 
sants, ne se chantent que portes closes, et s'il est impossible 
aux étrangers de les entendre , à plus forte raison ne peuvent- 
ils songer à en avoir des copies. 

La pièce que je reproduis ici et qui clôt la série de mes 
extraits est d'un Cheryf du Tafylâlt nommé Sydy Mohammed 
ben *Aly Ou Rezyn, né en ii54» mort en 1287 {^7^-^' 
1833), sur lequel je n'ai aucun autre renseignement. On 
voit qu'il n'a pas échappé à l'influence dominante et qu'il 
n'a pu achever son morceau sans y faire intervenir Dieu et 
son Prophète. 

NOTES DU TEXTE. 

L'examen dn texte donne lieu à quelques observations : 
La première rime intérieure en d long [yâ men tesra ijyâ) né- 
cessite, en vue d'un son unique, une modiGcation de l'orthographe 
des mots qui la constituent : un alif remplace le ta merboûta des 
noms et des adjectifs; un alif s'ajoute au pronom adixe de la pre- 
mière personne du singulier. 



Sî\ CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 255 

Quoique le dialogue se poursuive entre deux femmes, les deux 
genres sont employés dans les verbes. L'indifférence en matière d'or- 
thographe est la seule cause de ces anomalies. 

V. l'y. ^JaJisijS lùtetretta «tu te, couvres». Ai s'emploie explétive- 
ment au Maroc devant les personnes de l'aoriste exprimant le pré- 
sent de l'indicatif. 

V. 27. I>3kosj yddergoû «ils sont abrités, ils s'abritent • est pour 
]^sô'jLji jtdergoû. Le langage ne se sert pas pour exprimer le passif 

du verbe primitif de la forme classique Jj3; il a recours à un type 
à la fois passif et réfléchi, mais plus passif que réfléchi, qui est 
jLJub pour le prétérit et Jmx^ pour l'aoriste. 

Ce phénomène a été signalé par M. Cherbonneau dans le Journal 
asiatujue (avril i852, p. 379, et 1861, p. 9) et par M. Gorguos 
dans son Cours d'arabe t)w/^rtïrr(2*édit., Paris, 1857, p. 167). Leurs 
observations, qui se complètent, ont parfaitement déterminé les 
modifications que cette forme apporte au sens de l'idée exprimée 
par le verbe primitif actif; mais tous deux se sont mépris sur son 
caractère grammatical. 

M. Cherbonneau y voit une altération de la 8* forme parce que , 
vraisemblablement trompé par une orthographe défectueuse, qui 
rend l'erreur très excusable, il a pris l'aoriste pour le prétérit : en 
effet, le y a pronominal de la 3*" personne du masculin singulier de 
l'aoriste, à laquelle les verbes de cette forme sont le plus fréquem- 
ment employés, est souvent remplacé par un hamza dans l'ortho- 
graphe populaire; ainsi ^^3l pour *^^t = ^^ix^ ytefekem «ceci se 

comprend; c'est intelligible». 

Mais le déplacement du ta formatif qui , abandonnant son rang 
entre la première et la seconde radicale, aurait franchi cette pre- 
mière radicale pour venir se placer devant elle et de JjcJL^. faire 
JudUj, n'est pas expliqué; et quant au redoublement dont M. Cher- 
bonneau le dit être l'objet, il est loin d'être la règle générale. On 
ne le constate que devant des verbes ayant un ta pour première 
radicale, ce qui n'a rien d'anormal, et quelquefois au prétérit, 
après cet alif prostkétique , sans valeur grammaticale, dont les Ma- 
ghrébins font un si abusif emploi et qui n'est autre chose que l'équi- 
valent de ïe mnet introduit par notre langage populaire devant 
nombre de mots. Ne dit-on pas chez nous : une tranche eci'melon , 
fj'peux pas, par e/'chemin du haut, etc.? Cet alif favorise par- 



256 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

fois, il est vrai, une réduplication, comme par exemple dans 

tyjC^I êssektôn, qui est !yJC«wI eshtôu o taisez- vous!». Mais ces faits, 
qui sont du domaine de la phonétique, ne peuvent être invoques 
comme principes grammaticaux. 

Tout ceci put-il d'ailleurs demeurer sujet à controverse, que le 
seul examen du prétérit suffirait à dissiper toute incertitude. De 
très nombreux exemples établissent qu'il ne faut voir dans cette 
forme autre chose qu'un paradigme jLxJb : J'y*3 té*azel «il a été 
révoqué > ; JixJb téijetel « il a été tué » ; y»S3 têkeser « il s'est cassé 
[un membre]»; l^kxSjj iêketeb «il s'est inscrit [comme soldat], il 
s'est engagé », etc. 

De son coté , M. Gorguos fait de Jixi:» une « 5' forme allégée » , 
c'est-à-dire privée du chedda de la seconde radicale. Mais les exemples 
mêmes qu'il donne à l'appui de son opinion démontrent qu elle ne 
saurait ^-Ire acceptée : fg^ J^^^î ^ vW' '«^ «cette porte ne 
«s'ouvre point»; ^-iJI A^î^. ^I«xS «combien se vend le blé?». Si 
la racine est sourde, ajoute-t-il, le verbe est alors sourd à la 
5" forme, ce qui n'a pas lieu à la 5" forme régulière (lisez litté> 
raie). Si le verbe est concave, la lettre faible se change en alif à 

l'aoriste » Si ces verbes étaient à la 5' forme , ils feraient , 

d'après la règle commune à la langue littéraire et au langage usuel , 

JJL^C^. et ^X.^^.. Or il nous reste, le ta initial supprimé, J<ag et 
^L^ , qui sont précisément les aoristes passifs de la première forme. 
Si l'on considère enfin que les deux voix active et passive ne se 
distinguent dans la langue régulière que par des voydles, et que 
dans le langage ces voyelles , considérablement assombries , tendent 
toutes vers un même son incolore e muet, on constate qu'il était 
impossible au langage de rendre le passif au moyen de la seule 

forme grammaticale Ja», et Ton s'explique comment il a été 

amené à recourir, pour y parvenir, à un procédé artificiel. Le ta, 
qui caractérisait déjà des formes passives et réfléchies , s'offrait natu- 
rellement à lui ; il en a fait le signe du passif populaire. 

Il est surprenant que depuis l'époque déjà lointaine où ces deux 
savants publiaient leurs consciencieuses et intéressantes observa- 
tions, cette forme , cependant très usitée, n'ait attiré l'attention d'au- 
cun arabisant algérien et ait été laissée dans un oubli profond; car 
on n'apprendra pas sans étonnement que les nombreuses méthodes 
pour l'étude de l'arabe parié mises à la disposition du public n'en 
font absolument pas mention. Un seul auteur en parie très topera 



SIX CHAiNSONS ARABES EN DIALECTE MAGHRÉBIN. 257 

ficieliement et encore y voit-il, à rimitation de M. Gorguos, une 
5* forme altérée. Il serait désirable que cette lacune fût comblée. 

V. 34. Les nécessités de la rime ont forcé l'auteur à transformer 
c^^^, pi. de iu^ «propos désobligeant, médisance», en f*>^. On 
a déjà vu (II, vers 2 et 3) que Ton peut faire rimer deux sifflantes 
sâd et syn ; ici , c'est entre deux labiales bâ et m^m que s'est faite 
la permutation. 

V. 6 1 . *^ est devenu ^li pour la rime. 

V. 69. «-^JîJB «critiquer, blâmer, censurer, médire», qui est dans 
le langage un verbe trilitère régulier, semble avoir été formé de 
<^\a£\ (VIII, de v^ ^- i«)' ^^^ ^ ^® même sens. Il ne faut pas 
perdre de vue, cependant, que «^^ocjb a une signification identique 
et que le » et le » ou permutent ou sont employés simultanément. 

V. 7g. ^l^xâJ est pour m ^.',4" »-'''. 

V. 86. ^Ct^Uw, lisez sêlâmàlla, par suite de l'insertion du noûn 
du tanouyn dans le lâm de là. 



ERRATA. 



p. 475 ,1. 1 , au lieu de ^J9J s, lire ,j>, s, 

P. ^77, 1. 9, au lieu de tdxU, lire dlxJLs. 

P. 499, 1. 8, au lieu de Ju-^., lire iL^\y 

P. 620, 1. 10, au lieu de J^^yj^ lire jij^l. 

P. laS, 1. 10, au lieu de s^^Ué., lire s^jU.. 

P. 137, av.-dern. 1., au lieu de JL^U, lire dL^, 



258 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 



NOTE 



SUR QUATRE SYSTÈMES TURCS 



DE 



NOTATION NUMÉRIQUE SECRETE, 



PAR 



M. J. A. DEGOURDEMANGHE. 



Chez les Turcs, il a été usé de la cryptographie 
avec une abondance particulière. Les manuscrits 
mathématiques, médicaux ou relatifs aux sciences 
occultes, composés ou traduits par des Ottomans, 
fourmillent d'alphabets et de systèmes numériques 
secrets. Pour les constituer, les Turcs ont mis à con- 
tribution tous les alphabets dont ils ont pu avoir 
connaissance. Us les ont, le plus souvent, utilisés 
dans la forme où ils les rencontraient, mais parfois 
ils les ont modifiés ou transformés , sinon volontaire- 
ment, du moins par la dégénérescence graduelle 
inhérente à la reproduction par voie de copies suc- 
cessives. 

Une opinion généralement admise est que les Mu- 



NOTATIONS NUMÉRIQUES SECRÈTES TURQUES. 259 

sulmans ignorent et ont toujours ignoré les écritures 
an té-islamiques. C'est peut-être là une erreur. Citons 
un exemple. 

Dans la séance de llnstitut égyptien du 2 4 dé- 
cembre 1880, sous le titre de : Le Blason chez les 
princes musulmans de l'Egypte et de la Syrie, M, Edward 
Thomas Rogers-bey a fait, à cette société, une com- 
munication , d'où il résulte que : 

1° Les divers souverains de TKgypte et leurs prin- 
cipaux officiers , depuis les Ayoubites jusqu'aux der- 
niers sultans mamelouks, ont eu chacun un blason 
nommé Aj^, au pluriel dyj, du mot persan Jô^ 
a coideur ». 

2° Nombre de ces blasons souverains portent des 
caractères hiéroglyphiques , dont les plus fréquents 

sont ^ ^ , qui représentent les mots Ra neb teta 
« Soleil des deux horizons ». C'est là un titre vrai- 
ment royal dont il serait invraisemblable de sup- 
poser le choix comme né d'un pur hasard. 

Sans insister sur cet exemple, il laisse à penser 
qu'on pourrait retrouver des alphabets anciens parmi 
ceux employés, chez les peuples musulmans, à des 
usages cryptographiques. 

En tous cas, la reproduction de cryptogrammes 
turcs aurait toujours une utilité : celle de faciliter 
la lecture de certains manuscrits. 

Nous n entreprendrons pas, dans la présente note, 
une étude d'ensemble sur les systèmes ottomans 



iôO SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

d'écriture secrète; nous nous bornerons, pour res- 
treindre notre sujet, aux notations numéricpes et, 
parmi ces dernières, à celles militaires. 

Il s'en présente quatre principales. 



PREMIER SYSTEME. 

11 consiste à représenter les neuf chiflGres , autres 
que le zéro, par autant de signes; ce sont là les 
unités. Puis un zéro, sous la forme dun petit cercle, 
est joint à chacun des signes des monades pour for- 
mer les décades; un second zéro joint constitue les 
centuries et un troisième les chiliades. 

Voici ces signes : 



i iOQO 


% 100 


? iO 


1 i 


oi 8:000 


oS 200 


3 20 


J 2 


^ 3000 


^ 300 


^ 30 


-1 3 


?^4000 


f^400 


ro^o 


r 4 


^5000 


toSOO 


LoSO 


L 5 


^ eooo 


A 600 


H 60 


H e 


T7000 


^^700 


T70 


T 7 


4^8000 


A 800 


h 80 


Ha 



oiodooo o^^oo ^90 



iNOTATlONS NUMÉRIQUES SECRÈTES TURQUES. 261 

Cette numération est dénommée jJUj^fc^a^a/r/tt , 
du mot sihy^ « registre » , plus spécialement « som- 
mier ». Elle était employée surtout poiu* dresser les 
rôles des résultats de la levée dliommes appelée 
x^yij^ devcharmé « la presse »>, opérée sur les jeunes 
gens chrétiens pour le recrutement. 

Parfois une variation se produit dans la forme 
des signes reproduits plus haut : le petit cercle est 
remplacé par un trait, ajouté à la hampe du signe, 
soit à droite soit à gauche. Ainsi Ton écrit toujours 
un par I, mais dix est 1 ou h, trois 1 devient IK trente, 
et quatre f devient /f" queutante. 



SECOND SYSTEME. 

Ce mode de numération est fondé sur Yabondjed 
«juAM, ou oriental, lequel, comme on le sait, est divisé 
en huit mots techniques, ainsi disposés : 

876 5 4321 

Dans le système dont nous parlons, on ajoute, à 
une hampe , un trait à droite pour les chiffres-lettres 
qui sont tirés du premier mot, deux traits pour ceux 
issus du deuxième mot, en continuant ainsi jusqu'à 
huit traits à droite pour le huitième mot. A gauche 
on trace un trait pour la première lettre du mot, 
deux pour la seconde , etc. 



262 



SEPTEMBRE. OCTOBRE L899. 



Par suite , le système complet se présente comme 
suit : 



u r 



J d 



; -? 



z 



LJ 



\ 



mi n^ m fTTT 



5o ho 3o ao 



lo 9 8 



765 



h 3 -j 1 



là 



f leo" * Z 



1000 900 800 700 600 ôoo 



4oo 3oo Qoo 100 90 80 70 60 



Indifféremment, les traits ajoutés à la hampe sont 
tracés descendants ou ascendants. 

Ce système, à la fois numérique et alphabétique, 
c'est-à-dire utilisé à écrire tantôt des nombres, tan- 
tôt des mots , — les signes ont alors la valeur pho- 
nétique des lettres qu'ils représentent — , est dé- 
nommé (S^^)^^ ordoni « de Tarmée ». Comme valeur 
numérique, il servait surtout dans les états d'ef- 
fectifs. 

Quand il s'agissait, dans ces états, d'exprimer des 
nombres relatifs , non plus au personnel , mais à la 
comptabilité matières : vivres, fournitures, équipe- 
ment, etc. , il prenait la dénomination technique de 
>^ iS^^^^^ ordouï cheîla « des choses de l'armée », et 
subissait alors une transformation. 

Comme précédemment, une hampe est tracée 
mais, à droite, est ajouté un trait pour les unités, 



NOTATIONS NUMÉRIQUES SECRÈTES TURQUES. 263 

deux traits pour les dizaines, trois pour les centaines, 
quatre pour les milliers. Ensuite un trait est ajouté 
à gauche pour signifier 2 , deux pour 3 , pour ainsi 
continuer jusquà 9, qui comprend huit traits; les 
traits ou barbes vont, ad libitum, de bas en haut ou 
de haut en bas. 

La notation précédente, ainsi transformée, se 
présente avec les formes suivantes : 



i» « 



yo 80 70 60 5o 4o 3o ao lo 

ff ffllf 



900 800 700 600 ôoo '100 3oo a 00 100 



f f T T f 



gooo 8000 7000 60U0 ôouo 4ooo 3ouo aooo luoo 



f f f I F 



Si les deux notations sont employées concur- 
remment, la première avec une valeur alphabétique, 
la seconde avec une valeur numérique, les barbes 
de Tune sont tracées du haut vers le bas et celles de 
l'autre de bas en haut. 



264 SEPTEMBRE-OCTOBRE 189Q. 

On remarquera certainement l'intérêt présenté 
par la double transformation linéraire ci -dessus, 
de nature à aider à l'explication d'autres systèmes 
linéaires , alphabétiques ou numériques , absolument 
étrangers aux Musulmans. 

Il ne serait pas impossible, par exemple, que 
l'alphabet ogam, qui a coexisté avec l'alphabet ru- 
nicpie et se trouve constitué par des traits placés à 
droite, à gauche ou au travers d'une hampe, soit la 
transformation linéaire d'un alphabet relié au système 
général issu des lettres phéniciennes. 

Si l'on veut bien se reporter dans ïHistoire de 
t écriture dans Vantiqaité, par Philippe Berger (Paris, 
in-4°, 1891), au chapitre consacré à l'écriture oga- 
mique, — notamment p. 3^5, 1. i5 à p. 346, 
1. 6 , — on pourra démontrer que les trois forma- 
tions linéaires ogamiques données pour le mot korvi, 
cité comme exemple, sont constituées par la trans- 
formation , — d'après un procédé absolument iden- 
tique à celui du système turc, décrit plus haut, 
— de l'alphabet runique, préalablement divisé en 
trois sections de huit lettres chacune. Cette consta- 
tation est de nature à faciliter la transcription, en 
lettres runiques , de certaines inscriptions ogamiques , 
linéaires ou constituées par des points. 

TROISIÈME SYSTÈME. 

Il s'agit ici d'une numération appelée jJbU^ dam- 
gain , c'est-à-dire « de contrôle » ou a de poinçonnage ». 



NOTATIONS NUMÉRIQUES SECRÈTES TURQUES. 265 

Elle était employée surtout à marquer les objets 
d'équipement militaire. Mais, notamment dans la 
marine de guerre, elle était, de plus, utilisée à la 
fois comme écriture de numération et comme écri- 
ture cryptographique. Selon qu'il s'agissait de la ma- 
rine ou de l'armée, la notation prenait les formes 
ci-après , toutes composées de traits et de points , au 
nombre de quatre éléments : 

: ~: ~ -T- : =^^ZII^=:-L = -7-III== marine 



armée 



70 60 5o 4o 3o 20 lo 9 8 7 6 5 /i 3 2 1 valeur 

A ce point, les seize combinaisons à tirer de la 
variation de quatre éléments étant épuisées, douze 
autres sont constituées en reprenant les douze pre- 
mières formes : on les souscrit d'un r quand la base 
du signe est un trait, d'un lj non ponctué quand 
cette base est un point. Parfois, cependant, on 
souscrit d'un r quand la tête est un trait; ce détail 
est laissé à la fantaisie du copiste. Ainsi l'on a : 

t ^ cF ^ t ^ "^ ^ ^ a C^ ^ 

• ■■ • — ■ ■ I ■ ■ I ■ • • ■ »- • • • • 

: ~r==:IEI===F^-r- = I^IïI= marine 

t '^^^' f LJ Lj i~j Y f i^ t 

-T- I^-r"_i_J_'T"=F-i-^^ = = armée 

Y i^ i~J *^ f' LJ i^ ^ f f LJ f 

1000 900 800 700 600 5oo 4oo 3oo 200 100 90 80 valeur 

Dans la pratique, les marques se modifiaient sou- 



266 SEPTEMBRE-OCTOBRE 18Q9. 

vent par un resserrement sur la gauche , qui faisait 
toucher, par leur extrémité gauche, les barres ou 
traits du signe. Alors les points se trouvaient placés 
soit entre, soit contre les barres. Souvent aussi la 
figure angulaire ainsi formée a sa pointe en haut« 
Ainsi étaient constitués les Lut ou guidons régi- 
mentaires , où les barres étaient représentées par des 
cordes de passementerie et les points par des corde- 
lettes plus courtes, terminées par un gros nœud. 
Ces Ujf indiquaient ainsi, en signes ^^XjU^, le numéro 
du régiment. Ils étaient formés de cordes et de 
cordelettes de couleurs variées, mais non choisies 
au hasard, car chaque couleur avait une signification 
en quelque sorte héraldique. Les ortas ^l^ycû avaient', 
dans leur Ujf , une corde ou cordelette rouge; les 

ortas JjJtf^Lk. en avaient une verte, les ^UiC»»» en 
avaient une jaune. 

Ainsi le système ^Xjto:> en arrive à ressembler, par 
certains côtés, aux Quippos péruviens, dont parle 
M. Philippe Berger dans son ouvrage déjà cité, 
ch. I. 

Selon toute apparence, la notation ^XjU^ est issue 
d un alphabet de seize lettres seulement. 

Les noms des mois sont exprimés comme suit 
dans ce système : Moharrem, IE~; Sefer, =; Rébi 
el ewel, =; Rébi el akher, -f-; Djemazi el ewel, T; 
Djemazi el akher, 4-; Redjeb, =; Chabân, = = ; 
Ramazan, ^; Chewal, ih; Zoul-Qadé, =7=; enfin 
Zoulédjé, :i^. 



NOTATIONS NUMÉRÏQIKS SECRÈTES TURQUES. 267 



QUATRIEME SYSTEME. 

Usité comme nmnération et comme écriture se- 
crête, ce système était employé surtout en Egypte, 
en Syrie et sur les côtes barbaresques ; les traités 
arithmétiques turcs le nomment yiy*»j^ « égyptien » , 
ceux égyptiens l'appellent ^^\JU ou ^^u^Ui « syrien », 
enfin les documents syriens, (^ytiXi' «de Palmyre ». 
Je ne vois pas d'autre traduction possible pour ce 
dernier mot. 



Voici les formes de cet alphabet ; 



7i 



^ 






J J 



Les secondes formes d'une même lettre sont celles 
finales , sauf pour ô , dont la première forme équi- 
vaut à (-» . 

V 

Il n'y avait là que les vingt-deux lettres fondamen- 
tales mais, comme le disent explicitement les auteurs 

xrv. i8 



MraiHEUe «AVIOBALK. 



2Ô8 SEPTKMRRK-OCTOBHE 181)9. 

turcs, il en a été ajouté six autres^ pour compléter et 
la correspondance avec Talphabet arabe et la numé- 
ration de 1 à 1,000. Voici ces six lettres : 

^ là ^ i» 3 o 

^«^ !>• 5 W ^ 

Ce système a été utilisé jusqu'en des temps très 
voisins du nôtre; donnons un exemple, . 

En 1869, en vue de faire établir pour nos ofiB- 
ciers une comparaison entre l'expédition avortée de 
Charles III d'Espagne contre Alger et l'expédition 
française de i83o, le Ministère de la guerre fil 
venir d'Afrique à Paris l'original , en turc , du rapport 
militaire (le la Régence d'Alger à la Porte sur l'ex- 
pédition de Charles III. Ce document fut confié à 
un interprète militaire chargé de le résumer. 

Le manuscrit, que j'ai vu alors, portait le timbre 
d'une bibliothèque d'Alger. Après toute une liasse de 
comptabilité venait le rapport de la Régence. Aux 
annexes justificatives, placées à la suite, figurait, 
(Mitre autres pièces, une longue lettre d'espion tracée 
en espagnol dans le caractère hébraïque dit h ,■!> 
cpl^j^t. La signature était formée au moyen de 
l'alphabet tadmoari et portait (nous employons pour 
la transcrire l'alphabet turc) : 

Felipe, rabbina loiiLSiiuCbcn Azcr, nacido en Grenada* 



NOTATJONS MMKIUQLES SECHÈÏES TlKQLUvS. :200 

Ensuite venait, sur des feuilles de tous points 
identiques au papier de la lettre, un état détaillé des 
forces espagnoles de terre et de mer, écrit en carac- 
tère tadmouri. Comme cet état se trouvait reproduit 
ligne pour ligne et en caractèries turcs usuels dans 
le rapport de la Régence, il me fut facile de me 
rendre compte de la valeur de chacun des signes 
du tadmonri. 

A titre d'échantillon, voici la reproduction, en 
lettres arabes , de la première ligne de l'état de forces 
fourni par l'espion, soit pour l'armée, soit pour la 
marine : 

« l\egiiiiento (del) Hey, i8r> (hoimiies)» ^ « j .l^ U : ^ L=wJ^ 

(année); 
nEl Velasco, 70 (canons)» fr^.tu»^pt (marine). 

Depuis lors je me suis trouvé avoir un exemplaire 
de l'ouvrage turc de lexicographie intitulé : ;^*>JI 
»;^^j^t cpliaJUJt ^:^l i »;>iU' «oLacUJL! comnmné- 
ment dénommé Galathaii Méchouhré, iujprimé à 
Constîmtinople en 1 9.5 1 . Il contient, de la page SSy 
à la page 3 60, toute uncî série d'alphabets , en clair 
ou cryptographiques, européens ou orientaux. 
D'après cet ouvrage, où se retrouvent la plupart des 
notations données dans la présente note , nous avons 
reproduit plus haut le tadmouri; l'invention de ce 
caractère y est attribuée au prophète Moïse, celle 
de l'alphabet grec à Jésus, celle de larménien à 
Daniel, et c(»lle du latin à Isaac. Inutile d'insister. 



18. 



.« 



270 SIOPTEMBHK-OCTOBHK 1899. 



DE L'ABOUDJED SEGLIR. 

Ne quittons pas les notations numériques sans 
donner ïaboudjed sé^uir des mathématiciens turcs, 
lequel (comme le système sanscrit fourni par Pihan, 
p. 16 de son Exposé des sicjnes de numération usités 
chez les peuples orientaux) sert à la fois et à calculer 
et à composer des expressions techniques et mnémo- 
niques pour les nombres compliqués. Voici cet abou- 
djed : 



LrufJ^t^^c)-5*^S 



o 



/i G 8 10 9 8 7 G 5 4 3 2 1 
48 A 08 4 o84 8 



On remarquera Tabondance avec laquelle les 
chilfres ^ et 8 sont représentés dans cet aboudjed; 
ils s'y présentent six fois chacun. Cela s'explique. 
L\ihoudjed séguir est employé surtout au calcul des 
Fractions, où les quarts et les huitièmes se présentent 
avec une fréquence particulière. Grâce à la variété 
des lettres susceptibles de représenter quatre et huit , 
la notation des quarts et des huitièmes est spéciale- 
ment simplifiée. Ainsi des expressions comme i/4 A 
et i//i B se rencontrent très souvent dans le calcul 
des angles. Pour exprimer d'un seul signe le diviseur 
4 et la concrétante A, le calculateur oriental écrira 
simplement la lettre :>, qui est la première forme 



NOTATIONS NUMÉRIQUES SECRÈTES TURQUES. 271 

de 4. De même, pom^ rendre avec un seul caractère 
4 et B, il emploiera la lettre p, soit la seconde forme 

de 4. 

Notons que les mathématiciens musulmans 
nomment d'ordinaire le zéro IajUm saqith ou manque. 
Il prend toutefois le nom de tyft) ou »y^j zehra ou 
zehré quand il s'agit de la division , — particulière- 
ment de la division planétaire — , et que le reste est 
zéro. Alors le nombre dont il s'agit est considéré 
comme s'appliquant à zehra ou zehré soit à la planète 
Vénus, car tel est le second sens de zehra ou zehré, 
dont le premier est brillant et paraît s'appliquer 
parfaitement à une opération de résultat absolument 
satisfaisant comme est celle sans reste. Il s'agit vrai- 
semblablement là d'un calembourg. 

Soit, par exemple, le nombre planétaire 98, à 
diviser par 1 4 ; le dividende sera 7 et le reste zéro. 
C'est ce zéro , indicatif de l'absence de reste à la di- 
vision, qui prend le nom de zehra. Il y a là une 
nuance de signification avec le IajLm, zéro qui joue 
le rôle de chiffre de position, comme dans 10 ou 
2o4, et n'est pas alors dénué de valeur numérique. 



272 SEPTRMBRE-OCTOBRK 1899. 



LE BODHISATTVA 

ET LA FAMILLE DE TIGRES, 



PAU 



M. L. FEER 



Dans sii Grammaire mongole, publiée à Saint-IV»- 
tersbourg, en i83i, I.-J. Sclimidt donnait , comme 
« Exercices de lecture »(p. 128-176), deux récits 
mongols de l'épisode du Bodhisattva livrant son 
corps en pâture à une tigresse affamée , pour sauver 
les petits qu elle venait de mettre bas et était sur le 
point de dévorer. CVst, je pense, la première fois 
qu'on entendit parler, en Europe, de cet exploit du 
futur Buddha , et peut-être n'eut-il pas alors tout le 
succès qu'il aurait pu obtenir, s'il avait été imprimé 
ailleurs que dans une grammaire, et dans la gram- 
maire d'une langue qui n'a jamais compté un bien 
grand nombre d'amateurs. 

Depuis, différents auteurs, Schmidt lui-même, 
sont revenus sur ce sujet dans des publications, 
traductions, analyses de textes sanscrits, tibétains, 
chinois; de sorte que cette manifestation de la pitié 
du Buddha pour tous les êtres est devenue célèbre. 
Néanmoins on ne la connaît qu'en bloc; les détails, 



LE BODHISATTVA. 273 

qui varient plus ou moins avec les divers récits, 
sont généralement ignorés. Il me parait utile et inté- 
ressant de recueillir ces diverses données, de les 
rapprocher les unes des autres et de présenter ainsi 
un ensemble aussi complet que possible de cette cu- 
rieuse légende. 

1. JiéGENDE SEPTENTHIONALE. 

IjC premier point à signaler, c'est qu'elle nous est 
connue seulement par des textes sanscrits, tibétains, 
mongols, chinois. Ni le Jâtaka pâli, ni le Cariya-pi- 
taka (très semblable par son élendue et sa composi- 
tion au Jataka-mâlâ sanscrit où notre épisode se 
trouve) ne nous en disent rien. Il ne paraît pas im- 
possible qu'on la découvre dans quelque recueil mé- 
ridional inconnu ou imparfaitement exploré. Mais 
cela est peu probable ; car l'épisode a trop d'impor- 
tance et frappe trop l'esprit pour ne pas avoir trouvé 
place dans les principaux écrits de la littérature du 
Sud , si cette littérature l'a vraiment accueilli. Dans 
l'état actuel de nos connaissances, il est spécial h la 
littérature bouddhique du Nord '. 

2. OlIVBAGES où EÎ.LE SE TROUVE. 

Notre légende se trouve dans deux ouvrages du 
Kandjour, le Daniamûko ou Dzafhlun (Mdo xxvni) 

* 1^0 fait a déjà été signalé par M. Speyer, dans um» note dp so 
Iracliiclion ans^laiso cju Jâlaka-mâlâ, 



274 SEPTExMBRE-OCTOBRE 1899. 

et le Suvarna-prabhâsa (Rgyud xii), ainsi que dans 
deux ouvrages non canoniques, le Jâtaka-mâlâ et 
rAvadâna-Kalpalatâ. Enfin Hiouen-Thsang et son 
biographe en font mention. Voilà donc cinq sources 
pour l'étude de cet épisode. 

Les textes non canoniques formenl un groupe à 
part. Bs sont très sobres de détails : la partie naiTa- 
tive y est réduite à fort peu de chose, tandis que les 
réflexions de l'auleur et du héros, 1 éloge de son sa- 
crifice, Télément sentencieux, laudatif, admiratif, 
en un mot , prend presque toute la place. C'est par 
cet épisode que commence le Jâtaka-mâlâ , dont 
M. Kern, de Leyde, a publié le texte ^ et M. Spe- 
yer, de Groningue, une traduction anglaise; on ne 
connaît pas de version tibétaine de ce recueil. Jj'Ava- 
dâna-Kalpalatà , dont il exisie une traduction tibé- 
taine que publie actuellement, avec le texte sanscrit, 
\si Bibliotheca Indica, mentionne en un çloka notre 
légende dans son premier pallava et la raconte tout 
au long dans la deuxième partie du 5 1 % M, Speyer 
en a fait la remarque et a comparé sommairement 
le récit de TAv.-Kalp* avec celui du Jât.-M. dans la 
note déjà citée, mise à la fin du premier récit du 
Jât.-M. , dans sa traduction de cet ouvrage. 

Des deux ouvrages canoniques le Diah-liin est 
bien connu par la publication du texte tibétain et de 
la traduction allemande [Der tVeise and der Thor) 

• 

' Vol. 1 dtî la Uarward Oriental Séries, publiée par les soins 
de M. Lannian de l'Université Harward à Cambridge ( États- 
Unis). 



LE BODHISATTVA. 275 

que Schmidt en a données en i843 ; cest à la ver- 
sion mongole de ce recueil qu est emprunté le pre- 
mier des deux récits imprimés dans sa grammaire en 
i83i. L'original indien semble perdu, et la traduc- 
tion tibétaine paraît même avoir été faite sur une 
version chinoise ^ Le second récit inséré dans la 
Grammaire mongole de Schmidt est extrait du Siivar- 
iia-prabhâsay un des neuf Dharmas du Népal, sur 
lequel nous avons une courte notice de Wassilief - 
et surtout une analyse très complète , chapitre par 
chapitre, de Burnouf^. Cet ouvrage présente des 
particularités qui nous contraignent de nous y arré- 
un instant. 

3. JjK Suvarna-prabhâsa. 

« On doit tenir pour certain, dit Burnouf, qu'il y 
a deux rédactions dfe cet ouvrage. » Avons-nous en 
sanscrit ces «deux rédactions»? J'en doute beau- 
coup. H existe huit copies du Suv.-pr., dont six pro- 
viennent de Hodgson et se trouvent, trois à Paris, 
deux à Calcutta, une à Londres; deux autres, rap- 
portées du Népal par M. D. Wright sont à Cam- 
bridge. Les trois manuscrits de Paris (Soc. Asiat.; 
Burnouf, 82 et i3i), de 120 feuillets chacun ^*\ 

^ Le n** i32 2 de Bunyiu Nanjio, Hien ju in-jouen-Kin(j (Cat. de 
Beal, p. 85), est une traduction de cet ouvrage; H n'est pas à ma 
portée. 

- Der Buddhismus , etc. Allgenieine Uebersicht, p. i53. 

' Introduction , etc., p. 471-477 (réimpression). 

^ Le manuscrit de la Société asiatique en a en réalité 121, 
deux feuillets portant le n" 11 5. 



270 SEPTEMBRIÙ-OCTOBRE 1899. 

nous donnent le même texte découpé en 20 cha- 
pitres. La table des chapitres du manuscrit de 
Londres (Asiat. Soc), donnée par MM. Cowell et 
Eggeling ^^\ celle des manuscrits de Cambridge (Add. 
875 et i342-^'), donnée par M. Bendall, con- 
cordent entre elles et avec celles des manuscrits de 
Paris. Tout porte à croire cjue ces six manuscrits, 
ayant d^ailleurs le même titre : Siivarnaprahhâsotta- 
masiitrendrarâja , reproduisent un seul et même 
texte. Je ne puis rien dire des manuscrits de Calcutta ; 
mais je pense qu'ils ne difïÏTent pas des précédents , 
les manuscrits qui viennent de Hodgson paraissant 
dériver tous d une seule et même copie. Il serait ce- 
pendant bon de s'assurer si les huit manuscrits ap- 
partiennent bien tous à la même « rédaction ». 

En tibétain les «deux rédactions» existent; elles 
remplissent le volume XII dui\gyud. La première, 
donnée comme traduite du chinois , compte 3 1 cha- 
pitres et occupe les folios 1-208; la seconde, de 
29 chapitres, occupe les folios 2o8-385 , soit 1 yy fo- 
lios, une trentaine de folios et deux chapitres de 
moins que la précédente. 11 est évident, à première 
vue, que nous nous trouvons en présence de deux 
textes distincts. Les matières traitées sont les mêmes, 
les titres des chapitres coïncident en général, quoi- 
que plus longs dans la première version. Mais le 
dualisme est manifeste. La seconde version a le même 

' isiatic Journal^ vol. III (new wries). 

- Catalogue of the Buddhist .ikr, mss in the Univpr»ity library: 
Cambridge, i883. 



LE BODHISATTVA. 277 

titre sanscrit que les manuscrits de Cambridge, 
Londres et Paris cités plus haut; mais le texte tibé- 
tain est loin de correspondre exactement au sanscrit. 
On en verra des preuves. 

Le Tripitaka chinois nous offre trois versions dis- 
tinctes, numérotées 126, i^y, i3o dans le Cata- 
logue de Bunyiu Nanjio^ Le n° 126, qui remplit 
19/i feuillets, a 3i chapitres comme la première 
version tibétaine dont il paraît être foriginai; 
il a aussi le même titre : Kin-kwang-ming-tsoiiï-chinq' 
wancj'king'^ (Suvarna-prahhâsa - uttama-vijaya-ràja- 
sùtra). La plupart des chapitres correspondent par 
leur titre à cette première version tibétaine. Le 
n° 127, intitulé simplement Kin-kwang-wing -king 
(Suvarna-prabhàsa-sûtra) n'a que 96 feuillets et 
18 chapitres, ce qui le rapproche du texte sanscrit; 
il paraît correspondre à la seconde version tibétaine 
comme le 126 à la première, et avec aussi peu 
rrexactitude. Le n° i3o, ayant le même titre que 
12 y, précédé seulement des mots Ho-po, semble 
tenir le milieu entre 126 et 127; il occupe i65 
feuillets et se compose de 'ik chapitres, dont 18 
(les n**' 1, 2, 4, 7, 8, 10, 12-2 3) concordent 
par leur texte comme par leurs titres, avec les 18 
du n" 127. On remarque seulement quelques va- 



* Ces n"', 126, 127, i3o sont représentés, à la Bibliothèque 
nationale, par les n"* 383 1 , 3833 , 3833 du Nouveau fonds chinois. 

- Le titre chinois transcrit dans le Kandjour et reproduit par 
Csoma, est fautif. Je le rectiGe comme suit : Ta-çifi (grand véhi- 
cule ) kin-hwan-min-dzvi-çin-wan-hin. 



278 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

riantes dans le texle et ie développement de certains 
chapitres; ainsi ie septième de 12-7 n'a que sept 
lignes qui, dans son correspondant, le douzième de 
i3o, sont suivies de beaucoup d'autres lignes jus- 
qu'à remplir cinq feuillets. Les chapitres 3,5,6, 
9, 1 1 , 24 de i3o sont ajoutés : i3o ne serait donc 
que 1 27 complété et augmenté. Bunyin Nanjio nous 
le fait entendre en disant que i3o est une compi- 
lation, faite par Pao-Kweï et Jiïânagupta, de trois 
traductions incomplètes : celles de Dharmaraxa (le 
n*" 127) « la plus populaire en Chine », — de Para- 
mârtha, qui comptait 22 chapitres, — de Yaço- 
gupta, qui en comptait 20. De là vient sans doute 
la présence des mots Ho-po (parties réunies ?) en 
tête du titre de i 3o. Bunyiu Nanjio ajoute que les 
traductions de Paramârtha et de Yaçogupta « n'ont 
plus d'existence indépendante »; il n'en subsisterait 
donc que ce que nous ont conservé les compilateurs 
de i3o. 

Pour le sujet qui nous occupe, il n'y a pas de 
différence à faire entre 127 et i3o; c'est, à quel- 
ques variantes près, un seul et même texte que je 
désigne par le chiffre combiné 1 27-30. 

Les « deux rédactions » doivent exister en mongol 
comme en tibétain; mais je ne sais rien de positif 
à cet égard. Tout ce que je puis dire, c'est que le 
texte donné par Schmidt dans sa grammaire 
correspond à la première version tibétaine; et, ce- 
pendant, j'ai noté sur plus d'un point des diffé- 
rences. 



LE BODHISATTVA. i>79 

L'épisode qui fait Tobjet 'de la présente étude 
forme le i y* chapitre du texte sanscrit intitulé Vyâ- 
(jhri-fanvariia (chapitre de la Tigresse), — le 26* 
chapitre des deux versions tibétaines intilulé [*S7a^- 
mo-ld\ las yongs-sa htan-va «abandon du corps [à 
une tigresse] », stag-mo la ne se trouvant que dans 
la première rédaction; — enfin le 26* chapitre de 
I 26 chinois, le 1 y*" de 127, et le 22'' de i3o,sous 
le titre commun che chin « abandonner le coi^ps ». 
Nous avons donc ici, en réunissant, comme il a été 
dit, 1 27 et 1 3o chinois, et en ajoutant le mongol, 
six versions de notre épisode. Mais il se trouve qu il 
y en a douze en récilité, parce que chacun de ces 
chapitres nous donne un double récit. D'après 
fusage, le second récit doit être versifié; et il en est 
ainsi dans le tibétain, le chinois et le mongol; mais 
dans le sanscrit, à part une gâthâ^ qui s'intercale 
entre les deux récits, comme pour servir de con- 
clusion au premier et d'introduction au second, je 
ne découvre dans le second récit aucune trace de 
versification. Les deux récits de chaque chapitre des 
diverses versions son! notablement différents l'un 
de Fautre, de même que les chapitres de ces ver- 
sions le sont entre eux; et nos douze récits, malgré 
une teinle uniforme et un air de famille frappant, 
se distinguent tous par quelques pcirticularilés qui 
leur sont propres. 



•280 SKPÏKMBRE-OCTOBRE 1890. 

4. Le Dzan-lun. 

Le Dzah-lun est loin de présenter une complica- 
tion semblable à celle du Suv.-pr, Le récit, sans être 
aussi exubérant, y est très suffisamment développé. 
Il est double, lui aussi, mais tout autrement que 
dans les autres textes; car il a ceci de spécial et de 
caractéristique d'être un Jâtaka en règle. Notre épi- 
sode est, du reste, un véritable Jataka; et les Jata- 
kas, on le sait, se composent essentiellement dun 
récit du temps présent, d'un récit du temps passé 
fait à propos de Tautre , plus d'un Samodhâna don- 
nant ridentification des héros de lune et l'autre his- 
toin». Le Dzaù-lun, étant un recueil d'Avadânas, 
genre d'écrits apparenté de très près aux Jâtakas, 
remplit, et remplit seul , cette condition. Le Sav.-pr. 
qui est un Sùlra, el non un Avadâna, ne nous donne 
pas de récit du temps présent; et cependant il con- 
clut par un Samodhâna très complexe, mis à la 
suite de son second récit; car le premier se termine 
par la simple identification du héros de Tépisode 
avec le Buddha. C'est par ce même Samodhâna, 
très simple, que concluent les deux textes non cano- 
niques qui ne voient rien en dehors du futur Bud- 
dha. 

5. Récapitulation des sodrces. 

En récapitulant les diverses versions de notre épi- 
sode, nous en trouvons douze fournies par le Sav,- 



LE BODIIISATTVA. 281 

pf\ , une par le Dz.-L , deux par des ouvrages non 
canoniques, deux par Hiouen-Thsang et son bio- 
graphe, au total : 17. Notre intention n'est pas de 
faire une comparaison minutieuse et complète de 
ces nombreux textes. Nous nous bornerons à insis- 
ter sur un certain nombre de points, en disant ce 
que les divers récits nous en apprennent. 

6. CoNUniON DL BoDH[SAlTVA. 

Les textes non canoniques font du Bodhisattva 
un brahmane de haut parage, né « dans une grande 
famille brahmanique » [mahati brâhmanakale) , dit le 
Jât. M. y «fils d*un brahmane d'une famille riche 
et puissante. . . , honoré de tout le monde [mahâ- 
(jdlakalasya brâhmanasya putratâm yâtah . . . jana- 
samniatah), dit l'^t'. Kalp. Il renonça au monde 
et alla «orner (de sa présence) une forêt élevée» 
[vanaprastham alamcahâra), selon le Jât. M., «s'en 
alla, jeune encore, dans le bois des mortifications» 
[(jaivii sa yuvaiva tapovanam), pour parler comme 
\Av, Kalp. 

Mais les textes canoniques et Hiouen-Thsang sont 
d'accord pour le présenter comme un fils de roi. 
Son père s'appelait Mahâratha «Grand char»; il 
avait deux frères, Mahâ-pranâda «Grand bruit» et 
Mahâdeva « Grand dieu ». On ne donne pas le nom 
de sa mère, quoiqu'elle figure dans tous les récits et 
que sa douleur y soit longuement décrite; elle est 
simplement appelée «la reine» [Devi, en sanscrit; 



282 SEPTEMBHK-OCTOBRR 18U9. 

Btsun-mOy en tibétain; Khatiin, en mongol; /oa-^/Vn, 
taifou-jiny en chinois). 

Le Bodhisattva était le plus jeune des trois frères. 
Les textes ont généralement soin de nolerque Mahâ- 
pranâda était Taîné; Mahâdeva, le cadet; le Bodhi- 
sattva, le puîné; et ils les énumèrent habituellement 
dans cet ordre. Toutefois le second récit sanscrit 
met Mahâdeva avant Mahâ-pranâda; et les seconds 
récits de chaque version citent en premier le Bodhi- 
sattva, le qualifiant même de prince royal, mais ils 
déclarent ensuite ou laissent entendre qu il était en 
réalité le plus jeune. Tous les textes, sans le dire po- 
sitivement, le présentent comme un enfant; et ses 
frères, quoique plus avancés en âge, n'étaient, 
semble-t-il, que des adolescents. 

Les noms précités sont exactement traduits eu 
tibétain, Mahâratha par Çih-rta-chen-po , Mahâpra- 
nâda par Sgra-chen-pOy Mahâdeva par Llia-chen-po. 
Le mongol ne traduit pas; il transcrit et donne pour 
le nom du frère aîné Malià-nada au lieu de Mahâ- 
pranâda. Les versions chinoises transcrivent ou tra- 
duisent, et font quelquefois l'un et l'autre; l'iy-So 
transcrit le nom du roi par Mo-ho-lo-t'oy tant en vers 
qu'en prose; au contraire, 126 traduit par Ta-iche, 
Le nom de Mahâdeva est transcrit Mo-ho-ti-po dans 
la prose, et traduit Ta-thien dans les vers des deux 
versions. Mais, pour le frère aîné, ces versions 
donnent un autre nom que celui de Pranâda. 

Il est, en r^ifet, appelé Mo-ho-po-na-lo dans les vers 



LK BODlllSATTVA. 283 

de l'i-y-So, ce qui suppose un sanscrit Mahd-pra- 
nâla; i 26 le donne dans sa prose sous la forme Mo- 
lio-polo, à laquelle doit manquer le caractère na; 
mais, dans les vers de cette même version 126, on 
lit la traduction Ta-KU. Or ku^ « canal, confluent» 
rend précisément le sanscrit Pranâla. Il y avait donc 
pour le nom de Pranâda, une variante Pranâla, con- 
servée par les versions chinoises, si toutefois les tra- 
ducteurs chinois n'ont pas eux-mêmes, par inadver- 
tance ou sciemment, altéré le nom*^. 

Mais quel était le nom du Bodhisattva ? 



7. Nom du Bodhisattva. 

IjAv. Kalp. lui donne celui de Satyavrata (voué à 
la vérité); le Jât M. ne lui en donne aucun. 

Dans le Dz. /., il s appelle Sems-can chen-po, tra- 
duction du nom bien connu Mahâsativa « Grand 
être » (chinois : Mo-ho-sa-to). Ce même nom lui est 
attribué par tous les textes du Suv. pr. , au moins 
connne qualificatif; cest aussi celui qu'il a chez 
Hiouen-Thsang. Toutefois plusieurs versions du Sav. 
pr. lui donnent, avec plus ou moins de persistance, 
un autre nom qui varie dans chacune d'elles. Seules 

^ Ce nom se rencontre huit fois dans le Vyâghrî-parivartla ; il est 
constamment écrit Pranâda dans les trois manuscrits de Paris: 
Burn. 1 3 1 a une fois Praçâda. Jamais le d n*est remplacé par L 

XIV. 19 



iKraiMRUi wmoiAii. 



284 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

la mongole et la chinoise isy-So restent invaria- 
blement attachées au nom de Mahâsattva. 

Voici comment s exprime le Sav. pr. sanscrit au 
début de la seconde partie : 

Mahàratho nâina babhûva râjâ . . . tasyâpi putro Mahâtyâ- 
gavanto nâmnâ mahâsattvavaro babhdva . . . 

11 y eut un roi du nom de Mahâratha ; il avait un fils nom- 
mé Mahâtyàgavanto , le meilleur des Grands êtres. 

Dans cette phrase, Mahâsattva n'est qu'un quali- 
ficatif; le nom du personnage est bien Mahâtyàga- 
vanto « doué du grand abandon », et cependant il ne 
reparaît plus dans la suite du récit où le héros est 
toujours appelé Mahâsattva. Le terme Mahâtyàga- 
vanto se retrouve (avec le léger changement ""vanta) 
dans le Lalitavistara^, associé à Sthâmavanta comme 
qualificatif de Sutasoma (nom du Bodhisattva dans 
les jâtakas pâlis 5^5 et 53^), et très exactement 
rendu dans la traduction tibétaine par Gtoii-va-che^ 
Idan. Or, dans la phase du second Siiv. pr. tibétain 
correspondant à la phrase sanscrite ci-dessus, ce 
même terme se retrouve, mais seulement comme 
qualificatif de Snin-stobs-chen-po, nom du Bodhi- 
sattva, que je crois pouvoir restituer en sanscrit sous 
la forme Mahâkarunâbala « qui a la force de la Grande 
compassion », prenant sfiih dans le sens de «com- 
passion », quoiqu'il n'ait proprement cette significa- 

' Ëditioa de la Bibliotkeca Mica, p. 199, dernière ligne* 



LK HODHISATTVA. iîSf) 

tion que par fadjonction du mot rdjc\ Voici, du 
reste, les padas tibétains correspondant à la phrase 
précitée avec Téquivalent sanscrit : 

C in-rta'chen-pO'jeS'hyai ngyaUpo-byiin . o . 
Mahâratho nânia ràjà babhù>a. . . 

He-la bu ni Glon-va-clie-ldan-pa . . . 
lasyàpi piitro Mahatyàgavanto . . . 

Snin-stobs-clie jes bya-va dam-pu yod , . . 
Mahâkarunabalo iiâiimâ varo babhùva . . . 

Mahâtyâgavanto et varo font ici le même office que 
Mahâsattvavaro dans la phrase sanscrite à laquelle 
correspondent les padas tibétains que je suppose en 
être la traduction, traduction très libre. 

Le nom de Snin-stobs-chen-po est constamment 
donné au Bodhisattva dans la seconde rédaction ti- 
bétaine , et celui de Mahâsattva semble en être banni. 
Il paraît cependant une fois dans la partie versifiée : 
un ministre, venant rapporter au roi ce qui s'est 
passé, désigne le Bodhisattva parie nom, ou plutôt 
par le qualificatif de Sems-can clien-po «Grand 
être ». 

Le premier Suv, pr. tibétain , dans le passage de 
sa partie versifiée correspondant à la phrase sanscrite 
qui nous occupe, donne au Bodhisattva un autre 
nom qui, de même que Mahâfyâgavanto, ne repa- 
rait pas; c'est celui de Dpa-vo a héros» (skr. Vira). 
Or l'équivalent chinois de ce terme se trouve dans 
1 26 ; et, comme il y a là trois padas chinois s'adap- 

19- 



286 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

tant parfaitement à trois padas tibétains, — qui 
doivent en être la traduction , — je les reproduis ici 
en chinois et en tibétain, avec la restitution hypo- 
thétique de l'original sanscrit que nous n'avons pas : 

KWE WANG MING Ta-TCHE. . . 

Yul-bdag Çin-rtajes hya va, , , 
Dececvaro Mahâratho nàma. . . 

WaNG-TSEU MING YOUNG-MOUNG. . . 

Rgyul-ba Dpah-vojes bya-va, . . 
Kuniàro Vîro nâma . . . 

ÏCHANG CHI SIN WOL-LIN . . . 

rta(j'par sbyin-gton ser-sna-med . . . 
Nityaiîi dânalyâgo (?) vimatsarah . . . 

Dpah'Vo est, je n'en doute pas, la traduction de 
YouNG-MOLNG, qui sc trouvc ainsi être celle de \îra. 
Mais, est-ce bien Vira qui était dans l'original in- 
dien? Le composé chinois Yoang^ «brave, coura- 
geux», Tnoung^ «sévère, cruel», peut, sans doute, 
être la traduction de Vira; mais, il peut aussi être 
celle de Sfiin stobsy si nous prenons Snin dans le sens 
de «cœur, courage»; ce qui nous amènerait à re- 
monter de Snin-stobs-chen-po à un composé sanscrit 
tel que Mahâhrdayabala. Dans ce cas , les doux termes 
tibétains Dpah-vo et Sfdh-stohs-chen-po seraient deux 
équivalents d'un nom sanscrit que nous ne pouvons 
restituer avec certitude, mais qui exprimerait le cou- 



LE BODHISATTVA. 287 

rage, un courage extraordinaire, extravagant, plutôt 
que la compassion* 

Je m'en tiens cependant à la restitution que j ai 
proposée d abord, parce que c'est la compassion 
qu on veut surtout mettre en relief dans ce récit 
où le mot kdranâ revient constamment dans des 
expressions telles que Karanâmaya, Karanânidhù Je 
m y sens d'autant plus autorisé que le mot Mahakâra- 
nyabala se trouve dans les textes, sans y être donné , 
il est vrai, comme nom propre. Dans le passage 
déjà cité du second récit sanscrit, le ministre qui 
vient annoncer au roi la triste nouvelle lui dit que 
le « meilleur des grands êtres » s'est fait dévorer par 
une tigresse « après avoir produit une grande force 
de compassion » [mahamta[m] Kârunyabalam janetvâ); 
ce que la première rédaction tibétaine rend par : 

Rgya l'po sems-can-chen-po-yis 
Le prince roval Mahâsattva 

thiigs-ije cheii'pol sems hskyed-di' 

ayant produit une pensée de grîinde compassion. 

tandis qu'on lit dans la seconde rédaction : 

Sniii-rje chen-po-ldan-pai * sems-bs/cyed-de 

ayant produit la pensée de celui qui possède la grande 
compassion. 

En résumé, les textes canoniques nous donnent 

^ Je lis Idan-pai au lieu de Idan-pas. 



288 SEPTKMIUIE-OCTOBHK 1890. 

trois noms pour le Bodhisattva : Mahâsattva, qui se 
trouve dans tous , même dans le second tibétain , soit 
comme nom , soit comme épithète; — Mahâ-karunâ- 
bala (original supposé de Shih'Stohs-chen-po)^ spécial 
au second tibétain; — Vira (original supposé du 
tibétain Dpa-vo et du chinois Yoang-moung) , fourni 
par le premier tibétain. La deuxième appellation, 
constamment répélée dans le second tibétain me 
paraît être le véritable nom; la troisième serait une 
sorte de variante. Quant au mot Mahâsattva, j y vois 
un simple qualificatif, qui aurait fini par sup- 
planter les autres dénominations et devenir un nom 
propret 

8. Circonstances de l'événement. 

Au cours d'une promenade que le roi faisait avec 
ses femmes, ses ministres, ses enfants, — ceux-ci, 
s'écartant pour cueillir des fleurs, s'engagèrent dans 
un fourré où ils aperçurent une tigresse exténuée, 
aflbmée, sur le point de mourir ou de dévorer les 
petits qu'elle avait mis bas depuis plusieurs jours, dit 
le Dz. /. , depuis sept jours dit le Sav. pr. Le Bodhi- 
sattva questionna ses frères sur les moyens de sauver 
cette intéressante famille. Une fois renseigné , il les 
pria de continuer leur chemin disant qu'il ne tarde- 
rait pas à les rejoindre. Alors il se débarrassa de son 
vêtement de dessus qu'il accrocha aux branches 

^ On sait que le mot Maliàsaltva accompagne souvent le terme 
Bodhisativa comme simple qualificatif. 



LE BODHISAÏTVA. 289 

(run arbre; puis, après avoir fait un pranidhâna 
(vœu) pour la Bodhi, il « tomba devant la tigresse » 
[vyâghryâ abhimukham prapatitah), dit le Suv. pr,; la 
traduction tibétaine et le Dz. l. disent : « il se cou- 
cha u (nal). Mais la bête était trop faible pour saisir 
la proie qui s'offrait à elle ; il se releva donc et prit 
lin éclat de bois «pointu», dit le Dz, L tibétain, 
(( sec » dit le mongol. D*après le Suv, pr. , il chercha 
d'abord une arme [çastram); nen trouvant pas, il 
prit un « morceau de bambou », — de pinuda, dit la 
version mongole, — « extrêmement fort ot vieux de 
cent ans » [atibalâm varsaçatikâm grliitvâ), dit le Suv. 
pi\ sanscrit, fidèlement traduit par la deuxième ré- 
daction tibétaine; puis, se perçant la gorge, tomba 
devant la tit^resse qui, ranimée par le sang coulant 
de la blessure, Teut bientôt dévoré. 

Ces détails sont puisés dans la première partie 
du chapitre du Sav. pr, qui raconte longuement cette 
histoire et concorde pour fensemble avec le Dz. L 
La seconde partie ne la relate que très brièvement 
en trois ou quatre lignes, et cependant indique, 
plutôt qu elle rie décrit , un autre procédé. Voici le 
texte sanscrit : 

. . . Patitaccâsit tadâ sa Mahârathasuto M ahàsattvah . . . 
(Irstvâ ca vyâghrim xudhârtlâm vyâghrasutamoxa- 
nârtham karunàmaye patite . . . 

... Et il tomba alors , le fils de Mahâratha , le grand 
être ; et quand , pour avoir vu une tigresse tourmen- 
tée par la faim , celui qui était fait de compassion fut 
tombé pour sauver les petits tif(re8 , , . 



290 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

On nous dit' deux fois qu'il « tomba ». Gomment 
tomba-t-il? Il parait que ce fut en se précipitant du 
haut d'une montagne. Je n eusse jamais tiré ce sens 
de la phrase sanscrite ci-dessus; mais la traduction 
tibétaine, qui est loin d'être littérale, ne laisse aucun 
doute. On y lit : 

thar-va bya-phyir snin-rdje-yis 
inoxanârtham karunava 

ri-nos gzar-va mckons-pa 
giri-parçva-prapâtât(?) patitah 

« Pour sauver (les petits tigres) par compassion , il sauta 
du haut de la montagne. » 

Du reste, le texte sanscrit se commente lui-même 
dans la suite du récit; car le passage vraiment pré- 
cieux, déjà plusieurs fois cité, dans lequel le mi- 
nistre annonce au roi ce qui s*est passé, contient 
cette phrase : patito Mahâsaitvo giritatât « Mahâsat- 
tva (ou le Grand être) tomba du sommet de la mon- 
tagne », très exactement reproduite en tibétain par 
la phrase ri-nos-gzar-naS'mcJwnS'pa, qui nest que la 
répétition de celle que nous avons donnée ci-dessus ^ 

Il y a donc deux versions : d*après Tune, le Bo- 
dhisattva tombe devant la tigresse en se perçant la 
gorge avec une branche d'arbre; c'est celle du jDz. /. 
et de la première partie du chapitre du Sav. pr, 
sanscrit-tibétain. D'après le seconde, il se précipite 

^ La variciiite Gzcu'-nas, au lieu de Gzar-va, est plus correcte. 



LE BODHISAÏTVA. 291 

du haut d'une montagne de manière à tomber de- 
vant la tigresse; c'est celle de la seconde partie du 
chapitre du Sav, pr. sanscrit et de la seconde ré- 
daction tibétaine. 

Mais il existe une troisième version qui consiste 
à réunir les deux procédés : la blessure à la gorge 
et le saut du haut de la montagne. CVst la première 
rédaction tibétaine qui nous présente, dans sa partie 
versifiée, ce singulier amalgame. Je traduis les 
quatre padas qui se lisent au folio i gg (lignes 4-5) 
du volume XII du Rgyud : 

Etant monté au sommet de la montagne , 

il projeta son corps devant la tigresse afFamée. 

Comme elle était exténuée au point d'être Incapable de 

manger, 
avec un bambou il avait fait jaillir du sang de sa gorge. 

La version mongole correspond à la seconde ré- 
daction tibétaine; il n y est toutefois pas dit qu'il 
« gravit » la montagne ; il s'y trouvait et se précipita 
dans le vide. 

Les versions chinoises offrent ce trait particulier 
que la blessure h la gorge n'y figure pas isolément, 
tandis que c'est le contraire pour le saut du haut de 
la montagne. C'est la version 12^-30 qui nous pré- 
sente l'épisode de cette double façon. On y lit, en 
effet , dans la partie en prose : 

Alors, se levant, il chercha une arme tout à fentour. N'en 
trouvant pas , il se perça la gorge avec un bambou sec de ma- 



292 SEPTEMBKE-OCTOBRE 1899. 

nière à faire jaillir le sang, et se précipita du haut de la 
montagne devant la tigresse. 

et dans la partie versifiée : 

Alors , gravissant un lieu é\e\v , 

il se jeta devant la tigresse ; 

celle-ci , que la faim tourmentait , 

en profita (?) pour se lever et (le) dévorer. 

La version 126, dans les vers comme dans la 
prose, mêle toujours les deux actes; mais, contrai- 
rement à l'iy-So, elle place la blessure à la gorge 
après le saut meurtrier et a soin d'accentuer l'in- 
vraisemblance de cette combinaison. Car elle dit, 
dans sa prose : 

Alors il gravit une montagne élevée et se jeta à terre; 
puis il fit cette relie «on : «Actuellement, cette tigresse ex- 
ténuée est trop fai])le pour pouvoir manger; je me lèverai 
donc et chercherai une arme. » N'en trouvant pas, il se perça 
la gorge avec un bambou sec et en fit sortir du sang à proxi- 
mité du lieu où était la tigresse. 

Les vers disent la même chose sous une forme 
plus brève et, par suite, moins choquante : 

Alors il se rendit sur le sommet d'une haute montagne 
et se précipita devant la tigresse adamée. 

La tigresse ne pouvant manger à cause de sa faiblesse , 
il se fit un trou à la gorge avec un bambou. 

Les auteurs des textes non canoniques ont eu le 
bon esprit de ne pas concilier les deux versions; 



LK RODHfSATTVA. 293 

mais ils se partagent. VAv, Kalp. adopte la première, 
la saignée à la gorge : 

Dhyâtveti nyapatat vyâghryâh sa purah karunânidhi 
îjaladraktam sale krtvâ xatam venucalâkavâ. 

«Ces réflexions faites, il tomba devant la tigresse, ce 

trésor de compassion , 
« après avoir fait couler du sang de sa gorge par une 

blessure faite avec une branche de bambou. » 

11 est à remarquer que, d'après ce texte, par un 
raffinement singulier, le Bodhisattva « donna son 
corps ))^ sept jours avant, et non après la mise bas de 
la tigresse, agissant ainsi non pour arracher des 
nouveau-nés à un péril imminent, mais pour sau 
ver des êtres qui n'existaient pas encore d un danger 
futur, deviné à l'avance. 

Le Jât. M. nous donne l'autre version. De la forêt 
« élevée» où il se trouvait, le B. aperçut la tigresse 
dans une caverne [girigahvare) , et il chargea son 
disciple Ajita, qui lui tenait compagnie, de chercher 
de la nourriture pour la pauvre béte. Ajita parti, il 
a lança son corps» [tanum atsasarja). Quand Ajita 
revint après d'inutiles recherches, il ne trouva plus 
son maître; mais en bas de la montagne la tigresse 
prenait son repas. Il vit, comprit et admira. 

Quant h Hiouen-Thsang , il reproduit la version 
du Bodhisattva Mahâsattva « se perçant le corps avec 
un morceau de bambou desséché ». 

1 Dattarh çariram: vers io8 du premier Pallava de VAv, Kalp. 
(cité par M. Speyer dans sa traduction du JàU'M., p. 7). 



2n SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

Je considère cette version , la saignée à la gorge , 
comme primitive. Le saut du haut de la montagne 
et, à plus forte raison, la conciliation des deux ver- 
sions doivent être des inventions postérieures. 

9. Découverte df l événement. 

Le B. avait accompli son sacrifice sans témoins. 
Dans le Jât Af. , il écarte son disciple; dans les 
textes canoniques, il écarte ses frères. Mais le 
tremblement de terre et les autres prodiges qui 
accompagnent son action la révèlent, et ses frères 
sont les premiers à découvrir ce qui s'est passé; 
seulement leur émotion est telle, qu'ils perdent con- 
naissance. Ici il y a une série d'incidents dans le 
détail desquels je ne pourrais entrer sans grossir 
démesurément cette étude, et qui, d*aiUeurs, ne 
tiennent pas spécialement au sujet que je traite. 
C'est le Suv, pr,y où ils sont plus nombreux dans la 
seconde partie du chapitre que dans la première, 
qui nous les fournit : car le récit du DzA. est bien 
moins surchargé. 

Je signalerai cependant, parmi tous ces détails, 
les rêves , visions , hallucinations de la mère du Bo- 
dhisattva au moment où le sacrifice se consomme. 
Ainsi ses trois fils lui apparurent comme trois petites 
colombes, dont la plus jeune fut ravie, presque 
entre ses bras, pai' un oiseau de proie; ce trait est 
le seul qui se trouve dans le DzA. Le Sav, pr. ajoute, 
dans le premier récit, les « seins tranchés » (Stanaa 



à 



LE BODHISATTVA. 295 

chidyamduau) , les «dents tombées» [daritaatpâtanam 
cakriyamânam); ce qui est remplacé, dans le second 
récit, par le « lait s'épanchant des mamelles » [ubhâ- 
bhyâm stanamukhâbhyâm xiram pramuktam) , des 
« piqûres sur tout le corps semblant produites par des 

aiguilles» [sarvâiïgam sdcibhir avabhidyamânà). 

Tous les textes sont d'accord, si ce n'est que, 
d'après la seconde version tibétaine, le lait coulant 
des deux seins « se changeait en sang » (o. ma. khraq, 
du byah) K Le chinois 1 27-80 ne parle pas précisé- 
ent de sang ; on y lit : kâ-chi tchi tchou « à chaque 
instant du jus s'en échappait». Le mot employé 
tchi^ désigne du «jus », du «jus de viande», et ne 
s'applique spécialement ni au sang ni au lait. 

Toute cette partie de l'histoire manque dans les 
textes non canoniques, le B. y étant un solitaire qui 
n'a plus de famille et à qui personne ne s'intéresse. 

10. ApPAHITÏO^ DL DÉFUNT ET SEPULTURE. 

Le B. dévoré par la tigi^esse avait immédiatement 
repris naissance parmi les dieux et savait ce qui se 



' Schmidt dit, dans sa traduction, que ic lait «coulait en 
bouillonnant» (sprudelnd); mais je ne retrouve pas ce sens dans 
le texte. Kowalewski , qui cite la phrase comme un exemple , traduit : 
« le lait découlait des mamelons » [Dict.,p. 93i); et les verbes 
mongols qui expriment l'action du lait khulghorizu. , Asuburibai 
signifient littéralement «coulait en glissant», d'après le sens qui 
leur est attribué dans le Dictionnaire de Schmidt aussi bien que 
dans celui de Kowalewski. 



296 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

passait sur la terre. Ses parents, sa famille, tout le 
peuple se lamentait sur son sort. Pour mettre un 
terme à la désolation universelle, il descendit vers 
les affligés et, sans venir jusque sur le sol, se tenant 
dans Tair, il se fit connaître et prononça des paroles 
de consolation et d encouragement. Après quoi, il 
remonta dans la demeure des dieux. Cet épisode, 
dont les Avadânas nous offrent plusieurs exemples , 
ne se trjQuve que dans le Dzahlan. 

Après s être bien lamentés sur le sort de leur fils , 
le roi et la reine lui rendirent les honneurs funèbres 
et déposèrent ses restes — les os et les cheveux 
que la tigresse avait laissés — « au lieu même » où 
l'événement s*était passé , « dans un caitya en or » 
(tasmùh prthivipradeçe sœvanuunaye caitye), d'après le 
premier récit du Sav. pr. sanscrit; selon le second 
récit, dans « un stupa formé en cet endroit de sept 
pierres précieuses » [asmim pradeçe saptaratnama- 
yastûpah), La seconde rédaction tibétaine est con- 
forme, dans sa partie versifiée, au récit sanscrit, si 
ce n'est qu'elle emploie le mot Mcliod-rten^ traduc- 
tion ordinaire de Caitya; dans la partie en prose, on 
ne trouve rien qui corresponde à savarnamaye caitye; 
on lit seuk»ment sa-phyogs 'dir (tasmim prthivipra- 
deçe). 

