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37-
17
24
40
37
- 18
- 12
au lieu de
Cl. echinospora.
Cl.
lises
similis.
Camalchal Canalet.
confestis confertis.
Dasua Dagua.
Colin Cohn.
. camplanatus complanatus.
. Aguachi Aguanche.
. Pubincha Pichincha.
. calmo culmo.
. Lattorqueta. , .... La Horqueta.
. après Salix REPENS var. argentea, — ajoutes :
est répandu dans lotîtes les dunes, dans les bas-fonds humides et un peu
marécagfeux ! — Enfin le Setaria viridis — var. reclinata — a été trouvé
à Cayeux par M. Debray; je Tai également récolté dans les dunes près
d'Etaples!
JOURNAL
DE
BOTANIQUE
Directeur : M. Louis MOROT
Docteur ès-sciences.
Toin-e II. — 1888.
PRIX DE L'ABONNEMENT
12 francs par an pour la France
15 francs par an pour l'Etranger
Les Abonnements sont reçus
AUX BUREAUX DU JOURNAL
9, Rue du Regard, 9
et à la Librairie J. LECHEVALIER, 23, Rue Racine
PARIS
2 e ANNEE N° 1 i pr JANVIER 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
OBSERVATIONS SUR LE DEVELOPPEMENT DES FLEURS
DANS LES BOURGEONS
Par M. Louis MANGIN
On sait que la plupart des organes présentent, depuis leur
ébauche jusqu'à l'état adulte, deux phases successives de crois-
sance. La première pendant laquelle l'organe en voie de forma-
tion acquiert, tout en gardant des dimensions parfois très restrein-
tes, les caractères anatomiques fondamentaux qui le caracté-
risent ; la seconde pendant laquelle une énergique croissance
intercalaire amène en peu de temps l'organe à l'état adulte sans
modifier sensiblement sa structure.
Dans la première phase, qui prend fin au moment où l'organe
apparaît à l'extérieur, c'est-à-dire à l'éclosion, celui-ci reste caché
dans les tissus ou protégé par les feuilles : il est soustrait aux
influences immédiates du milieu extérieur. Dans la seconde phase,
qui commence à l'éclosion, l'organe plongé dans l'air ou dans
l'eau obéit aux influences du milieu et peut subir toutes les modi-
fications anatomiques qui sont compatibles avec la structure
déjà acquise.
La durée de la première phase, les caractères anatomiques
acquis par les fleurs et les feuilles à la fin de cette phase, sont
mal connus pour un grand nombre d'espèces ; on sait, à la vérité,
que l'ébauche de certains organes est, dans certains cas, bien
antérieure a l'éclosion ; mais les données que l'on possède à ce
sujet sont peu nombreuses et incertaines.
J'ai entrepris une série de recherches sur le développement
des feuUles ei des fleurs dans les bourgeons et je viens présenter
au lecteur quelques observations sut le développement des fleurs.
Je m'occuperai d'abord des arbres "rui tiers (Amygdalées, Poma-
cées) intéressants à étudier en raison de la précocité de la florai-
son chez certaines espèces; ces plantes offrent, en outre, de
2 JOURNAL DE BOTANIQUE
grandes facilités pour l'observation parce qu'on peut aisément
distinguer les bourgeons à fleurs et les bourgeons à feuilles.
I. Amygdalées. — Développement des fleurs dît Cerasus
vulgaris. — Pour se procurer les matériaux nécessaires à cette
étude, on recueille tous les 10 ou 15 jours à partir du commen-
cement du printemps les bourgeons qui doivent former plus tard
les bourgeons à fleurs, et on continue jusqu'au printemps suivant ;
pendant l'hiver on peut espacer davantage les périodes où l'on
recueille les bourgeons. On place ces bourgeons dans l'alcool
absolu et au moment de les étudier on les oriente dans la moelle
de sureau en les fixant avec de la gomme durcie par l'alcool, de
manière aies couper dans la direction la plus convenable.
Le développement des bouigeons au printemps et dans la
première partie de l'été est le même pour les bourgeons à fleurs
et à feuilles. On voit (fig. 1) sur la coupe longitudinale d'un bour-
geon à fleurs du 23 juin 1885, que le point végétatif s , est pro-
tégé par quatre ou cinq rangées d'écaillés à face externe forte-
ment cutinisée, tandis que la face interne est revêtue d'unépiderme
à parois minces faiblement cutinisées ; sur les côtés du point
végétatif se forment les écailles internes des bourgeons dont
la face supérieure et interne est garnie de nombreux poils uni-
cellulaires. A part le nombre des écailles, qui augmente gra-
duellement, l'aspect des bourgeons reste le même jusqu'à la
fin de juillet, époque de l'apparition des fleurs.
A cette époque (2 août 1885) on voit, sur une coupe longi-
tudinale (fig. 2 et 2'), que le point végétatif s'est élargi ; tandis
que le sommet ^ cesse de croître, il se forme autour du sommet,
et à l'aisselle d'écaillés encore très petites, un certain nombre de
mamelons cellulaires/"; chaque mamelon représente une fleur.
Leur formation est successive comme celle des feuilles ; aussi
dans les bourgeons recueillis le 2 août peut-on trouver des
fleurs formées seulement d'un mamelon arrondi (fig. 2), tandis
que d'autres (fig. 2') montrent des mamelons aplatis, sur les bords
desquels se sont formés cinq protubérances m représentant
l'ébauche du calice ; la partie aplatie du mamelon forme le récep-
tacle floral.
Dans les bourgeons à fleurs du 16 août (fig. 3,3') la base des
protubérances calicinales s'est accrue de manière à former un
L. Mangin. — Sur le développement des flettrs dans les bourgeons. 3
tube sur les bords duquel les pointes du calice sp sont plus déve-
loppées ; en même temps à la face interne du tube et à la base
de l'échancrure séparant deux dents du calice, apparaissent des
émergences^ qui représentent les pétales. Enfin sur le fond du
réceptacle jusqu'alors aplati on voit (fîg. 3" ) se dessiner une
protubérance cp excentrique par rapport à l'axe de la fleur :
Développement des fleurs du Cerasus vulgarisa — 1, coupe longitudinale d'un bourgeon à
fleurs (23 juin 1885), gr. 25/1. — 2, 2', bourgeons à fleurs du 2 août 1885, coupe longi-
tudinale : 2, gr. 10/ 1; 2', gr. 50/1.— 3, 3', 3', 3'", bourgeons du 16 août 1885; 3, coupe
longitudinale; 3' coupe transversale, gr. 25/1; 3", 3", ébauches florales isolées, gr. 50/1.
4, 4', 4", fleurs du 31 août 1885, gr. 50/1. — 5, 5', 5", fleurs du 17 septembre 1885,
gr. 50/1. — 6, fleur du 4 octobre 1885, gr. 25/1.
éc écailles, « point végétatif de la tige, b bractées florales, f fleurs, m ébauche du calice,
sp sépales, p pétales, st étamines, cp carpelle, o, ovaire.
c'est l'ébauche du carpelle. Tel est l'état le plus ordinaire des
fleurs au 16 août.
Certaines fleurs, notamment celles qui sont au voisinage du
sommet de la tige, peuvent présenter un état plus avancé qui se
traduit par l'apparition sur les faces internes du tube, et au-
dessous des mamelons représentant les pétales, de protubéran-
ces st représentant le vestige du cycle d'étamines opposées au
calice .
D'autres ébauches florales présentent par contre un état
4 JOURNAL DE BOTANIQUE
moins avancé que l'état moyen (fig. 3) et caractérisé seulement
par l'apparition des pétales.
L'examen des coupes longitudinales et de coupes transver-
sales passant au milieu des ébauches florales montre bien que les
fleurs représentent autant de rameaux latéraux à la tige. On voit,
en effet, le sommet s (fig* 3') de celle-ci, accompagné d'une
feuille à l'aisselle de laquelle le bourgeon avorte souvent, puis
tout autour quatre fleurs munies de leur bractée axillante, b;
tout autour se trouvent des écailles e disposées en préfoliaison
quinconciale et munies de poils à la face supérieure ou interne ;
les écailles à faces lisses ont subérifié leurs tissus.
Le 31 août 1885 (fig. 4, 4') les pétales et les sépales se sont
accrus, les protubérances staminales st sont plus prononcées
et développées sur deux rangées ; le carpelle cp a pris l'aspect
d'une gouttière largement ouverte sur le côté et dont le sommet
arrive jusqu'à la hauteur de l'insertion des pétales. Sur une
coupe transversale de la fleur, on voit que la section du carpelle
(fig. 4") présente la forme d'un croissant dont les pointes corres-
pondent aux bords de la feuille carpellaire.
Le 17 septembre 1885, les dimensions linéaires de la fleur
sont presque le double de celles du 3 1 août (fig. 5) . Trois rangées
de mame'ons représentent les cycles d'etamines 3^/dans chacune
un étranglement basilaire indique la séparation de l'anthère et
du filet. La croissance de la feuille carpellaire ayant continué,
les bords de celle-ci sont au contact et laissent au milieu un canal
qui s'élargit à la base en une cavité, la cavité ovarienne (fig. 5', 5").
Le 4 octobre 1885, l'aspect général n'a pas beaucoup changé
(fig. 6) ; sauf l'apparition, sur les bords de la feuille carpellaire,
des émergences de parenchyme destinées à former les ovules ,
nous n'avons guère à signaler qu'une croissance générale de la
fleur. Désormais les diverses pièces de la fleur sont individuali-
sées ; nous n'aurons plus à constater que des modifications dans
la structure interne des étamines ou du pistil.
Voici l'état des fleurs le 27 octobre 1885 (fig. 7 et 7'). Dans
l'ovaire on aperçoit un mamelon cellulaire qui représente le nu-
celle; il n'offre encore aucun vestige des téguments ni du sac
embryonnaire. Dans les étamines, la différenciation, qui a com-
mencé vers le milieu de septembre, présente à ce moment le
stade suivant : quatre sacs polliniques formés par les cellules-
L. Mangin. — Sur le développement des fleurs dans les bourgeons. 5
mères des grains de pollen ; autour de chaque mass ; f de cellules-
mères, on voit, sous 1'épiderme, trois assises de cellules destinées
à former l'assise fibreuse et les assises nourricières comme le
montre la fig. 6'".
A partir de ce moment et jusqu'au printemps la structure des
fleurs ne se modifie pas. En comparant les bourgeons au 27 octo-
Développcment des fleurs du Cerasus vulgaris (suite). — 7, fleur du 17 octobre 1885, coupe
longitudinale; 7' coupe transversale de l'ovaire, gr. 25/1. — 8, fleur du 15 décembre 1885,
coupe longitudinale ; 8', coupe transversale de l'ovaire, gr. 25/1. — 9, fleur du 16 mars
1886, coupe longitudinale; 9', coupe transversale de l'ovaire, gr. 25/1; 9", état de l'ovule
(:6 mars 1886), gr. 120/1; 9'", état de l'étamine, gr. 120/1. — 10 et il, pistil des fleurs
du 30 mars 1886, gr. 25/1; 10', 11", état de l'ovule, gr. 120/ 1 ; 11', état de l'étamine,
gr. 120/ 1.
sp sépales, p pétales, st étamines, ov ovule, n nucelle, pr primine, se secpndine, s sac em-
bryonnaire, ép épiderme, cm cellules mères du pollen, an assises nourricières, af assise
fibreuse, pi grains de pollen.
bre, au 15 décembre et au t6 mars 1886, on ne constate qu'une
croissance lente de tous les organes (fig. 7, 8, 9); les bourgeons
présentent pendant cette période une longue phase de vie ralentie.
Le 16 mars (fig. 9, 9', 9", 9'"), les ovules sont un peu plus déve-
loppés qu'au 27 octobre et l'on voit, sur les côtés du nucelle, un
bourrelet formant l'ébauche de la secondine se (fig. 9' et 9''); la
coupe transversale des é* aminés montre (fig - . 9'") le même état
qu'au 27 octobre, mais les cellules de l'assise interne ont beau-
coup grandi.
6 JOURNAL DE BOTANIQUE
C'est à la fin du mois de mars que les bourgeons passent à
l'état de vie active et en consommant leurs réserves amylacées,
présentent une croissance intercalaire très rapide pendant laquelle
s'achève la formation des grains de pollen et de l'ovule.
Si l'on examine, en effet, des bourgeons au 30 mars 1886
(fig\ 10 et 11), au moment où l'épanouissement va avoir lieu,
certaines fleurs (fig. 4") montrent des ovules, dont le nucelle,
presque recouvert par les téguments, contient un sac embryon-
naire très développé et des anthères dont les grains de pollen
sont libres au milieu de granulations protoplasmiques ; d'autres
fleurs présentent un état moins avancé (fig. 10'), car la secondine
est seule bien développée, et les cellules-mères des grains de
pollen n'ont pas encore résorbé leur membrane. Les différences
individuelles qui s'étaient atténuées pendant la période de vie
ralentie, s'exagèrent au moment de la reprise de la végétation,
de telle sorte que dans le môme bourgeon on peut trouver des
stades assez différents.
Le système fasciculaire se différencie tardivement quoique
déjà à la fin d'août les faisceaux de procambium soient indivi-
dualisés dans le parenchyme homogène qui constitue, les jeunes
fleurs ; mais l'apparition des vaisseaux n'a lieu qu'au commence-
ment de mars. La distribution des faisceaux peut être étudiée
soit avant, soit après la différenciation du bois et du liber; cha-
que fleur reçoit un certain nombre de faisceaux disposés en un
cercle d'où se détachent, à la base du carpelle, les faisceaux desti-
nés à celui-ci, tandis que les faisceaux du cercle primitif s'enga-
gent dans le tube formé par le réceptacle de la fleur; là ces fais-
ceaux envoient des ramifications dans les étamines, les pétales
et les sépales.
L'examen de la distribution des faisceaux dans le pistil joint
aux états successifs du développement de cet organe (fig. 3*".,
4'> 4"i 5> 5') etc -) montre nettement l'origine foliaire du carpelle
unique du Cerisier, malgré sa situation sur le prolongement de
la fleur.
On voit en somme que l'apparition des fleurs chez le Cerisier
est très précoce ; ébauchés au commencement d'août, ces organes
sont constitués presque complètement à la fin de septembre ou
au commencement d'octobre ; ils passent l'hiver dans une période
de vie ralentie qui s'observe dans tout le bourgeon et c'est seule-
E. Roze. — La Flore parisienne att commencement du XVII siècle. 7
ment au printemps, quand les conditions climatériques sont con-
venables, que les fleurs se dégagent, par une énergique crois-
sance intercalaire, des écailles qui ont protégé leur évolution
première. On conçoit que les conditions climatériques qui pro-
voquent, au printemps et d'une manière normale, l'éclosion des
fleurs puissent se trouver réalisées à la fin de septembre ou au
mois d'octobre, et l'on s'explique ainsi la floraison précoce de
quelques Cerisiers qu'on a parfois constatée à l'automne.
{A suivre.}
LA FLORE PARISIENNE
Au commencement du XVII" siècle
d'après \1 Enchiridùcni botanicum parisiense de jacob cornuti
Par M. Ernest ROZE
On sait que l'auteur de YHistoria canadensium planlarum (1 vol.
in-4 , Parisiis, 1635) a fait suivre cette histoire de l'indication des
plantes qu'il avait observées aux environs de Paris, sous le titre de :
Énckiridium botanicum parisiense, continens indicem plantant m quœ
in pagis, silvis, pratis et montosis juxla Parisios lotis, nascuuiur, per
Jacobum Cornuti, Doc tore m medicum parisiensem.
Or, cet Enckiridium ne parait pas avoir appelé l'attention avant
que Mérat l'ait signalé dans sa Flore, en 1S36 ; il est également resté
dans l'oubli depuis la traduction qu'en a donnée Germain de Saint-
Pierre, en 1S52, dans son Guide du Botaniste. Il nous a semblé, dès
lors, qu'il y aurait intérêt à reconstituer cet Enchiridium dans l'ordre
suivi par nos Catalogues actuels, c'est-à-dire en subordonnant les indi-
cations de localités aux plantes, tandis que Germain de Saint-Pierre
s'était contenté, comme l'avait fait l'auteur, de distribuer les plantes
par localités. Nous avons pensé, d'autre part, que.l'intérêt qui pourrait
résulter de ce travail, devait s'accroître de ce fait que le Guide du
Botaniste n'avait publié que la moitié à peine des noms de plantes
imprimés par Cornuti, et que la Liste complète de ces plantes pourrait
être consultée avec plus de fruit à titre de Premier Catalogue de la
Flore parisienne.
Nous croyons inutile tout d'abord de parler ici des difficultés que
présentait la traduction, dans la nomenclature moderne, des noms ou
phrases spécifiques dont s'était servi Cornuti. Nous dirons seulement
que toutes les fois que G. Bauhin a inscrit ces phrases comme syno-
nymes de ses propres dénominations, et que Linné, à son tour, a cité
8 JOURNAL DE BOTANIQUE
dans sa synonymie les phrases spécifiques de G. Bauhin, nous avons
considéré comme acceptables les noms de Linné ou ceux de ses succes-
seurs. Dans le cas contraire, nous avons exprimé notre doute par un
point d'interrogation. De même, lorsque nous nous sommes trouvé en
contradiction, pour l'adoption des noms linnéens, avec Germain de
Saint-Pierre, nous avons pai' des renvois rappelé les noms admis par
cet auteur.
On remarquera que Cornuti, comme devait le faire plus tard
Tournefort, a évité de répéter les noms des mêmes plantes qu'il ne
pouvait manquer de rencontrer dans diverses localités, ce qui a singu-
lièrement facilité la confection de notre Catalogue, puisqu'il était
pour ainsi dire tout préparé dans V Enchiridium. Il est à regretter seu-
lement que Cornuti ait parfois tronqué ses phrases spécifiques, em-
pruntées çà et là aux ouvrages des Pères de la Botanique, et d'ordi-
naire à ceux de L'Obel, et qu'il ait ajouté quelques localités ou même
certains végétaux qui ne se trouvaient pas dans la région parisienne.
Mais, ce qui est intéressant à noter, c'est la relation en général exacte
que présentent les plantes avec leurs stations naturelles : nous les
avons reproduites, comme les noms spécifiques de Cornuti, en carac-
tères italiques.
Enfin nous avons cru devoir annoter ce Catalogue des quelques
plantes parisiennes que Clusius avait observées vers 156 1 et qu'il se
plaisait à rappeler dans son Rariorum plantarum Historia (1601), ce
qui leur donne avant toutes autres un droit d'inscription dans la Flore.
Et, d'un autre côté, en raison de la relation assez étroite, au point de
vue de la nomenclature, qui existe entre Y Enchiridium de Cornuti,
paru en 1635, et le Catalogue des plantes cultivées au Jardin dit roy, à
Paris, publié par Guy de la Brosse en 1636, nous avons pensé qu'on
pourrait faire des constatations intéressantes sur les espèces qui figu-
rent à la fois dans les deux Catalogues : ces espèces sont désignées par
un astérisque.
Nous ferons observer, en terminant, que l'on sera évidemment
surpris de ne pas trouver, dans V Enchiridium, des plantes qu'à bon
droit on doit placer au nombre de celles que l'on rencontre le plus
communément dans nos environs. Ainsi, on y chercherait vainement
le Chelidonium maj'us, les Viola, le Lychnis dioica, le Stéllaria
holostea, les arbres fruitiers (Rosacées), X Hedera Hélix, le Cale/ulula
arvensis, les Primula, le Glechoma hederacea, les Stachys, YUrtica
major, le Populus Tremula, les Lemnacées, le Convallaria majalis, les
Typha, etc. Cornuti en a-t-il jugé quelques-unes comme inutiles à
signaler ? A-t-il omis involontairement d'en citer d'autres ? Il faut se
montrer indulgent pour une œuvre primordiale, écrite dans la langue
E. Roze. — La Flore parisienne au commencement du XVII e siècle. g
multiple des Pères de la Botanique, à ure époque où 1 'étude compa-
rative des espèces ne se faisait que su les caractères les plus apparents
des plaines, où l'on ignorait enfin les principes fondamentaux de
nos classifications, et ne pas laisser que d'admiré*-, toutes autres diffi-
cultés vaincues, les premiers résultats de la stricte observation de la
nature.
PHANÉROGAMES ANGIOSPERMES
DICOTYLÉDONÉES
Renonculacées.
Clematis Vitalba L. {Viorna vulgi s. Clemalis altéra Matth.). Saint-Prix.
Thalictrum flavum L. {Thalictrum maj'us). Gentilfy, in prato, sec. rivu-
lum (i).
Thalictrum minus L. {Thalictrum minus). B. de Boulogne.
Anémone Pulsatilla L. (*Pulsalilla flore violaceo et atropurpureo flore) . Id .
— nemorosa L. {* Ranunculus nemorosus flore albo et carneo). Id.
Adonis autumnalis L. ( * Eranthemum Gesneris. Flos Adonis). Inter segetes.
Myosurus minimus L. (* Myosouros Lobelij s. Cauda mûris). Meudon, inter
segetes.
Ranunculus aquatilis L. {Ranunculus aquaticus Hepaticze taciè). Montmo-
rency, in aquis (2).
Ranunculus fluitans Lam.? {Hepatica aquatica). Saint-Cloud, mediis in
aquis Sequanae.
Ranunculus Lingua L. {*Lingua major Dalechampi). Id., sec. ripas
Sequanas.
Ranunculus Flammula L. {Ranunculus palitstris s. Flammula aquatica,
rotundiore folio et angustiore folio). Gentilly, in prato, sec. rii>ulum.
Ranunculus auricomus L. {Ranunculus dulcis Tragi s. Mors us Equi).
Couvent des Chartreux, à Paris.
Ranunculus acer L. (* Ranunc . prat. surrectis cauliculis). Id.
Ranunculus repens L. (* Ranunculus pralensis reptante cauliculo, urens et
dulcis). Id.
Ficaria ranunculoides Mœnch (Chelidonium minus). Meudon, in pratis ir-
riguis, et Ivry {in silvis domesticis).
Caltha palustris L. {*Caltàa palustris Gesneri). Gentilly, in prato sec. ri-
vulum .
Helleborus fœtidus L. {Consiligo Ruellij s. Elleborastrum). Butte de
Sèvres.
Nigella arvensis L. {*Melantkium s. Nigella romand). Inter segetes.
Delphinium Consolida L. {^Consolida regia s. Calcaris flos récent.). Id.
Berbéridées.
Berberis vulgaris L. (* Oxyacantha s. Berberis). Meudon, in apricis locis.
1. Il s'agit de la Bièvre.
2. On sait que par Montmorency, localité aquatique, il faut entendre Eng-hien
et Saint-Gratien.
io JOURNAL DE BOTANIQUE
Nymphéacées.
Nymphaea alba L. {*Nymphaea alba). Montmorency, in stagnantibus aquis.
Nuphar luteum Sibth. et Sm. (*Nymphaea luted). Ibid.
Ces deux espèces : {Nymphaea iitraque). Saint-Cloud, secundum
ripas Scquanae.
Papavéracées.
Papaver Rhœas L. {*Papaver erraticum). Inter segetes.
— Argemone L. {* Argemone capitulo longiore). Chaillot, in colliculis
incultis.
Papaver hybridum L. {Argemone capitulo torulis canulato). Ibid.
Glaucium flavum Crantz (* Papaver corniculatum flore luteo). Bois de
Boulogne.
Fumariacées.
Fumaria officiualis L. {Capnos s. Fumaria). Per margines viarum.
Crucifères.
Sinapis alba L. et S. arvensis L. (* Sinapi sativum et agreste). Auber-
villiers.
Brassica orientalis L. (i). (Perfoliata siliquosa). Bois de Boulogne.
Eruca sativa Lam. {*Eruca sativa). Aubervilliers.
Sisymbrium Alliaria Scop. {*Alliaria). Meudon, in pratis irriguis, et Bois
de Boulogne.
Sisymbrium officinale Scop. (2) {*Irio s. Erysimum Dioscorid.). Aubervilliers
et Chaillot.
Sisymbrium Sophia L. {*Sophia chirurgorum). In maceriis.
Cheiranthus Cheiri L. {*Keiri arabnm s. Leucoium flore luteo). In maceriis.
Barbarea vulgaris R. Br. {*Barbarea s. Pseudo-Bunias). Per margines via-
ravi.
Cardamine pratensis L. (*Cardamiue altéra s. Sisymbrium). Gentilly, in
prato.
Arabis hirsuta Scop. ? (Turritis). In maceriis.
Nasturtium officinale R. Br. {^Nasturtium aquaticum et Cratevae Sion Eru-
cTfolium s. Berula minor aquat.). Gentilly, in prato sec. rivulum.
Nasturtium amphibium R. Br. ? {Erysimum açuaiiçum) . Vincennes, in
silvis.
Alyssum calycinum L. {Thlaspi minimum flore luteo). Chaillot, in aggeri-
bus la pi du m.
Draba verna L. {*Parouyc/uia Alsine folio). Vincennes, in silvis.
Iberis amara L. ( * Thlaspi umbellatum floribus albis). Brevane, int. segetes.
Capsella Bursa-pastoris Mœnch {*Bursa pastoris major). Per margines
viarum.
Thlapsi arvenseL. (* Thlaspi Draba? folio Lobelij, quod peltatumvocant). Id.
Lepidium Draba Roth (* Draba arvensis). Mont-Valérien,^?*-©/«*0.y.
1. Thlaspi perfoliatum G.
2. Sisymbrium Irio G.
E. Roze. — La Flore parisienne au commencement du, XVII" sieele. i\
Lepidium campestre R. Br. ( Thlaspi vulgatissimum Vac carias folio). Per
margincs viarum.
Lepidium campestre R. Br.? (Mille grana Tklaspi species.) Mont-Valérien,
per vineas (i).
Teesdalia nudicaulis R. Br. {Bursa pastoris minima). Butte de Sèvres.
Isatis tinctoria L. (*Glastum sativum). B. de Boulogne et Varenne-Saint-
Maur, in campo. (Cuit.)
Cistinées.
Helianthemum vulgare Gaertn. (Cistus humilis s. Flos solis). Bois de
Boulogne.
Helianthemum guttatum Mill. (* Cistus humilis annuus foliis Salie is). Id.
Violariées.
[Cornuti ne signale aucune espèce de cette famille].
Résédacées.
Reseda Luteola L. (Lufeola). Per margincs viarum.
— lutea L. (* Reseda Plinij s. Herba amoris). Id.
Droséracées.
Drosera rotundifolia L. (Rorida s. Ros solis). Meudon, in pratis irriguis.
Parnassia palustris L. (*Gramen Parnassi). Montmorency, in vicinis locis
piscinarum.
Polygalées.
Polygala vulgaris L. (*Flos ambervalis s. Astragaloides herbariorum).
Meudon, in apricis locis.
Polygala vulgaris L. {Polygala s. Flos ambervalis, cœrtileus et rubellus).
Vincennes, in silvis.
Caryophyllées.
Dianthus prolifer L. (* Arme ria proliféra). Charenton.
id. ( Tuuica s. Caryophyllus sylvestris minimus). Meudon, in dumetis.
Dianthus Carthusianorum L. {Caryophyllus uemorosus viiuor). Ibid.
id. (2) (Caryophyllus silvestris minor). Monttaucon.
Gypsophila Vaccaria Sibth. et Sm. {^Isatis silvestris s. Vaccaria). Interse-
getes.
Gypsophila Saxifraga L. (Sàxifragia) . B. de Boulogne.
Saponaria officinalis L. (*Sapouaria vulgaris). Ivry, per vineas.
Cucubalus baccifer L. {*Alsiue repens, forte Cucubalum Plinij). Chat, de
la chasse, inler silvas. (3)
Sdene inflata Smith {*Behen album s. Papaver spumasum). Mont Valérien,
per vineas.
id. {^Papaver spumœum s. Behen album Monspel.).Per margines viarum.
1. Il faut peut-être lire : Herniaria glabra L. {Mille grana) ; Lepidium cam-
pestre R. Br. ? ( Thlaspi species).
2. Dianthus prolifer G.
3. Par Château de la chasse, il faut entendre Forêt de Motitmorency, dans la
partie où se trouvait ce château.
12 JOURNAL DE BOTANIQUE
Silène Otites Sm. ( Viscaria s. Muscipula flore muscoso). Charenton.
— conoidea L. (i) (Lychnis silvestris 3 a Clusij caliculis strialis). Mont
Valérien, in vertice.
Lychnis Flos-cuculi T /. ? (Armoraria s. Vetonica pratensis). Gentilly, in
prato.
Agrostemma Githago L. (Nigellastrum Dodonxi). Inter segetes.
Spergula arvensis L. (*Saginse Spergula). Meudon, in dmnetis.
Stellaria média Vill. (Alsine). Per margines viarum.
Cerastium vulgatum L. {Alsine Myosotis hirsuta). Meudon, in dumetis.
? (Lychnis repens). Bois de Boulogne.
Paronychiées.
Herniaria glabra L. (Herba turca s. Herniarià) . Meudon, in pralis.
Crassulacées.
Sedum Telephiurn L. (* Telephium s. Crassula). Meudon, in editioribus locis.
— Cepaea L. (*Cepa?à). Ibid.
— album L. [*Illecebra major). In maceriis.
— acre L. (* Sempervivum minimum s. Illecebrd). In tegulis.
— reflexum L. (Sedum scorpioides). In maceriis.
Sempervivum tectorum L. (Aisoon majus). Id. [Planté].
Linées.
Linum catharticum L. (Chamcelinum silvestre). Varenne St-Maur, in campo.
id. ? (Chamselinumserotinumfloribusalbis). Gentilly, in prato.
Linum usitatissimum L. (*Linum). La Barre. [Cuit.].
— tenuifolium L. (2) (Linum silvestre flor. albis). Butte de Sèvres.
(A suivre.)
QUELQUES POINTS
DE LA
CLASSIFICATION DES AGARICINÉES
Par M. N. PATOUILLARD
Le peu de constance des caractères tirés de l'appareil végé-
tatif des Champignons en général rend leur classification très
difficile, et les différents systèmes suivis ont tous l'inconvénient
de donner des groupes hétérogènes à côté de séries parfaitement
naturelles. Chez les Agaricinées surtout, les genres établis à
1. Silène nutans G.
2. L. catharticum G. — « Primum mihi hoc genus observatum in anteriore Ma-
dritianas silvae parte, quae secundo ab urbe Lutetia lapide distat, inter gramina
loco aperto, et nullis arboribus obsito, florens Julio, maturum semen proferens
Augusto». \Clusius, Hist. p. 319].
N. Patouillakd. — Quelques points de la classification des Agaricinees. 13
l'aide des caractères tirés de la forme du chapeau, des lames, de
la consistance, de la présence ou de l'absence d'une volve ou
d'un anneau, sont depuis longtemps relégués au second rang.
Une donnée moins fugace est fournie par la coloration des
spores : ce caractère a permis de les distribuer en séries paral-
lèles qui sont la base de la classification méthodique des Agari-
cinees actuellement adoptée par presque tous les mycologues.
Cette distribution des genres en séries de même couleur est
très commode pour l'étude , mais elle est loin de répondre à
toutes les exigences des affinités naturelles : comme dans tous les
systèmes de classification dont le caractère essentiel n'est pas
suffisamment dominateur, on trouve dans certains genres des es-
pèces, ou même des groupes d'espèces, qui n'ont de commun avec
les autres du même genre qu'un caractère unique. Ce caractère
commun peut être de première importance chez quelques-unes
et n'avoir qu'une valeur tout à fait secondaire chez d'autres.
Considérons le genre Lepiota dans la série des Agaricinees à
spores blanches. Il est déterminé par l'absence de volve distincte,
par un stipe annulé, facilement séparable de l'hyménophore, des
lames liûres et des spores blanches.
Comparons maintenant ces caractères avec ceux du genre
Coprinns de la série des Mélanosporées, en faisant abstraction
de la couleur des spores : absence de volve souvent, stipe sépa-
rable du chapeau, un anneau quelquefois, des lames libres, exac-
tement comme dans les Lepiota. Mais les Coprins ont en outre
un tissu mou tout spécial, une station et un port particuliers,
une croissance rapide, en somme un ensemble de caractères qui
permet de les reconnaître à simple vue comme tous les groupes
naturels.
Si maintenant nous observons que beaucoup d'espèces de
Lepiota ont, outre les caractères propres de leur genre, caractères
communs aux deux groupes, cet ensemble de données qui carac-
térisent les Coprins, nous serons obligés de reconnaître que
parmi les Lépiotes de Pries il y a des Coprins, mais des Coprins
à spores blanc lies.
Depuis longtemps les mycologues ont entrevu cette analogie
et plusieurs Lépiotes sont indiquées comme ayant le faciès copri-
noïde. Ces espèces, très abondantes dans les régions tropicales,
où elles ont une croissance très rapide et une durée éphémère,
i4 JOURNAL DE BOTANIQUE
ne sont représentées chez nous que par une plante de la tannée
des serres : Lepiota cepsestipes et sa vaxiêtéflos-sulfurïs.
D'autres termes de la série des Leucosporées permettent d'éta-
blir avec les Coprins un parallèle analogue au» précédent : ce
sont les Hiatula. Comme ils ont le stipe dépourvu d'anneau, on
les a placés à côté des Mycènes ; quelquefois même ils ont été en-
globés dans ce genre. Par leur stipe séparable de l'hyménophore
et leurs lames libres, il serait plus logique d'en faire des Lépiotes
exannulées ; mais eux aussi ont le faciès coprinoïde ; ce sont des
Coprins du groupe des vehform.es } mais à spores blanches.
Dans la série des Dcrmini nous voyons le genre Bolbîtiiis
faire tache à côté des Cortinaires, des Inocybes, etc. , chez lui nous
retrouvons non seulement le faciès des Coprins', mais jusqu'à la
déliquescence des lames : ce sont des Coprins à spores jaunes.
Toute la série des Pratelles se rapproche des Coprins et a
les spores pourpres.
Dans les Mélanosporées tous les genres semblent avoir des
affinités très grandes avec le genre Coprinus . Cependant, nous
trouvons parmi eux les Gomphidms qui sont tout différents et
qui se relient d'une part aux E ygrophorus •, à spores blanches, et
d'autre part aux Paxillus, à spores jaunes.
Les considérations précédentes nous ont conduit à rechercher
s'il existe un caractère organique qui rapproche ou sépare tous
ces genres que la coloration des spores a dispersés ou réunis
sans tenir compte de leurs affinités.
L'examen des basides ne pouvait donner aucun résultat à
cause de la grande uniformité de cet organe dans les Agaricinées,
qui sont toutes homobasidiées. (i)
La présence des cystides n'est pas assez constante. De plus
la forme en est variable d'une espèce à l'autre, à tel point que
dans certains genres (Pluteus) les cystides peuvent presque
permettre de caractériser les espèces. Dans quelques cas leur
forme peut servir de caractère générique (Inocybe).
i. Dans l'espèce les variations de la forme de la baside sont extrêmement
limitées; ces variations consistent seulement dans un développement plus ou
moins considérable de l'organe, dans l'augmentation ou la diminution du nombre
des stérig-mates par suite de soudures ou d'avortements, et lorsqu'il y a des « acci-
dents de structure de l'hynienium » suffisants, la baside ne change pas de forme :
elle avorte et donne un poil. Dans un même genre, sauf ces écarts insignifiants,
le type de la baside est constant d'une manière absolue.
N. Patouillard. — Quelques points de la. classification des Agaricinées. 15
L^Jorme de la spore, très fixe dans quelques genres (Russula,
Lactarms), n'est clans la plupart des cas qu'un caractère
d'espèce.
Les indications tirées de la présence ou de l'absence du pore
germinatif au sommet de la spore sont beaucoup plus impor-
tantes et nous semblent devoir donner le critérium cherché.
Lorsqu'on examine avec un peu d'attention le sommet d'une
spore de Coprin, on observe aisément un point circulaire qui est
une ouverture de l'exospore ; c'est le pore germinatif, dont
l'existence et le rôle sont bien connus.
Il est toujours très facile de se rendre compte de sa présence,
soit en faisant mouvoir les spores dans le liquide sur la lamelle
du microscope, soit en les regardant de profil : le sommet de la
spore semble tronqué ou prolongé en un tube très court.
Dans les divers genres d' Agaricinées que nous avons exami-
nés voici ceux dont les spores nous ont montré un pore germinatif.
Dans les Mélanosporées, les genres Coprinus, Panœolus,
Psathyrella, genres ayant entre eux les relations les plus in-
times, ont tous trois un pore germinatif; le genre Montagnites
qui touche au genre Coprimts et au genre Gyrophragmitim, dans
les Gastéromycètes, en est également pourvu. Seul le genre
Gomphidius manque de cet organe.
Toutes les Pratelles étant plus ou moins alliées aux Coprins
en sont également munies.
Dans les Dermiui, le genre Bo/bitius, qui est un Coprin à
spores jaunes, présente un pore germinatif. Il en est de même du
genre Ga/era, plus éloigné des Coprins, mais proche parent des
Bolbititts. Le g-enre PJwliota est très hétérogène et réclame une
étude spéciale ; on trouve des espèces pourvues de pore'' ger-
minatif (celles qui se rapprochent des Gale7 r a), à côté d'autres
qui en sont privées.
Les genres Cortinarius , Irwcybe, Hebeloma, Crepidotus,
etc., ne nous ont donné aucun résultat.
La série des Rhodosporées s'est montrée également dépour-
vue du caractère cherché, au moins dans les genres que nous
avons examinés.
Dans les Leucosporées, nous ne le retrouvons que dans les
deux genres signalés plus haut comme ayant l'aspect copri-
noïde : Hiatula et quelques espèces de Lepiota. Ces dernières
i6 JOURNAL DE BOTANIQUE
ne sauraient demeurer avec les véritables Lépiotes ; aussi pro-
posons-nous de les séparer pour en former un genre à part sous
le nom de Leticocoprinus .
De ce qui précède il résulte que le caractère de la couleur
des spores doit cesser d'être le pivot de la division des Agari-
cinées; il doit être retenu seulement comme caractère de genres.
On peut diviser la famille en deux sous-familles, d'après la
présence ou l'absence du pore germinatif. Ces deux sous-familles
peuvent, à leur tour, se diviser en séries parallèles d'après la
coloration des spores.
Pour la section des Coprinoïdées nous aurions le tableau
suivant :
LEUCOSPORÉES
RHODOSPORÉES
ochrosporées
PRATELLÉES
SlÉLANOSPORÉES
Lcucocopt inus
Hiatula
}
Bolbitms
Galera
Pholiota (partie)
Psaihyra
Hypholoma
Psalliota
Psilocybe
Coprinus
Panœolus
Psathyrella
Monlagniies
Un tableau analogue renfermerait les autres genres de la
famille.
CHRONIQUE
M. L. Petit a soutenu devant la Faculté des sciences de Paris, le 23 décem-
bre 1887, pour obtenir le grade de docteur és-sciences naturelles, une thèse ayant
pour sujet : Le pétiole des Dicotylédones au point de vue de l'anatomie et de
la taxinomie.
La Société nationale d'Horticulture de France, dans sa séance du 22 décembre
a réélu comme président M. Léon Say, et comme secrétaire général M. Alfred
Bleu.
La Société botanique de France, dans sa séance du 23 décembre, a également
procédé à ses élections annuelles. Ont été élus pour l'année 1888 : Président,
M. Duchartre; premier vice-président, M. Henry de Vilmorin; vice-présidents,
MM. Leclerc du Sablon, Maugeret et J. Vallot.
Le Gérant : Louis Morot.
Paris J Merscfc, lmp. a -: J, H . heuferl lîw h> i '-:iu
2" ANNEE
N' 2
15 JANVIER 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur : M. Louis MOROT
ALGUES DU VOYAGE AU GOLFE DE TADJOURA
RECUEILLIES PAR' M. L. FAUROT
Par M. Ed. BORNET.
Dans les numéros du Journal de Botanique du premier et du 15 juin
1887, M. Franchet a publié une liste des plantes phanérogames récol-
tées par M. Faurot dans les environs d'Obock et de Tadjoura. Mais ce
ne sont pas les seules plantes qu'ait récoltées M. Faurot. Au cours de
ses recherches de zoologie marine, le zélé explorateur a ramassé un
certain nombre d'Algues qu'il a bien voulu me remettre à son retour.
Les unes proviennent de l'île de Kamarane, où M . Faurot a séjourné
du 13 novembre au 3 décembre 1SS5, les autres ont été prises à Ooock.
Ce sont en général des espèces déjà signalées dans ces régions; toute-
fois, parmi les Sargassum, M. Grunow, qui connaît mieux que per-
sonne les espèces de ce genre, a reconnu plusieurs variétés nouvelles.
Nous lui devons les diagnoses qui accompagnent l'énumération
suivante.
PHVCOCHROMOPHVCE^E
1 . Lyngbya prasina Montagne in Kiitzing, Species Algar., p. 284.
Ile de Kamarane.
M. Kiitzing attribue aux filaments du Lyngbya prasina une épaisseur de
45-50 u (i/5Q e à i/45 e de ligne). L'Algue rapportée par M. Faurot est beau-
coup plus grosse : son diamètre est de 60-70 y.. De telles différences n'ont
rien de surprenant chez ces plantes ; on en trouve de même ordre dans le
Lyngbya majuscula de nos cotes.
CHLOROSPORE/E.
2. Ulva reticulata Forskâl, Flora jEgypt.-arab., p. 187.
Obock.
3. Halimeda macroloba Decaisne, PI. arab., p. 118.
Ile de Kamarane, Obock.
4. Caulerpa Frsycinstii Ag., Species Algar ., p. 446.
Obock.
5. C. plumaris Ag., Sfiecies Algar., p. 436.
Obock.
V^V&»*A. À».
jf JOURNAL DE BOTANIQUE
MELANOSPORE^Î.
6. Sphaceiaria cervicornis Ag., Species Algar.^ p. ^.
Ile de Kamarane, sur le Tterbinaria triquetra.
Les exemplaires sont pourvus de sporanges uni- et plurilocu-
laires. Je n J ai pu trouver de propagules.
7. Hormosira articulata Zanardini, Planiarum maris rubri
enum., p. 35.
Obock.
Echantillon bien fructifié.
8. Cystosira Myrica J. A., Species A/gar. } I, p. 222.
lie de Kamarane.
Les échantillons commencent à fructifier.
9. Turbinaria triquetra Decaisne, PL arab., p. 145.
Ile de Kamarane, Obock.
Echantillons en fruit.
10. Sargassum cylindrocystum Figari et de Notaris, Alg. mar.
ross., p. 15.
Var. Fauroti Grunow
Ramosissima, ramis teretiusculis laevibus; foliis lanceolatis, hinc
inde subobliquis, obtusis vel acutiusculis, dentatis vel denticulatis,
sparsim glandulosis, dilute fuscescentibus, membranaceis, supremismi-
noribus et angustioribus, biseriatim glandulosis. raris; vesiculis fusi-
formibus apiculatis; receptaculis masculis creberrimis cylindraceis
inermibus paniculato-racemosis.
Obock.
Var. Obockiana Grunow
Foliis inferioribus?, mediis majoribus late lanceolatis, denticulatis
vel dentatis, acutiusculis," superioribus anguste lanceolatis subinteger-
rimis acutis; omnibus parce et minute glandulosis, sordide fuscis,
membranaceis; vesiculis subclavatis, fusiformibus vel cylindraceis,
muticis, apiculatis vel folio coronatis; receptaculis fœmineis singulis
vel subracemosis, subclavatis, inermibus vel sursum minute spinulosis.
5". cyhndrocysti genuino simrKor, receptaculis autem diversa, quae
in illo (forsan abnormia) subfoliacea et sporas paucas continentia
observantur. — Fragmentulum unicum.
Obock.
11. S. Fresenianum J. Ag., Nova? spec. Algar. p. 172.
Var. integerrima Grunow
Foliis e basi obliqua lanceolatis acutiusculis integerrimis, sordide
fuscis, membranaceis vel rigidulis ; vesiculis obovatis vel oblongis,
obtusis vel hinc inde acutiusculis, numerosis; receptaculis
Eu. Bornet. — Algues du ravage au golfe de Tadjoura. 19
A 6 1 . Freseniano ). Ag. Musei Senkenbergiani (T. Agardhio hodie
ignoto) differt foliis integerrimis acutiusculis.
Ile de Kamarane.
Var. Kamaranensis Grunow
•Foliis angustioribus, lanceolatis acutiusculis, integerrimis vel sub-
runcinato-dentatis, obscure vel sordide fuscis membranaceis ; vesiculis
obovatisvel subsphaericeis, muticis vel breviterapiculatis; receptaculis?
6". Freseniani varietati Dorice (S. Doriœ Grunow in Piccone,
Alg. mar. rubr.) similis, foliis hinc inde profunde dentatis et vesiculis
parum latioribus diversa.
Ile de Kamarane.
12. S. latifolium Ag., Species Algar., p. 13.
Var. Zanzibarica Grunow
Foliis remote dentatis vel subintegerrimis, parce et minus conspi-
cue glandulosis ; vesiculis hinc inde subovatis et subapiculatis.
Ile de Kamarane.
13. S. Acinaria (L.) Ag., Systema Algar., p. 301.
Var? Hildebrandti Grunow
Ramis compressis vel teretiusculis ; foliis inferioribus lanceolatis
acutiusculis seminervibus sparsim glandulosis , superioribus anguste
lineari-ianceolatis seminervibus vel enervibus acutis biseriatim <dan-
dulosis, omnibus integerrimis vel remote dentatis, obscure sordide
fuscis, membranaceis; vesiculis sphsericis vel subovatis muticis, vel
apiculatis ; receptaculis androgynis cylindraceis furcato-ramosis sub-
cymosis inermibus vel hinc inde parce et minute spinulosis.
Hab ad litus Somaliense, Lasgori (leg. Hildebrandt).
Species forsan distincta inter 5. Boveanum et .S. Wrîgktii inter-
media.
Forma Obockiana Grunow. Foliis magis conspicue et longius
costatis, receptaculis androgynis brevioribus, inermibus.
Obock.
5. Acinaria var. dentaia Grunow (S. Boveanum Grunow, var. den~
iaïa Grun. in Piccone Alg. mar. rubr.) est forma similis et transitum
in 5. Acinariam docens.
14. Padina pavonia Gaillon, Dict. des Se. nal. } vol. 53, p. 371.
Ile de Kamarane.
FLORIDEjE.
15. Halymenia Ceylanica Harvey, Friendly tel. Algœ, n° 55.
Obock.
Echantillons stériles ayant beaucoup de ressemblance avec le Me-
risiotheca papulosa J. Ag.
20 JOURNAL DP: BOTANIQUE
16. Melobesia pustulata Lamouroux, Polypiers flex., p. 315.
Obock, sur diverses Algues.
17. Lithothamnion crassum Philiopi in Wiegmann's Arch. t
p. 388.
Ile de Kamarane, Obock.
18. Jania rubens Lamouroux, Polypiers flex,, p. 272.
Obock.
19. Gracilaria arcuata Zanardini, Planiarum mar. rubr. euum.,
p. 57, tab. III, fig. 2.
Obock.
20. G. corticata J. Ag., Spec. Algar., t. II, p. 602.
Obock.
Les échantillons sont abondamment pourvus de tétraspores.
21. Galaxaura rugosa Lamouroux, Polypiers flex., p. 263.
Obock.
22. G. marginata Lamouroux, Polypiers flex., p. 264.
Obock.
23. Actinotrichia rigida Dejaisne, Essai, etc., p. 106.
Obock.
24. Gelidium corneum Lamouroux, Essai, p. 41.
Yar. setaceum Kûtzing, Species Algar., p. 765.
Obock.
En grosses touffes sur les récifs. Stérile.
25. G. rigidum J. Ag., Species Algar., II, p. 468.
Obock.
26. Laurancia papillosa Greville, Synopsis, p. lii.
Ile de Kamarane, Obock.
OBSERVATIONS SUR LE DEVELOPPEMENT DES FLEURS
DANS LES BOURGEONS
(Suite.)
Par M. Louis MANGIN
Le développement des fleurs du Cerasus vulgaris, tel que
nous venons de le faire connaître, permet de préciser la nature
morphologique des diverses parties du bourgeon.
Nous avons vu que celui-ci est protégé par deux sortes
d'écaillés : les plus extérieures, les plus anciennes, sont lisses
L. Mangin. — Sur le développement des fleurs dans les bourgeons. 21
et leur face externe est fortement cutinisée; les écailles inté-
rieures, formées un peu avant l'apparition des fleurs, sont cou-
Développement des fleurs du Cerasus vulgaris (suite). — 12, 12'. 12", formes intermédiaires
entre les écailles des bourgeons à fleur et les feuilles végétatives normales : / limbe, stp
stipules. — 13, section transversale de la coupe réceptaculaire d'une jeune fleur de Ceri-
sier, prise au moment où les étamines apparaissent à la face interne. ; e région e xterne con
'■X tenant les cordons du procambium ; i région interne, siège du cloisonnement, qui va donner
T naissance aux étamines. — 13' fragment grossi de la section précédente; si cloisonnement
du parenchyme interne formant les étamines, F cordons de procambium; gr. 250/1. —
14, fleur du 30 mars 1886 étalée dans un plan et montrant la distribution du système con-
f ducteur dans la coupe réceptaculaire, dans les sépales, les pétales et les étamines; sp sé-
pales, p pétales, si trace des étamines à la surface de la coupe réceptaculaire, Fs faisceaux
des sépales, Fp faisceaux des pétales, fp fs f's f"s faisceaux des étamines, F' F" bran-
ches des faisceaux des pétales destinées aux sépales.
NOTA. — Dans cette figure, les faisceaux des étamines (fs, fp) superposés aux faisceaux Fs et
Fp ont été rejetés un peu à gauche de ces derniers, pour les mettre en évidence. En outre
dans tous les pétales, sauf un, on a simplifié les faisceaux destinés à ces organes pour
mieux montrer la nervation des sépales.
15, section transversale de la coupe réceptaculaire d'une fleur du 30 mars 1886; Fs faisceau
des sépales, Fp faisceaux des pétales, fs fp faisceaux des étamines superposés aux fais-
ceaux des sépales et des pétales, f's f's faisceaux staminaux intercalaires. — 16, frag-
ment grossi de la section précédente; Fs faisceau d'un sépale à bois interne, fs faisceau
des étamines superposées, à bois externe, ép épiderme extérieur de la coupe, vl vaisseaux
ligneux, lib liber, -m méristème secondaire intercalé entre la région ligneuse et la région
libérienne.
22 JOURNAL DE BOTAXIOlfh
vertes sur la face interne de poils unicellulaires courbés à angle
droit, la petite branche engagée entre les cellules épideraiiqnes
et la grande branche dirigée vers le sommet des écailles.
Les écailles externes se subérifient peu à peu ; la subérifica-
tion, commençant à la pointe, progresse peu à peu vers la base, à
mesure que, par suite de la croissance des parties internes du
bourgeon, une plus grande surface des écailles est mise à décou-
vert; bientôt, les écailles externes ayant cessé de croître, les
écailles internes se subérifient à leur tour de la même manière
lorsqu'elles sont exposées à l'air.
La nature de ces écailles est facile à connaître par l'examen
des bourgeons prêts à éclore. Si Ton enlève dans ces bourgeons
(30 mars 1885) les diverses écailles, on reconnaît que les plus
extérieures sont lancéolées, mais les plus internes ont une forme
un peu différente. Les unes (fig. 12) ont leur sommet échancré
et présentant trois dents séparées par deux sillons, une dent mé-
diane / et deux dents latérales stp ; d'autres, peu nombreuses et
placées tout contre les fleurs, sont nettement trilobées : le lobe
médian l, plus ou moins large (fig. 12 1 et 12"), est plié en deux
et présente l'aspect et la nervation des feuilles végétatives nor-
males, tandis que les deux lobes latéraux représentent des sti-
pules stp. En raison des nombreuses formes de passage qui
existent entre les écailles externes, entières, et les feuilles nor-
males, stipulées, on considère les écailles protectrices des bour-
geons florifères comme des feuilles réduites à leur partie basi-
laire formant une gaine, le limbe étant absent ou réduit à une
petite dent située au sommet des écailles internes.
Nous avons vu que les jeunes fleurs se présentaient sous
l'aspect de coupes sur le fond desquelles s'ébauche la feuille
carpellaire, tandis que les parois internes sont, dans toute leur
hauteur, le siège d'un bourgeonnement qui donne naissance
aux pétales et aux étamines.
Dans son important et remarquable ouvrage sur la structure
du pistil, M. Van Tieghem a montré (1) que cette coupe eât de
nature appendiculaire : elle résulte de la concrescençe des enve-
loppes et des différents verticilles staminaux. Malgré l'autorité
du botaniste éminent auquel nous devons la connaissance de la
1. Ph. Van Tieghem, Recherches sur la structure du pistil, p. 37, fig. 50-55.
L. Mangin. — Sur le développement des fleurs dans les bourgeons. 23
nature morphologique des diverses parties de la fleur, je me
permettrai de signaler, dans le développement de la coupe ré-
ceptaculaire et dans la structure des faisceaux qu'elle renferme,
des faits qu'il semble difficile de concilier avec l'hypothèse d'une
concrescence d'appendices telle que la conçoit M. VanTieghem.
Si l'on examine la section transversale de cette coupe dans une
fleur très jeune (fleur du 16 août), on constate que le paren-
chyme qui la compose (fig. 13 et 13'), se partage nettement en
deux couches. La couche externe est formée de 4 à 5 assises
dont les cellules ont des parois relativement épaisses, à angles
un peu arrondis et laissant entre elles des méats intercellulaires
très petits; dans cette couche, on aperçoit déjà à cette époque
dix cordons de procambium (F) représentant l'ébauche des fais-
ceaux libéroligneux des enveloppes florales. La couche interne
est formée de 4 à 6 assises de cellules à cloisons minces, étroite-
ment appliquées les unes contre les autres, ayant l'aspect d'un
méristème; les cellules de cette couche dirigent leur plus grande
longueur normalement à la face interne de la coupe et l'on n'y
voit aucune trace de cordons de procambium. En comparant à
cette époque (16 août) des bourgeons de stades différents, on
voit se produire, dans les cellules de la couche interne, un cloi-
sonnement intense suivant une direction normale à la surface de •
la coupe; bientôt, par suite d'un changement de croissance, de
petits mamelons st se produisent dans tous les points où le cloi-
sonnement a eu lieu : ce sont les ébauches des étamines. On
peut constater que toutes les assises de la couche interne pren-
nent part à ce phénomène. Ainsi commencée, la formation des
étamines s'achève dans les conditions et aux dates que nous
avons fait connaître. A partir du mois de mars, au moment de
l'éclosion, il se produit un accroissement intercalaire au-dessous
du lieu de naissance du verticille staminal inférieur, qui déter-
mine l'agrandissement de la coupe réceptaculaire de manière à
amener l'insertion des étamines au bord de celle-ci.
Si l'on veut considérer la coupe du Cerisier comme une for-
mation appendiculaire, il faudra admettre que les étamines nais-
sent, non plus sur la tige, mais sur la face interne du tube formé
par les enveloppes soudées, puisque l'accroissement interca-
laire qui agrandit la coupe s'est produit au-dessous du lieu de
naissance des étamines; celles-ci seraient alors, non plus autant
24 JOUKNAL DE BOTANIQUE
de feuilles, mais des ramifications radiales des enveloppes,
quelque chose de semblable à des ligules. Cependant M. Van
Tieghem dit (i) « que c'est bien à tort que l'on a considéré la
coupe réceptaculaire comme étant la base du calice gamosépale
sur la gorge duquel on regardait les autres organes comme
insérés. »
Avant de faire connaître ce qui, dans la structure des faisceaux,
semble encore devoir modifier les vues de M. Van Tieghem,
nous décrirons la distribution des faisceaux dans la coupe récep-
taculaire du Cerastis vulgaris, distribution qui concorde en
partie avec celle que ce botaniste a donné pour le Spiraea lœvi-
gata et le Prunus Lauro-cerasus. La figure 14 montre une
fleur de Cerisier supposée développée dans un plan, le pistil
étant enlevé. On voit à la base, à l'endroit où se dégage le
cercle de faisceaux destinés au carpelle, dix faisceaux qui pénè-
trent dans la coupe réceptaculaire, cinq (Fs) occupant l'axe de
symétrie des sépales, les cinq autres (Fp) occupant l'axe de
symétrie des pétales.
Chacun des faisceaux des sépales (Fs) se divise à la base de
la coupe et dans le plan tangent à celle-ci en trois branches, l'une
médiane toujours volumineuse Fs, et deux latérales grêles /"'.y,
fs qui viennent se placer au milieu de l'espace séparant les fais-
ceaux des sépales et ceux des pétales; il se forme ainsi dix fais-
ceaux surnuméraires intercalés entre les dix faisceaux princi-
paux. Ces faisceaux se bifurquent suivant une direction radiale
et se terminent dans deux étamines superposées, de sorte qu'il
existe deux verticilles de dix étamines placées entre les dix fais-
ceaux principaux. Quant au faisceau médian Fs, il laisse déta-
cher sur la face interne et en direction radiale un rameau grêle
fs qui chemine parallèlement au rameau principal et devant lui,
pour se terminer dans deux étamines superposées. Il existe donc
encore deux verticilles de cinq étamines superposées aux sépales.
Le faisceau médian des pétales Fp est plus simple : on voit
se détacher en avant de lui un rameau grêle, fp, qui chemine
parallèlement et se termine dans deux étamines superposées
placées à la même hauteur que les étamines superposées aux
sépales; le faisceau principal Fp continue sa course jusqu'à la
1. Loc. cit.) p. 39.
L. Mangin. — Sur le développement des fleurs dans les bourgeons. 25
base des pétales, et là il se divise en trois branches : une branche
médiane destinée au pétale et deux branches latérales F\F" se
dirigeant chacune dans le sépale voisin.
Les 40 étamines du Cerasus vulgarïs forment donc :
i° deux verticilles de 5 étamines chacun, opposés aux pétales
et formés par un dédoublement radial ;
2 deux verticilles de 5 étamines chacun, opposés aux sépa-
les et formés par un dédoublement radial ;
3 enfin deux verticilles de 10 étamines chacun, dus à un
dédoublement tangentiel des étamines opposées aux sépales.
La distribution du système conducteur montre déjà que les
faisceaux destinés aux étamines sont individualisés, dans le Cera-
sus vulgarïs, dès la base de la coupe réceptaculaire; par suite
l'insertion apparente et l'insertion anatomique de ces organes
sont éloignées l'une de l'autre de toute la hauteur de la coupe.
En examinant (fig. 15 et 16) la section transversale de cette
coupe, on voit que chacun des faisceaux destinés aux sépales Fs
ou aux pétales Fp est orienté normalement, le liber en dehors,
le bois en dedans, séparés l'un de l'autre par les premières assises
de méristème secondaire. Un peu en dedans de chacun de ces
faisceaux, et séparés de ceux-ci par quelques cellules de paren-
chyme, on aperçoit un ou deux faisceaux plus grêles fs, fp,
représentant les faisceaux des étamines superposées aux sépales ;
ces faisceaux ont leur liber en dedans et leur bois en dehors.
Cette orientation, qui s'observe dans presque tout l'espace qui
sépare l'insertion vraie de l'insertion apparente, se modifie seu-
lement à l'endroit où les faisceauxy"^^, se dirigent dans les éta-
mines : le bois redevient interne en glissant entre deux îlots
libériens.
Les dix faisceaux principaux de la coupe réceptaculaire
représentent donc des faisceaux doubles à bois opposé, l'externe
Fs, Fp, d'orientation normale destiné aux sépales ou aux pétales,
l'interne/!?, fp, d'orientation inverse, destiné aux étamines. Dans
certains de ces faisceaux doubles, les îlots libériens se dissémi-
nent autour du bois en formant un cercle plus ou moins régulier,
de telle sorte que l'ensemble prend l'aspect d'un cylindre central.
L'orientation des faisceaux des étamines que nous montre le
Cerasus vidgaris, ne paraît pas exister dans le Prunus Lattro-
cerasus et le Spirœa lœvigata, ou bien elle a peut-être échappé
26 JOURNAL DF: BOTANIQUE
à M. Van Tieghem, car dans les figures relatives à ces deux
espèces (i) les faisceaux des étamines ont leur bois interne et
leur liber externe.
Daprès ce qui précède, nous ne pouvons donc pas accepter
au sujet de la nature de la coupe réceptaculaire les vues suivantes
que M. Van Tieghem a émises pour les Spiréa^ées et les Amyg-
dalées (2) :
« La coupe réceptaculaire des Spiréacées (et des Amygda-
lées) est donc appendiculaire, puisqu'elle s'insère par sa base
sur l'axe floral qui s'épanouit au-dessus d'elle en cinq carpelles,
sans se prolonger au-delà. Mais son organisation est complexe
à divers degrés : 1" parce qu'elle renferme à la fois, dès sa base,
les faisceaux de deux verticilles distincts et alternes, réunis par
une gaine commune de parenchyme; 2. parce que ces laisceaux
n'y restent pas simples, mais s'y divisent, les uns en deux, les
autres en quatre, pour former autant d'appendices libres. »
Si l'on envisage les faisceaux principaux de la coupe comme
des faisceaux doubles, à bois opposés, cette coupe serait bien
de nature appendiculaire, mais les étamines, au lieu de consti-
tuer des feuilles autonomes, représenteraient des appendices
ligulaires ramifiés des sépales et des pétales.
Si l'on envisage, au contraire, ces faisceaux comme autant de
cylindres centraux, ou stèles, analogues à ceux dont MM. Van
-Tieghem et Douliot ont récemment fait connaître l'existence chez
les Primulacées, la coupe réceptaculaire serait de nature axile et
porterait, sur ses bords, les sépales," les pétales et les étamines,
insérés comme autant de feuilles autonomes .
Je ne me prononcerai pas, pour l'instant, entre ces deux
hypothèses, me réservant de publier prochainement de nouvelles
observations sur ce sujet.
J'ai comparé, au point de vue du développement, un certain
nombre d'autres Amygdalées au Cerasus vtUgaris ; elles présen-
tent toutes les mêmes faits que cette dernière espèce, comme il
sera facile de s'en convaincre à l'inspection des figures.
Cerasus avùim (fig. 17). — La coupe longitudinale d'une
fleur de cette espèce le 25 septembre 1885 présente le même
1. Loc. cit., pi. II, rig-. 50 à 55.
2. Loc. cit., p. 39.
L. Masgin. — Sztrle développement: des fleurs dans les bourgeons. 27
aspect que celle du Çerasus vulgaris du 17 septembre; les
diverses parties du bourgeon sont semblables en tous points.
Prunus domesiica (fig. 18 et 19). — L'apparition des fleurs
est plus tardive chez cette espèce, car au 19 septembre 1885
elles présentent l'état des fleurs du Cerasusvuigaris au 31 août.
Le carpelle constitue encore une gouttière ouverte sur le côté;
les pétales et les étamines forment des mamelons à la face in-
terne de la coupe réceptaculaire. Le 20 décembre (fi g. 18) le
£9 j/btertih
17, Cerasus avittm, coupe longitudinale d'une fleur (25 septembre 1885), gr. 50/1. — 18, 18'i
Prunus domestica : 18, fleur du 10 septembre, gr. 50/1 ; 18' fleur du 20 décembre, gr. -'5/1.
19, Prunus spùiosa, fleur du 3 octobre 1885, gr. 50/1. -±- 20, 21, 21', 21'', 21'", Aiuyj-
dalus persica : 20, coup : longitudinale des bourgeons du Pêcher montrant les deux bour-
geons à fleurs placés de chaque côté du bourgeon à feuilles, gr. ijs/ï; 21, jeune fleur le
I er septembre 1885, gr. 50/1; 21', fleur du 4 octobre, gr. 25/1; 21", fleur du 29 novembre,
gr. 25/1; 21'", fleur du 20 décembre, gr. 25/1,
sp sépales, p pétales, st étamines, cp carpelles, ovaire, ov ovule.
carpelle est presque clos, et dans la cavité ovarienne on voit
déjà les mamelons cellulaires destinés à constituer les ovules;
mais dans l'ensemble la fleur présente toujours un état un peu
moins avancé que dans le Cerasus vulgaris.
Prunus spùiosa (fig. 19). — Les mêmes observations s'appli-
quent au Prunus spùiosa, dont la fleur présente, le 3 octo-
28 JOURNAL DE BOTANIQUE
bre 1885, l'état réalisé chez les Cerisiers au commencement de
septembre.
Amygdalus persica (fig. 20 à 21'"). — Les bourgeons à fleurs
du Pêcher sont, comme l'on sait, disposés par couples de deux,
l'un à droite, l'autre à gauche du bourgeon à feuilles (fig. 20).
L'apparition des fleurs est plus tardive aussi que dans les Cera-
sus, car le i er septembre (fig. 21) elles se présentent à l'état de
mamelons, sur les bords desquels se trouvent placées les protu-
bérances calycinales; mais bientôt les fleurs regagnent l'avance
qu'avaient sur elles celles du Cerasus, car le 4 octobre 1885
(fig. 2 1 ') elles réalisent le même stade que ces dernières. A partir
de cette époque, leur développement est plus rapide; déjà le
29 novembre, elles présentent une certaine avance (fig. 21") et le
20 décembre leur croissance réalise presque le stade que nous
avons observé le 30 mars chez le Cerasus : (fig. 21'") en effet
les anthères offrent des tétrades polliniques noyées dans la mem-
brane gélifiée de la cellule mère. Le développement des ovules
seul est resté stationnaire, car ceux-ci sont à peine apparents
à la surface interne de l'ovaire. Par contre, le système conduc-
teur est différencié déjà à cette époque, tandis qu'il n'apparaît
chez le Cerasus qu'au mois de mars. Cette différence ne doit pas
étonner si l'on remarque d'abord que les bourgeons à fleurs du
Pêcher sont moins bien protégés que ceux des Prunus et des
Cerasus contre les variations extérieures ; ' ensuite que les
observations ont porté sur des Pêchers cultivés en espaliers,
tandis que les Cerisiers et les Pruniers sont en plein vent.
En somme la formation des fleurs chez les Amygdalées a lieu
d'une manière uniforme. L'apparition de ces organes est déter-
minée par des causes internes qui nous échappent. C'est au mois
d'août ou au commencement de septembre que ces organes se
constituent, sans que nous puissions accélérer ou retarder leur
apparition. L'évolution de ces fleurs est d'abord rapide, de ma-
nière qu'à la chute des feuillles elles soient presque toujours
constituées; pendant l'hiver elles s'accroissent lentement, jus-
qu'au moment où les conditions extérieures leur permettent de
se dégager des tissus qui ont protégé leur évolution première.
Dans un prochain article nous examinerons de la même ma-
nière le développement des Pomacées.
E. Roze. — La Flore parisienne au commencement du XVII e siècle. 29
LA FLORE PARISIENNE
Au commencement du XVII siècle
d'après \J Enchiridùtm botanicum parisiense de jacob cornuti (Suite)
. , Par M. Ernest ROZE
Maîvacées.
Malva Alcea L. (*Alcea). Saint-Prix.
— svlvestris L. (Malva vulgaris). Per margines viarum.
— rotundifolia L. {Malva silvestris repens pumila). Saint-Prix.
Althaea officinalis L. (*Althœa). Id.
Tiliacées.
Tilia platyphyllos Scop. (*Tilia mas et fœmina. — Tilleau). Saint-Prix.
Hypériciné:^s.
H3 perieum perforatum L. {*Hy perieum). Bois de Boulogne.
— Androsaemum L. \*Androsccmum majus s. Periclymenon Italo-
runi). Ch it. de la chasse, inter silvas.
Géraniacées.
Géranium pratense L (Géranium Batrachioides minus). B. de Boulogne.
— molle L.? {Géranium facie pedis Columbini). Meudon, in silvis
majoribus.
Géranium rotundifolium(*<S : £>-7z«/«/« pes Colunibinus). Per niargines viarum.
— Robertianum L. {Géranium Robcrtianum). Id.
Oxalidées.
Oxalis Acetosella L. (Oxys Pliniana s. Oxyitripkyllon officinarum,. Meu-
don, in dumetis humidis.
Rutacées.
Ruta graveole.ns L. (Ruta kortensis). Couv. des Chartreux. [Cuit.].
Tribulus terrestris L. {Tribulus lerrestris). Croix Faubin, près Charonne.
[Cuit.].
Acérinées.
Acer Pseudo-Platanus L. (*Acer majus. — Sycomore). Saint-Prix. [Planté].
Rhamnées.
Rhamnus catharticus L. {*Ràamtt:ts catharticus). Chaillot, inter sepes vi-
nearum.
Rhamnus Frangula L. (*Praugula s. Alnus nigra bacciferà). Saint-Prix.
Célastrinées.
Evonymus europaeus L. (*Evonymos T.ïeophrasti). Chat, de la chasse, inter
silvas.
Buxacées.
Buxus sempervirens L. {*Buxus). Saint-Prix. [Planté].
3 o JOURNAL DE BOTANIQUE
Ilicinées.
Ilex Aquifolium L. (* Aquifolium s, Agrifoliuni) . Chat, de la chasse, intcr
silvas.
(A suivre.*)
NOTE SUR L'IDENTITE SPECIFIQUE
DU Polyporus abietinus Fr. et DE Vlrpex fusco-violaceus Fr.
Par M. Louis MOROT
De Faveu de Fries, le Polyporus abietinus est susceptible de
revêtir des formes très diverses qui peuvent devenir une source
d'erreurs : immensœ confusioiiis mater , dit-il, en parlant de ce
Polypore. Il est vrai qu'il ajoute aussitôt : « mais, bien qu'il soit
tantôt complément résupiné, tantôt réfléchi, il n'y a pas d'espèce
plus facile à distinguer pour peu qu'on l'ait observé vivant au
lieu de chercher à faire des espèces différentes d'échantillons des-
séchés et décolorés » (i).
Eh bien, le célèbre mycologue suédois n'a pas su éviter la
confusion contre laquelle il mettait en garde ses lecteurs, et c'est
bien une forme du Polyporus abietinus qu'il a désignée sous le
nom & Irpex fusco-violaceus , rapportant cette forme particulière
non pas seulement à une espèce distincte, mais à un genre qui,
dans sa classification, est assez éloigné des Polypores. L'idée du
rapprochement qu'on pourrait établir entre ces deux formes
lui est pourtant venue à l'esprit, puisqu'il insiste sur la néces-
sité de les distinguer l'une de l'autre, par cette phrase caracté-
ristique de sa description de VI. fusco-violaceus : « a Polyporo
abietino certe differt. » (i). En effet, VI. fusco-violaceus est, à
première vue, bien distinct du P. abietinus, l'un étant pourvu de
pores, l'autre de dents ou replis lamelleux. Mais j'ai eu la bonne
fortune de récolter dans la forêt de Sénart des échantillons très
nombreux de ces deux formes, échantillons qui m'ont permis
d'observer le passage de chacune d'elle à l'autre et, par suite,
d'affirmer leur identité. Je résumerai brièvement mes obser-
vations sur ce sujet.
Lorsque le P. abietinus se développe sur des troncs de Pins
encore debout, il est réfléchi et présente une multitude de petits
i. E. Fries : Hymeiiomycetes Euro p se i, 1874, p. 569.
2. Loc. cit., p. 620.
Identité spécifique du Polyporus abietinus Fr: et de /'Irpex fusco-violaceus Fr. 31
chapeaux horizontaux imbriqués, qui peuvent recouvrir finale-
ment une grande étendue du tronc. Quand l'arbre, qui ne tarde
pas à périr, vient à tomber, le Polypore continue à l'envahir de
plus en plus ; mais alors, au lieu de continuer à former des cha-
peaux réfléchis distincts, il s'étale du côté regardant le sol en lar-
g-es plaques qui s'étendent indéfiniment : c'est la forme résupinée
habituelle du P. abietinus.
D'autre part, les pores en vieillissant s'allongent irrégulière-
ment, se déchirent, aussi bien sur les échantillons réfléchis que
sur les échantillons résupinés, phénomène qui, du reste, s'ob-
serve également chez d'autres espèces, par exemple chez le
Polyporus versicolor ; seulement dans le P. abietinus l'allonge-
ment des dents provenant du déchirement des pores peut être
extrêmement prononcé, surtout sur les échantillons résupinés, ce
qui semble dû aux conditions dans lesquelles ils végètent, et il en
résulte que beaucoup de ces échantillons présentent tout à fait
l'aspect d'un Irpex.
Ce n'est pas tout : des troncs tombés depuis longtemps m'ont
présenté, toujours sur le côté regardant le sol, sans être en con-
tact avec lui, de véritables Irpex jusco-violaccus (du moins ce
que Fries désigne sous ce nom) à tous les états de développe-
ment, sans trace aucune de pores. Certains de ces troncs por-
taient en même temps des Polypores résupinés entremêlés aux
Irpex, d'autres des Irpex seulement. Or sur l'un de ces derniers
troncs j'ai observé un Irpex encore jeune, mais parfaitement carac-
térisé, qui s'était développé comme les autres à la face inférieure
de l'arbre, mais près d'une de ses faces latérales, et qui conti-
nuait à s'accroître sur cette face en y affectant la forme de Poly-
pore.
En présence de ces faits, je n'hésite pas à conclure, malgré
la grande autorité de Fries, que le Polyporus abietinus et Y Ir-
pex fusco-vioiaceus ne sont qu'une seule et même chose. Il y
aurait lieu seulement de chercher à déterminer sous l'influence de
quelles conditions le P. abietinus se développe sous la forme
d'Irpex au lieu de prendre simplement la forme d'un Polypore
résupiné. Mes observations à ce sujet ne sont malheureusement
pas assez complètes.
J'ajoute que l'opinon que j'ai osé émettre est absolument
confirmée par la comparaison des échantillons conservés sous le
32 JOURNAL DR BOTANIQUE
nom de P. abietinus et d'7". fusco-vïolaceîts dans l'herbier du
Muséum d'histoire naturelle de Paris ; elle l'est aussi par l'examen
microscopique de ces deux formes.
En terminant je ferai remarquer que d'autres espèces encore
pourraient faire l'objet d'une semblable réduction et qu'un cer-
tain nombre d'/rfiex, de Sïstotrema^ de Dsedalea me semblent
destinés à disparaître comme tels pour faire retour soit aux Poly-
por?/s, soit aux Lenzites. La révision complète de ces différents
genres serait un travail difficile, sans doute, mais intéressant et
utile.
CHRONIQUE
L'Académie des sciences, dans sa séance publique annuelle du lundi 26 décem-
bre 1887, a entre autres prix, décerné les suivants :
Prix Barbier, à MM. Heckel et Schlagdenhauffen pour un ensemble de
mémoires sur les végétaux utiles de l'Afrique tropicale ; le Bondac et ses
graines ; le Danaïs fragrans, liane jaune des îles Mascareignes ; le Kola • le
M'Bentamaré du Fedegosa ; la galle de /'Acacia spirorbis Latreille ; le vrai et
le faux jéquirity ; le café du Soudan tiré du Clarkia biglobosa; le Thapsia
villosa (au point de vue botanique et thérapeutique) comparé au Thapsia
garganica.
Prix Desmasièrcs, partagé entre M. Ardissone pour son ouvrage intitulé
Phycologia mediterranea et M. Dangeard pour deux mémoires ayant pour titre,
l'un Recherches sur les organismes inférieurs, l'autre Recherches sur la
famille des Volvocinées.
Prix Montagne à M. Boudier pour onze mémoires relatifs à la famille des
Champignons. L'attention de la Section de botanique, dit le rapporteur, a été
particulièrement sollicitée par le travail intitulé : Nouvelle classification des
Discomycètes charnus, connus généralement sous le nom de Pesises, et il
ajoute : « Il est à souhaiter que, après en avoir tracé le cadre, l'auteur complète
son œuvre en publiant une monographie descriptive du vaste groupe qu'il con-
naît si bien. » Nous sommes tout particulièrement heureux de voir récompenser
les savants travaux d'un des plus zélés collaborateurs du Journal de Botanique.
Qu'il nous permette, en lui a iressant nos félicitations, de nous associer au vœu
exprimé plus haut, vœu qui est celui de tous les mycologues.
L'un des prix Montyon (médecine et chirurgie) à M. Lei.oir pour son Traité
de la, lèpre ; un autre à MM. Nocard et Moi.lekeau pour leur mémoire Sur la
mammite contagieuse des vaches laitières, maladie causée par un microbe d'une
nature particulière, un Streptococcus L'une des mentions honorables est attri-
buée à MM. Cornu, et Babès pour leur ouvrage intitulé : Les Bactéries et leur
rôle dans l'anatomie et l'histologie pathologiques des maladies infectieuses.
Une partie du prix Bréant \ MM. Chanie.messe et Vidal pour leurs Recher-
ches sur le Bacille typhique et l'éliologie de la fièvre typhoïde.
Le Gérant : Louis Morot.
2° ANNEE N' 3 i" FEVRIER 1888
JOURNAL
Directeur: M. Louis MOROT
NOTE SUR LE P A RM ELI A PERLAT A
ET QUELQUES ESPÈCES AFFINES
Par M. W. NYLANDER
1. Le Parmelia perlata L. est un des Lichens les plus com-
muns et qu'on voit partout en France étaler ses frondes blan-
châtres sur les troncs et branches des arbres dans les bois,
ainsi que sur les rochers siliceux. Son thalle est souvent sorédié
c'est-à-dire portant des pulvinules ou bourrelets pulvérulents
aux bords des lobes ; quand il est muni de cils marginaux noirs
on y reconnaît la forme ciliata DC. La médulle jaunit avec la po-
tasse et ne réagit pas si l'on ajoute ensuite du chlorure de chaux.
Les apothécies sontrares; les spores longues de 0,020-30, épaisses
de 0,011-16 millim.;les spermaties bifusiformes (en forme de
fuseau et atténuées au milieu), longues de 0,005-7, épaisses
0,0005-7 million.
2. Le Parmelia crinita Ach. ressemble au ciliata DC, mais
son thalle, qui n'est jamais sorédié, porte un isidium fréquent,
c'est-à-dire de petites excroissances papilliformes simples ou
rameuses, et les spermaties sont cylindriques, longues de 0,006-9,
épaisses de 0,0008-10 millim.
3. Le Parmelia cetrarioides (Del.) Nyl. a le thalle vague-
ment marqué de ponctuations blanches, les lobes entiers ou
sorédiés aux bords. Il diffère aussi des précédents par des spores
plus petites.
4. Le Parmelia olivetortim (Ach.) Nyl. ne se distingue
guère du P. cetrarioides que par une forte réaction érythrinique
de la médulle avec le chlorure de chaux et par des spores plus
turgescentes, longues de 0,011 -14, épaisses de 0,008-0,010 mil.
5. Le Parmelia saccatiloba Tayl., Nyl. in Flora 1885,
p. 608, est une espèce très répandue dans les pays exotiques et
qu'on observe encore dans l'Europe occidentale près de la mer,
34 JOURNx^L DE BOTANIQUE
en Portugal, en Espagne et en France. C'est une belle, grande
espèce à thalle g-lauque sans ponctuations et caractérisée surtout
par des spermaties sublagéniformes, longues de 0,005-6, épaisses
de 0,0005 millim.
6. Le Parmelia Nilgherrensis Nyl. in Flora 1869, p. 291,
1885, p. 608, est une autre espèce exotique qui se trouve en-
core en Bavière et ressemble beaucoup au P. perlata. Sa médulle
se teint en rouge érythrinique avec la potasse et le chlorure de
chaux combinés. Les spermaties sont cylindriques, longues de
0,011-16, épaisses de 0,0005-7 millim.
LES HERBORISATIONS AUX ENVIRONS DE MONTPELLIER
(Suite.)
Par M. Ch. FLAHAULT
II. — Les Garigues.
De même que les forêts d'arbres à feuilles caduques, parmi
lesquels le Hêtre et le Chêne-rouvre {Qu&rcùs ftedunculaia
Ehrhart) occupent la première place, paraissent caractériser au
point de vue botanique, le centre de l'Europe, de même la Gari-
gtce représente le type de la végétation du bassin méditerranéen.
Lorsque le voyageur venant du Nord pénètre pour la première
fois dans le Midi, par quelque voie qu'il y vienne, il est désa-
gréablement affecté par la nudité du sol et l'aridité des collines
calcaires, de beaucoup les plus répandues tout autour de notre
grande mer intérieure ; qu'il suive les routes naturelles de la
vallée du Rhône ou qu'il y pénètre par le seuil de Naurouse, il
a toujours l'impression d'un sol âpre et dévasté, et doute qu'il
soit bien dans ce Midi tant vanté, dans cette terre promise qui
exerça sur tant de peuples son influence d'irrésistible attraction ;
il ne voit que des terres brûlées, des roches nues comme des
murailles, parmi lesquelles l'œil cherche en vain un arbre qui
fournisse un peu d'ombre et de fraîcheur. Il semble que la mer
d'azur soit seule capable de compenser la sévère nudité de ces
amas de pierres et de rochers.
Partout on retrouve le même aspect ; des côtes de France à
celles de l'Afrique, des falaises de Carthagène aux rivages de
Grèce et de Syrie, le soleil de la Méditerranée détermine le même
climat, la même végétation, la même aridité.
Ch. Flahault. — Les herborisations aux environs de Montpellier. 35
La Garigue est partout, dans le Midi ! Les alluvions des val-
lées s'étendent parfois et fournissent à l'agriculture un champ
plus ou moins étendu ; mais souvent aussi le lit des cours d'eau
s'est creusé dans la roche même et rien dans le paysage n'en
révèle le passage ; dans tous les cas, dès qu'on s'éloigne des
alluvions, les roches calcaires, jurassiques ou crétacées, se mon-
trent à nu, formant un sol mouvementé, anguleux, rocailleux,
qu'une végétation grise ne parvient pas à faire ressortir; c'est la
Garigue. C'est elle qui a valu son nom au Vallespir, le pays des
Aspres, comme on l'appelle encore; le massif des Corbières en
est presque entièrement formé ; elles se développent autour de
la plaine littorale du Bas-Languedoc en ceintures successives qui
vont s'adosser aux Cévennes ; on les retrouve de l'autre côté du
Rhône, partout où les accidents géologiques n'ont pas mis au
jour les contreforts siliceux des grandes Alpes.
La Garigue ne donne pas pourtant le plus souvent la note
exacte du paysage normal du Midi méditerranéen, pas plus qu'un
taillis ne donne le caractère de la forêt du Nord. Si, dans l'Europe
centrale, le chauffage et l'industrie ont détruit les forêts, les pâtu-
rages sont rares au pays du soleil et les troupeaux nombreux.
De grands bois dont l'histoire et la tradition nous ont conservé
le souvenir couvraient autrefois les bords de la Méditerranée ;
des circonstances diverses les ont détruits presque partout. Les
guerres, le besoin d'extension qu'éprouvent des populations
serrées sur d'étroits territoires, les bouleversements sociaux qui
les ont livrés ailleurs au pillage et à la destruction ont donné
aux rives de la Méditerranée leur aspect désolé. La protection
des forêts, que de tristes expériences y imposent comme une né-
cessité urgente, ne suffit pas à les rétablir. Le Chêne-vert, l'essence
fondamentale de ces bois, pousse avec une extrême lenteur; et
dans beaucoup de régions, en France, en particulier, la libre
pâture semble être devenue un droit que les communes et les
pâtres revendiquent comme inaliénable. Les inondations subites,
qui, chaque année, ravagent quelques provinces, les catastrophes
qui désolent le pays, sont impuissantes à éclairer les habitants
sur leurs intérêts réels. Les patients efforts de l'Administration
des Forêts sont trop souvent déjoués par la malveillance, et les
lois dictées par la prévoyance demeurent sans effets.
Quoi qu'il en soit d'ailleurs des causes qui l'ont amenée, la
3 6 JOURNAL DE ROTANIQUE
dévastation des bois est générale autour de la Méditerranée.
Tout au plus, peut-on en trouver quelques traces encore,
lorsque, par une fortune rare, les anciens bois ne sont pas deve-
nus des biens communaux, ou qu'ils sont situés en des points si
éloignés des routes, qu'ils ont échappé jusqu'ici à la destruction
méthodique à laquelle ils paraissent condamnés.
On reconnaît alors que le Chêne-vert en est toujours la prin-
cipale essence; le Chêne-Kermès, le Garoulia du Languedoc,
auquel la Garigue doit son nom, suivant toute vraisemblance, et
le Pin d'Alep {Pinus halepensis) s'associent plus ou moins au
Chêne-vert.
La Garigue, telle que nous la voyons, c'est le bois au sol
calcaire, mais sans les arbres; tout effort de culture y serait
d'ailleurs inutile, les arbres verts n'y formant pas d'humus et la
roche se montrant presque partout à nu ; des arbrisseaux et des
herbes s'échappent des fentes de la roche et s'emparent du peu
de terre que la configuration du sol a retenue dans les cuvettes
et les moindres dépressions.
Quelle variété pourtant et quelle richesse sous cette apparente
pauvreté! Toute la flore propre au Midi trouve là sa place; cha-
que espèce s'y développe et s'y épanouit, non pas, comme dans
le Nord en quelques semaines, mais depuis les premiers beaux
jours de janvier jusqu'aux frimas delà Noël!
La végétation est h peine suspendue pendant quelques se-
maines au cœur de l'hiver. Bon nombre d'espèces dont la végé-
tation se trouve complètement arrêtée par le froid dans l'Europe
centrale et occidentale se développent ici sans interruption à
travers la période hivernale. C'est le cas du Ruscits aculeatus;
ses tiges apparaissent au commencement de l'été et n'atteignent
leur complet développement qu'au milieu de l'année suivante ;
elles peuvent atteindre une hauteur de i met. 50, tandis qu'aux
environs de Paris, lorsqu'elles ne sont pas tuées par le froid, elles
sont du moins complètement arrêtées dans leur accroissement.
Au contraire, l'absence à peu près complète de pluies pendant
l'été détermine, au moment où les températures sont le plus éle-
vées, un arrêt de la végétation beaucoup plus profond ; c'est en
juillet-août que la végétation semble se reposer complètement
dans cette région; il faut aux plantes qui l'habitent des moyens
de protection tout particuliers contre la dessication. La douceur
C. Flahault. — Les herborisations aux environs de Montpellier. 37
de l'hiver et la sécheresse de l'été impriment donc à la région
méditerranéenne un caractère spécial et nécessitent pour les végé-
taux des qualités exceptionnelles de résistance à la sécheresse.
Les plantes peuvent réaliser cette protection de différentes ma-
nières, soit en accumulant des réserves de nourriture et d'eau,
comme font les plantes grasses et bulbeuses, soit en réduisant
leur transpiration à un minimum; beaucoup de plantes à feuilles
persistantes y parviennent, grâce à l'épaisseur de la cuticule qui
recouvre leurs feuilles, grâce au petit nombre relatif de leurs
stomates, grâce aussi peut-être aux poils, sécréteurs ou non,
qui les tapissent fréquemment.
Des expériences ont été entreprises sur ce point délicat ; sans
vouloir donner dès maintenant la solution du problème, il nous
suffit de savoir que, sauf un arrêt de quelques semaines, la flore
se renouvelle et se remplace pendant l'année entière.
Il en résulte qu'on voit se succéder, aux différentes saisons,
une flore d'une variété si grande que notre savant confrère,
M. Barranclon, a pu recueillir aux garigues deMontmaur, près de
Montpellier, sur une superficie de huit hectares, 560 espèces
phanérogames ; c'est plus de la moitié de la flore phanérogamique
de certains départements du Nord de la France.
Nous ne pouvons dès lors songer à nommer beaucoup des
plantes de nos garigues ; cette nomenclature serait fastidieuse ;
les flores donnent sur ce point des renseignements plus ou moins
précis ; ils ne laissent rien à désirer quand il s'agit de la flore de
Montpellier; nous serions, au surplus, débordés par l'abondance
des matières et la difficulté de faire un choix parmi les huit cents
espèces qui paraissent répandues sur les garigues de la France
méridionale. Ce n'est pas telle ou telle espèce, c'est l'ensemble
de la flore qui leur donne leurs caractères essentiels ; nous allons
essayer d'en donner la physionomie.
Les espèces ligneuses y sont, par ordre de fréquence :
'Quercus llex
— coccifera
Cistus monspeliensis
Genista Scorpius
Thymus vulgaris
Dorycnium suffruticosum
Cistus albidus
Lavandula latifolia
Smilax aspera
Phillyrea angustifolia
Daphne Gnidium
Pistacia Terebinthus
Rosmarinus officinalis
Juniperus Oxycedrus
Lonicera implexa,
38 JOURNAL DE BOTANIQUE
Tous ces végétaux, ou peu s'en faut, ne dépassent pas les
dimensions d'arbrisseaux. Il en est quelques-uns qui sont répan-
dus avec moins de profusion, bien qu'on les trouve dans les ga-
rigues de toute la région :
Pistacia Lentiscus
Pinus halepensis
Acer mouspessulanum
Paliurus australis
Cercis Siliquastrum
Rhamuus Alateruus
Cytisus sessilitolius
Viburnum Tinus
Coronilla ylauca
Laurus nobilis
Celtis australis
Ficus Carica
Rhus Coriaria
Spartium junceum
Arbutus Unedo
Coriaria myrtifolia
Phillyrea média
D'autres enfin paraissent liés à de certaines conditions qu'ils
ne rencontrent pas partout, et sont, par cela même, plus localisés;
tels sont :
Mvrtus communis
Cneorum triccocum
Globularia Alypum
Vitex Ag-nus-castus
Dorycnium hirsutum
Calycotome spinosa
Erica multiflora
Ulex parviflorus
Santolina Chamœcyparissus
Rhamnus infectorius
Anthyllis cytisoides.
Les végétaux ligneux apparaissent même dans nos garigues
parmi des familles qui n'en renferment pas dans la région de
l'Europe centrale : chez les Ombellifères {Buplevrum frutico-
suvi), les Labiées (Romarin, Thym, Lavandes), les Borraginées
(Lùhosperiuiim frutïcosuni), les Globulariées {Globularia Aly-
puuï), les Plantaginées (Plantago Cynops), les Santalacées (Osy-
rïs alba), les Euphorbiacées [Euphorbia spinosa, E. dendroides) ;
c'est là l'un des caractères physionomiques les plus intéressants
de la flore méditerranéenne; plus elle est sèche et aride, et plus
le nombre relatif des arbrisseaux y augmente.
Les plantes bulbeuses ou tuberculeuses sont d'autant plus
nombreuses que le climat est plus chaud ; abondantes dans les
garigues du Bas-Languedoc, elles deviennent plus nombreuses
en espèces représentées par un plus grand nombre d'individus
dans le Roussillon, depuis la vallée de l' Agi y jusqu'aux Albères ;
mais c'est dans la Ligurie surtout que les Orchidées, les Nar-
cisses, les Iris, les Asphodèles, les Muscaris et les Tulipes émail-
lent les rochers au printemps.
C. Flahault. — Les herborisations aux environs de Montpellier 39
Parmi les plantes herbacées, quelques familles occupent clans
la flore des garigues une place tout à fait prépondérante. Les
Graminées, les Composées, les Papilionacées et les Labiées sont
si nombreuses en espèces presque toutes répandues à profusion,
qu'il faut les noter comme contribuant pour une large part à la
physionomie de la flore. On peut observer, aux garigues de
Montmaur près de Montpellier, 89 espèces de Composées,
66 Papilionacées (parmi lesquelles 8 Medicago, 9 Trifoliitm,
12 Vicia, et 8 Lathyrus), 20 Labiées, 55 Graminées; les Eu-
phorbes sont fort nombreuses aussi dans cet étroit espace et se
répartissent entre 14 espèces.
Les Jasminées (Jasminum fruticans) , diverses Asparaginées
(Smilax aspera, Asparagus aaiiifoliiis), les' Cistes, la Vigne,
les Coriarées, les Térébinthacées nous apparaissent comme des
types nouveaux dont la flore de l'Europe centrale ne nous
fournit pas d'exemples.
Les Rosacées sont moins abondantes au contraire que dans
la région' forestière. L'infime Saxi/raga tridactylites demeure
comme le dernier représentant de sa famille. Des Primulacées, il
ne reste plus qu'une espèce ubiquiste, X Anagallis cœrulca , un
type tout spécial à corolle zygomorphe, bien différent par son
port de toutes les autres espèces de la même famille, le Coris
mojispclieusis, et le modeste Asterolinum stellatum.
Pour donner une idée exacte de la flore qui nous occupe, il
faut ajouter encore que les plantes aromatiques y acquièrent
une importance extraordinaire. Qui n'a été frappé des senteurs
balsamiques que dégagent les garigues pendant les jours d'été?
Les Ombellifères, les Rues, les Composées, mais surtout les
Labiées, les Cistes, les Térébinthacées et lePsora/ea bitumiiwsa
répandent dans l'atmosphère une odeur chaude et pénétrante.
La prédominance des arbustes et des arbrisseaux apparte-
nant aux familles les plus diverses ; la grande abondance des
Graminées, Composées, Papilionacées, Labiées etEuphorbiacées
parmi les plantes herbacées ou de faible dimension ; l'apparition
des Térébinthacées, des Jasminées et de quelques autres plantes
appartenant à des types inconnus dans les régions plus septen-
trionales caractérisent par conséquent la flore des garigues, et
en font la station la plus nettement tranchée parmi les stations
méditerranéennes.
40 JOURNAL DE BOTANIQUE
La gangue a donc partout le même caractère général ; elle
présente, à travers toute la région méditerranéenne une physio-
nomie commune, grâce à la prédominance des mêmes formes de
végétation des mêmes espèces.
Elle présente cependant des différences dignes de remarque,
suivant les points où on la considère.
Du niveau de la mer à la limite de l'Olivier, où finissent les
garigues, s'étagent, suivant les conditions géologiques et topo-
graphiques, une série de reliefs calcaires séparés par des vallées
ou par des plaines cultivées. Leur altitude, très faible en général,
s'élève pourtant peu à peu jusqu'au niveau des basses monta-
gnes. Une comparaison attentive permet de reconnaître que cer-
taines plantes, abondantes dans la flore des garigues voisines du
littoral, disparaissent à mesure qu'on s'élève.
Aux environs de Montpellier, les collines de la Gardiole
forment la première ligne de garigues ; nous savons qu'elles sont
le refuge de plusieurs plantes propres à des régions plus chaudes
que ne le sont d'ordinaire celles qui nous avoisinent.
Vers le nord-est, s'étendent les garigues de la Colombière, de
Montmaur, de la Valette, devenues célèbres parmi les botanistes,
non qu'elles soient plus riches que d'autres, mais parce que,
touchant aux faubourgs de notre ville, elles sont plus facilement
accessibles.
On s'élève ainsi successivement vers la région montagneuse
où la flore méditerranéenne s'éteint peu à peu ; la garigue con-
serve son caractère jusque vers 600 mètres, à l'exposition du
midi ; là commence la flore des basses montagnes ; le Chêne
blanc [Qiiercîis sessih'flora var. pubesccns) se mêle de plus en
plus au Chêne vert qu'il tend à supplanter ; c'est vers 900 mètres
que ce dernier trouve sa limite au pied de nos Cévennes.
L'altitude n'est pas seule à faire sentir son influence sur la
répartition de la flore des garigues ; elle subit aussi des interven-
tions géographiques. Elle acquiert par voisinage quelques es-
pèces provenant des régions avec lesquelles elles sont en contact.
Le massif des Corbières en fournit de remarquables exemples ;
il est entouré d'une ceinture de garigues si continue qu'il n'en
est pas de plus étendues en France. Plus chaudes que ne le sont
d'habitude celles du Bas-Languedoc, elles ressemblent beaucoup
aux collines de la Gardiole ; mais les garigues des Corbières
R. Roze. — La Flore parisienne au commencement du XVII' siècle. 41
possèdent aussi quelques plantes dont la présence ne s'explique
que par le voisinage des Pyrénées et de l'Espagne ; telles sont
Y Alkanna hitea et le Parïetaria lusitaniea qu'on rencontre dans
les Corbières en même temps qu'un certain nombre d'autres
plantes de la flore espagnole de stations différentes de celle qui
nous occupe.
Ces influences géographiques s'étendent aux différentes par-
ties de notre région méditerranéenne française et donnent à cha-
cune d'elles quelques particularité qu'une connaissance appro-
fondie de la région permet de reconnaître aussitôt.
Nous l'avons dit en commençant, on peut herboriser pendant
toute l'année dans les garigues. Brûlées par le soleil au cœur de
l'été, elles fourniront des récoltes moins riches en cette saison
qu'en toute autre ; l'hiver aussi réduit singulièrement le champ
des observations ; leur sol, pourtant, s'échauffe d'autant plus
qu'il est plus perméable ; à moins de froids exceptionnels dont
le midi n'est pas exempt, on peut y faire d'utiles récoltes même
en décembre et janvier. C'est notre recours pendant la saison
froide. Il nous est arrivé de recueillir en une herborisation de
trois heures, à la Colombière, 57 espèces phanérogames en fleur,
pendant la seconde quinzaine de décembre ; c'est plus qu'il n'en
faut pour préparer les débutants à tirer profit de leurs récoltes, à
l'époque où la moisson sera trop riche, et pour encourager les
botanistes expérimentés à attendre patiemment le retour du
printemps et le réveil de la végétation.
LA FLORE PARISIENNE
Au commencement du XVII" siècle
d'après \J Enchiridiuiii botanicum parisieiise DE JACOB cornuti (Suite)
Par M. Ernest ROZE
Papilionacées.
Ulex europaeus L. (*Scorpius s. Genista aculeata major). Meudon, in apri-
cis locis.
Sarothamnus scoparius Kcch [Genista scoparia s. Spartium). Vincennes.
in silvis.
Genista tinctoria L. {Genistella tinctorum). Mont Valérien, in vertice.
— — (1) (* 'Genistella iufectorum). Meudon, in apricis locis»
x. Genista sagittalis G.
42 JOURNAL DE BOTANIQUE
Genista anglica L. [Genistella aculeatà). Ibid.
— tridentata L. {fGenistella pinnata). Chat, de Grignon. [Plante].
Ononis spinosa L. (Ononis). Meudon, ïn a prias /oc/s.
— Columna; Ail.? (i) (* Ononis minor non spinosa lutea). Butte de
Sèvres.
Ononis Natrix L. {* Natrix Flinii). B. de Boulogne.
Anthyllis Vulneraria L. {fAnthyllis leguiuinosa). Chaillot, in coiiiçulis in-
cuit is.
Medicago sativa L. {Fœnum Burgondiacum). Croix Faubin, près Cha-
ronne. [Cuit.].
Medicago arabica Ail. (fTrifoliaiu 7nac?datuin flore iuieo). Meudon.
Lupulina L. (Trifol/iun luieum minimum). Inter segetes.
orbicularis Ail. (Trifolium cochteatiim). Chaillot, in aggeribus
lapidum.
Melilotus officinalis Desr. (* Melilotus). Inter segetes.
Trifolium fragiferum L. (* Trifolium fragiferum). Gentilly, ?//( prato . ,
— arvense L. [Lagopus minor). Inter segetes.
— rubens L. (Lagopus major). Saint-Prix.
— pratense L. {Trifolium pratense). Gentilly, inprato.
Lotus corniculatus L. [Melilotus coronata). B. de Boulogne.
Tetragonolobus siliquosus Roth ( Trifolium pratense siliquosunn. Meudon,
in praiis irriguis.
Astragalus glvcvphyllos L. [*Glaux viclgaris s. G/ycyrr/i/sa silvestr/s).
Meudon, in ed/tior/bus /oc/s.
Vicia hirsuta Koch (*Aracus s. Cracca minima). Inter segetes .
— sativa L. (2) (Aracus). Montmorency.
Lathyrus Aphaca L. (*Apkaca). Inter segetes.
— - sativus L. (Lathyris /egum/nosa). Montmorency.
pratensis L. ? (C/iam;t'balanos fore luteo). Gentilly, in prato.
Coronilla minima L. {Lotus Enneapliyllos s. Corou/lla et Colutea 111 in /ma).
Butte de Sèvres.
Ornithopodium perpusillum L. (*Ornil//opodium verum). Vincennes, in
s/lv/s.
Hippocrepis comosa L. (*Sferro cavallo). Butte de Sèvres.
Onobrychis sativa Lam. (fOnobryckis). Inter segetes.
Trigonella Fœnum-graxum L. (*Fœnum grœcum). Aubervilliers. [Cuit.].
Rosacées.
Prunus spinosa L. (* Prunus silvestris). Saint-Prix.
Spirasa Filipendula L. (Œnantke s. Filipenduld). B. de Boulogne.
— Ulmaria L. (* Ulmaria s. Regina Prati). Gentilly, in prato.
Geum urbanum L. (Caryopkyllata). Saint-Prix.
Tormentilla erecta L. (* Tor ment/lia). Meudon, in edilioribus locis.
Potentilla reptans L. {Pentaphyllum vulgare). Saint-Prix.
1. Ononis Natrix G.
2. Vicia cracca G.
M. Gomont. — Sur les enveloppes cellulaires dans les Nostocacées filamenteuses. 43
Potentilla argentea L. ( *Pentapkyllum argentatum). Meudon, in apricis
locis , et Saint-Prix.
Potentilla Anserina L. (*Argen/iua). Gentilly, in prato, sec. rivul/nu.
Fragariastrum Ehrh. (F/agaria quadrifolia et irifolia minime
vesca). B. de Boulogne.
Fragaria vesca L. (*Fragaria). Saint-Prix et B. de Boulogne.
Rubus fruticosus L. (Ruâus). Per margines viarum.
Rosa canina L. {Rosa canina). Id.
Agrimonia Eupatoriâ L. if Agrimonia offic. s.Eupatoria Graecorum). Saint-
Prix.
Poterium Sanguisorba L. ( *Pi»ipinella). Couv. des Chartreux.
Crataegus Oxyacantha L. (* Oxyacantha. — Aulbespine). Saint-Prix.
Sorbus domestica L. (*Sorbus). Meudon, in silvis majoribus.
— [Sorbus domestica). Chat, de la Chasse, inter silvas.
Lythrariées.
Lythrum Salicaria L. (*Lysimachia purpureà). Gentilly, in prato.
— Hyssopifolia L. (Gratiola minor Baukini). Meudon, in sylvis
Castelli.
Peplis Portula L. (*Glaux exigua maritima Dioscorid.). Ibid.
Onagrariées.
Epilobium montanum L. (Lysimac/iia siliquosa silvestris). Meudon, in du-
métis.
Epilobium hirsutum L. {Lysitiiachia siliquosa pratensis). Gentilly, in prato.
— angustiiolium L. (* Chamaenerion Gesneri). Chat, de la Chasse,
inter silvas.
Circaea Lutetiana L. {*Circ;ra Luietiana). Ibid.
Haloragées.
Myriophyllum yerticillatum L. ? (Maratriphy/lou aquaticum). Saint-Cloud,
sec. Sequan/r ripas.
Grossulariées.
Ribes Uva-crispa L. {*Uva-crispa. — Groiselles sauvages). Saint-Prix.
— rubrum L. (*Ribes. — Groiselles rouges). Saint-Prix.
[A suivre.)
NOTE SUR LES ENVELOPPES CELLULAIRES
DANS LES
NOSTOCACÉES FILAMENTEUSES
Par M. Maurice GOMONT
Le thalle des Nostocacées filamenteuses se compose, comme
on le sait, d'une partie essentielle, le trichome, généralement
constituée par une simple file de cellules, et d'une enveloppe
44 JOURNAL. DC BOTANIQUE
protectrice plus ou moins définie, tantôt simplement mucilagi-
neuse, tantôt condensée en un tube à contours nettement définis.
On la distingue ordinairement sous le nom de gaine, quelle que
soit l'apparence qu'elle revête. Permanente pendant la période
végétative de la plante, la gaine se dissout, en totalité ou en
partie, au moment où les hormogonies se dispersent. Celles-ci
semblent en être tout à fait dépourvues pendant tout le temps où
elles sont mobiles. Rappelons encore que certaines cellules du
trichome peuvent se différencier en hétérocystes ou s'allonger
en poil terminal. Ce travail a pour but de définir à l'aide de
caractères précis l'enveloppe propre de la cellule et la gaine
protectrice.
Les ouvrages systématiques ne font qu'une mention très suc-
cincte du tégument cellulaire et paraissent même quelquefois le
confondre avec la gaine. Ce que l'on sait sur l'une et sur l'autre
se borne à quelques renseignements vagues, épars dans des
mémoires consacrés à d'autres sujets; on n'y trouve aucune
donnée sur les propriétés chimiques de ces enveloppes. Il est
vrai que, dans une communication récente (i), M. Borzi a été
amené par son sujet même à en dire quelques mots ; mais, là aussi,
la question n'a été traitée qu'incidemment et de manière à rester
à peu près intacte.
M'occupant depuis plusieurs années de la famille des Oscil-
lariées au point de vue systématique, j'ai été conduit à déter-
miner d'une manière plus précise la nature des divers organes
qui constituent ces végétaux, en étendant cette étude aux prin-
cipaux genres du groupe tout entier. Je donnerai ici un court
résumé de ces recherches, me réservant d'en exposer le détail
dans un mémoire plus étendu.
Prenons pour exemple une espèce du genre Scytouema, le
Se. myochrous qui se prête bien à ce genre d'étude. Si on traite
la plante par une dissolution fortement concentrée d'acide chro-
mique, à 33 0/0 ou à 50 0/0 par exemple, on provoque rapide-
ment dans la gaine la dissolution des extrémités et le gonflement
des couches internes, qui sont les parties les plus récemment
formées. Par suite de ce gonflement et de la pression qui en
résulte, le trichome se rompt par places et est expulsé en partie.
1. A. Borzi : Le communie a zi oui intracellulari dellç Nostochiim, Malpighia,
Anno I, Fasc. 11, v.
M. Gomont. — Sur les enveloppes cellulaires dans les Nostocacées filamenteuses . 45
L'action prolongée de l'acide finit par dissoudre entièrement les
couches intérieures de la gaine, ne laissant plus subsister que la
mince pellicule externe, sous forme d'un tube. Les portions du
trichome qui n'ont pas été expulsées flottent maintenant libre-
ment dans ce tube au lieu d'occuper une position centrale comme
dans la gaine intacte. En cet état, n'était la présence des hété-
rocystes, le trichome présenterait l'aspect d'un filament d'Oscil-
laire. En même temps son protoplasma subit de profondes modi-
fications. Il se dissout peu à peu presqu'en entier et les parties
qui subsistent se rassemblent enuneg-outte réfringente d'aspect
huileux, qui n'occupe plus qu'un très petit espace dans l'intérieur
de chacune des cellules. Un certain nombre de celles-ci, surtout
dans les parties âgées du filament, se montrent absolument vides.
Cette dissolution du plasma permet de distinguer parfaitement,
surtout lorsque la préparation a été lavée, le tégument ou mem-
brane propre de la cellule. Celui-ci est mince, parfaitement
transparent, à contours d'une netteté et d'une pureté remarqua-
bles, tant sur sa paroi interne que sur sa paroi externe.
Le tégument, ainsi isolé, peut être étudié au point de vue de
ses propriétés chimiques, et présente des réactions intéressantes
qui lui donnent une place intermédiaire entre la membrane des
hyphes chez les Champignons et la cutine des végétaux supé-
rieurs. Sa propriété la plus remarquable est sa résistance à
l'action des acides. Soumis à celle de l'acide chromique d'une con-
centration de 33 0/0, ou de l'acide sulfurique concentré, il reste
sans altération pendant plus de vingt-quatre heures. Cependant
l'acide chromique à 50 0/0 amène la dissolution du tégument,
mais seulement au bout de plusieurs heures. 11 est insoluble dans
la liqueur cupro-ammoniacale, dans les acides chlorhydrique,
azotique et acétique. Il ne se dissout pas dans la potasse, si la
plante est intacte, mais si elle a été soumise préalablement à
l'action de l'acide chromique, la potasse, même à froid, dissout
immédiatement le tégument. Celui-ci se colore beaucoup moins
vivement que la vraie cutine par les couleurs d'aniline et notam-
ment par la fuchsine. En présence des réactifs iodés, il prend une
teinte jaune très légère, ou reste incolore, mais je ne lui ai vu
prendre en aucun cas une coloration bleue, si faible que ce soit.
La membrane extérieure de la gaine, qui a résisté à l'action
de l'acide chromique, se rapproche plus encore de la vraie cutine,
46 JOURNAL DE BOTANIQUE
par ses propriétés chimiques, que le tégument propre de la cel-
lule. Elle se colore tout de suite en rouge intense par la fu-
chsine et présente vis-à-vis des acides une résistance aussi
grande que celle de l'enveloppe cellulaire. Il en est de même de
la paroi extérieure des hétérocystes. Au contraire la paroi in-
terne de ces organes, chez la plante à l'état naturel, montre avec
le chloroiodure de zinc la réaction de la cellulose, réaction qui
s'atténue beaucoup après un séjour prolongé dans l'acide
chromique ou dans l'acide sulfurique.
j'ai étudié ces différentes parties de la cellule dans les princi-
paux genres de Nostocacées filamenteuses et j'ai trouvé que le
tégument offre une remarquable uniformité, sous le rapport de
la résistance aux acides, de l'épaisseur et de la consistance. Il
ne diffère en réalité, au point de vue chimique, que par une apti-
tude plus ou moins grande à se teinter par les couleurs d'aniline,
ou par les réactifs iodés. Sous le rapport morphologique, il
offre des modifications dont le détail nous entraînerait trop loin
dans cette courte note. Nous dirons seulement que les poils par
lesquels se termine le trichome dans quelques g-enres du groupe
en question, sont en parfaite continuité avec la membrane cellu-
laire de celui-ci; les hormogonies sont, comme les filaments à
l'état de repos, revêtus d'une membrane propre; en un mot, le
protoplasma n'est jamais nu, comme il paraît l'être dans les
zoospores chez les Algues qui possèdent ce mode de reproduction.
Dans le mémoire que nous avons cité en commençant,
M. Borzi exprime à différentes reprises cette opinion que la mem-
brane propre de la cellule est inséparable du plasma, et qu'elle
doit être regardée comme une partie périphérique de celui ci,
dans laquelle la différenciation est à peine ébauchée. Par ce qui
précède, nous voyons qu'il est loin d'en être ainsi. Le tégument
cellulaire peut être complètement séparé du corps protoplasmi-
que, dont il diffère profondément par son insolubilité dans les
acides et dans la potasse ; il n'y a aucun passage de l'un à l'autre
et la membrane est parfaitement délimitée aussi bien vers la par-
tie interne que vers la partie externe de la cellule.
En regard de l'uniformité que présente dans le groupe entier
l'enveloppe dont nous venons de parler, la gaîne, considérée
d'une manière générale, nous présente une diversité beaucoup
plus grande sous le rapport de la forme et des propriétés chimi-
M. Gomont. — Sur les enveloppes cellulaires dans les Nostocacées filamenteuses . 47
ques. Elle est beaucoup plus soluble dans les acides que le tégu-
ment. Elle paraît l'être complètement dans l 1 acide sulfurique et
dans l'acide chromique suffisamment concentré, toutes les fois
que la plante vit dans une localité continuellement immergée. Au
contraire lorsqu'il existe une période assez longue de vie
aérienne, les gaines subissent une véritable cutinisation dans les
parties en contact avec l'atmosphère. Ces parties .deviennent in-
solubles dans les acides, prennent une teinte jaune par les réac-
tifs iodés, quand elle ne l'ont pas naturellement, et se colorent
d'une manière intense par les couleurs d'aniline.
La façon dont les gaines se comportent avec le chloroiodure
de zinc est très variable et ne m'a paru liée d'une manière indis-
cutable ni à la station aérienne, ni à la station aquatique. Elles ne
sont jamais solubles en quantité appréciable dans le liquide
cupro-ammoniacal. Cependant, si on soumet les filaments à
l'action de ce réactif, le trichome est expulsé immédiatement, ce
qui semble indiquer un gonflement des couches internes de la
g-aîne.
On admet ordinairement que les caractères de la véritable
cellulose sont la solubilité dans la liqueur de Schweitzer et le
bleuissement par le chloroiodure de zinc ou par l'iode et l'acide
sulfurique. Cependant des filaments de Scytonema cincinnatum
que j'ai soumis pendant plusieurs heures à l'action du liquide
cupro-ammoniacal n'ont pas perdu la faculté de bleuir par les
réactifs iodés. Ce fait indiquerait que certaines variétés de cellu-
lose possèdent cette dernière propriété sans pour cela être solu-
bles dans la liqueur de Schweitzer.
En traitant les spores des Nostocacées par l'acide chromique
concentré, on provoque dans le plasma les mêmes changements
que dans les cellules végétatives. J'ai étudié ces organes dans
deux genres appartenant à des tribus différentes, et j'ai pu
constater au moyen de ce réactif la présence d'une membrane
interne, ou endospore, bien distincte du plasma et résistant aux
acides. Par l'action du réactif, l'exospore, malgré son épaisseur,
se déchire fréquemment à l'extrémité et laisse échapper l'endos-
pore, qui se présente alors sous la forme d'un sac rempli
d'un fluide incolore au milieu duquel flotte le plasma réduit à un
très petit volume.
Comme on peut le remarquer, les résultats auxquels je suis
4 « JOURNAL DE BOTANIQUE
parvenu diffèrent à certains égards des opinions émises par
M. Borzi. Je ne discuterai pas ici les points sur lesquels je me
trouve en désaccord avec cet auteur, me réservant de le faire
lorsque j'exposerai avec tous leurs détails l'ensemble de ces
recherches.
CHRONIQUE
Société botanique (Séance du 27 janvier 1888). —M. Luiset annonce qu'il
a trouvé le Lotus drepanocarpus sur la route de la Corniche à Marseille, et fait
le récit d'une herborisation intéressante qu'il a faite dans le canton du Tessin.
M. Dufour expose le mode de germination du 7> ichocladium asperum. Des
cultures successives lui ont permis de voir tous les changements dont la spore
brune et bicellulaire est capable; elle peut devenir incolore et quelquefois uni-
cellulaire.
M. Colomb montre comment, en se servant simplement de la forme des fais-
ceaux des Fougères de France, on peut arriver à reconnaître les genres de notre
flore. Il montre que l'on peut avoir de cette manière un caractère nouveau pour
reconstituer le genre Lastraza.
M. Leclerc du Sablon montre que des racines de Melampyrum développées
dans l'air humide peuvent présenter des poils radicaux ce qui n'arrive pas d'or-
dinaire, quand les suçoirs se développent, lorsque la plante rencontre dans le sol
un hôte au dépens duquel elle se nourrit.
M. Gav, dans une note sur les Ulotlirix aériens, montre l'importance des
caractères tirés de la structure des cellules pour l'étude de Algues. Il en donne
une application en exposant comment il est arrivé à établir que le passage des
Uloihrix aux Prasiola et aux Schiso gonium ne s'applique qu'à une seule espèce
d'Ulotkrix. Le polymorphisme des Algues n'est donc pas général comme l'avait
indiqué Hansgirg.
M. Duchartre, en étudiant l'organisation florale du Delphininm elatum et de
ses fleures doubles, est arrivé au résultat suivant : la fleur est composée d'un
calice quinconcial toujours le même, puis d'un cercle de faux pétales qui sont des
dépendances des sépales, et de pétales véritables ciliés et de formes spéciale qui
avortent entièrement dans les Heurs pleines. On a donc, dans ce cas, le spectacle
singulier d'une fleur en apparence remplie de pétales par la transformation des
étamines, et dans laquelle les pétales véritables manquent.
La Botanique a fait récemment deux pertes considérables : M. Asa Gray et
M. de Barv viennent de mourir. Nous publierons prochainement une notice sur
ces deux illustres savants.
La 10 e centurie de YHerbariuni grsecum normale, publiée par M. Th. oe Hel-
dreich (Athènes), sera livrée à la fin de février. Elles contiendra des plantes
très rares et intéressantes, dont 6 ou 7 espèces nouvelles, notamment : Ferulago
Sartorii Boiss. Held., Campanula Sartorii Boiss. Held., Convolvnlus radicosus
Held. et Sart.
Le Gérant : Louis Morot.
farls J MRrscfc. nnp.. 22, pi. Uenfert- Roultcreaa.
2 e ANNÉE N° 4 16 FEVRIER 1888
VWWWWVlVWSWV.V
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur : M. Louis MOROT
FRAGMENTS MYCOLOGIQUES
Par M. N. PATOUILLARD
Le genre Camillea et ses alliés.
F ries , dans le Summa Veget. Scandin., p. 322, établit le genre
' Camilleaponr des Pyrénomycètes caractérisés essentiellement par
un stroma vertical, carbonacé, creusé à son sommet d'une cupule
au pourtour de laquelle s'ouvrent des périthèces membraneux
plongés dans le stroma.
Montagne, dans les Annales des Sciences naturelles, 2 e sér.,
XIII, p. 352, rapproche sous le nom de Bacillaria les Hypoxylon
Leftrzeurù'Mtg, H. Bacillum Mtg. et H. Cyclops Mtg. Plus tard
dans le Cryptogamia Gnyanensis et dans le Sylloge cryptoga-
marùim, adoptant la désignation Friesienne, il donne de nou-
veaux détails sur la forme et le développement de ces trois plan-
tes et principalement sur le Camillea Leprieurii. Dans ce même
Crypt. Gnyanensis il décrit deux autres espèces, C. muer ouata
et C, Labellum, portant ainsi à cinq le nombre des Camillea con-
nus, tous originaires des Guy ânes ou des régions voisines : Au-
tilles, Orénoque et Amazones.
Deux espèces des mêmes régions, C. surinamensis Bk. et
Curt. et C. Sagraea7ia(Mont.)'Bk.et Curt., sont encore mal con-
nues et s'éloignent à plus d'un titre des Camillea vrais.
Nous allons reprendre, dans la présente note, la description
du C. Leprieurii et montrer que cette espèce, et probablement
aussi les autres, peut se présenter sous deux formes bien diffé-
rentes : l'une à stroma dressé {Camillea Leprietirii Auct.) et
l'autre à stroma étalé (Sphcvria melanaspis Mtg.).
a , — Camillea Leprietirii Mtg. forme dressée.
Le stroma naît dans l'écorce au voisinage du bois, à la surface
duquel s'étale un mycélium noir; en s'allongeant le cylindre
5 o JOURNAL DE BOTANIQUE
stromatique perce l'écorce et entraîne avec lui une rondelle net-
tement découpée qui reste fortement soudée au sommet de la
plante. Lors du complet développement, le Champignon a la
forme d'un cylindre noir de i à 2 cm. de longueur sur 5-8 mm.
de diamètre, ayant à sa base un renflement annulaire et à son
sommet un opercule dont la couche externe est formée par la
rondelle d'écorce enlevée à la branche support.
Ces deux parties, anneau basilaire et opercule, sont réunies
par une membrane très mince, rigide et fragile, qui forme un
voile général tombant par fragments. A la chute du voile corres-
pond celle de l'opercule et la plante se présente sous l'aspect
d'un bâtonnet cylindrique, creusé en haut d'une cupule à bords
épais et pourvu à sa base d'un anneau persistant. Ce bâtonnet
est d'abord couvert d'une matière blanche de nature cireuse qui
qui ne tarde pas à disparaître et laisse à nu une surface noire,
luisante, lisse ou légèrement striée dans la longueur.
Montagne {Guy. p. 139) regarde l'opercule comme unique-
ment constituée par un « bouchon d'écorce »; en réalité cet or-
gane est formé d'une partie carbonacée qui se moule exactement
sur la surface de la cavité apicale du bâtonnet en donnant en
relief une empreinte des détails de cette surface et qui fait une
légère saillie sur les bords du cylindre. La rondelle d'écorce est
incrustée à la partie externe de l'opercule et fait corps avec elle.
L'anneau basilaire et l'opercule ne formaient à l'origine qu'un
corps unique qui s'est brisé en deux parties par suite du dévelop-
pement du stroma dressé dans son intérieur.
Examinons maintenant la constitution du cylindre stroma-
tique.
Il est formé d'un tissu central brun-noir limité en dehors par
une couche noire beaucoup plus dure ; il est creusé à son som-
met d'une cavité à bords épais au pourtour de laquelle viennent
s'ouvrir les ostioles ; chaque ostiole est entourée d'une dépres-
sion circulaire, marginée; ces dépressions sont souvent con-
fluentes et forment ainsi un sillon au fond de la cavité. Le tissu
du sommet du stroma est creusé de logettes allongées, disposées
en un cercle périphérique; chaque logette est remplie par un
périthèce membraneux, mou, qu'on peut enlever facilement et
qui vient s'ouvrir au centre d'une dépression du sillon de la cavité.
Le contenu des périthèces est blanc, et est formé de thèques
N. Patouh.lard. — fragments mycologiques. 51
linéaires, très allongées (280-300X7-8 , y ), atténuées intérieure-
ment, arrondies au sommet, munies d'un obturateur bleuissant
par l'iode et qui est placé à une distance considérable du sommet
de la thèque : cette position de l'obturateur est caractéristique
et permet de reconnaître facilement les thèques de notre Cham-
pignon.
Les spores sont au nombre de huit par thèque; elles sont dis-
posées sur une seule série; leur forme est celle d'un fuseau obtus
à une extrémité et étiré en une pointe allongée à l'extrémité
opposée ; d'abord incolores elles deviennent brunâtres en mûris-
sant; leur longueur varie de 25 à 35 </■ sur 6-8 f* d'épaisseur.
Les paraphyses sont nombreuses, très longues, simples,
larges à la partie inférieure et insensensiblement atténuées vers
le sommet; elles contiennent un grand nombre de masses réfrin-
gentes, subglobuleuses, de protoplasma.
b. — forme ét.alÉR. {Sphceria melanaspis Mtg., Ann. Se.
nat., 2 e série, Xlll,p. 358, t. 10, f. 7 ; Hypoxylon melancispis Mtg.~,
Guy. A p. 149)-
En étudiant des spécimens de Camillea Leprieurii récoltés par
M. Gaillard sur des branches mortes mais non tombées, dans les
forêts des environs de San-Fernando de Atabapo, j'ai remarqué
que ces spécimens dressés étaient mélangés de plaques étalées
de même couleur, dont les caractères répondaient à ceux de
V Hypoxylon melancispis Mtg. Ces plaques avaient tellement l'as-
pect et la disposition des formes dressées du Camillea qu'une
note de M. Gaillard, écrite sur place, indiquait ces deux produc-
tions comme devant appartenir à la même plante : c'est ce qu'un
examen minutieux est venu démontrer.
\J Hypoxylon mela?iaspis naît dans l'épaisseur de l'écorce au
travers de laquelle il se fait jour pour former une plaque allon-
gée de 1 à 2 cent, sur 5-8 millim. de largeur, légèrement convexe
et entourée d'un bourrelet cortical. En dessous de l'écorce, à la
surface du bois, on observe une tache noire formée par le mycé-
lium, identique à celle que nous avons indiquée plus haut pour
la forme dressée. Dans un cas où les deux formes croissaient
côte à côte, nous avons observé que les deux taches mycé-
liennes étaient fusionnées en une tache unique correspondant à
la fois à l'état Camillea et à l'état Hypoxylon.
52 JOURNAL DE BOTANIQUE
La face supérieure de YHypoxylon melanaspis montre au
au centre une série d'aréoles marginées, disposées côte à côte ;
chaque aréole présente une ostiole en son milieu; tout le
restant de la surface de la plante est nu et stérile. Une coupe
du stroma nous montre qu'il est formé extérieurement d'une
couche noire et dure, recouvrant un tissu plus mou, brun-noi-
râtre : ces deux couches correspondent exactement à ce qu'on
trouve dans la forme dressée.
Le tissu du stroma est creusé, vers le milieu de la plante seu-
lement, de logettes allongées, contenant chacune un périthèce
mou, à contenu blanc et qui vient s'ouvrir au centre d'une
aréole de la surface.
La forme et les caractères des périthèces sont comparables à
ceux du Camillea dressé, et si les dimensions sont un peu infé-
rieures, cela tient précisément au peu d'épaisseur de la forme
étalée.
Les périthèces contiennent des thèques, des paraphyses" et
des spores qui sont identiques à celles du type cylindrique, tant
par leur forme que par leurs dimensions et leurs caractères
propres. Ici encore l'obturateur des thèques est placé à une
distance considérable du sommet de l'organe.
En présence de cette identité complète dans les caractères
microscopiques des deux formes et de la connexité des mycé-
liums, nous sommes obligés de les considérer comme appar-
tenant à la même espèce de Champignon.
Dans la forme étalée, les aréoles sont disposées seulement
au centre de la plante ; cette partie correspond à la cavité de la
forme dressée, cavité dont la partie centrale stérile a disparu par
suite de la réduction dans le développement de toutes les par-
ties. De même la partie stérile marginale de la forme étalée
représente la partie cylindrique du stroma dressé.
Depuis longtemps, Montagne avait remarqué l'analogie de
forme des organes de reproduction du Camillea Lepriettrii et
de YHypoxylon melanaspis , car il dit en parlant de ce dernier :
« Je n'ai représenté ni les thèques, ni les sporidies du C. Le-
prieurn, parce que, chose remarquable, elles sont identiques à
celles que l'on voit ici. » Mais il n'a pas eu en main de quoi iden-
tifier les deux plantes.
Il est probable qu'un certain nombre d'espèces placées
N. Patouillard. — Fragments myco logiques. 53
actuellement dans les genres Hypoxylou et Nummularia vien-
dront se ranger à côté des Camillea ; ainsi le fait parait certain
pour l'//y/. microsticlum Mtg., dont les spores sont de même
forme' que celle du C. Leprieurii.
L'assimilation d'autres espèces est plus difficile, car les Ca-
millea Bacillum, Cyclops, Labellum et mucronatum ont des
spores de même forme que celles des Hypoxylou; mais en se
basant sur la disposition centrale des périthèces, sur l'ostiole
placée au centre d'une dépression marginée et sur une marge
stérile, on peut penser que quelques espèces dont la place est
ambiguë entre les Hypoxylou et les Nummularïa doivent être
considérées commes des formes étalées de Camillea.
De ce nombre sont les Hypoxylou macromphahim Mtg., H.
fossulatum Mtg., H. scriblila, H. cycliscu-m, etc.
Enfin dans le genre Hypoxylou on retrouve un dernier reflet
de la forme Camillea dans les espèces à ostiole marginée : H.
margiuatum, H. annulàlum, etc.
EXPLICATION DE LA PLANCHE I.
a. Port gr. nat. de la forme dressée entourée du voile et surmontée de
l'opercule.
b. Le même montrant le voile tombant par fragments.
c. Le même après la chute du voile et de l'opercule.
d. Coupe grossie de la forme dressée.
e. Opercule vu en dessous.
f. Coupe de l'opercule.
g. Coupe transversale du stroma dressé montrant la disposition circu-
laire des périthèces.
h. Un périthèce isolé.
i. Thèques et paraphyses.
j. Tissu du stroma.
k. Spores.
/. Port gr. nat. de la forme étalée.
m. Le même grossi.
u. Coupe du même.
o. Deux sommets de thèques montrant la position de l'obturateur.
{A suivrai)
54 JOURNAL DE BOTANIQUE
LA FLORE PARISIENNE
Au commencement du XVII" siècle
d'après i? Enchiridiûm botanicum parisiense de jacob cornutï (Suz/e)
Par M. Ernest ROZE
Saxifragées.
Saxifraga tridactylites L. {Paronychia altéra rutaceo folio). Vincennes, in
silvis.
Saxifraga granulata L. {*Saxifraga alba Ckelidonides). B. de Boulogne.
Ombellifères.
Turgenia latifolia Hoffm. {*Caucalis flore rubro). Inter segetes.
Orlaya grandiflora L. (Caucalis a ibis jloribus). Id.
Daucus Carota L. (Pastinaca Dioscorid. et Pastinaca sativa atrorubens).
Aubervilliers.
Pastinaca sativa L. (Pastinaca domesticd). Id.
Apium graveolens L. {*Eleoselinum s. Paludapium, G. Asche). Meudon, in
pratis irriguis.
Ammi majus L. {*Ammi vulgatius). B. de Boulogne.
Carum Carvi L. {Daucus pratcnsis s. Carvi, Gai lis Cherrys). Gentilly, in
prato.
Angelica sylvestris L. {Ange lie a sihestris). Saint-Prix.
— ? {Angelica pratcnsis minima). Meudon, in pratis ir-
riguis.
Angelica sylvestris ? {Angelica Fucksij). Meudon, in pratis irriguis.
— ? (* Angelica aquatica major). Ibid.
Peucedanum parisiense DC {*Peuccdanum). Meudon, in silvis majoribus.
— Oreoselinum Mœnch (* Oreoselinum t . Mont Valérien, in vertice.
Heracleum Sphondylium L. (* Sphondyliuni). Couv. des Chartreux.
— Panaces L. [*Pauax Heracleum). Id. [Cuit.].
Silaus pratensis Bess. [*Seseli pratense). Gentilly, in prato, sec. rivulum.
Seseli montanum L. {Meum spurium). Chaillot, in colliculis ineultis.
Fceniculum officinale Ail. {*Fœniculum). Ibid.
Œnanthe Pimpinelloides L. ? ( * Œnanthe aquatica tuberosa, major et minor).
Gencillv, in prato.
Œnanthe fistulosa L. {Œnanthe aquatica repens). Gentilly, in prato, sec.
rivulum.
Œnanthe Phellandrium Lam. {Phellandrium Dodon.). Ibid.
Buplevrum rotundifolium L. (* Perfoliata) . Montfaucon.
— falcatum L. ( *Bupleuron s. Costa bovis). Chaillot, in colliculis
ineultis.
Petroselinum sativum Hoffm. {*Peiroselinum). Aubervilliers. [Cuit.].
^Egopodium Podagraria L. {Podagraria). Saint-Prix.
Scandix Pecten-Veneris L. {*Scaudix s. Pecten-Veneris Plin.). Inter se-
getes.
E. Roze. — La Flore parisienne au commencement du XVII" siècle. 55
Conium maculatum L. {*Cicula). Per margines viarum.
— ? (*Cicutaria maxima). B. de Boulogne.
Hydrocotyle vulgaris L. {Aquatica Cotylédon). Montmorency, in piscina-
rnm vieillis locis.
Hyclrocotyle vulgaris ? {Cotylédon minus repens). Meudon, in praiis ir-
rignis.
Saniçula europaea L. {*Sanicula). Saint-Prix.
Eryngium campestre L. (*Eryngi>nu). Per margines viarum.
? {Myriophyllum aut Marathriphyllum palustre). Montmorency,
in slagnantibiis aquis.
Cornacées.
Cornus mas L. (* Cornus Dioscorid.). Chat, de la Chasse, inter silvas.
— sanguinea L. ( * Cornus fœmina s. Virga sanguine à). Ibid.
Caprifoliacées,
Sambucus Ebulus L. (*Ebulus). Montmorency.
nigfa L. (*Sambucns). Id.
Viburnum Opulus L. (* Sambucus aquatica). Saint-Prix.
Lonicera Periclymenum L.? (*Capri/olium s. Matrisilva). B. de Boulogne.
Rubiacées.
Asperula Cynanchica L. iCyuanclu'ca Daleckampij). Chaillot et Gentilly,
in prato.
Asperula odorata L. (* Asperula aut Aspergula). Saint-Prix et Meudon, in
dumelis irriguis.
Asperula arvensis L. {Asperula cgsvuleis flosculis et purpureis). Meudon,
inter se gelés.
Vaillantia Cruciata L. {*Cruciata minor s. Asperula aureà). B. de Bou-
logne.
Galium verum L. (* Gallium). Chaillot.
Aparine L. {*Asperugo s. Philautliropos). Per margines viarum.
— Mollugo L. {* Mollugo vulgaris). B. de Boulogne.
— Mollugo L. {Rubia minor silvestris). Saint-Prix.
Rubia tinctorum L. {*Rubia major s. Rttbia tinctorum officinarum). Chail-
lot. [Cuit.].
Valérianées.
Valeriana dioica L. {Valeriana minima pratensis). Meudon, m praiis ir-
rigîiis.
Valeriana officiualis L. (* Valeriana major, mas, et V. silvestris, fœmina).
Meudon, in silvis majoribus.
Valerianella olitoria Mœnch {Olus album DodonaH s. Plut minimum) . In-
ter segetes.
Dipsacées.
Scabiosa Succisa L. {Mors us Diaboli s. Succisa). B. de Boulogne.
— Columbaria L. ? {Scabiosa minima glabra). Id.
— arvensis L. ( * Scabiosa satorum). Inter segetes.
— — ? {Scabiosa silvestris inciso folio). B. de Boulogne.
56 JOURNAL DE 30TANIQUE
Dipsacus sylvestris Mill. (*Zabrum Vcneris, Virga pastoris et Cardans Ful-
lonum). Bois de Boulogne.
Composées.
Eupatorium cannabinum L.(* Cannabis aquatica et Eupatoria cannabinà).
Gentilly, in prato.
Tussilago Farfara L. {Tussilago). Mont Valérien, per vineas.
Linosyris vulgaris DC. {Linosyris nuperorum et Linaria aurea Tragi).
Chat, de la Chasse, inter silvas.
Solidago Virga-aurei L. ( Virga aurea). B. de Boulogne.
Doronicum plantagineum L. ? {Doronici varietas). Belè.(i)
Senecio vulgaris L. ( * Senecio). Per margines viarum,
— Jacobaea L. (* Jacobasa). Gentilly, in prato.
Bellis perennis L. (* Bellis minor). lb'\(\.
Artemisia campestris L. {Absynthinm tenuifoliuiii). Croix Faubin, près
Charonne.
Artemisia Absinthium L. {*Absyn(kium vulgare). Couv. des Chartreux.
[Cuit.].
Artemisia Abrotanum L. (*Abrotanum mas), Id. [Cuit.].
Tanacetum vulgare L. {*Tanacetum). Saint-Prix.
Leucanthemum vulgare Lam. (* Bellis major). Gentilly, in prato.
Chrysanthemum segetum L. [*Ckrysantke>mim segetum s. Bellis papaveri-
folia). Inter segetes.
Chrysanthemum corymbiferum L. (* Tanacetum') inodorum). Saint-Prix. (2)
Matricaria Chamomilla L. (* 'Anthémis vulgaiior s. Camomilla). Id.
— Parthenium L. {*Arthemisia tenuifolid). Charenton.
— — {* Matricaria nostras). Saint-Prix.
Santolina Chamaecyparissus L. (* Abrotanum fœmina). Couv. des Char-
treux. [Cuit.].
Achillea MillefoliumL. ( * Mille foliumflortb . albiselrubris).B. de Boulogne.
— Ptarmica L. (Plarmica s. Sternionenioria). Gentilly, in prato.
Inula Helenium L. {Heleniitm s. Enula campana). Montmorency, à l'étang
sec.
Inula salicina L. ? (3) {Aster conyzoides montantes minor). Butte de Sèvres.
Conyza squarrosa L. (4) [*Conyza major). La Barre, juxta salicta.
Pulicaria vulgaris Gaertn. (*Conysa minor). Ibid.
Antennaria dioica Ga;rtn. '(*Gnap/ialium jlore rubro et flore albo). Meu-
don, in locis apricis.
Filago germanica L. i*Cotonaria s. Gnap/ialium vulgare et herba impia).
Pré Saint-Gervais.
Silybum Marianum Gaertn.J(* Silybum sive Carduus lacteus. Leucographis).
Chaillot.
(A suivre.)
1. Aucun village de ce nom aux environs de Paris. — 2. L'adjectif inodorum
est seul, dans le texte, mais il est placé sous le mot Tanacetum. — 3. Erigeron
acre G. — 4. Inula britannica G.
Ed. Bornet. — A. de Bary. 57
A. de BARY
Par M. Ed. BORNET.
Henri Antoine de Bary, qui est mort le 19 janvier dernier, à peine
âgé de 57 ans, était né à Francfort le 26 janvier 183 1. Fils de médecin,
il étudia lui-même la médecine et reçut le titre de docteur le 30 mars
1853. A Berlin, où il acheva ses études, il eut pour professeur de
Botanique A. Braun dont il devint bientôt l'ami et l'un des meilleurs
élèves. Il n'avait encore que 21 ans lorsqu'il donna son premier mé-
moire, et les botanistes qui le voyaient de près s'accordaient à lui
reconnaître des aptitudes scientifiques peu communes. Les promesses
du jeune étudiant n'ont pas été trompeuses ; la variété et la valeur de
ses découvertes, la sagacité dont il a fait preuve dans ses recherches,
la netteté avec laquelle il exposait ses observations, ont placé M. de
Bary parmi les savants les plus connus et les plus estimés de notre
temps. Il fut en outre un chef d'école remarquable, si l'on en juge par
le nombre et la distinction des élèves dont il a dirigé les études. Parmi
eux une place à paît est occupée par M. Woronin qui fut son associé
dans la publication des Beilraege zur Morphologie und Physiologie der
Pilse, où sont réunis tant de faits intéressants relatifs à la biologie des
Champignons.
