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JOURNAL 



DE LA 



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SOCIETE DES AMERICANISTES 

DE PARIS 



JOURNAL 



DE LA 



SOCIÉTÉ DES AMÉRIGANISTES 



DE PARIS 



NOUVELLE SÉRIE — TOME II 





AU SIEGE DE LA SOCIÉTÉ 

fil, RUE DE BUFFON, 61 

190?) 
Reprinted with the permission of the Société des Américanistes 



JOHNSON REPRINT CORPORATION JOHNSON REPRINT COMPANY, LTD. 

111 Fifth Avenue Berkeley Square House 

New York, N.Y. 10003 London, W. I 



First reprinting, 1966, Johnson Reprint Corporation 
Printed in the United States o£ America 



HISTOYRE DU MECHIQUE 

MANUSCIÎIÏ FRANÇAIS INÉDIT DU XVI' SIÈCLE 

PUBLIÉ 

Par m. Edouard de JONCHE 

Docteur en Philosophie cl Lettres, 
Memljre de la Société des Américanistes. 



INTRODUCTION 

On s'atleiidrail à trouver, sous ce titre, des annales ou chro- 
niques de tribus mexicaines, des listes et généalogies de leurs soi- 
disant rois et seigneurs, la durée de leur règne respectif, leurs 
guerres, etc. Mais tel n'est pas exactement le contenu des pages que 
nous publions ici, et probablement pour la première fois. En réalité, 
elles nous renseignent simplement sur les origines de trois tribus 
importantes, sur le calendrier mexicain, sur des mythes cosmogo- 
niques variés, et finalement sur la biographie du héros pacificateur 
Quetzalcouatl. 

Il y a donc un certain désaccord entre le titre et le contenu du 
livre. A quoi tient ce désaccord? Jetons, pour nous en rendre 
compte^ un regard sur le manuscrit français, n'^ 19031 de la Biblio- 
thèque Nationale de Paris. Celui-ci, rédigé sur papier au xvi*^ siècle 
et contenant 88 feuillets (290/207 mm.), est un autographe qui 
porte en deux endroits (f. 1 et 79) |la signature cV André Thévet. Il 
se compose de deux parties bien distinctes : la première (f. 1-78) 
comprend des fragments d'une traduction française de \ Historia 
gênerai y naturnl de las Indias de Gonzalo Eernandez de Oviedo 
y Valdes ^ Une inspection rapide du livre XV (f. 1-12) m'a con- 
vaincu que la traduction de Thévet est généralement fidèle et même 
littérale. C'est la seconde partie du manuscrit que nous donnons 

\. VaUadolid, 1557, in-fol. Rééditée en 4 vol. in-foL 1851-1855, par la Real 
Academia de la Historia de Madrid. 

Société des Américiinisles de Paris. i, 



2 SOCIÉTÉ DES AMKRICAMSTKS \)K l'AHIS 

ci-après. Elle va du f. 79 au f. (S8. A ce feuillel, une brusque 
interruption du l'écil nous averliL cpie nous nous trouvons en 
présence d'un fragment. Dans un mémoire présenLé au XIV'' (Con- 
grès des AméricanisLes, à SLuLtgarL, j'ai prouvé par des arguments 
de critique interne l'état fragmentaire du manuscrit, et m'appuyani 
sur les mêmes arguments de critique interne, je suppose que cet 
assemblage confus et diffus de données mythologiques et ethnogra- 
phiques constituait l'introduction d'un véritable traité d'antiquités 
mexicaines. 

Le titre du manuscrit, par un autre détail, mérite notre attention. 
11 est ainsi rédigé : « Ilysloire du Mechique traduicte de SpnnnoL » 
Mais cette dernière mention est raturée. La rature d'ailleurs me 
semble remonter à la même époque que le reste du texte. Ceci 
constaté, on peut se demander d'abord si l'on ne se trouve pas en 
présence d'un morceau de fanlaisie. Dans ce cas, Thévet aurait eu, 
dans l'origine, l'idée de la publier comme une de ces adaptations 
plus ou moins littérales du castillan qui, à son époque, rencon- 
traient un si grand succès. Puis il aurait renoncé à son projet. Bien 
que ce genre de supercherie ait été familier 'aux érudits du 
xvi*^ siècle, la vérité me paraît être autre. Thévet a bien traduit là 
un auteur espagnol ; il a pensé à publier cette version. Puis il s'est 
décidé à l'insérer dans sa Cosmographie^ mais en y introduisant 
certains changements, surtout quant à l'ordre des matières. Et ces 
modifications qui transforment l'œuvre première en une œuvre 
personnelle, sinon originale, justifient la rature. 

Quoi (pi'il en soit, un long travail de comparaisons et de déduc- 
tions, résumé dans mon mémoire de Stuttgart, m'autorise à iden- 
tifier l'original espagnol de Y Ilistoyre du Mechique avec le traité 
des Antiguedndes Mexicaiias du franciscain André de Olmos, traité 
aujourd'hui perdu, mais que Mendieta cite, au prologue de son 
livre II, comme l'une des sources qu'il consulta pour son Ilislorin 
Ecclesifts/ica Indiana^. On voit dès lors l'intérêt du manuscrit 
inédit de Thévet et l'utilité qu'il y a à le faire connaître. Puisse la 
lecture de cette pâle version française hâter la résurrection de 
l'oiHivre d'Olmos, ensevelie encore, nous l'espérons, sous la pous- 
sière de quelque bibliothèque ! Cette résurrection rendrait enfin 

1. l\ibliéc pai-I). J. Garcia Icazbalceta. Mexico, 1870, in-i. 



IIISTUVIW; l)L MKCIIIOLE 3 

possible la crilique sérieuse, nette et précise, d'un grand noml)re 
d'historiens de l'ancien i\lexi(|ue, moines et autres, et soulèverait 
un des plis du voile ([ui couvre encore le passé précolombien de 
l'Amérique moyenne. 

Les mérites du P. Olmos ne nous sont connus que par ouï-dire, 
et il serait supertlu d'j insister. Mais il convient de dire un mot de 
son traducteur présumé. André Thévet, né à Ang-oulème, se fit 
pendant sa longue vie (il mourut nonagénaire) une grande réputa- 
tion de voyageur et de géographe. 11 aimait passionnément les 
voyages et s'intéressait, un peu naïvement il est vrai, aux moindres 
détails des civilisations qu'il visita. L'ethnographie, au xvi*^ siècle, 
n'était pas constituée comme une science, et l'on aurait vraiment 
tort d'en faire un grief à Thévet. S'il est peu exact et crédule, c'est 
qu'il expose comme de simples curiosités, comme des « singula- 
ritez » les faits que l'ethnographie contemporaine s'impose le devoir 
d'étudier scientitiquement, consciente de l'importance des induc- 
tions qui s'amorceront sur ces faits. 

Le livre capital de Thével, ou du moins celui qu'il a pu conce- 
voir comme tel, est sa Cosmogruphie universelle, parue en 1575. 
Bien antérieurement, en 1554, il avait ^publié la relation de ses 
voyages en Orient et, en 1558, celle de son voyage au Brésil. Si 
l'on veut, d'après les écrits mômes de Thévet, dater ses différents 
voyages, on se heurtera à des difficultés styis nombre. L'introduc- 
tion de la Cosmoijraphie universelle nous apprend que ses voyages 
ont duré M ans ou environ. D'après la Cosmogmphie du Levant, 
son voyage d'Orient avait commencé en 1549 ' ; en 155(1, nous le 
trouvons à Chalcédoine ^' et, en 1552, à Jérusalem \ Eu 1555, il 
accompagna le chevalier de ^'illegagnon au Brésil français. Dans 
ses ouvrages manuscrits, écrits plus tard, nous lisons qu'il a fait 
deux voyages en Amérique : le premier, en 1550, avec le fameux 
pilote Guillaume le Testu^; le second, en 1555, avec le chevalier 

1. Cosmographie du Levant. I>yon, 1556, p. 16 de la préface. 

2. Même édition, ch. XXIII, p. 78. 

3. Même édition, ch. LI, p. 182. 

4. Ms. français n° 1545 i de la bibl. nat. de Paris, f" 103, lU(i v", etc. 
D'après un passage du (Irand Insulaire et Pilotage d'A. Thével (Ms. fr. 
n° 15452), publié dans le Recueil de Vogages et de Documents pour servir à 
l'histoire de la Géographie, de MM. Schefer el Cordier [Le Discours de la 



S()(;ii:ri'; i)i;s a.mighicamstks dk i'auis 



de Villegagiion. Coiiimeiil concilier ce voyage de looO avec les 
dates assignées par Thével lui-uicnie à son séjour en Orient? M. le 
I)'' K.-T. Ilamy, saj^puyant sur un passage de la (Cosmographie 
universelle (1. VIII, ch. IX) et sur la chranologie des voyages de 
Pierre Gilles ', conclut que Thévet aurait été en Orient entre 1544 
et 1547. Je suis porté à Tadmetlre ; mais j'avoue que cette explica- 
tion laisse subsister bien des doutes : quel intérêt Thévet avait-il à 
reporter vers 1549-1552 un voyage qu'il aurait fait en 1544-1547? 
Et si l'on attribue cette erreur à une simple négligence, on est encore 
en droit de se demander [)Ourquoi la relation sur la France antarc- 
tique ne fait aucune allusion à un voyage antérieur dans les mêmes 
contrées. Thévet explique les raisons pour lesquelles Villegagnon se 
l'adjoignit comme compagnon de voyage : il avait fait un voyage 
en Orient et avait rendu des services à la marine. S'il avait fait 
antérieurement un voyage au Brésil avec Testu, c'était le moment 
ou jamais de le signaler. 

Mais cette question appartient plutôt à l'histoire de la géogra- 
phie ■'. Il en est une qui nous intéressera (;lavantage : la date du 
manuscrit ou, plus exactement, celle de l'original dont le manuscrit 
présente la traduction. Au chap. V (f. 82), nous trouvons les 
indications suivantes : » Libre du compte des années, par le quel 
<( est trouvé qu'ils entrèrent en Mechique, le an de Omecali^ qui 
« estoytle 28"^'"*^' de leur premier temps ; car, ils font quatre temps, 
(( chascung des quels vault 52 ans, et chascung de ces temps avoyt 
« quatre hebdomadas, que vault chascugne 13 ans, et l'an avoyt 
« disluiict moys, et le moys vingt jours ; tellement que ung an vient 

navignlion de Jeun el Raoul Pannenlier^ Paris, Leroux, 1883, p. 180), ce 
premier voyaye avec TesUi aurait eu lieu en 1551. Cf. Ms. fr. n° 15452, 

1. Le père de In (léohxj'ie française, Pierre Gilles, d'Alhi. b^xlrait des Nou- 
velles Archives du Muséum, série II, Paris, Masson, p. 17. 

2. Ouvrages consultés sur Thévet : Paul Gatrarel, llisloire du Brésil français 
au A 17'' siècle, Paris, Maisonueuve, 1878. Id., Les si?ïc/ularilez de la France 
aniarclique, avec notes et commentaires, Paris, Maisonneuve, 1878. Ici., h]di- 
Lidu (le.l. (le Léry : llisloire d'un voyage faicl en la lerre du Brésil, Paris, 
Lenierre, 188(t. II. I larrisse, ./f//// el Sébastien Cahot, dans Becueil de Voyages 
et de Documents. ... de MM, Schefer et Cordier, Paris, Leroux, 1882. Heulhard, 
Villegagnon, roi dWmérique, Paris, Leroux, 1897. J. S. Corijelt, Drake and 
Ihe Tuilor Navy, 2 vol., 1898, etc. 



IllSTOYRr: DU MECIIIQLE 5 



(( à faire -Slif) jours. Ils demeurèrent doncques par les cliemins 
(( quatre temps qui font 208 ans. Et estant arrivés au Mechique, 
u furent 28 ans à la funder et alors entrèrent et commencèrent à 
« compter despuis la arrivée jusques à présent que fut selon nostre 
« compte l'an de Tlncarnation de Nostre Seigneur Jhesu Christ 
<( MIIICXXI. Tellement qu'il y a CCXXII ans que le Mechique ast 
(( esté fundé, et avec le temps qu'ils ont mis en chemin, sont luiict 
<( temps des siens, et 22 ans et quelques jours, comme il se trouve 
<( au libre de leur compte, que font CCCCXX XVIII ans qu'ils sont 
<( sortis de leur païs. Et il y a CLXX ans que Mechique est chef 
« de roiaulme. » 

L'interprétation de ce passage présente de sérieuses diflicultés. 
Faut-il compter 222 ans depuis 1321 ou depuis 1321 + 28 = 1349 ? 
Dans le premier cas, nous obtenons 1543; dans le second, 1571; 
et aucune de ces deux dates ne concorde avec la donnée « il y a 
(( 438 ans qu'ils sont sortis de leur païs ». Kn effet, 1543 — 438 
= 1105, mais 1105 + 208 + 28 = 1341 qui n'est pas la date 
assignée à la fondation de Mexico. D'autre part, 1571 — 438 
= 1133, et 1133 4-208 donnent encore 1341. 

Pour résoudre ces difficultés, il import-e d'analyser soigneusement 
le passage, en y faisant ressortir la suite des idées. Le Xiuhfonallr dii 
que les Mexicains entrèrent a en Mechique » l'an OniecaUi, qui est 
le 28'' de leur premier temps'. A ce propos, l'auteur donne 
quelques détails sur le calendrier mexicain. Il interprèle -ensuite 
cette date Omecalli (c'est indiqué par la conjonction doncques] par 
rapport au foyer d'émigration ; puis il l'identifie avec l'année 1321 
et la met en relation avec la date où il écrit. Alors il résume, 
citant de nouveau son livre mexicain, toute la chronologie et finit 
par une considération sur la durée de la royauté mexicaine. 

Cette analyse nous permet de négliger la distinction subtile, qui 
nous inquiétait, entre l'arrivée au Mexique et l'entrée à Mexico. En 
effet, on s'aperçoit aussitôt que l'auteur s'est senti gêné par ce fait : 
les Mexicains ont fa,itleur entrée « en Mechique » la 28^^ année de 
leur premier temps. Il en a trouvé cette explication bizarre : ils 
ont pérégriné quatre temps, et ont mis 28 ans à bâtir Mexico. Nous 

1. Le mot temps désigne ici le xiiihniolpiUi ou cycle mexicain. L'an Ome- 
calli esl le deuxième de la 3'" hebdomade ou llalpilli, et le 28'^ du cycle. 



G SOCIÉIK DES AMK1{[(;AMSTI:S de l'AHIS 

admelLons donc J32I -]- 222 rr- loi3, connue la date à la(|uclle 
écrivait Tanleur. Mais la difliculté subsiste tout entière pour les 
438 ans qui se sont écoulés depuis rori<^ine des pérégrinations. 
Ici, nous constatons qne l'auteur n'interprète plus lui-même. Il 
recourt à sa source : « comme il se tronve au libre de leur compte ». 
Ce chiiîre 438, qui concorde avec la date 1523, regarde donc moins 
la date de composition de VHisloyre du Mechiqiie qne celle du 
Aiuhtonalli. L'erreur s'explique par ce fait bien simple qu'ici l'his- 
torien copie littéralement sa source, sans prendre soin de l'adapter 
à la date où il compose. 

Cette interprétation pourrait paraître arbitraire si nous n'avions 
pas l'indication que la royauté mexicaine existait depuis 170 ans. 
L'origine de la royauté mexicaine, on plutôt l'avènement d'Acama- 
pichtli, se placerait ainsi en 1543 — 170 = 1373. Or, c'est approxi- 
mativement la même date * que nous obtenons en ajoutant à 1321 
les 53 années de gouvernement de Tenuch, d'après la Cosniogniphie 
universelle (t. II, f. 987 v"). Ce fait confirme notre interprétation 
et nous met en présence d'un système chronologique déterminé : 

Entrée à Mexico 1 321 

Durée des pérégrinations. 208 -|- 28 := 236 ans 

Date du départ 1321 — 236 = 1085 

Avènement d'Acamapichtli 1373 

Composition du Xiuhtonalli 1523 

Composition du ms. espagnol 1543 ^ 

La question de savoir en quelle année Thévet a traduit r//z.s7o?/re 
du Mechique ne présente pour nous qu'un intérêt secondaire. Il 
nous suffit qu'elle soit antérieure à la composition et peut-être à la 
conception de la Cosmographie universelle. Refondu dans ce vaste 
répertoire, le manuscrit perdit beaucoup de son im])ortance. Nous 

1. La diirérence d'une année est parlailement négligeable. Pour la faire dis- 
paraître, il suiFit, en ell'et, de compter les années du gouvernement de Tenuch 
àpartirde 1321 inclusivement. 

2. Cette chronologie n'est pas sans analogie avec celle de l'interprète du 
Codex Mendoza, que Thévet possédait. D'après cet interprète, la fondation de 
Mexico, que le « Mendocino » même rapporte à VOmecalli, date de 1324, 
l'avènement d'Acamapichtli de 1375; Tenuch aurait gouverné 51 ans. Cf. 
Anales del Museo n.icioual de Mexico, t. I, 1879, p. 120-122. 



ms'i'oviîK i)i: .MiiciiiOLE 7 

le voyons passer presque inaperçu clans la collection Séguier-Coislin ; 
de là, dans le vieux fonds de SainL-Gerniain-des-Prés, pour entrer 
finalenu'iil à la l)il)liothè(|ue nationale de Paris. 

D'autre part, le sort de la (^osmog/vip/iie universelle elle-même 
ne fut pas heureux. KUe fut très lon^^temps et, souvent injustement, 
frappée de discrédit. De nos jours, un certain revirement semble se 
produire, et M. Cr. Musset pouvait écrire en 1892 : a La critique 
moderne devient tous les jours moins sévère pour ce chroni- 
queur '. » M. l)astian s'est donné la peine de dépouiller la partie 
mexicaine de la CosmogrnpJiie. Il en cite souvent, mais sans cri- 
tique, des passages, dans son livre intitulé : Die Cultui'Uinder 
des , il (en Anierilia ''. Rien ne prouve qu'il ait connu le manuscrit 
de Thével, dont la collation lui eût été indispensable, s'il avait 
voulu faire de la critique. 

Autorisé par ces exemples, j'ai cru le moment favorable pour 
publier V Ilistoyre du Mechique qui, jusqu'à nouvel ordre, peut 
fournir aux chercheurs des indications très précieuses. Pour faciliter 
les recherches, je me suis elforcé, dans des notes marginales, de 
faire quelques rapprochements avec les textes les plus connus \ Les 
notes au bas des pages sont presque exclusivement linguistiques : 
j'y interprète autant que possible les termes nahuas, et j'en redresse 
bien souvent l'orthographe vicieuse. Il m'arrive aussi, mais plus 
rarement, d'y commenter des faits. Une table alphabétique des 
termes nahuas, placée à la lin de ces pages, en rendra, j'espère, la 
consultation plus facile. Avant de laisser la parole au bon Thévet, 
qu'il me soit en tous cas permis, sinon d'acquitter, du moins 
d'affirmer ici une dette. Le présent travail a largement profité des 
conversations de M. Lejeal et de ses leçons au Collège de France. 
Mis en rapport par lui avec son maître, M. le professeur E.-T. Hamy, 

I. BnJlelin de Géographie historique et descriptive^ 1(S9"2, p. 247. 

"2. 3 vol., l^erliu, 1878. T. II, « Heitrage zu gesch. Vorarbeiten auf westl. 
Hémisphère », p. 379 ssq. : Zur Geschichle des allen Mexico. 

3. Pour ces rapprochements, je me suis borné à Mendieta et à Torquemada. 
Je désigne ces deux auteurs ])ar leur initiale, et jindique autant (jue possible la 
pagination d'abord, et ensuite la subdivision eu livres et chapitres. Par la 
lettre B, je renvoie aux passages de la Cosmographie cités par j\I. Bastian dans 
ses CuUurvolker. Je donne enfin dans la marge la pagination du manuscrit de 
Thé\et. 



8 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

j'ai reçu de ce dernier, avec le plus encourageant accueil, les 
meilleures indications, principalement pour les petits problèmes 
d'histoire géographique que soulève la lecture du manuscrit. Enfin, 
au début de mon actuel séjour à Berlin, M. le professeur Seler 
m'a fourni, avec une rare obligeance, de nombreuses solutions 
étymologiques. Je tiens à réunir leurs trois noms dans l'expression 
de ma cordiale gratitude. 



f. 79. IIISTOYRE DU MEGIIIQUE (traduicte de spannol 



Chapitre I 

Des premiers fundaleurs de Tezcuq^ 
vile à huict lieues ^ de Mechique. 

M8],iii. Tezcuq c'est une vile principale située à huict lieues du 

TII79' 

(VI 44) Mechique tant par eau que par terre, de la quelle ceux qui à 
II 400 pi-ésant la tienenl alirment avoyr esté eux et ses ancestres les 
premiers fundateurs, à la façon suivante : ung jour de bon matin 
fut jetée une flèche du ciel, la quelle cheut en ung lieu dict Tez- 
calque ' qui à présent c'est une vile ; du perLuis de la quelle flèche 
sortit ung homme et une femme ; le nom de l'homme estoit Conte- 



1. I>a ville de Tetzcuco; dans la Cosmographie^ elle est appelée Texcinq 
par suite d'une erreur de copiste. La distance entre Tetzcuco et Mexico n'est pas 
la même ici que celle indiquée par les Memoriales de Motolinia (« cinco léguas 
de traviesa de agua », p. 5 et 6, éd. Garcia Pimente!). D'après la Belacion de 
Tezcoco de Pomar (Icazbalcela, Nueva Colecc, III, p. '^), cette distance est 
de ,'i lieues par le lac, 7 lieues par le Nord et 8 lieues par le Sud. 

'2. Tezcalco ou Tetzalco dérive du mot telzcalli (cf. tetzcal-tell : albâtre, et 
texcalli : roche). D'après Torquemada ft. II, p. 79, 1. VI,chap. 44), cette genèse 
s'est produite « en tierra de Aculnia, que esta en termino de Tetzcuco dos 
léguas, y de Mexico cinco ». Pomar signale, à une lieue à l'est de Tetzcuco, 
une iietite colline appelée en Chichimèque Telzcoll. Telle serait l'origine du 
nom de Tetzcuco. La colline porte encore le nom de Telzco-tzinco. 



HISTOYRE DU MECHIQrH V 

comael\ c'est à dire teste, et Loli- c'est à dire esparvier, le nom 
de la femme estoit Compahli '■^^ c'est à dire cheveux de cerlaine 
herbe. Or, le dict homme ne avoit plus de corps que des aiselles en 
hault, ni la femme de mesme, et engendroit il metant sa langue 
dans la bouche de la femme. Ils ne cheminoint que à saultz comme 
une pie ou moneau. Lliomme donc fit ung arc et des flèches avec 
les quelles il liroit aux oiseaux qui voloint, et si d'adventure il ne 
tuoit l'oiseau au quel tiroil, la flèche toumboit sus quelque coneill 
ou autre venaison, la quelle ils mangoint crue, car n'avoint pas 
encores l'usaige du feu et se vestoit de la peau. Ceux-ci eurent 
six enfans et une fille '. les quels s'en allèrent au lieu oi^i à présent 
est Tezcuq qui alors n'estoyt qu'une espoisse montaigne, pleine de 
toute sorte de bestes des peaux des quelles ils se vestirent, et tant 
eux que elles ne se rasoit iamais les cheveux. Ils olTroint à la 
terre de une herbe nomée en leur langaige thicocacatl ■', en le nostre 
veult dire herbe précieuse, à celle fin que la terre leur donna à 

1. Orthographe défectueuse, pour Tzonteconiatl (zon-tli et tecomatl) qui veut 
(lire : tête séparée du corps. Ce nom fait défaut dans la Cosmographie. 

2. Orthographe défectueuse, pour Tlotli ^ faucon, épervier. Le nom de cet 
ancêtre, chez Mendieta et Torquemada, n'est pas un nom d'animal : il s'appelle 
Acnlniaitl, nom tiré de sa constitution fantastique. 

3. Lise/ TzompachlU. Ce mot est traduit comme « capilli crispi » par Hernan- 
dez [Historia planUiruni Novie Hispanùe, I, p. .39, éd. de Madrid, 1790). Les 
autres auteurs qui racontent cette légende nationale des Tezcucans insistent sur 
l'origine solaire du premier couple: c'est le soleil qui envoie sur terre la flèche. 
Ici on se contente de dire que cela se passa le matin. Au surplus, le chap. II 
ne nous montre pas les Otomis comme les amis du soleil. 

4. C'est sans doute par erreur que M. Bastian donne à Tzompachli six lils et 
six filles. 

5. Lisez tlaçoçacall (tlaço-çacatl = herbe, paille, jonc). .'Xvant l'introduction 
proprement dite des divinités étrangères, il aurait donc existé à Tetzcuco un 
culte agraire, et ce culte aurait précédé la culture du maïs introduite par ceux 
de Chalco. Cela semble assez étrange et l'on serait tenté de croire que ces 
sacrifices s'adressaient plutôt au soleil qu'à la terre. On le supposerait d'autant 
plus volontiers que dans un passagesiniilaire à celui-ci, Motolinia leurattribue un 
culte solaire : « No tenian sacrificios de sangre ni idolos, mas de llamar al sol 
y tenerlo por dios, al cual ofrecian aves, culebras y muriposas » (Memoriales 
éd. Garcia Pimentel, 1903, p. 5). Malgré cela, je crois devoir m'en tenir à la 
version du manuscrit, parce que le chap. II nous présente ces mêmes hommes 
comme adorateurs de la lune, en opposition avec les Popolucas, adorateurs du 
soleil. 



10 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

mangei'. N'ivoinl ceux-ci en si grand paix et amitié qu'ils ne eussent 
osé faire ou dire chose l'ung à Taultre qui le peust aucunement 
fascher. Mesmement si Tung trouvoit quelque heste morte que ung 
anltre eust frappé encores qu'il n'en sceust là où elle estoil, il ne la 
pernoyt pas, mais plus tost le disoii aux aultres afin que celuy qui 
la avoyt tué, la alla quérir, tant ils estoint sans malice. Aussi 
bien ne s'en souciioynt pas du temps ni savoynt compter mois ni 
années, jusques à tant que les Mechiquiens leur aportèrent des 
calendriés, fignu'és de quelques caractères '. Ledict Loli donc(|ues 
et sa femme furent les premiers seigneurs de Tezcuq, mais ses 
enfans s'en allèrent par le païs voyr nouvelles terres et ils se 
arrestoynt ou bon leur sambloyt, tellement qu'ils peuplèrent beau- 
coup de lieux, mais ne arrestoint pas en aucunglieu tousiours, car 
ne savoynt poinct faire maisons, ains vivoynt en des cavernes qui 
trouvoynt faictes, ou faisoynt quelques petites maisons de branches 
de arbres et les couvroynt de herbes. La chasse qu'ils faisoynt 
la portoynt au seigneur qui estoyt son père. Ils usoynt aussi de 
telle abstinence envers les femmes que aussi tost que ung" de eux 
estoyt marié, il ne cognossoyt aultre femme que la siene, car ce 
leur estoyt grand infamie '-. Le premier qui trouva idoles fust ung 
des enfans de Loli, le quel aiant demeuré long temps hors de 
Tezcuq^ s'en vint vers son père et aporta ung idole nomé Tezca- 
tlipuca '■'' et lui dressa ung haustel à Tezciiq. En ce temps comman- 

1. Quelques-uns des traits de mœurs ici relatés manquent clans la 
Cosmographie. Mais dans leurs grandes lignes ils ressemblent bien à la version 
de Mendieta et de Torquemada. La ressemblance est surtout frappante avec les 
Memoriales de Motolinia (p. 4 et 5, éd. Garcia Pimentel) : « Ils n'avaient ni 
maisons, ni habits, ni maïs, ni pain ; ils habitaient dans des cavernes et sur les 
montagnes ; ils se nourrissaient d'herbes, de lapins et de lièvres qu'ils tuaient 
à la chasse : ils obéissaient à un chef de clan ; ils étaient monogames ; ils n'avaient 
pas de sacrifices sanglants ni d'idoles, mais adoraient le soleil ; les Culhuas leur 
apprirent à cultiver la terre et à construire des maisons ; ils se marièrent ensuite 
entre eux; les Mexicains leur apportèrent, avec les idoles, des sacrifices san- 
glants. » J'insiste sur cette ressemblance entre Motolinia et l'auteur du 
manuscrit : elle est suffisante pour conclure à une source commune. Celle-ci ne 
peut être que le fameux Xiuhlonalli du chap. V, que Motolinia cite sous le 
titre de Xihulonal amatl (p. 4). 

2. Ici, comme ailleurs, la réglementation de l'adultère est une des premières 
du droit civil. 

3. Cf. Hastian, Die cuUurUinder, II, ]). 427. 



nisToYiU': Dr MKCiKQrE H 

coynl ils désia à semer du inaez et fîesoles qui sonl quelques 
semances qu'ils ont en CJialco ' qui est à six lieues de Tezcuqei de 
là ils transportarent la semence à Tezcuq et en semèrent. Cepen- 
dant Loli vivoyt encore et estoyt seigneur en Tezcuq, mais il 
mourust en ceste saison, et demeura héritier un sien fils le quel se 
maria incontinanl avec une fdle du seigneur de Culhuaain' qui 
est au près du Mechique, et ainsi qu'ils multiplioynt, ils se marioynt 
les ungsavec les aultres, et ceste nacion comença à estre nomée les 
Otomis'' et comencèrent à bastir des maisons. Ce segond seigneur 
de Tezcuq eust un fils le quel se maria avec une fille du seigneur 
Theomulhilan '', mais il fut occis incontinent par les vasaux et 
frères de sa femme, qui eurent despit de ce mariage, et non contents 
de l'avoir tué se ruèrent sus ses frères et parens et en tuèrent 
beaucoup. Le plus vieux des frères de cette fille •' mit des gouver- 
neurs en ses terres, e( estoit fort ingénieux et desiroyt savoyr le 
commencement de toutes choses, et ses enfans furent de mesme et 
vivoynt comme philosophes ''. 



1. Chalio dans la Cosmoffraphie est une simple faut^d'inipression ; composé 
vraisemblablement de l hn II i = ho[iche et du suffixe ro. 

"2. Située près du détroit unissant le lac de Xochimilco à celui de Tet/cuco, 
fut souvent confondue avec Acolhuacan. Sur l'étymolojiie de ces mots, ou trouve 
des choses curieuses dans Mendieta, II, ch. i et 1^3; Torquemada, VI, 44; 
Memoriales de Motolinia, p. 1.3. 

3. Motolinia [Mempr., p. 1*2) fait descendre les Otomis du sixième lils 
d'Iztacmixcouatl, Otomitl. Il faut remarquer qu'ici Motolinia ne représente pas 
la version du Xiuhtonalli : à la page 9, il nous avertit qu'il écrit sous la dictée 
d'un vieillard des plus instruits. Cependant, d'après cette version aussi, il y a 
parenté entre les Otomis et les Ghichimèques (Tetzcucans), car le même Otomitl 
donna naissance à ceux-ci. 

4. Erreur de transcription pour Tenochtitlan. 

5. La (Jnsmofjruphie dit : ^ le plus vie! des frères de cestuy-ci. » La suite du 
récit indique suffisamment que le personnage ici désigné n'est pas un Mexicain, 
mais le seigneur des Otomis, dont il est question au chap. W . 

6. Dans la Cosmographie, les origines tetzcucanes sont décrites après le récit 
des pérégrinations des Aztèques. Cet ordre me paraît très raisonnable, Mexico 
étant la capitale du pays conquis. Pourquoi le manuscrit parle-t-il de Tetzcuco 
en premier lieu? N'y a-t-il pas là une indication de la résidence de l'auteur ? 
Ecrivant à Tetzcuco, il est naturel d'admettre qu'il ait fait de cette ville le point 
de départ de son histoire. 



12 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Chapitre II 
Des barbes du soleill et comme n esté trouvé le feu. 

En cesle province de Tezcuq dessus descriple, seigneurioynl les 
Otomis, comme nous avons conLé. Mais tout au près vivoyt aultre 
sorte de gens dits le? Populoques ' vers la Mistèque, gens qui 
adoroynt le soleill, comme les Otomis la lune, croiant eslre le créa- 
teur de toutes les choses. Et estoynt grands sorciers et enchanteurs 
et les premiers qui trouvèrent le feu, comme je vous conterai. Ung 
de ces Populoques^ comme ils fusrent oisifs et gens qui ne avoynt 
soing de rien, prenant un haston fort sec, aigu d'un costé, le mit sus 
une pièce de bois aussi fort sèche par le coté aigu estant au soleill, 
et sans i penser tournoyt le bâton sus la pièce de boys à manière de 
tarayre à grand force, avecques le quel mouvement quelques petits 
esclats sortoint d'un boys ^et de aullre, et se mouloynt fort menu 
jusques à tant que pour le grand et continuel mouvement que le 
Indien faisoyt, le t^^ston se aluma par le moien des esclats qui 
conceurent soudain le feu ^; que aiant esté veu par les Populoques 
leur fust merveille, et les principaux de entre eux ordonèrent pour 
se faire plus excelents que touts de faire ung grand feu, et aiant 
coupé beaucoup de bois, le emportarent au somet de plus haultes 
montaignes de sa province et l'y mirent le feu, le quel croisant et 
la fumée fut veu par les Otomis., de quoy eux estant émerveillés et 
ensemble courroucés, et comme honteux que aultres eussent trouvé 
cela que eux, envoièrent des messagiers devers les Populoques pour 
savoyr pour quoy ou qui leur avoyt baillé la hardiesse de ce faire 
sans son commandement, car, disoynt-ils, faire un tel miracle 

1. Les Popiilucas ou Pupulucas, tribu apparentée aux Mixtèques et fixée 
dans les districts de Tecamachalco et Tehuacan [¥^. de Puebla, sur la frontière 
de lE. de Oaxaca). De même que Chontal, ce terme signifie « étranger » et 
s'applique à des tribus très différentes du Mexique et de l'Amérique centrale. 
Cf. K. Sapper, I)er (jegenwiirlige Stand der elhnogriipfiischen Kennfniss von 
Mittel-Amerika, p. 6, dans Arcfi. f. Ant/iropologie, Braunschweig, 1904, I. 

2. l^assage intéressant au point de vue ethnographique. Il nous décrit la 
production du feu par le frottement de deux morceaux de bois. Cf. les repré- 
sentations de cette opération dans le Codex Mendoza et dans d'autres mss. 



iiisTOYiii: Dr .MF-ciiign-: 13 

convient à nous, non pas à vous. A quoy les Populoques firent 
response qu'ils estoint si bons comme eux et de avanlaige pour i'. so. 
pouvoyr faire cela. Par quoj les Otomis leur anoncèrenl la guerre, 
et eux aussi se mirent en armes; mais quand la bataille se vouloyt 
librer, les Otomis demandèrent aux Populoques puisque son dieu 
estoyt plus puissant, qu'ils leur fissent quelque signe, ce que acor- 
dant les Populoques^ les Otomis\eA\Y demandèrent trois choses. La 
première qu'ils fissent que une planure oii ils estoint fût emplie de 
maisons, ce que par l'art du diable fut incontinent faict ; deman- 
dèrent aussi qu'il ni eust plus rien, tout demeura comme aupara- 
vant. La segonde fut qu'ils fissent paroistre là beaucoup de gens 
qui se tuessent, ce que fut faict, demandant que cela cessa, ni 
eust plus rien. Dernièrement leur demandèrent à heure de vespres 
qu'ils fissent arrester le soleill le quel sourcier alant pour l'air, 
trouva le soleill. ou pour mieux dire le diable lui apparut en 
figure de soleill barbut. et lui demanda où il aloyt, au quel il 
dict : je viens te prier que tu te arrestes, car, ault renient ces mes- 
chans nos enemis ne devront pas la vantaige à toy ni à nous. — 
Arrester, dit le soleill, ne me est possible, car comme je sojs grand 
dieu et seigneur, il y a beaucoup de aultres dieux qui me attendent 
ici devant, tellement qu'il me fault aler vite les trouver pour voyr 
ce qui font. Mais pour satisfaire à vos enemis, porte ces mienes 
barbes, qui est la chose que je estime plus que tout ce que je ay et 
vos les donne comme à ceux que je aime plus que à touts aultres, 
e dites à ces pervers que s'ils ne vous douent la victoire, je les 
destruiray touts, sans que nul me demeure. Le sourcier donc se en 
retourna aveques ces barbes, les quelles voiant les Otomis qui nen 
avoint jamais veu (car ils se metent des choses qui leur en garda 
de venir), furent fort esbahis et leur douèrent pour lors la van- 
taige. Estoynt ces barbes de la longueur de demi aune, ung peu 
grosses et rousses '. Avoynt aussi ces Populoques aultre idole de le 
estatur de ung homme lequel ils nomoynt Multeutl ' que veult dire 

1. La précision des détails est telle, qu'il est permis de supposer <{ue l'au- 
teur a vu les objets décrits. Ces barbes, qui consliluent comme le novau de la 
légende, ont en eiïeL existé, et étaient loljjel île la vénération des Indiens. 
Quelques autres traits de cetle légende se rapportent, croyons-nous, à certains 
rites d'un cuit' du l'eu ou du soleil. 

2. malli = prisonnier, et leotl =^ dieu, c'esl-à-dirc l'ànie du [)i'isoiuiicr 
sacrilié représentée par un ossement orné de |)apier. 



14 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

dieu de papier, leincl en sang de hommes, pour ce que toutes les 
foys qu'ils gagnojnt quelque bataille, lui sacriiioynt le meilleur 
esclave que prenoynt, en signe de action de grâces, lui ostant le 
ceur en vie, et mouUant en le sang du ceur un papier si large 
comme una main, le quel luy attachoyt, et selon le conte que les 
Indiens tienent, il avoyt désia le sang de quatre vingts mille 
sclaves, quand les Kspaignols le trouvèrent, les quels le bruslèrent 
avecques les barbes du soleill et aultres idoles. 



Chapitre III 

De la venue des Mechiquiens, de son chemin ou voincje^ 
et de V origine de ce nom Mechique . 

Mechique^ c'est le chef et principale ville de la nouvelle 
Espaigne, arcévesché, et où le viz roi et parlement se tient, tant 
pour ce qu'elle est assise au milieu de la nouvelle Espaygne, que 
pour ce qui est la meilleure place que soit en tout ce pais la. Le mot 
de Mechique n'est pas le propre mot des Indiens ; ains les naturels 
du pais et courtisans disent Exic ' ou Kchic seulement. Ce mot 
donc Mechique^ à ce que je puis comprandre, est composé de trois : 
met- que veult dire un arbre, Exic ou Echic^ qui veult chose 
qui par de soubs jeté du vent, et que^^ qui veult dire, de ; car leur 
coutume est, quand ils sont demandés du lieu de là où ils sont, si 
ils veulent dire : je suis de Paris, disent: je suis Paris de. Gomme" 
donc le lieu dont ils sont sortis, se nommoyt Echi/, adioutant de 
un cousté met et de l'autre que qui veult dire c/e, se t'ait Mechique. 
B II 163. Revenant donc à nostre propos, ils sont venus de ung lieu où il y 
avoyt une grande roche — (près la montagne de Tholman, que 
ceux de la Floride nomment Quivire ' el 'duires Tucan, de la quelle 

1. Nous savons en effet qu'en naliuall, m initiale se fait très peu sentir. Inu- 
tile d'ajouter que l'étymologie de Mexico, qui suit, est delà fantaisie. 

2. Metl = maguey, agave ou aloès d'Amérique. 

3. Exi ou Echi indique, comme Quivire, leur lieu d'origine. 

4. Ce sufîixe est co, par abréviation c, et signilie : dans, en. La phrase qui 
suit est une note explicative du traducteur. 

5. Les manuscrits mexicains n" 18*2 et IS'A de la Bibl. Nat. de Paris donnent 
d'intéressanls détails sur ces régions qui appartiennent au pays des Indiens 



iiisioMiK 1)1 >ii:(:iiiorK IT» 

sortent trois rivières qui se vont desgorger au goulfe de la mer ver- 
meille) — au pied de la quelle avoyt une fosse par la ([uelle sor- 
toyt du veut, au près de la quelle roche vivoynl deux frères, des 
quels chascung adoui'oyt ungdieu, et advint (piil eusl noise entre 
eux deux, tellement que le plus grand avoyt le meilleur et fouloyt 
son frère, ce que voiant le dieu du moindre luy apparut et lui dict: 
ne te fasches poinct que je te mènerai à ung lieu où tu seras plus 
grand seigneur que ton frère, pour tant assemble le plus de gens que 
tu pourras et me suibs ; ce que il fit, cheminant avec toutes ses gens 
jusques à une province nomée CuliRcnn ', la quelle sans fanlte est 
la plus fertile (pie je vis oncques et est à 200 lieues du 
Mechique vers rOccidenl, non gaire loing de la mer du Sul, où 
Nuno de (juznicm fut quand il acquosta la nuefva Galicie. Ils 
demeurèrent long temps en ceste province oîi édifièrent temples et 
maisons fort magnifiques et aultres belles clioses. Long temps après 
ou pour le voulovr de ses dieux ou pour le sien, ils deslougèrent de 
là pour aler chercher aultres lieux plus commodes el à leur plaisir, 
et aiant faict beaucoup de chemin arrivèrent à ung lieu fort artifi- 
cieux nommé 7 o/c/t, f sept lieues de Chuquipi/n', au quel lieu 
il y a une roche de façon de une coige toute piquée sur le bout de 
la quelle y a une belle maison faicte à mode de forteresse, merveil- 

'< Piieblos ». Le IS'2 n'est qu'un brouillon du ISIi. L'auteur de ces manuscrits 
s'est proposé de localiser Quivire et de montrer que le territoire ainsi designé 
a toujours appartenu à la couronne d'I^spaj^ne. 

1. Cette ville serait située à deux cents lieues de Mexico, et à trois cents 
lieues du territoire des Zunis. C'est là que l'armée de l'^^anc. \'asquez Coronado 
se réunit en mai 1 r)3'J jjour l'expédition au Nouveau-Mexique. Cf. ms. mexicain 
n'^ 1S-_>, f. «)7 x'\ 

'2. Je suis tenté d'identifier Toich avec Tcul . qui se trouve dans le Zacale- 
cas actuel. On lit, en effet, dans Ilisloria de la Coiiqiii.sla de Nueva Gahcia, 
par Mota Padilla (ch. X) : u Subio al yran 7'eiil nombrado por todo el veino, 
por estar en él el templo grande. . . estaba este pueblo de 7e»/ en la mesa que 

hace una pequena tajada en la circunferencia, con solo una entrada , 

y en niedio de l;t mesa, en una pla/.a bien capaz , tnaiiaha una fuente de 
aijiia dulce ». Cette « lucnte de agua dulce » ne serait-elle pas la « si belle 
fontaine (voir page suivante) que Thévet localise dans son mystérieux Toich ? 
On doit remarquer, au surplus, que 7'e»/ est situé (entre Guadalaxara, au 
S., et Colotlan au N.) à dix léguas d'un point connu sous le nom de Juchi- 
piln. Si nous irlenlilions autant que possible ces noms propres, nous ne 
considérons pas pour cela ces récils comme bisloriques. Nous nous conten- 



16 SOCIÉTÉ DES AMERICANISTES DE PARIS 

leusement bien faicle, et haulle tant que se voyl toute la planure 
de l'autour, en la quelle il y a aussi de fort belles maisons et édi- 
fices ou logoint des diables. Au plus liault lieu de ceste place, il y 
avoyt une si belle fontaine et de si bonne eaue que jamais je vis ni 
croys soyt au monde. En ce lieu ici ne longèrent pas long temps, 
mais se en allèrent à Chypila, ' on y a asture ung couvent de 
Mineurs, où ils demeurèrent en deux petits colin eaux non plus dis- 
tans Tung de Taultre que la largeur de une rivière que passe entre 
deux, là où ils firent de fort beaux édifices et délogèrent bien tost, et 
se en alèrent à Chalpe^-, huict lieues de là, où longèrent aussi bien 
peu, et bastirent un temple si sumptueux que à grand peine crois je 
on faict les Romains chose plus belle. En touts les lieux qu'ils arri- 
voynt, la première et plus principale chose qui faisoint, cestoyt 
pour les dieux temples et oratoires, les quels dieux ils aportoint 
avec soi toulsiours, et se appelloint Tezciichipuca\ Yhin^, ^y^o~ 
f. 81. pucheli, et convieoynt ceux par là où ils passoynt à servir à ses 
dieux et leur faisoynt bon traitement à touts par le quel moien ils 
attiroynt beaucoup de gens à son amitié. A la par fin ils laissèrent 
Chalpfi et s'en vindrent au Mechique, et peuplèrent premièrement 
en Tenainque'' à deux lieux du Mechique où y a à présant un cou- 
lerons d'y cherclier ce que les Mexicains du xvi'' siècle racontaient et croyaient 
savoir sur leurs ancêtres; mais, même à ce point de vue, il faut bien admettre 
qu'ils ont rattaché leurs récits à des localités existantes. 

1. Peut-être une autre corruption de Xochipila ou Juchipila ; Alcedo [Dic- 
cionnario geografîco, etc.) mentionne dans cette localité l'existence d'une 
rivière et d'un couvent de Franciscains. 

"2. Xalpa de xalli-pan = sur le sable (Penaliel :1, 130 ; 11, 310). 

'.i. Petite erreur de transcription pour Te/catlipuca. 

4. Dans la Cosmographie, nous lisons Yhim, et M. Bastian l'a cité sous celte 
forme. Cette divinité est inconnue dans le panthéon mexicain, et nous croyons 
qu'elle s'est glissée dans la traduction de Thévet par suite d'une erreur de lec- 
ture. Deux faits nous ont mis sur la voie de la vérité : l'absence de conjonction, 
et ensuite la mutilation du nom de Uitzilopochlli, qui n'est représenlé que par 
sa dernière partie. Il faut en trouver la première partie dans Yhin : cela donne, 
en admettant la confusion ordinaire de in avec iii : Huicylopucheli. La pre- 
mière syllabe de Yhin ne doit pas nous embarrasser: c'est la conjonction e/, en 
espagnol. Le texte espagnol disait donc : Tezcatlipuca y tluicylopuchlli. Thé- 
vet, ne connaissant pas la langue nahuatl, a lu Tezcachipuca, Yhin, Cylopucheli. 
A défaut d'autres preuves, celle-ci sullirail à montrer que le manuscrit est tra- 
duit de l'espagnol. 

