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Full text of "Journal de la Section de Medecine de la Societe Academique du Departement de Loire-Inferieure 31 ..."

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//Oîj ) 







^ 



inniGTIÈlIE ANNÉE 
DE LA NOUVELLE SÉRIE. 



LISTE DES KIBRES RÉSIDIMS 



SSdIVKD» 3)2 ilt33>3<Basr3« 



MM. 

LafoBd, doctcv en dnnirgîe. 
Le Baj, docteor^Dédecui. 
Marchaadfdodesr en diinirgie. 



MM. 

Gavtron, 
Thibeand, 



MM. 

ABard (Emile) , doct'-médecip. 

AsizoD^ docteur-médecin. 

Aubioais , docteur-médecin. 

Baré, docteor-médecin. 

Blanchet fils, docteor-médedB^ 

Bonamy (Eogène) ^ , docteur- 
médecin. 

Boaanchavd, doctear-médedn. 

Champenois, docteur-médecin. 

Chenantais, doctenr-médecin. 

Citerne, docteur-médecin. 

Delamarc , doctenr-médecin. 

Delnen, doctenr-médecin. 

De Bostaing de Bivas, doctenr- 
médecin. 

Fonlon , doctenr-médecin. 

Fonré ^ , doctenr-médecin. 

Galicier, doctenr-médecin. 

G atterre , doctenr-médecin. 

Gély, doctenr-médecin. 

Hélie, doctenr-médecin. 

Hienard , doctenr-médecin. 

Leoorgne, doctenr-médecin. 

Lefenrre , doctenr-médecin. 



Il MM. 

Le Bon , doetear-médMB. 

Leiennenr, doctenr-médecin. 

Leqnnré, doctenr-médecin, an- 
cien chirurgien de maiine. 

Mabit, doctenr-médecin. 

Magnéro , pharmacien. 

Mahot, doctenr-médecin. 

Maisonnenre (Th.), doctenr- 
médecin. 

Malherhe, doctenr-médecin. 

Marcé , docteur-médecin. 

Mandnit, docteur-médedn. 

Hénard, docteur-médecin. 

Moisan, pharmacien. 

Horicean fils, docteur-médecin. 

Padiolean , doctenr-médecin. 

Papin-Glergerie, doct'-médecin. 

Petit, doctenr-médecin. 

Pihan-Dnfeillay, doct.-médecin. 

Pincet, pharmacien. 

Bonxcan , docteur-médecin. 

Trastonr, doctenr-médecin. 

Tnrpin, doctenr-médecin. 

Villeneuve, docteur-médecin. 



JOURNAL 



DB LA 



SECTIOn DE HËDECIHE 

DE u Mit mâwm 

DU 

DÉPARTEMENT DE LA LOIRE-INFÉRIEURE. 



31* YOLUniE. 



20* ÂimÉE DE LA NOUVELLE SÉRIE. 




NANTES, 
IMPRIMERIE DE M"' V« CAMILLE MELLINET. 

1855. 



JOURNAL 



DE LA 



SECTION DE MEDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE. 



BULLETIJV DES SÉANCES. 



Séance du 15 décembre 1854. 

PBÉSHUBIICB DE M. LEQUBRBÉ , PBÉSIDBNT. 

Cette séance est consacrée aux élections. En voici le 
résultat : 

BVHEAC. 

MM. Lbtbnneur, président; 
Mahot, vicê'président ; 
Champbnois , secrétaire,- 
Lb Houx , secrétaire^adjoint; 
Dblahabb, bibliothécaire; 
Méhabd, trésorier. 



6 JOURNAL DE MÉDBCINE. 

COMITÉ DE RÉDACnOlf • 

MM. RouxsAu, Màlhebbe, Hélie, tUtUaires; 
MM. Leboegne et Blanobbt, membres suppliants. 

CSOMITÉ DE VACSGUf E. 

MM. ÂuBiNÀis, Màbit et Maudvit. 

COMITÉ DE TOPOGRAPHIE. 

MM. BoNÂMT , Foulon et Allard. 

COMITÉ D'ADMINISTRATION. 

MM. Saillant, Mabit, Morigeau, Leborgne et Marchand. 
Séance du 12 janvier 1855. 

PRÉSiDBNGII DB M. LBTENN^R, «RÉSIDENT. 

M. Lequerré , avant de quitter le fauteuil de la prési- 
dence , remercie la Section de la bienveillance qu'elle lui a 
témoignée pendant tout le temps qu'il a eu Thonneur de 
présider ses séances. 

Après Vinstallation des membres élus pour composer le 
bureau pendant l'année 1855, M. Leteniwur, président, 
prononce le discours suivant : 

Messieurs et cffsns Collègui^s , 

En venant occuper ce fauteuil, je ne pu» me défendre 
d'une vive et profonde émotion. Je oompreods toutes les 
difficultés attachées aux devoirs qui me sont imposés ; 
aussi, pour les accomplir, je compte biea œftÎDB sur mes 
propres forces que sur votre bienveillao* appui. Je suis 



sMIenu par le sonveDHr de tous ks (émoiignages de sym- 
pathie que vous m'avez donnés et qui sont trop honorables 
pour tlioi , pour que je puisse les oublier jamais. J'étais 
devenu votre collègue depuis quelques mois à peine, que 
déjà vous me donniez le titre de secrétaires-adjoint, et, 
depuis ce temps , vos suffrages m'ont élevé successivement, 
d'année en année, a'U secrétariat, à la vice- présidence , 
et, enfin, à Tbonneur de présider et de diriger tos 
séances. 

Recevez ici, Messieurs, l'expression bien sentie de ma 
reconnaissance pour cette succession non interrompue 
de faveurs, dont je sais apprécier tout le prix. Puissé-je , 
dans le courant de cette année, me montrer digne de la 
confiance que vous m'avez accordée , en apportant, danis 
l'exercice de mes nouvellles fonctions, l'exactitude, le 
zèle , la prudence et l'esprit de justice auxquels votis Ont 
accoutumés mes honorables prédécesseurs. 

Pendant les mois qui viennent de s'écouler, des devoirs 
impérieux, auxquels vous avez consacré, sans relâche, 
vos jours et bien souvent vos nuits , vous ont empêchés 
d'apporter dans les travaux de notre Société une activité 
aussi grande peut-être que celle que nous y avons vue 
régner quelquefois. Cependant , en reportant notre pensée 
vers fan Aée 1854, nous pouvons dire avec franchise et 
avec orgueil que, par l'importance de ses travaux, la Sectioh 
de Médecine de la Société Académique de la Loire-Infé- 
rieure s'est maintenue au premier rang parmi les Sociétés 
médicales de province; et, en exprimant cette pensée, 
nous n'olyéissom pas à un vain sentiment d'amour- 
ph)^re , niMis rious ne faisons que reproduire le jugement 
porté, sur nos ptibliciftiohs, par la presse médicale de 
Paris, qtfi hri flrh de fréquents emprunts, dont èiHe eh- 
riicbft ses colonnes. 

Aujourd'iMlt , Messieurs, que le choléra en s'éloilgnant 
de nous a latesé à ctyacnn le lôfsir de repretidre le cotirs 
de 9B» ét^rfés et àè ses traVafux , vous reviendrez , ateû ùù 
zèle noùveàfti , apporter ail fdyet commun le fruit de votre 
expérience et de vos tfiééHatioAs. Voua reviendrez prendre 



8 JOUBNAL DE UÊDECSNIL 

part à ces discussions scientifiques dans lesquelles rimpor^ 
tance des questions soulevées, l'ardeur de la lutte , lechocr 
des opinions, ont donné quelquefois. tant de charme et 
d'intérêt à nos séances. 

Nous vivons à une époque où les intelligences déploient 
une prodigieuse activité. Jamais les sciences, jamais sur- 
tout la science médicale n*a compté tant d'ouvriers in&ti- 
gables. Les barrières qui, il y a un demi-siècle à peine, 
séparaient encore les peuples, se sont abattues, et la presse 
médicale, prenant un immense développement, va recueil- 
lir chez toutes les nations le riche butin qu'elle nous 
apporte chaque jour. Aussi ftut-il un travail opiniâtre et 
persévérant à l'homme qui ne veut pas rester en arrière 
du mouvement général, et surtout à celui qui veut contri- 
buer à ce mouvement. Ce double but est souvent bien 
difficile, quelquefois même impossible à atteindre pour 
l'homme isolé, et c'est là ce qui rend si profitables le^ 
réunions comme les nôtres. 

Ce riche butin dont je parlais tout-à-l'heure , cette pro- 
duction , cette accumulation sans cesse croissante de ma- 
tériaux divers entre lesquels on ne découvre , au premier 
abord, aucune corrélation, aucun rapport possible, 
effraient certaiifs esprits qui, ne. comprenant pas dans 
quelle direction ils sont entraînés, cherchent eix vain pour 
se guider, un nom, un drapeau qui dominent lâ foule, 
croient que la science marche au hasard , et sont tentés 
de nier le progrès. 

Cependant, ce désordre n'est qu'apparent ou n'existe 
qu'à la surface. Il est facile, en se plaçant à un point de 
vue général et en pénétrant au fond des choses, de s'as- 
surer que nous avançons dans la voie du- progrès, d'une 
manière lente peut-être , mais d'une manière sûre , régix- 
lière, et, en quelque sorte, méthodique. L'édifice grandit et 
s'élève sans, qu'il soit toujours possible d'apprécier et de 
mesurer ce que produit le travail de chaque jour, erescH 
occulto velut arbor obvo (Horace) ; >tandis qu'en embras- 
sant d'un coup d'œil une certaine période d'années, on est 



JOOBlUIi OB VÉDBGDIS. 9 

frappé de rimportanee des résultats qui ont été obtenus 
et de ceux que promet l'avenir. 

On a dit avec raison que les hommes d'une génération 
ne sont que les éclaireurs de la génération qui les suit. 
Tout s*encbaine dans la marche de IVsprit humain « et 
pour bien comprendre l'idée philosppbique autour de 
laquelle doivent être rangés les faits qui se produisent à 
notre époque , il faut ne pas perdre de vue Tidée domi- 
nante qui a imprimé son cachet à Tépoque qui nous a 
précédés. 

La médecine, pendant la première moitié du XIX* 
siècle, a créé la science dont Horgani avait été le précur- 
seur, Tanatomiy jMilAofogifue^ en même temps, elle a 
perfectionné les méthodes d*observatiop , et a réussi à 
porter à un haut degré de précision la connaissance ou 
plutôt hi eonstation du fait. 

Aiais ee n'e$t pas tout de voir, a dit Albinus (Annota- 
tio anatom.), t( faut encore savoir ce qu'on a vu. Et, en 
effet, ce n^est pas toi]it d'ol^server les symptômes des 
maladies^ de connaître les lésions organiques qui leur 
correspondent, de découvrir la cause, qui a produit ces 
troubles et ces désordres, il faut pouvoir omir, coor- 
donner ces divers éléments,^ en former un tout harmo- 
nique ; il faut , en un mot , non plus seulement constater , 
mais encore interpréter et expliquer te rapport quil y a 
entre les causes, les. lésions et les sympt&mes; c-est là ce 
qui constitue la physiologie pathologique qui fut le rêve 
lies médecins de tous les temps», mais qui ne pouvait 
naître- qu'après Tanatomie pathologique dont elle dérive 
naturellement. • 

. La seconde moitié du XIX' siècle tend à se caractériser, 
nous pouvons raiSrmer déjà , par la création , comme 
science , de^ la physiologie pathologique, - 

Les anciens, pour expliquer ce qu'ils observaient, avaient 
été obligés d'inventer des systèmes qu'ils décoraient quel- 
quefois du nom de > doctrines. Aujourd'hui, la science, 
abandonnant ces théories aventureuses qui, en jetant par- 
fois tant d*éclat, l'ont cependant trop souvent égarée. 



10 JOViillAL DB llâMCREMt» 

roTient avee plus de confianoe que jamais à • la véritable 
source de tout progrès, l'observation et rexpériefioe. 

En restant dans cette voie qu'elle n'a jamais quiHée 
sans danger, la médecine éblouira peut-être moins les 
esprits , mais elle réussira à mcfttre. la réalité à la |!rface 
de nilusion, des vérités démontrées à la place dès liypo*- 
thèses , et à substituer à la routine aveugle , l'induction 
sévère et rationnelle. C'est ain^ qa'ont été élevés tant de 
beaux travaux dont notre époque peut s'enorgueillir , et 
qui constituent déjà comme autant de chapitres épars de 
la physiologie pathologique dont ils révèlent l'avènement 
prochain. 

Cette science , appuyée sur l'anatofmie pathologique , 
éclairée par la physiologie normale , prenant po»r auxt'- 
liaires et non pour guides les sciences physiques qui lui 
prêtent un si utile concours, sachant enfin franchir à 
propos les bornes souvent trop étroites de l'organtcisme , 
nous permettra d'approfondir de plus en plus les secrets 
de la maladie, et nous aidera puissamment à atteindre 
le but suprême auquel nbus aspirons, c'est-à^ire, une 
bonne thérapeutique. 

Voilà quel est à mes yeux l'avenir qui s'ouvre devant 
nous. Déjà, j'aime à le constater, plusieurs des travaux 
qui ont été lus à votre tribune, pendant l'année qui s'a- 
chève, ont montré, de la part de leurs auteurs, des études 
sérieuses de physiologie pathologique. Nous devons nous en 
féliciter , car c'est une preuve que nous ne restons pas en 
dehors des tendances scientifiques de notre époque. 

En signalant ces heureuses tendances, je n'ai point la 
prétention , Messieurs , d'indiqilier une direction spéGiàfle 
à vos travaux et de chercher à reinfe^pmer votre sphère d'ac- 
tivité dfins les termes d'un programme arrêté d'avance: 
loin de moi cette pensée. Je me plais, au contraire, à 
rappeler ici que, pôar nous,- le champ du travail n'a point 
die limites : depuis la relation d'tin simple fait, depuis h9 
détails les plus élémentaires de-ia pratique jusqu'aux aspi- 
rations les plus ëtevéesde la philosophie médioate, chacun 
est libre de choisir ce qui lui parait le plàs utile ^ ce tpai 



JOVUIAL BB uÈMcam. 11 

séduit leplu» son esprit, ce qui, enfiii, est le plus err rap- 
port avec ses goàts et ses aptitudes. 
. Chaque genre de travail a son utilité ; tantôt en ouvrant 
à la science des horizons nouveaux , tantôt en confirmant 
des vérités qui peuvent être attaquées ou oubliées, souvent 
en dévoilant des ^erreurs qui tendent à s'implanter dans 
la science ou qui y régnent déjà depuis longtemps, car 
lorsqu'on travaille sur les connaissances humaines, a dit 
avec ration Condillac, on trouve plus d'erreurs à détruire 
que de vérités à établir. Cette variété dans les travaux 
offre les pl\is grands avantages ; au sein des Sociétés 
conime la nôtre, chacun, bénéficiant du travail des autres, 
augmente ainsi sans efforts et comme à son insu, la somme 
de ses connaissances,, et se livre à l'étude avec d'au* 
tant plus d'ardeur qu'il est sans cesse stimulé par 
l'exemple. 

L'intérêt et l'utilité de nos réunions sera donc toujours 
en raison du nombre des travailleurs ; c'est pourquoi nous ne 
devons jamais nous lasser de faire un appel à ceux de nos ho- 
norables confrères qui setiennent encore éloignésde nous et 
auxquels nous serions siheureux d'ouvrir ceftte enceinte. Nous 
leur dirions : ^soyez left'bienvenus,<;ommenous le disions 
naguère à tous ces jeunes collègues qui sont venus grossir 
nos rangs et dont l'active collaboration soutiendra la 
vieille réputation de notre Société et lui assurera on bril- 
lant avonir^ 

Pourquoi faut' ii , Messieurs,, que nous ne pmsisiôns 
élever un regard 3'espéraiace vers l'avenir, sans être forcés 
de ferre en même temps un pénible retour vers le passé 
en nous rappelant que , cette année encore, Ifl mort ne 
nous a pas épargnés? ' 

M. Danet, pharmacien de l'Hospice général, a suc- 
combé le^20 octobre 1854 , â:gé de 43 ans, à une cruelfe 
maladie quiy depuië longtem})5 déjà, menaçait son exis- 
tence , et le condânainait à un repos d'autant plus pénihie 
qu'il était entièrement incompatible avec l'ardeur et Tacti- 
vité peu communes de son intelligence. 

M. Danet avait. fait partie, autrefois, de notre Société 



12 jomnÂh j>E HÉDiBcms. 

doDt i*état fâcheux de sa santé Tavait obligé de s'éloigner 
temporairement; mais, en 1853^ sentant ses forces 
renaître, et croyant peut-être à sa proobaine guérison, il 
était revenu prendre part à nos travaux.. Pur malheur , 
la trêve ne fut que de courte durée, et nous dûmes bien- 
tôt perdre Fespoir de revoir notre collègue parmi nous. . 

Vous n'avez point* oublié comment ^ à l'occasion d'une 
discussion sur les applications du tabac en thérapeutique , 
M. Danet s'empressa , à la demande de quelques-uns d'en- 
tre nous, de nous apporter, sur ce sujet, un travail plein 
d'intérêt. Un procès célèbre venait d'attirer l'attention sur 
la nicojtine et de soulever des questions de la plus haute 
gravité, (je moment était donc bien choisi; et nous de- 
vons regretter que le travail de M. Danet soit resté inachevé^ 
car nuL cloute que son esprit ingénieux n'eùl^ réussi à 
jeter une vive lumière sur un sujet qui est loin d'être. encore 
complètement élucidé. .. . • . 

H. Danet a professé la chimie avec distinction , soit dans 
des établissements d'instruction publique, soit au, Jardin 
des Pharmaciens, où il avait institué un cours gratuit qui 
attirait un nombreux auditoire. 

En 1847, des fraudes signalées dans le comnierçe.dela 
boulangerie nécessitèrent une série, d'expertises dans les* 
quelles M. Danet réussit à éclairer l'Autorisé sur desques^ 
tions fort difficiles et la mit à même de réprimer bien des 
abus. . . 

C'est probablement à partir de cette époque et par 
suite des recherches qu'il ..fut obligé de faire, qu'il conçut 
la pensée de découvrir un système économique de panifi- 
cation* • 

La cherté .des subsistances vint , il y a un an, raviver 
cette pensée, chez M. Danet. On sait qu'il était parvenue 
des résultats qu'on, xlit devoir être très-sati.sfaisants, et 
que c'est au moment où il espérait recueillir le fruit de sa 
découverte que la mort est venue le surprendre. 

On doit à M. Danet la fondation d'un journal scienti- 
fique : y Abeille Pharmaceutique, doot il était le principal 
rédacteur et le gérant. 



JOtmitAI. DB HÉBËGHfB. i3 

II était membre du jury médical du département de la 
Loire-Inférieure, et était, depuis plusieurs années, 
essayeur pour les matières d'or et d'argent. 

Pendant le temps qu'il a rempli les fonctions de phar- 
macien à l'hospice Saint* Jacques , il a cherché à faire 
bien dea réformes, et a tenté plusieurs innovations qui 
n'ont peut-être pas toujours eu les résultats heureux qu'il 
avait espérés, mais qui ont mis en relief son amour du 
bien et son désir ardent de répondre à la confiance que 
l'Administration des hospices avait mise en lui. 

Sf j'avais eu la pensée de faire la bio^aphie de M* 
Danet , je vous aurais parlé de son existence si accidentée, 
de ses luttes, de ses efforts* contre les difficultés qu'il a 
rencontrées sUr sa foute et qu'il a souvent réussi à'vaincre, 
grâceàson énergique ténacité. Mais j'ai voulu me borner 
à retracer quelques-^uns • des traits principaux de la vie 
scientifique du collègue que nous avons perdu, et mon* 
trer combien est grand le vide qu'il a laissé parmi nous, 
et combien sont légitimes les regrets qu'a inspirés sa mort 
prématurée. 

Je n'aurais pas accompli ma tftche, Messieurs, si je ne 
rappelais ici le nom d'un , homme qui fut longtemps un 
des membres les plus actifs de notre Société , après avoir 
été un de ses fondateurs^ et que nous avons toujours ainié 
à considérer conune nôtre collègue, * bien que, cédant aux 
exigences d*une santé un instant vivement éJiranlée , il se 
fût retiré depuis plusieurs années de nos reniflions. 

M. Marion tle Procé nous a été enlevé le 21 février 
1854. 

Vous avez encore présents à la mémoire les discours 
touchants qui furent prononcés au jour de ses funérailles , 
et4'émotion qui s^empara de la foule attentive au récit de 
cette existence SI noblement et si utilement remplie. Je 
ne v^x puint affaiblir, en les reproduisant, les paroles 
éloquentes que des voix, plus autorisées que la mienne 
firent entendre alors; permettez-mot. Messieurs, de dire 
seulement, en quelques mots, ce que fut M. Marion de 
Procé au sein de la Section de Médecine. 



14 JOUBllAt BK iDSiocaiiB. 

Après avoir terminé ses ébides médicales el reçu le 
diplôme de docteur, M. Marion fit un voyage en Italie, 
où rentrafnait Tamour des arts; peu après, il se rendait 
aux Itides, où Thistoire naturelle et la médecine fiotomirent 
à son esprit investigateur un riche et vaste champ d'étu- 
des. De retour en France, il Voulut aller se retremper 
au foyer si brillant alors de l'École de Paris , et recevoir, 
pour ainsi dire, un second baptême médical avant de 
revenir d«ns sa ville natole, où son mérite ne tarda pas 
à être apprécié, et où il obtint bientôt de si légitimes 



C'est alors, en 1824, qu'il s^assbcia à quelques autres 
médecins , pour fonder, au sein de la Société Académique, 
la Section de Médecine, qui compte déjà , vous le voyez, 
tinente années d'existence. 

Mk Marion fut le premier secrétaire de notre Société et 
fut maintenu dans ces fonctloi^s pendant trois ans. Les 
première volumes de nos collections publiés par ses soins, 
montrent combien il apporta, à cette œuvre^ de zèle et de 
dévouement. Sous son utile direction, le journal compta 
bientôt un nombre d'aboimés qui n'a pas été atteint depuis. 
Qn peut trouver re;Kpiication de ce fait dans l'intérêt que 
devaient trouver les médecins de la ville et du département 
à la lecture de la revue cUuique des hôpitaux , publiée alors 
avec une grande régularité, et dans la relation de tout ce 
qui: concernait la médecine locale et les intérêts proies* 
sionnels. ,' 

Dans le» premiers volumes de notre journal, nous 
retrouvons M. Marion faisant partie d'un grand nombre de 
eommissiQf)S, oùétaient élaborées^des questions d'organlsa^ 
tion intérieure, où étaietit étudiés des problèmes d'hygiène 
publique, et dé topographie médicale; enfin, Messieurs^ 
H. M^ion a enrichi nos publications de travaux originaux 
dans lesquels se révèlent le remarquable talent d'oteerva** 
tion et la rectitude de jugement que nous avons toujours 
admirés en lui. ' 

. U fut élevé i en 1.833, aux honneurs de la présidence ; et 
cette dignité lui fiit conférée de nouveau en: 1889. 



Au seio de la Seciion.de Médecine, M. Marion s'est 
montré. .ce qu'il a été partout et toujours: nul n'a porté plus 
loin q^e lui cette bieoYeiUance , cette aménité , ces formes 
giraves et poÛes , qui , jointes à uiie exactitude en quelque 
sorte mathématique dans raccoBipiissement de tous les 
devoirs de notre profession , faisaient de notre tant regretté 
collègue , un parfait modèle de déontologie médicale. 

Nous conserverons religieusement sa mémoire , car c'est 
un titre de noblesse pour les Sociétés savantes de compter 
sur la liste de leurs fondateurs des noms tels que celui de 
H. lUarion de Procé. 

Nous aimerons toujours à nous rappeler que , par les 
belles qualités de soq cœur et de son esprit , il a honoré le 
corps n^ical de notre ville, et qu'il était entgytiré de 
l'estime , de l'affection et du respect de tous ceux qui ont 
eu le bonheur de le connaître. 

Je. crois être l'interprète des sentiments de I9 Section 
tout entière en offrant des remerciements à H. Lequerré et 
à M. Blan^het^pour la manière dont ils ont ren»pli leurs 
fonctions de président et de secrétaire , pendant l'année 
1854. ' 



AprèscediaoourSt H. le Pré»dent appelle à la tribune 
M. Papin-Clergerie, inscrit à Tordre du jour pour la lecture 
d-uQ. traviail intitulé : De la Nature d& Uju Maladie' de 
Brighl (1). 

Vv Aubinaisi rapp<»te, à cette occasion , une observation 
intéressante d'albuminurie» Il a donné des soins* à na 
enfant de 9 ans, att^eint, à deux reprises difféî^entes , de 
néphriliO albumineuse. La premièrcvfois, iL employa d'a- 



(f) Voir plus loin, pag..20. 



16 JOUBIUL BB 

bord, pendant une quinzaine de jours ^ les boissons dé- 
hyanteset alcalines; mais, n obtenant aucun résultat, il 
se décida, sur t'in«stanoe d*un médecin consultant, à re- 
courir aux émissions sanguines, malgré l'apparence lym- 
phatique du malade* Il lui pratiqua, successivement, trois 
saignées de>bras; ce traitement eut un succès complet Une 
ascite considérable, qui avait fait songer déjà à la para- 
centèse, se dissipa en peu de temps, et le malade guérit. 

Deux ans après, le même enfant, àla suite d'un refiroi- 
dissement , fut de nouveau atteint de la même affection. 
Les saignées procurèrent encore une guérison rapide. 

M. Aubinais pense que ce malade n'a paseuune vérita- 
ble maladie de Bright, affection dont la guérison est si 
rare, mais seulement une simple néphrite aiguë que les 
saignées ont pu juguler. 

Séance du. i6 février i855. 

PBiSIDBnCE DE H. LBTEIlIŒtJB, PBÉSn>ElfT. 

Lecture et adoption du procès-verbal. * - 

Ouvrages reçus : 

l^* Mémoire sur les polypes de l'oreille, par M. Boqna- 
font, médecin principal de THôpital militaire du Roule. . 

2^ Discours sur les moyens à opposer à l'invasion du 
choléra asiatique , par le même.. 

3^ Discours à l'Académie de Médecine , sur les déplace- 
ments de la matrice, par le même. 

4^ Ou Cathétérisme de la trompe d'Eustache, par le 
même. 

5^ Observation de bec-de-lièvre double, trës-compKqué, 
opéré avec succès par un nouveau mode opératoire, par le 
Blême; 

fi"" L'Homœopathie et Je choléra de 1854 à Marseille, 
par M. le docteur Crochet, de Marseille.^ ^ 

7^ Cobsiderations pratiques sur la propagation du 
Chpléra-mof bus ^ par M. le docteur Pascal, médecin de 
l'Hôpital militaire de Bayonne. 



jotmtnt BB vttfiGiNS. 17 

L'ordre du jour appelle une lecture de M. Pmcet, sur un 
cas d'empoisonnement par l'acide arsenieux (1). 
Cette observation donne lieu h plusieurs réflexions:* 
M. Aubinaîs s'étonne de^ voir rarsenic, ce poison si actif, 

Srh parfois à doses énormes sans déterminer la mort. Il 
it appelé, un jour, près d'une jeune (ille, qui venait 
d'avaler, dans le but de s'empoisonner, une grande quan- 
tité dé nrort-aUx-rats , et , ensuite , 60 centigrammes 
d^extrjiit thébaïque.'Elle eut des vomissements répétés et 
des symptômes de narcotîsme très-prononcés. A défaut 
d'hydrate de peroxyde de fer, H lui fit prendre de l'oxyde 
de fer ordinaire. Elle à fini par guérir, après avoir éproUvé 
une violente gastro-entérite. Vers le quinzième jour, elle 
eut une opbthalmie profonde, qui lui fit perdre un œil. 

M. Aubinats a vu administrer à des moutdns des quan- 
tités énormes d'acide arsenieux , ?ans qu'il se soit produit 
de-symptômes d'empoisonnement. Ces faits extraordinaires 
le conduisent à supposer que l'acide arsenieux, pris à très- 
haute dose, n'agit pas dé Fa même manière que lorsqu'il 
est administré en mofndre quantité à la fois. 

M. -Rouxeau fut appelé , un jour , près d'un jeune 
hpmme , qui lui parut atteint d'une maladie bizarre. î\ 
était dans un état de somnolence et d'abattement dont rien 
ne pouvait l'arracher. Lé malade finit par lui avouer qu'il 
avait avalé un gramme d'acide arsenieux, mÔlé à deux 
grammes de sulfate de morphine. Il ne survint ni vomisse- 
ments ni selles. Les symptômes d'engourdissement et de 
torpeur persistèrent pendant huit jours, ainsi qu'une très- 
forte céphalalgie; cependant, la guérison eut lieu. M. 
Rouxeau se demande, en présence de ces faits, si i opium 
et Parsenic^n'éxerceràient pas sur l'économie une action 
opposée, l'un devenant par là Te contre-poison dé l'autre. 

JU. Pincet dit que M. Forget a rapporté l'histoire d'un 
homfne de 63 ans, qui prit un jour 60 grammes d'acide 
arsenrèux. Huit jours après, survint une gangrène de la 



(1) Voir pltis loin, ^age ITo. 



18 JOinpiAL DB vÉBBcna. 

jambe, qui nécessita l'amputation, laquelle fut suivie de 
mort. 

M, Malherbe ne trouve pas surprenant qu'oo , ait ob- 
servé des cas de gangrène après Tingestiou de Tacide 
arsenieux, puisque ce poison détermine, des troubles ner- 
veux et circulatoires si considérables, il croit qu'on peut 
rapprocher ces fails de ceux qu'on i)bserve dans l'ergotisme 
gangreneux, ainsi que des cas de gangrène qu'on voit se 
produire dans les affections graves des centres, nerveux. 
La fonte de l'œil, survenue chez la malade.de M. Aubinais, 
peut encore être rapprochée des cas de perforation de la 
cornée, qui se produisaient, dans les (expériences de 
M. Magendie, chez les animaux soumis à l'infiuence des 
saignées répétées. 

Dans les cas d'ingestion de grandes doses d'acide arse- 
nieux, une grande partie du poison reste non dissoute, car 
l'acide arsenieux n'est pas très-soluble. 

Quant à ce qui se passe chez les moutons^ il peut fort 
bien y avoir décomposition de lacide arsenieux et forma- 
tion d'arsenic métallique, au contact d'une grande quantité 
de matières alimentaires presqu&entièrement composées de 
carbone et d'hydrogèr\e. U se passerait là une action chi- 
mique analogue à celle qui a lieu dans la formation d^s 
eaux minérales sulfureuses. On sait, en effet maintenant, 
que toutes les eaux sulfureuses naturelles sont produites 
par la décomposition de divers sulfates au contact de. débris 
végétaux ou animaux. 

il/. Ménard croit qu'on n'emploie, pas autant de savon 
arsenical pour préparer la peau d'un animal, qu'on L'a dit 
dans l'observation lue par M. Pincet. Il pense d'ailleurs 
que le poison, placé ainsi à )a suriace internée d'une peau 
recouverte de plumes, n'a été que fort peu en contact avec 
les parois du tube digestif. M. Ménard ajoute qu'il a vu 
survenir Ja gangr^ène de l'œil à la suite de l'administration 
du mercure. 

M. Monceau fait observer que , chez les chiens et les 
chats nourris uniquement ^vec du pain , on voit survenir 
la perforation de la cornée , et que M. Claude Bernard a 



joinoiAii DB KÉoicna* 19 

vu aassi se produire la fonte de l'œil chez des animaux , k 
la suke de l'enlèveoient des ganglions cervicaux. Quant à 
l'action antagoniste de Tarsenic et de Topium « elle a été 
admise par l'école italienhe, qui, dans sa division des 
mé<Jicaments en deux classes, Tune des hyperstbénisants 
et l'autre des hyposthénisants, a placé l*ppium dans la 
première, et l'arsenic dans la seconde. 

JH. Bélùi dit que, depuis longtemps, on a vu des exemples 
d'ingestion de grandes doses d'acide arsenreux non suivis 
de mort.; mais q^u'jl faut remarquer que, dans tous ces 
ca$, l'acide arseuieux a été pris à l'état solide, et que. le 
vomissement a eu lieu rapidement et avant que le poison 
ait eu le temps de se dissoudre dans l'estomac. La disso- 
lution de Tacide arsenieux dans les liquides contenus dans 
le tube digestif ne s'opère, en effet, que très-lentement. 
H« Hélie se fonde , pour énoncer cette proposition, sur la 
fréquence avec. laquelle oïl trouve, dans les autopsies, des 
gr<|ins d'acide arsenieux solide sur la membrane muqueuse 
de l'intestin. Il pettse^ d'après cela, quil est inutile de 
recourir â( des hypothèses ingénieuses pour expliquer l'ab- 
sence d'accidents mortels dans les cas doiit il s'agit. Malgré 
la grande quantité de poison ingérée, une très^-âtible partie 
seulemeni a pu être absorbée, et elle a été ensuite étif 
minée peu à -peu de l'économie. ' ' 

M. Âiericeau hit remarquer qu'il existé cependant de 
nombreux exemples, d'empoisonnement par l'acide arse- 
nieux solide. La mort» dans ces circonstances, peù( avoir 
lien de deux cnanières différentes': elle peut être produite 
tout d'abord par Faction dé l'agent toxique sur' le système 
nerveux, oa bien n'avoir lieu que pli» tard par suite de la 
gastro-entérite violente que détermine Tarsenic. 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Papin, pour 
lirç une observation de carcinome du pylore (i). 

Après cette lecture, M. MoriCeau demande la parole. Il 
ne trouve pas, dans la description anatomique de cette 



(Yoir plitt loin 9 page 53). 



20 tét^A tÈ «MicMt. 

lésidf), des raisons sufltsarites pour àdmeUfe fétistietice 
d\in caneer. 11 a eu occasion d'exatniner Hu inicroscopè 
plusieurs estomacs provenant de sujets morts avec tous 
les symptAmes du cancer stomacal ; dans (]nelqués cas \ il 
n*a pu constater qu'une simple hypertrophie dés tissus. 
Cette hypertrophie lui paratl d'ailleurs suffisante pour pro- 
duire la plupart des symptôntes attribués au cancer du 
pylore. 

M. Minûrd ne pense pas qu'ori puisse mettre en douté 
l'existence du cancer dtos l'observation qtii Vient 'A^éïte 
hie. 

•ilf. if^{fe iTôtive qtiè lll. Papih a eu raisbn d^ittt'îbttèr lé 
vomissement à l'élrôitësse de l'ouverture pyloriqtie. H '^iént 
d\)b8Cfver un cas êe. cancer du pylore, dans lequel H h'y 
a pas eu de vonirissëmenls ; mais, dans ceca^, il n*y 
avait point de rétrécissement de Panneau jf>yforfque ; tetle 
ouverture était, au contraire, large et ntaintenué béante 
par stiite de l'induration des (issus, aussi le vomisseitieht 
n'était pas possible. 

La séance est levée à 7 hiîures l/î. 

Le Secrétaire, ' 
L.-T. CnAaffiBftOtt. 



De la ncUvre de la maladif de Bright,par M, 
Papin-GlbMbub 9 Médecin^mppUatit de$ Hùs- 
pices. 



Avant de rechercher la nature mystérieuse de la mala- 
dte dé Bright, iioui indiquerons rapidement, au point de 
vue du diagnostic différentiel , lé de^ "de Vélteur in- 



Urin%^oe âe$ ^ymj^mes de catt^ maladie^ at las pmcipçiux 
tré^MU^ts qu*^e a (durçia- ^ l'analyse cbiuMiCiQe e|( aii dû- 
eroscope. 

L'afieciron de Bright,c;|^i attend toujours uqe dénonai- 
natioQ scientifique et rationnelle, figure dans le cadre 
nosologique depuis sa pren)iél*e description par le docteur 
Bright. C'est là le privtb^ge des découvertes vraiment utifes. 
La science les accepte en principe dès leur apparition ; elle 
les dégage, avec le temps, des erreurs inséparables de toute 
yérilé oaîaaanle. L'eiistence de oelte affection , aoufujçoaoée 
et «ntrevue au]^ différantes époques de ThisAotra médicalaf 
a été parfiiitement démontrée par le aélèbre n^édeçip jon- 
glais qqi a eu l'honneur d'y i^ttachçr ^pn ^on\^ dlans ^J^ 
mémoire plein d'originalité, d'exactitude et de çn^tbod^^ 
qu'il publia sur ce sujet en 1827 (i). MM. Bostock, Chrîs- 
tîspn ; Gregory, Grav'»s, Hamilto.i çt Efiotson, en Angle- 
terre; Rayçr, Marlin-Solon et Forget, en. Prancç, confir- 
mant la découverte du docteur Brigh^ par de nombreux 
travaux^Teconnaissent à cette maladie une individualité 
propre, fondée sur Tensémble des caractères suivants : 

jL'hypérémie, ThypertropHie ^ l'induration simple e^ la 
décoloration successfve:^ du tissu rénal, qui correspondfent 
à la ^pjremière période QiJ^fQrmç $^gi|ë de l*afifectioi(i ; 

Une lésiop organique du mètpe^ssu, spécifique i consé- 
cutive aux formes» précéde^nteè , et, qui tend futalemeni à 
parepunr ioji^i^ ses dègc^s, à savoir: Is^ dégénéiraçcence 
jaunâtre, l'état granulé, l'induration cartilagineuse et la 
surface bosselée; 

La sécrétion d'une urine albumineuse, congulable par 
la cbaleur et l'acide nitrique,. moins riche en urée et en 
urate, trouble, rare, sanguinolente au . début , souvent 
akxrtine el moqdseuse, et d'une fiiible pesanteur spéci- 



(t) B^gbt. — ftea^l 4i(^a||«s acçowaglii^^ m^ se^Pretioii 
albtiiDiiia9# ijirÂaf t i^V- 



22 JOUnfAL DE HÉDECmS. 

La diminution des globules , de Faibumine et de la 
pesanteur spécifique du sang , et la présence de l'urée dans 
ce liquide; 

Un mouvement fébrile initial peu marqué et assez 
rare ; 

Une douleur sourde dés reins sans retentissement habi- 
tuel dans les uretères et les cuisses, chez les hommes, du 
moins; 

L'apparition d'un cedème au visage et. aux extrémités, 
suivi d'un épancbement dans les cavités séreuses ; • 

Enfin , des complicatio^is presque toujours inflamma- 
toires éclatant avec une fréquence inégale sur certains 
points de l'économie. 

La maladie deBright, comme il est facile de le remar- 
quer , ne possèdie exclusivement que les caractères anato- 
miques de la deuxième période, c'est-à-dire la clégéué- 
rescence jaunâtre, les granulation^, l'induratioa cartilagi- 
neuse, et l'aspect chagriné da la surface des reins. . 

L'albuminurie a été observée , en effet : 

1^ Dans la congestion et l'hypertrophie essentielles dû 
rein, dans le scorbut, le purpura, les fièvres érùplîves, 
les fièvres typhoïde et pernicieuse hémorrbagiques , le 
diabète, l'ascîte (1), la grossesse, ies" affections du cœur, 
des poumons et du foie , compliquées, alors d'bypéré- 



(t). L^asoite ne doit figarer ici que comme ud agent méca- 
nique qui entrave le cohfs do la circulation dans. le rein, et j 
détermine une congestion suivie d'albuminurie , ainsi qu'on Fob- 
serve dans la grossesse et les affections du cœur, des poumons 
et du foie. Considérée autrement, l'àscite ii'a pas de valeur étio- 
logique qui lui soit propre dans l'espëce. Eue n'est plus qu'un 
des traits nombreux de la physionomie du groupe hémétopatho- 
iogiqué, cpii a été sienaldd^k au nombre d08 causés ocdinatres 
de l'albuminurie, sous le nom de scorbut, dé purpura, etc. 



JOUBNiL BE MÉBECIMB. 23 

mie, et quelquefois même d'hypertrophie rénales consé- 
cutives (1-)* 

2® Avec les^ lésions précédentes, et, à un degré plus 
avancé de la maladie, avec induration simple et décolora- 
tion du même organe, dans la néphrite en général ; 

3^ Avec dégénérescence dans la tuberculisation et le 
cancer du rein , et avec simple production anormale dans 
le kyste rénal; 

4**^ Sans sécrétion d'albumine, mais avec mélange, dans 
tous les cas où Turtne Contient dû pus ou du sang: la né- 
phrite et la cystite suppuratives , la blennorrhagië et Thé- 
maturis (2) ; . 



(1) Le petit nombre d'observation^ d'albuminurie sans trace 
de lésion bu dé modification dn tisstt rénal , en présence de la 
msisse de faits contraires, et dans lesquels des modifications orga- 
niques mèm% très-superfiçieUes ont été xévélées plus d'une ibis 
par l'autopsie, n'infirme pas notre opinion relativement k la 
coïncidence absolue de l'albuminurie et d'un état particulier de 
la substapce rénale. 19 ous^^ sommes disposé k admettre chez les 
quelques albuminuriques dont il s'agit , l'eiistence d'aune conges- 
tion du rein au premier, degré, dont l'expression anatomi que aura 
disparu avec les phénomènes \itaux. L'analogie , du moins, nous 
autorise à dobuer cette explication. 

Du resté ^ considérant ralbuminurié comme le résultat d'un 
désordre fonctionnel. du rein, nous reconnaissons que celui-ci 
est susceptible de sécréter momentanénieut une urine albumi- 
neuse aous l'influenee d'un ébranlement nerveux général ou 
local,. 4el qu'une syncope, une forte émotion, une attaque d'hys- 
térie ou d^épilepsie , une douleur ^ioleùte , et principalement la 
. colique néphrétique ; et encore , dans ce dernier cas , la douleur 
s'accoinpagne-t-elle d'une fluxion rénale \ mais ce troubla de la 
sécrétion uiinairé accidentel et instantané ne constitue pas Val- 
àuminurie proprement dite, 

(2) L'urine mélangée avec du muco-pus ou. du sang présente 
nalupellèmentdes traces d'albumine ; mais elle dépose un sédi- 
ment . muca^epurulent ou sanguin reconnaissable à la simple ins- 

Ïtectiou, et le microscope y découvre, au besoin, des globules^ si 
'urine est acide. 



24 joaauL u wÈmcam* 

i"* Dftns la cystite cantbaridique (1); ^ 
6* Enfin, dans les conditions pathologiques, encore 
loal déterminées, on l'urine est généralement considérée 
comoie chyleuse ou laiteuse. HH. Deville et Personne , 
Mayer et Pearse (2) ont prouvé que les urines prétendues 
cbyleusesou laiteuses ne contenaient ni caséine « ni pus, 
ni phosphate, mais de l'albumine, et, surtout, une ma- 
tière grasse , qui donne à ces urines leur apparence laiteuse. 
Toutefois « dans les divers états que nous venons de citer, 
Turine renferme moins d'albumine , et celle-ci n'y existe 



(1) Nous ferons remarquer , d'abord , qne cette dénonûnation 
est iocomplète et même vicieuse, car, d'après les observations de 
MM. BooiUaad (1) et Morel-Lavallée , raction irritante de 4a caiir j 

tharide se manifeste primitivement et principalement sur les *. 

maqa^oses rénale et nrétérale ^plus encore do côté de la ma- 1 

qoense rénale) , sons l'aspect d'une injection yive , de plaques^ 
Yiolacées, et de pseudo -membranes^ tandis que la muqueuse 
vésicaie n'offire les mêmes lésions qu'àl'embouchure des uretères, ' 

et« smr ce point, la rougeur est habituellement moins pronoiMîée 
et la formation de fausses membranes relativement rare. 

Disons maintenant que la cvstite cantharidique apAaraft et dis- 
paraît trop rapidement, dans le plus grand nombre des cas, pour" 
donuer lieu à de la suppuration, et que l'albuminori» peut être 
ici le résultat simultané i" de la disposition des muqueuses uri- 
naires» qui ne se rencontre que dans l'intoxication cantharidique, 
de laisser transsuder de l'albumine ^ 2" de l'hypérémie rénale par 
extension de Tinjection de la muqueuse ^ et 3« ae la cystorrhagie 
qui accompagne très- souvent la cystite canthandiqùe. Ifous 
avons rangé déjà la congestion rénale et rhématurie au nonibre 
des causes les plus habituelles de l'albuminurie. 11 y adraiC 
donc ici, à la fois, sécrétion rénale albumineuse et simple 
mélange d'albumine transsudée avec l'urine. 

(I) M. BMnttaiia, — Sur l' Aibiuun«rie caMliaridique (Rev^e .védico- 
durorgicaie, IS4S). , . , ^ . 

M. Morel-LaYallée , — Mémoire sar.U Gj^stale CanlbvidiqQe , 1847. 

a MM. Deville et Personne , — Journal d« Pharnacie tMi 
. Mayer et Pearse, — Expériences sur las Urines chvleM^ 
t)u divlo-séreoses on laiteuses (Trantactioas m4dico-cUm>^ 
cales, terne XVI, 1851). ''—««i^ 



que passagëreoient. L'urine n« s*écarte pas autaoi àe sa 
densité normale, et la proportion de Turée et des urates 
ol&e peu de changement; enfin, le sang, presque tou- 
jours coagulé dans Thématurie, s'écoule plus abondam- 
ment, et donne à l'urine une teinte plus rougeâlre. 

Ainsi donc , l'albuminurie et les premières formes de 
ranatomie pathologique des reins, dans la maladie de 
Bright, n'appartiennent pas uniquement à cette affection. 
Ce n'est pas tout. 

I4,'usage interne des médicaments alcalins, et une nour- 
riture composée d'aliments de même nature, fournissent 
une urine alcaline. 

La diminution des globules du sang se rencontre dans 
les cachexies et la chlorose, mais il est vrai, sans diminu- 
tion appréciable d'albumine. 

L'urée se trouve dans le ^ng après l'extirpation des 
reins, et à la suite d'accidents néphrétiques prolongés ou 
répétés, / 

La fièvrequ'on Observe quelquefois au début de la ma- 
ladie de Bright, accompagne aussi la néphrite. Cependant, 
elle est régulière, plus intense et précédée de frissons daps 
cette dernière maladie. 

La douleur rénale est Un symptôme constant dans toutes 
les affections des reins; néanmoins son obscurité .habituelle 
dans la maladie de Bright est caractéristique. 

L'œdème de cette affection ne peut pas être distingué 
de celui de la scarlatine, qui affecte le même siège, suit 
la méniQ marche et précède également les épancbements 
dans les cavités séreuses. Aussi MM. ..Bright et Rayer , 
frappés des ressemblances nombreuses des deux maladies, 
n'hésitent pas à rattacher la scarlatine albumino-œdéma- 
teuseà la forufie aiguë de la maladie de Bright. 11 faut 
ajouter que, dans certaines néphrites et congestions 
rénales* albumineuses, l'oedème se nianifeste encore avec 
les mêmes caractères. 

Mais cependant l'œdème de l'affection de Qright est 
plus constant , plus durable el moins circonscrit. 

L'hy()r6pisié apparaît d'ans presque tous les cas^ où l'on 



26 JOUBNÀL BB HÉIttCDIB* 

observe un appauvrissement du siEing très-prononcé ou un 
arrêt de la circulation. Elle suit alors, qu'elle progresse 
ou qu'elle rétrograde , une marche régulière qui contraste 
avec ses évolutions brusques et capricieuses dans la maladie 
de Bright. 

Quant aux complications aiguës de cette maladie, on 
doit r*>connattre qu'elles surviennent plus rarement dans lé 
^ours des autres affections. 

La maladie de Bright, si Ton fait abstraction de Tét^t 
caractéristique des reins, se révèle donc seulement par un 
ensemble de signes qui, pris isolément, n'ont pas une 
valeur suffisante pour la caractériser , mais ^ont la coïn- 
cidence et l'enchaînement conduisent en général à affirmer 
son existence. r 

Du reste^ rhistpiré dé cette affection n'est pas achevée. 
On devra faire des expériences comparatives plus étendues 
et plus précises sur la densité et la proportion respec- 
tives des éléments de Turine et du sang dans les états du 
rein qui^donnent lieu ordinairement, et accidentellement 
à Talbuminurie. Ces recherches seront sinlgulièrement 
facilitées par les progrès de la chimie organique "et une 
plus grande hal^itude du microscope , qui permettent d'éta- 
blir, dès aujourd'hui, un diagnostic plus rigoureux dans 
la classe des affections albumineuses des reins. 

Déjà, le docteur Grégory (1), dirigé par un remar- 
quable talent d'obsej'vation et d'analyse vers les opérations 
expérimentales sur les. liquides de l'économie, a eu le 
mérite de dresser eji ^cegard des tableaux très-curieux qui 
retracent , d'une part , les variations de la densité -spéci- 
fique des urines et du sérum du sang , et «elles du degré 
Je coagukbilité îles urines chez des albuminuriquei 



(1) Grégory. — Edinburgh jnédical and sargicaljournal', tomes 
XîavietVII. 



joranAL BB wÈsMam. 27 

atleÎDts d*bydropisid, et, d'autre part, les variations de 
la pesanteur spécifique de l'urine et du sérum du sang 
dans Fétat de santé. Mais, comme le remarque M. Rayer, 
le savant Anglais, privé des lumières actuelles de Tana- 
tomie pathologique, a compris, dans le groupe de ses 
observations d'albuminurie compliquée d'hydropisie, des 
affections qui n'ont de commun avec la maladie de Bright 
que rbydropisie avec urine coagulable. Il n'a pu fournir, 
en conséquence, aucune donnée exacte qui puisse servir 
de terme comparatif entre Turine et le sang dans la ma- 
ladie de Bright, et lés mêmes liquides dans les autres états 
albufïiîneux.des reins. C'est encore là le problême à ré- 
soudre. - . 

M. Rayer (1), dont lès travaux plus récents attestent 
une eonnaissancé pluç nette de cette affection , a reconnu 
la diminution de la pesanteur spécifique de Farine dan^ 
la néphrite chronique primitive ou consécutive à la cys- 
tite : f urine est albumîneuse. , 

Enfin, M: Becquerel (2), fécondant là découverte de 
M. Biot, relative à la déviation à gauche du rayon de 
lumière polarisé par l'albumine, a précisé les données 
générales sur les proportions de c^et élément d^ans le sang 
et l'urine^. Il est parvenu t mesurer exactement la quan- 
tité d'albumine contenu dans le sang et l'urine d'individus^ 
bien portant» et nuttades. L'application de son ingénieux 
procédé au diagnostic différentiel dé ia maladie de 
Bright et des ^autres lésbns et modifications rénales pou- 
vant entraîner la production de l'urine coagulable él des 



(1) M. Rayer. — Traité des maladies du rein. (Historique de la 
néphrite albumiaense.) 

(2) M. Becquerel. —Recherches microscopiques et patholor»- 
eiqaes sûr ralBuuiine du sang et dés divers hqnides organiques. 
(Archives générales, 1850.) .' - 



26 lonana. » 

épancbements séreux, procurera peul^tra des résulkils 
positifs (t). 

M. Becquerel coocluf, de plusieurs expéneoces, que 1 ap- 
pauvrissement du sérum, dans la maladie de Brigbi, est 
la conséquence de l'hydropisie, et non pas le résultai du 
passage de Talbumine dans les urines. Ahisi , dans les cas 
d'hydropisie avec urine coagulable, le aérum lui a offert 
les déviations suivantes: 6 degrés 17 minutes, qui corres- 



(f ) L'albaminimètre (cVst le nom de Tappareil de M. Becquée 
rel) se compose i« d'uo prisme bi-refiriogeiit appelé polarisenr; 
2» d'an tube de 30 k 20 centimètres de longueur, selon la Boance 
plus on moins foDoée èa sérum du sang, qui doit être traité préa- 
lablement par une petite quantité de salfale de soude, i partie 
sar fOC, et €ltré (raddition du seléclaircit le sérum et fixe les 
eloboles sur le filtre sans altérer les propriétés physiques du 
fiquide) ; S» d'un second prisme bi-refringent nommé analyseur, 
placé au centre d'un cercle divisé en degr& et minâtes. Due cage 
en fer-blanc^ peint en noir, contient nne lomiftre très-vive qu'pn 
dinge vers le polariseur. 

Les déviations que subit le rayon de lumiire polarisé k travers 
la colonne de sérum, misées k l'aide de Tanalysenr, sont marquées 
sur le cerde gradué. Elles ne peuveot être attribaées à «n autre 
élément que l'aUmmine en dissolution dans le sérum, car on n'y 
découvre pas de glucose , et les sels alcalins , ainsi que las ma- 
tières cxtractives de ce figuide, n'ont aucune action sur le rayon 
de lumière. Enfin, Ptntensité de la déviation du rayon kunineux 
eat proportionnette k la richesse du sérum en albumine , et l'on 
obtient les mêmes effets en substituant k ce liquide une solution 
aqueuse d'albumine purifiée. 

Les résultats de l'application de Falbuminimètre k Texamen 
de 30 sérum recueillis dans diverses affections, ont été vérifiés 
par Panalyse chimique et la séparation de l'albumine. Les dévia- 
tions ont oscillé entre 4 degrés HO minutes et 9 degrés, et les 
roportions d'albumine ont varié de 48 grammes 60 centigrammes 
94 grammes 41 centigrammes. Dans l'état de santé, les dévia- 
tions oscillent entre 7 a s degrés, et les proportions d'albumine 
varient de 75 k 85 grammes. La moyenne de 20 observations de 
cette catégorie , pour chaque analyse, a donné 0,180 milli^ammes 
pour chaque minute. Il sumt donc, pour obtenir la quantité d^al- 
bumine dissoute dans un liquide dêoaé, de multiplier par 0,180 
milligrammes le nombre de degrés (.cewrertis ea miuules) qui ùi- 
diquent la mesure de la déviaifion. 



NfeWÈié DB MÉ(>SCItffi. i9 

pondant à 67 gramines 3fi centigrammes, — 5 degrés 48 
minâtes ou ê2 grammes 64 centigraitimes, et chez une 
femme ailèi^te de. la maladie de Brigfat , %vec un peu 
d'oedème aux malléoles et beaucoup d*aibumine dans les 
urines , ralbuminfm&tre marquait 7 degrés 50 minutes ou 
78 grammes 60 cîentî'^rammes. 

Ces différences, si elles sont réelles, nous ne les compre- 
ilom pas , car le liquidé épanché dans les cavités séreuses 
tvè i^nf\erme qu'une quantité insignifiante d'albumine. Où 
se porte donc l'albumine en moins, dans l'hydropisie avec 
une urine -peu coagulable? 

M. Becquerel recommande également de filtrer les 
urines , avant de les soumettre à l'épreuve de ralbùmlni- 
mètre. Selon lui , des urines très-albumineuses en appa- 
rence, ne contiennent qu'une faible quantité d'albumine, lia 
vu ralbumirtîtnètre marquer 5 grammes 76 centigrammes , 
4 grammes 50 centigrammes , et 3 grammes 60 cfenli- 
gfantmes rfans des urines qui fournrssaient un précipité 
très-abolidant par la chaleur ôu YacMe nitrique. 

En présence de pareils résultats , on se demande d'abord 
si le précipité , obtenu par l'action du calorique-, a été traité 
par4'aeideDrtrique. Ge précipité n'est peut-être qu'un dépôt 
Complexe d'albumine, -de carbonate d'ammoniaque prove- 
naut dé la décomposition de l'urée et du mucus par la 
chaleur, de phosphate de ^haux et d'^amrnoniaque, et d'urate 
d'àfmmotiiaqu^ , précipités ^ la suite de la transformation 
des acides libres en sels ammoniacaux, aux dépens du 
carbonate d'ammoniaque. Ce dépOl est aipalogue au 
coagulum albumineux; mais il se dissout , moins l'albu- 
mihe, dans l'âclde nitrique'. Le même précipité peut se 
former sans albumine dans une urine alcaline, sous 
llnfluencc rie la chaleur: l'albumine, dissoute dans les 
alcalis , rie su dépose pas. 

Quant au précipité obtenu par l'acide nitrique, il n'a 
peut-être pas été traité par un excès d'acide. Il est donc 
'possible qu'il soit composé d'albumine, d'acide ufi<|iie et 
d'uriBte d'ammoniaque, {itéeiptiés par l'acide nitrique. tJn 
excès d'acide le dissoftt, à f exception del'albuùiine. 



30 loimsÀi^ Bs MÉMcniB. 

M. Becquerel (1) a rendu un autre service à l'histoire de 
la maladie de Bright, eu contribuant, par ses étudtô 
microscopiques, à déterminer le point de départ de la 
dégénérescenc^e rénale. H H. Valentin et Gloge (2) Pavaient 
déjà établi , mais avec moins de précision et de clarté^ 
peut-être. MM. Valeutin, Gluge et Becquerel ont reconnu, 
à Taide du microscope, que les glandes de Malpighi, c'est-à- 
dire la substance corticale , étaient le siège primitif de la 
lésion du rein; ce qui explique fort bien le trouble immé- 
diat de la sécrétion urinaire. 

H. Becquerel admet 3 degrés de lésions organiques, 
qu'il divise et décrit en ces termes : 

1<> c¥ Développement des glandes de Halpighi, par suite 
d'une congestion sanguine, et probablemeiit compression 
et peut-ôtre oblitération des vaisseaux qui les enitourent; 

2^ n Hypertrophie des glandes dUe à leur infiltration 

par une matière albumineuse encore peu consislanjLe, jaune 

et provenant d'une première transforniation du si^ng , qui 

les congestionnait au premier diegré, et qui a perdu sa 

. matière colorante ; . 

3° n Hypertrophie des mêmes organes avec dégénéres- 
cence jaunâtre ou blanchâtre , qui tranche surtout , parce 
que toutes les glandes ne sont pas altérées au même 
degré. Lorsque la lésion devient générale \ elle donne un 
aspect uniforme à la substance altérée., d . 

La première forme d'altération appartient également à 
la congestion du rein, en général, et la seconde forme à 
la néphrite, tancjis que la dernière imprime à la maladie 
de Brigbt un cachet tout particulier. 

Coïkiplétant. les recherches, microscopiques de MM.. Va- 



(1) M. Becquerel. — Séméiotique des urines, 1841, \ 

(2) M. Valentin. —' Eepertorium fur Anatomie und Physiologie, 
2« volume, 1837. . , . ' 

M. Gluge. — ÀBatQmisch-Mikroscopisch Uatersuchàng zftr 
allgmeinen uxid speciellen pathologie, 1839. 



H 



JOIUUUL^ BB UÉiaCIIf^. 31 

lentin, Gluge et Becquerel, un micographe anglais, M. Fré- 
richs (1) , a constaté^ dans la première phase de la maladie 
de Brigbt, avec rhypérémie plus fortement accusée des 
glandes de Halpighi , rinjection du tissu jnter-glandulaire, 
de la subslance tubuleuse, et de la muqueuse des calices et 
du bassinet ; les plexus veineux de la substance corticale , 
sont gorgés d*pn sang noirâtre. Â la deuxième période, et 
quelquefois, dès la première, les canaux urinifères de la 
subslHDce corticale d'abord, et ceux des. pyramides, 
contiennent des débris de leui* paroi épilhéliale, de la 
fibrine coagulée, et des^ globules sau^^uins plus ou moins 
modifiés. Le coagulum emprisonne ordinairement dans ses 
mailles fibrineuses des lamelles d'épitbélium, et des glo* 
bu[es désagrégés. L'hyperémie diminue alors. A la troi- 
sième période, les portions d'^pilhélium détachées, et la 
fibrine coagulée , se transforment en granulations grais- 
seuses» qui remplissent les vaisseaux uriuifères. Enfin , à 
une époque plus avancée de ce^ie période, les mémeç 
lésions, se .généralisent et^ s'aggravent: le tissu interstitiel 
participe, a son tour, au travail d'exsudation épitéli.ale , et 
î'hypérémiç disparaît. 

Dans cette description très-abrégée des lésions rénales 
observées par M. Frérichs dans la maladie de Bright , ri.en 
ne distingue encore la. première forme pathologique de 
cette, maladie de l'hypérémie simple du rein , à moins , 
circonstance rare .,jc|u'on ne trouve, dés la première phase, 
dans les vaisseaujç urinifères ou dans l'urine, les-cylindres 
fibrineux (c'est le nom donné par le médecin anglais au 
coagulum fibrineux, qui se moule dans les canaux). Et ce 
signe, lui même, ii'est-il pas rigoureusement caraetéris* 
tique dé la maladie de Bright, .à la première période,, 
puisque, d'après le témoignage de M. Frérichs, on l'observe 
aussi dans Talbuniinurie des formes aiguës tumuUmuses, qni 



(\) M.. Fréricl^s, t- Die Brightische nierenk.ankheit und deren 
BehandluDg^ 185?. — M. Lasègue (ArchÎTes Générales, 1854). 



82 joumiâL DB UbBctiifi. 

suécèdent à la scarlatine , aux refroidissements violents, etc. 

Maintenant, le siège anatomiqoe delà désorganisation 
rénale est-il bien le siège réel de la maladie de Brighi'î 
Au-delà du siège démontrable, n'existet«il pas un autre 
siège indéterminé, et que nos moyens d'investigation ne 
notjs permettent pas encore de fixer? Nous arrivons ainsi 
à Fexamen d'une question très-obscure , et cependant très- 
intèressainte. 

La plupart des auteurs qui se sont occupés de la maladie 
de Bright , ont émis tour à tour une opinion théorique sur 
sa nature. Est-ce une variété de néphrite, la néphrite 
albumineuse de M. Rayer? Est-ce une lésion rénale sut 
generisPLerein est -il altéré primitivement ou consécuti- 
vement à l'altération des liquides? où et comment s'accom- 
plit l'altération des liquides? 

M. Rayer (1) se basant, d'une part, sur la fièvre, la 
douleur, la congestion , Thyperlrophie , la décoloration et 
l'induration simple rénales; d'autre part, sur Pétai couen- 
neux du sang, la disposition manifesté de divers organes à 
la phlogôse, et Tefficacité du traitement antiphlogistique , 
prétend que TafiV^ction de Bright est d'origine inflamma- 
toire. Il considère la dégénérescence jaunâtre , les granula- 
tions, l'induration cartilagineuse et les aspérités extérieures 
du rein, comme de simples transformations successives 
d'un état pHegraatique. , 

Mais rhypèrémie, l'hypertrophie et la décoloration, ne 
se rattachent pas nécessairement à un état inflammatoire. 
On les rencontre aussi dans un grand nombre d'altéra- 
tions organiques étrangères à l'inflammation : le ramol- 
lissement qui , du moins , n'est pas toujours le^ produit 
d'un travail phlegmasique, les liibércules, la cirrhose, le 
ciincer, la mélandîse et les kystes, qui n'ont rien de com- 
mun avec les phlegmasies. Pourquoi , dans la maladie de 



^i) M. Rayer. —Traité dès tnaladiçs du jrein. (Historique d^la 
népmitè «Sbmniiieiise.) 



JOimNAL DB MÉBBCIIfB. 33 

Bright, rbypérémie ^D6 se formerait-elle pas autour des 
points envahis successivement par le principe et la lésion 
morbides, comme -elle se développe autour d'un corps 
étranger on d'une production anormale; et, dans cette 
hypothèse, Ffaypertrophie serait la conséquence du mou- 
vement (bongestionnel qui ouvre la scène , et activé peut- 
être par un redoublement fonctionnel rdes reins analogue 
h celui qui détermine l'hypertrophie active du cœur , lors- 
qu'il existe un obstacle centrale à la circulation. On sait 
qu'en pareil cas , le cceor réagit avec force contre ses 
entraves, et que Fanévrysme est presque toujours le 
résultat de la surexcitation prolongée de cet organe. 
Il en est de même encore de l'hypertrophie musculaire 
de l'estomac et de- la vessie avec rétrécissement de leur 
orifice inférieur. C'est toujours le même mécanisme. 
Enfin, . à ^une période plus avancée de raffectiôn de 
Bright , ja congestion disparàitrait progressivement , 
rqpoussée ou assimilée par la matière morbide déposée on 
développée dans Je tissu rénal , et passant successivement à 
l'état jaunàtre,^ granulé, cartilagineux et chagriné. 
. Quant à l'induration simple des reins, observée beau- 
coup moins souvent, la présence de l'élément pathognomo- 
niquodans la substance de l'organe, peiU bi^en y développer 
accidentellement une inflammation secondaire, exagération 
dé l'hypérémie, qui se révèle à t'autopsie sous l'apparence 
de plaques indurées rouges ou pâles^. Le rôle de l'inflam- 
mation dans la maladie de Bright se bornerait là. 

Cette manière d'envisager la nature et les difl'érentes 
phases des lésions constitutives de la maladie de Bright, 
nou6 parait plus conforme à l'observation générale des 
bits, et aux lois qui les formulent. En effet, quelles sont 
les modes de terminaison de la phlégmasie? La réso- 
hit ion > l'hypertrophie V l'induration simple ou la suppu- 
ration. Mais l'inflammation n'a pas la puissance de fabriquer 
de toutes pièces d^s tissus sans analogue, tels que fa 
dégénérescence jaunfttre , les granulations et l'induration 
cartilagineuse. Les reins auraient donc seuls le privilège 
de faire produire, à l'inflammation ces sortes de tissus. De 

3 



34 JOiAHAi* m mknçsn. 

plus^ 00 n'a jamais constaté de trac(9S de suppuration 
rénale dans la maladie de Brigbl, à moins de complications 
du côté des moquçuses.des voies urioaires. . 

La douleur locale, commune à toutes Jes affectioos des 
rein^, n'est point Tindiced'une pblegmasie. L'analogie, le 
prouve suffisamment. La rate et le foie , plus ou moins 
congestionnés mais non phlogoséis, celui-ci dans l'ein- 
barras gastrique , celle-là dans la fièvre intermittente , 
deviennent le siège de douleurs locale^, spontanées ou 
provoquées par la pression. Or, la douleur splénique 
tombe le plus souvent avec le mouvement fébrile ; et un 
vomitif ou une application de , quelques , sangsues awr.la 
région du foie, détend cet organe et apaise ses souf- 
frances. 

La fièvre n'a pas de valeur inflammatoire par «Ue- 
méme» car. elle accompagne les fièvres éruptives, par 
exemple, qi|t ne sont pas rangées parmi 1^ phlegmasies, 
et s'observe même dans certaines formes de chlorose , 
.qui paraissent exemptes de complication inflammatoire. 
De plus, elle n'es| pas constante, dans U maladie de 
Brigfit. 

H;. Rayer invoque encore, à l'appui de son qpinion, 
la disposition de plMsieurs organes à rinffl4mmation dans 
le <;ours de cette maladie. La diathèse inflammatoii^ y 
existe réell^mfuot et ne peut être contestée ; mais d'abord 
les phlegmasies intercurrentes qu ellQ produit^ n'ont, pas 
une physionoii^ie franchement aiguè. On dirait qu'elles 
sont dominées par le génie de Taffection principale , et 
ce n'est pas sans riison qu'on leur a trouvé une grande 
ressemblance avec celles qui se manifestent sous l'in-^ 
flueoce des infections putrides ou purulentes. Leurs allu- 
res brusques et irrégulières « leur développement habituel 
en dehors des conditions étiologiques ordinairea, la rapi-< 
dite effrayante ou l'extrême leuteur de leur marche vers 
une terminaison pi^esque toujours funesle , contraatentsip- 
gulièrément avec les phlegmasies entées sur des sujets 
sains, et contractées seulement au mUieu des variations 
de température. Ensuite , le) caractère phleglna^ique de 



^QUBHAL 9B «tiDBCmBk 35 

certaines complications de la maladie de Bright, ne 
prouve pas sa nature inflammatoire, car les mêmes acci- 
dents s'observent dans les pyrexies éruptives qui présentent 
aussi une altération du- sang. 

MM. Andral et Gavarret (1) ont^ du reste, établi sans 
réplique le caractère non inflammatoire de l'affection de 
Brigbt. Après avoir posé en principe que^ dans les phleg- 
masies, le chiffre de la fibrine s'élevait constamment, 
sans changement dans le nombre des globules , tandis que 
la proportion des globules diminuait de même, sans 
variation de iibirine , dans la chloro-anémie, ils ont tou- 
jours coni^taté, dans la maladie de Bright, une diminution 
sensible des globules coïncidant avec le maintien de la 
fibrine normale. Ces résultats rendent compte de la 
couche fibrineuse qui se forme à la surface du caillot 
sanguin dans cette affection. C'est la couenne molle, mince 
et large des cbloro-anémiques. Quant .à la couche fibri- 
neuse, ferme, épaisse et d'un petit diamètre, observée 
accidentellement dans le cours de la maladie de Bright, 
elle doit èire liée à l'existence d'un élénoent phlegmasique 
qui est venu traverser l'affection principale. 

Nous avons{dit quelles complications aiguës de la maladie 
de Bright semblent se produire en dehors des conditions 
étiologiquès extrinsèques; mais il n'en faut pas moins 
rec<H)Daître ici l'intervention assez fréquente de causes 
extérieures qui concourent ttës-activemejat au développe- 
ment des accidents phlegmasiques. C'est ainsi que la plu- 
part des nialades, rarement alités avant la dernière pé- 
riode de la maladie, s'exposent, dans les conditions les 
plus fâcheuses, aux conséquences d'un changeaient "de 
tempéraiture ; et on s'explique aisénient la puissance de 
ses effets sur des organes qui , doués d'une grande activité 
fonctionnelle et interstitielle , ne reçoivent plus qu'un 
sang a{^uvri et altéré. Atteints profondément dans leur 



(1) MM. Andral et Gavaret. — Essai d'hématologie patho- 
^Ji^ue, t843i 



36 JOUBIIÂL DE ■ÉOfiCllfB. 

vitalité, ils résistent difficilement aux agents morbides 
qui les entourent. 

I! importe maintenant, pour bien fixer la valeur séméïo- 
tique du traitement antiphlogistique, dans la maladie de 
Bright, d'établir une distinction préalable. Ao début de 
Taffection , le rein offre deux éléments nettement tranchés: 
la lïiatière morbide, infiltrée et disséminée dans la subs- 
tance de cet organe, et une hypérémie primitive et sym- 
ptomatique à la fois , plus ou moins étendue. Que , dans 
de pareilles conditions, les évacuations sanguines opè- 
rent une amélioration notable; rien de plus naturel et 
de plus physiologique. On dégorge ainsi le tissu rénal 
qui recouvre momentanément ses fonctions. L'oedème 
s*efface, et l'albumine ne se retrouve plus dans les urines. 
Mais l'élément spécifique, réfractaire aux émissions san- 
guines, n'en continue pas moins sa imarche, dans le plus 
grand nombre des cas , et la congestion du rein se repro- 
duit en vertu de la même cause. La médication antiphlo- 
gistique fera cesser encore pendant quelque temps l'afflux 
sanguin, la néphrite secondaire et les complications aiguës, 
ou du moins les symptômes les plus sensibles de ces ma- 
nifestations fnorbides; on pourra obtenir de la sorte une 
guérison apparente et répétée, ou plutôt un amendement 
appréciable jusqu'à l'entière destruction du tissu rénal par 
les progrès de la lésion caractéristique. A cette dernière 
période de la maladie , les accidents sont nécessairement 
complets et permanents. 

La nature de la maladie de Bright n'est donc pas 
inflammatoire. Supposerons-nous maintenant, en nous 
fondant sur des lésions organiques sans analogue, et un 
travail de dégénérescence sans rémission , que sa nature 
doit participer de celle du cancer ou du tubercule? Mais, 
si le cancer, le tubercule et la dégénérescence rénale de 
l'affection de Bright, forment au point de vue de l'ana- 
tomie pathologique, des individualités morbides distinctes 
de toute autre , elles-mêmes sont loin d'offrir entre elles, 
sous ce rapport, une similitude complète. De plus, le 
cancer et le tubercule sont susceptibles d'attaquer tous 



JOIII0A& DB MÉP&CBIIB. 37 

les tissus, et ils sont presque toujours Texpression sym- 
ptomatique d'uue altération des liquides. Ënfia ^ si cette 
altératioa est suSUamment Remontrée par l'extrême fa- 
cilité .avec laquelle l'une et Tautre lésions organiques, le 
cancer surtout, se reproduisent sur place ou ailleurs i 
après l'opération, elle est peu appréciable. Dans la maladie 
de Brigbt au contraire, la lésion. or^^anique a son siège 
imnmable dans le rein , et l'analyse cbimiqpe a révélé 
une altération matérielle des liquides. £tsi nous ajoutons 
que la môme altération des liquides s^observe dans Taibu- 
minurie eu général, c'est-^à-dire , avec des modifications 
du tissu rénal, d'une part,. très-variabies sous le rapport de 
la physionomie, de l'espèce, et du degré de gravité, mais 
constantes, d'autre part; nous sommes en droit de con- 
clure, dès à présent, dans la maladie de firight: 1® à 
une nature différente de celle du cancer et du tu- 
bercule ; 2° à une prédisposition congéaiale ou ac- 
quise, condition préalable d'invasion morbide, qui est 
commune, du reste, à toutes les maladies offrant un type 
spécial; 3^ à.une ^Itération primitive du rein, du moiris 
dans sa première expression pathologique ou période 
bypéi*émique; 4'^ enfin, à un rôle à part secondaire de la 
dégéhéresiceDce rénale, comme cause spécifique, dans 
l'apparition, mais non pas dans le développement ulté- 
rieur des sympiônies caractéristiques. 
. Ce& quatre points acquis à la question qui nous occupe 
en ce nK>ment , poursuivons son examen. 

L'altération des reins étant primitive à celle des liqui- 
des, il est vraisemblable, quoique cette double altération 
se manifeste d'emblée, et sans^ ordre apparent de succes- 
sion., qu'il existe entre elles une relation de cause à 
effet. Pour l'établir y-^recherchons d*âbord ^vec soin Fo- 
rigine individuelle et l'évolution successive des phéno- 
mènes de l'albuminurie en général. Nous essaierons 
ensuite de &ire la part, de la dégénérescence rénale de 
la maladie de Brigbt dans la physionomie propre à cette 
dernier^ affection. 

Deux faits nous frappent surtout dans l'albuminurie 



3g lOOlKA]» SB 

avec OU sans hydfopisîe: f un état particulier do rein, 
très-différent selon Toccurence, mais consUot, et «opi- 
nant un désordre fonctionnel de Torgane, comma lat- 
teste la composition anormale de TuriDe; 2* une altération 
toujours identique des liquides. Si la lésion du tissu rénal , 
dans ralbominurie, éuit eUe même toujours poifonue et 
homogène, on pourrait n'y voir qu'une simple maoïtes- 
tation locale de cette altération des liquides toujours la 
même ; mais il n'en est pas ainsi. Le rein est constamment 
modiOé ou altéré, et il Test très-diversement. Comment, 
dirons-nous encore, attribuer ces éuts si différents à une 
seule et même cause? L'alléraiion des reins, encore une 
fois, est donc primitive à celle des liquides (i). 

Efforçons-nous naaintenant de démontrer que, dans 
ralbuminurie, l'altération des liquides est la conséquence 
immédiate d'une lésion quelconque des reins , au 
lieu de n'être qu'un fcit indépendant, quoique sub- 
séquent. 

Et d'abord, comment une modification légère du rem 
peut-'elle entraver ses fonctions? 

Nous avons déjà dit que l'albuminurie pouvait se pro- 
duire , dans les conditions les plus élémentaires de l'ana- 
tomie pathologique des reins, et il est fiicile de le c<wn- 
prendre. La congestion rénale, par exemple, a son prin- 
cipal siège dans l'ogane sécréteur lui-même, les glandes 
de malpigbi. Elle donne Heu au développement de ces 



(!) MouB ne voulons pas par Ik contester l'actiou des liquides 
et du sang, en particiuier, sor les reins, dana la maladie de 
Bright. Le sang, profondément altéré, imprime, sans doute, un 
monvement accéléré an travail de la désorganisation pénale, 
d'une part, en lui fonmissant incessamment l'élément attraniitteax 
qui subit tontes les transformations de la dégénévescence 4Sarac- 
téristiqne, et, d'autre part, en agissant sur le reii» commo il 
agit en même temps sur certains organes , de la manière la pins 
manifeste: nous voulons parler des complications de cette 
maladie. 



glandes, à leur refoûteroent réciproque, ainsi qu'à la 
compression de leurs vaisseaux. De là, un trouble dans ta 
fonction , une sécrétion viciée , et Ton doit même être 
surpris que, dans les observations de désorganisation com- 
plète des glandes, de leurs vaisseaux et du tissu ambiant, 
les fonctions du rein .n'aient pas été totalement sus- 
pendues. Nous croyons qu'alors rémission d^es urines 
doit être attrtbuéo à un mécanisme particulier de Torgane. 

Cependant, la modification légère du rein paraîtrait- 
elie insuffisante pour l'intelligence de <;e désordre fonc- 
tionnel, et faut- il donc faire intervenir dans cette opération 
irrégulièfe les effets directs et nécessaires d*un principe 
morbide? 

Nous pei^sons que, dans Talbuihinurie qui tra- 
verse les maladies constituées par une altération pri* 
Dnitiveet peu appréciable du sang, qu'il ne faut pas con- 
fondre avec Taltération propre à Talbuminurie, le sang 
détermine une èoiSgestion rénale, active ou passive , ana- 
logue à Tèngorgement de la rate dans la fièvre typboHe. 
Il va donc ici, comme fait. antérieur à Talbuminurie , une 
modification sensible du tissu rénal et rien de plus. A 
plus forte raison, en est-il de même dans Talbuminurié, 
placée sous la dépendance médiate ou immédiate de la 
grossesse, des maladies du cœur , des poumons , du foie 
et de la néphrite; où Tintervéntion d'un autre agent 
qu'une congestion ou une induration simple rénale , n'est 
pas admissible un seul instant (1). 

Du reste , les expériences de M. Robinson (2) confir- 
ment cette explication. Il a toujours obtenu une urioe 
coaguiable, après la ligature des veines émulgentes. Or, 



(1) De plus , dans ranémie comptiquaiit les affections chroni- 
quel du cœur, despouiuoDs et du foie, avec urine coagulable , 
le sang très-appauvn aj^t peut-être sur le rein de la même 
matnètré que dans la lièvre typhoïde, et il y aurait lieu, dans 
Fespëce , île tenir compte de ce^ nouvel élément de producfioiï 
albamimiriqub. 

(2) M. RobinsoB. — The lance t, 1849. 



40 lOimiil. DB «ÉBBCniE. 

cette ligature, produisait une congestion du rein par cause 
mécanique, comme la groesesse. 

Noua citerons encore, 6 l'appui de notre opinion, une 
observation très-curieuse d'albuminurie, publiée par M. 
Delaruelle (i). Il s'agit d'une femiiie atteinte, dans le cours 
d'une pleurésie, d'une phlébite des veines rénales ayant son 
point de départ dans les veines iliaques dont -la réunion 
avait lieu au niveau des veines émulgentes. Cette phlébite 
était caractérisée par un caillot fibriqeux qui oblitérait 
les veines émulgentes. Les urines étaient fortement coa- 
gulables. 

Est-il besoin d'ajouter que, si l'bypérémie rénale peut 

[>rovoquer un désordre fonctionnel du rein, qui donne 
ieu à urine coagulable, la dégénérescence rénale de la 
maladie de Bright est susceptible à fortiori de produire 
le même résultat. Comment le rein laisse*t-il s'échapper 
une partie de l'albumine et retient-il l'autre qu'il 
s'assimile , taudis qu'il repousse l'urée 7 II y a là une in- 
connue , un phénomène vital qui nous échappe. 

Enfin , comment une simple nidification ou une lésion 
organique du rein, détermine-t-eUe réitération, des li-^ 
quides observés en pareil cas? Nous, savons -que, dans 

I albuminurie , le sang contient de l'urée et moins de 

S lobules, que l'urine renftîrme une proportion notable 
'albumine , et que l'hydropisie est à peu près constante. 
M. Dumas (2) a constaté chez des animaux la pré- 
sence de l'urée dans le sang , après l'extirpation des reins. 

II résulte de ce fait, que l'urée existe primitivement dans 
le sang, et que le râle du rein., en ce qui concerne cet 
élément, est dé l'éliminer de l'économie. L'illustre chi- 
miste ne s'est pas borné à démontrer ce fait, et, remontant 



(1^ M. Delaruelle. — Ob&ervation d'albuminiirie dans un cas 
de phlébite des veines énmlgentes. (Bulletin de la Société anato- 
mique, 1846.) • ^ 

(2) M. Dumas. — Traité de chimie appliquée aux arts, tome 8« 
1846. 



à 1 origine de l'urée , il nous fait assister à sa mystérieuse 
formation. Voici en quelques mots sa théorie : Une opéra- 
tion analogue à la combustion s accomplit sans relâche 
dans les capillaires. L'oxygène du sang artériel consume 
dans cet ordre de vaisse^iux les tissus usés par le jeu des 
organes, et désormais sans utilité pour la vie» Le car- 
bone et r.bydrogène se combinent: i"" avec de loxygène 
pour composer de Tacidé carbonique et de Feau, qui 
s'exhalent par les poumons ; 2"^ avec Tazote pour coniposer 
du cyanogène et de Tammoni^ue. Le cyanogène s'unit à 
de To^igène , et se transforme en acide cyanique, qui se 
combine avec Tamnaoniaque , en donnant lieu à un 
cyanate d'anlmoniaque ou urée, que les reins séparent 
aussitôt de la masse du sang, et expulsent au dehors. 
(Nous compléterons cette théorie, en disant que les pou- 
mons rejettent de l'azote.) 

Supposons^ m.aintenant , une certaioe manière d'être de 
la substance réputé; il est possible, alors, que le rein se 
laisse traverser, en quelque sorte comme un filtre, par 
l'élément le plus simpleet le plus abondant du fluide san- 
guin, l'eau, -chargée, dans Tespèce, d'albumine réduite 
à un état particulier de dissolution , et s'oppose , en partie 
du moins, à l'élimination de l'urée et des urates^ dont la 
séparation préalable du sang est l'effet d'une action spé- 
ciale de l'organe sécréteur de l'urinjq. Nous venons de 
parler d'albumine modifiée, nous y reviendrons lout-à- 
rbeure. Les reins altérés ou modifiés seulement dans 
leur texture.» interceptent le cours prdinaire de l!urée. Mais 
que devient cet.élément destiné à être rejeté de l'écono- 
mie, et retenu d^ns la circulation malgré les tendances de 
l'organisme? 

Appliquerons-nous, ici la théorie de, MM. Bernard et 
Barres wji (1) sur les voies d'élimination de l'urée, après 
l'extirpation des reins ? Dirons-nous que le sang des albu- 



(1) MM. Bernard et Barreswil. -r^ Sur les voies d'éliminatioa de 
l'€rée après rextirpation des reins. (Arcbiv^s géaérales., 1847.) 



42 JOtfBllAL DS HÉDkcniK. 

minuriques ne contient de Turée qu'à la période ultime de 
l'albuminurie , lorsque le malade , tombé dans un épuise- 
ment extrême, ne conserve plus assez de vitalité pour 
l'exercice de l'élimination de cet agent à travers les organes 
gastro-intestinaux , qui sont considérés par lés savants 
physiologistes comme solidaires des organes urinaires? Evi- 
demment non , car on constate la présence de Tarée dans 
le sang des albuminuriques dès le -début de la maladie. 
Ensuite, l'opération de la népbrotomie et ses conséquences 
physiologiques immédiates, doivent apporter une pertur- 
bation profonde dans l'économie , dont le résultat définitif 
est de refouler vers leur source , pour me servir de l'ex- 
pression pittoresque de MM. Bernard et Berreswil, les pro- 
duits non assimilés introduits dans le sang par les organes 
gastro-intestinaux. La réaction organique qui préside à ce 
mode d'expulsion de l'urée ne peut donc être comparée 
qu'à une crise violente, tandis que, dans l'albuminurie, 
la sécrétion urinatre et l'élimination dé l'urée n'offrant 
qu'une diminution graduelle, l'économie s'habitue en 
quelque sorte, mais non sans préjudice, a la présience 
de l'urée dans le fluide sanguin , et elle n'éprouve 
pas le besoin de réagir contre cet agent, avec la même 
énergie que dans la népbrotomie. JMais il est possible, 
par exemple , que , dans le degré le plus avancé de 
l'albuminurie, une portion de l'urée accumulée dans le 
sang trouve une émanation supplémentaire dans lés or- 
ganes gastro-intestinaux. Ce fait toùtefoiis n'a pas encore 
été démontré, et les expériences de MM. Bernard et Bar- 
reswil ne sont même pas favorables à cette hypothèse^ 
puisqu'ils ont constaté, avec les progrès de raSaibiisse- 
mentdes animaux néphrotomisés , la diminution etv enfin, 
la suspension de l'élimination de l'Urée , du côté du tube 
digestif. 

Quoi qu'il en sOit , l'urée existé dans le sang dès Tappa*- 
rition de l'albumine dans les urines. Ces deux faits sont en 
quelque sorte simultanés , et rien ne prouve jusqu'ici que 
l'urée s'échappe, à un moment donné, par la surface in- 
testinale. 



JOVBNAL Bfi HÉMCOtt. 43 

Quel rôle joue cet élément insoliU dans la circulation? 
fiûnefeld (1) prétend quefurée attaque les globules san- 

Î;uins. SansTeconnaître avec le savant chrmiste allemand que 
'urée en nature soit douée de cette propriété , ne peut-on 
pas admettre, comme une hypothèse vraisemblable, que , 
dans le sang saturé d'urée des albuminuriques, une por- 
tion de cet élément se décompose, par l'effet d'une réac* 
tion chimique, soit dans le système capillaire, c'est-à-dire , 
dans l'acte de combustion organique, soit dans TensemUe 
du système circulatoire , et dégage ainsi 'de l'ammoniaque, 
qui a bien la propriété de dissoudre les globules du sang. 

D'après les expériences récentes de MM. Viale et 
Latini (2), les poumons n'exhaleraient pas d'azote ni d'acide 
carbonique purs, mais de l'ammoniaque combiné avec 
l'acide carbonique, à l'état de sous-carbonate d'ammo- 
niaque. Cette nouvelle loi de chimie organique viendrait 
à l'appui de notre hypothèse. Dans les conditions ordinaires 
de la vie, l'amnioiiiaque physiologique et l'acide carbo- 
nique, en . circulation avec le sang, s'y trouveraient en 
proportions exactes pour donner lieu à un sous-carbonate 
d'ammoniaque, qui est considéré Iui*môme , il 'est vrai , 
comme un dissolvant des globules sanguins, mais d'un 
ordre très-inférieur à l'ammoniaque. Dans lalbuminurie , 
la décomposition de l'urée fournirait naturellement un 
excès d'ammoniaque libre, qui attaquerait les globules 
sanguins. 

M. Aees (B) , médecin anglais , attribueà une autre cause 
la diminution des globules sanguins. « Les globules san- 
guins, dit<-il, empruntent leurs. éléments au chyle, dont la 
deiisité est moindre que celle du sérum et du liquide 
contenu dans les globules. Par conséquent, d'après les 
lois de l'endosmose , le chyle , à son entrée dans je système 



(4) M. Hiinefeld, — De Ghemismusia derThierischeo organi- 
sation. 

MMi Viale -et Latmi. — (Gazette médicale, 1S54.> 

M. Rees, — (Ediabnrgh médical an Surgical. (Journal.) 



(2) 
13) 



44 JOUBIlAIi D£ HÉDSCilŒ. 

veioeux , fournit plus au sang qu*il n'ea reçoit. Le contraire 
arrive quand, par suite de la diminution du sérum, la pe- 
santeur spécifique des deux liquides se rapproche.- » 

Mats, objecterons-nous à M. Rees^ Tune des causes, 
sinon la seule, de la diminution de la pesenieur spécifique du 
sérum, doit être le passage de Talbumine, partie intégrante 
du sérum, dans les urines. Or, la dissolution intime de 
Talbumine, qui est la condition indispensable de son écou- 
lement extrà-vasculaire , parait être, subordonnée direc* 
tement, comme nous le verrons plus loin , .à la diminution 
des. globules sanguins, , v 

L'opinion du médecin anglais repose donc sur une 
sqccession de faits . qui n'existe pas, à savoir : 1^ Ja 
diminution de la pesanteur spécifique du. sérum; 2<^ 
la diminution des glpbiiles sanguins. Tout au pbs, 
cette opinion çst-elje vraie, d'une nianière . relative , 
dans ce seu^ que la diminution de la densité spécifique 
du sérum contribue secondairement, et dans une cer- 
taine mesure, à la diminulion des globules sanguins. 
En ^flfet , dans les conditions .que nou^ venons de déter-» 
miner, l'endosmose des globules, phénomène normal 
et explicable, qu^ l'on considère le globule comme une 
vésicule composée d'une enveloppe albumineuse colorée 
et remplie d'une matière semi-^Iiquide, ou comme une 
petite masse de matière organique spongieuse et, par 
conséquent , susceptible de se gonfler, l'endosmose serait 
suspendue par suite de l'équilibre qui s'établirait entre' tes 
globules sanguiitô et leur fluide nourricier, et d'où résul- 
teraient l'atrophie et finalement la diminution namérique 
des globules. \ 

Helativement au passage de l'albumine dans l'urine des 
albuminuriques, M. Robin (1 ) a proposé Texplication suivan- 
te: c( Les matières albumineuses sont brûlées dans |e sang, 
et l'urée, résidu azoté de la combustion, est éliminé par 



l'A^li 



M. Robin. — (Mémoire sar Us Ganses da passage iie 
lùmiae dans lesUriiies, 1851.) 



JOUBNÀL 1m IIÉBECIIIE. 45 

les urines. Or, si les matières albumineuses viennent à 
subir une quantité de combustion notablement moindre 
qu'à Tétat normal , Talbumine doit passer en nature par 
les urines au lieu d*étrë éliminé à l'état d'urée. Aussi cons- 
tate-t'on l'albuminurie dans certains états pathologiques 
et même physiologiques qui entravent directement ou 
indirectement la respiration, et diminuent l'hématose, 
source de combtistion , — les maladies du cœur et des 
pouhipns, rhydropisie, la grossesse. — Oh observe encore 
l'albuminurie dans la classe des lésions nerveuses qui dé- 
terminent un abaissement de la température, et parla, une 
diminution notable de -la combustion, ainsi que dans 
les refroidissements extérieurs , qui agissent de la même 
manière/ » 

Mais cette théorie , qui rendrait bien compte de Talbu- 
minurie se produisant dans les conditions énoncées par 
l'adteùr, n'est pas applicable à l'albuminurie la plus fré- 
quenté , celle qui dépend de lésions rénales sans hydropisie 
et sans grossesse préalables, et e7([emptes de complications 
antérieures du côté du cœur et des poumons. Enfin, la 
théorie de M. Robin fût-elle complète, n'aurait encore 
qu'une valeur limitée au seul fait du passage de l'albumine 
dans les urines, puisque cette explication du phénomène 
dont il s'agit, ne jette aucune lumière, au point de vue 
de l'enchaînement des causes et des effets, sur les phéno- 
mènes concomitants, à savoir , la présence de l'urée dans 
le sang, la diminution des globules sanguins, et Thydro- 
pîsîe. Aussi, luj préférons -nous l'explication de M, 
Mialhe (1) qui du moins a le mérite de pouvoir s'appli- 
quer au passage de l'albunime dans les urines, (}àns tous 
les cas d'albuminurie, et de rattacher ce fait aux -phéno- 
mènes co-èxistantô. 

Suivant M. Mialhe, dans l'albuminurie, Falbumine n'a 
pas seulenùnt diminué comme élément du sang, mais 



(1) M. Mialhe. — Miémoire inédit. (Cours de physiologie de 
M. Béraud, tome 3.) 



î 



46 JOUBRAi BB KÉpBcaiau 

elle est encore transformée, et son passage dans les urines 
est le résultat de cette modiGeation. L'albumine physio- 
logique, composée de globules invisibles, est insoluble 
dans ce sens qu'elle circule dans le système vasculaire en 
contact avec des membranes imperméables à ses globules. 
Elle doit ce caractère à un certain degré de concentration. 
Mais, si cet équilibre est rompu par la diminution des . 
globules sanguins , ce qui arrive dans ralbu.mijnurie, l'ai- 
bumine globulaire, désagrégée par l'eau du plasma ou 
sérum du sang en circulation, relativenient en excès, 
traverse ses vaisseaux conducteurs et s'échappe avec les 
urines. C'est peut-être aussi l'origine des globules san- 
guins suspendus dans l'urine des albuminuriques , car ces 
globules sanguins sont également attaqués par l'eau. Ce 
jui prouve enfm que l'Hlbumine, en pareil cas, n'est pas 
le l'albumine normale, c'est qu'au bout de 3 heures de 
digestion dans de l'eau acidulée, l'albumine du sang d'un 
homme sain et l'albumine extraite de l'urine ne se com- 
portent pas de la mêmetnanière : l'albumine de l'urine est 
seule dissoute. 

Cette théorie est très-ingénieuse et très-séduisante; elle 
soulève toutefois deux observations critiques. 

1<* Si l'émission d'une urine coagulabie est la consé- 
quence naturelle et immédiate de la dissolution de l'albu- 
mine qui» dans cet état, aurait la propriété de s'échap- 
per à travers les parois des vaisseaux sanguins , la pré- 
sence simultanée de l'albumine dans les épanchementa 
séreux, reconnaissant la même cause , cet élément devrait 
se rencontrer, en proportion égale , dans le liquide uri- 
naire et .^ dans Içs collections séreuses, ce qui n*a pas 
lieu. 

Il faut peut-être tenir compte ici des communications 
particulièrement faciles et nombreuses qui existent entre 
les appareils circulatoire et sécréteur du rein. On sait , en 
effet , que l'injection la plus grossière poussée par l'artère 
ou la veine rénale revient par l'uretère. H serait -donc pos- 
sible que , tandis qu'il s'opère dans Thydropisie allmmi- 
nurique, une simple transsudation albumineùse extrà-vàs- 



JOVWkh BS HÉBSGIZQt. 47 

culaire, il y eût, dans Turine coagulable, passage en 
quelque sorte direct de Talbumine des capillaires libres du 
rein dans les vaisseaux urinifères. 

2^ Si , par le simple fait de la diminution des globules 
sanguins, Talbumine, modifiée par Teau, transsude à 
travers ses meiphranes naturelles et les reins, les réactifs 
devraient constater son existence dans l'urine des cbloro- 
anémiques dont le sang se rapproche , sous le rapport de 
la diminution absolue des globules, de celui des albumi- 
nuriques, et cependant l'albuminurie est un fait rare dans 
la chlorose. II y aurait donc autre chose dans ralbuminurie 
qu'une différence en moins de globules sanguins détermi- 
née par une cause appréciable ou hypothétique, et une 
différence en plus du plasma qui produirait la dissolution 
de l'albumine? 

Une dernière question se présente. Comment Tbydropisie 
se jformert^elle dans Talbuminurie? 

L'albuminurie complic[uéè d'hydropisie est un fait à peu 
près constant- Elle précédé toujours, la suffusion séreuse, 
et si , dans quelques cas exceptionnels , l'ordre normal de 
succession est interverti , la priorilé^ de l'épanchemenl se 
rattache à une cause particulière , antérieure à la lésion 
rénale et&cile à dégager le plus souvent : une maladie du 
cœur, des poumons ou du foie, une tumeur quelconque 
qui comprime les vaisseaux ou un état de cachexie syphi- 
litique ou scorbutique. Enfin , Fhydropisie coïncidante 
diminue, si Turine contient moins d'albumine ; elle aug- 
mente lorsque l'urine fournit une plus grande proportion 
d'albumine, et elle disparaît quand l'urine cesse d'être 
coagulable.,0'un autre côté, le sang des albuminuriques 
est très-appauvriv Concluons donc que les épanchçments 
séreux qui surviennent dans le cours de la maladie de 
Brigbt résultent de l'altération du sang qui suit immé-- 
diatenienl la suspension de la sécrétion physiologique de 
l'urine , et doivent rentrer, par conséquent , dans la elasse 
des hydropisies par anémie. 

. Toutefois, l'ascite, qui reconnaît; une cause indépen- 
dante de, l'albuminurie,, peut contribuer mécaniquement 



48 JOimilAL DB llfo^CINB. 

(nous l'avons déjà dit) au développement ou seulement à 
l'entretien de l'albuminurie , selon qu'elle lui est antérieure 
ou postérieure. ^ 

En résumé, l'albuminurie proprement dite, que i^ous 
distinguons ainsi de l'albuminurie fugitive qui se produit 
Kous l'influence d'une cause instantanée, co-existe avec^n 
état particulier de la substance rénale. Les résultats géné- 
raux de l'observation cadavérique établissent cette coïn- 
cidence, et l'analogie nous permet de rattacher les excep- 
tions à la règle , en nous conduisant à admettre ici l'exis- 
tence d'une congestion rénale au premier degré , qui s'est 
effacée avec la vie. 

Toute altération ou même toute modification matérielle 
du rein, permanente ou fugace, est susceptible d'occa- 
sionner, si elle ne le produit pas nécessairement (1) ; un 
trouble fonctionnel de cet organe, durable ou passager, 
qui se traduit d'abord par la présence de l'urée dans le 
sang , la diminution des globules sanguin*^ et leur uirine 
coagulable. Le rein , .comme paralysé dans cette conditiop 



(l)JNoii8 sommes disposé k croire aue, de même que Fal- 
bttminarie se rattache nécessairement a une cause matérielle, 
fixe ou temporaire, ayant son siège dans le rein, toute lésion ou 
modification du tissu rénal, doit engendrer nécessairement l*état 
albuminurique. La liaison étroite qui existe entre lés deuf phéno- 
mènes, pourrait être invoquée en faveur de cette ^action réci- 
proquoi Toutefois, Texpérimontation sur uno iaree échelle pou- 
vant seule trancher la gestion ^ nous citerons, à l'appui de notre 
opinion, les recherches statistiques de fH, Finger (t) , entreprises 
à un autre point de vue. Sur 600 malades dont le professeur alle- 
mand a examiné les urines sans distinction de maladies, 155 
avaient des urines coagtttables. Il est kregretter que l'essai des urines 
ne se fasse généralement que dans des conditions exceptionnelles 

Ïiii fixent l'attention du praticien, i'anasarque par exemple, 
es cas nombreux d'albuminurie liée k une simple modifica- 
tion du tissu rénal, et dont la durée est limitée k quelques jours 
seulement, doivent échapper presque tous k l'observation. . 



(i) H. Finger. — Recherches statistiqueB sur rslbaminurie qui n'eft 
pai liée à une maladie du rein. (Prager Vierieljahrschrilit, 1847.) 



an«lomk{cie, sécarètê bi«iii encore ou pivtôl iMwnte^ «n« 
faible quantité d'of ines tronibles «I légères ; mms son aelidn 
élimiflatrice sar Turée émiem insensible « et cet étément, 
réfïUMe réskli» de l'oxydbtionf des matières azotées dont 
la nature se débarrasse sorua ceUtë forme par la voie des 
urines, eoimen^é darts la musse Aq sang, se déooinilose 
peut'-éire , en partie , par i-effet d'une réaction diinMi^^ 
soit; dans le s]fstèine eapidaire, B'eîst^à«dire dans l^aote de 
eombuslfqn orgsu^tque , soit dans l^efisembie ém ^ttoie 
oircalaioire ., en donnant: itiçu à un dégagement d'ammb*- 
niaqafa^qut déëagrégerait une ponion> def gtobnies sangcrins. 
L'albun^iiHe , pent^^tre aussi , esd îAtaquée à son tonr pbr 
l'au^entution refaire du sérum , récitant) de la dimi*- 
ffutfôn^ des globule». L'albumine et les gldbulel^ attaqués 
par reau, devenus solubtes, sécoiuleni a¥ee tes Urines^. 
Wm autre" côté, la partie lu plus fluide du* sang , qui 
esâ profondément^attéré dkez leà ulbimninuriqiiic^ , tymssmè 
à travers les parois (tes vaisseaux^ et se dép^ , sons^forilft 
de coHeotiona sérèuaes, im& le tissu cellulatro et lea cav4têi 
oloses. 

dans rhypérémie et Minflaniniation fri^nch^ du rein; hû 
medifieationa mmériella» qu'il* subit, liifrttéi^ striïv^t à^unë 
portion de Torgane, et se terminant presque toiifèvlr^ ptef 
résolution; d*autre part, Tinduration, quand elle est le 
mode de terminaison 4e la néphrite, consistant en une 
ou plusieurs petites plaques disséminées; les accidents, 
dans lé premier cas, disparaissent sans bisser de IraeeSi 
ei, dans le second cas, passent presque inaperçus, parce 
qu'ils goril très-încotiiplèlé. 

ies éltératlèfm rénales^ eonstHlitl\/iftfe^ dè^ là^iïtaladW^ de 
Brighl, essentiellement envahissantes et dés^gél^iàillt^ées , 
déterminent, au contraire, des désordres fonctionnels qui 
suivent une marche paraMète aux progrès des lésions. 
Enfin, dans l'état pathologique du rein le plus avancé, les 
phénomènes morbides , plus fortement accusés , engen- 
dfani' éuic'-ilfiMi^ d^atilt^esi iftieidëms q«ri c<^|iîplètettt' le 
ttblieairdi)^ ift maladie. L-àllératî^n « du sâittg, de [flub ew 
pfesprofemie', coneoirttatofs a« dételop^éttaéiyt dès phfteg^ 



50 



\ imereorreotas ea afidbUsant les tissus orgao^aes , 
ci eo aecromaot aiosi levr sosoeptibililé. 

Nms termineroiis en forîDokot les proposîtioos soi- 
vantes, qui décooleot oaturellenient des considérations 
qoe noos avons présenlées dans le cours de ce travail. 

Les caractères essentiels de la maladie de Brigbt, sont: 
1* une altération da rein sni generis , qnî ODarche progrès* 
sivement jasqu'à la deâtniction complète de forgaiie ; 2<^ 
une altération continue et toujours croissante du oiode 
physiologique des mutations organiques , se révébot par le 
pbénoBBèoe compleie, d'une part, delà diminotioB des 
globules sanguins, de l'albumine dans le sang et de l'urée 
dans les urines; d'autre part , de la présence d'an certain 
nombre de globules désagrégés et d'albomioe modifiée 
dans les urines, et de l'urée dans le sang. 

Enfin , la maladie de Brigbt ne semble pas ao-^tessas 
des reseources de l'art, aussi longtemps qu'elle n'a p& 
firancbi la période congestive, précédant l'évolution de l'èié- 
meot spécifique, et pouvant être considérée comaae an 
effet de la réaction du rein contre le principe morbide qai 
l'imprègne d^. Au-delà de ce terme , la maladie s'avance, 
d'un pas plusoaoK^ins rapide, vws un dénouement tour 
jours fiUaL 



OBSEnVATION d'empoisonnement par U 
savon, arsenical de Bécœur; traitement par 
MJJ^^^ ; par m. PiKCiT, 

Bien des méthodes ont été nronosJ^Pc ■wk»» v l 
nestpoiDt m le heu de les expoeer et d'w^IpjSfcik 



wsMKÈt ro Ktnenv. Si 

valeur , noo» avoçs seolemeni pour but de CEiire «onuAttre 
UQ bit d'eoipoiiomieAe&t par la substance toxi<|ud , qui 
fait ia bpse du soyofi de Béeœur. Voici la composition die 
cette préparation, employée par les natuvalistes pour la 
coaservatîoa de» aniiuau!! empailléa : 

Acide arsenieux 500 gramoies. 

^ Camphre. 60 — 

Chaux vive 10 — 

Savon blanc 625 — 

Eau.... 625 — 

Un chien dévora^ à Finsu dé son nbaftre, un oitoau 
qu'on venài( de préparer avec ce savon arsenical ; on avait 
employé 30 gramme^ de savon , ce qui représente environ 
8 grammes d*acide arsenieux^ Depuis deux heures, rani- 
mai était S0U3 rinfluénce du poison , et paraissait souffrir 
beaucoup; ôo vint à la pharmacie nous demander un 
contre-poison. Manquant d*hydrale de pénokyde de fer, il 
nous parut à propos de donner de Thydrate de magnésie^, 
suivant le conseil dé M. Bussy. 

Il n'y avait point eu encore de vomissements, lorqu^on 
commença Tadministration de 25D grammes d-bydrate de 
magnésie délayée dans de l'eau. Après l'es premières doses , 
il y eut quelques vomituritions, qui cessèrent prompte- 
nient. On continua l'administration du contre-^poison , et , 
une heure après, survinrent de nombreuses évacuations 
alvines. Le chien, couché sur le côté, poussa des cris 
plaintifs pendant environ deux heures ; les troiè jours qui 
suivirent;, il ftit triste et sans appétit, puis il finit par 
reprendre sa vivacité habituelle. 

Pour nous procurer Thydratede magnésie, nous avons 
procède d'aprfe la fbrmule suivante : 

N"" 1. Sttl&le de Baagnésie». . . 10 g|rdmme§. 

Eau... 250 — 

N*^ 2.1 Potasse à TalcooK ..... 5 gèammes. 

Eau... 100 — 

F. S. Âx Un précipité , filtre» ei délayez. 



52 IMMUL DB MÉMCaDIB. 

L'efficacité de la magnétiè, comme eooire-^isoii de 
l'apide arsenieux, ii*a point été admiie d'vne ipanière posi- 
tive par Orfila. Voici comment il s'exprime dans ses éié- 
menu de chimie : 

« La magnésie absorbe, en effet, Tacide arsenieox et 
» forme avec lui un $el insoluble dans Teau ; mais , comme 
u cet effet est lent, et que, d'ailleurs, Tarsénite de ma* 
i> gnésie finit par être vénéneux à mesure quil se dissout 
» dans les acides de Testomac , il est préférable de favo- 
» riser, par le vomissement, l'expulsion du toxique; cela 
o étant, on pourrait tirer parti de la magnésie comme 
tt conire-poisoD , pourvu qu'elle fût administrée dans une 
« grande quantité d eau tiède » 

Dan$ $on J" volume de toxicologie, Orfila s'exprime 
d'une manière cucore plus restrictive : 

« Sf , Bu^y a préconisé la magnésie « mais les observa- 
4 tioQ3 qu'il a recueillies che^ l'homme ne sont pas pro- 
9 bontés, pui^iue, dans toutes, les individus ont vomi. 
D Or, qui oserait assurer que la.guérisoa a été plut^it due 
» à faction chimique de la magnésie qu*aux évacuations? 
D Çe^t qu'an effet, l'arsénitede magnésie, <|uoiqua moins 
a. véuéneux qua Tacide arsenieux. Test encore as&ez ppur 
o tu^ au bout d'un certain temps, a 

On va^t , par ces citations ^ que Topinion du grand toxir 
c^ogisite ^t peu favorable à l'emploi de la magnésie 
comme contre-poisou de Tacide arsenieux. M. Bussy^ a 
établi, toutefois, que la magnésie pure, mais faiblement 
calciué^, peut absorber facilement l'acide arsenieux en 
diçsolutiou, et formeir avec lui uo composé insoluble 
même dans l'eau bouillaule. Une observation recueillie 
pftr JJ|. Levage est ic^uue depuia démontrer la vérité de 
ce fait et Futilité du cQutrc^-poison ovignésien. 

M. le docteur dArdiége et M. Lepage furent requis 
pour doBDer des soins à un noÎEnmé DehuMtte^qm avait 
pris i 5 grammes de roorl^aux-rats (acide aisenieux) dé- 
layée dans ime certaine quantité d'eau. Ik lui ad«iinis- 
trèrent de la magnésie, et ftipent assez heureux pour le 
voir se rétablir promptement. Sous rkifluflmse du kit de 



vmgnéfàe^ k aial«<]« avilit voitii ; ot) re6H«UIU {%$ Oléifères 
des vomissenaents ^ur les ôxamioer. « On mit d'abord 
» sur un filtra toutes les œatièr€s vomies, qui cènsis*- 
» talent eo magnéfiie délacée dans w liituida à p^ine 
» odorant* Il passa un liquide transparent et de couleur 
» anribrée. Oii Tintroduisit dans un appareil de Marsh 
i> donnant du gaa hydrogène pur; il fût impossible d'ob- 
u tenir la plu$ petite tache d*arseniç sur ues soucoupes 
JD de porcelaine que nous présentâmes à la flamme da 
i> Tappareil. Aussitôt que nous eûmes mis» dans ce même 
» appareil, quelques parcelles du magna magnésien resté 
» sur le filtre, nous pûmes recueillir sur les soucoupes 
» de larges taclies d'arsenic métallique. » 

Ces faits et l'observation que hous avons rapportée nous 
conduisent à conclure que la magnésie pure, faibleftienl 
calcinée, peut absorber facilement Tacide arsenieux et 
former avec lui un composé insoluble même dans l'eau 
bouillante ; qu'à Tétat gélatineux , elle Tabsorbe plus 
promptement encore; et qu'enfin , on ne peut mettt*e èû 
doute rèfflcacité de fa magnésie nouvellement précipitée, 
conmie contrepoison de Tacide arsenreox. 



OBSERFJTION d'un cas de carcinome du 
pylQre; far M. PÀPici-CLEttGiSBW , Médecin^ 
$ntp(piUtmi dM Bm^c^s., 



Pierre Rarré, marbrier, âgé de 56 ans y est entré à 
l'Hèlei-Dteo, salte 16, n^ A , le 5 septcs^br^ |gSâ. AiHai- 
gnssejanenl très-prononcé, teint j^âte et plombé par pfci- 
qoes, peau sècliie; langue salles kHl^uche maityaise, i^oete 
mîsérabte^ et. ftiéqueiit; perte d'appétit , soif àiadérée. Ce 
malade est sujet, de{^ $ mois em^iron, à cbs rappiofte 
nidoreoa aâm% qu'àîea na^àsée^el à des vonùésemems qui 
sosviieiiiieci^ ima^édiateaiefiÉ après, ses .ropaai II épro«ve,. 



S4 jomoiAi. Bfi MÉmomu 

depuis cette époque, des élancemenU au niveau de l'ap- 
pendice xyphoïde. La percussion donne dans ce point une 
matilé relative. Le foie et la rate ne paraisséfit pas s écarter 
sensiblement de leurs dimensions et de leur position nor- 
males. Il n'existe pas de tumeur, nî de gargouillement à 
Tépigastre, ni de tyippanile stomacale. 

Des vomissements ont eu lieu avant la visite : les ma- 
tières sont d*un brun-clair, et offrent la consistance d'une 
bouillie mal liée; leur quantité ne doit pas dépasser celle 
des aliments qui composaient le dernier repas. Cons- 
tipation depuis 15 jours. 

Nous diagnostiquons un carcinome du cardia. Le carac- 
tère, Tancienneté et le siège de la douleur, Tobscuri té 
du son épigastrique, la coloration des inalières vomies^ le§ 
vomissements apparaissant avec régularité après cbaique 
repas, la maigreur excessive du sujet, son teint pâle et 
livide par endroits , leâ rajpports fétides et la constipation 
opiniâtre, accusaient uo^ affection cancéreuse du ventri- 
cule. 11 manquait bien à Texpression symplomatique de 
cette maladie le signalement de la tumeur caractéristique ; 
mais la matité relative en avait^ presque la valeur dans 
l'espèce. Quaht à là précision du siège de la lésion ; 
l'absence de gargouillement et de tympanite stomacals, 
les vomissements si rapprochés des repas, le point dou- 
loureux et mal, indiquaient plus particulièrement uri car- 
cinome du cardia. On sait du i»çste que les tumeurs cancé- 
reuses du cardia sont moins accessibles au toucher que 
celles du pylore, qui occupent un plan moins élevé et plus 
antérieur, et.se rencontrent généralement au-dessus de 
1 ombilic ou prèiS de la vésicule biliaire. 

Le m^àde est soumis à une alimentation suhstantielto 
soua la. forme la plus légère, BouiUon de poulet, awiau' 

Poudre lax^ve,absort^^^ et calmante, et lavemenisX 
miel naercuriale. Sinapismes appliqués sur Tépigastre 

Les vomissements deviennent moins fpÀ/moofl i 
cessent „jéa.e ,e 18; ies nausées «r^^'^pX 'pèi: 




jOOKIUài DB HÉDBGHIB. S5 

sistent. Le malade ne tarde pas à tomber dans un élat 
de siibdélirium et s'éteint le 2B. 

L'autopsie est fiiite le sarlendemain. Dans TintervaUê , la 
poitrine a été ouverte avec précaution, par un élève, qui a 
pratiqué l'injection de i'aorte pour un concours. Nous 
remarquons d'abord que le diaphragme , an lieu de bomber 
dans la cavité thoracique; décrit une courbe en sens 
inverse. LVstomac rempKt plus du tiers de TabdoRfien ; il se 
dirige comme une large baridede l'épigastre à l'ypogastre , 
en suivant une ligne légèrement objique de gaucbe adroite. 
La fNremîèré partie du duodénum , le pancréas , le foie et la 
rate, ont suivi le ventricule dans son déplacement : ils sont 
abaissés. Nous n'avons pas besoin <ie rappeler ici , pour 
TexpUcation de ce. fait, les rapports étroits qui existent, 
d'uoe part ,. entre le foie et la rate ^ et réstomac , et d'autre 
part, «ntre le pancréas et le daodé^num. Le pylore, qui 
occupe l'extrémité de la ligne représentée par le ventricule, 
et. le duodénum sur une longueur de 5 centimètres, 
forment lin boyau plein de. 2 centimètres de diamè- 
tre, Lfœsopbftge est. tiraillé par le poids de l'estomac. 
Des fécès rares, et de la. grosseur d'une noisette^ sont 
disséminés dans les circonvolutions de l'intestin. Le péri- 
toine n'est point altéré , et là coloration des organes diges* 
tife t^ présente rien de particulier. Le foie, coupé par 
trancfaés V n'a pas conservé l'aspect granuleux qui lui est 
ppof^e. Sa substance est plus unie et plus ferme qu'à 
rordiiiaire^ et sa coo^ur se rapproche de la nuance rouge- 
feu. L'injection ne l'a pénétré' qu'imparfaitement^, ainsi 
c|ue le tissu de la rate et du pancréas, qui est sain , et dont 
la couleur est naturjelle. L'estomac est Incisé dans sa lon-r 
gueur; ses parois ne sont pas hypertrophiées. 11 contient 
une énorme quantité de matières semblables à celles des 
vomissemmis. Lé cardia est intact ; mais le doigt introduit 
dans rortiicet «st comme étranglé. Cette disposition est 
aceidéntelie ; elle résuhe évidemment dé la tension que fait 
subir, à la partie supérieure' du tube digestif le poids du 
ventridilé siffcbargé. La muqueuse , sur le trajet de la 
grande courbure, est d'un blanc bcté , et souleTée inégaie- 



ntent pas dé» pelite» bulles é'air emprifionnées^pair groupes, 
et enchâssées dans une substaace. k deml-concFète et 
cKapioieceAce albuiukieusiri Le pylore et le duodénum sont 
fendus bftgitudiiRale»eni. Le pylove et la portion da 
dnodéiHiBii , qui y &ii suite, sont conveirtis en. un eoedan 
9qiltiirheii& ^peroé d'ua.canfil;(fonl le cafibre permet àpeûie 
(e paseage d'une sonde n»o3):en0e. 

Cette obtofvatfon nou» a offert quel^pie inlépèt au point 
de vue de l-anatemie pathologrque, de la difficulté du 
diagnostic appliqué au siège «précis des lésions caFf^o- 
mateustô die Testomac, etdeta.physiplogie du. vomiaBâanentt. 

Nous ne- reviendrons pas sur la descivipUon anaaoink}ue 
des organe» abdomiuaua , et il nous suffir-a. dé rappeler 
que le& oaraàtères généroriement atlrilmés par l'observation 
dniique au ^carcinôine du cardia , se trouvaient rénnia ici 
sauè inèlaage, c'eet-è-dire - saits m«nifesta;tioa- dlun des 
symptômes également aç^ignés à la< dégénérescem^js du 
(^tere) tels que la tumeur sous-ombiHçale ou juxiàr-véëica- 
laire, le gargouillement épigastrique, Texagération. du son 
stomacal , et Tapparition de vonrissements aa^z éloignés 
de» repas, et, cependat^t, le pjllore était le sié|§^ de la 
lé^OQ organique. Le déplaeement iiemai^uid>ie de Jf^sto- 
men expliijuait bien> 1» mutité relative et ta. sensation 
doulotvreuse au niveau de Tappencfiice xyphoïde , Fabsenoe 
de k tumeur caraciétisttcfue , du gargouillement épi^a^ 
trique^ de i ■exagération duison stomacal; mais la.skqpu^- 
larité des vomis^mentâ, et leur cessation dans les di^mteris 
jours de la. maladie, devaient reconnaître imev autre èausei 

Nous avf^s communiqué , Tannée dereiÀre-v'à la Seetkm 
de Hédeeine , une observation . de rupture dep restomao , 
suivie d'tunè péritonite stir'aiguë , sans^nausées!, ni vomis- 
sements. En nous a|:qfrayatit sur la physiologie moderne,^ 
nous a^ieas rattaicbé l'absence de ces' accidents à une^paara- 
lysie: tmumaâiqueduventricuiei Le^phraf^me et les nuis- 
desabdominauxs disLone-^riô^s, Sont reconnus ai^ourd'hoi 
eommeles seuls agents actifii du vomtssmnent. Leurcontrae- 
tion s>mu(kanée a^ pour- effets de eompHrimer brusquement 
t'eetjQ^aAac , taudis que celle des ittires lomg^diiialéâT de 



rce^pp^gfi {^cjlUe l'expulsion (}e$ ips^iières (^ élargisMOI 
VorÎHç^ çardi^qpe; pais ce$ (jiffér^nts nçiu^cles se mett^iit 
ep ^e^ sQus ripjIueDc^ dq ipoMv^meQt venDjculi^re du 
yeniricule , qui accompagne la nau^e. Or, i| e^i admis 
sénér^jetn^nt que, Ic^i^uq le vomissieineot a sop point de 
départ jiors du yeqtricule, dao^ le péri|oîne, par ei^eiipfle, 
rjmpf^?^ipQ es^ traosnais^ d'a|)ord au çei^Mre nerv§ui(, piiis 
à 1 ^stof]i|ac par r^^Cle^iop , eu y faisant naître la n^us^e et la 
coiitf^plïftP pb§purp qiji prépare et provoque w vomisae- 
bfnt. \ * 

Cette théorie , tPHtéfois, ne p$ira{t pas applicable aiii^ 
yofàiss>içfnents ocpaslonnés par |'injec|iop de l'épietique dans 
(es y^ipeç. . 

'^q^s s^pposions dope que l'es^onific , par^l^sé par une 
lésion Qiortelle, n'était plus susceptible do i^ecevoir L'iip-r 
pression particulière qui y déierniiop la pai^sée et le i»Ou- 
Yejnept ye^miculaire. Me 1$, l'absence 4^s nauséj^s §t des 
voinisspipents af3 dél>ut ^t 4^^^ ^ coixi^ dé la péritonite^ Ce 
phénomène particulier, ajoutions-nous , pouvait dépendre 
encore, dans une certaine mesure, de Tineriie du dia- 
phragme et des muscles abdominaux repoussés avec force 
par une accumulation rapide et prodigieuse de liquides 
dans le péritoine. 

L'observation actuelle confirmerait, maintenant, Texpli- 
cation théorique du vomissement, dont le point de départ 
est dans le ventricule. Ici , Timpression se développait 
primitivement dans l'estoniac , et y faisait naître la nauséa 
et le mouvement vermiculaire , dont nous avons parlé déjà. 
Nous sommes disposée à «admettre seulement qu'au début de 
la maladie, il s'écoulait entre les repas et les vomissements, 
un temps plus ou moins long, qui n'a pas été suffisamment 
apprécié par le malade, ou dont il n'a pas gardé le souvenir. 
A une époque ultérieure, l'estomac, d'une part, agrandi 
par le séjour permanent d'aliments et de gaz retenus dans 
sa cavité par le rétrécissement du pylore , mais non pas au 
point d'être dépourvu entièrement de sensibilité et d'élas- 
ticité fonctionnelles; d'autre part, le diaphragme et l'oeso- 
"''"Re ^çserya^jt f(Pî^re ^ne pw^ie de kmjt action 

5 



58 JOUBIfÂL DB KÉDSCIRB. 

musculaire , malgré le tiraillement que leur faisait éprouver 
le poids de l'estomac, toute addition d'aliments, en comblant 
la mesure physiologfque de Cet organe, devait avoir pour 
résultat immédiat de provoquer la nausée et le vomissement 
ou plutôt la régurgitation, car le ventricule ne se débarras- 
sait que de la couche du bol alimentaire qui dépassait le 
niveau de sa capacité fonctionnelle. Hais la contractilité 
musculaire , condition essentielle du mouvement initial et 
précurseur du vomissement, devait s'éteindre, à un moment 
donné, dans un organe énormément distendu par les 
matières qui s'y accumulaient sans issue , et flottant , en 
quelque sorte, dans la cavité péritonéale. Dès lors, les 
vomissements ont dû cesser de se produire, et les nausées 
seules ont persisté. D'un autre côté , l'œsophage et le dia- 
phragme , qui coopèrent au vomissement , allongés par une 
traction continue et progressive , ne pouvaient pas conserver 
eux-mêmes la propriété de se contracter avec le degré 
d'énergie nécessaire pour l'accomplissement de ce phéno- 
mène. 



Nantes, Imp. de B|«« v« G. Mellinet. — 2792. 



Des Obstrvatians AiO mètres ^ à peu près, au-dessus des 



MOIS. 



FÉTRIER. . . 



BIARS. 



« 
JUIPT. 



Bi PLUIE TOMBÉE 

7 H. V SI;R la PI.ÀTK-Ft>RMF.. 



t4 

Moyen! 
Rloycni 
Plus er 
)loindr( 
Variaiit 



Mo y OUI 
Bloyeui 
Plus gr 
tkloinUn 
Varia tM 



enl 



Moyeni 
Moveu-^ 
Plus g»^ 
Moindr 
Variall 



Moyoni 
Moyen 
Plus gi 
MoiuJT 
Variatii 



Moyend 
Bfojcnl 
*lu« gri 
Moiadr« 
Variât 



Moyeni 
Hoyeni 
Plusgt 
Moiniir 
Variât! 



t 



ln^l. 06*J inill. 



iiiM. 015 iniH. 



• laèt. OOS mill. 



met. 030 inill. 



mhi. 0'i5 mi II. 



PHASES 

DE I K LL'NE. 



I». O/ le B, * 5 h. 57*111 

P. L. le 14^ à » II. L'O' m 

D. O. Ife S?» À 1 h. 32' m 

TV. L. le 28, A n h. ïTs. 



P. Q. |p 'i, * iO h. 46' s. 
P. L. le 13, ik 3 h. fi'iu. 
D. Q. Je UO, à 10 h. .15' m. 
N. L. le 27, A 4 h. 4fc' ;m. 



P. Q. le ft, A 7 h. I!l' s. 
P. L. le 14, à 6 h. r s. 
D.Q. le 21, k G h. H' s, 
TV. L. le 28, à 5 h T s. 



P. Q. le 5, * 3 h. ri2' s. 
P. !.. le 13, à 6 b. 6* m.- 
D. Q. le 20, à h. 2{' m. 
N. L. !e27,à 6 h. 23' in 



9 h. 39' m. 



P. Q. le S, k 9 h. 39' 
P. h. le 12, à 3 h. 46' 
I>. Q. lo 19, à' 6 î». 42*m 
rr. L. Io26, à 8h. 5(»' s. 



met. 058 mill. 



P. Q. le 4, à h. 50' m, 
P. L. le 10, à 11 h. 40' s. 

D. Q. le i7, ■ a h. sr s. 

W. L. le 25, à Oh. H' s 



e au-dessus du sol, et 40 mètres, à peu près, au-dessus des 
£TTB ÀiRÉy à Nantes. 

B 185^. 



JECTIOW 


ÉTAT 




PLUIE TOMBEE 


PHASES 


s VENTS. 


DUGIEf 


• 


SUR I.A PLATE-FORME. 


DE Vk LUNE 


«. 


4 


Bcniix jours 


27 






. E. 


S 


Couvi-rt 


4 






•isl 


S 


Pluio 


fl 






. E. 


1 


Gelée 







P. O. lo 3,» 1 h. IN. 


ïiid 


4 


BrouniarJ 


5 


inM. 009 luill. 


P. L. lo 1«, à 6 1.. 3Viu. 


. o. 


3 


Vctu 


Vi 




1>. Q. le 17, A h. i'i'in 


O. 


u 


Gr6iu 







N. L. Ie25, A 3 h. 2rAa. 


. il. 


k 


Weige 













Tonueire 




30 






N. 


5 


Beaux jtiurs 






;. E. 


4 


Couvert 


J 






Est 


4 


IMuio 


5 




P. Q. Ir 1, à 10 II. 37* s. 


. E. 


S 


GcU-e 


II 




P. L. le 8, à 1 h. *iV%, 


•»U(l 


1 


Broiiillaid 


in 


OmM. iliLmill. 


I). W le 15, k k \%. S»' s. 


. O. 


y 


Vent 


•-1 




N. ' It 23, il 6 II. 10' s. 


O. 


7 


r,r659 


0- 




U. Q. lo 31 , i 6 h. 16' m. 


. o. 


5 


Ncigo 
Toauurro 



2 






^. 


3 


B«*aux jours 


23 






f. E. 


5 


Couvert 


i 






B»t 


JU 


Pluie 


3 






. E. 


« 


Gcléc 







P. L. le 6, il 9 h. ^V s. 


Sud 


3 


Bro.illar.1 


<J 


inM. 004 inill. 


1). Q. le 14, k G h. 40* m 


. O. 


s; 


Vent 


24 




TV. L. I«22, ik 8 h 12' m. 


0. 


4 


Giélo 


U 




P. <^Klo29, ik Oh. 47' s. 


'. 0. 


1 


^cige 


« 










Touucrre 









N. 


3 


Beaux jours 


23 






. K. 


2 


Couvert 


K 






Est 


3 


PJuio 


13 






[. E. 


1 


Gelée 







P. L. lo 6,ik7 1.. 46' m. 


Siul 


8 


Brouillard 


23 


ma. 106 luill. 


1). Q. lo ii.iklh 50*ro. 


.. 0. 


3 


Vent 


1«" 




N. L. If 21, à 9 h. 3V8. 


0. 


tt 


Grdie 


1 




P. Q. le 28.* î h. 12- s. 


\, 0. 


8 


déifie 
Touueire 


II 
2 






N. 


7 


Beaux jours 


J5 






r. E. 


4 


Co-.ivert 


1.5 






Est 


4 


IMuio 


16 






.. E. 


2 


Gelée 


r> 




P. L. le 4, à 9 h. H* s. 


SikI 


2 


BrouMIarJ 


2^ 


met. 083 mill. 


n. O. Ii5 12, k 10 h. IK's. 


. O. 


2 


Vent 


13 




^. L. IcïO, à 10 h. Wm. 


o. 


7 


Grôle 


1 




P. Q. te 27, à 2 h 49' m. 


. o. 


2 


Neige 
Tonnerre 








, ■ 


IV. 


5 


Beaux jours 


18 






r. E. 


2 


Couvert 


13 






Est 


2 


Pluie 


16 




P. L. ip 4, il 1 h. 44* s. 


1. E. 


\ 


Gelée 


H 




D. O. Itol2, à 6 h. 20' s. 


Sud 


I 


Brouillard 


27 


met. 031 inill. 


N. L. te 19, k 9 h. 56' s. 


i. 0. 


« 


Vent 


18 




P. Q. le 2fi, à h. 47' s. 


O. 


i'» 


Grêle 







N. O. 


4 


Nc-ge 
Tonnerre 


A 








1 











JOURNAL 



DB LA 



SECTION DE MEDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE. 



BULLETIN DES SÉANCES. 



Séance dû 16 mars 1S55. 

PRllSIDEMCB DE M. MAHOT , VICE-PRéSlDENT. 

Le |»Qcè8rverbal de la dernière séaDce est lu ei ado|Hé. 

Après rappel nominal, la Section procède à Télection 
d'ua Trésorier ^ en jreiop)acen^en( de M. Ménard , qui 
remplissait ces fonctions, depuis plusieurs années, avec 



60 JOUEflAL BS MÉDBCHIE. 

un zèle remarquable, et qui a succombé, encore plein de 
vigueur, à la suite d'une courte maladie. 

M. Moriceau obtient la majorité absolue des voix; il 
est en conséquence proclamé , par M. le Président , Tré- 
sorier de la Section de Médecine. 

M. Moriceau faisant partie précédemment du comité 
d'administration , il y a lieu de pOQr\K>ir à son remplace- 
ment dans ce comité; une autre place- étant devenue 
vacante dans le même comité, par la retraite de M. Saillant, 
la Section procède de suite à cette double élection. 

MM. Maguéro et Lequerré obtiennent la majorité des 
sufirages, et sont en conséquence proclamés, par M. le 
Président, membres du comité d'adminisiralion de la 
Section de Médecine. 

Le reste de la séance est consacré à la démonstration 
de pièces d'anatomie clastique , par M. le docteur Le- 
ipercier. 

A 8 heures moins un quart, la séance est levée. 



Séance du 13 avril 1855. 

PRÉSIDENCE DE HT. M ABIT. 

En l'absence du Président et du Vice-Président , M. 
Mabit, le plus ancien des membres présents, dans Tordre 
de date du diplôme, est appelé à présider la séance, en 
vertu de l'article 45 du règlement. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

M. le Secrétaire a reçu une lettre de M. Beaupoil , mé- 
decin à Ingrandes (Indre-et-Loire) , qui demande à la 
Section le titre de membre correspondant, et lui envoie, 
à l'appui de sa candidature , deux brochures hititulées : 
Tune, de Ventéropathie métallique; l'autre, de l'intermH' 
tente composée. 

Cette demande sera transmise au Président de la Société 
Académique. 



JOUBRAt DE HÉUBCOOK, 61 

La Section a reçu , en outre , les ouvrages suivants : 

i" Du Goitre endémique dans le département de ta 
Serne- Inférieure , et de Tétiologie de cette maladie, par 
le docteur Yingtrinier ; 

2<' Bulletin de la Société de ^ Médecine de Besançon , 
année 1853; 

S*" Notice sur les eoux thermales de Néris, par le doc- 
teur Riçbond des Brus; 

4'' Études de Psychologie médicale^ par le docteur 
Dumontt médecin delà maison centrale du Hont-Saint- 
Michel; 

5» Lettres a M. le professeur Rostan, sur VBypochondrie, 
par le même. 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. le docteur 
Aubinais, pour la lecture d'un travail intitulé : Quelques 
réflexions sur les fièvres périodiques pernicieuses , à Voc- 
ceaum d'un accès de fièvre pernicieuse cholérique, lequel 
accès fut d^abord pris pour un cas grave de choléra (1). 

Après cette lecture , JU. Rouœeau fait à la Section le 
récit d'un &it analogue. Il donnait des soins , avec un 
antre médecin , à une boulangère de la Grenouillère, qui 
leurparaissait affectée d'bépatite subaiguë. Us avaient em- 
ployé les émissions sanguines, les purgatifs et les révulsifs, 
sans obtenir la moindre amélioration ; la malade manifesta 
alors le désir de se fair« traiter par un homœopatbe. Ses 
premiers médecins durent en conséquence se retirer; mais, 
quelques jours après, survint une nouvelle maladie, beau- 
coup plus grave que la première ; cette femme fut prise 
d'une iittaque très^^grave de choléra épidémique, et M. 
Rouxeau fut rappelé. Il trouva la malade dans l'état le plus 
alarmant: cyanose, crampes, vomissements incessants, 
pouls à peine perceptible , absence d'urine, etc. Le soir, 
le mal a fait de nouveaux progrès , le pouls ne se fait plus 
sentir. Le lendemain, un peu d'amélioration , le pouls 
peut être compté, la peau est recouverte d'une légère 



(1) Voir pluà loin, page 64. 



6^ JûiUJ»]^ DE MÈWfSSif^ 

moiteur ; la garde dit qu'elle a observé « la vqIU^, une 
moiteur sepabkable. On commence alors Tadministration 
de deux grammes de sulfate de quinine en lavements , à 
la dose de 50 centigrammes^ d'heure eo . heure. Le soir« 
rétat si grave de la. veille se reproduisit : le pouls devint 
de nouveau imperceptible, les battements du cœur ne 
présentaient à Tauscultatipu qu'une sorte de tressaillement 
irrégulier. On prescrivit l'administration de deux autres 
grammes de. sulfate de quinine en lavements. Le 
lendemain, il y eut enfin. ui)e amélioration n^arquae ; on 
continua le sulfate de quinine plusieurs jours encore , à 
dosé d^eroissaiite* La nialade s'esl cQmpléiement rétablie. 

Une circonstance remarquable et qu il est bon de nçtçr, 
c'est que Te cathétérisme pratiqué, cli^que jour, suv cette 
femme, donna isspe, chaque fois, à une.ceirtaine.quaptité 
d'urine^év^luce a 50Qgrami]nes; il n'y euiAoïiCjfiQint^.ci^e'A 
elle, suppression complète de la sécrétion urin^ire. Q^^el- 
ques. jours après la cessation des accidents ct)o|érique§f« la 
malade rendit une masse d^ maiière§ fécales eMrémèment 
considérable.. Cette, circonstance, dit. M, Rouxe^u, me 
porte à croire que nous nous étions trompés sur le dia- 
gnostic de Taifection primitive, et que nçùs n'avions pç^im 
eu affaire à une hépatite subaiguë, mais simplement. à un 
amas de matières sterçorale^. 