C'est de cette classe de végétaux que M. de Bary s'est plus spécia-
lement occupé et, dès ses -débuts, en cultivant leuis spores dans des
milieux appropriés, il donna la première démonstration expérimentale
de la polymorphie des Champignons (Aspergillus et Eurotium). Il
inaugurait ainsi une nouvelle méthode d'observation qui lui servit à
déterminer plus tard, au moyen de semis opérés artificiellement sur les
plantes hospitalières, la manière dont les espèces endophytes y pénètrent,
s'y établissent et s'y comportent (Urédinées, Péronosporées, Sclerotinia).
— En 1858 ses recherches sur les Myxomycètes dévoilèrent des faits si
étranges, une telle ressemblance, pour ne pas dire une si complète iden-
tité, entre leur état jeune et certains Protozoaires, que l'auteur crut de-
voir ranger ces êtres parmi les animaux et qu'il fit paraître son mémoire
dans un Journal de Zoologie. — Rappelons encore ses observations sur
les zoospores des Cysiopus^ déjà entrevues par B. Prévost, la décou-
verte d'organes semblables dans les Peronospora, ses études sur le dé-
veloppement du fruit des Ascomycètes, sur la génération sexuelle des
Champignons, qui ont eu pour couronnement la publication de l'ouvrage
intitulé : Morphologie und Physiologie der Pilze^Flechten und Myxomy-
cètes. Ce livre, qui parut en 1866, est un résumé magistral des con-
naissances précises acquises sur ces végétaux, dont les éléments étaient
épars .dans une foule de mémoires particuliers. Il eut un grand succès
58 JOURNAL DE BOTANIQUE
et les études mycologiques en reçurent une vive impulsion. Aussi,
quand une seconde édition devint nécessaire, dix-huit années plus tard,
le volume de l'ouvrage fut presque doublé et les questions qu'il s'agis-
sait d'exposer et de discuter avaient singulièrement augmenté en
nombre et en importance. En comparant les titres des deux éditions,
on est frappé des curieux changements qu'un si court espace de temps
avait introduits dans l'étude des Champignons. Un groupe entier,
celui des Lichens, a perdu son autonomie et disparu du premier rang;
un autre groupe s'y est substitué, celui des Bactéries, qui avait pris
rapidement une place énorme dans les préoccupations des savants par
la grandeur extraordinaire dn rôle que ces organismes jouent dans la
nature vivante et morte. Ce nouveau chapitre a constitué le noyau des
Vor les un ge/i fiber Bactérien^ dont la première édition a été épuisée en
moins de deux années.
Les observations de M. de Bar y sur la fécondation des Œdogo/ii/nn
et des Bulbochœle, confirmatives des découvertes que Thuret, Al.
Pringsheim et M. Cohn venaient de publier sur la fécondation des
Algues, un mémoire étendu sur 1rs Conjuguées, fondement de nos
connaissances actuelles sur cette famille, ses études relatives à la ger-
mination des Glœotrichia, ses recherches sur Y Acetabularia mediter-
ranea, publiées en commun avec M. Strasburger, sont au nombre des
meilleurs travaux dont s'honore la littérature algologique.
Ne pouvant tout citer et pour ne pas être trop incomplet, nous
mentionnerons encore ses observations sur la fécondation des Chara et
la germination des Lycopodes qui n'avaient pas été vues avant lui, ses
articles sur l'apogamie des Fougères et l'apogamie en général, sur la
symbiose, sur la classification des Thallophytes.
Tous les travaux énumérés jusqu'à présent appartiennent à la
Cryptogamie, mais AI. de Bary s'est fait aussi une place éminente
parmi les auteurs d'anatomie végétale. Son traité d'anatomie comparée
(Vergleichende Anatomie der Végétation sorgane der Phaiierogamen
tmd Farne), où il a condensé, dans une série de chapitres bien définis,
les résultats les mieux établis récemment publiés par les botanistes les
plus autorisés ou provenant de ses propres recherches, est devenu le
Manuel de tous ceux qui s'occupent de cet ordre d'études. Ce travail
lui demanda beaucoup de temps et déjà, en 187 1, six ans avant l'appa-
rition de son livre, il en publiait, dans le Botauiscke Zeitung s un
paragraphe sur les sécrétions cireuses de l'épiderme.
Pendant 20 ans M. de Bary a dirigé la publication du journal que
nous venons de nommer. Il y a inséré, indépendamment d'une partie
des mémoires mentionnés plus haut, un grand nombre de notes, des
notices biographiques sur Sehlechtendal, Hugo von Mohl, Schimper,
Ed. Borxet. — A. de Bary. 59
des examens critiques d'ouvrages récemment parus. Le numéro du 21
octobre 1S87 contient son dernier article.
La liste suivante des ouvrages de M. de Bary, que nous avons cher-
ché à rendre complète, sans avoir la certitude d'avoir réussi, donnera
mieux que toute notice une idée de l'activité scientifique du savant qui
vient de disparaître.
ANATOMIE GÉNÉRALE
Ueber die Wachsùberzûge der Epidermis. — Botan. Zeitung, XXIX, 187 1 ,
pp. 129, 145, 161, 566, 573, 589, 605, pi. MI.
Vergleichende Anatomie der Vegetationsorgane der Phanerogamen
und Farne. — Leipzig, 1877. 1 vol. in-8, de 663 p., avec 2\\ bois, in Hof-
meister Handbuch der physiologische Botanik, Bd. III.
PHANÉROGAMES
Ueber Orchis mililaris, si/nia, fusca unde ihre Bastarde. -- Berichte
d. naturf. Gesellsch. su Freiburg. i. Br. I, 1858, n° 28, pp. 477-482.
Prosopanche Bitrmcisteri, eine ueue Hvdnoree aus Siid-America. —
Abhandl. der naturf. Gesellschaft su Halle, Bd. X, Halle, 1868.
Notizen ûber die Bluthen einiger Cycadeen. — Botan. Zeitung,"KXVnî,
1870, p. 574, pi. vin B.
Ueber eine bemerkenswerthe Umbelliferen-Form. — Botan. Zeitung,
XXIX, 1871, p. 23.
CRYPTOGAMES VASCULAIRES
Ueber die Keimung der Lycopodien. Berichte d. naturf. Gesellsch. su
Freiburg i. Br. 1858, n° 28, pp. 467-572, tab. XI. — Ann. des Se. nat.,
4 e sér., Bot., IX, 1858, pp. 30-35. (Trad.)
Ueber apogame Farne und die Erscheinung der Apogamie in Allge-
meinen. — Botan. Zeitung, XXXVI, 1878, pp. 449, 465, 481, tab. XIV.
Notiz ûber d. Elateren von Equisetum. — Botan. Zeitung, XXXIX, 1881,
p. 780.
ALGUES
Ueber die Algengattungen Œdogouium und Bulbochœte. — Abhandl.
d. Senkenb. naturf. Gesellschaft, 1854-55, pp. 29-105, tab. II-IV.
Ueber den geschlechtlichen Zeugungsprozess bei Algen. — Berichte d.
naturf. Gesellsch. su Freiburg i. Br. 1856, n° 13, pp. 215-230, tab. V. —
A1111. des se. nat., 4 e sér. Bot. V, 1856, p. 262.
Bericht ûber die Fortschritte der Algenkunde in den Jahren 1855-57.
— Botan. Zeitung* XVI, 1858; suppl. pp. 55-99.
Untersuchungen ûber die Familie der Conjugaten (Zygnemeen und
Desmidien). — Leipzig, 1858. In-4, 91 p., 8 pi.
Beitrag zur Kenntniss der Nostocaceen inbesondere der Rivularien, —
Flora. XLVI, 1863, pp. 553, 577, tab. VII.
Ueber Cosmocladium. — Flora, XLV1II. 1865, p. 321, tab. IV.
Ueber Paarung von Schwermsporen etc. — Botan. Zeitung, XXVIII.
7870, p. 90. — Ann. des se. nat., 5 e sér., Bot., XII [1869], p. 208.
60 JOURNAL DE BOTANIQUE
(En collaboration avec M. Strasburger.) Acetabularia mediterranea. —
Botan. Zeitung, XXXV, 1877, pp. 713-736.
Ueber den Befruchtungsvorgang bei den Çharen. — Monastb. Pretiss.
Akad. 1871, pp. 227-239, 1 tab. — Conf. Botan. Zeitung, XXIX, 1871,
p. 871.
Aus Sporen erzogene Çhara crinita. — Botan. Zeitung, XXX, 1872,
P- 737-
Zur Keimungsgeschichte der Charen. — Botan. Zeitung, XXXIII, 1875,
PP- 377, 393 et 409, pi. v et vi.
CHAMPIGNONS
Beitrag zur Kenntniss der Achlya proliféra Nées. — Botan. Zeitung, X,
I852, pp. 473, 489, 505, pi. VII.
Untersuchungen ûber die Brandpilze. Berlin, 1853, in-8, 144 p., 8 pi.
Ueber die Entwickelung und Zusammenhang von Aspergillus glaucus
und Eurotium. — Botan. Zeitung. XII, 1854, pp. (.25., 441, 465, tab. II-IV.
Ueber die Myxomyceten. — Botan. Zeitung, XVI, 1858, pp. 357, 361,
365. — Ann. des se. Hat., 4 e sér., Bot., XI, 1859, p. 153. (Trad.)
Zur Kenntniss einiger Agaricinen. — Botan. Zeitung, XVII, 1859,
PP- 3 8 5> 393, 4o ii tab. XIII. fig. 1-24.
Die Mycetozoen u. s. w. - - In Zeiischrifl fur zvisseusek. Zoologie, X,
1859, p. 88. tab. -- Ann. and Alag. of uat. Ilisl., V., 1860, pp. 233-243,
tab. VI. — fournal of ihe Microscop. Soc., VIII, 1860, pp. 97. (Analyse,)
Einige neue Saprolegnieen. — In Pringsheim''s Jahrbiïcher fur w. Bo-
tanik, II, 1860, pp. 169-192, tab. XIX-XXI.
Ueber Schwarmsporebildung bei einigen Pilze. — Berichte d. naturf.
Gesellsch. in Freiburg i. Br., II, 1860, p. 17, 1862. — Ann. des se. 7iat. y
4 e sér.. Bot., XIII, 1860, pp, 236-251, tab. XIII. (Trad.)
Ueber die Geschlechtsorgane von Peronospora. — Botan. Zeitung,
XIX, 1861, pp. 8g, 91.
Die g-egenwartige herrschende Kartoffelkrankheit. — Leipzig-. 1861,
in-8, IV, 75 p., 1 pi.
Die neueren Arbeiten ûber die Schleimpilze und ihre Stellung in System.
— Flora, XLV, 1862, pp. 264, 282, 301, 304.
Die neuesten Arbeiten ûber Entstehung und Végétation der niederen
Pilze. --Flora, XLV, 1862, pp. 355-365. — XLVI, 1863, pp. 9, 17, 43.
Recherches sur le développement de quelques Champignons parasites.
— Ann. des se. nat., 4 e sér. Bot., XX, 1863, pp. 5-148, pi. i-xm.
Untersuchungen ûber die Entwickelung einiger Schmarotzenpilze. —
Flora, XLVI, 1863, pp. 161, 177. (Résumé du mémoirejjrécédent.)
Ueber die Entwickelung der Sphœria typhina Pers. - - Flora, XLV^
1863, p. 4; 11.
Ueber die Frnchtentwickelung der Ascomyceten. — Leipzig, 1863, in-4,
IV, 38 p., 2 pi.
Ueber einen in der Mark und in Hannover beobachteten, der Kiefer
verderblichen Pilz, Cœoma pinitorquum. — Monatsber. Preuss.Akad., 1863,
pp. 624-640, 1 tab. — Cœoma pinitorquum, ein neuer der Kiefer verderbli-
cher Pilze. Tirage à part, Berlin, 1864.
Ed. Bornet. — A. de Bary. 61
Die Mycetozoen (Schleimpilze). — 2 e édit. Leipzig-. 1864. 1 vol. in-8,
XII, 132 p., 6 pi.
Die Schrift der Hadriani Junii juber die Phallus u. s. w. — Botan. Zei-
tung, XXII, 1864, p. 114.
Beitraege zur Morphologie und Physiologie der Pilze. — Zweite Reihe :
Zur Kenntniss der Mucorineen, pp. 12-34, tab. V-VI. — Zur Kenntniss
der Peronosporeen, pp. 35.-43, tab. VII, VIII. Abhandluugeu d. Senkenb.
naturf. Gesellsch., V. 1864-65 [1866].
Beitrag zur Kenntniss der Chytridieen. — Berichte d. naturf. Gesellsch.
su Freiburg-i.-Br., Rd. III, 1865, p. 1-40, pi. I et II. — (Traduct.) Ami.
des Se. nat., 5 sér., Bot. III, 1865, pp. 239-269, pi. 9 et ir .
Bericht ùber neue Entdeckungen im Gebiet der Freiburger Flora. —
Berichte d. naturf. Gesellsch. in Freiburg-i.-Br. III, 1H65.
Ueber den Getreiderost. — Annal. Landwirth. XLV. 1865.
Neue Untersuchungen ùber die Uredineen inbesondere die Entwike-
lung der Puccinia Graminis und den Zusammenhang dersalbe mit JEci-
dium Berberidis. — Monatsberichtc Preuss . Akad, 1865, p. 15. — 1866,
p. 205. — (Ce dernier mémoire est traduit dans les Ami. des Se. nat.
5 e sér., Bot., V. p. 262, tab. 11).
Morphologie und Physiologie den Pilze, Flechten und Myxomyceten. —
1866, 1 vol. in-8, 316 p., 1 pi., in Hofmeister Handbuch der physiologischen
Botanik, Bd II, erste Abtheilung. 1866.
De la génération sexuelle dans les Champignons. Aun. des Se. nat.,
5 e sér., Bot., 1866, V, p. 343, tab. 12. (traduction du chapitre V, pp. 155-
172 de l'ouvrage précédent). — On trouve dans le Grcvillea, I, 1873, des
traductions des chapitres suivants : — On Saprolegniae, p. 117; — On
sexual reproduction in the Peronospora;, p. 150; — On sexual reproduc-
tion Eryisphei, p. 152; — On sexual reproduction in the Mucorini, p. 167;
— On cystidia, p. 181.
Ueber die Keimung einiger grossporiger Flechten. — fahrbiïcher fur
wissenschaftliche Botanik, V, iiS66, p. 201, pi. XVII-XIX.
Zur Kenntniss insectentoedtender Pilze. — Botan. Zeitung, XXV, 1867,
pp. 1, 9 et 17, tab. I. — Botan. Zeitung, XXVII, 1869, PP- 583 et 601.
Bemerkungen ùber Arthrobotrys oligospora Miiuster. — Botan. Zei-
tung, XXV, 1867, p. 75.
Ueber den Krebs und die Hexenbesen der Weisstanne (Abies pectinaia
DC) Botan. Zeitung, XXV, 1867, p. 257.
Bericht ûber die in den Choiera- Ausleerungen g-efundenen Pilze. —
Botan. Zeitung, XXVI, 1868, pp. 686, 713, 736, 761, 787.
Die Traubenkrankheit. — Hildb. Ergaenzungsblaetter, 1867, II, p. 365-
371, c. tab. — Conf. Botan. Zeitung, XXVII, 1869, p. 228.
Schimmel und Hefe. — 1869.
(En collaboration avec M. Woronin.) Beitraege zur Morphologie
und Physiologie der Pilze. — Dritte Reihe. — Eurotium, Erysiphe und
Cincinnobolus ; nebst Bemerkungen ùber die Geschlechtsorgane der
Askomyceten. pp. 1-95, tab. vii-xii. — Abhandl. d. Senkenb. Naturfor,
62 JOURNAL DE BOTANIQUE
Gesellsck., Bd VII. 1870. — Analysé dans Bot. Zeit., XXVIII, 1870,
pp. 838, 856.
On Mildew and Fermentation. — Quarterly Germain Magasine, 1872,
n° II, 3 P-
Notiz ûber Cronartium ribicola — Botan. Zeitung, XXXII, 1874, p. 79.
Protomyces microsporus und seine Verwandten. — Botan. Zeitung,
XXXII, 1874, pp. 81 et 97, tab. II.
Ueber den Sogenannten Brenner (Pech) der Reben. — Botan. Zeitung,
XXXII, 1874, p. 451.
Researches into the Nature of the Potato-Fungus {Phyiophtkora iu-
festans). — Journal of the Roy. Agricultural Society of London, vol. XII,
part I, 1876. — The Journal of Botany brilish and foreigu. 1876.
^Ecidium abietinum — Botan. Zeitung, XXXVII, 1879, pp. 761, 777,
801, 825, 841, tab. X.
(En collaboration avec M. Woronin). Beitraege zur Morphologie und
Physiologie der Pilze. Vierte Reihe. — Untersuchungen ûber die Peronos-
poreen und Saprolegnieen und die Grundlagen eines natûrlichen System
der Pilze, p. 1-145, tab. I-VI. -- Abkandl. d. Senkenb. Gesellsck. Bd. XII,
PP- --5-37°! lSSl -
Zur Kenntniss der Peronosporeen. — Botan. Zeitung, XXXIX, 1881,
pp. 521, 537, 569, 585, 601, 617, tab. V. (résumé des Beitraege u. s. w.,
Vierte Reihe).
Zu Pringfsheim's Neuen Beobachtungen ûber den Befruchtuntfsact der
o <rs ci
Gattung'en Achlya und Saprolegnia. — Botan. Zeitung, XLI, 1883,
PP- 38, 54-
Vergleichende Morphologie und Biologie der Pilze, Mycetozoen und
Bactérien. — Leipzig, 1884, in-8. pp. VIII, 558, avec 198 bois
Vorlesungen ûber Bactérien. - Leipzig, 1885, & r - ' n "^i VIII, 152 pp.,
av. 18 fig. — (Trad.) Leçons sur les Bactéries. Pans, 1886, in-8, 328 p.,
av. 23 fig. — 2 e édit. Leipzig, 1887, pp. IV, 158, av. 20 fig.
Ueber einige Sclerotinien und Sclerotinien-Krankheiten. — Botan.
Zeitung, XLIY, 1886, pp. 377, 303, 409, 433, 449, 465.
PUBLICATIONS DIVERSES
De plantarum generatione sexuali. - Berolini, [1853]. in-8, 35. o.
Ueber die Copulationprocesse im Pflanzenreich. — Berichte d. nalurf.
Gesellschaft zu Freiburg i. Br. I. 1857, pp. 325-344.
Zur Geschichte der Naturbeschreibung im Elsass. — Strasbourg, 1872.
— 2° édit. Strasbourg, 1884, in-8, VIII et 134 p. cum fig.
Mikro-Photographien nebst botan. Praeparaten. — I. Strasbourg, 1878,
in-4, 10 pi.
Die Erscheinung der Symbiose. — Strasbourg, 1879, in-8.
Zur Systematik der Thallophyten. — Botan. Zeitîing, XXXIX, 1881,
PP- 1-33-
COMPTES RENDUS
Zur Beurtheilung der Pilrzchriften des Herrn Hallier. — Botan. Zei-
tung, XXVI, 1868, p. 294.
Chronique . 63
Das botanische Practicum, von E. Strasburger. — Annonce du livre.
Botan. Zeitung, XLV, 1887, p. 539.
Die naturlichen Pflanzentamilien nebst ihren Gattungen u. s. \v., bear-
beitet von A. Engler und K. Prantl. — Examendes 7 premières livraisons,
Botan. Zeitung, XLV, 1887, p. 675.
Seubert's Lehrbuch der gesammten Pflanzenkunde, bearbeitet von W.
v. Ahles — Examen critique du livre de Seubert, — Botan. Zeitung, XLV,
1887, p. 692 (octob.).
NOTICES BIOGRAPHIQUES
D. F. L. von Schlechtendal. — Botan. Zeitung, XV, 1867, p. 321.
Hugo von Mohl. — Botan. Zeitung, XXX, 1872, p. 561.
August Rosse. — Botan. Zeitung, XXXI, 1873, P- 75°-
Wilhelm Philipp Schimper. — Botan. Zeitung, XXXVIII, 1880, p. 441.
CHRONIQUE
Société botanique de France (Séance du 10 février 1888). — MM. Van
Tieghem et Douliot font part de leurs observations sur la nature morphologique
des tubercules radicaux des Légumineuses. Le mode d'origine et la situation
de ces organes montrent que ce sont des radicelles renflées en tubercules. Mais
ce ne sont pas des radicelles ordinaires, car elles ont un certain nombre de cylin-
dres centraux disposés en cercle au voisinage de la périphérie et provenant de
la dichotomie répétée du cylindre central qui en occupe la base : ce sont des ra-
dicelles polystéliques.
Les tubercules radicaux des Eléagnées et des Cycadées ont la même valeur
morphologique.
M. Leclero du Sablon explique la reviviscence du Selaginella lepidophylla ainsi
que ses mouvements La reviviscence est due au contenu plasmique dense des
cellules de la tige, contenu comparable à celui des graines. L'enroulement est
en rapport avec l'existence d'un tissu à parois très épaisses, localisé à la face
supérieure de la tige.
M. Niel rend compte d'une herborisation à Saint-Evroult.
M. Duchartre signale un hybride de deux Palmiers, le Phœnix daclylijera
et le Ph. canariensis, qui a été présenté à la Société d'Horticulture.
M. L. Dufour nous adresse la note suivante destinée à rectifier et à complé-
ter le compte rendu que nous avons donné dans notre dernière Chronique de sa
communication sur le Trichocladium asperum :
<• La spore, telle qu'on l'obtient en faisant une culture, dans un ballon Pasteur,
sur du crottin de cheval stérilisé, est identique à celle qu'on rencontre dans la
nature, c'est à dire bicellulaire, un peu étranglée au milieu, noire et pourvue
d'aspérités. Dans certaines cultures en cellules, au contraire, dans une solution de
sucre candi, de glucose, par exemple, la spore est souvent monocellulaire, lisse,
jaune, mais jamais incolore. »
Nous sommes heureux d'apprendre à nos lecteurs que, grâce surtout à l'ini-
tiative de la Société royale Toscane d'Horticulture, il vient de se fonder en Italie
une Société botanique Italienne. Cette Société doit comprendre une Direction
6 4 JOURNAL DE BOTANIQUE
générale administrative, ayant son siège à Florence, et des sections particulières
à organiser par province, M. Caruel a été nommé président, et MM. Ricasoli
et Arcangeli vice-présidents du Conseil de direction. Le Bulletin de la Société
sera publié dans le « Nuovo Giornale botanico Italiano. «
Que la nouvelle Société nous permette de lui souhaiter la bienvenue et ac-
cepte les vœux que nous formons pour son plevn succès.
M. le D r Gixo Cugini, assistant au Jardin botanique de Bologne, vient d'être
nommé Directeur la Station agraire de Modène.
Il y a un an, nous annoncions à nos lecteurs que M. Ch. Flahault, professeur
de Botanique à la Faculté des sciences de Montpellier, s'occupait de constituer
dans cette ville un Herbier de la région méditerranéenne, et nous leur commu-
niquions la circulaire par laquelle il faisait appel dans ce but au concours de
tous les botanistes, leur offrant, en échange de leurs dons, les plantes méditer-
ranéennes qui pourraient les intéresser.
L'œuvre entreprise par M. Flahault est en bonne voie d'exécution, et aujour-
d'hui il publie une liste d'environ 750 espèces en double qu'il tient à la disposi-
tion des bienfaiteurs de l'Herbier méditerranéen, qui devront lui adresser leurs
demandes avant le 10 mars. Nous remarquons notamment dans cette liste les espè-
ces suivantes : Thalictrum tuberosum L., Ratiunculns laieriflorus DC, Coryda-
lis enneaphylla DC, Diplotaxis humilis Gren. et Godr., Moricandia arvensis
DC., Ara bis cebennensis DC. Alyssum serpyllifolium Desf., Seiiebicra pinnati-
fida DC., Reseda Jacquini R,eich., Poly gala rupes tris Pourret, Saponaria belli*
difolia Smith, Erodium chium Wild., E. littoreum Léman, E. inacrade?itim
L'Héritier, Zygophyllum Fabago L., Anagyris fœtida L., Sarotha>nnus catalo-
nicus Webb., Cytisus triflorns L'Héritier, Ononis rotundifolia L., Anthyllis
Barba-Jovis L., Medicago secundiflora Durieu, Lotus edulis L., Astragahis
narbonensis Gouan, Potentilla polytricha Jord., P. caulescens L., P. rupestris
L., Rubus callinus DC, Jussiwa grandiflora Mich., Sclerantkus hamosus Pou-
?.o\s, Umbilicus sedoides DC, Xatardia scabra Meissn., Centaurea tenuisecta
Jord., Hyoseris radiata L., Scorconera crispa Bieberstein, vS\ crispatula Boiss.,
6". coronopifolia Desf., Scolymus grandiflorns Desf., Convolvulus lanuginosits
Desv. var. argenteus, Alkanna lutea DC, Heliotropium curassavicum L., Teu-
crium fmticans L., Armeria ruscinonensis Girard, Cytinus Hypocystis L. var.
kermesinus Gussone, Parietaria lusitanica L., Theligonuiyi Cynocrambe L.,
Allium Moly L., A. Ckamiemoly L., Narcissus dubius Crouan, N. niveus Loi-
seleur, Aceras deusiftora Boissier, Orchis longibracteata Biv., O tridentata
Scop., Juncus slriatus Schousb.,y. multiflorus Desf., Cyptrus distachyos Ail.,
Panicnm Digitaria Laterr., Glyceria convoluta f n tenuijolia Boissier, Vulpia
Michelii Reich., Hordeum Caput-Medus;e Lor. et Barrandon, Notochltena vcllea
Desv., Asplenium Petrarchœ DC, plus 14 espèces de Statice, 8 espèces ou hy-
brides de Cistes, etc. Toutes ces espèces ont été recueillies dans la région médi-
terranéenne française.
Comme on le voit, il y a là une série de plantes qui ne peuvent manquer de
tenter les amateurs, et nous espérons que leur énumération encouragera les
botanistes qui n'ont pas encore répondu à l'appel de M. Flahault et les décidera
à lui prêter leur concours pour l'aider à mener son œuvre à bonne fin.
Le Gérant : Louis Morot.
»»r!s. — J Mersofc. Imp-, 22, pj. Dâofert* Rocfeerea».
2 e ANNEE N° 5 i" MARS 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
LES MUTISIACEES DU YUN-NAN
Par M. A. FRANCHET
Le groupe des Composées-Mulisiacées paraît devoir prendre
dans l'Asie centrale et orientale une importance plus grande
qu'on aurait pu tout d'abord le supposer (1). Sans doute c'est
toujours l'hémisphère austral qui demeure en possession de la
plus grande part de formes spécifiques. Néanmoins le continent
Asiatique et les grandes îles dont est formé le Japon peuvent,
dès maintenant, en revendiquer 35 espèces pour leur flore, chiffre
qui serait plus élevé si le quart des espèces signalées dans ces
régions ne devait, après examen, être reléguées au rang de
variétés ou même de simples formes.
Ce chiffre de 35 espèces est réparti entre 10 genres qu'on
pourrait sans doute réduire à 8, par l'adjonction des Peiiya et
des Macroclim'dium aux Ai'nslïœa, comme l'a fait M. Bâillon,
mais que je conserve, provisoirement du moins, parce qu'il est
toujours facile de les distinguer.
Sur ces 10 genres, 7 n'ont pas de représentants en dehors du
continent Asiatique, de la petite île de Hong-Kong et du Japon;
ce sont : Leucomeris , 2 esp. (Himalaya) ; Nouelïa, 1 esp. (Yun-
nan); Ainsliwa, 14 esp. (Himalaya 4; Chine 5, dont 1 hima-
layenne; Japon 5); Pertya, 2 esp. (Japon (2); Afghanistan);
Macrocliuidium , 2 esp. (Japon) ; Myripnois, 2 esp. (Chine sept, et
Mongolie); Catamzxïs, 1 esp. (Himalaya).
Les 3 autres genres se retrouvent dans l'Afrique tropicale ou
I
i.Cf. Miquel, Prolusio Florx Japoniae ,- F ranchet et Sa vatier, Enu meratio
plantarum in Japonia sponte crescentium ; Savatier, Sur les Mutisiacées die
Japon ; C. B. Clarke, Composite Indicée ; J. D. Hooker, The Flora op Britisk
India. C'est surtout avec ces différents ouvrages qu'on se rendra compte de
l'accroissement numérique des Mutisiacées asiatiques.
2. Je n'attribue ici qu'une seule espèce de Pertya au Japon parce que je con-
sidère le' P. ovata Maxim, seulement comme un état particulier du P. scandons
66 JOURNAL DE BOTANIQUE
australe, mais non pas toujours sous des formes spécifiques dif-
férentes; ce sont : Dicoma, i esp. (Inde et Afrique tropicale);
Hochstetteria, i esp. (Scinde, Arabie et Nubie); Gerbera, 9 esp.
dont une seule, G. piloselloides, est répandue dans toute l'Afri-
que australe.
Au point de vue du nombre des espèces, la région hima-
layenne, l'Afghanistan et la péninsule Indienne en possèdent 15,
dont 3 existent aussi sur le continent Africain : Dicoma tomen-
tosa, Hochstetteria Schimperi et Gerbera piloselloides ; 2 leur
sont communes avec la Chine : Ainslisea pteropoda et Gerbera
piloselloides.
Le Yun-nan et les provinces du centre de la Chine, d'ailleurs
encore très imparfaitement connues, possèdent 10 espèces, dont
2 citées plus haut se retrouvent en Chine, et une autre, Gerbera
Anandria, est dispersée depuis le Japon jusque dans la Sibérie.
L'île de Hong-Kong n'a que 2 espèces; l'une, Gerbera pilosel-
loides , commune à F 'Asie et à F Afrique tropicale, l'autre, Ainsliœa
fragrans, qui a été observée aussi sur le continent Chinois .
Le nord de la Chine, la Mongolie et la Sibérie n'ont que
3 espèces; les 2 Myripnois sont très localisés, l'un dans la région
de Pékin, l'autre dans le Kansu; le Gerbera Anandria est
largement dispersé, comme on l'a vu plus haut.
Enfin le Japon possède 9 espèces, toutes autonomes, à l'ex-
ception du Gerbera Anandria .
En résumé, d'après les données actuellement acquises, sur un
total de 35 espèces, 31 sont absolument propres à l'Asie orien-
tale. Il est à présumer que des recherches ultérieures modifieront
ces chiffres, en les accentuant plus encore dans le sens de l'auto-
nomie des types spécifiques.
Nouei.ia (1), Gea. nov. — PL II.
(Gerbereœ.) Flores homomorphi, omnes hermaphroditi ; corollai
raclii bilabiatae, labio antico longe ligulato, patente, tridentato vel
trilobo, lobo postico bifido, lobis linearibus circinatis ; corollae disci
ex ambitu ad centrum sensim minus distincte bilabiatae, centrales
subaequaliter 5-fidaî, lobis linearibus revolutis ; antherarum auriculae
longe caudatae, ciliatae; stylus glaber apice breviter bifidus, lobis
1. A la mémoire de M. A. -A. Nouel, directeur du Musée d'Orléans, zélé natu-
raliste auquel la Flore du Loiret est redevable de découvertes importantes et
que la mort a enlevé à ses nombreux amis le 25 décembre 1887.
A. Franchet. — Les Mutisiacées du Yun-Nan. 6y
leviter incrassatis, apice diu conniventibus ; achaenia oblonga, costata
(matura non vidi), adpresse sericeae ; pappi setae uniseriatae, achgenio
longiores, scabrae, sordide albescentes. — Frutex vel arbor parva,
ramosa, tortuosa ; rami novelli striati, glabri, apice tantum tomentelli,
cordce pallido vel fusco ; folia alterna, pedolata, intégra ; capitula
magna, multiflora, ad apicem ramulorum solitaria ; involucrum cam-
panulatum, squamis coriaceis, exterioribus ovatis brevibus, gradatim
longioribus, multiseriatis ; receptaculum plano-depressum, glabrum,
areolis elevatis. Species i chinensis, e regione subalpina yunnanensi.
Leucomerïs, genus himalaicum affine, jam differt inflorescentia
corymbosa et praesertim capitulis discoideis, corollis omnibus regula-
ribus, nec bilabiatis exterioribus radiantibus ; folia in utroque génère
simillima.
N. insignis. — Folia petiolata, e basi rotunda lanceolata acuta vel
parum obtusa, subtus tenuiter albo-tomentosa, supra glabra ; capitula
erecta inter folia suprema sessilia, e basi obtusa campanulata; squamae
tomento pallide fulvo vestitae, acutae, exteriores abbreviatae ovato-
deltoideae, interiores anguste lanceolata; ; llores albi, radiantes paten-
tissimi.
Frutex vel arbor 3-5 metr., ramis pennae corvinae crassitie ; petiolus
2-^ cent. ; limbus 8-15 cent, longus, 3-5 cent, latus; capitulum 20-25
mill. basi latum ; ligula llorum radii 15-18 mill. longa.
In silvis et collibus apertis circa Tapin-tze ; fl. 14 mart. 18S7
(Delavay, n. 2498, 619 et 245.)
Gerbera Gronov.
G. raphanifolia, sp. nov. — Rhizoma crassum, lignosum, ad
collum fulvo-lanuginosum ; folia ambitu oblongo-lanceolata, glaber-
rima, ampla, pedunculum subaequantia, runcinata, petiolo brevi late
alato, lobis dissitis, ovato-dimidiatis vel subtriangularibus, lobo ter-
minali amplo, e basi late truncata ovali-deltoideo, duplicate dentato,
dentibus argutis, vel subinciso, lobulis reflexis ; pedunculus basilaris,
monocephalus, laxe araneosus, praesertim in parte superiore bracteolis
adpressis lineari subulatis conspersus ; capitulum campanulatum, inferne
paulo attenuatum, squamis scariosis multiseriatis gradatim longiori-
bus, exterioribus linearibus, interioribus lanceolatis, longe acuminatis,
margine et apice purpurascentibus ; corollae radii rubescentes, eximie
bilabiati, ligula elongata ; flores disci albi ; achaenia pilosula, pappo
sordide rufescente, pilis scabridis.
Pedunculus 3-5 decim., incluso petiolo, lobo terminali usque 10-15
cent, longo, 6-10 cent, basi lato ; capitulum diam. circiter 2 cent.
In silvis ad Mo-che-tsin (Delavay, n. 597, 1922).
Port du G. macrophylla Benth., dont il est d'ailleurs très dif-
68 JOURNAL DE BOTANIQUE
férent par ses feuilles lyrées, tout à fait glabres, à pétiole ailé
à peine distinct du limbe. Celles du G. macrophylla ont leur
pétiole toujours plus long que le limbe, très étroitement ailé,
avec quelques lobules très petits qui, le plus souvent, font
complètement défaut.
G. ruficoma, sp. nov. — Folia longe peliolata, petiolo anguste
alato, supra glabra, subtus albo-tomentella, lirabo ambitu oblongo,
paucilobo, lobis lateralibus subcontiguis (sinu obtuso interjecto),
rotundatis, lobo terminali multo majore, repando-crcnato ; pedunculus
foliis multo longior, bracteis subulatis sparsis vestitus, praesertim
apice albo-lanuginosus ; eapitulum ovato-campanulatum, squamis
pauciseriatis, mollibus, albo-lanuginosis, exterioribus multo brevio-
ribus lineari-subulatis, interioribuslinearibus pappum intense violaceo-
rufum sensim superantibus ; achamia sericea.
Folia 10-30 cent, longa, incluso petiolo limbumsubsequante ; pedun-
culus usque 50 cent, longus, gracilis ; eapitulum 15 mill. diam.
Inter dumeta in monte Che-tcho-tze, supra Tapin-tze ; io oct.
1882 (Delavay).
Rappelle beaucoup le G. Runzeana; il s'en distingue surtout
par ses écailles involucrales lanugineuses, linéaires, subulées et
dépassant assez sensiblement l'aigrette qui est d'un roux-brun,
avec des reflets violacés.
G. Anandria Schult. Bip. in Walp., Rep., vol. II, p. 782.
In pratis montanis ad Tchen-fong-chang ; maj. 1882 (Delavay,
n. 629; forma autumnalis) ; in pascuis ad collum montis Lo-pin-
chan, ait. 3200 m. ; maj. 1886 (id. n. 2065); in calcareis montis Che-
tcho-tze, supra Tapin-tze, ait. 2000 m. (forma vernalis).
Le G. Anandria n'avait pas encore été signalé dans la région
himalayenne où il paraît être remplacé par le G. nivea Benth.
G. Delavayi, sp, nov. — Rhizoma lignosum ; folia coriacea,
crassiuscula, supra mox glabrata, pallide virentia, subtus dense niveo-
lanuginosa, petiolo anguste alato cum lobulis nonnullis dissitis sensim
abeuntibus in lobum terminalem multo majorem, e basi truncata vel
leviter cordata vel etiam levissime producta lanceolatum, acutum vel
obtusum, margine subintegrum vel leviter sinuatum, nunc repando-
crenatum vel dentatum, dentibus mucronulatis retrorsis ; pedunculus
folia paulo superans, rigidus, lanuginosus, bracteis subulatis minutis
conspersus ; eapitulum e basi conica campauulatum, squamis coriaceis
multiseriatis, gradatim majoribus, arcte adpressis, dorso lanuginosis,
A. Fran'chet. — Les Mutisiacccs du Yuu-Nan. 6g
margine et apice violaceis, exterioribus ovatis, interioribus lanccolatis
acutis ; flores heterogami, raclii fœminei, disci hermaphroditi, omnes
bilabiati ; eorollae radii iigulatae, labio interiore bifide-, staminibus ad
fi lamenta 4 apiee leviter clavata adductis ; eorollae disci brevius Iigu-
latae, ligula fissa, lobis omnibus linearibus ; achaenia setulosa, apice
truncata nec attenuata ; pappi setae scabridae, albidae, mox rufescentes.
Folia, incluso petiolo, 15-20 cent, longa, lobo terminali 8-12 cent.;
pedunculus 20-50 cent.; capitulum 25 mill. (parte latiore), diam., cum
ligulis expansis. fere 3 cent.
In silvisad Choui-tsin-yn, ait. 1800 m. (Delavay, n. 1918).
Très belle espèce, à capitule largement rayonnant. Les
feuilles sont encore plus coriaces que celles du G. lanuginosa et
d'une forme sensiblement différente, moins nettement lobées-
lyrées, le lobe terminal, dans le G. Delavayi, paraissant au pre-
mier coup d'ceil constituer toute la feuille ; la forme des écailles
de l'involucre est aussi tout autre dans les deux espèces, celles
du G. lanuginosa étant assez molles, plus tomenteuses et linéaires-
lancéolées.
Ainsllea D C.
A. pteropoda DC, Prod. vu. p. 14; Hook. fil., FI. of. Brit. Ind.
m, p. 388.
Var. obovata: — Caulis erectus, simplex, gracillimus, parce brac-
teatus ; folia basilaria papyracea, subsessilia, late obovata, sparse
pilosa, subtus vix pallidiora ; capitula solitaria, remota, omnibus
bractea minuta suffultis.
In silva Mo-che-tchin, supra Tapin-tzé, ait. i8o"> m. (Delavay,
n. 1921).
Var. platyphylla. — Folia tenuiter papyracea, parce villosa vel
glabrescentia, vix discoloria, longe petiolata, petiolo late alato ; lim-
bus profunde cordatus, late ovatus, obtusus ; capitula solitaria vel
gemina, nunc ramulo abbreviato aggregata.
In silvis montanisad Mo-che-Tehin, supra Tapin-tze; 30 nov. 1886
(Delavay, n. 1029) ; in quercetis supra Mi-chaï-lo, prope Tapin-tze ;
3 oct. 1882 (Delavay, n. 607).
Var. leiophylla. — Folia firma, crassa, limbo ovato abrupte in
petiolum alatum producto, utraque facie levissimo, nunc glabro, nunc
ad nervum médium pilis longis rufis parce vestito ; caulis paucifolia-
tus, foliis parvis ; inflorescentia inferne ramosa.
In monte Che-tcho-tze, supia Tapin-tze, 3 oct. 1882 (Delavay,
n. 608).
La variété obovata est bien caractérisée par ses larges feuilles
7 o JOURNAL DE BOTANIQUE
obovales arrondies au sommet, à pétiole ailé peu distinct du
limbe. La variété platyphylla se distingue des formes de l'Hima-
laya par le limbe élargi, cordiforme, de ses feuilles minces, à
réseau de nervures peu saillant. Enfin la variété leiopJiylla paraît
bien caractérisée par ses feuilles épaisses absolument dépourvues
sur les deux faces de poils et d'aspérités.
A. Yunnanensis, sp. nov. — Rhizoma abbreviatum ad collum
dense lanatum ; caulis virgatus simplex, lanuginosus ; folia basilaria
adpresse villosa, longe petiolata, petiolo aptero ; limbus lanceolatus
vel ovato-lanceolatus, basi breviter secus petiolum productus, supra
tuberculis setiferis asperatus, subtus albescens et pnesertim ad nervos
strigoso-pilosus ; folia caulina pauca (i vel. 2) basilaribus conformia
sed multo minora ; capitula triflora, oblonga, secus caulem vel ramos
abbreviatcs 3-6 conferta, horizontalia vel pendula, unilateralia ; squamœ
scariosae margine membranaceo et apicepurpurascentes, acutae; flores
rubescentes ; pappus rufus.
Caulis 3-6 decim. ; petiolus 1-3 poil., limbo usque duplo longior.
In silvis montis Che-tcho-tze, supra Tapin-tze ; 3 oct. 1882 (Dela-
vay, n. 608).
Voisin de VA. pteropoda, dont il a les capitules, il en diffère
surtout par ses pétioles grêles et non ailés. \J A . angitstifolia a
les feuilles plus étroites et plus longuement atténuées, caractères
d'une valeur assez médiocre, mais en même temps ses capitules
sont une fois plus petits. L'A. lancifolia, de Moupine, s'éloigne
davantage par ses feuilles lisses, bordées de dents calleuses et
par ses capitules pédicellés moitié plus petits, assez semblables à
ceux de VA. angustifolïa.
A. pertyoides,sp. nov. — PL III. — Frutex humilis pilis rufis stri-
gosishirtellus, ramosissimus, ramis virgatis, distichis, plus minus paten-
tibus; folia secus ramos conferta, disticha, brevissime petiolata, e basi
cordata ovata vel lanceolata, acuminata, obscure paucidentata cum
mucronibus callosis nonnullis secus marginem, supra glabrescentia,
subtus pilis rufescentibus adpressis ad margines magis densis vestita ;
ramuli floriferi 2-6-cephali, omnes axillares, foliis duplo breviores vel
inferiores illa subsequantes ; capitula nunc erecta, nunc pendula, tri-
flora, oblongo-lanceolata ; squamae 4-5 seriatae, scariosae cum margine
membranaceo, glabrae; flores rosei ; pappus sordide albus, selis longe
phimosis; achaenia sericea.
Frutex 60-S0 cent. ; folia pollice vel sesquipollice longa, petiolo
2-3 mill.
H. Douliot. — Sur le périderme des Légumineuses. 71
In duraetis, solo calcareo, ad fauces Kien-miii-keou prope Mo-so-
yn; 23 jan. 1SS5 (Delavay, n. 1218) ; in umbrosis silvarum ad Pee-
tsao-lo, supra Mo-so-yn ; 9 april 1886 ; in silvis ad Ta-long-tan prope
Tapin-tze, ait. iSoom. ; 20 jan. 1887 (Delavay, n. 2313).
Très singulière espèce d'un aspect tout différent de celui des
Ainsliasa connus jusqu'ici. Il ressemble plutôt à un Pertya;
mais il n'en a ni les capitules, ni l'aigrette à poils seulement
scabres.
EXPLICATION DES PLANCHES
Planche II. — Nouelia insignis Franch. — a. Section longitudinale du
capitule. — b. Fleur du rayon. — b' Fleur du disque. — d. Portion supé-
rieure du style. — e. Anthère. — /. Poil de l'aigrette.
Planche III. — Ainslisea perfyoides Franch. — a. Capitule. — b. Fleur. —
c. Anthère. — d. Portion supérieure du style. — e. Akène avec son ai-
grette. — f. Poil de l'aigrette.
SUR LE PERIDERME DES LEGUMINEUSES
Par M. H. DOULIOT
On sait que, dans la famille des Rosacées, on peut distinguer
quatre groupes de plantes chez lesquels le périderme se forme
en des endroits différents de la tige ; trois de ces groupes corres-
pondent à des tribus parfaitement limitées déjà, tandis que le
quatrième contient toutes les autres tribus de la famille : le péri-
derme des Pomacées prend naissance dans l'épiderme, celui des
Amygdalées dans l'assise sous-épidermique, l'exoderme, celui
des Rubées dans l'endoderme, tandis que le périderme des Fra-
gariées, Potentillées, Rosées, Sanguisorbées, etc., se forme aux
dépens du péricycle. Ce résultat m'a conduit à rechercher si
d'autres familles n'étaient pas susceptibles d'être ainsi divisées
en plusieurs groupes, d'après l'origine du périderme, ou du moins
dans quels cas l'origine du périderme serait un caractère anato-
mique bon à invoquer dans le classement des plantes. J'ai pris
la famille des Légumineuses pour exemple et mes études ont
porté sur une trentaine de genres de cette famille.
I. Périderme êfiidermique. — Rarement le périderme se
forme aux dépens des cellules épidermiques. C'est cependant un
cas que l'on peut observer dans le Sarothamutts scoparius et
Fig. i. — Périderme du
Myroxylon Perdra.
72 JOURNAL- DE BOTANIQUE
dans le Myroxylon Pereira (fig. 1). Dans une branche âgée d'un
an de Myroxylon on peut observer un périderme formé exté-
rieurement de liège centripète sub. dont les cellules restent plates
et conservent généralement leurs parois
minces, et d'un phelloderme centrifuge
qeaucoup moins abondant. Les files de
cellules du liège et du phelloderme sont
disposées en séries radiales parfaitement
régulières. Ce périderme se forme norma-
lement quand l'épiderme n'a subi aucune
meurtrissure ou que les cellules ne sont
pas déjà spécialisées. Aux points où exis-
taient des stomates ce ne sont point les cellules épidermiques
qui se cloisonnent pour fournir le périderme, mais celles de la
deuxième ou troisième assise corticale. En ces points le suber
fourni plus abondamment et moins régulièrement se dissocie
comme on sait pour former des lenticelles.
II. Périderme cxodernu'que (1). — Ce deuxième cas nous a été
offert par un bien plus grand nombre de genres que le premier :
Hyi7i f, iicra Courbaril, Copaifera Langdolfii, Dalbergia stipula-
cea, Inga biglaudulosa, Pterocarpus Marsupium , Geoffrsea iner-
mis , Albyzzia eburnea, Bauhinia racemosa, etc.
Dans V Hymentea Courbaril, comme dans la majorité des cas,
le liège conserve minces les parois de ses cellules souvent tabu-
laires, les cloisons tangentielles étant plus rapprochées les unes
des autres que les parois radiales des cellules mères du péri-
derme. Parfois cependant des cloisons radiales divisent les cel-
lules de l'assise génératrice et le liège formé présente une forme
cubique. Le phelloderme n'a que deux ou trois assises de cellules
alors que le liège en a une douzaine, et ces cellules se remplissent
de cristaux d'oxalate de chaux comme ceux qu'on rencontre si fré-
quemment dans l'endoderme des Légumineuses. Les mêmes phé-
nomènes peuvent être observées dans le Copaifera Langdolfii.
Dans le Dalbergia stipula cea , le liège épaissit très for-
tement ses cloisons tangentielles, tandis que les cloisons radiales
restent beaucoup plus minces.
1. Nous désignons, conformément à la nomenclature proposée par M. Vuille-
min, l'assise sous-épidermique par le nom <Xexoderme et le périderme qui s'y
forme par le nom de périderme exodermique.
Fig. 2. Péri lerme «le Vli/g-a biglandttlosa.
H. Douliot. — Sur le pêriderme des Légumineuses. 73
Dans Y Inga biglandttlosa (fig. 2), les cellules du liège gardent
leurs parois minces, tandis que celles du phelloderme s'épaissis-
sent fortement sur toute' leur surface et se lignifient. L'assise gé-
entière en cessant de
fonctionner après avoir
produit une demi-dou-
zaine d'assises subéreu-
ses, tandis que l'assise
corticale sous-jacente
allonge ses cellules ra-
dialement et les cloisonne tangentiellement pour fournir un se-
cond pêriderme suppléant le premier.
Dans le Geoffrsea
inermis, l'écorce sou-
lève çà et là l'épiderme
en émergences qui por-
tent des poils. En ces
points, ce n'est pas l'exo-
derme qui se cloisonne,
mais l'assise corticale
placée sur le prolonge-
ment des arcs d'exoder-
me non soulevé (fig. 3).
Dans le Bail lu m'a raccmosa , le pêriderme ne se forme pas
régulièrement sur toute la périphérie de la tige : nul en certains
points, il est très épais en d'autres et quelquefois même plusieurs
assises corticales, outre l'exoderme, prennent part simultanément
à sa formation.
III. Pêriderme cortical. — Il faut faire deux groupes parmi
les Légumineuses dont
le pêriderme se forme
dans l'écorce, suivant
qu'elles sont arbores-
centes ou qu'elles ne le
sont pas. Dans le pre-
mier groupe se placent
le Gleditschia , le Cyti-
sus, le Robiuia, seules
Fig. 3. Pêriderme du Geoffrœa inermis.
Fig. 4. Pêriderme du Cytisùs Labumum.
Fig. 5. Périderme de 1' ' Onobrychis pctnca (tigr aérienne
74 JOURNAL DE BOTANIQUE
Légumineuses étudiées par Sanio (i), et dans lesquelles le] péri-
derme se forme aux dépens de l'assise corticale placée immédia-
tement sous l'exoderme (fig. 4) ; dans les autres, le périderme se
forme soit irrégulièrement dans l'écorce, soit dans l'endoderme.
Dans les tiges souterraines du Lotus corm'culatus , du Cz'cer
arielinum, du Galega orientales > du Trifolium alpestre, M. Cos-
tantin(2) a observé la formation du périderme aux dépens de l'en-
doderme lui-mê-
me et ses expé-
riences prouvent
que le périder-
me se développe
beaucoup plus
tôt et plus rapi-
dement dans les
tiges souterrai-
nes que dans les
tiges aériennes des mêmes plantes. J'ai pu observer que dans
ces mêmes exemples le phelloderme renij li d'amidon prenait un
développement bien plus considérable sous terre que dans les
i .meaux aériens, mais
t n voulant étendre mes
observations à un plus
grand nombre de gen-
1 es j'en ai trouvé chez
<jui le périderme n'of-
1 . re pas la même régu-
larité, ni dans la posi-
1 on des cellules mères,
ni dans leur mode de
cloisonnement. Dans
1 ' Onoiifs rotundifolici ,
V OiwbrycJiis pétrie a ,
le Medicago satz'va,
Fig. 6. Péridermede i Onobrychis petrxa{\\%£ souterraine;. ' HlpPOCI'CplS tOinOSCl ,
■Lv» -
1. C. Sanio, Vergleichende Untersuchungen ûber den Bau und die Emwicke-
luug des Korkes, Pring-sheim's Jahrbucher fur wisse schaftliche Botanik, 1860.
2. J. Costantin. Etude comparée des tiges aérien, .'es et souterraines, Ann. se.
nat., Bot., 5 e s., t. XVI, 1883.
H. Douliot. — Sur le périderme des Légumineuses. 75
V Orobus tuberosns , le Lalhyrits grandifloms, etc., c'est rarement
l'endoderme qui présente les premiers cloisonnements tangen-
tiels du périderme ; souvent même ce sont des cellules du milieu
de l'écorce {Onobrychis petrœa). Les cloisonnements sont sou-
vent irréguliers, obliques, surtout dans le phelloderme, dont
les éléments s'arrondissent et se dissocient. Les faisceaux fo-
liaires écartés du centre de la tige ont leur endoderme propre ;
le périderme qui se forme en dehors d'eux se fait aux dépens de
leur endoderme, mais à droite et à gauche ce sont des cellules
quelconques de l'écorce qui sont génératrices du périderme.
Souvent aussi c'est une assise voisine de l'épiderme qui fournit
le périderme, notamment dans les tiges aériennes de Coronilla
et & Onobrychis, tandis que, dans les tiges souterraines de ces
mêmes plantes, le périderme se forme plus profondément dans
l'écorce (fig. 5 et 6).
IV. Périderme péricyclique. — Le périderme se forme dans
certaines espèces aux dé-
pens des cellules du péri-
cycle; telles sont le Co-
lutea arborescens , Y Ulex
européens et le Soja his-
pida (fig. 7). Il y a deux
zones à considérer dans le
péricycle : une zone ex-
terne fibreuse et une zone
interne parenchymateuse.
C'est dans la zone interne
parenchymateuse qu'une
assise de cellules en con-
tact avec les fibres al-
longe radialement ses cellules et les cloisonne tangentiellement
pour fournir un liège et un phelloderme abondants. Le liège du
Cohitea arborescens est formé de cellules très plates, mortes de
bonne heure, et très abondantes, tandis que dans le Soja hispida
les éléments sont à peu près isodiamétriques, du moins dans les
cas que j'ai pu observer.
Dans les plantes que nous venons de passer en revue, où se
rencontrent tous les cas de formation du périderme dans un
Fig. 7. Périderme du Soja hispida.
76 JOURNAL DE BOTANIQUE
tissu primaire, existe-t-il une relation entre cette formation et
les autres caractères morphologiques qui ont permis d'établir les
tribus actuellement adoptées?
Le fait d'avoir un périderme épidermique ne permet aucun
rapprochement entre le Myroxylon, qui possède une quarantaine
de canaux sécréteurs, et le Sarôtkamnus, qui en est totalement
dépourvu; dans la tribu des Galegées de Bentham et Hooker,
nous rencontrons le Robïm'a, chez qui le périderme a pour as-
sise génératrice la deuxième de l'écorce, X Astragahis, où le pé-
riderme se forme soit dans l'écorce, soit dans l'endoderme, le
Galega, où il se forme dans l'endoderme, et le Colutea, où il se
forme dans le péricycle. Dans les tribus des Hédysarées, des
Trifoliées, des Lotées, l'homogénéité est plus grande : c'est
dans l'écorce, au voisinage de l'endoderme, que le périderme
se forme chez ces plantes. Il en est de même chez les Viciées.
Dans les Dallbergïées, les Césalpiniées , les Mimosées, le péri-
derme se forme aux dépens de l'exoderme, sauf dans le Gledit-
schia, où il appartient à la deuxième assise corticale. A cause
de toutes ces variations, le périderme dans la famille des Lé-
gumineuses ne saurait entrer en ligne de compte pour la divi-
sion de la famille en tribus ; c'est tout au plus un caractère
générique.
•*•
LA FLORE PARISIENNE
Au commencement du XVII" siècle
d'après \J Enchiridiur/i botanicum parisietise de jacob cornuti (Suite)
Par M. Ernest ROZE
Onopordum Acanthium L. {*Acanthium). Pcr margines viarum.
Cirsium acaule AU. (Carduus acaulis se p t cutrionalium). Butte de Sèvres.
— anglicum Lob. (* Cirsium anglicum). Meudon, in pratis irriguis.
— oleraceum Scop. (ij [Cirsium aHcru.ni s. Carduus pratensis Tragi).
Ibid.
Carduus erispus L-. (2) (Carduus vulgaiissimus viarum). Per margines
viarum.
Centaurea nigra L. (*Jacea nigra vulgaris). Gentilly, in prato.
— Cyanus L. (*Cyanus vulgaris)-. Inter segetes.
1. Cirsium palustre G.
2. Carduus nutans G.
E. Roze. — La Flore parisienne au commencement dn XVII e siècle. 77
Centaurea Calcitrapa L. (Carduus stellatns s. Calcitrapa. — Chaussetrape.)
Per margines viarum.
Centaurea ? (Stœbe capitata). Chaillot.
— Jacea L. ? (Stiebe vulgaris). B. de Boulogne.
Carthamus lanatus L. (Attractilis). Chaillot, in scrobibus.
Serratula tinctoria L. (* Serralula Matthioli). B. de Boulogne.
Carlina vulgaris L. (Acarnœ varietas). Chaillot, in scrobibus.
Lappa major Gïertn. (* Lappa major s. Persouata. Bardana). B. de Bou-
logne.
Lapsana communis L. (*Lampsaua). Per margines viarum.
Cichorium Intybus L. (*Seris silvestris s. Cichorium silvestre). Id.
Hypocharis radicata L. (Hieracium longius radicatum). B. de Boulogne.
Leontodon autumnalis L. (Hieracium minus prxmorsa radice) . Id.
vScorzonera humilis L. ? (*Scorsonera pratensis). Gentilly, in prato, sec.
rivulum.
Tragopogon pratensis L. (* Tragopogon luteum ma/us). Ibid.
— ( Tragopogon minus). Chaillot.
Sonchus oleraceus L. et S. asper Ail. ('Soncktis ziterque). Per margines
viarum.
Chondrillea Juncea L. (Chondrilla viminea). Mont Valérien, per viueas.
Taraxacum Dens Leonis L. ( Taraxacon s. Deus leom's). Per margines
viarum.
Hieracium Pilosella L (Pilosclla). Couv. des Chartreux.
— umbellatum L. (1) (Hieracium Sabaudum). B. de Boulogne.
— murorum L. (Pulmonaria Gallorum). Id.
Ambrosiacées.
Xanthium Strumarium L. (*Xautln'um s. Lappa miuor). La Roquette.
• Campanulacées.
Campanula rotundifolia L. {Campa uula rotuudifolia). Mont Valérien, iuler
saxas pullulât.
Campanula glomerataL. (* Trac lie h uni minus). Butte de Sèvres.
— Trachelium L. (Trachclium s. Cervicaria). Chat de la Chasse,
in 1er silvas.
Campanula RapunculusL. {*Rapuntium minus) .Meudon, in lacis edilioribus.
Phvteuma spicatum L. (Rapuntium majus s. Alopecuroides). Chat, de la
Chasse, iuler silvas.
Cucurbitacées.
Bryonia dioica Jacq. [*Bryonia s. Vitis alba). Meudon, in edilioribus loch_
Cucumis Melo L. {Melo). Aubervilliers [Cuit.].
Cucurbita Pepo Ser. (Pepo). Id. [Cuit.].
Cucurbita (Cucurbita, omnis generis). Id. [Cuit.].
Vacciniées.
Vaccinium Myrtillus L. et V. Vitis-kkea L. (* Vacciuia uigra et rubra).
Saint-Prix.
1. Hieracium Sabaudum G.
78 JOURNAL DE BOTANIQUE
Ericinées.
Erica scoparia # L. {Et ica se o paria flosçulis herbaceis). Saint-Prix.
— cinerea L. (i) {Erica pumila). Saint-Prix.
Calluna vulgaris Salisb. ? (Erica flore purpura/i/c)AA.
Pyrolacées.
Pyrola rotundifolia L. (* Pyrola s. Limonîum Cordi). Chat, de la Chasse,
inter si /va s.
Primulacées.
Lysimachia vulgaris L. [Lysimachia hitea s. Salicaria trifolia et quadri-
folia). Gentilly, in prato.
Lysimachia Nummularia L. (Nummularia). Ibid.
Anagallis phaenicea Lam. {* Anagallis phxnicca mas). Inter segetes.
— cserulea Lam. (^Anagallis cœrulea fœmiua). Id.
Samolus Valerandi L. (2) {Anagallis aquatica altéra). Montmorency, in
stagnantibus aquis.
Hottonia palustris L. (Myriophyllum equisetifolium). Ibid.
Oléacées.
Ligustrum vulgare L. (Liguslru7n). Saint-Prix.
Fraxinus exeelsior L. (Fraxinus). Chat, de la Chasse, inter silvas.
Apocynées.
Vinca minor Mcench (*ClematiS Daphnoides s. Pervinca). Saint-Prix.
Asclepiadées.
Vincetoxicum officinale Mœnch(* Asclepias s . Hirundinarid). B. de Boulogne.
— var... ? {Asclepias non script uni, foliis nigris, in
summo t/ispidis). Mont Valérien, in vertice.'
Gentianées.
Gentiana lutea L. (*Gentiana uiajor). Saincte René {sic). (3)
Cruciata L. {Gentiana Cruciatd). Fontainebleau.
Pneumonanthe L. (4) {Pneumonanihe). Butte de Sèvres.
Chlora perfoliata L. (Centanrium luteum perfoliatum). Montfaucon.
Erythrsea Centaurium Pers. {Centanrium minus flor. rubris). B. de Bou-
logne.
Menyantbes trifoliata L. (Trifolium paludosum). Gentilly, in prato sec.
rivulum.
Convolvulacées.
Convolvulus sepium L. (*Smilax Icevis). Meudon, in editioribzts locis.
arvensis L.' (* Convolvulus minor purpureus). Ibid.
Cuscuta europaeaL. {*Epitkymbra s. Cassitha). Montmartre.
1. « Nascentem hanc vidi... supra Lutetiam Galliae. » (Clusius, Hist. p. 43.J
2. Anagallis tenella G.
3. Aucun village de ce nom aux environs de Paris.
4. Gentiana germanica G.
Chronique. 7q
Boraginées.
Borago ofticinalis L. ( *Eckium s. Borrago officinarum). Per margines
viarum.
Symphytum officinale L. {Symphytum majus). B. de Boulogne.
— i * Symphytum majus offic. s. Consolida major). Id.
Pulmonaria angustifolia L. ( *Pulmonaria maçtilosd). Ici.
Lithospermum officinale L. (* Lithospermon minus jlorealbo, purpurante).
Inter segctes.
Lithospermum purpureo-caeruleum L. (* 'Lithospermon ma jus). B. de Bou-
logne.
Myosotis palustris With. (Alsiue Myosotis scorpioides). Gentilly, in prato,
sec. rivulum.
Cynoglossum officinale L. {*Cynoglossum). B. de Boulogne.
Asperugo procumbens L. [Alysson germanicum Echioides). St-Prix.
Heliotropium europsum L. i * Heliotropium majus s. Verrucaria). Inter
segetes.
Solanées.
Solanum Dulcamara L. ( *Solanum lignosum s. Dulcamara). Gentilly, in
prato.
Solanum nigrum L. (* Solanum hortense s. Morella). Per margines viarum.
Physalis Alkekengi L. (Solanum Alchekengi). Ivry, per vineas.
Hyoscyamus niger L. {*Hyoscyaiuus niger). Ibid.
(A suivre.)
CHRONIQUE
Société botanique de France (Séance du 24 février 1888). — M. Camus
entretient la Société de quelques espèces critiques du genre Pote7itilla dans la
flore parisienne (P. nemoralis, P. rnixta.).
M. Rouy rend compte d'excursions botaniques en Espagne.
M. de Sevnes fait une communication sur la nature du Fibrillaria subterranea,
qui n'est autre chose que le Cercomyces terrestris, espèce très rare trouvée à
Meudon et dans le centre de la France. Il espère montrer bientôt à la Société
que ce n'est pas une espèce autonome, mais probablement une forme conidiophore
d'un Polypore.
M. Chastaingï adresse une énumération des Rosiers croissant spontanément
dans le département de l'Indre, et M. Le Grand un Essai de réhabilitation des
genres de Tournefort.
M. Dangeakd fait part de ses observations sur les Cryptomonadinées. Il n'a
pas reconnu chez ces êtres la structure compliquée que leur attribue M. Kunstler,
et il serait assez tenté de les rapprocher des Algues.
Société dés Sciences de Nancy (Séance du I er février 1888). — M. Fliche
entretient la Société de recherches faites par MM. Bleicher, Barthélémy et lui-
même aux environs du château de Lasné, à Villers-les-Nancy. Des travaux de
terrassement, après avoir traversé 50 à 60 centimètres de terre végétale, ont mis
à nu des tufs datant de la période actuelle; ceux-ci ont une épaisseur de i m 5o et
^o JOURNAL DE BOTANIQUE
en dessous d'eux on a trouvé une couche de tourbe de 80 à 90 cent. Gràce'i
l'obligeance du propriétaire du terrain, M. de Montjoie, de nombreux échantil-
lons d'empreintes, ou de débris, soit animaux, soit végétaux, ont été recueilli*
méthodiquement dans les deux formations ; ils ont donné lieu à des constatations
intéressantes. Les coquilles sont nombreuses, elles appartiennent toutes à des
mollusques actuels, à des espèces terrestres ou d'eau douce, aussi bien dans la
tourbe et du tuf. Une élytre de coléoptère a été trouvée au contact de la tourbe
et du tuf; elle appartient presque certainement au Plateumaris {Doiiacia) dis-
color Pa., insecte à peu près confiné aujourd'hui dans la montagne, au moins en
Lorraine. Les plantes dont on trouve les restes dénotent une flore différente de
celle qu'on observe aujourd'hui dans les environs. Ces végétaux ont vécu sous un
climat plus froid et surtout plus humide, ce qui est prouvé par l'abondance du
Bouleau et du Sureau noir qui n'existent plus à Lasné à l'état spontané. Il
semble qu'il faille voir dans cette tourbe l'équivalent du lit forestier infé-
rieur des tourbes de la vallée de la Seine et de ses affluents, ce qui est confirmé
par la présence de silex taillés des types de la pierre polie. Quant aux tufs, leur
âge récent est prouvé par leur position et par la présence d'ossements apparte-
nant aux animaux domestiques, au bœuf notamment. Ils renferment en quantité
des empreintes de feuilles de Hêtre. Avec elles on ne voit qu'un petit nombre de
feuilles d'un Erable, probablement le Sycomore; une feuille de Bourdaine a été
aussi rencontrée. Cette abondance du Hêtre aux environs de Lasné confirme ce
que l'étude des charbons, conservés dans les tombeaux et les retranchements pré-
historiques en Lorraine, avait indiqué au sujet du règne presque exclusif de cette
essence dans les forêts de l'époque actuelle, jusqu'au jour où l'homme en a mo-
difié profondément les conditions d'existence par les exploitations. On a obtenu
aussi dans les tufs trois niveaux différents de sols végétaux correspondant évi-
demment à des périodes de moindre humidité, pendant lesquelles le dépôt de
carbonate de chaux se trouvait suspendu. Il y a là un fait complètement analogue
à ceux sur lesquels M. Blytt a si justement appelé l'attention dans les tourbières
de Norvège. Le dépôt de tourbes et de tufs de Lasné pourra être l'objet d'un
supplément d'études puisque les travaux en cours seront poursuivis. Dès à pré-
sent on peut dire qu'il offre un réel intérêt, puisqu'il complète en Lorraine la
série des couches quaternaires ou actuelles dans lesquelles on a trouvé des docu-
ments pour l'étude de la flore. Sa place est en effet au-dessus des tufs quater-
naires qui eux-mêmes sont supérieurs, cela semble de plus en plus certain, aux
lignites de la même période trouvés à Jarville et à Bois-1'Abbé avec leur végéta-
tion de caractère franchement boréal.
M. Bureau, professeur au Muséum, a commencé son cours le samedi 25 février.
Il traitera, comme les années précédentes, des plantes fossiles et des plantes
vivantes dans deux séries de leçons.
Les leçons sur les plantes fossiles phanérogames et leurs affinités dans la
flore actuelle auront lieu dans le grand amphithéâtre, tous les samedis, à 2 heures
jusqu'au 21 avril inclusivement, et à midi et demi du 28 avril à la fin du cours.
Les leçons sur les plantes vivantes porteront sur les familles de plantes dico-
tylédones gamopétales. Elles se feront au laboratoire de Botanique, 63, rue de
Buffon, et seront à la fois théoriques et pratiques. Elles commenceront le mardj
24 avril et se continueront les samedis et mardis suivants. Les feçons du mardi
auront lieu à midi et demi, celles du samedi à 1 heures et demie.
Le Gérant : Louis Mokot.
farts - J MerMfc. nup.. 22, pi. Ddut«rt* Rocherea*.
2 e ANNÉE N° 6 16 MARS 1888
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JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
SUR LA DIVISION DES NOYAUX CELLULAIRES,
LA DIVISION DES CELLULES ET LA FÉCONDATION
Par M. Ed. STRASBURGER
Lors de la publication, en 1875, de la première édition de mon
livre sur la formation et la division des cellules, je n'ai presque pas
trouvé de bibliographie botanique à mentionner, et la bibliographie zoo-
logique ne m'offrit que peu de chose. L'opinion régnant alors était que
chez les plantes le noyau-mère se dissout et que les noyaux-filles se
produisent par formation libre, tandis que pour les animaux la divi-
sion du noyau par étranglement était généialement admise. Mes obser-
vations, basées sur de nouvelles méthodes, ayant bientôt démontré
que des différenciations très complexes accompagnent la division nu-
cléaire, les publications antérieures ne mentionnant pas ces différen-
ciations perdaient pour moi leur portée. Depuis, l'état des choses a
bien changé, et la bibliographie qu'il faut connaître et citer a atteint des
dimensions considérables. C'est que l'éclaircissement de faits aussi
complexes exigeait le concours de nombreux observateurs, dont les
efforts réunis n'ont du reste encore réussi qu'à soulever en partie le
voile qui couvre tous ces problèmes. Ces derniers ont encore gagné de
l'importance depuis qu'il a été reconnu combien ils sont étroitement
liés avec ceux de la fécondation et de l'hérédité. Les observations
publiées tout récemment par les zoologistes sur la division des noyaux
et sur la fécondation ont suggéré de nouvelles questions qui m'ont
engagé à reprendre mes recherches interrompues depuis plusieurs
années. Le but de ce petit travail est de donner un court aperçu de ces
nouvelles recherches et de leurs résultats.
On sait que le noyau, dans les plantes supérieures, se montre,
à l'état de repos, formé d'une charpente d'hyaloplasme dans laquelle
sont englobées de nombrexises granulations qui absorbent avec avidité
les réactifs colorants. La charpente, renfermée dans une cavité remplie
de suc nucléaire, est enveloppée par la membrane nucléaire. Se basant
sur des recherches microchimiques, Frank Schwarz a proposé 'récem-
ment d'appeler linine (™ Xt'vov) la substance des filaments hyaloplasmi-
p 2 JOURNAL DE ROTANIQUP:
ques et chromatinè celle des granulations; ce sont les termes dont nous
nous servirons également dans notre travail. Les filaments de linine
forment de si nombreux replis et s'anastomosent si fréquemment dans
le noyau à l'état de repos que celui-ci présente l'aspect d'une trame à
mailles serrées, dont il serait impossible de suivre les fils sur une partie
un peu longue de leur parcours. Aussi ai-je cru jadis que la cavité
nucléaire ne contenait qu'un seul filament, et de nombreux observa-
teurs ont adopté cette manière de voir, qui cependant n'était pas con-
forme à la réalité. Ce n'est pas, il est vrai, dans le noyau en repos que
l'on pourra se convaincre du véritable état des choses, mais bien dans
les prophases de la division, alors que les filaments nucléaires com-
mencent à se contracter et à s'épaissir. Ce phénomène n'est pas accom-
pagné, comme je le croyais jadis, de la segmentation d'un filament
unique, mais seulement de la dissociation de filaments déjà distincts
dans la charpente. C'est à l'emploi de l'eau de Javelle que je dois d'avoir
pu tirer cette question au clair. Ce réactif dissout, il est vrai, toutes les
matières protoplasmiques, mais souvent les filaments nucléaires lui ré-
sistent plus longtemps que le cytoplasme. Si on l'emploie avec pru-
dence, on pourra fréquemment observer, après la disparition de la mem-
brane, la dissociation des filaments. Il est évident que la persistance de
filaments distincts dans le noyau à l'état de repos donne l'explication
la plus simple de la constance du nombre des segments dans les stades
successifs de la division. Il me faut cependant tout de suite ajouter que,
dans les cellules végétatives, la possibilité d'un changement dans le
nombre des segments n'est point exclue ; le cas se présente au contraire
souvent par suite de modifications dans la nutrition ou de la fusion des
noyaux. Par contre, dans les cellules génératrices le nombre des seg-
ments reste toujours le même.
Il a été généralement reconnu que le pouvoir absorbant du noyau
pour les réactifs colorants augmente pendant les prophases. Ce chan-
gement provient de ce que la chromatinè y devient alors plus abon-
dante qu'à l'état de repos. Une étude plus approfondie du phénomène
nous apprend que la linine diminue en proportion de l'augmentation
de la chromatinè, de sorte que l'on en arrive à conclure que celle-ci se
forme aux dépens de la première. Le phénomène inverse se produit
dans les noyaux-filles, lorsque ceux-ci passent de l'état pelotonné à
celui du repos : la quantité de chromatinè y est souvent à la fin sensi-
blement inférieure à celle des segments secondaires du noyau-mère.
On pourra toujours constater que les cordons nucléaires, lors de leur
épaississement et de leur contraction pendant les prophases de la divi-
sion, se différencient en disques de réfraction inégale et ne possédant
pas le même pouvoir absorbant pour les réactifs colorants. Un examen
Ed. Strasburgek. — Sur la division des noyaux cellulaires, etc. 83
attentif nous montre que, pendant la contraction de ces cordons, leurs
granulations se rapprochent et se fusionnent pour s'enrichir en même
temps aux dépens de la linine, qui finalement ne forme plus que des
bandes étroites entre les disques bien plus épais de chromatine. Nous
voyons ensuite de nouveau le phénomène inverse se produire dans les
noyaux-filles. La différenciation des filaments en disques aussi régu-
liers doit être en tout cas considérée comme un préliminaire de leur
scission longitudinale, rendant seul possible la formation de produits
vraiment égaux par voie de cette scission.
On n'a pas jusqu'ici fait assez attention à la forme et à la disposi-
tion des filaments nucléaires pendant leur contraction. On constate en
effet que les filaments se montrent alors infléchis en anses à branches
sensiblement égales, et que leurs courbures sont orientées vers un point
correspondant au pôle du noyau-fille lors de la dernière division.
C'est Rabl qui, dans une étude de la Salamandre, a le premier reconnu
cette disposition, que l'on retrouve chez toutes les plantes supérieures.
Les branches onduleuses de ces anses en fl rampent sur la membrane
nucléaire des flancs du noyau, ou traversent sa cavité et atteignent
ainsi la membrane du côté antipolaire. Elles s'y appliquent en serpen-
tant et souvent s'y terminent, ou bien elles se replient vers l'intérieur
pour y finir en contact avec d'autres filaments. Cette disposition des
filaments nucléaires est surtout évidente dans le stade du peloton lâche,
alors, par conséquent, que les filaments nucléaires se sont considéra-
blement contractés et raccourcis. Elle est le résultat direct de l'état
de choses existant dans le noyau-fille lors de sa formation; car c'est là,
en effet, la façon dont les segments secondaires sont groupés quand
ils arrivent aux pôles du fuseau ; cette disposition ne cesse d'être
reconnaissable qu'après la formation du réseau.
La disposition des filaments clans le stade du peloton lâche de la
prophase n'est cependant pas toujours conforme à celle que nous ve-
nons de décrire. On voit en effet les noyaux-mères des cellules géné-
ratrices (cellules-mères du pollen, cellules-mères du sac embryonnaire)
se comporter d'une autre manière, évidemment par suite d'une nutrition
spéciale et de la croissance considérable du. noyau avant la prophase.
La différence consiste en ce que dans le stade du peloton lâche les fila-
ments subissent une très forte contraction, se séparent entièrement et
effectuent déjà leur scission longitudinale. On les voit alors disposés
en forme de segments relativement courts contre la membrane nucléaire,
montrant leurs deux moitiés plus ou moins accolées.
Les deux modes extrêmes qui viennent d'être décrits sont reliés
par de nombreuses formes intermédiaires que l'on trouve surtout chez
les noyaux-filles des cellules-mères du pollen.
8 4 JOURNAL- DE BOTANIQUE
Suivant la marche qu'à suivie la formation du peloton lâche, les
phases qui s'y rattachent présentent aussi certaines différences. Admet-
tons d'abord que nous ayons affaire au peloton lâche tel qu'il se pré-
sente ordinairement dans les cellules végétatives, avec les courbures
des anses tournées vers le pôle. Nous verrons finalement dans ce cas
les anses se grouper dans le futur plan équatorial, perpendiculaire au
champ polaire. En même temps leur courbure change de place, dé
sorte que les branches deviennent inégales ; les plus longues sont diri-
gées vers les nouveaux pôles. Ces phénomènes ne se présentent qu'a-
près la disparition de la membrane nucléaire, tandis que le cytoplasme
a pénétré dans la cavité. Les déplacements qui amènent la formation
de la plaque nucléaire peuvent aussi s'exécuter de telle façon que le
plan équatorial de la figure karyokynétique devienne parallèle au champ
polaire ; dans ce cas, une partie des segments restent presque en place,
tandis que les autres émergent du champ polaire. Dans ce cas aussi les
branches des anses deviennent inégales. Les plaques nucléaires formées
d'après ce second mode sont remarquables par l'inégalité du nombre des
segments des deux côtés du plan équatorial. Cette différence disparaît
plus tard; mais elle peut persister aussi sans préjudice pour le résultat
final, comme les deux segments secondaires formés par la scission de
chaque segment primaire sont répartis entre les deux noyaux-filles.
Dans le cas où la phase du peloton lâche est combinée avec la sépa-
ration complète des filaments, leur dédoublement et leur répartition
sur la membrane nucléaire, les déplacements conduisant à la formation
de la plaque nucléaire devront aussi se faire suivant un mode différent.
Le cytoplasme qui pénètre dans la cavité nucléaire, après la disparition
de la membrane, rapproche plus ou moins les unes des autres les paires
de segments. Leur groupement régulier ne devient possible qu'après la
formation des filaments du fuseau.
Les filaments du fuseau se forment toujours, chez les plantes supé-
rieures, aux dépens du cytoplasme qui a pénétré dans la cavité nucléaire.
Cette manière de voir, que j'ai soutenue dès mes premiers travaux, à été
fréquemment combattue; je me réjouis d'autant plus de constater qu'un
des savants qui ont le plus contribué à faire avancer notre connaissance
de la division nucléaire, M. Guignard, s'en est fait le défenseur et l'a
appuyée par de remarquables recherches. De quelque façon que se dé-
roule la prophase, la structure de la plaque nucléaire ne se présente
dans toute sa régularité qu'après l'apparition des filaments du fuseau. Ce
n'est même qu'alors que la disposition en plaque nucléaire est recon-
naissable, dans le cas où les segments, auparavant séparés, ont été rap-
prochés d'abord sans ordre par le cytoplasme envahissant la cavité
nucléaire. On peut se convaincre que la différenciation des filaments du
Ed. Strasburger. — Sur la division des noyaux cellulaires, etc. 85
fuseau se fait toujours de manière que chacune d'elle appuie sur son
parcours sur une paire de segments; celle-ci glisse alors le long du fila-
ment jusqu'au plan équatorial. C'est aussi seulement alors que la dispo-
sition des filaments devient régulière dans le fuseau.
Le phénomène que nous venons de décrire est l'indice certain d'une
influence réciproque des filaments nucléaires et des filaments du fuseau ;
nous voulons profiter de cette occasion pour discuter la question des
forces en jeu pendant la division du noyau. Pour me résumer briève-
ment, je dirai de suite qu'à mon avis les changements que subissent les
filaments nucléaires, ainsi que les mouvements qu'ils exécutent, sont
de nature active et que les pôles ne font que régler ce mouvement.
Les mouvements qu'exécutent les filaments nucléaires dans la phase
du peloton se font indépendamment des pôles futurs, ce qui nous montre
que ces éléments sont pourvus de forces propres, capables de modifier
leur structure et de les faire changer de place. Pendant que ces phéno-
mènes se produisent, la membrane nucléaire est encore intacte. L'im-
pulsion nécessaire pourrait, il est vrai, provenir du cytoplasme envi-
ronnant, qui souvent s'amasse déjà autour du noyau, mais dont l'in-
flence n'est certainement pas encore régulatrice. Les deux pôles du
futur fuseau se forment dans le cytoplasme environnant, pendant la
phase du peloton lâche. Généralement ils ne sont pas encore visibles
dans les préparations ; cependant j'ai pu les distinguer quelquefois et
constater ce fait important que la situation des pôles est tout à fait
indépendante de la direction des filaments nucléaires. Ce n'est qu'après
la disparition de la membrane et l'irruption du cytoplasme, dans la
cavité nucléaire que l'influence des pôles se fait sentir, et les change-
ments de position que subissent alors les filaments nucléaires en sont
évidemment dépendants. Lorsque les segments sont tout à fait séparés
et disposés sur la paroi nucléaire, l'influence des pôles n'est recon-
naissable qu'après la différenciation des filaments du fuseau, car c'est
alors seulement que les segments trouvent l'appui nécessaire, pour exé-
cuter leurs évolutions.
Après la formation du fuseau et de la plaque nucléaire, les segments
se dédoublent dans les cas où ce dédoublement n'a pas eu lieu anté-
rieurement, et leurs moitiés se répartissent entre les deux jeunes
noyaux-filles. Je n'ai rien à ajouter d'important à la description de ce
phénomène donnée par M. Guignard dans sa dernière publication, et
par conséquent je ne m'y arrêterai pas. Je ferai seulement observer qu'à
mon avis il faut considérer encore comme actifs les mouvements exé-
cutés par les segments le long des filaments du fuseau, et que l'influence
des pôles pourrait bien ne consister qu'en une action chimique, comme
celle qui fait que les mouvements des Bactéries ou des Oscillaires
prennent, dans certains cas, une direction déterminée. *
86 JOURNAL DE BOTANIQUE
La séparation des segments secondaires est accompagnée d'un
changement dans leur courbure ; finalement leurs branches acquièrent
de nouveau une longueur sensiblement égale.
Les segmenls secondaires de chaque noyau-fiUe se rapprochent et
le cytoplasme ambiant les entoure d'une membrane. On peut se con-
vaincre avec la plus grande certitude qu'il n'entre pas dans la formation
des noyaux-filles d'autres éléments figurés que les segments secondaires.
Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, les extrémités des filaments nu-
cléaires restent libres dans les noyaux-filles et ne se fusionnent pas.
L'emploi de l'eau de Javelle permet de s'en convaincre. Les filaments
nucléaires ne recourbent leurs extrémités vers l'intérieur que pour
arrondir le noyau en voie de formation avant l'apparition de la mem-
brane. Il n'est pas rare de voir les extrémités de quelques-uns des fila-
ments faire saillie à l'extérieur tandis que les autres se sont déjà inflé-
chies. S'il devait y avoir soudure des extrémités, on pourrait à bon
droit se demander comment ces retardataires s'y prendraient pour
retrouver le bout correspondant. L'observation des pôles du fuseau
nucléaire pendant ces phénomènes nous montre avec évidence que la
substance polaire ne persiste pas après que la division est accomplie,
mais se mêle au cytoplasme ambiant. Il était important de retenir ce
fait, parce que, comme l'ont démontré Van Beneden et Boveri, il y a
persistance des masses polaires sous forme de « sphères attractives »
dans les œufs de Y Ascaris megalocephala.
J'ai déjà fait observer qu'on ne saurait aucunement douter que,
chez les' plantes supérieures, le cytoplasme ne pénètre dans la cavité
nucléaire pour y servir à la formation des fibres du fuseau. On a opposé
à ma manière de voir le fait que, pendant toute la durée de la division
nucléaire, la cavité reste, sous l'apparence d'un espace clair, distincte
du cytoplasme ambiant; on voulait en tirer la conclusion que la limite
n'aurait pu être franchie. Cette conclusion est certainement erronée.
L'aspect clair de l'espace correspondant à la cavité nucléaire s'explique
par ce fait que le suc nucléaire persiste clans cet espace même après
l'irruption du cytoplasme et que le cytoplasme qui pénètre dans la
cavité est dépourvu de grosses granulations et n'y arrive pas à la den-
sité du cytoplasme ambiant.
On a prétendu aussi, dans ces derniers temps, que les filaments
connectifs n'auraient rien de commun avec les filaments du fuseau. Il est
étonnant que pareilles assertions puissent se produire après les travaux
de M. Guignard et les miens. Il ne peut faire l'objet d'aucun doute que
les filaments du fuseau ne persistent en qualité de filaments connectifs
primaires entre les segments secondaires et ne reçoivent plus tard une
addition de filaments secondaires formés aux dépens du cytoplasme
Ed. Strasburger. — Sur la division des noyaux cellulaires, etc. 87
entré dans leurs interstices. L'ensemble des filaments se sépare en géné-
ral plus tard des noyaux-filles et forme entre ceux-ci un corps de forme
lenticulaire, entouré par le cytoplasme. Dans les cellules à cavité rem-
plie de suc cellulaire, le cytoplasme ne forme finalement autour des
filaments connectifs qu'un tube à paroi plus ou moins mince, appuyant
ses bords sur les masses cytoplasmique;; qui englobent les noyaux-
filles; j'appellerai ce tube le tube connectif\ grâce à lui, les filaments
connectifs restent toujours séparés de la cavité cellulaire.
Nous avons négligé jusqu'à présent les nucléoles; ils vont faire
maintenant l'objet de notre attention spéciale. Les nucléoles se dissol-
vent pendant les prophases, tantôt de bonne heure, tantôt plus tard,
souvent seulement dans le stade du peloton lâche, après que les fila-
ments nucléaires ont traversé toutes les phases de leur différenciation.
On peut déjà conclure de ce fait que les nucléoles ne jouent point un
rôle marqué dans la nutrition des filaments nucléaires. Par suite de la
dissolution des nucléoles, le suc nucléaire prend souvent la propriété
de se teindre avec les réactifs colorants, ce qui permet de le suivre dans
ses destinées ultérieures. Les principes colorables accompagnent
d'abord les segments secondaires dans leurs mouvements et vont s'ac-
cumuler dans les régions polaires, qui prennent par suite une teinte
très foncée dans les réactifs colorants. Plus tard nous voyons ces mê-
mes principes s'avancer entre les filaments connectifs vers le plan équa-
torial, l'atteindre et s'y concentrer; ce moment est aussi celui où, par
l'épaississement des filaments connectifs, se forme la plaque cellulaire.
On pourrait être disposé à croire que ces épaississements proviennent
des principes colorables du suc nucléaire ; cependant il n'en est point
ainsi : car ils réagissent d'abord comme les filaments eux-mêmes. Ce
n'est que plus tard, après la formation de la plaque cellulaire, qu'ils
changent de nature, ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre par l'emploi
de l'eau de Javelle, qui d'abord fait disparaître les épaississements
comme les filaments, mais plus tard cesse de les dissoudre. Ce dernier
phénomène s'explique par la transformaiion de la plaque cellulaire en
membrane.
Je suis disposé à croire que cette transformation chimique des élé-
ments de la plaque cellulaire se fait sous l'influence de la substance du
nucléole et que c'est là le rôle qui revient à ce dernier dans ce phéno-
mène. Comme la jeune membrane se forme par fusion des éléments de
la plaque cellulaire, je proposerai pour ces derniers la désignation de
dermatosomes. Comme les dermatosomes consistent d'abord en subs-
tances protéiques, leur transformation en cellulose est un phénomène
de dédoublement chimique, dans lequel la substance nucléolaire joue
certainement un rôle.
88 JOURNAL DE BOTANIQUE
Dans les cellules remplies de cytoplasme, la plaque cellulaire tra-
verse bientôt toute l'étendue du plan équatorial, et la transformation
des dermatosomes en membrane progresse rapidement du centre vers
la périphérie. Dans les cellules à cavité remplie de suc cellulaire, on
voit le tube connectif s'élargir et la formation de la membrane marcher
de pair avec cet élargissement. La substance des filaments connectifs
et les principes colorables des nucléoles se retirent des parties termi-
nées de la membrane pour former au pourtour de la plaque cellulaire de
nouveaux filaments connectifs et de nouveaux dermatosomes. La façon
dont le tube connectif augmente de volume, ainsi que la forme qu'il
prend en même temps, indique la présence en son intérieur de matières
avides d'eau, cause de son gonflement. Ces matières prennent probable-
ment leur origine dans le suc nucléaire. Un accroissement considérable
en diamètre du tube connectif peut être accompagné d'un aplatissement
tel que les jeunes noyaux qu'il réunit en arrivent presque à toucher la
nouvelle membrane. Une fois la cloison formée, le tube se scinde en
cordons plasmatiques.
Les principes nucléolaires non employés se retrouvent dans les
noyaux-filles, souvent évidemment d'abord du côté dirigé vers l'équa-
teur. L'identité du nombre, de la grosseur et de la position des nu-
cléoles dans les noyaux-filles est souvent remarquable.
Le rôle qui revient à la substance nucléolaire dans la formation de
la membrane nous explique aussi les relations qui, d'après les recher-
ches d'Haberlandt, existent entre la position du noyau et l'épaississe-
ment de la paroi. Il nous fait aussi comprendre pourquoi, ainsi que
G. Klebs l'a démontré, les fragments de cellules de Spirogyra et de
Zygnema ne s'entourent d'une membrane que lorsqu'ils contiennent un
noyau. Les principes nucléolaires paraissent en effet continuer de par-
ticiper à la formation de la membrane, et nous aurions donc à voir dans
les nucléoles un produit du noyau destiné à la cellule, et jouant certai-
nement un rôle dans d'autres phénomènes encore. Des observations
plus anciennes rendent probable leur participation à la formation de
l'amidon, et il est vraisemblable que leur rôle n'est pas limité à l'éla-
boration des hydrocarbures, ainsi qu'il ressort de différents phéno-
mènes présentés par les cellules des glandes, et dont des recherches
ultérieures auront à s'occuper, ainsi que de la présence de nucléoles
dans les cellules animales qui ne forment pas d'hydrocarbures. Ce que
nous savons du nucléole nous permet du reste de supposer qu'il n'est
pas toujours formé d'un seul corps chimique, ni toujours du même.
Il est aujourd'hui presque impossible de parler de la division cel-
lulaire sans toucher aux phénomènes de la fécondation ; je désire leur
consacrer ici quelques mots.
Ed. Strasburger. — Sur la division des noyaux cellulaires, etc. 89
Les recherches des zoologistes, en première ligne celles d'Ed. Van
Beneden, ont démontré que la division du noyau spermatique et du
noyau de l'oosphère n'est pas accompagnée d'une soudure de leurs fila-
ments nucléaires. Ce fait cesse d'être étonnant, depuis que nous savons
que, lors de la formation des noyaux-filles aussi, les fdaments nucléaires
restent distincts. Nous avons vu que dans les cellules génératrices des
plantes supérieures le nombre des filaments nucléaires est constant.
L'explication de ce phénomène est que c'est là le moyen le plus simple
de réunir des quantités déterminées de la substance nucléaire dans
l'acte de la fécondation. J'ai recherché clans le Chlorophylum Stern-
bergiaiium et le Convallaria majalis si le nombre des filaments nu-
cléaires contenus dans les cellules-mères du pollen était modifié dans
le cours des divisions subséquentes, et _pai pu m'assurer qu'il n'en était
point ainsi. Chez le Chlorophvtum le nombre 12 persiste jusqu'à la der-
nière division, laquelle s'accomplit normalement dans le tube pollini-
que, mais, dans les cultures artificielles, ordinairement déjà dans le
grain du pollen, et donne lieu à la formation de deux noyaux généra-
teurs, dont l'un effectue la fécondation. Il en est de même dans le Cou-
vallarïa, où le nombre 16 persiste jusqu'à la fin, de sorte que le noyau
spermatique amène 16 filaments dans l'oosphère. D'après ces résultats je
dois admettre qu'il en est de même chez les diverses espèces de Lis et
d'Ail, chez les Orchidées et V Helleborus fœlidus, et que là aussi le
nombre des filaments nucléaires que l'on peut compter dans les cel-
lules-mères du pollen reste le même. Ce nombre est de 12 pour les Lis,
de 16 pour les Orchidées, de 8 pour YAlliuui Jïslulosum, de 12 pour
Y Hellebornsfœtirfus. Or M . -Guignard a montré que les noyaux géné-
rateurs qui donnent naissance à l'appareil sexuel dans le sommet du
sac embryonnaire des Lis contiennent 12 segments. On peut conclure
de ce fait que chez le Lis le noyau spermatique et le noyau de l'oos-
phère participent avec 1 2 segments chacun à la formation du noyau
de l'œuf. De nouvelles recherches m'ont permis de reconnaître que
le nombre des filaments nucléaires est de 16 dans l'appareil sexuel du
sac embryonnaire des Orchidées, de 8 dans le noyau de la cellule-mère
du sac embryonnaire de Y Alliant fistulosum, de 12 dans ce même noyau
chez YHelleborus fcetidus. Je peux donc en conclure avec grande vrai-
semblance que, chez les plantes supérieures, les organes mâle et femelle
participent à la fécondation avec le même nombre de filaments nu-
cléaires. Ces observations concordent parfaitement avec celles des zoo-
logistes sur les Nématodes, et il semble par conséquent probable que
la participation d'un nombre égal de filaments nucléaires dans la fécon-
dation est un fait très général dans le règne organique.
Il faut cependant se garder d'en conclure qu'il doive toujours en être
90 JOURNAL DE BOTANIQUE
ainsi, car certaines observations ont donné un autre résultat : ainsi,
d'après Platncr, chez YArïon empiricorum, le nombre et le volume des
filaments nucléaires seraient moindres dans le noyau spermatique que
dans le noyau de l'oosphère.
Certains zoologistes prétendent que les divisions qui donnent lieu
à la formation du noyau spermatique et du noyau de l'oosphère ne sont
point des divisions ordinaires, vu qu'elles consisteraient en une répar-
tition des filaments nucléaires non dédoublés entre les noyaux-sœurs.
Chacun des noyaux ne serait donc en réalité qu'une moitié de noyau,
et de leur fusion naîtrait de nouveau un noyau parfait. Mes observations
ne concordent point avec cette manière de voir. J'ai pu me convaincre,
en suivant le développement du noyau spermatique et du noyau de
l'oosphère, que jusqu'à la dernière division inclusivement il y a tou-
jours scission longitudinale des segments, et que les produits sont tou-
jours parfaitement identiques. Les divisions consécutives n'avaient donc
pour résultat, autant que l'observation directe permettait d'en juger,
qu'une diminution progressive de la masse de la substance nucléaire.
Une autre question controversée est de savoir si, dans la féconda-
tion, il y a nécessairement copulation des noyaux. Je suis d'avis qu'il
en est toujours ainsi, car je considère comme telle la réunion des fila-
ments nucléaires du noyau spermatique et du noyau de l'oosphère dans
le noyau de l'oeuf. Ce qui pourrait encore faire l'objet de quelques
doutes, c'est la fusion des cavités nucléaires; chez les plantes, on peut
toujours se convaincre qu'elle a lieu, mais il n'en est pas de même
chez Y Ascaris megalocephala^ de sorte que Ed. Van Beneden conteste
la nécessité de cette fusion, je crois qu'en réalité les phénomènes sont
partout les mêmes et que la fusion des produits de l'activité des deux
noyaux, du suc nucléaire et de son contenu, est nécessaire pour mettre
en jeu le développement ultérieur du noyau de l'œuf. Chez Y Ascaris
megalocephala les filaments nucléaires des deux noyaux ne se réunis-
sent que dans un stade avancé de la prophase, de sorte qu'il est impos-
sible de s'apercevoir de la fusion du suc nucléaire des deux cavités.
Lorsque, comme c'est souvent le cas chez les animaux, les deux noyaux
ne se trouvent pas au même stade de développement au moment où
ils se réunissent, et que le noyau spermatique copule à l'état de corps
dense et sans cavité nucléaire avec le noyau de l'oosphère, les produits
dont la fusion avec ceux de ce dernier est nécessaire ne seraient for-
més par le noyau spermatique qu'api es sa réunion avec le noyau de
l'oosphère.
Un grand nombre de faits nous obligent à considérer les filaments
nucléaires comme le siège des propriétés héréditaires. Il est de toute
évidence que la fusion en nombre égal et à volume égal des filaments
J. Costantin. — Note sur tin Papulaspora. 91
nucléaires dans la fécondation, ainsi qu'elle a été constatée chez les
Nématodes et chez les plantes supérieures, est le moyen le plus simple
d'y assurer au père et à la mère une part égale. Lorsque, au contraire,
comme dans XArion etiipiricorum, le père fournit un nombre et un
volume moindres de filaments nucléaires que la mère, je serais disposé
à croire que l'influence héréditaire de la mère est plus grande que celle
du père. Des cas semblables amèneraient peu à peu à la parthénoge-
nèse, où la mère fournit à elle seule à l'enfant la substance à laquelle
l'hérédité est liée.
Le travail détaillé dont j'ai exposé ici brièvement les résultats va
prochainement paraître.
NOTE SUR UN PAPULASPORA
Par M. J. COSTANTIN
Le Champignon que j'ai observé s'est développé, après un certain
nombre d'autres (Mucor, Boùyosporium, etc.), sur un tubercule de
Dahlia. Ce tubercule avait été mis dans une coupelle poreuse placée
dans une assiette remplie d'eau et recouverte d'un disque de verre.
Après s'être étalé pendant un certain temps sur le tubercule et la bran-
che du Dahlia, le mycélium s'est étendu jusqu'à la coupelle en formant
comme une toile d'araignée imperceptible manifestée seulement par
une multitude de petites têtes sporulifères colorées en pourpre violacé.
Le fond de la coupelle apparaissait à ce moment comme saupoudré
d'une poussière très fine de cette dernière couleur.
Lorsqu'on examine ce Champignon au microscope, on voit qu'il
est composé de filaments incolores et cloisonnés, dont les cellules ont
en moyenne 5 y- de large et 28 y. de long ; au milieu de ce mycélium
apparaissent des boules sphériques d'un rouge brunâtre (fig. 1 et 2)
qui sont détachées presque constamment du mycélium. Au centre de
ces sphères, on distingue un nombre variable (2-3 jusqu'à 6) de cel-
lules plus colorées (fig. 1) et qui apparaissent très manifestement quand,
après avoir traité ces sphères par l'hypochloritede soude, on les colore
par l'hématoxyline (fig. 3 et 4) : les cellules périphériques sont deve-
nues transparentes, tandis que les cellules centrales sont fortement
colorées en violet ; elles contiennent de nombreuses gouttelettes
huileuses.
La description qui vient d'être donnée s'accorde avec celle des Papu-
laspora de Preuss (1). Depuis 1851, époque de l'établissement de ce
genre par Preuss, deux autres espèces ont été décrites, l'une par Sac-
1. Sturm. Deutschlands Flora. Pi'lse. 3 e partie, p. 89, fig. 45. C'est sur des
fruits en décomposition (pomme, etc.) - qu'il a rencontré cette plante.
9 2 JOURNAL DR BOTANIQUE
cardo sous le nom de P. candida (i), l'autre par Eidam sous le nom de
P. aspergilliformis (2). Cette dernière espèce mérite une mention
spéciale, car les boules précédentes y sont associées à deux autres
formes reproductrices, des chlamydospores et des sortes à'Aspergilli/s.
Guidé par cette dernière étude, j'ai cherché si le Papulaspora actuel
était associé à d'autres formes reproductrices. En examinant le mycé-
lium de cette plante, j'ai trouvé toujours mélangés aux sphères rou-
geâtres des filaments plus ou moins ramifiés et terminés par des spores
incolores, cloisonnées, amincies aux deux bouts, et qui se rapportent
assez bien à la définition du genre Dactylaria telle qu'elle est donnée
par Saccardo (3). Ces spores, fréquemment réunies au nombre de deux
à l'extrémité d'un filament (fig. 1 1-13), tombent, se divisent par un
certain nombre de cloisons (fig. 12-14) et germent bientôt en donnant
presque directement des conidies. J'ai trouvé ces appareils reproduc-
teurs en relation dans quelques cas (deux fois) avec d'autres petits
corpuscules incolores représentés par les figures 14-18. Or il m'a paru
que ces dernières sphérules étaient les débuts des grosses sphères rou-
geâtres (fig. 1-2). En effet, dans certaines régions, la toile aranéiforme,
qui n'avait pas pris sa coloration rouge pourpre, présentait un nombre
immense de ces petits corpuscules à tous les états de développement.
J'avais donc été amené à penser que j'avais affaire à un nouveau Papu-
laspora, associé à une forme conidienne de Dactylaria, comme celui
de Eidâm était associé à un Aspergillus (4).
On sait combien il faut se mettre en garde contre les faits de poly-
morphisme mal établis. J'ai donc essayé de cultiver avec pureté le
Champignon que je possédais. Je l'ai semé impur sur des substances
nutritives parfaitement stérilisées. Après un certain nombre d'essais
infructueux je suis arrivé, par plusieurs cultures successives, à avoir le
Champignon complètement pur. J'ai obtenu son développement : i° sur
de la pomme de terre stérilisée à 1 io° et imbibée préalablement d'un
jus de citron (dans ces conditions j'ai observé un développement très
manifeste au bout de 14 jours); 2" sur des milieux solides formés de
gélatine et de jus de pruneau, d'agar et de jus d'orange (5), de gélatine
et de bouillon de veau.
1. Saccardo. Sylloge f un gorum, t. IV, p 59.
2. Eidam. Ztcr Kenntniss der Entzvickelungs geschichte der Ascomyceten
(Cohn's Beitraege zur Biologie der Pflanzen, t. III, p. 414 avec une planche).
3. Sylloge, p. 194.
4. J'ai même trouvé fréquemment des spores isolées (fig. 21) qui représente-
raient les chlamydospores d'Eidam; mais la démonstration n'est pas donnée sur
ce point.
5. Il faut avoir soin de neutraliser l'orange avant de mélanger à l'agar. J'ai
préparé et stérilisé tous ces milieux d'après le procédé très simple employé au
laboratoire de M. Pasteur. Je remercie ici M. Wasserzug de tous les renseignements
qu'il m'a donnés à ce sujet.
J. Costantin. — Note sur un Papulaspora. 93
Je suis donc maintenant en possession de la plante actuelle et je
pourrai l'étudier indéfiniment. Voici les résultats que j'ai pu obtenir
dans ces nouvelles observations. Le mycélium pénètre à une certaine
profondeur dans l'agar ou la gélatine ; il s'étend bientôt à l'air à la
surface de ces derniers milieux, ou sur la pomme de terre, atteint la
surface de tube de verre et y forme un nombre considérable de boules
rougeâtres qui se dressent sur un réseau de mycélium blanc qui couvre
la surface du tube. Ces appareils reproducteurs doivent donc se former
à l'ail et uniquement à l'air.
J'ai donné, avec intention, le nom d'organes reproducteurs à ces
sphérules, car, en isolant une d'entre elles, j'ai obtenu sa germination
dans les chambres humides. La figure 6 donne une idée de la germi-
nation obtenue dans ce cas dans une goutte de décoction de crottin,
de liquide de Raulin ou de levure de bière. Toutes les cellules de la
sphère peuvent pousser des tubes incolores qui se ramifient indéfini-
ment sous la lamelle. Mais, dans ces conditions, je n'ai obtenu qu'un
mycélium. Cette méthode, qui réussit pour l'étude des Mucorinées, à
développement rapide, ne m'a pas donné de bons résultats pour l'étude
de Champignons à évolution lente, car la stérilisation est toujours
incomplète et les Bactéries apparaissent rapidement.
C'est donc par des cultures en grand sur des milieux stérilisés que
je suis arrivé à obtenir la reproduction de ces sphérules. Le dévelop-
pement de ces boules rappelle celui des périthèces des Ascomycètes.
On voit de courts filaments se courber au sommet (fig. 9), s'enrouler
quelquefois autour d'eux-mêmes (fig. 10), bourgeonner autour d'une
partie centrale qui se différencie (fig. 7 et 8), se colorer bientôt en
jaune clair puis en rouge orangé.
Je ne suis pas arrivé à obtenir la forme Dactylaria ; aussi crois-je devoir
encore laisser un point de doute sur l'identité des deux formes. Il
m'avait cependant paru d'autant plus vraisemblable d'assimiler les
corpuscules tels que ceux qui sont représentés par la figure 18 à des
débuts de sphérules à l'état libre, qu'il y aune série de transitions entre
ces masses incolores et les boules colorées. On observe fréquemment des
sphérules assez semblables qui se colorent légèrement en jaune. Quoi
qu'il en soit de cette dernière question sur laquelle j'espère revenir,
l'espèce actuelle est certainement différente de toutes celles qui ont été
décrites jusqu'ici, car les sphérules mesurent 30 à 40 ^ au lieu de 200
à 400 y. comme pour le P. aspergilliformis et 10 à 15 p pour le P. sepe-
donioides (1)/ je lui donnerai le nom de P. Dahlias.
Une question se pose après l'étude qui vient d'être faite. Quelle
place systématique ou quelle valeur morphologique faut-il attribuer à
1. Saccardo. Loc. cit.
9+ JOURNAL DE BOTANIQUE
ces végétations? Deux hypothèses se présentent entre lesquelles on
peut hésiter. i° Les sphérules sont des organes de propagation d'As-
comycètes, comme des espèces de sclérotes permettant à la plante
d'attendre des conditions plus favorables dans lesquelles elles formera
des asques, peut-être aux dépens mêmes de ces sphérules transformées.
Dans ce cas, l'étude de la plante actuelle et des organes semblables
est intéressante, car elle met en évidence un mode de propagation
spécial qui est intermédiaire entre les spores et les sclérotes, puisque
les sphérules actuelles se développent immédiatement et en produisent
de nouvelles avec une très grande rapidité et très abondamment. Le
nom de Papulaspora sera utile à conserver, comme celui & Aspergillus
ou de Pénicillium, tant qu'on n'aura pas trouvé les périthèces s'ils
existent. 2° Il peut se faire que les périthèces n'existent pas et que le
Champignon actuel soit autonome. On ne voit pas, à priori, pourquoi
on ne dirait pas qu'un Urocystis qui ressemble beaucoup au Papulas-
pora, qui germe comme lui, n'est pas un sclérote d'Ascomycète. Dans
cette hypothèse, les Papulaspora devraient constituer une nouvelle
famille intermédiaire entre les Ascomycètes et les Ustilaginées.
EXPLICATION DE LA PLANCHE IV
Fig. i. et 2. — Sphérules détachées. La fig. i montre les cellules internes
de coloration plus foncée.
Fig". 3 et 4. — Jeunes sphérules traitées par Thypochlorite et l'hématcxy-
line montrant les cellules internes.
Fig". 5. — Cellule interne isolée.
Fig. 6. — Germination d'une sphérule en chambre humide.
Fig. 7, 8, 9 et 10. — Débuts de sphérules en culture pure sur de la gélatine
et du bouillon de veau.
Fig. 11 et 13. — Forme conidienne associée au Papulaspora et qui en dé-
pend peut-être.
Fig. 12. — Spore de cette forme de Dactylaria.
Fig. 14. — Germination de cette spore.
Fig. 15 à 19. — Corpuscules qui paraissent être les débuts des grosses
sphérules à l'état libre.
Fig. 20. — Germination d'une sphérule; les cellules internes ne sont pas
complètement recouvertes par les cellules de l'enveloppe.
Fig. 21. — Chlamydospores fréquemment associées au mycélium précédent.
■*-
LA FLORE PARISIENNE
Au commencement du XVII- siècle
d'après l " Enchiridium botanicum parisie?ise de jacob cornuti (Suite)
Par M. Ernest ROZE
Verbascées.
Verbascum Thapsus L. (* Verbascum mas). B. de Boulogne.
E. Roze. — La Flore parisienne an commencement du XVII e siècle. 95
Verbascum Phlomoides L. (* Ver bas c um fœ mina). B. de Boulogne.
— Blattaria L. ( *Blattaria flore luteo et albo). Id.
Scrophularinées.
Scrophularia nodosa L. (Scrophularia major). B. de Boulogne.
— aquatica L. (*Betouica aquatica septenirionalium).Q<?.i\C\\\\\
in praio, sec. rivulum.
Gratiola otïicinalis L. (* Gratiola major). Ibid.
Antirrhinum Orontium L. [Antirrhinum médium). Chaillot, fer viani.
Linaria vulgaris Mœnch (*Linaria s. Osyris). Chaillot.
— spuria Mill. (Elatine Dioscorid. s. Veronica fœmi7ia Fuc/is.). Inter
segetes.
Linaria minor Desf. (Antirrhiiut m minimum). Chaillot, in scrobibus.
Linaria ? (1) (* Linaria purpurea). B. de Boulogne.
? (2) (Linosyris purpuro-cœrulea). Butte de Sèvres.
Euphrasia officinal is L. (*Euphrasia minor). Gentilly, in praio.
— Odontites L. (*Euphrasia altéra). Inter segetes .
Melampyrum pratense L. 1 *Cra/<rogouum). Meudon, in silvis majoribus.
— arvense L. (3) {Melampyrum s. Triiicum vaccinum). Inter
segetes .
Rhinanthus major Ehrh. (Crisla galli herbariorum). Gentilly, in praio
sec. rivulum.
Pedieularis sylvatica L. (Pedicularis). Ibid.
Veronica Anagallis L. (4) (*Berula major). La Roquette.
— Beccabunga L. (* Anagallis aquatica). Gentilly, in praio sec. ri-
vulum.
Veronica Chama;drys L. (* Teucrium pratense). Ibid.
— officinalis L. (* Veronica mas). B. de Boulogne.
— spicata L. (5) (* Veronica recta minima). Id.
— serpyllifolia L. ( Veronica serpi/li/olia). Meudon, in dumetis .
— hederaefolia L. (Mors us Galliiur folio Hederulse). Ibid.
Digitalis purpurea L. (*L)igitalis purpurea). Butte de Sèvres.
Orobanchées.
Orobanche major L. (*Orobanche). Vincennes, in silvis.
Labiées.
Mentha Pulegium L. (* Pulegium regium). La Barre, y'«.rfo salie ta.
— rotundifolia L.? (Mentha rotundi/olia). Montmorency, in piscina-
rum vicinis.
Mentha aquatica L. (Mentha aquatica). Gentilly, in praio, sec. rivulum.
— — (Mentha Sisymbria) . Montmorency, in stagna ntibus aquis.
Mentha aquatica L. (*Calamiulha aquatica). Ibid.
— sativa L. (f Mentha vulgaris). Ibid.
Lycopus europaus L. (Marrubium aquaticum). Gentilly, in praio, sec. ri-
vulum .
1. Epilobium tetragonum G. — 2. Linaria striata G. — 3. Melampyrum pratense G
— 4. Sium angustifolium G. — 5. Veronica arvensis G.
9 6 JOURNAL DE BOTANIQUE
Salvia pratensis L. {*Horminum silvestre). B. de Boulogne.
O ri garnirai vulgare L. {* Agriori gaimm). Id.
Thymus Serpyllum L. (* Serpillum majus et minus). Vincennes, in si/vis.
Melissa Nepeta L. [Calamintha altéra odore gravi Pulegij). Meudora, in
pratis ir ri guis.
Clinopodium vulgare L. {Acinos s. Bethonica Pauli et Clino podium). Mont-
morency, per si/vas.
Nepeta Cataria L. (* Meniha Cataria). Meudon, in pratis irrigtiis.
Leonorus Cardiaca L. {Cardiaca s. Agripalma). Gentilly, in prato.
Lamium purpureum L. {Galeopsis s. Urtica non mordax purpurea). Per
margincs viarum.
Lamium album L. (* Lamium s. Angelica flore albo). Id.
Galeobdolon luteum Huds. (* Lamium luteum repens). Meudon, in dumetis
(kumidis) et in pratis irriguis.
Ballota nigra Sm. (*Marrubium nigrum s. Ballote). Permargines viarum,
Sideritis hirsuta L. ? (* Tetrahit s. Heraclea Syderitis Dioscorid.). Inter se-
geles.
Betonica officinalis L. {*Betonica). B. de Boulogne.
Galeopsis Tetrahit L. {Cannabis spuria). St-Prix.
Marrubium vulgare L. (*Afarrubium album). Per margines viarum.
Melittis Melissophyllum L. (* Melissophy lion Fuchsij). Meudon, in dumetis
(humidis).
Brunella vulgaris L. {Prune/la s. Symphytum petrœum minus). B. de Bou-
logne.
Scutellaria galericulata L. (*Lysimachia galericulata). Gentilly, in prato.
Ajuga reptans L. (* Symphytum petrœum majus s. Bugla fl. albis, casruleis
et carneis). B. de Boulogne.
Ajuga Chamaepitys Schreb. (*Chatna?pilys mas s. Ajuga). Inter segetes.
Teucrium Chamaedrys L. (* Chamsedrys). Vincennes, in silvis (i).
— Scordium L. (*Scordium). La Roquette.
— Botrys L. {Chamasdrys laciuiatis foliis). Ivry, in novalibus.
— — {Chamœdrys laciuiatis foliis flore purpureo et albo).
Meudon, inter segetes.
TeucriumScorodoniaL. ( * Scordium alterum s. Salvia Bokij). B. de Boulogne.
Teucrium montanum L. (2) {Polium Lavendulas folio). Grignon.
— — L. {Polium montanum). Charenton.
(A suivre?)
1. In silvis Vitae sana? quae vernacule Visaine dicuntur. — 2. Hyssopus offici-
nalis G.
CHRONIQUE
Faculté des Sciences de Paris. — Le cours de Botanique de M. Gaston
Bonnier aura lieu le mercredi et le vendredi, à 10 heures et demie, à partir dn
vendredi 16 mars. Le Professeur étudiera les principaux groupes de plantes ap-
partenant à la Flore européenne.
Le Gérant ; Louis Morot.
»»ris. - 1 Mertck, uoi>., 22, pi. ceufert- nockereu.
2 e ANNÉE N° 7 i cr AVRIL 1888
J -VWV%'WWWi'V.'V^-
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
LES HERBORISATIONS AUX ENVIRONS DE MONTPELLIER
(Suite.)
Par M. Ch. FLAHAULT
III. — La plaine méditerranéenne an premier printemps.
L'hiver tient encore sous son pouvoir presque toute l'Europe
ciel et terre se confondent dans une brume glacée ; le sol gonflé
de neiges et de pluies reste sans verdure, les buissons sans cou-
leur. Les prés sont des marais ; les ruisseaux roulent des eaux
grises; les grandes forêts elles-mêmes s'estompent sans relief sur
le ciel gris. Les grandes fougères jonchent les mousses de leurs
débris. La nature a perdu ses joyeux accents. Le ricanement de
la pie, le cri lugubre des corbeaux ajoutent encore au sentiment
de deuil qui plane sur la terre ; le rouge-gorge craintif demande
au voisinage de l'homme l'abri que les bois lui refusent ; le roi-
telet seul, toujours actif, voletant parmi les ronces et les brous-
sailles, semble chercher dans une constante agitation, la chaleur
que le ciel lui dénie.
Il n'en est pas de même aux pays de l'Olivier; si parfois en-
core quelque journée de pluie promet au vigneron la richesse,
le soleil printanier a pour le midi des faveurs particulières. L'at-
mosphère, chargée de fines vapeurs, n'a pas cette transparence
absolue qui, plus tard, confondra tous les plans; le paysage
n'est pas encore noyé dans cette étincelante lumière qui le lais-
sera sans relief; le soleil oblique ménage des ombres et des
pleins ; les lointains bleuâtres forment un fond paisible sur lequel
se détachent les collines couronnées de Pins et les bois de Chênes-
verts ; les champs d'Oliviers aux tons cendrés donnent eux-mê-
mes plus de douceur aux rochers calcaires, qui disparaissent
sous les herbes parfumées.
Les torrents que l'été tarira étendent leurs nappes limpides
sur les champs de galets ou se creusent en profondeurs bleuâ-
98 JOURNAL DE ROTANIO,UE
très. Les oiseaux s'essaient à redire leurs chants longtemps ou-
bliés; la nature tressaille. Les plantes bulbeuses qui ont trouvé
dans le sol un refuge contre les ardeurs de la canicule sortent de
leur tombeau et risquent timidement au dehors leurs premières
feuilles. Mille rosettes appliquées sur le sol s'étalent à sa surface ;
les buissons bourgeonnent et reverdissent.
On ne résiste pas à ces premières séductions du printemps.
On se laisse conduire par le hasard; il n'y a pas de choix à faire
quand tout revit à la fois ; les champs les plus proches sont le
meilleur but; on y trouvera sûrement des plantes aimées et des
sujets d'étude sans nombre. Nous voici, en février, sur l'une des
routes qui rayonnent autour de notre ville ; le soleil dissipera
bientôt les vapeurs légères qui donnent au ciel des tons d'une
remarquable finesse ; une goutte de cristal perle à la pointe de
chaque herbe. Quelques Lichens enflés par l'humidité de la nuit
étendent sur les murs de pierres sèches leur thalle gélatineux ; ce
sont des Collema, dans lesquels il nous sera facile de constater
l'association d'une Algue cyanophycée et d'un Champignon as-
comycète qui nous montre ses fructifications disséminées à la
surface en petites coupes brunes. L'Algue est un Nostoc ; le voici
formant des lames gélatineuses rousses dans les fossés qui bor-
dent les chemins (N. commune). Plus loin, l'eau stagnante d'une
mare est colorée en vert ; on dirait une dissolution de chloro-
phylle provenant de feuilles ; ce sont des Euglènes (Euglena
viridis), êtres considérés par les uns comme des infusoires, par
d'autres comme des Algues volvocinées. Voici le Porphyridium
cruentum couvrant la base d'un mur humide d'une couche san-
guinolente. Une mousse, dont les petites feuilles sont prolongée*
en un poil incolore auquel elle doit son nom (Barbula muralis),
forme des coussinets d'où s'échappent les sporogones abrités
sous la coiffe.
Des fentes mêmes du mur s'échappent quelques feuilles nou-
velles. \J Umbilicîis pendulimis , les Sedum dasyphyllum et al-
tissimum, le Muscari neglectum viennent là sans terre ou à peu
près. Où trouvent-ils les principaux éléments de leur nutrition?
Dans l'air où cette lumière du premier printemps leur permet de
les puiser. Bientôt les broussailles cacheront sous leur ombre les
feuilles de l' Umbilicus qui tomberont jaunes et flétries au mo-
ment où ses fleurs s'ouvriront. Les Sedum brûlés par le soleil
Ch. Flahault. — Les herborisations aux environs de Montpellier. 99
résisteront à peine à ses ardeurs ; on ne verra plus du Muscari
qu'une hampe grise portant quelques capsules desséchées. Ces
plantes vivent maintenant aux dépens de réserves qu'elles ont
accumulées au printemps dernier et qu'elles ont élaborées sous
le sol pendant l'été; elles en emmagasinent maintenant de nou-
velles. Le moindre effort exercé par la main sur ces feuilles
d' Umbilïcus permet d'arracher un bulbe blanchâtre à peine re-
couvert d'un peu de poussière sèche et aride ; c'est dans ce bulbe
que les feuilles accumulent leurs réserves, là aussi qu'elles
puisent les principaux éléments de leur accroissement actuel ;
car on ne trouve à sa base que quelques racines fort courtes
tapissées de poils absorbants. Le Muscari possède un oignon
qui remplit la même fonction. Quant aux Sedum, ils ne pos-
sèdent point de bulbe ; ils sont attachés au sol par des racines
très fines ; mais leurs feuilles épaisses sont défendues contre une
transpiration trop active par un épiderme puissamment cutinisé;
elles sont gorgées d'eau et de substances nutritives. Le soleil
brûlant ne desséchera donc pas ces plantes, et ce sera au plus
fort de l'été qu'elles développeront leurs hampes florifères,
grâces à la grande quantité d'eau et de principes nourriciers
qu'elles amassent aujourd'hui. La plupart des plantes qui vivent
sur nos murs et sur nos rochers partagent ce mode d'existence.
C'est encore le cas des Agave, suspendus aux falaises de Men-
ton, qui détachent sur le ciel bleu leurs candélabres éminem-
ment décoratifs. A coup sur, ils n'attendent pas le moment de
leur expansion pour en préparer les éléments, car ils atteignent
en quelques jours des dimensions étonnantes, et pourtant les ro-
chers qui leur servent de support sont arides au point de pa-
raître brûlés.
Cette observation n'est pas sans intérêt. En effet elle fournit
l'explication du développement exceptionnel que prennent dans
le midi de la France les plantes pourvues de rhizomes, comme
les Iris s les Asparaginées, ou de bulbes, comme la plupart des
Liliacées, Amaryllidées, Orchidées et Aroidées. Plus l'été y est
habituellement chaud et sec, plus ces plantes bulbeuses et tubé-
reuses sont abondantes; plus une localité est aride, plus on y
rencontre de représentants de ces formes végétales qui, dans les
pays du Nord, sont à peu près confinées dans les endroits humi-
des. Sans quitter le territoire français, on remarque que les plan-
ioo JOURNAL DE BOTANIQUE
tes bulbeuses sont beaucoup plus nombreuses sur les collines
chaudes du Roussillon et surtout de la Provence maritime que
dans les terrains analogues du Bas-Languedoc et du delta du
Rhône. Cet accroissement est bien plus notable encore en Corse,
en Sardaigne et de l'autre côté de la Méditerranée.
Ce n'est pas, d'ailleurs, uniquement aux Monocotylédones
qu'appartiennent ces plantes bulbeuses. Les Composées et les
Ombellifères du Midi présentent fréquemment le même carac-
tère physiologique. Aucune plante n'est plus remarquable à cet
égard que le Crépis bulbosa. On le rencontre uniquement dans
les éboulis et les débris des falaises exposées au soleil, sous
forme de bulbes disséminés librement au milieu des cailloux,
d'où s'échappent quelques feuilles. Ces bulbes développent des
coulants qui vont produire plus loin un nouveau bulbe; mais il
est rare qu'on les trouve en rapport avec la plus petite quantité
de terre végétale.
Tout en devisant, nous voici dans un de ces chemins creux,
comme il en existe partout dans le Midi. Peu nous importe à
quelle Campagne, Bastide ou Maset il pourrait nous conduire.
Contentons-nous de nous arrêter aux haies du chemin. Dès l'a-
bord, nous rencontrons trois plantes dont la comparaison vaut
qu'on s'y arrête : Rusats aculeatns, Asparagtis acutifolius et
Smilax aspera. Le Petit-houx (Ruscus aculeatns) nous montre
à la fois ses fruits d'un beau rouge corail et ses fleurs appliquées
à l'aisselle d'une très petite écaille contre un cladode; voici les
grappes de fruits noirs du Smilax, en même temps que ses
fleurs; l'asperge aussi possède des fruits, encore verts. Il nous
sera facile de reconnaître que les fleurs du Smilax et du Petit-
houx sont diclines; les fleurs à pistil s'y montrent beaucoup
plus abondantes que les fleurs à étamines. Prenons d'abord celles
du Smilax ; dans la fleur mâle, on voit six étamines disposées en
deux cycles alternes, sans trace de pistil entre elles; dans la
fleur femelle, il existe un ovaire triloculaire surmonté d'un sti-
gmate trilobé; chacune des loges renferme un ovule. La fleur
mâle du Rusais n'a que trois étamines, alternes avec le cycle in-
terne du périanthe ; il n'y existe pas non plus de pistil au centre ;
la fleur femelle possède un ovaire à une seule loge avec deux
ovules ; le type floral y est plus réduit que dans le Smilax. Une
comparaison de ces plantes avec des espèces voisines nous ap-
Ch. Flahault. — Les herborisât ions aux environs de Montpellier. 101
prendrait qu'elles sont diclines par avortement. En effet plu-
sieurs Rusais possèdent entre les étamines de leurs fleurs mâles
une trace de pistil, et les fleurs femelles de la plupart des Smilax
conservent la base des étamines avortées. L'Asperge appartient à
un type plus élevé ; à l'intérieur d'un périanthe formé de six peti-
tes feuilles, se trouvent ensemble six étamines et un ovaire à trois
loges renfermant chacune deux ovules. C'est une fleur normale
de Liliacée; mais l'ovaire y est particulièrement court. Les trois
plantes que nous avons sous les yeux ont des fruits pulpeux ren-
fermant une, deux, parfois trois graines; ce sont des drupes ou
des baies. Elles se distinguent par là des Liliacées proprement
dites, du Scilla aiitumnalis par exemple, dont voici des capsu-
les sèches réduites à leurs cloisons. Toutefois ce caractère du
fruit n'est pas absolu : les Asphodèles de nos garigues ont des
fruits qui ressemblent à des baies ; mais, parvenus à maturité,
ils se dessèchent et s'ouvrent à la façon des capsules.
A côté, voilà le Frêne, le Jasmin, le Lilas, le Troène réunis sur
un espace de quelques mètres, et qui tous ont des fruits en ce mo-
ment; l'Olivier lui-même nous en réserve quelques-uns, échap-
pés à la cueillette. Le Frêne est seul en fleur; il nous fournit
l'occasion de faire de nombreuses observations sur le groupe
des plantes Gamopétales dicarpellées, sur les caractères de la
famille des Oléacées, sur l'importance des caractères fournis par
le fruit pour la distinction des tribus, sur le peu de valeur qu'il
convient d'accorder au calyce et à la corolle, quand il s'agit d'ap-
précier les rapports des plantes phanérogames entre elles ; en
effet notre Frêne (F. excelsior) n'a ni calyce ni corolle, tandis
que le Fraxinus Or nus possède 4 sépales et 4 pétales, tous les
autres caractères étant communs à ces deux plantes. Le Frêne
répandu autour de nous n'est pas le type linnéen du Fraxîuus
excelsior; il n'existe que dans nos montagnes. Celui-ci, plus
trapu, à folioles plus étroites, a été distingué, à tort à ce qu'il
paraît, comme une espèce; c'est la forme aitstralis des auteurs
de la flore de France.
La Grande-Pervenche {Viiica major) nous permet de com-
parer les Apocynées avec les Oléacées.
Lorsque, pendant toute l'année, nous aurons saisi les mille
occasions fournies par le hasard de nos courses pour expliquer
les caractères des plantes que nous rencontrons, les affinités qui
ib2 JOURNAL DR BOTANIQUE
les unissent, les particularités de leur distribution géographi-
que, etc., il nous deviendra singulièrement aisé de grouper
toutes ces notions concrètes par un enseignement méthodique
et de les fixer pour toujours dans l'esprit. C'est là, bien plus que
dans la récolte des plantes rares, qu'est l'intérêt des herborisa-
tions. Que le plaisir soit parfois augmenté par la découverte
d'une espèce qu'on ignorait jusque là, c'est fort bien, mais ce
n'est pas là notre but. Voilà pourquoi les herborisations de l'hi-
ver et des premiers beaux jours nous semblent plus favorables
que celles de la saison chaude. Le débutant est débordé quand
il se trouve en présence de plusieurs centaines d'espèces déve-
loppées en même temps ; il veut tout voir, tout recueillir et tout
étudier ; il ne fait le plus souvent que tout effleurer.
Ne quittons donc pas le sentier où nous sommes sans com-
parer entre eux le Buis, les Mercuriales (Mercicrz'alis anima et
tomentosà) et X Eîiphorbia segetalïs, qui s'y pressent côte à côte.
Nous pourrons, à leur occasion, poser et résoudre en partie les
difficultés qu'offre la morphologie florale des Tricoccées. Grâce
à l'Amandier, au Prunus frutîçans t au Rhamnus Alatemus et
au Laurier-Tin , nous caractériserons les plantes calyciflo-
res, etc., etc.
Ce procédé de l'étude comparative sur place n'est guère ap-
plicable que dans les pays où la flore est riche, car il faut se limi-
ter à ce que l'on peut voir et mettre en présence des objets assez
voisins scientifiquement pour être comparables.
Les exemples précédents suffisent pour offrir une idée de la
méthode qui nous donne les résultats les plus encourageants.
Du reste, la liste suivante des espèces que nous trouvons abon-
damment fleuries aux abords immédiats de Montpellier, pendant
les mois de février et de mars, permettra de concevoir quels
enseignements on peut tirer de tant d'objets d'étude :
Ficaria ranunculoides.
Draba verna.
Capsella Bursa-pastoris.
Cardamine hirsuta.
Thlaspi perfoliatum.
Diplotaxis muralis.
Hutchinsia petrasa.
Arabis Thaliana.
Alyssum maritimum.
Fumaria officinalis.
Viola sepincola.
Oxalis corniculata.
Géranium molle.
rotundifolium.
Erodium cicutarium.
milacoides.
romanum.
Malva sylvestris.
Ch. Flahault. — Les herbor,
Potentilla verna.
Scandix Pecten-Veneris.
Taraxacum laevigatum.
Calendula arvensis.
Pterotheca nemausensis.
Senecio vulgaris.
Sonchus oleraceus.
Bellis perennis.
Vinca major.
Veronica polita.
isations aux environs de Montpellier.
Veronica hederaefolia.
— Cymbalaria.
Buxbaumii.
Linaria Cymbalaria.
Anagallis coerulea.
Lamium amplexicaule.
Urtica urens.
Muscari neglectum.
Carex Halleriana.
Mibora verna.
103
Beaucoup de plantes plus tardives étalent sur le sol leurs ro-
settes de jeunes feuilles. On contracte l'habitude, en s'exerçant
à les reconnaître, de ne pas considérer l'étude des plantes comme
limitée à la fleur. Lorsqu'on s'est familiarisé avec la physionomie
de ces jeunes plantes appartenant aux Composées, aux Labiées,
aux Borraginées, aux Crucifères, etc., de manière à ne plus s'y
tromper, on est bien préparé pour apprendre à les distinguer
lorsqu'elles seront complètement développées.
Ce n'est là pourtant qu'une faible partie de nos richesses; à
côté des fleurs nouvelles, il reste encore tant de précieux débris
de la saison dernière que nous pouvons passer en revue toutes
les formes d'inflorescences et de fruits, souvent même recon-
naître tous les caractères distinctifs des espèces. Après les gelées
de l'hiver, les bords des chemins et des champs conservent
longtemps les restes desséchés des plantes dont les froids de
l'hiver ont arrêté la floraison; nous rencontrons, à chaque pas,
outre les plantes que nous prenions tout à l'heure pour exem-
ples, des représentants de beaucoup de familles indigènes,
presque tous en fruit : ce sont les Cistes, les Chênes, les Coni-
fères {Piiius, Junipertis , Ctipresstis), une foule de Graminées,
d'Euphorbes, de Centaurées {Ceniaurea panïctdata, aspera,
meliteiisis, solstitialis, Calcitrapa,) et
Clematis Vitalba.
Nigella damascena.
Helleborus fœtidus.
Diplotaxis tenuifolia.
Lepidium graminifolium.
Glaucium luteum.
Dianthus longicaulis.
Ruta angustifolia.
Psoralea bituminosa.
Ononis minutissima.
Rosa sempervirens.
Eryngium campestre.
Fœniculum piperitum.
Daucus Carota.
Seseli tortuosum.
Bupleurum fruticosum.
Hedera Hélix.
Sedum altissimum.
104
Dipsacus silvestris.
Scabiosa maritima.
Cephalaria leucantha.
Picridium vulgare.
Picris stricta.
Lactuca viminea.
Scolymus hispanicus.
Carlina corymbosa.
Onopordon illyricum. 1
Cirsium lanceolatum.
Helichrysum Stœchas.
Çataaanche cœrulea.
Inula viscosa.
JOURNAL DE BOTANIQUE
Microlonchus Clusii.
Solanum nigrum.
Dulcamara.
Linaria striata.
Antirrhinum majus.
Echium vulgare.
Heliotropium europa^um.
Calamintha Clinopodium.
Marrubium vulgare.
Lavandula latifolia.
Plantago Cynops.
Scilla autumnalis.
Scirpus holoschœnus.
La plupart de ces plantes sont de celles qu'on appelle ubi-
quistes et abondent dans l'Europe entière. On les méprise par-
fois; nous les en aimons devantage, car ce sont elles qu'il im-
porte le plus de bien connaître. En matière de sciences naturelles,
la connaissance complète des objets les plus vulgaires est le
commencement de la sagesse. Toutefois, à ceux que les plantes
dites rares intéresseraient plus que les espèces communes, nous
pouvons signaler une longue liste de plantes communes ou très
communes aux environs de Paris qui font complètement défaut
aux environs de Montpellier :
Astragalus glycyphvllos.
Ornithopus perpusillus.
Scleranthus annuus.
Sedum Telephium.
Anemoue nemorosa.
Ranunculus auricomus.
Caltha palustris.
Delphiuium Consolida.
Sagina procumbens.
Holosteum umbellatum.
Mœhringia trinervia.
Stellaria Holostea.
graminea.
Malachium aquaticum.
Géranium Robertianum.
Hypericum humifusum.
— pulchrum.
Thlaspi arvense.
Viola canina.
— hirta.
Rhamnus catharticus.
Frangula.
Sarothamnus scoparius.
Ulex europaîus.
Lotus major.
Spiraea Ulmaria.
Potentilla Fragaria.
Tormentilla.
Sorbus tormiualis.
Epilobium montanum.
Circaea lutetiana.
Conium maculatum.
Angelica silvestris.
Heracleum Sphoudylium.
Torilis Anthriscus.
Viscum album.
Ribes rubrum.
Saxifraga granulata.
Myosotis palustris.
Pulmonaria angustifolia.
Scrofularia nodosa.
Digitalis purpurea.
Ch. Flahault. — Les herborisations aux environs de Montpellier. 105
Linaria vulg"aris.
Pedicularis silvatica.
Rhinanthus major.
Melampyrum pratense.
Lamium album.
Galeopsis Tetrahit.
Stachys silvatica.
Campanula rotundifolia.
Adoxa Moschatellina.
Lonicera Xylosteum.
Cirsium palustre.
— acaule.
— oleraceum.
Matricaria inodora.
Solidago Virga-aurea.
Leontodon autumnalis.
Picris hieracioides.
Chenopodium polyspermum.
Bonus-Henricus.
Fagus silvatica.
Quercus pedunculata.
Scilla nutans.
Couvallaria maialis.
Polyg-onatum officinale.
— multiflorum.
Narcissus pseudo-Narcissus.j
Orchis maculata.
Plantanthera chlorantha.
Eriophorum latifolium.
Alopecurus g^eniculatus.
Melica uniflora.
Polystichum Filix-mas.
Aspidium spinulosum.
Oui ! vraiment, l'Herbe-à-Robert, le Sagina prommbens,
que l'habitant du Quartier-latin foule aux pieds sur la place du
Panthéon, le Sclerantlms anmtus , la Reine-des-Prés, le Myoso-
tis des marais, l'Ortie blanche, la Jacinthe des bois dont les Pa-
risiens rapportent des bottes de leurs promenades printanières,
toutes ces plantes éminemment vulgaires dans le Nord, sont in-
trouvables aux environs de Montpellier et dans presque toute la
plaine de la Méditerranée. Nous nous rappelons volontiers l'en-
thousiasme avec lequel un fidèle habitué de nos promenades du
dimanche, nous citait le Linaria vulgaris comme l'une des
plantes les plus précieuses qu'il eût recueillies dans une pre-
mière herborisation en dehors de la région méditerranéenne.
Quelques autres sont fort rares dans le Midi. Nous allons
chaque année, au moment favorable, recueillir avec un soin re-
ligieux le Lierre-terrestre (Glechoma hed^raced) sur le point
unique où il soit possible de le trouver dans nos environs. Les
Nasturtium sylvestre, Sysimbrium Sophia , Géranium pusil-
hitfty Stachys arvensis, Chasrophyllum temiilum ne sont pas
plus répandus autour de nous. Si instructif qu'il puisse être à
divers points de vue d'apprécier les . différences qu'on peut ob-
server dans le tomenUim d'un Rubus ou dans la villosité d'un
Hieracium, cette inégalité dans la répartition des espèces nous
attire davantage. N'est-ce pas un fait frappant que certaines
espèces, fort répandues dans le Nord de la France, et très rares
io6 JOURNAL DE BOTANIQUE
dans le Midi, s'y rencontrent exclusivement dans le voisinage
des grandes étendues d'eau, le long des rivières, sur les bords
des marais, tandis que, dans le Nord, elles foisonnent dans les
stations les plus diverses ; telles sont :
Cucubalus baccifer.
Cardamine pratensis.
Genista tinctoria.
Potentilla Anserina.
Anthriscus vulgaris.
Conium maculatum.
Inula dysenterica.
Vinca minor.
Lysimachia nummularia.
Ajuga reptans.
Glechoma hederacea.
Euphorbia amygdaloides.
A mesure qu'on s'élève vers les montagnes, la zone de ces
plantes s'étend ; elles s'éloignent de l'eau ; vers l'altitude de
300 mètres déjà, on les trouve en bon nombre dans les bois aux
expositions fraîches ; nous irons les y chercher plus tard.
D'autre part, quelques espèces classiques du Nord de la
France sont remplacées dans le Midi méditerranéen par des es-
pèces voisines, qui en tiennent lieu, en quelque sorte :
Anémone Pulsatilla est remplacé par A. Coronaria L.
Géranium Robertiamum — G. purpureum Villars.
Sagina procumbens — S. apetala L.
Cardamine pratensis — C. hirsuta L.
Ornithopus perpusillus O. compressus L.
Heracleum Sphondylium H. Lecokii Gren. et Godr.