5. Orthographe fautive pour Tenaiucan. 



lUSTOYRE DU MECIIIQUE 17 

venl de Mineurs, aussi peuplèrent en ung lieu nomé Chapidtepet ^ 
que veult dire maison de soûlas, car il est en ung lieu un peu hault 
où y a une fort bonne fontaine, et beau lieu pour plaisir. De là ils 
vindrcnt au lieu où est asture Mechique, qui alors estoit plain de 
arbres qu'ils appellent me//, d'où leur est venu le commencement 
de son nom, et après echic et de co ; la quelle ils ont fundé et orné 
de beaux édifices et temples et de là ne ont plus bougé jusques à 
présent. 

Chapitre IV 

Du pacte que firent les Otomis avec ceux de Mechique, 
et de la venue de ceux de Culhua. 

Le seigneur des Otomis comme nous avons dict ^ au premier 
chapitre, estoyl homme fort ingénieux et qui désiroyt savoyr le 
commencement de toutes les choses. Mais ce luy estoyt impossible, 
veu qu'il ne cognoissoyt poinct Dieu sinon ses idoles aux quels il 
fit édifier de fort magnifiques temples, faisant démoulir ceux qui 
son père avoytfaict faire pour ce qu'ils estoynt trop petits. Cestuy 
donc fut le premier qui commença à guerroier, et a esté fort 
heureux, et fust durant le temps de Ueueniont Cumaci-' premier 
seigneur des Mechiquiens qui estoynt désia en Mechique ; combien 
qu'il y avoyt quelques rebellions et discorde entre eux, toutes fois 
vivoynt en paix et se marioynt en semble, et croisant en ~ grand 
nombre, les circun voisin s aimoynt fort les femmes mechiquienes 
pour ce qu'elles estoynt plus belles et plus courtoises, comme sont 

1. Dans la Cosmographie: Ghapultequet. Lisez Chapultepec, de chapulin 
(langouste) et tepetl (montagne) + c. La même localité est indiquée par Motolinia 
[Meinor., p. 6) comme la dernière station avant l'entrée à Mexico. 

2. Ce chapitre se rattache à la fin du premier. Nous sortons brusquement de 
la légende pour suivre le règne de Nezahualcoyotl, qui fut, selon M. E. Boban, 
le 9" soi-disant empereur de Tetzcuco. On place d'ordinaire ce règne entre 
1431 et Li72. Nezahualcoyotl est peint ici comme un grand novateur, bon 
guerrier, grand législateur et justicier, grand prêtre très pieux, entouré d'une 
cour brillante, bref, comme un grand chef de tribu indienne, tel que pouvait 
l'entrevoir un Espagnol du xvi" siècle. 

3. Encore un exemple dune mauvaise coupure de mots : Ueue Monte- 
cumaci. Montecumatzin est le révérentiel de Monteçuma ; veue signifie vieux. 
Montézuma 1 aurait régné vers 1440-1469. Il fut non pas le premier, mais le 
cinquième grand chef de Mexico. 

Société des Amer icanis tes de Paris. 2 



18 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAÎ^ISTES DE PAKIS 

encoresplus que aiilcune des aiiUres. EL ainsi que quelciings dupais 
prochain adulteroynt avec elles, les Mechiquiens faicLe la alliance 
avecques ceux de Tezciiq, leur feirent la guerre, et les aiant vaincus 
et rendus soubs sa subjection, les feirent tributaires hors que ceux 
de Cuitlauac ' pour ce qu'ils estoynt enclos de eau et aussi estoynl 
forts et puissants, tellement que ne le peurent jamais vaincre, et 
pour ce firent paix entre eux. Ce dict seigneur de Tezcuq du costé 
des Otomis a esté le premier qui fit sacrifice de hommes et qui 
mangoyL de la chayr humaine. GesLuj mesme inventa les mestiers 
mequaniques comme charpentier, orfèvre, cousturier, courdonier 
etc. Aussi proufita il beaucoup à la république, car il a eu cent 
quarenle enfens masles. Gestuj-ci commença à faire loys et juger 
et constitua ung parlement en son pays. Il pourtoyt grand révérence 
aux dieux et avoyt grand soing des temples et cérémonies ; il 
ordona aussi que les jeunes hommes et filles dancessent aux 
temples despuys le soyr jusques à minuict pour donner plaisir aux 
dieux. Il mit en sa maison des officiers comme maistre de hautel. 
someiller et aultres, et ordona qu'il eust en sa ville de Tezcuq 
marché. Au comencement, ils vestoynt ses dieux de papier, car 
ils ne avoynt aultre chose pour lors, mais aussi tost que ce seigneur 
commença à gaigner de lor et de Targent et des soies, il leur fit 
faire des vestemens les plus beaux qu'il peut avec beaucoup de 
perles précieuses, belles plumes et aultres choses les meilleures 
qu'ils trouvoynt, leur sèment le temple de roses et de fleurs et 
dançant tousiours davant eux tant ceux de la vile que les prochains 
voisins, les quels le diable abeusoyt leur faisant manger quelque 
herbe quils noment nauacatl - la quelle les faisoyt hors de sens 
et voyr beaucoup de visions. Ce seigneur de Tezcuq fit mourir 
deux hommes qui abusoyt l'ung de l'aultre et ordonna que touts 
ceux qui seroynlesté trouvés en tel acte fussent occis, et semblable- 
ment les adultères. Après la mort de cestuy-ci succéda ung sien 
fils qui procura en tout imiter son père, le quel avoyt nom Neca- 
huatl pilciutli' qui veult dire petit jeun; il gaigna avec l'aide des 

t. Guitlahuac, composé de cuitla-hua-c. 

"2. Lisez tiauacatl = champignon. 

3. Nezaliualpilt/intli est le révérenliel (sull. Iziiili) de Nezaliualpilli. Le 
nom signifie: seignenr qui jeune. Ce successeur de Nezaluialcoyolt aurait 
régné de lil'2 à L5U). 



HISTOVRE DV MECIUQUE 19 

Mecliiquiens par armes beaucoup de païs et en tout le reste de sa 
vie imita son père ; et après sa mort fut seigneur ung sien fils le 
quel regnoyt quand les Espaignols arrivèrent en ce païs-là ' : mais 
il mourut bien tost après, sans eslre chrestien, car le baptême ne 
se exerçoyt pas encore ; au quel succéda ung sien fils qui fut 
chrestien et vesquit el mourut fort bien selon l'Eglise, aiant reçu 
touts les sacrements et aiant faict son testament. Les seigneurs 
doncques qui jusques à ce dernier ont gouverné à Tezcuq sont 
quinze^. 

Mais tournant au poinct que avions oublié de la venue de ceux 
de Culhun ■ qui est à deux lieues du Mechique. Ceux disent 
avoyr esté du costé des Mechiquiens ^, les quels demeurant à 
Culiacan (du quel nous avons ici desus parlé). Une compaignie de f. 82 
eux estoyt sortie combatre contre quelques aultres et quand ils furent 
de retour, leur seigneur ne se contentant pas de ce qu'ils avoynt 
faictneles voulutrpas recevoir, parquoy estantcontrainctsdechercher 
lieu où demeurer se en alèrent à lula^ qui est à douze lieues de 
Mechique^ et aiant demeuré là quelque temps, leur seigneur mourut 
et fut eslu en son lieu ung aultre nomé Vamac^, le quel estant 
seigneur apparent une vision en le peuple de ung homme qui 
sembloyt toucher le ciel de sa teste, de quoi ce seigneur et tout ce 
peuple espouvantés s'en sortirent du lieu, et vindrentà Culhua qui 

1. En effet, Cacamalzin ne régna que quatre ans, 

2. Ce nombre de quinze ne correspond pas avec ceux dont l'auteur a parlé. 
L'erreur se place, croyons-nous, avant le règne de Nezahualcoyotl, dont les 
prédécesseurs ne sont pas mentionnés, 

3. D'après Penafiel (I, 126) ce mot serait composé de coltic = chose 
courbée, et du suffixe hua qui indique la possession. Culhuacan est situé à 
2 lieues au nord de Mexico (Mololinia, Memor.^ p. 6). 

4. A cet endroit la Cosmographie présente une légère différence : u et se dit 
être sorti des reliques des Mexiquiens ». Une phrase des Memoriales de 
Motolinia (p. 5) se rapproche sensiblement de celle du manuscrit : a Estos 
mexicanos algunosquieren sentir que son de los mesmos de Culhua .» 

5. D'après Motolinia, ces tribus auraient passé par 'Pullantzinco avant 
d'aller à Tulla, qui se trouve à douze lieues au nord de Mexico. Toutes ces 
ressemblances corroborent l'hypothèse que nous avons émise plus haut : 
l'auteur du manuscrit et Motolinia se sont servis d'une source commune, qu'ils 
indiquent l'un et l'autre, sous le nom de Xihulonali. 

6. Lisez Uemac. D'après le récit de Sahagun, ce seigneur fut mêlé aux 
aventures de Quetzalcouatl à Tullan (trad. Jourdanet, p. 211 ssq.). 



20 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISÏES DE PARIS 

est.à deux lieues de Mechique. Ceux-ci oui introduict les sacrifices 
avec ceux de Tezcuq et par leur bonne mode ils se firent aimer de 
touts et introduirent leur sacrifices. Kt ceux mesmes, comme Ion 
dict, aportèrent le maiz, papier, couton et encens ; car les Olomis 
vivoynt simplement sans avoyr rien de ceci, d'où Ion estime ceux 
de Culhua gens nobles et vertueux. 



Chapitre V 

De la coustume de compter les années, 
et de la fundacion du Mechique. 

Les Mechiquiens ont ung libre comme gens plus grandes et chef 
du païs, le quel est intitulé Xehulonali ', qui veult dire libre du 
compte des années, par le quel est trouvé qu'ils entrèrent en 
Mechique le an de Omecali - qui estojt le 28"'^™'' de leur premier 
temps ; car, ils font quatre temps, chascung des quels vault 
52 ans, et chascung de ces temps avoyt quatre hebdomadas '^ que 
vault chascugne 13 ans, et l'an avoyt dix huict moys, et le mois 
vingt jours; tellement que ung an vient à faire 3G5 jours ^. Ils 
demeurèrent doncques par les chemins quatre temps qui font 
208 ans. Kt estant arrivés au Mechique, furent 28 ans à la funder et 
alors entrèrent et commencèrent à compter despuis la arrivée 
jusques à présent que fui selon nostre compte l'an de l'Incarnation 
de N''^ Seigneur Jhesu Christ MIIICXXI. Tellement qu'il y a 
CCXXII ans que le Mechique ast esté fundé, et avec le temps qu'ils 
ont mis en chemin, sont huict temps des siens et 22 ans et quelques 
jours, comme il se trouve au libre de leur compte, que font 
CCCCXXXVm ans qu'ils sont sortis de leur païs. Et il y a CLXX ans 
que Mechique est chef de roiaulme. Ceci est le plus certain compte, 
que nous avons seu trouver, car la première carte qu'ils ont du 

I. D'après les Meinoriales de Mololinia, ce livre était inlitulé : Xihutonal 
amatl, qui veut dire : (( libro de la cuenta de los afios » (p. 4). La bonne ortho- 
graphe serait Xiuhlnnalli. 

'2. Orne cnlli veut dire deux maisons. 

.'i. i.e terme mexicain est //a/^t//t (tla-ilpilli). 

4. Il y a évidemment une erreur de 5 jours. Four l'explication réelle de ce 
chapitre, je renvoie à l'introduction. 



HISTOIRE DU MECIIIOLE 



21 



commencement de ce compte est désia presque toute effacée \ de 
sorte que à grand peine se peut y lire ce que est escript. Geste 
figure qui est ici de sobs- estoyt escrite au mesme libre. 

Ils divisent l'nn en quatre parties 
comme nous, esté, aufumne, prin- 
temps et hiver; à chascung de ces 
temps donoyt cinc mois ■\ Lune 
moitié de Vannée estoyt de pluie 
despuis n''^ avrill jusques à sep- 
tembre, et en ce mesme temps dure 
la chaleur. Les aultres six mois 
sont secs et froids. Ile cueillent leur 
forment en novembre et décembre. 



livdlîJ. I' 



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S) 



4 



et K I D I 



Ils commençoynt du midy à tochtli à compter leurs quatre 
temps et ung temps achevé aloynt à Taultre. De toute sorte, tant 
que la première bebdomade duroyt qui estoynt treze ans, ils con- 
toynt 1 . 2. 3 etc. ans de tochtli, sus tant de temps, pasant de là après 
les treze ans, aloyt à açatl et conloynt de mesme 1. 2. 3 ans etc. 
De acatl sus le mesme temps jusques à ce que retournoyt à tochtli 
et adioutoint ung temps, qui estoyt 52 ans, et ainsi conséquemenl 
tournoyt, comme nous faisons auiourdhuy qui contons aux cens 
sus mille que a que X''^ Seigneur mourut, et achevé ce cent, reco- 
mençons à ung, adioutant un aultre cent au nombre jusques à 
aultre cent. Et ceste compte leur est fort iuste et la gardent encores. 



1. Cette indication d'un livre plus ancien plaide en faveur de l'hypothèse de 
la composition plus récente du Xiuhtonalli . 

2. La figure montre les 4 signes symboliques présidant chacun à un des 
4 points cardinaux. Le point central d'où partent ces 4 directions est indiqué 
par une banderole sur laquelle nous lisons, en commençantpar le bas, telal, 
continuant en haut vers la droite, xi, et en haut à gauche, co. Il faut lire, croyons- 
nous, tlalxicco = nombril de la terre. 

3. Cette remarque manque d'exactitude; car 4x5 mois donneraient une 
année de 20 mois. Dans Ja Cosmographie, où ces détails se suivent dans un ordre 
diiîérent, l'inexactitude est plus grande encore. Ces quatre divisions de l'année 
s'appellent temps, comme le cycle de 52 ans, et chaque saison est indiquée par 
un des mots :lochtli (été), acatl (automne), tecpall (printemps) et calli (hiver). 
Gemelli aussi applique aux saisons ces signes svmboliques, mais d'une façon 
différente : chez lui, tochtli s'applicfue au printemps, acatl à l'été, tecpatl à 
l'automne, et calli à l'hiver. Cf. Orozco y Berra, Anales ciel Mus. nac. de 
Mexico, 1, p. 299. 



22 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 



Chapitre VI 

f- ^^- De Ut opinion qu'ils avoynt de la creacion du monde et de ses dieux^ 

et de la destruction du monde et des cieux. 

Croioyent les Mechiquiens et beaucoup de ses circunvoisins qu'il 
y avojl. treze cieux \ au premier des quels estojt ung dieu nomé 
Rintentli ^, dieu des années. Au segond, la déesse de la terre 
Rontli^. Au troisième Chalcintli ^, que veult dire maison de una 
déesse. Au quatriesme, Tonatio^, qui est le soleill. Au cinquiesme, 
cinc dieux chascungde diverse coleur, à cause de cela dits Tonaleq '', 
au sixiesme Mitlantentli ', qui est dieu des enfers. Au septiesme, 
Tonacatentli et Tonacacilmatl ^, deux dieux. A l'huictiesme Tlalo- 
catentli'\ dieu de la terre. Au neufviesme Calconâilansi^^\ ung des 

1. Les divinités des 13 cieux répondent aux seigneurs des 13 heures du jour 
représentés dans le Codex Borhonicus, et dans le Tonalamatl Aubin ; 1. Xiuhte- 
cutli; 2. Tlaltecutli ; 3. Ghalchiuhtlicue ; 4.Tonatiuh ; 5. Tlaçolteotl ; 6. Teoyao- 
miqui ; 7. Xochipilli-cinteotl; 8. Tlaloc; 9. Quetzalcouatl ; 10. Tezcatlipoca ; 
11. Mictlantecutli ; 12. Tlauizcalpantecutli ; 13. Ilaniatecutli. Cf. Seler, Com- 
mentaire du Tonalamatl Aubin, p. 26-31. 

2. Altération de Xiuhteuctli = seigneur de l'année, qui est le dieu du feu. 

3. LV initiale prouve que ce mot est corrompu. Je voudrais y trouver le 
nom de la déesse Gouatlicue. La disparition de la syllabe finale eue ou que 
(ressemblant à la conjonction espagnole) n'a rien d'extraordinaire. Dans le 
Codex Fuenleal, où l'orthographe des noms propres est aussi très défectueuse, 
nous trouvons de même Ghalchiutli pour Chalchiutlicue, femme de Tlalocate- 
cutli. (Garcia Icazbalceta, Nueva Coleccion... III, p. 235. 

4. Malgré la traduction « maison de una déesse », nous pensons que ce mot est 
une altération de Ghalchiuhtlicue. 

5. Tonatiuh, le dieu solaire. 

6. Tonal-é-quê = ceux qui possèdent le soleil, c'est-à-dire les 5 Giupi- 
piltin. 

7. Mictlanteutli. 

8. Tonacateutli, et Tonacaciuatl (cilmatl est une fausse lecture de cihuati). 

9. Tlalocan teutli. 

10. Je suppose que ceci est une fausse transcription de Queçalcouatl. Gomment 
la première partie s'est-elle perdue, et comment la terminaison ansi s'y est-elle 
jointe? La syllabe que s'est souvent abrégée q. Ansi peut avoir été le commen- 
cement d'un mot comme ansimismo. Thévet aurait donc ici mal lu et mal traduit. 



IIISTOVIŒ DU MECIUQIÎE 23 

principaiilx idoles, du quel el des aultres nous parlerons après. Au 
dixiesnie Tezca/lipuca, aussi idole principal. A Tonziesme Yoalten- 
tlj ', (jui veult dire dieu de la nuict ou de l'obscurité. Au dou- 
ziesme Tlahuizculpan (ehutli '^, qui veult dire dieu de l'aulbe du iour. 
Au treziesuie et dernier plus liault, avoytung dieu nomé Teotli\ que 
veult dire deux dieux, et une déesse, nomée Omeciimtl ^, que veult 
dire deux déesses. Oultre tous ceux-ci croyojnt-ils qu'il y avoyt 
beaucoup de aultres dieux en chascung des cieux. Quant à la créa- 
cion du monde, comme ils content, ses mageurs leur disoynt que le 
monde avoyt esté destruict une fois, et les gens avoynt esté créé de b ii, 418. 
roches. Et que en la première créacion les dieux avoynt créé 
quatre soleills soubs quatre figures, selon que est monstre par ses 
libres, le premier des quels se appeloyt Chnchuich tonajo-' qui est 
comme dieu de pierres précieuses, et que ceux qui ont vescu soubs 
ce soleil mouroynt noies et quelques ung se tournèrent en poiçons, 
et touts vivoynt de une herbe de rivière nomée acianlli'\ Le 
segond soleill se disoyt Chalchiuh tonaiuh'' et ceux qui vivoynt en 
ce temps mangoynt de une herbe nomée cenlenciipi^ et mou- 
reurent touts bruslés du feu du ciel, des quels les ungs retournèrent 
en poules, les aultres en papallons, les aultres en chiens. Le troy- 



1. Youalleutli. 

2. On est presque surpris, au milieu de ces fautes de transcription, de trou- 
ver le nom de Tlauizcalpantecutli aussi correctement écrit. Ce nom est composé 
de tlauizcalli (aube du jour) -pan-tecutli. 

3. Ometeutli pour Ometecutli (qui présidait à la naissance des garçons). La 
syllabe orne a pu être omise par Tliévet dans sa transcription, à cause de la 
ressemblance avec le mot précédent, nomé. 

4. Omeciuatl présidait à la naissance des filles. 

5. Altération de Chalchiuh-tonatiuii, qui répond probablement à Atonatiuh 
(soleil d'eau), Chalchiuhtlicue étant la déesse de l'eau. 

6. Cette herbe s'appelle aciciutli dans le Codex FuenJeal. Formes corrom- 
pues de acecentli ou aciciutli (compos. de atl-centli, une « herba aquatica » citée 
par Hernandez) = mauvaise herbe. 

7. Cette répétition du même soleil d'eau est probablement due à l'influence 
de l'idée de pluie. En effet, une de ces périodes cosmogoniques est désignée 
généralement du nom de Quiauhtonatiuh (soleil de pluie), ou Tlequiavitl, ou 
encore Tletonatiuh (soleil de feu). 

8. Dans le Codex Fuenleal : cintrococopi. Formes altérées de cencocopi = 
ivraie, plante qui ressemble à la tige du maïs (cintli ou centli). 



24 SOCIÉTÉ DKS AMÉRICAMSTES DE PARIS 

siesme soleill se appelloyt Yioanoatiuh^ que veiilt dire soleill 
obscur ou de nuicL. Ceux qui vescurenL soubs cesluici mangoynt 
mirre et résine de pins des quels il y a grande abondance en ce 
païs-là, et ceux-ci moururent de tremblements de terre et furent 
mangés de bestes saulvages, qu'ils noment quenamenti ^ qui veult 
aussi dire géans des quels en a en ceste nouvelle Espaigne comme 
nous conterons après. Le quatriesme soleill se nomoyt Ecatona- 
tuich ^ que veult dire soleill de air ; ceux qui vesquirent soubs ce 
soleill se nourrissoint de un fruict qui vient en une arbre nomée 
mizquitl ^, de la quelle a grand nombre en la nouvelle Espaigne, 
du quel fruict les Indiens font grand estime, et en font de pains 
pour porter en cheminant, et pour garder pour le long de l'année, 
et certes cest ung bon fruict ; ceux-ci moururent par tempestes de 
vents et se changèrent en synges. Chascung de ces soleills ne duroyt 
que 23 ans et se perdoyt incontinent. Et leur estant demandé 
puisque le soleil perisoyt avec les hommes, comment après sor- 
toynt et se produisoynt aultres soleills et aultres hommes, respon- 
dirent que les dieux faisoynt aultres soleills et hommes. Ils disent 
aussi que ses ancestres leur ont dict que le monde avoyt esté des- 
truict tout par eaux, et ainsi furent toutes les gens noies à cause 
des péchés quils avoynt comis envers les dieux, oultre ce quils 
estoynt descendus en enfer oîi les âmes estoynt bruslées, et à ceste 

1. Youaltonatiuh. Cette période l'épond, croyons-nous, à ce que les Annales 
de Quauhtitlan appellent : Ocelotonatiuh (soleil du jaguar). Vax effet, le jaguar 
est remblème de la terre, et aussi de la nuit. Dans lesdites Annales, cette 
période d'obscurité se place avant celle du feu. Cf. Codex Borgia, erlautert von 
D'- Ed. Seler, t. I, p. 92 et 204. Berlin, 1904. 

2. Quinametin est le pluriel de cjuinametli qui signifie géant. Les géants 
jouent un grand rôle dans les légendes mexicaines. Les détails ici annoncés sur 
les géants ne figurent pas dans la partie du ms. que nous possédons. 

3. Eecatonatiuh. La dénomination de ces diverses périodes, ainsi que leur 
ordre de succession, diffèrent d'un auteur à l'autre. L'ordre qui semble le plus 
généralement adopté : 1" Atonatiuh, 2^* Tlaltonatiuh (Ocelotonatiuh, ou Youalto- 
natiuh), 3° F.ecatonatiuh, 4° Tletonatiuh, s'écarte assez bien de celui de notre 
manuscrit. Celui des Annales de Quauhtitlan: 1° Atonatiuh, 2° Ocelotonatiuh, 
3" Quiauhtonatiuh, 4° Eecatonatiuh, s'en rapproche davantage. 

4. Prosopis dulcis. Arbuste très cf)nimun au Mexique, dont le fruit est l'ali- 
ment de contrées plus ou moins culti\ées, mais ne peut pas être considéré 
comme l'aliment ordinaire des Indiens du Mexique. 



IIISTOYRE DU MECHIQUE 25 

cause ceux qui furent créés après firent brusler touts les corps ', et 
gardoynt la cendre pour ce qu'ils attendoynt que Sijmitluleutl ^ qui 
estojt dieu des enfers les laissa sortir et que par ainsi resusciteroynt 
aultre foys, Kn quoy se voyt bien que le diable leur disoyt une 
vérité pour leur faire à croire mille mensonges. 



Chapitre VII 

De la segonde créncion du monde et de rhomme, 
de la ferre et du vin. 

Après la destruction du premier monde, comme à la fin du cha- 
pitre prochain passé avons compté, ils content la créacion du 
segonde en telle façon. Après que les eaux eurent passé de desus 
la terre la quelle ils disent ne avoyr poinct esté destruicte, elle fut f. 84. 
de rechef adornée et remplie de toutes les choses qui estoynt néces- 
saires pour Tusaige de l'homme que les dieux créèrent après. Geste 
dernière créacion attribuent les Mechiquiens au dieu Tezcatlipuca 
et à ung aultre dict Ehecatl^ c'est-à-dire aér, les quels disent avoyr 
faict le ciel en ceste sorte. Il y avoyt une déesse nomée Tlaltentl ^ qui 
est la mesme terre la quelle selon eux avoyt figure de homme, autres 
disent que de femme, par la bouche de la quelle entra le dieu Tezcat- 
lipuca., et ung sien compaignon, dict PJhecatl, entra par l'ombrill, 
et touts deux se assemblèrent au cœur de la déesse qui est le milieu 
de la terre et se estant assemblé formarent le ciel fort poisant, à 
cause de quoy beaucoup de anltres dieux vindrent aider à le mon- 
ter en Kault ^ et après qu'il fut monté là où il est à présent quelques 

î. I^e chapitre XI nous donne une autre origine de la coutume de la créma- 
tion : les serviteurs de Quetzalcouatl brûlèrent son cadavre, et de là cet usage 
se g-énéralisa. 

2. A cet endroit, la Cosmographie donne une orthographe plus reconnais- 
sable : Mitlantentli pour Micllantecutli. 

?,. Tlalteutli. 

4. Le Codex Fiieiileal (ch. V) rapporte un mythe qui n'est pas sans analo- 
gie avec celui-ci. Les dieux t'ont passer quatre chemins par le centre de la terre, 
et créent quatre hommes pour les aidera remonter le ciel. Tezcatlipuca et Quet- 
zalcouatl (les mêmes dieux créateurs que dans notre ms.) se changent en arbres. 



2() SOCIÉTÉ dp:s a.méuicamstes de paris 

iings de eux demeurèrent le soubstenant a fin qu'il ne tomba, le 
quel ils disent avoyr esté faict le premier jour de Tan, mais ils ne 
savent pas combien il y a que ce fut, toutes fois leur semble qu'il 
y a cent temps de ceux que nous avons dict, que font 10,200 ans '. 
La segonde année furent faictes les estoiles, par aultres dieux 
només Cilla If ona et Cillaline ' sa femme. 

La nuict aussi disent avoir esté faicte par aultres dieux només 

\oaltenlli, et sa femme Yacahuizlli \ Le dieu Tlaloc, qui est dieu 

des eaux, fit ceste mesme année Teaue, la pluie, et pour ce qu'ils 

disent que les nuées sortent des monts, ils appellent tous les monts 

Tlaloqs ^ que veult dire seigneurs. Millanleulh ', c'est-à-dire 

dieu de enfer funda l'enfer le huictiesme an. Tout ceci faict, les 

]vi 77.7g dieux Tezcallipuca et Ehecall délibérèrent de faire homme qui 

tW^77 poséda la terre, et incontinent le dict Ehecall^ descendit en enfer 

liY.^'i'o pour demander à Millanlenlli de la cendre des morts pour en faire 

399- des aultres hommes, le quel dieu de enfer bailla seulement un os 

de largeur de une aulne ' et quelque cendre, et incontinent quil 

luy eust baillé le os, s'en repentit fort, car c'estoit la chose la quelle 

il vouloy plus que tout ce qu'il avoyt, et par ainsi suivit Khecafl 

pour lui reprendre l'os ; mais Ehecall fuiant, l'os luy cheut enterre 

et se rompit, par quoy le homme sortit petit ; car, ils disent que les 

A l'aide de ces hommes et de ces arbres, les dieux remontent le ciel. Tezcatli- 
puca et Quetzalcouatl parcourent le ciel remonté et tracent un chemin qui est 
la voie lactée. 

1. La Cosmographie donne ici le cIiilTre 50.200. Ni Tun ni l'autre de ces 
chilTres n'est exact, 100 X 52 égalant 5.200 ans. Ce mythe étrange nous montre 
bien un procédé d'information des premiers missionnaires : i|s posent des ques- 
tions toutes faites, auxquelles les Indiens répondent tant bien que mal. 

2. Dérivés de citlallin : étoile. Gitlaline est une orthographe fautive pour cit- 
lallicue ou citlallin icue. Citlaltonac = étoile brillante (tona = qui jette des 
feux). Sahagun la considère aussi comme une déesse (trad. Jourdanet, p. 456). 

3. Yacauiztli (yacatl-uitztli = épine pointue) est en elfet la femme de Youal- 
teutli, dieu de la nuit. Cf. Sahagun (trad. Jourdanet, p. 158). 

4. Tlaloque, pluriel de Tlaloc. D'aprèsM. Seler, ce nom dérive duverbe tlaloa, 
faire pousser. La traduction « seigneurs » qui est ici donnée doit provenir 
d'une confusion avec le mot tlaloque. 

5. Mictlanteutli (le seigneur du lieu des morts), 

6. D'après Mendieta, ce rôle serait joué par Xolotl. 

7. D'après la Cosmographie, cet os aurait en une longueur de quatre pieds. 
La largeur n'y est pas indiquée. 



mSTOYRE DU MECHIQUE 27 

hommes du premier monde estoynt fort grands comme géans ; il 
donc aporta le reste de l'os et de la cendre et se en alla à ung [paz- 
tli) • que veull dire grand libre, en le quel appella touts les aultres 
dieux pour la créacion du premier homme, les quels ensemble se 
sacrifièrent les langues, et ainsi commencèrent le premier jour la 
créacion de l'homme lui formant le corps, le quel se mouvoyt 
incontinent, et, le quatriesme jour, estoyt faict l'homme et la femme; 
mais ils ne furent pas incontinent touts grands, sinon selon le cours 
naturel. Après qu'ils furent faicts, les nourrit ung dieu, dict Cho- 
lull^-^ que veult dire coq des Inde^, le quel les nourrit avec pain 
mouUé non pas avec laict. Le nom de ce premier homme ne savent 
pas, mais disent qu'il fut créé en une caverne en Tamoanchan^ en 
la province de Quanhuahuac '* que les Espaignols noment Cuerna- 
vaca, au marquisat du marquis del Valle. Tout ceci estant faict, 
et aigréable aux dieux, ils dirent entre soy : voici l'homme sera tout 
triste, si nous ne faisons quelque chose pour le resjouir, et afin 
qu'il prenne plaisir de vivre en la terra, et qu'il nos loue et chante 
et danse. Ce que oui par le dieu Ehecatl^ dieu de air, en son cœur 
pensoyt ou pourroit-il trouver quelque liqueur pour bailler à 
l'homme pour le faire esiouir. En quoy pensant, lui vint à la mé- 
moire une déesse vierge, nomée Mayauetl ■', la quelle gardoyt une 
déesse, sa grand mère, nomée Cicimitl ^ et se en alla incontinent 
devers elles, les quelles trouva dourmant, et il esveilla la vierge, 
et luy dict : « je te viens quérir pour te mener au monde. » A quoy 
elle acorda incontinent, et ainsi descendirent touts deux, luy la por- 
tant sus ses espaules ; et, incontinent qu'ils arrivèrent à la terre, 
se changèrent en un arbre touts deux, la quelle a deux branches, 

1. Lisez apaztli qui signifie vase. Très probablement, l'original espagnol a 
employé le mot lebrillo. D'où la fausse traduction de Thévet, « grand livre ». 
On remarquera, du reste, qu'il a mis le terme paztli entre parenthèses, ce qui 
indique qu'il a hésité dans sa traduction. 

2. Xolotl ; coq d'Inde est la tradution de uexocotl. 

3. Tamouan ichan est traduit par M. Seler comme « das Haus des Herab- 
steigens, Haus der Geburt, IJrheimat » (Commentaire du Codex Borgia, I, 
p. 184. Berlin, 1904). 

4. Lisez Quauhnauac = près des arbres ou près des bois. 

5. Mayauel, déesse de l'agave. 

6. Tzitzimitl, plur. Tzitzimime. Les Tzitzimime sont des divinités des étoiles, 
et aussi des esprits des ténèbres, malfaisants. 



28 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

f- «5. des quelles l'une s'appelle Quecalhuexotl ^ que estoit celle de Khe- 
catl, et l'aultre Choquicauitl ^ qui esloyt celle de la vierge. Or, sa 
grand mère qui dourniojt, quand elle fut esveillée et que elle ne 
trouva pas sa niesse, appella incolitinent des aultres déesses, qui se 
nonient Cicimime et descendirent toutes en la terre cherchant Ehe- 
call ; et à ceste saison les deux branches de arbres se rompirent l'une 
de l'aultre, et celle de la vierge fut cogneue incontinent delà déesse 
vielle, la quelle la print et la rompant bailla à chascune des aultres 
déesses une pièce, et la mangèrent ; mais la branche de Ehecatl ne 
la rompirent pas, mais la laissèrent là ; la quelle, aussi tost que les 
déesses furent montées au ciel, se retourna en sa première forme 
de Ehecatl^ le quel amassa les os de la vierge, que les déesses 
avoint mangé, et les enterra, et de là sortit un arbre qu'ils 
appellent metl '^ de quoy font les Indiens le vin qui boyvent et 
s'enjvrent ; mais, ce n'est pas à cause de ce vin, ains pour quelques 
racines qu'ils noment ucpactli '' qui mettent dedens. Par les quatre 
soleills des quels avons compté, ils entendoynt quatre eages, com- 
bien que ils ne savent pas bien déclairer, mais nous le déclairerons 
avant plus amplement. Quelques autres disent que la terre fut créée 
en ceste sorte : Deux dieux Calcoatl ' et Tezcatlipuca aportèrent la 
déesse de la terre Atlalteutli *' des cieux en bas, la quelle estoyt 
pleine par toutes les joinctures de ieux et de bouches, avec les 
quelles elle mordoyt, comme une beste saulvaige, et, avant qu'ils 
fussent bas, il y avoyt desia de l'eaue, la quelle ils ne savent qui la 
créa, sur la quelle ceste déesse cheminoit. Ce que voiant les dieux 

1. Quetzalhuexotl est composé de quetzalli et huexotl ou uexotl = saule. Le 
Codex Fuenleal (ch. V) parle de la même métamorphose, mais la rapporte à uu 
autre mythe. I^'arbre s'appelle incorrectement quezalhuesuch. 

2. Lisez xochiquauitl, arbre qui produit un fruit recherché. 

3. Ce mythe de l'origine du via est très intéressant. La place qu'occupe ce 
mythe dans l'ensemble de cette genèse mexicaine mérite aussi l'attention. La 
création du vin suit celle de l'homme et la complète : le vin est appelé à réjouir 
l'homme afin qu'il chante et danse et loue les dieux. 

4. Dans la Cosmographie, nous lisons tepactli. La véritable orthog-raphe est 
ocpatli, qui est une herbe servant à la fabrication du vin de maguey. 

5. Quetzalcouatl, qui est le même dieu que Ehecatl. 

6. Tlalteutli qui s'appelle aussi Ilamatecutli « la vieille déesse ». Cf. Seler, 
Gesamnielle Ahhandhincjen zur Amerikanischen Sprach- iind Allerlhiims- 
kunde, II, p. 1000. Berlin, Asher, 1904. 



HISTOIRE DU MECHIQUE 29 

dirent Fiing à raultre: « il est besoing de faire la terre », et ceci 
disant se changèrent touts deux en deux grands serpents, des quels 
Fung saisit la déesse depuis la main droicte iusques au pied gauche, 
laultre de la main gauche au pied droit, et la pressèrent tant que 
la firent rompre pour la moitié, et de la moitié devers les espaules 
firent la terre, et l'aultre moitié la emportèrent au ciel, de quoi les 
aultres dieux furent fort fâchés. Après ce faict, pour récompanser 
la dite déesse de la terre du domaige que les deux dieux lui avoint 
faict, touts les dieux descendirent la consoler, et ordonèrent que 
délie sortit tout le fruict nécessaire pour la vie des hommes ; et 
pour ce faire, firent de ses cheveux arbres et fleurs et herbes, de sa 
peau riierbe fort menue et petites fleurs, des ieux puix et fontaines 
et petites cavernes, de la bouche rivières et grandes cavernes, du 
nais valées de montaignes, des espaules montaignes. Et ceste déesse 
pleuroyt quelques fois la nuict, désirant manger ceurs de hommes 
et ne se vouloyt taire iusques à ce que l'on luy bailla, ni vouloyt 
porter fruicl, si n'estoyt arrousée de sang de hommes '. 



Chapitre VIII 
De Ifi crécicion du soleill, selon ceux de Tezcuq. 

Ces Indiens affirment avoyr eu une déesse citlaUne^ la quelle 
envoia du ciel 1600 enfans siens "à une vile nomée Teotihuacan ', t ii, 76 
près de Tezcuq \ les quels, si tost que arrivèrent en la dilte vile ' '^^ 
périrent. Après ceux-ci, environ 26 ans ^ après que le monde avoyt 
esté créé, et avoyt demeuré tout ce temps obscurci des ténèbres à 
faulte de soleill se assemblèrent troys dieux Tezcaflipuca, Ehecall 

1. Ce mythe curieux a la prétealiou de donner une explication simple et 
identique de beaucoup de choses très différentes. Il semblerait d'après lui que 
le sacrilice humain se rattache, du moins par son orij,nne, au culte a<;raire. 

'1. D'après Mendieta (p. 77-78), Citlallicue envoya ses 1.600 entants à Chico- 
moztoc. Cela tient à ce que ce l'ail mythologique y est rattaché à la création de 
rhomme. 

3. C'est sans doute par suite d'une simple néglij^cnce que la Cosmographie 
donne ici un chillVe dillerent : 8 ans ou environ.. 



30 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

^L^^f^ et Citlalecue déesse ', les quels ordonèrent de faire le soleill qui 
T II, 77 esclaira la terre. En ce temps mesme, y avoyt un aultre dieu, nomé 
B ri,' 399. pilciutentli -, et sa femme se appelloyt Chuquiquecal \ les quels 
avoynt ung fds nomé Choquipili ^ et ung aultre qui n'estoyt pas 
sien, mais le nourrissoint, qui se appelloyt Nanauaton ■', du quel 
le père se disoit Izpatl ^, et la mère Ouzciimianh ', les quels pre- 
noint corps de hommes et figure quand bon leur sembloit ; quand 
donc les dieux vouloynt faire le soleill, touts ces comptes et aultres 
faisoynt pénitence pour pouvoyr mériter de estre soleill et ofProint 
f. 86. aux troys grands dieux perles précieuses, encens et aultres choses 
fort riches. Mais Nanauaton^ comme il fut polivre, il ne avoyt rien 
pour offrir, mais il se sacrifîyoit avec une espine, se piquant à 
menu et ofTroit de ce qu'il pouvoyt avoir combien que pouvre. Il 
se assembla avec ses frères, et fit ung grand feu devant les dieux, 
les quels dirent que celuy qui semeteroyt dans le feu seroyt soleill. 
Alors Nanauaton se mit dans le feu par art magique, en la quelle 
il estoit bien savant ; et se en alla en enfer, et de là aporta beaucoup 
de riches pièces et fut eslu pour estre soleill ^ 

1. Autre forme altérée pour Gitlallicue (citlallin — icue : sa jupe). 

2. Lisez Piltzinteutli. C'est le nom d'un dieu solaire. Cf. Seler, Commen- 
taire du Codex Féjérvary-Mayer, p. 22 et 34. 

3. Lisez Xochiquetzal (fleur brillante). C'est la déesse des fleurs et de 
l'amour. 

4. Lisez Xochipilli (jeune dieu des fleurs). 

5. Forme diminutive de Nanauatl (il buboso). 

6. Est-ce une altération de itzpatli ou ixpatli, nom j^énérique de plantes 
médicinales? Cela me paraît d'autant plus probable qu'Izpatl nous est présenté 



comme mag^icien. 



7. Lisez Cozcamiauh (cozcatl : bijou, etmiauatl : bouton, fleur, épis de maïs) 
= collier de maïs en fleur. D'après Sahagun (trad. Jourdanet, p. 75), ç,e serait 
un surnom de la déesse de la terre, Ilamatecutli. 

8. Ce mythe est rapporté, avec quelques modifications, par d^ nombreux 
auteurs : Sahagun (trad. .lourd., 479-482), Mendieta (II, 2), Torquemada (VI, 
41), le Codex Fiienleal [Niieva Col. de Garcia Icazbalceta, III, p. 235-236), 
Veytia d'après Bustamante (éd. de Gomara, 1826, I, p. 174). Nous en signalons 
deux essais d'inlerpi'étation.: M. Bastian (Cultiirvôlker, II, p. 408) y trouve 
l'indication d'une génération descendue du ciel et qui s'est perdue. Les hommes, 
d'origine souterraine, lui ont succédé. Un homme fait ce qu'un héros n'osait 
pas faire : il se jette dans le feu, et est élevé à la fonction de soleil. Il exige 
alors la mort des héros et se montre bienveillant pour les hommes. Celte inter- 



IIISTOVRE DU MECIIIQUK 31 



Chapitre IX 
De la créacioii du monde selon ceux de lu province de Chnlco. 



En aultre province, nomée Chalco, comptent avoyr esté l'eau la 
première chose du monde, mais quils ne savent aussi qui la fit. Et 
que descendirent du ciel quelques dieux només Ceniecatl ^ Tezcat- 
lipuca et Chiconaui et Ehecatl ', touts fds de Afin finie ^, déesse des 
estoiles, la quelle disent avoyr faict les estoiles, le soleill et la lune ; 
et les dieux, ses fils, firent l'homme, mais ils ne savent en quelle 
année ce fut. Oultre ce disent avoyr neuf ciels, mais quils ne savent 
où est le soleill, ni la lune, ni les estoiles, ni les dieux. Le blai quils 
mangent se appelle maïz, fut faict de cette sorte : les dieux descen- 
dirent touts en une caverne, où ung dieu nomé Pieciutenfli '^ se 
estoyt couché avec une déesse nomée Chociuijceli, de la quelle 
nacquist ung dieu, dict Ciufenfl '% le quel se mit de soubs la terre, 
et de ses cheveux sortit le couton, et de ung eouill une fort bonne 



prélation est moins basée sur TélLule individuelle de chaque mythe que sur la 
combinaison de ces mythes dans Sahagun et Mendieta. M. Chavero est allé plus 
loin : il considère ce mvthe solaire dans la version du Codex Fiienleal, qu'il 
jug-e plus ancienne que celle de Sahagun et de Mendieta. D'après cette version, 
Quetzalcouatl (dieu de l'étoile matinale) est le père du soleil, et Tlaloc (dieu des 
nuages) le père de la lune. Cf. Anales del Miiseo nac. de Mexico, I, p. 376 ss. 

1. Ce eecatl, nom donné à Te/.catlipoca ou à I/tac Mixcouatl. Cf. Seler, 
Codex Féjérvary-Mai/er, p. 5'2, 51, Gl, etc. Berlin, 1901. 

2. Chiconaui et I^hecatl ne sont pas deux divinités; mais Chiconaui Ehecatl 
(9 vents) désigne parfois Quetzalcouatl. Cf. Seler. Cod. Fèjérvari-Mayer, p. 145. 

3. Nous avons déjà dit que la déesse des étoiles s'appelle Citlallicue ou 
Citlallin icue. 

4. P'aute d'orthographe pour Piltzinteutli. Ce nom se rencontre fortement 
mutilé dans le Codex Fuenleal\ on peut y lire : Picenticli, Pincetuli, Piciciu- 
lecli, Pilcetecli. Cf. Garcia Icazbalceta, Nueva Coleccion, III, p. 235, 238, etc. 

5. Cenleoll ou Cinleoll, de cenlli ou cinlli =^ maïs, et teoll. Le mythe qui 
suit est bien conforme aux idées mexicaines sur le maïs. 



32 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

semence qiiils mangent volountiers, nomée Sanctlhqez ', de raultre 
un aultre, du naisung aultre semence, nomée chia -, qui est bonne 
à bouyre en temps , de esté, des doigts sortit ung fruict nomé 
camo^/-^ qui est comme des naveaux fort bon fruict, des oungles 
aultre sorte de maïs large qui est le forment quils mangent à présent, 
et du reste du corps luy sortit beaucoup de aultresfruicts, les quels 
les hommes ceuillent et sèment : et pour ce estoyt ce dieu aimé des 
aultres dieux e l'appelloint Tlacopili ^ qui veult dire seigneur aimé. 
Or, est-il temj)s de savoyr qui estoyt ce Tezcatlipuca du quel les 
Indiens font grand compte, et nous avons parlé si souvant de luy à 
ceste cause. Ce nom est composé de troys tezcatl^ qui veult dire 
mirouer, tlepuca ^, composé aussi de tletl qui veult dire lumière, 
eipuctli, fumée ; et de touts ceux ils ont composé ce nom Tezcatli- 
puca, à cause qu'ils disent qu'il portoyt tousiours ung mirouer fort 
M 80-81 luisant avecques soy, et que fumoyt à cause des encens et choses 
T II, 78 odoriférantes qu'il portoyt. Disent aussi que ce mesme dieu a créé 
( 1,43). l'air, le quel ^ aparut en figura noire avec une grand espine toute 
sanglante en signe de sacrifice, au quel dict le dieu Tezcatlipuca : 
« Viença, vat'an oultre la mair, à la maison du soleill le quel a 
beaucoup de musiciens et trompetaires avec soy qui luy servent et 
chantent, entre les quels il y a quelques ungs de troys pies, les 
aultres qui ont les oureilles si grandes que luy couvrent tout le 
corps, et, estant arrivé à bord de l'eau, appelleras mes niesses Esa- 

J. Cette forme est évidemment corrompue. Nous croyons qu'il s'ayit ici de la 
racine comestible appelée cacalzli dans l'édition de Kingsborough, et catatezlli 
dans l'édition de Bustamante, par Sahagun (Livre XI, chap. 6, par. 9) ?? 