En chinois, je ne découvre qu'une seule mention 
de la sépulture dans la version i sy-So; elle est vers 
la fin en ces termes : 

jtt tseii tchu ky^ thsi pao ta 

in hoc loco ercMTiint (c\) septem getnmis turrini 



LE BODHISATTVA. 297 

eo qui répond au premier récit sanscrit, ta (turris) 
étant l'équivalent de stupa. La version 126, au con- 
traire, mentionne deux fois la sépuîture et déclare, 
chacjue fois, que les restes furent déposés dans un 
soU'toa-po (stupa), ajoutant, la seconde fois, que ce 
sou-toa-po était fait de « sept pierres précieuses » [thsi 
pao). On voit par là que les versions sanscrites, 
tibétaines, chinoises concordent bien entre elles, 
mais non avec une exactitude absolue. 

D après le Dzah-lun, les sept pierres précieuses 
formaient le cercueil (pii contenait les restes et sur 
lequel on érigea un mchod-rten [caitya); Schmidt 
traduit « eine Pyramide (stûpa) ». 

Quant aux textes non canoniques, ils ne disent 
naturellement pas un mot de la sépulture. 

11. Du iNOMBRE DES PETITS TIGRES. 

A combien de petits tigres le B. avait-il sauvé la 
vie? A deux, dit le Dz.-L; à cinq, répond le Sav. 
pr. sanscrit et tibétain second; à sept, selon le pre- 
mier tibétain et Hiouen-Thsang. Les ouvrages non 
canoniques se taisent sur ce point. 

Cette question du nombre des petits tigres se 
rattache à fidentification des personnages qui est la 
fin obligée de tout jatâka ou avadâna; car les per- 
sonnages du récit du temps présent ne sont autres 
que ceux du récit du temps passé revenus à la vie. 
JjC Dzan-hm étant le seul texte qui associe l'histoire 
de la tigrosse et de ses petits à un fait contemporain 



298 SEPTEMBRE-OCTOBRK 1899. 

(lu Buddha, il importe de faire connaître tout d'abord 
cet épisode. 

12. Les tigres du Dzan-lun. 

Le Buddha se trouva un jour sur le chemin de 
deux voleurs condamnés à mort que Ton menait au 
supplice; îeur mère les sui^ait. Les trois inforlimés 
implorèrent la pitié du Buddha, qui obtint îa grâce 
des coupables. Ceux-ci avec leur mère devinrent 
des disciples de leur compatissant protecteur; les 
fils amvèrent à l'état d'Arhat, la mère à celui d'Anâ- 
gâmî ^ Or cette femme avait été jadis la tigresse 
par laquelle le Bodhisattva s'était fait dévorer; ses 
deux fils étaient les petits tigres sauvés de la dent de 
leur mère. Le Bodhisattva avait arraché ces trois 
êtres à la mort; le Buddha les affranchissait des 
misères de la transmigration. 

13. Le SamodhÀna du Sdvarna-prabhâsa. 

Ce Samodhâna du Dzan-lan n'a rien de commun 
avec celui du Suvania-prabhâsa , qui, nous favons 
déjà dit, n'a pas de récit du temps présent, mais 
n'en fournit pas moins une identificalion des per- 
sonnages toujours facile , puisqu'il n'y a qu'à choisir 
dans l'entourage du Buddha. 

* On peut lire Thistoire tout au long dans Schmidt [Der 
IV fisc und der Thor, p. 21-26; cl Grnmmatik dor mongolischen 
Sprachc, p. 137-1/12). 



LE BODHISATTVA. 299 

Le Samodhâiia du Suv, pr. se trouve à la lin du 
chapitre, par conséquent du second récit; il n'y a, 
à la fin du premier, que Tidentification du Buddha. 
Le second tibétain dit positivement que la tigresse 
était « entourée de cinq petits » [bii-Utas bskor te). Le 
sanscrit nest pas si explicite; il ne donne pas for- 
mellement le nombre des petits tigres; mais il le 
fait connaître indirectement en disant, dans le Samo- 
dhâna , d'accord avec le tibétain , que les petits tigres 
étaient, au temps du Buddha, les «cinq bhixus», 
les cinq premiers disciples en date de Çâkyamuni, 
signalés parmi les auditeurs du sûtra. 

La première rédaction tibétaine prétend que « la 
tigresse avait mis bas sept petits » [stag-mojig babdun 
btsas-nas), et, pour parfaire son Samodhàna, elle 
na qu'à ajouter aux cinq premiers disciples en date, 
les deux premiers disciples en mérite, les agraçrâ- 
vakâ Çâriputra et Maudgalyâyana. 

Les deux versions chinoises sont d'accord pour 
donner sept petits à la tigresse; mais, ce qui est 
extraordinaire, elles sont aussi d'accord pour ne pas 
donner de Samodhàna. On s'explique l'absence du 
Samodhàna dans le Savarna-prabhâsa , qui est un 
sùtra et où l'histoire de la tigresse et de ses petits, 
bien qu'elle soit en réalité un Jâtaka, se présente 
comme un épisode, et non sous la forme classique 
des Jâtakas. Mais ce qu'on a peine à expliquer, c'est 
que le Samodhàna, élément essentiel des Jâtakas, soit 
dans certaines versions et manque dans d'autres. Les 
versions chinoises ont-elles été faites sur des textes 

XIV. 20 



300 SEPTEMBRE OCTOBRE 1899. 

indiens où le Samodhâna ne se trouvait pas? ou bien 
les traducteurs de ces versions ont-iîs pris sur eux 
de le retrancher? Je ne saurais me prononcer; mais 
l'hypothèse que le Samodhâna ne se trouvait pas 
dans la rédaction primitive et serait une addition 
postérieure ne me paraît pas improbable. 

Quant à Hiouen-Thsang, ce n'est pas lui qui 
parle des sept petits tigres, c'est son biographe. Car, 
dans îes Mémoires du pèlerin chinois , il est simple- 
ment question d'un tigre, dont le soxe n'est pas 
même spécifié, et qu'on peut prendre, comme l'a 
fait le traducteur, pour un mâle. L'auteur de la vie 
de Hioijen-ïhsang cite la tigiesse et ses sept petits, 
mais sans s'inquiéter de les identifier avec des per- 
sonnages quelconques ^ 

Cependant le Suv. pr. ne restreint pas son Samo- 
dhâna aux êtres sauvés par le Bodhisattva. Tous les 
personnages (jui jouent un rôle dans ce drame sont 
des contemporains de Çâkyamuni. Le roi Mahâratha 
est son père Çuddhodana ; la reine (qu'on ne nomme 
pas) est sa mère Mâyàdevî; les deux princes Mahâ- 
Pranâda et Mahâdeva sont, le premier, le bodhisattva 
Maitreya, futur buddha, successeur immédiat de 
Çâkyamuni; le second, le bodhisattva Manjuçrî- 
kumâra-bhùta. Enfin la tante de Çâkyamuni, par 
qui il (ut élevé. Mahâprajâpati Gautamî, est la ti- 
gresse de la légende. L'identification de cette tigresse 
dans le Dzafi-lun est simple et naturelle, fournie par 

' Viv dv Hiouen'Thsaiiff [trad. Julien), p. 89. 



LE BODHISATTVA. 301 

les donni^es du récit. Ici elle est forcée, arbitraire, 
comme la plupart des éléments de ce Samodhâna 
compliqué et surchargé ; ce qui vient à Tappui de 
l'hypothèse émise plus haut que le Samodhâna du 
Suv. pr. pourrait bien être une addition postérieure. 

14. Le lieu de la scène. 

En quel lieu ce grand acte de dévouement s esl-il 
accompli? Les textes, si bien renseignés sur les noms 
de tous les personnages, excepté toutefois celui de la 
reine, ne nous le font pas connaîlre. Le Dz, /., en 
disant que c'est le Jambudvipa, le Sav, pr., en di- 
sant , dans sa première partie , « un certain pays » 
[yal'cig.), dans sa deuxième, «un grand pays» [yal- 
chenjig), ne nous apprennent rien. Le seul rensei- 
gnement que nous ayons nous est fourni parHiouen- 
Thsang qui a vu le monument commémoratif du 
fait, et ne relate sommairement la légende qu'à l'oc- 
casion de ce monument. 

Ce lieu remarquable se trouve donc à 200 U au. 
sud-est de l'Indus, lorsqu'on la franchi à la hauteur 
des frontières septentrionales du royaume de Taxa- 
çîlâ. Il y a une « grande porte en pierre » [ta chi-men) 
élevée « à l'endroit où le prince royal Mahâsattva, 
abandonna son corps pour noiu*rir un tigre affamé ». 
— «A i4o ou i5o pas, au midi de cet endroit, il 
y a un stûpa en pierre [yeoa-chi sou-toa-po) au lieu où 
le Mahâsattva, par compassion pour le tigre se perça 
le corps avec un moi*ceau de bambou dessédbé et le 

20. 



302 SEPTEMBHt:-OCTOBHE 1899. 

nourrit de son sang. » Le narrateur ajoute que les 
arbrisseaux du lieu ont une teinte rougeâtre, et que, 
en foulant ce sol , on croit ressentir comme des pi- 
qûres d*épines , et on y « éprouve un sentiment de 
tristesse et de douleur ». 

Les expressions « abandonner son corps », « se per- 
cer le corps avec un morceau de bambou » désignent 
un seul et même acte; Hionen-Thsang en fait deux 
actes distincts , mat qnés fun par une « porte », Tautre 
par un monument de forme CDnique, qui se seraient 
accomplis à i/io ou i5o pas Tun de l'autre. La dis- 
tance indiquée est insignifiante; mais la dilinction 
établie par le voyageur chinois ne se comprend pas. 
Les textes, notamment ceux du Suv. pr., disant que 
le stupa (ou caifya) a élé élevé au lieu même où le 
prince avait été dévoré, le « stupa en pierre » désigné 
par Hiouen-Thsang doit marquer la place où le fait 
s*est passé. On Tavait sans doute entouré d'une en- 
ceinte , et la « porte de pierre » par laquelle passa le 
voyageur chinois, devait être l'entrée de l'enclos. 
La courte mention fiiite par Hiouen-Thsang de ce cé- 
lèbre jâtaka nous indique au moins le lieu où cette 
légende se conservait dans la mémoire des hommes. 

15. Conclusion. 

Il est clair qu'il y a deux versions sur la manière 
dont le Bodhisaltva a fait « l'abandon de son corps », 
en d'autres termes, a opéré son sacrifice. Le Dzan- 
lun me paraît être le texte qui se rapproche le plus 



LE BODHISATTVA. 303 

de la forme primitive de la légende; le Savarna-pra- 
bhâsa, qui adopte les deux versions, les racontant 
successivement, puis cherchant à les concilier en les 
réunissant, est évidemment le résultat d'un travail 
ultérieur. Dans les remaniements dont les textes 
sanscrits, tibétains, chinois, mongols de ce sûtra 
ont conservé la trace, il est difficile de retrouver (au 
moins pour le Vjâghri'parivartta , la seule partie du 
sûtra dont je m'occupe) les «deux rédactions» si- 
gnalées par Burnouf. Ces « deux rédaclions » existent 
certainement dans le Kandjour; mais le rapproche- 
ment de tous les textes laisse plutôt l'impression que 
chaque auteur, écrivain original ou traducteur, tout 
en subissant l'influence d'une tradition qu'il ne son- 
geait pas à repousser, s'est efforcé d'ajouter quelque 
trait nouveau ou d'apporter une modification quel- 
conque aux données de la légende. 



304 SEPTEMBRK-OCTOBRK 1899. 



NOTICE 

SUR LE CHEIKH 

MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI 

DE MASCARA 

(extraits de son autobiographie) 

PAR 

LE GÉNÉRAL G. FAURE-BIGUET. 



Le n° 62 de la Revae africaine (1867, p. i3o) 
contient un intéressant article du général Dastugue, 
alors lieutenant-colonel directeur des aOaires indi- 
gènes à Oran, sur la bataille de Casr-el-Kebir, où 
périt Don Sébastien de Portugal. Cet article donne 
la traduction de deux passages empruntés lun au 
Nozhat-el-Hadi de Mohammed-es-Ser*ir, lautre au 
cheikh Mohammed Abou-Ras de Mascara. Dans une 
note contenant des détails siu* ce dernier, le colonel 
annonçait qu il recueillait dans une autobiographie 
écrite de la main même de Bou-Ras, les morceaux 
les plus propres à faire connaître ce personnage , et 
quil espérait les publier un jour. Malheureusement 
cette publication n a pas eu lieu. 



XOTICE SUR MOHAMMED ABOCl RAS EN NASRf. 305 

C'est un travail analogue que je me suis proposé 
avec Taide et les conseils de M. Delphin, directeur 
de la Medersa d'Alger. J ai extrait de Tautobiographie 
dont le manuscrit se trouve à la bibliothèque uni- 
versitaire d'Alger, sous le n" 5 002, tous les détails 
ayant un caractère personnel; je les ai mis, autant 
que possible , dans l'ordre des dates , ce qui n'a pas 
toujovirs été facile, attendu que ces renseignements 
sont épars dans le livre sans aucun souci de la chro- 
nologie, au milieu de dissertations de diverses na- 
tures. J'y ai introduit un passage biographique extrait 
d'un autre ouvrage du même auteur, traduit par 
M. l'interprète principal Arnaud, sous le titre Voyages 
extraordinaires et nouvelles agréables. 

Une biographie des auteurs magh'rébins, que 
M. Delphi n a bien voulu me communiquer, contient 
un article svir Bou-Ras ; mais il est emprunté presque 
entièrement k son autobiographie. Les quelques ren- 
seignements qui ne sont pas extraits de cet ouvrage 
seront donnés plus loin en note à leurs dates. 

J'avais d'abord projeté de publier l'autobiographie 
complète, texte et traduction, mais j'ai dû y re- 
noncer. Cet ouvrage est composé, pour les trois 
quarts, soit d'interminables éloges des professeurs 
ou autres personnages avec lesquels l'auteur a été en 
relation, soit des discussions auxquelles il a pris 
part sur les sujets théologiques les plus ardus. Ces 
dissertations sont extrêmement arides; elles se com- 
posent presque exclusivement de citations. Ma tra- 



306 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

duction contient encore quelques lacunes. Pour la 
rendre tout à fait exacte, il aurait faîlu faire une 
étude complète de chaque question et vérifier les 
citations. Je suis persuadé que personne n'aurait eu 
la patience de la lire. D'ailleurs les personnes qui 
s'intéressent aux arguties de la théologie musulmane 
auront tout avantage à recourir directement aux ou- 
vrages connus, qui sont les sources auxquelles notre 
cheikh a puisé. 

En effet, Bou-Ras était par-dessus tout un érudit, 
et il voulait le montrer. Dans les quelques ouvrages 
que nous connaissons de lui, il fait étalage de son 
érudition, vraiment très grande, mais toujours par 
des citations; ses opinions personnelles ne se font 
presque jamais jour, et c'est regrettable, parce que, 
dans les rares occasions où il s'exprime pour son 
compte, ses jugements sont judicieux et pleins de 
bon sens. 

Son mérite littéraire a été assez sévèrement ap- 
précié. Un article de M. (iorguos, paru dans le 
n° 26 de la Revue africaine (1861, p. 1 1 ^i), contient 
un extrait d'un commentaire composé par l'auteur 
sur sa cacida relative à la prise d'Oran. C'est ce 
même commentaire dont la traduction a été plus 
tard publiée in extenso par M. Arnaud sous le titre 
Voyages extraordinaires y etc. M. (iorguos se proposait 
de donner seulement les passages intéressant l'his- 
toire des peuples du Nord de l'Afrique. Mais ce tra- 
vail n'a pas été poussé plus loin que le commentaire 
des quatre premiers vers. M. Gorguos n'a pas tra- 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 307 

duit les vers parce que , dit-il assez dédaigneusement , 
ils n en valent pas la peine. 

Si les vers de Bou-Ras sont médiocres, par contre 
ils sont difficiles et souvent obscurs. On y trouve 
par exemple ^ Tyr pour désigner T Angleterre, non 
pas par suite d'une assimilation de lesprit de négoce 
des fils dWlbion avec celui des habitants de l'antique 
Sidon, mais par une audacieuse abréviation de En- 
(jlatira. Sans le commentaire, un contre-sens serait 
bien excusable. 

Dans l'article cité plus haut, le colonel Dastugue 
appréciait ainsi les œuvres de Bou-Ras : « L'écrivain 
mascariote était doué d'une grande mémoire; il avait 
beaucoup lu et sans doute beaucoup retenu ; mais , 
trop confiant peut-être dans la précieuse faculté dont 
il jouissait, il s'est rarement donné îa peine de reviser 
ses compositions, et semble avoir été plutôt pré- 
occupé d'en multiplier le nombre. » Il est impossible, 
à mon avis, de formuler une meilleure appréciation. 
Les exempîes de négligence et de rapidité de rédac- 
tion sont malheureusement trop visibles dans les 
œuvres de Bou-Ras que nous connaissons. Son auto- 
biographie contient deux anecdotes répétées chacune 
deux fois ; elles sont citées plus loin. Dans la nomen- 
clature des titres de ses ouvrages, il a pîusieurs fois 
omis des mots. Dans un des commentaires de sa 
cacida , il répète deux fois une anecdote attribuée au 
sultan almohade Abd-el-Moumen; mais le plus 
grave , c'est que les vers qu'il met dans la bouche de 
son héros ne sont pas les mêmes dans les deux cas, 



308 SEPTEMBRE-OCTOBRE 189«. 

ce qui a pour effet de nous inspirer bien des doutes 
sur leur authenticité. Il lui arrive quelquefois dans 
ses commentaires d'expliquer des mots dont il ne 
s'est pas servi, mais qui sont synonymes de ceux 
qu'il a réellement employés. 

Cependant notre auteur vaut mieux quon ne 
pourrait le croire d'après ce qui vient d'être dit. 
Quand il parle pour son compte , ses jugements sont , 
comme je l'ai dit, pleins de bon sens et d'une sorte 
d'humour. Son langage est toujours pur et correct. 
Quand son sujet l'échauffé, il arrive à une certaine 
éloquence. A la fm du deuxième commentaire de sa 
cacida, tout un passage relatif au pic de Heïdour, 
que couronne le fort Santa-Cruz à Oran, est animé 
d'un vrai souffle poétique. Le sujet qui l'anime le 
plus est la haine de l'infidèle et l'admiration pour la 
guerre sainte. Malheureusement l'usage très fréquent 
de la prose rimée l'entraîne à employer de nom- 
breuses chevilles; quand ces chapelets de rimes 
tombent sur l'éloge d'un personnage , ils deviennent 
d'une fadeur insupportable. 

En revanche , le nombre de ses œuvres fut très 
considérable. Dans sa biographie, il en cite 63, tant 
grandes que moyennes, dit-il. D'après la notice sur 
les auteurs magh'rébins, ce nombre fut de iSy, On 
connaît les titres d'un certain nombre d'ouvrages 
non cités dans l'autobiographie ; j'ai pu en trouver 
vingt, qui seront donnés plus loin. 

On peut s'étonner que malgré une pareille fécon- 
dité les œuvres de notre hafid se soient presque toutes 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRT. 309 

perdues. Cela peut tenir à une circonstance men- 
tionnée à la fin de la notice sur les auteurs magh ré- 
bins citée plus haut. Bon nombre de familles de la 
plame de Gh ris ^ prétendaient être chérifiennes. Or 
Bou-Ras, qui prétendait lui-même descendre du 
Prophète , composa un ouvrage où il passait au crible 
ces noblesses douteuses. L'amour-propre est tout 
aussi chatouilleux sous ce rapport parmi les Arabes 
qu'en France; il en résulta contre le censeur une 
animosité qui se poursuivit après sa mort, et qui 
eut pour effet une sorte de boycottage intellectuel. 
On s abstint de recopier ses œuvres , qui se perdirent 
peu à peu. La plupart ont disparu ou sont enfouies 
dans des bibliothèques particulières. La conquête 
française , survenue sept ans seidement après la mort 
du cheikh, en donnant pour longtemps un autre 
covirs aux idées, et faisant disparaître le goût des 
lettres chez les Arabes, a également contribué à ce 
résultat. 

On ne possède plus guère aujourd'hui que les 
ouvrages suivants : 

1° L'autobiographie, dont on va voir des extraits; 

2° Plusieurs commentaires de la cacida composée 
par lui au sujet de la prise d'Oran par le bey Mo- 
hammed ben Otmân el-Kebir^, intitulée : JXÂ 

^ Aux portes de Mascara. 

^ Le tombeau de ce bey se trouve dans la petite mosquée qui a 
donné son nom au quartier de ia Mosquée à Ortn. Ce petit édifice 



310 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

iûu^J^Xj^t »y^^ fjy^^ ytû ^ iouyJOuJt « Lcs maii- 
teaux de soie fine, au sujet d'Oran et la Péninsule 
espagnole ». Il parait qu on la trouve aussi sous le 
titre : ^'y^ ^ ^ ij^^ ^^-««h^ « La perle précieuse 
reîative à la conquête d*Oran ». 

Il est assez difficile de connaître le nombre des 
commentaires que Bou-Ras a composés pour ce 
poème. C'est une (juestion qui a été fréquemment 
agitée en Algérie. D'après l'article déjà cité, le co- 
lonel Dastugue en connaissait deux, dont l'un pos- 
sédait trois titres diHérents. Quelques personnes 
pensent qu'il y a eu quatre commentaires. Un examen 
attentif de la question m'a conduit aux conclusions 
suivantes : 

Bou-Ras a composé peu de temps après la prise 
d'Oran, et certainement avant 1798, un premier 
commentaire intitulé : ^Ly^^t Ui^jiai^ ^Uiuw^l <^.,>L^ 
« Voyages extraordinaires et nouvelles agréables ». 
Dans cet ouvrage, cpii a été traduit par M. l'inter- 
prète principal Arnaud, la cacida contient 1 1 7 vers. 
Le commentaire est principalement consacré à ITiis- 
toire de l'Afrique du Nord. Il en existe ime variante 

a été transformé en salle de bains pour la troupe et sert probable- 
ment encore à cet usage. Il serait à désirer qu'on pût lui trouver 
une plus noble destination. Mohammed el-Kebir fut un homme 
vraiment remarquable pour son temps et son pays. On connaît ces 
belles paroles qu'il prononça en diminuant la contribution exigée 
par les Musulmans pour transporter au port les bagages des Espa- 
gnols » au moment de l'évacuation de la ville : « Les Chrétiens sont 
vaincus, et plus ils ont été malheureux plus vous devez vous mon- 
trer charitables.» Sentiments bien rares à cette époque, autant chez 
les Chrétiens que chez les Musulmans. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 311 

dans Je manuscrit n"* liSiS de la Bibliothèque na- 
tionale. Quelques vers et quelques parties du com- 
mentaire diffèrent de ceux de Touvrage traduit par 
M. Arnaud. 

Plus tard, pendant un séjour au Maroc en 1 802 , 
Tauteur fit cadeau au sultan Soleïmân d un commen- 
taire portant le titre : ^^g»^^ M-lA^' ^t^JUJt HJô^^ 
JijiojJ « Jardin de la consolation composé dans le 
port de Tetouan ». Ce ne fut probablement qu'une 
copie du premier plus ou moins remaniée , et décorée 
d'un nouveau titre pour la circonstance. 

Plus tard encore, et après 181 /i, il refit presque 
entièrement sa cacida, porta le nombre des vers à 
1 35 , et lui composa un nouveau commentaire tout 
différent du premier, intitulé : wo^t ç^^ ç^yJtUjJi 
c-y^-xJL! j^ji.>> j*J4>ô^U JUÎ <-^^! « Récit surprenant 
propre à élucider les choses arrivées en Espagne et 
dans les places du MaghVeb ». Le manuscrit de 
celui-ci, probablement autographe, existe à la Bi- 
bliothèque nationale sous le n° /iGig. Il est surtout 
consacré à Thistoire d'Espagne; mais on y trouve un 
peu de tout. L'auteur, qui était déjà d'un âge mûr, 
y parle de tout ce qu'il sait : de Bonaparte, du 
schisme de Samarie, de Londres, de la Flandre, etc. 
Les vers ne sont pour lui qu'un prétexte pour don- 
ner carrière à son érudition. 

Enfin je connais un autre commentaire dans 
lequel la cacida comprend 1*77 vers. C'est un com- 
posé des deux précédents avec de nombreuses va- 



312 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

riantes, mais qui ne peut être considéré comme une 
œuvre distincte. Il est probable que Bou-Ras a dû 
recopier plusieurs fois ses deux commentaires types 
en les modiiiant ou les combinant selon les idées 
qui se prc'-sentaient à lui , et en introduisant de nou- 
veaux vers quand il trouvait une nouvelle rime. 
L'autobiographie est intitulée : ^^ MiUy i^^\ ^ 

*^*!5 (s^j J^»^ e>4X^t ft Faveur et grâce divines ayant 
pour but de célébrer la bonté et les bienfaits de 
Dieu (à mon égard) ». Elle a dû être composée après 
1818, car il y est fait mention d un cheikh mort au 
Caire à cette date. Célébrer les bontés de Dieu re- 
vient, pour Bou-Ras, à vanter son propre mérite, et 
il ne s'en fdit pas fîiute en s'autorisant de Texemple 
de nombreux savants. 

L'ouvrage comprend cinq chapitres : 

1° Mes débuts. — Ce chapitre contient un assex 
grand nombre de renseignements généalogiqujBS et 
biographiques que Ton trouvera plus loin. 

♦i° Mes professew^s, — Bou-Ras nous apprend 
que Timam Malik eut 1,000 professeurs, et Chafaï 
i,3oo. Quant à lui, il en accuse modestement 38; 
mais le nom de chacun d'eux est accompagné d une 
véritable litanie de qualificatifs élogieux, variant de- 
puis un simple superlatif jusqu'à une phrase entière. 
Le cheikh Mecherfien a pour sa part plus de 110. 
Malgré la ricliesse de la langue arabe, les répétitions 
sont nécessairement fréquentes et rendent cette énu- 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU KAS EN NASRI. 313 

mération très fastidieuse. Néanmoins, on y trouve 
quelques détails biographiques. 

3"" Mes voyages, — Ce chapitre, qui semblait 
devoir être le plus intéressant , est au conlraî.*'e très 
insignifiant pour nous. Pas un mot sur les pays ni 
sur leurs usages. Il est uniquement question de 
cheikhs, cadis ou muftis que lauteur a rencontrés 
dans ses voyages, et des questions qu'il a traitées avec 
eux. Les chapelets d'éloges recommencent. Le sul- 
tan Soleïmân a, pour sa part, cinquante qualifica- 
tifs; d'autres en ont plus encore. Ce chapitre qui ne 
répond guère à son tilre, pourrait être supprimé et 
réparti entre le précédent et le suivant. 

4° Des (jaestions qui m'ont été posées. — Ce cha- 
pitre forme à lui seul les deux cinquièmes de 
l'autobiographie. L'auteur y énumère les réponses 
victorieuses qu'il a faites aux i8 questions indi- 
quées ci-après qui lui ont été posées au cours de ses 
voyages. Bien entendu , ce sont toujours des citations ; 
jamais ou presque jamais un avis personnel : 

1 . Comment comprendre ces paroles du cheikh Abou 
Mohammed Abdallah ben AbiZeid: « Dieu est en per- 
sonne au-dessus de son trône sublime», paroles 
qui rappellent une idée exprimée dans le Coran, 
vn, 02; X, 3; xni, 2 ; xiv, 60; xxn, 3; Lvn, 4? 

i . (jomment comprendre ces paroles de Gh*azali : 



314 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

« 11 n est pas possible qu'il y ait quelque chose de 
plus nouveau que ce qui existe »? 

3. Le taouhid. 

II. Origine de tontes les sciences et lear classification. 

5. Le tekouîn, 

6. La ouahdania et le taouliid, 

7 . Discassions entre les cheikhs Snoassi et Ahmed ben 
Zekri. 

8. Les articles de la foi : (!leci est une sorte de pro- 
IVssioii de foi contenant les louangcîs d(î Dieu et de 
ses attributs : puissance , science , volonté , audition 
et vision, paroles, actions. Ce sont des pages en- 
traînantes, animées d'un vrai souffle religieux, ne 
contenant aucune subtilité. Je les aurais reproduites 
bien volontiers, si j'avais été sûr quelles fussent 
l'œuvre de notre auteur. J'ai été arrêté par la crainte 
de ne faire que reproduire des citations. 

g . Jïoà vient le nom de Mekki donné au soufite Abou 
Taleb Mohammed ben Ali ben Atia el Harti? C'est en 
réalité une longue dissertation sur le soufisme dont 
Bou-Ras était un fervent admirateur. 

1 o. Quels sont les cheiktts soujites qui sont considérés 
comme des pôles? Très longues dissertations sur le 
même sujet. 

1 1 . Quels sont les savants qui ont abandonné un 
rite pour un autre*} Discussion sur les divers rites or- 
thodoxes. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 315 
1 2 . Uétat de pureté et (Timpureté. 

1 3. Que signifient ces paroles de Hasan ben Zyad : 
«Je mange des animaux morts (sans avoir été tués 
selon les rites), j'aime la séduction, je déleste ce 
qui est certain et je témoigne de ce que je n ai pas 
vu?» (Je mange les sauterelles et les poissons, 
jaime les enfants et les richesses, je déleste la 
mort et je témoigne de l'unité de Dieu.) 

1 /|. Usage du café et du tabac. — Moyens dejaire 
cesser Vimpureté. 

1 5. Usage du mot Çahha « santé » adressé aux bu- 
veurs. 

i6. Usage des cuillers. 

1 y. Sens de ce verset du Coran : « Les mécréants 
disent au sujet des croyants : Si le Corail était 
quelque chose de bon , ils ne nous auraient pas de- 
vancés pour Tembrasser» (lxvi, lo). 

1 8. Manière de voyeller le verbe ô^^. 

On trouvera dans Fautobiographie les iS*" et 
i6" questions. 

5" Liste de mes ouvrages. — Cette liste est donnée 
plus loin. Elle ne contient, dit fauteur, que ses ou- 
vrages grands ou moyens; les opuscules ny figurent 
donc pas. 

Parmi les ouvrages de Bou-Ras devenus très 
rares, que Ton ne trouve plus que dans quelques bi- 

MV. îî l 

■«rillWIIIIB RATtOSktB. 



316 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

bliolhèques particulières , on peut citer iuLo^l il^ jJî 
« La perle de prix », commentaire sur l'Aqiqa (Cor- 
naline) , dont le titre figure sous le n° 5 1 dans la liste 
qui termine lautobiographie. M. Delphin en possède 
une excellente copie. L'aqiqa est une cacida due au 
cheikh Abou Otmân Saïd ben Abdallah de Tlemccn 
dont la famille était originaire de Mendès^ ce qui 
lui a valu le surnom de Mendasi. Ce cheikh mourut 
au Maroc au commencement du xviif siècle; son 
poème comprend 290 vers en Thonneur du Pro- 
phète ec de ses compagnons. Suivant lusage assez 
singulier de certains poètes arabes, usage qui a reçu 
fapprobation du Prophète , fauteur a consacré près 
de la moitié de son poème à échauffer sa muse et, 
en quelque sorte, à se mettre en train, en figurant 
les mérites de son héros par les beautés de la femme; 
f admiration qu il inspire est figurée par fivresse de 
f amour ou par celle du vin. C'est ce qu'on appelle- 
rait aujourd'hui une œuvre symbolique; ausssi est- 
elle très difficile à comprendre. Bou-Ras a cru 
nécessaire d'en expliquer à peu près tous les mots, 
et il a composé pour l'Aqiqa sept commentaires. Le 
poème est écrit en langage ^^^J^, incorrect, qui est 
à peu près f idiome vulgaire, mélangé d'un peu 
d'arabe correct. Sous f influence des nécessités de la 
mesure, f orthographe est des plus bizarres. Ainsi 

tesmots Jj!i ^\ signifient ni L»y^^^ Ce genre d'ou- 



^ Village situé à l'est de la Mina, entre Mascara et Sidi-bd- 
Abbès. 



^>- 



NOTICE SUK MOllVMMbll) ABOU RAS EN NASKl. 317 

vrages écrits intentionnellement en idiome vulgaire 
par des savants distingués n'était pas rare. En voici 
un exemple rapporté par Bou-Ras dans ce même 
commentaire et dans Tautobiographie. Le savant 
Mohammed el-Haouari, une des célébrités d'Oran ^ 
avait composé un ouvrage dans ce langage incorrect. 
Le livre étant parvenu entre les mains du cheikh 
Moqlach , celui-ci s'empressa d'en corriger toutes les 
fautes et d'en informer fauteur. Mais Haouari, très 
mécontent, refusa de reconnaître son œuvre et ré- 
pondit : « Ce que tu me montres là est le livre de 
Moqlaclî; nuiis, quant au livre des humbles, il res- 
tera avec son langage incorrect. » 

Avant de céder la parole au cheikh , j'ajouterai 
([uelques renseignements qu'il ne pouvait nous don 
lier lui-même. 

D'abord un petit portrait physique dû à un ha 
bitant de Mascara, dont le père avait connu des 
contemporains et amis de Bou-Ras : celui-ci était de 
taille moyenne, maigre, ayant la peau blanche, la 
barbe rare sur les joues, les yeux petits, le nez long 
et mince, la tête large et développée; il ressemblait 
extraordinairemeiit à son père. 

En second lieu, une plaisante aventure qui lui est 
arrivée pendant son séjour au Maroc; elle est ex- 
traite de fouvrage de M. Delphin : Fès et son univer- 
sité, et provient d'un indigène musulman qui avait 
connu Bou-Ras. Elle prouve la mémoire prodigieuse 

* Son loinbeuii esl (tans la jM^lite niosqutM* située ])rès des bui*eaiix 
(l(i l'Intendance à Oran. 

1 1 . 



318 SKÏ>TEMBRl":-OCTOBRË 1899. 

dont jouissaient ia plupart des tolbas. On verra plus 
tard que, lors de ce voyage , Bou-Ras fit hommage de 
plusieurs ouvrages au Sultan. Il paraît qu'il avait 
l'intention de lui offrir un ouvrage de droit; mais 
les savants de la ville où il se trouvait lui jouèrent 
un bon tour. Ils avaient loué une chambre contiguë 
à celle que devait occuper le savant étranger, et ils 
avaient pratiqué une petite ouverture à peine visible 
dans la cloison qui séparait les deux pièces. Dès 
Farrivée de Bou-Ras, l'un d'eux vint hypocritement 
le saluer, se fit montrer les manuscrits, et fit adroi- 
tement passer l'ouvrage de droit par le trou de la 
cloison. Les complices qui attendaient de Tautre 
côté, s'en emparent, se partagent les cahiers; les 
copient, et font repasser le manuscrit par le même 
chemin, après en avoir changé le titre d'une ma- 
nière burlesque, le tout en une demi-heure; puis ils 
apprennent l'ouvrage en une nuit. 

fje lendemain, quand Bou-Ras voulut leur réciter 
son œuvre, il fut arrêté dès les premiers mots, cha- 
cun s'écriant : « Mais c'est archi-connu , cela a déjà 
été dit cent fois ». Il jeta un coup d'oeil sur son ma- 
nuscrit, vit le changenient ridicule du titre, et se re- 
tira furieux. D'après le narrateur, il quitta la ville le 
jour même. 

Cette anecdote a bien pu s'embellir en passant 
par plusieurs bouches. Bou-Ras n'en dit pas un mot 
dans l'autobiographie; cela n'est pas étonnant, car, 
habitué à parler de lui-même avec complaisance, il 
n'aurait pas aimé à raconter au public comment on 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 319 

lavait mystifié. Mais, au fond, Taventure doit être 
vraie; seulement elle ne s est pas passée à Fès, 
comme le dit le narrateur, mais probablement à 
Taza^ En effet, Bou-Ras ne se plaint nullement des 
savants de Fès parmi lesquels il fit un séjour assez 
long, tandis quon verra quil s'était brouillé avec 
ceux de Taza, où il avait dû passer en venant au 
Maroc par terre. Alors que partout ailleurs il cite 
avec de pompeux éloges les noms des savants qu il a 
rencontrés, il se borne à décocher un trait à ceux 
de Taza en mentionnant une lettre que leur écrivit 
un cheikh de Fès pour leur reprocher d avoir man- 
qué d'égards envers un homme aussi distingué que 
Bou-Ras. 

Enfin terminons par sa mort : « Bou-Ras mourut 
le jeudi i5 chabân i 288 (fin avril i8a3). Le grand 
savant Si Ahmed ben Rabah pria sur son corps; il y 
eut une grande émotion à son enterrement , et il fut 
admirablement loué. Il fut enterré près de sa maison 
et de sa mosquée, dans le faubourg de Baba-Ali, à 
Mascara. On éleva sur son tombeau^ un dôme qui 
fut appelé « Goubba des quatre rites » : car il jugeait 
suivant le cas, selon Tune quelconque des quatre 
doctrines. Mais, après sa mort, il s'éleva contre lui 
une certaine animosité parmi les Beni-Rached , parce 
qu'il avait composé un livre dans lequel il avait éta- 
bli la noblesse des vrais chérifs, en les distinguant 



' Ville du Maroc à égaie distance entre Fès et la Moulouya. 
^ Aux frais du bey Hasân , dit le colonel Dastugue. 



:j2() .ski>tkmbri:-oct()brI': i89u. 

des faux. » (Extrait de la biographie des auteurs ma- 
ghVebins.) 

Voilà tout ce que j ai pu recueillir sur le compte 
de notre hafid. De plus longues recherches, lors 
même qu'elles devraient aboutir, me paraîtraient peu 
utiles. La statue doit être proportionnée à la taille 
du héros, et, comme le dit très bien Bou-Ras en par- 
lant de lui-même, et en se comparant aux anciens : 
« Il y a (les paroles pour chaque rang; il y a des 
hommes pour chaque époque ». 



VITOBIOGRVPHIE DE B()L-R\S. 

J'appartiens à une famille d'hommes distingués 
par leur science et leur piété. Voici ma généalogie : 
Je m'appelle Mohammed Abou-Ras ben Ahmed ben 
\bd el-Qader ben Mohammed ben Ahmed ben en- 
Nacir ben Ali ben \bd el-Adim ben Marouf ben 
Vbdallah ben Abd el-Djalil. 

Cette généalogie se prolonge jusqu'à Omar ben 
Kdris ben Abdallah el-Kamil ben el-Hasan el-Motni 
ben el-Hasan es-Sebti qui fut fds d'Ali et de Fatima 
fille du Prophète (saluts)^ 

Mon père , mon aïeul et mon bisaïeul étaient de 
savants lecteurs du Coran. Mon bisaïeul, le cheiidh 
Mohammed, était cité pour sa science du droit, sur- 

^ Cette lacune est ainsi comblée )^ar le biographe des cheikhs 
magb'rebins : Abd el-Djaiil ben Obeïd ben Ali ben Omar, etc. 



NOTICK SLR VIOHAMMKD ABOU RAS EN .\ASRI. 321 

tout pour celle des successions. Un jour, il était assis 
avec son père, le cheikh Ahmed ben en-Nacir; ii y 
avait là des savants des Beni-Arner ^ entre lesquels 
s'était élevée une vive discussion; Tun d'eux disait aux 
autres : « L'esclave de cet homme a péché intention- 
nellement en présence de mon esclave. — Hé bien ! 
messieurs les savants, dit mon bisaïeul, faites com- 
paraître l'esclave fautif, car personne que lui ne peut 
répondre de la faute qu'il a commise. » De même 
que son père, il avait une prédilection pour le com- 
mentaire du cheikh Abd el-Qader ben Aqtit, connu 
parmi les savants sous le nom de Soadani. 

Mon trisaïeul, le cheikh Ahmed, était un homme 
vertueux , au cœur doux , peu soucieux des biens de 
ce monde. On pouvait dire de lui ce qu'Abou 1 Hasân 
el-R'orab a dit de quelqu'un dont il faisait l'éloge : 
«Il est riche en piété, et pauvre en péchés». Il ne 
faisait aucune difl'érence entre les choses de ce bas 
monde, et ne savait pas distinguer un objet de prix 
d'un autre. Vinsi, ayant aperçu un jour, dans un coin 
de sa chambre , une outre où étaient mélangés de la 
graisse et du miel, il crut que c'était des ordures que 
l'on avait mises de côté; il porta l'outre au ruisseau 
d'ibn Sououaq, la nettoya et la rapporta à sa femme, 
à qui il adressa une verte semonce. Celle-ci, étonnée 
d'une pareille ignorance , fronça les sourcils et s'écria : 

^ Les Beni-Amer, qui habitaient à l'ouest de Mascara, s*étaieat 
mis au service des Espagnols, ce qui leur valut bien des reproches 
de la part de leurs compatriotes. Plus tard , ils furent des premiers 
à soutenir la révolte des Derqaoua, 



322 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

« Tu as fait perdre aux enfants lassaisonnement de 
leur déjeuner». Cette aventure fit rire tous ceux 
qui en eurent connaissance. Dieu ait son âme ! 

C'est à son père , le célèbre cheikh en-Nacir, que 
nous devons notre nom. C'est lui qui fonda notre 
cimetière à Ouizer t. On y voit des tombes bénies 
qui sont un lieu de pèlerinage important. Les prières 
y sont exaucées et on y recueille des bénédictions. 
Nous avions là une médersa dont on voit encore les 
traces en dessous du cimetière, à Touest d'Ouizer't. 

J'ai entendu dire à plusieurs hommes dignes de 
foi que nous avions autrefois dans ce pays sept 
medjles dont le premier fondateur fut notre ancêtre 
En-Nacir ^ 

Abd el-Àdim fut un saint dont le tombeau a été 
le théâtre de plusieurs miracles. En voici deux 
exemples très connus. Quiconque venait visiter son 
tombeau, à quelque heure du jour ou de la nuit que 
ce fût, recevait de Dieu de quoi faire son repas. Un 
jom*, im pieux visiteur avait commencé à lire les Da- 
laïl-el-Kheirat près du tombeau. Arrivé au milieu , 
il voulut s'en aller; mais il entendit une voix qui lui 



^ Au dire des indigènes, voici ce qu'il faut entendre par là : les 
tribus et même les familles arabes aiment à se solidariser entre elles 
t't à se distinguer le plus possible les unes des autres. Dans ce but , 
une famille adopte un lieu de réunion où elle vient traiter ses 
aiFaires, et où les gens qui y ont affaire à un de ses membres 
savent qu'ils pourront le trouver. Ces endroits finissent par prendre 
le nom de la famille : on dit le medjles des Béni Foulâu. La fa- 
mille de Bou-Kas aurait donc eu successivement ou simultanément 
sent de ces medjles , dont le premier fut choisi par En-Nacir. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 323 

disait : Areriy c est-à-dire « continue ». Il se remit donc 
à lire jusqu'à ce qu'il eût terminé le livre. 

L'obscurité étant venue, il se coucha, et un gros 
lièvre entra dans sa tente; il Tégorgea, le fit rôtir et 
en fil son repas. i 

La second miracle arriva à deux pèlerins qui, 
passant la nuit près de son tombeau, lui adressèrent 
cette invocation : « O cheikh des hommes pieux , 
toi qui nourris tes hôtes, nous sommes affamés! » 
Là-dessus, s'étant endormis, ils virent arriver un 
esclave portant un plat rempli de nourriture. Us 
mangèrent à satiété, et s'endormirent après avoir 
mis en ordre ce qui restait, ainsi que de Feau. Le 
lendemain matin, ils ne trouvèrent plus rien, pas 
même des miettes à terre. Ce tonïbeau se trouve 
dans un grand bois situé à l'ouest de l'oued Hou- 
net, et très abondant en lions. Les gens qui viennent 
en pèlerinage voient souvent quelqu'un de ces ani- 
maux assis ou couché sur leur passage; mais ceux- 
ci ne leur font aucun mal, bien qu'ils soient réputés 
pour leur férocité. Autour du tombeau, une vaste 
étendue de terrain a été érigée en fondation pieuse. 
Tout revient à Dieu ! 

Un autre de mes aïeux également nommé Abd el- 

A 

Adim est enterré vis-à-vis des collines de Roneïn, et 
faisant face à celles des Mechmacha. Son tombeau 
est connu; tous ceux qui, éprouvant quelque em- 
barras, font une tresse d'alfa vert, en frottent le té- 
n)()in de pierre placé pr^s de la tête du saint, et la 



3^4 SEPTKMimivOCTOBRE 1899. 

laissent sur le tombeau, voient leurs affaires s arran- 
ger à leur gré. 

Mon ancêtre Abd el-Djalil est enterré à Ouizer t; 
mais on ne connaît pas remplacement de son tom- 
beau. C/est lui qui a fondé la medersa dont il est 
question plus haut. 

J ai eu également parmi mes ancêtres un autre 
Abd el-Djalil, qui est enterré dans le cimetière du 
cheikh Abou-Djelal, preNs de Ouendjal, où quarante 
saints sont enterrés; cest ce qui a fait dire ii ceux 
qui connaissent notre famille que nous comptons 
parmi nos aïeux deux Adim et deux Djalil^ 

Tout ceci m\i été affirmé par deux cheikhs égale- 
ment vénérés : Mostafa ben el-Mokhtar et Si Abd 
el-Qader ben es-Snousi. Ce dernier avait une telle 
réputation, que les cheikhs de l'Orient se levaient 
pour le recevoir. 

Ma mère appartenait à une bonne famille du Sud. 
Elle s appelait Zoula , fille d'Omar ben Abd-el-Qader 
et-Todjani, qui est enterré dans la montagne de 
Toumiat, vis-à-vis Hosna. Son tombeau et l'habita- 
tion de ses enfants sont un lieu de pèlerinage. Ma 
mère était citée en proverbe pour la générosité et la 
vertu comme Rabia FAdite '-. Mon aïeule maternelle 
Zeïneb bent Si Abd el-Djalil , était connue pour sa 
sainteté ^. 

^ Jeu de mots sur Adim et Djalil qui signifient « grand » et < puis- 
sant». 

^ Rabia bent Ismaîl i'Aflite est citée pour sa piété dans la qua- 
rantième séance de Hariri. Elle faisait miUe génuflexions par jour. 

^ La biographie des cbeikhs magh'rebins complète ainsi les ren- 



NOTICK SUR VÎOHAVIMKD ABOI RAS EN \ASRI. :^25 

Voilà ce qui concerne mon origine, ma noblesse 
et la pure source de mes mérites. Les habitants du 
Drâ, ayant fait le pèlerinage dans le vnf siècle, 
revinrent de THedjaz avec les chérifs dont sont sor- 
tis les princes saadiens , de même que les gens de 
Tafilala étaient revenus dans le vu* siècle avec un 
chérif de Yambo et d un campement des Beni-Ibra- 
him. Or nos Saadiens, étant arrivés à Tunis, ne 
quittèrent cette ville qu'après avoir eu soin de se 
faire délivrer une attestation de leur noblesse par 
le cadi Ibn Abd es-Salam, Ibn Haroun, Ibn Hattab 
et Ibn Ârfa. Un jour qu'ils étaient entrés dans une 
maison , Abou Tahar, homme de la noblesse du Ta- 
filala, de la famille duquel est sorti le sultan Ismaïl ^ 
leur demanda leur origine. Ils exhibèrent les pa- 
piers des savants tunisiens. Alors il cinit à leur no- 
blesse, et les fit connaître dans tout le MaghVeb, 
Louange à Dieu! Quant à moi, pauvre pécheur, 
serviteur de mon Dieu, les savants de mon temps 
ont écrit en ma faveur. Il y a des paroles pour 
chaque rang; il y a des hommes pour chaque époque. 
Louange à Dieu ! 

Je suis né entre les montagnes de Kersout et de 

seignements génralogiques : Bou-Ras appartenait aux familles ham- 
raoudites et alides qui ont régné en Espagne après les Oméyades. li 
était chérif des deux côtes, car sa mère était la chéiifa Zoula, fille 
de Sidi ei-Ferah , fils du pôle le chérif Omar ben Abd el-Qader, 
un des saints de la tribu des Yaqoubia. 

^ Abou-Nacer Ismaïl, dit Moule^-hmaîl , sultan hassanide de 1672 
à 1727, dont la famille originaire de Sidjilmassa (Tafilala) règne 
encore au Maroc. 



32fi SEPTEMBREOCTOBHE 1899. 

Hounet, ie 8 safar ii65 (27 décembre lySi)^, 
ainsi que me Ta appris la noble et vertueuse dame 
ma sœur Haliiîta. Que Dieu donne la fraîcheur à sa 
tombe ! 

Mon père et ma mère me portèrent au cheikh 
Ali ben Mousa el-Leboukhi, du pays des Yaqoubia*-^, 
qui me bénit et prédit que je serais professeur de 
tolbas, homme considéré, ayant une école, exer- 
çant la justice et les fonctions de cadi. Il en fut 
comme il lavait dit. Il est dit dans le Coran (lxxh, 
q6, 2*7) : «Il connaît les choses cachées et ne les 
révèle à personne, excepté au Prophète qu'il agrée. » 
Les savants ajoutent : ou à un saint. Ceci est ana- 
logue à ce qui se passe quand le sultan envoie un 
ordre à son vizir; il faut qu'il le fasse accompagner 
par quelques-uns de ses gardes du corps. Hé bien ! 
le sultan c est Allah ; le vizir c est le Prophète (saluts), 
et les gardes du corps ce sont les saints. 

Mon père nous emmena dans la Mitidja ^, où .ma 
mère mourut. Dieu lui fasse miséricorde ! Après la 
mort de ma mère, je restai dans la tente de mon 
père avec mon frère Abd el-Qader; puis nous fûmes 
rejoints par mon frère aîné Ibn Omar, et mon père 
nous ramena dans Fouest au pays des Fehadja. Mon 
père marchait à pied et me portait sur son col, à 

* Cette date est extraite d'une note de M. Gorguos , lievue afri- 
caine, 1867, P* ^^^* ^^^ biographie des cheikhs magh'rebins dit 
qu'il naquit le vendredi 1 3 , sans rien ajouter. 

^ Grande tribu qui s'étend au sud de Mascara et jusqu'au sud de 
Frenda et de Saïda. 
Près d'Alger. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 327 

cause de ma grande jeunesse. Mon père, revenu au 
pays, s'adonna à la lecture du Coran, épousa plu- 
sieurs femn^es et mourut. Son tombeau est à Oum- 
ed-Deroua, dans le jardin du cheikh Ahmed ben 
Abdallah. 

Je lisais déjà moi-même le Coran. Mon premier 
professeur avait été mon père, le cheikh Ahmed. Il 
me fit lire jusqu'à ce verset : « Nous élevâmes les 
prophètes les uns au-dessus des autres» (n, 2 5/i). 
J avais commencé par la sourat : « Lorsque les cieux 
s'entrouvriront» (lxxxiv). Le souvenir de ce qui 
suit se grava dans ma mémoire sans aucun enseigne- 
ment. Personne ne m'apprit lalphabet. Bien plus , à 
partir de la sourat en question, je commençai à 
écrire de ma main. 

Je séjournai ensuite dans les écoles avec mon 
frère, qui me portait sur ses épaules, ainsi que je 
l'ai déjà dit. 11 me conduisit chez le cheikh Ali et-Ta- 
laoui ; mais comme je ne traçais pas bien la lettre o » 
il me donna une tape sur la tête, et depuis lors je 
n'ai plus jamais lu chez aucun maître d'école d'en- 
fants. Je me mis à écrire auprès des tolbas qui étu- 
diaient le droit; et, au bout de peu de temps, c'est 
moi qui leur donnais des explications. En route, un 
d'eux me portait sur ses épaules, et cependant c'est 
moi qui les faisais lire et qui débrouillais leurs plan- 
chettes. Je mendiais leur nourriture dans les maisons 
et les jours où je ne pouvais le faire, ils me battaient. 
Je passai dix années déguenillé, presque sans vête- 



328 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

ments; je ne commençai à porter des chaussures 
qu à Tâge du jeûne. 

Quand je pus marcher, je commençai par de- 
mander dans les maisons; puis je fis un peu de 
commerce; enfin je m'attachai au cheikh Mançour 
ed-Darir^ J'apportais Teau dans sa maison; j'ap- 
prenais à lire à ses enfants; chaque jour je cherchais 
leurs poux-. Il me souhaita un heureux caractère, 
et Dieu la exaucé. Je devins auprès de lui très ha- 
bile dans la lecture du Coran; j'avais cinq profes- 
seurs; car il m'avait dit : « Commence par faire cor- 
riger tes planchettes par eux , et tu me les apporteras 
ensuite ». J'étais sans cesse au milieu de sa famille 
et de ses enfants. J'avais ainsi huit(?) professeurs 
pour le Coran; mais quant aux Ahkam, je ne les 
lisais jamais que devant le maître lui-même. 

C'est grâce à la faveur et à la bienveillance de 
mes professeurs que j'ai rencontré chez chacun d'eux 
une connaissance à laquelle je me suis adonné. 

Le professeur répand l'utilité autour de lui. On 
peut mesurer la terre par les pas que l'on fait en se 
rendant chez lui. Quelqu'un dit un jour à Alexandre 
le Grand : « Tu as vraiment plus d'estime pour ton 
précepteur Aristote que pour ton père. — Mon 



^ Il est probable que c'est à Mascara où le jeune Bou-Ras était 
venu se fixer. 

- Le texte dit littéralement : « Je cherchais pour lui les poux ». 
Il faut comprendre pour l'honneur du cheikh Mancour que Bou- 
Ras le remplaçait pour chercher les poux des enfants. 



NOTJCE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 329 

père, répondit-il, nVa donné cette vie périssable. 
Aristote m'a donné une vie durable ^ » 

L'imam Saïdi raconte que ie Démondit un jour à 
Jésus (salut sur lui!): «Dis ces mots : Il ny a de 
Dieu que Dieu. — Je le dirai, répondit Jésus, mais 
non pas en répétant tes paroles, ô maudit». Il avait 
en effet compris que s'il répétait les paroles de Satan , 
celui-ci deviendrait son professeur, et que dès lors 
il ne pourrait plus désobéir aux ordres de son maître. 
Or on sait que le Démon n'ordonne que des turpi- 
tudes et notamment l'idolâtrie. Dieu préserva Jésus 
de ce danger. 

L'imam Chafaî se trouvant un jour dans sa classe 
au milieu de ses élèves, vit entrer un homme et se 
leva pour lui faire honneur. Or, cet individu était 
un homme du commun. Comme on s'étonnait, 
l'imam dit : « L'homme vraiment noble est celui qui 
garde la reconnaissance en son cœur, ne fût-ce que 
pour un regard , et qui honore celui dont il a reçu 

* Cette apecdote est connue de tout le monde. En voici une 
moins connue, qui est racontée dans le commentaire de VAqiqa el 
qui prouve à ia fois la fécondité de l'imagination des Arabes, et 
leur confiance dans la perspicacité du grand philosophe grec. Pen- 
dant l'expédition d'Alexandre dans l'Inde , son armée campa quelque 
temps auprès d'un certain puits. Tous les soldats qui y regardaient 
tombaient immédiatement morts. Alexandre fit consulter Aristote 
qui répondit en envoyant un miroir, et en recommandant de le 
présenter pendant quelque temps à l'orifice du puits. C'est ce que 
l'on fit; et les soldats purent ensuite y regarder sans accident. Aris- 
tote avait deviné que le puits était habité par un basilic, serpent 
dont le regard tue comme chacun sait. Quand on présenta le 
miroir à la bouche du puits, le basilic y darda son regard qui lui 
fut remové el le lua net. 



330 SEPTEMBKEOCTOBRE 1899. 

quelque chose, ne fût-ce qu'une parole. — En quoi, 
demanda-t-on , ce rustre a-t-il pu fêlre utile? — 
J'ignorais à quel signe on reconnaît que le chien est 
adulte; cet homme m'a appris que c'est quand il 
lève la patte pour pisser. » 

J'étudiai ensuite le droit chez divers professeurs; 
d'abord chez le cadi de Mascara, Si Mohammed ben 
Sahnouh. Puis je me rendis à la Guetna^ Un jour 
que je quêtais aux portes pour la nourriture des 
tolbas, je m'arrêtai à la porte de la mosquée, qui 
était une grande construction pourvue de son mih- 
rab ; à droite était la chambre du cheikh Mecherfi ; 
j'étais vêtu de haillons usés, rapiécés avec des 
épingles. Personne ne daigna jeter les yeux sur moi. 
Je me rendis alors à la ville du cheikh Ibn Moham- 
med où je trouvai le cheikh Si el-Bachir ben 
Mohammed faisant sa leçon, je ne me rappelle plus 
sur quoi. L'amîn des maçons touché de mon aspect 
misérable, et étonné de mon savoir, me prit chez 
lui et se chargea de moi. Je dormais au milieu de 
sa famille. 

Vers l'époque où je jeûnai pour la première fois, 
les tolbas m'ayant beaucoup parlé de Mazouna^ je 
me rendis dans cette ville. Ma jeunesse fut cause 
que j'eus les pieds fendus. Mais c'est là une chose 
qui arrive quand on voyage pour s'instruire. Il est 
dit dans le Coran (vjh, 6 1 ) : « Moïse dit à son fds : 

* Localité située à une vingtaine de kilomètres à l'est de Mas- 
cara. 

- Entre ïénôs et Mostauaneni , au nord du Chélif. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 331 

Apporte-nous notre repas , car ce voyage nous a fa- 
tigués. » 

Sur ma route, je passai près du cheikh Abou 
Abdallah Mohammed ben Lobna. Que Dieu console 
la sohtude de son tombeau ! 11 était simplement vêtu 
d'une chemise et dun bernous; c'est là une simpli- 
cité bien fréquente chez les saints. Nous le trou- 
vâmes occupé à une bonne œuvre : on plantait un 
jardin pour une œuvre pieuse. Il me demanda où 
j allais. «A Mazouna, répondis -je. — Pourquoi 
faire ? — Pour étudier le droit. — Et le Coran ? — 
Je le connais ainsi que tout ce qui s y rapporte; 
beaucoup de tolbas ont profité de ce que je leur ai 
appris à ce sujet. » Le cheikh i^mpli de joie et 
d'étonnement , me considéra alors avec bienveil- 
lance et attention. 

Quand je vis que son àme et son cœur venaient 
ainsi vers moi, je lui demandai une prière qui pût 
me faciliter le retour, bien que l'homme ne puisse 
compter que sur ses propres efforts. Il fit alors pour 
moi une invocation en disant avec un regard de côté 
bienveillant : « J'ai fait que les œuvres de Khelil et 
d'autres encore soient pour toi comme une bouchée 
dans le gosier ». En même temps son regard de côté 
semblait me désigner. Cette invocation se vérifia 
pleinement pour moi. 

En arrivant, je m'arrêtai au village de R'irân, 
sur un des côtés de Bou-Aloufa. Pendant le jour je 
lisais, et la nuit je pourvoyais à ma nourriture. Je 
travaillai auprès de quatre professeurs; puis je mè 

XIV. 2 2 



332 SEPTEMBRE-OCTOBRE L899. 

rendis auprès de ceux de Mazouna. Je me présentai 
d'abord chez le cheikh Ibn Aii ; je m'assis à l'extrémité 
du cercle, contre le marbre dur, dans un poste étroit 
et dédaigné; mais à la fm je m'assis devant le maître. 
C'était moi qui pendant la classe lisais ie texte qu'il 
devait commenter. J'étais alors adulte. 

Je suivis les cours de difiFérents professeurs , et en 
particulier de El-Arbi ben Nafila, près de qui je 
travaillai pendant trois ans. Son fils Si Ahmed fut 
également un de mes professeurs; il était parfait 
dans ses explications et ses réflexions. M^eureuse> 
ment il bégayait. Mais je dois dire que je ne suivis 
que pendant trois jours les leçons du cheikh Mo- 
hammed Abou Taleb de la famille du cheikh Abd- 
el-Aziz el-Beldaoui, à cause des affectations hypo- 
crites de sainteté grâce auxquelles il amassa un bien 
considérable. J'assistai avec le plus grand fruit aux 
audiences du premier cadi de Mazouna. 

J'appris par cœur le Mokhtacer (de Sidi Khalil) 
dont je compris le sens et les paroles. Dès la pre- 
mière année je lisais aux tolbas le traité des succes- 
sions que je maniais aussi bien que le dompteur 
manie le cheval fougueux. 

La seconde année je vis venir vers moi notre 
saint et vertueux frère Mohammed el-Guendouz, 
habitant Mostaganem , mais Tunisien d'origine. Avec 
l'aide de quelques tolbas, nous lui lûmes au com- 
mencement de la seconde année jusqu'au chapitre 
de rinsensé, ainsi que le livre du Mariage. La troi- 
sième année j'étais devenu sans égal sur le Moçannif. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 33a 

Une nuit je dormais; il me sembla être sm^ un 
marché où je rencontrai un homme aux yeux bleus, 
vêtu dune chemise et d'un bernons, qui me parut 
porter sur la tête une calotte de palmier nain. Il te- 
nait à la main un couffin de même substance, con- 
tenant deux grappes de raisin , lune douce et l'autre 
acide : « Est-ce que tu vends ces deux grappes , de- 
mandai-je? — Oui. — Et combien? — Une once. 
— Mais celle-ci est mûre et l'autre ne l'est pas. — 
Comment t'appelles-tu? demanda-t-il. — Un tel. — 
Hé ! que Dieu fasse de toi pour le Moçannif ce qu est 
le moulin pour le blé. » Je me réveillai alors et me 
dis : Ce songe et Imvocation du cheikh Ibn Lobna 
diffèrent par les mots, mais sont semblables par le 
sens. Cela rappelle le mot de Moaouïa au sujet des 
testaments de sa mère Hinda et de son père Âbou 
Sofiân, quand il prit le pouvoir en Syrie: «Je suis 
étonné de voir la différence des mots et la concor- 
dance des sens. » 

Ma réputation ayant commencé à s'établir je quit- 
tai Mazouna pour revenir à Mascara^. Je ne possé- 
dais absolument rien que ma connaissance du droit. 
Je me rendis d'abord près du cheikh Si Abd el-Qa- 
der ben Abdallah el-Mecherfi. 

C'était un homme éminent à qui on offrit pla- 



' Il est probable qu'il ne revint pas à Mascara même; en e£fet, 
nous le voyons s'arrêter pendant plusieurs années auprès de Me- 
chcrfi, qui, ainsi qu'on Ta vu plus haut, demeurait à la Guetna, à 
quelque dislance de Mascara. Plus tard , après la mort de ce même 
Mecherfi , nous le verrons se mettre à enseigner à Mascara. 

2-2 . 



334 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1809. 

sieurs fois les fonctions de cadi, mais il les refusa 
constamment. II lui arriva défaire des prodiges dont 
voici un exemple qu il m'a raconté lui-même ; « Je 
conduisais, me dit-il, des chèvres au cheikh Amer. 
Or il faut savoir que El-Hadj Mohammed ben Mech- 
ref et El-Arbi ben Bekkân el-Mehadji étaient en ri- 
valité; je rencontrai tout à coup un homme rouge, 
gros, pieds nus, ressemblant à un homme de Kalaa. 
« Qui es-tu? lui dis-je. — Je suis un homme , répondit- 
« il. — Tu es bien plutôt un démon que Si el-Arbi ben 
« Bekkân envoie à El-Hadj Mohammed ben Mechref 
«pour le tourmenter. » — Là-dessus, cet homme se 
transforma en un énorme taureau et chargea comme 
aurait fait un cheval. Sa queue se dressait plus haut 
que sa tète. Il disparut près de Tarbre du cheikh 
Amer ben Ata ». 

Voici d'autres faits non moins prodigieux : le 
khalifa de Tagha Haroual avait pris un convoi d'orge 
appartenant à un des élèves de Mecherfi. Celui-ci 
envoya d'abord parier à Haroual, mais inutilement. 
Alors il fit dire à l'agha : « Si tu ne rends pas ce 
grain, Dieu te prendra avant demain matin. Ne 
sommes-nous pas proches du matin? » L'agha effrayé 
rendit le grain. S'il ne l'avait pas rendu, disait Me- 
cherfî, il lui serait infailliblement arrivé ce que 
j'avais prédit. 

Il lui arriva quelque chose d'analogue dans le Tes- 
sala^ près d'un campement où on n'avait pas voulu 

' Montagne située entre la sebkha d'Oran et Sidi^bel-Âbbès. 



NOTICK SUH MOHAMMED ABOIJ BAS EN NASHI. 335 

le recevoir pendant une nuit de mauvais temps, bien 
qu il eût dit : « Voilà un hôte de Dieu devant notre 
campement ». 

\ une époque où je faisais lire les tolbas à sa place, 
on me vola un manuscrit précieux; quand je lui en 
rendis compte , il me dit : « Il reviendra sous peu ». 
En effet, on le retrouva dans une boutique à Mas- 
cara. 

Lin malfaiteur des Hachem', nommé Abd er-Rah- 
màn, lui avait volé des moutons. Mecherfi alla chez 
cet homme et le trouva occupé à partager la viande 
des moutons. Le malfaiteur s étant mis à Tinjurier, 
Mecherli lui dit : « Dieu te prendra». En effet, peu 
de jours après, cet homme reconnu coupable de 
quelque autre méfait était exposé sur le marché de 
Mascara, les pieds et les mains coupés. 

Le caïd de Mascara fit un jour attacher avec une 
corde un certain nombre de notables. Mecherfi alla 
trouver le bey KheliP, mais ne put en obtenir ia 
mise en liberté de ces hommes. Alors il souffla sur 
le bey, qui fut pris immédiatement d'une violente 
douleur et faillit en mourir. Il s'empressa d'ordonner 
la délivrance des notables. 

Quelqu'un m'a raXîonté qu'étant allé visiter Me- 



' Celte tribu de la plaine de Gh'ris , près de Mascara , avait tou- 
jours rcsislé aux Turcs et était devenae le refuge des vauriens de ia 
contrée. Elle fut châtiée et soumise par le bey Mohammed el-Kebir. 

- Hadj Khclil, de 177G à 1779, prédécesseur de Mohammed el 
Kebir. 



336 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

cherfi, et lui ayant porté un rial< il avait trouvé le 
même jour sur son chemin sept riais. 

Son neveu, Si Abdallah ben Ahmed, ayant été 
nommé secrétaire du bey contre la volonté du ckeikh , 
celui-ci fit une invocation contre lui, et deux se- 
maines ne s'étaient pas écoulées que Si Abdallah 
était mort. 

Voici un autre prodige qu'il ma raconté lui-même, 
et qui est dû à son professeur Menouar : « Un jour, 
me dit-il, nous étions dans Técole quand vint un 
homme qui avait perdu une vache ou un âne. « Si 
« Abd el-Qader, me dit Menouar, écris telle chose 
« sur ton ongle. » Je le fis, et aussitôt Dieu me fit voir 
ce qui était perdu, » 

Il m*a également raconté qu un jour, ayant dit à 
son professeur, le cheikh Izz ed-Din el-Azr ar : « Je 
voudrais habiter dans un endroit appelé Aboul 
Aouïnat », le professeur lui répondit : « Le mérite, ô 
Si Abd el-Qader, réside dans Thabitant et non dans 
f habitation ». 