Il ne faudrait pas croire pourtant que la disparition de tant
de plantes communes dans les pays plus froids ne soit pas com-
pensée dans la région de l'Olivier par la présence de beaucoup
d'espèces qui font défaut au Nord de cette région. Quelques-
unes d'entre elles sont précisément plus importantes au point de
vue du paysage, soit par leurs dimensions, soit par le nombre
des individus. C'est pour cela, sans aucun doute, qu'on a cru
parfois pouvoir tirer du Chêne- vert la caractéristique de la ré-
gion méditerranéenne. Ces espèces méridionales vulgaires in-
connues à la flore spontanée du Nord forment une longue série :
Nigella damascena L.
Cistus salviaîfolius L.
monspelientis L.
— albidus L.
Rhamnus Alaternus L.
Pistacia Terebinthus L.
— Lentiscus L.
Genista Scorpius L.
Spartium junceum L.
Trifolium stellatum L.
Psoralea bituminosa L.
Vicia hybrida L.
Lathyrus ensifolius Badaro.
Coronilla scorpioides Koch.
Ch. Flahault. — Les herborisations aux environs de Montpellier. 107
Hippocrepis unisiliquosa L.
Ecballium Elaterium Richard. .
Scabiosa m2ritima L.
Campanula Erinus L.
Buphthalmum spinosum L.
Centaurea aspera L.
Microloncbus Clusii Spach.
Carlina corymbosa L.
Hedypnois cretica Willdenow.
Rhagadiolus stellatus DC.
Urospermum Delechampii Desfon-
taines.
Picridium vulgare Desfontaines.
Pterotheca nemausensis Cassini.
vScolymus hispanicus L.
Jasminum fruticans L.
Convolvulus cantabrica L.
Rosmarinus officinalis L.
Lavandula latifolia Villars.
Thymus vulgaris L.
Sideritis romana L.
Plantago Cynops L.
Ficus Carica L.
Celtis australis L.
Euphorbia nicaeensis L.
— serrata L.
Characias L.
Quercus Ilex L.
— coccifera L.
AlliumpolyanthumRcemeretSchult.
— roseum L.
Muscari neglectum Gussone.
Aphyllanthes monspeliensis L.
Asparagus acutifolius L.
Juncus conglomérats L.
Lagurus ovatus L.
Avena barbata Brotero.
Bromus madritensis L.
Brachypodium ramosum Rœmer et
Schult,
Lolium rigidum Gaudin.
Pinus halepensis L.
Juniperus Oxycedrus L.
Si nous y ajoutons encore quelques plantes rares dans le Nord
et très fréquentes dans le Midi, comme : Biscutella laevigata,
Lepidium Draba, Cardamine hirstita, Glaucùuu luieum, Ré-
séda Phyteujiia, Astragalits monspessiilamis , Salvm verbenaca,
Calamintha Nepeta, Odoutites lutea, ScropJmlaria cam'iia, Ru-
bia peregrùia , Lappago racemosa, Stipa pemiata, yEgi'lops
ovata, jE. triwicialis , Ceterach ofjïcinarum, nous en pourrons
déduire les caractères botaniques de la plaine méditerranéenne,
comparativement aux plaines du Nord de la France. On est sur-
pris de la diminution qu'y subissent certaines familles, telles que
les Renonculacées, Caryophyllées, Rosacées, Saxifragées, Cam-
panulacées et Fougères. Les Scrophulariées de la tribu des Rhi-
nanthées y sont peu nombreuses; les genres Myosotis, Epilo-
bùrni et Sorbus y sont rares ; les Papilionacées sont représentées
par un très grand nombre d'espèces en majeure partie annuelles
ou ligneuses ; les Labiées frutescentes tendent à prédominer sur
le type herbacé. Les Composées, les Oléacées, les Euphorbia-
cées occupent une place beaucoup plus large que du côté de
Paris.
La Flore des plaines méridionales ne rappelle celle des
io8 JOURNAL DE BOTANIQUE
plaines septentrionales qu'au moment où la végétation printa-
nière apparaît; c'est un fait qui nous semble des plus remarqua-
bles. Beaucoup d'espèces sont communes alors aux deux ré-
gions ; ce sont pour la plupart des plantes annuelles, au feuillage
tendre, se développant rapidement et mûrissant leurs graines
avant la période de la sécheresse. A mesure que la saison de-
vient plus chaude, les plantes du Nord font place aux espèces
spéciales du Midi, aux plantes frutescentes ou couvertes de poils
ainsi qu'aux plantes bulbeuses. En mai déjà, en juin surtout, il
n'existe presque plus de ces exilées des pays froids. Nous pou-
vons cependant en retrouver quelques échantillons encore sur
les berges de nos rivières ou dans nos grands marais du littoral,
où elles trouvent, à ce qu'il semble, la fraîcheur souterraine qui
leur est nécessaire. On les rencontrera plus nombreuses dans
nos basses montagnes où les Chênes à feuilles caduques se mê-
lent aux Chênes verts ; mais, pour peu que nous atteignions la
région montagneuse, nous les reverrons toutes, ou peu s'en
faut, mélangées aux plantes subalpines. Leur végétation y est
courte ; elles y jouissent des longs hivers, des pluies et des brouil-
lards qui leur conviennent. Plus tard, le soleil, en brûlant notre
plaine, nous ramènera vers elles.
SUR LE FRUIT DES SOLANEES
Par M. A. G. GARCIN
Si, au point de vue morphologique et chimique, les fruits
ont été longuement et soigneusement examinés, leur anatomie et
surtout leur histogenèse ont été jusqu'à ce jour l'objet de recher-
ches assez restreintes.
Le travail le plus important sur ce sujet est dû à Ch. Cave.
Je ne discuterai pas ici les théories de ce botaniste, me réservant
de le faire dans un travail plus étendu, actuellement en prépara-
tion. Citons dans le même ordre d'idées : les mémoires de Ca-
ruel sur la pulpe des fruits ; de Portele sur le développement du
fruit des Ampélidées; de Penzig sur les Aurantiacées, et enfin,
les recherches de Pfeffer, Schmitz, Barcianu, recherches qui,
bien que ne se rapportant qu'à l'ovaire, n'en intéressent pas
moins notre sujet.
A. G. Garcin. — Sur le frtiit des Solanées. 109
Récemment M.Strasburger, dans son Botanische Practicum,
a abordé tout particulièrement une phase de la question qui fait
l'objet de cette note. L'éminent botaniste décrit le développe-
ment de la baie de deux Solanées: la Morelle et laDouce-amère.
Il le fait avec une précision de détails remarquable. Néanmoins,
j'ai cru que, même après lui, on pouvait reprendre ce sujet, car
pour bien saisir l'origine des tissus, il est nécessaire de remonter
plus haut qu'il ne l'a fait dans le développement du carpelle même.
Les Solanées possèdent, on le sait, trois sortes de fruits : des
baies, des capsules, des pyxides. Ce que je me propose d'établir
dans cette note, c'est le développement comparé de ces divers
fruits et les homologues de leurs tissus respectifs. Je ne m'occu-
perai point du mode de déhiscence, pas plus que de lanatomie
et du système mécanique, les travaux de M. Leclerc du Sablon
nous ayant suffisamment éclairés sur ce point.
Pour se rendre un compte exact de l'histologie et du déve-
loppement du fruit des Solanées, il est indispensable de choisir
un certain nombre de types ; nous en prendrons quatre : Solonum
citrullifolitim , Capsicum annuum, Atropa Belladona, Pétunia
violacea. Dans cette étude, nous avons constamment employé le
système des coupes transversales en série, contrôlées par les
coupes longitudinales, l'épaisseur variable de la paroi suivant la
hauteur où est pratiquée la section pouvant facilement induire
en erreur.
A. — Solanum citrullifolium.
Famitzin, dans son travail sur les feuilles, montre que tous
leurs tissus proviennent de quatre assises situées entre les deux
épidermes. Le carpelle n'étant qu'une feuille modifiée, nous
avons recherché ces initiales. Ces assises sont-elles originaire-
ment autonomes ? Proviennent-elles d'une seule assise, de deux
ou de trois ? C'est ce que nous ne chercherons point à élucider
dans cette note. Ce point est d'ailleurs éclairci par nous pour un
assez grand nombre de carpelles ; nos résultats seront publiés
dans une étude ultérieure. Quoi qu'il en soit, nous avons pris
pour point de départ les quatre assises décrites par Famitzin.
Nous les nommerons, en allant de l'extérieur vers l'intérieur,
(fig. 1) : (a) hypodermiqtie externe , (b) moyenne externe,
(c) moyenne interne, (d) hypodermique interne.
Fig. i.
uo JOURNAL DE BOTANIQUE
Ces quatre assises semblent alterner assez régulièrement ;
leurs cellules sont remplies d'un protoplasma granuleux et pos-
sèdent de volumineux noyaux. Si l'on sectionne une série d'o-
vaires de plus en plus âgés, on pourra suivre pas à pas le déve-
loppement des faisceaux. Le pre-
mier qui se forme est le faisceau
dorsal des carpelles (fig. i). C'est
de l'assise moyenne interne qu'il
tire son origine. Une des cellules
de cette dernière se divise en qua-
tre par deux cloisons cruciales,
les deux voisines en deux par une cloison tangentielle, puis la
segmentation se poursuivant aboutit bientôt à la formation d'un
procambium. En face de celui-ci, la paroi carpellaire fait saillie,
repoussée qu'elle est par la pression exercée par le faisceau en
voie de formation. A une petite distance de la face interne du
procambium, on voit tout d'abord apparaître une trachée, puis
deux, et les premiers tubes criblés externes ; enfin, le liber interne
se forme le dernier au dépens des cellules ménagées à la face in-
terne du procambium. Les autres faisceaux suivent la même
marche et se développent dans la même assise.
Pendant ce temps, les autres assises se sont allongées et ont
pris des cloisons tangentielles. La moyenne interne fait de même
entre les faisceaux. Ces dédoublements ne sont pas aussi régu-
liers que semble l'indiquer la description et varient suivant l'en-
droit de la préparation qu'on examine. Tel point présente une
cellule dédoublée, tel autre point de la même assise une cellule
indivise, mais deux fois plus grande. Il suffit de jeter les yeux
sur la figure 2 pour se rendre compte de ce fait. Jusqu'à la fécon-
dation, le nombre des cellules
s'accroît peu et, dans un bouton
prêt à s'ouvrir, il existe huit ou neuf
assises seulement. 11 est vrai que
dans certaines autres Solanées (le
Solamim Dukamara, par exem-
ple), le cloisonnement est bien
plus actif et amène la formation de 16 à 17 assises, dont 8 environ
proviennent de l'hypodermique externe , 4 de l'hypodermique
interne, 2 de la moyenne externe et 2 de la moyenne interne.
■g. 2.
A. Ci. Garcin. — Sur le fruit des Solanées. ni
Mais, à partir de la fécondation, des transformations actives
se font sentir. L'hypodermique interne se divise assez peu, les
moyennes prennent aussi quelques rares cloisons, mais c'est de
l'hypodermique externe que provient la plus grande partie de la
paroi et partant de la chair. Chacune des cellules qui en dérivent
s'allonge et prend une cloison tangentielle. Ce mécanisme con-
tinuant très régulièrement, il en résulte sous l'épiderme externe
un massif présentant le faciès d'un puissant cloisonnement subé-
reux. Finalement, on arrive à une trentaine d'assises, dont envi-
ron 7 ou 8 viennent de l'hypodermique interne, 3 ou 4 de la
moyenne interne, 3 ou 4 de la moyenne externe, 14 à i7 de l'hy-
podermique externe.
D'autres Solanées multiplient davantage leurs cellules. Ainsi,
le Solanum robiistum compte dans sa paroi une cinquantaine
d'assises dont 15 a 16 proviennent de l'hypodermique interne.
Si nous coupons le fruit adulte, nous voyons que les graines sont
entièrement noyés dans une pulpe abondante, et l'on est en droit
de se demander d'où provient cette chair. M. Strasburger, qui
l'a étudiée dans le Solanum nigrum, dit qu'elle est le résultat de
la soudure de prolongements de deux ordres : les uns venant de
la paroi, les autres du placenta. Après nous être assuré qu'elle
se forme ainsi dans toutes les Solanées qui présentent ce phéno-
mène, nous l'avons examinée de plus près : c'est de l'hypoder-
mique interne que proviennent les prolongements, aussi bien les
placentaires que les pariétaux.
Dans la paroi correspondant aux intervalles que laissent entre
eux les ovules, des cloisonnemements très actifs se produisent
dans l'assise ci-dessus, à la suite desquels apparaissent des lames
limitant des sortes d'alvéoles qui coiffent les ovules . Puis la por-
tion de la même assise comprise dans le placenta envoie à son
tour des prolongements vers les précédents, et bientôt les deux
systèmes, se soudant par leur épiderme, forment un tout con-
tinu. Ces phénomènes achevés, tout cloisement cesse, et c'est dé-
sormais par amplification des cellules que le fruit atteint son vo-
lume définitif. Finalement, le fruit adulte présente, en allant de
l'extérieur vers l'intérieur : i° un épiderme résistant; 2 des cel-
lules tangentiellement allongées et présentant des épaississe-
ments collenchymateux ; ce tissu fait insensiblement place à :
3 un massif de cellules très grandes, à parois minces, laissant
ii2 JOURNAL DE BOTANIQUE
entre elles de volumineux méats, qui s'étend jusqu'à l'épiderme
interne ; c'est dans son épaisseur que sont logés les faisceaux ;
4° l'épiderme interne.
« B. — Capsicum ammum.
Le Capsicum adulte ayant été l'objet d'une étude de M. V.
Bonnet, je m'occuperai presque exclusivement de son dévelop-
pement en partant des quatre assises initiales décrites. Dans la
moyenne interne s'organisent les faisceaux. Le jeu de l'hypo-
dermique externe et des moyennes est identique à ce que nous
avons vu dans le cas précédent, mais l'hypodermique interne se
comporte d'une façon toute particulière. De bonne heure cha-
cune des cellules de cette assise se dédouble par une cloison
tangentielle et forme ainsi 2 assises superposées (fig. 3 et 4).
Eig. 3. Fig. 4.
Toutes les deux grandissent radialement et tangentiellement,
mais tandis que les cellules de l'assise a se cloisonnent comme
celles de l'hypodermique externe, les cellules de l'assise P de-
meurent indivises et par le fait acquerront des dimensions énor-
mes. Au moment de la fécondation, nous trouvons quinze à vingt
assises de cellules dont huit à neuf proviennent de l'hypodermi-
que externe. Le cloisonnement interne se continue encore quel-
que temps après la fécondation, mais il est peu actif et s'arrête
bientôt; le cloisonnement de l'hypodermique externe est celui
qui persiste le plus longtemps.
Tardivement on voit l'épiderme interne entrer à son tour en
jeu (fig. 5). Les grosses cellules sous-jacentes, en grandissant, ar-
rondissent leur paroi interne, de sorte que, si rien n'y remédiait,
il se formerait entre elles et l'épiderme de grands méats triangu-
laires. Mais l'épiderme, en se sectionnant, produit un tissu com-
blant qui se présente dans l' endroit de la plus grande épaisseur
A. G. Garcin. — Sur le Jruit des Solane'es. 113
sur trois ou quatre rangs. Les cellules épidermiques situées dans
Taxe des grandes cavités ne se sectionnent pas et finissent par se
solidifier ; les autres restant molles.
Le fruit mûr du Capsicum annuuin
montre, en allant de l'extérieur vers l'in-
térieur : i° Un épiderme ; 2 quatre ou cinq
assises de cellules collenchymateuses ; 3"
un parenchyme puissant dans lequel cou-
rent les faisceaux libéro-ligneux ; 4 vers Fi
la face interne, d'immenses cellules réunies
à leur face profonde par des massifs cunéiformes de petites
cellules provenant de l'épiderme; 5 l'épidémie interne, scléreux
en face des cavités, mou dans leusr intervalles .
C. — Atropa Belladona.
Des quatre assises cellulaires, deux se comportent d'une fa-
çon toute autre que dans les plantes précédentes. Elles ne se di-
visent pas ; à peine prennent-elles accidentellement une cloison,
La moyenne interne se dédouble; quant à l'hypodermique in-
terne, elle, donne environ six couches de cellules, de sorte que
les faisceaux, comme toujours organisés dans la moyenne in-
terne, sont par le fait rejetés vers la partie extérieure du car-
pelle. Tout cela se passe bien avant la fécondation. Lorsque cet
acte est accompli, tout cloisonnement a cessé, et c" 1 est unique-
ment par amplification des cellules que le fruit se développera.
Aussi est-on surpris, en coupant une baie mûre de Belladone,
de n'y trouver que 8 à 9 épaisseurs de cellules. Dans le fruit
adulte, nous ne trouvons plus ces quelques assises collenchy-
mateuses sous-épidermiques qu'on voit dans presque toutes les
baies des Solanées ; les alvéoles charnues entourant les graines
manquent également. Toutes les cellules ont leurs parois minces.
Plus petites près de l'épiderme externe, elles vont en augmen-
tant de volume en avançant vers l'intérieur et diminuent de nou-
veau en se rapprochant de l'épiderme interne.
D. — Pétunia violacea.
Le point de départ est encore le même ; la moyenne interne
donne toujours les faisceaux. L'hypodermique interne ne tarde
i,4 JOURNAL DE BOTANIQUE
pas à se dédoubler, la moyenne interne fait de même. Quant aux
autres, elles peuvent prendre accidentellement une cloison, mais
presque constamment elles ne le font pas, de sorte qu'au moment
de la fécondation, la paroi ne possède que 6 ou 7 assises entre
les épidermes. Bien avant ce moment, tout cloisonnement a cessé
et l'acte générateur ne pourra le réveiller.
Si, après la fécondation, nous faisons agir sur nos coupes la
teinture d'iode, nous voyons que l'amidon, disparu de presque
toutes les cellules, s'est localisé dans les deux ou trois assises
provenant du cloisonnement de l'hypodermique interne. L'épi-
derme interne en possède également. Cette réserve amylacée est
bientôt employée à l'épaississement des parois des cellules qui
la contiennent. En effet, ces dernières prennent rapidement un
aspect collenchymateux et, plus tard, se lignifient pour former
le système mécanique de la capsule. A mesure que cette diffé-
renciation s'accomplit, l'amidon est peu à peu résorbé et l'état
définitif coïncide avec sa disparition complète. La cellule ligni-
fiée meurt alors ; en vain y chercherait-on le protoplasma pa-
riétal ou le noyau.
Le fruit mûr présente de dehors en dedans : i° un épiderme
externe ; 2 quatre assises de cellules à parois minces, elliptiques,
et contenant de la chlorophylle ; 3 deux assises de cellules li-
gnifiées, parfois trois; 4° un épiderme interne également lignifié.
Les faisceaux se rencontrent dans la dernière couche molle.
Le Tabac présente le même développement.
La Jusquiame montre un faciès différent suivant qu'on consi-
dère le couvercle de la pyxide ou sa partie inférieure. Dans les
deux régions, le cloisonnement antérieur à la fécondation est le
même, il est identique au cas précédent ; mais tandis que dans la
coupe les assises provenant de l'hypodermique interne restent
molles, l'épiderme seul se lignifiant, dans le couvercle ces assises
s'épaississent ainsi que l'épiderme.
CONCLUSIONS
En résumé, dans le fruit des Solanées, tous les tissus provien-
nent de quatre assises cellulaires, la moyenne interne donnant
toujours les faisceaux. Les cloisonnements peuvent être nom-
breux comme dans le Solanum robustum ou presque nuls comme
dans le Pétunia. Mais le fait le plus important qui ressort de
E. Roze. — La Flore parisienne au commencement du XVII e siècle. 115
cette note, fait qui peut être généralisé et étendît aux autres
familles, est le suivant :
Dans certains fruits, le nombre définitif des cellules est entiè-
rement atteint avant la fécondation, c'est-à-dire que l'ovaire,
pour se transformer en fruits, ne fera qu'amplifier la dimension
de ses cellules sans les multiplier.
Dans d'autres, au contraire, l'ovaire adulte ne possède qu'un
nombre restreint d'assises, comparativement à celui que doit
posséder le fruit : c'est donc surtottt après la fécondation que se
produisent les cloisonnements les plus intenses.
Les fruits secs appartiennent au premier type, cela n'a rien
qui doive surpendre, mais le fait curieux est de voir certaines
baies volumineuses, celles de la Belladone, par exemple, se com-
porter de même.
Le plus grand nombre de fruits charnus des Solanées ren-
trent par contre dans le second type.
Le tableau suivant résume les faits que nous venons d'ex-
poser :
! augmente la division de ses ( Capsule. — Pétunia, Tabac, etc.
éléments < Pyxide. — Jusquiame.
sans en accroître le nombre (Baie. — Belladone, etc.
augmente la dimension de ( Baie. — Solarium nigruni, S.
ses éléments après < citrullifolium, S. robustum,
en avoir accru le nombre' etc.
LA FLORE PARISIENNE
Au commencement du XVII" siècle
d'après \J Eiichiridium botanicum parisiense de jacob cornuti (Suite)
Par M. Ernest ROZE
Verbénacées.
Verbena officinalis L. (* Verbena et Verbena Diosc). B. de Boulogne et
Croix-Faubin (Charonne).
Globulariées.
Globularia vulgaris L. (Globularia Mpnspeliensis). Butte de Sèvres.
Plombaginées.
Armeriaplantaginea Willd.(i ){Caryop/tyllus montanus). Meudon, in dumetis.
— — {Statice Daleckamp.). Montfaucon.
1. a Memini colligere in regio illo vivario Madritiana silva vulgo nuncupato,
secundo ab urbe Lutetia miliari, unde erutum amicis in Belgicam mittebam. »
(Clt(sius,.Uist. p. 2 8 y.)
n6 JOURNAL DE BOTANIQUE
Plantaginées.
Plantago major L. {^Plantago major). Meudon, in apricis locis.
— média L. {Plantago incana). Ibi d.
lanceolata L. (' 'Plantago minor s. quinquenervià). Meudon, in
pratis irriguis.
Plantago arenaria Waldst. ( *Psyllium majus et minus). Pré St-Gervais.
— Coronopus L. {* Coronopus silvestris et Coronopus repens Rtiel-
lij). Vincennes, in si/vis.
Amaranthacées.
Amaranthus Blitum DC. (*Blilum). Per margines viarum.
Salsolacées.
Chenopodium Vulvaria L. {*Atriplex olida). Inter segetes.
album L:? (*Atriplex vulgaris). Per margines viarum.
— urbicum L. (Alrip/ex s. Pes anserinus). Id.
Bonus Henricus L. ( * Tota bona s. Bonus Henricus, et Spi-
nacia silvestris). Meudon, in apricis locis.
Polygonées.
Rumex Acetosella L. (*Oxal/s vervecina). Meudon, in apricis locis.
— Hydrolapathum Huds. {Hydrolapatluiiu majus). Porte St-Antoiue,
in aquis stagiiautibns.
Polygonum Persicaria L. (Persicaria utraque, maculata et immaculata).
Gentilly, in praio, sec. rivulum.
Polygonum Hydropiper L. (Hydropiper s. Persicaria urens). Ibid.
— aviculare L. {Polygonum). Per ntargines viarum.
— Convolvulus L. (i) (Helxine Cissampelos altéra^ triplicis efji-
gie). Chat, de la Chasse, intcr silvas.
Polygonum Fagopyrum L. (*Fagopyrum Dodouœi, vulgo Bled sarrazin).
Varenne-St-Maur, in campo.
Santalacées.
Thesium linophyllum L. (2) (Anouymos Lini folio Clus. non Cornuti).
Daphnoidées.
Daphne Laureola L. (*Dapkuoides s. Laureola). Chat, de la Chasse, inter
silvas.
Aristolochiées.
Asarum europa;um L. (*Asarum). St-Prix.
Aristolochia Clematitis L. (Aristolocliia Clematitis). Ivry, per vineas-.
Euphorbiacées.
Euphorbia helioscopia L. ( Tithy malus kclioscopius). Vincennes, in silvis.
— Cyparissias L. (Tit/ty malus Cyparissias). Ibid.
— Esula L. (Esula minor). Varenne St-Maur, in campo.
1. Polygonum dumetorum G.
2. « Memini et Madritiana silva, secundo ab urbe Lutetia miliari, cum Lino
silvestri, Hyacinthoque autumnali minore colligere. » (Clusius. Hist.p. 324).
E Roze. — La Flore parisienne au commencement du XVII" siècle. 1 17
Euphorbia Peplus L. (Peplus s. Esula rotunda). Aubervilliers.
— exigua L. (Titliy malus leptopkyllos). Chat, de la Chasse, inter
silvas.
Euphorbia exigua L. (1) (Titkymalus leptopkyllos). Pré St-Gervais.
— — {Euphorbia exigua Tragi). Aubervilliers.
— amygdaloides L. (* Titl/ymalus Ckaracias). Meudon, in sylvis
majoribus.
Euphorbia Lathyris L. (Cataputia major). B. de Boulogne.
Mercurialis annua L. {Mercurialis mas et fœ mina). Per margines viarum.
— perennis L. (Cynocrambe s. Merctirialis silvestris). Chat, de la
Chasse, inter silvas.
Urticées.
Urtica urens L. {Urtica minor s. gr.vca). Per margines viartim.
Parietaria officinalis L. (*Parietaria). Id.
Humulus Lupulus L. (* 'Lupus saliclarius). Meudon, in dumctis.
— — (Lupus saliclarius s. Lupulus). St-Prix.
Ulmacées.
Ulmus campestris L. [Ulmus. — Orme). St-Prix.
Juglandées.
Juglans regia L. {Nux Juglans). Montmorency.
Cupulifères.
Fagus sylvatica L. (*Fagus). Chat, de la Chasse, inter silvas.
Castanea vulgaris Lam. ( *Castanea). lbid.
Quercus Robur L. (*Querc/is vulgaris). Ibid.
Corylus Avellana L. (*Corylus). St-Prix.
Carpinus Betulus L. (*Carpiuus). Id.
Salicinées.
Salix alba L. (*Salix). Montmorency, in stagnantibus aquis.
Populus alba L. (*Populus alba). St-Prix.
— nigra L. (* Populus nigra). Id.
Bétulacées.
Betula alba L. (*Betula. — Boulleau). St-Prix.
Alnus glutinosaGsertn.(*^////« aquatica). Gentilly, in prato, sec. rivulum.
MONOCOTYLÉDONÉES
Alismacées.
Alisma Plantago L. (*Plantago aquatica). Gentilly, in prato, sec. rivulum.
Butomus umbellatus L. (*Juncus Cyperoides Jloridzis, paludosus). Ibid.
Hydrocharidées.
Hydrocharis Morsus-Ranae L. (Morsus Ranas). Montmorency, in stagnan-
tibus aquis.
1. Euphorbia Gerardiana G.
n8 JOURNAL DE BOTANIQUE
Potamées.
Potamogeton natans L. (* Potamogeton Persicarias folio). St-Cloud, sec.
ripas Sequanas.
Potamogeton perfoliatus L. [Potamogeton perfoliatum). Ibid.
Iridées.
Iris germanica L. {*Iris vulgaris). In maceriis. [Planté.]
— Pseudo-Acorus L. [*Acorus nostras palustris). {Gentilly, in prato,
sec. rivulum.
Colchicacées.
Colchicum autumnale L. [* Colchicum vulgare et Colchicum amaranthino
flore.) Palaiseau, in pratis.
Amaryllidées.
Galanthus nivalis L. ! (i) {Leuco-Narcissolirium minimum). Montmartre.
[Planté?]
Narcissus Pseudo-Narcissus L. (JVarcissus luteus silvestris Dodonasi). Vin-
cennes, Couv. des Minimes.
Orchidées.
Orchis maculata L. (*Serapias montana maculatis foliis). Meudon, in silvis
majoribus.
Orchis latifolia L. (*Serapias palustris latifolia). Gentilly, in prato, sec.
rivulum.
Orchis ? [Satyrij multas species, folio maculato aut non- maculato).
Meudon, in pratis irrigtiis.
Loroglossum hircinum Rich. ( * Tragorchis s. Testiculus hircinus). Meudon,
in editioribus locis.
Ophrys aranifera Huds. {Orchis sphegodes c. Gemmas obscuris floribus).
Vincennes, z» silvis. •
Ophrys Arachnites Willd. [Orchis sphegodes Cornelij Gemmas rubentibîis
florum alis). Butte de Sèvres.
Spiranthes aestivalis Rich. [Orchis spiralis odorat, c. Gemmas). Fontaine-
bleau.
Neottia ovata Rich. (*Bifolium s. Ophrys). Meudon, in pratis irriguis.
Epipactis latifolia Ail. ( *Elleborine s. Epipactis flore viridi major). Ivry,
in silvis domesticis.
Epipactis palustris Willd. [*Elleborine pratensis flore rubicundiore). Meu-
don, in pratis irriguis.
Limodorum abortivum S\v. [Limodorum). Vincennes, in silvis.
Asparaginées.
Asparagus officinalis L. (* Asparagus domesticus) . Aubervilliers.
Polygonatum vulgare Desf. [* Polygonatum mas). B. de Boulogne,
multiflorum AU.? {* Polygonatum terlium Clusii). Id.
Paris quadrifolia L. (*Solanum tetraphyllon s. Herba Paris). Meudon, in
pratis irriguis.
i. Ornithogalum umbellatum G.
E. Roze. — La Flore parisienne au commencement du XVII" siècle. 119
Ruscus aculeatus L. (*Bruscus). Meudon, in sylvis major ibus.
— (Bruscus s. Myrtus aculeata). St-Prix.
Dioscorées.
Tamus commuais L. {*Tamus s. Siçillum Beata? Maria;). Meudon, inedi-
tioribus locis.
Liliacées.
ScillaautumnalisL. (1) (* Hyacinthus stellaris autumnalis). B. de Boulogne.
Endymion nutans Dum. [E. non scriptus Garke.] Hyacinthus non scriptus
Dodonœi). Meudon, in silvis majoribus.
Muscari comosum Mil!. (* Hyacinthus comosns). Inter segetes.
racemosum DC. {* Hyacinthus botryoides s. comosus minor). Mont-
martre.
Allium ursinumL. [^Allium ursinum). Chat, de la Chasse, inter silvas.
vineale L. (*Ampe loprason) . Meudon, in apricis locis.
Scorodoprasum L. {*Moly serpentinum). Chat, de la Chasse, inter
silvas.
Ornithogalum pyrenaicum L. ( *Asphodelus Hyacinthimis forte Galleni).
Ibid.
Ornithogalum umbellatum ~L.(* Ornithogalum flore albo). Varenne St-Maur,
in campo.
Gagea arvensis Schultes (Omithogalum flore luteo). Ivry, in novalib-ts,
primo vere.
Phalangium Liiiago Schreb. ( *Phalangium non ramosuni). Butte de Sèvres.
ramosum Lam. (*P/talaugium ramosum). Id.
Joncées.
luncus effusus L. (2) {Juncus lœvis vulgatus). La Barre, juxta salicta.
articulatus L. [Gramen junceum palustre articulato folio Bauhini).
Gentilly, in prato.
Luzula campestris DC? (Gramen villosum). Meudon, in pratis irriguis.
nivea DC? {Gramen Leucanthemum Dodomei). Meudon, in silvis
majoribus (3). r -
Typhacees.
Sparganium ramosum Huds. (* Sparçranium s. Butomos Theophrasti).
Gentilly, in prato sec. rivulum.
Sparganium simplex Huds. [Sùarganij secunda species). Ibid.
Aroïdées.
Arum maculatum L. (*Arum officinarum s. Pes vituli.) Meudon, in editio-
ribus locis.
1. a ... Sub initium Septembris, eruebam... Madritiana Parisiorum silva, ea
parte qua ad Bononiense cœnobium vergit, arenoso solo et salebroso. » (Clusius,
Hist.p. 185.)
2. Juncus communis G.
3. Cornuti a dû se tromper ; il aurait dû écrire : Gramen Leucanthemum Da-
leckampii. Les Bauhins et Tournefort n'ont aucun synonyme de Gramen Leucan-
themum Dodonasi.
120 JOURNAL DE BOTANIQUE
Cypéracées.
Cyperus longus L. ? (*Cy pet-us lougus odoratior). Gentilly, inprato sec. ri-
vulum.
Eriophorum polystachion L. (Gramen bombycinum). Meudon, in pratis ir-
riguis.
Carex acuta L. (Gramen Cyperoides). Ibid. et Gentilly, in prato.
Graminées.
Alopecurus pratensis L. (Gramen Phalarioides). Gentilly, in prato.
Panicum sangriinale L. (i) (Ischsemon s. Galli crus ApuleiJ). Inter segetes.
— — * {Ischsemon vulgaré). Id.
Aira canescensL.? {Gramen exile durius). Pré Saint-Gervais.
Avena fatua L. (.Egylops Bromoides) . Inter segetes.
Arrhenatherum elatius M. et Koch var. bulbosum. (Gramen nodostim bulbo-
sum). Varenne St-Maur, in campo.
Poa pratensis L. ou P. annua L. (Gramen pratense). Per margines viarum.
Briza Eragrostis L.? {Gramen paniculosuni). Gentilly, in prato (2).
Bromus sterilis L. (Bromos s. sterilis Avena). Inter segetes.
Hordeum murinum L. (Hordeum spontané um spurium). Per margines
viarum.
Triticum rcpens L. (Gramen canin um). Inter segetes.
Lolium perenneL.? (*Lolium). Per margines viarum.
— temulentum L. (*Lolium). Inter segetes.
? [Millefolium tuberosum, qiiod tertio è satu anno in hortis nostris
dégénérât.) B. de Boulogne.
[A suivre.)
1. Panicum Crus-galU G.
2. Glyceria aquatica G. Nous pensons que Cornuti aurait dû écrire : Gramen
paniculosum phalarioides, ce qui répond à Briza Eragrostis L. — « ... Memini
etiam id graminis genus observare et colligere Parisiensi agro, non procul a
trajectu Sequanae, qui fere est ex adverso monasterii vulgo dicti Les bons hommes,
secundum semitas frequentissimum, ubi a rusticis non Chien-dent, sed Amourettes
appellatur, ob panicularum, ub opinor, elegantiam. » (Clusius, Hist.p. ccxviij.^
CHRONIQUE
Nous avons le regret d'annoncer à nos lecteurs la mort 'de deux fervents
botanistes, MM. Ed. Timbal-Lagrave et Jeanbernat.
M. le Comte de Solms Laubach vient d'être nommé professeur à l'Université
de Strasbourg, en remplacement de M. de Bary.
M. J. B. Balfour a succédé à M. le professeur Dikson à Oxford.
Le cours de M. Bureau au Muséum est suspendu à l'occasion des fêtes de
Pâques et reprendra le samedi 14 avril à deux heures.
Le Gérant ; Louis Morot.
Paris — J Mefscfc, Unr . 22. pi. Dânfert- RocbereàB.
2 e ANNEE N» 8 16 AVRIL 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
NOTICE SUR LES PLANTES FOSSILES
DES
GRÈS TERTIAIRES DE SAINT-SATURNIN (Maine-et-Loire)
Par M. l'Abbé BOULAY
Desvaux avait recueilli autrefois des spécimens de plantes
fossiles dans la plupart des gisements tertiaires de Maine-et-Loire,
mais il n'a rien publié sur ce sujet. Millet de la Turtaudière, qui
l'avait accompagné dans ses explorations et s'occupait spéciale-
ment de paléontologie, donne sur ces végétaux fossiles des
approximations qui, même à l'heure présente, ne sont pas dé-
pourvues de tout intérêt. Il avait saisi la physionomie tropicale
de la flore de ces grès et ses déterminations permettent de re-
connaître la plupart des espèces qu'il avait en vue. Il en signale
huit, en particulier, pour la localité de Saint-Saturnin, qui fait
seule l'objet de cette notice (i).
En 1877, les Recherches de M. Crié sur la végétation de
l'Ouest de la France à l'époque tertiaire marquent un progrès
considérable dans cette direction (2). Il semble toutefois que les
matériaux mis en œuvre par l'auteur lui soient venus principale-
ment de la Sarthe et en proportion beaucoup moindres de Maine-
et-Loire. A une date plus récente, M. Crié a mis à profit des
matériaux importants provenant de Cheffes et communiqués
par MM. Bouvet, Gallois et Préaubert (3).
Une ligne presque droite, partant de Cheffes et aboutissant
à Baugé, passe par Etriché, Montreuil-sur-Loir, Soucelles, Sei-
ches et Beauvau, en sorte que les localités de Maine-et-Loire au»
1. La Paléontologie de Maine-et-Loire, par P. A. Millet, Angers, 1854, pp.
126 et suiv.
2. Ann. des Se. géol., t. IX, 1877, 72 p. et 16 pi.
3. Crié : Essai descriptif sur les plantes fossiles de Cheffes (Maine-et-
Loire). Bull. Soc. d'Et. scientif. d Angers, 1884, pp. 402 et suiv.
122 JOURNAL DE BOTANIQUE
nord du fleuve qui ont fourni des empreintes fossiles sont com-
prises dans une bande étroite parallèle à la Loire. Au sud, se
trouvent Saint-Saturnin et Gennes, qui laissent entrevoir une
autre bande parallèle à la première.
Dans le courant de l'année dernière, grâce aux actives re-
cherches de M. l'abbé Hy à Gennes et surtout à Saint-Saturnin,
j'ai été mis en possession d'une belle série de spécimens pré-
parés et de blocs fossilifères que j'ai pu étudier à loisir.
Le village de Saint-Saturnin, situé à 13 kil. sud-est d'Angers,
occupe le sommet d'un coteau qui domine la Loire de 67 mètres.
La masse principale du monticule appartient au crétacé moyen
(cénomanien), couronné par un mince dépôt en place de grès
éocènes. Par sa dislocation, la couche gréseuse a donné nais-
sance à des blocs qui ont glissé de tous les côtés sur la pente, au
nombre de plusieurs milliers. Un seul de ces blocs, de grandes
dimensions, il est vrai, s'est trouvé fossilifère jusqu'ici. Il n'y a
d'empreintes que vers la face inférieure sur une zone d'épaisseur
variable.
La sédimentation et le dépôt des feuilles et objets divers,
fruits, tiges et branches cassées de toutes dimensions, se sont
opérés dans des conditions assez irrégulières, sous les eaux sans
doute peu profondes et fréquemment agitées d'un estuaire.
Millet dit de ces grès qu'ils sont toujours sans coquilles.
M. Crié dit également que ces grès ne renferment aucun fossile.
En débitant un des blocs de Saint-Saturnin, j'ai recueilli plu-
sieurs petits Ostrea dans un lit à éléments roulés plus grossiers
que le reste, mais au contact presque immédiat des feuilles fos-
siles et sans aucune zone de démarcation. Je n'entrerai dans
aucune considération générale de stratigraphie au sujet des grès
de Saint-Saturnin. Ils sont évidemment de même âge que ceux
de Cheffes et des autres localités de Maine-et-Loire et de la
Sarthe étudiées par M. Crié. On pourra consulter sur ce sujet les
Recherches du savant professeur de Rennes et les Observations
de M. T. S. Gardner sur la formation éocène de l' Angleterre (1),
où les assises du Bagshot moyen, de Bracklesham, etc., sem-
blent correspondre aux grès de l'Ouest en France. M. Gardner
a commencé, dans les mémoires de The palseontographical
1. Bull. Soc. géol. de France, 3 e sér., t. 11 (1882-1883), pp. 195 et suiv.
Abbé Boulay. — Plantes fossiles de Saint-Saturnin (Maine-et-Loire). 123
Society, la publication d'une flore éocène de l'Angleterre, qui ne
nous laisserait à peu près rien à glaner, si elle était achevée (1).
Énumèration des plantes fossiles des grès de Saint-Saturnin
et de Gennes.
CRYPTOGAMES
CJiaracces.
1. Ghara Fyeensis Crié, Ami. se. gcol., t. IX, p. 21, pi. 8,
f. 1.
Sur la même plaque une tige avec nœud, duquel partent cinq à sept
ramules, et d'autres empreintes grêles, moins bonnes. Le nom géné-
rique ne constitue qu'une approximation ; des sporocarpes mûrs seraient
nécessaires pour donner plus de consistance à cette détermination.
Fougères.
2. Aneimia suberetacea Gard. Brit. eoc. FI., I, p. 45,
t. VIII et IX; Asplenittm suberetaceum Sap. FI. foss. Ses.,
pi. XXIII, f. 4.
Cette espèce est représentée à Saint-Saturnin et à Gennes par de
nombreux fragments qui ne laissent aucun doute sur leur assimilation
avec la plante de Bournemouth figurée par M. Gardner. Celle de Sé-
zanne dont je possède un beau spécimen a des lobes plus allongés avec
des lobules plus aigus; cependant la similitude est très grande, et on
peut considérer la plante de Maine-et-Loire et d'Angleterre comme
constituant une forme contractée subissant l'influence d'un climat plus
sec. YJAsplen. cenomanense Crié, signalé à Cheffes, a été décrit au
début sur des fragments très restreints qui ne permettent guère de s'en
faire une idée exacte.
3. Podoloma... (spec).
4. Glossochlamys... (spec).
Trois ou quatre fragments; ils suffisent pour montrer qu'ils appar-
tiennent bien à ce groupe de Fougères récemment décrites dans le
British eocen Flora, mais non pour asseoir avec certitude une détermi-
nation spécifique. L'un de ces échantillons correspond à la partie
moyenne du Glossochlamys transmuta/is Ett. a. Gardn. Un autre se rat-
tache mieux au Podoloma affine des mêmes auteurs. Un autre encore
indique un genre différent. Il y a donc des recherches nouvelles à faire
dans cette direction.
1. A monograph of the British eocene Flora. I, Filices, 1879, II, Gymnos-
permie, 1883-1886.
,24 JOURNAL DE BOTANIQUE
P H A N É R O G A M E S
Gymnospermes .
5. Cryptomeria Sternbergii Gardn. Brit. eoc. FI., II,
p. 85, t. XX et XXI.
Nombreux cônes applatis vus par le dos et correspondant bien aux
figures 2, 3, 4 et 5 de la pi. XXI ci-dessus. On trouve çà et là dans
les mêmes blocs, mais sans connexion avec les cônes, des fragments
de rameaux et de ramules qui vérifient exactement les figures de VArau-
caritcs Sternbergii données par Unger (Foss. FI. v. Sotzka. t. KL et IV),
par C. v. Ettingshausen (Eoc. FI. d. m. Promina, t. V et Foss. FI.
v. Hsering, t. VIII, f. 1, 6 et 7). Les branches figurées par M. Gardner
sous le nom de Cryptomeria Sternbergii (op. cit.) sont plus trapues,
plus épaisses, garnies de feuilles plus denses et plus étalées. La simi-
litude serait plus grande à l'égard du rameau de Doliosti obus Stern-
bergii (ib. t. XXII) . M. Crié n'indique pas de Gymnospermes à Cheffes.
UAraucarites Roginei Sap. An?i. se. géol. t. IX, pi. 14, f. 26-28, a des
feuilles plus larges et plus courtes, exactement imbriquées, incurvées
par une pointe mousse et courte. Cette espèce est indiquée par M. Crié
à Montreuil-sur-Loir.
6. Podocarpus eocenica Ung. Foss. FI. v. Sotzka, t. II,
f. 11-16; P. siiessionensis Wat. Plant, foss., pi. 32, f. 13-15;
Crié, Ami. se. géol., pi. 14, f. 32.
Feuilles rares, semblablesaux moyennes et aux plus petites figurées
par M. Crié; une autre, au contraire, longuement atténuée à la base et
au sommet- dépasse 7 centim. de long et 4 mm. de large au milieu. C'est
sans doute le P. s uessio7ien sis Wat. ; cependant c'est mieux encore le
P. eocenica Ung. et ce dernier nom a- la priorité. Mes spécimens, comme
d'ailleurs ceux que figure M. Crié, sont moins atténués aux deux extré-
mités que Watelet ne le représente; ils sont de forme plus plane, moins
carénée, particularités qui coïncident avec les figures d'Unger.
Monocotylédones .
7. Bambusa Fyeensis Crié, Ami. se. géol., p. 25, pi. 9,
f. 12.
Tiges assez fréquentes; les dimensions et les noeuds sont les mêmes.
— On trouve, dans les grès de Saint-Saturnin, de nombreux débris de
tiges et de feuilles qui semblent appartenir à des Graminées, à des Cy-
péracées ou à des Typhacées, mais dont la détermination même géné-
rique ne serait pas suffisamment appuyée.
8. Flabellaria Saportana Crié, Ami. se. géol., pi. 12, f. 24.
Fragments de lobes identiques à ceux qui sont figurés par M. Crié,
Abbé Boulay. — Plantes fossiles de Saint-Saturnin (Maine-et-Loire). 125
9. FI. Milletiana Crié {nomeii), Bull. Soc. (V Et. 1884^.404.
Rayons nombreux, près de 50 sur mon spécimen, par suite minces
et étroits à leur base, à carène aiguë; le pétiole atteint un diamètre de
20-25 nim. M. Crié rapprochant ses échantillons de Cheffes du FI. eoce-
nica Lesq. Tert. Flora, pi. XIII, f. 1 et 2 qui est en effet très semblable,
j'ai lieu de croire qu'il s'agit bien de la même espèce.
Dicotylédones .
MYRICACÉES
10. Myrica (Dryandroides) Meissneri Heer, FI. v. Sko-
pau, t. V, f. 12 et 15.
CC. Les feuilles moyennes s'appliquent très exactement à lafîg. 12
de Heer. Ces feuilles ont de même la base atténuée, des nervures se-
condaires courant en ligne droite ou presque droite, vers les bords, les
dents espacées de même et bien marquées, la texture coriace et lisse.
Ces feuilles moyennes mesurent 14-15 centim. de long et 20 mm. de large,
avec des nervures secondaires espacées de 7 à 8 mm. D'autres feuilles sont
notablement plus grandes, atteignant 25-28 mm. de large avec des ner-
vures distantes de 10-14 mm. Unger avait décrit auparavant (Foss. FI.
v. Sotska, t. XX) plusieurs Myrica (Dryandroides) dont le M. angus-
tifolia rappelle les petites feuilles et le M. hakeœfolia les grandes feuilles
du M. Meissneri; malheureusement la nervation n'est pas figurée et
nous manquons, pour trancher la question, d'un caractère important.
11. M. {Dryandroides) aemula Heer, FI. v. Skop., p. 9,
t. VI, f. I2 a .
CC. Bien distinct du M. Meissneri par les nervures secondaires
arquées, sortant de la médiane sous un angle droit et non aigu, puis
courbées ascendantes et ordinairement flexueuses; la surface de la feuille
paraît rugueuse et non lisse comme dans l'espèce voisine ; les dents sont
souvent difficiles à bien voir et en général moins aiguës ; les dimensions
varient à peu près dans la même mesure. Certaines feuilles, de longueur
inconnue, ont 30-35 et même 40 mm. de large ; les nervures secondaires
sont toujours distantes de 6 à 7 mm. Les figures de la pi. 15 et la plu-
part de la pi. 16 des Ann. se. géol. t. IX conviennent au M. Meissneri
et non au M. œmula, à cause de la direction des nervures secondaires.
12. M. long-if olia Ung. Foss. FI. v. Sotska, t. VI, f. 2;
M. Opàir, ib., f. 12-16 ; M. an
Par M. Ernest ROZE
PHANÉROGAMES GYMNOSPERMES
CONIFÈRES
Abiétinées.
Pinus sylvestris L. [*Pinus silvestris). Vincennes, in sylvis.
Juniperus communis L. (*/uniperus major et minor). St-Prix.
CRYPTOGAMES VASCULAIRES
LYCOPODIACÉES
Ophioglossées.
Ophioglossum vulgatum L. (* Ophioglossum). [Meudon, in praiis irriguis.
FOUGÈRES
Osmondacées.
Osmunda regalis L. (Osmunda regalis). Montmorency, in stagnantibus
aquis.
Polypodiacées.
Polypodium vulgare L. [*Poly podium murale et quercintim). Meudon, in
editioribus locis.
Aspidium aculeatum Dœll. (Fi/ix aculeata major). Meudon, in si/vis majo-
ribus.
Polystichum Thelypteris Roth? {Filix aquatica repens). Malzerbe (sic.)
— Filix mas Roth. (Filix mas). Meudon, in silvis majoribus.
Asplenium Trichomanes L. ( Trichomanes). St-Prix.
— Ruta-muraria L. (i) (*Salvia vita). Porte St- Antoine, in intersti-
tiis lapidum.
Scolopendrium officinale Sm. (*Phyllitis s. Lingua cervina). Ivry, inputeis.
Pteris aquilina L. (Filix fœmind). B. de Boulogne.
equisétAcées
Equisetum palustre L. (2) (Equisetum s. Hippttris). Montmorency, in sta-
gnantibus aquis.
1. Salvia pratensis G.
2. Equisetum Telmateja G.
P. Duchartre. — Asa Cray. 133
CRYPTOGAMES CELLULAIRES
MUSCINÉES
Hypnacées.
Hypnum fluitans Hedw.? (Muscus aquaticus ferulaceus). St-Cloud, mediis
in aquis Sequanœ.
Polytrichacées.
Polytrichum formosum Hedw. [Polylriclwn ^//Wt'z/j.Meudon, in silvis ma-
joribus.
ALGUES
Characées.
Chara fœtida A. Braun (Hippuris fœtens). St-Cloud, sub aquis Sequanas.
CHAMPIGNONS OU MYCÈTES
BASIDIOMYCÈTES
Hyménomycètes.
Fungd lamellati (Fuugi clypeif ormes). Vincennes, in silvis.
Ustilaginées.
Ustilago Carbo Tul. (Ustilagines segetum). Inter segetes.
— Antherarum Fr. (Saponaria altéra, pulvere nigro Jloris infesta).
Ivry, per vineas.
ASCOMYCÈTES
Morchellacées.
Morchella esculenta Pers. (Fungifavis similes, Gallis Morilles). Vincennes,
in silvis.
Lichens.
Cenomyce pyxidata Ach. (Muscus cyphoides). Meudon, in apricis locis.
— rangiferina Ach. (Muscus corallinoides). Ibid.
ASA GRAY
Par M. P. DUCHARTRE
Le mois de janvier dernier a été funeste à la Botanique : pendant
sa durée, à onze jours seulement d'intervalle, elle a perdu deux de
ses plus illustres représentants : de Bary, en Allemagne, le 19; Asa
Gray, aux Etats-Unis, le 30. Par la plume élégante de M. le docteur
Bornet, ce journal a déjà relevé les immenses services qu'a rendus à la
science des plantes le célèbre professeur de Strasbourg ; je vais, de
mon côté, essayer d'y retracer le plus succinctement possible la car-
rière scientifique du savant botaniste américain.
134 JOURNAL DE BOTANIQUE
Gray (Asa) était né, le 10 novembre 1810, (i) à Vauquoit, terri-
toire de Paris, comté d'Oneida, New -York, non loin d'Utica. Sa pre-
mière éducation subit un retard considérable. Son père, ayant établi
une tannerie, y employa l'enfant à un travail manuel, et ce fut seule-
ment vers 1 âge de douze ans qu'il l'envoya à l'école. S'étant ensuite
décidé à le diriger vers la carrière médicale, au bout de deux années,
il le fit entrer à l'Ecole de Médecine de Fairfield, et le jeune homme,
ayant poursuivi avec succès ses études dans cette voie, fut reçu doc-
teur en médecine, en 183 1, par conséquent à l'âge de vingt et un ans.
Ce fut là pour lui un simple titre honorifique, car jamais il n'a songé à
exercer la profession à laquelle il semblait s'être destiné.
Le goût pour la Botanique et l'amour des plantes prirent nais-
sance, chez Asa Gray, à la lecture d'un article de Y Edinburgh Ency-
clopéedia. Il avait alors dix-sept ans. Il se procura aussitôt l'ouvrage
de Eaton, Manu al of Botany for North America, et commença sans
retard à herboriser. Il a toujours gardé le souvenir de la première
plante qu'il put déterminer avec le secours de son Manuel. C'était le
Claytoiiia virginica, tel que le considérait Eaton. Sa vocation fut fixée
dès ce moment, et lorsqu'il eut obtenu le grade de docteur en méde-
cine, il chercha dans l'enseignement, d'abord de l'Histoire naturelle
en général, puis spécialement de la Botanique, les moyens de se livrer
sans réserve aux études pour lesquelles il avait une véritable passion,
et auxquelles il est resté fidèle pendant tout le reste de son existence.
A l'automne de 183 1, il fut chargé d'enseigner la Chimie, la Minéra-
logie et la Botanique à la Haute Ecole de Bartlett; puis, en 1S34, il
r
devint aide de Torrey au laboratoire chimique de l'Ecole de médecine
de New- York, et là commencèrent pour lui, avec ce savant, les rela-
tions intimes et la collaboration qui n'ont pris fin qu'en 1873, à la
mort de son ami. En 1S3S, il fut appelé à une chaire de Botanique à
l'Université, alors récemment créée, de Michigan; mais il n'accepta
cette position qu'à la condition expresse d'avoir d'abord une année de
congé. Il utilisa cette période de liberté en venant étudier, dans tous
les grands herbiers d'Europe, les plantes américaines qui s'y trou-
vaient. Ce fut pendant ce voyage qu'il fit, à Glascow, la connaissance
de Will. Hooker et surtout du fils de ce savant, qui est resté jusqu'au
bout son ami intime, et avec qui même il a fait plus tard de fructueuses
explorations.
L'université de Michigan ne possédant ni herbier, ni bibliothèque
qui lui permissent de mener ses travaux à bonne fin, Asa Gray ne
1. Les détails biographiques qui suivent ont été puisés dans une excellente
notice sur Asa Gray, publiée par M. J. Dana, dans The American Journal of
science, 3 e série, XXXV, cahier de mars 1888, p. 181-203.
P. Duchartre. — Asa Gray. 135
tarda pas à l'abandonner sans y avoir jamais professé, et, en 1842, il
fut appelé par le Harvard Collège à la chaire de Botanique ainsi qu'à
la direction du Jardin botanique de Cambridge. Il y professa jusqu'en
1872, époque à laquelle il prit sa retraite, tout en conservant la qualité
honorifique de professeur.
Asa Gray a fait en Europe plusieurs grands voyages dont le der-
nier a eu lieu en 1887. C'est pendant ce dernier qu'il fut nommé doc-
teur honoraire des Universités d'Oxford, de Cambridge et d'Edim-
bourg. Il était déjà correspondant de la Société royale de Londres, de
notre Académie des Sciences, section de Botanique, ainsi que de beau-
coup d'autres Académies et Sociétés savantes. Pendant toute la durée
de son excursion il ne cessa de jouir d'une parfaite santé, et il aurait
pu répéter alors, avec tout autant de raison, ce qu'une année aupara-
vant il écrivait à M. Dana : J'ai une vieillesse très confortable et heu-
reuse (I hâve a most comfortable and happy old âge). Néanmoins, ren-
tré en Amérique au mois d'octobre 18S7 et s'étant remis immédiatement
au travail, il fut frappé, le 27 novembre suivant, d'une attaque de para-
lysie qui le laissa dès cet instant inerte et sans parole. Enfin, il s'est
éteint doucement le 30 janvier 1888, dans la soirée, laissant, à ceux
qui l'ont connu, le souvenir des précieuses qualités morales qui l'ont
fait aimer de tous, et, dans le monde botanique, le juste renom de
professeur habile, de phytographe rigoureux, de travailleur infati-
gable.
L'œuvre botanique d'Asa Gray est considérable. Elle a été pour-
suivie pendant cinquante-trois années, sans autre interruption que
celles de ses voyages en Europe, pendant lesquels même il complétait
ses études pour des travaux déjà entrepris ou recueillait des éléments
pour de nouveaux travaux. Aussi, dans le cours de sa longue et labo-
rieuse existence, non seulement il a donné à la science des ouvrages
importants et de nombreux mémoires, mais encore il a fait paraître
dans divers journaux scientifiques beaucoup de simples notes ou ar-
ticles de peu d'étendue, qui ont été publiés les uns isolément, les au-
tres réunis plusieurs ensemble sous le titre général de Communications
bota.mques(Boianical Contributions). Ces notes se trouvent dans le Jour-
nal of Botany <\ç. Trimen, dans la Botanical Gazette, dans Y American
Naturalist, dans le Bulletin of the Torrey botanical Club, dans le
journal Nature, etc. Il serait au moins difficile, avec les seules res-
sources que nous offrent les bibliothèques parisiennes, d'en faire un
relevé complet.
Les nombreux écrits du célèbre botaniste américain ont eu pour
principal objet la flore phanérogamique, surtout celle de TAmérique
du Nord , dont il a considérablement avancé la connaissance ; mais on
136 JOURNAL DE BOTANIQUE
lui doit aussi de bons livres généraux destinés à répandre de saines
notions sur l'organisation des plantes et sur les phénomènes de leur
existence ; enfin il a publié quelques travaux relatifs à la philosophie
de notre science, particulièrement au Darwinisme dont il n'acceptait
les théories qu'avec certaines réserves.
Son premier mémoire botanique parut en 1834. Il avait pour sujet
les espèces du genre Rhynchospora Vahl qui croissent dans l'Amé-
rique du Nord, et il eut pour résultat de doubler le nombre de celles
qui avaient été signalées auparavant. Par une conséquence naturelle,
la parfaite connaissance qu'il avait acquise de ces Cypéracées l'amena
à en donner la description, ainsi que celle des Ceratoschœuus Nées,
qui en sont très voisins, dans le grand ouvrage de Torrey sur les Gra-
minées et les Cypéracées de l'Amérique, qui forme deux volumes pu-
bliés en 1S34 et 1835. Cette collaboration circonscrite en détermina
dès lors une plus complète qui s'étendit à un champ beaucoup plus
vaste.
En 1S24, Torrey avait publié le premier volume d'une Flore des
Etats-Unis, mais limitée aux parties septentrionales et moyennes de ce
grand pays. Après avoir fait paraître ce volume, qui renfermait l'his-
toire des plantes comprises dans les douze premières classes du sys-
tème de Linné, il avait arrêté la publication de l'ouvrage pour en pré-
parer une nouvelle édition qui devait embrasser l'ensemble de la végé-
tation des Etat-Unis. Il associa Asa Gray à son œuvre, et le résultat
de leurs efforts réunis fut la publication de la Flore de l'Amérique du
Nord [Flora of North America), dont il parut, de 1S38 à 1S40, un
premier volume consacré aux Dicotylédones polypétales, en 1S43, un
second volume allant jusqu'à la fin des Composées, mais qui n'a pas
été terminée.
En dehors de toute collaboration, Asa Gray a écrit ensuite succes-
sivement deux ouvrages généraux sur la Flore des Etals-Unis. L'un,
destiné aux herborisations et pour cela réduit à un volume in-S, a paru
en 1848, sous le titre de Manuel de la Botanique des Etats-Unis sep-
tentrionaux {A Manual of the Botany of the Northern United States) ;
il a eu quatre autres éditions dont chacune embrasse une plus grande
surface de pays, et dont la dernière, accompagnée de 20 planches, a
été publiée en 1868. L'autre est conçu d'après un plan beaucoup plus
large, mais malheureusement la mort de l'auteur en a empêché la ter-
minaison. Il est intitulé : Flore synoptique de l'Amérique du Nord
{Synoptical Flora of North America). Il en a paru un volume en 1S78,
un second en 18S4. Les deux réunis comprennent les Gamopétales
jusqu'aux Composées inclusivement.
Ces travaux sur l'ensemble de la végétation de l'Amérique du
P. Duchartke. — Asa Gray. 137
Nord ne sont pas les seuls qu'ait entrepris Asa Gray. En 1846, sous
le titre de Chloris boreali-americana , il avait fait paraître un fascicule
in-4 de dix planches coloriées qu'accompagnait un texte descriptif;
ce fascicule n'a été suivi d'aucun autre. Trois ans après, en 1840, il
commença la publication d'un magnifique ouvrage dans lequel il se
proposait d'illustrer, avec le concours d'Isaac Sprague, dessinateur
d'un rare talent, tous les genres de la Flore de l'Amérique du Nord
[Gênera Flores boreali-americana illnstrata); mais les frais considéra-
bles qu'entraînait l'exécution des nombreuses planches de ce livre es-
sentiellement iconographique ne lui permirent pas de le mener plus
loin que son second volume qui porte la date de 1849.
Obligé de me restreindre, je passerai sous silence les mémoires
dans lesquels le botaniste américain a décrit, soit des genres ou des
groupes plus étendus de la Flore des États-Unis, soit les plantes re-
cueillies tantôt par lui-même, tantôt par divers explorateurs dans des
parties de ce vaste pays qui étaient restées jusqu'alors peu ou pas con-
nues. Je laisserai également de côté, pour le même motif, les écrits dans
lesquels il s'est occupé de la distribution géographique des végétaux
nord-américains; et je terminerai cette notice en y mentionnant les
principaux d'entre les ouvrages par lesquels il a contribué plus que
tout autre à populariser parmi ses concitoyens la connaissance de l'or-
ganisation et de la vie des plantes.
Dès 1836, c'est-à-dire presque au début de ses publications, il avait
fait paraître un volume intitulé Eléments de Botanique {Eléments oj
Botany) qui eut un vrai succès. Il fut ainsi amené à en donner, en 1842,
une nouvelle édition remaniée, qui reçut même un titre différent, celui
de Botanical Text-Book. Trois autres éditions en ont paru plus tard
successivement. Suivant pas à pas la marche progressive de la science,
leur auteur en a sans cesse élargi le cadre, à ce point que la dernière
doit former trois volumes. Le premier de ces trois a seul été écrit par
Asa Gray ; il porte la date de 1879 et le titre de Botanique structurale
ou Organographie basée sur la Morphologie {Stricctural Botany or Or-
ganography on the oasis of Morphology) ; le second, dû à M. G.-L. Goo-
dale, et traitant de la Physiologie, a été publié en 1885; quant au
troisième, que rédige en ce moment M. W.-G. Farlow, il sera consa-
cré à la Cryptogamie.
Un autre ouvrage du même ordre qu'Asa Gray avait écrit pour pré-
parer en quelque sorte les élèves à se servir de son Manuel, a eu
comme celui-ci, cinq éditions dont la première date de 1868; il porte
le titre de Leçons élémentaires de Botanique et de Physiologie végé-
tale {Elementary Lessons in Botany and vegetable Physiology). Enfin
dans l'intervalle entre les dates de publication des deux livres dont il
138 JOURNAL DE BOTANIQUE
vient d'être question, en 1857, le savant américain n'avait pas dédai-
gné d'en écrire un dont le titre dit assez le but et le niveau : Premières
leçons de Botanique et de Physiologie végétale {First Lessons in Bo-
tany and vegeiable Physiology) .
Quant aux mémoires physiologiques d'Asa Gray, ils sont fort peu
nombreux, et ils constituent des œuvres de vulgarisation plutôt que
des travaux originaux. Je me bornerai à mentionner celui qui est inti-
tulé : Comment les plantes croissent (How Plants grow), en date de
185S, et celui beaucoup plus récent (1875) qui a pour titre : Comment
les plantes se comportent : {How Plants behavé)\ il est question dans
celui-ci des plantes insectivores, de la fécondation des Orchidées, du
dimorphisme, etc. J'y joindrai, bien qu'il ne se rattache pas aussi di-
rectement à la physiologie végétale, le travail sur la chimie de la vé-
gétation (The Chemistry of Végétation), dans lequel, en 1845, il a ré-
sumé de nombreuses observations dues à Dumas, Boussingault, Johns-
ton et Draper.
Pour terminer cette notice, dans laquelle il existe certainement
bien des lacunes, j'y donnerai une liste des principaux écrits d'Asa
Gray. Je me garde fort de présenter cette liste comme complète; pour
la faire telle, il aura fallu posséder des éléments qui me manquent.
Toutefois, j'ose dire que, telle qu'elle est, elle comprend à fort peu
près tous les travaux sur lesquels est basée la légitime renommée de ce
botaniste; d'ailleurs, Y American Journal of 'Science annonce, dans son
numéro de mars 1808 (p. 193), qu'il publiera prochainement l'énumé-
ration des écrits du savant américain ; celle-ci sera certainement assez
complète pour donner satisfaction à toutes les exigences botaniques
ou même purement bibliographiques.
Liste des ouvrages et des principaux mémoires d'Asa Gray.
A Monograph of the North American species of Rhynchospora (Armais
of the Lycœum of natur. Hist. of New York, 1834).
New, rare and otherwise interesting Plants of northern and western New
York (Ibid., 1834).
Eléments of Botany. In-8 de xiv et 428 p., fig. New York, 1836.
Melanthacearum Americae septentrionalis revisio ; 8°, 1837.
Remarks on the structure and affinities of the order Ceratophyllacese
(Annals of the Lycœum of natur. Hist. of New York, IV, 1831; p. 41-60).
Notice on europaean Herbaria (Amer.Journ. of Scien.,XL, 1841; 18 p.).
Torrey and Gray (Asa) : A Flora of North America, containing abridged
descriptions of ah the known indigenous and naturalized plants growing
north of Mexico. New York; 8°; I, 1838- 1840; II, 1843.
Notice of the botanical writings of the late C. S. Rafmesque (Amer.
Journ. of Scien., XL, 1841; 21 p.).
P. Duchartre. — Asa Gray. 139
Notes of a botanical excursion to the mountains of North Carolina
(Amer. Journ. of Scien., XLII, 1842, 49 p.).
The Botanical Text-book for collèges, schools and private students
(2 e édit. des Eléments of Botany) ; 8", New York; 1842.
The chemistry of végétation. New York, 1845; ^° de 4 2 P- (North Ame-
rican Review).
Chloris boreali-americana, decas 1,4° de 56 p., 10 tab. color. Cambridge;
1846.
Gênera Florae Americce boreali-orientalis illustrata; 2 in-8°, 1848, 184g,
230, 239 p., tab. 1-186 paris. Sprague.
A Manual of the Botany of the northern United States, from New England
to Wisconsin and south to Ohio and Pennsylvania inclusive. Boston and
Cambridge, 1848, 8° de lxxii et 710 p. — 2 d édition including Virginia,
Kentucky and ail east of the Mississippi. New York, 1856, 8° de xxvm et
739 p., 14 tab. — Edit. V, including the district east of the Mississippi and
north of North Carolina and Tennessee. New York, 1868 ; 8° de 701 p. , 20 tab.
Plantae Wrightianae Texano-neo-Mexicana;, anaccountofa collection ot
Plants made by Charl. Wright, in the summer and autumn of 1849, with
critical Notices and characters of other new and interesting Plants of adja-
cent régions; 4 . Part I, 1852, 146 p., tab. 1-10 ; Part II, Plants collected in
western Texas, New Mexico and Sonora, in the years 185 1- 1852 ; 1853,
119 p., tab. 11-14 (Smithsonian Contributions, III et V).
Botany of the United States Expédition, 1838-1842, under the command
of Charl. Wilkes. Philadelphie, 1854; 4 , 777 p.; 100 tab. in-folio.
Statistics of the Flora of the northern United States (Amer. Journal of
Scien., 1856 et 1857).
First Lessons in Botany and vegetable Physiology. New York, 1857;
8°, vu et 236 p.
How Plants grow ; a simple Introduction to structural Botany. New
York, 1858; 8°, 233 p., fig.
Account of the Botanical species collected in the Expédition of the
American squadron to the China Seasand ]apan, performed in 1852-1854
under the command of Commodore M. C. Perry; in Narrative, &c. Wash-
ington, 1856; 4°, vol. II, p. 203-352.
Account of the Botanical specimen-list of dried Plants collected in Japan ;
4 , 1859.
Report upon the Colorado River of the West, explored in 1857 and
1858 by Lieutenant Jos. Ives. Washington, 1861, 4 ; Part IV, Botany, 30 p.
Field, Forest and Garden Botany. 8°, 1868.
Plants of United States and Europe (Appendix to the Address to the
American Association, 1872).
Notes on Compositae and characters of certain Gênera and Species
(Proceed. of the Amer. Acad. of Arts and Scien. of Boston ; new séries, I,
1874).
Revision of the genus Symphoricarpus (Journ. of the Linn. Soc, XIV,
i875).
How Plants behave; 1875.
140 JOURNAL DE BOTANIQUE
Synopsis of N. American Thisler. Notes on Borraginaceae.
Synopsis of N. American species of Physalis. Characters of varions new
species (Proceed. of the Amer. Acad. of Arts and Scienc, new séries, II,
i8 7 5)-
Heteromorphism in Epigxa (Amer, journ. of Scienc, 1876).
Synopsis of North American Ribes (The American Naturalist, 1876).
Darvviniana, Essays and Reviews pertainingto Darwinismus; 8°, 376 p.,
1876.
Characters of some little known or new Gênera of Plants (Proceed. of
the Amer. Acad. of Arts and Scienc, XII, 1877).
Remarks on the Genus Torreya (Bulletin of the philos. Soc. of Wash-
ington, II, 1875-1880).
Forest Geography and Archeology (Amer. Journ. of Scienc, 3 e série,
XVI, 1878). — Traduit dans les Annal, des Scien. natur., 6 e série, XII, 1878,
p. 126-163.
Synoptical Flora of North America; I, 1878; II, 1884.
Contributions to the Botanyof North America (Proceed. of Amer. Acad.
of Arts and Scienc, 1878).
Characters of some new species of Compositae in the Mexican. Collec-
tion made by C. C. Parry and Edward Palmer (Proceed. of the Amer. Acad.
of Arts and Scienc, new séries, VII, 1880).
Some new North American Gênera, Species, &c. (Ibid.).
Structural Botany, or Organo Jraphy on the basis of Morphology, with
Glossary of Botanical terms. Londres; 1880; 8°.
Tennessee Plants (The Botanical Gazette, V, 1880).
Charactei istics of the North Flora (Nature, XXXI, n us 793, 794).
Contributions to North American Botany (The American Naturalist,
XVIII, 1884).
A revision of the North American Ranunculi. Sertum chihuahuense.
Miscellaneous (Proceed. of the Amer. Acad. of. Arts and Scienc, XXI,
1886, p. 363-413).
CHRONIQUE
Nous avons encore à enregistrer une nouvelle perte que vient de faire la
Botanique. M. ). E. Planchon, correspondant de l'Institut, professeur à l'Ecole
de Médecine et à l'Ecole supérieure de Pharmacie, directeur du Jardin des
Plantes de Montpellier, est mort dans cette ville le i er avril, à l'âge de 65 ans.
Nous avons aussi le vif regret d'annoncer à nos lecteurs qu'une mort préma-
turée vient d'emporter en quelques jours un de nos collaborateurs dévoués,
M. Et. Wasserzug, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, préparateur au
laboratoire de M. Pasteur, enlevé à la science à l'âge de 28 ans.
M. Flahault nous communique le programme des herborisations qu'il a le
projet de diriger, d'ici la tin de l'année scolaire, dans les environs de Montpel-
lier, et auxquelles il convie toutes les personnes qui s'intéressent à la Botanique.
Les prochaines auront lieu le 22 avril aux coteaux de Grabels, le 29 avril aux
environs du Mas-d'Estor ; nous annoncerons les autres ultérieurement.
Le Gérant : Louis Morot.
Parts — i Mersch, Imp., 22, pi. fieurert- Rocberea».
2 e ANNEE N° 9 i<* MAI 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
LES PERTDINIENS ET LEURS PARASITES
(Pin.)
Par M. P. A. DANGEARD
Nous allons étudier maintenant des espèces dont le spc*-
range reste extérieur à l'hôte.
Chytridium echijiatum sp. nov. — J'ai rencontré cette espèce
sur le Glenodinium cincium; elle se distingue facilement des
autres Chytridium connus par la forme de son sporange : ce
sporange, en effet, ne présente aucune papille et son extrémité
antérieure est fortement obtuse (fig. 11) ; les dimensions sont en
moyenne : longueur 1 3 y- , 5 ; largeur 10 «, 8; de la base du spo-
range part un mince filament nourricier sans renflement, ce qui
le distingue de celui des Rhizidium ; je n'ai pu voir s'il se rami-
fiait à l'intérieur de la cellule de l'hôte.
Le nombre des sporanges que l'on peut trouver sur le même
individu varie ; le plus souvent ces sporanges sont en contact
avec la paroi du Péridinien (fig. 12); parfois ils se trouvent à
quelque distance et le filament nourricier s'allonge d'autant
(fig. 11).
Les zoospores se forment comme dans les autres espèces :
le protoplasma devient de plus en plus dense, montre une consti-
tution homogène : on voit apparaître de fines ponctuations et
les zoospores se différencient : toute la partie antérieure du spo-
range s'enlève, laissant passage à la masse des zoospores. Les
bords du sporange se recourbent alors vers l'extérieur (fig. 13).
Ces zoospores (fig. 13') mesurent 2 /*, 5 ; à mesure que le mucus
qui les retient sterina furcata Pat. nov. sp. — Taches étalées, ténues,
noirâtres; périthèces nombreux, globuleux, astomes, bruns
(90-120;;.), Mycélium rampant, brun, sep té, à hyphopodies alternes,
en tête, stipitées, rameux. Thèques claviformes (33X10-12 y-),
N. Patouillard. — Fragments mycologiques. 149
octospores; paraphyses nulles. Spores incolores (8-10X2-3/*), à
deux loges égales. Soies dressées,
rigides, à extrémité bi ou tricho-
tome, chaque division étant elle-
même bi-tridentée.
Sur des feuilles vivantes. Cuba.
(Coll. Wright.).
Ce Champignon a été distribué
sous le nom de Meliola ftircaia
Lev. mélangé à d'autres feuilles
portant réellement cette dernière
plante.
AsteHna Vibumi Pat. nOV. J t .AsterinafurcataVa.t.—T\\èque, spores,
. 1 11 1 soies rameuseset fragmentdemvcélium.
sp. — Taches hypophylles, bru-
nes, ténues; périthèces noirs, ponctiformes, superficiels asto-
mes, glabres, globuleux puis affaissés cupuliformes, entourés à
la base de fibrilles mycéliennes brunes, grêles et rameuses.
Thèques allongées, claviformes, ne bleuissant pas par l'eau iodée,
à 8 spores; paraphyses nombreuses, filiformes, simples ou
rameuses. Spores hyalines verdàtres, d'abord uniseptées puis à
3 cloisons (15-17X5-6^).
Sous les feuilles d'un Vt'btirnum. Yun-nan (Abbé Delavay).
Le mycélium rampe entre les poils de la feuille et quelque-
fois pénétre dans leur intérieur.
Asterina Lindigii Pat. nov. sp. — Taches petites (2-4 mm.),
noires, rayonnantes, appliquées. Périthèces groupés, nombreux,
luisants, globuleux (1 80-200 z*), astomes. Thèques claviformes,
substipitées (40X13/^), à 8 spores; paraphyses filiformes,
rameuses; spores incolores, uniseptées (10X3^). Soies dressées
nulles, Mycélium rampant, volumineux, septé, rameux, portant
des hyphopodies alternes, arrondies, stipitées; ce mycélium est
souvent entouré d'hyphes grêles, incolores ou brunâtres.
Sur des feuilles vivantes. Nouvelle-Grenade. (Coll. Lindig,
n° 2876 pr. p.).
Asterina? confluens Pat. nov. sp. — Périthèces isolés,
orbiculaires, 1/2 mm. de diamètre, ou confluents et formant des
plaques fragiles noires de 2-3 mm. de largeur, aplatis, minces,
facilement séparables de la feuille ; la surface de ces plaques est
ponctuée par des papilles astomes plus ou moins nombreuses.
i 5 o JOURNAL DE BOTANIQUE
Le tissu de la paroi est rayonnant à la façon de celui des Micro-
thyrium. Thèques claviformes, à parois épaisses, à 8 spores
(60-66X 18-20 v) ; paraphyses nulles ; spores incolores, uniseptées
(12-15X4^), non étranglées à la cloison. Pas de mycélium ram-
pant à la surface de la feuille; action de l'iode nulle.
Sur les deux faces des feuilles de Salvadora persica. Yemen.
(Coll. A. Deflers).
Microthyrium asterinoides Pat. nov. sp. — Taches
hypophylles, ténues, brunes, formées par un mycélium grêle,
brun, rameux, portant des périthèces orbiculaires, ostiolés,
aplatis, à structure rayonnante (200-300 [ J de diam.). Paraphyses
nulles; thèques globuleuses (30-351-1), à parois épaisses, bleuis-
sant entièrement par l'eau iodée; spores 8, brunes, uniseptées,
étranglées à la cloison, obtuses aux extrémités; parfois les deux
loges sont un peu inégales.
Sous les feuilles de Graminées. Chili. (Herb. Mus. Par.).
Ce Champignon croit sur les mêmes feuilles que V Asterina
Leveillet, mais sur la face opposée.
Leptosphaeria Gorae Pat. nov. sp. — Périthèces nombreux,
épars, ponctiformes, noirs, subglo-
buleux, 1/3- 1/2 mm. de diamètre,
d'abord immergés, puis saillants, os-
tiolés, à la fin largement ouverts, at-
tachés au support par quelques fibril-
les mycéliennes brunes; tissu cellu-
leux, très serré, brun noir. Thèques
ventrues, subsessiles, épaisses et ob-
tuses au sommet (80X25/*), bleuis-
sant entièrement par l'eau iodée s
(parfois la partie basilaire seule spores dont deux soni en g erminatîon -
bleuit, le restant se colore en rose violacé). Spores 8,
ovoïdes, à 5 cloisons et sans étranglement, fuligineuses pâles
(20-24X6-7;>.). En germant elles émettent un tube à chaque
extrémité, s'étranglent aux cloisons et se cloisonnent longitudi-
nalement.
Sur le thalle du Cora pavonia Fr. Amérique Centrale (Herb.
Mus. Par.).
Hendersonia papillataPat. nov. sp. — Périthèces poncti-
formes, noirs, sous-épidermiques puis érumpents, (1/2 mm.).
Abbé Boulay. — Plantes fossiles de Saint-Saturnin {Maine-et-Loire). 151
Spores nombreuses (20 X 10, u ), stipitées, brunes, ovoïdes, tron-
quées à la base, portant au sommet une papille hyaline, biseptées,
à peine étranglées aux cloisons ; la loge moyenne est un peu
plus petite que les deux extrêmes.
Tiges mortes d'un Lespedeza. Yun-nan. (Abbé Delavay).
Uromyces rugulosus Pat. nov. sp. — Sores petits, noirs,
entourés par l'épiderme soulevé. Téleutospores brunes foncées,
papillées au sommet, arrondies ou ovoïdes, bosselées rugueuses
(non échinées), caractéristiques (22-26X16-20^). Stipe hyalin
de même longueur que la spore.
Sur les deux faces des feuilles du Lespedeza yunnanensis.
Yun-nan (Abbé Delavay).
NOTICE SUR LES PLANTES FOSSILES
DES
GRÈS TERTIAIRES DE SAINT-SATURNIN (Maine-et-Loire)
(Suite.)
Par M. l'Abbé BOULAY
CUPULIFÈRES
14. Quercus Heberti Crié, Ann. Sc.géoL, t. IX, pi. 17,
f. 58 b.
Mes spécimens sont un peu plus forts que ceux de M. Crié, mais
vérifient cependant les caractères principaux de l'espèce ; les feuilles
sont lancéolées, insensiblement rétrécies vers le sommet et terminées
en pointe mousse ; les nervures secondaires bien marquées, espacées,
se détachent de la médiane sous un angle de 60-65 et courent' directe-
ment vers les bords ; elles s'anastomosent brusquement vers la fin de
leur trajet.
15. Q. cenomanensis Sap. Ami. Se. géol., IX, p. 34,
pi. 17, f. 54-56.
Les empreintes de Saint-Saturnin ont toujours une forme obovée,
assez longuement atténuée vers la base et terminée par un long et
fort pétiole; elles correspondent en général à la fig. 55 ci-dessus; les
nervures secondaires sont très saillantes et caractéristiques. L'attribu-
tion générique des feuilles de ces deux derniers numéros, vu l'absence
totale de glands et de leurs cupules, n'est pas absolument hors de doute.
i 5 2 JOURNAL DE BOTANIQUE
MORÉES
16. Ficus Dehayesi Wat. Plant, foss., pi. 39 et 40.
Deux feuilles mesurant 11 centim. de large et dépassant (la moins
incomplète) 30 centim. de long ; la base se rétrécit comme sur la fig. 2
de la pi. 40 de Watelet. Plante semblable à un Ser salifia de la Nou-
velle-Calédonie rapporté par M. Vieillard, n° 2891.
17. F. Giebeli Heer, FI. v. Skop., p. 6, t. II et V, f. 8 et 9.
C. A l'état de fragments et de feuilles bien conservées, presque
entières. Cette espèce semble n'avoir été rencontrée dans l'Ouest qu'à
Soucelles; sa fréquence à Saint-Saturnin est d'autant plus remar-
quable.
18. F. Schlechtendalii Heer, Skop., p. 6, t. VIII, f. 20.
Heer fait observer que cette espèce est très voisine du F. apocy-
noides Ettingsh., de Sotzka. Il est même possible qu'elle n'en diffère
pas : cependant je préfère la dénomination de Heer parce que sur la fi-
gure citée du F. Schlechtendalii les nervures secondaires remontent par
leurs extrémités longuement très près du bord de la feuille avant de
s'anastomoser, comme on le voit sur mon échantillon, tandis que les
anastomoses ont lieu à une distance très notable des bords sur la figure
du F. apocynoides. La divergence des nervures secondaires passe ici par
6o° et 50 , ce qui se rapproche plus encore du F. Schlechtendalii .
19. F. pachyneura N. Boul.
Feuilles largement elliptiques, plus ou moins obovées, rétrécies vers
la base, entières; long. 6-8 centim., larg. 4-51/2; nervure médiane
large al épaisse, ligneuse (3 mm. de large) ; nervures secondaires denses
(distantes de 3-5 mm.) , laissant sur le sédiment une empreinte profonde,
courbes, passant successivement par 60, 50, 40 par rapporta la nervure
médiane, suivant longuement le bord de la feuille sans anastomose bien
marquée.
Deux de mes feuilles montrent au premier abord une similitude
frappante avec le Chrysophyllum reticulosum Heer (Pfl . v. Weissenf.
t. IX, f. 14 et 16). Heer attribue à sa plante des nervures secondaires
fines (nervis subtilibus), ce qui est incompatible avec mes échantillons
dont la nervure très prononcée rappelle celle de beaucoup de Ficus.
Il serait possible, à la rigueur, que Heer n'ait eu entre les mains que
des empreintes de la face supérieure des feuilles, dans ce cas, il pourrait
bien s'agir de la même espèce ; mais en toute hypothèse, il ne peut être
question d'un Chrysophyllum.
Les figures de Heer montrent des feuilles irrégulièrement émarginées-
bilobéesau sommet, comme les miennes. Cette particularité se rencontre
Abbé Boulay. — Plantes Jossiles de Saint-Saturnin {Maine-et-Loire). 153
sur les premières feuilles de la plupart des pousses annuelles d'un grand
nombre d'espèces tropicales, surtout dans la famille des Sapotacées et
dans celle des Myrsinées. Je ne l'ai pas retrouvée sur les Ficus assez
nombreux de l'Afrique australe qui sont à ma disposition. Elle consti-
tue dès lors une différence aux moins provisoire à l'égard du Ficus
Rogowiczi Schmalh. (1); quelques autres divergences dans la course
des nervures secondaires, et surtout leur distance entre eHes plus grande
sur le F. Rogowiœi que sur le F. pachyneura m'engagent à conserver
celui-ci, quoiqu'il soit très voisin du premier. On peut rapprocher
encore le F. pachyneura du F. Pseudo-jynx Ett. (Beitr. Radob.
p. 875); cependant Unger ayant rattaché au début les feuilles en ques-
tion au genre F/rus, la nervation semble beaucoup moins prononcée
que sur les empreintes de Saint-Saturnin.
LA URINÉES.
20. Laurus Forbesi de la H. inHeer, FI. tert, III, p. 315;
Crié, Ami. Se. géol, t. IX, p. 39, pi. 18, f. 60.
Feuilles de dimensions un peu moindres que celle figurée par
M. Crié ; long. 9-10 cent., larg. 30 mm. Cette espèce se rapproche bien,
comme M. Crié l'a fait observer, du L. prsecellens Sap. de Saint-Za-
charie. Le L. Lalages Ung. (F. FI. v. Soizka, t. XIX, f. 6-9) n'en dif-
fère que par un pétiole plus long. D'autres prétendues espèces touchent
encore à celle-ci.
21. L. Decaisneana Heer in Crié, Ami. Se. géol. t. IX,
p. 39, pi. 18, f. 61.
Feuilles de forme oblongue, un peu plus larges que celles du /,.
Forbesi, atteignant 4 centim. de large; la nervation est peu distincte.
J'ai observé à coté de ces feuilles des fruits ovales, pédoncules, qui pour-
raient appartenir à des Laurus.
22. L. primig-enia Ung. Foss. FI. v. Sotzka., t. XIX, f. 1
à 4.
Plusieurs feuilles semblent appartenir à cette espèce; les nervures
secondaires, particulièrement les inférieures, sont très ascendantes.
23. Daphnogene patulinervis N. Boul.
Deux feuilles ovales lancéolées, stibarrondies à la base, entières,
triiierves à la base ; les deux nervures basilaires latérales, relativement
courtes, n'atteignent pas le milieu de la feuille, largement arquées as-
cendantes, sortant sous un argle de 40" et passant par 30 et 20 , s'ar-
1. I. Schmalhausen : Beitraege sur Tertiaerflora Sùd-West-Russlands, 1884,
p. 23, t. VII, f. 1, 2, 4-7.
J54 JOURNAL DE BOTANIQUE
rètant bientôt sans connexion visible et sans émettre en dehors de ra-
mifications notables ; nervures latérales supérieures 4 et 5 de chaque
côté sur des feuilles incomplètes et sans doute plus nombreuses sur les.
feuilles entières, très étalées^ sortant sous des angles de 60-70 , arquées,
s'avançant près des bords ; longueur conservée d'une feuille, 8 centim.,
larg. 25 mm., largeur d'une autre plus grande, 30 mm'.
Les similitudes les plus marquées à l'égard d'espèces déjà connues
sont avec le Cinnamomum lanceolatum deBovev-Tracey, tel que Heer
le figure, pi. XVI, f. 1 et S. Ici la feuille n'est pas atténuée, mais arron-
die à la base, les nervures basilaires sont beaucoup plus courtes, les
supérieures font avec la médiane un angle beaucoup plus ouvert. Bien
que d'autre part le Cinnamomum polymorphum Heer soit très variable,
il me semble bien difficile de faire cadrer les feuilles de Saint-featurnin
avec l'une ou l'autre des formes de cette dernière espèce. — La nerva-
tion de ces feuilles se retrouve sur des Ficus actuels, en sorte que la
détermination générique est loin d'être certaine.
OLÉACÉES.
24. Notelea eocenica Ett., Beitr. z. Sotzka, t. II, f. 4;
Heer, Skop., t. X, f. 1.
Mes spécimens me paraissent bien concordants.
APOCYNÉES.
25. Echitonium cuspidatum Heer, Flot-, tert., t. III,
p. 192, pi. 154, f. 4-6; Bovey-Tracey , p. 50, pi. 13, f. 3 b et 5,
pi. 14, f. 12".
Mon échantillon correspond à la f. 5 de la pi. XIII ci-dessus ; à l'ex-
ception de la base qui est atténuée en un fort pétiole ; ce pétiole n'est
pas visible sur la fig. 5 de la plante de Bovey-Tracey, mais il est bien
représenté pi. 154 du Flora fertiaria. Cette espèce a été trouvée dans
la 17 e couche des lignites de Bovey-Tracey; au Locle elle monterait
jusqu'à l'œningien.
26. Nerium sarthacense Sap. in Crié, Ami. Se. géol.,
t. IX, pi. 19, f. 70.
A. C. Il y a d'assez petites feuilles mesurant 6-8 centim. de long
sur 1 5-20 mm. de large et d'autres notablement plus grandes. ISOc/trosia
borbonica Gmel. présente des feuilles très semblables sous tous les rap-
ports, de façon à faire penser que la détermination générique n'exclut
pas d'autres possibilités. La filiation des espèces dans le genre Nerium
n'est pas chose aussi facile que certains paléobotanistes inclinent à le
penser.
Abbé Boulay. — Plantes Jossiles de Saint-Saturnin (Maine-et-Loire.) 155
27. Apocynophyllum neriifolium Heer, Skop. t. VIII,
f. 1-8.
M. Crié a, de son côté, décrit et figuré l'A. cenomanense. « Nous
comprenons, dit M. Crié, sous le nom (VA. cenomanense, toutes les
Apocynées à limbe élargi et à nervures secondaires perpendiculaires
à la médiane. » Sur les fig. 75, 76, 77, 78, les nervures secondaires font,
en effet, avec la médiane, un angle presque droit, mais sur la fig. 74,
l'angle se réduit à 75 , à peine 80". Sur mes spécimens de Saint-Saîur-
nin, l'angle est plus faible encore et ne dépasse pas 6o°, la similitude
est dès lors plus grande à l'égard de VA. neriifolium de Skopau. Le
Neritinium dubiuin Ung. Syll., III, t. V, f. 5 me paraît identique.
28. A. ligerinum N. Boul.
C. C. à Saint-Saturnin. — Feuilles longues de 7-9 centim. sur 6-
10 mm. de large, par suite très étroitement lancéolées ', linéaires, atténuées
à la base en un long et mince pétiole (1. 15 mm.), rétrécies très aiguës
ou même acuminées au sommet, plus ou moins canaliculées en dessus,
■planes et entières aux bords, munies d'une nervure médiane ferme et de
nervures secondaires très denses (env. 15 par 10 mm.) se détachant sous
un angle de 65-70 et courant directement aux bords sans aucune anas-
tomose apparente, rarement bifurquées; ces nervures, d'abord noyées
dans le mésophylle, ont laissé leur trace en relief par suite d'une résis-
tance plus grande à la macération, mais sans impression dans le sédi-
ment .
Ces feuilles sont semblables pour la base longuement pétiolée et les
dimensions à celles de Y Echi/onium Michelot Wat., pi. 53, f. 16;
mais ces dernières sont obtuses et la nervation est trop différente pour
justifier une assimilation même générique. Heer a décrit de Skopau des
fragments de feuilles analogues, mais la base et le sommet faisant dé-
faut, il est impossible de s'y arrêter. La nervation est celle de beaucoup
d'Apocynées; toutefois, dans le monde actuel, c'est la famille des As-
clépiadées qui fournit pour la forme des feuilles le plus d'espèces sem-
blables. On peut citer en particulier le Secamone saligna Dec, le
GompkocarpusJrulicosus'R. Br., etc.
MYRSINÉES.
29. Myrsine Doryphora Ung. Syllog., III, p. 19, t. VI,
f. 1, 5, 6, 7, 8, 10.
Une très belle feuille coriace, très semblable aux figures ci-dessus.
D'autres feuilles analogues, mais avec quelques divergences se ratta-
cheraient plutôt au Rhododendron mègiston Unger ib. t. XII, f. 16-20.
D'autres encore, mais à l'état de fragments, font supposer que le nombre
des Myrsinées de Saint-Saturnin est à compléter.
156 JOURNAL DE BOTANIQUE
SAPOTACÉES.
30. Bumelia minor Ung., Sy//., III, p. 25, t. VI, f. 12-
19; Pyrus minor Ung., Foss. FI. v. Sotzka, t. XXXVIII, f. 23-
24.
Un spécimen très semblable à la fig, 23 ci-dessus d'une feuille de
Sotzka. de dimensions seulement un peu plus grandes.
ÉBÉNACÉES.
Diospyros... M. Crié a dit avec raison que l'abondance des
calyces fructifères de ce genre dans les grès de l'ouest constitue
un des traits les plus saillants de cette flore. En suivant Tordre
admis par M. Crié dans l'exposition des faits, je puis signaler
dans les grès de Saint-Saturnin :
31 . D. senescens Sap. in Crié, A nu. Se. géol., p. 50, pi. 20.
f. 80-81.
Les feuilles correspondant à la fig. 79 manquent, mais les calices
fructifères sont fréquents. Ils ont les sépales réfléchis, subobtus ou su-
baigus et montrent une large cicatrice laissée par la chute de l'ovaire.
Un autre calice, laissant de même voir cette cicatrice très marquée, a
les sépales très aigus. Ces empreintes font voir le calice par la face
supérieure ; trois autres montrent des calices vus par la face externe et
munis d'un pédoncule long de 10 mm. La surface des lobes n'est pas
chagrinée-bosselée comme dans les Diospyros à calices rugueux décrits
et figurés par M. Crié (f. 84), mais plutôt plissée et ridée. On trouve
ces particularités sur des calices de Diospyros actuels de Madagascar,
mais ceux que j'ai vus ont les lobes très courts, tandis que ces lobes
étalés-dressés sont profonds presque comme dans le D. senescens. C'est
sans doute une espèce nouvelle ; Unger (Foss. F/or. v. Kumi. t. XI,
f. 47-49) a figuré, sous le nom de Roy en a grseca, des calices assez
semblables.
RUBIACÉES (?).
32. Morinda Brongniarti Crié, Âuu. Se. géol. t. IX, pi. 20,
f. 88-96.
On trouve à Saint-Saturnin soit des fragments, soit des coupes de
ce fruit problématique, comme le montrent les fig. 88 et 89 ou encore
l'empreinte extérieure f. 94 ci-dessus.
TILIACÉES.
33. Apeibopsis Decaisneana Crié, A un. Se. géol., t. IX,
p. 54, f. 98-107.
Abbé Boui>Av. — Plantes fossiles de Saint-Saturnin [Maine-et-Loire). 157
Fruit d'un diamètre de 10-12 mm., muni d'un pédicule gros et court,
à surface réticulée ; correspond spécialement à la fig. 102 ci-dessus.
LÉGUMINEUSES.
34. Gassia Phaseolites Ung., Foss. FI. v. Sotzka, p. 58,
t. XLV, f. 6 et 7.
La forme asymétrique de la base et du contour et ce qui est conservé
de la nervation établissent avec les figures d'Unger un rapprochement
qui mérite d'être pris en considération. C. d'Ettingshausen a fait obser-
ver plus tard que ces feuilles pourraient appartenir à une espèce du
genre Sapnidus ; c'est une autre probabilité qu'il juxtapose à la première.
L'état de mes spécimens ne permet pas de rien ajouter.
35. Acacia Brong-niarti Wat., Plant, foss. p. 246, pi. 60,
f. 2/
Un légume, cassé aune extrémité, mesurant 25 mm. de large, dépas-
sant 9 centim. de long et atteignant sans doute 11-12 centim. à l'état
d'intégrité, plissé-bosselé en travers, tout à fait comme le montre la
figure citée de Watelet.
36. A. Saportae Wat., Plant, foss. p. 246, pi. 59, f. io, 11
et 12.
Légume entier, brièvement pédicule (long. 9 centim., larg. 24 mm ).
On distingue vaguement les emplacements de 7-8 graines: ces empla-
cements paraissent distants de 7-8 mm. , tandis que dans VA. Brongniartï,
ils sont distants à peine de 5-6 mm. La réticulation considérée par Wate-
let comme caractéristique du légume de cette espèce répond à un cer-
tain degré de macération ; de fait, cet auteur représente (f. 10) un légume
réticulé à la base et lisse plus haut. Je possède de Saint-Saturnin plu-
sieurs fragments qui rentrent dans les deux espèces précédentes ou sont
trop imparfaits pour justifier une détermination.
LA. microphylla\Jng. (FI. v. Sotzka, t. XLVI, f. 11) offre une
certaine similitude avec VA. Saportœ, cependant la figure d'Unger ne
montre pas les marges suturales épaissies et striées figurées par Wate-
let et qui se retrouvent ici.
M. Crié a signalé à Cheffes un fruit de la même famille sous le nom
de Leguminosites aiidegave>isis (Bull. Soc. d'Et., 1804, p. 410).
Dans les mêmes blocs, on rencontre, mais sans connexion, des fo-
lioles de Légumineuses qui indiquent deux espèces, mais peuvent appar-
tenir à des genres variés. Les unes lancéolées-elliptiques, obtuses aux
deux extrémités, légèrement asymétriques à la base, ont 1 5 mm. de large.
D'autres, plus grandes, atteignent 20 mm. de long et 8 mm. de large.
{A suivre.}
iS» JOURNAL DE BOTANIQUE
NOTE SUR LA FORMATION DU PÉRIDERME
Par M. H. DOULIOT
Sanio, dans son mémoire sur le développement du liège, dis-
tingue cinq cas dans la formation du périderme.
Le liège, selon lui, peut prendre naissance : i° dans l'épi-
derme; 2° dans la première assise corticale ; 3° dans la deuxième
ou la troisième assise corticale; 4" plus profondément dans le
tissu de Técorce primaire; 5 dans l'écorce secondaire.
J'ai été amené, dès le début de mes recherches, à la conclu-
sion suivante : aux deux derniers cas de Sanio il convient d'en
substituer deux autres, le cas où la formation du périderme est
endodermique et celui où elle est péricyclique.
En premier lieu, il est hors de doute que lorsque Sanio parle
d'écorce secondaire il entend parler de liber secondaire et par
suite le cinquième cas qu'il distingue n'existe pas; en effet, il cite
comme exemples de ce cinquième cas les Bpirasa opulifolia,
PhiladelpJius corouarius , Melaleuca siyphelioidcs, et j'ai pu
«m'assurer que non seulement dans ces plantes, mais encore dans
plusieurs autres espèces de Spirsea, de PhiladelpJius et de Me~
laletica, dans 7 genres de Myrtacées, un grand nombre de Rosa-
cées et plusieurs Saxifragées {Hydrangea, Saxifragd) le péri-
derme se formait dans le péricycle, soit en contact immédiat avec
l'endoderme, soit séparé de lui par quelques fibres péricycliques
situées nettement en dehors des premiers tubes criblés. En second
lieu, Sanio range dans une même catégorie, le quatrième cas,
les Ru bus, Lycium, Berberis, Deutzia et Louicera, alors que
chez certaines de ces plantes (Rubus, Lycium) le périderme est
endodermique, tandis que chez les Berberis, Deuizia et Louicera
il est péricyclique.
Nous sommes donc conduits à rejeter le quatrième et le cin-
quième cas dont il fait mention et à les remplacer par deux autres
plus conformes aux découvertes récentes de morphologie interne :
périderme endodermique, périderme péricyclique. C'est ce que
nous avons fait dans deux notes sur le périderme des Rosacées
et celui des Légumineuses.
Bien que le troisième cas dont parle Sanio soit de médiocre
H. Douliot. — Noèe sur la formation du périderme. 1^9
importance, il convient de le séparer de ceux où le liège est
exodermique et endodermique. Il y a donc cinq cas à considérer
dans l'origine du liège, ou mieux, du périderme :
1" périderme épidermique,
2 périderme exodermique,
3" périderme cortical,
4" périderme endodermique,
5" périderme péricyclique.
Dans le courant de mes recherches sur la position du péri-
derme, j'ai découvert que dans les Rosacées où le périderme est
péricyclique il se forme des assises de liège dur qui, dès le début
de leur apparition, présentent sur leurs parois radiales des plis-
sements analogues à ceux de l'endoderme. Le même fait m'a
été fourni par les Œnothérées (drcsea mollis, C. Lutetiana;
Œnothera sinuata; Œ.suaveolens; CE. Drummondii ; Epilobium
tetragonum ; Fuchsia syringa'folia ; Lopczïa racemosa) et par
plusieurs genres de Myrtacées où le périderme est péricyclique.
Sanio cite en effet chez les Melalcma la présence sur certaines
cellules du liège d'une bande hyaline homogène sur les maté-
riaux frais, plissée sur les matériaux âgés; cette bande hyaline
je l'ai observée moi-même chez les Melaleuca diosnuejolia, Jiype-
ricifolia , geuistifolïa, ainsi que sur d'autres genres de la même
famille, Barringlonia , Eugc-iiia, Callïstemoii, Myrlus, où le
périderme est péricyclique.
Cette bande est parfois fortement subérifiée, se colore en
rouge plus intense que le reste du liège quand on fait agir la fuch-
sine ammoniacale, parfois lignifiée comme le sont souvent les
plissements endodermiques et dès lors se colore bien par le vert
d'iode. Dans plus de vingt familles de Dicotylédones j'ai observé
des exemples de périderme péricyclique, sans découvrir le phé-
nomène des plissements ailleurs que dans les trois familles que
je viens de citer, Myrtacées, Rosacées, Œnothérées, qui n'ont
d'ailleurs aucune parenté entre elles.
Cette formation est indépendante du milieu ; j'ai pu l'obser-
ver sur des rameaux d'âge différent, sur des rhizomes jeunes ou
âgés, aussi bien que sur des tiges aériennes. L'endoderme n'est
pas toujours également net, mais cependant chez les Myrtacées,
Eugenia Ugui par exemple, on voit très bien l'assise génératrice
du périderme entre les fibres péricyliques et les tubes criblés
160 JOURNAL DE BOTANIQUE
externes. Plusieurs assises de cellules existent même entre le pé-
riderme et les tubes criblés.
Dans les Mëlaleïica le phelloderme de la première année, ré-
duit à une seule assise, se lignifie quelquefois et l'année suivante
le périderme se forme aux dépens d'une assise sous-jacente four-
nissant une ou deux assises de liège dont l'interne présente les
plissements lignifiés.
Dans les Œnothérées, le périderme est en contact immédiat
avec l'endoderme; il en est de même dans les Rosacées.
CHRONIQUE
Société des Sciences de Nancy (Séance du 16 mars 1888). — M. Fliche
entretient la Société de ses observations botaniques et forestières sur le reboi-
sement de la forêt de Champfètu, près de Sens, et présente sur ce sujet un Mé-
moire qui paraîtra dans le Bulletin de la Société.
M. Thouvenin fait une communication préliminaire sur la structure des Rham-
nées. Des réservoirs à gomme ont été observés dans la moelle et l'écorce des
tiges, ainsi que dans le parenchyme des pétioles et des nervures foliaires des
Zisyphus, Paliunts et Hovenia. Le développement suivi sur VHovenia dulcîs
montre que les masses gommeuses résultent de la transformation de cellules
isolées ou groupées, soit en files, soit en cordons plurisériés. Elles rentrent donc
dans la catégorie des glandes lysigènes de de Bary. Le genre Rhamnus en est
dépourvu.
Des botanistes parisiens, désireux d'étudier les plantes litigieuses et d'explo-
rer les localités de la flore des environs de Paris sur lesquelles il n'a rien été
publié, ont formé un comité de recherches sous la direction de M. Chatin, mem-
bre de l'Institut. Les personnes qui voudraient prendre part aux herborisations
organisées par les soins de ce comité pourront se renseigner auprès de
M. Camus, 58, boulevard Saint-Marcel.
Les herborisations organisées par les botanistes de Montpellier auront lieu
le 6 mai, aux bords de la Mosson à Lavérune ; le 13 mai, à Mézouls; le 21 mai,
à Saint-Guilhem-le-Désert ; le 27 mai, aux Aresquiers, près de Vie; le 3 juin, à
Montarnaud ; le 24 juin, aux environs d'Aiguesmortes; le 1" juillet, aux garrigues
de Montmaure; le 8 juillet, au col de Montdardier et au pic d'Anjeau.
On annonce la mort de M. H. Leitgeb, professeur de botanique à l'Institut de
Graz, décédé le 5 avril, à Tàge de 53 ans.
Le Gérant ; Louis Morot.
Farts. — I. Merick, lmp„ 22, pi. Denfert- Bocfcerea».
2 e ANNEE N" 10 16 MAI 1888
IWW Wf ^- u - u - tn-IV ovvv^T.-uvvianrin^^
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
NOTE
SUR
DEUX NOUVEAUX GENRES D'ALGUES PERFORANTES
Par MM. BORNET et FLAHAULT
Quoique les zoologistes aient signalé depuis longtemps la
présence de végétaux perforants dans le test calcaire d'un grand
nombre de mollusques, aucun botaniste, jusqu'à une date toute
récente, ne s'était occupé de ces plantes. M. de Lagerheim (1)
est le premier qui les ait étudiées en algologue. Dans deux mé-
moiresintéressantspubliésen 1885 et 1886, iladécritun Codwlum
fort singulier (C. polyrhizum) et un nouveau genre de Sirosipho-
niacées, le Mastigocoleus iestarum, vivant l'un et l'autre dans
l'épaisseur des coquilles mortes. Ces Algues ne croissent pas
seulement en Suède, elles abondent sur les côtes de France où
nous les avons rencontrés aussi bien dans la Méditerranée que dans
l'Océan. Il est peu de coquilles où on ne les trouve, et en outre
mêlées à elles, souvent d'une manière presque inextricable, plu-
sieurs autres espèces qui ne sont pas encore connues. Nous avons
commencé leur étude et, pour deux d'entre elles, les résultats
que nous avons obtenus sont assez complets pour que nous les
exposions brièvement en attendant que nous puissions les publier
en détail dans une note accompagnée de figures indispensables.
Le Mastigocoletis iestarum Lagerheim forme des taches orbi-
culaires, puis confluentes, d'un gris bleuâtre ou violacé qui le
rendent facile à reconnaître à la mer. Nos observations confir-
ment tout à fait celles de M. de Lagerheim, sauf sur un point qui
n'est pas sans importance dans la question du polymorphisme
1. Codiolum polyrhizum n. sp. in Oefversigt of Kongl. Vetenskaps-Akade-
miens Foerhandlingar, 1885, n° 8, p. 21, tab. xxviii, Stockholm.
Note sur le Mastigocoleus, etc., in Notarisia, 1886, n" 2, p. 65, tab., 1, Venezia.
i62 JOURNAL DE BOTANIQUE
des Algues. Les filaments dont l'auteur dit que les cellules se
transforment « en un état ressemblant à des Chroococcacées »
(loc. cit. p. 68, tab. I, fig 13), n'appartiennent pas au Mastigo-
coleus. Ce sont les filaments d'une Algue fort différente, qui con-
stitue un genre nouveau auquel nous. avons donné le nom de
Hyella.
Hyella csespitosa.
\J Hyella cœspîtosa est une Phycochromacée coccogonée se
rattachant à la famille des Chamaesiphoniées dont elle est, pour
le moment, le représentant le plus élevé. A l'état jeune elle forme
des taches à peu près semblables à celles du Masligocoleus ; tou-
tefois ces taches sont plus nombreuses, plus petites, disposées
en cercle et d'une teinte plus olivâtre. Plus tard elles confluent
en réseau et finissent par couvrir de grandes parties de la coquille.
On rencontre X Hyella aussi bien dans les coquilles vivantes que
dans les coquilles mortes ; c'est une des Algues perforantes les
plus répandues.
Son thalle est composé d'une lame de filaments rayonnants,
entrelacés, étalés horizontalement dans l'épaisseur de la couche
chitineuse de la coquille et de branches verticales qui s'enfoncent
profondément dans le test. Ces filaments ont la même structure
que les Confervées, les CJiaiitransia, etc., c'est à dire que
les cellules dont elles sont formées sont indépendantes, sé-
parées par des cloisons complètes et ne sont pas soudées en files
inséparables comme celles des Nostocacées hormogonées. Cette
structure, ainsi'que l'absence d'hétérocystes, distingue nettement
V Hyella des Stïgonema avec lesquels il a, dans certains états, une
très grande ressemblance. Les articles du plexus horizontal sont
plus courts que ceux des filaments dressés. Il leur arrive fré-
quemment de se diviser, à l'intérieur delà membrane, en un plus
ou moins grand nombre de cellules secondaires. Ils présentent
alors un aspect chroococcoïde remarquable. Un petit nombre
d'articles, tout un rameau, un filament entier peuvent subir cette
transformation. Bien que nous n'ayons pas encore réussi à le
constater expérimentalement, en raison des difficultés toutes spé-
ciales de l'observation, il ne nous semble pas douteux que les cel-
lules ainsi formées ne soient aptes à multiplier la plante. — Indé-
pendamment de ce mode de propagation, X Hyella produit des
sporanges semblables à ceux des Dermocarpa. Ils sont le plus
Bornet et Flahault. — Sur deux nouveaux genres d'Algues perforantes. 163
souvent terminaux, piriformes, et contiennent une grande quan-
tité de spores globuleuses très petites. Le pédicelle du sporange
et la moitié inférieure de celui-ci sont ordinairement entourés
d'une épaisse membrane lamelleuse et gélifiée, dans laquelle se
ramifient souvent des ramuscules nés des cellules sous-jacentes.
Nous donnerons du nouveau genre la diagnose suivante.
Hyella. Thallus radiatim expansus orbicularis, e filis duplicis
indolis compositus. Primarii horizontales, intricati, tortuosi, in stratum
pannosum demum densissime implicati ; secundarii verticales per tes-
tam longe excurrentes; vagina septata, ad basin filorum crassiuscula,
superne tenuior. Articuli disjuncti, id est in trichomate continuo Nosto-
cacearum modo non catenati, inferiores brèves, haud raro longitudina-
liter divisi, superiores longiores. Ramificatio vera. Heterocystae nullae.
Propagatio fit per cellulas vegetativas vagina liberatas, et per sporas
in sporangiis evolutas, cytioplasmatis divisione succedanea formatas.
Genus ab omnibus hucusque notis recedens, cl. F. Hy, florulae
cryptogamicae andegavensis solertissimo indigatori, dicatum voluimus.
Gomontia polyrhiza.
La seconde Algue perforante sur laquelle nous désirons ap-
peler l'attention est une Chlorosporée filamenteuse ayant la struc-
ture d'une Siphonocladée, mais se distinguant de toutes les
plantes de cette famille par ses sporanges qui n'ont point d'a-
nalogues ailleurs. Ces sporanges sont les corps que M. de La-
gerheim a décrits, comme plantes autonomes, sous le nom de
Codiolum polyrhizum.
Le Gomontia constitue ces taches d'un vert clair, chlorophyl-
lien, ne disparaissant pas par le frottement, qu'on remarque si
communément sur les coquilles mortes, à toute hauteur de la
marée. Le thalle est formé de filaments articulés, rameux, rayon-
nant autour d'un point central. Ces filaments ont une ramification
dorsiventrale très nette. Du côté interne ils produisent des ra-
maux qui plongent dans le test calcaire, du côté externe ils
émettent, assez fréquemment chez les articles végétatifs, toujours
chez les articles reproducteurs, un certain nombre de rhizoïdes.
— Les articles renferment un protoplasme chlorophyllien réti-
culé, pourvu de 1 à 5 noyaux suivant qu'ils sont plus ou moins
longs.
Les sporanges résultent du gonflement total ou partiel, ordi-
nairement unilatéral, de quelques-uns des articles qui composent
i6 4 JOURNAL DE BOTANIQUE
les filaments horizontaux. La saillie du gonflement est dirigée
vers l'intérieur du test. Tantôt les articles sporangiaux sont sé-
parés par des cellules végétatives, tantôt ils sont contigus et se
succèdent en file serrée. A mesure qu'ils grandissent, les spo-
ranges tendent à s'individualiser; leurs points d'attache s'obli-
tèrent ou se changent en rhizoïdes ; d'autres rhizoïdes naissent
de leur face inférieure ; dès lors ils vivent d'une vie propre et
continuent à se développer longtemps d'une manière indépen-
dante.
Deux sortes de corps reproducteurs naissent de ces sporanges
radicants. Les uns sont des zoospores à deux cils antérieurs, qui
germent, — sans copulation préalable, — en formant un filament
germinatif qui perfore la couche chitineuse de la coquille et se
ramifie au-dessous d'elle. Les autres sont les aplanospores déjà
vues et décrites par M. de Lagerheim. A la différence des zoo-
spores, ces spores immobiles ne s'allongent pas immédiatement
en un filament ; elles produisent un corps semblable au sporange
d'où elles sont sorties. Elles vivent sous cette forme et s'accrois-
sent pendant quelque temps, puis certaines de ces aplanospores
enfoncent dans la coquille un de leurs rhizoïdes qui se comporte
comme un filament germinatif de zoospore; d'autres, en grand
nombre, meurent et leur contenu se détruit; d'autres enfin divi-
sent leur contenu en 2 à 8 corps pourvus chacun d'un noyau et
d'une membrane, qui ressemblent tout à fait aux aplanospores
germées. Ces corps ne tardent pas à émettre des rhizoïdes et ne
se distinguent pas, extérieurement, des individus sortis des apla-
nospores primaires.
Comme on le voit par ce court résumé, le Gomontia fournit
un nouvel et curieux exemple d'alternance déformes qui s'ajoute
à ceux que fournissent les Botrydium , Vaiicheria, Cutleria,
Lemanea, Bairàchospermum, etc. Les particularités qu'il pré-
sente ne permettant pas de le réunir à aucun des groupes déjà
établis, nous proposons de le placer dans une tribu particulière
qui se classera à côté et à la suite des Cladophorées et des Pitho-
phoracées.
Voici la diagnose du nouveau genre :
Gomontia. Thallus minutus e filis radiantibus ramosis, articulatis,
compositus. Sporangia magna articulorum transformatione exorta,
radicantia, demum libéra et seorsim crescentia. Sporœ duplicis indolis :
E. Mer. — Du développement des couches annuelles dans les Sapins. 165
i° zoosporae, divisione succedanea formatse, numerosissimse, piriformes,
ciliis binis polo antico ornatae; 2° sporae immobiles (aplanosporae)
orlobosae.
Nomen genericum ex am. Maurice Gomont, Algarum, imprimis
Oscillariearum, diligentissimo scrutatori, depromptum.
DE L'INFLUENCE DE L'EXPOSITION
sur le développement
DES COUCHES ANNUELLES DANS LES SAPINS
Par M. Éinile MER
Buffon et Duhamel, dans les expériences qu'ils entreprirent en
1734 (1) pour rechercher les causes de l'inégalité d'épaisseur des
accroissements annuels dans les végétaux ligneux, se sont bornés à
étudier l'influence de l'exposition, à laquelle on attribuait alors une
grande importance, puisqu'on regardait comme nécessaire, lors de la
transplantation des arbres, de placer ceux-ci suivant l'orientation qu'ils
avaient eue jusque-là. A la suite de diverses expériences faites princi-
palement sur des Chênes et en terrain plat, Buffon et Duhamel recon-
nurent d'abord qu'il est inutile de prendre cette précaution, puis ils
déclarèrent que l'exposition ne leur paraissait jouer aucun rôle dans
l'excentricité de la moelle. Cette excentricité serait uniquement due,
suivant eux, à l'irrégularité de répartition et de dimensions des racines
et des branches. Aux grosses racines correspondraient dans la partie
inférieure du tronc de larges accroissements, de même que ceux-ci
seraient le résultat à la partie supérieure du développement exagéré
de quelques branches sur une face de l'arbre. Ils avaient en effet tou-
jours constaté sur leurs sujets d'expérience que la partie la plus large
des couches annuelles se trouvait du côté où existaient les racines et
les branches les plus volumineuses, et cela quelle que fût d'ailleurs
l'exposition, qu'il s'agît d'arbres isolés, en massifs, ou placés sur la
lisière. Toutefois ils eurent-soin de faire cette réserve que leur conclu-
sion n'était peut-être pas applicable aux individus végétant sur les
pentes rapides. Quant aux autres causes pouvant exercer une influence
sur le développement des couches annuelles, Buffon et Duhamel se
bornent à en indiquer quelques-unes, telles que la présence de branches
et les mutilations produites par l'homme ou par des accidents météo-
riques (gélivures, lunures). Du reste ces causes ne furent de leur
part l'objet d'aucune recherche particulière.
1. Œuvres de Buffon. — Troisième mémoire relatif aux expériences sur
les végétaux.
i66 JOURNAL DE BOTANIQUE
Les observations de Buffon et Duhamel paraissent avoir été con-
cluantes aux yeux de leurs contemporains et même des générations
suivantes, car aucune étude spéciale n'a été, à ma connaissance, faite
depuis cette époque sur la matière. Dans un travail de publication
toute récente (2), R. Hartig a recherché incidemment sur des Pins syl-
vestres de 147 ans, végétant en massif, si la largeur des couches d'ac-
croissement ainsi que la densité du bois varient suivant l'exposition.
Il n'a pu reconnaître aucune différence bien caractérisée. Toutefois,
sur l'un de ces arbres, que le vent avait, depuis un certain temps,
fait pencher vers le S. E., il constata que les couches annuelles se trou-
vaient plus larges de ce côté et formées d'un bois plus dur.
Des recherches que j'ai entreprises dans les sapinières des Vosges
sur les causes d'excentricité de la moelle, il ressort que ces causes
sont bien plus nombreuses que ne le croyaient Buffon et Duhamel. J'ai
naturellement été amené à étudier l'influence de l'exposition; je vais
rendre compte du résultat de mes observations sur ce dernier point.
Je n'examinerai pour le moment que le cas le plus simple, celui d'ar-
bres situés en terrain peu incliné, afin de n'avoir pas à tenir compte
de l'influence de la rampe, que j'ai reconnue être l'une des principales
causes produisant l'inégalité d'épaisseur des couches ligneuses sur les
arbres qui peuplent les versants rapides.
Une place d'observation fut choisie dans un massif d'Epicéas de
40 ans, couronnant le sommet d'un monticule, à une altitude de 8oo m
environ. Cette place formait une bande rectangulaire, longue d'une
centaine de mètres, large de quarante. L'un des petits côtés aboutissait
à une lisière exposée à FOuest. l'autre à une lisière exposée à l'Est,
bordant une assez vaste enclave dépourvue d'arbres. Le monticule
était placé à l'entrée d'une vallée ouverte dans la directions. O. Les
arbres de la lisière O. étaient pendant les mois de juin, juillet et août
exposés au soleil jusqu'à une heure avancée de la soirée. L'influence
de l'exposition se trouvait donc, par suite du choix de cet emplace-
ment, aussi accentuée que possible. Il n'en eût pas été de même sur
un versant exposé à l'O. bordant une vallée ouverte dans le sens N.S.
La radiation solaire aurait été alors moins prolongée et, par suite, l'in-
fluence de l'exposition moins appréciable. Les arbres figurant au Ta-
bleau IV se trouvent dans ce cas. J'insiste sur ces détails parce qu'ils
montrent combien en montagne les conditions de milieu se modifient
facilement, et ce quelles précautions il faut user pour rendre les obser-
vations comparables. Le tronc des Epicéas situés sur la lisière O.
2. Allg-emeine Forst-und Jagd-Zeitung-. Janv. 1888.
E. Mer. — Du développement des cotiches annuelles dans les Sapins. 167
était dénudé jusqu'à une hauteur de 8 à 10 mètres, par suite de l'abla-
tion des branches basses pratiquée quelques années auparavant. Je fis
abattre et débiter à différents niveaux plusieurs de ces arbres. Sur cha-
que section je mesurai la longueur des rayons correspondant aux quatre
points cardinaux. Les résultats obtenus sur trois de ces arbres sont ins-
crits au Tableau I. Je choisis des individus qui me parurent à l'abri de
toute cause produisant l'excentricité de la moelle, telle que lésions,
courbures, etc. J'eus soin surtout de ne m'adresser qu'à ceux qui étaient
écartés d'au moins i m ,5o de tout autre arbre, pour n'avoir pas à tenir
compte de l'influence perturbatrice causée par le voisinage (1). C'est
sans doute parce qu'ils n'ont pas pris toutes ces précautions dans le
choix de leurs sujets d'observations que les résultats des auteurs qui
m'ont précédé dans l'étude de cette question présentent peu de net-
teté (2).
TABLEAU I.
Numéros
des arbres
I.
II.
III.
Moyennes
DISTANCE
des sections
LONGUEUR DES RAYONS
au-dessus du sol
NORD
EST
SUD
OUEST
Base (3)
72
98
69
76
,m
75
80
53
59
2
68
83
58
60
3,3°
58
73
55
55
4
53
63
48
49
5
»
55
»
40
6
»
40
»
40
Base
98
130
78
68
i m
87
107
7i
57
74
100
12
60
3
69
88
68
55
4
68
70
58
60
5
58
67
52
55
6
47
5 2
42
43
Base
»
100
»
5°
68
80
60
55
RAPPORT
entre les rayons
est et ouest
1,28
i,35
1,28
1,32
1,28
i,37
1
1,91
1,87
1,66
1,60
1,16
1,21
1,21
1,44
RAPPORT
entre les rayons
nord et sud
1,05
1,41
M7
1,05
1,10
»
»
1,25
i,4"
1,02
1,04
1,17
1,11
1,14
1. En effet, lorsque deux arbres sont très rapprochés, la moelle de chacun
d'eux est plus ou moins excentrique du côté des faces voisines.
2. R. Hartig dans son travail (Das H0I2 der deutschen Nadelwaldbaeume,
1885) reconnaît que l'exposition paraît avoir une certaine influence sur l'accrois-
sement ainsi que sur la qualité du bois. Mais les conditions de milieu ayant été,
pour la plupart de ses arbres d'observation, modifiées à plusieurs reprises et
dans des sens différents, par suite des éclaircies successives pratiquées dans les
massifs où ils se trouvaient, il est impossible, dit-il, de tirer de leur examen des
conclusions.certaines à cet égard.
3. Dans ce tableau, comme dans tous ceux qui suivent, je désigne par base la
]68 JOURNAL DE BOTANIQUE
C'est sur la face tournée vers l'O. que les couches annuelles
étaient le plus étroites, tandis qu'elles atteignaient leur largeur ma-
xima sur la face orientée à l'E. De ce côté la proportion de bois d'au-
tomne était dans chacune d'elles plus considérable et la coloration plus
foncée, ce qui est toujours l'indice d'une imprégnation "abondante en
tannin et en résine. Il en était ainsi surtout à la partie inférieure du
tronc (depuis la base jusqu'à une hauteur de 2 à 3'"). Dans cette région
les zones d'accroissement étaient presque entièrement composées de
bois d'automne, le bois de printemps n'étant représenté que par un
mince liseré blanc qui sur certains points faisait même complètement
défaut. La teinte de ce bois d'automne n'était cependant pas uniforme.
Elle allait s'accentuant vers le bord externe de chaque couche. Cette
augmentation de coloration correspondait à une augmentation de den-
sité et de dureté, à en juger du moins par la structure du tissu. Les
trachéides y avaient en effet un lumen plus étroit et des parois plus
épaisses. Même dans les parties supérieures du fût, la zone de bois
d'automne, quoique ayant moins d'importance qu'à la base, était plus
large à l'E. qu'à l'O (1).
Tous ces caractères indiquent que la nutrition avait été bien plus
active sur la face orientale des arbres que sur la face occidentale. Elle
l'avait été aussi davantage, quoique dans de moindres proportions,
sur le côté N. que sur le côté S. C'est ce que montrent les deux der-
nières colonnes du tableau précédent. L'exposition S. avait donc pro-
duit sur le développement du cambium un effet analogue, moins ac-
centué toutefois, à celui de l'exposition O.
section d'abatage pratiquée à 10 ou 15 centimètres du sol, un peu au-dessus du
renflement formé par le voisinage des grosses racines. La longueur des rayons
est exprimée en millimètres.
1. Le diamètre E. O. était en général supérieur à tous les niveaux au dia-
mètre N. S., ce qui donnait aux sections une forme ovale. C'est, du reste, ce qui
arrive généralement dans les Sapins quand le développement de la zone cam-
biale est ralenti sur une face par une cause quelconque. Sur la face symétrique
elle devient le siège d'un surcroît d'activité : le rapport entre le diamètre abou-
tissant à ces faces et le diamètre perpendiculaire est alors supérieur à l'unité.
Le résultat est le même quand le fonctionnement du cambium s'exagère sur
un côté de l'arbre, par exemple à la suite de l'influence de la rampe. Les cou-
ches annuelles étant presque toujours plus développées vers la rampe que vers
la pente, le tronc est, à la base surtout, aplati latéralement, parce que le dia-
mètre longitudinal (parallèle à la ligne de pente) est plus grand que le diamètre
transversal (perpendiculaire à cette ligne). Cette différence persiste souvent
dans les parties élevées de l'arbre, bien que s'atténuant toujours à partir de la
base. Aussi, d'après la vue d'une section transversale d'un arbre s'étant déve-
loppé sur un versant assez rapide, est-il possible de reconnaître la situation dans
laquelle il a végété.
Mais quand le fonctionnement du cambium est presque complètement arrêté sur
un point, par exemple à la suite d'une compression ou d'une mutilation, c'est sur
les flancs de la plaie que la zone génératrice travaille avec le plus d'énergie; il se
forme ainsi des bourrelets latéraux. Le diamètre aboutissant à la tace comprimée
ou mutilée est alors le plus souvent inférieur au diamètre perpendiculaire.
E. Mer. — Du développement des couches annuelles dans les Sapins. 169
Ces résultats sont tout à fait contraires à ceux qu'on aurait prévus.
La cime de ces arbres possédait en effet du côté libre des branches
nombreuses et fournies, tandis que du côté du massif elle ne portait
que quelques rameaux et encore ceux-ci se trouvaient-ils peu garnis
de feuilles. Ces feuilles étaient en outre très grêles comme cela arrive
dans la plupart des arbres, et surtout dans les Epicéas, quand elles se
développent à l'ombre (1). Enfin, ne recevant qu'une lumière affaiblie,
elles fonctionnaient beaucoup moins activement que celles recevant la
vive lumière du soleil couchant. Toutes ces circonstances devaient
naturellement faire supposer que les couches annuelles se développe-
raient davantage du côté libre. On sait en effet que c'est ce qui arrive
en général sur les arbres de lisière. Cette influence de la lisière est une
des causes qui produisent l'excentricité de la moelle dans certains
arbres ; mais elle peut être annulée par d'autres influences et c'est le
cas pour l'exemple dont je m'occupe (2).
J'ai cherché à savoir si la différence dans la largeur des couches
E. et O. s'était manifestée dès la jeunesse des arbres. Pour cela j'ai
mesuré sur les diverses sections de l'arbre n° 2 du Tableau I les rayons
E. et O. de 5 ans en 5 ans. Ces mesures sont consignées dans le Ta-
TABLEAU II.
37
ans
32
26
2 3
20
18
15
Moyennes
Longueur
des
rayons de
1 à 5 ans
7
17
15
M
15
13
9
7
20
M
12
15
10
23
o
s.
0,88
I
o,8 5
1,07
1, 16
I
1,30
1,04
Longueur
des
rayons de
1 à 10 ans
21
23
3 1
3 2
35
35
33
20
34
27
2 7
34
"26
cm
Q.CJ
<3 o
PS f»
0,91
l 5
0,91
1,18
1,29
i,P3
1,26
1,10
Longueur
des
rayons de
1 à 15 ans
36
40
50
52
52
55
52
36
32
44
40
43
52
42
a
— -I.
U 03
PS s»
1,25
1,13
1,3°
1,21
l ,°5
I,2J
1,16
Longueur
des
rayons de
1 à 20 ans
48
57
75
73
72
42
4"
50
54
59
2s
O) O
t. a
S- a
1,14
1,42
',5°
t,35
i, 22
1,32
longueur
des
rayons de
1 à 25 ans
l-
77
97
5'
48
58
~- -
ca o
PS f»
I.4I
i,6o
1,67
1,56
Longueur
des
rayons de
1 à 30 ans
98
102
58
56
1,68
1,82
1.75
Longueur
des
rayons de
1 à 35 ans
127
65
ta
«^»
*_ ta
V, «
o
ftcO
ftfl
es o
C3
i,95
1,95
1. V. Bull. Soc. bot. de France, T. XXX, p. 40-51.
2. Buffon et Duhamel connaissaient l'influence de la lisière; ils en font men-
tion dans le mémoire précité et cependant, dans plusieurs de leurs observations
faites sur des arbres de bordure, ils ne constatèrent pas un développement plus
grand des couches annuelles de ce côté. Ils auraient dû en rechercher le motif.
11 y avait probablement d'autres influences qui entraient en antagonisme avec
celles de la lisière, telles que le voisinage d'arbres, etc.
170 JOURNAL DE BOTANIQUE
bleau II. Considérant la couche la plus interne de chaque section
comme âgée de un an, j'ai désigné par longueur des rayons de i à
5 ans, de i à 10 ans, de i à 15 ans, etc., la longueur des rayons cor-
respondant aux 5, 10, 15 premières couches annuelles à partir du centre.
De l'examen de ce tableau et de celui du tableau I ressortent les
faits suivants :
■p
i° L'excentricité de la moelle représentée par le rapport — entre
v
les rayons E. et O. décroît de la base jusqu'à la hauteur de 4 111 environ,
à partir de laquelle elle conserve à peu près la même valeur : 1,9-1;
1,87 ; 1,66; 1,60; 1,16; 1,21, etc. (Tableau I.)
2 A un même niveau, elle augmente avec l'âge. Ainsi à i m du sol
elle était à 5 ans égale à 1 ; à 10 ans égale à 1,15; à 15 ans égale à 1,25;
à 20 ans égale à 1,42, etc. (Tableau II.)
3 Pour chacune des périodes considérées, elle va croissant depuis
la base jusqu'à la hauteur de 3 à 4 1 " au-dessus de laquelle elle varie
peu. Ainsi pour les quinze premières années elle était de 0,97 à la base ;
de i,.?5 à i m ; de 1,30 à 3™; de 1,21 à 4" 1 (1).
NOTICE SUR LES PLANTES FOSSILES
DES
GRÈS TERTIAIRES DE SAINT-SATURNIN (Maine-et-Loire)
(Fin.)
Par M. l'Abbé BOULAY
CARPOLITHES. — On rencontre à Saint-Saturnin et à
Gennes des fruits ou des fragments de fruits en assez grand
nombre.
Les uns me paraissent se rattacher à ce que M. Crié a décrit
1. Le tableau ci-dessus met en évidence une particularité de l'accroissement
assez générale dans les Sapins. On remarque que, pour chacune des périodes
envisagées et quelle que soit l'exposition, la largeur des couches annuelles va en
augmentant jusqu'à 2 ou 3 mètres du sol, puis se maintient à peu près constante.
Ce fait est dû à ce que dans les dix ou quinze premières années de son existence
un Sapin est encore peu vigoureux. Ses branches et ses racines, qui ne sont pas
très développées, fabriquent ou absorbent peu de matières nutritives. Les cou-
ches annuelles formées dans ces conditions ne peuvent donc pas être bien larges.
Plus tard, la vigueur de l'arbre ayant augmenté par suite de l'extension des
racines et des rameaux, les substances plastiques se forment en abondance, mais
elles se portent de préférence à la partie supérieure du tronc où elles sont atti-
rées par la grande activité végétative de la cime. On comprend que les couches
annuelles constituées à partir de cette époque soient moins larges dans la région
inférieure que dans les parties plus élevées de l'arbre.
Il en est souvent de même dans l'Epicéa et le Pin sylvestre. Dans le Mélèze,
au contraire, du moins quand il végète à de basses altitudes, les zones d'accrois-
sement sont larges dès les premières années et plus étroites à partir de l'âge de
k à 20 ans.
Abbé Boulay. — Plantes jossilcs de Saint-SaUirnin {Maine-et-Loire). 171
et figuré sous le nom de Carpolithes Saportana (Ann. se. géol.
t. IX, p. 6, pi. 21, f. 108-116). D'autres assez fréquents pour-
raient être des loges d'une espèce de Diospyros .
Des feuilles entières ou à l'état de fragments, trop difficiles à
interpréter, ont été laissées de côté ; elles montrent cependant la
présence à Saint-Saturnin de cinq ou six espèces de plus que
celles qui ont été nommées, en sorte que sur une seule dalle de
grès mesurant quatre à cinq mètres carrés, quarante espèces ter-
tiaires s'étaient donné rendez-vous et y avaient laissé des vestiges
non douteux.
Cette accumulation de tant d'espèces sur un point si restreint
ferait croire à une flore relativement très riche pour la contrée
à cette époque.
Cependant, sur ces 36 espèces, 10 ou 11 avaient été consta-
tées déjà par M. Crié à Cheffes, à 27 kilom. de Saint-Saturnin,
17 ou 18 figurent également sur la liste générale établie par le
même paléontologiste pour l'ensemble des localités de laSarthe
et de Maine-et-Loire explorées en 1877. Il résulte de là que les
grès de Saint-Saturnin sont très exactement de même âge que
ceux de Cheffes, de Soucelles (Maine-et-Loire), de Fyé, Saint-
Pavace (Sarthe) et appartiennent à un même étage. Les recher-
ches déjà nombreuses et approfondies, effectuées sur des points
distants montrent ensuite que, malgré l'accumulation de débris
abondants en chacune de ces localités, la flore était assez pauvre
en espèces, vu que ce sont toujours les mêmes trente ou quarante
espèces que l'on rencontre sur une zone dont le développement
dépasse 100 kilom. et la largeur 20 à 30.
Il est d'autant plus remarquable, et c'est le principal résultat
de ce travail, que les explorations de M. l'abbé Hy à Saint-Sa-
turnin aient permis d'ajouter 17 espèces nouvelles à ce qui était
déjà connu de la flore des grès tertiaires de l'Ouest. Ce sont :
Notelea eocenica Ett.
Podoloma (spec).
Glossochlamys (spec).
Myrica a;mula Heer.
— latipes N. Boul.
Ficus Dehayesi Wat.
— Schlechtendalii Heer.
— pachyneura N. Boul.
Laurus primigenia Ung\
Daphnogene patulinervis N. Boul.
Echitonium cuspidatum Heer.
Apocynophyllum neriifolium Heer.
— lig-erinum N. Bou!.
Myrsine doryphora Ung-.
Bumelia rninor Ung".
Cassia Phaseolites Ung".
Acacia Brongniarti Wat.
— Saporta; Wat.
i 7 2 JOURNAL- DE BOTANIQUE
Si les flores successives et souvent très distinctes que M. Gard-
ner nous a laissé entrevoir dans le système eocène de l'Angle-
terre (i) étaient bien connues et bien délimitées, il serait facile de
vérifier si la flore des grès tertiaires de l'Ouest en France se rat-
tache à l'une ou à l'autre de celles des îles voisines. Dans l'inter-
valle, et sans vouloir développer longuement des considérations
générales à l'occasion d'une localité unique, je~ne puis omettre
de signaler en quelques mots des rapprochements qui se sont
imposés en quelque sorte dans le cours de mes recherches.
La flore de Saint-Saturnin, et par suite celle des grès tertiaires
de l'Ouest, offre à peine quelques espèces communes avec les
flores éocènes de Sézanne et de Soissons (Bclleu). La flore de
Belleu présente au premier abord plus d'analogies que celle de
Sézanne avec les plantes fossiles de Saint-Saturnin, mais quand
on procède à une comparaison détaillée, on arrive difficilement
à l'identité spécifique. D'autre part, on ne trouve pas non plus
de base un peu étendue à des similitudes avec l'un ou l'autre des
termes de la série des flores oligocènes du sud-est de la France
si bien étudiées et illustrées par M. de Saporta. Non seulement
les espèces ne sont pas les mêmes, mais la physionomie de l'en-
semble est disparate. A Aix, à Saint-Zacharie et jusqu'à Manos-
que, le feuillage d'un très grand nombre d'espèces est maigre,
étroit. Dans l'Ouest, les feuilles semblent bien coriaces pour la
plupart, mais elles montrent une ampleur tout autre. Dans le Sud-
Est, des feuilles dentées ou lobées appartenant à des types euro-
péens actuels, Betnla, Carpinus, Ulmns , Planera, Aluns, appa-
raissent de très bonne heure ; à Saint-Saturnin, toutes les feuilles,
à l'exception des Myrica, sont entières, et les genres ci-dessus
n'ont pas de représentant.
La physionomie de l'ensemble est absolument tropicale. Par-
mi les diverses flores fossiles bien connues du continent, c'est
celle des grès de Skopau (Saxe) qui offre avec celle qui nous
occupe les affinités les plus réelles et les plus nombreuses. M. Crié
a déjà fait valoir cette conclusion à laquelle cette notice fournit
un nouvel appui. Mais un autre rapprochement non encore signalé
reste à établir à l'égard de la flore fossile de Sotzka en Styrie.
Les affinités de la flore de Saint-Saturnin avec celle de Sotzka
deviennent palpables à l'aide du tableau suivant :
i. Bull. Soc. géol. de France, 3" sér., t. XI, p. 195.
Abbé Boulay. — Plantes fossiles de Saint-Saturnin (Maine-et-Loire). 173
Saint-Saturnin. Sotzka.
Espèces identiques ou très voisines.
Cryptomeria Sternbergii Gardn. . Id. (Araucarites Sternbergii Gœpp.)
Podocarpus eocenica Ung Id.
Flabellaria Milletiana Crié FI. Haeringiana Ung-.
Myrica Meissneri Heer Dryandroides hakeaefolia Ung-.
— longifolia Ung Id.
Ficus Dehayesi Wat F. Morloti Ung.
— Schlechtendalii Heer F. apocynoides Ett.
— pachyneura N. B F. pseudo-jynx Ett.
Laurus Forbesi de la H L. Lalages Ung.
— primigenia Ung Id.
Daphnogene patulinervis N. B. . . D. melastomacea Ung. (ex parte).
Notelea eocenica Ett Id.
A'pocynophyllum neriifolium Heer. A. ochrosioides Ett.
Bumelia minor Ung Id.
Acacia Saportse Wat A. microphylla Ung.
Six espèces identiques et environ 10 autres très semblables
sinon identiques du moins pour plusieurs, laissent entrevoir entre
les deux localités des relations assez étroites.