2. Le chia ou chian est une plante dont la g-raine sert à faire de l'huile et 
donne par l'infusion une boisson mucilagineuse très agréable, nutritive et 
rafraîchissante. Cf. R. Siméon, Dictionnaire de la langue nahuatl. 

3. Le camotli est une racine de la famille des convolvulacées. Cf. Sahagun, 
trad. Jourdanet, p. 519 et 736. 

4. Tlaçopilli, composé de tlaçotla : aimer, etpilli: seigneur. M. Seler (Coc/ea; 
Féjérvarij-Maijer, p. 64, 98) traduit tlaçopilli par noble prince, et le considère 
comme un surnom de Xochipilli. 

5. I>a Cosmographie a omis les mots : « composé aussi de tletl » et traduit 
tlepuca =: lumière. La traduction classique de ce nom est (tezcatl-popoca) 
brillant miroir. 

6. La Cosmographie dit : auquel il apparut. Le contexte indique suffisam- 
ment, me semble-t-il, que c'est Eecatl qui apparaît comme le serviteur de 
Tezcatlipoca. Nous nous en tenons donc au texte du manuscrit. 



HISTOYKE DU MECHIQUE 33 

capachtli ^ qui est tortue et à Acilmatl '\ qui est demi-femme 
demi-poiçon, et à Allcipatli '■'' qui est la valeine et diras à toutes qui 
se facent ung pout afîin que tu puisses passer, et me amèneras de 
chez le soleill les musiciens avec leurs instruments pour me faire 
honeur », et, ce dict, se en alla, sens estre plus veu. Alors le dieu 
de l'air s'en alla au bord de l'eaue et appela lessusnomés, et vindrent 
incontinent et se firent pont par le quel il passa. Le quel voiant 
venir, le soleill dict à ses musiciens : « Voici venir le meschant; 
personne ne iuy responde, car celuy qui luy respondra, ira avec 
\\\y. » Ces dits musiciens estoynt vestus de quatre coleurs : blanc, 
rouge, geaune et verd. Adonc estant arrivé, le dieu de l'air les 
appela en chantant; au quel respondit incontinent l'ung d'eux, et 
s'en alla avec luy et porla la musique qui est celle quils usent à pré- f- ^' 
sent en ses daiicesen honeur de ses dieux, comme nous faisons avec 
les orgues. Ils disent aussi que Tezcatlipuca leur apparoisoit en b h, aso. 
figure de singe et parloyt par les espaules. Autres fojs en figure de 
oiseau le quel frapant des aisles faisoyt grand bruict et resveilloit 
ceux quidormoint quand il vouloyt parler à eux. Et ainsi leur per- 
suadoit, comme nous recompterons plus emplement en suyvant 
nostre histoyre ^ de luy faire sacrifice, <;ar il voioyt quils estoynt 
cruels et se plaisoit du sang des hommes, le quel sacrifice ils fai- 
soint ouvrant le cousté du ccur aux esclaves tout en vie, et leur 
arrachoynt le ceur, et luy faisoynt manger avant qu'il mourut. Et 

1. Esacapachlli ^e présente avec les apparences d'une erreur de lecture, et 
on le cherche vainement dans les répertoires. Je crois qu'il faut laisser de côté 
la première syllabe, et lire acalapachtli. Ce mot, qui ne fij^ure pas non plus au 
dictionnaire, s'expliquerait comme composé de acatl = roseau et tapachlU 
= coquillage de rivière ou de mer (Sah., trad. Jourd., p. 712). Pour la compo- 
sition de ce mot, nous nous autorisons d'un terme analogue : acacueyatl, qui 
désigne une espèce de grenouille. De même, acatapachtli désignerait une espèce 
de tortue. Mais comment la syllabe es est-elle venue se préposer à ce mot? Pour 
l'expliquer, il suffit de reconstituer le texte espagnol, et de lire par exemple : 
la forliiga que es acatapachtli. Thévet aurait une fois de plus mal coupé les 
mots, et mal traduit?? 

2. Usez aciuatl (atl— ciuatl) -— femme d'eau. I/orthographe acihuatl a donné 
lieu à l'altération acilmatl. 

3. Acipactli, composé d'atl= eau et de cipactli = crocodile. 

4. Ces développements se trouvent probablement dans la partie que Thévet 
n'a pas traduite, ou que nous n'avons pas de sa traduction. 

Société des Am^ricunistes de Paris. 3 



34 SOCIÉTÉ Di;s amérk:amstks de paris 

ils estimoient celuy meilleur maistre el plus digne de honeur qui 
faisoinl mieux ce sacrifice '. 



M 82-83 ChAPITHK X 

(II, b) 

^(vi "^ïôT ^^ '^''^ idole, nome Queçalco/ill , de so/i ori(jine, eiirres et temps 
H II 'i 8 1 - qui ré g n n . 



Aux histoires de ce peuple sauvage, se Irouve qu'il y avoyt ung 
dieu, nomé Comachtli ^ qui print pour femme une déesse, nomée 
ChimahiiH •"', la quelle eusl de luy des enfans entre les quels y avoyi 
un nomé QueçalcontL le quel naquit à Xichuthinco ' et lui mené à 
son grand père et mère qui le nourrirent, car sa mère mourut de 
couches de luy. Le quel après avoyr esté nourri fusl mené chez son 
père, mais pour ce qu'il esloyt fort aimé de son père, le haisoynt 
ses aultres frèi'es, tant quils proposèrent de le tuer, el pour ce faire 
le menèrent avec fraude à une ^rand roche, nomée (Jhafchonolte- 
pefl ^ qui veiilt dire roche où l'on faict brusler, et le laissèrenl là, 
et se descendirent en bas, et mirent le feu à lenlour de la roche; 
mais Queçnlcoatl se mil dans ung trou, qui avoyt en la roche, et 
ses frères s'en allèrent pensant l'avoyr tué ; mais, eux s'en estant 
aies, il sortit de la roche avec un arc et des flesches, el tira à une 
biche et la tua ; et la pernant sus ses espaules, la emporta chez son 
père '' el arriva plus tost que ses frères, el doua la biche à son père ; 
et ses frères, estant venus, furent émerveillés de le voyr, el pen- 

1. Ces détails seml^lent indiquer que ce n'est pas le culte de Tezcallipuca qui 
a inauyuré les sacrifices iiuniains. 

"2. Caniaxtli est la même divinité que Mixcouall (Seler, Cad. Fcjerrayij 
Mayer, p. 198). Et, de iait, Motolinia donne comme père à Quet/alcouatl, 
Iztacniixcouatl [Mem.^ p. 12). Plusieurs traits tlu récit qui suit l'ont allusion à 
cette parenté avec le dieu des chasseurs. 

3. M. Seler traduit Chimalman par « der lieyende Schild » ou « aui' einem 
Schild liegend ^> [Cod. Fej. Mayer, p. 184^. ^ 

4. .le propose de lire Michtillaiico (de inichi\ poisson, et cill.tuhlli, gorge). 

5. Lisez Tlachinol-tepec. Cf. Codex Mendoza, t". li-H. 

6. Les chasseurs étaient les bons serviteurs de Camaxlli. 



HISTOYRK \)\: MECHIOUK 35 

sèrenl le tuer en aiillre sorte: et ainsi le menèrent sus un<r arbre, 
luy disant quil tireroyt de là aux oiseaux, luy estant sus l'arbre luy. 
commencèrent k tirer des flesclies; mais, comme il estoit discret, se 
laissa toumber en terre, feignant estre mort. Ce que voiant, ses 
frères s'en allèrent à la maison; et eux, estant partits, Queçafcnafl 
se leva et tua ung coneill, et le porta à son père, avant que ses 
frères arrivassent. Le père qui se dobtoit de ce que ses frères luy 
vouloint faire, luy demanda ou estoynt ses frères; le quel luy res- 
pondil qu'ils s'en venoint, et s'en alla de avec son père à une aultre 
maison. Cependant, ses frères vindrent auxquels le père demanda 
où estoyt son frère; ils respondirent qu'il venoit. Alors, il les 
reprint de ce quils vouloyt tuer son frère ; de quoy eux estant fas- 
chés, se proposèrent aussi de tuer son père; ce que firent le menant 
à une montaigne. Après l'avoyr tué, vindrent quérir Queçalcontl^ 
et luy firent croire que son père se estoit changé en roche, ensemble 
luy persuadoynt qu'il sacrifia et offrit quelque chose à ceste roche, 
comme lions, tigres, aigles, biches et papillons, pour avoir occasion 
de le tuer, car il ne pourroit pas trouver ces besles ; à quoy il ne 
voulant obéir, le voulurent tuer, mais il se eschapa de entre eux, et 
se en ala sus un arbre, ou, qui est plus veresemblable, sus la mesme 
roche, et à coups de flèches les tua touts ; ce que faict, ses vasaulx, 
qui l'aimoynt fort, le vindrent quérir honorablement, et prindrent 
les testes de ses frères et luy ostanl le cerveau, de dans firent des 
coupes à boire, et s'enivrèrent incontinent ^, et de là se vindrent à 
terre de Mechique, et demeura quelques jours en ung vilaige, nomé 
Tulancîngo '\ et de là s'en alla à Tula, oîi on ne savoyt encore que 
s'estoit de faire sacrifice ; et par ainsi, comme il aporta l'usaige du 
sacrifice, fut tenu pour dieu, aux quels il enseigna beaucoup de 
bonnes choses, temples pour luy et aultres choses, et dura 160 ans 
pour dieu en ce païs. 

1. Ni Motoliiiia, ni Satiagun, ni Mendiela, ni Torquemada ne rapportent 
cette première partie de la légende de Quetzalcouatl. 

"2. Tullantzinco. Celte localité aurait aussi servi de résidence aux Gulhuas 
avant leur arrivée à Tu\\-An{Memorinles de Mololinia, p. 5). 



liiî SOCIÉrÉ DES A.MÉRICAiNJSTES DE 1-AlUS 



Chapitre XI 

f. 88. De Ici venue de Tezçatlipuca ù Tiila 

et de comme /if fuir (^ueçalcoall. 

Queçiilcoatl vivoyl fort à son aise en TuJa^ estant adoré pour 
dieu; mais, comme la vérité ne se peult long temps tenir cachée, 
advint cpie arriva à Tulii un aultre dieu, du quel nous avons parlé 
par ici davant Tezcullipuca^ le quel en arrivant de envie qu'il 
avoyt de Queçalcoall tachoyt à faire mal au puple de Tuhi pour ce 
que le adoroyl et ensemble à Queçalcoall ^ il entra en Tula en 
figure de pouvre ', et prenoyt, à toutes heures, diverses figures et 
faisoit peur à ceux de Tula et à Queçalcoall^ le quel encores qu'il 
fust diable aussi bien (pie luy, toutes fois il y a des diables les ungs 
plus grands que les aultres ; car, comme ils sont esté faicts de 
anges, et il y a des anges les ungs plus grands que les aultres, 
aussi les diables. Or, ce Queçalcoall estoyt moindre que Tezcalli- 
puca, et pour ce le craignoyl-il : ung jour doncques Tezcallipuca 
alla au temple de Queçalcoall. Là, oîi estoynt beaucoup de serviteurs 
qui gardoynt unhaustel, où estoyt une etigie de Queçalcoall et ung 
mironer que les Indiens estimoynf beaucoup ; car, selon que 
Queçalcoall leur avoyt faictcroire parle moien de ce mirouer, toutes 
les foys qu'ils auroint à faire de pluie, et luy demanderoynt avec ce 
mirouer, il leur bailleroynt; entrent donc Tezcallipuca en le 
temple, il trouva les gardes ejidormies, et s'en alla droit à l'haustel 
et desrroba le mirouer, et le cacha desoubs une pallace où 
couchoynt les gardes; ce que faict, se en alla. Les gardes, estant 
esveillés, et ne trouvant le mirouer, estoyntfort marrits le cherchant; 
mais Tezcallipuca trouva une vielle en son chemin, et lui dict : 
« Yaten au temple et di à ces gardes que ce qu'ils cherchent qu'il est 
desoubs sa paillace, et tu seras bien aimée d'eux. » Ce que la vielle 
fit. Gependen Tezcallipuca se chaugoyt en figures de divers ani- 

I. Sahii^um raconte en détail les exploits de Tillacauan à 'tullau. Trad. 
Jourd. 'H)[) ys. 



IIISTOYRE DU MECFIIQUE 37 

maiilx cl monstres, taschant faire peur aux gens : il se fit aussi 
couper les cheveux, ce que les Indiens n'avoynt jamais veu, et se en 
alla au temple de Queçalcoatl, et destruict sa figure, la rompant 
et gelant par terre, et ce faisant en diverses figures, frapoyt ses 
serviteurs, et touts ceux de Tula, qui voiant cela se en fuirent et 
laissèrent la vile, et Queçalcoatl voiant ceci eust peur et se enfuit 
aussi avecquesquelquesungs de ses serviteurs; de quoy Tezcatlipuca 
fut bien aise. Queçiilcoatl se en alla de là à Tenaçuùi ' et demeura 
là quelque temps, et de là s'en alla en CuUin<ican ~ où demeura 
aussi long temps, mais l'on ne sait combien. De là il passa les 
montaignes, et s'en alla en Quantiquechula '^ et dressa ung temple 
et ung liaustel pour soy, et estoyt adoré pour dieu, et ni avoyt 
que luy, et là demeura 290 ans, et laissa là un seigneur nomé 
Maclalcliochitl \ et s'en alla en Acholula ' où demeura 160 ans, 
où luy firent ung temple fort magnifique du quel il y a encore 
grand partie ; car estoyt bien basti et beau, le quel les géans 
avoyt faict, comme nous dirons après. De là, s'en alla à Cempoala ^ 
vile principale en la mer de Espaigne, où premier arriva le 
marquis Don Cor f es, quand il alla en ce païs ; mais, à présant 
est toute desmolie, comme les Espaignols ont faict à beaucoup 

1. Lisez Tenajuca. 

2. Je propose de lire Cullivacan ou bien (^ulhuacan. Dans la dernière 
hypothèse, Thével aurait changé hu en lin ; c'est une erreur de lecture très 
ordinaire. Dans le premier cas, nous serions en présence dune forme culiuacan 
parallèle h Culhuacan. M. Seler rencontra cette forme dans le chant de Ciua- 
couatl ; pour lui, Finsertion de 1'; s'explique par le désir d'éviter le choc de 
2 consonnes. En elTet, le v est une consonne qui se prononce comme le u' anglais 
[Ge$. AbhancUungen zur Amer. Spr^ch- a. AUeiihuinshunde, II, 10.')7. Berlin. 
Asher, 1904). 

3. La même localité que celle désignée du nom de Quauviquechula ou 
Quauhquechula par Motolinia (.l/e»Jor., p. 104-10.5). Elle est située à 8 lieues 
de Huexutzinco. 

4. Je crois qu'il faut lire INIatlacxochitl (10 fleurs) qui est le nom d'un jour. 
Les Mexicains donnaient habituellement à leurs enfants le nom du jour où ils 
étaient nés. Mais il s'agit peut-être aussi de ninthil xochill, ileur d'un bleu 
foncé. 

.5. Gholula ou CholoUan. Il s'agit ici du Cholula historique de l'état de 
Puebla. Ce nom dériverait de choloa == fuir, et signifierait donc: lieu de la 
fuite , 

6. De Cempoalli (vingt) et lan ; ce nom veut donc dire : le lieu des vingt. 



38 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

de aullres. En ceste vile, demeura 260 ans, et jusques en ce lieu 
le poursnivoyi Tezcatlipuca ; le quel se voiant tant persécuté de 
ce TezcHflipuca s'en fuit en un désert, et tirai un coup de 
flèche à ung arbre, et se mit de dans le partuis de la flèche, 
et ainsi mourut, et ses serviteurs le prindrent et le brus- 
lèrent, et de là demeura la coustume de brusler les corps 
morts '. De la fumée que sortit de son corps, disent avoyr esté 
faicte une grande estoyle que se appelle Ilesper '. Cestuy Queçal- 
contl n'eust jamais femme ni enfens *. Aultres disenl que quand il 
devoyt mourir sen alla en ung lieu 

1. Nous avons appelé l'attenlion pkis haut sur une autre origine de la 
coutume de la crémation. Cf. chap. VI, p. '25. 

•2. D'après Mendiela, l'âme de Quetzalcouatl se clian[;ea en une comète de 
mau\ais présage (II, ch. 5, p. 82-83; cf. Torquemada, Mon. Intl., \'I, 45, tome 
II, p. 79-2). 

3. Ce détail est confirmé par Motolinia [Meiu., 13) : <> No fui casado, ni lomo 
mujer, antes dicen que viviô honesta y castamente. » 



HISTOYRE DU MECIllQUE 



39 



INDKX DES NOMS NAIIUATL 



Acatapachlli, IX p. .33. 
Acatl, \ p. -21. 
Acholula, XI p. 37. 
Aciautli, y. Acicintli. 
Acicintli, M p. "23. 
Acilmatl, v. Aciuatl. 
Acipactli, IX p. 33. 
Aciuatl, IX p. 33. 
Altcipalli, y. Acipactli. 
Atlalteutli, v. TlalleucHi. 
Allatime, v. Cillallicue. 



Calcoatl, V. Quetzalcouall. 

Calconatlansi, v. Quel/alcouall. 

Calli, V p. '20 et -il. 

Gamachlli, X p. 34. 

Camolli, IX p. 3-2. 

Catale/tli, IX p. 32. 

CeecaLl, IX p. 31 . 

CemecaLl, v. Ceecall. 

Cempoala, XI p. 37. 

Centencupi, v. Cincocopi. 

Chachuich tonaiuh , v. Clialchiuh 

tonatiuh. 
Chalcliiuh tonatiuh, \'I p. 23. 
Chalchiullicue, VI p. 22. 
Ghalciulli, v. Chalchiullicue. 
Chalchonoltepetl, v. Tlachinollepec. 
Ghalco, I p. II. 
Chalpe, V. Xalpa. 
ChapuUepec, III p. 17. 
Chia, IX p. 32. 
Ghiconaui, v. Ghicpnaui eecall. 



Ghiconaui eecatl, IX p. 31. 

Ghimalnia, X j;. 34, 

Ghypila, v. Juchipila ou Xochipila. 

Gholutl, V. Xololl. 

Ghoix, III p. 

Ghoquicauitl, v. Xochiquauitl. 

Ghoquijceli, v. Xochiquetzal. 

Ghoquipili, v. Xochipilli. 

Ghuquipila, v. Xochipilla. 

Gliuquiquecal, y. Xochiquetzal. 

Cicimill, V. Tzil/.iniill. 

Gicimime, v. Tzilzimime. 

Gylopucheli, v. Uitzilopochtli. 

Gincocopi, VI p. 23. 

Cinteotl, IX p. 31. 

Giuatla, Vp. 21. 

Ginlentl, v. Ginteoll. 

Gitlalecue, v. Citlallicue. 

Gillalinc,v. Gitlallicue. 

Gitlaliue, v. Gitlallicue. 

Gitlallicue, VII, VIII, IX pp. 26, 29 et 

30. 
Gitlallonac, VII p. 26. 
Gomachtli, v. Gamachtli. 
Gompahli, v. Tzonipachtli. 
Gontecomael, v. Tzontecomatl. 
Gouatlicue, \l p. 22. 
Gozcamiauh, VIII p. 30. 
Guernavaca, \'II p. 27. 
Guitlauac, IV p. 18. 
Gulhua, \y p. 11». 
Gulhuacan, XI p. 37. 
Guliacan, III et IV pp. 15 et 19. 
Guliuacan, XI p. 37. 
Gullinacan, v. Guliuacan ou Gulhua- 



can. 



Guzcamianh, v. Gozcamiauh. 



4Q 



SOCIÉTÉ DES AMÉRTCANISTES DE PARIS 



E 



Eecatl, VII pp. 25, 26, 27, 29, 31. 
Ecat.onatiuh, VI p. 24. 
Echi, V. Exi. 
Ehecatl, v. Eccall. 
Esacapachlli, v. Acatapachtli. 
Exi, III pp. li et 17. 



I 



Yacauiztli, \'II p. 26. 
Yhin, V. Uitzilopochtli. 
Yoaltentli, v. Youalteutli. 
Youalteutli, VI, VII pp. 23, 26. 
Youaltonaliuh, VI p. 2i. 
Ixpatli, VIII p. 30. 
IzpatI, V. Ixpalli. 



Juchipila, III p. 16. 



Nezahualpiltzintli, IV p. 18. 
Nichatlauco, v. Michatlauco. 







Ocpatli, VII p. 28. 

Omecalli, V p. 20. 

Omeciuatl, VI p. 23. 

Ometeutli, VI p. 23. 

Otomi, I, IV pp. 11, 12, 13, 17, 18,20. 



Pieciutentli, v. Piltzinteutli. 
Pilciutentli, v. Piltzinteuctli. 
Piltzinteutli, VIII, IX pp. 30, 31, 
Popoluca, II pp. 12, 13. 
Populoque, v. Popoluca. 
Puctli (popoca), IX p. 32. 



Q 



Loli, V. Tlotli. 



M 



Maclalchochitl, v. Matlacxochitl. 

Malteutl, II p. 13. 

Matlacxochitl, XI p. 37. 

Mayauel, VII p. 27. 

Metl, III, VII pp. li, 17, 28. 

Mexique, III pp. 8, 11, 14, 15, 16, 17, 

19, 20, 35. 
Michatlauco, X p. 3i. 
Micllanteutli, VI, VII pp. 22, 25, 26. 
Mizquitl, VI p. 24. 

N 

Nanacatl, IV p. 18. 
Nanaualon, VIII p. 30. 
Necaliiiatl pilciutli, v. Nezahual- 
pillzintli. 



Quanhuahuac, v. Quauhnahuac. 
Quanliquechula, v. Quauhquechula. 
Quauhnahuac, VII p. 27. 
Quauhquechula, XI p. 37. 
Quenametzin, VI p. 24. 
Quetzalcouatl, VI, VII, X, XI pp. 22, 

28, 34-38. 
Quetzalhuexotl, VII p. 28. 
Quivira, III p. 14. 



R 

Rintentli, v. Xiuhteutli. 
Rontli, V. Gouatlicue. 



S 



Sanctlhqez, v. Gatateztli. 
Symitlateutl, v. Mictlanteutli. 



HISTOYRK DU MECHIOIE 



41 



Tamoanchan, VII p. 27. 
Tecpall, V p. 21. 
Tenainque, v. Tenayuca. 
Tenayuca, III, XI pp. 16 et 37. 
Tenuchtillan, I p. U. 
Teomuthilan, v. Tenuchtillan. 

Teotihuacan, VIII p. 29. 

Teollalpa, V p. 21. 

Teotli, V. Ometeutli. 

ïeul, m 15. 

Tezcalco, 1 p. 8. 

Tezcalque, v. Tezcalco. 

Tezcatl, IX p. 32. 

Tezcatlipoca, I, III, VI, VII, VIII, IX, 

X, XI pp. 10, 16, 23, 25, 26, 28, 29, 

31, 32, 33, 36, 38. 
Tezcuco, I p. 8, 9, 11. 
Tholman, III p. 14. 
Tlaçoçacatl, I p. 9. 
Tlaçopili, V. Tlaçopilli. 
Tlaçopilli, IX p. 32. 
Tlachinoltepec, X p. 34. 
Tlaloc, VII p. 26. 
Tlalocanteutli, VI p. 22. 
Tlaloque, VII p. 26. 
Tlaltentli, v. TIalteutli. 
Tlalteutli, VII p. 25. 
Tlalxicco, V p. 21. 
Tlapco, V p. 21. 
Tlauizcalpanlecutli, VI p. 23. 
Tletl, IX p. 32. 
Tlotli, I p. 9. 
Tochtli, Vp. 21. 
Toich, V. Teul. 



Tonacaciuall, VI p. 22. 
Tonacateutli, VT p. 22. 
Tonaleque, VI p. 22. 
Tonatiuh, VI p. 22. 
Tucan, III p. 14. 
Tulancingo, v. TuUantzinco. 
Tullan, IV, XI pp. 19, 35, 37. 
TuUantzinco, X p. 35. 
Tzilzimitl, VII p. 27. 
Tzitzimime, VII p. 28. 
Tzompachlli, 1 p. 9. 
Tzontecomatl, I p. 9. 



L'amac, v. Ueniac. 

Ucpaclli, V. Ocpatli. 

Uemac, IV p. 19. 

Ueuemont Gumaci, v. Ueue montecu- 

comalzin. 
Ueue montecumalzin, IV p. 17. 
Uilzilopochlli, III p. 16. 
Uilztla, Vp. 21. 



X 



Xalpa, III p. 16. 

Xehutonali, v. Xiuhtonalli. 

Xiuhteutli, VI p. 22. 

Xiuhtonalli, V p. 20. 

Xochiquauitl, VII p. 28. 

Xochipilli, VIII p. 30. 

Xochiquetzal, VIII p. 30 et peut-être, 

IX p. 31. 
Xolotl, VII p. 27. 



GRAMMAIRE DE L^ACCAWAI ' 

Par M. Lucien ADAM 

Membre de la Société des Arnéricanistes. 



PREMIERE PARTIE 



GENRE 

i. La dislinction générique est étrangère à rAccawai, ainsi qu'aux 
autres dialectes de la famille caribe. 

1. La présente grammaire a été élaborée sur des textes dont Tauleur est feu 
le Rev-i W. II. Rrett. 

Acavoio indian lançfuage. 

First part of Genesis and the Gospel of St. Matthew, with supplementary 
extracts from the other Gospels, including the Parables of Our Lord. P. p. 189. 

London : Society for promoting- Christian knowledge. Sold at the deposi- 
tories : 77, Great queenstreet, Lincoln's inn Fields ; 4, Royal exchange ; 48, Pic- 
cadilly ; and by ail booksellers. 

Simple questions on the historical parts of the Holy Bible, for the instruction 
of the Acawôio indians at the Missions in Guiana. 

The Lord's prayer, Apostles' cred, and ten Comniandments, with Questions 
on the Apostles' creed, the holy sacraments, etc ; and short prayers and collects. 
P.p. 55. 

London : Society for promoting Christian knowledge; Norlhumberland 
avenue, W-C. 1898. 

Chacune de ces publications est précédée de Tavis qui suit : 

Rules for prommciation. 

a, as in father | o, as in go 

e, — — pi'sy I ", — f>o — too 

f, — — ravine | af, — i — mile 

N, B. — The dialects of this language vary considerably, owing to the vast 
extent of country over which it is spoken. There are in it some sounds, both 
vowel and consonant, which no combination of the letters of the English 



44 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Ex. : Korôra icnràio^ cet homme ; koràra orichàn, cette femme. 
I-jahn^ la mère de lui, la mère d'elle. 
It-eynà, à lui, à elle. 

Tu-yuwuh, la maison de soi, qu'il s'agisse d'un homme ou d'une 
femme. 

Eyne-pu i:i, il a vu, elle a vu. 

I-moha auiciii-mii^ enlève-le, enlève-là ! 



NOMBRE 

2. Généralement, la pluralité des êtres inanimés n'est point 
exprimée. 

Ex. : Goliath ivoh-nin-e pu fouk c/e, il tua Goliath avec une pierre. 
Jeiv yàmii icia i-ivohna-pu touk ge^ les Juifs le tuèrent avec des 
pierres. 

3. La pluralité des êti'es doués de vie est, assez souvent, exprimée 
par la postposition de yàinu. 

Ex. : Kàpohn yhmu^ les hommes. Jeic yàmii, les Juifs. Israël 
yàmu, les Israélites. Gentile yàmu, les gentils. Pharisee yàmu^ les 
pharisiens. Apostle yàmu, les apôtres. Prophet yàmii, les pro- 
phètes. Priest yàmii^ les prêtres, Angel yàmu, les anges. Soldaro 
yàmii, les soldats. A-mdgo yàniu^ les enfants de toi. 

Pakka yàmii^ les animaux domestiques. Pàhgarra yàinu, les 
brebis. Pèro yàniu, les chiens. Palyuko yàmii, les porcs. Wolf 
yàrnu, les loups. Lion yàinii^ les lions. Toro/ui yàmu, les oiseaux. 

Orichan-murey-pu ^ girl : Orichan-mureypu yàmii, girls. 

4. La pluralité des personnes est quelquefois exprimée par la 
suffixation de -amo^ -y^n-, -ân^-n. 

Ex. : Pije, celui-ci, celui-là, ce; p\ur. pije-anio, ceux-ci. 
Oniih^ qui?, lequel?; plur. oniih-yan, lesquels? 

alphabet can accurately express. B and P are, in most instances, interchan- 
geable, also G and Iv, and other consonantsas D, T and R in certain words. 

The dialect hère adopted has been necessarily that spoken at the Missions in 
the Pomeroon and Moruca districts, by the Acawoios, who hâve migrated 
thither from the Barahma, W aini, Cuyani, and other rivers between the Orinoco 
and Essequibo. 

W. II. B. 



CRAM-MAIUE UK l'aCCAWAI 45 



Indumnh-iiin\ élaiiL pauvre, un pauvre; plur. indumiihiiin-nn^ 
les pauvres. 

Iicombe-nk-nin^ élanl atl'amé, un affamé; plur. ifromhenànin-an, 
les affamés. 

Mora-pan^ comme cela, semblaljle; mora-pan-an^ les comme 
cela, les semblables. 

I-koraina-nin ^ le tourmentant; i-koramanin-an, les bourreaux. 

Wiih kah-on, montagne étant dans le ciel, très haute montagne ; 
plur. (cuh-kakon-an. 

Kàpohn ii-u-kaho-lza, l'homme que j'ai fait; kàpohn yàniu a-n- 
kabo-tza-n, les hommes (pie j'ai faits. 

Tii-ofù-za ijoic, quand \\ fut allé; to-olii-za-n, les étant allés. 

5. La pluralité des personnes est, assez souvent, exprimée par la 
suffixation des indices -/«/?., -dun, -i^un, -niin, -un. 

Ex. : Ahduh-lun, les vivants ; iraràio-lun, les hommes; ivahgu- 
tiin., les bons; niahga-lun, les iwéch^ui'è \ seynomari-tiin^ les adul- 
tères ; pokenna-tun, les sages; trarrearu-fun^ les gardiens; alimah- 
ek-lun, les voleurs. 

Paitùri-dun, les serviteurs; nopu-dun^ les épouses ; soldaro-dun, 
les soldats ; enji-dun, les filles; mureij-dun, les garçons; ahmiyii- 
dun, les petits enfants; eyborori-diin, les maîtres; furatcaso-diin^ 
les ouvriers. I-n-eymipà-ni^ celui qu'il enseigne, le disciple de lui ; 
plur. i-n-eymipà-ni-dun, ceux qu'il enseigne, les disciples de lui. 

Ahmiyu-run, les petits enfants; konibànta-run, les grands; 
murey-run, les garçons; indomiche-run^ les vieillards, les séna- 
teurs ; notsamiche-run, les vieilles femmes. 

Oiuihra ta-panna-ge-nun^ ceux avec des oreilles, cenx qui ont 
des oreilles. Tu-fah-ge-nà-nu n , les avec des pieds, les qnadrupèdes. 
Tu-pun-ziîi-yehk l-eynapo-ge-nà-nun, les plantesavec leurs graines. 

Popuhn-uii,\*^^ ^^^'^^'^^^^^\ engotai-nin-un, les trompeurs; i-mey- 
iiogah-nin-un, les écrivants, les scribes. Mohroh y-ahbichi-nin-un, 
les prenants des poissons, les pécheurs, \-ahgon, le frère de lui; 
y-ahgon-un^ les frères de lui. 

6. La pluralité des personnes est, assez souvent aussi, exprimée 
par la suffixation des indices -gun, -nogiiii, gonogun. 

Ex.: Hinalyu-na, véridique; hinai/yiina-giin, les véridiqnes. 
Peynahro, sincien ; pe y nahro-g un, les anciens. Kueyrichah-gun^ 
les morts. Taniunborora ark yahbai eiceybakà-za-gun^ tous les 



46 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTKS Di; PARIS 

étant sortis de rai'clie. \ah-on^ étant detlans ; yali-oii-i^un^ les étant 
dedans. 

A-htah, le pied de toi, les pieds de toi; a-hfah-cjun^ le pied de 
vous, les pieds de vous. Ai-eyboràri^ le niaîlre de toi; ai-eyhorôri- 
cfun, le maître de vous. 

Toicnhke R-icei/ji, tu es heureux ; toicahke mi'eyji-gun, vous êtes 
heureux. Tiucey~ji-dun^ il sera ; tu-icey-jidun-gun^ ils seront. 

Totsarora-nogun^ les premiers. A-tcahhin-nogun^ avaut vous. 
Aii-itu-hura fv-ey-ai, ^e ne te connais pas; au-itii-bura.-nogun iv- 
ey-ai, je ne vous connais pas. 

A-panna-ya^ aux oreilles de toi ; a-panna-ya-gonogun, aux 
oreilles devons. Au-poh, à toi ; au-poh-gonogun, avons. 

7. Les indices ?-, //- préfixés à un même thème verbal repré- 
sentent tantôt une personne, tantôt plusieurs personnes. 

Ex. : I-koramà-chey hura i-iveyji-pu, il ne voulait pas la punir; 
inah ivia i-koramà hura man,. nous ne les punissons pas. 

It-enzarri y-apùdupù ia, la main d'elle, il la toucha, il toucha 
sa main ; t-eyno y-apùdu-pù ia, ses yeux, il les toucha, il toucha 
ses yeux. 

8. Une même forme verbale peut être des deux nombres. 

Ex. : King wia to-màimo ey-tu-odun, le roi répondra à la parole 
d'eux; wahgu-tun tvia i-màimo ey-tu-odun^ les bons répondront à 
la parole de lui. 

Mais la pluralité peut être exprimée par la variation des parti- 
cules suffîxées au thème verbal. 

Ex. : Towahke m-ey-ai. tu es heureux; ivaiyu kazza m-ey-adai^ 
vous êtes comme le sel. 

Koeny-eygamapo-iai^ je te demande ; koeny-eyg ainapo-adai ^ je 
vous demande. 

Mo-tu-iai, tu sais; mo-fu-iadou, vous savez. M-ey-ai, tu es; 
m-ey-adou , vous êtes. 

Ahburingu, fuis ! àhburin-du-k, m-ahburin-dai, fuyez ! 



"PRONOMS PERSONNELS 



9. Sing. I, Yùra; II, Amàra. 

Plur. I, Inah\ II, Amiàmo, amiàmo-ro. 



(,l:AM\IAIl!i: 1)1-: L ACCAWAI 47 

Ex. : Yùra et/ze, le nom de moi ; i/ura ooUi, je vais ; korôra tria 
yura y-ahnumu, celui-là moi il reçoil, celui-là me reçoit. 

Inah ekicirre, la nourriture de nous; i/irih tvioubu-pu, nous 
sommes venus; i/inh /à-koramai, ne nous châtie pas, 

David moomu amôra, toi fils de l)av/d, tu es fils de David ; aniàra 
wina i-icendu-dun^ il naîtra de toi. 

Popuhn-un amiàmo, vous insensés, vous êtes insensés ; m-eyho- 
iadai amiàmoro^ vous recevrez, vous. 

Ces pronoms et les démonstratifs de la 3'' personne (voir § 103) 
sont le plus souvent suppléés par des indices personnels. 



IXDICKS PEUSONNliLS PUEFIXlvS AUX NOMS KT ALX POSTPOSITIONS 

Première personne du .singulier. 

10. Quand le thème a pour initiale une consonne, la première 
personne du singulier est représentée par Tindice U-. 

Kx. : U-kaihùna^ le père de moi, mon père; u-niaîmo. ma 
parole; u-muinu/i , mon sang; u-mu, mon hls ; u-ndah (pour 
u-munda/i \, ma ])()uehe; u-zahn, manière; u-môgo^ mon enfant; 
u-dunhah, mon couipannon : u-paruji, ma sœur ; u-bohn, ma chair, 
mon corps; u-htali, nu>n pied ; u - pai t li r i, m.o\\ sersiienv \ u-nopu, 
mon épouse; u-dnniapu, mon mari; u-panda., les hranches de moi, 
mes hranches. 

U-pai/Liri-dun, les serviteurs de moi, mes serviteurs; u-nopu- 
dun, mes épouses. 

U-siforo-i., le grenier de moi, mon grenier; u-purahda-i, mon 
argent; u-mohgo-i , ma coupe. 

U-poh, à moi, contre moi; u-piyah, à côté de moi, vers moi; 
u-irahbia, avant moi. 

1 1 . Quand le Ihème a pour initiale une voyelle, la première 
personne du singulier est représentée par l'indice )\ /-. 

Ex. : Mi-ahn-arri, Tàme de moi, mon âme; iri-ahgon, mon 
frère; ni-ahbon, mon siège; tci-ahne, ma langue; n'i-ahduh, ma 
vie; fri-ei/ze, mou nom; /ri-en/i, ma fille; /ri-ei/horôri, mon 
maître ; /r/-t7/^ro/?, mon cœur; ivi-cnzarri, ma main; ici-eluarre., 



48 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

ma nourriture; ici-oupu, mon os; ici-ymviih^ tcu-yinviih^ ma 
maison. 

Wi-ahcfon-un, les frères de moi, mes frères. 

Wi-a/iurra, avec moi; wi-eynà^ à moi; iri-eymahpu^ derrière 
moi ; ai-yohno, sous moi. 



Deuxième personne du singulier. 

12. Quand le thème a pour initiale une consonne, la deuxième 
personne du singulier est représentée parles indices A-; Au-. 

Ex. : A-màimo, la parole de toi, ta parole; a-muinuh., ton sang; 
a-ndah., ta bouche; a-zahn., ta mère; a-dunbah., ton compagnon; 
a-nopu., ton épouse; a-damapu^ ton mari; a-mahgoe., ton péché. 

A-sibarra-i^ l'épée de toi, ton épée ; a-worohreta-i., ta lampe. 

A-èvahhia^ avant toi ; a-yah, avec toi. 

Au-kaihuna, le père de toi, Ion père ; au-mu, ton fils; au-bohn., 
ta chair; au-nzek (pour au-muzek) ^ tes cheveux; au-peyra. ta 
joue; au-moda, ton épaule, tes épaules; au-yuh., ta dent. 

Au-purahda-i, ion argent; au-bopa-i, ta tête; au-sorohnbamu-i, 
ta robe. 

Au-poh, à toi, contre toi ; au-piyah, à côté de toi, vers toi ; 
au-pona., sur toi; au-poe., de toi; au-eyboe (pour ai-eyboe., au-des- 
sus de toi). 

13. Quand le thème a pour initiale une voyelle, la deuxième 
personne du singulier est représentée parTindice Ai-. 

Ex. '. Ai-ahgon, le frère de toi, ton frère; ai-ahbon^ ton siège; 
ai-eyze, ton nom; ai-enji, ta fille; ai-eyboràri.^ ton maître; 
ai-enzarri, ta main ; ai-ekiarre, ta nourriture; ai-eymahniin, ton 
bien, tes biens; ai-eyro., ta cousine ; ai-eyno^ ton œil, tes yeux; 
ai-eymu et aui-eymu, ton visage; ai-yuwuh ('pour au-yuivuh)., ta 
maison. 

Ai-a/iurra, avec toi ; ai-eyna, à toi; ai-emborrofc, devant loi. 



Première personne du pluriel. 

14. La première personne du pluriel est très rarement repré- 
sentée par Wa-, Na-, indices issus du pronom personnel inah. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 49 

Ex. : ^Na-kêiihuna et na-kaibiina^ le père de nous, notre père; 
na-eyborôri^ le maître de nous, notre maître. 

15. Régulièrement, la première personne du pluriel est repré- 
sentée par les indices A«-, A'o-, Â7-, Kui-^ préfixés au thème affecté 
de l'un des indices de pluralité -gun^ -nogun^ -gonogun. 

a) Noms et postpositions commençant par une consonne. 

Ex, : Ku-zahn-gun^ la mère de nous, notre mère; ku-turaivasoe- 
gun^ l'œuvre de nous, notre œuvre, les œuvres de nous, nos œuvres; 
ko-mahgoe-gun^ notre péché, nos péchés; ki-kaibuna-gun (pour 
ku-kaibuna-gun)^ notre père. 

Ku-pona-nogun^ sur nous; ku-kazza-nogun^ comme nous; 
ku-pit/ah-nogun, à côté de nous, vers nous; ko-panna-ya-gonogun^ 
à nos oreilles. 

b) Noms et postpositions commençant par une voyelle. 
Ki-eybordri-gun ^ le maître de nous, notre maître; ki-eyzeh-gun, 

notre nom; ki-eyiron-gun, notre cœur; ki-eiizarri-gun., notre main, 
nos mains. 

Ki-eyna-gonogiin et kiii-eyna-gonogun^ à nous. 



Deuxième personne du pluriel. 

16. La deuxième personne du pkiriel est formée par la suffixa- 
tion des indices de pluralité -gun, -nogun, -gonogun aux thèmes 
affectés de Tun des indices personnels A-, A«-, Ai-. 

Ex. : A-maimo-gun^ la parole de vous, les paroles de vous, votre 
parole, vos paroles; a-mogo-gun^ vos enfants; a-pàra-gun, votre 
ville ; a-panna-gun^ vos oreilles; a-mahgoe-gun, votre péché, vos 
péchés; a-htah-gun^ vos pieds; a-dunbah-gun^ votr.e compagnon ; 
a-zaki-gun., vos sacs. A-sibarra-i-gun., vos sacs ; a-karaba-i-gun, 
votre huile. A-panna-ya-gonogun, à vos oreilles. 

Au-kaibuna-gun, vôtre père; au-paituri-gun^ votre serviteur, vos 
serviteurs; au-bohn-gun, votre corps, vos corps. A u-eyboe-nog un ., 
au-dessus de vous; au-piyah-bai-nogun, d'à côté de vous; au-poh- 
gonogun, à vous, contre vous. 

Ai-eywon-gun., le cœur de vous, les cœurs àe \o\\s'^ ai-eyno-gun^ 
vos yeux; ai-eyboràri-gun, votre maître; ai-akwarri-gun^ vos 

Sociélé des Américanistes de Paris. 4 



50 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAN'ISTES DE PARIS 

âmes; ai-ekiarre-gun, votre nourriture; ai-yuuuh-giin^ votre 
maison, vos maisons. Ai-eyiia-gonogun^ à vous ; ni-yolino-nogun^ 
au-dessous de vous. 



Troisième personne du singulier. 

La troisième personne du singulier est représentée par des indices 
diflerenls, suivant qu'il s'agit d'exprimer la relation « de lui, 
d'elle » ou la relation « de soi ». Mais cette règle n'est pas toujours 
observée. 

Assez souvent aussi, un indice de la troisième personne du sin- 
gulier est préfixé, sans que ni Tune ni l'autre de ces deux relations 
soit exprimée. Dans ce cas, l'indice est une sorte d'article. 



PREMIERE RELATION 



18. Noms et postpositions commençant par une consonne. 
Indice /-. 

Ex. : I-kaihuna^ le père de lui, le père d'elle, son père ; i-màimo^ 
sa parole ; i-rt//, son frère aine; i-mahgoe, son péché; i-paitùri, 
son serviteur; i-mu, son fils; i-pohn, son vêtement; i-trehn, son 
ventre; i-ndah^ sa bouche; i-pipo, sa peau; i-panda, sa branche. 
ses branches; i-jahn^ sa mère. 

I-sirigu-i, l'étoile de lui, son étoile; i-sapatu-i^ ses souliers; 
i-hopa-i, sa tête ; i-chorohnbamu-i, sa robe ; i-pendana-i, sa fenêtre ; 
i-bakka-i^ son bœuf; i-morika-i^ son ânesse. 

I-pigah, vers lui, vers elle ; i-pona, sur lui, sur elle. 

19. Noms et postpositions commençant par une voyelle. Indices 
It-, Y-. 

Ex. : If-eyzek^ le nom de lui, le nom d'elle, son nom; it-egbo- 
ràri, son maître; it-enzarri^ sa main; it-eybeijpu, sa récompense; 
it-eybeyro^ son fruit, ses fruits ; il-enji.sa. fille; il-eyzin, sa gorge ; 
it-ouâzirre^ son épouse; it-ehufah, son trou. 

Y-ahgon, le frère de lui, le frère d'elle, son frère; y-ahbon^ son 
siège. 

It-eynà, à lui, à elle ; it-eyboe^ au-dessus de lui, au-dessus d'elle. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI Si 



DEUXIEME RELATION 

20. Noms et poslpositions commençant par une consonne. 
Indices 7'^/-, 77- . 

Tu-knibunn^ son père; fii-màimo, sa parole; tu-p^iitù ri, son ser- 
viteur; fu-niu, son fils; tu-niôgo, ses enfants; tu-yuiciih,sa maison ; 
tu-nopii, son épouse; tù-(l<im!ipu, son mari ; lu-moda, ses épaules; 
tii-pohn, se^ vêtements; tii-phra, sa ville. Tu-siharra-i, son épée; 
tu-pahgarra-i, sa brebis, ses brebis; iu-l.opn-i, sa tête. Tu-piyah, 
vers lui. 

Ti-kaibuna, son père; fi-hfah, ses pieds; ti-ndah, sa boucbe; 
ti-angel-i yàmu, ses anges. Ti-piyow, à son côté. 

21. Noms et postposilions commençant par une voyelle. Indice T. 
Ex. : T-eyzek, son nom; t-enzarri, sa main, ses mains ; t-eyivon, 

son cœur; t-ekiarre, sa nourriture; t-en/i, sa fille; t-ahgon, son 
frère; t-akivarri, son âme; t-eymàhmin, ses biens; t-ahhirre, ses 
ailes; t-oupu, son os, ses os. T-akurra, avec soi, avec lui, avec 
elle. 



Troisième personne du pluriel. 

22. Les indices de pluralité sont quelquefois suffixes aux thèmes 
affectés des indices personnels Tu-, ti-, t-. 

Mais le plus souvent, la troisième personne du pluriel est repré- 
sentée par l'indice To- préfixé aux thèmes commençant soit par une 
consonne, soit par une voyelle. 

a) Ex. : Tu-synagogu-i-gun , leurs synagogues; tu-para-ya- 
nogun, à, dans leur ville; tu-piyotc-nogun, à côté d'eux, à 
côté d'elles. Ti-ndah-gun, leur bouche. T-ehpi-gun , leurs lèvres; 
t-eyborori-gun, leur maître; t-eyna-gonogun, à eux, à elles. 

b) To-mahgoe, leur péché, leurs péchés ; to-panna, leurs 
oreilles; to-maimo, leur parole; to-mudah, leur bouche; to-mui- 
nuh, leur sang ; to-pi/i, leurs jambes. To-poh, à eux, à elles, contre 
eux, contre elles; to-piyah, à côté d'eux, à côté d'elles ; to-korotoiv, 
parmi eux. 