Ceci rappelle ce quon raconte de la guêpe qui 
dit un jour à fabeille : u Apprends-moi à faire les 
rayons pour le miel ». L'abeille le lui enseigna. La 
guêpe se mit alors à mépriser sa rivale, à s'enor- 
gueillir et à lui dire : «Je suis plus habile que toi; 
mes rayons sont mieux faits que les tiens, et tu n as 
aucune supériorité sur moi. — Tu peux être aussi 
habile que moi et même plus, pour faire les rayons, 
répondit Tabeille; mais où est ton miel? » La guêpe 
réfléchit, mais elle ne put arriver à faire un mid 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 337 

comme celui de TabeiUe. CeUe-ci lui dit alors : 
« Sache, ô guêpe, que le mérite réside dans l'habitant 
et non dans l'habitation ». 

Quant à moi , je me mis dès Tabord à prendre une 
part active aux discussions qui avaient lieu dans 
Técole de Mecherfi. Le cheikh , étonné de mon savoir, 
ne me faisait aucun reproche sur les fautes dont 
j emaillais mon langage. Aux tolbas qui s en éton- 
naient, H répondait : «C'est une habitude des gens 
de Mazouna ». Que Dieu le bénisse! Il savait amener 
chacun à reconnaître ses défauts sans jamais employer 
de sobriquet, ni faire d'affront. Un jour, je discutais 
avec les principaux de ces tolbas , et j'eus l'avantage 
sur eux. Alors il sourit et dît : « Si le Mokhtacer dis- 
paraissait, personne que lui ne pourrait le savoir et 
en faire la lecture, car il en a bourré sa besace et 
rempli son outre. » Cependant , en raison de ma jeu- 
nesse, il m'imposait de nombreuses corvées. Je lavais 
ses vêtements et ceux de ses enfants; après les avoir 
passés au savon, j'en battais les doublures afin de 
faire disparaître les plis et les fronces. 

Je me rendis ensuite chez ma sœur à l'oued Arzem 
chez les petits-enfants de mon aïeul maternel Omar 
ben Abd el-Qader dont le tombeau est à Toumîat. 
J'y eus pour élèves pendant deux ans les enfants de 
l'auteur de la Roatya^ et de l'ouvrage intitulé : ^Iqd 
en-Nefis (Collier précieux) sur les grands du pays de 
GKris^, J'exerçai ensuite dans cette région les fonc- 

' D après cela, 1 auteur de ces deux ouvrages que Bou-Ras ne 
nomme pas aurait été à peu près son contemporain. Mais, d'après 



338 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

tîons de cadi, au nom du cadi de Mascara, Si Mo- 
hammed ben Mouley Ali. A cette époque, je de- 
mandai en mariage la fille du cheikh Mohammed 
ben Yahia ; je Tobtins et je dressai ma tente. Abouti 
01a a dit : « Il y a deux choses d une beauté sans 
égale : un hémistiche de vers et une tente de poils 
de chameau. » 

Mais je ne tardai pas à m^apercevoir que le séjour 
de la campagne est funeste pour la science. Je me 
rappelai ces mots adressés à Chafaï par Timam 
Malik dans les recommandations qu il lui fit au mo- 
ment de son départ : « N'habite pas la campagne, tu 
y perdrais tout ton savoir ». Je revins donc à Mas- 
cara, où je me livrai nuit et jour à renseignement. 
Cela dura pendant trente-six années où je ne m abs- 
tins pas un jour, le lundi excepté. Je voyais com- 
plètement le Moçannif huit fois dans Tannée : quatre 
fois la première partie, puis quatre fois la seconde. 
Je les lisais ensuite ensemble à lautomne. 

Cer laines années, j'ai réuni jusqu'à -700 élèves. 
Il faut dire cependant que le cheikh soufite, Timam 
Djanidi ne parlait quà 18 auditeurs au plus. Eyoub 
el-Mahacabi et d'autres encore abandonnaient la 
partie quand le nombre de leurs élèves dépassait 
trois. Cependant ils étaient plus aptes que moi à 

des renseignements que je tiens de M. Delphin, fauteur de VIdq 
en Nejis fut Abou-Zeïd AM er-rahmân et-Todjini, qui vécut un 
peu plus tôt, au 11" siècle de Thégire. Il s'agirait donc ici de ses 
petits-enfants. Son ouvrage fut complété par un nommé I>jouzi 
ben Mohammed. Voir sous le n** 33 le titre du commentaire com- 
posé par Bou-Ras à ce sujet. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASR[. 339 

pareille besogne. Le cercle des auditeurs de l'imam 
Malik étant devenu trop considérable, il fit un choix 
parmi eux. 

Je m'asseyais pour professer, et après avoir com- 
mencé au chapitre de l'assiduité à la mosquée, je ne 
me levais plus avant d'arriver au chapitre de la ma- 
nière d'égorger, sans m'arrêter un seul instant, ni 
laisser un point douteux , malgré l'importance , la 
longueur et la difficulté du chapitre du pèlerinage, 
malgré le nombre de mes élèves et l'épaisseur de 
leurs files '. 

Jamais je n'ai apporté un livre à mon cours, et 
personne n'y a lu, à moins que ce n'ait été en ca- 
chette. Quelquefois, quand on n'était pas d'accord, 
les tolbas demandaient un livre. « Quand nous au- 
rons fini, disais-je, vous en demanderez un.» On 
vérifiait, et c'était toujours moi qui avais raison. 

Pas un seul des sept jurisconsultes ne possédait 
un livre. En effet, la science est une chose que l'on 
doit posséder par cœur. On chargerait des chameaux 
avec ce qu'a dicté El-Anhari, et cependant il n'avait 
pas un livre. De même, el-Foura dictait ce qu'il sa- 
vait par cœur, tandis que devant sa porte étaient les 
montures de ses 700 élèves, parmi lesquels il y 
avait 80 cadis. 

Charmasahi était allé du Caire à Bagh'dad pour 
faire le commerce des joyaux. Les jurisconsultes lui 
demandèrent : « Combien connais-tu d'espèces de 

' Bou-Ras expliquait donc dans une seule leçon les 6" et 7" cha- 
pitres de Sidi Khelil. 



340 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

ventes à terme ^? — Quatre-vingt mille, répondit- 
il. » Comme on paraissait trouver ce nombre exa- 
géré , on voulut le mettre à Tépreuve en lui faisant 
lire ses textes. On alla donc à la grande mosquée. 
Quand il fut arrivé à 8,000 citations, les savants 
lui firent grâce du reste. 

Au milieu de mes leçons, je citais des historiettes 
et des anecdotes piquantes , pour distraire un instant 
les esprits et les cœurs. Malgré toute sa pureté et 
son austérité, Châba mêlait d'anecdotes son ensei- 
gnement sur les hadits. Un jour, ayant aperçu Abou 
Zeidel-Ançariy il lui dit: « Viens donc auprès de nous. » 
Ils se mirent à se réciter des vers, à citer tantôt 
des prédications attendrissantes , tantôt des histoires 
risibles. Les tolbas lui dirent alors : « Nous avons 
fatigué nos montures pour venir te demander l'en- 
seignement des hadits, et voilà que tu nous quittes 
pour t'occuper de choses qui ue nous concernent 
pas. — Par Allah, répondit-il, je m'acquitte ainsi 
de ce que vous me demandez^. » 

Mon enseignement arriva ainsi à être solide et 
fin , si bien que ma science fut citée dans les diverses 
contrées , et qu'elle faisait oublier les écoles d'Egypte, 
de Syrie et de l'Iraq. Les beys souverains de notre 
pays entendirent parler du grand nombre et de 
l'empressement de mes élèves; car, comme on Ta 

^ Il faut sans doute comprendre : • combien connais-ta de textes 
sur les ventes à terme?» 

* Jeu de mots .«ur hadits: le professeur dit plaisamment à ses 
âèves : Vous êtes venus me demander de la conversation» En voilà. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 341 

dit, on se presse autour de Tabreuvoir d'eau fraîche 
et pure. Us m'offrirent alors une chaire qui me lut 
d'un grand secours pour l'enseignement. 

Cependant je faisais toujours des fautes de lan- 
gage. Je citais à ce sujet à mes élèves le célèbre 
grammairien Chaloubîn^ et d'autres qui en avaient 
toujours fait; mais ils insistaient en ftie disant : «Il 
faut absolument que tu apprennes la grammaire. 
— Mais, répondis-je, une mauvaise prononciation 
ne nuit en rien à l'homme pieux. — Cela ne fait 
rien, il le faut. » Alors je me mis à réfléchir sérieu- 
sement à ce qu'ils venaient de me dire. Je m'en- 
dormis et tout à coup, ma chambre se trouva illu* 
minée. Je crus d'abord que c'était des lumières 
placées en dehors; mais il n'en était rien. Je compris 
alors que c'était une inspiration de Dieu poiu* me 
pousser à l'étude de la grammaire. Le lendemain, 
quand je fus allé à mon cours et me fus assis dans 
ma chaire, un taleb appelé Si Abd el-Qader ben 
Slimân me dit : « J'ai rêvé, cette nuit, que tu ensei- 

^ Abou Ali Omar, natif de Salobrena. Voici comment Bou-Ras 
s'exprime sur le compte des Maures espagnols dans un passage de 
son second commentaire qui a toutes les apparences d'une citation : 
Bien que les Espagnols fussent très forts en grammaire, et qu'ils 
aient fait progresser celte science, on rencontre, même dans le 
langage des hommes distingués, et à plus forte raison dans celui 
du vulgaire, des choses qui s'écartent des rè^es de la langue arabe. 
C'est au point que si un Arabe avait entenda parier Chaloubin, il 
aurait éclata de rire en entendant ses fautes. Si un homme dis- 
tingué parle exactement suivant les règles de la grammaire, on le 
traite de pédant , bien qu'on méprise les gens qui ne connaissent 
pas ces règles. 



:ri2 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

gnais aux îolbas le chapitre du Sujet. — S*il plaît à 
Dieu, rêpondis-je. je le ferai*.» Je me mis donc 
avec ardeur à 1 étude; quelques-uns de mes élèves 
m'aidèrent , et Dieu massista tellement que j'arrivai 
à composer deux gloses sur le commentaire de JUa- 
koudi. 

Quand on eut commencé à rendre justice à mon 
mérite, les cheikhs me demandèrent pour enseigner 
soit dans leurs écoles, soit à leurs enfants. Je choisis 
d'abord Abd el-Qader ben Mecherfi. Malgré ma jeu- 
nesse, ce cheikh me tenait en haute estime et me 
donnait du blé, de forge, de largent, de la graisse 
et des moutons. Malheureusement, la mort le sur- 
prit le lo du mois de ramadan 1192 (1778). B 
mavait recommandé à ses enfants ; mais au bout de 
deux ans ceux-ci manquèrent à ses recommandations. 
Que Dieu leur en tienne compte I 

Après sa mort, je me rendis auprès du cheikh Si 
Mohammed ben -\bi Aïni , chez qui j'enseignai pen- 
dant ime année; puis chez notre élève Si Abd el- 
Qader ben Otmàn. Enfin je me mis à enseigner à 
Mascara'-. 

A la Gn du siècle (1780 ou 17 86), je joignis YAl^ 
tya à uion enseignement. 

* Jea de mots sur Jl£ o qui est pris la première fois dans le sens 
de sujet du verbe, et la seconde dans celai de t faisant». 

- On peut entendre par là que Bou-Ras enseignait anparairuit 
dans les Zaouîas du pays de Mascara, mais non dans la ville méoie: 
ou bien que jusqu'alors il n*avait enseigné qœ comme profiesMor 
adjoint chei différents cheikhs, et qu'à partir de ce moment ii se 
mit à enseigner pour v>n compte. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 343 

Mon premier voyage fat pour me rendre à Alger' . 
Que Dieu la préserve du fléau des vicissitudes ! J'y 
rencontrai le mufti Si Mohammed ben Djadoun, qui 
me dit : «Quel fut ton professeur? — Mecherfi, ré- 
pondis-je. — - 11 est venu autrefois chez nous, pour- 
suivit-il, ainsi que son professeur le cheikh Moham- 
med el-Menouar. — Hé bien , demandai-je , comment 
as-tu trouvé ce dernier quand tu Tas interrogé? — 
Je nai trouvé personne qui lui fût comparable pour 
Texactitude et pour la connaissance de la Koubra'^. 

Je rencontrai également le cadi d'Alger à cette 
époque, le cheikh Mohammed ben Malik. Il m'offrit 
rhospitalité et réunit plusieurs savants. Nous nous 
fîmes maintes questions jusqu'à ce que l'aurore fut 
près de paraître. Alors entra le cadi de Guerouma, 
Sidi el-tladi; il vint à blâmer l'usage des vêtements 
de soie parmi les gens du commun. Je répondis à 
ce sujet : « Le cheikh Ibrahim ben Abdallah el Mizi 
de Grenade était tolérant pour les vêtements de soie. 
— Par qui a-t-il été cité, me demanda-t-il? — Par 
le cheikh Ahmed Baba dans sa Kifaîet el-Mouhadj . » 

Le matin qui suivit cette même nuit, j'étais assis 
dans la boutique d'un taleb, qtiand vint un savant 
très connu, nommé Sidi Abd er-Rahmân el-Bedoui 
el-Gueroumi. Les personnes présentes me dirent : 

' La date de ce voyage n'est pas indiquée; il se peut qu'il ait été 
la première étape du pèlerinage dont il va être parlé. Les deux 
anecdotes qui s'y rapportent sont assez insignifiantes; cependant 
elles ont un caractère plus personnel au narrateur que toutes celles 
que j'ai supprimées. 

- Grand commentaire de Snoussi sur son Aqiddé 



344 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

« Celui-ci est un de nos grammairiens ». Je lui adres- 
sai quelques questions, mais il ne répondit absolu- 
ment rien. Je racontai alors Tanecdote suivante : 
Les frappeurs de monnaie se plaignirent un jour au 
gouverneur Ismaïl ben Abbad, vizir de Moizz ed-Doula 
ben Boueih le Deïlamite^ Ils lui avaient écrit au 
sujet d'une affaire pour laquelle ils le priaient de 
demander au sultan un allégement en leur faveur. 
A la fin de la lettre, l'écrivain avait mis : «Le salut 
sur notre seigneur le vizir, de la part de la réunion 
de tous les frappeurs. » Le vizir se borna à écrire 
au-dessous ces paroles : « Sur un fer froid » 2. Puis il 
rendit la lettre à celui qui la lui avait remise. Les 
tolbas se mirent à rire , ainsi que le Gueroumi qui 
comprit le sens de mon apologue et n'ajouta pas 
un mot. 

J'y rencontrai également le mufti et Khatib Si el- 
Hadj Ali ben el-Amîn ; Si Ahmed ben Amar, auteur 
d'une rihala ; le mufti Si Mohammed ben el Haffaf. 

Enfin, en 1 ao4 (1790), je fis mon premier pèle- 
rinage. A cet effet, je m'embarquai pour l'Egypte. 
Les savants de l'Orient me traitèrent avec beaucoup 
de déférence. 

Dans ce voyage je m'arrêtai d'abord à Tunis. C'est 
là que des tolbas vinrent me trouver un vendredi, 
alors que j'étais occupé de mon départ qui devait 

^ Moizz ed-Doula le Bouhide détrôna le khalife abbasside £l-BIot- 
tacfi en 334 (9^6). 

' On sait que frapper sur un fer froid est synonyme de se donner 
une peine inutile. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 345 

avoir lieu le jour même. « Hé quoi ! me dirent-iis, tu 
ne viens pas à rassemblée du vendredi. » Je répon- 
dis : « Le voyageur n y est pas obligé; il ne doit s y 
rendre que quand ses affaires ne l'en empêchent 
pas. » Ils se mirent à crier, à s'écarter de moi et à 
me blâmer fortement; ils ajoutèrent, dans Tinten- 
tion de me blesser : « Qui a dit cela.»^ — Avez-vous, 
demandai-je, le petit commentaire du cheikh Kha- 
rachi? — Nous l'avons tous, répondirent-ils.» Ces 
gens-là, pensai -je, portent leur science comme un 
âne porte son fardeau ; puis j'ajoutai : « Vous y 
trouverez des paroles qui vous expliqueront ce qu'il 
me serait trop long de vous dire. — Et en quel en- 
droit? — A propos de ces paroles du Moçannif dans 
le chapitre du vendredi : « L'esclave, ou celui qui est 
« soumis aux ordres de quelqu'un , lorsqu'ils reçoivent 
« des ordres de leur seigneur, etc. » Ils se hâtèrent de 
regarder leurs livres et y trouvèrent ce que j'avais 
dit. Ils m'apportèrent alors dix chéchias et me de- 
mandèrent de prier pour eux. 

Je me rendis ensuite au Caire où je reçus les 
leçons du cheikh Abou'l Feid Mortada. Un jour, 
j'étais assis dans la grande mosquée. On causait et 
discutait; les assistants me dirent : «Quand on s'ap- 
pelle le hajid^, on doit se distinguer par quelque 

^ L'auteur nous fait connaître en diiTérents endroits qu'il a fait 
deux pèlerinages ; ii en donne exactement les dates , ainsi que celles 
de son voyage à Fès. Mais, dans le chapitre des Voyages, il ne paraît 
pas s'être soucié Jes dates ; il mentionne seulement une fois celle du 
deuxième pèlerinage à propos des cheikhs ouahabites. Toutes les 
anecdotes, y compris la rencontre avec Mortada, sont racontées 



346 SEPTEMBRE-OCTOBHE 1899. 

chose. » Je citai alors successivement beaucoup de 
choses que je savais par cœur; mais ils me répon- 
daient toujours en disant qu'ils avaient rencontré des 
gens qui en savaient autant et phis que moi. A la 
fin, étant venu à dire que je savais combien il y a 
de vers dans chaque chapitre de ÏAlfyUy on s'exclama 
et on voulut me mettre à l'épreuve. Quelqu'un prit 
un exemplaire de cet ouvrage, l'ouvrit vers la fin et 
tomba sur le chapitre des diminutifs : « Combien y 
a-t-il de vers, demanda-t-il .^ — Vingt-deux, répon- 
dis-je. » On compta et on en trouva vingt-trois ; on 
se mit à rire et à se moquer de moi. « Donnez-moi 
le livre » , repris-je. Je l'examinai attentivement, et je 
vis qu'un des vers appartenait au pluriel rompu. En 
regardant de très près, je vis au commencement et à 
la fin les lettres ^ et b qui, suivant l'usage des tolbas, 
indiquent une erreur de copie. Mes contradicteurs 
examinèrent; mais ils ne se rendirent à l'évidence 
qu'après avoir vu ce même vers dans le chapitre du 
])luriel rompu, et même après s'être fait apporter 
plusieurs exemplaires corrects de YAlfya, 

apirs iv. voNage à Fès; elles scimbler lient donc être postérieures à co 
voyage, et par conséquent au premier pèlerinage; mais cela est im- 
j)()ssible, puisque Morlada mourut à la fin de ce premier pèlerinage. 
H \ a donc incertitude sur la date de plusieurs anecdotes. Celle-ci 
paraîtrait tout d'abord devoir être rapportée au second pèlerinage, 
parce que Bou-Ras y est qualifié de hafid, surnom qui lui fut donné 
à Fès en 1801, comme on le verra plus loin. Je crois cependant 
qu il faut la rapporter au premier, parce que la qualité de hajid lui 
est déjà donnée dans le diplôme qui lui fut délivré par Mortada 
en 1791, et parce que plus lard il était devenu un homme plus im- 
portant dont on discutait moins âprement les opinions. 



NOTICE SLR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 347 

J'ai dit que je reçus les leçons du grand cheikh 
Mortada; voici une preuve de sa dignité et du haut 
rang quil occupait : les émirs d'Egypte venaient en 
grand nombre vers lui; par dignité, il ne se levait 
pas pour eux. Voilà une chose extraordinaire; mais, 
ce qui l'est encore plus , c'est que le sultan Osmanli 
Selim l'ayant invité à se rendre auprès de lui, il prit 
pour prétexte qu'il était malade, âgé et ne pouvait 
pas voyager. Il lui écrivit à ce sujet une lettre telle 
que personne, en y mettant un mois, n'aurait pu 
arriver à faire la pareille. Le pacha du Caire, malgré 
toute la majesté de son autorité, venait à pied le féli- 
citer aux deux grandes fêtes de l'année. 

Au bout de quelque temps, il me donna un di- 
plôme dont voici un extrait : « Je donne diplôme au 
jurisconsulte savant dans diverses branches, au hafid 
un tel. » Et un peu plus loin : « 11 m'a donné des con- 
seils sur des questions importantes. » Admirez cette 
équité et les belles épithètes dont il s'est servi. Com- 
ment un homme comme moi pouvait-il lui donner 
des avis? J'en jure par le maître de l'Orient et de 
l'Occident, j'étais devant ce professeur comme le 
passereau devant le griffon de la fable. 

x\vec le diplôme, il me remit une lettre de recom- 
mandation pour le bey de Suez\ Je m'embarquai 



^ Dans son autobiographie, Bou-Ras ne parle pas de ia prise 
d'Oran ; il n'était pas possible de passer sous silence ce fait impor- 
tant. Tout le passage suivant, jusqu'à la chute d'Oran incluse, a 
été emprunté, en le résumant beaucoup, aux Voyages extraordi- 
nairps , traduction Arnaud, p. 199 à iqS, 20/i et 219. L*anecdote 

\IV. « 23 



tMVBIIIKBIK lATIOBALCi 



5ii» SEPTEMBRE'OCTOBRË 1899. 

pour Djedda et j*arrivai à la montagne d*Ara&i, un 
vendredi de Tannée i ao5 (i 79 1 ). Au mois de doul 
cada , j*entrai à la Mekke. A peine le temple se dé- 
couvrit-il à moi , que mes yeux en virent les portes 
ouvertes; j augurai bien de cette circonstance. Je 
restai à la Mekke pour remplir les devoirs du pèle* 
rinage , et étudier auprès des savants cheikhs de cette 
ville. Au Caire, je retrouvai mon professeur Mortada 
qui me donna encore quelques leçons. Voici une 
preuve de sa clairvoyance : après que j'eus lu devant 
lui une partie seulement de Bokhari, de Moslim et 
de quelques autres ouvrages, il me dispensa du reste* 
Je lui dis alors : « Je vais rester auprès de toi. — Non , 
me répondit-il, retourne auprès de ta famille. » Je ne 
savais pas pourquoi; je m embarquai sur la mer, et 
j*appris qu il était mort avant que je fusse débarqué. 
Je compris alors la cause de son refus. Ceci se pas- 
sait en i2o5 (1791)^ 

Quand nous fûmes en vue de Hle d^Amdoudjât^ 
nous croisâmes un navire qui venait de Sfax, et qui 
nous apprit le siège d'Oran par le bey Mohammed 
ben Otmân. Nous étions dans le mois de chabân 
iao5 (1791]' «Combien est grand mon bonheur! 
m'écriaî-je; pèlerinage un vendredi, guerre sainte 
ensuite^! » A Sousse, à Monastir, à Sfax on s entre- 
relative à la clairvoyance de Mortada est seule empruntée à Tauto- 
biographio. 

* Dans les Voyages extraordinaires , il est dit : « Il mourut environ 
rinq mois après notre séparation». 

^ rn)bahlemont Lampedusa. 

' \ <M'H extraits de la cacida des Voydnvs rxlraordinaires» 



NOTICE SDR MOHAMMED ABOU HAS EN NASHl. Wà 

tenait de cet événement; à Djerba il était connu, car 
une personne de cette localité m'en avait parlé un 
jour avant notre atterrissage. 

De retour à Tunis ^ et remis des fatigues de la 
mer, je rencontrai les savants que j'avais vus à mon 
premier passage. Les nouvelles de la guerre sainte 
entreprise contre Oran causaient une grande émotion 
dans toute T Afrique. A mon arrivée dans la province 
de Constanline, les campagnes et la ville étaient 
pleins de bruits belliqueux. 

Au mois de choual i 2o5 (1791), j'entrai à Mas- 
cara; mais je ne m'y attardai pas. Le bruit du canon 
emplissait mes oreilles et me poussait à la guen^e 
sainte. Je ne repris mon calme qu'au milieu de 
notre armée victorieuse, auprès du bey qui, campé 
en personne sousiebordj El Aïoun-el-Djedid^ faisait 
un feu terrible contre les chrétiens. Enfin Dieu nous 
facilita la victoire. Notre entrée à Oran eut lieu le 
lundi matin 5 de redjeb 1206 (mars 1792). 

Revenu à Mascara, je fus nommé mufti, puis 
cadi et prédicateur; mais je fus dépouillé de ces 
fonctions en 1211 (1796). Je me mis alors à com- 
poser deux commentaires sur Hariri. 

* Bou-Ras fut honorablement reçu par Hamouda-Pacha; mais 
comme ce bey régnait à l'époque des deux pèlerinages du cheikh , 
je ne sais auquel rapporter cette réception qui n'offre , du reste , rien 
de particulier. Je l'ai rattachée au second pèlerinage où Bou-Ras 
jouissait de plus de notoriété. 

<*^ Le bordj El-Aïoun , situé au sud du fort Saint-Philippe, pro- 
tégeait la prise d'eau de la ville dans le Ras-el-Aïn; il s*est appdé 
aussi «San Fernando». On le confond quelquefois avec le fort Snint- 
Philippe auquel il était contigu. 



23. 



350 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

En 1216 (1800), j^étais à Alger, où j eus Tocca- 
sion de faire une remarquable dissertation sur 
Tusage du tabac et du café, dans le medjles qui se 
tient le jeudi dans la grande mosquée. Dans cette 
même ville , un haut fonctionnaire , ayant un fils qui 
venait de terminer la sourate de la Vache, donna le 
festin habituel en pareil cas ^ Il m'envoya inviter par 
le précepteur de fenfant. Il y avait là des savants et 
des personnages de manpie de la ville. Quand je 
fus assis et que les mets commencèrent à circuler, 
comme quelques-uns d'entre eux étaient liquides, le 
pédagogue me dit : « Je ne te donnerai cette cuiller 
que quand tu m'am^as appris les règles au sujet de 
rhabitude de s'en servir pour manger ». Or j'avais 
vu en marge d'un livre, à Mazouna, que cet usage 
était une innovation heureuse attribuée souvent à 
Ibn Yammoiim, C'est ce que je répondis à mon inter- 
locuteur, qui me tendit aussitôt la cuiller. A partir 
de ce moment, je me mis à chercher avec ardeur 
un texte authentique au sujet de l'usage de cet ins- 
trument pendant autant de temps que Qaraji^ en 
mit à chercher la différence entre le témoignage des 
yeux et celui de la parole. Au bout de huit ans, il 
trouva dans le Doiirhan el Mofassal la solution donnée 
par Mazari, De même moi , le seniteur de Dieu, 



^^' Celle anecdote esl racontée deux fois dans Tautobiographie. 

^') Abou 1 Abbès Abmed ben Edris ben Abderrahman le Cinha- 
djile, savant du Caire surnommé le Qarafi parce qu'en venant faire 
sou cours, il arrivait toujours du coté du cimetière de Qarafa, 
mort en 1 î>.8ô. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 351 

après le même laps de temps , je trouvai une solu- 
tion dans le Madkhel et la voici : « 11 convient de ne 
pas manger avec ces instruments|((3x^ avec le J 
avant le t) ^ ni avec aucun autre, et cela pour trois 
motifs : le premier est qu'on s'écarte de la manière 
de faire des anciens; le second, c'est qu'en introdui- 
sant la cuiller dans sa bouche et la renvoyant en- 
suite au plat , on peut y laisser quelque parcelle de 
nourriture, ce qui dégoûte ie mangeur lui-même et 
ceux qui le voient; si cela lui arrive par mégarde, 
il doit laver la cuiller; le même inconvénient se pro- 
duit pour celui qui introduit ses doigts dans sa 
bouche. Le troisième , c'est qu'il y a là une espèce 
de raffinement de gourmandise. On peut cependant 
admettre cet instrument s'il y a quelque excuse 
pour ceia; car on sait qu'il y a des règles spéciales 
pour les gens qui ont des excuses à faire valoir. ■ 



(1) 



L*auteur insiste avec raison sur Torthographe de ce mot 
^ , plus correct que ^Jl»^ qui est employé vulgairement , sur- 



tout dans le Magh'reb. 



[La fin au prochain cahier.) 



:ir)5> SKPTEMBRE-OCÏOBHK 1899. 



=■ .—c 



NOUVELLES ET MÉLAfJGES 



LE MANUSCRIT SUR OLLES 
DU PREMIER PRÉSIDENT LAMOIGNON , PAR M. L. FRER. 

Le Premier président au Parieiuent de Paris, Guillaume 
de Lamoignon , possédait un manuscrit sur oUes ou feuilles 
de palmier, dont il désirait naturellement connaître la pro- 
venance et le contenu. Dn médecin juif, nommé Daquin, 
lui avait dit que ce manuscrit était en écriture et en langue 
samaritaine, et avait même poussé l'obligeance ou la four- 
berie jusqu'à lui en faire une traduction latine. 

Tout ce que Lamoignon avait pu constater par lui-même , 
c'est que « les caractères gravés sur les monnaies qu*il pos* 
sédait des Indes , de la Cocbincbine , du Japon et de quel- 
ques nations voisines, n'avaient rien de commun avec les 
caractères» de son manuscrit; et comme, selon sa propre 
remarque , « les Indiens se servent des lettres persiques sur 
leurs monnaies aussi bien que dans tout ce qu'ils font de 
plus authentique », et qu'il ne reconnaissait pas ces lettres 
dans celles dudit manuscrit, il n'avait aucune raison de 
croire qu'il vînt de l'Inde, de sorte qu'il commença par 
ajouter foi au dire de Daquin , lequel , comme on le verra 
plus loin , n'était pas dépourvu de valeur scientifique. 

Toutefois , ayant conçu des doutes sur la bonne foi , sinon 
sur la science, de son informateur, il jugea prudent de con- 
trôler les assertions de Daquin en consultant des savants 
versés dans la langue samaritaine, notamment Samuel Bo- 
chart, qui exerçait à Caen le ministère évangélique et s'était 
rendu célèbre par d'importants travaux sur les langues et les 
questions bibliques. De la correspondance qui s'établit, à 



NOUVKLLES ET MELANGES. 353 

celle occasion , entre l'illustre magistrat et Tëminent orien- 
taliste, il subsiste trois lettres, deux de Bochart, datées de 
Caen, 4 septembre i664 et lo janvier i665, et une de 
Lamoignon, datée de Paris, 17 novembre i664. Billes se 
trouvent dans la portion des papiers de Samuel Bochart 
conservée à la Bibliothèque nationale, sous les n*** ad88 
(fol 101-110) et 2^89 (fol. 1 32-1 35) des nouvelles acqui- 
sitions du Fonds français. Les pièces qui se trouvent dans le 
II" 2489 ne sont que la reproduction , avec quelques modi- 
fications et additions, des deux lettres de Bochart. Ces docu- 
ments sur lesquels mon attention a été appelée par mon 
collègue, M. Omont, permettent de reconstituer un petit 
épisode assez curieux, semble-t-il, de l'histoire de l'orien- 
talisme. 

I 

Sur la description qu'il en avait lue dans les lettres de La- 
moignon et de l'archéologue-numismate Boulerie , qui fut 
mêlé à cette affaire , Bochart avait averti le Premier président 
que son manuscrit devait être indien , et par conséquent , ne 
pouvait être et n'était pas samaritain. Il fut encore plus affir- 
matif quand il eut vu l'objet que Lamoignon lui fit passer 
par l'intermédiaire d'un évêque ( l'évèque de Bayeux , appa- 
remment). Bochart, en effet, n'y reconnut pas les carac- 
tères samaritains; mais il y reconnut sans peine un manuscrit 
répondant tout à fait à la description des manuscrits indiens 
donnée par les voyageurs et les historiens. La description 
qu'il en fait lui-même, dans sa lettre du 4 septembre i664* 
est bien celle d'un manuscrit indien. 

a En cette pièce, dit-il, il y a huict feuilles d*escorces 
longues de plus d'un pied et demi et larges de deux ou trois 
pouces, percées en deux endroits vers les bouts, avec une 
neufiesme plus estroite et plus courte, et plus espaisse que 
les huict autres. Et cette neufiesme est escrite des deux 
costés avec un poinçon qui grave les lettres sans y donner 



354 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

nulle couleur , au lieu que les huict ne sont escrites que d*un 
costé et d*un encre Fort noir, avec certaines fanfreluches 
peintes aux première et dernière feuilles au commencement 
des lignes et à la fm. Et Tescriture de ces huict n*a rien de 
semblable à celle do la neufiesme. Pour joindre ces feuilles 
ensemble et en faire un liure, après les avoir égalées et ar- 
rangées et bien ajustées, on les a percées aux deux bouts et 
couvertes de deux tablettes de bois bien polies , de mesme 
longueur et largeur et percées en mesme lieu que les feuilles. 
Et par les deux trous se passent des fiscelles ou cordelettes 
qui , après avoir fait plusieurs tours autour du livre , se lient 
pour le fermer et se laschent pour le rouvrir. » 

Cette description faite, Bochart invoque Tautorité de dif- 
férents auteurs qui ont parlé , dans leurs écrits , des livres in- 
diens, — Louis Leroy (Regius), Mandelslo, Osorio, — et 
discute plusieurs difficultés que soulèvent, soit leurs témoi- 
gnages , soit la forme du manuscrit soumis à son examen. 
Et, d*abord, de quelle matière sont les feuilles qui le com- 
posent? D'après Mandelslo, ce devrait être des « escorces de 
cocos», d*après Osorio des «feuilles» de cet arbre; d*aprës 
Louis Leroy des « feuilles de palme ». Et Bochart conclut : 
« Par ces feuilles de palme, ils entendent que les feuilles de 
leurs livres se font d*escorce de palme, ou les Indiens se 
servent et de Tescorce et des feuilles , au lieu de papier, 
comme on fait aussi de la mouelle de ce mesme arbre qu'on 
appelle o//a». L*obser\'ation relative à la moelle désignée 
sous le nom d!olla, qui, pour nous, désigne simplement les 
feuilles coupées et préparées pour Técriture, est empruntée 
à Mandelslo. Pour ce qui est de Técorce et de la feuille, Bo* 
chart hésite entre Tune et Tautre.il ne sait Irop si les manu- 
scrits sont formés de la feuille ou de Técorcc et pense que ce 
peut être soit de Tune , soit de Tautre. On était généralement 
disposé à y voir des écorces; et Lamoignon ne donne pas 
d*autre nom aux feuilles de son manuscrit. 

Une seconde difficulté qui embarrasse Bochart, et à très 
juste titre, c*est la présence de ces huit feuilles écritci à 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 355 

l'encre contre une gravée au stylet; et il écrit sur ce point à 
Lamoignon ; 

« Les Indiens escrivent sans enr.re avec un poinçon qui 
grave les lettres soit sur les feuilles ou sur Tescorce du cocos. 
Car c'est ainsi qu'est escrile l'une des feuilles de vostre livret. 
Si les autres sont escrites d*encre , il ne faut pas s'étonner 
puisqu'on s'en sert à la Chine, au Japon et aux Indes mes- 
mes. D'où j'ay veu en Hollande des volumes ou rouleaux es- 
crits d'encre noir. Mais c'est ce que les voyageurs ne remar- 
quent pas, parce que cette façon d'escrire ne leur est pas 
particulière comme celle d'escrire sans encre. » 

Certainement, il ne faut pas s'étonner, comme le dit 
Bochart, si certaines feuilles de manuscrits indiens sont 
écrites à l'encre. Mais ce qui est étonnant, ce dont Bochart 
lui-même s'étonne, quoiqu'il ne le dise pas, ce dont je m'é- 
tonne , moi qui ai eu sous les yeux beaucoup plus de manu- 
scrits sur feuilles de palmier que Bochart n'en a pu voir, 
c'est que, dans un manuscrit venant de l'Inde, il y ait huit 
feuilles écrites à l'encre contre une seule gravée au stylet. 
J'aurais attendu le contraire. Je m'explique huit feuilles 
écrites au stylet complétées par une feuille écrite à l'encre. 
Je ne m'explique pas la proportion inverse. 

11 est certain que la règle est de graver les lettres au 
poinçon sur les feuilles de palmier , mais il n'est pas douteux 
qu'on fait aussi usage de l'encre. Tous les manuscrits sanscrits 
sur olles de la Bibliothèque nationale (il y en a près d'une 
centaine , tous , à deux ou trois exceptions près , en caractères 
bengalis) sont écrits à l'encre ; les sept livres du « Boromat » , 
de l'écriture desquels Burnouf a donné un spécimen dans 
Y Essai sur le Pâli sont écrits à l'encre. Parmi les 54 manu- 
scrits javanais sur olles faisant partie du Fonds malais-java- 
nais, un seul est écrit à l'encre. Dans la collection de 
Manuscrits pâlis acquis des Missions étrangères par la Biblio- 
thèque nationale en 1869, i^ y ^ i^i^ certain nombre de 
feuilles écrites à l'encre; mais ce sont des fragmients in- 
cohérents , des feuilles de rebut , sur lesquels on ne trouve 



:i5() SKPTKMIUIK-OCTOBRK 1899. 

que des caractères siamois vulgaires ou cambodgiens cursils. 
Il est à noter que , conformément à la remarque de Bochart , 
ces olles écrites à Tencre sont, en général, plus minces que 
celles qui sont gravées au poinçon. On serait tenté de croire 
de quelques-unes d'entre elles au moins qu'elles ne pro- 
viennent pas du même arbre. 

Si nombreux qu'ils soient encore, les manuscrits sur 
feuilles de palmier écrits à l'encre ne sont qu'une très faible 
minorité, et le cas du manuscrit Lamoignon est tout 
k fait exceptionnel pour ne pas dire anormal. 

Bochart n'insiste pas sur la particularité, notée par lui, 
que les huit feuilles écrites à l'encre n'ont d'écriture que 
d'un seul côté. Elle m'étonne beaucoup et j'ai peine à me 
l'expliquer. Sans les « fanfreluches » des première et der- 
nière feuilles, lesquelles semblent indiquer un commen- 
cement et une fin , je considérerais volontiers les six autres 
olles comme étant chacune la dernière ou la première d'un 
manuscrit; et même, malgré les fanfreluches, je ne suis 
pas sûr qu'il n'en soit pas ainsi. 

Il 

A ce manuscrit, visiblomeni indien, était jointe, dit 
Bochart , « pour étiquette une lisière de parchemin disant 
qu'en ces tables d'escorcc sont escrits en langue samaritaine les 
secrets et enseignements de Nador de Samarie selon Vintei^préta- 
lion du sieur d^Aquin, grand médecin juif. Après avoir pris 
connaissance de cette interprétation, que Lamoignon lui 
communiqua, il n'a pas de peine à démontrer l'imposture. 
Ce Nador, «parfaitement inconnu», comme dit Bochart, 
déclare aux Samaritains qu'il a été chargé par Moïse en per- 
sonne de leur transmettre ses enseignements, c'est-à-dire 
de leur enseigner par anticipation le Christianisme. H paiie 
beaucoup d'un certain Sadalazar, « aussi inconnu que Nador 
lui-même » , qui a péri avec tous ceux de son parti , donnant 
à entendre aux Samaritains que le même sort les attend s'ils 



NOUVELLES ET MELANGES. 357 

n'acceptent pas la prédication que Nador leur adresse de la 
part de Moïse. 

Inutile de reproduire les raisons que Bochart apporte 
pour rendre la fraude manifeste, mais il importe de dire 
qu'il faisait un certain cas de l'auteur de cette prétendue 
version, a C'est, écrit-il, un savant homme, comme je le 
voy par le dictionnaire ébreu qu'il a fait imprimer chez Vi- 
tray l'an 1629, et dédié à Monsieur le Cardinal de Riche- 
lieu; duquel dictionnaire je me suis quelquefois servi bien 
utilement en mon dernier livre. » Aussi, bien qu'il voie par- 
faitement la fraude dont ce savant s'est rendu coupable , et 
(ju'il la mette à découvert, Bochaii; tient, par excès de scru- 
pule , peut-être aussi un peu par curiosité , à la constater 
d'ime manière irréfragable. Il avait bien eu la version et le 
manuscrit entre les mains, mais non simultanément. Le 
manuscrit avait été déjà retourné à son possesseur quand la 
\ ersion lui fut remise ; il n'avait donc pu faire du texte et de 
la prétendue traduction une confrontation attentive, dont il 
attendait un résidtat certain , par l'examen des noms propres 
cités dans la version qu'il aurait tâché de retrouver dans le 
manuscrit et par la reconstitution du texte samaritain que 
la version supposait. C'est poussé par le désir de faire cette 
épreuve qu'il écrivait*, le 10 janvier i665 : «J'attendray 
pourtant , Monseigneur, à décider plus absolument tant que 
j'aye colla tionné l'original avec la version, si vous me faites 
la grâce de me renvoyer l'un et l'autre ». Lamoignon lui 
lit-il cette « grâce » ? Nous l'ignorons; mais, s'il se prêta à ce 
désir, ce ne put être que par obligeance pour Bochart; car 
il n'est pas douteux qu'il savait depuis longtemps déjà à quoi 
s'en tenir sur la valeiu' des renseignements fournis par 
Daquin. 

111 

Et maintenant, que faut-il penser du manuscrit Lamoi- 
gnon ? Qu'était-il ? Que valait-il ? 

Nous ne savons ce qu'il est devenu. S'il evisto encore, il 



358 SEPTKMBRE-OCTOBRE 1899. 

doit être en Angleterre où l'on dit que la bibliothèque de la 
famille Lamoignon a été transportée. Nous ne pouvons donc 
en parler de visu, et sommes réduits aux maigres données 
que nous fournit la correspondance de Bochart et de La- 
moignon. 

Tout d abord, cette association de feuilles si différentes, 
l'une plus épaisse et de dimensions plus petites, écrite au 
stylet sur les deux côtés , les autres plus grandes , plus minces , 
écrites à l'encre , sur im seul côté , avec des caractères dif- 
férents , indique un objet hétérogène formé de pièces rap- 
portées. L'espèce de cohésion extérieure que semblent avoir 
les huit feuilles écrites à l'encre , d'un seul côté , parait sus- 
pecte, d'après les réflexions présentées ci-dessus, d'autant 
plus que c'est sur cette partie du manuscrit, la plus considé- 
rable , que nous avons le moins de renseignements. En effet , 
Lamoignon termine comme il suit, sa lettre du 17 no- 
vembre 1 664 adressée à Bochart : 

« J'ay faict voir aujourdhuy ces escorces à un Père jésuite 
qui a été rxG ans aux Indes et à la Chine. Il dit que les lettres 
gravées sans couleur sur la neuviesme escorce qui est plus 
petite que les aultres sont des lettres Malabarroises ; et qu'ils 
escrivent en ce pais là de ceste manière ; mais il ne sçait pas 
lire l'escriture. Pour les aultres huict tables escrites avec de 
l'encre et sans graueure, il n'en cognoit point du tout les 
caractères. Je doute fort que personne nous en puisse donner 
l'esclaircissement. » 

Que faut-il entendre par ces mots : lettres malabarroises ? 
D'après notre nomenclature géographique actuelle , ce de- 
vrait être l'alphabet Malayalam. Mais les missionnaires et les 
voyageurs du xviii' siècle donnent constamment le nom de 
Malabar à des pays et à des gens de langue tamoule , et le 
n" 1 89 du fonds tamoul de la Bibliothèque nationale est un 
volume écrit sur papier par un missionnaire à Pondichéry, 
en 1728, sous ce titre : Grammaire pour apprendre la langue 
tamoul, ditte vulgairement le Malabar, Nous pouvons donc 
avîuicer, avec une certaine assurance, que la «neuviesme 



NOUVELLES ET MELANGES. 359 

escorce » du manuscrit Lamoignon avait appartenu à un ma- 
nuscrit tamoui. Pour les huit autres feuilles, le- jésuite do 
Lamoignon ne pouvant donner aucune indication, il nous 
est impossible de faire une conjecture quelconque , et nous 
nous bornons à constater , non sans étonnement , la pauvreté 
des renseignements fournis par un homme qui, ayant vrai- 
semblablement séjourné plusieurs années dans l'Inde , comme 
on est en droit de l'induire du langage de Lamoignon , était 
tout au plus capable de reconnaître l'alphabet tamoul , en 
lui donnant une qualification qui prête au doute et qui est , 
en réalité , inexacte. On s'est mis , au xviii" siècle , à l'étude 
du tamoul; mais au xvii', les langues de l'Inde étaient lettres 
closes pour les Européens , et Lamoignon avait bien lieu de 
désespérer qu'on pût lui donner des éclaircissements sur 
son manuscrit, puisque Bochart se récusait naturellement 
pour l'interprétation d'une langue sur laquelle il n'avait aucune 
donnée, et que des gens qui avaient visité l'Inde n'étaient 
pas plus avancés dans la linguistique indienne que les savants 
d'Europe. 

Tout considéré , il nous semble que le manuscrit Lamoi 
gnon était sans valeur, ou du moins qu'un manuscrit sem- 
blable le serait aujourd'hui. Mais, à cette époque-là, et sur- 
tout en France , c'était un objet rare et partant précieux. 
11 l'était d'autant plus qu'il s'y attachait une sorte de mystère , 
puisqu'il pouvait donner lieu à des supercheries dont on ne 
s'aviserait plus de nos jours. Et c'est peut-être cela qui ferait 
tout le mérite de ce manuscrit, si nous le possédions encore; 
car la perte en est après tout regrettable , aussi bien que celle 
de la version de Daquin. Cette version , Lamoignon tenait à 
la conserver. En la transmettant à Bocharl , il lui écrit : 

«Je vous envoie la version de ce prétendu interprète 
d'Aquin , quoique je ne doute pas que ce ne soit une pure 
supposition de ce personnage, puisqu'il fait une si insigne 
menterie dès le commencement du tiltre , en faisant passer 
ce qui est escrit sur ces escorces pour du samaritain ; quoique 
vous et quelques aultres qui ont cognoissance de cette langue 



360 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

m'aiez esclairci du contraire. Comme c*est l'original signé de 
ce d'Aquin-, je vous prie de me le renvoier quand vous l'au- 
rez veu. » 

Nous partageons le sentiment de Lamoignon et nous sou- 
haiterions d avoir cette version. Elle ne ferait pas mauvaise 
figure à côté de celle que Fourmont a donnée du feuillet 
tibétain provenant du pillage d'Ablaï-kit envoyé par Pierre 
le Grand à TAcadémie des inscriptions. U y a cependant entre 
ces deux élucubrations une différence notable. Fourmont, 
aidé d un méchant glossaire , avait fait une traduction inin- 
telligible d'un texte dont il ne connaissait pas la langue ; mais 
il n y avait pas mis de malice ; sa bonne foi égalait son igno- 
rance et sa témérité. D'Aquin , Jui , s'est positivement joué 
du président Lamoignon. Qu'il ait donné sa prétendue tra- 
duction pour « ne pas demeurer sans response » , comme le 
pense Bochart, ou qu'il se soit plu à mystifier le premier 
magistrat de France ; qu'il ait fabriqué sa version de toutes 
pièces, ou, comme le suppose encore Bochart, qu'il en ait 
puisé les éléments dans quelque ouvrage composé par un 
juif devenu chrétien , il est clair qu'il a voulu tromper le 
Premier président. Il y réussit un instant , mais son succès 
fut de courte durée ; Lamoignon sut se renseigner en bon 
lieu. L'affaire ne parait pas avoir fait du bruit à l'époque ; elle 
ne put donner lieu à aucune discussion ni polémique , car 
Daquin était déjà mort quand la fraude fut démasquée. Y31e 
resta donc un secret entre les deux illustres correspondants 
et les quelques personnes qui leur servirent d'intermédiaires. 
Aussi serait-elle tombée entièrement dans l'oubli , si la trace 
n'en subsistait dans la portion des papiers de Samuel Bochart 
conservée à la Bibliothèque nationale. H valait peut-être ia 
peine de l'en tirer pour lui donner une modeste publicité 
posthume. 



NOUVKLLES ET MELANGES. 3ftl 



BIBLIOGRAPHIE. 



Grammaire élémentaire de la langue persane , 
par CL Huart. Paris, Leroux, 1899, iii-12; m et i5o pages. 

Dans une courte préface , Fauteur expose avec netteté le 
but qu'il s'est proposé en ajoutant une nouvelle contribution 
aux nombreux ouvrages didat^tîques dont le persan a été 
l'objet. Laissant de côté toute recherche scientifique , tout rap- 
prochement linguistique , — et ce sacrifice a dû coûter à son 
érudition , — M. Huart se borne à exposer dans leurs traits 
essentiels les règles de la langue officielle; et il aurait eu le 
droit d'ajouter de la langue vulgaire, celle de l'Iran. mo- 
derne. 

Ce plan est fidèlement suivi. Toutes les parties du discours 
sont traitées ici avec ordre , précision et clarté , rien d'essen- 
tiel n'est omis , aucune irrégularité ou exception n'est laissée 
dans l'ombre. A vrai dire , la langue persane se prête peut- 
être mieux que tout autre idiome de l'Orient musulman à 
une exposition rapide : phonétique , morphologie , syntaxe , 
tout peut tenir en un petit nombre de pages , à la condition 
de marcher de pair avec l'explication d'un texte de lecture 
courante. Mais cette simplicité même des formes grammati- 
cales exige un surcroit d'exactitude pour écarter toute cause 
d'incertitude ou de confusion. C'est ce que l'auteur de la 
nouvelle grammaire a parfaitement compris et, dans ses 
limites étroites , son livre restera un des meilleurs instruments 
de travail. 

Sous prétexte que la connaissance du persan suppose celle 
de l'arabe, M. Huart ne s'est pas cru obligé d'ajouter un 
résumé de grammaire arabe, comme l'ont fait plusieurs de 
ses devanciers. Nous ne saurions trop l'en féliciter, tout 
abrégé de ce genre est inévitablement incomplet et ne peut 



362 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

qu'eflVayer le débutant, sans le dispenser de revenir tôt ou 
tard à un traité spécial. D'ailleurs Texpérience démontre que 
l'étude de l'arabe , pour être fructueuse , doit précéder celle 
du persan et que l'ordre inverse, dans ce genre de' prépara- 
tion, est une cause certaine d'insuccès. 

Etant donné le caractère pratique de ce manuel , on poui'- 
rait s'étonner au premier abord d'y trouver un chapitre con- 
sacré à la prosodie , c'est-à-dire à une étude compliquée et 
qui relève plutôt de l'enseignement de la langue littéraire. 
La prosodie persane , quoique empruntée à celle de l'arabe, 
a renchéri sur celle-ci par la variété des sous-genres de chaque 
mètre, et en particulier du hèzèdj. L'emploi facultatif de 
Vizafet comme voyelle longue ou brève introduit dans la 
scansion du vers persan un vague qui n'existe pas en arabe. 
On ne saurait cependant blâmer M. Huart d'avoir donné les 
règles prosodiques les plus indispensables, et ajouté à la 
nomenclature des mètres principaux quelques vers qui en 
démontrent le mécanisme. Je ne veux pas dire pour cela que 
Téludiant saura distinguer à première vue la mesure des 
rouhayi ou quatrains qui terminent presque tous les divans 
persans, mais il sera déjà mis en éveil et mieux préparé à 
considter un traité complet comme est celui de Garcin de 
Tassy. 

La seconde partie renferme des dialogues hemeusement 
choisis et bien adaptés aux nécessités de la vie ou du voyage 
en Orient. Puis viennent quelques lettres familières d'un 
style peut-être trop uniforme , et pour terminer, une suite de 
proverbes, produits de la sagesse (?) populaire et, par là, 
modèles plus exacts de la langue vivante. ^ 

L'impression du livre est bonne , et les caractères arabes 
assez élégants , mais le tirage est défectueux et un trop grand 
nombre de points diacritiques ont disparu pendant la mise 
sous presse. 

L'exactitude, je le répète, étant un des principaux mérites 
de cet utile petit livre , je ne trouve que quelques points très 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 365 

secondaires où je ne «uis pas tout à fait d'accord avec l'au- 
teur. 

P. 3 1 . IJ y a toujours quelque danger à dresser une liste 
de mots parce qu'ils sont plus usités. Par exemple , dans la 
série des adjectifs donnés ici , kcldn n'a pas le droit de figurer 
a côté de hoiizourg « ^^rand » , comme terme usuel, ni hengoft 
«épais» au lieu de kouloufi, seul employé dans le Langage 
courant. 

P. 3 3. Zirrin «doré» aurait dû être mentionné à côté de 
zerîn. 

P. 37. La transcription rèsiden me semble plus exacte que 
rasiden et ses dérivés, c'est celle de Téhéran et du nord de 
la Perse qui, à tort ou à raison, fait loi et doit être préférée 
dans un Manuel de langue vivante. J'adopte d'ailleurs l'en- 
semble des vues de l'auteur sur la prononciation des vovelles ,. 
p. 147. 



P. 60. La remarque relative à l'emploi du mot w*j^Lo lais- 
serait croire qu'il n'est jamais suivi du rapport d'annexion 
que les grammairiens arabes nomment izajet, La vérité est 
que ïizafet n est supprimé que dans deux ou trois expres- 
sions très usitées et considérées comme mots composés , par 
exemple çaheb-khané « maître de maison n , çaheb-mâl « riche » ; 
mais , dans la plupart des cas , ce mot est soumis à la règle 
d'annexion , comme dans çaheb-é-doolei « chef du gouverne- 
ment » , çalieb-é mevadjeb « salarié ») , etc. 

P. 68. Dans l'exemple donné hgne 10, je cherche en vain 
l'emploi de Tindicatif. 

P. 1 20. L'auteur de la nouvelle grammaire me permettra 
de lui proposer une autre traduction pour le vers cité à la 
fin de cette page : ^z*^\ tf)W «>*3 *^ ^ ^é A,u J^U, qu'il traduit 
ainsi : « Ne reste pas insouciant, car c'est le temps de jouer ». 

XIV. 3 4 



isruiikiii» .làiiontiB. 



36'i SEPTKMBHK-OCTOBRE 1899. 

Or, dans la phrase qui précède , le rédacteur de la lettre pré- 
munit son fils contre la dissipation et lui dit : « Ne passez 
pas votre temps au jeu, n'ayez pas d'inclination pour le 
jeu, etc.». Le vers qui suit semblerait donc en opposition 
avec ces sages conseils. Je crois que pour éviter cette contra- 
diction , il faut donner à la particule *j le sens qu'elle a sou- 
vent quand elle précède le discours direct , et traduire : « Ne 
reste pas négligent (en disant ou sous prétexte) que c'est le 
temps de jouer ». 

Le peu d'importance des remarques qui précèdent , prouve 
avec quel soin le savant professeur de persan à l'Ecole des 
langues orientales s'est acquitté de sa tâche. Je le remercie 
d'avoir fourni à nos élèves une excellente méthode d'initia- 
tion à la plus attrayante des langues musulmanes. Malgré son 
titre modeste , ce petit livre lui fera autant d'honneur que 
les travaux dont il enrichit depuis longtemps le domaine de 
l'érudition. 

B. M. 



Abhandlvngen zur arabischen Philologie, 
\on Jgnaz Goldziher. Zweiter Theil, Leide, Brill 1899. 

Dans cette deuxième livraison des Traités philologiques, 
M. Goldziher nous donne d'abord une édition du Kitâb al- 
Mouammarîn ou « Livre des personnes douées de longévité » 
par Abou Hàtim al-Sidjistàni. Ce livre contient les poèmes 
plus ou moins authentiques de vieillards décrivant toutes 
les misères du grand âge et spécialement exprimant le regret 
de ne pouvoir plus participer aux expéditions glorieuses de 
la tribu, comme autrefois. Le seul manuscrit connu de ce 
livre, acquis en Orient par Burckhardt, se trouve à Cam- 
bridge. 11 n*est pas daté , mais , d*après le colophon de la fin , 
il a été collationné en daS de l'hégire sur un autre manu- 
scrit plus ancien^ et l'écriture appartient au iv* ou au v* siède. 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 365 

Le livre paraît avoir été rare , même en Orient , car 
M. Goidziher n'en a trouvé de citations que dans le Ghorar 
al-fawâid, ouvrage du célèbre auteur et bibliophile chfite Al- 
Chérif al-Mourtadhâ (355-436 de l'iiégire) et beaucoup plus 
tard, dans Vlçâba dlbn Hadjar (t 85^) et la Khizânat al 
adab de'Abd al-Qâdir (environ i loo). 11 n'est pas sans inté- 
rêt d'ajouter que le manuscrit de Cambridge est le même 
dont cet 'Abd al-Qàdir et son maître , le célèbre Al-Rhafàdjî 
(t 1069), ont fait usage. M. Goldziher a donné de ce livre 
une édition digne de tout éloge. M. le professeur A. A. Bevan 
ayant fait photographier le manuscrit pour l'usage de 
M. Goldziher, les syndics de ia bibliothèque de l'Université 
de Cambridge en ont fait exécuter dix lithographies dont ils 
ont eu la bonté de m'envoyer un exemplaire. J'ai donc pu 
comparer le texte de M. Goldziher avec le manuscrit, et je 
suis fondé à déclarer que l'édition a été faite avec le plus 
grand soin. M. Goldziher l'a enrichie de notes critiques et 
explicatives qui contiennent une masse d'observations utiles 
et d'un index des noms et des mots expliqués. 

L'auteur ne s'est pas contenté de ce labeur. Dans une in- 
troduction de 92 pages, il nous donne premièrement tout 
ce (ju'il a pu découvrir sur le manuscrit, sur l'auteur Abou 
Hàtim et sur l'éditeur Abou Rauq qui a ajouté à l'ouvrage 
de son maître plusieurs notes et quelques corrections. Puis 
il entre dans l'examen du terme inouammar qui, d'abord 
assez vague, avait au temps d'Abou Hâtim la signification de 
«vieillard âgé de [)lus de 120 ans», et signale le penchant 
des peuples , en particidier des Arabes à attribuer une extrême 
vieillesse à leurs héros et à leurs sages. H fait observer 
qu'Abou Hatim est loin d'épuiser le nombre des ntouam- 
marin célèbres. Le but de cet auteur est de recueillir les 
poèmes et les dictons qu'on leur attribuait. Quoiqu'une 
bonne partie de ces citations soient d'une authenticité fort 
discutable et qu'elles n'aient (qu'une faible valeur poétique, 
elles ne manquent pourtant pas d'intérêt comme variété du 

34. 



366 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

•(eiire littéraire et nous permettent de mieux connaître la 
condition des vieillards dans la société arabe. 

Un petit recueil de poésies des mouammarîn se trouve 
dans la Hamàsa de Bohtorî. Mais la source principale de 
renseignements sur ce sujet, dans les livres à'Adah, est Tou- 
vrage, cité plus haut, du chérif Al-Mourtadhâ qui , a côté du 
livre d'Abou Hâtim, avait à sa disposition d'autres recueils 
du même genre. 

La croyance que certaines personnes ont atteint un âge 
déj)assant de beaucoup Tàge ordinaire a , pour la dogmatique 
religieuse des Chi'ites , une valeur tout exceptionnelle , comme 
argument du dogme de Yîmâm makioam. Ce dogme enseigne 
que le douzième imâm disparu eu 266 de Thégire vit tou- 
jours, dérobé aux regards des hommes, attendant le moment 
do sa réapparition comme le Mahdi qui remplira le monde 
de justice. Pour combattre les sarcasmes et les blasphèmes 
des Sonnites qui se permettaient môme de dire en proverbe : 
« Plus retardataire que le mahdi des Chfites et que le cor- 
beau de Noé », les Chî'ites citaient, outre les légendes d*Al- 
Khadir [al-Khidr) , le Juif-errant des Musulmans , et de Dhoul- 
Qarneïn, toutes ces histoires de Mouammarîn qui ne 
cessaient de croître en exagération comme en nombre. Au 
commencement du iv' siècle de Thégire , un honune parut 
qui prétendait avoir connu le Prophète personnellement et 
pris part à la bataille de Çiffin avec Alî contre Mo'âwia. Il 
mourut en 827, mais bon nombre de Chiites persistaient à 
croire qu'il continuait à vivre. Comment douter de l'exis- 
tence réelle de Timâm maktoum après ces exemples de lon- 
gévité ? 

Un intérêt spécial s'attache à la ({uestion des mouam' 
marin pour déterminer la valeur des isnâd, c'est-à-dire de la 
chaîne des Traditionnaires. L'autorité d'une tradition s'ac- 
croît à mesure que le nombre de témoins dignes de confiance 
qui l'ont transmise est plus restreint, ce qui a lieu quand une 
ou plusieurs de ces personnes ont atteint un très grand âge. 
Les savants qui s'occupaient de la science des traditions fai- 



NOUVELLKS ET MELANGES. 367 

saient des recherches , par exemple sur l'âge des contempo- 
rains du Prophète, afin de pouvoir contrôler la véracité d'une 
tradition émanant directement de l'un d'eux au ii° siècle de 
l'hégire , et d'éliminer les faux moaammarîn. 

Le même intérêt s'attache aux personnages de cette classe 
dans les isnud des ordres religieux et ceux des corporations 
de métier. M. Goidziher donne sur ces dernières des détails 
très intéressants tirés en partie d'un livre du xi' siècle de 
l'hégire, dont la hibliothèque de Gotha possède une copie. 
Le dernier paragraphe de l'introduction contient quelques 
légendes de moiiammarîn juifs et chrétiens, qui ont cours 
chez les Musulmans. 

Le résumé qui précède suffira à donner une idée de l'im- 
portance du travail de M. Goidziher. En lisant le livre je n'ai 
relevé en marge que quelques minuties : le vers sur Amânât 
(p. xxxviii) se trouve aussi chez ïabari, III , p. 2362 et suiv. ; 
le nom des Berbères Hoggar (p. xlii, n. i) n'a rien de com- 
mun avec celui des Kurdes Hekkar; p. lxvih, n. 3, 1. 5 : 

JU.0JI 0sj3 ioU ^JA doit être lu âXjU ^^ « de l'espèce de » ; la 
légende de llàjidh ibn Châloum (p. xc) a été empnmtée par 
Yaqout au livre de Moqaddasi, p. 21. A propos de ce der- 
nier, je crois pouvoir protester courtoisement contre la cou- 
tume de M. Goidziher et d'autres savants, de le citer sous 
la l'orme Maqdisi, tant qu'ils ne seront pas en état de prouver 
que l'auteur lui-même prononçait ainsi son surnom. C'est 
leu M. Sprenger, qui le premier, a l'ait connaître cet auteur 
sous le nom de Moqaddasi. Comme on peut former le nom 
relatif également bien, de ,j-oJUI c^-o et de jj<-.xim o^^o, jai 
cm devoir m'en tenir à son exemple, n'ayant pu trouver la 
moindre indication que l'auteur ait préféré l'autre forme. 

M. J. DE GOEJE. 



368 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

Répertoire des articles relatifs à l'histoire et à la littérature juives 
parus dans les périodiques de 1783 à 1898 » par Moïse Schwab; 
publié sous les auspices de la Société des études juives. Paris , 
Durlacher, 1899. En autograpLie, impartie, x-4o8 pages. 

En publiant cet ouvrage, M. Schwab, notre savant con- 
l'rère , a rendu un sei^vice inappréciable , non seulement aux 
études juives, et par là-même aux études orientales, mais à 
la science en général, parce qu'il a donné un exemple que 
nous voudrions voir suivi par d'autres érudits et surtout par les 
bibliothécaires. Lorsqu'on veut traiter un sujet quelconque , 
on est souvent arrêté par la difficulté de savoir ce qui a déjà 
été écrit sur la matière. Les dictionnaires bibliographiques 
ne contiennent que la liste des livres ou des brochures , mais 
comment faire pour trouver les articles (jui ont paru dans des 
périodiques ou des recueils ? On est obligé de feuilleter toutes 
les tables de matières (quand elles existent) des journaux 
et des revues, ou toute la série des publications bibliogra- 
phiques, sans même qu'on soit sûr de n'avoir pas perdu son 
temps inutilement dans ces recherches fastidieuses. Ou, si 
l'on se dispense de cette besogne ingrate, on risque de s'atte- 
ler à une tâclie déjà faite et d'être accusé de plagiat. M. Schwab 
a voulu épargner cette fatigue ou ce danger à ceux qui s'oc- 
cupent d'histoire et de littérature juives; et il a dressé un 
répertoire de tous les articles scientifiques ayant paru dans 
les périodiques depuis leur origine jusqu'à nos jours. 
xM. Schwab a dépouillé quatre-vingt-quatorze revues, jour- 
naux ou recueils, et rédigé de 30,000 à 3o,ooo fiches. On 
peut se faire ainsi une idée de la patience et du courage 
(jue M. Schwab a montrés. 

La pi emière partie , la plus considérable de l'ouvrage vient 
de paraître. Elle contient la liste alphabétique des noms 
d'auteurs avec le titre des articles. La seconde et la troisième 
renfermeront deux tables des matières, l'une pour les articles 
en langues modernes, l'autre pour les articles en hébreu. Ces 
deux tables paraîtront à la lin de Tannée. L'ouvrage entier 



NOUVELLES ET MELANGES. 369 

sera mis en vente au prix de 12 fr. 5o, ce qui, on en cou^ 
viendra , n'a rien d'exagéré. 

Un travail de cette taille est forcément incomplet, et il est 
impossible d'éviter des erreurs de genres divers. M. Schwab 
en a lui-même signalé quelques-unes dans son introduction. 
Avec une modestie qui l'honore, notre collègue n*a voulu 
voir dans son œuvre qu'un essai et il l'a publiée en autogra- 
phie. Il fait appel à toutes les bonnes volontés pour lui si- 
gnaler les inexactitudes ou omissions qu'on y remarquerait. 
Nous espérons que bientôt une nouvelle édition sera donnée 
en impression , et qu'on évitera ainsi les inconvénients in- 
hérents à l'autographie , notamment le tirage défectueux de 
certains feuillets. 

Puiscjue M. Schwab a compris les recueils de dissertations 
dans son répertoire, peut-être aurait-il dû ajouter la Biblio- 
thèque et le Repertorium d'Eichhorn, les Morgenlàndische 
Forscluingen , les Orientalia, etc. Tel qu'il est, le Répertoire 
est un excellent outil que M. Schwab a mis dans la main des 
travailleurs. Nous lui adressons tous nos remerciements ainsi 
qu'à la Société des études juives, qui lui a accordé son con- 
cours, et nous exprimons encore une fois le souhait que 
NI. Schwab trouve des imitateurs dans toutes les branches 
des études orientales, et en général dans tous les ordres de 
reclierches scientifiques. 

Mayer Lambert. 



Tlie Heurt oj As'ia, a History of Russian Turkestaii and the Cen- 
tral Asian Khanatcs from the carliest times — par F.H. Skrine 
et E. Denison Ross; in- 18. London , Methuen et C" 1899; ^^^ P*» 
2 cartes et 34 illustrations en phototypie. 