Quant à l'affection cholériforme , qui est survenue en- 
suite, M.. Rpuxeau la considère comme une attaque de fièvre 
pernicieuse, <lans laquelle l'administation du sulfate de 
quinine a eu les plus heureux résultats. Il foit remarquer, 
en outre, que si le médicament a eu cette action, efficace., 
c'est qu'il a été absorbé, et que, par conséquent, on a 
émis une erreur .quand on a dit que, da^is le. choléra „ le 
tube digestif devenait un vase inerte, dépourvu de la faculté 
d'absorption. 

M. Thibeauii a observé, avec M. Marchand,, up cas de 
fièvre pernicieuse, analogie à celui de M.. Âubinais. C'était 
pendant l'épidémie de choléra de 1832: l'intermittence 
fut bien évidente , car elle se manifesta en tierce; le sul- 
fate de quinine fui administré, et le m^la^e gyérjt. Ces cas 



imJUlfÂL bB IlÉDfiCiNE. 63 

de fièvre pernicieuse ne sont point conâidérés, par M. 
Tbiheaud , colwme des cas de choléra , quoiqu'bh les âtt 
observés pendant le rè^he de celte maladie épidémique. Le 
lîholéra, dit-il, ne guérit point, malheureusement, sous 
rinfluencedu sulfate de quinine. 

M. Hélie demande la parole^ Il a entendu M. Aubinai$ 
prononcer son nom tôut-à-l'heure ; il fut appelé, en effet, 
à donner des soins à Ja malade en question. Il la trouva 
assise dans Un fautedil. Les symptômes qu'elle présentait 
étaient ceux d'une cholérine très-légère; il prescrivit quelques 
moyens dç traitement peu actifs. Le lendemain , il apprit 
que des accidents plus graves étaient survenus et que d*au- 
trçs médecins l'avaient remplacé. 

M. Hélie ajouta qu'il ne partage pas les idées émises 
par M. Aubinaili sur TappiioatloD du principe : NâiUPam 
morborum o^tendunt cur aliènes. M. Aubinais a eu tort, 
suivant lui , de dire d'une manière générale , que toute 
affection grave , cbolériforme , guérie par le sulfate de 
qtiinine, était une fièvre pernicieuse. Nous avoins tous, dit 
*M. Hélie, âditilnistré le sulfate de quinihe dans certains cas 
de choléra, et nous javons ^u voir les nfiaiadës guérir ; mais, 
est-on fondé à dire pour cela quiB ces malades ont guéri 
parce qu'ils avaient pris du sulfate de quinine ? Tout ce 
qu'on peut affirmer ,^ c'est que la guérison a eu lieu pen- 
dant qu'on administrait ce médicament. On aurait tort 
évidemment d'attribuer , dans tous ces cas, au sel fébri- 
fuge* les honneurs de la guérison ; et tort aussi, par consé^ 
quent , de conclure que tous ces malades étaient atteints de 
lièvre pernicieuse- 

M. Hélie dit, en. teinninant, qu'ils'élève seulement ici, 
d'une manière générale, contre l'extension trop grande 
donnée par M. Aubinais à un principe de thérapeutique , 
qui n'est vrai que dans certaines litnites; que, d'ailleurs, il 
ne prétend faire aucune application de ce qu'il vient de dire 
au fait particulier contenu dans lé mémoire de M. Aubinais^ 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. ^lartïei^e, pour 
la lecture d'un travail intitulé : ObHîération àes commis 



64 joubuâl DE iiédbc^ie. 

biliaires , atrophie du foie , réflexions sur Vairophie simple 
et sur Vairophie symptomatique de ce viscère (1). 

H. Malherbe lit ensuke une observation de pneumo- 
thorax , recueillie dans son service de l'HôteUDieu , par M. 
Vallin, interne dç cet hôpital (2)r 

Lé Secrétaire ^ 

L.-F. Champenois. 



QUELQUES RÉFLEXIONS «flr les fièores 
périodiqms pernicieuses, à l'occasion d'un accès 
de fièvre pernicieuse cholérique, lequel dccès fut 
d'abord pris pour un cas grave de choléra, 
par le docteur Pitbb âubuvais , président dit 
jury de médecine de la Loire-Inférieure, 



On lie peut écrire sur la fièvre interniittente perni- 
cieuse , saris se laisser guider par le savant ouvrage de 
Torti (Therapêulicespecialis ad febres quasdam pernîciosas, 
in-4**. Mutin. 1712). On ne peuf*^, en effet, suivre un 
meilleur guide. C'est là îju'on rencontre les grandes et 
belles distinctions établies entre les fièvres (continues, 



(1) Voir plus loin, page 82. 
C2) Voir plus loin, page 98. 



lÙUKSkt BB KÉBECINB. 65 

réfniitentes , intermittentes). Pour justifier cet éloge, it 
suffira de citer leà paroles empruntées au Compendium de 
médf^eine pratique, a Torti a fait sortir de l'obscurité 
l'histoire des fiëyrep perniûieuses , et. formulé leur traite^ 
ment avec une telle netteté et une t^lle certitude, qu'il n'a 
rien laissé à faire sur ce point à ses successeurs. Il a écrit, 
en outre, Tliistoire du quinquina, d'une maniéré si com- 
plète et si médicale, qu'on peut encore le proposer pour 
modèl$ dans ce genre. » > : 

Torti désigne chaque fièvre pernicieuse par son symptôme 
culminant. Il en distingue dix-huit variétés, ou formes 
différe^ntés , et sa description de chacune de ces formes 
est ^l'uoe telle eicactitude et représente si fidjèlement la 
nature , que dans les meilleurs ouvrages qui ont été écrits 
depuiSf on ne peut en trouver de plus complète. 

Au nombre de ces dix-huit formes ou variétés de la 
fièvre périodique pernioieuse , l'on trouve la forme algide 
(febrisalgida), la forme chptérique (febris cholerica). Ces 
deux formes peuvent se montrer réunies , et alors sj Ton 
n'y porte atteation, l'accès simule une violente attaque de 
choléra ^et entraîne un vtiriiable danger. 

Ceux qui désirent bien connaîtra cette forme de la fièvre 
à accès pernicieux, doivent l'étudier dans, les ouvrages 
des médecins élevés à l'école de François Torti, qui ont 
exercé leur art tlans les contrées méridionales , et, à ce 
sujet, je citerai {es études sur la fièvre perniçième^ publiées 
à Avignon , en 1 842 ^ par la docteur Gouraud (pèret) , 
médecin de la^suçcursale de THôtel des Invalides, études 
qui sont le fruit de sa propre expérience, tant en Corse 
qu'en Algérie , et qui résument la pratique de plusieurs 
médecins qui ont habité les pays chauds ; de M. Antonini, 
médecin de Ihôpital du dey d'Alger; dt^ baron Michel, 
médecin principal de l'hôpital français « à Rome; du doc- 
teur Roux, médecin en chef de Tarnlée française, en 
Morée (1829), etc., etc. 

Plus on creuse; les études cliniques des pyrétologistes , 
plus on se pénètre de l'opinion exprimée . par Richard 
Norton (Ricbardi Morton, oper. med., t. t. Pyreiologi», 



66 JOtm^Ai DE HiMcnvs. 

eap. 6-8, pag. S6-40S, io-i^" ; Lugii. 1737), fet par 
Weribof (observaiiones de febribos, pmcipiie rrriermît- 
tefitibus, in-4^; Hanov. 1732-17^5), il y a déjà plus d'oii 
sîëcle V à savoir que la fièvre intermittente constitue un 
véritable empoisonnement, dont ta nature du poison est 
encore inconnu-, et dont Tafitidote est- le qui^uina. 

Oans Tétude de cette fièvre et surtout dans le choix du 
. traitement ^ lorsque le caractère insidieux de la' -fièvre est 
révcJQ par un symptôme dominant, on ne doit pas se laisser 
diriger par Te^rit de doctrine qui peut conduire à une 
nuisible hésitation. On doit ne pas perdre un instant de 
vue le précepte posé paf 8enac (de reconditft Tebriumi 
naturft) , que le plus grand danger consisté dans le retard 
que Ton apporte dans remploi du quinquina (ma/ué est 
in morâ péTiculum quàm in cortice peruvtano adhibendô), 
théorème qui a été mis de nouveau en lumière par Fodéré , 
lorsqu'il b écrijidans ses leçons sur tes épidémies j U)iù. 2, 
pag. 2^1, les lignes suivantes:* 

(t Lorsqu'il s'agit d'un accès de fièvre périodique perni- 
cieuse, le praticien ne doit pas perdre un temps précieux 
à combattre ^Jes accidents -qui ne soKit que l'ombre de la 
maladie : ici, le principal emporte l'acçessoirev Le quin- 
quina doit être donné à forte dose et sans aucun retard. » 
Cette pratique, qui était celle de Torti , a été sanctionnée 
depuis par H. Bailly, deBlois, dans sonlroîté ématotnico- 
patkùlogique des fièm^es intermiUentes fm-S®, Paris, 1 825) î 
par M. Nepple, dans son essai sur ks piètres rémittentes 
et intermittentes (in-8'', Paris, 1828) ; par M. MaiHot , dans 
son traité des fièvres ou irritet^ions cérébro-spinales inter- 
mittentes (m-S^^ Paris, 1836). Tous rces auteurs, par one 
rigide observation de faits cliniques ,. ont éclairé certains 
points de l'bistoire des fièvres périodiques, sans beaucoup 
s'éloigner de la pratique de Torti. 

Aujourd'hui, tous tés médecins doués d'un véritable 
talent d'observation imitent la conduite des praticiens qui 
se sont souvent trouvés aux prises, dans les pays chauds , 
avec le génie. des fièvres périodiques dé mauvais carac- 
tères; ils donnent le quinquina d'efàbUe et sems RisiktHèn; 



que ie malade êoit au début, au font ou au dHMn de 
l^accès , du moment qu'ils ont la crainte fondée que raccès 
ne devienne mortel. Ainsi agissait Sandifori aux ties Bar- 
badés, SarcDne, à Naplès. 

Déjà Cléghorn (Observationes on the epidemical discases 
of Minorqua) , aprèâ avoir fait la médecine à Minorque 
pendant treize aîis, avait senti la nécessité tl'administref le 
quinquina plus abondamment et plus promptement aux 
fd^bricitants de Ttle espagnole qu'à ceux de' l'Angleterre et 
des autres contrées septentrionales. Dans {es cas où la 
fièvre paraissait menacer la vie, il n'était nullement retenu* 
par le paro^s^ysme; il donnait le quinquina sitôt son -arrivée 
auprès du malaiie, dominé qu'il était par la pensée de 
W«rlbof , que la fiétre pemkieuêe est un monstre qu'il 
faut étouffkr dès sa naissance, ^ ' 

C(' serait s'exposer à de cruels mécomptes si , ayant à 
combattre une fièvre dont Taccès peut tuer , on suivait 
à la lettre ce précepte posé par Richard Norton : « Denique 
ne Gorte$ peruviamns nec aliud quodcumqùé* febrifugium 
tempore plKroxismi propinandum'est, sed in intervallis. » 
Mais , si Ton se pénètre de la pensée de Norton , on voit 
qu'il n'entend point appliquer ce* précepte à la fièvre qui , 
dès le premier ou le second «ccès, menace de lainr les , 
sources de la vie. 

On a reproché à Broûssais d'avoir exposé ses élèves à 
une temporisation nuisible,^ en écrivant : c Qu'avant d'éta- 
blir le traitement, il est nécessaire de connaître au juste 
la gravité de l'accès et l'état des organes dans la pyrexie. 
^- Toutes tes fois que, dans un accèsi pernicieux , dit^il , 
la réaction s'est bien opérée , il faut combattre immédiate- 
ment 4es accidents qui existent actuellement :' ainsi i les 
symptômes de gastrite , d'aracbnitis , etc. , seront , sans 
aucu^i retard , attaqués, soit par la saignée, soit par les 
sangsties. » 

Il est évident qbe Br-oussais n'a pas voulu, dans «e 
passage, poser un prineipe absolu, principe auquel il ne 
serait , en aucune oirconstanee , permis de déroger. Il 
laisse à la sttgactté^ du médecin qui , en toute occasion , 



68 JOIIUIÂL DB MÉIlBCOIfiw 

ne relève que de la scieDce et de sa conscience , le soin 
de prendre le parti qui lui semble le noeilleur , et je nie 
rappellerai toujours d'avoir vu ce profond observateur 
donner, pendant le paroxysme d'un second accès de .fièvre 
pernicieuse (sous le type tierce) , un gramme de sulfate 
de quinine, en exprimant la crainte que le n^ilade ne sur* 
vécut à cet accès. 

Le reproche adressé, à Broussais a égaienieat été adressé 
à Alibert qui , dans sa dissertation sur les fièvres perni- 
cieuses ou ataiiques intermittentes, préseptée et soutenue 
•à l'École de Médecine de Paris , le 28 brumaire an Vill 
de la république française , a conseillé de faire une étude 
' profonde des divei*ses pblegmasîes qui accompagnent les 
fièvres dé mauvais caractères^, afin de combattre ces pMeg- 
masies, qui souvent constituent la. gravité de Ces. fièvres. 
Oxï a dit qu'il avait trop perdu de vue le génie de la fièvre, 
qu'il en avait plutôt poursuivi l'ombre qiie le génie fui- 
même. Assurément, ce reproche n'est pas encore fondée A 
la lecture de cette remarquable dissertation , et surtout 
d.es travaux que le médecin- de Thôpital Saint-Louisa pu* 
bliés depuis sur les fièvres intermittentes pernicieuses , on 
voit qu'il est continuellement préoccupé d'arrêter la' fièvre. 

c« Dans le traitement des fièvres ataxiquës intermittentes, 
dit-il , à la page 199 de sa thèse , les indications sont de 
la plus grande évidence , et l'art y procède avec une cer- 
titude presque géométrique. La gravité des synàptômes 
qui se manifestant repousse te méthode d'expectation , et 
le soin le plus pressant du médecin doit être de s'opposer 
au retour de l'accès. Aussi, {tfercatus avait-il déjà entrevu 
la nécessité de se hàler<lans leur traitement. « Celui , dit 
Leroy (du pronostic dans les maladies aiguës, page 81) , 
qui , dans une. fièvre intermUtente maligne -, négligeant 
l'usage du quinquina , s'attendrait à .la voir se terminer par 
une crise , soit proprement dite , soit par voie de solution, 
i^elui-là serait évidemment téméraire et dépouiv,u de toute 
connaissance de cette ^maladie. )>.Les vues. sages émises 
par Broussais el par Alibert ne sauraient, du reste, s'ap 
pjiquer aux fièvres pernicieuses observées dans les' pays 



JOUBNÀL DE MÉDSdNS. 69 

chauds, et s il restait encore dans Tesprit des médecins 
nourris à Técoie de ces illustres mattres quelque tendance 
à la temporisrition , ils font vite table rase des opinions 
qu'ils se sont formées lorsqu'ils étaient sur les bancs^ pour 
suivre , en^ tous points , la pratique des hommes expéri- 
mentés. Pour se fortifier dans cette opinion , il leur suâU 
de méditer l'ouVrage de Lind, sur les maladies des Euro* 
péens dans les pays chauds. Un médecin, qui a longtemps 
dirigé rhôpital militaire d' Ajaccio , le docteur Tliioude la 
Chaume , a écrit : 

<i Si Ton ne brusque pas toutes les fièvres intermit- 
tenles pernicieuses par de fortes doses de quinquina , les 
malades penvent périr avant le troisième accès , comme 
nous ïayons vu pendant noire séjour en Corse. » Ces ci^ 
tations, que je ne multiplierai pas, me conduisent natu* 
Tellement à rechercher si , dans 1» département de la 
Loire-Inférieure, il n'est pas commun d'observer les fièvres 
à accès pernicieux , et si ces fièvres n« présentent pas , 
dans^certaines pirconstances, toute la gravité des fièvres 
des pays chauds. Ces recherches seraient assurément de ta 
plus haute utilité , et notre Section de Médecine l'a com- 
pris , lorsque-, dans son sein , il fut proposé de faire de 
cette question une question de concours pour le prix 
annuel que décerne notre Société Académique. 

Les départements sont loin de posséder dés travaux 
d ensemble de géographie et.de topographie qui établissent 
leur constitution médicale et fassent connaître les épidé- 
mies qui prennent leurs sources dans la nature du climat, 
du sol, etc., etc. Cependant , ces topographies, dressées 
par k's praticiens des localités, seraient le document le plus 
propre à appeler TaUention du chef de FÉtat sur l'assai- 
nissement de ces localités maisames. Il paraîtrait que des 
réclamations , basées sur des rapports médicaux qui éta- 
blissaient combien la Sologne était décimée par des mala- 
dies endémiques, n'auraie^U pas peu contribué à décider 
le Gouvernement de f Empereur à ordonner les grands 
travaux d'jassaihissement de cette, contrée, jusque-là si dé- 
laissée. Qui ne connaît les études pyrétologiques de MM. 



70 JOtRNÂL DE MÉtedftlS. 

Nepple, Bailiy, de 6lots , Bretonneau , de Tours , Fopget 
et Toardes, de Strasbourg, et les recherchas qui ont feit 
apprécier les fièvres intermittentes dans leurs rapports 
avec d'autres maladies. Les noms de MM. Andoùard , Bou- 
din, Maillot , rappellent ces belles recherches faites en 
France , comme en Algérie ; et avec quel intérêt l'Aca- 
démie de Médecine n*a-t-elle pus écouté , il n*y a que 
quelques années, le remarquable rapport qui lui fut lu sur 
les travaux de M.Chaçsinat, travaux qui avaient pour but. 
la comparaison entre eux des cas de phthisie , de fièvre 
iyphofde et de fièvre intermittei'ite daiis les ports de Brest, 
Toulon , Roohcfort. 

Aucuns travaux, que je sache, de géographie médicale 
tendant à établir les constitutions épidémiques de notre 
département, et ici je veux parler dé travaux d'ensemble, 
n'ont été tentés jusqu'à ce jour. C'est un* fait regrettable, 
car, pour ne parler que dtes travaux relatifs à l'étude de la 
fièvre intermittente , confibien cette fièvre ne trouve-t-elle 
pas dé foyers qui la développent dans les dix sept mille hec- 
tares de marais dVau ^douce , les deux mille hectares de 
marais salants , et Jes bent mille hectares de landes que 
contient environ' le déparlement de la Loire-Inférieure. 
J'ai, compris les landes comme terrains qui dégagent le 
miasme des fièvres périodiques , en tant seulement que ces 
landes sont en voie de défrîcheîment;, car tout remuement 
de lérreô incultes est toujours accompagné du dégage- 
ment de ce miasme , qui n'est pas seulement le propre des 
eftluves marécageuses. ~ 

Tous les nvédecinsqui iBxercent leur^irt parmi les po- 
pulations qui avoisinent le lac de Grand-Lieu , le plus 
grand lac de France, les étangs de rarroridissement de 
Châteaubriant , les marais d'eau douce et salée des arron- 
dissements de Savenay et de Paimboêùf, ont pu observer 
avec stfin toutes les formes que le ç^énie des fièvres inter- 
mittentes sait revêtir V formes/ aussi variées que bizarres, 
et qui n^onl pas toutes été signalées par Tortî. Si Difeu 
m'en donne le temps , j'achèverai , je respère , l'essai de 
topographie et de géologie médicale de rârrémdissement 



foi^ii. DE uÈVBcam* 71 

de Paiiir^hœuft J>i beaucoup de noies élaborées qu^ je n'ai 
plus qu'à coordonner. Je connais cet arcondissement pour 
l'avoir parcouru jours et iVuils dans toutes &es directioas 
pendant quinze années \ et je donnerai le tableau abrégé 
de toutesi les fièvres qui m'ont. paru offrir des ikccès , des 
accidents pernicieux.; Je comparerai les fièvres , quant à 
leur degré d^ gravité , qui se montrent le long de cette 
long,ue zone circulaire de marais d'eau douce et salants 
qui s'étendent depuis la Loire au, lac de Grand*-Lieu , et 
de là à. Machèçou)., et de cette dernière ville jusqu'à la 
Bernerie , entre Bourgneuf-en-Retz et Pornic. Je parlerai 
aussi des fièvres des marais de Haute- Perche et de la Gi- 
guenais., et jç comparerai , dis-je , toutes pes fièvres par 
miasme paludéen . avec, celles quj se développant dans 
l'intérieur des terres et sur des plateaux éloignés des 
effluves marécageuses ; et , de celte comparaison ,. il ré- 
sultera, que remj[)oisQnnement (|ui constitue la fièvre est 
d'autant plus redoutable , que les habitations sont plus 
rapprocliées des marais. Il resté de belles études à faire sur 
cet empoisonnement paludéen. Ainsi, on a beaucoup écrit 
sur les accès de fièvre qui sont la manifestation de cet em- 
poisonnement; mais il est un empoisonnement lent, qui ne 
se manifeste quç tardiyeiïient par des act es à stades régu^ 
liers ; c'est une soi^te de période d'incubation du miasme, 
pei^dant laquelle lesorgaues vitaux éprouvent une commo- 
tion gradueue et générale, qui va bientôt déplacer suc- 
cessivement les forces motrices de la périphérie au centre, 
(lu centre à la périphérie du corps, et produire cette 
irritatiqu nerveuse qui va agiter ,. avec un grand tumulte, 
ainsi que le disait Âlibért, Te système circu{atoire> «t con- 
gestionner la rate. £h bien ! cette période d'incubation du 
miasme puituléen n'a pas été étudiée avec assez de soin , 
et cependant cette étude est de. la plus haut^^ importance ; 
car, avant que la fièvre éclate , si le malade 9 dont l'écono- 
mie est ^ux prises avec le miasme marécageux , vient à fuir 
vers un lieu élevé, loin du foyer de l'infection , quelques 
jours passés dans ce lieu salubre ont suffi souvent , avec le 
secours d'une tisane amère, telles que celte de petite oen- 



72 joubuai. de «ëmcirb. 

tauréfi , pour faire jivorter le miasme et en faire cesser la , 
période d'imprégnaiion. Beaucoup de domestiques d'habita-^ 
tions situées au milieu des marais venaient me consulter 
pour épargner le prix d'une visite. Je leur épargnais , moi , 
la fièvre , alors qu'ils n'étaient que dans la période d'incu- 
bation , en leur conseillant de prendre une tisane amère , 
quelquefois un vomitif ou un purgatif, suivant l'indication , 
mais en leur enjoignant , et c'était là l'ancre^ile salut , de 
séjourner pendant un temps convenable à leur guérison , 
chez leui^ jparents , lorsque ceux-ci demeuraient loin des 
marais. Si c'en était ici le lieu , je blâmerais les hautes 
doses de sulfate de quinine que certains malades avaient le 
soin de prendre avep persévérance dans le but de se dé- 
barrasser de la fièvre, sans pouvoir Souvent y réussir, au 
heu de suivre le conseil qu€| je leur donnais de fuir la 
localité où ils avaient gagné la fièvre. Chacun sait que c'est 
là le meilleur moyen de faire cesser les fièvres invétérées. 

En disant qu'aucuns, travaux importants n'ont été 
publiés dans ce département, à ma connaissance, sur les. 
fièvres périodiques causées par les miasmes marécageux, il 
est bfen entendu que j'ai voulu dire qu'aucuns travaux sé- 
rieux dé géographie médicale n'avaient été livrés à l'im- 
pi*ession , car les fièvres périodiques ont été étudiées par de 
bons observateurs qui nous ont fait connattre le fruit de 
leurs études, et, à ce sujet, j'éprouve un vrai plaisir à citer 
le nom de mon honorable ami, le docteur Marcé , médecin 
de f Hôtel-Dieu de Nantes. Il y a même à dire, pour être 
juste , qu'une conquête a été faite par les habiles médecins 
de cet hôpital. Ce sont eux qui paraissent avoir été les 
premiers à fixer l'attention de la science sur un signe qui 
semble appelé à dévoiler le caractère pernicieux de la 
fi^vré intermittente, ou rémiltente. Je veux parler de la 
pâleur extrême de la langue, jointe à la laxité et au défaut 
de caloricité des tissus de cet organe. Il arrivé que la 
langue se montre d'une pâleur telle qu'elle semble exsangue 
et dune flaccidité de tissus qu'elle semble avoir macéré 
dans de l'eau, quand on a -affaire à une fièvre qui va 
prendre le caractère pernicieux ; mais j'observerai que 



JOimNâL DE HÉDBCINE. 73 

Texamen attentif de nombreux malades m*a appris qu'il rry 
a pas que la langue qui soit décplorée d'une manière si 
caractéristique, tQutes les muqueuses visibles à Tgeil le 
sont: ainsi, kumaqueuSie labiale, la buccale, la conjonctive 
palpébrtile ct.mème le petit corps, cliarnu, qui, placé daas 
l'angle interne de Tœil, porte le nom de caroncule lacrymale. 
Cette pâleur de la langue, sa largeur, la température basse et la 
flaccidité de cet organe, a tel point qu'il semble avoir séjourné 
dans Teau pendant plusieurs heures, restent évidentes pen- 
dant tOQt le temps que dure la période pernicieuse ; mais 
sitôt que, sous l'action du sulfate de quinine ou de quin^ 
quina, le caractère insidieux de la fièvre ton>be4 la langue 
paraît moins décolorée , moins fanée, moiùs flétrie, elle 
devient aussi moins molasse et moins froide, et de jour en 
jour, à mesure que l^e danger s'éloigne, elle prend de rank- 
mation. On o donné à cette décoloration toute remarquable 
deJa langue, le nom dé couleur feuille tnorle. Je ne suis pas 
assez versé dans la connaissance et l'appréciation des cou- 
leurs pour savoir si la couleur feuUle morte, bien connue 
des ouvriers des ^Aobêlins, doniie bien l'idée de la décolo- 
.ration delà langue jdans. la fièvre périodique pernicieuse , 
et rend bien la vérjté. C'est une décoloration suigeneris, 
qu'il faut avoir ;vue^ pour ^en. avoir une idée bien netter. 
(Lixigua prppria.) 

4^ me hâte (('arriver à l'observation de fièvre pernicieuse 
cholérique -qui a donné lieu à ce petit travail, et qui en 
constituera tout Tintérfet, si jamais il mérite quelque intérêt. 

. " OBSERVA tlON. 

M "^^ Albert, âgée de 60 ans, d'une cotistilution ner- 
veuse, joui 1 d'une lH>nne santé. Elle ne se souvient pa^ 
d'avoir jamais ^té gravement malade. Ë^le éprouve brus- 
quement de vifs chagrins, à Gand, par suite de la ferme- 
ture ^ inattendue du théâtre, où sa demoiselle, vient de dé- 
buter en qualité de première chanteuse. Elle a été aussi 
en proie, dans cette vill^, à de cruelles émotions, à une 
frayeur . cbniitiue causée par lea ravages du choléra. Elle 



74 JOUBM^t «B KÉIIBGniB* 

n'a portant pas éprouvé de. derangemenU des voiesiiiges- 
tives , à r«jLception du jour dé son départ pour Paris, où, 
pendant tout le voyage par le chemin de-fer, elle a eu-des 
coliques fort douloureuses. Pendant son séjour à Paris, qui 
e^ d'une semaine, les coliques ne cessent pas, quoique plus 
supportables ; eKes sûnt accompagnées- de diarrhée., , ce 
que la malade attribue à Teau de la Seine; elle ne coi>Si|ite 
point de méde^n, eUe ne fait emploi d'aucun «aimant 

Elle arrive à Nantes , et après avoir pris l'air du théâtre, 
elle sia préoccupe du sort qui attend les débuts de sa lUIé, 
préoccupation d'autant plus vive à mesure que le= jour, des 
débuts approche, quelle connaît la cbute...devant ri>pfaiou 
publique du plus grand nombre des débutants. Devant cette 
contention d'esprit, elle sent ses aer&s'agacer« elle cherche 
à les calmer ainsi que les coliques et la diarrhée qui con- 
tinuent à la tourmenter^ par des infusions de tilleul avec 
addition d'eau de fleurs d'oranger. Elle a remarquéi depuis 
deux jours, que vers les trois heuresilu soir, elle est prisé de 
froid aux pieds et aux mains, puis d'un élatdé malaise gé- 
néral, ensuite de chaleur à la p^u, de douièùr» de tète: elle 
éprouve alors l'envie de. boire des boissons froides* (elle 
croit bien avoir eu. un peu de fièvre), et elle ^décides 
faire appeler un raédecifr, surtout pçur calmer les coliques 
qui, loin de cesser, paraissent augmenter; il en est de même 
de la diarrhée. Notre honorable collègcle, M. HéUe, voit la 
malade. Son état ne paraît offrir rien d'ihquiétànt; il se 
borne à lui donner quelques sages conseils, à lui .prescrire un 
régime convenable el l'usage de calmants. 

La malade ne passe pas Aial la première moitié Je la 
Journée du 10 décembre ;^ mais, vers tt'ois heures après 
midi, elle est prise du frisson de -la veille^ accompagné. d'un 
intiment tel de courbature générale , de sidératipn das 
forces, qu'elle a à peine le courage dé se déshabiliéur. EUe 
n'est pas montée au lit, qu'elle éprouve uu froid glacial 
aux extrémités pelviennes et thoraciques d'abord , ^ puis 
dms la région des reins : Jes . dents claquient d'One n^ai- 
nière fatiguante et le besoin de vomir se fait vîte si^ntic. 
Au bout de quelques mimites, les vomissemeois sont Jur 



KKIBHAI. DS vAuLiamk 75 

ceasants, 1«9 oolîcpies prennent une grande intensilé; elles 
s'accompagnent de cranapea dans les cuUses et surtout 
dans les mollets. Des évacuations divines, d'une od^r fé- 
tide , se répètent tellement, qu'en moins de trois heures elle 
compte avoir été plus de vingt fois à la selle , el chaque 
garde-robe est précédée ou suivie de vomissements peu 
abondants de matières liquides d*une couleur porracée et 
d'une amertume prononcée. Cet état s'aggrave encore de 
crampes tellement douloureuses et tellement rapprochées , 
quelles arrachent à la patiente des* cris perçants. £n ma 
qualité de médecin du Théâtre^ le Directeur me prie 
d!aller de suite voir la malade : il était alors 8 heures du 
soir; . 

Voici Tétat.de la malade: 

La peau est froide comme du marbre /les mains sont 
légèrement cyanosées; il en est de même des pieds : les 
jambes sont rapinrochées des cuisses et celles-ci dû siège, 
par des crampes qui paraissent occasionner les plus horri- 
bles souffrances. La voix est cassée, presque éteinte; la 
langue est très-large, mdiiàsse et iremblottante , elle est 
froide et recouverte d'un endpit verdâtre : j'ai le' soin de 
la laver avec de l'eau froide, et elle me paraît de suite 
avoir la coToration terne et d'une pûleur remarquable, qui 
caractérise, sous le nom de couleur de feuille morte /la 
fièvre périodique pernicieuse. Je m'arrêtais à cette pensée 
que la mabide, qui avait éprouvé les jours précédents, 
toujours à la même heure, un léger paroxysme fébrile ,^ 
était cette fois sous le ooup d'un accès de fièvre perni- 
cieuse cholérique; cependaat, j'avoue qué^ sans cette 
circ(H)staBce de petits accès de fièvre à heure fixe, les jours 
précédents , et sans aussi l'examen des matières , des vor 
missements et des évacuations alvines qui n^étaient pas de 
la nature si caractéristique àaes' selles du. choléra- mor bus, 
j'eusse é(é disposé à admettre un cas grave de choléra , bien 
que; depuis une quinseainede jours, le choléra eût à peu 
près disparu de notre ville. Je fis entourer la malade de 
boQteiliiBs d'eau booitlante; je lui repassai ia colonne ver- 
tébrale avee^uii fer que je. promenais sur un long morceau 

7 



76 JOUBNAL BB mÉDECIllE. 

de flanelle, sur lequel j'avais jeté^ de Feau de- Cologne , 
pendant que l'on courait chercher un x^îtron ei de la glace, 
ainsi que de la &rine de moutarde. Bientôt des cataplas- 
mes de moutarde pure furentappliqués autour des pieds et 
dès poignets et sur la région épigastrjque. Pour toute mé*- 
dication interne., on se bornait à engager la malade à sucer 
un peu de glace pilée , qui était arrosée par quelques 
gouttes de jus de citron et par quelques gouttes d'éther. sui- 
furique. 

Cette médication fut soutenue jusque vers l'heure ^e 
minuit, sans avoir réussi à produire la moindre iréac- 
tion : tes crampes avaient pourtant perdu de leur inten- 
sité, le$ vomissementâ étaient moins incessants; «t les 
selles, qui étaient involontaires, avaient toujours l'odeur 
d'une grande fétidité. Quant au pouls , il était filiforme ; 
on avait même quelquefois de la peine à le saisir. Cet état, 
do la plus haute gravité, avait: nécessité Tasâistançe d*un 
prêtre, et la malade venait de recevoir rÈxtrème-Onction 
avec toute la liberté de ses facultés intedectueiles ^ lors- 
qu'elle fut prise d'un état de syncope qui exigeait continuel- 
lement finspiration des vapeurs d'éther et d*acide acétique 
et aussi le lancement au .visage d'eau froide. Je confesse 
que je m'attendais à voir la vie cesser promptement , et que 
ce ne fut que pour sauvegarder ma refsponsabilité que je 
fis chercher un de mes collègues. 

Il était environ une heure après minuit, lorsque H. le 
docteur Charryau fils arriva. La malade était alors un peu 
moins mal : il y avait un semblant de réaction, et bien que 
mon confrère crût, comme moi , à une mort très- rappro- 
chée, nous arrêtâmes d'essayer le sul&te de quinine -à 
doses élevées. Sur les deux heures après minuit, la réac- 
tion était plus Apparente. Le pouls était plns-saisissable, 
et , bien que la déglutition parût .encore difficile , la ma- 
lade put cependant avaler 20 centigrammes de sulfate de 
quinine dissous iflans une cuillerée d'eau à la glace, avec 
addition dé quelques gouttes de jos de citron et deux 
gouttes d'éther sulfurique. Très-exactement de demi<-heure 
en demi-heure , on fit avaler , de la même imanière , 20 



lovKPtkh BB MÉinGirai, 77 

centigrammes de siel de cpiinine, et la malade en ingéra 
quatre grammes - dans les 24 heures. Le fébrifuge fut 
nriieux supporté par Testomac qu'on aurait pu le supposer 
tout d'abord ; il y eut cependant^ dans les trois premières 
heures, deux, vomissements qui durent rejeter une partie 
du médicament ; mats les vomissements cessèrent et les 
évacuations divines diminuèrent également à mesure que 
la réaction s'accomplissait. Vers les huit heures du lende- 
main , la réaction était assez prononcée pour qu'on dût 
renoncer^ continuer les sinapismes. 

Je. coupe' court fi celte observation qui, délayée désor- 
mais dans trop de détaiJs , ferait perdre de vue l'intérêt 
qui s'attache aux symptômes culminants. Qu'il suffise de 
savoir que, bien que quatre grammes de sulfate de quinine 
eussent été ingérés dansjes premières 24 heures, l'accès 
se fit néanmoins sentir le lendemain deux heures plus tard 
que la veillô : mais le paroxysme ne fut pas intense, et. tout 
laissa espérer qu'en continuant le sulfate de quinine, on ar- 
rêterait les accès subséquents. M"* Albert continua de 
prendre, pendant six jours consécutifs, quatre grammes de 
sel fébrifuge par 24 heures, et, comme ce médicanient 
héroïque avait réussi au-delà de nos espérances, on en 
diminua la quantité. Celle-ci fut réduite à deux grannmes 
par jour, puis à un gramme, enfin à cinquante centigram- 
mes; cependant, Kemploi de ce moyen ne cessa entiè- 
rement que le 30 décembre, époque à laquelle la guérison 
parut radicale. 

J'avais oublié de dire qu'à dater du^ jour de l'invasion du 
terrible accès de fièvre, il y avait eu suippression entière des 
urines jusqu'au septième jour. La palpation de la région 
sus-pubienne ayant laissé croire, à rabsènce d'urine dans 
la^ vessie , on avait ajourné l'application d'une algaiie. Il 
ne devint pas néeessaîrèsde recourir aU cathétérisme; lu- 
rine prit son libre cours, ainsi qu'il a été dit, le septième 
jour ; et , à : dater de ce moment, chaque journée annonçait 
un prompt retour a la santé. Aujourd'hui, 20 février ^ la 
guérison ne s'est pas démentie. 



78 lOUUIAL DB HteSOlHB. 

RÉFLEXIONS. 

Torti empruntail au symptôme le plus cafaninant la dé- 
nomination qu'il imposait à chaque fièvre pernicieuse ; mais 
il existe des fièvï*eà qui offrent en même temps plusieurs 
symptômes dominants , et dont aucun n'est précisément 
culminant j d'après la rigoureuse acception ou àignification 
du mol ctilmtfumi. 

Cette difficulté dans le choix de la dénomination à im- 
poser aux maladies, justifierait en partie la bfsuirre nomen- 
clature admise par M. le professeur Piorry, si dette 
nomenclature ne supposait une profonde connaissance des 
racines des langues, surtout de la langue grecque , connais- 
sances en linguistique que les médecins les plus savants 
ne possèdent pas toujours. Ainsi ,. dans robservation qui 
précède , trois synnptômes se distinguent parmi tes autres : 
le froid de la peau , la fréquence des vomissements , Tégale 
fréquence des déjection? alvines. Laquelle des trois déno- 
minations suivantes, puisqu'elles sont toutes les trois admises 
par les auteurs, fièvre cUgide , fièvre vomitive, fièvre cfto- 
Wn'çu^, choisirez- vous? Cette réflexion fait voir combien 
il est difficile de. trouver une dénomination nette, claire, 
précise , ponr une maladie , et c'est ce qui explique pour- 
quoi certains noms bizarres, tel que celui de Croup , par 
exemple , mot d'origine écossaise, resteront, longtemps dans 
la science. Ceci dit, il est facile de déduire les raisons qui 
empêchèrent vite de persister à croire que M"** Albert était 
prise du choléra ; et cependant , celte pensée devait venir 
tout d*abord, d'autant plus naturellement, qu'à l'époque du 
iO déceit)bre, jour de l'apparition de l'accès pernicieux, 
l'épidémie cholérique qui a ravagé Nantes avait à peine 
disparu. Les raisons qui ont fait diagnostiquer une lièvre 
intermittente pernicieuse cholérique , se tiraient surtout de 
la connaissance apprise par la malade qiie les jours pirécé- 
dents, à pareille heure, elle avait éprouvé un léger paroxys- 
nié fébrile. En outre, les vomissements, les déjections al- 
vinés , étaient de nature bilieuse et d'une entrôme fétidité. 
Or, on sait que les vomissements et les évacuations alvines 



jManOi BB ,iiÉ0«aM. 79 

sont d'upe nature sut gêneris , nature qui jette un grand 
jour «ur le diagnostic. 

Dans la fièvre ciiolérique, la eonceRtràtion des mou- 
veoients organiques de la périphérie au centre du corfts 
détermine- le froid de la peau^ car la caloricitéf cette 
propriété du corps humain de conserver sa température 
dé 30 à 32 degrés, diniiniie par Taffaiblissement de 
l'exercice de, la sensibilité à fur et à mesure que les dé- 
jections alvines brisent les forces par leur fréquence. On 
peut même dire qu'il n'y a pas de fièvre pernicieuse cfao- 
léricpiesans le refroidissement des extrémités; mais, dans 
cette fièvre toujours grave, l'estomac devient surtout le 
siège d*une ardeur, d'une anxiété extrêmes .: delà, le be- 
soin instinctif des boisâons froides; de là, le l)ien&it de 
ces boissons, que Ton ne doit donner que par très-petite 
quantité à la fois; car, il paraît prouvé que, danslecho^- 
léra , la, fonction dVhsorption de la part de l'estomac est à 
peu près entièrefnent paralysée, et la paralysie de cette 
inopor tante fonction doit être prise en grande considération : 
elle doit faire repousser du .traitement du choléra toutes 
ces boissons chaudes que ronangèré avec. une déplorable 
profusion, dans le but d'amener la réaction. L'estomac 
dont la. faculté d'absorption est presque anéantie , se rem- 
plit de ces boissons comme un vase inerte, et sile vomis- 
sement ne vient à le vider, le refoulement du diaphragme 
ne contribue pas pour peu à rendre la respiration anhé- 
ieuse et pénible. 

Dans ht recherche des causes des maladies , l'homme qui 
est doué du sentiment philosophique ne se laisse pas dé- 
courager; car, il sait que la science progresse, et ce qui n'a 
pu êtr<e découvert hier ^ Je sera aujourd'hui ou demain. Il 
est de toute probabinté' scientifique que Ton finira par 
connaître,' par saisir la véritable^ cause du choléra : déjà, 
cette cause est entrevue. Il est vraisemblable que le miasme 
du ciioléra enlève, au sang l'impi^ession {Simulante par 
laquelle, à l'état normal, ce liquide provoque l'action vie 
rhythmcdu cœuc>; car, le sang du ohotérique paraît être 
vicié, il ne senble pas oxigéné , et la vie, a dit Aicheraiid, 



80 lomuiiL BB KÉMcnns. 

est subordonnée à l'oxidation da sang diuis le poumon; et 
à la distribution de ce sang vivifié dans les orgatieé. Le 
choléra constituerait donc un empoisonnement miasmatique, 
dont la nature , l'essence du miasme , seraient encore in- 
connues. 

Que certains praticiens, de bons esprits, du reste, qui 
ont obtenu par l'emploi du quinquina à hautes doses des 
succès dans les cas les plus désespérés, viennent soutenir que 
le choléra n'est autre chose qu'une fièvre pernicieuse dont 
l'écorce du Pérou fait justice , rien ne paraît moins prouvé, 
ou plutôt rien n'est moins vrai. Tout ce qu'il y a de sensé 
dans cette opinion , c'est que , lorsque le quinquina donné 
à doses élevées^ a jugulé une attaque de choléra, ce succès 
démontre que Yàn avait affaire à une fièvre pernicieuse 
cholérique. L'élément , le génie de la périodicité n'avaient 
pas été découverts. Voilà tout , et c'est en cela qu'a consisté 
l'erreur du diagnostic, erreur que le Quinquina est venu 
rectifier. (Naturam morborum osteudunt cqnîtiones.) 

cr Dans la fièvre pernicieuse cholérique,' a écrit Torti , 
l'élément de la périodicité de la fièvre ost -voilé par le 
masque du choléra, mais 1& symptôme culminant suit le 
mouvement et la période de la fièvre,; comme l'ombre 
suit le corps. » Cette ingénieuse comparaison est de toute 
vérité, et elle révèle un ^profond observateur dans le mé- 
decin de Modène. . 

Chaque fois que, dans te travail, j'ai écrit le mot çtitti- 
quina^ j'ai entendu par ce mot générique, ta quinine et 
les sels de quinine, et je reconnais toute la îùslesse des 
considérations cofitenues dans le passage suivant, que je 
copie littéralement dans l'excellent ouvrage du docteur 
Bailly, de Blois<: 

(f Avant l'analyse do quinquina, avant la découverte de 
la quinine, il était nécessaire , dans un traité de fièvres 
intermittentes, d'entrer dans tous^ les détails propres à faire 
connaître les différentes espèces de quinquina et leurs pro- 
priétés relatives ; mais aujoUrd'Jiui qu'une substance iden- 
tique remplace toutes ces variétés, nous renvoyons l'histo- 
rique concernant cet arbre à lia matière médicale. Quelle 



JOUMiX DE HÉDBqmS. 81 

que soit son origine , la quinine sera considérée en elle- 
même comoie le sont tous les autres médicaments simples, 
tels que le mercure, la morphine, l'étherf etc. 

» Ce 4ébut ne parait guère aononcer que nous hésitions 
entre le quinquina et la quinine : telle est, -en effet, Qotre 
manière de voir, fondée sur plusieurs centaines d'observations 
de succès en Italie.. La. quinine convient toujours là où le 
quinquina eist indiqué; alors encore elle convient mieux que 
lui ; elle peut opérer des guérisons qu'il serai! incapable 
d'aniener: elle est exempte.de la plupart des inconvénients 
auxquels il donne si. souvent lieu. En. un mot, c'est une 
des plus belles: acquisitions que Ja médecine ait faites. Il 
arrive souvent que le quinqnina est vomi, et alors on a 
fatigué le. malade sans âueun résultat avantageux»' Combien 
de fois à Thôpital du SaintrEsprit n*ai-je pas vu les draps 
ou le plancher couverts de quinquina rejeté. Sur cent lits, 
il eût été difficile d'en trouver dix dont les draps n'en 
eussent pas été plus pu. moins salis. Comment J'jestômac ne' 
rejetterait-il pas une dose aussi considérable de bois amer 
et nauséeux, lui qui, à l'époque où régnent les fièvres inter- 
mittentes, appeAe si avidement les boissons fraîches et 
acidulés? » (Bailly, de Blpis: page 406). 

L'autorité de Norton , toujours invoquée avec respect 
par. Torli, sonouvrage toujours .cité par lui avec éloge, 
avaient fait que le précepte de ne pas donner le quinquina 
pendant lé paroxysme fébrile, était rigoureusement et gé- 
néralement suivi. Cependant, dans certaines fièvres ré- 
mittentes, surtout dans celles où la rémission esta peine 
sensible, et qui, par le peu de durée de ce temps de rémis- 
sion et par l'avancement et la violence de l'accès, suivant , 
portent la dénonriination de sub-intrantes, on fut. tenté, 
en présence d'un accès qui menaç(iit la vie, d'enfreindre 
la conduite de Morton et . seà sectateurs. Ce fut surtoht 
dans certains paysxhauds où la fièvre se montre si prompte- 
ment mortelle, qu'on sut s'affranchir de l'autorité de ces 
médecins justement recommandables. Des faits d'une 
consciencieuse observation apprirent, à connaître que le 
médicament làbrifuge pouvait être donné avec profit pen- 



S2 joniiiàt m 

dani le paroxysne. Quelques pnilicieiis éekirés sur ce 
point de dodrioe, cberchèreoi même à génénKet^ l'emploi 
du sulfate de quiiûne pendant Taecès fébrile, et un de nos 
regrettables collègues, le docteur Harion de Procé, entrant 
dans cette voie d'expérimentation , a cru remarquer que le 
sel de quinine avait une puissance febrifuge plus grande et 
plus ràre lorsqu'il était administré pendant le paroxysme 
que lors de l'apyrexie. Les grands noms de Merton et de 
Torti se dresseront longtemps encore devant tout praticien 
qui poursuivra la voie dans laquelle le médecin en chef 
de notre H6tel-Dieu était entré , et bien que le respect 
environne ces noms, ils s'inclineront, j'en ai la oon6ance, 
devant la rigide observation de faits cliniques. Je me suis, 
dans plusieurs circonstances, trouvé assez alarmé par la vio- 
lence d'un accès de fièvre, pour ne pas différer d'un seul 
instant l'emploi du sulbte de quinine. Je n'ai pas eu à le 
regretter, je crois même avoir eu à m'en applaudir. 



OJBSER VA TIONS cliniques^parnMkiaBMR, 
médecin de L'Hôtel-Dieu de Nantes^ Secrétaire 
du CanscU central de salubrité du département 
de la Loire-Inférieure. 




Oblitération du canal hépaiiqae par un ealcal / 
atrophie du foie. . 

La veme Pageot, âgée de 76 ans, est entrée à 
rhôpilal. le 19 juillet 1854. 

Ello présente un ictère général et bien prononoé qui 




JOOBlUli DE KÉBBGIIIB* 8S 

r^iionte à plqgieurs mois ; de temps en temps, elle éprouve 
des accès en tout seroblaUes à ceux des fièvres in- 
lennitientes, m^isdoiii les fébrifuges n'empêchent point 
le retour. Elle n a point de vomissements et l'appétit est 
eu partie conservé ; elle n'a de soif prononcée que pendant 
les accès de fièvre, tes gardes-robes sont plutôt rares 
que fréquentes , les matières fécales ne sont pas complète- 
ment décolorées, lés urines sont safranées. La région 
de riiypochondre droit est le siège de douleurs constantes, 
ipais peu vives, que la pression et Ik percussion n'exas- 
pèrent pas; par ce dernier mode d'exploration, on- déter- 
mine une diminution notable du bbtunp de la matité 
hépatique, et on diagnostique une atrophie simple du foie. 
Ce diagnostic semblait d'autant plus fondé, que les divers 
appareils d'organes interrogés avec soin ne donnaient 
aucun signe d'altération organique, telle que tubercules, 
cancer, etc. 

La marche de fa maladie devait' pourtant infirmer ce 
diagnostic , et faire croire à une^ lésion grave mettant 
obstacie.au cours -ou à la sécrétion de la bile. En effet; 
les accès de fièvre se rapprochèrent, l'appétit diminua, 
et des vomissements rares d'abord , plus fréquents, vers la 
fin de la vie, ne tardèrent pas à se manifester. La teinte 
ictérique devint plus foncée et verdâtre; les douleurs de 
rhypochondre furent beaucoup plus intenses, l'amaigrisse- 
fiient fH des progrès, et ta malade succomba le 22 dé- 
cembre 1854, dans l'état de marasme le plus complet. 

Le traitement avait consisté dans un réghne sévère, 
quelques remèdes alcalins et calmants, de légers purgatifs ; 
dans les dernières semaines, les calmants seuls avaient été 
employés» A l'autopsie, nous trouvâmes le foie fiasque et 
peut-être un peu moins voluniineux qu'à l'état normal; 
mais la diminution der volume était moindre que, d'après 
les résultats de la percussion pratiquée pendant la vie, nous 
n'avions supposé. 

Le canal hépatique était oblitéré vers le milieu de sa 
longueur par un '.calcul ovoïde de la grosseur du pouœ. 
Derrière cet obstacle , le canal hépatique dilaté formait 



84 jomiiAL DE tfÉwcmfi.' 

une- poche, capable de loger un gros œof de poule , tous 
les canaux biliaires étaient énormément dilatés, et on 
pouvait facilement introduire le pouce ou au moins le doigt 
indicateur jusque dans les ramifications de 3* et de 4*" 
ordre. Toutes ces cavités étaient pleines d'une bile verte , 
filaiite , assez visqueuse , contenant une grande quantité 
de graviers ; dans qgelques-uns des conduits se trouvent 
des calculs mal agrégés , et affectant la forme des cavités 
qui les contiennent. 

La vésicule forme' une tumeur de la grosiseur d'un œuf, 
ses parois sont épaissies, d'un blanc opaque: eHe est remplie 
d'une pâte vert foncé, très-homogène, sèche et rappelant 
la consistance de la craie. Le canal cystique aboutit au 
canal hépatique en avant du lieu oblitéré. 

La substance du foie présente ^ne couleur gris-verdâtre 
foncé; les vaisseaux sanguins qui la parcourent sont moins 
volumineux qu'à l'état normal et ne laissetU écouler que 
peu de sang. Le tissu parait évidemment ainoindri par la 
compression. 

Les deux poumons sont un peu emphysénoateux , pserti- 
culièrement en avant et à Ja base. 

Les autres or^janes n'offrent rien d'anormal. 
. Ce fait nous a semblé intéressant à plusieurs égards: 
1*^ Nous n'avons trouvé mentionné dans les auteurs, aucune 
observation où la dilatation des vaisseaux biliaires oblitérés 
par un calcul, eût atteint les mêmes proportions qii.e chez 
notre malade. ' ' 

2® Quoique le volume du foie ne fut pas notablement 
moindre qu'à l'état normal, son tissu était pourtant atrophié 
par la compression excentrique qu'exerçait la bile accu- 
mulée derrière le point oblitéré. 

B"" Tandis que les vaisseaux biliaires étaient dilatés, les 
vaisseaux sanguins étaient diminués de volume, et certes, 
pendant la vie, la circulation y devait éprouver de grandes 
difficultés : néanmoins,' nous n'avonspas observé d'hydro- 
pisie, probablement parce que la masse totale .du sang 
avait été progressivement diminuée par le dé&ut d'assi- 
milation. 



JôduriL DE kàdbcuie; 8S 

4^' L'émphysème.dé la base du poumon droit, eii don - 
liant un son exagéré \ nous avait induit en erreur sur le 
volume réel du foie*. 

X Voici maintenant un caVd'iclère clans lequel des symp- 
tômes de dyspepsie y^ggravant progressivement , mais 
assez intenses dès le début , avaient fait immédiatenieni 
songer à une affection organique plutôt qu'à une atrophie 
simple, tin sqùirrhe do pylore avait déterminé l'oblitéra- 
tion du canal cholédoque. 



Sqùirrhe du pylore, obliléralion du canal cholédoque. 

Lé nommé Cloarec , Claude , âgé de 50 ans, cotonnier, 
enlrç^ ThôpilaJ ie 26 décembre 1854. . , . 

Ictère remontant à quatre ou cinq mois ; constipation 
liabituelle ; anorexie ; douleur à la région épigastrique ; 
rapports acides \ vomituritipns fréquentes : quelques ali- 
ments liquides sont seuls supportés. 

Le traitement consiètedans la.diète et quelques laxatifs, 
des applications calmantes surj'àbdomen. 

H sort de.rhôpital le 22 janvier 1855, sans changement 
notable dans son état: il y rentre le 1.3 février suivant. 

La coloration de la peau est la même que la première 
fois , peut-être un peu plus foncée ; lamaigrissement est 
considérable ,, la faiblesse très-^grandè ^ l'épigastre est le 
siège de vives douleurs , dont le malade se plaint beau- 
coup,, et qu'exaspère la moindre quantité d'aliuienis;^ la 
pression et la percussion sont également très-douloureuses, 
la matité hépatique semble plutôt augmentée que dimi-^ 
nuér ; des vomissements de . matières alimentaires non 
digérées ont lieu fréquemment \ Aucun épanchement de 
sérosité. \ - 

Les matières fécales ont eté^ constamment colorées , et 
les urinesisafranées se coloraient en verX intense par Facide 
azotique. 



86 JMIIIÂK »B 

Oo diagnostique une affection organique do foie ou de 
resiomac. 

Le traitement a consisté cette fois en laxatifs* et calmants 
intus et extus; un vésicatoire volant a été appliqué sur 
I epigastre pour essayer de calmer la douleur. 

La mort arrive le 8 mars 18S5 et semble due aux pro- 
grès de rinanition. 

Autopsie. — Le cadavre est très-amaigri ; tous les tissus 
sont fortement colorés en jaune. Aucune des cavités viscé- 
rales ne contient de sérosité. Une tumeur volumineuse 
occupe la pc)rtioii pylorique de Festomac et la première 
courbure du duodénum; elle est dure, adhéreivte au pan- 
créas , qui participe à Finduration dans une partie de son 
étendue ; le tissu cellularre , intermédiaire a ces différents 
or;^nes^ est condensé, et une dissection assez attentive 
est nécessaire pour les isoler. Dans toute la partie malade 
de l'estomac, les membranes sont épaissies ; nulle part, 
la muqueuse ne présente dé solution de continuité ; elle 
conserve son poli et son aspect villeux. La membrane nius- 
culaire et Ja séreuse sont écartées par une couche mince 
d'abord , ei s épaississant de pluà en plus, à mesure que 
Ion se rapproche dîi pylore^ de substance blanche, de 
consistance squirrbeuse ; au niveau de f anneau pylorique, 
ce dépôt est très-abondant et forme un bourrelet qui ferme 
presque complètement cet orifice , c'est à peine si l'on 
y pourrait faire passer une plume d'oie. La production 
accidentelleV moins épaisse dans le duodèniim, existe dans 
toute la première portion de cet. intestin. De nombreuses 
granulations de même nature que la tumeur principale 
existent dans le péritoine qui recouvre l'estomac et le foie ; 
sur l'estomac, elles sont d'autant plus grosses et plus nom- 
breuses, qu'on se rapproche davantage du pylore. 

Le foie, un 'peu diminué de volume et de consistance 
normale, contient assez de sang; sa substat^oe est d'un 
vert grisâtre foncé. Il contient un grand nombre de tu* 
meurs sq\iirrheuses de voimne variable et qui semblent 
formées de grains réunis ; au centre de ch&eujoe de ces 
tumeurs on ne trouvé que la production accidentelle , niais 



JOinUlàl. DB HÉMCIRB. 87 

eiies envoient de toute leur périphérie des prolongements 
rayonnes £ntre lesquels se retrouve la substance du foie; 
celles de ces tumeurs qui s^aperçoivent à travers le péri- 
toine hépatique forment^ à la surface de Torgane , des 
tachos bidncbes étpilées. 

Tous les canaux biliaires sont dilatés , remplis d une 
bile épaisse, decouleùr vert foncé ; la plupart, pourraient 
admettre dans leur cavité un tuyau de plume d*oie ; le 
conduit cholédoque a le volume du doigt indicoîteur; son ori- 
fice, dans le duodénum, ainsi que toute la partie qui che- 
mine dans 4'épaisseur de la paroi de Tintestin , sont com- 
plèlemcnt oblitéi'ées. Le canal cystique est revenii sur 
lui-même, ainsi que la vésicule, «dont le volume ne dépasse 
pas celui du doigt, et qui ne contient qu'un peu de mucus 
à peine coloré. 

^ La rate préseûtait un peu de ramollissement ; son enve- 
loppe ^propre , épaissie , semblait envahie par la matière 
squirrheuse. Les reins étaient très-hypérémiés. 

Nous ferons remarquer qu'ici comme dans 4'observatron 
précédente, il n'y a pas eu d'hydropisiè ; mais nous rap- 
pellerons, en nnitgme temps, ..que la cipculation sanguine 
dans le foie ne devait pas trouver d'obstacle , et, d'un autre 
coté, là dyspepsie qui existait depuis longtemps avait en 
pour conséquence nécessaire la diminution progressive des 
liquidés apportés au foie par la veine-pqrle. 

Le principal trait de ressemblance- entre les deux mala- 
des dont nous venons de donner Thistoire, c'est l'existence 
d'oin ictère dû à Toblitération des voies biliaires. Une 
atrophie du foie commençante dans le second cas, très- 
marquée, an contraire, dans le premier, avait été la con- 
séquence de, la compression exercée par la bile accumulée, 
derrière rubstacle; mais cette atrophie n'était que sympto- 
matique, c) autres lésions plus gVîives lui ôtaient toute valeur 
au point de vue du pronostic. Il n'en est pas ainsi de 
i'atrophte idiopatique, à laquelle il convient d'attribuer 
un certain nombre d'ictères graves par défaut de' sécrétion. 
Plusieurs cas de cette dernière espèce que j'ai rencontrés 
dans la pratique civile, ont été accompagnés de symptômes 



88 JOUI^L DE 

assez graves pour me faire croire à rexisfènce de lésions 
organiques devant déterminer la mort dans un temps limité. 
L*issue ayant été autre que celle à laquelle je m'attendais^ 
j'ai cru utile de comparer la marche qu'ils m'ont présentée 
avec ceHe de la mairie de la veuve Pageot. 

f/atrpphie simple du foie conduit ausstsûrement à une 
terminaison funeste que les oblitérations des canaux biliai- 
res par des causes intrinsèques ou extrinsèques , telles 
que les hétérosarcoses (cancers , .tubercules) : comme ces 
dernières maladies, elle peut donner lieu à. tous les phéno- 
mènes de la consomption et à rhydropisie^ dont la produc* 
tion dépend évidemment. alors de la. difficulté que le sang 
des affluents de la veine-porte éprouve à traverser le foie. 
Cependant, Fhydropisie ne s'obserye pas toujouirs dans la 
maladie qui nous occupe , et nous pensons qu'on peut aisé- 
ment alors expliquer son absence, comme nous ayons 
cherché à le faire dans les deux observations précédeikes, 
par la diminution du volume - total du sang.^Çn effet, à 
mesure que l'altération fait des^progrès, l'appétence pour les 
aliments, et surtout pour les sabs^ances animales., diminue ; 
elle est souvent remplacée par une répugnance invincible. 

Dans d'autres circonstances, la marche de la maladie est 
excessivement lente, et, sous l'infiuence durepos,d éva- 
cuations plus ou moins abondantes, d'une diète^^vère, on 
Voit l'ictère diminuer, la fièvre ciBsser , l'appétit revenir et 
se prononcer même avec assez d'activité. Si alors le malade 
cède, sans précaution , au désir des aliments, les accidents 
ne tardent pas à se reproduire, tandis qu'un régime bien 
entendu peut écarter, pour assez longtemps , leur retour. 

Nous n'avons pas besoin de dire que l'attention du mé- 
decin doit se porter ici ^ la fois sur la quantité et sur la 
nature des aliments. En général , leur quantité sera faible: 
ils devront être de facile digestion et dépourvus de. toute 
qualité excitante; on ne saurait, du reste, poser de règle 
absolue , c'est une itude spéciale à faire pour 4baqu£ cas 
particulier. 

Les travaux modernes sur. la digestion permettent de 
traduire en formules scientifiques les considérations qui 



JOimNAL BB H^pBCniB. 89 

précèdent : si vous fournissez au foie, diminué de volume, 
des matériaux de nutrition aussi abondants qu'à Télat nor- 
mal, vous produisez un engouement de son tissu et une 
compression qui s'opposent à l'exercice libre de ses fonc- 
tions dVgîirie sécréteur, tandis quil aurait pu suffire en- 
core à rélajboration d'une moindre quantité de ces matériaux. 
L'ingestion de substances irritantes, en augmentant l'afflux 
du sang artériel, peut produire un eifet analoguç ou même 
(les complications iodàmmatoires. 

Le médecin ne doit donc point céder aux désirs du ma- 
lade^ chez lequel, malgré le retour de l'appétit, chaque écart 
de régime est signalé par pnè rechute. La maigreur et 
même la faiblesse persistante, sont ici des nécessités qu'il 
faut subir^ car on ne peut jamais se flatter de ramener la 
digestion à son type normal. 

On ne fait, en délinitive, qu'un traitement palliatif; mais 
^n n'a pas même cette ressource quand l'atrophie hépatique 
est la conséquence d'une autre lésion ; alors on ne voit point 
survenir ces intervalles d'amélioration dont nous avons 
parlé, et le mal marche incessamment vers sa fatale termir 
naison.. 

£n résuipé, le. diagnostic précis de la causa de Tict^re 
étant souvent impoa^ible.v il convient, dans touà les cas 
d'ictère chronique, de chercher à obtenir y par le régime, 
l'umélioration possible dans l'atrophie simple , impossi- 
ble dan$ les autres cas. ^ ^ 



Chlorose^ fièvre, intermittente rebelle ^ hématémèse y pieu-- 
, résiepurulentej alHiès de la rate. 

BoëdroUr Véronique , âgée de 28 ans, domestique, 
entre, le ("février 1855, à rHôpilal. 

Depuis deux ans ,. symptômes de chlorose avec aménor- 
rhée/ Vers le 15 décembre 18£4 9 ^ns fatigue plus grande 
que d'habitude , indisposition caractérisée par un^ douleur 



90 JOrailAL DB HÉDBGmi. 

gravative ft l'estomac , inappétence , accès de fièvre inter- 
mittente, sans type régulier. Le 30 décembre 1854, la 
maiiide , qui a Thabitude de prendre ses aliments très- 
cbauds, vomit du sang noir caillé en Quantité médiocre ; 
le vomissement ne dure que quelques instants « et ne se 
répète pas dans la journée. On se borne à' prescrire le 
repos , la diète et les boissons (ralcbes. 

Le I*' janvier, la malade étant à jeun, est reprise 
d'hématémèse en allant à la garde-robe; l' hémofrhagie , 
très-abondante, est suivie d'une syncope qui cesse au bout 
de quelques minutes de décubitus dorsal. Je la vois quel- 
ques instants après et je trouve le pouls fréquent, mou, 
mais assez large ; la peau est froide et décolorée ,• la 
connaissance parfaite. Je prescris de réchauffer les mem- 
bres inférieurs , d'y promener ^des sinapismes , et je fais 
administrer toutes les heures une pilule contenant un cen- 
tigramme environ d'azotate d'argent. 

Le lendemain ,2 janvier , l'hémorrhagie ne s'est pas 
renouvelée ; la pâleur de la peau est la mênae , le pouls 
s'est relevé, il n'est pas fébrile. Ce retour de l'hémorrha- 
gie, à 48 heures d'intervalle, et Ja préexistence d'accès 
intermittents me faisant craindre une fièvre pernicieuse, 
je prescris deux grammes de sulfate de quitiine et la conti- 
nuation des pilules d'azotate d'argent. - * 

Le 3 janvier, accès de fièvre caractérisé par frissons, 
chaleur et sueur, mais sans hémorrhagie. (2 grammes de 
sulfate de quinine ; les pilules d'azotate d'argent ne sont plus 
données que toutes les <leux heures.) 

Les 4 et 5 janvier ,\on administre^ un gramme de 
sulfate de quinine et on continue l'azotate d'argent. Ce 
dernier jour, une augmentation légère de la chaleur, dans 
l'après-midi, est considérée comme un souvenir de Tarées. 

Le 6, on commence l'usage de l'eau de. Pagliari (15 
grammes dans une potion). Cette dose est continuée cha- 
que jour, jusqu'à la terminaison. - 

La maladjB reste faible ; cependant le pouls se relève et 
la pâleur diminue ; sardes-robes noires provoquées par 
une petite dose dliuile de ricin: 



JÔUBNAI. DB MÉDECINE. 91 

^ Le 8, à la suite d*un écart de régin^e (la malade a mangé 
de la pâtis^rie) , nouvelle hémorjrbagie considérable , 
suivie. d'une syncope prolongée, après laquelle le pouls 
reste petit, misérable, la peau et les origines des mu- 
queuses complètement décolorées , la faiblesse excessive. 
Douleur constante à Thypocbondre gaucbe, matité étendue 
à la région splénique. Les pilules d'azotate d'argept sont 
prescrites de nouveau pendant 48 beures; les jours sui- 
vants, les accès en tierce continuent; on donne encore 
quelques doses de sulfate dé quinine. Vers la fin de janvier, 
Tétat général semble un peu s'améliorer, Tappétit se pro- 
nonce; quelques cuillerées de bouillon glacé et même un 
peu de panade froide sont bien supportés , mais les forces 
ne reviennent pas. Le l*"^- février, elle entre à THôpital: 
son état est le même que précédemment; elle rend de 
temps en temps des selles noires , demi-liquides et très- 
fétides. On lui fait le même traitement; le; 6 février, on 
y joint le fer réduit par l'hydrogène, à la dose de 10 
centigrammes par jour. . 

Le IQ février, la malade , qui s'était trouvée mieux 
pendant la journée et disait, à 6 beures 1/2 du soir, sentir 
un bien-être général, vomit toul-à-coup, à 7 lieures, envi- 
ron 300. grammes _de sang. Aucune imprudence n'avait 
été commise; elle. avait maipgé, à 4 beures 1/2, la faible 
ration i^'aHments qu'on Jui permettait : aussitôt, tipotbymie 
complète, qui se prolonge pendant près d'une d<*mi-heure, 
puis le pouls commence à se faire sentir, et prend même 
une certaine ampleur. (Position horizontale , application , 
sur répigastré , d'une vessie pleine de glace ^ sinapismes 
sur les membres inférieurs; à l'intérieur, glace en petits 
morceaux.) < ' 

Vers une heure du matin , trois nouveaux vomissements, 
à peu d'intervalle, amenant chaque fois, au deltors, un caillot 
gros comme une noix : mais la faiblesse extrême dé la 
malade\ et le peu d'efforts qui accompagnent ces vomisse- 
ments, donnent lieii de penser qu'une plus grande quantité 
de sang s'est épanchée dans Testomac. Le pouls; à 1 10 pul- 
sations, est assez développé, mais dépressible. L'irrégularité 

B 



92 ^OVfmÂL PB piÉ^UM^. 

dans 4a sijiccession dés accè» précédents, ne permet pas aie 
savoir si ce jour était paroxystique o.u intercalaire. On ad- 
ministre 1 gramme 50 centigrammes 4e sulfate de quinine. 

Lés vomissements ne se reproduisent pas jusqu'au len- 
demain matin, 1 ^ février ; un peu de sommeil. Le Doatin , 
abatten^ent extrême, peau moite, fraîche, pouls à 110. Ouie 
trèsrobtuse, intelligence nette. Pas de selles depuis hier, 
malgré U sensation du besoin d'évac.uer. (Vési(»toire sur 
le sternum et Tépigastre, 75 centigrammes de sulfate de 
quiniHe,siaapismes aux membres inférieurs.) ; 

Les jours suivants , la faiblesse diminue progressivement, 
mais ta décoloration générale reste la môme. Pe $ février, 
le pouls a repris de la force , et ne bat plus que % fois 
par minute. Constipation qui résiste aux lavements Ijaxatifs, 
émission abondante d'urine. (Diète sévère, ip^lgré les ré- 
clamations de la malade.). ^ 

19 février. Expulsion de , quelques boules stercorales 
dures, qui ne présentent plus la cou|eur noire. La doti- 
teur de rhypochondre gauche se fait sentir plus vivement. 
Les frissons, qui avaient cessé depù^ Thématémèse ', ont 
reparu, irrégulièrement, depuis le 17- (Potion fébrifugie 
opiacée, mêjpe prescpiplîpn du reste.) 

21 février. Qppression très-grande,, toux, douleur p)us 
étendue et plus vive ai^ côté gauche , pouls fréqiiept , dur, 
serré ; on constate Texistepcè d'un épancbement considéra- 
ble dans la cavité d^^ la plèvre gauche. IJaùspultation, prati- 
quée pliJ^ieurs fois, à une.époque antérieure de la maladie, n!â- 
vait donné que des résultats négatifs. (Vésic>atbire sur le côté.) 
. I)ans là soirée, l'oppression est la même., Taifaisseme^t 
est très-grand, la. douleur nviHe, je pouls donne environ 
1 30. Mort à 9 beures. 

Autopsie 30 heures agrès la mort. 

Décoloration complète (jes tégujnents, pâleur de cire, 
membres en résolution complète : dilatation, notable du 
côté gauche du. thorax. - 

La cavHé pectorale gauche contient 4 à $ litres d'un 



sér«Qsité a$s6z limpide et citrine dans les coucbes supé- . 
rieures, puis trouble et floconneuse, eofin purulente dans 
le tiers iofériéur. Les feuillets, de la plèvre, sont tapissas 
d'une fausse membrane jaune, molle, s'enlevant avec le 
dos du scalpel* Le poumon, refoulé, te long de la colonne 
vertébrale, présente dfns son plus grand diamètre trans- 
versal, une épaisseur qui né dépasse pas 7 centimètres. 
Sop parenchyme pur de toute altération est exsangue, 
sèc , rés^istant' à lasectipn, et ne crépite dans aucun point j 
sa couleur est grisâtre. De ce côté, le diaphragme a été 
coDsidérablement refoulé ; en bas et au lieu de sa convexité 
habituelle; il offre une profonde dépression remplie de 
pus ; la fausse membrane qui recouvre la plèvre diar 
phragma(ique a une. grande épaisseur. 

Du côté droflUde la poitrine.il s'écoule environ t litre i/2 
de sérosité citrine très-limpide. Le poumon est légèrement 
refoulé vers la colonne vertébrale : son tissu est sain, les 
vésicules ne sont pas affaissées. Le diaphragme offre ici la 
convexité normale. L^ péricarde est distendu par de la 
sérosité limpide. Le cœur, de volume normal, est décoloré , 
ses fibres musculaires sont jaunâtres; il ne contient pas de 
caillots. , 

Le foie, notablement augmenté de volume, offre une co- 
loration jautie, son lobe gauche va toucher la rate. 

La rate, d'un ^volume médiocre4 est enveloppée d'un 
épiploon épais, induré, qui la fait adhérer au diaphragme 
et à Testomac. .£à cherchant à la séparer de ce dernier 
organe, on tomj>e sur un abcès du volume d'un gros œuf 
de poule, qui occupe son tiers supérieur, et qui coouQu-* 
nique avec un autre foyer un peu moins volumineux placé 
plus bas, vers ïe milieu du diamètre transversal. Ces deux 
cavités remplies d'un pus épais , jaune et bien lié, sont 
tapissées partout par une membrane tomenteuse. Le pa- 
renchyme splénique, de couleur rouge lie de vin, est friable 
et ^ .laisse facilement réduire en bouillie: il offre assez 
bien l'aspi^ct d'uQ poumon passant de l'hépatisation rouge 
à riiépatisatiou ' grise.. La coque qui enveloppe Tithcès 
s^périeMr adhère à la foliole gauqhe du oeatre phrénique ; 



94 JOUBIIÀL DE KÉDBCITŒ. 

en ce point , Taponévrose paraît tendue et tirée vers 
Tabdomen. 

L'estomac ne. présente aucune lésion : sa menabrane mu- 
queuse, compiélenient décolorée , présenté seulement deux 
ou trois plaques rouges vers le grand cul-de-sac. 

La .membrane muqueuse intestinale, également déco- 
lorée, n'offre aucvine altération. 

L'ensemble des symptômes observés; chez notre malade 
et des lésion» constatées «près la mort, nous suggère les 
réflexions suivantes: 1<* la maladie primitive a été une 
splénite qui s'est plus tard tei'minée pe^r abcès ; 2^ l'hé- 
màtémèse a été symptomatique de la mirladie de la rate ; 
3^ une pleurésie purulente à marche subaiguë s'est déve- 
loppée par contiguité, plusieurs semaities avant la mort , et 
c'est à cette citconMance qu'était due l'aé%mentation du 
champ de la mutité splénique ; 4^ les frissons irréguliers 
observés les derniers jours ont coïncidé avec l'extension 
de la pleurésie purulente , à laquelle est venu s'ajouter à 
la fin un épanchement considérable de sérosité, dans les 
-deux plèvres v et dans le péricarde ; 5^ l'augmentation de 
volume du foie et sa coloration , étiolent sans doute en 
rappor:t avec le trouble des fonctions de la rate et fa dimi- 
nution du champ de lé respiration. 

La maladie primitive a été une splénite et une splénite 
méconnue, ce dont on n'a. pas lieu de s'étonner, quand on 
songe à la rareté relative de cette maladie, eu égard à la 
fréquence de Thypertrophie. Toute fièvre intermittente un 
peu prolongée donne lieu k un développement anormal de 
la rate, et dans les contrées éminemmenî marécageuses , 
comme la Sologne par exemple, l'engorgement de ce 
viscère est un fait générai. ^ 

Selon M. Nepple, rintumescencé splénique ne tient pas 
toujours à la fièvre , elle dépend souvent de la seule cons- 
titution des habitants des marais , chez lesquels , dit^il , 
on observe une grande ampliation passive du système vei- 
neux ascendant , surtout des vaisseaux de l'abdpmen. 

Tous les auteurs qui ont écrit sur les fièvres intermit- 
tentes sont d'accord sur la fréquence de l'hypertrophie 



JOUBIfÛ. DB KÉDBCIMB. 95 

spléaique ,. et 'chacun sait ce que H. Piorry a ^crit sur 
ce sujet. Dans les fièvres pernicieuses et dans les fièvres 
continues graves, on signale bien le ramollisçeroent de la 
rate , mais oh parle rareineiU nie splénitç suppurée. 

De tous les auteurs modernes, Maumann, d0 Berlin (1), 
est celui qui a' donné la meilleure description de la 
splénite ; il indique les symptômes suivants : douleurs fré- 
quentés à Testomac , nausées , vomissemetits de' matières 
muqueuses, bilieuses, sanguinolentes , renvois acides; 
ces accidents augmentent par la station verticale. 

Plusieurs autres auteurs signalent également rhématé- 
mèse comme ^mptôme de la splénite; Marcus.et Heu- 
singer la regardent mênfke comme un signe pathognomo- 
nique de cette affection. 

Ce symptôme n'a pas manqué chez notre malade; mais, 
indépendamment de ce que nous pouvions croire à une 
hématémèse idiopathique , le retour périodique de Thé- 
morrhagie, chez un sujet primitivement atteint de fièvre 
intermittente , .devait nous faire penser à^une fièvre per- 
nicieuse gastrorrhagique , maladie dont Tortl et plufTieurs 
autres ont rapporté des exemples , et que j'ai eu moi- 
même oc(^asion d observer che2,un jeune homme de 18 
ans, adonné à Tusage des liqueurs alcooliques. Le sulfate 
de quinine avait eu ici un plein succès. 

Une autre circonstance, qui a rendu le diagnostic en- 
core plus difficile , c'est que nous avions affajre à une 
splénite chronique , comme. le démontre l'existence d'un 
kyste parfaitement organisé autour de la ' collection pu-* 
ruiente.. . 

L'hématémèse , ainsi que plusieurs autres hémorrha- 
gies, a , du re^te , été observée dans les autres maladies 
de la rate , et même dans les simples engorgements. ^^ 
On Kt à la page 487 du tome IV du Compendium de 
Médecine : 

« L'hypertrophie de la rate, qui est souvent considérable 



(1) Handbuch^ der medieuiisches KUnik. 



96 jorànAÉ DE «Éiacnlc. 

et persiste encore après la disparition de la fièvre . inter- 
mittente , peut expliquer certaines hénflorrhagies intesti- 
nales. On conçoit, en effet, qu'un organe aussi éminem- 
ment vasculaire que la rate, dont )es fdhctioi;is paraissent 
liées plus ou moins directement à celles de la circulation , 
doit prendre quelque part à la production des hémor- 
rhagiesi » 

Galien , en parlant des maladies de la rate , a noté -la 
fréquence des hémorrhoïdes chez les sujets qui en sont 
atteints; il prétend que ce flux est salutaire , et que, 
lorsqu'il vient à cesser , il est remplacé par des vomisse- 
ments de sang et des. hémorrhagtes par Tint^tin .ou les 
narines. \ 

M. Gendrin (1) range les maladies du foie et de la rate, 
en général , parmi les causes des gastrorrhagies. 

Frédéric Hoffmann note . les vomissements de sang 
comme un des signes de Thypertrophie splénique, et 
regardé comme hors de douté que le sang provient dés 
vaisseaux courts, de l'artère et de la veine splénique. 
(F|*édéricHoflmann, de'Morbis Lienis.) Les anciens, disent 
les auteurs dd Compéndium , avaient imaginé certaines 
communications qui n'existent pas entre lés vaisseaux de 
la rate et de l'estomac , et ilis croyaient que robstructibn 
de ces vaisseaux occasionnait rbématémèsé. (Riolan, Co- 
lumbus , Wedel , Marcellus Donatus , Scbénk,, Théaph. 
Bonet^ ont soutenu celte opinion.) Cetleliémorrhagie n*a 
rien de spécial,, et se fait comme les autre^ hématèmèses , 
par exhalation sanglante dans la cavité de l'estomac. IHa 
reste j elle est rare, et an ne lobserù que dans le cas oti 
là constitution est altérée et l'hypertrophié splénique déjà, 
très-ancienne. Celle-ci ne parait exercer aucune infltience 
mécanique sur ta production de Vhémâtémése. , 

Il jious semble cependant que quand l'aUératîon de la 
rate est assez prononcée pour gêner le cours du sang dans 
Fartère splénique', les autres branches du* tronc cœfiaque 



(l) Traité Philosophique dé Médecine Prâtiqtie, t. f , p. 1^. 



. SO^Wld DE HÉBSGI«£. 97 

doiveiit recevoir en p(us ce que celle-^ci reçoit eÀ mbins^ 
ce qui devient une câXiSe d'hypérémie pour les organes 
auxquels elles se distribuent ; or , <te Phypérémîe à Thé- 
moprh'agiô , il h*y a qu'une, différence du plus au 
moins (1); ,' ■ \ 

L'afFaibliissement progressif de r^coriqmie sous -Fin- . 
fluence de la chlorose , de l'aménorrhée et de la fiëvi'e 
intermittente , mérite d'être pris en sérieuse considération 
dans lé cas qui nous occupe. MM. Môttttéfet et .Fleury 
disaient etn 1846: 

Ce n*est'pa$unedes particularités les moibs importaintes 
dé l'histoire deà maladies de ia^ rate, que de voir cet 
organe , dont les fonctions sont inconnues ^ et qui ne pu- 
ratt guère entretenir de syijnpathie» qu'avec le foje.etresio- 
mae , s altérer proinpitement et d'une manière coilstanie, 
chaque fois que le. sang a subi qbelqUe altération, que 
celle-ci soit primitive ou seulement consécutive. ' 

Poiir ce qui est de la pleurésie purulente ,- on se l'end 
aiséntent compte de sa production aa voisinage de l'abcès 
splénique, dont les parais adhièraient au diaphragme , et 
Ton sait d'ailleurs avec quelle facilité- les phlegmasies pu- 
rulentes, envahissent les tissus similaires^ ceux qui ont 
été primitivement alfectés, quand les forces de lëconomie 
ont subi une atteinte profoncle.. Cette nouvelle pbl^gmasie, 
beaucoup^lus étepdue que la première, est venue ajouter 
à [a gravité* du pronostic et hâter la«iort,:qui ne semble 
pas avoir été , di^ns tous les cas , la con.séquetice néôes- 
saire des àb(}ès de la r^te. G'est elle; enfin , qui a* donné 
lieu il l'énorme épànchement séreux des plèvres et dû péri- 



(t) 9i on admet, avec M. Beaii^ que la rate est un organe 
d'impulsion , et que ~, par son élasticité., elle contribue k faire 
progresser le sang dans la veine jBplénique , et , par suite , dans, la 
?eine-porte, on concevra que (j^and elle aura perdu cette pro- 
priété, par suite d'une dilatation passive , ou d[uiko hypertrophie 
permanente r elle se dét)arrassera difficilement' du sang que lui 
apporte l'pttère splénique: ' 



98 JOUBIfÂL DE «ÉBECiraS. 

carde , dont le développement rapide a du suspendre si- 
multanément les fonctions des pOumons et du cœur. 

L'hypertrophie et Taltération de couleur du foie ont été 
signalées généralement dans les maladies de la rate. M. 
Beau , dans son mémoire sur l'appareil spléno^hépatique , 
qne nous avons cité plus haut, insiste avec raiso" sur la 
solidarité qui existe entre ces deux organes. Il rappelle 
que , chez les animaux auxquels on a enlevé la rate, '^ foie 
se trouve constamment hypertrophié, et il cite de!i*;^^s 
observés chez Thomme, dans lesquels l'ablation de la rate, 
nécessitée par une blessure « n'empêcha pas la vie de con- 
tinuer pendant plusieurs années , et même l'un des àeux 
sujets , qui était une femme , put concevoir et accoucher à 
terme. Elle mourut cinq ans après, et présenta à l'au- 
topsie un foie d'un volume extraordinaire. 

L'influence de la gêne respiratoire sur le foie n'a pu 
être ici que secondaire ; cependant , l'état de compression 
du poumon gauche était tel , que, depuis assez longtemps 
déjà , il ne servait plus à l'hématose, dont 4e champ se 
trouvait considérablement rétréci , circonstance qui con- 
tribuait sans doute à augmenter l'embarras de la circulation 
abdominale. 



OBSEB. VA TI ON de pneumo-thorax , conÈé- 
cuftf à une pneumonie lobulaire , termirtée par 
abcès ouvert dans la plèvre, par M/Vallin, 
élève interne à l'Hôtel-Vieu {Service de M. 
Malherbe). 



La femme Coiquaud, Jean, jouniarière, âgée de 42 ans, 
présenta, en entrant à l'hôpital, le 6 janvier 1855, lés 




JOURNAL DE MÉDÈCINB. 99 

symptômes d'un épuisement excessif, (l*un état de débilité 
général, sans lésions d'organes apparentes. Interrogée sur 
les circonstances qui ont précédé sa maladie, elle donna les 
renseignements suivants: elle a quitté la campagne, il y 
a quelques mois seulement pour venir h Nantes, où ejle 
espérait trouver plus de ressources et moins de misère: 
habitation dans un quartier malsain de la ville (je ftlarchix), 
dans un logement bas, humide, peu éclairé ; alimentation 
de mauvaise nature et insuffisante, misère profonde à la- 
quelle viennent se joindre Ie6 fatigues d'un accouchement 
facile ; il est \frai , mais après lequel la malade se hâte beau- 
coup trop de reprendre des occupations fatiguantes : essais 
pénibles d'aHaitement, cessés forcément au bout de deux 
mois ; aflFaiblissement tel enfin que Jà femme Coiquaud se 
décide à entrer à Thôpital. À cette époque, l'abattement 
est considérable, les tîssus sont décolorés, mais non in- 
filtrés de sérosité ; le pouls est faible , médiocrement 
accéléré; Tauscultation de la poitrine fait entendre quel- 
ques râles à grosses bulbes disséminés dans les deux pou- 
mons. La re$piratit)n n'est pas gênée, ses mouvements 
n'éveillent aucune douleur ; les fonctions digestives s'exé- 
cutent assez régulièrement. Malgré une nourriture substan- 
tielle, l'usage du vin de quinquina, Tétat ne change pas ; 
il s'y joint même des symptômes de nostalgie. Le 18 jan-> 
vier, son jeune enfant meurt dans une des salles de l'Hôtel- 
Dieu ; <}uelques jours après, on lui apprend que .sa fille, 
âgée de IQ ans, a disparu, et qu'elle n'a pu être re- 
trouvée, malgré les rech^erches actives de la police. Dès 
lors, l'adynamie est plus profonde encore^ l'appétit est nul; 
il survient un peu de diarrhée. 

Le 26 janvier, la malade se plaint d'une douleur sourde, 
n^ais peu vive dans toute la .poitrine: l'oppression est 
marquée, la tou3^ fréquente, le pouls faible à liO. 

L'auscultation révèle des ronclius. sonores et sibilants 
dans les deux poumons, .mêlés à des buUes de. râles mu- 
queux. Looch, buîl. calm. 2 past. Ipéca. Vésicatoire à, la 
partie postérieure du tiiorax. 

Le 29 et le 30 , légers frissons le jour, suivis de chaleur 



100 joîjuvai. m «ÉMcmB. 

et de sueur , venant à ihtervaltes irréguUers. J^x>t fébrifuge 
opiacée. Même état de b poitrine. Pot. avec acétate am* 
moniaq. et $p. opium. 

Le 31 au soir, douleur plus vive au côté droit; respi- 
ration courte et gênée ; pouls à 112 , faible, dépressibie ; 
rftie sous-crépitant dans le tiers inférieur et postérieur du 
poumon droit : résonnadce vocale marquée : pas de souffle 
bronchique, d^égophonie^ ni de matité relative en ce 
point. Râles muqùeux dans le poumon gauche , expectora- 
tion peu abondante de crachats visqueux, blancb&tres, mêlés 
de stries sanguines» Un vésicatoire est appliqué sur le côté 
affecté. 

1*^ février. La douleur et f oppression n'ont pas augmenté 
pendant la nuit; râle sous-crépitant, souffle tobaire , 
bronchophonie dans le tiers inférieur du poumon droit: 
dans les points où s'entend le souffle bronchique^ on perçoit 
une respiration amphorique douteuse, existant seulement 
dans les fortes respirations. La voix présenté aussi à un 
faible degré le timbre amphorique. La sonorité n'est pas 
dimiiiuée dans tout le côté, la vibration est la même qu'à 
Tétat normal. 

2 février. Même état général ; le pouls est à i 12 , faible, 
dépressibie, Toppression est médiocre, la douleur presque 
nglle: le bruit vésiculaire ne s'entend nulle part , niiais la 
respiration et la voix amphoriques sont parfaitemenl: dis- 
tinctes dans toute la partie droite de la poitrine en arrière; 
il n'ya pas de tintement métallique : lasuccussion hippo- 
cratique ne produit point le bruit de flot. La "sonorité est 
tympanique dans tout le côté malade qui est sensiblement 
désveloppé ; les espaces intercostaux sont bombés et élargis. 
Le poumon gauche, ausculté avec le plus grand soin , ne 
présente aucun signe de tuberculisation. -- . 

3 février. La sonorité s-est étendue à la |)nrtie latérale 
et atltérieure ; mais aU niveau du quart inférieur du poumon 
droit, on trouve une matité relative très-prononcée : on 
n'entend pas d egophonie en ce point. La nialado est de 
plus en plus affiftissiée, les mouvements inspiratoires sont 



L 



JOfJRlfAI. DE UÉXKCOŒ. 101 

feibies et courts, sans angoisse ; la douleur est nulle , l'ex- 
pectoration très-peu abondante, et seulement muqueuse. 

I^e 4 et le 5. Matité plus étendue en arrière :. absence 
die tintement métallique, ei de bruit de flot: diarrhée 
abondante, fièvre hectique. Les symptômes précédents 
persistent jusqu'^à la veille de la mort; la faiblesse augmente 
chaque jour, la malade est très*souvent assoupjç : elle 
n'uccuse pas de dopleur, à peine de Toppression. 

Le-^IÔ, la respiration. est plus gênée^ fréauente, anxieuse: 
les extrémités, les lèvres, la face sont violettes ; la malade 
succombe enfin le. 1 1 février , avec tous les symptômes 
d'une asphyxie lente. 

Autopsie 40 heures après la mort, le eadacre ne ^ 
présenlatU aucun signe de putréfaction. 

L» thQracenthèse pratiquée à la partie supérieure et laté- 
rale de la poitrine permet de recueillir dans une vessie 
adaptée à la canule, du trocart, une qnantilé de gaz qu'on 
peut évaluer à un Htre et dômi. Ce gaz dégage une 
odeur d'hydrogène sulfuré très-prononcée ; dirigé dans une 
dissolution d'acétate de plomb, il donne un précipité noir; 
il colore également en noir la canule en argent de Tinstru- 
ment : il (rouble Teau de chaux , mais pas assez prompte- 
ment pour faire croire que le gaz soit presque entièrement 
formé d'acide carbonique. A l'ouverture du thorax , il 
s'écoule environ deux litres d'un liquide constitué par une 
faible quantité de sérosité ci^rine, tenant en suspension 
une matière mucoso-purulente en masses numinulaires, qui 
représente assez bien l'expectoration des phthisiques, et 
qui fornae les deux tiers de tépanchement : ces masses 
arrondies sont en partie blanchâtres , en partie Jaunes et 
rouillées, nulle part brunes ou sanieuses. Ce liquide est 
enf(*rmc entre les deux plèvres parfaitement libres de toute 
adlh^rence, et recouverties d^une pseudo-membrane jaune- 
clair, épaisse, surtout dans le cul-de^sac inférieur, où du 
pus parfaitement homogène constitue seuirépaûchement.: 
cet enduit se détaehe en grattant légèrement avec le 



102 JOUBNAL D£ MÎÉBBCIIVS. 

scalpel, et présente dans une grande étendue, principale- 
ment sur la plèvre costale, une teinte légèrement brune , 
due peut-être à laclion du gaz hydrogène sulfuré. 

En quelques points, Ton trouve de petites plaques noir 
res, arrondies, de la grandeur d'une lentHIe, enchâssées 
dans la séreuse , de consistance fibreuse ; elles sont au 
nombre de trois : deux à là partie moyenne et latérale de 
la plèvre costale, une autre à la partie supéneure et in- 
terne de la plèvre. pulmonaire : elles sont très*adhérentes 
et paraissent n*avpîr excité autour d'elles aucun travail 
d'élimination;; elles, n'ont pas non plus l'apparence sèche 
d'une esc^arre gangreneuse. Le poumon, réduit à une 
lame très-mince, si ce n'est dans l'espace correspondant 
à l'angle costo-vertébral « est appliqué contre le rachis. On 
y voit, à la partie postérieure, devenue externe, deux ou- 
vertures circulaires, pouvant admettr^ une sonde de femme, 
à bords minces et lisses, situées fune au-dessus de l'autre, 
h la partie supérieure du lobé inférieur. Un trajet très- 
coqrt, oblique de bas en haut et d'arrière en avant, conduit 
à une cavité qui pourrait loger un œuf de poule , et dont 
la paroi, lisse et régulière , est formée par du tissu hépatisé 
au second degré, nullement infiltré de pus,, ni recouvert 
d'une fausse membrane. Cette cavité ne contient aucun 
liquide : elle présente l'orifice de trois rameaux bronchi- 
ques , à section très-nette et dont la muqueuse est à peine 
injectée ; on amène , en raclant les parois , un liquide clair, 
légèrement rougeâtre, d'une odeur d'hydrogène sulfuré, 
mais qui ne rappelle nullement l'odeur caractéristique de la 
gangrène. 

Uhe couche de tissu Tiépatisé, d'un centimètre d'épais- 
seur, violacé, à déchirure grenue, entoure cette cavké, et 
forme comme un noyau parfaitement distinct par sa consis- 
tance, du tissu voisin. Au-delà, de celte zone, et dans tout 
le reste du poumon, le parenchyme comprinié>st verdâ- 
tre , dense, mais surnage à l'eau. Nulle part, on ne trouve 
la moindre trace de tuberculeé : la plèvre gauche contient 
une sérosité limpide, très-abondante; elle est injectée, 
mais non recouverte de fausses membranes ; le poumon 



JOtmilAL Iffi «lÉDEClIfE; 103 

gauche, un peu affaissé, est engoué à la base, il est 
complètement efxempt de matières tuberculeuses. Tous les 
organes voisins , thoraciques et abdominaux , sont écartés 
de leur position normale : le. cœur , surtout , se trouve 
placé dans ia partie la plus externe du côté gauche, et est 
refoulé d'arrière en avant, contre le thorax, par Tépanche- 
ment de ce côté. Le diaphragme, revêtu de la plèvre, forme, 
à droite , une poche, remplie du liquide de Tépanchement, 
qui descend fort bas derrière le foie , et le déforme com- 
plètement. Le foie, très-volumineux, est pftie , de couleur 
fauve, piqueté de points rouges; sa consistance est dimi- 
nuée , les doigts pénètrent facilement dans son tissu ; sa 
pesanteur spécifique n'a pas sensiblement changée : cette 
dégénération affecte toute Tétendué du parenchyme ; de 
plus, il présente l'état graisseux à un degré tel, qu'en le 
coupant, la lame du scalpel se recouvre d'une couche de 
matière suiffeuse, d'une ligne au moins d'épaisseur. 
. Les autres organes n'ont pas été examinés. 



QueHe est la nature de la lésion qui a donné lieu à l'exca- 
vation, et, plus lard, à la perforation du parenchyme 
pulmonaire ? Les circonstances qui ont précédé le début 
de la maladie , l'état cachectique du sujet , s'accorderaient 
très-bien avec la présomption d'une gangrène circonscrite 
du poumon , à l'état d'excavation formée par le ramollisse- 
ment complet , et l'évacuation de la matière gangrenée. 
Mais, dans les foyers gangreneux , la cavité est habituel- 
lement anfractueuse , irrégulière ; les parois , noirâtres 
ou verdâtres , sont tapissées de débris putrilagineux, pro- 
venant de l'élimination de l'escharre. Dès débris dii bour- 
billon, des lambeaux gangrenés, unesanie noirâtre, d'une 
horrible fétidité, se retrouvent dans le liquide épanché; 
la lésion est ordinairement multiple ou plus étendue. Or , 
ces caractères , Todeur spéciale de la gangrène surtout , 
ont fait complètement défaut, et leur absence doit faire 
naître des doutes sur la nature gangreneuse du foyer. 

D'une autre part , l'existence de celte excavation dans 



104 JOUBICA& M KÉBBGBIB. 

le lobe inférieur, alors que les sommets et les parties restées 
saines ne présentent aucune trace de tubercules , la na- 
ture du noyau d'hépatisation, dans lequel $*est développée ta 
cavité, excluent Tidée d'un /amollissement tuberculeux. 

La supposition d'une hémorrhagie pulmonaire en foyer, 
n'est guère plus probable. 

Nous trouvons décrite, dans l'ouvrage de MM. Rillietet 
Bartfaez surtout , une forme de la broncho-pneumonie des 
enfants , la pneumonie lobulaire ou mamelonnée , dont 
les caractères anatomiques présentent, avec ceux que nous 
avons sous les yeux , une analogie remarquable. 

(r Les abcès du poumon, disent-ils, appartiennent, pres- 
que exclusivement, à la pneumonie lobulaire.' Ces 

abcès se forment au centre d'un noyau d'hépatisatioQ 
mamelonné, entouré d'un tissu par&itement sain. ^.. . Ils 
ont, en général, une assez grande tendance à s'apprœher 

de la sgrface de l'organe , et si une inflammation 

adhésive ne vient pas unir les plèvres , il y a pneumo- 
thorax. Dans ce cas, la poche est entièrement vide. Cette 
terminaison de la pneumonie, ajoutent-ils, est loin d'être 
rare ; et , chez deux de leurs malades^ il y a eu complica- 
tion de pneumo-thorax. i> 

La forme symptomatologique permet aussi de faire les 
mêmes rapprochements : la douleur manque presque cons- 
tamment , ou bien elle est diffuse et peu intense ; l'expec- 
toration est nulle ou catharrale. « Le mouvement fébrile, 
disent les mêmes auteurs, n'est presque jamais réactionnel , 
il prend quelquefois le cachet hectique .... Le type de la 
fièvre se rapproche souvent du type rémittent et «léme 
intermittent. » Ils insistent particulièrement sur ce point , 
et, chez notre malade, cette rémittence a été assez sensible, 
pour qu'on ait cru devoir donner ^ à deux reprises, le 
sulfate de quinine. 

Une objection sérieuse pourrait être élevée au sujet de 
la rareté de cette forme de la pneumonie, dans l'âge 
adulte : très-fréquente chez les enfants d'un à cinq ans, cette 
affection est , en effet, d'autant plus rare, que les individus 
avancent davantage dans la vie. 



JOUTAI DE M^p^.I1|l)2. 10$ 

Cependant, a dans les pneumonies secondaires, dit M. 
Chomel, c'est principalement la forme, lobulaire que Ton 
rencontre surtout chez ladulte. » Or, dans le caç actuel, la 
faiblesse excessive du sujet , la préexistence d'un catarrjie 
bronchique général, le décubitus prolongé, étaient autant 
de prédispositions^ à ce qu'une inflammation secondaire du 
poumon se développât, sous l'influence d'une cause en appa- 
rence insignifiante. Et, telle était la faiblesse de. la réaction, 
que Fintrôduction des liquides du foyer dans la plèvre, que la 
pleurésie suraiguë consécutive^ n*ont excité ni douleur très* 
vive , ni anxiété, ni gêne extrême de la respiration, symp* 
tomes presque constants de l'invasion du pneumo-thorax. 
Nous venons de dire pleurésie suraiguë consécutive , car 
nous ne croyons pas quil y ait lieu d'invoquer ici la pré^ 
existence d'une inflammation de la plèvre, qui, par un tra> 
vail ulcératrf de celle-ci vers le poumon , aurait produit ou 
contribué à produire la perforation de la paroi pulmonaire : 
l'auscultation , pratiquée presque tous les jours , n'eut pas 
manqué de donuer les signes d'un épanchement pleuré- 
tique, s'il eût existé. Un fait qui concorde avec l'absence 
d'une gêne^ très-grande de la respiration , cVst qu'on a 
observé, au début, un souffle et une voix amphpriques très- 
obscurs , tenant sans doute à l'étroit/esse de la fi§tule et à la 
petite Quantité de gaz épanché : plus tard, cette fistule s'est 
agrandie; mais, déjà, le poumon avait été lentement com- 
primé, et la malade s était peu à peu habituée àrinsuffi-- 
sance de la respiration. 

pin dehors de l'appareil respiratoire , l'aulopsie a révélé 
un fait intéressant qui porte sur un organe dont la patho- 
logie n*est pas, à beaucoup près,, aussi avancée que le mé- 
riterait son importance : le foje ^ présenté au plus haut 
degré les caractères assignés à Tétat adipeux. Cette lésion, 
que l'on pourrait dire spéciale à la phthisie, affecte cepen- 
dant une femme oui n'a présenté, nous le répétons, aucune 
trace de tubercules. Mais il est permis de faire entre la 
phthisie et le pneumo-thorax envisagés :^ un certain point 
de vue , des rapprochements qui semblent assez naturels : 
(ï\x^ côté, des masses tuberculeuses compriment, si elles ne 
détruisent pas, le parenchyme pulmonaire, et diminuent 



106 JOUBIIAL DF KÉDBCIRB. 

d*autant le champ de la respiration ; de l'autre, la présence 
d*un fluide liquide et aériforme dans les plèvres, affaisse 
les vésicules par une pression lente et énergique qui peut, 
comme dans le fait actuel , rendre le poumon tout entier 
imperméable à Tair. Or, dans les deux cas, le sang ne 
subit plus dans les poumons les modifications ordinaires; 
moins oxygéné, il ne suffit plus pour comburer les prin- 
cipes hydro- carbonés de la graisse amenés dans le foie par 
le système de la veine-porte , et cette cause étant cons- 
tante, Taccumulation de la graisse deviendra bientôt con- 
sidérable. Mais, chez les phthisiques, ce n'est qu'au bout 
de plusieurs mois que cette altération a lieu, tandis que 
notre malade a été exposée pendant 12 jours seulement à 
ces conditions physiologiques. Faudrait-il admettre avec 
M. Louis, une forme aiguë de cette transformation du foie, 
en rapport d'ailleurs avec Tasphyxie lente produite par la 
compression d'un des poumons par le pneumo-thorax , de 
l'autre par Tépanchement pleurétiqlie , du cœur enfin par 
ces deux causes à la fois? ou bien, faut-il prétendre, 
comme M. Bonnet, que l'inflammation suraiguë de la 
plèvre diaphragmatique s'est propagée au foie, et que la 
dégénération graisseuse n'est qu'une terminaison de l'hé- 
patite? Nous n'invoquerons pas davantage les autres hypo- 
thèses imaginées pour expliquer les corrélations qui existent 
etitre les maladies chroniques du poumon et la production 
de l'état gras du foie, cet organe appelé par certains 
physiologistes, le poumon de l'abdomen. Remarquons seu- 
lement que le sujet de l'observation est une femme ;_or, 
dit M. Louis, les femmes sont plus exposées que les hommes 
h cette transformation graisseuse, dans le rapport de 4 à 1. 
Terminons cette note trop longue déjà , en rappelant 
que le bruit de flot et le tintement métallique ont manqué, 
alors que se trouvaient réunies toutes les circonstances 
propres à favoriser leur développement. A l'égard du bruit 
de flot, cependant, il eonvient de dire que l'on n'a im- 
primé à la malade que de légères secousses, l'état de faiblesse 
du sujet s'opposant à ce qu'on usât plus vivement d'un 
moyen qui, dans certaines circonstances, a quelque chose de 
brutal et de répugnant. 



JOURNAL 



DB LA 



SECTION DE MÉDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE. 



BULLEim DES S.ÉANCES. 



Séftnee duH mai i855. 

PR&SIDBnCB DB » IB-CinHBDB. 

Le procès>verfoal de la dernière séance est lu et adopté. 

lia Section de Médecine a reçu une lettre de M. 9èrtn- 

lus , de Marseille , en réponse au rapport dé. M. Haiherbe, 

9 



i08 JOUIRAL DE MÉBBCnŒ. 

sur son mémoire intitulé : De Vinfluence de Védairage au 
,gaz sur la santé publique. 

Dans cette lettre, M. Bertulus s'applique à faire ressor- 
tir les différences que présentent , dans leur action sur l'or- 
ganisme , les gaz acide sulfhydrique et oxyde de carbone. 
Il paraît mettre en doute TactioD véritablement délétère de 
ce dernier et reproche à la Coromiss^oo de lui avoir at- 
tribué des effets aussi nuisibles qu'à Tacide sulfhydrique. 

Après cette lecture , M. Malherbe demande la parole et 
s'exprime ainsi : 

« M. Bertulus attaque une des conclusions de la Com- 
mission , ainsi conçue : 

ir Les qualités nuisibles du gaz oxyde de carbone sont , 
pour le moins , aussi prononcées que celles de l'acide suU 
fhydrique , et nous regrettons que H. Bertulus n'ait pas 
recherché la part qu'il a pu avoir dans la production des 
accidents observés à* Marseille. » 

j» L'expression pour le moins est assurément la seule , 
dans cette phrase , dont la justesse puisse être légitimemeut 
contestée, et , en la remplaçani pa» celle-ci : presque aussi 
prononcées , etc. , nous ne voyons pas quelle objection on 
pourrait nous faire. C'est à tort que H. Bertulus accuse la 
Commission d'avoir attribué à l'oxyde de carbone les mê- 
mes propriétés qu'à lacide sulfhydrique, aucun de ses 
membres n'a jamais^ eu cette pensée ; mais elle a établi 
et croit devoir maintenir que le gaz oxyde de carbone pos- 
sède une action délétère indépendante de son action mé- 
canique ; sans quoi , il ne serait pas plus nuisible que 
l'acide carbonique, que Thydrogène pur, que l'azote, 
qu'on a pu introduire à très-forte dose dans des atmosphè- 
res artificielles sans troubler notablement la respiration des 
animaux sur lesquels on expérimentait, tandis qu'un cen- 
tième ou un demi-centième de gaz oxyde de carbone 
suffisait pour donner la mort. 

» L'espèce d'innocuité que M. Bertulus attribue à Toxyde 
de carbone n'est point démontrée par le passage sur lequel 
il s'appuie , puisque l'auteur cité reconnaît à ce gaz une 
influence sur le système nerveux. 



JOimrVÂL DB MÉDECINE. 109 

» Remarquons , en passant , que les recherches attri- 
buées ici à Orfila sont dues à Nysten. 

D L'observation suivante, citée dans notre rapport, 
prouve assez bien que les effets de ce gaz ne se dissipent 
pas toujours avec rapidité : Un ouvrier robuste et intel- 
ligent respira du gaz sortant par la soupape d'un gazomè- 
tre ; il fut renversé. Malgré les soins qu'on lui donna , il 
éprouva un malaise continuel , avec extrême agitation et 
besoin incessant de se mouvoir. Au bout de quelques mois, 
il devint fou et mourut dans cet état deux ans après. 

» Nous ajouterons qu'on ne connaît pas les effets de la 
respiration, longtemps continuée, de très-faibles doses 
d'oxyde de carbone ; mais , ce qu'on sait très-bien , c'est 
que le gaz de houille en contient une proportion moyenne 
de 7 Vo « 6^ que les moyens d'épuration n'ont aucune prise 
sur lui , tandis qu'ils peuvent,. quand ils sont bien appli- 
qués , faire disparaître à peu près complètement les com* 
posés sulfureux. 

La Commission avait donc raison de se préoccuper 
de l'existence de l'oxyde de carbone, dans le gaz pour 
l'éclairage , et d'exprimer le désir qu'on étudiât son action 
sur la santé de ceux qui le respirent accidentellement. 

» Pour ce qui est de l'hydrogène sulfuré , nous n'avons 
nullement cherché à infirmer ce que M. Bertulus dit de ses 
effets fâcheux ^ seulement , nous persistons à penser que 
c'est conclure prématurément que de prétendre que ce gaz 
est la seule cause de la nocuité des miasmes , et qu'à lui 
seul doit être attribué le développement de tous les typhus. 
Nous gardons cette manière de penser , même après la 
lecture de l'intéressante observation rapportée dans la. 
lettre de H.. Bertulus. » 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Mahot , pour la 
lecture d'observations cliniques. (1) 

M. Malherbe lit ensuite une observation d'abcès de la 
rate. (2) 



(1) Voir page 117. 

(2) Voir le noméro précédent. 



110 J0UBRAJ4 BB l^ÉDBCnaU 

Séance du 15 jum 1855. 

PBÉSmBNCB DB M. LBTBRTIEUB. 

Après la lecture^u procès-verbal de la dernière séance , 
M. Harcé lit la dernière partie de son travail sur la Sémiio- 
logiê de$ flivreê intermittentes. (I) 

(lette lecture donne lieu aux réflexions suivantes : 
M, iluôfnata trouve le travail de M. Marcé entièrement 
neuf et original ; il est disposé à lui donner pour cela de 
grands éloges. Il craint, toutefois, que ces détails minu- 
tieux d'anatomie pathologique ne fassent perdre de vue le 
génie de la maladie , Tintoxication paludéenne. Il craint 
aussi qu'en fixant trop son attention sur les lésions locales, 
on ne soit conduit à leur opposer une médication trop ac- 
tive et à négliger l'administration du quinquina, qui doit 
toujours constituer la partie principale du traitement. Pour 
lui , dans les cas très-nombreux de fièvres intermittentes 

3u'il a eu occasion de traiter, il ne s'est janiais préoccupé 
es complications ; le sulfate de quinine a toujours fait 
justice de tous les symptômes. Il constate à regret , dans 
ces recherches minutieuses d'anatomie pathologique , le 
défaut de grandes vues philosophiques. II est peu partisan, 
en général, des recherches nécroscopiques ; il craint que, 
dans ces recherches , on ne prenne quelquefois pour des 
lésions morbides , des altérations purement cadavériques. 
JV. Marcé répond qu'il n*est pas de l'avis de M. Âubi- 
nais et que les recherches anatomiques peuvent être très- 
fécondes en pensées philosophiques. Ainsi , M. Cruveil- 
hier , comme il vient de le dire , ayant eu l'occasion de 
faire l'autopsie d'un individu qui était resté pâle et op- 
pressé, à la suite de fièvres paludéennes , découvrit des 
traces d'inflammation rayonnant de la partie supérieure de 
la rate, à travers le diaphragme , aux organes de la poi- 



(1) Voir page 125. 



ioÎTÈNJkL DS MÉDECINE. Ifl 

trine situés immédiatement au-dessus. H. Marcé pense que 
celte voie ouverte par M. Cruveilhier peut être féconde 
en indications thérapeutiques. Pour lui , ayant eu à traiter 
des sujets affectés de cachei^ie paludéenne , combattue 
inutilement par le sulfate de quinine , il fut conduit , par 
la circonstance de l'oppression et du sentiment de gène 
accusé dans la région.cardio-splénique \ à attaquer loca- 
lement la maladie locale par des vésicatoires et des appli- 
cations stibiées , et il fut assez heureux pour obtenir une 
guérison demandée en vain jusque-là aui^ préparations de 
quinquina. 

M. Bélie a soigné pendant plusieurs mois , à rhôpital , 
le malade Gruèard , dont M. Marcé nous a parlé daps son 
mémoire. Il constata, en effets chez ce malade, une hy- 
pertrophie de la rate vraiment énorme ; le cœur était sou- 
levé et le battement de là pointe avait lieu très-haut. Les 
bruits du cœur étaient éclalants comme cliez les chloroti- 
ques. Le sujet paraissait profondément anémique. Il disait 
avoir eu une dysenterie longtemps prolongée, mais point 
d'accès de fièvre intermittente, il eut des hémonhagies par 
diverses voies : des épistaxis', des hématémèses et des hé- 
morrhagies intestinales (ce qu il prenait sans doute pour 
une dysenterie). Le sang était évidemment altéré. 

Dans lautopsie, on constata , comme Ta dit M. Marcé, 
que ta rate , appuyée en bas sur la fosse iliaque , avait forcé 
la pointe du cœur à remonter. Chez ce malade, le dépla- 
cement du cœur était bien dû évidemment à celte énorme 
hypertrophie de la rate. 

Sbis, en est-îl ainsi dans tous les cas où la rate s^e 
gonfle? 

M. Hélie rie le pense pas ; il est extrêmement rare , dit- 
'I» que la rate vienne ainsi prendre un point d'appui solide 
à la partie inférieure de Fabdomen , et , dépourvue de ce 
point d'appui , il hai est impossible de faire remonter le 
cœup. 

Le silence des auteurs, à cet égard , doit faire voir à 
M» Barcé qu€ cet effet doit être bien rare, puisqu'il n'a 
jamais été constaté dans les autopsies. 



112 joirnnu. db MÉmcuis. 

Chez beaucoup de malades affectés de cachexie palu- 
déenoe , les bruits du cœur peuvent être entendus plus 
haut qu*à Tétat normal; c'est que ces bruits sont devenus 
très-éclatants , ils peuvent souvent « comme chez certaines 
chlorotiques « être entendus à distance. En raison de cette 
circonstance, H. Marcé aura confondu peut-être les bruits 
avec le choc qui , lui , n'est pas fort. Comme les bruits du 
cœur s^entendent dans une étendue considérable , il est 
fisicile de se figurer leur maximum d'intensité plus haut 
qu'il ne l'est réellement. 

H. Hélie a vu , dernièrement , plusieurs enfants affectés 
de cachexie paludéenne : chez un seul, la rate était dé- 
veloppée ;chez tous, cependant, les bruits du cœur s'en- 
tendaient dans une très-grande étendue. 

La rate , à l'état normal , n'est pas située sur un plan 
antérieur à celui du cœur , mais bien sur un plan posté- 
rieur ; il paraît , d'après cela, fort difficile de comprendre 
comment , en se tuméfiant, elle pourrait rejeter la pointe 
du cœur en arrière. La rate est également située plus à 
gauche que le cœur , elle devrait donc , par son gonfle- 
ment , repousser la pointe du cœur du côté droit plutôt 
que du côté gauche. 

M. Malherbe a trouvé le travail de M. Marcè très-inté- 
ressant , sous plus d'un rapport. Contrairement à ce qu'a 
dit M. Aubinais , ce travail lui parait offrir de l'intérêt, 
même au point de vue philosophique. Quand on étudie les 
diathèses , Jl &ut tenir compte de toutes les lésions locales 
qui peuvent se produire sous leur influence. Dans Jes fié- 
vres intermittentes simples , de date récente , on n'a pas à 
s'occuper , il est vrai , des lésions locales ; elles ne sont 
que passagères et disparaissent avec la fièvre. Hais , dans 
les cas chroniques , c'est tout différent. On aura alors à 
traiter les lésions développées soqs l'influence de la dia- 
thèse paludéenne , lésions qui sont devenues permanentes 
et qui , souvent , à leur tour , entretiennent la fièvre. C'est 
Jà de bonne philosophie médicale. 

Quant aux déplacements mécaniques du cœur, ils se 
développent sous des influences diverses et la rate , sans 



JOtrSNAL D£ MÉIkEGIN£. 113 

aller s'^arcbouter sur la fosse iliaque , peut, elle aussi , les 
produire par sa tuméfaction considérable. La rate, il est 
\Yai , H^est pas la cause, la plus ordinaire des déplacements 
du cœur, qu'on observe dans la cachexie paludéenne* L'é- 
tat d*atonie dans lequel sont tombés les organes digestifs 
détermine raccùmulation des gaz dans l'estomac ; cet or- 
gane , ainsi distendu , pre^e , à travers le diaphragme, sur 
la pointe du cœur et la rejette souvent à plusieurs centi- 
mètres en dehors du mamelon. 

m, Thibeàud fait quelques réflexions sur l'étiologie des 
hydropisies , oui survieruient à la suite de l'intoxication 
paludéenne. 11* a vu des enfants qui présentaient un gonfle- 
ment vraiment énorme de la rate, et qui \ cependant , 
iVétaient ppint affectés d'jjydropisie. Il a observé , d'un 
autre côté, des hydropisies consécutives aux fièvres inter- 
mittentes , sans tuméfaction (le la rate. Ce ne pouvait donc 
pas être le déplacement du cœur par la raté qui avait causé 
ces hydropisies. 

M., Thibeàud trouve très-utiles les recherches d'anatemie 
pathologique , mais il veut que l'anatomie. reste a sa 
place. Les faits de déplacements du cœur, par la tuméfac- 
tion de la rate, sont-ils positifs? Pour lui , U n'est pas 
disposé à le croire. Il pense que les hydropisies consécu- 
tives aux fièvres intermittentes sont dues à l'iiltération du 
sang , survenue par suite de Tinfluence prolongée des 
miasmes paludéensi sur la nutrition. ^ 

M* Marcé ne pense pas et n'a pas pu dire que ce soit 
toujours l'état du cœur qui produise , dans ce cas ,^ Thy- 
dropisie. Il a dit seulement que lorsque cet état morbide du 
cœur existe, il y a là un élément de plus, qui peut avoir 
sa part dftns la production de Thydropisie. 

Comme M. Afalherbe, il pense , contrairement à M. Hé- 
lie , que la rate peut' soulever la pointe du cœur sans s'arc- 
bouter au bas de l'abdomen. Il a constaté ce refoulement 
du cœur chez presque tous les malades de répidfémie de La 
Divate, dont il a parlé. D'ailleurs , il n'a poiot confondu , 
conime l'a supposé H. Hélie , les bruits et le choc du 



114 JOVnilI. Bl BÉIIICIRI. 

cœar; le choc, comme les bruits, loat dtatt situé plus 
haut qoe dans l'état normal. 

M. Marcé a fiiit , sur le vivant , nne expérience qui lui 
paratt concluante; il a, chez des enfants, refoulé la rate 
avec la main vers la poitrine , et , de suite, il a constaté , 
en présence d'élèves qui Font vu comme lui , que la pointe 
du cœur était aussitôt remontée et venait battre dans l'es- 
pace intercostal situé au-dessus de celui où ses battements 
se faisaient sentir avant Texpérience. 

M. Marcé ajoute^ pour répondre à ce qu'a dit H. Thi- 
beaud , qu'il croit avoir observé que , chez les enfants, les 
hydropisies surviennent' moins souvent que chez les adul- 
tes , à la suite des engorgements spléniques. Chez eux , la 
rate , en se tuméfiant, paraît. se porter beaucoup plus en 
bas qu'en haut , ce qui peut tenir à une résist&nce moins 
grande des parois abdominales. 

Il pense, du reste , que lorsque Tengorgement dé la rate 
est rapide, cet organe remonte davantage vers la poitrine; 
quand , au contraire , Thypertrophie de l'orgune est lente 
et progressive^ les ligaments tiraillés cèdent peu à peu et 
la rate se porté principalement en bas. 

M. MfjHherhe dit que bien certainement les altérations 
du sang peuvent produire des hydropisies, mais que, dans 
ces circonstances , il faut reconnaître , en outre , Inexis- 
tence de troubles fonctionnels du cœur. Dans les cachexies, 
en effet , tous les organes sont dans un état d*atonie et de 
reiftchemént; le cœur participe à ce défaut de tonicité, 
qui amène une dilatation passagère de ses cavités , dilata- 
tion qui pourra devenir plus tard permanente. Il sa produit 
par là une sorte d'insuffisance valvufoire , qui pourra bien 
être pour quelque chose dans la prodoctioi^ de l'hydropt- 
sfe. Le développement de Thydropisie , dana les maladies 
du coeur , est souvent peu en rapport avec k gravité des 
lésions cardiaques. H. Beau a dit que pour qu'etie %e pro- 
duise , il est nécessaire qu'il y ait un dé&ut de proportion 
entre Tobstaclè et la force qui doit le vaincre. Quand les 
cavités du cœur ont perdu leur force contractile ,. une alté* 



loeiHài. Bs utamcBOi. iftS 

ration trës-iégère peut alors être suffisante pour faire nattre 
Thydropisie. 

Jf . Trastour pense que tous les faits d'observation sont 
importants à considérer, mais qu'il faut tâcher de les in^ 
terpréter d'une manière convenable. Dans Tintoxication 
paludéenne, on Constate, d'une part, une altéralion du 
sang consistant en une diminution des globules, de l'al- 
bumine , etc. ; et, d'une autre part , une tuméfaction dé la 
rate. Le&troubles cardiaqoe^i sur lesquels M. Marcé viejit 
d'attirer notre attention , sont un troisième fait qu'il ikut 
admettre , mais t]oelle signification lui donner? Devra-t- 
on attribuer les troubles^observésdans lés fonctions du cœur 
à riotoxicalion du sang ou bien à Tengopgf'mént de la 
rate? Peat-êlre à l'un et -à l'autre. Nous croyons cepen- 
dant , dit M. Trastour, que l'altération du sang doit avoir 
la plus grande part dans la production d^s bruits anor- 
maux du cœur. 

M. Hélie a cru trouver, dans la position normale de la 
rate, une impossibilité pour ce viscère de repousser la 
pointe du cœur en arrière; mars il faut remarquer que la 
rate, en se tuméfiant, ne garde pas sa situation normale, 
elle se porte en avant dans l'abdomen et quelquefois jusqu'à 
l'ombitie, EUe ne se trouve plus alors sur un plan posté- 
rieur à celui du cœur. - 

Il ne faut pas croire non plus que, Sans point d'appui 
solide à sa partie inférieure , la rate ne puisse -pas dévjer 
le cœur en baul et à gauche. Il a été démontré dernière- 
n^ent que le diaphragme pouvait, dans certaines circons- 
tances, trouver, daMs les viscères abdominaux, un point 
d'appui suffisant pour abaisser les côtes. La rate peut s'ap- 
puyer ainsi sur les^utres viscères de l'abdomen et soulever 
la pointe du cœur. Get effet a lieu^ sans doute, dans ces 
cas où l'on constante une tuméfaction, considérable de la ré- 
gion gauche de l'abdomen^ sans que cependant la rate 
soit beaucoup descendue au-dessous des cotes. 

M. Marcé a parle d'inflammations subaiguês delà portion 
du péricarde la plus voisine dé la rate ; j'ai observé , dit 
K* Trastour , dans l'autopsie d'un militaire , qui avait con- 



116 JOUANiL BB KtoECpiB. 

tracté en Afrique la cachexie paludéenne , des traces d'in- 
flammation à la partie supérieure de la rate. Cette inflam- 
mation pourrait fort bien, dans certains cas , se communi- 
quer, môme à travers le diaphragme , à la portion voisine 
du péricarde. Voilà pour les faits; mais la péricardite est- 
elle à redouter dans les fièvres intermittentes? M. Trastour 
ne le pense pas. Il faut se garder d'être exclusif, dit^il en 
terminant. Le quinquina a été trop considéré comme le 
seul médicament fébrifuge. On voit cependant très-souvent 
des individus , traités longtemps sans succès par les pré- 
parations kiniques, débarrassés tout- à-coup de leur fièvre 
par un traitement çn apparence insignifiant , quelquefois 
môme -sans qu'aucune médication ait été mise en usage. 
M. Fleury a réussi à prouver qu'on peut aussi guérir la 
fièvre par les douches d'eau froide sur la région spléntque. 
La guérison n'a pas lieu , sans doute , parce que ce traite- 
ment détermine la réduction du volume de la rate , mais 
bien plutôt parce qu'il exerce sur l'organisme une action 
tonique et reconstitutive. 

M. Leborgne veut ^ avant tout, que; dans cette ques- 
tion, les détails ne fassent pas perdre de vue l'ensemble. 
Dans une fièvre d'accès, on peut observer , il est vrai, 
des syniptômes nombreux du côté du cerveau, des poumons, 
de la rate , etc. Mais à quoi bon se préoccuper de toutes 
ces lésions passagères? Le quinquina, administré conve- 
nablement, saura faire justice de tout» M..Marcé a bien ob- 
servé, sans doute , et~ bien conataté les faits qu'il nous a 
exposés , mais , dit ^n terminant H. Leborgne , il me pa- 
raît avoir attaché trop d'importance à ces détails. 

Le Secrétaire, 

L.-F. Champenois. 



lOimiCAt DE MÉBECINB. 117 



OB SERf^J TI ON S cliniques ,parMMxmT , 
docteur-médecin. 



Observation I". — Rétention d* urine. — Tumeur de la 
prostate. 

Lorsque , dans le mots d'août 1854 , je fus cbavgé, par 
rÂdfuinistration des hôpitaui^ , du service des hommes 
dans rbospice Saint-Jacques , je trouvai, au n^' 21 de la 
salle Saint-Ctair , un vieillard nommé Mabit , âgé de 70 à 
75 ans , atteint d'une bronchite chronique. 

Ce malade était à Tinfirmerie depuis longtemps; de temps 
à autre, la toux et surtout l'oppression devenaient plus 
prononcées. Il n'était soumis à aucun traitement actif. 

Pendant les mois de septembre et d'octobre , Tétat du 
malade resta à peu près le même ; vers la fin d'octobre , 
Mabit éprouva une augmentation de bronchite et d'oppres- 
sion , semblables à celles auxquelles il était sujet. 

On trouvait , à rauscuhation, des r&les sibilants dans la 
partie supérieure du thorax , et des râles muqueux en 
bas. 

Vers le milieu du mois » le malade fut pris de rétention 
d'urine; il n avait jamais, jusque-là, accusé la moindre dif- 
iiculté d'uriner. : 

Pas de douleurs ni dans l'bypogastre ni dans le canal 
de l'urètre. 

Nous trouvons, le matin, un globe très-dur et très volu- 
mineux dans la région de la vessie. 

Une très-grosse sonde de Mayor , courbure Gély , y 
pénètre presque seule très-facilement. 

L'urine, alors, est lancée par un jet assez fort. 

Ne connaissant pas cette circonstance , parce que le 
cathétédsine. n'eut pas lieu en ma présence , je considérai 
le malade comme atteint d'une rétention d'urine par pa- 



il8 lOVlHAl DB^ KÉtttCnte. 

ralyste de la vessie , et je Je soumis à Taction de la nois 
vomique , du 18 novembre au 26. Aucun résultat ne Ait 
obtenu. 

Les urines, d'abord limpides, devinrent plus tard trou- 
bles et rouges. 

Les symptômes de bronchite persistèrent et s'aggravè- 
rent. 

Le faciea du malade s'altéra. 

Le 5 décembre au soir , frisson prolongé , nuit fort 
agitée. 

Le 6 décembre , pouls très-accéléré. 

Le 7 , léger frisson le matin , raccélération du pouls est 
toujours très-grande ; urines troubles et très-chai'gérs. 

Ju<%qu'à la mort de Mabit , qui .eut lieu le 8 ou le 9 dé- 
cembre , la rétention d'urine persiste. On sonde le malade 
matin et soir , et toujours l*instrumon( étant introduit avec 
la plus grande facilité , l'urine est lancée par un jet puis- 
sant. 

Depuis ies derniers jours de novembre , le malade s'é- 
tait plaint d'une douleur vive dans Tarticulation de la 
mftchoire inférieure. 

Cerveau un peu diminué de volume , ne remplissant pas 
la dure-mère , membranes infiltrées^ opaques et non ad- 
hérentes sur la convexité des hémisphères. 

Substanoe cérébrale , bonne consistance , pas d'injec- 
tion. 

Le lobe supérieur du poumon gauche est sain , un peu 
emphysémateux dans sa partie antérieure. 

EngouemeiH , et môme , par endroits , hépatisation au 
deuxième degré de la partie postérieure du lobe infé- 
rieur. 

A droite , œdème du lobe supérieur qui laisse écouler, 
à l'incision, uaé sérosité spumeuse, blanchâtre, abon- 
dante. 

Le lobe inférieur, bien volumineux , est engoué et hé- 
patisé dans sa partie postérieure. 



JOUKRAdU AB HtitaCniB. 1 19 

Le coeaie est augipepté de volume gros comme deux fois 
le poiug du sujet. 

Quelques plaques blanches sur le péricarde. Adhéren- 
ces aociennes , filamenteuses, de la pointe du cœur au pé- 
ricarde pariétal. 

Le ventricule droit et Foreillette sont distendus par du 
sang cruorique et des caillots fibrinéux. 

La capacité du ventricule gauche est augmentée , ses 
parois nç paraissent pas avoir plus d'épaisseur qu'à TéUit 
normal. 

Les valvules du cœui^ droit sont saines. 

La valvule milrale est un peu épaisse. 

Le bor<;l adhérent des valvules aortiques est ossifié. 

Le foie est sajn. La vésicule biliaire renferme une grande 
quantité de bile épaisse comme du sirop* 

La rate a son volume normal , sa consistance est dimi- 
nuée^ . 

Le rein droit est un peu plus volumineux et plus ar- 
rondi que le gauche. 

On trouve , en le cot^pant , dans son parenchyme , un 
grand nombre de^elits abcès contenant un pus Jaune et 
bien lié. 1 . 

Ces. a^ès sont, en générât , gros comme des pois 
rond& La plu;^ grande partie a son siège dans la substance . 
tubuieuse. 

Le tissu durrein , en général , me parait plus mou qu'à 
rordinaire. 

Dans le rein gauche , on ne trouve qu'un ou deux pe- 
tits abcès. 

Il existe , en ou(,re , à la surface des reins , de nombreux 
kystes d'un volume très-variable , depuis celui d un grain 
de chenavis jusqu'à cetbi d'u,ne noisette. Ces kystes con- 
tiennent un liquide transparent de la consistance d'une 
solution dé gomitie un peu épaisse. 

La vessie offre le volynie du ppîQg. Ses pairois^ sont 
épaissies. 

La muqueuse qui la tapisse présente une coloration 
noirfttf e. 



120 JOQBNAI.. DB HÉDBCniB. 

Elle contient une petite quantité d'urines troubles d'une 
odeur ammoniacale. 

La prostate est hypertrophiée ; elle entoure tout le col 
de la vessie et présente même en avant une épaisseur 
considérable. 

Son lobe moyen , constituant ce que Ton a appelé la 
luette vésicale , a acquis un volume remarquable ; il forme 
une tumeur allongée et conique que , pour la forme , on 
peut comparer à une |)oire allongée ou à un battant de 
sonnette. 

L'extrémité pointue du lobe est tournée vers le canal de 
l'urètre. 

La tumeur offre une certaine mobilité. 

L'articulation gauche de la mâchoire contient du pus 
en quantité notable. 

On conçoit facilement comment la tumeur qui vient d*être 
décrite mettait obstacle à la sortie des urines. Lorsque la 
vessie se contractait, la tumeur s'enfonçait par son extré- 
mité pointue dans loritice vésical du canal de l'urètre et 
l'obstruait d'autant plus complètement que le malade fai- 
sait plus d'efforts pour uriner. 

Une circonstance remarquable de cette observation, c'est 
la facilité du cathétérisme. Les plus grosses sondes péné- 
traient pour. ainsi dire d'elles-mêmes dansla vessie. 

Il n'en est pas ainsi généralement dans l'hypertrophie 
de la prostate ,.les tuméfactions de cette glande ont pres- 
que toujours pour effet de dévier ou de rétrécir le canal de 
Turètre, de manière à rendre l'introduction des sondes dans 
la vessie très-difficile. 

)\ résultait de cette facilité de cathétérisme et de la ma- 
nière, soudaine dont s'étaient développés les accidents, 
qu'il était fort difficile de diagnostiquer chez Mabit qne 
maladie de la prostate comme cause de la rétention d'u- 
rine. - 

On était tout naturellement porté à voir, dans ce cas, 
une rétention d'urine par paralysie de la vessie; cepen- 
dant, une circonstance qui devait éloigner de ce diagnos- 
tic , c'était la force avec laquelle la vessie se vidait lorsque 



JOOUIAL DB MÉDKCIIfE. 121 

la sonde ^ étoDi iotroduile, faisait disparatire Tobsiacle 
qui s'opposait à la sortie des urines. 

Le calhétéri$me étaat pratiqué après la visite par l*élève 
interne du service, qui ne me fit que plus tard cette re- 
marque , je crus pendant quelque temps avoir à combattre 
une paralysie de la vessie , et j'eus recours à des moyens 
thérapeutiques qui ne pouvaient nécessairement avoir au- 
cun rftsultat avantagent 

L'observation de Mabit est un exemple de ces cas si nom- 
breux dans lesquels une lésion peut se développer lente- 
ment et acquérir des proportions considérables , sans 
donner signe de s(jn existence. 

Mabit ne s'était jamais plaint d'éprouver aucune diffieulté 
d'uriner ni de sentir aucune douleur dans la région de la 
vessie. 

Tout à coup , sans cause connue , survient cette réten- 
tion d'urine complète qui persiste alors jusqu'à la mort du 
malade. 

L'.urineiut d'abord parfaitement claire et limpide chez 
notre malade, puis, elfe s'altéra et devint trouble: et 
boueuse ; ce. résultat morbide dépendit évidemment des 
troubles que le séjour' prolongé de l'urine dans.la vessie 
amena et dans cet organe, et dans les organes secréteurjs, 
les reins. 

Il me parait évident qu'il y eut chez Mabit , dans les 
derniers jours de sa vie , une résorption purulente à la- 
quelle on attribuera , je pense, et les frissons très-carac- 
téristiques qui eurent lieu et les abcès que nous rencontrâ- 
mes à l'autopsie dans les reins et dans Tarticalation gauche 
de la mâchoire inférieure. 

Enfin , Habit mourut d'une pneumonie , qui se développa 
et marcha d'une manière tout-à-fait latente , comme le 
faisaient la plupart des ai&çtions de ce genre qui ont été , 
cet hiver , très-fréquentès à l'hospice de Saint-Jacques et 
funestes à un si grand nombre de vieillards de l'établisse- 
ment. 



122 jountAL Bi 

ObiêrvaUùn 11^. -r- Cancer du Larynx. 

Brelet , Pierre , Agé de 59 ans , «ntra le & décembre 
1854 dans la salle Saint-Clair. 

Brelet avait été reçu comme infirme à l'hospiee « il y a 
4 ans, en 1850, après avoir séjourné pendant plusieurs 
mois daqs la succursale. 

Il était alors atteint d*un gonflement énorme de toute 
l'extrémité inCèrieure droite. Le membre avait pris peu à 
peu des dimensions extraordinaires, comme s'il eût été 
atteint d'élépliantiasis. Il était indoré comme dans le sclé- 
rème. 

La peau n'avait pas changé de couleur. Il n'y avait pas 
eu de signes d'inflammation du derme ; pas de tumeurs 
circonscrites. La peau était sèche. Le malade éprouvait , 
parfois, dans le membre., des douleurs assez vives. Pas^ de 
sensibilité notal^le à la cession. L*état général de usante 
était bon. 

On employa difl^érents moyens pour combattre la mata- 
()ie ; iis ne parurent pas avoir d'effets bien sensibles. Peu 
à peu, avec, le temps, 1^ gonflement dimmua et il finit par 
disparaître presque entièrement. , ' 

Le malade sortit des infirmeries; il allait et.venait daes 
rhospioe , et je le perdis de vue. 

Des renseignements que j'ai pris sur. son compte m'ont 
appris que bien qu'il ne se irouvftt pas assez malade pour 
entrer à l'infirmerie , il avait souvent la voix éteinte et en- 
rouée. Il était facilement oppressé ; il avait maigri peu-à peu. 