52 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

To-eyno, leur œil, leurs yeux; to-ekiarre, leur nourriUire ; to- 
eyzek^ leurs noms; fo-ei/horàri, leur maître. To-ei/nà, à eux, à 
elles; to-eyhoe, au-dessus d'eux, au-dessus d'elles. To-enJi-dun,\eë 
filles d'eux, leurs filles. 

Remarque. — Les formes qui suivent sont irrégulières : Tii-kai- 
buna, leur père; tu-pohn, leurs vêtements; tu-pahgarra-i^ leurs 
brebis. Ti-htah, leurs pieds. T-ekiarre, leur nourriture; t-eyno, 
leurs yeux; t-eynui. leur visage. To-para-guii, leur pays. 



Expression emphatique de la personne. 

23. Le verbe est suivi ou précédé de i/vara^ iivarruhra^ affectés 
d'un indice personnel. 

Ex. : A-damakà-gu au-iwarra, jette-toi toi-même ! 

Au-iwarruhra a-s-eyniipà-da priest eynà^ toi-même va te moiiT 
trer au prêtre I 

Au-n-ehnia-dàn-duk au-iwarra-nogun, allez en acheter vous- 
mêmes. 

Awannahailye ti-iivarriihra tii-poh cheynominga, le lendemain 
pensera à soi-même. 

Kii-ka-tiin ki-ifvaréi-nogun-na, faisons nous-mêmes. 



INDICES PERSONNELS PREFIXES AUX THEMES VERBAUX 

24. Préfixés aux thèmes verbaux, les indices de la conjugaison 
nominale représentent tantôt la personne qui exerce l'action, tantôt 
la personne sur laquelle faction est exercée. 



Première personne du singulier. 

a) Kx. : r-Jinu-ai, j'ai eu peur; u-otu-ro-odun, j'irai; au-poh 
«-«e/zf/oma, j'ai compassion de toi; u-ka-dai-neh au-poh (la parole 
que j'ai dite à toi. 



GKAMMAIRE DE l'aCCAWAI 53 

h) Ex. : U-koiiega aiuvia^ lu me guéris; u-reba-nin-epii amiàmo 
ekiarre-ge, vous m'avez gratifié avec de la nourriture, vous m'avez 
donné de la nourriture. U-pohndou nin-a-nu-lzan^ vous m'avez 
vêtu. 

Deuxième personne du singulier. 

a) Ex : Altar bona a-otii-za yow^ quand tu as été à l'autel. 
U-niu poh a-sendoma-gu, aie compassion de mon fils. 
Mora-ho a-weyruta-ma^ tu demeureras là, demeure là. 
Au-wioubu nerra, tu viendras encore, tu reviendras. 
Murra-beg au-sourogo-nia, ainsi tu parleras. 
Au-monotah-ro-odun, tu concevras. 

b) Ex. : Onuhra ai-eynah-nin, quiconque te prie. 
Onuh ai-embarramoe, qui t'a frappé ? 
Ai-eyma-wia^ je te payerai. 

Troisième personne du singulier. 

a) Ex. : I-monotah-pu wahgu y-akwarri-ge, elle a conçu par le 
Saint-Esprit. 

Mora-bo i-tceyrutà-pu^ il demeura là. 
I-chouro-go-pu, il a dit; i-weytoama, il se retourne. 

Tègina amahnun tu-monotah-dun., une vierge elle concevra. 
Ai-akwari niora yow tu-wey/i-dun, ton âme elle sera là. 

Tu-pogoe-tai, il fut affligé. 

b) Ex. : I-îvarreàru-tu-zeyna, pour le servir; i-topannut-zeyna, 
pour le guérir. 

It-eyborori i-kumah-pu ^ son maître l'appela. 
I-wohni-chey fu-wey-tani, alors qu'il désirait le tuer. 
Jésus ivia t-enzarri-ge y-apiidu-pu, Jésus le toucha avec sa 
main. 

Totcia y-ahbichi-pu, ils le saisirent. 

Première personne du pluriel. 
a) Ex. : Ku-tcoh-dun, nous tuerons ; ku-kà-tun, faisons ! 



54 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAINISTES DE PARIS 

Morii-i-yow kàpnhn yùmu ku-Jine-taino, alors nous aurions à 
craindre les hommes, le peuple. 

Kivi-eyntciofv-nogun^ nous nous souvenons. 

Ku-z-ootii-dun^ nous irons. 

Ozhéro-ji (okey pùramo ku-z-eybo-iadou ^ où trouverons-nous 
beaucoup de pains? 

To-màimo ku-z-endakahnoma-dan-dun ^ nous irons confondre 
leur langage. 

Ki-z-ey-tiin pohre pey , pour que nous soyons joyeux. 

I-rahdoe poh ko-s-okoro-tun, passons de l'autre côté. 

b) Ex. : Azand-ofv ki-youroka ia yon\ dans le chemin quand il 
nous parlait. 



Deuxième personne du pluriel. 

28. a) Ex. : Toirahke a-iveyji-gun-ma aniiàmoro, vous serez 
heureux. 

It-oiv a-otu-gun-ma, allez dedans, entrez ! 
Au-tsouro-to-odun-gun, vous direz, 
Au-weyri-kaho-gun^ vous mourrez. 
Au-eypohrimah-gun-ma, réjouissez-vous ! 

b) Ex. : Au-kaibuna-gun au-korama-gun, voire père vous 
châtiera. 

Au-itu-bura-nogumv-ey-ai, je ne vous connais pas. 
Korôra icia ai-emborrokivà-ro-gun, celui-là vous baptisera. 
Ai-eyrutàn-tu-gun ivia,je vous ferai reposer. 

Troisième personne du pluriel. 

29. a) Ex. : Towahke tu-irey j i-dun-g un ., ils seront heureux. 
Tokey kàpohn yàmu tu-youbu-dun-gun, beaucoup d'hommes 

viendront. 

Tu-iveyrutà-dun-gun piyow Abraham., ils se reposeront à côté 
d'Abraham. 

Towahke to-weyji-pu., ils ont été heureux. 

To-otou-pu ., ils allèrent. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI SS 



To-odahkurra-pii i-poh, ih se moquèrenl de lui. 
b) Kx. : To-eygamupo-pu ia, il leur demanda. 
To-ennogo-pu ia, il les envoya. 
John trùi to-emborrokir;i-pu , Jean les baptisait. 
Tamunhôro to-koiiega-pu-in^ tous il les guérit. 



INDICES PEHSONNELS PROPRES A LA CONJUGAISON VERIiALE 



Première personne du singulier. 

M. Dans les exemples qui suivent, la première personne du 
singulier est représentée par les indices Si-, shi-, chi-, s- que la 
grammaire comparée des dialectes caribes montre avoir primitive- 
ment représenté la troisième personne du singulier, lorsque l'action 
est exercée sur celle-ci par la première. 

Pife orichàn si-peknfa-iai^ je guérirai cette femme. 

Kiamoro nerra shi-neij-ai, et ceux-ci je les amènerai. 

Odoboro shi-mo/i;i-i, j'ôteraila poussière. 

A-n-eymipà-ni-dun eynà chi-ney-tai., je l'ai présenté à tes 
disciples. 

Yura serra s-eygama-iai, moi je dis ceci. 

S-enno-yai yura, je l'envoie ; s-eyma-iai, je le paierai. 

S-eynahbu-i, je l'ai mangé. 

31. Dans les exemples qui suivent, la première personne du 
singulier, objet de l'action, est représentée par les indices Ku,- ko-, 

ki- , ku-y-, ^^^-y~- 

Aw-re/jci, donne-moi ! ko-reba-dai-neh, que tu m'as donné. 

Ko-momo-gu, attends-moi ! 

Ki-eyda-duk, écoutez-moi ! 

Ki-eymaika-i, établis-moi, traite-moi ! 

Ki-eyn-gu et ku-y-en-gu, regarde-moi! 

Ki-y-apu-duk, touchez-moi ! 

Remarque. — Cet indice entre dans la formation de la première 
personne du pluriel des noms et des postpositions. Voir § 15. 



56 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAiNISTES DE PARIS 



Deuxième personne du singulier. 

32. Dans, les exemples qui suivent, la deuxième personne du 
singulier est représentée par les indices Mu-, nio-, m-, que la gram- 
maire comparée des dialectes caribes montre avoir primitivement 
représenté la troisième personne du singulier, lorsque l'action est 
exercée sur celle-ci par la seconde. 

Murra-bey mu-ka-iai, ainsi tu as dit. 
Murra-bey mu-souro-iai, ainsi tu as parlé. 
Oru poh mu-seynominga-ian^ que penses-tu là-dessus? 
Kàpo/in yâmu eymahniin nagin-nà mo-tu-iai, tu connais seule- 
ment les affaires des hommes. 

Oru pey mo-tu-yan serra poh, que sais-tu sur cela? 

Eygepey m-abura-iai, tu as cru grandement. 

Ipohn bura m-ey-ai, tu es sans vêtements. 

Ozhe m-ey-an, où es-tu ? 

M-eykonega-i, tu es guérie. 

M-ioubu-i serra y ah, tu es venu ici. 

Pije orichan beh m-anin-yam, prends-tu cette femme ? 

33. Dans les exemples qui suivent, la deuxième personne du 
singulier, objet de l'action, et la première personne du singulier, 
auteur de l'action, sont représentées par les indices Koenye-, 
koeny-, kainy-, koen-. 

Yura koenye-tù-iai amora saman pey , moi je te savais toi dur. 

Tokey-ra mahmin eyborôri pey kôenye-maika-iai, je t'établirai 
maître de beaucoup d'affaires. 

Koeny-eycyamapo-iai, je te demande. 

Yura aniora kainy-ani-yai u-nopu-be, moi toi je te prends 
comme mon épouse. 

Amora koen-youroka-iai, toi je te dis. 

Deuxième personne du pluriel. 

34. Généralement, la deuxième personne du pluriel se distingue 
de la deuxième personne du singulier par la substitution des finales 



r.RAMMAlRE DE l'aCCAWAI 57 

-iadcii, -yadai, -iacloii, -adou, -(ai\ -dai aux finales -iai^ -ai^ -/, 
-iarii -y an. 

a) Ex. : Oru-pey i-iveyji poh mu-souro-iadai , pourquoi est-ce 
vous dites? 

Mahgoe ivey-korama-nero m-eybo-yadai , vous trouverez le 
châtiment du péché. 

A-mahnim-bai-bura m-ey-adai^ vous n'avez pas voulu danser. 

Serra m-eyn-yadai-neh^ ce que vous avez vu. 

Oru pey 'fi serra poh mo-tu-iadou, quoi est vous savez sur cela ? 

I-konega poh burahra m-ey-adou, vous êtes à ne pas faire. 

M-eydada-tai beh, avez-vous entendu? 

Eyregupan-an mii-koneg a-dai , guérissez les lépreux ! 

M-ahburin-dai ^ fuyez ! 

b) Ex. : Koèny-enno-iadai pahgarra yàmii kazza amiamoro, je 
vous envoie comme des brebis vous. 



Troisième personne du singulier. 

35. Dans les exemples qui suivent, la troisième personne du 
singulier est représentée par les indices Nu-, n- 

a) Oru pey i-weyji poh Moses serra main nu-ka-ian, pourquoi 
Moïse a-t-il dit cette parole ? 

Serra orichàn nu-go-iai-neh, ce que cette femme a fait. 

Murra-bey n-eyji, il est ainsi.! 

Orurah n-eybakà-yai-neh i-ndah-bai, ce qui sort de la bouche. 

b) Makonaima n-ahnumii-pu, Dieu le prit. 

John Baptist n-emborrokwà-pu, Jean Baptiste le baptisa. 



Troisième personne du pluriel. 

36. Dans l'exemple qui suit, l'indice A^- est pluralisé parla suffi- 
xation de -gun au verbe. 

Genlile yàmu n-abura-dun-gun korôra eyzeh, les gentils ils croi- 
ront le nom de lui, les gentils croiront en son nom. 

L'indice de pluralité peut d'ailleurs n'être pas suffixe, lorsque la 



58 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTKS DE PARIS 

pluralité des auteurs de Taction est suffisamment indiquée. Kx. : 
Priest ykmii nu-korama-dun yura^ les prêtres me tourmenteront. 
Oruh nii-ka-ian kàpohn yàmu uu'a, que disent les hommes? 



PRLFIXATION DE DEUX INDICES PERSONNELS 

37. Assez fréquemment, deux indices personnels sont préfixés 
aux thèmes verbaux. 

Ex. : Kàpohn i/àmu u-ji-kaho-fzan, les hommes que j'ai faits. 

A-n-ahbichi-dun , tu le recevras. 

Te-n-kaho-neh (pour tu-n-kabo-neh) tcaràio, Thomme qu'il avait 
fait. 

To-ku-pekaluri-no beyn-na, nous ne les aurions pas aidés. 

To-nu-icohno-diin, ils le tueront. 

Jésus pey au-n-eyzadu-dun, tu le nommeras Jésus. 

Iponopo i-ii-ànu-kaho-dun^ la paille il la brûlera, il brûlera la 
paille. 

To-m-emborrokwà-dai, baptisez-les ! 

To-m-eymipà-dai, enseignez-les 1 

Voir d'autres exemples, au § 172. 



LA PARTICULE « AVIA, lA » 



38. L'Accawai est un des dialectes caribes dans lesquels la 
fonction de pronom personnel est remplie, sous différentes formes, 
par une particule qui a été originairement une simple postposition. 
Voir Grammaire comparée des dialectes de la famille carihe, §49. 



Au-tvia. 

39. Postposé au verbe, au-tria représente la deuxième personne 
du singulier. 

Ex.: Eyheyro eynah-tza au-ivia, tuas mangé le fruit. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 59 

Eyboro aii-u'ia^ tu trouveras. 
Tah aii-ivia ai-ahgon poh, tu dis à ton frère. 
To-itii-ro-odiin aii-trùi, tu les connaîtras. 

Mora y-ahniimà au-ivia-ma^ cela tu le prendras, tu prendras 
cela. 

[-moka au-fvia-ma, ôte-le ! 



Au-icia-nogun^ au-wia-gun. 

40. Postposés au verbe, au-ivia-nogun eiau-wia gun représentent 
la deuxième personne du pluriel. 

Ex. : Tokey it-eybeypu y ahbi-to-odun au-wia-nogiin^ une abon- 
dante récompense vous la recevrez, vous recevrez une abondante 
récompense. 

Y-abiira beh au-ivia-nogun, le croyez-vous? 

Eygamà au-wia-nog iin-ma ^ dites ! 

I-nunga au-tvia-nogun ponahriira^ ^usqiik ce que vous le quit- 
tiez. 

Oruhra muh-za au-ivia-gun-i you\ quand vous aurez lié quelque 
chose. 

Ko-ivia-nogun. 

41. Postposé au verbe ko-ivia-nogun représente la première per- 
sonne du pluriel. 

Ex. : Wahgii it-eybeypu y-ahbicha ko-ivia-nogun son juste prix 
nous l'avons reçu, nous avons reçu son juste prix. 

Y-abura pey ko-ivia-nogun, nous le croyons. 

Tah ko- tria nogùn-i you\ si nous disons. 

Tamunboro /vahgu konega ko-tvia-nogun-ma, faisons tout le 
juste ! 

To-wia, to-ivia-nàgun. 

42. Postposés au verbe, lo-ivia et to-ivia-nogun représentent la 
troisième personne du pluriel. 



60 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Ex. : Mûre eyne-pu to-fvia, ils virent l'enfant. 

Eydah to-ivia^ ils entendent. 

Tah-pu fo-icia, ils. dirent. 

KorroJwri-ge i-reha-pii to-ivia, ils le gratifièrent avec de l'or. 

Au-embey-za-gun to-icia- yon\ quand ils vous auront chassés. 

Murra main eydà to-tcia-nogun, ils ont entendu cette parole. 



Tù-ia. la. 

43. Postposés au verbe, tù-ia et ia représentent la troisième 
personne du singulier. 

Ex. : A-màimo eydà tù-ia you\ si il entend ta parole. 

To-eyn-za tù-ia iatai^ quand il les vit. 

Tègina pearl eybo-za tù-ia yoiL\ quand il a trouvé une perle. 

To-eygamapo-pu ia, il leur demanda. 

Soldaro-dun ennogo-pu ia, il envoya des soldats. 

Nazareth nunga-pu ia, il quitta Nazareth. 

I-kisma-pu ia, il le baisa. 

I-changa-za iayoïv, quand il le semait. 

Cruzo y-ahnumu ia-ma, la croix qu'il la prenne, qu'il prenne la 
croix î 



W-ia. 



44. Postposé au verbe, w-ia représente la première personne du 
singulier. 

Ex, : Tah-ro-odun w-ia to-poh, je dirai à eux. 

Tamunboro serra tùri w-ia ai-eyna, tout cela je donne à toi. 

Tah iv-ia-i yow, si je dis. 

Ai-eyrutantu-gun pey iv-ia, je vous ferai reposer. 

Ai-engotuh w-ia bura ni-an, je t'ai trompé il n'est pas, je ne t'ai 
pas trompé. 

Prophet yàmii ennogo tv-ia ai-eyna-gonogun, j'envoie des pro- 
phètes à vous. 

U-pahgarra-i eybo-za iv-ia poh, parce que j'ai trouvé ma brebis. 



GRAMMAIUE DE l'aCCAVVAI 61 



Wia. 



45. Postposé à des noms, à des déterminalifs, à des pronoms 
interrogatifs, et à des pronoms personnels, icia est une sorte d'in- 
dice de la relation dite du u Nominatif ». 

Ex. : Herod iria pohenna-tiin kumah-pu^ Hérode appela les 



mages. 



Tah-pu angel ivia Joseph poh, Tange dit à Joseph. 
Satan tria Satan enibey-za-i yoa\ si Satan chasse Satan. 
Makonaima wia y-nhhiirimba-niipo-pu^ Dieu le fit s'enfuir. 
Korora /via y lira y-ahmimii, celui-là me reçoit. 
Korôra /ria tu-paitiiri-diin konega-ro-odiin^ cekii-ci sauvera ses 
serviteurs. 

Oniih tria tah-za a ii~poh-gonog un , qui a dit à vous? 

Aii-pohndou-pu inah tvia^ nous t'avons vêtu. 

Iiiah ivia ai-eyné-pu^ nous t'avons vu. 

Eynahho inah icia^ nous mangeons. 

Yura /via tah, je dis. 

Yura /via aii-reba, je te donne. 

Aii-ma. 

46. La deuxième personne du singulier est parfois représentée 
par l'indice au- préfixé à ma indice du futur-impératif. 

Ex. : Au-iveyramutà-dibo-hraeygi yougo-diin aii-ma^ après que 
tu auras sué tu mangeras du pain. 

Tu-zarra-dun au-ma au-borobo yoh^ odobôro eynahbii-diin aii- 
ma, tu marcheras sur ta poitrine, tu mangeras la poussière. 



POSTPOSITIONS ET INDICES CASUELS 



47. Akuhra, ahkiirrii-hra, avec. 

Ex. : Uzze-kii /vi-akiirrn, viens avec moi. 

Ootii-n poh ai-akur/\i, pour aller avec toi. 



62 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Y-akiirrii (o-oloii-kàbo-pu , ils allèrent avec lui, 
T-âkiirra tii-yà-tza,n, les venus avec lui. 

Jaunies y-ahgon nerra biilo yah-on-gaii ta-kaibiina y-akurra-no- 
gun^ Jacques et son frère étant dans le bateau avec leur père. 
Yohi y-akiirra, avec des bâtons. 
Nohn y-akurru-hra, avec la terre. 

48. Bai, hors de, de. Cette postposition se suffixe à quelques 
noms et à plusieurs des postpositions ci-dessous. 

Ex. : Murey-dun mudah-bai praise eymabotii-za auivia, tu as 
provoqué la louange hors de la bouche des enfants. 

Jésus oloii-pu oivtuh dah-bai^ Jésus alla de dedans de la maison, 
hors de la maison. 

Mora talent i-moka-kà-diik it-eynah-bai^ ce talent ôtez-le de à lui. 
ôtez-lui ce talent. 

Tona kah-bai Jésus iceynogo-pu, Jésus monta de dedans la 
rivière, hors de la rivière. 

Mahgoe-tun menga-ro-odun towia wahgu-tun korotah-kai , ils 
sépareront les méchants d'entre les bons. 

Mia itou-gà-tuk upiyah-bai , allez d'à côté de moi ! 

Ti-siloro-i fah-bai, de dedans son grenier. 

Nohn yah-bai, de dedans la terre, hors de la terre. 

49. Be, Bey, Pey. Postposés à des noms, Ae, bey^ pey peuvent 
être considérés comme autant d'indices des relations dites de « l'Essif » 
ou du (( Translatif ». 

Ex. : Mary y ah ey-ku a-nopu-be n-eyji, sois avec Marie, elle est 
ton épouse. 

Y-ahnumu-pu ia tu-nopù-be^ il la prit pour son épouse, comme 
son épouse. 

Mora atai Ilerod weyji-pu king-be, en ce temps Hérode était 
roi. 

Puklican yàmu dunbah-be n-ai, il est le compagnon des publi- 
cains. 

Sey-bey Jésus wendu-pu, comme cela Jésus naquit. 

Murra-bey burra a-iceyji-gun-i you\ si vous n'êtes pas ainsi. 

Jésus pey au-n-eyzadu-dun, tu le nommeras Jésus. 
Makonàima ivia serra touk ka-kàbo Abraham môgo pey. Dieu fera 
ces pierres enfants d'Abraham. 

Makonàima moomu pey a-iceyji yoiL\ si tu es fils de Dieu. 



(IRAMMAlUi; Di; r/ACCAWAI 03 

Seynomàri pey hum ey-lai, ne sois pas adullère ! 
Israël y kmii u-piiituri-diin warreàru pey tu- iveyji-dun, il sera le 
gardien des Israélites mes serviteurs. 

Mahgoe pey m-nn, il est mauvais. 

Wahgii pey yohi i-kali-gu^ l'arbre est bon, dis-le, disque l'arbre 
est bon. 

Wahgu pey-ra nui-ka~ùii. tu as dit bien. 

Orii-pey-rn kàpnhn tci;i nu-konega ichey a-ueyji kazza^ miirra 
nerra pey to-poh n-ii'eyji-mn^ comme tu veux (juelque chose les 
hommes te fassent, aussi comme cela sois à eux, fais à eux. 

50. Postposé à des verbes, Pey remplit la fonction de la con- 
jonction « pour que ». 

Ex.: Indh mail ni-eygnim'ipo poh serra-iirina a-otu-ro pey , nous 
sommes à te demander pour que tu t'en ailles d'ici. 

Ai-enzarri tii-dani-gu i-ponà ahduh pey i-iceyna-rn pey, mets 
ta main sur elle pour qu'elle devienne vivante. 

Au iceytoemà-ro-gun pey mahgoe namai, pour que vous vous 
détourniez du mal. 

I-icohro pey tiiia^ pour qu'il le fasse périr. 

Dans les exemples qui suivent, la fonction de Pey est difficile à 
spécifier. 

Korôra /via ai-enhorrokica-ro-gunpey icahgu y-aktvarri-ge^ celui- 
lè vous baptisera par le Saint-Esprit. 

Mora atai tah-ro pey (r-ia u-tura/casoe-gun poh, en ce temps je 
dirai à mes ouvriers. 

31. Bo, Po, à, dans, sur (sans mouvement) ; Bo-na, à, dans, sur 
(avec mouvement) ; Po-na, sur (avec, et sans mouvement), pour, 

a) Ex. : Jésus irendu-pu Belhlehem bo Judea nohno-bo, Jésus 
naquit à Bethlehem dans le pays de Judas. 

Tahbon bo tumbe, couché dans son lit. 
Tamunbôro morà para bo , dans tout ce lieu. 
Wotsuk bo, sur le sable. 

Eyrutà-duk nohn bo-hra, asseyez-vous sur la terre ! 
Eyrutah-duk tvahna-po, asseyez-vous sur l'herbe! 
Serra touk po u-church-i Urn-ahmà-dun, sur cette pierre mon 
église je la bâtirai. 

b) Ex. : Pokeniia-tun iriouJju-pu Jérusalem bona, des mages 
vinrent à Jérusalem. 



64 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Bethlehem hona to-ennogo-pu ia^ il les envoya à Jérusalem. 

Israël nohno bona endà^ va dans le pays d'Israël. 

Temple nagahbo bona i-turi-pu ia, il le mil sur le sommet du 
temple. 

Kah-on wuh pona imaivàri ivia Jésus yàra-pu^ le diable porta 
Jésus sur une haute montagne. 

Yura n-iun-dun, ivi-akfvarri i-pona^ je mettrai mon esprit sur lui. 

Toivia y-àtupu-kàbo-pu criizo pona, ils l'attachèrent sur la croix. 

Wahgu pey para au-pona iweyji, il est meilleur pour toi. 

I-puradaiying kàpohn pona m-an saman, il est dur (difficile) 
pour un homme riche. 

52. Dah, Tah, dans (avec mouvement). Dow, Ta-ow, Tow, dans 
(sans mouvement). 

a) Les postpositions Dah, tah, correspondent aux postpositions 
Da-ca,f la-ca de plusieurs autres dialectes caribes. 

Ex. : Owtuh dah io-iveywon-ze, ils entrèrent dans la maison. 
Ai-yiiiciih tah m-oodu-i, va dans ta maison. 
Wahgu ahnai tù-ro-odun ia i-sitôro e tah, il mettra le bon blé 
dans son grenier. 

b) Les postpositions Ta-ow, tow, dow correspondent aux post- 
positions Ta-u, da-u, ta-we de plusieurs autres dialectes caribes. 

Ex. : Koràra king yuwuh taow tu-koman-zin, celui-là est vivant 
dans la maison du roi. 

Ymvuh tow, dans la maison; temple tow, dans le temple; 
tu-synagogu-i tow, dans leurs synagogues. 

Wi-eyrutà-nin-e pu ai-yuwuh-gun doiv, vous m'avez reçu dans 
vos maisons. 

Serra owtuh dow mahnuh pey i-weyji-ma, que la paix soit dans 
cette maison I 

Remarque. — Les formes Ità « into », itow « dedans » corres- 
pondent aux formes caribes Eta-ca, etu-u. Voir Grammaire com- 
parée des dialectes caribes, § 19. 

53. Emborrow, devant. 

Ex. : Makonàima emborrow , devant Dieu. 
Kàpohn yàmu emborrow, devant les hommes. 

54. Endah, en plus de, plus de. 

Ex. : Yuraserras-eygama-iai murrae/ic^aA, en plus decelajedis 
ceci. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 6S 

Miirrii enchih-ra i-iveyji yow mahgoe pey man, si il y a en plus 
de cela c'est mal, 

Azarun-pudii lec/ion enchih-ra., plus de douze légions. 

55. Eybôe, Eybôe para, Eyboe-no para, au-dessus de, très au- 
dessus de, plus. 

Nohn eybôe., au-dessus de la terre ; sikoiuhirii eyhoe., au-dessus 
de la barque. 

Tamanhoro pakka eybôe., au-dessus de tous les animaux. 

Karôreiva eyboe tona, kôbo-pu-ia, il fit un firmament au-dessus 
de l'eau. 

Wi-ininga tiiia eybôe ^ plus qu'il ne m'aime. 

I-meyRocjah-nin-un eybôe para a-iceyji-gun-ma wahgu-ge., 
soyez très au-dessus des scribes par la justice. 

Sacrifice eybôe para., très au-dessus du sacrifice, bien plus que le 
sacrifice. 

Serra yoïc temple eybôe-no para y lira, maintenant je suis bien 
au-dessus du temple, bien plus que le temple. 

Au-pohn eybôe-no para beyn bey aii-bohn., ton corps n'est-il pas 
bien au-dessus de ton vêtement? 

56; EvGARi-pon, Eygare-poh, vers, à.. 

Ex.: Wi-eygàri-poh, vers moi, à moi. 

Onuhra ootu naniai yohi ahchih eygare-poh., de peur que quel- 
qu'un aille à l'arbre de vie. 

Ità-tzat-qun pahgarra eygàri-poh enno-tza yura, j'ai été envoyé 
vers les brebis perdues. 

Kiamôro m-an iviou-na poh ai-eygàri-poh-gonogiin, ceux-ci sont 
à venir vers vous. 

57. Eykwanna, au milieu de, parmi. 

Ex.: l-nurunba-nin ivioubii-pu tare pun-zeyna ahnai eyhwanna, 
l'ennemi est venu semer de l'ivraie parmi le blé. 

58. Eymah-dak, au-devant de, pour, 

Ex.: Endàn-duk it-eyniahdak, allez au-devant de lui. 

It-eymahdak a-iceykonega-ko-ma, soye.z prêts pour lui ! 

Imahdii-beyn-na ahpo noivàtai-tveykonega-ka-tzah yak imawàri 
eymahdak, imaivàri angel-i yàniii eymahdak nerra, dans le feu 
éternel qui a été préparé pour le diable, et pour les anges du 
diable. 

Société des Ainériamisles de Paris. 5 



66 sociÉi'ii DES AMi':iti(:AMSTi:s hi; i'\uis 

Tamunhôro m-an i-iceylione(jn-kH-lzn i-uohnu-zak eyninhduk^ 
toul a élé préparé pour le maria<^e, pour la noce. 

59. Eymah-pu, Eymah-pu tow, derrière, après. 

Ex. : Tè(jina2oaràio m-an tciou-nn poJi iri-eym;ipu-he^ un homme 
est à venir derrière moi, après moi. 

Ai-eymiihpii-(juii pey lu-irey-lzan^ les étant derrière vous, vos 
descendants. 

Jésus eymàpu toir itou-pu, elle alla derrière Jésus. 

60. Kymoro-na, devant (?). 

Ex. : Murattci y-ahliokah-iju inaJi eynioro-na, ouvre la porte 
devant nous. 

61. Eyucth^ eynà, à. 

Ex. : L-n-eyinipa-ni-duii icia i-lùri-pu kàpoJin yàmii eynah, ses 
disciples les donnèrent aux hommes. 

OnuJira ai-eynah-nin eynà fùri auiria-ma. donne à quiconque te 
demande ! 

Serra tùri ic-ia ai-eynà, je donne cela à toi. 

E y mi pu- pu ia il-eynà^ il montra à lui. 

To-eynà, à eux ; pero eynà, aux chiens. 

T-eynà-yonoyun kali para /rey-fù-ro-odun, à eux le royaume 
du ciel sera donné. 

Remarque. — L'idée verl^ale de (( avoir » s'exprime aux moyens 
de cette postposition. 

Ex. : Wi-eynà m-an soldaro-dun, des soldats sont à moi, j'ai des 
soldats. 

Koràra eynà i-niùre lu-iveyji-dun, à celle-ci un fds sera, elle 
aura un fds. 

Tègina waràio eynà m-an azara i-mogo, à un homme étaient 
deux enfants, un homme avait deux enfants. 

62. Eychina vers, à (quand il est question de l'heure). 

Ex. : Itosoroivànu hour eychina, vers, à la troisième heure. 

63. EYTAnBORAH Now, cutrc. 

Ex. : Temple allareytahhorah note, entre le temple et l'autel. 
Karoreiva weyji-ma lona eylahhorah noiv, qu'un firmament soit 
entre les eaux. 

64. Ge, Ke, Key, avec, par. 

Les deux premières sont employées comme indices casuels dans 
plusieurs dialectes caribes : toutes trois sont issues d'une postpo- 



GUAMMAIHE DE l'aCCAWAI 67 

silion A/ie-re à laquelle correspond IMccawai Akurrn. Voir 5^ 17. 

a) Ex. : Korrokori-gc loicia i-reha-pu^ ils le gralilièrent avec de 
Tor. 

Tona-(/e koenij-cmhorroktru-nd;ii f/urn, je vous baptise avec de 
l'eau. 

Pije osùurocjo malujoe main-ye, celui-ci parle avec une mauvaise 
parole, 

A-maimo-ge sey touk i-kngu eygi pey, par la parole ces pierres 
fais-les pains ! 

Nohn-ge tu-tsouro-tse hura, qu'il ne jure pas parla terre. 

Takorokemin muin-ge, malade par le sang. 

Tù-hohn-ge u-ey-i t-oupu-ge nerra^ je suis avec un corps et avec 
des os. 

Tu-tah-ge-iià-nun^ les avec des pieds, les quadrupèdes. 

Tu-pun-zin yehk t-eynapo-ge-iià-nun^ les plantes, les avec leurs 
graines. 

Torohn yàmu lu-bLin-ge-nà-nuti, les oiseaux avec leurs nids, les 
oiseaux ayant des nids. 

Torohn-yàmu t-ahbirri-ke-nà-niin , les oiseaux avec leurs ailes, 
ayant des ailes. 

Oru-keyji i-waiyu-fu aiw ia-nogun, avec (pioi est-ce vous le 
salerez ? 

Ifù-ro-yaie-key tii-nahondai hura, il ne la couvre pas avec ce 
dans quoi on mesure, avec le boisseau. 

Tamunhàro makonàima inainio ragin waràio okoman-diih 
i-key^ Thomme se nourrit seulement toute parole de Dieu avec elle, 
avec toute parole de Dieu. 

h) Dans les exemples qui suivent ge se suffixe au verbe, avec la 
signification de <( parce que » . 

Ex. : Murra-hey a-tceyji-ge, parce que tu es ainsi. 

An-abura bura a-iveyji-gun-ge^ parce que vous ne croyez pas. 

c) Imawàri y-ahbueheydii eyboeno-ge to-rebà-pu ia to-embey- 
ro i-key ge^ parce qu^il les a gratifiés pour les chasser avec une force 
au-dessus de celle des démons. 

Dans cet exemple, la postposilion ge qui suit la postposition 
i-key régit le verbe to-rebà-pu ia. 

65. Kah, Kwaii, dans (avec mouvement). Ka-ow, dans (sans 
mouvement). 



68 SOCIÉTÉ DES AMÉKICAMSTES DE PARIS 

Kx. : Tumunbàro to-omala-l\ùbo-pu lona kah, tous ils périrent 
dans Feau. 

Enda paràho-ktcnh^ va dans la mer ! 

Tu-za yoiv paràlio /,'aoiv, quand il a été mis dans la mer. 

66. Kaicharra. La signification exacte de cette poslposition est 
indécise. 

Ex. : I-ii-eymipa-ni icey j I i/o/r l-ei/mipa-nin kaicharra ^ i-pai/ùri 
nerra weyji yow l-eyboi'ori kazza-hra^ l-ezerregéhra man marra- 
pan^ si l'enseigné est comme l'enseignant, si le serviteur est comme 
son maître, cela sufïit comme cela. 

Eyge pey biira m-an, inah kaicharra riigin in-an ai-eynak-on 

biira, elle (l'iuiile) n'est pas abondante, nous seulement est, 

pas étant à vous (Math., XXV, 9). 

67. Kazza, comme. 

Ex. : Waiyu kazza m-ey-adai^ vous êtes comme le sel. 
Oukoe kazza, comme le serpent ; ivakoka kazza, comme la 
colombe ; iviyénii kazza, comme le soleil. 

68. KoROïAu, parmi, entre, dans (avec mouvement) ; Korotow, 
parmi, entre, dans (sans mouvement). 

Ex. : Koen y-enno-iadai pahgarra yàmii kazza amiàmoro wolf 
yàniii korofah, je vous envoie comme des brebis parmi les loups. 

Mia ko-olou-riin pailyuko korotah, que nous allions dans les 
porcs. 

Uggi-pey bura in-ey-ai Jiida eyborù-ro-dun koràtoiv, tu n'es 
pas petite entre les principales (villes) de Judas. 

69. Nah, dans (avec mouvement); Now, dans (sans mouvement). 
Ex. : I-fahmokà-za yoiv it-ehufah nah, quand elle est tombée 

dans un trou. 

Eyivarrapu noiu, dans la nuit. 

70. Namai, de ; de peur que. 

a) Ex. : Eyloenià-duk a-mahgoe-gun namai, détournez-vous de 
vos péchés ! 

Adam icelsonàma-pu makonàima eymu namai, Adam se cacha 
du visage de Dieu. 

Eynia-pokenna-lLin namai serra yiinan-za aiiwia , tu as caché 
cela des sages, aux saiics. 

b) Ex. : Y Lira poh ilii namai loivia, de peur qu'ils me 
connaissenl. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 69 

Oniihra ootu nnnifii, de peur que quelqu'uu aille. 

71. NoTAH, entre. 

Ex, : Adam ivefsonàmapu fu-nopu i/ah kurara taiv-onyohi no/ah^ 
Adam se cacha avec sa femme entre les arbres étant dans le jardin. 

72. NowATA, dans (quand il est question du feu). 

Ex. : Ahpo noivata eynoma-kaho-dun^ sera jeté dans le feu. 

73. Pan, comme. 

Ex. : Serra-pan on-em-hùn-iin inah, nous n'avons pas vu comme 
cela, ainsi. 

Mora-pan yah toivia i-tù-za you\ si ils l'ont mis dedans comme 
cela, ainsi. 

Publican yàmu beh mora-pan-an beyn^ les publicains ne sont-ils 
pas comme cela. 

74. Para-bey, avant. Se postpose aux verbes. 

Ex.: Wahgu main itu parabey, avant de lire la bonne parole, 
l'évangile. 

Eyge tona wioubii parabey, avant que vînt la grande eau, le 
déluge. 

75. Para-pu yah, Parapu-i yow, à la place de, après que. 

a) Onuh tiiri-puji apostle-pey Judas-pàrapu yah, qui fut mis 
apôtre à la place de Judas ? 

Makonaima u-reba-dai tiironu nerra u-mu-ge Abel Gain nu- 
2Vohna-pu pàrapu yah, et Dieu m'a gratifié d'un autre fds à la 
place d'Abel que Gain a tué. 

Ti-kaibuna Herod pàrapù-i you\ à la place de son père Hérode. 

b) Ex. : Tamunbôro to-weyri-chah parapu-i yow, après qu'ils 
furent tous morts. 

To-otu-za pàrapu-i yow, après qu'ils furent allés. 
To-iveynahpo-ka-tza pàrapu-i yow, après qu'ils furent retournés. 

76. PiYAH, à côté, vers, à, devant (avec mouvement) ; Piyow, 
à côté, devant, parmi (sans mouvement). 

a) Ke-nahpo-dou Ilerod piyuh, ne retournez pas à côté d'Hérode, 
vers Hérode ! 

Angel wioubu-pii Joseph piyah, l'ange vint vers Joseph. 
Jésus otou-pu to-piyah, Jésus alla vers eux. 
Uzze-tuk u-piyah, venez à moi ! 
Gobonoro piyah, devant les gouverneurs. 

b) Abraham piyow, à côté d'Abraham. 



70 SOCIKTli lJi;S AMÉRICANISTKS \)E PARIS 

Jésus pi L/oii\ à côlé de Jésus. 

I-ivohiruh-znk iveyji poh fu-pii/oir-no(/iin, parce que le marié 
est à côté d'eux. 

OnuhrH u-pit/oir ey-pahn^ celui qui n'est pas de mon ccMé, 
Mur/itf,i piyon\ à côté de la porte, devant la porte, 
Aii-pii/otr-no(/un, parmi vous. 

77. PoK, hors de, de. Correspond aux postpositions Po-i, po-u, 
pu-ey de plusieurs autres dialectes caribes. 

Ex. : Eyypl pôe u-mu kumii-zn /r-/r7, j'ai appelé mon fds d'Egypte. 
Eymohn-gu cruzo poe^ ôte-toi de la croix ! 

Odobàro i(ou-tu-kiiho auivia-nogun n-htRh-yun pàe, faites aller la 
poussière de vos pieds ! 

A-amahgoe mokn-kn-tzn ninn ini-pùe. Ion péché a été ôté de toi. 
Inifttcuri m-eml)ey-d;ii to-pôe, chasse/, d'eux les démons. 

78. Pon, à, contre, au sujet de ; à, parce que. 

n) Ex. : Tah-pu Ilerod icift to-poh, Ilérode dit à eux. 

Tah-pu anyel icin Joseph poh, l'ange dit à Joseph. 

Tah-za la au-poh-yonogun^ il a dit à vous. 

Tah auwia ai-ahgon poh, tu dis à ton frère. 

Wahgu y-akwarri poh^ contre le Saint-Esprit. 

Mahgoe-tun iveyji yoir au-poh-gonog un , quand les méchants 
seront contre vous, 

Makonaima poh ^ contre Dieu. 

Opogoeta to-poh^ il s'affligea à leur sujet. 

Murra poh i-tveynanjika-pu ^ il fut troublé à ce sujet. 

b) Ex. : Pohmcey y~ahrinàtu poh fu-tvey-tzau, ils étaient à 
raccommoder les fdets. 

Tègina warkio wiou-na poh, un homme est à venir. 

Komhànfa king para pey i-iceyji poh, parce qu'elle est la ville 
du grand roi. 

Ko-poh-gonogun kopondu-pudi poh^ parce qu'elle criaille contre 
nous. 

79. PoKÔMKE, avec. 

Ex. : Tu-mogo pokômbe, avec ses enfants. 
Tn paitùri-dun pokàmbe, avec ses serviteurs. 
Publican yàmu pokômbe, avec les publicains. 
Tah-pu towia tu-dumhah pokàmbe^ ils dirent avec leurs compa- 
gnons, ils dirent entre eux. 



GRAMMAIRE DE //aCCAWAI 71 

80. PoKURRA, derrière. 

Ex. : Kiipohn ijitmu i-/r;ihJji;i tu-otu-zan, i-pokurrn ncrra tu-yù- 
tznn. les hommes allant devant lui et les venant derrière lui. 

81. PoNAURUHRA, jusqu'à. 

Kx. : Serrn ponnhruhra, jusqu'à cela, jusqu'à maintenant. 
/ mulidii ponahruhra, jusqu'à finir, jusqu'à la fm. 
Kah frei/nun(/a ponahru/ira, jusqu'à ce que le ciel passe. 
John triouhu ponahruhra, jusqu'au venir de Jean, jusqu'à la 
venue de Jean. 

82. Wauhia, devant, avant. 

a) Kx. : To-irahl)ia ^ devant eux, avant eux. 

Mora frahhia. avant cela, auparavant. 

A-ivahJ)ia-no(jun. avant vous. 

David icahbia-ru-(juu, les avant David, les prédécesseurs de David. 

h) T-Li ze 1/ /ce (/ (/ u-(/ u n tra/ihia, avant qu'ils mangent. 

Au triouhu tcahbia^ avant (|ue tu viennes. 

83. AVarrai, comme. 

Kx. : Prophel Jonas warrai, comme le prophète Jonas. 

Yohi /carrai^ comme un arhre. 

Koràra popuhn traràio trarrai, celui-là est comme un homme 
insensé. 

Kiamàro ivarrai-nogun, les comme ceux-ci, les semblables à 
ceux-ci. 

84. Weynai, à cause de, à cause que. 

a) Kx. : Rachel ukarahivu fu-mô(/o tveynai^ Rachel pleure à 
cause de ses^ enfants. 

Wi-eyge iceynai^ à cause de mon nom. 
Au-mahgoe-(jun iceynai, à cause de vos péchés. 
Oru iceynai \ji i-icohna-pu ia, à cause de quoi le tua-t-il ? 
h) Tah John iceynai, à cause que Jean avait dit. 
Wahc/u-pey to-weyji weynai, à cause qu'ils sont justes. 

85. AVoHi, autour. 

Kx. : Havilah nohno wohi, autour de la terre de Ilavilah. 
I-icohi, autour d'elle ; to-wohi, autour d'eux. 

86. Wi\A, IwiNA, de. 

Kx. : Mary wina Jésus irendu-pu, Jésus naquit de Marie. 
Yahpo irina, du dehors; iruh tvina^ de la montagne. 
Kah trina, du ciel ; to-môgo irina, de leurs enfants; aniôro irina^ 
de toi. 



72 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Oroai ivina to-ofoii-lihho-pu^ ils sortirent des sépulcres. 

To-eytvon ohno-ukiiru ivi-itinna^ leurs cœurs sont très loin de 
moi. 

Ohnu huriihra to-iivina^ pas loin d'eux. 

Weynuhpo-iai tvi-ùtza-na-neh iwina ynh-ru-màra^ je retourne 
(dans le lieu) d'où je suis je venu. 

87. WiNA-GUi, jusque. 

Kx. : Wiyenà-eyma tcina iviyènu-oolu-ze ivina-gui, d'où le 
soleil luit jusqu'où le soleil s'en va, de TOrient jusqu'à l'Occident. 

To-otii-za-cjun-i yow Jérusalem ivina-gui, lorsqu'ils allaient 
jusqu'à Jérusalem, lorsqu'ils approchaient de Jérusalem. 

88. WuRiYAH, par la volonté de. 

Ex. : Caiaphas pries f eyJjoràri^ tiirono-gun priest y à mu nerra 
indomiche-run, Jeiv yamu nerra^ tamunhoro kiamoro ivuriyah 
Jésus trohna-pu, Jésus fut mis à mort par la volonté de tous 
ceux-ci, Caïphe le prêtre chef, et les auires prêtres et les sénateurs 

Kah para eymahmin amiamoro i-fu-nin-un makonàima ivuriyah^ 
les affaires du royaume du ciel vous les connaissez par la volonté de 
Dieu. 

Jésus wuriyah ifnatvàri iria i-nunga-pu^ par la volonté de Jésus 
le diable le quitta. 

Mora-dibo ti-itcarruhra Judas ivundou-pu ima/ràri fruriyah, 
après cela Judas se pendit lui-même par la volonté du diable. 

89. Yah, Iya, ya, à, dans(avec mouvement), avec. Ya-ow,Iyovv^, 
Yow, dans (sans mouvement). 

a) Ex. : Sikondura yak Jésus ireynoyo-pu, Jésus monta dans la 
barque. 

Kah para môgo eynoma-dun-gun eytrarrapu yah, les enfants du 
royaume du ciel seront jetés dans les ténèbres. 