M. Schmalhausen a groupé récemment dans ses Beitraege
zur Tertiaer-Flora Sud- West-Russlands , la description de trois
florules fossiles qui s'étagent en Russie, de l'éocène jusqu'au
miocène.
La première caractérisée par Nipadites Burtiiii, Seçuoia car-
bonaria (qui ne diffère pas de V Arattcarites Duchartrei Wat.),
des plantes marines, Zostera, Posidom'a, Chondriles, a tout à
fait la physionomie de celle des grès de Belleu (suessonien).
La seconde, recueillie dans les travaux d'une exploitation de
lignites à Jekaterinopolje (gouvernement de Kiew), correspond
à celle des grès de l'Ouest, bien que le nombre des espèces réel-
lement identiques soit peu élevé.
Outre le Ficus Rogowiczi très semblable au F. pachyneura,
V Echiionium cuspidahtm pourrait bien être représenté fig. 34 de
la pi. VIII. Il faudrait discuter enfin la question si épineuse du
Quercus furcinervis qui fait suite aux Dryophyllum plus anciens
et dont certaines feuilles laissées ici au compte du Myrica Meiss-
neiriHeer se distinguent difficilement.
M. Schmalhausen, en étudiant cette florule, a été frappé de
ses affinités avec la flore oligocène, comme je l'ai été pour les
plantes de Saint-Saturnin. S'il la range dans l'éocène, c'est en se
i 7 4 JOURNAL DE BOTANIQUE
basant sur des parallélismes stratigraphiques qu'il n'y a pas lieu
d'examiner ici.
Bans un tableau général, dressé par étages, des flores fossiles
tertiaires, M. P. Friedrich rapproche Sotzka des grès de Sko-
pau, Altsattel, Grasseth; mais il range ces localités dans l'oligo-
cène supérieur. Il place, d'autre part, les grès de la Sarthe et de
Maine-et-Loire sur le même niveau que Haering dans l'oligocène
inférieur (i). Le tableau de M. Friedrich laisse ressortir avant
tout l'extrême difficulté que l'on éprouve à vouloir systématiser
prématurément des faits complexes et dont la connaissance dé-
taillée nous échappe.
EXPLICATION DE LA PLANCHE VI
Fig. i. — Podoloma (spec).
Fig*. 2. — Myrica latipes N. Boul. — Empreinte de la face inférieure d'une
feuille.
Fig. 3. — Id. — Empreinte de la face supérieure d'une autre feuille de
forme plus oblongue.
Fig". 4. — Ficus pachyneura N. Boul.
Fig. ^ et 6. — Daphnogene patulinervis N. Boul.
Fig. 7-1 1. — Apocynophyllii m ligerinum N. Boul. — La fig. 7 montre une
feuille cassée aux deux extrémités, pouvant atteindre, si elle était en-
tière, 8-9 cent.; elle correspond aux feuilles d'assez fortes dimensions;
•fig. 8, une base de feuille munie de son pétiole; ce pétiole est atténué
à l'excès dans sa région moyenne par suite du mode de fossilisation;
fig. 9, autre base de feuille avec pétiole cassé, montrant la nervation;
fig. 10, également pour la nervation; fig-. 11, sommet de la feuille.
Observation. — Dans le cours de cette notice, quand la provenance
d'une espèce n'est pas indiquée, elle est de Saint-Saturnin, Gennes
n'ayant encore fourni qu'un petit nombre d'empreintes reconnaissables.
CHRONIQUE
Société des Sciences de Nancy (Séance du i cr mai 1888). — M. P. Vuillemin
décrit, sous le nom d'Ascospora Beijerinckii, le Champignon qui a causé der-
nièrement en Lorraine une grave maladie sur les Amygdalées. Les périthèces
mûrissent au printemps. (Nous donnerons dans un prochain numéro une note
complétant l'étude publiée fans le Journal de Botanique, tome I er , page 315.)
Séance du 15 mai. — M. P. Vuillemin décrit un Champignon vivant dans les
racines des Légumineuses. C'est une Chytridinée qu'il nomme Ctadochytrium
1. Beitraege sur Kenntniss d. Terliaerftora d. Prov. Sachsen. Berlin, 1883,
p. 10.
Chronique. 175
tuberculorum. Il expose les motifs qui l'amènent à penser que cette cryptogame,
vivant en symbiose, détermine le renflement si caractéristique des radicelles de
cette famille.
La Société botanique de France tiendra cette année sa session extraordinaire
dans les Corbières pendant le courant du. mois de juin. Le Comité d'organisa-
tion, composé de MM. Flahault, Gaston Gautier, Barrandon, Galavielle, Oliver et
Gab. Vidal, s'est préoccupé de rendre aussi faciles que possible les excursions
portées au programme provisoire suivant :
Samedi 9 juin. — A 8 heures et demie, rendez-vous à la mairie de Nar-
bonne; séance préparatoire consacrée à l'organisation de la session. — A 9 neu-
res, séance publique. — Ai heure, excursion au Pech de l'Agnèle (4-6 kilom. à
pied, aller et retour).
Dimanche 10 juin. — A midi, départ en^ chemin de fer pour Ylle Sainte-
Lucie, où l'on s'embarquera à la vieille jetée romaine pour Y Ile de l'Aute. —
Retour à Narbonne en chemin de fer à 7 heures du soir.
Lundi 11 juin. — A 5 heures, départ en voiture par la route de Saint-Lau-
rent de la Cabrérisse, Jonquières et Albas, jusqu'à la Pinède de Durban / arrivée
pn voiture à Durban. — Déjeuner à midi. — A 1 heure et demie, herborisation
aux Garigues de Villeneuve (6 kilom. à pied, aller et retour). — A4 heures, dé-
part en voiture par Gléon, Portai et Peyriac-de-Mer, pour Narbonne, où l'on
arrivera vers 7 heures et demie.
Mardi 12 juin. — A midi, départ en chemin de fer pour Salces; herborisa-
tion à la Font-Estramer. — Retour à Narbonne à 7 heures (8 kilom. à pied, aller
et retour).
Mercredi 13 juin. — A 4 heures du matin, départ en chemin de fer pour
Capendu; à 5 heures et demie, départ en voiture de Capendu pour la Montagne
d'Alaric (635 m. d'alt.), par Comigne. — Herborisation dans les plantations do-
maniales de l'Alaric. Déjeunera midi, à la Font Saint-Antoine. Herborisation dans
la Combe des Baux. Retour à pied jusqu'à la gare de Moux; arrivée à Narbonne
à 7 heures (8 kilom. à pied).
Jeudi 14 juin. — Séance publique à 9 heures. — A midi, départ en chemin
de fer pour Fitou. — Herborisation aux Sidrières (ilôts) de Filoti et de Leucate.
— Retour à Narbonne en chemin de fer à 7 heures.
Vendredi 15 juin. — A4 heures du matin, départ de Narbonne en chemin
de fer pour Quillan, par Carcassonne; arrivée à 9 heures et demie. — A midi et
demi, herborisation à Belvianes et aux Gorges de la Pierre-Lisse (6-8 kilom,
à pied, aller et retour).
Samedi 16 juin. — A 5 heures du matin, départ en voiture pour la Forêt
des Fanges, par Laval et le col Saint-Louis. — Herborisation dans la foret des
Fanges, l'une des plus belles forêts de Sapins de la France (1000 m. d'altit.); dé-
jeuner à la maison forestière du Prat del Rey. — Retour à volonté : i° en voiture,
par le col de Campérier et les gorges de la Pierre-Lisse; 2 à pied, en herbori-
sant, par lecol del Fraîche et Belvianes (10 kilom.).
Dimanche 17 juin. — A 9 heures et demie, séance publique à la mairie
de Quillan.
Lundi 18 juin : à 5 heures du matin, départ en voiture pour Saint-Paul de
Fenouillet, dans la vallée de l'Agly; à 11 heures, herborisation au Pont de la
Foux. — Mardi 19 juin : herborisation à Saint-Antoine de Galatnus (8 kilom. à
pied, aller et retour). — Mercredi 20 juin : à 6 heures du matin, départ en voi-
ture pour Casas de Penas / herborisation à la Chapelle (4 kilom. à pied, aller et
176 JOURNAL DE BOTANIQUE
retour). — Jeudi 21 juin : départ en voiture à 9 heures du matin pour Sournia ;
herborisation à Esquino d'Ase; retour à Saint-Paul de Fenouillet. — Vendredi
22 juin : départ pour Axât ; herborisation à la Forêt d' En-Malo et au Pla d'Es-
table (1500 m. d'altit.); retour à Axât. — Samedi 23 juin : départ d'Axat en voi-
ture pour la Vallée du Rêbenty ; retour à Quillan à 5 heures du soir. —
Dimanche 24 juin : Clôture.
Le détail de ces excursions pourra être ultérieurement décidé.
Les listes ci-après présentent, à titre de spécimen de la flore des Corbières,
quelques-unes des espèces qu'on rencontrera, au mois de juin, dans les localités
sus-mentionnées :
Samedi 9 juin. — Pech de l'Agnele. — Erodium petraeum, Alyssum spinosum,
Dictamnus albus, Astragaius narbonensis, Vicia atropurpurea, V. onobry-
chioides f. elegans, Medicago leiocarpa, Cachrys laevigata, Santolina Chamae-
cyparissus, Scorzonera crispa, "Euphorbia flavicoma, Uropetalum serotinum.
Dimanche 10 juin. — 1 les Sainte-Lucie et de l 'A ute. — Erodium chium,Myrtuscom-
munis f. microphylla, Narcissus niveus, Arundo Pliniana; — Erodium littoreum,
Polygala rupestris, Limoniastrum monepetalum, Narcissus dubius, Iris spuria.
Lundi 11 juin. — Pinède de Durban. — Cistus albidus, C. crispus, C. albido-
crispus, C. crispo-albidus, C. monspeliensis, C. salvifolius, C. salvifolio-mons-
peliensis (florentinus), C. populifolius, C. salvifolio-populifolius (corbariensis),
C. laurifolius, C. laurifolio-monspeliensis (Ledon), C. monspeliensi-laurifolius,
C. nigricans (longifolius) ; Medicago reticulata, Orobanche Benthami, Trago-
pogon stenophyllus, Adenocarpus grandiflorus, Brassica montana, Lactuca
ramosissima.
Mardi 12 juin. — Font-Es tramer. — Phragmites gigantea, Alkanna lutea,
Cyperus distachyos, Theligonum Cynocrambe, Anthyllis cytisoides.
Mercredi 13 juin. — Montagne d'Alaric. — Bifora radians, Thalictrum tube-
rosum, Ranunculus gramineus f. asphodeloides, Allium Moly, Tulipa gallica,
Serratula nudicaulis, Genista Villarsii, Dianthus virgineus.
Jeudi 14 juin. — Sidrières de Fitou et de Leucate. — Medicago secundiflora,
Scorzonera crispatula, Senecio Cineraria, Convolvulus lanuginosus var. argen-
teus, Iris olbiensis, I. chamaeiris, Ferula nodosa, Thapsia villosa, Allium
ampeloprasum.
Vendredi 15 juin. — Georges de la Pierre-Lisse. — Alyssum macrocarpum,
Silène saxifraga, Viburnum Tinus, Saxifraga corbariensis, Galium maritimum,
Lonicera pyrenaica, Lysimachia Ephemerum, Juniperus phœnicea, Campanula
speciosa.
Samedi 16 juin. — Forêt des Fanges. — Sideritis tomentosa, Trigonella
hybrida, Asperula laevigata, Rhamnus alpina, Dentaria pinnata, Cynoglossum
montanum, Euphorbia hyberna, Orobus luteus, Arabis alpina, Scrophularia
alpestris, Meconopsis cambrica, Valeriana montana, Myrrhis odorata, Lunaria
rediviva. (On y récoltera, en outre, une grande quantité de Muscinées, de
Lichens et de Champignons.)
Nous souhaitons qu'un aussi attrayant programme décide un grand nombre de
botanistes à prendre part à ces excursions.
Le Gérant : Louis Morot.
rarts. — 3. Merscfc. Imp., 22, pi. Deûfert* Rockerea».
2 e ANNEE N° ii i" JUIN 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
ETUDES SUR LA GEOGRAPHIE BOTANIQUE DU NORD
de la France
Par M. l'abbé MASCLEF
Le Nord de la France, tel que l'entendent la plupart des géo-
graphes (1), est une région naturelle de peu d'étendue, d'une
superficie à peine supérieure à celle des trois départements du
Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme. Constituée par les bas-
sins côtiers de la Somme et du Boulonnais et par la partie fran-
çaise du bassin de l'Escaut, cette région figure à la pointe septen-
trionale de la France une espèce de triangle curviligne irrégu-
lier, nettement limité à sa base, de l'ouest au sud-est, parla ligne
demi-circulaire formée par le cours de la Bresle et les collines
d'Artois et de Belgique et de son côté nord-ouest par les côtes
de la Manche et de la mer du Nord, du Tréport à la Belgique.
Au nord-est, au contraire, la frontière belge ne présente plus
qu'une ligne de séparation purement artificielle, et les plaines de
Flandre se continuent au-delà avec le même aspect et la même
végétation qu'aux environs de Lille ou d'Hazebrouck.
La région du Nord ainsi considérée comprend le départe-
ment du Nord, moins l'arrondissement d'Avesnes qui fait partie
du bassin de la Meuse et de la région ardennaise, les départe-
ments du Pas-de-Calais et de la Somme dans leur entier, la por-
tion du département de X Aisne arrosée par la Somme, c'est-à-
dire l'angle septentrional de l'arrondissement de Saint-Quentin,
enfin la bande étroite du département de Y Oise comprise entre
le département de la Somme et la ligne de faîte formée par les
collines de Picardie.
La végétation du Nord de la France, encore peu connue lors
de la publication de la dernière flore générale de la France, par
1. Cfr. Elisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, II, la France, p. 787
et suivantes.
I7 8 JOURNAL DE BOTANIQUE
Grenier et Godron, est aujourd'hui assez bien étudiée. Il serait
superflu de refaire ici une bibliographie déjà établie plusieurs
fois et à laquelle il est facile de se reporter (i) ; j'ajouterai seule-
ment que de nombreuses herborisations dirigées systématique-
ment pendant ces dernières années sur les points les plus intéres-
sants ou encore peu explorés, comme certaines parties du dépar-
tement du Nord, sont encore venues compléter les résultats déjà
acquis par tant de travaux. Inutile de m'appesantir davantage
sur ces découvertes, dont l'importance est presque la seule
raison déterminante de ces études de géographie botanique; qu'il
me suffise pour le moment de pouvoir exprimer toute ma recon-
naissance à mes amis et zélés collaborateurs : le D r Carpentier;
MM. les abbés Godon et Queulain; MM. de Lamarlière, Rem-
bert, T. Delattre, Ch. Magnier, B. Riomet, etc.
Avec des documents aussi nombreux, très souvent contrôlés
par mes recherches personnelles, il me sera, j'ose l'espérer, assez
facile d'établir la géographie botanique proprement dite d'une
région aussi restreinte et aussi pauvre au point de vue de sa flore
indigène que celle du Nord de la France. Le but principal que je
me propose est de montrer que la végétation de cette région
présente un certain nombre de caractères assez importants et
assez distincts pour qu'on la considère comme une région bota-
nique naturelle de la flore française.
A cet effet, je ne pouvais mieux faire que d'adopter le plan
si nettement tracé par A. de Candolle dans sa Géographie bota-
niqtie. « La végétation d'un pays ou d'un district quelconque
offre toujours, nous dit le législateur de la botanique descriptive,
i. Principaux ouvrages a consulter : Abbé Boulay, Révision de la Flore du
département du Nord, 3 fascicules 1878-1880; Eloy de Vicq, Flore du départe-
ment de la Somme, 1883; Ch. Magnier, Catalogue des Plantes intéressantes des
marais de la Somme auprès de Saint-Quentin, 1884; A. Masclef, Catalogue rai-
sonné des Plantes vasculaires du département du Pas-de-Calais, 1886; G. Bonnier
et G. de Layens, Nouvelle Flore du nord de la France et de la Belgique, 1887;
Graves 'p. part.), Catalogue des Plantes observées dans l'étendue du départe-
ment de l'Oise, 1857.
Je dois à l'obligeance de plusieurs de mes collègues de la Société royale de
Botanique de Belgique la communication d'un travail important qui, vu son an-
cienneté et sa rareté, avait échappé jusqu'ici aux botanistes du Nord. Il s'agit des
Delicias Gallo-Belgica? sylvestres sive tractatus geueralis plantarum Gallo-Bel-
gicarum ad gênera relatarum, cum differentiis spécifie is, nominibus trivialibus,
locis natalibus, etc., Natalis Josephi de Necker, Strasbourg, 1768, 2 vol. in-18.
Les intéressants renseignements contenus dans cet ouvrage, le plus ancien sur la
flore du Nord de la France, seront cités et discutés dans le cours de ce travail.
Abbé Masclef. — Sur /a géographie botanique du Nord de la France. 179
des caractères plus ou moins importants, plus ou moins distincts.
Ces caractères se rapportent aux conditions des classes ou
grandes catégories du règne végétal, des familles, des genres et
des espèces dans le pays dont on s'occupe ; aux analogies et
aux différences qui en résultent relativement à d'autres régions ;
enfin, à l'origine probable des espèces. »
Pour rendre plus facile l'étude des « conditions d'existence »
des espèces de la flore du Nord, et aussi celle de « leurs analo-
gies et de leurs différences » avec les flores voisines, je section-
nerai ce travail en plusieurs articles suivant les subdivisions
naturelles de la région, et je considérerai ainsi successivement la
végétation du littoral, des collines d'Artois et de Picardie, des
marais, des plaines de Flandre, etc. Quant à la question de
« l'origine probable des espèces, » où une si large part devra
nécessairement être laissée à l'hypothèse, je la réserve pour un
dernier article, dont un paragraphe sera consacré à établir la liste
des espèces disparues depuis les temps historiques et à rechercher
les causes de cette destruction.
I. — Le Littoral.
Le littoral du Nord de la France, du Tréport à la frontière
belge, attire le botaniste de préférence à tout autre point de la
région, non seulement par l'attrait des sites charmants que
présentent tour à tour ses falaises taillées à pic, ses larges
estuaires, ses dunes profondes ou ses belles levées de galets,
mais surtout par la richesse de sa' végétation, puisque plusieurs
espèces ou variétés intéressantes de la flore française ne se
trouvent que là et que bien d'autres méritent l'attention à diffé-
rents titres. Aussi, est-ce la partie de la région qui a été la
mieux étudiée. Après les travaux de Boucher de Crèvecœur, de
Dovergne, de de Vicq, deRigaux, de l'abbé Boulay, de Wignier
"et de plusieurs autres botanistes, il devait nécessairement rester
peu de chose à glaner et cependant j'ai voulu en reprendre l'ex-
ploration complète; je l'ai parcouru, soit seul, soit en compa-
gnie de mes meilleurs amis, MM. Boulay, Queulain, Carpentier
et Dubois, et si je n'y ai fait qu'un nombre relativement restreint
de découvertes, j'ai au moins pu facilement me rendre compte
des caractères de la végétation que je vais essayer d'esquisser.
180 JOURNAL DE BOTANIQUE
i°. — Végétation des terrains sot unis à l'action directe
des eaux salées ou saiimàtres.
A. Zone marine. — Une seule espèce phanérogame carac-
téristique de cette zone toujours recouverte par la mer, le Zos-
tera marina L. , se rencontre quelquefois sur les plages sableuses
ou aux embouchures des rivières, rejetée par le flux en compa-
gnie de diverses espèces d'Algues, mais jamais je ne l'ai vu vé-
géter sur nos côtes et y former de véritables prairies sous-
marines, comme dans l'Ouest et le Midi de la France. Sa station
dans le Nord paraît donc être exclusivement le fond de la mer,
à une assez grande distance du rivage ; la grande largeur de
Ycstran, qui atteint souvent de 1.000 à 1.500 m. n'est probable-
ment pas sans influence sous ce rapport.
B. Zone des vases, des ports et des embouchures.
— Dans cette zone, je range toutes les espèces particulières aux
terrains arrosés par le flot, soit chaque jour, soit seulement aux
plus grandes marées, ou même qui ne reçoivent ordinairement
que l'écume des vagues, comme les digues, les talus et les extré-
mités gazonnées ou sableuses des prairies salées et des bassins
de chasse. On comprend facilement tout le développement que
prend cette zone sur un littoral aussi découpé par les cours d'eau
que celui du Nord de la France et présentant des estuaires,
comme ceux de la Canche, de l'Authie et de la Somme. Dans ce
dernier, en particulier, l'on voit des prairies salées ou molières
de plusieurs lieues de longueur, et des points encore baignés
tous les jours par la marée, comme Noyelles-sur-Mer, se trou-
vent à plus de quinze kilomètres de la haute mer.
On peut diviser les espèces de cette zone en trois catégories
correspondant à autant de zones secondaires.
A. — La première est représentée par Salicomia herbacea
L. {S.patula et LmericiDuv . Jouv.), Suasda maritima Dumort. ,
Glyceria maritima Mert. et Koch et Aster Tripoli? im L. Ces
quatre espèces occupent seules la première bande des limons
argileux, argilo- sableux ou marneux, chaque jour entièrement
recouverte par le flot ; V Aster Tripoli???;? ne s'avance ordinaire-
ment pas aussi près de la mer que les trois autres. Les plages
exclusivement sableuses ou caillouteuses sont stériles.
B. — Avec ces espèces se mélangent de suite celles de la
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 181
seconde catégorie; ce sont, ordinairement dans l'ordre suivant :
Spergularia marina Bor., >S\ marginata Bor . , Glaux maritima
L., Plautago maritima'L,., Triglochin maritiiuumY^., Glyceria
dis/ans Whlbg. , Lepturus filiformis Trin. , Artemisia maritima
L., Carex extensa Good., Armerîa maritima Wild., Statice
Limoninm L., Atriplex hastata L. var. satina Wallr., Obione
portulacoides Moq. Tand. et 0. pedunculata Moq. Tand. Ces
plantes habitent les marécages et constituent les prés salés, non
plus recouverts chaque jour par la mer, mais arrosés à l'heure
du flux par une multitude de petites rigoles, le long desquelles
végètent toujours les espèces de la catégorie précédente. On ne
les rencontre jamais, comme ces premières, sur les vases propre-
ment dites, elles ne recherchent pas, comme elles, des terrains
immergés, mais un sol simplement imprégné par l'eau de mer;
aussi s'écartent-elles bien plus de l'eau salée et elles prospèrent
encore à l'extrémité des molières et sur les digues où le flot
n'arrive plus qu'aux plus grandes marées. En somme elles for-
ment une catégorie intermédiaire; au bord des prairies salées,
elles accompagnent les espèces de la première catégorie, à leur
extrémité, au contraire, on les rencontre mélangées avec celles
de la troisième.
C. — Les stations recherchées par ces dernières ne sont
plus marécageuses; ce sont les digues, les renclotures, les extré-
mités gazonnées ou sableuses des prairies salées et des bassins
de chasse, là où l'eau de mer n'arrive plus qu'accidentellement,
mais où parvient encore souvent l'écume des flots. Dans ces
stations un peu vagues se plaisent, quelquefois au milieu des dé-
bris rejetés par la mer : Matricaria maritima L., Beta mariti-
ma L., Atriplex crassifolia C. A. Mey. (A.fariuosa Dumort.),
A. littoralis L. et Hordeum maritimum With.
Toutes les espèces de la première catégorie (zone secondaire
des vases salées) sont communes dans le Nord, X Aster Tripolium
un peu moins toutefois que les trois autres.
Dans la seconde catégorie (zone secondaire des prairies salées)
on peut considérer comme communes les espèces suivantes :
Spergularia marginata, Plantago maritima, Atriplex hastata
var. salina, Triglochin maritimum, et Glyceria distans. Les
Spergularia marina, Glaux maritima et Artemisia maritima
182 JOURNAL DE BOTANIQUE
se trouvent également répandues, mais en moins grande abon-
dance. La dispersion des six autres espèces mérite une mention
spéciale.
L' Armeria MARITIMA abonde dans toute la baie de la Somme
et dans les prairies salées de Calais! . Entre ces deux points ex-
trêmes sa station change et il devient fréquent sur les pelouses
au sommet des falaises.
Le STATICE Limonium n'existe également quVz Calais et
dans la baie de la Somme! . Je ne' l'ai pas revu au Crotoy et à
Saint-Firmin où le signale de Vicq ; mais il est très abondant à
Saint-Valery-sur-Somme, dans la prairie salée en avant du Cap
Hornu et à Noyelles-sur-Mer.
L'Obione portulacoides manque dans le département du
Nord, existe dans le Pas-de-Calais à Calais et aux embou-
chures de la Slack et du Wimereux et dans la Somme au Hour-
del et à Saint-Valéry , près le parc aux moules!. Il se retrouve
également au Tréport (de Vicq.). Il paraît disparu complète-
ment des autres localités citées dans la flore de la Somme et le
Catalogue du Pas-de-Calais.
L'O. PEDUNCULATA est encore abondant sur quatre points
du littoral de la région du Nord : à Saint- Valéry -sur- Somme,
à l'extrémité de la prairie salée du Cap Hornu, le long de l'an-
cienne falaise!; à Etaples , à peu près au milieu de la baie,
dans une dépression marécageuse demi-circulaire formée par les
dunes du Touquet ! ; à Calais, dans la prairie salée près le Séma-
phore, à gauche du chemin des Baraques, à une centaine, de
mètres en dehors des nouveaux remparts ! ; enfin aux environs
de Gravelines, où il a été trouvé vers Oye (Rouy) et dans la
direction de Dunkerque par MM. Maugin et Mouillefarine. —
je n'ose rien affirmer à propos de la localité du Tréport (de
Brébisson, de Vicq, Lloyd), que M. Rouy ne cite pas dans ses
« Suites à la flore de France ». En 1877 (1) de Vicq avait signalé
la disparition de l' Obione pedunadata du bassin de retenue du
Tréport, à la suite de travaux d'approfondissement; nous ne l'y
avons effectivement pas revu au mois d'août dernier (2). Mais en
1883, dans sa « Flore de la Somme, » il indique encore cette
1. « Les Plantes intéressantes de la vallée de la Bresle et de ses deux versants. >•
Amiens, 1877.
2. J'étais accompagné du D r Carpentier et de M. Dubois.
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 183
espèce sur les bords de la Bresle entre Mers et le Tréport. Si l'on
rapproche cette indication de celle de la « Flore de Normandie »
(environs de la ville d' Eti, le Tre'port) , de nouvelles recherches
minutieuses, que nous n'avons pas eu le temps d'entreprendre,
paraissent nécessaires pour contrôler d'une manière certaine la
présence ou la disparition de Y Obione pedunculata dans la vallée
de la Bresle, de la ville d'Eu au Tréport.
Quant à la localité du Croloy (Boucher de Crèvecceur, Bâillon),
sa destruction paraît certaine ! .
Yi Obione pedunculata se trouve à l'extrémité des prairies
salées où la mer n'arrive plus ; dans les parties encore un peu ma-
récageuses ou dans les ornières il est très développé et ramifié
et atteint jusqu'à 20 et 25 c. de hauteur, mais sur les pelouses à
peine humides et calcaires, il n'a que quelques centimètres et ces
formes naines peuvent très facilement rester inaperçues. Partout
il paraît rechercher l'exposition du nord.
Le Carex EXTENSA se rencontre dans les terrains impré-
gnés d'eau saumâtre, principalement à la base des talus her-
beux des digues, çà et là dans le département de la Somme, dti
Crotoy à V Authie (de Vicq, Wignier), et dans le Pas-de-Calais
à Wimereux! . Je ne l'ai pas rencontré sur les bords de la Slack,
où il avait été signalé à Rigaux par de Vicq (1).
Le LEPTURUS FILIFORMIS est plus dispersé que le précé-
dent, mais il est beaucoup moins stable et moins abondant dans
ses habitations. On le trouve entre Mers et le Tréport) (de
Vicq), sur divers points de la baie de la Somme! (de Vicq),
à Etaples et à Dimkerque (Boulay). Il paraît disparu des autres
localités citées dans les auteurs.
Dans la troisième catégorie (zone secondaire des dignes et des
lieux vagues maritimes), nous ne trouvons qu'une espèce com-
munément répandue, Y Hordeum maritimzim ; les autres sont
rares ou inégalement distribuées sur le littoral du Nord.
Le Matricaria MARITIMA est assez commun de la frontière
belge à la Canche (Cfr. Catalogue du Pas-de-Calais); mais au-
delà il n'est plus signalé qu'au Crotoy (?) et à Noyé lies-sur- Mer
(de Vicq). Les localités de Quend et de Saint-Quentin- en-Tour-
mont doivent être rayées de la flore de la Somme.
1. « Catalogue des Plantes vasculaires et des Mousses observées aux environs
de Boulogne-sur-Mer », par Aut. Rigaux, 1877.
184 JOURNAL- DE BOTANIQUE
Le BETA maritima existe çà et là tout le long du littoral à
Dunkerqîie (Queulain), à Calais! ', Wimereux! ', à Fort-Mahon
(Cage) et sur la rive droite de la baie de la Somme, au Crotoy!
et à Noyelles-sur-Mer (de Vicq). Je ne l'ai pas rencontré dans
les autres localités signalées par les anciens botanistes. Je l'ai re-
cueilli dans une station un peu différente, mais toujours dans des
terrains vagues, à l'extrémité des falaises d'Ault, vers Onival.
L'Atriplex CRASSIFOLIA a été dans ces derniers temps
revu à Dunkerque par M. l'abbé Boulay et à Calais par
M. l'abbé Queulain (!) ; il est signalé à Fort-Mahon près Quend
(Cage in de Vicq). Je l'ai vainement recherché à Boulogne, à
Etaples, au Crotoy et à Saint- Valéry, où il avait été autrefois
recueilli par Dovergne, Tillette de Clermont-Tonnerre, Rigaux
et de Vicq.
Enfin l'A. LITTORALES paraît également disparu (!) de la
plupart de ses anciennes localités, Le Portel près Boulogne,
Berck, Chateau-Neuf près Quend et Ault; on ne le retrouve plus
qu'à Dunkerque (Boulay) dans le département du Nord, et à
Calais! ', Wissant (Boulay) et Etaples! dans celui du Pas-de-
Calais. {A suivre.)
DE L'INFLUENCE DE L'EXPOSITION
sur le développement
DES COUCHES ANNUELLES DANS LES SAPINS
(Fin.)
Par M. Emile MER
Le tableau suivant, dans lequel les données qui précèdent sont
coordonnées différemment, fait encore mieux ressoriir les variations de
l'excentricité pour les diverses parties de la masse de cet arbre.
De l'examen attentif de ce tableau découlent, si l'on néglige quel-
ques irrégularités, les conclusions suivantes :
i° Pour un même niveau et dans les limites d'âge considérées,
l'excentricité augmente du centre à la périphérie.
2° Pour des périodes correspondantes l'excentricité diminue à
mesure que le niveau s'élève.
Afin d'interpréter ce double résultat, il faut remarquer d'abord que,
à chaque niveau, l'accroissement annuel moyen augmente sur la face
orientale d'une période à la suivante et, dans une même période, di-
minue à mesure que le niveau s'élève; ensuite que sur la face occiden-
tale il suit une allure à peu près inverse.
E. Mer. — Du développement des coîtckes annuelles dans les Sapins. 185
De ce double jeu résulte nécessairement que l'excentricité corres-
pondant à chaque période (1) croît du centre à la périphérie et, pour
une même période, décroît de la base au sommet (2). La progression
est donc dans le premier cas centrifuge et centripète dans le second.
3 Pour un même niveau et d'une période à la suivante, l'excentri-
cité varie dans le même sens que la grandeur de l'accroissement annuel
moyen relatif à chaque période. On a là un nouvel exemple de la
proportionnalité entre l'excentricité et l'activité végétative.
TABLEAU III.
Ages
Largeur totale des 5 accroiss"
Accroissement annuel moyen .
Excentricité
Ages
Largeur totale des 5 accroiss"
Accroissement annuel moyen.
Excentricité
Ages
Largeur totale des 5 accroiss"
Accroissement annuel moyen.
Excentricité
Ages
Largeur totale des 5 accroiss"
Accroissement annuel moyen.
Excentricité .
Ages
Largeur totale des 5 accroiss"
Accroissement annuel moyen.
Excentricité
Ages . ,
Largeur totale des 5 accroiss"
Accroissement annuel moyen.
Excentricité
Ages
Largeur totale des 5 accroiss"
Accroissement annuel moyen .
Excentricité
1 à 5 ans
E.
O.
9
. 1.8
0,88
i,6
Distança
au- dessus
du sol.
Base.
i. Par excentricité relative à une période, il faut entendre le rapport entre îa
largeur des couches annuelles formées pendant cette période, d'une part sur la
. face exposée à l'Est, d'autre part sur celle exposée à l'Ouest.
2. Si ce résultat paraît différer de la 3 e conclusion ressortant du tableau II,
i86
JOURNAL DE BOTANIQUE
II
Il était intéressant de s'assurer si l'excentricité de la moelle existait
aussi dans les Epicéas situés dans le massif à proximité de la lisière, si
elle diminuait à mesure que les arbres s'éloignaient de cette lisière,
enfin jusqu'à quelle distance elle se faisait sentir. Le peuplement était,
comme je l'ai dit, assez clair; il était naturel de supposer que l'exposi-
tion exercerait son influence assez loin dans le massif. Dans ce but j'ai
fait abattre un certain nombre d'arbres à des distances de plus en plus
grandes de la lisière. Sur chacun d'eux j'ai mesuré à divers niveaux
les rayons E. et O. comme je l'avais fait pour les arbres de lisière (3).
Ces mesures sont inscrites au tableau IV.
TABLEAU IV.
Jjjo.
Distance
Hauteurs
des sections
Longueurs des rayons aux ex
positions
Rapports
entre
Rapports
des
en're
arbres.
à la licière.
au-dessus
du sol.
NORD
EST
SUD
OUEST
les rayons
£. et 0.
les rayons
N. et S.
I
3 m
Base
75
«5
75
50
1,70
1
»
i m
75
70
75
45
i,55
1
»
2
60
75
55
35
2,14
1,09
II
6
Base
»
«5
»
55
i,54
»
»
4 m
»
55
s
45
1,22
»
»
6
»
45
»
40
1,12
»
m
13
Base
100
115
85
95
1,21
1,05
»
i m
»
65
9
75
0,86
»
»
3
65
70
60
75
o,93
1,08
IV
i7
Base
1
100
»
75
*,33
»
»
3 ra
»
55
»
60
0,91
»
V
20
Base
80
100
70
75
i,33
1,14
VI
30
Base
115
80
90
90
o,88
1,27
s
i m
70
«5
75
65
!,3°
o,93
»
2
70
80
70
65
1,23
I
?
3
70
75
65
65
M5
1,08
»
4
70
70
60
60
1,16
i,-i6
VII
40
Base
80
80
80
«5
0,94
1
»
i m
60
65
65
65
1
0,92
»
3
60
65
65
60
1,08
0,92
Mo
yennes
s
75
75
70
64
J.23
1,04
c'est parce que dans ce tableau l'excentricité relative à chaque période est cal-
culée à partir du centre de chaque section. Ce mode d'appréciation affaiblit la
valeur de l'excentricité relative aux régions inférieures du tronc, puisqu'on fait
entrer en ligne de compte l'excentricité correspondant aux deux premières pé-
riodes quinquennales, laquelle est très faible, comme on l'a vu.
3. J'ai eu soin également de choisir des individus écartés d'au moins 1 m , 50 des
plus rapprochés, pour n'avoir pas à tenir compte de l'influence perturbatrice causée
par le voisinage.
E. Mer. — Du développement des couches annuelles dans les Sapins. 187
On voit que, jusqu'à une distance de 30"' de la lisière, le rayon O.
est plus court que le rayon E. L'excentricité cependant diminue à me-
sure que la distance augmente. C'est à 40'" seulement qu'elle a complè-
tement disparu (i).De 1,70 qu'il était à 3™ de la lisière pour la section
de base, le rapport -| a atteint successivement les valeurs suivantes :
1,54; 1,21; 1,33; 0,88; 0,94. En même temps le rapport entre les
rayons N. et S. diminuait aussi. C'est généralement à la base, ou du
moins dans le premier mètre, que l'excentricité était le plus accentuée.
Sauf quelques oscillations légères, elle diminuait dans les parties plus
élevées de l'arbre.
En continuant à s'éloigner de la lisière O. et à une cinquantaine de
mètres à peu près de l'arbre n° 7 (tabl. IV) on arrivait à la lisière E.
bordant l'enclave dénudée dont j'ai parlé. Sur cette lisière j'ai fait
abattre un Epicéa qui m'a donné les mesures suivantes :
BASE A I m DU SOL A 2 m DU SOL
Rayon Nord .
— Est. .
— Sud. .
— Ouest.
6
8
7
5>5
6
6
6
6
5.5
5
5
5
C'est du côté de la lisière cette fois que les couches annuelles étaient
le plus développées. L'influence de la lisière n'était plus combattue
par celle de l'exposition. Mais la différence n'était appréciable que sur
la section de base. Plus haut la moelle était centrale. *
Je crois utile de donner encore ci-dessous les mesures fournies par
des Sapins situés sur une autre lisière exposée aussi à l'O. en terrain
peu incliné sur le bord du lac de Longemer. L'inspection de ce tableau
rapprochée de celle du tableau I fournira des comparaisons instructives .
TABLEAU V.
Hauteurs
Longueur des rayons aux expositions
Rapports
des sections
entre
au-dessus du sol.
EST
OUEST
les rayons E. et 0.
Base
95
95
1
1
75
55
1,36
1
90
50
i,80
»
180
130
1,38
»
80
75
1,66
»
85
50
1,70
»
160
160
1
»
230
90
2,55
i
IIO
!5o
o,73
Moyennes
122
95
1,26
1. L'examen des mesures relatives à l'Epicéa n° VII (Tabl. IV), montre qu'il
188 JOURNAL DE BOTANIQUE
Ici encore le rayon O. était moins développé que le rayon E. mais
l'excentricité était moindre que dans les arbres figurant au tableau I,
puisqu'elle n'atteignait pour la section de base que le chiffre 1,26 au
lieu de 1,54 qui représente l'excentricité moyenne à la base pour les
trois individus de ce dernier tableau.
III
Il me reste maintenant à interpréter les résultats qui viennent d'être
mentionnés.
L'influence de l'exposition O. comme cause de ralentissement ou
même d'arrêt dans le développement de la zone cambiale située de ce
côté est manifeste d'après les exemples que j'ai cités. Je crois devoir
l'attribuer à la fois à l'action directe du soleil sur le tronc et à réchauf-
fement du sol de la lisière.
a). Action du soleil sur le tronc. — Les recherches anciennes de
T. Hartig et celles plus récentes de son fils (1) ont montré que l'acti-
vité de la couche cambiale d'un arbre est influencée par la radiation
solaire et la température du sol. C'est ainsi qne l'époque à laquelle ce
tissu entre en activité au printemps varie pour un même arbre suivant
les niveaux. Il fonctionne plus tôt à la partie supérieure qu'à la base,
parce que la première reçoit plus directement la lumière et que l'écorce
y étant plus mince s'échauffe plus facilement. Il peut y avoir dans le
développement du cambium de ces deux régions un écart de plusieurs
semaines.
Des différences analogues, et c'est ce dont je compte m'assurer pro-
chainement, doivent se manifester suivant les côtés de l'arbre. Il est
probable que sur ceux qui sont exposés au S. et àl'O. le cambium entre
plus tôt en activité que sur ceux qui sont orientés au N. et à l'E. Mais,
par contre, sur les premiers cette activité doit être singulièrement ra-
lentie ou même arrêtée pendant les grandes chaleurs de l'été. Les
exemples précédents semblent le montrer. On a vu que les couches du
côté de l'O. étaient très minces et formées presque uniquement de bois
de printemps. C'est donc surtout dans les mois de mai et de juin
qu'elles se développent, alors que la réserve alimentaire ainsi que
l'amidon nouvellement formé par les feuilles étant en grande partie
n'y avait pas lieu de tenir compte de l'influence de la rampe, bien que le terrain
fût légèrement incliné vers l'O., puisque dans cet arbre la moelle était centrale.
Se trouvant éloigné de la lisière, sur un sol presque horizontal, plongé dans le
massif tout en étant distant de 2 mètres au moins de l'arbre le plus voisin, n'étant
le siège d'aucune courbure, ni d'aucune lésion, cet Epicéa ne présentait aucune
condition pour que sa moelle fût excentrique. Aussi sa croissance était-elle régu-
lière et son bois homogène. Une semblable réunion de circonstances est très rare,
il faut le reconnaître.
1. R. Hartig : Dos H0I2 der deutscken Nadehvaldbaeume , 1885.
E. Mer. — Du développement des couches annuelles dans les Sapins. 189
employés au développement des jeunes rameaux, les matériaux nutri-
tifs n'arrivent qu'insuffisamment au cambium du tronc. Plus tard, en
juillet et août, quand les branches ont cessé de s'accroître et que les
feuilles vivement insolées fonctionnent activement, le cambium de la
face exposée à l'O. est frappé d'inertie par l'intensité des rayons so-
laires qu'il reçoit et ne bénéficie pas de la nourriture abondante mise
alors à sa disposition par la cime (1). Sur la face opposée, au contraire,
le cambium est moins précoce, parce que, ne recevant que de la lumière
diffuse, il est plus lent à s'échauffer. Il ne forme guère de bois de prin-
temps ; mais en revanche il continue à fonctionner en été et à utiliser
la grande somme de nourriture rendue disponible précisément par
suite de l'arrêt de développement de la face occidentale. Voilà pour-
quoi non seulement les couches annuelles y sont très larges mais en-
core formées en grande partie de bois d'automne présentant une grande
densité et une vive coloration (2). Le côté éclairé a ainsi travaillé pour
le côté ombragé. On a là un exemple frappant de la solidarité établie
entre les diverses régions d'un arbre. En remarquant que souvent les
grosses racines correspondent aux grosses branches, on a été trop dis-
posé à croire que les matériaux nutritifs se répartissent presque tou-
jours dans un arbre suivant la verticale. L'observation montre qu'ils
peuvent souvent dévier de cette direction.
(à). Echauffeineni du sol. — L'échauffement du sol que traversent
les racines du côté de la lisière agit dans le même sens que celui du
tronc. Au printemps il contribue à activer la végétation de la couche
cambiale située du côté libre, parce que les racines se trouvant dans
un sol chaud entrent plus tôt en fonction et envoient dans la région
correspondante du tronc une eau portée à une température assez éle-
vée. Le sol de lisière que traversaient les racines des arbres d'observa-
tion est peu profond, parsemé de roches, formé de débris granitiques
et s'échauffe très facilement. En été il devient brûlant et la chaleur
réfléchie à sa surface frappe le bas du tronc des arbres. C'est sans doute
en partie pour ce motif que l'excentricité de la moelle est plus accen-
1. Il m'est encore impossible de préciser quel est l'effet de cette action du
soleil. La quantité d'eau mise à la disposition du cambium serait-elle insuffisante?
Y aurait-il dessication, comme on le croyait du temps de Buffon? Ne serait-ce pas
plutôt à une souffrance passagère du protoplasma sous l'influence d'une chaleur
excessive qu'il faudrait attribuer le ralentissement ou même l'arrêt momentané
des fonctions du tissu cambial? On sait que parfois les pêchers cultivés en espa-
liers dépérissent sur la face libre exposée aux rayons du soleil, tandis que la face
tournée vers le mur continue à végéter.
2. La dénomination de bois d'automne n'est pas exacte, au moins d'une ma-
nière générale, car l'automne est loin d'être toujours la saison dans laquelle se
forme ce tissu. J'ai constaté que dans des branches d'Epicéa il était complètement
constitué vers le 15 Août. Il continue à se développer au-delà de cette date dans
le haut du tronc, plus tard encore à la partie inférieure de celui-ci, enfin même
au commencement de l'hiver dans les racines de certains arbres.
i 9 o JOURNAL DE BOTANIQUE
tuée à la base. De plus, comme ce sol se dessèche rapidement, les ra-
cines superficielles de l'Epicéa n'ont de ce côté à leur disposition que
très peu d'eau pendant les grandes chaleurs. L'échaufïement du sol en
dehors du massif doit donc être considéré comme une des causes ralen-
tissant le développement du cambium dans les arbres de lisière.
Si ce ralentissement est moins accusé dans les parties supérieures
du ironc, c'est parce qu'elles se trouvent, à cause de leur éloignement
du sol, moins échauffées que les parties basses et qu'elles sont d'ail-
leurs sous l'ombre des branches. Celles-ci semblent garantir si efficace-
ment le tronc que c'est à leur présence pendant la formation, à chaque
niveau, des dix ou quinze premières couches annuelles qu'il faut attri-
buer, je crois, la faible excentricité de la moelle pendant le cours de
cette période. Plus tard la végétation de ces branches basses se ralen-
tissant par suite de leur âge et du couvert de celles qui les dominent,
elles se dégarnissent peu à peu de leurs feuilles et protègent moins
efficacement la partie du tronc sur laquelle elles sont insérées. Mais
c'est surtout lorsqu'elles ont été coupées que celui-ci s 2 trouve
exposé au soleil ; or c'est précisément le cas pour les Epicéas d'obser-
vation, puisqu'ils se trouvaient dénudés, comme je l'ai dit, jusqu'à une
hauteur de 8 mètres.
Si l'excentricité de la moelle était moins accusée dans les arbres
du tableau V que dans ceux du tableau I, c'est parce que leurs racines
s'étendaient sur la lisière dans un sol plus humide, puisqu'ils se trou-
vaient sur le bord d'un lac, et que d'ailleurs ils n'avaient pas été dé-
pouillés de leurs branches basses. En outre, par suite du voisinage
d'une montagne, l'irradiation solaire y était de moins longue durée.
On sait que sur les versants S. et O. les résineux ont en général un
bois plus dense que sur les versants N. et E. On voit qu'il en est au*
trement si l'on considère les diverses faces d'un arbre situé sur une
lisière exposée à l'O. C'est au contraire sur la face insolée que le bois
a le moins de qualités. Cette différence qui semble étrange peut s'ex-
pliquer ainsi : Au N. et à l'E. la couche cambiale est très active parce
qu'elle a beaucoup d'eau à sa disposition et que la terre dans laquelle
plongent les racines est généralement assez riche. Mais les feuilles
étant relativement peu éclairées ne fonctionnent pas avec une grande
activité. Or l'observation montre que le rapport entre l'épaisseur des
parois des éléments et le calibre de leur lumen (d'où dépend dans les
Conifères la densité du bois) est lié d'une part à l'activité du cambium
et d'autre part à l'abondance des matériaux, qui lui parviennent. On
conçoit donc que le bois acquière une faible densité au N. et à l'E. Au
S. et à l'O. au contraire, les feuilles fonctionnent activement et mettent à
la disposition de la couche cambiale beaucoup de substances nutritives,
mais ce tissu, par suite du manque d'eau, a un développement assez
E. Roze. — Le Jardin des Plantes en 1636. 191
lent quoique ininterrompu. Il lui arrive plus de matériaux qu'il ne
peut en employer pour la production de nouveaux éléments ; ces maté-
riaux disponibles servent alors à épaissir les parois des éléments déjà
formés. Mais quand l'activité cambiale est complètement suspendue
sur un point par suite d'une chaleur excessive, ainsi que cela arrive
sur la face des troncs trop vivement frappés par le soleil, la formation
du bois est arrêtée et les matériaux plastiques se rendent en excès à
la face opposée où, mis en œuvre par un cambium encore actif, ils
servent à édifier un bois d'une grande densité (1).
Il n'est pas toujours aussi facile que dans les exemples qui précè-
dent de mettre en évidence l'influence de l'exposition, parce qu'il faut
souvent tenir compte de l'intervention d'autres éléments antagonistes.
C'est surtout quand le terrain est incliné que cette influence se trouve
presque toujours masquée par celle de la rampe. Aussi convient-il
auparavant de bien étudier cette dernière.
LE JARDIN DES PLANTES EN 1636
Par M. Ernest ROZE
Comment doit-on se représenter, d'une part, le Jardin des Plantes
dix années après sa création, qui date de 1626, de l'autre, les végétaux
qui y étaient cultivés ? Nous avons pensé qu'on pourrait s'en faire une
idée d'après ce que nous en a laissé celui qui, disait Fontenelle, « en
fut proprement le fo>i dateur, qui passa dix ans à disposer les lieux, à
en faire les bâtiments et à y rassembler des plantes au nombre de plus
de deux mille, » c'est à-dire d'après la Description du Jardin royal
des plantes médicinales ', estably par le roy Louis le Juste à Paris, et le
Catalogue des plantes qui y sont de présent cultivées, publiés en
1636 par Guy de la Brosse, premier Intendant de ce jardin.
Quelques extraits de cette description, reproduits avec le style
même de l'auteur, suffiront à nous faire brièvement connaître la manière
dont le jardin était disposé à cette époque. Mais le Catalogue, rédigé
dans la langage des Pères de la botanique et en particulier de L'Obel,
ne pouvait être compris actuellement qu'après avoir été traduit dans la
1. C'est ce qui, chez les résineux, arrive généralement dans les cas où il se
produit sur un point un ralentissement dans le fonctionnement du cambium (au
niveau des courbures, quand un arbre se trouve trop rapproché d'un autre, etc.).
Les matières nutritives se portant alors en excès dans les parties voisines, il s'y
forme de larges accroissements composés presque uniquement de bois d'automne
(bois rouge), même au printemps. De semblables exemples montrent que c'est
surtout la nutrition qui influe sur la constitution du bois et que si cette constitu-
tion varie suivant qu'il se forme dans une saison ou dans une autre, c'est parce
que la nutrition elle-même est différente à ces époques.
192 JOURNAL DE BOTANIQUE
Nomenclature linnéenne à l'aide de la synonymie de G. Bauhin. C'est
d'après cette traduction, assez difficultueuse par elle-même, que nous
avons pu reconstituer la liste presque complète des plantes qui faisaient
alors l'objet des cultures dont Guy de la Brosse était fier à juste titre.
Et, en effet, l'auteur, dans sa description, commence par faire res-
sortir l'importance du Jardin des plantes officinales ; il expose ensuite
que ce Jardin, ayant trois docteurs pour y enseigner les vertus des
plantes, une officine pour les préparations, un sous-démonstrateur des
plantes et autres officiers, devait être considéré comme une très néces-
saire et utile Ecole de la matière médicinale.
Il dit « qu'il est vray qu'il y a plus de soixante ans que le sieur
Robin, herboriste du Roy, très curieux en la culture des plantes, dont
plusieurs Autheurs font honorable mention, a cultivé un petit Jardin (i)
qui n'a jamais excédé 300 toises [2) de terre, et pour lequel, et pour
sa pension, il n'avait que 400 livres par an; aussi est-il vray que s'il
n'eust eu autre revenu pour se maintenir, et sa louable curiosité au fait
des plantes, qu'il n'eust pas eu de quoy cultiver des choux... Que de-
puis luy, son fils, le sieur Vespasien Robin succédant à son héritage, à
sa capacité et à sa charge, ne faisait estât de ce petit appointement que
pour payer les ports de lettres de ses correspondances et les voitures
des plantes nouvelles qui luy estaient envoyées... qu'aussi le Roy, re-
connaissant son mérite, luy a donné la charge de sous-démonstrateur
des plantes en son royal Jardin, avec très honneste appointement, où
il s'applique maintenant avec honneur, mettant en évidence les grâces
que Dieu luy a faictes en la connaissance et culture des végétaux... »
Mais, ajoute t-il plus loin, on ne peut en rien comparer ce petit
Jardin au nouveau, auprès duquel ceux-mêmes de Montpellier, de
Leyde, de Padoue ne paraissent être que des jardinets, le Jardin de
Montpellier ne contenant que six arpents au plus, et celui de Paris
dix -huit.
1 Ce Jardin royal, poursuit Guy de la Brosse, est situé au faux-
bourg Saint- Victor lez Paris, en la grand rue que l'on nomme Coy-
peaux... La rivière de Seine l'avoisine de deux cents pas et son mur
est baigné de la petite rivière des Gobelins (1)... Sa superficie est de
16,200 toises (2)... Il a son entrée au couchant et son logement sur
la rue... Dans une première court, l'on rencontre deux portes cochères :
par la première, l'on entre au Jardin suivant une allée plantée de charmes
et de tilleux de 160 toises de long sur 5 de large (3); par l'autre, l'on
1. Le Jardin royal du Louvre, fondé vers 1590 par Henri IV.
2. 585 mètres.
1. La Bièvre.
2. 31,574 mètres.
3. 312 mètres sur 9 m. 75.
E. Roze. — Le Jardin des Plantes en 1636. 193
entre en la seconde court devant la face du logàs... Le logement a de-
vant sa -face un parterre divisé en quatre parties, au milieu duquel est
une fontaine, les deux premières plantées de toutes sortes d'arbrisseaux
toujours verds et de plantes vivaces, tant à fleurs plaisantes qu'autres,
et les deux autres de plusieurs portes d'arbrisseaux se dépouillant de
feuilles l'hyver, et de toutes sortes de plantes vivaces, demi-vivaces et
annuelles que l'on a pu recouvrer. Les plantes sont tellement dispo
sées en leurs quarreaux, et les parterres de telle symétrie, qu'elles y sont
ordonnées en leurs espèces selon leurs genres, de sorte que quiconque
connaist une espèce peut assurément dire que le genre connu est là-
dedans (1).
« Ce parterre est environné d'un haye plantée de toutes sortes
d'arbres et arbrisseaux domestiques, et des estrangers qui se peuvent
naturellement et sans art cultiver en nostre climat, dont le nombre ex-
cède 250... Sur deux autres parterres, de chacun mille toises (2), sont
cultivées en grande quantité les plantes usuelles et plusieurs autres en
assez bon nombre pour les expériences... Toutes les allées qui croisent
les parterres où sont cultivées toutes les plantes potagères, sont plan-
tées en justes distances de toutes sortes d'arbres fruictiers, et bordées
de Lavandes, d'Aspics, de Rosmarins, de Sauges, de Rues, d'Auronnes
masles et femelles, de Saviniers et autres.
1 Un peu plus loin, se trouve un pré de 14 14 toises (3), fait en
sorte qu'il ressemble à un grand plat, où il y a un peu d'eau, car en
ayant à son milieu un peu de vive, fouillée exprès pour les plantes
aquatiques, il retire en quelque manière à cette figure : c'est là que
sont mises toutes les plantes qui chérissent un pareil solage. Ce pré est
voisin et contigu d'un bois de 1125 toises (4) : dedans luy sont plan-
tées et cultivées les plantes ombrageuses et booagères... De l'autre
costé de l'allée en parallèle du pré et du bois est un verger planté de
toutes sortes d'arbres fruictiers, ayant en l'un de ses angles une gentille
cerisée, et contient ce verger 1450 toises (5) de superficie.
« Au costé de la grande allée de l'entrée est un escallier où peut
aisément monter un cheval qui vous porte sur la montagne, laquelle
est divisée en deux croupes. La première et plus haute sur laquelle est
un petit monticule en ligne spirale de trois toises de haut, regardant
1. Le mot espèce doit être pris ici dans un sens très large : il faut l'entendre
à la fois comme type spécifique et ses variétés. Guy de la Brosse, dans son Cata-
logue, ne les distingue pas, en effet, et les place sur le même rang ; il dit aussi
bien, par exemple : Lapathi varia gênera, Pyrornm varias species, que Cicho-
riitm sativum varire species.
2. 1950 mètres.
3. 2756 mètres.
4. 2193 mètres.
5. 2826 mètres.
,94 JOURNAL DE BOTANIQUE
par-dessus Paris, et ayant pour objet toutes les campagnes des envi-
rons à plus de six ou sept lieues loing, est plantée de Vignes de plu-
sieurs rares espèces (4), et environnée de doubles allées et petits val-
lons plantés d'arbres fruictiers et Cyprès, et toutes bordées de rosiers.
Au bas de cette grande montagne est entaillé un parterre en demy lune,
exposé au midy, où sont plantés les Orangez, Citronniers, Myrtes,
Acacia d'Egypte, Palmes, Cannes de sucre et autres plantes qui veulent
du chaud. Ce petit parterre se couvre en hyver d'une charpente faicte
exprez pour garantir les plantes mises en plaine terre des injures des
hyvers (5).
« L'autre croupe est bordée d'une terrasse : du costé qui regarde le
Septentrion, elle est plantée d'arbres et d'arbrisseaux toujours verds,
comme Pins, Sapins, Ifs, Houx, Chesnes verds, Lièges, Genévriers,
Phyllirea, Pyracantha et autres; de l'autre qui reçoit le midy, sont
toutes les plantes et arbrisseaux que nourrissent les païs chauds, comme
Sabines baccifères, Lentisques, Térébinthes, Cytisus, Cistus Ledon,
Stechas, Labdanes, Lavandes, Rosmarins, Sauges, Thym, Thymbra
et autres, s
• • 1
Telle était, en résumé, la disposition générale du Jardin. Le Cata-
logue, qui fait suite à la Description qu'en donne Guy de la Brosse,
comprend, sauf quelques répétitions, plus de deux mille noms d'espè-
ces ou variétés de plantes, dont les phrases nominatives sont classées
par lettres alphabétiques. Ce qui frappe d'abord dans ce Catalogue
c'est le grand nombre de variétés horticoles des plantes à bulbe ou à
rhizome qui y figurent. Ainsi on ne compte pas moins de 1 12 variétés
de Narcisses, appartenant aux Narcissus Tazetta (1), poeticus, tri/o-
bus, Pseudo-Narcissus,Ju)iqiiillus, Bulbocodium etc. ; de 66 variétés de
Jacinthes, réparties entre Hyacinthus uo)i-scriptus, amethystiiius, orie?i-
talis, Polyanthes tuberosa, MuscarïcomosumMWX. et racemosum DC,
Scilla amœna, unifolia, bifolia, italica, Lilio-Hyacinthus , autumnalis }
peruviana etc.; de 16 variétés des Tulipa sylvestris et Gesnerfana;de
16 variétés des Allium victoriale, satïvum, ursmum, subhirsnticm,
Moly, Scorodoprasurn, triquetrum etc.; de 32 variétés des Lilium can-
4. D'après le Catalogue : Vitis vinifcra varia? species ; Vitis vinifera foliis
laciuiatis frac ht albo prascox ; Vitis corintiaca fmctu rubro et albo .
5. On sait que la première serre chaude n'a été construite, à la demande de
Séb. Vaillant, qu'en 1714. Mais Tournefort, dans son Histoire des plantes des en-
virons de Paris (1698), p. 195, fait connaître le procédé antérieurement employé.
« On n'a rien trouvé de plus propre, dit-il, que le son de la farine du Blé sarra-
zin pour tenir bien sèches les serres dans lesquelles on conserve les plantes pen-
dant l'hyver. Il faut faire boiser ces serres, en sorte qu'il reste un vuide de la
largeur de 2-3 pouces entre les planches et les murailles, et remplir soigneuse-
ment cet espace avec du son de Blé sarrazin. »
1. Les noms spécifiques sans noms d'auteurs sont des noms linnéens.
E. Roze. — Le Jardin des Plantes en 1636. 195
didum, bulbiferum, pomponium, chalcedonïcum, superbum, Martagon
etc.; de 5 variétés des Hemerocallis Jîava et fulva; de 19 variétés des
Fritillaria imperialis, Meleagris, pyrenaica et persica ; de 20 variétés
de Crocus salivus; de S variétés de Gladiolus; de 12 variétés de Col-
chic um ; de 3 variétés d'Asphodelus ramosus et Iule us; de 16 variétés
des Ornithogalum pyrenaicum, umbellatum, arabicum, nutans, mini-
mum, etc.; de 51 variétés des Iris tuberosa, Pseudo-Acorus, bijlora,
susiana, fœtidissima, germa/iica, Xiphium, Sisyrinchium etc.; puis de
16 variétés de Cyclamen europseum; de 64 variétés des Anémone He-
patica^ Pulsatilla, vernalis, Aorlensis, palmala, Iri/olia, sylveslris,
apennina, coronaria\ de diverses variétés de Primula Auricula et de
12 variétés des Arum maculatum, tenui/olium, triphyllicm ) Dracun-
culus, Arisarum et Colocasia. Il faut y joindre 36 variétés des Ranun-
culus asiaticus^ creticus, illyricus, gramineus, polyanthemos^ bulbosus,
acer etc., 9 variétés de Pseonia officinalis et 26 variétés des Rosa alba,
pimpinellifolia, cenfifolia, ciunamomea, canina, alpina etc. C'est la
partie plus spécialement horticole du Catalogue qui comprend, en ou- ,
tre, à ce point de vue, diverses variétés de Canna indica ou Balisier,
la Citronelle, le Santolina Chamœcyparissus , lesffeliauthus annuus et
muliijiorus, le petit Œillet d'Inde, diverses variétés de la Grande et
de la Petite Pervenche, la Camomille, le Laurier rose et sa variété
blanche, la Polémoine, X Ipomœa Quamoclit, X Acanthus mollis ou
Branc-Ursine, les Jasmin uni ojjîcinale et grandijlorum^ le Basilic, le
Chèvrefeuille, le Jasmin de Virginie, le Rhododendron Jerrugiueum, la
Balsamine, les Gera?iium macrorhisum et tuberosum ) \esRhus Cotinus
et typhinum, l'Oranger et sa var. sinensis^ le Limonier, le Grenadier,
diverses variétés d'Œillet (Jlore pleno el Jïore simplici), le Clemafis
Vilicella, la Julienne, la Monnoyère, la Croix de Jérusalem, XAgros-
temma coronaria, le Nigella damascena, le Passiflora incarnala, le
Câprier, diverses variétés d'Ancolies {Aquilegia vulgaris et canaden-
sis), les Amarantus caudatus et tricolor, le Genêt d'Espagne, l'Arbre
de Judée et le Sainfoin d'Espagne.
Quant aux arbres fruitiers, Guy de la Brosse signale : l'Amandier
à fruits doux et amers, diverses variétés de Cerisiers, le Coignassier,
l'Abricotier, le Néflier, diverses variétés de Pêchers et de Pommiers,
le Sorbier, le Cratsegus torminalis et diverses variétés de Pommiers.
Les Ribes rubrum, avec sa var. album, R. nigrum, R. Alpinum et
R. Uva-crispa, ainsi que le Framboisier à fruits blancs et rouges et un
Framboisier américain, s'y trouvent également.
Parmi les plantes potagères, Guy de la Brosse indique : l'Ail ordi-
naire, l'Echalotte et la Rocambole, l'Asperge (1), l'Oseille, la Bette-
1. Le Catalogue mentionne Y Asparagus ojficinalis et sa var. maritimus.
i 9 6 JOURNAL DE BOTANIQUE
rave, l'Arroche ou Bonne-Dame, la Pimprenelle, le Thym, la Petite
Capucine, diverses variétés de Fraisiers, le Cresson alénois, le Cresson
de fontaine, plusieurs variétés de Choux, la Roquette, diverses variétés
de Radis, la Moutarde, la Raiponce, plusieurs variétés de Concombres,
la Tomate, la Lentille, le Haricot, diverses variétés de Pois et de
Fèves, le Persil, le Céleri, deux variétés de Carottes, le Panais, le
Cerfeuil, le Chervis, l'Angélique, l'Estragon, le Salsifis, diverses
variétés de Laitues et de Chicorées, l'Endive, quelques variétés d'Ar-
tichauts, et le Topinambour.
Le pré humide, assez vaste, réservé aux plantes aquatiques, devait
présenter, d'après le Catalogue, en dehors de quelques-unes des espè-
ces citées plus haut : divers Car ex, les Scirpus lacustris et maritimus,
divers Juncus, les Acorus Calamus, Typha latifolia, Sparganium
ramosum, Orchis latifolia, Ophrys spiralis, Epipactis palustris, les
Alisma Plant 'ago et Damasonium, les Butomus umbellatus , Potamo-
geton natans, Triglochin palustre, Sagittaria sagittifolia, Hydrocharis
Morsus-Ranœ, Straiiotes aloides, Scorsonera humilis, Tragopogoti
' ' praiensis, Sonchus palustris, Cirsium anglicuni, Serratula tinctoria,
Achillea Ptarmica, Initia salie in a, Valeriana dioica, Galium palus-
tre, Menyant/ies nympkoïdes, Gentiana Pnèumonanthe, Chlora per-
foliata, Scrophularia aquatica, Graliola officinalis, Veronica Becca-
bunga, Ping/tic ula vulgaris, Teucrium Scordium, Sciilellaria galéri-
en lata, Mentha aquatica, Salvia glulinosa, Lysimachia tenellaçX Num-
mularia, Oxalis Acetosella, Par >i as si a palus tris, Cardamine vulgaris
et amara, Cochlearia ofjîcijialis, Sisymbrium Nasturtium et amphi-
bium, Caltha palustris, Trollius européens, Nymphsea alba et lutea,
Polygonum Persicaria et Hydropiper, divers Rumex, les Cicuta virosa,
Œnauthe Jistulosa, Phellandrium aquaticitm, Sison Amomum, Myrio-
phyllum spicatum, Hippuris vulgaris, Peplis Portula, Lythrum Hys-
sopifolia et Salicaria, Spirœa Ulmaria, Sanguisorba officinalis,
Lotus telragonolobus, Chrysospleniuiu oppositifolium, Myrica Gale,
Equisetum palustre, Lomaria spicanl Desv. etc.
{A suivre.)
Tournefort et Vaillant affirment que depuis un temps fort long que l'on entretient
Tune à côté de l'autre, dans le Jardin, l'Asperge cultivée et l'Asperge sauvage,
celle-ci n'avait point changé.
CHRONIQUE
M. Millardet, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, vient d'être
nommé membre correspondant de l'Institut dans la section de Botanique.
Le Gérant : Louis Morot.
taris. — t. Mersofc, Imp., 22, pi. Leufert- Bocbereaa.
2 e ANNEE N* 12 16 JUIN i838 .
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
QUELQUES MOTS SUR LA COURBURE DES PLANTES
Par M. F. ELFVING
Tout le monde sait que les plantes croissent dans une direc-
tion qui est déterminée par la pesanteur, la radiation, l'humidité,
etc., et qu'elles cherchent à reprendre par des courbures caracté-
ristiques leur position normale, si on les en a écartées. Cepen-
dant on ne connaît guère ce qui se passe dans l'intérieur d'un
organe en voie de se courber.
Dans un article récemment publié dans le Botauische Zeitung
(1887, n us 48 et suivants) M. Wortmann a cherché à éclaircir cette
question.
Supposons qu'il s'agisse d'un organe unicellulaire droit, d'un
tube de Phycomyces m'tens, par exemple, et qu'on l'ait placé
horizontalement, de sorte que la pesanteur exerce son action
fléchissante sur la région de croissance intercalaire. D'après
M. Wortmann, le premier effet de la pesanteur est un mouve-
ment du protoplasma vers la paroi supérieure de la cellule, mou-
vement analogue à celui qu'exécute le protoplasma d'un myxo-
mycète qui rampe de bas en haut. En effet, M. Kohi a déjà
observé, ce qui a été confirmé par M. Wortmann, que, dans les
tubes de Phycomyces qui se sont courbés géotropiquement, le
protoplasma de la région courbée se trouve amassé vers la paroi
supérieure. A cause de l'entassement du protoplasma la crois-
sance de la membrane en épaisseur est favorisée dans la moitié
supérieure du tube comparativement à l'autre. C'est ce que
M. Wortmann a trouvé en examinant des tubes fortement cour-
bés : là, la membrane présente quelquefois au côté concave une
épaisseur double de celle du côté opposé. Comme le côté plus
solide offre une résistance plus grande que l'autre à la pression
hydrostatique qui s'exerce dans la cellule et qui distend la mem-
brane, il en résulte une courbure du tube telle que le côté supé-
198 JOURNAL DE BOTANIQUE
rieur devient convexe. C'est la courbure géotropique. — Il en est
de même pour les courbures héliotropiques, etc.
Pour des organes constitués par un tissu cellulaire, les choses
se passent d'une manière analogue. Par exemple, dans une tige
placée horizontalement, le protoplasma de la région en crois-
sance se dirige vers le côté supérieur de l'organe, en se servant
des canaux extrêmement fins dont les membranes sont percées.
Entassé dans les cellules de ce côté-ci, le protoplasma y pro-
voque un épaississement des parois, d'où résulte, la turgescence
étant supposée la même dans toutes les cellules, un redressement
de la tige. Toutefois l'examen microscopique des organes géo-
tropiquement courbés ne révèle guère l'entassement du proto-
plasma ni l'épaississement des membranes ; mais M. Wortmann
a recours à un artifice pour démontrer sa thèse.
Il dispose horizontalement une tige épicotylée de Phaseolus
multiflortis et l'empêche de se redresser, au moyen d'un poids
convenablement attaché. Il donne, pour ainsi dire, au protoplas-
ma le temps d'accomplir son mouvement et d'agir sur les mem-
branes. En 24 heures ou plus, la structure de la tige est profon-
dément modifiée, comme on le voit déjà à l'œil nu sur une section
transversale de la région en croissance. Les cellules du côté su-
périeur, remplies de protoplasma, forment une sorte de collen-
chyme à parois rigides, tandis que celles du côté opposé consti-
tuent un tissu très mou, pauvre en protoplasma, à parois très
minces. Selon M. Wortmann, il s'établit entre les deux côtés
d'une tige libre qui va se redresser une différence analogue, mais
moins prononcée à cause de la durée plus courte de la position
horizontale, et c'est à cette différence qu'est dû le redressement.
Tels sont les principaux traits de la théorie que M. Wortmann
a exposée avec beaucoup de talent.
Pour ma part, je citerai quelques observations qui me sem-
blent démontrer que les faits qui servent de base à cette nouvelle
théorie ne suffisent pas pour l'établir solidement et qu'il faut par
suite attendre des preuves plus décisives avant de l'accepter.
Si l'on place au-dessus d'une culture de Phycomyces une
plaque de verre, de sorte que les sporanges viennent s'y heurter,
et si l'on met le tout dans l'obscurité, les tubes sporangifères,
qui continuent à pousser, subissent peu à peu des flexions irré-
gulières, comme le fait un ber), on trouve :
Spergularia marina, Glyceria distans.
Atriplex hastata, var. salina,
Dans les marais salés de l'Allier (du Buysson) :
Glaux maritima. | Glyceria distans.
Autour des sources minérales du Puy-de-Dôme (Lamotte,
F res Gustave et Héribaud-Joseph) :
Spergularia marina,
S. marginata,
Glaux maritima,
Plantago maritima,
Atriplex hastata, var. salina.
Glyceria distans.
1. Cfr. Alph. de Candolle, « Géographie botanique raisonnée », chapitre vi,
p. 419 à 453.
2o6 JOURNAL DE BOTANIQUE
Près des sources salées des Hautes-Alpes (Cariot) :
Sperg-ularia marginata, | Glyceria distans.
Dans les marais salants de la Lorraine (Godron) :
Atriplex hastata, var. salina,
Triglochin maritimum,
Glyceria distans,
Spergularia marina,
Aster Tripolium,
Salicornia herbacea (S. Emerici
Duv. Jouv., l'un des types du
Nord de la France),
Dans les marais salants de l'Alsace (Kirschleger) :
Glaux maritima.
Dans les marais salants du Palatinat (Kirschl.) :
Triglochin maritimum, | Glyceria distans.
Dans les salines de la Thuringe (Koch) :
Artemisia maritima, | Obione pedunculata.
L'action du sel marin sur les espèces des zones des vases et
des prairies, se manifeste extérieurement par la consistance plus
ou moins charnue (excepté chez les Glumacées) des tiges et des
feuilles et par X aspect glauque de la plante entière ; ces particula-
rités sont caractéristiques des espèces soumises par leurs racines à
l'action directe du sel marin. Au contraire toutes les espèces de
ces deux zones secondaires sont glabres ; ce nouveau caractère
est, à mon avis, fort important à noter, la plupart des espèces
du littoral devenant velues et hispides quand, s'éloignant du bord
de la mer et de l'action directe du sel marin, elles ne subissent
guère plus que l'influence des brumes et des vents de la mer.
Zone des digues et des lieux vagues maritimes , base des
falaises. — Le sel marin agit encore comme cause première
sur les espèces de ces différentes stations ; mais son action se
trouve combinée avec l'influence non moins directe de la pré-
sence de la mer qui agit surtout, dans ce cas, par ses brumes et
ses émanations salines. Ces deux actions se manifestent exté-
rieurement, toujours par la consistance charnue des plantes
(action de l'eau salée) et aussi par un aspect glauque beaucoup
plus prononcé, les tiges et les feuilles étant souvent recouvertes
d'un tomentum blanchâtre, comme farineux ou argenté (action
des brumes). Ce nouveau caractère se remarque déjà sur les der-
nières espèces de la zone des prairies que j'ai indiquées comme
se mélangeant souvent avec celles de la zone des digues.
Abbé Masci.ef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 207
On ne retrouve plus les espèces de ces différentes stations
dans les terrains salés de l'intérieur ; je leur réserverai volontiers,
comme à beaucoup d'autres des zones qui sont encore à étudier,
le nom de maritimes .
Zone des eaux saumâtres . — Le chlorure de sodium con-
tenu dans ces eaux paraît agir seul comme cause locale d'ordre
primaire sur les Raminculus Baudotii, Apium graveolens et
Ruppia rostellata ; ce sont des espèces halophiles, moins exclu-
sives que celles des vases et des prairies salées : on les retrouve
toutes trois à l'intérieur dans les eaux saumâtres et les marais
salants de la Lorraine (Godron) ; X Apium graveolens seul, au-
tour de quelques sources salées du Jura (Grenier).
Quant au Zannichellia palus/ris, espèce indifférente à la
composition chimique des eaux, elle paraît simplement fixée de
préférence sur le littoral par Xinfluence du climat.
Sables à la base des dunes. — Les deux espèces spéciales à
cette station sont charnues et glabres ; elles paraissent fixées
dans leur station physique sablonneuse par l'influence du sel ma-
rin. Le Salsola Kalise retrouve dans le Rhône, l'Isère, la Drôme,
« sur les terrains où il peut trouver du sel marin, c'est-à-dire sur
les décombres ou près des fabriques de produits chimiques »
(Cariot), et dans quelques autres stations analogues de France
et d'Allemagne. C'est une espèce halophile; X Honkeneja
-peploides, au contraire, me paraît plutôt maritime.
Sur les trente-trois espèces des terrains ou des eaux franche-
ment salées, vingt sont semi-ligneuses ou vivaces, les autres
sont annuelles ou bisannuelles.
Une seule, le Zannichellia palustris est indifférente à la na-
ture chimique de l'eau et du sol ; elle prospère aussi bien à l'in-
térieur des terres que sur le littoral.
Deux autres, les Ranunculus Baudotii et Ma trie aria .mari -
iima, ne sont que des formes maritimes remarquables de deux
types intérieurs linnéens, le Ranunculus aquatilis et le Matri-
caria inodora; les deux espèces de Spergularia sont peut-être
aussi dans le même cas.
Enfin la variété satina de X Atriplex hastata est exclusive aux
terrains salés, mais le type se retrouve partout à l'intérieur dans
les décombres, les lieux cultivés et au voisinage des habitations.
2o8 JOURNAL DE BOTANIQUE
Toutes les autres espèces peuvent être considérées comme
étant plus ou moins exclusivement halophiles ou maritimes .
Au point de vue de X étude générale de la Géographie bota-
nique une première conclusion relative à l'influence du sel ma-
rin sur la végétation semble clairement se dégager de ces di-
verses considérations sur la flore des terrains directement soumis
à l'action des eaux salées : Le sel marin contenu dans une sta-
tion maritime quelconque, en quantité nettement appréciable, en
écarte la plupart des espèces de la flore terrestre, de la même
manière que le calcaire ou la silice repoussent certaines espèces
exclusives. Quant aux quelques espèces de l'intérieur qui pénè-
trent dans ces premières zones éminemment salées, elles sont
presque toujours profondément modifiées, souvent même suffi-
samment pour avoir déterminé la création de certaines espèces.
La concurrence vitale ne paraît nullement s'opposer à l'introduc-
tion des plantes de la flore terrestre dans la plupart des zones
précédemment étudiées, de grands espaces libres, presque sans
aucune végétation, s'y rencontrant fréquemment ; d'autre part le
climat du littoral, plus favorable, semblerait devoir attirer cer-
taines espèces dans les stations physiques qui leur plaisent; comme
c'est le fait contraire qui se produit, il ne reste qu'à l'expliquer
par X action répulsive de la soude eu quantité sensible.
Son action attractive , au contraire, ou mieux sa nécessité
pour un certain nombre d'espèces, est loin d'être aussi bien éta-
blie; presque toutes les espèces du littoral, même les plus émi-
nemment halophiles, peuvent, en effet, très bien vivre et pros-
pérer dans un milieu complètement privé de sels de soude. Il
suffit pour s'en assurer de consulter les Catalogues des divers
Jardins botaniques. M. Contejean a déjà relaté dans sa « Géo-
graphie botanique » (i) un nombre considérable de faits de ce
genre; je n'en citerai plus qu'un seul, l'existence dans le Jardin
botanique des Facultés libres de Lille, d'espèces des vases et des
prairies salées, comme Aster Tripolium, Statice Limonium,
Plantago maritima, Salicornia fruticosa, Suseda maritima et
Obione portulacoides. D'autres espèces halophiles, notamment
i. Ch. Contejean; Géographie botanique. Influence du terrain sur la végéta
tion. — Paris, 1881. — Cfr. p. 60 et suiv.
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. ^09
des Plumbaginées, se trouvent souvent dans les jardins d'agré-
ment, d'autres enfin sont cultivées. Sans doute, toutes ces espèces
perdent, dans ces conditions nouvelles, une partie de leurs carac-
tères extérieurs dûs à la présence du sel marin, mais elles ne se
portent pas moins bien.
Si l'on veut essayer de chercher l'explication de ces faits, il
faut certainement tenir le plus grand compte de X influence arti-
ficielle de la cultîire, dont les procédés arrivent quotidiennement
à changer les climats et les stations des végétaux ; mais je crois
que beaucoup peuvent s'expliquer par une hypothèse assez
simple, celle de la substitution de l'influence chimique de l'azote
à celle de la soude; ces deux substances agiraient au même titre
sur un certain nombre d'espèces halophiles comme causes locales
déterminant la station; leur action ne serait pas combinée, mais
successive, la soude se laissant très facilement remplacer par
l'azote, de façon à ce qu'une espèce privée de sa station salée
peut encore vivre et même prospérer dans une autre franche-
ment azotée. Cette opinion semblera peut-être fort hasardée;
mais elle s'appuie sur un grand nombre de faits de géographie
botanique qui, sans elle, s'expliquent difficilement; leur exposé
détaillé serait trop considérable pour trouver place dans un tra-
vail local comme celui-ci, je me contente de résumer les princi-
paux dans les quelques propositions suivantes :
1 . Les espèces halophiles du littoral ou des marais salants
que l'on cultive dans les jardins botaniques ou d'agrément,
trouvent toujours dans ces nouvelles stations un milieu relative-
ment riche en azote.
2. Un certain nombre d'espèces cultivées comme le Chou
ordinaire (Brassica oleracea), le Chou marin (Crambe mari-
tima), le Céleri (Apium graveolens), la Betterave (Beta vulgaris
et B. marilima) et l'Asperge {Asparagus officinalis et A.
maritimïts), n'existent à l'état spontané que sur nos côtes ou
dans les marais salants ; ailleurs on ne les retrouve plus que cul-
tivées dans les champs et les jardins potagers, ou subspontanées
dans d'anciennes cultures, c'est-à-dire, toujours dans des terrains
azotés.
3. Quelques espèces de la famille des Salsolacées, comme
Atriplex hastata et Chenopodium rubrum A prospèrent indiffé-
remment dans des milieux azotés ou salés ; on ne peut expliquer
2io JOURNAL. DE 30TANIQUE
ce fait qu'en admettant une certaine identité dans l'action chimi-
que de la soude et de l'azote sur ces espèces.
Je ferai remarquer, en terminant, que je n'ai nullement la
prétention de soutenir cette hypothèse à un point de vue phy-
siologique et surtout de la généraliser; j'ai simplement voulu
attirer l'attention sur un fait de géographie botanique observé
seulement à propos d'une catégorie fort restreinte d'espèces. Il
semble même prouvé, au contraire, que la soude est, sinon nui-
sible, au moins fort peu utile à la plupart des végétaux terrestres
et qu'elle ne saurait remplacer l'azote dans les procédés ordi-
naires de la culture. (A suivre.)
LE JARDIN DES PLANTES EN 1636
(Suite.)
Par M. Ernest ROZE
Il nous serait difficile de donner la liste de toutes les plantes « om-
brageuses et bocagères « que le petit boiô (1) devait abriter; mais on y
aurait assurément trouvé certaines espèces inscrites au Catalogue, telles
que : Arum maculatum, Polygonatum multiflorum, Co)ivallaria ma-
jalis et bifolia, Rusais aculeatus et Hypoglossum, Tamus communis,
Phalangium ramosum et Liliago, Phyteuma spicatum, Doronicum
Pardalianches, Valeriana officinalis, Dipsacus pï/osus, Pulmonaria
angustifolia, Atropa Belladonna, Pyrola rotundifolia, Androsœmum
officinale, Impatiens Noli-tangere, Dentaria pentapkyllos&t bulbifera,
Sisymbrium Alliaria, Actœa spicata, Cucubalus baccifer, Sanicula
européea, Asarum europasum, Tormentilla erecta, Polytrichum for-
mosum Hedw. etc. , ainsi que les Orchidées, savoir : Orchismaculata,
militaris, bifolia, Serapias longifolia, Loroglossum hircinum, Epi-
pactis latifolia. Ail., Neottia ovata Rich., Cypripedium Calceolus, et
les Fougères suivantes : Polypodium rhâsticuvt, Lonchitis, Adiantum
pedatum, Scolopendrium officinale avec sa var. multifidum, Asple-
nium Ruta-muraria et Adiantum-nigrum, Ceterach officinarum .
Willd., Botrychium LunariaSw. et Ophioglossum vulgatum.
Les soins apportés à la culture n'avaient pas fait négliger les plantes
maritimes. Le Catalogue mentionne en effet : Pancratium maritimum,
1. Le pré humide et le petit bois existaient encore un siècle après. Séb. Vail-
lant, dans son Botanicon, cite deux espèces de Champignons qu'il avait récoltées
dans la prairie du Jardin royal, et dit, à propos du Galanthus nivalis : <■ Cette
plante croist en abondance dans le petit bois du Jardin du Roy de Paris ».
E. Roze. — Le Jardin des Plantes en 1636. 211
Triglochin maritimum, Cineraria maritima, Artemisia maritima,
Athenasia maritima, Ambrosia maritima, Convolvulus Soldanella,
Plantago maritima, Statice Limonium et cordata, Bunias Cakile,
Chenopodium maritimum, Salicomia fruticosa et kerbacea, Salsola
Soda, Eryngium maritimum, Crithmum maritimum.
Les parasites y avaient aussi des représentants, tels que discuta
europsea, Lathrœa Squamaria et Orobanche major.
Quant aux Conifères, on ne trouve signalées dans le Catalogue que
Taxus baccata, Cupressus sempervirens, Thuya occidentalis, Juni-
per us Sabina et communis, Pinus Picea et sylvestris.
Enfin, comme plantes intéressantes à divers titres, la plupart étran-
gères, et d'un entretien assez difficile, parmi lesquelles quelques-unes
étaient même d'introduction récente, nous trouvons dans le Catalogue :
Saccharum ofjicinarum, Phéenix dactylifera, Chaméerops humilis,
Coix Lacryma, Yucca gloriosa, Uvularia perfoliata et amplexifolia,
Agave americaîta (1), Centaurea Salmantica, splendens et rhapontica,
Achillea Ageratum, cretica, nobilis et tomentosa, Aster Tradescanti,
Scabiosa cretica, stellata et lencantha, Periploca grseca, Asclepias
syriaca, Apocynum cainiabinum et venetum, Convolvulus Nil, Capsi-
cum annuum, Atropa Alandragora, Nicotiana Tabacum et rustica (2),
Solanum Pseudo-capsicum et Melongena, Verbascum Myconi, Vitex
Agnus-castus, Molucella lœvis et spinosa, Marrubium Pseudo-Dictam-
nus, Thymus Mastichina, Origanum Majorana, Diospyros Lotus,
Reaumuria vermiculata, Cistus Ladaniferus, populifolius, kalimit
folius et umbellatus, Cor chorus olitorius, Gossypium herbacèum, Hi-
biscus Sabdariffa, Lavatera Olbia et triloba, Sida Abutilon, Peganum
Harmala, Gayacum o/Jicinale, Dictamnus albus, Morus alba et nigra,
Zygophyllum Fabago, Cneorum tricoccum, Me lia Azedarach, Car-
diospermum Halicacabum, vEsculus Hippocastanum (3), Staphylea
pinnata, Argemo/ie mexicana, Aconitum Cammarum, Delphinium
Staphisagria, Ficus Carica, Chenopodium Botrys et ambrosioides,
Chelidonium corniculatum, Theligonum Cynocrambe, Cactus Opuntia
et curassavicus, Sempervivum arboreum, Liquidambar Styracijlua,
Ferula Ferulago, Pastinaca Opopanax, Cuminum cyminum, Thapsia
villosa, Lagoecia cuminoides, Cucurbita Citrullus, Momordica Bal-
samina, Lawsonia inermis, Prunus Laurocerasus, Sanguisorba ca-
1. Introduit en Europe en 1561.
2. Introduit en Europe en 1560.
3. Introduit en Europe en 1550. Voici ce qu'en dit Fabregon, en 1740, dans sa
Desc. des platites des Env. de Paris : « Le Marronnier des Indes fleurit et graine
en Avril et May, et quelquefois en Septembre et Octobre. Les fruits ne sont mûrs
qu'en Automne; les fruits qui viennent en Automne sont toujours avortés. Rien
de plus commun dans tous les environs de Paris : il se multiplie par ses fruits
qui viennent sans aucune culture ».
212 JOURNAL DE. BOTANIQUE
nadensis, Psoralea americana, Ornithopus scorpioides et compressus,
Coronilla Securidaca, Ebenus cretica, Scorpiurus su/cala, Astraga-
lus hamosus, Bisserrula Peleci'mus, Glycme Apios et Abrus, Tama-
ri?idus indica, Mimosa nilotica, etc.
(A suivre.)
CHRONIQUE
La Société mycologique de France a inauguré des séances régulières qui,
avec les herborisations que dirige chaque semaine M. Boudier, son zélé et si
sympathique président, ne pourront manquer d'avoir sur son développement la
plus heureuse influence. Ces séances se tiennent le premier jeudi de chaque mois
à l'Hôtel des Sociétés savantes, 28. rue Serpente, à Paris.
La première a eu lieu le 5 avril. Elle a été ouverte par une allocution de
M. Boudier qui a fait ressortir les avantages qui devaient résulter de ces réunions
mensuelles. M. Patouillard a fait une communication sur des Champignons
exotiques. M. Costantin a entretenu la Société d'un Botryospormm et des moyens
de constituer par des cultures artificielles un herbier de Mucédinées. M. Le Breton
a présenté quelques observations sur diverses espèces de Champignons des envi-
rons de Rouen et sur le polymorphisme de certains Polypores.
La deuxième séance s'est tenue le 3 mai. A la suite d'une circulaire adressée
aux sociétaires par le bureau, un grand nombre de Champignons avaient été
envoyés de différents points de la France, notamment de Nice, Autun, Fontaine-
bleau ( Volvaria, Verpa, Gyromitra, Polyporus conckatus, etc.). M. Rolland a
décrit trois Ascobolées nouvelles. M. Prillieux a annoncé la découverte de la
forme parfaite du Black Rot, une Sphériacée à rattacher aux Physalospora. Il a
également présenté un échantillon de Blé du Brésil attaqué par une Puccinie dont
les ravages ont dû faire renoncer dans ce pays à la culture de cette céréale. M.
Costantin a fait ensuite une communication sur la fasciation des Mucédinées.
L'Académie des sciences a élu membres correspondants dans la section de
Botanique M. Masters, de Londres et M. Treub, de Batavia.
Encouragé par le succès qu'a obtenu la publication du Sylioge Fungorum de
M. Saccardo, M. de Toni, assistant à l'Institut botanique de l'Université de Pa-
doue, rédacteur de la revue algologique Notarisia, se propose de publier un
Sylioge Algarum omnium hucusque cognitarum, où seront reproduites textuel-
lement et dans un ordre systématique, toutes les diagnoses d'Algues disséminées
dans un grand nombre de livres, de mémoires ou de notes qu'il est souvent fort
difficile de se procurer. Dans ce but, M. de Toni fait appel au zèle scientifique
des auteurs, en les priant de vouloir bien, autant que possible, lui adresser
deux exemplaires de chacun de leurs ouvrages. Le Sylioge Algarum paraîtra
par volumes grand in-8°, au prix de un franc par feuille d'impression. La publica-
tion en sera commencée très prochainement.
Le Gérant .• Louis Morot.
farta. — I. Herse*, hnp.. 22. p4. beofert- Reckerean.
2* ANNÉE N' 13 1" JUILLET 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur : M. Louis MOROT
SUR UN FIGUIER A FRUITS SOUTERRAINS
Par M. Ed. BUREAU
Les magnifiques collections botaniques recueillies dans le
Yunnan (Chine) par M. l'abbé Delavay ne renferment que deux
Figuiers. Ce petit nombre n'a rien dont on doive s'étonner. En
songeant aux localités froides et élevées où herborise cet habile
et courageux botaniste, on devrait plutôt être surpris qu'il y
puisse croître un seul représentant du genre Ficus, si l'on ne
savait que, dans les vallées des hautes chaînes de montagnes
situées dans les pays chauds, les effets de la latitude peuvent
fort bien se faire sentir.
Malgré le petit nombre des Figuiers du Yunnan, une des
deux espèces présente un réel intérêt : elle me paraît nouvelle
et offre des caractères assez anomaux. En voici la diagnose et
la description.
Diagn. Ficus repens ramis radicantibus, semi-subterraneis ; foliis
obovato-ellipticis, sinuato-dentatis, scabris; receptaculis subterraneis,
globosis; floribus masculis superioribus, perigonio tubuloso, limbo bi-
lobato, staininibus duobus ; femineis perigonio tripartito v. 2-phyllo,
ovario stipitato, stylo laterali, stigmate truacato, leviter concavo.
Habitat in collium saxosorum latere septentrionem siraul et orien-
tem spectante, supra lacum Lon Kong provincise Yunnanensis imperii
Sinarum, ubi medio mense Maio flores et fructus immaturos gerentem
speciem legebat cl. Delavay.
Descr. Arbuscula repens. Rami radicantes, majores pennâ anse-
rinâ paululum crassiores. Ramuli tenues, ascendentes, pubescentes
pilis inaequilongis, latérales brèves, terminales breviores flexuosi.
Folia alterna, parva. Petiolus gracilis, 5-20 millim. longus, iisdem pilis
ac ramuli pubescens. Limbus 15-30 millim. longus, 10 15 millim. la-
tus, obovato-ellipticus, basi obtusus vel subcordatus, apice acutus vei
subobtusus, apiculatus, marginibus sinuato dentatus, pagina utrâque
2i 4 JOURNAL DE BOTANIQUE
scaberrimus, penninervis, nervis secundariis aliis majoribus ex utro-
que nervi medii latere 6-7, patentibus, ab ortu rectis, exterius curyis
et prope marginem arcuatim junctis, cluobus inferioribus magis obli-
quis, aliis minoribus interpositis, omnibus anastomosantibus etinreticu-
lum venularura distinctissimum desinentibus, nervis venulisque omnibus
supra depressis, infra valde promihentibus. Stipulai geminae, triangu-
lari-lanceolatse, acutissimae, scariosae, glabrœ, parallelinerves, nervo
medio majori, foliis delapsis adhuc persistentes. Receptacula solitaria,
globosa, sub lente brevissime et discrète puberula, pedunculata, flori-
fera 10-15 naillim. diam. ; fructiferà (ex. cl. Delavay) mali dicti d'api
crassitudine, rosea vel rubra, edulia. Os apicis bracteis triangularibus
obtusis subocclusum. Pedunculus 5millim. circiter longus, basi et apice
bracteis aliquot latis subtriangularibus applicatis onustus. Flores mas-
culi sessiles, tertiam et imo dimidiam fere superiorem partem faciei in-
terioris receptaculi tegentes; singuli in axilla bracteae latre, concavae,
ovato-ellipticae, apice subacutae insidentes. Perigonium magnum, te-
nuissimum, pellucidum, glabrum, tubuloso-oblongum, stamina arcte
involvens, apice bilobatum, lobis semirotundatis, late imbricatis. Sta-
mina 2 inclusa, lobis perigonii opposita. Filamenta brevia, basi con-
riata. Antherae quam filamenta longiores, basifixae, ellipticae, obtusae,
biloculares, introrsae, loculo nempe quoque prie centrum floris in lon-
gitudinem fisso, altéra ad alteram perigonii Cingentis causa facie in-'
teriore applicatae, sed non cohoerentes. Flores feminei dimidiam sal-
tem inferiorem partem faciei interioris receptaculi tegentes, ebracteati.
Perigonium plerumque trifidum, lobis inaequilongis, triangulari-lanceo-
latis, acuminatis, intcrdum 2-phyllum sepalis minimis lanceolatis acu-
minatis vel acutis bracteas mentientibus. Ovarium subglobosum, sti-
pîtatum. Stylus lateralis. Stigma truncatum, leviter concavum. Ovulum
anatropum, sub styli basi insertum, pendulum. Achaenium globosum,
stipitatum, stylo persistenti a latere auctum. Semen (immaturum) pen-
dulum.
Ce Figuier porte dans les collections de M. l'abbé Delavay le
ri? 2666 et est accompagné des indications suivantes : « Tiges
« rampantes, radicantes, à demi-souterraines. Fruits souterrains-
ce de la grosseur et de la forme d'une pomme d'api, roses ou
« rouges, comestibles. Les Chinois appellent ces Figues Ti
« Koua (courge de terre). »
Il est assez remarquable que les tiges soient à demi souter-
raines et les fruits tout à fait souterrains. Cela peut tenir, soit à
la position des figues, qui seraient sur les rameaux les plus en-
foncés en terre, soit à un changement de direction se produisant
Ed. Bureau. — Sur un Figuier a fruits souterrains . 215
pendant la maturation et ayant pour résultat de cacher le fruit^
sous le sol, comme cela a lieu pour le Trifolium sîtbterraneuui
L. et pour X Avachis hypog^ea L. Des observations ultérieures
nous renseigneront saris doute à cet égard.
Cette espèce ne rentre bien dans aucun des cinq sous-genres
(Urostigma, Erythrogyne, Synœcia, Eusyce et Covellia) entre
lesquels se trouvent répartis, d'après la classification admise
par Miquel, les Ficus de l'Ancien Monde. Ses fleurs mâles à
deux étamines l'écartent des Urostigma et des Covellia, dont
les fleurs mâles sont monandres. Ces mêmes fleurs bien séparées
des fleurs femelles, et non pas mêlées avec ces dernières, ne'pe'r-
mettent pas de la rapprocher des Synœcia. On ne peut songer
davantage à la joindre aux Eryl/irogyue, dont le périanthe
femelle est à 2-3 divisions rouges et charnues. On se trouve donc
conduit par exclusion à placer le Ficus Ti-Koua parmi les
Ettsyce; mais il faut reconnaître qu'il ne pourra y rester que
si l'on modifie la caractéristique de ce sous- genre. En effet,
le stigmate tronqué de l'espèce nouvelle s'écarte des formes;
connues dans les Ettsyce, et ressemble au contraire à celui de
quelques Urostigma, tels que X U . lutettm Miq. ; le périanthe de
ses fleurs mâles, en forme de sac ou de manchon embrassant et
contenant les étamines, paraît lui être spécial et ne se retrouve,
à ma connaissance, pas plus daris les Ettsyce que dans les autres
sous-genres. La réduction du périanthe des fleurs femelles rap-
pelle plutôt les Covellia. Le F. Ti-Koua est donc une espèce
de transition ; car elle réuriit des caractères qui jusqu'ici apparte-
naient à des sous-genres différents ; mais elle a de plus des carac-
tères qui lui sont propres. C'est seulement dans une révision
générale du genre Ficus que Ton pourrait apprécier la valeur de
ces traits d'organisation et en tirer convenablement les consé-
quences au point de vue du classement. Ce que l'on peut entre-
voir pour le moment, c'est que, si le .F. Ti-Koua ne devient pas
le type d'un sous-genre, il exigera vraisemblablement la forma-
tion d'une section ou d'une sous-section.
Le F. ssemocarpa Miq., du Sikkim et de la Birmanie, paraît
aussi 1 d'après un échantillon de l'herbier du Muséum, avoir des
réceptacles naissant sur des rameaux enracinés; mais c'est un
Vf ai Covellia , à feuilles opposées et lancéolées, qui ,n'a aucune
ressemblance avec le F. Ti-Koua. Celui-ci rappelle un peu l'as-
2i6 JOURNAL DE 30TANIQUE
pect des rameaux stériles du F. pumila L., avec lequel ses
feuilles dentées et très scabres rendent, du reste, même en l'ab-
sence des réceptacles, toute confusion impossible.
EXPLICATION DE LA PLANCHE VII
6. —
7- —
8. —
9- —
io. —
Ficus Ti-Koua n. sp.
Port de la plante.
Coupe longitudinale du réceptacle.
Fleur mâle à l'aisselle de sa bractée.
Fleur mâle avec les deux lobes du périanthe artificiellement écartés.
Coupe longitudinale de la fleur mâle, montrant les deux étamines
opposées aux lobes du périanthe et soudées par la base de leurs
filets.
Anthère vue par sa face interne.
Fleur femelle.
Périanthe de cette même fleur, tripartit, à divisions de longueurs
différentes.
Jeune fruit. Un périanthe de deux sépales très petits ressemblant à
des bractées entoure la base du podogyne.
Coupe longitudinale du même jeune fruit passant par le point d'at-
tache de la graine.
FRAGMENTS MYCOLOGIQUES
(Suite.)
Par M. N. PATOUILLARD
Espèces nouvelles de Champignons.
Ptychogaster efïusus Pat. nov. sp. — Couche épaisse
de 1-2 millimètres, pulvérulente, jaune crème,
étalée à la surface du bois en forme de plaques
© irrégulières atteignant deux ou trois centimè-
tres de longueur. Elle est formée d'hyphes
incolores, rameuses, septées, terminées par
des bouquets de conidies souvent disposées
en chapelets. Ces conidies sont ovoïdes et api-
culées à une extrémité, ou subglobuleuses,
ou encore très allongées (10-14X8-12^).
Comme le montre la figure ci-jointe, l'as-
pect et la disposition des conidies, ressemblent
exactement à ce qu'on observe dans les formes primordiales des
Ptychogaster effusus.
Conidies.
N. Patouillaed. — Fragments mycolo giqnes : 217
Polypores réunies sous le nom de Ptychogaster ; aussi nous n'hé-
sitons pas à placer notre plante dans ce même groupe à côté
de P. citrinus Boud.
Sur du bois dénudé et pourri. Yun-nan (abbé Delavay).
Uncinula Delavayi Pat. nov. sp. — Périthèces globuleux,
noirs ou roussâtres (100-130^); ap-
pendices peu nombreux (10-12), fili-
formes, hyalins, simples, contournés
en crosse à l'extrémité et d'une lon-
gueur sensiblement égale au diamètre
des périthèces. Thèques ovoïdes ob-
tuses (60X32/ 7 -), atténuées en un stipe
très court, à 6 spores. Spores incolo-
res, ovoïdes, contenant une ou deux
gouttelettes internes (20-22X8-10/^).
En troupes nombreuses à la face
inférieure des feuilles d'un Aila*ms. u ^?^^- a ^.f£^
Yun-nan (abbé Delavay). c - Un a PP endice très g rossi -
Les périthèces ne sont pas entourés de mycélium.
Erysiphe Populi Pat. nov. sp. — Mycélium ténu formant
des taches blanches. Pé- „
rîthèces globuleux, d'a-
bord jaunes, puis noirs
(130/* de diamètre). Ap-
pendices nombreux, in-
colores , rayonnants ,
simples, droits, d'une
longueur égale au dia-
mètre des périthèces.
Thèques subglobuleu-
ses (60X50^), pédicel-
IéeS au nombre de 8-12 Srysi/>he Pofuli. — a. Un périthèce avec ses appendices.
' — b. Thèque. — c. Spores. — d. Un nppendice grossi.
par périthèce et conte-
nant chacune 6 à 8 spores. Spores ovoïdes, incolores, obtuses
aux extrémités (25X8-10/*).
A la face supérieure des feuilles du Popuhis Tremula. Yun-
nan (abbé Delavay).
Rosellinia Puig-garii Pat. nov. sp. — Périthèces globu-
leux, noirs bruns, ternes ou luisants (2-3 millim. de diamètre),
ii 8 JOURNAL DE BOTANIQUE
'atténués à la base en un stipe épais et court (i militai.), épars
ou accolés par le stipe ; ostiole conique
très saillante, non marginée. Subiculum
formé par une matière brune, grume-
leuse, étendue entre les périthèces et les
entourant parfois jusqu'au milieu de leur
hauteur. Thèques très longuement stipi-
tées (250X8-10/*), cylindracéeSj obtuses
au sommet, à 8 spores unisériées. Point
amyloïde bleuissant par l'eau iodé,
grand, nat. — b. Sommet d'une OVOÏ'de (l2X8. u ). ParaphySeS filiformes,
thèque. — c. Spores. v # . ,
peu distinctes. Spores brunes, allongées
(32-40X8-10^), atténuées aux extémités, entourées d'une gaine
muqueuse hyaline.
Sur le bois pourri. Apiahy (Brésil.). Coll. Puiggari.
{A suivre.)
Rosellinia Puiggarii. — a. Port,
LE JARDIN DES PLANTES EN 1636
(Fin.)
Par M. Ernest ROZE
Si l'on ajoute à ces diverses listes celle des plantes parisiennes que
nous avons marquées d'un astérique dans le Catalogue de J.Cornuti(i),
et un assez bon nombre de végétaux désignés pour les usages phar-
maceutiques et provenant de divers pays, en particulier des jardins
botaniques de l'Italie ou de celui de Montpellier, on se représentera
assez bien l'ensemble des premières cultures du Jardin des plantes
médicinales. Mais l'étude du catalogue de Guy de la Brosse offre un
autre intérêt, c'est de permettre d'y constater certaines omissions assez
instructives par elles-mêmes. Ainsi, c'est d'abord le Faux-Acacia dont
le premier arbre, planté dans le Jardin par Vespasien Robin en 1635,
par conséquent trop jeune encore pour figurer dans le Catalogue de
• 1636, a néanmoins survécu et, témoin vivant de deux siècles et demi,
semble défier encore l'action meurtrière du temps. C'est ensuite le
Lilas que G. Bauhin venait seulement quelques années auparavant de
faire connaître. C'est enfin la Pomme de terre, qui cependant, depuis
près d'un demi-siècle, avait été déjà introduite en Angleterre et dans
les Pays-Bas. On trouverait aisément d'autres omissions à signaler,
mais elles nous entraîneraient trop loin. D'un autre côté, et tout en
1. Journal de Botanique (1888).
E. Roze. — Le Jardin des Plantes en 1626. 219
nous en tenant à ces trois végétaux si répandus aujourd'hui, il ne sera
peut-être pas sans intérêt de consigner ici quelques témoignages de
l'extension qu'ils avaient prise, un siècle après, aux environs de Paris.
Nous relèverons ces témoignages : i° dans le Schola botanica sive Ca-
talogus plantarum quas ab aliquot annis in Horto regio parisiensi
studiosis indigitavit J. Pitton Tour nef or t, publié en 1689 et attribué
à W. Sherard; 2° dans le Botanicon parisiense de Vaillant, édité par
Boerhaave en 1727 ; et 3 dans l'ouvrage déjà cité de Fabregou, paru
en 1740.
Le Faux-Acacia figure dans le Schola botanica sous le nom
& Acacia americana Robini Cornuti. Vaillant, dans le Botanicon, dit
« qu'il cite le Pseudo-Acacia vulgaris Inst. parce qu'il l'a trouvé en
campagne. Il faut donc nommer cet arbre, ajoute- t-il, afin que les
Ecoliers qui le trouvent le puissent connaître. » Fabregou rappelle que
les premiers pieds de l'Acacia d'Amérique ont été élevés au Jardin
des plantes par Vespasien Robin qui en reçut le premier la semence :
il le signale au jardin du Roy, rue Saint-Marrin, autour de Vaugirard,
à Saint Cloud et presque dans tous les environs de Paris.
Le Lilas et sa variété blanche et le Lilas de Perse figurent dans le
Schola botanica. Vaillant les a également inscrits dans son Botanicon
et dit que les premières remises ou taillis de la Plaine de Grenelle en
sont remplies. D'après Fabregou, on cultivait le Lilas dans les jardins
à cause de la beauté de sa fleur, et tous les jardins et bosquets des
environs de Paris le possédaient.
Quant à la Pomme de terre, on la trouve citée dans le Schola bota-
nica sous les noms de Solanum tuberosum esculentum G. Bauhin et
Papas americanum J. Bauhin (Truffe rouge). Elle est simplement si-
gnalée comme une plante d'usage dans le Botanicon de Vaillant. Mais
Fabregou parle des tubercules de la Pomme de terre « qui sont, dit-il,
gros comme des poires, de figures inégales, charnus, rougeâtres en
dehors (1), blancs en dedans, d'un goût doux et agréable, approchant
quand ils sont cuits de celui de l'Artichaut . On les accommode, ajoute-
t-il, de diverses manières pour les manger : il y a des Provinces où on
relève leur goût par quelque gousse d'ail.
Pour en revenir au Jardin des plantes, on pourrait encore se deman-
der dans quel ordre les végétaux que l'on y cultivait s'y trouvaient instal-
lés. Or, la description que donne Guy de la Brosse nous apprend que les
plantes n'y étaient pas classées, mais réunies par catégories utilitaires ou
par stations naturelles, aquatiques ou bocagères, ce qui du moins de-
vait en faciliter la culture.. Il est probable que cette disposition générale
" 1. On remarquera qu'il n'est question que de la Pomme de terre rouge et non
de la jaune.
220 JOURNAL DE BOTANIQUE
du Jardin a dû être conservée par les successeurs de Guy de la Brosse
qui ont été, comme intendants, les archiâtres Cousinot, Vautier et
Vallo', puis Colbert, Louvois, de Villacerf et enfin Fagon. Ce dernier
s'adjoignit, en 1683, Tournefort comme professeur de botanique. Or,
depuis un demi-siècle, le nombre des plantes de toutes sortes, cul-
tivées dans le Jardin, s'était grandement accru, puisqu'on l'évaluait
alors à près de quatre mille. Aussi, pour l'esprit de classification de
Tournefort, que de sujets d'étude, que de comparaisons à établir, que
de rapprochements à effectuer! C'est sur le terrain même, du reste,
qu'il parvint à jeter les premières bases de son système ; car nous trou-
vons dans \eSchola botamca(i6 { èç)) un arrangement nouveau du Jardin,
où se retrouvent assez bien réparties dans les vingt-deux classes de son
système, publié seulement en 1694 dans les Eléments de botanique,
toutes les plantes qui y étaient alors cultivées (1). La distribution de
ces plantes dans le Jardin, rappelant ainsi la classification de Tourne-
fort, ne paraît avoir été à son tour abandonnée qu'en 1773, lorsque
Laurent de Jussieu fit replanter l'école de botanique d'après la Méthode
naturelle, qu'il ne fit d'ailleurs connaître définitivement qu'en 1789,
après s'être également servi, dans les plate-bandes mêmes, de la com-
paraison des végétaux vivants, pour en étudier plus nettement les rap-
ports et les affinités . On sait que cet ordre de choses ne fut modifié
qu'en 1824 par Desfontaines et en 1850 par Ad. Brongniart. Quoi qu'il
en soit, ce n'est pas une des moindres gloires du Jardin des plantes
d'avoir ainsi périodiquement permis de découvrir, par des cultures
appropriées et pour ainsi dire à l'aide des végétaux eux-mêmes, systé-
matiquement groupés, les principes rationnels de leur classification.
NOTICE SUR JULES-EMILE PLANCHON
Par M. Louis MOROT
N'ayant pas l'autorité nécessaire pour retracer, comme il con-
viendrait, la vie si bien remplie de M. Planchon, dont ce journal
annonçait dernièrement à ses lecteurs la mort inopinée, j'ai dû
me borner à un résumé succinct dans lequel on voudra bien voir
un faible hommage rendu à un grand savant et à un homme de
bien.
Jules-Emile Planchon, né en 1823, a commencé ses études
1. Boerhaave nous apprend, dans la préface du Botanicon parisiense, qu'en
1692, Séb. Vaillant apportait souvent des plantes de la campagne qui manquaient
au Jardin, et qu'il les plaçait chacune selon son genre à la réquisition de Tour-
nefort qui les démontrait aux étudiants.
L. Morot. — Notice sur Jules-Emile Planchon. 221
botaniques à Montpellier, sous la direction de Dunal, Auguste
de Saint-Hilaire et Delile. Doué d'un ardent amour du travail, il
conquit à 21 ans le grade de docteur es sciences, en même temps
qu'il poursuivait ses études médicales et pharmaceutiques.
De 1844 à la fin de 1848, il s'occupa de l'arrangement de l'im-
mense herbier de M. Hooker, directeur du ]ardin royal de Kew.
Il trouva, dans cette position, l'occasion de se familiariser avec
les diverses formes de la végétation du globe, ce qui lui permit
d'aborder la solution d'un certain nombre d'intéressants pro-
blèmes de botanique philosophique.
En I849, il devint professeur de Botanique, de Zoologie et
d'Horticulture théorique à l'Institut horticole du gouvernement,
à Gand. En même temps il collabora à la publication du Journal
des serres et des jardins de l'Eitrope dirigé par Van Houtte, re-
cueil dont il est resté jusqu'en 1881 l'un des principaux rédac-
teurs. Il dirigea aussi avec J. Linden, Luddmann et Reichembach,
le Pescatorea, publication de luxe éditée à Bruxelles, les années
1854 et suivantes.
Après avoir professé quelque temps à la Faculté des sciences
de Nancy, il vint recueillir à celle de Montpellier la succession
de son maître, Dunal, et enfin, en 1881, il passa à la Faculté de
médecine de cette même ville, et prit à cette époque la direction
du Jardin des plantes. 11 était en même temps professeur à l'Ecole
supérieure de pharmacie.
Nommé chevalier de la légion d'honneur en 1866, associé
étranger de la Société linnéenne de Londres, correspondant de
l'Académie de médecine, il était, depuis 1872, correspondant de
Flnstitut dans la section de botanique.
L'oeuvre scientifique d'Emile Planchon est considérable. On
a de lui notamment la monographie des Simaroubées, des Gutti-
fères, des Ampélidées, des travaux sur la flore de la Colombie,
de la Nouvelle-Grenade, et un très grand nombre de mémoires
et de notes sur la Botanique systématique et la géographie des
plantes.
Je n'aurais garde d'oublier ses recherches sur le Phylloxéra,
poursuivies avec une ténacité si remarquable, recherches qui
constituent un de ses plus beaux titres de gloire et lui ont mérité
la reconnaissance des populations agricoles du Midi de la France.
Lorsque, en 1 869, la Société d'agriculture de l'Hérault fut appelée
222 JOURNAL DR BOTANIQUE
en Provence pour y étudier la maladie nouvelle qui devait ruiner
les vignobles méridionaux, il fit partie de la Commission qui, la
première, découvrit la cause du mal. C'est à combattre l'invasion
du Phylloxéra, puisa réparer les désastres produits par ce fléau
qu'il consacra la meilleure partie de ses dix-huit dernières
années ; c'est à lui que l'on doit principalement l'introduction en
France des Vignes américaines, à la suite d'une mission qu'il
remplit en Amérique.
Travailleur infatigable, il promettait de donner encore beau-
coup à la science. Mais le i cr avril dernier, après une soirée
passée au milieu des siens, la mort est venue le saisir à l'impro-
viste, le ravissant brusquemement à l'affection de sa famille et de
tous ceux qui, ayant eu l'occasion de l'approcher et de le con-
naître, étaient devenus autant d'amis. C'était, en effet, un homme
d'une remarquable bienveillance, universellement aimé, et on
peut dire que sa mort a laissé un grand vide dans la ville de
Montpellier.
Je termine cette notice par la liste des publications botaniques
d'Emile Planchon, liste pour laquelle M. le D r L. Planchon, son
fils, a eu l'obligeance de me fournir de précieux renseignements.
Je me suis efforcé de rendre cette énumération la moins incom-
plète possible; toutefois j'ai laissé systématiquement de côté la
presque totalité des notes relatives à la question du Phylloxéra,
et les descriptions, au nombre de plusieurs centaines, d'espèces
nouvelles ou intéressantes pour l'Horticulture, publiées dans la
Flore des serres. •
LISTE DES PUBLICATIONS BOTANIQUES DE J. E. PLANCHON
Sur le genre Godoya et les Ochnacées. — Hooker's London Journ. of Bot:,
,-* '59P-i 2 P'm in-
observations sur le genre Aponogeton, et sur ses affinités naturelles. —
. Ann. des Se. nat., Bot. 3 e s., t. I, p. 107; 1844.
Description of a new species of the genus Eudema. — Hooker's London
Journ. of Bot., 2 p. avec fig., t. III; 1844.
On a new british species of Heliauthemum. — Hooker's London Journal
of Botany, 2 p. in-8, 1 pi., t. III; 1844.
Sur les développements et les caractères des vrais et des faux arilles; suivi
de considérations sur les ovules de quelques Véroniques et de VAvî-
cennia (Thèse pour le doctorat ès-sciençes naturelles). — 53 p. in-4, 3 pi.,
Montpellier, chez Bœhm, 1844. (La première partie de ce mémoire a
L. Morot. — Notice sur Jules Emile Planchon. 223
•-été reproduite dans les Annales des Sciences naturelles, Bot. '3 e s.
t. III, p. 275; 1845).
'Description de deux genres nouveaux de la famille des Euphorbiacées
•- {Stackystemon et Bertya). — Hooker's London Journ . of Bot., t.; IV,
p. 471; 1845.
Sur les affinités des genres Henslovia Wall., Raleighia Gardn., et Alâatea
Ruiz et Pav. — Hooker's London Journ. of Bot., t. IV, p. 474; I &45'
Description d'un nouveau genre de la famille des Diosmées {Rabelaisià) .
— Hooker's London Journ. oj Bot., t. IV, p. 519; 1845.
Description d'un genre nouveau (Purdiaza), voisin du Cli/touia, avec des
~- observations sur les affinités des Saurauja, des Sarracenia et du Sta-
chyurus. — Ann. des Se. natur. Bot., 3 e s., t. VI, p. 123; 1846. — Hoo-
ker's London Journ. of Bot., t. V, p. 250; 1846.
Sur le genre Godoya et ses analogues, avec des observations sur les limites
des Ochnacées, et une revue des genres et des espèces de ce groupe.
— Ann. des Se. nat. Bot., 3 s., t. VI, p. 247; 1846.
.Sur la famille des Simaroubées. — Hooker's London Journ. of Bot., t. V,
p. 560; 1846.
"Observations sur V Amoreuxia DC. et description des nouveaux genres
Roucheria et Lobbia. — Hooker's London Journ. of Bot., t. VI, p. 13g",
1846.
' Sur là nouvelle famille des Cochlospermées. — Hooker's London Journ.
of Bot., t. VI, p. 294; 1847,
*^>ùr deux espèces de Lin confondues sous le nom de Lin usuel. — Bull, de
la Soc. d'Agric. de l'Hérault, 1847.
* Sur la famille des Linées. — Hooker's London Journ. of Bot., t. VI, p. 588 j
1847; et t. VII, p. 165, 473, 507; 1848.
Synopsis specierum Anacharidis et Apalanthes. — Annals of natural His-
tory, ser. 2, vol. I, p. 81, 1848, et Ann. des Se. nat., Bot., 3 e s. t. XI,
P- 73; l8 49-
Sur l'ovule et la graine des Acanthes. — Ami. des Se. nat. Bot., 3 e s.,
t. IX, p. 72; 1848.
Sur la famille des Droséracées. — Ann. des Se. nat., Bol., 3 e s., t. IX,
p. 79, i85, 285-, 1848.
Sur la famille des Salvadoracées. — Compt. rend, de l'Acad. des Se,
t. XXVII, p. 367, et Ann. des Se. nat., Bot., 3 e s., t. X, p. 189; 1848.
Sûr les Ulmacées (Ulmacées et Celtidées de quelques auteurs), considérées
. comme tribu de la famille des Urticées. — Ann. des Se. nat., Bot., 3 e s.,
•', t. X, p. 245; 1848.
Remarks on the European Species of Ulmus. — Phytologist, III, p. 34;
1848.
Notice sur la vie et les travaux de J. B. van Mons. — Flore des serres, t. V,
" " "1849.
Notice sur la vie et les ouvrages botaniques de St. L. Endlicher. — Flore
des serres, t. V, p. 441 ', 1849.
Notice nécrologique sur Georges Gardner. — Flore des serres, t. V,
P- 4775 1849.
22 4 JOURNAL DE BOTANIQUE
Notice sur la vie et les travaux de W. Griffith. — Flore des serres, t. V,
1849.
Observations sur les Ulex et description d'une nouvelle espèce de ce
genre commune à la Bretagne et à la région Sud-Ouest de l'Angleterre.
— Ann. des Se. nat., Bot., 3 e s., t. XI, p. 202, 1 pi.; 1849.
Sur les affinités de VOphyocaryon paradoxum Schomb. — Flore des serres,
t. V, 1849.
Les Rhododendrons de l'Inde continentale et insulaire. — Flore des serres,
t. V, 1849.
On Meliantheas, a new natural order of plants, proposed and defined. —
Linn. Soc. Froc, I, p. 361; 1849, et Linn. Soc. Trans., XX, p. 403;
185 1.
Essai monographique d'une nouvelle famille de plantes proposée sous le
nom d'Ancistrocladées. — Ann. des Se nat., Bot., 3°s., t. XIII, p. 316;
1850.
Prodromus monographiae ordinis Connaracearum. — Linnsea, XXIII,
p. 411, Halle, 1850,
La Victoria regia, au point de vue horticole et botanique, avec des consi-
dérations sur la structure et les affinités des Nymphéacées. — Flore des
sertes, t. VI, p. 193; 1850; et t. VII, p, 25; 1851.
Des limites de la concordance entre les formes, la structure, les affinités
des plantes et leurs propriétés médicinales (Thèse pour le doctorat
en médecine). 56 p. in-8. Montpellier, chez Bœhm, 185 1.
Qnelques mots sur les Yucca, les Agave, les Furcrasa et les Dasylirium.
Flore des serres, t. VII, p. 2; 1851.
Nouveaux détails sur la synonymie des plantes connues sous le nom de
Dracœna et de Cordyline. — Flore des serres, t. VI, p. 131; 1851.
Description d'un nouveau genre (Stenomeris) du groupe des Thismiées.
— Ann. des Se. nat., Bot., 3 e s., t. XVIII, p. 319; 1852.
Note sur le Pyrola rotundifolia, var. arenaria Koch. — Ann. des Se. nat.,
Bot., 3 e s., t. XVIII, p. 379; 1852.
Quelques mots sur les inflorescences épiphylles à l'occasion d'une espèce
nouvelle ftErythrochiton. — Mém. de l'Acad. Stanislas, Nancy,
p. 403; 1852.
Études sur les Nymphéacées. — Ann. des Se. nat., Bot., 3 e s., t. XIX,
P- 17; 1853.
Enumération succincte ces espèces de la famille des Nymphéacées. —
Revue horticole, 1853.
Praeludia Florse Columbianae ou matériaux pour servir à la partie botanique
du Voyage de J. Linden (En collaboration avec Linden). — Ann. des
Se. nat., Bot., 3 e s., t. XIX, p. 74; 1853.
Notice sur Aug. de Saint-Hilaire. — Flore des Serres, t. IX, 1853.
Affinités et synonymie de quelques genres nouveaux ou peu connus. —
Ann. des Se. nat., Bot., 4 e s., t. II, p. 256, 1854, et t. III, p. 292, 1855.
Esquisse d'une monographie des Araliacées. (En collaboration avec
J. Decaisne). — Revue horticole, 1854.
Histoire botanique et horticole des plantes dites Azalées de l'Inde. —
L. Morot. — Notice sur Jules-Emile Planchon. 225
Revue horticole, i or et 16 février 1854. — Flore des Serres, t. XXIII,
p. 230; 1880.
Sur la végétation spéciale des dolomies dans les départements du Gard et
de l'Hérault. — Bull. Soc. bot. de France, t. I, p. 218; 1854.
Sur la végétation des terrains siliceux dans les départements du Gard et
de l'Hérault. — Bull. Soc. bot. de France, t. I, p. 351; 1854.
Des Hermodactes au point de vue botanique et pharmaceutique. — Ann.
des Se. nat., Bot., 4° s., t. IV, 1 pi. ; 1855.
Note sur le faux arille de la noix muscade. — Bull. Soc. bol. de France,
t. II, p. 677; 1855.
Sur les rapports de la structure florale des Santalacées, Olacinées, Loran-
. thacées et Protéacées. (En collaboration avec J.Decaisne). — Bull. Soc.
bot. de France, t. II, p. 86; 1855.
Les Lobéliacées de l'Amérique centrale. (En collaboration avec Œrsted).
— Videnskabelige Meddelelser fra den naturhistoriske Foreming i
Kjoebelhavn, p. 152 ; 1857.
Rapport sur l'herborisation dirigée par lui, le g juin, au Pic de Saint-Loup.
— Bull. Soc. bot. de France, t. IV, p. 588; 1857.
Rapport sur l'herborisation dirigée par lui, le 1 1 juin, à Saint-Guilhem-du-
Désert. — Bull. Soc. bot. de France, t. IV, p. 601 ; 1857.
Quelques mots sur l'origine du Styrax calamité des anciens. — Bull. Soc.
. bot. de France, t. IV, p. 658; 1857.
Sur l'hybridation des Mgilops. — Bull. Soc. bot. de France, t. IV, p. 573, 1857 ;
. t. V, p. 448, 1858.
Sur une nouvelle espèce de Clypeola appartenant à la flore de France. —
Bull. Soc. bot. de France, t. V, p. 494; 1858.
Sur le parasitisme de YOsyris alba. — Bull. Soc. bot. de France, t. V,
p. 445; 1858, et Compt. rend, de l'Acad. des Sciences, t. XLVII,
p. 164; 1858.
Hortus Donatensis. Catalogue des plantes cultivées dans les serres de
S. Exe. le prince A. de Démidoff, à San Donato près Florence. —
In-4 de XXIX et 255 pag., avec un atlas in-fol. de 6 planches, Paris,
1858.
Mémoire sur la famille des Guttifères. (En collaboration avec M. Triana). —
Ann. des Se. nat., Bot., 4 e s., t. XIII, p. 306, 2 pi., 1860; t. XIV,
p. 226, 4 pi., 1860; t. XV, p. 240, 1861; t. XVI, p. 263, 1861.
Sur la famille des Guttifères. (En collaboration avec M. Triana). — Bull.
Soc. bot. de France, t. VIII, pp. 26, 66, 965 1861.
La vraie nature de la fleur des Euphorbes expliquée par un nouveau
genre d'Euphorbiacées. — Bull. Soc. bot. de France, t. VIII, p. 29; 1861.
Les pseudospores des Fougères. — Compt. rend, de la 4^ session de la
Société suisse des Se. nat., 1861.
Réponse aux critiques de M. le Professeur Grisebach relativement aux
genres Rheedia et Mammea. (En collaboration avec M. Triana). — Ann.
des Se. nat., Bot., |4 C s., t. XV, p. 236; 1861.
Note additionnelle à un travail d'A. Gris sur les téguments de la graine du
Ricin. — Ann. des Se. nat., Bot.^ 4 e s., t. XVII, page 317, 1862.
226 JOURNAL DE BOTANIQUE
Observations sur les Cistinées. \ — Bull. Soc.' L bot. de France, t. IX,
p. 509; 1862.
Prodromus Floral Novo-Granatensis,- ou énumération des plantes de la
Nouvelle-Grenade, avec description des espèces nouvelles. (En colla-
boration avec M. Triana). — Anti. des Se. nat., Bot., 4 e s., t. XVII,
pp. 5 et 319, 1862; t. XVIII, p. 256, 1862 ; 5 e s., t. XIV, p. 286, 1872;
t. XV, .p. 352, 1872; t. XVI, p. 361, 1873; t. XVII, p. m, 1873.
Rapport sur la Canne à sucre .cultivée en plein air dans le jardin de M. le
v Curé de Castelnau. — Ann. Soc. d'Hortic. de l'Hérault. 1862.
Une excursion botanique au Mont Caroux près les ,bains de Lamalou
• (Hérault). — Bull. Soc. bot. de France, t. LX, p. 578; 1862.
Rapport sur l'herborisation faite le 8 juin au Pech-de-1'Agnel. — Bull,
Soc. bot. de France, t. IX, p. 620; 1862., '
Notice sur la vie et les travaux de Jacques Cambessèdes. — Bull. Soc. bot.
de France, t. X, p. 543; 1863.
Sur les bractées des Marcgraviées. (En collaboration avec M. Triana). —
.'■•Mém. de la Soc. impér. des Se. nat. de Cherbourg, t. IX, p. 69; 1863^-
Note sur les fossiles de Meximieux. — Bull. Soc. Vaud., t. VI, p. -254,
- Lausanne, 1864.
Sur deux plantes confondues sous le nom de Pista-cia narbonensis. —
. Bull, de la Soc. bot. de France, t. XI, p. XLVI; 1864.
Note sur les observations faites au Jardin des Plantes de Montpellier pen-
dant l'éclipsé totale de soleil du 18 juillet I860. (En collaboration avec
M. G. Planchon. — Lausanne, Bull. Soc. Vaud., VII, pp. 149-152; 1864.
Note sur la symétrie florale des Crucifères. — Bull. Soc. Vaud, t. VII, '
p. 410, Lausanne, 1864.
De l'abus des moyennes thermométriques comme expression de la tempéra- '
ture dans ses rapports avec la végétation. — Congrès international- des
hortictilteurs à Bruxelles, 1864. - '
Sur la végétation des plateaux calcaires appelés Causses, et en particulier"
"du plateau du Caylar. — Mém. Acad. Montpellier, t. VI, 1864-66. •
Rondelet et ses disciples, ou la botanique à Montpellier auxvi 8 siècle. Dis-
cours prononcé dans la séance solennelle de rentrée des Facultés et de 7
l'École de pharmacie de Montpellier, le ij novembre 1865. — In-8 clé
21 pages, Montpellier, 1866. (Tirage à part extrait du Montpellier mé-
dical.') — Appendice en collaboration avec M. G. Planchon (Extrait du,
Montpellier médical, 1866, tirage à p2rt, in-8 de 43 pages).
Plantes à aires restreintes ou fractionnées. — Cougr. scientif de France^ .
t. XXXIII, p. 296, 1866.
Sur des fleurs anormales de la Vigne cultivée. — Ann. des Se. nat., Bot., .
S s., t. VI, p. 228, 1 pi., 1866.
Sur une monstruosité des ovaires du Cydonia vulgaris. — Bull . Soc. bot..,
" de France, t. XIII, p. 234; 1866.
Sur la floraison et la fructification de la Vigne. (En collaboration avec M. H.
,Mar.ès). — Compt. rend, 'de l'Ac. dès Se., t. LXIV, p. 254; 1867.
Des plantes à aires localisées ou disjointes dans la flore de Montpellier.— "
L. Morot. — Notice sur Jules-Emile Planchon. 227.
Annx de la Soc. d'hortic, et d'hist. tint, de l'Hérault, 2 e s., t. I, n° 1,
p. 48; 1869.
Pierre Richer de Belleval, fondateur du jardin des plantes de Montpellier.
Discours prononcé à la séance solennelle de rentrée des Facultés et de
l'Ecole supérieure de pharmacie,, le 15 novembre i86p, avec un Appen-
dice coDiprenant les notes, et pièces justificatives. — In-8 de 72 p. , 1 pi.
Montpellier; 1869.
Des limites naturelles des flores et en particulier de la flore locale de Mont-
pellier. — Actes du Congres scientifique de France ; 1871.
Sur l'Orme épineux des Chinois (Hemiptelea Davidii Plarich.). — Comptes
rend, de l'Acad. des Se, t. LXXIV, p. 131; 1872.
Le Cratœgus Aronia Spach dans ses rapports avec l'Aubépine et l'Azero-
lier d'Italie. — Compt. rend, de l'Acad. des Se, t. LXXIV, p. 673; 1S72.
Sur la distribution géographique des Ulmidées ou Ulmacées proprement
dites. — Compt. rend, de l'Acad. des Se., t. LXXIV, p. 1495; 1872.
Monographie des Ulmacées. — Prodrome de De Candolle; 1873.
Sur les espèces de Fritillaires de France, à propos des Icônes et d'un ma-
- nuscrit inédit de Pierre Richer de Belleval. — Bull. Soc. bot. de France^
t. XX, p. 96; 1873.
Le Phylloxéra et les Vignes américaines à Roquemaure (Gard).— Comptes
rend, de l'Acad. des Se., t. LXXVIII, p. 1093; 1874.
Les. Vignes sauvages des États-Unis de l'Amérique du Nord. — Bull. Soc,
bot. de France, t. XXI, p. 107; 1874.
Le. Phylloxéra en Europe et en Amérique. — Revue des Deux-Mondes ;
1874.
Le morcellement de l'espèce en botanique et le Jordanisme. — Revue des
Deztx-Mondes, sept. 1,874..
U 1 Eucalyptus globulus . — Revue des Deux mondes ; 1875.
Les Vignes américaines. — Gr. in-18 de 240 p., Montpellier et Paris (Delà-,
baye); 1875.
La question du Phylloxéra en 1876. — Revue des Deux-Mondes; 1877.
La maladie du Châtaignier dans les Cèvennes, — Compt. rend- de l'Acad.
des Se, t. LXXXVII, p. 583; "1878.
Lft Mildezv, ou faux Oïdium américain, dans les vignobles de France. —
Compt. rend, de l'Acad. des Se., t. LXXXIX, p. 600; 1878.
Le polymorphisme de YAgaricus mclleus Vahl. — Compt, rend, de l'Acad.
des Se, t.-LXXXVIII, p. 65; 1878.
Sur les principaux types de Vignes américaines. — Assoe franç.pour l'a-
vancement des Sciences ; Montpellier, 187g.
Excursion à l'Aigoual, distribution géographique des plantes. — Bull, de
la Soc. languedocienne de Géographie ; 1879.
La végétation de Montpellier et des Cèvennes dans ses rapports avec la
nature du sol. — Bull, de la Soc. languedocienne de Géographie ; 1879.
Les plantes carnivores. — Revue des Deux-Mondes ; 187?.
La Truffe et les truffières. — Revue des Deux-Mondes ; 187?.
Sur une fasciation en forme de crête du Chou-fleur. — Flore des çerres,
t. XXIII, p. 273; 1880.
228 JOURNAL DE BOTANIQUE
Le Vilis Berlandieri, nouvelle espèce de Vigne américaine . — Comptes
rend, de VAcad. des Se., t. XCI, p. 425; 1880.
Sur une nouvelle espèce de Cissus (Rocheana Planch.) originaire de Tinté-
rieur de Sierra Leone et supportant les hivers de Marseille. — Compt.
rend, de PAcad. des Se., t. XCIII, p. 369; 1881.
Les Vignes du Soudan de feu Th. Lécard. — Compt. rend, de l'Acad. des
Se, t. XCII, p. 1324; 1881.
Joseph Decaisne, notice biographique. — Flore des serres, t. XXIII; 1882.
Notes mycologiques : I. La maladie du Châtaignier dans les Cévennes;
II. L' Agaricus convivarum Del. et le Clavaria polymorpha Touchy,
formes monstrueuses de V Agaricus ostreatus Jacq. — Bull. Soc, bot. de
France, t. XXIX, p. 17; 1882.
Lettres et fragments de correspondance de feu Jacques Gay avec le bota-
niste collectionneur Philippe Salzmann. — Bull. Soc. bot. de France,
t." XXX, p. 4; 1883.
Deux lettres inédites de Victor Jacquemont. — Bull. Soc. bot. de France,
t. XXX, p. 64; 1883.
La Botanique à Montpellier. L'Herbier de Chirac. — Rcv. des Se. nat. de
Montpellier ; 1884.
La Botanique à Montpellier. Une vie inédite de Pierre Magnol par son fils
Antoine Magnol. — Montpellier médical; 1884.
Les Vignes des tropiques du genre A mpeloc issus . — La Vigne américaine;
1884-85.
Note sur deux plantes critiques de la flore monspeliaco-cébennique : X Aqui-
legia viscosa Gouan et le Ferula glauca Auct. Monspel. — Bull. Soc.
bot. de France, t. XXXIII, p. 40; 1886.
Monographie des Ampélidées. — Prodrome de De Candolle ; 1887.
CHRONIQUE
M. Malbranche, bien connu pour ses publications cryptogamiques, est mort
à Rouen, le 16 mai, à l'âge de soixante-douze ans.
Un mois plus tard, mourait M. Forquignon, professeur de Chimie à la Faculté
des sciences de Dijon, l'un des fondateurs et des membres les plus zélés de la
Société mycologique, auteur d'un excellent petit livre intitulé : Les Champignons
supérieurs {physiologie, or gano graphie, classification, détermination du genre).
M. de Solms-Laubach, professeur à l'Université de Strasbourg-, prend, à partir
du i er juillet, avec M. J. Wortmann, la direction de la Bolanische Zeitung.
Le Gérant : Louis Morot.
twb. - J Morte». Imp.. 22. pi. Beofcrl- Rackereu.
2" ANNÉE N° 14 16 JUILLET 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
OBSERVATIONS CRITIQUES
SUR LES
CHAMPIGNONS HÉTÉROBASIDIÉS
Par M. J. COSTANTIN
Un compte-rendu de l'important et intéressant travail de
MM. Brefeld, Istvanfïfy et Johan-Olsen sur les Protobasidiomy-
cètes a paru récemment dans ce Journal. Je n'ai pas à revenir
sur cette analyse qui a été très bien faite, mais je désire appeler
l'attention des lecteurs sur différentes remarques que j'ai pu faire
en étudiant ce mémoire.
La première observation est relative aux Pilacre. On sait
que cet ancien groupe a été longtemps regardé comme composé
de trois espèces : Pilacre sublerranea (ou Friesii), Faginea et
Petersii ' (1). Les recherches de MM. Boudier et Richon (2) ont
établi que la première espèce était un Discomycète et ce résul-
tat a été confirmé par M. Quélet (2). Le nom de Pilacre ne peut
donc plus être appliqué aux deux dernières espèces et il y au-
rait lieu de reprendre l'ancien nom ôiEcchyna de Fries qui leur
a déjà été attribué, sous peine de ranger dans un même genre
un Ascomycète et un Basidiomycète.
Une seconde remarque doit être faite à l'égard des genres
Gyrocephalum et Gtiepinia. Les auteurs du mémoire ont cru
devoir diviser le genre Gtiepinia en deux; cette division est
pleinement justifiée : il est parfaitement exact que le Gtiepinia
rtifa a les basides des Trémelles et que le Gtiepinia Pezizas a les
1. Tulasne (An», se. nat., 1875, pi XII) a figuré exactement les basides du
Pilacre Petersii, mais ses idées sur le polymorphisme des Ascomycètes l'ont em-
pêché de tirer parti de cette observation.
2. Richon. Rapport sur la maladie de la Vigne connue dans la Marne sous
le nom de Morille. (Soc. de Vitry-le-Français, 4 décembre 1881.)
3. Assoc. franc, pour l'a vanc. des se, 1885, p. 8, n os 50, 51, 52, pi. XII, fig. 15,
16, 17.
230 JOURNAL DE BOTANIQUE
basines des Dacryomyces ; mais cette distinction a déjà été faite
par M. Patouillard (i), qui a très bien séparé ces deux types
sous les noms de Guepinia et Giiepiniopsis. En tenant compte
de l'ancienneté du nom de Gyrocephalum Persoon, on doit donc
conserver ce nom pour les espèces à basides cloisonnées, et
celui du Gîtepimopsis Pat. pour les espèces à basides non cloi-
sonnées.