Enfin , ce fut seulement le 6 décembre qu'il entra à Tin- 
firmerié et qii'iKfat soumis à notre observation. 

La première nuit, il ne se passa rien d'extraordinaire, 
et te 7 au matin , je trouvai le malade dans l'état suivant : 

Figure amaigrie et pâle, altérée, respiration gênée, 
laryngienne. L'inspiration et l'expiration , surtout quand 
le 'malade parle, sont sifflantes, et ce sifflement oflre les 
caractères de celui qu'on observe dans l'œdème de la 
glotie. 

Lorsque le malade est tranquille , l'opjpression n'est pas 



JOVMJLl DE MÉSECmC. 123 

très-prononcée. Il peut rester couché dans son Ht. Il ne 
tousse pas beaucoup. 

A l'auéculiation , rien de bien notable; quelques râles 
moqueux. 

Pas de matité. 

Brelet ne se plaint pas dé mal de gorge. 

On trouve, sur le côté gauche du col et au niveau de 
Tangledela mâchoire, une tumeur dure, grosse comme 
une pomme, adhérente au larynx, et distincte de la glande 
parotide^ et de la glande sous-maxillaire. 

Nous nous réservions d'examiner plus attentivement en- 
core le malade; mais il mourut dans la soirée, à huit heu- 
res, presque tout à coup. 



Autoprie. • 

La jambe droite n'est pas beaucoup plus. volumineuse 
que la gauche. L'épiderme est un peu épaissi et écail- 
leux. -' . . 

Le tissu cellulaire sous-cutané est plus dense, plus dur 
à couper et grenu. 

La tumeur du col est disséquée avec soin ; elle est in- 
dépendante de la parotide et de la glande sousr-maxil- 
laire. 

Elle est située au niveau de Tangle de la mâchoire. La 
carotide et le nerf pneumogastrique traversent la tumeur. 
Le nerf est isolé avec attention , de même que la branchç 
du laryngé supérieur. Ces nerfs pai^aissent sains et leur vo- 
lume n'a pas diminué dans la tumeur. 

il en est de même du dalibre de l'artère. 

Le tissu de la tumeur est blanc, d'une consistance squiN 
rheUse. Lorsqu'on le comprime, il en suinte un liquide 
blanc purulent. 

La tumeur , grosse comme une petite pomme , arron- 
die, est adhérente à la partie latérale du larynx, dans la 
portion placée entre le thyroïde et l'os hyoïde. 

Le larynx est enlevé avec la base de la langue. 

10 



124 ^^^^f* P^ ¥^9^f- 

Daps toute sa partie supérieure , la muqueuse est tumé- 
fiée, végétante et tapissée par une sanie blanchâtre. 

L'épiglotte est ramollie; lorsqu'on y touche» elle tombe 
en putruage. Elle est relevée, adhérente, ne peut plus 
s'abaisser sur lé larynx. 

Les ligaments aryténo-épig|ottiques ne soDt plu$ recon- 
naissables. 

Du côté droit du larynx , on voit encore le ventricule et 
là corde vocale inférieure. 

Mais la corde vocale supérieure ne se voit plv|s ; .elle se 
perd dans l^ boursoufleipent de la muqueqse. 

Ou c^té. gauche, tout est confondu* On trouve , à la 
place du ventricule et des cordes vocales, un^ tmipeur 
évidemment cancéreuse , analogue à ces végétations qu'on 
rencontre dans Testomac cancéreux. 

Avant que le larynx n'éùl été moisé, on ne voit aucune 
ouverture en le regardant par la partie supérieure. L'orifice 
de la glotte parait large comme un tuyau dei plume à ppu 
près /et encore est-'il obstrué par des mucosités sanieuses. 

Les poumons sont volumineux , surtout le droit. 

Ils ne contiennent pas dé tubercules. 

bans le lobe supérieur du poumon gauche » nous trou- 
vons une b^fonçhe dilatée. ^ 

Les poumons sont engoués dan^. leur partie poj^térieure. 

Le cœur est d*un volume moyen. 

Rien dans \es cavit<!s droites. 

Les valvules gauches sont saines. 
. On trouve , sur l'aorte , immédiatem^t a^-dessu$ des 
valvules sygmqïdes, des espèces de végétations osseuses 
ou plutôt crétacées. , ; 

Le foie est sain. 

La rate égalemept. > 



JQDMfAt M «â»B€IlfB« 12S 



SÈMÉfOLOGlE des fiè^es intermittentes {Suite), 
par M» BIargé, Midedn de l'Hôtelr-Dim dé 
Nantes^ 



ll« MÉMOIRE (1). 

'Après avoir démontré, dans un précédent mémoire, 
que dans tous les cas d'engorgement un peu considérable 
de la rate, le cœur est porté en haut et à gauche, nous 
avons pensé qu^il pouvait y avoir quelque intérêt histori- 
que à nous edquérir de l'état actuel de la science sur ce 
point inôportant de séméiologie. 

Les auteurs que nous avons interrogés tout d'abord , 
ont été naturellement ceux qui , dans ces derniers temps, 
ont montré la part que les engorgements de la rate pren- 
nent habituellement à révolution des fièvres intermittentes. 

Les ouvrages des Bailly^ des CruVéilhier, des Piorry, se 
sont naturellementtrouvés les premiers sous notre main ; 
nous les avons tous scrupuleusement compulsés ,. désireux 
que nous étions desavoir si les fiaits de séméiologie qui 
nous préoccupaient avalent été , par eux , remarqués et 
signalés comme des données propres à guider les obser- 
vateurs dans rappréciationséméiologique des fièvres d'accès. 

Devons^nous ici le déclarer , nos recherches ne nous ont 
conduit 'k aucun résultat. Tout en tenant compte de la 
coïncidence habituelle des engorgements spléniques et des 
accès fébriles , ces auteurs sont muets ou à peu près sur 
les conséquences séméioîogiques que ces engorgements 
(pour peu qu'ils atteignent certaines limites), ne manquent 
jamais d'exercersur l'état local et fonctionnel du cœur. 

Que dit, à cet égard, Bailly, dans son Traité des fièvres ? 
Dans les nombreuses autopsies qu'it rapporte, presque 



(1) Voir $6» vol., page 83, 1854. 



126 JoraHAL DE aÉiMMaraE. 

totqours la rate est engorgée; parfois, son volume est tel 
que rhypochondre en est distendu. Il y a là toutes les 
conditions propres à faire nattre les faits séaiéiol<^i- 
qiies dont nous nous occupons, et cependant, ces 
bits ne sont point par lui remarqués : rien au point de 
vue symptomatique , rien au point de vue anatonio-patbo- 
logique ne dénote que Fauteur ait eu , sur ces &its , la 
moindre préoccupation. Un instapt , iM)us crûmes qu'il ai- 
lait être mis sur la voie des rapports insolites que la rate 
engorgée crée constamment pour le cour : il cite une ob^ 
servation dans laquelle, il montre la rate tunaéfiée et ra- 
mollie, adhérant au diaphragme , et ce muscle participant 
lui-même à ^inflammation dont le viscère spléaique ^ à 
son extrémité supérieure , paraissait être le foyer. Puis, 
au moment où Ton croit qu'il va bire mention du cœur , 
il se tait absolument sur Tétat et les^rapports de l'organe 
de la circulation centrale 

M. Cruveilhier n'est guère plus explicité que M. Bailly 
sur cette question. Toutefois , l'illustre anatomo-patholo- 
giste inscrit les bits suivants ; 

a J'ai connu, dit-il, des individus qui, à la suite de 
» lièvres intermittentes, avaient conservé une gêne dans la 
» respiration, qui les empêchait d^ bire une longue course. 
» Un de ces individus ét^nt mort, il fut trouvé sur son 
» cadavre des adhérences, traces d'inflammation qui^ par- 
» tant deja-rate connne d'un foyer , traversaient le dia- 
i> .phragme pour se répandre aux organes qui Jni sont su- 
» perposés, à la plèvre qui tapisse, à la. fois, le diaphragme, 
i> la base du poumon et les côtes. » 

Au point de vue qui nous occupe, cette déclaration 
semble tout d'abord bien féconde en inductions sôméiolo- 
giques et thérapeutiques ; on croit que l'auteur va les abor- 
der, mais il s'arrête immédiatement, e^ lui , qui mieux 
que personne connaît les rapports anatomiques de la rate et 
du cœiir dans, l'état normal, il ne voit pas ceux qu'anorma- 
lement peut développer , au-dessus du diaphragme , l'en- 
gorgement splénique propre aux fièvres intermittentes. 

Nous devons dire que , sur cette question , M. Piorry a 



lOUBHAI. DE MÉDECINE. 127 

pressenti la vérité clinique, Mais cette vérité n*6st demeu- 
rée pour lui qu*à f état d'aperçu. Il ne Ta point consacrée 
par des faits. 

Il dit bien que, sous l'influence des engorgements splé- 
niques, le cœur doit éprouver un soulèvement comparable 
à celui que produisent les épanchements liquides ou gazeux 
de l'abdomen. Mais, lorsqu'à l'appui d'une semblable as* 
ser4ion« on recherche quelques preuves justificatives, on 
n'en trouve nulle part , et sar les 170 cas d'engorgements 
spléniques rapportés par M* Piorry , il n'est pas dit un 
mot (chose étranger} sur l'état local et fonctionnel du 
cœur. 

Nous croyons que, sous ces divers rapports, iKpeuiy 
avoir d*iinportantes iacuïies k combler. 

Serait-ce trop préjuger des observations contenues dans 
la première partie de ce travail que de dire , qu'à nos. 
yeux , elles auraient pour résultat de signaler et de décrire 
des faits de seniéiologie qui , jusqu'à présent , n'auraient 
pas attiré l'attention des observateurs ? 

Du reste , il ne saurait nous suffire de démontrer la 
réalité clinique de ces&its, il faut encore démontrer les. 
conditions anatomiques , soit normales , soit pathologiques, 
au nom desquelles ces faits doivent nécessairement se dé- 
velopper. 

Ce sont ces conditions anatoiniqués qu'il nous faut main- 
tenait déterminer. 

La rate et le^ cœur, bien que séparés par le diaphragme, 
sont si' près l'un de l'autre que , sans cet intermédiaire , ils 
se toucheraient. 

L!extrémité supérieure de la rate, la pointe du cœur, 
placés vis-à-vis l'un de l'autre, se regardent, s'àvoisiuent , 
mais dans un sens absolument inverse. La rate est tournée 
en haut, à droite ef en dedans; le cœur se dirige en bas, 
à gauche en dehors. 

La rate , le diaphragme, la partie mobile du cœur cons- 
tituent ainsi trois zones ou points anatomiques qui se sui- 
vent f qui se superposent , qu'aucun intervalle ne ^pare. 

Tout mouvement qui , de bas en haut , parcourt cette 



i28 JOVBNÀX DE «ÉmaNB. 

ligne anatomique , aboutit au ccÈor et a pour résultat dé- 
finitif son soulèvement et sa déviation , en dehors et à 
gauche. 

La rate étant également en rapport médiat avec la base 
du poumon gauche , au niveau ae la gouttière costo-dia- 
phragmatique, tout mouvement, tout gonflement de rorgàne 
splénique a pour double résultat l'effacement du sillon 
costo-diaphragmatique et la propulsion proportiontielle in 
bord inférieur du poumon gauche. 

Dans le soulèvement que , sous cette influence , le cœur 
et le poumon gauche éprouvent à la fois , que deviennent 
les rapports respectifs de ces deux organes ? "^ 

Voici le fait qui se produit : la poime du cœur cesse 
immédiatement de correspondre à Téchancrure pulmonaire 
qui la loge , le ventricule gauche cesse d'ôtre abrité par la 
zone pulmonaire qui le recouvre habituellement ; il s'ap- 
plique ainsi sans intermédiaire et dans un espace double 
de l'état normal à la face postérieure des côtes. 

Le cœur subit dans cette attitude une véritable antéversion. 

Voici ce qui existe encore r le cœur, placé entre la résis- 
tance qu'il trouve en harut et le mouvement qui soulève sa 
pointé, s'infléchit sur lui-même. Cette inflexion a lieu au 
niveau du sillon qui , antérieurement, sépare les oreillettes 
des ventricules , au niveau de la double émergence de 
l'aorte et de Tartèrë pulmonarre. 

Toutes les fois que le cœur est violemment ' repoussé 
en haut par un engorgement splénique , c'est sur (a ligne 
que nous venons de décrire qu'a lieu l'espèce d'aniéflexioD 
dont il s'agit. Cette antéflexiôti porte, pon-seulenient sur le 
sillon anriculo-ventricutaire , mais sur l'artère pulmonaire 
et particulièrement sur l'aorte^ Il eh résulté pour ta crosse 
de l'aortô une exagération de courbure et un véritable 
coude il son point d'émergence. 

Les valvules> sygnioïdes aortiques ressentent immédiate- 
ment le contre-coup' d'iin semblable état de choses; leurs 
rapports naturels sont changés. 

La valvule sygmoïde antérieure s'abaisse et se relâche 
pendant que les valvules postérieures se relèvent et se ten- 



jouÀNÂt i>£ Miracnsfi. 129 

dent: Il y à la création accidentelle d'une véritable insuffisance. 

Dire que. la propulsion de la rate engorgée peut agir 
ainsi sur le cœur et sur Taorte , c'est laisser pressentir 
que le mouvement qui entraîne la moitié gauche du cœur 
en haut et en dehors , doit se produire avec des résultats 
inverses sur ifes cavités droites qui sont tfraillée^, précisé- 
ment parce que celles du côtq opposé se trouvent dans uû 
état de relâchement relatif. 

Le .tableau anatomo-^palhologique qui précède n'est 
point imaginaire ; il est la reproduction fidèle de faits que 
bien des foid nous avons constatés , soit directement , soit 
expérimentalement sur le cadavre. 

Une observation, que nous devons à M. Ateslier , in- 
terne des hospices , attache au service de Ht* Mahot , à 
Saint-Jacques, va nous fournir un exemple frappant des 
faits ci dessus mentionnés. 

Observation 7^^ , 

Julien Guéard , journalier , âgé de 34 ans , entra le 8 
avril ISfSi à ThôpUal succnrsal , poùi» un état morbide 
dont lé diagnostic fut: dysenteriej chlorù-ànémie, énorme 
engorgement de la rate. 

Dix ans auparavant , Ôuéard avait . eu, des fièvres 
inteniàittentes. Depuis un an, il présentait tous les signes 
d'un engorgement spléniquë. On constata que cet engorr 
gemen^ était énorme , qu'il reihpHssait, distendait Thypô- 
chondre gauche , qii'rl s'avançait assez vers le thorax pour 
diminuer à gauche l^étëndue du champ respiratoire et qu'il 
s'accompagnaît d'iibfe irès-vive douleur. Le teint était dé- 
coloré et une é^tstaxis , qui survint , montra que le sang 
l'était aussi. 

On prescrivHdii fer réduit pat^ l'hydrogène , et des pi- 
lules fondantes composées d'extrait' de ciguë , et de savoh 
médicinal. ' 

Vers la fin dé novembre , la* diarrhée , que le malade 
avait avant d'eutrer à l'hôpital , reparut et coptinua mal- 
gré des potions laùdahisées ; les extrémités devinrent 
oedémateuses ; il y eut des épistaxis et de la toux. A ces 
dîvérs accidènti , furent' en vain o|f)]()osées dés poudres hé- 



130 JOUBIUI. BB KÉDECIMB. 

mostatiques» des pilules astringentes, desloocbs haileux, 
des pilules de cynoglosse. 

Vers la Gn de février 1855, l'œdème avec teinte 
jaune paille de Fa face, Toppression avec.soufSe très-mar- 
qué au cœur et aux carotides , la tçux avec quintes , la 
diarrhée , les épistaxis allaient se prononçant de plus en 
plus. Le bord gauche du foie proéminait vers les régions 
épigastrique et ombilicale , qui étaient douloureuses 
à la pression. 

Le 28 février, essoufflement très -marqué, pâleur très- 
grande , toux incessante ; le soir , altération profonde des 
traits, accélération progressive du pouls. 

Le 1" mars , mort a 2 heures du matin. 

A Tautopsie, &ite 30 heures après la mort., on cons- 
tata que la rate et le foie remplissaient tout le haut de 
labdomen et adhéraient au diaphragme* La rate était 
tellement volumineuse que s'arc-bbutant en bas sur la 
fosse iliaque gauche, elle refoulait en haut le diaphragme, 
de manière à réduire sensiblement , de bas en haut , le 
champ de la cavjté thoracîque. Le cœur était refoulé; sa 
pointe, repoussée en haut, correspondait à un niveau situé 
à un pouce au-dessus du mamelon. 

Par suite de Téiévation et de la déviation de la poiute 
du cœur, en haut et à gauche, Taorte présentait, dans 
sa crosse, une exagération de courbure; les parois du 
cœur étaient décolorées; dans les cavités .existaient deux 
caillots iibt'ineux ; il n'y avait rien aux valvules. Le péri- 
carde contenait une abondante sérosité fies poumons étaienl 
exsangues en avant, œdémateux en arrière. 

Le foie s'étendait jusque sur la rate , l'estomac était pris 
entre ces deux organes au point d'être rétréci dans son 
calibre , surtout à son milieu où ses parois étaient épais- 
sies. ' . 

Le foie était plus volumineux encore que la rate elle- 
même , son tissu n'avait pas changé de nature ; la vésicule 
ne contenait qu'une très-petite quantité de bile presque 
incolore. 

Le tissu de la rate était ferme , violacé, plus dense qu'à 



JODBllàl. DB VÉDBCHiS. 1^1 

l'éiat norimli mais, non changé aussi dans sa nature ; sa 
coque fibreuse était épaissie et comme cartilagineuse , les 
vaisseaux spléniques n'avaient pas beaucoup augmenté de 
voiiime. 

Voici ^ comparativement , le poids , l'épaisseur , te dia- 
mètre , ^nt vertical que transversal , de la rate et du 
foie : 

Poids. ...<.. ^ . . 3 kilog. environ* 
|. . 1 Diamètre vertical. . . . 30 centim. 
^^•* '^.Diamètre transversal. . 18 centim. 
Épaisseur • . 12 centim» 

Poids. ......... 3 kilbg. environ. 

p, . I Diamètre vertical. . . . ^25 centim. 

oie...<. ^ijijnèji^g transversal. . 27 centim. 

Épaisseur 14 centim. 

te cerveau était pâle , exsangue, sans infiltration sé- 
reuse, anormale; . * . 

Nous citerons une seconde autopsie qui, non moins évi- 
demment que celle-ci , nous montre le refoulement que 
l'engorgement splénique exerce sur. la cavité thoracique et 
notamment sur le cœur et les gros vaisseaux. 

Observation /7«. 

Ler 7 décembre 1854 , nous perdîmes dans notre salle, 
litn*> 12, des cuites d'une diarrhée, et d'une fièvre inter- 
mittente , Je nommé Gatin , âgé de 3 ans. 

Cei enfant, atteint depuis longtemps sans doute de ces 
deux maladies , était , très-faible , très-àmaigri au moment 
de son entrécà l'Hôtel-Dieu, le 9 octobre 1854. 
^ La rate était chez lui considérablement tuméfiée^ dépas- 
sait le> rebord costal et s étendait tellement vers Je cœur 
que la pointe de cet organe était refoulée en dehors et en 
haut ; un sou|Qe accompagnait ses battements. 

La diiirrhée et la fièvre intermittente furent, à plusieurs 
reprises, momentanément suspendues, la piremière, par 
l'azotate d'argent à Tintérieur et en lavement , la seconde , 
par le sulfate de quinine. La rate elle-même suivit , dans 
ses alternatives de Congestion et^ de réduction sur elle- 
même, les péripéties des- accès fébriles. 



132 JOtVfVAL DB VÉflltèim. 

Enfin , la coqueluche , qui régnait dans la sallè^, attei- 
gnit ce malheureux enfiint déjà épuisé par la diarrhée et par 
la fièvre intermittente. 

Il mourut le 7 décembre 18^4. 

A l'autopsie , la rate disteudait et soulevait tellement 
fbypochondre gauche que, considérée relativement au cœur, 
elle semblait a\^ec lui dans un contact immédiat. La pointe 
cardiaque était sensiblement refoulée en dehors et à gau- 
che. Le péricarde contenait un peu de sérosité et en divers 
points était uni au cœur par quelques fausses membranes. 
Il y avait , en un mot , des traces évidentes de péricardite. 
Les cavités gauches du cœur étaient vides^ les cavités droi- 
tes et Tartère pulmonaire étaient plus on moins distendues 
par des caillots fibrineux. -, 

Dans les intestins furent notées toutes les lésions ca- 
ractéristiques de renléro-èolile chronique (ulcérations çà 
et là dans le gjros intestin , etc.). . 

Ces deux observations ,. de niéme que plusieurs autres 
que nous pourrions citer, montrent quel est , yis-à-vis des 
engorgements spléniques , l'état anatomique du cœur, de 
l'aorte et de tous les organes qui se trouvent en rapport de 
voisinage et de contiguïté avec la rate frappée d'intumes- 
cence. ' ' - 

Il devient évident que cet état anatomique se traduit par 
les traits suivants: soulèvement et déviation à gauche 
delà pointe cardiaque, exagération de la courbure que 
présente la crosse aprtique , refoulement du poumon 
gauche, dont le bord inférieur est chassé de la goMttière 
çosto*diaphràgmatique. 

Pour ne point sortir de notre sujet, nous nous conten- 
terons de mentionner ici la déformation et -le ré^trécîsse- 
ment remarquables que ,^dans notre première observation , 
subit Testomac, comprimé qu'il était par la rate énor- 
mément engorgée. 

Maintenant; jl est d'autres lésions anatômiques, propres 
aussi aux fièvres intermittentes, sur lesquelles nous croyons 
devoir appeler Tatlention. 

11 nous est arrivé quelquefois de faire l'autopsie de 
sujets qui avaient succombé au milieu des atôidents 



Sôt&Hâl DE BÉteCIN£. lâS 

cârdctéristtqued de 4a -cachexie febriie paludéenne. Ces su- 
jets avaient eu dé Nombreuses rechutes de fièvre ; c'était en 
vain que, chez eux , on avait employé la médioation fébri- 
fiige la plus énergique et la plus variée. Maigre tous ces 
moyens , malgré les ferrugineux \ ils étaient demeurés pâ- 
les, faibles^ languissants; ils avaient un sentiment d'op- 
pression habituelie , des palpitations , Un peu d*endoloris^ 
serpent vers la région précordiale. 

Lorsqu'au milieu de cet éttft morbide, la mort venait 
inëidentellement les frapper, voici ce que, chez eux, l'au- 
topsie nous a révélé: 

Toujours , dans ces cas , "Doxts avons trouvé d es indices 
non équivoques d'endocardite, d'aortite et surtout de pé- 
ricardit^. Dans Taortè , existaient quelques ptaques jaunes ; 
sûr le feuillet tant pariétal que viscéral du péricarde, se 
remarquiaient habîtueltemerit des adhérences celluleuses qui 
devaient nécessairement gêner le cœur dans ses mouve- 
ments. Ces adhérences se remarquaient particulièrement à 
la partie postéî^ieoredu cœur , aux envirofis de roreîllêtie 
gauche. ^ 

Dans plusieurs cas, ces adhérences entouraient, d'un 
lacis filamenteux , les veines pulmonaires aboutissant dans 
la cavité ventriculairè gauche. J'ai vu ce lacis tellement 
serré que ces veinés étaient rétrécies et que l'abord du 
sang , renouvelé par le poumon , devait en être notable- 
ment gêné. 

Dans ces cas, Toreillelte était anioindfie dans ses di- 
vers diamètres. L'amoindrissement de la cavité' auriculaire 
avait pour accompagnement corréfalif l'amoindrissement 
de la cavité ventriculairè, disposition anatomiquequi con- 
trastait avec la dilatation relative des éavités droites du 
coèuret delà veine cave inférieure. * 

D^nrs ces mêmes drcoiislances , et comme conséquence 
de râmomdrissemént des cavités gauches , Paorte était ré- 
duite dans soh calibre, non^^euiement au niveau dé sa 
grande courbure , mais aussi dans ses partions thoràciqûe 
et abdominale. Les prrncrpales divisions du système arté- 
riel participaient à cette atrophie dés artères, dont lé point 



134 JOVBIIAL DE MÉmORB. 

de départ et la caose étaient sans doute ces lésions péri- 
cardiaques , ces lacis filamenteux qui , gênant 4e dégorge- 
ment des veines pulmonaires, au sein des cavités gauches 
du cœur , entravaient , à sa source même , le cours du I 

sang, qui doit servir à la revification des organes. i 

Ces états anatomiques sont beaucoup plus communs 
qu'on ne l'imagine chez les sujets qui , depufs longtemps , 
souffrent des suites de fièvres intermittentes et qui se pré^ 
sentent avec Tétat cachectique que. chacun de tfous connaît. < 

Les lésions anatomiques que nous venons de décrire se i 

rapprochent beaucoup de celles que nous ont présentées i 

certaines chloroses rebelles au traitement ferrugineux. i 

Combien de ces prétendues chloro-anémies, avec bruits de i 

soufQe au cœur et dans les artères., et qui ne sont que des 
péricardites? Cette conviction résulte /pour nous , de plu- 
sieurs autopsies nous ayant démontré que ces états d'apptH 
rence chlorotiqMe ne sont ,.bien fréquemment, que la ma- 
nifestation fonctionnelle de lésions anatomiques siégeant 
soit au cœur , soit dans l'aorte , soit au péricarde. Toute- \ 

fois , dans ces cas , comme dans la ^^achexie fébrile intér- i 

mittente, c'est la péricardite quf prédomine, et lapériear- 
dite , avec adhérences. 

fjivisageons maintenant notre travail, au point de vue 
de sa valeur séméiologique : 

La séméiologie des fièvres intermittentes ne s'est pas 
constituée tout d'un coup ; elle est le résultat d^observa- 
lions successives. • - 

Ce fut d'abord la considération du type, des péripéties 
symptômatiques de l'accès, Télément paroxystique , en un 
mot, qui frappa J'attentipn des observateurs. ' . . [ 

A une époque peu éloignée de nous intervint , dans la j 

séméiologie des fièvres intermittentes, un second élément ( 

représenté par l'engorgement splénique ; état viscéral en , 

ccûncidence à peu près constante avec les accès et que M. | ^ 

Piorry aura, rhonneur d'avoir, signalé aux préoccupations . 

dés praticiens. ' ^ 

Quel que soit le rang^iu'on lui attribue dans la patho- , 

génie fébrile, que, relativenoent aux accès ^ H paraisse 



3<fCmkt . BB BtÉDBCmE. 135 

avant, pendant ou après eux , I-engorg^ment de ia raie, 
grâces aux. conquêtes récentes delà séméiologie, dloitètre, 
à bon droit , inscrit à côté de l'élément paroxystique , au 
double titre des. déterminations symptômatiques et de^ in- 
dications curati^es dont il est le point de départ. 

Tels qu'ils se présentent , ces deux éléments de l'accès 
fébrile» le paroi^ysme et l'engorgement spléniqué, ne don- 
neraient qu'une analyse inct>mplète de la fièvre d'accès. A 
côté d'eux, doit venir prendre rang uu troisième élément 
non moins important, suivant nous , que les deux pire- 
miers, etqiii, émanant de l'état tout spécial des fonctions 
cardiaques dans^ les fièvres intermittentes, peut devenir 
le gage d'un nouveau progrès dans l'analyse séméiôlogique 
de ces affections si complexés et si- obscures. 

Au nom des &its par nous invoqués , tant au point de 
vue séméiôlogique qu'au point de vue anatomo-patholo- 
giqùe, pouvons-nous; penser et dire que le cœur peut et doit, 
dans h nosologie. des fièvres d'accès , revendiquer le privi- 
lège que rélémént paroxystique et ia rate plus tard ont 
jusqu'à ce jour exclusivement possédé ? 

Pouvons-nous avancer que le cœur et les gros vaisseaux 
doivent compter parmi tés organes tributaires de la séméio- 
logie des fièvres intermittentes , et, qui plus est, de la 
thérapeutique de ces-maladies , comme nous espérons , du 
rester pouvoir plus tard le- démontrer. 

Nous est-il enfin peifmis de penser qu'une significatioti 
rationnelle et scientifique peut être donnée à des phéno- 
mèaeis qui , dans lès fièvres d'accès, setnblaient se sous- 
traire, à toute systématisation de ce genre, et qu'en mon- 
trant le rapport qui existe entre l'intumescence de la rate 
et divers troubles cardiaques, il serait possible d'entrevoir 
la filiation de &its jusqu'àprésent incomplètement observés 
et. analysés ? 

Maintenant, il est un fait préalable sur lequel nous 
éprouvons^ le besoin d'une explication catégorique. .^ 

Au milieu des préoccupations anatomo-pathologiques 
spéciales , que nous venons d'invoquer à propos des fièvres 
intermittentes, ^quelle part ferons^noqs à Hntoxication pa- 
ludéenne? 



fâ6 JQÇBIUt K IIÉ9^jçgiS> 

Loin de noua. la pensée de vouloir reveodiqùer , au pro- 
lit exclusif du déplacement du cœur par là raté engorgée, 
toute révolution des symptômes djûiot ie oœur et Tappareil 
circulatoire se trouvent être , dans ce cas , le foyer per- 
manent. ' 

Les fièvres intermittentes ;soat le produit d'uqe intoxi- 
cation paludéenne; le sang est profondément altéré datis 
ces maladies; il est modifié dans les proportions relatives 
de ses éléments essentiels^ ; il contient mains d*albaniine et 
plus de sérum- L'hématose est universellement troublée ; 
ce n'est pas seulement en raison de son intumescence que 
la rata intervient «ymptômatiqueipent dans la pathogéoie 
fébrile, m.ais en raison^ aussi des. troublesr fonctionnels 
qu'intimement éprouve cet prgane desanguification. L'exis- 
tence de: l'élément paludéen o'eielue point Ja réalité des 
faits ()'ordr6 difiereht. que tious avons cru devoir si- 
gnaler. " . 

La coexistence de ces faits hétérogènes n'a , du reste , 
rien. de .contradictoire. Cette coexiatence vient seulement 
démontrer , d^une part , la nùiltiplicité , l'hétérogénéité des 
conditions constitutives de la fièvre intermittente; d'autre 
par(, la nécessité de soumettre ces éléments de& fièvres 
d'accès à une analyse séméiologique do plus en plus ri- 
goureuse. 

Ces réserves faites , à l'égard de la part eoniributive que 
rintoxication 'paludéenne peut avoir dans les manifesta- 
lions des fièvres intermitten^tes, voyons quel parti nous 
pourrons tirer d.e la situf^tion anatomorpathologique qiie 
faft au coçur rin).ua]iesypence de la rate» au sujel de, certains 
incidents , de certaines complications propres aux fièvres 
d'accès. 

Ces incidents, ces coipplicatiQns qae bous voulons in* 
terpréter, au. moyen des données !anatomo-pathologi(]ues 
ci-jdessus stipulées , sont : . 

1^ Les hydrofrisies,* 

2<> Les cachexies ; 

3*» Les fièvre9 permckme». 



Parlons 4'^bQrd ^es hydropi$ie8 coDsécuiives aux fièvres 
înterDiittentes; 

Pour donner une idée d€$ lacunes que la science pré- 
sente à cet égard , nous cjterpns textuellement lepassaige. 
suivant , extrait du Çomp^fidium de Médecine^ t. V «page 
150: 

¥ Les.épàriciieinents de sérosité dans le tissu cellulaire 
et dans diverses cavités. splanchniques, Tabdomen spécia- 
lement , ont été constatés par tous les observateurs anciens 
et modems (consécutivement aux fièvres d accès) , et ce-* 
pendant on n'en connaît pi|s encore la .cause dans Iç plus 
grand nombre des cas» On peut même dire- que Tobscurité 
la plus complète règne sur ce point, et nous n'avons trouvé 
dans les pqvrages les plus récents qu'un très-petit nombre 
d'ouvertures cadï^ypriques capables de mettre sur la voie de 
la lésion qui/cause ces . hydropisies. Elles difi*èrent entre 
elles sous le rapport de lepr^iége et de l'époque de leur 
apparition. 

• |jes congestions séreuses peuvent se faire dans le tissu 
cellulaire des membres : d^ là , l'œdème , borné tantôt aux 
malléul^, tantôt aux extrémités inférieures , aux niembrès 
supérieurs ou à la face ; quelquefois , enfin ^ Tanasarque. 

9 ItÇ^ ai^(res iiydropjsies occupent la cavité du péritoi^. 
ne , plus rarement celles de la poitrine ou de la tête. 

» L'bydropisie se montre à des époques assez différen- 
tes tie la fièvre 4 tantôt durant son cours; tantôt au moment 
où elle guérit,. tantôt, enfin ^ lorsqu'elle est entièrement 
dissipé^. On^ comprend qu'en bonne pathologie , il est im> 
possible 40 ranger 3Ûr la même ligne des hydropisies qui 
se naanifestentdciiiç des. conditions si diverses... L'étiide 
attentive de tous {^$ symptômes., l'exploration des lésions 
viscérales et de celles des reins et du foie^ en particulieri 
pourraient xseul^s dissiper, les ténèbres qui couvrent cette 
partie de l'histoire des fièvreis. ^ 

» L^hydropisie ascite , qui se forme au moment où la 
fièvre dure encore, a été rapportée par H. Sfaillot à un 
travail irritatif, à une congestion dont le péritoine devient 
le siég^^; elle augmente à mesure que les ac<^ès,se répètent. 



138 lonivAt DE «ÉMGim. 

Une autre cause d'ascite, pour le même auteur, est r«n* 
gorgement des viscères abdominaux , sur la nature duquel 
il ne donne aucune espèce d'explication et qu'il croit pro- 
duire rhydropisie , suivant le mécanisme développé par 
Lower et H. Bouillaud. 

« M. Nepple attribue Tanasarque , l'ascite , Thydrotbo- 
rax, qui surviennent dans le cours de la (ièvre intermit* 
tente , à la diminution de Fécoulement sudoral chez les 
individus obligés de rester dans les champs pendant le pa- 
roxysme fébrile... L*bypérémie splénique et le ralen^ 
lissement de la circulation veineuse abdominale ont été 
considérés par- le même 4iufeur comme la cause de rhy- 
dropisie. » • ' 

Voici maintenant les questions que se posent les auteurs 
du CompentHum, relativemem à Tétiologre des hydropjsies 
chez les fiévreux ; 

«r Est-ce en vertu d'une hypérémie ou de toute autre 
altération du foie <, ou de quelque conoplication dont le 
cœur et ses membranes deviennent le siège? Est-^ce parce 
qu'il existe une de ces altérations des reins încooHues de 
ceux qui ont écrit sur les fièvres intermittentes ? Il est 
permis de croire qu'une ou plusieurs de ces lésions ont 
échappé aux observateurs, même les plus modernes. D'ail- 
leurs , ils ne disent pas s'ils les ont cherchées , et quand 
ils parlent d'ouvertures cadavériques , Içurs assertions sont 
trop vagues pour que l'on^ puisse même hasarder une opi- 
nion . . ; ' 

»... Disons donc que ces hydrepisies ont probable^ 
ment leur cause dans une de ces lésions viscérales dont 
l'influence, sur la production des hydropisies, n'est mise 
en doufe aujourd'hui par personne, et qi^e si la fièvre in- 
terroitttnte ce^e au moment où Thydropisie se manifeste, 
c'est parce que les lésions organiques interrompent pî*es- 
que toujours la marohe des affections intermittentes en se 
substituant à elles... . * 

» L'hydropisie peut encore se montrer chez les sujets 
qui ont contracté plusieurs foii^ la fièvre intermittente et 
dont la constiiutioa est profondément détériorée. Ù n'est 



9&cmk% M AÉô^ciNir. 139 

pfis fiieUe de dire à quelle cause tiennent les collections 
séreuses dans ce cas; il est seulement permis dé croire 
qu'elles dépendent de quelque maladie du foie, de la rate, 
du tube digestif,- des organes thoraciques et de toutes les 
causes que rtous avoua signalées. Nous rappellerons aussi 
que dans notre description de l'fcydropisie,nous avons fait 
jouer^un certaiir rôle dans la production de ces bydropi- 
sieâ à réitération du sang ))dr les miasmes paludéens ; 
mais, tout en reconnaissant ce qu'a de probable une telle 
opinion, on ne. peut que là mettre au rang des hypo- 
thèses. i> ' 

On le voit , l'altération • du* sang par les miasmes pa- 
ludéens, l'engorgement de la' rate et des viscères abdomi- 
naux , ne suffisent pas aux auteurs du Compeiidiùm pour 
expliquer les hydropisies , les anasarques .qui se dévelop- 
pent consécutivement aux fièvres intermittentes. '■ ' . 

Eki présence de ces desiderata de la science, nous nous 
ferons lei questions suivantes: 

Sommes*BOus 'autorisés à penser que, dans la pro- 
duction de ces hydropisies, la situation et les conditions 
spéciales que font au cœur et aux gros vaisseaux les engor- 
gements de la rate , doivent', ici jouer un rôte ; dont on 
aurait tort , selon nous , de* mécôrtnaître rinhportance. 

Est-ce impunément^ pour la liberté de la circulation 
ceotrale , que ie cœur est violemment poussé en haut et à 
gauche, que, dans cette attitude, nouvelles les vaisseaux 
afférents, et notamment la veine cave inférieure et le ven- 
tricule droit , subissent un tassement /lôtable dans leur 
calibre, dans leur'cavité ? 

, Est-ce impunément aussi, pour la liberté de là- circu- 
lation centrale, qu'existent et cette antéflexiôn cardiaque 
dontnoiis avons, parlé, et cène incurvation que présente 
l'aorte à son émergence et dans sa crosse , incurvation 
qui- dérange le niveau desës valvules et les rend désormais 
insuffisantes. / 

EstH^ impunément , enfin , que , dans sa ihasse to- 
tale , Jé cœur scibiiune- étreinte^ laquelle devient le point 
de dépari d^im trouUeplus où tnoins profond dans le mé^ 

11 



140 JODllIAi ra «ÉIKBGOIS. 

canisme de la circulation » tant artérielie que veineuse* 
Il est évident pour nous que ëe semblables condi- 
tions anatomo-pathotogîques qui, par elte-mèaies, sont 
si fécondes en troubles locaux et fonctionnels , > doivent 
avoir le retentissement le plus filchéux sur les autres sections 
de l'appareil circulatoire , et que là, probablement se trouve 
la cause principale des bydropisies propret aux fièvres in- 
termittentes. 

Nous croyons, qu'en. dehors, de toute altérattoti san- 
guine , ces troubles mécaniques de l'appareil de la circu- 
lation centrale suffiraient, à la lutTgue^pottr 'détenpiner 
des épanchements séreux et que , coexistant avec l'altéra- 
tion paludéenne du sang , il y a là double raison pour que 
les bydropisies .doi>t il s'/igit se produisent. 

* Concilions que\ dans. * réxplfcation^ des bydropisies 
consécutives ^ux fièvres intermittentes , 11 y: a,' comme 
données étiologiqoes , non-seulèment l'aKéraèioQ spéciale 
du sang, non-seulement les obstructions viscérales, mais 
encore l'intêryentioB du fait essçntiel^ qui résulte de l'état 
anatomo -pathologique que créent, pour 1è *coeur et les 
gros vaisseaux , les engorgements spiéniques propres aux 
fièvres d'accès, - 

Nous livrons ces' considérations à l'appréciation des ob* 
servateurs, ayant lieu dé croire, d'après nos obseryatioos, 

Sue l'examen attentif et désintéressé des faits pourra justi- 
er les interprétations que nous invoquons dans ce mo- 
mônt, 

Les cdcA^W des fièvres se prêtent-elles, comidie les 
kydropisiés, à l'application de quelques-unes des données 
analômiquês que nous avons signalées? . 

Coinmé les auteurs du Gômpendiuni , nous- croyons que 
la cacbexie dpnt il e^t ici question peut se rattacher^ plu- 
sieurs lésions viscérales ; mais^celle qûi^, d'après noç ob- 
servati.ons , lui appartiendrait spécialement , serait^ sans 
contredit, la pérroarSîte ; et cette péricardite, qui s^ob- 
serve particulièrement au niveau des oreillettes , et prin- 
cipalèm^t àé la. gauche , serait, d'après nos observations, 
la conséquence 4iltime -et tiien souvent irrémé<iiable de 



JOUBMAX BB MÉDSCIMB. 141 

l'espèce de. traiimatisme qu^ pu reproduire , sur l'appa- 
reit de la circulation centrale , la propulsion longtemps 
continuée des engorgement^ spléniquès. 

. Gommt pour les hydropisies., . faisons encore ici la part 
de raltération paludéenne du sang et de Tinfluence que 
ces troubles de l'hématose peuvent avoir sur l'économie 
tout entière, influence qui, du reste , n'a rien d'incom- 
patible avec la cardiopathie^ soit fonctionnelle , soit ana* 
tomique, que. nous avons constatée , dans tous les cas de 
cachexieconsécutive aux fièvres d'accès. 

L'intervention pathogénique des fonctions cardiaques,., 
dans la nosologie des fièvres, intermittentes , nous semble 
ouvrir des aperçus nouveaux , hbhseulèihent au sujet de 
l'étiologie des hydropisies et de3 cachexies qui leiir sont 
propres, mais encore au sujet de l'étiologie d^s fièvres 
perniciemes eUes-mêmes* ' ■•^' 

Combien de fois la préexistence de quelque état morbide 
duccêurou des gros vaisseaux ne nous art-elle pas mis en 

Sarde contre les éventualités de certains états fébriles qui, 
'abord simples et bénins, devenaient bientôt pernicieux, 
sous 4a double influencé d'un développement çonsiflérable 
dé la raté et du contre-coup fatal qui en résultait pour les 
or^nés circulatoires primordialement affectés., -> 

Jïous croyons que , dans les fièvres intermittentes, la 
tbrme pernicieuse, est à^çraindre , du moins sous certaines 
formes symptôniatiques, toutes les,foist]u un engorgemen t 
splénique étant donné, lé cœur, les gros vaisseaux et |es . 
viscières qui^^ comipe'les poumons et le cerveau, sont avec 
eux en communication vasculaire très^dirçcte , se trou^ 
vent être le siège de quelque altération plus où itioinrs . 
chroniijue. ■ • . ] ■ ■. ■ 

Voil^ pourquoi la propàrtion des fièvres pernicieuses 
croit habituellement avec . les chances d'affections organir 
ques,. et qu'elles s'observe.nt bieo plus fréquemment chez 
les vieillards que chez les enfants : voilà pourquoi, sans 
crainte d'être démenti ; on pQUt dire qu'en dehors de 
certaines conditions épidémfques,.le nombre des fièvres 
pernicieuses est précisément en raison directe de l'âge et 



142 JotiBifAi BB KtoBcnm. . 

conséquetnment des chances de mahdie empreintes de 
chronicité. 

Nous croyoDs enfin que , si notre travail peut dojiner 
lieu à des déductions séméiologiques , il peut encore 
conduire à certains corollaires thérapeutiques. 

Alors que le pathologiste n*eut en vue, dans les fièvres 
intermittentes, que l'élément paroxystique., Texistence des 
accès dut être le mobile exclusif et suprénoe des efforts et 
des déterminations du médecin. 

Lorsque , plus tard, il fut reconnu que, parallèlement ou 
consécutivement aux accès , il y avait un engorgement, 
splénique , les fébrifuges furent adressés , non plus seule- 
ment aux accès eux-mêmes , mais aussi , mais en même 
temps, à Tobstruction viscérale. - 

S*il est vrai qu'à ces deux motife de détermination, cura- 
tive, doive s'en ajouter un troisième puisé dans l'intervention 
nosologique des appareils de la cifculatioA centrale , Je 
médecin ne s'appuiera plus seulement sur deux .raisons, 
mais bien sur trois, pour «n. finir au plus- vite possible 
avec les conséquences si multiples de t'intooLication palu- 
déenne. . . ' - . 

Administrer le sulfate 'de quinine ou le quinquina à do- 
ses fébrifuges, c'est à la fois agir sur des accès dé fièvre, 
sur l'engorgement splénique qui les accompagne habituel- 
lemient et sur toutes les perturbations cardiaques et vas- 
çulaires dont nous ayons indiqué la source et les fatales 
conséquences. 

Ce qujB nous venons de dire surla nécessité de suppri- 
mer aussitôt que possible les accès. dé fièvre , ce que nous 
venons de dire^ùssi sur lé critérium à la fois séméiologji- 
que et thérapeutique que peuvent offrir leâ engorgements 
de la rate, indique suffisamment que l'activité du traitement 
fébrifuge sera aussi toujours en raison directe des dangers 
et des complications viscérales qu^on pourrait prévoir, dan- 
gers et complications viscérales que nous avons vti se tra- 



JÔUBIflL DB MÉDBCHa. <^^ 

duire soit par Faccès pernicieux , soit par la diathèsq sé- 
reuse , soit par l'état cachectique. 

N'oublions pas de dire en terminant que les inflamma- 
tions chroniques qui , dans lés fièvres intermittentes d'anr 
cienne date , atteignent trop fréquemment les organes de 
la circulation ^centrate , et que l'anatomie pathologique 
nous a montrés sous forme d'aortite et de péricardite , 
sont. heureusement modifiés par des topiques révulsifs, ap- 
pliqués sur la région précdrdiale, lorsque dans ces états si 
graves et ti tenaces c'était en vain que la moindre amé- 
lioration était demandée à l'emploi niéthodique. et persévé- 
rant des fébrifuges et des ferrugineux. 

Ces considérations résument en principe et en appli- 
cation les principales conclusions que nous pouvons tirer 
de notre travail. 



QUELQUES CAS D'JUTOPL^STIE faciale, 
par le D'- JLBTbUvneifa , Professeur-adjoint de 
tlmiqae exlerne.à VÉcole^ Médecine dé Nantes, 
Membre correspondant de la Société de Chirurgie 
de Paris, etc. 



Parmi toutes les. conquêtes récentes de la chirurgie, il 
n'en est pas qui ait pris une extension aussi grande que celle 
qui comprend €e qu'on à dé^gné sous le nom de chirurgie 
restauratrice. Oïl pourrait dire que c'est tout un art nou- 
veau, qui permet, par une foule de procédés ingénieux, 
de réparer des difformités natives ou accidentelles, de re- 
constituer des organes qui manquent en partie ou en tota- 
lité, de remédier à 'des infirmités considérées autrefois 
comiïie incurables. Aussi, en énumérantles progrès rapides 
obt0nus-dans cetfe voie qu'il a tant contribué à féconder , 
l'illustre chirurgien qui fut mon maître. M.. Roux, dit avec 

12 



144 JOUUfÀL DE 1[ÉBB<aiŒ. 

raison : « Par ce que nous faisons aujourd'hui, à quelle dis- 
tancé ne sommes-nous pas de ce qu'on faisait il y a, seule- 
ment trente ou quarante 9ns?... Nos devanciers en géraient 
étonnés, slls pouvaieiit en ^Ire témoins. » (Quarante années 
de pratique chirurgicale. Ph.-J: Roux.) 

Pendmit que la chirurgie à réussi à agrandir ainsi son 
domaine, elle est parvenue ; par Tétude plus approfondie 
des maladies, par la découverte de nouvelles ressources 
thérapeutiques çt par l'emploi mieux raisonné des moyens 
connus depuis longtemps, à diminuer, d'une manière 
chaque jouf plus sensible, le nombre des cas où des muti- 
lations cruelles sont le seul remède cjue'nous ayons à offrir 
au^ malheureux dont la vie ne peut être rachetée qu*à ce 
prix. Ainsi , <l'un côté , progrès pour la création de Ùl chi- 
rurgie restâui'atrice ; de l'autre côté , perfectionnement , et 
par conséquent, progrès encore, par cette direction ^lu- 
tajre imprimée au traitement d*uh grand nombre de mala- 
dies, ce qui permet de caractériser la chirurgie dç notre 
époque, en disant qu'elle est essentiellement conservatrice. 

La chirurgie restauratrice, à' laquelle se râppo^rtént îes 
cas qui font la base (|e c.e. travail, emprunt^ ses. moyens 
d'action Jes plus puissants et le^ plus précieux ^ VautqplqS' 
tiéj cet art curieux qui , éclairé par les lumières dé la phy- 
siologie , à été" élevé h la' hauteur d'une science. 

L'auto|>lastie, si riche et si ^féconde aujourd'hui , a, dans 
le passé, deux origines distinctes qu'on peut suivre, a tra- 
vers les siècles, dans leur lente évolution. 

La première est représentée par le chapitre que Celse 
a écrit sur' les réparations des pertes de substance des 
oreilles,. des lèvres et des narines. (Liv. vu; cap. ix.) Ces 
préceptes utiles tracés par l'auteur latin coutenaienj, en 
germe, une partie de cette branche importante de l'art opé- 
ratoire qui a pris tant dp développement depuis quelques 
anneqs. Cependant, ces préceptes étaient, pour ainsi dire ^ 
resjés stériles , les auteurs s'ètant bornés , le plus souvent, 
aies reproduire ,'^sans même être d'accord sur rinterpréjp- 
tiôn du' texte qu'ils avaient sous lepyeiix. A peine', à de 
lon^s intervalles^ peut-on citer quelques essais qui sor)t loin 



d*offir1r (ÔQjoiifs un rérltable carftctèra d utitité , et de cons- 
tit4ier un'4)rogrès. 

Les pôrfecUènnetnents apportés successivement à l'opi^- 
raticMfi du bec-de-lièvre et le procédé employé par Chopart 
pour 4a cheiloplastie eonstituent i^s points les plus saiRânts 
de Fhîçtoire des restaurititions faciales,, dans Tordre ^es faits 
qui ont été adtQÎs et qoi sont restés dans le domaine scien- 
tifique , depuis Celse jusqu'au XiX* siècle. 

JLa seconde origine de ia chirurgie plastique est consti- 
tuée par la rhim^lastiè, qui n'était jamais entrée pleine- 
ment dans le. courant scientifique général, môtné à la secofide 
phase de son histoire. - \ • 

Chacun sait aujo.urd'hui que cette opération se pratiquait 
fréquemment, dans rindé, où elle était autrefois le privi- 
lège de la secte des Koomàs; mais le mystère dont on avait 
soin de l'entourer, rempécha< longtemps d'être connue en 
Occident. ^ . ' 

Les auteurs du moyen*âge n'en parlent que pour en nier 
la possibilité, ou, tout au. moins, pour la mettre endoUte. 

C'est en 1442 , qu'un SiciHen du nom de Branca réussit 
à pratiquer la rhinoplastie et employa., pour «cette opéra- 
tion , un procédé nouveau qui , adopté et perfectionné à la 
fin du XVl' siècle par TagUacozz'r, porta aussi haut que 
possible la réputation de ce chiî^urgien. Le bruit que firent 
les succès de Tagliacozzj fut tei,«(]ue les poètes chantèrent 
sa gloire, et, qu^après sa ixiort,on lui éleva une statue dans 
l'amphithéâtre (fanatomie de Bologne. Qn en fit presque un 
Dieu ; \ ^ 

^Ôn mocb ta priticeps , sed D^us arti^ eris^ ^ - 

Cependant, si les contemporains de Tagiracozzi portèrent 
trop loin Fehthousiasme, les générations suivantes eurent- 
le tort plus girand d'oublier les services qu'il avait rendus. 
L'auréole du Dfeu s'effara bientôt, et même avec une telle 
rapidité , qu'ion a peine à comprendre comment, un siècle 
plus tard 9 Dîonis ait pu traiter eie qu'on disait de la restau- 
ration du nez , d'Mst&ires cipacryphés et -de contefs faits à 
pl€Èisir. ; * w 



146 JOUBi^Aii itt jukmaaxfi. 

Ce n'est qu*en 1814, que Carpue iità la, rbinoplastie de 
ToQbli où elle était tombée , et réussit à la foiré» accepter 
par les chirurgiens qui n'étaient pas trop esclaves de la rou- 
tine et des préjugés. 

On comprit bientôt qu'en réunissant , dans un foisceau 
commun , les deux ordres de foits que je viens de passer ra- 
pidement en revue, les traditions de Celse et la rbinoplastie 
indienne et italienne; on pouvait en déduire des principes 
généraux dont les applications jfiombreuses ne tardèrent pas 
à jeter un vif éclat, et adonner une impulsion toute nou* 
velle aux travaux dés chirurgiens. 

Les difformités ou les pertes de substance que l'art est 
appelé à faire disparaître ^ et dont le visage est si souvent le 
siège, affectent les dispositions les plus variées et souvent 
les plus imprévueii ; aussi, faut-il que le chirurgien, lorsqu'il 
a recours à Tautoplastie , soit presque toujours plus ou 
moins créateur, et qu'il sache, selon les circonstances, mo- 
difier à propos les procédés opératoires. On;peut dire que 
chaq\Jie cas particulier exige quelque combinaison spéciale ; 
de là , des difficultés toujours nouvelles^ mais aussi, et pré- 
cisément à cause de ces difficultés ^ qui. rehaussent le mérite 
du succès, un charme et un attrait que le chir^irgien ne 
peut pas trouver , à un semblable degré , lorsqu'il suit for- 
cément les sentiers, battus. 

Il est souvent impossible de donner une idée bien nette 
d*une opération, en disant seulement qu'elle a été pratiquée 
d'après telle méthode ou tel procédé connu .; les quelques 
mots qui précèdent justifient pleinement cette proposition , 
que viennent encore corroborer le vague et les dis9idences 
qui existent a ce sujet dans les auteurs. , 

C'est pourquoi il est utile de rapporter avec quelque dé- 
tail les observationts de cette nature, lorsqu'elles présentent 
. des particularités qu'on peut mettre h profit dans de^ cas 
analogues. , - 

Les quatre observations qui suivant, et qui ont pour objet 
deu.x rhinpplasties ^ une génoplastie et uneblépharophistie, 
ont entre elles un lien de parenté, qui ressortira à tous les 



JOCBIIAL 0B MÉDSCniK. 147 

yçux , bien qu'elles diffèrent cependant sous plus d'uni rap* 
port : 

Faciès non omnibus uoa 

Hec divers^ tamen, qualem deeet'csse sororum. 

^ (Ovid9, Métamorpl^*) 

Lorsqu'il s'agit d'auloplastie , c'est-à-dirè de Iransfoma- 
tion , ce n'e^t pas trop in'élorgner de mon sujet que d'em* 
prlinter* en passant, une citation au chantre des méta- 
morphoses. : ' " ■ 

Chez les malades dont j'ai à rapporter l'histoire, il m'a 
été possi^^le d'appliquer la méthode indienne telle qu'elle 
ajBté perfectionnée par les modernes, et non en suivant 
l'exemple des Brames, qui allaient chercher un lambeau à 
une distance assez grande de la perte de substance; qui tpr- 
daietit sur lui-même le pédicule du lambeau , et laissaient' 
suppurer la plaie résultant de l'emprunt qu'ils avaient fait 
aux' téguments. Le procédé d^s Brames est, du reste, celui 
qui^est encore en usage, lorsqu'il s'agit de spratiquer la 
rhinoplastte dans les cas où le nez manque en totalité. 

Dans le procédé que j'ai suivi, le lambeau est taillé de 
telle sorte qu'un des côtés de sa rucine est tangent à un 
des points de la circonférence de la solution de continuité,, 
et qu'une des incisions, destinées à circonscrire le lam* 
beau , parte de ce point et se confonde autant que pos- 
sible, djans une partie de son étendue ^ avec lé bord môme 
de cette solution de continuité, l'autre incision eildemèu-' 
raal éloignée de toute la largeur du lambeau ; en. outre , le 
pédicule, au lieu d'être tordu sur lui-même , tourne sim- 
plenient à plat autour d'un axe qui le traverserait suivant 
son épaisseur ; enfin, un dos avantagés les plus grands de 
ce procédé , ç est là réunion imipédiate des bords de la 
perte de substance résultant de la formation du lambeau. 

Dans certains cas, la rotation, où plutôt rinclinaison du 
lambeau , né dépasse pas 30 ou 40 degrés , et peut être 
considérée comme un simple glissement ; d'un autre côté , 
le larbbeau est pris aussi prés que possible de. la perte de 
substance : ex vicino (^dducitur (Celse). Ces deux caractè- 



148 JOUBNAL DE MÉBÎBCIHE. 

res établissent une sorfe de trait-^*union entre la méthode 
française et la méthode indienne, à laquelle appartient ce- 
pendant plus spécialement le, procédé auquel j'ai eu re- 
cours. 

Observation première* 

fieslauration de la moitié droite du nez, au moyen d!un 
lambeau emprunté à lu joue ; reconsHintion de VaOe du 
neZj à l'aide d'un ourlet cutané. 

En 1840, un vieillard presque octogénaire , lé nommé 
Penard, de Notre-Dame-de-Riez (Vendée), se présenta chez 
rnoi et me demanda si je ne pourrais pas faire disparattre, 
par une opération , ou dissiniuler, par tout autr.é moyen, 
une perte de substance qu'il, avait au néz et qui donnait à 
sa physionomie quelque chose' de bizarre et de repous- 
sant. 

Le mal avait commencé , depuis un assez grand nombre 
d'années , par une petite croutë sèche ayant son siège sur 
Taiie du nez ; cette Croûte tombait souvent et se reprodui- 
sait inimédiatement en gagnant peu à peu du terrain, 
mais, en même temps, les tissuâ étaient détruits et rongés 
par une sorte d'usure progressive. Cette ulcération , évi- 
demment de nature caneroïde, était sèche , et le malade 
remarquait à peine ua suintement sanieux ôU sanguino- 
lent lorsqu'il avait arraché prématurénient une portibn de 
la croûte. Lès tissus voisins n'étaient ni rouges, ni gon- 
flés. 

Penard jouissait d'une très-bonne santé et avait conser- 
vé une certaine verdeur juvénile.- On disait même que des 
projets de mariage l'avaient seuls déterminé à chercher un 
remède àî sa difformité; 

Quand il vint me consulter, sa maladie avait déjà fait 
des ravages Considéf ables , car, dd côté droit dû nez, 
peau ,• cartilages et membrane muqueuse avaient été en- 
tièrement détruits; Les limites du. mat suivaient assez 
exactement en avant le bord àe la ctofsbn , qui était restée 



jbtANxi dS MlSSBcnd. 



l'49 



^ine; en Mut et en dehorsv elle correspondait au bord 
osseux: formé par Vos propre du nez et par lapophyse mon- 
tante du maxillaire supérieur. Âutouf de In perte -de subs- 
tance , Tuleération n'était caractérisée que pal* une ligne 
dé trois à cin(} millimèti*es de largeur , formée par des 
croûtes sèchcis d'apparence épidermique. Toute la oiu- 
queusedela cloison était rouge et recouverte de. mucus 
desséché ; les replis înuqueux, qu'on apercevait dans Tin- 
térieuf de la fosse nasale, paraissaient aussi légèrement en- < 
flammée , ce qui tenait évidemment à ce que Tair extérieur 
y pénétrait largement , transportant avec lui la poussière 
et les corps étrangers qui n'étaient point arrêtés ou tamisés 
au passage par les poils protecteurs désignée sous le nom 
de vftrisses. Pas de ganglions lymphatiques engorgés, pas 
d'autres traces d'affection xiancroïde bu cancéreuse que 
celles que fai indiquées plus haut et qur étaient bornées 
aux bords de4a perle de substance. 

D'après Tétut de maigreur du malade, d'après la flacci- 
dité^ eft les rides rionibreuses que présentait la peau du 
visage^ je compris la possibilité de restaurer le nez avec là 
pcaû voisine , et mon plan d'opération fut arrêté immédia- 
tement : je le rilis/à exécution quelques jours plus tard. 





Xe comnicnçài par aviver les bords de la perte d^ subs- 
tance en enlevant toiitçs les parties qui paraissaient mala- 
des. L'eépâèe a combler eut alors la forme d'un triangle, 



150 JOUBHIL DR )|ÉDBCOfB. 

dontlecâté inférieur était le plus courte les deux autres 
ayant à peu près une longueur égalé. - 

Je taillai mon lambeau de la manière suivante : 

Le côté externe de la solution de continuité fut prolongé 
par une incision qui passa à un centimètre de la commis- 
sure labiale et descendit à un centinoètre et demi au-des- 
sous de cette commissure., en s'inclinant en dehors. A 
trois centimètres et demi de Tangle supérieur de la plaie , 
et à partir du^ niveau du hovd inférieur de Torbite, une 
seconde incision fut pratiquée pârallèièmeut à là première, 
dans ses deux tiers supérieurs , et s'inclînant en dedans, 
dans son tiers inférieur, de manière à venir rejoindre la 
première sous un angle aigu. . , • 

Le lambeau fut détaché de bas en haut aveoune couche 
> suffisante du tissu cellulaire sous-cutané. J'etus soin de le 
disséquer complètement vers sa. base, ce qui demanda de 
grancles précautions au niveau du sac facrymal. 

Je fis alors tenir le lambeau par un aide et je m*em- 

Eressai'de réunir, par des épingles^ la partie inférieure de 
i plafe de la joue , ce qui put s'opérer avec la plujs grande 
facilité. Les téguments de la face, entraînés ainsi vers la 
ligne médiane, facilitèrent le déplacement que je voulais 
imprimer au lambeau. Celui-ci vint s'appliquer sans ti- 
raillement sur la perte de substance., en formant cepenr 
Jant en haut et en avant qn léger godet qui s!effaça plus 
tard. Jo fixai son bord antérieur à la peau du nez , au 
moyen d'épingles à insectes très-flnes et de la suture en- 
tortillée; 

Le lambeau , ainsi qu'on a pu en faire la remarque , 
était plus long que le vide qu'il était destiné à combler. 
En le taillant ainsi, j'avais un double motif: le premier, 
de donner à la plaie de la joue une forme qui me permit 
d'en affronter les bords; c'est ce quf eut lieu, en effet, 
ainsi que nous venons de le voir; le second motif était 
de façonner l'aile du nez au moyen d'un ourlet qui lui 
donnât une solidité suffisante' et une forme se rapprochant 
autant que possible de la forme normale , et qui , enfin , 



iwm»kh râ iiËa>BcniB. iSl 

reportât, à l'intérieur de la nouveUe narme, le bord cica- 
triciel, inférieur du lambeau. 

Pour cela ;i je retranchai, avec des ciseaux « la partie du 
lambeau qui devenait inutile , en ayant soia de lui laisser 
une longueur suffisante pour remplir Tobjet que je viens 
d'indiquer. Je renversai ensuite Ja partie inférieure dû lam* 
beau , de manière à mettre les surfaces saignantes en ^oti- 
tact , en formant, .ainsi que je Tai déjà dit , un véritable 
ourliet t qi^l fut maintenu au moyeu d^un double point de 
suture. J'ajouterai que cette partie renversée du lambeau 
avait été taillée, de manière à x^e que sa forme représentât 
assez bien celle de l'aile du nez. 

Reétaît encore à fixer le bord exterae.du lambeau' aux 
parles voisines. , 

L'aile du nez nouvelle fut maintenue au' ctioyen d'iin 
point de suture simple , au sommet de l'angle qui,; déjà , 
avail servi en dehors de point d'attache pour la suture de 
la plaie de la JQue. , . ^ : . 

Le bord externe de la partie, supérieure de la plaie de 
la jouQr grâce a, une dissection peu étendue, peut être 
amené, sans trop d'efforts, jusqu'au contact du lambeau 
auqu<U il fut fixé par desépingles. / 

Cette opération, qui dura trois quarts d'heure, fut bien 
supportée par le malade.- Les suites en furent assez sim- 
ples; les premiers jours, pendant lesquels,. d'ailleurs, je ne 
vis pas le inalade, se passèrent sans accident qui mérite 
d'être noté. 

Le quatrième jour, jç mè rendis chez^naou opéré: il y 
avait déjà .un gonflement considérable dé tout le coté 
droit de la face ; je me hâtai d'enlever quelques épingks ; 
sur d'autres points i je me bornai à enlever les fils et à les 
remplacer par d'autres fils moins serrés. 

Le lendemain , de nouvelles épingles furent retirées , et, 
le sixième jour, j'enlevai les dernières. 

La réunion immédiate avait eu lieu dans la phis grande 
partie, et, bien qu'un pBu d|| suppuration ce montrât sur 
quelques points , il était facile de voir que, 1^ succès de l'o- 
pération n'était pas douteux. ./ 



15% iùûtàniit DE lËÉMicrnW. 

Des bandelettes de sparadrap furent ajppli^tiéës pour 
prévenir récartement des plaies et pour soutenir les par- 
ties. 

^ Les jourâ suivants, le gonflement diminua ; ce n'est qu*un 
mois après l'opération que toute trabe de suppuration avait 
disparu. Alors, on pouvait juger du résultat, qui était des 
plus, satisfaisants. C aile du nez se dessinait assez bien à 
l'extérieur, et elle présentait tiiie soliditlâ suffisante pour 
maintenir la narine ouverte et pour de pas éprouver de 
ballotement dans les mouvements de ta respiration. Mais, 
dans ces premiers teinps, elle avaif urie épaisseur trop 
considérable qui , du reste, a diminué dans la suite. 

La cicatrice de lajoue n'était pas extrêmenjent tendue 
et allait bientôt être cachée en partie par les rides. La pau- 
pièrequif après Popération, paraissait assez fortement ti^ 
raillée en dedans, avait repris sa forme normale. Je dois 
«jouter que le nez s'était incliné uiipeu du côté droit, mais 
sans qu'il y eut là rien de choquant. 

Mon malade a vécu plusieurs années après cette opéra- 
tion ; je ne l'ai pas revu dans tés derniers temps de sa vie ; 
cependant, j'ai su que l'ulcère rongeant avait reparu sur 
la cloison qui s'était perforée'; mais cçtte récidive ne se 
manifesta point à l'extérieur et ne toucha en rien à la 
partie nouvelle du nez. 

Je n'ajouterai que deux courtes réfte^ions à cette ob- 
servation : la première, pour établir que je crois avoih fait 
une chose nouvelle en utilisant l'excédant de mon lambeau, . 
afin de reconstituer Taile du nez par un ourlet où repli 
cutané. Du moins , je n'avais , à Tépoque où j'ai pratiqué 
cette opération (IS'iO), rien vu qui pût. m'en'dônner l'idée ; 
depuis ce tenfips, la première observation qui ait une cer- 
taine analogie avec la mienne, appartient à M. Serre (1B42). 
Quoi qu'il qn soit , c'est là , je crois, une dés applications 
les plus heureuses qu'on puisse faire de" ce qu'on a nommé 
aùtoplastie par doublement du lambeaui- 

La seconde réflexion est relative à là difficulté ou à ia' 
facilité que présente l'exécution db certaines ppéràlrons , 
dans des cas semblables, en apparence, et^oùc'epèïîdant 



JOmUAft BE MÉAKCOm. f'53 

certaines circonstances, qu il importe d'apprécier d'avance, 
viennent aider ou gêner le chirurgien. 

Ainsi , l'opération que je viens de décrire, n'a été possi- 
ble que grâce à la maigreur de mon malade , à la souplesse 
et à l'extensibilité dé Ta peau. Changez ces conditions et 
les diflficultés pcfuvent devenir insurmontables. 

Ce >que]'ai fait chez Penard eût été impossiMe chez la 
femme qui lait le sujet de Tobservation suivante. Chez elle, 
en eftel,4e peu de laxité du tissu cellulaire sous* cutané 
et he peu d'extensibilité de la peau , m'auraient présenté 
des obstacles très-iérieut , si j'avais eu à faire «ubir à cette' 
membrane de grands déplacements, et si la perte de subs- 
tance eût été iSeJâtivemént très-considérable. Dans le cas 
dont j'e vaift parlef, la perte de substajice existant sur la 
ligné médiane , et l'état de la. peau ne me permettant pas 
de trouver dans une seule joue un lambeau- d'uhe étendue 
suffisante , j'ai dû emprunter à chaque joue un lambeau 
semblable, et j'ai établi ainsi une symétrie parfaite entre 
les deux côtés du visage , ce qui, en somme , devait don- 
ner. 0t'a donné/, en enet, un résultat plus satisfaisant que 
celui que j'aurais pu obtenir avec un seul lambeau. 



Observatloo 11% 

nicère cancroïde du riez ; ablation avec nnétrumenl Iran- 
chaixt; rhinoplàsiie au moyen d'un lambeau emprunté 
à chaque joue (i). 

Au mois de novembre 1854, est entrée à l'Hôtel-Dieu 
de Nantes, salle 8, la femme Martin, journalière, âgée de 
60 àiis. 



(1) La deuxième otmervation et la qualriàme ont été rédigées 
d'aràès des notes recaeiUiesf chaque jouiry au lit des malades, par 
M. Noblet, élève du service. 



154 JOUÙIAL M MtoBCBIB. 

Celle femme nous raconte que le début de sa matadre 
remonte à sii ans. Ce n'était alors qu*an petit bouton ver*- 
ruqueux ; mais ce bouton ne tarda pas à grossir , et , plus 
tard, il s'ulcéra. Un médecin fut consulté et se borna à teire 
de lojn en loin , quelques cautérisations avec le nitrfite 
d'argent. Pendant ee traitement, l'ulcère s'étendit et devint 
douloureux ;ufï suintement séro-purulent formait, a sa sur- 
face, en se-concrélant , une croûte noirâtre, que la malade 
faisait tomber de temps en temps, ndais qui se reproduisait 
immédiatement. _ . _ . 

Malgré l'insuffisance des cautérisations avec le nitrate 
d'argent , la malade resta einq ans sans consulter d'autre 
médecin. A cette époque, elle s'adressa au docteur Mar- 
chand , qui conseilla des applications d'onguent napoli* 
tain. Sous l'influence de ce topique, I ulcère se modifia et 
se cicatrisa; mais cette guèrison ne fut que de. très-courte 
durée, efle mal reparut bientôt plusr grave que jamais. 

La femme Martin affirme n^avoir Jamais eu de maladie 
syphilitique; après l'avoir interrogée à plusieurs reprises 
dans' ce but, nous sommes resté convaincu qu'elle n'aivàit 
janàais présenté de symptômes qu'on pût considérer comme 
des accidents secondaires ou tertiaires de la syphilis. L'ul- 
cération du nez offrait, d'ailleurs, au moment Où j'ai pu 
l'observer, les caractères les plus tranchés du caiicroïde 
de la. peau. 

Ulcération végétante faisant saillie au-dessus du niveau 
de la peau , assez exactement arrondie , d'un diamètre de 
trois centimètres et demi ; ayant laissé iatactes les^ailes du 
nez et la sous-cloison , mais .ayant détruit toute la peau 
du lobe moyen; en haut, elle recouvrait le tiers des os 
propres du nez, et sur les côtés, elle venait se terminer 
dans le sillon nasorgénfen. • 

La sur&ce d& cet Ujcère , noirâtre et recouverte d'une 
croûte peu épaisse et fepdillée, était le> sié^. de fréquen- 
tes hémorrhagies et donnait lieu habituellement à un écou- 
lement de pus -sanieuxi La malade y ressentait des dou- 
leurs lancinantes. - / 

Le doigt, introduit dans les narines, permettait de cons»- 



JOUIRAI. PB NÉDBCINB. 



155 



talerrintégrité de la membrane muqueuse; les cartilages 
ne paraissaient pas déformés et on pouvait espérer qu'ils 
n'avaient pas été atteints par la maladie. 

Pas de ganglions engorgés; cette observation , comme 
celle qui précède et comme celle qui suit , vient donc con- 
tirmer les idées exprimées, à cesujet, par M. i»ebert, dans 
les Mémoires de la Société dé Chirurgie. {Du cancer et du 
cahcroïde de la peau, t. II , p. 568.) 

L'étendue du mal né permettait pas de songer à la cau- 
térisation avec les préparations arsenicales , et, d'ailleurs , 
quer que fût le caustique dont on aurait foit choix, on ne 
pouvait espérer la formation d'une cicatrice sur toute 
cette surface ; enfin, on se serait exposé , par l'emploi des 
caustiques, à perforer largement le nez. 

Je songeai donc de suite à l'ablation du mal avec l'ins- 
trument tranchant et à la reconstit4ition dé l'organe au 
nooyen de Tautoplastie, et c'est aux joues que je me déci- 
dai à emprunter les lambeaux. 

L'opération fut pratiquée le là novembre. 





Deux incisions, parlant des côtés de la racine du nez et 
séparées ii leur point de départ par un espace d'un demi- 
ccntimèire environ, furent abaissées dans la direction du 
sillon naso-génien , jusqu'à la hauteur^ des commissures 
labiales. Une incision transversale , rsola'nt entièrement les 
ailes du nez et la sous-cloison des parties malades , vint 



rejoindrai à droite et à gauche , les deux premières iaci- 
sious ; en haut , sur ie dos du nez, une petite incision ho- 
rizontale rejoignit également les deilx premières « de sorte 
(|tte l'ulcère se trouva circonscrit àp toutes parts. L'abla- 
tion de cette surface fougueuse fut assez longue et diffi* 
cile, les tissas n'offrant aucune résistance à l^iction des 
pinces : il fitllut gratter , et , pour ainsi dire « ruginer les 
cartilages qui étaient entièrement sains. 

J'achevai ensuite de tailler mes lambeaux, par une in- 
cision pratiquée de cliaque côté, à partir d'un centimètre 
environ au*de$saus du bord inférieur -de l'orbite jusqu'à 
rextrcmilé inférieure de la première inc^ion , de manière 
à terminer mes lambeaux par un angle aigu et à donner à 
chacun d'eux une largeur égale à la Qioitié de la perte de 
substance. 

Les lambeaux furent disséqués jusqu'à. leur base, apjrès 
quoi je réunis , au moyen de la suture ^tortillée , les 
plaies des joues, ce qui contribua à faire cheminer les lam- 
beaux à la rencontre l'un de l'autre. 

Avant de les réunir, j'abattis les angles de la portion de 
peau que j'avais laissée sur le dos du nez : de sorte que sur 
la ligne médiane la plaie représenta un Y allongé. 

La réunion des lambeaux entre eux fut assez facile, mais 
j'éprouvai plus de difficulté à les adapter au bord supérieur 
des ailes du nez. Par leurs extrémités, dont j'excisai une 
petite portion, ils conslituèrent le lobe moyen; Pour flxer 
les lambeaux, je me servis de la suture entortillée, au iiK>yen 
d'épingles très -fines. 

Je dois noter , en passant , que les tissus étaient moins 
extensibles à gauche qu'à droite , ce. qui fit éprouver au 
lambeau gauche une assez grande tension.. 

Le lendemain de l'opération (14 novembre), gonfle- 
ment des lambeaux et des paupières ii^fiàrieui^s^. L'extré- 
mité inférieure du lambeau gauche est violacée et menace 
de se gangrener. 

Deux sangsues sont appliquées en avant de chaque 
oreille. V .. 

Dans la journée , j'enlève plusieurs fils qui comprimaient 



trqp fqrternent les tissus ^ mais je laissai les éipingle^ en 
plabe.^ ' , 

La 15 , état sàtisfaiss^nt ; ablation d'une épiogle $ur la 
ligne médrane. 

Le 16, ablation de plusieurs épingles ; lesillsçout p^r- 
Jout remplacés par d'autres Als moins serrés. 

. Le 17, les dernières épingles sont enl,evée$ , et les par- 
ties sont souteoues avec des bandelettes de sparadrap. 

Le 20 , le gonflement a bjendiminué , mais TextrémUé 
inférieure uu lambeau gauche, ga^igr^née , s'est détachée 
et a laissé un vide dans le point coiTespondant , vide qu'on 
faisait disparaître en relevant le sommet et' l'^iie du nez. Du. 
côté droit /la réunion paraît solide. 

Je fixai, avec du collodion, deux petites bandelette^ de 
linge dans les narines ; ces bandelettes furent ramenées sur 
le nez, où elles ç'enlreçroisèrent , et furent fixées^ avec 
du collodion , à chaque paupière inférieure. Une troisième 
bandelette , fixée à la sous-cloison d'une part, et d'autre 
part entre les deux sourcils , contribua aussi à maintenir 
le néz relevé. La période substance, produite par la gan- 
grène , était désprnjais insignifiante ^ la cica^trisation mar^ 
cha régulièrement, grâce à la préc^iution q,M.e j'eus de 
réappliquer de nouvelles bandelettes quand lés premières 
parurent se relâcher; 

Je dois ajouter que lé lambeau drpit glissa peu à peu au- 
delà de la li^ne médiane , de manière à combler en partie 
le vide, qui avait été. produit par I^ gangrène cje Tejitrjéniité 
du lambeâU gauche. 

Le 27 , la guérison était complète , mais je ref^ps la 
malade à l'Hôtel-Diéu jusqu'au J6 décembre. 

Depuis ce temps , j'ai eu occaspn dç la revojp plusieurs 
fois;. le liez, autrefois aqùilin , est légèrement retroijssé , 
l'aile gauche un peu plus élevée que l'afle droite ; njais , 
à part.ces petites irrégulpités qui tendent, du reste, à 
s'effacer de plus en plus , on ne peut guère se douter au- 
jourd'hui de l'étendue et de la gravité dé la maladie pour 
lâqîielle j'ai pratiqué cette opération. 

Disons enfin, pour nerien omettre , que de petites ex- 



iS8^ JOVBIUt DB MftOBCIRB. 

coriations se sont manifestées à diverses reprises siir les 
cicatrices, mai»qa*il a suffi, pour les faire disparaître, de 
quelques lotions avec Teau de Pagliari. 

L'eau hémostatique de Pagliari avait déjà été employée 
plusieurs fois chez cette malade depuis lemoipent de l'o- 
pération , dans le but de réprimer les bourgeons charnus * 
et. de hâter la cicatrisation , et son efficacité m'a paru de 
la dernière évidence. J'avais été conduit à avoir recours à 
ce moyen par un fait qui s'était passé , quelque temps au- 
paravant , dans mon service. ' • . 

Une femme de soixante-dix ans portait, depuis quinze 
ans, sur le front , un large ulcère saillant , dont les bords 
renversés formaient un chamfNgnon. Cet ulcère occupait 
tout le côté gauche du front et avait même détruit une 
portion de peau couverte de cheveux. Il était le srége de 
douleurs extrêmement vives et donnait lieu à des pertes 
de sang très-abondantes, qui se renouvelaient souvent plu- 
sieurs (ois par jour. 

peux aiilres ulcères, moins étendus et déprimés , exis- 
taient de l'autre c6té du: front. 

Depuis quinze ans, bien des traitements internes avaient 
été suivis , bien des topiques avaient été appliqués sur ces 
ulcères, sans aucun résultat favorable. 

On avait eu recours à divers caustiques , et moi-même, 
en dernier lieu , j^avais essayé la pâte sulfo-safranée ; mais, 
à chaque application , les douleurs devenaient intoléra- 
bles, et, à la chute des croûtes, les hémorrbagies reparais- 
saient. Pour combattre ce dernier accident, }e prescrivis 
des lotions avec de reaù de Pagliariv, répétées deux fois 
par jour. 

Sous riiiftuence de ce moyen , Taspèçt des ulcères se 
modifia promptement, le champignon s'affaissa, les hé- 
mprrhagies cessèrent et les douleurs liisparurent complè- 
tement. Enfin , une cicatrice de bonne apparence recou- 
vrit peu à peu les surfaces malades. Cette femme quitta 
l'Hôpital après quinze jours de l'usage de ce oioyen qui , 
seul N, depuis quinze ans , avait donné un résultat favo- 
rable. 



Cette guérison -s^ra-t^elle durable 7 11 est permis de 
conserver quelques doutes à cet égard. Quoi qu'il en soit , 
ce foit m'a . vivement fca^ppé , et, depuis eette époque ., j'ai 
employé UR. grand nombre de fois, avec succès, Teaade 
Pagliari, dans le .traitement .d'ulcères de mauvaise na^ 
ture. 



Observât ion 111% 

Vaste cancroï'de àe la joue ; guérison par la génoplastie. 

Chéneau (Pie^rre) , âgé de 63 anss». demeurant à Froid* 
fond (Vendée)., est entré à rHôtel-Dieu de Nantes te 5 mai 
1855 , pour y être traité. d'un large ulcère canoroïde ayant 
détruit une grande partie de la joue dreite. Cette affeç-r 
tion avait débuté , il y. a plqs de dix ans , çtt avait été atta-^ 
quée, avec un succès tempprairf, une première fois par les 
caustiques^ une secondée fois par l'instrument tfancliaat» 

C'est en 1846 que Chéneau, se préoccupant d'un bou- 
ton qu'il portait sur la partie interne et ^supérieure dé là 
joue, et qui, depuis quelque temps, s était ulcéré , alla 
tisouver d^^^çmpiriquea qui appliquèrent , sur le mal , un 
caustique <^nt l'action axtrènckement douiourease dusa plus 
de yiogt*quatre h,eures. La guérison fut obtenue, mais il 
resta une cicatrice plissée et.adbérènte, s étendant jusque 
sur le côté (iji nez. Peu de temps aprèi», l'ulcération repa- 
rut à la partie externe de la cicatrice. Cbéneau , effrayé 
des douleurs qu'il avait soufferte& une première fois , at- 
tendit longtemps, et ce n'est qu'en 1^48 , deux ans après 
lapplicatipi^ du caustique , qu'il se décida à venir me con- 
sulter. Le mal alors avait l'étendue d'une., pièce de deux 
francs ; il n^e fut feicile de l'enlever au. moyen de dûux in- 
cisions semi-lunaires « qui permirent de rappirocher . lee 
bords de la, division et d'pbtenir^ par la suture entortillfie, 
une.réuniou immédiate^ la cicatrice fut linéaire et dirigée 
de haut en bas., \ . ^ -^ . ^ 

13 



160 JÙVmkL BB MÉDSCINE. 

f^a guérison parut définitive , et , pendant plusieurs An- 
nées, rien n'annonçait une seconde récidive. Cependant, il 
y a trois ans environ, le mal reparut avec des caractères 
qui ne permettaient pas de se foire illusion. Gfaéneau a , 
sans aucun doute, eu recours à des remèdes nombreux , 
dans l'espérance de^se soustraire k une nouvelle opération ; 
mais il a refusé de faire des aveux à ce sujet ; quot^ qu'il 
en soit, lorsqu'il est revenu me voir afin d*obtenir, comme 
pensionnaire, une place à FHôtel-Dieu ^ l'ulcère avait ac- 
quis <fes proportions considérables. Il s'étendait en haut , à 
la paupière inférieure qui était, elle-même, atteinte en 
partie : en bas , la moitié de la lèvre supérieure était dé- 
truite; en dedans, le mal s'était arrêté ^ l'aile du nez, 
mais au-dessus de ce point, il s'avan^it un peu sur les 
côtés du nez ; là, on apercevait encore, au-delà des limites 
du mal , une partie de la cicatrice plissée , produite par 
Tapplication du caustique en 184f> ; on voyaii également, 
à une petite distance de la commissure des lèvres, la por- 
tion inférieure de la cicatrice résultant de l'opération pra- 
tiquée par moi en 1 848. En dehors , Tulcération dépassait 
le niveau d'une ligne verticale abaissée de Fangle externe 
des paupières. s ' 

Cet ulcère , dont les bords étaient saitiants^ comme fran- 
gés en certains points , donnait lieu à un écoulement de 
sang qui se produisait au moindre contact et qui. souvent 
avait lieu spontanément. Les tissus profonds étaient indu- 
rés au-delà de la solution de continuité de la peau ; c'est 
- ainsi qu'on sentait un bourrelet très-dûr -adhérent au bord 
de l'orbite et s'avançant sous la paupière. Le mal parais- 
sait, du reste, ne pas avoir envahi le tissu osseux , mais il 
était évident que toutes le$ parties molles avaient été dé- 
truites ou étaient infiltrées de matière épidermique. 

Pas de ganglions lymphatiques engorgés. 

Enlever toutes les parties malades avec l'instrun^ent 
tranchant , réparer la perte de substance avec un lambeau 
autoplastique, emprunté à la partie inférieure de la joué , 
tel est le seul mayen qui me parut applicable dan^' un cas 
aussi grave. - ' 



JOTONAL BÈ StiraCINB* 

L'opération fut pratiquée le 9 irïai. 



161 





Toutes les parties malades furent circonscrHes par une 
inoîsîon profonde , excepté , toutefois, en haut; oïli je me 
proposais de fiiire, dans^ un autre moment^ la section de la 
paupière inférieure avec dçs ciseaux. 

La dËssection fut assez difficile , à cause de la friabilité 
des tissus, c^ qui me fbrça à reporter plusieurs fois Tins- 
trûment sur quelqaes points , afin d'enlever tout le mal. 
' L'écoulement de sang fiit abondant et un grand nom^ 
bre d'artères furent liées;, tout le système vasculaire de 
cette région paraissait développé d'une manière insolite. 

Le bourrelet adhérent au bord de Forbite , et dont j-ai 
parlé plus haut ,- fut détaché de bas en haut^ sans avoir été 
préalablement séparé de la paupière; celle-ci fut ensuite 
découpée avec des ciseaux, immédiatement au-dessus des 
limites^du mal. 

La perte de substance paraissait alors énèrme pui^ue , 
d'un côté, elle communiquait largement avec l-orbite, que, 
d'an autrecôté, elle comprenait la moitié de là lèVre su- . 
périeure ; et que, tranversalement, elle avait plus d'étendue 
encore que^de baât en bas. / 

Malgré les deux opérations précédentes, qui avaient né- 
cessairement iHnoinuéCexiensibilité de la peau du visage, 
je pus tailler, en -dessous et en dehors de la perte de 
substance, un ^rge lambeau dont la forme se rapportait, 
sinon géométriquement, du moins assez exactement , à la 
forme de l'espace qu'il devait recouvrir. 



161 JODUIàL M 

Pour cela , ufie inckbn presque veriicale, ptri^nt du 
bord inférieur de la plai)e, fut abaissée jusqu'au-dessous 
du bord de la mâchoire , en passant à un demî^^centimètre 
de la commissure des lèvres. 

De la partie inférieure de la région malaire, une seconde 
incision vint , en formant un démi-cercle, rejoindre la 
première sous le bord du maxillaire. 

Le pédicule du lambeau était donc situé en tiaut «t cor- 
respondait, par un des cÀtés de sa racine , au côté externe 
dé la perte de substance. Ce pédicule avait deux centimètres 
au moins de largeuh 

Le lambeau fut détaché de bas en haut , et, par une 
dissection portée en avant et en dehors, sôus les bords de 
la plaie, je véusais à faire gUsse» les partiea et àl les téunir 
par la suture entortillée, après lavoir fait soidevei; le buiH 
beao. Ce premier résuléat était imnaense , car il fiieilîtaîi 
singulièrement le reste de l'opératioa. iCt, en; effel, le^lfs»- 
beau fut très-aisément amener sur la perte de subetance, 
eu parcourant un angle d'envioon 90degiréfi. Pluaieucs fils 
des ligatures furent dirigés vers le'poînt le plus- voisin des 
bords de la plaie ; mais la plupart de ces fils, étant fixés 
vers le centre même de la plaie, furent cûnduît& dans b 
cavité buocale par. une ouverture que je pratiquai , à cet 
effet, à travers la muqoeuse de la lèvre. Die eettenànière, 
ils ne pouvaient plus nuire à la réunion du lambeau avec 
les téguments V4^în$. 

Pour fix^ le lambeau, j'eus t^ecoûrs à la siiUire entor- 
tillée , excepté vers là paupière inférieure , où j'appbquai 
quatre points «le suture simple. - 

Quand l'opération fat terminée, on vit que le lambeau 
n'était tiraillée dans aucun sens. La partie du visage qui 
était soumise et la plus forte traction était la lèvre supé- 
rieure , de sorte que la commissure labiale était eiatfalnée 
en haut et en dehors, disposition qui n'était (fiie l'exagéra- 
tion de ce qui existait précédemment, car, par suite des 
deux premières opérations, la lèvre supérieure avieiit siAi un 
mouvement ascensionnel, et le nez s'était noUd>le8ieot in- 
cliné à droite. 

Une simple compresse sèche , attacl^ au bonnet du 



malade, recoiivrit le côté droit du visagie pour |[>rptéger 
les parties.. 

Le soir.de l'opération, il y eut de la fièvre qui continua 
pendant trois jours , mais, sans avoir un caractère inquié* 
tant. 

Le 10 mai , lendematti de Topération ^ gonflement du 
lambeau etdèspiirties voisines ; le lambeau a une colora^ 
tien un peu foncée ; huit sangsues en avant de l'oreille. 

Le il i le gonflement â augmenté, mais le lambeau a 
une eouteur moins foncée ; l'œil est fermé par suite de là 
tnméfiiction des paupières ; la conjonctive secrète une no- 
table quantité de rouco-pus; 

En presfMint sur lé lambeau^ je fiiis sortir du pus , qui 
s'échappe surtout par en baut^ entré les points.de su* 
ture. 

J'enfèyé tous lef fils fixés aux épingles et je les remplace 
par- des fils moins serrés. 

Lé i2i je réussis , par uée tradlion un peu forte , à ar- 
racher une gt-ande partie dé ligatures , soit du c6té. de . la 
peau V soit dtt côté de la bouche, ou j'avais amené la plu- 
part des fife à travers une ouverture pratiquée à cet effet 
dans le coMe-sac gengivo»labial ^ ainsi <}ue je Tai exposé 
plus haut. :^ 

Le 13; l'écoulemekU da pus esl moins abondant ^ les 
dernières ligatures sont arrachées saios qu'il sécoulé de 
sahg. Le lambeau est adhérent dans la plus grande partie 
dé sa circonférence I j'enlève tous les. points ^le suture et 
toutes les épingles qui Je maintenaient ; mais, pour ne 
pas rabândonner à lut-mèlne , j'ai recours à trois petites 
bandelettes de linge que je fixe avec du collddion , par 
une de leurs extrémités, au lambeau lui-inèjme , et par leur 
autre extrémité à ia partie externe de l'orbite , à la partie 
supérieurs du nez et enfin à la lèvre supérieure. 

Les épingles de la plaie inférieure ike forent enlevées 
que le i6 ; la réunion, était complète. - 

/Chaque jourv iq>rës avoir enlevé tes croûtes qui se for- 
matant autour du lanifaean, dans les points où la réunion 
n'était pas adfaevéé, je bisais des lotions avec Teau de Pa- 
gliari. ' 



164 JOOUI^K DB HÉIlBCaNS. 

Le 17 et le 18, pour faciliter l'adhérence de la fiice 
profonde du lambeau , je le soumis à une légère compres- 
sion , au moyen d^une boulette de charpie et d'une ban- 
delette de sparadrap ; ce moyen eut un plein succès. 

Les jours suivants , le gonflement disparut complète- 
ment, la suppuration devint pres(pie nulle, les-^tîssus re- 
prirent leur aspect normal et la guérisonput être considé- 
rée comme assurée. La paupière inférieure, bien que ten- 
due, conserve une longueur suffisante et n'a pas de ten- 
dance à se renverser en formant un ectropion. Grâce à 
l'extensibilité du lambeau , l'angle de la bouche a pu 
s'abaisser et se rapprocher de la ligne médiane , de sorte 
que, sous ce rapport, les traits sont plus réguliers qu'avant 
l'opération; le nez, lui-même, est moins incliné à droite 
qu'il ne Tétait autrefois. ^ > 

Cet abaissement de la commissure la.Male , fevorisé par 
la contraction musculaire , l'a été également par la rétrac- 
tion de la cicatrice inférieure de la joue. Cette cicatrice , 
qui correspond au point où a été emprunté le lambeau , 
est linéaire et présente une longueur bien moindre qu'on 
aurait pu le supposer : elle n'a que quatre centimètrîBs et 
demi , tandis que la plaie avait primitivement six centimè- 
tres au moins. 

Chéneau a quitté l'Hêtel-Dieu le 23 mai , c'est-à dire le 
quatorzième jour après l'opération. 

Il est peut-être difficile de se défendre de la craiiHe* de 
voir ^emal reparaître encore chez cet homme. Cependant, 
on (ioit espérer que la transplantation du lambeau autoplas- 
tique va modifier d'une manière avantageuse la vitalité des 
tissus et prévenir une troisième récidive. 

Si cette espérance était déçue , si , vers la circonférence 
du lambeau , quelques tuBercules venaient à surgir et à 
s'ulcérer et que les lotions d'eau de 4^agltari fussent insuffi- 
santes, il ne faudrait pas en conclure que l'art est im- 
puissant et regarder une guérisoil définitive comme impos- 
sible. L'absence de ganglions lymphatiques engorgés , 
l'absence <le toute autre manifestation plus ou moins éloi- 
gnée d'affection cancéreuse , démontre d'une manière évi- 
dente que le mal est tout local et qu'il sera toujours possi- 



JOUiUlAli DB MÉDECINS. 1^5 

ble de le détruire, comme toutes les affections épitfaéliales 
ou épîdermiques « si on réussit à enlever tous les tissus 
circonvoisins qui ont éprouvé déjà un commencement d al- 
iération. 

Pour obtenir un succès complet et radical , il ne s'agit 
donc que de se tenir en garde et d avoir de la persévé* 
rance. 

On a cité , à ce sujet, bien des faits qui peuvent servir 
d*eiLeinple et d'encouragement, et, parmi ceux qu^ j.ai 
observés moi-même , il en est un -qui me paraît digne 
d*être rapporté ici. 

C'était en 1839 , au début xle ma carrière médicale : On 
me présenta un homme de Saint-Étienne-du-Bois (Ven- 
dée) , ieune encore , mais ayant déjà subi sept opérations 
pour un cancer de la lèvre inférieure. Trois fois, il avait été 
opéréà THôteUDieu de Nantes, au moyen de Tinsirument 
tranebant, par Al. Cocl^ard, oncle , alors chirurgien en 
chef de cet hôpital ; quatre fois, il s'était soumis à Tappli- 
cation des caustiques , . eu se mettant entre les mains de 
femmes de campagne qui , grâce à une tolérance regret- 
table de l'autorité, exploitent de ia manière la plus déplo- 
rable et souvent, la plus désastreuse i la crédulité des niai- 
heureux qui ont ou qui croient avoir des maladies can- 
céreuses, , 

Chez le malade dont je parle en ce moment^ le mal avait 
donc récidivé sept fois, et cependant ce malheureux n'était 
pas découragé et était encore disposé à supporter une hui- 
tième opération. 

La-lèvre inférieure et le menton étaient en partie dé- 
truits , et, à leur place, existait^ une large échancrure , au 
fond et aux bords ulcérés., par où la salive s écoulait sans 
cesse ; mais il n'y avait pas de ganglious lymphatiques en- 
gorgés. . . 

Deux incisions, partant à un demi-centimètre en dedans 
de chaque commissure labiale, vinrent se réunir sur la 
ligne médiane, vers le milieu dq la région sus-hyodieane, 
en comprenant enire elles , non-seulement les parties ma- 
lades , mais encore une certaine étendue de parties qui pa- 
raissaient complètement intactes. 



166 JWMâL DB HÉMCBIB. 

En détachant les joues de la mftchoire infi§rieure , jus- 
qu'au point on passe l'artère feciale , je pus ramener les 
bords de la plaie sur la ligne médiane et les réunir par la 
suture entortillée. J'obtins une réunion immédiate , et la 
lèvre inférieure , qui n'avait alors qu'un centimètre de lon- 
gueur, s'est allongée peu à peu et a acquis, au bout de quel- 
ques mois, des dimensions suflSsantes. 

Mai» ce que je tenais surtout à établir ici , c'est que 
la guérison a été définitive, ainsi que j'ai pu le constater un 
grand nombre de fois. 



Érysipèle delà face; gangrène des paupières ; destruction 
de la paupière inférieure ; guérison 4 Vaide de la blé- 
pharoplastie. 

La destruction partielle ou totale des paupières altère si 
profondément la physionomie , l'espression du visage , la 
régularité des traits, compromet d'une manières! grave le 
globe de l'œil et dans sa structure et dans ses fonctions , 
qu'il n'est pas étonnant que, dès hi plus haute antiquité, on 
ait cherché à y remédier. 

Cependant, il &ut bien avouer que les efforts qu'on avait 
faits, dans ce but , sont restés à peu près stériles jusqu'à 
la création de la blépharoplastre , opération toute mo- 
derne. 

Ce fait est d'autant plus remarquable que l'origine de la 
rhinoplastie se perd dans la nuit des temps , et que cette 
dernière opération aurait dû conduire à la première, puis- 
qu'elles reposent toutes deux sur les mêmes principes. La 
perte des paupières, entraînant plus de gène et plus de 
dangers et constituant une difformité au moins ausi^l cho- 
quante que la perte du nez, on est porté à se demander 
pourquoi l'art ne s'est pas ingénié plus tôt à y remédier 
d'une manière efficace ? 

C'est qu'il y a chez l'homme un sentiment qui domine 
et la crainte du danger et l'aiguillon, pourtant si puissant, 
de l'amour-propre , je veux parler du désir dese sous<- 



traire au déshonneur. Or , on sait que chez les Indiens la 
perte du nez était un supplice infligé légalement à certains 
criminels , et que ceux qui l'avaient subi étaient ainsi mar- 
qués du sceau de Tinfamie. 

Ges mots suffisent pour expliquer comment la rhîno- 
plastie est de date si ancienne, et comment la blépharo* 
plastic n*a été créée que lorsc^e les travaux et les expé- 
riences de nos contemporains eurent généralisé l'auto- 
piastie. - 

Jusque-là , nous n'étions guère plus avancés qu'on ne 
rétait du temps de Celse, qui résume ainsi ce qu*il savait 
sur la restauration des paupières : si nimium ptUpebrœ 
deest j nuUa id resliiuere curaiio potest y si eœigmm > me- 
deri Ucet. 

le sortirais de mon sujet ; si je rappelais 'et (e traite- 
ment conseillé par Celse pour guérir Vectropion » et les 
autres opérations instituées depuis dans le même but ; j'ai 
à raconter un cas de blépharoplastie , c'est-à-dire de res- 
tauration de toute une paupière, opération dont les pre- 
lîii^s essais datent , en France du moins , de vingt ans 
seulement. 

Disons, cependant, que des opérations de blépharoplas- 
tie, peu connues dans notre pays, avaient été faites aupa- 
ravant , avec des succès variables, par Grœfe, Dzondi , 
Fricke et Jungken. C'est le procédé de Fricke, modifié par 
Van Ammon, qui est suivi généralement aujourd'hui. Par 
ce procédé, on évite ta torsion^ du pédicule du lambeau, et, 
par conséquent, la section ultérieure de ce pédicule. 

Malgré ce perfectionnement important, Tautopiastie pul- 
pébrale est loin de constituer une ^opération uniforme et 
soumise à deà règles, fixes , Unn de là; cest peul-être , de 
toutes ks opérations du même genre j la moins semblable 
à eUe-méme dans tes dixierses drconstantes qui la nécessi- 
tentj celle quixomporte le plus de variétés dans la inanière 
iy procéder i Peut-être n'afit-eUe jamais été pratiquée deux 
fois de la- même façon ? (ftoux. loco citât.) 

Cette citation^ empruntée à un maître dont j'aime à in- 
voquer le souvenir et l'autorité, me fait espérer qu'on trou- 
vera quelque intérêt à la lecture de l'observation suivante , 



168 JiMllRAL m KÉBSCm. 

que je considère connue un très-bel exemple de blépbaro- 
plastie. 

La nommée Jamin (Ëliza) , journalière, Agée de 1 9 ans , 
me fui adressée, le 25 octobre 1854 , par le docteur Mé- 
chineau, de Clisson, pour une lagopbtalmie du côté droit , 
portée au plus haut degré et donnant un aspect repoussant 
à un visage, d*ailleurs régulier, et même' assez agréable 
quand on le regardait de profil du côté gauche. 

Cette jeune fille avait eu , six mois auparavant , dan$ le 
courant d'avril, un érysipèle de la face, qui se termina par 
des abcès dans les paupières et par la gangrène de ces 
voiles membraneux , et même d'une partie de la peau de 
la régioH temporale. 

Après la chute des escarres , la cicatrisation marcha ra- 
pidement, et, dès le mois de juin , les choses étaient dans 
rétat où il m'a été donné de les ol^server. 

Des cicatrices irrégulières et adhérentes existent en de- 
hors de Torbite , vers la région temporale. La paupière su- 
périeure , bornée à peu près à sa portion tarsienne , n*a 
plus quun centimètre à peine de hauteur. Le nouscle orbi- 
culaire ayant été presque entièrement détruit , ce reste de 
paupière ne jouit que de mouvements extrêmement bor- 
nés. Cependant , les cils ont conservé leur régularité , le 
point lacrymal, est intact, et bieo que très-incomplète, 
cette paupière n a rien de trop choquant etprotége encore 
la partie supérieure du globe de Toeil. 

Hais il en est autrement de la paupière inférieure; ici 
la gangrène a produit des accidents bien autrement graves. 

Le bord libre de la paupière nest plus indiqué que par 
des cils disposés irrégulièrement sur un tissu de cicatrice 
adhérent à ^ partie antérieure du maxillaire supérieur et 
de Tos malaire; la conjonctive rouge , enflammée, forte* 
ment tiraillée en bas , laisse le globe de Tœil à découvert. 
Sous cette membrane muqueuse, on sent le cartilage tarse 
renversé complètement ^ de telle sorte que. son bord infé- 
rieur est devenu supérieur. On ne retrouve aucune trace 
du point lacrymal, et des larmes coulent continuelleinent 
sur la joue. 

L'écartement des deux paupières est tel, que leur com- 



lOUBNàt DB HÉBBCniB* 



169 



missure externe, tendue jusqu'au-dda des limites de son 
extensibilité naturelle « est déchirée et ulcérée. 

La conjonctive oculaire est enflammée, surtout en bas, 
ei une injection radiée et profonde indique que la cornée 
transparente est menacée aussi d'être envahie par Tin- 
flammation. Par suite du déplacement de la conjonctive 
palpébrale, le globe de l'œil n'a que des mouvements très* 
peu étendus. 

Pour remédier à cette difformité, il n'y avait qu'un seul 
moyen i faire une paupière inférieure nouvelle, au moyen 
d*un lambeau.de peau emprunté aux parties voisines. 

L'opération fut pratiquée le 28 octobre , à l'Hôtel-Dieu 
de Nantes, salie 8, où j'avais fait placer la malade. 





: Une incision demi-circulaire , commençant un peu au- 
dessous de la commissure externe, et éloignée du- bord 
ciliaire de 3 millimètres environ , fut pratiquée , pa- 
rallèlement à ce bord , sur la limite du tissu cicatriciel et 
de la peau de la joue. Par une dissection rapide, je détachai 
les tissus, d'abord des os auxquels ils adhéraient, puis du 
tissu cellulaire de l'orbite. 

Ce preiBièr temps de l'opération achevé, je saisis, entre 
le pouce et l'indicateur de la main gauche, le cartilage 
tarse que je fis basculer, de manière à ramener en bas son 
bord inférieur , qui , je l'ai déjà dit , était devenu supérieur. 
Une aiguille courbe fut portée au fond de la plaie et me 
permit de passer un fil à travers le cartilage tarse que je 
pus ainsi foire maintenir par un aide dans la position que 



I7A idittHAL m ÈÉbÉcm. 

je lui avais donnée. Mais j*acqtiis bientôt la certitude que 
ce moyen était insuffisant, à moins d'une traction très-forte, 
et je crus prudent d*y renoncer avant la fin de Topératton. 

En écartant les bords de la plaie, je pus juger de retendue 
du vide qu'il y avait h combler, et, par conséquent , des 
dimensions que je devais donner an lambeau. 

Je taillai le lambeau en faisant sur la joue une incision 
verticale de quatre centimètres et demi de longueur , par- 
tant de Tangle externe de l'incision horizontale, ou plutôt 
se confondant avec elle , dans l'étendue d'un centimètre 
environ, et une seconde incision verticale , à trois centi- 
mètres en dehors de la précédente ^ qu'elle vint rejoindre 
en bas en s'incurvant un peu. 

Ce lambeau , avant d'être séparé des parties sous-jacentes, 
était donc circonscrit en avant , par uoe ligne droite verti- 
cale dans toute son étendue ; en dehors , par une ligne , 
parallèle à la première dans les 3/5 supérieurs , et courbe 
dans les 2/5 inférieurs : le point de jonction de ces deux 
lignes formait un angle aigu. L'incision externe , commen- 
çant un peu plus bas que l'interne , la base du lambeau 
était oblique de haut en bas et de dedans en dehors. La 
dissection du lambeau fut portée , en haut , au-delà de sa 
base, pour faciliter son inclinaison ainsi que l'élévation du 
bord de la paupière. 

Le lambeau étant soulevé par un aide , je rapprochai , 
par la suture entortillée , la plaie verticale qui se trouvait 
dans le point où il avait été pris. Cette suture se fit sans 
tiraillement, grâce aux décollements 'que j'avais eu soin 
d'errer. 

En soulevant ensuite le bord de. la paupière, j'entrahiai, 
dans le même mouvement, la partie antérieui*e de la base 
du lambeau , qui exécuta, pour ainsi dire dé lui-même, un 
quart de cercle, de ihanière à venir combler, sans torsion 
appréciable, le vide qui se trouvait formé par Técartement 
des lévites de la plaie horizontale. Le lambeau s'adapta à la 
perte de substance avec tine telle régularité, les angles 
rentrants et les angles saillants s'ajustèrent si bien , qu'un 
confi^re ^ témoin des résultats de cette opération, la com- 
parait à un ouvrage de marqueterie. 



Le lambeau (Mt f\%é w place par seize poiots ^e sutura 
eati^çQ^p^Q , huit po^r son bord sMpéJrieur , huit pour son 
bord inférieur, l^fifm • pour reipédier, lyuiant quie possible, 
à r^longation qu'avait subie t^ bord palpébral, ei à l'ulcéra- 
tion de la coqunis9Are eUeçne « je mis les parties ulcérées 
à l'état, dei cruent^tio^ au a¥>yea de d^ux coups de ciseaus^ 
puis une 4pii)gle à insecte, pasfifée de bas en haut, me 
p«riiût de rapprocher tes paupières par la suture entor- 
tillée ei i^ rétrécir la co9Wissujre de trois miilio^ètres. 

Cette petite opération accessoire eut une action tr^* 
faYorahl^ sur la position du cartilage tarse. 

Des compresses d'eau froide furent appliquées sur la 
joue et sur l'ceil , pendant les quatre premiers jours qui 
suivirent Topération. I^a fièvre fujt modérée ; mais le gon- 
flement du konbeau et des parties voisines lut assez consi- 
dérable* Lé troisième jour, le huitiheau étant soulevé par 
du pus, je dpnnai un libre, écoulement à ce liquide en 
enlevant deux points de suture. 

Le quatf ièçne jour , je retirai les épingles de la joue ; 
dans; ce point 9 la réunion était parfaite; le même jour, 
j*ep^vai h plupart <Jes points de suture , n'en laissant que 
deux en haut et deux en bas, par précaution* 

La rémion av^c le bord pa^ébral se fit trèsrbien ; la 
réunion avec la jou^ se fit également , excepté dans le point 
par où découlait le pus, dont k quantité diminuait chaque 
jour d*une onanière sensible, 

L'épipgle de la commssure externe des pnupièces. fut 
retirée le. cinquième jour ; la réunion s'était fiiite et parais- 
sait solide* . ^ 

Le huitième jour , il n*y avait presque plus de. supputa- 
tion, sous le laml^eau, mais il survint un goofiement dou- 
loureux, de toute 1a région parotidienne et de^ la joue, au 
niveau de la. cicatrice. CeÙe-ci s*entr'ouvrit bientôt et 
donna passage à du pus qui semblait venir d'en haut. 

Dans la crainte que , pac T.effet de ce gonflement , le 
lambeau ne fiûi entraîné en deboirs, je le soutins du côté 
du nez au moyen d'une bandelette dé Ijnge, fi&^eavec du 
cpilodiour 

Deux autres bandelettes , fij^ées, l'une , près d^ la pointe,^ 



172 lOVUlàl. DB «ÉBBCINB. 

l'autre, près de la base du lambeau, prirent, en haut, 
leur point d'appui sur le front, en laissant entre elles un 
intervalle suffisant pour ne pas gfiner Tceil. 

Quatre sangsues furent appliquées derrière l'oreille. 
Les accidents se calmèrent les jours suivants, mais je gar- 
dai quelque temps encore la malade à l'hôpital , et elle 
ne retourna dans sa famille que le 1*' décembre. ' 

Alors, son état était aussi satisfaisant que possible. La 
nouvelle paupière avait une hauteur suffisante pour recou- 
vrir la partie inférieure du globe de l'œil et pour retenir 
les larmes, qui ne coulaient plus sur la joue comme avant 
l'opération. 

Mais il restait encore un ectropion , avec renversement 
incompkt du cartilage tarse. Pour faire disparaître cet 
ectropion , j avais Tintention de faire une nouvelle opéra- 
tion , en suivant le procédé de W. Adams , qui a réussi si 
souvent entre les mains de M. Roux , et qui seul pouvait 
remédier à lexcès de longueur du bord ciliaire. 

Malgré mes recommandations, la malade n'est pas reve^ 
nue me voir , comme je l'espérais. Peut-être redoute-t-elle 
de nouvelles souffrances, ou bien se trouve-t-elfe satisfaite 
du résultat qu'elle a déjà obtenu. 

Quoi qu'il en sôitje regretterais de ne pas pouvoir ache- 
ver mon œuvre, en faisant disparaître les dernières traces 
d'une difformité qui nuit encore , à un certain degré , à 
l'harmonie du visage. 

Il me semble que toutes les fois que la paupière a été 
détruite par une cause quelconque et que le bord ciliaire 
a été entraîné au loin par la formation d'une cicatrice irré- 
gulière, ce bord doit toujours subir une telle élongation, 
que , lors même qu'il est ramené à sa position normale 
par une opération convenable , la fétractilité natureitè des 
tissus reste insuffisante pour lui rendre sa longueur pri- 
mitive^ 

11 faut donc, dansce cas, diminuer ta longueur du bord 
palpébral par une incision qu'on doit pratiquer, soit en 
même temps qu'on pratique la blépharoplastie, soit (ce qui 
est bien préférable à mon avis) , lorsque le succès de la 
première opératipn est asssuré. 



SOVmÂh DB MÉDECINE. 173 

On a pu remarquer que , dans Topération que je viens 
de décrire, j'ai suivi le précepte, bien formulé, pour la 
première fois, par Van Ammon, de tailler le lambeau de 
telle manière qu'il forme un angle droit avec la perte de 
substance qu'il doit combler. 

En agissant ainsi , on évite la torsion du pédicule , et 
la cicatrice irrégulière qui en résulte. Sans doute, au lieu 
d'avoir une cicatrice placée sur la tempe, où elle peut être 
dissimulée par les cheveux, on a une cicatrice à la joue; 
iTiaîs cette cicatrice est linéaire et peu apparente. Di* 
sons encore que, lorsque le lambeau n'a pas besoin de 
subir de torsion , il n'est pas nécessaire de lui donner 
autant de longileur, et, par conséquent, on cause moins 
de dégâts dans les parties voisines. 

En laissant, ce qui est impossible dans les autres pro- 
cédés , une large base au lambeau, on ne modilie pas sen- 
siblement sa vitalité, et on évite ainsi, soit la gangrène, 
soit, au contraire, cette hypertrophie choquante dont on a 
rapporté plus d'un exemple, à la suite de la blépharoplastie. 
Enfin, en taillant le lambeau de manière à ce que sa base 
fût oblique, et que son bord interne se confondît en haut, 
dans une petite étendue, avec le bord même de la perte de 
substance , j'ai rendu le glissement du lambeau extrême- 
ment fecilé ; et, de vertical qu'il était d'abord, il a pu de- 
venir horizontal, sans que, vers sa racine, il se formât de 
plis ou de' godet bien appréciables. 

âe noterai , comme une chose très-avantageuse , It^ su- 
ture pratiquée à la commissure externe des paupières : par 
ce moyen, j'ai rapproché cette commissure de la ligne mé- 
diane dont elle se trouvait trop éloignée; j'ai combattu le 
renversement du cartilage tarse; enfin , j'ai soulevé le bord . 
paipébral inférieur, et, par suite, le bord supérieur du 
lambeau. 

Je crois, en terminant, devoir attirer l'attention sur la 
forme que j*ai donnée au lambeau. Les auteurs disent , en 
effet; qu'il doit figurer une ellipse, un triangle, un carré, 
selon les indications qui ressortent de la forme même de 
la perte de substance. Dans les cas analogues à celui que 
j'avais à traiter , on conseille généralement un lambeau 



174 f^WUL DB WttOMKL 

elliptique. Or, on se souvient que, chez vas, malade, il 
était dessiné, en dedans, par une ligne droite, dans toute 
son étendue, et, en dehors, par une ligne courbe , à sa 
partie inférieure. 

Le bord convexe s'est adapté par&itemenl au bord 
concave que présentait, en bas, la perte de substaoce ; d'un 
autre côté , lorsque le lambeau fut placé dans le lieu qui 
lui était destiné , il fut facile de se convaincre que, si son 
bord supérieur eût été convexe, le milieu de la paupière 
eût. été trop saillant. Tandis que, ce bord étant droit, re- 
présentait aussi exactement que possible, la formie natu- 
relle de la paupière. 



En rapportant les faits qui précèdent, etquej*ai choi- 
sis, entre plusieurs autres, cooune fermant, en quelque 
sorte, un groupe naturel, j'ai cherché à faire ressortir ie& 
détails qui m*ont paru offrir le plus d'intérêt, surtout au 
point de vue du manuel opératoire. Ces détails sont comoie 
la preuve de ce que je disais en commençant , que « dans 
. I^s cas d autoplastie , les indications sont variées à Tinfini, 
et que le chirurgien , tout en profitant de lexpérience des 
autres, doit toujours savoir trouver en lui-même des res- 
sources nouvelles.. Il importe de savoir que la {>eau se 
prête, avec une merveilleuse facilité, à des glissements, 
à des déplacements et même à des migrations successives 
qui permettent, lorsqu'on sait tirer parti de ces avantages, 
d'arriver à des résultats véritablement inespérés. Aussi , 
quelle que soit la gravité des cfis qui se présentent, quelles 
que soient l'étendue et la forme des pertes de substance 
qu'il s'agit de réparer, il faut ne pas perdre courage et 
lutter c(Hitre les diSjcultés, en se souven^fit qne, selon 
1 expression inspirée à M. Roux, par ses propres, succès, 
^ **. y apeul^Hre rieud'impas$ible en fait de reHowral^m 
«^. la face. 



JOURNAL 



DS LA 



SECTION DE MÉDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE. 



BULLETIN DES SÉANCES. 



«éanee 4o 19 laillel tHSik. 

PRtiSlBENCE DB M. LBTËNNEtR. 

L'ûrdre du jour appelle à la tribune M. "Leteaaeur, pour 
la tectare de plusieurs faits d'autoplastie faciale (1). 

Pendant cette lecture, M. Mahot, vice<^président^ pré- 
side la séance. 



(1) Voir le numéro précédent^ p. 143. 

14 



176 jourhal de sédbcins. 

Le travail de H. Leienneur donne lieu à quelques ré- 
flexions. 

M. Lebargne pense que l'afl^ecUon qui avait détruit une 
partie considérable du nez, chez la malade dont a parlé 
H. Letenneur, était une affection syphilitique. Tous les 
cas de ce genre, qu'il a été à même d'observer, étaient 
dus à la syphilis. li pense que le cancer n'attaque pres- 
que jamais cette région , et que la syphilis est peut*être 
la seule cause des déperditions de substance du nez. 

M. Leienneur répond qu'il a interrogé la malade sur 
l'existence d'antécédents syphilitiques et qu'il n'a obtenu 
que des réponses négatives. Il n'attache pas, toutefois^ à 
ces renseignements une grande importance; il a pu, en 
effet, être trompé par la malade, mais l'aspect de l'ulcère 
était bien celui des cancroïdes du nez. 

M. Leborgne ajoute que ce qui le confirme dans sa 
manière de voir , c'est que le véritable cancer ne guérit 
pas radicalement, et qu'il est toujours suivi de récidive. 
C'était l'opinion de Boyer , qui disait que les cas de gûé- 
rison qu'on pouvait citer n'étaient pas des cas de cancer. 
Dupuytren , à l'aide d'un traitement antisyphifitique, obte- 
nait la résolution de tumeurs du testicule que d'autres 
chirurgiens lui adressaient comme des tumeurs cancéreu- 
ses. Cela fait voir combien ces erreurs de diagnostic sont 
faciles. 

/m. Lequerré partage l'opinion de M. Letenneur sur la 
nature de l'affection de cette malade. Il fait observer 
que les affections syphilitiques attaquent presque toujours 
les os du nez, quand elles ont leur siège dans cette région, 
et qu'elles ne se bornent pas à la peau comme les can- 
croïdes. 

M. Malherbe lit une note sur le chongetnenl que cer- 
taines pérkardiies apportent dans les rapports de fréquence 
de la respiration et du pouls (t). 

M. Aubinais trouve très-intéressants les aperçus nou- 



(1) Voir plus loin, p. 180. 



lOraN'iL DB HÉDBCHIB. 177 

veaux présentés par M. Malherbe , sur la relation qu*ont 
entre elles les fonctions respiratoire et circulatoire. S'il a 
bien saisi, toutefois, le sens d'une citation faite par M. 
Malherbe, il croit devoir foire observer que le pouls, à 
la suite des pertes de sang abondantes et rapides « loin 
d'être ralenti comme il a cru l'entendre dire, est au 
contraire très-accéléré. 

M. Malherbe répond qu'il n'est pas dit, dans le passage 
cité par lui , que le pouls se ralentit à la suite des hémor- 
rhagies abondantes; c'est la respiration qui se ralentit, 
tandis que le pouls s'accélère. 

M. Marci lit ensuite une observation de morve aiguë (1). 

Séance du 11 aoAt 1855» 

PBÉSmEI^CE DB M. L£TENNEI}R. 

La Section a reçu : 

i» Une lettre de M. Marjolin , secrétaire de la Société 
de Chirurgie de Paris, par laquelle il lui fait connaître les 
prix mis au concours par cette Société, et là prie de 
vouloir bien insérer ce programme dans son journal; 

2^ Essai sûr la névralgie intercostale, par le D' Lecadre ; 

B"" Notice biographique sur Frissard, par le D' Lecadre; 

4° Bulletin des maladies chroniques et de l'établissement 
hydrothérapique d'Auvergne , à Brioude, par le D' An- 
driettx. 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Malherbe , pour 
la lecture d'une observation d'acéphalie (2). 

Après ^ette lecture, JU. Bélie prend la parole : il re- 
mercie l'auteur de son intéressante communication. Cet 
acéphale , dont la dissection a été bien faite , lui paraît 
différer de ceux que l'on rencontre habituellement ; car , 



U) Voir plus loin, p. 183. 
(2) Voir phis loin, p. 1^5. 



(?8 iOVUiHi' ra vÉiiBqiiE. 

si t'absence du cœur a été constatée ici comme dan^ tous 
l^s cas de ce genre t on ^ rencontré , ce quj est un^ excep- 
tion , ^n poumon entier et ies rudiments de l'autre , ainsi 
que le fpie. M* fl^He aun^it désiré savoir quel était au 
juste le développement de la moelle épinière. Allait-eile 
jusqu'à la fin du canal sacré ? Comment se terminait^elte 
à son extrémité inférieure ? 

Af. Malherbe répond qu'elle présentait sa IpQgueur et sa 
disposition normales. 

M. HéUe bit observer alors que les os du ba^jn étaient 
très-développés ; on peut donc concevoir le développement 
d'un fœtus , dépourvu de cerveau , s'effectuant par le seul 
moyen de la moelle. Ce que, d'après lui, ce monstre pré- 
sente de plus étrange , c'est l'absence complète du cœur 
et l'existence d'un fluide se mouvant dans les vaisseaux 
sanguins, lorsque^ surtout, Ton n'a pas trouvé de veines 
accompagnant les artères drs membi^ inférieurs ; car , 
comment se rendre compte du cours du sang avec une 
pareille disposition anatomique? Gela paraît presque im- 
possible. Cet acéphale diffère encore, par l'absence d'es- 
tomac» {'existence du foie et ^'organes sexuels assez 
bien caractérisés , d'un monstre du même genre , chez 
lequel M. Uéiie avait rencontré des reins énormes , un 
squelette plus développé et le rudiment de l'un, des mem- 
bres supérieurs» 

Af. A^lf^erie dit que Breschet a constaté ces variations 
ch^iez (es acéphales ;^ ainsi, il en est un certain non^bre qui 
ont un foie , mais l'estoniac n'existe que chez ceux don^ la 
poitrine présente uri haut degré de développemei^t. Qaant 
à la manière dont s'effectue la crrculàtion, il ne se charge 
pfis de l'expliquer; m^is ceh| n'empêche pa$ qu'il soit très- 
connmun de ne pa& rencontrer de vaisseaii^x veineux chez 
les acéphales, et ce fait à encore été relaté par Breschet , 
quia noté, en Qutre, Téxi^teuce fréquente d'un cœur en 
général mal conformé. 

À#. Hélie répond que Breschet a cependant représenté 
les deux ordres de vaisseaux artériels et veineux che^ les 
ucéphales. Il ne peut s'empêcher de trouver singalière 



l'opinion qiii veutque le sang arrive au fœtus par Tarière 
ombilicale; il lui semble beaucoup plus naturel d'admettre 
que le sang suit un ordre inverse. 

M. Aiêbinàis diffM'è d'o^ifiioh avèe !t). Matherhe et là 
plupart des aoieiirs ieniehunt finfluenoe dès grossesses gé- 
n^ellaires sur la production des acéphales. Suifrant kii , 
cette influence serait plus marcju.ée sut la production de 
Tanencéphalie. II croirait beaucoup plus volontiers à Tin- 
liuehce dêS coups ,» chûtes , exercices violents dtfrfini la 
gestation. Ace sujet, il pense que l'on pourrait consulter 
avec fruit un ouvrage dont il a eu déjà occasion d'entretenir 
ses collègues , et^ qui est intitulé : Fêles el courtisanes^ de 
la Grèce j suite du voyage d'Anténor. On y cite, en «ffet , 
des aberrations trèsfréqueiUes et monstrueuses de la na- 
ture , et cela en dehors de tout esprit de système physio- 
logique préconçu, Fauteur étant tout-à-ftit étranger aux 
préooeupfttions de cet^ sortes En somtne, l'étiologie de ces 
RHMiéfrao^ités est eneore |^ connue, et Ton toit les 
femmes le» plus sédentaires mettte au monde de pareils 
feelOB. 

. M. Gèuiran pire est appelé à faire une communication . 
H fait passer sous les yeu» des meraibre^ de la'Sectton , 
plusieurs oâleuls provenant de la tessie et des intestins, 
et dontie lecture de l'analyse de ces divers calciils, atiulyse 
faite par M. Moride el extraite d'un trarvail inédit bien plus 
étendu, que prépare ce dernier , sur l'histoire des mala- 
dies ôalctfteuses et sur la nature des ealeuls chez riidmmc 
et les animaux de l'Ouest delà Prahce ^1 ). 
Après eette lecture, la séance est levée. 

Le secrétaire , 

L.-F. CaiMPÉNois. 



(1) Voir plus loin ^ p. 200. 



180 JOiailAI< DE MÉDBCUIB. 



DU CHANGEMENT que certaines piricardites 
apportent dans les rapports de fréquente de la 
respiration et du pouls, par M. Malherbe, d.-si., 
médecin de l'Hôtel-Dieu de Nantes, secrétaire 
du Conseil central d'hygiène pj/hlique et de salu- 
brité. 



M. Marcé, interne des hôpitaux de Paris, vient de pu- 
blier un intéressant travail sur les rapports numériques qui 
existent chez l'adulte , à l'état normal et à Tétat patbolo* 
gique, entre le pouls et la respirât ioti. Ce travail, fondé 
sur des recherches d'érudition et sur de nombreuses obser- 
vations personnelles , a conduit l'auteur à formuler eâtre 
autres les propositions suivantes : « En général, à l'état 
i> physiologique ou à l'état pathologique, it y a harmonie 
» entre lés mouvements de la respiration et de la circula- 
» tion, qui s'accélèrent ou se ralentissent simultanément. 

» te chiffre qui, à Tétat normal, exprime le rapport 
» entre le nombre des pulsations et celui des respirations, 
» est, en moyenne^ de 3 1/2. 

n Ce rapport n'est pas constant. Quc^nd le nombre des 
» pulsations tombe au-dessous de la moyenne normale , le 
» nombre des respirations reste proportionnellement supé- 
» rieiir ; quand le nombre des pulsations s'élève de beau- 
n coup au-dessus de l'état normal, le nombre des respira- 
» tions, tout en augmentant d'une manière absolue / reste 
)> proportionnellement inférieur; en un mot , le chiffre du 
n rapport augmente avec le nombre des pulsations. 

n Le chiffre qui exprime ce rapport varie entre 2,69 ei 
» 3,40. D 



lOtBItAI BS IIÉ1IBC31IB. 18i 

Dans certains cas , i'harmonie entre les deux' fonctions 
est troublée, et la respiration se trouve tantôt accélérée, 
tantôt ralentie , relativement au pouls. 

Pour ce qui est de Taccélération , M. Marcé a établi que 
les maladies des pounoous et du cœur n'avaient aucune part 
dans la production de ce phénomène , qui dépend unique-* 
ment de l'existence du point de côté et qui disparait avec 
lui- 

Les affections cérébrales comateuses et les pertes de 
sang subites et considérables sont les seules causes qui 
amènent le ralentissement proportionnel des mouvements 
respiratoires (1). 

Les feits que nous allons vous rapporter, tout en restant 
d'accord avec les principes' posés par M. Harcé, différent 
cependant assez de ceux qui font la base de son travail, et 
nous croyons .pouvoir affirmer qu'il n'en a rencontré de 
semblables ni dans les auteurs , ni chez les malades soumis 
à son observation , car il n'aurait pu manquer de les. si- 
gufler.; 

Nous avons observé trois cas de péricardlte aiguë avec 
épancbenfient considérable et rapide de sérosité, dans l$;s* 
quels les mouvements respiratoires étaient, absolument par- 
lant , plus fréquents que les battemt^nts du pouls. Le pre- 
mier de ces cas nous a été montré par M. Harion de Procé: 
il y avait cinquante-six respirations par minute, et seule- 
ment quarante-huit pulsations; le rapport était représenté 
par la fraction e/?*". Le deuxième cas nous a laissé des 
souvenirs moins précis, mais les mouvements respiratoires 
étaient également plus fréquents que les pulsations. 

Le troisième cas nous a élé présenté à THôpital général, 
par un frère de l'école des sourds-muets, âgé de 20 à 21 
ans, d'une constitution faible, peut-être, strumeuse. Le 



(1) Il y faut ioiadre la section des perfs pneumogastriques, à la 
suite de laquelle on voit le pouls s'accélérer et la respiration se 
ralentir progressivement jnsqu'au moment de la mort, et ce trouble 
est plus senuble alors que dans aucune autre circonstance. 



têi jbiwKAL UB «Émiera. 

débul de la maladie fait caraelérisé par quelques jours de 
malaise .et des douleurs sourdes à la région préeordkile ; 
puis , tout-à-coup , douleur vive à la iBÔme r^îou , anxîélé 
extrôofie, dyspnée, respiration à 64 par minute; peau un 
peu chai^de, pouis bible, déprimé , serré , à 52. (Rapport 
entre le pouls et la respiration, 13/16.) La main, appliquée 
sur la région du cœur, ne perçoit aucun choc; la région 
précordiale est le siège d'une voussure notable et d'une ma- 
tité étendue. A l'auscultation , les bruits du cœur s'entèn- 
deatr faiblement et dans Téloignement; ils deviennent un 
peu plus forts, quand on fait asseoir le malade ; mais il n'y 
a pas plus de choc appréciable dans la position verticale 
que dans la position. boriiontale. (Remarquons en passant, 
que ce jeune frère, qui n'a jamais eu de rhumatisme , est 
chargé de &ire la euisine, et qu'il reste presque toute, la 
journée dans une position telle que la^égion dueg&ùr reçoit 
la chaleur du fourneau.) Le trailement s'est conipûsé 
d'applications de sangsues, <le larges vésicatoives volants, 
loco dolenlù et de quelques purgatifs; la doHuleur a dîsj^u 
rapidement ; la ré6orj>tion de l'épancbement a été assez 

C)mpte, et la respiration et la cii'çulation (Hii repris 
rs rapports normaux au bout de troia jours. 

Néanmoins, la convalescence a été longue « et la persis- 
tance de quelques douleurs sourdes à la régira précor- 
diale, une grande tendance à l'essoufflement, ont obligé le 
malade à un long rq>os et à rabandbn ^s fonetioos de 
cuisinier. Nous avons su, plus tard , qii'il s'était complète- 
ment rétabli. 

Nou$ voyons , dans ces trois pas de périoatdiie , iii>e in- 
tio'versidn complète des r^ipports de la circulation et de la 
respiration que nous n'avons trouvée indiquée nulle part. 
Le râpfMMrt ntmiéffique entre les deux fonctions était espri* 
mé par une fraction , tandis que te chiffre le plus bas trouvé 
par M. Marcé est 2,69. Nous pensons qu'ici, comme dans 
les observations de M. Marcé, c'est au poiht douloureux 
qu'il faut attribuer Taccélération de la respiration ; (es dou- 
leurs de la périçardite causent , comnie chacun le sait^ bien 
plus d'ansiété, toutes cboses égales d'ailteurs, que celles 



de la pleuréùe:- le.raiedtiiweineBt de la circulation dépend, 
au contraire , selon nous , de Tobatacle qu'oppose aux mou- 
veinei^ts du cœur ie développement subit d'un épanche* 
ment considérable. Nous avons , depuis plusieurs années , 
el chez des malades dans toutes les conditions possibles , 
recherché sf d'autres cauàes pouvaient aussi troubler riiar- 
monie des mouvements du pouls et de la fespiratioo, et les 
résultats négatifs de cette recherche nous ont- conduit à 
considérer Tinterversion du rapport de ces deux fonctions 
comme le signe pathognomonique des èpânchements aigus 
et abondants de sérosité dans la cavité du péricarde. Nous 
terons remarquer, en^ finissant, que lé sujet.de notre ob- 
servation était faible et strumeux ; s'il n'en était pas ainsi 
des deux autres malades que nous avons seulement cités , 
, nous nous souvenons parfaitement qu'ils avaient été soumis 
d'avance à l'action de causes débilitantes : circonstances 
qu}« dans les phlegmasies des memëranes séreuses, fevo* 
risent la formation des épanehements considérables de li- 
quide, tandis que les proidnits plastiques sont nuls ou peu 
abondants. ' ^ ^ 



OÉSER VA TÏON de Fàrcin chronique suivi 
de Morve aiguë , par M. Çoiubeau , interne à 
l'Hétetr-Dieude Nan^s (sermce de M. MÂacË). 



Le nommé Gouardô, François, manœuvl^e, âgé de 32 a»s, 
entra à l'HÔteUDièu Iel2 mars 1855. Cet homme paraissait 
d!uDe constitiilmi assez forte. Au mois de Sérrier derniery il 
bafaifait eoeore les environ» de Saiul^Bpieic ; mais, dams 



184 JOCftlIAL DB «ÉHEGOIB. 

le même mois, il émîgra avec sa femme et ses deux en- 
fants. Pei)(lani les quinze jours qui précédèrent son dépari, 
il logea chez un voiturier-commissionnaire, possesseur 
d*un cheval morveux. Il y couchait avec sa feniille , à trois 
pas du lieu où reposait lanimal ; nulle cloison ne les 
séparait. Quand il partit pour Nantes, ce fut avec le même 
cheval; aussi, pendant le voyage, qui dura 8 jours', le 
nommé Gouardo dut- il encore avoir des rapports fréquents 
avec l'animal malade. Dès le lendemain de son arrivée à 
Nantes, c'est-à-dire dans les premiers jours de mars, il fut 
pris d'une angine intense , à laquelle s'ajoutèrent bientôt 
des symptômes de bronchite. 

Douze jours plus tard , sa petite tille , âgée d'un an , 
tombait aussi malade. Des vomissements, la diarrhée , le 
gonflement des jambes et du ventre, des excoriations 
noirâtres, avec suintement purulent aux oreilles, tels sont 
les symptômes qu'elle présenta, si Ton en croit sa mère. 
Elle mourut après 20- jours de maladie. 

Quoi qu'il en soit , l'angine et la bronchite du père ne 
disparaissaient pas : il se plaignait aussi de douleurs va- 
gues dans tout le corps. Il entra à l'Hôtel-Dieu le 12 
mars. Des préparations calmantes, des sangsues appliquées 
à la gorge, un vomitif, tels furent les moyens successi- 
vement employés et qui parurent amener un peu d'amé- 
lioration. Mais, vers le 25 mars, la diarrhée se montra 
pendant quelques jours. Le malade semblait abattu. Tout 
cela, joint aux signes de bronchite, pouvait faire penser 
à une -fièvre typhofcie mal dessinée , surtout quand , dans 
les premiers jours d'avril , on vit des abcès se manifester 
sur différents points du corps. • 

A la partie interne du pied gauche , était un gonfle- 
ment rouge, œdémateux, où parfois des élancements dou- 
loureux se faisaient sentir : une incision fut faite; il s'en 
écoula un pus épais , verd&tre , mêlé de grumeaux san- 
guins noirâtres. — A la partie moyenne et externe de 
1 avant-bras droit , s'étaient développés deux autres petits 
abcès, mais sans aucun symptôme inflammatoire. A leur 
ouverture, ils rendirent un pus à peu près semblable à 



iOVBNAi DE MÉfiBCINE. t85 

celui de Tabeès précédent. — L'engorgement nfiomentané 
de la glande thyroïde avait un instant fait craindre le dé- 
veloppement d'une autre collection^ purulente, mais cet 
engorgement se dissipa. 