Sous ce titre « IjC cœur de l'Asie», les auteurs nous 
donnent l'histoire et la géographie du Turkestan depuis 
l'époque la plus ancienne jusqu'à nos jours. L'ouvrage se 
divise en deux parties. La première, qui est purement his- 



370 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

torique est due à M. Ross, professeur de persan à l'Univer- 
sité de Londres, i'un des traducteurs du Tarlkh-i Rasliidi; 
la seconde, qui est plutôt politique, a été rédigée par 
\f . Skrine ancien fonctionnaire anglais dans Tlnde. La partie 
historique est celle qui intéresse le plus nos études. Leïur- 
kestan russe actuel comprend, comme Ton sait, Tancienne 
Hyrcanie (Khvârizni), la Sogdiane, la Transoxiane et la 
Transirdariane , c'est-à-dire tout le pays entre la mer Cas- 
pienne et la frontière chinoise sur une étendue de plus de 
six cents lieues. Son histoire première se confond avec celle 
de l'Iran jusqu'à la conquête arabe. C*est par les auteurs 
classiques que nous connaissons les Scythes , les Massagètes, 
les Sakas et les expéditions de Cyrus, de Darius et 
d'Alexandre, jusqu'au delà de TYaxarte; puis arrivent les 
conquêtes des rois de la Bactriane qui ont été en rapports 
constants avec les Yue-tchi ou Kouchans , les Ephthalites et 
enfin les Turcs qui apparaissent au milieu du vi* siècle. 
Toute cette première période de l'histoire du Turkestan est 
résumée avec beaucoup de netteté , trop résumée peut-être , 
car c'est la moins connue. Et cependant, aujourd'hui, les 
documents commencent à se produire : les médailles, les 
inscriptions , les annales chinoises , les découvertes récentes 
en Sibérie et en Kashgarie nous font entrevoir plus de lu- 
mière sur les origines des différents peuples qui ont succes- 
sivement peuplé la Sogdiane , sur leurs mouvements , leurs 
conquêtes et enfin sur l'intervention de la Chine dans les 
affaires de leurs frontières occidentales. 

Un autre point fort intéressant que l'auteur a aussi négligé 
est la ((uestion de l'origine de l'écriture dans ces contrées. 
L'écriture était- elle connue en Sogdiarie avant l'arrivée 
d'Alexandre et, à partir de l'invasion macédonienne jusqu'à 
celle des Arabes, quels sont les divers alphabets qui ont été 
usités ? Sans entrer dans trop de détails à cet égard, on au- 
rait pu expliquer qu'après les guerres de Bahrâm V Gour 
contre les Ephthalites, le monnayage fut introduit chez ces 
derniers avec le type sassanide, mais avec des légendes écrites 



NOUVELLES ET MELANGES. 371 

en un alphabet particulier, d'origine araméenne, qui s'était 
développé dans le Touràn en même temps que le pehlvi dans 
l'Iran, à une époque bien antérieure aux Ephtlialites , mais 
dont nous n'avons pas de traces avant les monnaies frappées 
par eux. Le monnayage sogdien a persisté plus de deux siècles 
après la conquête musulmane. Les historiens chinois nous 
ont fourni également des renseignements sur l'extension de 
l'Empire céleste vers l'occident. Nous savons par exemple 
que pendant les six à sept premiers siècles , la Sogdiane , la 
Bactriane et tout le pays jusqu'à l'Yaxarte ont été soumis à 
la famille des Tchao-wu, qui se prétendait alliée aux Rou- 
chans et qui se divisait en plusieurs branches, chacune 
d'elles à la tête d'une principauté. Les inscriptions de l'Or- 
khon mentionnent les Sogdiens soumis aux six Tchao-wu; 
Taschkend et le Khvârizm en faisaient partie. Dans l'his- 
toire de la conquête de Bokhara, qui est racontée avec dé- 
tail , M. Ross aurait pu mentionner les nouvelles indications 
que nous fournissent les inscriptions en vieux turc de l'Or- 
khon pour les années 701 et suivantes. 11 y avait aussi à 
identifier les noms propres que nous ont laissés les médailles , 
les écrivains chinois et les auteurs musulmans pour les 
princes turcs et ceux d'origine yue-tchi qui luttaient pour 
leur indépendance. Il y avait à Bokhara une littérature in- 
digène très florissante, des livres écrits en caractères ara- 
méens , mais tout a été détruit par l'invasion arabe. Tous ces 
faits étaient assez intéressants pour être mis en lumière. 

Le Turkestan tombe sous l'autorité des khalifes, mais en 
810, Thâher fonde la première des dynasties indépendantes 
qui se sont succédé d'abord jusqu'à l'occupation mongole , 
puis jusqu'à nos jours. Leur histoire est beaucoup plus 
connue grâce aux écrivains musulmans; elle est, il est vrai, 
quelque peu embrouillée, mais M. Ross a su la rendre 
claire et intéressante. C'est une sorte de précis historique 
qui manquait à notre histoire de l'Orient et qui trouvera 
désormais sa place dans les bibliothèques. 

Dans la seconde partie de l'ouvrage, M. Skrine prend la 



372 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1899. 

Russie à ses premiei's rapports avec les races tartares , et ra- 
conte ses luttes contre les^ Mongols, ses conquêtes successives 
(le rOural, de la Sibéiie, de la Semiretchie et enfin du 
Turkestan en 1867. L'auteur a fait la description de cette* 
contrée depuis l'occupation russe et a donné des détails nou- 
veaux et curieux sur les principales villes comme Askhabad, 
Merv, Bokhara et Samarcànde. Le dernier chapitre est inti- 
tulé Friends or Foes : les Russes et les Anglais si voisins l'un 
de l'autre seront-ils amis ou ennemis? Dans l'intérêt de la 
science et de nos études orientales , nous ne pouvons que 
désirer l'union et la concorde entre les deux grands peuples. 
I/ouvrage est accompagné de deux cartes et de nom- 
breuses pliotographies de types ethnographiques et de mo- 
numents. A propos du tombeau de Tamerlan à Samarcànde 
les notices de MM. E. Bianc et Blochet ne sont pas men- 
tionnées. Si j'ai signalé quelques lacunes, je dois d'un autre 
côté rendre un juste hommage aux auteurs : le volume de 
MM. Ross et Skrine est un travail bien fait; c'est un livre à 
la fois scionti[i(|ue et de vulgarisation qui rendra des services 
et mettra ta la portée de tous l'histoire de l'Asie centrale. 

E. Drouin. 



RECUEIL D'ARCIiléOLOGIE ORIENTALE 
PAR M. CLERMONT-(i ANNEAU '. 



SOMMAIRE DES MATIERES CONTENUES DANS LE TOME UI [ EVeC plancllCS 

et gravures), en cours do publication; livraisons 1 4 à 21, 
1899. 

S 39. Une «éponge américaine» du vi* siècle avant notre ère. 
— S 4o. Orphée-Nebo à Mabhoug et Apollon. — S /ii. Lettre de 
Jésus au roi Abgar. — S 42. La Palestine au commencement du 

' Paris, E. Leroux; prix des volumes I et II, 2 5 francs; prix do vo- 
lume m, souscrit d*avaucc et à recevoir par livraisons: 30 francs. 



NOUVELLES ET MÉLAN ES. 373 

Yi' siède et les Pbrophories de Jean Kiifus, évêque de Maîoumas. 

— S 43. Noies d'épigraphie palmyrénienne. — S 44. Inscription 
grecque d'Édesse. — S 45. Le voyage du suHan Qâït-Bâyen Syrie. 

— S 46. Itinéraire d'un pèlerin français du xiv* siècle de Damas 
il Naplouse. — S 47. Gezer et ses environs. — S 48. Création d'un 
fonds spécial poui- l'acquisition d'antiquités. — S 49. Jébovah, 
seigneur du Sinaï. — S 5o. Gath et Gath-Rimmon. — S. 5i. 
Le tombeau de Dja'far. — S 62. Nouveau lychnarion à inscription 
coufique. — S 53. Une inscription du khalife Hichâm (an 1 10 H.), 

— S 54. El-Kalif et la Caverne des Sept-Dormants. — S 55. Ta- 
bella devotionis à inscription punique. — S 56. Note «ur la création, 
en Syrie, d'une station d'arcliéologie orientale dépendant de l'Ecole 
du Caire. — S 07. Les inscriptions néo-puniques de Maktar (à 
suivre j. 



Le gérant : 
RUBENS DuVAL. 



/ 



JOURNAL ASIATIQUE 

NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1 899. 



NOTICE 

SUR GABRIEL DEVÉRIA, 

PAR 

ÉD. CHVVANNES. 



Messieurs , 

Après la mort de M. Gabriel Devéria, mort sou- 
daine qui nous a tous consternés , votre président a 
bien voulu me demander une notice nécrologique 
destinée au Journal asiatique; j'ai volontiers accepté 
cette tâche; c'était pour moi un devoir de rendre un 
dernier hommage à Thomme de bien, au savant 
loyal pour lequel j'avais une respectueuse amitié. 

Gabriel Devéria, né en 1 84i , était le fils d'Achille 
Devéria et le neveu d'Eugène, qui tous deux furent 
des peintres célèbres de la première moitié de ce 
siècle. Ayant perdu son père à l'âge de treize ans, 
il trouva un appui matériel et moral en son frère 
aîné, Théodule Devéria, égyptologue de premier 
ordre qui aurait pris place parmi Jes maîtres de la 
science s'il n'avait pas succombé à quarante ans à la 
maladie de poitrine qui le minait depuis longtemps. 

XIV. 25 



tHmiMKBlr «ATIUXALr.. 



376 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1809. 

Gabriel Devéria a dédié à la mémoire de ce frère 
quil chérissait ime biographie qu^on ne peut lire 
sans émotion 1. 

A seize ans , Devéria partit pour la Chine en qua- 
lité d'élève interprète; il devait y rester vingt ans, 
il acquit ainsi cette connaissance pratique de la 
langue chinoise qui fit de lui un professeur émérite 
lorsqu'il fut appelé en 1889 à la chaire de chinois 
de l'Ecole des langues orientales. Cet enseignement, 
destiné à former la majeure partie de notre per- 
sonnel consulaire en Extrême-Orient, est étroite- 
ment lié à nos intérêts politiques ; Devéria le fonda 
sur une base inébranlable; sans se laisser absorber 
par les recherches d'érudition qui le sollicitaient, 
li consacra une grande partie de son temps à ses 
élèves; sous sa direction, nous avons vu se préparer 
des jeunes hommes qui sauront rendre plus vigou- 
reuse et plus durable l'influence française dans ces 
vastes contrées où se trouvent aux prises tant d'ar- 
dentes compétitions. Jusqu'au dernier moment, 
Devéria ne déserta pas son poste de combat; malgré 
la pleurésie qui avait fortement ébranlé sa santé 
l'hiver dernier, il avait voulu reprendre sa tâche; 
voici ce qu'il m'écrivait le ly mai 1899, ^^^^^ ^^ 
deux mois avant sa mort : « Ma douleur dans le dos, 
bien que diminuée, est encore très gênante quand 

' Notice bio^aphiqne sur Théodule Devéria (1831-1871), par 
G. Devéria (chez Leroux, tir. à part, iSgS); a paru en tête des 
Mémoires ci fragments de Throdule Devéria , pub!, par G. Maspero 
( chei I^ropx, 1896). 



NOTICE SUR GABRIEL DEVÉRIA. 377 

je nie tiens autrement que couché ou debout. Mes 
cours se font quand même , mais me fatiguent énor- 
mément. A parler une heure, je ressens dans le pou- 
mon gauche des sifflements et des râles odieux . . . 
On veut m'envoyer à Ems; je le veux bien, mais je 
n ai pas la foi. » Ce fut au Mont-Dore qu'on l'envoya; 
c est là que la mort vint Tabattre à Timproviste dans 
une chambre d'hôtel, seul, pendant la nuit. 

Les premiers travaux de Devéria furent des notes 
sur Péking et le nord de la Chine S puis une 
description du cérémonial qui fut observé lors du 
mariage de l'empereur Tong-tche en 1872^. On y 
remarque déjà ce souci de l'exactitude, cet amour 
du détail nouveau, qui font que rien de ce qu'il a 
écrit n'est négligeable. D'autres ouvrages de plus 
longue haleine furent consacrés à élucider des ques- 
tions qui présentent un côté politique en même 
temps qu'elles ont un intérêt scientifique; dans son 
Histoire des relations de la Chine avec VAnnam-Viêtnam 
du XVI* au XIX* siècle^ ^ Devéria se proposait de fournir 
à nos hommes d'État des renseignements précis sur 
les relations de vassal à suzerain qui ont existé entre 
l'Annam et la Chine; ^rv sdi Description de la frontière 

^ Pékin et le nord de la Chine , par T. Ghoutzé (pseudonyme de 
Devëria). Ces arlid^'S ont paru dans Le Tour du Monde (XXXI, 
p. 3o5-368, et XXXII, p. 193-256), 1873. 

^ Un mariage impérial chinois, par M. G. Devéria (chez Leroux, 
1887). Quoique cet ouvrage n*ait été publié quen 1887, il paraît 
avoir été conçu et exécuté peu après 187a. 

^ Cliez Leroux , 1880 ; forme le vol. XIFl de la 1" série det Publi- 
cations de l'Ecole des langues orientales, 

25. 



378 NOVëMBRëDëGEMBRË 1899. 

sino-amiamite^, il collaborait à la tâche longue et 
difficile de la Commission d*abornement du Tonkin. 
Mais , tout en étant d'une utilité immédiate , ces livres 
ont aussi une portée scientifique; le premier nous 
raconte la lutte des dynasties rivales en Annam pen- 
dant le XVII* et le xviii' siècle; il nous montre" la 
politique astucieuse des empereurs de Chine, qui 
cherchent incessamment à profiter des difficultés de 
la cour de Hanoï ou de Hué pour faire recomiaître 
leur suprématie. Quant à fiétude sur la frontière sino- 
annamite, outre les indications précieuses qu'elle 
fournit à la géographie , il faut signaler la valeur ex- 
ceptionnelle des notes ethnographiques qui en 
forment la seconde partie. Francis Garnier, dans son 
Voyage d'eocploration en Indo-Chine , avait appelé l'at- 
tention du monde savant sur les tribus non chinoises 
qui se trouvent disséminées dans la Chine méridio- 
nale , débris de races presque éteintes dont les ori- 
gines sont obscures , vestiges d un passé dont la mé- 
moire des hommes n a gardé qu un souvenir confiis. 
Devéria a donné, d après les auteurs chinois, Ténu- 
mération minutieuse et la distribution par districts 
de ces peuplades; il préparait ainsi le terrain aux re- 
cherches historiques et philologiques, qui permet- 
tront une classification plus rationnelle; après lui, 
MM.E.-H. Parker 2, Pierre Lefevre-Pontalis^, F.-W.- 

^ Chez Leroux, i886; forme le vol. I de la V série des Publi' 
cations de l'Ecole des langues orientales, 

* The Muong languaye [Cliina Review, vol. XIX, p. 367-280). 
^ Notes sur tjueltfues populations du nord de l' Indo-Chine [Journal 



NOTICE SUR GABRIEL DEVÉRIA. 379 

K. Millier * et le P. Vial^ont ouvert la voie qui nous 
mènera à la solution définitive de ce problème si 
complexe. 

En passant en revue les peuples non chinois de 
la frontière sino-annamite , Devéria avait Toccasion 
de parler des manuscrits en langues pa-i, lolo et 
mosso , et de revenir ainsi à une étude qui lui était 
chère, celle des écritures étrangères dont les spé- 
cimens nous ont été conservés en Chine. Il avait eu 
autrefois l'intention de traiter ce sujet dans toute 
son ampleur en écrivant une histoire du Collège des 
interprètes; ce collège, que nous trouvons existant 
dès Tannée lAoy sous le nom de Se i koan, était 
destiné à enseigner les langues des barbares avec 
lesquels le Gouvernement chinois entretenait des 
relations; on y conservait des vocabulaires et des 
textes qui sont, en ce qui concerne deux ou trois 
de ces idiomes, la seule clef que nous possédions 
pour les lire et pour les comprendre. Devëria avait 



asiatique, mars-avril 1892, p. 237-269; juillet-août 1896, p. 129- 
i5/i; sept.-ocl. 1896, p. 29i-3o3). — Etude sur quelques alphabets 
et vocabulaires thaïs [Toung pao, vol. 111, p. 39-64). — L'invasion 
thaïe en Indo-Chine [Toung pao, vol. VIII, p. 53-78). 

* Vocabularien der Pa-yi nnd Pah-poh Sprachen ans dent Hua-i-yi- 
yû [Toung pao, vol. III, p. i-38). — Ein Brief in Pa-yi Schrift 
[Toung pao, vol. V, p. 329-333). 

^ De la langue et de U écriture indigènes au Yûn-nân (Angers, 
1890). — Les Lolos (Chang-haî, Impr. de la mission catholique, 
1898). — A propos de la première de ces brochures, Devéria lui- 
même avait écrit un article intitulé : T^es Lolos et les Miao-tze [Jour- 
nal asiat., sept.-oct. 1891, p. 356-369); il y donnait un texte miao> 
tze qu il avait trouvé dans un ouvrage chinois. 



380 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

imprimé quelques feuilles de son travail et avait fait 
tirer un certain nombre de planches, mais il ne les 
publia jamais. Peut-être a-t-il jugé qu*une œuvre 
densemble était prématurée et qu'il convenait de 
diviser la difficulté en considérant séparément cha- 
cune des écritures inconnues dont on voulait obtenir 
le déchiffrement. Il entreprit lui-même de faire 
quelques-unes de ces monographies, et les pages 
qu'il leur a consacrées resteront au nombre de ses 
plus beaux titres scientifiques. 

Il débuta dans cet ordre de recherches par son 
article sur la stèle de Yen-t'ai^, qui assurait un point 
de départ certain à la lecture de Técriture joutchen. 
Les Joutchen ou Djourtchen sont étroitement appa- 
rentés aux Mandchous actuels; ils régnèrent sur le 
nord de la Chine de 1 1 i5 à i23/i sous ie nom de 
dynastie Kin; avant d'adopter la langue et Técriture 
chinoises, ils avaient eu une écriture nationale; 
Abel Rémusat en avait deviné l'existence dès i8ao 
dans ses Recherches sur les langues tartares, mais en 
regrettant de n'avoir aucun monument épigraphique 
sur lequel il pût fonder des déductions rigoureuses. 
P(»ndant les soixante années qui suivirent, on ne 
parvint à signaler que deux textes réputés joutchen; 
lun était la stèle dite de Salikan, qui date de Tan- 
née 1 i3/i , et qui nous a été conservée dans deux 

' G. Ilevéria, Examen de la stèle de Yen- t'ai. Dissertation sur les 
caractères d'écriture employés par les Tartares Jou-tchen, Extraits du 
Hounij-hu£-in-yuan traduits et annotés [Hevue de l' Extrême- Orient , 
l. 1, p. 173-186). 



NOTrCE SUR GABRIEL DEVÉRIA. 381 

recueils chinois d'épigraphie ^ ; le second était , 
croyait- on, une des six rédactions de ia fameuse 
inscription de Kia-yong koan^. Devéria découvrit 
une nouvelle piste en mettant la main sur une dis- 
sertation dun érudit mandchou, qui n'est autre 
que le père de l'ancien ambassadeur en Russie, 
Tch'ong-heoa, le négociateur malheureux du traité 
de Livadia. Ce Mandchou, d'illustre extraction, 
s était préoccupé de savoir ce qu'était l'écriture des 
Joutchen, ancêtres de sa race; il en avait retrouvé 
un spécimen dans une inscription dont il citait les 
premiers mots; Devéria compléta le texte au moyen 
d'un ouvrage épigraphique chinois. Ce monument 
était aussi différent de la stèle de Salikan et de l'écri- 
ture indéchiffrée de Kia-yong koan que ces deux 
inscriptions le sont l'une de l'autre; Devéria établit 
que, dans l'indécision où Ton se trouvait, c'était 
l'inscription de Yen-t'ai qui devait être considérée 
comme écrite en joutchen authentique. Son opinion 
reçut une éclatante confirmation quatorze ans plus 
tard, lorsque M. Grube^ publia le vocabulaire et les 
suppliques en joutchen que M. Hirth avait eu la 
bonne fortune de découvrir en Chine; il fut avéré 

^ Neumann. Asiatische Studien , p. 4i (1837). — Wylie, On aw 
ancient inscription in the Neu-chih langvuige (1860, Journal oj the 
Royal Asiat. Soc, vol. XVII, p. 33i-345). 

^ Wylie , On an ancient Baddhist inscription at Keuryung kwan in 
North-China (1870, Journal of the Royal Asiat, Soc, N. S», vol, V, 
p. i4-44). 

^ D"^ Wilhelm Grube, Die Sprache und Schrift der JvLcen (Leipzig , 
Harrassowitz , 1896). 



382 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

que ia stèle de Yen-t'ai était bien un texte joutchen ; 
M. Grube dédia son ouvrage à M. Devéria comme 
au précurseur qui avait ie premier reconnu Técriture 
joutchen ià où elle se trouvait réellement ^ 

Restaient les inscriptions de Salikan et de JSSa- 
yong koan, qu'on avait cru être écrites en joutchen. 
Pour l'inscription de Salikan, le problème reste 
entier^; on admet, jusqu'à plus ample informé, 
qu'elle est écrite en caractères dits grands joutchen^ 
c est-à-dire plus compliqués que ceux du vocabulaire 
du Se-i koan et de la stèle de Yen-t'ai. Quant à l'in- 
scription de Kiu-yong koan, c'est encore à M. Devéria 
que devait revenir l'honneur, en même temps qu'à 



^ M. le D' Georg Hnth a tradnit le titre de l'inscription de Yen- 
t'ai [Zur Entzifferung der Niûci-Inschrift von Yen-t'ai, dans Bulletin 
de l'Acad, imp, des sciences de Saint-Pétersbourg , 1896, déc., t. V, 
n° 5, p. 375-378). — D'autre part, au commencement de Tannée 
1896, M. Shewelew a découvert à Tyr, à 100 kilomètres en amont 
de NikolaîevsL , sur la rive droite de l'Amour, une inscription qui 
contient un certain nombre de lignes en écriture joutchen. 
M. W. Grube a pu y déchiffrer la formule : om mani padme hum 
[ Vorlàufifje Mittheilnng ûber die bei Nikolajewsk am Amur aufgefnn- 
denen Jucen Inschriften ; 3 pages datées de Berlin, 2 déc. 1896). — 
Enfin, dans les Actes du XF Congres international des Orienta- 
listes, 1897 (^* section, p. io-35), M. S. W. Bushdl a publié un 
article de première importance , intitulé : Inscriptions in tke Jucen 
and allied scripts; il y reproduit un estampage de l'inscription de 
Yen-t'ai, dont on a ainsi pour la première fo's le texte exact, et un 
médaillon avec qudques caractères joutchen. 

^ Dans l'article précité, M. S. W. Bushell donne le fac-similé 
d'un insigne en forme de poisson , sur lequel on voit quelques carac- 
tères analogues à ceux de l'inscription de Salican ; il laisse ouverte 
la question de savoir si cette écriture est l'écriture khitane ou Té-ri- 
tun^ grand joutchen. 



NOTICE SUR GABRIEL DEVÉRIA. 383 

M. BushelP, de montrer que Técriture inconnue 
était, non celle du peuple joutchen, mais celle du 
royaume de Si-hia, ou Tangout^. Une inscription 
bilingue, qui a été découverte à Leang-tcheou , en 
plein pays Si-hia, et qui présente un spécimen in- 
contestable de récriture si-hia, prouve en effet 
jusqu'à Févidence que le texte mystérieux de Kia- 
yong koan appartient au même système. Devéria 
publia la stèle de Leang-tcheou en en traduisant la 
partie chinoise. 

Ces travaux de Devéria ont une valeur considé- 
rable; ils ouvrent un chapitre nouveau dans Thistoire 
de récriture, qui devra désormais étudier les tenta- 
tives faites par Tesprit humain pour composer, avec 
les caractères chinois mi-idéographiques, mi -phoné- 
tiques , et s*appliquant à une langue monosyllabique , 
des écritures qui expriment des langues polysylla- 
biques et qui paraissent être purement phonétiques. 
Ces écritures, d'ailleurs, sont vraisemblablement 
appelées à nous révéler, dans un avenir prochain des 
peuples jusqu'ici mal connus; des textes joutchen 
et si-lna ne peuvent manquer d'être mis au jour et 
ne tarderont pas à livrer leur secret. Nous avons le 

^ S. W. Bushell, The Si Hsia dynasty of Tangut, tkeir mon&y 
and pcculiar script [Journal of the China Branch of the Royal Asiat, 
Soc, vol. XKX, p. 1/12-160). 

- G. Devéria, Stcle Si-hia de Leang-tcheou, avec une note de 
S. W. RushoH [Journal ewiat. , janv.-févr. 1898, p. 53-7/1). — G. De- 
véria, L'écriture du royaume de Si-hia ou Tangout (extrait des Mé- 
moires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, 1'" simÛo, t. XI, 1" partie, 1898). 



384 .NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1800. 

droit d'entretenir un tel espoir, quand nous venons 
d'assister au merveilleux décliiffrement des inscrip- 
tions de rOrkhon par MM. Thomsen et Radloff; 
nous lisons maintenant les stèles sur lesquelles , de- 
puis onze cents ans , les anciens khagans turcs per- 
pétuent leur rêve de gloire brutale; la brume qui 
les voilait à nos yeux se déchire, et voici qu'appa- 
raissent à travers cette échappée , droits en selle sur 
leurs chevaux qui s ébrouent, les rudes batailleurs 
dont nous avons troublé le sommeil millénaire. De- 
véria prit part aux premières recherches que suscita 
la découverte de ces monuments ^ ; lorsque Texpédi- 
tion finlandaise rapporta ses estampages des bords 
de rOrkhon , c'est à lui qu'elle s'adressa pour avoir 
l'explication de la stèle très endommagée du khagan 
Mékilien et de divers fragments qui furent reconnus 
plus tard appartenir à la seule et même inscription 
de Kara-balgassoun. 

Parmi les écritures étrangères dont on trouve la 
trace en Chine , une de celles qui excitèrent le plus 
tôt la curiosité des érudits eiu'opéens fut celle que le 
lama tibétain 'Phags-pa inventa en 1269 et que les 
souverains mongols de Chine adoptèrent conune 
écriture nationale depuis Koubilaï khan jusqu'à la 
fin de leur dynastie. Pendant son séjour en Chine, 
Devéria avait rassemblé cinq estampages de textes 

' (r. Devéria, Transcription, analyse et traduction des fragments 
chinois du second et du troisième monument (forme les pages xxvn- 
wxTiii de Touvrage publié en 1892 à Helsingfors, sous le titre : 
Inscriptions de l'Orkhon recueillies par l' expédition Jinnoise , 1890). 



^ NOTICE SUR GABRIEL DEVÉRIA. 385 

en écriture phags-pa dont les uns étaient accompa- 
gnés de leur traduction chinoise, tandis que d'au- 
tres étaient de simples transcriptions du chinois; ces 
estampages restèrent dans ses cartons jusqu'au jour 
où le prince Roland Bonaparte , avec la libéralité qui 
lui a valu depuis longtemps la reconnaissance du 
monde savant, s'offrit à les reproduire en même 
temps que les estampages de la grande inscription 
de Kiu-yong koan; c'est ainsi que le recueil des Do- 
cuments de r époque mongole, publié en 1896 par le 
prince Roland Bonaparte, se trouve contenir la plus 
riche collection de textes en écriture 'phags-pa qui 
ait jamais vu le jour. 

Dans deux articles du Journal asiatique^, Devéria 
donna la traduction de la partie chinoise de ces 
cinq inscriptions. L'une de ces stèles présentait 
Toriginal mongol du fameux édit de 1 3 1 /i par le- 
quel Bouiantou khan exemptait des taxes les reli- 
gieux bouddhistes, chrétiens et taoïstes; Devéria le 
commenta en y joignant une série de témoignages 
qui , de 1221 à iSyi, attestent l'existence continue 
des chrétiens en Chine et jettent quelque lumière 
sur leur situation vis-à-vis du Gouvernement mongol. 
Ce travail devra être consulté par tous ceux qui 
s'occuperont des premières destinées du christia- 
nisme en Chine. 

La propagation des religions étrangères en 
Extrême-Orient était un des sujets qui attiraient le 

^ G. Devéria: Notes d'épigraphie mongole-chinoise (Jbnm. asiaU, 
juillet-août 1896, p. 94-128, et nov.-déc. 1896, p. 395-4d3). 



386 NOVEMBRE-DEGEMBRE 1899. « 

plus Tesprit investigateur de Devéria; il cherchait à 
surprendre l'instant oii les croyances venues d'Occi- 
dent faisaient leur apparition en Chine; l'oreille at- 
tentive, il écoutait tomber goutte à goutte dans le 
vieil Empire ces infdtrations lentes d'oii se forment 
plus tard les grands courants d'idées et de passions 
qid entraînent les cœurs et les esprits des foules et 
qui menacent d'emporter un jom* l'édifice suranné 
delà morale confucéenne. Au moment du centenaire 
de l'Ecole des langues orientales , Devéria publia un 
mémoire * dans lequel , à l'occasion du récit de 
voyage d'un pèlerin musulman chinois en Arabie 
(i84i-i848), il faisait la critique des traditions in- 
digènes relatives à l'introduction du mahométisme 
dans l'Empire du Milieu et citait les textes histori- 
ques qui précisent la date des plus anciennes rela- 
tions des Arabes avec les Chinois. 

Un des derniers articles qu'ait écrits Devéria est 
encore consacré à un point d'histoire religieuse^. 
Dans une inscription de l'année 176/i, l'empereur 
K'ien-long identifie les ancêtres spirituels des musul- 
mans avec les Mo-ni dont il est question à diverses 
reprises dans l'histoire» chinoise. Devéria publia cette 
inscription et la traduisit ; il la fit suivre d'une dis- 

' G. Devéria : Origine de l'islamisme en Chine (Centenaire de 
l'Ecole des langues orientales vivantes, p. 3o5-355; iSgS). 

* G. Devéria : Musulmans et manichéens chinois [Journ, asiat., 
nov.-dér. 1897, P- ^^^•^^^)' — L'identité des Mo-ni et des Mani- 
chéens a été aussi soutenue avec de bonnes raisons par J. Mar- 
(|uart : Historische Glossen zu den alttùi'kischen Inschriften ( fViener 
Zeitschrift fur die kunde des Morgenlandes , vol. XII, p. 1 «y 3- 180.] 



. xXOTICE SUR GABRIEL DEVERIA. 387 

sertation dans laquelle il s'attachait à prouver que 
les Mo -ni n'étaient par des musulmans, mais des 
manichéens; il systématisait les quelques renseigne- 
ments qu'on peut glaner dans les auteurs chinois 
sur la religion de Mo-ni et en tirait un résumé de 
l'histoire du manichéisme en Chine. 

Je terminerai ici cette courte notice. Devéria n'a 
pas voulu qu'on prononçât de discours sur sa 
tombe; je crois ne pouvoir mieux parler de lui qu'en 
donnant à ces pages la brièveté des textes lapidaires 
dont il fut si curieux de son vivant. En tous lieux et 
en tous temps, les inscriptions les plus fréquentes 
sont les inscriptions funéraires et i'épigraphie n'est 
le plus souvent que l'exploration dune vaste cité des 
morts; cette nécropole, les hommes l'ont édifiée en 
gravant sur la pierre leurs regrets et leurs louanges 
pour que l'oubli ne les recouvre pas de ses vagues 
silencieuses ; et nous de même, avant de poursuivre 
plus solitaires le pèlerinage au cours duquel nous 
tomberons à notre tour quand notre heure sera . 
venue, nous avons voulu dresser, à la place où nous 
a quittés notre compagnon de route , la stèle qui 
commémore la tristesse de la séparation. 



388 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899.. 



NOTICE 

SUR LE CHEIKH 

MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI 

DE MASCARA 
(extraits de son autobiographie) 

PAR 

LE GÉNÉRAL G. FAURE-BIGUET. 

(suite.) 



En iîi6 (1801), je me rendis à Fès, où je fis la 
connaissance de tous les savants de la ville; c'est là 
qu'on me donna le surnom de hcifid. 

Un jour, un des plus considérables d'entre eux 
me pria de lui prêter mon commentaire de Kharachi 
intitulé La Perle des gloses. Quelque chose m'avait in- 
disposé, en sorte que je refusai d'abord ; puis comme 
il insistait, je prêtai le livre en disant : « C'est peu 
de chose en regard de ton mérite ; le consentement 
efface en un instant toute faute ». Il se mit alors à 
travailler, à examiner, à critiquer et à couvrir de ses 
observations la marge de ma glose qui fut toute 
abîmée. Combien l'imam Ël-Gabsi a raison de dire : 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 389 

« H n'y a de meilleur cheval pour changer que celui 
qu'on a emprunté ». Quant à moi, je n*eus pas de 
peine à rétorquer victorieusement toutes les objec- 
tions. Les autres cheikhs blâmèrent la manière de 
faire de ce savant, qui me redemanda le livre et se 
mit à coiTiger, effacer et gratter avec tant d'ardeur 
qu'il fit un trou au papier. On peut le voir encore 
aujourd'hui. 

A quelques jours de là, il m'invita à un grand 
repas. « Celui qui est invité , me dis-je , doit accepter. » 
Je me rendis donc à cette invitation. Pendant que 
les mets circulaient, quelqu'un s'étant mis à boire, 
je m'empressai de lui dire : Çahha ( santé) ^ On se 
mit à rire. « De quoi riez-vous, demandai-je? — Tu 
viens d'employer un mot qui n'est usité que chez 
les gens du commun. » J'étais mécontent au point 
que les dents me claquaient de mauvaise humeur. 
« Hé bien! repris-je, que pouvez-vous dire au sujet 
de cette règle de politesse à laquelle tout le monde 
se conforme ? — C'est un usage. — Hé quoi ! vous 
ne connaissez aucun texte, aucune citation à ce sujet? 
— Quel texte, demanda-t-on ? — Khafadji^ a écrit 
que c'était une règle de la soanna, tandis que l'au- 
teur du Madkhel soutient que c'est une innovation : 
et vous ne connaissez rien de ces deux textes! Vous 
vous appuyez seulement sur l'usage! » Or il y avait 
là l'illustre cheikh Tayeb ben Queirân. Cette discus- 

(^^ Cette anecdote est racontée deux fois dans Tautobiographie. 
(^^ Ahmed ben Mohammed ben Omar Cbebab ed-dîn el-Khafadji , 
cadi des cadis, savant du Caire mort en 1669. 



390 NOVEMBRE-DECEMBRE 'J899. 

sion Tennuyait, et il était appuyé sur le côté. Quand 
il m entendit parler de textes et de citations, il se 
redressa sur son séant, comme fît El-Mamoun qui 
se redressa également sur son séant quand il fut 
repris pour une faute de langage, lui qui avait la 
prétention d'être un puriste , par Nader ben Ghamii. 

Je leur citai alors ce récit à'Oammou Aimana, es- 
clave du Prophète , rapporté par Khajadji : « Le Pro- 
phète (saluts) , s'étant levé pendant la nuit, alla uriner 
dans une jarre qui était dans un coin de la chambre. 
M'étant levée moi-même, comme j'avais soif, je bus 
le contenu de la jarre, sans soupçonner ce que 
c'était. Quand le matin fut venu, le Prophète me 
dit : « Lève-toi Oummou Aïmana, et jette le contenu 
de « cette jarre. — Mais , répondis-je , j'ai bu ce qu'il y 
« avait dedans. » Alors le Prophète se mit à rire et 
me dit : « Par Allah ! tu n'auras jamais mal au 
ventre. »En effet, cette femme ne fut jamais malade 
jusqu'au jour de sa mort. 

Je citai également les opinions d'ibn Djauzi , d'Ibn 
Dahih , et ce qu'on lit dans le Madkhel. Suivant les 
uns , cette esclave ne s'appelait pas Omnmou Aïmana , 
mais Barqa ; suivant d'autres , ce furent bien là deux 
esclaves différentes, à chacime desquelles il arriva 
une aventure analogue. On a fait observer que la 
plupart des accidents sont dus à l'excès du boire et 
du manger, et que dès lors, il est naturel de faire 
un souhait pour écarter ces accidents. Mais on a 
l'ail également remarquer, que le souhait du Pro- 
phète s'appliquait à un cas tout particulier : son 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRÏ. 391 

esclave avait bu de lurine qui pouvait la rendre ma- 
lade, etc. 

On rendit alors justice à l'exactitude de mes ci- 
tations. 

J'eus un jour une conversation avec ce cheikh 
Tayeb ben Queirân au sujet de ces paroles du Pro- 
phète : « Trois choses me plaisent en ce monde : 
les femmes et les parfums , et j'ai mis ma consolation 
dans la prière. » Il prenait ce hadits dans son sens 
apparent, mais j'objectai : « La prière nest pas une 
chose de ce monde ; la troisième chose dont a voulu 
parler le Prophète , c'est de manger par exemple des 
sauterelles. C'est tout à fait un usage des Arabes de 
mentionner plusieurs choses en général , et d'en dé- 
tailler seulement une partie. Il est dit dans le Coran : 
«Vous y verrez les traces de miracles évidents; là 
« est la station d'Abraham (m, 91). » Aucune autre 
chose n'est mentionnée , comme pourraient l'être ce 
fait, que les oiseaux ne se posent pas en cet endroit, 
ou la mort des oppresseurs , ou la réunion des gens 
qui y viennent de toutes les parties du monde habité. 
Un poète a dit de même : 

« Temim est formé de trois parties : un tiers est 
« formé par les esclaves , et un tiers par leurs 
« maîtres. » . 

• 

H n'indique pas quel est le troisième tiers , qui est 
formé par les nobles de la tribu. Un autre poète 
a dit : 

« Trois choses auxquelles j'étais autrefois très 

xi\. 26 



IVrnINKME fATIIt»AlV. 



302 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1809. 

«adonné, ont mangé mon bien : le vin, la viande 
«bien grasse accommodée de safran; je n*ai pas 
« cessé de les aimer passionnément. » 

Il s'abstient de citer la troisième chose qui n'est 
autre que le blé. Le ^ qui précède le mot « ac- 
commodée » , est un y d'état; il signifie l'état de la 
viande assaisonnée de safran. 

Là dessus , Tayeb ben Queirân se tut. 

Quand ce cheikh mourut, Fès fut bouleversé* 
tout le monde fut affligé ; chacun prononça son orai- 
son funèbre et ses louanges. Le sultan et tous ses 
courtisans assistèrent à l'enterrement. C'est bien 
ainsi qu'ont été traités les grands savants dans tous 
les pays. Quand Ismaïl ben Abbad mourut, le std- 
tan suivit à pied son enterrement, et s'assit pour 
entendre la consolation. Il en fut de même à la 
mort du chérif Tlemsani et de bien d'autres. 

Je me rencontrais souvent dans le medjles du 
caïd de Fès avec un des grands de la ville , le cheikh 
Hamdoun aussi distingué comme littérateur que 
comme jurisconsulte ; nous nous récitions des vers. 
Le caïd ayant entendu de ma bouche im grand 
nombre de finesses et de choses agréables, me fit 
cadeau d'un excellent étalon de ses haras, l'éhte de 
ce qu'il possédait. Que Dieu maintienne la fraîcheur 
sur son tombeau ! 

J'eus l'occasion de m'adresser pour diverses ques- 
tions au cheikh Abd el-Qader ben Cheqroun qui 
était à la fois un grammaiiûen solide et un fin litté- 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 3W 

rateur. Il ne s arrêtait pas longtemps à réfléchir et 
allait plus vite que la demande même du question- 
neur. Ayant appris que les savants de Taza s'étaient 
brouillés avec moi, il leur écrivit : « Gomment pou- 
vez-vous ne pas honorer un hafid qui est connu 
dans tout le Levant? » Il m'écrivit ime lettre que j'ai 
encore actuellement, et dans laquelle il loue mon 
grand commentaire des sécunces de Hariri. 

Pendant ce séjour à Fès , je fis hommage au sul- 
tan Soleïmân d'un de mes commentaires sur Hariri, 
ainsi que de l'Aqiqa, et j'en reçus en récompense un 
.riche cadeau. Un jour que je me trouvais dans son 
medjles, il me dit : «Un pèlerin m'a assuré que 
l'imam Abou Hanifa est enterré au Caire. — Dieu 
te donne la victoire, répondis-je. Celui qui est en- 
terré au Caire est le cheikh Mohammed el-Hanefi , 
qui est un grand saint du rite hanéfite du vin* siècle , 
contemporain du cheikh Ali ben Mohammed. 
Quant à l'imam Abou Hanifa, il est mort à Baghdad 
et fut enterré dans l'ouest du Kheirazân en l'an io5 

(7^3). 

Il me questionna un jour sur la limite du Magh- 
reb extrême. Je lui répondis : « Ibn Khaldoun , la 
place à Oudjda. Cette limite a été fixée à nouveau 
par ton aïeul le sultan Ismaïl, et par les Turcs 
d'Alger au commencement du xii* siècle. — Quant 
à moi, me dit-ii, mon avis est que cette limite est 
la ïafna ». Puis il se tut^ 

^ Le sultan Soleimàn aurait donc voulu pousier ses limites à 

a6. 



394 NOVEMBRE-DËGEMBRE 1899. 

Il me questionna également sur les rois saadiens , 
sur les Beni-Ouattâs ^ et sur certains personnages re- 
ligieux. Je lui répondis ce que je savais, et je vis 
qu'il avait des connaissances étendues sur la chrono- 
logie, la généalogie et Thistoire des Arabes, sciences 
dont se nourrissaient autrefois les princes. Je lui dis 
que le royaume des Saadiens s'effondra en loSg 
(i65o). Peut-être quelqu'un d'entre eux a-t-il sub- 
sisté. «Il en est resté deux, me répondit-il, dans 
Fès le neuf; je ne connais que ces deux hommes qui 
aient survécu dans la misère à la chute de la puis- 
sance de leur famille. » 

Quand vint le moment du départ, je me rendis 
pour m'embarquer à Martil qui sert de port à Té- 
touân; mais il fallut attendre un vent favorable, et 
pour utiliser mes loisirs, je mis au net^ un com- 
mentaire de mon poème Les Manteaux de soie, sur 
la prise d'Oran, et je l'intitulai : Jardin de la consola- 
tion composé dans le port de Tétoaân. Je l'envoyai au 
sultan Soleïmân qui me fit parvenir une riche ré- 
compense par l'intermédiaire du gouverneur de 
Tétouân. 

Je revins à Mascara où ma présence était désirée 
par le Bey ; que Dieu lui donne la victoire ' ! Je 

Test de manière à posséder tout le territoire compris entre notre 
frontière actuelle et la Tafna. 

' Branche des souverains mérinides du Maroc. 

^ vsm2io «je copiai, je mis au net»; peut aussi simplifier «je com- 
posai ». 

^ Le retour à Mascara dut a>oir lieu en 1S02, année qui suivit 
celle du départ pour Fès. Or en i8o;i, le hey Otmân fut remplacé 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 395 

passai d'abord par Tlemcen (probablement en 1 802). 
J'ai entendu dire que l\ooo savants sont enterrés 
dans cette ville. Un jour j'étais assis avec le descen- 
dant de l'un deux, et il vit le mot Jôi écrit à tort 
avec un ^. « C'est une faute , dit-il , on doit l'écrire 
avec un là . » Je regardai le Camous, et vis qu'il 
avait raison. Dieu est le plus savante 

Plus tard nous fûmes enveloppés dans la sédition 
des Derqaoua^ qui commença à la fin de safar 1220 
(mai i8o5). Nous n'y étions cependant pour rien. 
Alors se succédèrent pour moi la crainte , la faim et 
l'épouvante; je jetais de côté mes livres sur lesquels 
l'oubli passa à un tel point que les araignées y tis- 
sèrent leurs toiles. Puis le ciel s'éclaircit, et je me 



remis à écrire. 



par Mostafa el-Manzali. Il s'agit donc ici d'un de ces deux beys ; je 
penche plutôt pour le second. Il est vrai que Bou-Ras a placé dans 
ses Voyages extraordinaires un éloge d'Otmân. Mais d* abord cet 
éloge ne tire pas à conséquence ; en second lieu , quand il fut com- 
posé , Otmân n'était pas encore bey, et n*avait pas encore révélé les 
tristes qualités qu'il montra depuis. Au contraire, Bou-Ras était en 
bons termes avec Mostafa qui lui donna une somme pour bâtir sa 
bibliothèque. Il est vrai que Mostafa ne fut pas un guerrier victo- 
rieux: mais le souhait de victoire ne tire pas non plus à consé- 
quence. 

' J'ai cité cette anecdote insignifiante parce que la leçon n'a pas 
profité à Bou-Ras. Il a continué à faire la même faute dans les ma- 
nuscrits que nous croyons être de lui, et a été fidèlement imité par 
les copistes. La confusion des deux lettres est fréquente dans l'ouest, 
où elle est favorisée par la prononciation locale. 

- Secte tirant son nom de Sidi el-Arbi né à Derqa, près Fès. 
Après avoir été maîtres de tout le beylik de Touest, moins Oran, 
en i8o5, ïh furent chassés ou détruits par le bey Mohammed Mc- 
Lailech. 



a06 NOVKMBRË-DÉGEMBRE 180Q. 

En 1 aa6 ( 1 88 1), je partis une seconde fois pour 
le pèlerinage. Je passai de nouveau par Tunis où je 
descendis chez le mufti Si Mohammed ben d-Mah- 
djoub. C'est dans cette ville que Si Ibrahim er- 
Riahi, après avoir iu certaines de mes œuvres, 
composa en mon honneur une admirable cacida de 
cinquante-huit vers. Le sultan de Tunis lui avait 
offert les fonctions de cadi, et lui en avait envoyé 
Tinvestiture; mais il refusa et renvoya le tout. Voitii 
le comble de la piété et du désintéressement. 

Le bey Hamouda-Pàcha, ayant entendu parier de 
moi, voulut bien me faire appeler; il me fit asseoir 
et me questionna sur divers sujets où je le satisfis 
complètement. Mais certains savants, ayant connu 
les honneurs que je recevais, en conçurent de la ja- 
lousie et de la haine. Leur aniroosité se montrait 
dans leurs paroles, mais ce qui se cachait dans leurs 
cœurs était bien pis encore. Que Dieu leur fasse mi- 
séricorde . et purifie leurs vêtements de Fordure de 
envie 1 

Je revis également le Caire où j'eus de nombreux 
entretiens avec les savants de la ville. C'est dans celle 
ville que je vis It* ckeikh malékite Mohammed d- 
tlmir, natif de Mazouna, mais qui (ut élevé en 
hlgypte et qui y mourut en iq33 (i8i8). Voici qaî 
prouve son grand savoir, sa sainteté et sa vertu. Le 
pacha du Caire, malgré la majesté de son autorité 
et sa haute situation, venait à pied le féliciter aux 
(It^ux grandes fêtes de Tannée. Voilà bien conunent 
les savants ont été traités par les sultans, les énùrs 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 397 

et même les khalifes qui étaient, sans conteste, au- 
dessus de tout. Haroun er-Rachid , qui commandait 
à tant d'hommes, venait avec ses deux fils El-Amin et 
El-Mamoun chez Malik. 

Çalah ed-din (Saladin) vint avec empressement à 
Alexandrie pour y entendre les hadits de la bouche 
du hafid Selfi. 

J'eus également pour professeur le chaféite Si Abd- 
allah Cherqaoui, cheikh de la mosquée d'El-Azhar 
qui fut construite en 369 (883). Quand les infidèles 
entrèrent au Caire et imposèrent aux Musulmans 
un sequin par fenêtre ^ il protégea ses concitoyens 
de toute sa force et de tout son pouvoir. Ses bons 
conseils ne firent point défaut. H n'eut de haine que 
contre les infidèles; au contraire, il suivit toujours la 
voie de l'honneur jusqu'au jour où, après trois an 
nées , Dieu délivra les habitants qui pendant tout ce 
temps avaient été dans la soufi&*ance et dans l'op- 
pression. 

Ce fut dans ce second pèlerinage que je rencontrai 
à la Mekke des savants ouahabites. Après de longues 
conversations avec eux, je m'aperçus que, pour les 
règles pratiques , ils s'éloignent des quatre rites ortho- 
doxes; mais, pour les principes, ils sont hanba- 
lites. 

Je me rendis ensuite à Médine, et là, avec les 
savants de la ville, j'allais bien souvent au tombeau 

' On voit par ce détail peu connu que notrç première importa- 
tion en bjgypte pendant la campagne de Bonaparte fut Timp^t des 
portes et fenêtres. 



co98 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

du Prophète (saluts), ainsi qu'à ceux de ses compa- 
gnons Abou Bekr et Omar. Dieu les accueille ! 

De là je me rendis en Syrie où j eus Toccasion de 
m'entretenir avec des savants au sujet d'une question 
de legs pieux , sur laquelle a écrit le cheikh Abou- 
Zakaria ben el-Khattab (Dieu lui fasse miséricorde ! ). 
Notre examen de cette question dura longtemps; à 
la fin , ils se rangèrent à mon avis et me donnèrent 
raison ; c'est ainsi qu'agissent les vrais savants. Enfin , 
quand je voulus partir, ils réunirent pour moi beau- 
coup d'argent et de provisions, et ils m'accompa- 
gnèrent en me faisant leurs adieux. 

Je visitai ensuite Ramla, puis R'azza, où nous 
visitâmes le tombeau de notre seigneur Hachim, 
bisaïeul du Prophète (saluts). Les savants et les 
principaux personnages de cette ville me donnèrent 
l'hospitalité et me traitèrent avec distinction. Quand 
nous eûmes discuté un certain temps , ils reconnurent 
mon mérite, ma science et mon érudition. On ap- 
pelait autrefois cette ville R'azza de Hachim , comme 
on le voit dans le vers suivant d'Abou Nouas : 

... se dirigeant eo troupe vers R*azza de Hachim. 

Ce nom s'écrit avec un fatha sur le J. 

De là , je me rendis à El-Arich ; mais je n'y trouvai 
aucun savant à qui je pusse m'adresser ou demander 
assistance. Je visitai aussi Jérusalem. 

L'année suivante 1227 (1 8 1 a) , je revins du pèle- 
rinage. Qu'on me permette de placer ici quelques 
mots sur ma bibliothèque qui éveille en moi le sou- 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 399 

venir de la générosité de deux beys. Cette masria fut 
élevée par mon ami généreux et bienfaiteur chéri, 
le bey Mostafa , aujourd'hui enterré à Médéa. Que 
Dieu parfume et rafraîchisse son tombeau ! J y en- 
voyai par un de mes élèves une pièce où se trouvait 
la phrase suivante : « Que Dieu te construise une 
demeure dans le Paradis, comme tu as construit 
pour moi une bibh'othèque , sans me faire sentir ce 
bienfait par aucun mauvais procédé ! » 

Cette bibliothèque a été lobjet de la cacida sui- 
vante , composée par un de mes élèves : 

Dieu , quelle goubba ! Sa beauté et son éclat sont incom- 
parables ; la plus brillante appartient au plus brillant ; 

L'air semble rabaissé par son élévation ; on y contemple la 
beauté vêtue et à nu ; 

Les Gémeaux lui tendent leurs mains pour serrer la sienne ; 
la lune qui brille au sommet du ciel en est voisine ; 

E^e dit à celui qui y vient avec ravissement : Contemple 
ma perfection et tu éprouveras une douce joie ; 

J*ai été construite pour les travaux de la science et pour 
sa propagation parmi ceux qui viennent le soir ou le matin 
me visiter; 

Interroge qui tu voudras, tu apprendras aussitôt que je 
suis { comme ) l'onagre dont la chasse est la plus émouvante 
de toutes ; 

Je surpasse les goubbas d'Ibn Nasr et de Nacir, bien que 
par leurs dimensions elles défient toute ressemblance ; 

U y a une grande différence entre ce qui n*a été élevé que 
pour le plaisir, et ce dont on compte les mérites sans en 
trouver la fin ] 

Que peut-on comparer à la science pour la puissance et 
l'élévation ? On la voit habiter dans mes flancs et y recevoir 
l'hospitalité ; 



400 NOVEMBRE-DÉCEMBRE I80tt. 

Mon maître bien-aimé Abou-Ras en est le propagateur; U 
m'en a parfumée , U en parfume quiconque s'adresse à loi; 

Il est sans conteste le plus grand auteur de ce siède ; il 
abreuve les altérés avec Teau limpide de la science ; 

Il en est aussi rhistorien, le grammairien, Timam, le ha- 
ûd. La première place lui appartient; 

J*en atteste les principaux parmi les Arabes, ainsi que l«i 
chefs parmi les sectateurs des rites orthodoxes; 

Que le salut de EHeu soit sur lui , tant qu'il paraîtra comime 
le soleil levant, tant qu'il éclairera de sa lumière la terre et 
les hommes ! 

Quand je voulus la faire blanobir à neuf et réparer 
certaines parties détériorées , j'en parlai au bey Mo- 
hammed ben Otmân^. Celui-ci m'envoya cent riais 

Ml y a ici un anachronisme dont ia rectification eit difficile. Les 
beys qui se succédèrent à Oran à cette époque furent : 

1802-1805, Mostafa el-Manzaii ; 

i8o5-i8o7« Mohammed Mekdech, fils de Mohammed ei-Kebir, 
étranglé pour sa mauvaise conduite ; 

1807, Mostafa une seconde fois; 

1807-1812, Mohammed Bou-Kahous, célèbre par sa férocité et 
sa fin tragique; 

1813-1817, Ali Kara-Bargii, gendre de Mohammed ben Otmân 
(el-Kebir), excellent hey qui aima à s'entourer de savants. 

Quand Rou-Ras revint de son second pèlerinage en 1819, Mo- 
hammed hen Otmân était mort depuis quatorze ans ; il ne put donc 
pas donner à cette épocpe les cent mahboubs. Voici une hypothèie 
qui, sans être complètement satisfaisante, permettrait d'expliquer 
cette contradiction. Mostafa ût construire la goubba étant bey, entrt 
1802 et i8o5. Vers 1810, Bou-Ras s'adressa pour les réparations 
à Ali Kara qui n'était pas encore bey, mais auquel il donna néan- 
moins ce titre parce qu'il Tobtint plus tard ; il en reçut les cent 
riais; seulement par un lapsus extraordinaire, il lui substitue le 
nom de son beau-père Mohammed ben Otmftn , qui n*avait pu être 
pour rien dans aucun des dons. Enfin en 181 3 , au retour du pèle- 
rinage , il trouve son bienfaiteur Ali Kara devenu bey, et il ap ob- 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 401 

qui suffirent complètement à la restauration. C'était 
avant que je le quittasse pour aller en pèlerinage. 
Dieu lui fasse miséricorde ! 

Quand je revins du pèlerinage en lasy (1812), 
il me donna cent mahboubs (sequins). Après sa 
mort, je me rendis à son tombeau, je pleurai et 
j'invoquai la miséricorde divine, en disant entre 
autres choses : « Salut sur toi , ô Iman , qui es abrité 
dans la maison du salut! Tu as bu à la coupe à la- 
quelle boivent tous les hommes; tu t'es trouvé le 
front humilié et la force affaiblie en suivant la même 
règle que ton père et ton aïeul. Après la destruction 
de tes espérances, tu n'as plus trouvé que tes bonnes 
actions. Je demande à Dieu qu'il te console dans ton 
isolement, qu'il arrange pour toi, dans l'autre vie, 
ce qui t'a peiné dans celle-ci , etc. » 

Me voici arrivé à la fin de ma rihala. Louange à 
Dieu qui m'a guidé jusqu'à ce point ! Je n'aurais pas 
suivi une bonne voie , si je ne l'avais pas eu pour 
guide. Les messages de Dieu m'ont apporté la vérité; 
mes ouvrages le citent fréquemment. Dieu est celui 
qui nous approuve. 

Je donnerai maintenant ia liste des ouvrages 
grands ou moyens que j'ai composés ^ : 

tient les cent mahboubs. L'éloge funèbre du mort apporte peu de 
lumière. J'en ai cité la seule partie qui l'écarte un peu de ia ba- 
nalité habituelle. Bou-Ras semble y faire ailuaion à des maibeun. 
Or rinfortuné Ali-Kara fut étranglé par ordre du dey Omar, à 
cause de ses vertus mômes. Bou-Ras dit qu'il se rendit à son tom- 
beau, mais ii ne dit pas où. 

' Ceci indique que les opuscules ne sont pas cités. Lm mots placés 



402 NOVEMBRE-DËCEMBRE 1899. 

Le Coran. 

1. J^-hOJ J-fJJl ^ (5^^*)s^t jUa^^ ^j^\^ 
yXMé.xx}\ Is. JI^^AAMJûJI ^ Ja)«>JI « La réunion des deux 
mers et le lever des deux astres^, par la grâce du 
Tout-Puissant en faveur de son humble serviteur, 
pour faciliter la science de l'explication du Coran », 
im trois tomes comprenant chacun vingt chapitres. 
Jy ai fait de grands emprunts à i'Aoufya , à Zamakh- 
chariy à Beïdaoïiiy à Ibn Atia et à d'autres encore. 

2. 2;ljJaJt^ 2-*'>^' Ji;*^'^ }}r^ ^ "^^^ " Les 
perles étincelantes et les broderies, notes sur El- 

Kherraz ». 

Les Hadits. 

3. *^]^^ Js>^^ ^j^ 45> cjUXJI v::>L>^l « Les signes 
manifestes^, commentaire des Dalaïï el-Kheirat ». 

entre parenthèses dans certains titn»s ne ligunml pas dans l*aiito- 
biop[raphie , où ils paraissent avoir été oubliés , car ils sont néces- 
saires ail sens. Ils ont été relevés dans des listes difféi*entes de cet 
ouvrage. 

* On peut entendre que les deux mers et les deux astres sont 
quatre commentateurs différents, ou simplement les deux plus 
connus, Zamakhchari et Beïdaoui. 

^ Ce titre ainsi donné dans Tautobiographie a été reproduit par 
les copistes; mais il me paraît inversé; il est probable qu'il faudrait 
le lire comme il a été traduit :j)yll Jb£ *Xt^«ub '^\^\y ^1^^ ))^ • 
Abou Abdallah Mohammed ben Mohammed Ibrahim ech-Cherichi 
(de Jerez), connu sous le nom de El-Kherraz, est Taute.ur du 
poème intitulé : ^^\yiJ\ ^\ ^ (jl«ji^) ù^y» « Abreuvoir de rhommp 
altéré sur le texte du Coran». 

* Ces trois mots sont tirés du (x)ran, ii Oi'S, 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 403 

UUjw ^ « Les clefs du Paradis et sa sublimité, au 
sujet des hadits sur le sens desquels les savants ne 
sont pas d'accord ». 

« Le glaive dégainé , au sujet des hadits que j'ai 
rapportés sur l'autorité du cheikh Mortada^ ». 

Le Droit. 



perie du collier des gloses sur le cou des commen- 
taires de Zerqani et de IQiarachi », en six volumes. 
J'ai rapporté dans cet ouvrage les opinions de plu- 
sieurs grands savants, entre autres le cheikh Mos- 
tafa et Mohammed ben el-Hasan el-Benani, com- 
mentateur de Zerqani. 



7. J;t^JLJi (j^ ^ 45? J)\y plî^ilt « Jugements 
solides sur quelques affaires juridiques ». 



« Poème remarquable sur des règles pratiques de 
droit qui sont rarement citées dans les textes , mais 
dont l'application est fréquente. » 

9. ^^Js^-b ^1 ^ (^JiXJI caS^I « L'astre brillant, 
au sujet de la variole , vice rédhibitoire •>. 

' On a vu que Mortada babitait le Caiixï, el qu'il délivra à Bou- 
Uas un diplôme flatteur. 



404 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1809. 

10. ^^iyi;L^I ^ C;)>^t>>t «Iji; ^ (<KJU»)« (SoUTCe 

authentique) de ce que disent les savants au sujet 
de la peste ». 



11. ^^t jU!^ iMuH^ ^1 xà* o.A^ ^ iu^ 

^U ^Uyi ^Â3 c.^^ (s^ « Quelques mots d^une haute 
portée sur lexposition de la doctrine d'Abou Ha- 
nifa , et Les fruits de Tintelligence , sur l'exposition de 
la doctrine de Timam Malik » *. 

La Grammaire. 

12. Lçi3 I4J ^ ^ ^t iUuJt »;«3JI « La perle in- 
comparable et sans prix », grande glose sur le com- 
mentaire de Makoudi. 

13. x^uï^^l Ju^ ^:>^t ^j^ M^' ^î=^' « Les 
signes probants^, sur le commentaire de Makoudi 
sur TAlfiya ». Petite glose. 



lidité des approvisionnements au sujet de la manière 
de voyeller ^ yS^ et ^tj ^ «4^^ ». 



^ n y a peut-être là deux ouvrages distincts. 

- On pourrait aussi comprendre IjPs nombreux botis mots; mais 
lin savant indigène, familier avec les subtilités de Bou-Ras, pense 
quMl faut prendre 0X3 dans le sens de « signes tracés par terre avec 
le doigt». 

' Bou-Ras nous apprend qu un jour, à Oran , devant le bey Mo- 
hammed el-Kebir, il lui arriva de dire ^^.û^vS'avec un fatha. Un 
haut fonctionnaire nommé Si Mohammed hen el-Hasan, qui était 



..tis^jalik' 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 405 

15. i^^ ^y Jjia^\ ^ kJ^aiL ^ « La satis- 
faction du besoin » , pour la connaissance des pré- 
faces de l'Alfya. 

Les Rites. 

16. A^^î C35Vxâi.t ^J^ iUilt Â^^ «La miséricorde 
pour les peuples « au sujet des différences entre les 
imams ». 

17. ^LjT^t «>,>L«^ ^ ^U^l sji^t^J^ « L ornement 
de 1 entendement, au sujet des questions sur les- 
quelles on est généralement d'accord ». 



« L'abondance des dons, au sujet des différences 
entre les quatre rites ». 



1 9. ^L4JûE^I ^ iUOoU ^ dU^^I ^^ « Le fond 
du ravin ou Les sens profonds pour enhardir (le sa- 
vant) dans ses efforts ». 

Le Taouhid et le Soufisme. 

20. S^yl\ ^ »y^t ^ 3^ ^ ^yi ^ ^1 ^; 
aMI Ik^ ^1 ^^ Jt « Les fleurs des coteaux » , com- 
mentaire des apophtegmes, ou Faveur de Diêu 

présent, le reprit, et cela lui donna l'occasion de composer cet ou- 
vrage. On trouve cotnme variante du litre î ^bUI I^Jk^ «Satisfaction 
du désir». 



406 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

pour conduire à Texplication de louvrage d'Ibn 
Ata Allah. 



21. pLJ^:iH3 o>^t^ ^N^yJt (^ *M i^M V^^' 
(S,^XJii\^ « Recueil concernant une partie du taouhid 
et du soufisme, les saints et les fetoua ». 

22. JsJLuJlt SJSjy jJomU i^U^ (c La satisfaction du 
croyant et la dure épreuve du critique » sur le grand 
commentaire de Snoussi, qui lui-même a été com- 
menté par le cheikh El-Hasan el-Yousi. 

J'ai marché dans son chemin et coulé dans son 
moule. 



j*^^ pLJ^t ^ ^^Lftilt ^i> ^ if^\ (« Éclaircisse- 
ment de Tobscurité ») ou («Lumière de Jupiter», 
variante); « commentaire de Y^lqd-en-Nefis (« collier 
précieux ») sur les principaux personnages parmi les 
saints de la plaine de GhVis » \ 

24. (jl^yt «>'^ ^^^ J^ '^ "^ ZT^ '^ Connnentaire 
de la perle d argent du cheikh Abd er-Rahmân ». 



25. ^ .C-^^ i|;-r?LM JbutI ^ oL^' ^j^ oljull v^ 
»ytL«Les voiles enlevés et les rideaux écartés, au 
sujet des proverbes courants, des belles sentences 
el des prédications entraînantes » dus au cheikh Si 

^ Voir lu note de la page i8 au sujet de V'L/d-en-NeJis, ainsi 
que rou>rage numéroté 45. 



>iOTlCE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 407 

Moslim ben Abd ei-Qader, et mis en ordre alpha- 
bétique. 

26. C3yâx!t L^S^ Jl c»ySéJù\ « Coup dœil sur les 
règles du soufisme ». 

Lexicologie. 

27. fjéjjùixi\ oU^ Jl^ O^^IàII pLuiô « La lumière du 
flambeau sur le Camous. » 



<^y5^3 « La solidité sur les fondements du Camous, 
abrégé de Azhari et de Djaouhari. » Le premier de 
ces ouvrages n a pas été terminé à cause de la rareté 
des matériaux permettant d atteindre le but désiré. 

29. ^UJt ^:^^\ iûiî ^ jLê^\ 2*; « Le prix élevé, 
au sujet des termes employés pour les huit espèces 
de festins. » 

Eloquence. 

30. [sic) âj^-XjJt ^jJt .Sx^y^XJ^ Js, jLtilt Jui 

« L'obtention des désirs » sur fabrégé de Sâd ed-Dîn 
et-Taftazani. 

Logique. 

3 I . i^JéJ\ ^j^ ^ Jk^Jl! JyiJI « Le pur langage, 
commentaire du Soulam. » 

\iv. .37 

iMraiMi'.KiE «ATioxâi.r. 






408 NOYEMBRE-DÉGEMBRE 1899. 



Les Principes. 

Quand j'ai écrit pour commenter Mahalli et les 
Ouçoul , Dieu ma donné la mémoire et les moyens 
nécessaires pour arriver à écrire ces feuilles, dans 
Tespoir qu'elles seraient mises au net le jour terrible 
(du Jugement dernier) ^ 

La Prosodie. 

j\j « La niche des lumières, dont la lampe (littérale- 
ment rhuile) éclaire sans qu aucun feu Tait touchée » , 
au sujet du poème El Armaz el Aoaafi sur la science 
du mètre et des rimes. 

Histoire. 

33. gj^l ^ (^ gjU>:ult iyt^j « La ileur des ra- 
meaux dattiers , sur la science de Thistoire. » J^ai 
suivi Ibn Khaldoun et d'autres. 

34. J^l »^ Jt AjuXil jy ^ 4^1^ ^1 « Les 
vœux et les demandes s' étendant depuis la création 
jusqu'à la mission du Prophète » , avec des récits sur 
les génies tels que Tahdis et Serdjân. 



* Bou-Has aurait donc écrit sur les OuçouI im ouvrage dont il 
ne nous donne pas le titre. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 409 

35. oLâP^I ^ c^i^ill Jc^^ (j4ry> 4jl^*NJt Jâ « L'on- 
dée des nuages, au sujet des compagnon» du Pro- 
phète qui sont venus dans le MaghVeb. » 

36. il^LijJsJl L^^y^ ^ ii^tjLiJt p^à « L'écartement 
du malheur, au sujet des guerres des Derqaôua. » 
Ces guerres commencèrent à la fin de safar lîaao 
(mai i8o5). Dieu nous garde de toute révolte ou- 
verte ou cachée M 

37. ijLàJI (JyJI J.^ iCJt*>J! ^Ull «Les signes in- 
dicateurs, sur les nations égarées. » 

38. JjîLiJt MyMA Jl JjLéj}\ « Le moyen de parve- 
nir à la connaissance (de la filiation) des tribus. » 

39. Le poème intitulé : ^^ Un3 aaamJouJI JJLiL 
i^sMj4Xi^l 5^4Xa]I^ «Les manteaux de soie fine, au 
sujet de ce qui s'est passé de l'autre côté du détroit 
en Espagne 2. » Et ses deux commentaires intitulés, 
le premier : 



^ On a vu que Bou-Ras avait souffert des suites de dette sédition , 
bien qu'il en fût lout à fait innocent, assure-t-il. 