Il est regrettable que M. Brefeld et ses collaborateurs n'aient
pas eu connaissance du petit ouvrage concis de M. Patouillard,
où les Hétérobasidiés sont classés avec beaucoup de soin. Ils
auraient pu constater que leur genre C7'(iterocolla était connu
depuis longtemps et parfaitement décrit, aussi bien à l'état coni-
difère qu'à l'état basidifère. En 1846, Fries (2) décrivait sous le
nom & Ombrophïla un genre comprenant un Pezize et une es-
pèce nouvelle, YO. p?tra, qui est probablement celle qu'ont
étudiée les auteurs allemands. Depuis cette époque. Karsten a
distribué en exsiccata Y Ombrophila pura sous le nom de Diian-
gimn. Ce nom doit être conservé, car celui oY Ombrophila a été
attribué à des Ascomycètes bien définis. On retrouve la trace de
cette espèce dans l'ouvrage de M. Quélet sur « les Champignons
du Jura et des Vosges », où elle est figurée sous ses deux as-
pects de Trémelle et de Pezize (3). Tulasne, en 1875, a décrit la
plante à l'état conidial et à l'état basidifère, sous le nom de
l^remclla Cerasi, mais sans indiquer le cloisonnement des ba-
sides (4). En 1882, M. Quélet (5) reconnut que Y Ombrophila
pura devait être rangé parmi les Basidiomycètes et il le plaça
parmi les Trémellinées, à cause de sa consistance gélatineuse.
Mais c'est M. Patouillard (6) qui, le premier, a donné la raison
du rapprochement en montrant que la coupe contenait un état
conidial et la Trémelle des basides cloisonnées. La même plante
avait déjà été décrite sous les noms de : Poroidea pithyophila
Winter (7) et Dacryomyces conglobatum Peck (8). D'après les
1. Les Hyménomycètes d'Europe, 1887, p. 161.
2. Suntma vegetab., p. 357.
3. Quélet. Champignons du Jura et des Vosges, 1873, 2 e part., pi. V, fig-. "12.
4. Ann. se. nat., Bot., 5 e s., t. XV, 1875, p. 229, pi. XI.
5. Assoc. franc, pour l'avancent, des se., 1882, p. 16.
6. Hyménomycètes d'Europe, p. 161, pi. IV, fig. 9.
7. Kryptogamen- Flora von Deutschland, Pilse, p. 271. C'est pour l'auteur un
état conidial d'une Trémellinée.
8. 32 Report 0/ the New-York Muséum of ' N attirai History.
J. Costantin. — Sur les Champignons hétérobasidiés. 231
règles de la nomenclature, le nom de Ditangïum doit être con-
servé.
Par ce qui précède ,on voit que la découverte des deux états
de la plante revient à Tulasne ; l'étude complète de l'appareil
conidifère et de la structure de la baside est due à M. Patouillard.
MM. Brefeld, Istvanffy et Johan-Olsen ont seulement vérifié des
faits déjà connus ; le nom qu'ils proposent est à supprimer.
La parfaite concordance des résultats de M. Patouillard avec
ceux publiés par les auteurs allemands nous amène à penser que
le mycologue français ne s'est pas trompé en plaçant les Tre~
mellodon parmi les Hétérobasidiés (1). M. Brefeld et ses colla-
borateurs n'ont pas observé cette plante, car ils la rangent parmi
les Hydnes. S'ils avaient eu l'occasion de l'examiner, ils n'eus-
sent pas hésité à la placer à côté des Trémelles, dont elle a les
basides cloisonnées longitudinalement. J'ai eu l'occasion de vé-
rifier dans le Jura la parfaite exactitude de l'observation de
M. Patouillard. On peut regretter, à ce propos, que M. Quélet
n'ait pas tenu compte de cette observation qu'il a pu vérifier et
qu'il ait continué, comme par le passé, à placer le Tremellodon
parmi les Hydnacées (2). Il n'y a plus aucune hésitation à avoir
sur l'importance du cloisonnement de la baside, surtout après le
beau travail de MM. Brefeld, Istvanffy et Johan-Olsen.
On peut enfin ajouter que, par la découverte des genres He-
licobasidiiim (3) et Delortia (4) et par celles des espèces rangés
à tort parmi les Laschia (5) qui ont la structure des Auriculaires,
la famille des Hétérobasidiés se trouve singulièrement élargie. Il
n'y a pas à confondre les basides cylindriques, cloisonnées trans-
versalement et circinnées de X Helicobasidium avec des conidies,
car les conidies apparaissent d'abord sur cette espèce de Corli-
ciiim et sont remplacées plus tard par les basides. Quant au De-
lortia, rapporté par M. Gaillard de l'Amérique du Sud, c'est un
1. Winter range les Tremellodon parmi les Trémellinées; il dit que les basides
sont celles des Exidia qui sont cloisonnées (Krypt. Flora v. Deutschl., pp. 284
289).
2. Enchiridion et Flore mycologique.
3. Patouillard. Tabulée analytiae Fungorum, 461.
Tulasne avait déjà décrit et très bien figuré cette plante dans son mémoire sur
les Trémellinées sous le nom de Hypochnus purpureus. V. Ann. se. nat., Bot.,
5« s., t. XV, p. 228, pi. X, fig. 1, 1875.
4. Patouillard. Bull. Soc. mycol. de France, 1888, pi. XIII, fig. 5.
. 5. Patouillard. Journal de Botanique, t. I, n° 15, 1887.
232 JOURNAL DE BOTANIQUE
des genres les plus curieux de cette famille : la baside y présente
une seule spore, arquée et cloisonnée.
On voit donc par tout ce qui précède combien est intéres-
sante l'étude des Hétérobasidiés qui sont aussi remarquables,
comme tous les groupes de passage, par les variations de leur
forme extérieure que par celle de leur structure. Ce groupe com-
prend des formes rappelant les Hydnes, les Pezizes ou les Cy-
phelles, les Corticium, les Lycoperdons ou les Polypores. La
baside peut y être unicellulaire ou quadricellulaire, à cloisons
transversales ou longitudinales, droite ou circinnée, et porter une
ou quatre spores.
En terminant, je vais passer en revue les formes conidiennes
filamenteuses décrites dans le mémoire de M. Brefeld et essayer
de les rapprocher, sinon des espèces, du moins des genres con-
nus de Mucédinées.
i° Pilacre. — Les auteurs ont cultivé les basidiospores du
Pilacre Petersii ou Ecchyna Petersii et ont obtenu un état co-
nidial formé de filaments fructifères un peu ramifiés et supportant
des conidies latérales sur une assez grande longueur vers l'ex-
trémité des dernières ramifications. Les spores étant ovoïdes,
cette forme conidienne rentre dans la définition des Haplarià ;
elle se distingue des sept espèces connues jusqu'ici par sa cou-
leur franchement jaune citrin quand elle apparaît en grandes
masses et par ses spores que porte un court pédicelle.
2° Auricularia. — Les Auriculaires possèdent un appareil
conidien irrégulièrement ramifié dont les dernières ramifications
supportent des capitules de spores arquées. Cette définition est
celle des Botrytis, avec cette différence que les spores sont
toujours ovoïdes ou sphériques dans toutes les espèces de ce
dernier genre.
3° Exidia. — Les auteurs ont figuré la germination des basi-
diospores dans un milieu nutritif; elle est absolument identique
à celle des Auriculaires ; mais ils n'ont pas représenté d'arbus-
cule conidifère comme dans le genre précédent. Ils disent dans
le texte (i) que les spores naissent très abondamment sur le my-
célium, mais on ne sait pas exactement comment elles se for-
ment sur leur support.
i. Untersuch. aus d. gesamt. Geb. der Mykol. — Protobasidiomyceten, p. 86'
J. Costantin. — Sur les Champignons Itcfcrobasidi'ês. 233
4 Ulocolla. - — L'appareil conidial des Ulocolla est composé
d'un très court filament, à peu près de. la longueur des spores,
surmonté d'un capitule de conidies en bâtonnets, écartées les
unes des autres en étoiles, au nombre de cinq à six. Harz a dé-
crit autrefois sous le nom de Cephalosporïiim stcllaliim une Mu-
cédinée qui est très voisine de celle qui vient d'être décrite (1).
On savait déjà d'ailleurs par les recherches d'Œrsterd (2) que
certains Cephalosporïtim peuvent être regardés comme des for-
mes conidiennes de Basidiomycètes.
5 — Quant aux formes conidiennes qui naissent à la surface
de la plante, comme dans les Sebacina ou dans les Ditaiigiuvi
(Craterocolla, Oîiibi-ophila), elles ne peuvent pas être confon-
dues avec des Mucédinées puisqu'elles ne sont pas isolées. Les
premières, si elles étaient indépendantes, rentreraient dans la
définition des Spicularia et les secondes ne se rapprochent de
rien de bien connu; leur mode de ramification est en verticille,
mais les spores paraissent naître, soit en chapelet, soit en capi-
tule, à l'extrémité ou aux articulations d'un filament.
6° Tremella. — Les Trémelles en germant sont susceptibles
de bourgeonner à la manière des levures. Cette nouvelle obser-.
vation s'ajoute à toutes celles que l'on connaît déjà et qui peu-
vent inspirer des doutes très sérieux sur la valeur du genre
Saccharomyces. On sait maintenant que les Trémelles, les Utila-
ginées et le Cladospormm hcrbarum bourgeonnent à la ma-
nière des espèces de ce genre.
7 — Quant aux Daayomyces, la découverte, chez le D. de-
lïquescens, de deux états conidiens, observés, il est vrai, indé-
pendamment l'un de l'autre, le premier formé de chapelets de.
conidies bicellulaires, et le second composé de fascicules de spo-
res naissant sur le mycélium, pourraient faire penser à un rap-
prochement des Epochnium, mais des recherches nouvelles se-
raient nécessaires sur ce point. Chez les autres DacryomyceSy
l'appareil conidien rappelle les Cephalosporium. La même ob-
servation s'applique aux Calocera.
Les formes conidiennes de ces différents genres ont été obte-
1. Ueber einig-e neue Hyphomyceten {Bull, de la Soc, des nat. de Moscou,
1871, p. 118, pi. II, fig. 5).
2. Ovcrsigt d. Verhandl d. k. Dansch Cesell. d. Wiss., janv. 1865. Voir de
Bary {Morph. und Phys. d. Pilse, p. 359.)
234 JOURNAL DE BOTANIQUE
nues, le plus souvent, par des cultures sur des milieux artificiels,
mais on pourra peut-être les rencontrer dans la nature à l'état
isolé; aussi m'a-t-il paru utile d'indiquer à quelle place il fau-
drait les chercher dans la classification provisoire et pratique
des Mucédinées.
ETUDES SUR LA GEOGRAPHIE BOTANIQUE DU NORD
de la France
(Suite.)
Par M. l'abbè MASCLEF
2° Végétation des sables maritimes : Dunes et galets.
La flore des sables maritimes est loin de posséder les carac-
tères d'uniformité que vient de nous offrir celle des terrains sou-
mis à l'action directe des eaux salées; tandis que cette dernière,
en effet, semble presqu'exclusivement dépendre de la présence
dans ses diverses stations d'une quantité nettement appréciable
de sel marin, la flore des dunes et des levées de galets, au con-
traire, est toujours fixée par un grand nombre de causes locales
secondaires, d'ordre physique, chimique ou climatérique. Dans
le premier cas, la constitution physique du sol, le climat et l'ex-
position ne paraissent avoir qu'un rôle accessoire, dominé par
l'influence chimique du Chlorure de Sodium ; dans le second, la
nature physique des sables maritimes agit comme cause locale
d'ordre primaire, et les espèces y sont diversement distribuées
suivant telle ou telle influence secondaire qui prédomine. Quel-
ques mots sur la répartition géographique et la composition mi-
néralogique des sables maritimes dans le nord de la France
vont nous donner une explication suffisante de ces faits.
Les dunes constituent la majeure partie du littoral de la ré-
gion du Nord. Après avoir formé, de l'embouchure de la Somme
à la pointe d'Alprech, au sud de Boulogne, une des plus belles
régions maritimes de ce genre que l'on puisse voir en Europe,
elles reparaissent d'une manière interrompue aux environs de
Wimereux, d'Audresselles et de Wissant, pour reprendre au-delà
du Blanc-Nez jusqu'à la frontière belge, où elles se continuent.
Leur profondeur varie entre un et cinq kilomètres et leur hau-
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 235
teur est quelquefois très considérable, principalement entre Eta-
ples et Boulogne (1).
Rien n'est plus varié et plus pittoresque, mais en même temps
plus difficile à décrire, que l'aspect des dunes. Près de la mer, ce
sont ordinairement des monticules presque complètement dénu-
dés, formés de sables mouvants que le vent emporte à chaque
instant et entasse plus avant à l'intérieur, soit en éminences ar-
rondies et en crêtes ondulées, soit sous forme de larges et pro-
fondes trouées aux pentes abruptes ; c'est à peine si quelques
espèces, comme le Convolvulus Soldanella et Y Euphorbïa Para-
lias, peuvent se fixer çà et là sur ces sables mobiles que les plan-
tations & Oyats arrivent à grand peine à arrêter dans leur marche
envahissante. C'est la première zone des dunes ou des sables
mouvants. Sur une seconde ligne, dont la profondeur varie à
chaque instant, les sables, enfin fixés par X Ammophila arena-
ria, associé à plusieurs autres plantes à racines traçantes, ou par
de magnifiques forêts de pins maritimes, comme aux environs
d'Etaples, se couvrent d'un bon nombre d'espèces particu-
lières aux dunes; c'est la zone la plus développée, celle des
sables fixés. Enfin, au milieu des dunes, on rencontre fré-
quemment des dépressions souvent circulaires, des espèces de
cirques sablonneux, dont le fond humide et même marécageux,
attire, au milieu des buissons d' Hippophae rhamnoides , les Ra-
nunculus Flammula var. reptans (R. reptans L.), Cochlearia
danica, Carex trinervis et autres espèces intéressantes du lit-
toral. Ces dépressions des dunes constituent la zone des lieux
humides et des marécages.
Ordinairement les dunes se fondent insensiblement avec les
terrains cultivés et les champs de l'intérieur; quelquefois, au
contraire, elles présentent en arrière des marais dont la flore
semble encore se ressentir du voisinage de la mer. Je dirai quel-
ques mots de la végétation de ces marais dans l'un des paragra-
phes suivants.
La composition physique et chimique des sables des dunes
varie suivant les divers points où on les recueille. Près de la
plage, les sables sont grossiers, remplis de galets plus ou moins
gros et de débris de coquilles marines ; à l'intérieur ils sont beau-
1. Cfr. Notions sur la Géographie botanique du Pas-de-Calais in Catalogue
des plantes vasculaires de ce département, p. xxxvi.
236 JOURNAL. DC BOTANIQUE .
coup plus fins, et seulement mélangés de quelques coquilles lé-
gères que le vent a pu facilement emporter. Grâce à la présence
de ces débris de test calcaire, les sables des dunes font presque
toujours effervescence avec les acides, .et se comportent vis-à-vis
de certaines espèces à la façon des terrains calcaires. La pro-
portion de Carbonate de Chaux contenue dans ces sables, varie
nécessairement avec leur nature physique. Ainsi une analyse de
sable grossier pris au bord de la mer a donné 7,70 °/ , tandis que
deux autres échantillons de sables plus lins, recueillis à 150 et
1500 mètres environ de la mer, n'ont plus indiqué que 5,67 et
2,28 °/ 0?
Le Chlorure de Sodium existe dans les sables des dunes en
quantité non moins variable. Ce sel, facilement entraîné par les
eaux de pluie, ne peut s'accumuler dans un milieu aussi per-
méable, et ses proportions diminuent rapidement avec l'éloi-
gnement de la mer. Les mêmes échantillons qui avaient servi
aux analyses précédentes ont donné successivement 0,351, 0,117
et 0,041 °/ de Na Cl. Si cette diminution se continue toujours
dans les mêmes proportions, à une distance de quelques kilo-
mètres, la quantité de sel marin devient excessivement minime,
et son influence absolument nulle. On comprend dès lors, que
cette substance n'a plus dans les dunes qu'un rôle purement se-
condaire, et que d'autres influences peuvent, au même titre, atti-
rer ou repousser dans les sables maritimes un certain nombre
d'espèces.
Les différentes espèces que l'on rencontre dans les sables des
dunes, diversement distribuées suivant qu'elles recherchent plus
ou moins d'humidité, peuvent se diviser en quatre catégories,
subissant chacune des influences locales secondaires distinctes.
La première comprend les espèces exclusivement maritimes,
soumises à l'action combinée du sel marin et du voisinage de la
mer; la seconde renferme les espèces de X intérieur , modifiées
plus ou moins profondément, soit encore par les influences précé-
dentes, soit surtout par celle de Y exposition aux vents de la mer,
ou même simplement par X aridité de la station. Les animaux
eux-mêmes, peuvent avoir une action en ce sens; les lapins,
qui pullulent dans les dunes, déterminent souvent, en broutant
les plantes à leur convenance, la formation de formes rabougries
qu'au premier abord on attribuerait à d'autres causes. Dans la
Variété : Maladie vcrmiculaire des Avoines. 237
troisième catégorie, je range toutes les espèces qui, n'apparte-
nant pas à la flore intérieure du nord de la France, sont exclusi-
vement littorales dans cette région et y paraissent fixées surtout
par l'influence du climat maritime. Enfin le quatrième groupe
est représenté par un certain nombre d'espèces de Y intérieur ,
non modifiées, qui sont venues simplement rechercher dans les
parties des dunes où le sel marin est en trop minime quantité pour
exercer son action répulsive, une station sablonneuse favorable ,
qu'ils auraient trouvé beaucoup plus difficilement à l'intérieur,
où la concurrence vitale est beaucoup plus grande. L'influence
chimique du Carboitate de Chaux se manifeste souvent d'une
manière très sensible sur plusieurs espèces de cette catégorie.
{A suivre.)
VARIETE
Maladie vermiculaire des Avoines.
M. Prillieux a adressé à l'Académie des sciences, dans la séance
du 2 juillet dernier, une note sur une maladie de l'Avoine observée
depuis longtemps par les cultivateurs de la Brie, auxquels elle fait
éprouver parfois des pertes notables, et dont la cause n'était pas
connue.
Les pieds attaqués tallent beaucoup, forment touffe, mais ne mon-
tent pas; ils sont arrêtés dans leur croissance et meurent sans pro-
duire ni paille ni grappe. Non seulement les pousses ne s'allongent
pas, mais elles présentent un aspect tout spécial qui permet de dis-
tinguer une touffe atteinte par la maladie, même quand elle est encore
bien verte et vigoureuse, d'une touffe jeune dont la tige n'a pas encore
grandi : le rudiment de chaume et la partie inférieure des gaines de
feuilles qui l'entourent se renflent de façon à former une sorte de bulle;
en outre, souvent les jeunes pousses de tallage, tout en se gonflant à
leur base, se contournent et se déforment. Les pieds d'Avoine malade,
devenus ainsi bulbeux, ont été comparés par les cultivateurs à de petits
Poireaux. Aux environs de la Ferté-sous-Jouarre, où cette maladie
cause d'importants dégâts dans les terres d'alluvion des bords de la
Marne, on dit que ces Avoines sont poireautées.
On a attribué le mal au manque de consistance du sol, à la séche-
resse, aux fumures, etc. L'examen anatomique des pieds malades a
permis à M. Prillieux de reconnaître que l'altération en est due à l'in-
238 JOURNAL DE BOTANIQUE
traduction dans la jeune tige et à la base des gaines des feuilles de
Vers nématoïdes d'une extrême finesse. C'est une maladie vevmiculaire
analogue à celle que M. Kùhn a décrite en Allemagne sur la Cardère
et sur les Seigles, à celle que M. Joannès Chatin a étudiée sur l'Oignon
ordinaire et que M. Prillieux a observée sur les Jacinthes, etc.
Les maladies vermiculaires des plantes cultivées sont produites par
des Anguillules se rapportant, soit au genre Tylenchus, soit au genre
Heterodera. Les premières ont, même à l'état adulte, la forme de fil
ou de serpent; dans les Anguillules du genre Heleroder a, au contraire,
les femelles, après avoir été filiformes à l'état de larve, comme les
Tylenchus, se gonflent après la fécondation au point de perdre leur
forme nématoïde et de prendre celle d'un petit ballon ou d'un citron
rempli d'œufs. C'est au genre Heterodera qu'appartient le Nématode
de la Betterave, dont les ravages ont, depuis quelques années, attiré
vivement l'attention des cultivateurs et des savants. Parmi les Anguil-
lules appartenant au genre Tylenchus, qui attaquent les plantes culti-
vées, il convient de distinguer deux types différents. Les unes vivent
à l'état de larve à la surface des feuilles et des tiges jeunes, puis font
naître des galles à l'intérieur desquelles elles prennent la forme adulte
et se reproduisent. Telle est l' Anguillule bien connue du Blé ; ce qu'on
nomme les grains niellés du Blé sont des galles remplies de larves du
Tylenchus Tritici. Les autres Tylenchus pénètrent dans l'intérieur des
tiges et des feuilles, y vivent et s'y multiplient en causant dans la
plante dont ils se nourrissent l'altération des tissus entres les cellules
desquels ils se glissent.
Dans l'Avoine poireautée, les cellules de la tige et de la base des
gaines de feuilles sont courtes, gonflées, peu adhérentes les unes aux
autres et laissent entre elles des lacunes où l'on trouve à la fois des
Tylenchus adultes mâles et femelles, des œufs et des larves à tout état
de développement. Il en est de même pour les Oignons, les Cardères,
les Trèfles et les Seigles attaqués par des Anguillules. Ces petits Vers
qui attaquent ces diverses plantes ont été rapportés, bien que fort
semblables, à des espèces différentes, mais il n'est pas certain que
plusieurs ne soient séparées à tort. M. Kùhn a prouvé expérimentale-
ment que l'Anguillule qui désorganise les têtes des Cardères peut
infecter les pieds de Seigle.
A la Ferté-sous-Jouarre, les cultivateurs n'ont pas observé que la
maladie des Avoines gagnât d'autres plantes; mais ils ne cultivent
guère, sur les terres où le mal est intense, que du Blé et de l'Avoine alter-
nativement, l'Avoine revenant tous les deux ans dans le même champ.
Le moyen qui semble le plus simple et le plus efficace pour arrêter la
propagation delà maladie est, dit M. Prillieux, de cultiver dans les
champs infestés des plantes sur lesquelles l'Anguillule de l'Avoine ne
Chronique. 239
puisse pas vivre, ce qui est certainement le cas pour les Betteraves et
les Pommes de terre. Quant au Trèfle et à la Luzerne, ils peuvent être
attaqués par un Tylenchus. Il est vrai qu'il a été considéré comme es-
pèce spéciale et décrit sous le nom de T. Hdvensteinii ; cependant des
expériences de culture paraissent nécessaires pour constater si l'An-
guillule de l'Avoine ne peut pas attaquer soit le Trèfle, soit d'autres
plantes. M. Prillieux a installé dans ce but, à l'aide de nombreux
pieds d'Avoine poireautée qu'il a rapportés de la Ferté-sous-Jouarre,
des essais d'infection de plantes fort diverses dans les champs d'expé-
rience de l'Institut agronomique. Comme il le fait remarquer, il est
permis d'en attendre les renseignements utiles pour fixer l'ordre des
cultures qu'il conviendra d'adopter dans les terres ou règne la maladie
vermiculaire de l'Avoine (1).
CHRONIQUE
Société mycologique de France. Séance du y juin 1888. — M. Patouil-
lard présente un certain nombre de Champignons rapportés d'Algérie par M. le
docteur Bonnet. Ce sont : i° le Pleurohis Fertdse qu'il regarde comme étant le
même que le PL Eryngii ; 2" le Tcrfesia Leonis, vivant à demi enterré; 3 le Tti-
lostoiua Boissieri Kalch., qui se distingue du T. finibriatum par son péridium
glabre; il a un pied strié et présente un petit voile à la base du péridium; 4" le
Xylopodium Delestrei, qui a les spores safranées et qui vit dans le sable ; son
pied est ligneux; le péridium, suivant M. Patouillard, qui en a vu des échantil-
lons frais, serait en réalité simple ; seulement il porte de grosses écailles qui
simulent un péridium externe ; 5 le Gyrophragmium Delillei, Gastéromycète à
part d'Agaric ; 6° le Montagnites Candollei, dont les spores sont semblables à celles
des Coprins ; y" le Montagnites Hausskuechtii, qui présente un rudiment de cha-
peau très mince recouvrant le sommet des lames et dont les spores diffèrent de
celles du M. Candollei.
M. de Seynes fait observer qu'il a constaté la présence d'un collier aranéeux
chez le Montagnites Candollei à l'état jeune. Il insiste sur la nécessité d'examiner
les spores à un fort g-rossissement pour en reconnaître la forme exacte.
M. Prillieux présente une tige de Pommier affectée d'un chancre qu'il attribue
au Nectria dilissima. Les Pommiers, dans certaines régions, sont ravagés par
cette maladie, que M. Prillieux propose de combattre par le sulfate de fer acide.
M. Boudier fait observer que la Nectrie pourrait bien ne pas être la cause de
la maladie, et qu'elle s'est peut-être développée sur un organe déjà mortifié par
une cause quelconque.
. M. de Seynes, en offrant à la Société son travail sur les Polypores qui forme
le deuxième fascicule de ses Recherches pour servir à l'histoire naturelle des
végétaux inférieurs, fournit quelques détails sur le Ceriomyces tet-restris qu'il
démontre n'être que le réceptacle conidifère (pycnide) du Polyporus biennis Bull.
M. Boudier présente des dessins de quelques espèces nouvelles : un Helotium
observé au mois de février sur des écailles de bourgeons de Peupliers; 2" un
Orbilia à spores courbées; 3 une Mollisiée Velue, voisine du genre Coronellaria
1. Compt. rend, des séances de l'Académie des se, 1888, t. CVII, n° 1, p. 51.
240 JOURNAL DE BOTANIQUE
de Karsten ; 4 un Urccolella ( U. Richonis) développé sur du bois pourri ; cette
espèce, de couleur de sang-, n'est bien visible qu'à la loupe.
Un certain nombre de Champignons ont été envoyés de divers points de la
France ou apportés par les membres présents, notamment Volvaria média, Po-
lyporus sulfureiis, Gomphidius viscidus, Boletns grannlatics et htridus, Sar-
cosphœr'a Coroua, Gyromitra esculenta, etc.
Au sujet du Boletns luridus, M. Hermary fait remarquer que cette espèce est
comestible, ce qui réduit à néant le préjugé qui fait considérer comme vénéneuses
les espèces bleuissant à l'air. M. Boudier ajoute que le B. cyanescens est pro-
bablement aussi comestible et que le B. badius, dont la chair bleuit aussi, est
très bon et sans aucun danger. Quant au B. luridus, on ne peut pas le recom-
mander à cause des quelques traits de ressemblance qu'il présente avec le B.
Satanas qui est très vénéneux.
Congrès des Sociétés savantes en 1888 (1). — M. de Saporta commu-
nique le résultat de récentes découvertes de végétaux fossiles faites dans le gi-
sement aquitanien de Manosques (Basses-Alpes) Il convient notamment de citer
parmi ces végétaux un Phœnix qui rappelle le Ph. syhestris des Indes orien-
tales, ainsi que des débris d'un Nymphoea de petite taille, d'un Villarsia et d'un
Rumex.
M. Renault fournit des renseignements sur le gisement d'Enost, petit hameau
situé à 10 kilomètres environ d'Autun, où ont été recueillies des graines qui ne
peuvent être attribuées qu'aux Bornia.
M. Crié, dans une communication sur les conditions géologiques des îles de
la Sonde, rattache à l'époque miocène un grand nombre de végétaux considérés
par Goeppert, Heer et Geyler comme éocènes. Dans ces mêmes contrées, notam-
ment à java, le terrain pliocène présente une grande extension et renferme des
empreintes de Palmiers, de Glumacées, de Lauriers, de Rubiacées, etc., rappe-
lant la flore actuelle de cette région.
Dans une seconde communication, M. Crié fait connaître la flore fossile de
l'île de Kerguelen. On y trouve, dans les couches tertiaires, des troncs silicifiés
dont la structure interne rappelle celle des Cyprès. Ces anciennes forêts contras-
tent avec l'absence des conifères et de végétaux arborescents dans la flore ac-
tuelle de cette région. Les mêmes troncs de Conifères se retrouvent dans les
dépôts tertiaires de l'île de Crozet et démontrent une certaine connexion entre
ces deux îles antarctiques. Dans la flore miocène de la Tasmanie, M. Crié a re-
connu des formes australiennes, japonaises et nord-américaines.
M. Mangin rend compte de ses observations sur l'absorption des gaz par les
plantes et le rôle des stomates.
M. Lemoine, au cours de ses recherches sur la flore des terrains tertiaires in-
férieurs des environs de Reims, a recueilli une Vigne d'un type américain, ce qui
n'est, d'ailleurs, pas surprenant, les poissons du même gisement ayant aussi une
sorte de parenté avec les poissons d'Amérique. Il y a recueilli également des
Champignons avec leurs spores, des Algues, des fruits, des graines, etc. Cette
flore, qui indique une température relativement élevée, a disparu de la contrée
vers la fin de l'époque tertiaire et c'est seulement beaucoup plus tard que la
Vigne, retrouvant des conditions favorables à son développement, s'est acclimatée
de nouveau.
M. Musset s'est occupé de l'influence des nectaires floraux.
1. Revue scientifique. 23 juin 1888.
Le Gérant : Louis Morot.
rarte. — J. Merscfc, Unp.. 22, pi. Daafert- Rocherea».
2" ANNEE
N- i 5
1" AOUT 1888
**S>WVV»%'V%^v%'^«^*ii'V»^ , W.'m^^^*
Directeur: M. Louis MOROT
SUR LE GENRE EUGLENA
ET SUR SA n,ACE DANS LA CLASSIFICATION
Par M. A. G. GARCIN
In graod nombre d'organismes inférieurs, les Mastigophores
(lu fusoir es flagellés) surtout, ont été l'objet de vives discus-
sions entre les zoologistes et les botanistes, ceux-ci les récla-
mant comme des végétaux, ceux-là leur déniant cette nature et
les classant dans le règne animal.
Hœckel avait trouvé un expédient commode pour mettre
tous les savants d'accord en créant le règne des Protistes dans
lequel étaient groupés tous les êtres à position douteuse. Mais
cette transaction, qui tournait le problème sans le résoudre, ne
satisfit que peu d'esprits et la controverse continue encore au-
jourd'hui aussi vive que le premier jour.
La note que je présente ici est, je crois, de nature à jeter
quelque lumière sur la question et plaide en faveur de la végé-
tabilité de ces êtres, ou tout au moins de celle du genre Eu-
gloia sur lequel a porté notre étude.
Les phases de l'évolution de ces organismes chlorophylliens
ont été déjà fort étudiées, et Stein, dans son ouvrage fondamental
sur les Infusoires (i), les figure d'une manière aussi rigoureuse
que détaillée. Ce sont des êtres à corps variable, portant à leur
partie antérieure un cil enroulé ; un point oculiforme, placé au-
dessus d'une vacuole incolore et contractile, tranche vivement
sur le ton vert du reste du corps.
L'Euglène, ou bien se divise par bipartition, ou bien s'ar-
rondit et s'enkyste. Le kyste à un moment donné se rompt, et
par l'ouverture ainsi produite s'échappent une foule de petits
Euolènes provenant de la division du protoplasma enkysté ; ils
i. Der Organisraus der Infusionsthiere, tome III, i re partie, 1878.
2 4 2 JOURNAL DP: BOTANIQUE
grossissent et deviennent rapidement en tout semblables à leurs
parents. Ceci se passe dans l'eau, leur milieu normal; mais si
nous venons à changer les conditions extérieures de l'être en
question, le mode de reproduction change aussi complètement.
Ayant abandonné dans une chambre humide une lame por-
tant une goutte d'eau chargée d'Euglènes, le liquide s'évapo-
rait, mais la lame, se trouvant dans un milieu saturé de vapeur,
restait humide. Quinze jours après, ayant jeté un coup d'ceil sur
la préparation, je vis que les Euglènes, loin d'avoir tous péri,
s'étaient multipliés, et cela par un procédé fort analogue à celui
qu'on observe chez les Protococcus placés dans les mêmes condi-
tions. Je repris l'expérience par un procédé plus rigoureux, me
servant pour cela de la chambre humide de M. Van Tieghem.
Je déposai sur la lamelle une très petite goutte d'eau conte-
nant six à sept Euglènes. Je m'assurai qu'il n'y avait aucune
trace de Protococcus. Quelques Navicules seulement étaient mêlés
aux Euglènes tous à l'état flagellé.
Je laissai la goutte s'évaporer presque entièrement, et ayant
renversé la lamelle sur le récipient contenant de l'eau, je fixai un
Euglène et j'en suivis le développement.
11 commença par s'arrondir en un kyste à mince paroi, puis,
après un certain temps de repos, ce kyste se partagea en deux.
Il ne s'agit point ici, comme dans les ligures 23 et 24 de la
planche XX du traité de Stein, d'une bipartition du proto-
plasma seul, les deux nouveaux individus demeurant recouverts
d'une membrane commune, mais d'une division du kyste tout
entier par une paroi diamétrale cellulosique produisant ainsi
deux kystes nouveaux.
Puis la bipartition, se continuant par un procédé que je
comparerai à la segmentation de l'œuf des Mammifères, aboutit
à la formation d'une sorte de morula fort régulière. A un mo-
ment donné, chacune des petites sphères qui forment la morula
se détache. Si les conditions restent les mêmes, ces petits kystes
peuvent demeurer dans cet état; mais si l'on vient à introduire
sous la lamelle une goutte d'eau, ils grossissent, éclatent et
donnent naissance à une foule de zoospores ou Euglènes flagel-
lés qui se développent et reproduisent des individus semblables
aux parents. 11 arrive souvent aussi, et surtout si l'on ne fait pas-
ser que peu de liquide, que le kyste, au lieu de donner de petits
A. G. Garcix. —Sur le genre Euglena. 343
Euglènes. divise son protoplasma en deux (comme le figure
Stein dans la planche XX, fig. 23 et 24) et chacune de ces
parties devient après rupture de la paroi commune un nouvel
individu flagellé.
Parfois, ce développement présente une légère variante : le
kyste, s'étant divisé en quatre, gélifie la partie moyenne de
ses cloisons et s'émiette en quatre sphères secondaires qui se
comportent chacune comme si elles étaient restées unies. C'est
dans ce mode de développement qu'il faut chercher sans doute
l'explication d'un phénomène qu'il est facile d'observer.
Certains ruisseaux qui bordent les trottoirs des rues mal
entretenues sont souvent, lorsqu'il pleut, de riches stations
d'Euglènes. Quand arrive le beau temps, la terre se dessèche
complètement et reste parfois fort longtemps dans cet état.
Vienne une pluie, et quelques heures après les Euglènes ont
reparu en aussi grande quantité qu'auparavant. La masse de
petits kystes, dont je parlais plus haut, a dû se former dans la
terre humide; l'être, ayant résisté sous cet état à la sécheresse,
évolue au retour de l'eau, pour donner de nouveaux Euglènes
selon le procédé précédemment indiqué.
Remarquons tout d'abord qu'ici la durée de la phase immo-
bile l'emporte sur celle de la phase mobile.
Ce mode de développement ne se produit pas exclusivement
dans l'air humide; on peut également l'obtenir en faisant des
cultures dans l'eau convenablement salée. Ce fait a encore son
analogue dans l'histoire des Protococcus et des Botrydiuui .
Maintenant que nous connaissons les deux modes d'évolu-
tion des Euglènes, cherchons à en tirer parti pour fixer leur
place dans la classification. Pour cela, comparons-les à une
Algue de la famille des Siphonées, dont j'ai parlé déjà" plusieurs
fois, et qui, celle-là, est bien nettement un végétal : le Protococ-
cus viridis.
Nous prendrons pour point de départ, d'une part, la cellule
du Protococcus et d'autre part, le kyste de Y Euglena, qui est
moins rare dans l'eau qu'on pourrait le croire : tandis que la
forme flagellée nage dans le liquide, la forme immobile va au
fond, et c'est là qu'il faut la chercher.
Quoi qu'il en soit, la cellule du Protococcus et le kyste de
l'Euglène sont tellement semblables qu'il est aisé de les prendre
244 JOURNAL DE BOTANIQUE
l'un pour l'autre; tous les deux sont verts et globuleux, tous
les deux possèdent une membrane de cellulose. C'est là un pre-
mier état, phase végétative, que nous appellerons le thalle. Sui-
vons l'évolution de ces individus.
« La cellule des Proiococcns , dit M. Van Tieghem (Traité de
Botanique, page 1.131), parvenueà sa dimension définitive, pro-
duit une génération de zoospores à deux cils qui s'échappent
par un orifice de la membrane, nagent dans l'eau, se fixent et
deviennent autant de nouveaux thalles. »
Le kyste adulte de l'Euglène se rompt et produit une géné-
ration de zoospores à un cil (Euglènes proprement dits) qui
grossissent, nagent dans le liquide et plus tard s'arrondissent
et constituent autant de nouveaux thalles. 11 me semble que nous
•sommes là en face d'une analogie frappante, et qu'il est difficile
d'admettre que deux êtres aussi semblables, présentant une évo-
lution aussi voisine, ne soient pas de même nature. Mais allons
plus loin, et continuons à citer M. Van Tieghem :
« Dans l'air humide, la cellule du Protoeoecus produit, par
bipartition répétée de son proloplasma, nue masse de spoi-es
immobiles, enveloppées d'une membrane de cellulose, qui
s'échappent, se dispersent et deviennent autant de nouveaux
thalles. »
Dans l'air humide, la cellule de V Euglena produit, par bipar-
tition répétée de son protoplasma , une masse de spores immobiles
qui se dispersent et, dans des circonstances favorables, gran-
dissent et donnent de nouveaux thalles.
Cette fois l'analogie devient telle qu'on pourrait presqu'avec
la même phrase exprimer l'évolution dans l'air humide soit du
Protococcus, soit de Y Euglena. De plus, la masse de spores
immobiles se produit également dans l'eau salée pour l'un et
l'autre genre. Tous les deux possèdent de la chlorophylle, de
l'amidon et de la cellulose.
Tel est l'ensemble des faits qui militent en faveur de la végé-
tabilité des Euglènes. Examinons une à une les raisons qu'op-
posent nos adversaires à cette manière de voir. Les partisans de
l'animalité des Euglènes objectent la présence d'un tube digestif,
la variabilité du corps, la rareté dans le règne végétal des zoos-
pores à un cil, l'existence d'une vacuole contractile, la prédo-
minence delà durée de la phase mobile sur la durée de la phase
A. G. Garçïn. — Sztr le genre Euglena. 245
immobile. Voyons ce qu'il faut penser de ces faits qui, d'après
certains zoologistes, semblent probants, tandis que la présence
de l'amidon, de la chlorophylle et de la cellulose n'a, selon eux,
aucune valeur.
Tout d'abord, il nous est impossible de croire à l'existence
d'un tube digestif, et, en cela, nous sommes d'accord avec la
plupart de ceux qui se sont occupés de ces organismes.
Pour bien nous en rendre compte, nous avons cultivé des •
Euglènes dans l'eau distillée. Ces êtres, ne pouvant prendre
aucune nourriture au milieu ambiant, vécurent sur leur provi-
sion de paramylon qui fut bientôt complètement épuisée. A
partir de ce moment, leur corps devenu parfaitement trans- r
parent, par suite de la disparition des granulations amylacées,
ne montre, aux plus forts grossissements, aucune trace de tube
digestif. vSi l'on sème dans le liquide des particules de carmin
parfaitement broyé, c'est en vain qu'on cherche à les voir
pénétrer dans le corps de l'Euglène comme chez d'autres Infu-
soires de même taille. Il peut sembler tout d'abord qu'on en
aperçoit dans le protoplasma, mais en ag'itant le liquide on les
voit se détacher de l'enveloppe externe sur laquelle elles s'étaient
fixées.
D'ailleurs, on n'a donné jusqu'à ce jour aucune preuve irré-
cusable de la pénétration chez les Euglènes de l'aliment par un
tube œsophagien, fait auquel on attribue, et avec raison, une
grande importance pour la détermination de l'animalité de
certains êtres.
La variabilité du corps ne prouve absolument rien. Les
zoospores des Myxomycètes, des Vaiicheria, des CladopJwra,
les anthérozoïdes du Volvox globator, se meuvent par contrac-
tilité générale aussi bien que l'Euglène.
Les zoospores à un cil sont rares, il est vrai, dans le règne
végétal, mais il en existe, et quand on remarque que c'est préci-
sément un genre fort voisin des Protococcus, le genre Boiryduim ,
qui en présente, on s'aperçoit que c'est encore une preuve de
plus en faveur de notre théorie, et même les Botrydiiuu ne '
présentent-ils pas aussi un développement dans l'air humide
analogue à celui de l'Euglène?
Dautres plantes, d'ailleurs, possèdent aussi des zoospores
monociliées. La présence d'une vacuole contractile, qui semble
24*. JOURNAL DE BOTANIQUE
être une des pierres angulaires de la théorie de l'animalité, n'est
pas plus probante. Les zoospores des Endomyxées, des
Cératiées, etc. en présentent une également.
Quant à la durée inégale des phases, nous avons montré que,
dans l'air humide, la phase immobile était bien plus longue
que la phase mobile et du reste la durée de ces phases est sous
la dépendance immédiate du milieu. On peut provoquer la for-
mation de l'une et de l'autre et les conserver à volonté aussi
longtemps qu'on peut le désirer.
Est-il une seule de ces raisons qui apporte à la théorie de nos
adversaires un fait convaincant, une preuve palpable, même une
probabilité? Je ne le crois pas, et, en examinant d'une façon
tout impartiale les résultats précédents, en pesant sans parti
pris les objections en faveur de l'une ou de l'autre opinion, nous
sommes forcément amené à conclure que TEuglène est bien un
végétal, dont nous pouvons dresser la diagnose ainsi qu'il suit.
Genre Euglena. Algue de la famille des Siphonées, tribu
des Sciadiées. Le thalle est une cellule globuleuse (kyste) qui,
après avoir végété, donne naissance à une foule de zoospores
(Euglènes proprement dits) qui grossissent, s'arrondissent et
reproduisent le thalle.
Les zoospores peuvent se diviser par bipartition.
Dans l'air humide, le thalle produit, par bipartitions succes-
sives, une masse de spores immobiles qui, dans l'eau, se dis-
persent, grossissent et reproduisent un nouveau thalle.
ETUDES SUR LA GEOGRAPHIE BOTANIQUE DU NORD
de la France
(Suite.)
Par M. l'abbé MASCLEF
Les levées des galets n'ont pas un développement compa-
rable à celui des dunes; elles ne forment, dans le département
de la Somme, qu'un cordon littoral d'une quinzaine de kilomètres
de longueur, entre le Tréport et Mers et du bourg d'Ault au
Hourdel. Sur le bord de la mer, les galets roulés par les vagues
et mélangés avec les sables de la plage forment une véritable
digue naturelle de quelques mètres seulement de hauteur, et d'une
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 247
profondeur fort variable. Derrière cette première digue de for-
mation tout à fait moderne, on peut en observer un grand
nombre d'autres plus anciennes, qui se continuent en lignes si-
nueuses, soit à l'embouchure de la Bresle, soit surtout jusqu'au
pied de la falaise crayeuse qui, d'Ault, va en ligne droite se ter-
miner au cap Hornu, près Saint-Valéry- sur-Somme. Comme il
est facile de s'en assurer en parcourant cette dernière partie du
littoral, tout le grand triangle d'une quarantaine de kilomètres
carrés, compris entre cette ancienne falaise d'une part, l'embou-
chure actuelle de la Somme et la mer d'autre part, a été formé
de cette manière; mais la fixation facile du sable par les galets,
les alluvions de la Somme au nord, les nombreux ruisseaux et
marécages disséminés au milieu des anciennes digues entre Ault
et Cayeux-sur-Mer, la culture, ont complètement modifié la por-
tion intérieure, de sorte qu'aujourd'hui les galets ne présentent
plus de caractères maritimes capables de nous intéresser que tout
près de la mer, à une distance maximum de quelques centaines
de mètres.
Malgré ces différences dans le mode de formation, l'aspect
et la constitution physiques, tout ce qui vient d'être dit à propos
de la végétation des dunes peut s'appliquer, au moins dans ses
traits généraux, à celle des galets. Le sable maritime, ici comme
dans les dunes, agit comme cause locale d'ordre primaire; sa
composition minéralogique est nécessairement la même ; les ga-
lets qui le recouvrent rendent simplement plus difficile la fixa-
tion de certaines espèces. Les trois zones secondaires distinguées
dans les dunes ont sur les levées de galets leurs portions cor-
respondantes, et les quatre catégories d'espèces énumérées plus
haut s'y trouvent également distribuées suivant les mêmes in-
fluences secondaires .
Il n'y a donc pas lieu d'établir de distinction fondamentale
entre la flore des dunes et celle des galets, et il me paraît plus
rationnel d'étudier la végétation des sables maritimes en général,
en groupant les espèces en quatre catégories nettement tran-
chées.
A. Espèces maritimes. — Ces espèces véritablement
maritimes, fixées dans les sables des dunes et sur les digues de
galets par £ influence combinée du sel marin contemi dans le sol
34» JOURNAL DR BOTANIQUE
et des brumes de la mer, sont au nombre d'une, vingtaine dans
la région du Nord. Leur dispersion dans les sables maritimes est
loin d'être régulière. Quelques-unes sont localisées dans une zone
spéciale; le plus grand nombre, au contraire, se trouvent dis-
persées un peu partout. En tenant compte cependant, des faits
les plus généraux de distribution, et à l'aide de certaines subdi-
visions, on peut essayer un classement géographico-botanique
de ces espèces.
i . En premier lieu, on peut placer deux espèces que l'on ne
rencontre que dans la première zone des dunes, sur les sables
mouvants assez près de la mer; ce sont le Convolvuhts Soldanella
L. et Y Euphorbia Para lias L.
Le Convolvulus Soldanella se rencontre cà et là, presque
toujours par pieds isolés, au bord de toutes les dunes de la
région du Nord, de la frontière belge à la Somme!
L'Euphorbia Paralias est assez commun dans les dunes de-
puis Boulogne (JVimereux) jusqu'au Crotoyl Plus au nord on le
rencontre encore à l'embouchure de la Stac/c, aux environs
d ' Ambleteuse ! et de Wissant (Boulay) ; mais on ne l'a pas revu
depuis longtemps à Calais et au-delà. Au sud, cette espèce,
comme la précédente, ne dépasse pas la Somme dans la région
du Nord ; cette lacune est simplement due au défaut de station
favorable.
A côté de ces deux espèces, et presque dans des conditions
identiques, on trouve ordinairement le Cakile maritima Scop.
Cette espèce pénètre cependant à l'intérieur plus avant que les
deux précédentes ; elle est commune de la Belgique à la Somme!
Je ne l'ai pas revue au-delà, à Cayeux, ou elle a été signalée
par de Vicq.
Les Convolvulus Soldanella, Euphorbia Paralias et Cakile
maritima ont les feuilles épaisses, charnues et glabres, leur as-
pect est glauque; ils présentent donc tous les caractères exté-
rieurs des espèces soumises parleurs racines à l'action directe du
sel marin. Ces espèces habitent, en effet, les sables maritimes les
plus riches en Chlorure de Sodium ; elles ont ainsi de grands rap-
ports avec Y Honkeneja peploides et le Salsola Kali, que l'on ren-
contre à la base des dunes, et même des levées de galets, sur le
sable grossier, où l'influence des vagues se fait encore sentir.
Elles relient, par une transition insensible, la végétation des ter-
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 249
rains soumis à l'action directe des eaux salées, avec celle des
sables maritimes. D'autre part, comme elles végètent seules dans
le voisinage de la mer, ou sont accompagnées seulement de quel-
ques autres espèces presqu'aussi exclusivement maritimes, elles
montrent combien il faut peu de sel marin dans le sol pour re-
pousser les espèces de la flore terrestre; 0,3 à 0,1 0/0 semblent
suffire. On ne peut attribuer cette action répulsive à l'influence
du voisinage de la mer; un grand nombre d'espèces de l'in-
térieur peuvent en effet très bien prospérer au bord de la mer,
sur les falaises, du moment où les vagues ne peuvent plus les
atteindre.
2. Immédiatement derrière ces trois premières espèces, quel-
quefois même en leur compagnie, on trouve dans les sables
maritimes, avec YEryngium maritiniuni L., une belle série de
Graminées, représentées par A 'mmophila arenaria Link., Fes-
Utca oraria Dumort. (F. sabtilicola L. Duf. ; F. arenaria Gren.
et Godr., non Osbeck), Elymus arenarius L., Agropyrum
junceum P. Beauv., A. acutitm Rœm. et Schultz., A. pnngens
R. et S. {A. littorale Rchb.), A . pycnanthum Gren. et Godr. et
Scleropoa loliacea Gren. et Godr. {Triticum Rotlbœlla D. C.).
Ces neuf espèces habitent encore de préférence les sables mou-
vants, mais on les rencontre aussi dans les dunes fixées et sur
les digues de galets, YElymus arenarius excepté. Toutes sont
glauques et glabres ; elles sont évidemment soumises à l'influence
du sel marin contenu dans le sol, ou déposé par les buées de la
mer.
L'Eryngium MARITIMUM est commun dans tous les sables
maritimes du littoral de la région du Nord. J'ai observé quelques
pieds de cette espèce, en dehors de leur station habituelle et à
plus d'une lieue de la haute mer, à Saint- V alery- sur- Somme ;
ils végétaient entre des rocailles crayeuses, au pied de la falaise
du Cap-Hormi, à l'extrémité de la grande prairie salée où
abondent le Statice Limonmm et YObione pedtmcîilata. Ce fait
singulier de dispersion n'a rien de bien extraordinaire ; les
terrains mi-sableux, mi-rocailleux de la base de la falaise, étant
encore imprégnés des eaux salées de la prairie.
L'AMMOPHILA ARENARIA, vulgairement appelé Oyat, est très
commun dans les dîmes ; il y est souvent planté en lignes
régulières pour fixer les sables mouvants.
250 JOURNAL DE 30TANIQUE
Le Festuca oraria et I'Agropyrum pungens, sont à peu
près aussi communs dans les dunes que l'espèce précédente;
comme elle, ils ne se rencontrent que plus rarement entre les
galets, et, pour ainsi dire, accidentellement.
L'AGROPYRUM ACUTUM, anciennement signalé dans le Nord à
Dunkerque , par Lestiboudois, y a été retrouvé ces dernières
années, par M. l'Abbé Boulay. Il n'a point été revu dans le Pas-
de-Calais, ou il a été indiqué à Calais (Grenier et Godron), à
Boulogne (Gren. et Godr., Rigaux) et sur les bords de l'Authie
(Pauquy). Il est assez fréquent sur le littoral de la Somme (Cfr.
de Vicq, FI.).
L'A. PUNGENS est une espèce rare sur notre littoral. Il a été
récolté à Dunkerque par M. l'abbé Boulay, et à Mers, Cayeux
et le Hourdel (?), entre les galets, par de Vicq. Dovergne, dans
son Catalogue manuscrit, le signale sur plusieurs points du Pas-
de-Calais, où on ne l'a pas revu depuis.
L'A. PYCNANTHUM est commun à Calais (!); Rigaux l'indique à
Boulogne sur les bords de la Liane (?). On le rencontre abondant
dans un certain nombre de localités du littoral de la So7nme!
Le SCLEROPOA LOLIACEA croît au milieu des galets, entre
Mers et le Hourdel, auprès du Crambe maritima! (de Vicq.). Il
a aussi été signalé, plus ou moins anciennement, aux environs
d'Etaples, de Boulogne et du Gris-Nez (Dovergne, Rigaux,
Giard), à Calais (Beaupré in Dov.) et entre Dunkerque et Gra-
velines (Necker).
L'Elymus ARENARIUS est une des espèces les plus intéres-
santes du littoral de la région du Nord. Disparue des dunes de
Quend, près Fort-Mahon (de Vicq) et des sables maritimes de
Châtillon près Boulogne (!), elle croît à Tardigheu (de Lamar-
lière), à Wissant (Rigaux), centre Sangatte et Calais (!). Elle
vient d'être retrouvée près de Dunkerque, par M. Leyss; elle y
avait déjà été signalée il y a 1 20 ans par Necker. Cette découverte,
dont je dois la connaissance à une obligeante communication de
M. de Lamarlière, est d'autant plus importante que les échan-
tillons recueillis étaient fructifies; ce fait, à ma connaissance,
n'avait pas encore été observé dans notre région.
3. Deux bonnes espèces maritimes, le Lathyrus maritimus
Bigelow et le Crambe maritima L. , caractérisent plus spéciale-
ment la végétation des digues de galets . Sans elles, cette portion
Abbé Masclef. — Stir la géographie botatuqtie du Nord de la France 25 1
de nos côtes serait la plus insignifiante au point de vue bota-
nique; grâce à leur présence, elle acquiert un cachet tout spé-
cial, et devient même l'une des plus privilégiées du littoral fran-
çais. Inutile d'insister sur ce point; tout le monde sait que le
Lathyrtis maritimus est exclusivement localisé, en France, aux
environs de Cayeux -sur- Mer , et que le Crambe maritima, très
abondant sur un espace de plusieurs kilomètres, entre le Bourg
d'Ault et Cayeux, présente au milieu des galets du département
de la Somme, un de ses habitats français les plus remarquables.
Voici, d'ailleurs, la distribution géographique détaillée et
l'indication précise des localités de chacune de ces deux espèces
dans la région du Nord.
Le LATHYRUS MARITIMUS existe sur deux points différents,
distants l'un de l'autre de quelques kilomètres, le premier au
nord et le second au sud de Cayetix. La localité classique (Til-
lette de Clermont-Tonnerre, Pauquy, Grenier et Godron, de
Vicq, etc.) est celle du nord, ou de la pointe du Hourdel, entre
le phare de Cayeux et le hameau du Hourdel, à cinq cents mè-
tres environ de l'embouchure de la Somme, auprès d'une petite
guérite de douane ! Le Lathyrus maritimus forme là, à une cen-
taine de mètres de la mer, et sur un espace d'une vingtaine de
mètres carrés, un véritable tapis de verdure qui tranche agréa-
blement sur l'aridité et la teinte gris-bleuàtre de la digue de ga-
lets, très large en cet endroit. La disparition de cette belle loca-
lité ne paraît guère à craindre d'ici longtemps : le L. maritimus
est, en effet, admirablement armé pour résister soit aux récoltes
exagérées de quelques botanistes, soit aux autres causes de des-
truction; ses racines s'enfoncent entre les galets, à une profon-
deur tellement grande qu'il est presque impossible de les arra-
cher intactes, et d'autre part, il fructifie parfaitement chaque
année, et peut ainsi facilement se multiplier.
La seconde localité du L. maritimus est plus à l'intérieur,
elle se trouve entre Cayeux et la caserne de Hautebut, près le
Hable d'Ault (de Vicq). Elle est beaucoup moins facile à décou-
vrir que la précédente; c'est probablement la plus ancienne.
Le Crambe MARITIMA, peu abondant à l'embouchure de la
Bresle, au Trêport près Eu (de Brébisson) et sur le petit banc
de galets de Mers (de Vicq), est, au contraire, très répandu du
Bourg d'Ault à Càyeùx; il abonde surtout, à peu de distance
252 JOURNAL DE BOTANIQUE
de la nouvelle plage &0 nival, et à la hauteur du Hable d'Ault!
Il ne s'écarte guère des bords de la mer; il est cependant signalé
au pied de l'ancienne falaise, à Hcmtebut{F . Debray). Je regarde
encore cette dernière localité comme la plus ancienne.
Le C. maritima a été anciennement signalé dans le Pas-de-
Calais, sur les falaises de Boulogne, par Desmazières; Rigaux,
dans son Catalogne, dit encore l'y avoir « trouvé une seule
fois », mais depuis on ne l'a plus revu. Cependant, M. Delvallée,
étudiant en pharmacie, m'a affirmé en avoir trouvé un pied près
de Wimereux l'été dernier, pendant une excursion de la Faculté
des Sciences de Lille ; cette assertion a besoin d'être contrôlée à
nouveau.
Le Lathyrus maritimus et le Crambe maritima sont deux
espèces essentiellement maritimes. Elles paraissent fixées dans
les sables du littoral par l'influence du sel marin ; toutes deux,
en effet, sont glabres et glauques, leurs feuilles, surtout celles
du Crambe, sont épaisses et charnues, et elles vont par leurs
racines profondes rechercher dans le sable humide, au milieu
des galets, avec l'eau nécessaire à leur nutrition, le Chlorure de
Sodium qui s'y trouve en solution.
4. C'est au milieu des sables Jîxés des dîmes que la végéta-
tion des sables maritimes est la plus riche, et cependant, à côté
des quelques espèces des sables mouvants qui y pénètrent cons-
tamment, on ne trouve qu'une seule espèce maritime caractéris-
tique, Y Asparagus ofjïcinalis L. {A. offtcinalis , p. maritimus
L. et A. prostratns Du Mortier) (1).
Les deux formes littorales de cette espèce encore mal définie
se trouvent çà et là, par pieds isolés, dans presque toutes les
dunes de notre littoral : dans le Nord, à Dunkerque (Queulain);
dans le Pas de-Calais, à Tardinghen{à& Lamarlière), à Condette
et à Etaples, près des phares! dans la Somme, à Saint- Qtœntin-
en-Tourmont et Quend (de Vicq). J'en ai, au mois d'août der-
nier, observé quelques pieds récemment introduits, dans une
station toute différente, sur la digue du Crotoy.
\J Asparagus officinalis de nos sables maritimes, semble bien
moins sensible à l'influence du sel marin que les espèces précé-
dentes ; c'est toutefois, du moins la forme à tige couchée {A. pros-
1. Cfr. Du Mortier, Bouqtiet du littoral belge, p. 48.
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 25 ?
ratus), une bonne espèce maritime qui ne s'écarte pas de la
ner. Cette forme, à tige recourbée dès sa sortie du sable et con-
fiée à plat sur le sol, aujourd'hui si bien acquise qu'elle se main-
ient encore après une culture de près de cinquante années (Du
Mortier), est probablement due primitivement à l'influence des
/ents de la mer. A l'origine, il ne devait exister qu'un type lit—
coral unique, d'où sont dérivés X Asperge cultivée et sa variété
sauvage ou campes tris ; au lieu, d'admettre, avec de Vicq et
quelques autres auteurs, que la forme à tige dressée (A. q(/ïci-
nalis, ■?. mari/im//sL., Du Mort., non Auct.) est toujours, dans
nos dunes, introduite de graines apportées par les oiseaux, je
suis plutôt porté à croire qu'elle y est la plupart du temps indi-
gène et qu'elle y continue le type primitif non modifié.
5. Dans les dépressions humides et les petits marécages des
dunes, au milieu d'un grand nombre d'espèces de l'intérieur qui
recherchent dans ces stations de l'humidité, un peu d'humus et
un abri contre les vents de la mer, se fixent trois espèces mari-
times intéressantes : le Cochlearia danica L. , X Erythrœa littora-
lis Fries et le Car ex triuervis Desgl. ; toutes trois trouvent en-
core dans ce milieu imperméable une minime quantité de sel
marin.
Le Cochlearia danica est très inégalement répandu dans
le Nord de la France. Dans le département du Nord, il a autre-
fois été signalé à Dunkerque par Lestiboudois, mais il n'a pas
été retrouvé dans ces derniers temps; dans le Pas-de-Calais, il,
est assez commun dans toutes les dunes, de Calais à l'Autkie{\}\
dans la Somme, il ne dépasse pas le fleuve de ce nom, on le
trouve à Saint- Quentin-en- Tournwnt et aux environs de Quend
(de Vicq).
Le Cochlearia danica ne parait pas tant rechercher l'influence
du sel marin que le voisinage de la mer; il végète aussi bien à
plusieurs kilomètres de profondeur que près de la plage. Ce
qu'il recherche surtout sur notre littoral c'est l 'humidité et un
abri contre les vents de la mer; aussi ow le recueille presque
toujours au milieu des buissons d' Ilippophae et de Salix. Quel-
quefois, pour trouver ces deux conditions réunies, il s'écarte
des dunes, et on le rencontre dans les anfractuosités des falaises,
au pied des haies ou sur les murs des habitations voisines de la
mer; M. l'abbé Boulay en a même récolté quelques pieds sur les
2 54 JOURNAL DR BOTANIQUE
rochers de la Vallée Heureitse, près de Marquise, à trois lieues
environ de la mer.
L * Erythrsea liltoralïs existe dans le Nord à Dunkerque
(Boulay); dans le Pas-de-Calais, à Tardiugheii (de Lamarlière),
Ambleteuse (de Bruteiette in Billot, exsic, Giard), et à Etaples,
un peu en avant des phares! dans la Somme, à Samt-Quentin-
-en-Totirmont et à Quend (de Vicq). Cette espèce habite
dans les dunes, tantôt les marécages proprement dits, tantôt
seulement les lieux herbeux un peu humides.
Le Carex trinervis est assez commun dans les dunes entre
la Somme et la Canche, au Crotoy (!), à Saint- Quentin- en- Tour-
mont et Quend '(de Vicq), à Berck (Wignier) et à Etaples!
MM. Boulay et Queulain l'ont trouvé dans le Nord à Dun-
kerque.
6. A côté des espèces maritimes qui habitent les endroits
humides et marécageux des dunes, on peut tout naturellement
placer le Glyceria procumbens Sm. , espèce spéciale aux endroits
sablonneux humides des bords de la mer. Elle a autrefois été
récoltée sur plusieurs points du littoral de la Somme, sur la
digue des galets, de Hautebut à Cayeux (Tillette de Clermont-
Tonnerre, herb.), dans la région des dunes à Quend et à Fort-
Mahon (Bâillon, herb.), etc. ; mais elle n'a pas été revue dans ce
département depuis plus de cinquante ans. M. l'abbé Boulay l'a
recueillie en 1877 dans le Pas-de-Calais, « entre Calais et Saint-
Pierre, sur les bords d'une mare remplie d'eau saumàtre, à
gauche de la route. »
Le Glyceria procumbens est encore une de nos bonnes es-
pèces maritimes ; elle présente de nombreux points de ressem-
blance avec quelques plantes de la zone des vases et des embou-
chures.
7. Pour clore cette première liste, je dois dire un mot du
Tamarix anglica Webb. ; on le trouve planté en haies, et quel-
quefois comme naturalisé dans les sables maritimes, sur plusieurs
points du littoral de la région du Nord, en particulier auprès de
Cayeux -sur -Mer et du Bourg d , Auli{\).
{A suivre.)
P. Vuir.LEMiN. — Z'Ascospora Beijerinckii et la maladie des Cerisiers. 255
UASCOSPORA BEIJERINCKII
ET LA
MALADIE DES CERISIERS
Par M. Paul VUILLEMIN
Nous avons entretenu l'an dernier les lecteurs de ce Journal (1)
d'une maladie parasitaire qui venait de causer de graves ravages,
en Lorraine et dans d'autres points de la France, sur les Cerisiers
et les Pruniers et, à un moindre degré, sur les autres Amygda-
lées.
A cette époque nous avions pu démontrer que l'agent de
cette maladie était le Champignon connu, d'après son appareil
conidien, sous le nom de Coryueum Beijerinckii Oud., d'où le
nom de Corynéum proposé pour désigner la maladie elle-même.
A la fin de l'automne, les taches des feuilles s'étaient couvertes
de pycnides appartenant au même Champignon. D'après notre
description, M. Prillieux (2) a pensé que cette forme pouvait
être identifiée avec le Phyllosticta Persicœ Sacc. Cette assimi-
lation ne nous paraissant pas suffisamment établie, nous avons
proposé (3) pour les conceptacles à stylospores le nom de Phyl~
losticta Beijerinckii. Peut-être serait-ce Y Asteroma Cerasi Kob.
et Desm. ? La question n'est pas facile à trancher, cet Asteroma
ayant été défini simplement d'après son mycélium développé sur
des taches des feuilles de Cerisier, par analogie avec les As-
teroma Mespili et Virgilise, et les conceptacles n'étant pas
décrits.
Il nous restait à suivra le Champignon après la chute des
feuilles, en hiver et au printemps. A en juger par la marche du
développement de ses congénères, on pouvait s'attendre à ren-
contrer son appareil ascophore vers l'époque de l'épanouisse-
ment des nouvelles feuilles. Une difficulté se présentait pour sui-
vre le Cryptogame à travers ses métamorphoses : c'est que les
feuilles de Cerisier se détruisent rapidement. Les préserver de
la pourriture en les gardant dans un appartement n'était point
pratique, car au sec toute vie s'éteignait et dès qu'on rendait le
1. Journal de Botanique, tome I", page 315.
2. Société nat. d'Agriculture. Séance du 9 décembre 1887.
3. Société des Sciences de Nancy. Séance du 21 décembre 1887.
256 JOURNAL DE BOTANIQUE
milieu humide, tout un monde de Champignons saprophytes
envahissait les tissus mortifiés.
Ces causes d'erreur nous engagèrent à concentrer notre at-
tention sur les fruits desséchés de bonne heure et restés adhérents
à l'arbre. Sur les disques noirs développés à leur surface, on
trouve diverses adaptations du mycélium à la vie latente. Les
filaments bruns violacés à parois épaisses prennent fréquemment
un aspect moniliforme et leurs cellules se désagrègent par places
comme des sortes de spores. Ces cellules isolées, ou plus souvent
appairées, avaient en partie germé dès la fin de l'automne en
donnant, non pas un mycélium capable de s'étendre sur place,
mais des conidîes analogues, comme aspect et comme dimen-
sions , aux stylospores
des pycnides. Ces coni-
dies naissaient fréquem-
ment au nombre de deux
aux dépens de chaque
cellule (fig. 2, d.) ; comme
elles partaient de la même
extrémité et s'atténuaient
en une sorte de pédicelle
semblable à un stérig-
mate, elles rappelaient
assez bien l'aspect des
basidiospores. Au reste
leur naissance sur des
cellules dérivées du my-
célium par simple fragmentation doit les faire rapprocher des
stylospores véritables ; les pycnides ne sont en effet qu'un amas
de mycélium condensé en un organe conservateur et apte à dis-
séminer des corps à germination immédiate. De plus les conidies,
à peine détachées, prenaient fréquemment une cloison transver-
sale, comme celle qui apparaît tardivement dans les stylospores.
Outre ces cellules à conidies et les pycnides elles-mêmes, nous
avons rencontré sur les taches des fruits un autre organe inter-
médiaire aux deux précédents par sa structure et jouant comme
eux le rôle conservateur. Sur les croûtes mycéliennes il se for-
mait, par entrelacement et segmentation des hyphes, de petits
tubercules (fig. 2, b.J, dont les éléments externes, étroitement
Fier. I.
P. Vuillemin. — Z'Ascospora Beijerinckii et la maladie des Cerisiers. 257
serrés, constituaient une véritable écorce, tandis que les éléments
internes arrondis et munis d'une épaisse membrane (fig. 2, c),
étaientphysiologiquement comparables à des spores hivernantes.
Cette redoutable espèce est donc bien prémunie, par les dif-
férenciations de son mycélium, contre les influences atmosphé-
riques. Les pycnides à elles seules auraient suffi à en assurer la
transmission d'une année à l'autre, car, malgré les gelées intenses
et continues du dernier hiver, les stylospores s'échappaient en
abondance, au premier printemps, des conceptacles qui avaient
passé l'hiver, sans aucun abri, sur les fruits desséchés et adhé-
rents aux arbres. Les conidies du type Corynezun reparaissaient
en coussinets et germaient aussitôt.
Les périthèces se développèrent à la même époque, et à la
fin d'avril ils com-
mençaient à mûrir,
rares d'ailleurs au
milieu des pycni-
des, dont ils ne
sont pas une trans-
formation , bien
qu'ils couvrent les
mêmes filaments
mycéliens. En voi-
ci les caractères :
Périthèces (fig.
2, a .^inégaux, me-
surant en moyenne
100-130 u, noirs, charbonneux, sphériques-déprimés, à orifice
très petit ou nul, sans papille, insérés sur une croûte de filaments
bruns, plus ou moins moniliformes, se ramifiant et s'étalant de
tous côtés ; ils font éruption entre les débris de l'épiderme ou de
la cuticule.
Asques nombreux (jusqu'à 40) en coussinet qui rayonne du
fond du périthèce. Point de paraphyses. Au début l'asque mûr
est ovoïde (fig. 1 , a.) fixé par l'extrémité large, prolongé en bec
mousse du côté libre ; il renferme 8 spores entourées, même à la
maturité, d'une petite quantité d'épiplasma expulsif. La paroi est
formée en grande partie de cellulose ferme ; le sommet présente
une calotte gélifiable, peu distincte, au début, du reste de la
Fi- ->.
258 JOURNAL DE BOTANIQUE
membrane. Au moment de la dissémination, cette calotte s'étire
en un long tube, séparé du corps primitif de l'asque par une ligne
fine, mais très nette (iîg. i, b.)\ la base du tube cylindrique,
moins malléable elle-même que le sommet, garde une membrane
plus épaisse et bientôt une ligne de démarcation aussi nette que
la précédente la distingue de la portion entièrement ramollie
(fig. i, c). Les spores s'engagent dans le long col, pressent de
plus en plus sur la portion gélifiée ; la résistance cédant brusque-
ment, les spores sont projetées à une grande distance. Nous les
avons vues lancées à 2 millimètres sous un couvre- objet, malgré
la résistance de l'eau et de la lamelle de verre. Dans ces condi-
tions, les asques étaient aussi soustraits à la compression à
laquelle ils sont soumis dans l'orifice très étroit du périthèce.
Quand l'asque est vidé, on ne voit plus aucune trace de l'ex-
trémité du col gélifié; l'asque proprement dit s'est notablement
contracté et raccourci en longueur et en largeur (comparez la
fig. 2, ci, aux figures a, â, c , qui représentent les états successifs
d'un seul asque). L'ajutage delà base est aussi revenu sur lui-
même et la masse expulsive fait en partie saillie hors du sac.
Dans de l'eau additionnée de teinture d'iode sous un couvre-
objet, les spores étaient lancées par paires à des distances diffé-
rentes. La fig. 2, d. montre une spore demeurée à une faible
distance de l'orifice de l'asque.
La longueur d'un même asque adulte et non vidé varie ainsi
de 43 u. à 1 10 <*; la largeur, plus constante au niveau du renfle-
ment basilaire, est d'environ 20 y.
Ascospore incolore, sans cloison, elliptique-fusiforme, obtuse
aux deux extrémités, mesurant 17/*, 5 X 7 y- Le contenu pré-
sente 5 ou 6 vésicules hyalines (fig. 1, b, c.)\ mais l'iode y fait
apparaître deux sporidioles peu nettes dans une masse granu-
leuse (fig. 1, d.).
Ces caractères établissent un lien très étroit entre notre
Champignon et les Lœstadia. Le développement considérable
du mycélium crustacé qui supporte les périthèces et lespycnides
en fait plutôt un Ascospova. Pour simplifier la nomenclature, en
même temps que pour rendre hommage au botaniste qui a fait
de si intéressantes recherches sur les relations du Cryptogame
qui nous occupe avec la gommose, nous le nommons Ascospora
Beijerinckiï.
Chronique. 259
Cette étude montre une fois de plus combien il serait témé-
raire de se prononcer sur l'affinité de deux Champignons, en se
basant exclusivement sur l'appareil conidien; les Melanconis
auxquels se rattachent d'autres Coryneum sont en effet assez
éloignés des Ascospora. Au reste la forme conidienne elle-même,
en dehors de la direction et du nombre des cloisons, est loin
d'être identique chez le Champignon du Cerisier et les autres
Coryneum. Le nom de coryneum peut être conservé sans incon-
vénient, comme nom commun, pour désigner un type conidien
spécial, et nous continuerons à dire que les Amygdalées sont
sujettes aux attaques du coryneum de Y Ascospora Beijerinckii,
comme nous attribuons la Rouille du Blé à l'urédo du P7icc7'nïa
Graminis.
Le parasite du Cerisier, nous venons de le voir, est doué
d'un puissant appareil de projection ; il ne le cède guère à cet
égard au Gnomomia erythrostoma, ce fléau des vergers d'Alle-
magne, qui, heureusement, se contente jusqu'ici, en Lorraine,
des Merisiers sauvages dans les bois. Il n'est pas moins bien
partagé au point de vue de la conservation que de la multiplica-
tion. Sa végétation puissante aux dépens de feuilles mortes et
autres éléments inertes lui assure une immense extension.
Néanmoins nous persistons à croire que, malgré tous ses
avantages, le Coryneum ne devient nuisible qu'à titre exception-
nel et dans des conditions toutes spéciales. Aidé par un printemps
sec et chaud, les Cerisiers ont repris cette année une grande vi-
gueur et l'abondance de la récolte a fait oublier les désastres
précédents. L'influence des actions météorologiques, si claire-
ment révélée par cette différence, est devenue plus sensible en-
core par les conséquences de la longue période de pluie que
nous traversons depuis le début de l'été. Les feuilles les plus
jeunes se couvrent de nouveau de taches ; mais en général la
frondaison est trop robuste pour offrir beaucoup de prise à l'en-
nemi; d'ailleurs les premières atteintes ont été trop tardives pour
compromettre soit la maturation des fruits, soit la santé des
arbres.
CHRONIQUE
Société des Sciences de Nancy. — Séance du s juillet 1888. —
M. Monal fait une communication sur le talon des Nyctaginées. Chez ces plantes
«So JOURNAL DE BOTANIQUE
et en particulier chez les Mirabilis, le talon apparaît sous la forme d'une ex-
croissance unilatérale quand la radicule a déjà perforé les téguments. Les cellules
épidermiques du talon se prolong-ent en poils absorbants, articulés, bien diffé-
rents des poils de la tige proprement dite. Ces poils s'enfoncent dans l'albument
qui, digéré à leur contact, devient gluant. Tant que dure la résorption de l'al-
bumen, la liqueur de Barreswill décèle la présence d'une grande quantité de
glucose dans le talon, quoique ce sucre fasse défaut dans le reste de la tigelle.
Outre ce rôle digestif et absorbant, le talon des Nyctaginées, comme celui
des Cucurbitacées, maintient la tigelle et les cotylédons en place, tant que dure
la résorption de l'albumen. La chute des poils et même l'exfoliation totale du
talon suivent de près l'épanouissement de la jeune plantule.
Académie des science:. Séance du g juillet 1X88. — M. Gaston- Bo.xnier,
poursuivant ses études sur la synthèse des Lichens, présente à l'Académie le
résultat de ses dernières observations, dans lesquelles son attention s'est princi-
palement portée sur la période de l'évolution du Lichen qui succède aux pre-
mières phases de la germination. Ii a pu suivre j:>ur par jour, sur une même cul-
ture, l'association de l'Algue et du Champignon, jusqu'à la formation du thalle
différencié, notamment pour le Physcia parietiua.
M. Louis Mangin a entrepris sur la constitution de la membrane cellulaire une
série de recherches dont les résultats lui ont permis de généraliser ceux qu'avait
indiqués M. Frérny au sujet de la présence dans les tissus des fruits et des racines
d'un principe immédiat nommé par lui pectose. M. Mangin a constaté dans les
tissus des végétaux les plus différents l'association de deux substances : la cel-
lulose et une substance ternaire, incolore, insoluble dans l'eau, soluble dans les
alcalis, colorable en violet par i'hématoxyline alunée, et à laquelle il conserve
provisoirement le nom de pectose, bien qu'elle ne présente pas toutes les réac-
tions attribuées par M. Frémy au corps qu'il a nommé ainsi.
Séance du 23 juillet. — M. Henri Jumelle a fait sur la constitution du fruit
des Graminées des recherches qui lui ont fourni les conclusions suivantes :
« i° A aucun moment, pendant la maturation du grain des Graminées, il n'y
a soudure entre les téguments de la graine et le péricarpe;
» 2' 1 Le péricarpe se résorbe en partie; les téguments de la graine disparais-
sent complètement ;
■• 3° Le fruit des Graminées ne mérite pas un nom spécial; c'est un akène
renfermant une graine sans tégument. »
M. P. A. Dangeard, dans une note sur l'anatomie des Tmesipteris, Crypto-
games vasculaires vivant sur le tronc des Fougères arborescentes, démontre que
ces plantes ne sont pas, comme on le croyait, des parasites; elles possèdent un
rhizome qui, par sa structure et son mode de ramification, est analogue à celui
des Psilotiiii/.
La Société linnéenne de Londres a célébré dernièrement le centième anni-
versaire de sa fondation. Elle a créé à cette occasion sous le nom de « médaille
de Linné », une médaille d'or dont un exemplaire a été remis à M. J. Hooker et
un autre à M. Richard Owen. Cette médaille porte d'un côté le portrait de Linné-
de l'autre les armes de la Société entourées de Linmea borealis ; elle sera dé-
cernée chaque année, alternativement, à un botaniste et à un zoologiste, en com-
mençant par un botaniste.
M. Courchkt, chargé de cours à l'Ecole supérieure de Pharmacie de Mont-
pellier, vient de soutenir d'une façon brillante à la Sorbonne, pour obtenir le
grade de docteur ès-sciences, une thèse très intéressante ayant pour objet l'étude
des chromoleucites.
Le Gérant : Fouis Morot.
22, yl. [euf^t Roi'h<:rf*a
2 e ANNEE N" 16 ici AOUT 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
NOTE SUR LE VRAI GENRE PILACRE
ET LA PLACE QU'IL DOIT OCCUPER DANS LES CLASSIFICATIONS
Par M. E. BOUDIER
Quand Elias Fries créa, en 1829, dans son Systema myco-
logicum son genre Pilacre pour quelques petits Champignons
trouvés par Weinmann dans des endroits obscurs ou souterrains,
et qu'il les décrivit sous le nom de Pilacre Weinmanni, avec
quelques variétés présentées plus tard par ce dernier auteur sous
les noms de P. subterranea et de P. Friesii, il n'indiqua pas sa
nature thécasporée, mais il avait certainement en vue un Cham-
pignon de cette classe, puisque plus tard, dans son Summa vege-
tabilium Scandinavie?-, p. 301, il le place immédiatement après
le genre Vibrissea, et lui reconnaît exactement la même struc-
ture, ayant eu soin d'indiquer que ce dernier genre est pourvu
d'asques et de paraphyses. Il fait suivre, il est vrai, les Pilacre
du genre Tttberctilaria, mais par ressemblance extérieure seu-
lement, puisqu'il spécifie bien que ce dernier en est dépourvu.
Déjà, dans son Systema mycologicum, il avait indiqué les rap-
ports d'aspect et de végétation que son genre présentait avec les
Vibrissea, comme aussi, mais d'une manière moins nette, avec
les Gnygena.
Il est bon de remarquer que Fries, auteur de Y O nygena fagi-
nea, n'avait pas sans doute trouvé des rapports suffisants entre
cette espèce et celles de Weinmann, puisqu'il a cru ne pas de-
voir les rapprocher et qu'il a fait des dernières un genre nou-
veau. Bien que dans le Summa vegetabilium il range encore
YEcchyna faginea parmi les O nygena auxquels il reconnaît des
spores endothèques, il ajoute à propos de cette espèce une note
qui tend à établir le genre Ecchyna à capitule villeux et pulvé-
262 JOURNAL DE BOTANIQUE
rulent, dépourvu de tbèques, dans lequel plus tard il fait rentrer
son Onygena faginea ' (i).
On doit donc s'étonner à bon droit de voir que ce genre
Pilacre, bien établi depuis longtemps, ait été dénaturé et dé-
tourné de son application véritable au point de devenir, pour un
grand nombre d'auteurs, le type dans lequel rentrent les Ecchyna
faginea, Petersii et autres espèces voisines, Champignons tout-
à-fait différents des vrais Pilacre, tandis que ces derniers, délais-
sés ou oubliés, ont été décrits à nouveau comme un autre genre
par M. de Thumen sous le nom de Rœsleria Jiypogea, et même,
suivant M. Williams Phillips, par M. Berkeley, en 1872, sous
celui de Sphùictrina coremioides , ou encore rangés parmi les
Vibrissea par M. Richon et même par Rabenhorst, si, comme je
le pense, son V. jïavipes est la même espèce. De là une confu-
sion très grande et très préjudiciable qui persiste encore, si l'on
en juge par les nombreux mémoires qui ont paru même récem-
ment sur ce sujet. C'est cette confusion que je vais tâcher de
faire disparaître en réhabilitant le genre Pilacre.
Le Pilacre Weinmannî Fr., espèce typique du genre dans
lequel Weinmann rapporte comme je l'ai dit ses P. Pries ii et sub-
terranea, qui n'en sont je crois que des variétés, est un Champi-
gnon certainement thécasporé dans son état parfait. Les études
que j'en ai faites, dès 1878, sur des échantillons récoltés à Blois
et qui m'avaient été envoyés par M. l'abbé Séjourné, comme
celles que j'ai faites depuis sur ceux que j'ai pu récolter, ne me
laissent aucun doute à cet égard. Les thèques existent et sont bien
visibles, et si plusieurs auteurs en ont fait un Hyphomycète, cela
tient à ce que leurs études ont porté sur des spécimens trop avan-
cés ou ayant déjà un commencement de dessication. Le liquide
des thèques se résorbe facilement, et leur paroi, se collant par
son retrait sur les spores, empêche leur séparation et leur fait
simuler une série en chapelet de huit de ces organes.
De là l'opinion émise primitivement par M. Saccardo d'en
faire un Hyphomycète, opinion qu'il a franchement abandonnée
depuis. Cette particularité est fréquente et mieux appréciable
chez les Discomycètes de grande taille comme on peut s'en con-
vaincre tous les jours. Il est bon de rappeler cependant que
1. Fries, Calendrier des Champignons, traduction de Nylander. Ann. se. nat.,
P- 3i3-
E. Boudier. — Sur le vrai genre Pilacre et sur sa classification. 263
le Pilacre présente un état conidifère peu distinct par son
apparence extérieure et qui a été bien décrit et figuré par
M. Richon(i).
Quant on étudie ce Champignon en état de végétation et de
fraîcheur convenables, on trouve toujours des thèques et ces
thèques ont été bien décrites et figurées par un certain nombre
d'auteurs, parmi lesquels je ne citerai que M. Prillieux qui en a
donné la meilleure reproduction, sous le nom de Rœsleria hypo-
gea, dans la planche qui accompagne son mémoire sur le Pour-
ridié de la Vigne, paru dans les Annales de l'Institut agronomi-
que, 1879-1880.
Je n'entrerai pas ici davantage dans ces discussions. Je suis
convaincu depuis longtemps que les Pilacre Weùwianni ', sub-
terranea et Friesii sont des Champignons de la famille des
Discomycètes inoperculés, très voisins des Vibrissea dont ils
diffèrent principalement par leurs spores petites et arrondies-
lenticulaires, la longueur de leurs paraphyses contournées ou
flexueuses, dépassant beaucoup les thèques, ce qui retient les
spores à leur sortie et donne l'apparence pulvérulente au capi-
tule, que de plus ce genre Pilacre est identique avec le Rœs-
leria de M. de Thumen.
C'est probablement parce que cet auteur n'a pas eu connais-
sance de tous les caractères donnés par Fries, ou qu'il n'y a pas
attaché assez d'importance, qu'il a créé son genre qui fait certai-
nement double emploi. Il suffit de consulter les descriptions de
Fries et celles de Weinmann pour se convaincre de l'identité
des espèces. Déjà j'ai indiqué, dans une note insérée dans mon
Essai d'une classification des Pezizes (2), mon opinion à ce su-
jet et je crois avoir été le premier à signaler le fait. Depuis j'ai
vu ma rectification adoptée par plusieurs de nos collègues.
Le genre Pilacre est un bon genre ; quoiqu'il n'ait pas été
suffisamment caractérisé dès le début par son auteur, ce n'est
pas une raison pour le supprimer et lui en substituer un autre,
comme c'était une erreur d'y faire rentrer les Ecchynafaginea,
Peter sii et voisins, parce que son inventeur n'avait pas primiti-
vement indiqué la présence des thèques. Les Pilacre faginea,
1. Comptes rendus du comité d'études contre le Phylloxéra dans le départe-
ment de la Marne, 1881.
2. Bull. Soc. Mycolog. de France, t. I, 1883, p. m.
264 JOURNAL DE BOTANIQUE
Petersn et quelques autres de Berkeley, ne sont pas des Pi-
lacre vrais, mais bien des Ecchyna et c'est encore ce dernier
nom qu'il faut substituer à celui de Pilacre dans les travaux
importants de Brefeld sur la nature de ce genre, les Pilacre res-
tant de vrais Champignons Discomycètes.
Quant à la place parmi les Lichens que quelques auteurs,
principalement en Angleterre, ont voulu donner au genre qui
nous occupe, elle n'était pas admissible et je pense qu'aujour-
d'hui elle n'a plus de partisans. Le manque complet de gonidies
et la végétation habituellement souterraine de la plante, ce qui
ne se voit pas à ma connaissance parmi les Lichens, forcent à
l'en éloigner. Que le Pilacre soit identique au Conyocybe pallida,
je ne le nie pas, mais, si le fait est exact, ce Conyocybe n'est pas
un Lichen et doit être rejeté des Conyocybe vrais pour être
reporté parmi les Champignons et y garder la place que lui a
assignée Fries, son auteur.
SUR UN ERANTHEMUM NOUVEAU DU GABON
(Eranthemum plumbaginoides)
Par M. P. MAURY
Il y a actuellement en pleine floraison, dans les serres du
Muséum d'Histoire naturelle, un Eranthemum que je pense être
nouveau et qui faisait partie d'un très bel envoi de plantes du
Gabon dû à l'obligeance de M. le D r Ballay.
Voici la description de cette Acanthacée.
Eranthemum frutescens ramis vagantibus, radicantibus vel sub-
scandentibus, super nodos incrassatis; foliis ovatis, oppositis, parte
inferiore in pétiole ad basi ramorum longo, ad summo brève, parte
superiore in acumine obtuso attenuatis, supra glabris, nitidisque, sub-
tus ad nervis pilosis, 8-15 cent, longis, 5-7 latis, racemis terminalibus,
maxime elongatis, pilis glandulosis, siccitate fuscis, brevissimisque
tectis; floribus pedunculatis, axillaribus in cymis congestis; bracteis
triangularibus minimisque; sepalis parvis, linearibus, angustis,
acuminatis, glandulosis, basi concrescentibus ; corollae totae hirtellae
tubo longo 2-3 cent., fauce aucto reflexoque, limbo bilabiato, lobis
lHacinis patentibus, 2 posticis brevioribus minutissime roseo macula-
tis, 3 anticis majoribus, lateralibus concoloribus, medio ad faucem
P. Maury. — Sur un Erantheraum nouveau du Gabon.
26î
Eranthemum plumbaginoides.
I. Port de la plante. — 2. Fleur. — 3. Insertion des étamines. — 4. Pistil. — 5. Fruit.
266 JOURNAL DE BOTANIQUE
luteolo, maculisque rubellis punctato; stamiuibus 2 anticis ad posterio-
rem faucis partem conjunctis vixque exsertis, antherarum violacearum
lobis distinctis dorso papillosis glandulosisque ; staminodiis 2 posticis
parvis; stylo filiformi vix bifido ; fructu 2-3 cent, longo, capsulari,
acuminato parte inferiore elôngato; seminibus 2-4 lenticularibus,
compressis, pallidis, papillosisque, ad placentis funiculo appendi-
culato affixis.
Circa Libreville legit Château et ad Muséum Par. viventem misit
D r Ballay ; in calidariis culta sub n° 101.
A cette espèce se rapportent certainement, malgré de
légères différences, les échantillons & Eranthemum récoltés à
Landana (Guinée méridionale) par le R. P. Duparquet et qui se
trouvent dans l'Herbier du Muséum. Ils peuvent être considérés
comme une variété grandiflora, distincte du type par des
rameaux moins allongés, très légèrement renflés au-dessus des
nœuds, par des feuilles plus molles, moins grandes et par des
fleurs à tube plus long et à limbe un peu plus large.
L'analogie des inflorescences de cet Eranthemum avec celle
des P lumbago frutescents, notamment PL rosea, scandens^ etc.,
m'a fait penser à le désigner sous le nom de phi/ubagiuoides .
Cette analogie d'inflorescence ou de port n'est du reste pas nou-
velle dans la famille des Acanthacées. Elle a été indiquée pour
des plantes rapportées d'abord au genre Jus tlc/a, les Beloperone
plumbagînifolia Nées et Asystasia plumbagiuea Nées.
La place de X Erauthemum phimbagiiwldes est dans le
groupe p. pa7'vibracteat£e (Nées in D. C. Prodr., XI, 450). Ses
affinités les plus rapprochées sont avec E. Audersoni et E. albi-
Jïorum, tous deux de régions très éloignées de la sienne, Inde
et Amérique 'méridionale ; et avec E. nigrïtianum de Fernando
Po. Mais il se distingue de ces diverses espèces par des carac-
tères très nets.
De ME. Andersoni J. D. Hook. {Bot. Mag. n. 5771), il diffère
par ses feuilles moins grandes, son inflorescence plus allongée,
parviflore, par sa corolle à limbe plus petit, à lobes plus obtus
d'un lilas pâle, l'intérieur légèrement jaunâtre en son milieu et
marqué de petites taches carmin, enfin par ses étamines non
exsertes.
De YE. albiflorum J. D. Hook. {Bot. Mag. n. 4225), il dif-
fère par ses feuilles atténuées en pétiole plus ou moins long,
N. Patouiluard. — Fragments mycologiques. 267
nullement auriculées, par ses inflorescences lâches et ses fleurs
à tube long-, à limbe lilas, maculé et non bleuâtre.
Enfin de YE. m'gritianum Anderson (in Journ. ofthè Limi.
Soc, VII, 51), il diffère par ses feuilles pubescentes à la face infé-
rieure le long- des nervures, par ses fleurs à corolle non hypocra-
tériforme, recourbée à la gorg-e, à limbe plus grand et presque
bilabié.
UE. phimbagi'iwî'des ne sera probablement pas très en hon-
neur auprès des horticulteurs, car le nombre de ses fleurs est petit
et elles sont très facilement caduques. De plus la tendance qu'ont
ses rameaux à se diriger de tous côtés et à émettre des racines
adventives, jointe au g-oût. prononcé de la plante pour les sous
bois chauds et humides, rend sa culture assez difficile. Les bota-
nistes seuls auront quelque plaisir à noter cette espèce nouvelle
de l'Afrique occidentale, qui porte à quatre le nombre des
Eranthemum de cette région actuellement connus.
FRAGMENTS MYCOLOGIQUES
(Suite.)
Par M. N. PATOUILLARD
Prototremella, nouveau genre d' Hyménomycètes hétéroba-
sidiés.
En hiver et au printemps, on rencontre parfois sur le bois
dénudé de Saule et de Peuplier, plus rarement sur l'écorce, des
plaques minces, roses violacées, plus ou moins cendrées et
pruineuses, de consistance molle presque g-élatineuse, parais-
sant à la loupe comme formées de petits tubercules hémisphé-
riques, épars ou confluents, placés sur un tapis concolore. Cette
production est considérée d'ordinaire comme étant le Corticium
nvidum Fr. Elench. p. 218.
L'examen microscopique montre que la constitution de cette
plante est la même dans toute son étendue, soit qu'on examine
les parties tuberculeuses, soit qu'on étudie la surface lisse : on
observe une couche très mince de tissu filamenteux, incolore et
délicat, reposant directement sur le substratum et portant à la
face supérieure une zone hyméniale. Dans les parties saillantes,
le tissu sous-jacent est un peu plus développé.
368 JOURNAL DR BOTANIQUE
Les éléments de l'hyméniiim sont d'une nature toute spéciale.
Les basides jeunes sont subglobuleuses et atténuées inférieure-
ment; elles naissent à l'extrémité des hyphes de la trame, soit
isolément, soit en bouquets de 4-5. Notons que, dans cet état,
elles sont gorgées d'un protoplasma abondant. Bientôt quatre
mamelons arrondis naissent à la partie supérieure de la cellule
basidiale qui ne se cloisonne jamais dans son intérieur. Ces
quatre mamelons, premier état des stérigmates, deviennent
ovoïdes et pourraient alors être confondus facilement avec quatre
spores sessiles.
Les stérigmates continuent à s'allonger et deviennent relati-
vement énormes en prenant la forme de massues au sommet, puis
celle de fuseaux ventrus. En même temps, la cellule basidiale,
qui reste toujours de petites dimensions, se vide de son proto-
plasma au profit des stérigmates. Ceux-ci ressemblent à ce mo-
ment à quatre basides distinctes naissant en bouquet sur une
cellule unique et qui seraient encore dépourvues de spores.
Enfin ils atteignent leur développement complet en s'allon-
geant beaucoup et s'effilant à l'extrémité. A ce moment, la spore
commence à se montrer à leur sommet. Elle est exactement glo-
buleuse et mesure 6 à 7 y- de diamètre. Sa coloration (les spores
étant vues en tas) est d'un beau rose.
Jusqu'ici, à part l'exagération du volume des stérigmates, on
ne voit rien de bien différent de ce qui s'observe dans les Corti-
cium ordinaires. L'étude de la germination va nous indiquer
des différences profondes.
La germination de la basidiospore a lieu directement dans
l'eau simple; souvent on l'observe sur la plante même, comme
cela a lieu dans beaucoup d'Hétérobasidiés. La spore commence
par augmenter un peu de volume (elle atteint 8 à 9 y) et devient
légèrement ovoïde, ensuite elle émet un pi'omycélitim effilé à
l'extrémité, qui mesure de 20 à 25^ de longueur; ce promycé-
lium se termine par une conidie exactement globuleuse, comme
la spore dont elle dérive.
Il peut arriver que la spore, en germant, donne directement
un mycélium sans former de conidie.
La présence d'un promycélium conidifère oblige de séparer
notre plante des Hyménomycètes ordinaires pour la placer dans
les Hétérobasidiés à côté du genre Tremella, dont elle diffère
N. Patouillard. — Fragments mycolo giqttes . 269
essentiellement par ses basides simples et non cloisonnées (1).
Nous ferons de ce Champignon le type d'un nouveau genre,
que nous caractériserons comme il suit :
Prototremella nov. gen. — Hyménomycètes hétérobasi-
diés à réceptacle étalé, subgélatineux , à basides simples portant
quatre stérigmates volumineux; spores et conidies globuleuses.
Si nous comparons la baside du Prototremella à celle des
Homobasidiés, nous voyons que toutes deux sont semblables
dans leur aspect général ; mais cette analogie n'est qu'apparente.
En effet, dans un Corticium ordinaire, par exemple, la cellule
basidiale reste l'organe essentiel pour la production de la spore,
tandis que, dans le Prototremella , cette cellule semble ne servir
que de simple support aux quatre stérigmates qui jouent alors le
rôle de quatre basides distinctes et monospores.
Prototremella Ttdasnei.
1. Basides à divers âges. — a. Baside montrant des cloisons accidentelles dans les stérigmates,
— 3. Spores en germination.
Dans les Tremella vrais, la baside se divise en quatre par-
ties qui s'éaartent plus ou moins les unes des autres et dévelop-
pent chacune un stérigmate sporifère ; chacune de ces parties
considérée isolément est une véritable baside monospore, corres-
pondant à un des stérigmates basidiformes du Prototremella.
Enfin cette séparation des parties primitives de la cellule
1. Nous avons observé quelquefois des cloisons transversales accidentelles
dans les stérigmates, comme on en rencontre chez plusieurs Hyménomycètes.
270 JOURNAL, DE BOTANIQUE
basidiale peut aller plus loin : dans le Delortia, qui a des basides
unicellulaires et monospores, chaque baside peut être considérée
comme provenant de la disjonction complète des quatre parties
constituant la baside ordinaire des Tremella ou des Prototre-
mella.
Dans le mémoire de Tulasne, Fungi tremellini et leurs alliés
{Annales des Sciences nat. 1872, 5 e série, tome XV, p. 227), on
voit signalé et figuré (PI. 10, fig. 3, 4 et 5) un Corticium incar-
natum (pinicola) Fr. « où sur des basides globuleuses comme
celles des Trémelles, mais entières, naissent des stérigmates ovoï-
des et épais, qui simulent de grosses spores avant de s'allonger
pour devenir fertiles. »
Ces caractères correspondent exactement à ceux du Proto-
tremella et la plante doit rentrer dans le même genre; d'autant
mieux que la figure 5 représente deux spores globuleuses des-
quelles naissent deux promycélium et deux conidies arrondies.
Nous n'avons pu voir la plante même de Tulasne qui manque
dans sa collection conservée dans l'herbier du Muséum, mais
il est possible, sans que nous puissions l'affirmer, que la plante
de Tulasne et la nôtre soient une seule et même espèce, dans
tous les cas très éloignée du Corticium incarna tum.
Nous désignerons la plante du Saule et du Peuplier sous le
nom de Prototrcmella Tulasnei, pour consacrer la première in-
dication de ce genre curieux.
Quel est le véritable Corticium uvidum Fr . ?
Dans les Hymenomycetes Europasi de cet auteur, ce Corti-
cium est signalé sur bois de Hêtre ; l'indication de la couleur et
de la disposition générale correspond bien aux spécimens du
Saule et du Peuplier, mais la désignation hymenio Uevissimo
fait naître quelques doutes sur l'identité des deux plantes.
De plus, M. Brefeld pense que son Exidiopsis effusa de
l'Aulne, qui a les basides cloisonnées et les spores arquées,
pourrait être également le Corticium ttvidum Fr.
ïl est donc probable que l'espèce Friesienne est une troisième
plante différente de celle de M. Brefeld et de la nôtre.
(A suivre.)
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles à la flore des collines d'Artois. 271
CONTRIBUTIONS NOUVELLES
A LA FLORE DES COLLINES D'ARTOIS
(Cambrésis, Artois, Haut-Boiclonnais)
Par M. l'abbé A. MASCLEF
Desmazières et Th. Lestiboudois sont les premiers qui aient
donné dans leurs ouvrages sur la flore du Nord de la France (1)
quelques renseignements positifs sur la végétation des collines
d' Artois. Ces auteurs avaient très peu herborisé en dehors des
limites de la Flandre, mais ils eurent soin de citer les principales
découvertes faites en Artois par Dovergne, Alavoine, le docteur
Deschamps et quelques autres botanistes qui explorèrent cette
région avec succès, pendant toute la première moitié de ce siècle.
Après eux, le baron de Mélicocq fit paraître un intéressant cata-
logue des environs de Béthune et de Lens ('2), mais ce travail, pu-
blié dans l'Annuaire du département du Pas-de-Calais, fut peu lu
et partant peu connu ; aussi le a Catalogue » de Desmazières et la
« Botanographie Belgique » de Th. Lestiboudois faisaient-ils
encore seuls autorité quand, en 1877, M. l'abbé Boulay entre-
prit, sur des bases scientifiques sérieuses, une nouvelle explora-
tion des départements du Nord et du Pas-de-Calais. La publi-
cation des trois fascicules de sa « Révision » (3) produisit le
résultat que méritait un travail aussi consciencieux. Le goût de
la botanique descriptive fut remis en honneur dans une région
fort peu faite, il faut bien l'avouer, pour le développer; de nom-
breux botanistes artésiens, M. l'abbé Queulain, MM. Dumon,
Gérard et de Lamarlière, le docteur Carpentier, celui qui écrit
ces lignes, et bien d'autres encore, se mirent à l'œuvre avec ar-
deur; nous nous partageâmes la besogne, et déjà à la fin de 1885,
d'importantes découvertes, sur un grand nombre de points du
plateau d'Artois, étaient venues récompenser nos efforts.
1 . /■-B. ) H.-J. Desmazières. — Catalogue des plantes omises dans la Botano-
graphie Belgique (de F.-J. Lestiboudois) et dans les flores du Nord de la France.
— Lille, 1823.
Th. Lestiboudois. — Botanographie Belgique ou Flore du Nord de la France.
— Paris et Lille, 1827.
2. A. de la Fons, baron de Mélicocq. — Plantes croissant spontanément aux
environs de Béthune. — Annuaire du Pas-de-Calais, 1848-49.
3. N. Boulay. — Révision de la flore des départements du Nord de la France
— Lille, 1878, 1879, 1880.
272 JOURNAL DE BOTANIQUE
Ces premiers résultats furent alors consignés dans le « Cata-
logue du Pas-de-Calais » (i), mais d'importantes lacunes res-
taient à combler. Ne voulant pas laisser inachevé notre travail
d'exploration, nous avons continué de concert (2) l'étude des
différentes parties des collines d' Artois restées jusque-là inex-
plorées, tandis que d'autres botanistes non moins zélés, M.
l'abbé Godon, professeur à l'Institution libre de Notre-Dame de
Grâce à Cambrai, et MM. Rembert et T. Delattre, venaient nous
apporter un nouveau et bien précieux concours, en achevant de
nous faire connaître, le premier, la végétation du Cambrésis, les
seconds, celle des environs d'Hucqueliers, à l'extrémité ouest
du plateau d'Artois.
Les documents inédits réunis ainsi en deux années de nou-
velles herborisations sont tellement considérables qu'il m'a
paru préférable de les publier séparément, avant d'entreprendre
dans un prochain travail où ils cadreraient très difficilement,
X étude de la Géographie botanique comparée des collines d'Ar-
tois et de Picardie; je le fais sous la forme peu intéressante, à
la vérité, d'un catalogue, mais de beaucoup la plus commode
pour les recherches ultérieures. J'y cite non-seulement les loca-
lités des espèces rares, mais encore de toutes celles dont la dis-
tribution n'est pas encore parfaitement connue ou présente des
lacunes dans certains cantons. Chaque localité est suivie, entre
parenthèses, de l'initiale du botaniste qui l'a découverte (3).
MM. Godon, Rembert et Delattre ont bien voulu me confier la
détermination de leurs récoltes, j'en prends donc la responsabi-
lité à ma charge.
RENONCULACÉES
Clematis Vitalba L. — Clenleu et Sempy entre Hucqueliers et Montreuil
(R. et D.); talus de la voie ferrée entre Saint-Pol et Petit-Honvin ; co-
teaux calcaires à Rcellecourt près Saint-Pol ; Heuchin (4) ; bruyères
1. A. Masclef. — Catalogue raisonné des plantes vasculaires du département
du Pas-de-Calais. — Paris et Arras, 1886.
2. M. Gérard avait déjà quitté l'Artois depuis plusieurs années, appelé dans
l'Est par de nouvelles fonctions.
3. D r C. = D r Carpentier ; D. = T. Delattre; Dum. = P. Dumon; G. = abbé
Godon; de L. = de Lamarlière; M. = A. Masclef; Q. = abbé Queulain; R. =
Rembert; R. et D. = Rembert et T. Delattre.
4. Les racines de l'unique exemplaire observé dans cette localité allaient
chercher le calcaire à plus d'un mètre de profondeur ; les couches argilo-sableuses
au-dessus de la craie ne faisaient aucune effervescence avec l'acide !
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 273
d'Hesdignetil près Béthune, sur la pente calcaire (M.) ; bois du Quesnoy
à Oisy-le- Verger, sur la craie ; fortifications de la citadelle de Cambrai,
bois Couillet près Marcoing, coteaux d'Esnes, de Vaucelles et de Ban-
teux, sur le calcaire (G.).
Thalictrum flavum L. — Marais de la Sensée entre Aubigny-au-Bac,
Brunemont et Palluel (G).
Anémone Pulsatilla L. — Bois Couillet entre Marcoing et Villers-
Plouich; abond. sur un espace de 6 à 700 m. q. dans une clairière
auprès du ravin, sur le calcaire (G.).
Adonis autumnalis L. — Bourlon (R. et D.), Anneux (R.), champs
crayeux à Graincourt-les-Havr incourt y four à chaux de Bertry (G.).
A. sestivalis L. — Cambrai, champs calcaires près la porte Saint-
Sépulcre ; Haucourt, champs crayeux au fond du Ravin Warnelle ; four
à chaux de Bertry (G.).
A. flammea Jacq. — Marcoing, vers Ribécourt (G.).
Myosurus minimus L. — Andinghen ; Renés cure (deL.); Havrinconrt,
champs sablonneux du Quesnoy; Noyelles-sur-l' Escaut, champs sablon-
neux entre le village et le bois des Neuf (G.).
Ranunculus divaricatus Schrk. — Marais de Rœux, sur la vase cal-
caire (M.); marais d'Arleux (Q.), de Palluel et de Marquion ; Bourlon
(R. et D.); fossés autour de Cambrai et à la Folie près Cantaing; for-
tifications de Bouchain (G.).
R. aquatilis (L.) Godr. et Gren. Var. a fluitans G. et G.; R. aquatilis,
var. heterophyllus DC. — Dohcm (de L.) ; Isbergues près Berguettes (D r
C); marais de Vitry (M.); maraisde la Sensée entre Aubigny-en-Bac et
Brunemont (G.). — Cette variété paraît rare dans la région des col-
lines d'Artois; elle n'a été observée que dans ces quatre localités.
R. trichophyllus Chaix, Godr. et Gren., var. heterophyllus Freyn;
7?. Godroni Grenier (R. radians Revel?). — Cambrai, dans les fossés
du faubourg Saint-Roch (G.).
R. fluitans Lamk. — Heuchin, près le moulin (D r C. et M.) ; abond. dans
Y Escaut, de Cambrai à Marcoing (G.).
R. Lingua L. — Marais de Marquion (R. et D.); Cambrai (G.).
R. nemorosus DC. — Coteaux de Marqueffles près Bouvigny, vis-à-vis
le bois de Noulette (D r C. et M.).
R. sardous Crautz; R. Philonotis Ehrh. — Dohem, Upen (de L.); Bais-
sent, Clenleu, Alettr. (R. et D.); environs d'Anvin, vers Bergueneuse
(D r C. et M.); champs argileux entre Pas-en-Artois et Mondicourt et à
Fatneckou (M.); Havrincourt (Q.); bois du Quesnoy près Oisy-le- Ver-
ger; Cambrai, Haucourt, Caudry, Honnecourt et la Terrier e (G.).
Helleborus viridis (L.) Gren. et Godr. ; H. occidentalis Reut. — Clenleu,
dans un enclos (R. et D.); prairie à Lattre- Saint-Quentin (D r C); Neu-
274 JOURNAL DE BOTANIQUE
ville-Saint-Remy près Cambrai, dans la maison de campagne du Grand
Séminaire (i) (G.).
Aquilegia vulgaris L. — Bois de l'Eperche près Samer; Bouvelinghem ;
Elites et Wavrans (de L.); Clenleu (R. et D.); abond. sur les coteaux
calcaires le long de la rivière d'Heuchin, entre Anvin et Heuchin (D r C.
et M.).
Delphinium Consolida L. — Moissons des terrains calcaires autour de
Cambrai (G.).
Actaea spicata L. -- Bois du Châtelet à Pas-en-Artois ; très peu abond.
(M.).
BERBÉRIDÉES
Berberis vulgaris L. — Taillis du Mont de Trescault dans le bois
d'Havrincourt (G.) (2)
NYMPHÉACÉES
Nymphaea alba L. — Marais de la Sensée d'Arleux à Bouchait! ; manque
dans la vallée de l'Escaut autour de Cambrai et en amont de cette
ville (G.).
Nuphar luteum Sibth. et Sm. — Vallée de l'Escaut autour de Cambrai
(G.)
PAPAVÉRACÉES (3)
Papaver dubium L. — Lotiinghen ; Nielles-les-Ardres ; Tkérouanize (de
L.); Bimont, Quilen, Clenleu (R. et D.); Colonne-Ricouart (D.); mois-
sons des terrains calcaires à Marœuil, murs d 1 Ansin-Saint- Aubin , sur
le mortier calcaire (M.); remparts de Bouchain; vieux murs à Bévillers ;
fortifications de Cambrai, sur la craie; coteaux calcaires d'Esnesy talus
de la voie ferrée à Mar coing (G.).
P. hybridum L. — Aleite (D.) ; moissons des terrains calcaires à Bul/y-
Grenay et entre Ansin-Saint- Aubin et Marœuil (M.) ; Ackicourt, le long
de la ligue du chemin de fer (D r C); Havrincourt ; fortifications de
Cambrai (G.).
FUMARIACÉES
Corydalis lutea DC. — Vieux murs du jardin du presbytère de la Ville-
1. Un petit jardin botanique avait autrefois été créé et existait encore il y a
une quarantaine d'années dans cette propriété; YHcllebortts viridis et quelques
autres espèces qui y seront indiquées dans le cours de ce travail, en sont proba-
blement les derniers vestiges.
2. Cet arbrisseau si nuisible à l'agriculture en se prêtant à la propagation
de la rouille du Blé (Puccinia graminis), est encore, malgré les règlements
actuels, planté en haies sur plusieurs points, en particulier dans la plaine de
Leus, le long de la ligne du chemin de fer des mines de Lens à Pont-à-Vendin.
3. M. l'abbé Godon a recueilli à Escaudœuvres près Cambrai, dans les lieux
incultes, deux Papavéracées méridionales, le Rcemeria hybrida DC. et le
Glaucium corniculaturn Curt. Ces deux espèces se maintiennent dans cette
localité depuis plusieurs années. Le Glaucium corniculaturn d'Escaudceuvres est
beaucoup moins velu que les échantillons de cette espèce que je possède du Midi
et des environs de Clermont-Ferrand.
Variété : Sur la place de /'Adoxa Moschatellina dans la classification. 275
basse à Montreuil-sur-Mer (M.) ; presbytère de Scmpy (R. et D.); vieux
murs de l'ancienne abbaye Saint-Martin, au Cateau; murs du Grand
Séminaire à Cambrai; Beauvois (G.).
Fumaria capreolata L. Var. albiflora Hamm.; F. pa 'llidiflora Jord.
— Naturalisé dans la maison de campagne du Grand Séminaire à
Neuville-Saint-Remy près Cambrai (G.).
F. densiflora DC. ; F . micrantka Lag. — Flapies (R. et D.) ; Cambrai,
Neuville-Saint-Remy ; coteaux calcaires d'Esnes ( s G.)
F. par\iflora Lamk. — Moissons des terrains calcaires à Ansin-Saint-
Aubiu et à Marœuil (M.); Havrincourt, près le four à chaux; fortifica-
tions de la citadelle de Cambrai et Escaudœuvres près la Sucrerie cen-
trale, sur la craie ; coteaux calcaires ftEsnes à Lesdain et de Crèvecœur
à Mas nier es (G.).
CRUCIFÈRES
Arabis hirsuta Scop. ; A. sagittata DC. — Vieux murs à Lens et à
Sainte-Catherine près Arras (M.); murs à Cambrai ; lieux herbeux des
marais de la Sensée à Aubigny-au-Bac (G). — Murs à Valenciennes (M.).
Cardamine hirsuta L. — Marais de la Sensée à Aubigny-au-Bac et
Brunemoni ; prairies à Cambrai ; Neuville-Saiul-Rémy (G.).
Nasturtium sylvestre R. Br. — Marais entre Tardinghen et Wissant
(de L.); Calonne-Ricouart (D.)| marais de Marquion, Rumaucourt et
Fcouri-Saint Quentin (R. et D.)', abond. dans la vallée de l'Escaut à
plus de deux lieues en aval et en amont de Cambrai (G.).
(. I suivre.)
VARIÉTÉ
Remarque sur la place de l'« Adoxa Moschatellina»
dans la classification.
Rattaché autrefois aux Araliacées, V Adoxa Moschatellina est
aujourd'hui communément rangé parmi les Caprifoliacées dans la tribu
des Sambucées. Toutefois M. Bâillon (1) a émis l'avis que ce genre
anormal semblerait mieux placé parmi les Saxifragacées, non loin des
Chrysospleniiim dont il a, dit-il, presque le port; ceci est surtout vrai
de certains Chrysosple/u'um exotiques, plus encore que de nos
espèces indigènes (Ch.. alternifolium et opposilifolium). En présence
de cette diversité d'opinions, il m'a semblé intéressant de rechercher
quelles données pouvait fournir l'anatomie pour éclaircir ce point de
classification.
1. H. Bâillon, Traité de Botaniqtie médicale phanérogamique, 1884, p. 773,
et Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Paris, n° 89, p. 707, 1887.
276 JOURNAL DE BOTANIQUE
Je ferai tout d'abord remarquer que, sous ce rapport, l'absence
chez YAdoxa des canaux sécréteurs caractéristiques des Araliacées
interdit de le rattachera cette famille. Au contraire sa structure anato-
mique permet parfaitement de le rapprocher des Chrysosplenium.
Dans l'un et l'autre genre, le rhizome possède une écorce volu-
mineuse, formée de cellules larges, sauf celles de l'épiderme et de
l'assise sous-jacente ainsi que celles de l'endoderme, et ne laissant
entre elles que quelques méats très petits. Sous l'endoderme est un
cylindre central étroit dont le diamètre ne dépasse guère le cinquième
du diamètre total; le péricycle est parenchymateux, homogène, à une
seule assise (i); vient ensuite une zone libérienne présentant des
petits cordons de tubes criblés épars dans une masse parenchymateuse,
puis le bois dont les vaisseaux sont isolés ou disposés par petits
groupes épars, et enfin une moelle très réduite.
Le limbe de la feuille présente également dans les deux genres une
structure analogue : le parenchyme y est bifacial, palissadique en
haut, avec deux assises de palissades, très lacuneux en bas; les
cellules de l'épiderme ont la même forme; les stomates affectent la
même disposition. Les poils dont sont pourvues certaines espèces de
Chrysosplenium., tandis que YAdoxa est glabre, manquent chez
d'autres espèces.
Quant au pétiole, il présente, il est vrai, trois faisceaux libéro-
ligneux chez YAdoxa et un seul chez les Chrysosplenium que j'ai
examinés. Mais la structure du faisceau unique de ceux-ci est la même
que celle de chacun des faisceaux de YAdoxa. D'ailleurs on retrouve
les trois faisceaux de ce dernier genre dans le genre Saxifraga, si
voisin des Chrysosplenium.
Les différences anatomiques sont au contraire plus considérables
entre YAdoxa Moschatellina et les Sambucées, que l'on considère soit
la feuille soit le rhizome.
En résumé, et c'est là ce que je me proposais simplement de montrer
dans cette petite note, les caractères tirés de l'anatomie ne s'opposent
en rien à ce que l'on rattache YAdoxa Moschatellina aux Saxifragées,
dont l'ensemble de ses caractères extérieurs ne l'éloigné d'ailleurs pas
plus que des Sambucées. L. Morot.
i. J'entends par là qu'en certains points les tubes criblés les plus externes ne
sont séparés de l'endoderme que par une assise de cellule'; appartenant au tissu
conjonc.tif, bien que, sur la plus grande partie de la périphérie du cylindre cen-
tral, on observe nettement deux ou trois assises de ce tissu conjonctif entre l'en-
doderme et les paquets de tubes criblés.
Le Gérant : Louis Morot.
»arte — 1. Mersch, Imp., 22, ri. Dwnfurt- Bocfaereaa.
2" ANNEE N° 17 r r SEPTEMBRE 1888
- i -n-i - - -»- - . - — —1— 1 — 1 — — — — ■* — --------—----■-■-'■ ■* ! -■- » — - ^ ^- » -. ^ » j » »..» »-—...■. nw<yi -------- - i - , - i - - - , -^»- »--,—»--- - l - 1 - , - - , ti- i - i-i - — h — m — h — 1 - i n ri nn.-.^ *. — 1 -ii.- 1 — u-«
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
D'AÎN-SEFRA A DJENIEN-BOU-RES Q
Voyage botanique dans le Sud-Oranais
Par MM. Ed. BONNET et P. MAURY
La voie ferrée que la Compagnie Franco-Algérienne prolon-
geait il y a un an à peine jusqu'à Aïn-Sefra permet au voyageur
de franchir en deux jours la distance qui sépare Oran de la région
des Ksour; au mois d'avril dernier, nous avons voulu profiter
des avantages que nous offraient cette ligne de chemin de fer et la
présence de l'Association Française en Algérie, pour étudier la
végétation du Sud-Oranais dans la partie qui confine au territoire
Marocain. L'Association Française, toujours disposée à encou-
rager et à soutenir les recherches scientifiques, avait bien voulu,
sur la recommandation de M. le docteur Cosson, membre de
l'Institut, nous accorder une subvention, et diminuer ainsi les
charges assez lourdes que devait entraîner pour nous la réalisa-
tion de notre projet.
Néammoins, notre exploration aurait certainement rencontré
de nombreuses difficultés, si l'autorité militaire de laquelle relève
la région que nous devions parcourir ne nous avait prêté un ap-
pui aussi empressé qu'efficace ; grâce à cet appui qui ne nous a
jamais fait défaut pendant le cours de notre voyage, nous avons
trouvé partout, non seulement aide et protection, mais encore
l'accueil le plus sympathique et le plus cordial. Aussi est-ce avec
un sentiment de profonde gratitude que nous nous plaisons à ci-
ter au début de ce travail le nom de M. le général Détrie, com-
mandant la division d'Oran, qui avait bien voulu prendre notre
exploration scientifique sous son haut patronage ; nous offrons
en outre nos remerciements les plus sincères à tous les officiers du
Cercle d' Aïn-Sefra, notamment à MM. de Montholon comman-
dant supérieur, Godron capitaine et Lacroix lieutenant, détachés
aux. affaires indigènes, Saingery capitaine d'armes et Gantzcapi-
278 JOURNAL DE BOTANIQUE
taine du génie à Djenien-bou-Resq, Thevenet capitaine à Fou-
nassa, Marc de Bary sous-lieutenant à Mograr-Tahtani.
La région que nous avons explorée s'étend du djebel Aïssa,
montagne placée au nord d'Aïn-Sefra, à Djenien-bou-Resq, der-
nier poste français sur la route du Figuig, à 44 kil. N. E. de
ce groupe d'oasis; elle se compose d'une série de plaines pier-
reuses et stériles de 900 à 1 100 mètres d'altitude, encadrées de
montagnes nues, sur le flanc desquelles se détache la sombre ver-
dure de quelques rares Genévriers ; de loin en loin, le feuillage
plus clair d'un Betoum {Pistacta atlanlica Desf.) rompt la mono-
tonie de l'horizon. Ça et là de profondes coupures, d'étroits dé-
filés divisent la montagne et livrent passage aux routes ou aux
sentiers arabes qui se dirigent vers le sud ; dans quelques replis
de terrain, s'abritent, auprès d'une source ou sur le bord d'un
oued, des oasis dont la fraîche verdure contraste violemment
avec la stérélité qui les environne. Quant à la constitution du
sol, le grès (1) en est l'élément dominant, soit qu'il forme les asv
sises des montagnes, soit qu'il se présente au milieu des plaines
en amas isolés plus ou moins volumineux, ou bien encore que,
désagrège et rendu pulvérulent par l'action des agents atmos-
phériques, il constitue des dunes mobiles et d'étendue variable;
en plusieurs points cependant le calcaire affleure, mais nulle part
nous ne l'avons vu s'élever en masses puissantes au-dessus du
niveau du sol. Telle est, rapidement esquissée, la physionomie
du pays dans lequel nous allons prier le lecteur de nous suivre.
Le 10 avril nous quittons Oran par le premier train; le soir
nous sommes à Saïda où nous passons la nuit ; nous en repartons
le lendemain matin à 5 heures 1/2 par un froid très vif qui dispa-
raît bientôt sous les premiers rayons du soleil.
L'aspect des Hauts-Plateaux et des Steppes désertiques est
trop connu pour que nous essayons de le décrire ici, nous ren-
voyons le lecteur aux travaux de M. Cosson (2) et à la notice
publiéeplus récemment par notre confrère M. le docteur Trabut(3).
À èl Biod nous profitons d'un moment d'arrêt pour rechercher,
• î. M. Pomel [Texte expl. de la cafte géol. de l'Algérie, p. 22) pense que ces
gfès appartiennent au Néocomien.
2. Rapport sur un voyage, botanique d'Oran au Chott el Chergui. — Itinéraire
d'un voyage botanique dans lé Sud dés provinces d'Oran et d'Alger. — Le Règne
végétal en Algérie. — Cqrnpendiuni Flora; Atlantic.e. .-. 1. !
. 3. D'Oran à Mécheria; Alger- 1887.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D ' Aïn-Sefra a Djenien bou-Resq . 27g
malheureusement sans succès, le Sisymbrium hispanicuui Jacq.,
indiqué par M. Trabut au voisinage de la voie ferrée. Au delà de
Mécheria, l'aspect du pays se modifie, la stérilité augmente et
la végétation devient plus rare, par places le sol se montre à nu;
l'Halfa, moins dense que sur les Hauts-Plateaux, est mélangé
de Drin et de Sparte {Artlirathcrum pungcus, Lygeum Spar-
tu m) ; au dessus de ces Graminées, s'élèvent quelques buissons
de Jujubiers sauvages, de Rétama et les tiges d'une Férule non
encore fleurie; enfin dans le lointain l'œil distingue la cime de
quelques rares Pistachiers de l'Atlas: Nous utilisons, du reste,
toutes les haltes du train pour noter les plantes qui croissent au
voisinage des gares. A Naàma, sur la limite des Hauts-Plateaux,
une légère avarie survenue à la locomotive nécessite une station
un peu plus longue et nous permet une herborisation plus fruc-
tueuse ; parmi les espèces recueillies citons :
Ceratocephalus falcatus.
Sisymbrium runcinatum.
var. villosum.
Matthiola tristis.
Alyssum scutigerum.
— linifoHum.
Malva aegyptia.
Astragalus polyactinus.
Telephium Imperati.
Ka;lpinia linearis.
Kalbtussia Salzmanni.
Nonnea micrantha.
Echinospermum patulum.
Kœleria Salzmanni.
Sehismus calycinus.
P'estuca memphitica.
Triticum orientale, etc.
Aux appels réitérés du chef de gare nous regagnons notre
wagon et le train reprend sa marche ; entre Bon-Ghellaba et Tir^
kount la ligne traverse de larges espaces que X Helianthemum
virgatum couvre de ses fleurs d'un rose intense. Bientôt nous
apercevons, au pied du djebel Mekter, la longue chaîne de dunes
qui domine le Ksar et l'oasis d'Aïn-Sefra (ait. 1.100 m.) et dont
le sable se colore, sous les rayons du soleil couchant, d'une belle,
teinte orangée; quelques instants après nous sommes arrivés, il
est 7 h. et demie du soir, nous avons donc mis 14 heures pour
franchir les 283 kil. qui séparent Saïda d'Aïn-Sefra. \
Le 1 2 , dans la matinée, nous allons rendre visite à M. de Mon-
tholon, commandant supérieur du cercle d'Aïn-Sefra et lûipor-
ter la lettre que M. le général Détrie nous a remise ; M. 4e Mon-
tholon nous reçoit avec beaucoup d'affabilité et .veut bien, mal-
gré ses nombreuses occupations, arrêter séance tenante notre iti-
2 8o JOURNAL DE BOTANIQUE
néraireet donner les ordres nécessaires pour que notre départait
lieu dès le lendemain matin. L'après-midi est employée à orga-
niser nos bagages et notre matériel de campement et à une recon-
naissance rapide du Ksar et des Jardins. Depuis 1856, époque à
laquelle M. le docteur Cosson visitait Aïn-Sefra, cette oasis n'a
pas changé d'aspect, ce sont toujours les mêmes masures en
briques crues, menaçant ruine, les mêmes murailles à demi écrou-
lées ; sur la rive droite de l'oued et en avant du village arabe,
une solide redoute abrite la garnison, tandis que sur l'autre rive,
au voisinage de la gare, s'est élevé un village européen, où do-
mine l'élément espagnol et composé uniquemeut de débitants de
boissons et de toutes ces petites industries qui viennent toujours
se grouper autour d'un campement militaire.
Le 13 avril, à 7 heures du matin, nous quittons Aïn-Sefra et
nous nous dirigeons vers Aïn-el-Hadjadj, source située à 35 kil.
environ au S. E. près de laquelle nous devons camper ; notre pe-
tite caravane se compose d'un Spahi, d'un tirailleur indigène de
la compagnie montée, de deux chameaux de bât avec leur sokhar
et enfin de deux excellentes mules arabes qui nous servent de
montures, hommes et bêtes mis gracieusement à notre disposition
par M. le commandant de Montholon. Nous suivons d'abord le
lit de l'oued Sefra puis la route de Tyout; la plaine rocailleuse
au milieu de laquelle s'allonge cette route est une sorte de ha-
mada d'une altitude moyenne de 1.000 mètres, la végétation
assez rare qui la couvre est formée en majeure partie d'espèces
communes dans la zone désertique, bien que pour la plupart ca-
ractéristiques de cette zone ; ce sont notamment :
Reseda arabica.
Silène rubella.
Adonis microcarpa.
Papaver hybridum.
Rcemeria hybrida var. orientalis.
Glaucium corniculatum.
Matthiola livida.
Moricandia arvensis.
Carrichtera Vellae.
Riscutslla didyma var. raphanifolia
Muricaria prostrata.
Helianthemum salicifolium.
var. brevipes.
— Lippii var. micranthum.
— virgatum.
Reseda neglecta.
Malva parviflora.
Erodium laciniatum var. pulveru-
lentum.
Zizyphus Lotus.
Rétama Raetam.
Ononis angustissima.
Medicago laciniata.
Astragalus pseudostella.
— armatus.
Lœflingia hispanica.
Thelephium Imperati.
Herniaria cinerea.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D'Aïn-Sefra a Djenien-bou-Resq.
281
Paronychia nivea var. macrosepala.
Gymnocarpum decandrum.
Scabf sia monspeliensis.
Rhanterium adpressum.
Asteriscus pygrnasus.
Anvillea radiata.
Cladanthus arahicus.
Cyrtolepis alexandrina.
Artemisia herbaalba.
Chlamydophora pubescens.
Ifloga spicata.
Filag-o spathulata var. prostrata.
Senecio coronopifolius.
Calendula sellata var. hymenocarpa.
Scorzonera alexandrina.
Spitzelia Sahara;.
Catananche caerulea.
Convolvulus supinus.
Echium humile.
Echiochilon fruticosum.
Nonnea phaneranthera.
Echinospermum patulum.
Statice Thouini.
Bubania Feei.
Plantago albicans.
Anabasis aretioides.
Caroxylon articulatum.
Thymelata microphylla.
Iris Sisyrinchium.
Lygeum Spartum.
Stipa tenacissima.
— tortilis.
Arthratherum pungens.
— obtusum.
Bromus rubens, etc., etc.
A 6 kil. d'Aïn-Sefra se dresse, sur notre gauche, une série de
petits gour (Garet ed Deba) dont l'un, vu à distance, offre l'as-
pect d'une forteresse démantelée. L'exploration de la gara la
plus rapprochée de notre chemin ne nous fournit guère en
dehors des espèces déjà mentionnées que :
Alsine procumbens.
Pistacia atlantica.
Coronilla juncea.
Galium ephedroides.
Phagnalon purpurascens.
Pyrethrum Gayanum.
Atractylis coespitosa.
Antirrhinum ramosissimnm.
Rumex vesicarius.
Ephedra altissima.
— fragilis.
Asparagus stipularis.
Pennisetum orientale.
Nous continuons notre route, ajoutant de temps en temps
une nouvelle plante à nos récoltes {Alyssum campestre, Brassica
fruU'culosa var. Cossom'aua, Astragalus Gumbo, Atractylis
cancellata, Marrubium Deserti, Phelipéea lutea , Plantago ovata ,
Asphodelus tenutfolius, Ferula longipes) . Bientôt nous aper-
cevons les Palmiers de Tyout dont la tête émerge de la dépres-
sion au fond de laquelle se cache le ksar ; nous obliquons alors à
droite pour gagner le défdé d'Aïn-el-Hadjadj où nous arrivons
vers 1 h. et demie.
Le Kheneg el Hadjadj est une gorge étroite mais peu pro-
fonde, resserrée entre le djebel Djara et les derniers contreforts
du djebel Mekter; une source (Aïn-el-Hadjadj), légèrement sul-
282 JOURNAL DE BOTANIQUE
fureuse, donne naissance à un petit oued (o. el Hadjadj) qui
parcourt le fond de la gorge pour se rendre dans l'oued es Selam
dont il est tributaire; des Tamarix, des Lauriers-roses, quelques
Pistachiers et plusieurs centaines de Dattiers, débris d'une an-
cienne oasis depuis longtemps abandonnée, ombragent la source
et le cours de l'oued; dans quelques points, la vallée est telle-
ment étroite qu'il n'y a place entre les berges de l'oued et les
pentes de la montagne que pour une seule ligne de Dattiers,
mais un peu plus loin la gorge s'élargit, notamment au voisinage
de la source qui s'étale sur le sol en formant un petit marais
rempli de Juncus mavitimus, Frankenia pulvei ulenta, Sper-
gularia média et diandra, Plant a go Coronopus, Atriplex hali-
mus „ etc. En dehors de cette petite prairie dont le vert intense
tranche agréablement sur la nudité des pentes voisines, la végé-
tation est maigre et clairsemée; nous retrouvons là presque
toutes les plantes observées le matin dans le trajet d'Aïn-Sefra
à Aïn-el-Hadjadj, auxquelles il faut cependant ajouter :
Crucianella hirta.
Callipeltis cucullaria.
Lasiopogon muscoides.
Leyssera capillifolia.
Senecio Decaisnei.
Amberboa crupinoides.
Centaurea macracantha*
Kœlpinia linearis.
Arnebia decumbeus var. macroca-
Linaria micrantha.
Antirrhinum Oruntium.
Salvia œgyptiaca.
Statice Bonduellii.
Avena barbata.
Diplotaxis virgata.
Notoceras canariense.
Morettia canescens.
Ërucastrum incanum.
Eruca sauva, forma stenocarpa.
Helianthemum cahiricum.
Malva aegyptia.
Erodiu.n guttatum.
Fagonia glutiaosa.
Hippocrepis ciliata.
Paronychya Cossoniana.
— iongiseta.
Pteranthus echinalus.
Sedum altissimum.
Mesembryanthemum nodiflorum.
Daucus pubescens.
et enfin deux espèces nouvelles pour l'Algérie les Matthiola
maroccana Coss. et Linaria heterophylla Spreng (non Desf.) qui
n'étaient encore connues qu'au Maroc et cette dernière à l'île de
Lancerotta.
Le 14 nous sommes debout avec le jour et à 5 h. et demie
du matin notre petite caravane se met en marche ; en sortant du
Kheneg-el-Hadjadj, nous suivons la route militaire des Mograr
qui côtoie, dans une partie de son trajet, l'oued es Selam à peu
Rd. Bonnet et P. Maurv. — D'A'ïn-Sefm a Djenicn-bou-Resq. 283
près à sec et traverse une série de petits plateaux pierreux dont
X Anabasis aretioî'des forme le fonds de la végétation ; l'abon-
dance de cette Salsolacée est d'un fâcheux augure pour nos
récoltes de la matinée, aussi, après deux arrêts successifs qui ne
nous fournissent aucune espèce intéressante autre que celles déjà
constatées hier, nous nous dirigeons directement sur Mograr-
Tahtani (1) ; toutefois, au moment où nous gravissons le dernier
monticule rocheux qui nous sépare de l'oasis, nous découvrons,
parmi les blocs degrés, quelques pieds de Zilla macroptera et
de Gem'sïa capitellata. A 10 h. et demie nous sommes àMograr-
Tahtani où nous recevons de M. Marc de Bary, sous-lieutenant
commandant le poste de Spahis, la plus gracieuse hospitalité.
L'après-midi est partagée entre les soins que réclament nos ré-
coltes et une reconnaissance rapide des environs du ksar.
L'oasis de Mograr-Tahtani (ait. 800 m. env.) se cache dans une
dépression environnée de tous côtés par des monticules rocheux
et des pentes couvertes de blocs de grès rouge; sa superficie
que l'on peut évaluer à 28 ou 30 hectares est divisée en nom-
breux jardinets limités par des murs en tob; 14.000 Dattiers
abritent sous leur ombrage la série habituelle des cultures
oasiennes : arbres fruitiers, légumes et céréales. Les Figuiers,
Grenadiers, Abricotiers, Cognassiers, Pêchers, sont les arbres les
plus communs dans les jardins, il faut y ajouter un peu de Vigne
et quelques Caroubiers; la culture maraîchère comprend l'Oi-
gnon, la Carotte, le Navet, les Fèves, les Pastèques, les Concom-
bres, les Tomates et les Piments ; l'Orge à six rangs représente à
lui seul les céréales. L'oued Mograr traverse l'oasis dans toute
son étendue se dirigeant vers le sud; un peu plus loin il se réunit
à l'oued es Selam pour former l'oued en Namous qui lui-même
va se perdre dans les areg. Deux sources limpides, mais peu
abondantes, prennent naissance sous les Palmiers à l'extrémité
septentrionale des cultures; dérivées au moyen d'un aqueduc
de construction ancienne, elles sont distribuées par de nom-
breuses seguias dans les jardins, en même temps que des puits à
bascule, disséminés dans l'oasis, suppléent à l'insuffisance de
leur débit. Le ksar est formé d'une réunion de masures cons-
truites en briques crues et en troncs de Palmiers, entouré d'une
1. Entre Aïn-el-Hadjadj et Mograr-Tahtani on compte 24 kilomètres.
284 JOURNAL DE BOTANIQUE
muraille également en tob, flanquée de quelques tours à demi-
écroulées, il confine à l'oasis par sa partie ouest; dans tout le
reste de son pourtour il est dominé par les pentes et les monti-
cules dont nous avons déjà parlé ; à quelques pas de l'enceinte
s'élève, sur un petit mamelon, la Koubba de Sidi Brahim, aïeul
de Bou-Amana, le célèbre agitateur du Sud.
Sur les instances de M. de Bary nous décidons de passer la
journée du 15 avril à Mograr-Tahtani et de la consacrer à l'ex-
ploration botanique de l'oasis et des monticules environnants
ainsi qu'à l'étude des curieux dessins préhistoriques gravés sur
les blocs de grès rouge qui dominent la rive droite de l'oued.
L'exploration des jardins, des bords de l'oued et des parties
sablonneuses de l'oasis nous fournit les espèces suivantes :
Hypecoum Geslini.
Fumaria parviflora.
Morettia canescens.
Sisymbrium Irio.
Erucastrum incanum.
Reboudia erucarioides.
Erucaria aegiceras.
Alyssum campestre.
macrocalyx.
Crambe Kralikii.
Cleome arabica.
Frankenia pulverulenta.
Silène inflata.
— villosa var. micropetala.
Stellaria média var. major.
Spergularia média.
— diandra.
Medicago sativa.
Trigonella polycerata.
Vicia sativa var. angustifolia.
Nemada procumbens.
Cucumis Colocynthis.
Mesembryauthemum nodiflorum.
Rubia tinctorum.
Galium Aparine.
Gnaphalium kiteoalbum.
Leyssera capillifolia.
Centaurea dimorpha.
Kœlpiuia linearis.
Hedypnois cretica.
Souchus glaucescens.
Samolus Valerandi.
Arnebia decumbensz'tfr. macrocalyx
Veronica anagalloides.
Statice globularia:folia.
Atriplex dimorphostegia.
Blitum virgatum.
Echinopsilon muricatus.
Salsola vermiculata.
Emex spinosa.
Euphorbia cornuta.
— calyptrata.
Guyoniana.
Juucus maritimus.
Polypogon monspeliensis.
Cynodon Dactylon. '
Phragmites communis var. Isiacus.
Festuca memphitica.
Chara fœtida.
Tandis que sur les monticules rocheux nous récoltons :
Notoceras canariense.
Farsetia agyptiaca.
Koniga lybica.
Zilla macroptera.
Erodium guttatum.
Fagonia glutinosa.
Ed. Bosnet et P. Mauky. — D'Aïn-Sefra a Djenicn-bou-Resq.
285
Ononis serrata.
Medicago tribuloides.
lirvngium ilicifolium.
Umbilicus peudulinus.
Cruc.ianella hirta.
Phagnalon piirpurascens.
Perralderia purpurascens.
Bvax pygjnaea.
Asteriscus graveolens.
Kchinops spinosus.
Centaurea sicula.
macracantha.
Centrophyllum lanatum.
CardunCellus eriocephalus.
Cardaus àrabicus.
Carliiia involucrata.
Catananche arénârin.
Zollikoferia augustitolia.
Microrhynchus nudicaulis.
Audryala integrifolia var. tenuifolia.
Cuscuta episonchum.
Litiaria fruticosa.
Antirrhinûm ramosissimum.
Salvia aigyptiaca.
Micromeria microphvlla.
Marrubium Deserti.
Teucrium Polium var. capitatum.
Pennisetum ciliare.
Andropogon hirtus.
Enfin, les plantes ubiquistes de la région se retrouvent à peu
près toutes aux environs de Mograr-Tahtani.
De toutes les espèces qui composent la précédente liste, la
plus intéressante est sans aucun doute le Perralderia purpu-
rascens Coss. qui n'était encore connu qu'au Maroc et dont la
découverte constitue une importante acquisition pour la Flore
Algérienne.
Le 16 avril, à 7 heures du matin, après avoir fait nos adieux
à M. Marc de Bary, nous quittons Mograr-Tahtani pour aller à
Djenien-Bou-Resq, où, suivant l'itinéraire que nous a tracé M. le
commandant de Montholon, nous devons coucher ce soir. La
distance qui sépare ces deux points est d'environ 37 kil.