Tout cet ensemble de symptômes et l'abattement pro* 
giressif du malade, nécessitèrent remploi des toniques. Le 
quinquina fut donné (4 avril). On put croire, pendant 
quelques jours , à une amélioration durable. 

Mais/vers le 13 avril, des frissons irréguliers survin- 
rent : le soir, i| y avait des exacerbations fébriles assez 
intenses , accompagnées de sueurs abondantes,, et, parfois, 
d'un peu de subdelirium. L'appétit était presque nul ,^ le 
dévoiement n'existait pas, mais la prostration était grande : 
il y avait somnolence et rêvasseries fréquentes; les abcès 
restaient sans cicatrisation. Le malade conservait toujours 
un peu de toux sèche, quelques râles sous-crépitants dans 
la poitrine, et quelque peu d'enrouement dans la voix; 
l'angine avait pourtant disparu. 

16. avril. — Tout en était là, quand lé malade se plai- 
gnit d'éprouver, à la partie supérieure de l'épaule droite , 
une douleur vive, augmentée par là pression : il n*y avait 
point encore de changement de couleur à la peau; l'épaule 
ne présentait qu'un empâtement œdémateux. Mais, le 20 
avril, à l'endroit douloureux, parut une surface rosée, 
large comme la paume de la main et ayant un contour 
irréguliér. Quelques jours plus tard, se développaient, sur 
cette surface j des phlyctènes nombreuses^ et entourées 
d'un cercle violacé. Le 25 avril, le fond des phlyctènes 
rompues était noirâtre. Leur grand nombre transformait 
donc la surface rosée en une plaque noire , sèche , dure , 
déprimée ,^ sûr laquelle une' foule de petites dépressions 
secondaires indiquaient la place primitivement occupée par 
les phlyctènes disparues. Une seconde plaque, entièrement 
semblable à la première, mais de moindre dimension, 
s'était formée en arrière de la précédente. Tout près, sur 
la même épaule, un groupe de pustules s'était développé : 
ces pustules, un peu résistantes, avaient un sommet 
bleuâtre, non ombiliqué; elles étaient entourées d'une 



aorêole vioboée. L'épaule avait considérableilimt augmenté 
de volome. 

20, 28 avril. — Pendant Tapparition d€ toas ces sym|>- 
tomes locaux, Tétat général s'aggravait d'one maiMère nota- 
ble. L appétit avait complètement disparu; la diarrhée 
revint; la partie antérieure des fosses nasales était sèche ; 
mais, dans le pharynx, étaient des mucosités filantes, 
troubles, visqueuses, qui semblaient évidemment des- 
cendre de la partie supérieure du voile palatin ^ et qui , 
parfois, restaient suspendues à la luette. -^ Le pouls 
devenait de plus en plus fiiible en augmentant de fré- 
quence. Un cercle ecchymotique violacé entourait Tou- 
verture béante siégeant à Taboès du pied. Une cicatrice 
semblait avoir fermé les abeès du bras. 41è et là , sur les 
membres , paraissaient quelques ecchymoses bleuâtres. — 
La pit>stration du malade augmentait, sa figure était 
pâle et amaigrie, ses mouvements devenaient lents et in- 
décis; il n'accusait plus guère que les douleurs de son 
épaule. A la fin , la somnolence et le subdelirium étaient 
presque continuels. Cependant, toutes les fois qu'on inter- 
rogeait le malade , il sortait encore de cet état pour faire 
une réponse lente, mais bien comprise. Il succomba le 28 
avril. 

AUTOPSIE. 

Membre supérieur droit. — L'épaule droite était consi- 
dérablement augmentée de . volome ; la pression exercée 
sur la peau de cette région, faisait sentir unfe induration 
notable dans les parties sousjaoentes. C'est à peu près àti 
centré de cette surfiice indurée, que se trouvait la plaque 
noire , sèche , déprimée, dont j'ai parlé plus haut. RUe n^a- 
vait pas changé de caractère, pas plus qiie les pustules 
qui se trouvaient dans son voisinage. Elle offrit, au sealjpel 
qui la divisa, la dureté du pavchemin ; elle n'ei» avait guère 
aussi que l'épaisseur. Ao-dessous^^ d'elle, était un tissu cellu- 
laire, épais, marbré, ferme et comme lardacé , au milieu 
duquel se trouvaient des infiltrations sanguines et une 
multitude de petits noyaux purulents, très-distincts, dont 



JOVIBAI. n SÉ]>B€IBn« I4T 

la plupart n'avaient guère que le volume d'un ^rain de 
millet. Cependant, on y re.n€ont^a deux collections puru- 
lentes plus considérables; ayant à peu près le volume d'une 
amande. Le pus eti était homogène, épais, visqueux et 
brunâtre. 

Des iiix^isions profondes furent pratiquées sur le sommet 
des pustules, perpendiculairement au plan de la peau : 
sur le plan de section, on aperçut alors des lignes gri* 
sâtres de tissiisrplus ou moins ramollis , partant du som- 
met des pustules et venant aboutir à des foyers profonds. 
Ainsi, ces pustules ne semblaient être qu'une efforescence 
révélant aix dehors Texistencc et le siège d^altérations 
profondément cachées.^ 

Au-dessous du tissu cellulaire , le musclé, deltoïde et 
la portion su^scàpulaire do trapèze avaient entièrement 
changé d'aspect : on pouvait à peine y distinguer la di- 
rection de leurs fibres. Ces muscles étaient partout infil- 
. très de sang , et semés d'une multitude de tout petits 
foyers, contenant un pus plus ou moinft élaboré. Ces 
tissus avaient un peu ta forme d'une ^onge durcie et un 
aspect granité. — Malgré tant de désordres d^ns son 
voisinage^ l'articulation scapulp-hqitiérale se trouvait par- 
faitement enveloppée d'une très^légère couche de tissu sain. 
La capsule ouverte ne laissa voir due quelques suffiisions 
sanguines danrs le tissu cellulaire sous -synovial. Sur la 
tête de l'faumerus était étendue une petite menibrane 
tr^rmince, jaunâtre, légèrement friable , représentant assec 
le pus par sa. couleur, mais étant entièrement libre^ au 
sein de l'articulation parfaitement saine. 

Les- vaisseaux et nerfe lixillaires n'étaient pas directe- 
ment en rapport avec le ifoyer. Cependant, on vit d^ns 
les veines a^illaires et sous-clavières quelques petits gru- 
meaux de pus. Dans le sang liquide que contenait ces 
vaisseaux, se trouvaient mêlée» des stries blanchâtres, évi- 
demment purulentes. Leurs rameaux afférents, qui pion- 
gement au milieu des tissus malades , pressentaient les 
mêmes phénomènes ; les ganglions axillaires avaient aussi 
élé préservés : ils n'offraient qu'urne teinte légèrement rosée. 



fgg JOVUIÀI DE IIÉIIBGIIIE* 

Au-dessous de la région deitoîdienne , le bras et l'avant- 
bras droit ne présentaient guère qu'un œdème énorme du 
tissu cellulaire. Les veines et les muscles étaient intacts.. 
Toutefois, en examinant les deux abcSs situés à la partie 
moyenne et externe de Favant- bras , et que Ion avait ou- 
verts pendant la vie du malade , on en trouva la cicatrice 
d'une friabilité extrême : die était entourée d'un cercle 
ecchymotique qui l'accompagnait dans toute sa profondeur. 
Au fond de cette cicatrice, déchirée plutôt qu'incisée, 
étaient des fibres musculaires sèches, Jaunfttres et très* 
friables. 

Membre supérieur gauche. — Au membre supérieur 
gauche, il n'y avait rien à noter que quelques légères ec* 
chymoses sous-cutanées. 

Membre inférieur gauche. — A la partie interne du 
pied gauche, était cet autre abcès que l'on avait aussi ou- 
vert pendant la vie du malade. Quand il lut largement 
incisé, on y vit un vaste décollement se propageant sous. 
l'aponévrose plantaire ; une sanie purulente s'en écoula 
abondamment. Le premier métatarsien était dépouillé de 
son périoste dans une partie de son étendue. Les parois 
de ce foyer étaient anfractueuses et semblaient formées de 
caillots moitié fibrineux , moitié cruoriques. Toutes les ar- 
ticulations du pied étaient saines. Cependant, il y avait 
quelques gouttelettes d'une synovie trouble dans l'articula- 
tion métatarso-phalangienne du gros orteil, c'est-à-dire 
daps Tune des articulations les plus rapprochées du foyer. 

A la partie antérieure et moyenne 4e la jambe , était un 
abcès assez volumineux , s'étendant presque jusqu^au liga- 
ment interosseux ; i) semblait creusé dans le tissu muscu- 
laire détruit ; il était rempli d'un putrilage épais, visqueux, 
couleur de chocolat et mêlé de grumeaux noirs. Ses 
parois anfractueuses étaient formée par du tissu muscu- 
laire infiltré de sang et ramolli. 

Trois autres abcès se présentaient sur le trajet du même 
membre et avec les mêmes caractères : l'un d'eux alvait dé- 
truit la partie supérieure des muscles jumeaux ; un autre 
s'était logé dans l'épaisseur du vaste externe delà cuisse, 



JOVBIIAL DE MÉDBCCfB. 189 

mais sans être encore en rapport direct avec le féniur ; 
l6 troisième enfin , commençait à naître au niilieu d un 
noyau volumineux, formé par une infiltration sanguine dans 
le tissu cellulaire du creux poplité. 

Çà et là, sur le même membre, apparaissaient quelques 
ecchymoses sôus-cutanées ; quelques*unes signalaient la 
position des abcès précédemment indiqués. 

Malgré le voisinage de tous ces désordres, les vaisseaux 
et les gaiiglions tyrophatiques du membre inférieur gauche 
étaient intacts ; il n*y avait, dans les veines, nulle trace 
de phlébite. L'articulation tibiofémorale gauche contenait 
environ deux ♦•uillerées d'une synovie claire , épaisse et 
visqueuse, mais nulle altération. Il n'y avait rien à l'ar- 
ticulation co^o-fémorale. Partout , sur le trajet du membre, 
le tissu cellulaire était infiltré d'une sérosité claire et ver- 
dâtre, surtout aux environs des abcès. 

Membre inférieur droit. — A la région plantaire du 
pied droit, le 4issu cellulaire abondant qui entoure les 
muscles gavait été remplacé par un |mis séro-sanguinolent. 
Rien au dehors n'en pouvait révéler l'existence. 

En avaiit du tendon d'Achille, dans les muscles posté- 
rieurs de la jambe , était creusée , comme avec un emporte- 
pièce , une excavation profonde, aux deux bords de laquelle 
passaient les vaisseaux péroniers et tibiaux. Du reste , cet 
abcès ne présentait rien qui n'ait déjà été signalé. 

Sur la continuité du même membre, on trouva encore 
plusieurs autres lésions, semblables à celles que naus avons 
déjà décrites : une partie du muscle soléaire avait été dé- 
truit par un abcès; au creu poplité, un énorme noyau 
d'infiltration sanguine logeait une petite collection puru- 
lente : les fibres des muscles jumeaux étaient profondément 
et largement ecchyniiosés, mais, ne contenaient encore au- 
cun foyer central. 

Tout le membre inférieur droit ne présentait rien de 
notable^dans ses vaisseaux, ni dans ses articulations. Comme 
à 'gauche, le tissu cellulaire était fortement infiltré. 

Cœur. — Une grande quantité de sérosité citrine dis- 
tendait le péricarde : toutefois , la membrane séreuse 



190 jouBiuii ra mimÊan. 

n'avait rien d*anomiaL L'oreiUette droite contenait quelques 
caillots fibrlneux et cruoriques. 

Appareil reêpiraiwre. — Le ventricule gauebe du laryui 
était presque effacé : au fond suintaient quelques goutte- 
lettes d'un pus grisâtre, venant d*un abcès placé dans la 
gouttière latérale gauche. La perforation de la muqueuse 
et de la membrane arytheno-épigloUique faisait commu- 
niquer le ventricule avec le foyer. 

Au sein de la glandé thyroïde existaient deux ou trois pe- 
tites cavités i^régulières, assez grandes pour loger une 
aveline. Ces cavités étaient vides, béantes, et tapissées sur 
leurs parois d'une fausse membrane sèche , épaisse , blan- 
châtre et comme caséeuse. 

D'anciennes et nombreuses adhérences fixaient intime- 
ment les poumons aux parois thoraciques. La main, en 
pressant ces organes, senlait une foule de noyaux indurés, ré- 
pandus partout dan^ le parenchyme pulmonaire. C^ noyaux 
étaient formés par une matière concrétée jaunâtre, repr^é- 
sentanl du pus par sa couleur, mais ayant la consistance 
d'une pâte assez ferme. Du reste, on ne remarq;ua nul 
signe d'Inflammation dans les parties eptoiirant ces dépôts 
insolites. 

Dans les gouttières postérieures de la cavité thoracique, 
le tissu cellulaire sous-pleural était le siège de plusieurs 
ecchymoses. À droite, l'une de ces ecchymoses occupait 
une assez vaste étendue : elle paraissait se propager dans 
les. fibres des muscles intercostaux ; cette infiltration san- 
guine se continuait jusque dans Tabdomen , où elle en- 
vahissait le tissu çfllulairé sous-péritonéal d'une grande 
partie de Ihypochondre, droit. . . 

Çatnié aAdofRitia/^. — A la partie supérieure du foie 
était un endroit ramolli, rougeâtre, grunieleux, mais non 
pas encore entièrement désorganisé. Cette altération tra- 
versait tout le lobe droite en conservant partout le diamètre 
d'une pièce de cinq francs. ^ Dans le même lobe était un 
autre point semblablement altéré, mais beaucoup plus li- 
mité. -^ Du reste, dans tout Torgane, il n'y avait nulle 
trace de pus. 



iomnàt VB mÉMEcmm* 191 

La raie, hypertrophiée , était d'une flaccidité remarqua^ 
bl« et trte*friable« Le couteau, passé légèrement sur les 
tranches qu'on y fit, y recueillait un putrilage rouge. 

Tous les autres organes contenus dans Tabdomen ne 
préeentaient rien à notera La muqueuse intestinale était 
semée, çà et Ut, d'uft piqueté légèrement rosé. 

Cervêùu* •— Beaucoup de sérosité à la base de la grande 
caTÎIé de l'arachnoïde, légère infiltration séreuse du réseau 
de là pté-mère, telles furem les seules choses que Ton put 
c(mstater au cer?eau. Les ventricules latéraux étaient li- 
bres de sérosité. - ^ ' 

FoMês nasàks. — La partie supérieure do voile palatin 
était couverte de mucosités troubles, qui descendaient sur 
la paroi postérieure du pharynx.-^ La muqueuse recou- 
vrant l'apophyse basiiaire, présentait deux ulcérations , 
au^de^iHis de l'entrée postérieure des fosses nasales. Ces 
ulcérations, à bords relevés, étaient remplies de mucosi- 
tés purulentes. *-^ Dans la fosse nasale'gauche étaient deux 
autres ulcérations légères , se deissinaut sur un fond rosé : 
Tune , était à ta partie postérieure du cornet supérieur, 
l'autre , à la partie antérieure du-cernet moyen ; elles étaîenl 
couvertes de mucosités troubles et grisâtres. — Au fond 
du- sinus spfaénoîdal était une petite surface rouge, coo-^ 
verte aussi d'un mucus suspect, mais sans qu'il y eut éro- 
sîoiï bien éi^idente de la muqueuse. 

En jetant uû coup d'oeil d'ensemble sur les feits dont 
on vient de raconter l'histoire , l'esprit s'arrête tout d'abord 
aux circonstances qui les ont précédés, et à la cause qui. 
leur a domné «aissanee. 

On voit, pen>dant trofe semaines, la famille Gouurdo 
en rapports îfréquents avec un cheval morvc^ux; pendant 
1 Séjours, elle s'abrita sous le même toit; couche à trc^s pas 
d» lieu oft repose ranimai malade, sans que nulle cloisotn 
ne les sépare; pendant S jours, elle voyage avec l^i ; purs 
des accidents éelateut. 

E}n présence de faits semblables, il est difficile desavoir 
si c'est par inoculation ou par simple inféctiôii que l'éié^ 
meiM mulent a péfiéUrÀ dans l'économie^ On asâure bien 

15 



192 JOOBRAL BE ftÉDBCOŒ. 

que Gouardo iravait alors à la peau d-érosion nulle part ; 
mais quand on a le droit, comme ici, de supposer, chez 
la victiilie, l'imprévoyance, la malpropreté ef l'usage pro- 
bable, d'objets contaminés, on peut bien croire à résorp- 
tion du virus porté sur quelquest muqueuses, sans avoir 
besoin d'invoquer la possibilité de l'infection. 

Quoi qu*il en soit, la maladie dont il fut atteint se divise 
nettement en deux périodes. La première période fut lente, 
et, dans une durée de sept semaines, se dessina avec tous 
les caractères du farcin chVonique. La série des accidents 
commença par. une angine, tenace il est vrai, mais, du 
reste, sans aucun caractère spécial. Puis , on vit succes- 
sivement $e manifester des douleurs vagues dans les nnem- 
bres , de la tristesse, de la prostration, un pe^ de diarrhée, 
une toux sèche, de renrouement,-parfois un léger mouve- 
ment fébrile, et,. enfm, des abcès multiples, mais rien de 
sensible du côté des fosses nasales. 

Tout cet ensemble symptomatique , légèrement modifié 
par des rémissions ou des recrudescences irrégulières, 
constitua la première période^ Il y avait bien là tous les 
signes d'une infection purulente : mais c'était une infec- 
tion purulente survenue d'eml)lée , et dont on nepouvait 
trouver la raison d'être que dans une intoxication spéciale. 
Dans la seconde période, l'affection ^ sans changer de 
nature, changea de forme. Elle prit les caractères delà 
morVe aiguë. L'aggravation subite des symptômes précé- 
demment indiqués, la persistance du mouvement fébrile et 
l'apparition d'une douleur vive à l'épaule droite, signala 
le début de ce changement. Mais, en même temps, parais- 
saient des signes nouveaux et pathognomooiques , qui 
donnèrent à cette période son caractère propre : ce fût 
l'érysipèle de l'épaule, les phlyctènes gangreneuses, les 
pustules violacées et surtout l'écoulement mucoso-puruient, 
qui, de là partie postérieure des fosses nasales, tombaient 
dans le pharynx. Cette période eut une marche plus ra- 
pide et plus tranchée : elle ne dura que 8 jours et se ter- 
mina par la mort. 

L'autopsie révéla des lésions anatomiques nombreuses. 



JOmolAL BB HÉIKBCIRB. 193 

qu'on petit, d'après la similitude de leur caractère^ ranger 
en un petit nombre de groupes, distincts. 

Tout d'abord se présentent les infiltrations sanguines , 
dont le siège de prédilection parut être dans le tissu cel-* 
lulaire libre et dans les muscles. Leur forme ne fut pas 
toujours là nième. Ce n'étaient, parfois, que dé .légères 
couches eccbymotiques dans des lames celluleuses minces ; 
d'autres fois, au contraire, c'étaient des noyaux durset plus 
ou moins volumineux , formés par du sang épanché dans 
des tissus serrés , dont.souvent on ne reconnaissait plus 
aucun des caractères primitifs. 

Après les infiltrations sanguines viennent les collections^ 
purulentes, qui, comme les lésions précédentes, semblè- 
rent siéger surtout dans le tissu cellulaire et dans lés 
muscles; pourtant,, les poumons en étaient aussi tout rem- 
plis. Le foie , le cerveau , les articulations, si tristement 
privilégiées dans l'infection purulente , ne présentaient ici 
que quelques altérations tardives ou de nulle valeur, mais nulle 
trace de pus. Les veines axillaires et sous-clavières droites 
furent les seules qui laissèrent -voir,' dans leur cavité, 
quelques grumeaux jaunâtres ou quelques traînées puru- 
lentes mêlées à du sang liquide : c'était là, il est vrai , la 
région le plus altérée. 

Les abcès n'avaient , dans leurs caractères , que peu de 
différences. Pourtant , ceux des muscles s'étaient formés 
d'une , manière toute latente; et, comme ils étaietit placés 
profondéndent^ , ils restèrent ignorés jusqu à la fin. Ceux du 
tissu cellulaire, au contraire, se révélèrent presque dès 
leur début 4. par un état inflammatoire plus ou moins pro- 
noncé.' Hais, du reste, c'était presque partout des foyers an- 
fraciaeux creusés, soit dans des musclés ecchymoses, ramollis 
et érodés, soit dans du tissu cellulaire infiltré de sang. Pres- 
que toujours, ces cavités étaient remplies d'un putrilage 
rouge , ressemblant à un détritus musculaire mêlé de pus. 
Toutefois, les dépôts insolites qui furent trouvés au sein 
des poumons, présentèrent des caractères particuliers. Leur 
cûkMration légèrement jaunâtre, leur consistance assez 
ferme , l'absente de tout état inflammatoire et dé toute in- 



194 JovBM» w wtvmm* 

filuntion «uguio^ à leurp^i^iphério, leiirvoluiMatleur 
forme arrondie, loa fa4»|ieiH as^i r689Wibler k des 
mas«fis tub«rculQU9«$« ^ ia pa^udcKineipbfmM épaisae, 
qui tapis^it les eavitéa béantes trouvées dans la glaode tfay- 
roïde , semblfiU élre de même nature* 

JUaist ftu milieu de tout cela, ce qu'il y eiil do pbia re- 
marqufdUe, c^tMt Ifi luapi^re dbui les iafiUraMoos^aMgiHiitt 
et les coU^tiooa pavitmiy^ parurent se forioer «t a'eoahai- 
\W* Daos les unes semblait Alr^ Torigiae. 4b9 aulcea; les 
iDiiUr<itiop$ de «ang ne parai^aaie»! que le principe ai 
comme le premier degré de iQua lea imaK4Ua«attiMta|Mir 
tf ilflgili^uy, Ainai , of) fut toujours au oenU^ 4e eea myaux 
dHu^Uration que» furent trouvés les noytuK puruleoia : par- 
foi^, ce n'était que quelques gouttelettes de pua, jetées au 
milieu d'un caillot ; en d>utrea endroits, \^ fonte pumleMi 
avait pi^esque entièrement envahi les tissus inmurés , tandis 
qu'ailleurs, de> noyaux ecohyoïiQsés ne préaenlaieut eiMXMra 
aucun foyer central. 

S^ dehors de toutes ces alt^r^ions^ on eu rettoontrait 
une autre, qui parut être seuk de sa nalture: je veux, pukrlor 
de ce^ fibres piusQulfires jauu^treai sèoh^, irutbliea, qui 
furent trouvées au foini d'un foyer effi»cé pac une ^calri- 
sation friable elle-même, et tout entourée, sur ses bords, 
d'un cercle eccbyimltH|U^* 

i4eafuisudes; que Vqu aur<^U piu cousidôpev t^ul^'ahocd 
cûtnn^ 4es allératioua distinctes 4^ temlfs lea wtrea, 
av^ept çepeuidant un po^nt die cputacl tivec leacoUections 
puruleuiea: peut-4tre inê«fie y avait-il^ enM^ ettaa, un 
lieu duuiw plus. iuAimek Pendant la vie, oi^«vail dkéî* pu 
remarquer quie l'apparitiw des pustulea n'avait é*é qu'un 
pliét^w^ne seoendaire et couséeutif à une altéra^ioA gmve 
des p^rtiei^ sousr^Qei^te& Après la mort, xm ^vait tr«wvé 
que la peau n'était pa^ le siège aiMon^ique. eiiQlusîf de 
i'éf uption (M^uleuae» car^ w sommot des pufttutea, venaient 
aboijuir des lÂgiue^ grisAtreade lîAsuapli&fMi naaina nunoUis, 
pa^teut de foyers profonds et travei'aanti u«k lissiiiceUuliÛN 
é^ssi et» lardacé. teiut cela 9eo^a|t asaes im ^ua ces 
lignes. g^ises^n'éiaÂ^nlqm In dioecitiqu suiiûepar l'^xtensÎM 



jmuNLt Di HAMomfi» 195 

progressive des abdte^ et i)ue téft pustules b*àuraiMt ^té 
bientAi que l'extrémité de trajets fistvrIeUx , psf où des 
foyers profonds se seraient traduits no débets Après (a 
rupture dé l'épiderme soulevé. 

Dans le^ dernier groupe des lésions anaton^i<)aés , VreA* 
aent eoltn dmiieêratioUs dont là raletir était slgâifiéatire. 
L^aur position, à l'entrée postérieure des ft^sses nasales, 
explique assez bien^ le jetage qui se fit dans lé ptiarynx 
plutôt qu'an dehors. Hah , si leur existence Oârat^tétisait 
la fiionreâigué,leur peode profondeur et d*étendaé, en 
dénotant leur formation réeente, attestait aussi que la ma- 
tadieftie fat, dans sa première période, qu'un farcin chro> 
nique. 



OBSETL VA JJOlV^^ct'ao^Aa^.f^arM.lttiiiHnM, 
Médeâin de l'HMel-Diéu de JfàntèÉj secritaire 
du Consôit central d'hyùihie piitUque et^de 
salubrité du département de la Loire-Infériefure. 



Lé sujet de cette obeervatton est venu à 6 mo«s\de 
terme , avec xm enfant biM conformé. 

Afipect extérieur : maese ô^oide, terminée , dtf cdté de 
sa. pçtiie extrémité « par des membres abdominattft notma- 
fement eônfàtmés ;.l^aulre extrémité , arrondie , recouverte 
d'une peau lisae et uniforme, n'oflfire rien qui indiqué liés 
pdiita que la tète et les membres thoraciques devaient 
oocuiper. 

Le iSordM ombilical) qnri a été conservé ate<i ûneptifrtiie 
dofiaioeiit»'^ n'a pas plue Ae 15 milHmètves <to foo^uéW. 



196 JOVUUL BB 

U misse toUle a de 26 à 37 ceotimètees de loog; sa 
circonftreDGe inesore, dans Tendroit le pk» volumineux , 
24 cenUmètres eoviroD. 

En incisant les tégumenU, on trouve, au-dessous, un 
tissu cellnlaire hrdacéet infiltré; de la sérosité s'en écoule 
en abondance. A droite et en haut, sur te partie antérieure 
du tronc, existe, immédiatement sons la peau, un kyste 
séreux capdrie de contenir une petite noix- Nulle part m 
ne remarque de graisse. U couche sous-cutanée de la 
parUe po^eure du tronc, épaisse de 12 à 13 milliine- 
très, offre, comme à l'état normal, une or^nisation «»«^- 
rente de celle de h partie antérieure, qui a de 25 à 30 
millimètres d'épaisseur. 

Cette couche ceUulaire est parcourue par quelques vais- 
seaux déliés plus nombreux en arrière qu'en avant. 

Les membres abdominaux sont également recouverts 
d'une couche épaisse de tissu cellulaire.' Celui-ci contient 
un peu de graisse, mais toujours beaucoup de sérosité : il 
a l'aspect moins laidacé que celui du tronc. 

Au-dessous de la couche sous -cutanée, sont les cavités 
thotacique et abdominale; moins développées que ue le 
fiiisait présumer le volume total du tronc. 

Aucune trace des membres thoraciques ni des muscles 
qui meuvent l'épaule. 

Sysiéme nerveux. — La moelle épiniëre se terminé eu 
haut tout à coup, sans aucun renflement ni amincisse- 
ment; en bas, elle offire la disposition normale. On en 
voit naître les nerfe intercostaux , au nombre de 9 de 
chaque côté, les plexus lombaire et sacré. Lés nerfe fé- 
moral et sciatique ont la disposition ordinaire. 

Le long de la colonne vertébrale, on trouve les gan- 
glions thoraciques de chaque côté , puis les nerfs grand et 
peut spianchniques, et, enfin , les ganglions semi-lunaires, 
ires-peu développés, dans la situation normale. 
^ -^^ locomoteur, squeUOe. — La colonne vertébrale 
^rT^^ ."^ .'^"'"^ vertèbres, cinq lombaires et dix 
déSwToéi^^f'' de chaque côté, que neuf côtes bien 
développées; en haut, il ^mble en exister uoe dixième, 



JOTTEffAl M. MÉÔBCUm. 1 07 

mais elle n'atteint pas le sternum. Ce dernier os ne s'éloigne 
de l'état normal que par sa brièveté. 

En haut , dans la masse homogène de tissu lardacé , à 
peu de distance de l'extrémité de la colonie vertébrale , 
on rencontre trois ou quatre pièces osseuses de forme irré- 
gulière : ce sont probablement des rudiments de vertèbres 
cervicales. 

Les os du bassin et des membres abdominaux sont bien 
conformés. 

Muscles, -r- Tous ceu'x de la colonne vertébrale, les in- 
tercostaux, ceux du bassin et des membres abdominaux , 
sont parfaitement reconnaissables : ils sont pâles, minces, 
membraneux. 

Appareil circulatoire. — Absence de cœur: un grand 
vaisseau, qui règne tout le long de la colonne vertébrale , 
se divise en bas , pour les membres abdominaux , comme 
le fait ordinairement l'artère aorte. Plus dilaté à sa partie 
moyenne , ce vaisseau diminue insensiblement vers ses deux 
extrémités. Il se divise en haut en deux branches, jiont la 
supérieure va se perdre dans le tissu cellulaire sousrcutané ; 
la seconde, eontournée comme la crosse de l'aorte, vient 
' se subdivisier en deux rameaux d'inégale grosseur , se ren- 
dant à deux masses spongieuses qui , par leur position 
et 'leur apparence , rappellent les poumons. 

La veine ombilicale, suivie depuis le cordon, passe à la 
face supérieure du foie dans. une gouttière superficielle, 
et va se rendre directement dans les poumons, après avoir 
reçu, auprès du foie^ une très-petite veine venant du mé« 
senlère; il a été impossible de découvrir aucun vaisseau 
veineux dans les membres abdominaux. 

Les artères ombilicales, nées des iliaques primitives, re- 
montent lé long de ia vessie pour venir à l'ombilic. 

Appareil respiratoire- '— Les deux poumons présentent 
une organisation vasculaire assez marquée ; le gauche, assez 
développé., occupe tout le côté correspondant de la cavité 
thoracique; le droit, très-petit, est refoulé par le foie 
jusqu'au sommet de cette cavité ; il reçoit une branche ar- 
téHelle plus petite que celui du côté opposé. Aucune trace 



ttt JO^«M w 

des broocbes ni de la Iraohée. Un diapbr^goie »inoe sépare 
la poitrine de Fabdooien. 

J^tpareil digestif. — Canal digestif terminé en bas par 
un anua bien conformé, remontant de là directement, jus- 
que derrière le foie, sans aucune courbure » puis , formimt 
quelques flexuosités au-dessous du bord inférieur de ce 
viscère, il redescend pour aller se terminer à Tombilic dans 
une espèce de cul-de-sac. C'est là l'intestin anal d'Oken; 
nulle trace de la portion supérieure du canal digestif, in- 
testin stom^ical du même auteur. L'intestin anal présente , 
dans toute son étendue, un tube uniformément développé 
et parfiiitemeat blanc Foie volumineux^ normal; point de 
rate. 

Appareil genikhuriuaire. <— Organes urinaires bien dé- 
veloppés ; ouraque formant avec la vessie un conduit coni- 
que, dont la petite extrémité répond à l'ombilic. 

Parties sexuelles mâles, extérieures, trèa-^léveloppées et 
bien conformées^ 



R&FLXXIOIIS. 

L'acéphale dont nous venons de vous donnur la des- 
cription, provenait d'une grossesse double, comme oelit a 
élé observé dans presque tous les cas. Noua ignorons si 
les vaisseaux ombilicaux communiquaient avec ceux de 
l'autre enfiint, n'ayant eu à notre disposition que le sujet 
monstrueux, avec une très-petite portion du placenU. 
Cette communication peut être regardée comme probable, 
car on a pu la constater dans la plupart des grossesses 
doubles. Tout le monde sait , et nous avops^été plutOeurs 
fois temom du fiiit qu'après la sortie du premier enfant, 
m poruoo du cordon adhérente au placenU peut devenir 
te source duno bémorrhagie qu'il &ut arrêter par uueU- 
g^ure , sous peine d'exposer le second enfiint à mourir 

Nous ferons r«0Mn(uer la préswce e» le déveloDueuieat 
normal du to.e . ™Ugré lahsiîoede rïto^tS^ 




iWKUJU DE M^MCmi* 199 

sécréteur n'existe que chez w petit nombre d'aeéphaies , 
et, la plupart du temps, il est mal développé. 

Il n'existait, chez notre sujet , que la partie inférieure 
du tube digestif et aucune trace de la portion supéirieure, 
malgré le développement déjà assez par&it de la poitrine. 
L'absence de la raté doit se Her nécessairement à celle 
de Testomac. 

Les poumons, qui manquent souvent chez tes acéphales, 
existaient chez le nôtre , et Tun d'eux était trèst-déyeloppé. 
L'absence de toute autre veine que la veine ombilicale 
a été souvent observée ; ici , nous ne voyons qu'une très* 
petite veine venant du mésentère et &é déchargeant dans 
Va veine ombilicale. 

L'arrêt du développement a dû avoir lieu à une époque 
trè^rapprodiée' du moment de la conception, puisqu'on 
ne trouve aucune trac^de la tête, à moins qu'on ne qou* 
sidère comme des rudiments de ^on squelette les pièces 
osseuses irrégulières dont nous avons parlé , et que nous 
avons considérées comme des vertèbres cervicales non dé- 
veloppées. Le kyste séreux trouvé près de l'extrémité su* 
périeare, semble indiquer que l'arrêt de développement a 
èlè très-précoce, car la forme globuleuse ou vésiculaire est 
le premic^r état des organes. 

Le développement des organes génitaux et surtout la 
préseuee des testicules dans le scrotum^ pouvait faire sup* 
poser que l'accouchement a eu lieu à s4>t mois de^ terme 
et M» à skx 01^, comme on nous l'a dit, car à cette époque 
les boufses sent encore vides* 



200 JOUIRAI DB MÉBBGIiai* 



NOTE sur pliuieurs calculs , par M. Gactron , 



MsSSIfiL'RS , 



Eu extrayant ces divei-ses notes d'un travail inédit bien 
plus étendu de M. Ed. Moride , sur Tbistoire des maladies 
ealculeuses et sur la nature des calculs chez rhomroe et les 
animaux dans l'Ouest de la France , études faites au point 
de vue de la chimie et de la physiologie , je n'ai d'autre 
but que de joindre aux calculs curieux que je vais fiiire 
passer sous vos yeux , leur composition chimique et leur 
histoire abrégée. 

Le n» i est un calcul intestinal, rendu le 27 mai 1854, 
par une femme de 60 ans, d'une parfaite santé , et qui 
jamais , dans le cours de sa vie , n'avait été atteinte de 
maladies ealculeuses. 

Dans la soirée du 27 mai , prise subitement de ferles 
coliques , qui avaient leur siège surtout à l'épigaslre et 
dans Imiestin grêle, on me fit appeler près de la malade. 
4 ordonnai des bains, des tisanes émollientes et des cata- 
plasmes. • 

m Jp"^"^«**'' j ^^^"^^ •P'*^^ ' ^'^y^"* '®s coliques conti- 
fl«AnoJ!i ^ ^^"^'""^*''^"' "»e P<>t»on huileuse. Sous Fin- 
Sunt L^^ médicament , les douleurs se déplacèrent 
?n moïs v^vl? *' ''?^' '°^"^**°«^' ^ «* devinrent de moins 
iTpbsTS^^^^^^^ --"- ^«'^"^ «PP-»»aient 

On besoin d'aller à la garfe^robe se manifeste : la ma- 



JOUBUàL DB BlÉinGOlB. 201 

lade crbii foire une selle abondante , un corps dur tombe 
au fond du vase; étonnée du bruit, elle regarde et 
trouve ce calcul isolé , qu'elle voqlut bien me remettre. 
Depuis , elle n*a plus rendu un seul calcul et n*a jamais 
éprouvé de coliques. 

Comme vous pouvest le vérifier , Messieurs , ee calcul , 
long de 4 centimètres, large de 2 centimètres 50 millim., 
et d'un pourtour de 8 centimètres 3 millim. , pjèse 14 
grammes 50 centigr. ; sa forme est ovoïde régulière , sa 
surface est rugueuse, mamelonnée, parsemée d'une multi- 
tude de petits cristaux brillants micacés jaunes , et quel- 
quefois brillants. 

En enlevant du calcul la couche extérieure épaisse et 
colorée , on trouve au-dessous de gros cristaux blancs et 
brillants ; les deux tiers du calcul sont d'un brun rouge , 
les deux extrémités d'un blanc jaunâtre; la cassure est mica- 
cée et a beaucoup d'analogie avec le blanc de baleine non 
raffiné. 

Au milieu dû calcul , se trouve un espace. 

Le frottement- de la scie détermine sur les. deux faces 
du calcul séparées une coloration jaune, luisante, sous 
laquelle on distingue des jcristaux gris&tres disposés par 
couches concentriques, de formation progressive. La den- 
sité du calcul est peu considérable.^ 

Sous l'influence d'une chaleur modérée, il entre prompte- 
ment en fusion ; élève-t-on la température , il s'enflame 
sans dégager d'odeur désagréable; les cendres sont presque 
imperceptibles. 

Fondu à une douce chaleur , dans une capsule en por- 
celaine , la substance liquéfiée se colore eu jaune foncé et 
cristallise par le refroidissement. . 

L'eau distillée froide ou bouillante ne dissout rien du 
calcul , elle reste incolore après le contact ; le calcul ne 
s'y fond , ni ne s'y ramollit. 

L'alcool rectifié bouillant dissout presque la totalité du 
calcul , sauf une petite quantité de poudre jaune , qui doit 
être probablement la matière colorante de la bile. : 



ao2 

Le papier el le teintiire de touraesoi ne varient pasée 
teinte « lorsqu'on les plonge dans b sohilioo aicoôliqee. 

L'anal) se qualitative et quantitative indique les résultais 
suivants p. V© : 

Cbolestérine (C^*H"0-) 76 

Matière colorante jaune 13 

Cendres i 

HomidHé > fi 

Perte \ 



Total 100 



N"" 2. — Dans la boite n"" 2 , vous trouverez des calculs 
de la vessie , rendus par un homme , dans l'espace de deux 
jours « au nombre de plus de 500 ; ils oni tojis une forme 
pilulairt, et sont tantôt gros comme des pois ronds, 
tantôt comme du plomb à lièvre , tantôt comme de la 
cendrée; leur forme est régulière et le poida des plus 
gros atteint jusqu'à 3 décig. 5 ceotîg. 

Leur couleur extérieure est d'un gris-blanc ; la cassure 
en est jaunâtre et présente une cristallisation à rayons qui 
partent du centre de chaque calcul. 

La première couche du calcul , limitée par un cercle , 
est environ d'une épaisseur de i centimètre ; la poussière 
qui blanchit les doigts étant enlevée de la surface au calcul, 
laisse apercevoir une surface d'un beau jaune orangé d'une 
égalité parfaite et d'un grand poti. 

La densité de ces calculs est considérable. 

Au feu, ils sedurimomiit, se fBBdilloit eu dégageant 



20» 

uoe. odeur de HMlièves animales brûlées; ta combuaticm 
en est parfaite et sans résidus. 

lia sont insolubles dans l'eau , insolubles dans TalGOol , 
soit à chaud , soit à froid. 

Solubles dans Tacide nitrique , ils laissent après éva'po- 
ration de eeluh-ci une abondante quantité d'acide rosa- 
cique ; ils ne contiennent qu'une matière colorante jaune 
et de Tacide urique. 



N<» 3. — Le n° 3 est un calcul dont la cortiposilion est 
la même que celle du n° i ; il appartient à la classe des 
calculs intestinaux et se comporte comme eux sous l'ac- 
tion des réactifs. 

Sa forme est très-remarquable ; il affecte , en effi^ , la 
forme d'une masse ronde applatie des deux bouts , dont 
le pourtour imite la cupule rugueuse d'un gland; une fois 
la couche brune enlevée , le calcul est blanc. 

Son poids est de 7 grammes 852 millig. , sa densité est 
peu considérable. 

La longueur est de 2 cont i mè tres" 4 millim. ; sa lar- 
geur , de 2 centimètres 3 millim. ; et , le pourtour , de 7 
centimètres 3 millim. ; le pourtour pour Tes deux extré- 
mités égale 8 centimètres. 

Son applatissement doit venir de ce qu'il était accom* 
pagné d'autres calculs semblables , qu'on n'a pu apporter. 



N<^ 4. — Les 12 ou 14 calculs qu'on voit affecter des 
formes triangulaires , sont des calculs biliaires à angles 



204 jouuut w 

oblus , formés de cholestérioe et de nwlîère eolonote de 
la bile. 

Us sont creux au milieu, et, dans leur cassure, laissent 
apercevoir une cristallisation en aiguilles disposées hori- 
zontalement autour d'un axe , à la manière dont les cou- 
ches ligneuses dans le chêne sont disposées autour de la 
moelle. 

Sous la substance très-brune et des luisants des calculs, 
on distinguerait des stries couleur chocolat irrégulière , 
et d'une densité très-minime. 

Le plus gros calcul pèse 0( 61. 

Après la combustion , on trouve une grande quantité 
de cendres. 



jpiiBNix DE hédeghib. 205: 



PRIX 
DE LA SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE DE PARIS. 



Prix de la Société pour 1S58. 

La Société rappelle qu'elle a mis au concours, pour 
l'année 18 56, la question suivante : 

Des résultais définitifs des amputations des membres 
inférieurs. — Le prix est de 400 fr. — Les mémoires de- 
vront être rédigés en français ou en latin , et adressés , 
suivant les formes académiques, au secrétariat de la Société, 
rue de l'Abbaye, 3, avant le 15 mai 1856. 

Prix de la Société pour tM'9. 

Des plaies des os. — Les candidats n'auront pas à parler 
des fractures. Us sont invités à s'occuper principalement 
des solutions de continuité produites sur le squelette par 
laction de la scie ; néanmoins, la Société accueillera avec 
intérêt les recherches qu'ils pourront faire sur les lésions 
des os par des instruments piquants ou tranchants. — Ce 
prix est de 400 fr. — Les mémoires devront parvenir au 
secrétariat avant le 15 janvier 1857. 

Prix de la Société pour 1S5S« 

Des paralysies traumatiques. — Ce prix est de 400 fr. — 
l^es mémoires devront parvenir au secrétariat avant le 1 5 
janvier 1858. 



Prix HvTiik 

La Société de chirargie, après une donation de M. Duval, 
fonde, à titre d'encouragement, un prix annuel de la va- 
leur de 100 fr., en livres, pour Tauteur de la meilleure 
thèse en chirurgie publiée en France dans le courant de 
Tannée. 

Autant que possible, les recherches doivent porter sur 
un seul sujet et s*appuyer sur des observations recueillies 
par l'auteur lui-même dans un service d'hôpital. 

Tous les auteurs anciens ou modernes qui ont traité le 
même sujet devront être indiqués,- ainsi que la source 
précise des dlations. 

Seront admis seuls à concourir les docteurs ayant rempli 
les fonctions d'internes définitifs dans les hôpitaux civils , 
ou ayant un grade analogue dans les hôpitaux militaires 
ou de la marine. 

Les thèaes aottlenues depuis le i*' janvier 1855 jusqu'au 
31 décembre de la même année seront seules admises au 
ccmcours pour le prix de 1856. 

Les candidats devront adresser franco deux exemplaires 
de leur thèse au secrétariat de la Société, rue de F Abbaye, 
3, avant le 1 S janvier 1856, et indiqiier dans la lettre d'en- 
voi les hôpitaux où ils ont fait leurs études. 



JOURNAL 



DB LA 



SECTION DE MEDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE. 



BUI^LEim DES SÉANCES. 



Séance du 14 septembre 1855. 

PBÉSmENCE DE M. MAHOT , TICE-PBÉSiDENT. 

Ouvrages reçus par la Section : 

l" Recueil des procès- verbaux des séances de la Société 
de Médecine pratique fondée en 1808; années 1853 et 
1854. 

16 



208 JOUBIIAL Dfi MÉOBCim. 

2"" Recueil des travaux de la Société médicale du dé- 
partement d'Indre-et-Loire; 2* trimestre de 1854. 

3"* Mémoire et Observations cliniques de médecine et 
de chirurgie, par le docteur Morand, de Tours. 

4'' Hémoires de la Société royale des sciences, lettres 
et arts de Nancy; 1843, 

S*" Compte-rendu des travaux de la Société impériale 
de Médecine , Chirurgie et Pharmacie de Toulouse; 1855. 

6*» Mémoires de l'Académie de Médecine;. 1854. 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Rouxeau , qui lit 
un travail sur la méningite des enfants (1). 

Cette lecture donne lieu aux réflexions suivantes : 

M. Petit trouve le travail de M. Rouxeau très-intéres- 
sant; mais il pense que la dernière objection que Fauteur 
s est posée a peutétre une portée plus grande que cdle 
qu'il paraît lui accorder. Il n'existe pas, en effet, de signes 
distinctifs suffisants pour établir d'Une manière positive le 
diagnostic différentiel des deux espèces de méningite. En 
1848, à la colonie de Petit-Boyrg,M. Petit observa une 
épidémie de méningite cérébro spinale dans laquelle, chez 
les malades qui succombèrent , les autopsies lui montrè- 
rent du pus, des fausses-membranes , etc. Certains malades 
qui avaient offert un appareil symptomatique aussi carac- 
térise et au moins aussi grave, en apparence, que ceux 
qui moururent, guérirent cependant à son grand étonne- 
T"\- 7"si, on aurait eu tort de supposer chez ceux-là, 
IpE^ swilitude des symptômes, l'existence des mêmes 
Darn,!^"® ^^^^ ^®"^ ^"' succombèrent. Il ne faut donc 
Sent T^ '''''' ^y'^P^^^ d« valeur qu'ils n'en mé- 

sidfcle d'.?\1^'\ P'i ^^«"^ étonné, d'après cela, s'il est 
giie lubLnî ''^''if ^^««nostic différentiel de la ménin- 
grande oré^^^^r ""® ^S"'^ circonstance peut fournir une 
d'une mïS*^". ^" f^^^""* ^e la natJre tuberculeuse 
méningite: cest celle d^une diathèse tuberculeuse 

Ci)Voirphi8loi„,p.2,9, 



JOUBNAL DE WÊDSCINE. 209 

bien caractérisée chez les malades ou chez leurs ascen- 
dants. 

M. Rouùceau pense que la guérison des malades n'est pas 
une raison suffisante pour faire douter de la bonté du 
diagnostic porté d'après l'ensemble des symptômes. Il y a 
dans toutes les maladies , dans la pneumonie par exemple, 
un appareil symplomatique qui, lorsqu'il est complet, per- 
met d'établir le diagnostic avec autant de certitude que Tau- 
topsie elle-même. Il en est de même dans la méningite. 
Les auteurs qui ont écrit sur cette maladie ont vérifié, 
par des centaines d'autopsies, que certains symptômes 
révèlent toujours l'existence de lésions bien déterminées. 
On peut donc, d'après les symptômes seulement , établir le 
diagnostic exact de la maladie avec une certitude aussi 
graiVde qu'à l'aide de l'autopsie elle-même. D'un autre côté , 
si la découverte de H.Robin se vérifie, si la granulation 
des méninges n'est pas de nature tuberculeuse , la. coristi- 
tution tuberculeuse des enfants fie doit plus entrer eu 
ligne de compte dans le diagnostic différentiel des deux 
méningites. 

M. Malherbe croit que, malgré les nombreux travaux 
des auteurs sur ce sujet, le diagnostic différentiel dont il 
estquestion ne peut pas encore être établi d'une manière 
certaine. Il ne pense pas, avec M. Rouxeau, qu'on puisse 
comparer, sous ce rapport , les affections thoraciques, que 
les moyens spéciaux d'exploration dont nous disposons 
nous permettewt de reconnaître avec tant d'exactitude, 
aux maladies des organes encéphaliques que la boîte 
osseuse du crâne dérobe si complètement à notre examen. 
Toutes les formes de méningite , d'ailleurs , ne sont pas 
représentées par la méningite inflammatoire et la ménin- 
gite granuleuse. Indépendamnaent d^ celles précédemment 
admises par les auteurs , M. Rilliet vient d'en décrire une 
nouvelle espèce sous le nom d'encéphalopathie cUbuminu- 
riqtie. Si, dans cette mahdie, qui ressemble beaucoup 
aux autres espèces de méningites par ses symptômes , les 
urines sont supprimées, comme cela arrive quelquefois, 
il ne sera pas possible d'établir le diagnostic différentiel. 



Dans certaios c^s, cependant , on peut reconnaît^ d'une 
manière à peu près certaine Texistence d'une méningite 
granuleuse , c'est lorsque la maladie procède avec beau- 
coup de lenteur dans son développement ; mais , dans les 
cas aigus, un diagnostic positif n'est pass possible. L'exis- 
tence de tubercules dans les autres organes et la circons- 
tance de parents tuberculeux seront alors les seuls motifs 
de présomption en faveur de l'existence d'une méningite 
granuleuse. 

M. S/oriceau trouve que M. Rouxeau a eu tort de nier 
l'utilité de la découverte de M. Rohin. Si cette découverte 
n'a point, en effet, de conséquences immédiateis au, point 
de vue thérapeutique, elle n'en conservera pasmoin^une 
grande importance, comme toute vérité scientifique bien 
établie, si surtout de nouveaux travaux viennent confirmer 
ceux de M. Robin sur ce sujet. M. Rouxeau a lui-même 
fait connaître un des résultats immédiats de cette décou- 
verte. Il est parti de là, en effet, pour ruiner l'argumen- 
tation de ce^x qui considèrent l'existence de la diathèse 
tuberculeuse comme une présomption en fayçur de la 
forme granuleuse d'une méningite. 

Af. RotueoM répond qu'il a dit seulement que la distinc- 
tion établie par M. Rphin , entre la granulation des n^é- 
ninges e( les tuberci^les , ne nous avait rien fait gagner au 
point de vue thérapeutique. 

Af. Bonamy lit une note sur les débuts de j'épidémie 
cholérique qui. com(nonce à se luanifester à I^antçs depuis 
le 24 août Déjà, depuis celle époque jusq^u'au 1,4 sep- 
tembre, c'est-à-dire dans un espace de trois senpaines, 9 
cholériques ont été traités à rHôtel-Dieu. Sur ce npmbre, 
3 ont succombé. En ville, il y a çu 2 décès. Pe ces pre- 
mières manifeslaliotis de notre cinquième épidémie cho- 
lérique , M. Bonamy tire les conclusions suivantes : 

1° Comme i dansiez épidémies précédentes, le choléra 
affecte une préférence marquée pour les quartiers rive- 
rains de la Loire et de l'Erdre ; le& V3 au mo.içs , presque 
les 3/4 des individus atteints demeuraient dans le voisi- 
nage (Je la Lo.ire ou sur la Loire ip^me, ou si^r les rives 
(le l'Erdre 



lOtRÎfAt i)E teÉtoCÏNk. 2li 

2^ Comme d*fiabilude la classe pauvre fournil Te prin- 
cipal tribut. Elle est, au début, presque exclusivement 
Atteinte. 

M. fconamy indique , en terminant , les précautions hy- 
giéniques et ie traitement qui lui paraissent le plus conve- 
nables. * 

Jf . Aubinais demande la parole à ce sujet. Pendant la 
dernière épidémie de choléra # dit-il, dans le départetnent 
fie là Meuse, on isola les malades cholériques, et cette 
séquestration parut avoir de bons résultats pour prévenir 
la contagion. Si le choléra prend beaucoup d'extension à 
Nantes, il sera peut-être à-propos de réserver, dans nos 
hôpitaux , des salles spéciales pour l(^s cholériques. 

M. Malhèrie répond que Tadministration des hôpitaux 
consulta, en 1849, le Conseil dé Santé sur la question de 
Tisolemenl des cholériques, et que ce Conseil fut d'a\is de 
ne pas isoler les malades. La transmission du choléra par 
contagion ou infection paraît possible ; niais les exemples 
de transmission pris dans les hôpitaux n'ont pas toute la 
valeur qu'on leur attribue, ta population des salles d'hô- 
pital n'^est pas une population saine et valide; elle fest for- 
mée, au contraire, de sujets plus où moins affaiblis et 
peu capables de résister aux influences épidérntqués. 

On à signalé déjà l'inconvénient de réunir dans un mêitie 
lieu un grand nombre dé cholériques et de former ainsi 
un vaste foyer dlntectioh. Les intîrmiers, d'ailleurs, en 
voyant les précautions prises pour éviter la contagion, 
consentiront-ils à rester dans un poste aussi périlleux? 

M. Malheïrbe ajoute qu'il vient d'observer, pour la pre- 
mière fois, en examinant tes urines d'une cholérique , un 
phénbbiène qu'hl n'avait point encore vu se produire. Chez 
la plupart des cholériques, dit-il , les premières urines 
rendues éont alcalines et effervefscentes par l'addition de 
l'âlrfde azotique. Chez une tnàlade , l'additiot) de Tacide 
azotique a donné lieu à une coloration rose, puis vîûfctte 
et pourpre foncée ; èhlin , en cotitinuant l'addition d'acfde, 
la couleur est déventie acajou , puis l'eflfërvescehce s'est 
prôtïôrtcée. 



212 JOmUUL DB ■ÉDBGINB. 

M. Hignard rappelle qu'il faisait p^ie du Conseil de 
Santé qui« en 1849, pensa qu'il n'y avait pas lieu d'isoler 
les cholériques. C'était bien là son opinion à cette époque; 
mais les bits qu'il a été à même d'observer depuis ont 
modifié ses idées sur la contagion du choléra. Dans l'épi- 
démie de 1834, il n'avait vu se développer aucun cas de 
choléra dans les salles où étaient traités des cholériques. 
Aucun fait de contagion ne setait donc produit sous ses 
yeux, et il ne pouvait admettre que la maladie fut conta- 
gieuse. En 1849, quelques faits vinrent ébranler son opi- 
nion. Enfin, en 1854, des bits nombreux observés dans 
son service l'ont convaincu que le choléra peut se trans- 
mettre aux individus qui séjournent d'une manière per- 
manente dans les salles où il y a des cholériques. L'état 
valétudinaire des individus qui peuplent les hôpitaux ne 
suffit pas pour rendre compte des coups nombreux frappés 
par l'épidémie dans les salles d'hôpital. On voit les sujets 
les plus vigoureux frappés les premiers dans les lits voisins 
de ceux occupés par les cholériques. Ce qu'il y eut de 
plus remarquable dans la salle»! 5, c'est que ce Tut dans la 
partie la plus saine et la plus aérée que les cas de choléra 
prirent naissance, au voisinage, toutefois, des cholériques 
apportés du dehors. Plusieurs médecins de l'expédition 
d'Orient, dit en terminant M. Hignard, antjcontagionistes 
avant leur départ, ont observé, dans cette campagne, des 
faits tellement concluants qu'Us se sont convertis, comme 
lui , à l'opinion opposée. 

M. Bonamy confirme les faits dont vient de parler M. 
Hignard et qui se sont passés dans la salle 15. Dès 1849, 
il était disposé à isoter les cholériques , quoique ce sys- 
tème ne soii pas exempt d'inconvénients ; mais , comment 
laisser des individus, atteints quelquefois d'ipie indisposi- 
tion légère, exposés ainsi dans les salles à contracter un 
choléra mortel ? M. Bonamy rappelle que , dans son mé- 
moire sur le choléra de 1849, il a rapporté plusieurs 
exemples frappants de la transmission de la maladie. Des 
faits aussi positifs l'ont conduit à admettre que le choléra 
peut se transmettre comme les autres maladies contagieu- 



JOUBMAL DE HÉOECINE. 213 

ses, la variole, la rougeole , la scarlatine, eic, mais avec 
moins dé facilité toutefois que ces dernières. 

^M. Lequerré pense que la transmission dq la maladie est, 
en effet, bien peu active, puisqu*à Nantes, ou les méde- 
cins se sont prodigués sans réserve pendant la dernière 
épidémie, aucun d'eux n'a été atteint. 

M. Mauduit trouve la question du trailement plus 
importante que celle qui vient^ d'être agitée. Il a cru re- 
marquer que, da.ns l'épidémie de 1832; les succès furent 
plus nombreux à partir de Tépoque où les médecins eu- 
rent recours au traitement par la glace- Il pense que l'usage 
de la glace est encore un des meilleurs moyens de traite- 
ment. Il ajoute qu'il ne lui paraît pas prudent d'adminis- 
trer à très-haute, dose des médicaments énergiques. Il 
craint , en effet, q^ue la période de cyanose unç fois 
4>assée, Tabsorption ne se fasçe d'une .manière très-ac- 
tive , lorsqu'à lieu la réaction., et qu'il ne, survienne des 
accidents. . 

M. Bonamy dit que le meilleur traitement du choléra 
n'est pas encore formulé ; que certains cas graves résistent 
à tous les moyens. Si, en 1832, le traitement par la glace 
parut avoir plus de succès que les autres, c'est que peut- 
être déjà, à l'époque où on commença à le mettre en vi- 
gueur, ^épidémie était entrée dans sa période dç déclin. 
La glace et les stimulants externes lui paraissent être ce- 
pendant les meilleurs moyens à employer. 

H. Thibeaud rappelle les faits qui se sont passés à Tîle 
Maurice^ en 1854. Cette lie, qui n'avait jamais eu d'épidé- 
mie, vit le choléra se développer, après l'arrivée d'un navire 
chargé d'Indiens sur lesquels cette maladie sévissait. L'épidé- 
mie futtrès- violente et enleva un dixième de la population de 
Maurice. D'autres faits, également propres à faire admettre 
le caractère contagieux du choléra, se sont produits à 
Lyon. Tous ces faits positifs ne sont en rien infirmés par 
les feits négatifs. N'en est^l pas de même pour les autres 
maladies contagieuses ? Qui peut , dans certains cas , en 
présence d'une variole par. exemple, découvrir les traces 
de la contagion ? . 



214 JOUSIVàL de MÉOECaNE. 

Séance du i2 octobre 1855. 

PRÉSIDERCB D» M% LETENNEim. 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Rouxeau^pour 
la lecture de la fin de son travail sur la méningite. 

Cette lecture terminée, M. Moriceau demande la parole : 
M. Rouxeau , dit-il , a recommandé l'ufuge des émissions 
sànguiues, mais il n'a pas parlé d'un procédé qui consiste 
à faire les applications de sangsues à l'intérieur même des 
narines. Ces applications sont, il est vrai, assez difficiles 
à faire chez les enfants; on éprouve de la résistance de leur 
part, mais il est bon d*insister, car on obtient ainsi de bons 
effets des émissions sanguines. 

M. Malherbe rappelle que , dans la dernière séance , il 
a été question de la difficulté du diagnostic ; il &ut ajouter, 
dit-il^ que, même après la guérison, oh ne peut préciser da- 
vantage le degré de TafFection qu'on a eu à combattre. Il est 
impossible de dire s'il y a eu seulement hypérémi'e, ou bien 
s'il s'était produit un épianchement séreux ou des fausses- \ 

membranes et du pus. ! 

Parmi ces maladies des enfants désignées sous le nom 
de méningites, il en est qui ne dépassent pas la période ' j 
d'hypérémie; celles-là guérissent rapidement sous l'in- 
fluence des émissions sanguines. Dans les autres cas, lors*- | 
que la maladie parvient à une période plus avancée, les 
émissions sanguines sont suivies d'une prostration rapide | 
des forces, qui doit rendre très-réservé dans l'emploi de ce 
moyen thérapeutique. L'application de sangsues dan^ les 
fosses nasales est souvent suivie de bons résultats. Quant 
aux révulsifs^ les frictions stibiées sur le cuir chevelu ne 
sont pas toujours exemptes de dangers , et il ne faut les 
employer qu'avec prudence. Il n'en est pas de même du 
vésicatoire appliqué sur la tête ; l'excitation qu^l détermine, 
quand on y a recours dans la période d'épanchement , est 
bien plus avantageuse que nuisible. Elle est, dti reste, peu 
prononcée, car les malades sont plongés dans un coma qui 



JOUàNÂL DE MDteCINË. 215 

les rend presque insensibles. Le bichlorure de nfiercure en 
potion, conseillé par les médecins allemands et anglais dans 
plusieurs phlegmasies, et que M. Malherbe a employé lui- 
même avec avantage dans les broncho-pneumonies des 
enfants, lui paraît devoir trouver place dans le traitement 
des méningites. Il n'a pas, au même degré que le calbmef, 
l'inconvénient de déterminer la salivatron, accident souvent 
très-fâcheux. 

M. Rouxeau répond qu'il existe des faits de guérison 
survenue dans une période plus avancée que celle de l'hy- 
pérémie. Ainsi, il a vu la guérison s'opérer chez des en- 
fants qui avaient présenté une paralysie incomplète, Tabo- 
lition de l'ouïe et de la vue, des accidents tétànrques et 
quelques autres symptômes qu'il croit devoir rapporter à la 
période de la formation du pus et des Fausses-memirranes. 
Il ajoute que le calomel n'a jamais déterminé la salivation 
chez les enfants qu'il a traités. 

M. Malherbe a vu le calomel produire la salivation chez 
plusieurs enfants; chez l'un d'eux, cet accident fut suivi de 
la nécrose de l'os maxillaire. Il n'a pas nié , d'une maiiiere 
absolue, la possibilité de la guérison dans les cas où il y a 
eu formation de pus et de fausses-membranes, mais les 
symptômes préseniés par Af. Rouxeau, comme dénotant 
lexistence de ces produits derinflammat1on,se rencontrent 
bien souvent avec une simple hypéréniie. Bien des fois , 
dans des^ cas de ce genre, l'autopsie n'a révélé rien autre 
chose que l'existence d'une hypérémie plus ou moins 
considérable. Dans la fièvre typhoifde , on voit de même 
se produire des symptômes semblables à ceux de la mé- 
ningite, et l'alitopsie, cependant, ne motitre qu'une hypéré- 
mie légère. 

Âf. Thibeaud a vu mourir bien dès enfants de méningite 
granuleuse ; il ne pourrait cfter qu'à grand'peine Quelques 
cas de guérison. 

De sa longue "pratique , il a acquis la conviction que 
cette maladie est presque toujours mortelle. M. Trousseau, 
ayiant constaté de même la terfninàison presque nécessai- 
i*emeht funeste de èetté maladie , en est arrivé à s'abstenir 



216 JOUHRAL DE MÉBfiCUIB. 

de tout trailemeiU. Ces résultats de robservation doivent 
nous rendre bien défiants sur les cas de guérison qu'on 
nous cite , et si nous-mêmes « dans une affection de ce 
genre , nous voyons le malade guérir , au lieu de nous 
glorifier de ce succès inaltemiu , nous devons supposer 
plutôt qu'il y a eu de notre part une erreur de diagnostic. 

Cette maladie est, du reste, encore mal connue. Ce 
nom de méningite qu'elle porte lui convient-il bien ? M. 
Trousseau l'appelle simplement affection cérébrale. Est-ce 
bien , en effet , une inflammation ? Souvent l'autopsie ne 
révèle méme^pas l'existence de l'hypérémie. Les enfknls 
des campagnes , exposés plusi|ue ceux des villes au soleil 
et aux causes excitantes, sont beaucoup plus rarement qiie 
ces derniers victimes de cette maladie. Ce n'est donc pas 
ui^e méningite, ou c'.est du moins une méningite d'une oa- 
ture toute particulière, qui réclame un 'emploi très-modéré 
des émissions sanguines#Oii pourra aussi mettre en usage les 
autres moyens de traitement : les révulsifs , les frictions 
mercuriclles , les purgatifs , ^es vésicatoires sur la tête ; 
mais il faut se rappeler que cette maladie est presque tou- 
jours audessus^des ressources de l'art. 

M. Deluen se rappelle, avoir soigné , avec M. Thibeaud , 
un enfant atteint, depuis 4 ou 5 jours, de convulsions in- 
cessantes, l^s émissions sanguines avaient été employées 
^ns succès ; 5 où 6. gramunes de calomel furent adminis- 
trés en 3 ou 4 jours , et un séton fut place à la nuque. 11 
survint enfin une amélioration , qui fut bientôt suivie de 
la guérison. 

M, Moriceau fait observer que les enfants sont souvent 
atteinte d'affëctioos diverses de la poitrine et du ventre , 
dont le retentissement sympathique sur le cerveau donne 
lieu à des symptômes. qu'on est souvent tenté de rapporter 
à une maladie cérébrale. Il faut donc apporter le plus 
grand soin dans l'examen des petits malades , et, mèœe 
dans les cas qui paraissent les plus graves , ne jamais 
cesser d'agir. . . 

M. Pihan'DufeiUay a vu , avec H. Marion , une petite 
fille , qui leur parut atteinte d'une méningite tubercu- 



JOOBNAl DB MÉDBCUIE. 217 

leuse. D'après la gravité des symptômes , la maladie leur 
paraissait parvenue à sa dernière période. Le 9' jour, Feu- 
tant rendit un cysticerque avec les urines. A partir de ce 
moment , tous les accidents disparurent , et il y eut une 
guérison rapide. Cette malade, fait observer avec raison M. 
Piban-Dufeillay , n'était donc point atteinte de méningite. 
Il n'a , du reste , jamais vu guérir de méningite tuber- 
culeuse. 

M. Hignard partage l'opinion de M. Thibeaud sur la 
gravité de la méningite granuleuse. Dans sa longue car- 
rière médicale , il n'a pu observer qu'un seul cas de 
guérison. L'en&nt , parvenu au 15' jour de la maladie, 
présentait les symptômes les plus graves et paraissait devoir 
bientôt succoniber. Â la suite d'évacuations déterminées 
par le calomel, il survint une amélioration bientôt suivie 
de la guérison. Dernièrement , un enfant de. 1 1 ans fut 
amené sans connaissance à l'hôpital. Les yeux convulsés 
en haut, une hémiplégie complète à gauche, font supposer 
rrxistence d une grave lésion encéphalique. Cependant , 
soupçonnant la présence de vers dans le tube digestif , 
M. Hignard fait adnrHnistrer du calomel , qui détermine 
l'expulsion de plusieurs ascarides vermiculaires.il y eut 
de suite une amélioration sensible. Cet enfant n'était nulle- 
ment atteint de méningite. Les vers produisent souvent 
ainsi des symptômes cérébraux très-graves. 

Le traitement , presque toujours impuissant pour guérir 
la méningite confirmée, peut être plus utile pour en pré- 
venir l'explosion chez les enfants menacés de cette mala- 
die^ Lorqu'èn observe, cliez ces enfants, des vomisse- 
ments , êtes soubresauts . des tendons , des mouvements 
convulsffs des yeux, etc. , on peut , à l'aide des énriissions 
sanguines et des révulsifs , prévenir le développement de 
la maladie. 

L'ordre du jour appelle une lecture de M. Aubinàis , 
sur une forme particulière d'hémorrhagie puerpérale (1). 



(1) Voir page 246. 



218 JouB^ii tE MÉbiciiik. 

Séance du i6 notemtre 1855. 

PBÉSIDENCE DE M. LETENHEUB. 

M. Trastour lit uo travail intitulé : Note sur l'élidogie 
des parotides symptomaliques (i)- . 

Cette lecture donne lieu aux réflexions suivantes : 

M. Aubinais partage volontiers Topinion de l'auteur. 
Il a observé, à la campagne, des parotides chez des 
scarlatineux dont la muqueuse buccale était enflammée 
et recouverte d'un enduit pultacé. 1] pense que si Ton 
examinait plus souvent l'intérieur de la bouche, on trou- 
verait bien des fois la stomatite pour expliquer l'inflamma- 
tion parotidienne. Cependant , dans certains états graves 
de l'économie , il survient quelquefois des parotides , qui 
lui paraissent indépendantes de toute inflammation de la 
muqueuse buccale. Ainsi , dans la fièvre puerpérale , il a 
vu survenir des parotides , quoique la bouche ne fut pas 
malade. Il se rappelle aussi avoir, vu des parotides se 
produire à la suite d'une application de sangsue^ à la ré- 
gion^parotidienne pour une violente amygdalite , mais il 
apprit ensuite que les sangsues dont on s'était servi 
avaient été recueillies sur un animal mort du charbon. 

i^. Malherbe dit que l'éliologie des parotides présentée 
par M. Trastour , dans ce travail, a déjà été indiquée par 
M. Piorry , qui attribue les parotides à l'inflammation de 
la muqueuse buccale , aux ulcérations de la muqueuse 
qui tapisse l'onverture du conduit de sténon et à l'oblité- 
ration (je ce conduit. 

M. Thibeau4 reconnaît que souvent les parotides peu- 
vent dépendre de la stomatite ,' mais cest toujours en 
vertu d'une stomatite de nature spéciale , que hnflamma- 
tion se propage aux glandes salivaires ; xela a lieu ainsi 
dans la scarlatine et dans les fièvres graves. On ne voit 



(1) Voir page 261. 



guère , au coçCraire , les parolidea s'^nÇammer dans la 
stomatite mercuiiielle. 

M. i/aU^erbe a remarqué que les parotides ne sout pas 
égaiem<Bnt fréquentes dans toutes les épid^ipies de fièvre 
typhoïde , et qu1l n'y a pas toujours ua rapport exact 
entre la fréquence des parotides et l'intensité delà maladie 
principale. Cette inflamnoi^tion surviendrait-elle surtout 
dans les cas où il y a des aphthes? 

ilf . JtfaïuiiUit a soi^vent vu les applic^tiop^ de sangsues 
sur les parotiides déterminer la suppuration ; il peuse qu'il 
faut rejeter ce moyen de traitement , qui lui paraît, plus 
nuisible qu'utile. 

Le Seùritaire» 

L.»F. CHAVPBiiora. 



QUELQUES MOTS swr ta mningite des 
enfq,nts^ par M. Ch. Roux^âU, D.-M.-P. 



Une opinion partàjgée pjar un certain nombre de méde- 
cins, o'esi que la méningite des enfents est toujours grj\- 
nuleuseou tul)er.cijdeu?e, par conséquent touJ9urs mortçlljB. 
Les guérisons n,^ seraient que dç, fort rares exceptions ; 
encore i^udrait-il accueillir avec p^u. de cQnfiance cçs 
cures exceptionnelles , où le diagqpstic n'apurait ^a,s,d,'ai|- 
l^urs un 4ègré de prépi?ipr> suffisanjt. On q^aiirait gi^éri , 
en çfl^st, que des congestions cqrébrales plus, ou moiiis 
intenses, des trovibles syoïipâthiquçs divers éveillés dar^s 



220 JOTIBIIÀL DE MÉraCÏIfE. 

les centres nerveux par la dentition , les vers , les affec- 
tions aiguës du tube digestif, etc. Le pronostic, au chevet 
de Tenfant atteint de méningite; ne serait donc qu'une sen- 
tence de mort sans appel, le traitement, une routine, Tbabi- 
lude de faire quelque chose quand même ; le résultat, un 
nécrologe immuable. -^ C'est l'exagération de l'axiome 
de Senn , qu'au 3' degré la méningite est au-dessus de 
toute ressource. 

Cette manière de voir était acceptée hautement par M. 
Trousseau dans ses leçons cliniques à THôpUal des Enfants: 
(T On ne doit pas traiter les méningites, disait-il en 
n 1850 ; je n'en ai jamais vu guérir une seule , quoiqu'on 
n ait fait. Si aucun des moyens employés par vous ne doit 
» sauver vos malades, pourquoi voulez-vous les faire nager 
» au milieu des matières fécales, en leur donnant le ca- 
» lomel ? les faire souiFrir inutilement avec vos vésica- 
n toires et vos sétons. En les tourmentant ninsi, vous préci- 
« pitez leur chute. Votre premier devoir, c'est de ne pas 
M nuire. Laissez-les donc tranquilles, -et vous les conser- 
» verez ainsi quelques jours de plus. (Léon Liégard, sur 
la nature et le traitement de la fièvre cérébrale, 
» Bévue Midieo chirurgicale de Paris, janv. 1855.) » 

Il fallait en eiFet une bien longue série de cruels mé- 
comptes pour arracher ces désolantes paroles à rillustre 
ihérapeqtiste , et lannener à se contenter du triste rôle de 
simple spectateur devant un pauvre enfant se débattant contre 
une implacable fatalité ; car c'était lui qui avait dit peu de 
temps auparavant : cr Ne vous refusez ni au diagnostic, 
» ni au pronostic , mais soyez en même temps thérapeu- 
M tistes entêtés. Si votre science vous dit : Affection mor- 
» telle,ne fais rien; que votre humanité vous dise : T<i peux 
» te tromper, agis, et vous agirez, et si vous réussissez à 
)> guérir un seul de ces malades que votre science avait 
» condamnés, votre conscience vous en remerciera. (L. 
» Liégard, loc. cit.) a 

Bien que dictée par un profond découragement , une 
opinion aussi absolue, tombée de la bouche d'un homme si 
haut placé , dont les observations cliniques ont une si 



H>VVNÂt DB MÉDECINB. 221 

grande portée ,- devait à coup sûr produire une immense 
sensation parmi les médecins, et surtout, au sein de toute 
une génération de jeunes gens séduits par la parole entrat- 
nante du maître ! Mais aussi quel immense danger si cette 
parole si séduisante ne devait consacrer qu'une erreur ! 
Dans quelle décourageante pauvreté elle devait laisser 
tomber la, thérapeutique des affections cérébrales , théra- 
peutique encore si incomplète comme celle dé tant d'autres 
maladies ! Comme elle devait paralyser les efforts de tant 
d'intelligences qui appellent la lutte et qui s'y préparent 
avec toute l'énergie' dont elles sont capables ! Quel triste 
rôle elle laissait au- médecin convaincu, restant sans armes 
au chevet de pauvres créatures dont quelques-unes peut- 
être auraient échappé à la mort, comme le dit H. Trousseau 
lui*niême ! 

I. 

Heureusement, la théorie qui accorde à la méningite 
des enfants une {orme constamment granuleuse , est vic- 
torieusement combattue par la grande majorité des auteurs 
qui se sont occupés de pathologie infantile, Presque tous, 
en effet, ont séparé avec soin la méningite simple de la 
méningite granuleuse. HM. A. Liégard, Barrier, Grisolle , 
Rilliet et Barthcz, Fabre et Constant; Guersant, Goltin, 
Mazade , etc. , en donnant de nombreuses observations de 
guérisons de la première de ces maladîes , se sont attachés 
avec un soin tout particulier à Fétude du diagnostic diffé- 
rentiel des granulations. Quelques autopsies faites avec toute 
Tattention possible, ont d'ailleurs surabondamment dé- 
montré que ce produit morbide n'était. pas un élément 
constant de la méningite , lors même que les symptômes 
semblaient accuser sa présence. 

L'observation suivante nous paraît un cas de méningite 
simple. 

Observation I". 
Joséphine Qhattier , 2 ans , blonde , fraîche , mais peu 



322 J01}«9AL w vbw^B»» 

forte , née de parents bien portants , a le ventre très^gros 
ordinairement et un peu sensible. Depuis quelques jours, 
cette enfant est changée « et sa figure est devenue 
livide et bouffie. Elle est triste , grognon , dort mal, se 
réveille en sursaut; Thaleine est aigrelette, l'appétit se 
perd ; le moindre aliment lui donne des nausées et même 
des vomissements, sa langue est sale ; le ventre est devenu 
plus gros , plus tendu , plus douloureux ; il y a des alter- 
natives de constipation et de dévoiement. La. peau est 
chaude, le pouls fébrile , la tête brûlante et lourde. 

f^ jour. La mère, convaincue que^on enfant a des vers, 
me supplie de lui donner un vermifuge ; je m'y résous 
plutôt pour lui faire plaisir que par conviction. 

Semen contra, 2 gram. ; eau, 60 gram. 

2' jour. Le lendemain, ricin, 4 gram. Quelques selles 
et pas de vers. 

3' jour. Aggravation notable de tous les symptômes. 
Tête brûlante , inondée de sueur , face ordinairement pâle 
et défaîte, parfois plaquée de rougê sur les pommettes; 
engourdissement comateux , yeux caves , à demi fermés , 
laissant voir le segment inférieur des cornées ; pupilles 
contractées ; sensibilité de la peau diminuée ; toutefois 
Fenfant fronce le sourcil et crie quand on la pince. Cette 
somnolence est interrompue par de rares mohfients d'agita- 
tion ; quelques vomissements, constipation, langue chargée, 
haleine fétide ; peau chaude , sèche , pouls petit , 
fréquent. 

2 sangs, aux malléoles ; 2 vésic. aux jambes ; calomel, 
I5centig. (pas de selles). 

4' jour. Les sangsues saignent abondamment , les vési- 
catoires prennent bien; le tout sans résultat. L'enfent est 
sans connaissance , immobile ,' plongée dans le coma ; la 
face toujours alternativement pâle ou plaquée de rouge ; 
l'ouïe et la vue semblent abolies ; les pupilles se sont di- 
latées , poipt de strabisme ; les paupières toujours demi- 
closes, laissent voir le segment inf^eur des cornées, douées 
d'un mouvement lent de va et vient. 

Calomel , 2Q centigr. ; 2 vésic. aux cuisses, (i selle). 



lûmHAL AB «ÉDBCIRB. 223 

5^ et 6« jours. Poinl d'amélioration. 
1 vésic. à la naque ; calomel, 20 ceniig. Le 6* jour, une 
sangsue derrière une oreille. 

Celte sangsue saigne beaucoup; Tenfent est soulagée, 
car elle ouvre les yeux et semble renaître à la vie ; elle 
fixe sa mère avec attention , mais sans prononcer une 
parole. L'assoupissement est moins profond, la peau moins 
chaude, le pouls plus calme, quoique très-fiiible. Trois 
selles. 

Sécher les. vésic. ; quelques cuiUerées de bouillon. Calo- 
mel, 10 ceatig. 

7' jour; Quelques heures d'un bon sommeil; face amai- 
grie , mais bonne ; regard presque naturel ; retour du 
sens de Touïe; abaissement du pouls et de la température 
à% la peau. 

A partir de ee jour, la guérison se dessine de plus en 
I^us et TeDÊint entre bientôt en convalescence. 

Aujourd'hui , Joséphine Chartier est une jeune fille de 
13 ans, frêle, mais d'une santé passable. * 

Voilà un ensemble de phénomènes assez caractéristique : 
cependant, je ne me dissimule point qu'il y manque quel- . 
ques traHs saillants, les cris hydrencéphaliques, les grince- 
ments de dents, le mâchonnemifîiit , les soubresauts dans 
les tendoos , la raideur du tronc. S'ils ont existé , ils ont 
été omis dans le tableau sommaire que je viens d'esquisser, 
et ma ménK)ire ne vient pas au. secours de mes notes. D'un 
autre côté. Ton ne doit pas perdre de vue que cet appa- 
reil si menaçant de symptômes s'est déclaré au milieu 
dune affection abdominale ; cpi'il est très-naturel de sup« 
poser qu'il n'est peut*étre qu'un retentissement sympathi- 
que de cette dernière. J'^is moi-même, dès le premier 
)our, très-disposé à partager cette qpinion ; mais , s'il y a 
eu retentissement sympathique, ce que je suis loin de con- 
tester, il paraît certain que l'encéphale, dont les sympathies 
om été si vivement éveillées , est devenu le siège d'une 
lésion anatomique qui a dominé toute la maladie. Il est 
difficile, d'ailleurs, de concilier une simple souffrance sym- 
pathique des centres nerveux avec un coma continuel , à 

17 



224 JOUANAL DE ■ÉBSCQŒ. 

peine interrompu par de rares moments d'agitation , dfes 
yeux caves, cernés, entr*ouverts , laissant voir le segment 
inférieur des cornées nageant en quelque sorte dans l'or- 
bite; Fabolition de la vue et de Touîe, la diminution de 
la sensibilité cutanée, des vomissements verdâtres et ré- 
pétés, une constipation rebelle, etc. Ces symptômes me 
semblent bien plutôt caractériser une méningite, bien qu'elle 
n*ait pi*ésenté ni la gravité ^ ni la durée habituelle de la 
méningite granuleuse. 

Une comparaison fera peut-être mieux ressortir encore 
la différence qui existe entre la véritable méningite et les 
affections sympathiques du cerveau. 

Obsbbvation II'. 

Olivier Samson, 13 mois , gras-, bouffi et pâle, est de- 
venu grognon et maussade depuis une quinzaine ; il dort 
mal et se réveille en sursaut ; il a peu d'appélit , ma-' 
chonne et bave sans cesse; un peu de soif et de diarrhée. 

6 octobre 1850. A ces symptômes vient se joindre une 
(lèvre violente, avec un peu d'assoupissement, mais sans 
perte de connaissance; la diarrhée continue. 

H sangs, au siège, 3 lavem. amid., cat. émoll. sur Tabdo- 
men ; sinap. 3 fois aux extrém. inf. 

7 oct. Agitation continuelle, fièvre ardente, pouls à 140; 
mâchonnement; Tincisive latérale gauche se dessine à tra- 
vers la gencive rouge et tuméfiée. 

3 sangs, sur l'abd. Le reste, ut suprà. 

8 oct. Bien que la connaissance semble conservée, Tagi* 
tation commence à alterner avec un assoupissement assez 
profond ; il y a quelques soubresauts dans les tendons ; la 
joue gauche rougit et pâlit alternativement plusieurs fois 
par jour. La diarrhée a cessé ; des frissons irréguliers sont 
remplacés , à diverses reprises dans la journée , par une 
chaleur violente; le pouls est actuellement à 120. 

10 centig. de suif, de quinine; 2 sangs, à un genou ; un 
vésic. à une jambe. 

Le lendemain, un vésic. à l'autre jambe ; 20 centig. de 
calomel. (Deux selles jaunes.) 



JOURNAL DB MÉDECINS. 225 

10 oct. L'enfant a dormi d*un bon sommeil ; il est plus 
éveillé ce matin; la peau est fraîche, le pouls à 120. 

Continuer le calomel. 

11 oct. Même état ; mais, le 12, l'enfant est fort abattu ; 
la face et le front sont brûlants ; nausées, vomituritions ; 
peau chaude, pouls à 1 50. La dent ne sort point encore. 

Incision de la gencive ; cat. sinap.; vésic. à une cuisse. 
13 -oct. Même état. Ipécacuanha, 25 centig. qui ne font 
pas vomir, mais déterminent 3 selles abondantes ; frictions 
mercurieiles autour du cou et sous les aisselles. 

14 oct. L^enfiant a dormi toute la nuit ; ce matin, il joue 
sur son lit : la face est calme et naturelle, la peau fraîche, 
le pouls à 1 iO. Les vomituritions ont cessé, il reste un peu 
de diarrhée. 

A partir de ce moment, la convalescence n'est entravée 
par aucun accident nouveau; la diarrhée seule persiste 
pendant quelques jours et finit par céder h une potion lé- 
gèrement laudanisée. 

Chez l'enfant qui fait le sujet de cette observation , le 
travail de la dentition est évidemment le point de départ 
de tous les accidents. Soit que les sympathies de l'appareil 
àïgestif aient été éveillées les premières et qu'elles aient 
réagi sur celles de Tencéphale, soit que le retentissement 
ait été simultané sur toutes les grandes fonctions, toujours 
est-il que le cerveau s'est trouvé lésé à un degré capable 
d'inspirer d'assez vives inquiétudes. Hais quelle différence 
entre cette congestion qui détermine quelques rougeurs fu- 
gaces des pommettes, quelques soubresauts, un peu de som- 
nolence, sans perte de connaissance, sans altération appré- 
ciable de l'ouïe ni de la vue, qui s'accompagne de diarrhée, 
etc., et les lésions anatomiques sans lesquelles on ne 
saurait expliquer l'ensemble des symptômes offerts par 
J. Chartier, tels que le coma, l'abolition progressive de la 
vue et de l'ouïe, la dilatation des pupilles, l'affaiblissement 
de la sensibilité des téguments, les vomissements, la cons- 
tipation, etc.! Dire que d'un côté il y a eu simple hypéré- 
mie, de l'autre, pblegmasie confirmée, c'est établir, en deux 
mots, toute la distance qui les sépare. 



2M io&^Ai DB nÉvpcim. 

IL 

Noas avons donc un fait acquis, c*est qm h oaépingite 
des enfiii^ peu^ être simple et céder ^ uj^ inédici|tîon 
appropriée. 

Mais, lprsqu'e|le est de nature granuleuse, les s}^ 
qu'elle attaque soat-ils voués à une mort inévitable? Ovii, 
répoodr^-t^on de toutes parts, car elle est tub^rçuleiise. 
ImmedicabUe vitium, s'écrie Camper. — I^es U^erc^lçs ne 
pardonnent jamais , surtout dans Tencéph^le, où Vm ne 
pçHit mèipe pas, comme dans le poui^on, eoiraver pour un 
temps le trftvaîl pbleginasique qu'ils développent autour 
d'eux. Voilà, en abrégé, l'opinion de tous les auteurs, de 
Robert Whigtt, de Senn, de Rufz, de Gerhard , 4^ FieU, 
de Green, de Billiet et Barthez , de Fabre et ÎC(M)$ta,nt de 
Guersant, etc., auxquels je n'ai point l'intention d'emproi)- 
ter une série fatigante de citations. 

Pourtant, quelques tentatives de réaction contre t^ie 
idée aussi absolue, avaient été déjà ÊMtes. Jahn , Meissner , 
Nasse, Tourtual, RieckeetM. Charpentier, avaiept pul^(ié 
des ei^en^ples de guérisou. Malheureusement, leurs obser- 
vations étaient au trop incomplètes, ou entachées d'erreurs 
^natçmiques ou physiologiques incroyables. Leurs efforts 
laissèrept dans toute son intégrité la tbé«orie de l'incurahi- 
Uu^ absohjie de la méningite granuleuse. 

Chose étrange et qui prouve toute la vanité des idées 
exclusives ! Les coups destinés à ruiner cette théorie de- 
vaient partir de ce groupe d'élèves qui recueillaient avec 
tant d'avidité la parole du maître. De nombreuses obser- 
vations prises dans le service de M. Trousseau et ^qalysées 
avec soin par MM. Moynier et Sayouret fii^renjt les pre- 
mières armes av^c lesquelles ce dernier battit en brèche la 
doctrine de la méningite tuberculeuse. Les recbercb^ de H. 
Ch. Robin venaient de démontrer que hs granulations 
des méninge^ ne copten^ent pas un atome de matière tu- 
berculeuse , qu'elles avaijBnt une nature à part et fort dis- 
tincte. La lumière se faisait et l'espénainpe renaissait au 
cœur de toute cette pléïade de ji^uaes gens qup désespé- 



JOVJBIVjll. DÉ MÉÏ>ÊCI^È. 



227 



rait le désespoir de DNustre professeur. Lui-mêine voyait 
ses idées en subir une profonde modilicafiort. Bietrtôi, urie 
notrrelie thèse parut sur cet important scO^et ; M. Lédh 
Liégard , de Caen, vint (1*54) s'associer au rticfuveriiefit 
réactionnel et faire faire à la vérité utt pas dé plus , grâce 
eiieofe aux recherches microscopiques de M. Ch. Robrfr. 
En effet , cette thèse*, à lafqoellé nous rc^nvo jôns pour les 
détails , démontre que non-seulemént les granulations des 
méninges , mais encore celles que l'on rencontre dans les 
AMTérents organes des enfants morts dé méningite granu- 
Ictise , n'ont sTvec fe tubercule aucun ràfpport de nature. 
L^aftiteitr cite quelques exemples dé guérisdn à l'appui 
de sa démonstration fournie par \e mici'oscope. 

III. 

Voici d'abord l'analyse sommaire des observations com- 
paratives faites sur le tubercule et la matière des granu- 
lations : 



Les granulations renfer- 
ment des Cytoblastions ovoï- 
des , sphériques , de 4 à 6 
millièmes de railHmètfe de 
diamètre. 

L'acide aoétique fonce le 
eOff»tour des cytobla»liM>n& 
et ne modifie point les gra- 
nules qu'ils cotitiennent. 

I^es granules du cytoblas- 
tien sont plus rapprochés 
du eeiHre que de la circon- 
férence. 

Les cytobiastlons appar- 
tiennent au groupe de cel*- 
lules renfermant des noyaux 
libres. 



Les tubercules contien- 
nent des Corpuscules polyé- 
driques, à bords irrégulière- 
ment dentés, de 7 à 10 
millièmes de millinïètre de 
diamètre. 

L'aèide acétique pâlit les 
corpuscules tuberculeux et 
leurs granules. 

Les granules sont mifor- 
mément répandus dans tofât 
he champ du. èorpiisedlè 
tuberculeux. 

Les corpuscules ttfbérea- 
leox n'a|)partiënnént pas à 
la clasi&e des celhftefs à 
noyaux K bres dont ifs n'ont 
pas l'aspect. 



} 



ï 



228 JOUEN/IL DE MÉDECINE. 

Une idée de H. Trousseau viendrait encore , si elle se 
justifiait , établir une grande différence entre la granula- 
tion méningitique et le tubercule. Selon l'illustre profes- 
seur, ces granulations se formeraient pendant les accidents 
aigus qui terminent Tcxistence : elles seraient le résultat 
de ces accidents. Or, nous savons que si le tubercule peut 
grandir et se développer sous l'influence de Finflamma- 
tion , il la précède et la détermine dans l'immense majo- 
rité des cas. 

On conçoit facilement la révolution que cette décou- 
verte devait opérer dans les idées. Ne plus être en présence 
de l'élément tuberculeux, dont le nom seul a quelque 
chose de si effrayant , c'était avoir gagné , ce semble , 
immensément de terrain. Mais si l'élément granuleux, 
tout en différant singulièrement du tubercule, quant à sa 
nature, n'offrait pas plus de chances de guérison que 
lui, s'il tuait aussi infailliblement, la découverte prenait alors 
des proportions bien mesquines et se réduisait à une ques- 
tion de stériles distinctions : nugœ difficiles. 



IV. 

Mais des recherches consciencieuses et patientes ont 
démontré (autant qu'il était possible de le démontrer), que 
la méningite granuleuse n'est pas toujours au-dessus des 
ressources de l'art. Dans un travail cité par M. Léon Lié- 
gard , et consigné dans les Archives générales de méde- 
cine (août 1853) , M. Rilliet modifiant ses opinions au 
sujet de la gravité de cette sorte de méningite , oite 8 cas . 
de guérison recueillis par divers auteurs , et dont l'authen- 1 
ticité ne laisse rien à désirer. 11 en ajoute 3 qui lui sont \ 
propres. Un 12' est cité dans la thèse de M.* Savouret , | 
comme ayant existé dans le service de M. Trousseau , qui ! 
avait reconnu lui-même la nature granuleuse de la ma- 
ladie ; un 13', cité par M. Léon Liégard , est tiré de 
la pratique de H. Liégard père, médecin à Caen. ' 

Voilà donc un total de 13 cas de méningite granuleuse 



JOUBUAi DE MÉDfiONS. 229 

terminée par la guérisoii. Ce chiffre , cfuoique ayant déjà 
une cerlaine valeur, ne constitue encore que de rares ex- 
ceptions. Mais ces exceptions , grâce à un traitement plus 
rationnel, mieux suivi , modifié avec le courage et la per* 
sévérance que donne Tespoir, devront nécessairement se 
multiplier. N'atteindraient-elles pas un chiffre fort impo- 
sant, si tous nos confrères, répondant à la généreuse 
initiative des élèves de M. Trousseau, apportaient le résultat 
de leurs observations ? 

La lecture du travail de M. Léon Liégard m'a singuliè- 
rement ému et entraîné. C'est une si séduisante bonne 
fortune pour le médecin que de voir une maladie , réputée 
jusque-là incurable , enfin dépossédée de cette fatale répu- 
tation , que je n'ai pu résister à cette sorte d'appel. Je me 
suis mis avec ardeur à compulser toutes les notes que j'ai 
recueillies à la campagne et à Nantes, depuis onze ans, sur 
les affections du cerveau chez les en&nts (1). Cette re- 



(1) Ces notes se composent : l** d'une multitude d'enfants at- 
teints, k l'occasion d'affections abdominales, da travail de la 
dentition, etc. , d'accidents cérébraux plus ou moins inquiétants, 
plus ou moins prolongés, qui, chez quelques-uns même ont 
mis un instant la vie en danger ; 2<^ de 3 cas de cbolérine ou diar- 
rhée séreuse chez lesquels des phénomènes cérébraux sont venus 
figurer pendant les demiàres heures de la vie ; 3» de huit enfants 
de 16 mois k 12 ans pris de scarlatine maligne avec symptômes 
cérébraux simulant une méningite foudroyante (4 décès) \ 4° d'une 
pneumonie double chez une petite fille succédant k la rougeole et 
8e compliquant, les deux derniers jours, de phénomènes ataxi- 
ques an muieu desquels la vie s'éteignit; 5» de deux enfants hy- 
drocéphales qui succombèrent lentemejot k cette maladie \ 6° de 
quatre cas de méningite traités de nov. 1844 k décembre 1845 , et 
signalés dans une statistique faite sur la demande de la Préfecture, 
au commencement de 1846. De ces quatre cas, je n'ai pu re- 
trouver qu'un seul tn extenso : c'est celui qui fait le sujet de ma 
première observation (2 décès) ; 7^ de neui observations de mé- 
ningite dont une tellement foudroyante qu'elle m'a laissé des 
doutes. Quant aux huit autres, elles me semblent réunir toutes les 
conditions susceptibles de satisfaire l'esprit le plus difficile (5 dé- 
cès). En tout, 13 cas de ménin^te , 8 décès. Je possède enfin un 
dernier cas de méningite terminée par guérison \ mais il n'est 

3 n'indiqué , et ma mémoire ne me fournit , k cet égard , que des 
onnée^ trop incomplètes pour en faire l'objet d'une démons- 
traUon. 



230 jonmiiAL DE mÈùBcam. 

cherche me pormet d'ajouter trois nouveaux cas de gué- 
rison à ceux qui sont mentionnés dans h thèse de M. Léon 
Liégard. Avant la lecture de cette thèse, je m'étais sou- 
vent demandé si la méningite granulée n*étoit pas susoep* 
tible de pardonner dans quelques cas. La guérison ines- 
pérée de plusieurs enfiints qui présentaient tous les 
symptômes de cette affection m'avait finit concevoir une 
espérance que je n'osais émettre encore. Aujourd'hui que 
la curabilité de cette redoutable maladie semble n'être plus 
impossible, ees observations peuvent être présentées avec 
le titre de méningites granuleuses. 

Observation III* (1). 

Marie Mercier, de Couëron, 7 ans, blonde , lympbati({ue, 
d'une constitution assez forte , éprouve , à chaque indis- 
position , une réaction sympathique plus où moins vive du 
côté des centres nerveux. 

Le 12 octobre 1847, après quelques jours de malaise, 
un frisson violent , suivi de vomissen^nts bilieux répétés; 
céphalalgie intense; douleur fixe et insupportable dans 
l'abdomen. — A ma première visite, je trouve cette enfant 
couchée sur le dos, la face rouge, grippée et souffrante, 
la tôte douloureuse, les yeux sensibles à la lumière, l'in- 
telligence nette, répondant avec clarté, mais avec brusquerie 
et mauvaise humeur. Point de somnolence ni de convul- 
sions. La langue est sale, la bouche mauvaise, la soif 
vive, l'anorexie complète aveo des vomissements fréquents 
de matières bilieuses. Le ventre est le siège d'une douleur 
déchirante qui s'exaspère à la moindre pression ; les selles 
sont naturelles pour la fréquence et la consistance, les 
urines rouges et chargées. Rien d'anormal du côté da 



(1) Cette observation a été publiée in extenso dans U Journal 
de Iffédecine àe "S^dnies {ÏH'^ liv», lâ^l). Gomme elle est fort 
longue Y je me contenterai de la présenter sons forme d^extrait, 
en m cooservanttoutefois les traits qui la oaracténsent. 



JOnOIAL BE MÉDBCnO». 23t 

cœur et de l'appareil respiratoire ; la peau est brûlante , le 
pouls petit, serré, à 120. 

J'ai aous les yeux une péritonite à son début et qui déjà 
s'accompagne de symptômes cérébraux inquiétants. 

Diète; orge ; potion légèr^ éihérée; 8 sangs, sur l'abdom. 
— 2 vésic. aux jambes. « 

13 oot. Malgré cette double attaque dirigée contre 
l'affection abdominale et les phénomènes sympathiques 
qu'elle met en jeu, les . accidents suivent une marche 
croissante; le ventre est plus douloureux, plus tendu t les 
vomissements plus fréquents, les seltes nulles, le pouls 
plus petit, à 130. En même temps, la céphalalgie aug- 
mente avec l'impatience ; les yeux se cavent et ne peuvent 
supporter l'éclat du jour ; la face rougit et pâlit alternati- 
vement; quelques cris aigus qui ressemblent aux cris hy- 
drencéphaliques. 

Cat. sur l'abd. — . 8 sangs, aux cuisses ; eau froide sur 
le front; le soir, 20 gram. d'huile de ricin qui donnent 2 
selles. 

14. Quelques mouvements convuisifs alternant avec de 
la somnolence; les autres symptômes angasentent d'in* 
tenisité. 

8 sangsues aux apophyses raastoïdes. 

15. Nuit mauvaise : délire , agitation, convulsions, 
^cris aigus succédant à une période de résolution complète. 

A minuit , coma , face pâle, immobile , yeux caves et 
cernés, entr'ou verts, pufNlIes dilatées; quand on lappelle, 
l'enfant se réveille en sursaut et retombe immédiatement 
dan& sa somnolence. Tète brûlante , couverte de sueur a sa 
partie postérieure; respirsition à 40 , thoracique , pouls à 
180 , presque insensible. Ventre très^allonné, urines rares, 
ventre serré. 

1 vésic. sur le ventre $ 2 vésic. aux cuisses; lavem^ 
purg. 

Le matin , délire, carphologie, convulsions ,< contrac- 
tures, cris bydrenoéphaliques, grincements de dents, 
mâetionnement continuel; foce rouge , animée ; yeux 
éthiceiants, pupilles resserrées y contractiles. Il est difficile 



232 joubual be HÉraGua. 

de savoir s'il existe un strabisme morbide, la malade lou- 
chant habituellement. Céphalalgie déchirante qui s'exas- 
père au moindre attouchement exercé sur la tête; sensi- 
bilité telle des téguments qu*il suflSt de toucher le lit de 
Marie Mercier pour lui arracher des cris. Peau chaude, pouls 
irrégulief, s'effaçant sous le doigt, à 1 50. Bientôt tout cet 
appareil d'excitation dit de nouveau place au coma le plus 
profond. Respiration fréquente , ventre énorme, doulou- 
reux, quoique à un moindre degré , mat dans les parties 
déclives. Les vomissements ont cessé. 

4 gram. d*ong^ napol. en frictions toutes les 4 heures ; 
25 centig. de calomel toutes les 6 heures. 

Le calomel donne des selles nombreuses; mais si, les 
les jours suivants, Taffection du ventre marche vers la 
résolution ; si un nouvel épanchement qui s'est opéré dans 
les deux plèvres se résorbe graduellement , les symptômes 
cérébraux sont loin d'avoir fléchi. Le 21 , le coma est pro- 
fond , la face immobile^ pâle ou plaquée de rouge alterna- 
tivement, la tête inondée de sueur, les pupilles dilatées, 
presque insensibles, la peau peu excitable. Connaissance 
perdue , marmottement inintelligible ; les coiivulsions et 
les contractures s'éloignent de plus en plus. La circulation 
devient irrégulière, sans rhythme , le pouls varie de 130 à 
180, quelquefois on ne peut le compter. La respiration est 
anxieuse , précipitée, inégale ; les selles et les urines invo-' 
lontaires. 

Conlinuer les frictions et le calomel dont l'action pur- 
gative se maintient. 

L'enfant reste 7 jours encore dans cette cruelle situation , 
entre la vie et la mort. 

Le 22 (onzième jour). La nuit a été un peu meilleure : 
il y a eu une couple d'heures d'un vrai sommeil; les cris 
de tête ont été rares; la connaissance est revenue par 
instants. — Le matin , la malade répond lentement par 
monosyllabes, mais avec justesse, à quelques questions; 
la tête est toujours douloureuse et brûlante , la face tou- 
jours alternativement pâle ou plaquée de rouge; mais il y 
a du calme; le coma disparaît; le pouls est à 125, ^us 



JOUBRÂL DB MÉDBCUIE. 233 

régulier; Tabdomen indolore; point de toux; plèvres 
vides. 

Même prescription. 

A partir de cette époque, le mai est vaincu; les symp- 
tômes s'amendent graduellement , la petite malade se 
rétablit lentement à la vérité, mais rien ne vient entraver 
sa convalescence. Aujourd'hui, Marie M. a 15 ans, et, depuis 
8 aps , sa santé ne s'est pas démentie. 

Lorsque je présentai, pour la première fois, la relation 
de ce fait intéressant à la Section de Médecine, je n'osai 
prononcer le mot de méningite granuleuse. Bien plus , le 
mot de granuleuse étant , à cette époque , synonyme de 
tuberculeuse dans l'esprit de tout le monde , il eut semblé 
singulièrement téméraire d'inscrire ce diagnostic en tète 
d'un cas de guérison. 

Cependant, lorsque Ton considère la gravité des symp- 
tonnes, leur forme, leur enchaînement, la durée du mal, 
il est difficile de ne pas admettre une immense ressem- 
blance entre ce cas et les descriptions que les auteurs nous 
ont données de la méningite granuleuse , d'autant plus que 
la disposition du cerveau, chnez cet en£eint, à ressentir 
douloureusement la moindre souffrance d'un autre organe , 
doit nécessairement faire soupçonner un travail spécial , 
une manière d'être particulière de l'encéphale. 

Observation IV« (1). 

Stanislas Maugat, de Couëron, 22 mois, enfant fort, né 
d'une mère sujette à d'horribles maux de tête qui la tien- 
nent au lit pendant des semaines entières, a présenté 
jusqu'ici une bonne santé, qui n'a été interrompue que par 
quelques dérangements de corps si fréquents chez les en- 
fants. Dans les derniers jours de décembre 18i6 , il est 



{i) Bien que tracée a grands traits et même incomplète sous 
beaucoup de rapports , cette observation me paraît des plus 
concluantes. 



234 wvamàh bb «ÉnemB. 

trisie , reebigoé , perd l'appétit « crie qaand on veut le htre 
maoger, et rejette une partie des aliments qu'on lui domve. 
Il dort mal, crie la nuit« se réveille en sursaut, a des 
soubresauts dans les fendons ; la &ee est pâle et altérée. 
Point de traitement. 

Le2 janv. 1847. Depuis hier, Stanislas est beaucoup phis 
mal, une fièvre violente s'est déclarée; il existe une vive 
céphalalgie qu'accusent le plissement du front et Tobstina- 
tion avec laquelle l'enCHit ferme les yeux ; les pupilles sont 
contractées et contractiles; la face est rou^, une agita- 
tion inquiète alterne avec une somnolence profonde entre- 
coupée de temps en temps par un réveil en sursaut et des 
cris aigus ; quelques soubresauts et un peu de mâchonne- 
ment. La langue est uu peu blanche ; deux vomissements 
bilieux depuis hier; soif, ventre souple, un peu sensible 
à la pression, constipation. Peau chaude, pouls à ItO- 
120. 

4 sangsues aux malléoles; eau froide sur le front; ca- 
lomel, 20 centig. 

Le 3. Le calomel détermine 2 selles ; les sangsues sai- 
gnent abondamment. L'enfiint parait notablement sou- 
lagé, presque en convalescence : il s'assied et joue un 
instant sur son lit. 

Calomel, 20 centig. 

Le 4. Les accidents se sont aggravés depuis cette nuit ; 
la connaissance s'est perdue; les yeux se sont fermés; les 
pupilles resserréfs sont encore contractiles, la face crispée 
pâlit et rougit alternativement. L'enfimt s'agite viol^foment, 
grince des dents, mâchonne, jette des cris hydreocépha- 
Hques, tressaille et se renverse en arrière, puis tombe, 
au bout de quelque temps , dans une somnolence profonde 
avec la pâleur et rimmoinlité de la mort. Le pouls est 
petit, serré, à iSO. 

4 sangs, aux cuisses ; 2 vésic. aux mollets; 1 vésic. sur 
le cou; calomel, 30 centig. 

Les sangsues saignent passablement, les 3 vésicatoires 
prennent bien ; plusieurs .selles vertes. 

5, 6 et 7 janvier. Coma presque continuel dont Stanislas 



n€i sort que pour ybLsr des cris aigus. Parfois il ouvre la 
bouche toiHe grande comme pour crier ; mais la voix ne 
sort point , ou bim c*0st une sorte de en à voix basse , si 
je puis ainsi dire , une expiration sourde. Le mâchonne- 
ment, les grincements fie 4ent$, las soubresauts devien- 
nent plus rares. Yeux fermés , convulsés en haut , roulant 
lentement dans leurs orbites , qvand on ouvra les pau- 
pières; strabisme léger, pupilles dilatées, peu contractiles; 
abolition de la vue , de l'ouïe et de la sensibilité cutanée. 
Une pâleur cadavérique de la foce est remplacée de temps 
en ten^ps encore par des plaques d'un rouge ardent sur 
l^s pommettes. La raideur du cou et de tout le rachis est 
considérable , Tamaigrissement marqué , la peau chaude et 
sèche, le pouls irré^ier, petit, ioc<^rlaio, variant de 120 
à 180. Les vomissements ont cessé, mais tes selles sont 
fréquentes, le veutre souple. 

2 vésic. aux cuisines ; calamel , 30 centig. ; ong^ napolit. , 
1 5 grana- en frictions. 

8 et 9. Malgré Ténergie du traitement, la maladie s'ag- 
^ave a,veç uo^ persistance désespérante. Le 9 surtout , le 
cooia est sans io,terruptu)n. Plus de cris, de mftchonae- 
menl, de soubresauts; Tenfant ressemble à un petit ca- 
davre ; les paupières eatr'ouvertes laissent apercevoir les 
giobes oculaires se mouvant avec lenteur, les pupilles pres- 
que de la largeur de l'iris, insensibles. On peut tou<^her 
les conjoi)ctives avec les barbes d'une plume, sans que 
Tenfant ait Tair d'^ avoir conscience. Peau chaude; la 
pl^ce occupée sur Torpiller par la tête est inondée de 
su«ur. Poiuls impossible à compter, irrégulier, inégai, 
CUforme, 

Continuer les merqufiaux. 

10 Ja^v. Coma un peu mioins profond ; pouls plus per- 
ceptible ; les jours suivants la comiaisaa^ce semble reve- 
nir un peu ; les yeux s'ouvrent et deviennent plus nets. Le 
13, il y a de l'espérance; (e 16 , la maladie semble défi- 
nitivement jugée , et (a cQovislesa^nce se dessine fraucber 
ment. 

Aujourd'hui (septembre 18;55), Stanislas Najjigat a 10 



236 JOdHAL n ■ÉnBCRB. 

ans, il est d'oDe santé assez frêle et sujet à des céphalal- 
gies fréquentes qui le prennent brusquement et le quit- 
tent de même , après l'avoir cruellement torturé. 

OBSElYATtOlf V«. 

Marie Martin , belle et forte enfant de 4 ans, a toujours 
joui d'une bonne santé: ses parents sont forts, sanguins 
et bien portants. Elle est lente, assez peu intelligente. De- 
puis les premiers jours d'avri4 1855, on remarque qu'elle 
est seule, triste , grognon , qu'elle aime peu à se déplacer ,- 
elle n'accuse , du reste , aucune souffrance ; seulement elle 
vomit fr^uemment , l'appétit s'est perdu ; elle est brûlante 
par instant : toutefois , elle n'est pas obligée de s'aliter. 

Dans la nuit du 18 au 19, frisson suivi d'une fièvre 
violente avec rougeur vive , céphalalgie intense qu'accusent 
plutôt les gestes que les paroles de l'enfant. Jactitation, 
insomnie; quelques vomissements bilieux; constipation 
depuis deux jours. 

19. Décubitus dorsal ; tête douloureuse, brûlante, fiice 
rouge, crispée; yeux chassieux; pupilles un peu contrac- 
tées, connaissance complète, humeur très-irritable, cris 
d'impatience au moindre attouchement, pas de convul- 
sions: peau chaude , pouls fréquent, ferme, à 130 ; langue 
légèrement blanche , soif ardente. 

4 sangs, aux malléoles; elles saignent abondamment; 
calomel , 25 centig. (une selle insignifiante). 

20. La peau est un peu moins chaude, le pouls moins fort, 
moins fréquent , la fiice rouge ou pâle alternativement , 
mais toujours crispée , les yeux toujours chassieux , les 
pupilles contractées, l'impatience extrême ; le sommeil est 
agité , interrompu souvent par un réveil brusque que 
signale un soubresaut et un cri aigu ; quelques vomitu- 
ritions. 

4 sangs, aux genoux (écoulement de sang considérable); 
lavement avec sel commun; sinapismes aux pieds; calo- 
mel, 30 centig. (une selle). 

21. Peu de résultats; la peau est un peu moins chaude 



JOUUIAL DE VÉDECHfB. 237 

toutefois , le pouls moins fréquent, oscillant entre 90 et 
110. Mais la face est par moment immobile, violacée, 
livide , pour grimacer ensuite et se plaquer de rouge sur 
les pommettes ; le front se plisse à la racine du nez , les 
yeux mornes , stupides pendant Tatonie , deviennent bril* 
îantsdans la période d'excitation, les pupilles resserrées, 
contractiles, non oscillantes. Marie est d*une impatience 
extrême , jette des cris aigus quand on lui parle , qu'on 
la touche , qu'on remue son berceau , ou même quand on 
s'approche d'elle : il semble que la sensibilité tactile soit 
lellement exaltée que l'agitation de l'air lui cause une im- 
pression désagréable. Pas de délire; sommeil agité, fati- 
gant, entrecoupé; déjà la tête a un peu de tendance à 
se renverser en arrière. Langue blanche , soif, pas de vo- 
missements, constipation rebelle: nn peu de toux que 
n'explique aucun phénomène stétboscopique ou plessimé- 
trique. 

Les frissons signalés par les parents, la différence éx* 
tréme présentée par le pouls à diverses époques, m'engagent 
à donner du sulfate de quinine, au moins à titre de pré* 
caution contre la possibilité d'accès pernicieux^ 

Sul&te de quinine, 25 centig. ; 2 vésic. aux jambes; 
lav^ purgat. 

22. Un changement inattendu me fait supposer qu'en 
définitive je n'ai à combattre qu'une fièvre rémittente à 
symptômes cérébraux. Ce matin, la face est naturelle, 
épanouie, les yeux nets et vifs, la peau fraîche, le pouls à 
86. Quoique d'assez mauvaise humeur encore, l'enfant 
s'occupe de ce qui l'entoure et demande à manger : les 
vomissements ont disparu , mais le ventre est toujours 
serré. 

Sulfate de quinine , 30 centig. ; 2 cuillerées de panade. 

23. Cette amélioration n'est que de courte durée. Dans 
la soirée , Marie retombe dans une grande agitation ; le 
rachis se raidit et se renverse en arrière ; des soubresauts 
se font sentir dans les tendons; la tête douloureuse se 
couvre de sueur; la face crispée rougit et pâlit tour à tour ; 
la petite malade mâchonne , grince des dents , tire sa lèvre 



288 joimMAL BB MÉsmaasE* 

inférieure avec acbaraenieiU et s'arrache les cheveux ; elle 
jeCle à chaque ioslant un cri aigu, unique, en ouvrant une 
bouche énorme ; le moindre attouchement Tirrite ou lui 
arrache de ces cris; rintelligence commence à se perdre; 
pourtant elle semble encore parfois entendre et compren- 
dre sa mère, quand celle-ci lui parle à haute voix. La 
vision est altérée , les pupilles contractées , la soif vive ; 
poini de vomissements ni de selles; peu de toux; peau 
chaude; pouls petit , irrégulier, variant de 120 à 160. 

2 vésic. aux cuisses; glace sur le front; calomel, 40 
centig.; ong^ napolit. , f 5 gram. en frictions. 

24. Décubitus sur le côté, en chien de fusil; tète ren- 
versée en arrière et raide; cris aigus, incessants depuis 
celle nuit; pâleur morteUe alternant avec une rougeur 
plaquée des joues, amaigrissement notable, traits efMés, 
front crispé; yeux fermés, globes oculaires légèrement 
convulsés en haut; pupilles dilatées, égales, légèrement 
contractiles. La vue est abolie complètement, les cornées 
chassieuses sont comme granulées; pas de strabisme. Abo- 
lition de l'ouïe; màclionnement et grincem^ats de dents 
répétés , surtout cette nuit. La sensibilité delà peau semble 
fortement diminuée à gauche; mouvements autonnatiques 
(le la main droite qui se porte au front , fourrage ses che- 
veux ou cherche quelque chose en l'air et sur son lit. 
Immobilité très-prononcée du bras gauche; soubresauts 
dans les tendons. Déglutition diflScile, point de vomisse- 
ments, langue blanche, point de salivation, ventre sen- 
sible à la pression, selles rares. Peau chaude, aride, 
flétrie ; pouls variable^ fréquent, irrégulier, dépressible, de 
110 à 150 ou môme 180. 

Depuis 24 heures , cette agitation a fait place, plusieurs 
fois, à un état comateux des plus alarmants. 

Sécher les vésic.; 1 selon sur le cou (il saigne sriion- 
damment); calomel, 40 eentig. ; onguent napolit., 15 
gram. 

25. M. Thibeaud est appelé en consultation. Marie est 
exactement dans le même état qu'hier; seulement, il y a 
eu 4 ou 5 selles vertes abondantes. 



Oiagno^ic : méniogilie probableoieot granuleuse. Pro- 
nostic : mort presque certaine. Traitement : le même, 
absolument, seulement, dans les deux jours suivants, 
après av<>ir essayé^ sans succès , le calomel à doses frac- 
tionnées, selon la méthode de M. Trousseau, nous por- 
tons successivement la dose de ce médicament à 60 , 75 
centigM 1 gram. mépae dans les 24 heures, et l'onguent 
napoli^iin à 30 grammes dans ie même espace de temps. 
Sous Tinfluencede cetraitemeot, renCeint reste dans le 
même état pendant 4 ou 5 jours. Elle jette des cris aigus 
pendant de^ heures entières, puis retombe dans le coma. 
Le racliis est raide , tout d'une pièce ; la vue et Touïe 
toujpurs abolies, la sensibilité des téguments toujours 
amoindrie , le côté gaucbe.presque paralysé du mouvement 
et du sentijsient. La nuit surtout, il y a plus d'agitation, 
de cris, d'alternatives de rougeur et de pftieur de la face; 
les selles sont abondantes et répétées, 6 ou 7 fois dans les 
24 heures. 

Môme traitement. 

l^"' mai. Li^ connaissance semble revenir, là vue saisir 
quelques objets. La mère a cru remarquer un peu d'atten- 
tion chez sa , fille , qn^nd elle l'appelle. Les yeux sont 
ouverts, un peiu fixes et étonnés, mais nets; les pupilles 
moyenneiQen^ dilatées ; le visage est assez bon , quoique 
trèsrpàle ; mc|ia il y a encqre un peu de raideur du cou , 
encore quQlq^^S! cris la nuit, quelques alternatives de 
rougeur et de pâleur ; li^ soif rest^ viv^, le ventre toujours 
très-libre; la déglutitiofli est plus facile, la peau fraîche, 
le pouls à 90-95. 

Continuer les mercuriaux. 

Cet état s'aipéliore graduellement : peu à peu la vue et 
Touïe reviennent à leur état normal; la tête est libre, la 
conaajsSfinc.9 parfaite, le cou flexible, ie sommeil répara* 
teur; l'appétit se dessine, le ventre reste longtemps libre. 
Le 12, l'enfant est complètement guérie ; son intelligence 
est la même qu'avant cette crueUe maladie. 

Malgré 10 à 11 gr^ammes de calomel et 300 gram. au 
moins d'oi^ueal napolitain en frictions, iMbrie n'a pas eu 

18 



240 JOUBNÂL DE KÉBECIIVB. 

de salivation ; seulement elle a fait peau neuve de la tëie 
aux pieds. 

Il me semble difficile de trouver deux observations plus 
concluantes. Le tableau' est aussi complet que pourrait le 
désirer le pathologiste le plus diflicile, et cadre parfiiite- 
ment avec la description que les auteurs récents nous ont 
laissée de la méningite granuleuse. D'abord, quelques 
prodromes insidieux, à forme mal dessinée, peu inquié- 
tante; un peu d'abattement , de tristesse, d'altération des 
traits, de céphalalgie, de perte d'appétit, de constipation 
avec quelques nausées, quelques vomissements; puis un 
cortège de symplômes*des p(us significatifs par leur forme 
et leur marche : la céphalalgie , l'agitation , les soubre- 
sauts dans les tendons , l'impatience , la perte de connais- 
sance, les cris hydrencépbaliques, la raideur du cou, la 
constriction des pupilles, etc., auxquels succèdent, au bout 
d'un temps variable, le coma, le renversement de la tète 
en arrière, la dilatation des pupilles, labolition de la vue 
et de l'ouïe , la difficulté de la déglutition , la rougeur et 
la pâleur alternative de la (ace, l'altération de la sensibilité 
et de la motilité , etc. 

Les pathologistes ont regardé comme un trait spécial à 
la méningite granuleuse, comme une sorte de phénomène 
pathognomonique, sa durée considérable, sa marche lente, 
irréguliére, entrecoupée de périodes d'amélioration plus 
ou moins accusée qui peuvent, au premier abord, induire 
en erreur le médecin même expérimenté et lui donner 
ridée d'une sorte de résurrection ou de la présence de 
l'élément intermittent (1). 

(1) En février 1844j mourut, li l'hôpital de la Charité, une 
jeune fille de 18 ans, affectée de méningite granuleuse. Après cinq 
jours de délire, de coma, d'agitation , de grineements de 
dents, etc., elle sembla tout d'un coup renaître à la vie. La 
connaissance revint complète, la céphalalgie disparut presque 
entièrement, ainsi que tous les troubles nerveux. La malade 
était sauvée aux yeux de tous ceux qui suivaient la clinique de 
M. Gouraud , aux jeux de M. Gouraud lui-même. Le lendemain, 
les accidents s'étaient reproduits avec un redoublement d'inten- 
sité , et cette jeune fiUe expira le dixième jour. La pie-mère était 
littéralement criblée de granulations. 



JOUANAL DE HÉbSCUfE. 241 

Ces deux- observations présentent ce phénomène aussi 
complet que possible. Dans Its deux cas , dans le dernier 
surtout , je me suis laissé prendre à cette apparence trom- 
peuse. A la vue du changement opéré dans Tétat de Marie 
M., à la suite de la première dose de sulfate de quinine, 
je crus à une fièvre intermittente grave : on se rappelle 
combien cette opinion fut justifiée. 

Je ne me dissimule pas qu'une objection grave peut 
m'arrèter au milieu de cette discussion , et cette objection 
peut être faite également à tous les cas de guérison de 
méningite granuteuse rassemblés par M. Léon Liégard. 
Les enfants dont je vous ai donné la pénible histoire 
étaient bien atteints de méningite : cela ne paraît pas 
contestable. Mais cette méningite était-elle granulée? 
Comment se prononcer pour TafiRrmative, quand l'autopsie 
n'est pas venue justifier le diagnostic porté pendant la vie? 
Il est vrai que je n'ai pas eu la triste bonne fortune de 
joindre au tableau de la maladie celui des lésions nécros- 
copiques. Cet avantage, dont le médecin est fort peu ja- 
loux , aurait sans doute apporté le critérium infaillible de 
la méningite, et son absence doit laisser planer, sur ces 
observations, un doute qu'il est fâcheux de ne pouvoir 
dissiper autrement. Mais alors que penser du diagnostic si 
laborieusement étudié et formulé par tous les hommes 
spécialement occupés de pathologie infantile, diagnostic 
si complètement en harmonie avec la symptomatologie de 
nos deux observations. De deux choses Tune : ou ces 
affections sont bien véritablement des méningites graim- 
leuses, et la carabilité de cette redoutable affection est 
désormais un fait acquis à la science ; ou bien ce sont des 
méningites simples, et ce diagnostic différentiel est tout à 
refaire : il faut déblayer le champ de la pathologie de toutes 
les erreurs qui y ont trait et convenir avec MM. Grisolle 
et Léon Liégard , qu'il n'existe aucun élément certain sur 
lequel on puisse établir une distinction positive. Il découle 
encore de cette seconde alternative une conclusion bien 
consolante ^ même- pour celui qui reste convaincu de la 
nature tuberculeuse des granulations ; c'e3t que la ménin- 



242 JOOBlfAJ. DE WtoBCOlB. 

gîte des enfants n*e$t pas toujours gramilews^, qqe lois- 
qu'elle se présente avec la Corme en apfiarefice ia moins 
récusable , il > a encore à espérer qij^ le malade n^a qii'one 
niéningite simple et peut guérir; c'est qu'avec cette pré- 
vision 9 le médecin ne se condamnera pas à une Lpaction 
déplorable , et qu'il luttera avec toute l'éi^ygie que 4onne 
l'espérance du succès. 

V. 

Quel sera donc le traitement que l'on pourra opposer 
avec le plus d avantages à la méningite? 

Nous passerons rapidement sur cette question que tant 
de monographies ont déjà plus ou moins élucidée et ^|ue 
la thèse de M. Léon Li4^d traite avec beaucoup de 
détails. 

1° L'e&périence de tous les temps a prononcé à l'ogard 
des antiphlogistiques. Ils sont presque toujours indiq^n- 
sables ; maniés avec énergie et intelligence, ils produisent 
souvent de remarquables elFets., quelquefois mtoe ils 
peuvent avoir tous les honneurs de Ig guérison, comme op 
peut en juger par ma première observation, où une der- 
ûi ère sangsue, appliquée derrière l'oreiMe, porta le (ter- 
nier coup à une malAdie que les révuisife, les vésiciaiQÎr^s, 
le calomel n'avaient point eotJrayée* 

Je n'entrerai pas dims de kûigs détails, m Stuji^t de la 
question diversement controversée d<a ia purtie où lés sang- 
sues doivent être appUquéea , s'il &ui leur p«;éCàrer la sai- 
gnée, etc. Cette.question est sounoise à mille considérations 
quant à Tàge, le tempérament, rintensité réactiopMl^i 
l'époque de la maladie , le traitement déjà, suivi , etc. Dire 
qu'au début la saisn^e semble préfér^bW Ipr^qM'eUp est 
possible, lorsque lés préjugés des parents n'y m^Uent 
point un obstacle invincible ; sinon qu'il faut la rempifucer 
par une vigoureuse application de sangsues aux eiArémîtés 
inférieures ; que de nouvelles sangsues appliquées supces- 
sivement et en petite quantité à la. fois, davr^Qnt entretenir 
Técoulemeot dp sang pendant le plus longtemps possible ; 



JOURNAL DÉ ldl>£<:iNÈ. 243 

que , plùâ iaM , une application sembhible aux mastoîdes 
produit alors une déplétion plus directe, plus énergique, 
plus efficace; c'est répéter ce que tout le monde a appris, 
vu , expérimenté. 

I^ous en dirons aiitant des applications froides sur ta 
tête , de la glace, etc. La perturbation qu'elles jettent dans 
les fonctions nerveuses, la modification qu'elles impriment 
par contre-coup â la circulation capillaire, lâf sédation 
puissante qui en résulte , sont des faits bien connus de tout 
le monde. 

2^ Les révulsife extérieiirs ne justifient pas tous égale- 
ment l'usage et Tàbus qu'on en fait. Les vésicatoires appli- 
qués aux cuisses, âu?t jambes, au cou, nous ont semblé 
d'une nullité absolue d'action : cet^e aiction n'est ni assez 
profonde, ni assez énergique pour entraver une maladie 
aussi grave; ils ne font qu'ajoutera la souffrance, k l'agi- 
tation, à là fièvre des petits malades. Jamais je n'ai pu 
en constater le moindre bon effet. Nombre d'auteurs dont 
Topinion mérite d'être acfceptée préfèrent de beaucoup les 
sinâpîsmés dont l'action plus vive, plus rapide, ptus sus- 
ceptible d'être réitérée, peut devenir tin utile adjuvant, 
sans causer des plaies douloureuses, qfui ne sont qu'un 
embarras de pTùis. 

Cependant, la niéthode révulsive comj^fe des agents d'urte 
puissance extrême constatée par une longue expérience. Td 
est le séton sur lé coà , moyéti héroïque dont Taôtion peut 
être regardée ébhnyie com*()lexe. D'abord, la plaie dbnné 
qtrelq'uefois une assîez notable quantité de sang , circons- 
tance qui est loin d'être indifférente, qui est soiivetlt d'ùt^é 
grande utilité. Ensuite, cette révulsion si énergique, si 
proforWfe, si rapprochée eu siège du mal, tend nécessai- 
rement à entraver, à rompk-e la flnxiort pWégitiasiqùé qui 
se fiiit sur Tencéphale , à accéférer le mouvement de dë- 
compôsrtion de ses élélnents. Je l'ai employée chez Ile sujet 
de m« cinquième observation; Mais sî l'amélioration «'est 
dessinée peu de iours après rapplicàtibn du^ sétôn ^ il* né 
fiàût ^s oublier non plue que h petite malade était sou- 
mise à une aijitre médication non moins béroïqdi^, la 



244 jouihàl db hébeghib. 

roercurialisatioD , et que, dans ce cas, il est fort difficile 
de déterminer la part de chacun des agents thérapeu- 
tiques. 

Un autre moyen révulsif auquel M. Léon Lriégard ac- 
corde une efficacité supérieure peut-être à ceJie de tous 
les autres modes de traitement connus, c'est Tusage de la 
pommade stibiée en frictions sur le cuir chevelu préala- 
blement rasé. Il Ta vu opérer de véritables merveilles. 
Mais il insiste sur les précautions à prendre pour mainte- 
nir Téruption dans de justes limites et éviter ces désordres 
graves, suites malheureusement trop fréquentes d'un usage 
indiscret : tels que la destruction des cheveux , les larges 
ulcérations de toute l'épaisseur du derme , et même des 
surfaces osseuses. Quelle est la valeur réelle de cette médi- 
cation à laquelle M. Léon Liégard lui-même , malgré su 
prédilection , ne peut refuser le titre de barbare? Je l'ignore 
absolument. Je l'ai vu employer une fois chez un pauvre 
enfant auquel je donnais des soins en commun avec MM. 
Piban-Dufeillay et Thibeaud. Les frictions stibiées, bien 
que secondées par la mercurialisation et un séton sur le 
cou , ne purent sauver notre malade, qui nous échappa le 
dix-septième jour. Théoriquement, il est facile de se 
rendre compte des résultats heureux d'une révulsion si 
large , si violente ; et je ne doute pas que la pratique ne 
puisse parfois justifier les prévisions de la théorie. Toute- 
fois, n'est-il pas à craindre que la douleur cruelle , éveillée 
par une éruption plus ou moins confiuente de pustules, 
ne détermine un surcroît d'agitation , de fièvre , de fluxio'^ 
phlegmasique vers la tête, et, partant, n'agisse au profit 
de la pbiegmasie qu'elle est destinée à combattre ? Ctette 
crainte ne peut-elle également être formulée à l'endroit du 
vésicatoire recouvrant tout le cuir chevelu et dont quel- 
ques praticiens, recommandables à tous égards, disent 
avoir obtenu des effets surprenants. Cette question , je 
n'ose la résoudre*, et pourtant elle mérite d'être prise en 
sérieuse considération. 

S"" Nous arrivons enfin à un mode de traitement qui 
compte, peut-être les succès les plus nombreux, les plus 



JOCâNÀt DE MÉDfiGINE. 245 

éclatants : l'administration du mercure intùs et extra. Pré- 
oonisée d abord par M. A. Liégard père (Revue Médicale, 
1 834), puis bientôt accueillie avec faveur par la plupart des 
praticiens, cette médication a besoin, comme on le sait, 
ci*être envisagée sous un double point de vue pour être 
parfaitement comprise.- 

Elle se compose de calomel donné sous diverses formes 
et de frictions mercurielles , à doses plus ou moins larges. 
Quelques mots d'explication sur ces deux éléments du trai* 
temeot mercuriel. 

A. Le calomel peut être donné à doses franchement 
purgatives et susceptibles de déterminer des selles abon- 
dantes, 15, ^5, 50, 75 centigr. , 1 gramme même dans 
les 24 heures. Sous cette forme , il rentre dans la classe 
des révulsifs, à la tête desquels il peut être placé à cause 
des larges sur&ces qu*il intéresse , de l'abondante sécrétion 
qu'il détermine. 

B. A doses fractionnées (5 à 10 centig. divisés en 10 
ou 12 paquets), le calomel peut encore produire des éva- 
cuations alvines ; mais il jouit surtout alors d'un mode 
d'action particulier, il devient un altérant d'une énergie 
incomparable, un antiphlogistique puissant que tout le 
monde connaît. Cette action est exactement la même que 
celle des frictions mercurielles, sur lesquelles l'opinion 
est également édifiée. 

En résumé, le traitement qui semble le plus rationnel 
contre la méningite, consiste dans l'emploi, presque si- 
multané, des émissions sanguines et des préparations 
mercurielles. Ces deux indications convergent vers le 
même but, se prêtent un mutuel appui : attaquer l'inflam- 
mation dans sa source, en diminuant la masse, la richesse 
et la plasticité anormale du sang , rompre la fluxion qui 
se fait vers l'encéphale par une énergique et large révul- 
sion sur le tube digestif, par une abondante sécrétion de 
liquides; activer ainsi l'absorption interstitielle, hâter la 
décomposition , la dissolution des éléments phlogistiques ; 
tel est le triple but que le médecin se propose , que cette 
association de moyens thér^ipeu tiques parait, eu théorie. 



246 SMBBàt HE «ÉMBGMB. 

parfaitement propre à conquérir, qu'elle a surtout conquis 
plus d'une fois. -—Si, au bout de quelques jours, la ma- 
ladie semble résister, il est utile de recourir an séton sur 
le cou , mais il ne faut pas attendre trop longtemps. Il faut 
se rappeler que , dans cette cruelle maladie , la question se 
juge toujours avec promptitude , souvent avec une rapi- 
dité foudroyante. Ce révulsif demande quelque temps pour 
que son action se lasse sentir. C'est une réserve puissante, 
quelquefois décisive : l'engager trop tard , c'est s'exposer 
à perdre une cause qui eût triomphé avec plus d'à- 
propos. 

8 octobre 1855. 



OBSERFJTIONS pour servir à l'histoire dune 
variété d'hémorrhagie utérine post-puerpérale 
excessivement rare et par conséquent encore peu 
connue , par le docteur ÂtiBiNAis , Président du 
Jury de médecine de la Loire-Infêrieure. 



J'ai fait des recherches dans les Traités ex^professo les 
plus complets sur les bémorrhagîes utérines tels que ceux 
de Rigby et de M"*' Lachapelle ; dans les ouvrages sur les 
accouchements les ptus moderhes, entre autres ceux de 
MM. les professeurs Moreau et Velpeau : j'ai cherché dans 
les collections de journaux de médecine de nos jours si je 
pourrais m'éclairer sur la variété d'hémorrhagie post-puer- 
pérale qui parait étroitement liée au tmvailde la dotation, 
et dont M. le professeur Négrier cite deux exemples, «t 
j'avoue que je n'ai à peu près rien trouvé; cependant, cette 



J0liR!IAL DB vrilVBC^Ë* 247 

forme d'hémorrhagie, que Ion a vue assez grave podr 
mettre la vie de la femme en danger, mér?(ë d'être soi- 
gneusement étudiée : aussi , comme le devoir du médecin 
qui écrit est d'ajouter le plus qu'il peut a ce qui a été 
regardé comme boo avant lui , je mettrai sous les veut du 
lecteur les deux observations que M. Négrier a msérées 
dans ses Curieuses recherches et considérations sur la 
constitution et tes fonctions du col de l'utérus, et je ferai 
suivre ces observations de deux faits extraits de ma pra- 
tique, dans le but de laisser croire , ainsi que le pense le 
professeur de l'Ecole préparatoire de Médecine d'Angers, 
que l'on doit attribuer ces hémorrbagies sui generis aux 
étroites corrélations qui existent entre les organes mam- 
maires, l'utérus et les ovaires. 

OUtterrAtlonii extraites texiaelleinent die Ton- 
vrage de M. Négrier* 

I" Obsbrvàtioii. 

Insertion normale du placenta. — Accouchement spontané, 

— Hémorrhagie latente grave après la délivrance. — 

— Deuxième hémorrhagie provoquée par la su4:cion du 
mamelon onze jours après la parturition. 

M"*« G..... ,24 ans, de très-grande taille, ayant peu 
d'énergie morale et physique, dévint grosse en 1833. 
Cette dame , pendant les trois premiers mois de la gesta- 
tion , ressérttlt uîïe iettdioh fort incommode qu'elle rap- 
portait nù centre du bassin. Au cinquième mois, celte 
sensation devint douloureuse et fit haître de Finquiétude. 
La malade ne pèi^iHit jpas fe tbucfaef. Une soignée donna 
quelque soulagement et fit cesser un asdôUjii^emelit jour- 
uatrer. 