^ Cest là le titre donné dans l'autobiographie. Dans le commen- 
taire II, on trouve : JL^jJ^I <y.)43 u'r^3 iJ^ <s9 ^■^JsJi.^H JJiL 
«les manteaux de soie fine, au sujet d'Oran et de la Pé&instde 
espagnole»'^ ce titre est plus exact, puisqu'il est parié d'Oran dans 
la cacida qui a précisément pour but de c^ébrer la prise de cette 
ville. On trouve aussi la variante : ^«xi^L^ ^«». i^fkf (^^U^t ^jt^^ 
^)yftjl9 « la perie précieuse , sur ce qui s'est passé en Espagne et à 
Oran. » 

27- 



410 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

'ijyàA ^yô^ « Récits surprenants propres à élucider 
ce qui s est passé en Espagne et dans les places du 
Magh reb » ; et le second : 



Cl Histoire extraordinaire de ce qui s*est passé à 
Oran et en Espagne par le fait des infidèles » ; et : 

^I^Lbu f^i^, iôOJil ^tjXwJt iijiô^^ « Jardin de la con- 
solation composé dans le port de Tetouân ^ ». 

42. ^^^ ^L-uM^jij ^^ pLiU^t pUl (s^^^t i^Ljj 
pUmI ^^ ^ti^ju ^j^A«.^l « Avertissement aux contempo- 
rains ignorants par Thistoire des princes et des 
chefs, avec indication de ceux qui furent bons ou 
mauvais ». 

43. jj«llô^ (s^ «4^ 45* ^JJiayÂi\ Joi « La suite du 
Cartas, au sujet des rois des Beni-Ouattâs. » 

44. ibOsjuJI J^UI ^ ib2»^^l ^j^^ ^ ^^ tieuT du 
rosier, histoire des rois saadiens » de Tan g 1 8 (i 5 1 a) 
à fan loSg (1649). 



45. Ji ^^^ s* ■*^. *> Jt (^ »«x-A-> 45-? t-^«^*iJI ^3j* 
«-^^3 4^^t c^v^Jt «Les monnaies d'or de bon aloi, 

' 11 est certain que ce dernier ouvrage est un commentaire de 
la cacida. L'auteur, après avoir annoncé deux commentaires, donne 
trois titres; il faut que le troisième titre soit une variante pour le 
second comm(uitairc. 



NOTICE SUR MOHAIVIMED ABOU RAS EN NASRI. 411 

contenant un peu de généalogie, et des renseigne- 
ments sur les personnes qui se piquent de noblesse ^ » 

46. fl^t ^^ U^ ^^.x^t (:r^ J^ ^ p^t ^ 

-^JLiJI V Le Récit certain, au sujet de tous ceux qui 
ont inventé quelque chose dans une branche quel- 
conque de la science. » 

Poésie. 

47. :>LxJL ooL ^^ ^ ùLiu^\^ jjL«-^! « Bonnes 
nouvelles et heureux événements, commentaire de 
Banet Souâd ». Dans ce commentaire de Toeuvre du 
célèbre poète Kab ben Zoheïr, j'ai suivi Jbn Hicham 

pt Abd el-Latif. 

48. t^j^JfJ^ x-A-^^ zj^ (^ V;^' J^ « L'Obtention 
des choses nécessaires, commentaire de la Lamiet 

el-Arab » de Chanfara. Toute la chasse est dans le 
ventre de ronagre'-. 

49. ^\ '»^^ »Jwâ3 ^ ^^t AJ|)t « La Fin de 

^ Ce furent sans doute cet ouvrage et celui porté sous le n** 23, 
qui blessèrent les vanités nobiliaires des concitoyens de Bou-Ras. 
Le premier sens qui se présente à Tesprit est : «les prairies d'or»; 
mais , d'après les indigènes , ^3v» doit être pris ici avec le sens de 
« lingots » qui n'est pas donné par les dictionnaires. Je pense qu'il 
faut lire ^ jy* « monnaie de bon aloi » , titre qui convient bien à 
un ouvrage ayant pour but de faire un triage dans la noblesse. 

^ Ce proverbe équivaut à : C'est le dessus du panier. Il est placé 
là pour rimer avec Chanfara. 



413 NOV£MBa£-D£C£MBRE 18Q0. 

rhéiitation au sujet de la Lamiet el-Adjem » de 
Toghraï. Combien de savant» iont oommentéal 
Combien de conteurs l'ont citée ! 

50. JsjuâJI AiljXM» vijjM ^J^ «Nju^yi a Le seuil » , 
commentaire de la Selouanet es-Cid ^ . 

51. iuuÂxJt '^yiè ^ iUuS^t 5;jJI (( La perle pré- 
cieuse, commentaire de TA^i^a»'^. 

52. Second commentaire du même ouvrage : 
^I«>ul1I iitXjuAii (^t^t zy^ S^J^ «Broderie, com- 
mentaire du Mirdasi sur la cacida de Mendasi ». 

53. Troisième commentaire : ^^ ^ k^^I ^ 
aMI «x^ ^t AJUÂ^ « L'assistance de Dieu, commen- 
taire sur VAqiqa dlbn Abdallah ». 

54. Quatrième commentaire : «X-^uuJt gçLlI ^j*<JI 
j^^uuw à^âJI AÂAÀ^ ^yi^ ^ « La course profitable et 
heureuse, commentaire sur YAqiqa du cheikh Saïd »• 

55. Cinquième commentaire : ^ iôJsjou*JI iUUL 
ib«>uuuMJI ff4KAA4i}l ^JSé»Le manteau fortuné, com- 
mentaire de la cacida de Saïd ». 

56. Sixième commentaire : ««Xjuâi ^ym ^ ^U4t 
^Jjè^^ ^1 « La perle d argent, commentaire de la 
cacida d'Abou Otmân ». 

' Poème où il ast question de la rhasse. 

^ Voir pagt) xi, qiitdquns renseignernents sur VAqiqa et son 

iuileur. 



\OTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 413 

57. Septième commentaire : {^j^ c,%»»fî! iJl^) 

(«Le divertissement de Tami, commentaire du) 
poème du littérateur au mérite personnel, qui ré- 
unit les éloges ordinaires avec ceux en forme amou- 
reuse M , soit au commencement du poème , soit 
ailleurs ^ 

Voilà sept commentaires; mais le oheikh Resszouq 
en a composé plus de vingt pour les Hikam d'Ibn 
Atallah. Le cheikh Ahmed Baba a dit, dans sa 
Satisfaction de celui qui en a besoin pour le Deil ed 
Dihadj : « Parmi ces commentaires, je me suis arrêté 
surtout sur les 1 4', i 5' et i y®. » 

58. Hi^yl] ^jm Ajyô^t Jol^yiw Les parterres agré- 
ables, commentaire de la GKoutya ». 

59. '»j)^ ilJy^l ZJ& ^ hI^^^ Oly^t) «Les 
lumières du descendant de Djalil, commentaire 
de la cacida de IQielil «^ . 

60. ^lAdît iliXft ^ ^l^t v^ « Le meilleur de mes 
écuelles, sur le nombre de mes professeurs ». 



^ Cet éloge bizarre n'est pas dû seulement aux nécessités de la 
rime. Il s'explique aussi par la forme étrange que l'auteur de 
VAqiqa a donnée à la louange de ses héros. Voir ce qui a été dit à 
ce sujet , page xi. 

^ On a vu que deux ancêtres de Bou-Rtt t'appelaient Djdil. 



4J4 NOVEMBRE. DÉCEMBRE 1899. 



6 1 . (s^^) ^«^^^' (^ d>^ 3 cs^^ ^ ^^^ vêtement 
et mon présent, au sujet du nombre de mes 
voyages ». 

62. &V.CU A^>^^l (^ iUxi^t ^\j^i\ « Les profits 
écrasants, au sujet des réponses qui ferment la 
bouche à toute objection ». 

63. A *i y y -k t^ ^^t pl«Xx« ^ x^\S\^ y^\ »ôyj 
«Quelques calices de fleurs, au sujet de mes 
points de départ et d'arrivée ». 

J'avais écrit au sujet de la cacida d'Amroul Qaîs 
dont le commencement est JcaJ \xà en faisant des ci- 

tations d'après les grammairiens \ ainsi que sur la 
maqçoura d'ibn Doreïd, mais ces ouvrages ont été 
détruits avant d'être mis au net. Que Dieu me guide 
dans ce qui viendra plus tard, par la protection de 
mes ancêtres ! S'il accomplit mon désir en retardant 
pour moi le trépas, je ferai sur le Çahih de Bokhari 
un commentaire qui sera comme un torrent large et 
rapide. 

Maintenant j'ai mis à cette robe les enjolivements 
de la fin. Elle contient quelques fleurs avec leurs 
calices, au sujet de mes débats et de mon point 
d'arrivée. 



' D'après un biographe, cet ouvrage s'appelait : fj^\ ••^iCît 
viJ^j ^L5 j--JUi y\ Âjï^i) ^ wi ^» «La parole >irtorieuse, commen- 
taire de la Ldniia d'Amrou'l Qaïs : Qifa nebki. » 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRI. 415 

Si j'ai énuméré mes ouvrages et Tensembie de 
mes compositions , c est à Texempie de Timam Soyouti, 
En effet, il a énuméré ses œuvres dans les beautés 
de la discussion sur les Chroniques de TEgypte et 
du Caire. Elles sont au nombre d'environ 3oo, 
depuis dix volumes jusqu'à un seul feuillet. Après 
lui, je ne connais personne qui ait fait plus d'ou- 
vrages que moi. La perfection appartient à Dieu; à 
Lui la louange et la gloire. Soyouti mourut (Dieu 
lui fasse miséricorde) au point du jour, le ven- 
dredi 1 7 de Djomad el Ououel 8 1 i ( 1 4o8) à l'âge 
de 6i ans lo mois et i8 jours. Le jour de sa 
mort, une foule considérable se réunit pour son 
enterrement. 

J'ajouterai que, si j'ai cité mes ouvrages par leurs 
noms, ainsi que les éloges dont ils ont été l'objet, ce 
n'est pas par orgueil, mais pour célébrer la bonté 
de Dieu à mon égards Quel est en ce bas monde 
la chose qu'on pourrait désirer par orgueil? Le mo- 
ment du départ approche; la vieillesse a commencé, 
la meilleure partie de la vie est passée. Il n'y a de 
force qu'en Dieu; louange à Lui! Il est le maître des 
mondes. 

Fin de l'Autobiographie. 



^ En effet , dans l'autobiographie , Bou-Ras cite complaisamment 
les éloges adressés à ses ouvrages, et notamment trois longues ca- 
cidas en son honneur. L'une d'elles est dans la forme amoureuse, 
c'est-à-dire que les qualités de noire cheikh sont assimilées aux 
beautés de la femme et vantées avec toutes les banalités qui rem- 
plissent les poésies arabes du même genre. 



416 NOVEMBRE. DECEMBRE 180Q. 



TITRES DIS QUELQUES OUVRAGES DE BOURRAS 
NON CIT^S DANS UAUTOBIOOBAPHIB. 

des frères pour expliquer les familles et les tiîbiu 
des génies ». 

2. p^t^ J^t jLh^! 4 pjjJlt oUim < Le Chemin 
désiré au sujet de Thistoire des Turcs et des Chré- 
tiens ». 

3. UmuJ;^! JjJL* s ptiMjuJI AA^ « Le Cadeau des 
hommes distingués ^ au sujet des rois de France». 

â. ^ t'^J^\ (j^ ^^^y f^^ ^ cf*AM*U]l Jt^l <t Pa- 
roles fondamentales, au sujet de ce qui est arrivé 
des Français et de ce qui en arrivera ». 

5. (jx^)^ (s^ J^^i 4 (j^t jMi\ « La Puissanoe 
solide au sujet des rois mérinides ». 



« La Faveur du généreux au sujet des différences 
entre les Zyanites et les Abd-el-Ouadites. Il s*agit 
des Zyanites. rois de Tlemcen ». 



•»- f 



^ Bou-Ras a donné la forroe yUi» au pluriel de j>»4^ et de 
qui en réalité est jmUj . 



NOTICE S[]R MOHAMMED ABOU" RAS EN NASRI. 417 

7. iLj^iUUI JjJUi^U^I 4 iM^UJI i^ji\ « La 
Fieur céleste, histoire des rois alides ». 

8. iL>^,.C.M^irH J)l3jJl 4 A^>îi :>yuJI a Les Colliers 
de pierres précieuses au sujet des événements im- 
portants de Mascara ». 

9. j-U^^I ^ j-Jo. jTd^j^à 4 j-Ljciill jj^ 
« La Lumière qui s'allume au sujet des rois de 
toutes les nations ». 

10. erl^l^^l^ ^jai^UjLi.1 4 ^UjJI ^\ 
j^jAi\ 4 ^jJt Jt iU^il «Jv (:^ « Paroles courantes 
sur rhistoire des villes , villages et tribus , depuis le 
commencement du monde jusqu'à la trompette du 
Jugement dernier». 

11. IJsib Jl ^^^^^ ^U) ^ (^ 4 J^ji\ ^ 
^UJI « La Faveur du miséricordieux au sujet de 
îa noblesse des Beni-Zyân, et indications de leurs 
diverses branches jusqu'à nos jours ». 

12. vy^' oUt«id 4 ^.ôj^l yyii\ a La Lumière écla- 
tante au sujet des diverses catégories d* Arabes ». 

13. iUb)^^^.^! ^ 4 ^^ÎAjUâJI o«^' «Récits 
instructifs au sujet des Berbers et des Zenata. » 



^ Tous les copistes écrivent iUUi ; c'est évidemment une erreur, 
car ii faut un mot qui rime nvec ^f^ij'^ , 



418 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

14. Lj^\ ^yy^y Jyo\ ^U^l ^ o^^l Jyi\ « Fran- 
ches paroles au sujet des tiges et des rameaux des 
Arabes. » 

15. iuukMb^KjiJI ^«3saJI ^j^ 4 ^hh'muJjo^I j-'^'^^l « Les 
Eléments des Amlisi, commentaire de la lune de 

Farisi (?)!.)) 

16. ^U^oJl *.6^ ^yi 4 JôUl JyUI « Les Pa- 
roles stimulantes commentaire de la Lamia de Da- 
miati ». 

1 7. *-fvJyi Jô^ J^ 4 ilfJll Jlyill « Douces pa- 
roles sur le poème : les conditions du festin. » 

18. jJÉj^^l *-«5; ^j^ 4 jl>3^l (j*H-* '* L'Embrase- 
ment des lumières, commentaire du Parterre de 
fleurs ». 



19. Jhs»-*»' C:^' Ç^^ zf^ 4 JyuuJI JyUt « La pa- 
role fortunée, commentaire du Mpqna dlbn Saidn. 



20. ^t^ J^b ^ JOL^ p^l JUajt 4 dlUt iCJI;» 
JJLJI J^l «Cessation de lobscurité, au sujet de la 
rupture du jeûne chez ceux qui se conforment à 
l'avis des astronomes ». 

Fiufm , pour terminer, mentionnons un opuscule 

* Amlisi est le nom d'une tribu marocaine. 



NOTICE SUR MOHAMMED ABOU RAS EN NASRl. 419 

de Bou-Ras qui, réuni à des ouvrages d'autres au 
leurs, forme le volume 461 4 des Manuscrits arabes 
de la Bibliothèque nationale. Cet opuscule dont le 
titre n'est pas donné , est relatif à Thistoire d'Alger. 
Il est probablement tiré dun commentaire, car dès 
le commencement l'auteur renvoie à l'explication 
d'un mot donnée précédemment. 

Quand on a parcouru cette longue liste des ou- 
vrages de Bou-Ras, sur la plupart des branches du 
savoir humain, théologie, histoire, grammaire, poésie, 
astronomie, géographie et jusqu'à l'art vétérinaire, 
quand on s'est fait une idée de leur contenu par la 
quantité extraordinaire de détails de toute nature que 
renferment ceux que nous connaissons , on est frappé 
par le travail énorme qu'ont exigé tant de recherches. 
On est surpris en même temps de l'état florissant 
des études à cette époque dans les états barbaresques. 
La poésie était chose courante et très appréciée; 
malgré l'état constamment troublé du pays , le 
nombre des jeunes gens s'adonnant à l'étude était 
considérable; Tlemcen, Mascara, Mazouna étaient 
des centres scientifiques importants. Le défaut de 
livres stimulait la mémoire des élèves; nous avons 
vu que notre cheikh ne tolérait pas un seul livre à 
ses cours. 

Bou-Ras apparaît comme le principal personnage 
et l'illustration de ce monde intellectuel. Aussi son 
souvenir s'est-il conservé très vivace dans toute la 
région oranaise, et quoique ses œuvres soient peu 



420 NOVtiMBRE. DECEMBRE 1800. 

répandues, on n en parie qu'avec la plus haute es^ 
time. Son activité fut vraiment extraordinaire ; il ne 
voulait rester étranger à aucune science; il était pas- 
sionné pour celle de Thistoire. Pour Tétendue et la 
variété de ses connaissances, on pourrait le com- 
parer à Ibn Khaldoun , auquel cependant il est très 
inférieur. 

Pourquoi, malgré son esprit pénétrant, son tra- 
vail acharné , sa mémoire prodigieuse et son talent 
littéraire, na-t-il réellement fait progresser aucune 
des sciences auxquelles il a touché? C'est parce 
qu'il lui manquait comme à beaucoup dautetirs 
arabes deux qualités essentielles dont Ibn Khaldoun 
n était pas dépourvu : Tindépendance de Tesprit qui 
permet à une saine critique de choisir ses maté- 
riaux, den comparer la valeur, et d arriver à des 
conclusions personnelles; la méthode qui permet 
tout au moins de classer les matériaux dans un ordre 
logique, en laissant à d'autres le soin et la facilité 
d'en tirer parti. 



LE CROISÉ LORRAIN GODEFHOY DE ASCHA. 421 



LE CROISÉ LORRAIN 

GODEFROY DE ASCHA, 

D'APRÈS 
DEUX DOCUMENTS SYRIAQUES DU XIP SIECLE, 

PAR 

M. F. NAU. 



I ' 

M. Marlîn a publié dans le Journal asiatique ' deux 
textes syriaques écrits les i o février et 26 août 1 1 38 
et relatifs surtout à un seigneur franc, Tun des chefs 
de la première croisade, que nous nous proposons 
d'identifier. 

1° Ce seigneur se nommait Gonfré, c'est-à-dire 
Godefroy ^. 

^ Nov.-dée. 1888, p. 471-4911 et janvier 1889, p. 33-8o. 

^ Dan» le premier texte, on lit quatre fois MiJLfCh^ (p* 43, 1. 4; 
p. 44f i. 9;p. 45il« 9;p* 47, L 6), et anefoi»»au^ (p« 49«1. a), 
ce qui doit se lire, semble-t-il, Gonfroi (ou Gonfri), d'où GoffrCn 
et Godfroi. Le second texte porte seulement |3^a^« Gonfré • (p. Sa, 
1. 7). M. Martin a transcrit ce nom propre par Gonnejar, ce qui eftt 
certainement inexact, puisqu'il ne transcrit pas la dernièfe lettre; 
il propose (p. 479 ) de lire Gattjfier (de La Tour, chevalier originaire 



422 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

•2° 11 faisait partie de la première croisade, dont 
il était lun des chefs , et contribua à la prise de Jé- 
rusalem ^ . 

3'' C'était un seigneur très puissant, qui faisait 
échec au roi Foulques et à la reine Mélissende eux- 
mêmes 2. 

Ix"" Il était « parent et proche » de Godefroy de 
Bouillon et de son frère Baudouin^. 

Enfin, ajoutons, comme détail intéressant, que 

des environs de Limoges); il aurait dû dire Gaaffré, car la con- 
sonne r précède l'i ou iV, et aurait trouvé que Gauffré (en latin de 
l'époque, Gaufficdus ou Goffredus) donne encore Godefroy. — Il 
suflit de parcourir les tables des Historiens des Croisades ( voir sur- 
tout Hist. occid., 1. 1, JV et V) pour voir que le d du mot Godefroi 
tombait très souvent, car on ne trouvera pas moins de quinze fois 
les formes Gaufridus, Gojredus , Gaujredus, 

^ Journal asiatique, janyier 1889, p. ^2,1. i/|. ^ ^m. U^%B 

j^^ioji o^a^t^} yajo» JLâo*iD JLiA«f «un Franc, l'un de ces pre- 
miers princes qui s'emparèrent de Jérusalem». Cf. p. 61, 1. 21 : 
« Ce prince . . . s'empara des endroits et du pays situés tout autour 
de nos fermes de Betb-*Arif et de *Adecieh », et p. 45, 1. 12, ^ 
loo» «oftoJB^I |L»;Ud loriOAfto « il était des plus célèbres ». 

^ Cf. p. 6G-G9. Le roi Foulques, pressé par la reine Mélissende 
d'être favorable aux Jacobites, ne put rien obtenir de Godefroy, 
sinon de différer le jugement; il dit alors à l'évéque jacobite : «Tu 
ne te délivreras pas aisémeat de cet homme. Il vaut donc mieux 
faire à présent ce que tu seras obligé de faire plus tard , même axfec 
mon appui. » 

^ P. /|3, I. 7 : Udf oo»dt Ld^âd^ «a«w9o liJ^- moio^I «Il était 
parent (ajpnis) et proche du roi qui régnait alors». Ceci se passait 
Ncrs 1 100, donc sous le règne de Godefroy de Bouillon, ou plutôt 
sous celui de son frère Baudouin 1" (1100-1118). 



LE CHOlSt: LORRALN GODEFROY DE ASCHA. 423 

ce Gonfré ou Godefroy eut en Palestine, vers i i o/i , 
un neveu qui hérita de ses biens et que sa femme 
et une partie de sa famille semblent établis dans 
ce pays vers i i 35 *. 



II 



Si nous ouvrons maintenant les Historiens des 
croisades, nous trouvons un seigneur — et pour 
l'inslant nous n'en trouvons quun seul — qui 
réalise toutes ces conditions. 

Il se nomme Godefroy de Ascha, ou encore Go- 
defroy, du château de Ascha, et fut avec son frère 
Henry Tun des premiers qui prirent la croix à la 
suite de Godefroy de Bouillon, duc de Lorraine. 

Ces deux seigneurs de Ascha ne sont pas men- 
tionnés moins de dix fois par Albert d'Aix et huit 
fois par Guillaume de Tyr^; ils figurent toujours à 
côté des chefs de la croisade et parmi les guerriers 
les plus courageux. En particulier Godefroy de Ascha 
qui était ex nominatissimis et capitaneis viris, fut 
chargé , par le duc de Lorraine, de négocier avec le 
roi de Hongrie le passage des croisés à travers ses 
Etats ^ et plus tard d'aller trouver Tempereur de 



' Cf. p. 72 » 1. lo, et p. 64, 1. 5. 

- Voir, dans les Historiens occidentaux îles Croisades ^ les tables 
relatives à Guillaume de Tyr et à Albert d'Aix. 

•'' Cf. Guillaume de Tyr, II, i, p. 72, et Albert d'Aix, II, n, 
j). 3oo. (Les pages indiquées sont relatives à l'édition in-folio des 
Historiens des Croisades,) 

XIV. 28 



iMrniMRBie a*Tio»*i.K. 



424 NOVEMBRE-DÉCëMBRE 1899. 

Constantinople ^ Durant le siège d'Antioche en 
1097, « Cuno de Montaigu, Henry de Ascha et son 
frère Godefroy, soldats qui causèrent toujours de 
grandes pertes aux ennemis, s'attachèrent à em- 
pêcher les Turcs de sortir d'Antioche ou dy entrer. 
C'est à eux qu'incombait le travail le plus continu 
et le plus pénible-. » 

Ënfm Albert d'Aix nous apprend que « Henry, du 
château de Ascha , était fils de Frédelon , an des coHa- 
téraux da dac Godefroy u^. Ainsi les deux seigneurs 
de Ascha étaient parents de Godefroy de Bouillon 
et de Baudouin, comme l'auteur syriaque nous a dit 
que l'était Gonfré. Ce fait, croyons-nous, ne doit 
laisser aucun doute sur l'identification que nous 
proposons. On remarquera encore que Henry par- 
tagea la table du duc de Lorraine, dont il était 
«l'homme» (Albert d'Aix, IV, 54, p. 427). 

Ajoutons que, d'après les Historiens des croisades, 
Henry de Ascha mourut de la peste à Turbessel *. 
D'ailleurs il avait emmené avec lui un certain train 
de maison , car, d'après Albert d'Aix et Guillaume 
de Tyr, il construisit à ses frais une machine de 
guerre sous les murs de Nicée et la garnit de ses 

* Cf. Albert d'Aix, II, \i, p. 3o6. — Guillaume de Tyr, H, vii, 
donne ici Henry au lieu de Godefroy de Ascha, mais il confond 
deux faits : Henry alla aussi à Constantinople, mais dans une autre 
occasion. Cf. Albert d'Aix, II, viii, p. 3o5. 

* Albert d'Aix, III, \xxix, p. 366. 
^ Albert d'Aix, IV, \xxv, p. 4i3. 

Guillaume de Tyr, VII, i, p. 278. Albert d'Aix, V, IV, p. 439. 



LK CROISE LORRAIN GODEFROY DE ASCHA. 425 

hommes ^ II put donc avoir avec lui un jeune fils 
qui serait ainsi devenu son héritier et, plus tard, 
celui de Godefroy, comme nous Ta appris lauteur 
syrien. Après la prise de Jérusalem, il est vraisom- 
hlable que Godefroy de Ascha, fds de l'un des colla- 
téraux du duc de Lorraine devenu roi , dut se créer 
un fief important. 

III 

Cherchons maintenant à déterminer le lieu d*ori- 
gine de Henry et Godefroy de Ascha. Le nom Ascha 
est très fréquent en Lorraine ^, car il n'est qu'une 
forme dérivée du latin Aqaœ qui donna Aix, Esch^, 
Asche, Ache, Aachen. Aussi nous connaissons déjà 
trois villages qui, en vertu de la similitude du nom, 
revendiquent les seigneurs Godefroy et Henry de 
Ascha. C'est d'abord Ouden-Esch , sur laSalm, cercle 
de Witllich. Ces seigneurs d'Esch sont originaires 

' 11 sV'tait associé pour ce travail avecle comte Hennann «unuii 
(le majoribiis Alemaniac». Albert d'Aix, il, xxx, p. 332; — Guil- 
laume de Tyr, 111, vi, p. ii8. 

'^ 11 existe aussi dans la NieJer-Bavière un village de Ascha dont 
il est drjà question en 1220. Cf. Monumenta Germaniœ historica : 
Epistolœ saîculi xiir, Berlin, i883, p. 82. Les noms propres 
Aesche, Acli, Esche se trouvent souvent aussi dans les Necrologia 
Germaniœ, Berlin, 1888, dans les Mon. Gcrm, historica; mais il 
est certain que les Ascha, parents et compagnons de Godefroy, sont 
Lorrains (Lotharingiens). 

^' Nous pouvons témoigner qu'une ville dénommée Esch sur toutes 
les cartes (Esch-sur l'Alzette, grand-duché de Luxembourg) eit 
toujours, en patois, appelée âclie par les habitants des environs. 

28. 



426 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

■ 

de Téleclorat de Trêves, dont ils furent fieffés, 
chambellans héréditaires, etc. C est ensuite Eschsar 
la-Sûre, dans le grand-duché de Luxembourg ^ et 
enfin Assche, village situé dans Je Brabant entre 
Bruxelles et Gand'^. 11 nous semble que, pour faire 
ces identifications , on n'a pas tenu assez compte d'un 
passage d'Albert d'Aix et de Guillaume de Tyr, où 
il est dit que deux parents de Henry de Ascha, tués 
à côté de lui à Antioche , étaient « de Mechela , sur 
la Meuse »^. Il est donc naturel de chercher le lieu 
d'origine des Ascha à côté de celui de leurs parents 
qui les avaient accompagnés en Terre-Sainte. Or on 
ne signale qu'un village de ce nom sur la Meuse : 
c'est Mechelen, près de Maestricht. Ajoutons que 

^ Cf. Publications de la Section historique de l'Institut vojrcd grand- 
ducal de Luxenibour(j , t. XXXI , 1876 , p. 1 49-309. Histoire du bourg 
lit Esclï-sur-Sùre , par A. Neyeu. M. Neven réfute au même endroit, 
p. 181, l'opinion qui place les seigneurs de Ascha à Ouden-Esch. 

* Cf. Biographie nationale publiée par l'Académie royale des science», 
lettres et beaux-arts de Belgique, t. 1, 186G, au mot assche. Car le 
biographe belge, pour le besoin de sa cause, écrit Godejroy de 
ASSCHA, bien que ce double s ne se trouve ni dans Albert d*Aix, ni 
dans Guillaume de Tjr. — On trouve dans Albert d'Aix (H, wwii, 
p. 327) qu'une religieuse du couvent de Sainte-Marie ad horrea, à 
Trêves , reconnaît en Palestine Henr\ de Ascha , et le prie d'inter- 
céder pour elle. On ne peut cependant ])as en conclure que Henry 
fût du pays de Trêves, car on remarquera qu'il n'intercède pas 
auprès de l'archevêque de Trêves, qu'il semble ainsi ne pas con- 
naître, mais bien auprès du duc de Lorraine, pour le prier d'agir 
sur l'archevêque. 

^ Albert d'Aix, 1\, \x\Y, p. 'ii3, et Guillaume de Tyr, VI, viii, 
p. :î47. M. N'eyen, pour le besoin de sa cause, change sans doute 
Mechela sur la Meuse en Mechera sur la Moselle , car il sup]M)S(! qu'il 
s'agit là d(* Greven -Mâcher, village situé sur la Moselle. 



LK CROISK LORRAIN GODEFROY DE ASCHA. 427 

Godefroy et Henry de Ascha signèrent comme té- 
moins, dans l'église de Saint-Gervais, à Maestricht, 
i acte de vente par lequel Ide de Boulogne et ses 
deux fils Godefroy de Bouillon et Baudouin trans- 
portèrent au chapitre de Sainte-Gertrude de Ni- 
velles, en 1 096, les alleux de Blaisy et de Genappe ^ 
11 semble donc à nouveau quils devaient habiter 
aux environs de Maestricht et que c'est précisément 
à cause de cette proximité de leur résidence qu'ils 
signèrent un acte passé dans cette ville ^. 

Ainsi, à notre avis, c'est Godefroy, né dans un 
château de Ascha, aux environs de Maestricht (par 

' D'après la biographie belge déjà citée. 

- On peut encore remarquer : 1° qu'Albert d'Aiv est notre seule 
source pour l'histoire des y45cAa^ car Guillaume de Tyr, dans les pas- 
sages correspondants, reproduit Albert d'Aix: il ne lui ajoute en 
effet aucun récit et en omet ou en reproduit mal un certain nombre, 
par exemple les visites faites par Henry et Godefroy de Ascha à 
Constantinople et la construction du renard dixx siège de Nlcée. Citons 
la phrase d'Albert : «Heinricus de Ascha, Hartmanus comes, unus 
de majoribus Alemaniae», qui, par un léger changement, devient dans 
Guillaume de Tyr : « comes Hermannus et Henricus de Ascha de 
regno Theutonicorum » , ce qui est faux , car Hermann seul était 
du royaume des Teutons; 2° qu Albert d'Aix nous donne de minu- 
tieux détails sur ces Ascha; il les mentionne plus de dix fois, nous 
apprend que leur père se nommait Fredelo, nous donne les noms. 
Franco et Sîgcmar, dé leurs parents tués à Antioche, ensuite nous 
apprend que ces derniers étaient de Mechela sur la Meuse. — On 
pourra peut-être conclure de ces remarques que les Ascha devaient 
habiter non loin d'Albert d'Aix ^ que l'on place maintenant à Aix-la- 
ChapeUe , et par suite devaient bien habiter vers Aix-la-Chapelle et 
Maestricht. On s'explique ainsi que cet historien ait consacré tant 
(le pages et de détails à ses compatriotes. — Cet argument suppose 
qu'Albert était chanoine d'Aix-la-Chapelle et non d'Aix -en- PiX)- 
v(^nce. 



428 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

exemple à Ach en-Campine), qui fut prisonnier en 
Egypte durant trente-trois ans et eut, avec les Jaco- 
bites , les dénfièlés racontés jadis , dans le Journal asia- 
tique^ d'après les deux scribes syriens du xn* siècle. 

IV 

Terminons par quelques remarques sur la publi- 
cation de M. labbé Martin. 

1° Journal asiatique, nov.-déc. i888, p. 48i : 
L'évêque jacobite de Jérusalem nommé Thomas est 
mentionné dans le Catalogue des manuscrits syriaques 
de M. Wright (t. T, p. ^65 et 267), sous les années 
1007 et j 006. 

2** Ibid,y p. 683, et janvier 1889, p. yS : Saba- 
barek est, d après le Dictionnaire de Payne Smith, 
la ville actuelle de Suwerik ^ 

y Ibid. p. 6 1 . Le village nommé par M. Martin 
^Adecieh n'est appelé ainsi, dans le syriaque, qu'en 
un seul endroit p. 43 , 1. 5 , om£0^. Ailleurs, p. 45, 
1. 6 et p. 46, 1. 3, il est appelé i jp»v . Enfin p. 5i, 
1. 'i on trouve o%£oS^ . M. Martin a écrit à tort en 
cet endroit ç^Tee^^ ^ car le yod n*est pas dans le ma- 
nuscrit. 11 faut donc lire IJadsé. Or dans le cartulaire 
du Saint-Sépulcre de Jérusalem^, on trouve mention 

^ Cf. Bar Hc'îbrt'us, ('chronique syriaque, éd. Bedjan, p. 217, I. 3, 
et Chron. ecclés,, I , col. 499* 

- P. 221, n" 118. Dans Migne, Patrol. Int., t. CLV, col. iai3. 



LE CHOISI': LORRAIN GODEFROY DE ASCHA. 429 

d une controverse , entre les chanoines du Saint-Sé- 
pulcre et 1rs moines jacobites de Sainte-Marie-Ma- 
deleine de Jérusalem , au sujet de Ramathe et Hadesse 
vers Tannée 1160. C'est bien là le village de Hadsé, 
et il faut donc, semble-t-il, le chercher près d'un 
Ramath. C'est donc, à notre avis, Adasa qui figure 
sur la carte de Palestine de M. Guérin , à côté d'un 
village nommé Ramah'. Ce ^âllage (comme nous 
l'apprend aussi l'auteur syriaque) était exposé aux 
incursions des Arabes qui partaient du rivage de la 
mer et poussaient des pointes jusqu'aux environs de 
Jérusalem. En particulier, c'est près de Ramleh que , 
vers 1 io3, trois cenls Francs furent faits prisonniers 
par les Egyptiens. Nous pouvons croire que Godefroy 
de Ascha était du nombre, car 1° c'est vers cette 
époque qu'il fut fait prisonnier puisqu'il l'était depuis 
à peu près trente-trois ans, vers 1 1 36- 1 1 87 ; et 2° il 
est vraisemblable que Baudouin « accouru de Jéru- 

^ Palestine, t. III, p. 5-6. C'est kSaad, I Macch., VII, ho. Josèphe 
nous apprend que ce village était à trente stades (tlt^is ou quatre ki- 
lomètres) de Bethoron, Ant. juives, XH, x, 5. — Quant au village 
jacobite do *^^ J^^d (Beth 'Arif), nous n'avons trou>é qu'un nom 
analogue : c'est la forme syriaque du nom de Betharam (tribu de Cad) 
Betliarani ifuœ a Syris dicitur Bethramplitlia, dit saint Jérôme dAM 
ïOnoniaslicon; Josèphe écrit EridapafiÇdoi Ant. juives, XVIII, ii, 1. 
— Il serait plus naturel de chercher «A«w^ JDmia aUx environs d'Â- 
dasa et par suite de Bethoron; on remarquera que le nom de Be- 
thoron supérieure, UyUl ^^ 0.0 (Beit-A'our el-Fouka) renferme 
tous les éléments du nom Betli-*Arif qui pourrait donc en être une 
variante populaire abrégée. Lo scribe écrivit en syriaque d'Après le 
î$on ( Beth-Aour-ef , d'où Beth-Ar-éf ) , sans compléter le mot d'après 
les règles de l'étymologie. Beth *Arif ne serait-il pas aussi un autr6 
nom de « Ramathe » P 



430 NOVEMBRE-DECEMBRE 1898. 

salem avec un corps de sept cents hommes [Hist, 
orientaux, III, p. 525)», pour repousser Tannée 
égyptienne , ne manqua pas , vu sa pénurie de troupes , 
d emmener son parent Godefroy avec lui. — L'his- 
torien cité raconte que, de ces sepi cents hommes, 
Baudoin et trois autres seigneurs échappèrent seuls 
aux Égyptiens. 

4° P. yS , note 2, et p. 54 , note 1 , JLiiiD dans ces 
textes semble signifier étangs ou citernes \ 

5" P. "j'i. Au lieu de : « par suite de la jalousie », 
traduire : « à cause de son zèle ». 

6° P. 77. Metsidta est Mopsueste^. 

y*" Ibid, Au lieu de : « Il s'empara de Alboun 
(Alep) et des environs », il faut traduire : Il prit le 
pays de Leboun et Leboun lai-même. Ce roi arménien 
jhv AeSovvrjv ts Apfxevias ^pxj^, disent Nicétas et Cin- 
namus, est bien connu. Bar Hébréus (C/iron. syr. éd, 
Bedjan, p. 3oi) l'appelle Léon et dit aussi quil fut 
pris avec sa femme et ses enfants par Jean Gom- 
nène. 

8*" Dans le texte syriaque , p. 5o, 1. 8 el note 2 : 

' Ce sont ces étangs que M. Guérin retrouve et si^ale sur \e% 
emplacements de chaque village. 

^ Cette campagne de Cilicie est racontée par Nicétas et Cinnamas. 
Voir aussi riuillaumo de Tyr, L. \1V, cbap. xxiv, et Bar Hébn»us, 
Chronique syriaque , »'d. I^djan, p. 3oi. 



LE CROISÉ LORRAIN GODEFROY DE ASCEiA. /431 

après ^«^J^"^? il faut ajouter JL^^^ud timide; c'est le 
JL^M^o du manuscrit. — Ibid. Au lieu deJL^o^^, 
lire JL^o^. — P. 5 1 , 1. 2 , lire o^^ ; 1. 12, au 
lieu de JbaA.9, on peut lire JL^»^Ar^ — P. 82 , 1. 4, 
au lieu de ;^)l), lire ^;^ |l). — P. 53, 1. 8 et 
note 1, au lieu de «^«^1), lire ^J^.«t) quand il fut 
orphelin; 1. g-i o, au lieu de )oo) ^fn^iin , lire <y.<innjo 
loo» « Et était répandue » sur lui toute la grâce de Dieu; 

1. 10, au lieu dco$^, lire ot^; 1. 16, au lieu de 
)9J(s«flaxî^, lire t;ni/N^ , couvent connu (voir Bar 
Hébréus, Chron. ecclés., I, col. 476). — P. 55, 
dernière ligne, on peut supposer que le mot illisible 
est pj^o usurrexityi et rediit. — P. 56, 1. 2, au 
lieu de |JLI,^£d, lire iJl^i» une multitude. — P. 56 , 
1. 3, au lieu de )to»A ^ , lire )ttcH"^">. — P. 56, 
1. i5, au lieu de )J(s^^ijl, lire )J(«i^a^ il mourut au 
matin « du samedi » , et non « à l'heure » de complies. 
Ainsi Ignace tomba malade le jeudi, mourut le sa- 
medi matin , et son corps arriva à Jérusalem le lundi 
suivant. 



432 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

NOUVEL 

ESSAI D'INTERPRÉTATION 

DE LA SECONDE INSCRIPTION ARAMÉENNE 

DE NIRAB, 

PAR 

M. PAUL DE KOKOWZOFF. 



Parmi les précieuses trouvailles faites pendant 
ces dernières années dans le domaine de Tarchéo- 
logie sémitique, une des plus intéressantes, sans 
contredit , est la découverte des débris antiques de 
Tancienne civilisation araméenne à Zendchirly et 
Nirab-flaleb en Syrie. Grâce à un heureux hasard , 
nous nous trouvons tout dun coup en présence 
d'ass(*z nombreux monuments provenant de Tancien 
Aram de la Bible, et dont lauthenticité ne peut être 
contestée d'aucune façon. En faisant ressusciter 
devant nos yeu\ cet ancien monde araméen qui 
semblait avoir échappé pour toujours à la curiosité 
des savants, en permettant de le saisir, pour ainsi 
dire, de nos mains mêmes, les trouvailles de Zend- 
chirly et de Nirab ont incontestablement une valeur 
inappréciable. 



SECONDE INSCRIPTION ARAMEENNK DE \JRAB. 433 

Mais ce qui constitue particulièrement leur in- 
térêt tout exceptionnel, ce sont, à notre avis, certai- 
nement les inscriptions sculptées ou gravées sur 
quelques-uns des monuments et présentant d'inté- 
ressants spécimens des idiomes parlés par ces Ara- 
méens de la Haute-Syrie. Nous possédons enfin des 
textes araméens plus ou moins anciens qui, en 
même temps, sont assez étendus pour enrichir sous 
plusieurs rapports nos bien insuffisantes connais- 
sances de Taraméen du vin'' et du vn** siècle av. J.-C. 
C'est le mérite qui appartient, en outre, presque 
uniquement aux inscriptions de deux stèles funé- 
raires de Nirab , car ces inscriptions seules sont ré- 
digées en un langage réellement araméen. Les in- 
scriptions de Zendchirly, plus anciennes que celles 
de Nirab, représentent une langue très remarquable 
d'ailleurs, mais qui, comme on le sait, en dehors 
de quelques formes grammaticales vraiment ara- 
méennes, ne diffère pas essentiellement de f ancien 
hébreu ou du phénicien. On ne serait donc pas bien 
fondé à appeler la langue des inscriptions de Zend- 
chirly tout simplement araméenne, à moins qu'on 
ne donne à ce terme technique une signification tout 
à fait difierente de celle qui est reçue et usitée. Car 
certainemi^nt une langue qui emploie, pour dire 
«tuer», le mot 3in; pour «prendre», np'?; pour 
« donner », jn: (même au prétérit, au lieu de aiT»); 
pour « labourer », 12:;; pour « aussi », D3, etc. , n'est 
évidemment qu'un dialecte chananéen. 

En revenant aux inscriptions de Nirab , il reste à 



434 NOVEMBRE-DÉGEMBRË 1899. 

ajouter que, d après les considérations paiéographi- 
ques qui, en l'absence de quelque date plus ou 
moins précise ou de quelques allusions historiques, 
nous semblent seules avoir une valeur décisive, il 
est presque certain , aussi certain que peuvent l'être 
en général les déductions paléographiques , que ces 
inscriptions appartiennent plutôt au vn* siècle qu'à 
la période paléographique suivante, commençant 
avec le \f siècle. Ce sont donc, relativement à la 
langue araméenne , les plus anciens monuments ayant 
une étendue considérable. 

On comprendra bien toute la valeur de pareils 
textes, si Ton se rappelle Timportance des études 
araméennes aussi bien pour la philologie sémitique 
que pour l'exégèse biblique et la critique des livres 
de TAncion Testament. Il serait naturellement yi- 
ulilo de s'étendre longuement sur ce sujet, d'autant 
plus que les inscriptions de Nirab ont déjà été 
l'objet d'études détaillées et minutieuses de plusieurs 
savants éminents qui ont parfaitement su en appré- 
cier la valeur. Ce que* je veux constater ici après les 
travaux bien connus de MM. Clermont-Ganneau, 
Halévy et G. Hofimann , (r'est qu'il me semble qu'on 
n'a pas encore tiré de ces précieuses pages aramé- 
ennes tout le profit scientifique possible. Par exemple, 
l'examen attentif de quelques passages qui restent en- 
core jusqu'à présent obscurs et dont les interpréta- 
tions paraissent, rigoureusement parlant, rien moins 
que satisfaisantes, cet examen, pensons-nous, peut 
ajouter quelque chose d'intéressant et vraiment im- 



SECONDE JNSCRIPTION ARAMEENNE DE NJRAB. 435 

portant à nos connaissances de lancien araméen, et 
par conséquent à la philologie sémitique en général. 

Je veux prouver cette thèse en présentant ici un 
nouvel essai d'interprétation dun de ces passages 
obscurs , notamment de celui de la seconde inscrip- 
tion de Nirab , c'est-à-dire de l'inscription sur la stèle 
funéraire du prêtre Agbar (lignes 5-6). Cet essai, 
qui outre le mérite qu'il a de donner à l'ensemble 
un sens plus naturel sans recourir aux expressions et 
formes grammaticales plus ou moins hardies, sinon 
tout à fait fantaisistes, nous met en possession de 
deux locutions araméennes archaïques, extrême- 
ment intéressantes non seulement pour la philologie, 
mais aussi pour l'archéologie sémitique. 

On voudra bien se rappeler la partie principale 
de la seconde inscription de Nirab, la partie qui 
commence par les paroles suivantes du prêtre dé- 
funt : 

""7 ^DD nnD nv2 ^iDv "]-)Km dû dv '':dî:; niDip Tipisn 

C'est-à-dire : 

A cause de ma juste conduite devant lui, il m'a donné un 
bon renom et il a prolongé mes jours; au jour de la mort, 
ma liouche n'était pas fermée et sans paroles, et de mes 
yeux j'ai vu les fils de la quatrième génération. 

Jusqu'ici le sens du texte ne paraît pas, en gé- 
ntTal, être douteux, quoique certains mots, par 
exemple :?D^ au singulier dans ym ^an (au sens de 



430 NOVEMRRK-DKCKMBRE 1899. 

D^2?5n de la Bible), non moins que nînD au pael^ 
présentent encore des diflicullés sérieuses au point 
de vue du lexique aranié(Mi. Assurément, le défunt 
a voulu dire simplement cela, que jusquau moment 
de sa mort il avait joui, <^râce à la faveur de son 
dieu, do la meilleure santé c»t qu après avoir atteint 
la vieillesse il mourut subitemr»nt sans voir ses forces 
corporelles diminu(»r sensiblement ou même laban- 
donner com])lètement. Une pareille mort subite 
parait être considérée comme le conïble du bonheur 
aussi par les anciens Hébreux, à en juger, par 
exemple, par ce passage du livre de Job (xxi, i3) : 

inn'» hM(V ^^a-im DiT'D'' mo3 'ou ^hi^) l'js'» 

C'est-à-dire : 

Ils passent leurs jours dans la bonne chère et ils descen- 
dent dans ie Clie'ol en un moment. 

il n'y a aucun doute possible, à notre avis, que 
c'est cette idée même qu'a voulu exprimer lancien 
prêtre de Nirab dans notre passage, et c'est le sens 
le plus naturel de cette partie de l'inscriplion. 

Mais ce qui vient immédiatement après, à savoir 
la fin de la ligne 5 (le mot jira) et particulière- 
ment la première moitié de la ligne 6 (les lettres 
iDnpN^rinr), ré^^iste jusqu'à ce jour à tous les efforts 
qu on a faits pour en découvrir le véritable sen§. Il 
est presque cerlain d'abord que cette partie de fin- 
scription, commençant avec le verbe "*J^Z2 « ils mont 
pleuré», no peut d'aucune façon, au point de vue 



SECONDE INSCRIPTION AÏUMEENNE DE NIKAB. 437 

de la syntaxe, être rattachée (dans un morceau pro- 
saïque comme celui dont nous nous occupons) à 
la phrase précédente. Elle paraît présenter une 
nouvelle phrase, tout à fait indépendante de ce qui 
précède, et qui s'étend, comme nous allons le voir, 
jusqu'au commencement de la ligne y. Cette partie 
de notre inscription contient donc d'abord le verbe 
au prétérit '•aiDS, au sens de « ils m'ont pleuré », puis 
les neuf lettres énigmatiques iDnnNDim et ensuite 
une phrase commençant par la conjonction « et » (i) 
et signifiant : « et ils n'ont mis avec moi aucun vase 
d'argent ou d'airain )>. La difficulté consiste à détermi- 
ner le sens de ces lettres embarrassantes : iDnnwim 
qui se trouvent entre les deux prétérits, à savoir le 
prétérit "«iiDS (« ils m'ont pleuré ») et le prétérit it:^ Si 
(« et ils n'ont pas mis », etc.). Gomme nous l'avons 
déjà dit, une interprétation satisfaisante n'en est pas 
encore donnée, je veux dire l'interprétation qui, 
s'adaptant bien au contexte , ne sortirait pas en même 
temps du domaine de l'araméen sinon réellement 
existant, du moins le plus probable. Notre interpré- 
tation, reposant sur un arrangement des mots tout 
différent de celui de nos prédécesseurs, remplit, 
qu'il nous soit permis de le croire, les deux condi- 
tions indiquées. 

Je prends pour base le verbe au prétérit "«aiDa, 
qu'on obtient en joignant au groupe jiDa , qui ter- 
mine la ligne 5, le "^ commençant la ligne 6. L'exis- 
tence dans notre passage de cette forme verbale 
avec 1(» suffixe de la i"* pers. sing. est absolument 



438 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

hors de doute pour nous et, quant à lorthographe 
du suffixe •»: avec un *» , elle nous est parfaitement 
confirmée parla forme analogue "'ilD^ , qui se trouve 
un peu plus loin (1. y) dans notre inscription. Il est 
à regretter que presque tous les savants qui se sont 
occupés avant nous de Tinscription , en partant du 
fait, que les mots ne se coupent ordinairement pas 
à la Hgne dans les inscriptions de Nirab , pour cette 
seule raison aient refusé de détacher ce "^ commen- 
çant la Hgne 6 de ce qui suit, et préféré augmenter 
ainsi les difficultés du passage en créant des mots 
extrêmement embarrassants pD3 et ^rïV , qu ils n ont 
pu, jusqu'à ce jour, interpréter eux mêmes dune 
manière satisfaisante. 

Le prétérit '•jIDD n^étant pas formellement lié par 
quelque conjonction ou par un pronom relatif quel- 
conque au précédent, il nous semblait plus (pie 
probable dans notre cas, que ce verbe devait 
commencer une nouvelle phrase indépendante. 
D'autre part, la phrase qui suit immédiatement 
les lettres énigmatiques iDnnNDim , ayant la con- 
jonction 1 en tête, doit être regardée évidemment 
comme faisant suite à la phrase qui commence par 
le verbe ''iiDS et comprend les neuf lettres iDnnKDim 
au commencement de la ligne 6. Or il est à observer 
que la dernière des lettres en question présente un 
1, elle peut donc appartenir à un pronom ou k un 
suffixe pronominal , par exemple ion , comme l'ont 
admis tous nos prédécesseurs; mais, aussi bien cette 
lettre peut apparlenir à quelque forme verbale, par 



SECONDE liNSCRIPTlON ARAMÉENNE DE NIRAB. 439 

exemple à quelque prétérit analogue au prétérit "«iisa, 
qui le précède , et au prétéri IDC^ qui le suit. Je me 
suis donc demandé , en examinant pour la première 
fois notre passage, si ces neuf lettres énigmatîques : 
lOnriNDim , au lieu de présenter un pronom ou bien 
quelque forme nominale avec un suffixe, comme 
par exemple celle qu'ont proposée quelques-uns de 
nos prédécesseurs, à savoir iDnnND au sens de « leur 
centaine» (ihrer hundert), si ces lettres, dis-je, ne 
cacheraient pas plutôt une forme verbale qui serait, 
au point de vue du sens et de la syntaxe, étroite- 
ment liée aux verbes '•:'I33 et iDC^bl. 

Partant de cette idée, j'ai essayé de couper diffé- 
remment les mots au commencement de Id ligne 6 
et après quelques tâtonnements je suis arrivé, à nia 
grande surprise, à la découverte de deux anciens 
mots araméens s'adaptant à merveille au contexte 
et, ce qui est non moins important, dont Texistence 
réelle dans Tancienne langue araméenne est infini- 
ment plus probable que, par exemple, l'existence 
dun mot comme ^r^v, admis par nos prédécesseurs. 

C'est le verbe au prétérit de la forme réfléchie, 
iDnriN, que jai eu d'abord la chance de relever, une 
forme rigoureusement parallèle aux verbes "'iisa et 
iDC^bi . Il ne restait après cela qu à déterminer le 
sens des quatre premières lettres de la ligne 6, for- 
mant le groupe Dim. Nous y avons aussitôt reconnu 
la conjonction i et l'ancienne forme isolée du pro- 
nom personnel de la 3° pers. plur. oin. Cette forme 
110 s'est conservée isolée dans aucun dialecte araméen; 

M \ . 29 

lurnlMI'IIIF. SATIil%«l.1.. 



440 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

mais son existence comme suffixe est siiffisamment 
attestée par les plus anciens documents de la langue 
araméenne. Le suffixe on (mn) est employé souvent, 
comme on le sait, dans les parties aiaméennes du 
livre d*Esdras; puis il se trouve dans le fragment 
araméen, encore plus ancien peut-être, du livre de 
Jérémie (chap. x , v. 1 1 : Q^n'?) et se rencontre enfin 
dans les Targums dits palestiniens. Il est admis aussi 
que ce suffixe est employé généralement dans les 
inscriptions nabatéennes, et son existence dans Tan- 
cien araméen nous est parfaitement attestée par un 
passage de la seconde inscription de Barrekhab de 
Zendchirly, Si même, d'ailleurs, il n'en était plus 
resté de trace dans tous les lextes connus , il faudrait 
bien admettre l'existence d'une pareille forme dans 
l'ancien araméen a priori. Car le pronom personnel 

on (mn), correspondant à l'hébreu on et à l'arabe 

îr, ne pourrait nullement, à notre avis, manquer 

au rameau araméen des langues sémitiques. Bien 
entendu, l'existence réelle du suffixe araméen on, 
démontrée par les anciens textes araméen s, suffit 
pour faire admettre l'existence d'une forme isolée du 
même pronom, correspondant à la forme suffixe. 
Cette forme isolée paraît avoir de bonne heure cessé 
d'être en usage, après avoir été reniplacée dans dif- 
férents dialectes araméens par des formes allongées 
(composées), comme par exemple : iOn (équivalant 

à l'hébreu non) dans le dialecte du livre d'Esdras, 

firsn dans celui du livre de Daniel, p:N et ^| dans 



SECONDE INSCRIPTION ARAMÉENNE DE NIRAB. 441 

ceiui des Targums et dans le dialecte d'Edesse, etc. 
Assurément, on est un peu surpris de voir le pro- 
nom mn écrit plene, avec un waw qui paraît indi- 
quer dans ce mot Texistence d'une voyelle primitive 
longue, ou même, ce qui est aussi bien possible, la 
prononciation du waw comme consonne. 

Cette orthographe n'est attestée, il est vrai, nulle 
part sur le terrain sémitique; mais il ne faut pas 
oublier : i° que nous ne connaissons pas encore la 
forme primitive (simple) araméenne du pronom per- 
sonnel de la 3^ pers. masc. plur. ; et a° que nous ne 
savons presque rien de certain jusqu'à présent sur 
l'origine des pronoms personnels dans les langues 
sémitiques. Par conséquent, à l'heure qu'il est, 
l'existence d'une voyelle longue dans la forme pri- 
mitive du pronom sétoitique en question ne pouvait 
être sérieusement contestée a priori. Nous ferons re- 
marquer, à ce propos, que précisément une pareille 
forme avec une voyelle longue, à savoir /lâna, avait 
été proposée depuis longtemps par le savant pro- 
fesseur de Rostock, M. Philippi [Wesen and Ursprang 
des Status Constr, im Hebràischen, etc., p. i83), et 
qu'une voyelle longue se trouve encore dans la forme 
du suffixe correspondant en éthiopien [hômâ). Pour- 
quoi l'ancien araméen n'aurait-ii pas pu nous con- 
server seul la forme primitive du pronom en ques- 
tion , c'est ce qui ne nous paraît pas évident. Ainsi 
nous n'avons point de doute que, si notre inter- 
prétation du passage (1. 6) est juste, le sentiment 
de défiance avec lequel sera naturellement acceptée 

29. 



442 NOVEMBRE. DÉCEMBRE 1899. 

d abord lapparition du pronom archaïque araniéen 
Din ne se change ensuite peu à peu en la pleine con- 
viction que cette forme pût exister et a réellement 
existé dans le plus ancien araméen. 

En dehors de cette curieuse trouvaille d un ancien 
pronom sémitique, nous avons eu la bonne fortune 
d*obtenir simultanément un ancien verbe araméen 
iDnriN, qui parait avoir presque totalement disparu 
des dialectes araméens. Il s est conservé, autant que 
nous sachions, uniquement dans le dialecte desTar- 
gums , où lexpression hébraïque i"ânn « se faire des 
incisions, des blessures en l'honneur du niort» se 
rend toujours (mais seulement dans ce sens rituel) 
par le même verbe D!:nnK, signifiant lui-même « se 
faire des blessures » , comme on peut le voir par le 
passage I Rois, wiii, 28 : pD'^Da pn''DiD'':D iDDnDKi 
pn"»*?:^ Nirri t^dp^nt ly pnonai . H n y a point de 
doute pour nous que ('(^st bien à ce verbe des ïar- 
gums que nous avons affaire dans notre passage de 
la deuxième inscription de Nirab. I^a forme iDnnx 
serait ainsi Téquivalant du iDCnriN des Targums 
(cf. I Rois, wni, 28; Jér. , \li\, 3), au sens de l'hé- 
breu niilnn , c'est-à-dire « ils se sont fait des incisions 
dans leur chair ». 

Nous lisons donc et traduisons ainsi le passage 
difficile de notre inscription : lOC; bl 'ii^nPH Dini ^3123 
^nji î^DD JND "'D:^ « Us m'ont pleuré et ils se sont même 
fait [ou en se faisant même) des incisions pour moi , 
mais ils n'ont nus avec moi aucun \ase d'argent ou 
d'airain ». 



ShXONDE INSCRIPTION ÀRAMKKNNK DE NIRAB. W,\ 

On connaît bien cet ancien usage très répandu 
de se faire des mutilations sur le corps en signe de 
propitiation envers des chefs et des parents décé- 
dés. Ce rite funéraire paraît avoir été un usage gé- 
néral chez les peuples sémitiques de la Syrie, et 
avoir été pratiqué même par les anciens Hébreux , à 
en juger par plusieurs passages de l'Ancien Testa- 
ment, comme par exemple Deut. , xiv, i : « Vous êtes 
les enfants de TEternel votre Dieu. Ne vous faites au- 
cune incision et ne vous rasez point entre les yeux 
pour aucun mort », ou Jér. , xvi, 6 : « Et les grands 
et les petits mourront en ce pays; ils ne seront point 
ensevelis, et on ne les pleurera point et personne ne 
se fera aucune incision, ni ne se rasera pour eux. » 
Il n'y a donc rien de surprenant à voir dans notre 
inscription funéraire un ancien prêtre araméen du 
vn* siècle avant J.-C. nous raconter qu'après sa mort 
ses enfants l'avaient pleuré , et qu'ils avaient accompli 
aussi le rite non moins nécessaire des mutilations , 
pour dire tout simplement qu'on avait accompli 
pour lui tous les principaux rites funéraires généra- 
lement usités. A côté de l'expression "'i'iDD, qui paraît 
elle-même présenter au pael un terme essentielle- 
ment rituel (cf. Ezéch., viii, \t\ : TiDnn riN niDaD; 
l'inscription sur la stèle de Panammou, 1. i 7 : îT'rai 
'^Wii iVd nN")D njHD nrfDm nn'^N), la présence d'une 
autre expression rituelle comme lOnnN au sens de 
iDDnnx des Targums (=n"|ânn) est on ne peut plus 
en situation. Etant un terme purement rituel, ce mot, 
par suite do l'abolition du rite correspondant, a été 



\M NOVEMBRE. DKCEMBRE 1899. 

lui-même probablement peu à peu oublié, et cest 
ainsi quon pourrait bien, il nous semble, s'expliquer 
la disparition du verbe DCnnK des lexiques araméens. 
Si nous avons deviné lo vrai sens du passage obscur 
dont nous nous occupons ici , la seconde inscription 
de Nirab nous donne pour la première fois une 
preuve documentale positivi* de l'existence de Tan- 
rien usage des mutilations fimc^raires chez les anciens 
\raméen.s de la Syrie, et elle est en conséquence 
extrêmement intéressante au point de vue de Tar- 
chéologie >émitiqiie. 

li nous reste encore à expliquer Tabsence du se- 
cond mém dans notre forme icnnK et è justifier ainsi 
notre identiiication de cette forme avec iCDnnN des 
Targums. On sait parfaitement qu'en araméen les 
verbes géminés ou v"y maintiennent d ordinaire 
(même dans la forme simple qal) les deux radicales 
semblables, quoique Ton trouve aussi souvent des 
exemples du contraire , je veux dire des formes con- 
tnictée^, dans dliférents dialectes araméens. Nous 
préférons pourtant, dans notre cas, admettre une 
omission accidentelle, ou, pour mieux dire, une 
erreur du lapicide, pareille à celle (|Uon peut voir 
dans lorthographe du nom 32*^3 (au lieu dé aama), 
dans une des inscriptions de Zendcliirly. Nous croyons 
même avoir une indication du fait dans la petite barre 
horizontale, gravée très clairement au dessus du 
mêtu dans notre mot. Cette barre qu on pourrait bien 
(considérer connue une fissure purement accidentelle 
dans la pierre, nous parait présenter plutôt un signe 



SECONDE INSCRIPTION ARAMÉENNE DE NIRAB. ^M^ 

intentionnel, ayant pour but d attirer lattention des 
lecteurs sur le mot ou le passage défectueux. Nous 
rappellerons, à ce propos, l'usage assez fréquent et 
bien connu d une barre horizontale placée également 
au-dessus des lettres dans Jes manuscrits samaritains, 
(jui n'a pas non plus, comme on la reconnu depuis 
longtemps, un rôle strictement déterminé et qui 
olfre une des plus frappantes analogies avec la barre 
de notre inscription. 

Nous concluons , en donnant ici notre traduction 
de Tensemble de la deuxième inscription de Nirab : 

De Agbar, prêtre de Sahr à Nerab. Voici son image. A 
cause de ma juste conduite devant lui , il m'a donné un bon 
renom et a prolongé mes jours; au jour de ma mort ma 
bouche n'était pas fermée , sans paroles , et de mes yeux j'ai 
vu les fils de la quatrième génération. Us m'ont pleuré et ils 
se sont même fait des incisions (oa en se faisant des inci- 
sions), mais ils n'ont mis avec moi aucun vase d'argent ou 
d'airain. Ils m'ont mis avec mes vêtements seuls pour que 
mon lit funéraire ne soit pas volé par quelque autre. Toi, qui 
m'opprimerais et me pillerais ^ puissent Sahr, Nikkai et 
Nousk le laisser mourir de mauvaise mort et puisse sa pos- 
tériter périr ! 

^ (X daDs le Targum d'Onkelos, Lévit. , xix, i3 : 



446 NOVEMBRK-DÉCEMBRE 1899. 



HOMÉLIE DE NARSÈS 



SFR 



LES TROIS DOCTEURS NESTORIEIVS, 

PAR 

M. L'/VBBÉ F. MiRTIlN. 



Narsès nacpiit dans la première moitié du v" siècle , à MaaI- 
tha, au nord de Mossoul. Il vint étudier puis enseigner à 
Edessc, dans la célèbre école des Perses. Les commentaires 
de Théodore de Mopsueste y jouissaient d une grande vogue. 
Narsès y puisa les principes de Thérésie nestorîenne. A la 
mort de Tévéque Ibas , en 457 \ il dut quitter Edesse, connue 
les autres partisans de Tévèque défunt. Avec Barsauma, il se 
retira à Nisibe. Barsauma devint évêque de la ville et y fonda 
une école que Narsès dirigea pendant cinquante ans, sauf 
une courte interruption. Narsès avait passé auparavant vingt 
années à Edesse. 11 mourut en 507. 

Pendant cette longue vie d'étude , le professeur nestorien 
composa de nombreux ouvrages sur la Bible , la liturgie , etc. , 
et en particulier beaucoup d'homélies , 36o , dit-on. 

Nous n*avons qu*une partie de ces homélies, conservées 
dans un manuscrit de Mossoul. Le Musée Borgia , à Rome • 
et la Bibliothèque royale de Berlin possèdent chacun une 

^ M. Rubens Duval a établi cette date dans sa Liltérature tyrieufue, 
Paris, 1899, |). 3/|5 et .'{'iG. Voir ibifl., les raisons qui lui ont fait placer 
ta mort de Naniès en ^07. 



HOMELIE DE NARSES. \M 

copie de ce manuscrit. L'homélie dont je publie ici le texte 
et la traduction, a été copiée sur le manuscrit du Musée 
Borgia\ Siriac, K. VI-5, p, 169-1 84. Ce manuscrit, comme 
celui de Berlin, est très richement vocalisé. Je n'ai pas cru 
devoir en reproduire tous les points- voyelles. Les anciens 
manuscrits contenaient peu de points diacritiques ; leur sur- 
abondance dans notre texte est due à des copistes modernes. 
De plus , cette vocalisation est parfois erronée ; souvent elle 
donne la prononciation plus ou moins corrompue des Nesto- 
riens actuels et non la prononciation ancienne du temps de 
\arsès. 

Kn attendant la publication des œuvres complètes de 
Narsès , j'ai cru que la connaissance de ce discours ne serait 
pas sans intérêt pour l'étude des grandes hérésies du v* siècle 
et pour celle de ]a littérature syriaque. 

L'homélie a pour sujet l'éloge des « Pères docteurs » Dio- 
dore de Tarse, Théodore de Mopsueste et Nestorius. Les 
deux premiers n'avaient pas été, à proprement parler, des 
apôtres du nestorianisme ; ils étaient morts avant que l'hé- 
résie ne se manifestât au grand jour. Mais leur enseignement, 
surtout celui de Théodore , contenait en germe la doctrine 
que Nestorius devait afficher avec tant d'éclat. 

Narsès proclame l'excellence de cette doctrine , et cherche 
a la venger des attaques « des pervers », de « l'Egyptien » et 
de ses partisans, c'est-à-dire de saint Cyrille d'Alexandrie et 
des autres évéques catholiques, (ju'il accuse de monophy- 
sisine et qu'il assimile aux hérétiques du temps. Pour lui , ce 
fut la jalousie de Cyrille qui causa tous les malheurs de Nes- 
torius. «L'Egyptien », appuyé sur des femmes, Pulchérie et 



' M. R. Duval u bien voulu mettri' à ma disposition une copie qu'il 
avait fait exécuter au Musée Borgla. Je tiens aussi à remercier mon excel- 
lent maître des conseils et des encouragements qu'il m'a donnés à cette 
occasion. C'est à lui que revient tout ce qu'il y a de meilleur dans ce 
travail. — Je signalerai les variantes du manuscrit de Berlin, Catalogue 
Sachnti , n" 07, [). 190 et suiv. , d'après la roll»"ction faîte par M. Joseph 
Horovii/,. Dans les fjoirs, \ -.11= ms. de Rome, B = ms. de Berlin. 