En sortant de Mograr-Tahtani, nous contournons l'extrémité
supérieure de l'oasis; un peu au-delà, les sables déposés par les
crues de l'Oued ou accumulés par l'action des vents nous offrent
trois plantes que nous n'avons pas encore observées depuis le
début de notre voyage, mais que nous allons retrouver dissémi-
nées jusqu'à Djenien-bou-Resq, ce sont : Genista Saharée , Calli-
goimm comosum et Ephedra a/a fa; une montée assez rude nous
conduit ensuite sur un plateau à végétation & Anabasîs aretioi-
des; à 10 heures, nous atteignons l'extrémité de ce plateau et
nous apercevons à nos pieds les jardins et le ksar de Mograr-
Foukani (ait. 920 m.). Cette oasis occupe le fonds d'une vallée
ouverte au N. E. et formée par les Djebal Guethab et Karrouba,
dont les pentes inférieuresviennent mourir, d'un côté au niveau
des cultures, de l'autre contre les murs du ksar. Placée à 12 kil.
286 JOURNAL DE BOTANIQUE
à l'ouest de Mograr-Tahtani, Mograr-Foukani présente dans sa
physionomie générale la plus grande ressemblance avec sa sœur
de l'est; ses productions sont les mêmes, mais la superficie de
son territoire cultivable n'excède pas 18 à 20 hectares; son ksar
est également plus petit et l'on peut évaluer à 12.000 le nombre
de ses Palmiers; par contre, la culture de l'Orge nous y a paru
plus développée et plus productive qu'à Mograr-Tahtani ; comme
dans cette dernière, les sources de Mograr-Foukani sont insuffi-
santes pour l'irrigation de l'oasis et des puits à bascule creusés
dans les jardins fournissent le complément d'eau nécessaire aux
cultures.
Vers midi, nous quittons Mograr-Foukani. En sortant du ksar,
nous avons à gravir une pente ardue par un étroit sentier encom-
bré de gros blocs de grès et couvert de cailloux qui roulent sous
les pieds de nos montures, puis, nous atteignons un large plateau,
véritable hamada semée de pierres noirâtres et limitée à droite
par le djebel Mzi, à gauche par les djebal Karrouba et Zarif.
Cette plaine, d'une altitude moyenne de 1.000 à 1.100 m., étend
sa désespérante monotonie jusqu'auprès du Figuig ; elle est cou-
pée par deux points d'eau : les ogla Tahtani et ogla Foukani,
dont les abords sont complètement dénudés par le passage des
caravanes et le séjour des troupeaux ; partout ailleurs la végéta-
tion est rare et très uniforme ; sur ce sol aride et brûlé du soleil ( 1 ) ,
Y Auabasis aretïoides règne en maître presque absolu ; admira-
blement organisé pour résister aux extrêmes de température et
de sécheresse, il forme des touffes denses et hémisphériques qui
peuvent atteindre jusqu'à 80 cent, de diamètre sur 40 cent, de
hauteur. Entre ces touffes, contre lesquelles buttent à chaque
instant nos montures, quelques arbustes tels que Rétama, Gym-
nocarpon, Passerina, Ephedra ont pu, de loin en loin, avec le
Sparte, l'Halfa et le Drin, implanter leurs racines; sous leur
abri, une petite colonie de plantes herbacées s'empressent de
fleurir et de fructifier avant que les brûlantes ardeurs de l'été ne
viennent les dessécher ; c'est ainsi que nous pouvons récolter :
Hypecoum Geslini.
Matthiola livida.
Morettia cauescens.
Sisymbrium runcinatum.
Diplotaxis vîrgata forma humïlis.
Reboudia erucarioides.
1. A Djenien-bou-Resq, pendant les mois de juillet et d'août, il n'est pas rare
de voir le thermomètre atteindre et même dépasser + 5°° à l'ombre.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D ' Aïn-Sefra a Djenîen-bou-Resq.
287
Apteranthes Gussoneana.
Echium humile.
Arnebia decumbens var. macrocalyx
Nonnea phaneranthera,
Echinospermum pataluhr.
— Vahlianum.
Linaria fruticosa.
Orobanche cernua.
Marrubium Deserti.
Statice Bonduellii.
Echinopsilon muricatus.
Euphorbia calyptrata.
— Guyoniana.
Cynomorium coccineum.
Arthratherum obtusum.
Eestuca memphitica.
Xylopodium Delestrei.
Terfezia leonis.
Erucaria a;g"iceras.
Earsetia a;gyptiaca.
Alyssum macrocalyx.
Crambe Kralikii.
Helianthemum Lippii.
Reseda arabica.
— propinqua.
Erodium pulverulentum.
Fagonia glutinosa.
Medicag-o tribuloides.
Neurada procumbens.
Daucus pubcscens.
Ferula longipes.
Nolletia chrysocomoides.
Ifloga spicata.
Centaurea dimorpha.
Scorzonera alexandrina.
Spitzelia Sahara;.
Zollikoferia mucronata.
Vers 5 heures et demie, nous pénétrons dans la redoute de
Djenien-bou-Resq, où M. le capitaine Saingery, prévenu de
notre arrivée, a eu l'aimable attention de nous faire préparer
des chambres.
Djenien-bou-Resq est une redoute de construction toute ré-
cente, solidement assise à 1.150 m. d'altitude sur un petit ma-
melon qui domine la plaine et commande la route du Figuig; à la
base de ce mamelon, du côté sud, s'échappe une source d'un faible
débit (Ain Zerga) qui se perd bientôt après avoir arrosé quelques
Palmiers ; un gros Caroubier et d'autres Dattiers disséminés le
long du lit desséché de l'oued Zerga indiquent l'emplacement
d'une ancienne oasis ; les ruines d'un petit ksar gisent tout à côté.
Nous passons la journée du 17 avril à Djenien-bou-Resq; le
matin est consacré à l'exploration des environs de la redoute et
de l'oasis ; nous y retrouvons toutes les plantes observées hier
pendant la traversée de la hamada et nous ne pouvons ajouter à
la liste que nous en avons donnée qu'une quinzaine d'espèces ;
Zilla macroptera.
Cleome arabica.
Helianthemum hirtum var, Deserti.
Silène setacea.
Trigonella polycerata.
Paronychia Cossoniana.
Retinolepis louadioides.
Centaurea pubescens.
Hypochairis g\ahva.var . arachnoidea
Antirrhinum ramosissimum.
Plantago ciliata.
Pancratium Saharae.
Asphodelus pendulinus.
Trisetum pumilum.
288 JOURNAL DE BOTANIQUE
Dans l'après-midi, nous allons explorer la Montagne Verte.
La veille, nous avions remarqué à 4 kil. environ de Djénien et
en avant du djebel Mzi, trois collines dont la couleur uniformé-
ment verte tranchait sur la teinte fauve des terrains environ-
nants; à la distance où nous nous trouvions, on aurait pu croire
que ces monticules étaient couverts d'une végétation herbacée
assez dense ; voulant nous rendre compte de ce phénomène, nous
avions manifesté le désir de visiter la plus importante de ces
collines, et M. le capitaine du génie Gantz s'était obligeam-
ment offert pour nous servir de guide dans cette localité qui lui
était familière.
Dès que la préparation de nos récoltes du matin est terminée,
nous montons à cheval et un temps -de trot nous a bientôt con-
duits au pied de la Montagne Verte ; nous confions alors nos
montures aux spahis qui nous accompagnent et nous commen-
çons à gravir la pente. Dès le début de notre ascension, nous
pouvons reconnaître que la teinte qui a valu à la Montagne Verte
le nom caractéristique qu'elle porte n'est pas due à la densité de
la végétation, mais à l'abondance d'une roche verdàtre (ophite)
contenant de nombreux cristaux d'épidote (silicate de fer) d'une
belle couleur émeraude; sous l'influence des agents athrnosphé-
riques, roche et cristaux se désagrègent et revêtent les flancs de
la colline d'un enduit pulvérulent vert sombre mélangé de cris-
taux de quartz et de sulfate de chaux. Quant à la flore de la
Montagne Verte, elle est remarquablement pauvre et nous
n'avons pu, malgré d'attentives recherches, y recueillir que vingt-
sept espèces parmi lesquelles vingt-deux se retrouvent dans la
plaine sous-jacente, tandis que les cinq autres sont fournies par
les Farsetia lincaris, Heliantliei7ium cahirium, Pteranthtis echi-
natus, Seuecz'o Decaisnei et Liiiaria sagittata var. heteropJiylla,
cette dernière assez abondante ; enfin on peut encore y ajouter le
Genista Saharèv qui croît au pied de la Montagne Verte dans les
alluvions sableuses de l'oued Zerga.
Le 18 avril, à 6 heures et demie du matin, nous quittons Dje-
nien-bou-Resq avec MM. Saingery et Gantz qui nous accompa-
gnent jusqu'auprès des ruines du ksar; nous nous y arrêtons un
moment pour examiner les restes de murailles dans la construc-
tion desquelles on a fait entrer des blocs de tufs quaternaires
contenant de nombreuses empreintes de feuilles de glumacées ;
Ed. Bonn'et et P. Maury. — D ' Aïn-Sejra a Djcmen-bou-Rcsq. 289
puis, après avoir une dernière fois serré la main de ces messieurs,
nous continuons notre route au N. O. vers le poste deFounassa,
distant d'environ 17 kil. ; nous y arrivons vers 10 heures et demie,
sans avoir pu récolter aucune plante intéressante pendant le tra-
jet, mais heureux de retrouver auprès de M. le capitaine The-
venet, qui commande le poste, la franche cordialité qui nous avait
accueillis à Djenien.
Le Teniet Founassa est un défilé étroit et profond, orienté
N. O. S. E. et limité au S. par le djebel Mzi, au N. par le Mir
ed Djebel ; le lit desséché de l'oued Founassa occupe le fonds de
la vallée ; le camp placé à 1 .205 m. d'altitude sur un petit plateau
dépendant du Mir ed Djebel, domine la source (Aïn Founassa)
et l'emplacement d'une ancienne oasis reconnaissable à la pré-
sence d'un certain nombre de Palmiers; sur le versant opposé
on trouve les ruines d'un petit ksar et les débris d'un blockhaus
abandonné. Au reste, cette vallée a dû être très anciennement
habitée, c'est du moins ce que semble indiquer la présence de
silex taillés et de plusieurs monuments de forme circulaire, cons-
truits en pierres sèches, mais dont il ne nous a pas été possible
de déterminer exactement la destination.
Aussitôt après déjeuner, nous explorons en premier lieu les
abords du camp où nous constatons, dans les fragments de grès
disséminés à la surfacedu sol, quelques empreintesd'Equisétacées
fossiles ; remontant ensuite le versant sud de la vallée, nous esca-
ladons les premiers contreforts du Mir ed Djebel. Le flanc de
cette montagne est composé de plusieurs assises en forme de
gradins terminés par une plateforme et limités par de hautes
murailles de grès à pic ; arrivés sur le deuxième gradin nous y
constatons avec plaisir l'abondance du Warioiiia Saharœ Coss. ;
cette magnifique Composée arborescente se présente sous l'aspect
de buissons rameux d'un mètre et plus de hauteur; ses souches
tortueuses, dont les plus grosses atteignent facilement 7 à 8 cent.
de diamètre, pénètrent profondément dans les fissures du roc;
ses tiges blanchâtres, pourvues d'une moelle très développée,
laissent échapper, lorsque nous les brisons, un abondant latex
d'un blanc de lait ; les rameaux qui se développent chaque année
sur le vieux bois portent des feuilles alternes et se terminent par
un ou plusieurs gros capitules d'un jaune safrané. Toutes les
parties vertes de cette plante sont visqueuses et exhalent une
2 9 o JOURNAL DE BOTANIQUE
odeur aromatique pénétrante rappelant celle de la Fraxinelle.
Les indigènes donnent à cet arbuste le nom de Kobbar, dénomi-
nation que les Chaànba de Methlili appliquent au Cappan's spi-
nosa var. corïacea. La Gazelle de montagne (Gasella kevella Pall.)
est, paraît-il, très friande des jeunes pousses de cette plante,
aussi est-il rare d'en rencontrer des individus qui n'aient pas été
broutés. A côté du Wariom'a , nous trouvons son fidèle compa-
gnon, le Pulicaria maurelanica.
Encouragés par ces premières découvertes, nous reprenons
notre ascension avec l'espoir d'atteindre le plateau supérieur;
mais bientôt nous sommes obligés de nous arrêter, une haute
muraille de grès se dresse devant nous et nous barre le passage ;
c'est en vain que nous cherchons un sentier ou une coupure qui
nous permette d'arriver jusqu'au sommet, nous ne rencontrons
que le roc vertical et sans solution de continuité. Nous prenons
alors le parti de redescendre et, traversant la vallée, nous en
explorons le versant nord jusqu'au dessus des ruines du ksar,
puis nous rentrons au camp après avoir visité la source et l'oasis.
Dans cette herborisation qui a rempli toute notre après-midi,
nous avons récolté :
Ceratocephalus falcatus.
Matthiola tristis.
— lunata.
Arabis auriculata va/-, dasycarpa.
Malcolmia afiicana var. trichocarpa.
Eruca satisra forma stenocarpa.
Alyssum campestre.
granatense.
Oapparis spinosa var. coriacea.
Helianthemum Lippii var. ellipticum
— virgatum.
Silène ambigua.
Alsine procumbens.
Géranium rotundifolium.
Medicago trîbuloides.
Hippocrepis ciliata.
Arthrolobium scorpioides.
Umbilicus horizontalis.
Caucalis leptophylla.
Ferula longipes.
Crucianella hirta.
Centranthus Calcitrapa.
Pallenis spinosa.
Atractylîs cancellata.
ca-.spitosa.
Amberboa crupinoides.
Centaurea amurensis.
— infestans.
Souchus spinosus.
Seriola laevigâta.
Picridium tingitanum.
Andryala iutegrifolia var. tenuitolia.
Anagallis arvensis var. ca;ru]ea.
Lithospermum tenuiflorum.
Nonnea micrantha.
Echinospermum Vahlianum.
Statice Bonduellii.
Plantago ovata.
— amplexicaulis.
— Psyllium.
Polycnemum Fontanesii.
Erythrostictus punctatus.
Muscari comosum.
Dipcadi serotinum.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D'Aïu-SeJra à Djenien-bon-Resq. 29 r
Allium sativum.
Asphodelus microcarpus.
Asparagus stipularis.
Echinaria capitata.
^Egilops ovata.
Cheilanthes fraçans.
Enfin, nous ne mentionnerons pas un certain nombre de
plantes de la hamada de Djenien qui pénètrent dans la gorge de
Founassa et remontent assez haut sur le versant sud de la vallée.
Le 19 à 6 h. et demie du matin nous faisons nos adieux au
capitaine Thevenet et nous quittons Founassa. La route côtoie
d'abord la pente sud du défilé, puis, passant sur le versant
opposé, décrit quelques lacets pour arriver au point culminant
du col ; un troupeau de moutons appartenant à une fraction des
Béni Amour campée dans la plaine, broute le gazon ras qui
revêt une petite pelouse traversée par la route ; nous nous
arrêtons un moment pour explorer cette localité, mais c'est à
peine si nous pouvons trouver quelques plantes épargnés par la
dent des moutons : Valeriaiiclla discoidea, Bcllis anima var.
im'crocephala , Micropus bombycïims Rhapouticum acaitle ,
Androsdce maxima, Ccratocephalus falcatns. Toutes ces
espèces sont du reste remarquables par l'exéguité de leur taille
qui paraît atteindre ici son extrême limite.
En sortant du col de Founassa nous entrons dans une laree
plaine où domine l'Halfa, tantôt seul, tantôt mélangé de Drin
et de Sparte; pressés par le temps, car nous avons à fournir
aujourd'hui une étape de 47 kil., nous ne faisons que de rares et
très courts arrêts qui ne nous procurent aucune plante digne
d'être mentionnée. Vers midi et demi nous sommes à Si Sliman
où nous faisons halte pour déjeuner sommairement et prendre
un peu de repos. Si Sliman-ben-Mouça, ainsi appelé du nom
d'un marabout qui repose en cet endroit sous une modeste
haouïta(i), est un camp installé sur une petite éminence entre
Founassa et Aïn Sefra ; les abords en sont arides et désolés ;
aucune source, aucun Palmier ne tempère par sa fraîcheur ou
par un peu d'ombre les rayons d'un ardent soleil ; un seul puits,
creusé près du camp, fournit l'eau nécessaire aux besoins de la
troupe et d'un débitant de boissons installé tout à côté sous un
misérable gourbi.
Vers 3 heures nous quittons Si Sliman; la plaine plus
1. Littéralement : petite muraille; enceinte en pierres sèches élevée sur la
tombe d'un marabout.
2 9 2 JOURNAL DE BOTANIQUE
dénudée que dans la partie traversée ce matin, est de temps en
temps coupée de zones sableuses qui offrent une grande ana-
logie de végétation avec les environs d'Aïn-Sefra; du reste, cette
région a déjà été parcourue par M. le D r Cosson alors qu'il se
rendait de Sfissifa à Aïn-Sefra et, après un observateur aussi
sagace, il ne nous reste plus qu'à glaner; nous nous arrêtons
cependant pour récolter X Erysimiim grandiflorum et quelques
cryptogames : Moutagniles Candolleï, Tulostoma Boissieri,
Xylopodium Deïestrei; mais la journée s'avance et nous sommes
encore éloignés du terme de notre voyage ; c'est en vain que
nous essayons d'activer la marche de nos mules, l'une d'elles
n'avance plus qu'avec peine et butte à chaque instant; la nuit
nous surprend même sur les bords de l'oued Monilah ; enfin
nous voyons luire àpeu de distance les lumières de la gare d'Aïn-
Sefra et bientôt nous sommes arrivés. Au moment où nous
mettons pied à terre devant la modeste auberge où nous avons
pris gîte, les premières notes de la nouba indigène sonnant la
retraite s'élèvent de la redoute, répercutées par les échos du
Ksar; malgré la fatigue qui nous accable, nous restons un
moment à écouter cette harmonie bizarre qui emprunte au silence
d'une belle nuit saharienne un charme étrange et pénétrant.
Nous passons toute la journée du 20 avril à Aïn-Sefra
occupés par la mise en ordre de nos collections et par les soins
que réclament nos dernières récoltes ; entre temps, nous allons
rendre visite à M. le commandant supérieur et arrêter avec lui
l'itinéraire de notre excursion à Tyout et au djebel Aïssa. Dans
la soirée nous visitons les dunes les plus rapprochées du ksar et
en partie consolidées par les soins du capitaine Godron.
Le 21, vers 6 heures du matin nous quittons de nouveau
Aïn-Sefra accompagnés par les deux indigènes qui précédem-
ment composaient notre escorte ; un mulet du train suffit cette
fois pour porter nos presses et nos bagages réduits au strict
nécessaire.
Nous nous dirigeons sur Aïn-Aïssa, source située à une tren-
taine de kilomètres dans une gorge du djebel Aïssa. Nous
remontons la plaine que nous avons traversée, il y a huit jours,
pour aller d'Aïn-Sefra à Aïn-el-Hadjadj ; en passant près des
gours que nous avons déjà mentionnés, mais jjqui cette fois
sont à notre droite, nous explorons le plus rapproché; nous y
Ed. Bonnet et P. Maury. — D' Aïn-Sefra a Djenien-bou-Resq. 203
retrouvons toutes les plantes observées la semaine précédente sur
une autre gara sans en excepter les Galium epJiedroides et Pha-
gnalori purpurascens ; nous quittons ensuite la route d'Asla que
nous avions suivie jusqu'alors et obliquant à gauche nous arrivons
vers 1 1 heures àTiloula où nous nous arrêtons pour déjeuner.
Tiloula est une colline dépendant du djebel Aïssa, mais
placée en avant de celui-ci comme une sentinelle qui domine la
plaine ; le sommet en est occupé par les débris d'un blockhaus
élevé lui-même sur les ruines d'un ancien ksar; tout à coté,
sur l'un des flancs de la colline, sous un épais massif de Lauriers-
rose, une source limpide (Aïn-Tiloula) dont les eaux, reçues
d'abord dans un bassin en maçonnerie, vont ensuite se perdre
sur la pente; quelques beaux Betoum, des Palmiers, des Figuiers,
des Oliviers marquent l'emplacement de l'oasis. La végétation
spontanée se compose en majeure partie des espèces qui
croissent un peu plus bas dans la plaine auxquelles il faut
cependant ajouter :
Fumaria densiflora.
Nasturtium officinale.
Sisymbrium eivsimoides.
Alyssum macroealyx.
Fraukenia pulverulenta.
Silène ambigua.
Alsine procumbens.
Malva sylvestris.
Lotus cytisoides.
Astragalus tenuifolius.
Vicia sativa.
Aizoon hispanicum.
Caucalis leptophylla.
Galium ephedroides.
Chrysanthemum coronarium.
Centaurea pubescens.
Hypocbaïris glabra.
Sonchus tenerrimus.
Cynoglossum cheirifolium.
Echinospermum Vahlianum.
vSideritis montana.
Plantago Psyllium.
Atriplex parvifolia.
Rlitum virgatum.
Cynomorium coccineum.
Muscari comosum.
Juncus bufonius.
Carex divisa.
— distans.
Scirpus Holoschœnus.
Cyperus long-us var. badius.
Polypogon monspeliensis.
Kœleria Salzmanni.
Hordeum muiinum.
Lepturus incurvatus, etc.
Nous quittons Tiloula vers une heure et nous continuons
notre chemin en nous rapprochant insensiblement du djebel
Aïssa; la végétation change alors d'aspect, l'Halfa jusqu'alors
clair semé se montre plus dense et plus touffu, le Fevula
commum's remplace le F. longïpes et X Asphodelus microcarpus
devient abondant.
294 JOURNAL DE BOTANIQUE
Bientôt nous entrons clans la gorge d'Aïn-Aïssa, pittoresque
coupure qui pénètre profondément dans le revers sud-est du
djebel Aïssa; un torrent s'est creusé un lit sinueux dans le fond
delà vallée; les crêtes, limités par des bancs de rochers, sont
couronnées de magnifiques Pins d' Alep ; les pentes abruptes sont
ombragées de Chênes Ballote, de Pistachiers de l'Atlas, de
Genévriers de Phénicie et d'Oxycèdres mélangés de gros
Caroubiers et d'Oliviers sauvages; sous ces arbres, la Clématite,
le Ciste velu, le Jujubier sauvage, le Baguenaudier, le Rosier,
le Chèvrefeuille, le Laurier-Rose, le Jasmin et le Romarin
forment, par place, d'épais buissons; le chemin serpente au
milieu de ce fouillis de verdure, contournant à chaque instant de
gros blocs de grès, et, par une série de courbes, arrive sur les
gradins où s'étagent les maisonnettes d'une ambulance en ce
moment abandonnée.
La source, captée par une équipe de puisatiers militaires, se
déverse dans un bassin en maçonnerie, puis forme un ruisseau
qui serpente à l'ombre de quelques Peupliers blancs et va se
perdre dans le fond de la vallée.
A 5 heures du soir nous nous installons dans la maisonnette
la moins délabrée et nous profitons des quelques heures de jour
qui nous restent pour explorer les environs de la source et les
pentes qui avoisinent l'ambulance.
Le lendemain, à 5 h. et demi du matin, nous quittons Aïn- Aïssa
encore transis par le froid de la nuit contre lequel notre abri,
dépourvu de portes et de fenêtres, ne nous a qu'imparfaitement
protégés. Nous envoyons en avant nos hommes et nos bêtes et
nous descendons la gorge à pied en herborisant ; les espèces
observées dans cette rapide exploration constituent, avec les
récoltes d'hier, la liste suivante :
Clematis Flammula.
Ranunculus bulbosus.
sceleratus.
Platycapnos spicatus.
Nasturtium officinale.
Arabis auriculata.
Sisymbrium Sophia.
— crassîfolium.
Erysimum Kunzeanum.
Alyssum granatense
Capsella Bursapastoris.
Thlaspi perfoliatum.
Hutchinsia petrœa.
Lepidium Draba.
Koniga maritima.
Neslia paniculata.
Cistus villosus.
Arenaria serpyllifolia.
Stellaria média var. major.
Cerastium glomeratum.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D'Aïn-Sefra a Djenien-boii-Resq.
^95
Erodium Ciconium.
— cicutarium.
Géranium rotundifolium.
Rhamnus Alaternus var. prostratus.
Pistacia atlantica.
Onouis angustissima.
Erinacea pungens.
Medicago secundiflora.
— minima.
Melilotus sulcata.
Trifolmm tomentosum.
Lotus cytisoides.
Astragalus armatus.
Colutca arborescens.
Vicia sativa var. angustifolia.
Ceratonia Siliqua.
Poterium Magnolii.
Rosa Pouziui.
Bryonia dioica var. acuta.
Sedum altissimum.
Paronychia argentea.
Ferula communis.
Deverra scoparia.
Carum incrassatum.
Anthriscus vulgaris.
Lonicera implexa.
Rubia laevis.
Galium Aparine.
Valerianella microcarpa.
Centranthus Calcitrapa.
Pallenis spinosa.
Pulicaria raauretanica.
Pyrethrum Maresii.
Artemisia campestris.
Anacvclus Pvrethrum.
J
Helichrysum Fontanesii.
Senecio vulgaris.
Atractylis caespitosa.
Aïn-Aïssa est, de toutes les localités que nous avons visitées,
celle où la végétation nous a paru présenter le plus de variété et,
nous sommes persuadés qu'elle réserve encore d'intéressantes
découvertes à ceux qui pourront lui consacrer un temps moins
limité que celui dont nous disposions.
En sortant de la Gorge d'Aïn-Aïssa nous retrouvons la plaine
monotone que nous avons déjà parcourue hier et qu'il nous faut
Centaurea amurensis.
Rhaponticum acaule.
Podospermum laciuiatum.
Sonchus glaucescens.
Taraxacum la-vigatum.
Barkhausia taraxacitolia.
Androsace maxima.
Jasmjnum fruticans.
Convolvulus supinus.
— altha^oides.
Olea europaia.
Lithospermum apulum.
tenuiflorum.
Cynoglossum cheirifolium.
Echinospermum Vahlianum.
Veronica anagalloides.
Phelipœa violacea.
Rosmarinus officinalis.
Salvia verbenaca.
Lamium amplexicaule.
Plantago Lagopus.
Blitum virgatum.
Arceutobium Oxycedri.
Euphorbia helioscopia.
Quercus Ilex var. Ballota.
Populus alba.
Juniperus Oxycedris.
phœnicea.
Pinus halepensis.
Ephedra nebrodensis.
Muscari comosum.
Asphodelus microcarpus.
Asparagus stipularis.
Ruscus aculeatus.
Juncus bufonius.
Carex divisa.
Triticum orientale.
Pleurotus Ferulae.
296 JOURNAL DE BOTANIQUE
de nouveau traverser, sur une étendue de 16 à 17 kilomètres,
pour arriver à Tyout.
L'oasis de Tyout (ait. 1.037 m -) est certainement la plus
pittoresque de toute la région des Ksours Oranais ; mais, en rai-
son de sa proximité d'Aïn-Sefra, c'est aussi la plus connue. Au
point de vue botanique, elle a été explorée dès 1856 par M. Cos-
son et en 1875 par Warion; enfin, quinze jours avant nous, une
section de l'Association Française, comprenant quelques bota-
nistes, s'était rendue à Aïn-Sefra et à Tyout; en nous arrêtant
dans cette localité, nous nous proposions principalement d'étu-
dier des gravures rupestres analogues à celles de Mograr et d'y
rechercher le JJ "ariom'a Sahara?, observé pour la première fois
par Warion, et que la section de l'Associatton Française n'avait
pu retrouver.
Vers midi nous franchissons la porte mauresque de Sidi
Ahmed ben Youçef et nous pénétrons dans le ksar; le caïd nous
installe dans l'un de ses jardins arrosé d'un ruisseau d'eau cou-
rante et ombragé de Dattiers, de Figuiers et de Grenadiers;
c'est avec plaisir que nous trouvons sous ces arbres un abri
contre le siroco qui, depuis une heure, souffle avec assez de
violence. Nous espérions acheter quelques provisions à Tyout,
mais il nous est impossible de nous procurer du pain, même à
prix d'argent, et nous devons nous contenter, pour notre
déjeuner, d'une qouffe de dattes et d'une outre de lait que le
caïd veut bien mettre à notre disposition.
Après déjeuner nous sortons du ksar sous la conduite d'un
indigène et nous contournons la partie N.-O. de l'oasis pour
atteindre le barrage en forme de bassin qui retient les eaux de
l'oued Tyout et les distribue par de nombreuses seguias dans
les jardins ; bientôt nous atteignons une série de rochers verti-
caux, disposés en gradins, qui dominent le barrage et l'extrémité
des cultures; c'est sur un gros bloc degrés rouge, dépendant du
gradin inférieur, que se trouvent les curieuses gravures
signalées dès 1847, par le D' Jacquot médecin-major attaché à
l'expédition du général Cavaignac dans le Sud-Oranais.
Sans grands efforts nous escaladons ce premier gradin et
nous arrivons en face d'un second banc rocheux, d'un abord
plus difficile, contre lequel se dressent de gros buissons de
VVarionia Sahara; cette Composée est là moins abondante qu'à
Ed. Bonnet et P. Maury. — D' Aïn-Sefra à Djenieu-boit-Resq. 297
Founassa, mais elle croît dans les mêmes conditions, c'est-à-dire
à l'exposition sud et en compagnie du Pulicaria mauretanica;
à peu de distance nous notons le Forskalea teuacissima et un
peu plus loin dans les dunes les Diplotaxis Harra, X Argyrolo-
biiun unïflorum , et toute une série d'espèces que M. Cosson y
avait observées avant nous.
Vers 3 heures, nous rentrons à Tyout et après une courte
promenade dans le ksar nous partons pour Aïn-Sefra par la
route la plus directe ; pour la troisième fois nous traversons la
plaine qui s'étend du djebel Mekter au djebel Aïssa; aussi, cette
localité ne nous offrant plus aucun intérêt nous franchissons
d'une seule traite les 17 kil. qui séparent Tyout d'Aïn-Sefra, où
nous arrivons à 6 heures du soir.
Les deux jours que nous passons encore à Aïn-Sefra sont
employés à mettre en ordre nos collections et nos bagages et à
quelques herborisations sur les dunes et à l'ouest de la station de
chemin de fer. La veille de notre départ, M. Lacroix, lieutenant
du Bureau arabe, nous remet quelques rameaux de Popitlus
euphratîca recueillis par un indigène sur les bords de l'oued Som,
à une dizaine de kilomètres du Kheneg- el Hadjadj.
Le 25 avril, nous quittons définitivement Aïn-Sefra et, après
un arrêt d'une journée au Khreider, nous rentrons à Oran par
Tizi et Mascara.
Le lecteur trouvera consignés dans la liste qui termine ce
travail les résultats complets de notre exploration ; nous n'avons
nullement la prétention d'avoir tout vu, bien au contraire; beau-
coup de plantes ont échappé à nos recherches, d'abord en raison
de l'époque printanière à laquelle nous herborisions et ensuite,
parce que la saison des pluies s'étant, cette année, prolongée
plus que de coutume, la végétation avait subi un retard d'une
quinzaine de jours; pour les mêmes motifs, nous avons dû, à
notre grand regret, renoncer à l'exploration des hautes mon-
tagnes de la région ; on comprendra, sans qu'il soit besoin
d'insister davantage, que le mois d'avril était peu favorable
pour visiter des sommets tels que leRasech Chergui et le djebel
Mzi dont l'altitude dépasse 2.000 mètres.
298 JOURNAL DE BOTANIQUE
RENONCULACÉES.
Clematis Flammula L. — Aïn-Aissa.
Adonis aestivalis L. — Mograr Tahtani.
— microcarpa D. C. — C. d'Aïn-Sefra à Djenien.
Ranunculus bulbosus L. — Aïn-Aïssa.
— sceleratus L. — Aïn-Aïssa.
Ceratocephalus falcatus Pers. — Naâma, Aïn-Sefra, Founassa.
Delphinium pubescens D. C. — Tyout.
PAPAVÉRACÉES.
Papaver dubium L. — Aïn-Sefra.
— hybridum L. — T. C. dans toute la région.
Rœmeria hybrida D. C. — Aïn-Sefra.
— var. orientalis Coss. — T. C. d'Aïn-Sefra à Djenien.
Glaucium corniculatum Curt. — C. depuis Aïn-Sefra et Aïn-Aïssa jus-
qu'à Djenien.
FUMARIACÉES.
Hypecoum procumbens L., var. albescens Coss. — Tyout.
— Geslini Coss. et Kral. — Aïn-Sefra, de Mograr à Djenien.
Fumaria parviflora Lam. — Tyout, Mograr-Tahtani.
— densiflora D. C. — Aïn- Tiloula.
Platycapnos spicatus Rernh. — Aïn-Aïssa.
CRUCIFÈRES.
Matthiola tristis R. Br. — Naâma, Founassa.
— maroccana Coss. — Aïn el Hadjadj.
Matthiola livida D. C. — C. d 1 Aïn-Sefra à Djenien.
— lunata D. C. — Founassa.
Nasturtium officinale R. Br. — Aïn-Aïssa, Aïn-Tiloula, Tyout, Aïn-
Sefra.
Arabis auriculata Lam. — Aïn-Aïssa.
var. dasycarpa Andrz. — Founassa.
Notoceras canariense R. Br. — Tyout, Aïn el Hadjadj, Mograr.
Morettia canescens Boiss. — Tyout, Aïn el Hadjadj, Mograr, Djenien.
Malcolmia Africana R. Br. var. irichocarpa Boiss. — Founassa.
— œgyptiaca Spreug. var. longisiliqua Coss. — Aïn-Sefra,
Tyout.
Sisymbrium Sophia L. — Aïn-Aïssa.
— torulosum Desf. — Tyout.
— Irio L. — Aïn-Sefra, Tyout, Mograr.
— irioides Boiss. — Aïn-Sefra, Tyout, Djenien.
— Columnae Jacq. — Aïn-Sefra.
— crassifolium Cav. — Aïn-Aïssa.
— erysimoïdes Desf. — Aïn-Tiloula.
— runcinatum Lag. — De Mograr à Djenien.
— var. villosnm Coss. — Naâma, Tyout.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D ' Ain-Sefra a Djenieii-bou-Resq. 299
Erysimum grandiflorum Desf. — Entre Si Sliman et Aïn-Sefra.
— Kunzeanum B. et R. — Aïn-Aïssa.
Moricandia arvensis D. C. — T. C. depuis Aïn-Sefra jusqu'à Djenien.
Diplotaxis virgata D. C. — DVVïn el Hadjadj à Djenien.
— forma humilis Coss. — Aïn-Sefra, de Mograr à
Djenien.
Diplotaxis Harra Roiss. — Tyout.
Erucastrum incanum Kch. — Tyout, d'Aïn el Hadjadj à Mograr.
Brassica fruticulosa Cyr. var. Cossouiana Coss. — Entre Aïn-Sefra et
Aïn el Hadjadj, Tyout.
Brassica Tournefortii Gouan. — Aïn-Sefra, Tyout.
Eruca sativa Lam. forma steuocarpa Coss. — Tyout, Aïn el Hadjadj,
Founassa, Djenien.
Reboudia erucarioides Coss. et D. R. — Entre Aïn-Sefra et Tyout,
C. de Mograr à Djeaien.
Erucaria .^giceras Gay. — Aïn-Sefra, Tyout, C. de Mograr à Djenien.
Enarthrocarpus ciavatus Del. — Aïn-Sefra, Tyout.
Farsetia linearis Dcsne. — Montagne Verte.
— aegyptiaca Turr. — Tyout, Mograr, Djenien.
Alyssum campestre L. — Disséminé depuis Aïn-Sefra jusqu'à Djenien,
Founassa.
— macrocalyx Coss. et D. R. — Aïn-Sefra, Tiloula, Tyout, de
Mograr à Djenien.
— scutigerum D. R. — Naâma.
— granatense Boiss. — Naàma, Aïn-Sefra, Tiloula, Aïn-Aïssa,
Tyout, Founassa.
— linifolium Steph. — Naàma.
Koniga maritima R. Br. — Aïn-Aïssa.
— lybica R. Br. — Mograr Tahtani.
Thlaspi perfoliatum L. — Aïn-Aïssa.
Hutchinsia petraea R. Br. — Aïn-Aïssa.
Capsella Bursapastoris Mœnch. — Aïn-Aïssa.
— procumbens Fr. — Aïn-Sefra, Tyout.
Lepidium Draba L. — Aïn-Aïssa.
Carrichtera Vellee D. C. — T. C. dans toute la région.
Savignya longistyla B. et R. — Tyout.
Biscutella didyma L. var. raphauifolia Coss. — T. C. dans toute la
région.
Neslia paniculata Desv. — Aïn-Aïssa.
Zilla macroptera Coss. — Tyout, Mograr, Djenien.
Crambe Kralikii Coss. — Aïn-Sefra, les Mograr, entre Mograr Foukani
et Djenien.
Muricaria prostrata Desv. — C. depuis Naâma jusqu'à Djenien.
CAPPARIDÉES
Capparis spinosa L. var. coriacea Coss. — Founassa.
Cleome arabica L. — Aïn-Sefra, Tyout, Mograr, Djenien.
300 JOURNAL DE BOTANIQUE
CISTINÉES
Cistus villosus L. — Aïn-Aïssa.
Helianthemum salicifolium Pers. var, brevipes Coss. — C. depuis
Naàma et Aïn-Aïssa jusqu'à Djenien.
segyptiacum Pers. Aïn-el-Hadjadj.
Lippii Pers. var. micranthum Boiss. — C. dans toute
la région.
— Lippii var. cllipticum Roiss. — Tyout, Aïn-el-Hadjadj,
Mograr, Djenien.
— cahiricum Del. — Aïn-el-Hadjadj, Montagne Verte.
virgatum Pers. var. racemosum Coss. — Naàma, Aïn-
Aïssa. Tiloula, Founassa.
hirtum Pers. var. Deserti Coss. et D. R. — Djenien
bou Resq.
RÉSÉDACEES
Reseda neglecta Mull. — C. depuis Aïn-Sefra et Tiloula jusqu'à Djenien.
— propinqua R. Br. (sensu Boiss.). — Tyout, de Mograr à Dje-
nien.
— alba L. — Aïn-Aïssa.
— arabica Boiss. — Disséminé d 1 Aïn-Sefra et Tyout à Djenien.
FRANKÉNIACÉES
Frankenia pulverulenta L. — Aïn-Sefra, Tiloula, Aïn-el-Hadjadj,
Mograr.
CARYOPHYLLÉES
Dianthus serrulatus Desf. — Entre Aïn-el-Hadjadj et Mograr.
Silène ambigua Camb. — Aïn-Tiloula, Founassa.
— rubella L. — C. dans toute la région.
— inflata L. — Mograr Tahtani.
— setacea Viv. — D'Aïn-Sefra à Tiloula, Djenien.
— viilosa Forsk. var. micropetala Coss. — Aïn-Sefra, Tyout, Mo-
grar Tahtani.
Arenaria serpyllifolla L. — Aïn-Aissa.
Alsina procumbens Vahl. — D'Aîn-Sefra à Aïn-el-Hadjadj, Tiloula,
Founassa.
Stellaria média Vill. var. major Kch. — Aïn-Aïssa, Mograr Tahtani.
Spergularia média Pers. — Aïn-Sefra, Aïn-et-Hadjadj, Mograr Tahtani.
diandra Heldr. — Aïn-Sefra, Aïn-el-Hadjadj, Mograr.
Cerastium glomeratum Thuill. — Aïn-Aïssa.
MAUVACÉES
Malva parviflora L. — C. d'Aïn-Sefra à Djenien.
— sylvestris L. — Aïn-Tiloula.
— aegyptia L. — Naàma, Aïn-Sefra, Aïn-el-Hadjadj.
P. Maury. — Sur un Prasophyllum. 30 1
GÉRANIACÉES
Erodium laciniatum Cav. — Founassa.
— — vax,jpuherulentwm Coss, — C. dans toute la région.
— guttatum Willd. — Disséminé d'Aïn-Sefra et Aïn-Aïssa à
Djenien.
— Ciconium Willcl. — Aïn-Aïssa.
— cicutarium L'Her. var. microphyllum Pom. — Aïn-Aïssa.
Géranium rotundifolium L. — Aïn-Aïssa, Founassa.
r ZYGOPHYLLÉES
Fagonia glutinosa Del. — Disséminé d'Aïn-Safra à Djenien.
(A suivre.)
SUR UN PRASOPHYLLUM
CULTIVÉ AU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE
Par M. P. MAURY
M. Lauffer a envoyé au Muséum d'Histoire naturelle, en 1888,
un certain nombre de plantes vivantes d'Australie, parmi les-
quelles un Prasophyllum qui a fleuri depuis le milieu du mois
de juillet dernier jusque vers le 15 août. L'analyse que j'ai faite
de cette plante et les recherches auxquelles je me suis livré pour
déterminer son espèce me portent à croire qu'elle n'a pas en-
core été décrite.
Je ne pense pas que l'incertitude habituelle dans laquelle on
se trouve pour déterminer une Orchidée inconnue ou peu connue,
par suite de l'absence de tout ouvrage général et de la disper-
sion dans de nombreux recueils de la plupart des descriptions
et figures publiées jusqu'ici, soit bien grande dans le cas pré-
sent. Les Prasophyllum, Orchidées terrestres d'Australie et de
Tasmanie, au nombre de 25 à 30 espèces au plus, ont donné lieu
à trop peu de travaux pour que les recherches bibliographiques
puissent s'égarer tout-à-fait à leur sujet. Il suffit de recourir au
Gênera and Species of Orchidaceous plants de Lindley, à la
Flore de Tasmanie de Hooker, à la Flore d'Australie de Ben-
tham, au Xeiiia Orchidacea de Reichenbach pour avoir la des-
cription de toutes les espèces de Prasophyllicm actuellement
connues. Or, ainsi qu'on va le voir, l'espèce de M. Lauffer
diffère nettement de toutes celles-là. J'ai donc pensé pouvoir
proposer pour cette plante un nom particulier.
3oa JOURNAL DE BOTANIQUE
PraNophyllnm Lauft'erianiim sp. n.
Prasophyllum folio cylindrico, erecto, acuto, unico latere sulcato, basi
brevibus vaginis constricto, e bulbo subterraneo ad 20-35 cent, elato,
viridi; inflorescentia spicata, laxa, e tertia vel quarta parte superiore
folii orta et hoc ultimo tempore efflorescentia superante; bracteis trian-
gularibus, acuminatis, ovario brevioribus, viridibusque; foliis erectis
pi. m. numerosis, vix pedicellatis; ovario i-cent. longo, turgido pau-
lulum torto; sepalis lateralibus liberis vel ad medio connatis, acutis,
lineari lanceolatis, fusco viridibus, impari patenti, forma praeceden-
tium; petalis lateralibus recurvatis, linearibus, acuminatis, brunneo vi-
ridibus; labello late ovato, oblongo, lanceolato, rellexo, marginibus
undulatis, integris, lamella adnata média fimbriata, marginibus apice
confluentibus, lamella inferiore versus basin in auriculis 2 crassis desi-
nente, altéra parte evanescente, pedunculo cylindraceo-compresso cum
columna continuo; staminocliis seu rostelli appendiculis brevibus, acu-
minatis nec truncatis, obovatis, integris; rostelli margine superiore
emarginato dentata; polliniis oblongis obtusis retinaculo lato affixis.
Ex plantis Australiensibus Laufferianis in calidariis Hort. Mus.
Par. cuit. sub. n" 52.
Cette espèce fait partie de la section Podochilus (Benth.,
FI. Austral, VI, p. 336) et prend place tout à côté du P. Fini-
bria Rechb. f. {Beitràg. 60 et Xenia Orchid., II, p. 115, t. 190,
f. 7-1 2) dont elle se distingue surtout par sa taille plus petite, par
ses fleurs incolores ou verdàtres et non d'un violet pâle, par la
forme des lames de son labelle, enfin par ses appendices entiers
et un peu plus longs que le rostellum.
On pourra encore lui trouver de grandes analogies avec les
P. trtmcaium Lindl. (Gen. et Sp. Orchid, pi., p. 513 et Hook
f., FI. Tasm., II, p. 12, f. 109 B.), P., païens R. Br. (Prodr.,
p. 318, et Hook f. , 1. c, p. 11, t. m), P. lutescens Lindl. (1. c.
p. 514; Hook. f. , 1. c, p. 10) maison ne saurait en aucune façon
le confondre avec l'une ou l'autre de ces espèces qui présentent
des caractères de port, de coloration, de forme des fleurs et sur-
tout des labelles très différents.
Le Prasophyllum Laufferiajium est loin d'être ce que l'on
est convenu d'appeler une espèce horticole, rien en elle ne ten-
tera les amateurs de coloris brillant ou de forme étrange. Ce
n'en est pas moins une intéressante espèce botanique qui, par son
étroite affinité avec le P. Fimbria, nous indique sans doute une
vie peu distincte et une différenciation de forme peut-être locale,
rappelant la variation de nos Orchidées également terrestres.
P. Maury. — Sur un Prasophyllum.
303
Prasophyllum Laufferianum.
Port d'un jeune individu et d'un adulte. — 2. Une fleur vue de face. — 3. Labe.lla.
4. Fleur coupée longitudinalement. — 5. Face supérieure du stigmate.
304 JOURNAL DE BOTANIQl I-
CONTRIBUTIONS NOUVELLES
A LA FLORE DES COLLINES D'ARTOIS
(Cambrésis, Artois, Haut-Boulonnais .) (Suite.)
Par M. l'abbé A. MASCLEF
Sisymbrium (i) Sophia L. — Cambrai, abond. à la bifurcation des
routes d'Arras et de Bapaume, sur remplacement d'un ancien dépôt de
sables de mer, avec lesquels il a probablement été apporté. Quelques
exemplaires dans les décombres auprès du canal (G.).
Braya supina Koch. — Plaine de Lens (Herb. M. ex herb. de Mélicocq);
Carrières d'Hulluch (de Mélic. in Puel et Maille).
Erysimum cheiranthoides L. — Marais d'Atkies (M.) ; B our Ion ; ma-
rais de la Sensée et de l'Agache (R. et D. ; G.); abond. dans la vallée
de l'Escaut à plusieurs lieues en aval et en amont de Cambrai (G.).
E. perfoliatum Crantz; E. orientale R. Br. — Bords des chemins, lieux
incultes, décombres, autour de Cambrai : près la porte Saint- Sépulcre, à
Escaudœuvres. — Introd. et peu stable (G.).
Hesperis matronalis L. — Pas-en- Artois, coteau calcaire près d'un
jardin (M.) ; coteaux calcaires d'Esnes et de Lesdain, au voisinage des
habitations (G.).
Diplotaxis tenuifolia DC. — Abond. à Cambrai, sur les fortifications et
au bord des chemins ; voie ferrée à Iwuy, Bertry (G.).
D. muralis DC. — Arras, de la porte des Soupirs à la gare (M.).
Sinapis alba L. — Tardinghen ; Guînes ; Tournehem (de L.); Cambrai,
lieux incultes près la porte Cantimpré (G.).
Alyssum calycinum L. — Vieux murs à mortier calcaire à Souches,
auprès de l'Hôpital, et à Ansin- Saint- Aubin (M.); Fampoux, bords du
chemin près le village, sur le calcaire (D r C); abond. sur les coteaux
calcaires d'Esnes, de Masnières, de Saint- Souple t et à Montigny-les-
Clary, près d'un four à chaux (G.).
A. incanum L. — Lieux incultes, bords des chemins à Saint-Druon et à
Escaudœuvres près Cambrai (G.).
Gochlearia Armoracia L. — Naturalisé depuis très longtemps à Mar-
conne, sur le bord d'un sentier, de la route de Saint-Pol à l'Eglise
(D'C.).
Roripa nasturtioides Spach. — Clairmarais (Q.); marais de la Sensée,
d y Aubigny-au-Bac à Brunemont ; Arleux ; Cambrai et environs, à Es-
caudœuvres, Proville, etc. (G.).
R. amphibia Bess. — Marais d'Oisy et de Palluel (R. et D.); commun à
i. Le S. pannonicum Jacq. a été trouvé en 1885 par M. l'abbé Godon dans
les décombres à Escaudœuvres près Cambrai. Il a été revu depuis chaque année.
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 305
Cambrai et sur les bords de l'Escaut, en amont de la ville, sur l'espace
d'une lieue (G.).
Thlaspi arvense L. — Renescure (de L.) ; Marquion, Ecourt- Saint-
Quentin (R. et D.); champs près d 1 Oisy-le- Verger ; lieux incultes à
Cambrai et Escaudœuvres (G.).
T. perfoliatum L. — Coteaux calcaires entre Esnes et Lesdain et entre
Esnes et le bois de Longsart ; Reauvois, abond. dans un champ vers
Caudry (G.).
Iberis amara L. — Abondant dans les moissons des terrains calcaires
sur les coteaux entre Esnes et le bois de Longsart (G.).
Lepidium (1) campestre R. Br. — Terrains vagues près la gare (TArras
(D 1- C. et M.); Renescure (de L.); Clairmarais ; Cambrai (Q.); voie fer-
rée à Solesmes et à Rieux (G.).
L. ruderale L. — Décombres a Escaudœuvres, près Cambrai (G.).
L. Draba L. — Commun à Cambrai, dans les lieux vagues ; voie ferrée de
Marcoing à Masnières ; coteaux d'Esnes/ lieux arides à Iwuy (G.). —
Wasquehal (Q.).
Neslia paniculata Desv. — Cambrai, lieux incultes entre la porte Can-
timpré et la porte de Selles; Escaudœuvres (G.).
Galepina Corvini Desv. — Coteaux calcaires d'Esnes, dans les moissons
et sur les pentes non cultivées (G.) (2).
CISTINÉES
Helianthemum vulgare Gaertn.; H. chamsecistus Mill. — Dejourny à
Tournehem; Waterdal (de L.); Toutendal, Alette, Enquin, Boyaval
(R. et D. ) ; coteaux calcaires sur la lisière des bois Couillet près Mar-
coing, des Cheneaux et de Vaucelles près Vaucelles, du Gard à Walin-
court; coteaux calcaires d 1 'Esnes à Caudry (G.).
VIOLARIÉES
Viola hirta L. — Quesques (de L.).
V. canina L. — Tardinghen; Thérouanne ; Dohem ; Ecques (de L.) ;
bruyères SAngres à Souches (M.).
DROSÉRACÉES
Parnassia palustris L. — Coteaux du Haut-Boulonnais à Escœuilles,
1. Le L. perfoliatum L. espèce de Y Autriche-Hongrie, probablement intro-
duite avec les grains de ce pays, a été trouvée plusieurs fois dans les décom-
bres aux environs de Cambrai et à Escaudœuvres, par M. l'abbé Godon.
2. On peut encore citer deux Crucifères manifestement introduites :
Bunias orientalis L. — Cambrai, lieux incultes, remparts ; Caudry, talus de
la voie ferrée (G.).
Rapistrum rugosum Ail. — Lieux incultes des environs de Cambrai, anciens
fours à chaux à? Escaudœuvres (G.). — Les deux formes hérissée et glabre
{R. glabrum Host.) se trouvaient mélangées dans les échantillons qui m'ont
été communiqués.
3o6 . JOURNAL DE BOTANIQUE
Quesques, Lottinghen^ Viel-Mouiier, Samer, Nesles et Neufchàtel (de
L.); lisière de \a forêt d'Hesdin entre Guisy et Saint- Va ast (D r C).
SILÉNÉES
Dianthus (i) Armeria L. — Bois Ratel à Beussent, Alette ; Saint-Aubin
près Saint-Josse (R. etD.j.
Saponaria Vaccaria L. — Sachin près Pernes (Dum.); Escaudœuvres
près Cambrai, moissons et décombres, sur le calcaire (G.).
Silène (2) gallica L. — Tardinghen (de L.); Saint- Aubin, Sorrus (R.
et D.) ; décombres à Arras (M.).
Melandrium diurnum Dumort. ; M. Sylvestre Rœhl. — Bois Ratel à
Beussent, Clenleu (R. et D.); coteaux boisés d" 'Anvin à Henchin; bois
des Dames à Lapugnoy (M.); bois du Quesnoy près Oisy-le-Verger;
prairies des bords de la Selle entre le Coteau et Saint-Souplet ; bois
l'Evêque près du Cateau ; bois de Busigny (G.). — Manque aux envi-
rons d 1 Arras (M.) et de Cambrai (G.), sur un assez grand rayon.
ALSINÉES
Spergularia rubra Pers. — Tardinghen (de L.) ; champs sablonneux à
Oisy-le- Verger près le bois du Quesnoy, kMarcoinget à Clary\ Caudry
(G.).
Holosteum umbellatum L. — Plaine de Lens (Desmazières, 1823), sur
les petits coteaux crayeux auprès de la Ville, derrière la fosse Ste-Elisa-
beth (M. 1887). — Abondant sur plusieurs points du Cambrésis -.forti-
fications de Cambrai, sur de vieilles murailles auprès du Grand Carré;
champs entre Marcoing et Ribécourt / Villers-Plouich, champ et chemin
auprès de la station; bords des chemins et champs des coteaux calcaires
entre Esnes et la station de Caudry ; Iiv'uy, sur les talus de la voie fer-
rée; bords des chemins entre Fressies et Aubiguy-au-Bac (G.).
Stellaria uliginosa Murr. — Alette (R. et D.) ; Boiry-N.-Dame, dans un
petit ruisseau au bas du bois, du cùté de Pelves (M.).
Malachium aquaticum Pries. — Guînes ; Nesles (de L.) ; Saint-Pol ;
Wavrans (R. etD.); Cambrai; marais de la Sensée, d'Aubigny-au-Bac
à A rie il x (G.).
PARONYCHIÉES
Herniaria glabra L. — Arras, champs auprès de l'Hippodrome des
Hauts-Blancs-Monts (D r C).
MALVACÉES
Malva moschata L. — Bonvelinghen ; forêt C^Hardelot (de L.) ; Clenleu,
1. M. Duraon n'a pu retrouver cette année le D. deltoides, dans le bois
Henry à Camblaiii-Chàtelain, où il l'avait recueilli en 1884 et dont j'avais reçu
des échantillons authentiques.
2. Le S. dichotoma Ehrh. est assez répandu autour & Arras, dans les dé-
combres (M.). — : M. l'abbé Queulain l'a recueilli l'année dernière, dans une station
analogue, à Roscndael près Dunkerque.
Abbé Masci.ef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 307
Alelte (R. et D.); A. C. dans le Cambrésis : bois de Bourlon, voie fer-
rée à Cambrai, Marcoing au bois Couillet, bois de Vaucelles, Crève-
cœur, bois de Busigny, etc. (G.).
HYPÉRICINÉES
Hyperiçum humifusum L. — Clenleu, Alelte, Sempy (R. et D.) ; Busi-
gny. champs auprès du bois (G.).
H. quadrangulum L. — Clenleu, Bimont (R. et D.)., ;
H. pulchrum L. — Aletie ; Sorrus (R. et D.); plateau <SHelfaut (Q.);
bois de Terremonde près Walincourt (G.).
GÉRANIACÉES
Géranium nodosum L. — Terrains vagues de la gare de Brimeux (D r
C.). — Disparu de la localité d 1 * Heuchin (1), où sa présence était proba-
blement accidentelle (D 1 ' G. et Al.).
G. pratense L. — Abond. et parfaitement naturalisé dans les oseraies
cuire Béthune et Armes in (M.).
G. phseum L. Cambrai, terrains incultes et boisés près du canal (G.).
G. pyrenaicum L. — A. G. aux environs de Cambrai : Cambrai, sur la
berge du canal vers Proville et dans les lieux incultes entre la porte
Gantimpré et la porte de Selles (G.), la Folie (R. et D.), Cautiiug,
dans lés haies (G.), Marcoing, sur la voie ferrée (Q. et G.) ; Caudry, sur
la voie ferrée; lieux herbeux klzvuy, etc. (G.).
OXALIDÉES
Oxalis Acetosella L. — Clenleu (R. et D.); Givencky-le-Noble (R.); bois
de Busigny (G.).
O. stricta L. — Abond. dans les jardins à Ncuville-Saint-Remy près.
'Cambrai (G.).
O. corniculata L. — Jardins, cours et vieux murs à Cambrai ; jardins au
Catèau (G.).
BALSAMINÉES
Impatiens (?) Noli-tangere L. — Lieux ombragés dans la maison de
campagne du Grand Séminaire à Neuville-Sàint-Remy près Cambrai ; "
naturalisé (G).
ILICINÉES. •
Ilex aquifolium L. — Bois de Busigny. Manque complètement aux
environs de Cambrai (G.).
1. Je possède en herbier l'échantillon qui y avait été recueilli en 1885 par le
\y Carpentier.
2. L'I. Roylei Walp.. (/. glandulifera Royle; Balsamina Roylei Seringe) se
rencontre fréquemment aux environs de Cambrai, auprès des habitations, des
fumiers et dans les lieux incultes (G.).
308 . JOURNAL DE BOTANIQUE
RHAMNÉES
Rhamnus catharticus L. — Quesques, Watterdal, Lottinghen, Nielles-
iés-Bléquiu, Samer (de L.).
PAPILIONACÉES
Ulex europaeus L. — Pas-en-Artois (M.); Havrincourt (Q.); Ribécourt ;
Busigny (G.).
Genista anglica L. — Dohem, Quiestéde ; Rettescure (deL.;.
G. tinctoria L. — Lottinghen (de L.); forêt d' ' Hesdin (D r C); bois de
Bourlon (R. et D.).
Anthyllis Vulnenaria L. — R. R. aux environs d^Heuchin, sur un rayon
de plusieurs lieues (D r C. et M.). — R. dans le Cambrésis : bois Couillct
près Marcoing, sur la craie; coteaux calcaires $ Esnes ; talus de la voie
terrée de Naves à Soles mes (G.).
Melilotus altissima Thuill. ; M. macrorhisa Pers. — Marquion (R.).
M. alba Desr. — Voies ferrées : Auxi-le-Château ; Ligny-Saint-Flochel ;
Marœuil; Farbus-Vimy (M.) ; Aubigny-au-Bac ; Solesmes / de Cambrai
à Busigny ; Cambrai à la gare de Picardie-Flandre, et dans les lieux
vagues à la porte Cantimpré et à Escaudœuvres (G.).
Astragalus glycyphyllos L. — Escœuilles (de L.).
Vicia tenuifolia Roth. ; Cracca temiifolia Gren. et Godr. — Fortifica-
tions de Cambrai (G.).
Lathyrus sylvestris L. — Escœuilles, Lottinghen (de L.) ; Clenleu (R.
etD.); Givenchy-le-Noble (R.); bois d'Oisy-le- Verger, sur la lisière cal-
caire vers Palluel; coteaux calcaires de Bonavy, au bois Laleau, et de
Vauc elles ; bois dé Terremonde, entre Esnes et Waîincourt, sur le cal-
caire (G.).
L. hirsutus L. — Voie ferrée à Caudry, abond. sur une longueur d'une
centaine de mètres environ (G.).
L. Nissolia L. — Voie ferrée à Caudry, abond. de la station au premier
pont vers Cattenières (G.).
Ornithopus perpusillus L. — Tardinghen ; Lottinghen (de L.).
Hippocrepis comosa L. — Havrincourt (Q.) ; coteaux calcaires à Esnes
et entre Waîincourt et Malincourt (G.).
PORTULACÉES •
Montia minor Gmel. — Tardinghen (de L.) ; Havrincourt, champs argilo-
sablonneux du Quesnoy (G.).
(A suivre.)
Le Gérant : Louis Morot.
**rrt. - J Xenok. Imp., 22, fi. Caoferl- RertcrM».
2' ANNEE N' 18 16 SEPTEMBRE 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
NOTE SUR LES SAVSSUREA DU YUN-NAN
Par M. A. FRANCHET
On connaît dès maintenant 19 Saussurea de la région monta-
gneuse du Yun-nan occidental. Ce nombre est loin sans doute
de représenter la totalité des espèces de cette région, encore si
peu explorée; mais en réalité il est considérable, puisque tous
ces Saussurea ne proviennent que de deux localités : des monta-
gnes de Likiang et des hautes chaines situées au N. du lac Tali.
Leurs affinités se partagent inégalement. Comme l'on doit s'y
attendre, l'élément hymalayen s'y manifeste d'une façon prédo-
minante, soit par la présence, dans les deux régions, de mêmes
espèces, telles que : S. KuniJu'aiia, S. taraxacïfolia, S. Sughoo,
S. gossipiphora, soit aussi par l'existence, dans l'Yun-nan, de
certains types qui, sans être identiques avec ceux de l'Himalaya,
ont néanmoins avec eux plus d'analogie qu'avec tout autre;
c'est ainsi que le ,S\ ywmanetisîs a des rapports surtout avec le
►S\ taraxacïfolia , le £\ villosa avec le 6\ hieracioides , le .S. spatuli-
folia avec le S. Thompsoni Clark e et le 6\ TVemerïoides .
Mais à côté de ces espèces appartenant si évidemment au
groupe des ^Srtz^swrtYzhimalayens, il en est d'autres qui se ratta-
chent de la même façon aux formes sibériennes ou japonaises ; je
veux parler de celles qui présentent des capitules plus ou moins
nombreux, souvent agglomérés, toujours petits, et dont l'invo-
lucre est constitué par des écailles courtes, coriaces, strictement
appliquées les unes sur les autres. A ce type se rapporte le
,S. discolor DC, si répandu dans toute la Sibérie; cette forme
spécifique n'a pas été trouvée, il est vrai, jusqu'ici dans l'Yun-nan :
mais elle y est représentée par deux formes correspondantes,
,S. vestita et vS\ chetchozensis qui lui sont très affines. De même
le 6\ lampsanifolia et le £\ pedunctdaris , l'un et l'autre du
3io JOURNAL DU BOTANIQUE
Yun-nan, ont leur plus grande somme de similitudes avec le
S. Tanak^Yr. et S av., du Japon.
Il est à remarquer que ces formes sibériennes ou japonaises
n'ont pas encore -été signalées dans l'Himalaya. Mais on pouvait
s'attendre à les rencontrer dans la Chine occidentale, où la flore
de l'Himalaya et celle de l'Asie orientale ont leur point de jonc-
tion.
A côté de ces types qu'il possède en commun avec divers
pays, il en est d'autres, dans l'Yun-nan, qui ont une physionomie
bien spéciale. Je citerai surtout : le J?. cdulïs, qui, dans sa forme
acaule, rappelle le Berardia de nos Alpes; le ►S'. Delavayî, curieuse
espèce à feuilles linéaires et dont les nombreux capitules agglo-
mérés sont entourés d'un cercle de bractées foliacées, qui les
dépassent longuement ; le .S. romuleifolia, avec ses feuilles raides
incurvées, rappelant, comme le nom l'indique, celles de nos
Romulea*
Pour faire saisir plus facilement les rapports et les différences
des espèces dont il est ici question, soit entre elles, soit avec
d'autres antérieurement connues, je les ai réparties en 4 sections;
celles qui ont été proposées par Cassini et par de Candolle ont
l'inconvénient d'être établies sur des caractères peu précis et l'on
sait depuis longtemps qu'il est parfois impossible de se pronon-
cer entre les Lagurostemon, dont les anthères ont les appendices
velus ou barbus, et les Beiicdictia qui les ont ciliés. Quant aux
Apiotaxis on ne saurait les conserver, même à titre de section;
leur réduction aux Saussurea a été faite avec beaucoup de raison.
L'absence de paillettes sur le réceptacle semble fournir un
élément de distinction plus net, bien qu'il présente l'inconvénient
de ne s'appliquer qu'à un très petit nombre d'espèces ; la section
que la présence de paillettes caractérise comprend au contraire
la majorité des formes spécifiques, qu'il est heureusement assez
facile de disposer en groupes, en se basant sur la forme ou la
disposition lâche ou serrée des écailles de l'involucre.
D'autre part, Hooker à fait un sous-genre, Briocoryne, avec
les espèces dont le singulier .S 1 , gossipiphora est le prototype,
sous-genre établi d'ailleurs plutôt à cause d'un port tout spécial,
que sur des caractères bien tranchés. J'en dirai tout autant de
la section Carduella, que je propose ici, dont la particularité la
plus saillante, outre son aspect, est d'avoir une aigrette formée
A. Franchet. — Note sur les Saussurea du Yuu-nan. 311
de poils exactement intermédiaires entre ceux qu'on dit plumeux
et ceux qu'on appelle scabres ; les premiers ont été jusqu'ici
seuls signalés chez les Sausstirea.
Dispositio Saussure arum e provincia Yun-nan.
A. Gymnoclyne. — Receptaculum nudum.
►S. ciliaris , sp. nov.
B. Garduella, sect. nov. — Receptaculi paleae brèves, rigi-
dae, subpungentes ; pappi setae vix plumosae, barbellis
brevissimis.
,S\ edulis, sp. nov.
C. Ghaetocline. — Receptaculi paleae squarrosas, plus
minus elongatas, lineares; pappi setae longe plumosae.
a. Involucri squamae laxe imbricatae, nisi basi coriacea
plus minus foliaceae, saepius angustae, extimae interio-
ribus vix vel tantum dimidio breviores.
f Acaules ; monocephalae.
>S\ spatulifolia , sp. nov.
ff Caulescentes ; monocephalae.
1. Caricifoliae.
6 1 . romuletfolia , sp. nov.
2. Taraxacifoliae.
6 1 . Sughoo Clarke. t
S. taraxacifolia Wall.
►S. Kunthi'aua Clarke.
iS". yunnaneiisis , sp. nov.
3. Villosae.
►S 1 , villosa, sp. nov.
»S\ longifolia, sp. nov.
»S\ grosseserrata, sp. nov.
ftf Caulescentes; pleiocephalae.
1 . Capitula congesta.
S. Delavayt, sp. nov.
►S. likiangensis , sp. nov.
2. Capitula ramos terminantia solitaria.
S. radia ta, sp. nov.
3 i2 JOURNAL DE BOTANIQUE
(i. Involucri squamae coriaceae, ovatae, arcte adpressae,
extimae interioribus 4-5 plo breviores.
►S 1 , lampsaiiifolia , sp. nov.
S. pediincularis , 5p. nov.
►S 1 , vestita, sp. nov.
►S*, chetckozeiisïs, sp. nov.
D. Eriocoryne Hooker. — Eximie lanigerae ; caulis clava-
tus foliis obsessus ; capitula inter folia suprema nidulantia
arcte congesta.
►S. gossypiphora Don. {A suivre.)
^s
D'AÏN-SEFRA A DJENIEN-BOU-RES Q
Voyage botanique dans le Sud-Oranais
(Fin.)
Par MM. Ed. BONNET et P. MAURY
RUTACÉES
Peganum Harmala L. — Disséminé entre Aïn-Sefra et Djenien.
RHAMNEES
Rhamnus Alaternus L. var. J>rosïratus Coss. — Aïn-Aïssa.
Zizyphus Lotus L. — Disséminé cT Aïn-Sefra à Djenien.
TÉRÉBINTHACÉES
Pistacia atlantica Dcsf. — Disséminé dans toute la région.
LÉGUMINEUSES
Rétama Raetam Webb. — G. dans toute la région.
Genista capitellata Coss. — Mograr, TâhtaniJ
— Saharae Coss. — Aïn-Sefra, Mograr, Djenien.
Argyrolobium uniflorum Jaub. et Spach. — Tyoût.
Ononis angustissima Lam. — C. depuis Aïn-Sefra et Aïn-Aïssa jusqu'à
Djenien.
— serrata Forsk. — Aïn-Sefra, Tyout, Mograr.
Erinacea pungens Boiss. — Aïn-Aïssa.
Medicago secundiflora D. R. — Aïn-Aïssa.
— laciniata Ail. — A. C. d'Aïn-Sefra à Djenien.
— minima Lam. — Aïn-Aïssa.
— tribuloides Lam. — De Mograr à Djenien, Founassa.
— sativa L. — Spont. dans toutes les oasis.
Trigonella polycerata L. — De Mograr à Djenien.
Melilotus sulcata Desf. — Aïn-Aïssa.
Trifolium tomentosum L. — Aïn-Aïssa.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D' Aïn-Sefra à Djenieu-boii-Resq. 313
Lotus cytisoides L. — Aïn-Tiloula, Aïn-Aïssa.
— pusillus Viv. — Aïn-Sefra.
Astragalus tenuifolius Desf. — Mekalis, Aïn-Tiloula, Aïn-Sefra.
— pseudostella Desf. — C. d 1 Aïn-Sefra à Djenien.
— polyactinus Boiss. — Naâma.
Gombo Coss. et D. R. — Aïn-Sefra, Tyout, Aïn-el-Hadjadj.
— lanigerus Desf. — Naâma, Aïn-Sefra.
— armatus Willd. — C. d 1 Aïn-Sefra à Djenien.
Colutea arborescens L. — Aïn-Aïssa.
Vicia sativa L. — Aïn-Tiloula, probablement introduit.
— var. ahgustifolia Ser. — Aïn-Aïssa, Mograr, Tahtani.
Coronilla juncea L. — D 1 Aïn-Sefra à Mograr Tahtani.
Arthrolobium scorpioides D. C. — Founassa.
Hippocrepis ciliata Willd. — Aïn-el-Hadjadj, Founassa.
— bicontorta Lois. — Ain-Sefra, Tyout.
Ceratonia Siliqua L. -- Aïn-Aïssa, où il est commun et spontané.
ROSACÉES
Potentilla reptans L. — Aïn-Sefra au bord des seguias.
Poterium Magnolii Spach. — Aïn-Aïssa.
Rosa Pouzini Tratt. — Aïn-Aïssa.
Neurada procumbens L. — De Mograr à Djenien.
TAMARISCINÉES
Tamarix gallica L. — C. auprès des sources et aux bords des oueds.-
CUCURBITACÉES
Cucumis Golocynthis L. — Mograr Tahtani.
Bryonia dioica L. var. acuta Coss. — Entre Aïn-Sefra et Tiloula, Aïn-
Aïssa.
PARONYCHIÉES
Lœflingia hispanica L. — A. C. d'Aïn-el-Hadjadj à Djenien.
Telephium Imperati L. — Disséminé de Naâma à Djenien.
Herniaria cinerea D. C. — C. de Naâma à Djenien.
— fruticosa L. — Aïn-Sefra.
Paronychia argentea Lam. — Aïn-Aïssa.
— nivea Desf. var. macroscpala Coss. — C. d 1 Aïn-Sefra et Ti-
loula à Djenien.
— Cossoniana Gay. — Disséminé d' Aïn-Sefra à Djenien.
— longiseta Webb. — Aïn-el-Hadjadj.
Gymnocarpon decandrum Forsk. — C. dans toute la région.
Pteranthus echinatus Desf. — Aïn-el-H?.djadj, Montagne Verte.
Polycarpaea fragilis Del. — Aïn-Sefra, Tyout.
CRASSULACÉES
Sedum altissinum Poir. — Aïn-el-Hadjadj. Aïn-Aïssa.
Umbilicus horizontalis Guss. — Garet ed Deba, Mograr Tahtani,
Founassa.
314 JOURNAL DE BOTANIQUE
FICOIDÉES
Mesembryanthemum nodiflorum L. — D'Aïn-el-Hadjadj à Mograr.
Aizoon hispanicum L. — Aïn-Tiloula, Mograr Tahtani.
OMBELLIFÈRES
Daucus pubescens Kch. — Tyout, d'Aïn-el-Hadjadj à Djenien.
— maximus Desf. — Aïn-Sefra dans l'oasis.
Caucalis leptophylla L. — Garet cd Deba, Tiloula, Founassa.
Deverra scoparia Coss. et D. R. — Aïn-Sefra, Aïn-el-Hadjadj, Aïn-Aïssa.
Ferula communis L. — Aïn-Aïssa.
— longipes Coss. in herb. — C. entre Aïn-Sefra, Tyout et Djenien.
Cette plante, signalée dès 1856 par M. le D 1 ' Cosson {Bull. Soc. Bot.
Fr. 3, p. 665), est très voisine du F. tuitctana Porael (loc. cit. 33,
p. 478); elle s'en distingue, ainsi que de toutes les autres espèces algé-
riennes du groupe, par ses fruits oblongs, une fois plus longs que
larges (15-17 mill. long, sur 5-7 mill. larg.), toujours plus courts que les
pédicelles, ceux-ci atteignant une longueur moyenne de 20 mill.; vallé-
cules à 4 bandelettes dont Tune quelquefois peu distincte. Nous ne
mentionnons que pour mémoire les nombreuses aspérités qui couvrent
les feuilles du F. longipes; nous les avons retrouvées plus ou moins
abondantes chez le F. tunetàna, bien que M. Pomel n'en ait pas fait
mention dans sa description. Enfin, cette dernière espèce qui nous est
connue par de nombreux échantillons florifères récoltés sur les bords
du Chott Fedjedj, en mars 1886, par M. Letourneux, ne nous a pas,
sous cet état, présenté l'allongement remarquable des pédicelles que
nous avons constaté dès l'anthèse chez le F. longipes.
Carum incrassatum Boiss. — Aïn-Aïssa.
Ammi Visnaga L. — Aïn-Sefra.
Anthriscus vulgaris Pers. — Aïn-Aïssa.
Orlaya maritima Kch. — Aïn-Sefra.
Eryngium ilicifolium Lam. — Mograr Tahtani.
CAPRIFOLIACÉES
Lonicera implexa Santi. — Aïn-Aïssa.
RUBIACÉES
Callipeltis cucullaria Stev. — Aïn-el-Hadjad, Tiloula.
Rubia Tinctorum L. — Oasis de Tyout et des Mograr, probablement
restes d'anciennes cultures.
— lsevis Poir. — Aïn-Aïssa.
Galium ephedroides Willk. — Garet ed Deba, Tiloula, Tyout.
— Aparine L. — Aïn-Aïssa, Mograr Tahtani.
Crucianella hirta Pomel. — Aïn-el-Hadjadj, Mograr Tahtani, Founassa.
VALERIANÉES
Centranthus Calcitrapa Dufr. — Aïn-Aïssa. Founassa.
Valerianella microcarpa Lois. — Aïn-Aïssa.
— discoidea Lois. — Founassa.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D 'Aïn-Sefra a Djenien-bou-Resy. 315
DIPSACÉES
Scabiosa monspeliensis Jacq. — C. d 1 Aïn-Sefra à Djenien.
arenaria Forsk. — Entre vSi Sliman et Aïn-Sefra, lyout.
COMPOSÉES
Bellis annua L. var. microcephala Coss. (B. microcephala Lge\ — Fou-
nassa.
Nolletia chrysocomoides Coss. — Aïn-Sefra, Tyout, de Mograr à
Djenien.
Phagnalon purpurascens Schltz. bip. — Garet ed Deba, Tyout, Mo-
grar Tahtani.
Evax pygmaea Pers. — Mograr Tahtani.
Micropus bombycinus Lag. — Founassa.
Rhanterium adpressum Coss. et D. R. — C. dans toute la région.
Perralderia purpuracens Coss. — Mograr Tahtani.
Pulicaria mauretanica Coss. — Aïn-Aïssa, Tyout, Founassa.
— arabica Coss. — Tyout.
Asteriscus pygmseus Coss, et D. R. — T. C. dans toute la région,
graveolens D. C. — Mograr Tahtani, Montagne Verte.
— aquaticus Mœnch. — Aïn-Aïssa, Mograr Tahtani.
Pallenis spinosa Coss. — Aïn-Aïssa, Aïn-Sefra, Aïn-el-Hadjadj, Fou-
nassa, Djenien.
Anvillea radiata Coss. et D. R. — C. ri' Aïn-Sefra à Djenien.
Cladanthus arabicusi'oss. — T. C. dans toute la région.
Pyrethrum Gayanum Coss. et D. R. — Garet ed Deba.
Maresii Coss. — Aïn-Aïssa.
— glabrum Coss. et D. R. — Aïn-Aïssa.
Anacyclus Pyrethrum Coss. — Aïn-Aïssa.
Relinolepis lonadioides Coss. — Tyout. Djenien.
Cyrtolepis alexandrina D. C. — C. du Djebel Aïssa à Djenien.
Chrysanthemum coronarium L. — Aïn- Tiloula.
Artemisia herba-alba Asso. — C. de Naàma à Djenien.
— campestris L. — Aïn-Aïssa.
Chlamydophora pubescens Coss. et D. R. — C. dWïn-Sefra et Tyout
à Dj "-nien.
Lasiopogon muscoides D.C.—Aïn-dTIadjadj, Tyout, Tiloula, Aïn-Sefra.
Helichrysum Fontanesii Camb. (//. rupicolum Pom.). — Aïn-Aïssa.
Gnaphalium luteo-album L. — Oasis de Mograr Tahtani.
Filago spathulata Presl. var. prp 'ira-la Coss.— C. de Naâma à Djenien.
Ifloga spicata Schltz. bip. — C. d 1 Aïn-Sefra et 'Tyout à Djenien.
Leyssera capillifolia D. C. - - DWïn-Sefra à Tyout, Aïn-el-Hadjadj,
Mograr.
Senecio vulgaris L. — Aïn-Aïssa.
— Decaisnei D. C. — Aïn-el-Hadjadj, Montagne Verte.
— coronopifolius Desf. — C. dans toute la région.
Calendula stellata Cav. var. hymetiocarfia C-^ss. — C. d'Aïn-Sefra à
Djenien.
3i<5 JOURNAL DE BOTANIQUE
Echinops spinosus Desf. — Aïn-el-Hadjadj, Mograr.
Atractylis cancellata L. — Entre Aïn-Sefra et Aïn-el-Hadjadj.
caespitosa Desf. — Aïn-Aïssa, Garet ed Deba, Aïn-el-Had-
jadj, Mograr.
serratuloïdes Sieb. — Entre Aïn-Sefra, Tyout et Mograr.
— citrina Coss. et Kral. — Tyout.
Amberboa crupinoides D. C. — Aïn-el-Hadjadj, Founassa.
Centaurea pubescens Willd. — Tiloula, Djenien.
— amurensis Pom. ? — Aïn-Aïssa, Founassa.
— sicula L. — Mograr Tahtani.
macracantha Coss. et D. R. — Aïn-Sefra, Tyout, Aïn-el-
Hadjadj, Mograr.
— infestans D. R. — Founassa.
— dimorpha Viv. — Aïn-Sefra, Tyout, de Mograr Tahtani à
Djenien.
Centrophyllum lanatum D. C. — De Mograr à Djenien.
Carduncellus eriocephalus Boiss. — Aïn-Sefra, Tyout, Mograr.
Onopordon Sibthorpianum B. et R. — Aïn-Sefra.
Carduus arabicus Jacq. — DWin-el-Hadjadj à Mograr.
Rhaponticum acaule D. C. — Aïn-Aïssa, Founassa.
Warionia Saharae Coss. et Benth. — Tyout, Founassa.
Carlina involucrata Poir. — Tyout, Mograr Tahtani.
Kœlpinia linearis Pall. — Disséminé de Naâma à Djenien.
Hedypnois cretica Willd. - • Mograr Tahtani.
Catananche caerulea L. — A. C. d' Aïn-Sefra à Djenien.
arenaria Coss. et D. R. — Entre Aïn-Sefra, Tyout et Mograr.
Seriola laevigata L. — Aïn-Sefra, Aïn-el-Hadjadj, Mograr, Founassa.
Podospermum laciniatum D. C. — Aïn-Aïssa.
Hypochœris glabra L. var. arachuoidea Coss. \ — Tiboula, Djenien.
Scorzonera alexandrina Boiss. — C. d 1 Aïn-Sefra à Djenien.
Spitzelia SaharagCoss. et Kral. — C. d'Aïn-Sefra et Tyout à Djenien.
Kalbfussia Salzmanni Schltz. bip. — Naâma.
Picridium tingitanum Desf. — D'Aïn-Sefra à Mograr, Founassa.
— intermedium Schltz. bip. — Montagne Verte.
Zollikoferia resedifolia Coss. — Aïn-Sefra.
— angustifolia Coss. et D. R. — D'Aïn-el-Hadjadj à Mograr.
mucronata Boiss. — De Mograr à Djenien.
Sonchus glaucescens Jord. — Aïn-Aïssa, Mograr Tahtani.
— tenerrimus L. — Tiloula.
— maritimus L. — Aïn-Sefra.
spinosus D. C. — A. C. dans les rochers d'Aïn-Sefra à Tyout
et Djenien.
Taraxacum leevigatum D. C. — Aïn-Aïssa.
Microrhynchus nudicaulis Less. — DAïn-el-Hadjadj à Mograr.
Barkhausia taraxacifolia D. C. — Aïn-Aïssa.
Andryala integrifolia L. var. tetmifolia Coss. — Aïn-el-Hadjadj,
Mograr, Founassa.
Ed. Bonnet et P.Maury. — D' Aïn-Sefra à Djenien-bou-Resq. 317.
PRIMULACÉES
Audrosace maxima L. — Aïn-Aïssa, Founassa..
Anagallis arvensis L. var. cxrulea Boiss. — >■ Aïn-Sefra, Founassa.
Samolus Valerandi L. — Aïu-Sefra, Mograr.
OLEACÉES
Olea europœa L. — C. et spont. à Aïn-Aïssa.
JASMINBES
Jasminum fruticans L. — Aïn-Aïssa.
APOCYNÉES
Nerium Oleander L. — C. au bord des sources et des oueds dans Jtoute
la région.
ASCLÉPIADÉES
Apteranthes Gussoneana Mik. — Entre Mograr Foukani et Djenien,.
Montagne Verte.
CONVOLVULACÉES
Convolvulus arvensis L. — Aïn-Se!ra.
— supinus Coss. et Kral. — C. depuis Aïn-Aïssa jusqu'à
Djenien.
— althseoides L. — Aïn-Sefra, Mograr, Aïn-Aïssa.
Cuscuta episonchum Webb. (C. planiflora Ten. var. Webbii Eng.). —
Mograr Tahtani sur le Sonckus sp'nosus.
BORAGINÉES
Echium humile Desf. — C. dans toute la région.
Echiochilon fruticosum Desf. -- DWin-Sefra à Djenien.
Arnebia decumbens Coss. et Kral. var. macrocalyx Coss. et Kral. —
Tyout, Aïn-el-Hadjadj, Mograr, Djenien.
Lithospermum apulum L. — Aïn-Aïssa.
— tenuiflorum L. f. — Aïn-Aissa, Founassa.
Nonnea phaneranthera Viv. — D'Ain-Setra à Mograr, et Djenien.
— micrantha B. et R. — Naâma, Founassa.
Cynoglossum cheirifolium L. — Tiloula, Aïn-Aïssa.
Echinospermum patulum Lehm. — C. de Naâma à Djenien.
— Vahlianum Lehm. — A. C. d' Aïn-Aïssa à Djenien et
Founassa.
SCROPHULARIÉES
Linaria reflexa Desf. var. agglutinans {L. agglutinans Pomel.). — Aïn-
Sefra.
— frutiçosa Desf. — D\Ain-el-Hadjadj à Djenien.
-r— sagittata Hook. f. var. heterophylla {L. heterophylla Spreng.
non. Desf.). — Aïn-el-Hadjadj, Montagne Verte. Le L. sagit-
tata Hook. se présente au Maroc et aux Canaries sous deux
formes, l]une à feuilles toutes sagittées, l'autre à feuilles toutes
318 JOURNAL DE BOTANIQUE
linéaires sauf les radicales qui sont lancéolées-sagittées; c'est
à cette dernière variété, qui représente le L. heterophylla
Spreng". (non Desf.), qu'appartiennent tous les individus que
nous avons observés dans le Sud-Oranais.
Linaria micrantha Spreng. — Aïn-el-Hadjadj.
Antirrhinum ramosissimum Coss.et D. R. — Disséminé d'Aïn-Sefra et
Tyout à Djenien.
— Oruntium L. — Aïn-el-Hadjadj.
Scrophularia Deserti Del. — Aïn-Sefra, Tyout,
Veronica agrestis L. — Aïn-Sefra, dans l'oasis.
— anagalloides Guss. — Aïn-Aïssa, Mograr Tahtani.
OROBANCHÉES
Phelipaea lutea Desf. — D'Aïn-Sefra à Aïn-el-Hadjadj et Aïn-Aïssa.
— violacea Desf. — Disséminé d'Aïn-Sefra à Djenien.
Orobanche cernua Lœfl. — Entre Mograr Foukani et Dfenien.
LABIÉES
Mentha rotundifolia L. — Aïn-Sefra, au bord des seguias.
Rosmarinus offîcinalis L. — Aïn-Aïssa.
Salvia verbenaca L. — C. d'Aïn-Sefra et Aïn-Aïssa à Djenien.
— lanigera Poir. — Tyout.
— aegyptiaca L. — Tyout, Aïn-el-Hadjadj, Mograr.
Micromeria microphylla Benth. — Tyout, Mograr Tahtani.
Lamium amplexicaule L. — Aïn-Aissa.
Sideritis montana L. — Tiloula.
Marrubium Deserti de Noe. — A. C. d'Aïn-Sefra et Tyout à Djenien.
— supinum L. — Tiloula.
Teucrium Polium L. var. capitatu?n de Noe. — Aïn-el-Hadjadj, Mograr,
Djenien.
Ajuga Iva Scbreb. — A. C. dans la région.
PLUMBAGINÉES
Statice Thouini Viv. — C. d'Aïn-Sefra à Djenien.
— Bonduellii Lestib. — C. d'Aïn-Sefra et Tyout à Djenien.
— pruinosa L. — Entre Aïn-Sefra et Tyout, et d 'Aïn-el-Hadjadj à
Mograr.
— echioides L. — Entre Aïn-el-Hadjadj et Mograr.
— globulariaefolia de Gir. — Mograr Tahtani, dans l'oasis.
Bubania Feei de Gir. — C. d'Aïn-Sefra et Tyout à Djenien.
PLANTAGINÉES
Plantago albicans L. — C. dans toute la région.
— ovata Forsk. — D'Aïn-Sefra à Tyout et Mograr.
— ciliata Desf. — D'Aïn-Sefra à Tyout, Djenien, Montagne Verte.
— Lagopus L. Tiloula, Aïn-Aïssa.
— amplexicaulis Cav. — Founassa.
— Coronopus L. — Aïn-el-Hadjadj, Tiloula.
Ed. Bonnet et P. Maurv. — D'Aïn-SeJra à Djeniett-bou-Resq. 319
Plantag-o Coronopus var. simplex Dcsne. — D 'Aïn-el-Hadjadj à Mograr
Tahtani.
— Psyllium L. — A. C. d' Aïn-Aïssa à Mograr et Founassa-
SALSOLACÉES
Atriplex dimorphostegia Kar. et Kir. — Tyout, Mograr Tahtani.
— parvifolia Lowe. — Aïn-Tiloula.
— Halimus L. — Aïn-el-Hadjadj.
Blitum virgatum L. — Tiloula, Aïn-Aïssa, Mograr.
Chenopodium album L. — Aïn-Sefra.
Echinopsilon muricatus Moq. — De Mograr à Djenien.
Sueeda vermiculata Forsk. — d' Aïn-Sefra à Tyout et aux Mograr.
Caroxylon articulatum Moq. — C. dans toute la région.
Salsola vermiculata L. — D'Aïn-el-Hadjadj aux Mograr.
Polycnemum Fontanesii D. R. et Moq. — Founassa.
Anabasis aretioides Moq. — T. C. d'Aïn-Sefra et Tyout jusqu'au
Figuig.
POLYGONÉES
Calligonum comosum L'Hér. — Tyout, les Mograr.
Emex spinosa Campd. — Mograr.
Rumex tingitanus L. — Aïn-Sefra, Garet-ed-Deba.
— vesicarius L. — Garet-ed-Deba, Tyout, Aïn-el-Hadjadj, Founassa.
THYMÉLÉES
Thymelaea microphylla Coss. et D. R. — T. C. depuis Naâma jusqu'au
Figuig.
LORANTHACÉES
Arceutobium Oxycedri M. B. — Aïn-Aïssa.
BALANOPHORÉES
Cynomorium coccineum L. — Tiloula, Tyout, de Mograr à Djenien.
EUPHORBIACÉES
Euphorbia cornuta Pers. — Mograr, Djenien.
— calyptrata Coss. et D. R. — Aïn-Sefra, Tyout, Mograr, Dje-
nien, Founassa.
— Heliscopia L. — Aïn-Aïssa.
— falcata L. — Aïn-Sefra, Si Sliman.
— Guyoniana B. et R. — Disséminé d' Aïn-Sefra à Djenien.
URTICÉES
Forskalea.tenacissima L. — Tyout.
CUPULIFÈRES
Quercus Ilex L. var. Ballota D. C. — Aïn-Aïssa.
SALICINÉES
Populus alba L. — Aïn-Aissa.
— euphratica Oliv. — Oued Som.
3 20 . JOURNAL DE BOTANIQUE
:].'. ' .CONIFÈRES
Juniperus Oxycedrus L,. — Aïn-Aïssa.
— phœnicea L. — Dans toutes les montagnes de la région.
Pinus halepensis Mill. — Aïn-Aïssa.
GNÉTACÉES
Ephedra fragilis Desf. — Disséminé d 1 Aïn-Sefra à Djenien et à Founassa.
— altissima Desf. — Garet ed Deba, de Mograr à Djenien.
— nebrodensis Tin. — Aïn-Aïssa.
— alata Dcsne. — De Mograr à Djenien, Montagne Verte.
COLCHICACÉES
Erythrostictus punctatus Schlecht. — Founassa.
IRIDÉES
Iris Sisyrinchium L. — T. C. dans toute la région.
AMARYLLIDÉES
Pancratium Saharae Coss. — Djenien.
LILIACÉES
Muscari comosum Mill. — Tiloula, Aïn-Aïssa, Founassa.
Dipcadi serotinum Medik. — Aïn-el-Hadjadj, Mograr, Founassa.
Allium sativum L. — Founassa, subsp.
Asphodelus microcarpus Viv. — Aïn-Aïssa, Founassa.
— tenuifolius Cav. — C. d' Aïn-Sefra à Djenien.
— pendulinus Coss. et D. R. ^— Aïn-Sefra, Djenien.
ASPARAGINÉES
Asparagus stipularis Forsk. — Garet ed Deba, Aïn-el-Hadjadj, Aïn-
Aïssa, Founassa.
Ruscus aculeatus L . — Aïn-Aïssa.
JONCÉFS
Juncus maritimus Lam. — Aïn-Sefra, Tyout, Aïn-el-Hadjadj, Mograr.
— striatus Schousb. — Tyout.
— bufonius L. — Aïn-Sefra, Tiloula, Aïn-Aïssa, Mograr.
CYPÉRACÉES
Carex divisa Huds. — Aïn-Aïssa, Tiloula.
— distans L. — Tiloula.
Scirpus Holoschœnus L. — Tiloula.
Cyperus conglomeratus Rottb. var. arenarius Dcsne. — Aïn-Sefra,
Tyout.
— longus L. var. badius Coss. et D. R. — Aïn-Sefra, Tiloula, Tyout.
— lsevigatus L. var. distachyus Coss. et D. R. — Aïn-Sefra.
GRAMINÉES
Lygeum Spartum L. — C. dans toute la région.
Pennisetum ciliare Link. — Mograr Tahtani.
— orientale Rich. — Garet ed Deba, Tyout.
Ed. Bonnet et P. Maury. — D' Aïn-Sefra a Djeuieii-bou-Resq . 321
Andropogon hirtus L. — Mograr Tahtani.
— laniger Desf. — Tyout.
Polypogon monspeliensis Desf. — Tiloula, Mograr.
Stipa barbata Desf. — Mékalis.
— parviflora Desf. — Tyout, Aïn-et-Hadjadj, Mograr.
— tortilis Desf. — C. dans la région.
— tenacissima L. — A. C. jusqu'à Djenien.
Arthratherum pungens. P. B. — Disséminé dans toute la région.
— ciliatum Nées. — Tyout.
— plumosum Nées, var floccosum Coss. et D. R. — Tyout.
obtusum Nées. — A. C. d 1 Aïn-Sefra à Tyout et Djenien.
Cynodon Dactyïon Ricli. — Mograr.
Echinaria capitata Desf. — Pounassa.
Ammochloa subacaulis Bal. — Aïn-Sefra.
Sieglingia Forskali (Danthonia Forskalii Trin.). — Aïn-Aïssa.
Avena barbata B'rot. — DWïn-el-Hadjadj à Mograr.
Trisetum pumilum Knth. — Djenien.
Kœleria Salzmanni B. et R. — Naâma, Tiloula. d 1 Aïn-Sefra à Djenien.
Phragmites communis Trin. var. Isiacus Coss. et D. R. — Aïn-Sefra,
Tyout, Mograr, Pounassa.
Schismus calycinus Coss. ctD. R. — Naâma, Aïn-Sefra, Aïn-el-Hadjadj.
Atropis distans Griseb. var. vulgaris Coss. et D. R. — Aïn-Sefra.
Bromus tectorum L. — Aïn-Sefra, Mograr, Djenien.
— rubens L. — C. depuis Naâma jusqu'à Djenien.
— squarrosus L. — d' Aïn-el-Hadjadj à Mograr.
Festuca memphitica Coss. — Disséminé depuis Naâmajusqu'à Djenien.
Brachypodium distachyon R. et S. — D'Aïn-el-Hadjadj à Mograr.
Hordeum murinum L. — Tiloula, Aïn-el-Hadjadj, Mograr.
Triticum orientale M. B. — Naâma, Aïn-Aïssa.
-<Egilops ovata L. — Pounassa.
Lepturus incurvatus Trin. — Tiloula.
FOUGÈRES
Cheilanthes fragrans Hook. — Pounassa.
EQUISÉTACÉES
Equisetum ramosissimum Desf. — Aïn-Sefra.
CHA RACÉES
Chara fœtida L. — Oued Mograr.
CHAMPIGNONS (i)
Pleurotus Ferulae Lanz. — C. à Aïn-Aïssa sur les souches du Feyula
communis.
Montagnites Candollei Pr. — Entre Si Sliman et Aïn-Sefra.
Gyrophragmium Delilei Mont. — Mograr Poukani.
1. Déterminés par M. N. Patouillard.
323 JOURNAL DE BOTANIQUE
Tulostoma Boissieri Kalbr. — Entre Si Sliman et Aïn-Sefra et entre
Aïn-Sefra et Aïn-el-Hadjadj.
Xylopodium Delestrei Mont. — Entre Aïn-Aïssa et Tyout, de Mograr
à Djenien, entre Si Sliman et Aïn-Sefra.
Terfezia Leonis Tul. — Entre Mograr et Djenien.
Pleospora Bardanae Nieesl. — C. Sur le Farsciia linearis à la Mon-
tagne Verte.
REMARQUES
SUK
LES GENRES OMBROPHILA ET GUEPINIA
Par M. L. QUÉLET
Le Journal de Botanique (2 année, n° 14) vient de publier
des Observations critiques sur les Champignons héfe'robasidie's,
par M. Costantin. Je désirerais, dans cette note, exprimer mon
opinion sur la nomenclature et la taxinomie de quelques-uns des
genres traités par le savant professeur de l'Ecole normale.
I. — Le genre Ombrophila, fondé par Pries en 1849 (Sum-
ma vegetabilium Scandinaviae , page 357), paraît avoir été com-
pris par son auteur, comme je l'ai établi en 1873 {Champignons
du Jura et des Vosges, 2'' partie, page 408), avec deux espèces :
violacea Fr? = rubella P. et lilacina (Wuli) Quel. pi. $,{. 12(1).
Ne voulant pas toucher à la classification du maître dont la doc-
trine, à cette époque, régnait en souveraine sans rivale, — ce
qui, du reste, n'était pas ma principale préoccupation, — en dé-
plaçant un seul genre, encore moins en le faisant passer des ascos-
porés, aux basidosporés. j'avais laissé ce genre à la place assi-
gnée dans le Summa vegetabilium , quoique j'aie reconnu pour-
tant qu'il appartenait aux Trémellinés par sa nature gélatineuse
et par ses organes reproducteurs. Mais en 1882 (Association
française pour l'avancement des sciences, 11 e supplément), en
décrivant YO. rubella Pers., pi. 1 1 , f . 17., puis en 1886 (Enchiri-
dion, page 23) et en 1888 (Flore mycologique de la France , page
20), avec les deux autres espèces />//777 et lilacina, j'ai placé dé-
finitivement le genre Ombrophila parmi les basidosporés. Le genre
Ombropliila si bien caractérisé par Pries : « gelafiua disteut<e ,
1. Absolument différente de YO. para qui pourrait plutôt être assimilée à
YO. rubella, de même couleur.
L. Quklet. — Sur /es genres Ombrophila et Guepinia. 323
stibtre-multe , disco truncato margiuato, primitus aperto, dein
ascis profluentibus viscido, » ne peut s'appliquer qu'à des Cham-
pignons gélatineux, tel que . lilacina, etc. S'il m'était permis
d'invoquer la tradition par ma correspondance d'autrefois, je
pourrais ajouter que l'illustre professeur d'Upsal a reconnu
comme membre de ce genre V 0. lilaciua que je lui avais envoyé.
Ne serait-il pas injuste et contraire au droit de l'antériorité de
substituer à ce nom générique celui de Ditcuigfum Karst. {Sym-
bolée, 1884?) ou de Craterocolla Brefeld (L'utersuchiuigoi aus-
dem Gebieie der Mycologie , 1888) et de le transporter à un autre
genre, souvent peu caractérisé ou mal délimité, dont aucune
espèce ne fournit les caractères saillants de la diagnose géné-
rique de Fries?
En effet, le genre Ombrophila Karsten, 187 1 (Mycologia
Fennica , Discomycetes , page 86), réunit des espèces apparte-
nant aux genres Bulgaria comme sarcoides Jacq., Cndo:iia
(Helotium pour certains auteurs) comme Clavus A. S. (1) et
Heloiium, comme strobiliiia Fries. Le premier est gélatineux-
coriace, non « gelatiua distenta », le deuxième charnu- ce racé et
le troisième charnu-coriace.
Le genre Ombrophila Bouclier, 1885, {Discomycetes char-
nus, page 24), mieux circonscrit, est caractérisé par sa « consis-
tance ferme et céracée » avec une espèce : 0. Clavus A. S.
Le genre Ombrophila Phillips, 1887 {A manual 0/ the british
Discomycetes , page 222), réunit aussi des espèces tirées de trois
genres : Bulgaria sarcoides jacq., Cudou'a Clavus A. S., et
Calloria atrovirens Pers.
Il me semble donc rationnel et nécessaire de conserver au
nom générique imposé à ce groupe le sens que je lui ai d'abord
donné. M. Patouillard, si je me souviens bien, aurait aussi adopté
dans ses Tabula? anozlyticae la même interprétation.
II. — M. Brefeld a partagé le genre Guepinia Fries, en
Gyrocephalus Pers. (Journal de Botanique, 1809?) et en Dacry-
inyces Nées., division pleinement justifiée, dit M. Costantin. Par-
tant d'un autre principe, celui delà structure générale tant externe
qu'interne des appareils végétatif et reproductif, j'avais déjà sé-
paré du même Guepinia F., le Phlogioiis ru fa (Jacq.) (Euchi-
1. Il est douteux que Fries ait bien connu cette intéressante espèce.
324 JOURNAL DE BOTANIQUE
ridion, page 202) en lui laissant deux espèces qui ne me parais-
sent avoir aucun caractère commun avec les Dacrymyccs.
Je n'ai pas adopté le terme de Persoon, qui m'a paru im-
propre, nomen ineptum (1). L'hyménophore du Gitepim'a hel-
velloidcs Fr. n'affecte pas la forme chiffonnée, contournée ou
arrondie qu'implique le sens du mot Gyrocephalus, synonyme
de Gyromitra ; mais il est au contraire spatule ou semi-infundi-
bulé et présente des surfaces unies, à peine veinées quelquefois.
M. Patouillard aurait aussi divisé, en 1887, avant M. Brefeld,
{Hymenomycetes Europseï) ce même genre en Guepiuia et
Guepiniopsis. Il conviendrait de garder l'expression Guepinia
deFries pour le genre GîiepimopsisVdX.^ ce qui n'enlèverait rien
au mérite de la création générique de l'auteur des Tabula? aiici-
lyticœ et serait une restitution à l'auteur du Systema mycologi-
cum. Il resterait à rechercher si le Giiepiiiia merulina (Pers.)
doit rester à côté du G. Peziza Tul., que je ne connais pas, et
qui pourrait avoir plus d'affinité avec le genre Ditiola {Fcm-
Sî'om'a.)
CONTRIBUTIONS NOUVELLES
A LA FLORE DES COLLINES D'ARTOIS
(Cambrésis, Artois, Haut-Boulonnais .) (Suite.)
Par M. l'abbé A. MASCLEF
CRASSULACÉES
Sedum (2) reflexum L. — Mont de Vimy, sur les coteaux calcaires du
chemin du château, près l'ancienne route de Lens (D v C.)-
S. album L. — Vieux murs à Hénin-Liétard (M.); Villers-en-Caticky /
Masnières, Mar coing ; Wambaix ; Bevtry ; vieux murs de l'abbaye
Saint-Martin au Caieau (G.).
S. micranthum Bast., Godr. ; 6". album, var. micranthum DC. et Auct.
plur. — Sommet du Mont de Vimy, sur les coteaux calcaires du chemin
du Château, près l'ancienne route de Lens (D r C).
S. purpurascens Koch; 6". Telepàiumh,. pro part. — Guînes ; Dohem /
1. En créant ce nom de genre, Persoon a dû avoir en vue des Champignons
d'une toute autre conformation que le Treinella ru/a, qu'il a décrit dans sa
Mycologia Europxa, I, p. 103, sous le nom de Tremella ru/a, paraissant avoir
oublié cette première appellation.
2. Le S. dasyphillum L., échappé des jardins, se trouve à Arras sur
quelques vieux murs où il tend à se naturaliser.
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 325
Lotiinghen; Escœuilles (de L.) ; Clenleu (R. et D.); bois de la Char-
treuse de Neuville-s .-Montreuil ; bnis de Roëllecourt et forêt de Saint-
Michel près Saint-Pol; Aubigny (M.); vallée de l'Escaut à Noyé lies, Mar-
coing, au bois Laleau et à Vaucelles ; bois de Gatlignies près Clary (G.).
Sempervivum tectorum L. — Toits de chaume et vieux murs à Cam-
pigneulcs, Raug-du-Fliers ; Annesin près Béthuue et Rœux (M.); Ca-
lonue-Ricouart (D.); Cantaing (Q.)» vieux murs à Saint-Druon près
Cambrai, Marcoing, Clary ', Caudry, Avesnes-les-Auberi et Rieux (G.).
POMACÉES
Sorbus terminalis Crantz. — Bois Couillct près Marcoing- (G.).
ROSACÉES
Rubus Idaeus L. — Bois d'Himel à Alette (R. etD.); bois d' ' Havrincourt
au Mont deTrescault (G.), bois de Bourlon (R. et D.).
Potentilla verna L. — Environs d'Arras : coteau près le bois de Ma~
rœuil (D r C), Etrun, sur les bords du chemin près la fabrique de Louez
(D.)- — A. C. sur les coteaux du Cambrésis : Cambrai, entre le faubourg
de Bapaume et Saint-Olle, sur le calcaire; Marcoing, Villers-Plouich,
coteau calcaire près le bois Couillet, Bonavy, entre l'abbaye et le bois
de Vaucelles ; entre Lesdain, Esnes et la station de Caudry (G.).
P. argentea L. — Bois sablonneux du Qucsnoy, entre Palluel et Oisy-le-
Verger (G.).
Rosa micrantha Sm. — Coteaux calcaires vis-à-vis le village de Famé-
chou, près Pas-en-Artois (M.).
SANGUISORBÉES
Alchemilla vulgaris L. — Bois de l'Eperche près Samer (de L.) ; bois
Noël à Preures, forêt du Bois-Ratel près Beussent, Bimont (R. et D.).
ONAGRARIÉES
Epilobium spicatum Lmk. — Bois de Clenleu, forêt du Bois-Ratel près
Beussent (R. et D.) ; bois de Bourlon et de Vaucelles (G.). — Voies fer-
rées entre Leus et Bully-Grenay, entre Far bus- Vimy et Arras, à Ecoi-
vres près la halte de Mont-Saint-Eloi, à Tincques, Ligny-Saint-Flochel,
Frévent, Fortel (M.) ; de Cambrai à Busiguy (G.).
E. roseum Schreb. — Naturalisé dans les lieux humides et ombragés à la
maison de campagne du Grand Séminaire à Neuville-Saint-Remy près
Cambrai (G.).
E. tetragonum L. — Lotiinghen, Nielles-les-Bléquin (de L.); Clenleu,
Bimont (R. et D.)", Béthune (ex herb. de Mélicocq in herb. M.), bois
des Dames près Lapuguoy (M.); bois de Bourlon; Cambrai, voie ferrée
de Picardie-Elandre; bois des A r *?«/près Marcoing; bois de Gatlignies
près Clary (G.).
E. palustre L. — Cambrai, petite prairie marécageuse auprès de la porte
Cantimpré (G.).
326 JOURNAL DE BOTANIQUE
Œnothera biennisL. — Entre Dainville et Bcaumets-les-Loges (D r C);
Bourlon, près du bois (R. et D.) ; voie ferrée à Solesmes (G.).
HALORAGÉES
Myriophyllum verticillatum L. — Fossés du faubourg- Saint-Roch à
Cambrai; marais de la Sensée, entre Aubigny-au-Bac et Brunemont (G.).
M. spicatum L. — La Bassée; flot de Wingles (V. Personnat et de Mé-
licocq in herb. M.); Cambrai près l'écluse Oantimpré et étang de la
Folie entre Proville et Marcoing- (G.).
OMBELLIFÈRES
Bupleurum falcatum L. — Abond. au bois du. Haut entre Ourton et
Marest (Dum.); entre Marcoing, Villers, Plouich et Banteux, au bois
Couillet, dans une clairière, et au bais Lalean, sur la lisière du bois près
la route de Cambrai à Gouzeaucourt, sur des affleurements calcaires (G.).
Cicuta virosa L. — Marais de la Sensée à Aubigny-au-Bac, Féchain et
Hem-Lenglet (G.).
Ammi majus L. — Abond. dans les fortifications de Cambrai^ près la
porte Saint-Georges (G.); introd.
Carum Bulbocastanum Koch. — Dohem (de L.) ; Havrincourt ; coteaux
calcaire d'Esnes et de la vallée de la Selle (G.).
Petroselinum segetum Koch. — Cambrai, abond. dans un champ entre
Saint-Olle et Ncuville-Saint-Remy (G.).
Helosciadium inundatum Koch. — Les bois de Lapugnoy (Dum.); ma-
rais de Douvriti (ex herb. de Mélicocq in herb. M.).
Pimpinella magna L., Var. dissecta Wallr. ; P. dissecta Retz. — Lot-
tinçlien, forêt de Nielles-les-Bléquin (de L.); Clenleu, Aletie, Beussent
[R. etD.).
Œnanthe Lakenalii Gmel. — Gonnchem (Dum.).
Œ. Phellandrium Lamk. — Montreuil-stir-Mer, Brimcux, dans la vallée
de la Candie (R. et D.) ; fossés entre Annezin et Bétkune (M.).
Fœniculum capillaceum Gilib. — Terrains vagues de la gare d'Aubi-
gny ; introd. (M.).
Silaus pratensis Bess. — Renescure ; Samer (de L.); Sorrus (D.). —
Abond. dans les prairies entre Marcq-en-Barœul et Wasquehal près
Lille (Q. et M.).
Selinum carvifolium L. — Bois des Dames à Lapugnoy, auprès de la
maison du garde (D.).
Peucedanum palustre Mœnch. — Marais de la Sensée, entre Palluel et
Arleux (G.).
Orlaya grandiflora Hoffm. — Escœuilles^ Blcquin^ Senlecques (de L.).
Torilis infesta Duby. — Escœuilles, Lottinghen (de L.); Eiaples (M.);
moissons des terrains calcaires entre Marcoing et le bois Couillet. G.).
Abbé Masclek. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 327
T. nodosa Gartn. — Sangatte; Tardinghen; Quesques (de L.).
Anthriscus vulgaris Pers. — Remparts à'Arras. à la porte Baudimont
(M.).
Conium maculatum L. — Fortifications de Montrcuil ; cimetière de
Fontaine-Notre-Dame (R. et D.); Cambrai; endroits rocailleux du bois
du Quesnoy près Oisy-le- Verger (G.).
LORANTHACÉES
Viscum album L. — Manque complètement aux environs de Cambrai jus-
qu'au bassin de la Meuse (G.).
GROSSULARIÉES
Ribes rubrum L. — Abondamment naturalisé près d'Anvin dans le bois
sur la rive gauche de la rivière d'Heuchin (D 1 ' C. et M.).
SAXIFRAGÉES
Saxifraga granulata L. — A. C. dans le Cambrésis : prairies sur la rive
de l'Escaut à Iwuy et à Proville ; coteaux de Bonavy ; prairies le long
du bois de Gattignies près Gary, Busigny ; prairies de la vallée de la
Selle entre le Cateau et Saint-Souplet (G.).
Chrysosplenium oppositifolium L. — Loitinghcn (de L.) ; Alette au
bois d'Himel (D.); Bois l'Evêque près des ruines de l'Ermitage, entre le
Cateau et la vallée de la Sambre (G.).
C. alternifolium L. — Lottinghen (de L.).
CAPRIFOLIACÉES
Sambucus Ebulus L. — Thérouanne ; Escœuilles ; le Breuil près Sa-
mer (de L.); Enquin, Preures, Clenleu, Alette (R. et D.) ; coteaux cal-
caires le long de la rivière d'Heuchin près Bergueuneusc ; coteaux
calcaires et boisés d' Ablain-Sa in i-Nacaire (D r C. et M.). — R. R. dans le
Cambrésis : bosquet sur le haut du coteau calcaire de Vaucelles (G.).
RUBIACÉES
Asperula odorata L. — Bois à Esquerdes ; forêt de Tournehem (de L.) ;
Clenleu (R. et D.) ; bois de Camblain-Chàtelain ; bois du Chatelet à Pas-
en- Artois et coteaux boisés entre Pas et Famée hon (M.); bois de Vau-
celles; bois de Terremonde et bois du Gard près Walincourt (G.).
Galium Gruciata Scop. — Quiestéde ; Tortefontàine (de L.) ; Clenleu (R.
et D.); coteaux boisés entre Anvin et Heuchin ; abond. à Viel-Fort, en-
tre Divion et Houdain ; coteaux calcaires des environs de Pas-en-Ar-
tois (M.); Cambrai au faubourg Saint-Roch, bois des Neuf à Marcoing,
Rues des Vignes; vallée de la Selle du Cateau à Molain (G.).
G. sylvestre Poil. — Landes d'Ablain-Sainl-JVasaire, sur le plateau entre
la chapelle de N.-D. de Lorette et Bouvigny — form. kirtum — (M.);
Havrincoîirt dans le bosquet à poux — form. kirtum ; — coteaux cal-
caires de Vaucelles — form. glabrum et kirtum — (G.).
328 JOURNAL DE BOTANIQUE
G. tricorne With. — Fréquent dans les moissons des terrains calcaires
du H'aut-BoîUonnais (de L.). (A suivre.)
CHRONIQUE
Académie des Sciences. Séance du 20 août. — M. Pkillieux rend compte
de l'expérience qu'il a faite dans les champs de l'Institut agronomique, à Join-
ville-le-Pont, sur l'efficacité des traitements au cuivre pour combattre la maladie
de la Pomme de terre. Bien que restreinte à un petit nombre de pieds, l'expé-
rience a paru à M. Prillieux tout à fait démonstrative, et il ne doute pas du suc-
cès, pourvu que le remède soit appliqué préventivement, ou tout au moins dès
la première apparition du mal.
D'ailleurs l'emploi de la bouillie bordelaise au traitement des Tomates, atta-
quées par la même Peronospora que la Pomme de terre, est aujourd'hui d'un
usage générale dans les grandes cultures du Midi.
Séance du 10 septembre. — M. A. Chatin a eu l'occasion de faire tant aux
environs de Paris que dans le Lyonnais et en Dauphiné, et plus spécialement à
Meyzieux (Isère), des observations présentant un vif intérêt pour la viticulture
qu'elles tendent à engager dans une voie pratique qui serait le salut de la Vigne
française, devenue, par une grande vigueur, résistante au Phylloxéra et au
moins à plusieurs de ses parasites végétaux.
A Meyzieux un vignoble de plus de 4 hectares forme, dit-il, une belle oasis
pleine de fraîcheur et de promesses, au milieu d'un canton où le Phylloxéra n'a
même rien laissé au Mildew et au Black Root. Parmi les cépages de ce vignoble
se trouvent la Marsanne, le Pinot, la Mondeuse, la Bâtarde, le petit Gamai du
Beaujolais et le Corbeau. Tous résistent au Phylloxéra, bien qu'on l'observe sur
leurs racines; aucun ne parait avoir été attaqué par le Mildew; quelques grains
atteints par la maladie noire se sont éliminés d'eux-mêmes, laissant la place aux
grains sains qui l'ont bientôt occupée en grossissant.
« La pratique sur laquelle repose la constitution et la conservation du beau
vignoble de Meyzieux se compose de la combinaison d'une taille à long bois trien-
nale, avec pincements anticipés, ou mieux éborgnements, et d'un engrais très
puissant, dans lequel entrent, avec du phosphore granulé, des produits à base
d'azote, de potasse et de chaux. » „
Des expériences faites aux Essarts-le-Roi (Seine-et-Oise\ il résulte, ajoute
M. Chatin, que l'engrais seul ne met pas à l'abri du Mildew, tandis que la double
action de la taille et de l'engrais parait au contraire un efficace préservatif.
La Société mycologiquc de France tiendra cette année à Blois sa session
extraordinaire, dont voici le programme provisoire :
Lundi 15 octobre. — Séance à g heures (organisation de la session). Excur-
sion dans la forêt de Blois (départ à 11 heures).
Mardi 10. — Excursion dans la forêt de Russy (départ à 7 heures du matin).
Mercredi 17. — Exposition publique à 10 heures des Champignons récoltés
ou envoyés. Séance publique à 3 heures (Conférences sur les nombreuses appli-
cations de la science mycologique).
Jeudi 18. — Excursion à Chambord.
Vendredi 19. — Départ pour Vendôme.
Samedi 20 et Dimanche 21. — Excursions aux environs de Vendôme.
Le Gérant : Louis Morot.
Parts. - J Meriefc, liap.. 22, yi. banfert- RDChereaiâ.
a* ANNEE N" 19 i* r OCTOBRE 1888
-I-Y- I -1- . - . - I - — — 1 — 1 — — — - 1 - 1 - 1 * 1 - 1 - 1 - -- ! -*■* -- — "-- «»»»»»»»»»»**«»»»»*««a««»»»»**^— *-.--— -»«---------.. ~^^ J i ^^~rh->n^ i -v\^^nj-unJ'UTJVVX i X i VM»rxf\ i ^-uxfU»«
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
UE JUNIPER US PHŒNICEA A FORME SPICULAIRE
Par M. J. VALLOT
Il y a cinq ou six ans, au cours d'une herborisation dans les
Cévennes, je rencontrai, dans une localité peuplée de Juniperus
comimmis et à&J. phœm'cea, un jeune Genévrier d'aspect bizarre :
toutes les feuilles étaient spiculaires, comme celles du J. corn-
munis, mais les rameaux de l'année ne présentaient que des
feuilles concrescentes, semblables à celles du J. phœm'cea. Il n'y
avait là qu'une transformation connue. La forme à feuilles spi-
culaires est signalée par Grenier et Godron et d'autres auteurs,
qui disent, avec raison, que c'est la forme jeune de la plante.
On sait que les Junipertts, Cuprcssus, Cryptomeria, etc., à
feuilles courtes et concrescentes, naissent avec des feuilles spicu-
laires, et qu'ils se transforment vers la deuxième année pour
prendre leurs feuilles définitives. Mais ici l'inspection des couches
annuelles donnait environ quinze ans à l'arbuste; il y avait eu
sans doute arrêt de développement.
L'année suivante, je trouvai un autre pied semblable dans la
même localité. Ce pied, arraché, fut mis en observation, en
pleine terre, dans le jardin de l'Ecole normale supérieure, à Paris.
Il souffrit beaucoup de la transplantation, et les rameaux portant
les feuilles courtes se desséchèrent. La plante continua à se dé-
velopper sous la forme spiculaire, et ce n'est que quatre ans après
la transplantation que les feuilles courtes viennent de reparaître.
La transformation a donc été arrêtée parla transplantation, mais
elle s'est opérée dès que la plante a été assez forte.
Désireux de suivre le développement de la plante jeune et de
comparer ses feuilles à celles du J. communis, j'avais fait des se-
mis qui me fournirent les éléments du travail que je viens de ter-
miner au laboratoire de la Sorbonne. Cette étude a été complétée
par l'examen d'un pied de /. phœnicea anomal, de trois mètres
330 JOURNAL DE BOTANIQUE
de hauteur, qui se trouve à l'Ecole de Botanique du Muséum.
Il importe de faire ressortir les différences entre cet arbuste et
ceux que j'ai recueillis dans les Cévennes.
Dans les arbustes des Cévennes, les rameaux sont garnis de
feuilles larges, aplaties, blanches en dessus, très semblables à
celles du y. communis , et seulement un peu plus petites. Sur un
rameau de l'année précédente, naît un rameau à feuilles courtes,
sans transition aucune. On ne voit jamais de feuilles intermé-
diaires, et désormais tous les rameaux seront à feuilles concres-
centes, car un rameau à feuilles spiculaires ne paraît jamais sor-
tir d'un rameau à feuilles courtes. Il y a donc seulement passage
brusque et définitif de la forme jeune à la forme adulte. La transfor-
mation peut être retardée, comme nous l'avons vu, par des cir-
constances dépendant du sol ou des agents atmosphériques.
Dans l'arbuste du Muséum, les choses se passent tout autre-
ment. Ce Genévrier est transformé depuis longtemps; il possède
ses feuilles adultes, mais, tandis qu'une partie des rameaux
conserve les feuilles courtes, les autres subissent la transforma-
tion suivante : chaque rameau porte des feuilles courtes, à sa nais-
sance et sur une certaine longueur, puis, à mesure qu'on avance
vers l'extrémité, les feuilles augmentent de plus en plus de lon-
gueur, jusqu'à atteindre un centimètre.
Ainsi, sur l'arbuste du Muséum, les rameaux à feuilles spicu-
laires naissent sur les rameaux à feuilles courtes, et le même
rameau porte tous les intermédiaires entre les deux formes ex-
trêmes de feuilles. Il y a donc ici modification progressive de la
feuille courte. De plus, la feuille spiculaire se présente sous forme
d'une aiguille extrêmement étroite et toujours assez rapprochée
de la tige.
Il y a donc à se demander : i° si les feuilles spiculaires des
plantes des Cévennes sont bien celles de la plante jeune, ce qui
prouverait que la transformation n'a pas encore eu lieu ; 2° si les
feuilles de la plante du Muséum sont aussi identiques à celles de
la plante jeune, ce qui prouverait qu'il y a retour à la forme jeune ;
3° si ces feuilles spiculaires ne résulteraient pas d'une transfor-
mation anomale, n'ayant aucun rapport avec l'état jeune ; 4 si la
plante du Muséum ne résulterait pas d'une hybridation avec le
J. communis . L'étude anatomique de la feuille peut seule nous
éclairer et permettre d'élucider ces questions.
J. Vallot. — Lie Juniperus phœnicea h Jorme sptculaire.. 331
Juniperus communis (fig. i, 2, 3.). La feuille a la forme
d'une aiguille aplatie, parcourue, sur la face intérieure, par une
bandelette blanchâtre, unique et très large. Elle n'éprouve guère
de variations que lorsque l'arbre vieillit. Elle se compose (fig. 1,
coupe transversale) d'un faisceau indivis a, noyé au milieu du
parenchyme à grosses cellules et sans traces de gaine. Les détails
de ce faisceau sont représentés dans les figures 2 et 3. Le liber u
est bordé à la partie extérieure par une étroite bande de cellules
sclérifiées extrêmement aplaties (1). A cette bande est accolé
un amas très considérable de très grosses cellules sclérifiées de
formes irrégulières p, formées par l'épaississement des cellules
du parenchyme. Ces cel-
r
a
Juniperus communis.
Iules constituent le péri-
cycle. La sclérification de
ces cellules n'existe pas
dans les premières feuilles
de la jeune plante, mais
les cellules aplaties y sont
déjà visibles.
De part et d'autre du
faisceau se trouve, chez la.
plante adulte, un amas de
cellules b, épaissies irrégu-
lièrement, formant un tis-
su, connu chez les Cupres-
sinées, intermédiaire entre le tissu réticulé et le tissu aréole. Un
canal résinifère arrondi c, formé d'un ou deux rangs de cellules,
parcourt la feuille dans toute sa longueur, accolé à l'épiderme
inférieur; ce canal n'existe pas dans le cotylédon.
L'hypoderme d est formé d'une rangée de cellules sclérifiées,
occupant les deux angles latéraux et toute la face extérieure,
excepté au point où le canal résinifère est en contact avec l'épi-
derme. Dans les angles, l'hypoderme est renforcé d'un ou deux
rangs de cellules.
L'épiderme est formé d'une seule rangée de cellules, recou-
verte d'une cuticule peu épaisse. La face intérieure de la
feuille est occupée par la bandelette, qui s'étend jusqu'à une
1. Cette bande de fibres forme, dans les préparations colorées, comme un vi-
goureux trait de crayon rouge entre le liber et les grosses fibres voisines.
332 JOURNAL DF: BOTANIQUE
petite distance des angles latéraux ; cette bandelette est cou-
verte de stomates dans toute sa largeur, même en face du fais-
ceau.
Juniperus phœnicea, forme jeune (fig. 4, 5). — La feuille
(fig. 4, coupe transversale) a aussi la forme d'une aiguille aplatie.
Elle est parcou-
rue, en dessus, par
deux bandelettes
blanchâtres, lais-
sant entre elles
une petite nervu-
re. Le faisceau est
indivis, semblable
à celui du J. com-
mwiis, mais il n'est
pas bordé par la
bande de grandes
cellules sclérifiées
aplaties, suivie de
l'amas péricycli-
que de grosses
cellules sclérifiées.
Cette formation est
représentée seule-
ment par deux ou
trois cellules sclé-
rifiées, qui souvent
manquent absolu-
ment. De part et
d'autre du faisceau
se trouve aussi un
amas de cellules différenciées b, mais dans cette espèce elles
sont nettement aréolées.
Le canal résinifère c est semblable à celui du^. commimïs et
parcourt aussi la feuille dans toute sa longueur. La répartition
des cellules hypodermiques est plus compliquée : elles forment
d'abord, de part et d'autre du canal sécréteur, accolé à l'épi-
derme, une bande assez courte, suivie d'une lacune, puis la
bande recommence jusqu'à l'angle de la feuille, où elle tourne
Juniperus phœnicea (jeune.)
J. Vallot. — Z^Juniperus phœnicea a forme spîculaire. 333
sur la face intérieure jusqu'à un quart de la largeur ; après une
large lacune, elle reprend au milieu de cette face, en face du
faisceau. On voit donc que, contrairement à ce qui se passe chez
le J. communis , l'hypoderme existe au milieu de la face supé-
rieure, et qu'il est interrompu sur deux points à la face infé-
rieure. Les stomates occupent les quatre lacunes, mais sont plus
nombreux à la face supérieure. L'épiderme est semblable dans
les deux espèces.
On voit sur la coupe verticale (fig. 5) que le canal sécréteur
est assez gros dans la partie de la feuille concrescente avec la
tige, pour devenir beaucoup plus mince dès qu'il entre dans la
partie libre.
Chez les feuilles de la plante âgée d'au moins cinq ans, culti-
vée à l'Ecole normale, et qui n'avait pas encore subi sa trans-
formation, j'ai trouvé la même structure que je viens de décrire
chez les premières feuilles de la plante jeune.
En résumé, voici les différences anatomiques les plus sail-
lantes entre les feuilles des y. communis et pJuvnicea.
J. communis. — Pas d'hypoderme à la face intérieure ; sto-
mates occupant toute cette face. Pas de stomates à la face exté-
rieure, hypoderme continu. Péricycle très développé.
J. phœnicea. — Une bande hypodermique au milieu de la
face supérieure, en face du faisceau. Stomates seulement de part
et d'autre de cette bande, sur les bandelettes. Hypoderme inter-
rompu en deux points de la face inférieure, en face des bande-
lettes supérieures, et formant deux lacunes couvertes de sto-
mates. Péricycle nul ou très peu développé.
Juniperus phœnicea, feuille adulte (fig. 6, 7, 8, 9). —
La feuille normale du J. phœnicea étant concrescente avec le
rameau, nous serons obligés de les considérer ensemble. Cette
feuille est large et courte, triangulaire, soudée à l'axe d'un bout
à l'autre, excepté à l'extrême pointe et au-dessous de la base,
où elle présente un petit éperon caché entre les feuilles infé-
rieures. La soudure, qui occupe toute la largeur de la feuille à
la base (fig. 6), diminue en montant (fig. 7), jusqu'à se réduire à
rien à la pointe (fig. 8). Le canal résinifère c, court et très élargi,
a la forme d'une, large glande ovale.
Si l'on considère une coupe exécutée vers le bas de la feuille
(fig. 6), on voit que le faisceau est réuni au cylindre central. Il
f.
f.
334 JOURNAL DE BOTANIQUE
ne présente pas ordinairement l'amas de grosses cellules péricy-
cliques du_/. commuais. De part et d'autre du faisceau, on re-
trouve les cellules aréolées b que nous avons vues dans le jeune
âge. La glande résinifère est très grosse et n'est pas accolée
directement à l'épiderme ; elle en est presque toujours séparée
par un rang de cellules hypodermiques.
L'hypoderme occupe seulement la face antérieure; les côtés
en sont dépourvus et sont couverts de stomates s. L'épiderme
est formé d'un seul rang de cellules, et est recouvert par une
cuticule d'une épaisseur très considérable.
Si l'on opère des coupes successives en montant, on voit
peu à peu un faisceau se dé-
tacher du cylindre central
pour entrer dans la feuille qui
se détache à mesure du ra-
meau en formant une face
postérieure. En même temps,
l'hypoderme s'avance vers les
angles et les atteint lorsque la
feuille est presque détachée
(fîg. 7) ; à ce moment, tous les
stomates se trouvent sur la
face postérieure de la feuille,
vis-à-vis du rameau. Plus haut
enfin (fig. 7 et 8), la glande
résinifère n'existe plus et la
feuille se termine par un petit
cône présentant les mêmes ca-
ractères que la feuille, mais dépourvu cie glande. Nous verrons
plus loin que ce cône terminal peut acquérir dans certains cas
une grande importance.
La coupe verticale de la feuille (fig. 9) montre la grande
dimension de la glande et la direction du faisceau a vers le som-
met du cône terminal.
En résumé, la feuille définitive du J. phœnicea présente les
caractères les plus saillants de la feuille jeune, savoir : l'absence
de stomates au milieu de la face postérieure, et l'absence pres-
que complète de péricycle.
D'après la disposition des éléments anatomiques, il est vrai-
Juniperus phœnicea (adulte).
J. Vallot. — Le Juniperus phœnicea à forme spiculaire. 335
semblable d'admettre que. la feuille définitive est une feuille
jeune en partie avortée. Il y a eu arrêt de développement, et la
partie spiculaire de la feuille est représentée par le petit cône
terminal. On remarque, il est vrai, à l'aisselle de la feuille jeune
un petit renflement qui semblerait représenter ce cône terminal,
mais ce renflement ne contient que du parenchyme et n'est jamais
parcouru par le faisceau.
Il me paraît probable que toutes les feuilles concrescentes
des Cupressinées résultent ainsi de l'avortement du limbe des
feuilles primitives.
Juniperus phœnicea, forme anomale (fig. 10, 11, 12, 13,
14). — Voici les
caractères de cette
forme, cultivée au
Muséum. La feuille
est d'abord con-
crescente, comme
toutes les feuilles
de Juniperus , puis
se détache du ra-
meau et se conti-
nue en aiguille
étroite.
Si l'on opère
une coupe dans
la partie concres-
cente avec la tige
(fig. 10), on trou-
ve exactement la
structure du J.
phœnicea âgé. En
opérant des cou-
pes successives
(fig. 10, 11), on
voit que la glande
résinifère est localisée dans la partie concrescente, comme dans
les feuilles définitives du J. phœnicea. Si l'on opère une coupe
dans la partie spiculaire libre de la feuille (fig. 11, 12, 13),
même à la base, on voit que la structure de cette aiguille
Juniperus phœnicea (/orme anomale).
336 JOURNAL DE BOTANIQUE
diffère de celle de la feuille jeune, par l'absence du canal
sécréteur et des stomates à la face inférieure, et par la conti-
nuité de l'hypoderme sur cette même face. On peut donc affir-
mer qu'il n'y a pas retour à la feuille primitive. Au contraire, si
l'on compare la feuille anomale (fig. 13) au petit cône qui sur-
monte la feuille tronquée normale (fig. 8), on voit que la struc-
ture est absolument la même.
On peut en conclure que cette feuille anomale est toujours la
feuille tronquée ordinaire, dans laquelle le cône terminal déta-
ché du rameau s'est allongé plus que de coutume.
Une coupe longitudinale de la feuille et de la tige (fig. 14)
confirme ce que j'ai dit d'après les coupes transversales. On voit
aussi, à l'aisselle de la feuille, un léger renflement, mais entiè-
rement composé de parenchyme.
En résumé, la feuille adulte du J \ phœnicea est une feuille pri-
mitive à limbe avorté ; le cône terminal de cette feuille adulte
prend un accroissement exagéré pour produire la forme anomale.
La question d'hybridité n'est même pas à soulever, car la
feuille anomale spiculaire, celle qu'on pourrait confondre à l'ex-
térieur avec la feuille duy. communis , offre les caractères de la
feuille du J. phœnicea, et ne présente pas ceux qui caractérisent
la feuille définitive du J. cominunis . Ces derniers caractères :
stomates au milieu de la face supérieure, en face du faisceau,
double formation de grosses cellules du péricycle, les unes apla-
ties, les autres normales et très nombreuses (1), canal résinifère
tout le long de la feuille, font ici complètement défaut.
Le /. phœnicea n'est pas le seul à présenter la déformation
dont il vient d'être question. Plusieurs autres espèces, cultivées
au Muséum sont affectées d'anomalies du même genre, qui, vrai-
semblablement, doivent se rapportera une structure anatomique
analogue.
Ces expansions foliacées ne sont pas rares chez les arbres
résineux; j'en ai vu, entre autres, chez le Cryptomei'ia japo-
nica; je n'ai pas eu la possibilité d'étudier l'anatomie de cette
feuille anomale, mais l'examen extérieur suffisait pour montrer
1. Dans la feuille anomale du J. phœnicea, on rencontre, comme dans les
feuilles jeunes, trois ou quatre cellules péricycliques ; mais ces quelques cellules ne
peuvent être comparées à la double formation du J. communis, aussi considérable
que le liber lui-même.
A. Franchet. — Note sur les Saussurea du Yun-nan. 337
qu'elle était entièrement différente de la feuille primitive. Te
crois que le fait est général chez les Conifères, qu'il peut y avoir
expansion foliacée, mais jamais retour à la feuille primitive.
L'examen de ces formes de feuilles montre une fois de plus
le parti que l'on peut tirer de l'anatomie végétale pour différen-
cier des formations qui paraissent semblables extérieurement.
NOTE SUR LES SAUSSUREA DU YUN-NAN
(Suite.)
Par M. A. FRANCHET
1. Saussurea ciliaris, sp. nov.
Rhizoma crassiusculum, non cespitans, fibris validis; caulis nullus;
folia lineari-oblonga, obtusa, supra glabrescentia, marginibus mox
revolutis pilis longis sordidis dense ciliata, subtus valide uninervia,
glabra; capitulum inter folia sessile, solitarium, ovato-oblongum,
parvum; squamae lanceolatœ majuscule, pauciseriatae, inferne coriaceae
lutescentes, e medio foliacea?, coloratae, ciliatae, extimae interioribus
vix duplo brevîoribus ; receptaculum nudum ; flores caerulei ; pappus
niveus, plumosus, pilis seriei exterioris tenuissimis facile deciduis.
Folia 1-2 1/2 poil, longa, 4-6 mill. sub apice lata; capitulum 15-18
mill. longum, 8-10 mill. latum.
Yun-nan, ad collum Yen-tze-hay, supra Lankong, ait. 3.500 m.
(Delavay, n° 2.105).
Bien caractérisé par l'absence de paillettes au réceptacle,
comme il arrive dans quelques autres espèces, 6 1 . elliptica, S.
polystichoides, S. Atkinsoni etc. Le 6\ ciliaris rappelle un
peu par son port le ^. werncrioides ; mais il ne forme pas de
touffes, ses feuilles sont étalées en rosette et les écailles de l'in-
volucre sont plus grandes.
2. S. edulis, sp. nov.
Caulis parce lanuginosus, foliosus; folia ampla tenuiter papyracea,
prsesertim subtus ad nervos pilis multicellularibus conspersa, lon^e
petiolata ; caulina petiolo latiusculo vix semiamplectantia, limbo late
ovato, basi truncato vel breviterattenuato, plus minus inciso-crenato,
lobis ovatis irregulariter dentatis ; folia suprema in involucrum approxi-
mata caulinis paulo magis membranacea, pallidiora, capitulum saepius
longe superantia, ovato -ianceolata, crenato-dentata ; capitulum solita-
338 JOURNAL DE BOTANIQUE
rium, magnum, ovatosubglobosum ; involucri squamae nunc nisi ima
basi foliaceae, coloratae, nunc fere totae lutescentes, marginibus tantum
anguste membranaceae, fuscae, late lineari-lanceolatae, acutae, vel nunc
apice valde obtusae, extimae interioribus vix duplo breviores; recep-
taculi paleae rigescentes, subpungentes, achaenio triplo breviores;
pappus rufescens, pilis elongatis vix plumosis dicendis, apice paulo
incrassatis longiusque barbellatis, exterioribus paucis, brevissimis ;
corolla caeruleo-violacea ; antherarum caudae glabrae, apice tantum
fimbriatae; achaenia pro génère magna, angulata, paucicostata, costis
corrugatis; areola lata, recta.
Variât : caule brevissimo vel nullo; foliis fere orbiculatis, basi dis-
tincte cordatis subintegris; petiolo nunc limbo longiore, nunc illo
triplo breviore ; nonnulla specimina 3-4 plo minora evadunt, et tune
capitulum fere duplo minus et folia angustiora.
Rhizomaelongatum ; caulis in speciminibus majoribususquepedalis,
digiti minoris fere crassitie; foliorum inferiorum limbus usque 15 cent,
longus, 10-12 cent, latus; capitulum usque 7 cent. diam. ; squamae in-
teriores pollicares, 5-6 mill. latae; setae receptaculi vix 2 mill.; achae-
nium 7-8 mill.
Yun-nan, ad cacumina montis Tsang-chan, ait. 4.000 m. (Delavay, n.
715); in calcareis infra juga nivalia Likiang, ait. 2.500 m. (Delavay, n.
1.032); Lankong, in calcareis montis Hee-chan-men, ait. 3.000 m.
(Delavay, n. 1.689); m pascuis ad collum Koua-la-po, prope Hokin,
ait. 3.000 m. (forma minor; Delavay, n. 1.690, 2.462).
Espèce très remarquable parmi les Satissurea. Elle a le port
d'un Berardia avec des feuilles glabrescentes lorsque ses tiges
sont très raccourcies ou molles ; ses paillettes receptaculaires ri-
gides, presque piquantes et surtout les poils de l'aigrette très
brièvement barbellés en font un type particulier entre ses con-
génères. D'après une note de M. Delavay, le réceptacle du S.
eduh's se mange au Yun-nan et son goût se rapproche beaucoup
de celui de l'artichaut.
3. S. spatulifolia, sp. nov.
Rhizoma crassiusculum, fibris validis ; caulis nullus; folia parva,
oblongo-spatulata, integerrima, supra cinereo-lanuginosa, subtus dense
albo-tomentosa ; capitulum solitarium, parvum, inter folia rosulata ses-
sile; squamae ovato-lanceolatae, e medio foliaceae, coloratae, subacutae,
praesertim apice pilosulae, extimae interioribus subduplo breviores ;
paleae receptaculi setiformes, achaenio circiter aequilongae, nonnullae
paulo longiores; flores violacei; pappus albidus, setis interioribus plu-
mosis, exterioribus duplo brevioribus, scabridis.
A. Franchet. — Note sur les Saussurea du Yun-nan. 339
Planta vix pollicaris; folia (adjuncto petiolo) 10-15 mill. longa,
4-5 mill. parte latiore lata; capitulum 10 mill. longum et fere latum.