Je vis b malade , pour la première ft>is , éù WrCième 
mois dé là grossesse. A ce moment, te sensértion dbu- 
loufeuse dans le basslt) élant revenue plus forte que jamais, 
je crus devdr eo i^pfiK^ter te sié^e vers les ligaïUehtâ 
larges tiraillés. La constipation était habituelle. Je ne pus 



248 JOimilAL 1>B ■É9BCI1IB. 

obtenir le toucher vaginal, pas même le palper de l'ab- 
domen. Je pratiquai une saignée, prescrivis la siUialiou 
horizontale. Ces moyens rendirent la situation meilleure. 
L'accouchement eut lieu le 7 mars ; il fut prompt et 
exempt d'accidents. Le placenta fut eaj^iib^ jusque dans le 
vagin et extrait sans peine. ; 

De gros caillots de sang suivirent la sortie de l'arrière- 
faix ; Tutérus se contracta bien. Quelque temps après (20 
minutes) « la malade se plaignit de faiblesses , de tinte- 
ments d'oreilles. L'utérus s'était laissé distendre par du 
sang. J'introduisis la main dans l'organe et remarquai le 
resserrement de l'oriiice supérieur. Les caillots furent ex- 
traits et la main laissée dans le col et au-delà , jusqu'à la 
contraction suffisante du fond de l'organe. 

La malade, bien qu'affaiblie, voulut allaiter, ce quelle 
fit dès le lendemain de son accouchement. Le quatrième 
jour, les seins se gonflèrent, l'enfant put obtenir du \ait 
trois fois dans ce jour. La stACcion des mamelons développa 
à chaque fois de véritables douleurs à l'hypogastre; tes 
lochies étaient sensiblement augmentées pendant la lacta- 
tion. 

L'allaitement, pendant les jours suivants, ne fut permis 
que deux fois par 24 heures, tant à cause des douleurs 
utérines, que pour fétat de faiblesse générale. A chaque 
succion , les douleurs se renouvelèrent avec une sensation 
de gontlenienl dans tout le bassin. 

Le onzième jour, pendant que l^enfant tétait ^ il se ma- 
nifesta tout a coup une hémorrhagie utérine considérable, 
vu l'état de faiblesse de la malade : la perte de sang fut 
estimée à 560 grammes. Un long évanouissement suivit 
cet accident qui ne fut combattu que par des' aspersioos 
froides sur l'hypogastre. 

La convalescence fut longue et difficile. La malade souf- 
frit longtemps d'une céphalalgie rebelle qui la privait de 
tout sommeil : elle qraignait même cet état de repos , car 
il était accompagné de rêves affreux et bientôt d'ua 
réveil en sursaut : le pouls resta longtemps d'une grande 
rapidité. 



JOUBllAi DE HÉDBCIIIB. 249 

BÉFLEXIONS. 

€e fait, en outre de Thémorrhagie puerpérale, pour 
lequel je l'ai rapporté, offre deux circonstances remar- 
quables. La première est la douleur utérine affectant le 
segment inférieur de l'organe, douleur que j'attribue à la 
compression des parois de la matrice dans Fexcavation. 
Je m'attachai à cette idée, après avoir constaté les trois 
grandes dimensions du bassin : cette largeur influa, plus 
tard, sur la promptitude du travail et sur Thémorrhagie. 
La seconde circonstance est le fait d'irritation sympa- 
thique simultanée de Vutérus et sans doute des ovaires à 
l'occasion de la succion des mamelons. On a signalé bien 
des fois de ces corrélations génitales dans de telles cir- 
constances , mais pas , que je sache , d*une manière aussi 
patente. 

Je supposai que la perte sanguine était devenue une 
véritable hémorrhagie sous t'influence d'un retour de la 
fonction ovarique bâtée par l'agacement du mamelon. Jus- 
qu'à la rupture d'une vésicule ovarienne les titillations des 
seins n'avaient produit que des contractions utérines et le 
dégorgement plus marqué des parois; mais ce fut une vé- 
ritable hémorrhagie quand la fonction de l'ovaire vint 
congestionner un organe mou dont les vaisseaux étaient 
presque béants encore. Il serait difficile d'expliquer autre- 
ment un accident semblable onze jours après la parturi- 
tion, quand, à cette époque, le sang locbial est presque 
complètement expulsé du tissu de l'utérus. 

Le fait qui va suivre corroborrera les explications hypo- 
thétiqtAes sans doute que je viens d'émettre, mais qui sont 
d'une grande vraisemblance. 

Il* Observation. 

tiémorrkagie utérine causée par Vallaitefnent un mois 
après l'accouchement. 

La femme B..., 32 ans, chairs molles et étiolées, était 
accouchée heureusement , pour la quatrième fois, le 20 



250 JOUBIfAL BË MlbÉCtkÈ. 

février 1841; son accouchement n'avait offert de reinar- 

Juable qu'une perte de sang assez forte au moment de la 
élivranc<». 

Un mûis aprè$\ pendant qu'Me donnait à téter, fonc- 
tion i\\x\Vaqaçait toujours beaucoup, dit-elle, la malade 
fut prise d'une héroorrhagie violente, pour laquelle je fus 
obligé de tamponner exactement le vagin. 

Le môme accident se renouvela, en apparence , sous 
l'influence de la même cause , douze jours plus tard. La 
pauvre femme fut tellement affaiblie de ces pertes de sang 
que, non-seulement elle ne put continuer son allaitement, 
mais encore qu'elle ne reprit ses forces que plusieurs mois 



BÉVLEXIO!iS. 

Je crois encore reconnaître, dans ce fait, une influence 
immédiate de la fonction ovarique sur la première des 
Iiémorrhagies utérines ; aucune autre cause sévèrement 
examinée n'en peut rendre raison. Quant à la deuxième 
perte, qui fut peu considérable , elle serait le résultat d'un 
dégorgement utérin sollicité sympathiquement par les 
agacements des mamelons, Torgane étant resté conges- 
tionné par du sang appauvri et d u^ie grande fluidité. 

Maintenant que j'ai cru, dans l'intérêt au sujet que je 
traite , devoir rapporter tout au long et textuellemeht les 
deux observations et les courtes réflexions qu'elles ont 
suggérées à H. Négrier, je passe aux deux faits dont j'ai 
été témoin et qui offrent une grande analogie avec ceux 
observés par Faccoucheur distingué d'Angers. 

I" Observation. 

Bassin à larges dimenèîofis. — Acc&uchement très-prompt. 
— Inertie du fond de l'utérus. — Spasme de l'orifice 
supérieur. — Perte interne conmdérable. — Fouille de 
la cavité utérine. — Compression extérieure de la ma- 
trice à fàide d'un!e sangle. — Suspensi&n de' ïù perte. 
Renouveltetnenl brusqué (fe celk-ci té septième jout, éiu 



niotnfint mime de Iq sucmn fort doyJpureu^e d'un ma- 
mfidn qlteint de gerçures. — Aspefsiqm insuffisanfes 
d'eau frQide s^r le ventre et les cuisses. — Tamponne- 
ment du col utérin et du vagin. — Compression eçoU- 
rieure du globje utérin^ suivant le procédé de JUillot, de 
pijon. — Cessation de l'aUaitemenL — Hétçtblissement 
très-lent. 

Une fejfn^e âgée de 20 ans, chairs éiiolé^s, accouche 
au bovu, d*une heure de douleurs qui n'offrent entre ejles 
presqi^ pas d'interruption. Une légère perte suit l'extrac- 
tion du délivre : cette perte cède à des aspersions froide^ 
sur rhypogastre et au massage utérin. L'enfant est mis en 
nourrice. 

Un a^ après, la fenime a un accouchement tellement 
prompt que, bien que voisin de son domicile, je ne puis 
arriver à efle qu'alors que l'en&nt a franchi la vulve* lie 
cordon est aoiirt et la violence des contractions a entraîné 
dans le va^gin le placenta. L'utérus est mol)a3$e; il ne $e 
contracte pas vers son tiers postérieur, bien que 1-^ col 
in^rne parj^jsse (oi;tement resserré : aussi uqe a^sez grande 
qjuaAtité de sajng s'acpumuje derrière ce resserrerpent du 
col et exige Ip fouille d^ la cavité utérine : 500 gçamqnes 
environ de sang coagulé sont extraits et la main'rçst^ à 
demeure dans l'utérus jusqu'à ce que l'inertie paraisse 
vaincue: toutefois, par excès de précautions sans doute, 
l'utérus e^t coniprimé extérieurement, pe^ndant douze 
heures, par la ç^ifi^iire de jUiilot. 

La ti^mcue qui a perdu S0[n premier eniapt ep nourrice, 
vept absolument ali/^iter celui-ci. L^ séprétion Ifiiitç.useï 
s'élabht difficileinent , etTenfant, avide de tester, exer^p 
une succion fort douloureuse. Bientôt la succion d^evient 
d autant plus i douloureuse que le marnelon est uijf^é. 
Cbaq^ fois que l'enfant prend le mamelon atteint de ger- 
çures, lafeipme est en, proie à des spasmes qui reten- 
tissent sur l'utérus : alora les lochies coulent plus abon-, 
dammei^t. Le septième jour après l'accouchement, au 
i]|iQmen|t où, la s)icpioji du o^ap^elon est. encprç, c^tte fois« 



252 JOUBAAI DB MÉDECniB. 

plas douloureuse que de coutume , la femme est mouillée 
par du sang qui continue à s'écouler avec une telle force 
par la vulve, que, dans moins d'un quart d'heure, tout le 
linge du lit est imbibé. Le sentiment d'une défaillance 
prochaine fait qu'on ouvre les deux fenêtres de la chambre 
et qu'on fait respirer du vinaigre ; mais dans quelques ins- 
tants survient un évanouissement , et lorsque j'arrive, mon 
premier soin est de faire des aspersions d'eau froide sur 
le ventre et les cuisses. La tête, qui est dans une position 
élevée , est placée dans une position déclive. Un sang 
noirâtre s'écoule en nappe par la vulve. N'ayant pas de 
seigle ergoté à ma disposition et Thémorrhagie continuant 
en dépit des aspersions et du massage de la région hypo- 
gastrique , le col utérin et le vagin sont solidement tam- 
ponnés , tandis que des compresses superposées en forme 
conique tiennent précipitée l'aide d'une sangle en cein- 
ture le globe utérin dans le petit bassin. 

Au bout de 24 heures, le tampon qui est devenu dou- 
loureux est enlevé: la femme peut uriner. L'allaitement est 
supprimé, et, bien que les soins hygiéniques les mieux 
entendus soient donnés , la santé revient si lentement que 
ce n'est qu'après trois mois qne les occupations ordi- 
naires peuvent être reprises. La femme n*a pas eu d'autre 
enfant. 

II^'.Obsebvàtion. 

Femme primipare, âgée de 22 ans. — Constitution 
éminemment lympathique. -^ Leucorrhée constitution- 
nelle. — Chlorose. — Bassin large. — Accouchement au 
bout de deux heures de douleurs soutenues. — ' Inertie 
complète de l'utérus après une délivrance rendue prompte, 
un cordon court et enroulé autour du cou ayant entraîné 
i'arrière-faix dans le vagin au momont de* l'expulsion de 
l'enfant. — Perte abondante. — Aspersions d'eau froide. 
— Seigle ergoté. — Massage de l'utérus au travers de la 
région hypogastrique. -^ Fouille de l'utérus. — Cessation 
de rhémorrhagie. — Faiblesse grande. — Sécrétion lai- 
teuse lente devenue assez abondante vers le douzième jour. 



-H 



JOURNAL DE MÉbEClNE. 253 

— Ecoulement lochiai abondant pendant la succion tou^ 
Jours fort agaçante des mamelons. — Sensation pendant 
celte succion d'une douleur sourde et de la nature d'une 
tranchée du côté du petit bassin, — La face hypogastriqu^ 
de l'utérus s palpée dans ce moment, laisse reconnaître une 
contraction. — Pendant • cet état de turgescence et d'éré- 
ihisme de Vutérus, les lochies coulent en abondance. 

Le toucher vaginal, pratiqué avec précaution, n'ap- 
prend rien autre chose qu'un prolapsus dans le vagin du 
col utérin. L'orifice inférieur du col ne permettrait pas 
l'introduction du doigt index sans forcer le col. 

Le quatorzième jour après Vaecauchement , la femme 
donnait le sein : elle était fort agacée par la succion dou- 
loureuse du mamelon lorsqu'elle ressentit tout à couf^ des 
tranchées qui la forçaient à pousser en bas. 11 ne s'échappa 
aucun caillot de sang, non plus qu'aucun débris placen- 
taire, mais bien du sang en abondance, comme si elle 
eût été au fort d'une époque menstruelle. 

Le sang continua à couler et d'une manière si rapide 
que bientôt la femme, éprouvant le sentiment d'une dé- 
faillance, me fit appeler. 

Lorsque j'arrivai à elle, elle venait d'éprouver une 
syncope, le sang s'échappait toujours avec force. L'ou- 
verture des fenêtres, afin de ventiler la chambre, des as- 
persions d'eau froide vinaigrée sur le ventre et les cuisses , 
des frictions de l'utérus au travers des téguments de la 
région hypogastrique ne maîtrisant pas la perte, je fus 
forcé d'en venir au tamponnement du col utérin et du 
vagin en y joignant une compression méthodique de l'uté- 
rus à l'aide de compresses graduées et d'une ceinture, 
suivant , en cela , les conseils donnés par Alphonse Leroi , 
Millot , etc. Le tampon arrêta la perte, et, bien que l'utérus 
parût être, lors de son application, dans un état d'or- 
gasme qui eût pu faire redouter, phis tard , une métrite , 
rien ne vînt confirmer cette crainte. Le tampon fut en- 
levé au bout de douze heures, parce que sa présence 
commençait à ne pouvoir plus être supportée , et aucune 
hémorrhagie inquiétante ne suivit. Là femme cessa d'allai- 



254 JOPiiui. DE irtpy4ff> 

ter; ^lle perdit, pendiint quelques jours, uo^ sérosité 
sanguiaoienle , et aucun accideut ne vint contrarier une 
convalescence qui fut pourtant de longue durée , mais qui 
s'expliquait facilement par la faiblesse, résultat de Thé- 
morrbagie. 

RÉFLlXIOlfS. 

Voici quatre observations dont Tanalogie est frappante 
et dont on peut tirer d*utiles eoseignfiments. Quatre 
femmes éprouvent des pertes par suite de l'inertie de Tu- 
térus, rien de plus commun; mais, ce qui est excessive- 
ment rare, c'est que, cbez ces mêmes femmes, l'on voit 
ces pertes récidiver, chez l'une, le septième jour ; cbez une 
autre , le onzième jour ; chez une àixt^e , le quatorzième 
jour; enfin, chez une autre, au bout d'un mois après 
Taccouchement, et cette récidive coïncide tellement avec 
la succion agaçante douloureuse du mamelon que l'on est 
forcé de reconnaître quâ l'utérus a été sjympajtbiquc^nent 
solicité a l'hémorrhagie. 

Les corrélations intimes des organes mammaires et des 
organes génitaux constituent un fait physiologique qui 
a non-seulement frappé , dans tous les temps et dans tous 
les pays, les médecins, mais qui était conni^ dans les 
maisons 4e débauche de l'antiquité païenne. Au dire de 
plusieuf*s écrivains, les qourtis^nnes de la Grèce se pro- 
curaient l'avortemeni pa^> les baisers lascifi^ de leurs aidants, 
par la titillation du clitoris , même . du . col utérin , en 
même temps que par la succipp erotique, des mamelons. 
Il est vrai que ces attouchements obscèpes, au dire des 
mêmes écrivains, ne déterminaient q^e rarement l'avor- 
tement. Il y avait d'autres moyei;^ qi^i , malheureusement, 
ne son^ en^ployés encore que trop fréquemment aujour- 
d'hui, que l'autorité païenne tolérait, à oei qu'il pai^H, 
dans les lap^nare^ de Ja. Gjrèce, puisqi|i'op écrivait publi- 
quenaent.sur lés mur§ de ces lieui^ ^e débauche: «r Ici 
l'on procure Vaaoori&mnU «> 

Hippocrate avait étudié les ^n^pathiçs qui ei^is^ni 
entre les fonctiQ(is des organes ms^mm^ires et cdlesde^ 



I 



JOtmilAl DE HÉDECHŒ. 255 

organes delà reproduction. Ce serait, toutefois, se mon- 
trer bien peu physiologiste que de vouloir généraliser 
l'aphorisme. 

(ï Mulieri menstruasi veîis cohibere , cucurbitam quàm 
mcujcimamadmammas appone. » (Sect. 5, aph. 50.) 

11 n'y a point en thérapeutique de principe absolu , de 
règle générale, et ce serait manquer de philosophie médi- 
cale que d'examiner les faits toujours à travers le même 
prisme. Il y a assurément une vérité dans cet aphorisme 
du père de la médecine : le tout est de bien comprendre 
les tempéraments, les idiosyncrasies individuelles; en 
un mot, de bien saisir les indications qui permettent de 
tirer profit de cette vérité ; car, si on voulait généraliser, 
pour tous les cas, l'emploi de très-larges ventouses aux 
mamelles dans le but de ralentir, diminuer, supprimer 
les menstrues exhubérantes , on s'exposerait à de nom- 
breux mécomptes. En turgescent les organes mammaires 
par l'appel des fluides, les vastes ventouses détermineraient 
souvent un éréthisme nerveux qui retentirait sur les 
ovaires, l'utérus, et produirait l'effet opposé à celui que 
l'on se proposerait. C'est ce qu'apprend l'expérienàe 
conforme en cela à la saine physiologie. 

Quant aux recherches de M. Négrier, sur les ovaires 
humains, ouvrage dans lequel ce professeur cherche à 
démontrer la subordination de l'utérus dans la fonction de 
la menstruation, il y a là des vues ingénieuses dont quel- 
ques physiologistes, quoique M. Négrier dise le contraire, 
ont contesté l'exactitude ; mais c'est à ces vues, j'aime à le 
reconnaître, qu'est dû l'élan donné à la science sur ce 
point de' physiologie. 

M. Négrier a écrit « que chaque époque menstruelle 
était la conséquence du développement de la séparalion et 
de r écoulement d\tn (Buf provenant de la vésicule de De- 
graaf ; que cet œuf portant un germe vivant et non fé- 
condé j est saisi par la trompe et presque toujours conduit 
par elle jusque dans la cavité de l'utérus, etc. , etc. » 
Dans ce système, il subordonne entièrement la fonction de 
l'utérus à la fonction des ovaires. Ce n'est pas ici le lieu 

19 



256 J(M^ix i»E nAi^jififsufi. 

de faire ^onpajtre les opinions des ai^iei^f^ ^i ont critj/fuié 
G/e systièoie. Q]u'il ipe suffise da déclarer ^uç, saos entrer 
dans le cœur de la question, je me range voloo^ers à 
l'opinio^i du professeur Ifégrier, au «^et du retentisse- 
ment que Texcitation de$ orgaj^ mamm^ir^s p^ J^ suc- 
cion des paflf^elous, a sur '^es ojiraires let s^r rulénps, 
surtout à r^Qque imeosuelie de J'allai tement quiré{koi^d# 
chaque époque i^eusu^uelle autant l'^llaitemeol. Il y a i|ies 
noi^rr^res qui oni fait i^fie étude parlicuiiière d'elles-môm^, 
eJL qui lioVOvt as^juré qu'elles étaient parfaitement avjSfriies 
par des douleurs de reins ^t dans |e bassin, qi^répi^iji^e du 
mois à laquelle elles se trouvaient répondais à TépiE^ue 
mensuelle de leurs règles. Les douleurs qu'éprouvant les 
femmes avapi et pendant le llux menstruel sont a^sez 
caract|àristiqi^es,ppur qu'jaucuoe femfne ne se méprenne ^spi* 
la nature de cesdoul^rs. Il y a à remarquer qu|3iou$ Les 
accoucheurs ont signalé cette manifestation (de ^épojq^^ 
menstruelle pendant tout le temps de 1;^ gjçstat^ou , nnaai- 
te^tation qui se ^ei^oifvelle d'une ^)anièr^ . lateîiite cba^M^ 
mois. Il est vraisemblable q^e la naU^re qui m saurait se 
soustraire eptièrement aux lois qu'elle s'est infpos^s ré- 
veille, du côté des ovaires , du côté de l'utérus, pepi^i^t 
la £est|ition et pend/tnt rallaiteji^ent , un certaiu orga3Rie, 
bien que les fonctions de l'ovaire et de l'utérMs, c'^ ^à-dire 
la menstruation , soient alors suspendues. C'est yxaisem- 
bjl^ement aussi à l'excitation des man^ell^s par ia suc* 
cion qu'pst dû Téré^hisme ovariq^e et ptérin qui détermine, 
daiis les premiers tmps de l'allaite^xent , chez l^s femmes 
douées dune constitution pçrveuse, irritable, Ip fKioÙffii^ 
hémorrhagique auquel se rattachent les quatre observa- 
tions citées ci-dessus. — Quand on songe, en effet, a 
Tébranlemient du système nerveux que cause, chex cer- 
taines femmes, la succion avide du mamelpjQ par des 
nourrissons très-vivaces, à la douleur quelquefois poi- 
gnante que détermine cette succion lorsque le bout du sein 
est escorié : quand on joint à cet état la SMSceptibililé i^r- 
veuse, résultat des pertps auxquelles, comme dans les 
observations précédentes, ces fenames pnt été soumises; 



joinmiAi* w «ÉuGiNE. 257 

quand on tient compte de la laxité de la spo^giosité du 
tissu utérin à la suite des pertes post- puerpérales par iner- 
tie , on conçoit qu'une hémorrhagie par exsudation puisse 
se réveiller sous Faction sympathique des organes mam- 
maires, alors surtout que Fépoque du mois correspond à 
l'époque de la fonclion ovarique, pour toujours raisonner 
au point de vue du système de M. Négrier. Mais on objectera : 
a Toutes les femn^s qui allaitent sont soumises à Tinfluence 
delafonotion ovarique^bien que cette influence soit latente; 
plusieurs .d!entre elles ne donnent le sein qu'avec douleur, 
uar les gerçures des mamelons sont chose commune; 
comment se fait-il donc que Thémorrhagie que vous rat- 
tachez à la succion douloureuse du mamelon et au 
retentissement de cette douleur surTutérus, surtout pen- 
dant la fonction ovarique, soit un fait si rare? N'est-il pas 
présumable plutôt que la titillation, la succion du mame- 
lon même la plus douloureuse, ainsi que la fonction men- 
suelle des ovaires, fonction très-contestable au point de 
vue de Tintei^pré talion que voys en faites , restent étran- 
gères à la production de ces rares hémorrhagies, et qu'il 
convient de ranger ces hémorrhagies parmi celles appelées 
lochiales parles auteurs, hémorrhagies qui, comme cha- 
ciu) le sait , tiennent à différentes causes et qui sont , le 
plus ordij^aireineAt, liées, suivant H. Jacquemier, à Tac- 
tion de se lever, de marcher ou à quelques autres écarts 
dans le r^ime que les femmes se permettent souvent 
après la fièvre ^ lait? Ce flux immodéré des lochies 
peut aussi dépendre de causes particulières. Âinsi« M. le 
professeur Moreau cite deux cas de pertes abondantes 
survenues huit à dix jours après Taccouchement et qu'il 
attribue à des matières fécales tellement endurcies qu'il 
&llût Une curette pour débarrasser le rectum. Et puis, il 
faut bien en convenir, si la cause de ces hémorrhagies 
passe souvent inaperçue, c'est que Ton recherche cette 
cause avec trop peu de soin. Ces hémorrhagies tardives 
tiennent , comme t)eaucoup d'aujtres hémorrhagies puer- 
pérales, à des causes diverses : tantôt, c'est un caillot de 
sang retenu par Torifice supérieur du col qui devient une 



258 JOUBNÂL DE IIÉII&CIIIB. 

cause d'irritation du tissu utérin , et celui-ci se dégorge 
d'une grande quantité de sang au moment où des contrac- 
tions viennent à expulser ce caillot; tantôt, c*est une petite 
portion de placenta qui n'a pas été extraite, retenue qu'elle 
était par une adhérence , et ce corps étranger renouvelle , 
par suite de l'irritation du (issu utérin , une hémorrha- 
gie , etc. » 

On convient que ces objections et beaucoup d'autres que 
Ton pourrait faire sont fondées; mais on peut cependant 
répondre à toutes ces objections d'une manière victorieuse, 
en disant que, lorsque l'on a reconnu une cause à une 
hémorrhagie , on cite cette cause, et que c'est justement 
parce que , dans les deux cas d'hémorrhagie post-puerpé- 
rale pendant l'allaitement, rapportés par H. Négrier, et 
dans les deux observations qui me sont propres , il a paru 
impossible de rattacher ces hémorrhagies à d'autres causes 
qu'aux corrélations qui sont naturelles entre les organes 
mammaires et les organes de la reproduction et à l'in- 
fluence de la fonction ovarique que l'on a rapporté cette 
variété d'hémorrhagie à ces dernière causes. J'observerai 
que si ces hémorrhagies sont d'une si excessive rareté, 
c'est que, pour qu'elles se produisent , il faut un ensemble 
de causes , un enchaînement de faits qui ne sont heureu- 
sement pas communs. Il faut d'abord qu'il y ait eu hé- 
morrhagie au moment de la délivrance par suite d'inertie 
de l'utérus; il faut que, quels que soient les moyens em- 
ployés pour triompher de cette perte , que l'utérus soit 
resté dans un état de mollesse qui laisse craindre le retour 
de rhémorrhagie ; il faut que la succion du sein devienne 
assez douloureuse pour ébranler le système nerveux et 
pour réagir sur l'utérus; il faut, avant tout, que la femme 
soit d'une constitution irritable, et que cette irritabilité 
soit accrue par la faiblesse qui suit les pertes puerpérales. 
Du reste, que ces explications paraissent plausibles ou 
qu'elles laissent à désirer, il vaut mieux les risquer que 
de rester sous ce doute philosophique qui nous porte sou- 
vent à nier la vérité. 

Que cette variété d'hémorrhagie se rattache à telle ou 



JOURNAL DE «HÉBECINS. 259 

telle cause , le traitement reste le même : il consiste à 
réprimer par des moyens que l'expérience a sanctionnés, 
la perte de sang sans trop de retard ; car toute temporisa- 
tion deviendrait d'autant plus nuisible , que déjà la femme 
e.st arrivée, par suite de le perte qu'elle a subie immédia- 
tement après la délivrance, par des lochies abondantes, 
par l'allaitement à un dej^ré de débilité des forces qui ne 
permet plus la privation du sang. 

Quand Thémorrhagie est modérée , elle cède , le plus 
souvent , à des moyens simples et à la portée de tout le 
monde : les aspersions d*eau froide sur le ventre et les 
cuisses, le massage utérin au travers des parois hypogas- 
triques, le seigle ergoté, les boissons froides acidulées et 
légèrement astringentes, etc. — 11 est, toutefois, à re- 
marquer que lexpérience a prouvé que le seigle ergoté 
agit faiblement sur l'utérus, lorsque les forces sont épui- 
sées par des pertes successives , aussi doit-on peu compter, 
dans ce cas, sur ce moyen hémostatique. 

Si rhémorrhagie persiste , il reste un moyen mécanique 
d'une grande puissance et qui réussit presque toujours, je 
veux parler du tamponnement du col utérin et du vagin , 
en joignant à ce moyen la compression extérieure du 
globe utérin. Je sais que quelques accoucheurs ont cherché 
à trop généraliser l'emploi du tampon; mais si jamais il 
est rationnel d'y recourir, c'est assurément dans la variété 
d'hémorrhagie dont il vient d'être parlé. Ici, la titillation du 
col utérin , le massage hypogastrique de l'utérus ne réus- 
sissent pas à déterminer des contractions utérines par la 
raison que, à cette distance de l'accouchement, le retrait 
des parois utérines s'est effectué, et, à ce sujet, il est 
bon de consulter les curieuses recherches de M. Négrier. 
On doit, en effet, savoir gré à ce professeur d'avoir, par 
un toucher soigneux et persévérant, cherché à apprécier 
le retrait gradué du tissu utérin pendant les quinze jours 
qui suivent l'accouchement. On connaît aujourd'hui la 
marche du retour des parois utérines à leur état naturel. 
Ces études , d'une difficile exécution et qui ne pourraient 
pas être suivies dans la pratique civile, ont fourni des 



260 jomMAL M HâMicm. 

résultats qu'il importe de counattre. Le tamponnement du 
col utérin et du vagin s'opposant à l'écoulement du sang 
par la vulve , il n'y a pas à redouter, ordinairement du 
moin$, la transformation d'une perte externe en perte 
interne, parce qu'à cette distance de l'accouchement les 
parois de Tutérus sont assez revenues sur elles-mêmes 
pour ne pas se laisser distendre par l'accumulation du 
sang. Si cependant la force de contractilité paraissait 
vaincue par le sang , il faudrait ajouter au tamponnement 
la compression extérieure de l'utérus , après avoir préala- 
blement vidé la vessie. C'est ainsi que se comportaient 
Alphonse Leroi, Leroux, de Dijon, Chanssier, etc. 

Inutile de dire que ces accidents étant en partie imputés 
à la succion douloureuse du mamelon , il convient d'au- 
tant plus de cesser l'allaitement, qu'après des pertes suc- 
cessives, la femme se trouve réduite à un état de foiblesse 
qui ne lui permet plus de nourrir. 

CORCIUSIONS. 

Des recherches bibliographiques auxquelles je me suis 
livré, il appert que les cas d'hémorrbagie de la nature de 
ceux qui viennent d'être signalés son excessivement rares, 
et que ces cas sont rangés par les auteurs parmi ceux d'hé- 
morrhagies lochiales. 

Avant M. Négrier, aucun médecin , que }e sache , n'a 
rattaché ces hémorrhagies à la succion douloureuse du 
mamelon et aux corrélations qui existent entre les organes 
mammaires et les organes génitaux. Quant à l'action de la 
fonction ovarique sur la production de ces hémorrhagies, 
ce système appartient exclusivement au professeur d'accou- 
chements de TEcole d'Angers. 

Nantes, i«t septembre 1855. 



UttÈÈÀt Dri nihitti^tt. 2frl 



NOTÉ sût l'itioto^e des pêtroUdes syinptoma- 
ticfues ou parotidites^ par W. Tbastoub, Ù.-ST, 
ancien interne des hôpitaux de Paris. 



Ub mtà est toujmtraiiil mal, bieff qu'il 
n'aille pasjusqrii'k rendre martelle k'affeé^ 
tion dont il dépend. 

(EocHODX, Diction, en 30 voIm ^^t. Parotides^ 

Les pdrotfdes symptottiatiques sont, chacun le sail!, 
bien dr8tinct«â des parotides' idiopatfaiqiteâ oti oreillons , 
el dont surtout observées dans les matàdies typhoïdes 6t 
pestiterilielles , dont efles sont regardées comme une des 
conifylioatioiié lés phis caractéristiques. On les voit survenir 
aussi, mais plus rarement,* dans des affections aiguës ou 
chroiiritiueâ , qui ne présentent aijicuni signe de cette altéra- 
tibn des htïMeurs que fea ancîMid désignaient par Ibs 
expressions de pnffîdiié ou de wiaKgniti, 

Si, dans lé premier cas, l'esprit trouve dans la nature 
spéoiate de la maladie, une explication asisez satisfevsante 
et ce symptéme sin^Kër, il n'en est plu^ aitisi d^ns le se- 
cond, et, quand oh y réfléchit, on né peut se défendre 
d'on certain étbnnement, en présence d^un phénomène 
qui ttte pWrail avoit», au premier abord, aucune relatibn 
ave<& l^afleetidn prificipale. De ià vient que les idées de 
ci^iie, de ndamifestrition critique, dont leà anciens étaient 
si prodigues et dont le& mwlerntes sont peat-*ètte trop 
avares, se «ont perpélloées et conservée^ jdëqii'à nous, 
àf Tégârd des parotides; 

Bneflfet, tes auteurs les pliss' récents les? divisent encore 
en critiques et acritiques. Il faut bien le dire pourtant , cette 



262 



JOUBNÀL DB MÉBBCDIB. 



distinction supporte difficilement Texamen et ne semble 
fondée sur aucun signe sérieux; c'est seulement d'après 
I issue heureuse ou funeste que Ton prononce sur la nature 
critique ou non critique de cette complication. Alors , à 
quoi sert cette division? 

Il est, en clinique, une foule de faits qui seraient éga- 
ement, pour nous, le sujet d'un profond étonnement, si 
les lumières, puisées par la pathologie dans les recherches 
anatomiques et dans une saine physiologie, n'eussent 
dissipé les ténèbres qui les environnaient. Les adénites de 
la racine des membres par suite de lésions, situées aux 
extrémités; les ophthalmies , liées à une inflammation du 
nez ou des narrioes; les orobites, les cystites dépendant 
de phlegmasies urétralfs; les catarrhes et les abcès des 
reins, amenés par des maladies des parties inférieures des 
voies urinarres, tous ces phénomènes s'expliquent, pour 
nous, de la manière la plus simple et la plus claire. La 
loi de la propagation de l'inflammation à la surface des 
muqueuses, a i intérieur des conduits et des vaisseaux, 
nous met sous les yeux la relation directe et positive qui 
existe entre des phlegmasies se manifestant successivement 
sur des points si différents et si éloignés. 

La physiologie nous a prêté de même uu utile secours 
pour nous rendre compte de phénomènes moins élémen- 
taires restes, jusqu'à ces derniers temps, entourés d'obs- 
cunte. Les abcès du foie, par exemple, si communs dans 

^.ntfT a^^' """^ ^"^" '•^^ "»^ explication satisfai- 
scime. tn effet, nos médecins militaires, en Algérie, ayant 

nn. î?- ''^P*^'^' très-rarement primitive, vient, le 

ïïsurSl'!?''^'"^^ ^ '* ^"^'« ^^^ affections intestinales 

à adm^uL '^ T'" ^^ '^ dysenterie, on ne peut hésiter 

ïo2n r "îî* ?"^ l^^flaroinalion se propage, ïar voie de 

SK'Î'^"'^" *^"^ ^ conLt cholédoque jus^ 

ïïiis tt '^.P^'»^"^* <^ q«e les produite mSrWdes, 

veiÏÏ rn^J^ '^^^ns, enflammés et ulcérés, par les 



\ 



JOUBIUi PB MÉDBGIMB* 263 

Ainsi se simplifient et s'éclaircissent peu à ,peu quel- 
ques-uns des problèmes, trop nombreux encore, que nous 
offre la paihogénie. Tous ces faits, conquis à Taide de la 
physiologie pathologique , cette science nouvelle qui mar- 
che et grandit à la suite de la physiologie normale, son 
aînée , doivent nous encourager à chercher l'origine et le 
mode de développement des complications bizarres qui 
surgissent dans les maladies et dont nous n avons pu nous 
rendre encore un compte suffisant. 

L'observation de Tétat normal nous montre chaque or* 
gane recevant les matériaux nécessaires à l'entretien de sa 
vie propre et à Tesercice de ses fonctions, par des voies 
constantes et régulières; la physiologie pathologique doit 
chercher de même , si les maladies n'arrivent pas, en gé- 
néral , aux organes par des voies uniformes et déterminées 
et s'efforcer de saisir le point de départ, la source du 
mal , afin de le prévenir ou de leteindre dès son origine. 
Voyons donc si nous ne pourrions pas arriver à péné- 
\rer le mystère dans lequel le développement des parotides 
symptomatiques est encore plongé. 

Les observations qui forment la base de ce travail, et 
dont je ne donnerai que les détails relatifs à notre sujet, 
mo semblent de nature à prouver que l'intlammation des 
parotides qui vient compliquer un certain nombre de ma- 
ladies, a souvent, pour point de départ, une cause locale, 
une inflammation de la muqueuse buccale qui se propage 
par Tbuverture du conduit de Sténon, jusqu'à la glande 
elle-même. Voilà pourquoi je rappelais tout à l'heure des 
faits pathologiques du même ordre qui sont acceptés, sans 
contestation , dans la science , et qui peuvent être vérifiés 
tous les jours. 

Cette inflammation buccale est tantôt simple, tantôt 
accompagnée d'une sécrétion particulière, du muguet par 
exemple; je pense que toute inflammation, de quelque 
nature qu'elle soit, peut avoir le même efl^et; mais, dans 
le petit nombre de faits que j'ai rassemblés, c'est le muguet 
qui a surtout été rencontré (3 fois sur 4). 

L'explication que je propose et dont je dois la première 
idée, je me hâte de le proclamer, à un anatomo-patbolo- 



204 lotmivjkt M «tiliBCtNfi. 

giste tipës^renommé, à mon honorable mivftris, M. Baftrth (I ) , 
n'a pas la prétention d'être exciusite. Les parotkies se 
montrant partieulièreroent dans une certaîne classe de 
maladies, les maladies putrides et pestilentielles, j'admets 
volontiers^, pour elles, une cause prédisposante, une in- 
fluence générale de nature spéciale. Mats, rtiéme dans ces 
ca6,}e crois qu*ii sera bon de rechercher s*il n*y a pas ime 
cause occasionnelle , une influence locale qui provoque 
Téruption de cette phlegmasie singulière; et, d'un autre 
c6té , lorsque la maladie principale n'aura aucun caractère 
de malignité ou de putridité, j'espère qu'on pourra se 
contenter des causes locales, si on parvient à les constater, 
sans fiiire intervenir des principes occultés et insaisissables. 

On envisagera ainsi, il me semble, cette complication à 
un point de vue plus simple et plus vrai ; on sora moins 
disposé à lui attribuer, dans les cas heureux , une rnfluence 
salutaire qu'elle ne possède sans doute pas; on accueillera 
plutôt la pensée émise à ce propos par Rochoux : un mal 
est toujours un mal, bien qu'il n'arille pas jusqu'à rendre 
mortelle l'afl^ection dont il dépend. 

J'ai recueilli le premier fait qui m'a mis sur la voie de 
cette explication à l'hôpital Beaujon, en 1853. 

OBSfiBVATiON r«. — Au n» 36 de la salle Sainte-Marthe 
entra, le i«' févriei*, une femme Laurence, âgée de 34 
ans, déjà malade depuis i S jours, et chez laquelle se 
développèrent bientôt tous les symptômes curactéristiqoes 
d'une nèvre typhoïde (stupeur, céphalalgie, insomnie, 
épistaxis, toux, dévoiement, ballonnement du ventre, 
sécheresse de la langue, foligtnosités des dents « taches 
rosées assez nombreuses , etc.). 

La maladie suivit sa marche ordinaire avec une moyenne 
intensité, le pouls variant de 84 à 100 pulsations par mi- 
nute, jusqu'au 15 lévrier. Seulement, dès le 9, des vo- 
missements , symptôme assez rare dans la fièvre typhoifde, 
étiaient survenus; la malade rejeta d'abord de la bile, 
ptlis , les jburs suivants , vomit ses tisanes ; sitôt qti'elle 

(1) M. le professeur Plorry, dans son Traité de médecine prati- 
que, a aussi donfié cette oxpfioation daspifarotiditea* 



JMUlilL DB VÈOÈCOmU 265 

avalait des liquides, elle les rendait; mais si on là- laissait 
tranquille, sans lui présentera boire, elle ne vomissait 
pas. Le dévoiement continuait, la stupeur était très- pro- 
fonde , et l'hébétude si grande que la malade pleurait quel- 
quefois sans raison. Jusque là le traitement avait consisté 
en tisanes de limonade et dégomme, eau de Seltz, juleps 
diacodés, cataplasmes sur le ventre. Un seul jour, le 10, 
2 grammes de diascordium furent administrés et vomis. 
Le 15, à la visite du matin, on fut assez surpris de 
trouver les deux régions pstrotidiennes très-goniiées, très- 
tendues , surtout du côté gauche , tr^s-douioureuses et 
d'une ferme consistance à la pression. Le pouls n'était qu'à 
92 ; la chaleur modérée. La malade avait plus, de connais- 
sance que la veille; la douleur diminuait sa stupeur; elle 
se plaignait continuellement; elle avait encore vomi dans 
la nuit, époque du développement spontané des parotides. 
En cherchant à examiner ces tumeurs par l'intérieur de la 
* bouche, on vit une exsudation blanchâtre , crémeuse , ca- 
ractéristique du muguet, sur la lèvre inférieure et les 
gencives. On ne s'en était pas aperçu jusque-là , mais on 
n'avait pas, il est vrai, porté son attention de ce côté. 
10 sangsues à la base de la parotide gauche. 
Le 16, les sangsues ont bien pris et fait couler beau- 
coup de sang; la tun^ur du côté gauche a diminué, mais 
la droite a augmenté. La douleur est très-vive. A la région 
sous-maxill&ire , il y a aussi du gonflement et de la sen- 
sibilité. Sur tous les points de la muqueuse buccale qu'on 
peut voir, le muguet est très-intense. Il n'y a pas eu de 
vomissement ; 3 selies asse^ abondantes , pouls très-petit , 
à 112. 

Onctions mercurieiles; garg. au borax. 
Le 17, la faiblesse faisait des progrès ; le pouls était à 
124; les deux parotides, gonflées à peu près uniformé- 
ment, gardaient l'empreinte du doigt, ofl'raientiin peu de 
rougeur, mais pas encore de fluctuation. Le tissu cellu- 
laire sous"-outané était infiltré sous la rtiâchoire inférieure , 
mais la peau y conservait une couleur d'un Uanc maV. 
BagDolst 100 grant.; plus, le traitement de la veille. 



266 lOOBNÂI OB Mtoscois. 

Le 18, le goufleraent des parotides diminuait, les 
glandes se dessinaient , le tissu cellulaire sous-cutané n'é- 
tait plus distendu, mais le pouls très-petit, à 124, le 
dévoiement abondant, la faiblesse qui augmentait, lais 
saientpeu d'espoir. La mort arriva le 19, à 7 heures du 
matin. — Autopsie, 26 heures après la mort. — La cavité 
buccale tout entière est recouverte d'une couche fibrineuse 
blanche ou lie de vin en raison du Bagnols ingéré, de 
consistance molle, mais formant cependant des plaques 
assez étendues, faciles à détacher de la muqueuse, qui pa- 
raît légèrement injectée. 

Dans Tarrière-gorge, cette concrétion recouvre toute la 
surface pharyngienne, les amygdales, la face antérieure 
de Tépiglolte, la base de la langue ; mais la muqueuse des 
voies aériennes n'en présente aucune trace, et sa coloration 
est infiniment plus pâle. 

Danr; l'œsophage, on voit de longues lamelles fibri- 
neuses c pvrant toute la surface muqueuse et s'en détachant ' 
très- facilement sous un filet d'eau ou par le raclage. Klles 
cessent brusquement au cardia, au niveau du changement I 
d'épilhélium. Elles sont colorées en jaune par suite du 
passage d'un liquide biliaire dont il existe encore deux ou | 
trois onces dans l'estomac. 

Dans le cinquième inférieur de l'intestin grêle, il y a | 
une très-grande quantité d'ulcérations noirâtres, sur des 
plaques ou des follicules, la plupart en voie de cicatri- | 
sation. 

Dans tout le gros intestin, on retrouve une couche 
fihrineuse, d'un blanc grisâtre, chagrinée, continue it 
d'une seule pièce , analogue à celle de la partie supé- 
rieure des voies digestives. Seulement , elle est plus gru- 
meleuse à sa surface, plus adhérente à la muqueuse dont 
la vascularité est aussi plus prononcée, sans ramollisse- 
ment cependant. 

Rien de semblable sur les muqueuses vaginale, utérine, 
urétrale et vésicale. 

Je passe sous silence un engorgement d'une partie du 



iovuràl de HÉDBcniB* 267 

poumon gauche, une adhérence complète du péricarde au 
cœur, et.j'arriveà Texamendes parotides. 

Ces glandes sont enlevées avec les canaux de Sténon et 
la parlie de la muqueuse buccale sur laquelle ils s'ou- 
vrent. Celle-ci est recouverte de larges plaques fîbrineuses, 
mais non injectée. Du pus sort de Fouverture du conduit 
(le Sténon à la pression de la glande. 

La parotide droite est doublée de volume; la gauche 
est encore plus grosse. 

On incise d'abord le conduit de la parotide droite jus- 
qu'à ses principales ramifications inclusivement; on trouve 
partout du pus. Le tissu glandulaire présente à la coupe : 

V Une coloration rouge générale sur laquelle sont dis- 
séminés des points blancs nombreux, dus à la dilatation 
des grains glanduleux par du pus; en pressant la glande, 
en piquant la surface de ces points blancs , on fait sourdre 
un liquide purulent d'un blanc crémeux. 

2° Le tissu glandulaire est friable , ramolli , mais à des 
degrés différents; là où il l'est le moins, , on distingue des 
vaisseaux très-nombreux qui lui donnent la coloration 
rouge indiquée; là où il est le plus ramolli, il y a eu 
combinaison du pus avec le tissu de la glande; on ne dis- 
tingue plus qu'une bouillie lie de vie. 

La parotide gauche est exactement dans le même état. 

Les glandes sous-maxillaires sont saines et servent de 
terme de comparaison par leur tissu blanc résistant, par 
leur liquide limpide, pour apprécier le degré des altéra- 
tions des parotides. 

Bien que le muguet n'ait été constaté, dans ce cas, 
qu'au moment de l'apparition des parotides, on ne refu- 
sera pas d'admettre qu'il a bien pu exister auparavant sans 
être aperçu ; et l'extension de l'inflammation de la mu- 
queuse buccale, par les conduits salivaires, jusqu'à ces 
glandes, rendra un compte assez satisfaisant du développe- 
ment de cette complication. 

Les vomissements , je l'ai noté , se sont montrés dès le 
9 février , tandis que les parotides n'ont paru que le 15. 



268 JOVBIUL BE flÉmOHE. 

Or, la rafeté de ce symptôme dans la fièvre typhoïde 
simple et sa fréquence assez grande dans les cas. de mu- 
guet , surtout lorsqu'il s*élend , comme chez notre malade, 
jusque dans Tœsophage, me semblent appuyer notre 
supposition de la préexistence de la pblegmasie buccale. 

Mais, dans les faits qui vont suivre, il n'Vaura pas le 
moindre motif de doute à cet égard. 

L'un d'eux est d'autant plias probant qu'il avait été 
recueilli antérieurement, alors que je n'avais pas du tout 
ridée de la rcflation qui pouvait exister entre le dévelop- 
peoi^nt des parotides et la présence du muguet ou d'une 
autre iofiammation buccale. L'observation que j'en avais 
gardée contient de très-lcmgs détails étrangers à la ques- 
tion dont je m'occupe; i)e n'en présenterai donc qu'Ain 
simple résumé. 

Obsebvation II. — Une femme ISerrier, Françoise^ &gée 
de 76 ans, entra, le 28 février 1852, à l'infirmerie de la 
Salpétrière, salle Saint- Alexandre, n** 21^ service de M. 
Mpissenet. 

Elle ne parut d'abord souffrir quip de la coi^stipation et 
fut soulagée par des purgatifs; mais^ le 3 mars, dans la 
soirée , après avoir mangé avec appétit , elle fut prise de 
malaise, de point de côté à droite, ide frissons, puis, le 
lendemain matin, vers 4 heures, vomit à plusieurs re- 
prises d'abord des aliments et ensuite de la bile. Bientôt, 
tous les s^nes d'uiie inflammation de la base' du poumon 
droit se manifestèrent, mais avec un tel abattement, une 
telle prostration, qu'on se borna, les deux premiers jours, 
à lui donner du thé et à lui appliquer des sinapi^nes. . 

Les forces s'étant un peu relevées, on put employer, 
les jours suivants, des moyens plus actifs (sangsues, vomi- 
tifs , vésicatoires) , après desquels les symptômes locaux et 
généraux .qui av,aient causé de grandes inquiétudes corn- 
méncèr^nt à diminuer. L^ mutité et le souffle tuber qui 
existaient à la base du poumon dro^t, quelques crachats 
rouilles qui avaient été rejetés, la langue sale , sèche, 
croOteuse; la figure très<a})attu^, l'œil terae, le teint 
jaune avec injection des pommettes; tous ces phénomènes, 



JOraBAii B& MÉBSCiW. %69 

parmi Jesqueb Fadynajnie ^aii la fiiit domioant, dispa* 
laissaient peu à peu, quand, le 14 mars, on aperçut, 
dans ia bouche ^ un peu de muguet. On toucha les points 
qui en étaient recouverts avec un mélange d'acide chlo* 
rhydrique et de miel rosat. 

Néanmoins, le 17, le «luguet était revenu plus intense, 
et , le ^C , un gonflement considérable de ia parotide 
{4auch« avec douteur vive , induration, rougeur de la peau, 
fut constaté. La tumeur augmenta le 21 et le 22; le 23, 
bien que le gooflemeat eut diminué , ia douleur était plus 
forte et la rougeur plus foncée. On croyait ta suppuration 
inévitable, il n'en fiit rien; sans autre médication que 
Vapplication de cataplasmes émoUients , la parotide di- 
minua peu à peu, et, le 26, elle avait presque disparu, 
i\ ne restait plus qu*tin peu de sensibilité à ia pression. La 
langue était bqniiàe et nette, la peau fraîche, le pouls à 
92. La malade prenait volontiers du bouillon et du vin 
qu'on lui avait toujours prescrit. 

Le 27, on vit un peu de muguet de nouvelle formation 
sur la langue et à la face interne des joues ; mais le gon- 
flement et la douleur avaient complètement disparu de la 
région parotidienne. 

La pneumopie avait Qédé; mais une bronchite, peut- 
être ()e vieille date, persistait avec opiniâtreté et s'oppo- 
sait au retour de la santé. Des crachats verts , opaques , 
assez abondants, étaient rejetés; des râles muqueux , ron- 
flants étaient entendus avec du retentissement de la voix 
e^ une respiration souillante dans la rooitip inférieure du 
pourpoB droit. 

Le 1 3 avril , |a parotide gauclie se gonfla et s'iadura de 
nouveau avec iwe vive douleur dans l'oreille du même 
côté. Les jours suivants, ces symptômes s'accrurest, et, 
le 17, la tumeur étant moins dure et la peau légèrement 
violacée; on crut, de npuveau, que la suppuration allait 
se mootrer. Cependant, jusqu'au 23, il y eut plutôt des 
siigDes de résolution ; ca jour là , on vit immédiatement 
sous le lobule fie Toreitle «m point ramolli , gros coinme 



270 JOVKHàh DE MÉDBCOIB. 

une noisette, fluctuant, et dont la peau était d'un blanc 
bleuâtre. 

A notre grande surprise , ce point si ramolli ne s*ou- 
vrit pas, et la parotide sembla complètement en voie de 
résolution pour la seconde fois. 

Enfin, le 4 mai, la tumeur reparut à la partie anté- 
rieure et inférieure de la glande, et une incision prati- 
quée le 6, sur un point fluctuant, donna issue à une 
assez grande quantité de pus louable. 

Le 7, du pus, mêlé de sang altéré, sortit en abon- 
dance. 

Après un affaiblissement progressif, pendant les jours 
qui suivirent, la malade succomba, le 12 mai, sans symp- 
tômes nouveaux. 

A l'autopsie , on trouva la parotide à peu près guérie. 
Une fausse membrane très-forte, quoique .peu ancienne, 
existait sur le lobe inférieur du poumon droit, sain d'ail- 
leurs , sauf un peu de condensation. Un noyau de pneur 
monie chronique, de la grosseur d'une pomme d'api, qui 
existait dans la partie antérieure du lobe supérieur du 
poumon gauche, et du muco-pus dans les bronches expli« 
quèrent la terminaison funeste. 

En raison de l'adynimie profonde que présenta cette 
malade, on pourrait croire à une influence autre que celle 
de la pneumonie dans le développement des symptômes 
observés. 

M. Beau a donné, sous le nom de typhus sénile, des 
faits qui ont , avec le précédent, une grande ressemblance. 
(Voyez ses études cliniques sur les maladies des vieillards.) 

Mais , quand on est familiarisé avec tes physionomies si 
diverses que peut oflrir la pneumonie*dans un âge avancé, 
on ne sent plus le besoin d'aller chercher au loin la raison 
de la stupeur, de la prostration extrêmes qu'on rencontre 
parfois dans cette affection. Si la présence du muguet ou 
d'une autre inflammation buccale peut être constatée avant 
l'apparition des parotides qui viennent aussi quelquefois 
compliquer la maladie , ne trouvera-t-on pas , dans cette 



JOUBNÀL DE HÉBEGIFŒ. 271 

cireoQSlance , un motif de plus pour douter de la réalité 
d*UDe influence oculte , typhique ou autre ? 

On a remarqué la marche, si curieuse et si bizarre de 
la parotide dans ce cas; je n*ai pas besoin de m'appesantir 
sur ce point. Mais les partisans des Crises seraient, il me 
semble , assez embarrassés pour classer ce fait. 
- Mis sur mes gardes par la première observation que j*ai 
citée, je in'étais promis d épier attentivement les rapports 
que pouvait avoir l'éruption des parotides avec les phleg- 
masies de l'intérieur de la bouche. J*ai recueilli dernière- 
ment deux nouveaux exemples de cette complication pro- 
duite , je crois , par cette cause. 

Obsbbyatioi^ III. — Il y a deux mois, remplaçant 
M. Bonamy dans son service de THôteUDieu, je vis, au 
n"" ^1 de la salle 16 « un nommé Beurrier, âgé de 61 ans, 
atteint d'asci te et d'oedème des membres inférieurs, qui 
paraissaient avoir été amenés par une diarrhée chronique 
et par une aifectipn ancienne des voies génito-urinaires. 
Ce malade avait d'abord été traité dans une salle de chi- 
rurgie pour une rétention d^urine, puis transporté dans 
un service médical pour les autres maladies. Tous les 
moyens dirigés contre la diarrhée eurent peu de succès, 
les forces diminuèrent et le muguet, qui se voit assez sou- 
vent vers la, fin des maladies chroniques dont Tissue doit 
être fatale, apparut sur toute la muqueuse buccale. 

Je le traitai, comme on le fait d'ordinaire , à l'aide des 
gargarismes de Borax et de miel rosat, et la bouche parut 
se nettoyer. Mais, comme la diarrhée continuait toujours 
et que le malade déclinait, j'essayai., comme ressource 
extrême, la. diète lactée. Au bout de quelques jours, le 
muguet reparut avec plus d'intensité et fut bientôt suivi 
de l'éruption d'une parotide du côté gauche. Je mé bornai 
à appliquer, sur cette tumeur inflammatoire, qui n'était 
pas extrêmement douloureuse à la pression, des cata- 
plasmes émoUients; le malade succomba trois jours après, 
sans que cette complication parât avoir hâté la termi- 
naison funeste. 

A l'autopsie , je trouvai le tissu de la parotide infiltré de 

20 



272 JOURNAL DE MÉDBCIIfB. 

pus, ramolli, friable, d'un rouge sanieux;on voyait très- 
distinctement que le pus se formait dans les glandules 
salivaires , mais il n'avait pas encore rompu leurs parois 
de manière à se rassembler en foyers. 

Des ulcérations nombreuses et anciennes dans le gros 
intestin ; une hypertrophie considérable de la prostate qui 
avait pu momentaném^^nt causer une rétention d*urine, et 
de petits abcès dans l'un des reins, furent les principales 
lésions constatées pour expliquer le développement de 
rhydropisie et la mort. 

OssERVATion IV. — Peu de temps après arriva, dans la 
même salle , au n<* 4 , urt jeune homme de 23 ans, nommé 
Gallène, atteint de fièvre scarlatine. U eut une angine pal- 
tacée fort grave , qui nécessita plusieurs cautérisations avec 
une forte solution de nitrate d'argent ; puis , le cinquième 
ou sixième jour de la maladie, bien que l'éruption n'eût 
pas encore perdu beaucoup de son intensité , il fut pris 
d'un délire nerveux qui dura pendant 48 heures et qui 
céda à l'influence du chloroforme et de l'extrait thébafque 
donnés à l'intérieur à assez forte dose. — Vers le neu- 
vième jour, il se plaignit de douleur à la région paroti- 
dienne droite, et, le lendemain, une tumeur considérable 
très douloureuse, un peu rouge è sa surface et très-dure, 
s'était élevée à cet endroit. — 10 sangsues furent appli- 
quées à sa base et soulagèrent un peu. — Mais, le jour sui- 
vant, lé côté gauche se prit aussi , toutefois à un bien moia- 
dre degré. — Malgré cette complication^ l'étal général 
resta assez bon et la convalescence s'établit peu à peu ; 
mais , en dépit des frictions mercurielles et belladonées , 
des signes de suppuration se montrèrent dans la parotidie 
droite, et M. Chenantais , qui voulut bien m'assister, pra- 
tiqua une ouverture par laquelle bientôt la suppuration se 
fit jour. — M. Bonamy ayant repris, à cette époque, son 
service , j'ai cessé de* suivre le malade , mais j'ai eu le 
plaisir de le trouver ce matin , dans une visite que je lui 
ai faite à l'hôpital , en fort bonne voie. U a fallu faire une 
contre ouverture ; mais aujourd'hui la parotide droite s'est 
presque complètement affaissée, il n'y a presque plus de 



JOVfillJU. DB MÉDBCINB. 273 

suppuration, Tétat général est très-satisfaisant. La paro- 
tide gauche est entrée en résolution très-promptement , 
sans avoir acquis un grand développement. 

Il D*y a pas ici de muguet à invoquer pour expliquer 
la pai*otide; mais serait-il déraisonnable de supposer que 
l'angine ptiltacée, fort grave, quia signalé le début de la 
maladie , s*est étendue jusqu'à l'ouverture des conduits de 
Sténon? Ne sait-on pas d'ailleurs que, dans toutea les 
fièvres éruptives, la muqueuse buccale est plus ou moins 
rouge, gonflée, enflammée? Les plaques nacrées qu'on 
voit si souvent alors sur les gencives et qui sont consti- 
tuées par de I epilhélium en voie d'exfoliation , qu'indi- 
3uent*elles autre chose , sinon le gonflement inflammatoire 
u iissu muqueux subjacent ? 

Je me crois donc autorisé , d'après ces faits, à exprimer 
Ippinion que les parotides symptomatiques, qui surgissent 
dans les maladies aiguës ou cbroniques, ont souvent, pour 
point de départ, une cause locale, une inflammation 
quelconque de la muqueuse de la bouche qui arrive par 
lesconduitasalivaires jusqu'à ces glandes. On peut dire, il 
est vrai , qu'il y a bien peu d'exemples de parotides , en 
raison du nombre immense des cas d'inflammations buc- 
cales, ie reconnais l'importance de cette objection, et 
c'est pour cela que je ne rejette pas, au moins pour un 
grand nombre de cas, l'influence d'une cause générale 
prédisposante. Mais je désire qu'on s'enquière aussi des 
causes locales occasionnelles qui peuvent exister , et peut- 
être un traitement topique, soigneux et énergique , pourra 
prévenir une complication qui me semble, comme à 
M. Rocboux , toujours &cheuse. 

La cystite, l'orcbite ne viennent pas compliquer tous 
les cas de blennorrhagie; lophthalmie n'arrive pas néces- 
sairement après une phlegmasie des narines; mais, comme 
on est averti de la possibilité de ces faits , on n'est pas 
étonné quaùd ils se montrent , et l'on se tient , autant que 
possible, sur ses gardes vis-à-vis d'eux. Je n'en demande 
pas d'avantage à l'égard des parotides; seulement, dans les 
cas où quelque symptôme anormal, typhoïde ou autre. 



274 joubnàl de MÉDEcnffi. 

pourra les faire craindre , qu'on s'efforce de veiller à l'état 
de la bouche et de combattre surtout très soigneusement 
le muguet. 

Les faits que j'ai cités, et, en particulier le premier 
que j'ai donné dans tous ses détails, serviraient à démon- 
trer, s'il en était encore besoin après les travaux de M. Mu- 
rât, de M. Louis, que le siège de l'inflammation dans les 
parotides symptomatiques que nous observons ordinai- 
rement, est bien dans le tissu, dans les grains sécréteurs 
de la glande elle-même. Il paraît que, dans la peste, le 
mal occupe, au contraire, les ganglions lymphatiques 
(Rochoux). — le rappelle ce (ait parce que je n'ai eu en 
vue que les parotides observées dans les maladies de nos 
contrées ; et , par conséquent , c^est à elles seules que 
s'adresse Texplication donnée plus haut, qui trouve, du 
reste, un nouvel appui dans le siège anatomique de la 
lésion , à Tintérieur des cellules parotidienires. 

Mais les glandes parotides ne jouissent pas seules, à 
l'exclusion des autres glandes salivaires, du triste privi- 
lège de s'enflammer dans le cours des maladies. On ren- 
contre aussi, plus rarement à la vérité, des maxiUites» 
M. Beau (mémoire cité) en a publié un exemple. J'en 
avais recueilli moi-même un cas à la Saipetrière, avant 
d'avoir les idées que je viens d'émettre. 

Il vs'agissait d'une feuime de 75 ans, atteinte d'une 
pneumonie de la base du poumon droit, qui, huit à dix 
heures avant sa mort, présenta une tumeur dure des deux 
glandes sous-maxillaires. Dans le cours de la maladie, il 
n'y avait eu , en fait de symptômes extraordinaires, qu'un 
éry thème violacé delà paume des mains, qui, ayant ap- 
paru deux jours avant la mort , persista jusqu'à la fin. 

A l'autopsie , cet érythème n'avait laissé aucune trace ; 
mais les deux glandes sous-maxillaires furent trouvées 
gonflées , indurées ; de quelques points , déjà ramollis et 
friables, on pouvait, par la pression, fisiire sortir un peu 
de pus. 

Le lobe inférieur du poumon droit était atteint d'hépa- 
tisation grise. 






JOCBNAL DB MÉDECINS. 275 

Je n'ai vu, dans mes notes sur Tétat de la cavité buccale 
pendant la vie , que l'indication de la sécheresse et de la 
coloration noire de la langue, symptôme si commun chez 
les vieillards, dans la pneumonie surtout. Je ne serais pas 
éloigné de regarder cet état de la muqueuse buccale 
comme une des variétés d'inflammation qui peut causer, 
en se propageant, dans certains cas donnés , la phlegmasie 
des glandes salivaires. J'ajouterai que le tartre stibié avait 
été donné deux fois, 5 jours et 2 jours avant la mort, à 
la dose de 15 et de 30 centigrammes. Mais je ne veux 
pas m'appuyer sur un fait incomplet, et je me borne à 
signaler la possibilité du développement des maxillites, 
comme des parotides, sous l'influence d*une irritation 
locale. La différence de calibre des conduits excréteurs des 
glandes salivaires suffirait à donner la raison de la plus 
grande fréquence de Tune de ces phlegmasies , comparati- 
vement à Tautre. 



JOUBNAL DE MÉDBGIME. 277 



TABLE DES MATIÈRES 

DO XXXI' VOLUME. 



Pages. 

Auhinais. Voyez quelques réflexions sur les fièvres 

périodiques pernicieuses 64 

Aubinais. Voyez observations pour servir à This- 
toire d'une variété d'bémorrhagie post-puerpérale 
excessivement rare, et, par conséquent encore peu 

connue. 246 

Bulletin des séances 5, 59, 107, 175, 207 

Combeau. Voyez observation de farcin chronique 

suivi de morve aiguë . • 183 

Discours de M. Letenneur, président 6 

De la nature de la maladie de Bright , par M, Papin- 

Clergerte 20 

Du changement que certaines péricardites appor- 
tent dans le rapport de fréquence de la respiration et 

du pouls, par M. Malherbe 1 80 

Gautron. Voyez notes sur plusieurs calculs 200 

Huette. Voyez tableau des observations météorolo- 
giques de 1854 59 

Letenneur. Voyez discours 6 

LetennAir. Voyez quelques cas d*autoplastie fa- 
ciale 143 

Malherbe. Voyez observations cliniques 82 

Mahot. Voyez observations cliniques. 117 

Marcé. Voyez séméiologie des fièvres intermittentes. 125 
Malherbe. Voyez du changement que certaines pé- 
ricardites apportent dans le rapport de fréquence de 

la respiration et du pouls. 1 80 

Malherbe. Voyez observation d'acéphalie 195 

Note sur plusieurs calculs, par M. Gautron 200 

Note sur Tétiologie des parotides symptomatiques 
ou parotidites, par M. Trastour 261 



278 JOUHRÂL DE HÉ]IBCn«« 

Pige». 

Observalion d'empoisonnement par le savon arseni- 
cal de Bécœur, par M. Pincet 50 

Observation d'un cas de carcinome du pylore, par 

M. Papin-Clergerie. 53 

Observations cliniques, par M. Malherbe 82 

Observation de pneumo-thorax, consécutif à une 
pneumonie lobulaire, par M. Vallin, élève interne à 

rOôlel-Dicu 98 

Observations cliniques, par H. Mahot i 17 

Observation de farcin chronique suivi de morve 
aiguë, par M. Combeau, interne de l'Hôtel-Dieu.. . 183 
Observation d'acéphalie, par M. Malherbe. . .... 195 

Observations pour servir a Thistoire d'une variété 
d'bémorrhagîe utérine post-puerpérale rare et par 
conséquent encore peu connue, par M. Aubinais... 246 
Papin-Clergeric. Voyez de la nature de la maladie 

de Brighl 20 

Papin-Clergerie. Voyez observation d'un cas de 

carcinome du pylore 53 

Pincet. Voyez observation d'empoisonnement par 

le savon arsenical de Bécœur 50 

Prix de la Société de Chirurgie de Paris • . 205 

Quelques réflexions sur les lièvres périodiques per- 
nicieuses à l'occasion d'un accès de fièvre pernicieuse, 

par M. Aubinais 64 

Quelques cas d'autoplastie faciale, par M. Letenneur. 143 
Quelques mots sur la méningite des enGints,*par 

M. Ch. Rouxeau 219 

Rouxeau. Voyez quelques mots sur la méningite 

des enfants 219 

Séméiologie des fièvres intermittentes, par M. Marcé. 125 

Tableau des observations météorologiques 59 

Table des matières 277 

Trastour. Voyez note sur Tétiologie des parotides 

symptomatiques ou parotidites. 261 

Vallin. Voyez observation de pneumo-thorax • . . . 98 

Raotes, Imp. deH* tente C. MeHiiwc. 



VINGT ET I7]fl£aif: AXifriSB 

PE LA Î^OUVELLE SÉRIE. 



LISTE DES MEMBRES RÉSIDANTS 



DE LA 



sis(iiva(Dsi S)iB 8atos(oasis<a 



MM. 



ME1IBBE8 H01I0BAIBE8. 

MM. 



Lafond , docteur en chirurgie. 
Le Ray, docteur-médecin. 
Marchand, docteur en chirurgie. 



Gautron père, docteur-médecin. 
Thibeaud , docteur-médecin. 
Hignard , docteur-médecin. 



MEMBRES TITULAIBES. 



MM. 



AUard (Emile) , doct'-médecin. 

Anizon, docteur-médecin. 

Aubinais , docteur-médecin. 

Baré, docteur -médecin. 

Blanche t fils, docteur-médecin. 

Bonamy (Eugène) ^ , docteur- 
médecin. 

Champenois , docteur-médecin. 

Ghenantais, docteur-médecin. 

Citerne, docteur-médecin. 

Gormerais, pharmacien. 

Delamaro , docteur-médecin. 

Deluen , docteur-médecin. 

De Rostaing de Ri?as, docteur- 
médecin. 

Foulon , docteur-médecin. 

Galicier, docteur-médecin. 

Gatterre , docteur-médecin. 

Gautron fils, docteur-médecin. 

Gély, docteur-médecin. 

Georges, pharmacien. 

Hélie, docteur-médecin. 

Leborgne , docteur-médecin. 



MM. 

Lefeuyre , docteur-médecin. 

Le Houx , docteur-médecin. 

Lequerré, docteur'^médecîn, an- 
cien chirurgien de marine. 

Letenneur, docteur-médecin. 

Mabit, docteur-médecin. 

Maguéro , pharmacien. 

Mahot , docteur-médecin. 

Maisonneuve (Th.), docteur- 
médecin. 

Malherbe , docteur-médecin. 

Marcé , docteur-médecin. 

Mauduit, docteur-médecin. 

Moriceau fils, docteur-médecin. 

Padioleau , docteur-médecin. 

Papin-Clergerie, docU-médecin. 

Petit, docteur-médecin. 

PihanDufeillay, doct.-médecin. 

Pincet, pharmacien. 

Rouxeau , docteur-médecin. 

Trastour, docteur-médecin. 

Turpin, docteur-médecin. 

Villeneuve , docteur-médecin. 



JOURNAL 



DE LA 



SECTION DE nÉDECINE 

DE l SOCIfiH ÂllÂDlNIOliE 

■ DO 

DÉPARTEMENT DE LA LOIRE -INFÉRIEURE. 



32« yOLUME. 



H* ANNÉE DE LA NOUVELLE SÉRIE- 




NANTES, 

IMPRIMERIE DE H-» V* CAMILLE MELLINET. 
1856. 



JOURNAL 



DE LA 



SECTION DE MEDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIODE. 



BDLLETm DES SÉANCES. 



Séance du 14 décembre 1855. 

PBÉSIDENCE DE M. LETENNEUR , PHÉSIDENT. 

- Le procès-verbal lu et adopté , U séance est coiisacrée 
aux élections éa Bureau ei des Cofhités pour l'année 
18»«. 



6 JOUaVAL DB MÉOBCXnE. 

En voici le résultat: 

Biipeaa. 

MM. Mabot , Président ; 

Malhebbb, Vice- Président,' 
Lb Houx, Secrétaire; 
CiTBBNB, Secréiairer Adjoint y- 
Dblanabb, Bibliothécaire; 
Dblubn, Trésorier. 

Comité de Rédaction. 

HV. Blanchbt, Boûxbaiï, Hélib, iitulùires; 
MM. Le Bobone et ânizon, memhres suppléants* 

Comllé de Tiiccliiei 

MM. âubinais, Mabit et Mauduit. 

Comité de Topographie. 

MM. BoNAHY, Foulon et Allabd. 

Comité d^AdmlnletratloB. 

MM. Maguéeo, Mabiti LEQUEBBÉ,MoBiCEAuet Mabghand. 

Séance du 11 janvier 1856. 

PBÉSIDEnCE DE M. MAHOT « PBÉSIDENJ. 

Avant de quitter le fauteuil de la présidence, M. fieien- 
neur, dans une simple et brève allocution, remercie la 
Section du sympathique appui qu'elle lui a accordé duraot 
Texercice de ses fonctions^ et la félicite de ses travaux 



JOmUfÀL B£ MÉDECIKE. 7 

solides et variés attestant que son zèle ne s est point ra- 
lenti pendant Tannée écoulée; un grand nombre d'ouvrages 
importants dont s*est enrichie la bibliothèque, et fadjonc- 
tion prochaine de nouveaux membres, lui semblent en- 
core . le présage d'une prospérité croissante pour notre 
Association. 

M. Letenneur invite ensuite les membres nouvellement 
élus à venir prendre place au Bureau, et M. Mahot, pré- 
sident, lit le discours suivant : 



<v Messieurs, 

jo Vous avez bien voulu, dans votre séance du 14 décem 
bre dernier, me confier l'honneur de présider vos séances 
pendant Tannée 1 856 ; ]e vous en rt^mercie bien sincèrement. 
J'ai accepté avec empressement la mission que vous m'a- 
vez confiée : je sens bien, cependant, qu'un grand nombre 
des qualités qui doivent se retrouver réunies dans un Prési- 
dent, et qui distinguaient mes honorables prédécesseurs, 
me font défaut, mais je compte, pour y suppléer, sur 
mon zèle et ma bonne volonté, dont je suis sûr ; sur Tindul- 
gence que je vous prie de m'accorder et que vous ne me 
refuserez pas, je Tespère; enfin, je compte sur les conseils 
bienveillants des membres du Bureau qui m'ont été adjoints, 
conseils auxquels j'aurai recours avec empressement, toutes 
les fois qu'il se présentera à prendre une décision qui 
pourra avoir quelque gravité pour la Section. 

*» Je crois n'être. Messieurs, que l'interprète de vos sen- 
timents, en adressant, au nom de la Section de Médecine , 
des remerciements bien mérités au Bureau de 1855. Nous 
avons tous été à même d'apprécier la manière conscien- 
cieuse et distinguée avec laquelle tous les membres qui le 
composaient ont rempli leurs fonctions pendant Tannée 
qui vient de s'écouler. 

Depuis deux ans, Messieurs, le corps médical de 
Nantes a été frappé, par la mort, d'une manière bien 
cruelle, et cette année encore, la Section de Médecine a eu 



8 jotiRtiAL te MiÀÈCmË. 

à déplorer la perte de trois de ses membres. Ce n*est pas 
ici le lieu de vous présenter la biographie de MM. les doc- 
teurs Ménard, Leroux et Fouré; néanmoins, pernrtettez- 
moi de ne pas laisser passer celte occasion sans vous rappeler, 
\sn quelques mots, le souvenir des collègues que nous avons 
perdus. 

A M. le docteur Ménard , un des membres les plus assidus 
a\ix séances de la Section et de la Société , avait, pour notre 
compagnie, une affection toute particulière, fet il né s'é- 
coulait pas un seul jour qu'il ne vînt y passer quelques 
instants. 

D Nous voyons tous ici la place qu*il occupail constam- 
ment parmi nous, et, le soir, on s'étonne de ne plus entendre 
sa voix forte et retentissante dans les conversation^ qui 
accompagnent si souvent, trop souvent peut-être, la lecture 
des journaux. 

«En 18â2, M. Ménard ne recula pas devant les chances 
du concours qui fut ouvert, pour urte place de chirurgien, 
par TÂdministration des Hospices, concours qui se termina 
par la nomination de M. le docteur Marchand. 

Pendant plus de <0 années, M. Ménard fut le chirurgien- 
major de la garde nationale de Nantes. 

» Vous savez tous avec quel zèle et quelle régularité il 
a rempli, dorant de longues années , les fonctions dé tréso- 
rier, qui semblaient si bien lui appartenir, qu'il était, à 
chaque élection , renommé par une acclamation unanime. 

» M. Ménard à peu écrit dans le sein de la Section , mais 
il prenait une part active à ses discussions. Fîdèle obser- 
vateur du règlement i il délaissait passer, sans opposition, 
aucune mesura qui lui paraissait tontraire à la lettre et à 
l'esprit de notre code disciplinaire, et souvent isîes observa- 
tions, dans les discussions médicales, étaient Sagos, judi- 
cieuses, et portaient le cachet du bon sens. 

n M. le docteur Ménard s'^était beaucoup Occupé de chi- 
rurgie, et il a laissé, parmi nous, la réputation d'an opérateur 
habile. Moi-même, dans plusieurs circonstances, j'ai, pu 
apprécier soh adre^e manuelle, vraiment fort remarquable. 
^ » Notre confrère nous a été enlevé paV une maladie 






lOUftftÀL DÉ MÉDECINE. 9 

aiguè, alors que son Age peu avancé et sa forte constitu- 
tion semblaient lui promettre encore de longs jours. 

» M. le docteur Dominique Leroux fut aussi un des 
concurrents à cette épreuve chirurgicale dont je voUs par- 
lais tout à l'heure ; cinq de nos confrères y prirent part , 
et déjà trois d'entre eux , MM. Touzeau , Ménard et Leroux 
ont quille cette terre; tous les trois étaient alors pleins de 
force et de santé. 

» A son début dans la carrière médicale, M. Leroux fut 
interne à THôtel-Dieu de Nantes. 

» Plus tard , il rentra dans les hôpitaux, d abord comme 
chirurgien suppléant, puis comme chirurgien titulaire ; 
enfin, il fit partie de notre Ecole de Médecine, en qualité 
de professeur suppléant. 

D M.. le docteur Leroux était un esprit distingué , sa pa- 
role était brillante et remarquablement facile, sa conver- 
sation agréable et variée. 

» D'une constitution robuste , on pourrait dire athléti- 
que, notre confrère semblait défier la maladie, el cependant 
il fut, on peut le dire, écrasé par des affections morales 
et par de violents chagrins de famille. Il perdit une jeune 
nièce qu'il regardait comme sa fille, qu'il avait adoptée 
pour ainsi dire et sur qui se concentraient toutes ses facul- 
tés aimantes. Sa femme fut atteinte, à la même époque, 
d'une longue et cnielle maladie. 

» Notre pauvre confrère ne put soutenir ces épreuves: 
sa santé s'altéra rapidement, et tous nous fûmes Frappés 
d'un étonnement douloureux, en renconIVant dans les rues 
cet homme que, quelques jours auparavant, nous avions vu 
si fort, si plein de santé et d'énergie, maintenant pâle, 
défait, se traînant à peine, portant empreint sur sa figure 
le cachet de la décomposition physique; riert, en effet, 
n'a pu le sauver; il a lutté pendant quelque temps, el 
malgré les soins éclairés de plusieurs de ses amis et conJFrè- 
res, il a succombé au mal qui lui rongeait le cœur. 

» Comme je vous l'ai dit,Mcssieurs, je n'ai pas ici l'in- 
tention de vous faire la biographie de M. le docteur Fouré : 
im de nos collègues que ïious aiitions et que nous respec- 
tons tous, a pris l'engagement de se charger de cette 



10 JOumiÀL DB MÉHBCINE. 

tâche , qui sera bien douce pour lui , je n'en doute pas , et 
qu'il remplira mieux que tout antre, ayant été, pour ainsi 
dire, pendant sa vie entière, uni à notre vénérable doyen 
par les liens d'une intime amitié. 

D Qu'il me soit seulement permis de rendre hommage à 
la mémoire de Thomme de cœur, du médecin éminemment 
distingué, qui m'a, pendant iongucs.années, honoré d'une 
affection toute paternelle; qui, avec une bienveillance qui 
ne s'est jamais démentie, a bien voulu me guider dans mes 
études, me diriger et m'assister de son appui et de ses 
conseils à mon entrée dans la carrière si honorable , mais si 
difficile et si épineuse de la médecine. 

I) Toute ma vie, le souvenir de rattachement qu'il m'a 
témoigné restera gravé dans mon cœur, et je lui en 
conserve une bien vive reconnaissance. 

» Je n'essaierai pas de vous présenter le tabjeaude toutes 
les nobles et belles qualités qui ont fait de. M. Fouré un 
homme admirablement organisé. Comme savant et comme 
homme du monde, M. Fouré pouvait briller partout, dans 
un salon comme dans une Académie ; sur tous les théâ- 
tres, il fut sorti de la foule, à Paris aussi iiien qu'en pro- 
vince. 

M. Fouré fit, à Angers, des études très-brillantes, il 
travailla beaucoup alors les mathématiques , pour lesquelles 
il se sentait une attraction toute particulière : il réussit par- 
faitement, dans cette étude, et je lui ai souvent entendu 
parler des succès qu'il avait obtenus dans plusieurs examens 
et plusieurs thèses -ayant rapport à cette spécialité. 

M. Fouré partit très-jéune pour S-Domingue ; là, il sut se 
créer une position, qui, sans la révolution, l'eût inévitable- 
ment conduit à une grande fortune; mais, en même temps, 
il sut mettre son temps à profit pour son instruction , et il 
revint ruiné , mais riche d'observations sur les maladies des 
régions tropicales. Peut-être même est-ce à son séjour dans 
les colonies , qu'il faut attribuer en partie la supériorité 
qu'il a toujours conservée dans le diagnostic et la connais- 
sance des affections intermittentes. 

» Loin d'avoir subi l'action énervante des pays chauds 






JOVBIIAL SB MÉDECINB. 11 

qui usent si rapidement les organisations les mieux trem* 

péps, M. Fouré^à peine de retour en France, se remet à 

Véiude avec une ardeur toute |)a$sionnée. Il se lie d*amitié, 

à Parts « avec tous les hommes destinés à illustrer leur 

époque, Dupuytren, Richerand, Caillàud, Dubois, Ali- 

bert, Pariset, tous le regardaient alors commeleur égal, 

comme leur émule, et comme on condisciple digne d*être 

associé à leurs travaux; et certes, s'il est permis de faire 

ici l'application du proverbe: Dis-moi qui lu hantes et je 

te dirai qui tu es; les hommes dans le groupe desquels^se 

trouvait alors M. Fouré doivent nous donner une haute idée 

de ce qu'il, était lui-même. 

» Depuis lors, nous avons vu M. Fouré à Tœuvre, aussi 
supérieur dans la pratique et au lit du malade, que lorsqu'il 
traitait une question théorique. 

}> Sa belle intelligence lui faisait embrasser cette ques- 
tion dans tout son ensemble, et lui suggérait des considé- 
rations toujours élevées, toujours philosophiques, qui par- 
fois approchaient du sublime. 

o II est une qualité en médecine dont tous reconnaissent 
la réalité et qu il est cependant bien difficile de définir : 
cette qualité à laqu^le on a donné le nom de tact médical , 
et qui appartient à un bien petit nombre de privilégiés, 
M. Fouré la possédait à un haut degré. 

» Combien de fois, J'avons-nous vu près d'un malade, 
en présence d'un cas difficile, réfléchir profondément, purs 
tout à coup illuminé par une sorte d'intuition divine , poser 
avec précision son diagnostic, et en déduire comme. consé- 
quence un traitement admirablement conçu. 

a M. Fouré possédait toutes les qualités du professeur : 
sa voix était douce et agréable , mais si faible et si délicate 
qu'elle ne lui permettait pas de se faire entendre dans 
toutes les parties d'un amphithéâtre un peu vaste. 

» Aussi, loi*squ'il professait, ses élèves se groupaient et 
se resserraient autour de lui dans un cercle pressé, afin de 
ne perdre aucune des paroles qui coulaient avec douceur de 
la bouche du maître vénéré. Dans l'hiver de tSS^i, M. Fouré 
entreprit de faire aux élèves des leçons de clinique ; sa 



12 jovBNA]. se MÉmcaiiB; 

santé, toujours très-déhile, et ses nombreuses occupations 
ne lui permirent pns de continuer longtemps ; mais le peu 
de leçons qu'il nous donna nous fit regretter vivement que 
dans renseignement, il n'eut pas été chargé de ce cours 
préférablement à celui qui lui avait été confié. 

M. Fouré avait , pour les sciences , et pour la science 
médicale en particulier, un' amour si passionné,- qu'il tra- 
vailla jusqu'à son dernier jour avec une ardeur toute juvé* 
nile. Avec une supériorité d'esprit qu'on ne retrouve pas 
constamment chez les gens âgés , il sut toujours apprécier 
justement les découvertes modernes et se maintenir au cou- 
rant des sciences médicales, chimiques et naturelles. 

Chaque fois que je me présentais chez lui, dans les 
dernières années de sa vie ^ je le «trouvais assis dans son 
grand fauteuil , occupé à relire les anciens auteurs, qu'il 
possédait parfaitement, ou les brochures et les ouvrages 
parus i^cemment et qui faisaient quelque bruit dans le 
monde scientifique. Quinze jours avant sa mort, il était 
encore tout occupé à traiter une grande et importante 
question d'étiologie médicale, sur laquelle il pensait avoir 
émis des vues nouvelles , qu'il désirait vivement soumettre 
à l'appréciation de l'Académie de Médecine. 

» Tel était M. Fouré comme savant. Spirituaiiste par 
conviction, se rattachant à la grande Ecole médicale de 
Montpellier, et cependant admirate<jr des travaux de l'Ecole 
de Paris, dont il reconnaissait toute l'importance et qu'il 
prisait à leur juste valeur. 

» Si M. Fouré était feit pour briller dans une chaire de 
professeur et dans un cercle de savant, il était au moins 
aussi remarquable et aussi distingué dans une réunion 
d'amis. 

» Lorsqu'il se trouvait au milieu d'une société choisie 
et qu'il était un peu stimulé par le rang ou par l'intelli^ 
gence des personnes qui l'entouraient, il devenait un cau- 
seur délicieux et un narrateur si attachant , qu'il tenait , 
pendant une longue soirée , tout son auditoire sous le 
charme de ses récits et des anecdotes variées que sa 
mémoire heureuse lui fournissait à profusion , anecdotes 



XnjtMkL DE MÉBBGINE. 13 

parfois drtantiques ei palpitantes d'intérêt, lorsqu'elles se 

rapportaient aux dangers qu*il avait eu à courir pendant la 

guerre de Saint-Domingue. 

» Nul ne possédait à un aussi haut degré que M. Fouré 

ie charme de la pM^ole et de la diclion : expression toujours 

admira btemefit choisie ci appropriée à ce qu'il voulait 

dire. 

» Organe doux^ iDsiivuaat, délicat et permettant au 

causeur de faine sentir les moindres nuances de sentiment 

et de psœsion. 

» Figuire «fxpressive et sur laquelle se peignaient toutes 
les impressions que ressentait en parlant le narrateur. 
Parole tantôt vive et spiritudle, tantôt caressante et 
itisinitante^ rei^dant avec des nuances charmantes les 

^émotkms m variées parÊDts douces, parfois énergiques, qui 
se succédaient avec la rapidité de la pensée chez M. Fouré. 
Nu4 laie pduvait résistai à la séduction de sa parole , nul ne 
pouv^â^ défendre des émotions qu'il ressen>tait lui-snéme 
vivement. Mais si M. Fouré réu&sissait à s'emparer ainsi 
compiédement du cœur et de l'esprit de ses auditeurs, c'est 
qu'on sentait que le causeur aimable, le narrateur spirituel 
était , en même temps, un être aiuiant et dévoué , un méde- 
cin éminemment diaritable , un homme de bien en un 
mot. M. Fouré fut, avant tout, un ami de Thumanité et 
àe la science, et jamais, même dans un âge avancé, il ne 
refusa d'aider de ses conseils et de sa bourse les malheu- 
reux qui venaient en foule réclamea* ses soins. 

n M. «Foupé se regardait comme le père de sa trè§-nom- 
breusefamiUe et s'était fait une obligation sacrée de veiUer 
sor ses parents, de les diriger, de les protéger. Lorsqu'ils 
élwsent ma!:: ries, il les soignait comme ses pro^pre^ -en- 
fants. Il avait voué, particulièrement à «a si»ur,M>^« An- 
nette Fouré, et à son frère Benjamin, le colonel de la 
garde nationale, une amitié très-iendre , et qui ne s'est 
jamais démentie. Jusque dans les derniers -jours de sa vie, 
dbaque fois que sa santé lui permettait de sortir en voi- 
ture, il allait rendre visite à sa sœur, et lorsque les iufirJiii- 
tésTie lui ^laissèrent plus la iiiciilté<de descendr<e. de ^a voi- 



14 JODBIIAL DB MÉDBCniB. 

ture , il se faisait conduire à ia porte de sa maison et s'in- 
formait de ses nouvelles. 

» La maladie et la mort de son frère portèrent à 
M. Fouré un coup dont il ne s'est jamais relevé. Il s'éta- 
blit près de son lit, à la campagne, et il ne le quitta plus. 
J'ai assisté à toutes ses angoisses pendunt cette maladies! 
longue et si douloureuse, et Je ne comprenais pas que 
l'organisation irèle et nerveuse de M. Fouré pût résister à 
des émotions si fortes et surtout si prolongées. 

D Ce que M. Fouré avait surtout d'attachant, ce qui &isait 
qu'on ne pouvait s'empêcher de l'aimer, c'était cette fraîcheur 
de sentiment, cette jeunesse de sensibilité qu'il a conservée 
jusqu'à sa mort ; sensibilité qui le rendait , du reste, d'une 
susceptibilité bien grande, parce que toutes les impres- 
sions étaient, pour son organisation nerveuse, d*une viva- 
cité extrême. 

» Dans mon opinion partagée, du reste, par toutes-les 
personnes qui l'ont connu intimement , M. Fouré était \e 
cœur le plus aimant, Uami le plus chaud et le plus dé- 
voué; mais, plus il aimait quelqu'un, plus il devenait sen- 
sible à tout ce qui pouvait venir heurter ses sentiments; 
un rien le froissait; le moindre défaut d'égard prenait, à 
ses yeux, des proportions énormes et qui l'affligeaient pro- 
fondément. Ces nuages, du reste, se dissipaient facile- 
ment, et, pour peu qu'on lui fît quelques avances et qu'on 
eût avec lui une explication franche , il ne vous en aimait 
que plus tendrement. Je m'aperçois, Messieurs, que mon 
sujet m'emporte bien au-delà des bornes que je m^étais 
prescrites, je vous en demande pardon; mais vous m'ex- 
cuserez, je l'espère, car je vous parlais d'un homme que 
j'ai aimé bien tendrement, et que je considérais comme 
un second père. » 

Après ce discours, M. le Président dépouille la corres- 
pondance , qui .comprend : 

1° Chirurgie conservatrice des membres ou Traité des 
priimpesM des moyens d'éviter lès amputations et ks ré- 
sections osseuses, et d'harmoniser l'art chirurgical omc les 






JOURNAL DE MÉDECINE. 15 

progris de la science de l'homme et ceux de la cmlisation , 
par Amédée Massart. 

2® Etude nouvelle sur Ventrée de Voir dans les veines, 
dans les cas de plaie ou d'opération chirurgicale^ par le 
même. 

L'auteur , membre correspondant de la Section , lui fait 
hommage de ces deux brochures. 

L'ordre du jour appelle M. Petit à Ta tribune, pour lire 
une observation de lypémanie (i). 

Cette*lectute faite, les jetons sont distribués et la séance 
est levée. 



Séance du ii février 1856. 

PRÉSIDENCE DE H^ HAHOT, PRÉSIDENT. 



Le procès-verbal de la dernière séance est In et adopté. 

La Section a reçu de M. Cornaz, docteur en médecine 
*et en chirurgie da KUniversrté de Berne , médecin et chi- 
rurgien en chef de l^hôpital Pourtalès à Neufchâtel;, en 
Suisse , une lettre par laquelle il demande le titre de mem- 
bre correspondant. A Tappui de sa candidature, M, Cornaz 
adi*esse à la Section une brochure intitulée : Etudes staUs- 
tiques sur la fièvre typhoïde. 

Cette demande est renvoyée au Comité central de la So- 
ciété Académique, conformément au Règlement. 

M. Aubinais est appelé à la tribune et donne lecture d'un 
travail- intitulé: De certains phénomènes hystérifofmes avec 
suppression passagère de la menstruation , pouvant laisser 
soupçonner à tort un commencement de grossesse (2). 



(1) Voir plus loin , p. 20. 

(2) Voir plus loin, p. 33. 



16 JOUSHAL DS IIÉDSCIIfB. 

M. Mabit lui succède et lit une Etude sur le$ direri effets 
physiologiques du café , selon ses différents modes df pré- 
paration^ communiquée à la Société par M. Offre! , phar- 
macien de Nantes. 

En 1849, M. Offret cul occasion, pour satisfaire au caprice 
de Tun de ses clients, de préparer de l'extrait aqueux de café. 
Jugeant inutile de perdre la partie aromatique et Tbaile 
essentielle concrète de cette substance, il eut recours à la dis- 
tillation alcoolique du café torréfié jusqu'à la couleur de bois 
de noyer foncé , et soumit le résidu de cette opération préa- 
lable à lepuisement par Teau ; il obtint ainsi, d'une part, 
un produit d'un arôme très-agréable, et de l'autre, l'extrait 
qu'on lui demandait. 

La plus grande partie de cet extrait aqueux lui étant 
restée entre les mains, il ne crut pouvoir mieux faire que 
de l'utiliser, en le prenant chaque matin à la dose de 0^75 
à U dans de l'eau, ave^^. addition de lait, au lieu et place 
de l'infusion usitée généralement. Mais , après quinze jours 
d'usage de cette préparation, déjà M. Offret éprouvait quel- 
ques troubles de la vue et une constriction légère a la 
gorge; une seconde quinzaine ne s'était pas écoulée, qu'il 
ressentait la plupart des symptômes produits })ar les nar- 
cotiques : dilatation notable de la* pupille, voix rauque , 
douleur occipitjile, somnolence, vertiges, troubles passa- 
gers de rinteliigence. Une saignée, l'application de siua- 
pismes, firent cesser ces accidents, dont on était encore 
loin de soupçonner la cause, et que les médecins consultés 
par lui avaient pensé tout d'abord être dus, soit à l'ingestion 
de quelque narcotique , soH a l'abus des spiritueux. Depuis 
lors , M. Offret avait complètement renoncé au café , et de 
pareils symptômes ne s étaient pas reproduits cliez lui ; il 
y a environ trois mois qu'il se remit à lusage de cette li- 
queur , dans je but de mettra à profit ses vertus anti-hypao- 
Uques et de suflire à des veilles nécessitées par ses travaux 
momentanément exagérés. Il put, cette fois, constater et 
analyser en parfaite connaissance de cause les effets divers 
produits sur son économie par le cale, Ain^ préparait-il 
lui-même avec tout le soin désirable une infusion d^ café 



H 



légèr^^mçQit, tqri;4&é; (ici, ifi. Offrit 4o^l\^ |e^ «J^tfils de 
ce^e prépaiTalion , plus djéljiç£^te qu'cM^ aç lepep^^ çommu- 
néçnçn,t) il çp Qbienait l'effçt at,^adjM , l'éveil du cerveai} ej^ 
la ^cviUé d^ veiller ^nojs; fa),^ue, fofl; ayant d§QS la ÇLyi^^ 
Fai9ai^-U, «VU contraire, avec inteutiw e^ copiipe terçiie. 
de ççmp^ra^spn, u$age (;i'uDe décpiçtioiii de. Wdvc. (i^çafé , 
aussi^^t II vojait r^pi^raître la, séri^de3$yn^^e$.de^fkr- 
cotis^Qoe éïxçfifié^ pl;U§ haMt, syi^ptOçiies, q^i, sp di^$jp%iç;)t 
facil^m^çpt sp^ riiifluencfe de Vingostion d'une ^ni^iop 4fr 

D^ çeç expériences, per^nij^elleç et d^ qi^e|que$ ^v^f^s 
Ea^ils doip^i il a» ^lé $pjç^ 91^, téinpi^, I^. Olfi;çt se crpit ai^^ori^, 
à conclure qjAç , ^t^ Iç çaS? , çgeixi^ep^ 4^^ prijij^^si 
euli^içei?(ïwt optf^ûsés p^r leurs, prop^iç^és^, Vw rés^^nt 
i»sf^ Ifos; par^ie^ volatile^ dç 1^ ff;m^ sQucai^ç. ^ yf) (tegré 
vouli^ |4e torréfactions et dont s'^mpa^e ripfu$joi| ^queii,^^ 
cQftyw?,!plew?«it préparé^, Va.utr^ ^meur^pt d^ns leiwçç, 
de ce^e in&iS|i|Q^ on d^v^ k gvoji^^ içritlK^f^ ^ un d^gqé ^M*. 
périei^r, s^ djéye\6ppant pey^^-^trq ^n p^fftie aux d^pe^^s ^e^ 
re;iS!çnf5^ aromatique et d^ Tbi^if^ es^ptiftlie çon^rètç. fit, 
annihilé, lui-même p^r u^ e;^cè3 d^ cha^çur qui p^^t ali^ 
ju^iji'à pr«^vijfe la. ca^bojii^ation çopwe tçrn?e Mltinp^. A 
ce.4ern,ijçr pri^îcipp, çaféioe oi^ aiA^re^ prq^ui^ inimédJi^, 
ajPawçtielR<^raie^t l^^ veçius véw»eiv?es et nîircoijiqu^si ; s^\^ 
prç^ji^, 1^ yertus ej^ci^^t^s ^t toniques. 

t'aut^qif cpftdamne^ coro^^. ccmj^Jij^ph pratiquie 4e siOft 
tr^v^il, Ymsi9h du n^a^ç ^^ café SjC^u^ (Jurfq^ç forWje q,ve cç 
spiV II oe soiraM p^ éloigné d'aHribuer c^rl^n? ^flfqfe fi^-. 
cheux occasionnés par rus^g^ i^^pp^j^ré dvi «î^é n(vr, eff^î^ 
analog^\^ ^ cçux Wpduit^ p^r Vap.us des spiritueHX et 
des. parçpILiqi^ , à la pré^Éjpce. di'w wincipiot particulier, 
c^inç. p^ w^re, SM^cqpUble, aprè§ pi^ ^^^ ^XiçUar 
tiop p^»4(vlabte, à rinsi^r d^ pçiaçéi?, ^ dét^çn^inç^ \\q 
ét^t çp^estif des organes çérébR^w ?t n^êiiRç, r^poplexijç. 
Enfin, 4aï^, r^piplpi 4m café çojWWiÇ çpiA^r^-ppi^u 4^ 
Vopium, il faudrait, selon Tauteur, avoir bie^ s^^p dç i;i^'a4- 
«W^pr ^ c^ iiSve q\^ Ti^îiwipn de crfé cpuw««iiriewent 
V^wAf^i et ^ dp§fi3 wftçlérée?, ^^m 9^m 4>gw^yer le. 
'^«'W 3e Jffppose 4e çpiftMtrç. 

2 



18 JOmiÀL BB VÉBBCHIB. 

M. Offret termine son intéressante communication en 
énumérant les divers produits mis par lui à la disposition 
de la Société et qu'il a extraits du café vert non torréfié , 
du café légèrement torréfié, du café torréfié outre- mesure, 
enfin du café carbonisé. Ces produits sont des eaux dis- 
tillées^ des alcools distillés, des extraits aqueux et un sirop 
hydro- alcoolique. Ces faits encore entourés de tant d'obs- 
curité, lui paraissent assez importants au point de vue de la 
chimie organique, de l'hygiène et de la thérapeutique, 
attendu l'usage de plus en plus répandu de cette précieuse 
substance pour mériter de la part d'une Société médicale 
une attention sérieuse et l'institution d'expériences qui 
seraient soumises à son contrôle et à son examen. 

Cette communication est suivie des réflexions suivantes : 
ilf. Pihan-Dufeillay trouve fort intéressants les faits qui 
viennent d'être exposés; M* Ofiret n'a pas, il est vrai, la 
prétention d'avoir découvert dans le café quelque principe 
immédiat nouveau • mais il a le mérite d'avoir appelé l'at- 
tention, sur les effets narcotiques de quelques-uns des 
principes déjà connus , effets qu'on ne saurait attribuer 
entièrement à une idiosyncrasie spéciale. Ainsi , déjà 
Christison avait reconnu a la caféine et à la théine prises 
à doses élevées des propriétés toxiques et stupéfiantes. Les 
divers modes de préparation du café sont donc loin d'être 
une chose indifférente dans la pratique ; et, dans remploi 
de cette substance comme antidote de l'opium , par exem- 
ple , on pourrait être exposé à ajouter un narcotique à un 
narcotique , si le café avait été trop torréfié ou s'il étail 
administré à doses trop considérables. 

il propose d'adresser des remerciements à l'auteur. 

M. Âtabii tient de marins avec lesquels il a eu occasion 
de s'entretenir sur ce sujet, qiie ceux-ci connaissent par- 
fiiitement ces propriétés opposées du café , et les mettent 
souvent à profit en torréfiant modérément ou avec excès 
cette graine suivant qu'ils désirent obtenir un état de veille 
ou de sommeil. 

M. Atdrinais^ dans un voyage qu'il fit en Allemagne, 
remarqua avec un certain étonnement que l'on servait dans 
les tavernes deux sortes de café^ au gré des consomma- 



JOtniHÀL DE HÉlttCniB, 19 

teurs : Pun froid était apporté dans des carafes ; l'autre 
chaud était pris comme il Test chez nous. Il apprit d'un 
français que la première sorte très-concentrée et à laquelle 
on ajoutait de* Teau-de-vie, possédait des propriétés stu- 
péfiantes et était destinée aux personnes qui ne fumaient 
point. 

M, Deluen se rappelle avoir pris assez longtemps du 
café préparé par décoction à son insu ; n'en obtenant pas 
FefFet attendu et fatigué de sa saveur amère, il prit le parti 
de le préparer lui-même par infusion au moyen d'une 
cafetière à vapeur. Ce dernier café, très-riche en huile-essen- 
tielle concrète, lui fit éprouver immédiatement des effets 
excitants analogues, sansr être absolument les mêmes, à 
ceux ressentis par M. Offret. On lui a raconté que deux 
demoiselles, ayant pris dans une partie de campagne, du 
café préparé par décoction, éprouvèrent après cette inges- 
tion des crampes et des étourdissements. Tous ces faits 
tendraient donc à établir l'existence de propriétés tout 
opposées dans la décoction et Tinfusion de café. 

M. le Président, conformément au désir exprimé par 
M. Offret, nomme une Commission, composée de MM. 
Pihan-Dufeillay , Cormerais et Georges , lesquels auront 
à contrôler par de nouvelles expériences les assertions 
énoncées dans le mémoire de l'auteur. Des remerciements 
lui seront en outre adressés pour son intéressante com- 
munication. 

L'ordre du jour appelle M. Le Hoiix à lire une observa- 
tion de tumeur hydatiqv£ abdominale (1). 

M. Malherbe cite, à cette occasion, un fait dont il a été 
témoin chez un malade ayant une tumeur dans la région 
sous-diaphragmatique au bord postérieur du foie. Cette 
tumeur, due ft la présence d'hydatides, finit par se frayer une 
route dans le thorax, et après une expectoration abondante 
d*un liquide d'abord sanguinolent, purs purulent, le malade 
rendit par les voies aériennes, dans l'espace de deux jours, 



(1) Voir plus loin, p. 44. 



M JMBIM* n 

pkMs de i20Q hydatidas doat la ^satut Mmmi «aire eelk 
d'un nayaa de eeriae et ceUe d'un œii£de poule. L'applû»- 
Uoo de caiapkemes préparés avee de l'eau salée pcov^^ 
vonpjait ÎHHnédiatamtDl Faspulsion de oes. entoaoakes. La 
makdia succomba plus tard à uM affectioo de» la aoloiMie 
vertébrale avec tuberculisatîon pulmonaire. 

Le SêOPitHre^ 



QBSEBfrjTION de lypëmanie, par N. k 
doctetar Petît^ médecin de l^asik des aHiHé^ de 
Saint-Jacques. 



Louis W . . • • est âgé de. 34 ans, marié depvU i& mois, 
protestant de la confession d'Ausbourg, né à Sofi^e^rock 
(Prusse), donûcilié à Metz. U a été Longtemps commis- 
voyageur ; depuis son mariage, il dirigeait pouc h^ compte 
de son frère une {abri()ue importante. Sans être didué é'une 
grande intelligence,, M, W«.. a néanmoins toutes lesca«> 
pacités nécessaires pour djrigejp coavenablement um «iai$QO 
de commerce considérable. Il est passionné pour la musi()ue^ 
pianiste babile. Son caractère est très gai, sa moralité sans 
reproche, ses rapportssocisux excellents^ 

U est d'un temipéramenit lympbatico^sanguin » trèa-ro* 
buste. Sa santé a toujours été bonne. 

Le frère de M. W • . • beaucoup plus ftgé que lui, doué 
d'une intelligence supérieure^ ayant de bonne heure acquis 



jovftNAl BB isÉMao^. 24 

à iMetz «inelMHe'posilion oommerciale, Louis "fat très-^jeun«i 
enddre placé Aons la même maison en qualité de commis. 
f^r stiite , la déférence d'infériettr à supérieur, vint domi- 
ner Tifithnllé fraternelle, et l'atné a conservé un ^aiid as- 
oenlIaM «ur'l'eaprit du plus jeune. 

^Lh vie active de oommts^voyageur remplftcéie par une 
pedilion dédeutah^e, la grandie resporisafaîlité qui est venue 
reposer sur lui , {Miralssetft anroir influé sur le moral de 
M. W. . • Ses amis remarquaient depuis jAusieurs mois cer- 
txines bizarreries, plus de laisser-aller dans les aflhires , 
tnoinfi de fermeté dans ses opinions, 41 adoptaH toujours 
avengléitoent 4'avis de sou frère. 

Loote W. . • était en mésintelligence avecle^mécanicien 
côntre-fkiaftfe , le soupçonnant 'non sans motif de soigner 
beaiOGdup «plus ses propres intérêts que ceux de la fiibrique. 

Les choses en étaient là, -quand le 29 juillet 184^6 , un 
violent incendie éclalte dans la 'partie de l'établissement 
voisitie du logement de SI. W. . . dont l'appartement, en 
quelques «minutes, est envahi par les flammes. Sa femme 
nllaitait une petite 'fille de trois mois ; tous ses soins se 
portèrerrt sur ces deux objets de sa tendresse; à peine il a 
placé tla mère évanouie hors de la portée du fléau., qu'il 
se «précipite de nouveau dans le bâtiment embrasé, sort 
avec son enfant , et l'édiflce s'abîme. Mais l'émotion a été 
trop forte ; M. W. . .., dont les forces physiques et morales 
sont épuisées., demeure étranger à tout ce qui se passe 
autour de hii^ ne s'inquiète plus des, progrès de l'incendie. 

Resté cependant sur les lieux pour présider à la recons- 
truction de l'usine , il est accablé de sinistres îfppré- 
hensions; la figure du contre-maître lui apparaît sans. cesse 
comme un cauchemar dont rien ne peut le délivrer , il 
redoute une ruine complète, il voit les ouvriers^ dont les 
travaux sont'forcémerit suspendus, coalisés contre lui et 
maîtres de ia fiibrique ; il s'imagine qu'on rejettera sur lui 
toute la responsabilité du funeste accident. Ha conscience 
du ëhangement opéré dans son intelligence, va trouver 
son frère, lui fait part de ses craintes , dit qu'il est incapa- 
ble 'de gérer f>lus longtïemps les affaires > se jihint d'être 



22 JOaUfAL BE MÉDSCINE. 

malade, maie refuse de consulter un médecin. Le frère 
espérant voir se dissiper cet état qu'il attribue à Témo- 
tion encore récente, se borne à le raisonner un peu^ et 
Louis repart pour la campagne. Cependant, les mêmes idées 
persistent avec plus de force, et M. W. . . prenant la ré^- 
iution de se détruire, se précipite d'une fenêtre du i^' étage 
dans un canal très-peu profond conduisant Teau à un mou* 
lin. C'était vers le 25 septembre ; il n éprouva aucun mal 
dans sa chute, et loin d'être submergé, il demeura ac- 
croupi dans leau qui lui atteignait à peine à la ceinture. 
Son absence fut bientôt remarquée , mais on visita tout 
avaiit de se douter du lieu où il était; le hasard seul le fit 
découvrir après un assez long intervalle. Depuis ce moment, 
M. W . . . refuse toute nourriture , il répond rarement aux 
questions qu'on lui adresse et ses paroles se rapportent 
aux idées qui le dominent exclusivement. 

Un médecin appelé près de lui constate le désordre des 
idées et croit remarquer des symptômes de paralysie. On le 
ramène de force en ville; il est saigné sans raodiiication 
du délire, seulement on croit remarquer qu'il tremble moins 
et marche mieux. Il persiste a ne point vouloir manger. 

Le 28, il est conduit à Maréviile. Là, il fuut le retirer de 
la voiture et le porter jusqu'à la chambre qui lui est des- 
tinée; il se laisse porter , déshabiller , coucher sans faire de 
résistance, mais aussi sans faire aucun effort. 

Le 3, à là visite du matin, il parait en proie à une tristesse 
profonde , on ne peut obtenir de lui le moindre mot. 
M. Archambault, médecin en chef, l'envoie au bain, expri- 
mant le regret de le traiter commt» un fou. A la première aflu- 
sion, il promet de manger et prend seulement un peu de vin 
dans la journée. 

4 octobre. — Même état. Placé dans le bain , il refuse 
de parler; deux affusions lui délient un peu la langue, il 
promet de manger et de se servir de ses jambes. En effet, 
il mange seul dans la journée. (2 bains de 2 heures tous les 
jours.) 

5 octobre. — H. W... . ne répond à aucune question^ 



JOUBUàL de MÉSfiCIHB. 23 

mais se promène avec le médecin qui le conduit devant 
d'autres malades, lui explique leur délire et chaîne un mo- 
nomaiiiaque gai et spirituel de le dérider. M. W. . . parait 
prendre quelque part à ce qui lui est dit, lève les yeux et 
semble étonné. 

6 oclobre — M. W. . . n*avant pas voulu manger, reçoit 
uueaifusion et promet de parler et de manger; mais dès 
qu'il est sorti du bain , il retombe dans le même état de 
résistance passive. Même chose a lieu le 7; au bain^ la 
menace de la douche lui fait promettre d'écrire à sa femme, 
mais une fois sorti, on ne peut rien obtenir* 

8 octobre. -^ Il promet de nouveau et à plusieurs re-r 
prises , d'écrire à sa femme; sorti du baip, il a pris le papier 
et la plume , mais sans tracer un mot : la sœur de son quar* 
tier l'exhortant à ne pas laisser sa famille dans l'inquiétude, 
il est sorti de son apathie ordinaire. Ta violemment repous- 
sée, disant qu'il ne voulait pas écrire et que rien ne pou- 
vait l'y contraindre. A la suite de ce fait^ il reçoit une 
affusion plus forte que les précédentes ; il promet alors de 
nouveau, mais, ajoute-t-il, je ne sais ce que je pourrai 
écrire , car il y a bien longtemps que ma tête est perdue» 
Il sort du bain , et n'écrit pas; le soir, il refuse de dîner. 
Les menaces ne suffisant plus, il faut avoir recours à la 
violence pour lui faire avaler quelques cuillerées de potage. 
Il reste toujours immobile. S'il est couché, il faut l'habiller; 
debout, il faut rasseoir; assis> le lever. Depuis ce jour, 
néanmoins, il mange seul. 

25 octobre. — M. W... parle plus volontiers, mais 
refuse toujours d'écrire; il croit toute sa famille sous 
les verroux , à Maréville ; il a demandé plusieurs fois à 
visiter la maison pour s'en assurer. La veille, il a sali son 
pantalon, bien qu'il n'eût pas de dévoiement. Il se plaint 
aujourd'hui d'éprouver un frisson, cependant le pouls paraît 
normal. 

30 octobre. — M. W. . . ne cesse de réitérer ses ins- 
tances pour voir sa femme et ses parents que l'on tient 
enfermés, à ce qu'il dit. Sur sa demande, on le conduit 
dans tout le quartier des hommes > il refuse de voir le 



24 jotMii HiB ioâti^tifitË. 

quafrtîer des fënnfmes: a C*e^, dit-il, înutîlè; on |)éfàtbiett 
cachfT sa femme de manière à ce qu'il ne ta retrotfve p^s, n 
Il refcse d'écrire à Metz pour s'assurer de la vérité. 
(Continuation des bains.) 

3 novembre. — Il croit reconnaître dans dfeS pen^on- 
mit^ (te la maiîâofft plusieurs de ses amis intimes : chu jetiDe 
lypémaïAaqùe qtfi fie parle >pas , l'ôcctipe stirtofrt ; il les 
appefle par fés iicfm^ qo*ll lefur ^pp6se ; te^ accuse de te 
tromper, lorsqu'ils ne lui répdtidënt pas ; 'dëfiijc pefriUs -Midts 
ÉàtH ses tevéux. 

12 novembre. -^ Il fe'esi enfin décidé â écrire â îson 
médedin; il Itfi dit qtre sa santé s'eM ahfnélioré^ , le ][jrie 
de le •réclamer et Itii deihande des 'ftoàvélles de sa fa^itte, 
qu'il pèrsisfte à croire enfermée à Martévillè , malgré les dé- 
négatioife de M. ArchamIbauH. 

(Prescription d'unie promenade de deux Déùes chèque 
jotïr.) 

20 novdnrfbre. — La physioitomiie de n. W . . . est jitas 
ouverte , il cause plus volontiers ; il écrit à son frère fiùe 
lettre anaflogue à celle qu'il a adressée à ^n médecin, mais 
comrhe il à paru draîrtdre qu'elle ne parvînt pas, on 1-en- 
vôfe, ôcdôriipagné de Son domesliqtfe , la porter hi-toème 
a Nàricy. A la porte de la ville, Il rencoritrè un de ses 
ami^ eh qtii il paraît aVdir ude grande confiance 'et la lui 
rértîët. 

24 nôVemfbre. — *Le frëre a répondu , mais M. W. . . ne 
paraît pas persuadé. 

Tl se figure que son voisin de chambre et compagnon 
d'infortune dont Faccoutrement et là figure soht passable- 
ment excentriques , le fajt toutes les nuits desceridi^e dans 
d'immenses souterrains, Tarmed'un poignard et rdblige à 
égorger dés milliers de personnes. 

30 novembre. — Un piano est placé dans la chambre de 
M. W. 4 .<, mais il s'en occupe peu. 

5 jianVier 1847. — Aucun obartgômeiït notable n'est 
jitrVëtJit pendant cette^pér iode de plus d*un 'mois; cependiint^ 
h physionomie e^t tin peu moins sombre, tes traits expri- 






iOfvà^iL *hE 'ÉÉbtecfniË. 2S 

ment 'Moins de terreur. (Les proMenades sdflt interrom- 
pues seulement les jours où le tenrvps est trop mauvais.) 

M. W . . . «pairie moins de ses idées délirantes son main- 
tien e&t meilleur. 

Il a écrit à ses amis quelques lettres assez sensées ; lïiais 
il cfott encore totts les siens victimes de la coalition de ses 
ouvriers. 

Les tjabits qu'on lui envoie, Ont été volés; H è«i Uh 
banqueroutier, un voleur , un assassin , Il a fait tok*t àplus 
de ceiH mille personnes , H doit être guillOtiYié. La justice 
n'ayant pu découvrir sa retraite Ta condamné par con- 

H. W. . . persistait à ne point s'occuper, l'interne pré- 
te&laM feflors le désir de prendre des leçons de musique, 
vint 'passer tous les jours deux heures avec lui. M. W. . . 
refusa d'dbord asseà opiniàlrement de faîire aucune démofts- 
ttatîoin ; néanmoins^ il céda a^u'x instances réitérées, d'abord 
avec un peu d'humeur, comme psÉr contrainte; pèo-à-pëu, 
il s'y^préta plus volontiers, puis éniin cîn vit renaître le 
goût dé la musique. 

Tiant qn'oti Toccupe de sujets étrahgers à son déHre , sa 
conversation est agréable et très-sehsée ; mais qu'on le 
laisse revenir à ses idées fixes, ce sont des divagations 
sans fin; alors les mêmes terreurs reparaissent d'aularit 
plus vives qu'on le laisse plus longtemps se livrer à ées 
chimères. 

Ce jour là , 5 janvier , l'interne lui parle d^un opéra 
qui doit èti^e représenté à Nancy le soir môme et qu^îl se 
propose d'aller enltendre; on en vante les beautés, et après 
un moment de conversation, M. W . . . laisse écbtipper 
cette exclamation : « Vous êtes 'bien heureux de pduvoir 
entendre d'tjussi belle musique. » cdhne tieift qu'ià vous-, 
répond Tinterne , d'y prendre part, et pour peu que voUs 
le désiriez, M. le médecin en chef vdus le përihéttHi. » 

Après quelques hésitations, <fl accepte. On dontre à 
M. W..'. ses habits les plus propres, mais alors*, il ne 
veut plus; c'est une dépense qu'il nc'peUt pas se (permettre, 
étant TUiné; et puis, il n'est pas digne d'aller tto spectucle, 



26 JOUBNAL B£ VÉDBGHIB. 

il esl un trop ^rand criminel. L*inlerne lui reproche vive- 
ment sa mobilité, ne lui laisse aucun répit qu'il ne soit 
habillé, mais aloi*s il ne veut plus sortir du quartier. « Vous 
êtes un mauvais plaisant, lui dit Tinterne^ vous vous riez 
de ma complaisance , vous avez voulu aller au spectacle , 
j'en ait dit la demande au birocleur et au médecin en chef 
qui se sont empressés d*y accéder : toutes les mesures né- 
cessaires ont été prises. Eh bien, maintenant, vousy viendrez 
de force ou de *^ré; s'il le faut, je vous y ferai porter et 
ce sera mie curieuse comédie que vous donnerez aux spec- 
tateurs. » 

Après bien des résistances, nous nous mettons euiin en 
route. Il divague tant que dure le chemin, s'arrèie à 
chaque instant, et supplie quon le laisse retourner; les 
gendarmes vont larrêler , les ouvriers de Nancy vont s'a- 
meuter contre lui; dans la salle, ou le sifflera, on lui 
criera : « En prison, le voleur!... » Tous les grillages en fer 
qu'il rcncor)tre ont été placés sur son chemin pour lui faire 
honte. (Je dois faire observer que c'est une tréGlerie et 
une fabrique de pointes de Paris que M. W... dirigeait.) 

Arrivé à Nancy , il demande à passer la soirée chez un 
de ses amis; mais tout est inutile , il faut qu'il aille au spec- 
tacle. Le dîner amène une diversion ; depuis longtemps il 
n'a que la nourriture monotone de l'asile ; il parait 
satisfait et cause raisonnablement tout le temps du repas. 

Se résignant enfin à entrer au spectacle, il implore pour 
dernière grâce d'être placé dans une loge grillée d'où l'on 
ne pourra le découvrir; mais son compagnon est inflexible, 
il ira à l'orchestre d'où il pourra être vu et surtout voir con- 
venablement. Il ne fait pas de résistance, mais il s'empare 
d'un coin et s'y tapit obstinément. Depuis lors, jusqu'à la 
fin de la représentation, il n'a plus laissé échapper la moin- 
dre folie , il a causé avec plusieurs personnes placées au- 
près de lui, qui n'ont pu se douter de l'état mental de leur 
voisin; seulement il s'est obstinément refusé à sortir pendant 
les entr'actes, bien que la salle fut encombrée et qu'il y fit 
une chaleur accablante. 

La représentation lui a fait grand plaisir , et lorsqu'à la 



JOUBNÀL DE MÉDBCINB. 27 

fin , on lui demaDde pourquoi ouvriers et gendarmes Tant 
laissé parfaitement tranquille « il ne peut s'empêcher de 
sovirire et ne répond pas. 

Le lendemain, 6 janvier, il est content, mais ne veut pas 
recommencer, parce qu'il en coûte trop. Du reste , il se 
croit toujours criininel , banqueroutier et doit amener la 
famine et la peste dans tout le pays. 

Le 9 février , pour combattre ses idées de ruine, M. Ar- 
chambault exige que M. W . . . demande à son frère de l'ar- 
gent pour ses plaisirs ; la lettre est f^iite et envoyée. 

12 février. -^ La réponse du frère contient un bon dont 
M.. W . . • va recevoir le montant. 

16 février. — J'accompagne M. W... à Nancy. Pendant 
\a voûte, il ne cesse de me reprocher de lui faire dépenser 
trop d'argent ; il se croit encore ruiné et coupable ; il s'of- 
fusque toujours de chaque morceau de fil de fer qu'il ren- 
contre. Après quelques hésitations il se décide à entrer dans 
un café : là , il cause très-sensément avec des personnes 
qu'il voit pour la première fois. 11 aperçoit , à l'autre ex- 
trénf)ité de la salle , un de ses amis qu'il n'a pas vu depuis 
fort longtemps et témoigne un vif désir do lui parler. « Je le 
veux bien, lui dis-je, mais à la condition expresse que vous 
ne lui direz pas de folies. » 11 s'empresse de promettre, et 
l'entrevue a lieu. iM. S... ignorant le malheur arrivé à son 
ami , lui fait grand nombre de questions sur sa famille et sur 
ses affaires. M. W... répond parfaitement à cesdemuiides, qui 
cependant se rattachent toutes a son déhre. Les deux inti- 
mes s'entrt'tiennent fort longuement, fort gaiment, et lors- 
qu'enfin M. W... dit que depuis longtemps il est loin de sa 
famille, qu'il est séquestré parce qu'il est fou, M. S... refuse 
d'y croire et ne se rend que sur l'affirmation générale de 
leurs amis communs. 

Le moment du retour venu, M. W... paie spontanément 
la dépense, témoigne le regret de partir aussitôt et se pro^ 
met de reyeïiir le plus tôt possible. 

Dès cet instant, M. W... n'a plus donné le nioindre signe 
de délire, ni dans ses paroles, ni dans ses actions. 
Le 2 mars, il demande au médecin la permission d'é- 



S8 joimma t»B HÉttscniiB. 

crfre à 9»n trère pour lui anaonceir su guérison , et le 
prier de veiliir. A peine la lettre était-elle achevée, que ce 
dernier «rrive , et trouve M. W... exactement conforme à 
sa imanière ë'étre habrtuetle. Ils causent longuement des 
affaires de famille , des affaires commerciales , de fc fio^ion 
qu'occupera M. W... à son retour à licJtz. Ils sortent en- 
semble, et le convalescent doit passer deux jours à Nan<^y. 

15 mairs. — M. W... est réeHemeni bien guéri ; depuis 
le départ de son frère , presque chaque jour i\ va-à Nancy, 
visite ses amis, va au spectacle, au concert, et aucune 
idée déllrarite ne s*est manifestée. Son caractère est ex- 
trêmement gai, très-affable et très-aflectueux.'ll rend compte 
de toutes les sensalions qu'il éprouvait dans son délire. 
Les cris des idiots voisins de son quartier lui fivîsaienit 
croire à regorgement de milliers de persk)rïne$ dans des 
souterrains. La voix d'un de ces petits idiots -ressemble un 
peu à celle de l'un de ses neveux, et c'est ce qui lui faisait 
croire à la présence de toute sa famille. Il affirme que c'était 
bien avec la résolution de se donner la mort , qu'il s'est 
(jirécfpité dans un ruisseau. Il ne pedt s'empêcher de rire 
en songeant à la manière dont il barboltait 'dans fort peu 
d'eau et beaucoup de boue ; il entendait les perquisitions 
auxquelles tout le monde se livrait, mais l'idée de répon- 
dre, d'appeler , ne lui venait'paa; c'était égirtlement le désir 
de mourir qui le portait à repousser toute espèce >de 'nourri- 
ture. L'aspect d'une force a laquelle il De pouvait résister et 
la vue de la sonde oesophagienne , en le persuadait qu'on 
parviendrait à le faire manger malgré lui , avaient seuls 
changé sa détermination ; du reste, toutes ses sensations 
avaieilt quelque chose d'insolite, de voilé, à tel point 
qu'il demande de recevoir une afl^usiou'pour en comparer 
l'effet à l'impression terrible dont il a gardé le souvenir. 

Il explique , par la crainte à 'laquelle 11 était en proie , le 
tremblement qui au début avait 'feit redouter la parttlysie 
générale. M. W... sort de l'Asile le 22 mars f847. Au mois 
d'octobre suttarit, j'ai eu occasion de le'voir dans âa fiimille. 
Sa santé physique etmorïile s'e^t parfaitement maintenue. Il 
a repris' d'aUttes occupations toujburs dans' la même affiiire; 



j.'ai élé témoin de 9a vU p9J6ibl<9aiip(è8.4'ui)efei»SBieeldiW 
enfiant q^'il cbérij. , et dont la^ticlion 90 lui. inAn<|U9 pas». 
C'était L'anniv.éiïsaiire. de son entrée à MairéviUeh lous ai^a 
anus cedoutaîent ce moyien^. De péQJ,b|as saiiivenii?$ kjii 
ont été rappelée , mm^ sa ra^n n'en, a subi aucun ébrau- 
leiAfsut. IL I9.'ai eondiuiA Ui-mêroe. , et c'était la pfeopiè^e 
foÎ3 ^'il repai^dissait sur ]^^ lieux , depuis la terrible cal^Sr 
teof^ie ,, sur le théâtre du s^n^tce , m>«^ a exf liqyé 1^$ 
pba$es , ui!et mpu^^é le Duiaseaiv, eà il s'était jetô, — 4e n'ai 
pu voir sans i|ne. douée émotion « Veinpresseinenit d^nl 
i eutouiraient ces envsieps, pai|F quit il uv^Mt toi^wvsété ju^le 
et bon» 

M^ W... est deineuré l'uA de mes imiUieafs amis ; je 
n!aii j^a (^^é d'étxe en conrespondanca avec bjii; sa dernière 
lettre, qinâdate de qi|elq«iea pioi^ (juillet 1855),m'aneon$ait 
la. pert€r d'ue enia^t* Sa raispa i^'en a point été ébranîée. 
Il n'a paa cessé un iosiant de reiiipiplir ses devoirs ^ofi»^ 
sionnel)^ aveçU Qaâaae intelligence qu'avant sa inajadie^ Sa 
guériaon est^ donc bien compile. 

Cette observatiw Bons isMMitre un, finit qui n'ofre rieo; de 
bien e^eptiponel et peut ménne être considéré o^umne un 
type de.!^ ff^Wfi ^'^Ménation nieiMiale nommée par Esqiftirol 
lypèiuaçie^ NéfMiiiwins, cerl^Nupsea cireonstan^es me seni'^ 
biept dignes d'appeler ratt^^ntion, et. je les signalerai en 
qpekqyues Hgaes. 

Je Qopstatei'ai 4'abord la pjré4i$po$itiion.h(éréditaireoa{ûiae 
dans^ le eour&de t'observaliion , paipce q<fie je et'aiobtec^u.de 
renseignenaenls pf'éeis h ce «ujel qu'après, l'époque (juillet 
t847) o])i elle a été rédigée. 

M-^ W... e^t le preoMev de sa fanfiiUe qui ait ea mi i^érir 
table accès d'aliénatioç, mentale) cependant soa pare, 
Uiaistre lu^liévieii, avait été pend^^iM djix-buit «oeia^ vers 
l'âge de 36 à 38 ans, dans un état de tri^a^se, de dége(àt de 
laviequikùfai^eii négl,i,(|er et presque aha^n^er Wfi devoirs 
de spn ministère et le soin 4e s^ fimille. Cet étal s'est dissipé 
spputanémeut. Vers le même âge , le frère aîné de M. W.. . 
pjcéneiRta un phénomène à peu-pvès de tems paima idemi- 
q|i^, J^JD&I^ h 2' &ére, de qaeiqu^ ^nées yto âgé qae 



30 JOimNàL BE HàDSCniB. 

Louis, habitant une dês principales villes de la Prusse 
Rhénane, fut en 1848 désigné pour faire partie du jury 
appelé à juger les auteurs d'une insurrection. A peine le 
jugement fut-il prononcé, que M. W... manifesta des scru- 
pules extraordinaires , il se prétendait coupable de n'avoir 
pas prêté une assez grande attention aux débats ; puis sur- 
vinrent des hallucinations , il voyait des insurgés partout. 
Enfin, il tomba dans un état fort analogue à celui où j'avais 
vu sou frère Louis. La famille le fit venir d'Allemagne et 
le plaça à Maréville que je quittai peu de temps après ; je 
n'ai pu suivre la maladie, mais j*ai su que le malheureux 
ne s'est pas rétabli , et qu'il est encore dans une maison de 
santé en Allemagne où habitent sa femme et ses enfants. 

De toutes les causes éloignées de la folie, l'hérédité est 
incontestablement la plus fréquente. Malgré les efforts que 
font la plupart des familles pour cacher cette Ùtcheuse 
prédisposition qu'on voudrait se dissimuler à soi-même , 
Esquirol l'a constatée 22 fois sur iOO dans son service de la 
Salpétrière, 24 fois et demie dans la statistique de Charenton, 
et 57 fois sur 100 dans sa maison de santé. 

M. Archambault, dans ses relevés sur Maréville qu'il n'a 
point encore publiés , mais qu'il a bien voulu me com- 
muniquer , est parvenu à établir que, 55 fois sur 100, il a 
existé des aliénés chez les ascendants , descendants ou col- 
latéraux proches. Spécialement à la iypémanie, M. Archam- 
bault a trouvé l'hérédité 59 fois sur 89 malades ; c'est l'é- 
norme rapport de 67 pour 100. Pour M. Moreau, de Tours, 
qui considère comme prédisposition héréditaire à l'aliéna- 
tion mentale non -seulement toutes les maladies cérébrales 
de quelque nature qu'elles soient, toutes les bizarreries de 
caractères, mais encore toutes les névroses , il ne peut guère 
rencontrer d'aliéné qui n'ait eu dans sa femille quelque 
affection de ce genre. 

C'est de 25 à 35 ans, suivant Esquirol , que Ton rencon- 
tre le plus fréquemment la Iypémanie; cependant, elle est 
encore très-fréquente jusqu'à 45 ans. Ainsi, c'est à 34 ans , 
que Louis W... devient triste, que son caractère, ses habitu- 
des se modifient, bien qu'il soit encore au début d'un 



JOURNAL DB MÉDSCHOS. 31 

mariage qui a mis le comble à tous ses vœux , et dans une 
position industrielle de nature à lui faire espérer un avenir 
de tous points satisftûsant. Peut-être eût-il éprouvé seule- 
ment comme son père et son frère atné un état de spleen 
de quelques mois de durée , sans la terrible catastrophe qui 
vini subitement le plonger dans le délire mélancolique le 
plus profond. Quoi qu'il en soit, la gravité même des acci- 
dents fut probablement pour lui une circonstance heureuse; 
on n'hésita pas, comme il arrive trop souvent, à le mettre 
dans des conditions de traitement favorables. 

Un des accidents les plus redoutables de la lypémanie , 
est certainement Tidée fixe qu'ont presque tous ces malades 
de se laisser mourir de faim. Dans le cas actuel, nous voyons 
ralîéné vaincu par Taspect d'une force imposante et par la 
persuasion qu'au moyen de la sonde oesophagienne, on par- 
viendra à le &ire vivre malgré lui. Malheureusement, il est 
loin d'en être toujours ainsi ; cela se rencontre quelquefois 
chez les hommes , très-rarement parmi les femmes. Mais il 
est bien plus ordinaire de voir les lypémaniaques lutter 
jusqu'à la dernière extrémité , s'efforcer , en contractant 
onergiquement les muscles du pharynx, d'opposer une 
barrière au passage de la sonde; ils y réussissent quelque- 
fois ; on en a vu même par des régurgitations volontaires , 
vomir aussitôt après le retrait de la sonde les aliments in- 
troduits de force dans l'estomac. 

Sa passion pour la musique fut certainement pour Louis 
W... d'un très-grand secours; c'est à son aide que je 
suis parvenu à occuper un peu l'esprit du malade. II n'y a 
point de chances de guérison pour le monomaniaque ou le 
lypémaniaque , tant qu'on ne peut, par une occupation 
quelconque, soustraire sa pensée aux idées fixes qui l'assiè- 
gent. Il s'établit dans ce cas un cercle vicieux trop fré- 
quent en pafhologie ; l'effet devient générateur de la cause; 
la maladie enfante l'idée fixe, et à son tour l'idée fixe en- 
tretient la maladie. 

Pour que l'aliéné commence h s'occuper utilement , il 
faut qu'il ait subi une amélioration très-sensible; cependant, 
il est encore loin d'être guéri ; c'est même là l'époque la 



3^^ jwBf^j^ «B wfm^vh 

pljMlk critique d\j{ tmtenM»;t& , c'est ajorq qu^ va se décider 
celle leri[ible question : le malade guériça-l-M , ou sop alii^- 
nalioo. va,-t-eUe passer à Tétat chrooiqu^ ? Tous les» travaux 
exécutés dans les asiles par des aliénés incural^les témoi* 
goent éoergiquement qu'il reste encoRç bea^CQ^p à Caîire au 
looroeot où l'on est parveuu à obtenir qj^e le malbiçureux 
laisse un peu de côté ses iii^es fixes pour une occupiatioa eo 
rapport avec ses ha))iludes a,D4érievres. 

Je m'arrêterai up instaiit sur la cessation brusque et 
complète du délire* Je n'ai rencontré ai^CM,D auti:e ei^empj^ 
d'une modification aussi rapidement cadicalp. En qi^kmes 
instanU, la physionomie, U laaintieo,, les idées si^biire^ 
une métamorphose al^solue. Les M^aits toul-à-l'heurç çoa- 
tractés , e^pripiant Tapprébension et 1^ çoptraint^ , fii^eot 
place 4 une expression ouvert^ et enjouée qui, esjtlana^nièr^ 
d'être habituelle de Louis W..- î il devient tp^t-à-coup e( 
demeure s^ussi gai q^'il é^it mx^^ose., aièssi çoutem qu'i^ 
étai^ liàciturne. 

Les détasils; d^ l'observatiou. auront siifiS , je pense, pour 
fiË^ir^ apprécier la méthode de tra,itement. Dans 1^ prçmi^r^ 
période, les douch^ç opt été employées congi^e moyen 
per^rbant pour rappeler çn quelque sor^ 9^ la vie exté- 
rieure te malade absorbé par ses idée3 sinistres et ses. hàX- 
lucin^tions. En même temps on avait recours aux bains p|ro- 
longés et à de longues proni^uades, pour apiçner p^r Ia 
vu^ d'objets nouveaux et pjar la l^ssit^de quelques idées 
d'un ordre différent et surtout UA peu d^ sou^nei,! s^ rar^ 
et si précieux pour l^s ^iénés. Eipjin^ du ipoment que son 
esprit devient accessible àk distraction, ç'e^ de ce c^jié 
que s^ porte^i^ tous les efibrts, Lis p^i^ir est inaposié au 
maUd« ^v^ W^ volonté énergique et persistante, qui pe lui 
lais^ a^ucuB répjjt , ses idées fausses son,^ at^quées de froot, 
sans qu'il soit jwais fait la, moin<i^e conce§si^^ apporetii^. 
Je dis qfpftr^t^t^ , car en cela , Içs ii^liénés ressen^blent ^ux 
enfants; la faiblesse physique et intellectuelle ef^gent q^'o]|i 
sf dépftfftisse ^équemment de ^ rign^çii^Mr; m^is^ alors de 
i^ôme q^'oA feii[Lt d'ignorer 1^ foute q^'(VA w yeut p^ py«Mr« 
iil f^%\ i^^^ crp^r^ à l'aliéna qiie ^on, ret^^r i^ ses ijdéest 



jovbnàx db mébecinb. 33 

fausses n'a poinl été aperçu. C'est là une des nombreuses 
appréciations dans lesquelles doit se manifester le tact du 
médecin aliéniste. 



DE CEBTAINS PHÉNOMÈNES hystinformes 
avecsuppressionpassagère de lamenslruationpou' 
vanl laisser soupçonner à tort vn commencement 
de grossesse, par le D' AjJhiJSkis , président du 
jury de médecine du déparlement de la Loire- 
Inférieure. 