Kàpohn yàmu iveji eymenah icine on-e-bura peyna-ro i-pipo-ho- 
toro yah, les hommes ne mettent pas le vin nouveau dans de 
vieilles peau-bouteilles, dans de vieilles outres. 

To-/veynahpo kàpo-pu to-pàra-gun iya, ils retournèrent dans 
leur pays. 

Efida a-pàra iya, va dans ton pays. 

A panna-ya goc/oqun, à, dans vos oreilles 

Ai-ahgon yah, avec ton frère ; tu-kai bunayah, avec son père. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 73 

Korôrn orichàn yah a-ireji, lu n'es pas avec cette femme. 

Mary yah ey-kii, sois avec Marie ! 

Ycih éy-pura iireji-pu^ ils n'avaient pas été avec (elle). 

b"" Ooma yaoii\ dans le champ; ark yrio/r, dans l'arche. 

Ai-eyno iyou\ ai-eyno yon\ dans ton œil. 

It-enzarri you\ dans sa main; kareta yoti\ dans le livre; ooma 
yow^ dans le champ; eyge parabi yon\ dans un grand plat; 
t-eyiron-i yoiv^ dans son cœur. 

Remarque. — Postposé aux verbes, yoiv sert à former un conjonc- 
tif. Kx. : I-iveyruta-za yon\ quand il fut assis. Eybo-za tiiia yoa\ 
si il le trouve. Voir § 167. 

90. Yaie, dans, de;NAiE, dans. 

a) Tècjinan eiveyu yaie^ dans un jour, en un jour. 
Murra mohgo yaie, dans cette coupe. 

T-eywa yaie^ dans son front. 

Oru ^yaie tc-ey-an, dans quoi serai-je, quel vêtement aurai-je ? 
Murra m-eydadà-dai-neh a-panna-gun yaie, ce que vous avez 
entendu dans vos oreilles. 
^ey naie, dans la lumière. 

b) Totsaràna orichan yaie i-icendu-pu, il naquit de la première 
femme. 

Wuh yaie para ho k/vah otou-pu ia, il alla de la montagne dans 
la mer, 

I-paituri-dun /via i-pendana-i yaie eynomà-pu, ses serviteurs la 
jetèrent de sa fenêtre. 

91. Yailye, Wailye, Ailye, dans. 

Kx. : Tèfjina soldàro fcia y-aboroka-pu yairo yailye ranza-ge^ 
un soldat le perça dans le flanc avec une lance. 

Ràpohn yàmu eyno ivaUye, dans les yeux des hommes, aux yeux 
des hommes. 

Tah-pii ia tamunboro kàpohn yàmu panna-ailye, il a dit dans les 
oreilles des hommes. 

92. YAnBORO-po, Yahboro-pu, au milieu. 
Ex. ; To-yahbôropo, au milieu d'eux. 
Eywarrapu yahboro-pu, au milieu de la nuit. 
Paràho yahbôropu, au milieu de la mer. 

93. Yaino, de. 

Ex. : Oiiuhru 'ji orichàn yaino, ceux qui sont (nés) de la femme. 



74 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PAHIS 



Touk i/;nno (on;)-(je to-reb;)-pu /rV, il les gralifia avec de l'eau 
(sortie) du rocher. 

y4. yAwo, Ywvi', à travers, par, le long de. 

Kx. : Ilote a-ola-(/un-ma ei/takka-muratfn i/<i/vo, allez dedans à 
travers la porte étroite, par la porte étroite. 

It-eyunnh yaico ahdiih-(je i-pôjima-pu ia, à travers son nez il lui 
souilla avec la vie. 

Ooinii ahnai para ya/vu, le long d'un champ de blé 

9.^. Yawukra, conformément à, selon, suivant. 

Kx. : Afu/el maiino yaivurra i-treyji-pa^ il fut cojiformément 
à la parole de l'ange. 

Wi-eyicon yutrurni-un koràrH, celui-là (est) selon mon cccur. 

To-ireyuahpo-k;)bo-pu lo-pnni-yun iya furona yanurra, ils 
retournèrent dans leur pays suivant un autre (chemin) . 

Moses n-eygamà-pu ya/rurra^ conformément à ce que Moïse a 
dit. 

Tah-pu tùia yaivurru-hra , conformément à ce qu'il a dit. 

96. YoHNO^ sous. 

Ex. : Kah yohno, sous le ciel. 
Karàrewa yohno, sous le firmament. 

Korora ai-yohno-gonogun turi-dun, celui-là sera mis au-dessous 
de vous. 

97. YowKÔE, sous. 

Ex. : Karratuga ivia tu-môgo kumah t-ahbirre yoirkôe, la poule 
appelle ses petits sous ses ailes. 

98. YuH, sur. 

Ex. : Moriku yuh, sur une ânesse. 

99. Ow, qui se suffixe à plusieurs des postpositions ci-dessus, peut 
être suffixe aux noms. 

Ex.: Wàkoka iviouhu-pu olive-yarri i-ndà-ou\ la colombe vint 
une feuille d'olivier dans son bec. 



Relation dite du a Génitif ». 

100. Ainsi qu'on a pu le remarquer, un certain nombre des noms 
affectés d'indices personnels sont allongés par la suffixation d'une 
voyelle -i. Ex.: U-sitoro-i , le grenier de moi; u-purahda-i, l'argent 



GRAMMAIRK DE l'aCCAWAI 75 

de moi; u-mnhcjo-i^ la coupe de moi; d-sibarra-i, l'épée de toi ' a-ico- 
rohret;t-i, la lampe de toi ; au-bopa-i, la tête de toi; i-sapalu-i, les 
souliers de lui ; i-bakka-i, le bœuf de lui. 

Dans les exemples qui suivent, le nom « possédé » est allongé par 
la suflixation de la même voyelle -/. Jésus cruzo-i, la croix de 
Jésus. Gobonoro solclaro-i, les soldats du gouverneur. 

Ce double ordre de faits concorde avec la constatation que, dans 
la plupart des dialectes caribes, le nom affecté d'un indice person- 
nel et le nom « possédé » par un autre nom, sont plus ou moins 
régulièrement allongés par la suffixation des mêmes particules. Voir 
Grammaire comparée des dialectes caribes, § p. 48. 

Actuellement, la relation dite du Génitif est presque toujours 
exprimée par la simple postposition du nom régi au nom régissant. 

Ex. : Abraham moomu, fils d'Abraham ; Mary damapu, époux 
de Marie ; Ki-eyborori-cjuîi angel, l'ange de notre seigneur. Jew 
ykmu king, roi des Juifs. Kiny maimo, la parole du roi. Kahpàra, 
le royaume du ciel. Temple naxjahbo pona, sur le sommet du 
temple. 



ADJECTIFS VERBAUX DERIVES DES POSTPOSITIONS 

101. Ces adjectifs sont formés par la suffixation de -on, -un, -hn\ 
-bon, -kon. 

a] Ex.: Tah-on, étant dans: It-utcuh tah-on-gun, les étant dans 
la maison. 

Ta-iv-on, étant dans; Tamunbàro-ra kurahra taicon yohi, tous 
les arbres étant dans le jardin ; Church taivon-gun, les étant dans 
l'église. 

Kah-on, étant dans. Tona kahon-kun, les étant dans l'eau. 

Korolà-on, étant parmi. Kàpohn yàmu korotàon-gun, les étant 
parmi les hommes. 

Piyah-on, piyah-ic-on, étant à côté ; Galilée paràho piyahon, 
étant à côté de la Galilée. Tègina Jésus piyahon, un étant à côté de 
Jésus. Otrtuh piya/ron, étant à côté de la maison. 

Yah-on, ya-on, iya-on, ya/r-on étant dans. Bàto-yahon-gun, les 
étant dans le bateau. Sikondura-yaon-gun, les étant dans la barque. 



76 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAiNlSTES DE PARIS 

I-pàra iyaon-giin, les étant dans la ville de lui. Oukoe yaivon ima- 
îvan\ le diable étant dans le serpent. 

Po-(/^-o/i étant danSj étant sur. U-pogon^ l'étant en moi. Aii-po- 
gon-(jiin-be ic-ey-ai^ je serai Tétant en vous. Au bopa-i pogon 
l'étant sur la tête. 

b) Ex. : Win-un^ étant de. Wahgu y-akivarri wiiiiin i-miire^ 
son fils étant du Saint-Esprit. César ivinun^ l'étant de César. Abra- 
ham ivinun-gufi, les étant d'Abraham, les descendants d'Abraham. 

Yatvrr-un, étant selon. Prophet maimo-repu yawurrun^ l'étant 
selon l'ancienne parole du prophète. 

c) Bo-hn, bà-n, étant dans, étant sur. Juda nohno bohn^ étant 
dans le pays de Juda. Mora para paràho eypih hohn^ cette ville 
étant sur le bord de la mer. Jérusalem bôn-guu^ les étant dans 
Jérusalem, les habitants de Jérusalem. 

Po-hn, pà-n, étant dans. Au-kaibuna kah-pohn, ton père étant 
dans le ciel. 

Kah pohn-gun angel yàmu, les anges étant dans le ciel. Mako- 
nàima tria kah kabo-pu^ nohn, paràho nerra, tamunboro i-pon-gun 
nerra, Dieu a fait le ciel, la terre et la mer, et tout l'étant dans 
eux. 

Yahbùrropô-n, étant au milieu. Mora yohi eybeyro kurahra yah- 
bôropùn, le fruit de cet arbre étant au milieu du jardin. 

d) y^'x. : Eynà-bon, eynà-k-on, étant à. It-eynàbon i-moka-kabo- 
dun it-eynà-poe^VélRnik lui sera ôté de lui. Miararo-mara-na talent 
it-eynàbon eynà tu-duk, donnez cinq talents étant à lui, donnez à 
l'ayant cinq talents. Onuhrait-eynabàn-ge-nà-nun^ ceux qui ont; 
onuhra it-eynahon-bùn-un^ ceux qui n'ont pas. Serra nohno ai-eynà 
ch-iai a-mogo yàmu eyna-kon pey nerra, je donne cette terre 
à toi et étant à tes enfants. 

102. La postposition Jika « de » se suffixe à quelques-uns de ces 
adjectifs. 

Ex.: Kah-on (ruh pôn-jika itou-pu, il alla du haut de la mon- 
tagne. 

Temple nagahbo pôn-jika towia eynoma-pu nohn bona^ du som- 
met du temple ils (le) jetèrent sur la terre. 

Ilell yaivôn-jika kahgoe eyne-pu ia, de l'enfer dans lequel il. 
était il regarda en haut. 

Serra yaivon-jika, à partir de maintenant. 



r.RAMMAiiu-: DE l'accawai 77 



DÉMONSTRATIFS KT PRONOMS DE LA TROISIÈMK PERSONNE 

103. KoRA, KoRÔRA, ce, cette, celui-ci, celui-là, lui, il, elle. 
Ex. : Kora ivaràio, Jwrorn irnràio^ cet homme. 

John Baptist heyii heh koni., celui-ci n'est-il pas Jean-Baptiste? 
Korora John, ce Jean. 
Korora orichàn, cette femme. 

Koràra tvfa tii-paitiiri-dun koneija-ro-odun, celui-ci sauvera ses 
serviteurs. 

Korôra ei/na, à celui-ci, à celle-ci, à lui, à elle. 

Korora tcina Gain (vendu-pii, de celle-ci, d'elle Gain est né. 

Joseph horôra dama pu, Joseph époux de celle-ci, époux d'elle. 

104. KiAMU, KiAMÔ-RO, ces, ceux, celles, ceux-ci, ceux-là, celles- 
ci, ils, elles, eux. 

Kx. : Kiamoro angel yàmu, ces anges. 

Kiamôro riufin-na, ceux-ci seulement, eux seulement. 

Kiamoro kazza Liira ey-tuk, ne soyez pas comme ceux-ci. 

Kiamoro eœeykonegà-za-guii iceytàtu-kàho-pù y-akurra, celles 
qui s'étaient préparées entrèrent avec lui. 

Ahnai pùn-in-iin beyii kiàmii, ceux-ci ne sèment point. 

Kiamôro tratcombude synagogue toii\ ils se tiennent debout 
dans la synagogue. 

105. Pue, ce, celui-ci, celui-là. Pije-àmo, ces, ceux-ci, ceux-là. 
Ex. : Pije tcaràià, cet homme ; pi/e Jésus, ce Jésus. 

Pije kazza, comme celui-ci ; pije poh, à celui-là. 

Pije-ro ji ii-mu, celui-ci est mon fils. 

Pije-àmo-hru kàpohn yàniu, ces hommes. 

P ije-à mo, ceux-là. 

Tah-pu pije-àmo /via, ceux-ci disaient. 

106. a) MoRA, ce, cela. 

Ex.: Mora eyzek, ce nom; mora oictuh, cette maison; mora 
para, ce lieu, cette ville ; mora ireyu, ce jour. 

Mora iamunhôro pàramo, tout ce pain, tous ces pains. 
Mora eyne-pu kàpohn yàmu, les hommes virent cela. 
Mora kah poh i-muh-odun, cela sera lié dans le ciel. 
Mora eyhoe, au-dessus de cela, plus que cela. 



78 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE l'AIUS 

1)) MuHRA, ce, cela. 

Ex.: Miirra tveyii, ce jour; miirra mohcjo, celte coupe ; mumi 
u-mnimo^ celte parole de moi. 

Joseph tria mur ru eydà-pii^ Joseph entendit cela. 

Miirrn tveymii, à cause de cela. 

c) Sey, Sehra, ce, cela. 

Ex. : Sey iviih, celte montagne ; sey touk, ces pierres. 

Sey poh ey-kii, sois à cela, fais cela! 

Serni nohn^ cette terre ; serra touk, ces pierres. 

Tnmunbôro serra mahmin, toutes ces choses. 



NOMS DE NOMBRE ET COLLECTIFS 

107. Tègina, un. 

Tègiiia miararoe (une main. Voir ^ 110), cinq. 

Tègina puda, un orteil, six. 

Tègina piida ra/idoe, un orteil de l'autre côté, seize. 

Tègina kàpo/in, un homme, vingt. 

Tègina kàpohn i-pona tègina, vingt sur lui un, vingt et un. 

Tègina kàpohn i-pona miararoe-mara, vingt, mains sur lui dix, 
trente. 

Tègina hundred^ cent ; tègina hundred i-pona tègina kàpohn., 
un cent sur lui vingt, cent-vingt. 

108. AzARA, azar-un azar-un-giin, deux. 

Ex. : Azàra eyge-dun ahkwa-diin, deux: grands luminaires. 
Serra azàrun main., ces deux commandements. U-màgo azariin- 
gun, mes deux fils. 

Azàra ney azàra ney^ deux à deux. 

Azàra miararoe^ deux une main, sept. 

Azàra puda, deux orteils, douze. 

Azàra puda rahdoe^ deux orteils de l'autre côté, dix-sept. 

Azàra kàpohn^ deux hommes, quarante. 

Azàra kàpohn i-pona miararomàra, quarante sur lui dix, 
cinquante. 

109. OsoROWA, trois. 

Ex. ; Osorowa itekica, trois fois. 



C.RAMMAIUE DE i/aCCAWAI 71) 

Osorowa-on-(/iin, /t'uriiio-fun icnh(ju-fun^ trois hommes bons. 

Serra it-osoroicù-nu tumohn pey, celte troisième année. 

Osoroivii-minrnroe, trois cinq, huit. 

Osorowu pudn^ trois orteils, treize. 

Oso ro un -p u cbi ni h doe , dix-huit 

Osoro/ca-o-/{;ipàhn, trois hommes, soixante. 

Osoroiva-o-kàpohn i-ponn minniro-màrn^ soixante dix sur, soi- 
xante et dix. 

Tè(jina huiidred tumohn i-poiia osorotcn-kùpohii i-pona tVJtV/vi, 
deux sur soixante sur cent années, cent soixante deux ans. 

110. AsAGOuoNE, .'t-s<-i(/o/'en,-iii, quatre. 

Ex. : Asft(/oren.-in-(/iin evaiiçfelist^ les quatre évani^élistes. 

^ 1 suij or o ne -ni in rtiroe, n e u f . 

AsHgorennn-piidn , quatorze. 

Asagorenan-pudn rnhdoe, dix-ueuf. 

Asarogone hùpohn^ quatre-vingts. 

MiARAROi:, main, cinq. (Dans quelques dialectes caribes, « la 
main » est dite Eminr.] 

h^x : Minrnroe-pii/iin, cinq; i-niiaràroe-puldnà-nu etveyii^ le 
cinquième jour. 

Minràroe-miirn , nii;irhro-ni;irn-no(jLin^ dix . 

111 ToTSAiiô-iJA, ^o/.Vf7ro-/?fV, premier. 

Kx. : Totsarôronn cive y, le premier jour ; lolsnrdromi i-niii^ son 
premier lîls 

TotsRroro~no(j an , les premiers. 

112. Y-AHGON, le frère cadet, le second. 

Ex.: Y-ahf/on eicei/ii,\e second jour; y-cth(jon knhiii, le second 
mois. 

Y-iihgon-teliiCH-he, la seconde fois. 

I-iceji y-iih(jon i-pnndn eyzeh Gihon, Gihon est le nom du 
second fleuve. 

Remarque. — Dans quelques dialectes caribes, Acono signifie: 
compagnon, frère voisin, procliain, le second. Xo'w Voc. comp. 6. 

113. Yahmo. le dernier. 

Tofsororo-nogun eym:i nuicin-niH y;ihnio pey, paie les premiers 

en dernier ! 

y.'ihmo-diin eym;i ;iuiri;i-ni;i, paie les derniers! 

114. ToKEV, lohir-on, lokiron-gun, nombreux, abondant, beau- 
coup. 



80 SOCIÉTÉ DES AMÉRfCANiSTES DE PARIS 

Ex. : Tokey au-mogo-dùn, que les enfants soient nombreux! 

Tokey-oukuru, très nombreux ; tokey-ouk m-nn mnhmiii ni-eyna^ 
de très nombreuses choses sont à loi, 

Tokivon ahnai wey-tani, kàpohn i~poh tu-weyturawaso-zan 
m-an tokey bura^ alors que le blé est abondant, les hommes qui y 
travaillent ne sont pas nombreux. 

Tokivon-giin kàpohn, de nombreux hommes, tokwdn-giin pai- 
lyiiko, de nombreux porcs. 

Tokey-dekiva-ra inah m-an uzeywey bura, de nombreuses fois, 
nous ne mangeons pas, nous jeûnons. 

115. Tamunbôro, tamunbôro-ra, tout, tous. 

Ex.: Tamunbôro serra, ioul cela ; tamunbôro yehk, tout arbre. 

Tamunbôro-ra Galilée, toute la Galilée. 

2 amunbôro Jérusalem bôn-gun, tous les étant dans Jérusalem. 



PRONOMS ET ADJECTIFS INDEFINIS 

116. Onuh-ra, quiconque, quelqu'un, quelques-uns, celui qui, 
ceux qui. 

Ex. : Onuhra tcoh-za ia, quiconque a tué. 

Onuhra tègina uggi-pokoro-rukwoa main kwo-tzaia, celui qui 
a violé le moindre commandement. 

Onuhra i-tu-za auwia-i yoii\ si lu as jugé quelqu'un. 

Onuhra u-piyotv ey-puhn, celui qui n'est pas de mon côté. 

Onuhra u-poh tah-on-an, ceux qui me disent. 

Onuhra tu-panna-ge-nun, ceux avec des oreilles. 

Onuh ivia-ra ai-eyruta-nii-tza-gun-i yoa\ si quelqu'un vous a 
fait vous reposer. 

117. Oruh-ra, quoi que ce soit, quelque chose, toutes les choses. 
Ex. : Oruhra tùri autvia-i yon\ quand tu donnes quelque chose. 
Oruhra poh ?vi-eygamapo au/via-i you\ quoi que ce soit que tu 

me demandes. 

Onuhra eynà oruhra mahmin tu-uey-tzin, celui à qui est une 
chose quelle qu'elle soit. 

Tamunborôra oruh-rugin-na eynominga kàpohn yàmu icia 
t-eyiron-gun-i yow mahgoe-rugin-na, toutes les choses (auxquelles] 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 81 

seulement le hommes pensaient dans leurs coeurs (étaienl) mauvaises 
seulement. 

1 1(S. Ti';(;iNA, un, l'un, l'autre. Voir § 107. 

Kx. : Tè(/ina, fraràio, un homme, 

Tcijina i-popori-pu lowia, tègina i-nnhna-pu toivia^ tègina 
louk-(je toicia i-pogà-pu, ils foueltèrent Tun, ils tuèrent l'autre, 
ils tirèrent l'autre avec des pierres. 

Tègina i-nurunba-i-ma tègina i-ninga-i-ma, il haïra l'un, il 
aimera l'autre. 

Tègin-Ja, seul. 

119. ÏUHONA, tiironii, autre, un aulre, une partie. Turun-gun, 
autres, les autres, quelques. 

Kx. : Tiirona para, un autre lieu, une autre ville. 

Tiirona .serra s-eygama-iai , ceci autre je dis. 

Tiirona nerra meynogah m-an, une aulre (parole) aussi est 
écrite. 

Tùronu tahgowaitae, une autre parabole. 

Tiironii il-eynahpo olàhmokà azandah, une partie de la semence 
tomba sur le chemin. 

Turonun nerra i-n-eymipa-ni, et un autre disciple de lui. 

Turonun nerra poh taho ivia-i yoa\ si je dis à un autre. 

Turone-hra olàmokà touk pona, une autre partie tomba sur la 
pierre. 

Tùrone-hra aii-n-icohno-dun-gun tiirone-hra au-no-popô-ro-dun, 
les uns vous les tuerez, les autres vous les fouetterez. 

Tùrun-gun kàpohn yàmu, les autres hommes. 

Tùriin-gun i-meynogah-nin-un ., quelques scribes. 



INTERROGATIFS 



120. Onuu, qui, quel, quelle? Onuh-yan, quels? Voir § 116. 
Ex. : Onuh eyze-ge, parle nom de qui? 
Onuh tria i-kàbo-pu tamunbùro, qui a tout créé? 
Onuh iria John liaptist tiiri-pu parikichin fah, qui mit Jean- 
Baptiste dans la prison ? 

Onuh o/'i Adam, qui fut Adam? 

Socièié des Améi-icnnisles de P;iris. 6 



82 sociKTK i)i:s .\.MKi;i(;.\Msii;s dk I'akis 

Onuh oji Isaac màgo^ qui lurenL les enfants (risaae? 

Onuh oji upostle ivia « (Virist eyiin-Jjoii bci/n i/iirn <> f;ih-pu^ quel 
apôLre dit : « Je ne suis pas au Christ? » 

Onu/i pet/ oji il-ei/zelc ireyji-pu ni()r;t-(liJ)0. quel fut son nom après 
cela ? 

Onuh-ynn oji prophel }/!imu, qui furent les prophètes? 

()nuh-i/mi oji ireijji-pu cruzo piyoi(\ lesquels furent à côté de la 
croix ? 

121. Ohuh, o/'Z/, que, quoi? ^'oir ï^' 117. 
Kx. (Jruli ic/iey m-ey-nn, que veux-tu? 
Oru/i ;ii-eyn;'i ii-ciit. quoi esta toi, qu'as-tu? 

(>r« ireyu yaie ji /cahgii fj-ukiiiirri otoii-pu Christ n-cymipa-ni- 
dun pona^ en quel jour le Saint-Ksprit vint-il sur les disciples du 
Christ ? 

()ru-J,ey oji Sleplien irohnn-pu Jcir y;) mu tria, avec quoi les 
Juifs tuèrent-ils Etienne ? 

Oru-ije ln-ein])orrokvapo-(juiu avec quoi baptisons-nous? 

Orii uu-ya-i aii-poh. que l'a-t-il dit ? 

Orii lah-puji makonaiina niora-diho, que dit Dieu après cela? 

Orii poh m-eyji, à quoi as-tu été, ([u'as-tu fait? 

Orii poh oji fr-ey-an, à (juoi serai-je, que ferai-je? 

122. Naii, liai nai-Iyc, ([uel, lequel? 

Kx. : Naii koro-hra-ko oji i-dunbali pey^ lequel a été son pro- 
chain ? 

Nai eiceyii yaie yiitcatramo-pu , en quel jour est-il ressuscité? 

Nai-lye ouko eycje pey para main n-ai, quel est le plus grand 
commandement ? 

Nai-lye ouko saman Le bura youromà-ro yoïc n-ai, lequel est le 
plus difficile à dire ? 

123. Oru weynai'ji ; Orlii-ro-pey, oru rii-pey, oru-pey\ji poh ; 
oru-pey i-iceyji-poli ji ; Otl-pey-mui-lye ; Ohu-kon, oru-kan^ oru- 
kanji, à cause de quoi, pourquoi? 

,7) Ex.: Oru treynaiji i-irohna-pu ia, pourquoi le lua-t-il? 

Oru treynaiji y-ahbichi-pu ia, pourquoi le saisil-il ? 

])) OruJi-ro-pey makonàima iria li-mu ennoyo-pu serra nohn ho- 
/la, pourquoi Dieu a-t-il envoyé son fds sur cette terre? 

Oruru-pey ai-eyhoràri~(/un ozeytreygii publican yàmu pokomhe^ 
pourquoi votre maîlre mange-l-il avec les publicains ? 



(iiiAMAiMiti; i)i; l'accawai 83 

Oru-pei/ ji poh ilou-hui hum n-trei/H , pourquoi ne veux-tu pas 
aller? 

Oru-pt'ij i-trcyji po/ijiS/nil treyioé/nu-pu Christ i/-;thurai-nin- 
pey, pourquoi Saul se convertil-il croyant au Christ? 

c) Ex. : Otu-pey-mui-lye au-pohn poh au-lzeynominyn^ pourquoi 
t'inquiètes-tu au sujet de ton vêtement? 

d) Ex. : Oru-koii a-otu^ pourquoi iras-tu ? 
Orii-kan iiu-triu-tzak, pourquoi es-tu venu ? 
Oru-knnji i-youhu^ pourquoi viendra-t-il? 

\2i. Nai-pey'ji, naii-pey'Ji nnii-pey o/V, comment? 

K\. : Sai-peyji i-pàra ireyji^ comment son royaume est-il, sub- 
siste-t-il ? 

Nai-pey'ji lo-hiz-eyzah-iadnu (/o.spel meynoyah-nin-un, com- 
ment les nommons-nous, les écrivains des évangiles? 

Xaii-pcy oji Ahra/iani i-fù-pu nialionàima tria, comment Dieu 
éprouva-t-il Abraham ? 

Naii-pey oji John /rohna-pii, comment Jean ful-il tué? 

125. Oru-atai, o/--fV/f7/-/7 ; Oeahtai, oeahtai-lya^ oeahtai'Ji, quel 
temps, quand ? 

rv) Ex. : Orii-atai a-o/ii, quand t'en iras-tu? 

Or-atai'Ji Jésus souroyo-pu murra-hey^ quand Jésus parla-t-il 
ainsi ? 

()r-a(ai- Ji tu-youhu-dun nerra, quand viendra-l-il encore? 

h) lOx. : Oeahfài serra tu-/rcyji-dun, quand cela sera-t-il?^ 

(Jeahlài-lye nahnio ai-eyhorôri-yun iriou-tuli a-no-tu Lura a-œey- 
ji-gun^ vous ne savez pas quand votre seigneur viendra? 

Oeahtai'Ji sïriyu friouhu-pu, quand l'étoile est-elle venue? 

Oeahtaiji inah tria ai-eyne-pu i-uombe a-treyii, quand t'avons- 
nous vu tu étais alFamé ? 

126. OzHE, ozhe'ji, ahsoh'Ji ; Naii-yotrji, nachinà oji, où? 
a] l^x. : Ozhe m-ey-ai, où es-tu? 

Ozhe ii-ai ai-ahgoii Ahel, où est ton frère Abel ? 

Ozhej'i mûre aendu-pu n-ai Jeiv yàmu kiuy-niui pey, où est 
né l'enfant il est roi des Juifs? 

Ahsah'Ji ifou-pu, où est-il allé? 

h) Naii yo/v\/i Christ y-ahurai-nin-uii to-n-eyzà-dc-ne chris- 
tians, où les croyants au Christ furent-ils nommés chrétiens? 

Nai-o/rj'i Jesus-Christ irendu-pu^ où naquit Jésus-Christ? 



Si SOCIÉTÉ DES AMÉUICAMSTES DE PARIS 

N^ichin/i ojl iiiiih fcci//,<)iic(/;i ichei/ u-nci/ji. où veux-tu que uous 
préparions ? 

127. Oltuwa, uiiloii'o-rni . oulo/tn-rriin Ji, nufo/(\i-rro/n, com- 
bien ? 

Kx. : Oii/o/r;) pù/\'ini<) n-;ii nt-et/zh-i-f/oiKu/Lin, coniljien de pains 
sont à vous? 

Oulotvù eireyii mnhoiuti mn nui l,;iJi hùbo-pu no/in nerni, (en) 
combien de jours Dieu fiL-il le ciel el la terre ? 

Oiiloin) ilchliir;(-hr;i ;i-nw(fO tvioiibu-chey iv-ey-nn u-piyuh^ 
combien de l'ois ai-je voulu tes enfants venir à moi? 

Outoic;irrn Jcsus tcin lo-ennogo-pu mora-diho^ combien Jésus en 
envoya-t-il après cela? 

(Jiil()(L:irriin ji epislle-karetn Sitinl~P;nil ne-meynogah-pu , com- 
bien Sainl-Paul écrivit-il d'épîtres-lettres? 

Ouloicurroiii siicnimeul-(je Jesùs-Chri.st ivin ko-reha-pu-gun, de 
combien de sacrements Jésus-Clirist nous a-t-il ij^ratiliés? 

128. Là oîi les interrogatifs sont suivis du verbe o/"/yï, « est », 
il eût peut-êlre fallu traduire plus rigoureusement que je ne l'ai 
fait. l^x. : Onuhoji aposlle tviu, qui fut l'apôtre ? Oru-kcy oji, avec 
quoi fut-ce? Orii-iccyniu ji^ pourquoi est-ce ? 



AUGMENTATIFS ET DIMINUTIFS 

129. OuKUuu, -uLuru, -huru^ -oiik, très. 

Kx. : Kygc, eyge-pey^ (^vi\\\à\ eyge-pey-oukurii , très grand; eyge- 
cluii-kuru iCHrùio-liin, des hommes très grands, des géants. 

Saman^ saman-pey, dur, difficile ; sHman-pey-oiikuru , très dur, 
très difficile. 

Wahgii^ irnhgue-pey, bon ; icuhgii-pey-oiikurii, très bon. 

Tuk/con i(-cy])C'y, un grand prix : tèginn penrl tiikicon-kiirii il- 
eyhek, une perle d'un très grand prix. 

Kynia-poltCRna , eynia-pokenna-pey, sage ; eyiiia-pokenna-pey- 
OLikiiru i-iccji\ il est très sage. 

ToirahliC, heureux; f ofca h ke-oukiiru-ra, ires heureux. 

Ohno^ loin: lo-cyiroii oJiiio-uliuru ici-iiciiia, leurs cœurs. 

iokey, nombreux; tokcy-oiikuni , fokcy-ouk^ très nombreux. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAT 85 

130. -PoKoRo, très. 

Ex. . Ahl)iic-/,ei/-nn, avec force, fort; nhlyiiekeijnn-pokàro-ra, 
très fort. 

U(/(/i, petit; tcgina uggi-pohôro i-mei/no, une très petite lettre; 
ugcfi-polwro purnhdn^ un très petit argent, une très petite pièce 
d'argent. 

131. -KuKwoA, -kwoa, petit. 

Ex. : Mohroh-ruktroR ^ de petits \yo\9,^ows. Ahmiyu-dun-ruktvon , 
de petits enfants. 
Miirei/-dun-kfV0ci j les petits garçons. 

Uggi-tiin-hiioa torohn azurun-gun^ deux tout petits oiseaux. 
Uggi-pokàra rukivoa kàpohn, le plus petit homme. 

132. -Para, très. 

Ex. : Uggi-parn nhkicn, le très petit luminaire, le plus petit lumi- 
naire. 

I-meyiiogah-nin-un eyhoè-para^ très au-dessus, bien au-dessus 
des scribes. 

133. Très fréquemment les pronoms, les noms, les postpositions, 
etc. sont affectés de particules qui. à l'origine sans doute, ont eu 
une valeur augmentative ou emphaticp.ie, mais qui aujourd'hui 
paraissent être « d'ornement ». ^oici les principales : 

a) -lira, -ra, -ra. Ex. : Yiira^ moi, yuru-hra. Amôra, toi, 
amoro-hra. Y-akurra. avec lui, y-akuru-hra. Turona, autre, lui'o- 
ne-hra. 

Wahgu, icahgu-hra, bon. Tu-mu ^ tumu-hra, son fils. Pije- 
àmo, pije-àmo-hra, ceux-ci. 

Toivia eydà^ toicia-hra eydà, ils entendent. Tokey, (okey-'ra, 
nombreux. 

A-maimo-ge, a-maimo-ge-hra, par ta parole. Yo/c, yoa-ra, 
dans. 

Tamunhoro, tamunboro-ra , toul. 

h) Uru, -hro, -t^u. Ex. : Pije-àmo-hru, ceux-ci. Paràho poropo- 
hru, poropo-hro, sqr la mer. Oru-pey^ ororu-pey, quoi? Nohii 
po^ nohn po-hru, sur la terre. T-eyiu'apo, f-eyniapo-hru, il com- 
prend, etc. 

c) -/wz, -ko, -go. Ex. : Paràho eypih-bo-ku, sur le bord de la mer. 
Amiamàro kazza-ko, comme vous. Prophet-ko, prophète. Amôra 
Chnst-kou\ tu es le Christ. A-weykonega-ko-ma, soyez prêts. 
N-eyganià-ia-go-neh, qu'il a dit. 



80 SOCIÉTÉ DKS AMÉniCANlSTFS DE PARIS 

d) -.Yr7. Ex.: T-;i/n/on-nfi, son Irère ; W ;ihgu-lun-n;i, les bons. 
I-pnrn-iyo àn-gun-nn^ les étant clans la ville. Bei/n, hcynn^ pas, 
point, non. 

Tu-ta/i-ge-n/i-nun, les avec des pieds. Mura eyn-za ainrùi- 
noguii-n;)-neJi, ce que vous avez entendu. Makonàima rugin-nn. 
Dieu seulement. 

e) -Ka, -n\i. Ex.: Tona-pey-ka n-ey-an-wa^ il y aura de l'eau. 
Eyko auiiia J)ura-ka i-ii^eyn-ica, tu ne réponds pas. Makonaima 
moomu au-mo-ira , tu es le fds de Dieu. 

/") -Màra. Ex. : Azàra-màra t-eyhorùri, deux maîtres. Au-pona- 
hru-màra, jusqu'à vous. 

g) -Ilra-kii. V]\. : Yura^ yuru-hra, yuru-hra-ku, moi. 

h] -Hu-ltU. Ex. : Serra-ruku konega auiria-nogun-ma , faites 
cela ! 

Barabas-ruku eygamapô-uk, demandez Barabbas! 

i)-Na-ku, -na-ka. V]\.: I-chorohubamu-i eypih-na-kii, le bord de 
sa robe. Ootù-iai-na-kii^ ^cyhis. Populm-un-ua-ka, insensé. 

j) -liii-mara. Ex.: Mahgoe-pey, mahgoe-pey-ru-iiiàra, mauvais. 
Yak yah'-rii-màra, dans. 

k) -Lye. Ex. : Mahgoe-lye ye/ik, mauvais arbre. Yaie, yai-Iye, 
dans. Oeahfài, oeahfai-lye, quand? 



ADVEHRES ISSUS DES DEMONSTHATIFS 

134. Un certain nombre d'adverbes de lieu et d'adverbes de 
temps sont formés des démonstratifs Mora, murra, moro, sen\i, sey, 
par la postposition ou la suffixation d'un certain nombre de postpo- 
sitions. 

Ex.: Mora yon\ en ce (lieu), là; mora-iyou\ en ce (temps), 
alors. 

Morà yahhài, de ce (lieu) de là; mo?'a yahhai, de ce (temps), dès 
lors, aussitôt. 

Mùra-ho, màra-bona^ là; inora-yaivo, par là; mora-pàe, de là. 

Mora icahhai, avant cela, auparavant. 

Mora yafjiurru-hra, à la même heure; moru-hra-mara^ ensuite. 

Mura-yatron-jika, à l'instant. 



GRAMM Miîr; Di': l'aœawai 87 

Jésus /'in/in-nn n'ci/ii-pu mnro, Jésus seiilemonl élaiL là. 

K/ipo/ui i/iiniu ni()r()-i>o(/u/i-n;i, des hommes qui élaicnl là. 

Ser/\i //o/f\ SCI/ //o/f\ daus ce lieu, ici; serrn iirinn, d'ici; serrn- 
j)on,-i/iru/ir/i, jusqu'à présent; serr;t-i/;urou-jiI,;i , désormais. 

Scr/:i--J)ci/ scrr!i-hci/-i'!i , aujourd'hui ; seri-n-hcy-onhiiru^ à l'ins- 
lanl. 

13o. Sont formés de la même manière les adverbes Murr;i-Lcy^ 
sey-bey, ainsi. 

Mo)';i-p;tn serrn-pnn, comme cela, ainsi. 

\'M). Poslposés ou suffixes à des démonstratifs, -iifai, dibo et dnni 
forment des adverbes. Ces particules se sulfixent aux thèmes ver- 
baux. Voir !<^' H)8, 101), 170. 

Mor;i niai Jésus iriouhu-pu , (en) ce temps Jésus vint. 

Mnr;i-diho linljyloue bon;/ lo-yuni-pu, après cela ils furent con- 
duits à Babylone. 

MovH-duni in,'ih(/oe-pey hura-hi\i tu-irey-tzrni, néanmoins ils 
n'ont pas été coupables. 



AUTRES ADVI'RBES 

1'j7. Tnli-rn, tii-rn^ ici. TnJira Ijurii ni-an, il n'est pas ici; tara 
m-nn, il est ici, 

i38. M/ri, mià-ra, là, là-bas. 

Ex. : Eyrutah-duk sey yotv ootù-dani mia uzeyna-zeyna, repo- 
sez-vous ici tandis que je vais prier là. 

Miàra ootu-iai, j'irai là; mia enda, va là-bas, va-t-en ! 

Mia Jîàpnhn y à mu enuoc/u, envoie les hommes là-bas! 

Kàpohn yàmu iceyji-pu miara-wia-yui i(ou-hai bura^ les hommes 
ne voulaient pas aller par là. 

Miau-iria-gui (o-ennoc/o-dibo, après les avoir renvoyés. 

Miàra wi-eyboràri, là mon maître, salut à mon maître. 

139. Monahnii, plus loin; Ohnu, loin ; A/ikobe, proche. 

Kx. : Mora-i yoiv itou-pu monahmi pey, alors il alla plus loin. 

O/uui i-youbu-dani i-l,aibuna tcia eyne-pu, tandis qu'il venait 
loin son père (le) vit. 

Ahkobe m.-an kah para, le royaume du ciel est proche. 



88 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

140. Atv;nin;i-hiii-lye, le lendemain, 

Kx. AivHnna-hHi-lye-hra poh tu-tseynomingu-i burn, ne pense 
pas au lendemain. 

Miirrfi-ivnnnabailye awnnnHlncu kombànta para bona tu-ivey- 
nahpoe yon\ le lendemain malin quand il revint à la grande ville. 

141. Ko ma h meou, hier ; ma/to-komahmeou, avant-hier. 
Komamo-dani kàpohn yàmu ivioùbu-pu imaivàri n-ahchi-ni-clun, 

le soir vinrent des hommes que le diable avait saisis, des possédés. 

Komam-bura mora-bo i-iveyji-pu /ê(/in-Ja'-hra, le soir étant 
venu en ce lieu il fut seul. 

J-koman-ka-tza ni-an etveyii m-an o-koman-gà-nu poh, il est 
tard, le jour est sur son déclin. 

142, Yehivai, on\ \ Kahiie, non. 

Ex. Yehtvai yeJuvai, kahne kahne^ rniirra-hey au-sourogo-ma^ 
oui oui, non non, ainsi dites. 

143, Biihu (bail, miiu). Bura [mura), pas, point, sans. Beyn, 
non. 

Ces adverbes se postposent ou se suffixent aux thèmes verbaux 
(voir § 201, 202) ainsi qu'aux noms, rendus ainsi caritifs. Voici 
quelques-uns de ces derniers : 

Màimo, parole; i-màimo-bùhn, sans parole, muet; plur. i-mai- 
mo-hùn-un. 

Dàmapii, époux ; i-dàmapu-hun-un , les sans mari, les veuves. 

Para, ville ; pàra-biihn, sans ville, désert. 

Bohn, chair ; i-bohn-buhn, sans chair, 

Oupu, os ; y-oupii-buhn, sans os. 

Eyga-nelu qui est juste; eygah-miin-un, les injustes, 

Ahbue-key, avec force, fort ; ahpui—mùn-un, les paralytiques ; 
ahbiie-muin , apui-mura, sans force, faible, 

Enzarri, main ; i-enzarri-bura, manchot; t-enzarri-bùii-un,\es 
manchots, 

Htah, pied ; i-htah-biira, sans pieds, 

Pohn, vêtement ; i-pohu-bura, sans vêtement. 

Iliuailye, vraiment, en vérité, véridique; hiiialyii-na-gun 
beyn-na, hypocrites. 



GRAMMAIRK UF l'aCCAWAI 89 



CONJONCTIONS 

m. Nerra, el, aussi, encore. 

Kx. : Knh nohn nerra^ le ciel et la terre. 

Ahmon-yatai aiko-yatai nerra, le temps de la sécheresse et le 
temps de Thumidité. 

Mora-diho au-nnoiibu iierra-ma, après cela tu viendras encore. 

145. Gahdii, ou Kanondu, mais. 

Ex. : Kah ivina liàpohn iiina gahdu. du ciel ou de l'homme? 

Ichey w-eytuh tu-tveyji-diin heyn^ ichey a-trey-tiih kanondu tu- 
îceyji-dun^ ma volonté ne sera pas, mais ta volonté sera. 

[Sera continué). 



MIGRATIONS PRÉCOLOMBIENNES 

DANS LE NORD-OUEST DE L'ARGENTINE 

Par M. Eric BOMAN 

Membre de la Mission Créqui Montfort-Sénéchal de la Grange. 



On a beaucoup écrit sur les migrations des différents peuples 
américains avant la découverte du Nouveau-Monde et pendant 
les premiers siècles de sa conquête par les Européens. Cepen- 
dant les théories émises sur ce sujet ne sont pas, en général, 
basées sur des faits concrets. C'est cette circonstance qui m'a conduit 
à choisir comme thème de cette étude deux preuves de déplacement 
de peuples sud-américains, relevées au cours de mes voyages 
dans Textrême nord de la République Argentine. 

Dans cette région, des cimetières anciens où des cadavres 
d'adultes, renfermés dans de grandes urnes funéraires, d'une 
fabrication grossière, ont été enterrés, tout à fait comme sont 
enterrés les actuels Tupis-Guaranis du Brésil, démontrent que 
cette race, à une époque plus ou moins reculée, a habité le territoire 
connu sous le nom de « Vallées Calchaquies », certainement avant 
les tribus diaguites de race andine ^ que les Espagnols y trouvèrent 
à leur arrivée dans ce pays. 

Inversement, la civilisation « calchaquie » qui est andine, ana- 
logue à la civilisation péruvienne, et qui, à l'époque de la conquête 
espagnole était bornée aux vallées interandines, paraît dans un 
temps antérieur avoir été répandue jusque dans les plaines du Grand 
Chaco. Car, au Ghaco, j'ai trouvé une de ces nécropoles si carac- 
téristiques des Vallées Calchaquies, qui contiennent un nombre 
d'urnes à décors anthropomorphes, ne renfermant que des sque- 
lettes de petits enfants. Le Grand Chaco était à l'époque de la 

]. Au sens où le i)ren(l (rOrbif^ny, dans J." Homme américain. 



92 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

conquête et il est encore peuplé par des tribus guaycurues 
sauvages, n'ayant aucune airinité avec les peuples de la race andine. 
Ces deux faits sembjent démontrer que les peuples andins auraient 
supplanté les Guaranis dans les Vallées Calchaquies et que la civi- 
lisation calchaquie, une fois répandue jusque dans le (jrand Chaco, 
a dû à son tour reculer devant la pression des tribus guaycurues. 



I, — Anciens cimetières guaranis dans les vallées 
de San-Francisco et de Lerma. 

La mission scientifique suédoise, dirigée par le baron Erland 
Nordenksj()ld, dont je faisais partie, séjourna en 1901, pendant 
trois semaines, à San-Pedro sur le Rio San-Francisco, dans la 
province de Jujuy, Bien que nous fussions surtout occupés 
d^études etbnograpbiques sur les Indiens Matacos du Chaco qui, 
au nombre de 1.500 environ, travaillaient dans la récolte des grandes 
plantations de canne à sucre de ces parages, j'ai pu, cependant, 
employer quelques heures disponibles à examiner sommairement 
les urnes funéraires anciennes qu'on exhumait accidentellement 
pendant le labourage des terrains. 

J'ai vu dans des endroits ditférents huit ou dix de ces urnes, 
faitesde terre assezmal cuite, façonnéesd'une manière grossière, sans 
aucun décor. Les parois avaient environ 1 centimètre d'épaisseur ; 
les dimensions étaient d'environ 80 centimètres de hauteur sur 
50 à 60 centimètres de diamètre. Le contenu était toujours un sque- 
lette d'adulte, mais en si mauvais état de conservation, en raison 
de l'humidité, que les os tombaient en poussière aussitôt qu'on 
les touchait. D'ailleurs les urnes elles-mêmes se séparaient en petits 
morceaux, nne fois exposées à l'air. Chaque urne funéraire étaittou- 
jours surmontée d'une autre urne renversée qui lui servait de couvercle , 
ayant à peu près la même forme que celle qui contenait les restes 
humains. Le croquis de la ficj. 1 montre approximativement la forme 
d'une de ces urnes. 