448 NOVKMBRE-DÉCRMBRE 1899. 

ses sœurs , le$ vierijes reines , fit convoquer le concile d'Ëphèae 
( 43 1 ) et obtint la condamnation de la doctrine « des justes •• 
Mais, en résdité, cette condamnation n'atteignit ni Diodore 
et Théodore qui étaient morts, ni Nestorius qui ne s*était 
pas présenté au concile. E^e était d'ailleurs sans valeur pnrce 
(ju'elle contredisait la doctrine de TËglise , et jetait le trouble 
dans tous les esprits. Et , pour le prouver, Narsès fait ressortir 
haf)iiement la confusion produite par la lutte qui se livra 
autour des analhématismes de saint Cyrille. 11 conclut que les 
trois «justes » ont été opprimés injustement par des hommes 
suscités par Satan , mais que la victoire leur est demeurée 
malgré tout. 

L'homélie est écrite en vers de douze syllabes, groupés 
en strophes , deu\ par deux. Il ne faut pas y chercher un mo- 
dèle de l'application des règles oratoires telles que nous les 
entendons aujourd'hui. Les conceptions des Syriens n'étaient 
pas les nôtres. La longueur et les répétitions, qui nous pa- 
raissent si fastidieuses , leur plaisaient beaucoup. Narsès s*est 
gardé de les éviter. Loin de s'astreindre à suivre la marche 
des événements, il laisse sa parole errer au gré de sa pensée, 
de la vie de ses héros à l'histoire du concile d'Ephèse, pour 
recommencer la biographie des trois docteurs au moment 
où nous attendrions la conclusion du discours. 

Son œuvre n'en est pas moins un des meilleurs morceaux 
du genre , et un excellent spécimen de la littérature syriaque. 
Elle appartient à la bonne époque , à Tépoque classique , et 
ne porte pas de traces de l'influence étrangère. Surtout die 
est écrite avec verve. Narsès n'est pas seulement un contem- 
porain des grandes luttes christologiques du v* siècle ; il en 
est un acteur. Sa fortune a subi le contre-coup de la con- 
damnation de Nestorius et de ses erreurs par le concile 
d'Ephèse. Lui aussi, il se place parmi les «justes» que le 
démon cherche à opprimer depuis Torigine du monde. En 
la personne des docteurs nestoriens, il venge la sienne. Ces 
ressentiments donnent à sa parole une àpreté mais aus»i un 



HOMÉLIE DE NARSÈS. 449 

intérrtque nous ne sommes guère habitués à rencontrer dans 
ce genre de composition. 

Après le récit de rhomélie venait le chant de la soagîlha, 
on cantique alternant, sur le même sujet. La sougitha sur 
les trois docteurs nestoriens a été déjà publiée , avec les autres 
sougithas de Narsès , par Feldmann , d'après le manuscrit de 
Berlin ^ Néanmoins j*en reproduirai le texte à la suite de 
l'homélie, avec laquelle elle forme un tout. 

Elle se compose de deux parties, un prologue et un dia- 
logue entre Cyrille et Nestorius. Comme Thomélie, elle est 
écrite en vers, mais en vers de sept syllabes, ou vers de 
saint Ephrem. Dans chaque ligne il y a deux vers , qui forment 
ce que les Syriens appelaient une « maison ». Le dialogue est 
alphabétique et comprend vingt-deux divisions. Dans chaque 
division, il y a deux strophes comprenant chacune deux 
lignes et quatre vers, et commençant toutes les deux par la 
même lettre de l'alphabet. 

Une strophe est placée dans la bouche de Cyrille, l'autre 
dans celle de Nestorius. La tournure du dialogue, favorisée 
par la brièveté du vers, est très vive, beaucoup plus vive que 
celle de l'homélie. Narsès fait discuter les deux adversaires 
avec la passion qui l'animait lui-même. Il est remarquable 
que, dans cette sougitha au moins, Narsès n'appuie pas sa 
doctrine sur des raisons philosophiques. Il ne met dans la 
bouche de saint Cyrille et de Nestorius que des arguments 
tirés de l'Ecriture sainte. 



' Franz- Fridmanii , Syrische fFechseltieder von Narsès, Fiolpsig, 1896, 
p. i9-:î."i. 