La menstruation , cette fonction si importante que l'on 
a pu dire qu'elle domine à la fois la physiologie et la 
pathologie de la femme, se supprime rarement, même 
pour une courte durée de temps, sans susciter dans l'or- 
ganisme des troubles plus ou moins notables. Ces troubles 
fonctionnels sont surtout la suite des atteintes portées par 
cette suppression à l'innervation. Multiples et protéiformes, 
les accidents spasmodiques que la disparution des mens- 
trues entraîne, empruntent un cachet tout particulier à 
chaque idiosyncrasie, se modifient suivant chaque organi- 
sation : c'est ce qui explique leur diversité. 

Quelquefois des phénomènes de nature hystérique coïn- 
cident avec la disparition des règles, et Ton est fort embar- 
rassé pour savoir si ces phénomènes sont la cause ou l'effet 
de cette suppression. Le plus souvent ^ ils en sont l'effet; ils 
peuvent pourtant en être la cause. L'embarras dans lequel 
se trouve le médecin augmente , s'il est en droit de soup- 
çonner un commencement de grossesse ; aussi , est-ce tou- 

3 



34 JOUBUAI. DE «ÉD^CIRE. 

jours avec une extrême prudeoce , avec la plus grande 
réserve qu*il formulera soo opinion , surtout s'il est consulté 
par une personne qui n'est pas mariée, qui est veu,ve, ou 
dont il suspecte la moralité. 

Exisle-t-il des signes propres à faire reconnaître, d*une 
manière infaillible, la vraie grossesse, et si ces signes exis- 
tent, à quelle époque de la grossesse se montrent-ils? On 
connatt Fétat de la science au sujet de ce problème fort 
complexe et l'un des plus importants que l'obstétrique ait 
à résoudre. On a pesé le de^ré de copfiance que chaque 
signe de la grossesse inspire, et je ne puis mieux faire que 
de renvoyer pour l'étude de cette question, pour la sohitîon 
de ce prôUème aox ouvrages êxprùfesm. Qu'il ine suffise 
de dire, pour prouver, toutes les obscurités qui rni^ehp- 
peut epcpre Ifi science , que dans certains cas, à la vérité 
très-exceptionnels, le problème a paru tellement difficile à 
résoudre, que l'on n'a pu acquérir qu'une certitude de 
probabilité même à l'époque de la grossesse où ordinaire- 
ment le toucher et l'auscultation ne laissent plus de prise 
au doute, et cependant les accoucheurs qui hésitaient 
enqore à sq prononcer étaient fort experts dans la pratique 
du toucher, dans le maniement du stéthoscope : ils avaient 
aussi cherché des enseignements dans les études de JÎf. Jac- 
quemin, sur la coloration plus foncée dans l'état de gesta- 
tion que dans l'état de vacuité de l'utérus de la membrane 
muqueuse vulvo-vaginal^ : ils n'avaient p^s non plus né- 
gligé de tenir compte des remarques de tt. Hontgomme- 
rie sur les changements particuliers que subit pendant 
l'époque de la grossesse l'aréole du mamelon; enfin, et à 
l'imitation de HM. les professeurs Andral et Gavarret, ils 
avaient examiné le sang, analysé l'urine suivant le procédé 
de M. Donné. 

Le diagnostic de la grossesse devient d'autant plus, diffi- 
cile, que la grossesse est moins avancée: en effet, ainsi 
que je l'ai dit dans un autre travail: cr Pendant les trois 
prenuers mois de la gestation , le col utérin est trop haut 
placé pour pouvoir être facilement exploré par le doigt, et 
cettp exploration fut-elle même facile , elle ne saurait rien 



JOVBSIAL DB méseciue. ^i 

apprendre, puisque le col n'a encore subi aucun change- 
ment appréciable* La petite quantité de liquide amnio- 
tique contenue alfiiBs dêm ki oivité de rutéfos rend aussi fort 
confuse la sensation éprouvée par le doigt ou les mouve- 
ment$ passifs du fœtus, ce que Ton appelle le bqllottement. 
Quanta la perception des deux bruits différents qui , selon 
M. de Kergaradcc, annoncent la présence dans Futérusdu 
fœtus, à savoir: le brpiU placenlaire également appelé bruit 
de souffle et le bruit à doubles ballemenls ou bruil du cœur 
du fœtus , ceiie perception ne peut se distinguer pendant 
les trois premiers mois, le produit de 'la conception étant, 
jusqu'à celte époque , à l'état embryonnaire. » 

foutes ces considérations. font que, pendant les trois 
premiers mois de la grossesse, le diagnostic de la grossesse 
est tellement obscur, qu'une Société de Médecine consultée 
à l'occasion d'une accusation juridique, s'il existait un si- 
gne certain, infaillible de reconnaître la grossesse pendant 
les trois premiers mois de la gestation, crut devoir répon- 
dre que ce signe n'existait pas. Dans l'état actuel de la 
science, c'était, en effet, la seule réponse que Ton pouvait 
donner. 

C'est surtout' chez les femmes en proie à Thystérie^que 
le diagnostic des premiers temps de la grossesse est hérissé 
de (iifllcultés : chez certaines hystériques, il se développe 
quelquefois des accidents tellement propres à iiiasquer la 
grossesse, qu'ils exigent , pour que la lumière se. fasse , une 
attention toute particulière. Cette ailention , bien que soi- 
gneuse, ne conduit pas toujours à la conviction, et il suf- 
fît qu'une place soit laissée au doute 'dans l'esprit du mé- 
decin, pour que celui-ci n'émette, son opinion qu'avec une 
extrême réserve , avec la dernière prudence. C'est dans le 
. but de servir au diagnostic de ces grossesses douteuses chez 
les femmes hystériques, que j'extrais de mon portefeuille 
trois observations, que j'avais rédigées dans le temps, me 
promettant de- les communiquer à une Société savante , 
quand' l'occasion s'en présenterait. 



36 JomufÀL DE vtoEcniB. 



Première •bserratian. 



Une jeune personne, douée d'une constitution nerveuse , 
révélée par des cheveux noirs, une peau brune et brûlante , 
de ramaigrissement , fut prise, dans le courant d'un 
voyage, d'accidents spasmodiques extrêm. ment intenses. 
Appelé près d'elle , il me fut facile de constater de suite 
que l'attaque de nerb se rattachait à l'hystérie , car la sen- 
sation de ce que l'on a appelé la houle hystérique, était 
par&itement caractérisée. J'attendais l'eifet d'une potion 
anti-spasmodique, lorsqu'une question que j'adressai à la 
mère: «r Mademoiselle est-elle bien réglée? » me valut 
les confidences suivantes : 

La jeune personne avait aimé éperduement un jeune 
homme, sans fortune, sans état et d habitudes fort légères. 
Les parents de la demoiselle s'étant refusés au mariage , le 
jeune homme avait trouvé le moyen de la séduire : ce- 
pandant , une seule cohabitation avait eu lieu, et justement 
pendant le flux menstruel; toutefois, les règles, jusque là 
régulières, avaient disparu à dater de ce moment, et Tacte 
sexuel, dont la jeune personne avait fait immédiatement 
Taveu à sa mère, remontait déjà à quatre-vingt-quinze 
jours. Les accidents hystériformes avaient précédé de plu- 
sieurs mois la cohabitation : ils étaient évidemment sous 
l'action de l'orgasme utérin produit par les assiduités du 
jeune homme. Un médecin avait essayé de calmer ces 
accidents par de petites applications de sangsues aux 
cuisses, diverses potions calmantes, et, chose surprenante 
ou plutôt qui ne saurait surprendre, la mère et la jeune 
personne étaient restées seules confidentes de ce qui s'était 
passé : le père , le médecin étfiient bien loin de le soup- 
çonner, et c'était d'après l'avis du médecin qu'on se rendait 
aux bains de mer, près la source ferrugineuse de Préfailles. 
Les bains de mer chauds, l'eau ferrugineuse, des courses à 
cheval avaient été conseillés en même temps que la cessa- 
tion de toute médication pharmaceutique. 



JOUHIfAt DE MÉDECINE. 37 

Cependant, la mère, cruellement tourmentée par la 
pensée d'une' grossesse, que la cessation des règles rendait 
a ses yeux plus que probable, avait tellement fait partici- 
per sa fille à son tourment, que celle-ci passait les nuits 
à pleurer. Cette insomnie soutenue n'avait pas peu con- 
tribué à agacer le système nerveux et à aggraver les acci* 
dents spasmodiques. 

Honoré d'une confiance absolue, par suite de cette confi* 
dence, il me fut permis de chercher à apprécier si les 
craintes inspirées par la supposition d'une grossesse étaient 
réellement fondées. Il me paraissait, en effet, peu ordi- 
naire, en admettant que le récit que Ton venait de me faire 
ne contînt que l'exacte vérité (et il paraissait empreint 
d'une candide véracité), qu'une seule approche sexuelle 
chez une personne jusque \h vierge, approche pendant 
le flux menstruel, eût entraîné aussi facilement la concep- 
tion. Mon doute s'augmentait surtout de cette circonstance 
qui m'était apprise , que le coït avait été pratiqué debout 
et à la dérobée. 

Dans le but d'abréger cette observation , je dirai de suite 
que* la palpation de l'abdomen la plus soigneuse éloignait 
tout d'abord de la supposition d'une grossesse qui devait 
entrer dans son quatrième mois. Il était impossible de 
trouver le moindre développement à l'utérus; mais, com- 
bien ne fus*je pas rassuré lorsque je trouvai l'anneau vul- 
vaire tellement intact que le bout du doigt index ne pou- 
vait y pénétrer ! Pour arriver au col utérin , il eut fallu 
forcer Tanneau vulvaire,et cette douloureuse dilatation ne 
me parut pas nécessaire. J'insistai tellement sur la particu- 
larité que le coït ne me semblait nullement avoir été con- 
sommé , que je versai du baume dans le cœur de la mère et 
de sa demoiselle. Je leur promis d'aller les visiter de temps 
à autre à Préfailles, conseillant à la jeune personne de 
n'employer aucun médicament; de prendre, chaque jour, 
un bain de mer chauffé à la température du corps; de faire, 
en mangeant, usage dé l'eau ferrugineuse de la source de 
Kirouard , laquelle eau devait être mélangée à un quart de 
vieux vin de Bordeaux. Je joignis à ces moyens le conseil 
de faire , chaque jour, une promenade à âne. Au bout de 



38 JOUBWAL DE MÉDECINE. 

quelques jours de ce traitement, les phénomènes spasino- 
iJiques perdirent de leur fréquence et de leur intensité. 
Après un séjour tie cinq semaines sur le bord de la mer, 
l'évacuation menstruelle reparut, et tout se. passa d'une 
manière si normale, que le doute élevé sur une grossesse ne 
fut plus permis. Ces damés passèrent encore trois semaines 
à Préfailles, puis eHes revinrent joyeuses à leur domicile. 
Une lettre de remefcîmenls , que je reçus quelque temps 
après, m'apprit que la santé était* parfaitement recou- 
vrée. 

beaxiènie observatibn. 

Une jeune fiHe, victime d'une brutale séduction, devient 
tout d'un coup sujette à des atxidenls hyslériformes quelle 
n'avait janriais éprouvés. La mère , mise immédiatement 
dans la confidence de ce fait, attribue ce nouvel état aux 
vives émotions de sa fille. On se borne à des infusions de 
tilleul, à Teau de fleurs d'oranger, à quelques gouttes 
d'éther, et l'on espère que les règles, qui doivent venir rfans 
quelques jours, mettront fin à ces désordres du système 
nerveux. 

Cependant, l'époque menstruelle si 'ardemment atten- 
due manque entièrement , et,*à dater de cette suppression, 
les accidents spasmodiques se rapprochent lellerhent que 
je suis appelé. . . i assiste à une attaque franche d'hystérie, 
et bientôt' je suis mis au courant par la mère de la jeune 
personne de tout ce qui s'est passé. 

^ Rien , assurément, dans l'examen des organes génitaux, 
n'eût pu éclairer sur l'existenc^e de la grossesse, -car le rap- 
prochement sexuel ne datait que d'une quinzaine de jours; 
aussi , sans me livrer à aucune investigation , je me bornai 
à prescrire une potion dans laquelle j'associai la valériane 
à Topium, et j'engageai la mère à rentrer dans sa famille, 
MNe Y ^^^ '^ nnonde parlait des attaques de nerfs de 

M • X Je crus devoir remettre, pour le médecin de 

celte famille, une lettre dans laquelle je lui donnais con- 
naissance de la confidence qui m'avait été faite et dans 



JOtKNÀii DE kÉbEciNE. 39 

laquelle, élevant des doutes sur la gross'esse, j'insistais sur 
des cataplasmes Idudanisés apposés à là régiori hypogàs- 
trique, sur des quarts de lavements éiYiollienls avec addî- 
lîou de quelques gouttes de teintuï'e de musc, et de quel- 
ques gouttes de laudanum de Sydenha'm , supposant que 
les phénomèi^es hy&tériques, ainsi que la dist'iarition des 
rinenslrues, pouvaient se trouver sous la dépendance dé 
l'oï-gâsme utérin. Je parlai, toutefois ,maiâ avfec une ex- 
trême réserve, delà possibilité à la rigueur d'ud commen- 
cement de grossessie. Au bout dé deux mois, je reçus de 
mon honorable confrère une lettre qui m'annonçait que les 
menstrues venaient de reparaître ^ que rien , dans Texamen 
dti flux menstruel , ne légiiimait le soupçon d'une grossesse. 
J*aî su, depuis, que la médication calmante que j'avais çon- 
selllièo avdil.élè régUlièrenienl suivie; qu'à dater de la réap- 
paritidii des règles, les spasmes byslérilques s*étaténl 
amoindris ël que le rfctour à la santé ne s'était pas fait 
attendre. 



Troisiènie ei dernière elmerTMleÉi. 

Un jeiinc homme; se trouvant seul avec une jeUné 
feiiime de chambre , consomma l'acte sexuel. Pendant les 
trois jours qui suivirent cette cohabitation, des accidents 
hystériques se Hia ni lestèrent aviec unfe telle fréquence et Une 
telle iiuetisité chez cette jeune fille, qlic je crus devoir 
conseiller de Ténvoyér à la campagne , chez ses parents. 

Jusqu'à répocjUe de la ctthabitalidn, les règles , malgré 
les spasmes hystériques, s'étaient riiontrées t-égulières; mais, 
à dater de l'dcte sexuel, les hienstirdës rie reparurent J)as. 
Le séjouir à la campagne et lés qiietqUëà câlinants que le 
médecin de la localité avait conseillés, n'avaient dinii- 
tiué eh rrerl U fréc^uëncé et l'inteiisité des {ihënomènès 
hystériques, et bientôt ce médecin, bieh rjue h jeune tille 
né lai eût pas fait la cônHderiCe de àa faute, soUfiçoniia tine 
grossesse. Il m'en écrivit conildëntiellement. Je crus devoir 
en pîtt'Iei' att jeune hdmrhe avec ^ui je supposais que la 



40 JOimilAL DB aÉDBCnfB. 

fille avait eu des relations. Celui-ci me confessa toute la 
vérité; vérité qui me fut confirmée plus Urd par celte tiUe, 
que j'ai accouchée. La date de raccouchement sanctionna la 
date de la réunion sexuelle. Si Ton m croit cette fille, et 
je n'ai assurément aucune raison à alléguer contre U 
vérité de sa déclaration , eUe était vierge au moment du 
coït. Cette déclaration semble au contraire confirmée |»r 
la remarque du jeune homme, qui assure que le coït fut 
douloureux et qu'il fut accompagné d'effusion de sang: 
« AptAd mrgines prima nox est cruenta. » 



■éf extoMS* 

Chaque médecin, faisant un appel à ses souvenirs, pour- 
rait, sans aucun doute , citer des faits analogues à ceux que 
je viens de relater. Il ressort de la vulgarité même de ces 
faits, que l'hystérie a son siège dans la matrice et que ce 
n'est pas une affection cérébrale, ainsi que plusieurs au- 
teurs l'ont écrit en faisant considérer que cette prétendue 
névrose des organes de la génération se développe quel- 
quefois chez l'homme. Il est vrai que certains hommes ont 
présenté des phénomènes hystéri formes; mais si on exa- 
mine avec soin toute la série des troubles dans les centres 
nerveux qui constitue ces phénomènes, on verra que ce 
n'est pas là la véritable hystérie de la femme. Celle-ci est 
toujours sous l'étroite dépendance de Torgasme utérin. 
Toute excitation de d'autres organes qui ont des corréla- 
tions intimes avec la matrice, comme le clitoris , le mame- 
lon, peut faire naître des phénomènes hystériformes ; mais, 
assurément, ces troubles fonctionnels n'offrent pas la sen- 
sation de celle boule qui semble s'élever de la matrice 
jusqu'à la poitrine et au cou, et qui produit cet étouffement, 
cette strangulation mi generis que l'on connaît , sensation 
qui est SI caractéristique de l'hystérie. 

Lorsque l'hystérie se développe sous des causes diverses 
chez une personne jusque là régulièrement menstruée , elle 
suscite quelquefois des dérangemenU dans la fonction de la 



JOUBNÀIi DB MÉDECINB. 41 

menstruation: ces troubles peuvent aller jusqu'à la suspen- 
sion de cette fonction ; alors, si le coït a coïncidé avec cette 
période hystérique , on peut soupçonner un commence- 
meni de grossesse, et ce soupçon peut pourtant porter a 
taux. Les deux premières observations que j*ai rapportées 
confiraient, au milieu de tant d'autres, la vérité de ce fait, 
et impliquent l'obligation, pour le médecin, de ne présen- 
ter son opinion qu'avec la derpière réserve , lorsqu'il est 
app(*lé à se prononcer en pareille occurrence. 

Chez certaines femmes , dès le début de la grossesse, des 
phénomènes bystériformes apparaissent et semblent être 
sous l'étroite dépendance de ce nouvel état physiologique 
de l*utérus; mais, chez certaines femmes aussi, et alors 
qu'il n'y a pas un commencement de grossesse^ il se mon- 
tre dans les premiers temps du mariage et sous Tempire de 
l'excitation des organes génitaux des phénomènes égale- 
ment bystériformes qui font d'autant plus croire Si la ges- 
tation qu'ils s'accompagnent de suspension temporaire de 
la menstruation. Ce n'est que lorsque la grossesse a pu se 
dégager à travers ces désordres spasmodiques , qu'on 
peut la diagnostiquera l'aide d'un ensemble désignes lien 
connus, dont les plus convaincants sont révélés par le tou- 
cher et l'auscultation. Jusqu'à ce que les signes pathogno- 
moniques de la ^^rosscsse aient pu être reconnus, lu 
médecin qui respecte sa profession ne doit jamais rien 
affirmer, car le temps a souvent donné des démentis à de 
téméraires affirmations. 

Dans la dernière observation, on voit une grossesse chez 
une fille vierge être la conséquence d'une seule cohabita- 
tion. Il est vrai que l'acte sexuel avait dû être entièrement 
consommé; car la verge avait évidemment forcé, en le 
déchirant « l'anneau vulvaire, à en juger par l'eiFusion du 
sang au dehors de la vulve. Ces cas de grossesse, après 
une première et unique cohabitation, ne constituent pas 
la règle ; ils constituent , chez la femme, l'exception ; tandis 
que dans les races bovine , équine , porcine , canine , féline, 
la femelle est presque toujours fécondée par le seul fait 
d'une seule approche , si le coït a été consommé. Il est vrai 



42 JOtmNAl DE MÉOCCINfe. 

que, chez la (ille dont il est question , l'utérus était tlisposé 
à la conception par ce surcroît de vitiililé- que I'oti a appe^ 
lée orgasme utérin. Vitalité surexci4ée des organes géni- 
taux qui s*était manifestée par des phénomènes hystériques. 
Chez la femme , en effet , selon plusieurs auteurs , un cer- 
tain orgasme des ovaires lel de Tulérus paraît nécessaire à 
la fécondation. Cet orgasme exige même une certaine 
durée de temps, et Ton a cru remarquer que, dans ia 
majorité des cas, la femme qui ne porte avfec ellfe aticune 
cause de slériliré ne devenait guère grosse qu'après la pre- 
mière quinzaine du mariage ; mais je crois que , dahs cette 
appréciation , Ton a trop perdu de vue les obstacles que 
l'intégrité des organes génitaux (je parle de la fetnitie 
vierge) oppose à ta perpétration de lacté sexuel. La 
nature se montre néanmoins quelquefois très-ponctuellê 
dans l'accomplissement de la fonction physiologique qui loi 
est dévolue, et, à ce sujet, qu'il më soit permis de citer 
le fait curieux dont j'ai été témoin : Deux sœurs , âgées 
l'une de 25 ans, l'autre de 20 ans, ayant éCé élevées d'une 
manière si religieuse qu'il n'est pas permis de suspecter 
leur moralité, se marient le même jour à deux marins 
vigoureusement constitués. Le navire qu'ils doivent monter 
est retenu par un vent contraire ; mais la première nuit du 
mariage s'est à peine écoulée qu'un vent favorable force le 
capitaine à lever l'ancre : tios deux marins sont arrachés à 
la couche nuptiale. Les deux femmes accoucheht le même 
jour et juste à la fin du neuvième mois. Les faits de cette 
nature ne sont pas rares. 

L*on voit même, assez souvent, déjeunes mariées fort 
vertueuses, qui sont vivement contrariées d'accoucher 
avant le neuvième mois révolu, à dater du jour do leur 
mariage: elles se consoIeraieYlt si elles savaient que la 
science n'est pas encore parvenue à dissiper les irfcértitudes 
qui enveloppent la fixation par la nature du ierme de la 
grossesse, bien que des travaux sét'ieux aient été entre- 
pris dans le but d'élucider celte question. Il est au ^oins 
positif que les neuf mois qui 'constituant, sclentiriquement 
parlant, |je terme naturel de N grossesse, ne sont pas les 



JOURNAL DE HÉDECINE. 43 

mois Hu Caletîdrier. Toujours est-il que quelques faits 
prouvent, d'une manière péremptcîire, que des vierges 
sont fécondées par le premier acte sexuel, même en 
dehors de tout orgasme utérin , témoins les cas de viol où 
la défloration a été le résultatde la force brutale. 

Pendant les premiers mois de la gestation et quelquefois 
même pendant tout le temps de la gestation, il n'est pas 
rare d'observer (tes phénomènes hystériques chez des 
femmes qui n'y étaient pas sujettes dans l'étal de vacuité 
de l'utérus. C'est à cet état de spasmt^s qu'il faut rapporter 
la constructiôïi du*pliarynx et de l'œsophage, qui donne a 
la femme la sensation d'un corps *él ranger arrêté daiis le 
gosier : d'autres fois , ces spasmes sont suivis de ce que l'on 
a appelé (e vertige épUeptïque ^ que l'on ne doit pas con- 
fondre avec la syncope , et encore moins avec l'éclampsie, 
qiii est' une sorte d'épilepsie aigué, qui tient à des causes 
diverses et qui a toujours urt caractère' de gravité. 

Nous avons vu, dans la première observîttion, que l'on 
redoutait une grossesse commençante chez une jeune per- 
sonne hystérique, qui avuit subi ,'»endant V époque mehs- 
truelle j une seule approche seamelle j, et dont l'examen du 
vagin dénotait l'intégrité de l'anneau vulvaire, d'où l'on 
peut induire que l'introdcrtion de la verge a été fort in- 
complète. 

Il est positif qu'il n'est pas nécessaire que la verge soit 
introduite profondément dans le l^agin pour que la fécon- 
dation s'accomplisse. L'on comprend que, dans la fonction 
du coït, le fluide spermatique est lancé au moment de 
l'éjacuiation jusqu'à l'ouverture de l'utérus par l'anneau 
vulvaire, bien que celui-ci soit intact, ou par toute ouver- 
ture de la cloison que peut former la membrane hymen. 
On ne croit plus aujofurdJhu» à la puissance fécondante de 
l'aura seminalis , à .son arrivée à la cavité utérii^e par les 
pores de la cloisoaque l'hynTen , restée intacte, peut pré- 
senter dé manière à opérer l'oCclusiôn complète du vagin. 
Il y a assurément du merveilleux dans tout ce que l'on a 
dit et écrit à ce sujet. Si Ton avait apporté plus de soin à la 
constatation de ces faits de conception où l'on assure avoir 



44 JOUBNAL DE MÉDECINB. 

trouvé la membrane hymen entièrement intacte et obtu- 
rant entièrement le vagin , on eût trouvé sur un point de 
cette cloison un pcrtuis par lequel le sperme a pu arriver 
à l'utérus. Il liiut que le sperme pénètre dans la cavité 
utérine pour que la conception puisse avoir lieu , et la prin- 
cipale cause de stérilité chez la femme dépend , selon moi, 
des obstacles anatomiques qui s'opposent à la libre entrée 
de la liqueur spermatique dans la cavité utérine. Dans un 
autre travail , je traiterai cette question, car j'ai par devers 
moi des faits de fécondation qui n'ont pu se réaliser chez 
des femmes jusque là stériles, que lorsque je suis parvenu à 
vaincre et détruire les obstacles qui empêchaient le 
sperme d'entrer dans la cavité utérine. On comprend 
que je veux surtout parler ici du redressement du col 
utérin ; mais je m'aperçois que je donne trop de dévelop- 
pement aux simples notes que j'avais recueillies , aha de 
servir à l'histoire de l'hystérie dans ses rapports avec le 
diagnostic de la arossesse: diagnostic que l'hystérie masque 
et rend (|uelquefoi$ très-difficile. 

Nantes, !«' février 1856. 



N O TE sur une tumeur hydatique abdominale ; 
ruptures spontanées et périodiques du kyste^ sui- 
vies de l'excrétion de son contenu par la voie 
intestinale; persistance de la tumeur et des phi- 
nommes énoncés ci-dessus, par M. Lb Houx^ doc- 
leur-médecin. 



Messieurs, ce fut au mois de mai 1849 que je vis pour 
la première fois la personne, sujet de cette observation, qui 



JOUBNAL DE MÉDECINE. 45 

i*a paru présenter assez d'intérêt pour pouvoir vous être 
oommuniquée. Cette malade me fut confiée à cette époque 
f>2)r le docteur Bernard , de Frossay, praticien émérite de 
In médecine rurale; toutefois, celui-ci voulut bien consentir 
à partager avec moi la direction du traitement et me prêter 
le concours de ses conseils et de sa longue expérience, 
concours d'autant plus précieux que je débutais alors dans 
la carrière médicale. 

Anne 0... exerce la profession de lingère, à la campa- 
gne; elle est célibataire, d'un tempérament nerveux très- 
prononcé et a aujourd'hui 37 ans. Depuis sa puberté jus- 
qu'à ce jour , sa santé a toujours été fort mauvaise. A 
18 ans, elle demeura privée de la vue pendant quelque 
It^mps, à la suite d'une affection cérébrale ou typhoïque. 
Sans parler de tous les troubles nombreux auxquels sa 
santé fut en proie durant le cours de son existence, les 
fonctions menstruelles mal établies , déviées ou suspendues 
à diverses reprises, ont été pour elle l'occasion fréquente 
de mille souffrances et accidents divers. L'hémorrhagie 
physiologique était souvent suppléée soh par des hémopty- 
sies soit par des hémorrhagies oculaires , nasales , cutanées. 
Puis, c'étaient des névralgies atroces se succédant les 
unes aux autres, de telle sorte que cette pauvre fille a pré- 
senté dans sa vie comme un tableau abrégé des perturba- 
tions nerveuses et sanguines devenant tour à tour causes et 
effets les unes des autres. 

Cinq à six mois avant d'être soumise pour la première 
fois à notre examen, elle avait failli mourir au milieu des 
symptômes d'une péritonite intense. Au mois de mai 1849 , 
nous pûmes constater chez elle l'existence d'un état chloro- 
anémique des plus prononcés, lequel nous parut dominer 
tous les autres phénomènes pathologiques. Rien n'y man- 
quait : peau de même que les ongles, pâle, exsangue, 
offrant la blancheur mate de la cire; veine sous-cutanées 
affaissées, presque vides et à peine perceptibles ; oppres- 
sion ; palpitations; souffles cardiaque et carotidien, etc. 

Pendant longtemps jusqu'au commencement de 1852, 
il nous fut impossible de reconnaître chez cette malade 



46 JOUUXAL QE MÉDECIHB» 

autre chose que des névralgies intenses, se répétant, à 
des intervalles irréguliers, névralgies faciale, crânien- 
ne , gastralgie , entéralgie déterminant souvent , par 
Texcès et la continuité de la douleur , de véritables 
convulsions hystériformes suivies de défaillance et de 
lipothymies, et durant lesquelles les battements et les bruits 
du cœur avaient une énergie telle quon se prenait à ap- 
préhender une rupture immédiate de cet organe. Puis, à la 
sortie de ces crises effrayantes, sç montraient, comme par 
le passé, des hémoptysies, des syncopes suivies d'une £ii- 
blesse extrême. Presque toujours l'appétit était nul ou 
Teslomac rejetait tout ou partie des aliments. En résumé, 
de 1849 à 1 852, Tétat des choses fut celui-ci : Pertes de sang, 
pertes nerveuses répétées et presque incessantes; inso.m- 
nies; alimentation réparatrice insuffisante, et malgré tout 
cela pas d'amaigrissement notable. Joignez à ces conditions 
physiques une sensibilité morale exquise , une impression- 
nabilité nerveuse poussée à Texcès, mises Tune et Taulre 
pendant tout ce laps de temps aux plus rudes épreuves par 
des chagrins domestiques et de violentes émotions. 

Jusqu'alors M. le docteur Bernard et moi, nous avions 
cru devoir nous borner à prescrire en principe _ (car les 
difficultés de lapplication étaicntjiombreuses, vu Tintolé- 
rance et la susceptibilité excessive des organes) , un régime 
substantiel analeptique, et une médication tonique où le 
fer entrait avec les amers comme base essentielle. Mais il 
fallut trop souvent suspendre ce traitement pour faire ex- 
clusivement la médecine des symptômes et administrer soit 
le sulfate'de quinine contrç la périodicité des névralgies , 
soit les narcotiques de tous genres contre la douleur , soit 
la digitale contre la vivacité des battements cardiaques , 
soit enfin les astringents contre les hémorrhagies , etc. 
Malgré un état aussi constitutionnel et aussi invétéré, en 
l'absence de toute lésion anatomique des. solides^ du moins 
reconnue par nous, nous ne pouvions ni ne voulions sur- 
tout désespérer de notre malade ; telle qtait notre situation 
d*esprlt, lorsqu'au commencement de 1852, la malade 
appela pour la première fois notre attention sjujr la présence 
d'une tumeur douloureuse qu'elle avait découverte quelque 



JOG^AL 9B Bf^I^Ci^. 47 

jours auparavant (li^ns Ija fosse iliii|f|ue gaiuelie, dans cel en- 
droit même d'où irradiaient le plus souvent les douleurs 
attribuées à une entéralgie. 

C^tte tuoneur, peu sensible encore à la vua, était par&î-^ 
tem^nt appréciable au toucher: d'une dureté pierreu<se, 
nou mobile, bosselée, non adbérenle aux os, du n)oif>s 
clans la partie accessible à U pniaiti,, mate à l.i percussion , 
excessiven]ieiH douloureuse à la pression, elle s'étendait de 
la région pubienne jusque vers 1 hypochtondre gauche d'où 
elle se prolongeait eo mourant vers l'ombilic; nous n'y 
perçûmes janaais ni fluctuation, ni brnit d'aucune sorte. De 
quellje nature était cette tt^meur? A quelle époque remon* 
tait son origine? Quels étaient son siège précis et ses rap-. 
ports? Etait-ceune tumeur scrofiuleuse, cancéreuse^ tuber-> 
culçuse, séreuse 1 yolypeuse ou simplement hypertro- 
phique? Siégeait-elle dans l'ovaire, dans le rein, dans la 
rate , dj)p& Tg^érus, dans les. parois de l'iptestin? Fallait-il 
faire rerppiUer son oiiigine à la péritonite donti nous avjons 
parlé plu3 t^auli? A^utiant de. questions qu'il nous fallut lais- 
ser indécises pour la plppart. Restaient les indications à 
reipplir ; nous crûmes y satisfaire par une médecine d'abord 
pal^iatjiv.e et nécessitée pj^r la douleur devenant de plus en 
plus intolérable au fur et à mesure que la tumeur, prenait 
plfis de volume.et qiie le veiitre se ballonnait sous rinflueiice 
(le ces deux cause» réunies. 

. Nous-euineSi donc recpuriS a.des applications émoUientes 
et narcotiques , plu^i spécialement a des bains tièdes qui , 
bien que coptre indiqués con^me débilitants, parvenaient 
souvent seuls à SQ^Iag^r la patiente. A ces moyens , nous 
joignîmes, successivement ou simultanément, l'emploi des 
mer<curif^tti^ , de la cigtië, des vésiq^toires, dit^ iodures. de 
pota^ium ^^ de. fer, et, enfin, de purgatifs doux. Mais le 
mal augmentait tpujpur^, el la marche et le- mouvement 
devinrent bientôt impossibles, grAce à la douleur et aux 
tiraiUeipeqt^ ocK^asionnés probablement par les adhérences 
de.latmtneur. 

Déjà plusif^ur;^ hémorrh^gies intestinales avaient; eu 
lieu, Igkvs^uau. ippis i^ déçen^br^ 18£i2, presque un 
ap- ap^ci^Sr 1(1 ipanif^staiion. de Texisit^oc^ de la tuûmir 



48 JOimilÂL DB HÉDBGHIB. 

abdominale, nous vîmes une nouvelle phase de la maladie 
se dérouler devant nous. 

Les douleurs abdominales étant devenues intolérables, le 
ventre énormément ballonné et la tumeur plus développée 
et plus sensible que jamais, on avait plongé, selon Thabi 
lude contractée lors de ces exaspérations , la malade dans 
un bain tiède. A la sortie du bain , à la suite d'efforts très- 
douloureux pour aller à la selle, elle avait éprouvé une 
syncope, et, en vidant le vase de nuit, on y trouva des 
matières sanieuses, liquides et purulentes, lesquelles 
avaient été jetées à tort. La malade , après cette crise, était 
demeurée dans un état d'anéantissement et de &iblesse 
extrêmes, plus grand encore qu'à la suite de ses pertes de 
sang; mais le ventre, nous dit-elle, était à peine doulou- 
reux , et s*était complètement aplati. Je m*empressai im- 
médiatement de vérifier le feit. La tumeur était, en effet, 
affaissée et l'abdomen devenu souple. Evidemment, un kyste, 
formant en tout ou en partie la tumeur, s'était rompu dans 
l'intestin, et une voie inattendue s'ouvrait à la guérison. 

Malheureusement, cette dernière prévision ne se réalisa 
pas; peu à peu le ventre se bossela de nouveau et la dou- 
leur reparut, et, au bout d'environ un mois, les tnèwes 
phénomènes se renouvelèrent. Une seconde rupture eut 
lieu, et, cette fois, nous pûmes constater dans les matières 
excrétées des débris de pellicules rougies par le sang; 
l'une de ces pellicules avait môme conservé une forme 
globuleuse et contenait des débris sanglants et in- 
formes et quelques matières visqueuses analogues au frai 
de grenouille, le tout disséminé au milieu d'un liquide 
trouble et jaunâtre. L'aspect de ces matières expulsées nous 
fit penser à un kyste hydatique, ce dont nous eûmes bien- 
tôt la certitude, car à quelque temps de là eurent lieu tantôt 
des bémorrhagies et tantôt des évacuations de pus ou de 
sanie, et il nous fut facile, à divers reprises, de recueillir 
les débris de vésicules que nous faisons passer sous vos 
yeux. Plusieurs de ces vésicules sont remarquables par 
leurs dimensions et l'épaisseur de leurs parois. 

 partir de cette époque , le même fait se montra d'une 
manière presque périodique; avec ceci de particulier, que 



JOUBRAL DB MÉDÈCIHB. 49 

chaque évacuation de sérosité, de mucosité et de pus était 
suivie d'une prostration beaucoup pins grande que celle qui 
suivait les pertes de sang, comme nous l'avons déjà fait 
remarquer. Puis la malade se trouvait soulagée pour une 
quinzaine de jours ; après quoi, la douleur augmentait peu à 
peu, la tumeur se bosselait encore et se durcissait, et ces phé- 
nomènes locaux allaient s'aggravant jusqu'à une nouvelle 
évacuation. Nous étions donc désormais suffisamment 
éclairés, sinon sur le siège, du moins sur la nature du mal. 
1 1 y avait là un kyste hydatifère qui , soit par un excès de 
distension , soit par un travail inflammatoire, se brisait 
après que des adhérences protectrices avaient rendu la 
communication avec une portion de l'intestin exempte de 
dangers. Mais si le diagnostic était bien établi , le traite* 
ment devait-il en retirer quelque bénéfice? La ponction 
nous était interdite par l'ignorance du siège et des rapports 
du kyste. Restait une voie indirecte, celle des injections 
par l'anus ; nous y eûmes recours tout en tremblant de 
produire une péritonite par une déchirure des parois de la 
fistule ou en y suscitant un travail inflammatoire. C'était 
une dissolution de chlorure de sodium que nous faisions 
injecter par cette voie. Ces tentatives réitérées un certain 
nouibre de fois, déterminèrent de telles douleurs, que nous 
jugeâmes prud.ent de nous arrêter pour le moment, quitte à 
y revenir plus tard. Nous nous bornâmes, pendant fort 
longtemps , à l'emploi de bains d*eau salée et à des purga- 
tifs doux , tels que le calomel ou l'huile de ricin. Les acci- 
dents allèrent en s'éloigant insensiblement jusqu'au mois 
de juin 1853 , et la malade put marcher, non sans douleur, 
avec des béquilles, en se tenant courbée vers la terre et 
inclinée du côté gauche. 

Je la quiUai à cette époque ; mais sans la perdre de vue« 
Pendant l'hiver, son état s'aggrava. Durant Tété de 1854, 
M. le docteur Bernard , aux soins exclusifs duquel elle 
demeura confiée , la soumit à l'usage de bains frais avec 
douches froides sur la région de la tumeur; sous l'in* 
fluence de ce nouveau moyen , toujours accompagné de 
l'emploi de purgatifs doux et de la médecine nécessitée par 



I 



90 JQWN^X. 9E Mi^Wf^qi* 

l^s syoïplônf^^s, Télal local et Véi^i gér^^rM saîpendèrei^l 
notablement , la tumeur s^affaissâ de pU)$ eii plu$ » qevipt 
|)resc[i|e indolore, les évacuations périodiques cessèrent 
coqïnl^iemenl, et la majade gui maVcner sjins béqjiilles» 
avec moins de souffrances et en se tenapt 4p. mcrins en 
moins courbée. Celle anpélioration se soqtjnt dlix-huil 
mois environ. Pepuis (|uelques fpois, la tuaieur fait saillie 
A^ noijveau, reçjevien^ douloureuse, quoiq^iie à uq ri^oindre 
degré que par le passé, et des évaçij^atipns an^ogqes à 
celles cj'autrefois reparaissent. 

^Yl eu occsjsion'de voir i^ernièr^ment Anne Q... J^es pal- 
(Hita^lbns etl^ dyspnée, qvjj lônt tq^yiçMçMpHCDaeptéç , sont 
i^^aihtenant presque permaaentes et a^gVperitpnt p^f le 
réoindre "mouvement çl la marçli<^; î^is^i flie toi^t-ellèfi 
craindre un coipmehcement d'î^ffedipip. organique c]|^ cœur, 
rèsu|m.* des ipouyements (jesordoncjés ç.t tHR^u|tueusf ^^%- 
juéls cet oçgànç esf en pmç clepuis sj iQngtççp, j^ sovîs fip- 
^uencé prolongée delà diiuleur'p^sique etmoca(^. 

lUFjLJixiofis. — Cette observaiipa, Messiei^ra, nous, ferait 
offrir uadottl4e iatécèt: d'abord celui qui naît du ^il M 
liH-nA4me, de cette pocbe hydaiiqftie se romf^ânt sfM)ntaoé* 
m^M à dWerses ireprises et laissant échapj^r au delw)«s par 
0»» voiif pAtureik et par suide iuofeimvè pour lai naabMJk , 
1^ oiati^ras qu'Ole contient , bit cuciei» à ajouter à bsc^ur- 
coup d'airtres de ce genre, duresie; nous n'ipsisteroi^ pas 
s^ ce, prjemier ppiat aMquel la hécvoscopie^ par la révéla- 
tÎQAd^s détails anatooûqàes, donoerait stu^e tout riniéeét 
d(f^ il est susceptible. 

Le second aspect, qui aibtire plus vcriontierç niHve es|^ri|, 
e^t oeliiii qui: a trait aus cieconstaaees au miJiif&u df squelLes 
s*est développée cette tumeur, et à la poss^iliié. de U gu^ci- 
soi»^ maJ^é ^. gravité dii ptooo^ic, àfiu% objets sur les- 
qtteknous vous (kQianderoQjS lapefinission, d'appeler, q/ff^ 
qUes iiis^oAs votive atteniioo ; la patbogénie et la curabiliVé 
de ces productions morbides aeoîdealelles peuveo/l^ eo 
effrt, ôt«e encore raagées aa nosibce .d<{s (kMaraliik <j^ la 
saieôeemédiifeale. 

Seua le rapport. de Tétiologie, aous avoo^ ici soua^ les 
yeiix, uye jeune fille en proie toute sa vie à des déviations 



OU irré^ulftrilés moisir uell«s, à des névroses opiniâtres, et, 
finalement, un étal chloro^anémique des plus prononcés. 
Qu#ud nous la vîmes, pour la première fois, ret état était 
deyç^DU invétéré et constitutionnel. Maintenant, quelle cor- 
réûtipa-yu-t-il à établir entre cette manière d*étre de Té- 
COf^on^ie et 1 apparition des liydHtides? Nous ne savons, 
imis i| nous semble ri^ncontrer, dans le cas qui nous 
pccupe, Iq réunion des conditions les plus fnvorables à la 
pcfi^lHHion de cf s parasites : cau$es débilitantes de toutes 
sortet», pertes de sang , perles nerveuses presque continues, 
cb^grH^ et émotions (iouloureuses incessantes, puis modi- 
fication spéciale et profonde de la crase du sang telle 
q^*^le. ft^^iste dur» la chlorose. Voilà pour les influences 
c€44imA9ç et générales, causes prédisposantes constituant 
r^piittide de l'économie a ù(re envahie par ces produc- 
tions parasites. Nous premlrons ensuit*^ en considération les 
&y<nptôfnes d'infi|«mmaiion abdominale survenue en 1848, 
ei qui pourraieot bien être le point de départ initial de la 
fbrni^tiQo i^t do développement du kyste. Nous serions , en 
^iSéi, Vfilontiers porté à penser que ks états' pathologiques 
(W f'écQQomie , résultant d*un déiàut de quantité dans hi 
QWissct du sang , ou plutôt d'un défaut de proportion de cer- 
tains, de $es élémeuts, accondpagné presque toujours de pro- 
fmides perturbatious de l'innervation, sont avec les inflam^ 
inations locales intercurrentes, et qui jouent ici le rôle de 
cap^ occasionneik , les meilleures conditions pathogé- 
ni<)U^ de pareilles productions. 

U f^'esi pas rare, en oulre, de voir Tanémie, eHe-même, 
à U|)stifr des pyrexies, favoriser h dévelopipement d'inflam- 
mations locales, inflammations qui ont, il est vrai, un ca- 
çb^ sfiépial , noAKS n'en sont que. pins redoutables et plus 
re)>€^Ue$; eicette cause prédisposante, des phlegmasies prête- 
r^ k (ies considéraiions théoriques et pratiques, que nous 
nei oous seiUo^s ni la vof ont^, ni surtout la force d'aborder fci. 
Noua nous boroberons à cçnstaler cocnme un fait acquis à 
ï^fdmnae journalière la cotncid4»nce fréquente d*url état 
dapii^aMvrisseinent du sang et de l'^iptitiude de; ces organis- 
ons, appaa^vris à conAracter avec une extrême fecititédes 
inflammations. Cela se voit surtout après les perles brusques 



52 JOCKSÂL DE HÉDBCINE. 

et abondantes de sang , telles gae celles qui, trop souvent, 
accompagnent ou suivent la parlarition. 

Parlons enfin du traitement : Les pensées que nous ve- 
nons d'émettre sur les causes de la production de cette tu- 
meur bydatique, résument aussi l'esprit de la thérapeutique 
instituée en cette circonstance , et qui a été celui-ci : Tenter 
de modifier Tétat anémique général, combattre ou prévenir 
un travail inflammatoire exagéré, dans la tumeur ou la 
région occupée par elle, pouvant devenir fatal à la malade; 
enfin, provoquer directement ou indirectement la destruc- 
tion du kyste, considéré comme un résultat des causes énu- 
mérées ci-dessus. 

La cbloro-anémie a été, il faut Ta vouer, peu modifiée, 
mais, on peut croire que l'influence du régime ana- 
leptique et de la médication tonique Ta empêché d'attein- 
dre ses dernières limites. Quant aux moyens dirigés contre 
la tumeur, un seul a eu du succès, l'emploi des douches 
froides auxquelles a eu recours le docteur Bernard , emploi 
qui fut suivi de dix-huit mois d'engourdissement et de 
repos de la tumeur. Aussi , notre confrère se propose4-il 
de revenir à ce .moyen c^t été. A défaut de réussite plus 
complète et radicale, ne serait-ce pas le cas d'avoir 
recours à l'acupuncture d'Aug. Bérard , ou à l'électro- 
puncture ? Ne serait-ce pas encore le cas d'appliquer , avec 
quelque modification ou substitution dans le choix des* 
substances , la méthode employée par Pravçz dans les 
tumeurs anévrismales, et cette introduction, au moyen 
de l'électro-puncture, ne remplacerait-elle pas ici avanta- 
geusement les injections qu'une ponction pr^lable permet- 
trait de &ire en d'autres circonstances? 

Enfin , ne pourrait-on pas encore recourir à l'application 
d'un cautère, seul moyen qui soit parvenu à soulager un 
malade, que j'ai eu occasion de voir dans le service hospi- 
talier dirigé par notre honorable président, à Saint-Jac- 
ques. Ce malade est porteur, depuis sept ans, je crois, d'un 
kyste bydatifère dans l'un des reins et l'expulsion des byda- 
tides se fait par le canal de l'urèthre; fexcrétion desento- 
zoaires est constamment suspendue ou ralentie par l'appli- 
cation d'un cautère. 



rd 



Des ObservationSfS mètres^ à peu prés, au^ttessus des 



jiriO 



MOIS. 



JANVIKK. 



FÉVRIER. 



MARS. 



MAI. 



JUIN. 



PLUIE TOMBÉS 



7 I 



Ma 
Mo 
PJii 
Moi 
Val 



UR LA PLATR-FORME. 



ln^t. OUO luill. 



Mo 

2^,^ niRt. «37 mill. 
Mo 

Val 



Mo 
Mo 

PI 
M< 

Val 



Mi> 
Mo 
Plu 
Mo 
Va 



Mo 
Rio 

Plu 
Ma 

Val 



Mfl 

M 

Plu 

Ma 

Val 



H m^t. 042 iniM. 



met. 0«3 iniU. 



met. 046 uiill. 



PHASES 

DE \.k LUNE 



P. L. le 3, À % h. 88'm. 

D. il. le 11, h h. 13* * 

N. L I«I8, A N h. 47*in 

P. O. le 2% à I II. 4b 'm 



P. L. le 2, à 3 h. .51*m. 
D. Q le 10, à 3 h. Jh*Di. 
N. !.. le 16, A 6 h. 57* s. 
P. Q. Ir23, ih 3h. 4)' s. 



P. L. lu 3. à U h. \V %. 
I>. Q. le 11. à 2 h. 9' s. 

I\'. L. le 18, i 4 h 35*111 
P. O. le 23, h 11 h. 33* lu 



P. L. le 2, i 2 h. 38* s. 
I). Q. le 9,k 9 II 46* s. 
N. L. le 16, à 3 h. J4' ». 
P. (I. le 24, A 6 h. 6' m. 



P. L. le 2, à 4 h. iV m. 
D. Q. le 2, i Sh. Il*iu. 
N. L. le 16, k 2 h. 23* m. 
P. q. le 24, i Oh. 12* m. 
P. L. Ir 31, à 2 h. 53* s. 



D. Q. le 7, A 7 h. 57* 
IN. L. te 14, à 2 h. 3K* 
P. Q. le 8ï, à 5 h. r & 
P. L. le 2», A 11 h. 23 



s. 



au'desstis du sol, et 40 mètres, à peu près, au-dessus des 
BTTB AÎNÉ, à Nantes. 

) 1855. 



ECTIOri 


ÉTAT 




PLUIE TOMBÉE 


PHASES 


» VENTS. 


DIT CI Kl 




SUR LA PLATE-FORME. 


DE 1 A LUKE. 


. 


Beaux jours 


S» 






K. 1 


Couvert 


2 






st S 


Pluie 


21 






E. 1 

u(l 8 


Gelée 
Biouill.-ird 



fi 


vaH. 0£8 luill. 


D. Q. le fi, à t h. 37' s 
l\. L.lel4, ib 4 b. lO'i,, 


O. ^1 


Vcnl 


25 




P. Q. le 22, A 7 h. 59' m 


>. u 


Gr^le 







P. L. le 2ï, à 6 h. 30' m. 


O. 1 


Neif;e 













lomierrp 


y 






«. 


fi 


Kprfux jours 


29 






E. 


4 


Couvert 


'f 






si 


4 


IMuio 


7 




D. le 4, ? 9 h. 30' s. 


K. 


u 


(u'ice 







N. L. le 12, à 7 h 2' s 


iid 


4 


Urouillard 


fi 


mh\. 002 mili. 


P. Q. Ir 20, à 8 h. iV s. 


O. ! 1 


Vint 


1/ 




P. L. le 27, A 1 h. 30' s. 


)■ 7 1 


GrélQ 









0. 


I 


^eige 
runnerro 




1 






^. 


3 


B.'aux jours 


2fi 






E. 


K 


Couvert 


4 






st 

E. 


IJ 


Pluie 
((•■tée 


(1 




D. Q. le 3, * « h. 33' m 


ul 
0. 


,1 


Urouillitra 


14 


met. 041 mlll. 


TV. L. le 11, à 11 h l'm. 


5 


Vtuil 
(irélc 


18 





P. O. le 19, A 7 h. lO'm 
P. t. le 25, à 9 h. 35' s. 


O 


1 


.\uige 













i'oDuerre 









». 


(i 


Beaux jours 


2fi 






E. 


2 


Couvert 


5 






si 
E. 
id 
O. 

». 


1 


Pluie 


23 

Ib 
11 

(» 




1). Q. le 2, h 11 h. 14' s. 


B 


Gelée 
Brouillard 


met. 079 mill. 


N. L. le 11, à 3 h. .13' m 
V. Q. le 18. A3 h. 47 's. 
P. L. le 25,à7I>. se' m. 


3 

lu 


Vent 
Gr«le 




0. 


1 


Neige 
lonnerre 










f. 


7 


Beaux jours 


u 






• E. 


i 


Couvert 


12 






st 


10 


Pluie 


5 




D. Q. lo 1, à 5 h. 2fi's. 


E. 


1 


G»lée 


5 




TV. L. le 9, à 7 h. 40' s. 


id 


/i 


Brouillard 


23 


met. 003 mill. 


P. Q. Ie46, i II h. 24' s. 


0. 


1 


Vent 


13 




P. L. le 23, à 8 h. 1' s. 


1. 


;i 


GrAlu 









O. 


' 


^eige 
Tonnerre 












5 


Beaux jours 


81 






E. 


2 


Couvert 


10 






it 


8 


Pluie 


10 




D. Q. le 1, A 2 b. 20' s. 
N. L. le 9, àlOh. 27'm. 


R. 


i 


Gelée 


10 




id 


5 


Brouillard 


2« 


met. 031 mill. 


P Q. le Ifi, à 7 h. 6' di. 


O. 


4 


Vent 


12 




P. L. le 23, ft 10 h.48'm. 


). 


5 


Grêle 







0. 0. le 31 , i h. 13' s. 


« 


» 


\e:ge 
Tonuerro 


1 








JOURNAL 



DE LA 



SECTION DE MEDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE. 



»^<il»<Bw 



sBULLËTm DES SÉAKCES. 



Séanee du 14 mars i8£6. 

PBÉSIDEKCE DE H. MAHOT, PBÉSIDENT. 

ilf. Malherbe présente à .la Section des pièces analo- 
miques recueillies par lui le jour même , e]t provenant <jbi 
ca<javre d'une femme morte dans son service de rHûtel- 
Dieu, quelques jours auparavant. 

5 



54 JOUBNAL DE MÉDECINE. 

Cette femme, malade depuis 18 mois, fîit prise, à 
la suite d'une frayeur , de chloro-anémie et de névropa- 
thie générale. La peau devint grise ou bistre , et cette 
coloration persista jusqu'à la mort , survenue subitement. 
Les organes mis par M. Malherbe sous les yeux de la Sec- 
tion , sont les reins et les capsules surrénales. Le rein 
droit , un peu hypertrophié , était le siège d'une hypé- 
rémie simple ; la capsule du même côté est peu dé- 
formée , mais remplie de tubercules. Le rein gauche est 
atrophié et farci de tubercules caséeux ou ramollis et en- 
kystés ; la capsule surrénale gauche arrondie a la forme 
d'un cylindre et est pénétrée d'une multitude de petits tu- 
bercules. Ces productions ont été également rencontrées 
dans les ganglions cervicaux. Tous les autres organes 
étaient sains. 

H. Malherbe appelle l'attention de l'assemblée sur cette 
couleur bistre de la peau signalée par Addison , dans les 
affections des capsules surrénales. Toutes les maladies des 
capsules , quelles qu'elles soient, inflammation, dégéné- 
rescence cancéreuse , tuberculisation , etc. , donnent 
presque toujours lieu à cette altération. — Il se propose , 
du reste , de lire ultérieurement l'histoire détaillée de h 
maladie qu'il a observée dans son service. 

M. Leray a eu l'occasion d'observer un malade dont 
la peau prit la teinte brune du créole le plus foncé. Ce 
malheureux , dont l'autopsie n'a pas été faite , succomba 
au bout de 15 mois de maladie, après avoir vu dispa- 
traître graduellement ses forces , et perdu complètement 
le sommeil et l'appétit. 

M. Aubinais a souvent rencontré chez les femmes 
grosses une coloration bistre plus ou moins foncée , par- 
tielle ou générale , qu'il croit n'être pas toujours due à 
la même cause. Il conclut de la présence des tubercules 
existants dans plusieurs des organes de la malade de H. 
Malherbe , qu'ici la teinte bistre ne doit pas être attri- 
buée à l'affection des capsules , mais bien à une tuber- 
culisation générale , dont l'influence aurait retenti dans 



JOUBIfAL DE MÉDBCII9S. 55 

toute l'économie et déterminé une altération de la sécré- 
tion pigmentaire. 

M. Malherbe^ tout en reconnaissant que la couleur 
bistre est l'effet d'une altération de la sécrétion pigmen- 
taire , n'en persiste pas moins à croire à la corrélation qui 
existerait entre cette teinte et la maladie des capsules , cor- 
rélation bien établie par Addison. Toutefois , on n'a pu 
encore déterminer quelles étaient les maladies des cap- 
sules qui donnaient lieu à cette coloration. Aussi , dans la 
circonstance présente , n'a-t-il pas eu d'autre but que 
d'apporter un fait de plus à l'appui des assertions du mé- 
decin anglais. 

M. Lequerré demande si les urines ont été analysées , 
si elles ont varié en quantité ou en qualité? Il ajoute 
que , selon lui , la tuberculisation ayant été générale , 
la coloration bistre ne saurait être attribuée à la maladie 
des capsules. 

M. Malherbe répond que l'examen des urines a été 
omis , mais qu'il ne peut considérer la tuberculisation 
comme ayant été générale , celle-ci n'ayant pas envahi les 
organes qui , d'habitude , sont pour elle l'objet d'une 
triste prédilection. 

La discussion étant épuisée sur ce sujet , M. Malherbe 
lit une Observation de néphrite albumineuse , avec encé- 
phalopathie chronique (1). 

M. Petit demande la parole. Il fait observer que les 
aliénés stupides ne sont pas toujours atteints d'œdème ; 
chez eux, au contraire, Tanasarque est l'exception. En 
outre , beaucoup d'aliénés , considérés comme apparte- 
nant à cette catégorie , ne sont stupides qu'en appa- 
rence ; si ces malheureux ne peuvent exprimer aucune 
idée , cela tient aux hallucinations dont ils sont obsédés , 
et ils sont alors susceptibles de guérison. Seuls les alié- 
nés stupides , atteints d'œdème , sont complètement dé- 
nués d'idées. 



^1) Voir plus loin , p. 71. 



56 JOtTEN^L DE VÉDECHHE. 

Af. Malherbe dit qu'il n'a entendu parler que des 
aliénés stupides, dont l'histoire est rapportée par M. Etoc 
de Mazie. 

Gomme M. Petit, il ne croit pas la stupidité nécessai- 
rement mortelle et incurable; Texistence même de l'œdème 
n*est pas toujours un signe fâcheux. 

M. Aubinais assimile l'état de la malade de M. Malherbe 
à celui de certaines femmes grosses atteintes d'albutni- 
nutie. Pour lui, les attaques éclamptiques de cette ma- 
lade sont l'effet de Talbuminurie et non de ses chutes sur 
la fête. 

L'ordre du jour appelle M. Trastour à lire une obser- 
vaixàn ayant pour titre : Sytnplômes graves produits par 
r administration iu èeigle ergoté , à la dose de trois 
grammes , dans l^ espace d'une heure, dans un cas dhé- 
morrhagie utérme après îa délivrance (1). 

Cette lecture est suivie ele diverses réflexions. 

M. Leborgne trouve la dose de 3 grammes de seigle 
ergoté beaticoup trop forte; il ne dépasse jamais t 
granmie à 1 gramme 50. Il félicite M. Trastour de sa 
sincérité , le récit d'un mécompte étant souvent jrfos 
utile à la science que celui d'un résultat prévu et cou- 
ronné de succès. 

'M. ittiMnawTi'a jamais vu d'empoisonnement occasionné 
par l'ingestion de 3 grammes de seigle ergoté. Les Anglais 
(Simpson) l'administrent à la dose de 4 grammes, 5 
grammes et mètne 8 grammes , sans provoquer d'acci- 
dents toxiques. Lorsqu'ils voient survenir des boûrdonne- 
nfients d'oreJFle , de l'hébétude , ils -donnent un vomitif 
qui met fin à ces symptômes. 

M. Malherbe est porté à rattacher l'effet toxique pro- 
duit t^her la malade de M. Trastour à une idiosyncrasie 
qui peut ? e rencontrer accidentellement. Quand à la pra- 
tique des Anglais, H se l'explHque par la prédoinfinance 
du tempérament lymphatique dans cette nation , d'où 



(1) Voir plus loin, p. 88. 



joubual de NÉD^çnii^. 57 

la nécessité de doses exagérées de ce médicament , pour 
obtenir de lui une stimulartion saiRsanle. 

M. Mauduit fait remarquer que le seigle ergoté a une 
action qui se prolonge longjtemps après ao» ingestion. 

Dans sa pratique , pour que ce médicament soit mieux 
supporté , il a l'habitude de Tadministrer dans de Teau de 
menthe. Coo>me M. Aubinais, il n'a jamais vu 3 grammes 
de seigle ergoté produire d'accidents sérieux. 

M. Leray porte toujours avec lui du seigle çrgoté. Les 
résultats fournis par sa pratique lui ont démontré que le 
seigle ergoté, même à fortes doses , n'agit pas immédia- 
tement. 11 attribue l'intoxication rapportée par H. Trastour 
au trop grand rapprochement des doses. 

M. Trastour répond que les accoucheurs modernes ont 
rhabitude de donner le seigle ergoté de 40 en 10 minutes, 
Vaction du médicament se manifestant le plus souvent au 
bout de ce temps. Si M. Leray n'a pas observé une action 
aussi prompte chez ses malades , cela lui paraît l^enir à 
ce que le seigle employé par lui était trop vieui^ , partant 
moins actif. Dans le cas dont il s'agit , force lui a été de 
rapprocher les doseç, l'hémorrhagie utérine devenant 
menaçante pour la vie de la malade. 

M. Cormerais soutient en opposition avec les assertions 
émises par St. Bouchardat , que le seigle ergoté ne p(}rd 
pas de ses propriétés en vieillissant. 

M. HÊabU dit , qu'en effet , le seigle ergoté livré par les 
pharmaciens est pulvérisé longtemps à l'avance , malgré 
les recommandations contraires des médecins , et cepen- 
dant son action est tout aussi intense. Il agit au bout de 
15 ou 20 minutes , et son action se fait sentir pendant une 
demi-heure environ. M. Mabit ne dépasse jamais 2 grammes 
à 3 grammes , donnés par doses de gramme 50. 

iV. Deluen préfère le seigle pulvérisé à l'avance à la 
poudre récemment pulvérisée , celle-ci préparée précipi- 
tamment étant généralement en grumeaux. 

Il donne également la préférence à la décoction , qui 
est plus facilement absorbée par les malades. 



58 JOUBNAL DB MÉDECUŒ. 

Séance du H acril 1856. 

PBÉSIDEIICE DE M. HÂHOT , PRÉSIDENT. 

Ouvrages reçus par la Section : 

l"" La Fièvre typhoïde à l'hôpital Paurtalès, pendant 
l'aunée 1853. Notice statistique, par le docteur Edouard 
Cornaz, de Neufchâtel (Suisse). 

2° Recherches sur le développement , la propagation 
et la transmission du choléra , par le docteur Huette (de 
Hontargis) 1855. 

L'ordre du jour appelle la lecture, par M. Malherbe, 
d'une observation de tibberculisation des capsiUes surrénaleSj 
dont il a déjà donné verbalement quelques détails dans 
la dernière séance. 

M. Aubinais lui succède pour lire un travail intitulé : 
Appréciation de la méthode de Deventer, ayant pour 
but de faciliter la version (1). 

M. ifabit a rencontré quelquefois dans sa pratique de 
ces cas difficiles , à obliquité antérieure de Tutérus très- 
prononcée. Il se rappelle entre autres faits de ce genre , 
celui d'une femme tellement obèse , que cette obésité ne 
permettait pas d'apprécier chez elle Tétat de grossesse ; 
déjà lors de deux premiers accouchements , il lui avait 
fallu avoir recours au forceps et surmonter bien des diffi- 
cultés. Après un second mariage , cette femme devint 
enceinte une troisième fois , et la procidence de l'abdomen 
sur les cuisses était portée plus loin que jamais. Instruit 
par les obstacles rencontrés dans les précédentes couches, 
M. Mabit , nonobstant l'état pléthorique de sa cliente , la 
lit coucher de manière que le bassin se trouvât plus 
élevé que la tête et la poitrine. Grâce à cette position , 
l'abdomen fut refoulé en haut et en arrière , et l'accou- 



(1) Voir plus loin, p. 95. 



JOUBNÂL DE MÉDECINE. 59 

chement singulièrement facilité. Dans d'autres cas ana- 
logues , la compression à l'aide de la main ou des ser- 
viettes lui ont également été utiles. 

Ces faits , dans lesquels la présentation de Tenfant ne 
nécessita pas la version , il est vrai , lui paraissent cepen- 
dant tendre à démontrer l'utilité dont peut être l'appli- 
cation de la méthode de Deventer. Grâce à l'emploi de 
cette méthode , il put, dans une autre circonstance , où 
existait une rétroversion des plus exagérées, chez une 
femme primipare , atteindre le col utérin derrière le 
pubis , raccrocher avec le doigt, et terminer enfin l'accou- 
chement. 

L'ordre du jour appelle M, Hahot à lire une observa- 

lion de tumeur squirrheuse développée dans le médiastin 

antérieur, avec compression de la veine-cave supérieure 

et oRdéme de toutes les parties ' sus-diaphragmatiques (1). 

La séance est levée après cette lecture. 



Séance du 16 mai 1856. 

PRÉSIDENCE DE Bf. MÂHOT , PRÉSIDENT. 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Marcé , pour 
lire un travail ayant pour titre : Notes sur quelques cas 
de fièvres eruptives (2) , recueillis à l'Hôtel-Dieu (service de 
M. Marcé), par M. Vallin, élève interne. 

Cette lecture donne lieu à diverses observations. 

M. Hélie n' adhère pas, sur tous les points, aux opi- 
nions qui viennent d'être énoncées. 

Il trouve d'abord une différence notable entre le mode 
d'administration de la belladone , adopté par M. Marcé , 
qui a eu recours a des doses assez élevées et pendant un 



(1) Voir plus loin, p. 105. 

(2) Voir plus loin, p. Ui. 



M JOUIMAL BB MÉDBC^B. 

temps fort courte et celai préconisé par les naédecins allé- 
maods « pour lesquels les vertus anti-scaFiatineoses de la 
belladone sont incontestables. Ainsi « Habnemann en par- 
ticulier, donnait la belladone à doses atomiques durant 
plusieurs mois, et ne croyait à son efficacité préservatrice 
que lorsqu*au bout de ee temps elle provoquait une érup- 
tion spéciale. 

Ensuite, on a omis de dire si ces trente eofiiots dont 
il est question, avaient ou n'avaient pas eu antéoédemment 
la scarlatine ; dans Tignorance de cette circonstance v il 
croit les argunoents favorables aux vertus prophylactiques 
de la belladone , puisés dans ces faits, frappés de nullité. 

Pour ce qui est de l'existence de la scarlatine sanfs érup- 
tion , M. Hélie ne diffère pas d'opinion avec M. Marcé. Il 
cite à Tappui de cette manière de voir, le fait d'une ieuite 
femme, qui fut prise de fièVre, de vomissements^ et pré- 
senta une angine scarlatineuse avec enduit pultacé et rou- 
geur de la langue. Pendant ce temps, le mari eut une 
scarlatine des mieux caractérisées, et, au moment où 
l'éruption avait atteint chez celui-ci son plus haut degré 
d'intensité, sa femme éprouva une desquamation mani- 
feste. 

Enfin, il semble à itl. Ilélie qiié l'on a confondu à tort l'an- 
gine pultacée et l'angine pseudo-membraneuse, qui sont loin 
d'être identiques. Pour lui, sauf deux ou trois cas, il re- 
garde le^ angines dont on a parlé comme des angines 
pultacées; ces dernières se guérissent en générai assez 
vite sous l'influence des émoliients , sans qu'il sort utile 
de faire intervenir la cautérisation. 

Il faut bien distinguer l'angine simple de l'angine pul- 
tacée, et celle-ci de Tangine pseudo*membraneuse , qui 
seule réclame un traitement énergique et spécial. 

M. Sfariceau croit que M. Marcé n'a pas prétendu affir- 
mer, comme une chose absolue, la Vertu prophylactique 
de la belladone , mais qu'il a seulement voulu apporter 
des &its favorables à cette opinion , faits qui démontre- 
raient, en outre, que les doses et le mode d'administra- 
tion employés par Habnemann , ne sont pas nécessaires 



jouBifAL ms HÉineniB* 6f 

pour obtenir le résultat désiré. Dernièrement , il a eu oc- 
casion de voir une famille composée de trois enfants : Tainé 
fut atteint d'une scarlatine normale, mais intense ; n'ayant 
pu décider les parents à séparer le malade des autres en- 
fants , il mit cecix-ei à l'usage du sirop de belladone. A 
quinze jouts de là, ces deux enfants furent pris de symptô- 
mes qui auraient pu lui échapper, s'il n'avait em l'œil au guet ; 
ils eurent une angine modérée et présentèrent quelques 
plaques scarlatineuses dans la région seule des lombes. 
N'est-ce pas, évidemment là, un exemple de scarlatine at- 
ténuée par la belladone ? 

M. Mareé , répondant aux observations de M. Héiie , 
dit que la salle 18 est consacrée partie aux enfants atteints 
d affections chirurgicales, partie aux enfants malades, en- 
fants de 6 à 15 ans pour la plupart. 

M. Patoureau,chefdu service chirurgical, et lui, en pré- 
sence de l'épidémie qui sévissait , convinrent d'avoir re- 
cours à ia belladofie, à titre de remède préventif ; et , à 
dater de ce moment, tout enfant qui entrait dans la salle 
prenait immédiatement de la belladone; il ignore, il est 
vrai, si tous ces enfants avaient eu la scarlatine, mais cela ne 
lui paraît pas probable. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'avant 
remploi de la belladone, quatre ou cinq enfants étaient, 
chaque jour V pris de la scarlatine , et que, depuis lors, ce 
nombre alla toujours en diminuant. En un mot , il trouve 
un contraste frappant entre les deux phases de l'épidémie : 
dans la première, la transmission était rapide et incessante; 
dans la seconde, elle se montra très-ralentie. Trente en- 
fants prennent de la belladone et ne contractent pas la 
scarlatine , cinq n'en prennent pas et ils sont frappés de la 
maladie. 

Quant à la distinction des deux angines pultacée et 
pseudo-membraneuse , M. Marcé en reconnaît l'importance, 
mais il ne croit pas le diagnostic différentiel toujours très- 
facile à établir. 

M. Rouœeau rapporte quelques faits qui lui senablent 
militer en faveur des vertus anti-scarlatineuses de ta bella- 
done. Ainsi, depuis le commencement de l'épidémie, il 



62 JOUBIIÀL ]>£ MÉOBCUiE. 

a pu voir uue trentaine de cas disséminés dans vingt mai- 
sons environ. Sitôt Tapparition de cette maladie au sein 
d'une famille , il administrait la teinture de belladone aui 
membres non encore frappés. Cette médication préserva- 
trice ne manqua jamais son but; partout, elle fut suivie 
d'un succès complet, même dans tes familles où le lit des 
malades était partagé par des enfants qui n'avaient jamais 
eu la scarlatine; une famille seule, au contraire, où l'emploi 
de cette médication préventive fut omis, vit tous ses en- 
fants frappés de la maladie. 

En présence de pareils résultats, on comprend qu'il 
incline fortement à croire aux propriétés prophylactiques 
de la belladone. 

M. Hélie n'a pas encore d'opinion arrêtée à l'égard de 
la belladone, si ce n'est que cette substance ne saurait, 
en tout cas, produire d'effets fâcheux. Mais, pour appré- 
cier avec justesse ses vertus préservatrices, il y a à tenir 
compte de bien des circonstances et de bien des faits; par 
exemple, il est fort rare de voir tous les enfants d'une 
même famille contracter simultanément la scarlatine ; plu- 
sieurs ne la contractent que plus tard, dans le courant 
d'une nouvelle épidémie. 

Il revient ensuite sur la distinction à établir entre la 
nature des diverses angines, distinction des plus impor- 
tantes, puisque les unes n'exigent aucun traitement actif 
et spécial, les autres, au contraire, réclament impérieu- 
sement une médication prompte et énergique. Il croit les 
angines gangreneuses , dont a également fait mention 
M. Marcé, consécutives. le plus souvent à des gengivites 
ou à des stomatites. 

M. Lequerré n'a pas l'intention de dénier à la belladone 
les vertus qu'on lui attribue, mais il croit sage de suspen- 
dre son jugement. Celle année, au Petit-Séminaire, un 
jeune homme est sérieusement atteint de scarlatine; la 
question de l'isolement complet et efficace ayant dû être 
écartée, restait celle de savoir s'il serait opportun d'adop- 
ter, comme mesure générale et préservatrice, l'emploi de 
la belladone chez tous les autres élèves ; ce moyen fut éga- 



JOCBNÀL DE MÉDECINE. 63 

lement rejeté. Or , il arriva que ce premier cas de scarla- 
tine fut suivi d'un second, moins grave, une dizaine de 
jours plus tard , puis répidémie s'arrêta court. N'cst-il pas 
clair que, si la belladone avait été administrée, on lui 
eût fait honneur de cet arrêt brusque de Tépidémie , et 
que l'on eût été ainsi induit dans Terreur la plus complète. 
11 ajoute, sur la demande précise de M. Kouxeau, que les 
deux malades avaient été, durant le cours de la scarlatine, 
en contact avec leurs camarades. 

I9Î. Marcé dit s'être toujours bien trouvé de Temploi de 
Tesprit de nitre dulcifié dans les cas de scarlatine accompa- 
gnée de fièvre très-forte, de délire ou d'accidents céré- 
braux. Ce moyen, qui lui avait été recommandé comme 
des plus efficaces en pareille circonstance , par M. Breton- 
neau , de Tours, lui a paru tempérer la chaleur de la peau 
et modérer la circulation. 

M. Mauduit rappelle un mode d'emploi de la belladone, 
préconisé par M. Bretonneau , il y a 20 ans environ ; il 
consiste à inoculer sous Tépiderme la teinture de bella- 
done , à l'instar du vaccin. Par ce procédé , l'action 
du médicament préservateur serait beaucoup plus prompte 
et plus certaine que lorsque celui-ci est introduit par 
l'estomac. 

M. Aubinais trouve la discussion présente des plus op- 
portunes, vu le grand nombre de cas graves de scarlatine, 
trop souvent suivis de mort , qui ont sévi dans le courant 
de l'année sur la population nantaise. 

Il y a encore à peine quinze jours qu'il a vu mourir 
très- inopinément une jeune femme , dont la fièvre scar- 
latine affectait une marche très-régulière. Subitement , 
cette malade , âgée de 30 ans environ , fut prise de 
symptômes effrayants et imprévus : selles et vomissements 
incessants de matières cholériques ; peau froide , face 
grippée ; éruption disparaissant pour faire place à des 
taches bleuâtres, sur la figure et les mains. Quatre 
heures après le début de ces accidents, la mort survint. 

A quoi attribuer cette mort? Fût-elle le résultat d'une 



64 IWmÈOi BE MàDfiCCKB. 

aspbyiie déterminée par la (briBeiion de caillots sanguins 
dans les gros vaisseaux , le cœur ou les poumons ? 

M. Makot constate et déplore Timpuissance où les 
médecins se trouvent journellement en présence de la 
gravité de certaines scarlatines , comme cela s'est vu cette 
année dans notre ville. Il Tnit appel aux lumières et à l'ex- 
périence de ses confrères , touchant la mise en pratique 
de quelques moyens héroïques peu familiers aux médecins 
français, tels que les aiFusions et les bains froids , et 
devant lesquels nous reculons, tandis que les médecins 
anglais et allemands y ont volontiers recours. 

/ff. Mauduit se souvient d'avoir vu un médecin anglais 
traiter deux jeunes filles atteintes de scarlatine , dans un 
pensionnat où cette maladie régnait à l'état épidémique. 
Au plus fort de l'éruption , qui était très-intense, ce mé- 
decin leur fit promener rapidement sur tout le corps une 
éponge trempée dans de l'eau très-froide , et immédiate- 
ment après cette opération , il les enveloppa dans une 
converture de laine. Au bout de huit jours , la guérîson 
était complète , et ses deux malades s'exposaient impu- 
nément au grand air , tandis que les autres élèves , at- 
teintes de la même maladie , voyaient se dérouler bien 
plus lentement les diverses périodes de la scarlatine , et 
étaient encore longtemps astreintes à garder la chambre. 
Dans les Indes , ce mode de traitement est une chose vul- 
gaire. 

M, Mabit a entendu notre confrère, M. Guissart, qui 
a longtemps pratiqué la médecine à Rio-Janeiro , lui ra- 
conter que , dans une épidémie de scarlatine qui 
était accompagnée de symptômes graves , d'éruption in- 
complète , d'accidents cérébraux , il se décida , après 
avoir employé infructueusement bien des moyens, et après 
avoir consulté un grand nombre d'anciens auteurs, à plon- 
ger, par immersion, ses malades dans um bain d'eau 
froide , pendant 2 minutes environ. Tous ceux qui subi- 
rent cette immersion , guérirent ; les autres succom- 
bèrent. 

Af. Aubinais dit que ces iaits sont connus de tous , 



1 



JOmWÀL DE KÉBECOfE. 65 

mais qu'il n'est permis qu'à un petit nombre de médecins, 
suffisamment accrédités dans Tesprit public , de recourir 
à ces moyens héroïques , sans inconvénient pour eux- 
mÔBn^s ou pour leur art. M. Potonnier , alors médecin à 
la Chapelle^Basse-Mer , ayant à lutter contre une épidémie 
qui décimait la population , crut devoir, en présence d*ac* 
cidents cérébraux des plus intenses, faire mettre deux 
jeunes filles atteintes de scarlatine dans un bain froid. 
Malheureusement, elles succombèrent presque immédiate- 
ment, et peu s'en fallut que le médecin ne fût lapidé. — 
M. Aubinais, lui-même, durant une épidémie de scarlatine 
qui sévit en 1833 ou 1834, dans farrondisfiiement de 
t^aimbœuf , se trouvant aux prises avec des accidents cé- 
rébraux mortels , et une éruption qui ne se formulait pas 
surtout chez les adultes, eut recours aux aiFvsions froides 
chez un enfant de 10 ans , dans une maison où il venait 
lie perdre quatre malades. Elles n'eurent aucun résultat, 
et cet enfant succomba comme les autres. 

Af. P^dioleau a eu à s'applaudir en plusieurs circons- 
tances , d'avoir mis ses malades dans un bain tiède , en 
même temps que des aiFusions froides étaient faites sur la 
tête. Il a vu céder à ce moyen des accidents qui avaient 
résisté aux sangsues , aux vésioatoires , etc. 

M. Héiie fait observer que le procédé mis en pratique 
par M. Padioleau, diffère complètement de celui qui con- 
siste dans l'emploi de lotions ou de bains froids. 

M. Mûikot vient d*être témoin d'un fait q^ri se rap- 
proche beaucoup, sauf l'existence de la scarlatine, de 
celui cité par M. Aubinais. Il s'agit d'un véritable cas de 
choléra , pour lequel il a été appelé lavant-filernière nuit, 
à Chantenay. Après un léger malaise , datant de deux 
jours , le malade fut pris subitement, le soir , de coliques 
avec selles et vomissements , devenant de plus en plus 
répétés, et s'accompagnant de crampes dans les membres 
et les mâchoires. 

Il le trouva dans l'état suivant , sur les deux ou trois 
•lieures du matin : voix éteinte et cassée , peau cyanosée, 
seNes incessantes involontaires à odeur spermatique et à 



66 JOUBIIAL DE HÉDBCIRE. 

aspect d*oau de riz , et tellement abondantes que les 
matelas en étaient transpercés ; pouls tendant à s*e£Pacer , 
et refroidissement très-marqué. La prostration était exces- 
sive , et le moindre mouvement provoquait des crampes 
atroces. Des sinapismes et une potion anti-émétique avec 
addition de sirop de morphine et d eau de mélisse spiri- 
tueuse , furent prescrits sur le champ, avec de Feau froide 
sortant du puits , pour calmer la soif qui était intense ; 
les urines étaient supprimées. 

Les vomissements et les crampes cédèrent prompte- 
mont, et les selles diminuèrent; mais Tangoisse et l'op- 
pression persistèrent jusque sur les cinq heures , époque à 
laquelle la réaction se manifesta. La chaleur reparut d'abord 
H la paume des mains, puis çà et là, par plaques partielles. 
Le pouls reprit de la force et de la fréquence, la figure 
s injecta. Depuis lors, la réaction a marché franchement, 
tout en restant modérée, et tout fait présumer une gué- 
rison complète et prochaine. 

M* Padioleau a eu occasion de voir , rue Moquechîen , 
un cas analogue à celui-ci , qui s'est terminé par la 
guérison. 

M. Deluen a traité depuis une quinzaine de jours , un 
grand nombre de diarrhées dans deux sections d'ouvriers, 
dont il est le médecin. Les purgatife en ont eu facilement 
raison. Il se demande si ce ne serait pas là de ces diarrhées 
prodroraiques du choléra. 

M. Mat^uit a rencontré également des symptômes de 
ce genre, en grand nombre , dans une communauté com- 
posée de 248 personnes. 11 les a combattus avantageusement 
par le calomel et le diagrède. 

Séance dw 13 juin 1856. 

PBÉSmENCE DE M. MÂHOT , PRÉSIDENT. 

L'ordre du jour appelle M. Thibeaud à la tribune, 
pour lire un travail intitulé : Etudes cliniques. Des hydro- 



— -^ 



JOUBNAL DE MÉDECINE. 67 

pisies , suite de fièvres intermiltentes et de tewr traite- 
ment , spécialement de l'acétate de potasse à haute 
dose (i). 

Cette lecture achevée , M. Malherbe demande la parole : 
Après avoir remercié M. Thibeaud de sa communica- 
tion , non moins intéressante au point de vue des faits 
qu'elle relate , qu'à celui des considérations philosophiques 
dont Fauteur les a fait suivre , il demande , toutefois , à 
faire quelques réserves touchant ces dernières. M. Thibeaud 
lui paraît avoir posé d'une manière trop absolue le prin- 
cipe des tendances médicatrices de la nature ; oui , sans 
doute , la nature montre souvent de pareilles tendances , 
et nous invite à les seconder ; ainsi agit-elle, par exemple, dans 
la cicatrisation des plaies et dans la consolidation des 
fractures , comme on a eu raison de le dire tout à l'heure; 
mais dans les faits qui font l'objet des réflexions de M. 
Thibeaud , est-ce bien la nature , sauf dans le dernier cas, 
qui s'est montrée médicatrice ? N'est-ce pas, au contraire, 
le médecin qui lui adonné un vigoureux coup de fouet , 
à l'aide d'un médicament fort énergique et qui a réussi à 
provoquer des mouvements physiologiques , que l'on 
aurait probablement attendus en vain de son initiative, et 
auxquels elle ne paraissait guère songer. Suivant lui , on 
aurait tort de toujours compter sur la nature dite médica- 
trice, laquelle se montre même le plus souvent destructrice. 
M. Aubinais donnera, lui aussi , de grandes louanges 
au travail qui vient d'être lu ; mais ce qui l'a particuliè- 
rement frappé , c'est l'absence de toute préoccupation des 
désordres occasionnés par le déplacement du cœur , sous 
l'influence de l'augmentation de volume de la rate , dont 
on nous a entretenus jadis. Ce silence lui paraît significatif 
et est loin d'être l'objet d'un blâme de sa part. Il voit, 
au contraire , avec plaisir, mettre enfin de côté toutes ces 
prétendues causes mécaniques des hydropisies , et il eût 



(1) Voir pins loin, p. 117. 



69 WVWÀL DE HÉnSCIIIB. 

&U comise M. Thibeaud , s*il eût eu à traiter ces 
questions. 

C'est encore avec bonheur qu'il voit ce retour vers un 
médicament aussi énergique et aussi efficace que l'acélate 
de potasse. Il est de fait qu'on abandonne trop &cîiement, 
pour expérimenter des médicaments nouveaux et dou- 
teux « d'autres médicaments doai l'usage avait été consa- 
cré par l'expérience des siècles. S'il interroge sa pratique, 
il est d'accord avec M. Thibeaud , pour accorder, parmi 
les diurétiques, ses préférences à l'acétate de potasse. Re- 
venu de Paris , imbu des doctrines de Broussais , toutes 
puissantes à l'époque de ses débuts dans ta carrière mé- 
dicale, M fut surpris de voir, dans l'arrondissement de 
Paimboeuf, où il exerçait alors la médecine, les prati- 
ciens les plus en renom , tels que UM. Bessard et Ber- 
nard de Frossay , faire un emploi journalier de ce sel , 
administré à hautes doses. Ce ne fut que contraint , &a 
quelque sorte , dans des consultations avec ses confrères , 
qu'il se décida à l'employer aussi hardiment. Hais se»* ré- 
pugnances durent promptement tomber devant les heureux 
résultats obtenus par cette médication. 

M. Malherbe ignore, dit-il, si M. Thibeaud a eu l'in- 
tention de présenter un travail en opposition avec celui 
de M. Ilifarcé, auquel on vient de faire allusion ; quoi qu'il 
en soit , il trouve bien une diiférence entre ces deux 
études , mais il ne saurait y voir d'opposition. En effet , 
l'une a pour objet des faits thérapeutiques , l'autre des 
faits d^étiologie et d'anatonûe pathologique. 

M. iMalherbe persiste à tenir pour constants les faits 
avancés par M. Harcé ; il a pu en vérifier plus d'une fois 
l'exi^titùde , particulièrement dans la chloro-anémie , où 
le cœur et la tunique musculeuse des intestins,^ sont relâ- 
chés , tout aussi bien que les muscles de la me de rela- 
tion. Pans ce cas de défaut de tonicité des intestins , les 
préparations strychnées réussissent parfaitement, de même 
que le fer et les amers remédient à la dilatation passagère 
du cœur , simple résultat de son atonie. Cet état de mol- 
lesse et de flaccidité du cœur , cpïncidant avec le;s ^nor- 



JOVBNAL DB HÉBBCHnE. 69 

mes hypertrophies de la rate , explique suffisamment les 
déplacements du premier organe , et les accidents qui en 
sont la conséquence. Il ne croit pas quil soit possible de 
nier Tencbaînement de cet ordre de faits , si bien exposés 
par H. Marcé. 

M. Tbibeaud a bien , il est vrai , dit-il , opposé dans 
le temps quelques objections aux idées émises par H. 
Marcé , mais il n'a nullement eu Tintention qu'on lui a 
supposée gratuitement. Cependant , il doit dire que , dans 
les observations dont il est question , il n'a rencontré ai 
déplacement du cœur , ni troubles appréciables dans les 
fonctions de cet organe. Un grand phénomène physiolo- 
gique a surtout fixé son attention , la substitution d'une 
diurère considérable aux suffusions et aux épanchements 
séreux. Il n'a pas non plus voulu dire que les ten- 
dances de la nature fussent médicatrices , partout et tou- 
jours. C*est justement à distinguer ces tendances , tantôt 
bonnes , tantôt mauvaises , que doit s'appliquer notre art 
pour les provoquer , les aider ou les combattre au be- 
soin. 

Cette discussion terminée, M. Le Houx lit quelques obser- 
vations d^empoisonnement, par les tubercules de Vœnanthe 
orocata , recueillies et communiquées par M. le docteur 
Dusoucbay, médecin à Vertou (1). 

M. Auiinais rapproche ces faits de celui qui est consi- 
gné dans la Toxicologie d'Orfila et dans le grand Dic- 
tionnaire des Sciences médicales, au sujet de 3 soldats 
belges ayant succombé au milieu d'accidents analogues à 
ceux dont on vient de parler. Il serait volontiers tenté 
d'attribuer au jeune âge des malades de M. Dusouchay , 
le rôle prédominant des convulsions dans les symptômes 
qu'ils offrirent. 

M. Deluen ajoute que, malheureusement, les exemples 
d'empoisonnement par Vomanthe crocala ne sont pas très- 



(1) Voir le numéro suivant. 



70 JOmUJL BB ■ÉBBCOIB. 

rares. H y a 2 ob 9 ans i deux enbnts niangèrmit des tu- 
beroules de celle pianle vénéneuse , qu'îb prirenl , par 
une méprise Irop facile el Irop habilueile dans noire ré- 
gion , pour ceux de famanUiê pewêdanifàHa* Lé plus âgé 
survécul seul. Entre autres symptômes , ils éprouvèrent 
una dysphagie Irès^iQarqnée. Bn vain essaya^^il de les 
faire vomir. Le trouble de la vue el la gdne 4e ta gorge 
peraistèrent trois ou quatre jours chez reofani qui 
survécul. 

M. Mokot présente des pièces analottiqnea recimNies 
par lui, le matin même , à l'amphilhéftire de rhospiee 
Sainl-iaoqoes , sur te cadavre d'un jeime homme atteint 
d'une afieoiiott du cœur. 

Cal organe offre, sur la paroi tnlerne d» ventrioiile 
gauehe, trois orifices doMnanl accès à des cavités creueées 
daaa la cloison ventrîcttiaire épaissie et se ter minsmt en 
Qutde^sao; ces cavités, placées presque immédialement au- 
dessous de Torilke aortique, eonlemienl uûe petite quan- 
tîlé de caillots fibrineux , qui étaient toin de les remplir. 
Des trois valvules sigmoïdes, deux sont saines, la troî- 
sième est à pea près complètement détruite; la valvale 
BUimle, saine, présente quelques concrétions adhérentes 
à ses lamelleB. Le volume ém eœur est à peu près nernMi. 

M. Mahot se propose de rédiger Tobservatioa détaillée 
de ce malade el de nous la fMre cofmaftve ainsi d'âne ma- 
nière complète. 

Nittlle attire eoianMinicalion n^élaal ferle, la séance est 
le\ée. 

Le Secrétaire, 

Le Houx* 



1^ 



jOOtUIAi. DE IlÉttBCnlÈ. 71 



OBSERVATIONS CLINIQUES, par 

M. Malherbe , D.-M. , médecin de l'Hôtel-Ùieu 
de Nantes , secrétaire du Conseil d'hygiène 
publique et de salubrité de la même ville. 



Néphrite albumineuse , encéphalopalhie chronique , eon- 
mlsionê éeldmptiques. Mort 

Le nommé Besnard , âgé de 37 ans , jonrnalier, enîte 
à l'hôpital le 3 décembre 1855. 

Cet homme , élevé à la campagne , où il exerçait lé 
niétier de laboureur , a mené une vie régulière et a tou- 
jours joui d'une bonne santé , jusque vers Tâge de 24 ou 
!25 ans. A partir de cette époque, Fusage immodéré' du 
viîi blanc a ptodtiit d'abord de Tihappétence, par foià déâ 
indigestions, de là diarrhée, puis bientôt utre diminution 
sensible des forces et une grande disposition à l'enroue- 
ment. Le sotntneil, devenu agité, faisait souvent défaut ; 
le malade éprouvait de la raideur dans les muscles dés 
membres , et depuis deux ans des crampes fréquentes 
dans les mollets , pendant la nuit. Il était qoelquefoîs 
exposé à la pluie , et, à différentes reprises , il est resté 
mouillé toute une demi^journée. 

11 y a deux ans , il a été atteint d'une fièvre tierce qui 
dura deux mois : depuis , une dizaine de récidives ont 
eu lieu sous le même type , chacune se composant de 
deux ou trois accès seulement ; la dernière a précédé d'un 
mois son entrée à rhôpital. Toutes ont eu pour cause 
occasionnelle de grandes fatigues ou l'exposition à la 
pluie. 



72 joubual db sÉoBcmB. 

Devenu garçon d'écurie depuis quatre mois , il était 
obligé de se lever assez souvent la nuit. Quoique assez bien 
nourri (il faisait trois repas de viande par semaine), il 
sentait depuis quelque temps ses forces diminuer de plus 
en plus , et il avait remarqué qu'il s'enrhumait très- 
facilement. 

Dans le courant de novembre 1855 , il fut pris de dou- 
leur à la région lombaire gauche , avec diminution dans 
la quantité des urines ; huit jours après , il se manifesta 
aux membres inférieurs un œdème qui envahit bientôt 
tout le corps , excepté les membres thoraciques. 

Nous voyons le malade, pour la première fois , le 4 
décembre , et l'aspect fatigué du visage nous le fait 
prendre pour un vieillard , quoiqu'il n'ait que 37 ans. 
La face est pâle et légèrement bouffie , Tanasarque n'est 
pas considérable ; il n'existe pas dans le péritoine d'épan- 
chement appréciable. 

Le pouls est lent , modérément résistant , le cœur 
présente un dédoublement du second temps , sans aucun 
bruit anomal. Il y a peu d appétit , les selles sont na- 
turelles. 

Les urines peu abondantes se colorent en rose , et 
précipitent abondamment par lacide azotique; le précipité 
ne se redissout que dans un grand excès du réactif. 

Nous diagnostiquons une albuminurie symptomatique 
d'une altération des reins, compliquée d'intoxication al- 
coolique. 

Vers le 10 décembre , l'état du malade paraît s'ag- 
graver: il a tout l'aspect d'un homme en démence , il ne 
voit presque pas , entend plus haut que de coutume , ne 
peut se tenir sur les jambes ni manger seul ; il répond 
cependant aux questions qu'on lui adresse, mais avec 
difficulté. 

12 décembre. Persistance et augmentation des mêmes 
symptômes , pouls assez résistant ; on lui fait une saignée 
Ae bras de 250 grammes. 

ï,y 13, H accuse à la région du rein gauche une 



'-1 



JOUBIfÀt BB MÉBEGIMB. 73 

douleur que la pression exaspère. On lui applique cinq 
sangsues. 

Le 1 5 décembre , raideur et douleur dans les 
muscles du cou; ce symptôme dure pendant trois jours, 
et cède à des frictions de pommade de belladone. 

Le 1 7 décembre , nouvelle saignée de 200 grammes , 
à cause de la persistance des symptômes cérébraux. 

Les jours suivants Je malade semble aller mieux, mais 
il reste plus faible que précédemment. 

A partir du 8 janvier, douleur à l'oreille gauche, pen- 
dant 2 ou 3 jours. 

Le 1 5 janvier , les accidents cérébraux reparaissent sous 
la même forme , mais avec plus d'intensité que la première 
fois ; c'est toujours de l'hébétude, un délire fugace , une 
amaurose presque complète, de la dureté de Touïe, de la 
faiblesse musculaire. L'état de débilité générale ne permet 
pas de recourir à aucun traitement actif ; cependant, vers 
\a fin du mois , il survient un peu d'amélioration , le ma- 
lade peut se lever et même descendre dans la cour. 
Le 9 février, il sort de l'hôpital où il s'ennuie. 
Pendant toute la durée de son séjour, il a eu peu d'ap- 
pétit ; pendant les derniers temps, il ne mange presque 
rien. Les nuits ont été à peu près constamment sans som- 
meil. L'anasarque n'a pas cessé d'exister, sans jamais ac- 
quérir un grand développement ni présenter d'oscillations. 
Les urines insensibles aux réactifs colorés ont toujours 
été pâles, et la plupart du temps troubles ou louches. 

L'acide azotique y produisait un précipité abondant, 
qui a cependant diminué d'une manière progressive ; la 
coloration rose déterminée par le même réactif a aussi 
diminué, et au moment de la sortie du malade, elle est 
presque nulle. 

Outre les moyens ci -dessus mentionnés, il a été pres- 
crit, le 13 décembre, 15 grammes d'huile de foie de 
morue ; au bout de 4 jours, la diarrhée en a fait suspendre 
l'usage. 

Du 24 décembre au 18 janvier, il a été pris chaque 
jour 20 centigrammes de fer réduit par l'hydrogène; les 



74 JOVlMAt PB HÉpBCPffL* 

dev{x ou trois derniers jours le médicaoïeat a été vomi. 

Du 6 au 17 décembre, chaque soir 50 centigrammes 
de thériaque. 

Du 14 janvier au 9 février, 5 centigrammes d'extrait 
thébaïque. 

Quelqifes verres d*eau de Sediitz ont été administrés à 
diverses reprises quand les selles faisaient défaut. 

Le 26 févi^ier, le malade rentre à l'tiôpital, porté par 
deux hommes ; la faiblesse musculaire e( 1^ trouble de 
la vue lui rendent. Ifi n^arche impossible. \l est dans le 
même état que lors de sa sortie , seulen^eut il est plus 
faible, et les troubles de la sensibilité et de Vintelligence 
sont plu^ marqués ; il nous apprend que, chez lui, il a peu 
mangé, et qu'il a bu quelques verres de vin rouge. 
Les urines donnent, par l'acide azotique, un dépôt considé- 
rable d'albumine sans coloration rose. 

Le 27 et le 28 , il fait deux cbutes sur la tète en vou- 
lant se lever de son lit« 

Le 28 ^^ soir , convulsions éclamptiques qui se renou- 
vellent plusieurs fois dans la nuit- Le ^9 au matin, nous 
topâmes témoin d'un accès convulsif d'vine grande inten- 
sité ; dans l'intervalle des attaques, 1^ malade reste plongé 
dans un coma profond avec respii^ation légèrement ster- 
tojfeuse; il meurt dans la nuit du 29 février au 1'^ mars. 

Autopsie faik le 2 mars à 9 heures du matin. 

Crâne. — Dure-mère t^due, sans injection. Les tissus 
contiennent quelques gouttes, de saq^ liquide, noirâtre, 
^ai^ fo\n\ de caillots. Quand on incise la dnre-mère, |es 
çircQnvolutions cérébrales tendent à faire h^miç. Peu de 
sérosité dans la pie-mère qui n'est pas épaissi^,, les mem- 
branes se détachent avec facilité ; raicacbnoïde. pjj^éseiUe 
des traces blanches linéaires le long 4n iK^^i des^ vais- 
seanx,; ceux-ci sont presque vi^es. La surface des cir- 
convolutions est humide, pâle, sans adhérence aux ment- 
btiçanes. Dans, tout l'encéphale, la sub^^Mice g?ise a '^ 
mjème conlenr feujUil^ ijaortç pâle. Les dem, sul;>s|Uinçes 



JWBEUL DB BitiDBCaM» 75 

sont anémiquaSf de eoBusUnce normale, très^huinidés , 
œdématiées. Les ventricules ne contiennent que peu de 
séroftité ; il ne s'en écoule pas non plus du eanai vf rtébral. 
Les artères carotides internes, vertébrales et basilaire sont 
cartîlagtiiîfiées. 

Thorax. Poumons adiiérents par toute leur surface, 
eogoués daits toute leur étendue , mais surtout dans leur 
moitié postérieure. 

CcBor volumineux » ventricule gauche hypertrophié ; tes 
trois autres cavités dilatées. Tissu musculaire déeoforé 
mou et friable se déchirant sous la pression du doigt; 
èpaicaîasiement du bord des valves dé la valvule mitrale ; 
aucun des orifices n'offre de rétrécissement ni d'insuffisance 
appréciable. 

Abdomen. Reins atrophiés à surface bosselée; le droit 
en partie décoloré extérieurement présente à un haut àe* 
gré la transformation granuleuse : le gauche présente les 
inèmes altérations, mais à un degré moindre, il est nfioins 
atrophié que le droit. Rate peu vohiminease ttèa-^ferme, 
foie de volume normal , sans aucune altération. Le tube 
digestif n'a pas été examiné. Nulle part on ne trouve de 
caiUota fibt ineux , mais du sang liquida et des caillots 
cruoriques diffluents. 

Le sang des deux saignées a été analysé par M. BaUevre. 
Le sérum de ta première saignée faite le i2 décembre, 
ne cooti^it que 7 % de matières fixes, tandis que la 
moyenne de l'état normat tombe entre 9 et 10 , ainsi qtfii 
résulte des ebiffres obtenus par MM. Prévost et Duma», 
Laasaigne , Becquerel et Rodier. Le chiffre de Palbumine 
est de 5,50 7o, au tieu de 8,&8 selon Hareet, 8,f2 , 
(Leeanu), 8 (Berselios, Becquerel et Rodier). 

La présence de l'urée dans le sang a été constatée. 

La seconde saignée a été pratiquée le t7 décembre. Le 
sérum contenait 7 ""/o d'albumine.. Le sang, renfermait de 
l'urée comme la première fois. 

L'urine examinée à l'époque de la seconde saignée a été 
lyouvée claire, inodore, mousseuse. Sa densité est iic 



L 



76 JOUBRÀL DE MÉDBGDIE. 

1013, chiffre inférieure la moyenne normale qui est de 
1017 , selon MM. Becquerel et Rodier. 

Elle précipite par le bichlorure de mercure et l'acide 
azotique. Sa réaction est franchement acide. La chaleur 
suffit pour la coaguler ; un accident arrivé au liquide en 
expérience a empêché de doser l'albumine. 

Ces résultats analytiques s'accordent parfaitement avec 
ceux obtenus par les auteurs qui se sont occupés de la 
maladie de Bright ; nous n'avons pas à nous y arrêter. 

Notre observation présente aussi une grande concor- 
dance avec les faits déjà connus, sous les divers points 
de vue des causes, des symptômes et des altérations ca- 
davériques ; mais elle offre d'ailleurs quelques traits spé- 
ciaux qui nous semblent mériter de fixer l'attention. 

Tous les auteurs s'accordent, pour attribuer à l'action 
prolongée du froid, la première et la plus grande part 
dans le développement de la néphrite granuleuse. Cette 
circonstance a été constatée chez notre malade. On se rap- 
pelle aussi , qu'il avait usé immodérément des liqueurs 
alcooliques ; or , voici ce que nous lisons à ce sujet dans le 
Compmdium de médecine pratique : 

L'abus des liqueurs spiritueuses est , suivant la plupart 
des médecins de la Grande-Bretagne, la cause la plus fré- 
quente de dégénérescence rénale. M. Christison dit que 
cette influence s'est montrée à lui, dans les trois quarts ou 
les quatre cinquièmes des cas; sur 69 malades, M. Becque- 
rel a trouvé que 9 seulement étaient adonnés aux boissons 
alcooliques. Ce relevé tendrait à faire croire que l'influence 
nuisible signalée par les médecins anglais, est loin d'être 
bien établie. (Comp., t. VII , p. 358.) 

Cette influence est assurément bien moins contestable 
lorsqu'il s*agit de rechercher la cause des complications 
cérébrales, beaucoup moins fréquentes en France qu'en 
Angleterre et dans le Nord de l'Europe , où l'abus des 
liqueurs spiritueuses est porté bien plus loin que dans 
notre pays (1). 



(1) 



rïous remarquerons en passant que l'action pernicieuse du 



izzd 



JOURNAL BE MÉDECINE. Tf 

Les maladies du cœur sont regardées comme une cause 
très-efficace de la dégénérescence granuleuse des reins , 
en raison de i'bypérémie habituelle qu'elles entretiennent 
dans ces organes; on se souvient que notre malade avait 
une énorme dilatation du cœur, avec ramollissement et 
décoloration de son tissu. 

Parmi les symptômes observés chez Besnard, ceux qui 
se rapportent à la complication cérébrale, sont sans con- 
tredit les plus dignes d'intérêt. Au premier abord, nous 
nous sommes demandé s'il fallait les attribuer à la dia- 
thèse albuminurique , ou bien à Tintoxication par Talcool. 
Nous pensons que ces deux influences ont dû agir con- 
curremment. La marche des phénomènes cérébraux a été 
telle que nous pourrions la comparer à une démence pro- 
gressive, ou bien encore à cette forme spéciale de Talié- 
nation décrite par M. Etoc, sous le nom de stupidité; 
nous expliquerons plus loin pour quel motif nous faisons 
ce rapprochement. 

Dans un excellent mémoire publié en 1852, dans les 
Archives générales de médecine , par M. Lasègne, nous 
trouvons à propos de la forme chronique des complica- 
tions cérébrales de la maladie de Bright , un tableau tracé 
d'après Addison , pour lequel notre malade aurait pu servir 
de modèle. C'est bien le même affaissement progressif de 
^intelligence , des fonctions des organes des sens et de 
l'appareil locomoteur. Nous ne reproduirons pas cette 
description , qui a été citée sans indication de 
sa véritable source , dans le Moniteur des Hôpitaux , 
par M. Vidal. 

L'araaurose qui a été si prononcée chez notre malade, ne 
peut cependant être rapprochée de celle observée par 
M. Landouzy ; elle n'a été qu'un trait dans l'ensemble des 
symptômes fournis par le système nerveux. 



froid doit bien souvent s'exercer, sur les sujets qui abusent de 
Palcool , que l'on voit dans l'état d'ivresse profonde rester exposés 
sans mouvement, à l'air libre, pendant un temps souvent fort 
long. 



78 jommài. 9b v^nBonoi. 

Nous avons également eonsUié la dureté mcraientanée 
de Touîe ; nous n*avoDs pas cherché à apprécier l'état des 
$enB de Todorat et du goût* mais nous serions porté à 
croire que ce dernier était afiEaibii et qu'il suivait les 
phases de Tinappétenoe. 

Quelle est la cause matérielle de rencéphalopalhie aibu- 
minurique? C'est une question controversée et sur bquelle 
le^ auteurs sont divisés en deux camps. Bright« Christtson, 
Addison , etc. , re^gardent la présence de l'urée daos le 
sang I comme la cause des désordres oérébraui ; Freriohs 
attribue ce qu'il appelle Tintoxication urémique à la présence, 
dans le liquide nourricier, du carbonate d'ammoniaciue. On 
ne saurait nier sai\s doute que de semblables altérationa du 
sang ne puissent apporter un trouble profond dans la 
nutrition et dans les fooctions des organes; mais pour 
avoir le droit de leur attribuer la production de l'encépha- 
lopatbie albuminurique, il faudrait déntontrer It présence 
de l'urée dans le sang, dans toutes les ciroonstaiioes où ces 
désordres cérébraux sont susceptibles de se manifester, 
c'est-à-dire dans tous les cas d'albunÙDurie. Or ^ comme le 
disent avec raison MM. Becquerel et Rodier, si le iaitest 
constant pour la plupart des cas de maladie de Brtght, il a 
manqué dans un certain nombre,, et il est encore à démon- 
trer pour toutes les autres espèces d'albuminurie, ainsi 
que dans les circonstances où , sous l'influence d'autres 
causes pathologiques, la sécrétion urinaÂre est notable- 
ment diminuée, comme dans la rétention d'urine, les 
maladies des reins, etcu 

D'après ces considérations, nous sommes très-peu porté 
à admettre Tinfluenee attribuée ici à L'urée, et iMius con- 
clurions plutôt avec M. RiUiet, que les accidents cérébraux 
sont la conséquence de l'hydfooéphalio , en prenant ce 
mot dans sa plus large acception , e'est-àrdire em y fri- 
sant rentrer , non-seulement les épanchements intra ou 
sous-arachnoïdrens et ventrieulaires, mais aussi l'infiltra- 
tion séreuse de la substance cérébrale elle-même. 

Nous ajouterons que , suivant la forme et le volume va- 
riables (jle Téps^PQbement de sérosité, la lenteur ou la 
rapidité de son développement, l'existence ou l'absence 



JOUIRAI. DB «ÉORCIiqi* 79 

d'une hypérémie simultanée, on voit varier l'expression 
symptomatique et on observe les formes aiguës ou chro- 
niques , les convulsions , le coma , le délire ou Tabolition 
lente et progressive des fonctions du système nerveux. 

Notre malade a présenté à Tautopsie une turgescence 
très-notable du cerveau, avec infiltration séreuse géné- 
rale ; c'était un véritable œdème comme chez les aliénés 
atteints de stupidité , rapport qui , selon nous, parle hs^u- 
tement en faveur de l'opinion que nous défendons; car 
Tétat de Besnard nous rappelait parfaitement celui des 
aliénés stupides que nous avons eu occasion d'observer. 
L'absepce complète d'hypérémie nous rend compte du 
défaut d^ réaction, et on pourrait peut-être attribuer (es 
attaques d'éclarnpsie qui ont précédé la mort aux chutes 
sur la tête qu'il avait faites deux jours de suite, quoiqu'elles 
n'eussent pas laissé de traces aux téguments ni aux parois 
du crâne. 

Un des arguments les plus concluants en faveur de 
l'opinion de M. Rilliet, opinion que nous adoptons sans 
réserve, c'est le développement de symptômes cérébraux 
semblables, non-seulement dans les cas d'albuminurie sans 
maladie de Bright, noais encore dans des états morbides 
où les urines ne contiennent pas la plus faible tr^ce d'al- 
bumine. 

Enfin , pour les cas aigus , l'efficacité du traiten^ent 
anti-phlogistique et révulsif, et surtout les résultats rapides 
qui suivent son application , résultats définitifs chez (es 
malades qui n'ont pas d'altération des reins, démontrent 
suffî^mment que la cause des accidents cérébraux est ail- 
leurs que dans l'intoxication urémique, et qu'on ne doit 
la chercher que dans l'accumulation de la sérosité. 

En résumé , notre observation peut servir à établir, pour 
les formes chroniques de i'encéphalopathie albuminurique^ 
ce qu^ M. Rilliet a prouvé pour les formes aiguës, l'intluence 
de l'hydrocéphalie sur le^ur développenient. 



80 lOVftlIÀL DE MÉDECHŒ. 

Tuberculisation des capsules surrénales. 

La femme Ouvrard, âgée de 48 ans, journalière, entre 
àThôpital le 23 février 1856. 

Elle est malade depuis plus d'un an : elle se sent faible, 
mais ne présente aucun symptôme d'affection organique 
viscérale. Seulement, les ganglions cervicaux et sous-maxil- 
laires du côté droit sont engorgés et forment une tumeur 
dure, bosselée, que nous considérons comme de nature 
strumeuse. Des douleurs vagues existent dansTabdomen et 
dans les membres. Les carotides sont le siège d'un léger 
souffle. La peau est d'une couleur terreuse remarquable, 
à travers laquelle on saisit cependant la pâleur jaunâtre de 
la chlorose ou des affections organiques à leur dernière pé- 
riode : l'amaigrissement n'est pas très-prononcé. Nous con- 
cluons à l'existence d'une chloro-anémie avec névropathic 
générale, et nous prescrivons, en conséquence, un traitement 
ferrugineux et des aliments réparateurs. 

Au bout de quelques jours, nous sommes forcé de sus- 
pendre traitement et régime , à cause d'une diarrhée abon- 
dante et de vomissements répétés. 

En même temps, Tétat de débilité, déjà très-marqué, 
augmente progressivement ; le pouls, assez lent, devient 
d'une faiblesse extrême; tous les aliments répugnent, et le 
peu de substances liquides que la malade ingère est rejeté 
presque immédiatement ; enfin, tout fait présager une fin 
prochaine. 

A ce moment , le hasard nous fit tomber sous les yeux 
l'analyse d'un mémoire de M. Addison , publiée par M. 
Lasègue, dans le numéro de mars des Archives générales de 
médecine. 

Le médecin anglais rapporte, dans son travail, un cer- 
tain nombre de cas d'affections diverses des capsules surré- 
nales, dans lesquels les malades présentaient une forme 
particulière de chloro-anémie, qu'il ne savait à quelle cause 
attribuer, ne rencontrant dans l'économie aucune des cir- 
constances habituelles qui donnent lieu à cette maladie. Le 
hasard seul vint le mettre sur la voie du rapport qui exis- 



H 



JOUJUIÀL D£ MÉDECINS. 81 

tait entre l'état cbloro-anémique et les altérations des 
capsules surrénales ; mais le fait le plus curieux, c'est un 
changement particulier de la couleur de la peau, symp- 
tôme sans lequel la chloro-anémie spéciale qui nous occupe 
ne se distinguerait pas, pendant la vie , de celles qui dépen- 
dent d'influences morbides d'une autre nature. 

Cette description nous rappela , à mesure que nous la 
lisions, l'impression que nous avait faite l'aspect de la femme 
Ouvrard , et nous comptions l'observer à ce point de vue , 
quand nous apprîmes , le lendemain à la visite , qu'elle 
avait succombé la veille, 12 mars , à 6 heures du 
soir. 

Nous primes alors des renseignements et nous sûmes 
que la maladie avait débuté dix-huit mois auparavant , à 
la suite d'une vive émotion morale; que, depuis lors, 
elle avait toujours langui , et qu'on avait remarqué que sa 
penu , très-blanche auparavant, avait pris une teinte de 
plus en plus foncée. 

Autopsie faite le 14 mars au matin. 

1-,'amaigrissement n'est pas très- prononcé. 
La couleur enfumée est un peu moins foncée que pen- 
dant la vie. Elle est plus intense à la face , aux aisselles et 
aux aines , que partout ailleurs. Elle est sensible par tout 
le corps. 

Tous les ganglions lymphatiques sont à très-peu près 
transformés en tubercules ; ils ne forment de tumeur un 
peu considérable qua la région cervicale et sous* maxil- 
laire du côté droit. 

Les uns sont ramollis, les autres indurés ; ces deux de- 
grés se rencontrent à peu près en proportion égale. 

Pas un tubercule dans les poumons ni dans aucun 
autre organe parenchymateux ou membraneux. — Le rein 
droit , augmenté de volume , est légèrement hypé- 
rémié. 

La capsule surrénale du même côté conserve sa fprme 
triangulaire, mais elle est beaucoup plus épaisse qu'à l'état 



êi JOtJEIfAL DE IlÉIIEClIlfi. 

normal et contient deut gros tubercules enkystés , ne 
commençant pas encore à se ramollir. 

Le rein gauche , bosselé , présente à peine la moitié 
de son volume normal ; il est plus pâle que le droit et 
d'utle couleur grisâtre ; il est farci de tubercules enkystés 
de volume variable , les uns durs , d'autres à l'état ca- 
séeux , d'autres enfin contenant du pus liquide , qui s'é- 
coole à riocision. 

La capsule surrénale correspondante a complètement 
changé de forme ; c'est Un cylindre légèrement atténué à 
ses extrémités, placé transversalement sut- l'extrémité su- 
périeure du rein. Elle est de consistance lardacée, comme 
du tubercule cru, et présente un grand nombre de tuber- 
cules enkystés à l'état caséeux , variant pour le volume 
depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un poîs 
tert. 

Nous n'avons d'autre prétention , en publiant cette ob- 
servation , que de joindre un fait à ceux publiés par H. 
Addison , auxquels le Médical Times en a déjà ajouté 
quatre. 

Dans tous ces cas, excepté un seul, le changement de cou- 
leur de la peau a été noté , et c'est aussi la teinte de la 
peau qui nous a frappé chez la femme Ouvrard. Ce phé- 
nomène emprunte , à notre avis , une gtande valeur à 
une circonstance physiologique remarquée par Cassan , 
nous voulons parler du grand volume des capsules surré- 
nales chez les nègres. Ce dételoppement , rapproché de 
celui des organes génitaux , qiii caraetérise cette race , 
est-il plutôt corrélatif à celui de l'appareil pigmentaire? Le 
docteur Addison a posé la question sans oser la ré- 
soudre. 

La coloration bistre ou enfumée de la peau ne saurait 
dtl reste se rapporter à telle lésion spéciale des capsules 
surrénales , puisque , dans les cas où elle a été observée , 
on a rencontré les affections les plus diverses , telles que 
hypertrophie , atrophie , apoplexie , inflammation, frans- 
foi'maitionâ fibreuses , athéromateusé , tubercijflense , can- 
eél*eQ9e ; oin pourrait supposer tout au plus que l'altéra- 



jOtlltlAL bB UtilïfiGtltB. 83 

tion pigmentaire est causée par toute lésion Capable d'an- 
nihiler les fonctions inconnues de ces organes. 

En dehors de l'altération des capsules surrénales , Tob- 
servttiion de la femme Ouvrard présente, ce nous semble, 
un assez grand intérêt , comme exemple de tuberculisa- 
tion bornée presque exclusivement aux ganglions lymfiha- 
tiques. Il n'est pas ordinaire , en efFet , chez l'adulte , 
quand il existe des tobercules dans l'économie , de ren*- 
contrer tine pareille intégrité des organes parencby- 
nntteux* 

Nous ignorons si les «rines présentaient , dails ce cas , 
quelque chose d'anormal , notre attention n'ayant pas été 
éveillée asses tdtt pour que nous eussions la pensée de di- 
riger nos investigations de ce côté. 



Pse^lis terminé par la mm. 

Briand , Augusiine , âgée de 22 ans , domestique , 
entre à l'Hôtel- Dien le 28 mai t8S6. Elle accuse 8 à f a 
jours do maladie ; mais nous avons appris plus tard , 
qu'avant ces 8 ou 10 jours, et depuis plus d'un mois, 
elle marchait avec difficulté , se plaignant d'une douleur 
constante dans le membre pelvien droit et dans le cèté 
correspondant du ventre. 

Voi-ei te résultat de notre premier examen. Mouvement 
fébrile iM^ononcé « abattement , diarrhée , gargouillement 
cœcal, inappétence , douiesr dans les reins et particulière- 
ment dans la cuisse droite , se prolongeant dans le Jambe. 
Les mouvements du membre sont libres , l'extension se 
bit compiétementé Nous diagnostiquons une fièvre 
typhoïde , tout en conservant quelques doutes à ce sajet , 
parce qail ne nous semble pus exister une stupeur pro- 
partionnelle à l'ensemble des autres symptômes ; et nous 
demandant si nous n'avions pas sous les yeux une de ces 
fièvres rémittentes , dont la véritable nature masquée au 
début, se dévoile sous l'influence de ta médicarfioll. 



84 JOCBNAL DE KÉlffiGKNB. 

Nous prescrivons une potion fébrifuge. 

Les jours suivants, Tétat de la malade ne varie pas sen- 
siblement. Le gargouillement cœcal est toujours très- 
marqué. Les 1'' et 3 juin , nous administrons de l'eau de 
Sediitz , et nous faisons frictionner la cuisse droite avec de 
la pammade de belladone. 

Le 8 juin , la malade est prise d*une scarlatine ano- 
male (il existait alors plusieurs cas de scarlatine dans la 
salle), La maladie d'intensité moyenne ne s'accompagna 
d'aucun accident spécial : mais les douleurs du membre 
abdominal droit allèrent en augmentant, la cuisse se 
plaça en demi-flexion sur le bassin , et la jambe se fléchit 
de même sur la cuisse , en môme temps que le genou et 
le pied étaient portés dans une demi-abduction. 

Les tentatives faites pour imprimer des mouvements au 
membre , excitaient de vives douleurs. 

La percussion sur la rotule, dans la direction du fémur, 
occasionnait de même une sensation douloureuse , que la 
malade rapportait à l'aine. 

Nous crûmes voir dans ces symptômes ceux d'une 
coxalgie. Cependant la fièvre continuait toujours ainsi que la 
diarrhée ; l'appétit était nul , la faiblesse et l'amaigrisse- 
ment faisaient des progrès. 

Tout le mois de juin se passa ainsi, sans modification 
dans l'état général : le traitement cousista dans l'emploi 
des calmants à l'intérieur et à l'extérieur. 

Le 4 juillet au matin , nous voyons la malade dont 
l'état nous semble toujours très*grave ; mais sans que rien 
nous fasse présager une fin imminente : dans la soirée, 
elle rend tout-à-coup par lanus une grande quantité de 
matière sanieuse ; elle s'afiaiblit de plus en plus , et expire 
le 5 juillet , à 4 heures du matin. Ce mode de terminaison 
rapproché des symptômes observés pendant la vie , nous 
fit penser à l'existence probable d'un psoïtis , maladie que 
nous n'avions jamais eu occasion d'observer. Cette tardive 
réflexion fut vérifiée par l'autopsie faite le 6 juillet, à 9 
heures du matin. 

L'attitude du cadavre était celle que nous avions ob- 



joubnâl db hédeghcb. 85 

servée pendant la vie , l'amaigrissement était très-pro* 
nonce , le ventre un peu météorisé , des sudamina exis- 
taient dans les régions inguinales. L'anus était teint par 
la sanie qui l'avait traversé ; les poils des parties génitales 
étaient agglutinés par ce même liquide desséché. Toutes 
les parties du corps étaient remarquablement exsangues. 
Le grand épiploon était aminci et détruit par places ; tout 
le péritoine présentait des traces légères d'une péritonite 
subaiguê ; ces traces étaient plus évidentes dans le petit 
bassin que partout ailleurs. 

En enlevant la masse intestinale, on trouvé sous le fascia 
iliaca , du côté droit , une tumeur flasque , volumineuse « 
s*étendant depuis les piliers du diaphragme jusqu'à l'arcade 
crurale, refoulant vers la ligne médiane , l'utérus , l'ovaire 
droit et la trompe du même côté , organes avec lesquels 
elle a contracté des adhérences. Elle adhère aussi dans 
cette région ai^ rectum ; aux points d'adhérence les parois 
de cet intestin sont amincies , mais non perforées. 

Il n'en est pas de même de deux anses de l'intestin 
grèle V appartenant l'une au jéjunum, l'autre à Tiléum, qui 
adhèrent à une partie plus élevée de la tumeur, et qui pré- 
sentent toutes deux une communication étroite avec sa 
cavité : toutes les parties de l'intestin situées au-des- 
sous des perforations , présentent des traces du li- 
quide sanieux qui s'est écoulé par le rectum. Le cœcum 
et le colon ascendant en sont complètement tapissés. Il 
en est de même du rectum , qui, même après le lavage, 
se montre teint en rouge sale, dans presque toute son 
étendue. L'appareil génital ne présente aucune trace de 
grossesse antérieure ; il est sain; l'ovaire droit est augmenté 
de volume et rempli par un caillot fibrineux rouge-noir 
à sa sur&ce , et dont le centre commence à se décolorer. 
La présence de ce caillot se rattache sans doute à une 
époque menstruelle qui a eu lieu peu de jours avant la 
mort. Point de communication entre les voies génitales 
et la tumeur. 

La vessie contient une urine trouble et qui semble 

7 



nMée 4e p«ui ; V^im eumnée à Fépoque da U «carlatine, 
ne nous levait donoé aucun rénalM* 

Le tMnmir elle-même oovis présente iine coUection de 
bouillie stni^us^ , noirftire , roèlée de sMig OQir coagidé , 
et danfi laqiieUe flottent des filaments fibreux. Les téguments 
de ia région Vmbaire oorrespoudanie ont une teinte 
viojacée due A ^ne ecchymose qui oeciApe TéiMisseur du 
derme et la couche sous*cutanée. Les oiuscles (psoas^ i^que 
fi carné dea lombes» sont con^pi^temeot détruits. 

En arrière , l'inflammation a atteint et détruit les li^- 
ments de la symphyse sacro-iliaque , et Ion pénètre dans 
cette articulation. L'artère fémorale rejetée en dedans de 
la tumeur, est danç un état de par&ite intégrité. La veine 
fémorale au contraire « depuis le creux poplité jusqu'à 
l'arcade crurale, est remplie par un caillot adhérent rou^e,- 
noirfttre. Nulle part il n'existe de pus phlegmoneux. La veine 
iliaque et la veine cave sont vides. 

Tous les autres organes sont à l'état normal. Le tube 
digestif, en particulier, ne présente aucune des lésions 
«aradéristiques de la fièvre typhoïde. 

ÛuoiquMI existe dans ta science un certain nombre 
d*obsenrations de psoïtis , il est constant que cVst une 
maladie assez rare, puisque le cas que nous venons de 
vous racomer est le seul que nous ayons été à même d'ob- 
server. 

C'est à ce thre et parce qu'il a été pour nous l'occasion 
i*une erreur de diagnostic , qu'il nous a semblé utile de 
vous le communiquer. 

Voyons d^alKird comment nous aurions pu éviter cette 
ei^eur. Le siège de la douteur à droite, la coexistence du 
gargoniNement , l'absence ^ie tumeur appréciable au tou- 
dher, ta diarrhée et le météorisme du ventre , nous ont 
em^pêclié ^'attacher toute la valeur qu*eHes méritaient , 
aux deuteurs accusées par la malade dans le roemibre 
pelvien correspondant. Cependant , mafigré l'aflhis^emeBt 
qui résultait de la vivacité de ses doofleurs et du travaît 
phlegmasique qui s'accomplissait, il n'a jamais existé de 
véritable ^^^peur; plus tard^ nous aurions fm nous éclairer 



par la pQ&iiion da membre qui était inoliné en* dehors , 
tandis que dans la eoxalgie il s'ioclineen dedaos. Mais à 
Tépoque où la flexion est deveoMif^ennanente et s'est 
accompa^Qée de rot^tioo en dehors,' les désordres étaient 
trop considérables pour qu'aucun traitement pût ea 
triompher. — On sait que le plus gtaad nombre des eas 
connus de psoïtis, ont eu une issue folale, et dans ceux qàî 
sont rapportés comme des exemples de guérison , il reste 
des doutes sot l'exactitude du diagnostic. 

L'extrême gmvité de cette affection vient sans doute de 
ce que« au début, il est très-diilicile, pour ne pas dire impos*- 
sibtet delà reconnaître, et ce serait pourtant alors que le 
traitement aucait quelque eiBcaciié ; quand le mal se tra* 
duit par des signes évidents, il est déjà au-dessus des res^ 
sources de Tart. 

Cette noaladie est ordinairement le résultat de pressions 
violenter ou de tiraillements exercés sur les muscles psoas 
et iliaque; aussi Taccoucbement est-il signalé comme cause, 
dans un bon nombre des cas connus. 

Une circonstance curieuse, qui s'explique sans doute par 
la position que la tête de l'enfant affecte le pins ordinaire- 
ment, c'est que les psoïtis arrivés à la suite deTaccoucbe^ 
ment s'observent le plus souvent à gauche; c'est le contraire 
pour ceux qui dépendent de causes différentes. Chez notre 
malade, nous avons trouvé les organes génitaux dans un 
état exclusif de toute grossesse antérieure; le mal siégeait à 
droite; nous n'avons pu, d'ailleurs, obtenir de renseigne- 
ments sur les circonstances antécédentes auxquelles il fau- 
drait attribuer son développement. 

Ni>iis remarquions que la scarlatine intereomiitei n'a 
pas semblé avoir la moindre induence sur la marche de la 
maladie principale. 

Qu'on nous permette une dernière réflexion. 
Les auteurs dn Compendiutn , marchant en cela sur les 
traces de M. Grisolle , auteur d'un mémoire ea^professo 
sur la matière , confondent , dans une même description , 
la psoîte et les autres tumeurs phlegmoneuses de la fosse 
iliaqua. Ils décrivent troiaespèces de tumeur» pUagmoneu- 



88 iÙVWHkh DB MÉBBCinB. 

ses de cette région , sous le nom d*abcès intra-péritonéaux , 
souS'pérHonéaux et* sous-aponévrotiques. Cette dernière 
espèce, on le convpfcfld, représente le psoîtis. 

Nous ne croyons pas cette manière de procéder avan- 
tageuse; il est préférable, selon nous, de séparer complè- 
tement des deux premières espèces la description de l'in- 
flammation du muscle psoas. 

Voici sur quels motifs nous fondons notre opinion. 

Les symptômes du psoîtis ont une forme bien plus cons- 
tante que ceux des autres phlegmons iliaques ; ceux-ci 
viennent en général faire saillie sous les téguments , et de 
la manière la plus variable , ce qui n'arrive jamais « oa 
presque jamais , pour l'abcès du psoas emprisonné sous le 
fascia iliaca. La position du membre est bien plus cons- 
tante et plus caractéristique ; enfin , les produits de l'in- 
flammation ne sont pas identiques ; pour le psoîtis , ce 
n'est jamais de véritable pus blanc , mais une sanie rouge 
noirâtre , résultat de la fonte du tissu des muscles en- 
flammés. 

Il convient donc , à notre avis , de ne rapprocher de 
cas aussi dissemblables , que pour établir leur diagnostic 
difiérentiel ; pour leur description spéciale , elle doit être 
faite séparément. 



SYMPTOMES GRAVES produits par L'admi- 
nistration du seigle ergoté^ à la dose de trais 
grammes, dans l'espace d'une heure, dans un 
cas d'hémorrhagie utérine , après la délivrance, 
par M. Tbastoub^ D.-im., ancien interne des 
hôpitaux de Pari$ , médecin suppléant des hô- 
pitaux de Nantes. 



Le 28 janvier 1856, à 7 heures du matin, je fusap- 



JODRNAL DE MÉBSCIUB. 89 

pelé, rue Kervégan, près d'une femme âgée de 37 ans, 
mariée à un ouvrier cbarpeoHer, à laquelle j'avais donné 
des soins le mois précédent, pour une bronchite légère. 
Cette femme , de taille moyenne , de tempérament lympha- 
tique, quoique paraissant d'une ussez forte constitution, 
ayant beaucoup d'embonpoint, mais des chairs molles, 
avait fixé, dès cette époque, mon attention par le désac- 
cord qui existait entre les symptômes généraux qu'elle 
présentait et la maladie locale. Ainsi, une simple bronchite, 
peu intense, avait suffi à déterminer un abattement consi- 
dérable , un malaise extrême et une très-grande accéléra- 
tion du pouls. L'idée que j'avais gardée de cette personne 
était qu'il fallait peu compter sur sa force de résistance 
vitale, et que son embonpoint était plutôt un indice de 
faiblesse que de force. 

Cette femme , mariée depuis peu de temps à un homme 
plus jeune qu'elle et adonné à l'ivrognerie , est t^ès-mal* 
heureuse en ménage; des tourments continuels, des frayeurs 
incessantes , et quelquefois des coups, sont les seuls béné- 
fices que cette infortunée ait retirés de sa tardive union. 
Devenue enceinte, elle n'a pas été plus ménagée* Se trou- 
vant actuellement à 7 mois et demi ou 8 mois de grossesse, 
elle a fait hier, 27 janvier, une course assez longue; elle 
est allée jusqu'à Chantenay et a pris l'omnibus pour reve- 
nir. Elle s'est couchée bien portante, mais, à 4 heures, œ 
matin , elle s'est réveillée avec un grand malaise , des en-* 
vies de vomir et des coliques. Elle a vomi deux fois de 
la bile et est allée aussi deux fois à la selle en dévoie- 
ment. 

Les douleurs sont assez vives e très-fréquentes, accom- 
pagnées d'un malaise et d'un abattement considérable. 
Elles n'ont pas franchement le caractère des douleurs in* 
tcrmittentes de l'accouchement. L'utérus s'élève jusqu'à 
4 travers de doigts au-dessus de l'ombilic ; je ne sens pas 
de mouvements de l'enfant; je cherche de même, en vain, 
les bruits cardiaques et placentaires ; mais hier soir encore 
l'en&nt remuait. .Au toucher , je trouve le col de Tutérus 
irès-amoindri en longueur, très-aminci , assez mou , mais 



tO JOrailAI. SE HÉMOm. 

c'eftt à peine d l'extrémité de Tiodex peut pénétrer dans 
Forifice externe; la dilatation ne fiiit donc que oom> 
mencer. 

La niakde a la peau chaude , le pouls très-fréquent et 
petit, la iace rouge comme dans la rougeole, el une soif 
vive. 

Limonade au citron. 

A 9 heures du matin , les eaux s'écoulent toat*à-eoup ; 
je touche de nouveau « et , comme la dilatation du col a 
très-peu fait de progrès , comme d'un autre c6té je cherche 
toujours en Tain les bruits du cœur du imtus , je commence 
à croire à la mort de l'en&nt. 

En eflbt, vers 3 heures de raprès-raidi, l'aocoucbement 
se fait, et un enfant d'environ 8 mois , d'un eorpe grêle 
et maigre , vient au monde sans vie. La mort parait ré- 
cente; l'épiderme n'est nullement décollé; le cadavre n'a 
paa d'odeur. 

La mère a beaucoup de chagrin de cet événement qu'on 
ne peut lui dissimuler. La délivrance se lait cependant 
très4Men et très^&cilement, au bout de 20 à 26 minutes. 

Le placenta et les membranes sont venus en entier et 
ne semblent pas altérés. — Mais une perte assex abon- 
dante ne tarde pas à se déobrer : le sang coule , non pas 
par flots , mais par nappe ; l'utérus est mou , se contracte 
avec peine sous l'influence de frictions hypogastriques , 
et ne reste pas resserré. J'envoie chercher deux granomes 
de seigle ergoté en quatre paquets, et , en attendant , je 
m'efforce par la titillation d'un ou de deux doigts sur 
l'orifice utérin , par des frictions soutenues du bas- ventre, 
de bire cesser cet état d'inertie de la matrice. 

Le médicament arrive bientôt ; les quatre paquets soiil 
avalés successivement de 10 minutes en 10 minutes. La perte 
n'estpas très-forte, mais elle continue ; Tutérus se contracte 
momentanément , mais faiblement et sans persistance. Les 
forces diminuent , la noabde pâlit , va tomber en syncope; 
j'applique des mouchoirs, trempés dans l'eau froide, sur 
le ventre et sur les cuisses; j'exede avec les doigts, autant 
que poesiblet toutefois sans violence, le eot de l'utérus, 



JOinmAL SE XÉMCBtt. 91 

ei je fais demander de nouveau sit paduets de seigle ergoté, 
(ie 50 oenUgiramines chacun. Deut de ces nouveaux pa- 
quets sont seulement administrés de la même manière al 
bien tolérés par restomac. Pendant une heure, les linges 
froids sdnt renouvelés sur le ventre et tes baisser ; enfin 
peu à peu la perte s'arrête , Tutérus devient et reste dur. 
ie quitte la malade au bout d'bne heure, les accidents 
paraissant tout^à-fait enrayés , Tétat général étant satidfei- 
sant , sauf la faiblesse naturelle dans ces circonstances, h 
&is de nombreuses recommandations aux personnes pré- 
sentes , pour éviter tout ce qui pourrait ramener rhétiior- 
rbagte. J'ordonne même de donner «un autre paquet de 
seigle , si le sang coulait en abondance , en attendant que 
je pusse revenir près de la malade. 

L'hémorrhagie né reparait pas , et on ne dohne pas ^ar 
conséquent de seigle ergoté. 

Mais la nuit se passe dans un malaise, dans une agita- 
tion extrêmes ; la malade ne peut rester en place , elle ne 
doK pas une minute , elle a des rêvasseries , une esipèbe de 
subdelirium , du hoquet et des rapports qui ont , dit-elle , 
le goût d'œufs pourris. 

Quand j'arrive près d'elle, le 29 janvier « k 7 heures dn 
matin , je la trouve extrêmement agitée ; elle se roule i 
chaque instant d'un côté sur l'autre , les cheveux en dé- 
sordre ) la figure pâle , les lèvres un peu bleues. La toil 
pourtant est assez bonne , la physionomie n'est pas trè^- 
altérée ; mais quand je veux tâter le pouls , je ne puis 
percevoir les battements de l'artère radiale. Je (Mtois que 
je cherche mal , que mes doigts sont engourdis par le 
froid ; je passe d'un bras à l'autre , j'explore successive- 
ment les artères radiale , cubitale et même bt^aebiale de 
chaque e6té ; je ne peux saisir aucun battement. Alarmé, 
je mets bien vite l'oreille sur le cœur , il bat tégulièi*e- 
ment , sans fréquence , assea faiblement. 