Elles se trouvaient toujours au nombre de deux ou de plusieurs 
ensemble et, parfois, la grande quantité de morceaux de poterie 
épars dans leur voisinage démontrait que les travailleurs avaient 



MICIRAIMONS PHi:(,OI>()Mltli:NiN[:s 



93 



brisé plusieurs urnes, euouvranl la Iranchée. Kn quelques endroits, 
une dizaine d'urnes avaient été certainement inhumées ensemble. 
Kn IDOi, je visitai pour la seconde l'ois l'extrême nord de la 
République Argentine, cette lois comme membre de la Mission 
scientifique française dans IWmérique du Sud de MM. le comte 
G. de Gréqui Moiltfort et E. Sénéchal de la Grange. J'étais, pour 




Fi<;. I. — Urne funéraire de San Pedro (1/10 grandeur naturelle). 



mon compte, chargé des études archéologiques de cette mission, 
dans la partie argentine du territoire qu'elle avait assignée à ses 
recherches. 

Je lus, à ce moment, surpris de tronver dansla vallée de Lerma, 
à un degré an snd-ouest de San-Pedro, un cimetière d'urnes funé- 
raires du même genre que celles dont je viens de parler. La vallée 
de Lerma appartient au territoire que les publications archéolo- 



94 SOCIÉTÉ DES AMÉIUCAMSTES DE PABIS 

giqiies désigneul sous le nom de «région calchaquie ». C'est une 
vallée d'une longueur de 60 kilomèlres environ du nord au sud, 
sur une largeur de . 23 kilomètres, dans sa partie la plus large. 
Elle est encaissée entre les derniers échelons orientaux de la 
Cordillère des Andes. 

Le cimetière d'urnes funéraires que j'y ai trouvé est situé à 
environ 25 kilomètres au sud-sud-ouest de la ville de Salla ' et à 
5 kilomètres à l'ouest de la ligne de chemin de fer de Salta à 
Zuviria, sur les terrains de Vhacienclii El Carmen (département de 
Cerrillos) . 

Je me trouvais dans cette hacienda^ en train d'organiser ma 
caravane pour le voyage que j'allais entreprendre sur le haut plateau 
de la Puna, et j'avais fixé le départ pour le lendemain, lorsque l'un 
des métis du pays m'apporta quelques grands fragments de poterie 
en me disant qu'il y avait beaucoup de vilques\ contenant des 
ossements, enterrés à moins d'un kilomètre, à l'ouest de l'habitation 
de V hacienda. 

Je soniijeai immédiatement à des urnes semblables à celles de 
San-Pedro etje me rendis à l'endroit indiqué. J'y vis les excavations 
faites par le métis qui, voulant exhumer trois ou quatre des urnes, 
avait naturellement tout cassé. Ces urnes avaient été mises au jour 
par un ruisseau qui avait miné le bord d'un chemin, en formant 
une fondrière, où apparaissaient les urnes. Elles se trouvaient à 
50 cm. de profondeur au-dessous du niveau actuel du sol. 

Je commençai des fouilles soigneuses, mais qui eurent un 
médiocre résultat, car la poterie, humide et ramollie par le temps, 
tombait en morceaux au seul contact de l'air. De plus, je n'avais 
guère le temps, puisque, pour plusieurs raisons, je ne pouvais pas 
ajourner mon départ. Si j'avais eu cinq ou six jours à ma disposi- 
tion, peut-être aurais-je réussi, par une méthode spéciale, à extraire 
quelques urnes entières. 

Cependant, j'ai pu examiner trois urnes et je donne ici le croquis 
de l'une d'elles [fig. '3). Sa forme est reproduite fidèlement, moins 
les contours exacts du couvercle qui recouvrait l'urne jusqu^à la 
moitié de sa hauteur environ, car il n'en restait que les bords ; le 

1. 24° 46' 20" latitude sud; 67-^ 44' 33" lon;^itude ouest de Paris. 

2. Vilqiie est un mot quichua dont se servent les indig'ènes et qui sij^nifie 
« ^rand pot en terre cuite » ancien ou moderne. 



Mi(,i! AI KiNs |'I!1!:i;()I.(».mkii:.n.m:s 



D5 



fond avait civ clc'lniil [)ar la pression de la leri-e. La ligne poin- 
lillée (pii niarqne sur la figure celle partie du couvercle est donc 
convenlionnelle. 

L'urne, comme toutes les autres, élait semblal)le à celles de San- 
Pedi'o, c'est-à-dire laite d'une terre assez mal cuite, modelée d'une 
manière grossière, sans ornements d'aucune sorte. KUe élait pour- 
vue de deux grandes anses latérales, placées un peu au-dessous de 




pj,.-. "2. — Urne l'iiuLM-aire de l'^l Carmen il 10 ijrandcur nalurelle). 

sa mi-hauteur. Les parois avaient environ un centimètre d'épais- 
seur. La /ig. j montre quelques fragments de la panse de l'urne [a), 
de son bord [h, c), et du bord du couvercle (cl). Sur le grand frag- 
ment, on apervoit 1res clairement les stries laissées par le racloir 
(pii a servi à lisser la poterie. L'ouverture de l'urne était de 
SO centimètres, et sa hauteur, de 35 centimètres. Le fond était 
perforé au centre, le diamètre du trou était d'environ 25 milli- 
mètres. 

L'urne était remplie de teri'e qui avait dû pénétrer, quand le 
couNcrcle s était brisé. Lu examinant cette (erre, j _v trouvai les 



9G 



SOCIETE DES AMEHICAMSTES DE l'AlifS 



débris du crâne el de la plupart des os d'un squelette d'adulte. Bien 
que ces os fussent dans un état de décomposition presque complète, 
je pus constater qu'ils se trouvaient in situ et que le cadavre avait 
été placé entier dans l'urne, dans une position accroupie, les 
jambes et les bras repliés sur la poitrine, la tête inclinée en avant. 




¥v^. 3. — Fragments crime urne funéraire et (le son couvercle. 
Cimetière de El Carmen (1/4 grandeur naturelle). 



MIGRATIONS PRECOLOMRJRNXES 



97 



Deux autres urnes que j'ai exhumées étaient presque de la même 
forme et en tout point analogues à celle que je viens de décrire. 

Les urnes du cimetière étaient placées très près les unes des 
autres, espacées d'environ un mètre. J'ai vu des débris d'une 
dizaine d'urnes sous le bord du chemin où j'efï'ectuai mes fouilles ; 
beaucoup d'urnes doivent avoir été emportées par le ruisseau, et, 
de l'autre côté du chemin, dans une excavation faite pour le réparer, 
j'ai également trouvé des fragments d'urnes, à une dislance de 
quinze mètres des premières. Le cimetière continuait sûrement 
au-dessous du chemin, et en calculant sa superiicie, on peut 
estimer à une centaine le nombre d'urnes enterrées là. 




'ig. i. 



Objet en terre cuite trouvé dans le cimetière de 
El Carmen (1/4 grandeur naturelle). 



Avec les urnes de El Carmen, je n'ai trouvé d'autres objets 
qu'une curieuse pièce de poterie en forme de tonneau sans fonds, 
de la même qualité de céramique que les urnes, et striée sur la sur- 
face comme l'urne que je viens de décrire. Cette pièce est repré- 
sentée parla fig. 4. Elle a 16 centimètres de hauteur, et 17 centi- 
mètres de diamètre maximum. Il n'est pas facile de formuler une 
théorie sur sa destination. A ma connaissance, c'est le premier 
objet en terre cuite de cette forme rencontré par l'archéologie du 
Sud-Amérique. 

En deux autres endroits de la vallée de Lerma, il existe des 
cimetières d'urnes funéraires en tous points analogues à celui de 
El Carmen. A Garbajal, dans la partie sud de la vallée, j'ai entendu 
parler d'un grand nombre d'urnes de cette même catégorie, et à La 

Société des Américanitiles de Paris. 7 



us SOCIÉTÉ DES AMÉKIC.AMSIKS Di; l'AlUS 

Canada, au pied des montagnes qui bornent la vallée à Test, on 
avait aussi découvert deux de ces urnes. 

En dehors de ces urnes funéraires, les débris préhispaniques de 
la vallée de Lerma indiquent qu'ils proviennent de peuples appar- 
tenant à la race andine. Les ruines et les objets sont analogues à 
ceux des ^'allées Calchaquies et la poteiie ditlère parfailemenl de 
celle des urnes funéraires de San-Pedro el de Kl Carmen, 
lùili'e celle-ci et la céramique calchaquie ou celle du Pérou, 
aucun rapport. Il est très aisé de distinguer Tune de Tautre. 






L'habitude d'employer comme cercueils des urnes en terre 
cuite est sans doute particulière aux peuples tupis-guaranis. D'après 
ce que nous connaissons actuellement de l'ethnographie sud-améri- 
caine, nous pouvons dire qu'ils ont pratiqué el pratiquent encore 
ce mode d'enterrement, en plaçant dès la mort le cadavre entier 
dans l'urne. Au contraire, chez les peuples appartenant aux groupes 
des Tapuyas, des Aruacs et des Caraïbes, l'enterrement dans les 
urnes n'est qu'un second enterrement : le corps est d'abord mis 
quelque tenq^s dans la terre, (^est lorsque la putréfaction est 
achevée que les os sont ramassés et déposés déllnitivement dans 
les urnes. 

Les peuples de la race andine n'employaient pas d'urnes pour 
leurs morts, à part quelques cas particuliers, comme les cimetières 
de petits enfants des Vallées Calchaquies. Cette dilférence entre 
la coutume funéraire des Tupis-Guaranis et celle des populations 
andines résulte de faits déjà connus (jue je demande la permission 
de rappeler rapidement. 

Déjà d'Orbigny, dans Y Homme américain ', signale que les 
Guaranis, entre autres modes d'enterrement, placent leurs morts 
dans un vase déterre cuite, spécialement destiné à cet usage. 

(].-F. Hartt' décrit d'anciennes sépultures de ce genre, décou- 

1. Alcide d'OiiBiGNY : Voyage daus VAincrique méridiouule. Paris, 1844, 
l. IV, paj,-e 93. 

'2. Carlos Federico H.vrtt : Conlrihu<;ocs aelhnoUxjia do \ aile do Amazoïias. 
« Arcliivos do Miiscu nacional de liio de Janeiro », vol. VI, 1885, ])af^es J i 
el -21. 



MlGKATlONS l'UECULOMlilE.NNES lj!j 

vertes par lui à Cafezal, sur le Rio Tapajoz, et dans l'île de Paeoval, 
dans l'Amazone, territoires que rethnographie considère comme 
guaranis. 

M. le 1)'' Ilamy ^, dans son bel ouvrage, Galerie américaine du 
Trocadéro, donne la figure d'une urne de l'île Marajo, d'une forme 
semJjlable à celle de l'urne de El Carmen que j'ai décrite. Il 
parle d'une autre urne, de la même île, qui figurait à l'Exposition 
universelle de 1889, et qui contenait les ossements d'un adulte. 

Le voyageur français J.-B. Dehret^ dit, en parlant des Indiens 
« Goroados » du Rio Paraïba : « Les Goroados avaient ancienne- 
ment la coutume d'enterrer leurs chefs d'une manière particulière : 
la dépouille mortelle de ce chef révéré était renfermée dans un 
grand vase en terre cuite nommé camucis que l'on enfouissait assez 
profondément au pied d'un grand arbre. On en découvre quelque- 
fois aujourd'hui dans les défrichements. Ges momies revêtues de 
leurs insignes sont parfaitement intactes, et sont toujours placées 
dans leurs urnes funéraires, de manière à conserver Tattitude d'un 
homme assis sur ses talons, position habituelle du sauvage qui se 
repose. » Debret publie la reproduction d'une de ces urnes funé- 
raires dans laquelle on voit le cadavre. ^ 

D'autre part, le D"" H. von Ihering ^ décrit des urnes funéraires 
de Sâo Paulo, nommées igaçahas, contenant des squelettes d'adultes 
dans la position assise. Il les attribue aux Tupis. 

M. J.-B. Ambrosetti^ a aussi exhumé des urnes fun-éraires 
analogues sur les rives du Rio Alto Paranâ, dans le territoire 
argentin Misiones, et dans la République du Paraguay. J'ai vu 
moi-même au Musée national de Buenos-Ayres quelques-unes de 
ces urnes qui présentent beaucoup d'analogie avec celles des vallées 
de Lerma et de San-Erancisco. Le territoire oîi elles ont été trou- 
vées a toujours été habité par des Guaranis. 

1. E.-T. Hamy : Galerie américaine du Musée d'ethnographie du Trocadéro. 
Paris, 1897, 2« partie, pf. LVI. 

2. J.-B. Debret : Voyage pittoresque et historique au Brésil. I^aris, 1834, 
t. I, page 20. 

3. H. von Ihering : The Anthropology of the State of S. Paulo ^ Brazil. 
S. Paulo, 1904. 

4. J.-B. Ambrosetti : Los cenienlerios prehistôricos del Alto Paranà. « Bole- 
tin del Instituto Geogrâlico Argentino », tomo XVI. Buenos-Ayres, 1885. 



100 



vSociETi: DES a.mi:i!Ic;amstes de paris 



Les Guaranis qui, de nos jours, sont les plus proches voisins de 
ces vallées, sont les Chiriguanos lia])ilant au nord du llio Pilco- 
mayo, entre Tarija et la partie bolivienne du Grand Chaco. Ils 
enterrent encore aujourd'hui leurs morts dans de grands vases en 
terre cuite, surmontés d'un autre vase l'enversé formant couvercle, 
absolument comme dans les cimetières de El Carmen et de San- 
Pedro. 

Le P. Franciscain Alejandro Maria Corrado ' donne une descrip- 
tion très minutieuse des enterrements des Chiriguanos. Selon lui, 
l'urne est d'abord placée dans la terre et le cadavre y est mis ensuite, 




Fiy. 5. — Coupe verticale de la partie fouillée du cimetière 
(reniants d'Arroyo del Medio (Échelle 1/60). 

habillé de ses plus beaux vêtements, orné de ses bijoux, la figure 
peinte comme pour une fête '. Les Chiriguanos appellent les grands 
vases en terre cuite des yamhùis. Un yamhùi renversé sert, d'après 
Corrado, de couvercle à celui qui contient le cadavre 

Ce mode de sépulture est ancien chez ces Indiens. Dans les 
Lettres édi/imites '' est insérée une lettre du Jésuite Ignace Chôme 
qui donne les mômes renseignements que le P. Corrado sur la 



1. l'^r. .Mejandro Maria Corrado cl Fr. Antonio Coma.iuncosa : El Colegio 
Fviniciscuiw (le Turi JH fi sus inisioncs. Florence, 1881, page 52. 

*i. (Jarhis c(li/i(;tiiles. Fdition espagnole. Madrid, I7.")G, t. XI\', page 18(3. 

'.). Les ( ^liii'iguaiio-- se |)cigncnt la ligure et daiilrcs parties ilu c-orps a\cc 
ViiriiciK couleur extraite des fruits de JJix;i ()rcll;iii;i Lin. 



MIGRATIONS PRÉCOLOMBIENNES 101 



manière d'enterrer les morls chez les Chiriguanos de Gaiza (Rio 
Pilcomayo). 

Weddel ', de son côlé, dit de ces Indiens : « Lorsque Tnn d'eux 
vient de mourir, on place son cadavre dans un pot de chicha ~, avec 
ses armes, ses ornements, du maïs, une cruche d'eau et du bois 
pour faire du l'eu; on le recouvre ensuite avec un autre pot ou une 
dalle, et on le de^pose dans le sol même de sa maison. » 

Enfin M. Erland Xordenskjold ' a trouvé en 1902, dans la même 
région, un cadavre de Chiriguano, avec la chair encore en décom- 
position, enterré dans un grand vase recouvert par un autre vase. 

Ainsi, les témoignages, actuels ou lointains, sont d'accord pour 
démontrer que le mode d'enterrement des adultes dans des urnes 
en terre cuite appartient aux peuples tupis-guanaris et non à la race 
andine. En dehors de la littérature citée ci-dessus, je pourrais encore 
invoquer à l'appui de cette proposition l'opinion du D'' Paul Ehreii- 
reich, Tiin des ethnographes les mieux informés sur le Brésil, que 
j'ai consulté à ce sujet. 

Les cimetières de El Carmen et de San-Pedro sont donc guaranis. 
Ils prouvent qu'à une époque préhistorique, une population gua- 
ranie a habité cette région très distante, du Rio Pilcomayo oîi se 
trouvent, de nos jours, les Guaranis les plus proches. Dans un 
temps très reculé, cette race s'est vue obligée d'abandonner ce 
territoire, puisque les conquérants espagnols n'y rencontrèrent que 
des tribus diaguites et des Guaycurus errants du Ghaco, et qu'après 
la conquête, nous savons que les Indiens habitant le territoire de 
la vallée de San-Francisco jusqu'à Oran, étaient des Tobas et des 
Mataguayos ^ 

Il est très probable que l'on découvrira encore de nouvelles 
traces de Guaranis, plus à l'intérieur des ^'allées Galchaquies. 

Par exemple, le cimetière de Ghanar-Yaco, décrit. par M. Lafone- 

1. H. -A. ^^'EDDK^ : Voiiarfe dans le sud de la Bolivie. Paris, 1851, page 311. 

2. Chicha (en quicha.a:»,-? ou ashua) est la bière des pays andins, préparée 
avec du maïs et de la salive humaine comme ferment. 

.3. Globiis, B. LXXXIX, p. 179. Braunschwei-, 1903. 

4. Adrian Fernandez CoRNK.in : I)cscii/)riniiento de un i}uer(i cammo desde 
el Valle de Cenla hasia la villa de Tarija (t'crit 1791). Pedro tic Angelis : 
« Coleccion de obras y documentos relativos â la hisloria antigua y moderna 
de las proN'incias del I^iio delà l-'lata. » Buenos-A\ res, IS3(>, (omo I\'. 



102 



SOCIETE DES AMERICAMSTES DE PARTS 



Queveclo ' , appartienl peut-être à des Guaranis. La forme de certaines 
des urnes funéraires de ce cimetière rappelle en effet celle des 
urnes de El Carmen. 



II, — Un cimetière d enfants « calchnqui », au bord 

du Grand Chaco. 



Il y a quelques années, les débris préhispaniques des provinces 
interandines de la République Argentine commencèrent d'être 

l'objet d'investigations scientifiques. L'une 
des nombreuses vallées longues et étroites 
qui séparent les différentes chaînes de la 
Cordillère des Andes s'appelle la Vallée 
Calchaquie. Les auteurs ont étendu le 
nom à tout le territoire interandin et ils 
ont baptisé « Calchaquis » tous ses habi- 
tants préhispaniques, que les chroniqueurs 
du xvi^ siècle nommaient les Diaguites. 

L'on s'est ainsi habitué à nommer «civi- 
lisation calchaquie » toute la civilisation 
précolombienne de la partie andine du 
territoire argentin. 

Certains archéologues se sont attachés 

Fig. 6. Urne funéraire n° 1 ^ présenter cette ancienne civilisation 
du cimetière d'enfants d'Ar- 
royo del Medio. 




comme spéciale à ce territoire, quoique, 
en fait, les ruines et les objets d'industrie 
préhispanique trouvés démontrent qu'elle n'est que l'ancienne 
civilisation commune à toute la partie andine de l'Amérique du 
Sud. Cependant, les diverses tribus andines semblent avoir au 
moins différé au sujet de pratiques religieuses, et les habitants 
préhispaniques de la région calchaquie doivent avoir possédé des 
rites propres. 



1. S. -A. Lafone-Quevedo : Catàlogo descriplivo é iluslrado de las hiiacas de 
Chanar-Yaco. « Revista del Museo de I^a Plala », tomo III, pages 33 et suiv. 
La Plata, 189-2. 



Micii \TiMNs piîi:(:or.o:\iHiENM:s 



103 



On Iroiivc, enlrc autres, dans celle région, des cimelièves ne 
conlenanl que des cadavres d'enfanls en bas Age, renfermés dans 
des urnes funéraires de forme parliculière el avec des ornemenls en 
apparence symboliques. 

Le comle II. de la A'aulx ' a fait l'excavalion mélbodique d'un de 
ces cimetières et ses recherches démontieiil la dill'érence entre ces 
enterremenls caractéristiques de petits enfants et les modes ordi 
naires de sépulture. Je trouve très vraisemblalde son opiuLon (pie 
les enfants déposés dans ces urnes ont été sacriliés pour implorer la 
clémence des dieux, et qu'il ne s'agit 
pas d'enterremenls après mort natu- 
relle. S il n'en était pas ainsi, il serait, 
en elFet, bien étonnant qu on ait enterré 
uni(piement de cette manière spéciale 
et dans des endroits réservés nd hoc des 
enfjinls âgés d'environ un an. 

Ces cimetières sont sans doute pro- 
pres à la civilisation calchaquie. On 
n'en a trouvé ni au Pérou ni ailleurs, 
dans l'Amérique du Sud. Parmi tous 
les sacrifices humains de la conquête 
du Pérou par les Espagnols, énumérés 
par les chroniqueurs, nous ne trouvons 
nulle part la mention de sacritices 




d^enfants de bas k^e. 



f'i^-. 7. — Urne funéraire n'' 2. 
y^rroyo del Meclio. 



Les recherches archéologiques et les renseignements des auteurs 
contemporains de la conquête espagnole de ces régions font consi- 
dérer la vallée de Lerma comme la limite nord de la civilisation 
calchaquie. A ce titre, c'est donc une découverte intéressante que 
j'ai faite, quand, en PJOl, je trouvai dans le Grand Ghaco un de 
ces cimetières spéciaux de petits enfants disposés dans des urnes 
funéraires'^. 



1. 11. i)i: i.A \'ai i.x : Excursion dans les \ allées Calchaqui'es. Y. Journal, 
t. 111, p. 1()8 et sqq. 

2. Sur ce cimetière, jai déjà pul)lié un travail en espagnol : Enlerralorio 



104 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



Ce cimetière est situé dans un lien nommé Arroyo del Medio*, à 
l'est de la sierra Santa Barbara, dans la partie du Chaco qui appar- 
tient à la province de Jujiiy. Cette localité est composée de trois 
chaumières de métis qui s'occupent à la garde du bétail. La région 
est couverte de forets vierges. Le sol est composé de loess^ qui 
forme le terrain de toul le Crand Chaco. Les chaumières des mét^s 
sont situées sur les bords d'une petite rivière, l'Arroyo del Medio, 
de laquelle la localité a pris son nom. Celte rivière a creusé son lit 
très profond dans le sol, et ses bords sont formés par des berges 

de huit mètres environ de hauteur. En 
un point oîi la rivière forme un angle 
et dans les crues, de grands morceaux 
de la fondrière sont emportés par les 
eaux. Là se trouve le cimetière et, 
d'après les habitants, un grand nombre 
de ses urnes a été enlevé par la rivière. 
La fig . 5 montre une coupe verticale 
de mes excavations. 

Le terrain se compose des couches 
suivantes : 

20 centimètres de terre noire 




a 



végrétale. 



Fig". 8. — Urne funéraire n° 3. 
Arroyo del Medio. 



h) 30 centimètres de terre rouge, 
sablonneuse, provenant d'une sédi- 
mentation moderne. 

c) 2 centimètres de sable blanchâtre, 
trt'S mélangé avec de la terre végétale. 



d) 46 centimètres de terre noire végétale. 



é) 6 mètres (jusqu'au lit de la rivière) de terre rougeâtre, 
sablonneuse, poreuse [loess] . 

J'ai exhumé quatre urnes, désignées sous les numéros 2 à o, et 
l'un des métis en avait, avant mon arrivée, déterré une autre, le 
numéro 1. On voit, sur la coupe, à la droite de celle-ci, l'impression 



prehislùrico en Arroijo del Medio. « Ilistoria », tomo I, page i'2 et suiv. 
Buenos-Ayrcs, 1903. Voir aussi Erland Nordenskjold : Praecohimbische 
Wohn- und Begraehnissplaetze an der Suedivesfgrenze von Chaco. « Kong!. 
Svenska VeLenskapsakademiens l^oerhandlingar », Hand 36, Stockolm, 1903. 
1. A environ 23" 50' latitude sud et 06'' i"i' longitude ouest de Paris. 



MIGRATIONS PRECOLOMMIKNNRS 



105 



laissée par une sixième urne que le métis avait cassée, en la vou- 
lant extraire. Ces urnes étaient placées dans une ligne presque 
droite et à des profondeurs de 2 mètres (n" 1) à i'" 70 (n" 5). Toute 
la rangée des urnes, y compris celle dont il ne restait que l'impres- 
sion, a une longueur de 4"^ 50. 

Les dimensions des urnes sont les suivantes : 









Hauteur 
totale : 


Diamètre 
ni a. \i ni uni : 


Hauteur 
cln goulot : 


Diamètre 

intérieur du 

f,^oulot : 


Urne n" 1 


(r>a- 


6') 


0'"43 


0^29 


0'"11 


0ml4 


9 


(l!'J- 


7) 


0ni47 


0"i33 


0»'15 


0"^i4 


3 


[l'y- 


*) 


0ni44 


0"i33 


0mi4 


0nH3 


4 


[h- 


■") 


0^44 


0™33 


0'"14 


0^13 


5 


(/'■?• 


10) 


0"»o5 


0"^35 


0"M8 


0"M6 



Les urnes sont de terre cuite, 
d'une pâte fme et d'une cuisson 
parfaite. Leur décor, comme celui 
des urnes trouvées dans les cime- 
tières d'enfants caractéristiques de la 
région calchaquie, consiste en une 
grotesque figure humaine sur le 
goulot de chacune d'elles. Cette fi- 
gure a les yeux, le nez, les lèvres en 
relief. L'urne n^ 1 a aussi de grandes 
oreilles en relief, tandis que les 
autres ont de petits bras rudimen- 
taires. En dehors de celte figure 
humaine, l'ornementation consiste 
en lignes gravées formant différentes 
combinaisons autour du goulot et 
sur la panse des urnes. 

Toutes les urnes avaient l'orifice couvert d'une écuelle en terre 
cuite, mais ces écuelles étaient brisées par la pression de la terre, 
excepté celle de l'urne n*^ 5, représentée par la ficj. //. Elle était 
décorée avec des têtes de serpent et des lignes gravées en zigzag. 
Elle était placée sur l'urne, le fond en bas, tandis que les autres 
étaient renversées sur la bouche des urnes. 

Toutes les urnes contenaient des squelettes d'enfants d'envifon 




Fi^. 9 



Urne funéraire n" 4. 
Arrovo del Medio. 



101) 



sociKTic DKs ami':ri(;anisti;s \>k pmsis 



mi an. Deux de ces squelettes avaient des colliers eu petites perles 
circulaires, laites de coquillages. On trouvait aussi dans rinlérieur 
des urnes des morceaux de charbon, et (pielques-uns des os élaienl 
légèrement carbonisés à la surface, ce qui semble démontrer que 
les petits cadavres avaient été déposés dans les urnes avec des 
braises ardentes. Il y avait aussi des coquilles, dont plusieurs 
exemplaires d'une coquille marine [(Jlivn sp.), ce qui donne une 
preuve du commerce actif qui, aux temps préhistoriques, existait 
entre les peuples sud-américains. 

Le comte de la A aulx', dans 
le cimetière d'enfants de la pro- 
vince de Tucuman fouillé par lui, 
n'a trouvé que des crânes dans 
les urnes. Il y aurait là une diffé- 
rence avec le cimetière d'Arroyo 
del Medio, où je trouvai les sque- 
lettes entiers. Cependant j'incline 
à croire plutôt que les premières 
avaient contenu des squelettes 
entiers, mais que ceux-ci avaient 
été totalement détruits par la 
décomposition qui n'aurait res- 
pecté que des fragments de crâ- 
nes. Des squelettes anciens d'en- 
fants, le crâne est toujours la 
partie qui résiste le plus long- 
temps. Toutes les urnes funéraires 
d'enfants de la région calchaquie 
que j'ai eu l'occasion d'examiner, 
contenaient des fragments de différentes parties du squelette. 

A 0'" 30 au-dessous de l'urne n" 4 était un squelette d'adulte en 
position accroupie (voir la /ig. 5). Il était pourvu d'un collier en 
perles de coquillage. C'est le seul squelette d'adulte qui existait 
dans le cimetière. Probablement il aura été enterré dans le cime- 
tière d'Arroyo del Medio pour quelque raison spéciale, mais sa 
présence ne me semble pas empêcher de classer le cimetière comme 




10. — Urne funéraire n" â. 
Arroyo del Medio. 



I . L. c, pu^e 170. 



MIGRATIONS PRÉCOLOMBIENNRS 



107 



cimetière spécial aux enterrements d'enfants en bas âge dans des 
urnes caractéristiques. 

A quelque 15 centimètres au-dessus des urnes n^*^ 4 et 5 
s'étendaient deux pierres plates d'environ "^ 20 x 0"^ lo. Ce sont 
les seuls objets trouvés dans le cimetière, en dehors des urnes et 
des squelettes. 

Je dois avouer que les urnes ne sont pas tout à fait de la même 
forme que celles usitées pour le même usage dans les cimetières 
d'enfants des Vallées Calchaquies. Il y manque notamment ces 
dessins polychromes qui couvrent celles-là. Ceci ne me semble pas 





Fig. 11. — licuelle servant de couvercle à l'urne n° 5. Arroyo 
del Medio. — Développement de son décor. 



empêcher que le cimetière d'Arroyo del Medio n'appartienne sans 
doute à la même catégorie. Si, comme j'en suis convaincu, ce mode 
de sépulture était propre aux habitants précolombiens des Vallées 
Calchaquies, ma découverte à Arroyo del Medio démontrerait que 
ce peuple, à une certaine époque, était répandu jusqu'au (irand 
Chaco ou au moins jusqu'à la frontière sud-ouest de cette immense 
forêt. 

Le Chaco était, à l'époque de la conquête par les Espagnols, 
habité par des tribus guaycurues. Avant celles-ci, comme nous le 
prouvent les cimetières des vallées de Lerma et de San-Francisco, 
décrits ci-dessus, les Guaranis avaient occupé la région. Mais notre 
cimetière d'enfants d'x\rroyo del Medio est une indication que les 
Guaranis auraient été précédés eux-mêmes par des tribus andines^ 



108 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

celles-là même qui ont laissé les débris de la « civilisation 
calcliaquie », et qui, plus tard, ont été refoulées par les Guaycurus. 
Au résumé, à moins que de nouvelles découvertes ne viennent, 
modifier le sens des faits que j'ai décrits, nous nous trouverions, 
dans mes observations, tenir la preuve de deux migrations distinctes 
et successives des peuples. Un premier courant guarani venu du 
centre de l'Amérique du Sud se serait dirigé vers les vallées du 
nord de l'actuel territoire argentin. Une expansion postérieure 
des tribus andines se serait produite dans la direction contraire, 
suivie d'une ré";ression de ces tribus andines vers leurs montao'nes. 



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1 



e 
r 

3 



NOTES D'ARCHEOLOGIE MIXTECO-ZAPOTÈQUE 

(TUMULUS ET CAMPS RETRANCHÉS) 
Par M. Léon I)I(;UET 

Chargé de Missions du Muséum d'iiisloire naturelle, 
Membre delà Société des Américanistcs. 



Toute la région comprenant la partie sud de TEtat de Puebla et 
la presque totalité de TEtal de Oaxaea, région que l'on désignait 
jadis sous les noms de Mixtecapan et Zapotecapan, est couverte 
de constructions précolombiennes. Quelques-unes de ces construc- 
tions, telles que celles de Milla, Monte Alban, Chila, Guingola, sont 
aujourd'hui assez connues pour qu'il ne soit pas nécessaire 
d'y revenir ici. Elles montrent que les anciens peuples mixtéco- 
zapotèques étaient de bonne heure parvenus à un degré de culture 
élevé. Mais, à côté de ces ruines célèbres qui indiquent l'empla- 
cement de centres autrefois très peuplés et où, à certaines époques 
de l'année, devaient afïluer les foules pour les fêtes religieuses, s'en 
trouvent d'autres de moindre importance qui désignent l'emplace- 
ment de simples villages. 

Ces vestiges historiques, d'après leur situation, peuvent se 
diviser en deux groupes bien tranchés: celui des constructions sur 
les crêtes escarpées des montagnes ; celui propre aux régions moins 
accidentées, telles que vallées ou plateaux. Au premier groupe 
correspondent les deux ruines qui se trouvent à proximité de 
Zapotitlan de las Satinas et qui sont connues sous les noms de Cuta 
et de la Rinconada. Ces deux anciennes constructions, sur deux 
assez hauts sommets, dominent complètement les vallées qui, au nord, 
donnent accès au pays des Mixtèques. Elles représentent vraisem- 
blal)lement les camps fortifiés qui, aux époques des invasions, ont 
servi d'asile et de retranchements aux populations des plaines. Les 
indigènes actuels précisent cette hypothèse d'après leur traditions: 



Ilf) SOCIÉTl': DKS AMKRICAMSTES DK l>AHIS 

les ceiTos de Giitci eL de la Uiiiconada fiu-eiil des centres de résistance 
locale contre les Aztèques, à l'époque où ces derniers entreprirent 
la conquête des riches provinces du sud de TAnabuac. Leurs 
ruines rentrent donc dans la catégorie des ruines de Guingola, de 
Ghila, de celles qui existaient à la sierra de Iluizo et à la sierra 
de Ziniatlan et que l'histoire nous indique comme ayant été les 
fortifications où les Zapotèques entretenaient des garnisons pour 
empêcher les incursions mixtèques sur leur territoire. 

Ces deux camps fortifiés, d'où se découvre un vaste panorama, 
présentent une disposition toute spéciale qui consiste en assises 
étagées les unes au-dessus des autres, de façon à former une série de 
terrasses parfaitement régulières auxquelles donnaient accès des 
escaliers ou des moyens plus simples d'escalade. 

Sur ces terrasses, souvent dallées et encastrées dans des talus ver- 
ticaux en maçonnerie, s'élèvent quelques édifices pyramidaux, dont le 
mode et les détails de construction présentent un certain intérêt. 
Ainsi, l'un de ces édifices assez bien conservé quise trouve sur le bord 
du terre-plein dominant toute la montagne de Guta, affecte la forme 
d'un Ironc de pyramide quadrangulaire d'une hauteur de six mètres. 
La section tronquée présente une plate-forme de un mètre quatre- 
vingts de ccMé. Gette pyramide aurait, détail à noter, si elle était 
complète, une hauteur égale à l'arête de sa base. 

Une excavation pratiquée depuis longtemps sur l'un des flancs 
permet d'y pénétrer et de comprendre la structure interne. G'est une 
crypte, semblable à celles que l'on a rencontrées dans les divers 
monuments de la région, c'est-à-dire affectant un plan cruciforme. 
Une salle centrale quadrangulaire de un mètre soixante de large sur 
deux mètres de longet deux mètres de haut est flanquée, par côtés, 
de quatre pièces ou loges de dimensions un peu moindres , dont 
l'une peut-être offrait un couloir d'accès, qu'il est, d'ailleurs, dans 
l'état de dégradation du monument, difficile de reconstituer 
aujourd'hui. Le plafond est formé par un solivage de prismes basal- 
tiques. Gette roche ne se rencontre pas dans les environs ; elle a 
dû être apportée de loin par les constructeurs. Le corps de la pyra- 
mide consiste en pierres plus ou moins taillées ou en moellons 
assemblés par du mortier. Un dallage en pierres de taille recouvre le 
tout et forme les faces de la pyramide. 

Sur le cerro de Guta, on n'observe que cette seule pyramide. 



NOTES I) MîciiKOLOcii-: M I \ ri:(:( »-/. Ai'i » ri:( ti K 



111 



Placée sur riiii des anj^les de la plaLe-lorine supérieure, elle domine 
d'un cùlé un ])récipice. 

Au cerro de la Kiuconada, on rencontre les vestifres de deux 
pyramides. Du reste, en Tétat actuel, rinforme amoncellement 
des pierres laisse voir à peine la forme primitive de Tédifice. 

A part les pyramides, le reste de ces deux constructions de mon- 
tagne est assez bien consci-vé daus son ensemble, quoiqu'il dispa- 
raisse en grande partie sous la végétation arborescente, peu élevée, 
épineuse, mais caractéi'isli(pie de la flore de ces hautes régions, 
continuellement battues par les vents. 




Coi(pe el pldJi de h vyidundt i;ioiiii-diLt le disposifif iiûtritiu 




A . châjuht du fond 
3. ciidjubres lâïàcdei 
C, châ])ihTdiik(kld.chmhrt 
chikmA. 

0). soliwjeejipriômeécidiidesiiL 
_E, blocâffed l'éjÀt de piej/ts 

et cunent. 
T, ceitb-e. de Id c(-yjjtL. 



l*\riimi(Ic' (lu (^ei-ro de Cala 



112 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISÏES DE PARIS 

Quant au second groupe de ruines niixtéco-zajjoLèques, on les 
rencontre fréquemment dans les vieux centres populeux delà plaine. 
Ce sont des tumulus. Leur ressemblance avec des collines natu- 
relles les a fait désigner par les indigènes, actuels sous le nom de 
mogoles. Ces monuments, construits pour la plupart en briques 
crues, devaient avoir eu à leur origine des formes géométriques 
définies, qu'une couche de stucage, souvent renouvelée, sans doute, 
entretenait et préservait contre la dégradation atmosphérique. Mais 
ils sont abandonnés depuis des siècles. Leur couche protectrice a 
fini par disparaître et les formes primitives se sont alors peu à peu 
effacées, au point que ces vestiges d'une architecture toute spéciale 
ne semblent plus maintenant que des monticules recouverts par une 
flore herbacée. 

La constitution intérieure des ces mogotesna commencé à être 
à peu près connue que récemment, par les fouilles de notre collègue 
M. Marshall H. Saville, dans les environs de Oaxaca*. 

Jusque-là, on ne savait à ce sujet que ce qu'en rapportent le 
P. Burgoa et Antonio Gay~. Ce dernier dit, dans son Historia de 
Oaxaca : 

<( Quelques villages avaient un panthéon particulier. C'était un 
morceau de terrain disposé en carré parfaitement orienté, aux côtés 
duquel s'élevaient des éminences ou collines artificielles. Il était 
situé au milieu d'une vallée ou sur la cime d'une colline. Chacun 
des monticules contenaitdans son intérieur le sépulcre d'un cacique. 
En pratiquant une excavation, on rencontre, au centre, une salle 
habituellement quadrangulaire, avec une porte d'entrée, et, au 
milieu des murs, une niche où se trouvent des récipients ou autres 
objets de poteries, plus, un buste de métal ou de poterie représen- 
tant des figures humaines. On a cru que c'étaient des idoles. Mais il 
est plus probable que c'était le portrait du personnage enseveli dans 
l'endroit. » 

1. Saville, Cruciform Strnclures near Milla, in : « Bulletin of the American 
Muséum of natural history )),november 1900. — Cf. Campagnes archéologiques 
récentes dans VOaxaca, par. Léon Lejeal, in : « Journal de la Société >), t. IV, 
l""" série, n° 2, p. 174. 

2. Burgoa, (ieografica descripcion de la parte septentrional del polo arctico y 
niiera iglesia de las Indiasoccidentales. — José Antonio Gay, Historia de Oaxaca^ 
2 vol. in-8, 1881, t. I, p. 137. 



NOTES d'archéologie MIXTÉCO-ZAPOTÈQL'E 



113 



Jointes aux explorations de M. Saville, mes recherches apportent 
cette cerliliule que l'intérieur d'un inogote recèle un caveau central 
dont le plan est à peu près toujours le même. Il forme une chambre 
rectangulaire avec, habituellement, deux loges ou niches pratiquées 
sur les côtés, de façon h former une crypte cruciforme. Ce dispositif 
en forme de croix paraît, au surplus, du moins dans la plupart des 
cas, n'avoir pas de sens symbolique. En tous cas, l'opinion qui la rat- 
tache au culte du Dieu Tlaloc n'est qu'une supposition. Les. niches 
latérales élaient destinées, sans doute, à recevoir les objets qui 
accompagnaient le mort dans sa dernière demeure ; c'est ce qui a été 
constaté dans les mogotes explorés. Il était donc naturel de déposer 



Coupe pcrjjenÏKîSit Ja "fcW^ iiipjitiajak Cl^^t unhAi . h 




^tscdlia ctkijnses du soiiUdiSciiiciii'. 




:^ disises dt;bnai\Ê(i crues et le$ coiiclu.s' Jf sfaoïife 

"Il _ ; J rMl\c-de.ld.cryptt.A voûJt.orfivdIe,PitSeiîiuit Siuld 

I pdroi<iu.joiAaiifScrii.<icniclusrkforme5fiii/fiS''ict 
1 sur les cotes wit twJie. de. diniais'ionsjjlus ardiiAes 
- <T Chà»à\tS> ktàdlcs d toît pkt 

L.i'i" Couches de stuc ipsr mdi(iiwit luit, 
du(jniaddhon siiccessii/e du twiudas 
J Esaluj- doniidjit duès<L h jwtif^ stwéiejirt^ 
K Ddksfoniwd le soiddssauait 

II Ll tiistsjddcs iMi Hii rcvêteine/it en 
nwrtier 

III Fiue. onicmetliile. . 



Fig. 3. — Mogote dEjutla. 

symétriquement ces objets dans un endroit approprié. Certaines 
cryptes de mogotes présentent à leur partie antérieure qui forme la 
porte d'entrée, un linteau en pierre quadrangulaire portant gravées 
des figures mystiques, emblématiques ou simplement décoratives ^ 

1. Nombre de ces linteaux, extraits deleurs mogofes^se rencontrentdansles vil- 
lages des environs de Oaxaca où ils servent à difrértnts usages. A Zaachila, ancienne 
capitale du royaume zapotèque, on peut en voir deux, l'un à la maison muni- 
cipale, l'autre, encastré dans l'église. 



Sociélé des Amértcunisles de Paris. 



11 i sociÉi'i': i)i;s a.mékk; a.msii;s uk I'Ahis 

Bon nombre de mogoles, cléLruiLs pai'le vandalisme des indigènes, 
onl permis de consLaler (jue ces édifices u oii( pas été élevés en 
nne seule fois, mais qu'à des époques dilférenles, les consLrucleurs 
onL a joule de uouvelles assises de lyriques, de façon à augmenter 
les- proportions du monument . Par excuiple à l>julla. petite ville 
située à environ cinquante kilomètres de Oaxaca. un grand mogofe 
a été à moitié détruit et coupé de façon à former un mur. 

Sur la section ainsi mise à jour, on voit clairement que l'édifice 
futagrandi à trois rej)rises dill'érentes. (]et accroissement successif est 
constaté par des couches de stucage disposées parallèlement 
dans la construction'. ].c mof/o/e dKjulla, de forme hémisphé- 
ricpie. dune hauteur de six mètres, dun diamètre de base de 
quarante mètres, recouvre (f]g. 3i en son centre une crypte 
cruciforme d'assez vaste dimension, mais qui selon toutes probabi- 
lités a été retouchée, elle aussi, après coup, (juand on a augmenté 
les proportions de lédifice. 

l^lle olfre cette particularité que la partie centrale, orientée 
de 1 K. à '(). (et doni la moitié seule existe aujourcrhuij, est 
en forme de nef avec une voûte ogivale, les deux autres chambres 
foi'nianl lranse|)t paraissent seulement avoir eu une voûte à peine 
cintrée, presque moitié ])lus basse (jue le reste. Le fond de 
la nef, c'est-à-dire la partie (pu regarde lOrient. présente sur sa 
paroi, à mi-hauteur, une série de |)etites niches de dill'érentes gran- 
deurs et de formes variées. A proximité de ce fond et sur les cotés, 
se trouvent deux grandes niches creusées dans la paroi latérale. Les 
parois de la crypte laissent voir distinctement la brique crue de la 
construction. sans traced'uu revêtement. L'ogive du hauLneparaîl pas 
avoir été construite, mais taillée, du moins en partie, dans les assises 
de briques crues que l'on avait ajoutées lors d'une seconde augmenta- 
tion de l'édifice. C'est du moins ce (jue prouverait, à mon sens, une 
trace de stucage, visible encore à une certaine haulcur dans le 
mur. 

Cette crypte, comme dans la plupart des mogoles^ a dû 
être une chambre funéraire. Mais les indigènes n'ont pas con- 
servé le souvenir de ce que l'on trouva, lorsqu'on y pénétra 

I. (A'sstiirs rcprésonleul iinlaiil (lt\i;l:K'is c'xlei'iies. A cIki(|U(" a^iMiidissenicul , 
au lieu de les détruire, ou couslruisil j)ar-dc!-^us. 



NOTES d'aKC1IÉ0IJ»(;IK MlXTÉCO-ZAPOTIvOUE i\i) 

pour la prciiiièrc l'ois. Depuis louj^lciups, le propriélaiiH- avait 
disposé (le la chambre iuterue forl vasle de ce moiî/o^e pour l'usage 
domeslicpie et ou avait tait uu uiagasiii, et c'est seulemeut depuis 
quelques années, afin d'agrandii' nue cour, qu'on en a détruit la 
moitié. La l'ace externe orienlaie du nKxjofe permet de voir, sur une 
certaine longueur, ce que tul la hase de ce monument dont la 
forme était (piadi'angulaire el verticale, du moins sui' une hauteur de 
trois mètres ciiupiante. Un (^scalier (rune largeur de cin(| mètres, 
dont il ne reste plus que quelques marches de trente centimètres 
sur trente-cinq, donnait accès à la partie supérieure de l'édifice 
qui, prohablemenl, à son sommet, portait une plate-lorme assez 
vaste pour les cérémonies religieuses. 

Toute la partie extérieure mise à jour a montré la décoration 
dont était ornée la base de l'édifice. Sur une hauteur de quatre-vingts 
centimètres, des pierres calcaires taillées formaient le soubassement 
de ce socle. Il se continuait en hauteur par une série de frises en 
stuc épais, parfaitement travaillé. Une seule de ces frises pré- 
sentait un motif d'ornementation. 

Les mogotes qui se trouvent dans les grandes vallées de l'Etat de 
Oaxaca ne sont pas toujours isolés. Dans certains endroits on les 
rencontre réunis en groupe et, quelquefois, sur une éminence'ou 
un tertre élevé, par exemple à Etla et à Miahuatlan (Oaxaca). Ces 
tumulus aux vastes proportions doivent comporter certaines 
particularités utiles à connaître. Il faut donc espérer qu'un jour 
des fouilles exécutées méthodicpiement en feront connaître la 
structure intime. Ces fouilles, au surplus, ont un réel caractère 
d'urgence. 