4r>0 NOVKMBRK-DKCEMBRË 1899 



j 



i»u 



5Jûo-v\ >-vsna ^sstxè^^û^ 







: >^xo >>ijaAVA 1^1^!^ AVvi'ai i^i^!^ t^uj^ 






'^y^ XiC3 ■ » fAi>*T fVI'^ Xb\31 ^^^CMnLaJ"\)(UkB 



• •• 



i<1!Îi<1à ^jcr\A\^ x^zn^a ^a^ti^^ 






10 

: ^^^cn.A'sft <Yx*"> i<!=n\\\ ^me^-^im i^v\V,rnc3ii vyt^ 





li 



• 



â<nVâA>\y&.=3 t<^\»A oâoi i^Ijm 



•• •• 






HOMÉLIE DE NARSÈS. 451 

~~~ • 

: yÙ€^y^-\ r^x^xj^ r^r^€k\m r^\>\ «^Aoiian i^Xx^aoA 

• ^~- 






: ^Vv^oâ^i i&^Vvro '^vLro i^Vv^oâAza 



•:• i<1!Îk1à-:\ r^*T\^ 9<ncA.!Li-:\ i^*Ai^^^i^':vi. •^^oiiaci 15 

• •• • — • 
: K^r^ ^oVvA i^'Hoje. ^ro €nju\ oûn 

: vc^'t^-:\ i^'V^cwra AjcaoaA qni\\^r> i^'Vcûcs'a i^a^i<1=» 




B i<=aACi"v . 



10 



452 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

: â^i^osA oxusx ^s^a» >mi^^ i^VvasooAojlra 






•:• 1^ Ar32L.-:\ i^n*T>v, >\i^t\ oa^.'\\\ i^Ara^sw aa'^r^«^»o 

•• • • • ^ • • •• • • 

• 
• • • • 

Cy9L=3 1&V=3 t^A'Si 

20 .:. <nV\ax=73âi^-3i i<Aam i^aikso KfVvH.^o 









A 



HOMÉLIE DE NARSÈS. 453 



•• • 
: i^\.A*n r^ra>.Vak i^v*n>\:\ t^ua i^'*\\*\-:\ K^nl^h^ 

•:• •^^Âro "Tjtxjotx i^vrD\ ciin vyi^ A\xrn >\a€i 
: r^S\^!sk ><n€i^(vn\ T^vv'A.ie.-:\ cicioA i^=nV\rv i^^(vnv=3 

•• • 

: i^Vvcoaïî^ ^nj3 r^jOA %ss^r^ asrkcvi r^jtïv^a i^Vui^ 
•:• r^S.\^a i^^tAro r^-Sjo^syaA t^jatï^ ^jjjIa •^^ciooi-^ 15 

.:. ^\^ rsA i^sa^ci t^stjVv^ i^H\<fx. ^Xjcnj^ i^cna 

>^» • • • 

: i^-K^^ci i^X^j73 1^-uÂje. a^» i^oirococ A.vxr3 20 






454 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. ^ 

: r^lxïx^ yskx^TD r^ïi^ ox'H.a^i^'^v i^VAro ^m i^^oi 



••• 







1 ô : t^o<3F3jA^\ ckâ.\ •^ACTixiâ.ra encan i^^coi^ caôs 

20 •:• 1^\^ CY> K^Î^CI 1^Jt>Vv2k i^^\<fx. CyUJOJC^ yOOOuAÂo 

• • •• • » 

: kV^i >jjLi^ w^&^ ^ja.v\x i^Vvae»^ KfV\\so 



••• 



t\ i<!Aj^ r^xnjL o\r\ry as^ i^\o 




HOMELIE DE NAllSES. Vj5 

•:• is^tu^ ^*^^ ^\y^ a><ui i^'KcnckXian vyi^o 
: y^xïY^ci v^Vui^'sv ^^JElci^-SÀ ':v^':\ r^\\r^ yi^om x^xasl 

: k1\!^^ ^^k^-^ ^nm ^ Aa. rd\:s^i<!!IîVv^^â':vsA 
»vyi yo-sij^ \^^^\r^r^ ><no\*Tn is;^jj3(vA-:\ vyi^a 

•:• T^^xjccua >mLXi-\ y^lxir^ <naV\^ X»i^vvjcajca 
: <nA>w.n i^fYxVf\ a\.raJO c^^ ^^A -:\ftvAi rd\iL^ 



•:• r^-^jcïxi jp cn^cncu \»<ï3an r^^tnas civvi i^^ci 
: \»cns •^^rd y<lm^ r^xrjyjL-sy cn'Hcncu cicn ^•=vm t^A 

: ^-\V\n r^'\»v\ 9A^.a^^ cnVvÀtN'H i^Xx.oj3 V\Am 20 



•:• rUssJc^ t^^Vv-^ t^ifVra t^jaîsf cnA ,»\»fn*n i^<no 

•• • ^^ • 

: rdijjt. VA^nA i<!*îi<!=k <nci-A\2^ \raAn i^ra^HouA 






' I> Jn.s/ Aa. — - \\ 9<nckr^'v^, — ' B r^\»axi, 

\i\. 3o 



i«ir>iiifcMii aiTiokALK* 



456 NOVEMBKK-DËCEMBRE 1899. 



15 



20 



••• 



: \<ùâtKi ^?^^ i<l^j^ oxn K^'n^Vj^aciÂra ^lm 




: 1^ W-V3 ,».:\*n >vi>:^^^ i^!\!^<7)V\ai3'H A*u 



i^Sâ.^« «.m AaTs^^ t ffn>vV\ os'Hxk* «isVvma 




jC3â 



• •" 



: <nyu?fc*ioAci <n.u.^\ i<r\\^ t^^^jjt 







•:• ^ «^^oâ^*yA Vui^jcaou y*f^«^V^\^^%^ 
: KS&ci'Kâ i^-Âj^tv i^^tva=3 \\Yii ^iso K^m r^lxA^ 




•:• v^VvAVv i^ai20jc rC^ro'^V-*^ r^-=\rkT\\ «^^o^iî^ «^aaoio 





HOMKLIE DK NAKSÈS, /|57 

: ^<w^\^ 1^0113 1^-vjjcai. cvXzra^^^ i^jqamjc i<l^.srx2b. 

•:• Y^^Aî^i i^lX^b^ «^A^i^ âxVâk x^yJTyyjCi 

• • — ■ . • • •• 

: \%\3r, %v\\^\ rc^A^ o\» KlM^a \<^\v^ 

•:• K^i^mcA.^ ^cn-^ cn^ivl^w ><n i^i2o-:\ «^^^m^-a X»L=3a 

— •• ^^^«^ — •• 

•:• <\zrK\\^<i ox^tti^ Vv^rôr^-^ ^iAqqA A^ ^=n n^Xaci 

•:• r^Vxvi€i^-:\ r^\ r^cioA ><7)âÀX r^-kx^yL ^ro ^iO^<^ ^^ 
: QÀ^C^F3i\ r^ni^x. ^'%!k!m r^\£a: 




"A i^Jîir^\ ^uDOâOO nji-vûoc3^r3â 



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3o. 



• • •• 



45<S NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 



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T^\*T> ,\^<\ry> i^V"3Ô *i^\->ii «Jb^.n3 «^oocQJ^ 



rdjkx^^ x^xir^ <\zn\\j-\ \\\sor^ r^\^ ro r^jtxiH 




^roci rgjsni>\ Yy corn luLXj^^ 13*^x0 
• : âAjc^ eacoLâ^-^x «^^^r^ r^okâ^ r^'^ >sn»\\^ 

• • • •• 

: k^k2S&^^-:\ >Aâ^ci2^^ cnci'KVvx» i^VvaexuQ jjCASaN 

•:• oaoooÀ V\\ro-:\ i^Vvojjc» no^v» ci«v^ on^iY> t^\o 

• ^ • • • 




ITOMKIJE DE xNàRSKS. W.) 



•:• Aàsci^ci .rrn x<l^-s\ r^^\ uv^ A\^V\i^ oxraa 

^ j • ^"^ — •• • 

•:• r^x^rd .^^VvaA ^vx^ma i^ncnca «^ûji^ -pl^ acnci 

: QûCLCûÀoaoo >o3l»âj3€i aimjt\ i^'\^V\À -^iasJ3i^ i^ci«tv 
: \^i> V wcwra-^ kI^â^A cn'K'^vx^ ^L»'\a\. trw y\rjy 

■7>^ rdr^'Ki^^ a*^\*73A .^^aii^ -Knjto 15 
^03l>^(vWv\ r^raou >m'\i^ ts^*i<vv\a i^I^ 

: <^o'\o-M^V\':\ ><na\20C3 i^acn i^-ttx^ y^slaû^ i^vm'\ 
•:• r^\u i^S^Xa^ <nmy*i *;70jl^-:\ i^":\t'^ ain -^pjt.r3 




• s 



•:• Y<!fto\r3 *7Exa(\ i^Isk'A i^Vi^zn ,^^011^ m: 



.A r^.^-\ak-^ ^^ji^^ <n.&'A^ i^^a-vra -^xaca 
•••r^VvoVui^ i^n^ i^Vv\^ i^côaoLX. i^Sjq^a ol^i^a 25 



D 



2r) 



••• 




460 NOVEMBRE DECEMBRE L899. 

^oaûkJ^Àra r^am x<i^J^ a^ <n\i3 yf^am Aam^ 

• • • \. 



••• 










20 '•• T^^*3i^^ ôii^m-^i i^V\n\ji uv^ oiciaacsVii^o aahi»\o 



: r^^A^\ 1^V^^\ <73\si&':\ 1^^\kV1 1^€lâ> OUCoVv t^SQk^ Ol^ 

^J •• • • • 

•• • • X • 

: <nV\â^<n^ i^Vrn AiLcL^ i^oo) "SAwri i<!bak& oi^ 

• • • 



fIOVIÉL[E T)E NARSÈS. 'lOl 

*Aà ^po \»oxm-\ t^U3V\t\ cTUôm i^om \>oiro i^sn^ oi^ 
•:• oxsouo r^V^ i^At\ i^om 9J^>xsot\ -^tvso pL'n>3f, t^A-:\ 

: r^\jj4 Vvjjjbo i^am V\\Knm i^sâa »<nl ai^ 



-:• YÙ€^Y^ek r^^t^se.'si v^^nt^^ ^nX^i X&\o VvîjtobM-:\ 



•• • • 

••• 



^% ■• •• 

• • • • •• • 

•:• i^SV\<VM >Â2Lrno i<l<3i& 'sJj^ rs^r^ y<n€kX^La> 

• • • • 

: i^Vvjlox» \€i\& T^ocnan mkiSfX^ i^Xaccua ^(Aro 20 

•• • • 

•:• Y^l^i^\ âAsoa i^iA^n \^t\<\ ><nôi<f'Sj3 we^\X ^/% 
•:• T^ncnoi t<!ajo^ci \<!âJCM ^mai^-^js i^S^cajA^v 



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A Aa ^m. — * B cuojc^-A. — » A i^L-mn. 



462 NOVICMBRE-DKCKMBRE I S99. 



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5 •'•• 



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•:• t^ iSKoxmafn-sK i^^oj^-i i^Laatc^ ci-vi3.^>o 

• • 

: t^XW t^Aâ^a «^oit^ VmLû9 t^-vskMJ=» r^imâ^ 

' — •• • • 

Y^'3\ X<^X<^ «JL^t^Zn w^OCIOSlI'^ 







•• • •• 

•!• \^\V\rn i^^'A.^.-^ t^XK^\i73 o2^-\ 4V»i^-VKi»\o 

o^lsolx^ w.oâ^mLX^ VcA-ri i^\n V\r3 yôoA 




•:• .V^V^ t^A^ra -Ka^jc^ Si^^oA «^^oit^ Ài^rcfo 

' • •• — ' •• • 

: o-XTiÂmA r^uaVOi cnV^*n i^Vm Vkx»':vso 

: t^Xs&caa XAm-^ t^-\-Hjc\ yoaujra Vv»i^Q«âJA 
•:• T^x^^x^'-^cn'A T^scïL\x^ i^^dJco ydOKia^vi t^A*:! 



HOMKLfK DR XARSKS. K»3 

• •• • 




;) 



cTxXftvra Y<^-\jajiL^ cir>.V^ t^-Hjacue.-^ t^'^ôxi» 

•:• ^ors^-^v c73J^Ar3 AravsK^ ^"^ra-^-A Y^sa^'s mrd ocn^ra 

■ • • •• •• • 

: C7xm\2^ A^y'n r^r^ VvA*n%\ cnVi\^r» i^VxVut^ 
: rd^i^\-:\ \<S«tvr3 rd^t^ix-:! i<^<nr^ oS^^^jif x^Làii 

\^ • • •• • • 

' : t^jjt^ ^m -VraA t^i<!^ cajo^-^x Y<Se.\M i^^fA^ 15 
•:• K^Vxcai^a^ A^ cnAo y3^\\<^ x^JatL\^^ r^\j a^o 

•• • • • 

• \^ • ^^ • •• • 

: x^axi^ V\Am ^n*Ti^ ^^ ovm v^côr^ Vviâi. o^ 

: cn^caoa^ ^m \<l&ax^ >09cua^^ XtY^\â^ , 



> Cod. add. : ^.ro -K *T> \ k1a1^*\ \ OXO^-^ 1^!sc\m ^^\ "A^O 



464 NOVEMBRR-DÉCKMBHE 1899. 



: ^sAoa ^\r73t^ Xtrd&K^ aA-:! S^t^-ri Xtt^ «-^^^ 






• •• 




•• • • ^^^» 

: i^ÎKf \:7Dt^ .raoVxo ^cn ^\:Âi^ fcnAii'yisoA 

: 'liXso Aj3>.oa\ K^^tA^o ^mr^i-^ t^^jsoti Vvj^ VviA 
10 •:• ' i^Xsô «JOÀ-rv 



-^ 



\^^L^ CCS^SsoA «^oVÛt^ »A!k»^ 



• •• 




^u «^jtn-A cn^\.s> ■ >m v^kso i^fi^ \sot^ 1^7;^ 

15 : t^^-\Vv\ fOXijL^ i^Tfjca r^sarsf-si rdsuza i^solÂo^ 

^^ • • • 

: x^\^zx^ ^\M -SfcSy ■ i^lfioi<!sô^ <»V\\i7y^ t^\CV,^ 
20 •:• i^xsnAcu.1 ^lix r^ijjâ-^ t^VAso cnA VvSSif ■ t^^o 



•• •• 






1 

• _ • 



ÏJOMF^LIE DE WRSÈS. 465 



•:• rdâAm Vvi^nro -xri^-rv fOixN^^Ta >cn r^i.m A^^'n-ry 

: q»^t\a\i>^v*^ i^br\<Yxv\ A.3Cv\ v^V'M'^ i^XiLoso 5 

• • • •• 

•• • 

••• y^j^^sKCi K^Si^vv^i Qoo'A<nLiQ^£û *-puc=3 «^ca^ oxrnjca 
: cn^caoxr^ ^p t^r^âA oxnj^-^ i<^ijt.<u^ t^cn 

: r^.ic^i rd!&A.\ i^AsiLi oiA o\mA, i^AsiLi t^JA 

: T^VvmcL^KM'A gyarx fAvv.N À^ €n^^^\i3 ^cn 

•• •• • 

.:. Sx^ i<Atvr3 T^v^ rd&oaâA cncnA^ t^p^"^ 
: cn^cuosA ^m pcw^ T^axr^-A ^ocn \^i^2k oA 
•:• cTiX^'A w^ouaa T^X^Oâ^'A r<^am pWx i<Aa 20 

• • • 

• • • • 




B i^'"v»'\at.. — =* A A.=njcci. — ^ A cn^cuK^ ^p^ pcuaÀi 



• • 



5 



W) NOVRMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

: i^=3\x\ €n^(VsL&V Xtrd&r^ (v\n -ViTsi^-ri Xtvcf ««^vdo 

•• • ^^^ 



•:• T^*T>Vv\ ^JN^t^ ar\ikV\ Y^icFaA ^ats^amto t^^A^ 

10 .:. x^ytiv^rx, \<!lx»r\ ^^ca^ .rx^yi-^ \sntî^'^ *xiy^VviAci 

: r^Xbi.anjA t^sA >\.\^h;, ^ulzo i^coA 

: w^gcTXilAso A^ tdArô'A ^X^^ra X^*i% i<!A r^m 

— •• • • ■• 



.:• ^Vx^ibVv V\cA rd&ox^ xjÂ^ i^^vjsoà i<!Aq 

• • •• • 

• •• 

: ^cujlA-)A_^oj3 i^âAm ^mosca xx^^m^ ^u 

: ^ksd^'AK^^'^ cnovmôjca ^ocn ^^icv^i J3Cid\ o<» 
• •• • 



A r^cn . -- ^ A (Irest xiî^. — ' B ^uo 



IlOMKLIfc: DE NAUSÈS. 467 

•• • ' ■ — j • 

: r^^caje.\\ aam cckido r<l^ ^^\i[\r=\ ^ndkx, coaca 



.;.• i<^f'A^ rdocox^ w^oii^ ^"Vn 1^^*^ ><n r^ikvv^ ^-ï 




•:• K^-\A^jc^ *T^s>. t^^if.^i >Jij^ i^uvra ^^i^o 

• \^ •• • 



• •• • •• ^^ ^^ •• 



OOSljl. 



j\i73 ^jsa^ i<!x=nL3t.'A oajxs-A S^cTxi r^^ ^cn-^ 



^ 



•• •• ^^ • 



^^ •• •• 

r^vr3\ aoaca'A "^^ V ^^^•=^ oaca'ÂJC^ >v*-%^^ .raoV •^..j<jci 

: ^.^ro ffna^^AàysK i<a.Vâ VcA ^acn J3^\3a y^^ 20 

x^^^ • • • • • 

*:* ^oscvij'A A>*^ ^^Y^*""^^ t^A^^ Y^ocn AX^h»^ y03C3 



: r^icTX^ a\2i^.û»':\ K^'Acn ^Js^Y^f ,\*73jc^ -^oVvm ..m oxso 



• • • • • 

r^-K-ÂJC- •^cicuxi-A 0^00=3 i<lSka^\À ..soci 25 

• •• ^3 

•• •• A •• • 




468 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 189Q. 

— •• • \r •• 

• • •• • ^^ 

•• • 



J .:. T^i^^^cLm-^ i^=nix^ •H.mrif'A * ^-^i ^so -^lo^ am "tiSaxto*:! 

•:• ^VxocnA^o t^'S^^ 'S.soi^'xv ,\^Aif , sLir^ \^\^ 

: ^lAcn •SLznjc'^ \<S«^ A.ra.)a Ajâ^n» r^lisn 

•:• i^'ticcT» t^^-^a -SjAx^ K^-^oro-^ K^t^ '^SjkàSO':! 

I :> : ^%Vv\rC^ fN/v>^ \<lkr^^ -^ fU"yfc Â^^xo i^iro i<<» 

• • • 

• •• • • 

: ^*\^*-^Vj5^-=^ f <i)am-VAi f \j&a i<!|ia'^ r<iam ^^<^ 

•:• «.^caK^ AXt^*^ K^âi^l^^ .racuxi-:! V\a<» i^t^^ t^\o 

: >€ncvm-v^ ArajacA t<îmACY>v\ t^ocn -^.rxbb. r^^'\ i^xoSy^o 

^0 •:• i^m-vu -S^^no i^Iro->^ ^t^^ 'Si^àA,r^ »ok\\^\mo 

: ^ t^AjçaV t<StiA, c'en ■\A'v\ i^Iso^mcs i^sfsSm 

* •• • • 

: <n\.r^Q>p^':\ ..m v^n\Ai x.oS^'a ^vâjcrn xj!t^ 






HOMKLIE DE NARSÈS. 4ft9 

•• •• — ^^ 



• •• """'*" 

• \ • ^. 

•:• axzryjc^ vdwjjtro \<!*^K3 i^sn\*i Xit^S^^o '•^ 
•:• T<r^(Vaexa3'A i^uSoi^ra -S aS.v ■• t^'AÂmA «^.a.» x^^ Kl!ia 

•:• rdjci^ Vxgjcica Vâ^..^ tcSto-a >!^c» ^"Hcn^a 

•• •• "^* • •• • 

• •• • •• 

: t^^o^k^s K^T^sLsoA t^VAm rc^uaA €n\ p^jxA >\cy> 

• • 



\ • •• • • 

•:• i^\=ô ^aXa'Â'a i^\d^ ^=n ^Ajcl^ i<!iro A.^^^JTa-^ 
iLcï) T^saïï;^ cvWro-A Vv!kdojt^ ^t^^ i^A-^ t^W.=nco 20 

•• • 



B cnVvadfcX.'k. ^ B >kAx.â. — » B t<^\A-AC>. 



• « 



;> 



10 



IT) 



'a70 novembre. DECEMBRE 1899. 

•:• ^^cai^^ ^rn ^\«^:=) t^^A^ ^^mV^ ^io \^j^ 

•• • •• • 

•• ~^k« • • •• 

•:• «^AoxsÛKyi am\jc^ i^Xj^oa i^&oaca ^K^ J^ t^cn 

•:• v^Soi^ K^'AcnA * cncocS-A i^vva\jc^ ^\ci-\ak r^m 



: oxia-vx^ ><ncc3Vv^ r^XsÀu^ t^^-A yVvsoo i^ncA 
: cn^coa^^ " i<l\i^ r^A^^ y<^\t\*^ t^mLi^-k âtd Ai^ 



:20 : A'^^':\ x^%r<! ^nro Aô'^^^ ^\a-\âA w^ooaA 



r^\.^^a t^^sOlso-^ i<^'\a!^ cc3^\^ w^ox»'^.^ fA*i r^tn-si 
li «^âiLsXm. — - B cncL-at-S-A-rx. — ' A Kf'Âom % \. — 



i 



B 




IIOMKLIE DE NAKSÈS. 471 



l'A i^fA*\^ Ara^raVu i<l\':\ aj&\à y^vs[& 



iLcï) ^An.:^ ^csvvVra «^^cnAn K^'^cn »<n r^yma 

: r^\»vs,. W....03A »cnat<liL^ "AgyA^i oc» t<iAA2L.->€n ^^ 
:• r^\^a ^îtAro^i t^Xt-AoVx * t^^VM cA^tajo ccia- y^Ao 

: T<r^ca-H\^\ (sic) <nc3JC^ i^m\xi i^LljaômkjuM 
•:• rcfXijar^ ^rcf (sîc) P^scA i<l^<<n vy^o 15 

■ •• • 

•:• Y<f V\aVv4Y<f *7X3A cnLmjtra yS^ca-ti i^»^t^ cA^^tî^o 25 

' •• •• 

A nj^. — ^ B Y^fifxocnAi^'A. 



KWalMBalB XATIItUtL». 



M2 NOVEMBRE-DÉGEMURK 1899. 



' • • • •• ^ •• • • 

• • •• 

— • • 





• •• 

•:• i^\=3o t^3t^t\ t<lsocâj3 .^o AmA yoaLftni&â ^S^io 

X • • • • 

•:. >.M,i^t^o Ail i^9a\:3 cA*:! oam ^\rnK^ 



HOMKLIE DE NAHSÈS. 473 

%xkx^!^D a\\^r<^^ i/^Wjl^ K^^q S^âj&o 

•:• r^^-\Vv\ asFsA^ Xtrd&v^ cA'^ w^o^i^ ÙÊ^-^ar^is^ Ti 



: i<v\^ 7°^^— t<r -u-vx- 0-:\*^Ni lC=3-\ tC=3-V3a 

: oocHc^^^ i^am ,\.Ajo ^^o ■ i>\ y.^ i<1jÔjc« 

\f ^ \^ • •• • 

\/ ' • 

•:- i^l\<\^^ >'^\^n,\ w^m^ ^om i^'Sjc^ ^t^^^so^o 



gcn^cisajAi^ cliA i^ocn ^<mm ^^*^.-*^^ %ss^r^a 






3i. 



'20 



:2r> 



47^ NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

•:• <nu^<»'\^ ^VxfikTo oxAx.'A i^mn.^. %^jLa ^ y^^o 

> •:• r^^EXoA^^m ^V<\*at>ro *^dcl> cnA i^oôâ ac^^ i<l!\o 

: ^|0^ i^^iX^'^i <i)X=n<î» CLsa\jL \<lxy%x\3L t^^St^nca 

1 u : i^acn ^ardâVvso oocAoÀ ^(vXron t^^a&\ 9011A 

• • • • 

: \si^je. ^<»'H'^ i^jcsjA i^lm*:! ^^ik&\ oKf 






X •• • • • 



: ■l'fA'\^ K^vM^oA '7xLj!Ùm^ r^snsk r^sr\%'\vv\ oKf 



^cnoAm-^ T<!=y>\^^ vsAiTsVxrcf r^^ i<Vii^. «S vd^ 



flOMKlJE DK NARSES. /i7r> 

— • •• • 

L J • •• • 

^/ ^^^ •• •■ 
•• • • •• 

: r^Xsô'A r^\i73i^3o .^^Y^f'A >i^^r>.^ cnÂ^^^i'A ^V\\i^. 

• • • ^ \ 

••\ . ^^ _^ ^^y . y ^ \ - * , ^ 

^^ • •• ~- •• 

1 BifxSi. 



^476 



iNOVEMBRE. DÉCEMBRE 1899. 



10 



15 



2Q 



••• ^V\\.mii K^-Sjc\ ojlI rilyp^ 






: rd&Xbi.<in3n tdAsb >x."i\ r^r(! \^jc\ 



m 
• •• 



! cca^fvakA t^f^SfAT» azaiS^VÀn A.2k cca^rtsk Xti^sojâ^ 

• • •• • • • • 

•:• «^^0ijjâjc.c\!^i3 t^soom ya^xnoA-A i^sojâji^ XAo 



••• 




: ^^ \^^^ ^ou'K^ Kf Vv^i.'^v* i<L»n r^jjoa 



•:• K^sc^n t^jjûo^ t^=3K^ o\X^^aJLû»n f<n 

~~- • •• ^ • •• 

kO T<^)(v\ro-A i^^(Va&a& •jjCi'SÂro^ 







^moXt^n Kîm ,^n \.£ûj^ x^^ atn aà oaA 

^^ • • •• • 



oivj^ ckro-\ 






V • ^_l r 



HOMÉLIE DE NARSÈS. 477 




^ a»aû «^ Aâ^-A «jjCftèv;^ *< *^ ^^^ 5 




: Y^i<nj^-:\ i^K^JL^ «^_cai^ VxnnJbi.^ i^X^^^ yih rcfnoa 



^ • • •• • • 



— • • • •• 

— • • • • 

•:• %>.^oijA?a.v. jâ\ Si>^jf. i<!!iVu Jk.ni xxr^ i^l\o 

^^^ ^% • •• • 



•:• T^^oVvrs i^':\\a'^ os'KaÎA i^'KVm^ oxA=3<n3 \<i\':vr3 

•• • • 

: ci-Kie^VwcT rd!mA. K^r^ K^a^ii ^^ftcnjAmcw. rcfoa 

^ B ^oiin. — - A 



10 



20 



478 iNOVEMBRR-DÉCEMBRE 1899. 

: i<jaï<r A-ra-rtcA x^^r^ a\^..£û initia r^jtxr^ ovm r^m 

•• •• 



ooiyro-ti x^xjyjL^ <\\â>.ib ^ra.» t<l\ ncoaXra t<£\aLtt 

■• 
• \/ — • 



••• 



09d\JLmn YCX>^ -\v^^ 

15 : rcf^n.^^ clV^ m^n ,^^e^rd Vvi3.^A •..^-vro-^ 094 

: «^A^vCT ,23coeAx.in «^^ ÂjoA i^Ï^Imo t^ivi^*n ^(xaso^^ra 

— • • 

: rdyA.i 9<nà\sk i^x.iî<f ^sco^ rcf^S n>\a>*i^A 



•:• K^v ^ cv> ^jN^Kf Kf V\je.oj3 îk^^'^A Kf^-vo ^AAi^'i^ 
: i^tJâii. w^cnca .^^aircf >ibk.rcf K^i\^cv> ' vO^ 

•:• l^ïl^^-:! 1^\.^.^J=3 09^^ V\^^ ^"^^ 



• Bv^o. 



II()\IKLIE DE NARSKS. 479 




rx^^-^ i^^'HrCjcxrs rcf ^ojoâ {vxu*i <n»^\ n^(V^o 

-— •• • 

>-\^ûarD •^^aoxsooAra K^utrn i^\Xp'^'=^ Kf-\Y^^^ 
: v^*\^^ -^jcArD ,;3Ô"\.ka.i'^ i^^Jrs i^Vvse.ca3 ^-x'svjûaX 



•^a.vv\n rcfaM.m <n\^ Vieocjca 10 






: <nr3k.»cA- vs.»i^ <n\^ -Kom^^aA Kfom ^i^f^^ ^^^ 
: r^-vs^ac^ -:va^ 903a^>-\a^ y^^Soà i^ocn VuKf o^Kfo 

4^ 



: * \^it\cv»\\^ >i\ cnA oocn t »*\; "^ t^TTi>\^-\<wc3 20 

: T^ïr^ Ai3Pa\ r^\^» » oiA Kf*n\^ r^V^» » 

' • • • 

• • • 



480 NOV£MBRB-D£C£MBKE 1899. 

•:• o9^a3ijim K^Acnuso •^^oocnii'^v i^WN'^ ojcSo 

•• • • ■• • 

: rcf VvrâoM t<l\so Kfaij^v\ i^vu <iaV\amk»n\ 

•• • 

•:• i<l^eu^09 "^cvâ.r3 mViSjsp t^lûA^C^ \50\soVvso i^oao 

^ j • •• 

•:• t^jLoX^^ "^ojca a»v^ oxv^x» 1^0 <vy\^o ax3\^»^ 



15 



^n^ofcf'A t^joA.^ «^^cnL^k ojÀotS^o Ari>\\, r^tn 
:• usXb'a i^'^i.âM^ i^tvj-v^ x^\Six^ •^^ciaj.zo * «Â 11^0 



20 : i<S^. tJT» ÂrsA «..cai^ ^-^àX- r^x^ Vv^Iso 

•:• ^o-^ono^n Xjcan i^^'K i<^v.v\^ Vui^\j2^ao 



• • 



• •• • 



"ta- 

^ A vsA . — * A ^jzoojcso ^:x> 



. — ^ B 9 



4 



B 



HOMÉLIE DE NARSÈS. 481 



"^ Y^.^-\i^jcxr3 osni,» « ^ dvrovvo Oâ'vx-* fdvroi^-A 

•• • 

"■^~- •• • 

•:• ^cu-Hrcf VvjC3-:\ r^^x^x JkàsASO 

x^r^sk x^limsJ^ w^cai^ ÀÂ-Ko 5 



». 
••• 



0009 aiJC3\ KLxn-^ i^Ar3\ 

• • • 

: Y^Srav Ara,Pft\ w^cai^ -^ajl^ i^jvr3\ i^Âdo 

^*~*- •• 

•:• t^AX33 Y^^-\K^ja\ t^vV\S ^*^V^ i^aArn ^Aso^vra 

: r^^jÎA^ t^vAs «^^oxaX^Wi-^ i^xrav i^ocn K^xn 1 

• • - • • • 

: n^ij.2h^-\Kf T^^-Ki^^ o^sol^ji r^^oâixA àx^ 

•:• i<rV\o^Ajk=F3A ^<Ibh.'Ki^=3 ôaascHo \^^n\^\ 9€nea.^ûS^a 

• • • 

: aa^mi^» p^aujc-^ t^kinoi^ ciA'K^n v^i<!>^a9A 01^.20 



: \^kvài.-\i^n •^ocnSrao'^ t^Xso i^^-H rd\<r^ 



' B T^j^rOLSC-^O . 



.) 



W2 NOVEMBRE-DÉCEMBHK 1899. 

(51c) : •..^oi.rvrDO'^ K^^i^n >iorcfl^. «^A<i9i»-\rao^ 



— • •• • ^« • 



•:• i^^^v cvx'VTa-^ kI^jt) n^orcfn >3ji^S a^^^^o 

\»» • • • 

AA i^^(VA^^ae.V\ Vvs^is^ x^rd t^^'K yi^\ ?i^o 









] T) : i^-va^a *t>:s^':\ y^Xj>09 Y^jarn ■\*tiv\ y^A'^ 1^^ 

: no'svm A^ ^m i^->jSjc aroi^-K r^lxir^-^K r^jAà\ 
•:• i^s^-\ro ^m i^s^xra ft\.*n>ô K^î<f .\\^*:oo 

• ~~> — •• • • • •• 

: ^ ^1^^^^."% nD'^vjd x^ytxi %is^r<! ya^^^os w^oia'VraQAra 



' Br^atxi. — * B ^V>>»,'\. 



HOMKLIE DE NARSES. 483 



cn.i'w^ckTD .^i^^A YCXt-^ dVjca ooi=3 i^.^-\:idu \<l^'s\ 












484 NOVEMBRE DÉCEMBRE 1899. 






•• 




•• • • • • 



: A^\ i^xîcaA i^Sj^'si oi\»v\*^ 



•• •• 



: ro-vro «.ro o:^je&a\rco ail: 



•• • •• 




: .^aaA r^-Kn i<!mi Aâ^'\=3 10 

•• • 

. >oaa.Kr3LfcVvi':\ cniAi Kfoc» &"VÀ 

20 




HOMÉLIE DE NARSÈS. 485 



: itNÂrorcf'sx «yi^ r^rcf "Hrôi^ •^-ï?^ "\r 
. Kfooa n^-Kcvxr^ i<^r^A oa^aljrn'^i 



^xi 







: i^oo) 1^-VMCD r^IxmoX=n refera 
10 •:• t<lW\ aajc^ kI^vsjo dC^H A.^wO 



cn-vra^^-^ 



Kl : 



••• 




: ViâLmiat. x^^-^k \\Ii^ rcf •Hmo'^i "non -^ 



•• • 



4«6 NOVKMBRË-DKCKMBRE 189U. 



"-\ca3 03 







• • 
•• 

•:• 3t=a.\ i^-S-^^A r^r^rdr\ os-S^dA 

•• • 

\i <v>\ CI : 1^009 i<^K^\ oaVv^mn ooxii^ 

•• •• ^^ 



HOMKIJK l)K \ \KSKS. 487 



•• • ^ • • 



•• • 
. v^a<n Xs^ic\r3 i^rsK^-ri '09^x^=73-^ 

• •• 



•• • 



: Kf-^y^Vi^ x^ \^w=v=o Vvi>\\^ ^ \^fA^ ^ 

. "TcwX, rcf ^0=73 i^Vvjco i^vxzn-^ 

^ »• ^^ • •• • 



. cnA^FiL^ 009A i^ocn i^^i.» i^l\ 





: i^Vv^.o\ ^73 A^-AO oaA ^-K^ 




•:• nax^xi 09':v»i^ Aâ.\30 A-^^-^i 


•• • 

\IV. 


:i2 



IHPalHiaiB MATIOUALI.. 



\;mi| 



u^ 



\ ^^* A 



.•nojo ya 



488 NOVKMBREDÉCEMBRE 1899. 

: «^^09^13 AZnhSii.'n ^30^ I^jlZO ài^o 

m • 



•• • 



:^x\a^ 



••• 




•• • 












• 




009':\ iCJCCkSnL^ 9 



•p ^ 



: \roi^n Vv^j^niae. i^-Sza^ 



• • • • 




"^n * 1^-V^21 1^ «W]LSO^ 






5 



HOMÉLIE DE NARSÈS. 489 

: y^am -Kroi^n Vv^\* ctiizo "X^-oûj "T» 




10 ••^=?-^^^ 

2 y^Ckfh fXiXJSû i«dv!3o am rcf V\\=73 •^i<jci 

• • ' — 

• • • 

•• • •• • •• 






•• •• 

•• • •• 



^ B o\«0^i. ; A deest 009 . 

32. 



^90 NOVEMBRË-DKCKMBKk ISQO. 



Deest qol>Sa\- ml .^. 



'J 



-\ca3 p 



'V*^^ 






"Y^mi À : i^Ison ôr^ UNja':iv<^ ma^ >* 





• •• 




009-^ 

• •• 
•• •• 

. V\CK» axrn-^i y^xm «^j\&^r3 
, SÂxs^i^ Ài^Xaco t^baAi^'i^ 




A aocn 



10 



20 



HOMÉLIE DE NARSES. 491 






.^xi 



B i^cno . — - B i^icsaI-^. 



492 NOVEMBRE-DÉGëMBHE 1899. 







LES [NSCREPTIONS DU PREAH PEÂN. 403 



LES 

INSCRIPTIONS DU PREAH PEÂN 

(\NGKOR VAT), 

PAR 

M. ETIENNE AYMONIER. 



Dans un mémoire présente au Congres de» Orien- 
talistes, session de Paris, 1 89*7, je crois avoir précisé 
l'époque où commencèrent les grandes constructions 
religieuses des anciens Cambodgiens ; ce fut au règne 
de Jayavarman II, qui monta sur le trône en 72/i 
saka = 802 A. D. Je pense avoir aussi établi les 
dates approximatives de la fondation de la capitale 
Angkor Thom et de son superbe temple , le Bayon ; 
ces travaux colossaux furent probablement conçus et 
entrepris pendant le long règne de ce grand roi , mais 
ils ne furent achevés et inaugurés que par ses suc- 
cesseurs : le Bayon , par Indravarman , vers 880 A. D. , 
et Angkor Thom, par Yas'ovarman, le premier roi 
qui fixa sa résidence à cette nouvelle capitale, vers 
l'an 900 de notro ère. 

L'édification des grands monuments se poursuivit, 
avec dos alternatives diverses , pendant les règnes des 



494 NOVEMBKE-DKCEMBRE 1899. 

trois siècles suivants. Mais on doit admettre, quoique 
la fin de cette brillante période soit plus obscure 
que ses débuts, que ces constructions colossales, 
œuvres de puissance et de prospérité, s'arrêtèrent en 
même temps que les documents épigraphiques qui 
les célébraient. Des uns aux autres , la connexité est 
évidente. Or les anciennes inscriptions cessent brus- 
quement au règne de Jayavarman VII, avant la fin du 
\H* siècle saka , donc vers le milieu de notre \ni' siècle. 

Entre tous ces grands monuments , les deux plus 
récents semblent bien être Angkor Vat, Tincompa- 
parable et gigantesque temple qui célèbre et résume 
la splendeur de tout un siècle, et Ta Prom, chef- 
d'œuvre de délicatesse et de grâce sculpturale, il est 
vrai , mais édilice dont le défaut de solidité , — encore 
qu'il fût plan , — semble accuser le caractère de déca- 
dence de la conception architecturale. 

L'inscription sanscrite de Ta Prom datant du 
règne de Jayavarman VII, il est très probable que ce 
temple fut construit entre i o84 saka, année de i'avè- 
nement de ce roi , et i 1 08 , date de ce dernier de tous 
les anciens documents épigraphiques, c'est-à-dire 
entre 1162 et 1186 A. D. Après, c'est une nuit 
épaisse où tout parait sombrer. Le grand Cambodge 
finit donc avec notre xii® siècle, et le xm" dût-étre 
une triste période de faiblesse, de troubles et de ré- 
volutions. 

Si Ta Prom est le moins ancien des grands mo- 
numents cambodgiens, Angkor Vat, qui a dû le pré- 
céder, remonte, à mon avis, au temps de Suryavar- 



LKS INSCRIPTIONS DU PRKAH PEÂ.N. 495 

nian II, prince qui saisit le sceptre en io34 saka 
-= 1 1 1 2 A. D. et dont le long règne, une quaran- 
taine d'années, semble se distinguer par une recru- 
descence d'activité religieuse, de ferveur brahma- 
nique, — on pourrait peut-être même ajouter de 
mysticisme exagéré, — dernières lueurs dun feu 
({iii devait bientôt s'éteindre dans les cataclysmes que 
provoquèrent les excès du système et Taftaiblisse- 
ment irrémédiable de l'empire qui en résulta. Il est 
à présumer que Suryavarman II est le roi qui reçut 
ce nom posthume de Paramavisnuloka que les in- 
scriptions khmères de la galerie des Varman d'Angkor 
Vat donnent au fondateur probable de ce temple ^ 

On ne peut guère remonter plus haut. Nous con- 
naissons en effet les noms posthumes de tous les rois 
depuis Jayavarman II jusqu'à Suryavarman P' inclus, 
et aucun de ces noms ne ressemble à celui-ci, sauf 
celui de Visnuloka donné à Jayavarman 111, jeune 
homme dont le règne très court est beaucoup trop 
ancien pour qu'on puisse songer à lui attribuer l'é- 
rection d'Angkor Vat. Quant aux rois à intercaler 
entre les deux Suryavarman , ils ne semblent pas avoir 
eu des règnes assez longs et même suffisamment 
prospères pour faire exécuter une œuvre aussi colos- 
sale. 

D'un autre côté, il parait difhcile de descendre 
plus bas ; le successeur immédiat de Suryavarman II 
n'eut qu'un règne bref et incolore, et le deuxième 

' Voir noti-e Etude xur 1rs inscriptions khmrrrs (Journal asiatiane , 

1 ^83y. 



4Q6 NOVEMBRE. DÉCRMBKK 189«. 

successeur fut ce Jayavarman VU qui fit vraisembia- 
biement construire le temple de Ta Prom. Nous 
avons déjà fait remarquer que tout cesse après ce 
dernier prince; outre cette raison très péremptoire 
de la décadence de Tempire qui nous empêche d'at- 
tribuer au xin" siècle saka la construction d*Ang^or 
Vat, nous devons tenir compte de la forme gra- 
phique des inscriptions qui ont été burinées sur ia 
face méridionale, galerie des Varman et galerie des 
Enfers. Cette forme étant celle des documents épi* 
graphiques du xii* siècle, le temple était évidemment 
construit à la fin de ce siècle. 

Bref nous plaçons l'édification d'Angkor Vat dans 
le dernier des grands règnes de cet ancien Cambodge 
que nous a révélé Tétude de son épigraphie. 

Selon toute vraisemblance , le temple fut primiti- 
vement atfecté au culte sivaïte , religion officielle de 
Suryavarnian II. Il est vrai que le bouddhisme avait 
déjà été très florissant, particulièrement sous les 
règnes de Jayavarman V et de Suryavarman I*. (Le 
nom posthume de ce dernier, JSirvânapada, permet 
même de croire quil mourut dans cette croyance.) 
Mais nous savons que cet ancien bouddhisme du Cam- 
bodge était celui du Crand Véhicule, de TEg^se du 
Nord, et avait le sanscrit pour langue rehgieuse. Le 
bouddhisme du sud, dont les canons étaient écrits en 
pâli, ne fut probablement reçu que par Tintermé- 
diaire des Siamois déjà affranchis de la domination 
cambodgienne , et son triomphe sur les deux anciens 
cultes du royaume, bralimanisme et bouddhisme du 



LES INSCRIPTIONS DU PREAU PEAN. 497 

Nord , dût coïncider au \iif siècle avec les troubles 
et la décadence profonde du Cambodge. Angkor Vat , 
temple superbe et à peu près tout neuf, dût être dés- 
affecté dès cette époque. 

Il est à remarquer toutefois qu il ne reçut aucune 
inscription pendant les deux ou trois siècles qui sui- 
virent. Aux xvf et \Nif siècles on y burina une qua- 
rantaine d'inscriptions votives; puis ces documents 
redevinrent excessivement rares pendant nos xviii* et 
XIX* siècles. De telle sorte que nous y avons trouvé 
et estampé, outre les courtes légendes du xii* siècle 
que nous avons étudiées dès i88a, quarante-deux 
inscriptions modernes : soit vingt-huit dans le Preah 
Peàn ou galeries croisées du premier étage, treize 
sur les piliers du Bakan ou troisième étage et une 
isolée, très grande, dans une chambre de la face 
orientale de la galerie des bas-reliefs. 

Dans ces documents modernes on peut relever des 
expressions archaïques , des formes graphiques tom- 
bées en désuétude , mais les pensées, les théories , les 
doctrines, les pratiques et usages, les notions reli- 
gieuses ou littéraires dont ils s'inspirent, leur sens 
général , tout nous transporte brusquement dans Tétat 
social et religieux du Cambodge contemporain. 

Nous nous proposons d'étudier aujourd'hui les 
vingt- huit inscriptions du Preah Peân. Ce nom, qui 
signifie aies mille Bouddhas», a été donné par les 
indigènes aux galeries croisées du premier étage parce 
qu'on y trouve d'innombrables statues entassées dans 
une de leurs chambres. Sauf une seule, ces inscrip- 



498 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

lions sont toutes burinées sur les piliers de ces ga- 
leries. 

A divers points de vue, celle qui fait exception 
doit être considérée à part. Elle compte six lignes 
gravées sur le socle dune statue du Bouddha. 
Quelques lettres sont effacées. L'écriture , qui est très 
fine , ne diffère aucunement de Técriture monumen- 
tale ou sacrée des manuscrits actuels. L'inscription 
est, en effet, toute récente, datée de Tan 2899 de 
Tère bouddhique, soit i856 A. D. KUe relate férec- 
lion de la statue du Bouddha par le dignitaire Anak 
Banâ Srï Râja Tejo Jai Abhai bhiri Pârâkrama Bâhu, 
titres d'un gouverneur de province siamoise qui 
appartiennent peut-être à celui de Siem Réap. H de- 
mande que ses fautes soient effacées, quil obtienne 
le Nirvana, ou tout ou moins quil évite les catwrâ- 
paya « quatre lieux de punition » , qu'il obtienne les 
inyapatlia « quatre bonnes postures » , qu'il acquière 
la foi, la vertu et des mérites dans chacune de ses 
vies futures, afin d*atteindre finalement le Nirvana, 
ce lieu de félicité suprême. 

Les vingt- s(îpt autres inscriptions du Preah Peén 
oftVent presque tout(»s entre elles de grandes ressem- 
blances. On les a entièrement burinées siur les faces 
des nombreux piliers des galeries, entre les filets et 
dessins de fleurs, d'arabesques, qui ornaient — dès 
l'édification du monument — les angles de ces co- 
lonnes carrées , alors que les faces avaient été laissées 
finistes. Une face porte rarement plus d'une inscrip- 
tion; plus rarement encore une inscription occupe 



LKS INSCKIPTlOxNS DU PKEAH PKVN. 499 

les deux faces d'un pilier. On peut donc dire que le 
nombre des faces gravées est, à peu de chose près, 
celui des inscriptions. 

Les piliers mesurent o m. 4 -y à o m. 48 centi- 
juètres de largeui'; mais les dessins des angles 
avaient réduit à o m. ko environ la place laissée 
disponilile pour les inscriptions futures, et telle est 
la largeur moyenne de nos documents. La hauteur 
et le nombre des lignes sont essentiellement va- 
riables. Une inscription très mal écrite ne contient 
que doux lignes; au sui'plus elle paraît être le com- 
mencement dun texte abandonné. Toutes les autres 
ont au moins qumze ou \dngt lignes , et quelques- 
unes, très longues, comptent 70, 80 lignes et plus, 
atteignent 2 mètres, 2 m. 5o de hauteur; dans ce 
dernier cas les dernières lignes sont coupées en deux 
parties par le dessin triangulaire qui décorait le bas 
des piliers dès leur mise en place, lors de rédilica- 
tion du monument. 

Gravées peu profondément et par des mains in- 
habiles, ces inscriptions d'une époque de décadence 
sont généralement assez mal écrites. Leur état de 
conservation laisse A désirer, mais c'est plutôt par 
suite de leur mauvais tracé : deux seulement ayant 
réellement souffert de l'usure de la pierre. Quoique 
quelques-uns de ces textes soient un peu mieux 
soignés que les autres , les traits sont rarement nets 
et réguliers. Cette écriture est tout-à-fait moderne, 
les chiffres aussi. Les lettres parasites, ce fléau de 
récriture actuelle, abondent et ne contribuent pas à 



500 NOVËMBRE-DÉGRMBRË 1890. 

faciliter la lecture. La dégénérescence orthographi 
que est très accentuée ; ainsi Mahâ « grand » est sou- 
vent écrit Mhâ; pavitra « purifié , pureté » , et qualifica- 
tif de haute distinction honorifique, devient pabitra, 
pabita, pâbitra. 

Presque toutes ces inscriptions débutent par 
rinvocation pâlie bouddhique « Subham astu i ou 
« Subham astu mangala jaiyâtireka », ou encore 
« Subham astu suasti srîyâbhimangala bahûia cesta 
jaiyâtireka » que nous transcrivons avec les incoi^ 
rections habituelles des scribes indigènes. L'invoca- 
tion est suivie de la date en chiffres au miliésime de 
la grande ère (mahâsakarâja) qui n'est autre que 
fancienne ère saka, 78 A. D. Le nom cyclique de 
Tannée est ensuite indiqué* et cet élément, très po- 
sitif aux yeux des indigènes malgré le caractère vague 
dû à ses continuelles répétitions, offre Tavantage de 
confirmer ou de rectifier la lecture des chi£Bres : le 
4 et le 5 pouvant être confondus, par exemple. 
Très peu de ces inscriptions n'ont pas reçu ou ont 
perdu leur date, 

' En grande partie , elles ont pour objet d'attester 
les dons faits au temple en statues du Bouddha , — 
statues d'or, d'argent, de cuivre, de bronze ou de 

^ On sait quil y a, pour le cycle, douze noms d^animanz qm 
ne sont empruntés ni au siamois ni au cambodgien, qaoiqa*ili 
soient communs aux deux peuples. D'après leur nature nous sup- 
posons qu'ils appartiennent à un dialecte de la Chine méridioniJe 
dont les marchands ou émigrants introduisirent probablement Ttiflage 
en Tndo-Ghine, vers Ir \iiî* ou le trv* siède. 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEÂN. 501 

bois, — et de certifier l'œuvre pie de iaffiranchisse- 
ment des esclaves. Quelques-unes, cependant, con- 
tiennent incidemment des renseignemenls histo- 
riques qui pourraient être utilisés dans une histoire 
du pays pour cette période qui va du milieu de 
notre xvi'' siècle au commencement du xvin®. Mais 
nous verrons que leur grand intérêt est ailleurs. 

La libération des esclaves est toujours suivie, 
peut-on dire, dune formule maudissant les gens, 
parents, descendants, individus quelconques, qui 
molesteraient ultérieurement ces affranchis, qui les 
revendiqueraient indûment; malédiction aussi sur 
les mandarins qui donneraient à ces prétentions 
l'appui de leur autorité. Les formules les plus 
usuelles sont les suivantes : 

« Que les Buddhas, passés ou futurs, en nombre 
égal aux grains de sable, ne sauvent pas ceux-là! 
Que ces maudits tombent aux enfers, aux lieux de 
châtiment, pendant 5oo naissances, 5oo fois mille 
naissances, des millions de naissances, jusqu'à la 
fin des mondes, sans jamais connaître les biens cé- 
lestes ! » 

Ou bien : « Que la foudre de tous les mondes 
sans limites [ananta cakraval) frappe ces maudits et 
non les arbres des forêts ! » 

Ou encore : « Qu ils périssent le jour même de 
cur inique revendication ! » 



502 NOVKMBRK-DECËMBKE 1890. 

I^es luandarins prévaricateurs, sont quelquefois 
voués à la surdité. 

[1 arrive aussi qu'on souhaite le Nirvana à ceux 
qui viendront en aide à la juste cause des afiranchis. 
On peut encore rencontrer ce souhait final: «QuHIs 
soient efficaces, ces vœux faits selon les enseigne- 
ments du Bouddha ! » 

Une particularité qui ne sera pas passée sous si- 
lence est que ces inscriptions sont quelquefois si- 
gnées en ces termes : « Un tel a fait finscription 
(carika) » ou encore : « L'inscription a été achevée 
par un tel, tel jour ». 

Le clergé, appelé collectivement driya sangh ou 
Brah driya sangh « sainte et noble assemblée » ou en- 
core anak yœn ^ « les nôtres », joue naturellement un 
grand rôle dans ces inscriptions votives qui prennent 
le soin d'énmnérer les titres et les qualités des 
prêtres présents. Les chefs des grandes pagodes sont 
qualifiés samtec, forme fautive et siamoise du vieux 
mot cambodgien samtdc « seigneur » qui remplaça lui- 
même l'antique terme kamraten; on les appelle aussi 
anak samtec « celui qui est le seigneur», ou encore 
anak stec (pour stac) qui a à peu près le même sens. 
D'autres qualifications, Brah y anak Brah et anah, 
doivent désigner des chefs religieux d'ordre inférieur. 
C(\s appellations générales, quelles quelles soient, 
sont toujours suivies de plusieurs titres personnels 

^ yoen «uous» est soinenl rcrit sous sa lorim* uiili(|iir, j^eiî. 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEÂN. 503 

généralement empruntés au pâli ou au sanscrit, 
langues dont les mois sont plus ou moins dé- 
formés par les Cambodgiens. Nous pouvons citer, 
parmi les cent titres que nous avons relevés : 

Le Samtec Brah S'rî sar (= sâra ) Bej (== vajra ) Brah Bu- 
ddha. 

Le Samtec Brah Sumangala Mahâ Sangharâja pubitra. 

L'Anak stec Brah Indra debba Cakra. 

Le Brah Mahâ ihera âriya udaiy. 

L'Anak Brah âriya pubitra. 

Le Brah Sugandha Mahâ Sangharâja. 

L*Anak Mahâ Thera pavara gâthâ niaha pâli. 

L'Anak Vinayadhara pubitra. 

Etc., etc. 

A la suite des dignitaires ainsi mentionnés indi- 
viduellement, Tensembie des autres religieux est 
désigné par Tune des phrases suivantes, (nous 
nous bornons à indiquer entre guillemets le sens 
des mots cambodgiens : les autres se trouvant dans 
les dictionnaires sanscrits ou pâlis :) 

Ariya theranuthera bhikkhu sRns{ pour sangha) phon « en- 
semble ». 

Nu ïs a et tous » theranuthera bhikkhu susangha. 

Is « tous » samtec « seigneur » brâh « sacrés » gru (= guni) 
theranuthera samnera phon « ensemble ». 

Les laïques [gralias pour grihas) sont qualifiés gé- 
XIV. 33 



t«tMlMBMI> JiATlOilILR. 



504 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

néralement : les hommes , des appellations eau 
« sieur », anak « sieur», quelquefois brah, terme qui 
doit être spécial à la caste des Brah vansa ou 
memhres éloignés de la famille royale ; on rencontre 
même un ta «grand-père, vieillard»; les femmes, 
nân «dame»; les enfants et les esclaves mâles, à; 
les femmes et fdles esclaves , nié. Tous ces appellatifs 
sont en usage aujourd'hui au Cambodge. 

Les mandarins sont des okhà, ukhâ, descaa bcûiâ, 
des okhluhy akhlaan^ tels que Tokiiâ Senâdhipati , 
lukûà Bej safigrâma, le eau Banâ Jaiyâdhipati , 
Tohluii Abhai râja; et les Jamdâv ou femmes de ces 
dignitaires sont, par exemple, la Jamdâv Sri Raina 
Kesara, la Jamdâv Kanà Kesara. Parmi les rois, 
possesseurs d'une kyrielle de titres qui les distin> 
guent d'autant moins que ces titres se répètent avec 
peu de variantes d'un prince à l'autre, nous ne ci- 
terons que le Samtec Brah Pâda Paramanàtha Brâh 
Pâda Parama Pubitra (qui régnait en 17^7 A. D.). 

Les noms de lieu offrent plus d'intérêt. Le Kam- 
bujades'a est le Cambodge comme le Kambujarâs- 
tra est le peuple cambodgien. Il n'y a pas à insister 
sur Samron Sen, le SamrongSên que nous connais- 
sons , ni sur Pandây Bréj , prononcé Bantéai Préch , 
ou sur le Sruk Kaêk dam « le pays du corbeau pei^ 
chant»; ces deux localités restent à identifier. La 
ville ou forteresse de Lovêk est appelée Lanvek, 
Lunvêk, Pandây Lunvêk. Candapura est le Ghan- 
taboun des cartes; Krun Deb Brah Mahâ Nagara est 
le nom de la capitale siamoise, Ayuthia. Brah Dhât 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEAN. 505 

A.thvâ n'est autre que le monument d'Alhvéa à trois 
ou quatre lieues dans le sud. On rencontre le nom 
actuel , Brah Bân prononcé Preah Peân , des galeries 
où sont burinés ces textes; on le lit aussi sous ces 
deux formes : Brah Bândh et Brah Bân Kambaja- 
purâna a les mille Buddhas de Tantique Cambodge ». 

Il y a une certaine confusion enlre Angkor Vat, 
le temple , et Angkor Thom , Tancienne capitale voi- 
sine, qui devait avoir quelque popidation à Tépoque 
de ces inscriptions; Angkor Tliom y est appelé 
tantôt d'une expression équivalente, Mahânagara, 
tantôt Angara Indipras, ou Indipath mahâ nagara, 
ou Brah mahâ nagara Indraprastha, ou Brah Na- 
gara Indipras*. Or cette dernière expression est aussi 
employée quand il s'agit du temple , qui est beaucoup 
plus exactement désigné par cette autre, Brah Na- 
gara vàt. Le temple est encore appelé Brah Bisnu- 
loka ou Indipatha maha nagara Sri Sundara pavara 
Bisnuloka. 

O singulier nom de Bisnuloka, = Visnuloka, 
semble même désigner tantôt Tensemble du temple, 
tantôt le premier étage seidement : cest-à-dire le 
Pr<udi Peân où sont ces inscriptions, et les galeries 
des bas -reliefs où ce nom de Visnidoka est écrit 
deux fois dans les petites inscriptions du xii* siècle. 
Nous lisons ces passages, par exemple : Inscription 

burinée au Brah Bisnuloka ; Brah Bisnidoka, 

lieu de réunion des troupes des devatas, grand do- 
maine (mahâksetra) des Brahmarsis et des génies 
(devaraks); ou encore : Pandày Brah Bisnuloka Kam- 

33. 



506 NOVEMBRE-DÉCEMBRE. 1899. 

buja pûrâna « enceinte ou forteresse du saint Visnu- 
ioka de l'antique Cambodge ». • 

Mais ii se trouve aussi que Bisnuioka est resté le 
nom de i architecte légendaire du temple; à ce pas- 
sage , par exemple : « Nous invoquons Brah Bisnu- 
ioka ». Dans le plus ancien de ces textes , on rencontre 
même ceci : « Adorer les Brah anga (les statues du 
Buddha) que Brah Indrâdhirâjaloka a fait élever 
par Brah Bisnuioka pour Tédification du monde ». 
Incontestablement, il y a à retenir le nom posthume 
à forme antique donné au roi qui est déclaré ici ie 
fondateur du temple. Mais combien déjà les vieilles 
réminiscences sont vagues et confuses ! Combien les 
traditions sont devenues légendes! Visnidoka, roi et 
fondateur probable, dans les textes épigraphiques 
du xii" siècle , n est plus , au milieu du xvi*, que l'ar- 
chitecte du temple. 

Cette étude préliminaire sur rensenible des vingt- 
sept inscriptions des piliers du Preah Peân nous 
permet de résumer très rapidement leur traduction. 
Nous les numérotons en les classant autant que pos- 
sible par ordre de date. 

1 . En 1 483 1 année kur (duPorc) , le 8 Kcet-^d'Asâ- 
dha, samedi, TAnak Samtec Brah Muni Kusala pu- 

^ Il doit y avoir ici une erreur de chiffres. L'année du Porc est , 
non i483, mais i/i85, soit i563 A.. D. 

^ Kœt (Ket), est le numéral des jours de la première quinzaine 
du mois; Roj (Roc), des jours de la seconde quinzaine. 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEAN. 507 

bitra brah Ang ^ est venu adorer les Brah Aiig (les 
saints Buddhas ou saintes divinités) que Brah Indrâ- 
dhirâjaloka a fait élever par Brah Bisnuloka pour 
l'édification du monde. Il est venu de Vat Anluh 
Tatok ; plein de zèle , il a fait réciter les prières par 
les bonzes, au Brah Bandha, et il a donné à ces re- 
ligieux des cadeaux d argent et de vêtements. 

2. En iSai, année Kur, jeudi, pleine lune de 
Mâghasira [sic, décembre iSgg A. D.), TOkhlun 
\bhairâja vint avec d'autres personnages au Brah 
Bisnuloka, séjour des dévatas, des Brahmarsis et 
des génies. Le cœur plein de piété, il fit élever des 
tours, ériger une grande statue du Buddha et pré- 
parer des offrandes en invoquant Brah Bisnuloka. 
Le mérite de ces bonnes œuvres, il le reporte sur ses 
parents. Il fait un acte de renoncement aux maladies, 
aux dangers. Il fait le vœu que les devatas (divi- 
nités) repoussent les ennemis de la religion boud- 
dhique , ainsi que les ennemis du roi qui viendraient 
attaquer le Kambujadesa. Que le peuple de ceKam- 
bujadesa soit toujours heureux! Il termine par des 
reconnnandations à ses descendants qui sont actuel- 
lement effacées. 

3. L'Oknâ Smau fait œuvre pie en affranchissant 
des esclaves. Pas de date^. 

' Ce dignitaire religieux était peut-être un prince du sang, brah 

^ Cette courte inscription de deux lignes semble être le début 
d'un texte inachevé. 



508 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

4. En i539 (*6^7 ^' ^^O» ^^^^ (Serpent), 
a Kœt du mois intercalaire d'Asadh (juillet-août), 
mardi , ce même Oknâ Sman provoque une assem- 
blée des chefs religieux , des bonzes et des disciples. 
Ses parents laïques sont également témoins que, 
plein de ferveur, il affranchit deux fdles esclaves en 
les chargeant de la garde des vivres des chefs des 
bonzes. Malédictions sur ceux qui tenteront de re 
prendre ces femmes. 

5. En lôliQ (= 1627 A. D.), année Thoh (du 
Lièvre), cet Oknâ Sman et la dame Ep (sa femme, 
sans doute), ont fait des préparatifs et ont invité les 
religieux à venir consacrer des statues du Buddha. 
Pleins de foi et pénétrés de Tidée de la périssabiiité 
de toutes choses, ils ont pris la résolution de faire 
entrer en religion le nommé Sman, qui reçoit les 
ordres complets (devient donc libre ipso-fcLcto) ^ et 
d'affranchir en même temps la fdle et le petit-fils de 
cet homme. Plusieurs chefs religieux, de nombreux 
bonzes et de nombreux laïques sont les témoins de 
ces actes. Malédictions sur les fds , petit-fils et autres 
membres de la famille qui revendiqueraient ces 
affranchis, sur les mandarins qui prêteraient leur 
autorité h ces revendications. L'oknâ Sman a fait 
lui-même Tinscription. 

6. En 1547, ^^^^^ Chlûv (du Bœuf), le 4 roj 
de Mâgha, (donc en février 1626 A. D.), un 
dimanche, l'Ukhluan In Sén, en présence d'autres 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEÂN. 509 

Ukhluan, de chefs religieux et de nombreux laïques, 
fait constater la libération de trois hommes, de 
leurs femmes et de leurs enfants; ils sont affranchis 
par un autre Ukhluah, le Râjâ Tejah. Le procès de 
ces gens était pendant depuis vingt-quatre ans, de- 
puis Tannée Khal (du Tigre, i5a4==»i6o2 A. D.), 
et dura jusqu'à cette année Chlùv; ils avsuent à se 
défendre contre les revendications des Cau Mœaii 
(chefs territoriaux de petits districts). Les Juges du 
Tribunal royal avaient transmis la cause, après 
examen, au Cau Banâ Surena Indrarâjàdhipati Sri 
Anga êka agasena Yodhâbhimuka d*Angar Indiprâs 
(c est-à-dire, selon toute vraisemblance, le gouver- 
neur de la province d'Angkor). Ce haut dignitaire, 
ayant décidé en faveur de Taifranchissement, chargea 
riJkhluan Cakri In Sen, dmviter les Brah Ariya 
Sahgh (les bonzes), et de faire une inscription. Cette 
inscription fut burinée au Brah Bisnuloka, sous la 
présidence du chef des religieux, et en présence 
d une vingtaine d autres chefs , de bonzes et de dis- 
ciples , tous témoins irrécusables de cet affranchisse- 
ment. Malédictions contre ceux qui revendiqueraient 
ces gens. L'Anak Okhluan Cakkri In Sen Brahma 
Vansa (titres complets de lauteur), et TAnak Stec 
Brah Inkila (un chef de bonzes) ont fait. . . (l'in- 
scription, sans doute. Cette fin est perdue). 

7. En i55o^ année Roh (du Dragon), dixième 

' On pourrait lire i45o, le 5 des centaines étant mal tracé. 



510 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

de la décade (1628 A. D.) en bîsâk (mai), eut lieu 
une réunion de TAssemblée des Religieux et de 
nombreux laïques, tous témoins irrécusables des 
œuvres pies du Cau (sieur) Udai Smat et de dame 
Mâh, au cœur pur, qui font consacrer trois statues du 
Buddha dans le Brah Bân, qui libèrent le Cau Bhis 
Sûra et la Mé Non. Malédiction sur ceux qui reven- 
diqueraient ces affranchis. 

8. En i55o, année Ron (du Dragon), ie 6 roj 
de Pus (donc janvier 1629 A. D.), un samedi, eut 
lieu la réunion de plusieurs hommes et femmes 
venus du pays appelé Pandây Bréj visiter leurs 
parents au Mahâ Nagara (Angkor Thom). Reins de 
foi et de piété , ils ont donné deux statues du Buddha 
en or, trois statues du Buddha en argent, deux grandes 
oriflammes ; ils ont fait entrer deux de leurs fiis en 
religion , et invité les bonzes à réciter des prières au 
Brah Bân du Kambùjapûrâna. Etaient présents les 
chefs des bonzes qui ont lu les livres saints. Après 
lordination , ces gens ont encore fait àes dons d'ar- 
gent, d'objets et de fleurs, dans cette Pandây (forte- 
resse) du Brah Bisnidoka du Kambùjapûrâna (c'est- 
à-dire dans le temple d' Angkor Vat), superbe et 
célèbre en tous lieux. Cérémonies et lectures furent 
achevées le dimanche (le lendemain). 

9. En i552, année Mami (du Cheval), 10 roj 

Mais i45o est année du Rat, tandis que i55o est effectivement 
année du Dragon. 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEAN. 511 

de Jés (juin i63o), mardi, en présence de TAssem- 
blée des chefs religieux et des bonzes, quatre laïques, 
hommes et femmes , au cœur pur, offrent cinq statues 
du Buddha en argent , une oriflamme , un dais ; ils 
affranchissent un esclave qu'ils rachètent de ses 
maîtres au prix de 2 livres et 3 onces d'argent. Cette 
somme ' fut remise séance tenante. Mais l'un des 
vendeurs rendît une once d'argent, désireux qu'il 
était de participer h l'œuvre pie en faveur d'un pa- 
rent défunt. Noms des témoins laïques. Imprécations 
finales. 

10. Le 3 kot de Jés i553, année Mamê fde la 
Chèvre, donc juin i63i), un lundi, en présence de 
l'Assemblée des bonzes tenue sous la présidence de 
trois chefs religieux, le Ta (aïeul) Yas Râj affranchit 
l'esclave Jl Jai , à la connaissance de tous ses parents 
des sept degrés. On retrouve le nom de ce Ta Yas 
Râj parmi les témoins laïques. Malédiction sur les 
parents qui reprendraient cet homme. 

11. En i553, Mamê (Chèvre, i63i A. D.), 
2 ket de Karttika (octobre), les chefs religieux et 
les bonzes réunis en Assemblée, tous témoins irré- 

* 

cusables, aident et assistent trois autres religieux 
venus spécialement pour les funérailles (l'incinéra- 
tion) de dame Brah Yas. Sur son lit de mort, cette 
femme avait recommandé à cinq personnes (qui sont 

' L'once est de 37 grammes environ. Il y en a 16 à la livre. 



512 NOVEMBREDEGEMBRE 1899. 

nommées et qui étaient sans doute ses héritien) 
d*affranchir par piété, sans restrictions, 1 esclave 
A Gan. Dame Brah Yas termina par l'imprécation 
usuelle. 

12. En i553, Mamê, 8 roj Mâgha (donc 
février 1 682), vendredi, TAnak Samtec Arisudham- 
ma donna par piété une statue du Buddha en or, 
et 36 statues du Buddha en bois. En outre, il invita 
sept chefs religieux, les bonzes et les disciples, tous 
témoins irrécusables de lalfranchissement complet 
et sans restrictions de fesclave Suas. Imprécations 
contre ceux qui revendiqueraient cet homme , contre 
les mandarins qui favoriseraient ces revendications. 
La femme Dom n avait pu se racheter complète- 
ment; le Samtec parfait la somme, donne la liberté 
à cette femme, et la charge de garder les statues. 
Quiconque la reprendrait est également menacé des 
peines de Tenfer ^ 

13. Invocations bouddhiques du sieur Jet et de 
la dame Suas (son épouse), accompagnés de leurs 
frères aines et cadets , de leurs fils , petit-fils et parents. 
Le cœur rempli de piété et d'allégresse, ils adorent 
le Buddha, seigneur de tous les êtres, qui nous fait 
traverser la mer des transmigrations, afin de nous 



^ Vers 1876 nous avions déjà donné un essai de traduction de 
cette inscription fait d'après un moulage et qui a paru dans ie 
Voyage au Cambodge, de M. Delaporte, p. 4i9« 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEAN. 513 

conduire au grand royaume du Nirvana (Mahâ Na- 
gara Nirbbâna). Us ont fait faire 29 statues du Bud- 
dha. Us ont amené leur famille au Brah Nagara Vât 
(Angkor Vat), et en i55/i, année Vak (du Singe, 
1632), à la pleine lune d'Asadh (juillet), ils ont 
provoqué la réunion de huit chefs religieux, des 
bonzes et de plusieurs laïques qui sont nommés. 
Leur famille y assiste. Par piété , ce Jet et sa femme 
Suas affranchissent sans restrictions Tesclave A Suas. 
Pleins de foi, ils sont venus au Brah Bisnuloka, 
séjour des dieux et des Brahmarsis. Affranchissant 
Suas, ils offrent cet homme au Buddha, au Triple 
Joyau. Ils offrent aussi divers objets et des parfums. 
Ils font plusieurs invocations pâlies ou khmères, 
dont lune est en faveur de la gloire et de la puis- 
sance du Seigneur de la terre (du Roi ). Ils demandent 
à suivre Brah Srï Ari Mai tri (le futur Buddha). Im- 
précation finale contre les membres de la famille qui 
revendiqueraient Suas pour esclave, contre les man- 
darins qui prêteraient leur autorité à cet impie déni 
de justice. Soient efficaces ces vœux faits selon les 
enseignements du Buddha ! 

14. En 1 554, année Vak (du Singe, iGS?. A.D.), 
le i5 roj de Bhadrapada (octobre), lundi, en pré- 
sence de f Assemblée formée par trois chefs religieux 
et de nombreux bonzes, plusieurs personnes (dont 
les noms sont donnés), dont le cœur est pur et qui 
sont pénétrées de Tidëe de la périssabiiité de toutes 
choses, donnent 19 statues du Buddha qui sont 



514 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

consacrées en (ce lieu) Indipatha Mahâ Nagara Sil 
Sundhara Pavara Bisnuloka (Angkor Vat.). 

15. En i555, annéeRakâ (duGoq, i633 A. D.), 
le vendredi 2 roj de Bîsâk (mai), quelques laïques, 
en présence de T Assemblée des chefs religieux, des 
bonzes et de plusieurs autres laïques, donnent des 
Buddhas , des oriflammes , des dais ; ils affirançhissent 
d un commim accord et sans restriction une femme 
esclave. Tous les assistants en sont témoins. Malé- 
diction sur les fils ou parents qui revendiqueraient 
cette femme, sur quiconque refuserait de témoigner 
en sa faveur, tandis que les récompenses futures 
sont promises à ceux qui lui donneront leur témoi- 
gnage. Llnscription fut achevée par le Nây SaA, le 
dimanche 3 Ket (soit seize jours après lacté qu'elle 
relate ). 

16. En i555 Rakâ (Coq, i633), a Ket de Jës 
( mai-juin ) , le samedi , Assemblée des religieux. Le 
sieur Brahm Vicita et la dame Sar (sa femme), pé- 
nétrés de ridée de Timpermanence , ont donné 
k Buddhas d'argent, i de bronze, i oriflamme, 
1 dais; et pour la consécration ils ont convoqué 
trois autres parents : une sœur ainée, un neveu, 
une nièce. Les cinq ont offert d'un commun accord 
en Taffranchissant, la femme Suas (qui devient 
libre) comme si elle était la propre fille du sieur 
Brahm. Sont témoins : quatre chefs de bonzes, 
beaucoup d'autres religieux et disciples, des laïques. 



LES INSCRlPTIOiNS DU PREAH PEAN. 515 

mandarins, particuliers et des femmes. Imprécation 
finale. L*inscription fut faite (achevée) le samedi 
9 Ket (soit sept jours après la cérémonie) par le Nây 
San (qui avait déjà gravé la précédente). 

17. En iSSy, année Kur (du Porc, i635), le 
dimanche lo roj de Jais (juin), devant les chefs re- 
ligieux et les bonzes, tous témoins irrécusables, se 
sont présentés les laïques : sieur Suas, sieur Brah, 
femme Kev, ainsi que le bonze Anak Maha Thera 
Pavara Dakkhina. (Ces personnages) au cœur pur, 
désireux de faire œuvre pie (dont les mérites seront) 
offerts à défunte dame Tiy, affranchissent deux 
esclaves : un homme et une femme. Des laïques, 
hommes et femmes, tous nommés, sont aussi té- 
moins que Suas et Brah libèrent ces deux esclaves. 
Imprécation finale. Cet af&anchissement a lieu sous 
le règne de Brah Paramarâjâdhirâjâ Pubitra. (Ces 
titres peuvent s'appliquer à n importe quel souve- 
rain.) L'inscription fiit achevée le vendredi 6 roj 
(presque un mois après l'acte). 

18. En l'année Khal (du Tigre), dernière de la 
décade^, vendredi, pleine lune d'Asâdh (juillet), 
plusieurs hommes et femmes se réunirent pour 
libérer un esclave. Cette libération fiit acceptée par 
tous les enfants du Cau Hlun Thikabansa (adhi- 
kavansa), qui donnèrent aussi des (statues du) Bud- 

* Pas d'autres indications. On peut donc hésiter entre 1578, 
iC38 et 1698, A. D. Jusqu'à nouvel exanaen je suppose i638. 



516 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1890. 

dha, de largent. Ces œuvres pies furent fiBÛtes à 
Brah Dhât Athvâ (le monument d'Athvéa à quatre 
lieues au sud). L esclave libéré fera les corvées du 
service royal à la place de son maître, et le ffls de 
cet esclave est libéré sans restrictions. Sont témoins 
des chefs de religieux, des bonzes, des laïques en 
nombre et tous nommés. Imprécation finide. In- 
scription faite par le Pandi(t) Nai ... ? 

19. Nous plaçons ici la traduction sonunaire de 
lune de ces inscriptions dont la date a disparu et 
qui a beaucoup souffert. Elle appartient probable- 
ment à la première moitié de notre xvn" siède. Il 
y eut réimion des bonzes pour assister à l'œuvre pie 
de TAk Hlun Mano Uden afiranchissant quatre es- 
claves qu'il affectait au service du Brah Nagara In- 
dipràs (expression qui désignerait Angkor Thom, 
mais qui doit, dans la circonstance, s'appUquer à 
Angkor Vat). Imprécation suivie d'une invocation 
bouddhique où le donateur prie pour ses ancêtres 
des sept générations précédentes et leur oflBre les 
mérites (de son œuvre pie). Pour lui, il aspire au 
Nirvana et il termine en demandant que ces invo- 
cations, faites selon les enseignements du Buddha, 
soient exaucées. 

20. En i56i, année Tho (du Lièvre), le mardi 
7 roj de Phalguna (mars, donc au commencement 
de i6/io), devant l'Assemblée de cinq chefs reli- 
gieux et de plusieurs bonzes, tous témoins irrécu- 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEAN. 517 

sables, en présence de plusieurs autres témoins 
laïques, trois femmes et trois hommes ont donné 
un Buddha d'or et trois Buddhas d'argent. D*un 
commun accord, ils ont libéré et fait entrer en re- 
ligion le Jï U que lune des trois femmes prend dès 
lors pour fils (adoptif). Imprécation contre ceux qui 
le revendiqueront, contre les mandarins qui se 
prêteraient à cette impie iniquité. 

21. En 1 565 , année Mamê (Chèvre, i663), le 
vendredi 7 roj de Bhadrapada (octobre), la femme 
Ma et ses enfants furent affranchis en présence d'une 
nombreuse réunion de chefs religieux , de bonzes , 
disciples et élèves, de Kramakàr (fonctionnaires), 
d'autres laïques , de la famille et de plusieurs femmes. 
Imprécation contre ceux qui revendiqueront les li- 
bérés. Quant aux fonctionnaires présents et témoins, 
qu'ils soient atteints de surdité s'ils affectent d'ignorer 
(en cas de contestation) cet affranchissement; mais 
qu'ils jouissent des cieux s'ils le reconnaissent! 

22. En i584, année Khal (du Tigre), 8 roj de 
Pus (janvier, donc au commencement de i663 
A. D.), en présence de cinq samtec et d'autres chefs 
religieux, des anciens, des bonzes, des disciples, en 
présence de nombreux laïques, tous témoins, un 
chef de bonzes (Mahà Sangharâja) ainsi que divers 
couples, en tout quinze personnes, hommes et 
femmes qui sont pieusement unis à ce prêtre, 
affranchissent deux femmes esclaves et leurs enfants. 



518 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

Imprécation finale. L'inscription est faite par TAnak 
Mahâ Thera Pana Vinai (un bonze évidemment). 

23. En i6o5, année Kur (du Porc), 7 roj de 
Cetra (avril 1 683) , la dame Hœm affiranchit l'esclave 
A Sin en présence des religieux , des laïques , honunes 
et femmes , tous témoins irrécusables. 

24. En 1612, année Mami( du Cheval), samedi, 
iti Ket de Cet (mars-avril 1690), en présence des 
chefs religieux, des laïques, hommes et femme$, 
tous témoins, l'Anak Avat et TAk Hmœn Ji Amnâ, 
femme Nù, donnent, dun cœur pur, un Buddha 
d'or, un Buddha de cuivre, deux Buddhas d'argent 
et des sommes d'argent; en outre ils affranchissent 
sans restriction la femme Pus. Imprécation finale. 

Entre toutes ces inscriptions du Preah Peân nous 
avons réservé pour la fin les trois plus grandes dont 
l'esprit diffère sensiblement de celui des précédentes 
qui sont toutes, avons-nous vu, simplement votives, 
tandis que ces trois dernières font l'historique des 
personnages et racontent des événements contem7 
porains. Au surplus, deux de ces inscriptions se 
trouvent placées quand même selon l'ordre chrono- 
logique. 

25. Ce document, que nous verrons daté de 
1 y 01 de notre ère, compte 7 7 lignes, il débute pair 
une invocation en langue pâlie faite au nom du 



\A:S inscriptions du PREAH PEAN. 519 

défunt Uknà Paradesa et de sa veuve, la Jamdàv 
Kanâ Kesara, qui est l'auteur de l'inscription et qui 
raconte ensuite que les deux époux avaient autrefois 
érigé plusieurs statues du Buddha en or ou en ar- 
gent, donné des sommes aux bonzes, affranchi cinq 
esclaves pour les faire entrer en religion, et donné 
même leurs propres enfants (au Buddha) afin d'avoir 
le mérite de les racheter moyennant finances. Elle 
ajoute que le roi ayant octroyé la dignité de Brah 
Ghlàn (chef des magasins) à son mari, celui-ci entra 
en religion pour la seconde fois et donna derechef 
deux Buddhas d'or, deux Buddhas d'argent, un dais 
et une oriflamme. Plus tard encore, ayant reçu la 
dignité de Kosa (trésorier, chef du trésor) il entra de 
nouveau dans les ordres, où il fit entrer en même 
temps, en qualité de disciples, sept fils, beaux-fils ou 
enfants d'adoption; à cette occasion, il fit encore 
des dons en Buddhas d'or, d'argent, de cuivre, en 
dais et parasols. Enfin, S. M. l'ayant nommé aux 
hautes fonctions de Kralahom (ministre des trans- 
ports fluviaux, de la marine), if entra encore en reli- 
gion et y fit entrer ses fils. Telles furent les bonnes 
œuvres de l'Okiiâ Paradesa, alors qu'il était le ser- 
viteur du roi (c'est-à-dire pendant sa vie). 

Après (la mort de) cet Oknâ, la Jamdâv Kanâ 
Kesara vint faire ses funérailles à Indipath Mahâ Na- 
gara et elle donna beaucoup d'ustensiles et de vê- 
tements aux bonzes qui récitèrent (la prière funèbre 
dite] Pan Skàla (-= Pamsakâlam « haillons poudreux », 
les premiers mots de cette prière pâlie). 

XIV. 3/i 



lurmit'.Bir. «atiudal» . 



520 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 189Q. 

Puis en 1622 , année Ron (du Dragon), le 8 Kœt 
de Mâgha (février 1701), eut lieu une grande ré- 
union de chefs religieux, parmi lesquels on comptait 
dix Samtec et trois Brah , accompagnés de nombreux 
Bhikkhus, Thera et Samner (religieux, anciens et 
disciples). Parmi les laïques, on remarquait TOkââ 
Senâdhipati, TOknâ Desanâyuk, les femmes et les 
enfants du défunt Oknâ, tous témoins irrécusables 
de la Jamdâv Kafiâ Kesara qui fît, d'un cœur pur 
et pieux, de bonnes œuvres dont les mérites 
étaient offerts au défunt Oknâ Sena Paradesa. Elle 
donna un Buddha d'or de dix onces, un Buddha 
d'argent de six onces et sLx sliii ^ , des oriflammes 
et dais; elle libéra cinq couples et un célibataire, 
au total , onze esclaves qui devaient être « le champ 
de l'œuvre pie » , chargés de garder cette JamdâY 
Kafiâ Kesara'-. Après sa mort, tous seront libreis, 
et nul n'aura rien à leur réclamer. Suit une malédic- 
tion sur ceux qui viendront les molester. Quand ces 
onze esclaves furent affranchis, les bonzes récitèrent 
(des passages) du Brah Abhidharma (la métaphy- 
sique) du Brah Sûta (les sermons) du Brah Vinai (la 
discipline) , et ils reçurent des cadeaux de vêtements, 
de livres, d'ustensiles et de nattes. 

L'inscription continue par un acte de foi boud- 
dhique et par lénumération d'autres dons qui fiirent 

' Le slin est le seizième de l'once , soit un peu plus de 2 grammes. 

^ Sans doute Us devaient servir cette femme, qui comptait 
peul-èti'c passer le, reste de ses jours dans une sorte de retraite reli- 
gieuse. 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEÂN. 521 

faits à l'occasion dune fête annuelle. Elle rappelle 
que rOknâ est mort au Sruk Kaêk Dum (pays du 
corbeau perchant). Elle énunière d'autres dons et 
mentionne encore raffranchissement de cinq es- 
claves. La donatrice reporte tous les mérites de ces 
diverses bonnes œuvres sur (son défunt époux) rOknâ 
Sena Paradesa et elle demande à lui être unie dans 
chaque vie future, jusqu'à leur entrée simultanée au 
Nirvana. 

26. Inscription de y 6 lignes, mal écrite, mal 
conservée, qui se relie à la précédente en ce sens 
que son auteur était l'un des fds de l'Okilâ Paradesa 
et de la Jamdâv Kana Kesara. Elle est datée de Mà- 
ghasira 1669, '^'^^^^ Thoh (du Lièvre), c'est-à-dire 
de la fin de 17/17 A. D. 

Elle relate, en débutant, la réunion d'une Assem- 
blée de chefs religieux et d'autres bonzes provo- 
quée par rUknâ Vansâggarâja (un grand mandarin; 
de nos jours il est le grand justicier de la seconde 
Maison princière) et par sa femme, la Jamdâv Sri 
Hatna Kesara, qui vinrent tous les deux, le cœur 
pur et enflammé d'un pieux zèle, faire bonnes 
œuvres et aumônes au Brah Ban. 

Ce début est suivi d'un historique rétrospectif re- 
montant à l'époque oii ce dignitaire était encore Cau 
Bânâ Mantri Sangrâma. Alors S. M. le roi du Cam- 
bodge vint de Krun Dep Mahâ Nagara, (Ayu- 
thia, capitale du Siam) à Candapura (Chantaboun), 
d'où KUe envoya ce Cau Banà à la forteresse de Lan- 

34. 



522 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

vêk auprès (? il y a là mie lacune) du prince le 
Sanitec Brah Kêv Hvâ. 

En i année Masàn (du Serpent, ce peut être 1714, 
1726 ou 1735 de notre ère), au mois de Màgha, 
il était pauvre et sans ressources \ sa tante lui tissa 
un samba t [langoati, le vêtement indispensable) et 
un habit. De Lanvek ce Cau Bana s enfuit à SaniroA 
Sên (la station préhistorique très connue), où il se 
rencontra avec plusieurs princes , princesses et divers 
membres de sa famille. Là , il prit pour femme dame 
Bau ([ui était riche en biens et en esclaves. Il retourna 
alors à la forteresse (de Lovêk) où le prince royal 
lui donna la dignité d'Ukiià Surindrâdhipati et à sa 
femme, dame Bau, le titre de Jamdâv Siï Batna 
fcesara. Le Roi père ou Grand roi lui conféra ensuite 
la dignité d'Uknâ Vansâggarâja et TenvOya lever une 
armée pour réprimer une rébellion qui s'étendait, 
semble-t-il , dans les provinces de Poursat au sud 
du Grand Lac. Il parait a\oir réussi dans cette tâche. 
Plus tard, S. M. Jaiy jesthâdhiràja Tenvoya réprimer 
une autre réb(*llion dirigée par une princesse, fille 
du Samtac Brah Kev Hvâ. Il mit en fuite cette prin- 
cesse , s'empara de ses esclaves et de ses biens qu'il 
offrit au roi. Celui-ci semble avoir voulu^ lui con- 
férer la dignité d'Okna Teja a\ec neuf provinces, 
mais il aurait supplié le roi de n'en rien faire (?). et 



' Peut èlrc était-il itUmiu prisonnier à J^aûxèk ouLovëL? 
- Ce passage, très ahinié, ne jmîuI être traduit avec complète cer- 
titude. 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEÀN. 523 

S. M. lui aurait conféré le droit d avoir quatre para- 
sols d'honneur. 

Cet Uknâ prit alors congé du roi pour venir faire 
œuvre pie au Brah Bân. li y fit entrer en religion sa 
tante la Jamdâv Ratna Kana, sa femme la Jamdâv 
Sri Ratna Kesara et trois autres personnes : une bru 
et deux nièces; toutes furent bonzesses [an Jï). Fai- 
sant œuvre pie, lui et toutes ces personnes invitèrent 
les bonzes à venir réciter la prière funèbre du Pamn 
Skûla Aniccâ [sic)^ pour la Jamdâv Ratna Kana, la 
tante; étaient présents sept chefs religieux et onze 
bonzes. On invita ensuite les bonzes à réciter la prière 
Pan Skûla Aniccâ pour TOkiia Vansà aggarâja lui- 
même; étaient présents deux chefs et six ou sept re- 
ligieux. Kncore une fois, on invita les bonzes avenir 
réciter cette prière pour la Jamdâv Sri Ratna Kesara , 
sa femme ; étaient présents trois chefs et six religieux. 
Tous ces bonzes reçurent des présents d argent pro- 
portionnés à leur rang. Et les disciples, au nombre 
de yo, qui récitèrent des prières, reçurent aussi de 
Targi^nt. Les bonzes furent ensuite invités à faire la 
lecture des Jatakas. L'oknâ offrit en cette circon- 
stance un (Us k la Loi (*t le racheta au prix de 
"j onces dargent. Il invita les bonzes à réciter les 
prières Anisan (de bénédiction) et leur donna en- 
core de 1 argent, des boîtes, des vêtements, dune 
valeur totale de 33 livres dargent^. 

Tous ces présents furent faits par rUknâ Vansa 

^ «JlaiHons {\c misère el périssabililé». 
■^ Environ 20 kiloijraniîines. 



524 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

aggarâja, fils de TAnak Uknâ Kralâhom Sâna Para- 
desa et de TAnak Camdâv (pour Jamdâv) Kana Ke- 
sara ^ qui sont la mère et le père de rUkna VaAsâgga- 
râja^, par la Camdâv Sri Ratna Kesara et par (les 
enfants ou nièces) Hin, Bram et Gun. Tous, d'un 
cœur pur et rempli de piété , acquièrent des mérites 
qu'ils offrent aux mères , aux pères , aux parents des 
sept degrés (ou générations) qui fiu*ent fidèles obser- 
vateurs de la Loi sainte. Us demandent en outre 
longue vie , vie de cinq mille ans , avec fintelligence 
et les richesses de Jottika Sesthï. Ils demandent en- 
core à être empereurs universels (Brah Mahâ Para- 
macakkabatirâja), à jouir continuellement du bon- 
heur et de la paix jusqu à leur entrée au Nirvana. 

27. Celle de ces inscriptions du Preah Peân que 
nous plaçons ici la dernière aurait pu avoir, au point 
de \Tie chronologique , le n" 2 : la date quelle donne, 
1 5o 1 = 1079 A. D., la mettant après notre n** 1 qui 
est daté de i563, et avant notre n° 2, iSgg A. D. 
Elle est la plus longue de toutes; 'elle occupe deux 
faces d'un pilier où elle compte 82 + 43 lignes. Sur 
la première de ces faces, l'écriture est irréguiière, 
mal tracée, tantôt grande, tantôt fine; mais, sur ia 
seconde face, l'inscription est si bien biuînée qu'elle 
se distingue entre toutes Jes autres inscriptions de ce 
Preah P(»ân, et cju'elle rappelle, malgré la grande 

' On voit que. ce son! «tFecti\emenl les deux |)e.rsonnages de U 
précédente inscription. 

- Cette répétition est bien cambodgienne. 



r.KS fNSCRIPTTONS DU PREAU PEAN. 525 

tliUerencp des lettres, la sûreté de main des su- 
[)(Tbes documents épigraphiques du monument de 
Jjoleï, au ix^ siècle. Elle n est pas moins remarquable 
par l'ardeur de son mysticisme bouddhique et par 
ses réminiscences du passé, peu exactes, plus ou 
moins vaj^ues, mais assez curieuses et bien caracté- 



risées. 



Elle débute par une invocation bouddhique en 
langue pâlie, mêlée de mots cambodgiens, faite au 
nom d'un roi, le Samtec Brah Jaiyya (= Jaya) Jes- 
thâdhirâja Râmâdhipati qui porte, en outre, une 
longue kyrielle de titres dont nous ne retiendrons 
que les derniers parce qu ils reviennent à plusieurs re- 
prises dans le corps du document; c'est le Samtec 
Brah Mahâ Upâsaka (fidèle laïque) Maharaja Pu- 
bitra. Il adore les pieds sacrés du Samtec Brah 
Mahâ Srï Ratna traiy Parama Pabitra (le Bouddha); 
et il rappelle que, lorsqu'il monta autrefois sur le 
trône, ayant en vue la glorification de la religion du 
Brah Tathâgata, il construisit^ les grandes tours du 
Brah Bisnuloka, fit monler les pierres, édifia les 
sommets à neuf pointes (ou plutôt les neuf sommets) 
des bcîlles tours, les recouvrit d'or, y érigea ensuite 
un Brah Mahâ Sârika Dhâtu (un reliquaire), le con- 
sacra en offrant les mérites royaux aux quatre Samtec 
Brah Jï (ses aïeux prédécesseurs) et au Samtec Brah 
Varapitâdhirâja (le roi son père) défunt, en pre- 
mier lieu, ainsi qu'à ses augustes parents des sept 

' San «ronstruire». Mais l'expression ne peut évidemment s*ap' 
plicjiKM" qu'à une restauration de Tantique temple. 



526 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

degrés (ou générations). En outre, afin d'établir soli- 
dement [sân «édifier») la religion du Brah Tathâ- 
gala dans ce Kambujadesa, afin de glorifier la fa- 
mille royale, afin de maintenir perpétuellement la 
Loi sainte, il demanda bonheur, force, fermeté et 
durée (longévité). 

Au début de la grossesse de la Samtec Brah Bha- 
gavati, sa première reine (qui a aussi plusieurs au- 
tres titres), il émit un vœu ardent, disant : « Prince 
ou princesse , j'offre cet enfant au Buddha comme 
upâsaka ou upâsika, fidèle serviteur de la sainte re- 
ligion du Brah Tathâgata qu'il ne doit jamais aban- 
donner. Prince, il sera le fils du Buddha qui est le 
grand refiige, le premier de tous les Brah Afig, 
Avant de monter sur le trône, il entrera dans les 
ordres et je souhaite qu il serve ardemment le Bud- 
dha. » 

Grâce à la vertu , grâce aux mérites du Samtec 
Brah Mahâ upâsaka Maha Râja Pabitra (le roi auteur 
du document) qui ne s'était jamais écarté du Triple 
Joyau, un dieu descendit des cieux pour s'incarner 
dans le sein de la Samtec Brah Râja Debi, pleine 
de grâces; et cet enfant, doué de qualités suprêmes, 
vint au monde à une heure propice, i5oi, année 
Thoh (du Lièvre, 1079 A. D.), le i4 roj d'Asâdha 
(août), mercredi. Au dimanche, douzième jour, 
dans un conseil tenu par la Samtec Brah Râja Mâtâ 
(la mère) Pabilra et les royaux gurus, horas, brah- 
manes, àcâryas, on fit le Jâtikarma (acte ou céré- 
monie de la naissance); le royal père donna au 



• » . 



LES INSCRIPTIONS DU PREAH PEAN. 



527 



royal fils le saint nom béni de Samtec Brah Parama 
Râjâdhirâja Pabitra. Le royal père conduisit ensuite 
ce royal fils au Brah Bisnuloka , ce lieu de réunion 
des Devatas, ce grand domaine [mahâJcsetra) des 
Mahâ Brahmarsis , des puissants génies et des troupes 
d ancêtres. Dans sa foi pieuse , le roi oflHt ce prince 
comme upâsaka du Seigneur, du Triple Joyau. Le 
roi fit préparer toutes sortes d'offrandes et invita les 
bonzes [brah sangh) vertueux, de mérite, les royaux 
gurus et âcâryas à venir faire les grandes cérémo- 
nies de bénédiction et d'offrandes aux ancêtres (Bid- 
dhi = vidhi, tarppana dvâdasa pinda asthotta- 
rasa), offrant les fruits des arbres, fleurs, parfums, 
objets du Panca Yajna (quintuple sacrifice) d'après 
les règles des antiques livres, adressant ces ofii*andes 
aux ancêtres des sept degrés, à tous les êtres qui 
errent dans les quatre lieux de punition et (qui 
errent) jusqu'au plus haut des cieux [akkhanittha 
brahma), au dessous jusqu'à (l'enfer) Avicï, et laté- 
ralement jusqu*à (l'extrémité des) dusa saharssa 
(pour sahasra) cakkravâla. A tous ceux-là furent 
instantanément offeris les fruits des mérites du 
Samtec Brah Mahâ upâsaka Maha Bâja Pabitra, 
dont le cœur débordait de reconnaissance et de 
gratitude. Si, errants, ils sont tombés dans les catu- 
râpay (les quatre lieux de punition), que la force de 
ces mérites les sauve et les conduise au bonheur su- 
prême ! Que tous aillent jouir du bonheur céleste ^ ! 



L'inscription passe ici de la première à ia seconde face. 



528 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

Que la vertu des mérites acquis ici les fasse jouir de 
la félicité complète des cieux, jusqu'à ce qu'ils par- 
viennent au séjour de ia délivrance {moksa)^ au 
grand royaume de Nirvana ! 

Par la puissance du Seigneur du Triple Joyau, 
parla puissance des Devatas Mahâ ksetra qui gardent 
et vénèrent ici la sainte Loi, nous demandons que 
tous se rassemblent afin de veiller sur le Brah Anga 
Samtec Brah Parama Râjâdhirâja , le saint fils royal, 
lui faire obtenir bénédiction, prospérité, longue durée 
et plénitude de pouvoir pour le service et la gloire 
de la sainte religion, selon la parole sacrée (du roi 
son père). Que les Devatas s'unissent pour protéger 
ce prince, le sauver des peines, chagrins, périls et 
malheurs ! Qu'il ait longue vie! Qu'il règne bientôt! 
Qu il soit le Dharmikarâja tenant haut et ferme l'éten- 
dard de la sainte religion du Brah Tathâgata parmi 
ce peuple du Cambodge [Kambaja ràstràjl Qu'il 
procure (à ce peuple) bonheiu* et prospérité comme 
au temps où l'antique et sainte famille royale fonda 
le Brah Mahâ Nagara Indraprastha (Angkor Thom) 
et le Brah Bisnuloka (Angkor Val. De même que 
furent ou seront fondés) tous les temples^ de tous 
les lieux de ce Kambujadesa et de tous les temps 
jusqu'à la fin du monde ! 

Paroles, souhaits et invocations du Samtec, etc. 
(le roi). Que la puissance des mérites de ce roi touche 
les Devatas Mahâ Ksetra et la troupe des Pères ! Que 

' Pràhâra «sorte, espèce, article»; ne peut s*entendre ici qae 
des édifices religieux. 



LES I.NSCRfPTIOxNS DU PREAH PEÂN. 529 

les Devatas s unissent pour sauver ie roi et la reine, 
pour sauver ces deux saints princes, pour sauver ie 
fils royal et sa royale mère, pour sauver les femmes 
et les suivantes . pour sauver les royaux gurus, brah- 
manes, âcâryas, mantri, mukha (principaux), les 
quatre piliers [stambha, ministres du royaume), les 
fonctionnaires, les Pandits, etc. ! Que tous soient pré- 
servés des peines , misères , maladies , périls , malheurs 
de toute espèce ! Qu'ils prospèrent en toutes sortes de 
bonheur et de félicité jusqua la fin des mondes! 
Qu ils aient la victoire sur tous leurs ennemis ! Si 
des ennemis du roi viennent d'une région quel- 
conque avec fintention d attaquer ce Kambujadesa, 
de détruire la sainte religion du Brah Mahâ Sârikâ 
Dhâtu (des reliques du Buddha), nous demandojjs, 
parles mérites acquis ici , que les Devatas adoucissent 
le cœur de ces ennemis du royaume, afin qu'ils n'at- 
taquent ni ce Kambujadesa, ni cette religion du 
Buddha ' Nous demandons que tous les sujets [rdstra) 
de l'intérieur de ce Kambujadesa soient en paix, 
heureux et sans troubles! Pureté, nous souhai- 
tons Tefficaté de ces invocations, de ces vœux (faits 
selon) les Paroles du Grand et Saint Omniscient, du 
Buddha Notre Seigneur! 

[La suite aa prochain cahier,) 



530 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 



NOUVELLES ET MELANGES. 



SEANCE DU VENDREDI 10 NOVEMBRE 1899. 

La séance est ouverte à [\ heures et demie, par M. Barbier 
de Meynard, président. 

Etaient présents : 

MM. Cliavannes, secrcLaire; Houdas, Schwab, Decour- 
demanche , Duval , Mo ndon- Vidai lliet , V. Henry, M"^' Graffin , 
Tabbé F. 'Nau, Mayer-Lambert, Feer, Cl. Huart, Foucher, 
Sylvain Lévi, llégnier, M. Courant, Halévy, Oppert, Dieu- 
lafoy, Weil , Grenard , membres ; Drouin , secrétaire adjoint. 

Le procès-verbal de la séance annuelle de juin 1899 est 
lu et la rédaction en est adoptée. 

M. le Président prononce quelques paroles de condoléance 
à l'occasion de la perte que la Société asiatique a faite, cette 
année, en la personne de plusieurs de ses membres, fl rap- 
[)elle en termes émus les services rendus à la science par 
MM. G. Devéria, décédé au Mont-Dore, et M*' de Harlez, 
décédé à Louvain en juillet dernier. Il associe à ces regrets 
la mémoire de M. l'abbé Quentin , décédé au Plessis-Chenet 
au mois d'août, et de M. Menant, ancien membre de la So- 
ciété, décédé à Paris au mois d'août. 

Est reçu membre de la Société : 

M. l'abbé François Martin, professeur à TUniversitë 
catholique , demeurant à Paris , rue de Vaugirard , 49 ^ 
présenté par MM. Duval et Halévy. 



NOUVELLES ET MELANGES. 531 

Sur la proposition de M. le Président, la Société accorde 
une subvention de 5oo francs à M. Rat,. notre confrère de 
Toulon , pour la traduction du second volume de l'ouvrage 
arabe Al-Moslalraf, en cours d'impression. 

M. Oppert donne quelques détails sur le Xlll' Congrès 
international des Orientalistes , qui s'est tenu à Rome au mois 
d'octobre dernier, et auprès duquel il était délégué de la 
Société. Il annonce que le prochain congrès international 
aura lieu en 1902 , et se tiendra à Hambourg. 

Il est donné lecture : 

D'une lettre du Ministre des affaires étrangères, en date 
du 1 7 août dernier, annonçant l'envoi d'une traduction faite 
par M. Beauvais , interprète , d'une partie du Kouang-Si-Tong- 
Tcheu, livre chinois contenant des renseignements officiels 
sur la province du Kouang-Si ; 

D'une lettre du Minisire du commerce, en date du 1 5 juillet 
dernier, invitant la Société asiatique à prendre part au Con- 
grès international de Numismatique cpii se tiendra à Paris 
au mois de juin 1900. Pareille invitation pour le Congrès 
des Sociétés savantes, qui aura lieu à la Sorbonne en 1900, 
a été faite par le Ministre de l'instruction publique ; 

De deux dépêches émanant du même Ministère , annon- 
çant l'allocation d'une somme de 1 ,000 francs à titre de sub- 
vention pour les troisième et quatrième trimestres de 1899. 

M. le Président rappelle que , sur la proposition de M. Dou- 
mer, gouverneur général de l'Indo Chine, il a été créé dans 
cette contrée, au commencement de l'année 1899, une 
mission scientifique sous les auspices de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres. « Cette mission , placée sous le 
contrôle immédiat de l'Académie, a pour objet : 1° l'explo- 
ration archéologique et philologique de la presqu'île Indo- 
Chinoise; histoire, monuments, idiomes, etc.; 2° là colla- 
boration aux travaux d'érudition concernant les contrées 
et ]os civilisations voisines, telles que l'Inde, le Siam, le 
(Cambodge et la Malaisie. 



532 NOVEMBREDÉCEMBRE 1899. 

(cC*est à un de nos confrères, M. Finot, que rAcadëmie 
a confié la direction de cette importante mission. H a été 
nommé directeur pour une période de six ans et sera assisté 
de trois collaborateurs qui auront le titre de « pensionnaires!. 
Deux viennent d'être nommés : MM. Cabaton , de Ja Biblio- 
thèque nationale, et Peliot, ancien élève de rÉcole des 
langues orientales. M. Finot s'est mis en route au mois de 
février 1899 et nous a, depuis, donné plusieurs fois de ses 
nouvelles. Nous savons, par une de ses dernières lettres, 
qu'il a passé trois ou quatre mois au Cambodge où il a 
réussi à former une collection de textes khmer, environ trois 
cents volumes qui embrassent l'ensemble de la littérature 
cambodgienne , en particulier les Jatakas ou récits des exis- 
tences successives du Bouddha. Notre savant confrère se pro- 
posait de visiter successivement l' Annam , le Tonkin , le Laos 
et Java avant d'organiser définitivement la mission. La So- 
ciété asiatique , suivant l'exemple de l'Académie des Inscrip 
tions , de l'Ecole des langues orientales et du Ministère de 
l'instruction publique , lui a fait parvenir ses principales pu- 
blications pour contribuer à la formation de la Bibliothèque 
indispensable aux travaux de nos explorateurs en Indo-Chine^ 
M. Finot , ajoute M. Barbier de Meynard, m'a chargé de vous 
transmettre ses remerciements. On peut attendre de son 
savoir et de son zèle les meilleurs résultats ; il n'oubliera pas 
les ol)ligations qu'il a envers la Société et tiendra à honneur 
d'entretenir avec elle des rapports qui seront tout profit pour 
la science. » 

Sont offerts à la Société : 

Par M. Barbier de Meynard : Un poète arabe da 11* siècle 
de lliégire, notice publiée dans les Actes du Congrès des Orien- 
talistes; Paris, 1897; 

Par M. ra])]3é Nau : 1° Les opuscules maronites: Œuvres 