Je constate que la malade ne perd pas de sang , que la 
matrice n'est pas distehdue et se maintient bien rétractée. 
La malade accuse des fourmillements ; du froid dans les 
mams et dans les pieds; elle dit qu'elle ne sent pfus ses 



92 JOimiTÀL DE MÉBBCWS. 

extrémités , qu'elle a les membres rompas « qu'elle ne peut 
les bouger. Les extrémités sont ifroides en effet , la peau 
et les ongles ont une légère teinte bleue aux mains et aux 
pieds. 

Fort inquiet de cet état dont le seigle ergoté , bien que 
donné à une dose assez modérée , me paraît être la cause, 
j'ordonne de donner du bouillon et du vin rouge alterna- 
tivement tous les quarts d'heure , et de réchauffer les ex- 
trémités. 

A iO heures, je reviens; l'état est toujours le même; 
peu alarmant) si on ne considère que la figure, mais tou- 
jours très-inquiétant quand on constate l'état des membres. 
Car je ne suis pas bien sûr de trouver quelques batte- 
ments de l'artère radiale. — Je fois mettre des sinapismes 
aux poignets et continuer le vin et le bouillon. 

Le soir, le pouls n'est pas plus perceptible ; la malade 
se plaint toujours de froid , de fourmillement et d'engour- 
dissement dans les doigts ; de plus , je constate à la face 
postérieure des jambes , sur les côtés des malléoles , des 
taches livides dans l'épaisseur de la peau, qui ne s'effaceot 
pas sous le doigt et qui m'effraient beaucoup ; car , je 
crains qu'elles ne soient les indices précurseurs de quel- 
ques plaques gangreneuses. Le pouls est toujours imper- 
ceptible sur les artères des membres ; il est vrai que l'em- 
bonpoint de la personne gène dans l'exploration des gros 
troncs vasculaires. 

On cause de la douleur en frottant les extrémités ; la 
malade a bien senti les briques chaudes qui ont été 
mises aux pieds et la moutarde qu'on a placée sur les 
poignets. 

* Elle a pris du bouillon et du vin assez fréquemment ; 
elle ne se plaint plus tant de sa faiblesse ; les lochies cou- 
lent très*peu , le bas- ventre est un peu douloureux et 
tendu ; il y a toujours de l'agitation. 

Sirop thébaïque , ane cuillerée à café de 2 heures en 
2 heures , jusqu a ce qu'il y ait du calme. Frictions sur 
les extrémités. 

Le 30. — La nuit a été assez bonne, grâce à trois 



JOUBRAL DE MÉBBCOIB. 93 

cuillerées de sirop. H y a encore du froid , de Tengour-- 

dissement, des fourmillements dans les extrémités. Les 

membres sont brisés et douloureux à la pression ; il y a 

hyperesthésie générale de la peau ; la langue est blanche , 

humide ; les lèvres bleuâtres ; un peu de douleur à la 

gorge ; hoquet fréquent , goût d'œufs pourris et rapports 

acides ; très-peu de flux lochial « très-peu d'urine , pas de 

selle depuis raccouchement ; cependant, la vessie n'est 

pas distendue et le ventre est moins douloureux qu'hier. 

J'ausculte le cœur et les carotides ; leurs bruits sont 

réguliers , peu fréquents et plus intenses ; mais le pouls 

radial aux deux bras est toujours douteux. La teinte livide 

de la peau des jambes a diminué ; elle persiste seulement 

au mollet gauche. 

Magnésie calcinée , 6 grammes en 3 paquets. Bouillon. 

Sinapismes. Frictions. 

Le soir , un peu de fièvre commença à se manifester , 
la peau devint chaude ; le pouls était perceptible à Tar- 
tôTo cubitale du bras droit et à l'artère radiale du bras 
gauche. 

Le 31. — Le hocfuet a diminué ainsi que les aigreurs; 
il est vrai que la malade a cessé de sucer des morceaux 
d'orange , ce qu'elle avait fait jusqu'alors. H y a eu une 
selle en dévoiemeat et un peu d'urine a été rendue. La 
femme se trouve assez bien; elle a dormi à l'aide de 15 
grammes de sirop thébajk}ue ; toutes les artères de l'avant-* 
bras ont des battements très-manifestes; l'engourdisse- 
ment des extrémités a diminué , le fourmillement disparu, 
la température de la peau est bonne ; les taches cuivrées 
du mollet gauche diminuent ; il reste une légère exalta*< 
tion de la sensibilité de la peau , une lassitude extrême , 
un peu de mal de gorge, mais sans apparence d'inflam- 
mation ; le siûn gauche commence à se gonfler. 

Le lendemain , 1<' février , la malade était bien , le 
pouls à. 84 , trèS'bon ; tout symptôme inquiétant avait dis- 
paru , seulement il était survenu une extinction de voix 
et les douleurs des membres continuaient. La coovales- 



94 jonuvAi BB SÉMcnvK. 

oence a été asset lohgue ; les forces sont revenaes lente- 
ment ; mats aujourd'hui la sainte est parfaite. 



Réflextan». 

A quoi sont dus les symptômes , véritablement alar- 
itoants, qui se sont montrés ches la personne qui fait le 
sujet de cette observation? J'ai pris soin de relater toutes 
les circonstances de tempérament , de constitutioti , de 
situation morale, qui pouvaient rendre raison de leur 
développement; mais la tréritable cause qui les a dmenés 
ne me semble pas douteuse ; je crois que , dans ce cas , 
le seigle ergoté , bien que la dose administrée m'ait pas 
été bien élevée et soit très-souvent dépassée dans la pra- 
tique , a produit un commencement d'empoisonnement. 

Il est impossible d'attribuer ces accidents à Thémorrha- 
gie , qui n'a pas été excessive , qiil d'ailleurs était com- 
plètement arrêtée et depuis longtemps , quand ils se sont 
manifestés. 

Quand il y a absence de pouls dans les hémorrhagies , 
il y a pâleur extrême , syncopes l'éitérées et prolongées , 
etc. Ici , rien de tout cela. Mais , au premier abord , que 
peot^on penser d'une personne dont les membres n'offrent 
plus de battements artériels , et qui cependant vous parle, 
vous rend compte de ce qu'elle éprouve , et n'a pas la 
figure très-altérée ? Le corps esl encore plein de vie, mais 
les membres semblent menacés de mort. Pendant 48 
heures que les pulsations des artères des membres ont 
manqué , j'ai été réellement fort inquiet sur les accidents 
qui pouvaient survenir aox extrémités. Que serait-il arri- 
vé , si l'on eût été obligé de recourir de nouveau au seigle 
ergoté ? Et cependant , bien des praticiens emploient tous 
les jours des doses plus considérables de ce inédioament ! 
Je ne sais si des fiiits analogues à cèltti-ci existent dans la 
science , mais j'ai pensé qu'il était utile de le faire con- 
naître, pour mettre mes confrères sur leurs gardes , vis* 
à-vis d'un remède usuel , dont on ne oraiivt pas d'effets 



JOVBIIAL SB XÉBBeniB. 95 

redoutables « au moins pour les mères , dans la jpratiiiue 
des aecottchemenls. 

Je sais que le seigle ergoté varie beaucoup de qualité ^ 
suivant une foule de circonstances ; aurait-il été plus actif 
dans ce cas qu'il ne Test d'ordinaire ? Quelque fait acces- 
soire , tel que son administration rapide, l'usage de bois- 
sons et de sues acides , aurait*il pu augmenter ses effets 
sur l'organisme? Je ne puis, à cet égard , émettre que 
des doutes. — Le sujet était probablement , par idiosyn- 
crasie , par les circonstances que j'ai relatées, plus sen- 
sible qu'un autre à l'action du seigle ergoté ; il n'en reste 
pas moins établi pour moi , que , sans qu'il soit possible 
de le prévoir , une dose, môme peu élevée, de ce mé« 
dicanMOt , peut causer quelques-uns des symptômes les 
plus inquiétants de l'ergotisme gangreneux. 



APPUÈCIATION de la méthode de Devmter , 
ayant pour kul de faciliter la version , par te 
rf' AVBiNÀis , Président du Jury de Médecine 
de la Loire-Inférieure. 



Chez certaines femmes , dont une remarquable obésité 
se trouve liée d'ordinaire à une constitution lymphatique, 
l'abdomen , à la suite de plusieurs accouchements , 
porte , vers les derniers temps de la grossesse , dd tout 
son poids sur le devant des cuisses. On a coutume, alors, 
de dire que le ventre est tombé en besace sur les cuisses, 
et , dans le but de soulager la femme des douleurs qu'elle 
éprouve par le tiraillement des ligaments larges, on cherolie 
à soutenir l'abdomen de bas en haut par un bandage de 



96 JOVBIfÀL BE HÉDECHŒ. 

corps. C'est ordinairement une large serviette , dont les 
bretelles croisent dans le dos et viennent se fixer en avant. 
Il y a des ceintures élastiques qui obtiennent , dans ces 
cas , un résultat que le repos au lit favorise aussi. 

La distension démesurée des aponévroses et des muscles 
abdominaux, outre qu'elle dispose aux hernies, devient 
pour la femme très douloureuse vers les insertions ou 
attaches des muscles : aussi, M. Jacquemier a-t il raison 
de dire « que les points douloureux que beaucoup de 
femmes enceintes éprouvent à la base de la poitrine n'ont 
pas ordinairement d'autres causes. » 

Il est d'observation aussi que les femmes , douées d'une 
constitution éminemment lymphatique, sont prédisposées, 
par le fait seul de leur tempérament , à la distension ou- 
trée de l'utérus. Chez ces femmes , en effet , par suite 
d'une supersécrétion de la membrane amnios, il n'est pas 
rare de voir survenir une véritable hydropisie de l'utérus , 
à laquelle il faut rattacher la maladie décrite par le pro- 
fesseur Nacgelé , sous le nom d'hydrorrhée utérine, 

La procidence sur les cuisses d'un ventre démesuré- 
ment distendu imprime souvent au fœtus, dans la cavité 
utérine , une position qui se traduira au moment du tra- 
vail , par une présentation contre-nature ; de là, la néces- 
sité de recourir à la version. 

Cette remarque n'avait pas échappé aux anciens; mais il 
faut arriver jusqu'à Deventer pour trouver l'indication et 
l'explication des moyens de faciliter la version. La mé- 
thode qui porte le nom de Méthode de Deventer, consiste, 
chacun le sait, à placer la femme sur ses genoux et sur 
ses coudes. Pendant qu'elle se maintient dans cette situa- 
tion , l'accoucheur , placé en côté et un peu derrière elle , 
tente la version. 

11 faut reconnaître que Deventer s'était mieux pénétré 
que les accoucheurs distingués ses devanciers , des ob- 
stacles apportés à la version par les diverses déviations 
de l'axe de l'utérus. Quelquefois , à l'aide de prudentes 
manœuvres, il devient possible à l'accoucheur de con- 
vertir en position naturelle une présentation contre-na- 



•— '1 



JOUBNAL BB uàBECINB. 97 

iure , qui résulte de l'obliquité de Tutérus ; mais , le 
plus souvent , lorsque raccoueheur est appelé , le travail 
est toujours trop avancé , pour qu'il puisse tenter avec 
suecès ces manœuvres , et le plus sage est de recourir 
à la version. 

C'est surtout , ainsi que je l'ai dit , chez les femmes 
obèses , dont la distension de la peau de l'abdomen est 
portée au point de produire des ecchymoses dans Tépaiâ- 
spur du derme , que le ventre tombe au-devant des cuisses 
en forme de besace dès le septième mois de la grossesse. 
On conçoit qu'à dater de cette époque jusqu'au terme de 
la gestation , le fœtus se développe en dehors et en avant 
du bassin dans cette partie antérieure de la cavité utérine 
qui repose sur les cuisses. Cette situation du fœtus dévie 
forcément l'axe obstétrical de l'utérus. Deventer en cite 
plusieurs exemples et cherche à démontrer l'utilité de pla- 
cer la femme sur les genoux et les coudes , position qui 
facilite singulièrement la version. Smellie partage lopi* 
nion de Deventer , ainsi que le constate le passage sui- 
vant , extrait textuellement de la traduction de ses œuvres : 
rr Dans plusieurs cas de version , j'ai essuyé beaucoup de 
fatigue avant de pouvoir amener les pieds, surtout 
lorsque le ventre était pendant et que les extrémités infé- 
rieures de l'enfant étaient logées dans la partie antérieure 
de l'utérus. — La femme en travail est dans une position 
plus fermé lorsqu'elle est couchée sur le dos, et vous 
parvenez aux jambes plus aisément , lorsqu'elles sont vers 
la partie postérieure ou les parties latérales de la matrice; 
mais , lorsqu'elles sont à la partie antérieure , vous les 
trouvez et les atteignez beaucoup mieux lorsque la femme 
est couchée sur les genoux et sur les coudes , parce que 
vous pouvez vous tenir derrière elle , et le pubis ne s'op- 
pose pas autant à l'introduction de la main, que si celle-ci 
était introduite la femme étant couchée sur le dos. — Il 
m'en est encore passé dernièrement par les mains qui 
avaient le ventre fort pendant , et , en les faisant cou- 
cher sur le côté , je ne pouvais aisément attrapper les 
pieds. Alors , en faisant soutenir la malade sur ses ge- 



98 johmai db xtoimiai. 

DOUX et sup 8M coudes , j'atteignais aux piads avec une 
plus grande facilité , parée que cetle posture permet à 
la main d'arriver dans la partie amérieure de ruiérus, 
au*de8sus et en avant du pubis, oà reniant se trouve 
logé. C'est là la méthode de Deventer. d 

La position qu'il eonvieat de faire prendre à la femme, 
lorsqu'il s'agit de pratiquer la version , n'est assuréns^t 
pas chose indiSéiente : la conduite de raccouclieur doit 
se déduire de la position de l'enfant et des rapports de 
ses différentes parties avec Tutérus. C'est cette coonais- 
sanee nette, acquise par un toucher attentif, qui abré- 
gera des tentatives de manœuvres, dont le moindre încon- 
véoient est la fatigue de l'accoucheur. 

Dans la grande majorité des cas, ta posture à donner à 
la femme est eelie qu'elle prend pour raccouohement na- 
turel , à savoir la position sur le dos , pr^rable , selon 
moi , à la position sur le côté , qui est usitée en Angle- 
terre : oiais , ici , tout est de mode , et si des contre- 
indications ne s'y opposent , il n'y a pas de graods in- 
convénients à se conformer à l'usage des pays , aux ha- 
bitudes contractées dans des accouchements précédents ; 
seulement, une précaution, qui est préakble à la version, 
et qui est trop négligée , c'est celle de s'assurer de Tétst 
de la vessie et du rectum , afin de les vider , s'il y 
a lieu. 

Trois observations , que je choisis parmi Irait obser- 
vations , que plus de vingt-cinq apnées die pratique ob- 
stétricale m'ont offertes , ^ront saisir tout l'avantage 
que fon peut retirer de la méthode dite de |>eventer. 



f '« tibfterTaÉiQiB. 

Une pauvre femme adonnée aux rudes travaux du la- 
bourage , avait, vers les deux derniers mois d'une qua- 
trième grossesse , le ventre tellement en chute sur le de- 
vant ées cuisses , par suite d'une obésité remarquable et 
d'un amfocissemeAt de la ligne blanche , que le foetus 



—H 



semblait èlre entièrement coiiteou en avant et en dehori 
du bassin. Je i^i avais conseillé de prendre du repos et 
de maintenir le poUfe d^ son ventce |mm* une large serviette 
souieiiud par de» bretaUe^* Sa profonde misère lui avait 
fait négliger ces conseils. 

Elle étMi dans le travail de l'enfantement , aasistée seu- 
lement par sa voisine, loraque la poche des eauK vesiini à 
s«*. rompri^, une main ne tarda pas à frai&cbir la vuivo. Ce 
ne fut qu'^pr^ 12 heurea environ de la s<Mrtle de la main , 
que îe pus arriver au secours de mUe malheureuse. La 
cavité utérine s'était vidée de tout le liquide amnioiique : 
le^ paroi$ die Torgane , ppr «Mlle de douleurs soutenues , 
s'étaient moulées sur Lb corps du fœtus ; la main droite, 
tuméfiée et d'une couleur violscée « était au debors de la 
vulve. 

Après avoir donné Teau du baptême sur cette main , la 
femme fut couchée en supination , la tête plus déclive que 
le ventre que je maintiaa iabdament relevé avec la main 
gauche , pendant qu'à l'aide de la main droite je tentai 
ia version ; «vais je m'épuiaai bientdt en ^orts stériliss , 
par le snoÂil que Fouvertur^ du coi, par suite d*uue obli- 
quité aatérîeure fort prononcée , était presque au niveau 
de l'auigile sacro-vertébral. La main de Ten&fit , nsnirée 
après uoe peiue indicible dans la cavité de Totérus , j'avais 
réussi à a<:ci?QGher le col à Taide du doigt index et à le 
ramener dans Taibe obstétrical , tandis que de la imm 
gauche je redreissais fortement de bas en haut « la (aceamé- 
rieu#!e du g)k>be utérin, et tout me laissait croire à la réussite 
die la version, lorsque j'acquis la conviction, apcès m'étre 
consumé en de veina efforts , que. dans cefete posture de la 
femme je ne pourrais arriver aux pieds de l'enfant. 

£n «ffet , la cavité utérine était tellement flissée sur le 
c<i)rps de fenfaut , celui-ci paraissait tellement en dehors 
et eu avaiOt du baasin , que l'utérus formait une éoûrnne 
luweur en boule , qui venait reposer sur le devi^nt des 
cuisses , comme si il y eut eu .éyentration. 

l'étais fort embarrassé loin de tout secours , sur le 
parti que je devais prendre, lorsqiu'aprèt avoir donné uja 



f 00 jrOUHHAL DE MÉDBCIIiB. 

peu de vin chaod et sucré à la femme , et l'avoir laîssëe 
une heure reposer, l'idée me vint de la placer sur ses 
genoux et sur ses coudes. Bien me prit d'avoir eu celle 
pensée , car cette posture favorisa singulièrement la 
version. 

Placé de côté et un peu en arrière de la femme , j'in- 
troduisis la main droite jusqu'au col utérin , puis , arc- 
boutant le bras droit, je pus l'introduire dans la matrice 
et passer au-delè de l'arcade du pubis , et saisir un pied , 
après avoir , par la force, vaincu la contracture des parois 
utérines. Un pied saisi et amené dans le vagin, la recherche 
de l'autre pied fut moins diflBcultueuse : l'en&nt put être 
extrait ; mais malgré tous les moyens employés en pa- 
reil cas , il ne fut pas possible de le rappeler à la vie. 



9* Observation. 

Une dame âgée de trente-cinq ans , atteinte d'une obli- 
quité antérieure de l'utérus, par suite d'obésité et d'une 
grande laxité des parois abdominales , avait eu trois cou- 
ches qui n avaient rien offert de particulier , sinon qu'elles 
avaient traîné en longueur. Dans ces trois accouchements, 
il y avait eu présentation delà tête, et l'inclinaison vi- 
cieuse du globe utérin avait été en partie corrigée d'une 
part , par l'action de soutenir relevée^ de bas en haut , la 
&ce antérieure de la matrice, et d'un autre côté , par le 
redressement du col utérin à l'aide de l'introduction du 
doigt dans l'orifice , et celui de la lèvre antérieure vers les 
pubis. 

Cette dame présenta, dès le septième mois de sa qua- 
trième grossesse , une obliquité antérieure encore plus 
prononcée qu'à la grossesse précédente. Une ceinturene 
parut que soulager la malade , sans corriger autrement 
l'inclinaison vicieuse du globe utérin , car sitôt qu'on 
enlevait la ceinture, le ventre était entraîné par son propre 
poids au-devant des cuisses. 



rj 



JOURNAL DE MÉDECINE. iOi 

Le malheur voulut que cette fois , et dès les premières 
douleurs , Tenfant se présenta par le bras droit : mais 
présent auprès de cette dame , lors de la rupture de la 
poche des eaux , et alors que la dilatation était complète, 
je pus , instruit par l'observation précédente , tenter sans 
aucun retard la version , en me conformant aux conseils 
donnés par Deventer. 

Je fus étonné de la facilité avec laquelle , la dame étant 
soutenue sur les genoux et les coudes , je pus introduire 
la main dans Tutérus , y saisir les pieds et les amener au 
dehors de la vulve. Cette manœuvre fut de la plus courte 
durée : l'enfant ne parut pas en souffrir ; il est vrai que 
le bassin avait une grande ampleur et que l'introduction 
de la main s'était faite au moment où la chose est ordinai- 
rement la plus facile , c'est-à-dire à Tinstant de la rupture 
de la poche des eaux. 



S« Obserratien. 

Une femme qui avait les parois du ventre très-amincies, 
par suite de sept grossesses , avait à la fin de sa huitième 
grossesse , le fond de l'utérus descendu au-devant des 
cuisses et presque jusqu'aux genoux. Il y avait évidem* 
ment un relâchement des plus prononcés de la ligne blan- 
che : le corps de l'utérus se présentait en forme allongée 
plutôt que ronde, et portait de tout son poids sur la ligne 
blanche, de manière à la déjeter en avant, d'une manière 
effrayante pour l'accouchement. 

Une ceinture bien faite remédiait autant que possible 
à cette sorte de hernie de la face antérieure de l'utérus, 
à travers la ligne blanche. 

Dès les premières contractions utérines, les eaux s'écou- 
lèrent : le coi utérin offrant à peine la dilatation de l'ou- 
verture du goulot d'une bouteille, répondait à l'angle sacro- 
vertébral. Ce fut avec beaucoup de peine que le doigt 

8 



101 JMWAI. DB HÉDBCniB. 

index pàt y être infrodiûi, et qu*il pût, en s'y «ocrochaDt, 
ramener la lèvre antérieure vers les pubis. Aucune fMtrtie 
de l'enfiinl ne pouvait être touoliée par le doigt , ce fii 
donna tout d'abord le soupçon d'une présentation contre* 
nature. Bientôt ce soupçon se changea en certitude : à 
Taide d'un toucher soigneux , on put reeonnaStre une posi- 
tion de l'épaule^ sans pouvoir dire si c'était l'épaule droite 
ou l'épaule gauche. Les douleurs étaient de booiie nature, 
et tout laissait craindre qu'en y a})portant du retard « l'é* 
paule ne s'engageât et gènàt les tentatives de version. L'é- 
ooulenrient du liquide amniotique commandait aussi d'agir 
sans plus tarder. 

La position du oorps de l'enfant fit redouter des dii- 
cultés insurmontables, si la veraiou était essayée, la femtae 
étant couobée sur le dos; car l'enfant paraissait k»gé dans 
la partie antérieure de l'utérus, et cette partie antérieure 
procidante sur les cuisses était en dehors du bassin. En 
outre, l'orifice utérin, par suite de cette inclinaison vi- 
cieuse, était tellement en arrière, que la main, après l'avoir 
franchi, ne pourrait facilement se courber, pour venir à 
la recherche des pieds , «en «vaut des os pubis. Ces di- 
sons firent adopter de suite la méthode de Deventer. 

La femme qui airait encore toutes ses fiorces , et qui ne 
manquait pas de courage, fut placée sur ses genoux et 
sur ses coudes, les cuisses un peu écartées. (^ main droite 
préidablement trempée dans de l'huile, fut introduite pa^ 
derrière dans le vagin ; le col utérin , pas eiMore suffi- 
samment dilaté, fut forcé; l'épaule, qui s'engageait dans le 
col, fut repoussée , et k main piH à ^and'peine étve ra- 
menée en avant des os pubis, et glisser derrière l'épaule , 
puis le long de l'épine dorsale, jusqu'à la rencontre d'un 
pied qui fut difiicultueusement saisi. Cependant, ce pied 
put être amené au dehors de la vulve, et l'extraction àe 
l'autre pied fut loin d'offrir la môme difficulté. Le peAi^ 
bassin était large: la tète y fut engagée avec facilité et la 
sortie de l'enfant ne se fit pas atleodre. Toutes ces mancBO- 
vre ne durèrent peut-être pas dix minutes,^ et j'ai la oou- 
viction profonde que ]a position indiquée far Deventer^ 



JOSBNAL DB MÉDECINB. i03 

reodu ici la version plus bcile qu'elle ne leùk été dans 
toute autre posture prise par la fenupe. 

L'enfiEtnt était fatigué; cependanit, au bout de quelques 
minutes, la respiration devenue plus régulière ne tarda 
pas à le ranimer et il a continué à vivre. 



Réflezi#ii«. 

On a longuement et savamment discuté suf la meil- 
leure posture à donner à la femme en travail ; et loin de 
naoi la prétention de transcrire ici tout ce qui a été dit et 
écrit sur ce sujet. 

L*abs^étrique n'a pu, sur ce point, comme sur tant d'au- 
tres , que fixer l'attention sur les rapports de l'enfant avec 
la cavité utérine , et surtout avec la filière qu'il est appelé 
à parcourir. C'est en dernière analyse la connaissance 
exacte de ses rapports qui doit inspirer l'accoucheur et 
le porter ii donner la préférence à telle posture sur teUe 
autre. Seulement , et c'est ici un reproche que Tobstétri- 
que peut justement adresser à plus d'un accoucheur , 
rarement on réfléchit sur la posijtion à donner à la femme, 
pendant le travail : on sacrifie en cela à une routine qui 
est soMTept bien éloignée des préceptes de la science ; cair 
assurément, la position que doit prendre la fenune n'est 
pas une^ elle doit varier suivant telle ou telle indication, et 
chacun comprend que ce serait upe puérilité que de s'ér 
tendre pfus longuement sur ce point. 

Dans l'obliquité antérieure de l'utérus, alors que cette 
direction vicieuse est fort prononcée , le globe utérin une 
fois sorti du petit bassin, se développe non en suivant son 
axe normaU mais bien en avant de cet axe, et cette in- 
clinaison se fait au détriment des parois relâchées de 
l'abdomen. Ces parois , en effet, ne soutiennent plus le 
globe utérin dans son ascension normale, et l'on peut dire 
que dans les cas d'obliquité antérieure très-prononcée, 
l'idée de la méthode de Ueventer a pu prendre naissance 



104 JOVBIVAL DE mébechhe. 

de la méthode suivis par les vétérinaires dans le part des 
animaux. Je m'explique. La posture de la femme sur ses 
genoux et sur ses coudes se rapproche de la position dé- 
volue par la nature aux animaux , et la version tentée chez 
la femme dans cette posture est en tout semblable à la 
version tentée dans la station chez les femelles de Tes- 
pèce équine , etc. 

Dans la version, d'après la mélhode de Deventer, Tac- 
coucheur est placé en côté, et un peu en arrière de la 
femme. Il en est ainsi du vétérinaire : c'est que la femme, 
placée sur ses genoux et sur ses coudes , est à peu près 
dans la même position que la femelle du quadrupède dans 
la station ; et, si c'en était ici le lieu, je pourrais faire 
la remarque, d'accord avec plusieurs naturalistes, que la 
méthode de Deventer est empruntée à l'état de nature , 
puisque les femmes sauvages, abandonnées aux seuls ins- 
tincts de la nature , prennent instinctivement cette posi- 
tion , qui semble aider à l'expulsion de l'enfant. 

Je ne voudrais pas que l'on pût donner à cette opinion 
plus d'importance qu'elle ne mérite ; je prie seulement 
de remarquer que ce qui gène surtout la main, lorsqu'on 
tente la version , dans les cas de forte inclinaison en avant 
du globe utérin, et alors que celui-ci tombe avec le ven- 
tre en besace au-devant des cuisses , c'est justement la 
présence des os pubis. Les extrémités inférieures de l'en- 
fant se trouvent souvent logées en avant de ces os, dans 
cette partie antérieure de la matrice qui repose sur les 
cuisses, et, pour que la main puisse y venir saisir un pied, 
il faut qu'elle dépasse l'arcade du pubis, bien que, pour 
faciliter cette manœuvre , l'accoucheur prenne le soin de 
refouler de bas en haut et d'avant en arrière le globe uté- 
rin. Or, cette difficulté, souvent insurmontable, on ne la 
rencontre pas si la femme prend la posture indiquée par 
Deventer. 

Il est vrai qu'en plaçant la femme sur un siège un peu 
élevé , les jambes pendantes et écartées , l'accoucheur, qui 
met un genou en terre, trouve, dans cette position, une 
grande facilité pour pratiquer certaines versions difficiles , 



JOVBNÀL DE HÉDECUIE. 105 

telles que celles qui résultent de rinclinaison vicieuse de 
Tutérus que jo viens de signaler ; mais cette posture, prise 
par l'accoucheur, le rend moins à Taise que dans celle exi- 
gée par la méthode de Devcnter, et je ne saurais trop faire 
revivre cette méthode, dont le judicieux emploi peut ren- 
dre de (j;rands seiwices. 



TUMEUR SQUIRUHEUSE développée dans le 
médiaslin antérieur. Compression de la veine 
cave supérieure. Œdème de toutes les parties 
sus-diaphragmaliques^ par M. M4H0T. 



Rieux., Antoine, chaudronnier, âgé de 25 ans, entra 
le 11 juin 1856, à la succursale et fut placé au n*" 2 de 
la salle Saint-Louis. 

Ce jeune homme, qui jouissait habituellement d'une 
bonne santé, avait été pris, 15 jours auparavant, de cour- 
bature générale, avec fièvre , toux et expectoration mu- 
queuse. 

Lors de son entrée, la langue était très-sale et sabur- 
raie. Le ventre un peu dur. Rien d'anormal à l'ausculta- 
tion. 

Le \ 2, on prescrit une bouteille d'eau de Sedlitz émétisée 
qui provoque deux vomissements. 

Le 18, tête étourdie, ventre légèrement ballonné, pouls 
un peu accéléré, selles diarrhéiques. 

20. Vomissements ce matin. Langue rouge; 4 selles 
liquides; tête étourdie. 

23. Le malade se trouve mieux ; uu peu de diarrhée, pas 
de fièvre. 



106 JOUBHA.! DE KÉMClMI. 

25. L'amélioration persiste. Les étourdissenienis ont 
disparu. 

27. Quelques râles muqaeux. 

29. Toujours diarrhée et toux. 

Depuis son entrée jusqu'à la fin du mois , le malade 
prend chaque jour une potion pectorale et une pilule d'opium. 

3 juillet. Toujours diarrhée ; ventre tendu et ballonne ; 
pouls calme. 

5. Depuis quelques jours, le malade est bouffi ; la figure 
surtout est le siège d'un oedème prononcé. La diarrhée et 
l'état abdominal persistent; pouls calme. 

Potion de digitale, cataplasme émoilient sur te ventre. 

6. Œdème du col et de la face pttts marqué à d^roite , 
cdcé sur lequel le malade se couche constamment. 

9. Gonflement de la face un peu moindre. 

11. Le bras droit est œdématié. 

12. L'œdème augmente ; mal de gorge , luette œdéma- 
teuse ; précipité rouge, non albumineux par l'acide nitrique 
dans les urines. 

13. L'œdème augmente visiblement à la face; pas de 
douleurs lombaires. La gorge est mieux; rten àe notable à 
l'auscuttatton. Les bruits respiratoires soiH purs dans toute 
ta poitrine 

Tisane d'orge et chiendent , avec nitrate de potasse , 8 
grammes. (Bis). 

Une bouteitte eau de Sediitz. 

15. Selles très-nombreuses ; figure sensiblement désen- 
fiée. 

16. Dix selles très-liquides, sans coliques ;cedème disparu. 
17, 18 et 19. Les selles continuent à être fréquentes et 

diarrbéiques. 

20. Deux selles seulement ; œdème considérable Ai cou 
et d^ la face. 

21 . L'œdème augmente , bortré au col et à la farce. 
Deux verres eau de Sediitz. 

23. Deux verres eau de Sediitz. 

24. L'œdème de la face a beaucoup auguïenté , surtout 
à droite ; le côté droit de la poitrine est également œdé- 



JOtBNAIi DE HÉMCINB. 107 

mateuit. Pouh, 120 pulsations; oppression. Hien (l'anormal 
à l'ausGultalion du cœur et de ki poitrine. 

2:9. L'oedème, très-considérable, est borné au col, à la 
Êice , à la poitrine et aux brt^s. Toute la partie sou6-dia- 
Y^hragmatique du corps ne présente pas la moindre trace 
d'înÉUlration. Pouls accéléré ; langue rouge; quelques exsu« 
dations blanches sur la muqueuse buccale. 

30. Le malade a eu, depuis hier, plusieurs selles de 
sang presque pur ; ventre souple. 

31. Selles non sanguinolentes liquides; urines abon- 
dantes. 

On continue , pour tout traitement, la tisane avec nitrate 
de potasse , 1 5 grammes. 

1 août. L'œdème diminue; le malade urine beaucoup. 
Les urines , examinées à plusieurs reprises , n'ont jamais 
offert la nïoiiidre trace d'albumine. Quatre selles très-abon- 
dantes, liquides; oppression allant jusqu'à l'ortbopnée; 
pouls à 120. Lorsque le malade se couche un peu à plat, 
la face devient bleue ; douleur à la pression, dans la région 
lombaire gauche. Quelques râles ronflants ; bruits du cœur 
sourds , matitc étendue dans la région sternale et précor- 
diale. 

Vésicatoire le 4 sur cette région. 

5. Oppression très-forte; décubitus sur le côté gauche. 
Pouls très-accéléré ; figure et cou cyanoses. La cyanose 
augmente qnaind on remue le malade. 

Vésicatoire Ift 5. 

Mort, le 5 août, h 8 heures du matin. 

Autopsie. 

L'autopsie est faite à peu près 40 heures après la mort, 
par un temps chand<. Les téguments de l'abdomen présen- 
tent déjà une teinte verdâtre. 

Poitrine. — A l'ouverture de la poitritie , au moment 
où l'on enlève le sternum , on aperçoit entre les 2 pou- 
mons une masse blanchâtre d'où s'écoule assez abondam- 
ment un liquide |atmâtre, ayant la consistance d'un sirop. 



108 JOU&NAi DE MÉDEGUIE. 

Tout le médiastiu antérieur est occupé par une tumeur 
considérable , grosse comme les 2 poings. Cette tumeur 
est formée par un tissu blanc mou par endroits , dense et 
criant sous le scalpel dans d'autres, offrant laspect du 
tissu squirrheux ramolli et non ramolli. Ou fait suinter 
par la pression à la surface des coupes un liquide lactescent. 
En divisant la tumeur, on trouve en certains points des 
ilôts rouges et injectés de sang. La grande masse de la 
tumeur ne paraît pas parcourue par des vaisseaux. 

La tumeur est mal circonscrite, elle se confond avec 
la plèvre, à laquelle adhère de chaque côté le bord an- 
térieur des poumons. 

Le cœur , au premier abord , ne se distingue pas ; û 
est complètement englobé dans la tumeur. Les 2 feuillets 
du péricarde sont confondus par des adhérents intimes et 
forment une membrane épaisse qu*on isole avec peine du 
tissu squirrheux environnant. 

Le cœur n'avait en conséquence aucune indépendance 
dans ses mouvements ; en incisant la masse dans laquelle 
il est contenu , on reconnaît les quatre cavités; elles oui 
leurs apparences normales , mais elles sont très-petites. 

Les valvules sont saines ; leurs parois sont amincies. Jl 
n'y a ni sang ni caillots librineux dans les cavités du 
cœur. 

L aorte parait applatie. 

La veine cave supérieure est entourée partout par la 
tumeur qui la comprime fortement. 

Des deux côtés, épanchement de sérosité dans les 
plèvres. Les deux poumons sont adhérents aux côtes. Ils 
sont tous les deux crépitants. Mais le poumon gauche 
offre dans sa partie supérieure un assez grand nombrt; 
de tubercules, à différents degrés d'évolutions. 

Les deux poumons sont peu volumineux. Ils ont été 
réduits par le développement de la tumeur. 

La trachée arlère a conservé son calibre. 

Cavité abdominale. — Foie sain. 

Rate consistante, d'un volume ordinaire. 



JOCBNÀL DE BIÉDECINE. 109 

Les reins sont injectés ; ils ont, du reste , leurs dimen- 
sions et leur aspect ordinaires. 

Les intestins paraissent sains ; ils ne sont pas ouverts. 
L'observation dont vous venez d'entendre la lecture, Mes- 
sieurs , m'a paru intéressante et digne , sous plusieurs 
rapports , de vous être présentée. 

La tumeur m'a semblé de nature squirrheuse ; cependant, 
vous savez combien la classification des tumeurs laisse encore 
à désirer ; sur certains points, son tissu était dur, d'un blanc 
jaunt âtre et criant sous le scalpel ; sur d'autres, il était 
ramolli, imprégné d'un suc lactescent et comme sirupeux. 
D'Ans quelques endroits , on trouvait des vaisseaux 
pénétrant dans la tumeur ; <lans la plus grande partie, le 
tissu de nouvelle formation semblait privé d'organes cir- 
culatoires 

Par suite de la position , la tumeur comprimait plu- 
sieurs organes importants , mais cette compression s'exer- 
çait surtout efficacement sur la veine cave supérieure , 
dont les parois plus molles n'offraient pas la même résis- 
tance que l'aorte , la trachée artère et les grosses bron- 
ches. Il résulta de cette compression un phénomène 
pathologique très-remarquable, et qui donna à la maladie 
de Rieux un cachet tout particulier ; toutes les parties 
dont les vaisseaux veineux vont aboutir dans le système 
de la veine cave supérieure s'oedématièrent. 

Dans le système de la veine cave inférieure au contraire, 
la circulation restant libre, les membres inférieurs et l'ab- 
domen ne présentèrent rien de semblable. Les jambes et 
les pieds étaient maigres et secs, tandis que la face , le 
cou , les bras , étaient le siège d'un œdème considérable, . 
et dans les derniers jours de la maladie, cet œdème s'ac- 
compagna d'une cyanose , qui devint de plus en plus pro- 
noncée. 

Le cœur, comme nous l'avons dit, se trouvait englobé 
et confondu dans la tumeur; au premier abord, il était 
impossible de le distinguer, et ce n'était que par une dissec- 
tion attentive, qu'on arrivait à découvrir une membrane 
fibreuse d'enveloppe assez épaisse, et qui résultait de 



tlO iOUBHÂL DB MËMCimi. 

rutiion inlime d^ deux feuillets du péricarde. Dans celle 
enveloppe se trouvait contenu le cœur partout adhérent , 
partout enveloppé par le tissu de la tumeur. Ses parois 
étaient amincies , mais ses cavités avaient conservé leur 
forme normale, et ne contenaient pas de caillots. Oi» se 
demande comment le cœur, dans de telles conditions, pou- 
vait continuera fonctionner, comment les parois de ses 
cavités partout adhérentes extérieurement, pouvaient se 
contracter de manière à chasser le sang contenu dans leur 
intérieur, comment, en un mot, pouvait s'exercer la systole 
et la diastole; et cependant les fonctions du cœur ne p- 
rurent pas très-notablement troublées; le pouls resta calme 
et régulier jusque dans les derniers jours. 

A rauscultation,on ne constata rien d'anormal, seulement 
les bruits du cœur parurent sourds. A Tautopsie, on trouva 
les cavités oreillettes et ventricules à peu près vides de sang 
et ne renfermant pas de caillots; c'est là une preuve de plus, 
attestant combien il y a encore d'inconnus dïins la phy- 
siologie normale et pathologique du eœur, et combien 
souvent les lésions pathologiques trouvées après la mort, 
paraissent peu en harmonie avec les troubles fonctionnels 
observés pendant la vie. 

La localisation de l'œdème à la face, puis dans les par- 
ties sus-diaphragmatiques, nous fit penser d'abord que 
nous avions affaire à une affection albuminurique ; mais 
jamais les urines ne donnèrent le moindre précipité aibu- 
mineux, et à l'autopsie, rien dans l'état des reins n'indi- 
qua l'existence d'une maladie de ce genre. 

L'œdème fut combattu d'abord par les purgatifs; et à 
la suite de l'administration d'une bouteille d'eau de Sedittz, 
il s'étaMtt une diarrhée très-abondante et très-séreuse qui , 
en quelques jours, amena la disparition complète de l'infil- 
tration; plus tard et dans les derniers jours de la vie, l'rn- 
filtration diminua encore notablemetit sous riiiHuence des 
diurétiques. Ce sont là des faits remarquaMes et qui prou- 
vent bien la puissance ée la médication dérivative , dans 
les cas d'œdème et d'anasarque , suite de compressioti des 
vaisseaux. Seulement, la cause persistant, Tamélioration 
obtenue ne peut être que fort temporaire. 



ICnjUNAi DB MÉDSCniE. lit 

Le sthétoscope, dans le cas de /lieux ^ ne procura pas 
de données propres ù éclairer le diagnostic. Rien à laus- 
callaiion des poumons, battements sourds du cœur sans 
bruits, anormaux. La percussion indiqua au contraire une 
matité étendue dans les régions sous-sternale et précor* 
diale. 

En rapprochant cette matité des signes de compression 
du système de la veine caire inférieure, on aurait pu diag- 
nostiquer , je crois , une tumeur du médiastin antérieur 
comprimant la veine cave , et n'intéressant pas très-nota- 
ment les poumons et le cœur. 

Enfin, et c'est par cette réflexion que je terminerai 
cette note déjà trop longue , j'appellerai l'attention sur la 
rapidité du développement des accidents. Le malade ne fit 
à i*hôpital qu'un séjour de deux mois; il n'était malade, lors 
de son entrée, que depuis 15 jours, et los accidents qu'il 
avait éprouvésjosqu'à son arrivée à Tiiôpitai, ne consistaient 
qu'en des symptômes de courbature et d'embarras gas- 
ti-iques ; rien alors ne pouvait faire prévoir la gravité des 
accidents qui allaient se manifester. 



NOTES sur quelques cas de fièvres éruptives , 
recueillies à l'Hô tel-Dieu {service de M. Marge), 
par M. Vallin , élève interne. 



Scarlatines. — Le 30 octobre 1855, «n enfant de douze 
ans, atteint d'une scarlatine anomale Irès-bénij^ne , entra 
dans la salfe 18, lit n° *2; il n'en sortit qu'après la fin de la 
desquanmiation. 

Le 16 novembre , environ 20 jours après l'entrée de ce 
premier malade, deux autres enfants, retenus depuis long- 
temps dans la même salle pour des affections chroniques , 
présentèrent, après quekfues heures de prodromes, tiii 
exanthème scarlatîneux non équivoque , avec coïncidence 



112 JOVIUfAL DE MÉDBGinS» 

de fièvre , de rougeur du pharynx, d'amygdalite pseudo- 
raembraueuse. L'exsudation dipbthéritique céda , au bout 
de quelques jours, à des cautérisations énergiques avec 
la solution de nitrate d'argent; la fièvre tomba rapidement, 
et , chez ces deux sujets , la maladie se termina sans autre 
complication fâcheuse. 

Le 18, deux jours après cette première manifestation 
delà contagion ou de l'infection scarlalineuse, un autre 
enfant , dans la même salle , est pris d'une fièvre très-forte, 
avec lombago, vomissement, gêne de la déglutition ; le 
3*^ jour, un enduit pultacé, très-épais, recouvre les amyg- 
dales et la paroi postérieure du pharynx. Cependant, on 
n'aperçoit aucune rougeur à la peau , soit que l'exanthème 
eut manqué tout à fait, soit quil ait été de si courte 
durée, et si peu marqué, qu'on n'ait pu le saisir. Quoi- 
quil en soit, le dixième jour de cette maladie, la des- 
quammation devenait évidente sur plusieurs points du 
corps. 

Longtemps après , alors que cette desquammation était 
déjà terminée et sous l'influence de l'épidémie qui durait 
encoredànsie service, ce même enfant fut atteint d'une angi- 
ne puitacée Irès-intense. Vers le mois de février, il lui survint 
de l'œdème à lafacedel'anasarque, un épanchement asciti- 
que, état symptomatique d'une albuminurie que nous 
révéla l'action de l'acide azotique sur l'urine. Vers la fin 
d'avril dernier, l'ascite prit un tel développement, que la 
suffocation , devenant imminente, la paracentèse fut pra- 
tiquée: plusieurs litres d'une sérosité citrine en furent le 
résultat. Depuis cette opération, l'enfant respire librement, 
bien qu'un reste d'épanchement dans le ventre fasse pré- 
sager des accidents ultérieurs (1). Des douleurs vis-à-vis la 
région du rein droit y ont motivé l'application d'un vési- 
catoire. Cet enfant est atteint du mal de Pott;les vertèbres 



(i) Â la date du 13 août 1856 , ces accidents n'ont pas en lieu : 
Teofant, eu égard k son infirmité habituelle, est aussi bien qud 
possible. 



^ 



JOUBNAL DE MÉDECINE. 113 

cervicales exclusivement atteintes et affaissées ont raccourci 
la région cervicale à un point tel que Tépiglotte et la 
glotte même apparaissent au fond de Tarrière-gorge aussi 
manifestement que la luette et le voile du palais lui-même. 
A dater du 18 novembre 1855, onze enfants, dans la 
salle 18, furent ainsi successivement atteints de scarla- 
tine. Les symptômes prédominants de cette épidémie peu- 
vent se résumer en quelques mots : forme anomale et 
disparition très-prompte de Texanthème; dans quelques cas, 
épistaxis ; pharyngite pseudo-membraneuse constante et 
assez grave , jamais mortelle , jamais laryngienne, accom- 
pagnée d*adénite cervicale. Dans la moitié des cas de diar- 
rhée au début et souvent persistante , variétés dans la des- 
quaromation qui , chez deux malades , se fait à deux repri- 
ses successives; chez plusieurs, éruption abondante de 
vésicules miiiaires contenant d'abord une sérosité cris- 
talline, puis de plus en plus trouble. Chez trois ou quatre 
de ces enfants , la scarlatine fut suivie d'une anasarque 
symptomatique de l'albuminurie; dans l'un de ces der- 
niers cas, devenu mortel chez un sujet atteint d'une entéro- 
colite chronique, l'autopsie montra du pus dans la substance 
tubuleuse d'un des reins. Sauf les cas d'anasarque qui 
furent traités au moyen des purgatifs, la médication fut 
entièrement expectante. L'angine pultacée céda constam- 
ment aux cautérisations avec l'azotate d'argent. 

Le cabinet de femmes n° 10, nous offrit, quant à la 
transmission contagieuse de la scarlatine , des faits ana- 
logues à ceux de la salle 18. Une jeune fille, reçue dans 
ce cabinet avec la scarlatine, la communiqua, au bout 
de quelques jours, à Tune de ses voisines, qui la transmit 
elle-même à une autre. Sur 11 lits, 4 ou 5 furent bientôt 
atteints par l'infection scarlatineuse, qui se déclara ainsi 
au sein même de l'hôpital, chez des sujets y étant venus 
pour des affections parfaitement étrangères à cette mala- 
die éruptive. Deux de ces cas observés l'un chez une jeune 
fille de 15 ans, l'autre chez sa sœur, âgée de 18 ans, se 
compliquèrent de délire , de coma , portés au point de 
nous faire croire à une méningite. Cet état grave, coïnci- 



114 JOUBSÀi PS «ÉOECIKB. 

dant avec une accélératioD grande du pouls, s'améliora 
rapidement sous rinfluence peut-être d'une mixlure dont 

1 élément principal fut l'esprit de nitre dulcifié, à la dose 
quotidienne de 20 à 25 gouttes par jour. 

Ce moyen fut par nous plusieurs fois employé, avec 
un égal succès, dans des cas analogues, dans la variole 
continente avec accélération notable du pouls et toute 
cette agitation fébrile qui en est la suite ou la coïncidence 
habituelle. 

En présence de cette épidémie, on résolut d'expéri- 
menter la belladone comme moyen prophylactique. Une 
solution fut préparée d'après la formule suivante : 
Extrait de belladone , 5 centigrammes. 
Teinture de cannelle, 30 grammes. 

Chaque malade dut en prendre de 10 à 15 gouttes 
suivant l'âge ; en général, autant de gouttes qu'il y avait 
d'années. 

Voici quels furent les résultats de cette médication. 

Pendant le temps écoulé entre le premier et le dernier 
cas apparu dans la salle 18, c'est-à*-dire pendant 7 se- 
maines , 35 enfants furent soumis à l'emploi de ta bel- 
ladone, tous, âgés de 6 à 15 ans, tous par conséquent, 
ou à peu près, aptes à contracter l'infection : sur ces 
35 individus, 5 seulement furent atteints par l'épidémie: 

2 après avoir pris la solution prophylactiqge pendant 4 et 
6 jours; 1 pendant 9 jours, 1 autre pendant 14 jours, le 
5' pendant un mois. Chez 3 d'entre eux, la scarlatine fut 
anomale et très-bénigne ; Texanthème localisé à une par- 
tie du corps; chez un 4% il y eut de l'angine pultacée, de 
la desquammation , mais pas de taches scariatineuses ; la 
scarlatine ne parut pas avoir été modifiée chez le 5^. 

D'un autre côté , 2 infirmiers , dont 1 avait eu déjà 
la scarlatine, et 4 malades, qui ne prirent point de bel- 
ladone, furent atteints par l'épidémie: c'est dans ce groupe 
qu'on trouve les cas qui ont présenté quelque gravité, et 
entre autres , celui d'un délire violent qui dur$i pendant 
deux jours, délire tel que le malade sortit de son lit et de 
la salle pour courir dans l'hôpital, et qu'il fallut le re- 



JOeBNAIi DE NÉDBCINB. 115 

tenir de force peiidunt 4H heures; la maladie fut grave, 
mais se (ermioa par la gucrison. Si l'on retranche de ce 
nombre de 6 , un malade qmi fut pris de scarlatine le len- 
demain de son entrée, et qui, par conséquent, n'usa pas de 
la belladone, on arrive à ce résultat que tous ceux sur qui 
Ton ci*a pas employé la médication prophylactique ont été 
atteints, tandis que sur 35 individus aptes à contracter la 
maladie, mais iniluencés par la médication, 5 seuleinent 
n'ont pas été épargnés, résultat qiii semble concluant, et 
qui doit donner confiance dans l'action anti-scarlatineuse 
(le la belladone. 

Il nous reste encore à ajouter quelques mots touchant 
d'autres fièvres éruptives qui se sont présentées à notre 
observation. 

VairiQU$. — La variole devint épidémique parmi des ou- 
vriers icordonniers, demeurant ensenoblc , chez la mère de 
leur corporatiion, petite rue Notre-Dame, n° 15. Sur 12 au 
moî^ns atteints de variole, dans l'espace de quelques 
jours , 6 ont été dans une des salles de M. Harcé : i'un , 
eut une variole très-grave, terminée heureusement ; 5 
d^eotre eux , présentant des traces vaccinales, n'eurent que 
des varioles modifiées, et assez bénignes ; dans les autres 
services de l'Hôtel-Dieu , la variole s'est présentée spécia- 
lement chez les individus de cette profession, circonstance 
qui s'explique par leurs habitudes de travail en commun. 
Dans la majorité des cas, et même dans les ras légers, 
les sympt6mes du côté de la gorge ont été constants ; 
tous ont eu une pharyngite pustuleuse confluente. 

Rfmgeales. — Cette complication d'angine si marquée dans 
lepidémie de scarlatine, s'est également présentée daos tous 
les cas de rougeoles. avec le caractère pseudo-membraneux. 
Peut-être fimt-il rattacher à cette particularité épidémique la 
terminaison mortelle , par gangrène de la bouche , d'une 
variole extrêmement confluente survenne à la fin de la 
convalescence d'une lièvre typhoïde très-grave. Chez la jeune 
lille qui fait le sujet de cette observation , les frictions 
nifîrcurieUes employées pendant qu4i<)ues jours , et qui 
avaient fait complètement avorter les pustules sur la lace, 



116 jovrnàl de médecine. 

n'avaient jamais déternninë la moindre inflammation du 
côté de la bouche, et ne se faisaient plus depuis longtemps, 
quand au milieu d'une angine avec enduit pultacé très- 
épais, se manifestèrent des points gangreneux qui, malgré 
les cautérisations avecracidechlorhydrique, envahirent toute 
la muqueuse buccale. Presque tous les cas de rougeole, 
avons-nous dit, furent compliqués de pharyngite pseudo- 
membraneuse ; tous le furent également de bronchopneu- 
monies qui , bien que très-graves , n'eurent pas une ter- 
minaison fatale. Les autres complications furent des paro- 
tidites, de petits abcès multiples , des otorrhées. delà 
diarrhée chez un grand nombre, diarrhée mortelle chez 
deux enfants. La rougeole se montra presque exclusive- 
ment chez des sujets de la première enfance ; il n'en 
parut aucun cas , chez ceux de la seconde enfance sur 
lesquels sévissait exclusivement l'épidémie de scarlatine. 
Comme fait contradictoire , nous citerons une malade adulte 
qui présenta à la fois, d'une manière discrète, sur différents 
points du corps , des vésicules de varicelle , des plaques 
d'exanthème scarlatineux , et des taches morbilleuses , qui 
se terminèrent par desquammation sans aucun accident. 

Vaccine. — Un grand nombre de très-jeunes enfants,20 en- 
viron, furent vaccinés ; la moitié seulement le fut avec succès : 
tous ceux qui étaient fébricitants , ou même qui séjour- 
naient depuis longtemps à l'hôpital pour une affection 
chronique grave, se montrèrent réfractaires à la vaccina- 
tion. Chez un enfant vacciné 3 jours avant l'apparition de 
la rougeole , et chez lequel les pustules vaccinales avaient 
manqué, il survint, vers le 12^ jour, une variole qui fut 
anomale, discrète, avec fièvre secondaire très-peu marquée. 

Malgré la complication d'une parotidite et d'une otorrhée, 
la guérison eut lieu , et c'est là un fait digne de remarque, 
que dans un hôpital les fièvres éruptives survenues chez des 
sujets de la 1" et de la 2*= enfance , malgré des compli- 
cations fort graves , aient eu toutes une issue heureuse et 
que pas une ne se soit terminée p»r la mort. 

Au milieu de tous ces faits, nous constaterons particu- 
lièrement : 



JOUBNAL DE HÉDSCJNE. 117 

i*" Que le caractère propre à toutes ces fièvres a été là 
pharyngite pustuleuse dans la variole, pseudo-membraneuse 
dans la rougeole et la scarlatine ; 

2^ Que la scarlatine a été presque constamment anomale, 
quelquefois grave^ mais généralement de gravité moyenne ; 

3^ Que, dans cette maladie, la vertu prophylactique de la 
belladone semble avoir été constatée ; 

4^ Que les vaccinations, chez les enfants dans un mau- 
vais état de santé, sont demeurées sans succès. 



ÉTUDES CLINIQUES. Des hydropisies, suites 
de fièvres intermittentes , et de leur trai- 
tement y spécialement de l^ acétate de potasse à 
haute , dose , par M. Thibeaijd , professeur de 
clinique à l'école préparatoire de médecine et de 
pharmacie de Nantes. 



Les épanchements de sérosité dans le tissu cellulaire 
et dans les grandes cavités séreuses, les hydropisies, sont 
dues à des causes diverses. Les travaux des médecins mo- 
dernes , et particulièrement les recherches de Tanatomie 
pathologique , ont conduit à constater ce fait général 
qui avait été reconnu par les expérimentations des phy- 
siologistes , l'oblitération des troncs Vf^ineuœ ou des veines 
de certains viscères, comme cause du plus grand nombre 
des hydropisies. Cependant, l'hématologie venant à Tappui 
de l'opinion des médecins antérieurs à notre siècle, a re- 
connu comme une autre cause d'hydropisie , l'altération 
du sang, la prédominance de sa partie séreuse sur le 
cruor et les globules. Cette anémie, ou pour nous servir 
de l'expression de M. Piorry, cette hydrohémie qui sur- 
vient dans la chlorose , et chez les sujets atteints depuis 
longtemps de fièvres intermittentes, amène assez souvent 
à sa suite l'œdème des extrémités inférieures, puis Tana- 
sarque, quelquefois enfin, mais plus rarement, des épan- 



tiS JOURNAL DB «ÉOBCINB. 

chemenu dam les cavités séreuses. Quelque danger qu'elles 
fassent courir aux malades , les hydropistes ainsi prodaites 
sont susceptibles de guérison , et l'absence de lésion des 
grands viscères et des g»os troncs veineux, permi^t aux 
médicaments d'agir avec une grande efficacités 

C*est spécialiement dans Temploi des moyens propres à 
activer la sécrétion urinaire que le médecin a recours dans 
les cas de ce genre. Les mé<licaments diurétiques sont 
nombreux , la matière médicale est riche en ce genre. 
Notre but n'est pas d'examiner en particulier chacune de 
ces substances, d'analyser et d'étudier leur valeur; nous 
avons vouki seulement rappetet à l'aitention des médècJHs 
un médicament autrefois fort vanté, oublié pour ainsi 
dire depuis, et qui nous paraît devoir reprendre son rang 
en thérapeutique. Nous voulons parler de l'acétate de po- 
tasse, terre foliée de tartre de l'ancienne chimie. Il mérite, 
d'après tes aulevrsdu Traité de Thérapeutiqae, MM. Trous- 
seaux et Pidoux, d'occuper une place assez ifii|M>rtante 
parmi les diurétiques. Employé jadis avec beaucoup de 
faveur, il est aujourd'hui presque tombé dans l'oubli. Les 
<loses indiquées dans le Formulaire de Bouchardat^ dans 
l'ouvrage que nous venons de citer, dans toutes les ma- 
tières médicales modernes, sont de 4, 6, 10 grammes. 
Ij^ médecins qui nous ont précédés le donnaient à des 
doses bien plus fortes. C'est là probalement la cause des 
succès qu'ils lui attribuent. Toutefois, ce n'est qu'après 
avoir lu dans \aMnUére médicale de Uesbois de Rockeforl, 
le passage suivant , que nous avons été conduit à prescrire 
ce médicament à doses plus élevées que celles auxquelles 
on le donne aujourd'hui, et c'e^it alors que nous en avons 
obtenu des effets remarquables. 

« La terre foliée de tartre , dit Desbois, s'emplc^ye dans 
n les hydropisies, les engorgements du bas -ventre, les coii- 
« ques hépatiques, etc. Mais pour en retirer du succès, 
» il faut qu'elle soit donnée à certaine dose, et continuée 
» pendant longtemps. La médecine française, d'aitteurs 
M très-sage et très-savante , est trop timide à l'égard de 
» ce remède , comme à l'égard de keaueeiiip d autres. La 



JOUBNAL DE MÉDECINE. il9 

» terre foliée est très-soluble, et peut se donner à la dose 
» de 2 gros , demi-once , une once et plus par jour. 
» A la dose d'une demi-once, c'est un excellent diuréli- 
» que très-utile dans beaucoup d'hydropisies. » {Desbois 
ae Rochefort, Mal'^ médic, t. 2, p. 122.) 

l'« ObserTatiiMi* 

II y a une vingtaine d'années, dans une salle de mili- 
taires dont nous fûmes appelé à faire le service, se trou- 
vait un jeune soldat d'une forte constitution, atteint depuis 
plus d'un mois d'anasarque et d'ascite. La sérosité épan- 
chée dans le péritoine était très-abondante , les parois de 
Tabdomen fortement distendues, la fluctuation des plus 
manifestes. On avait employé sans succès contre cette 
maladie, qui s'était développée à la suite de fièvres inter- 
mittentes prolongées, divers diurétiques, des purgatifs; 
toute médication intérieure était à peu près abandonnée 
alors que nous prîmes le service. L'examen du malade nous 
porta à croire que l'anasarque et l'ascite n'étaient qu'une 
conséquence de la cachexie paludéenne. Il n'existait au- 
cune altération organique des viscères de l'abdomen; dç 
plus, le cœur ne présentait rien d'anormal. Nous rappelant 
le passage cité de Desbois, nous administrâmes immédia- 
tement l'acétate de potasse , d'abord à 6 , 8 grammes, puis 
en quelques jours à 12, 15, 30 à 40 grammes dissous 
dans deux à trois litres de tisane d'orge et de chiendent. 
La diurèse fut abondante et s'établit rapidement; en 10 à 
12 jours l'ascite et lanasarque étaient guéries, il ne restait 
plus rien d'une maladie nécessairement grave et qui 
avait été jusque-là rebelle à tous les traitements. 

Depuis cette époque, nous avons eu l'occasion d'obser- 
ver plusieurs cas analogues. Nous allons en faire connaître 
quelques-uns. 

9« Observation. 

Pellier , maçon , âgé de 42 ans , entré à l'Hôtel-Dieu le 
24 décembre 1841, est placé dans la salle de Clinique. 



f20 JOVRNAL BE MÉDSCHIB. 

Atteint depuis 3 mois de fièvre intermittente d'abord à 
type quotidien , puis tierce , il a pris à différentes fois du 
sulfate de quinine. I^es accès ont été suspendus , mais il 
a éprouvé plusieurs rechutes. Â la suite de l'une d'elles, 
il y a 3 semaines environ , de l'œdème commence à se 
montrer aux extrémités inférieures. 

Du 20 au 28 décembre, le madade a un accès fébrile 
chaque jour précédé d'un léger frisson ; mais cet accès 
est faible, et s'éteint graduellement au bout de 5 à 6 jours, 
sans qu'il soit nécessaire d*avoir recours au quinquina. 
L'anasarque s'étend jusqu'à la face; il existe de la fluc- 
tuation de l'abdomen. Le lendemain de l'entrée on admi- 
nistra comme purgatif 15 grammes de crème de tartre, 
et pour boisson une tisane nitrée. 

Malgré la cessation de la fièvre, fanasarque et l'ascite 
persistèrent. On commença l'emploi de l'acétate de potasse 
le 28 décembre , d'abord à la dose de 4 grammes dans 
un demi-litre de tisane simple, puis en portant rapide- 
ment la dose à 6, 8, 16 , 30 et 40 grammes, en prenant 
soin d'étendre ces fortes doses dans 2 à 3 litres de tisane 
que le malade buvait en 24 heures. Le 3 janvier , le mé- 
dicament étant alors porté à 30 grammes, les urines com- 
mencèrent à devenir un peu plus abondantes ; l(»s 4 et 5, 
elles le furent beaucoup plus; la dose d'acétate était de 
36 à 40 grammes. L'anasarque et l'ascite diminuent nota- 
blement. Les 6 et 7 janvier, plus de 3 litres d'une urine 
limpide et presque incolore sont rendus dans les 24 heures. 
Le volume du ventre et la distension de la peau sont 
bien moindres. Le 12 janvier, l'ascite a complètement 
disparu, il ne reste qu'un peu d'infiltration aux malléoles. 
On diminue la dose d'acétate qu'on cesse le 16. Pendant 
les 7 à 8 jours qui suivirent , quelques légers accès de 
fièvre à type irrégulier >e montrèrent; on remarqua un 
peu d'oedème des jambes et un léger gonflement de l'ab- 
domen. Quelques doses d'acétate de potasse furent admi- 
nistrées, mais plus faibles celte fois. Tout cela disparut 
promptement, et Peltier sortit parfaitement rétabli le 
8 février. 



J0T7RNÂL 1)B MÉDECINE. 121 

S" ObfiervatioD. 

Anasarqueet ascite, suites de fièvres inîermillentes. — Gm- 
rison rapide par l'acélate de potasse à haute dose. 

Janiiais, Joseph, jardinier, âge; de SOans^ entre à l'Hôlel- 
Dieli, le 29 janvier 1842. 11 habitait à la campagne une 
chambre basse et humide, et avait été atteint de fièvre 
intermittente au commencement d'octobre 1841. Dans les 
premiers jours du mois de novembre, il avait été reçu à 
rhôpital où il séjourna un mois. Pendant cet espace de 
temps, il continua à avoir des accès de fièvre, et bientôt 
après, ceux-ci furent accompagnés d'anasarque. Comme 
Ton crut alors reconnaître quelques signes de lésion du 
côté du cœur, on pratiqua plusieurs saignées ; du sulfate 
de quinine fut en outre prescrit , et la fièvre céda. La 
digitale et plusieurs autres diurétiques furent ensuite ad- 
ministrés. Le malade sortit assez bien de l'hôpital, mais 
très-peu après il éprouve une rechute, les accès de fièvre 
deviennent quotidiens , l'anasarque reparaît. 

Les premiers jours qui suivirent l'entrée de Jannais à 
l'Hôtel-Dieu , on crut convenable de pratiquer une saignée 
que l'on fit suivre de l'administration d'un purgatif. Les 
accès ayant toutefois continué à se montrer sous le type 
quotidien, du sulfate de quinine les suspendit. 

7 Février. Etat actuel , cessation de la fièvre, œdème des 
jambes , des cuisses , des bras et de la face, consistance 
assezferme de la peau sous la pression du doigt , fluctua- 
tion abdominale. Pas de tuméfaction de la rate. L'auscul- 
tation ne fait découvrir aucune lésion du cœur. 

Acétate de potasse, 4 grammes dans un litre de tisane. 

Les 8 et 9 février, 6 et 8 grammes. 

10 Février. 1 5 gramrties. 

li Février. 25 grammes dans deux litres de tisane. 

12 Février. 30 grammes. 

13 Février. L'œdème des mains diminue, la fluctuation de 
l'abdomen estmoindre.Augmentation très-notable des urines. 

14 Février. 35 grammes d'acétate de potasse. 

Le 15 février. 40 grammes du même médicament dans 
3 litres de tisane. 



122 JOUBKAL D« MâDfiCINE. 

Urines très- limpides et très-abondantes. La fluctuation 
abdominale se perçoit à peine. Le malade a sué assez abon- 
damment la nuit précédente. 

Du 16 au 18 février. Disparition presque complète de 
lanasarque; il ne reste d'œdème qu'à la partie inférieure 
des jambes; l'ascite a complètement disparu. Les urines 
sont très-abondantes, le malade en rend plus de 4 litres 
en 24 heures. (45 grammes d acétate de potasse ont été 
prescrits le 18 février.^ 

19 Février. Le malaae est très-bien, il ne subsiste plus de 
la maladie qu'une légère infiltration autour des malléoles. 
Les doses élevées du médicament n'ont pas eu d'effet 
purgatif. On diminue successivement ces doses jusqu'au 
22, où on les suspend. 

L'infiltration malléolaire a disparu. Quelques tasses d'eau 
ferrugineuse sont prescrites. Jannais sort le 24 février, 
parfaitement rétabli. 

4* ObfierTiilion. 

Ascile et anasarque, suites de fièvre intermiUejile prolongée. 
Traitement par Vacétale de potasse à haute dose. Gué 
rison en 9 jours. (Observation recueillie à la Clinique 
par M. Màrcé^ élève interne.) 

Calvet, Joseph, manœuvre, âgé de 33 ans, vint habiter 
Chalonnes sur les bords de la Loire, au mois d'avril 1849, 
avec sa femme et deux jeunes enfants. La chambre qu oc- 
cupaient ces pauvres gens était étroite , humide , située 
au niveau du sol, et ne recevait jamais les rayons du soleil. 
Calvet travaillait tous les jours aux mines de charbon, à 
une grande profondeur. Au bout de deux mois se dé- 
clarent des accès de fièvre intermittente; les 8 premiers 
jours, ils présentent le type tierce, puis quotidien. Pen- 
dant 3 mois, la fièvre se maintient sous ce dernier type. 
Combattue à quelque distance de son début par des soins 
appropriés, elle cède promptement, mais revient au bout 
de 1 5 jours ; et , lorsque le malade entrait à l'Hôtel-Dieu, 
le 20 novembre 1849, il avait la fièvre depuis 3 mois et 
demi sans interruption. Ses deux enfants étaient morts 



fOt)Hra>l DE MÉDKCIKE. 423 

Mtieîutsd'iufiilraiion considérable sut'voilUis à la suite dac 
c^ès inlermiiteots ; sa femme entrait en même temps que 
1 ui à l'hôpital également alteinle de lièvre inlermiitente, 
mais saus accidents consécutifs. 

21 Novembre. Depuis un mois, il v a de Titscite, et de- 
puis trois semaines rinliltration n envahi les extrémités 
inférieures, le tronc cl les hras. La face est bouffie et dé- 
colorée. La région splénique est douloureuse , mais 
.4'épauckement péritonéal empêche de constater Thypertro* 
^phie de la raie. Il existe une toux fréquente avec un râle 
sibilant et muqueux dans toute .retendue delà poitrine, 
mais surtout à gauche. Le malade éprouve de l'oppression. 
La langue est sale, l'anorexie complète. Tous les jours à 
uiidi revieut uji accès de lièvre. 

Les 22, 23 et 24 novembre, on administre le sulfate de 
quinine en potion avec 8 gouttes de laudanum de Syden< 
liam;le l"jour à la dose de 75 centigrammes, le 2^ 
60 centigrammes, le 3<^ jour 1 gramme 35 centigrammes, 
l'accès n'ayant pas cessé de reparaître après les premières 
doses. 

26 Novembre. La lièvre n'exisie plus, mais nul change- 
ment ne s*est opéré du reste dans l'état du malade. L'ana- 
sarque et l'ascite |>ersistent. Ou prescrit un litre de tisane 
d!orge et de chiendent avec un gramme de i^ilrate de 
potasse. Cette boisson est continuée jusqu'au 29 novembre, 
sans que la sécrétion urinaire en soit augmentée. 

Les 29 et 30 novembre, on commence l'emploi de la* 
tevre foliée de tartre à la dose de 4, puis de 6 grammes; 
le 1'^ décembre on en donne 8 grammes. Uès la nuit du 
30 novembre au i^* décembre la diurèse était obtenue, 
le malade rendit près de 3 litres d'urines; 

Le 2 décembre, la dose du médicament est portée à 
12 grammes, le 3 à 15 grammes, le 4 à 20 grammes. 

4 Décembre. Le malale rend eu 24 heures au^moins 
& à 6 litres d'urine. Déjà l'œdème a diminué , la .peau des 
mollets Qst flasque et molle, l'ascite est maintenant diffi- 
cile à constater. 11 n'y a plus d'oppression. 

5 Décembre. On donne 24 grammes d'acétate de.pqtasse 



124 JOUBNAL DE HÉDfiCl^£. 

dissous dans 2 litres de tisane ; ie 6 décembre 22 gram- 
mes. Chaque jour le malade rend 7 à 8 litres d'une urine 
claire et limpide. L'ascite et Tanasarque ont complète- 
ment disparu ; les saillies de Pavant- bras commencent à se 
dessiner : la peau est flasque et pendante , la face n'est 
plus œdématiée et a changé complètement d'aspect. La 
toux et les râles ont cessé. Le malade boit facilement sa 
tisane et n'accuse que quelques coliques sans diarrhée. 

7 Décembre. Un litre et demi de tisane avec 15 
grammes d'acétate de potasse. Le malade rend encore six 
litres d'urine dans la journée. 

8 Décembre. Dernière dose de 8 grammes du médica- 
ment. 

Calvet sort de l'Hôtel-Dieu le il , encore grêle et maigre, 
mais complètement guéri. 

ft« Obnervalion. 

Ascile considérable et anasarque survenues à la suite 
d'une fièvre intermittente datant de 5 mois; acétate de 
potasse à haute dose ; guérison en 7 jours , diurèse 
abondante. {Observation recueillie par M. E. Vallin , 
interne à l'Hôtel-Dieu.) 

Baëlt, belge, âgé de 48 ans, habitant un village près 
de l'embouchure de l'Escaut , vint à Nantes en décembre 
1854, pour y être employé comme charpentier de navi- 
res. Cet homme, d'une constitution forte et robuste, avait 
eu la lièvre intermittente dans son pays , mais il était 
assez bien portant à son arrivée. Un- mois après , com- 
mencement de janvier, rechute, accès en tierce, entrée 
à l'hôpital Saint- Jacques où il reste 1 5 jours. La lièvre 
cesse. Quelque temps après , les accès reparaissent sous 
le type quarte : le malade entre à THôtel-Dieu le 5 mars 
1855. 

6 Mars. L'accès de fièvre s'est prolongé pendant la nuit; 
ce matin le malade est eu sueur. La teinte de la peau 
est d'un jaune paille, la langue un peu sale, pâle, étalée, 
la membrane muqueuse de la face interne des lèvres, 



JOUBNAL D£ MÉDECINE. 125 

celle des gencives et la conjonctive palpébrale sont 
d'une grande pâleur. 11 existe une ascite considérable ; le 
malade dit ne sêtre aperçu que depuis 8 jours du gon- 
flHment du veutre. La raie est plus volumineuse que dans 
Téiat normal , mais elle est refoulée en arrière par la 
sérosité de Tabdomen. 

(Prescription. — Sulfate de quinine, un gramme, 
tisane nitrée.) 

9 Mars. La fièvre n a pas reparu hier, jour d'arcès. L'é- 
tat du malade est du reste le même. 

(Première dose d'acétate de potasse de 4 grammes 
qu'on augmente un peu les jours suivants.) 

1 1 Mars. Le malade rend à peine 2 verres d'une urine 
brune et foncée. 
La soif est vive. 

Les 12 et 13 mars, on donne 8 et 12 grammes d'acé- 
tate de potasse. Los urines sont toujours épaisses et peu 
abondantes. 

15 Mars. Le malade éprouve une gêne considérable , 
il a de la peine à se retourner dans son lit. L'anasarque 
et l'ascite ont augmenté; le dos des mains est extrême- 
nrient tuméfié, le scrotum est infiltré. On augmente la dose 
du médicament que l'on porte ce jour à 24 grammes 
dissous dans 3 litres de tisane. 

17 Mars. Les urines devienneitt plus abondantes. 
Dose de l'acétate de potasse, 35 grammes. 
Le 19 mars, 40 grammes; 4 litres d'urines sont rendus 
dans les 24 heures. L'anasarque et l'ascite n'ont |)as 
encore subi de diminution. 

20 Mars. — La quantité d'urines rendue depuis ht 
veille s'élève à 7 litres. Diminution de l'anasarque, mais non 
de l'ascite. L'état général est plus satisfaisant , la lièvre 
n a pas reparu depuis le 6. 

21 Mars. Le malade a rendu 6 litres d'urine. Diminu- 
tion très-notable de l'ascite et de l'anasarque, surtout à la 
cuisse droite ; tension beaucoup moindre de labdomèn , 
scrotum presque revenu à l'état normal. Le malade s'est 
levé et promené dans la journée. 



126 lOUlUfàL D£ 

Du 23 au 26 mars. On diminue peu à peu la dose du 
médicament. La diurèse continue avec autant d abondance, 
6 litres d'urine sont rendus en 24 heures. L'anasarque 
disparaît rapidement ; il ne reste plus qu'un peu d'oedème 
aux jambes, l/abdomen est mou : ses parois, qui étaient 
considérablement infiltrées, ne le sont plus ; la maiité que 
la percussion faisait entendre à la partie déolive de l'ab- 
domen se borne de plus en plus ; il n'existe aucune fluc- 
tuation. 

29 mars. On cesse ladminist ration de l'acétate de {Mi- 
tasse. Toutes traces d'anasanfue et d'ascitc ont disparu ,' 
mais le malade offre tous les signes de l'anémie , couse- 
quence de la cachexie paludéenne. On perçoit un peu de 
^ouftle au cœur et aux carotides; les membranes muqueu- 
ses et la peau sont très-pâles. 

Quelques doses de (artrate de )K)tasse et de Cer, 20 cen- 
tigrammes par jour et une alimentation réparatrice, sont 
prescrites. De la diarrhée survenue les jours suivants force 
à suspendre le fer. 

Le 2 avril, elle est complètement arrêtée. On ne reprend 
pas encore l'usage du fer. Cependant, les forces paraissent 
revenir, le malade se promène tous les jours dans les cours 
de Thôpital ; l'appétit est très-bon. 

Le 1 1 avril. Baëlt sort parfaitement rétabli. 

Les faits que nous venons d'exposer confirment , il nous 
semble , l'opinion des physiologistes qui regardent la 
sécrétion urinaire comme faisant antagonisme à ta sécré- 
tion séreuse tant interstitielle que vésiculaire, et qui pen^ 
sent que l'un des moyeris les plus sûrs dé guérir l'hydro- 
pisie, c'est d'activer la sécrétioti des urines. (Burdach, 
Physiol.) 

Alors que les forces vives de l'organisme ne sont pas 
épuisées, et que surtout les principaux viscères ou les 
veines sont libres de toute altération , calte diurèse , dont 
l'abondance nous a frappé et que provoquent si lapidemeol 
certains médicaments , se manifeste spontanément dans 
quelques cas ; l'observation suivante nous a paru sous ce 
rapport présenter quelque intérêt. 



JOtRNAL D£ IttÉDECmE. 127 

6« Obsemition. 

Le nommé Picot, âgé de 40 ans, manœuvre employé à 
casser des pierres sur une route près de Chantenay, contracte, 
dans Tété de 1854, une fièvre intermittente qui persiste 
pehdant environ 6 mots , sous le type quarte , et cesse au 
commencement de janvier 1855, à peu près sans traite- 
ment. Il entre à THôtel-Dieu le 19 février 1855 , dans un 
état d'anémie. Les forces musculaires sont très-aftaiblies , 
la face est pâle , maigre , les paupières supérieures légè- 
rement œdématiées, les cuisses et les jambes infiltrées. Il y 
a de Tascite. Le volume de la rate ne dépasse que fort 
peu I état normal. 41 n'existe aucun signe de maladie du 
cœur , pas de souffle aux carotides ni d'accès fébriles. 
L'appétit s'est conservé ; mais depuis six semaines , le ma- 
lade est atteint d'une diarrhée qui a commencé par quel- 
ques selles sanguinolentes. 

'Après avoir, pendant les premiers jours, combattu la 
diarrhée sans résultat au moyen du diascordium additionné 
de petites doses d*opium , on a recours au sous-nifr.ite de 
bismuth dont on pointe gradueliement la dose de 6 et 
8 grammes à 30 et 35 grammes par jour. La diarrhée, 
d'abord stationnaire diminue les premiers jours de mars, 
pour céder bientôt complètement le 6. Ce jour, il rend 
une selle de matières solides.; la physionomie es^t meil- 
Irure , mais l'anasarque existe toujours ainsi que l'ascite. 
Du 7 au 8 mars , sans que de nouveau médicaments 
aient été donnés , une diurèse abondante s'établit. Le 
malade rend près de 8 litres d'urine dans les 24 heures ; 
les jours suivants, 8, 9, 10 et 11 mars, 6, 7, et jus- 
qu'à 9 litres. L'ascite et Tanasarque diminuent rapidement. 
Le 13 mars. Il n'existe plus de fluctuation abdominale. 
Les 13, 14 et 15 mars, lé malade rend de 2 à 4 litres 
d'urine dans la journée. L'anasarque a complètement dis- 
paru ainsi que l'ascite, l'état général est satisfaisant. 

Le 25 mars. On prescrit quelques doses de tartiiate 
de potasse et de fer. La diarrhée ayant reparu, on les 
cesse, et quelques jours après on y substitue la limaille 



128 JOUBNAL OB MÉDBCinE. 

de fer unie au diascordium. La dose de fer esl succes- 
sivement augmentée et portée à 2 grammes 30 centi- 
grammes par jour. 

Le malade reprend des forces ; la coloration de la peau 
reparait, il sort parfaitement rétabli le 30 avril. 

Une augmentation rapide et considérable de la sécrétion 
urinaire est donc un des principaux phénomènes qui , 
dans les épanchements de sérosité dans le tissu cellulaire 
ou les séreusest est suivi d'une prompte résorption. Ainsi , 
la fonction éliminalrice de Tappareil urinaire ilans l'état 
de santé, se continue dans les maladies; et, dans les 
liydropisies de la classe de celle dont nous parlons , l'ac- 
tivité de cette fonction augmente et produit les effets 
thérapeutiques que nous venons de signaler. Une solidarité 
réelle existe en effet entre plusieurs fonctions de l'écono- 
mie vivante. Si lune d'elles vient à s'affaiblir ou à cesser, 
une autre la remplace aussitôt. Les fonctions de la peau et 
les fonctions des reins paraissent sous ce rapport se ba- 
lancer en quelque sorte. Lorsque, par une perversion de 
la nutrition , la partie séreuse des fluides et spécialement 
du sang qu'éliminent incessamment les deux grandes fonc- 
tions que nous nommions tout à Theure , vient à remplir 
les cavités séreuses ou le tissu cellulaire, l'effort éliminateur 
de la peau ou des reins arrive au secours de l'organisme ; 
et, pour fournir les matériaux nécessaires à l'activité ac- 
crue de ces fonctions, il se fait une prompte résorption des 
fluides épanchés. En étudiant avec attention les faits qui 
précèdent, ce but d'activité des fonctions urinaires ne peut 
être méconnu, et c'est précisément parce qu'il se manifeste ici 
avec une clarté pleine d'évidence que nous les avons rapportés. 

Il est donc vrai que c'est toujours la puissance inhérente 
à l'organisme vivant qui guérit, soit qu'elle se traduise au 
deliors par l'apparition spontanée de phénomènes spé- 
ciaux, soit que ceux-ci aient été provoqués par les moyens 
de l'art. Il suit également de là qu'en maladie , les phéno- 
mènes anormaux qui viennent à surgir dans l'économie 
tendent en général à un but, la guérison. Ce grand fait 
trop clair en chirurgie, n'y a t-il aussi jamais été nié. Le 



JOURNAL DE MÉDECINE. 129 

chirurgien en étudiant le merveilleux travail delà cicatrice et 
de la formation du cal dans les fractures, sait fort bien 
que la tendance finale à la cicatrisation et à la consoli- 
dation des os fracturés est leffort incessant de la nature. 
Kn médecine, il n'en pouvait être autrement; et cependant, 
comme la marche des phénomènes a quelque chose ici 
de plus obscur , tes faux systèmes, sous Tapparence super- 
ficielle d'une plus grande clarté, sont venus répandre des 
nuages sur cette vérité reconnue par tous les siècles. La 
llîérapeutique presque entière était fondée sur cette idée 
hippocratique des tendances delà nature vers la guérison. 
C'était le quô natura vergit eo ducendum , cette maxime 
des médecins les plus éminents de toutes les époques. 
Naguère encore à peu près méconnue, elle commence à 
se montrer dans quelques écrits, mais surtout elle appa- 
raît de plus en plus dans les récentes discussions de l'Aca- 
démie de médecine. Au reste, nous ne devons pas nous 
trop étonner d'avoir vu les sciences médicales traverser 
cette phase critique. A la suite des grands naturalistes du 
XVIH'' siècle, de Tillustre Linnée qui, en découvrant 
quelques traces de l'intelligence suprême dans les œuvres 
de la création, disait dans son admiration pour celles qui 
paraissaient les plus petites et les plus nulles , quelle force! 
quelle sagesse ! quelle inexplicable perfection ! {Linn, 
Systema nalurœ) , sont venus d'autres hommes iloués 
certainement d'incontestables facultés, mais qui, sous l'in- 
fluence de plus en plus croissante de certains systèmes 
philosophiques, ont nié hautement les causes intentionnel- 
les dans la formation des organes, en d'autres termes ont 
cherché à détruire et à rendre ridicule la doctrine que 
les anciennes écoles désignaient sous le nom de causes 
finales, La philosophie allemande, le panthéisme maté- 
rialiste d'Hegel et de ses disciples ont repris cette tAche, 
et l'autorité qu'ils ont acquis** est plus grande qu'on ne le 
pense vulgairement. Il est plus d'un physiologiste de noire 
temps qui professe ces systèmes, peut-être sans s'en douter. 
Toujours est-il pour nous médecins, qu'une fois la 
finalité niée en physiologie, la négation des actes salutai- 
res de ce qu'on appelait jadis nature médkalrice suit né- 



130 JOUENAL BB VÉDECIZIB. 

cessairement. La malière médicale et la thérapeutique se 
trouvent alors abaissées et réduites au pur empirisme. 
Heureusement que Tinteiligence et le bon sens pratique 
de la France ne lui permettent pas de descendre longtemps 
cette pente, et la ramènent bientôt à la véritable obser- 
vation. En effet, en renfermant la médecine dans Tétude 
purement empirique et matérielle des phénomènes mor- 
bides, on a cru qu'en répétant un nombre indéfini de fois 
des observations laborieusement recueillies, on constitue- 
rait ainsi la science , et de là les espérances et les procé- 
dés de la statistique appliquée à la médecine. Or, à moins 
qu'on ne professe encore cette donnée fondamentale des 
derniers représentants du matérialisme, il n'y a point de 
lois, il n'y a qœ des fcUls successifs ^ on devra reconnaître 
qu'en accumulant incessamment et sans critique des his- 
toires fort détaillées de maladies , on a fait peu de chose 
au point de vue du véritable progrès. 

De même que tous Içs écrivains, nous devrons, dit le 
docteur Gendrin , prendre pour but de nos recherches el 
pour principes de nos doctrines les faits et l'observation. 
Mais les faits sont stériles par eux-mêmes, ils ne devien- 
nent des observations que lorsqu'on les soumet à l'ana- 
lyse et à la discussion. Les conséquences qu'on en déduit 
ne peuveitt se généraliser sans crainte d'erreur , que lors- 
qu'elles conservent le cachet de l'observation directe dont 
elles dérivent. La vérité d'un principe résulte moins du 
nombre des fîûts que de la rigueur du raisonnement et de 
l'évidence des observations qui servent à l'établir. (Gen- 
drin, Traité philosophique de médecine pratique.) 

Un philosophe de nos jours a dit avec une haute raison: 
La perception des lois universelles des êtres est excitée en 
nous et non déduite de ces cas qui , quelque nombreux 
qu'ils fussent , ne sont en dernier résultat que limités et 
fixés. Les lois de la vie engendrent et régissent les phé- 
nomènes en santé et en maladie, et une fois reconnues elles 
sont la lumière qui doit éclairer et guider le médecin dans 
l'étude si complexe des objets auxquels se rapportent ses 
méditations. Dans la sphère qui leur appartient , ces lois 
vitales participent de l'universel comme les lois géométri- 



JOVmnAl DE MÉMMZITKB. 131 

ques, elles ne sont pas du tout un mélange confus de quel- 
ques cas particuliers. Ce n'est pas en multipliant les faits 
Tt^lalifs à la chute des graves, que Newton est arrivé à la 
«lécouverte des lois de la pesanteur. C'est en réfléchissant 
profondément aux circonstances de la marche descendante 
d€» corps. Accumuler, puis compter des faits dont le nom-- 
bre finit par devenir un ferdeau pour la science , c/eet 
perdre le temps et appliquer Ic-s forces de l'intelligence à 
un travail sans fruit. En procédant ainsi, il n'est plus au 
pouvoir de l'esprii de poursuivre Tétude approfondie et com- 
parée de quelques faits, de les examiner sous leurs divers 
aspects et relativement aux éléments qui constituent un 
fsiit en lui-môme. 

Dans une science qui a pour objet les phénomènes de 
la vie toujours essentiellement complexes et variables, dit 
encore le docteur Gendriii , les faits quelque nombreux 
qu'ils soient , comptés , rassemblés au hasard et comparés 
(I après leurs formes extérieures les plus saillantes, ne peu- 
veiil servir de prémisses à des couMusions rigoureuses. 
Les exceptions négligées peuvent être l'expression de la 
toi la plus générale. La méthode statistique en médecine 
a conduit des hommes de bonne foi à un empirisme sté- 
rile ou à un scepticisme exagéré. La philosophie de la 
science procède» d'une manière contraire ; elle s'attache à 
décomposer les Ëiits par l'analyse , à en comparer les élé- 
ments. Nous regardons, ajoulii le même auteur, les con- 
séquences d'un seul &it comme établissant une vérité in- 
contestable, quand elles sont conformes aux principes 
déduits immédiatement d'observations directes ou de rap- 
ports constants de c^rnse à effet, en anatomie, en physio* 
logie et en pathologie. (7V. Phit. de méd. pratique.) 

L'éclectisme , nous continuons de citer , a la prétention 
d'emprunter à toutes les doctrines les vérités établies par 
Tobservatioa , et d'en construire la sienne ; mais en mé- 
decine comme en philosophie, l'éclectisme tue les prin- 
pes par indifférence et dissout la science par le scepticisme. 
Le triage de l'éclectisme suppose une doctrine première, 
mesure et critérium de toutes les doctrines, et qui rentre 
nécessairement dans l'opération propre et personnelle de 



132 joumâl de xébbcinb. 

c.haque esprit ; admettre cela , c'est sortir de l*écleclisme. 
{Gendrin, Traité philosophique de médecine preUique.) 

En médecine comme en toute science, avant d*aborder 
l'observation , il faut donc admettre que les faits |)atholo- 
giques sont régis par les lois vitales, se manifestant dans 
un état anormal de I économie ; autrement, nous n'aurions 
que des faits successifs sans loi universelle ou comroun<*. 
l) où il suit que ne pouvant acquérir la connaissance que 
d'un certain nombre de cas particuliers, en droit, nous 
ne pourrions rien conclure; et c'est' en effet là qu'on 
arrive logiquement , tout en élevant si haut l'observation , 
c'est- à-dire au scepticisme , ou en d'autres termes au 
néant de la science, puis , en fin décompte, au rire de 
lecole voitairienne. L'oreiller du scepticisme peut-être 
fort commode , a dit quelque part Montaigne , mais il faut 
pouvoir se résigner â la nonchalante torpeur dans laquelle 
ne larde pas à tomber celui qui est tenté d'y reposer sa tête. 

Ces considérations générales sembleraient n'être qu'une 
digression, et cependant elles nous ont paru se rattacher es- 
sentiellement au travail que nous venons de lire. En méde- 
cine, et par conséquent en physiologie, l'étude d'un seul 
point touche à tous les points de la science. 

Pour conclusion, nous croyons pouvoir établir ce qui suit : 

1° Dans les hydropisies qui n'ont pas pour cause une 
altération organique, la guérison peut souvent avoir lieu ; le 
plus ordinairement elle s'obtient par l'accroissement de la 
sécrétion des urines, fonction faisant antagonisme à la sécré- 
tion séreuse interstitielle et à celle des membranes séreuses. 

2° Cette diurèse peut se manifester spontanément, et 
par le fait de la puissance médicatrice, loi de l'organisme 
dans l'état de maladie. 

3« L'acétate de potasse administré à haute dose, agit 
energiquement comme diurétique dans ces cas, et déter- 
mme rapidement une diurèse abondante et salutaire. 



JOURNAL 



DB LA 



SECTION DE MEDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉHIQDE. 



>«0«« 



BULLETIN DES SÉANCES. 



Séance du 11 juillet 1856. 

PEÉSIOENCB DE M. MÀHOT, PRÉSIDENT. 

La Section a reçu entre autres ouvrages : 

i"* Observations et recherches sur l'oblitération de la 
veine^porte et sur les rapports de cette lésion avec le vo- 
lume du foie et la sécrétion de la bile , par E. Gintrac , 

10 



134 JOUBIfÂL DB HtiDBCinX. 

professeur de clinique interne et directeur de l'école de 
médecine de Bordeaux. 

M* Malherbe est nommé rapporteur. 

2"" De la famille des Loganiacées ei des plantes qu*eUe 
fournit à la médecine, thèse pour le doctorat en méde- 
cine, présentée et soutenue le 7 juin 1856, par Louis- 
Edouard Bureau. 

M. de Rostaing de Rivas est ûommé rapporteur. 

L*ordre du jour appelle M. Mabit à la tribune pour lire une 
note au sujet des empoisonnements par VŒnanthe crocata. 
Dans cette note, il expose succinctement les caractères diffé- 
rentiels de rOE. peucedanifolia , de VŒ. pimpinelUndes 
et du Chenopodium-Denudatum , planter dont il est facile 
de confondre les tubercules avec ceux de VŒnanthe 
crocata. M. Mabit met en outre sous les yéui de ses col- 
lègues les plantes des trois premières espèces. 

M. Rouxeau succède à M. Habit et donne lecture de 
plusieurs Obs&rvùtions d'iclampsie nÙmminurique , suite 
de scarlatine (1). 

M. Sfalherbe lit ensuite une Observation depsoïtis ter- 
miné par la mort (2). 

Af. Aubinais demande à faire une communication ver- 
bale au sujet d'un accouchement dans lequel le fœtus na- 
quit parfaitement viable et vivant, le placenta offrant 
cette particularité de l'existence d'une masse dure qui lui 
était adhérente, masse qui fut reconnue par M. Chenan- 
tais pour les débris d'un fœtus de 4 mois environ. 

M. Aubinais croit que l'arrêt de développement de 
l'un des fœtus dans les grossesses gémellaires , est bien 
plus souvent le résultat d'une cause trauraatique, comme 
dans ce cas-ci, où la mère avait reçu un coup dans 
le flanc gauche , pendant les premiers mois de sa ges- 
tation , que réff'et du développement prépondérant de 
Tautre fœtus. 



(2) 



Voir plus loin , p. 139. 

Voir le nninëro précédent, p. 95. 



JOUBNAl. DB M^PSGHfB. 135 

MM, Malherbe, Mabit et Deliun rappellent des feits 
analogues, mais sans pouvoir rien affirmer touchant la 
nature de la cause de ces arrêts de développements de 
l'un des fœtus jumeaux. 

Séance extraordinaire du 22 juillet 1856. 

PRÉSIDENCE DE M. HAHOT , PRÉSIDEIÏT. 

Cette séance fut consacrée à Texamen de &f. E.-À. 
Groux , de Hambourg , porteur d'une fissure congénitale 
du sternum, qui permet de voir et de palper le pouls 
aortique et surtout les mouvements de dilatation et de 
contraction de Toreiilétte droite. 

Séance du 22 aoûM856. 

PEÉSmENCE DE M. HAHOT, PRÉSmENT. 

L'ordre du jour appelle la lecture d'une Observation 
cliniqw par H. Rouxeau (1). 

M. Letenneur lui succède à la tribune et lit deux Obser- 
vations de rupture de V utérus (2). 

M. Aubinais demande la parole. Il reconnaît , comme 
l'a dit M. Letenneur, que les faits de rupture de l'utérus 
pendant le travail sont rares, et pense exagérée la propor- 
tion d'un de ces accidents, sur 900 accouchements, chiffra 
admis par la statistique et consigné dans le Manuel des 
accouchements de J. Jacquemier. Quant à lui , il est du 
nombre des médecins qui ont eu Le bonheur de n'avoir 
eu aucun de ces faits à observer. Il croit ces ruptures 
dues , le plus souvent , aux moyens employés pour déli- 



ai) Voir plus loin, p. 155. 
(2) Voir plus loin , p. 163. 



i36 JOUBNàL DB VÉDBCHŒ. 

vrer la femme ou à de fausses manœuvres. La rupture 
spontanée est des plus rares, s'il s'en rapporte à ses 
lectures. 

M. Malherbe demande à faire une communication 
verbale. Chacun de nous , dit-il , se rappelle l'épidémie de 
choléra de 1854. L'année suivante (1855), on compta à 
Nantes 65 décès dus au choléra. Celte année (1856) , 
sous rinfluence des violentes chaleurs que nous avons 
eues à supporter , nous avons vu , de nouveau , apparaître 
plusieurs cas de choléra, dont quelques-uns ont été mor- 
tels , et un grand nombre de cholérines. Les décès, jusqu'à 
présent , atteignent le chiffre 20. Toutefois , il ne &ut 
voir, dans cette réapparition du choléra en 1855 et 1856, 
que les reliquats de l'épidémie de 1854, et non une 
nouvelle invasion. Un fait à remarquer, c'est la dissémi- 
nation dans toute la ville de la maladie , qui ne remonte 
plus, comme en 1854, le lit du fleuve et a même complè- 
tement épargné le quartier de THermitage, son premier 
point de départ à cette époque. Cette fois, le fléau a surtout 
frappé de mort les enfants au-dessous d'un an. (Choiera 
infantilis.) Quelquefois ces diarrhées ont foudroyé les ma- 
lades dans vingt heures , et , en certains cas , elles ont re- 
vêtu le caractère de la dysenterie. M. Malherbe a remarqué 
l'invasion de nombreuses diarrhées chez les enfants coïnci- 
dant avec le développement d'un orage , et cette ob- 
servation, il l'avait déjà faite dans les années précédentes. 

M. Rouxeau a vu quatre cas de choléra , deux ont été 
peu intenses; des deux autres, l'un a été mortel en 36 
heures, le second, en 6 heures; celui-ci a sévi sur un 
goutteux , faisant depuis longtemps un large usage des 
pilules de Lartigues. 

M. Malherbe demande à M. Rouxeau si , dans ce der- 
nier cas, il ne s'agirait pas plutôt d'un empoisonnement 
par le colchique , que d'un choléra , les caractères 
de ces deux maladies , ayant plus d'un rapport commun. 
Ne penserait-il pas du moins que ces deux influences ont 
pu être réunies ? 

M, Rouxeau répond que le malade en question était 



JOUBMÀL DE UÉDBCINB. 137 

un homme ftgé de 62 ans, ayant la goutte depuis une 
vingtnine d'années. Lors de ses attaques , il avait Thabi- 
tude de prendre 6 à 8 pilules de Lartigues par jour. 
Cette dernière fois , il avait pris , pour combattre ses 
douleurs, six pilules en 12 heures, lesquelles provoquè- 
rent une diarrhée suivie de réaction. Alors seulement , 
au moment où le malade n'était plus préoccupé que de 
régler son régime , survint Talgidité accompagnée des 
autres symptômes cholériques qui emportèrent le malade. 

M. Padioleau a eu à donner ses soins à noire confrère 
M. Legouais, qui a été pris subitement d'un véritable 
choléra, actuellement en voie de guérison. 

M. Hélie a soigné un enfant chez lequel le choléra a 
duré 15 heures. Il a également vu mourir en 12 ou 15 
heures , une femme de 82 ans , qui s'est éteinte sans 
douleurs, après un affaiblissement progressif. Il a remarqué 
que , dans les dernières épidémies , st le choléra est 
accompagné généralement de souffrances moindres , en 
revanche , la réaction est moins sûre et moins franche que 
dans l'épidémie de 1832. 

ilf. Deltiên ajoute à tous ces faits que, depuis un mois, 
les accidents gastro-intestinaux sont très-fréquents ; déjà il 
en avait signalé l'existence dans une précédente séance , 
mais depuis quinze jours surtout leur recrudescence est 
évidente. Un symptôme qui l'a frappé , c'est la sensation 
d'oppression épigastrique. En présence de ces symptômes 
gastro-intestinaux , il s'est demandé s'il y avait avantage à 
avoir recOurs aux évacuants et à les préférer aux opiacés. 
Son expérience lui a décidément fait donner la préférence 
aux premiers. 



Séance du 12 septembre 1856. 

PRÉSIDENCE DE H. MÂHOT , PRÉSIDENT. 

L'ordre du jour appelle la lecture d'un rapport sur un 



138 JOUMIAL DB «ÉDBaUB. 

opuscule , de M. Giiitrac , directeur de l'école de médecine 
de Bordeaux, intitulé : Observations et recherches sur 
toblitératian de la veine-porte , et sur les rapports de 
cette lésion avec le volume du foie et la sécrétion de la bile, 
par M. Malherbe (1). 

M. Herbeliu est ensuite appelé à la tribune pour donner 
à l'assemblée communication d'une note sur les diffé- 
rentes magnésies médicinales. Il en compte quatre sortes : 
I» la magnésie du codex ; 2"^ la magnésie éteinte ou hy- 
dratée; 3** la magnésie lourde, dite de Henry ; 4® enfin 
le sous-carbonate de magnésie. Après être entré dans 
quelques détails sur leurs caractères différentiels et leurs 
propriétés diverses , M. Herbelin croit devoir s'enquérir de 
la sorte de magnésie qui doit être , en définitive , livrée 
par le pharmacien , lorsqu'on demande à celui-ci de la 
magnésie anglaise , les praticiens comme les auteurs ne 
lui paraissant pas d'accord à ce sujet. 

Cette question provoque une discussion à laquelle 
prennent part MM. Mabit , Pincet , Herbelin , Hauduit , 
Malherbe et Deluen , et qui démontre , en effet , l'exis- 
tence de ce défaut d'accord , les uns entendant désigner 
sous le nom de magnésie anglaise , sous-carbonOile de 
magnésie, et les autres, la magnésie calcinée du codex. On 
éviterait ces malentendus, dit H. Malherbe, en bannis- 
sant de nos formules l'épithète indiquant la provenance de 
la magnésie , pour y substituer toujours le langage plus 
rigoureux et exempt d'équivoque , de la chimie nM>- 
derne. 

M. MauduU signale l'abus que font beaucoup d'étran- 
gers , de la magnésie lourde, dite de Henry , et qui a quel- 
quefois pour résultat la formation de concrétions magné- 
siennes dans les intestins. 

M. Hignard a vu en effet la mort résulter du séjour 
dans les intestins de ces amas de magnésie. 



(1) Voir plus loin, p. 169. 



Ia discussion étant épuisée , ^. le président prie les 
fïiembres qui auraiept quelques renseignements à donner 
à leurs collègues, sur les rpaladies régnantes et la constitu- 
tion médicale actuelle , de vouloir bien prendre la 
parole. 

M. Hignard dit qu^il a constaté depuis trois semaines 

ou un mois , l'existence dans ses sajles de TH^tel-Dieu , 

d'un très*grand nonibre de dysenteries parmi les militaires, 

m^îs aucup n'^ eqcore succombé. L^ traitement a été chez 

tous à peu près le mèm^ ; poudre d'ipéc^cuanh^ a doses 

vomitives , et cela répété jusqu'à trois fois au besoin. 

Chez quelques-uns , i! a fallu , en outre , administrer la 

inanne. Dans deux ou trois cas seulement , où la donleur 

prédpminait , quelques sangsues ont été appliquées dans 

la fosse iliaque gauche. Le reste du traitement a consisté 

dans r^dministration des tisanes albumineuses ou gom- 

lueuses , dans des quarts de lavement d'eau de lin et de 

pavots , puis enfin dans les opiacés à Tintérieur , alors que 

les selles devenaient bilieuses. 

If julle autre commMPicatipn n'étant faite , la séance est 
levée. 

Le Secrilairej 

L|s Houx. 



OBSERVATION d'éclampsie albuminurique , 
suite de scarlatine , par M. Ca. Rouxeajd , 
D.-M.-P, 



Messieurs , 

Parmi les .différentes variétés de jla maladie de ftrigbt , 
pern^ette^-moi d en choisir Mi^e > peut- être la plus aiguë, 



140 JOVBIIÀL DB HÉDECnVE. 

certainement la plus fugace , la plus bénigne, puisqu'elle se 
termine habituellement par la guérison ; je veux parler de 
l'albuminurie scarlatineuse. Encore doîs-jeme borner à dé- 
crire une seule phase de cette affection si bien traitée par 
les écrivains voués à l'étude de la pathologie infantile , no- 
tamment par MM. Legendre et Rilliet ; phase qui semble- 
rait assez rare , si l'on en juge par le petit nombre 
d'exemples trouvés dans les ouvrages les plus récents. MM. 
Barthez et Rilliet eux-mêmes , dans la dernière édition 
de leur remarquable Traité des maladies de Venfance^ n'ont 
pu réunir sur l'éclampsie album'inurique , suite de scarla- 
tine , qu'une douzaine de cas, dont deux seulement leur 
sont personnels. Apporter des faits nouveaux et scrupu- 
leusement observés sur une maladie rare , dont rhistoire 
doit, par conséquent, présenter de nombreuses lacunes, 
des points obscurs , des explications hasardées , m'a paru 
chose utile. Mais quelque degré de certitude qu'on y puisse 
rencontrer , ces faits ne combleront point toutes ces la- 
cunes ; ils n'éclaireront point tous ces côtés obscurs , ils 
ne résoudront point toutes ces difficultés. Ils ont même 
l'inconvénient d'une grande uniformité de physionomie , 
que l'éclampsie scarlatineuse n'affecte certainement pas 
toujours , puisqu'on y voit prédominer tantôt les convul- 
sions , tantôt le délire ou le coma, tantôt la paralysie. 
D'ailleurs, on n'écrit pas l'histoire d'une maladie avec trois 
ou quatre observations , quelque sévèrement recueillies 
qu'elles puissent être. Je les regarde seulement comme des 
matériaux susceptibles de présenter un certain degré d'à- 
propos et d'utilité à une époque où la maladie de Bright 
est l'objet de nouvelles et profondes études. C'est à ce titre, 
Messieurs , que je viens les soumettre à votre appré- 
ciation. 

f >« ObserTatlon. 

Jules Lebrun , 7 ans , d'une bonne santé habituelle , 
n'ayant jamais eu de symptômes graves du côté des centres 
nerveux , est pris, au commencement de janvier 1856 , 



JOURNAL DE HÉDEGINE. 141 

d'une maladie caractérisée par de la fièvre , de la cépha- 
lalgie , un brisement général, quelques nausées et un peu 
de mal à Tépigastre et à la gorge , et de la rougeur à la 
peau. Au bout de quelques jours , les accidents se sont 
calmés, la rougeur de la peau et Tangine ont disparu, la 
fièvre s'est évanouie , l'appétit est devenu plus vif ; Fen- 
fant veut, se lever , et les parents qui , malgré la présence 
d'une épidémie de scarlatine , n*ont point reconnu la na- 
ture d'une maladie légère en apparence , le laissent im- 
médiatement retourner à l'école. 

Je le vois , par hasard , le 26 janvier , à l'occasion 
d'une affection semblable chez sa sœur, dont j'aurai bientôt 
à parler. La face est pâle , légèrement bouffie autour des 
yeux ; la peau , généralement sèche , un peu œdématiée , 
ne gardant nulle part l'impression du doigt, présente quel- 
ques traces de desquamation sur les mains , les épaules 
et le cou; il existe un peu de dysphagie et de rougeur 
au pharynx. Du reste , l'enfant est gai , mange bien et dort 
de même. J'engage les parents à garder leur fils à la 
chambre , pour traiter une anasarque qui peut avoir des 
suites fâcheuses. Mes conseils sont reçus avec cette incré- 
dulité traditionnelle qui , dans le peuple , ne fléchit pas 
toujours devant les plus rudes leçons. J. L. retourna à son 
école, et il ne fut plus question de lui pendant quelques 
jours. 

Cependant, l'œdème général fit des progrès ; la face de- 
vint énorme; les paupières, infiltrées, voilèrent une 
grande partie du globe oculaire; les membres, le scrotum 
furent envahis. Toutefois , te sommeil est bon , l'appétit 
presque intact , malgré quelques nausées fugaces et un 
peu de constipation. 

8 février. La peau est chaude , sèche et rénitente , ne 
conservant point l'impression du doigt ; le pouls , irré- 
gulier , n'a qu'une fréquence modérée ; la tête est un peu 
lourde , la langue un peu sale. Les urines ont la couleur 
de bière trouble ; traitées par l'acide nitrique , elles 
donnent un coagulum abondant ; examinées au microscope. 



142 JOQEKAL J>B MÉDIÏCIlf^. 

elles présentent une grande quantité de globiiles san- 
guins. 

Huile de ricin, tisane nitrée , infusion de digitale, en- 
veloppement dans une couche d'ouate. 

10 février. Le matin , Jules est très-bien ; il joue sur 
son lit , cause , chante et demande à manger ; la cépha- 
lalgie a disparu. Tout d'un coup , sans prodromes , il 
est pris d^une convulsion. Les parents, épouvantés, m en- 
voient chercher. 

 mon arrivée , je trouve le petit malade privé de 
connaissance et de sentiment , pâle , les yeux fermés , 
les pupilles dilatées , les lèvres couvertes d'écume et agi- 
tées à intervalles réguliers par une expiration bruyante , 
stertoreuse. La peau est moyennement chaude , comme 
transparente ; le pouls fréquent. Bientôt il se renverse en 
arrière , les yeux s'ouvrent largement, deviennent fixes et 
agités d'un tremblottement rapide. Des secousses légères , 
ressemblant à un frémissement incessant , ont lieu dans 
les paupières et l'orbiculaire des lèvres. Puis la tète se 
tourne tout entière du côté gauche , les bras et les jambes 
se raidissent en frissonnant ; puis une grande agitation de 
tout le corps ; face vultueuse et violacée , surtout aux 
lèvres et autour des yeux ; écume à la bouche , puis dé- 
tente générale avt'C ce stertor si connu.. .. Mais je m'ar- 
rête , car je m'aperçois que je décris minutieusement une 
attaque d'épilepsie ou d'éciampsie puerpérale, maladies avec 
lesquelles l'affection que je décris offre une ressembiapce de 
forme des plus complètes. 

Au bout de quelques minutes , nouvelle attaque ; une 
trentaine se succèdent ainsi dans la journée. Dans l'inter- 
valle , résolution des meiinbres , surtout à droite ; perte 
absolue de connaissance ; abolition de la vue , de l'ouïe , 
de la sensibilité générale. On peut toucher les ponJQDctives 
avec les barbes d'une plume, sans déterminer de cUgjnotte- 
ment. Le pouls est petit , serré , exoessivenient fréquent; 
l'œdème général , quoique peut-être un peu diminué ; la 
peau chaude et sèche , surtout au front ; ventre toujours 
serré ; un vomissement bilieux entre deux att^ues. 



JODBNAL DE HàDBCWE. 143 

6 sangsues aux genoux ; elles saignent énormément ; 2 
vésicatoires aux jambes , glace sur le front ; 50 centigr. 
de calomel , qui donnent des selles abondantes et nom- 
breuses. 

1 i février. Tous ces accidents ont disparu comme par 
enchantement. Le malade est sans fièvre, sans céphalalgie ; 
mais il a conservé un peu d'étonnement et de boufiissure. 
Ou reste , il est assez bien. A peine reste-t-il quelques 
traces d'albumine dans les urines, qui ont conservé leur 
couleur de bière , et quelques rares globules sanguins épars 
dans le champ du microscope. Point de toux ; faim très- 
accusée. 

Calomel , 25 centig. Tisane nitrée édulcorée avec le 
sirop de digitale. Envelopper l'enfant dans une couche 
d'ouate. 

13. Pas de fièvre : 86-88 puis. Bien du reste. 

t4. L'anasarque s'est reproduite plus considérable que 
jamais. Toutefois , il reste à peine des traces d albumine 
dans les urines. La fièvre s*est rallumée ; pas le moindre 
symptôme du côté des centres nerveux. 

Même traitement. 

15. Sous l'influence probable de quelque imprudence 
que i'on n'ose m'avouer , la nuit a été mauvaise ; l'œdème 
général est énorme , surtout au scrotum ; l'urine contient 
une forte proportion d'albumine ; la fièvre est vive , le 
pouls à 130. Du reste , fintelligence est saine , le som- 
meil parfait , et les accidents cérébraux que l'on pourrait 
redouter ne se montrent point. 

Calomel. Teinture d'aconit et de digitale. Le reste est 
s^rà. Alimentation légère. 

18. L'anasarque et l'albuminurie ont presque entière- 
ment disparu. 

3 potages. Continuer l'aconit et la digitale. 

20. Retour de l'hydropifiie et de falbomine dans les 
urines , qui sont rougeâtres et troubles. Point de fièvre ; 
appétift fort vif. 

Même traitement. 

A partir de ce jour , les alternatives d'augmentation et 



144 JOURNAL DE BIÉDECIJIE. 

de diminution dans Tanasarque et ralbumiuurie cessent de 
se manifester ; rinfiltration se dissipe lentement , mais 
sûrement ; Tacide nitrique détermine dans les urines un 
coagulum de moins en moins abondant ; les forces diges- 
tives s'éveillent ; le sommeil est parfait. La digitale et la- 
conit , auxquels on ajoute quelques pastilles de fer , sont 
continuée quelque temps encore ; une nourriture répara- 
trice est prescrite, et J. L. sort enfin, vers le 8 mars, de 
cette affection si grave et si longue. 

9« ObserTation. 

Marie Lebrun , 9 ans , brune , forte ,- bien portante 
ordinairement. Scarlatine angineuse débutant le 22 jan- 
vier 1856, 

Le 8 février, 17 jours après le début de cette affection, 
malgré toutes les précautions possibles , un œdème léger 
occupe la face et les membres. La peau , en pleine des- 
quamation , est presque transparente , sèche et rénitente. 
Pas de fièvre ; anorexie , quelques vomissements , consti- 
pation opiniâtre ; urines rares , couleur de bière , préci- 
pitant très-abondamment par Facide nitrique et contenant 
du sang , très recoimaissable à Taide du microscope. 

Huile de ricin : 10 gr. Potion avec teinture de digit. En- 
veloppement dans une couche d*ouate. 

10. L'état de son frère la jette dans une épouvante ira- 
possible à décrire. Pourtant elle est sans fièvre , mais très- 
infiltrée ; les yeux h demi-fermés par les paupières œdé- 
matiées ; les joues , légèrement colorées, ont une réni- 
tence remarquable. La peau ne conserve nulle part Tim- 
pression du doigt. Le soir , un peu de somnolence et de 
mauvaise humeur. 

J'annonce une attaque d'éclampsie imminente et je 
prescris des sangsues aux malléoles et du calomel à dose 
fortement purgative. 

La maladie de son frère fait oublier mon pronostic et 
ma prescription. 

Le 11. Ma prévision s'accomplit à la lettre : Marie 



JOinUfAI. DE XÉBSCINB. 145 

est prise d'une attaque d'érjampsie analogue à celle de 
Jules , et qui dure quinze heures. Seulement, les convul- 
sions sont moins fréquentes. 

8 sangsues aux genoux ; elles saignent abondamment ; 
1 vésicatoires aux jambes; caloroeL 50 centig. qui donnent 
des selles nombreuses. 

Le 12, les accidents sont conjurés. La connaissance est 
parfaite, mais Thumeur est assez maussade , la tête légère- 
ment douloureuse. La fièvre est presque nulle , la peau sè- 
che , livide, très-infiltrée , surtout aux paupières, aux 
pieds et aux mains. Point de toux ; anorexie ; quelques 
vomissements causés par le calomel. Pas de selle depuis 
hier. . 

Calomel , 50 centig ; teinture de digitale et d'aconit ; 
ouate autour du corps. 

14. L'anasarque se dissipe assez rapidement, excepté 
aux paupières; la face semble diminuée d'un tiers. 11 existe 
encore un peu d'albumine dans les urines. Appétit , point 
de fièvre ni de céphalalgie, bon sommeil. 

Contrairement à son frère, que nous avons vu marcher 
à la guérison à travers des alternatives nombreusesde mieux 
et de plus mal , Marie suit une progression toujours crois- 
sante vers un rétablissement qui est à peu près complet 
dans les derniers jours de février. 

Comme pour Jules , le traitement de Tanasarque a 
consisté dans l'administration fréquente du calomel et 
Tusage longtemps prolongé de la digitale et de Taconit. 
L — Que Jules L. ailété pris d'anasarque et d'albuminu- 
rie , après s'être exposé , dès les premiers jours d'une 
convalescence de scarlatine , au froid humide des mois 
de janvier et de février , en un mot à toutes les intempé- 
ries que les enfants, en général, redoutent si peu, il n'y 
a rien, à coup sûr, dans ce fait, qui ait droit de nous sur- 
prendre. Tous les jours, sous l'influence de causes bien plus 
légères, bien fugitives, insaisissables même, nous voyons 
cette fâcheuse complication rejeter les malades dans un 
nouveau danger. 
L'histoire de Marie L. en est une preuve. Elle suit scru- 



i46 jotmNÂi BS HÉBScnai. 

puleusement les prescriptions qui lui sont faites, aucune 
imprudence n*est commise ; l'air de la chambre n'est re- 
nouvelée qu'avec un certain luxe de précautions. Néan- 
moins, roedème se manifeste bientôt et acquiert plus de 
volume que chez son frère. 

Il n'est point rare, répéterai-je, de voir des enfants que 
Ton entoure de tous les soins les plus vigilants , dont la 
température la plus belle semble favoriser la convalescence, 
près desquels les règles les plus minutieuses d'une sag*^ 
hygiène, sont observées avec intelligence et qui ne peu- 
vent* échapper à Tanasarque (t) ; tandis que d'autres sont 
exposés à toutes les causes les plus actives d'hydropisie et 
ne sont pas atteints. 

Je pourrais citer l'exemple d'une jeune femme qui eut, 
au commencement d'avril dernier, une scarlatine grave, 
avec délire furieux revenant surtout la nuit. A chaque 
instant , elle échappait aux personnes qui la veillaient et 
s'enfuyait nu-pieds et en chemise dans l'escalier où l'on 
avait de la peine à la saisir et à s'en rendre maître. 
Malgré ces faits regrettables , elle n'eut aucune trace d'al- 
buminurie ni d'œdème. 

Serait-il moins dangereux, au point de vue de l'ana- 
sarque , de s'exposer au froid pendant la période d'éruption 
que pendant celle de desquamation ? C'est un problème 
dont je n'ose aborder la solution , faute de données suf- 
fisantes. 

II. — Poursuivons l'étude comparative de nos deux 
observations : 

Nous retrouvons dans l'évolution des symptômes céré- 
braux la même différence que dans celle de l'hydropisie. 
Marie L. assiste à toutes les péripéties de la maladie de 



(1) J'ai sous les veux Pc^servation d^ne enfant de 5 ans , 
Àlexandrine G., de PiUeux, qui, après un séjour d'une demi-heure 
k peine k sa fenêtre, vers le 20 ou 25» jour d'une convalescence 
de scarlatine^ au mois de mai, par un temps magnifique, fut prise 
d'anasarque avec une ascite énorme. 



JOtmrtÀL DE MÉBECmfi. 147 

son frère, agrté tFhorribles bortVulsions , elle voit et partage 
la frayeur et le désespoir de ses parents foudroyés sous le 
cobp d'un rhalheur aussi terrible qu'inattendu. Sa frète or- 
ganisatron nerveuse, déjà ébranlée par une double affec- 
tion , reçoit une rtouvelle et irrésistible secousse. Nous 
pressentons Tarrîvée de Téclampsie , elle ne se fait pas 
attendre. Soit que Tbydropisie ait envahi les membranes 
ou les vèntriôules du cerveau, soit que les sympathies de 
l'encéphale aient été seules en jeu, toujours est-il que moins 
d^ 2\ heures après le début des convulsions chez Jules , 
sa sœur est prise des mêmes symptômes. 

L'on s'étonnerait presque que, dominée par tant de cau- 
ses, une scarlatine, uneanasarque des plus prononcées, un 
chagrin des plus violents , une terreur aussi subite, cette 
pauvre enfant eût échappé à cette dernière phase de sa ma- 
ladie. Mais il est n!iiûins facile d'ei^pliquerTéclampsie chez J. 
Quel()tie8 minutes avant l'invasion des accidents convulsifs , 
il riait, chantait et demandait à manger. Il n'éprouvait 
aucun de ces syniptômes avant-coureiirs qui annoncent les 
affeclîon's cérébrales; point de céphâtalgie, point de change- 
ment dans fhu'rtîeur, point d'insomnie; l'appétit est conservé; 
à peine quelques nausées et une légère constipation se 
sont-elles fait sentir, encore ces phénomènes ont-ils dis: 
paru sous l'influence de quelques grammes d'huile de ricin. 
Je ne puis expliquer l'éclampsie que par une disposition 
insaisissable de l'économie. Et pourtant, quand je considère 
que J. L. n'avait jamais eu de symptôme grave du c>ôté 
des centres nerveux, quand je relis l'observation à laquelle 
j'ai fait allusion dans ma dernière note , l'histoire d'une 
enfant qui avait eu, dans ses premières années , une affec- 
tion cérébrale, que j'ai soignée depuis pour une fièvre in- 
termittente pernicieuse avec délire et convulsions, qui n'a- 
vait jamais la moindre maladie qiîe le cerveau n'en éprouvât 
line douloureuse impression , et qui , cependant , vit sa 
confvalescence de scarlatine compliquée d'une anasarque 
avec ascite énorme, sans le moindre retentissement du côté 
de l'encéphale ; quand j'envisage toutes ces circonstances , 
j'tfvooe que je trouve le fait de J. L. plus inexpKcable en- 



148 JOUBRÂl DB HÉBSCailB. 

core. Mais que de choses en médecine qui échappent à 
toute explication. 

III. — La première observation présente dans sa marche 
certaines anomalies , un certain désaccord qui , tout en 
constituant un problème actuellement insoluble pour moi, 
méritent cependant d'être mentionnés. La gnérison n'ar- 
rive qu'à travers plusieurs alternatives d'amélioration et 
d'aggravation ; aujourd'hui lenfant semble sauvé ; le len- 
demain , rhydropisie , Talbuminurie , la fièvre ont aug- 
menté ; ou bien c'est Tun de ces phénomènes qui reste 
stationnaire , quand les autres prennent plus d'importance. 
Mais ce que je regarde surtout comme digne d'attention, 
c'est qu'à plusieurs reprises , l'anasarque fait de rapides 
progrès , la fièvre augmente , quand l'albumine semble sur 
le point de disparaître des urines ; c'est qu'à plusieurs re- 
prises également , la proportion d'albumine s'accroît no- 
tablement , quand Thydropisie marche vers une heureuse 
terminaison. 

Souvent, en examinant, dans la même séance, les 
urines du frère et de la sœur, je suis resté étonné en 
voyant celles du sujet le plus infiltré bien moins albumi- 
neuses que les autres. Enfin un troisième ordre de faits 
tout aussi curieux, c'est que des urines fort colorées , chez 
lesquelles je m'attendais à trouver une quantité très-considé- 
rable d'albumine , ne m'en offraient que des traces , 
tandis que, quelques jours après, elles étaient claires, 
limpides et fortement coagulables. Je le répète , ces par- 
ticularités sont restées une énigme pour moi. 11 eût fallu , 
pour l'expliquer , étudier bien des faits liés à ceux-ci par 
une étroite connexion, tels que la quantité et la nature des 
boissons ingérées , la quantité , la densité et la compo- 
sition des urines excrétées , le résultat variable des pur- 
gatifs employés constamment , la relation de la fièvre 
avec les autres phénomènes , etc. , etc. , études longues , 
difficiles, auxquelles enfin Ton ne songe pas toujours, 
auxquelles le temps ne permet pas toujours de se 
livrer. 

IV. — Dans ces deux observations, le diagnostic n'offre au- 



jôuRRAii DE véhbchœ. 149 

cuBe difficulté : scarlatine bien constatée, anasarque et albu- 
minurie évidentes, convulsions formant la période extrême 
de cette progression pathologique , le tableau est complet. 
Mais il n'en est pas toujours ainsi. Voici deux autres faits 
où la vérité ne peut être découverte que d'une manière 
approximative : encore te doute semble-t-il fort légitime à 
l'égard du second. 

S« Obsepiratloii» 

W^^ E., 9 ans , rue Saint^tmilien, 21 , est prise tout 
d'un coup et pour la première fois de sa vie , de convul- 
sions violentes , épileptiformes , avec perte de connais- 
sance , face vuUueuse , écume à la bouche. 

Le 19 février 1856. Appelé en l'absence du médecin 
ordinaire , je- constate un état des plus alarmants. Les 
convulsions exactement semblables à celles que j'ai dé- 
crites, dans ma preoiière observation, se succèdent ra* 
pidement avec un crescendo de violence et de durée. Tout 
plein encore du souvenir des enfants liebrun , mes idées 
se portèrent immédiatement et tout naturellement vers une 
éclampsie albuminurique. 

Cette jeune fille ne comptait dans sa famille aucun épi- 
leptique : elle n'avait jamais eu d'atteinte de mal caduc; 
depuis longtemps elle n'était plus sujette aux aifections 
vermineuses. D'un autre côté, elle n'avait point eu d'affec* 
tien qui l'eût forcée de s'aliter. L'urine ne pouvait être 
examinée. Toutefois , en questionnant attentivement l'en- 
tourage de la malade , voici ce que j'appris. 

Cette jeune fille avait éprouvé , vers le commencement 
de février., un mal de gorge assez violent qui avait duré 
plusieurs jours, et s'était accompagné de fièvre légère avec 
sentinient de courbature générale. Y avait-il eu rougeur 
de la peau et desquaouitioo ? On n'en savait trop rien ; 
on avait l'air de le croire , mais n'était-ce pas par con- 
descendance pour mes questions ? Toutefois , un phéno- 
mène qu'une des personnes de la maison avait formelle- 
ment constaté , et dont elle avait fait tout haut la remar- 

11 



150 satswàt DE ntiMMstiiB. 

que , o'esl que deux o« trois jours avant les convukhm , 
M*^* R. avait eu un peu de bouffissure au visage , surtout 
aui paupières inftrieurea. Grâce à ces données « et bien 
qu'il n'existât point de traees de desquamation, il était bien 
fiicîle de croire à TexieCence antérieure d'une de ces affec- 
tions scarlatineuses avec éruption légère « fugace o« mètne 
nulle , dont Tépidémie qui dure encore noua ar dèoné ptas 
d*un exemple. 

Sans pouvoir dégager ooinpUtênMnt Tinconnue de ce 
problème, il était facile d'instituer un traitement. Une 
vigoureuse application de sangsues aux malléoles , du ca- 
lomel à dose fortement purgative , une potion éthérée et 
des sinapismes promenés sur les extrémités. inférieures, 
firent disparaître en 7 ou 8 heures tous les accidents. 

Le lendemain , M^** E. était en pleine connaissance, 
la nuit avait été assez bonne. Il existait encore un peu d'é^ 
tonnement et de pesanteur de tête. La peau était chaude , 
un peu sèche , le pouls fréquent. Il restait à peine des 
traces d'infiltration aux paupières inftrieures. Les faits in- 
diqués par les personnes de la maison me furent alors 
confinnés pat la malade , au moîns quant à Tangine et à 
l'oedème des paupières ; la question de l'érvpiion eet restée 
douteuse; de desquamation, il n'en existait pas\ elle n'en 
avait vu aucun vestige, et cependant, à cette époque 
(1 5 jours après Téruption présuanée) , eMa aurait dû être 
manifeste. 

n restait un dernier critérium : l'examen des urines. 
Celles du matin du 21 me furent apporlées ; elles étaient 
claires , mousseuses , contenaient de rares globules de sang 
et précipitaient par l'acide nitrique. Le doute n'était plus 
permis , je me trouvais bien en présence d'une éclampie 
albuminuriqûe. Hais cette albuminurie était^^eUe scarla* 
ttneuse ? La lumière ne s'est pas Mte sur cette question : 
il faut se borner à regarder le feit comme possible , pro- 
bable même , maïs l'afiirmalion' ne peut dépasser cette 
limité. Du reste , je cessai complétameiit de voir cette 
jeune fille que je laissai aux soins de son médecin ordinaire. 
Je n'en ai pins entendu pdrier. 



H>VMkh HB «É^ECINB. 151 

4« ÙhmervMîon. 

Eugène Gruère , 30 mois , gros , fort et eoloré , d'une 
bonne santé habituelle , issu d'une mèfe bien portante et 
d'tin père toussatit habitoellenfient , a la rougeole dans le 
mois de janvier 1856. Rien d'anotmal. 

Depuis le 15 février il a un peu de fièvre ié soir , il est 
pins irritable , son sommeil est un peu agité. 

Le veMlredi 23 , augmentation de la fièvre et de Fagi- 
tation. Dans la nuit du 23 au 2i , jactitation , insomnie , 
grincements de dents , irritabilité. 

Le samedi, perte subite de connaissance , convulsions 
épileptifermès , écume à la bouche , face violacée, etc. 

Je suis appelé à une heure , en Tabsence de H. Barjôlle, 
son médecin. 

Visage turgescent , yeux fermés , pupilles largement 
dilatées, bouche violacée laissant échapper de l'écume san- 
guinolente ; collapsus général consécutif à une convulsion 
q^i vient* de prendre fin. Quelques grincements de dents. 
Peau chaude, pouls petit, à 180. Une selle, pas dé vo- 
missements. 

J'apprends que le matin l'enfant avait le corps d'un rouge 
framboise , qu'on l'a levé pour ses besoins , et sans la 
moindre [H^caution ; que cette rougeur s'est alors com^ 
plétement évanouie en quelques instants. 

3 sangsues aux malléoles ; écoulement de sang consi* 
dérable. Sinap. repétés aux extrémités inférieures. Galo^ 
mel , 30 cent. Point de selle. 

Le soir<) je revois le petit malade avec H. Barjolle. 
Les convulstons ne se sont pas reproduites , mais l'enfant 
semUé toujours sans connaissance , les yeux fermés , les 
pupiltes dilatées , la face un peu nooins congestionnée , 
quelques grincements de dents encore , ainsi qu'un peu 
d'agitation. La peau est chaude, frafmboisée sur les bras , 
les épaufes et la poitrine. Le pouls s*est un peu élargi , il 
est à 160. Pas de toux , pas de vomissements , pas 
de sellées. 
Continuer le calomel. 



1S2 JOUBnii DB KÉDRCaRB. 

25. Dans la nuit du samedi au dimanche, le sommeil a 
été assez bon et la connaissance est revenue complète à 
1 heure du matin. 

L'en&nt est assis sur son lit, jouant et causant avec ses 
parents. L'éruption a totalement disparu ; la peau est 
blanche , mais modérément chaude ; le pouls souple , à 
120 ; la langue belle, le ventre toujours serré. Pas de 
toux. L'urine est jaune , trouble , comme de Teau tenant 
de la terre glaise en suspension, d'une odeur faible. Traitée 
par Tacide nitrique, elle s*éclaircit et devient rosée, à 
commencer par les couches inférieures , puis la totalité 
du liquide devient semblable a de l'eau légèrement vineuse. 
Au microscope , on découvre , non des globules de sang , 
mais une masse de granulations qui, à 600 diamètres, pa- 
raissent grosses comme la pointe d'un cheveu , isolées 
ou groupées , et agitées d'un mouvement incessant (Brow- 
nien). 

Huile de ricin , 8 gr. (Quelques selles.) 

Une fièvre rémittente tierce mal dessinée se déclare les 
jours snivants , au dire de H. Barjolle , et cède au sul&te 
de quinine. 

Que nous ayons eu à traiter une attaque d'éclampsie , 
le fait n'est pas douteux. Les convulsions épileptiformes , 
l'écume à la bpuche , la face vultueuse , . le stertor , l'état 
comateux consécutif, etc., tous ces traits forment un tableau 
fort reconnaissable. D'un autre côté , cette rougeur fram- 
boisée , répandue sur tout le corps, le matin du 24 , rou- 
geur précédée de quelques jours de malaise et de 36 heures 
de fièvre, d'agitation, d'insomnie, de grincements de 
dents , dont la disparition , sous l'influence d'une impru- 
dence, est suivie bientôt de phénomènes éclamptiques ; 
qui reparaît le soir , mais par places , sur les bras , les 
épaules et la poitrine , pour s'évanouir , sans retour , le 
matin du 25 ; cette rougeur, dis-je, était bien de nature 
à flaire au moins soupçonner une scarlatine , surtout en 
présence d'une épidémie qui frappait à tant de portes. 
Mais , je dois l'avouer , il est difficile d'aller au-delà d'une 
simple supposition. D'ailleurs , nous nous trouvons bientôt 



SOXmSfkL DE HÉDECtNB. 153 

arrêtés par une nouvelle difficulté. Celle allaque d*éclampsie 
était-elle liée à une désalbuminalion du sang , à une ma- 
ladie de Bright , en un mot ? Il n'existait aucune trace 
d*Gedème ; les urines, loin de se coaguler par Facide ni- 
trique, s'éclaircissaient au contraire, et devenaient roses 
et limpides. . . . Des auteurs , M. Imbert Goubeyrre en- 
tre DUtres, prétendent que la maladie de Bright peut avoir 
lieu sans anasarque , sans albuminurie , sans lésion rénale 
même. M. Hialhe croit que la désalbumination du sang 
précède Thuminurie et Tanasarque. Ces deux opinions 
sont formellement réprouvées par les défenseurs de Tan- 
cienne théorie , qui font ouvrir la série des symptômes 
morbides à Taffection des reins. Lesquels croire ? 

En relisant cette observation, je suis tenté de me 
demander si nous n'avons pas eu plutôt à combattre 
une fièvre intermittente à forme convulsive. Cette pyrexie 
rémittente assez vaguement exprimée dont me parla notre 
confrère et qui céda au sulfate de quinine, pourrait 
jusqu'à un certain point légitimer cette question. 
Toutefois, en considérant là marche continue des accidents 
initiaux , leur disparition graduelle et définitive , des le 
second jour de leur'plus grande intensité, la manifesta- 
tion des accès rémittents , seulement quatre ou cinq jours 
après rinvasioh de Téclampsie, on est plutôt disposé à 
croipe, sinon à la succession d*une maladie différente , 
du moins à l'expression , sous une autre forme , d'un 
principe non encore épuisé. 

Du reste, malgré les desiderata qui se rencontrent dans 
rhistoire de ce malade que je n'ai vu que trois fois , elle 
ne laisse pas que d'être curieuse, ne fût-ce que comme 
oJ)jet de comparaison , comme moyen de diagnostic 
différentiel avec les observations précédentes. 

V. — Je n'ai rien à dire dif traitement. Pris au dépour- 
vu , une première fois , je me suis adressé à la thérapeutique 
banale des affections cérébrales, sangsues, révulsifs, 
calomel , etc. , moyens toujours employés , quelquefois 
heureux; souvent inutiles. La guérison rapide du premier 
cas devait m'encourager à persister dans la même 



1S4 louBNii. DE nÉMcam. 

voie , a me servir des mâmes armes : elles me sont reslaes 
fidèles. 

Mais , je dois l'avouer : en voyant quatre fois consécu- 
tives, guérir en quelques heures, franchement, presque 
sans convalescence , sous Tinfluence de quelques sangsues 
et de quelques, centigrammes de calomel, des enfonts 
saisis brusquement d'accidents aussi formidables , je .n'ai pu 
me défendre d'un certain degré d'étonnement , surtout en 
songeant à la gravité des affections cérébrales dans le jeune 
âge, L'éclampsie albuminurique scarlatineuse ne serait- 
clle donc, malgré ce terrible déploiement de convulsions , 
qu'une maladie assez bénigne? ie ne puis le supposer. 
Des cas mortels signalés par MM. Bartfaez et RiUiet 
prouvent que les sujets atteints de cette affection sont 
toujours sous la menace d'un grand danger. Je sois plus 
disposé à croire que je me suis trouvé au milieu d'une de 
ces séries heureuses dont on n'apprécie pas toujours la 
raison , mais dont il faut savoir se défier dans une 
statistique. Que conclure d'ailleurs de quatre observations? 