In rupibus regionis altissimas tractus Likiang Suesschan, ait.
4.500 m. (Delavay, n. 2. 121).
Le 6 1 . spatidifolia est surtout voisin du .S". Thompsoni Clarke ;
mais il s'en distingue bien par ses feuilles tomenteuses et par les
paillettes allongées du réceptacle.
4. S. romuleifolia, sp. nov.
Rhizoma ad collum vestigiis foliorum delapsorum crasse vestitum ;
caulis rigidus, angulatus, villosus, paucifoliatus ; folia glabra incurva,
rigescentia, angustissime linearia, nervo subtus crasso, marginibus
revolutis, infimis caule longioribus; capitulum solitarium basi nudum,
majusculum, e basi rotundata ovatum; involucri squamse extus lanu-
ginosae, lanceolatae, longe acumiuatae, in spinulam lutescentem desi-
nentes, fere ex toto coloratae, extimis interioribus fere aequilongis;
paleae receptaculi setiformes, elongati, fere dimidium pappi aequantes;
flores caerulei ; pappus sordide albus, pilis interioribus plumosis, exte-
rioribus scabris triplo brevioribus; achaenia levia.
Caulis 1-6 poil.; folia 3-10 poil, longa, 3 mill. lata; capitulum
3 cent, longum, 2 cent, fere basi latum ; squamae 20-25 cent, longae,
3-4 mill. basi latae; receptaculi setae 10-14 mill. longae.
Yun-nan : Likiang in collibus calcareis (Delavay) ; in dumetis
montis Che-tzo-tze, supra Tapin-tze (Delavay, n. 490); in pratis siccis
calcareis montis Hee-chan-men, prope Lankong, ait. 2.300 m. (Dela-
vay, n. 1.005 et n. 58).
Très singulière espèce bien caractérisée par ses feuilles ri-
gides et étroites et par ses écailles involucrales qui se terminent
en longue pointe foliacée, étroite, spinuleuse au sommet. Le rhi-
zome est chargé de fibrilles à son sommet, comme celui du Scor-
zonera austriaca. La plante ne rappelle que de loin le .S*. pyg-
nicea, à côté duquel elle doit cependant être placée.
5. S. Sughoo Clarke, Compend. Ind. p. 125.
Yun-nan, Likiang Suee-chan, ait. 4.000 m. (Delavay, n. 2103).
Espèce largement dispersée depuis le Sikkim jusqu'au Thi-
bet chinois, où M. l'abbé David l'a rencontrée dans les monta-
gnes de Moupine,
6. S. taraxacifolia Wall., Cal. 2.914. Var. depressa Hook.
Yun-nan, in collibus calcareis prope collum Yen-tze-hay, prope
Lankong, ait. 3.200 m. (Delavay).
340 JOURNAL DE BOTANIQUE
Forme naine, à tige de 3 à 4 cent.; elle se rapproche singu-
lièrement des formes à feuilles roncinées du ^S. yumianensis ;
elle s'en distingue néanmoins assez facilement à ses écailles invo-
lucrales plus larges à la base, ovales-lancéolées et non pas lan-
céolées-linéaires. Les achaines lisses séparent bien nettement
cette forme du £. Kîinthiana, dont elle a l'aspect.
7. S. Kunth.'ana Clarke, Comp. lad. p. 225. Vax.Jîlictfolia Hook.
fil., FI. ofBrit. lad. III, p. 369.
Yun-nan, inpratisumbrosis montis Fang-yang-tchang, ait. 3.000m.
(Delavay) ; in collibus, supra collum Koua-la-po (Delavay, n. 55).
Feuilles divisées presque jusqu'au rachis en lobes linéaires,
très rapprochés, obtus ou arrondis au sommet, entiers ou pour-
vus d'une petite oreillette à leur base antérieure ; capitule un peu
velus extérieurement ; écailles de l'involucre longuement folia-
cées-linéaires ; achaines muriqués sur toute leur surface ; paillettes
du réceptacle assez inégales, plus courtes que l'achaine ou le dé-
passant; tige de 3 à 20 centimètres.
8. S. yunnanensis, sp. nov.
Rhizoma saepius simplex unicaule, vestigiis petiolonim dense ves-
titum; caulis erectus, gracilis, lanuginosus; folia supra glabra, intense
viridia, subtus niveo-tomentosa, inferiora in petiolum longum atte-
nuata, caulina média et superiora auriculis parvis semiamplectantia ;
capitulum solitarium, majusculum, ovatum; involucri squamœ extus
villosulae, e basi breviter ovata coriaceae, longe lanceolato-lineares, a-
cuminatae, prassertim ad marginem coloratse, extimse nonnullse fere se-
taeese, exteriores interioribus parum breviores, omnes rigide mucronu-
latae; flores caeruieo-violacei ; receptaculi paleae lineares, elongatse,
pappi fere dimidium aequantes; pappus sordidus, pilis seriei exterioris
abbreviatis seabris, interioribus longe plumosis ; achsenium laeve.
Caulis 2-4 decim., pennae corvinse crassitie; folia inferiora 10-20 c.
longa; capitulum 20-25 mill. long., 18-20 mill. latum.
Quoad folia eximie varians.
a. iategrifolia. — Folia omnia linearia vel lineari-lanceolata,
4-8 mill. parte latiore lata, longe acuminata, marginibus revolutis
integerrimis.
Yun-nan, ad collum montis Hee-chan-men, ait. 3.000 m. (Delavay,
n. 59); in collibus supra Tapin-tze, inter frutices (Delavay, n. 609).
$..runcwata. — Folia runcinata, lobis linearibus elongatis deorsum
flexis, nunc paucis et tune terminali longissimo, nunc utrinsecus usque
ad 15, terminali vix longiore.
E. Boudier et N. Patouillard. — Sur deux espèces nouvelles de Clavaires. 341
Yun-nan, in monte Che-tcho-tze, supra Tapin-tze (Delavay,n. 491);
in pratis regionis altissimae montis Koua-la-po supra Hokin (Delavay,
n. 56).
Voisin du £. taraxacifolia ; il s'en distingue facilement par
ses tiges grêles et élancées et surtout par la forme beaucoup plus
étroite et plus allongée des écailles de l'involucre. Les poils ex-
térieurs de l'aigrette sont très fragiles et peuvent paraître faire
défaut dans certains exemplaires. {A sziz'vre.)
NOTE SUR DEUX ESPECES NOUVELLES DE CLAVAIRES
Par MM. E. BOUDIER et N. PATOUILLARD
Clavaria (Clavariella) echinospora Boud. et Pat. — Minuta aut
média, 3-4 cm. alta, simplex sed fastigiata, aurea, basi vix pallidiore,
mycelio luteo parum conspicuo suffulta. Clavulis elongatis, cylindricis,
rarius subcanaliculatis, ad apicem et basim subattenuatis, rectis, rarius
flexuosis. Sporis luteis, rotundatis, junioribus laevibus, maturis verru-
cosis, intus guttula crassa praeditis, hylo conspicuo et in basidiis elon-
gatis sterigmatibus quaternim dispositis suffultis, diametro 7 p œquan-
tibus.
Ad terram argillosam inter gramina et muscos in montibus Jurants
(Patouillard) et dein in Cebennisà doctore Martin reperta. Sept. 1888.
Obs. — Plante jaune d'or ayant parfois le sommet brunâtre,
blanchâtre à la partie inférieure qui est souvent un peu renflée ;
ordinairement elle est simple et cylindrique, mais on rencontre
quelques spécimens fourchus et comprimés ; clavule pleine, à
tissu intérieur filamenteux et pâle. Les spores sont d'abord inco-
lores et globuleuses, puis prennent une teinte jaune brillante en
même temps qu'apparaissent de grosses verrues qui les rendent
anguleuses. Le port et l'aspect général de cette Clavaire sont les
mêmes que ceux du Cl. inseqiialis avec laquelle notre plante a
été confondu jusqu'ici; les deux espèces sont bien distinctes par
la forme et la couleur des spores ; de plus le Cl. inasqualis a une
teinte plus orangée ou ferrugineuse.
2. Clavaria cardinalis Boud. et Pat. — Media, 4-5 cm. alta, sim-
plex sed fastigiata, pure miniata, siccitate pallescens praecipue ad ba-
sim. Clavulis elongatis, rarissime furcatis, intus fistulosis aut farctis,
cylindricis, dein canaliculatis aut compressis et tune 3-5 millim. latis,
342 JOURNAL DE BOTANIQUE
ad apicera aut ad basim saepius attenuatis, glabris, minute sed conspi-
cue striatis. Sporis rotundatis, albis, intus nucleo oleoso crasso prae-
ditis, hylo bene conspicuo, 5-7 y- crassis, in basidiis elongatis cylindri-
cis, tetrasporis suffultis. Cystidiis filarnentosis, flexuosis, sterigmatibus
vix superantibus.
Ad humum truncorum Todeœ barbares ex Australia missae abun-
dans, in caldariis Horti Plantarum Parisiensis. Sept. 18S8.
Obs. — Lorsqu'elle est jeune cette plante est fistuleuse; avec
l'âge elle devient comprimée, striée longitudinalement, et paraît
farcie à l'intérieur et même pleine. Son tissu est charnu, fibreux,
et se détache facilement. D'abord d'un rouge intense, elle ne
tarde pas à pâlir vers la base qui semble recouverte d'une pruine
blanche laissant voir par transparence ses parties colorées sous-
jacentes. Dans l'alcool elle jaunit entièrement et ce liquide se
colore en jaune. L'extrémité est quelquefois obtuse ou même
tronquée et échancrée, mais le plus souvent elle est simple et
atténuée. Elle croît par groupes nombreux, entre les racines
adventives mortes sur le tronc d'un Todea barbara récemment
arrivé d'Australie aux serres du Muséum de Paris. Il est probable
qu'elle doit se trouver sur le tronc d'autres Fougères arbo-
rescentes.
EXPLICATION DES FIGURES (PL VIII).
I. Clavaria echinospora Boud. et Pat. ; grand, nat.
I a . Basides; gross. 475.
I". Spores ; gross. 820.
II. Clavaria cardinal is Boud. et Pat. ; grand, nat.
II a . Hyménium avec basides tétraspores etbispores, et cystides; gross. 475.
II b . vSpores; gross. 820.
CONTRIBUTIONS NOUVELLES
A LA FLORE DES COLLINES D'ARTOIS
(Cambrésis, Artois, Haut-Boulonnais .) (Suite.)
Par M. l'abbé A. MASCLEF
VALÉRIANÉES
Centranthus ruber DC. — Etaples, Montreuil; murs du cimetière de
Marquion (R. et D.).
DIPSACÉES
Dipsacus pilosus L. — Menneville (de L.); Hesdin vers Marconnelle
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles à la flore des collines d'Artois. 343
(D r C); Fameckon (M.); bois du Quesnoy près Oisy-le-Verge? ; bois
Couillet près Marcoing (G.).
COMPOSÉES
Onopordon Acanthium L. — Etaples (R. et D.) ; coteaux calcaires près
la Chartreuse de Neuville-sous-Moutreuil(yA.)\ Havr incourt (Q.); Cam-
brai, abond. sur plusieurs points ; Villcrs-Plouich, Vaucelles, Esnes
près de F Eglise, Solesmes (G.).
Cirsium er'ophorum Scop. — Bours, coteaux calcaires à l'extrémité du
bois de la Lihne iDum. et M.); bords des chemins aux environs de
Sauchy-Cauchy et de Saiichy-Lcstrêe près la ferme de Sauchicourt; for-
tifications de Cambrai, Rues des Vignes, coteau calcaire à Lesdain, \ r au-
c elles près de la crypte de l'ancien monastère; Saint- Bénin (G.)
C. arvense Scop. Var. mite Koch. — Abond. à Cambrai dans les lieux
incultes et les décombres à la porte Cantimpré (G.).
Cantaurea solsticialis L. — Bords du canal à Leus (M.) ; berge de la
Sensée entre Pallnel et Âùbigny-au-Bac (D r C.) ; entre Havrincouvt et
Ribécourt (?); fortifications de Cambrai (G.).
C. pratensis Thuill. — Bourlon, pelouse entre la chapelle de Cambrai et
le bois (R, et D.).
Bidens tripartitus L. — Sempy, Saint-Aubin près Saint-Josse (R. et
D.); la Bassée (V. Personnat in herb. M.); Arleux, Cambrai, Busigny
(G.)-
B. cernuus L. — Arleux; fossés à Cambrai; les Faux-Viviers près
Busigny (G.).
Achillea Ptarmica L. — Rivière de Sempy, gare d 1 Aubin-Saint- Vaast
(R. et D.V, vallée de la Scarpe entre Saiut-A^icolas et Saint-Laurent
près Arras et à Athies (D 1 ' C.); marais de Sains et de Marquion (R. et
D.); prairies le long de l'Escaut autour de Cambrai, à Saint-Rock et à
Proville ; abond. dans les prairies humides au bois de Gatiignies près
Clary; les Faux-Viviers près Busigny (G.).
Cota tinctoria J. Gay. — Cambrai, terrains calcaires sur la route d'Es-
caudœuvres (G.).
Matricaria inodora L. — Lotlinghen (de L.); Château d ' Au tigueul près
Valhuon (Dum.); Cambrai près d'Escaudœuvres ; Solesmes, sur la voie
ferrée; Forest près le Cateau (G.I.
Chrysanthemum segetum L. — Clcnlcu, près le bois d'Himel (R. et
D.) ; abond. aux environs d'Hesdin (D r C); moissons de la plaine de
Lens près Bully-Grenay , sur le calcaire (M.).
Tanacetum vulgare L. — Upen d'Aval; Lotlinghen (de L.); Alette,
Remortiu près Clenleu (R. et D.) ; commun à Cambrai; Bouchain (G.).
— Voies ferrées à Aubin-Saint- Vaast, Tincoucs, Savy-Berlettes, Bully-
Grenay (M.), de Cambrai à Busigny (G.).
Filago spath ulata Presl. — Aix-en-Lssart (D.).
344 JOURNAL DE BOTANIQUE
F. germanica L. (F. canescens et F. lutescens Jord.) . — Quilen, Mar-
quiou (R. et D.) ; Bertincourt, Cantaing (Q.); champs près le bois des
Neuf à Mar coing ; Busigny (G.).
F. minima Pries. — Champs siliceux sur la lisière des bois des Neuf près
Marcoing et de Busigny (G.).
Gnaphalium sylvaticum L. — Forêt de Guînes,- forêt de Nielles-les-
Bléquin, Lottinghen (de L.) - , Clenleu, forêt du Bois-Ratel à Beussent,
bois SEnquin (R. et D.) ; forêt de Saint-Foi (M.); Givenchy- le- Noble,
Bourlon (R.)', bois Couillet: bois de Gattignies et de Busigny (G.).
Pulicaria vulgaris Gaertn. — Nielles-les-Ardres (de L.).
Inula Helenium L. — Lottinghen (de L.).
I. Conyza DC. — Guînes, Dohem, Seninghen (de L.); coteaux des envir.
de Pas-en-Artois (M.); A. C. dans le Cambrésis (G. et Q.).
Erigeron acris L. — Bois de Bourlon (R.), Flesquières (Q. et G.); vieux
murs à Cambrai, remparts de Bouchain (G.).
Senecio sylvaticus L. — Bois de Bimont (R. et D.).
S. erucaefolius L. — Lottinghen et localités voisines (de L.)*, Clenleu,
Quilen (R. et D.); la Caloterie, gare d 1 Auchy-les-Hesdin, Pernes, Cam-
blain- Châtelain, Colonne- Rie ouart (D.) ; coteaux entre Anvin et Heuchin
(D r C. et M.).
S. aquaticus Huds. — Lottinghen et localités voisines (de L.) ; Enquin,
Mont-Cavrel, Alette (R. et D.) ; Rang-du-Fliers (M.).
S. saracenicus L. — Bois de Marets, du côté de Busigny (G.).
Petasites officinalis Mœnch. — Desvres, Queslrecques et le Breuil près
Samer (de L.) ; Angres, en bas des bruyères, le long de la Souchez;
marais de la Scarpe entre Saint-Laurent et Athies (D 1 * C).
P. fragrans Presl. — Bords de la Canche à Aubin-Saint- Vaast; Cappelle,
sur le plateau entre la Canche et TAuthie (D r C.) ; Camblain-Châtelain
(Dum.) ; Gosnay, bords du chemin du bois des Dames, près la Char-
treuse (M.).
Helminthia echioides Gaertn. — Dohem (de L.) ; Havrincourt (Q.), Bour-
lon (R. et D.), Cambrai; Caudry; bords du canal de la Sensée à Hem-
Lenglet (G.).
Scorzonera humilis L. — Prairies sablonneuses au bois de Gattignies
près Clary (G.).
Lactuca perennis L. — Enquin (R. et D.) ; moissons des terrains cal-
caires à Etrun, Arras, entre Achicourt et Wailly, sur les coteaux en-
tre Pas-en- Artois et Famechon (M.). — C. dans le Cambrésis : Bourlon,
Fontaine-Notre-Dame, Marquion (R. et D.), Cantaing (Q.), coteaux
calcaires à Marcoing, Masnières, Esnes, Lesdain, Caudry, Bévillers,
Clary, voie ferrée de Cambrai a Busigny, sur les talus calcaires (G.).
L. muralis Presen. — Alette, Loutendal (R. et D.); Lumbres (Gérard) ;
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 345
Aix-Noulette (Boulay) ; vieux murs à Anne2in près Béthune ; talus du
chemin de fer à Athies (M.); vieux murs à Havrincourt près du Châ-
teau; murs de l'Archevêché à Cambrai; Varicelles (G;.). — Cette espèce
est rare dans la région des collines d'Artois où elle paraît toujours in-
troduite; elle est beaucoup plus commune en Flandre.
Lactuca Scariola L. — Berg-e du canal de la Sensée à Paillencourt (G.).
Crépis biennis L. — Etrun (R.).
Hieracium vulgatum Pries. — Bois Noël à Preures (R. et D.); Havrin-
court (Q.).
H. amplexicaule L. — Se répand de plus en plus aux environs d'Arras
où il abonde : talus de la voie ferrée entre Athies et Farbus- Vimy (M.) ;
Achicourt, le long de la ligne du chemin de fer (D r G.).
H. boréale Fries. — Forêt de Nielles-les-Bléquin (de L.); forêt de Saint-
Mie hel près Saint-Pol (M.).
H. umbellatum L. — La Caloterie, Sorrus ; bois des Riets près Divion
(D.); bois de Bourlon (R.).
CAMPANULACÉES
Campanula rapunculoides L. — Bully-Grenay, talus de la voie ferrée
près la station (D r C. et M.) ; Achicourt, le long de la ligne du chemin
de fer (D r C).
C. Rapunculus L. — Forêt du Bois-Ratel près Beussent; Eps, Bours
(R. etD.); bords des chemins près Pas-en-Artois (M.); Havrincourt
près le bois du Femy; petit bois sur les bords de l'Escaut entre Noyelles
et Marc oing ; Iwuy, prairies le long du canal; abond. aux environs de
Busigny (G.).
C. grlomerata L. — A. C. aux environs de Cambrai : coteau calcaire à
Paillencourt, bords d'un chemin à Ribécourt, entre Mat-coing et Noyelles,
bois Couillet, coteaux calcaire de Bonavy près Banteux et d'Bsnes (G.).
Specularia hybrida Alph. DC. — Dohem (de L.) ; Loues, entre Arras et
Etrun (R. et D.); champs argilo-calcaires à Havrincourt et Graincourt,
coteaux calcaires de Caudry a Esnes (G.).
VACCINIÉES
Vaccinium Myrtillus L. — Bois des Dames près Lapugnoy (M.) ; bru-
yères entre Angres et Souches (D r C. et M.).
PYROLACÉES
Pyrola rotundifolia L. — Bois entre Dohem et Upen (de L.) ; coteau cal-
caire de Bergueuneuse, le long de la rivière d'Heuchin à Anvin (D r C.) ;
coteaux calcaires de Marqueffles près Bouvigny, vis-à-vis le bois de
Noulette (D r C. et M.).
MONOTROPÉES
Monotropa Hypopitys L. — Bois de Bourlon, parasite sur les Chênes
(R. et D.).
346 JOURNAL DE BOTANIQUE
ASCLÉPIADÉES
Vincetoxicum officinale Mœnch. — Abond. dans le bois du Châtelc.t à
Pas-en- Artois, sur les pentes rocailleuses et calcaires (M.).
GENTIANÉES
Menyanthes trifoliata L. — Enquin (R. et D.) ; Cambrai dans une petite
prairie marécageuse auprès de la porte Cantimpré (G.).
Chlora perfoliata L. — Escœuilles, Loitinghen, Dohem, Belette (de L.) ;
Clenleu (Ri et D.); coteaux calcaires vis-à-vis le village de Fomeçhon
près Pas-en- Artois (M.).
Gentiana germanica Willd. — Clenleu, Quilen (R. et D.) ; foumy, Cléty,
Dohem, Belette (de L.); bois Couillet près Marcoing, dans une clairière,
sur le calcaire (G.).
Erythraea pulchella Fries. — Lottinghen (de L.); Cambrai, bords du
chemin de Bourlon (G.).
BORRAGINÉES
Anchusa sempervirens L. — Naturalisé dans la maison de campagne
du Grand Séminaire à Neuville- Saint- Remy près Cambrai; abond. sur
un espace d'une dizaine d'hectares (G.).
Myosotis versicolor S m. — Bois sablonneux du Qucsuoy près Oisy-le-
Verger, entre Palluel et Sauchy-Lestrée, Havi-iucourt au Mont de
Trescault; bois sablonneux des Neuf près Marcoing, de Mont-aux-
Villes près Bertry et de Busigny (G.).
Myosotis arenaria Schrad. — Champs argileux à Haynecourt et à Iwuy
(G.).
Echinospermum Lappula Lehm. — Lieux incultes des environs de
Cambrai, vers Escaudœuvres (G.).
Cynoglossum officinale L. — Bords des chemins entre Aubiguy-au-Bac
et Fressies, entre Oisy-le- Verger et Sauchy-Lestrée et à Rieux, sur le
calcaire ; fortifications de Cambrai, bois Couillet et coteaux calcaires de
Bonavy entre Marcoing etBanteux, murs de l'abbaye de Vaucelles (G.).
Lithospermum officinale L. — Taillis calcaires du bois du Châtelet à
Pas-en-Artois (M.).
SOLANÉES
Phy salis Alkekengi L. — Saint-Bruon près Cambrai, au bord d'un
chemin, près d'une ancienne habitation (G.).
Atropa Belladona L. — Saint-Roch près Cambrai, au pied d'un vieux
mur (G.).
Hyoscyamus niger L. — Entre Oisy-le-Verger et la ferme de Sauchi-
court près Sauchy-Lestrée, sur le calcaire ; Bourlon, bords des chemins'
Cambrai à la porte Cantimpré, Proville, Cantaing, Marcoing, Ribé-
courl, Ba7iteux, Vaticelles près l'abbaye et à Mont-Eco uvez; coteaux
d'Esnes près de l'Église (G.).
Abbé Masclef. — Contributions nottvelles a laflore des collines d'Artois. 347
VERBASCÉES
Verbascum phlomoides L. — Décombres à Cambrai (G.).
V. fïoccosum Waldst. et Kit. — Abond. à Cambrai sur les terrains cal-'
caires des fortifications, entre la porte Saint-Georges et. la porte de
Selles (G.).
V. Lychnitis L. — Terrains calcaires incultes entre Marcoing et M'as-
mères, bois Couillel, coteaux de Vauc elles ; coteaux calcaires entre
Esnes et Lesdain (G.).
V. nigrum L. — Saint- Tricat (de L.); Preures (R. etD.); Montreuil-sur-
Mer ; gare d' Aubin- Saint- Vaast (D.); abond. sur la craie dans le ci-
metière de Rœllecourt près Saint-Pol (M.); Saint-Nicolas près Arras
(D.); Pas-en-Artois (M.); Ecourt-Saint-Qiteulin (R. et D.); fortifica-
tions de Cambrai, bois Couillet près Marcoing; coteaux calcaires d 1 'Esnes
à Cr'evecœur et à Walincourt (G.). — Paraît manquer au sud-ouest des
collines d'Artois vers Frévent et Auxi-le- Château (M.).
X V. Schiedeanum Koch; V. nigro-Lychuitis Schied. — Fortificatiqns
de Cambrai (G.).
V. Blattaria L. — Jardin inculte de la Chartreuse de Nenville-sous
Montreuil (D 1 ' C. 1886. — M. 1887); pelouse de l'Institution Notre-Dame
de Grâce à Cambrai (G.).
SCROPHULARIÉES
Veronica triphyllos L. — Fontaine-Notre-Dame près Cambrai, abond.
dans un champ à l'entrée du village; Cambrai, terrains calcaires entre
la route de Bapaume et Saint-Olle ; champs argileux près Cambrai {G.).
V. praecox Ail. — Arras (D 1- C). A. G. aux environs de Cambrai : Rail-
lencourt, Fontaine-Notre-Dame, Cambrai, Noyé lies-sur- l'Escaut, Mar-
coing, Havr incourt, Cr'evecœur, Esnes, Haucourt, Beauvois, Iwuy, etc.,
principalement sur l'argile à silex (G.).
V. acinifolia L. — Champs argilo-sablonneux à Bourlon et à Busigny
(G.).
V. montana L. — Viel-Moutier (de L.); C/euleu, bois d'Himel à Alette
(R. et D.) ; bois de Marets et de Busigny (G.).
V. scutellata L. — Bourlon, près des tuileries ; les Faux- Viviers près
Busigny (G.).
V. Teucrium L. — Lisière calcaire du bois de Marœuil (M.) ; Dainville,
bords du chemin de Berneville, sur le calcaire (D 1 ' C); bois & Havr in-
court, pelouse calcaire de Saint-Hubert (R. et D.); coteaux calcaires
d'Esnes (G.).
Digitalis purpurea L. — Abond. aux environs d' Hue a ue tiers dans le
bois Noël à Preures, la forêt du Bois-Ratel à Béassent et le bois
d'Himel à Alette (R. et D.).
Antirrhinum Orontium L. — Lieux cultivés à Neiwille près Cambrai
(G.).
348 JOURNAL DE BOTANIQUE
A. majus L. — Vieux murs à Annezin près Béthune (M.).
Linaria Cymbalaria Mill. — Vieux murs à Cambrai (G.).
L. striata DC. — Abond. au Pont-du-Gy près Etrun et aux environs, sur
la craie (M.); passage à niveau SAchicourt (D r C.)', Marcoing, mois-
sons des terrains calcaires; coteaux calcaires d'Esnes à Lesdain (G.).
Pedicularis sylvatica L. — Prairie sablonneuse au Mont-aux-Villes
près Bertry (G.).
P. palustris L. — Enquin, Sorrus (R. et D.).
OROBANCHÉES
Orobanche Rapum Thuill. — Boisd'Himel à Alette, sur le Sarothamnus
scoparms (R. et D.).
O minor Sutt. — Plaine de Lens, près l'arbre de Condé (M.) ; Êavrincourt
(Q-) '■> Grainconrl, Bourlon, Marquion (R. et D.).
Lathraea squamaria L. — Forêt de Saint-Michel près Saint-Pol, bois
> de Ramecourt (!) (D r Planque).
LABIÉES
Mentha sylvestris L. — Cambrai, bords des chemins vers Escaudoeu-
vres (G.).
Salvia (i) pratensis L. — Marœuil (M,)] fortifications de Cambrai (Les-
tiboudois, G.); voie ferrée à Caudry (G.); pré à Iwuy (Ch. Delloye).
— Lille (D r C).
Calamintha Acincs Clairv. — Humbert, Sempy (R. et D.); Calonne-
Ricouart (D.); A. C. dans le Cambrésis sur les coteaux et dans les
champs calcaires : moissons près du bois Couillet près Marcoing, Vau-
celles, coteaux d' Esnes, etc. (G.).
C. menthaefolia Host. : C. ascendens Jord. — Cambrai, abond. sur le
haut des remparts entre la porte Saint-Sépulcre et la porte Saint-Geor-
ges, dans les lieux herbeux (G.).
C. Nepeta Hoffm. et Lamk. — Cambrai, abond. sur les coteaux du Mont-
des-Bœufs, entre la Citadelle et Saint-Druon (G.).
Melissa officinalis L. — Bords des chemins et haies autour de Cambrai
(G. ttQ.).
{A suivre.)
i. Le S. verticillata L. se maintient depuis plusieurs années à Arras, dans
les terrains vagues de la gare et dans les fortifications près le tir militaire (M).
M. l'abbé Godon l'a recueilli auprès de Cambrai, dans des terrains vagues sur la
route d'F^scaudœuvres.
Le S. ofScinaliî L. a été observé à Lillers, dans une station analogue, par
M. P. Dumon.
Le Gérant ; Louis Morot.
Puis. — I. Merseft. Imp.. 22, pi. Deofert- RecfcereaM.
2' ANNEE N- 20 16 OCTOBRE 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
X ORCHIS TIMBALIANA (O. MO RIO X O. MACULA TA)
Par M. E. G. CAMUS
Les époques de floraison, aux environs de Paris, de Y Orchis
Morio L. et de Y O. maculata L. offrent des conditions peu favo-
rables à l'hybridation de ces deux espèces (1). Aussi n'a-t-on
pas encore, à ma connaissance, signalé d'hybride produite par
la fécondation de l'un de ces Orchis par l'autre. Sur le littoral
de la Manche, la floraison de YO. Morio se trouvant ordinaire-
ment retardée, les chances d'hybridation deviennent alors plus
grandes.
Dans une herborisation faite, le 17 juin, aux environs de
Dieppe, sur la falaise qui se trouve à gauche du village de Pour-
ville, en faisant face à la mer, j'ai trouvé, dans une prairie dont
l'altitude est de cent mètres environ-, une grande quantité d'(9.
maculata et d'(9. Morio croissant ensemble. Le sol de la prairie
partant de l'arête de la falaise offre une dépression en forme de
cuvette où le sol conserve facilement l'humidité. Voyant dans la
coïncidence de la floraison des deux Orchis et leur abondance
des circonstances favorables à l'hybridation, je regardai un à un
tous les pieds à' Orchis qui ornaient la prairie. Tous les individus
de YO. maculata appartenaient à une même forme, à labelle
trilobé, à lobes profonds, le médian dépassant les latéraux ; ceux
deYO. Morio étaient à fleurs d'un violet purpurin.
Deux pieds n'appartenaient à aucune de ces deux plantes et
rappelaient l'une et l'autre par leur forme intermédiaire; j'avais
là deux hybrides de YO. Morio et de YO mactilata, mais sans
pouvoir rien préjuger sur le rôle des parents dans la fécondation.
La diagnose de ces plantes peut se résumer ainsi : plante de
20 à 25 centim. de hauteur; port de YO. maculata ; bulbes pal-
1. O. Morio, du 10 avril à la lin de mai, rarement aux premiers jours de juin ;
O. maculata, de juin à juillet.
35 o JOURNAL DE BOTANIQUE
mes; feuilles lancéolées, canaliculées, portant à la face interne
des macules brunâtres, comme dans Y O. macttlata^vo^xs faiblement
marquées; bractées herbacées, la plupart plus grandes que
l'ovaire; périanthe à divisions supérieures conniventes, les laté-
rales un peu écartées, mais non étalées; labelle à trois lobes, les
latéraux refléchis en arrière, le médian au plus de la longueur
des latéraux, un peu moins large et émarginé au sommet ; labelle
et divisions extérieures du périanthe marqués de ponctuations
légères comme dans MO. maculata. Fleurs d'un rose lilas en épi
oblong, conique.
Je dédie cette belle plante à feu mon confrère M. Timbal-
Lagrave, auteur de plusieurs mémoires sur les hybrides d'Or-
chidées.
EXPLICATION DE LA PLANCHE IX
i. X Orchis Timbaliana ; grand, nat.
2. Fleur vue de face.
3. Fleur vue de côté.
4. Gynostème.
LA SEXUALITÉ CHEZ QUELQUES ALGUES INFÉRIEURES
Par M. P. A. DANGEARD
Les phénomènes sexuels sont encore inconnus chez un grand
nombre d'organismes inférieurs ; les causes en sont multiples ;
ces phénomènes ne se produisent en effet qu'à de longs inter-
valles, sous l'influence de conditions mal déterminées : ils durent
souvent fort peu de temps et sont difficiles à observer. Il faut
de toute nécessité arriver au moment opportun et suivre alors
sans interruption les modifications qui se produisent. D'après
les quelques remarques que j'ai pu faire, c'est au commencement
du printemps ou à la fin de l'été qu'il y a le plus de chances
de pouvoir obtenir dans les cultures la formation des oospores ;
il n'est d'ailleurs pas douteux que toute circonstance défavo-
rable à la vie de l'espèce : défaut de nutrition, dessication pro-
gressive du milieu, action de substances nuisibles, etc., ne
puisse amener ou du moins hâter le moment de la reproduction
sexuelle. Examinons comment cette reproduction a lieu dans
quelques espèces d'Algues et voyons s'il n'est pas possible d'en
tirer quelques conséquences au point de vue de la classification.
P. A. Dangeard. — La sexualité chez quelques Algues Inférieures. 351
Phacotus angulosus Stein.
Le genre Phacotus est dû à Perty (1) qui le créa pour une
espèce ayant un contour sphérique, une forme biconvexe et 2
ou 4 cils ; il la désigne sous le nom de Phacotus viridis et la
place entre les Cryptomouas et les Anisonema.
Carter étudie deux espèces appartenant à ce genre; il les
rapporte au genre Cryptoglcna sous le nom de C. angulosa et
C. lenticularis (2); il décrit en ces termes ce qu'il considère
comme la reproduction sexuelle de cette espèce : « I hâve seen
to day the incorporation of the spermatozoïd with the macro-
gonidium of Cryptoglena lenticularis take place several times
and once so satisfactorily that I am able to assert the fact
without réservation. »
M. Stein place avec raison ces deux espèces dans le genre
Phacotus (4) ; il ne peut rien affirmer en ce qui touche la repro-
duction sexuelle.
Jusque dans ces derniers temps, les Phacotus ont été considé-
rés comme des Protozoaires; dans nos Recherches sur les Algues
inférieures (4), après avoir décrit avec détails la reproduction
asexuelle d'une espèce, nous avons été conduit à placer ces êtres
tout près des Chlamydomoiias ; en même temps nous avons
signalé, chez le Phacotus angulosus Stein, l'existence de kystes
en indiquant leur mode de germination.
Ces cellules de repos étaient-elles toutes des kystes, ou bien
provenaient-elles d'une copulation de gamètes? Nous ne saurions
rien affirmer et on comprendra, par ce qui va suivre, les raisons
de notre réserve.
J'ai recueilli dans une excursion faite aux environs de Caen,
à Bernières, une récolte de Phacotus angulosus (fig. 1), qui, par
exception, était presque pure; je n'avais guère à espérer trou-
ver du nouveau sur cette espèce que j'avais déjà longuement
étudiée les années précédentes; cependant, à tout hasard, j'en-
trepris quelques cultures ; dès les premiers jours, je m'aperçus
que la marche du développement ne suivait pas son cours nor-
1. Perty. Zur Kenntniss klsiusler Lebcusform. Berne 1852.
2. Carter. On tke fecundation in Eudorina elegans and Cryptoglena (Ann. of
natural history, 1858).
3. Stein. Der Orgauismus der Infusionstkiere, 1878, Flagellaten.
4. Annales des sciences naturelles, Bo.., 7'' sér., t. VII.
352 JOURNAL DE BOTANIQUE
mal; la reproduction asexuelle était presque nulle; par contre
quelques individus, après avoir perdu leurs deux cils, formaient
quatre ou huit petites zoospoies par bipartitions successives
(fig. 2 et 7); ces zoospores s'agitaient assez longtemps à l'inté-
rieur des deux valves légèrement écartées (fig. 2) ; puis elles
finissaient par se dégager et devenir libres; elles étaient ovales
ou fréquemment allongées en petits bâtonnets, avec deux cils à
l'avant ; elles présentaient avec les gamètes que j'avais eu l'occa-
sion de voir jusqu'ici une différence frappante; la chlorophylle,
au lieu d'être localisée à la partie postérieure, se trouvait à l'a-
vant, l'extrémité postérieure étant incolore (fig. 3). Comme elles
étaient peu nombreuses, je fus assez longtemps sans pouvoir
saisir leur signification; enfin je réussis plusieurs fois à observer
la fusion de ces gamètes.
Elis est excessivement rapide : deux gamètes se réunissent
par leurs cils, et se pressent l'une
\ contre l'autre un peu obliquement
(fig. 4) : elles peuvent, pendant deux
minutes environ, se mouvoir vive-
ment ; elles s'arrêtent ensuite, per-
dent leurs cils; on croirait alors
avoir affaire à une seule zoospore
arrivée au repos (fig. 5) : la fusion
s'opère, l'oospore s'arrondit (fig. 6).
— Le développement de ces oospores
et leur germination sont exactement ceux que j'ai décrits comme
appartenant aux kystes. — J'ignore donc si réellement il y a des
kystes dans ce genre ; il a fallu pour observer la fusion des ga-
mètes deux conditions : trouver des cultures assez pures, et
d'autre part arriver juste à la minute précise où s'effectuaient les
copulations; dans ces conditions, il est presque impossible
d'affirmer qu'une cellule an repos ne provient point d'une fusion
de deux gamètes.
Existe-t-il entre ces gamètes une différence de sexe? on
trouve des sporanges qui fournissent tantôt quatre, tantôt huit
zoospores ; on pourrait croire qu'il y a dans ce fait une indica-
tion ; n'ayant remarqué dans la taille et dans l'aspect aucune dif-
férence sensible entre gamètes, je ne puis dire en quoi peut con-
sister ici la différence de sexe.
Phacotiis aiipitlosus Stein.
A. Fkanchet. — Note sur les Saussurea du Yun-nan. 353
Je n'ai point cherché également à voir la fusion des deux
noyaux en un seul : tout se passe certainement comme dans le
Chlamydomonas Reiuhardti Dangeird; cette fusion des deux
noyaux en un seul dans les oospores paraît d'ailleurs générale (1).
En résumé le. genre Phacotus forme donc ses œufs comme
les Chloi'ogo)iiui7i, Cercidium, Chlamydomonas ; nous avions
donc raison de rapprocher ces genres les uns des autres et de
les placer dans le règne végétal; il est bien probable que le Pha-
cotus leulicularis a une reproduction sexuelle semblable à celle
du Phacotus angulosus ; nous pensons que les observations de
Carter sur la première espèce, tout en étant fort incomplètes,
sont susceptibles d'une autre interprétation. (A suivre.)
NOTE SUR LES SAUSSUREA DU YUN-NAN
(Fin.)
Par M. A. FRANCHET
9. S. villosa, sp. nov.
Rhizoma plus minus elongatum, unicaule, ad collum vestigiis petio-
lorum anni prœteriti dense obtectum; caulis erectus patenlim villosus,
sub capitulo paulo incrassatus et lanuginosus, paucifoliatus ; folia basila-
ria rosulam efficientia, in petiolum brevem attenuata, anguste lanceolata
vel oblonga, obiusa vel subacuta, integerrima, utraque facie sparse et
longe pilosa, folia caulina 1-3, linearia, supremo saepius a capitulo
distante; capitulum solkarium, ovatum, vix inter majuscula; involucri
squamae extus haud dense villosae, fere ex toto foliaceae, coloratae,
e basi ovata longe lanceolata;, extimis interioribus vix brevioribus,
omnibus distincte et anguste marginatis; ilores violaceo-caerulei;
receptaculi paleco lanceolato-subulata^, elongatae, dimidium pappi
saltem aequant.es; pappus sordidus, setis exterioribus scabridis, interio-
ribus plumosis, triplo lougioribus; achaenium lœve.
Caulis 3-6 poil.; folia basilaria 2-7 poil, longa (incluso petiolo vix
semipollicari), 1-2 1/2 cent, lata; capitulum vix 15 mill. diam.
Yun-nan, in pratis regionis altissimas montis Koua-la-po, ait.
3.200 m. (Delavay, n. 54).
Le 6 1 . villosa paraît être voisin du 6\ liicracifolia, auquel M.
1. C. E. Overton. Ueber den Conjugationsvorgang bel Spyrog-yra (Berichte
(L-r deutschen botan. Gesellschaft, 1888, Band VI, Heft 2). — H. Klebahn. Ueber die
Zy^osporen einiger Coiijugateii (Berichte der Deutsch. Bot. Gesell. 1888, Band
vCHeft 4 ).
354 JOURNAL DE BOTANIQUE
Hooker attribue des capitules au moins une fois plus gros et des
paillettes réceptaculaires très courtes, ce qui n'est point le cas
de l'espèce décrite ici.
10. S. longifolia, sp. nov.
Rhizoma crassum, ad collum vestigiis petiolorum vestitum; caulis
robustus, sub capitulo incrassatus, pilis albis longis patentibus apice
magis dense villosus; folia basilaria mine ultra pedalia, subtus sericea,
anguste lanceolata vel oblonga, in petiolum alatum longe attenuata,
acuta, integerrima, marginibus mine nndulata; folia caulina 4-7,
oblongo-lanceolata vel oblongo ovata, apice breviter attenuata semi-
ampleclantia secus caulem erecta et marginibus plus minus involventia,
suprema fere membranacea, colorata, sed capitulum non nidulantia;
capitulum solitarium magnum, ovato-campanulatum praesertim basi
longe piloso-lanatum ; involucri squamoe foliaceae e basi ovata lanceo-
latce, longe acumiratae, coloratae, extus et ad marginem sparse pilosae;
setse receptaculi lanceolato-lineares, achaenium superantes; flores atro-
violacei ; pappus sordidus, pilis seriei exterioris scabris, interioribus
longe plumosis; achaenia laevia.
Caulis 8-14 poil.; folia basilaria 6-16 poil, longa, 1-2 poil, lata ;
capitulum 3-3 1/2 cent, latum.
Yun-nan, ad collum Yen-tze-kay, prope Lankong, ait. 3200 m.
(Delavay, n. 1.659).
Très belle espèce, rappelant assez bien par son aspect le S.
Roylei. Elles'en distingue d'ailleurs trèsnettement par ses feuilles
entières à bords ondulés, les caulinaires élargies, dressées le long
de la tige qu'elles enveloppent plus ou moins, les supérieures
presque membraneuses et parfois légèrement colorées comme
celles du *S\ iodostegïa Hance. Le S. longifolia s'éloigne d'ailleurs
du S. obvallaia et de toutes les espèces de ce groupe par ses
feuilles supérieures qui ne sont point rapprochées sous le capi-
tule et disposées en bractées involucrantes.
n. S. grosseserrata, sp. nov.
Rhizoma gracile, saepius apice divisum, pluriceps, vestigiis petiolo-
rum dense vestitum; caulis gracilis, sparse pilosus, ascendens vel
erectus, paucifoliatus; folia pilis conspersa, basilaria longe et graciliter
petiolata, petiolo in auriculas membranaceas latiusculas dilatato;
limbus petiolo nunc fere usque duplo brevior, obovatus vel obovato-
laneeolatus, obtusus vel etiam apice rotundatus, dentatus, dentibus
grossis, inaequalibus, triangularibus, acutissimis et longe mucronatis,
A. Franchet. — Note sur les Saussurea du Yun-natt. 355
inferioribus praesertim deorsum flexis; iolia caulina saepius duo,
suprerao lineari, inferiore basilaribus vix dissimili, petiolo late alato
semiaraplexicauli ; capitulum solitarium, vix inter majuscula, ovatum;
involucri squamae nisi ima basi herbaceae, parce pilosae, coloratae, e
basi ovata longiter lanceolato-acuminatae, exdmis intcrioribus vix
brevioribus; flores violacei ; receptaculi setae achaenio paulo longiores,
pappus sordidus, pilis seriei exterioris scabris, brevioribus, interioribus
plumosis; achaenia laevia eximie nigro-vittata.
Caulis 6-12 poil.; foliorum basilarium pedolus 2-6 poil., limbo
2-2 1/2 poil, longo, 2-4 cent, lato; capitulum diam. 15-20 mill.
Yun-nan : Likiang Suee-chan, in pascuis, ait. 3500 m. (Delavay,
n. 2.102).
Appartient au même groupe que le S. hieracioides Hook, le
►S. villosa et le 6\ lougifolia ; mais il s'en distingue bien parla
forme et le mode de dentelure de ses feuilles longuement pétio-
lées. Le port de la plante rappelle celui de Y Hieracùwijacquini,
avec des feuilles non incisées, seulement fortement dentées à la
base.
12. S. Delavayi, sp. nov.
Rhizoma crassum vestigiis petiolorum densissimis vestitum, haud
raro apice divisum, multiceps ; caulis erectus, rigidus, lanuginosus, ad
apicem usque dense foliatus; folia supra glabra, subtus albo -
lanuginosa, roarginibus revolutis, linearia, acuta, in petiolum indis-
tinctum basi dilatatum desinentia. caulina anguste et breviter decurren-
tia ; folia suprema sub capitulis approximata radiantia et inflorescentiam
superantia, e basi ovata abrupte et longe acuminato-subulata ; capitula
parva, ovata, 20-50 dense congesta, subsessilia; involucri squamae
ovatae adpressae extus glabrescentes, ovatae, e medio tantum foliaceae,
lanceolatae, acutae, coloratae, nunc apice parum reflexae, extimis interio-
ribus subduplo brevioribus ; flores caeruleo-violacei ; receptaculi paleae
lineares pappi dimidium aequantes ; pappus rufescens, pilis subtriseriatis,
exterioribus scabris vel breviter barbatis, interioribus longe plumosis.
Caulis pedalis vel paulo humilior, pennae validae anserinae crassitie;
folia ad médium 3-5 mill. lata, supremis capitula cingentibus basi usque
8 mill. latis, acumine 2-4 cent, longo; capitula 12-15 mill. longa.
Yun-nan in monte Tsang-chan, supra Tali, ait. 4.000 m. (Delavay,
n. 691 et 996).
Espèce bien caractérisée par ses feuilles étroites, très rap-
prochées sur la tige, les supérieures de forme un peu différente
élargies à la base sur le tiers de leur longueur, puis brusquement
356 JOURNAL DE BOTANIQUE
et longuement acuminées et formant sur plusieurs rangs, sous les
capitules, une sorte d'involucre rayonnant.
13. S. likiangensis, sp. nov.
Rhizoma crassum, unicaule; caulis lanuginosus, paucifoliatus; folia
basilaria ambitu anguste oblonga, supra glabra, subtus albo-lanuginosa,
petiolata, inciso-lobata, rachide latiuscula, lobis deltoideis, deorsum
flexis, mucronulatis, integris vel rarius adjectis 1-2 denticulis; folia
caulina 3-4, basilaribus haud dissimilia, supremis capitulis contiguis;
capitula 6-8 dense glomerata, subsessilia, parva, ovata; involucri
squamae extus pilosae, fere ex toto foliaceae, e basi ovata longe
lanceolata, acuminata, colorata, extimis interioribus subaequilongis ;
flores violacei; receptaculi paleae setaceae pappi dimidium aequantes;
pappus sordide rufescens, setis exterioribus scabridis, interioribus
plumosis.
Yun-nan : Likiang Suee-chan, ait. 4.500 m. (Delavay, n. 2104).
Caulis 2-4 poil.; folia basilaria 8-10 cent, longa 12-15 niill. lata;
capitula vix ultra 1 cent, longa, 6-8 mill. lata.
Port et feuilles du S. taraxacifolia Wall. , ou du 6\ Kimtliiana
Clarke, avec des capitules agglomérés et trois fois plus petits.
14. S. radiata, sp. nov.
Caulis elatus, striato-sulcatus, pilis multicellularibus fulvis pubes-
cens et parce lanuginosus, foliatus; folia mollia, supra scabriuscula,
subtus albo-lanuginosa, infîma , inferiora et média runcinata, lobis
lateralibus paucis (utrinsecus 1 vel 2), distantibus, terminali triangulari,
maximo, insequaliter serrato-dentato, in petiolum elongatum anguste
cuneato-alatum vix vel non amplexicaulem desinentia ; folia superiora
lanceolata, inaequaliter argute dentata, suprerna parva, lanceolato-
spatulata, capitulo arcte contigua, radiantia et illud paulo superantia
vel aequantia; ramuli floriferi axillares, nunc abbreviati, nunc elongati
et tune foliacei, monocephali ; capitula majuscula, late campanulata;
involucri squamae extus lanuginosae e basi ovata coriacea mox
foliaceae, squarrosae, virides vel parum coloratae; receptaculi paleae
lineares, pappi dimidium subaequantes ; pappus albus, mollis, pluri-
serialis, pilis exterioribus scabris, interioribus plumosis; aehaenium
brève, glabrum, areola lata, horizontali.
Caulis 2-5 ped., digiti minoris nunc fere crassitie; folia inferiora
et média (in speciminibus elatis) 20-25 cent, longa, lobo terminali
ultra 10 cent, longo et basi fere lato; capitulum diam. eirciter 2 cent.
Yun-nan, in silvis ad fauces San-tchang-kiou, prope llokin (Dela-
vay, n. 271e).
A. Franchet. — Note sur les Saussurea du Yun-nan. 357
Habitat etiam, in provincia Hupeh, circa Tchang (Henry, n. 2470,
ex distr. kew.).
Rappelle beaucoup par la forme de ses feuilles le 6\ hypo-
leuca Spreng; mais bien différent par la présence de feuilles
rayonnant à la base des capitules comme on le voit dans le Bi-
deus radiata , par exemple; par la forme des écailles de l'invo-
lucre et par l'aigrette blanche qui rappelle celle des Jurinea à
cause de ses poils multisériés.
15. S. lampsanifolia, sp. nov.
Rhizoma crassum; caulis erectus, scabridus, apicem usque foliatus;
folia omnia conformia, lyrata, supra scabrida, subtus dense albo-
tomentosa; lobi foliorum latérales pauci (utrinsecus 2 vel 3), ovati vel
deltoidei, integri vel dentati, terminali ovato subtriangulari, basi
truncato vel subcordato; petiolus alato-dentatus secus caulem in
alara angustam productus; ramuli floriferi in parte caulis superiore
axillares, aphylli, polycephali; capitula parva, ovata, 3-4 congesta,
subsessilia ; involucri squamae arcte adpressae , ex toto coriaceae,
pallidae, margine ciliatae, caeterum glabrescentes, ovatae, longiuscule
acuminatae; receptaculi paleae lineares; pappus albidus, pilis exterio-
ribus brevissimis scabris, interioribus plumosis.
Caulis pedalis; folia caulina média 8-10 cent, longa, lobo terminali
usque 5 cent.; capitula vix 1 cent.
Yun-nan, in silvaticis supra Tapin-tze (Delavay, n. 604).
Espèce facilement distincte entre celles dont les feuilles sont
décurrentes et les capitules agglomérés, par ses feuilles toutes
semblables et rappellant celles du Lampsana covimwris.
16. S. peduncularis, sp. nov.
Caulis erectus, scabridus; folia papyracea, subtus pallida, inaequa-
liter crenato-dentata, lobulis paucis nunc basi adjectis, basilaria sub
anthesi emarcida, caulina omnia plus minus late alato-decurrentia;
inflorescentia varia, nunc ramulos floriferos graciles axillares saepius
monocephalos terminans, pedunculo elongato, nunc ad pedunculos
racemum longum efficientes adducta ; capitulum parvum, e basi fere
rotundata ovatum; involucri squamae 6-7 seriatae, arcte adpressae,
scariosae, parce lanuginosae, breviter ovatae, mucronulatae, interiores
apice parum coloratae, omnes margine saepius angustissime fuscae;
flores caeruleo-violacei ; setae receptaculi lineares, elongatae, dimidio
capituli longiores; pappus sordide albidus, pilis exterioribus scabris,
interioribus plumosis ; achaenia laevia.
358 JOURNAL DE BOTANIQUE
Caulis ultra sesquipedalis ; capitulum 15 mill. longum, 7-8 raill.
latum; pedunculus 6-7 cent, longum.
Planta mire varians :
a. lobata. — Caulis ad apicera usqne dense foliatus, folia infima
15 cent, longa, 5-7 cent, lata, superioribus tantum paulo minoribus,
supra scabrida, subtus sparse et breviter pilosa, omnia grosse serrato-
dentata, in alam latam sinuato-dentatam secus caulem decurrentia;
limbus (nisi in foliis supremis) late ovatus, adjunctis lobulis 1 vel 2,
parvis, e petioli ala ortis, ovatis; ramuli floriferi foliati.
Yun-nan, in rupibus adumbratis montis Pee-ngay-tze, supra Tapin-
tze (Delavay, n. 615).
(i. diversifolia. — Foliorum limbusj ovato-lanceolatus, basi non
lobatus; folia superiora abrupte 3-4 plo minora, suprema linearia,
anguste decurrentia.
Yun-nan, cum varietate praecedente mixta.
y. arachnoidea. — Folia subtus laxe araneosa; pro caeteris varietati
diversifoliae simillima.
Yun-nan, in monte Che-tcho-tze, supra Tapin-tze, ait. 2000 m.
8. corymbosa. — Folia pra?sertim supra scaberrima, subtus pilosulo-
scabra, illis varietatis diversifolia? conformia; capitula paulo minora,
racemoso-corymbosa.
Yun-nan, circa Tapin-tze.
Espèce bien caractérisée par ses tiges complètement ailées,
par ses grandes feuilles papyracées, peu ou point lanugineuses
en dessous, souvent très scabres en dessus ; par son inflorescence
en grappe, tantôt formée de pédoncules allongés, espacés, tan-
tôt de rameaux portant plusieurs feuilles, mais dans tous les cas
toujours axillaires ; les feuilles caulinaires sont fermes dans les
variétés a et 8, plus minces dans les variétés [E et y, La variété a
lobata, avec ses feuilles presque lyrées et les larges ailes de sa
tige, présente un aspect tout particulier.
17. S. vestita, sp. nov.
Erecta rigida; caulis angulatus, polyphyllus; folia supra scabrata
subtus albo-pannosa, argute dentata, inferiora breviter petiolata, limbo
cordato, ovata, média e basi obtusa ovata, superiora lanceolata, in
petiolum alatum sub medio paulo dilatatum sensim abeuntia et secus
caulem in alam latam longe producto; folia suprema linearia; inflorès-
centia breviter racemosa, subcorymboso-congesta, pedunculis vix vel
non capitula aequantibus; capitula parva ovato-campanulata, basi plus
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 359
minus conica; involucri squamae extus griseo-sericeae, subsexseriatae,
arcte adpressae, ovatae, coriaceae cum appendiculo foliaceo lineari,
plus minus recurvato, colorato ; receptaculi paleas albidas, lineares
involucro nunc usque axmilongae; flores violacei; pappus albidus,
pilis interioribus longe plumosis, exterioribus scabris brevissimis ;
achaenia laevia.
Caulis semipedalis usque ad bipedalem; foliorum inferiorum
petiolus 1 vel rarius 2-pollicaris, limbo vix brevior; capitula 12-16
mill. longa, 6-S mïll. lata.
Yun-nan, in calcareis ad collum monlis Hee-chan-men, prope
Lankong, ait. 3000 m. (Delavay, n. 2145); ad collum Pi-iou-se, supra
Tapin-tze (id ); ad pedem montis Yang-in-chan (id.).
18. S. chetchozensis, sp. nov.
Adspectus omnino S. discoioris ; differt caule magis et usque ad
apicem folioso, foliis argute dentatis supra valde asperatis, infra albo-
lanuginosis, inferioribus et mediis leviter cordato-vel truncato-ovatis,
praeter superiora lanceolata sessilia longiter petiolatis, omnibus angus-
tissime decurrentibus, ala caulina nunc vix conspicua ; capitula longe
pedunculata, racemoso-corymbosa ; flores caeruleo-violacei.
Yun-nan, in umbrosis montis Che-tcho-tze, supra Tapin-tze, ait.
2000 m. (Delavay, n. 2510 et 605.)
Port du >S. discolor ; feuilles beaucoup plus épaisses, comme
drapées en dessous; ailes de la tige larges, souvent sinuées,
dentées.
19. S. gossypiphora Don, Prodr., p. 168.
Yun-nan : Likiang, ad rupes calcareas, paulo infra nives perpétuas,
ait. 4000 m. (Delavay, n. 2452).
Forme très robuste de cette plante étrange ; rhizome épais,
long de 20 à 30 centimètres; feuilles divisées jusqu'au rachis en
lobes linéaires presque contigus ; corymbe de 6 à 7 centimètres
de diamètre, fleurs d'un beau bleu.
CONTRIBUTIONS NOUVELLES
A LA FLORE DES COLLINES D'ARTOIS
(Cambrésis, Artois, Haut-Boulonnais \) (Fin.)
Par M. l'abbé A. MASCLEF
Nepeta Cataria L. — Haies et bords das chemins à Cambrai^ Escau-
dœ livres, Esnes et Raillencourt (G.).
3 6o JOURNAL DE BOTANIQUE
Lamium hybridum Vill.; L. incisum Willd.— Tardinghen, abond. dans
un champ de pommes de terre légèrement sablonneux (de L.). — Cette
espèce existe certainement sur d'autres points des collines d'Artois
où elle aura été confondue avec le L. purpurenm L. — M. l'abbé
Boulay vient de la recueillir à Lille dans les terrains vagues du Jardin
botanique des Facultés catholiques. — Elle a été distribuée dans V 'Her-
bier du Nord de H. Lechartier, avec cette note : « recueillie prè§
de Boulogne-sur- Mer dans un terrain meuble sablonneux, planté de
pommes de terre, où elle était en grande quantité; ses tiges étaient
fortes, très rameuses, étalées. Elle se trouve encore çà et là aux
environs de cette ville ».
Galeopsis versicolor Curt. — Lottmghen\ forêt de Desvres (deL.); Cam-
brai, dans les moissons au faubourg de Paris (G.).
Stachys germanica L. — Coteaux calcaires à Lesdain, aux Rues-des-
V ignés et entre Esnes et Haucotirt (G.).
S. annua L. — Coteau calcaire à Rœllecourt près Saint-Pol (M.); bois
Henry à Camblain-Chàtelain (Dum.); abond. dans les champs des ter-
rains calcaires de la Plaine de Lens, après la moisson (M.); Vimy (Bou-
la)'); Marœuil (M.). — R. R. dans le Cambrésis: coteaux calcaires entre
Esnes et Lesdain (G.).
S . recta L. — Coteaux calcaires entre Marcoing et le bois des Neuf et
de Vauc elles (G.).
Leonurus Cardiaca L. — Mamets, bois Saint-Pierre entre Auchel et
Ferfay (Dum.). (Je n'ai pas vu de spécimens provenant de ces localités.)
Ajuga Chamœpitys Schreb. — Bourlon, sur le contour inférieur du
monticule, vers Auneux, où le calcaire affleure; Marcoing, moissons
des terrains calcaires près du bois des Neufs et du bois Couillet (G.).
Teucrium Botrys L. — Fontaine-Notre-Dame, entre le village et le bois
de Bourlon ; champs crayeux entre Marcoing et Noyelles et à Ribécourt;
abond. dans les moissons sur les coteaux calcaires (TEsnes (G.).
LENTIBULARIÉES
Utricularia vulgaris L. — Marais de Douvrin (V. Personnat et de Mé-
licocq in herb. M.); marais de PAgache à Marquion et Rumaucourt
(R. et D.); marais de la Sensée entre Aubigny-au-Bac et Fechain; les
Faux-Viviers près Busigny (G.).
U. minor L. — Marais tourbeux de Bauvin (V. Personnat, 1852, in herb.
M.); marais de Gorre (1) près Beuvry (de Mélicocq in herb. M.).
i. Les échantillons recueillis par de Mélicocq dans les marais de Gorre sont
étiquetés de sa main : U. intermedia Hayne. Cette erreur de détermination me
fait douter de l'existence possible de YUtricîilaria intermedia dans les marais de
Vendin-le- Vie/ et de Cuinchy où ce botaniste indique cette espèce comme «assez
fréquente ». [Plantes croissant spontanément dans les environs de Bét/tune^
p. 227.)
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 361
PRIMULACÉES
Primula grandiflora Link. — Forêt de Clairmarais (de L.).
Hottonia palustris L. — La Calotterie, Sorrus (D.) ; Annesin près Bé-
thune; marais d'Athies (M.); fossés le long- du canal à Noyelles-sur-
l' Escaut près Cambrai (G.).
Lysimachia vulgaris L. — Aix-en-Issart^ Montreuil-sur-Mer , Beau-
merie (R. et D.); marais de Rœux (M.); Sains-les-Marquion (R. et D.),
L. nemorum L. — Forêt du Bois-Ratel près Beussent, Clenleu, Aleite
(R. et D.); bois sur le plateau argileux entre Heuchin et Prédefin; bois
des Daines près Lapugnoy (M.) ; bois argilo-sablonneux du Gard près
Walincourt (G.).
Samolus ValerandiL. — Marais de la Sensée près Brunemont (G.).
Anagallis arvensis L., Var. p. cœrulea Gren. et Godr.; A. cœrulea
Schreb. — Clenleu, Sempy (R. et D.). A. C, dans les moissons sur les
coteaux calcaires du Cambrésis : Trescaiilt (Q.), Grainco7iri-les-Havr in-
court, Bourlon, Cambrai vers Escaudœuvres, Marcoing, coteaux de
Bonavy et d 1 Esncs (G.).
PLANTAGINÉES
Plantago arenaria Waldst et Kit. — Escaudœuvres (G.),
AMARANTACÉES
Amarantus retroflexus L. — Cambrai, lieux incultes, assez répandu
(G.).
SALSOLACEES
Chenopodium Vulvaria L. — Havrincourt (Q.) ; fréquent à Cambrai et
aux environs, aux bords des chemins et au pied des murs (G.).
Ch. opulifolium Schrad. — Cambrai, à la porte Saint-Sépulcre, autour
des fumiers (G.).
Gh. glaucum L. — Cambrai, décombres, lieux incultes, au Grand Carré
et près la ports Saint-Sépulcre; bords des chemins à Neuville-Saint-
Remy (G.).
POLYGONÉES
Polygonum Bistorta L. — Bois du Quesnoy à Oisy-le-Verger, auprès
d'une source (G.).
URTICÉES
Parietaria diffusa Mert. et Koch. — Sangatte ; Pihen (de L.); Etaples
(R. et D.).
DAPHNOIDÉES
Daphne Laureola L. — Bois de la Chartreuse de Notre-Dame des Prés
à Neuville-sous-Montreuil (R. et D.) ; a été autrefois signalé comme com-
mun dans les bois des environs de Montreuil (Baillet in Vandamme). Il
est probablement indigène dans ce bois.
362 JOURNAL DE BOTANIQUE
HIPPURIDÉES
Hippuris vulgaris L. — Dans la Ternoise à Saint- Pol et à Saint- Michel
(M.); Cambrai; dans la Selle entre le Cateau et Saint- Bénin (G.).
EUPHORBIACÉES
Euphorbia platyphyllos L. - Tardinghen\° Quesques, Lottinghen\
Samer, Tingry (deL.); Clarmarais (Q.).
E. dulcis L. — Forêt de Saint-Michel près Saint-Pol (D r G.).
CUPULIFÈRES
Castanea vulgaris Lamk. — Bois de Ver ton; bois du Châtelet à Pas-
en- Artois. Dans ce dernier bois, où il est manifestement planté, il ac-
quiert un très beau développement sur le plateau argilo-siliceux; sur
les pentes calcaires, au contraire, il est très rabougri, ne dépasse
guère un mètre de hauteur et a un feuillage beaucoup plus pâle (M.).
ALISMACÉES
Alisma ranunculoides L. — La Chaussée près Calais (de L.).
BUTOMÉES
Butomus umbellatus L. — Marais de la Sensée à? Aubigny-au-Bac à
Brune mont ; Cambrai, fossés à la porte Cantimpré (G.).
COLCHICACÉES
Colchicum autumnale L. — Vallée de la Scarpe de Saint-Michel à
Athies (M.); marais ftArleux (Q.)j Bourlon (R.); très abond. dans les
prairies le long de l'Escaut en amont et en aval de Cambrai, à Escau-
dœuvres, Saint-Roc h, Proville, Noyellcs et Marcoiug ; bois de Gattignies
près Clary (G.).
LIL1ACÉES
Ornithogalum umbellatum L. — Coteaux herbeux et champs cultivés
des coteaux calcaires d 1 Ablain-Saint-Nasaire , très abond. (D r C. et M.) ;
prairies à Lattre-Saint-Quentiti (D r C); champs à Sauchicourt près
Sauchy-Lestrée ; Neuville-Saint-Remy ; Cambrai, abond. dans les prai-
ries sur les bords de l'Escaut vers Proville; bois des A T ettf et bois Couil-
let près Marcoing, sur le calcaire; Bcauval près Crèvecœur, dans les
haies; Caudry, haies de la voie ferrée; Bertry, coteau calcaire près le
four à chaux (G.).
Gagea arvensis Schult. — Ecurie près Arras (D r C); champs argilo-
calcaires à Bourlon, Anneux, Raillencourt et près de Cambrai, entre
la route de Bapaume et Saint-Olle (G.).
Endymion nutans Dumort. (floribus a Ibis). — Clenleu, Humbert (R. et
D.); bois des Dames près Lapugnoy (M.).
Allium ursinum L. — Cléty, Avroult (de L.); bois d'Himel à Aletlc (R.
et D.).
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 363
A oleraceum L. — Champs des coteaux calcaires de Caudry à Esnes,
assez répandu (G.).
A. vineale L. — Quesques, Lottinghen (de L.); Saint-Olle près Cambrai;
champs entre Marcoing et Noyelles (G.).
Muscari comosum Mill. - Abond. dans les moissons des coteaux cal-
caires entre Pas-en-Artois et Famée lion (M.)
ASPARAGINÉES
Convallaria maialis L. — Humereuil, Givenchy-le-Noble (R.) ; forêt de
Saint-Michel près Saint-Pol (D 1 " C.) ; bois des Dames près Lapugnoy,
sur la silice; bruyères siliceuses SAngres à Souches; bois siliceux de
Boiry-Notre-Dame (M.) ; bois du Quesnoy entre Palluel et Oisy-le- Verger ;
bois des Ne uf près Marcoing" (G.).
Maianthemum bifolium Schmidt. — Helfaut (Q.); abond. dans le bois
du Quesnoy près Oisy-le- Verger, sur la silice (G.).
Paris quadrifolia L. — Clemeu (R. et D.) ; Sentis, Hézecques, Dohem
(Piedfort) ; coteaux boisés entre Heuckin et Anvin (M.).
DIOSCORÉES
Tamus communis L. — Çlenleu (R. et D.); Lottinghen, Dohem, Upen
(de L.) ; coteaux calcaires boisés entre Heuchin et Anvin (D r C. et M.) ;
bois du Châtelet à Pas-en- Artois (M.). — Parait manquer dans le Cam-
brésis et à Test d'Arras.
AMARYLLIDÉES
Narcissus Pseudo-Narcissus L. — Clenleu, dans un enclos (R. et D.) ;
prairie à Lattre-Saint-Quentin (D r C).
Galanthus nivalis L. — Prairie à Latlre-Saint-Quentiu (D r C).
ORCHIDÉES
Loroglossum hircinum Rich. — Est certainement disparu d\4rras et
SHesdin où il a été autrefois signalé par Dovergne et Lestiboudois. —
La seule localité actuellement connue dans les collines d'Artois est
celle de Cambla in- Châtelain, qui paraît, elle aussi, bien près de dispa-
raître. J'ai visité Tété dernier, en compagnie de M. P. Dumon, le coteau
herbeux et calcaire où se trouve cette espèce; il ne restait plus que
quatre ou cinq pieds distribués sur un espace de deux m. q. environ,
près de la route, à quelques pas du bois. Ce coteau, qui sert de pré
communal, est très fréquenté, surtout par les enfants; les fleurs si sin-
gulières de cette espèce ne manquent pas d'attirer leur attention, aussi
sont-elles toujours détruites aussitôt leur première apparition.
Orchis purpurea Huds. ; O. fuse a Jacq. — Coteaux calcaires boisés à
Heuchin, et le long de la rivière entre ce village et Anvin (D r C. et M.);
forêt de Saint-Michel près Saint-Pol (D r Planque) ; coteaux calcaires à
Vicl-Forl, entre Divion et Houdain, et à Bours, à l'extrémité du bois
364 JOURNAL DE BOTANIQUE
de la Lihne (Dum. et M.); coteaux calcaires boisés entre Pas-en-Artois
et Famée hon (M.); bois d' Havr incourt, au Mont de Trescault, sur la
craie; coteaux calcaires boisés de. Vaucelles et du bois Couillet entre
Marcoing et Villers-Plouich. (G.).
— Forma : albiflora. Casque d'un blanc un peu verdàtre ; labelle
d'un blanc très pur, à lobes latéraux un peu plus larges que dans
les autres formes colorées. — J'ai recueilli cette forme remar-
quable (mai 1887), en compagnie de M. P. Dumon, sur le coteau
calcaire à l'entrée du bois de Camblain-Châtelain, à quelques
mètres du Loroglossum hircinum.
Orch. militaris L. (excl. var. (3. y. 8. s.); O. Riviui Gouan; O. galeala
Poir. in Lamk. — Forêt d' Hesdin, sur la lisière exposée au midi, à la
hauteur de Guizy; ruines de Viel-Hesdin, peu abond. (D r C.) ; abond.
sur les coteaux calcaires qui dominent le village <S Heuchin, et quelques
exemplaires sur ces mêmes coteaux vers Berguenezise (D r C et M.).
X Orch. Jacquini Godr. ; O. purpureo-militaris Gren. et Godr. 3 sub-
purpureo-militaris Timb. ; O. hybrida Bœngh. ap. Rchb.; O pur pure a
var. Jacquini Coss.et Germ. — Coteaux calcaires qui dominent Heuchin,
au milieu des parents (D r C. et M.).
Orch. Morio L. - — Dohem, Thérouanne (de L.); Gosnay, sablière k]V en-
trée du bois des Dames, près la Chartreuse (M.). — On peut observer
sur les bruyères entre Angres et Souches de nombreux exemples du
grand polymorphisme de cette espèce. Les formes y varient pour la
taille depuis quelques centimètres jusqu'à plus de trois décimètres, et
pour la couleur des fleurs depuis le pourpre le plus foncé jusqu'au blanc
le plus pur, avec toute les teintes violettes et lilas intermédiaires (D r C,
et M.).
Orch. mascula L. — Coteaux boisés entre Heuchin et Anvin (C p C. et
M.) ; forêt de Saint-Michel près Saint-Pol (D r Planque).
Ophrys muscifera Huds. — Coteaux calcaires entre Heuchin et Anvin
(D r C. et M.); forêt de Saint-Michel près Saint-Pol (D r Planque); co-
teaux calcaires d'Ablain-Saint-Nazaire et entre Pas-en-Artois et Fame-
chon (M.) ; bois Couillet près Marcoing, dans un taillis, sur le calcaire '-,
coteaux cale. d 1 Es/tes à Caudry (G.).
Ophr. aranifera Huds. — Coteaux calcaires boisés à Viel-Fort, entre
Divion et Houdain; quelques exemplaires seulement. — Il est fort
abond. sur les coteaux calcaires arides, au milieu des Genévriers, à l'ex-
trémité du bois de la Lihne, derrière le village de Bours (Dum. et M.)-
Ophr. apifera Huds. — Coteaux calcaires le long de la rivière d'Heu-
chin à la hauteur de Bergueneuse (D 1- C. et M.).
Gymnadenia conopea R. Brw. — Escœuilles (de L.) ; coteaux calcaires
entre Heuchin et Anvin (D r C. et M.) ; coteaux calcaires arides près
Rcellecourt (M.); marais d'Arleux (R. et D.); prairies de Mont-aux-
Villes entre Gary et Bertry (G.) .
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles a la flore des collines d'Artois. 365
Platanthera bifolia Rich. — Bruyères d'Ancres (M.) ; prairies humides
de Mont-aux-Villes, près du chemin de Clary à Bertry (G.I.
Cephalanthera grandiflora Babingt. — Coteaux boisés entre Heuchin
et Anvin, sur le calcaire (D 1 ' C. et M.) ; Villers-Plouich, coteau près du
vill.ïtre. et au bois Couillet, sur la craie: coteaux calcaires d^Esnes dans
le bois de Longsart (G.).
Epipactis latifolia Ail. — Forêt de Saint-Michel, près Saint-Pol ; bois
du Châtelet à Pas-en- Artois (M.).
Neottia Nidus-avis Rich. — Forêt de Xiclles-lcs-Bléquin (de L.); bois
de Marets près Busigny (G.).
LEMNACÉES
Lemna arrhiza L. ; Wolffia Michelii Schleid; W. arrkica Coss. et
Germ. — Marais d\4tkies (M.).
TYPHACÉES
Typha angustifolia L. — Montreuil-sur-Mer, Brimeux (R. et D.) ; ma-
rais de Rœux (M.); Rumaucourt, Ecourt-Saint-Quentin (R. et D.); forti-
fications de Bouchain (G.).
Sparganium simplex Huds. — Marquion (R. et D.).
JONCÉES
Juncus supinus Mcench. — Petits marécages des bruyères d'Ancres à
Souches (M.).
Luzula sylvatica Gaud. ; L. maxima DC. — Lottinghen, forêt de Nielles-
les-Bléquin; forêt de Clairmarais (de L.); bois des Dames près la Char-
treuse de Gosnay (M.).
CYPÉRACÉES (I)
Heleocharis acicularis R. Brwn. Link. — Cambrai (G.).
Garex pulicaris L. — Petit marais au bas de la bruyère de Beuvry (M.
— Déjà signalé par de Mélicocq).
C. paniculata L. — Marais de la Sensée de Sauchy-Lcstrée a Palluel;
Cambrai, vers Proville (G.).
C. leporina L. — Bois de Bourlon (R. et D.); bois siliceux de Gattignies
près Clary (G.).
C. remota L. — Bords d'un ruisseau à Lottinghen (de L.) ; Bauval près
Crèvccœur, les Faux- Viviers près Busigny (G.).
C. Goodenoughii J. Gay. — Marcoing, petite prairie marécageuse le long
du canal, près de la gare (G.).
C. pendula Huds. ; C. maxima Scop. — Forêt de Clairmarais (de L.).
1. M. Dumon m'affirme avoir trouvé l'Eriophorum gracile dans le bois des
Dames près Lapug-noy; je n'ai pas vu d'échantillon authentique. — Je n'ai ren-
contré dans ces bois que VF. angustifolium Roth.
366 JOURNAL DE BOTANIQUE
C. pilulifera L. — Bois du Quesnoy près Oisy-le-Verger; bois des Neuf
près Marcoing- (G.).
C. flava L. Var. Œderi Coss. et Germ.; C. Œderi Ehrh. — Marais de
Rumaucourt (R. et D.).
C. Pseudo-Cyperus L. — Moutreuil-stir-Mer, Brimeux^ Oisy-le- Verger
(R. etD.); environs de Cambrai ■& Saint-Roch et vers Proville; fortifi-
cations de Bouc/tain] les Faux- Viviers près Busigny (G.).
C. vesicaria L. — Marais de Bauvin (V. Personnat in herb. M.).
C. filiformis L. — Marais d' 'Aubiguy-au-Bac (G.).
GRAMINÉES
Setaria viridis Pal. Beauv.; Panicumviride L. — Havrincourt, Cantaing
(Q.), Bourlon, Cambrai dans les champs entre Saint-Druon et la Cita-
delle, près de la lig-ne de Picardie-Fiandre ; Neuville-Saini-Remy ; Mar-
coing (G.).
S. glauca Pal. Beauv. ; Panicum glaucum L. — Bourlon, assez fréquent
dans les champs après la moisson, près du bois vers Anneux ; Cambrai,
lieux incultes, décombres ; Ribécourt, champs argilo-sablonneux près du
bois Couillet (G.).
Panicum Crus-galli L. — Bourlon, près de la sablière ; Cambrai, bords
d'un chemin vers Morenchies et vers Escaudœuvres (G.).
Aira caryophyllea L. — Tardinghcu, Audinghen, Lottingheu, Nielles-
les-Ardres (de L. ).
A. prsecox L. — Tardingken (de L.).
Avena pratensis L. — Arras (R.).
Catabrosa aquatica Pal. Beauv. — Tardingken^ Lottingheu; Etrun
(de L.).
Poa pratensis L. Var. angustifolia Smith.; P. angu^tifolia (L. r)
Smith. — Bords de la chaussée Brunehaut entre Dohem et Cle'ly (de L.).
Scleropoa rigida Griseb. ; Festuca rigida Kunth. — Vieux murs à Eirzm
(M.) ; murs de Péglise de Trescault ; champs crayeux entre Ribécourt
et Beaucamp; bords d'un champ sur la pente du coteau de Caudry à
Esnes, à peu de distance de la station de Caudry (G.).
Molinia cœrulea Mcench. — Tardingken (de L.); bois du Quesnoy près
Oisy-le-Verger (G.).
Danthonia decumbens DC. — Nielles-les-Ardres (de L.)
Bromus erectus Huds. — Fortifications d' 'Arras (R.).
Lolium multiflorum Lamk. — Moissons des coteaux calcaires entre Pas-
en- Artois et Fameckon (M.) ; champs crayeux près la station de Caudry
(G.).
FILICACÉES
Ophioglossum vulgatum L. — Marais de Guînes (de L.).
Abbé Masclef. — Contributions nouvelles à la flore des collines d'Artois. 367
Polypodium Dryopteris L. — Cambrai, vieux murs à l'intérieur de la
ville (G.).
Scolopendrium officinale Sm. — Cléty, Do hem, Qziestrecques (deL.);
Eglise de Preures, Aletie, Alontrettil-sur-Mer (R. et D.); murs du Châ-
teau à Pas-en-Artois (M.); Avesnes-le-Sec, anciens puits d'extraction de
la craie; Cambrai, vieux murs des fortifications, près de la Citadelle;
murs de l'abbaye de Vaucelles ; station de Beriry, dans le puits; le
Cateau, dans le puits du presbytère (G.).
Asplenium Trichomanes L. — Enquin, Hiicqueliers, Eglise de Clenleu,
Sempy (R. et D.); Givenchy-le-Noble (R.) ; Duisans (D r C.); Pas-en-
Artois (M.) ; Marquion (R.); Anneux; vieux murs de la crypte de l'ab-
baye de Vaucelles ; Cambrai, vieux murs des fortifications, près de la
Citadelle ; Hordain près Bouchain (G.).
A. Adianthum-nigrum L. — Murs de l'Eglise de Berck (M.) ; Avesnes-
Ies-Aubert, dans le puits du presbytère (G.).
Polysticum spinulosum DC. — Bois siliceux de Boiry-Notre-Dame
(M.).
Aspidium aculeatum Dœll., Var. lobatum Kuntz. ; A. lobatum Sw.
A. aculeatum, var. vulgare Gren. et Godr. — Anvin, au pied d'un vieux
mur auprès de la gare (D r C. et M.) ; Manin (D r C).
Il y aurait, à la suite de cette liste, bien des remarques nou-
velles et intéressantes à faire sur la Géogi'aphie botaniqtie des
collines d'Artois , au double point de vue de la distribtition
géogi-aphique des espèces et de X influence chimiqtte du sol, mais
ne voulant pas sortir du cadre que je me suis tracé en commen-
çant ce petit travail, je m'abstiendrai pour le moment de toute
généralisation. Je me bornerai simplement, pour terminer cet
article, à énumérer les espèces dont la présence vient d'être si-
gnalée pour la première fois ou n'avait plus été constatée depuis
très longtemps dans la région des collines d'Artois.
\ T ingt-deux me paraissent devoir y être considérées comme
indigènes ou au moins fort anciennement naUtralisées , ce sont :
Anémone Pulsatilla, Ranuncuhis Godroui, TJilaspi perfoliahim,
Holosteum umbcllatum, Sedum micranthttm , Potentilla ar-
gentea, Myriophyllum spicatum, Ceutaurea pratensis ', Senecio
saracenicus, Vincetoxicum officinale, Verbascum floccostim,
V. Schiedeauit/u, Veronica tripliyllos, Digitalis purpîtrea, Ca-
lamintha ment hœfo lia, C. Nepeta, Lamium hybridum, Orchis
Jacquini, HeleocJiaris acicttlaris , Carex vesicaria, Poa angus-
tifolia, Aspidium lobatum.
3 68 JOURNAL DE BOTANIQUE
Treize autres sont manifestement introduites et plus ou moins
bien naturalisées, ce sont : Fumaria pallidiflora , Neslia pani-
culata, Calepina Corviui, Géranium pratense , Vicia tenuifolia,
Petasites fragrans, Lactuca Scariola, Verbascttm Blattaria,
Amarantus retroflexits, Cheuopodùtm opulifolium\ Ch. glaucum,
Allium oleraceum, Setaria glauca. Je suis également porté à
considérer comme telles le Galeopsis versicolor et le Poly podium
Dryopteris .
Enfin une dizaine d'espèces, comme Rœmeria hybrida, Glau-
cium corniculatttm, Sisymbrium panuonicum , Erysimum perfo-
liatum, Rapistrwu rugosum, Silène dichotoma et quelques
autres signalées en note, doivent être regardées comme pure-
ment adventives, bien qu'elles se conservent depuis plusieurs
années dans les décombres et près des habitations ou des terrains
cultivés où elles ont été observées la première fois.
Je voudrais encore citer les nombreuses espèces rares dont
de nouvelles localités ont été découvertes et dont la distribution
se trouve ainsi mieux étudiée, mais les botanistes du nord, que
ces quelques pages pourront intéresser, les distingueront aisé-
ment. Puisse cette publication de leurs découvertes les porter à
entreprendre de nouvelles recherches dans une circonscription
florale qui, si petite et si pauvre qu'elle soit, n'est pas encore
connue dans tous ses détails, et dont la patiente exploration leur
réserve certainement encore des surprises d'autant plus agréa-
bles qu'elles deviennent de plus en plus rares.
CHRONIQUE
Société mycologique de France. Séance du 4 octobre. — M. Patouillard
tait une nouvelle communication sur les Champignons de l'Orénoque recueillis
par M. Gaillard.
M. Rolland entretient la Société des Champignons de la vallée de Chamounix.
Parmi les espèces intéressantes qu'il a observées on peut citer : Mycena rosella,
Rzissula mustelina, Cortinarius traganus, Polyporus cavipes, P. copjîuens,
P. ovimus, Tramâtes odorata, Craiercllus clavatus, Spalladaria flavida,
Cudotua circinans, etc.
M. F. W. Oliver remplace son père, M. Daniel Oliver, au collège de l'Uni-
versité de Londres.
M. Sydney Vines succède à M. Balfour dans la chaire de Botanique d'Edim-
bourg.
Le Gérant : Louis Morot.
Parla. — I. Mercah. linp., 22, W- Ueufurt- RMUerou.
2 e ANNÉE N" 21 i' r NOVEMBRE 1888
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JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
SUR LA LIMITE DU CYLINDRE CENTRAL ET DE L'ECORCE
DANS LES
CRYPTOGAMES VASCULAIRES
Par M. Ph. VAN TIEGHEM
On sait que les plantes vasculaires ont en dehors du liber une
assise de cellules ordinaires, entourée d'une assise de cellules
plissées. Chez les Phanérogames, l'assise supralibérienne appar-
tient, comme le liber, au cylindre central, ou au faisceau libéro-
ligneux si le membre considéré estastélique ; elle dérive, en effet,
des initiales du cylindre central, dont elle est l'assise périphé-
rique : en un mot, elle est le péricycle '. L'assise plissée, au con-
traire, appartient à l'écorce ; elle dérive, en effet, des initiales
de l'écorce, dont elle est l'assise interne : en un mot, elle est l'en-
doderme. La limite du cylindre central et de l'écorce est donc
située, chez les Phanérogames, entre ces deux assises superpo-
sées. En est-il de même chez les Cryptogames vasculaires ? L'ana-
logie porte à répondre affirmativement à cette question ; mais
l'analogie, quand on passe d'un embranchement à un autre, est
souvent trompeuse et il est nécessaire de résoudre directement le
problème. C'est ce qu'on se propose de faire dans cette petite
Note, en considérant successivement la racine, la tige et la feuille
de ces plantes (i).
Racine. — J'ai décrit, en 187 1, l'assise plissée dans la racine
des diverses Cryptogames vasculaires et constaté qu'elle est sépa-
rée des faisceaux ligneux et libériens par une autre assise, simple
ou multiple, de cellules ordinaires, assise qui ne manque que chez
les Equisetum. En même temps, j'ai admis que l'assise plissée
appartient à l'écorce, l'autre au cylindre central, ou pour em-
1. On se bornera ici aux points essentiels, réservant le détail des observations,
les dessins à l'appui et la critique des opinions émises par les auteurs précédents
pour un Mémoire étendu, actuellement en cours d'impression.
370 JOURNAL DE BOTANIQUE
ployer les termes usités aujourd'hui, qu'elle est l'endoderme,
l'autre le péricycle. La limite du cylindre central et de l'écorce
passe donc dans la racine des Cryptogames vasculaires, comme
dans celle des Phanérogames, en dedans de l'assise plissée (i).
Cette opinion, conforme à celle que MM. Naegeli et Leitgeb
avaient émise en 1868, bien que ces anatomistes n'eussent pas
aperçu les plissements caractéristiques del'assise corticale interne,
a été adoptée par tous les auteurs qui ont suivi, notamment par
M. Russow (1872 et 1875), par A. de Bary (1877), par M. Treub
pour les Selaginella (1877), etc. C'est tout récemment qu'elle a
été, pour la première fois, contredite par M. Lachmann. Suivant
ce botaniste, dans la racine des NepJirolepis et de beaucoup
d'autres Fougères, l'assise plissée et l'assise sous-jacente ont une
origine commune et appartiennent toutes deux au cylindre cen-
tral (2). La limite entre le cylindre central et l'écorce passerait
donc en dehors de l'assise plissée, laquelle ne mériterait plus dès
lors le nom d'endoderme, puisqu'elle serait l'assise externe du
péricycle ; c'est l'assise située en dehors d'elle qui serait l'endo-
derme.
Devant une contradiction aussi formelle, il y avait lieu de re-
prendre la question en étudiant la marche du cloisonnement tan-
gentiel dans les segments issus de la cellule terminale ou de la
cellule-mère de la racine, ce que j'ai fait de trois manières : par
des coupes longitudinales axiles du sommet de la racine latérale
développée, par des coupes longitudinales de la tige passant
par l'axe d'une racine latérale encore incluse, par des coupes
transversales de la racine latérale développée passant par l'axe
d'une radicelle encore incluse, trois méthodes qui conduisent au
même résultat.
Considérons d'abord les Fougères et prenons pour premier
exemple un Pteris (Pt. cretica, Pt. Blumeand). Les segments
découpés parallèlement aux trois faces planes de la cellule termi-
nale ou de la cellule-mère, qui s'empilent en trois séries pour for-
mer le corps de la racine ou de la radicelle, se cloisonnent tan-
gentiellement dansl'ordresuivant. Unepremière cloison dédouble
1. Ph. Van Tieçhem : Mémoire sur la racine (Ann. des se. nat., 5 e série, xiii,
p. 59 et suiv., 1871J.
2. Lachmann : Recherches sur la morphologie et l'anatomie des Fougères
(Comptes rendus, CI, p. 603, 1885).
Ph. Van Tieghem. — Limite de l'écorce dans les Cryptogames vasculaires. 371
le segment, puis une seconde cloison en dédouble de nouveau la
moitié interne. Des trois cellules ainsi formées, l'interne, sé-
parée en second lieu, produit le cylindre central, et la première
cloison tangentielle qui s'y fait découpe en dehors l'assise de
parenchyme qui recouvrira plus tard les faisceaux ligneux et
libériens; cette assise est donc, et est seule, le péricycle. La
cellule moyenne, séparée en même temps que l'interne, prend
de très bonne heure une cloison tangentielle ; l'assise interne
demeure simple et acquiert bientôt les plissements caractéris-
tiques; l'assise externe se dédouble ensuite une seule fois. L'as-
sise plissée a par conséquent une origine commune non pas avec
l'assise située en dedans d'elle, mais avec les deux assises situées
en dehors d'elle ; à elles trois elles constituent la zone corticale
interne. L'assise plissée est donc l'assise la plus interne de
l'écorce, c'est-à-dire l'endoderme. Quant à la cellule externe,
séparée la première, elle prend d'abord une cloison tangentielle
qui découpe en dehors l'exoderme, puis elle se dédouble de nou-
veau ; sa moitié externe se divise ensuite à deux reprises et
donne trois assises corticales ; sa moitié interne fait de même et
en donne trois autres ; ces six assises constituent la zone corticale
externe, dont le développement ne peut être dit, comme on voit,
ni centripète, ni centrifuge. L'ensemble du tissu qui recouvre le
cylindre central, et qui procède des deux cellules externes du
segment, comprend donc en définitive dix assises; les sept
externes sont séparées tout d'abord des trois internes, avant
même que celles-ci ne soient séparées du cylindre central ; puis
l'exoderme se découpe le premier en dehors du groupe externe,
en même temps qne l'endoderme se découpe le premier en dedans
du groupe interne. La différenciation de l'endoderme est donc
très précoce et c'est là une différence marquée par rapport aux
Phanérogames ; mais c'est la seule et elle n'est après tout que
secondaire. Pour être séparé de très bonne heure au bord interne
de l'écorce, en même temps ou même avant que le péricycle ne
se sépare au bord externe du cylindre central, l'endoderme n'en
dérive pas moins de l'écorce aussi certainement que chez les
Phanérogames; cette circonstance rend seulement la chose un
peu plus difficile à constater.
La marche du cloisonnement tang-entiel des segments trian-
gulaires est la même dans plusieurs autres genres, notamment
372 JOURNAL DE BOTANIQUE
dans les Scolopendrium , Platycerium, Lonchiiis, Adianttwi,
Lygodium, Aneimîa, Hymenophyllum, etc. Chez toutes ces
plantes, la cellule externe du segment, une fois l'exoderme
séparé, se dédouble un plus ou moins grand nombre de fois,
comme chez les Pteris, pour donner une épaisse zone corticale
externe; la cellule moyenne, au contraire, une fois l'endoderme
séparé, ne se dédouble qu'une seule fois ou demeure simple, de
façon que la zone corticale interne est très mince.
Ailleurs, c'est le contraire qui a lieu, mais c'est la seule diffé-
rence. Dans le Struthiopteris germanica, par exemple, la pre-
mière cloison tangentielle du segment se fait plus près de l'exté-
rieur et la cellule plus petite ainsi découpée, une fois l'exoderme
séparé, demeure simple indéfiniment ou ne se dédouble qu'une
seule fois. Au contraire, la cellule moyenne, découpée par la
seconde cloison du segment, une fois l'endoderme séparé vers
l'intérieur, se dédouble à plusieurs reprises et forme une zone
corticale interne qui compte en définitive dix assises, onze avec
l'endoderme. Il en est de même dans les Microlepia , Aspidium ,
Davallia, Polypodîum, Asplenium, Bleclmum, Nephrolepis,
Cyathea, etc.
Il en est encore de même dans les Osmuuda et Todea , avec
cette différence qu'ici la cloison séparatrice du cylindre central
se forme la première, tandis que la cloison qui sépare l'écorce en
une zone externe mince et une zone interne épaisse n'apparaît
qu'en second lieu.
En somme, la marche du cloisonnement tangentiel des seg-
ments triangulaires offre, il est vrai, trois modifications chez les
Fougères; mais ces modifications sont sans importance pour
l'objet que nous avons en vue. Que la cloison corticale naisse la
première ou la seconde, que la zone corticale externe soit plus
mince ou plus épaisse que la zone interne, peu importe. L'essen-
tiel est que partout l'assise plissée procède de la cellule moyenne
du segment, qui est corticale, et mérite le nom d'endoderme,
tandis que partout l'assise qu'elle recouvre procède delà cellule
interne du segment, constitutive du cylindre central, et mérite
le nom de péricycle. En ce qui concerne les Fougères, l'ancienne
opinion relativement àjla limite du cylindre central et de l'écorce
dans la racine est donc bien fondée et se trouve maintenant direc-
tement démontrée.
Ph. Van Tikohkm. — Limite de l'écorce dans les Cryptogames vasculaires. 373
Les choses se passent de même dans la racine des Marattia-
cées (Marattia, Angiopteris), des Ophioglossées (Botrychium)
et des Hydroptérides (Marsilia, Pilularia, Azolla) . Dans le
Marsïh'a Drummondiï, par exemple, chaque segment triangu-
laire prend d'abord une cloison tangentielle vers l'extérieur,
puis une seconde cloison tangentielle en dedans de la première.
Des trois cellules ainsi formées, l'interne produit le cylindre
central et découpe de bonne heure l'assise qui enveloppera plus
tard le liber et le bois, assise qui est par conséquent, et qui est
seule, le péricycle. L'externe ne prend qu'une cloison tangen-
tielle, qui sépare l'exoderme et l'assise externe de l'écorce pro-
prement dite. La moyenne enfin prend une première cloison
tangentielle qui sépare en dedans l'assise plissée, puis divise à
plusieurs reprises sa cellule externe de dehors en dedans pour
former les assises, au nombre de six ordinairement, qui com-
posent la zone interne de l'écorce proprement dite; l'assise plis-
sée appartient donc à l'écorce, bien qu'elle s'y différencie de
très bonne heure ; elle est l'endoderme. Dans sa totalité, l'écorce
comprend neuf assises, l'exoderme, l'endoderme et sept assises
intermédiaires, et de ces neuf assises les deux externes sont sé-
parées des autres avant que celles-ci ne le soient du cylindre
central. En un mot, les choses se passent dans les Marsïh'a
comme dans ces Fougères que nous avons groupées plus haut
autour du type Asplenium. Dans les Marattia et Angiopteris,
c'est aussi la zone corticale externe qni est mince, la zone cor-
ticale interne qui est épaisse, mais la cloison séparatrice du
cylindre central s'y forme la première, la cloison médio-corticale
la seconde; sous ce rapport, comme sous plusieurs autres, ces
plantes ressemblent aux Osmîtuda et Todea.
Dans les Equisetum (E. variegatum, trachyodon, palustre,
etc.), c'est la première cloison tangentielle des segments triangu-
laires qui sépare en dedans le cylindre central, et non la seconde
comme dans la plupart des Filicinées ; de plus, les premiers
vaisseaux et les premiers tubes criblés s'y forment plus tard di-
rectement contre cette cloison ; il n'y a pas de péricycle. La cel-
lule externe issue de ce premier dédoublement prend ensuite
une cloison tangentielle qui sépare directement l'exoderme en
dehors. Puis, la cellule moyenne, comprise entre le cylindre cen-
tral et l'exoderme, prend une série de cloisons tangentielles
374 JOURNAL DE BOTANIQUE
centrifuges et constitue l'écorce ; l'assise plissée est la première
des assises ainsi formées; elle est donc l'endoderme. Seulement
elle ne reste pas simple comme dans toutes les Filicinées ; un
peu plus tard elle prend une cloison tangentielle en dedans des
plissements, qui se trouvent ainsi reportés sur l'avant-dernière
assise corticale. La tardivité de ce cloisonnement montre bien
qu'il s'agit ici d'un endoderme dédoublé.
Dans les Selagînella (S. ïiiccqualifolia, }Uallichn, etc.),
chaque segment triangulaire issu de la cellule terminale prend
d'abord une cloison tangentielle, puis une seconde cloison exté-
rieure à la première. Des trois cellules ainsi constituées, l'interne,
séparée la première comme dans les Osmunda, Eqw'setimi, etc,
produit le cylindre central et découpe de bonne heure en dehors
l'assise qui enveloppera plus tard le liber et le bois, assise qui
est, par conséquent, et qui est seule, le péricycle. L'externe ne
prend qu'une cloison tangentielle et sépare l'exoderme avec
l'assise externe de l'écorce proprement dite. La moyenne se
dédouble d'abord et tandis que la moitié interne devient l'assise
plissée, la moitié externe se divise un certain nombre de fois
pour former la zone interne de l'écorce proprement dite ; l'assise
plissée appartient donc à l'écorce, elle est l'endoderme. En un
mot, les choses se passent sous ce rapport dans les Selagînella
comme dans les Fougères du type Aspleniinii, comme dans les
Marsilia , ou mieux comme dans les Osmuuda et Todea.
Enfin dans les Isoetes et les Lycopodïiim, où Técorce et le
cylindre central ont, comme on sait, des initiales distinctes,
l'assise plissée procède des initiales de l'écorce,, elle est l'endo-
derme; l'autre dérive des initiales du cylindre central, elle est le
péricycle.
De ce qui précède il résulte que, dans la racine de toutes les
Cryptogames vasculaires, l'assise extérieure aux faisceaux li-
gneux et libériens dérive de la même origine que ces faisceaux,
appartient par conséquent au cylindre central, en un mot est le
péricycle, tandis que l'assise plissée dérive de la même origine
quelazone corticale interne, appartient par conséquent à l'écorce,
en un mot est l'endoderme. La limite du cylindre central et de
l'écorce passe entre ces deux assises, comme dans la racine des
Phanérogames. Les radicelles, qui naissent ici dans l'endoderme,
sont donc d'origine corticale, tandis que chez les Phanérogames,
Ph. Van Tieghem. — Limite de l' croire dans les Cryptogames vasculaires. 375
où elles procèdent du péricycle, elles sont d'origine stélique.
Quand on passe de l'un de ces embranchements à l'autre, ce qui
se déplace dans la racine, c'est le. lieu de formation des ra-
dicelles, comme il était admis, et non pas la limite du cylindre
central, comme il paraissait d'après les recherches les plus
récentes.
Tige. — Contrairement à ce qui a lieu pour la racine, l'opi-
nion généralement admise au sujet de l'assise plissée et de l'assise
qui entoure le liber dans la tige des Cryptogames vasculaires est
que ces deux assises ont une origine commune, qu'elles appar-
tiennent soit toutes deux à l'écorce, soit toutes deux au cylindre
central, en d'autres termes, que la limite du cylindre central doit
être tracée soit en dedans, soit en dehors d'elles. Pour M. Russow,
elles appartiennent toutes les deux à l'écorce (1). A. de Bary
admet bien leur origine commune, mais sans dire la région à
laquelle il les rattache (2). M. Treub, dans les Selaginella, les at-
tribue toutes deux à l'écorce, comme M. Russow (3). Au con-
traire, M. de Janczewski les rattache toutes deux au faisceau,
c'est-à-dire au cylindre central, dans les Fougères et les Marsi-
liacées (4). Il dit notamment, à propos du Pteris aqui'Iiiia : « La
couche du parenchyme amylifère extérieure au liber possède
une origine commune avec l'endoderme et constitue avec lui une
partie intégrante du faisceau » (/oc. cit., p. 60). Enfin M. Lach-
mann a émis récemment la même opinion au sujet des Fou-
gères (5).
Voyons donc comment s'opère le cloisonnement tangentiel
des segments issus de la cellule terminale, d'abord dans la tige
des Fougères, en prenant pour exemple les stolons aphylles des
Nefihrolepis (N. davalliodes, exaltai a, etc.), qui étant monos-
téliques se prêtent plus facilement aux recherches. Les coupes
1. Russow : Vergleichen.de Untersuchungeu (Mém. de l'Acad. de Saint-Pé-
tersbourg-, xi\, p. 1Q5, 1872) et Betrachtungen i'iber Leitbiïndel (Dorpat, 1875,
P- 77)-
2. A. de Bary : Vergleichende Analomie, p. 359, 1877.
3. Treub : Recherches sur les organes de végétation du Sela.çinella Marten-
sii, Leyde, 1877, p. 11.
4. E. de Janczewski : Etudes comparées sur les tubes cribreux (Ann. des se.
nat., 6° série, xiv, p. 50, 1882).
( 5. Lachmann : Recherches .sur la morphologie et l'anatomic des Fougères
Comptes rendus, CI, p. 603, 1885) et Sur l'origine des racines latérales dans les
Fougères (Comptes rendus, CV, p. 135, 1887).
376 JOURNAL DE BOTANIQUE
axiles de l'extrémité d'un pareil stolon montrent la cellule ter-
minale tétraédrique se cloisonnant parallèlement à ses trois faces
planes. Chacun des segments ainsi produits prend d'abord une
cloison tangentielle vers l'intérieur, puis une seconde cloison
tangentielle extérieure à la première. Des trois cellules ainsi
formées, l'interne, séparée la première, contrairement à ce qui
a'iieu'dans la racine de la même plante et de la plupart des
Fougères, produit le cylindre central et découpe bientôt en
dehors l'assise qui entourera plus tard le liber, assise qui est par
conséquent, et qui est seule, le péricycle. La cellule moyenne
donne l'assise plissée et la zone corticale interne ; l'assise plissée
appartient donc à l'écorce, elle est l'endoderme. La cellule
externe donne l'épiderme et la zone corticale externe. La
limite du cylindre central et de l'écorce passe donc entre l'assise
supralibérienne et l'assise plissée.
Le'cloisonnement tangentiel des segments issus de la cellule
terminale suit la même marche dans la tige des Alarsilia, qui
est, comme on sait, polystélique gamostèle. Dans le M. Drum-
nwndiï, par exemple, le segment prend d'abord une cloison
tangentielle vers l'intérieur, puis une nouvelle cloison tan-
gentielle extérieure à la première. La cellule interne, séparée
la première, contrairement à ce qui a lieu dans la racine de la
même plante, produit le cylindre central et découpe à l'extérieur
l'assise qui entourera plus tard le liber; cette assise est donc, et
est seule, le péricycle. La cellule moyenne produit l'assise plissée
et la zone corticale interne; l'assise plissée est donc l'endoderme.
La cellule externe produit l'épiderme et la zone corticale
externe. Ici encore, la limite du cylindre central et de l'écorce
passe entre l'assise supralibérienne et l'assise plissée.
Il en est de même dans la tige des Equisetum. Il en est de
même aussi dans celle des Selaginella, bien que l'endoderme,
dépourvu de plissements, y prenne, comme on sait, un caractère
tout particulier.
On voit donc, contrairement à l'opinion admise, que dans la
tige des Cryptogames vasculaires l'assise supralibérienne dérive
de la même origine que le liber, appartient par conséquent au
cylindre central, en un mot est le péricycle, tandis que l'assise
plissée procède de la même origine que la zone corticale interne,
appartient par conséquent à l'écorce, en un mot est l'endoderme.
A. Franchet. — Lefrovia, genre nouveau de MuHsiacées. 377
La limite du cylindre central et de l'écorce passe entre ces deux
assises, comme dans la tige des Phanérogames. Les racines laté-
rales, qui naissent ici de très bonne heure dans l'assise produc-
trice de l'écorce interne et de l'endoderme définitif, dans ce
qu'on peut appeler l'endoderme actuel, sont donc d'orig-ine
corticale, tandis que chez les Phanérogames, où elles procèdent
du péricycle, elles sont d'origne stélique. Quand on passe d'un
embranchement à l'autre, ce qui se déplace dans la tige c'est
le lieu de formation des racines latérales et non pas, comme il
était admis, la limite du cylindre central.
Cette limite est la même dans la racine et la tige des Phané-
rogames. Elle est aussi la même dans la racine et la tige des
Cryptogames vasculaires, contrairement à l'opinion générale-
ment adoptée. On a vu, en effet, qu'à l'exception de M. Lach-
mann, tous les autenrs qui admettent la communauté d'origine
des deux assises limites dans la tige leur attribuent une origine
entièrement distincte dans la racine.
Fetnile. — Résolue pour la tige, la question l'est évidem-
ment du même coup pour la feuille, et il n'y a pas lieu d'y
insister ici.
Concluons en disant que, dans toute l'étendue du corps des
Cryptogames vasculaires, l'assise supralibérienne appartient au
cylindre central (ou au faisceau), l'assise plissée à l'écorce (ou au
tissu fondamental). La première mérite donc partout le nom de
péricycle, la seconde celui d'endoderme.
LEFROVIA, genre nouveau de MUTISIACEES
Par M. A. FRANCHET
(O)ioserideée). — Capitula homogama, radiatiformia, floribus om-
nibus hermaphroditis. Involucrum late campanulatum ; bracteœ multi-
seriales, exterioribus gradatim brevioribus, arcte imbricatae, rigide
coriacese, lucidae, fuscae, praeter intimas crasse et rigide mucronatse,
extimis breviter obovato-spatulatis, laciniatis, mediis et interioribus
appendiculatis, appendice concava, spatulata, margine parum tenuiore
erosis, intimis linearibus apice vix dilatatis; receptaculum leviter con-
vexum, alveolarum mar<dne elevato, dentato, ciliolato. Flores ra-
378 JOURNAL DE BOTANIQUE
diantes albi (?), omnes extus sparse papillosi; corollae radii bilabiatœ,
labio exteriore liguliforme, tridentato, labio interiore angustissimo,
integro, apice revoluto, quam exterius subduplo breviore; corolke
disci ultra médium in lobos 5 angustissimos, aequâles, apice revolutos
partitae. Antherae longe exsertae basi caudatae, eaudis elongatis, subu-
latis, glabris. Styli rami breviusculi, oblongi obtusi; pappus sordidus,
setis pluriserialibus, inaequalibus. Achgenia oblonga, io-costata, dense
villoso-seriçea. — Species 1.
L. rhaponticoides. — Frutex (probabiliter) elatus, ramis capitu-
ligeris pennae anserinae erassitie, fusco-rubris, brevissime lanuginosis;
folia alterna, ampla (4-8 poil, longa), breviter petiolata, ovata vel
ovato-elliptica, rigide papyracea, intégra, pallida, supra scabrata, sub-
tus praesertim ad nervos pilosula, crebre reticulato nervosa; capitula
magna (diam. 5 cent.), ac apieem ramorum solitaria, subsessilia, foliis-
que sa?pius vix diminuas suffulta. — Planta speciosa.
Hab. - — America meridionalis, in provincia Tarija (Bolivia), ubi
detexit Weddell, mens. Tul. et Aug. 1S46 (Herb. Mus. paris.; Wedd.
n. 4040, sub D/'aseuxis).
Voisin du genre Hyalis et surtout du Plazia ; il diffère de
l'un et de l'autre par la forme des fleurons, ceux du rayon ayant
leur lobe intérieur entier et non bifide et ceux du disque étant
tous divisés jusqu'aux 3/4 en lobes presque filiformes, dressés et
converg-ents par leur sommet enroulé. En outre dans les Plazia
les rameaux du style sont allongés, linéaires et dans les Hyalis
l'appendice caudiforme des anthères est cilié. Le port du Lefro-
vi a est d'ailleurs très différent de celui des diverses espèces
des deux genres précités.
Les capitules du L. rhaponticoides rappellent ceux du Rha-
ponticum scariosum Dill. et les écailles ont la plus grande ana-
logie de forme dans les deux plantes, celles du Lefrovia étant
seulement plus brunes et d'une consistance plus coriace ; les
feuilles sont aussi assez semblables, si ce n'est qu'elles sont
brièvement pétiolées dans la Mutisiacée .
Ce nouveau genre est dédié à la mémoire de Lefrou qui fut
l'ami et le premier guide d'Aucher-Eloy dans ses recherches bota-
niques, ainsi que l'auteur d'un catalogue très estimé des plantes
de Loir-et-Cher, publié en 1837.
G. Macqret. — Le tissu sécréteur des Aloès. 379
LE TISSU SÉCRÉTEUR DES ALOÈS
Par M. G. MACQRET
On sait depuis longtemps que les feuilles de différentes espèces
d'Aloès fournissent un suc employé en médecine et préparé
principalement sur la côte sud de l'Afrique, dans les îles avoisi-
nantes et aux Antilles. C'est à M. Trécul(i) qu'on doit les
notions les plus précises sur l'origine et la localisation de ce
produit dans la feuille de ces plantes. Parmi les observateurs qui
s'en étaient occupés auparavant, Schultz croyait que le « suc
propre » des Aloès était contenu dans un système de canaux
réticulés ou laticifères occupant toute l'étendue de la plante.
Unger et Gasparrini avaient aperçu les relations du tissu sécré-
teur avec les faisceaux libéro-ligneux des feuilles. M. Trécul
constata qu'il accompagne toujours les faisceaux foliaires et est
situé dans leur partie externe : toutefois la nature morpholo-
gique des éléments dont il est formé restait encore incertaine.
Plus récemment, M. de Lanessan a figuré (2) un faisceau foliaire
d'Aloès accompagné d'une description qui n'indique pas d'une
façon plus précise la nature ou l'origine des éléments cellulaires
qu'elle représente; de Bary (3), citant les résultats obtenus par
M. Trécul, n'avait pas osé se prononcer sur la question.
Il nous a semblé que, pour un groupe de plantes aussi
connues par leurs propriétés, il n'était pas inutile d'éclaircir les
points douteux ou controversés et de préciser nettement la
nature du tissu auquel elles doivent leur principal intérêt. La
présente note (4) a pour but d'indiquer brièvement les résultats
auxquels nous sommes arrivés à ce sujet.
La feuille des Aloès comprend une zone externe à chloro-
phylle et un parenchyme interne incolore ; ce dernier est formé
de cellules beaucoup plus volumineuses que celles de l'étui
chlorophyllien qui l'entoure. Entre ces deux régions corticale
et médullaire sont répartis, en une série simple et continue sur
i. Trécul, Du- Suc propre dans les feuilles d'Aloès (Ann. des se. nat., Bot.»
1871).
2. Fluckiger et Hanbury, Histoire des drogues d'origine végétale ; traduction
par M. de Lanessan, t. II, p. 500; 1878.
3. De Bary, Vergleichende Anatomie, p. 155; 1877.
4. Nous extrayons ce résumé de l'étude d'ensemble que nous avons faite du
groupe des Aloès au laboratoire et sur les conseils de M. le professeur Guignard-
3 8o JOURNAL DE BOTANIQIT.
tout le pourtour de la feuille, un grand nombre de faisceaux
libéro-ligneux qui tournent tous leur bois vers le centre de
l'organe (fi g-. I, 4). Chaque faisceau, sur la coupe transversale, a
la forme d'un ovale qui s'élargit du côté externe et se rétrécit à
la partie interne, le tiers environ s'enfonçant dans le paren-
chyme médullaire.
Considéré en particulier, chacun de ces faisceaux présente :
en dedans, du côté du parenchyme médullaire, le bois, b (fig. II),
représenté par des vais-
seaux peu nombreux ; du
côté externe, au contact
de ces derniers, le liber, /;
derrièrele liberun groupe
de cellules, t. al, d'autant
plus larges qu'elles sont
plus extérieures, et dont
la longueur est beaucoup
dIus grande que celle des
cellules ambiantes. A la
périphérie de ces trois
sortes de tissus, est une
assise particulière de cel-
lules, end, qui les entoure
complètement et délimite
nettement le faisceau par
rapport au parenchyme
foliaire. Le groupe des
grandes cellules, /. al, a
été appelé par divers ob-
servateurs tissu chromo-
gène, en raison de la teinte jaune, puis brunâtre que la section
prend à l'air libre dans la plupart des espèces d'Aloès. L'assise
environnante est souvent désignée, chez ces plantes, sous le nom
de gaine; ses cellules sont un peu plus longues que larges, elles
' n'ont jamais la longueur de celles du tissu chromogène ; elles
renferment, outre leur noyau, un gros globule réfringent, remar-
qué depuis longtemps, formé, pour certains auteurs, par de
l'aleurone, et, pour beaucoup, fournissant le suc d'Aloès.
Ainsi constitué, le faisceau semble assez différent de ceux
Fm. I.
Coupes transversales d>:
de Y A/oc vulgaris.
la feuille
G. Macqret. — Le tissu sécréteur des Aloes.
381
qu'on observe dans les feuilles de la plupart des Monocotylé-
dones. Les parties intéressantes à considérer sont le tissu chro-
mogène et la gaîne. Pour déterminer la nature, l'origine et le
rôle de chacune d'elles, il fallait en étudier le développement et
les rapports avec la tige et arriver, par les réactifs, à caracté-
riser l'aloès dans les cellules-mêmes où il se forme. Voyons
d'abord le passage des faisceaux de la tige à la feuille.
Dans la tige, le cylindre central comprend, en dehors de ses
nombreux faisceaux libéro-ligneux, un péricycle simple et un
endoderme à plissements bien visibles. En quittant le cylindre
central pour se
rendre à la feuille,
qui s'insère par
une large surface,
chaque faisceau
entraîne avec lui
une partie de l'en-
doderme de la tige
et se constitue bien •
tôt un endoderme
propre, qui diffère
de celui de la tige
par l'absence des
plissements carac-
téristiques et, aus-
si, par l'appari-
tion, dans chacune
de ses cellules, des
gros globules réfringents dont il a été question plus haut à pro-
pos de la gaine : cette dernière n'est donc pas autre chose qu'un
endoderme.
La partie du péricycle correspondant est également entraînée
en même temps que l'endoderme; mais, au lieu de rester simple,
comme dans la tig-e, elle se dédouble et se cloisonne dans le
faisceau foliaire, de manière à former, derrière le liber, les
longues et larges cellules du tissu chromogène, tandis qu'elle
reste réduite à une assise simple, autour du bois du faisceau
(fig. 16); le tissu chromogène n'est donc pas autre chose qu'un
péricycle dédoublé localement, devenant sécréteur dans la feuille.
Fig. II. — Coupe transversale d'un faisceau de la feuille dans
YAloe socotorina : end., endoderme ; gl. t., globules à tannin ;
/. al., tissu chromogène ou aloïfère ; b, bois; /, liber.
382 JOURNAL DE BOTANIQUE
On constate, en effet, que, clans la tige, le péricycle ne renferme
pas de produit de sécrétion même dans les espèces qui four-
nissent le plus d'aloès ; c'est seulement dans les faisceaux de la
feuille qu'existe le suc propre.
A la partie inférieure de la surface d'insertion de la feuille,
les faisceaux sortis de la tige sont disposés en un seul rang
(fig\ I, i) et conservent l'orientation qu'ils avaient dans l'axe,
c'est-à-dire présentent leur bois en dedans et leur liber en dehors.
Un peu plus haut, de nouveaux faisceaux entrent dans la feuille
en tournant sur eux-mêmes, de façon à prendre une orientation
inverse de celle qu'ils avaient d'abord et que les autres faisceaux,
qui se rendaient à la partie inférieure de la feuille, ont conservée
(fig. I, 2, 3,4). Bien avant la rotation complète de ces faisceaux
supérieurs, on voit se différencier, au centre de la base de la
feuille, quelques cellules incolores, première trace du parenchyme
médullaire si considérable dans les parties les plus âgées. Re-
marquons en outre qu'il existe, entre les faisceaux qui courent
parallèlement dans toute la longueur de la feuille, d'autres
faisceaux horizontaux ou un peu obliques, très ténus, qui éta-
blissent des anastomoses entre les premiers. En plongeant pen-
dant quelques instants dans une solution de bichromate de
potasse à 10 °/ une coupe tangentielle comprenant les faisceaux
de l'une des deux faces de la feuille, on colore en violet foncé le
réseau fasciculaire qu'on peut voir alors très nettement par
transparence. Nous allons constater maintenant que ce réactif ne
colore que certains éléments du faisceau et permet de préciser
l'origine de l'aloès.
En effet, lorsqu'on a plongé pendant quelques jours des
fragments de feuille d'Aloès dans la solution de bichromate de
potasse et qu'on en examine ensuite des coupes transversales,
le tissu chromogène ou péricycle se montre seul coloré en vio-
let et cette réaction lui est tout à fait spéciale. Mais si l'on fait
macérer les fragments de feuille dans l'alcool au lieu de les trai-
ter par le bichromate, le résultat est tout différent : le tissu
chromogène ne se colore plus, parce que son contenu a été dis-
sout dans l'alcool et a diffusé dans le liquide en excès. Or, on
sait que l'aloès est soluble dans l'alcool. A la réaction qui pré-
cède nous avons ajouté d'autres recherches chimiques qu'il serait
trop long de détailler ici et qui montrent que le suc propre est
P. A. Dangeakd. — La sexualité rlies quelques Algues inférieures. 383
contenu dans le tissu chromogène, lequel mériterait plutôt le
nom de tissu aloïfère, s'il ne suffisait de dire simplement que,
chez les Aloès, le péricycle dans la feuille est devenu sécréteur.
Mais le suc propre existe-t-il exclusivement dans le péricycle?
Le bichromate de potasse colore également les globules réfrin-
gents de la gaine ou endoderme, ce qui paraît confirmer au pre-
mier abord, l'opinion de M. Trécul qui les considère comme
formés par de l'aloès. Mais la coloration n'atteint pas le suc
cellulaire ; en outre, les globules ne se dissolvent pas dans l'alcool
et la teinte qu'ils doivent à l'action du bichromate est brunâtre.
Les cellules corticales voisines de la gaine peuvent d'ailleurs
renfermer, dans plusieurs espèces, de petits globules de même
nature. On constate qu'outre la réaction indiquée, les globules
présentent une coloration noire par les persels de fer, jaune-
brun par le chloromolybdate d'ammoniaque, etc., ce qui montre
qu'ils sont formés, tout au moins en majeure partie, par du
tannin, et non par de l'aloès, encore moins par de l'aleurone,
comme on l'a aussi supposé. D'ailleurs, les cellules de la gaine
endodermique sont, comme on l'a vu, beaucoup plus courtes,
que celles du péricycle; les globules en question ne peuvent,
par la section de la feuille qu'on pratique pour l'extraction de
l'Aloès, s'écouler comme le suc propre du péricycle. Qu'ils
contribuent à l'élaboration de ce produit, la chose est possible,
mais le rôle essentiel est dévolu au péricycle, et ce qui confirme
encore cette opinion, c'est que, dans certains cas où le péricycle
est totalement sclérifié, alors même que l'endoderme est pourvu
de ses globules, le suc propre fait totalement défaut .
LA SEXUALITE CHEZ QUELQUES ALGUES INFERIEURES
(Suite.)
Par M." P. A. DANGEARD
Phacotus lenticularis Stein.
Cryptomonas lenticularis Ehr. Phacotus viridis Perty.
Ce dernier se distingue très facilement du précédent; j'ai
signalé ailleurs quelques caractères différentiels, mais très im-
parfaitement parce que je n'avais pas eu l'occasion d'étudier cette
espèce. Depuis cette époque, je l'ai récoltée à plusieurs reprises
384 JOURNAL DE BOTANIQUE
aux environs de Caen, mais jamais en grande masse ; les zoos-
pores comme l'a bien vu Perty, ont exactement la forme d'une
petite lentille biconvexe (fig. 1 et 2) ; la membrane est rugueuse,
épaisse, de couleur sombre, elle est formée de deux valves. Le
protoplasma, coloré en vert par de la chloro-
phylle, est au contact de la membrane sur les
jeunes zoospores ; plus tard il en est séparé
l par un espace plus ou moins large.
La reproduction asexuelle a lieu par une
division du protoplasma en deux ou en quatre
zoospores (fig. 3), ainsi que l'a décrit Carter;
les deux valves s'écartent beaucoup l'une de
l'autre et dans l'intervalle, les zoospores ac-
P/iacotits lenticularis. L
quièrent bientôt une membrane épaisse ; à ce
moment on peut en voir très bien la surface régulièrement dentée.
Je n'ai pu obtenir jusqu'ici la reproduction sexuelle; il est
fort probable cependant qu'il existe dans cette espèce des ga-
mètes semblables à celles du Phacotus angulos7is et non des sper-
matozoïdes et des oosphères comme le pensait Carter.
Gorbierea vulgaris sp. nov. (1).
L'espèce qui m'a servi à créer ce genre se trouvait dans des
mares situées non loin du bord de la mer ; le fond de ces mares
est constitué par des bancs de calcaire recouvert de sable marin ;
elles n'ont, il est vrai, aucune communication directe avec les ca-
naux d'eau saumàtre qui se trouvent au voisinage ; je pense qu'il
y a là cependant un habitat particulier qu'il est bon de
signaler.
Les zoospores ont une forme ovale (fig. 1), parfois presqne
sphérique ; le protoplasma est coloré en vert par de la chloro-
phylle ; cette chlorophylle ne paraît pas être fixée sur des chro-
matophores spéciaux ; on trouve à la partie antérieure du corps
une ou deux vacuoles contractiles et un point rouge latéral qui
d'ailleurs manque fréquemment. Les zoospores possèdent quatre
cils un peu plus longs que le corps lui-même ; le protoplasma est
assez fréquemment séparé de la membrane par un espace in-
colore.
1. Je dédie ce genre à M. Corbière, professeur au Lycée de Cherbourg-, bien
connu par ses travaux sur la flore de Normandie.
P. A. Uangeakd. — La sexualité chez quelques Algues inférieures. 385
jusqu'ici rien ne permet de distinguer cette espèce d'un
Chlamydomonas quelconque ; la structure interne est dans cette
circonstance d'un grand secours. On sait que dans ce dernier
genre, le noyau est situé au-dessus du corpuscule amylifère,
dans un espace ordinairement moins coloré que le reste du corps ;
ici le corpuscule amylifère est central, mais le noyau occupe la
partie postérieure de la cellule ; il se trouve parfois presque au
contact de la membrane ; on ne peut
le voir sans réactif : il faut donc fixer
et colorer d'après les méthodes em-
ployées en histologie végétale, ce
qui ne laisse pas, dans ce cas, de
présenter quelques difficultés ; il se
colore uniformément et nous n'avons
point réussi à observer un nucléole.
Ces particularités de structure
n'auraient pu suffire à justifier la
création d'un nouveau genre ; mais
la suite du développement montre
bien l'importance qu'il faut accor-
der à la structure interne.
La reproduction asexuelle se fait
par une division en deux du corps ; ette division peut avoir lieu
pendant la phase d'activité ; le plus souvent elle se produit après
la disparition des cils (iig 3), j'ai observé dans ce cas, assez ra-
rement, quatre zoospores provenant d'une même cellule-mère.
Les gamètes se forment comme les zoospores ordinaires par
une division en deux de la cellule-mère. Elles sont à peu près
de même grosseur ; elles se conjuguent soit deux grosses en-
semble soit une grosse avec une plus petite ; il est impossible de
distinguer aucune différence de sexe. Les deux gamètes s'unis-
sent par leurs cils, elles restent ainsi fort longtemps en effectuant
un mouvement de balancement (fig. 5) ; la fusion des' deux pro-
toplasmas se fait très lentement ; il en résulte une oospore sphé-
rique, les membranes des gamètes sont utilisées complètement.
Le protoplasma est granuleux, il conserve pendant quelques
jours une couleur verte, puis il semble s'y former un précipité;
l'aspect devient de plus en plus sombre et finalement l'oospore
acquiert une couleur |brun rougeàtre foncée, semblable à celle
Corbicrea vulgaris.
3 86 JOURNAL DE BOTANIQUE
des téleutospores des Urédinées; la membrane est double, il y a
une exospore et une cndospore, celle-ci est de beaucoup la plus
épaisse; les corpuscules amylifères restent longtemps distincts.
Si l'on cherche à suivre ce que deviennent les noyaux, voici
ce que l'on observe : ce sont les deux corpuscules amylifères
qui arrivent d'abord au contact l'un de l'autre en conservant leur
structure : ils offrent une plage centrale dense et sont entourés
d'une auréole plus claire (fig. 7 et 8. c) ; les noyaux se portent
beaucoup plus tard l'un vers l'autre, ils subisent un allongement
suivant le sens de la direction suivie (fig. 7, ri)\ leur masse est
homoo-ène sans nucléole : il faut bien se garder de les confondre
avec les deux corpuscules ; une étude préalable faite sur les ga-
mètes avant la fusion et la différence d'affinité pour les réactifs
colorants permettent d'éviter toute erreur.
Les noyaux arrivés au contact se fusionnent en une masse
ano-uleuse qui s'arrondit ensuite et ne montre plus aucune trace
de soudure (fig. 8, 11).
Il est utile d'examiner avec attention quelques unes des ques-
tions que peut soulever la création de ce genre.
1" On pourrait croire que notre espèce n'est autre que le
Chlamydo)iiojias iimliijïlis décrit par Frésenius (1) ; nous avons
étudié le véritable Chlamydomonas multifilis; les zoospores ont
la structure normale, les gamètes sont de petite dimension, elles
ne peuvent être confondues avec celles du Corbïerea ; quoique
M. Rostafinski n'ait point donné de figure (2), il n'est pas difficile
de voir que sa description ne peut correspondre à celle de ce
dernier genre.
2 Le genre Tetrasclims ayant été créé (3) pour des espèces
possédant quatre cils, n'aurait-il point été préférable d'y placer
la nôtre? Mais le Tetrasclims cord? forints, le seul connu, a une
structure interne bien différente ; le noyau occupe le milieu du
corps; il est situé au dessus du corpuscule amylifère ; le dévelop-
pement est mal connu.
La place du genre Corbterea est sans contredit dans la fa-
mille de Chlamydomonadinées, mais il se distingue de tous les
autres genres par deux caractères de premier ordre : la position
1. Frésenius. Abhandlimgen der Senkenberg'scheti Gesellschaft.
2. Rostafinski. Bcob. ùber Paarung der Schwarmsporen (Bot. Zeitung., 1871).
3. Stein, loc. cit.
Variété. 387
du noyau et la structure de l'oospore. Dans les Chlorogonùim,
Cercidium, Phacotus, etc (1), les oospores n'ont qu'une mem-
brane, leur couleur est jaune, elle devient plus tard rouge ; dans
le genre Corbierea, la membrane est double et la couleur est
brun rougeàtre. La différence est fort nette.
{A suivre.)
VARIÉTÉ
L'emploi des substances résineuses pour la conservation
des préparations microscopiques.
L'histologie tire de grands services de l'emploi, comme subtstance
conservatrice des préparations, de la résine Dammar, préférable,
dans certains cas, au baume de Canada. La résine Dammar se dis-
sout, à chaud, dans parties égales d'essence de térébenthine et de ben-
zine. Cette solution, qui présente de grands avantages, a toutefois l'in-
convénient de se troubler au bout de quelque temps. Pour y remédier,
M. Martinotti, de Turin, propose d'employer comme dissolvant le
xylol, qui lui a donné des résultats satisfaisants. Voici comment il
prépare sa solution :
« On prend 40 gr. de résine Dammar et 40 gr. de xylol, on les
laisse trois ou quatre jours à la température ordinaire dans un vase de
verre fermé, puis on filtre. On recueille environ 70 gr. de liquide qu'on
fait évaporer au bain-marie, de manière à obtenir 45 gr. (ou un peu
moins) de substance . Le but de cette concentration est de laisser dans
la solution la plus petite quantité possible de xylol, tout juste ce qui
est nécessaire pour maintenir la résine dissoute. »
La solution ainsi concentrée jaunit, mais sans perdre, même avec
le temps, sa limpidité. Pour l'employer on la dilue avec de l'essence
de térébenthine, dont l'adjonction a entre autres avantages celui de
faire disparaître, au moins en partie, la coloration jaunâtre de la solu-
tion; on pourrait même, de cette manière, la faire disparaître complè- #
tement, mais il vaut mieux ne pas ajouter trop d'essence de térében-
thine, et d'ailleurs la coloration n'a aucun inconvénient et est toujours
moins intense que celle des solutions ordinaires de baume de Canada.
D'autre part, l'auteur a cherché des dissolvants du baume de Ca-
nada susceptibles de donner des solutions plus blanches que celles
qu'on obtient par l'emploi du chloroforme, de l'essence de térében-
thine, de la benzine, du xylol, etc., et avec un indice de réfraction
plus faible. Il recommande à cet effet Yessence d'aspic rectifié, qu'on
retire du Lavandula spica. (Extrait du Ma/pighia, Vol. II, p. 270.)
1. P. A. Dangeard, toc. cit.
3§8 JOURNAL DE BOTANIQUE
CHRONIQUE
La Société mycologique de France a tenu cette année à Blois, du 15 au
20 octobre, sa session extraordinaire annuelle. Malgré le froid et la sécheresse
de la session, la récolte a été assez abondante, et la végétation spéciale de la
Sologne a beaucoup intéressé les membres de la Société par ses rapprochements
avec la flore mycologique des Alpes et du jura. Les espèces recueillies pendant
les deux premières journées dans la forêt de Blois et à Cheverny ont été suffi-
samment nombreuses pour permettre à la Société d'organiser une exposition
brillante de Champignons dans une des grandes salles du château de Blois, gra-
cieusement offerte par la municipalité. Près de trois cents espèces comestibles
ou vénéneuses y figuraient, car on avait pu joindre à celles de la région de nom-
breux et intéressants Champignons envoyés de Nice par M. Barla (Polyporus
c on fi tiens, P. ovinus, Armillaria caligata, etc.), des Vosges et du Jura par
M. Quélet (Lepiota Jellina, Trickoloma virgata, Paxiilus amarellus, etc.), du
Tyrol par M. l'abbé Bresadola (Boletus tridentinus, B. cavipes, Armillaria cin-
gulata, etc.), de Fontainebleau par M. Hermary {Trickoloma acerbum etc.), de
Bourges par M. Bernard (Botetus torosus, Trickoloma tumidum, etc.), de diverses
localités par MM. Guillemot, Niel, etc. Les murs de la salle étaient décorés par
de belles aquarelles de MM. Boudier, l'abbé Séjourné, Rolland et par des photo-
graphies de MM. Bourquelot et Morot. L'exposition a été précédée d'une séance
publique où un nombreux auditoire a écouté avec un vif intérêt deux conférences
faites par MM. Boudier et Costantin sur les principales applications de la myco-
logie à l'industrie et à l'étude des maladies des végétaux et des animaux.
Parmi les espèces remarquables rencontrées dans la forêt de Blois, on peut
citer Poiyporus incanus, P. frondosus, Clitocyie tabescens, Cortinarius limo-
nius, etc. ; dans le parc de Cheverny et dans les bois des environs, Tnber œsti-
vmn, Lensite versicolor, Tremeilodon gelatinosuni, Spathularia fiavida, etc. ;
dans la forêt de Chambord, Stropharia squarrosa, Pleurotus Eryngii, Lenfinus
tigrinus, Bolctus piperatus, Tremeilodon gelatmosum, Polyporus radiatus, etc.
Le vendredi 19 a été consacré à l'exploration de la forêt de Russy et le
samedi à la visite de Vendôme.
Avec la variété de la flore mycologique, la beauté des bords de la Loire, les
nombreux châteaux historiques qu'on y rencontre, et enfin un temps splendide
ont contribué au succès de cette session qui doit compter parmi les plus bril-
lantes de celles qu'a déjà organisées la jeune et prospère Société mycologique.
Nous avons le regret d'annoncer à nos lecteurs la mort de M. Morière, doyen
honoraire et ancien professeur de Botanique à la Faculté des sciences de Caen,
décédé le 19 octobre 1888, à l'âge de 71 ans.
On annonce également la mort de M. P. Bubani, auteur du Flora Virgiliana,
commentaire des plantes signalées par Virgile, et celle de M. le D r Delajiare,
qui s'est occupé de la ilore de Miquelon.
M. G. Haberlandt a été nommé professeur ordinaire et directeur du Jardin
botanique de l'Université de Graz.
Le Gérant ; Louis Morot.
Paris. — J Mersofc, 1111p., 22, pi. Deofert- flecfaerean.
2* ANNEE N- 22 16 NOVEMBRE 1888
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
LES CYPERACEES
DE L'ECUADOR ET DE LA NOUVELLE-GRENADE
DE LA COLLECTION DE M. E. ANDRE
Par M. P. MAURY
L'importance des collections botaniques faites par M. E. André,
au cours de son voyage dans l'Ecuador et la Nouvelle-Grenade, a
déjà été signalée à l'attention des botanistes par les études de MM. Mar-
well Masters et Cogniaux sur les Passillorées et les Mélastomacées
qu'elles renfermaient. L'énumération des Cypéracées que nous présen-
tons aujourd'hui au lecteur et surtout la monographie des Broméliacées
qui sera prochainement publiée par M. André, achèveront certainement
de montrer le réel intérêt qu'elles offrent pour la connaissance de la
flore de l'Amérique équinoxiale.
Les Cypéracées récoltées par M. André représentent environ les
deux cinquièmes du nombre total des plantes de cette famille qui
croissent dans le Venezuela, la Colombie et l'Ecuador. En l'absence
d'une flore générale de ces régions, il est difficile de donner un chiffre
exact pour le total des Cypéracées ; néanmoins l'évaluation que j'ai
pu en faire, d'après les échantillons de l'Herbier du Muséum et le
relevé des espèces décrites dans diverses publications, m'autorise à
penser que cette proportion est bien près de la vérité. Je ne crois pas
qu'en dehors des récoltes de Humboldt et Bonpland et de M. J. Triana
un autre voyageur ait réuni, dans les mêmes régions, un aussi grand
nombre de plantes de cette famille.
Au point de vue de la distribution géographique, il convient de
faire remarquer que la plupart des espèces de cette récolte ont une
aire comprise entre la République Argentine et le Chili, au Sud, le
Mexique, au Nord. Bien que quelques-unes appartiennent au versant
occidental des Andes et aux bassins de l'Amazone et de l'Orénoque
jusqu'à la Guyane, le plus grand nombre cependant parait peu s'écar-
ter des deux versants des Andes et avoir ainsi une aire plus étendue du
Nord au Sud que de l'Est à l'Ouest. Enfin la prédominance des Cype-
ri/s, puis des E/eocharis, des Rhynchospora et des Carex, conforme à
39Q JOURNAL DE BOTANIQUE
ce que mes relevés m'ont permis d'établir pour l'ensemble des Cypé-
raeées, mérite également d'être signalée.
Comme les Cypéracées de l'Amérique équinoxiale n'ont encore
donné lieu à aucune étude complète, il m'a paru intéressant de citer,
à la suite des indications détaillées de M. E. André, les localités où
d'autres voyageurs ont récolté les mêmes espèces. L'Herbier du Mu-
séum possède, outre les échantillons originaux de Humboldt et Bon-
pland des collections encore complètement ou en partie inédites et
fort importantes. Ce sont celles qui ont été faites par Justin Goudot, en
1S43. dans la Nouvelle-Grenade; par M. J. ïriana en 1851-57 et dont
une partie seulement a été utilisée pour la publication du rodromus
Flora? Novœ-Granatensis de MM. J. E. Planchon et J. Triana; par le
D 1 ' Duchassaing, en 1851, aux environs de Panama; par Plée, à Mara-
cavbo; par M. Rémy, en 1856, dans l'Ecuador et le Pérou ; par le
D'' de Grosourdy, en 1864, dans le Venezuela; par M. Grisar, en 1872,
dans l'Ecuador. Enfin j'ai cru devoir indiquer les numéros correspon-
dants des collections bien connues de Hartweg, Purdie, Linden,
Eunek et Schlim, Jameson, Spruce, qui existent dans l'Herbier du Mu-
séum. Je laisse intentionnellement de côté les récoltes récentes faites
par MM. Chaffanjon et L. Gaillard dans le Haut-Orénoque et qui doi-
vent être de ma part l'objet d'une publication prochaine.
CYPERUS
1. C. melanostachyus H. B. K., Nov. Geu. et Spec.^ I, p. 207. —
C. variegatus H. B. K., /. <:., p. 208.
« Salenlo, Quindio (prov. Cauca, in Andibus central., Nov. Granat.),
n° 23-6; Guarauda, in pratis, in decliviis montis Ckimboraso (Ecuador),
n" 27,2b bis ; Moscosio, ait. circa 202S m. in Andibus orient., (Nov. Granat.),
n° 827. »
In Herb. M. P. .• Sauta Fc, Bonpland; Cordillère de Bogota, ait. 2700 m.,
J. Triana, n° 414; Plantes de l'Equateur et du Pérou, Grisar. 1872; Nov.
Granat., Purdie.
Les échantillons de l'Amérique équinoxiale, en particulier ceux
qu'en a rapportés M. E. André, sont en général de taille plus faible
que les spécimens de la même espèce provenant du Mexique ou du
Nicaragua. 11 n'y a là qu'une simple variation locale insuffisante pour
donner lieu à l'établissement d'une variété spécifique.
2. C. amabilis Vahl, Euum., II, p. 318. — C. aureus H. B. K., /. r.,
p. 205; Kunth, Enum., II, p. 21 ; Boeckeler, in Liunœa, XXXV, p. 494; —
C. auriantacus H. B. K., /. r., p. 205; — C. oligostachyus H. B. K., /. <r.,
p. 204.
« Honda (Magdalena, Nov. Granat.), ad colles arenaceas, n' J 632. »
P. Mauky. — Sur les Cypéracées de l'Ecuador et de la Nouvelle-Grenade. 391
In. Herb. M. P. : Savannes de Guanaguana, pro. Cumana, Colombie,
Funck, n° 701 ; Magdalena, J. Goudot.
3. C. elegans Lin., .SJ>. PL, p. 68. — C. toluccensis H. B. K., /. c,
p. 206.
« Panama, in part, lacustr., planta o m ,50 — o m ,75, n° 4708 bis. »
In Herb. M. P. : Nov. Granat., Bonpland; Cordillère orientale, Prandi,
J. Goudot; Guanagtiana (Caracas), Funck, n° 237; Panama, D r Duchas-
saing.