Car le vandalisme indigène n'est plus aujourd'hui retenu par la 
crainte superstitieuse qui, seule, a permis à ces vestiges de civili- 
sations mortes de nous parvenir. Et, par suite, ils ri-squent de com- 
plètement disparaître, renversés dans l'unique but de se procurer 
des matériaux ouïes éléments de nouvelles adobes. 

Or, de leur exploration parfaite défend Télucidation d'une intéres- 
sante énigme archéologique. Nous croyons que les mogotes^ de même 
que les pyramides camps retranchés, étaient des monuments funèbres, 
c'est-à-dire des sépultures, et, tout à la fois, les autels d'un culte des 
morts. Les plus importants (tel celui de Miahuatlan, Oaxaca), comme 
les plus humbles, furent, dans l'origine, sans doute, des mausolées 



IIG SUCIEIK DKS A.MEliK.AMSTES Di: l'AlllS 

indivicliR'ls. Puis, lapopulalioii s'rlanl accrue, il f'alluL les augmenter, 
pour leur permellre de donner asile à d'autres défunts. L'agrandisse- 
ments'expliqueraitaussipar riinjiortance croissantedu culle rendu au 
locataire primitif. Et, pour cette double raison, le /;?o(/o/e devint à la 
longue commenn téocalli. Comme aux téocallis, la foule, à certaines 
époques, devait y alïluer. 

Mais cette manière d'expliquer les niogotes n'est encore qu'une 
hypothèse. Au fond, nous avons peu d'indices de leur utilisation. 
Commet ont dit les auteurs qui nous ont précédé sur cette question, 
les mogotes, situés dans les vallées, à portée delà route des conquis- 
tadores, ne fournissent aucun objet propre à éclairer vraiment leur 
destination ancienne. Sans doute, ils furent pillés par les Espagnols qui 
voulaients'enapproprier lecontenu. Pour pouvoir déclarer formelle- 
ment que niogole est, en toute circonstance, synonyme de tombeau, 
il est donc indispensable d'explorer ceux de la haute Mixtèque, plus 
écartés et vierges encore de toute profanation. Quelques-uns, en ces 
dernières années, ont pu être ouverts. Ils fournirent, avec des osse- 
ments, lout un matériel funéraire //? v/Vw. Des fouilles scienliiiques 
complètes, pratiquées avec méliiode sur toute cette catégorie de 
monuments, sont indispensables avant toute conclusion définitive. 



SUR L'ORIGINE DU MOT « KALALEK - 
NOM POPULAIRE DES GROENLANDAIS 

Par M'"<^ Signe RINK. 



Iniiif el Yuit (les hommes), voilà, on le sait, le nom générique 
que se donnent les Eskimos de toutes les régions. Mais, avec ce 
qualificatif commun à toute la race, les Eskimos du Groenland ', 
pour se désigner plus spécialement, emploient le terme de KMùlek 
(pluriel : Kalùtlif)-^ que les Européens des élablissements danois 
ont fini par appliquer eux aussi aux indigènes. Ce vocable, qu'on 
trouve également au Labrador, peut donc être considéré comme 
propre à la plus grande partie des « Inuits » orientaux 

Son origine et sa signification ont fait Fobjet de nombreuses 
recherches et de longs débats. Les savants danois, pour la plupart, 
considèrent la discussion comme close. Mon avis est tout différent, 
et je vais essayer de le justifier. 

L'opinion communément adoptée quant à l'origine du nom 
Kidàlek, est celle du missionnaire morave S. Kleinschmidt, consi- 
déré comme le maître de la linguistique groenlandaise. Ce célèbre 
lexicographe fait dériver KkUUek de l'appellation laissée aux 
Eskimos par les « Yikings » norvégiens-islandais, c'est-à-dire du mot 
Skraeling . Skraeling ^ c'est la peau, c'est l'écorce, la pelure dont 
on dépouille le fruit, avant de le manger, le légume, avant de le 
cuire el, par extension, quelque chose d'inutile, de négligeable, un 
objet de dédain. Skraeling^ au surplus, par une bouche vraiment 
groenlandaise, ne s'aurait être prononcé que « Sa-kàlàlek » ou 

1. Sur les quatre ou cinq tribus d'Inuits qui peu|)lèrenl, à dilTérentes époques 
el par des voies diverses, la terre groenlandaise, on nie permettra de dire ici 
que je prépare un travail détaillé. 

'2. Il est bien entendu que a désigne ici un « a " court et bref. 



IIS sociKii': i)i:s amkiuc.amstks \)K paris 

<( Si-kàlàlck »'. Kl comiiu', d'aiilre parU le lermc K;il;\lel,\ — • 
ajoiile en siiljsLance iiolre aiilcui-, — iTesl consLalé comme nom 
national qne clans les parties dn Groenland oii les anciens Islandais 
avaient fondé des colonies, nous sommes en droit de conclure que 
ce mot vient des A ikings. Ils en usèrent vis-à-vis des Kskimos, 
entrés dans le Groenland, par allusion méprisante à la petite taille 
de leurs adversaires. 

Tel est, dans sesi^randes lignes, le raisonnement de Kleinschmidt. 
Uemarcjuons d'abord la faiblesse de l'argumenl qu'il tire des défor- 
mations que les gosiers indigènes auraient fait subir au mot 
Shrueling corrompu par eux en Khlfileh. On pourrait aussi bien 
dériver Khliilek de « (iroenlander " ou de « Groenlaending )> i cette 
dernière forme du nom de la « Terre verte », plus spécialement 
islandaise et employée dans les « Sagas »), car <( Groenlaentling », 
dans la phonétique indigène, donne A7/A'î/?r//e;?r/, lui-même assez 
voisin de KhhUek. Quelle apparence, d'ailleurs, que les T^skimos 
du Groeidand aient consenti à ramasser, pour s'en parer, un sobri- 
quet inventé par les A'ikings?Ge serait admettre (pie des vainqueurs, 
— car les Khbillil, on le sait, devaient finir par l'emporter sur les 
Islandais, — consentent à se laisser baptiser par les vaincus. Il 
faudrait admettre aussi que, pour prendre un nom, les Kskimos 
eussent attendu le moment où ils se trouvèrent, par hasard, en con- 
tact avec quelques étrangers. Il est plus naturel de supposer que 
ces mots Khlùleh'^ Kldàllit étaient usités longtemps avant la 
rencontre des Eskimos et des Scandinaves. 

Il y a d'ailleurs, à notre sens, dans la théorie du missioniuiire 
morave, une erreur de fait. De Shrueliuçf à Kalfdek, le passage 
aurait été, dil-il, la forme « Sa-kàlàlek » ou <( Si-kàlàlek ». Or, à 
notre connaissance, historiens, voyageurs, ethnographes, mission- 
naires, linguistes n'ont jamais constaté l'existence de cette forme. 
Les indigènes non plus ne la connaissent pas, même hislori(]uement, 
c'est-à-dire même comme ayant été employée parleurs ancêtres. 

D'autre part, il semble bien que Kleinschmidt ait négligé, dans 
son explication, quelques circonstances très importantes. D'abord 
ce fait, mis en lumière par MM. Krdman Warmor^', qu'à côté d'une 

1. Kleinschmidt ici l'ait allusion à la difïicullé bien connue qu'éprou\enl les 
Groenlandais à émeUre deux consonnes accouplées et, encore plus, li-ois, comme 
dans le mol d SUrnehiuf ». 

2. Voir Le.ricdii L;i/)r;i(l(i-J'Jskiiu<i. 



SIR l.'oiiiniXE Dr MOT (( KALALFK « 119 

roriHi' Cil / (les mois kiih'ilck uL Ivulàllil, une l'orinu vu r élaiL cL 
est eiieoie usitée, et spécialemenL clans le Lal)rador. Puis cette auLre 
particulai'ilc (jue ce l'uL précisément en terre américaine, sur le sol 
continental, dans le « ^'inland >> ou dans d'autres conirées orien- 
tales (\n continent (jue se produisit, au xi'' siècle, le premier choc 
des ^'ikings et i\v^ Kskimos, très antérieur à l'invasion de ceux-ci 
dans le (rroénland au xiv'' siècle. Enfin, détail très important, qui 
résulte de Torlho^raphe adoptée par le célèbre américaniste, 
D'' ^^'ill. II. Dali, \;t delà prononciation indigène des Eskimos n'est 
pas 1 .7 des Européens, mais une voyelle mixte, participant de 1^7 
et de y <). Sur ces jirémisses, édifions notre solution personnelle. 

Au pays labradorien où les A'ikmgs trouvèrent pour la première 
fois les Eskimos, comme dans le Groenland, il n'est ])as douteux 
que les mots en ^ Kàlàk » et (( Kàrâk » désignent les Eskimos en 
tant qu'hommes de petite taille, par opposition aux gros et grands 
Indiens* qu'ils trouvèrent sur le sol américain. Ceci résulte d'innom- 
brables lés^endes racontant les luttes- des Eskimos et des Indiens. 
Toujours le petit Eskimo est ojjposé à l'Indien de grande taille, que 
le k'olk-Lore eskimo ridiculise un peu. Mais d'autres légendes 
visent des temps antérieurs à ces conflits et narrent le passage de la 
race d'île en île, à travers l'Océan, jusqu'au continent américain. 
Ce folk-lore raconte les croisières des Iniiits dans les « eaux 
vertes » de i' Ania-Bin » (les parages de la mer de Bering), avant 
d'aborder la côte d'Alaska où les <> petites gens » subirent 
l'attaque des '< gros » Indiens. D'antres récits encore nous disent 
que, dans cet exode, le peuple KnhHek ou Kitriileli ne marchait 
pas seul, mais accompagné d'un peuple frère, les Tchu Kichi, qui 
le suivit jusqu'au bout. 

Si, a ce folke-loi'c des Eskimos d'Amérique et de Groenland, 
j'oppose celui de leurs congénères d'Asie, les Korinks et les 
Tchoiilches, je trouve, d'après Klaproth, dans son Asiu polycjlntla, 
des histoires identiques de migrations semblables, accomplies par 
ces peuplades, bien loin vers l'Est. VA, dès lors, tout s'explique. Il y 
a j)arenté de nos Kàlàk et Kàrâk, KhlitlUf ou Khrûllil d'Amérique 
avec ceux d'Asie. A celte parenté correspond une identité dans 
les noms. Comme je lai observé, dans la phonétique de ces 
peuples, a et o s'équivalent. C'est donc des Ko/'ùik de l'Asie que 
les Eskimos du Groenland doivent tenir le nom qu'ils se donnent. 



120 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

lequel n'a rien à voir avec le mot « Skraeling » des Islandais. Au 
surplus, encore aujourd'hui, dans les veillées d'hiver, les Kalâtlit 
groenlandais aiment à deviser d un <( oncle » ou a ancêtre » qu'ils 
possèdent bien loin dans l'Ouest. Leurs idées, à cet égard, sont 
assez courtes. De cet oncle ils ne savent point détailler les hauts 
faits, comme la plupart des peuples le font pour leurs chefs 
d'origine, pour leurs héros, comme ils le font eux-mêmes pour 
KàgsHCjssùk^ Kàgssuk., Akigssiak et plusieurs autres. Cette séche- 
resse, cette pauvreté de détails n'indiqueraiént-elles point qu'il 
s'agit d'un oncle collectif, d'un /jei/jo/e, et n'achèveraient-elles point 
de prouver l'origine véritable des mots Kalâlek ou Kàrâek^ issus 
en droite ligne du Koraek ou Koriak du steppe asiatique ? 



ACTES DE LA SOCIETE 



SKANC1-: DU MARDI 3 MAI 1904 

Présidence de M. i.e TV T.-E. IIamv, membre de l'Institut 
ET DE [/Académie de médecine. 



Le Secrétaire donne lecture du procès-verbal de la réunion du l'2 avril, qui 
est adopté ; puis il dépouille la correspondance qui comprend ; 1'^ les numéros 
courants du Glohus (16 et 17); '2'^ les Proceedincfs of the Academy of natiiral 
Sciences of Philadelphia [A" trimestre 1903) ; 3" les Pntceediiujs of the Ameri- 
can Philosophical Society de Philadelphia (May-Deceniber 1903) ; 4" VAnnual 
Beport of the American historical Association for the year 1902. 

M. le Président annonce le nouveau départ de M. le D'' Rivet vers des régions 
péruviennes très différentes de celles visitées antérieurement par notre colla- 
borateur. Il met ensuite aux voix les candidatures, précédemment posées, de 
MM. Luis Garcia Pimentée et Auguste Moireau, qui sont admis comme membres 
titulaires. 

Enfin, M. le comte de Gréqui Montfort prend la parole pour le récit de son 
voyage dans les zones andines du Chili, de l'Argentine, du Pérou et de la 
Bolivie. Il en indique d'abord brièvement le but et l'économie. Gonçu avec une 
certaine ampleur, le plan comprenait des recherches distinctes, effectuées par 
des spécialistes différents, sur le sol et le sous-sol, les productions naturelles, 
l'anthropologie, l'ethnographie ancienne ou actuelle et la linguistique des 
Hauts-Plateaux andins, depuis le Titicaca jusqu'à la région de Jujuy. G'est 
ainsi que les organisateurs, MM. de Gréqui et Sénéchal de la Grange, furent 
amenés à s'adjoindre divers auxiliaires, entre autres nos compatriotes, 
MM. Courty et de Mortillet, et M. Boman, ancien collaborateur d'Erland 
Nordenskjold. L'entreprise se présente donc comme une des plus vastes 
enquêtes qui aient été dirigées sur l'homme, tant moderne que précolombien, 
et sur son habitat, dans les Andes méridionales. Bornant son exposé aux seuls 
résultats archéologiques de l'exploration, M. de Gréqui Montfort insiste sur la 
campagne de M. Boman, au nord-ouest de la République Argentine (Puna 
Argentina et Vallées Galchaquies). Il montre qu'à premier examen, les objets 
recueillis dans les fouilles de la Quebrada del Toro, de la vallée de Lerma.de 
la Satina Grande, etc., permettent de croire à la superposition de trois races 
ou de trois civilisations distinctes en ces pays, parmi lesquelles la civilisation 



122 .s(»( ihrrK i»i;s uikricamstf^s di; i'aiîis 

dite (( c;il(.'lia'[iiie " pai-aîl la plus a\-aiu'(''e. I/uiie des deiiv autres (dans la vallée 
de Lgi'iiiii compoi'le des niiniixls dii diiiiLMisions médiocres, qui ne sont pas des 
tombeaux. Toutes trois se (listin;.;uent par un mode s[)rcial de sé[)ultui-es. De 
nombreux pétro^dyphes ont été relevés par ^[. Homan ; ceux de la Funa sont 
une véritable nouve-uil'' archéoloi^ique. M. de (]ré((ui .Nfonlfort consacre la 
seconde partie de sa communication aux rechercdies de MM. Adrien de Mor- 
lillel et (]onrtv sur les antiquités de Tialuianaco. (^omme il a déjà été indiqué 
dans le .hiuruul de In Société (voir t. I, nouv. séi-., p. iMVi et p. :i"il), les explo- 
rateurs ont pu di'csser des célèbres l'uines une to[)ot^rapliie plus exacte et plus 
complète tpie les ])récédentes. D'autre part, ils (Mil pu mettre au jour, sous la 
colline artificielle, flite de .\c;ij);iiin, des restes d'édifices et fout un matériel 
etbnograpbique, beaucoup plus anciens que les vestiges observés à la surface, 
ce qui recule {raufant le j)assé de cette contrée, passé trop sou\ent limité par 
certains savants à la seule période incasique. 

Après M. de (Iréqui Montl'ort, ses deux compagnons de voyaj^c, MM. de 
MomiLi.KT et CoiiiTv, veulent bien commenter le plan qu'ils ont dressé de Tédi- 
fice souterrain de la pyramide de n .\capana ». l'^nfin, M. de Créqui invite les 
membres de la Société à \isiter l'exposition des collections (pi'il doit procliaine- 
ment ou^■rir au Trocadéro. 

M. le D'" II.v.Mv, au nom de la Société, félicite et remercie cbaudement les 
trois explorateurs, et de leurs succès et du compte rendu si vi\anf qu'ils ont 
bien voulu nous faire. H lè\e la séance à (\ h. 10. 



SÉANCE DU MARDI 7 JUIN 1904 

Présidknci; de M. IIenrv \'i(;nai;d, vice-président. 

Lecture est donnée du procès-verl)al de la séance du 3 mai qui, après obser- 
vations de M. (Gonzalez de La Rosa, est adopté sans modifications. 

Le Secrétaire transmet les excuses de MM. le D' Hamv, le comte de Charen- 
cev, Froidevaux, le duc de Loubat, Aug. Moireau, le marquis de Peralta, empê- 
chés d'assister à la réunion. Il procède ensuite au dépouillement de la corres- 
pondance. La correspondance imprimée comprend : 1" les numéros courants du 
Globus (l(S, IV), "JO, 21) dans lesquels M. Lejeal signale des articles américa- 
nistes d'ethnoj;raphie, anthropologie, géographie et statistique de MAL Fehlin- 
ger, Lehmann-Nitsche, Sievers et Weissenberg; "2" le Bnlelin dcl (hierpo de 
Inc/enieros de minas del Perii (n"'' i, 5, 6, 7, 8, 0) ; '.V' une brochure de M. Juan 
B. Ambrosetti {(Jaheza humnna preparada secjùn el procediinienlo de los 
Indios Ziraros del Ecuador). 

La correspondance manuscrite ne comporte que deux lettres d'accusé de 
réception du Lesueiir et des relevés de factures. 

MM. le duc di: Lolbat et Le.ieai. présentent la candidature comme membre 



ACTES DR LA SOCIÉTÉ 423 

liliilaii'C (11' M. James, II. Ihni:, ancien prési(lenl-^énéral de la l'Y-déralinn de 
ïAllinnce française anx l'Itals-Unis. \'u la proximité des vacances, il est 
immédiatemeiil statué sur cette présentation qni est accueillie à runanimité. 
M. Ilvde aHii-me l'intention de se faire inscrire comme donateur. 

La Société décide de tenir une dernière séance au début du mois de juillet, 
pour recevoir notre collègue, le D"" Montam': de La Havane, qui annonce son arri- 
vée à Paris. La lecture du mémoire de M. Jules Humi!i-kt sur les ^\'elser est 
renvoyée à celte réunion. 

M. Lejkal, au nom du l)'' IIamv, donne l'analyse d'une lettre récente de 
M. Léon DiGUET sur son dernier séjour au Mexique. Il résume aussi les infor- 
mations qui lui sont parvenues de Mexico sur l'odyssée du ÎÀenzo de ht Pere- 
(irinacion Azteca, heureusement retrouvé et replacé dans les collections du 
Museo nacional, après de nombreuses années d'oubli. 

M. Luis Garcia Pimentel, après avoir remercié la Société de son élection, dépose 
en homma;4e sur le bureau son édition des Mémorial les de Mololinia, celle plus 
ancienne de la « Descripcion » de l'ancien » Arzobispado de Mexico » et la 
réimpression récente des Ohras de son oncle, 1). Francisco Pimentel. M. Lejeal, 
à ce propos, indique brièvement l'importance du texte des Menwrinles et croit 
devoir attirer l'attention de la Société sur le service méritoire que M. Garcia 
Pimentel rend aux études mexicanistes, en poursuivant la publication des 
portefeuilles inédits du ^rand érudit, Garcia Icazbalceta, son père. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. Henry Vignai'd. Ce travail 
explique, par les relations entre les familles Colon et Toledo, l'orig-ine du fonds 
d'archivé colombien de la maison d'Albe. Il analyse, d'après les publications 
faites en ces dernières années par la duchesse d'Albe, quelques-unes de ces 
pièces, qui se distin|^uent tout à fait des documents du monastère de Las Cuevas. 
Il en suit les diverses vicissitudes et s'elforce, surtout, de démontrer qu'elles 
furent, en partie tout au moins, transportées à Saint-Domingue par Maria de 
Toledo. 11 examine la question de la mise en œuvre des papiers de Colomb par 
Las Casas et, en appendice, étudie le rôle de Fernand Colomb dans l'affaire des 
faux Toscanelli. 

L'assemblée vote l'iiisei'lioii du mémoire de M. \'i(;NAri) dans le Journal 
(voir nouv. sér., t. L p- '-273) et se sépare à 5 heures 45. 



SKANCE DU MARDI 5 JUILLET 1904 

PUHSUJENCE DE M. LE D' E.-T. HaMY, MEMBRE DE l'InSTITLIT 
ET DE l/.\cADÉMU-: DE MEDECINE. 



Après lecture du procès-verbal de la séance du 7 juin qui est adopté, le 
Secrétaire dépouille la correspondance. 

La correspondance imprimée comprend : l** Iqs numéros courants du Glnlnis. 



124 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

(t. 8ô, n° 24 ; t. 86, n° I ) ; '2° les Anales del Miiseo nacional de Mexico [Z^ Epoca, 
t. I, n" 5, Marzo 1904j qui contiennent, entre autres, le texte de la Guerra de los 
Chichi rneca-'i de Gil Gonzalez d'Avila et de nombreuses planches relatives à la 
sculpture chez les Nahua!?. 

La correspondance manuscrite, outre les lettres d'excuses, comporte une 
lettre du Comité du « Congrès international des sciences géofj^raphiques », 
invitant la Société des Ainéricanistes à se taire otllciellement représenter à la 
VIII'' session (Washington). M. Henri Cohduor veut l)ien accepter le titre de 
délégué. 

M. Luis Garcia Pimentel fait hommage de sa dernière publication [Relacion 
de los ohispndos de Tlaxcala, Michoacan, Oaxaca, y olros lucfares en el 
siçflo XVI). 

Après quelques mots de M. Diguet sur son récent voyage dans les régions 
occidentales du Mexique, Tordre du jour appelle la communication de M. le 
D"' Louis MoNTANÉ, membre correspondant, sur Tarchéologie précolombienne 
de Cuba. J^orateur commence par donner un inventaire détaillé des fouilles 
auxquelles il procéda, il y a une vingtaine d'années, dans la grotte de Sand 
Spirilu. Il explique les raisons qui empêchent de conclure au caractère ancien 
(en l'espèce, quaternaire) de cette station. Le site a subi des phénomènes non 
équivoques de glissement. D'autre part, l'arrangement intentionnel des corps 
semble dénoncer une époque néolithique. M. Montané complète cette monogra- 
phie par un rapide examen des principales découvertes préhistoriques, faites, 
plus ou moins récemment, dans l'île. Il insiste sur les explorations entreprises 
dans les grottes de la sierra de Cotillas (Cuba occidental), sur celles du cap 
Maysi (crânes aborigènes, présentant cette déformation qu'on a longtemps 
appelée (/e/br/?(fT//o/? caraïbe el c\m est, en réalité « palenquéenne »), entin, sur 
l'examen des « caneyes » ou « mounds o à ossuaires, rencontrés à l'intérieur de 
l'île. Une troisième partie de la communication est consacrée aux survivances 
indigènes à Cuba. M. Montané rappelle les observations de T). Rodriguez Ferrer 
sur la famille Hojas, famille d'Indiens non mélangés, établie, vers 1847, dans 
une vallée de la sierra Maestra, entre Gnantanamo et Tiguabo. Personnellement, 
notre collègue a pu étudier, dans la même région orientale, mais plus près de 
Santiago, une autre famille de race pure, les Mendoza. Les Mendoza, comme les 
Rojas, ont émigré à l'intérieur de la sierra forestière, pour éviter l'impôt et le 
contact des blancs et des métis. D'après leurs caractères anthropologiques, 
M. Montané, approuvé par MM. Hamy et \'euneai:, inclinerait à voir, dans ces 
petits groupes familiaux, les derniers représentants de la race des Cebuneys- 
Igneris, apparentée aux populations continentales de la Floride et du Yucatan 
et, en tous cas, nettement distincte de l'élément caraïbe qui avait envahi les îles 
sud-orientales de l'archipel des Antilles. 

La parole est ensuite donnée à M. Lejeai. : 1" pour un compte rendu des der- 
nières publications de M. Clarence Moore sur les mounds floridiens (voir : 
Journal^ nouv. sér., t. I, p. 3.50); 2" pour un bref résumé du mémoire de 
M. Ih.NUîERT de Bordeaux (voir : Journal, nouv. sér., t. I, p. 309), où l'auteur 
réfute, textes en main, la tradition qui présente la concession du Venezuela aux 



A(;ii:s iJE r,A sociioik 12.') 

Welser coiunir le jn-sulLat (l'un pvci i.\';\v<j;vn[ ronsciili à ( Iharies-QuinL par les 
banquiers (rAiij^sbour^-. 

\'A\ fin (le sé-ance, M. dk ('-iii':i,it i Montkout ollVe à ses collègues de leur faire 
lui-int'ine les honneurs de son exposition, (^dle aimable proposition est accep- 
tée et rendez-vous est pris au 'rroca(k''ro pour le vendredi S jnillet, à lO heures 
du matin. 

La réunion se sépare à (i heures 25. 



SKANCK DU MAllDI 8 X0VKM1U11-: 1901 

PriÎSIDKNCK de m. LK D' K.-T. IIaMV, MllMBRK DE [.'InSTITUT 
ET DK l/AcADÉMIK DK MÉDECINK. 



I^e |)rocès-verbal de la séance du mardi .5 juillet 1904 étant lu et adopté, le 
Secrétaire dépouille la correspondance manuscrite qui comprend, outre cinq 
lettres dexcuses et les accusés de réception de ienvoi du Lesiieur : l" trois 
notices analytiques de M. le comte de Turenne, sur des périodiques américains 
[Proceediugs o/' Ihe Americtn Aniiquariaii Society, vol. W'I ; Proceedings 
of (lie Ai))eric;iii Pliiliisiij)hical Societij, vol. XLII ; Annu^il Ueporl oflhe Ame- 
rican IlisloriatI A.-;soci;tlioii^ année IV)02) ; '2'^ une lettre de notre associé 
correspondant, M. Karl von den Steinen, relative à l'échange du Journal de 
la Société avec le Zeilschrij I de la Ikrliner Anthropologische (i%selhchaft ^ 
3" deux lettres à propos d'un mémoire philologique oll'ert pour \e Journal ^ 
4^ deux lettres de candidature, l'une de M. Jules Hu.mbert, professeur agrégé 
au Lycée de Bordeaux (présenté par NHL Hamy et Lejeal), l'autre de ^L Edouard 
DE JoNGHE, docteur en jjhilosophie et lettres de l'Université de Louvain, lau- 
réat et boursier de voyage du ministère belge de Tlnstruction publique (pré- 
senté par MM. Hamy et Lejeal) ; h" une lettre du prince Roland Bonaparte, 
remerciant de Ienvoi du tirage à part sur les Welser. 

La correspondance imprimée se compose : 1" d'une circulaire de MM. FLvmv et 
Verneau, au nom du Comité d'organisation du» Congrès international d'anthro- 
pologie et d archéologie préhistoriques >i, qui doit se tenir à Monaco pendant les 
vacances de Pâques de 1U()(3; '1" d'une circulaire de la >i Ligue latine de France 
et des républiques latino-américaines », envoyée par .\L Désiré Pector ; 
3" des numéros courants du Glohus (t. 86, 2 à 17 inclus) ; i" de listes de publi- 
cations émanées de la '^ Smilhsonian Institution » et du '( National Muséum » 
de \\'ashingt()n ; ."j-" des Proceedings uf Ihe American Anliquarian Socieli/ 
(Meeting de Boston, 27 avril lUOI? ; C)'^ du numéro courant de \ American and 
Oriental Journal [^eplemhcr and october 19()i, vol. XXN'L n" .')' ; {')" du Bulle- 
lin of the Xew York public Lihran/ for I !)0 / \ 7" de VAnnual Report des 
Directeurs de la « l{ed\\'(jod I^ibrary » de Newport ; 8" des échanges habituels 
du Mu.seo nacional de Mexico (Bolelin u" 10-12; Anales, 2' bqDOca, t. I, 



126 SOCIIÎTÉ DES AMÉKICAMSTES DE PARIS 

n"^ 6-7, Biblioleca, n" i); 9" de divers hommages adressés à la Société par ses 
correspondanls, MM. K. von den Steineii [Diccionario de la leiir/ue Sipiho) et 
Juan B. Amhrof^elli {(Joiiffre.sso de Aincricanisfns, New-York, 190'2 ; Vinje a 
la Piinn de Atacama; Apuiites sobre la arqueolorjia de la Piina de Atacama ; 
Insi(jnia lilica de Mandn de iipo Chileno ; Hacienda de Mali nos \ralles (lai- 
chaquies]) ; 10" enlin, de la liirtsla de Archiros do ^Jusen nacional de Rio de 
Janeiro (vol. 8, U, l(t, il, 12 1, oll'erle par M. de Pisa, ministre du Brésil à 
Paris. 

Après un court résumé des travaux du Coni;rès de Stuttgart auquel il a pris 
part avec deux membres de la Société, M. le D'' IIamv donne lecture de son 
mémoire, annoncé à Tordre du jour, sur J. N. Brard, un « voyageur oublié », 
ami et compagnon de Dombey, l'un des plus anciens correspondants du Muséum 
aux Antilles. Cette intéressante notice exhume, entre autres pièces curieuses, 
une série de lettres de Bernardin de Saint-Pien^e. 

M. le Président donne ensuite la parole à M. Léon Diguet pour sa communi- 
cation sur l'archéologie zapotèque (v. Journal, nouv. sér., t. II, n" 1, p. 109). 
Dans ce travail, lauleur étudie spécialement les « cryptes cruciformes » qu'il a 
pu examiner dans la région de Xoxo. M. Diguet montre que la plupart des 
chambres en forme de croix étaient surmontées d'un niogote. 

Cet exposé, appuyé sur des photographies et des dessins, provoque une courte 
discussion à laquelle prennent part MM. Hamv, de La Hosa et Lejeal. M. de La 
RosA conteste le terme de niogote, employé par M. Diguet. C'est pourtant, 
comme le fait observer M. Hamv, l'expression locale, aussi légitime qu'en 
d'autres régions celle de mound, de (épé, de liimnlus, dont elle est à peu près 
l'équivalent. M. Hamy appelle d'autre part l'attention de M. Diguet sur la 
structure que les plans présentés par lui attribuent à la « chambre cruciforme ». 
Une voûte, construite comme l'a inditfué le dessinateur, s'écroulerait d'elle- 
même. Il importe donc de moditier ces épures. iMifin, M. Lejeal fait i^emarquer 
que les recherches de M. Diguet complètent heureusement les travaux de 
M. Saville. La superposition de la crypte cruciforme et du mogote augmente 
la probabilité d'une destination funéraire, déjà entrevue par Dupaix. 

M. le duc DE LouBAT donne lecture de la lettre qu'il a adressée, pendant la 
session du Congrès de Stuttgart, à M. von den Steinen, président du Congrès, 
et résume l'état actuel de la publication des actes du Congrès de New-York. 

M. Luis Garcia Pimentel iait don à la Société du Codice Mariano Jimenez, 
récemment publié par le D"" Nicolas Leôn. M. Garcia Pimentel annonce son 
prochain départ pour Mexico et se met à la disposition du Bureau pour toutes 
démarches utiles à notre œuvre, pendant son séjour au Mexique. 

M. le D"" Hamy remercie notre collègue et dirige son attention sur les 
échanges à obtenir des établissements scientifiques mexicains. 

La séance est levée à 6 h. 20. 



Ai';n;s oi-; la .s<h;ii':ti': 127 



SÉANCE DU MARDI DÉCiailUî!-: 1901 

Phi';sidknce dk M. i.k D' Iv-'f. IIamv, mi-mhiu-: hk l'Institut 

i:t dp; i. Acahkmii: ni; mkdkcink. 



Le Secrétaire (loiinc leclure du procès-\erbal de la réunion du (S novembre 
qui est adopté, puis il analyse la correspondance. 

La correspondance niaïuiscrile se compose, outre des lettres d'excuses de 
Myi. i)K CiiAKENCKv, IIcni-\- l''ii()n)i: VAUX et \'i(;naui) : 1" d'une dépêche ministé- 
rielle, relati\'e au sersicc du Journal à la « Bibliothèque des Sociétés savantes » ; 
12" de lettres conceriiiuit l'échan^'-e des publications et émanant des institutions 
ou périodiques sui\ants: Archir fiir Anlhropolngie de Munich, Xiiniismalic 
and An(ii/iinri;in Sociciij. American Philosophical Society, Bcrliner Anthropo- 
logischc Geselhchafl, i'niversitij of California, Landcs-JJihIiolhck de Stutt^^art, 
Sociclc d'AnIhropoloqic de Paris, Maseon de Louvain ; 'A" d'accusés de récep- 
tion des derniers envois du Bulletin; 4" d'une lettre circulaire de la <■<■ Ligue 
Celto-SIave » ; 5'^ d'une lettre de \L le comte de LAU(;ii:u-\'n.LAi!S qui voyage, 
en ce moment, en Amérique. 

J^a correspondance ini|)iMmée comprend "i.") |)ériodiques ou ou\rages olFerts 
en hommage : Millehnarikanische Heisen and Sindien, par M. Karl Sapper ; 
20^^' Annual Ih'porI oflhe Pureau nf American J'Jlhnoloc/i/, 1898-99, olTert 
])ar M. Désiré Charnav; /lolclni del (hierpo de Ingénieras de minas del Peru, 
n"' ll-l'2-i:{; Kl lironcecn la /{et/ion Calchaqui, par >L Juan B. Ambrosetti ; 
American Aniic/uarian and Oriental Journal, nov.-dec. 1904, vol. XXM, 
n'^6; Proceedinqs of the Xumismatic and Antiqnarian Society, Philadelphia, 
19()'J-(>!{ : une monogi-aphie de l'Université de Wisconsin ; les numéros courants 
(lu (Uohus, 18, 19, "io el "il ; les publications récentes du Museo nacional de 
Mexico in"'' S e[ 9 des Anales, 9 du Poletin) ; le Journal <>f Anthropoloyical 
Inslilulc of (h-eal liritain, vol. XXXIV, January-June 1V»04; les années 1902, 
]9o:5 et 190i, !"■ partie, des Wûrlenheryische Jahrl)ùchcr fi'ir Stalistik und 
Landeshunde, ]iubliés [lar la Bibliothèque royale et nationale de Stuttgart; 
les Bulletins et Mémoires de la la Société d'Anthropologie de Pans, 1904, 
n"=' 1 et 2; les l'ransactions and Proceedings de la » Boyal Society of Canada » 
(190:i) ; Ihommage par M. h'ric lîoman, de sa brochure sur les << lumulus 
préhispaniques de la vallée de Lerma, Bépublique .-Vrgcnline ■> ; enfin un cata- 
log-ue américaaiste). 

M. 15(iMAN A-eut bien accepter le compte rendu du tra\ail de notre collègue 
Ambrosetti, sur le bronze en pays calchaqui ; >L Limeal se charge d'analyser le 
livre de M. Sapper. 

M. le Pi-ésidcnt met an\ xoix. la l'égularisation des échanges proposés ou 
acceptés par VAnthropological Institute de Londres, le lierliner Anthropnlo- 



128 SOClÉ'l'É DES AMÉRICAMSTES DK l'AltlS 

(jische Geselischaft, la Sociale dWnIhropologic de Paris, V ['iiirersilc de Berke- 
ley et le Museon. Conformément à l'olFre adressée par la « Société d'Anthropo- 
logie » de Berlin, rechange entre cette associalion et la nôtre aura effet rétro- 
actif. M. Haniy communique, d'autre part, une demande déchange qu'il a reçue 
de h\ Société des Antiquaires du Canada. Elle est accueillie à l'unanimité. 

Le prince Roland Bonapakte dépose Sur le bureau, au nom de M. le Ministre 
du Mexique à Paris, un exemplaire du Mexique en 1 900, la publication entre- 
prise par la Légation mexicaine, avec le concours d'un grand nombi'e de savants 
ou jiublicistes français et sous le patronage de M. le général-président Por- 
firio-Diaz. Le Pi^ince analyse cet ouvrage en insistant sur les notices historique, 
ethnographique et géographique qui concernent plus spécialement les travail- 
leurs occupés du Mexique ancien. 

M. Hamv remercie notre vice-président de sa communication et le félicite de 
la part qu'il a prise personnellement à l'œuvre collective de l'ambassade du 
Mexique à Paris, en rédigeant la partie consacrée aux races indigènes. Il sera, 
d'autre part, écrit à notre collègue, M. de Mier, pour lui accuser réception de 
l'hommage fait à la Société. 

Avant d'aborder l'ordre du jour de la séance, le Président annonce la mort 
récente de trois américanistes connus, MM. le marquis de Nadahxac, Gabriel 
GRAvn-;R et le R. P. Hamv dont il résume rapidement les travaux. Le Journal 
publiera prochainement des articles nécrologiques sur ces trois regrettables 
savants, dont le premier, M. de Nadaillac, après avoir été un des fondateurs 
de la Société, ne se sépara d'elle qu'à cause de son grand âge. 

L'ordre du jour appelle le vote sur les candidatures précédemment posées 
de M^L Jules Humbert et lùlouard de Jonghe. MM. Humbert et de Jonghe sont 
élus membres titulaires de la Société des Américanistes de Paris. 

La parole est donnée à M. l'Eric Boman par la lecture de son mémoire sur « les 
Migrations précolombiennes dans le nord-ouest de la République Argentine », 
Ce travail dont la publication est décidée (v. Journal, nouv. sér., t. II, n° 1, 
p. 91), est le compte rendu très méthodique des fouilles pratiquées par l'au- 
teur, en diverses nécropoles de l'Argentine septentrionale. Dans les pays dits de 
(( culture calchaquie », M. Boman a retrouvé des procédés d'inhumation apparte- 
nant nettement à d'autres peuples que les Calchaquis, et tout à fait semblables 
aux habitudes funéraires que l'on constate chez les Guaranis. Inversement, 
dans un territoire, habité présentement par les Mataccos, l'explorateur a mis 
au jour des sépultures du type calchaqui, notamment des sépultures d'enfants. 
On peut voir, dans cette pénétration des coutumes, la preuve de mouvements 
et de pénétrations réciproques des deux groupes ethniques américains, proba- 
blement très dissemblables. 

.Après cette lecture vivement appréciée et qui provoque quelques observations 
ou questions de M. le D'' Verneau, notre nouveau collègue, M. Edouard de 
Jongue, communique une étude sur André Thévet, mexicaniste. Le point de 
départ de ce mémoire est le manuscrit français 19031, de la Bibliothèque 
Nationale de Paris, tout entier écrit de la main de Thévet et intitulé Histoire du 
Mechique. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 129 

M. DK JoNGiiE démontre qu'il s'agil là de la li'aduction d'une chronique espa- 
}^nole, entreprise par le célèbre cordelier pour être utilisée dans sa Cosmographie 
universelle. Après avoir analysé sommairement cette niuvre, il se demande quel 
en peut être l'original. L'examen minutieux de la partie chronologique du manu- 
scrit, celle relative au calendrier mexicain et aux dates majeures de l'histoire 
des Aztèques, permet de supposer que cette Histoire du Mechique d'André 
Thévet ne serait autre chose qu'une version française du Tralado de antigùe- 
dades, aujourd'hui perdu, d'Andrès de Olmos, ou tout au moins le Suniario de 
ces " Antiquailles », utilisées par Mendiela et Torquemada |)(iur leurs grands 
ouvrages et si souvent vantées par toute Ihisloriographie monastique du 
Mexique précolombien. A ce titre, et en attendant la découverte toujours pos- 
sible du texte même d'Olmos, celui de son traducteur semble mériter toute 
l'attention des mexicanistes. 

MM. Hamv et Lejeai,, après quelques réserves ou rectifications de détail sur 
l'exposé de M. le D"" de Jonghe, s'associent à ses conclusions, et, sur la proposi- 
tions de M. Hamy, l'assemblée décide d'accueillir dans le Journal (v. nouv. 
sér., t. II, n'^ 1, p. 1) l'édition critique de {Histoire du Mechique, [prép^arée 
par M. de Jonghe. 

En fin de séance, M. Digl'et présente à la Société le moulage d'une jadéite 
de la Mixtèque, appartenant à la collection du D'^ Sologuren, d'Uaxaca. 

La réunion se sépare à 6 heures. 



Société des Américanisles de Paris. 



NKCROLCX.IE 



IVMMANIIKL DOMENKCII 

On le croyail mnrl. Il n'était que dis[)ai'u, menant à Lyon, sa ville natale, 
dans d'humbles fonctions ecclésiastiques, — auraônerie de couvent, je crois, — 
une vie très obscure. Quelques mois avant de mourir, — définitivement, — à 
Tâg'e de soixante-dix-huil ans, il eut le tort de rappeler son existence, en prenant 
part à une manifestation politico-relij^ieuse qu'on nous dispensera d'apprécier, 
A cette occasion, les journalistes, moyennant quelques recherches dans le 
Larousse et à travers la presse satirique de 1860, ressuscitèrent la malencon- 
treuse histoire du Livre des Sauvages, lùoquer à notre tour cette mésaven- 
ture (]ui couvrit de ridicule le bon abbé, non sans atteindre la dignité des études 
américaines en général et, par surcroît, la personne de quelques hauts fonction- 
naires du régime impérial, protecteurs de Domenech, est-ce bien utile. Tous 
nos lecteurs connaissent, sans doute, le détail de cette comédie. 

Tout ce qu'il y a à dire maintenant, c'est, sans vouloir réhabiliter le « manu- 
scrit pictographique américain », découvert par "Domenech dans la Bibliothèque 
de l'Arsenal, que son erreur comportait quelques circonstances atténuantes, 
dont ses deux principaux adversaires, Petzholdt et Ludovic Lalanne, n'ont pas 
su ou pas voulu tenir compte. Que certaines de ces grossières esquisses 
soient d'une main allemande, celle, probablement, d'un enfant, fils de colons fixés 
au Texas, personne n'a jamais pensé à le nier, même l'éditeur qui avait signalé 
les mots allemands surchargeant certaines pages de son prétendu document 
historique. Mais pour qui s'est donné la peine d'examiner, planche par planche, les 
images en question, et de les comparer à d'authentiques pictographies indiennes, 
l'origine indigène du plus grand nombre apparaît assez évidente. On ne doit 
même point faire exception pour les scènes scatologiques ou contre nature 
qui déchaînèrent, il y a quarante-cinq ans, les plaisanteries faciles des caricatu- 
ristes et des petits journaux. Tout récemment, livrant au public une édition en 
fac-similé d'un très curieux et très authentique manuscrit mexicain, la pudeur 
de nos confrères du » Peabody » a cru devoir en supprimer certains détails trop 
expressifs. De ces détails boncluons-nous que leur L//;ro de la vida de los Judios 
soit apocryphe? Non, nous nous souvenons simplement de l'inronscienle obscé- 
nité, familière à l'art et à l'esprit général de l'ancien Mexique. Bref, on peut penser 
que Domenech a étrangement erré, quand il s'imaginait avoir mis la mainsurle 
livre sacré et très-ancien d'une tribu de Peaux-Bouges, mais il se trompait beau- 
coup moins en voyant, dans son Livre des Sauvax/es, l'œuvre d'un scribe 
américain. Et, sans doute, ses contradicteurs ont-ils été un peu trop 



132 SOCIÉTI': JJivS A\IÉIil(:A.MSTi:S Di: paius 

sévères pour lui. C'est [)eul-être (jue ni eux ni lui ne coiuiaissaient bien les 
choses (loiiL ils parlaient. 

Domeuech uYUait ni etlni()loi;ue, ni paléographe. Mais son zèle pour la 
science, quoique brouilK)n, a rendu quelques services et il n'était point sans 
talent d'écrivain. Le Muséum lui doit une intéressante collection anthropolo- 
gique et il y a des pages assez fraîches à la Chateaubriand dans ses récits de 
missionnaire'. Entin, malgré les erreurs de jugement dont sa vie tout 
entière témoigne, l'homme était aussi, je crois, un brave homme. Associé à la 
lamentable fondation de l'empire maximilianiste au Mexique-, il eut, au moins, 
le mérite de rester lidèle jusqu'au dénouement du drame à l'archiduc Maximi- 
lien. Et son rôle comme aumônier militaire en 1870-71 fut des plus honorables. 

L. L. 



GusTAvo BAZ 

h]n la personne de M. Gustavo Baz, premier secrétaire de la légation du 
Mexique à Paris, ollicier de la Légion d'honneur, notre Société a perdu un de ses 
niendjres les plus dévoués. 

(iuslave Baz, né le 3 septembre 18r)2, à Mexico, y fît ses premières études 
qu'il- vint compléter en Europe. Fils d'un collaborateur actif du président 
Juarez, il débuta de bonne heure dans la vie politique. En 1876, à l'âge de vingt- 
qualrc ans, il était élu membre du Congrès national. Cinq ans plus tard, il se 
tournait vers la diplomatie, occupant avec' distinction les postes successifs 
d'attaché de légation à Paris, puis de secrétaire à Madrid et, ensuite, à Lisbonne. 
En 188."), il relournail au Mexique, comme chef du secrétariat particulier tlu 
ministère des relations étrangères. Eu même temps, il était, pour la seconde fois, 
élu député. I^n 1888, il était nommé premier secrétaire de la légation de Paris, 
(piil ne de\ait plus quitter et où, à plusieurs reprises, il devait remplir les 
fonctions île chargé d'all'aires. Cultivé autant qu'actif, il aimait à représenter 
son pays dans les Congrès artistiques et littéraires. A L)resde, à Berne, Turin, 
Ileidelberg, Monaco et Paris, on le vit, dans ces assemblées, s'efforcer de signaler 
les nioNcns ipie la législation mexicaine offre aux auteurs et compositeurs euro- 
péens pour la (lél'ense de la propriété intellectuelle. Dans les comités mexicains 
de no^ deux Ivvpositions universelles de 1889 etde iUOd, il joua un rôle prépon- 
dérant. En deniier lieu, il |)rit la meilleure part aux négociations relatives à la 
convention internationale du mètre. 

Ses loisirs se consacraient volontiers à la littérature. Et c'est ainsi qu'on a de 
lui une atlaptation moderne de la fameuse comédie, Loa Empenos de una casa. 