inédites de Jean Maron, Chronique syriaque maronite, 
Ficrits de controverse, etc., texte syriaque et traduction 
française; 2° un tirage à part du Traité de l'astrolube plan de 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 533 

Sévère Sabohht , écrit au vu* siècle , texte syriaque et traduc- 
tion Iraiicaise parus dans le Journal asiatique; 

Par ^L Clément Huart, deux Mémoires extraits des Actes 
(la CoïKjres des Orientalistes tenu à Paris en 1897 : Les Zin- 
dîqs en droit musulman , et le Dialecte de Chirâz dans Sa'di ; 

Par M. Moïse Schwab : 1° le Répertoire des articles relatifs 
à l'histoire et à la littérature juives parus dans les périodiques 
de 1783 à 1898; 2° un supplément à son précédent Mé- 
moire sur UAngélologie. 

M. Cha vannes lit une Notice nécrologique sur M. G. De- 
véria qui sera imprimée dans le Journal, 

M. Maurice Courant donne la suite de son travail sur La 
musique en Chine, 

M. l'abbé Nau communique une Note sur un prince croisé, 
d'après les documents syriaques. 

M. Halévy expose le sens de quelques termes sémitiques 
et en propose Tétymologie (ces communications paraîtront 
dans le Journal asiatique, 

La séance est levée à 6 heures. 



ANNEXE AU PROCES VERBAL. 
(Séance du 8 novembre 1899.) 

ESDRAS, II, 65 c. 

Les versets 6^-67 du second chapitre d'Esdras fixent à 
/i2,36o le nombre des hommes libres qui sont retournés de 
Babylonie en Palestine sous la conduite de Zorobabel. Les 
rapatriés amenèrent avec eux 7,337 esclaves des deux sexes, 
200 chanteurs et chanteuses, 736 chevaux, 2^5 mules, 
435 chameaux et 6,720 ânes. L'énumération des chantres et 
des chanteuses, n1*n"it^D^ D^*)'^t2^D, entre les esclaves et les 

• • • * 

chevaux (65 c ) , a paru anormale à certains critiques qui ont 



534 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

cm éviter la difficulté en voyant dans ces mots une correc- 
tion faite postérieurement par un scribe ignorant an liea du 
groupe primitir ri1*lD^ D^*1112;^ « des bœufs et des vaches ■. 

Cette correction introduit dans la caravane des bêtes à bou- 
cherie qui n'auraient pas trouvé de quoi se nourrir pendant 
la longue traversée du désert. Il est infiniment plus probable 
que les pèlerins ne se sont servis que de bêtes de somme 
pour transporter les enfants et les malades. Il faut donc con- 
server la leçon traditionnelle sans y rien changer. Mais il est 
certain d'autre part qu'il ne peut pas être question des chan- 
tres lévitiques qui sont mentionnés aux versets il et 70 de 
ce même chapitre , et cela pour cette raison péremptoire que 
les femmes étaient exclues de la liturgie du temple. En 
réalité . il s'agit d'une classe d'esclaves que les riches acqué- 
raient pour satisfaire à leur goût pour le chant et la musique. 
Les jeunes chanteuses finissaient naturellement par devenir 
les concubines plus ou moins intermittentes de leurs maî- 
tres; cela résuite de l'araméen rï2T}^ «concubine» rapproché 
(le l'arabe ^j.lL « cliant, note musicale » ; Thébreu IT^It^D par- 
ticipe de cette double conception. 

pî, pî, n:p 

En hébreu l'idée de la transaction commerciale d'achat et 
do vente s'exprime imr deux verbes différents : nip « ache- 
ter« et "^^p « vendre »; dans les langues sémitiques, les deux 
t)pération.s sont désignées par le même verbe : arabe «Lj 
« vendre » , cUjI « acheter, acquérir » ; éthiop. «^Ill « vendre • , 

't'Hfiifï «acheter»; araméen pT «acheter», J3Î «vendre». 
La racine arabe ^U semble contenir l'idée générale de « alié- 
ner » , et ne peimet pas d'aller plus loin pour en déterminer 
le [)<>iiil de départ concret. Les autres racines se prêtent au 
contraiie à une pareille tentative. La possibilité de faire un 
pas en a\ant nous est donnée par l'hébreu n^p «acheter». 



NOUVELLES ET MELANGES. 535 

dont la connexion avec le substantif nip « canne , Iwirre » ne 
souffre pas de doute. L'achat est donc conçu comme une opé- 
ration qui se fait au moyen de la canne, apparemment au 
moins , comme un outil servant à mesurer les étoffes. L'ara- 
raéen pT n'a pas été expliqué jusqu'à présent, mais je crois 
pouvoir le rapprocher de l'assyrien zibanitu « balance » et de 

l'arabe iLjL>; «les deux lances de la constellation de la Ba- 
.. .^ 

lance » , de (j^; « frapper un coup rude , donner une impul- 
sion ». D'autre part l'éthiopien «^^ rappelle avec force le 
syriaque lÛXD «faire pencher, dévier». Ces coïncidences 
donnent à penser que chez ces peuples l'idée du trafic repose 
sur la propulsion subie par les bras de la balance au moment 
du pesage, et alors il est à présumer que l'hébreu nip ne 
vient pas non plus de la canne du mesurage , mais de la canne 
horizontale, c'est-à-dire des deux bras de la balance. Cela 
est d'autant plus vraisemblable que n^î^ désigne en hébreu 
même l'avant-bras (Job , xxxi , 22 ). 

Grâce à la conception de mouvement qui se rattache insé- 
parablement au verbe pî, le substantif Ni :j] désigne l'idée 
du temps , probablement comme résultat du mouvement des 
corps célestes. Dans l'araméen de Palestine on prononçait 
KjDT, mot hébraïsé en ]DT, d'où l'arabe ^^U^ «temps», C'est 

à tort que ce dernier vocable est regardé comme dérivé du 
zend zervaii, lequel signifie proprement «antiquité»; cf. le 
grec yépœv. 

En arabe « poète » se dit ^Lâ (au pluriel JCi-i) et « poésie » 
Jus . Le verbe ^x^ signifie « savoir », mais en quoi consiste la 
sagessse particulière du poète ? M. Goldziher incline à voir 
l'art magique qu'on attribuait aux poètes que Ton consul- 
tait pour entendre d'eux l'interprétation des pronostics rela- 
tifs aux événements futurs. Cette explication se heurte à 
l'impossibilité de signaler une conception analogue dans les 

xiv. 35 



IVrRIMKKIK «ATIOIIAI.C . 



536 NOVEMBRë-DëGËMBRE 1800. 

langues congénères , car Thébreu ^y{^l\ > orade venant d un 
mort » , tout en dérivant de 3^1^ « savoir », a un sens trop rea- 
treint pour être mis sur la même ligne que le mot arabe 
JLâ . A mon avis , tout dépend de la solution qa*on donne â 

la question de savoir si l'application des mots JLû et y^La k la 
poésie est vraiment ancienne.. Le doute m'a été involontai- 
rement inspiré par la frappante analogie qu'ils présentent 
respectivement avec les termes grecs ywhiuff «sentence, 
gnome » et yveofAiHÔs « poète qui parie en sentences , gnomique 
ou moraliste ». La formation sous l'impulsion étrangère du 
terme technique laisse intacte, on a à peine besoin de le 
dire , Toiiglnalité des proverbes et de la poésie arabes en 
général. 

J. Halbvy. 



OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIÉTÉ, 
(Séance du lo novembre 1899.] 

Par rindia Office, Archœological Survey of India : Ute 
Moghal Architecture of Fathpur-Sakri , described and illus- 
tra ted by Edmund-W. Smith. 

Archœological Survey, North-Western Provinces and OmJk : 
Part m, AHahabad, 1897; Part IV, 1898); in-4*. 

— Archœological Survey of Northern India : Monographon 
Buddha Sakyamunis birth- place in the Nepalese Tarai, by 
A. Fûhrer. Aliahahad, 1897 ; in-4*. 

— Archœological Survey of Western India, Vol. IV, On ihe 
Mohammadan Architecture of Bharoch, Camhay, Dholka, 
Champanir and Mahmadabad in Gujarat, by James Burgess. 
London, 1896; in-4°. 

— James Burgess, The Gandhara Sculptures. Vol. VIII, 
April and July 1898. London; gr. in-4°. 

— Sacred Books oftheEast. Vol. XXXVUI. XLlIelXLV. 
London, 1895-1897; in-8°. 

— Epigraphia Indica, July 1899. Calcutta; gr. in-4"- 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 537 

Par rindia Office : Indian Antiquary, December 1898; 
February, April, June, July-October, 1899. Bombay; gr. 

— Journal of the Asiatic Society of BengaL New séries; 
May, June, July, August 1899. Calcutta; in-8°. 

— Proceedings of the Asiatic Scciety of Bengal, April , July 
1899. Calcutta; in-8°. 

— Bibliolheca Indica. New séries, n" 952-936 et 938- 
()48. Calcutta, 1899; in-8". 

— Catalogue of the Sanskrit Manuscripts of the Jndia Of 
fice. Part VI. London, 1899; in-4**. 

— Annual Report of the Forest Department (June 1898). 
Madras, i899;in-fol. 

— Judicial and administrative Statistics for British India 
for 1891-1898. Calcutta, 1899; in-fol. 

— Report of the trial hy jury in Courts of session in the 

JV/o/flA-.v«/ (1890-1897). Calcutta, 1899; i'^"^*^^' 

— Annual Progress Report of the Archœological Survey 
Clrcle, North -Western Provinces and Oudh. June 1899; 
in-fol. 

Par la Société ; The Journal of the Royal Asiatic Society, 
July, October 1899. London; in-8'*. 

^ Zeitschrifl der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft » 
53" Baiid, II Heft. Leipzig, 1899; in-8". 

— Revue des études juives , avril-juin 1899. Paris; in-8°. 

— Notulen. DeelXXXVl, Afi. 4, 1898. Batavia; in-S". 

— Dugh Register, ann. 1 63 1-1 634. S*Gravenhage , 1 898 ; 
in-fol. 

— Actes du XI' Congrès international des Orientalistes, 
Paris, 1897; 3 vol. in^". 

— Bulletin de la Société de géographie, 2* trim. 1899. 
Paris ; in-8\ 

— Comptes rendus de la Société de géographie , mai-Jnin- 
juillel 1899. Paris; in-8'*. 

— Journal asiatique, mai-juin, 1899; in-8'*. 

35. 



538 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

Par la Société : Transactions of the Asiatic Society afJapan , 
December 1897; iii-8°. 

— Jornale délia Societa asiatica italiatia, 1899. Roma-Fi- 
renze-Torino ; in-S". 

— Journal de la Société Jinno-ougrienne, XVI. Helsingîssa, 
j 899 ; in-S". 

— Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. XI, 
2' fasc. Paris, 1899: in-S". 

— Bulletin de la Société de linguistique de Paris , juillet 
1899. Paris; in-8*', 

— Journal of the China hranch of the Royal Asiatic So- 
ciety, Vol. XXX, 1895-1896. Shanghaï, 1899; in-8*. 

— Tijdschriji. Deel XLI, afl. I et II. Batavia, 1899; 
in-8°. 

— Revue des études juives » ^vàHeiseftembre 1899. Paris; 
in-8% 

— Bulletin de la Société de géographie de Paris , 3* trim. 
1899; in-8°. 

Par les éditeurs : Revue critique, n''*2 7-39, 4o, 4i-4d« 
Paris, 1899; in-8". 

— Revue de l'histoire des religions, janvier- février et mars- 
avril 1899. Paris; in-8°. 

— Bibliothèque de V Ecole des hautes études. ia3* fasc. 
Paris, 1899; in-8". 

— Le Mii^eow, juin 1899. Louvain; in-8''. 

— Transactions and proceedings of the Japon Society, 
Vol. IV, part IV. London ; in-8". 

— Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires; 
Choix de rapports et instructions publiés sous les auspices du 
Ministère de l'instruction publique et des beaux-arts» T. IX. 
Paris, 1899; in-8". 

— Al-Machriq, tammouz - 1 " tichrîn 1899. J^yrouth; 
in 8". 

— Observatorio de Manila . Boletin mensual, 1898 , 1" trim. 
1899; in-4°. 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 539 

Par ies éditeurs : Revue Africaine, 2*" et 3' trim. 1899. 
Alger; in-8". 

— T/ic American Journal of Semitic languages and litera- 
tares (Behràicai), July, October. Chicago, 1899; in-8''. 

— BoUettino, n°* 324-338. Firenze, 1899; in-8°. 

— The Geographical Journal, July, September, August, 
November 1899. London in-8°. 

— Revue archéologique, mai-juin et juillet-août 1899. 
Paris ; in-8". 

— Revue biblique, juillet et octobre 1899. Paris; in-8'*. 

— Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei, Séria quiata. 
VoL V^III, fasc. 3-6. Roma, 1899; in-8°. 

— Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres, mars-avril. Paris, i899;in-8°. 

— Journal des Savants, mai-juin, juillet-août 1899. Paris; 
^v. in-4^ 

— The American Journal ofphilology. January-March et 
April-.Tune 1899. Baltimore ; in-8°. 

— Analecta BoUandiana. T. XVIfl, fasc. m. Bruxelles, 
1 898 ; in-8^ 

— Revue de l Orient chrétien, 4* année, n°* 2 et 3. Paris, 
1 899 , in-8°. 

— ^/-Z/it)'«. Juin-avril 1899. Le Caire ; in-8°. 

— Polybiblion, parties technique et littéraire; juillet- 
octobre. Paris, i899;in-8°. 

— Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles- 
lellrcs, mars-avril et juillet-août 1899; ^^^"^°* 

— Mittheilungen der deutschen Gesellschaft zu Tokyo, 
1899; in-8*'. 

— Bulletin de correspondance hellénique , janvier-juin 1 899 . 
Paris; in^**. 

— Revue illustrée d'Extrême-Orient, Paris, 1899; iï^"8*« 

— Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques 
et fcientijiques. Année 1898, 3' livraison. Paris; in-8'. 

— Ricordo di Guiseppe Turrini , pubblicato a cura del Mu- 
nicipio di Avio. Trento, 1899; in-8'. 



540 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1890. 

Par le Ministère de rinstruction publique : Auguste Patie, 
Mission Pavie , Indo-Chine , Etudes diverses, si vol. Paris, 1898; 

in-4'. 

— Publications de FEcole des langues oiientdies vivantes: 
Jean Bonet, Dictionnaire annamite-français »T. l(A-M). Paris, 

— Même recueil : Clément liuart , Le livre de la Création 
et dv Vhistoire d'Abou-Zeïd Ahmed ben Sahl el-Balkhi. T. I. 
Paris, 1899 ; gr. in-8°. 

— Même recueil : Tedzkeret enrNinân fi akhhâr Molouk 
es-Soadân, texte arabe, édité par O. Houdas et E. Benoist. 
Paris, 1899; gr. in-8°. 

— Musée de l'Algérie et de la Tunisie, 2* série; Musée 
Lavigerie. Paris, 1899. 

Par les éditeurs : Mission scientifique dans la Haute-Asie, 
Atlas des cartes, par F. Grenard. Paris, 1898. 

— Atti délia Reale Accademia dei Lincei, Febbraio- 
Giugno i899;in-4°. 

— T)ie Woche, Heft 32. Beriin, 1899; gr. in-i". 

— Le Globe, juin et octobre 1899. Genève, in-S". 

Par les auteiu*s : P. José Algue , Las nuhes en êl Arckipié- 
lago Filipino, 1° Junio 1896-31 de Jdlia 1897. ^lûia; 
in>. 

— Ig. Goldziher, Abhandlnngen zur arabischen PhûtÀoffie, 
2"Theil. Leide, 1899; in-8\ 

— Emir Chekib Arslân , RisAil a^-Sabi, V(d. I . Ba'abda 
(Liban), 1898; in-8-. 

— .L Chunder Dutt, Kings of Kashmira^ a translation of 
a sanskrit work ; 3 vol. Calcutta, 1878-1898; in- 18. 

— Adhémar Leclère, Les Codes cambodgiens, a vol. Paris» 
1 898 ; in-8*. 

— M. Jastrow, Religion of Babylonia and Assyria, Boston, 
i898;in-8\ 

— Mabell Duff , The Chronology of India from the earliest 
limes. Westminster, 1899; ^'^"8**» 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 541 

Par les auteurs : M. Hartmann, The Arabie Press of 
Erjypt. London , 1 899 ; in-8". 

— Margaret Dunlop Gibson, Studia Sinaitica, n' viii. 
London, 1899; in-4^ 

— Hrishikar Sastri et Siva Chandra Gui , A descriptive Ca- 
talofjue of Sanskrit manuscripts in the Library of the Calcutta 
Sanskrit Collège. Calcutta, 1899; in-8°. 

— Wil. Popper, The Censorship of Hehrew books, New 

York, 1899; ^^'^''' 

— E. Drouin , Monnaies tangoataniennes ou Si-hia ( extrait ). 
Paris, 1899; in-8°. 

— Le P. Louis Gaillard, Plan de Nankin, Chang-haï, 
1 899 ; in-8°. 

— H. Vambéry, Noten za den alttûrkischen Inschrifïen der 
Mongolei und Sibiriens, Helsingfors, 1899; ^'^"^*'' 

— Barbier de Meynard, Un poète arabe du 11' siècle de 
l'hégire, 1897. Paris; in-8°. 

— J. Halévy, Revue sémitique, juillet et octobre 1899. 
Paris ; in-8\ 

— Esteves Pereira , Historia dos martyres de Nagran, Lis- 
bonne , 1 899 ; in-S". 

— Ed. Sachau , Mittheilungen des Seminarsfàr Orientalische 
Sprachen an der kôniglichen Friedrich Wilhelms-Universitàt zu 
Berlin. Berlin und Stuttgart, 1899; in-8'*. 

— J. Perruchon, Aperçu grammatical de la langue amha- 
rique. Louvain, 1899; in-8''. 

— Richard Schmidt, Die Sukasaptate (textus omantior), 
aus dem Sanskrit ubersetzt. Stuttgart, 1899, i^'^'* 

— L. Bonelli, Elementi de grammatica turca osmanli, 
Milano, i899;in-i2. 

— Villi. Thomsen, Remarques sur la parenté de la langue 
fW^^Me. Copenhague, i899;in-8°. 

— Karl Piehl , « Sphinx » , Revue critique embrassant le do- 
maine entier de l'égyptologie. V. I-lIl, f. 1. Paris, i899;in-8°. 

— J. Rouvier, Les ères de Gébal-Byblos{ entrait). Athènes^ 
1899; in-8". 



542 iNOVEMBRE-DKCEMBRE 1899. 

Par les auteurs : D. H. Miller, Die sàdarahische Expédi- 
tion der kaiserlichen Akademie der Wissenschafien in Wien, 
1899; m-8*. 

— John Whitehead, Grammar and dictionary qfthe bo- 
hanrji langnage. London, 1899; "^'^*' 

— Ed. Seli, The historical development ofthe Kurân, Ma- 
dras, 1898; in-8°. 

— J. Perrucbon , La Grammaire de la langue abyssine de 
M. Mondon- Vidailhet, Paris , 1 899 ; in-8°. 

— H. Suter, Localas Archimedius, Leipzig, 1899; in-8*. 

— Ch. Clermont-Gauneau , Recueil d'archéologie orien- 
tale. T. 111, livraisons i4à 18. Paris, 1899; in-8*. 

— L. de Longraire, /. de Morgan : Travaux archéologi- 
ques exécutés en Perse. Paris, 1899; in-8''. 

— P. Peterson, A sirth Report of opérations in search of 
Sanscrit Mss. in the Romb'ay Circle, April 1895-March 1898. 
Bombay, 1899; in-8''. 



SÉ\NCE DU VENDREDI 8 DÉCEMBRE 1899. 

La séance est ouverte à A heures et demie, sous la prési- 
dence de M. Barbier de Meynard. 

Etaient présents : 

MM. Chavannes , secrétaire ; CL Huart, Guimet, R. Du- 
vai, Decourdemanche , M. Schwab, le P. Boyer, Foucher, 
Mayer-Lambert, Perruchon, Carra de Vaux, V. Henry, Gre- 
nard, Aymonier, J. Halévy, membres; Drouin, secrétaire 
adjoint. 

Le procès- verbal de la séance du mois de novembre der- 
nier est lu et la rédaction est adoptée. 

Est reçu membre de la Société ; 
M. Paul de Kokowroff, professeur d'hébreu à TUniveraité 



NOUVELLES ET MELANGES. 543 

impériale de Saint-Pétersbourg, présenté par MM. Cler- 
niont-Ganneau et Schwab. 

Sont offerts à la Société : 

Par le Directeur de l'Imprimerie nationale , le cinquième 
et dernier volume in-folio de la traduction du Bhâgavata Pu- 
rânu, par M. l'abbé Roussel. Le premier volume de cette 
traduction remonte à i84o, le second parut en i844 et le 
troisième en 1 8^7 ; tous les trois ont été publiés par Eugène ^ 
Rurnouf. Un intervalle de près de quarante ans s'est écoidé 
avant la publication (en i884) du quatrième volume par les 
soins de \L Hauvette-Resnault , qui avait été chargé de la 
continuation du travail, à la demande de M. Adolphe Ré- 
gnier, précédemment désigné. C*est M. l'abbé Roussel qui a 
i)ien voulu se charger, après la mort de M. Hauvette-Bes- 
nault, de terminer la traduction de ce grand poème hindou 
(livres X, XI et Xll avec un index); 

Par M. E. Leroux, les ouvrages suivants qu'il a édités, 
savoir : 

La correspondance d'Aménophis III et d'Aménophis IV, tran- 
scrite et traduite par M. Halévy, avec un index par M. J. Per- 
ruclion, 1899, in-8°; 

Le neuvième volume du Mahâbhârata, intitulé : Calya- 
par va, traduction du sanscrit par M. le docteur L. Ballin, 
1899, in-8^ 

Mémoires sur l'Annam, traduction du chinois par M. Ca- 
mille Sainson, consul de France à Mondzeu (Yunnan); Pé- 
king, 1896, in-8°; 

Grammaire élémentaire de la langue persane, par M. Clé- 
ment Huart, professeur de persan à l'Ecole des langues 
orientales; Paris, 1899, iï^"S°î 

Par M. A. Barth : 

Le Bulletin des religions de Vlnde, suite de ses études sur 
la matière (extrait de la Revue de l'histoire des religions, 
1899); et trois articles parus dans le Journal des Savants, 



544 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

1899, contenant un compte rendu critique da troinème vo- 
lume du Mahâvastu. 

Par M. Barbier de Meynard, au nom de Tauteor, M. Gas- 
ton Mercier Etude sur la toponymie berbère de la région de 
rAurès, (Extrait des Actes du XI' Congrès des orientalistes 

>897)- 

M. Chavannes présente à ia Société la seconde partie da 
tome III de sa traduction des Mémoires historiques de Se^ma* 
tsien, 1899, in-S", 

11 est ensuite procédé à la nomination d*un membre de 
la commission du Journal asiatique, en remplacement de 
M. Devéria , décédé. Sur la proposition de M. le Président , 
M. Drouin est élu membre de cette commission qui se trouve 
être ainsi constituée : MM. Duval, Maspero, Oppert, Senart 
et Drouin. 

Il est également procédé à la nomination d'un membre 
du conseil à la place de M. Devéria. Le conseil ait provi- 
soirement M. Fouciier; cette nomination sera soumise k la 
ratification de la prochaine assemblée générale. 

Il est donné lecture d\ine lettre du Ministre du commerce , 
en date de septembre dernier, invitant la Société asiatique 
à prendre part au Congrès international des sciences ethno- 
graphiques (}ui doit se tenir à Paris au mois d*aoùt 1 900. 

M. Chavannes fait un rapport oral sur la traduction du 
KouangSi'Tong -Tcheu par M. Beauvais (voir le procès-veibal 
de la dernière séance), et signale l'importance de cet ou- 
vrage qui donne des renseigncmenis sur Thistoire, la géo- 
graphie , la description des villes et des monuments , comme 
sur l'organisation administrative de la province de Kouang*Si. 

M. Aymonier fait la communication suivante : 

«Le P. Durand, missionnaire au Binh Dinh (Annam), 
nous a envoyé quelques estampages d'une inscription qni 
n'est pas en khmer, ni en cambodgien, comme on le croit, 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 545 

mais en langue tcham. La stèle , trouvée dans le voisinage du 
petit village de Kon Tra, sur le bord du Ga Xom, haut 
affluent de la rivière de Qui Nhon et non loin de neuf belles 
cascades que les Annamites appellent « les Neuf Frangés » , 
est une pierre mesurant i m. 70 de hauteur sur o m. 90 de 
largeur. L'inscription compte onze lignes gravées sur une 
seule face, au-dessous du signe mystique Om et de Tinvoca- 
tion sanscrite om namaséivâya « hommage à Si va ». En outre , 
le texte, en langue vulgaire , est précédé des formules Swcwfi , 
Jaya, Siddhi, Kdrya, Sans être très nette sur les estam- 
pages, cette inscription sera lisible dans son ensemble. A 
première vue , elle ne nous a pas paru datée ; mais la forme 
des lettres permet de dire qu elle appartient à la dernière 
période des documents épigraphiques du Tchampa et qu'elle 
ne remonte pas au delà du xii* siècle de notre ère » 

M. Halévy continue la communication de ses recherches 
étymologiques sur plusieurs expressions sémitiques. 

La séance est levée à 6 heures. 



ANNEXE AD PROCES VERBAL. 

(Séance du 8 décombro 1899.) 

Pour construire le temple de Yahwé à Jérusalem Salomon 
obtint de Hiram, roi deTyr, la livraison dans un port judéen 
du bois nécessaire à la construction. Le roi tyrien dit : « Les 
arbres , cèd/es et cyprès, tirés du mont Liban, seront mis en 
mer sous forme de radeaux, ri113*î, jusqu'au lieu que tu 
m'indiqueras » (I Rois, v, tiS). Le même fait est raconté dans 
11 Chroniques , 11 , 1 5 , mais le mot employé pour « radeaux » y 
est nil&D"). Ce second synonyme est demeuré , jusqu'à pré- 
sent, sans la moindre explication acceptable. Pour le pre- 



546 NOVKMBRE-DÉCKMBRE 1899. 

mîcr, la chose est plus facile. Si Ton admet la leçon massorë- 
tique D131D W^V^D I^IT (Isaïe, v, 17), on obtient un mot 
13^ ayant le sens de « pâturage » ou de « habitude >, sens qui 
peut se concilier avec celui de ^2112 « désert » , primitive- 
ment « Heu où Ton conduit les troupeaux». De telle façon, le 
participe féminin m_3^ dont D^'IS^ est le pluriel désigne- 
rait le radeau comme un véhicule qui conduit , et laraméen 
121 «construire» appuierait cette explication. miDDI a, au 
contraire, l'air de venir d'un singulier lÔD'l qui résiste à 

toute interprétation raisonnable , car la tentative de l'envi- 
sager comme un mot composé de llD^"DÇ'i, llD"»"nÇ1 , pro- 
longé de DD1 ou élargi de 1D*1 , est de la plus haute fantaisie. 
Quelques lexicographes parlent bien de la possibilité d*une 
origine étrangère , mais ils n'ont jamais pu Tindiquer d'une 
manière précise. Je pense plutôt que sous cette forme im- 
possible et évidemment corrompue, se cache en réalité un 
vocable ancien qui nous est révélé par la désignation assy- 
rienne du radeau, savoir raksuti, dont la forme hébraïque 
est niDD*l et qui vient de rakasu = DDl « lier, attacher ». D^DDl , 

forme abstraite comparable à D173a, D^niîa et fl^DTD dont 
le pluriel est régulièrement D^'>d'7D, se dit également au plu- 
riel DVCD^i , et c'est précisément cette forme qui a été altérée 
en n'îluD'i par les scribes postérieurs. La grande similitude 
(le D avec D et de "» avec 1 sont la cause de cette concision. 
Il va sans dire que cette erreur même atteste l'antiquité de 
Tarchétype dont le chroniqueur s'est servi dans sa rédaction. 

xnpn 

Ce mot judéo-araméen qui signifie « pain, galette de pain » 
est dérivé par les lexicographes de la racine >)T) dont le sens 
n'est même pas déterminé. C'est une erreur. J'ai montré der- 
nièrement dans la Revue sémitique que l'araméen MOim^ 
(=■ néo-héb. mrina) = assyrien nuhatimmu «boulanger» si- 



NOUVELLES ET M'ÉLAxNGES. 547 

^aiilie proproi lient «faiseur de sceaux, trempreinles ». Cette 
désignation populaire vient ce ce qu'en Babylonie on cuisait 
les galettes de pain sur des briques chauffées au rouge, et 
comme les briques de ce pays portaient presque toujoure les 
signatures do leurs propriétaires ou de leurs fabricants, le 
pain cuit dessus reproduisait ces empreintes. L*usage de la 
hri(|ue poui* la cuisson du pain se retrouve aussi dans le mot 
précité kVriD"'^ ((ui présente la contraction de KriD"'y'i , dérivé 

de XDi?*^ , Pl^^^ « brique ». Ceci explique en même temps l'arabe 
vJU£> « galette ronde et mince de pain » , mot qui se montre 
ainsi comme ayant été emprunté à l'araméen. 

Nnnnnc 

T : - : 

D'où vient le nom syriaque de la chauve-souris )fOf«»iA? 
1/idée d'y reconnaître la composition Xm + ITIS « volant -f 
ver» a été rejetée avec raison par M. \oeldeke, mais une in- 
terprétation quelque peu vraisemblable n'en est pas encore 
donnée. Je pense que, malgré la vocalisation, KinniD la 

lettre 1 n'est qu'un élément adventice à l'instar de ceux qui 
figurent dans les mots X'?Î*15? «cabane» ('?Ty), D^lp. ((•3'^'^» 
Dlp) «hache» ^^^p (^l^t^, ^^C) «pensée», etc. (^ant à la 
s>nahe finale, elle est le résultat du redoublement de la der- 
nière radicale (|ui forme la série des mots comme ?l?3t?, 
'?'!'?SC , plpnn , nn"»r , etc. , lesquels semblent comporter une 
conception du diminutif. K"mmD élargi de îCmnD se rat- 
lac lie donc à la racine TDD « craindre » et le sens fondamental 
du nom s>riaque de la chauve-souris est « le petit craintif». 



La particule éthiopienne 9^^ yogi «peut-être, p.our que 
lion » a été envisagée par Dillmann comme étant composée de 
p« _j_ «1^; Yo serait contracté de *\n'^ « il sera » , et </e l'équivalent 



548 NOVëMBR-ë-DÉCëMBRE 1899. 

de ^2 « que ». Il ajoute que yo pourrait au&si élre l'adoucis- 

seiiient de l^ , ).}, de manière que f>^ signifierait au propre 

« si que » ( ^! p). Les dîiricultës de cette étymologie sont trop 
frappantes pour qu'on ait besoin d*y insister. En considérant 
que la particule dubitative hébraïque fSa, die aussi, le 

double sens de la particule éthiopienne en question, il est 
permis de supposer aux deux une même origine sémantique. 
Maintenant, étant donné que l'hébreu JD vient de n^D 

«tourner, se tourner, se retirer», etc., on ne se tnmipera 
guère en voyant dans yogi un verbe substantif dérivé de la 
racine sémitique ^3T qui se présente dans Thébreu t^2^^ (I! 
Samuel, xx, i3) «être retiré». Notons encore que la racine 
purement arabe n:il , t^^ a absolument la même signification 
et répond comme substantif à l'hébreu D"»iB « face ». 



Ce terme se trouve plusieurs fois au chapitre xxvii du Lé- 
vitique , et la ponctuation montre clairement que la tradition 
y reconnaît le mot "îjiy « estimation » , augmenté du suffixe 

possessif de la 2* personne : « ton estimation ». Toutefois Tim- 
possibilité de conserver ce sens dans la plupart des passages 
où figure cette forme a déjà été reconnue par les Septante. 
Non seulement le suffixe de la 2* personne est inutile en plu • 
sieurs endroits, mais on trouve deux fois la forme déter- 
minée IDiyn en contradiction avec la grammaire hébraïque, 
voire la grammaire sémitique en général, d'après laquelle 
les mots pourvus de suffixes possessifs ne peuvent pas re- 
cevoir l'article. Les traducteurs grecs se sont tirés d'aflEaire , 
tantôt en substituant au suffixe de la 2* personne celui de la 3* 
(^ Ti(iYf avToô), tantôt en le neigeant entièrement. Mais 
ce traitement embarrassé garantit précisément l'antiquité de 
la forme du texte massorétique. En vérité , la charpente con- 
sonantiquc est irréprochable , la vocalisation seiâe doit être 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 549 

modifiée : il faut lire simplement "îj^'IV , forme à la dernière 
radicale redoublée dont j'ai parlé dan» Favant-dernier pa- 
ragraphe. Avec cette modification insignifiante, toutes les 
difficultés précitées disparaissent et le sens de «estimation, 
évaluation régulière » s'adapte on ne peut mieux à tous les 
passages sans exception. 

Proverbes, xvni, 19. 
Verset rempli d'incohérence; le texte hébreu porte : 

non» nnns D'':nD^ î^ nnpo vc^d: n» 

Mot à mot ; 

Un frère devenu infidèle est plus qu'une ville forte 
Et les disputes sont comme le verrou d*un palais. 

Les Septante offrent : kheX^ds wttô âSeA^oô ^orjdoiyLSvos 
ûûs "cràXis o)(ypà Kai v^iXrj , icrxiist hè dii<rîrep redefieXiùû(iévov 
^0L(TiXeiov « Un frère aidé par un frère est comme une ville 
fortifiée et élevée, il est fort comme un palais fondé»; le 
sens ne brille guère par la clarté, mais on voit néanmoins 
qu'ils ont lu : 

îlDnîc 1DM22 Ti?*» non lir nnps fnîCDl ::v): nn ' 

• I- - 8 T TT -|''iLt"J T T 

La \ iilgato rejette les mots xai v'^iXrj du premier hémi- 
stiche , et suit une nouvelle voie dans le second : Frater qui 
adjuvatnr a Jratre, quasi civitax firma ; et jiidicia quasi vectes 
nrbiam; ce gui repose sur la lecture D^"iy Tl^*)33 D^i"'lD^ 
(de p") ). La platitude de reiiseinble ne disparait pas dan» les 
traductions modernes, dont celle de Luther : Ein verletzter 
Brader hait liàrter denn eine feste Stadt, und Zank hàlt hàrter 
demi ein Ricgid ani Pallast « Un frère blessé tient plus dure- 
iiieiit (piune ville forte, et la dispute tient plus durement 



r)50 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

qu*uii verrou au palais ». Je propose la lecture suivante qui 
aplanit toutes les difllcultës : 

îlDnK ••nnnD D'^yiD^ Ti? n'>ir>2 Scfo: nK 

Un frère ressemble à une ville forte (où l'on se réfiigie devant 

l'attaque de l'ennemi), 
Et les amis (ressemblent) aux verroux (qui ferment) Tentréed'iui 

palais. 

Pour 3 ^C^Dj, voir Psaumes, xlix, i3, 21; le singulier 
y")Ç «ami» se trouve dans Proverbe», xix, 7, et le pluriel 
D^y^lÇ dans Juges, xiv, 11. 

ISAÎE , L.UII ,11. 

Ce verset tripartite a donné lieu à beaucoup de correc- 
tions, les unes aussi violentes que les autres, sans cependant 
aboutir à un sens satisfaisant : ^ 

: 't - V : '• : t - •• - 

Les Septante n'y ont déjà pas compris grand'chose; ils 
mettent nt^Û en état construit avec ^DV «Moïse de son 
peuple [MeaiJarj Xaov aîirov) », lisent nSvDn au lieu de dS^ÇH 
en considérant )^H^ ny*) DiC comme le complément direct de 

ce verbe : « Où est celai cjui a fait monter de la mer le pas- 
teur de ses brebis ? » (lIoO à àva^àcras èx r^ ^'aXéurtn^s rà» 
73oi{LévaL Tùdv isfpoSâTœv atÎTOÔ ) , et D3"1p3 au lieu de 13ipa 

(èv oLVTots), M.Duhm suit strictement cette voie et efface, de 
plus , entièrement les mots IDy n^*D qui seraient une interpo- 
lation postérieure; il croit même (jue la partie h fait allusion à 
la délivrance de Moïse enfant jeté dans le Nil ( Exode, 11 , a-5). 



NOUVELLES ET MELANGES. 551 

Un auteur plus récent change "l^T^l en 1DTÎC1 et IDy en M2^ , 
et place liîCS ny^ riK immédiatement après : « Je me sou- 
viens des anciens jours de Moïse son serviteur, le pasteur de 
son troupeau » , sans réfléchir que la particule D^ s'oppose 
absolument à une pareille construction (R. E. /., 1899, 
p. 38). Cependant la Vulgate était, à un point près, sur la 
bonne voie : « Et recordatus est dierum saeculi Moysi et po- 
puli sui (corriger : populas saas)it; les mots ntî^D D?iy "♦D"» 
forment un groupe uni par l'état construit tout comme J^^S 

bi<ip: c;*!]? (ïsaïe, Lx, i4 =^Nit2?'' vip ■)'»y |rx) = '»D'' 

nUtD ''D^ □'?1i* . Le sujet du verbe est naturellement ItDy , nom 
collectif qui permet le pluriel dans Db^Dn, forme qui, loin 
d'être fautive (Duhm), est d'une classicité irréprochable; 
(omp. T)p"»^lDn (Deut., viii, i5) et DDÇ^aSçn (II Samuel, 

1, 34 : 

El son peuple (le peuple de Yaliwé) se rappelant les anciens jours 

de Moïse dit : 
Oii est celui (= Yahwé) qui les a fait monter de la mer avec le 

pasteur de ses brebis? 
Où est relui qui a mis en lui (en Moïse) son esprit saint? 

Le peuple plongé dans les misères de la captivité désire 
ardemment le renouvellement des miracles de l'ancienne 
époque mosaïque. 

J. Halévy. 



OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETE. 
(Séance du 8 décembre 1899.) 

Par les éditeurs : J. Halévy, La correspondance d'Améno- 
phis m et d'Aménophis IV; lettres babyloniennes trouvées à El- 
4 marna, transcrites et traduites, Paris, 1899; in-8°. 

— Polybibllon , parties technique et littéraire; novembre 
1899. Paris; in-8". 

MX. 36 

iMraiMRMIK KATIOSALS 



552 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

Par les éditeurs : Annuaire de V Ecole pratique des hautes 
études, Paris , 1 900 ; in-8". 

— Al -Machriq s ^lùivin 2. Beyroath, 1899; in-8*. 

— Bollettino, 333, 334. Firenze, 1899; iii-8'. 

— Revue ciitique, ii"45, 46; à'j. Paris, 1899; ^'S*. 

— Toung-Pao , mai-octobre , avec Supplément par M. Cor- 
dier. Leide, 1899; in-S.**. 

— Journal des Savants, septembre-octobre 1899. Paris; 

in-4". 

— Upsala Universitets Arsskrift, 1876, I. Upsala; in-S". 

— The Sanskrit critical Journal, May-July-Scptember 1 899 . 
Woking; in-8". 

— Le Bhâyavata Purâna, lûstoire poétique de Krichna, 
traduit et publié par E. Burnouf; t. V, par M. Hauvette- 
Besnault et le R. P. Roussel de l'Oratoire. Paris, 1898; 
in-fol. 

— Atti délia Reale Accademia dei Lincei, Giugno 1899. 
Roma ; in-4°. 

— Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei , V, vol. V1I[ , 
fasc. 7 et 8. Roma; in-8°. 

— Revue archèoloqique y septembre-octobre 1899. Paris; 
iii-8^ 

— Bulletin archéologique, année 1899, 1" livr. Paris; 
in-8^ 

— The Geographical Journal, December 1899. I^oJ^don; 
in-8^ 

— Annuaire de l'Ecole pratique des hautes études. Paris, 
1900; in-8\ 

— Le Muséon, septembre 1899. Louvain; in-8°. 

Par la Société biblique : Une collection de livres i*eligieux 
en diverses langues. London, 1899, in-8*'. 

— Transactions of the Asiatic Society of Japan. December 

i 898 ; io-8^ 

Par les auteurs : J. F. M. Pereij'a, Ta-si-yang-kao, Archivos 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 553 

et Atiales do Eœtremo Oriente Portaguez. Lisboa, 1899; 

— E. Drouin, Une drachme arsacide, Bruxelles, 1899; 
in-8^ 

— Le même, Sur t origine du titre BourtXeiis BwrtXécùv, 
Bruxelles, 1899; i'ï'8"- 

— H. Gordier, Deux voyeurs dans VExtrême-Oiient, Leide , 
1899; ïnS\ 

— K. L. Tallquist, Die Sprache der Contracte Naba-ndids. 
I lelsingfors , 1 890 ; in-8°. 

— OlafMolin, Ont prepositionen }D i Bibelhebreiskan, Vf- 
sala, 1893; in-8". 

— J. A. Lundel, Etude sur la prononciation russe, Upsaia, 
i89o;in-8°. 

— Erik Stave, Om Uppkonisten af gamla Testamentets Ka- 
non. Upsaia, 1891; in-8*'. 

— 0. E. Lindberg , Studien ôfoer de semitiska Ijade w ochy, 
Lund, 1898; in-S**. 

— Karl Fries, Weddâsê Màryâm (texte éthiopien et tra- 
duction). Upsaia, 1892; in-8°. 

— K. U. Nylander, Inleding till Psalteren, Upsaia ; 1 894 ; 
in-8\ 

— Le même. On Kasasàndebema i Hebreiskan, Upsaia, 
l882;in-8^ 

— Le même. Orient alistkongressen i Stockholm-Christiana. 
Upsaia, 1890; in-8°. 

— K. G. Nordlander, Die Inschrift des Kônigs Mesa von 
Moab. Leipzig, i896;in-8°. 

— H. Almquist, Om det sanskritiska aham. Upsaia, 1879; 
in-8\ 

— Le même, Mechilta Bo Pesachtraktaten, Lund, 189a; 
in-8". 

— Le même , Ein samaritaniscker Brief an Kônig Oskar, 
Upsaia, 1897; in-8°. 

— Le même, Ibn Batutas resa genom Maghrib. Upsaia, 
l866;in-8^ 

36. 



554 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1899. 

Par les auteurs : J. Selîgniann, Prooimiam et spécimen 
lexici arabici Atthaalibii; 1896; in-8°. 

— S. Aberstén, Gittin i den hahyloniska TaJmad, Gôte- 
borg, 1896; in-8°. 

— Anton Haclin , Prepositionen is etymologi och anvàndiriff 
i Hebreiskan, Upsala, 1886; in-8'*. 

— J. T. Nordling, D:msvaga rerb-bildningen i Hebreiskan. 
Upsula, i879;in-8'*. 

— Le même , De allmànna vokalfôràndringarna i Hebreiska 
Sprâket, "^ Upl Upsala, 1879; î""^"- 

— R. A. Brandel , Om och Ur den arabiske geogmfen Idrisi, 
Upsala, 189^; in-8". 

— Olaf O. Celsino, Bibliothecœ Upsaliensis historia, Up 
sala , 1 745 ; in-8*'. 

— K. Loftman , OJversàttning och Komnientar till Profeten 
Hoseas bok, Linkôping, 1896; in-8'*. 

— Le même , Kritisk undersôkning afden masoretiska Texlen 
till Profeten Hoseas bok. Upsala , 1 896 ; in-8*. 

— K. B. WilÀund^ Enttvurfeiner Urlappixchen Laatlehrel. 
Ilelsingfors, 1896; in-8°. 

— O. Fr. Tuliberg , Stôdda anmàrkningar rvrande, Indien 
och Sanskrit litleraturen, Upsala , 1 889 ; in-8". 

— Le même, De linguœ aramœœ dialeclis. Upsala, i843; 
m-8". 

— Le même , Gregorii bar Hebrœi in Jesaiam scholia. Up- 
saliae, 1842; in-4°. 

— Le même, Malavika et Agnindtra, fasc. 1. Bonne, 
1894; in-4". 

— Jean Gabr. Sparuenfeldius , Catalogus Centariœ Ubroram 
rarissiniorum. Upsalia» , 1 706 ; in-8°. 

— H. Paasonen, Mordvinische Lautlehre. Helsingfors, 
1893, in-8". 

— G. ,1. Tornberg, Codices arabici, persici et tarcici biblio- 
iheca* regiœ Universitatis Upsaliensis, Lundœ; in-A". 

— K. V. Zetterstéen , Ja/ya bin Abd-el-Muti ez-Zattéftis 
Eddnra el-Alfije fî dm el-arabija. Leipzig, 1896; în^8*. 



NOUVELLES ET MELANGES. 555 

Par les auteurs : F. Nau, Opuscules maronites, i" part. 
Paris, 1899; in-8". 

— Le même , Traité de l'astrolabe plan de Sévère Sahokht 
(extrait). Paris, 1899; in-8*'. 

— M. Schwab, Répertoire des articles relatifs à l'histoire et 
à la littérature juives parus dans les périodiques de 1 183 à 1898. 
Paris; in-8*'. 

— CL Huart, Le dialecte de Chirâz dans Sadi (extrait), 
(îenève, 1897; in-8''. 

— Le même, Les Zindîqs en droit musulman (extrait). Ge- 
nève, 1897 » ^^"8"- 

— Le même , Grammaire élémentaire de la langue persane. 
Paris, 1899, in-8". 

— M . A. Stein , Notes on the monetarv System of ancient 
Kasniir, London, 1899; ^'^"8*'« 

— P. Cheikho, Notice sur un ancien manuscrit arabe, Bey- 
routh, 1899; in-8". 

— A. Barth, Le Maliâvastu, texte sanscrit publié pour la 
première fois et accompagné d'introductions et d'un com- 
mentaire par E. Senart, 3 vol., 1882-1897 (extrait); in-4°' 

— Le même. Bulletin des religions de Vlnde. Paris, 1899 
in-8". 

— E. Durant -Lapie, Le comte d'Esca^rac ae Lauture. 
Paris, 1899; i""8". 



SUR LA DATE DV NIRVANA , PAR M. LEON FEKR. 

Dans le Journal de la Société orientale allemande (vol. LUI , 
|). 120-124), M. Speyer a récemment discute la date de la 
mort du Buddha d'après l'Avadàna-Çataka et montré qu'elle 
so place cent ans avant le règne d'Açoka et non deux cents ans 
comme l'a dit Burnouf et comme je l'ai répété après lui. J'ai 
bien mis dans ma traduction : « Dans le deuxième siècle . . . » , 
mais j'aurais du dire «le troisième,.. », car je suivais Bur- 
nouf. 



550 NOVËMBRË-DÉGËMBRE 1899. 



I 

Le centième récit de VAv. Çai,, où se trouve la mention 
contestée, se compose de deux parties : un récit de la mort 
du Buddha finissant par une stance, et le récit d'un fait an 
temps d'Açoka; ]e second récit est soudé au premier, sans 
que rien les sépare. Cette union étroite est surtout manifeste 
dans ie manuscrit de Paris. Voici , en e£Fet , comment le pada 
final de la stance et le commencement du deuxième récit y 
sont présentés : 



Due I civare tatra naiva dagdha abhyantaram hàkyam atJka dvi- 
ttycuh vaifaçataparinirvrte buddhe bhagavati .... 

Burnouf rattachant athadviiiyam à var^açata. . . traduit : 
« Deux cents uns après que le bienheureux Buddha fut entré 
dans le Nirvana complet... » [Introd,, p. 385). Mais M. Speyer 
montre que les mots aiha dvitiyam appartiennent non au 
second récit , mais au premier, et qu^îls complètent le dernier 
pada de la stance ; mots de remplissage , il est vrai , ajoutés 
pour parfaire le vers, mais en faisant partie intégrante. Ce 
vers se traduit donc littéralement ainsi : 

Duœ vestes illic non ecjuidem ustœ, interior extenor nuiic secundo. 

Alors le deuxième récit commence par varsaçata... «cent 
ans après. . . ». 

11 

La traduction tibétaine donne raison à M. Speyer. Voici, 
en effet , le texte du Kandjour. (Je mets sous chaque mot tibé- 
tain son équivalent sanscrit.) 

Der ui bzat't-jin naii da/i pkyi-rol gyi rnam-pa anii ni 
Tatra p\ a civare (?) abhyantaram bâhyam dvitîyani (?) 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 557 

ts'uj pa yons ma-gynr sai'is-rcfyas hchom-ldan- das yons^su. mya-nan- 
dagdha eva na... buddhe bhagavati parinirvrte 

las 'das nas lo brgya Ion dei tsé 
varsacata 

L'espèce de cheville aiha dvitiyam qui a causé Terreur de 
Burnouf n'est pas représentée dans le tibétain, ou, si eUe 
l'est par les mots rnam-pa gnis, c'est d*une façon douteuse, 
insuffisante, et qui, dans tous les cas, place clairement les 
mots atha dvitiyam dans la stance et, par conséquent, dans 
le premier récit. Et la date du Nirvana se trouve, avec plus 
de clarté encore, indiquée par les mots lo-hrgya (sanscrit 
varsacata) « cent ans » ; les termes tibétains Ion « écoulés » , dei- 
Ise « en ce temps -là » , ne correspondent à aucune expression 
sanscrite. 

III 

M. Speyer fait observer que son interprétation met d'accord 
Y Avadâna-Çataka et d'autres recueils tels que YAçoka- et le 
Divya-avadâna, qui placent le règne d'Açoka cent ans seule- 
ment après le Nirvana. J'ajouterai le DzaA-lan, où la même 
assertion (dont j'aurais dû me souvenir) se trouve, dans le 
xxvii* chapitre , en ces mots : 

na mya nan-laj- 'das-te lo-brgyadon'pai og-ta rgyal'po A*Ç0'ha, 
Cent ans écoulés après mon Nirvana, le roi Açoka. . .^ 

H paraît donc bien établi que l'assertion d'après laquelle 
ÏAv, Çat. mettrait deux siècles entre le Nirvana et le règne 
d'Acoka est le résultat d'une méprise , que les textes népalais 
sont d'accord pour réduire cet intervalle à un siècle, et que 
la rectification proposée par M. Speyer est parfaitement 
juste. 

L. Feer. 

' Der ffeise und der Thor, p. 218, 1. 7. 



SOVKMBBK-DIvCEMBRR I8«9, 



E SUR UNE NOUVILLE UONNAIB TANGOUTAIHB. 




Le Joarnal a.<iatùjae a bien voulu paUîer en i8g8, ma 
Notice sur uae monnaie à légende en écriture Ungontaiiie, 
émise par un prince de la dynastie de Si-Hia, qui s régné 
sur les IVontières nord-ouest de la Chine, de lood ^ 1327, 
et doni la capitale était Hia-tcbeou (aujpurd'hni Ning-hia- 
fou) sur la rive gauchedufleuve Jaune. Cette notice contient 
le déchilTrement , en chinois, de la légende tangontaine. 

Depuis mon retour à Péking, j'ai eu l'occasion d'ajouter à 
ma collection , une autre monnaie de la même série nomû- 
matii^ue qui n'a pas encore été publiée. J'en donne id le 
dessin , avec les équivalents , en chinois , de la légende langou- 
taine; je les ai déterminés comme pour la précédente mon- 
naie, à l'aide des iuscriptious en tangout qui se trouvent 
sur la pagode bouddhiste de Leang-tcheon dans la province 
du Kansu et sur la porte de Kiu-yong-boao près Péking, 
dont j'ai parié dans ma première notice. 

Voici la description de cette nouvelle pièce dont le revers 
est an épigraphe. 

Niius avons déjà deux caractères, au-dessons et à gauche 
du trou central . qui nous sont connus, étant les mêmes que 
ceux de la première monnaie. Ce sont les deux signes tan- 
goutains que j'ai transcrils en chinois par >tÊ ^^ poo U'im 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 550 

« monnaie précieuse ». Il reste à déterminer les deux autres 
signes. 

Le premier, celui qui est au-dessus du trou central, se 
rencontre fréquemment dans la partie tangoutaine des deux 
inscriptions de Leang-tcheou et de Kiu-yong-koan , où il est 
l'équivalent du mot chinois t'ien «ciel» ^Ç» Unie suffira de 
signaler la dernière colonne de la stèle de Leang-tcheou en 
tête de laquelle on voit ce caractère qui est le premier du 
o-roupe T'ien-yoïi-min-ngan, nom de la période dans la cin- 
quième année de laquelle (an logi de J.-C.) le monument 
a été élevé. Si Ton se reporte au tahleau des souverains de 
la dynastie Si-Hia dressé par M. Devéria \ on voit que, durant 
les règnes des trois monarques canonisés sous les noms de 
\ isong (lO/ig-ioGS), Hoeï tsong (1068-1087) et Tchong 
tsong (1087-1 1 Ao), il n'y a pas moins de cinq nien-hao com- 
mençant par t'ien «ciel». Mais quatre d'entre eux doivent 
être éliminés, car le nien-hao T'ien-i-tche-p*ing (1087-1089) 
nous est donné au complet (en plus du nien-hao T'ien-you- 
min-ngan) dans le texte tangoutain de la stèle de Leang- 
tcheou, tandis que les seconds caractères des nien-hao T'ien- 
you-tch'oei-cheng (io5o-io52) et T' ien-ngan-li-ting (1086) 
sont respectivement identiques au second et au quatrième 
caractères de la période précitée T'ien-you-min-ngan; il ne 
reste donc que le nien-hao, en chinois, t'ien-tze-li-cheng- 
koao-k'ing (1070-1075) (jui soit applicahle ici. 

Le second signe tangoutain, celui qui est à droite du trou 
central , se rencontre aussi sur la dernière colonne du texte 
tangoutain de la stèle de Leang tcheou où il parait avoir le 
sens, si on le prend avec le caractère qui le précède, de 
«par faveur impériale» ^fi (le monument a été érigé). Le 
texte cliinois conduit au même sens , si Ton tient compte 
d'une lacune qui est entre la date et le signe kien « érigé ». 

Les mêmes deux caractères tangoutains dont le second se 



' Dovéria, Ij écriture du royaume de Si-Hia ou Tangout dans les Mém. 
(Ir /' \c<id. dos inscr. el lullex-lettres , Savants étrangers, t. XI, 1898. 



560 NOVEMBRE-DECEMBRE 1890. 

trouve seul sur notre monnaie, se rencontrent sur le petit 
texte du côté orientai de la porte de Riu-yong-koan dans 
une phrase qui doit signifier suivant moi t construit par &- 
veur impériale». On peut encore les rencontrer deux fois 
dans les titres des commissaires impériaux mentionnés sur 
la stèle de Leang-tcheou avec un contexte qoi fait qu'on 
peut bien s'attendre à trouver le caractère chinois conres- 
pondant tze ^ . L* ensemble de la légende tangoutaine peut 
donc être considéré comme équivalent au chinois t*ien tz'e 
pao isicn «monnaie précieuse de (la période) t'ien tz'ei. 
(]es deux derniers signes sont d'ailleurs une abréviation dn 
groupe t*ien'tz'e-li'ckeng-koaO'k*ingj second nien-hao ( 1070- 
1076) du règne du souverain Si-Hia qui a été canonisé sons 
le nom de Hoei tsong. La monnaie qui a été publiée dans 
ma précédente notice a été frappée pendant le nien-hao sui- 
vant ia-ngan (1075-1086). Les deux pièces appartiennent 
donc au même empereur Hoei tsong. 

D' S. W. BUSHBLL. 

Légation Ae. S. M. Britannique à Péking, août 1899. 



BIBLIOGRAPHIE. 



DtE Handschriften-Verzeichnissb dbr Koeniquchmn Bimuo- 
THEK zu BERLf.y. XXIIl" Band , Verzeichniss der sjrischen 
Handschriften von Eduard Sach\u; Abtheiiung I-II, Beriîn, 
Ashor, 1899, in-4^ p. 942 ; préface I-XJV; fac-similés I-DL 

Le fonds syriaque des manuscrits de la BiUiothèque 
royale de Berlin, qui doit son importance à la collection 
dont M. Sacliau l'a enrichi depuis son retour d*Orieut, 
n'était connu que par la nomenclature sommaire que ce sa- 
vant professeur avait publiée en i885 (^nr^z^ei Vêrzmchni$$ 



NOUVELLES ET MELANGES. 561 

der Sacliauschen Samnilung nebst Uebersicht des alten Be^ 
standes). Aujourd'hui le catalogue analytique qui vient de 
paraître par les soins de M. Sachau, permet aux travailleurs 
de mieux apprécier la valeur littéraire et historique des 
œuvres des Syriens conservées à la Bihliothèque de Berlin. 

Le catalogue renferme une description très complète de 
chaque manuscrit , et , quand il s'agit d'un ouvrage nouveau 
pour nous ou peu connu , de longs extraits et parfois un texte 
entier avec une traduction allemande. Un travail fait avec 
un soin si minutieux a coûté de longues années avant de voir 
le jour et l'auteur n'a pu mentionner les publications sy- 
riaques qui avaient eu lieu pendant l'impression du cata- 
logue. 11 n'a pas cru devoir y revenir dans les Addenda ni 
ajouter quelques autres publications antérieures qui lui 
avaient échappé et qui sont de peu d'importance. 

Le nouveau catalogue de Berlin forme la suite et le com- 
plément des catalogues syriaques de Rome, de Paris, de 
Londres et d'Oxford, grâce auxquels l'œuvre littéraire des 
Syriens commence à être mieux connue. U apportera, lui 
aussi , son contingent à la source de l'inédit qui semblait 
près de tarir. 

Au lieu de suivre purement et simplement l'ordre des 
matières adopté par ses devanciers, le rédacteur du cata- 
logue a divisé les manuscrits en trois groupes d'après leur 
écriture : estranghélos , nesloriens et jacobites. Ce classement 
se justifie en un sens , parce que les manuscrits estranghélos 
de Berlin représentent les manuscrits anciens (quelques-uns 
remontent au v" et au vi* siècle); les manuscrits nestoriens 
et jacobites sont, au contraire, de basse époque (plusieurs 
d'entre eux ne sont que des copies récefites de manuscrits 
qui se trouveni en Orient). Mais cette méthode a ses incon- 
vénients. J^e travailleur qui s'adresse à un texte spécial devra 
c(3nsiilter l'index des matières et l'index des auteurs pour 
savoir si ce texte est représenté dans une ou plusieurs caté- 
<;ories du catalogue. En outre un manuscrit nestorien peut 
contenir une œuvre jacobite (n" 33) ou, en sens inverse, un 



562 NOVKMBRE-DECEMBRE 1899. 

manuscrit jacobite reproduira un livre nestorien (n" 171, 
s«38-232, si36). 

Les récentes éditions de textes syriaques tirés de ia Biblio- 
thèque de Berlin ont mis en évidence la videur des mana- 
scrits de cette bibliothèque. Le catalogue, de son côté, nous 
apprend que tous les genres littéraires y sont représentés par 
plusieurs manuscrits : versions et commentaires bibliques, 
apocryphes et légendes , actes des saints , théologie , patris> 
tique syriaque et grecque, livres liturgiques, philosophie, 
grammaire, lexicographie, etc. Quelques ouvrages ne se 
trouvent en Europe qu'à Beiiin. La collection néo-syriaque 
(Fellihi et Tôrânî) est unique en son genre. 

\,e catalogue compte 346 numéros et , en plus , deux nou- 
velles acquisitions mentionnées à la un de la préface : une 
chaîne des Pères , incomplète au commencement et à la fin , 
intitulée : La jardin des délices, et Le livre des Scolies de Théo- 
dore bar Koni , suivi de deux écrits de Tévéque Silvanos. 

Cependant , sous le rapport du nombre et de rimportance 
des manuscrits anciens, la Bibliothèque de Beriin ne vient 
(juVn dernière ligne après les autres grandes bibliothèques de 
l'Europe. Les manuscrits estranghélos , presque tons incom- 
plets et en mauvais état, ne comprennent que a a numéros; 
les antres manuscrits, nestoriens, jacobites et melkitc», sont 
modernes. Les copies des manuscrits nestoriens demeurés 
en Orient n'ont pas toutes la même valeur; quelques-unes 
(n*** 77, 79, 80, 81, 93, 101) ontété écrites en 188a et 
i883 par un certain Franz fils de Giwargis qui a parfob 
maltraité son original d'une manière pitoyable*. 

' (ionij)aror Baetbgcp, Congres des OrienlaUslcs de Stockholm^ ëectiùH 
séinilu^ue , p. 107-1 1(), rt J.-B. Chabot, Joiirna/ o^ûifiifa^, jaiilrl-*oAt, 
189^, |). 189, )K)ur ce qui concerne le n° 80 (rotf. Sackau, s 17) oonl^ 
nunt ie commentaire de Théodore de Mopoueste sur rÉvangîle de «dnt 
Jean; — Rahlfs, Goettingische gelehrte Anzeigen, 1893, n" s5, p. 9S41 
nu sujet du n" 101 [CoU, Sachau, -n^ et »i3) contenant le Iraqno dr 
Bar Baldoul. 

\ pro[)os du n° '^29 ( Coll. Sachau, iQ^)* noos a^'ons U MtiifiMtMm de 
constater que ia description quVn fait M. Sachau (p. 711) jiutîfip lo 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 563 

Il n'est pas nécessaire d'ajouter que ce catalogue a été 
rédigé avec une rare compétence; le nom de Tauteur est le 
meilleur garant de Texactitude de la reproduction des ex- 
traits imprimés , de leur traduction et du commentaire qui 
suit la description de chaque manuscrite 

Jja préface commence par une esquisse très réussie de 
l'histoire de \a littérature syriaque. A la lin de Touvrage , 
luiit indices : une revue des différentes collections qui com- 
posent le fonds syriaque de la Bibliothèque de Berlin ; une 
liste des manuscrits datés; un index des auteurs; un autre 
des copistes; un Index geographicus ; un index des noms de 
personnes; un [ndeœ reram; et un index des évêchés. Suit 
une liste des Corrigenda et addenda à laquelle M. Goussen a 
collaboré. Les fac-similés de manuscrits forment une utile 
contribution à la paléographie syriaque. 

L'exécution typographique est admirable. Les caractères 
estranghélos , nestoriens et jacobites appartiennent à la meil- 
leure catégorie des types syriaques en ftsage dans les impri- 
meries. 

R. DUVAL. 



smu'iit que nous avions fait de ce manuscrit parmi les Codices tnfxli com- 
(josés de gloses de Bar Bahloui « de Bar Ali et d'autn^s lexicographes, 
(voir notre édition de Bar Babloul, Préface, p. iii). M. Gottheii avait 
décrit ce manuscrit comme étant un Bar Ali ordinaire et M. Rahlfs nous 
avait rej)roché sévèrement la soi-disant confusion que nous avions commise. 
M. Sacliuu dit de ce manuscrit Thesaums linguœ syriacœ von Bar Ali, 
Bar Bahiul und anderen , von der Catégorie der Codices mixli. Après 
avoir rappelé mon classement de ce manuscrit et celui de M. Gotlbeil, 
il ajoute : lu tP^ahrheit ist rs eine compilation mts Bar AU, Bar Bahiul und 

(inderen QucUen. 

■I II ** ** 

' W 717, i. >-3 de la :{* colonne, les mots ^QN■■J^>Aao P^ JuO J^a^ 

signifient les mots (fui ne diffèrent pus {pur la forme mais jmr le sens), lï 
s'agit d'un traité De ceifuilitteris. 



504 NOVKMBHK-DKCKMBRE 1899. 



JSgann nasn tchk llo ^ ^ J^ s. Mémoires slb lWn.n^m. 
Traduction arr()inpa*;iM'r d'un lexique ge'*ographique et historique, 
par (^.amiHf S\insc)n. Péking, imprimerie des Lazaristes au Pé 
t'aiiî^, iS()6; in-8"* de yn-ôSi pages. Kn vente chez Leroux. 

Si l'on fait abstraction des textes qu'on peut glaner dans les 
historiens chinois, le nomi)re des ouvrages écrits en Chine 
sur le royaume d'Annam est fort restreint ; le plus ancien et 
le plus important est celui qui fut puhiié par un certain Li 
Tso, au commeurement du \i\* siècle de notre ère, sous le 
titre de Ngau-nan-tche-luo; l'année de la publication est in- 
certaine; la préface do l'auteur est datée de i335, mais ou 
trouve dans le livre la mention d'événements qui se passèrent 
en i.S.K); c'est donc vers 1 3/io que la rédaction définitive 
dut être terminée. Les e\em[)laires chinois du Nyan-nan-tche- 
luo étaient devenus de nos jours introuval)les , quand un Japo- 
nais eut riienreuse idée d'en faire une réimpression; c'est 
de cette édition japonaise de i884 que s'est servi M. Sainson 
pour nous donner une traduction française qui mérite tous 
les èlo^'es. 

Ll Tso était un noble annamite (jui se réfugia en iq85 en 
Chine; il est le contemporain de ^hlrco Polo, qui parait 
avoir accompa^'^né en i :>.85 ou en i ^88 (ap. Yule) les envoyés 
de Khoubilaï Khan dans le Tchampa. Li Tso employa les 
loisirs de sa retraite à écrire une description géographique 
et historicjne de son pays. La partie géographique n'est pas 
très détaillée, quoicpie l'on v puisse trouver des notions im- 
|)ortanles sur les divisions administratives de TAnnam à 
l'époque des i ueii et sur les traditions (|ui se perj)étuent dans 
certaines localités; on lira avec intérêt les pages (p. SS-gS) 
relatives aux coutumes annamites. Mais le livre de Li Tso est 
moins un traité sur 1' Vnnam qu'un recueil de documents 
sur les relations de la Chine et de lAnnam, principalement 
à l'épofpie moni^ole. Nous avons ici toute la correspondance 
ofFicielle (pie les rois d'Annam échangèrent avec Khoubilaï 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 565 

Khan et ses successeurs ; les expéditions militaires et les am- 
bassades que la Chine envoya au delà de sa frontière méri- 
dionale y sont énumérées; tous les Chinois qui jouèrent 
quelque rôle en Annam et tous les Annamites qui furent en 
rapports avec le gouvernement chinois y ont leur biographie. 

Parmi les lettres des rois d' Annam, il en est une (p. agS- 
29^) qui fut écrite entre 1295 et 1809 pour demander à 
l'empereur plus de i5,ooo livres bouddhiques; le roi d' An- 
nam y expose que le boucidlûsme a été apporté en Annom 
par les Chinois sous les dynasties T'ang et Song, mais cpie 
les ravages des armées impériales ont détruit ou réduit en 
cendres les écritures sacrées; il supplie Oeuldjaïtou Khan de 
ne pas lui refuser la parole sainte , de lui ouvrir largement 
les trésors bouddhiques. Sa requête lui fut octroyée et les 
livres demandés furent expédiés par les soins du grand Con- 
seil. Ainsi, malgré sa situation méridionale, TAnnam ne 
reçut point le bouddhisme directement de Tlnde; c'est tou- 
jours par l'intermédiaire de la Chine qu'il fut instruit dans 
la foi bouddhique , et ce fait montre combien profondément 
il subit l'influence intellectuelle de l'Empire du Milieu. 

Le hvre de Li Tso abonde en renseignements dignes d'in- 
térêt; il éclaire d'un jour nouveau les intrigues de la politique 
chinoise et annamite ; il nous apporte le témoignage sur d'un 
homme qui fut souvent acteur en même temps que spectateur 
dans les événements qu'il raconte. M. Sainson , qui a poussé 
le dévouement scientifique jusqu'à imprimer sa traduction à 
ses propres frais , a rendu un service signalé aux études sino- 
logicpies; son ouvrage suppose une somme de travail consi- 
dérable : il sera de la plus grande utilité à tous ceux qui 
voudront étudier l'histoire de TAnnam. 

Ed. Chavannes. 



M. de Harlez vient de publier dans le T'oung-pao (vol. IX, 
n" o ) un court article dont l'intention est intéressante : l'au- 
teur y recherche, d'après le Yi li, ^ )jjj|, rituel contem- 



566 NOVEMBRE-DECEMBRE 1899. 

porain de la dynastie des Tcheou, des ii*aces de la langue 
parlée au vi*' siècle avant J.-C. Si Ton admet, comme il 
semble naturel, que les odes des Koefong, S| JSL* sont des 
chants populaires, que les hymnes des trois autres parties dii 
Chi king , ||f fM i sont écrits dans la même langue , il en résul- 
terait que , jusque dans la première période des Tcheoa , la 
langue parlée était aussi celle qui s'écrivait ; peut-être , si en 
comparant ce livre canonique avec les chapitres contem- 
porains du Chou king , ^ i^ , on trouvait des divergences 
de style, pourrait-on les attribuer à la différence naturdle 
entre la prose et la poésie. Au contraire , celui qui étudie le 
développement ultérieur du chinois trouve , à partir des Song, . 
une démarcation bien nette entre la langue parlée et la 
langue écrite , démarcation qui n*a fait que s'accentuer de- 
puis lors. A quelle époque ces divergences ont-elles paru 
d'abord ? C'est une question de nature à intéresser les esprits 
curieux. 

A l'aide de divers documents, on pourrait tenter de 
résoudre le problème. Pour l'époque des Han par exemple , 
la comparaison entre le Fang yen , ;^ g* , de Yang Hiong , 
^ ^ , (53 avant J.-C. — 1 8 après J.-C.) , et divers ouvrages 
liistoriques , philosophiques ou autres , permettrait au moins 
de reconnaître le vocabulaire spécial à plusieurs dialectes de 
la langue parlée; pour l'époque moyenne des Tcheou, le 
Tso tchoan, ^ '(^ , elles Koeya, ^ ^, où l'écrivain tan- 
tôt rédige en son propre nom, tantôt cite des paroles et des 
discours, rendraient peut-être des services analogues; on 
pourrait faire la même épreuve avec les livres dassiques, 
Minuj tseu, "^ ^ y et Loen Jm, Ift |p , d'une part, Ta hio, 
^ ^1 y et Tchong yong » ^ ^ •> àe l'autre. 

C'est une compai^aison de ce genre que M. de Harlei tente 
avec \e Yi II, qu'il fait remonter au vi* siècle avant notre 
ère : si ce texte date certainement des Tcheou, je ne vois 
ce[)endant pas de raisons décisives pour en fixer la i*édactîon 
(le préférence au vi" sièchv, M. de Haiiez ne nous donne pas 
Je motif (|ui Tîi détemiiné; d'ailleurs les Chinois sont, sur ce 



NOUVELLES ET MELANGES. 507 

point , moins utïirmatifs que lui. Parmi les formules qui étaient 
prononcées dans les cérémonies et que M. de Harlez tient 
[)our être de la langue parlée , je dois faire des réserves pour 
celles auxquelles il donne les n°' i , 2 , 3, 8 et 9 : non seule- 
mont elles offrent une coupe rythmique très marquée 
(phrases de >4 caractères), mais elles présentent sinon de 
vraies rimes telles que les rimes modernes, tout au moins 
des assonances non douteuses disposées avec une certaine 
régularité (1 et 2 , Jll< f^ TJS , au ton rentrant avec finale A*; 
3 , ilK 6* iÊ^ comme plus haut , '^ et ^ au ton descendant , 
en infj; 8, ^ ^ )S , à la rime P^ ; 9, ^ 3Ë ;è. > ont une 
sorte d'z final, une fois au ton descendant, deux fois au ton 
é<;al). Ce ne sont vraiment pas là les caractères de la langue 
parlée, mais, bien au contraire, d'une versification plus ou 
moins libre. 

Quant aux autres formules , elles sont sans doute en prose , 
et la thèse de M. Harlez s'applique ici mieux que tout à 
riicuie. Encore resterait-il à savoir si cette prose est bien 
celle (le la langue (jue l'on parlait journellement dans cette 
antiquité reculée. L'écrivain chinois, en transcrivant ces for- 
mules, ne les a-t-il pas récrites, comme ont pu le faire pour 
leurs discours et mots célèbres les rédacteurs des livres clas- 
siques, et T!so pour son commentaire, et les autres historiens 
pour leurs histoires ? Bien plus, les formules rituelles, celles 
de la simple politesse sont, très souvent en Chine., de langue 
écrite beaucoup plus (jue de langue parlée : le ^ ^ , le 
fE fS » 1^* ^f- ^ ' ^^^ fil ^ ^^^ présentations et des visites 
ont- ils rien de la langue parlée moderne et seraient-ils intel- 
ligibles, n'était l'usage qui les consacre ? 

Il ne semble donc pas que la thèse de ^L de Harlez soit 
suffisamment établie; mais, comme je le disais en commen- 
çant, la tentiitive est intéressante. 

Depuis que ces lignes ont été écrites, les Orientalistes ont 
eu à déplorer la perle de M. de Harlez, qui dans sa vie de 
labeur a abordé phisieurs branches de leurs études et y a 

\iv. 37 

iviaïuhafe KAriJA«i.r. 



568 NOVEMBHË-DëGEMBKë .1899. 

porté une activité infatigable , une curiosité toujours en éveil. 
Quelles que soient les divergences d opinion qui puissent me 
séparer de Tauteur des Religions de la Chine, du traducteur 
(lu Yi II et du Yi king, je tiens à m*associer aux regrets qu'a 
causés sa mort. 

Maurice Courant. 



Lks religions et les philosophies DAys lAsme centrale, par 
le comte de Gobineau, '.V édit. — Paris, Leroux, igoo, i vol. 

iii-S", X et 743 pages. 

La réimpression de ce livre , le meilleur sans contredit qui 
soit dû à la plume de feu M. de Gobineau, sera accuefllie 
en France avec une satisfaction qui n'ira pas sans un 
lé^^er remord. C'est à la généreuse initiative de l'étranger, 
que nous sommes redevables de cette nouvelle édition. Je 
surprendrai assurément un grand nombre de mes confrères 
en leur révélant l'existence d'un groupe de lettrés (jui pro- 
fessent pour notre spirituel et regretté compatriote une ad- 
miration voisine du fanatisme. Une société s'est constituée 
dans le grand-duché de Bade , à Fribourg, sous le vocable de 
Société Gobineau, M. Schemann , qui en est l'âme dirigeante 
no s'est pas contenté de la créer , d'y recruter des adhérents, 
d'en accroître les ressources , il a publié successivement une 
traduction allemande des Nouvelles asiatiques, âe la Renais- 
sance et de ï Essai sur l'inégalité des race^ humaines. Nous téH- 
citons sincèrement le savant traducteur du succès que cette 
tentative, en apparence téméraire, a obtenu en AUemagne, 
el ce succès, il est facile de l'expliquer. 

Par ceii;ains côtés, Gobineau appartient à ce pays : il a le 
^^oiH de la haute spéculation , le large idéal et en même temps 
le \ague. l'imprécis des penseurs d'outre-Rhin. Ces qualités 
et ces défauts se montrent principalement dans son Essai sur 
les nwcs humaines et aussi, mais à un moindre degré, dans 
les doux libres cju'il a consacrés à l'étude de l'Orient mo- 



VOUVKLLKS I:T MÉLANGES. 569 

derne, je veux dire les Trois ans en Asie, et le charmant ou- 
vrage que la société fribonrgeoise vient de rééditer. Le pre- 
mier de ces deux livres est le récit coloré, humoristique, 
[)arfols paradoxal du voyage accompli eu Perse piar la Mission 
Bourée. On y rencontre à chaque pas des scènes prises sur 
le vif, des tableaux tracés dal vero et de main de maître; 
partout de Tespiit , de la verve à pleins bords. La Perse y est 
décrite avec un optimisme où perce cependant je ne sais 
(|uel imperceptible dédain pour ce monde oriental que Fau- 
teur oppose à notre vieille civilisation occidentale. 

Ces iniprossious de vo\age se doivent lire avant les Reli- 
cjlons et philosopliics , qui les dépassent de beaucoup en pro- 
londeur de vue, en ricliesse d'observation. Celui qui écrit ces 
li^»^nes a l)ien connu le comte de Gobineau; il a été son 
compagnon de route, son collègue de carrière; il a assisté à 
l'élaboration de ce charmant livre, écrit en partie sous la 
dictée de Mirzas persans, mais pensé par un disciple de 
Hegel et parfois aussi par un adepte désabusé de Schopen- 
liauer. La collaboration des lettrés de Téhéran y est vdsible 
dans les chapitres qui traitent des origines et du dévelop- 
pement du chiisme en Perse ; on la constate également dans 
les pages pleines d'émotion où l'auteur raconte la naissance 
du bahvsine, son développement, sa résistance au pouvoir 
royal. Gobineau fut presque le témoin oculaire et c'est pour 
cela qu'il reslera l'historien le plus véridique de cette lutte 
héroïque qui rappelle par des traits d'une étonnante gran- 
deur l'épopée du christianisme naissant. \'est-ce pas aussi 
M. de Gobineau , qui nous a fait connaître les tazyès, c'est-à- 
dire les m> stères religieux de la Perse, dont on ne possédait 
(|ue de courts aperçus, des fragments insuffisants pour en 
révéler le caractère génial. 

Quand le livre des Reliifions et Philosophies ht son appa- 
rition en 1 866 , il obtint non seulement parmi les orienta- 
listes, mais dans le monde des lettres, un succès de bon 
aloi, quoique peu reientissanl. La Société asiatique fut une 
des premières à en proclamer les mérites. Elle décerna vo* 

37. 



570 NOVëMBRë-DëCëMBRË 1809. 

iontiers à la peinture séduisante de la Perse contempondne 
le tribut d'éloges qu*en conscience elle ne pouvait accorder 
au déchiffrenient des inscriptions cunéiformes fondé sur le 
système de la cabale. Si 1 orientaliste , au sens technique du 
mot fut sévèrement critiqué, le voyageur diplomate, le 
fm causeur fut apprécié à sa juste valeur. Nous insistons 
sur ce point parce que M. Scliemann s*étonne avec une cer- 
taine vivacité de langage de ce qu'il appelle notre indifférence 
pour celui qu'il considère « comme un des premiers écrivains 
du xix*" siècle ». « Pendant un séjour à Paris, c'est M. Sclie- 
mann qui parle, je lis même la découverte attristante que 
le comte de Gobineau était sinon oublié du moins complè- 
tement délaissé par la France d'aujourd'hui. Ses ouvrages 
encore en vente ne trouvaient que de rares acheteurs et 
aucun éditeur ne se souciait de réimprimeries autres» (Pré- 
face, p. VI ). Ce qui n'empêche pas le fervent éditeur d*avouer 
quelques lignes plus haut, que plusieurs des ouvrages de 
M. de Gobineau étaient épuisés et introuvables. 

11 faudrait cependant s'entendre et remettre les choses au 
point. G)mme orientaliste , U'.us le répétons, Gobineau n'au- 
rait jamais songé à s'arroger une compétence que ni ses 
études spéciales , ni même son séjour en Perse ne pouvaient 
lui donner. 11 avait appris le persan parlé grâce à la fréqneiir 
tatioii de certains lettrés indigènes comme il s'en rencontre 
là-bas dans toutes les légations em*opéennes : ses fonctions 
oiHcielles ne lui auraient pas permis de l'étudier aux sources 
mêmes de la vie populaire^ La connaissance de l'arabe lui 
faisait défaut et cette lacuue enlève à son étude sur les livres 
babys la précision et le cachet de certitude qu*on voudrait 
y trouver. Quelle di£Përence entre ces interprétations par â 
peu près et la solide version qu'un savant professeur de TUni- 
versité de Cambridge nous a donnée quelques années pins 
taixi ! Donc de ce côté , le demi-silence , lapprobation dis- 
crète et non sans réserves avec lesqu^ les essais scienti- 
fiques de M. de Gobineau furent accueillis , s'expliquent par- 
faitement. 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 571 

Reste le penseur, l'écrivain. Nons navons pas qualité 
pour apprécier ici son système d'ethnographie , qui , comme 
tous les systèmes, eut son apogée et son déclin. L'ingénieux 
romancier de ia Renaissance a été justement rapproché de 
Vitet , et, s'il n'a pas été mis tout à fait an môme rang, c'est 
peut-être à cause de cette imagination débordante qui faisait 
de Gobineau un causeur merveilleux et un écrivain peu me- 
suré. Son style se déroule en longues périodes semées de 
traits charmants, de saillies étinceiantes ; mais on y cherche 
en vain cet art de composition , cette juste pondération , cette 
symétrie parfaite qui dénotent l'écrivain de race. Pai' là en- 
core , il est plus près de l'Allemagne que de la France du 
grand siècle et du nôtre. 

Nous devions cette explication aux reproches d'ingrati- 
tude que, dans un excès d'enthousiasme, la Société de Fri- 
bourg vient de nous adresser. Cet enthousiasme, nous au- 
rions d'ailleurs mauvaise grâce de le lui reprocher, puisqu'il 
remet en lumière un de nos compatriotes, observateur sa 
gace et d'infiniment d'esprit qui aurait dû, nous le recon- 
naissons sans peine , trouver un meilleur accueil chez les édi- 
teurs parisiens. L'initiative prise par ces amateurs d'élite est 
une bonne fortune pour nous et, quel cpie soit le sort qui lui 
est réservé, nous serions véritablement , cette fois, des ingrals 
si nous n'adressions à M. Schemann et à ses collaborateurs 
nos plus sincères remerciements. 

B. M. 



CONGRES INTERNATIONAL D'HISTOIRE DBS RELIGIONS. 

Cv Congrès se réunira à Paris du 3 au 9 septembre 1900, à 
Toc ras ion de l'Pjxposition universelle. 

Il a Hé organisé sur l'initiative des professeurs de la Section 
drs srienoes religieuses de l'Ecole pratique des hautes études et 
sous les auspices du Ministère du commerce et de l'industrie, qui a 



572 NOVEMBRE-DKGKMBRE 1899. 

la liHUtc direction de TExposition. Le Congrès est divisé en huit 
sections, qui s'occuperont des matières suivantes : 

Religion des peuples non civilisés. — Religions de rExtrême- 
Orient. — Histoire des religions de l'Egypte, — de Tlnde et de 
riran , — de la (irèce et de Rome , — des Germains , des Celtes 
et des Slaves, des religions dites xémitique» et Histoire du christia- 
nisme. 

Pour connaître les conditions d'adhésion et le programme dé- 
taillé des travaux, s'adressera M. Jean Réville, secrétaire du Comitt* 
d'organisation, à l'Ecole des hautes études (Sciences religieuses), 
Sorhon ne-Pari s. 



Le tférant : 
RlBENS DUVAL. 



T4BLE DES MATIERES 

CONTKMIKS DANS LE TOME XIV, I\^ SERIE. 



MEMOIRES ET TRAlDUGTIONS. 

% Pafjes. 

Procès-verbal de la séance générale du 3 o juin 1899 5 

Itapport de la Commission des censeurs sur les comptes de 
l'exercice 1898 , lu dans la séance générale du aojuin 1899 . 8 

Rapport de M. Specht, au nom de la Commission des fonds, 
et comptes de Tannée 1 89S 9 

Annexe au procès- verbal : Bardesane l'astrologue (M. F. Nau). 12 

Ouvrages oflerts à la Société (séance du 20 juin 1899) 19 

Tableau du Conseil d'administration conformément aux no- 
minations failes dans l'assemblée générale du îîo juin 1899 • ^^ 

Liste des membres souscripteurs par ordre alphabétique. ... 2/1 

Liste (les membres associés <;trangers suivant l'ordre des nomi- 
nations /j 2 

Liste des sociétés savantes et des revues avec lesquelles la So- 
ciété asiati(pic échange ses publications 43 

Liste des ouvrages pul)liés par la Société asiatique 46 

Collection d'auteurs orientaux 48 

t.<es premières invasions arabes dans l'Afrique du Nord 
' M. Caudkl). ^Suite.] ôo 

Les sanctuaires du Djebel Nefousa (M. R. Basset). [Fin.].. . . 88 

Six chansons arabes en dialecte maghrébin (M. C. Sonneck). 
\ Suite. ] » 121 

La Kacîdah d'Avicenne sur Tâme (M. C\rra de Vaux) 157 

Les premières invasions arabes dans l'Afrique du Nord 
^ M. Cvudel). [ Pin. ] 187 



574 NOVEMBRË-bÉCEMBRE 1899. 

Six chansons arabes en dialecte maghrébin (M. G. Sonnegk.]. 
[Fin.] 333 

Note sur quatre systèmes turcs de notation numéricjae secrète 
(M. J.-A. Degourdemanchb). 358 

Le Bodhisattva et la famille de tigres (M. L. Fskr) 373 

Notice sur le cheikh Mohammed Abou Ras en-Nasri de Mas- 
cara (G*' G. Faure-Bigdbt) 3o4 

Notice sur Gabriel Devéria (M. Éd. Chav/lnnes) 875 

Notice sur le cheikh Mohammed Abou Ras en-Nasri de Mas- 
cara (G'^ G. Faure-Biguet). [Fin.] 388 

Le croisé lorrain Godefroy de Ascha, d'après deux documents 
syriaques du xii* siècle (M. F. Nau) 43i 

Nouvel essai d*interprétation de la seconde inscription ara- 
méenne de Nirab (M. P. de Kokowzopp) d33 

Hom^e de Narsès sur les trois docteurs nestoriens ( texte sy- 
riaque) [M. Tabbé F. Martin] 446 

Les inscriptions du Preah Peân (Angkor Vat). [M. E. Atmo- 
iViER.] 493 

^NOUVELLES ET MÉLANGES. 

Numéro de juillet-août 1 899 174 

Bulletin d*épigraphie sémitique 174 

Le janissaire Békir-Agfaa, maître do Baghdad (Cl. Hqart) 178 

Numéro de septembre-octobre 1899 ^^^ 

Le manuscrit sur «toiles» du Premier président Lamoîgnon 
( L. Fbeb) 35s 

Bibliographie : Grammaire élémentaire de la langue persane, 

f>ar M. Cl. Huart. ( B. M.) — Abhandhmgen sur araoûoien Vhàr 
ologie, von Ignaz Goldsiher. (J. de Gorjb.) — Répertoire des 
artides relatifs à l'histoire et à la littérature juives parus dans 
les périodiques de 1788 à 1898, par Moïse Schwab. (Matu Lam- 
bert.) — The Hoart of Asia, by F. H. Skrine and E. Denison 
Ross. (E. Drouin.) — Rocucil d*archéologie orientale, par M. Cler- 
mont-Gannrau. (Sommaire des matières contenues dans le 
tome m.) 36i i 373 

Numéro de novembre^écembre 1899 53o 

Procès-verlial de la séance du 1 o novembre 1 899 53o 



TABLE DES MATIERES. 575 

Annexe au procès-verbal : Étymologies bibliques (J. Halkvy). 533 

Ouvrages offerts à la Société 536 

Procès- verbal de la séance du 8 décembre 1899 5^2 

Annexe au procès-verbal : J^ltymologies bibliques (J. Halévy). 545 

Ouvrages offerts à la Société 55i 

Note sur la date du Nirvana ( L. Fber ) 555 

Notice sur une; nouvelle monnaie tangoutaine (D' S. \V. Bu- 

ï>IIKLL ) 558 

Blblio««;raphi<» : Die Handschriflten-Verzeichnisse der kœniglichen 
Bibliotlick zu Berlin, von Ed. Sachau. (R. Du val. ) — Ngann-nann- 
khc-luo. Mémoires sur l'Annam , par Cam. Sainson. (Éd. Cha- 
vANNEs. ) — Note sur un article cle M. de llarlez j)aru dans le 
icT'oiing-pao» , j)ar M. de Harlez. (M. M. Courant.) — Les reli- 
erions et les pliilosophies dans l'Asie centrale par le comte de 
(jobliieau. (B. M.) — Congrès international dmstoire des reli- 
«>;ious 56o à 568 



i i 



JOURNAL ASIATIQUE 

ou 

RECUEIL DE MÉMOIRES 

D'EXTRAITS ET DE NOTICES 

RBLATIl'S X L'HISTOIRE, X LA HIlILOSOPUUi . AUX LANGUES 
ET \ L\ LITIliRArUHË OBS PBfll'LliS CyHlErHAlit 



(iirnii'r, xtDiic\4 avyit,, t. M^tm, sto. 
F.T l'UnLlF; l'AR LA SOCIÉTÉ ASIATIQIIK 

NEUVIÈME SÉRIE 

TOME XIV 
N' 3 — NOVE>IIitlE-DÊCEMBfiB 180U 



Tableau dsa jours de séance pour l'année 1S99. 

Us bfatuxa acL liËU 11! itKoad vi!udr«ll du muii. à !t Ueuret cl denùc, 
au ûàge de U. SobLÉW, rue du SeioB, n" l. 


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BlbiioUièque. 
La BiHiolliJque de la Soriit*, rue dt Sdte, ..• i. «t m.ei(e lam )«( 
«amcdû. de 1 L<^u»s i C Ufure». 



PARIS 

ERNEST LEBOUX., EDITEUK 




ERIXEST LEROUX, EDITBU, 




OUVRAGES PUULIKS PAR LA SOCIIÎTÉ ASIATIQUE. 

Jouhnal tsuTiQGE. pablid clppui> 18*3. 

Abonoemcnt annuel. Paris ! 3 5 fr, — DéparteiMnii ' ■*^ fr, So. — 
Étranger : 3o fr. — Un mois : 3 fr. ha. 

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VovAGiïs d'Ibn Batoutau, teiLe arabe et traJuclion , yitr HMf D'JrltiUiry 9t 

SanjuÏMtli, 1873-1879 [nouveau tirage), à vol. m-W, . . , . 3a fr. 

ISDEX ALPHABKTIQDE POtTU Ib]» BaTOCTAU , 1 81)3 ( 1* lirOgc) , 10-8^ , . 9 fr. 

tiujovBi. Lks PnAiRDU d'oh, texte arabe et triiduftinn, fiti M. Batiûf dt 

Mepuwd (Ieï trois premiers vdiimes en cullHlioriition avte M. Pimrt th 

CourUilU). 1861-1877, y vol. in-8° Q7 fr. 5o 

Macoddi. Le Livna ds t'AVEBTissGifEriT et dk la tiKvtïio!!. Iradactian par 

H. Carra de Vaax, 1 KiL in-8° , 7 fr. 5o 



OuAKTs P0PU1.AIBES DES Afguan», recueillis, publiés et traduit* par Jantrs 
Ditniiesteter. PrécÉdéa d'uuc inlroduclioD sur la langue, l'hiaUiire el 1s lilll^ 
cBlure des Afghans. 1B90. 1 fort »o]. in-S" an fr. 

Le MAniTASTr, teite sanscrit publié _poiir Ik premièrû foU.iiTK de* intradut^ 

lions et UQ commentaire, pw M. Em. Senarl, 

Tomel, 1685, Jn-8" aî Fl-. 

Tome II. 1890, in-B" »5 fr. 

Tome ni, i8y8, io-8° lô fr. 

JounnAi. d'hic toïage eh Arabie (i883m8SS), par Chtuiei- Itaitf, i Cm. 
«al. io-S" iUustré de clirhi^s dans le ta>te ol «l'^Dmfiujjod de pUncbet el 
cr(»t|iiiî Jo &. 



PbiÏci« iir jiiHiBI>nrnEnr.Ruii8iii.MANB. suivHUll^riteniHlâkltH. ptr SiiUShaUL 
In-iS' fr^ 

GfooiiAPiiiK ti'Anun'i.vÉDA , teite srabe, puhlii! par Dniini^ pt it Slànb 
In-4-.. si II'. 

BJniATAiiANGniI . ou Histoire des rois du Kadimir, publlie an lantHrit el 
traduite en Iran^is, par M. Troyer. 3 vol. in-8° 10 fr. 



PUBLICATION ENCODRAGÉE PAU LA SOCIÉTÉ. 

Les Mémoihbs de Se-ha Tsien , traduits du chiDois et unnotâi par &daa»rii 
Ckavannes , professeur au Collège de France, ta raluiuRi îd.S' 'no court 
de publicnlion]. 

Tome I. I fort volume in-8* i6 &, 

Tomen. 1 fort ïolume in.8' 10 Ip. 

Tome III. premitre partie. In-8' m fr. 

deuiièm G partie. In-8", . ... . i<] fr. 



erm;si ij:i;uiix, kditekr, 

nui'. B0IV.P.I.1L.., K- ï8. 



GHROWIQDE DE MICHEL LE 8\B1KN, 

PATRIAllCDB JACOBiTB H'ÀNTIOUne {1166-II99), 
MilÊG pour la pTfnÏBK^ loit l'I Uailuilo un ftungU) 

TAU J.B. CHABOT. 




I,ES MONUMESTS HISTORIOL'ES PE LA TLTilSlE. 

I»., («f MM. H- C*>r.*T, J(- rimlilnl, ri 1'. C*ii.;Ktl 
raiton t, in Ifmpl/t pafeiii, iii>i', avi'i' rignri-a Pi 3i [iliiiirliu , en du carlun.. . , 
Deniièpie s^fït. MommmU i( intiripliom ariiU4, pic MM- B> Rat. iccrilurf g^rd il» Goni*. 



RECCEIL DE LA LEGISLATION 

EM VIGUEUR EH ANNAM ET AU TONKIN, 

l" MAI 1895 Al) 1" JAXVIBB 189g. 

PAR D, GANTEH, 



CONGRES INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES. 

XI' SKXSIQN. PaHIK, SBPTBHDJie 1897 

Ar,ta du Conjrii. i valnmM in-B', av« Gj^ium, {dinchu et cirici. 

Kona rapptiona à Mmicnis Ivs Miiiiii)mi du Conart* que oc* i voluinci jwavi'nt (Im 

Irais i la librairie Ernat I.cr«ui, ou çlfiftnciW» Jraiiia , ptt cuUi |hhUui, en fdvugn d'nu nand 
pMlaJ de 3, le 60. Toiu U> eiciu[ikiR9 dxùteiil ft» i^ducB^i ilnut un lUlii df ûi n"'