4. C. prolixus H. B. K., /. c, p. 206.
« Las Cruces, Quindio, in Andibus central. (Nov. Granat.), prope silvas
madefactas a Ceroxylone andicola habitatas, ait. circa 2508 m., n° 2107 bis. »
In Herb. M. P. : Bogota, Bonpland ; Villavicensio (prov. Bogota), ait.
circa 400 m., J. Triana, n° 406; Caracas, Plée, n° 66.
5. C. compressus Lin., Sp. PL, p. 46; Rottb., Descr. et le., p. 27,
t. 9, fig. 3; Boeckeler, in Linnœa, XXXV, p. 517.
« Carare (Magdalena, Nov. Granat.), n°3ii. »
In Herb. M. P. : Tuquerres (prov. Pasto), ait. 2500 m., J. Triana, n° 411.
Les spécimens de M. E. André sont petits (o"' # , 30 au plus), mais
assez robustes; leurs ombelles sont presque toutes simples, non ra-
diées, à épis réunis en une sorte de capitule plus ou moins dense.
6. C. ferax A. Rich., in Act. Soc. hist. uat. Paris, I, p. 106; Kunth,
/. c, p. 8q.
« Camalchal (Magdalena, Nov. Granat.), ad ripas fluminis in paludosis,
n° 24g; Cartago (Nov. Granat. 1, in valle del Rio de la Viega, secus ripas
fluminis, n° 2428. »
In Herb. M. P. : Quito, Cumana, Bordones, Bonpland; Cumana (Cara-
cas), Funck, n" 40; Nov. Cranat., J. Triana, n" 404!; Panama, D r Duchas-
saing.
7. G. Luzulse Rottb., Descr. et Icon., p. 23, t. 13, fig. 2.
« Naranjo (Magdalena, Nov. Granat.), n" 326. »
In Herb. M. P. : Nov. Granat., Bonpland; prov. Cauca, ait. 1000 m.,
prov. Choro, ait. 700 m., J. Triana, n is 415 et 416; Maracaybo, Plée; Pa-
nama, D 1 ' Duchassaing.
8. C. flavus Boeckeler. in Linnasà, XXXVI, p. 384. — Mariscus con-
fertus H. B. K., /. c, p. 213; — M. flavus Vahl, Enum., II, p. 374; — •
M. elatus Kunth, /. c, p. 116.
« Cerca de Piedras, in decliviis oriental, montis Tolima (Nov. Granat.),
ait. 390 m., n° 1883 bis. »
In Herb. M. P. : Guyaquil, Quindiu, de Humboldt et Bonpland.
9. C. meyenianus Kunth, /. c. p. 88. — C. Kunthianus Nées ab
Esenb., in Meyen il., p. 108; — Mariscus Meyenianus Nées, in Mart.
Bras il., Cyp., p. 49.
392 JOURNAL DE BOTANIQUE
VAR. brcviradiaius.
Planta brevis sed robustior, involucri phyllis latis, umbellae radiis mi-
noribus, siuxequalibus, subscssilibus ; spicis numerosioribus, confestis, bre-
vibus; squamis oblongato-rotuudatis, sub apice evidenter mucrouatis ; rha-
cheola? flexuossK alis latis, hyalinis; caryopsi forma; typica; simili.
« In jugo central. Andium a;quatoralium, ait. circa 2500 m., n° 396. »
Il ne me paraît guère possible de rapporter les échantillons de
M. E. André à une autre espèce qu'au C. Meyem'anus malgré les diffé-
rences qu'ils présentent avec ce dernier. En effet, si par quelques ca-
ractères ils semblent se rapprocher de C. strigosus L., ils s'en écartent
par la dimension plus petite des rayons de l'ombelle et des épillets,
par la forme des bractées et de l'achaine. Au contraire, leurs affinités
avec le C. Meyem'anus sont telles qu'on ne peut pas ne pas les consi-
dérer comme une variété de cette espèce.
IO. C. flexibilis n. sp.
Culmo basi bulboso foliatoque, triangulari, gracili, sulcato, glabro,
valde elongato (o ra ,3o — o m ,6o) flexibili; foliis paucis, longiuscule vagi-
natis, linearibus, angustis, convolutis flagellitormibus, glabris, versus api-
cem margiue carinaque scabris, acuminatis, culmum a?quantibus vel supe-
rantibus, vaginis flavescentibus ore oblique truneatis,ferrugineo-punctulatis;
involucro tetraphyllo, duobus exterioribus longissimis, alteris tenuissimis,
folii characteres pra:bentibus; umbella pluriradiata, radiis abbreviatis vel
inaequalibus, simplicibus; spiculis densis, oblongo-ellipticis vel teretiuscu-
lis, pateutibus, 2-4 floris, o cm. 1 — ocm. 15 longis; ochreis rufis trans-
verse truncatis, in aristam spinosulanx productis; squamis adpressis, obo-
vatis, apice oblusis, q-i 1 nerviis, lateribus fucescentibus vel albidis carinaque
viridi; caryopsi squama circiter 1/2 breviore, triangulari, elliptica, basi
apiceque breviter acuminata, minutissime punctulata, castanea vel ferrugi-
nea ; stylo trifido, stigmatibus longe exsertis ; racheola flexuosa late hyalino-
alata. — Variât dispositione radiorum plus minusve breviorum atque forma
plus minusve elongata sp'culorum.
« San Miguel, in Andibus orient. (Nov. Granat.), ait. circa 1800 m., in
regione saxosà, n" 855; Jimcncs, ad ripas sinistras fluminis Dasua (Nov.
Granat.), n" 855 bis,- Armada in Cordilera meridion. (Nov. Granat.), ait.
circa 1040 m., n° 855 ter. »
Cette espèce offre de nombreux rapports avec les C. Duchassain-
gii Steud., C. Caracassanus Kunth, C. tetragom/s Eli. auprès des-
quels elle prend place dans le groupe des Mariscoidei Kunth. Néan-
moins elle ne saurait être confondue avec l'un ou l'autre ; ses caractères
propres l'en distinguent suffisamment. Les numéros 855 et 855 bis de
de M. E. André diffèrent du n° 855 ter par les rayons de l'ombelle plus
courts, subsessiles, à épillets plus gros et plus denses. Je ne crois pas
cependant cette variation assez accentuée pour donner lieu à un sec-
tionnement de l'espèce.
P. Maurv. — Sur les Cypcracécs de l'Ecuador et de la Nouvelle-Grenade. 393
U.C. esculentus Lin., Sp. PL. p. 67; Boeckeler, in Linmea, XXXVI.
p. 287; C. B. Clarke, in The Jouru. of ' the Linn. Soc. Bot., XXI, p. 178,
— C. Hydra H. B. K., /. c, p. 205 ; — C. phymatodes Muehl., Gram.,
p. 23; Kunth, /. r., p. 62.
« Ad littus Oceani pacifici prope Guyaquil (Ecuador), sub n° 4358 bis
cum sequenti. »
Cette espèce n'a encore été rencontrée dans l'Amérique équinoxiale
que sur le littoral occidental. Spruce a récolté à Chanduy, dans la
même région de Guyaquil, des échantillons (n° 6414) que M. C. B.
Clarke est tenté de considérer comme une espèce distincte et pour les-
quels il a établi sa variété y. Spruce/. Bien que l'unique échantillon
de M. E. André soit encore jeune et défectueux, il ne paraît pas se rap-
porter à cette variété, mais au type.
12. G. distans Lin. f., SuppL, p. 103; C. B. Clarke, /. <:., p. 144.
« Ad littus Oceani pacifici, prope Guyaquil (Ecuador), sub n° 4358 bis
cum pra:cedenti. »
(Individu jeune se rapprochant beaucoup plus de la forme distinguée par
Steudel sous le nom de C. squamulatus (Cyp., p. 49) que du type.)
In Herb. M. P. : Galipau, Caracas, Funck, n" 355.
13. C. Andreanus n. sp.
Culmo 50 cm. alto, ei ecto, tenui, triangulari, sulcato, basi plurifoliato ;
radice fibrosa; foliis herbaceis, externis brevibus, internis vel recentioribus
cuknum a-quantibus, sa-pius superantibus, 10 mm. 15 mm. latis, planis,
subtus carinatis, lateralibus 12-14 nerviis, superne levibus, margine
carinaque spinulosis, acuminatis; vaginis membranaceis, basi rubris; invo-
lucro 3-5 phyllo, phyllis duobus infimis longioribus, latis, carinà margini-
busque ad apicem serrulato-dentatis; umbella composita, 10-15 cm. radiis
erecto-patulis, 4-6 cm. longis; ochreis Iaxis, rubris, sa^pe biacuminatis; um-
bellula 5-7 radiata; spiculis 3-8, subdigitatis, 2-8 mm. longis, 1-2 mm. latis,
aggregatis, ovato-oblongis, 8-10 floris, compressis; squamis laxe imbrica-
tis, ovatis, acutis, subcarinatis, dorso viridibus, lateribus fusco-purpureis
obsoletissime sulcatis; staminibus 3, antheris linearibus, llavidis, apice ob-
tusis, 2/3 squama brevioribus; caryopsi immatura triangulari, ellipsoidea,
1/2 squama breviore; stylo parum exserto, trifido, papilloso. — Tota planta
viridis glabraque.
« Tambo de Sabanilla (P^cuador central.), in regione temperata,
n° 3 6 5- »
Cette espèce, du groupe des Hasflam'Kunth, est voisine de C. den-
tatus Torr. de* l'Amérique du Nord et de C. dénudai it s Vahl (C. trisli
Kunth adjuncto) de l'Afrique australe. Mais elle diffère de l'un et de
l'autre par son port plus robuste, ses feuilles plus longues et plus
larges; ses écailles moins étroitement imbriquées, aiguës et non mu-
cronées, très obscurément sillonnnées sur les côtés ; ses étamines à an-
394 JOURNAL DE BOTANIQUE
thères plus longues, simplement obtuses au sommet et non munies
d'appendice apical.
KYLLINGA
K. brevifolia Rottb., Descr. et Ic.^ p. 13, t. IV, %. 3; Boeckeler, in
Linnœa, XXXV, p. 424.
« Propter urbem Honda, in valle fluminis Magdalena (Nov. Granat.),
ait. 220 m., n° 614; Facatativa, in pratis siccis, arenosis, iu alte planitie
bog'Otensi (Nov. Granat.), ait. circa 2630 m., n° 614 bis ; in jugo centrali
Audium aequator., ait. 2400 m., n° 614 ter. »
In Herb. M. P. : Nov. Granat., Ronpland.
ELEOCHARIS
1. E. tenuissima Boeckeler, in Linnsea, XXXV, p. 419.-- Chfrtocy-
■perus vivi parus Nées ab Esenb., in Mari. Bras il., Cyper., p. 93.
« San Pablo, in via Tuquerrcs, Barbacoas (Nov. Granat. J, ait. 1280 m.,
n° 4275
»
In Herb. M. P. : In monte Quindiu, Bonpland; Savannes de San Au-
gustin, prov. de Cumaua, Eunck, n° 698.
2. E. Ghaetaria Roem. et Schult., Syst., II, p. 154; Boeckeler, /. <r.,
p. 429. — E. trichoides Kunth, /. <r., p. 141.
« Guaranda, in descensu montis Chimboraso (Ecuador), ait. circa 2680m.,
n° 4275'-; ad littus Oceani pacifici, prope Guayaquil (Ecuador), n n 4275 '";
prope Ibaqué, ad ped. oriental, montis Tolima (Nov. Cranat.), ait. 1350m.,
n° 4275 \ »
In Herb. M. P. : In monte Quindiu, Bonpland; Isthme de Panama, Wed-
dell, sine numéro.
Si l'on conserve distinct VJS. trichoides Kunth, et il me semble que
ce nom désigne une forme assez bien caractérisée, on devra lui rappor-
ter les échantillons de M. E. André récoltés à Ibacqué (n° 4^75*) qui
diffèrent des autres par leurs écailles hyalines non teintées de brun
rougeâtre et par leur port.
3. E. ocreata Nées ab Esenb., /. c. p. 102 (sub Eleogeuus). — Heleo-
charis albivaginata Boeckeler,/. <r., p. 436, var. y stricta.
a. San Jasé, in decliviis occidental, montis Chimboraso (Ecuador), ait.
2700 va., n° 4436. »
In Herb. M. P. : Galipàn, Caracas, Funck et Schlim, n° 178; Cumana,
Funck, n° 596.
4. E. montana Rœm. et Schult., /. c. p. 153; Boeckeler, /. r., p. 456.
— Scirpus montauus H. B. K., /. c, p. 226.
« Guaranda, in pratis humidis, ad ped. montis Chimboraso (Ecuador),
n° 4182 ter ; in jugo central. Audium aequatoral., urbem Riobamba versus,
n° \\2,bbis. »
P. Maury. — Sur les Cypêracces de l'Ecuador et de la Nouvelle-Grenade. 395
In Herb. M. P. : Bogota,]. Triana, n° 432; in Andibus Ecuadorensibus,
Spruce, n° 5912.
5. E. atropurpurea Kunth, /. c, p. 151; Roeckeler, /. <r., p. 458. —
— Elcogcnus atropurpureus Nées ab Esenb., in Linnœa, IX, p. 273.
« Ccrca de Pledras, in regïone sicca, arenosa (Nov. Granat.), ait. 800 m.,
n° igoo. »
In Herb. M. P. : Chanduy, in litore Maris Pacifia, Spruce, n° 641g.
6. E. capitata R. Br., Prodr., I, p. 225; H. H. K., /. c, p. 225;
Boeckeler, /. r., p. 461. — Scirpus capitatus Willd., .9/. P/., 1, p. 2g4<
« Catamayo, in locis inundatis (Ecuador), ait. 2060 m., n° 4352. »
In Herb. M. P. : Cartkagene, Nouv. Grenade, J. Goudot; Villavicensio,
prov. Bogota, ait. 450 m., J. Triana, n° 42g.
7. E. nodulosa Rœm. et Schult., Mant.^ II, p. 87; Kunth, /. c, p. 156;
Boeckeler, /. ^., p. 46S.
« In locis humidioribus Cordillerarum oriental., prope Moscosio (Nov.
Granat.), ait. 2028 m., n* 028. »
8. E. geniculata Rœm. et Schult., Syst. II, p. 154; Kunth, /. c,
p. 152; Boeckeler, /. c, p. 46g. — Scirpus geniculat us Vahl., Enum., II,
p_ 250; — Se. elegans H. B. K., /. c, p. 226; — Limnochloa consiricta
Nées ab Esenb., in Mart. Brasil., Cyper., p. gg.
« In regïone frigïda prope Tuqtierres, in Andibus meridion. (Nov.
Granat.), 11" 3465. »
In Herb. M. P. : Marécages de Jorje, entre Guaranda et Bodegas,
Remy; Guayaquil, Hartweg-, n° 101 ; — Truxillo Peruvianorum, Bonpland.
DICHROMENA
1. D. globosa Rœm. et Schult., Syst., II, p. go; Kunth, /. <r., p. 276.
— Schœnus globosus H. B. K., /. <:., p. 22g.
« In humidis partibus svlvarum prope Viola, in Andibus oriental. (Nov.
Granat.), ait. 1800 m., capit. brunnei, n 9 1656; Miudo (Ecuador), ait.
1265 m., n° 1656 bis ; Armada (Nov. Granat.), ait. 1040 m., n" 338g bis. »
lu Herb. M. P. : In monte Quindiu, Bonpland.
Cette espèce bien caractérisée par ses feuilles aussi longues ou plus
longues que le chaume, à gaine glabre, par son involucre entière-
ment vert, par ses capitules globuleux, denses, à épillets nombreux
d'égale dimension, légèrement colorés en brun, a été réunie, à tort
ce me semble, au Dichroniena nervosa Vahl., par Boeckeler {in Lin-
nœa, XXXVII, p. 529) sous le nom de Rhynchospora nervosa Boecklr.
Les échantillons de M. E. André, de tout point identiques à ceux de
Humboldt et Bonpland que possède l'Herbier du Muséum, confir-
ment la distinction que ces auteurs, et Kunth avec eux, avaient cru
devoir établir entre leur Schœnus globosus et le D. ciliala Vahl. qui,
lui, est bien un D. nervosa.
3 9 6 JOURNAL DR 30TANIQUE
2. D. nervosa Vahl., Emun., II, p. 209. — D. ciliata Vahl., /. <r.,
p. 240; Kunth, /. T., p. 276. — Rliynchospora nervosa Boeckeler, /. c,
p. 526, partim.
« Honda (Magdalena, Nov. Granat.), secus ripas fluminis ad colles are-
naceas, n° 525 ; Picdras, ad ped. oriental, montis Toi/ma (Nov. Granat.),
in regione sicca, ait. 430 m., foliorum involucralium basis lactea, n" 525 bis;
prope Urbem Panama (Nov. Granat.), ait. 40 m., n° 525 ter ; Cartago
(Nov. Granat.), folia involucralia basi candida, folia radicalia planta
Hondae angustiora, n° 2385 ; Rio Cofrc (Nov. Granat. meridion.), ait. 1790m.,
n" 2385 bis. »
In Herb. M. P. : Plateau de Bogota, ait. 2700 m., J. Triana, n°40i;
Panama, D 1 " Duchassaiug.
3. D. fasciata n. sp.
Culmo solitario vel paucis fasciculatis, basi in rhizoïnate brevi producto,
erecto, flexuoso, 3 vel plurifoliato, tenui, subtereti vel obsoletissime tri-
g"ono, ad nodos incrassato, striato, piloso; foliis brevioribus, vaginatis,
herbaceis. latis, acuminatis, haud carinatis sed subtus evidenter septem-
nerviis (nervis hirsutis siccitate albescentibus, folia venosa quasi fasciata
videntur), superne sublsvibus, striatulis; vaginis conformibus, fissis, mar-
g-ine pilosis; involucro 4-6 phyllo; phyllis latis, longis, foliis similibus, vi-
ridibus; spiculis pluribus, magnis, 6-12 mm., strobiliformibus, acutis, multi-
floris; squamis subcoriaceis, margine scariosis, ovatis, carinatis, late acu-
minatis, mucronatis, pallide brunneis; staminibus 3, filamentis lnngioribus,
exsertis; caryopsa lato-obovata, turgidula, transversim rugulosa, metal-
loideo-nitida, atro-fucescenti ; rostro basi latissimo, atrato; stylo longo,
bifido, stigmatibus minutissime papillosis. -- Planta omnino hirsuta.
« Armada (Nov. Granat.), ait. 1040 m., bracteae virides, haud albidae,
n° 3389. »
Cette espèce présente de très grands rapports avec la précédente,
D. nervosa Vahl, mais elle s'en distingue nettement par ses caractères
propres : feuilles caulinaires et involucrales semblables, parallèliner-
viées, ce qui donne à la plante un aspeet rayé, couvertes de poils si-
nueux, blancs; épillets gros et multiflores; caryopses gros, non mar-
ginés, d'un éclat métallique prononcé. (A suivre.)
SUR UN CAS DE PROTOPLASME INTERCELLULAIRE
Par M. C. SAUVAGE AU
Depuis plusieurs années, un assez grand nombre de travaux
ont été faits dans le but d'étudier les relations du protoplasme
entre les cellules contigûes d'un même tissu (1). On est arrivé à
1. Pour la bibliographie du sujet consulter Schaar^chmidt : Proloplasm (Na-
ture, 20 janvier 1885, p. 2qo) et Gardiner : The continnity oj the Protoplasm in
fiant tissue (Xature, 20 février [885, p. 390).
C. Sautageau. — Sur un cas de protoplasme intercellulaire. 3^7
ce résultat, que les membranes cellulaires présentent très souvent
des ponctuations fermées par une membrane cellulosique très
mince {pit-closing membrane)^ percée elle-même d'orifices très
étroits qui la rendent semblable à un crible et par lesquels s'éta-
blissent les relations entre deux cytoplasmes voisins. Chacun de
ces cytoplasmes envoie un prolongement dans la cavité de la
ponctuation, et les deux prolongements opposés se réunissent au
moyen de filaments protoplasmiques très délicats passant par les
pores de la membrane. Cette communication entre les cyto-
plasmes voisins serait un fait général dans les tissus ; la cellule
perdrait son individualité, etle corps delà plante ne serait qu'un
symplaste segmenté par des cloisons incomplètes. Mais ces résul-
tats ne sont pas universellement adoptés, et pour certains au-
teurs les pores ou mailles des membranes cellulosiques fermant
les ponctuations seraient bouchés par une membrane azotée mi-
toyenne primitive, et les protoplasmes voisins « communique-
raient là plus librement entre eux que partout ailleurs, sans être
pour cela en continuité directe. (1) »
Quelques-uns des auteurs qui ont admis la première manière
de voir, ont cherché si du protoplasme se trouvait aussi dans
les espaces intercellulaires. Il y a d'ailleurs longtemps que l'on
s'est occupé de cette question, et Caspary dit « qu'il n'a pu recon-
naître l'existence de substance intercellulaire (2) » dans la tige
ni la feuille de X Hydrilla verticillata, en traitant les coupes par
l'action successive de l'iode et de l'acide sulfurique. Cette même
réaction a permis au contraire à M. Russovv, en 1883, de men-
tionner, dans les espaces intercellulaires de l'écorce de plusieurs
plantes ligneuses, l'existence du protoplasme sous l'aspect
d'une mince pellicule de revêtement, pouvant même par-
fois communiquer avec le cytoplasme voisin, de la même ma-
nière que le cytoplasme de deux cellules contigûes.
Sous l'action de ce traitement par l'iode et l'acide sulfurique,
le cytoplasme prend la teinte brun jaunâtre, les parois cellulo-
siques se gonflent et se colorent en bleu, et les espaces intercel-
lullaires paraissent recouverts sur leur pourtour d'une mince
pellicule souvent lisse et unie, d'autres fois plus ou moins den-
telée, d'une couleur se rapprochant de celle du cytoplasme, et
1. Van Tieghem, Éle'metits de Botanique, t. I, p. 20.
2. Les Hydrillées, Ann. Se. nat., Bot. 4 e série, t. IX, 1858, p. 338.
398 JOURNAL DE BOTANIQUE
que M. Russow a considérée comme du protoplasme intercellu-
laire.
Ces observations ont été confirmées et étendues à un plus
grand nombre de plantes par d'autres auteurs (Berthold, Ter-
letzki, Frommann. . .).
M. Schaarschmidt (i) a décrit du protoplasme dans les
espaces intercellulaires de la plupart des tissus, et il a vu non seu-
lement le protoplasme intercellulaire communiquer avec le cyto-
plasme, mais les différents espaces intercellulaires être direc-
tement en relation entre eux par du protoplasme. Il trouve en
effet, dans les feuilles du Gui « des fils protoplasmiques délicats,
correspondant exactement à la lamelle médiane, et entourant les
cellules comme un cadre entoure un tableau » (loc. cit. p. 292).
Chaque cellule est ainsi revêtue d'un manteau plasmatique. Il
avance aussi que ce protoplasme intercellulaire, qui conserve sa
vitalité et renferme des grains de chlorophylle peut se cloison-
ner et être l'origine de « cellules intercellulaires ». Il expose
enfin d'une façon fort ingénieuse l'origine probable de ce proto-
plasme intercellulaire et médiolamellaire. « Pendant la division
cellulaire, alors que la division est presque terminée, de petites
portions cytoplasmiques restent engagées dans la jeune cloison
cellulaire, et il est bien probable aussi qu'en beaucoup de cas
les fils de communication sont les restes des fils connectifs
nucléaires et que le protoplasme de la lamelle médiane est le reste
de la plaque cellulaire. »
Depuis, M. W. Gardiner (2) et M. H. Schenck (3) ont
démontré d'une façon irréfutable que le protoplasme intercellu-
laire de M. Russow n'est autre chose qu'un revêtement de nature
cuticulaire, et d'autre part, ils considèrent les faits avancés par
M. Schaarschmidt comme dûs à des erreurs d'observation et
comme ne devant même pas être discutés. La question parais-
sait donc jugée : le protoplasme n'existerait pas en dehors des
cellules.
i. Cet auteur a publié différents mémoires sur ce sujet; il les a résumés dans
Nature, loc. cit.
2. Gardiner, loc. cit.
3. H. Schenck : Ueber die Auskleidiiug der Intercellulargaenge (Berichte der~
deut. Bot. Gesell. Band III, 1885, p. 217) et : Ueber die Staebchen in den Pareil
chym intercellularen der Marattiaceen (Ber. der deut. Bot. Gesell. Band IV
1886, p. 80).
C. Sauvageau. — Sur un cas de protoplasme intercellulaire. 399
Mes observations prouvent au contraire que du protoplasme
peut parfois exister dans les espaces intercellulaires de grandes
dimensions appelés canaux aérifères, et non seulement sous
forme d'une simple pellicule de revêtement, mais en masses rela-
tivement volumineuses, pouvant renfermer des grains d'amidon,
et même exceptionnellement un noyau. Mais il n'est point le
même que celui reconnu par M. Russow, et n'a point l'origine
assignée par M. Schaarschmidt au protoplasme intercellulaire.
La tige traçante du Najas major, produit aux nœuds, et sur
sa face inférieure, des racines toujours simples, pouvant atteindre
une assez grande longueur. Ces racines possèdent un cylindre
central très étroit et une écorce beaucoup plus large. Des coupes
transversales faites à leur extrémité, montrent un parenchyme
cortical à plusieurs
rangées de cellules,
disposées régulière-
ment en séries ra-
diales et concentri-
ques, laissant entre „
elles de tout petits
méats losangiques.
Mais plus haut, l'é-
corce s'élargit par
l'augmentation du
nombre des cellules,
et les méats s'agran-
dissent. Pour cela,
de nouvelles cloisons longitudinales se produisent, qui ne sont
ni radiales, m tangentielles, mais obliques et dirigées à travers
les cellules, d'un méat à un autre méat situé à la droite ou à la
gauche du premier. Les méats s'agrandissent et deviennent des
canaux aérifères, séparés par des murs à une seule épaisseur
de cellules ; le parenchyme cortical d'une région adulte est formé
de cellules arrondies à protoplasme pariétal très peu épais, lais-
sant entre elles de nombreux canaux aérifères, dont la section
est celle de polygones à autant de côtés convexes vers l'inté-
rieur qu'ils ont de cellules de bordure. Les plus rapprochés de
l'endoderme ou de l'assise pilifère sont, en coupe, de simples
méats triangulaires ou quadrangulaires, les autres, souvent plus
Fig.
4 oo JOURNAL DE BOTANIQUE
larges que les cellules elles-mêmes, ont de 4 à 8 côtés. (Fig\ 1.)
Une coupe transversale très mince, faite à la base d'une
racine âgée, traitée par la méthode de Russow, et observée à un
assez fort grossissement, montre bien nettement le revêtement
cuticulaire des canaux aérifères, il est lisse, mince, uniforme,
mais plus épais aux angles où il forme des coins arrondis vers
l'intérieur du canal (Eckleisteii) et tranche par sa couleur jaune
sur les parois des cellules, gonflées et colorées en bleu. Les
canaux ne renferment aucune trace de protoplasme. Au moment
où commence l'action de l'acide, on voit, au milieu de la paroi
de séparation de deux cellules contiguës, une ligne blanche qui
jaunit ensuite et qui est la lamelle médiane. Le cytoplasme, en
quantité très faible, apparaît comme une mince couche pariétale,
à contour interne irrégulier, de cou-
leur plus foncée que celle du revête-
ment intercellulaire.
Si l'on traite une coupe par l'acide
sulfurique concentré, les parois cel-
lulosiques disparaissent presque ins-
tantanément, les revêtements inter-
cellulaires restent inattaqués, reliés
l'une à l'autre par les lamelles moyen-
nes qui séparaient deux cellules con-
tiguës : mais les parois arrondies des
cellules et des canaux sont devenues nettement rectilignes. Les
côtés des polygones se rejoignent aux points plus épais qui or-
maient les coins des canaux aérifères dans les coupes traitées
par la méthode de Russow (Fig. 2).
Après l'action de l'acide sulfurique, on peut colorer et conser-
ver le réseau délicat qui reste de la coupe, par le procédé sui-
vant qui, à ma connaissance, n'a pas encore été indiqué.
Si l'on met dans de l'acide sulfurique quelques grains de
fuchsine, le liquide devient jaune orangé, et même brun foncé
si la quantité de fuchsine est assez grande. Une goutte de cette
liqueur mise dans beaucoup d'eau, la colore en rose, comme le
ferait une goutte de fuchsine à l'alcool. On dépose les coupes
très minces dans une goutte de fuchsine sulfurique brun foncé,
et l'on recouvre d'une lamelle. On place quelques gouttes d'eau
d'un côté de la lamelle, et un papier buvard de l'autre côté pour
C. Sauvageau. ^Sur nu cas de protoplasme intercellulaire. 401
enlever le liquide acide et le remplacer lentement par de l'eau.
Mais le papier buvard ordinaire de cellulose est impropre à cet
usage, à cause de l'action que l'acide sulfurique concentré exerce
sur lui; aussi faut-il le remplacer par le papier d'amiante, qui
aspire très bien l'acide. L'eau remplace peu à peu l'acide, et
quand elle baigne la coupe, celle-ci d'abord jaune orangé devient
rouge, comme si elle avait été colorée directement par la fuchsine.
Elle est alors composée uniquement, comme je l'ai dit plus haut,
des revêtements cuticulaires des canaux aérifères, reliés par
les lamelles moyennes. Le dessin ainsi formé, correspond au
manteau plasmatique vu par M. Schaarschmidt autour des
cellules.
Si l'on traite les coupes, comme M. Schaarschmidt le re-
commande, par l'acide sulfurique et
l'éosine, les parois cellulaires se gon-
flent, la lamelle moyenne et le revê-
tement cuticulaire se distinguent de
la cellulose d'une façon bien tran-
chée par leur plus grande réfrin-
gence. Le cytoplasme pariétal se co-
lore en rose, et rend les ponctuations
faciles à observer ; il y en a généra-
lement une ou deux très étroites sur
la paroi qui sépare deux cellules
corticales contiguës, mais je n'en ai
jamais vu sur les parois communes à
une cellule et à un canal aérifère.
L'observation est rendue plus facile
par une immersion de quelques ins-
tants dans l'hématoxyline à l'alcool; le protoplasme conserve
la couleur rose que lui a donnée l'éosine, la cellulose gonflée
devient violet clair, et les revêtements cuticulaires, les coins, les
lamelles moyennes sont colorés en violet foncé.
La base d'une racine ne possède donc point de protoplasme
intercellulaire. Mais, si par des coupes transversales, on étudie
la racine à 1-2 centimètres de l'extrémité, on voit les canaux
aérifères avec la forme qu'ils conserveront plus tard , les cellules
corticales renferment un protoplasme assez abondant avec un
gros noyau et quelques rares canaux montrent un protoplasme
Fig. 3.
4Q2 JOURNAL DE BOTANIQUE
granuleux pariétal dont il est facile de retrouver l'origine (i).
(Fig. 3 a.)
En effet, on voit fréquemment 1-2 cellules de bordure qui font
hernie dans la lumière d'un canal (fig. 3 ô). Parfois une même
cellule produit ainsi une proéminence dans les deux canaux
qu'elle sépare. Ces protubérances semblent produites par une
sorte de poussée protoplasmique vers l'espace intercellulaire ;
elles sont recouvertes par une membrane cellulosique tantôt
aussi épaisse que la paroi de la cellule, d'autres fois beaucoup
plus mince, surtout au sommet, et dont on reconnaît facilement
l'existence par la méthode de Russow qui la colore en bleu ; elles
peuvent être assez volumineuses pour remplir toute la lumière
du canal, et s'appliquer sur presque tout son pourtour. Certaines
renferment quelques grains d'amidon, et
aussi, mais très rarement et exceptionnel-
lement, le noyau de la cellule. Parfois, la
paroi de la protubérance est crevée, déchi-
rée, le protoplasme a difflué dans le canal
aérifère, et s'est répandu le long des parois
en une couche plus ou moins épaisse,
comme on le voit dans la lumière de cer-
tains de ces canaux. C'est là du proto-
plasme devenu intercellulaire. Mais les es-
paces intercellulaires tapissés de proto-
plasme ou contenant une hernie déchirée
à protoplasme ditfluent, sont beaucoup
moins nombreux que ceux possédant une hernie close, et beau-
coup de coupes en sont dépourvues, tandis que les proémi-
nences closes sont toujours assez fréquentes.
Sur des coupes longitudinales, on se rend encore mieux
compte du phénomène. On observe en effet les canaux à air
bordés par des cellules beaucoup plus longues que larges, et
séparées l'une de l'autre par des cloisons horizontales. Beaucoup
de ces cellules produisent une protubérance (fig. 4) qui peut
prendre naissance en un point quelconque de la longueur de la
cellule, mais très généralement à la partie inférieure tout près et
i.Ce protoplasme pariétal ne doit point être confondu avec une couche jaunâtre
plus ou moins épaisse et irrégulière que l'on trouve parfois dans les canaux aéri-
fères, due à une modification et à un gonflement du revêtement, et qui est d'ail-
leurs toujours facile à reconnaître à sa couleur.
Fig. 4-
C. Sauvageau. — Sur un cas de protoplasme intercellulaire. 403
contre la cloison de séparation de la cellule sous-jacente. Une
même cellule peut produire à la fois une protubérance dans
chacun des deux canaux voisins qu'elle sépare. Ces hernies sont
de forme variable, régulièrement arrondies ou irrégulières et
mamelonnées ; fréquemment rétrécies à la base et terminées par
une tête plus renflée, elles pendent dans la cavité du canal. Leur
protoplasme est granuleux et dans son mouvement vers le canal
il entraine parfois des grains d'amidon, plus rarement le noyau,
et le corps de la cellule en est alors dépourvu.
La production de ces hernies a lieu de très bonne heure, car
des coupes faites à travers le sommet de la racine en présentent,
alors que les espaces intercellulaires viennent de se former et
que les cellules sont deux fois plus larges que hautes, mais elles
sont moins nombreuses que quelques millimètres plus haut.
Les hernies entières, closes, sont fréquentes; mais parfois on
en trouve qui à leur extrémité ont une blessure béante, c'est le
point où la rupture s'est faite. D'autres fois, c'est la partie termi-
nale de la hernie, sous forme d'un globule protoplasmique plus
ou moins complètement endigué, qui se sépare de la cellule pour
tomber dans le canal aérifère. J'ai vu dans un canal l'un de ces
globules dont le protoplasme renfermait un noyau et quelques
crains d'amidon. Dans l'observation de ces faits, il faut d'ailleurs
avoir soin de distinguer les globules qui ont pu se détacher d'eux-
mêmes, qui sont toujours assez rares, et ceux qui dans la même
préparation ont été tranchés par le rasoir et isolés de la hernie.
Il est probable qu'une fois dans le canal, le globule doit se
désagréger pour donner naissance au revêtement protoplas-
mique dont j'ai parlé plus haut.
Les phénomènes que je viens de décrire ne sont point dus à
des accidents de préparation, et la rupture des cellules ne pro-
vient pas de la compression subie par la racine pendant la prépa-
ration des coupes, car je me suis toujours servi de matériaux
dont le protoplasme était préalablement fixé par un séjour dans
l'alcool. Ils ne sont point davantage un cas pathologique isolé,
car je les ai observés sur des racines recueillies pendant toute la
végétation de la plante et provenant de localités diverses.
D'ailleurs la racine du Najas minor, dont l'écorce s'accroît
de la même manière que celle du Najas major montre des her-
nies semblables mais moins nombreuses.
404 JOURNAL DE BOTANIQUE
SUR LE DÉDOUBLEMENT DE L'ENDODERME
DANS LES
CRYPTOGAMES VASCULAIRES
Par M. Ph. VAN TIEGHEM
On sait que dans la racine des Equisetum l'endoderme,
d'abord simple, divise bientôt ses cellules par une cloison tangen-
tielle située en dedans des plissements et se dédouble ainsi en
une assise externe plissée et une assise interne non plissée. A
partir de ce moment, peut-être devrait-on réserver à la dernière
seule le nom d'endoderme et direque l'assise sus-endodermique
est plissée ; mais il paraît plus naturel de continuer à exprimer
la chose, comme je l'ai fait en 187 1, en disant que l'endoderme
s'est dédoublé en dedans de ses plissements. Dans la racine, un
pareil dédoublement de l'endoderme n'a pas été observé jusqu'à
présent ailleurs que chez les Eqitisetum, où il coïncide avec
l'absence d'un péricycle. Dans la tige et les feuilles au contraire,
on le rencontre chez diverses Cryptogames vasculaires et le phé-
nomène y est trop intimement lié à la question de limite traitée
dans le dernier numéro de ce Journal pont qu'il ne soit pas néces-
saire d'en dire ici quelques mots.
Considérons d'abord une tige monostèle de Fougère, par
exemple la tige feuillée d'un Hymeiwpliyllum ou un stolon
aphylle de Nephrolepis. L'endoderme, d'abord simple, y accroît
radialement ses cellules vers l'intérieur, les plissements lignifiés
demeurant contre la face externe, puis les divise par une cloison
tangentielle en dedans des plissements. Il se trouve par là dédou-
blé en une assise externe à cellules plates, munies de plissements,
et en une assise interne à cellules à peu près aussi hautes que lar-
ges, dépourvues de plissements, exactement superposées aux
premières. Entre celle-ci et l'anneau de liber qui entoure la stèle,
il y a une rangée de cellules alternes avec celles de l'endoderme ;
c'est le péricycle. Il faut donc bien se garder ici de rattacher au
péricycle, en disant qu'il est double, l'assise interne non plissée de
l'endoderme primitif, c'est-à-dire de tracer la limite du cylindre
central et de l'écorce à la cloison intérieure aux plissements qui a
dédoublé l'endoderme.
Il en est de même dans la tig-e, également monostèle, des
Azolla, avec cette différence qu'ici, à cause de l'extrême ténuité
Sur le dédoublement de l'endoderme dans les Cryptogames vasculaires. 405
de la stèle, les éléments libériens qui entourent le petit paquet
vasculaire axile sont en contact direct avec l'assise interne de
l'endoderme dédoublé; en un mot, comme dans la racine des
Eqtasetum, il n'y a pas de péricycle. Dans ces plantes, il faut
donc éviter de regarder comme étant un péricycle l'assise sans
plissements qui sépare le liber de l'assise plissée.
Ce dédoublement de l'endoderme en dedans des plissements,
que nous venons d'observer dans certaines tiges ou feuilles mo-
nostèles, tantôt ave péricycle simple, tantôt sans péricycle, sui-
vant le diamètre de la stèle unique, se retrouve, sous ces deux
mêmes aspects, dans diverses tiges ou feuilles polystèles. Chez
la plupart des Poly podium, par exemple, la tige contient, comme
on sait, un plus ou moins grand nombre de stèles libres, dispo-
sées en cercle. Dans certaines espèces, comme le P. vaccinifG-
lùtm, qui en a quatre, le P. glauciun, qui en a huit ou neuf, etc.,
ces stèles sont toutes très étroites. Autour de chacune d'elles,
l'endoderme s'est dédoublé en dedans des plissements lignifiés ;
dans chacune d'elles, les deux faisceaux libériens et les deux
faisceaux ligneux confluents s'appuient directement contre
l'assise interne non plissée issue de ce dédoublement. Comme
la stèle unique de la racine des Equisetum ou de la tige des
Azolla, toutes ces stèles sont donc dépourvues de péricycle.
Chez d'autres Polypodiitm, comme le P. vtilgare, où il y en a
treize, etc., les stèles sont de grosseur un peu différente. Autour
de chacune d'elles, l'endoderme se dédouble encore, comme il
vient d'être dit ; mais tandis que dans les stèles les plus grosses
l'assise non plissée de l'endoderme est séparée du liber et du bois
par un rang de cellules formant un péricycle, dans les plus
étroites cette assise touche directement le liber ou le bois et il n'y
a pas de péricycle. Cette différence entre les stèles constitutives
de la même tige est bien plus frappante ailleurs, notamment dans
les Davallia. La tige rampante du Davallia canariens/s, par
exemple, contient deux grosses stèles aplaties, une en haut,
l'autre en bas, reliées de chaque côté en ellipse par des stèles
très étroites au nombre de huit. Autour de toutes ces stèles, l'en-
doderme se dédouble en dedans des plissements ; mais entre
l'assise interne non plissée et le liber les deux grandes stèles ont
une assise de péricycle, qui manque à toutes les petites. Il serait
facile de multiplier ces exemples.
4 o6 JOURNAL DE BOTANIQUE
Les tiges ou feuilles polystèles à endoderme dédoublé offrent
donc, suivant le diamètre de leurs stèles, tantôt dans toutes un
péricycle, comme dans la stèle unique des Hynieiiophylltim et
des NepJirolepis, tantôt dans toutes un défaut de péricycle,
comme dans la stèle unique des Azolla, tantôt à la fois les deux
dispositions.
Qu'il s'agisse d'une racine, d'une tige ou d'une feuille, que le
membre considéré soit monostèle ou polystèle, toutes les fois
que l'endoderme se dédouble en dedans de ses plissements, la
limite du cylindre central et de l'écorce est donc à tracer, non
pas immédiatement en dedans de l'assise plissée actuelle, mais
en dedans de l'assise non plissée qui est superposée à sa face in-
terne et qui ne fait qu'un avec elle. S'il y a quelque chose entre
cette dernière assise et le liber, c'est le péricycle ; s'il n'y a rien,
il n'y a pas de péricycle : ces deux manières d'être pouvant, lors-
qu'il est polystèle, se rencontrer côte à côte dans le même membre,
suivant le diamètre des stèles considérées.
FRAGMENTS M YCOLOGIQUES
(Suite.)
Par M. N. PATOUILLARD
Une nouvelle espèce de Nevrophyllum.
Nevrophyllum viride Pat. — Chapeau charnu coriace,
d'un vert sombre, intense, orbiculaire, déprimé au centre,
relevé sur les bords qui sont déchirés en lobes profonds, atté-
nué régulièrement en un stipe central, concolore, plein, fibreux,
villeux à la partie inférieure. Hyménium infère, formé de plis
épais, nombreux, anastomosés, rameux, décurrents sur le som-
met du pied. Tissu formé d'hyphes jaunes verdàtres (sub lente).
Basides claviformes, à deux où quatre stérigmates ; cystides
cylindracées, obtuses arrondies en haut, très saillantes, contenant
au sommet des granulations verdàtres. Spores ovoïdes, api-
culées à la base, d'abord lisses, puis couvertes de crêtes sail-
lantes anastomosées en un réseau à larges mailles ; leur couleur
est d'un jaune verdàtre; dimensions : 13-14 X 6-7 y-.
Sur la terre dans les bois humides de la Guyane française.
(Melinon 1876.)
Sur une forme à grandes fleurs de /'Anémone nemorosa. 407
»
Obs. — Plante entièrement d'un vert foncé, ayant exacte-
ment le port du Cantharellus cibarùis ; sa longueur est de 10-12
centimètres, le diamètre du chapeau est de 6-8 centim., l'épais-
seur du stipe est de 8 millim. à la base, et de 15 millimètres
au sommet.
Le port et la disposition pliciforme de l'hyménium feraient
de notre plante un Cantharellus, mais les spores colorées et
bien différentes de celles des Chanterelles , la présence de
cystides nombreuses, obligent de la séparer de ces dernières
pour la placer dans un genre spécial caractérisé par un hymé-
nium veiné plissé, au moins à la fin, et des spores colorées, lisses
ou verruqueuses, à côté du Nevrophyllum c lavai uni (Fr.) et de
quelques autres espèces, d'ordinaire réunies aux Chanterelle
ou aux Craterelles.
VARIÉTÉ
Sur une forme à grandes fleurs de V Anémone nemorosa L.
observée dans le département du Nord.
Par M. L. Morot
M. Niel adressait à la Société botanique, dans sa séance du 8 juin
1883, des échantillons d'une forme remarquable de X Anémone nemo-
rosa qu'il avait observée depuis trois ans dans un petit bois au Mesnil-
Esnard, près de Rouen. 1 Cette plante, disait-il dans la notice accom-
pagnant son envoi, avait attiré mon attention par sa forme singulière
et sa floraison tardive (elle fleurit trois semaines environ après VA. ne-
morosa), ses feuilles larges d'un vert glauque et ses grandes feuilles
d'un blanc mat. M. l'abbé Letendre m'a dit l'avoir déjà remarquée, il
y a quelques années, dans une autre localité. »
Cette forme très intéressante avait d'autre part été recueillie dans
le département de la Somme par Eloy de Vicq ; il n'en fait pas men-
tion, il est vrai, dans son Catalogue ni dans sa Flore, mais l'Herbier
de France du Muséum d'Histoire naturelle en renferme de beaux échan-
tillons récoltés par ce botaniste, au mois d'avril 18S2, dans le bois de
Belloy, près de Huppy.
Enfin la même forme a été rencontrée, au mois de mai 1885, dans
le bois de Verlinghen, près de Lille, par MM. le D r Carpentier et Du-
bois, et celui-ci l'y a retrouvée en 1887. Cette découverte, non plus
que la précédente, n'a pas été signalée jusqu'ici. Aussi, ayant eu l'oc-
408 JOURNAL DE BOTANIQUE
casion, grâce à l'obligeance de M. l'abbé Masclef, qui a bien voulu me
les communiquer, d'examiner des échantillons provenant de cette der-
nière localité, j'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt d'en faire l'ob-
jet d'une petite note.
Certains de ces échantillons présentent une particularité tératolo-
gique observée assez fréquemment chez un grand nombre de plantes :
les sépales, plus ou moins profondément découpés, ont fait un retour à
la forme des feuilles normales, cm même temps que sur plusieurs fleurs
les étamines se sont transformées en languettes stériles. Notons que la
plante des environs de Rouen avait aussi ses sépales en partie décou-
pés ; les étamines au contraire n'étaient pas modifiées (i).
Cette modification est d'ailleurs un simple accident qui n'a atteint
que certains des échantillons de l'Anémone de Verlinghen. Les autres
n'ont rien de monstrueux, au sens propre du mot, non plus que les
pieds recueillis par E. de Yieq dans la Somme qui figurent dans
l'herbier du Muséum. Ce qui les distingue c'est la longueur de leur
tige florale et de leurs feuilles, l'ampleur de ces dernières, la largeur
de leurs segments comparativement à ceux des feuilles ordinaires de
VA. nemorosa, les grandes dimensions des fleurs, dont le diamètre
atteint et dépasse parfois 8 centimètres. L'ensemble de ces caractères
donne à la plante un faciès notablement différent de celui du tvpe : on
pourrait, à première vue, la prendre pour Y Anémone sylvesiris ; mais
elle a bien les sépales glabres et non velus extérieurement comme ceux
de cette espèce. L'idée d'une hybridation, qui se présente à l'esprit,
doit être rejetée, puisque VA, sylvesiris n'existe pas dans le dépar-
tement du Nord (2) et n'a pas été non plus signalée dans la localité
de la Somme où E. de Vicq a recueilli ses échantillons.
Il s'agit donc d'une forme spéciale de VA. nemorosa; mais ce n'est
pas simplement une forme accidentelle et tératologique (abstraction,
faite des modifications secondaires indiquées plus haut), puisqu'on la
retrouve dans des régions différentes, où elle se reproduit régulière-
ment avec les mêmes caractères essentiels. Il semble, par conséquent,
que l'on serait en droit de la considérer comme une variété bien déter-
minée, propre, jusqu'à plus amples renseignements, au nord et au
nord- ouest de la France.
1. Bull. Soc. bot. de Fr., t. xxx, 1883, p. 197.
2. C'est, comme on le sait, par erreur que la présence de VA. sylvesiris avait
été indiquée dans le bois d'Hasnon, près de Valenciennes. La plante trouvée dans-
cette localité était en réalité VA. nemorosa ; il s'agissait probablement de la
forme qui nous occupe ici.
Le Gérant : Louis Morot.
►•ris - J Merscfc. imp.. 22, pi. Ddnftct- RocfeoreaB
2 e ANNÉE N" 23 I e ' DECEMBRE 1888
M^»M»^»<»MW»»*MMW»MWMMW>*MW*N*MMWWN*»MM»^MV**V*'^^ ^»»*»*W»W*^>**>W
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur : M. Louis MOROT
ETUDES SUR LA GEOGRAPHIE BOTANIQUE DU NORD
de la France
(Suite.)
Par M. l'abbé MASCLEF
B. Espèces de l'intérieur modifiées : formes litto-
rales. — Sous V influence dît milieu, quelques-unes des espèces
appartenant à la flore intérieure de la région du Nord, qui par-
viennent à se fixer dans les dunes ou sur les levées de galets, s'y
modifient plus ou moins profondément et y acquièrent un certain
nombre de caractères nouveaux. On considère ordinairement
ces formes spéciales aux sables maritimes comme des variétés
f Var. littoralis, maritima , satina, arenaria, sabulosa, crassi-
folia, etc.); cette dénomination paraissant faire supposer qu'elles
doivent toujours être considérées comme dérivées des types
intérieurs, çuand le contraire peut très bien être la vérité, je les
comprendrai toutes dans ce travail sous le nom général de formes
littorales. Comme je l'ai déjà indiqué plus haut, trois causes
locales, le sel marin, les vents de la mer et V aridité de la sta-
tion, agissant soit isolément, soit d'une manière simultanée, ont
pu les déterminer dès le moment de l'introduction des types
primitifs dans les sables du littoral, ou simplement assurer
leur conservation sans variations sensibles. Je vais essayer,
en même temps que j'étudierai leur dispersion, de recher-
cher laquelle de ces trois causes a été et est toujours la plus
influente sur chacune d'elle. La chose est assez aisée pour les
formes peu importantes qui disparaissent rapidement avec un
simple changement de station; elle devient au contraire fort
difficile dans le cas, assez rare il est vrai, de modifications consi-
dérables si bien fixées qu'il y a formation d'une bonne race nou-
velle, se maintenant par une culture de plusieurs années. Dans
cette dernière alternative, la forme littorale est souvent consi-
4 io JOURNAL DE BOTANIQUE
dérée comme une espèce distincte par bon nombre de botanistes.
Pour rapporter « cette mauvaise espèce » avec quelque chance
de probabilité à un autre type spécifique auquel elle paraît se
rattacher par certaines transitions, l'on doit, à mon sens, pro-
céder par comparaison, et, les mêmes causes produisant toujours
les mêmes effets dans des conditions identiques, conclure à la
parenté si d'autres faits déjà bien connus produisent des modi-
fications analogues. C'est ce principe que j'appliquerai dans un
instant à propos du Viola sabulosa Boreau. Ainsi entendue,
l'étude de certains points de Géographie botanique pourrait
être d'un grand secours au botaniste descripteur et l'aider à re-
connaître la valeur de certaines formes sur lesquelles la culture
elle-même ne peut le renseigner.
i . — Le sel marin contenu dans le sol ou distribué par les
buées de la mer, est évidemment la cause unique de l'existence
dans les sables maritimes des quatre formes suivantes : Sagina
nodosa Fenz. — Var. maritima Pers., Lotus comiculattis L. —
Var. crassifolius Pers., Chenopodium. rubrum L. — Var. cras-
sifolium Moq. Tand. et Polygonum aviculare L. — Var. litto-
rale Koch. Toutes ont, en effet, les feuilles épaisses et charnues
et leur physionomie générale rappelle celle de plusieurs halo-
phyles précédemment étudiées; de plus, soustraites à l'influence
du chlorure de sodium elles perdent rapidement ces caractères et
retournent au type intérieur. La présence du Chenopodium ru-
brtim Var. crassifolium dans les prés salés de Dieuze en Lorraine
vient encore confirmer cette assertion.
\J Arenaria serpyllifolia\^. — Var. macrocarpa Lloyd {A.
Lloydii Jord.), avec ses capsules plus épaisses que dans le type,
sa taille robuste et un ensemble de caractères plus faciles à appré-
cier sur les échantillons qu'à définir, me paraît évidemment sou-
mis à la même influence.
Le Kœleria cristata Pers. — Form. albescens {K. albescens
DC), à feuilles glauques et enroulées comme chez la plupart des
Graminées halophyles, me semble dans le même cas.
Enfin le Viola sabulosa Boreau, communément regardé
comme une assez bonne espèce, n'est également pour moi
qu'une simple variété littorale du V. tricolor L. déterminée par
la même action.
Signalée pour la première fois en 1824 à l'attention des bota-
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 411
nistes par P. et A. de Candolle précisément comme variété du
V. tricolor (1), cette forme remarquable des dunes du Nord de
la France fut décrite comme espèce distincte en 1853 par Bu-
reau (2) sur des échantillons envoyés de Dunkerque par M. Cus-
sac, puis successivement par de Vicq (3) et Dumortier (4) avec
quelques variantes occasionnées par l'étude d'un nombre trop
restreint d'échantillons.
Le V. sabulosa est constamment caractérisé par ses feuilles
inférieures petiolées, ovales-obtuses, largement crénelées, ses
stipules à lobes latéraux linéaires et à lobe médian assez sem-
blable aux feuilles, ses pédoncules fructifères, beaucoup plus
longs que les feuilles, s 'étalant à la maturité, ses sépales lancéolés-
aigus un peu plus courts que la capsule et ses pétales dépassant
toujoitrs le calice, les supérieurs ordinairement d'un beau violet
un peu velouté, les latéraux et l'inférieur (élargi au sommet)
plus pâles, nuancés de blanc, de jaune et d'orangé.
Certains points de détail doivent être éclaircis pour faire
concorder les différentes descriptions. Boreau indique la plante
comme parsemée, surtout dans ses parties supérieures , d'unepu-
bescence très fine, transparente ; c'est de beaucoup le cas le moins
fréquent, ordinairement la plante est glabre. De Candolle est
aussi trop exclusif en la décrivant en ces termes : cattlibus pluri-
mis diffusis... sepalis cor lia vix brevioribus, car l'on rencontre
une foule d'échantillons ne possédant qu'une seîile tige et où les
pétales sont une fois plus longs que les sépales. Pour la longueur
comparée des sépales, le meilleur caractère se trouve dans la
diagnose de Dumortier; ils sont toujours, comme il l'affirme, un
peu plus courts que la capsule « capsula vix brevioribus » . Enfin
le V. sabulosa, annuel pour Boreau, est, selon de Vicq, bisan-
nuel ou vivace, et c'est même ce dernier caractère qu'il donne
1. P. et A. de Candolle, Prodromus systematis naturalis regni vegetabilis, 1. 1,
p. 304 : Viola tricolor L. \. sabulosa DC. « caulibus plurimis diffusis, foliis remo-
us ovatis elongastive, sepalis anguste lanceolatis corolla vix brevioribus. — In
arenosis raaritimis Belgii et Galliae. »
2. A. Boreau, Notes sur quelques espèces de plantes françaises : V. sabulosa
Bor. - V. tricolor, Var. sabulosa DC. (Bulletin de la Société industrielle d'Angers
et du département de Maine-et-Loire, XXIV e année — IV de la 2' série — 1853,
p. ^S - )
3. E. de Vicq et Blondin de Brutelette, Catalogue raisonné des plantes vas-
culaires du département de la Somme, 1865, p. 30. — E. de Vicq, La végétation
sur le littoral du département de la Somme, 1876, p. 15, et Flore du département
de la Somme, 1883, p. 52.
4. B. Dumortier, Bouquet du littoral belge, 1869, p. 40.
4 i2 JOURNAL DE BOTANIQUE
dans sa flore de la Somme pour distinguer sûrement le V. sabu-
losa des différentes variétés du V. tricolor. L'étude que j'ai
faite d'un très grand nombre de spécimens, soit sur place, soit
dans différents herbiers, en particulier dans celui de de Yicq
lui-même, est loin de venir confirmer cette assertion. Quelques
racines ayant été profondément enterrées dans le sable et pour-
vues de nombreuses fibrilles peuvent bien au premier abord être
considérées comme bisannuelles, mais elle ne portent, une seule
exceptée, aucune trace de tiges anciennes, et soumises à l'examen
anatomique elles n'ont présenté aucun caractère qui puisse sûre-
ment les distinguer de celles des V. agrestis et segetalis Jord. Le
V. sabulosa est donc normalement annuel; il ne devient bisan-
nuel ou vt'vace qu'accidentellement, sous l'influence du milieu.
Des exemples de transformations analogues dans les sables des
dunes ont déjà été signalés plusieurs fois, en particulier par
MM. Cosson et Bonnier (i). Une altitude élevée et la culture pro-
duisent souvent des effets analogues ; il serait intéressant de re-
chercher si c'est la même cause qui préside à ces modifications
identiques, dans des conditions si différentes.
Les caractères du V. sabulosa une fois bien définis, il
devient plus facile de se prononcer sur sa valeur spécifique. Par
ses pétales plus longs que le calice et la vive coloration, un peu
veloutée, qui caractérise les fleurs d'un grand nombre d'indi-
vidus, il offre de grands rapports avec le V. tricolor — Var. vul-
garis Koch ; au contraire par ses formes peu colorées et à pétales
quelquefois à peine plus longs que le calice, il se rapproche sou-
vent des V. agrestis et segelalis]ord. ( V. tricolor — Var. ag7'estis
et segetalis Gren et Godr.). Nous sommes donc en présence
d'un Viola qui offre de nombreux points de ressemblance avec
plusieurs variétés du V. tricolor, entre lesquelles on peut très
bien le placer comme intermédiaire. Appartient-il également à
cette espèce? Je le crois pour la raison suivante. Les formes de
Viola à pétales dépassant le calice et à coloration très vives
se rencontrent de préférence dans les jardins ou au voisinage des
habitations, c'est-à-dire sur des terrains plus ou moins riches en
azote; les formes à petites corolles, ne présentant le plus sou-
vent qu'une coloration uniforme d'un jaune pâle, abondent au
i. Cfr. Bîdletin de la Société botaniqtie de France, tome XXIX, p. 49 et
tome XXXI, p. 381.
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 413
contraire dans les terrains maigres (1). Or, comme je l'ai fait
remarquer précédemment à propos des caractères de la végéta-
tion des terrains soumis à l'action directe des eaux salées (2),
la soude et Y azote ont souvent sur certains végétaux une action
identique; pourquoi, cette fois encore, n'agiraient-ils pas au
même titre et ne serait-ce pas le Chlorure de Sodium qui, sans
parler de l'influence combinée du terrain et des vents venant
encore modifier les racines et le port, donnerait au Viola localisé
dans nos dunes les principaux caractères qui le distinguent et
que nous retrouvons dans les formes des lieux cultivés ou
azotés (3) ? Si l'on admet la possibilité de cette hypothèse, le V .
sabulosa, qui se relie si bien aux autres formes du V. tricolor,
a sa place toute marquée au milieu d'elles, et le type linnéen
doit, dans nos flores du Nord de la France, être subdivisé comme
il suit :
Viola tricolor L.
Forma a. tricolor ( V. tricolor L. — Var. vulgaris Koch ; V. tri-
color Boreau).
Forma p. sabulosa ( V. tricolor L,. — Var. sabulosa D C ; V. sabu-
losa Boreau, Dumortier et de Vicq.) (4).
Forma y. agrestis ( V . agrès tis Jordan).
Forma 8. segetalis [V. segetalis Jordan).
Au témoignage de Boreau et de Dumortier, le V. sabîilosa a
été cultivé longtemps sans subir « le moindre changement »,
mais ce fait ne vient nullement contredire ma conclusion et
établir que ce soit une espèce distincte. Je viens de rappeler, en
effet, que la culture ne modifie pas un grand nombre de plantes
1. Cfr. A. Franchet, Flore de Loir-et-Cher, p. 67.
2. Cfr. Journal de Botanique, 2"" année, n° 12 (16 juin 1888).
3. On pourrait objecter que certaines formes spéciales aux sables maritimes
de l'Ouest ( V. nana DC, V. Foucaudi Savatier) sont à fleurs petites et généra-
lement peu colorées, mais sans avoir à me prononcer sur leur valeur scientifique,
je ferai remarquer qu'elles subissent souvent dans leurs parties florales des mo-
difications qui viennent confirmer mon hypothèse ; les pétales, en effet, surtout
chez le V. Foucaudi, deviennent beaucoup plus grands, dépassent sensiblement
le calice et acquièrent une coloration plus vive et plus veloutée.
4. Il faut tenir compte, en lisant les descriptions de ces auteurs, des corrections
indiquées plus haut. On pourra étudier avec profit le V. sabulosa sur les échan-
tillons distribués dans Y Herbier des flores locales de Puel et Maille, les Planta?
Gallias septenlrionalis de Ch. Magnier et par la Société dauphinoise pour
l'échange des plantes.
4 i 4 JOURNAL DE BOTANIQUE
maritimes ; d'autre part le V. sabulosa peut très bien être consi-
déré comme une bonne race parfaitement fixée.
Quelques mots maintenant sur la distribution géographique
dans les sables maritimes du Nord de la France, des sept formes
ou variétés littorales dont il vient d'être question.
Le SAGINA NODOSA — Var. maritima — est commun dans les
sables humides des dunes et des levées de galets, de la Nor-
mandie à la Belgique! C'est une des plantes les plus répandues
sur notre littoral.
L'ARENARIA SERPYLLIFOLIA — Var. macrocarpa — se rencon-
tre également sur toute la longueur de nos côtes! ; il est cependant
un peu moins abondant. Sa station s'étend aux vieux murs et
aux lieux vagues voisins de la mer.
Le Lotus corniculatus — V19g; Bocckeler, in Linmea, XXXIX, p. 147.
« In monte ignivomo Asufral, propter Tuquerres (Nov. Granat.),
n° 3227'; Corazon (Ecuador), ait. 3400 m., n° 3742'. »
In Herb. M. P. : Rucu-Pichincha, Humboldt et Bonpland; Amérique
méridionale, Bonpland, n° 2029; lieux humides au pic de Tolima, n° 48, et
bords des fosssés à Bogota, J. Goudot; Cordillère de Bogota, ait. 2700 m.,
J. Triana, sine numéro ; Cotopaxi, Equateur, Rémy ', crescit in diversis
rnontis Pichincka et Antisana, ait. 13.000 ped., Jameson. n° 290; Colombie,
Hartweg. n° 1446; Sillas de Caracas, Funck,n° 479; Mer Ida, ait. 12000 ped M
Venezuela, Funck et Schlim, n° 163 1.
Boeckeler distingue deux formes, séparées autrefois spécifiquement
par Boott, à chacune desquelles se rapportent des échantillons de
M. E. André et qui me paraissent assez distinctes : i° forma macra
(C. pichinchensis, var. p. Boott et C. dura ejusdem, /. <?., t. 200, fig. 1),
— E. André, n° 3227'; 2° forma longispicata (C. Lema?iniana Boott,
/. c, p. 72, t. 198), — E. André, n° 3742*.
4. C. Humboltiana Steud., /. c, p. 208; Boekeler, in Linnœa, XL,
p. 360. — C. polystachya Vahl, in Kunth, /. c, p. 507, pro parte.
« San Miguel, in decliviis orient. Andium Bogotensium (Nov, Granat.),
ait. 1800 m., n° 1022: Snsumuco, in Andibus orient. (Nov. Granat.), ait.
1165 m., n° 1022 bis. »
In Herb. M. P. : Amérique équatoriale, Bonpland; Silla de Caracas,
Funck, n° 356; Caripe, Caracas, Funck, n° 231.
5. C. acutata Boott, in Hook. FI Anlarct., p. 366, et /. c, IV, p. 138,
t. 446-447: Em. Derv., FI. Chil, VI, p. 217; Boeckeler, in Linnsea, XLI,
p. 265;
« Laguna Cocha, in Andibus orient. Pastoensibus (Nov. Granat.),
n° 3079. »
Extrait d'un mémoire d'Antoine de Jtissieu. 425
6. C. Jamesoni 'Boott, in Trans. of the Linu. Soc, XX, p. 124 et
/. c, p. 109. t. 3Z+-337.
« Corason (Ecuador), ait. 3400 m., n° 3742 1 et 3742-; prope Salento,
Quindio (Cauca, Nov. Granat.), in Andibus central., n 2i75; prope Tulcan
(Ecuador), hauc procul linea sequinoctial., ait. 3990 m., n° 2227 ' et 3227 i . »
7. G. aematorhyncha Em. Desv., Fl. Ckil., VI, p. 224, t. 73, fig\ 32;
Boott, /.. c, I, p. 67, t. 183, ûg. 1.
« Laguna Cocha, in Andibus orient. Pastoensibus (Nov. Granat.), in
paludosis, ad littus lacus Cocha, n° 3021. »
Doit-on rapporter cette espèce au C. Jîliformis L. avec les C. lanu-
ginosa Michx, et C. Wallichiana Prescott, comme le voudrait Boott,
ou bien au C. acutifor?nisYh.x\\. ainsi qu'il semble ressortir de la syno-
nymie proposée par Boeckeler? Je ne me prononcerai pas sur ce point.
Je ferai simplement observer qu'en adoptant la nomenclature de Em.
Desvaux j'ai tenu à désigner une forme qui paraît être spéciale à
l'Amérique du Sud.
8. ? Car ici tristichse Spruce, ex Boott, /. c, IV, p. 153, species affinis.
« Lattorqueta, prope Dolores, il alta valle Cauca (Nov. Granat. \ ait.
1850 m., n° 2778 ois. »
Les caractères vagues que présentent l'unique échantillon de
M. E. André ne me permettent pas d'en donner une détermination
certaine. L'affinité que je signale avec le C. tristicha me paraît fondée
sur la forme de l'utricule, qui est bien celle décrite par Boott, un peu
plus petite cependant, sur le mode de végétation de la plante, la situa-
tion de l'inflorescence et sa forme, je dois ajouter que l'échantillon
s'écarte de l'espèce décrite par Booth par la forme des feuilles et de
leur gaine.
VARIÉTÉ
Extrait d'un mémoire d'Antoine de Jussieu sur le livre
d'Heures d'Anne de Bretagne, par M. E. Roze.
M. Ludovic Lalanne a publié, dans le Bulletin du Comité des tra-
vaux historiques et scientifiques de 1886, avec de savantes annota-
tions, un mémoire jusqu'alors inédit d'Antoine de Jussieu (1). Nous
avons pensé qu'on ne lirait pas sans intérêt, au point de vue de l'his-
toire de la nomenclature botanique, l'extrait suivant de ce mémoire sur
une ancienne paire d'Heures de vélin d'Anne de Bretagne (2).
1. Lu à l'Académie des sciences le 14 novembre 1722, mais non inséré dans
ses Mémoires.
2. L'éditeur Curmer en a fait paraître, en 1859, une luxueuse reproduction
dans laquelle M. Decaisne a donné les noms des plantes peintes sur les marges
du manuscrit.
4 26 JOURNAL- DE BOTANIQUE
a Ces Heures, dit A. de Jussieu, écrites à la main, sont du volume
d'un petit in-folio... Nul doute qu'elles n'aient été faites exprès pour
Anne de Bretagne, peut-être au temps de son mariage avec Louis XII,
sur la fin du xv' 1 siècle...
« Sur chaque feuillet est peinte à la marge, en manière de vignette,
une plante en miniature avec le nom latin au-dessus et le français au
bas. Le nombre des plantes qui s'y trouvent dépeintes va jusqu'à 339.
On peut dire que l'on ne croit pas qu'il eût alors rien paru de mieux,
tant par le coloris que par la ressemblance de toutes les parties de ces
plantes, ce qui marque que dans presque toutes cet ouvrage a été exé-
cuté d'après nature... Et ces plantes sont pour la plupart si connaissa-
bles d'elles-mêmes qu'elles n'auraient besoin d'aucuns noms pour les
faire distinguer, parce que presque toutes ou sont si usuelles ou si
communes qu'elles se présentent tous les jours sous les yeux.
a Comme néanmoins le peintre les y a caractérisées par un nom
latin et un nom français qu'il n'a pu alors emprunter que de quelque
botaniste de son temps, la comparaison de ces noms français avec ceux
par lesquels ces mêmes plantes nous sont aujourd'hui connues donne
lieu à trois réflexions :
« La première regarde l'histoire de la botanique, de l'état de la-
quelle on peut juger par le nombre, la qualité et les dénominations des
plantes peintes dans ce manuscrit, suivant la connaissance que l'on en
avait au xiv e et à la fin du xv° siècle.
c Par la supputation qu'il est aisé de faire de toutes les plantes
connues des anciens, on verra que leur connaissance se bornait à en-
viron 800. Le peintre, dans le nombre de celles dont il a donné des
figures, n'en a pas ajouté à ce compte ancien plus de vingt nouvelles
espèces; et quelles sont ces vingt? Que des communes, telles que des
espèces de véronique, d'ancolie, de groseillier, de violettes, d'aster,
de pied d'alouette, de pommes de rouueau (1), d'oeillet et de lychnis;
ce qui nous fait voir combien la botanique était encore pauvre dans
le xiv e siècle, puisque, si on y eût connu de ces plantes singulières par
leurs formes et rares qu'on a connues depuis, il n'aurait pas manqué
d'en embellir un ouvrage destiné pour une si grande princesse et dans
lequel il aurait eu soin de faire entrer ce qu'il croyait être plus agréable.
« Les dénominations latines ne nous donnent pas une idée plus
avantageuse du point auquel était alors la botanique, puisque dans la
supposition que le peintre, travaillant pour la première princesse du
royaume, n'avait pas manqué de consulter pour la perfection de cet
ouvrage les personnes les plus habiles dans la connaissance des plantes,
1 . « Il y a les pommes de Rouueau, qui ont l'escorce rouge comme sang-, et
la chair tendre, et de bon goust, tirant sur l'aigre-doux, et se gardent assez long-
temps. » {Daléchamp : Des pommes ; t. I, p. 243.)
Extrait d'iui mémoire d'Antoine de Jussieu. 427
il est surprenant que les noms latins ou ne soient pas les véritables qui
conviennent aux plantes, d'ailleurs assez bien dessinées, comme ceux
$ Angelica à l'ancolie, de Sambucus au jasmin, d'Eruca au cresson
alénois, de Centaurea major à la corneille, de Betonica à une espèce
de campanule, de Matricaria à l'herbe aux chats, de Terebi?itus au
bouleau, de Melilotus au saule et au navet sauvage, de Lupin us à une
sorte de vesce et de Napus à la coluvrée ou bryoine, mais soient
plutôt des noms de guerre imposés par des ignorants : tels sont ceux
de Clavelaria au bec de grue, de Muleta au myrte, de Bâtis or a au
barbeau, d' Amicalis subjectio à une espèce de grémil, de Me lia à la rai-
ponce, de Crosetta lilialis au muguet, de Zelotypia au pied d'alouette,
de Calicta à l'agripaume, de Menuta penseta et Grossa penseta aux
violettes que nous connaissons sous le nom de pensées, dAuru/u valet
à la scrofulaire, de Cimbalaria à la digitale, de Spergula au caillelait
jaune, de Burgena au fusain, de Papyrus à la laîche, d'Eryngi à la
chausse-trape et de Pata lupina au souci d'eau, de Muguet uni palustre
à la cardamine des prés, de Triphoralle au plantain d'eau, d'Amarusca
à la camomille connue sous le nom de marulle (?), de Barbarea à la
flèche d'eau, de Bouqueta à une espèce de Thlaspi et de Bar sinus à
la belladone; ou que quelques-uns de ces noms soient plutôt au géni-
tif qu'au nominatif, et même sans que l'adjectif qui sert à les distinguer
soit rapporté à ce cas, comme ceux d' Ysopi agreste, de Titimali ma-
jor, Cicle, Camepyteos, Cerfolii, Rutarum, Castanearum, Primulas
veris, Meliloti, Lupi/ii, avant lesquels on a souvent mis le mot de spe-
cies; ce qui persuaderait que c'était quelque apothicaire qui avait été
consulté pour ce sujet, et que c'étaient les personnes de cette profes-
sion, plutôt que d'aucune autre, qui étaient alors les maîtres dans la
botanique.
a La deuxième réflexion à laquelle l'examen des noms français qui
sont aussi au bas de ces plantes donne lieu est plus importante, en ce
qu'elle regarde la manière dont se doit traiter la botanique pour se
faire entendre réciproquement dans tous les pays et parmi toutes les
nations entre ceux qui la cultivent, c'est-à-dire que par la difficulté
que nous avons aujourd'hui à connaître les plantes par les noms fran-
çais qu'on leur donnait il y a trois cents ans, parce que la langue fran-
çaise a été sujette à des variations, il suit de là que les noms et les
surnoms pour ainsi dire qui servent à les distinguer doivent au moins
être conservés dans une seule langue qui doit être morte.
« De quelque inviolabilité que puisse se glorifier une langue
vivante, deux ou trois siècles ne laissent pas d'y introduire des change-
ments considérables. Dans le temps même qu'elle semble être la plus
florissante dans un pays, cette perfection ne s'étend souvent que dans
la circonférence de la capitale ; aussi voyons-nous que des plantes qui
428 JOURNAL DE BOTANIQUE
y seront connues sous des noms de la langue du pays n'en ont que de
latins ou de patois dans les provinces. L'aunée, qui est le bon mot
français connu à Paris pour désigner YEnula campana l ne s'entend pas
dans la plupart des provinces, et les mots de grateron, de flambe et de
poirée, qui sont les mots français propres pour désigner Yaparïne, Yiris
et le beta, ne sont pas encore parvenus dans la plupart des grandes
villes du royaume.
« Il se trouve, au contraire, de certains noms très français qui ont
cours dans les provinces pour marquer des plantes qui ne sont connues
à Paris que sous des noms latins ou des noms d'espèces, tels sont ceux
de curage usité en Provence pour le Persicaria urens, et de cassis ou
poivrier connu en Poitou pour désigner le Grossularia fructu nigro
qui s'appelle à Paris du nom de l'espèce de groseillier noir.
« Combien y a-t-il de noms français qui, dans la province, sont
appliqués à des espèces tout à fait différentes? La betterave ou Beta
rubra s'appelle à Lyon carotte, nom que Ton donne à Paris au Dauctis
saiivus que les Lyonnais nomment pastenades. Le raifort ou Rapha-
nus n'est connu à Paris que sous le nom de rave, qui est le terme pro-
pre pour désigner une autre plante appelée en latin râpa, différente
du raifort.
« Combien de plantes dont les noms français sont différents en
divers endroits comme ceux du Beta qui s'appelle à Paris la poirée,
en Champagne la joute, dans le Lyonnais la blete, et au Dauphiné la
réparée ; du Bellis, qui s'appelle à Paris la pâquerette ou pasquette et
dans les provinces marguerite; du Berberïs, que l'on nomme à Paris
épine-vinette et en Poitou vinotier ?
« Je ne parle pas de celles qui sont toutes différentes, quoiqu'elles
portent dans les provinces les mêmes noms de guerre, comme d'herbe
Notre-Dame et de Saint-Jean, qui ont été donnés dans divers cantons à
des genres de plantes très différents, et qui ne semblent porter ces
noms que parce qu'elles y sont reconnues pour salutaires contre de
certains maux.
« Celle dt toutes les langues mortes qui semble avoir le plus d'éten-
due est donc celle de laquelle on doit se servir pour nommer les plan-
tes, et comme il n'y en a point qui le soit davantage que la latine,
c'est aussi celle que l'on doit employer pour les nommer dans les
démonstrations, dans les écrits, dans les traités de botanique, et dans
ceux de pratique de médecine et d'art où elles servent, et que l'on
veut qui se communiquent dans tous les pays et qui passent à la pos-
térité. Nous n'avons presque appris ce que savaient les Grecs et les
Romains dans ce genre que par l'étude de leur langue dans la pureté
dans laquelle elle était de leur temps.
« La troisième réflexion qui naît de la lecture de ce nombre de
noms français anciens est l'usage qu'on peut en faire pour enrichir un
glossaire de notre langue
Le Gérant ; Louis Morot.
Parts. — I- Mersofc. imp., 22, pi. Deoferl- Bocbfcrsa».
2 e ANNEE N° 24 16 DÉCEMBRE il
JOURNAL DE BOTANIQUE
Directeur: M. Louis MOROT
HYDROLEUCITES ET GRAINS D'ALEURONE
Par M. Ph. VAN TIEGHEM
Il y a près de sept ans, j'ai réuni sous le nom de lencites
tous les corpuscules albuminoïdes de forme déterminée qui
existent à côté du noyau dans le protoplasme de chaque cellule
si la plante a la structure cellulaire, entre les nombreux noyaux
dans le protoplasme général du corps si la plante a la structure
continue, qui manquent seulement chez les Algues Cyanophycées
où les noyaux font également défaut, qui procèdent les uns des
autres et se multiplient par division, comme les noyaux eux-
mêmes, et qui sont doués d'une activité diverse, produisant les
uns de l'amidon (amyloleucites) , d'autres des principes colorants
(chronioleucites) dont le plus important est la chlorophylle s (chloro-
lettcites) , d'autres encore de l'huile (élcoleucites), de l'acide oxa-
lique (oxalileucites) , etc. (1). Le mot a été adopté et a passé dans
l'usage.
En même temps, je rattachais à la même catégorie les corpus-
cules albuminoïdes des graines mûres que l'on avait appelés jus-
qu'alors des grains d'aleurone ; mais pour les distinguer des
premiers, qui sont des leucites actifs, je nommais ceux-ci des
leucites passifs ou des leucites de réserve (2). Cette dénomina-
tion et la manière de voir qu'elle exprime ont été critiquées. On
a objecté notamment que les grains d'aleurone ne se multiplient
pas par division comme les leucites, qu'ils naissent de toutes
pièces dans le protoplasme pendant la maturation de la graine
et qu'ils s'y redissolvent tout entiers à la germination. Il est très
exact, en effet, que les grains d'aleurone ne se multiplient pas
comme tels par division, qu'ils apparaissent tous ensemble comme
tels à la maturation et disparaissent tous ensemble comme tels à
1. Ph. Van Tieghem : Traité de botauiqîte, 4 e fascicule, p. 486, janvier 1882.
2. Loc. cit., p. 487.
43Q JOURNAL DE BOTANIQUE
la germination de la graine. Mais pour les ranger dans la catégo-
rie générale des leucites j'avais cependant mes raisons, que les
progrès les plus récents de la science n'ont fait que confirmer,
comme on va voir.
D'une part, des observations personnelles, faites notamme u
au cours de mes recherches sur la maturation et la o-ermination
de l'albumen isolé de la graine de Ricin (i), d'accord avec celles
de M. Maschke (2) et de A. Gris (3) sur le même sujet, m'avaient
montré un lien direct entre les grains d'aleurone et les vacuoles
qui les précèdent dans la graine mûrissante, qui les suivent dans
la graine germante et qui sont absentes dans la graine mûre. De
l'autre, j'avais été frappé, dans un grand nombre de cas les plus
divers, de la ressemblance des vacuoles pourvues d'une paroi
propre albuminoïde avec les leucites incolores, ressemblance déjà
nettement reconnue par M. Trécul qui les nommait vésicules
fausses vacuoles, comme il nommait vésicules chromullfères
les chromoleucites, vésicules chlorophylliennes les chloroleucites,
etc. (4). Des travaux différents m'ont empêché alors de pour-
suivre mes recherches dans ces deux directions.
Depuis, et tout récemment, les beaux mémoires de M. Went
et de M. Wakker ont fait faire à la question, sous ces deux rap-
ports, des progrès décisifs. Déjà M. de Vries avait retrouvé,
en 1885, dans toutes les vacuoles normales cette membrane
albuminoïde propre que M. Trécul avait aperçue chez cer-
taines d'entre elles, membrane qu'il a nommé tonoplaste et sur les
propriétés de laquelle il a fondé la méthode plasmolytlque (5).
M. Went, dont le travail a été analysé dans ce Recueil (n° du
16 septembre), a démontré que les vacuoles normales, ainsi
reconnues autonomes, ne naissent jamais directement dans le
protoplasme, mais dérivent toujours les unes des autres par voie
de division ou de fusion ; de sorte que toutes les vacuoles exis-
tant à un moment donné dans le corps d'une plante adulte pro-
1. Ph. Van Tieghem : Recherches physiologiques sur la germination (Ann.
scient, de l'École normale, i" série, II, 1873).
2. Maschke : Ucber den Bau der Kleberblaeschen (Bot. Zeitung, 1859).
3. A. Gris : Recherches anatomiques et physiologiques sur la germination
(Ann. des se. nat., 5 e série, II, p. 39, 1864).
4. A. Trécul : Des formations vésiculaires dans les celhiles végétales (Ann.
des se. nat., 4' série, X, p. 64, 1858).
5. H. de Vries : Plasmolytische Sludien liber die Wana der Vacuolen (Prings
heim's Jahrbûcher, XVI, p. 465, 1885;.
Ph. Van Tieghem. — Hydroleucites et grains d'aleurone. 431
cèdent de la vacuole unique de l'œuf dontcette plante est issue(i).
Il est démontré par là que les prétendues vacuoles appar-
tiennent en réalité à la catégorie des leucites. Ce sont des leucites
dont le rôle spécial est d'absorber, d'accumuler de l'eau et de
provoquer ainsi la turgescence de la cellule; en se fusionnant
progressivement, jusqu'à se réduire finalement à un seul de
grande dimension, ils constituent ce qu'on appelle le suc cellu-
laire, ou le suc général du corps si la structure est continue. Ce
sont essentiellement des leucites aquifères ou des Jiydroleucites ;
le nom de vacuoles ne saurait plus leur convenir; il doit être
abandonné pour eux et réservé aux véritables vacuoles qui se
produisent dans certaines conditions à l'intérieur du protoplasme,
du noyau ou des leucites eux-mêmes. Comme les leucites ordi-
naires, les hydroleucites produisent diverses substances qui se
dissolvent d'abord, puis, au delà d'un certain degré de concen-
tration, cristallisent dans le liquide interne. Suivant la nature de
ces substances, on peut les subdiviser en hydroleucites tanni-
fères, oxalifères (2), colorés, albuminifères, etc. ; dans ces der-
niers, la matière albuminoïde peut se déposer sous forme de
cristalloïdes (vésicziles crïstallïgènes de M. Trécul).
D'un autre côté, M. Wakker a prouvé que les grains d'aleu-
rone procèdent d'autant de vacuoles albuminifères préexistant
dans la jeune graine, où elles se sont formées par division comme
il vient d'être dit, qui perdent leur eau et se solidifient tout en-
tières pendant la maturation, pour reprendre de l'eau, se dis-
soudre dans leur région centrale et revenir à leur état primitif
pendant la germination (3). Ces résultats ont été bientôt confir-
més par M. Werminski (4). Les grains d'aleurone ne sont donc
pas autre chose que des hydroleucites albuminifères desséchés.
En somme, il est actuellement démontré, conformément à
mon opinion ancienne, rappelée plus haut, que les grains d'aleu-
rone sont des leucites d'une catégorie spéciale, des hydroleu-
1. F. Went : Die Vermehrmig dey normalen Vacuolen durcit Theilung
(Pring-sheim's Jahrbùcher, XIX, p. 295, 1888J.
2. M. Wakker a montré tout récemment que les cristaux d'oxalate de chaux
se forment toujours dans des vacuoles, et non dans le protoplasme {loc. cit.,
p. 426).
3. J. Wakker : Studien ùber die Inhaltskoerper der Pflanzemelle (Prings-
heim's Jahrbùcher, XIX, p. 423, 1888).
4. F. Werminski : Ueber die Nahir der Aleuronkoerner (Berichte der deutsch.
bot. Gesellschaft, VI, p. 199, i«88).
43 2 JOURNAL DE BOTANIQUE
cites albuminifères, et que ce sont des leucites rendus momenta-
nément inertes et passifs par la dessiccation qu'ils ont subie
pendant le passage de la graine à l'état de vie latente.
SUR UN GENRE NOUVEAU DE CHYTRIDIACEES
PARASITE DES URÉDOSPORES DE CERTAINES URÉDINÉES
Par M. G. LAGERHEIM (de Stockholm)
C'est au hasard que je dois la découverte de l'espèce nou-
velle de Chytridiacées dont je vais essayer de faire l'histoire.
L' Aïra csespîiosa est souvent attaqué, aux environs de Fri-
bourg-en-Brisgau par un Uredo, dont j'ai sans aucun succès
cherché longtemps les téleutospores. Tout me fait croire que ce
Champignon n'en possède pas, et qu'il hiverne sous la forme
Uredo, comme il arrive à bien d'autres Urédinées. Je lui donne
le nom provisoire & Uredo Air as ; je l'ai rencontré près de Fri-
bourg, au voisinage du Waldsee, et sur le Feldberg (Forêt Noire) .
C'est dans les spores de ce Champignon que vit en parasite la
Chytridiacée qui fait l'objet de cette note.
On sait que le mycélium de beaucoup d'Urédinées est attaqué
par différents parasites qui nuisent souvent à leur développe-
ment. L'un deux est considéré comme une Ustilaginée (Tuber-
culïna persïcïna Saccardo) ; les autres sont des Ascomycètes peu
connus {Darluca Fïlum Castagne, Ftisarïum spermogoniopsis
Mueller, F. uredïm'cola Mueller, AscocJiyta contuberualis Oude-
mans, Ramularia Coleosporïï Saccardo, Cladosporïum secïdïi-
colum von Thuemen, etc.). Celui dont il est question ici s'attaque
directement aux spores de différentes Urédinées; si l'on connaît
plusieurs Chytridiacées vivant dans les spores de divers Cham-
pignons, on n'en connaît pas jusqu'à présent dans celles des
Urédinées. Les Oipïdïopsïs, Woronina, Rozella, Rhïzïdïomyces ; le
Diplophysa Saprolegnias Schroeter, le Rhïzidiwm carpophïlum
Zopf vivent ainsi dans les spores des Saprolégniées. \J Hyphochy-
trium Zopf se développe dans les spores de X Helotium et le
Plœotrciclielus Zopf dans celles des Pilobolus.
Les colonies d'Urédos de Y Aïra se trouvent surtout entre
les plis de la face supérieure des feuilles. Elles forment des
taches isolées ou alignées de couleur orangée, qui se manifes-
G. Lagerheim. — Sur un genre nouveau de Chytridiacées. 433
tent à la face inférieure par une tache violacée. Au microscope,
on remarque immédiatement de nombreuses paraphyses clavi-
formes à paroi épaisse ; incolores au début, les paraphyses bru-
nissent peu à peu; les urédospores sont globuleuses, entourées
d'une membrane incolore ou jaunâtre, hérissée de pointes rap-
prochées et marquée de huit pores germinatifs ; le contenu est
rougeâtre ; leur diamètre est de 28-33,"-. Ues Urédospores infestées
sont souvent irrégulièrement polygonales ou diversement renflées
(pi. X, fig. 2, 4); la forme dépend du nombre des parasites qui
s'y sont logées ; si la spore ne renferme qu'un seul sporange de
la Chytridiacée, sa forme demeure normale (pi. X, fig. 1, 5, 6);
la dimension des sporanges dépend aussi de ce qu'ils sont en
nombre plus ou moins grand dans une même spore ; s'il n'y en
a qu'un, il est sphérique et atteint le diamètre de 26 y.; mais il
est fréquent qu'il y en ait plusieurs, et j'en ai compté jusqu'à six;
leur diamètre est réduit en proportion, et ils deviennent polyé-
driques par pression. La membrane du sporange est mince, lisse
et incolore ; le contenu en est grisâtre et finement granuleux ; il
ne se développe pas de rhizoides et c'est par toute sa surface que
le sporange absorbe sa nourriont l'un s'est vidé à travers l'un des pores
germinatifs de l'hôte.
Fig. 5. Un zoosporange vidé.
Fig. 6. Formation d'un kyste.
Fig-. 7. Un kyste mûr; la membrane de l'urédospore a difflué.
Fig. 8 et g. Zoosporanges.
Fig. 10. Trois zoosporanges; deux sont déjà vides; le troisième vide ses
zoospores à travers le pore basilaire de l'urédospore.
Fig. 11. Cinq zoosporanges; trois se sont vidés directement à travers la
membrane de l'urédospore.
Fig. 12. Trois zoosporanges mûrs; un quatrième s'est vidé à travers le
pore basilaire de l'urédospore.
Fig. 13. Un zoosporange vidé de la même manière.
Fig. 14. Deux zoosporanges vides; l'un d'eux s'est vidé par l'un des pores
. germinatifs, l'autre directement à travers la membrane.
Fig. 15. Zoospores : a, b, c, normales; d-h, anormales et multiciliées.
ETUDES SUR LA GEOGRAPHIE BOTANIQUE DU NORD
de la France
(Suite.)
Par M. l'abbè MASCLEF
2. — L? influence des vents violents qui soufflent continuelle-
ment de la mer ne peut guère se faire sentir avec toute son inten-
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 441
site sur les espèces de l'intérieur qui pénètrent dans les sables
maritimes, celles-ci arrivant difficilement, par suite de l'action
répulsive exercée par le Chlorure de Sodium, à se fixer dans le
voisinage immédiat de la mer. Cependant elle est encore très
puissante dans les parties découvertes des dunes ou sur les
levées de galets, et il n'est guère que l'intérieur des grandes
forêts de Pins où elle ne s'exerce pas d'une manière évidente.
Les formes littorales qu'elle détermine diffèrent surtout des
types intérieurs par leur port cotiché et une villosité abondante.
C'est ce que l'on peut observer chez le Setaria viridis P. B. —
Var. reclinata de Brébiss., dont les tiges grêles et nombreuses
sont étalées et couchées sur le sol; chez les Cevastium pumilum
Curt. (forme tertiaire du C. varians Coss. et Germ., Clavaud),
Galeopsis Ladanum L. — Var. Uttoralis de Vicq {G. canesccns
Schult.?) et Salix repens L. — Var. argentea Koch (S. argentea
Smith.) dont les tiges et surtout les feuilles sont fortement ve-
lues et même soyeuses-blanchâtres; enfin chez le Géranium
Robertianum — Forai. Uttoralis, Erodizim cicutarinm L'Hérit.
— Var. pilosa DC. et le Galium neglectum Le Gall (forme secon-
daire du G. Mollugo Coss. et Germ.) qui sont tout à la fois cou-
chés-étalés et velus.
Ces caractères sont évidemment dus à l'influence continue
du vent ; on les retrouve, en effet, chez la plupart des espèces
des falaises et dans un grand nombre de plantes alpines, toutes
soumises à des conditions identiques. Toutefois le mode d'action
du vent pour produire la villosité nous échappe complètement.
Beaucoup, sans doute, voudront expliquer le fait en invoquant
une « adaptation », mais ce n'est là qu'un mot qui ne donne
nullement l'explication du phénomène.
Les deux formes littorales de Géraniacées, Géranium ROBER-
TIANUM (1) — Form. Uttoralis — et Erodium CICUTARIUM — Var.
1. Je n'ai pas revu au milieu des galets de la pointe du Hourdel, auprès du
Lathyrus maritimus , la forme remarquable, petite, « glabre et d'un rouge in-
tense », qui y a été successivement signalée par Pauquy, en 1834, dans sa « Flore
du départ, de la Somme >•, par Picard, en 1837, dans son « Etude sur les Géra-
niées qui croissent spontanément dans les départ, de la Somme et du Pas-de-
Calais » et par de Vicq dans ses diverses publications sous le nom de G. Rober-
tianum — Var. purpurcum [G. purpureum Vill.?). Selon Picard c'est une va-
riété due à l'influence du sel marin. •< L'eau de mer, dit-il, paraît avoir empêché
le développement de cette espèce, au lieu de l'augmenter; mais elle l'a dépouil-
lée de ses poils, effet qu'elle produit fréquemment sur les plantes soumises à son
action. »
442 JOURNAL DE BOTANIQUE
pilosa — (i) se rencontrent communément, aussi bien dans les
dunes que sur les levées de galets, de préférence au bord des
chemins !
Le Galium neglectum présente la même dispersion, il est
cependant moins fréquent !
Le Cerastium PUMILUM est commun dans toutes les dîmes
avec sa forme tetrandrum! ; de Vicq l'a recueilli au milieu des
galets dît, Hourdel^
Le GALEOPSIS Ladanum — Var. littoralis — a été observé
par de Vicq sur les levées de galets de Cayeux et du Hourdel;
on peut les récolter çà et là à l'arrière des dîmes !
Le Salix repens — Var. argentea — a été trouvé à Cayeux
par M. Debray; je l'ai également récolté dans les dunes près
éïEtaplesf
3. — Les sables maritimes considérés au point de vue de
leur nature physique peuvent très bien aussi exercer une action
modificatrice sur les plantes qui y végètent. C'est à l'aridité de
cette station sablonneuse qu'il faut attribuer certaines formes
naines, grêles et appauvries ou à racines plus minces et plus
allongées que l'on y rencontre fréquemment. Telles sont les
Ononis PROCURRENS — P. maritima Gren. et Godr. (O. repens
L. pro part.; O. maritima Dumort.), Asperula cynanchica —
p. densiflora Gren. et Godr., Galium verum L. — Var. mariti-
mum DC., G. MOLLUGO Coss. et Germ. — Form. littoralis,
Seneçio Jacob^ea — Form. dunensis (S. dtmensis Dumort.),
Thrincia hirta Roth — Var. arenaria DC., Erythrjea
Centaurium Pers. — Var. capitata Koch et Poa pratensis —
Form. littoralis.
Je dirai la même chose des RANUNCULUS FLAMMULA L. —
Var. reptaiîs de Brébiss. (R. csespititiîis Dumort.; K. reptans
L. secund. Gren. et Godr. non secund. Kochnec Dumort.) et du
Viola canina L. — Form. lancifolia ( V. lancifolia Thore?).
1. Grenier et Godron dans la « Flore de France •> indiquent YE. maritimum
Sm. sur les « côtes de la Picardie ». Cette espèce a été autrefois signalée sur
plusieurs points du littoral du Nord : en 1768 par Necker « entre Dunkerque et
Gravelines » avec cette note •< sabulosis semel mihi obvia », en 1803 par Boucher
de Crèvecœur dans les « sables » du littoral de la Somme, en 1823 par Desma-
zières à « Boulogne » et en 1827 par Lestiboudois à « Dunkerque » ; mais elle
n'a pas été revue depuis, si toutefois elle y a jamais existé et si les auteurs que
je viens de citer n'ont pas pris pour elle une forme maritime de YE. cicutarium.
Abbé Masclef. — Sur la géographie botanique du Nord de la France. 443
La première de ces deux formes abonde sur certains points
des dunes entre la C anche et la Somme, dans les bas-fonds un
peu marécageux, au milieu des buissons à? Hippophae ! Avec
ses tiges grêles radicantes, souvent enterrées et cespiteuses à
la base, ses feuilles étroites linéaires, ses fleurs petites et soli-
taires d'un jaune brillant, elle peut très bien être prise au premier
abord pour une espèce distincte et bien caractérisée; mais si
l'on prend la peine d'examiner un grand nombre d'échantillons
on en trouve facilement, surtout dans les endroits plus humides
et plus ombragés, déjà un peu pourvus d'humus, qui présentent
toutes les formes de transition suffisantes pour la rapporter
sûrement au Ranunctdus Flannmila . J'ai recueilli ainsi dans les
dunes de Berck, sur un espace d'une vingtaine de mètres carrés,
un certain nombre de ces formes de passage ; plusieurs sont
absolument identiques à d'autres formes, également grêles,
récoltées sur des bandes sablonneuses de l'intérieur, au bord
de petits marécages, dans une station physique analogue. Nous
sommes donc en présence d'une forme déterminée simplement
par un sol aride et sablonneux.
Cette Var. reptans du R. Flammnla doit-elle être rapportée
au R. reptans L. comme le font encore Grenier et Godron dans
leur Flore de France (1848)? Selon Koch (1) (185?) elle en est
complètement distincte, les carpelles du R. reptans étant tou-
jours terminés par un apicule droit recourbé seulement au som-
met (2), tandis que ceux du R. Flammnla et de sa Var. reptans
sont, au contaire, terminés par ucifères est
loin d'être un fait constant. Ces bractées sont bien développées dans cer-
tains genres, dans quelques espèces seulement de plusieurs autres, et ail-
leurs à la base de quelques fleurs seulement d'une même inflorescence.
(Voir H. Bâillon, Hist. des pi., t. III, p. 215, et J. N. Norman, Quelques
observations de morphologie végétale, Ann. se. nat., Bot., 4*" s., t. IX, 1858.)
A la base des pédicelles du Cheiranthus Cheiri il existe une tache trian-
gulaire verte qui tranche nettement sur la coloration brun-rouge des pédi-
celles eux-mêmes, et qui représente une bractée entièrement concrescente
avec l'axe né de son aisselle. Dans certains échantillons, en effet, M. Beau-
visage a vu le sommet de la tache verte devenir libre et former une petite
pointe saillante de 1 à 2 millimètres; dans d'autres, une bractée bien déve-
loppée, atteignant 2 centimètres de longueur, se montrait visiblement con-
crescente à sa base avec le pédicelle.
Un autre échantillon plus exceptionnel présentait une languette foliacée
linéaire, de 1 centimètre environ, développée sur un côté de la petite
pointe saillante qui représente le sommet de la vraie bractée; c'était une
des stipules de cette bractée qui avait pris un développement anormal.
Sur d'autres échantillons, dans lesquels l'inflorescence était composée
à la base, une petite grappe secondaire naissait à l'aisselle d'une grande
bractée assez profondément divisée en trois lobes aigus.
M. Beauvisage a également observé des bractées bien nettes à la base
de la fleur la plus basse dans des grappes élémentaires de Y Isatis tincloria
et du Capsella Bursa-pastoris. L. M.
A. Borzi. — Sullo sviluppo délia Microchaete grisea Tkr. [Sur le déve-
loppement du Microchaete grisea Tkr.] (Malpighia, i re année, fasc. X-XI).
L'auteur de ce mémoire commence par faire remarquer que les filaments
du Microchaete grisea Thr. présentent une grande ressemblance avec des
hormogonies de Calothrix, de Rivularia, etc., en voie de développement,
tandis que les M. tenera Thr. et M. diplosiphou Gomont offrent plutôt
une certaine analogie avec un pseudoramule de Tolypothrix séparé du fila-
ment principal.
Puis après avoir exposé ses observations, dont nous indiquerons quel-
ques détails, il les résume ainsi :
Les h-rmogonies ne sont pas les seuls organes de reproduction du Mi-
— 2
crochsete grisea : la plante se multiplie encore par des gonidies croocoe-
coïdes capable de remplir l'office de spores.
Les hormog"onies en germant, au lieu de se transformer directement
en filaments flagelliformes, peuvent passer momentanément à l'état de fila-
ments mobiles, après s'être convenablement allongées et fragmentées.
Enfin cette forme de développement, qu'elle provienne de la germina-
tion des gonidies ou de celle des hormogonies, est susceptible de passer à
la forme définitive île Calothrix.
Il faut donc, conclut M. Borzi, considérer le Microchsete grisea comme
une espèce purement biologique, un état du développement du Calothrix
parasilica ou d'une autre espèce voisine.
Quant à la reproduction par gonidies croococcoïdes isolées , voici com-
ment la décrit l'auteur. Ces gonidies naissent à la base des filaments, et
dérivent de ces articles plus larges contigus à l'hétérocyste qui constituent
cette sorte de renflement bulbiforme déjà signalé par Thuret et indiqué
par lui comme caractéristique du Microchœta grisea. Les cellules de cette
région s'élargissent de plus en plus, puis se partagent dans le sens longi-
tudinal pour constituer une double série d'éléments.
Quelquefois cette métamorphose est limitée aux seuls éléments du ren-
flement bulbiforme et le reste du filament acquiert une complète indépen-
dance. D'autres fois, aussitôt que la formation des gonidies a commencé à
la base des filaments, elle se continue vers le sommet et tous les articles
successivement s'élargissent et se cloisonnent. D'un seul filament dérive
alors toute une colonie d'éléments croococcoïdes renfermés dans une enve-
loppe gélatineuse commune.
Ces éléments sont des cellules reproductrices destinées à remplir les
fonctions de véritables spores dans des conditions déterminées. En effet,
à peine différenciés, ils peuvent germer et donner naissance à un filament
de Microchœte ; ou bien ils peuvent rester quelque temps sans changement
dans la gaine mucilagineuse commune qui les protège tant que les condi-
tions ambiantes ne sont pas favorables à leur germination.
Les filaments qui dérivent de la germination des gonidies sont à leur
tour susceptibles de se développer en hormogonies. Ces deux modes de
multiplication peuvent, soit alterner entre eux à des époques différentes,
soit se produire en même temps. Dans ce dernier cas la formation des go-
nidies est limitée aux éléments de la région basilaire.
Très souvent la reproduction par hormogonies semble seule exister, et
leurs diverses générations se succèdent avec une rapidité remarquable.
L. M.
A Le Breton. — Une variété probable du Polyporus obducens (Société
des amis des sciences naturelles de Rouen, 1887).
En comparant des échantillons de Polyporus obducens à chapeaux re-
couverts de mousse, trouvés par lui à Saint-Saëns sur un tronc carié de
Pommier, et dont il fait une variété pileata, d'une part avec des Polyporus
obducens typiques, d'autre part avec la figure du Polyporus conuatus pu-
- 3 —
bliée dans la 12 e série des Planches supplémentaires de M. Gillet, l'auteur
de cette note se croit fondé à admettre « que le P. obdncens et le P. con-
uatus, déjà si proches voisins, au dire même de Fries, feraient mieux de
s'allier tout à fait, puisque un état à chapeaux d'une part, un état résupiné
de l'autre, peuvent suffire, en mainte circonstance, à les pousser l'un vers
l'autre et les enchevêtrer d'une façon inextricable ».
Il y aurait donc lieu d'ajouter au Polyporus obdncens Fr. une variété pi-
leata, que représenterait fidèlement, et non le P. counafus Fr., la planche
de M. Gillet. Si au contraire on admet que le Fomes couuaius de M. Gillet
est le vrai Polyporus counafus de M. Berkeley et de Fries, le P. obdncens
Fr. et Auct. ne serait que son état résupiné. L. M.
Louis Crié. — Sur les affinités des flores ooliihiques de la France occi-
dentale et du Portugal (Comptes rendus des séances de l'Académie des
sciences, t. CV, n° 24, 12 décembre 1887).
Suivant l'auteur de cette note, le genre Delgadoa Heer, découvert en
Portugal, doit être rapproché du Lomatopteris Desnoyersii Sap. de l'oo-
lithe de Mamers (Sarthe) et du Gleichenites elcgans Zigno de l'oolithe du
Véronais. Ces trois Fougères auraient marqué dans l'ouest de la France,
en Italie et en Portugal, l'existence, à l'époque oolithique, d'un type à
fronde bipinnée, à pinnules coriaces, opposées, arrondies, marginées et à
sores intramarginaux, représenté aujourd'hui par le Jamêsiona des monta-
gnes de Caracas et de la Colombie.
\JEquisetum lusitanicum Heer du kimméridgien de Portugal présente
de son côté une grande analogie avec YEquisctum Guilleri Crié des cou-
ches kimméridgiennes de Bellème (Orne).
Parmi les Conifères, le Broc hypky Hum micromerum Heer du cap Mon-
dégo (Portugal) rappelle de même le Brachypkyllum mamillare Brgn. de
la flore oolithique de Scarborough (Angleterre) et de Mamers.
Enfin, les Cycadées dont l' Otozamiics pterophylloides Sap. de Mamers
est le type ont dû recouvrir, vers le milieu de la période oolithique, cer-
tains points du sol émergé de l'Europe, aux environs de Mamers. en France,
de Scarborough en Angleterre, et du cap Mondégo en Portugal. L. M.
L. Guignard et Charrin. — Sur les variations morphologiques des
microbes. (Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences
t. CV. n° 24, 12 décembre 1887).
Les auteurs de cette note ont choisi pour leur étude expérimentale le
microbe de la pyocyanine, qui a l'avantage de produire une matière colo-
rante facile à caractériser et dont la présence ou l'absence permet en
outre d'apprécier les modifications physiologiques qui peuvent accompagner
le développement d'un microbe chromogène.
Dans le houillon pur, le microbe de la pyocyanine est un bacille mobile
de 1 [>. de long sur 0,6 p- de large, Si au bouillon on ajoute diverses sub-
stances minérales ou organiques, on obtient des formes variables avec le
milieu. C'est ainsi que l'addition d'acide phénique, de créosote, fait prendre
au microbe la forme d'un vrai bacterium. Avec le naphtol, le thymol, l'al-
cool, etc., on a des bacilles plus ou moins longs, isolés ou réunis en fila-
ments. Les filaments, longs et enchevêtrés, se montrent surtout avec le
bichromate de potasse, et avec l'acide borique on obtient des spirilles
parfaitement caractérisés.
Dans certaines conditions on voit aussi se constituer dans presque tous
les bacilles des cellules durables, sphériques, à membrane épaissie, sem-
blables à des microcoques, qui sont, non plus une forme végétative, mais
une forme de conservation ou de reproduction.
Semée dans du bouillon pur, sur l'agar. la gélatine, etc., chacune des
formes obtenues par les auteurs leur a toujours donné le bacille normal, et
lui seul, avec la pyocyanine, preuve évidente de la pureté de leurs cultures.
« Au point de vue botanique, concluent MM. Guignard et Charrin, ce
polymorphisme du Racillus fiyocyaueus n'ébranle en rien la notion géné-
ralement admise pour l'espèce ; il n'en doit pas moins attirer de plus en
plus l'attention sur l'influence des milieux et en particulier des antisepti-
ques, et mettre en garde contre certaines tendances à trop multiplier les
espèces en se fondant sur des données morphologiques, insuffisantes. »
L. M.
R. Pirotta. — Sul génère Keteleria di Carrière {Sur le genre Keteleria
de Carrière) [Bulletino délia R. Società Toscana di Orticultura, 1887].
Le Keteleria Fortunei, découvert par Fortune dans la Chine austro-
orientale, fut d'abord regardé par Lindley comme identique à une espèce
japonaise décrite par Siebold et Zuccarini sous le nom ft Abies jeaoensis.
Murray en 1862 et 1863 démontra l'erreur de Lindley et donna à la plante
en question d'abord le nom de Picea, puis celui d 1 A Mes Fortunei. Ln 1868,
Carrière, considérant que le port de la plante et un certain nombre de ca-
ractères morphologiques importants la distinguent nettement des Abies et
des Picea, la plaça entre ces deux genres et créa pour elle un genre inter-
médiaire nouveau qu'il désigna sous le nom de Keteleria.
L'établissement de ce genre nouveau, qui n'a pas été adopté par tous
les classificateurs, repose principalement sur les caractères suivants : ses
cônes sont dressés, ce qui l'éloigné des Picea; les écailles des cônes sont
persistantes, ce qui l'éloigné des Abies; son port, sa végétation, son aspect
général rappellent plutôt certains Podocarpus.
A cet ensemble de caractères distinctifs, M. Pirotta en ajoute un autre
d'une grande valeur tiré de la structure des fleurs mâles qu'il a pu étudier
avec soin.
Les bouro-eons florifères mâles se montrent ou à l'aisselle des feuilles
sur les rameaux de l'année précédente, ou au sommet des rameaux; dans
ce dernier cas, ils sont isolés; dans le premier, ils sont parfois rapprochés
deux par deux et en apparence opposés. Contrairement à ce qui a lieu
chez les Piuus, Abies, etc., on a ici une véritable inflorescence formée
d'un certain nombre de faux chatons.
Cette inflorescence est constituée par un pédoncule très court, quel-
quefois élargi au sommet en une sorte de réceptacle, revêtu d'écaillés
scarieuses et semitransparentes dont les inférieures sont courtes, et les
autres de plus en plus longues. Les Heurs, au nombre de 9 à 10, s'insèrent
vers le bord de la dilatation du pédoncule, en un faux verticille : une ou
deux seulement se montrent au centre, Chacune est formée d'un axe qui est
nu à sa partie inférieure, constituant un petit pédicelle, et dont le reste est
couvert par les étamines ; celles-ci ont à peu près la forme de petits corps
subglobubeux et se composent d'une petite écaille sessile portant deux
sacs polliniques qui, au moment de la déhiscence, s'ouvrent par une fente
transversale un peu oblique. Le pollen est jaune ; ses grains présentent
deux petites ampoules latérales comme chez les autres Abiétinées.
En terminant, l'auteur donne un essai de groupement des genres de
Conifères appartenant à la tribu des Abiétinées.
ABIETINE^E
A. La plante porte deux sortes de rameaux (longs
et courts) Pinin.e.
I. — Fleurs mâles composées chacune d'épis
réunis en une petite ombelle simple . Pseudopininae..
Feuilles aplaties, molles, caduques; écail-
les des cônes caduques 1. Pscudolarix Gord.
II. — Fleurs mâles composées chacune d'un seul
épi isolé Eupininae.
a. — Feuilles aplaties , molles , caduques ;
écailles des cônes persistantes .... 2 . Larix Mill.
b. — Feuilles non aplaties, coriaces, persis-
tantes.
* — Feuilles normales (vertes) sur les
deux sortes de rameaux 3. Cedrus Loud.
** — Les feuilles normales (vertes) se
trouvent seulement sur les ra-
meaux courts; les longs ne por-
tent que des écailles non vertes . 4. Pinus L.
B. La plante porte une seule sorte de rameaux
(longs) Abietin^.
I. — Fleurs mâles composées chacune d'un épi
isolé Euabietinae.
a. — Feuilles persistantes, non aplaties, tétra-
gones. — Feuilles supportées par un
gros coussinet. Cônes pendants à écail-
les persistantes. Deux cananx résini-
fères aux côtés du faisceau vasculaire
ou nervure de la feuille ; stomates
épars sur les deux faces de la feuille ;
mésophylle non différencié en tissu
palissadique et tissu spongieux. ... 5. P/ceahk.
— 6 —
b. — Feuilles persistantes, aplaties.
* — Cônes dressés, à écailles caduques.
Feuilles non supportées par un
coussinet. Deux canaux résinifères
au:: côtés du faisceau foliaire ; sto-
mates disposés en deux séries sur
la face inférieure de la feuille, à
droite et à gauche de la nervure ;
mésophylle différencié en tissu
palissadique et tissu spongieux ;
nervure à un seul cordon vascu-
laire divisé en deux par un grand
rayon médullaire 6. Abies Juss.
** — Cônes pendants, à écailles persis-
tantes.
f — Feuilles non supportées par un
coussinet ; bractées du cône plus
longues que les écailles fertiles - ,
deux canaux résinifères aux côtés
du faisceau foliaire, vers le bord
et contre l'épidémie inférieur ;
stomates disposés en deux séries
à la face inférieure dé la feuille, à
droite et à gauche de la nervure;
mésophylle différencié en tissu
palissadique et tissu spongieux ;
nervure à un seul cordon vascu-
laire indivis 7. Pseudotsuga Carr,
ff — Feuilles supportées par un
coussinet bien marqué ; bractées
du cône plus courtes que les
écailles fertiles ; un grand canal
résinifère sous le faisceau de la
feuille ; stomates à la face infé-
rieure, en deux séries longitudi-
nales à droite et à gauche de la
nervure ; mésophylle différencié
en tissu palissadique et tissu spon-
gieux ; nervure à un seul cordon
vasculaire indivis 8. Tsuga Carr.
II. — Fleurs mâles composées chacune de plu-
sieurs petits épis réunis en ombelle
simple Pseudoabietinae.
Feuilles persistantes, aplaties, sans cous-
sinet ; cônes dressés à écailles persis-
tantes; mêmes caractères anatomiques
que daus le Pseudotsuga 9. Keteleria Carr.
L. M.
— 7 —
Ph. Van Tieghem. — Sur les poils radicaux géminés (Annales des
sciences naturelles, Botanique, y" s., t. VI, n° 2, 1887).
M. Van Tieghem décrit dans cette note une disposition toute particulière
des poils absorbants des racines qu'il a observée chez certaines espèces
d'Eriocaulées et de Joncées.
Dans la racine des Pœpalantlius et de certaines espèces de Jimcus,
comme le /. tennis, l'assise pilifère se compose de cellules longues et de
cellules courtes alternant assez régulièrement par places. Les cellules
courtes, moins hautes que larges et de forme tabulaire, se prolongent
quelquefois directement en poils. Mais d'ordinaire elles se divisent d'abord
en deux moitiés par une cloison longitudinale médiane, et alors, espacées
au milieu des grandes cellules plus longues, ces paires de petites
cellules carrées rappellent les stomates en voie de formation dans l'épi-
derme des feuilles des Iris, par exemple. Bientôt les deux cellules sœurs
se développent vers l'extérieur en deux poils égaux qui divergent en
forme de V.
Dans la racine des Distichia, les poils sont aussi en grande majorité
géminés. Mais, au lieu de diverger dès leur naissance, ils commencent par
s'accroître ensemble et restent intimement unis dans le tiers ou la moitié
inférieure de leur longueur totale pour ne se séparer que plus haut, de
manière à prendre une forme d'Y. L. M.
PUBLICATIONS PÉRIODIQUES
Annales des sciences naturelles. Botanique (7 e s., T. vi, n° 2.)
W. Schimper, Sur l'amidon et les leucites. — Leclerc du Sablon. Sur
les organes d'absorption des plantes parasites (Rhinanthées et Santala-
cées.) — Johannsen. Sur la localisation de l'émulsine dans les amandes.
— Ph. Van Tieghem. Sur les poils radicaux géminés.
Berichte der deutschen botanischen Geldellschaft
(1887, Bd V, Heft8.)
Karl Reiche. Beitraege zur Anatomie der Inflorescenzaxen. — R. Mar-
loth. Zur Bedeuntung der Salz abscheidenden Drùsen der Tamariscineen.
— W. Palladin. Bildung der organischen Saeuren in den wachsenden
Pflanzentheilen. — Karl Friedr. Jordan. Beitraege zur physiologischen Or-
ganographie der Blumen. — F. G. Kohi. Zur Diagnose der AconitumJUXû.-
the. — Ludwig Koch. Ueber die direkte Ausniitzung vegetabilischer Reste
durch bestimmte chlorophyllhaltige Pflanzeu. — Franz Schùtt. Ueber die
Sporenbildung mariner Peridineen. — A. Wieler. Plasmolytische Versuche
mit unverletzten phanerogamen Pflanzen. — N. W. Diakonow. Ôrganische
Substanz als Naehrsubstanz. — L. Kny. Ueber Kristallbildung beim Kalk-
oxalat. — B. Frank. Ueber neue Mycorhiza-Formen. — G. Lagerheim.
Zur Entwicklungsgeschichte einiger Confervaceen. — Edmund Prael. Ver-
gleichende Untersuchung ûber Schutz-und Kernholz der Laubbaeume.
Botanisches Centralblatt (1887, Bd xxxii.)
N° 10.
Wolheim. Untersuchungen liber den Chlorophyllfarbstoff. — Harz.
Ueber den Mehlthaupilz der Erdbeere, Oïdium Fragariaz n. sp. —
Weber. Ueber die Vertheilung der Aschenbestandtheile im Baumkoerper.
N° 11.
Weber. Id. (Schluss.) — Dingler. Ueber eine von den Carolinen
stammende Cœ/ococcus-Frucht.
Botanische Zeitung (45 Jahrgang, 1887.)
N° 46.
H. Hoffmann. Culturversuche ûber Variation (Forts.) — W. Johannsen.
Ueber Fortdauer der « Athmungs-Oxydation » nach dem Tode.
N° 47.
H. Hoffmann. Id. (Schluss.)
N° 48.
, J. Wortmann. Zur Kënntniss der Reizbewegungen.
N° 49.
J. Wortmann. Id. (Forts.) - Loew. Ueber die Formose in pflan-
zenchemischer Hinsicht.
N oS 50 et 51. '
J. Wortmann. Id. (Forts, und Schluss.)
Centralblatt fui' Bactériologie und Parasitenkunde
(1887, Bd il. n. 16.)
E. Weibel. Untersuchungen ûber Vibrionen.
Flora 1,1887, n° 34-36.)
R. Diez. Ueber die Knospenlage der Laubblaetter (Schluss).
Jahrbûcher fur wissenchaftliche Botanik (Bd xvm, Heft. iv, 1887.)
N. Wille. Algologische Mittheilungen. — F. Noack. Der Einfluss
des Klimas auf die Cuticularisation und Verholzung- der Nadeln einiger
Coniferen. — Martin Moebius. Ueber den anatomischen Bau der Orchi-
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(vol. xxii, 1887.)
Sereno Watson. I. List of Plants collected by Dr. Edward Palmer
in the State of Jalisco, Mexico, in 1886 {Mellichampia, nov. gen. Ascle-
piadacearum ; Corytkea, nov. gen. Euphorbiacearum ; Prochnyanthcs,
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\Pod!stera*ja.Qx . gen. Umbelliferarum.)
Revue horticole (16 décembre 1887.)
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— L. de Bercy. Nouveautés florales. — E. A. Carrière. Glycine de la
Chine à fleurs pleines.
N" 2. 16 JANVIER 1888
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
C. Avetta. — Contribuzione allô studio délie anomalie di struttura nelle
radie i délie Dicotiledoni {Contributions à l'étude des anomalies de
structure dans la racine des Dicotylédones. ~\ (Annuario del R. Istituto
botanico di Roma, anno III, 1887.)
L'auteur expose dans ce mémoire le résultat de ses propres recher-
ches, faites sur un grand nombre de plantes, "en même temps qu'il rappelle
celles des botanistes qui se sont précédemment occupés de ce sujet, notam-
ment MM. de Bary, Van Tieghem, Dannemann, L. Morot. Voici comment
il résume lui-même l'ensemble de ces différents travaux.
Les véritables anomalies sont de deux sortes :
i° les anomalies produites par la zone génératrice, dues à une inéga-
lité dans la proportion et la nature des tissus secondaires formés par la
zone cambiale aux divers points de sa circonférence ;
2° les anomalies produites par le péricycle, dues à la formation de
nouveaux faisceaux collatéraux dans le parenchyme secondaire provenant
de l'activité génératrice de ce péricycle.
I. — Anomalies produites par la zone génératrice.
A. Inégalité dans la proportion des tissus secondaires produits aux
divers points de cette zone.
a. Les anomalies se manifestent extérieurement par la formation
de côtes (Papilionacées : Ononis spinosa L., O cenisia L.;
Polygonacées : Atrapkaxis spinosa L.; Polygalacées : Polygala
brachypoda Tod.).
b. Les anomalies ne se manifestent pas à l'extérieui (Bignoniacées :
Bignonia capreolata L., B. venusta Ker., Amphilophium pani-
culatum H. B.).
B. Inégalité dans la nature des tissus secondaires (Mélastomacées :
Pleroma elegans Gardn., Heterocentron mexicanum Naud.,
H. roseum A. Br., 'Hclcrotrichum macrodon Hook., Mêlas toma
nialabathricum L., Centradenia rosea Lindl., Cremonium cocci-
neuiu L.).
II. — Anomalies produites par le péricycle.
I er type. — Formation de faisceaux isolés et épars dans le paren-
chyme provenant du péricycle (Amarantacées : Amaranlus
prosiratusBa\b.; Ficoïdées : Mesembriantltemum bulbosum Haw.;
Nyctaginées : Mirabilis Jalapa L., M. longiflora L.).
2 e type. — Formation de faisceaux en cercles concentriques succes-
sifs dans le parenchyme provenant du péricycle, sans sclérifica-
•tion du parenchyme (Phytolaccacces : Phylolacca dioica L.,
— IO
P. decaiidra L.; Chénopodiacées : Bosea Yervamora L.; Nycta-
ginées : Bougainvillea spectabilis Willd.; Papilionacées : Puera-
ria Thumbergiana Benth.; Ficoïdées : Tètragonia crystallina
Herit.; Cucurbitacées : Ecballium elaterium L.; Caryophy liées :
Spergularia arvensis Cambess.).
3° type. = Formation de faisceaux en cercles concentriques successifs
dans le parenchyme provenant du péricycle, avec sclérification
partielle du parenchyme (Ficoïdées : Mesembrianthemum acini-
forme L., M. nodiflorum L., M. stellatumD&c. M. barbatumV,.^
M. calamiforme L. . M. çultratum Salm.; Nyctaginées : Pisonia
nitida Desfï).
4 e type. — Formation de faisceaux en cercles successifs confluents
entre eux, dans le' parenchyme provenant du péricycle, avec
sclérification partielle ou totale du parenchyme (Ficoïdées :
Mesembrianthemum geminiflorum Haw., M. hirtellum Haw.,
M. lineoîatum Haw.; Chénopodiacées : Atriplex Halimus L.,
A. portulacoides L., Suxda fmticosa'L..).
5 e type. — Formation de faisceaux isolés, en direction centripète,
dans le parenchyme provenant du péricycle : Polygonacées :
Antîgonon leptopus Hook.).
Ce dernier cas est d'autant plus intéressant à signaler qu'il est le seul
exemple de faisceaux surnuméraires se formant en direction centripète.
L. M.
R. Marloth. — Die Naras [Le Naras : Acanthosicyos horrida Welw.,
var. namaquana mihf\ (Bonauische Jahrbûcher fur Systematik, Pflanzen-
g-eschichte und Pflanzengeographie, 1887, 9. Band, IL Heft.)
L'auteur de ce travail y donne d'intéressants détails sur une plante
remarquable des environs de la baie de Walfisch, dans l'Afrique australe.
Le Naras est une Cucurbitacée bien différente des autres représentants
de la même famille. Il ne porte pas de feuilles et forme des broussailles
épaisses, . hautes de 1 à 1,5™, qui couvrent le versant et le sommet des
dunes. Ses tiges vertes, très rameuses, enchevêtrées les unes dans les
autres, sont pourvues d'épines disposées par paires, qui sont des branches
avortées, situées à l'aisselle de feuilles réduites à de petites écailles.
La racine atteint la grosseur du bras et une longeur de 15 111 , dimen-
sions qui peuvent sembler extraordinaires pour un végétal dont les pousses
aériennes dépassent rarement 2 e en diamètre. Outre la racine une grande
partie des tiges est également recouverte par le sable, souvent sur une
longueur d'une douzaine de mètres, ce qui tient à ce que « ce n'est pas le
Naras qui s'établit sur la dune, mais la dune sur le Naras », sous l'influence
des vents dominants du sud.
La plante est dioïque, et Wehvitsch qui l'a découverte n'en a rencontré
que les fleurs mâles. Celles qu'a observées M. Marloth diffèrent assez de
celles qui ont été décrites par Wehvitsch pour qu'il ait pu les rapporter,
— II —
sinon à une espèce nouvelle, du moins à une variété de V Acanthosicyos hor-
rida, variété qu'il a désignée sous le nom de namaquana. Ces fleurs pré-
sentent en effet, non pas 3, mais toujours 5 étamines; les fleurs femelles,
pourvues de 5 ovaires, ont quelquefois 5 rudiments d'étamines. M. Marloth
a même rencontré quelques buissons à fleurs hermaphrodites, remarquables
en même temps par une végétation plus vigoureuse. Les fleurs elles-mêmes
étaient deux fois aussi grandes que les fleurs unisexuées, et renfermaient
un ovaire bien conformé à 5 styles et 5 étamines en forme de massues.
La floraison commence en octobre, la maturation des fruits en décembre
et se prolonge jusqu'en mars. Les fruits sont un peu. plus gros qu'une
orange et leur poids peut parfois atteindre 1 kg., 5. Quand ils sont com-
plètement mûrs leur intérieur se partage en quartiers comme dans une
orange; ces quartiers, au nombre de 10, renferment chacun une grande
quantité de graines.
La chair des fruits non mûrs est amère, de même que la coque, mais
l'amertume disparaît de la chair à la maturité (1). Alors aussi se développe
un arôme assez pénétrant pour qu'un seul fruit suffise à en remplir toute
une maison.
Au point de vue anatomique, V Acanthosicyos présente, comme les
autres Cucurbitacées deux cercles de faisceaux bicollatéraux. Le péri-
cycle s'y partage également en une zone parenchymateuse et une zone de
tissu scléreux; cette dernière {Bastring,annca : i libérien, pour M. Marloth),
est sinueuse et plus épaisse dans les parties rentrantes, situées entre les
faisceaux externes, que dans les parties saillantes. Aces sinuosités corres-
pondent des cannelures extérieures, moins prononcées, au fond desquelles
sont localisés les stomates entremêlés de poils pluricellulaires. Sous l'épi-
derme, dont les cellules ont leur paroi externe très fortement cutinisée,
s'étend une couche d'hypoderme. Dans les sinuosités du péricycle se déve-
loppe le tissu assimilateur, recouvert lui-même par un tissu spongieux ren-
fermant un 2Tand nombre de lacunes et de canaux aérifères en relation
avec les stomates.
La racine présente des vaisseaux nombreux et très gros dont le dia-
mètre atteint 0,4 à o,7 ra / m ; aussi les racines sèches sont presque aussi
légères que du liège. L'écorce en est fendillée; elle se sépare facilement et
mesure 1/5 du diamètre du corps ligneux. Ce sont ces racines extraordi-
nairement longues, enfoncées dans le sable des dunes, qui permettent à la
plante de tirer des couches profondes du sol l'eau nécessaire au dévelop-
de ses fruits juteux. C'est qu'en effet la rivière qui traverse le pays, le Kui-
sib, est une rivière à cours périodique, qui coule seulement dans la saison
des pluies et un peu après, et en quantité telle que ses eaux disparaissent
quand elles atteignent la région des dunes, et que depuis plus de vingt ans
on ne les a pas vu arriver jusqu'à la mer. La structure anatomique de la
1. Ce principe amer protège les fruits non mûrs contre les ravages des ani-
maux; les frui's mûrs au contraire sont mangés notamment par les chacals, de
sorte qu'on a là un exemple d'une plante dont la dispersion est due à des carni-
vores. Outre les chacals, ce rôle, avant que la contrée fût habitée, était surtout
rempli par des singes.
— 12
plante est d'ailleurs eu relation avec ses conditions particulières de vie.
Le Naras n'a pas seulement un grand intérêt botanique : il est de la
plus haute importance pour une petite peuplade de Hottentots, celle des
Topnars, qui ne compte pas tout à fait iooo âmes, mais dont l'établisse-
ment dans les dunes de la côte n'est rendu possible que grâce aux fruits
du Naras.
La pulpe semi-fluide du fruit mûr a la couleur delà carotte et une saveur
sucrée et aromatique semblable à celle de certains melons; les graines, ex-
trêmement riches en huile, ont un goût qui rappelle celui de la noisette.
Pulpe et graines constituent essentiellement la nourriture du Topnar (i).
La pulpe fraîche occasionne, surtout chez celui qui y goûte pour la pre-
mière fois, une inflammation insupportable du rectum; mais les Topnars,
habitués dès l'enfance à cette nourriture, ne ressentent pas ces effets dé-
sagréables.
La racine, d'une saveur extrêmement amère, possède des propriétés mé-
dicales utilisées par les indigènes.
Enfin le fruit du Naras présente encore une particularité intéressante.
M. Marloth rapporte que, de différents côtés, il avait entendu dire que
l'odeur du fruit mûr suffisait à faire cailler le lait ; le fait n'était douteux
pour personne. Ayant pu s'en procurer en échange de tabac et de café il
fît une série d'expériences qui lui fournirent les résultats suivants : la chair
du fruit mûr contient un principe qui précipite la caséine du lait sous l'in-
fluence de la chaleur; ce principe coagulant n'est pas volatil et n'est pas
le même que celui qui donne au fruit son arôme ; il est soluble dans l'alcool
à 60 degrés; le jus du fruit perd ses propriétés coagulantes à la tempéra-
ture de ioo° C; le principe en question se trouve non seulement dans la
chair et le jus du fruit mûr, mais, en moindre proportion, dans la coque, et
manque dans les tiges de la plante ainsi que dans les fruits avant leur ma-
turité ; il n'est pas identique au principe amer que renferment la racine, la
tige, les vrilles, la coque du fruit et les fruits non encore mûrs (2). Quant
1. L'apparition des premiers fruits mûrs est le signal de réjouissances qui
durent plusieurs semaines pendant lesquelles les habitants passent leur journée,
couchés sur le sable, à manger des fruits tant que leur estomac peut en supporter,
et se livrent le soir aux jeux et à la danse, pour recommencer le lendemain ma-
tin leur repas. Quand les fruits mûrs deviennent trop abondants pour pouvoir être
tous mangés, on commence à en faire des conserves. Tout le contenu du fruit est
versé dans un pot et bouilli. La masse semi-fluide est passée à travers une petite
corbeille faite de graminées grossièrement tressées ; les graines sont ainsi rete-
nues et la pulpe s'amasse sur le sable en un -gâteau plat qui est séché au soleil.
Ces gâteaux, ainsi que les graines, sont utilisés plus tard, quand il n'y a plus de
fruits frais : le gâteau cuit dans l'eau forme une soupe très nourrissante, et les
graines, grâce à l'huile qu'elles contiennent, ont des propriétés nutritives supé
rieures encore à celles de la pulpe. On commence à en vendre au Cap.
2. M. Marloth explique de la manière suivante l'erreur des habitants de la
Baie de Walfisch : comme il n'y a pas un brin d'herbe dans le pays, il n'y existe
pas de bétail. L'endroit le plus proche où quelques vaches et brebis peuvent
trouver à paître est Wortel, à environ 10 kilom. au S.-O. De jeunes bergers en
apportent chaque matin du lait aux blancs de la Baie. Dans la saison des Naras
ils en mangent des fruits dont il reste des traces de jus sur leurs mains et clans
les vases où on place le lait qui par suite ne peut plus supporter la cuisson.
— 13 -
à la nature même du principe coagulant l'auteur n'a pu la déterminer d'une
façon suffisante. Le fait, dit-il, que son action est détruite par la tempéra-
ture de Tébullition semble indiquer que c'est un ferment, bien que les fer-
ments inorganiques connus jusqu'ici soient précipités et non dissous par
l'alcool.
En résumé, conclut M. Marloth, le Naras, sans être aussi remarquable
au point de vue botanique que son voisin, le Welwitschia^ présente pour-
tant un haut intérêt, non seulement parce que son port et ses organes
sexuels lui font une place à part dans la famille des Cucurbitacées, mais
encore parce que sa structure anatomique, compliquée pour un corps mor-
phologiquement si simple, lui permet de végéter vigoureusement dans des
dunes où il ne pleut pas et de pourvoir à l'alimentation de toute une peu-
plade. L. M.
P. Vuillemin. — Etudes biologiqties sur les Champignons. (Bulletin de la
Société des' Sciences de Nancy, fasc. 20, 1887).
M. Vuillemin s'est occupé dans ce mémoire d'espèces assez variées sur
lesquelles il présente un grand nombre de faits intéressants.
Il décrit d'abord une nouvelle Entomophthorée, VEiitomophthora glœo-
spora, parasite sur des moucherons. Le mycélium, formé de filaments allongés
et rameux, présente çà et là des touffes d'hyphes dressés, plusieurs fois ra-
mifiés et dont les dernières branches forment à leur sommet une spore.
Cette spore en germant peut produire des sporidies ou un mycélium.
L'auteur a particulièrement étudié les noyaux que l'on observe dans
cette espèce. Les filaments mycéliens ne présentent pas de cloisons, et
cependant les noyaux y sont répartis avec une grande régularité, chaque
segment en renfermant plusieurs. Quand la conidie se forme, un noyau y
vient de l'extrémité du tube dressé, et quand cette conidie donne naissance
à une sporidie, l'auteur a constaté que le noyau émigré dans cette sporidie.
La famille des Mucorinées tient une grande place dans le travail de
M. Vuillemin. Il en décrit plusieurs espèces nouvelles.
Mucor heterogaimis. Cette espèce est surtout remarquable par la ma-
nière dont se constitue la zygospore. Un filament donne naissance à un
rameau latéral aussi gros que lui dans lequel passe presque tout le proto-
plasma. Au-dessus de la ramification une cloison se forme et l'extrémité du
filament, pauvre en protoplasma, reste grêle et chétive. C'est par l'union
d'une petite cellule latérale formée sur ce filament grêle et d'une grosse
cellule généralement terminale du gros filament que se constitue la zygos-
pore. Les deux cellules formatrices de l'œuf sont donc extrêmement iné-
gales. Cette zygospore est sphérique,- de couleur foncée et présente de
grosses protubérances. Son diamètre peut varier de 45 à 150 p. Pour
achever de caractériser l'espèce, disons que le tube sporangifère dressé a
2 millim. de haut environ, que sa largeur est de 12 a 15 y., que le sporange
sphérique a de 50 à 60 ;j. de diamètre, que la columelle est lisse, sensible-
ment sphérique, que les spores sont sphériques, lisses, incolores et ont de
2,3 y. à 2,7 y. de diamètre.
— 14 —
Mucor neglectus. Très petite espèce à filaments sporangifères ramifiés
en sympode. Spores sphériques de 3 y de diamètre. Des azygospores se
forment iréquemment à l'extrémité d'un filament dressé ou d'une ramifica-
tion d'un tel filament. Cette azygospore est sphérique, de 54 f* de diamètre;
sa membrane est jaune ou brune et présente des plaques épaissies plus
foncées. Le filament qui la porte est renflé au-dessous de l'azygospore.
Mucor ambiguus. Cette espèce doit son nom à ce que ses pédicelles
sporangifères enroulés la rapprochent du genre Circinella. Les sporanges
sont sphériques, d'un gris noir et ont 100 y de diamètre environ; les spores
sont ovales, de 7 y sur 4,5 p., finement ponctuées. A l'intérieur des liquides
nutritifs se produit parfois la végétation en boules décrite déjà par divers
auteurs pour d'autres Afucors. Dans le mycélium naissent de petites chla-
mydospores soit intercalaires, soit terminales. Parfois sur des filaments
dressés se forment, au lieu de sporanges, de gros kystes de même taille, au-
dessus desquels s'élève un court appendice.
M. Vuillemin relate ensuite diverses particularités relatives à des espèces
connues. Il montre notamment que la déhiscence de la membrane des spo-
ranges de Mucor n'est pas un fait aussi général qu'on le croit, mais qu'elle
est liée aux conditions de milieu : dans une atmosphère humide la déhis-
cence est complète et les spores mises en liberté germent alors immédiate-
ment, tandis que quand l'atmosphère est sèche la membrane peut arriver à
être complètement indéhiscente, et la germination des spores est alors différée.
L'auteur s'est également occupé de plusieurs Ascomycètes.
Hypocrea rufa. On sait qu'il résulte des travaux de Tulasne que la
moisissure appelée Trichoderma viride est une forme conidienne d'un
Ascomvcète, V Hypocrea rufa. En cultivant la moisissure sur une décoction
de pruneaux, sur du jus d'orange, M. Vuillemin a vu dans certains cas se
produire des pycnides de couleur jaune brun. Les spores qui se forment à
leur intérieur, vues isolément, sont incolores, mais vues en masse elles pa-
raissent rosées; elles ont environ 6 à 7 jjl de longueur sur 2,5 à 3 y de lar-
geur. Elles donnent très facilement un mycélium dans divers liquides
nutritifs.
Melanospora Fayodi. Sous ce nom, M. Vuillemin désigne une espèce
étudiée par M. Fayod sous le nom de Hypomyces Leotiarum, qui pousse
sur le Leotia lubrica où ses conidies vertes déterminent des déformations
qui avaient fait croire à une espèce particulière appelée L. atrovirens .
M. Vuillemin a obtenu la forme thécasporée que n'avait pas observée
M. Fayod. Les asques, en forme de massue, ont une membrane incolore;
les spores, au nombre de 8, ont la forme d'une navette tronquée aux deux
bouts; leur longueur est de 17 y, leur largeur de H y au milieu, de 2,5 y
aux extrémités. Leur contenu est verdàtre, mais de bonne heure leur mem-
brane jaunit, puis brunit.
M. Vuillemin a découvert aussi des sclérotes dans cette espèce.
Peziza mycetophila. Cette espèce qui croît à l'état conidien sur le
Lactarius vellerezis est connue par sa forme pezizoïde, sa forme conidio-
phore {Monilia albo-lutea) et son sclérote. Un fait intéressant, que M. Vuil-
lemin ajoute aux données de M. Fayod, c'est que le sclérote peut germer
— i=; —
en donnant non pas un appareil fructifère mais un mycélium. Peut-être,
comme pour la zygospore des Mucorinées, le résultat produit dépend-il
des conditions dans lesquelles a lieu la germination.
Pesisa aurantia. L'auteur donne sur le développement de la membrane
des spores clans cette espèce des détails très circonstanciés qui ne sont
guère susceptibles d'être résumés.
Saccobolus depaupcratus. Dans cette espèce, la membrane de l'asque
tout entière prend par l'eau iodée une coloration très intense d'un bleu pur.
M. Vuillemin termine son mémoire par une étude détaillée des Nyctalis
parasitica et Aslerophora . 11 conclut avec M. de Bary, contrairement à
l'opinion de Tulasne, que les petits corps qui forment à la surface de ces
deux Champignons une couche épaisse de poussière à couleur de cannelle
sont des conidies qui leur appartiennent en propre et ne sont pas dues à
des Hypomyces. L. DufoUR.
PUBLICATIONS PÉRIODIQUES
Botanical Gazette (décembre 1887).
Byron D. Halsted. Three nuclei in pollen grains. — Charles Roberston.
Fertilization of Calopogon parviflorus. — John M. Coulter and J. N. Rose.
Note