Je ne me dissimule point toute l'imperfection , toute 
Tinsuffisance de cette ébauche. Parmi les questions qui se 
rattachent à ces observations d'éclampsie, quelques-unes 
ont été à peine indiquées, le plus grand nombre eoiqplète- 
ment laissées dans le silence. Mais, je le répète : donner un 
résumé des opinions régnantes sur une maladie «dont 
l'histoire n'est point faite , me semble une œuvre stérile : 
créer du nouveau avec des données insuffisantes , une 
œuvre mort-née. On n'élève point un édifice , sans avoir 
laborieusement déblayé le terrain, consciencieusement 
accumulé des matériaux nombreux , indispensables. Cette 
sorte de création préliminaire exige un labeur long, 
patient, obscur. Faute de cette condition essentielle, bien 
des théories séduisantes ont eu presque tjans le même jour 
leur période de spleùdeur et leur ruine complète. Sachons 
donc attendre et étudier avant de prouoncer , dussent tous 
tous nos efforts aboutir au modeste rôle d'apporter uim^. 
simple pierre perdue ^ans un édifice élevé par d'autres 
mains. 



^WB»H» VZ MÉSiJU^W» 165 



O BSERrJTION clinique, par M* RotJXBAC, 
Dgctew-Médecin. 



il n'e^t pas rare de Irouver , sous un appareil sympiô^ 
roaUque biçq traocb^ , bien recoanu y des affections diffi- 
ciles à apprécier , insaisissables même , véritables noU ms 
tangen , diath^ses rebelles qui 00 ilécbie3eni , sous une 
form^ , que pour renaître sous une autre , souvent plus 
grave, plus, tenace; vaincues en apparence, mais point 
domptées , finissant par prendre sur le malade et sur le 
médèpin une dernière et trjste revanche , si le hasard ou 
une observation plus rigoureuse ne fournissent U naédica-» 
tipu qui doii eu triompher, £û présence de cets cas ot^curs, 
aulent que singuliers , on 3e rappelle iiivolontftirement 
le vejrs d'Horeu^e : 

^ Natûram furca expeilas , iamen usquè recurret. 
Un exemple : 

Une fièvre intermittente se présente è notre observa^ 
iipn, dégagée de toute complioation appréciable. Le sulfate 
de quinine, administré avec ^oute l'attention possible, .en- 
lève les acc^ plu^ ou moins &ci|ement ; quelques jours 
après , le jnalade est pris d'une céphalalgie continuelle ; 
d'étourdissements , de vertiges , de brisement général , 
d'anorexie, de douleurs abdonoinales , d'une petite fièvre 
ûpntinue, etc., tous phénomènes nouveaux , qui laissent 
le médecin surpris et hésitant, jusqua ce qu'enfin un 
nouvel accès bien caractérisé vienne remettre lies choses 
d£ins le. même état qu Vaut l'adininistration d'une tbéra** 
peutique intempestive et malencontreuse. 



i56 lOinUEIAL BB HÉDBGOIS. 

J'ai recueilli , cette année , Tobservation d'une maladie 
analogue : elle m'a paru curieuse à plus d'un titre ; je 
vous demande la permission de vous la présenter, toute 
incomplète qu'elle est. 

Huguier, 50 ans, ancien matelot, a perdu un bras à Na- 
varin. Caractère violent et emporté, il a toujours joui d'une 
excellente santé et n'a jamais eu la syphilis. 

Depuis 3 ans , il est affecté d'un rhumatisme articulaire, 
subaigu , généralisé , sans complication du côté du cœur. 
Les saignées, le colchique , les vésicatoires, les bains de 
vapeur suivis ou non de douches froides , n'ont eu , jus- 
qu'ici, au dire du malade, qu'un succès douteux ou mo- 
mentané. 

Nous commençons un nouveau traitement vers la 6n 
de l'année 1855. Une saignée , la teinture d'aconit napel , 
à doses croissantes , de 20 à 60 gouttes, une couche de 
collodion sur les articulations affectées , enlèvent en deux 
mois cette longue maladie. Il reste, toutefois, un peu de 
raideur dans les membres. 

Dans les derniers jours de janvier 185&, dix ou douze 
jours après la disparition complète de la fièvre, des gonfle- 
ments et des douleurs articulaires , une bronchite aiguè 
avec toux incessante se déclare sans cause appréciable. 

Le 1^' février, pendant une quinte de toux, une ddh^ 
leur déchirante se fait brusquement sentira quatre travers 
de doigt au-dessous des dernières fausses-côtes droites; les 
mouvements du thorax sont presque impossibles, la palpa- 
tion très-douloureuse, la fièvre intense ; la toux fréquente 
arrache des cris plaintifs au malade; rien à l'auscultation 
et à la percussion de là poitrine et du cœur. La langue est 
sale, point de vomissements, point de nausées^ le ventre 
est serré. 

Je crois avoir affaire à une péritonite limitée. 

Saignée de 300 gr. (sang couenneux, peu riche); le 
st)ir, lO^sangsuessur le point douloureux. 

Le 2 , les accidents ont peu diminué : le malade croit 
sentir , dans l'endroit douloureux > une tumeur d'un petit 
volume. En effet , le doigt promené sous l'hypochondre , 



JOtrBNAl DE MÉDECHtE. 157 

trouve une dureté circonscrite, grosse comme une amande, 
dont il est difficile de préciser le siège et |a nature. La dou- 
leur est toujours considérable , la dyspnée extrême , Tex- 
pectoration difficile, la palpation et la percussion très-pé- 
riibles. Point de nausées, point de vomissements, anorexie, 
soif, constipation, urines médiocrement abondantes ; peau 
chaude et moite, pouls à 96. 

2 pilules de colchique et d'extrait de coloquinte ; cata- 
plasmes émollients, lavements purgatifs. 

La douleur de côté et les autres accidents persistent, en 
s amendant toutefois, jusqu'au 6. 

Le malin , la douleur spontanée est nulle , la pression 
peu pénible , la respiration , les efforts de toux faciles , 
l'expectoration abondante. La bronchite est en voie de ré- 
solution , Tappétit revient. . . Avec un peu d'attention, on 
saisit , à quatre travers de doigt au-dessous du rebord 
des fausses côtes droites, une tumeur absez superficielle , 
située probablement dans l'épaisseur des parois abdomina- 
les et du volume de la moitié d'un œuf de pigeon. Quelle 
est la nature de cette tumeur ? 

Vers deux heures de l'après-midi , tout-à-coup , sans 
cause appréciable, sensation d'une douleur déchirante, 
atroce, au niveau de la tumeur. Il semble au malade que 
de l'eau bouillante est versée dans l'abdomen et se répand 
jusque dans les testicules; suffocation imminente, respi- 
ration presque impossible , râle trachéal , lipothymies , 
face pâle, égarée, peau couverte d'une sueur froide; pouls 
petit, filiforme ; la tumeur dure, parfaitement circonscrite, 
a acquis 12 centimètres de longueur et 5 ou 6 de lar- 
geur ; son niveau supérieur reste fixe à quatre travers de 
doigt du rebord des fausses côtes. Quant à son épaisseur, 
elle paraît peu considérable; sonorité exagérée tout à 
l'entour; il semble que des anses intestinales la séparent 
du foie qui est refoulé en haut et gêne le jeu des pou- 
mons. 

Pratiquée légèrement sur la tumeur, la percussion donne 
un son mat; plus profonde , elle donne un son clair qui 



ii9 JODjgiux j>B liriTOCiw^ 

dénote que les intestins, distendus par des g^z, sont siiués 
au-dessous et à une &ible distance. 

Le soir , la tumeur a 25 centimètres d'étendue dans 
tous les sens , mais elle est peu épaisse et ^dhérent^ 
aux parois abdominales ; le malade est dans une anxiété 
extrême , dans une sorte de demi -asphyxie; râle trachéal, 
peau chaude et couverte d'une sueur visqueuse ; pouls petit, 
dur et serré. 

Quelle est la nature de cette tumeur? Probablement 
sanguine , si Ton s'en rapporte à la manière dont elle s*est 
produite. Son siège? Est-elle située entre le péritoine el 
les parois abdominales , comme je l'avais cru d'abord ? Il 
est difficile de s'arrêter Içngtemps à cette opinion : la 
séreuse abdominale si tenue, eut infailliblement cédée sous 
la pression d'une telle masse de sang , et une péritonite 
foudroyante se fut bientôt déclarée. Il est probable que 
cet épancbement de sang existe entre les feuillets ^ponévro- 
tiques des muscles abdominaux. 

Saignée (couenne inflanmiatoire ; glace sur la tumeur; 
boissons froides, immobilité et silence absolus» chlorydrate 
de morphine 10 centig.) 

7. Point de changement. Le soir, un vomissement de 
matières à aspect fécal. 

Même pi*escription. 

8. La tumeur a pris du développement en largeur , 
mais elle est moins circonscrite , peu épaisse et moins dou* 
loureuse. Un vomissement sembbble à celui d'hier. Point 
d'urines. Là vessie, cependant, semble en contenir une 
certaine quantité. Le cathétérisme en donne environ 175 
grammes. Constipation opiniâtre. 

Huile de ricin ; peu d'effet. 

10. En examinant le malade dans tous les seps, j'aper- 
çois, sur. le flano droit et sur las iQpibes, une énorme ec 
cljymose qui ne laisse plus de doute sur la nature, de 
l'affection. 

Le 1 1 , le malade est très-bien , la tumeur se résorbe 
rapidement. Il n'existe pas de fièvre , p^ d^ toux ; Lçs ar- 
ticulations soat libres , le sompaeil e^ l'appétit parfaits. 



Tout promeè une convalescence franche el rapide» quand 
un frisson violent signale le début d'une parotite à gauche 
qui se développe assez rapidement et s'accompagne d'une 
fièvre intense et d'une nouvelle bronchite avec accès suf- 
focants. 

Frictions avec une pommade composée d'onguent na- 
politain et d'extrait de belladone, parties égales. 

12. Suffocation imminente, face bouffie, pâle, blaf- 
farde , toux quinteuse , expectoration de matières vis- 
queuses. Râle sous- crépitant , des deux côtés , en bas , 
et postérieurement ; respiration anxieuse. Parotite énorme, 
sans indice de suppuration , fièvre violente , pouls 
à 125. 

Kermès , 50 centig. ; un large vésicatoire dans le 
dos ; continuer les frictions mercurielles sur la parotite. 

14. La tumeur du ventre a diminué de moitié, la pa- 
rotite sçmhie se résoudre , la douleur -y est beaucoup 
moins considérable. Le pouls est à 92, régulier, lapeau peu 
chaude , la respiration est largç et facile , presque nor- 
male , ia toux rare , les râles humides moins abondants. 
L'état du malade est des plus sati^aisants, si l'on en excepte 
toutefois une stomatite mercurieUe des plus prononcées. 

Continuer le kermès; suspendre les frictions mercu* 
rielles et les remplacer par de simples cataplasmes émol- 
lients ; gargarismes alumineux ; toucher les gencives avec 
de rapide chlorydrique. 

15. L'épanchement continue à se résorber rapidement ; 
le gonflement parotidien s*est affaissé. Bien qu'il reste en- 
core un peu de bronchite et que la salivation merourielle 
ait fait peu de progrès vers sa résoLutioD , Huguier se 
trouve de mieux en mieux. Malheureusement, je n'ai pas 
songé au traitement héroïque de la stomatite merourielle, 
le chlorate dé potasse , et le malade souffrira encore p(u • 
sieurs jour^ de ee regrettable oubli. 

Vers midi , nouveau frisson avec mvasion d'une douleur 
tellement vivp d^ns les deux épaules et d^ns le bras 
gauche, qw ie nooindre mouvement arrache des cris 



160 jotmiiÂL DE MÉKcms. 

aupatient; fièvre intense, pouls dur, à 120; rien au 
cœar. 

Saignée (sang couenneux) ; potion avec salfate de 
morphine). 

Le soir à 10 heures. 86 pulsations, point de toux, 
point d'expectoration , de douleurs de poitrine , ni dop* 
pression. La parotite a encore diminué , mais la douleur 
des épaules , du bras et du poignet est plus intense. La 
stomatite mercurielle reste à peu près stationnaire. Je ne 
serais pas éloigné de croire à la présence d'une fièvre in- 
termittente. 

16. Un accès pernicieux des plus violents. Le malade, 
dans un état d'asphyxie presque complet , est à demi assis 
dans son lit, soutenu par des chaises , la face est bleuâtre, 
les yeux dilatés d'une manière eflrayante , Fair égaré , la 
peau couverte d'une sueur visqueuse. 

Sulfate de quinime , 1 gr. 50 centig. 

Les accès de fièvre, la toux , les douleurs rhumatismales, 
tout a disparu comme par enchantement. 

Le 18. Le malade est très-bien ; pour la troisième fois , 
la convalescence semble se dessiner franchement. Il ne 
reste de toutes les souffrances dont nous avons donné la 
longue énumération , qu'un gonflement fort léger à la ré- 
gion parotidienne , et encore un peu de salivation. 

21. Je suis péniblement surpris en retrouvant Huguier 
avec une nouvelle fièvre, et une tuméfaction considérable 
de la parotite , avec rougeur vive et douleur insupportable. 
La bouche peut à peine s'entr'ouvrir de quelques milli- 
mètres , la déglutition est presque impossible , la salivation 
mercurielle est presque aussi abondante que les premiers 
jours. Constipation. 

Malgré la difficulté d'avaler , j'ordonne 50 grammes 
de sulfate de magnésie, qui déterminent Mes selles nom- 
breuses. 

22. La fièvre s'est calmée , mais la parotite est énorme 
et très-douloureuse , la salivation persiste. 

Cataplasmes émoltients ; lavement purgatif. 

26. Une collection purulente des plus manifestes, a 



JOUBUAL de HÉDBGirVB. 161 

lieu dans la tumeur parolidienne.. Une ponction faite uû 
peu en arrière de Toreille, laisse écouler une grande quan- 
tité de pu& 

2 mars. La suppuration est presque tarie , le gonfle* 
ment faible , la fièvre presque nulle , le pouls à 78. 
lirais la main , les genoux et le pied droit sont gonflés , 
engourdis et douloureux , la face e>st naturelle , la bouche 
mauvaise, la langue sale , la salivation fort réduite. 

7. Le gonflement de la parotite se reproduit pour la 
troisième fois , l'ouverture qui s'était fermée , est rede- 
venue perméable au pus. Les jambes sont libres , mais le 
poignet est très-douloureux et enflé , le pouls fébrile , à 
82. Bouche mauvaise , anorexie « langue sale ; plusieurs 
selles causées par une pilule purgative. 

14. Les douleurs rhumatismales et la protite ont beau- 
coup diminué , peu de fièvre. 

lodure de potassium , à commencer par 25 centig. , en 
augmentant tous les jours de 25 centig., jusqu'à concur- 
rence de 1 gramme. 

17. Quatrième retour du gonflement parotidien. Mais 
ce gonflement diminue peu à peu sans suppurer : le 30, il 
n'en reste plus que des traces. A cette époque, létat gé- 
néral est très-bon: la toux, Toppression , la salivation 
mercurielle ont disparu sans retour, l'appétit est vif, le 
sommeil profond et réparateur ; les douleurs rhumatismales 
s'effacent graduellement , et dans le courant d'avril tout est 
rentré dans Tordre. 

Seulement , à la suite de cette maladie si longue , si 
variée dans ses phénomènes , Huguier reste avec une &i- 
blesse extrême, qui ne se dissipe que lentement. 

Voilà, certes, un véritable protée qui succombe à peine 
sous une forme, qu'il reparaît plus menaçant sous une 
nouvelle, laissant chaque fois le médeéin plus étonné , le 
malade plus affaibli, les ressources thérapeutiques plus 
bornées. U|) rhumatisme multiarticulaire sans complica- 
tion apparente , et durant depuis trois ans , cède en deux 
mois aux antiphlogistîques, à l'aconit, au collodion. Mais 
la joie du malade est de courte duré : bientôt survient une 



1<2 jonuiAL BB mûmcmÈ. 

bronchite aig«ië , dont les quintes déterminent une déchi- 
rure, avec énorme épanchement de sang dans les parois 
abdominales , et qui compromet sérieusement l'existence. 
Ce nouveau danger est à peine passé , que se déclarent 
successivement une parotite énorme à répétition (si je 
puis prendre cette expression puisée dans le vocabulaire 
d'un célèbre syphilographe) , puis une fièvre pernicieuse, 
sous forme de catarrhe asphyxiant , puis une troisième re- 
prise de la parotite , puis <^nfin, à l'extrémité de ce cercle, 
retour à l'état primitif, c'est-à-dire explosion d'un rhu- 
matisme polyarticutaire , qui ne cède qu'à i'iodure de po- 
tassium. Encore, dois-je è la vérité de dire, qu'il y a quel- 
ques semaines, H. se plaignait de douleurs vagues dans les 
membres. 

Quelle était donc, en somme, cette bizarre affection ? Me 
suis-je trouvé en présence d'une diathèse rhumatismale mas- 
quée par un traitement inopportun ou insuffisant? C'est pos- 
sible. N'ét^t-ce point une syphilis ancienne , se trahissant 
sous un aspect insolite et trompeur ? Les assertions de 
mon malade ne m'ont pas semblé une garantie suffisante : 
un matelot qui fournit sa carrière sans essuyer quelque 
orage , me semble un idéal difficile à rencontrer. Le succès 
de riodure de potassium semblerait encore de nature à 
justifier cette présomption , si l'on ne savait qu'il guérit 
souvent des rhumatismes complètement dégagés de l'élé- 
meiH syphilitique. Ge qu'il y a de certain , c'est que les 
jours du malade ont été en danger pendant toute la série 
des phénomènes qui ont succédé au rhumatisme initial ; 
que le danger a été complètement conjuré , du jour où 
les articulations ont été délînitivement reprises par la rou- 
geur et le gonflement. 

Ce feit , joint à beaucoup d'autres semblables , ne prou- 
ve-t^il pas l'immense difficulté que présente le diagnostic 
d'une foule de maladies, jé ne dis pas lé diagnostic 
local , anatomique , presque toujours insuffisant ; mais fe 
véritable diagnostic , celui de la cause , de la nature de 
l'affection , la connaissance des antécédents du malade , 
de son organisation , de ses habitudes , etc. Diagnostic, 



JOÙHirÀi DE nntBEÉlNË. I6à 

s^ns lequel on voit toifê les jourâ les affeôtions fes ptus 

5^in]ples, en apparence , opposer aux efforts du médeciti 

surpris 4 une résistance insormontablé autant qu'inat- 
teiwtue. 



DEUX OBSÊRFJTIONS de rupture de 
l'utérus, par le docteur Lbtennbub. 



Bien que les cas de rupture de Tutérus ne soient pas 
excessivement rares , il est cependant un grand nombre 
de médecins qui ont eu le bonheur de n'en point ob* 
server ; c'est pourquoi il y aura toujours quelque intérêt 
à publier les faits qui se rapportent à ce redoutable acci- 
dent de la parturition. 

La rupture de l'utérus peut être spontanée , ou bien 
elle est dét^minée par les mauffiovres pratiquées dans le 
but de terminer Taccouchement ; mais dans Tun et Tautre 
cas , elle a lieu le f4iis souvent brsque , dans une position 
vicieuse du fœtus , qui s'oppose à son expulsion pair les 
seules forces de la nature ^ laecoucheur n'intervient pas 
à temps et que la femme lutte énergiquement contre un 
obstacle invincible. Aussi les ruptures de Tutérus sont- 
elles rares dans les villes où les femmes reçoivent totajours 
des soins empressés et éclairés , tandis qu'elles sont, re^ 
lativemejot du moins , fréquentes dans les camipagnes où 
la pratique desaceoucheikieeits est abandonnée a des ma- 
trones ^ à des sages-femmes dont l'instruction est mal- 
heureusement presque toujours insuffisante. 

Ces femmes auxqnelles on peut reprocher quelquefois 
d'être trop audacieuses , n'osent pas , où plutôt ne savent 
|ms , dans certaines circonstancefH agir à propos , bien que 



164 lOUBNAL DB HÉDBGniB. 

l'indication soit précise et que l*expectation soit pleine de 
dangers. 

Les deux observations qui suivent en sont la preuve , 
car la rupture de l'utérus aurait certainement été évitée 
dans les deux cas , si la version eût été foite en temps con- 
venable. 

t'« ObserTatlon. 

Le 20 janvier 1845 , je fus appelé par le docteur 
Mary , de Palluau (Vendée) , pour voir , au village de 
la Maladrerie , la femme Perrochaud , qui depuis 
quatre jours , était dans les douleurs de l'enfantement. 
Cette femme , âgée de 39 ans , avait eu plusieurs enfants , 
mais un intervalle de douze années s'était écoulé entre les 
deux dernières grossesses. Lorsqu'elle avait ressenti les 
premières douleurs , elle avait fait venir près d'elle une 
sage-femme , qui n'arriva qu'après la rupture des mem- 
branes ^ et lorsque déjà un bras s'était engagé dans le 
vagin. 

Loin de faire de suite la version qui , probablement eut 
été facile , elle fit sur le bras des tractions fort éner- 
giques, qui eurent pour résultat une fracture de l'humérus 
et la déchirure des parties molles au niveau de la 
fracture. 

C'est alors que M. Mary fut demandé ; il constata une 
contraction spasmodique permanente de l'utérus , qui 
ne lui permit pas d'introduire la main pour faire la 
version. 

Pour combattre cet état , il employa divers moyens , 
tels que saignée du bras , bains de siège , bains entiers , 
injections mucilagineuses dans le vagin, applications émol- 
lientes sur l'abdomen, etc. Ces moyens furent successive- 
ment mis en usage pendant trois jours , et plusieurs fois 
le médecin fit, pour pénétrer dans l'utérus , des tentatives 
qui furent toujours infructueuses. 

Je trouvai la femme dans un grand état d'épuisement, le 
ventre était très-douloureux à la pression , la vulve tu- 
méfiée , chaude et sèche , le bras de l'enfant pendant 



.^-H 



entre les caisses de iftfeoime , était neûr, fksque ^ froid et 
dépouillé de soii épiderme*' • ^' , ,,-*.. 

Le toucher ine fit rçconnajjtre une sécheresse ël^trême 
du vagin.4j*épauW était engagée dans la-, col» donl*lfr»djk- 
tation était' cQmpIëte. Les^ dottlenrA avaient cessé*'; ou 
plutôt, l'utérus Tipres avpir poussé m dehors, toutes les 
eaux de Tamnips , s'était appliqué de Joutes parts soiis le 
corps de reirfant, qd*H ^-cbmprinjait par- une cai}tfactii)n 
continue et sp^smodiqife y ainsi que déjà l'avait constaté 
mon confrère', M. Mary.*^ J'essayai d'tntfodtiire la main 
dans la catité * de l'organe , niais Je seflfis jbfieirtôt que 
cjétait impossible.. ' / , ' ' 

' Je chercliai 'alors à «y* f^ire pénétrer- une înjqctiori com- 
posée d'une décoction épaisse de gfaine de lin ; kr jîquide 
ne -revint pas en entier par le* vagin ; je reï^duveJlai plu- 
sieurs fois, de suite ces 'miçcCions , de nàartifere 4 lubréfier 
autant que 'possible les çarôis d^. Tutérijs. Je cifus "alors-que 
je pouvais' essayer dèfairç la version. • "" „ * 

La main dtojte ^'. pdussée avec . une lenteur exii'êg^, 
pénétra tout entière , ^n cefoulant répaalO|'{)endi|iit'm]e 
la main gauche ^utenaiC le ^îofid dç l'utérus;. nMiisiiien* 
tôt le col utérin me çOtnprinDant le^ poignet , produiMt un 
engourdissement tel, quâje'.cras4]u'il nié serait impossi^ 
ble d'avancer plus loin/ Après une ' pause .prolongée , 
je réussis A gag'ner un peu de ten^ia,^mais bientôt tes 
mêmes diffibultés se-pr4**"^^*^'r^Dfiî» » 'ji^rpiVai assez 
prpfondément •pour toucher un pied. Au-'moment'où 
j'allais le saisir, je sentis suV lè^dos de in? main urte sorte 
de frémissement ;Vétaît l'iilQrus qui s'ëotr'o«vrait de,ha'ui 
en bas. avec assez de .Jepte.lîi* ppur .que .je pusse lâisément 
me rendre eompte de ce qui se.passait. \ :. / ' 

A l'instant môma ma^maîa se] trouva lyxre, et je:ni^a- 
pecçus, non <sans un. véritable «ïirol^ qv^'elle^se trouvait 
au milieu, de ia^mas^^ int6sii/^ale qœ^je^ rjBConnus.. pariai- 
teiment. ., . * •'.•***.' 

Je rtiinenai ))ro\njptemefit \» main dansj'qtérus, dont 
la contraction avait en ti^ement cessé.. Je pus Saisir 'les 
pieds et^faire la versioir sans «uclAref diiricalté.\Des^ frictions 

V2 



1<6 JOiniUU. DB VÉMQIHB. 

soutenues sur ie fond deriilérQ&, isivoriBèreBi lapétraetienëc 
cet organe ; le placenta se présenta bientôt et fut extrait 
sans effort ; et rien ^ au dehors , ne traduisit la gravilé 
de la situation dont les assistants ne se doutèrent noile- 
ment. 

L'épancbement de sang qui avait dû se former dans le 
péritoine n'était pas assez abondant pour qu'il fut possible 
de le constater. 

Des douleurs violentes dans Thypogastre eurent lieu 
après raccouchemeat ; elles furent calmées .par une ap- 
plication de sangsues , et, après quelques i cors, 1^ malade 
paraissait dans les meilleures conditions ; la fièvre de lait 
fut modérée et ne dépassa pas la durée ordinaire. Les lo- 
chies coulaient convenablement et tout faisait présager 
une prompte guérison, lorsque, huit jours après l'accouche- 
ment, la malade, qui venait de manger un potage , se trou- 
vant assez bien pour changer de chemise sans se faire 
aider, fit probablement quelques efforts trop violents , et 
fut prise d'une hémorrhagie utérine à laquelle elle succomba 
en quelques minutes. 

9« HtisertratioB» 

La femme qui fait le siyet (Je la seconde observation , 
habitait au village de la Forêt, commune de Saiot-Chris- 
tophe-du-Ligneron (Vendée). Agée de 27 ans , elle avait 
eu déjà deux couches heureuses ; sa tiioi^ième grossesse 
avait suivi une marche régulière, aussi elle crut pouvoir 
se contenter , pour l'assister dans son accouchement, d'une 
matrone du village. (C'était en 1846.) 

Après quelques douleurs, les eaux s'écoulèrent, et 
une main se présenta à la vulve. La malrofte réolama 
l'aide d'une sage-femme ; celle-ci reconnut une préseata- 
tion de la face , et demanda, à son tour, la présence d'un 
médecin. 

On alla successivement dans deux communes voisines 



joirauMii DB vÉf>9€tm. 167 

pour cacher des médecim qu*on ne put reuqoiitrer , 
c^^est alors qu'on vint chez moi. Vingt heures avaient été 
perdues en marches et en contre-marches. 

J arrivai près de ia malade à onze h^ures du matin. 
On me raconta que, vers le milieu de la nuit, après avoir 
eu des douleurs très-violentes et très-rapprochées, la mal- 
heureuse femme sembla réunir toutes ses forces dans un 
suprême eiFort , et tomba ^ immédiatement après , dans un 
état de coilapsus complet ; le visage devint pâle , le pouls 
s'efiaça et la sage-femme reconnut qu'une tumeur venait 
d'epparattre au eôté droit de Futérus. 

Je trouvai, ia femme dans Tétat que je vieas d'indiqper : 
al^sence de ppuls radial , une-^ueur froide couvrait le visag^t 
les lèvres étaient violacées , il y avait un peu de subdéli- 
rium ; aucune contraction ne se faisait sentir dans Tu- 
térus. 

Je constatai la présence d'up bras dans le vagin, et une 
présentation de la face en travers ; le menton , en arrière 
duquel passait le bras , correspondait au côté droit du 
bassin. (Position mento-iliaque droite.) 

J'examinai ensuite la tumeur qui s'était foriuée tout-à- 
coup dans le côté droit du ventre, et dont l'apparition 
avait coïncidé avec l'état général si alarmant que j'ai dé- 
crit plus haut. 

Cette tumeur avait son siège au-dessus et un peu à droite 
de l'ombilic ; elle avait le volume d'une tête d'enfant à 
terme, et tenait par sa base à l'utérus ; elle avait une con- 
sistance notable, mais sans dureté osseuse. On pouvait la 
comprimer avec force sans déterminer de douleurs ; mais^ à 
sa base, la moindre pression arrachait des plaintes à la ma- 
lade. En outre, cette tumeur paraissait très-superficielle et 
piacée immédiatement sous les parois abdominale^ qui 
avaient peu d'épaisseur. Enfin , dans le sillon qui mar- 
quait la base de cette tumeur , c'est-^à-dire à la région om- 
bilicale, on sentait une fluctuation très-manifeste , rêvé- 



I6i( jOtTRIfAi. 1A IIÉ9SCI1IB. 

tant la présence^ dans ce point, d'tmecertaineqti&htité de 
riquide. '* , . . 

Je diagnostiquai une rupture de l'utérus^ avec- saillie du 
placenta dc^ns la cavité du péritoine , 'eft éj)aac6einent dé 
sang à la région ombilicale. 

Dans la crainte que ta version najBiginentai*)a déchirure 
de Tutérus, je voulus tenter rappiication* du forceps, mais 
la position de la tête, que je ne pus modifier, et la présende 
du bras qui, malgré tous mes eports poiiir Je i^fouler *dan$ 
la cavité utérine^ retombait toujûiv.s, ne me perarireh} pas 
de fixer d'une manière convenable «les branché»» dô -l'iiis- 
trument. Je fus donc obligé de renoncer d' ce 'moyen et 
d*avoir recours à* ta version, -malgré les "incont^ienls que 
je prévoyais. - • - • ■ 

La version n'offrit pas de diflicultës.^ l^lle fut faite avfc 
la main droHe , portée, dans le côté gauclie dé la cavité 
utérine , c'est-à-dire dans le poipt opposé à îa rupture. 
L'enfant avait cessé de vivre. ^ ' - . • 

L'extraction du placenta se fit ^u mayen de tractions 
modérées sur le cordon. Elle fut suivie 'itnmédiatement 
d'une hémonrhagie abondante. '* /- - -- * 

J'introduisis promptement la mab) droite d^QS fiitqrti^t 
pendant quavec fa nntin gauche je frictionnai rjiypegastre 
et que je faisais faire des aspersions d'^aû vinaigra sur la 
même région j l'hémorrUagie s'arrêta par stii^ed&ta eoo- 
traetion de, l'utérus.. ". * / \ 

La version, quoique facile et pratiquée ave« prudence , 
avait consîdérablenient augmenté 'la solUtM tïe çohti- 
ni/îté, ainsi que je l'avais craint. L'ouverture par* JiiguiBlle 
le placenta avait fait saillie tians la cavité abdominale était 
d'abord bornée à une portion très limitée du corps de 
l'organe , tdndi» qu'après ^a délivrance ^^ et apr^ qiie fe 
globe utérin fut revenu à des dimensîonà convenables ; la 
main pouvait passer Taciiemént dans la cavité' pérjtonéale 



JOIIBUAJ. AB M18D£«IJ!^. â*69 

par lioe^ulioiY de cpiUiiHii^é qui, s'étendait, deptds ie 
fond 'de. lulëinjs jusqu'au col iiklu&ivoinent* 

ko. femmer .succomba dans la journée' du lendvipain , 
sans qiVH se s^t mantfesié (e moindre signe de réac* 
Hoir, . • . * - ' 



t- ^-» :-* 



RJÉPORT sur im fi^énKkiv^ jie M. .Gintrag , d0 

; Bordeaux^ sur l'oôlitératîôn delà veine porte , 
- pm VL MALUEaHB ^ docteur-médecin ,.médemn 
de' l^H^lel-ffieu de Nantes. * * 



MïSâU«R9 / 



Malgré U; yiyejumrère^etée paç les travaux «noderncs 
sujr quelques poiiU^'de U physic^jogié etHe la palJioitogje 
du Ibîe ', il refile» encore bieiï des problèmes à résoudre , 
bien des «ténèbres à dissipei;,, à -j^ropos ées fonctions et 
des maladies de i'ofgane sécréteur* d|,e la h\\e. Aussi doit- 
on accueillir aveo ftiveur^ tout'ce qui peut ajouter à nos 
connaissances positives swe des questions à la fois si ardues 
et d'yn si ^rand inlérêl. (.a «part importajile du foie dans 
Facte complexe de Iji digestion , fait de son iuitégrité 
4me <les principales conditions du maintien de la santé , 
en même temps «fue soa pontaet journalier avec les pro- 
duits de rabsorplioQ intestinale Texpose sans, cesse À*uDe 



i70 JOVRflAt, DE «ÉDBCHCB. 

foule de dérangements passagers , dont la répétition peut 
amener de graves* altérations. 

Les maladies du système veineux abdominal sont peu 
connues et doivent cependant être assez fréquentes; mais, 
en général , dans les autopsies on néglige d*examiner ees 
vaisseaux ; et , d*un autre côté , leur situation profonde 
rend , pendant la vie, leur exploration très-difficUe. 

M. Gintrac, de Bordeaux , a cherché , dans le mémoire 
qu'il vous a adressé , à jeter quelque jour sur ce point 
de pathologie. 

Ayant eu occasion d'observer six fois l'oblitération de la 
veine porte , H a recherebé avec grand soin tous les cas 
connus de cette affection : il a réuni ainsi , en y compre- 
nant les siens , un total de 36 faits*, dont il a tiré les 
déductions suivantes ; 

« La veine porte peut être oblitérée mécaniquement , 
en vertu d'une compression exercée par des tumeurs con- 
tiguës de nature très-diverses. Les parois rapprochées , 
gênent , ralentissent la circulation du sang ; ce fluide 
tend alors à se concréter. » 

€c Le tissu qui entoure immédiatement la veine porte a 
quelquefois été le siège de la maladie. H. ^ruveilhier a 
vu l'inflammation et la suppuration occuper la périphé- 
rie de ce tissu et pénétrer ainsi dans b stibstance du 
foie. La matière purulente enveloppait et conriprimait les 
parois veineuses. 

Il existe dans la science un senl exemple d'oblitération 
de la veine porte par cause trafuniatiqtfe ; il est rapporté 
par M. Ernest Lambron. 

Un homme de 69 ans avale une arête de poisson. Ce 
corps étranger s'engage dans l'épaisseur du pyfore , tra- 
verse l'eXfrémHé droite du pancréas et va s'implanter 
dans le tronc de la veine mésentériqo^ supérieure. De là 
une inflammation vholenCé qui se propage Ife long de la 
veifie->^porte. Orif trouve dans ce canal du pus couleur He 
de vin et uwe feusse membrane s'étettdant dans la 
veine mésentérique dont te calibre e^ obfitérc par des 
oaîHots. 



JOVBHiLli 1>B HlîiœGIBB. 171 

Dans bon nombre de cas , ToblitéraMon de la veine 
é4«t due à une inflam»natior> qui avait laissé pour traces 
des fattssea membranes ,du f)us, des abeès dans la subs- 
tftDee du foie, des caillot» plus ou moins aliérésy des ossi- 
fications. 

Ces altérations, occupaient tantoi les racines , tantôt le 
trono, tantôt les brandies de la veine-porte « isolétneot o» 
simultanément. 

Nous renvoyons au travail de H. Gintrac pouxr les dé- 
tails des observations el pour la bibliographie, qui ne pour- 
raient trouver plaee dans ce rapport. 

L'observation suivante^ qoi nous a été communiquée par 
M. Gély, nous a semblé mériter de prendre rang à Iq suite 
des faîis rapportés par H. Gintrac, bien qu'elle laisse à dé- 
sirer au point de vue des antécédents. 

Un homme de 45 ans, atteint d'bydropisie depuis plu- 
sieurs moia, entra à l'Hôtet-Dieu à la fin de novembre 1836, 
et fut ponctionné plusieurs fois, à la distanee de qiuin^e 
jours à un mois. On observa, en outre, une infiltration 
passagère de^s extrémités, q'ui strîvait les phases de Tascite; 
une dilatation de la veine tégumenteuse du côté gauche; die 
la débilité, de Toppressioii. Il mourut le i tévriec 18S7. 

Autopsie. ~ Poumon droit sain ; pounkon gauche 
comprimé par un épanchement de deux lilres, plièvre en- 
flammée, épaissie, opaque. 

Dix à douze litres de liquide dans TabdonMin , péritoine 
très-épaissi, d'un h\mm micré, opaque dans toule son éten- 
due, rétraction très-grande du mésentère , adhérence cel- 
luleose umssiini les circonvolutions intestinales. Vaisseaux 
iliaqlues et veine-cave sains. 

Le tronc de la veine porte renferme im caillot qui la 
rei!i]f>liit à moitié , il adhère à la partie supérieure ; il se 
prolonge du côté du foie et devient de plu& ^n plus vo- 
lumineux et adhérent ; il remplit toutes lies divisions de 
la branche 'gauche de la veine porte; il est noir, un peu 
mou , granuleux et gris rosé au centre. Les pai^ois de la 
veine çont évidemment altérées ; el<les sont rugueuses , 
rottge-brun, pointiilées ; partout ou elles ont cet aspect, 



172 JOORNi^ D£ Méf>BGINB« 

les^ adhérence» sont très-solidès. Du' côié de labdomen , 
cm trouve dans te trotic de la veiife porte une plaque 
ovale y ayant pQr&ît^naent ^aspeo^ d'une niÎK|ueusè «t. 
formé par 4jne fausse înenibrave^ tomènteuse-, adhérente 
sur un point enflammé. 

Le foie est p<$tt( , -ferme \ granuleux , )b \che gauche où 
pénètre' la veine matade \ ne.diffèrei ^xis du droit Les reins 
sont mous , d'un rouge violacé, foncé. * • . , - •• 

.Lohfitération' incomplète^ qui .içxbtûU ici «lait évidèm- 
ment'te résultat dlune phlébite coiiime le 'démontrent l'a- 
dhérence des caillots ; .raltératbn de la paroi verîiei|se aux 
points adhérents, ei enfin la*ptaqu6 psëudo-membraneuse 
IrcmVQe dans le tronc de Vveiïlfe. 

L'bydropisie , la dilalation . d'une des veines superfi- 
cielles de rabdoroen et le petit rolùme-du foie sont les cir- 
constances les phis ira portantes à noter ef <}^i rappro- 
chent' 1^* plu6 ce (ait de plusieurs da ceux rapportés par 

Tauteur dii nïénïoire.-qiie'noiis atialysons; ; . * 
' ' * 

Voici, maintérrant, uïî tableau rapide des symptômes ob- 
servés: : --''.- 

Dans les ca^ argu^*, signes d'irritaifi&n plus où moins 
vive de&voi^digesttves, vomissem^&dts de matières* ver- 
dâtres, quiolquefois •niiôréés de sang ,-^*une teinte noirâtre 
el«d*UDe odeur infecte. ».'.-. 

• Parfois constipation^ plus sbuvent diarrhée, selles jaunes, 
bilieuse», parfois sanglantes ou norrâtras. Abdomen tondu, 
mété^risé, dôtilour^ux, soif vive. • ' * 

' Pouls fréquent.; dans quelques cas la fièvre s'est' mani- 
festée par des accès très-pcononcéà, anàlqguék if eeux d'une 
pyreirië inltrmittewttt H« débutaient par. uri froid très-vif 
etdes frissons répétés,. puis arrivait une chaleur Intense; 
ils étaient irréguiièrs/ * ^ ' ;*'.*' 

D'autre^ symptônaès étaient plus dircctènnent caracté- 
ristiques dés lésiona du foie et do la veine-poTte. Douleur 
vive à l'hypochondre droit ^étendknt |)arfois à lepigastre, 
apparition d'o» ictère, . .* ' * 

Quand la' maladie s^st protongée, ascite plus ou moins 



JOUHNAL DE HÉDECDŒ. 173 

considérable; quelquefois , développement variqueux des 
veines sous-cutanées deTabdomen. 

L'œdème des membres inférieurs a eu lieu dans plu- 
sieurs cas ; Turine, généralement rare , déposait quelque- 
fois un sédiment abondant. 

« Cette récapitulation des symptômes offerts pat* les 
individus chez lesquels s'est opérée l'oblitération complète 
ou incomplète de cette veine , peut éclairer le diagnostic. 
Elle montre un certain rapport entre les lésions et les 
phénomènes, et permet de convertir quelques-uns de ceux- 
ci en signes. Ainsi , lorsqu'aux indices d'une irritation 
vive des voies digestives , se manifestant avec des accès 
fébriles irréguliers , se joindront une douleur plus forte à 
l'hypochondre droit , des évacuations imprégnées de sang, 
un épanchement séreu?^ dans le péritoine et le développe- 
ment des veines superficielles des parois abdominales , on 
pourra présumer que le système de la veine-porte est le 
siège de quelque grave lésion , qui met obstaole à la cir- 
culation du sang. 

» M. Waller, de Prague, et M. Roberts, de New -York, 
ont essayé de fixor les bases du diagnostic de l'inflamma- 
tion de cotte veine. Les principaux signes indiqués par 
le premier sont l'augmentation de volume du foie et de 
la rate, l'ictère, la . douleur épigastrique , les vomisse- 
ments , la tulnéfaction de l'abdomen , l'amaigrissement 
rapide. 

» D'après la Commission médicale dont M. Roberts 
était le rapporteur , l'inflammation de la veine-porte se 
présente diversement , selon qu'elle est aiguë et suppu- 
rative, ou sub-aiguë et adhésive. La fièvre, dans la pre- 
mière variété, revêt la forme typhoïde ; elle s'accompagne 
de frissons , et semble rémittente ; mais elle est irrégu- 
lière ou erratique; des sueurs copieuses terminent les 
accès. La douleur de Tépigastre et de l'hypochondre 
droit, la jaunisse, le goût amer de la bouche, viennent 
s'ajouter aux indices de cette afl^ection. La variété adhé- 
sive donne lieu à l'ascite. M. Roberts convient néanmoins 



174 icmmàh be MàuBcno. 

que ces divers signes sont loin d*èlre parfetlemeQt carao 
téristiques. 

» Les difficultés du diagnostic s'augmentent de la ra- 
reté des occasions de vérifier les faits ^ de la diversité de 
ceux-ci , et surtout du peu d'attention généralement ac- 
cordée aux lésions du système veineux abdominal. 

» Toutefois , la pyléphlébite porte un cachet qai frappe 
l'observateur attentif. M. Schoeniein, retrouvant à fa cli- 
nique de Berlin les traits dont il avait été vivement im 
pressionné dix ans avant à Wurtzbourg , annonce à ses 
élèves une inflammation de la veine-porte et excite au 
plus haut degré leur enthousiasme par l'exactitude de ce 
diagnostic. Mais longtemps encore une pareilfe chance 
demeurera le privilège du savoir profond et de la sagacité 
personnelle du praticien. » 

Nous ne suivrons pas M. Gintrâc dans la récapiiolatiott 
des altérations anatomiques; €|u'il nous suffise de dire que 
ce sont toutes celtes qui se peuveiH rencontrer dans la 
phlébite en général , isolées ou accompagnées de iéeions 
du foie ^ de la rate ^ des ganglions Hrésentériques, du pé- 
ritoine, etc., et concliioBS, avec 4'auteur , que , àe toutes les 
circonstances locales qui peuvent produire roblitératioa 
de la veine-porte , Tintlammalion eat de beaucoup la plus 
fréquente. 

Le premier effet de Tarrêt du sang dans la veine-'portc 
c'est l'engorgement des veines intestinales ; d'où tendance 
au développement de Thydropisie aseilo, aux flux séreux 
et hémorrhagiques , soit par Tesloinac, sost par l'intestio ; 
intumescence générale des tissus , augmeniation d'éfmis- 
seur des paroia gastrique et intestinale, expansion des 
vaisseaux hémorrboïdaux ^ développement de la raie. Enfin, 
efforts tentés par la nature pour ré^iaUii* la cireutalion. 
Ces communications s'établissent par les divisions teroM* 
nales de ta (letite mésaraique , et par les rameaux qui s'a- 
nastoittoseal avec les veines des parois , soit avec celles 
qui sont profondes, soit avee oelles qui rampent à la sur- 
boede l'abdottiea. 



JOeUIAIr VE MÉDBCmi* I7S 

Ce qui précède , nous^ montre rimportance du signe 
fourni par la dilatation des veines superficielles de Tab-^ 
domen ; mais , comme il appartient également aux oMi- 
térations de la veine-cave inférieure, il ne peut être consi- 
déré comme pathognomonique. 

Pour le rapporter avec quelque certitude , à roWifeéra- 
tion de la veine porte , il faut qu'il se rencontre arec 
Tasciie , sans œdème des membres inférieurs. 

La diminution du volume du foie est la conséquence 
constante de l'interruption du cours du sang dons la veine 
porte ; de plus , cet organe présente la même couleur 
que dans la cirrhose atrophique. Un fait analogue s'est 
produit chez les animaux auxquels on avait lié la veine 
porte ; le foie était pâle et diminué de volume:. 

Il était naturel de rechercher qudie influence l'oblité- 
ration de la veine porte exerçait sur les fonctions du foie. 
M. Gintrac a conclu de ses observations , e4 d'expériences 
faites à son insf igatioft et dont nous parierons tout à l'heure , 
que la sécrétion de la bite n'en continiiait pas moins, quand 
kt veine porte cessait d'amener du sang au foie ; qu'en 
conséquence , ce n'était pas le sang de la veine porte qui 
fournissait lies matériaux de la bHe , mais qu'ils étaierrt 
apportés p»r l'artère hépatique , et que la bite , comme 
les autres produits de sécrétion , sortait du saing artérvei. 

Cette conclusion est fondée 1° sur ce que chez plusie«rs 
scijets morts avec une oblitération de la veine porte , la . 
vésicule biliaire contenait de la bile, par fois même en 
grande quantité , et dans un cm rapporté pur M. Bouil* 
laud , ce réservoir était distendu au point d'égaler en vo- 
Icnne une tête d'enfant. 

2^" Sur h continuation de la sécrétion biliaire après la 
ligature de la veine porte ; fait qui semble i*é8ulter des ex- 
périences que M. Oré vient de communiquer à l'Académie 
des Sciences. A propos de cette communication , M. 
Audral a rapporté l'histoire d'un malade chez lequel des 
signes extérieurs faisaient soupçonner une oblitération de 
la veine porte (diagnostic véri&é plus tard par l'autopsie), 
et qui non^seulement me présentait point le& syintàfDes 



176 JOOIIUI DE MÉBBGINB. 

qui indiquent une suspension de la sécrétion biliaire , 
mais encore fournissait la preuve que la foiiction glycogé- 
nique persistait , car il était diabétique. 

Ces faits singuliers semblent bien démontrer que te saug 
de la veine porte ne possède pas tout seul les qualités né- 
cessaires pour fournir les matériaux de la bile et du sucre 
hépatique , mais ils ne prouvtint pas du tout que ce sang, 
dans l'état physiologique, ne concourt en rien à ces sécré- 
tions. Si l'on cherche à se rendre compte des effets de l'obli- 
tération spontanée ou de la ligature de la veine porte, on re- 
marque que le foie diminue de volume et devient exsangue, 
que la nature fait les plus grands efforts pour créer des voii^s 
circulatoires supplémentaires; que, dans les cas palhologiqucs 
observés sur l'espèce humaine, ces voies insolites sont in- 
suffisantes, et que la morl arrive par suite du trouble pro- 
gressif des fonctions (1) ; que, dans les expériences^ sur 
les animaux , la mort n'est pas la conséquence nécessaire 
de la ligature de la veine porte, puisqu'on a vu des chiens 
vivre et se bien porter 1 i jours et même 20 jours après 
l'opération. Nous pensons, toutefois , qu'il faudrait garder 
les animaux opérés pendant plusieurs mois , pour voir si 
les nouvelles conditions où les a placés l'opération , n'in- 
fluaient pas ultérieurement , d'une manière quelconque , 
sur la nutrition. Ce qu on est en droit d'établir dès à pré- 
sent , c'est que , pour que la vie et la santé puissent 
continuer , il faut que les produits de Tabsorption intesti- 
nale pénètrent complètement dans l'économie , et y su- 
bissent les transformations nécessaires pour leur assimi- 
lation. 

M. Ginlrac termine son mémoire par les réflexions sui- 
vantes sur la thérapeutique applicable aux maladies de 
la veine porte. 



(1) On a cependant lieu de s'étonner que la vie puisse con- 
tinuer assez longtemps , comme le prouvent les cas chroniques , 
avec les léùons révélées par Pautopsie. 



lùCSJfAL DE KéiuBCHaz» 177 

fr 11 est rare qu'une connaissance plus approfondie des 
attributs essentiels d*un état morbide demeure entière- 
ment stérile , et qu on ne puisse en faire jaillir quelques 
iiKluctions sous le rapport pratique. Divers points de 
rhistoire de l'oblitération de la veine* porte me semblent 
pouvoir offrir des données utiles, du moins servir de jalons 
pour des déductions ultérieures : 

i>l^ A quelques exceptions près, cet état pathologique 
a pour origine une inflammation du tronc veineux 
sous^épatique , et cette affection est très-souvent liée 
à une phlegmasie plus ou moins intense des viscères 
abdominaux. C'est donc à combattre celle-ci , lorsqu'on 
peut en supposer l'existence, qu'il faut d'abord s'at- 
tacher. 

» 2° Les accès ou les paroxysmes fébriles irréguliers , 
précédés de frissons et de froid très-marqués , peuvent 
en imposer pour des accès d'une fièvre rémittente ou in- 
termittente grave , ou même pernicieuse , et inspirer la 
pensée d'employer les anti*périodiques , en particulier 
le sulfate de quinine à haute dose. Des faits nombreux 
attestent l'inutilité et même le danger d'une semblable 
médication. 

» 3^ On ne saurait redouter les émissions sanguines lo- 
cales, et principalement l'application des sangsues à l'anus, 
pendant la période d'acuité. 

» 4^ L'usage des délayants et des laxatifs doit concou- 
rir à favoriser la circulation des fluides dans les vaisseaux 
engorgés. 

,i> S*" \jes boissons seront rendues alcalines par l'addition 
du sous-carbonate ou du bi-carbonate de soude , afin de 
s'opposer autant que possible à la tendance du sang à la 
coagulation. 

» 6° La maladie faisant des progrès , l'état phlegmasique 
aigu étant dissipé la sérosité s'épanchant dans l'abdomen 
et donnant lieu de supposer que l'oblitération de la veine- 
porte pst accomplie, les évacuations sanguines ne doivent 
être eiïiployées qu'avec réserve et seulement pour dimi- 
nuer la pléthore abdominale. C'est le moment d'user des 



I7S JOOBUI. SB MÉBBCBIB. 

évacuants , de cens surtout cpû provoquent les sécrétions 
séreuses intestinales. 

o 7^ Hais ces moyens senateni nuisibles s'il y avait déjà 
des vomissements ou de b diarrhée, et surtout si les éva- 
cuations étaient sanguinolentes. Il vaut mieux alors s'abste- 
nir de médicaments actife. 

» 8** La paracenthèse est le meilleur moyen de diminuer 
la gène, le malaise que produit Tascite. Cette opération 
peut être réitérée sans inconvénient. Il n'en est pas de 
môme des injections iodées. Une de mes observations le 
prouve : les indices d'une lésion, et surtout d'une oblité- 
ration de la veine-porte, doivent former une contre-indi- 
cation très-grave. On conçoit , en effet, que l'arrêt du sang 
dans la veine-porte augmenterait les chances de péri- 
tonite et d'entérite. 

j» 9° Il importe d'éviter aux organes digesti£s un travail 
fatigant, et il faut ne pas perdre de vue que des deux voies 
d'absorption habituellement oov^tes dans les parois intes- 
tinales, l'une d'elle est hors de service; il est donc bonde 
nvéuager celle qui continue à fonctionner. » 



JOURNAL 



BB lA 



SECTION DE MÉDECINE 

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE. 



BULLETIN DES SÉANCES. 



Séance du 10 octobre 1856. 

PBÉSIDENCE DE M. HÂffOT, PRÉSIDENT. 

H. le Président donne lecture : 

1« D'une lettjne par laquelle M. Gautron fils annonce sa 
nouvelle résidence , fixée à Paris , et réclame le titre de 
membre correspondant , en échange de celui de membre 
résidant. Accordé. 

13 



180 JOfJUlÂL DB JfÉDBCniB. 

2'' D'une seconde lettre adressée à la Section par les 
membres de la Commission de souscripition organisée à 
Paris , en faveur des veuves et de» orphelins desL niédecihs 
et pharmaciens de l'armée et de la flotté d'Orient. La Sec- 
tion est priée de prendre à Nantes Hnitiative de cette 
souscription. . » / 

Cette demande est accueillie avec une^vive et. unanime 
sympathie , et la sonscription^est ouverte. séaace tenante. 

L*ordre du jour appelle M. HéKe i^ lh*e un travail inti- 
tulé : Considérations 9ur V épidémie d'herpès kmsurant, ob- 
servée à l'h&pitalSaint-Jacqfjtes^de, 1854 d 1856 (1)1 

Séance extraordinaire du 24 octobre. 1856. 

PBJtSIDBNCE DB K. MALHBBBB ,' nCB->BÉSniBIIT. 

H. le Président expose à l'assemblée que le bût de la 
réunion est de délibérer sur les questions qui seront mises 
au concours pap la Société Académique pour raïuiée 1857. 
La Section est invitée à adresser au Comité central les 
sujets de concours proposés par eHé. • 

Plusieurs sujets «ont proposés^ mais la Section fixe son 
choix sur la question suivante, proposée par^MH. Tfiibeaud 
et Malherbe : 

Etudes de statistique médicale suf une ou plusieurs lo* 
calités du département , et spécialement sur celles où 
s'observent les graves endémies. de fièvres intermittentes 
ou de dysenteries. * 

Signaler toutes les Conditions hygiéniques auxquelles 

sont soumis les habitants. 

* ' ♦ 

fiance du li novembre 1856. 

PRÉSIDENCB DB M. M AHOT , PBÉSnJBRT.. 

L'ordre.du jour appelle à la 4ribunç M. Thibeaud pour 



(1) Voir plus loin, p. 181. 



JOUBNÂL DB HÉDECINE. 18*1 

lire un travail intitulé : De la paralysie faciale ,• — trai- 
tement par la strychnine; — de l'action des slrythnèes^ 
— ducuràre dans le tétanos (1). Cette lecture donne lieu à 
une dissertation intéressante sur les diverses portes de pa- 
ralysie &ciale , sur leur traitement variable selon leur na- 
ture, sur la cborée et les nombreux moyens thérapeutiques 
préconisés contre cette névrose, enfin sur le curare et ses 
applications possibles à la thérapeutique. 

 cette discussion prennent part MM. Letenneur, Hélie, 
Malherbe, Thibeaud, Âubinais et Cormerais; 

Le Secrétaire, 

Le Houx. 



CONSIDÉRATIONS svr ^épidémi^ d'herpès 
tonsunmt, observée à l'hôpital Saint- Jacques, 
de 1834 à 1856, par M.Hélib, D.-M., mé- 
decin de l'hôpital Saint-Jacques , professeur à 
l'école préparatoire de médecine. 



Lorsque je fus chargé du service de la division des 
femmes, à l'hôpital Saint-Jacques, au mois d*août 
1854, il y avait, dans la section des orphelines , un grand 
nombre de jeunes filles affectées d*herpès tohsurant. J'en 
trouvai 25 qui étaient en traitement depuis un temps plus 
ou moins long. 

L'herpès tonsurant , maladie éminemment contagieuse, 
fut introduite dans l'hôpital Saint-Jacques au mois de mars 



(1) Voir plus loin, p. 201. 



I8i jàtskffàk bB kÉtaidiftte. 

1852. M. Malherbe, alors chargé de ce senricé, Vou$ a 
exposé , dans un mémoire très-întéressânt qu'il Vous a lu 
au mois de septembre de la même année , cominent 
l'herpès tonsurant (îit importé à Saint-Jacqnles , par tene 
petite fille de onze ans , fiai ehtra à Toiphelinat, et y 
resta qael()ués jours avant d*étré admise à rinfirt n er fe ; 
Jusqu'à cette époque, rbek*pès tonsurant était ihéonnu 
dans la maison. 

La maladie se propagea rapidemeht dtins l'infiMnerre et 
dans l'orphelinat; bientôt, dans Tespace de q^ielques 
jours , H. Malherbe eut à traiter 1 5 orphelines , atteintes 
d'herpès tonsurant. 

Depuis celte époque , l'herpès tonsurant a continué à 
régner épidémiquement dans l'orphelinat. 

Le nombre des malades s'est beaucoup accru. Un cer- 
tain nombre a été guéri. Il y en a encore aujourd'hui 
24 en traitement. 

Il m^a donc été donné d'otec^tèr pendant defux ans 
cette maladie ^ sur une grai^de échelle ; et j'ai pu la suivre 
dans toutes ses périodes sur chaque malade , car les orphe- 
lines ne quittent ta maison que lorsque leur guérison a 
été constatée. 

L'amélioration q\iepréè»èhtèl'élètvlei& pltipl^A de celles 
qui sont encore en traitement , permettant d'espérer , 
dans un avenir prochain , la fin de cette épidémie , j'ai 
pensé que le moment était venu de vous soumettre quel- 
ques considérations sur cette maladie singulière , et sur le 
trailemeTlt qui m'a sehiblé le plus convenable. 

Je n'ai point l'intention de tracer une description de 
l'herpès tonsurant. M. Cazenave , dans son traité , si jus- 
tement estimé , des 'mâlàdîes du cuir chevelu, en a donné 
un tableau fort ekact , niais ihcomplet êù queli^ues 
points. 

M. Malherbe , dans le riiémoire qu'M tiouls â hi, ô ajofuté 
à ce tableau quelques traits omis par M. CàzehaVe. 

H. Bazin , dans ses recherches sur les teignes , publiées 
en 1853 , et plus récemment , dans quelques articles in- 
sérés dans la Gazette des hôpitaàai^, en 1 856 « a pifésenté 



çl45§ (iflnsidér^tiiO,ii^ curieuses $i|r c^t^p maMip , qii'i! a pq- 
visagée sous un pojpt de yi^e particulier. 

L'herpès tQn§^rant pflfr^ un fi^ppc^ ai|S9i car^ptéristique 
que cplpi dq favus. Avec un peu d'habitude , qp le ^istin- 
gU(E|ra , jq pf oi:? , loigours aîaéinpqt dps fj^^re? ^ffpctions qu 
cujf chevelj^. 

<( l^'harpps tpn^urapt (rhprpès circinné du puif che- 
a yçt|u) est caractérisé pî^K de$ plaques d'in^g^le gr^n- 
deur, mais exactempnt ^rrondi^^i sèchç^, d'qi^ 9^pfîct 
1) grisâtre , et reipffrqfiables paf une alppécip particulière, 
vt d^ps l^gqjelle , le pluç ?oi4yeï}f , )e§ cheyeux sjont ^eu|p- 
9 pipnt cpupés courts , isn forme j|e tonsure , uiaist si près 
» de la peai^ que Is^ d^i^^^atipn paraît complète ^ pre- 
tt filière yu^. 9 (C^zenave, tiçqilé des m^a^ies du ouir 
chevelu^ p. 193.) 

J'exapfiinprai sqcc^^iyement Ips diffé^enfs points d^ 
cette définjiion qui résuma ex} que}que$ mpts Jles prippi- 
paux caractères ^ l'herpè^ tonsurapt. 

I. 

L'herpès tonsurant n'est-il , comme on j'adiqet gépépa- 
lemept , <|U*Mpe fojrpfi^ spécU^ de^ l'herpès circinné ? ou 
bien Therpès tonsurant et Therpès circinné , ppnsfUuent- 
ils dpux ^fiectjops di^jl^ctes , et seulemept souvent co- 
existantes ? 

Il me semble diQicitp de pe pas ^dpiettre ridqntif,é dp 
cesf deux affectiQOS. 

Les plaques d'herpès tonaurant et cel|es d'herpès cw- 
cii^né, ^e déyelqppf^ni jUrès-souvpnt , ep mépip (j^ipps , sur 
la mêpie pçrsQone» ei s^r des individus habitant GusefXï])}e. 
P((}ndapt U lojigue durée d'un herpès itonsur^p^ , ^fire,c)Lipn 
pssentiellement chropi||ue , pp voit très-fréqpe^fiment se 
reproduir^ de ten^ps pp teipps des plaqpeç d'i)prp|bs cir- 
cippé ^ çpr divpr^ parties du pprp?. 

Rien n'est plus commun que c|e vpjr au j^pnt , apx 
tewp^ ^ à la, im^^ , ppe pjaque siégeant môïtjp spr le 
cuir pUevehi , moi^tié ^vur ]^ p^^u jdépopryue pe pojU « et 



184 JOVSIIÀI. DB MÉDECIIfS. 

présentant sur le premier, tous les caractères de Therpës 
tonsurant , sur la seconde, ceux de l'herpès circinné. 

Ces faits signalés par tous les observateurs , j'ai pu les 
observer souvent. Au priolemps de l'année dernière 
(1855) , l'épidémie d'herpès tonsurant présenta tout d'un 
coup une exacerbation remarquable. Le nombre des ma- 
lades augmenta , et l'herpès tonsurant prit, sur la plupart 
d'entre elles , un caractère inflammatoire , et se compliqua 
d'eczéma et même de pustules impétiginenses. 

*i'aurais pu attribuer cette irritation , insolite dans 
rherpès tonsurant, à Temploi que je faisais alors, d'une 
pommade alcaline un peu active. Hais en même temps que 
les plaques de l'herpès s'irritaient chez la plupart des en- 
fanta en traitement , la maladie se propageait à d'autres 
enfants , et des plaques d'herpès circinné se dévelop- 
paient, et sur ' des enfants déjà atteintes de l'herpès ton- 
surant, et sur d'autres personnes, soit enfants, soit 
adultes, qui n'avaient nulle atteinte d'herpès tonsurant. 

De ces foits qui se reproduisent sans cesse , n'est-il pas 
naturel de conclure que l'herpès tonsurant et l'herpès 
circinné , sont identiques , ^ et constituent deux formes 
d'une même maladie.' 

Mais il faut réconnaître que ces deux formes présentent 
de notables différences. 

La plaque érythémateuse d'herpès cirèînné est couverte 
au début de vésicules très-petites , de courte durée , dont 
le liquide est résorbé en quelques heures , vésicules très- 
semblables à celles que l'on observe souvent dans l'éry- 
Ihème produit par un coup de soleil. 

Dans l'herpès tonsurant, l'existence des vésicules est 
incertaine , et admise, ^plutôt par analogie avec l'autre 
forme d'herpès, que constatée par une observation pré- 
cise. J'avoue n'avoir jamais pti- lés distinguer. Il 
est vrai que l'herpès tonsurant , causant à peine un peu 
de démangeaison, son existence ne se reconnaît que lors- 
qu'il à déjà quelque durée. 

Pour distinguer ces vésicules, il faudrait, sur des ma- 
lades que l'on observe très-fréquemmenl, assister au déve- 



lOCrUUb SI MÉBBGniB. 18S 

loppemeift d'une plaque nouyelte ; et :dans* ce cas même « 
•qui s'est' présenté jrfusieurs fois.à mon observation , je 
n'ai pa» pu apercevoir les vésicules. . 

€i les vésicules sont difficiles à reconnaître stfr les pla- 
ques d'faerpès ïon^rant- à Jéur début, Térythème y est 
très-évident, ^i démontre leur nature inflammatoire. 

' A mesure que les phiquesd'hôrpès circinné s'étendent , 
loCtr centre guérît ; elles 4)renneni la forme annulaire, 
qu'elles ont, au'reste, le pluasouyeot dès leur début. L'an- 
neau, presque toujours complet, très-régulièrement arron- 
di, oyalahre ou elliptique, acquiert* quelquefois un énorme 
développement. ^ 

Lé centre des plaques d'herpès tonsorant ne se guérit 
point k mesure que leur circonférence s'é^nd; il reste 
aussi malade qua la péripbérie;^ elles ne se transforment 
jamais en anneaiîx. * - ^ ' * * 

Apï*ès s'être 'étendues pendant Un-^celrtain temps, elles 
cisssenttle s^'accrottre et Conserverit la même largeur pen- 
dant toute leur. dun§«. . ' 

' Elles restent , -en général, bien plus petites quô les an- 
neaux d'herpièscircinné; Les larges plaques d'herpès ton- 
^racii, que l'tm rencontre isouvent, résultent de la fu- 
sion^de plusieurs plaques-voisines, et n'ont plus de forme 
régulière. * 

- i»'faerpès ciirciAné e$t aigu, ne dure, souvent que une ou 
detfx semainéa, riifenient tô prolonge deux ou trois mois, 
et guérit facilement et spontanément. L'herpès circinné , 
chronique et rebelle , est« en quelque sorte un cas excep- 
lionneL . • " 

L'herpès tonsurant est toujours chronique et dure non pas 
seulement des mois, mais sonvent des années. 

Ihberpès «ircinifé peut aiFecter tous îe^ ^és ; l'herpès 
tonsurani est une mUadiâ de l'en&ncef 

Afirès avdir adHiis l'identité dé l'herpès tonsurant et de 
l'herpès circinné, on serait, je crois , un peu embarrassé de 
trouver une explication -satisfaisante de leurs différences 
dans 4a diflërenee' de iextnre et de vitalité de la peau du 
crftno et de-ceUe du reste du corps. 



186 JOIHUUL M HÉiuuaiis. 

II. 

L*berpès tonsurani est émiaemnient contagieux. Tous 
les médecins qui ooi eu l'occasion de l'observer , ont 
unstaté sa tmosmission d'individu à individu. 

Qu'un enfant atteint d'herpès tonsurant soit placé dans 
une réunion d'enfant, dans un pensionnat, bientôt, souvent 
en peu de jours « la maladie se développe sur un oèrtain 
nombre d'enfants en rapport avec lui. 

M. Cazenavequi, le- premier, a fait connaître avec pré- 
cision l'herpès tonsurant, cite de nombreux exemples de 
sa transmission par contagion évidente dans cas circons- 
tances* (AntuUes de$ maladiêi dekupeoHj t. ij 1844.) 

Le développement de l'herpès tonsurant, à Thorphelinat 
de Saint-Jacques, aussitôt après l'arrivée d'une petite fille 
atteinte de cette naaladie , est un nouvel exemple de sa 
transmission par contagion. 

J'ai vu , depuis , des jeunes filles contracter k nnaladie 
quinze jours ou un mois après leur arrivée, à l'orphe- 
linat. 

Il est à remarquer qi»e, jusqu'au mois d'août 1856, il 
ne s'est pas développé qn seul cas d'hei|)ès tonsurant- chez 
les orphelins. Leur logement n'est séparé de celui des 
filles que par un mur. Il est naturel de conchire que la 
contagion de l'herpès exige un contact immédiat , et ne 
se fait pas à distance , comme celle d'autres maladies 
contagieuses. On regarde comme moyen de la contagion , 
les particules qui se détachent continuellement des sur- 
faces malades. 

Ce ne fut qu'au mois d'août 1856h fAm de quatre ans 
après son introduction à Saint«Jaoques, que l'herpès tonsu- 
rant pénétra dans Torphelinat des gal^oons. Deux enfants 
de 8 à 10 ans en furent atteints. Tous deux babilaifent la 
maison depuis longtemps. 

L'herpès tonsurant ne s'est développé SQr aucune jeime 
fille arrivée à la puberté. Et cependant les filles adultes 
et les petites filles ne sont nuUenoeut séfKirées : elles babi- 



JOimMAL DE tfàûBOUK. 187 

tent las mêmes dortoirs; une cour commune sert à leurs 
récréaiioQS. 

Depuis quatre ans , 25 ou 30 orphelines atteintes en 
même temps d'herpès tonsurant, sont mêlées aux autres 
orphelines de tout âge (il y en a environ 150), et, néan- 
moins, aucune fille adulte n'a été atteinte d'herpès tonsu- 
ranl. J'ai vu plusieurs fois l'herpès ionsuront guérir aux 
approches de la puberté. 

M. Caze.nave ne l'a jamais, non plus, rencontré sur des 
adultes. 

L'herpès tonsurant est donc une maladie de l'enfance ; 
il survient spécialement dans la seconde enfance. Nous 
n'en avons jamais vu sur des enfants au-dessous de cinq 
ans , et cependant il y a toujours quelques enfants bien 
plus jeunes dans la salle de l'infirmerie et dans l'orphe- 
linat. 

Lorsque l'épidémie d'herpès tonsurant prit, au prin- 
temps de 1855, un développement plus considérable, 
plusieurs filles adultes furent atteintes d'herpès circinné , 
dans mon service et dans l'orphelinat. Toutes avaient été 
en communication avec les enfants affectées d'herpès ton- 
surant. La sœur du service qui pansait chaque jour les 
en&Qls, eut une large plaque à l'avant-bras. Je contractai 
moi-même à l'avant bras gauche , une plaque , qui 
devint énorme, et couvrit de son disque ovale toute la face 
antérieure de l'avant-bras , depuis la main jusqu'au 
coude. 

Plusieurs en&nts atteiniies d'herpès tonsurant, furent 
aussi affectées de plaques plus ou moins nombreuses d'herpès 
circinné. 

En considérant oeUe transQiission simultanée des deux 
formes de l'herpès , comment admettre avec .pkjsieui's au- 
teurs , que l'herpès tonsvr^i^t est seul ^ooiagieux , .tandis 
que l'autre ne le serait pas. 

Si l'on recomuiit que l'herpès toosuranl pmi trans- 
mettre rherpès oirv-isiné , comment refuser à t'faerpès 
i^ircinoé la facilité de transirp^tre J'herpès tonsurant ? 

Je pFois c^ljlie ir»n$n)iSiSion démontrée par dies &its irré- 



1-88 J017RIIÂL DB MÉOBGUIB. 

ensables; mais je ne sais s'il est bien démontré que 
rherpës circinné peut transmettre l'herpès tonsarant. 



IIK 

Le caractère essentiel de rheri)ès tonsurani , c'est la 
section spontanée des cheveux, à quelques millimètres de 
la peau. Les Cheveux sont coupés à une longueur presque 
uniforme sur toute l'étendue des plaqueç malades. 
Toutefois, quelques cheveux échappent toujoiirs à la 
section. * * •• 

Que l'on rase la tète , puis qu'on laisse pousser les che- 
veux pendant un mois (et chez les enfants ils' repoussent 
très-vite) , on voit les cheveux des plaques > d'herpès 
rester au-dessous du niveau des cheveux qui naissent de 
la peau saine , et ne pas dépasser la longueur de i» à 6 
millimètres. 

Le cheveu est devenu friable à sa sortie- du ToHicule, 
et sa friabilité augmentant à mesure qu'il croH , le bit 
bientôt tomber- en poussière , et s'oppose ainsi à son ac- 
croissement ultérieur. ^ * " - 

Si on veut l'arracher en le saisissant avec «une pince, 
à quelque distance de sa sortie , il se rompt ; si çn le 
saisit, au contraire, à l'issue du follicule , on ' arrache 
souvent toute la racine, qui , à la vue simple, ne fierait 
pas altérée. Les cheveux sont souvent un /peu .grossis 
dans toute leur longueur ; d'autres cheveux sont arouicis , 
comme étiolés. 

Je n'ai pas observé d'une manière bien positive la 
décoloration de cheveux , leur teinte irougeàCre signalée 
par M. Bazin. 

Une autre altération singtilière des cheveux, c'«st teur 
déviation. ' ' • 

Au lieu de croître à peu près parallèles *les .uns aux 
autres, ils s'écartent dans tous les sens , en' décrivant une 
courbe , dès leur issue du derme. Cette déviation esl sur- 
tout évidente , lorsque sur une tête raséer depuis 15 à* 20 



lOVBMÂL D£ MÉDBGnfBi 189 

jours , les cheveux ont atteint une longueur de trois ou 
quatre millimètres. 

Quelle est la nature de Taltération que les cheveux ont 
subie? 

Les découvertes des micrographes sur ce point ,^ sont 
aujourd'hui généralement acceptées. Suivant eux , un vé- 
gétal parasite , un champignon , se développe dans l'inté- 
rieur des cheveux ^ et en écarte . les fibres longitudinales 
qui , dissociées et altérées se rompent. 

On s'explique ainsi le grossissement ou Tétiolement des 
cheveux affectés , leur fragilité, leur section spontanée. 

Suivant plusieurs micrographes , les champignons se 
développent primitivement dans les couches de l'épiderme, 
se prolongent sur le cheveu auquel ils forment une sorte de 
gaîne visible à l'œil nu, -et ne pénétrent que secondairement 
dans son épaisseur. 

M. Bazin a adopté cette théorie qui attribue l'herpès 
tonsurant à la production et au développement d'un vé- 
gétal parasite dans le cheveu ; et il a fondé sur elle le trai- 
tement de cettQ maladie. 

Je ne prétends point discuter l'existence de ces pro-. 
ductions végétales dans les cheveux affectés ; je confesse 
mon incompétence sur ce point , ainsi qu'en microscopie. 
J'ai vu au microscope , avec M. Thoinnet, l'un de nos 
élèves internes, qui s'occupe avec succès d'observations mi- 
croscopiques , les cheveux de l'herpès tonsurant , parfai- 
tement semblables à la figure donnée par M. Robin , 
et un peu différente de celle que donne M. Bazin. 

J'admets complètement l'opinion de ces observateurs » 
sur la présence d'un champignon , comme cause immé- 
diate de l'altération des cheveux , mais je ne puis admettre 
avec M. Bazin, que la lésion du cheveu, ou la présence du 
champignon dans le cheveu , soit la cause première de la 
maladie , soit toute la maladie. 

Le tissu du derme est malade dans l'herpès tonsurant , 
surtout à sa superficie. Les follicules pileux sont égale- 
ment affectés. N'est-il pas plus rationnel d'admettre que 
la lésion des tissus producteurs du cheveu est primitive , 



(90 40UW«A|i w y^iiiPfiiW* 

que de U croire consécutive à l'^Itéi^tiaq du p^o4^it 
qu'ils ont formé ? 

Le chaoïpignoo peut se développer dans 1^ cheveu, 
altéré par un vice de sécrétion du follicule , comme des 
moisissures se forment siir des matières organique en 
fermentation ou en putréfaction. 

H. Bazin a été fort embarrassé pour concilier avep sa 
théorie de la production de Therp^s tonsurant , l'identité 
si évidente de cette maladie avec Therpès circinné qui se 
développe sur la peau dépoujrvue de poils. 

Dans ses recherches sur les teignes , publiées en 1853 , 
il rejette l'identité de ces deux aif^ctiops , tout en admet- 
tant que l'herpès circinné favorise le. développement de la 
teigne tondante, et que ceile-c| , dans |a piajprilé des cas , 
est précédée de l'herpès ; c est au moins reponf^aitre une 
intime connexion entre ces deux affections. 

Dans son mémoire sur les teignes , inséré dans la Ga- 
zeiU des Hôpitaux: en 1856 , M. B^ziri émet ufie toute 
autre opinion ; U admet l'identité des dpux herpès , ou 
plutôt il n'y a plus pour lui qu'un seul herpès, reconnais- 
sant toujours pour ç£|use preqiière un champignon. 

II n'y a point , suivant lui , d'herpès circinrié simple ; 
tout herpès circinné est le signe de la germination du 
champignon parasite. Si l'herpès se manif^sjte sur les ré- 
gions où les poils ne sont en qiielqi^e sorte qu'à l'état ru- 
dimentaire , la teigne tonsurante avprte , faqte d'un ali- 
ment suffisant pour le développement du végétal parasite. 
Ce n'est qu'un herpès circinné. Si l'herpès se manifeste 
sur le cuir chevelu , le végétal parasite , trpuvant 4ps con- 
ditions favorables, s'y développa, l'herpès tonsurant s'é- 
tablit. 

Comment M. Bazin expliquera-t-il le développisment de 
l'herpès circinné que l'on rencontre si souvent , soi^ spo- 
radique, soit épidémique , indépeu/c^ynin^ent de tout her- 
pès tonsurant ? jLe microscope art-il daus Therpès ci^ciané 
montré des champignons ou leurs débris? 

M. Bazin fait , sans s'e^i ^p^rcevoif , une concessiop im- 
portante aux idéies quil coip^at. Il r^onuA^ que J'affec- 



JOtUltAli i»E ttÉiMCtMS. 191 

lîdn vériculeuse ou érythéiifràteuse éé 4a peau pl*écède lie 
développemient du champignon dans le cheveu, ourallé- 
râtion du cheveu. Lé. germination préalable du thampi- 
gnon est une supposition gratuite. 

M. Bazin , en constatant la suceesislon des phénomènes 
morbides de Therpès tonsurant , succession que Mi. Gaze- 
néve it'avatl pieUt^ètre pas bien saisie , nous autorise à con- 
sidérer rherpès tonsurant comme une affection morbide 
des tissus élémentaires de <a peau , dont Taltéràtioh des 
cheveux est la conséquence ou fe réstiltat. 



IV. 

Le tissu de la peau est évidemment phlogosé dans Ther- 
pès tonsurant. Au débuts la trougeur érythémateuse des 
j[>4aques ,, accompa^ée , ou non , de vésicules éphémères , 
dénote un état phlégmasrque. Ptus tard , et pendant tout« 
la dut^ de la * maladie , la peau est un peu tuméfiée et 
dépasse seiïsibtettient le niveau de la peau environnante. 
Sa couleur est modifiée : rosée ou d'une teinte lilas sur les 
têtes blondes , elle est plus foncée , grisâtre , lorsque les 
cheveux sont noirs. Cette teinte grisâtre est due au pas- 
sage oblique de la racine des cheveux à travers la peau 
d^rnl transparente. Une teinte grise ou bleuâti*e se remar- 
que en même temps sur tout>e rétettdue de la peau du orâne 
fraîchement rasée. Et si dte est plus foncée sa<r les pla- 
quer d^horpès toifisurant s c^t que là les cheveux sont^ «A 
général , plus gros , et que la peau est elle-même Un peil 
colorée. S«r les têtes dont tes oheveuic sont d*mi blond 
pâfle ^ la teinte morbide de la peau se montre isolée de 
œlte coloration accessoire. 

£(flïe feinle morbide , due à ttne injection légère , «cet 
'épai^sisBetnent si pefu mafrqiké de In peau , suffiraient-its 
pour caractériser une inflammation dâfns le sens attaché à 
ee m»»t? 

Je tt'ose^is le décider. 

Mms on peut ajouter que la surfece de te peau 



192 JOOUIAL DB MÉBScans. 

secrète , plus activement qu'à Télat normal , un épi- 
derme qui se détache contiauellement en petites écailles ; 
et que si les plaques d^herpès tonsurant sont indolores ha- 
bituellement , les topiques irritants y provoquent très- 
bcilement des eczéma et des pustules impéitgineuses, et 
aggravent la maladie. 

Les follicules pileux sont malades dans Therpès tonsu- 
rant. Ils sont hypertrophiés , et leur orifice &it saillie à 
la surface de la peau et lui donne un aspect chagriné. 

Cette saillie des follicules pileux m'a paru surtout pro- 
noncée dans cette forme de Therpès , où les plaques très- 
petites , très-nombreuses , sont disséminées sur toute Té- 
tendue du cuir chevelu. 

L'affection des follicules pileux cause , suivant nous, de 
l'altération du cheveu , est moins grava que dans le 
favus; elle ne tend point à rompire les adhérences de la 
racine du cheveu et à l'expulser ; leur cavité ne tend 
point à s'oblitérer ; ils recouvrent , à la guérison de la 
maladie, l'intégrité de leur fonction. Les cheveux re- 
poussent aussi beaux qu'avant son développement. 



Je regrette de n'avoir pas , dès l'époque où je pris le 
service de l'hôpital Saint-Jacques , tenu des notes pré- 
cises sur le nombre des petites filles successivement at- 
teintes d'herpès tonsurant , et sur les résultats du trai- 
tement. 

Il y en avait alors 25 en traitement. Pendant la pre- 
mière année, je n'ai obtenu, je crois, aucune guérison 
complète. Au printemps de 1855 , l'épidémie , comme je 
l'ai dit, présenta une recrudescence fâcheuse; le nombre des 
malades augmenta , et l'état de toutes celles qui étaient 
en traitement s'aggrava sensiblement. 

Ce ne fut qu'au commencement de Tannée 1856 que 
je constatai enfin de l'amélioration sur un certain nombre 
de malades* Au mois d'avril , trois enfants de 12 à 15 ans 



JOUBNAL DE MÉDBCINB. 193 

étaient complètement guéries. Leur guérison s'étant bien 
soutenue, .elles purent, quelque temps après, quitter la 
maison. . 

J'ai conInVencé à tenir une statistique régulière le l'^'^ 
juiii 1856. 

Il y avait alors 35 enfants en traitement, affectées d'her- 
pès tpnsurant d'epuis un t<>mps variable , quelques-unes 
depuis Iq commencement de répidémiè , d'autres depuis 
un an , plusieurs depuis peu de mois. 

Préaque toutes avaient contracté la maladie dans l'orphe- 
linat. Deux ou trois étaient venues atteintes d'herpès , de 
la maison dé Sainte-Marie ; une autre, enfin, était arrivée 
de Paris , atteinte de cette maladie. 

La plupart étaient âgées de 9 à 13 ans, une de 5 ans, 
une de 6 ans , une de 8 ans , 4 au-dessus de 13 ans, une 
seule' (le 16 ans. Aucune de ces dernières n'était réglée. 
La puberté est^ en général, un peu tardive chez les jeunes 
filles élevées et renfermées dans les hôpitaux. 

En jrônsidérant ces jeunes filles de constitutions diffé- 
rentes , )es. unes fortes et d'une belle santé , d'autres dé- 
licates , quelques-unes maladives et scrofuleuses , on 
acquiert la convictipn que l'herpès tonsurant ne se lie 
point à telle OH telle constitution, ne dépend point d'un 
état morbide intérieur oii général, mais que c'est une affec- 
tion toute extérieure , toute locale. 

.J^ajouterai qu'une observation de deux^ années m'a dé- 
montré ]a complète innocuité de l'herpès. Je ne l'ai jamais 
vu , soit en santé , soit dans un état de maladie, exercer 
une influence appréciable sur un organe ou sur l'état 
général. 

Je n'ai jamais vu non plus l'herpès tonsurant modifié 
par une maladie fébrile intercurrente, comme on l'observe 
pour, d'autres maladies cutanées chroniques. La maladie 
intercurrente termigée. J'ai retrouvé l'herpès dans le même 
état qu'a l'invasion de cette maladie. 
. Voici Içs résultat^ obtenus : 

Aujourd'hui , 7 octobre , 11 jeunes filles sont guéries; 
la. guérison de plusieurs d'entre elles est constatée depuis 



194 lOtMiUi BB «ÉMGniB. 

trois mois ; les autres me sont présentées tous les 15 
jours ; leur guérison se maintient depuis un mois ou deux. 
Elles ne suivent plus de traitement. 

24 enfants sont encore en traitement , présentant la 
plupart une amélioration progressive. L'état de la moitié 
d'entre elles permet d'espérer leur prochaine guérison. 

Ainsi f trois jeunes filles étaient guéries avant le l'^' 
juin ; la guérison de onze autres jeunes filles a été ache- 
vée depuis le f juin. En somme, quatorze jeunes filles 
guéries. 



VI. 

J'arrive Hu traitement de l'herpès tonsurant. 

Je me trouvai , à mon début dans le service , un peu 
embarrassé devant une maladie dont le traitement n'est 
point fixé , et sur laquelle je n'avais aucune expérience 
personneiie. La lecture des auteurs qui ont parlé de l'her- 
pès tonsurant ne pouvait me fournir un gukîe bien assuré. 
M. Cazenave avoue son embarras et ses hésitations , lors- 
qu'il rencontra pour la première fois œtte maladie ^ en 
1840. 

AsHis 9on Trmti des rmUadies du cuir chevelu ^ publié 
dix années plus tard , il n'a pas de traitement arrêté , il 
se borne à indiquer les médications qui lui ont le mieux 
réussi , et déclare que l'expérience n a pu encore régler 
d'une manière positive la thiérapêutique de l'berpès du 
ôuir chevelu. 

M. Bazin , guidé par ses idées théoriques sur la patho- 
génie «de l'herpès tonsurant , préconise une méthode de 
traitement qui a pour but l'enlèvement ou la destruction 
de toutes les parcelles du végétal parasite ^ qu'il considère 
comme la cAuse de la maladie. 

Son traitement consiste dans l'arrachement de tous les 
cheveux qui naissent des plaques d'herpès , et dans rem- 
ploi de lotions d'une solution de sublimé on d'autres sub- 
stances actives q>u'il considère oomnte devant détruire les 



jotnemu bb héiisgiiis* 195 

mollécules du végétal parasite qui peuvent se trouver dans 
les follicules pileux oi> dans les couches épidermiques. 

Ce traitement , dont on peut lire les détails ; exposés 
avec beaucoup de soin dans les deux mémoires cités de 
M» Bazin , lui a , dit-il , constamment réussi. L'herpès 
tonsurant guérit en quelques mois. . 

te dois discuter ce traitement / afin d'expliquer pour- 
quoi je ne .l'ai pas suivi.. 

L'andiogie admise par M. Bazin entre l'herpès tonsUrant 
et le favus« sous le' rapport de la cause productrice qu*il 
croit être:, pour l'un et l'autre , un végétal parasite, l'a 
conduit à employer , dans l'herpès , le traitement qui 
réussit dans le &vas. 

Le point essentiel du traitement du favus , c'est Tépi- 
lation. Le favus 'ne guérit que par l'arrachement des che- 
veux altérés qui naissent des foUicules malades; l'arra- 
chement doit être répété aussi longtemps que le cheveu 
repousse altéré. Les autres • moyens employés simultané- 
ment, les lotions dites parasitcides de M. Bazin, par exemple, 
sont très secondaires^ le favus guérit aussi bien , aussi 
vite, sans cela. 

Dans le favus , les cheveux altérés tiennent très peu 
aux follicules d'où ils naissent ; ils se laissent arrache^ par 
une légère traclion. M. Bazin Ta dit avec raison, la mala- 
dfe est le meilleur agent épilatoire. C'est parce qu'elle 
détruit l'adhérence de la racine du cheveu avec le folli- 
cule , qu'on peut opérer l'épilation si facilement , soit 
parla calotte, suivant le procédé ordinaire , soit avec les 
doigts , comme les frères Mahon , soit avec la pince , 
comme la pratique U. Bazin. La douleur que produit l'en- 
lèvement de la calotte déiiend moins de i'arrachement des 
cheveux malades , que de celui des cheveux peu nom- 
breux qui sont restés sains au milieu des surfaces affec- 
tées de favus. 

Les follicules pileux malades dans le favus ne guérissent 
qu'aprèâ être restés quelque temps débarrassés du poil 
qu'ils contenaient. Tantôt le follicule vide s'oblitère, tantôt 
il reproduit un poil très délié , comme étiolé , qui tombe 

14 



et est rero^bcé par un poil novknul. Le fiwus D!es(< pfis 
toujounsi à beaucoup ptàs., siByl (VaiopétéiepenBiineiite. 

Ce que J6 viens de dire du' fiivtuâ n'est pAÂat applicable 
à i'herpèsiogsuraat. • . 

«.Noire méthode épilaloire 4 sitivier djB; rimbibîlimtt pa- 
» ranticidé , dit M. Bazin ^ réussirait 'à>*mePveiJ te dlao&ia 
tt teigne toadaole; n9ai6 4a phremière condîiiôirdii.suoçës, 
tt t'épilation , ne peut être que' trè^ifficMement; obtenue. 

• lje& cheveu» s'enlèvent tivec facilita etisans dovdeur sur 

• les plac|ae& V ra^is . on n'eoK artacini qu^un tiè$*pet»t 
» nombre;. il»\i^nQent presque: tous sans raeifièj lie 
j»; champignon qui les. VBpreigoe, les ^rend* fragiles;, ih 
ù se rompent au plus léger effort de toaolion^ qua Foo 
» bix ppur les extValré, » {Heehert^es attir les* tei§gms , 

p» 95.) • ' * , : * • • ' 

Dans ^oQ secpnd médnoire ((Sajù<le à»% Hâpilanœ^ 1 8^). 
Mv Baun rooonnaît encore t'eseesaive difljieiitté de- l'épik- 
tien coq^plète 4fti)^ Therpèfr t'onsura^t. 

.J'ai très-soiivent cheitcbé h épÛer des iliaques d'èep^iès^ 
(ouauranA';.beaueoupLdè.oheveuH se laiasent aiiraeherconi^ 
plètementavec la racine, si on a rintention* de leepipoer 
.près la peau V U oi^ilasonC itfNns.friaUes;' ble^tieolip 
d'fl^utres s(^ rompent .par la' traelîon^ et U raoîne reste ; 
d'autres, enûây soni conpés speniaaéaienli %l près de 1er 
peau eu iseiit , par suite* de* leopt déviation v télkipfieitt colléâ 
à sa surface,, que la pince ne peut loa saisir! . ^ 

En sooNM, i^ croie j'épilatioA.G«9iplète et réislle des 
pliiques^ d'iierpèa non. paadifiicite , noai^ à .pèn^pnès isi- 
possible ,«<]tMlle que soit la - bç^m volonté dje^ l.^pibteur 
et la pisbtience.du Haaiad^ ; 

Je. ne sois poii|t>étQi|né<,de ^it My Bbein reve|idiquer 
la taknt d'opérer un&pàrfoite épîlatiiQn.' ' \ '. . ^ 

S^uDeuaeineiit^'répiiation n'est!pôifïtné)Qiesifûne à^la g^^ 
rison 'de l'herpès tonsurant. 

« Ëxamnon^ Gomlnent il gttérit^.cô q£|f*il< ei3t trèsraiaé d'ob- 
server sur les têtes, souvent raaélM^ La- peau' perd peu à 
peu< sa ■ 4Hà)éfaction et -sa» oouteup morbide ^ elfn revient 
au nîveaihdela'peau' envronoante^iCti^sa* surface reppendi 



pirr l^afiMi^meiiit d^s fiilHèutè^ pilent, le |5ôli qlif apphr- 
tient fidr çùit! êhîsvféiu'': \k âesqufifmatitiyti é|iidèrn)i()tië a 
cessé ; puis tes chmreux , dont les lihs étkient gôriflés , lias 
airtfesrgrêlbs, étiiylés, l'èpfenuqtlit lëût^voltuhfe norihaî. Leur 
déviation rme quéiqute tempe' ëhtiorë çÔmAïC séuf in- 
dice de^ pltfqu^ dont' la tlrace. iié se recobnftît pibssur là 
p€»uô . ' 

Aj^rès la guérisM , les chevem sont -aitssf abdndailt^ , 
aussi longs, aussi bôaux'que èuv le resté de la tête. . ^ 

Quelquefois' de petites plaquées r'estëht un'çeftàih t'énips 
dépoQiVufSs dé-ch^eux, mai^ cet^êlat! ih'a pôt-u temrlo- 
mire ;<«' les voit se recouvrir piBtt à peu de chëVeûx. LV- 
hjpécie periHanentè de quelqtles' J)feques eist- totit-à-fàit 
etceptioilnelfe;, tafidfs qûedans le=fiivus,rafbpë€ie |^artiellë 
ou» générale est- aussi fréuiientë qUe l«r i^pr6dui:Jt\on des 
cheveux/quir même dans les cas l'es plus heureux , lie re- 
poussent jaintfisau^ abondants qk^àiraht la' maladie. 

Les follicules piléu< sont nnilftdès'^ dans fherpès , mais 
leur «liiônf'à la jràëîfie'du poil; rt'eëlpùâ diminuée cotirtnie 
elleM'estdans lefavus; ils ne teUdëât ptiifit^ à rexpdsér; 
il^ n'oUt pus besj6iu; (ToUr 'guérir, d^êU èti^ quelque temps 
débttlri^ëséè. Cé-dhëvcm, à me^fe que* ta gùéfil^h du 
follicule s\)përe,repreild'peuè*pê<i cf sbuvent tift^raplde- 
merît son état normal: 

L^épflâtîpU n^est dôttc'^pas rtéee^sail'e^dans rhterjiès ton- 
surent. 

tf J'ardéjè obséiVé âssefc dè-fiHts-, dit'M. Cazèniâ^e , pôtiH 
» podvoi^ étffMir,ien principe , que lé traileiiléht dé celle 
»' maladie eôtl^àtë surtout dau^" l'emploi des; topique^', et 
principalbmëm des, tôpi^^ueé^'a^^ doux. Je' dois dire 
» que j'en' ai*' èxpêrttneuté'<fe tôtitésr sortb* , et ce qtië'jé 
)) puis dès à présent établir côiHlhe. nh bbirit Nôr's de 
»i conteste, c'est <|Uë^ les' tôpiqtfëd (Inop aëiifi doivent être 
» rejetés d'uUë manièriË absolue. ((klVragecit(^,|i; 203.) a 
• L^éupérience m'a biefltôt fditii^ortliàfttrte la vérité de ces 
prihçipeè. 
Voici la méthode que je suis : 
La tété est^ rasé« ëtltiëreiUëttt^ tous' les IIUH jôdi^s; Cest 



f98 JODIIIU DB «ÂBCBIB. 

une condition indispensable pour que les médicaroeafs 
employés soit en solution, soit en poinmades paissent agir 
efficacement sur la peau. 

Il ne suffit pas de tenir les cheveux courts, de les couper, 
comme on Ta recommandé, ti la longueur d*un pouce sur 
toute la tète. Ces cheveux gêneraient beaucoup dans l'ap- 
plication des remèdes. Il est indispensable de les raser; 
Faction du rasoir ne cause aucune irritation aux sur&ces 
malades. 

Les pansements sont faits le matin et le soir. 

La tête est lavée,* à chacjue pansement , aVec une solu- 
tion de sous-carbonate de potasse (20 à 25 grammes par 
litre d'eau) ; la solution de potasse est préférable à l'eau de 
savon ^ qui laisse une sorte de crasse sur la tète. L'eau de 
potasse lave mieux le cuir chevelu et enlève mieux les restes 
de pomade. . ' 

Au pansement du matin, la tète lavée , essuyée, est cou- 
verte d'une couche de pommade au sulfure de chaux (en 
général 300 à 400 grammes pour 1,000 grammes d'aXon- 
ge), puis enveloppée d'un bonnet. 

Le soir, lotion à l'eau de potasse, nouvelle application de 
pommade que Ton recouvre d'un cataplasme tiède de &rine 
de lin, rois entre deux linges ; l'enfant conserve ce panse- 
ment toute la nuit. 

L'emploi quotidien des cataplasmes est nécessaire. Ils 
entretiennent l'humidité et la souplesse des surfaces affec- 
tées d'herpès, qui ont une extrême tendaiîce à se dessécher. 
Ils concourent , avec la pommade et les lotions alcalines à 
s'opposer à la production exagérée de ces lamés épidermi- 
ques qui se détachent en écailles. Si on suspend l'usage des 
cataplasmes, en peu dfi jours les plaques se sèchent et la 
desquamation augmente. 

Tel est le traitement que j'emploie d'une manière uni- 
forme sur toutes les petites malades , depuis plus de 
quinze mois; aucune complication, aucun accident n'est 
venu m'obliger à le modifier. C'est depuis que je l'emploie 
que j'ai obtenu des guérisons. 

Lorsque je pris le service , je trouvai déjà établi par 



JOtmilAL DE HÉDECmS. 199 

les médeeins qui m'avaient précédé , H. Malherbe et H. 
Dérivas ^ l'usage de raser la tête , d*y faire des lotions , 
d*y appliquer des cataplasmes ; diverses pommades étaient 
employées. 

J'en . ai , aussi moi , employé successivement plu- 
sieurs : la pommade à Tiodure de soufre*, la pommade 
a la suie desséchaient les plaques d'herpès , et ne pro- 
duisaient aucun bon effet. La pommade à la suie a d'ail- 
leurs l'inconvénient , assez grand dans les hôpitaux , 
de salir les vêtements, quelque précaution que l'on 
prenne. 

Une pommade alcaline que j'employai plus tard , me 
parut quelque, temps assez avantageuse. J'augmentai peut- 
être .un peu trop la dose de sous-carbonate de potasse ; la 
pommade devint irritante. La peau s'injectait , rougissait ; 
il survenait des eczéma , des pustules impétigineuses, de la 
douleur : de nouvelles plaques d'herpès tonsurant se mon- 
traient. C'était, il est vrai, au printemps de Tannée der- 
nière , au moment où l'épidémie d*herpès offrit une re- 
crudescence, de sorte qu'il serait difficile de faire la 
part de l'irritation produite par la pommade alcaline. 

Je laissai de suite cette pommade , et me bornai 
quelque temps à l'usage de Taxonge , et des lotions d'eau 
de son. 

Ge fut alors que j'eus recours à. la. pommade au sulfure 
de chaux, conseillée par H. Cazenave. Elle me parut 
• réussir mieux que toutes les auties à modifier avantageu- 
sement l'état des surfaces malades. J en ai depuis cons- 
tamment continué l'usage. 

Il y a deux mois , j'ai voulu y joindre Teniploi des 
lotions de sublimé, préconisées par H. Bazin. Sans adopter 
les idées théoriques de M. Bazin -, *sur l'étîologie de la 
maladie ,. j'ai .essayé ce médicament qui lui paraît si 
efficace. 

Je fis faire chaque matin sur les plaques d'herpès ton- 
surant , une lotion avec la solution dont il donne la for- 
mule , dans ses recherches sur les teignes (2 granmies de 
sublimé dans 500 grammes d'eau distillée). Cette dose 



est b€y»4cç|fy[» trop élevée. Au bo<«l 4e quelques- Jouk., 
le^ j4aqMês d'i^c^rpès étaient vivcmeet irrîfées; de vou- 
yelles plfujviç» diberpës trës-.petAte8 ie formaient aii^. èo- 
virons , chez quelques enfants. . 

(le ré^^iftis la 49^ de wblin^é ; l*irrilalÂoa diqiifi«a « 
.ni^isiiex^esafi p9^ jefu^ ol^Ùgé de jreuoiKi^ à remploi du 
r,efliède. 

Py^us t^ « j*aj l|i 4^^ Lb d.^r^iier jfuémoioe de M. Bazi», 

3u*ij j|ie met plus. que t^ ^ 50 >c;ehtigrj»ai^mea4e subUmé, 
aps'500 gr^wpe^ <4'eau. *U a dçBojre^cuABu les mauvais 
eflfets des doses élevées de sufriimé , qu'il jecommaodaif 
QQfnn^e .yn remède .fii^tain. 

.Qu^bt àJ^ dp^ iî^ i^'Ç^Usi^rà^es de^ailH^^ dao^ 
*500 grai;)ii^^ d'e^u , eUe m^ parait prçvsque nyuUe. . 

L']^r,pës ton^urânt fisjt .une. malaiÛe e83eoiieUeineiU 
chrpniqûe. Son iraiteiTçient exige , dans les cas les filus 
Ueui-eu;i , #ji moina.plui^j^urs ^(Jik î m général ^^e croîs, • 
pluç dune année, e( souvepit, bien ^ifs de iemps 
encore* . . 

Et pendant ce Tpag espace de temps , il ne S»»^ pas in- 
terronoprp les spji^3 qfiioiUtÀe^x ^t nigttiiei^n qu'e&ige le 
traitement ; o^ bieb Tqn perd en' peu de jôtti»>ne amé- 
lioratiop pénibjement. ,obJteAU^. , * . 

Je n*aL point parlé de médication interne, appliquée 
au traitement *^e rberpèa tWM>raAti a}oyaofM avec M. 
Ç^n;jgra , qu'il n*^' a .4'autre m^^i^iou intejrea ou gé- 
nérale indiquée , qi^ x^^le que peut océpliyner la coBStilu-- 
|.ion du malade. A^pos i^tQs malades déUcaifi^ou^ono- 
fuleuses , j'ai dénué les antiscorbuiiqoes, Thuile de foie^ 

ie n ai pa^ remarqvé que ^s méflicamwts aient -eu le 
môjqdre fJfkS ^M^ Vaffe^tiion du^uir. clieyelu. . . 



jarBKEL f)£ wÉBumtm. VSdA 



DE 14 PARMrSÏE fJCUlB, Traitement 
par ta st^ycjknme* — : -Q^ Vof^tion des -^Uy^ 
aimées. *r- Du eumrre 4anis . le iitanm ,p€ir 
H. TftiB8Âir») ©.-M.^ professeur 4ê i)Uniqt^ A 
l'école préparatoire de médecine et de pharmacie 
de Nantes. .... 



C'est spécialement datw les paralysrcs qui .ne reteotinaii- 
sent pas pour CÀuse âne akéraliort 'd'es centimes nejfvelix , ' 
que tes moyens ée fart ont plus.de* chance dfe succès. 
Dans ces cas , les médications les jplus diverses ^nt été 
conseillées. - * * 

* On* connaît- te heureux résultats que' l'on obtient de 
Teniploi de la noix vottîique et de ses préparations , dans 
certaines parapTégîesei dans les paralysie^ saturtiines. 

Dans une paralysie spéciale , fë plus ordinairement due 
âfinflnence d'une cause extérieure; dans ta paralysie du nerf 
facial, la strychnine administrée sous aiffêretlies. formes', 
paraîtrait amqner plus prqmptement et plus sûrement la 
guérlscfn ; que tes divers laulrés. moyens en (isa^e dans 
cette maladie'* . * ' , - 

* M. 'BoltUrDesni©rtiors,4ans sa' thèse soulentiè à la Fa- 
culté de Médecine de Parls^*, .en -1834, refcommànde 
comme un traitement efficace dans* ceilé. affection, la 
strychnine V à la dose de 6 $ 10 mUligranimes , donnée 
à l'intérieur, ou employée par la méthoaè erîdermiquei 

' Les faits de guérison de paralysie faciale, par lâ stry- 
chnine , sont donc connus ; cependant , comme il ti*en â 
pas élé publié un grand nombre ^ nous avons pensé que 
ceux que tious allops rapporter , pourraient avoir quelque 
intérêt. • ' 

fro rtUservâiiton. * 
W^^ C, âgée de 4 5 ans, marchande dlépicçnves, deweiîiriM»t 



202 JOVlSlIitli l>B KÉDMBIB. 

à Nantes, quai de la Fosse, était obligée, par la nature de ses 
occupations, de se tenir pendant tout le jour au comptoir 
d*un magasin non clos, et exposé à de forts courants d'air. 

Le 2 mars 1850, à son réveil , l'irrégularité qu'elle re- 
marqua sur les traits du visage Teffraya vivement. Les 
paupières du cAté droit ne . pouvaient se rapprocher, l'œil 
restait constamment ouvert , b commissure de la lèvre 
droite était abaissée , le froncement du sourcil et du front 
ne pouvaient avoir lieu de ce côté , et pendant la masti- 
cation , les aliments séjournaient entre la joue et les ar- 
cades dentaires du côté droit. En un mot , tous les signes 
de la paralysie {eiciale existaient ; et te côté atteint était 
précisément celui qui avait été frappé par un courant d'air. 

Une saignée de bras fut pratiquée , la malade étant 
d'un tempérament sanguin et non meûstiruée depuis 
plusieurs mois. 

Le lendemain on lit dissoudre 5 centigrammes de sul- 
fate de strychnine, dans 100 grammes de sirop de sucre, 
selon la formule du professeur Trousseau. 

Le 1^' jour , un centigramme du médicament fut ad- 
ministré , et pendant les 15 jours qui jsuivirent , on aug- 
menta graduellement les doses, jusqu'à atteindre 8 cen- 
tigrammes en 24 heures. 

Les deux semaines suivantes , on appliqua , en outre , 
à la tempe droite , et derrière l'extrémité supérieure de 
la branche montante de l'os maxillaire inférieur, de petits 
vésicatoires ammoniacaux, que L'on pansa aVec 1 et 2 cen- 
tigrammes du sel de strychnine. 

Il ne se passa rien de particulier pendant les quinze 
premiers jours du traitement^ mais le 17«, de vives se- 
cousses se firent sentir dans les muscles de la face du 
côté paralysé , et surtout dans les extrémités inférieures. 
En même temps, quelques-uns des muscles du côté malade 
commelacent à pouvoir se contracter volontairement. Toutes 
fois, ce ne fut que vers la fin de la 4' semaine, que le 
mouvement reviiH entièrement au front , au muscle sour- 
cillier, à Torbiculaire des paupières et à la commissure 
des lèvres. Le muscle buccinateur était devenu moins 
inerte dès le 1 5* jour du traitement. 



JOrBNAL DE HÉDBGUfB. 203 

La gMérisou était à peu près complète la 6^ semaine. 
Il ne. restait qu'un peu de fiiiblesse de Torbiculaire ^de 
sorte qu^ li^ paupières supérieure et inférieure ne pou* 
vaient se rapprocher complètement. Dix à douze jours 
après y tout signe de maladie avait disparu. 

• ^« ObserTallon. 

M'^'' R., âgée de 13 ans, d'une constitution délicate, 
et n'étant pas encore réglée , fut atteinte le 5, mai 1850, 
après avoir été exposée à un fort courant d air, d'une pa- 
ralysie faciale gauche. Le- releveur de la lèvre ne se con- 
tractant plus, la commissure de ce côté était abaissée. Du 
reste , tous : les signes qui caractérisent la paralysie du 
facial existaient chez la' malade. 

Le 1 1 miai , le sirop 'de strychnine préparé suivant la 
formule précédente, est prescrit. Chaque cuillerée à café 
de. 4 grammes contenait deux milligrammes de sulfate du 
strychnine. 

Le l*^' jour , on administré une cuillerée à café 
du médicament, puis on augmepte graduellement les doses. 

Le 18 mai, on en donne 6 cuillerées. On obsei^ve 
quelques contractions dans le muscle sourcillier et le re- 
leveur des lèvre^. 

22 mai. 2 centigrammes de strychnine ont été admi- 
nistrés pendant là journée. Le soir , surviennent subite- 
ment de violentes secousses convulsives dans les jambes , 
avec faib|,esse de- la jambe gauche , chute , serrenient des 
mâchoires , délire penjdant la nuit. 

On jcesse l'administration, de la strychnine , on prescrit 
une potion éthérée; des cataplasmes sinapisés sont apposés 
aux extrémités inférieures. 

23 mai. La faiblesse de la jambe gauche persiste ; mais 
les contractions convulsives des muscles ont cessé. Là ' mil- 
lade peut aujourd'hui froncer le sourcil, la «commissure 
gauche des lèvres commence à obéir à l!action dii muscle 
élévateur , les contractions de lorbiculaire des paupières 
sont rétablies, celles-ci peuvent être complètement rappro- 
chées l'une de l'autre^ 

24 mai. La £Eiiblesse de la jambe gauche persiste , et la 



264 jeittBài OB 

HuJade y ressent «a même ienifis de la douleur ; él esîsie 
MU' peu 4e iremblemeni dep membf qs supôrienrs , mais le 
trismiis a disparu. Le côié gancièe de ki faqe ^raft revenir 
à son aspect noroial. 

31 mai. La imdade est 'panfailenient. La. jaiiib.e gaoçiie 
est maintenant dans Fétat naturel ^ l'expression de la phy- 
sionomie est la même des deux c6tés; à peine reste-t-il 
tin peu de faiUesse de rélévateur.des lèvres.* 

€e8 deux malades ont été , comnie l.ct» voït. ,. ^ssez. ra* 
pidement guéries , et surtout A ji'est resté ebez elles i«- 
eiwe trace de k maladie, ce qui nXpas Ueu toujours. Il 
nous arrive de rencontrer assez fréqueoimesit d^i< Cenmes 
chez lesquelles , à la suite d'une paralysie faciale- iocom- 
plètement traitée , l(i commissure labiale «est .demeurée 
abaissée d'uncoié , abaissement qui se produit surtout pen- 
dant le rire. 

Aux deux fiiits précédente, nous jsM&fus jatAdve lé sui- 
vant , où la pile voitaîque fut seraployée. 

C'était en 1^41 ; les travaux de V..>Docfaesne de Bou- 
logue sur J électricité, devaient plus tard étendre, bien 
au-delà les applications de ce puissant agent daiis le do- 
maine pathologique , apporter à ces àpptimtions , des biQ- 
dificaiious radicales, et spécialement, dofi^f^ lieu à des 
guérisons beaucoup plus promptes. « ' . . 

S"» Observation. 

• . - • •* 

M^'^ K.., âgée de 18 ans, d'une bonne eon^iûtutioo , 
d'un tempérament sanguin et un |>eu lymfiatlH€(ue,'.fut 
atteinte, simuliauément, au commencement, de décembre 
1841 , d'angme jtonsillaire et jde paralysie Êiciale , .^. la 
suite d'un refroidissement qui s'était bit , sentir surtout au 
câté droit de la lace. . ... 

* Dés gargarismes émollients , la diète , des boissons 
mucilagineuses et un purgatif ,een^ituërent le traitisméat 
dirigé contre Tangiiie 

Oh se borna « quant à la paralysie , à pratiquer quelques 
f«icii^(iiis aiumoniftcales si|r le càté droit dela^&ce. . 

8 janvier, 1842. La. paralysie faciale daMuit d'un mois , 
la malade est soumise à l'jM^tioa<de la pile. On se sectde 



rii|>pareii à «uga; et .Qt\ agit siu* -les .{toÎHts de la peau 
correspondant aux muscles paralysés , au^mpyen d'uii «k^ 
citateur a hoiule , et d'aiguilles à acupuneture , «ans en* 
ffaire- pénétiîer 'la paioAe daos les. tissus. On.-doiMie «tnsi , 
dans Fespaûe .de tcois jours , trois ^ié^dees. de i 5 à ^0 mi- 
nutes chaque. 

Au il au I6\ 00 «suspend 4e irait»nent\ pour je re* 
|N*eudre sans. .Interrupticm jusqu'au 30.. On promène la 
^oule de ^'excitateur. sur Ja &€e interne de 1» -joue droite; 
alons ies secousses convulsives -deviennent irès-fortes «l 
xiottloureuses , les conjtractibns musculaires .appai*ai^seiH 
soUsTaspieet de rapides trémoussements. iDans rintervalle 
des séances , on n'observe (ju reste ^ucuu ^changement. 

Cédant 'aux sollicitations de M^^' X., qui se p^int des 
douleurs que lui causent les séances de galvanisation , on 
suspend le traitement pendant 1 5 jours.* 
• Le 2^ jour, qui suivit cette interruption', on commença 
à remarquer quelques^ mpuvemeols dans. les. points pa- ' 
ralysés. La commi8sar>e dt^oite des lèvres s'élève un peu ', 
l'oodiision de f ôeni droit coqnmence à* s'opéVér. On donne 
trois séances galvaniques, les 16 r ^7 ot i8<février , en 
employant uue eau moins aciàu)ée<. On avait mis Jusque- 
là un €(uifizième d'acide 9utfiifiqué ; on en n'ajoute plus 
qu'un trentième. Les contractions musculaipe^ produites 
par la pile sont moina foi^tes/ Cependant i^n coryza avec 
rougeur érysipél9t9use de la* joué ,* paraissant Vétre dé- 
veloppé sous l'excitâtiod de l'a^uillo ^' f^ree encore à 
interrompre ie traitem^it jusqu'au 24 février. Alors les 
séances sont repuîses , elles se prolongent toujours pendant 
eoviroin 20 minutes. 

Les 6 et 7 mars, pas de iséaix^. On r^pv^nd eeHes-ci 
et l'on <^ontijciue peo^aiU environ 3 seipaines. . 

A cette époque , des mouv^rnents spontanés s'observent 
dans les muscles sfmrciHienS) mais la comn»iss|ire des lèvres 
n'a pas encone itecôuvré son mouvement d'élévation. Ce 
n'est qu'ien avril que toute' trace de {mralysie avait disparu. 

Om Vjoitf par les feit^ que nous venons d^expo^ ^' q^ie.le 
traitement a consisté à solliciter ,. de ja part des muscles 
patoalysés.f des contractiqns ariificie^^s, «t dans ce but à 



206 JOmUUL DE HÉDBCniB. 

agir. sur le prÎRcipe de fo coDtraciilité musculaire, ce$i-à- 
dire sur les perfe distributeurs de Tinflux nerveux. Ces 
contractions doivent^ au point de vue thérapeutique , ré- 
veiller dans le système nerveux la vitalité en quelque sorte 
engourdie, et ramener .ainsi le mouvement normal on vo- 
lontaire. 

Sans nous arrêter aux avantages incontestables que-pré- 
sente Télectricité dirigée surtout d'après les découvertes 
du savant dont nous avons parlé, dous insisterons particu- 
lièrement sur remploi de- la strychnine. Les effets remar- 
quables et assez rapides qu'elle a produits chez les deux 
malades dout nous avons donné l'histoire, nous paraissent 
mériter l'attention. 

Les plantes de la famille des strychnées exercent , en 
effet, une action puissante sur le système musculaire. Les 
contractions qu'elles y déterminent, d'abord clonique$ » ne 
tardent pas, si l'on continue leur emploi, à se transformer 
en contractions (om'çtiea. La roideur des mâchoires devient 
alors permanente, les muscles inspirateurs fortement con- 
tractés n'agissent plus , la respiration, ne se fait qu'impar- 
faitement, l'asphyxie est imminente. 

Un véritable tétanos que l'on pourrait appeler tétanos 
toxiquB > s'est produit , et représente exactement les phé- 
nomènes caractéristiques du tétanos Iraumatique. 

Dans les empoisonnements par la strychnine et dans les 
expérimentations faites sur les animaux , cette roideur se 
maintient longtemps après la mort. 

Dans la thèse de M.. Edouard Bureau sur la famille des 
loganiacées et les plantes qu'eile fournit à la médecine , 
thèse soutenue à la Faculté de Paris , le 7 Juin 1856, sont 
rapportées plusieurs expériences faites sur des lapins avec 
la racine de SpigeUia-Marylandica , plante de la tribu des 
Spigélies, voisine de celle des strychnées. 

Le principe actif de cette plante, auquel on a donné le 
nom de spigéline , paraît réunir en lui les deux modes 
d'action des strychnées à effets paralysants et à effets 
tétaniques; touiefpis, ces derniers prédominent et précè- 
dent la mort. 

Les aoimaux , après avoir présenté les signes d'un 



JOUBHAL 9B iCâDBGIllE. 207 

affaissement profond , succombent à la suite de convul- . 
sions d'abovd claniqites, puis toniques ; Tasphyxie s'établit 
plus ou moins rapidement , et la roideur cadavérique 
s'observe longtemps après la mort, quelquefois plus de 20 
heures. 

Dans une étude que publie, (tf- Tardieu dans les Ànnale& 
d'hygiène publiqtie et de n^decine légcUe y sur Tempoisonne- 
ment par la strychnine, considéré du point de.vue médico- 
légal , l'auteur analyse les faits consignés dans le. procès 
Palmer, de Londres. * \ .. 

A l'autopsie d'une des victimes de Palmei*, autopsie 
faite 6 jours après la mort, la roideur. cadavérique exiàtait 
encore. Or, comme le remarque le médecin anglais pré- 
sent, jamais, chez les tétaniques même, la roideur cadavé- 
rique ne se maintient aussi longtemps. 

Le fait qui semble surgir évidemment de l'action, des 
strychnées et des plantes qui s'en rapprochent , est donc 
une modification spéciale imprimée au système des nerfs 
moteurs, modification telle que la contractilité musculaire 
s'accroît, devient bientôt convulsive, et produit enfin l'as- 
phyxie par cessation d'action des muscles inspirateurs: 

Chez les animaux empoisonnés par la strychnine, après 
l'emploi des moyens généraux, on a eu recours, avec quel- 
que avantage, à l'élher, au chloroforme, substances propres 
à agir directement contre la contracture tétanique*; et, en 
dernier lieu, à la respiration artificielle. • 

M. Alvaro-Reynoso serait, dit-on, porté à considérer le 
cwrare comme le véritable contrer-poison de la strychnine. (1 ) 



(t ) rious Usions ce mémoire le 14 novembre'18S6 k la Section de 
Médec. de la Société Âcadém. de Nantes. Or ^ dans le n°'de décem- 
bre des Archives générales de Médecine^ de l'année dernièfe, on 
trouve un mémoire du D' Harley, prof, de physiologie et d'histolo- 
gie k l'Université de Londres, dans lequel sont rapportées des expé- 
riences fort curieuses sur l'action respective de la strychnine et du 
curare. L'auteur termine par la conclusion que le curare et la 
strychnine sont antidotes l'un de l'autre. 



2Wt khMkIi a& 

. On, on saHi aiijbarcyHiii, d'aprb^ Ie0 vethéfcbes de Bllf; de 
Homboldivde Schoroburgiik el autres^vnAts^ i*éi!hérehé9 ré- 
sumées dam la tbèèo dé M. E. Bateau; que toutries poisons 
connais chezr- les indiens de ^Amérique dVi&id^ sOus* fes 
noms de -Curare, Woàrara^WaurcUi, etc. , et qui servent 
efaea ces peuplades à eftipoifionnet* leurs fléchés , agissent 
de la' même manière sur réconomie amifnftie'^ et cotitieiiiiënt 
probablement toutes le monte' principe.', ôUtlu nnoinëdes 
pnncipes fort ànalogiyes fournis *par divers végétaux, dont 
iè pliis important et le plus coiinn est léstryehnoe toùnf^'. 
6*estltti^ qui'iBntre , potiii^la pHis gnmdë quam^é , dans la 
cMtposhion dti cfîrai^. 

]iecurûte niè vetitèrttie ddridpas dé venin de crotale; il 
n'est pas ë)ilr«iit par les natûi<els de l'AinériqUe, de là vé- 
sicule du serpent à sonnette!?, ainsi que T^Vàit fait croire 
la ressemBlance de ses propriétés tbkiquôSâVôc celtes dé ce 
venin. . . 

En effet, comme luj^ ie curare', introduit âous la peau , 
agit, ainsi que l'ont détpôntré les nombreuses expériences 
de M.- Cj.. Bernard, en pàraCysaot les fonctions cérébrales. 11 
abolit la sensibilité et tous les mouvements des muscles 
volontaires) tandis.qve lecoaurcpntiaue.de battre, les tu<- 
nlques intestinales à se mouvoir chez les animaux. J^a res- 
piration est. sù^p^odue, et rasph}^le est la cause immé- 
diate de la n;kort. 1^ aotiofi paraît s-'exercer spécialement sur 
1^ contraction musculaire, qu elle anéantit tellement, quV 
. prèK la moirt teâ. rnusçles«ne^ peuvent se coptçacter sous 
l!influeiice des plus forts courants ..électriques. 

Chose remarqua'ble, nous continuons à citer la thèse de 
M. E. Bureau, lès strychhos à effets tétaniques et les strych- 
no» qiikui. pourrait appeler à effets paralysants, arrivent aux 
niômës résultats par des chemfin^^ opposés ;- les uns en 
exalMrt, les autlres en pàhriysafat* lès fonctions du^syslèmti 

En outre, les étrychnées contenant là strychnine se ren- 
contrent* toutes dans l^wicren' centineni' , aux îles PhiUp* 
pines, à Java, au MalalVftt^ tafldSisqucr Imstt^hfféèi^ dôht 



OBI extrait k-dtiratie oroitsmi loutes dafis le nouv^éWQ' 
monde, à la Guyjane«etdaf)s4fi>ikMite-AiiiaioiT0^ 

H eirt proiMibis qtse oVtet en néflléGliissant -stuH^ éenS feîts , 
qu*iiAiniéd06}ri-vélérmRivev M. Sevi^llvàura été (Hitidtiit à 
faire tiMce du cti^eif» sur cfeuit ote^aux> att^ikit^ dô^unbs. 
Tous, deux guérirenU ; ' * 

Ce feit'clté;dans la tttè^edé M. E. Bureau, est extrait du 
BkH&mûire de Jffêdiecîne , cte Beriin, et rapporté par le 
doclft^rUlunter. Nous regrettons qu'il ne nous ail pas èlé 
possible de' consirttéi* f ouvrage lui-m^me. 

Ne pourrait-on pas tenter l'emploi du ct^mr^ .d^ns le 
tétanos chez. î homme ?' 

L'anajo^e.eonduità' cette oonoiusion. Si, en effet ,• k» 
stryiD^bâîne ooavieiHioomme excitateur du système. n6rv«tyx 
dans les patftlyaias,- le eurofte qui paralyse^ les* fonctions de 
ce système nne c«i»batlrait'-il> pas avanti»gèusemenl l^exoita- 
tion morbide du sjistème nerveuls manifestée pai< lesier- 
ribles effets qui constituent le iétmioêP 

Ulïmomiié dût curare , adminisirô par TestlMiats che2 
les animaux v.étan4 çbnsMée , ii faudraitaTÔir recours*^ 
la métJiode^eiKlei^ique^etiniiioduire cette substance sous 
répidUrme-y .comme- ou le fait pour la* morpbin^ et la 
jjiry'cbnine. / . 

Mais ici de graves difficultés se présentent.; De fortes 
dosea tuent'Papiidenient , l^anknal meun comnle foudroyé. 
Âi.d6ses moin^dras, la^reàpiration s'drrôte', Taâfiiblisi^menl 
général; survianty ou bien encore quelques convulsions non 
tétaiMiiues* précèdent la iliopté 

Ceppadaptifi il est» deS' doses de ctifteirt« qui ncrsant- pf»s 
nôaessaivemonti mortelles.. Il est rapporté dans^k thèse que 
DOife citons vj que les- ludicfît^s qui sist^etvl^ni pour la 
chassejde fléebesi eadiûtea de cnrar^ ^ ne cherchent quelî- 
q^iefois q«i'â. engourdir lès-^ animaïax et noii à< les' tuer. 
Or, ils y parviennent, en n'employant que do faibles- dose^ 
du.poi^ons:$U<en< le* mêlant à des substances inertes. Si 
Ton songeait' à introduire» k ewhare dans* la tbérapéulique 
du tétitnosff il faUdmlidoDC atiénuer oonsidérablementii^s 



210 JOUIHÀL DB ■ÉMCniB. 

doses ; mais , en outre , il conviendrait d'instituer préala- 
blement deux* séries d'expériences. 

L'habileté de M. Cl. Bernard, auquel la science est déjà 
redevable de nombreuses recherches sur rempoisonne* 
ment par le curare , aurait bientôt rendu à la médecine 
ce nouveau service. 

Il s'agirait donc , en premier lieu , et à l'aide d'expé- 
riences sur des animaux d'espèces diverses^ de déterminer 
les doses de curare entraînant une moct plus ou moins 
prompte , puis les doses compatibles, avec le maintien de 
la vie , et propres à agir sur le système nerveux , de ma- 
nière seulement à l'engourdir , à suspendre à un certain 
degré l'influence qu'il exerce sur la contractilité muscu- 
laire ; à produire , en un mot , une sorte de mort appa* 
rente , comme le font les chasseurs indiens.- On devrait , 
de plus, constater les cas où la vie ne pourrait se main- 
tenir qu'à l'aide de la respiration artificielle , et ceux où il 
ne serait pas nécessaire d'y avoir recours. 

En second lieu , on pourrait soumettre à de nouvelles 
expérimentations les empoisonnements par la strychnine 
chez les animaux , observer leurs divers degrés , et se 
servir , dans les cas les plus graves , du curare comme 
contre-poison , en observant ses effets et établissant les 
doses nécessairement très-minimes auxquelles il devrait 
être employé. 

Ce n'est qu'après ces études préparatoires suivies 
avec le soin et l'attention qu'elles comportent , que 
la médecine et la chirurgie pourraient tenter , sans être 
accusées de témérité , l'emploi du curare dans le tétanos 
traumatique , maladie presque constamment mortelle. 

Comme nous le disions , l'analogie , fondement des mé- 
thodes substitutives auxquelles la thérapeutique doit plus 
d'une conquête , nous semble devoir justifier l'essai d'une 
telle médication , quelque hardie et nouvelle qu'elle pa- 
raisse. 

N'est-ce pas , en effet , à la méthode substitutive que 
nous devons l'emploi, éminemment avantageux, des stry- 
chnées dans les paralysies et les désordres musculaires , 



tel$ que la charôe ? (Pourquoi le» phuX^s de ,ld m^e Aribu, 
reQfernoani un pnûicipe qMJ|>i*oduJ:t sjju* Je système neiwauK 
des effets .paralysants^ ne seraient-elJes jias TsM^^tidot^ 4e6 
cQotractioDB téJ^amfues produites p^rJi'sjp^renai^r^s^ et de 
celles bien plus graves encQce du tétauos ? 

Toute substai^e agisaaat sur ,uD^p|)areU40f;ga«i(fue de 
manière à y produire .tfes phénomèneg^coulxi^Ues ou ana- 
logue ^ ceRx qui résultent de inaction d'un^ clause »»ori- 
bide^ n est-âUe pas , en génér.»J , le mo^en le plus j)wsr 
san^ à opposer t) ^t^eUe-^i ? 

Ce principe fondamentale' en thér^peuiU()ue i«o.us sanible 
coai,pre!«dris à la fois ^ dans aoa évioncé ^ 4«ux méthodes 
regardées comme aniagoitisies Tune 4e ïwtx^. 

En réfléchi^aat» en effet , aux faits ^r iesquols ae 
fondent les deux profi^dés .ainsi formulés, cmtrjQurm ca»- 
trariis^ smilia simUbm mranturt n'arri^e-i-on pas à 
conclure que .^ dans ces deux cas , J'action spéciale déter- 
minée dans J'éconQmie par le médicament, cpusU^p^ 
essentiellement la inodiiication thérapeutique qui d<Mt «e 
substituer à la modification mQrl)ide. Les paéopmèn es ^pro- 
duits par Je médicament apparaissent parfçii3 éyidemwent 
contraires; d'autres fois^ on les dirait ^bsaluwetït snpa- 
blables aux syjnptômes par lesquels se traduit Ja au- 
ladie. 

Nous disons qu'il n'en est ainsi qu*eiî apparence^ elj^pour 
ainsi parler^» qu'au Bremiericoup-d'œil de robservMe^ur. Car., 
au fond, les médicaments ne produisent Jamais dans l!éca- 
nomie l'ensemble et l'évolution de phénomènes qui coos- 
lîtuent Tacte morbide. 

La belladone , bien qu'elle amène des xougeur^ à 1^ 
peau , de la constriction à la gor^e., le quinqujxia et les 
sels de quinine, bien qu'ils accélèrent le pouls et ms- 
citent 4ans le système nerveux des troubles rqmar^qablesp 
les tintements d'oieiMes,Jeslournoîemenis de tête, des hallu- 
cinations délirantes ,' ne donnent lieu l'un et l'autre ni à 
la scarlatine , ni à la fièvre intermittente. 

Nous en dirons autant du nitrate d'argent dans cer- 
taines ophthalmies. Assurément, les solutions dans les- 

15 



242 lOOUIAL DE HÉHECIRE. 

quelles il entre , loat en rougissant l'œil et injectant la 
conjonctive , ne produisent 'pas une opbthalmie de même 
nature que celles que Ton observe si fréquemment , 
tout au plus reasetnblerait-ellé à l'inflammation directe- 
ment produite par une cause physique. 

Les modificat'Urs médicamenteaic diffèrent par leur 
nature propre ' et par leà effets qu'ils déterminent 
dans l'économie, de même que 'les maladies diffèrent 
entre elles. Ce point d^ 'doctrine a été -parfaitement éta- 
bli dans le beau chapitre sur la gfédicatian sub$tttutive du 
Traité de thérapeutique de MM. Trousseau et Pidoux. 
Mais , de plus , l'action des modificateurs médicamen- 
teux n'est pas essentiellement identique à l'acte morbide , 
bien qu'elle semble rêtrê d'après l'aspect extérieur des 
phénomènes ; l'effet du médicam'etit , en un mot , n*est 
jamais entièrelnent atUqtuK slu% symptômes de la maladie; 
le iimilia similibus n'est pas vrai logiquement. La seule 
chose vraie , c'est la modification plus ou moins profonde 
imprimée à l'organisme par le médicament , et la substi- 
tution de cet état à l'état morbide. 

Il est probable que c'est à ces troubles salutaires , à ces 
modifications intimes suscitées dans l'économie par nos 
médicaments, que sont dues leurs principales propriétés 
curatives. Les influences qu'ils exercent sur lorganisme 
vivant se traduisent au dehors par des maiiîfeslations 
diverses. Tantôt ces rnanifestations* diffèrent de celles de 
la maladie; d'autres fois, elles paraissent avoir avec 
celle-ci des analogies plus ou moins rapprochées : dans 
bien des cas , enfin , elles déterminent au sein des appa- 
reils des mutations plus profondes et qui échappent à notre 
vue. Lorsque ces rapports d'opposition ou d'analogie 
sont plus frappants, c'est alors que la thérdpeulique 
triomphe ; il est donc du plus haut, intérêt pour l'avenir 
de Fart de les rexhercher et de les prévoir ; là certaine- 
ment se trouve une source féconde de progrès. 



TABLE DES MATIÈRES. 

DU XyXIl* yOLVMfi. 



' Pages. 

Appréciation de la méthode de Deventer , ayant 
pour but de faciliter la version, par M. Aubinais. . 95 

Aubinais. Voyez appréciation dé la méthode 
de DeVent^ , ayant pour but de faciliter la version. 95 

Aubinais. Voyez de certains phénomènes hystéri- 
formes avec suppression passagère de là menstruatioh 
pouvant laisser soupçonrier à tort ifn comroiencement 
de grossesse . \ t .' 33 

Bulletins des séapces. . ..... 5, 53, i33, 179 

Cônsfdépation 'sur l'épidémie de Therpès tonsurant 
observée à rhôpital Satnt-Jacques , de 1854 à i856 , - 
par m: Hélie. . \ . • . I . . . 181 

De c^tains phénomènes' hystériformes avec sup- 
pression passagère de ta menstruation pouvant-Iaisser 
soupçonner à ioti ufl dortimencenient de^^rossesse ,• 
par M. le docteur Aubinais '33 

De la paralysie faciale; traitement par la strychnine, 
etc., par M. Thibeaud. ........... 201 

Deux observations de rupture de* l'utérus, par le 
docleair Letenneur. ............ 163 

Etudes cliniques. Des hydropisies , suites de fièvres 
intermittentes, par M. Thibeaud. ........ 117 

Hélie. Voyez considération sur l'épidémie de l'her- 
pès tonsurant observée'à l'hôpital Saint-Jacques , de 

1854 à 1856. 181 

. Huette. Voyez tableau des obsei'vations météorolo- 
giques de 1855. . . • . ' 53 

Lé Hôux. Voyez note sur une tumeur hydati'que 
abdominale ; ruptures spontanées du kyste, suivies de 
l'excrétion de son contenu par la voie intestinale, etc. 44 

Letenneur. Voyez deux observations* de rupture de 
l'utérus 163 

Mahot. Voyez tumeur squirrheuse développée dans 
le médiastin antérieur. Compression de la veine cave 
supérieure. (Kdème de toutes les parties sus-diaphrag- 
matiques 105 



Malherbe. Voyez observations cliniques 71 

Malherbe. Voyez rapport sur un mémoire de M. 
Gintrac, de Bordeaux, surVoblkération de la veine-porte 1 69 

.Note sur une tumeur hydatique abdominale ; rup- 
tures ap^fitaaée^i^t péri^uliques 4a kyste , suivie» .de 
l'^xcrétioQ .de son coaienu par la wQÏe intestinale , 
etc., par M« Le Hqux. ^ • .. ^ .. « . ^ ^ . . 44 

NoUe^ sur «quelques cas de fièvres éruptivea, recueil- 
lis à J'Bôtel* Dieu , par M. ValUn, élève interne, .il! 
Obaenv^tioQ clinique, par M- BAVxeau» . . « ^ i.5$ 
Observation d'iclaoE^aie albuminurique , suitie de 

scarlatine, par H. Rouxeau ^ 13^ 

Observation de lypémanie, par M. le .docteur Petit . 20 
Obser,vatia«s c)iniqiif.ç« par M^ Malherbe^ ^ > . 71 
Petit, Voy^z (Aservatioq de lypémanie. ^ . • . 20 
Rapport sur un mémoire de M. Gintrac, de Bordeaux, 
sur iQhlitéraUon de ,1a A'eâaa-porte « .par ti, JHalberJ>e . 1 69 
Ra^x.ea^. Voyez observation clinique. > . . . , 155 
Rouxeau. VovQz obs^vatioti d'éclampsie albiuninu- 

rique, suite de scarlatine ,.139 

Symptômes gnaves produits par radminJstration 

du seigle ergoté, par M. Trastour, . « 88 

Table des matières^ . ^ ^ .......... 213 

Tableau des observations météorologiques de 1855» 

parM. Buatte. .,...,,,.,. 53 

Xhibeaud. Voyez de 1^ paralysie façi3le ; traite- 
ment p^ la strychnine. ^ . <. » ^201 

Thibeaud* Voye^ études cliniques. Des bydropisies, 

^ui^es de fièvres intermittentes 1J7 

Traslour, Vxjyez symplf^Pes graves produits par 

l'administration du seigle ergoté 88 

Tumeur sqpLrrheuse développée dans le médiastin 
antérieur. Compres^on de la veine-cave supérieure. 
OEldème de tontes les parties sus-diaphragmatiques , 

par M, Mahot ,.. ^ ....... 105 

Vallin. Voyez notes sur quelques cas de fièvres 
éruptives , recueillis à THôtel-Dieu ,•,.111 



Nulles, Imprimerie de M"* veoTe C. Mellinei