1. .loiirnnl (Fiin inixK/o/in.iirc ;ni 'feras ^^ Paris, 181)7); Voyaije pilloiTSi/ue clans les 
(jraiiih (li'scr/s du .\<)uri;iii-Mo/i(l(' (fSCil ', oie. 

:.*. Coiiuiu' (liiTclcuf du eahiiiL'i (k' f'cinpi'reur, puis auniônîi'r de ranaée impériale. 



NÉCROLOGIE 133 

OÙ la nonne .Jnaiia Inè's de la (]ruz fait avec lanl de verve le procès des Gachu- 
piiics et de la vieille société espagnole de Mexico. Comme anici-ic anisle, il ne 
vonhiLèlre, il aurait pu être beaucoup plus qu'un amateur, car il était très au 
courant du passé précolombien et colonial de son pays. Les procès-verbaux de 
nos séances constatent son intervention, toujours très instructive, dans nos 
discussions. Il se donnait volontiers la tâche de nous renseigne)- sur le mouve- 
ment archéologique à Mexico et se montrait heureux de nous en a[)porter les 
nouvelles les plus fraîches. Sa fin soudaine et prématurée a excité les plus vils 
regrets dans notre Compagnie qui conservera de lui un souvenir ému. 

L. DiGUET. 



Le Marquis de NADAILLAG 

Jean-François-Albert du Pouget, marquis de Nadaillac, naquit à Londres le 
16 juillet 1818. Il était l'aîné des quatre enfants de Sigismond du Pouget de 
Nadaillac, général inspecteur de cavalerie, et de Marie Mitchell. La maison du 
Pouget qui remonte, semble-t-il, au milieu du xi'' siècle, est une des plus qua- 
litiées du Quercy et du Périgord. Vers 1476, Pierre du Pouget devint seigneur 
de Nadaillac. Après lui, sa famille compta nombre d'officiers généraux, gou- 
verneurs de province, évèques et cardinaux. 

Le marquis de Nadaillac qui vient de mourti% fut reçu, en 1838, après de 
brillantes études faites à Paris, à l'I'^cole militaire de Saint-Cyr, mais il n'y efitra 
point et se tourna d'abord vers l'étude du droit. Fidèle à la tradition légitimiste, 
ami d'enfance de M. le comte de Chambord, il passa dans la retraite les années 
de l'Empire. Kn 1871, M. Thiers, faisant appel à son patriotisme, lui confiait la 
préfecture des Basses-Pyrénées. Le tact et l'énergie qu'il déploya dans les diffi- 
cultés soulevées sur la frontière espagnole par l'insurrection carliste, mar- 
quèrent le début d'une carrière administrative utile et brillante, qui finit avec 
la présidence du maréchal de Mac-Mahon, en 1877. Depuis lors, soit à Paris 
qu'il habitait l'hiver, soit dans sa terre de Rougemont (Loir-et-Cher), où il 
passait la belle saison, M. de Nadaillac poursuivit sa vie de travail désintéressé. 
Les problèmes sociaux, la géographie, l'histoire, l'attiraient aussi et lui inspi- 
rèrent des écrits fort estimables. Les statisticiens et les démographes font cas de 
ses études sur la natalité de la France et le mouvement de la population du 
globe. Ses articles de revue sur les expéditions polaires, le développement de 
l'Amérique et des colonies anglaises, le négus Ménélik, l'ethnographie chinoise 
et japonaise, etc., rencontrèrent les sulfrages des spécialistes comme du grand 
public. En ces dernières années, il avait commencé d'écrire un grand ouvrage 
sur une des gloires de sa famille, le cardinal du Pouget, Icgatdu pape Jean XXII, 
dans la Haute-Italie. 

Mais la meilleure part de son activité intellecluclle lui consacrée à la préhis- 
toire. D'après un témoin de sa vie, il a\ ail été entraîné de ce ci'ité par une 



134 SOCIÉTÉ DKS AMÉRICAMSTES Di: PARIS 

circonstance purement forluite : la découverte d'une hache polie, siir\enue en 
surveillant un labour. Le hasard l'ait bien les choses. Les li\res de AL de 
Nadaillac sur ÏAnciennelé de l homme (1870), Les premiers hommes et les 
temps préhistoriques (1881), Les mœurs et monuments des peuples préhisto- 
riques (1888), sont des ouvrag-es d'une lecture attachante, où le talent litté- 
raire de l'auteur, servi par une connaissance solide des la ni^-'ues étrangères et de 
l'anglais, en particulier, a su mettre à la portée des gens cultivés, sur les ques- 
tions les plus graves et les plus hautes, les meilleures recherches des savants de 
tous pays. Dans cet oi-dre d'idées, on comprendra que nous attachions un prix 
j)articulier à V Amérique préhistorique, publiée en 188.S, depuis plusieurs fois 
rééditée ou traduite en diliY'rentes langues. C'était le premier travail d'en- 
semble sur cette partie si captivante et si mystérieuse de la science archéolo- 
gique. En Europe, comme au delà de l'Atlantique, il obtint le plus vif succès. 
Et s'il appelle certaines réserves de doctrine, on peut bien dire qu'il n'a pas été 
jusqu'ici remplacé comme « hand-book ;>, comme manuel de vulgarisation 
sérieux. Au surplus, plusieurs américanistes éminents des deux mondes ne 
se font pas faute d'avouer qu'ils lui doivent leur vocation et leur première for- 
mation. 

Tant de travaux ouvrirent à M. de Xadaillac les portes de l'Institut de 
F'rance. l']lu correspondant de l'Académie des Liscriptions et Belles-Lettres, le 
26 décembre 188i, il se vit successivement conférer le même honneur par 
l'Académie royale de Belgique (1888), l'Académie royale des sciences de 
Madrid (1889), l'Académie de Turin (1890). Les publications de ces savantes 
Compagnies prouvent combien il prenait à cieur les devoirs de l'académicien. 
Il s'associait avec la même ardeur à la vie des sociétés libres qui ne lirent 
jamais en vain appel à son^ concours. Les associations scientifiques les plus 
célèbres : Sociétés d'anthropologie de Paris, de Bruxelles et de Londres, Société 
des antiquaires du Nord, S'ociété de géographie de Paris, Société scientifique 
belge. Société de l'Histoire de P^^ance et tant d'autres qui le comptèrent comme 
adhérent actif, le choisirent comme président, vice-président, membre de leur 
conseil. On sait que, parmi nons,-il fit partie du groupe des fondateurs et siégea 
dans notre comité directeur jusqu'au moment où, par scrupule, il craignit que 
son grand âge ne diminuât son assiduité Avec le même zèle il aimait à encou- 
roger le mouvement de l'érudition provinciale. Et je relève dans la liste de ses 
titres celui de membre de deux sociétés archéologiques du Vendômois, — sa 
petite patrie d'adoption — , qu'il porta penVlaiit quarante années. Les grandes 
initiatives le trouvaient toujours prêt à se dévouer. Donnons-en la preuve en 
indiquant ici les grandes commissions, quelques-unes internationales, où il eut 
à jouer un rôle : 

J878. Membre de la commission de l'art ancien à l'Exposition universelle de 
Paris. 

1885. Président de la section des sciences naturelles au deuxième Congrès 
des catholiques. 

1886. Vice-président of the international Congress médical of Washington. 



NÉCROLOGIE 1 35 

18S8. Memhrt' du lomilé (l'organisation de l'Exposition universelle rétro- 
spective du ti-avail el des sciences anthropolog-iques de 1889. 

1888. Vice-président oï Ihe inlcrnalional Gonyress ol" anthropology ol' New- 
York. 

1889. Président de la section des sciences anthropologiques, ethnographiques 
el lini;uisli(jues au Congrès des sciences géogi-aphiques de Paris. 

1889. .Membre du comité d'organisation des sciences ethnographiques. 

1890. \'ice-président de la commission d'organisation du Congrès des Amé- 
ricanistes el vice-président de ce Congrès. 

1891 . .Membre du comité dorgaiiisalion des Congrès internationaux d'anlhro- 
polouie, d'ai'clu'ologie el de zoologie de .Moscou. 

1891. .Meml)re du comilé du i' centenaire de la découverte de r.\mérique. 

1892. Membre du conseil du (Congrès des relig''ions de Chicago. 

190n. Membre de la commission du Congrès pendant l'Exposition univer- 
selle de Paris de 19IH). 

Celte énumération dit sulTisammenl la grande notoriété que son érudition 
très variée el son talent d'éci-ivain avaient acquise à notre regretté collègue. 
Toutefois, mon esquisse de la carrière de Nadaillac serait incomplète et inexacte, 
si je n'ajoutais ici les .deux articles suivants : 

1888-1891. \'ice-président des Congrès internationaux des catholiques, tenus 
à Paris; vice-j)résident et président de la section d'anthropologie de ces 
Congrès. 

i893. Meml)i-e du comité de patronage de l'Institut catholique de Paris. 

Ceci^.suflit à caractériser les tendances philosophiques de l'œuvre de M. de 
Nadaillac. Il était de ces chrétiens con^aincus qui croient à la possibilité de 
l'accord entre la raison el la loi. Faire le bien et détendre ses croyances, telles 
.ont été, en dernière analyse, les deux grands ressorts de celte belle vie. Notre 
vénérable ami n'était pas de ces sa^•anls qui s'enferment dans la tour d'ivoire; 
chacun de-ses écrits portait la trace d'inie préoccupation apologétique et morale. 
On le savait, et cependant, dans les milieux les plus opposés à ses idées, sa 
parole était accueillie avec intérêt et déférence. C'est peut-être la preuve de sa 
valeur et celait, en tout cas, un juste hommage rendu à un libéralisme scien- 
tiru[ue, à une élévation de caractère et de principes dont je connais peu d'exemple 
aussi éclatant. 

Comte DE CUARENCEY. 



LISTE DES ECRITS DU M.VIÎQUIS DE N.\DAILLAC 

1870. Ancienneté de Chomme (1 vol. in-1'2). 

1872. Le transformisme (hvochvire]. 

1878. Du mouvement de la population en France (Correspondant). 

1881. Les premiers hommes et les temps préhistoriques (2 vol. in-8" . 

1882. Empreintes des pieds humains dans la carrière de Carson (brochure) 



136 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

1883. L'Amérique pj'éhisloriqiie (1 vol. in-S"). 

1881. De la période glaciaire et de rexisfence de i homme pendant celle 
période en Amérique. 

1884. LWnl/iropophagie (Revue des Deux-Alondes). 

1885. Anciennes populations de la Colombie (brochure). 
1885. Les pipes et le tabac (brochure). 

1885. Affaissement progressif de la population en France, ses causes, ses 
conséquences (Revue des questions scientifiques de Belgique). 

1886. La Guadeloupe préhistorique. 

1886. Découvertes dans la grotte de Spy. 

1887. La poterie dans la vallée du iMississipi. 

1888. Origine et développement de la vie sur le globe (Correspondant). 

1888. Mœurs et monuments des peuples préhistoriques (1 vol.). 

1889. Les premières populations de l'Europe (Correspondant). 

1890. Le péril /la^t'o/ia/ (Correspondant). 

1891. Les progrès de V anthropologie (Correspondant). 

1891. Les plus anciens vestiges de l'homme en Amérique (brochure). 

1892. La dépopulation en France (Correspondant). 
1892. L'homme (Correspondant). 

1892. Intelligence et instinct (Correspondant). 

1893. IJ' évolution du mariage (Correspondant). 
1893. Les dates préhistoriques (Correspondant). 

1893. Le Préhistorique américain (Revue des questions scientifiques). 

1894. Un cri d'alarme (Correspondant). 
1894. Le Mashawoland (Correspondant). 

1894. Les populations lacustres de l'Europe (Revue des questions scienti- 
fiques). 

1895. La dernière élection municipale de Pompéi (Correspondant). 
1895. Foi et science (Correspondant). 

1895. Les Mound-builders (Revue des questions scientifiques). 

1895. Un diplomate anglais au début du siècle (Correspondant). 

1896. Expéditions polaires (Correspondant). 

1895. L'ahhai/e de Saint-Marcel du Pouget (Sciences catholiques). 

1896. L'évolution et le dogme (Correspondant). 
1896. Les archives de Drapmore (Correspondant). 

1896. Les Cliff-dioellers (Revue des questions scienliliques). 

1897. Les mines d'or du Yucon (Correspondant). 

1897. Colonies françaises et colonies anglaises (Correspondant). 
1897. La fin de l'humanité [Correspondnnl). 

1897. Statue en terre cuite provenant de la vallée de Mexico (Bulletin de 
rAcadémie royale de Belgique). 

1898. Le royaume de Bénin. Massacre d'une mission anglaise {Correspon- 
danl). 

1898. Ménélik II, Négus-Negusti (Correspondant). 
1898. Agqlomérations unbaines (Correspondant). 



NECROLOGIE 



137 



1898. L'hnnime el le singe (Revue des queslions scicMilifiques). 
1898. L Amérique préhi.slori(fue, d\iprès un lirre noiirenii du professeur 
Cyrus Thomas (Anthropoloj^ie). 

1898. The Unili/ of Ihe human Species [mm Smilhsnniun report for J S97 



Washington). 



1899. Les proqrès des Etats-Unis (Sciences catholiques). 

1900. Les trépanations préhistoriques (Revue des questions scieutiliques). 
1900. Les élections anglaises ;Correspondant). 

1900. Les Chinois (Correspondant). 

1900. LWrt préhistorique (Correspondant). 

1900. Le crâne de Calaveras (Revue des questions historiques), 

1901. V Irlande préhistorique (Revue des questions historiques). 
1901. Les Eskimos (Anthropologie). 

1901. Aufdem Wege iwm Po/e (Deutsche Revue). 

1901. L.os primns Americanos (Revista nacionale). 

1901. Les Séris (Correspondant). 

1900-1901. La Chine et les Chinois au début du A'X" s/èc/e (Sciences catho- 
liques). 

190'2. Unité de Vespèce humaine (Sciences catholiques). 

1902. Làqe du cuivre (Revue des questions scientifiques). 

1903. Le Trans- Africain (Revue des questions scientifiques). 
1903. Die Martyrer des iXordpoles (Deutsche Revue). 

1903. Du Cap au Caire (Correspondant). 
190i. Nordenskjôld (Deutsche Revue). 

1904. L Uganda et l'Est africain (Revue des questions scientifiques). 
190i. Les Japonais chez eux (Correspondant). 



Gabriel GRAVIER 

Gabriel Gravier s'est éteint à Rouen, à Tâge de 78 ans. C'est assez tard qu'il 
s'était occupé de géographie et il avait déjà publié dans le Bulletin de la Société 
de géographie de Paris quelques mémoires qui n'avaient pas passé inaperçus, 
loi^squ'il s'établit à Rouen qu'il ne quitta plus. 

C'est à lui qu'est due la fondation de la Société de géographie de cette ville 
et il en fut successivement le secrétaire général et le président d'honneur. Par 
cette création, il a rendu un véritable service à la science et il a mérité les éloges 
que vient de lui décerner notre collègue M. Henri Frt)idevaux. dans la notice 
nécrologique qu'il a lue ces jours-ci à la Société de géographie. Grâce à son 
inlassable activité, grâce au soin et au goût qu'il avait apportés à la publication 
du Bulletin de la Société normande dt géographie, celte Revue s'est mise 
au premier rang des travaux analogues faits par les sociétés provinciales. C'est 
là que Gabriel Gravier a publié la plupart de ses études. 

Ce sont les voyageurs originaires de Normandie qui intéressèrent le plus par- 



138 SOCIÉTÉ DKS AMÉRICAMSTIIS Di: PAUIS 

lit'ulièrcinent (ipavier. Il y a chez lui un pelil coin de palridlisnie de elocliep 
qu'il esl bon de signaler, car il Ta, une lois au moins, poussé un peu Irop loin. 
Qu'il s'occupe des décou\ertes l'ailes par les Xortlinien dans rAniérique du Nord 
ou de Cavelier de I^a Salle, c'est rillustration de sa province, de sa ville qu'il a 
eu vue et c'est sans doute à ce motif qu'il faut aUrilniei-, dans l'histoire de la 
découverte du Mississipi, le rôle pré|)ondéi'ant qu'il allrd)ueà La Salle et qui le 
pousse à ral)aisser et presque à mécoiniailrc la jjarl hi'illanle que le P. Marquette 
et Joliet onl pi'ise à ces exploralions. Mais si ce patriotisme un peu étroit est 
l'une des causes qui ont toute sa vie inilué, plus ou moins volontairement, sur 
les travaux de (iahriel (iravier, il en est une autre que nous devons signaler, 
c'est sa haine des jésuites, et de la sorte s'est continuée jusqu'à nos jours la 
lutte entre les Récollets, jiartisans de Cavelier de La Salle, et les jésuites qui sou- 
tinrent Joliet. 

Graxiei" a publié quantité de travaux de géographie ; mais nous rap|)ellerons 
seulement ceux qui ont pour nous, américanistes, un intérêt particulier. Ses 
trois études sur (Javelier de La Salle, de IS70, 1871 et 1885, sa Relation du 
voyage des Ursulines de Rouen à la Xouvelle-Orléans, en 1872, sa Découverte 
de l'Amérique par les Normands au x'' siècle d'après les Iravauxs candinaves, en 
1874, sou Mémoire sur la carte inconnue de Joliet dressée après son exploration 
du Mississipi en 1673 avec le P. Marquette, sa Route du Mississipi, en 1879, 
en 1898, son étude sur le voyage de \'crrazano à la côte de l'Amérique septen- 
trionale, entln sa vie de Samuel Champlain, en 1900. 

Pierre Margry est le véritable initiateur d(> notre histoire coloniale en Amé- 
rique ; c'est en 186"2 qu'il a publié ses premiers articles dans \e Journal de l'Ins- 
Iruclinn publique, articles cpii résumaient les innombrables documents qu'il 
devait commencer à publier un peu plus tard et qui constituent encore aujour- 
d'hui l'arsenal où tous ceux qui s'occupent de l'histoire de la Nouvelle F'rance 
sont venus j)uiser. Margrvavait étésui\i presque aussitôt dans cette voie féconde 
par Parkmau dont les Pinneers datent de I8(î5. 

Gravier mit à [irotit les travaux de ces devanciers. Ce n'est pas un sa\ant, il 
n'a pas l'ait de découvertes dans les archives et il s'est contenté de développer 
en un récit agréable les conclusions auxquelles Pierre Margry était arri\é par 
l'étude des sources et des documents originaux. Gravier n'est donc qu'un vul- 
garisateur, mîiis ses publications, il faut le reconnaître, ont rendu un grand 
service à l'histoire coloniale, en répandant le goût de ces éludes et en donnant 
une popularité posthume bien méritée à tous ces pionniers de la civilisation, à 
ces modestes héros peu ou mal connus de la génération actuelle. C'est là le véri- 
table titre de Gabriel Gravier et nous ne pouvions laisser passer inaperçue la 
perte sensible que fait en lui l'Américanisme. 

Gabriel Marcel. 



NÉCROLOGIE l'i9 



Adan QUIROGA 



Adan QuiROG.v, mort à Bueiios-Aires, le 10 noveniI)re 1004, âgé d'environ qua- 
rante ans, n'élaitpas un archéologue de carrière, mais un poète, un légiste et un 
homme politique qui se délassait de la jurisprudence et des aiïaires par l'ar- 
chéologie. Sous ces divers points de vue, c'est une ligure très distinguée de la 
jeune société argentine qui disparaît. Nous n'avons point qualité pour appré- 
cier la valeur littéraire et la science juridique de notre confrère. Mentionnons 
seulement son passage comme juge àCatamarca et à Tucuman ; son livre Z)e/f/^o 
y pena, primé à l'Exposition universelle de Paris en 1S8'.) ; son brillant recueil 
des Flores ciel Aire, si répandu dans l'Argentine. Son rôle politique échappe 
également à notre compétence. Il semblait, au surplus, appelé à exercer une 
action prépondérante dans la vie nationale de son pays, puisqu'il venait d'être 
appelé aux fonctions de sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur. 

L'archéologue nous appartient. Quiroga prit le goût de nos études dans 
de longs voyages à travers les vallées et les montagnes des provinces de Cata- 
marca et de Tucuman. 11 s'y passionna et tous ses loisirs, depuis une quin- 
zaine d'années, avaient été employés à éclaircir l'histoire ancienne du terri- 
toire andin de la République Argentine. Il lui consacra de nombreux travaux, 
généralement publiés par le Boletin del Instituto geografico Argenlino. Nous 
rappellerons seulement : Andgiiedades Calchaquies (1896); Excursiones por 
Poman ij Tinogasta (1896) ; Folk-Lore CaJchaqui (1897j; Moniimentos mega- 
lilicos de Cololao (1898); El simholisino de la cruz y el falo en Calchaqui 
( 1898) ; Biiinas de Anfama (1899) ; Ilayra puca (1899) ; Como veslian los Calcha- 
(/ui.s (1903). Comme on le voit, c'est la culture dite u Calchaquie » qui l'occupa 
tout entier. Un de ses [)remiers ouvrages porte ce simple titre : Calchaqui 
(1897). Ce sont des recherches sur les antiquités précolombiennes des vallées 
de Catamarca et l'ancienne littérature espagnole qui les concerne. 

Dans les dernières années de sa vie, la vive imagination de Quiroga se tourna 
insensiblement de l'archéologie proprement dite vers les études de mythologie 
et de symbolique. L'interprétationdes signes gravés sur les rochers des « Vallées 
Calchaquies » et sur la céramique des mêmes régions était devenue un de ses 
sujets favoris. Il fut ainsi entraîné à écrire sa monographie sur La Cruz en 
America (1901) dans laquelle il a rassemblé, avec beaucoup de zèle, des 
exemples connus de la Croix autochtone américaine. Dans ce livre, il essaye 
de démontrer que la croix est le symbole de l'eau et de la pluie. 

Collectionneur obstiné, Adan Quiroga avait réuni des séries précieuses qui, 
acquises par son gouvernement, furent olîertes au nom delà République Argen- 
tine au gouvernement italien et se trouvent actuellement à Rome. Il laisse un 



1 iO SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

nombre considérable de documents, beaucoup de travaux en préparation. Parmi 
ses portefeuilles, doit se trouver une collection de plus de "250 dessins de pétro- 
glyphes, appartenant à la réyion (( Calchaquie ». Tout cela sera-t-il perdu? 
Espérons que non pour TAméricanisme et pnur la mémoire de ce travailleur 
acharné qui partage avec Moreno, Ameghino, Lalone-Quevedo, Lehmann- 
Nitsche, Ambrosetti et Outes, Thonneur d'avoir commencé Tétude scientifique 
du passé préhispanique de la République Argentine. 

E. BuMAN. 



BULLETIN CRITIOUE 



^^'illi;^ln Tiiai.hitzku : ,1 Phonclicil Sltidi/nf Ihe Eshiiuo Lançjuage (M"'** Signe 
Hink). — (i. T. !*jMM(i\s : The Bnshvlrij of l/ic Tlinqil (L. J>ejeal). — Memo- 
rialcs de Frnij Tonhio de Mololinui (L. Lejeal). — Karl Saitek : Miltel- 
ainerikaiiische Rei.'ieii iind Sliidien (Ivl. <le Jong-he). — J. B. Ambrosetti : 
El Bronce en la reffinn Calchaqiii {K. Boman). — Henri Vi(;naid : Eludes 
critiques sur la rie de Christophe Colomb avanl ses déeourerles (G. Marcel). 



^^'illiam Tiialhitzeh. A Phonetiail Study of the Eshimo Language. 
Gopenbageii, PrinLed by Bianco Liino, 1904, in-8 de .\vii-40.'3 p. 
avec carte et réperloires hors texte, fac-similé, mélodies notées, 
etc., etc. (Reprint from « Meddelelser om Groenland », 
vol. XXXI). 

On jugera de limportance de ce livre, véritable encyclopédie, sous un mince 
volume, de la question des lî!sc|uimaiix, par les quelques détails suivants sur 
son contenu. L'introduction (p. 3-66; nous raconte d'abord le voyage de l'auteur 
au Groenland j)endant les années 1U()0-19<H et nous initie à ses méthodes 
d'investigation (ju'il compare aux méthodes de ses devanciers. Viennent ensuite 
les laits historiques sur les Inuits orientaux, dont la connaissance préalable 
s'impose à toute recherche philologique. M. Thalbitzer nous donne aussi une 
bibliographie systématique et très substantielle de la littérature de son sujet qui 
prouve, dans sa forme succincte, à quel point il se l'est assimilée. Encore plus 
instructif est le chapitre intitulé : " The inlelleclual Culture of the Green- 
landers >■> rempli de curieux détails sur l'organisation scolaire de la contrée. 

La première partie (p. 69-178) de r(L'uvre proprement dite s'appelle : 
« lùiquête phonétique sur le langage nord-groenlandais ». .Articulation des 
sons, dynamique des sons, combinaisons des sons, telle est l'économie des trois 
chapitres qui composent cette u phonetical investigation ». L'auteur, qui a le 
sens philologique très délié, est un adepte de la méthode comparati\e. Dans une 
seconde partie (p. l83-"269), il se livre donc à l'étude des dillërences 
phonétiques entre les divers parlers des Esquimaux, dillérences dont il essaye, 
dans son paragraphe dernier, fort important, de rendre compte historiquement. 

La troisième partie (p. "273-387) est consacrée à fixer la place du Ciroenland 
et, spécialement, du Groenland septentrional dans la constitution du Folk-Lore 



] 42 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTKS DK PARIS 

esquimau. Lea contes populaires, les chants anciens, les rondes enfantines sont 
l'objet de copieux, développements. Des monographies sur les noms de lieux 
esquimaux et leur étymologie et sur la musique esquimaude (cette dernière 
accompagnée de restitutions mélodiques) terminent le volume. 

On voit, par ce succinct résumé, la valeur de ce travail, poursuivi con anwre^ 
après les recherches les plus sérieuses, non pour écrire un livre, mais pour 
combler une lacune de notre connaissance. C'est la phonétique qui, en tixant la 
parenté des diverses tribus d'Inuits, nous fournira la meilleure clé de leur 
histoire primitive. Mais, pour établir les lois de cette phonétique, il n'y a que 
l'enquête sur place et cela ne suffit même point, il y faut une délicatesse 
doreille et un soin dont, seuls, ceux qui, comme moi, sont nés au Groenland et 
ont été élevés au milieu des jeunes gens du pays, peuvent peut-être se rendre 
compte. L'étude des légendes apparaît comme une seconde condition pour 
résoudre le problème des origines. Nul ne me paraît, sur ce côté du sujet, 
avoir porté un coup d'œil d'ensemble aussi net. 

Enfin les développements historiques ont pris, entre les mains habiles de 
M. Thalbitzer, un caractère original, grâce à l'emploi de documents peu connus 
ou, en tout cas, peu utilisés. Je ne croyaispoint qu'on pût rendre si attrayante 
une matière assez monotone en soi, puisqu'elle doit revenir à chaque instant, sur 
les innombrables rencontres des émigrés islandais ( Vikings) avec les Esquimaux 
est-américains et groenlandais. 

J'attire tout particulièrement l'attention du chercheur sur les informations 
des pages 32 sqq. Il s'agit de la vieille carte de Xancy dont une mention tend à 
faire croire que, quelque part, en Groenland habitaient des Garèles païens 
[Carelorum iiifidelium regio maxime seplentrionaUs). Pour la première fois, 
elle est expliquée d'une manière satisfaisante par l'auteur de A Phonetical Stiidij, 
qui a deviné qu'elle se rapporte, non aux Garèles finlandais, mais, ce qui est 
beaucoup plus naturel, aux Caràles groenlandais. G'est un renseignement très 
précieux pour les recherches ultérieures, relativesaux rapports des Esquimaux 
et de leurs voisins pendant le moyen âge. 

Ajouterai-je qu'en dehors de sa précision scientifique, le livre de M. Thalbitzer 
est écrit dans un style aimable, dans un esprit généreux et libéral qui, autant 
que la rigueur de l'exposé, achèvent de conquérir le lecteur? 

Signe RiNK. 



G. T. Emmons. The Basketry of the Tlingit. New York, the 
Knickerbrocker Press, 1903, in-4o de 49 p., 14 pi, h. t. et 72 fîg. 
[Memoirs of the American Muséum of the Naturiil Historij, 
Whole Séries, vol. III, Anthropology, vol. II. 

Après cinq ans passés comme chef de poste chez les Tlingit des côtes et îles 
de l'Alaska du sud-est, le lieutenant G. T. I']mmons consacre ici au plus perfec- 
tionné de leurs arts une monographie minutieuse. En ces quarante-neuf pages, il 



lîLLLKTiN CIUTIOIK | i,'] 

étudie successivemeiil rorigiue de la \aiiiierie des Tliii-it ; ses t'aractères eliez les 
difiérentes tribus du ;j:roupc ; les matières qui enlreut daus sa composition (la 
principale est fournie jjar la racine d'une épinettei el la préparation de ces 
matières ; les divers procédés de tressa^^e ; les |)rincipau\ types de « liaskets » 
et, enlin, leur ornementation. Cette parlie tlu mémoire se termine par une clas- 
silication mélhodicpie des motifs de décor. Il est curieux de voir que les Tlin^it 
fassent remonter l'industrie du « Baskel-maker » aux jtrciniers jours du monde 
et la considèrent comme uik.' n'NéJaUoii l>ienfaisante du Dieu créateur (en l'es- 
pèce Yehl, le dieu corheau . Sur ce point, ils se rencontrent avec quelques 
autres peuplades du Xoi-d-Aiiicricpic. Mais chez ces dernières, les modèles et les 
décors de vannerie soid, en nénéral, spécialisés. Telle forme, tel décor, est la 
propriété d'une tribu ou d'un clan, el les autres n'oseraient jamais employer 
cette forme ou ce décnr. Selon M. Emmons, les Tlini;it ii;noreraient cette 
monopolisation ; toutes Iciii-s tribus, indillércmment, fabriquaient et fabriquent 
les \ini;t-trois espèces de paniers dont l'auteur nous donne la description 
systématnpie et, pour le prolit des linguistes, l'ajjpellalion indii;ène; toutes les 
enricbissent des mêmes dessins, obtenus soit par des coml)inaisons de tressage, 
soit j)ar la peinture (les couleurs étant empruntées à ([uokjues variétés de végé- 
taux), soit par de fausses « embroideries », c'est-à-dire des reliefs, des appliques, 
confectionnés à l'aide d'arêtes de poissons, dents de requins, écailles, petits 
joncs taillés et teints. Ces dessins déri\ent des cboses familières, conventionnel- 
lement représentées, mais M. Emmons ne croit pas qu'il faille leur attribuer un 
sens symbolique ou religieux. D'après lui, les schémas d'animaux, en particu- 
lier, ne comportent aucune signification totémi([ue. Quant à la valeur tech- 
nique ou artistique de toutes les << Haskets » des Tlingit, je ne saurais mieux faire 
que de renvoyer aux très belles planches qui illustrent le présent travail. 
Quelques types de tressage (notamment celui qui imite le « salmon-berry », 
l'ceuf de saumon), quelques formes d'objets offrent une véritable originalité. Il 
était bon de la signaler. Car il s'agit, là comme ailleurs, d'une industrie con- 
damnée à la décadence. Depuis que l'Alaska est devenu un but de voyage de 
noces ou d'excursions à l'usage des clients de l'agence Cook, les <( Lîasket- 
makers » Tlingit se mettent à confectionner le souvenir pour touristes. Ils y 
gagnent, mais la cpialité. l'élégance, la solidité du produit y perdent certaine- 
ment et les traditions seront, à bref délai, remplacées par la fabrication indus- 
trielle. 

]j. Leje.\l. 



Mcinoi-inles de Fraij Torihio de Mololiniu, imuniscrito de In colec- 
cioii del seiior Don ,î(j;i(fLiin (iakci.v Icazhalckta. Publicnlo pnr 
prlinern vez su }ùji) JaiÏs (Jahcia Pi.menti-l. Paris, A. Donna- 
melle, IU()3, iii-.S" de x-'MW p., ! pi. h. l. 

(x' livre est le t(une second d'une série qui, nous l'espérons bien, continuera. 



144 SOCIÉTÉ DE8 AMÉRICANISTES DE PARIS 

Le premier volume, la Description del Arzohispado de Mexico hecha en 1 57 ', 
parut il y a huit ans; le troisième, qui fera l'objet d'un prochain compte rendu, 
Relacion de los Ohispndos de Tlaxcala, Michoacan i/ niros Jugares ■^, date de 
quelques mois. Ce sont les portefeuilles inédits de son père que publie ainsi 
notre collègue, M. L. Garcia Pimentel, fils du grand ôrudit, Oarcia Icazbalceta. 
Le présent ouvrage reste jusqu'à présent la perle de cette collection qui semble 
renfermer encore bien des richesses. On connaît l'importance, pour le mexica- 
nisme, de la Ilisloria de los Indios de Fray Motolinia. Jusqu'à la découverte, 
toujours possible, du reste, mais hélas ! incertaine, en quelque « archivo » 
d'Espagne ou du Mexique, des « Antigûedades » de son confrère, Andrès de 
Olmos, le traité du « pauvre » frère demeurera (certaines courtes « relaciones » 
mises de ccMé) l'œuvre la plus ancienne, léguée par l'historiog'raphie monastique 
espagnole sur les choses prccortésiennes. 

Or, ces Memoriales que nous devons à l'initiative intelligente et libérale de 
notre collègue, complètent sur bien des points la Hisloria. Ils ne sont point, 
comme on l'a cru longtemps, une production indépendante de la première. Pas 
davantage, il ne faut y voir, comme l'avaient pensé, sur la foi du titre, d'autres 
américanistcs ou bibliographes, le recueil désordonné des notes et des maté- 
riaux réunis par l'auteur en vue de son grand ouvrage. C'est, bel et bien, la 
rédaction originale de la Hisloria. 

Celle-ci se compose, on s'en souvient, de trois « tratados », le premier, en 
quinze chapitres, consacré à la « relacion de las cosas, idolatrias, ritos y cere- 
monias » de la Nouvelle Espagne ; le second (dix chapitres), intitulé (( De la con- 
version y aprovechamiento de los Indios » ; le troisième, raconte sui^tout la vie 
des c( varones apostolicos «, des héros apostoliques qui ont réalisé la <> conquista 
espiritual. » Or, tout au moins pour les deux premières de ces parties, « ritos » et 
« conversion », les Memoriales nous présentent, sauf quelques interversions ou 
suppressions, mais, dans un ordresensiblement identique, la même économie que 
la Hisloria. Il est plus malaisé d'y retrouver le troisième traité, la « vida de los 
varones »>, notammenten ce qui concerne la biographie si copieuse de Martin de 
Valencia, le vertueux chef des « douze ». Cependant, les pages que cette troisième 
partie de la Hisloria consacre (d'une manière assez inattendue en cette place) 
à la description du Mexique et de ses produits naturels, existent en germe dans 
les « mémoriaux», après le récit même de la conversion. Dans les étroites limites 
d'une analyse bibliographique, il m'est difficile de donner le détail de ces concor- 
dances. Je les ai, du reste, relevées ailleurs "' avec soin, et j'ai, de plus, 
signalé que Motolinia, dès la première version de son livre, avait eu l'idée de 
le dédier au seigneur de sa ville natale, D. Antonio Pimentel, comte de Bena- 
vente. Quant aux dilTérences, il en doit exister évidemment, sinon il serait 
diiTicile d'expliquer pourquoi le bon moine a refait, deux fois, son ouvrage. 
Ce sont d'abord des différences de style qu'un linguiste seul pourrait apprécier 

1. Mexico, José Joaquin Terrazas e hijas, in-8° de iv-4Gl p. 

2. Paris, Donnamette, 1904, in-8° de ii-190 p. 

3. Dans une communication faite au Congrès de Stuttgart, le 19 août 1904, 



JiULLETIN CRIÏIOUE 145 

à coup sur. Les Memonales^ considérés comme texte primitif de In Ilistoria, 
s'en distinguent par ce ton oratoire, cette allure de sermon ou d'homélie qui 
caractérisent beaucoup d'écrits du même temps et de la même veine. D'un 
autre coté, l'érudition bibli([ue et profane tient, dans le livre que nous devons 
à M. Garcia Pimentel, une place beaucoup plus grande que dans l'édition défi- 
nitive. En outre, les « mémoriaux » sont beaucoup plus abondants, — et c'est ce 
qui nous les rend précieux, — dans l'exposé des traditions mexicaines. Je cite- 
rai l'origine et l'histoire des tribus et l'étude du compul, parmi les sujets que 
Motolinia, voulant, sans doute, rendre plus facile la lecture de son œuvre, a eu 
la mauvaise inspiration de réduire, à la révision. Enfin, toute une série de cha- 
pitres (elle porte, d'ailleurs, dans les Memoriales, un numérotage spécial), exac- 
tement vingt-neuf chapitres, se chercherait vainement dans les documents 
que publiaient, en 1858, MM. Garcia Icazbalceta et J.-F. Uamirez. Et ce n'est 
pas le moindre mérite de l'édition actuelle que de nous les avoir restitués. Cou- 
tumes funéraires, éducation, mariage et famille, élection du roi, chevalerie 
tollèque, coutumes guerrières, esclavage, commerce, chorégraphie liturgique, 
telle est, en substance, cette série dont mes simples mentions disent l'intérêt. 
On sait, d'après Motolinia lui-même, que la Hisloria devait comprendre un 
quatrième traité. Les pages complètement inédites dont je viens de parler ne 
seraient-elles point la première ébauche de cette quatrième partie, dont l'érudi- 
tion cherchait vainement à déterminer le caractère? 

Je n'insisterai pas plus longtemps sur le gain en connaissances précises que 
nous apporte ce livre. Que si, maintenant, après l'avoir examiné pour lui- 
même, nous le comparions aux écrits ultérieurs [Hisloria eclesiaslica de Men- 
dieta, Monarquia indiana de Torquemada) qui avouent s'être inspirés des tra- 
vaux de Fray Toribio, nous nous persuadericms que le profit est égal et que, 
par la publication des « mémoriaux », l'histoire des traditions monastiques sur 
l'ethnographie mexicaine vient de faire un grand pas. C'est très probablement 
aux Memoriales, encore plus qu'au texte émondé et bien peigné de la Hisloria, 
que font allusion Mendieta et Torquemada, quand ils disent avoir eu entre les 
mains le manuscrit de leur devancier. Tel est le résultat des comparaisons aux- 
quelles j'ai pu me livrer dans l'élude plus haut citée en note. Je considère, 
d'autre part, comme très probable, que Motolinia lui-même devait beaucoup à 
Andrès de Olmos. J'en ai donné à Stuttgart diverses preuves qui me portent à 
croire que, par le présent volume, nous pouvons remonter, dans une certaine 
mesure, jusqu'à l'ccuvre perdue du premier historien des antiquités précorté- 
siennes. 

Mon dernier mot ne peut donc être qu'un remerciement très vif et très sin- 
cère à l'adresse de l'éditeur. Me permettra-t-il toutefois une critique sur ses 
procédés d'édition ? Sa publication manque un peu trop d'appareil scientifique. 
On cherche, en vain, des index, des arguments analytiques et fies commentaires 
guidant le lecteur dans l'exploration de ce texte un peu touffu. L'histoire du 
manuscrit se réduit à quelques lignes sur sa découverte et son acquisition à 
Madrid en 1860. C'est trop sommaire. Ce n'est pas au fils d'Icazbalceta que 

Société des Américanisles de Paris. 10 



146 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTKS DE PAItlS 

j'apprendrai les exigences du public contemporain en matière d'érudition. Et 

je regrette aussi que les Memoriales nous soient présentés sous un litre fautif. 

Notre moine était « de Benavente », non « de Motolinia ». Mon collègue et 

ami aurait dû avoir le courage de renoncer à cette forme, accréditée par les 

éditeurs de 1858 ! 

L. Lui: AL. 



Karl Sapper. Mitlelamerikaiùsche lîeisen und Sluclien. Braun- 
schweig, Vieweg-, 1902. in-S*^ de 425 p., I pi. hors lexle, 60 il)., 
4 caries. 

La première partie de cet ouvrage comprend des voyages ou des études pré- 
sentées sous formes de voyages ; quelques chapitres en ont paru comme articles 
dans le GloJjus ou comme suppléments au Journal de Munich. C est dire assez 
que M. Sapper ne s'adresse pas exclusivement à un nombre de savants, 
mais aussi au grand j)ublic. Son livre est écrit en ce style élégant qui cherche 
à plaire et à intéresser. La première partie siu-lout réserve, à côté des observa- 
tions faites, une grande place aux impressions de Tauteui- 

Les études de la seconde partie sont présentées dune façon plus objective ; 
l'auteur s'y est plus ell'acé. Le jiremier chapitre donne la géographie de l'isthme 
américain. Celui-ci, comme aspect général, se subdivise en quatre régions 
principales: 1° le Yucatan; 2" le Chiapas, Guatemala, Salvador, Honduras 
anglais ; 3" le Honduras espagnol et le Nicaragua ; i" le Costa Rica et le 
Panama. M. Sapper étudie successivement la géologie, l'orographie, les sites 
pittoresques, l'hydrographie, la climatologie et la bio-géographie. Ces dilfé- 
rentes études se trouvent résumées dans les statistiques savantes et dans 
les cartes minutieusement travaillées qui terminent le livre. Outre ces études de 
géographie proprement dite, la seconde partie s'occupe des productions du sol, 
du canal de l'Amérique centrale, de son commerce, surtout au point de vue 
allemand, de la monnaie, de la culture du café, du caoutchouc et de l'indigo. 
Comme le montre l'énumération de ces chapitres, elle intéresse moins l'ethno- 
graphie que la géographie coloniale. Le dernier chapitre, qui s'occupe de cer- 
taines recommandations à ceux qui visitent pour la première fois ces pays, peut, 
cependant, rendre aussi des services aux voyageurs ethnographes. Ils y trouve- 
ront des indications utiles sur l'emploi des langues, sur le choix des habits, des 
chapeaux, des chaussures, des manteaux, des armes portatives, sur les relations 
avec les indigènes, sur les conditions de transports, etc. 

Mais ce qui intéresse le plus les ethnographes, ce sont assurément les visites 
faites par M. Sapper a des peuplades jusqu'ici fort peu connues et qu'il nous 
décrit en détail dans certains chapitres de sa première partie. Ce sont les Payas 
du Honduras (p. 71 sqq.), les Chirripos et les Talamaucas (p. 173 sqq.) 
et les Gualusos du Costarica (p. '2'2'1 sqq.), les Suinos et les Mn.squilos- du 
.Nicaragua se[)tentrional (p. '201 s(jq.). 



lîlLLETIN cniTlOl E 147 

Déjà ei\ 1889, M. Sapper publia clans le Glohus (n° 5) quelques détails sur les 
Payas. Ils habileiiL à lesl du Honduras. Leur principal village est Culmi. 
Le missionnaire espagnol Subirana y bâtit une église en 1801 et substitua au 
nom de Culmi celui de Diilce Nombre. Les Iridieus n'habitent le village que le 
dimanche. Pendant la semaine ils occupent les fermes dispersées aux environs. 
M. Sapper l'ut introduit dans une de leurs réunions dominicales et en profita 
pour faire une petite enquête linguistique et ethnographique. Comme les 
Indiens du Guatemala, les Payas attachent une grande importance au rêve. 
Quand un malade rêve dune ]iersoiine déterminée, (m croit généralement que 
celle-ci est cause de la maladie. Aussi, dans l'ancien temps, elle était tuée ; 
mais l'énergie du gouvernement a mis fin à cette coutume barbare. Les méde- 
cins recourent à l'incantation et. à l'hypnotisme, mais ils n'ignorent pas l'usage 
souvent eiricace des plantes médicinales. A certaines grandes fêtes, les Pavas 
se livrent encore à des danses antiques autour des(|uelles ils font le plus grand 
secret. 

En 1899, ^L Sapper visita les Ghirripos et les Talamancos et publia un 
article à leur sujet dans le Glohus (1900, n"^ 1 et '2). Il s'intéressa beaucoup à la 
construction et à la disposition de leurs maisons. Leur nourriture principale 
consiste en une espèce de grandes bananes, appe]ées pi a fanas, et en maïs; ils 
mangent aussi des yucas et les fruits du péjivallç. Ils se livrent à la chasse et à 
la pêche, à l'élevage de porcs et de volailles; les plus riches élèvent aussi du 
bétail. Pour le transport, ils se servent de filets suspendus par une courroie qui 
leur passe autour du front et par une autre qui s'applique sur la poitrine. 

Ghez les Guatusos qu'il visita également en 1899 (cf. Glohus, t. 76, n" '2'2), 
M. Sapper observa un culte des ancêtres. Gomme les Kekchis, ces Indiens con- 
sidèrent le serpent comme un serviteur de Dieu, exécuteur de sa justice. Aussi 
l'homme qui meurt d'une morsure de cet animal ne participe pas à la vénération 
dont les morts sont l'objet. Il n'est pas enterré à l'intérieur de la maijion ; la 
nuit qui suit sa mort est passée en veille ; sa veuve ne peut pas se remarier. 
Chez cette peuplade, l'élément masculin l'emporte en nombre sur le féminin, 
ce qui donne lieu à une certaine polyandrie de fait. Les Guatusos ne sont chris- 
tianisés qu'apparemment ; à côté du soleil, ils reconnaissent un esprit méchant. 

En remontant le Rio Boco, M. Sapper atteignit le territoire des Sumos et des 
Mosquitos. Il y trouva d'anciens dessins sur roche. Il nous renseigne sur les 
habits, les instruments, la religion de ces peuples. Il eut l'avantage d'être mis 
en rapport avec un Suquiu ou médecin magicien, duquel il obtint des renseigne- 
ments importants sur leur médecine, leurs rites mortuaires, leurs purifications, 
leurs mariages, etc. Les Mosquitos ont une conception très bizarre du droit : 
l'argent peut expier la plupart des délits, et faire disparaître toute offense ; les 
blessures occasionnées sont réparées par une assez forte somme, l'adultère, par 
le don de deux vaches ; le meurtrier expie son crime par le suicide ; s'il 
cherche à s'y soustraire, un des parents de la victime se charge de le tuer. 

Par ces quelques notes rapides, j'ai voulu appeler l'attention sur la diversité 
et l'importance des informations contenues dans l'ouvrage de M. Sapper. Géo- 
graphe et ethnographe de profession, M. Sapper aime et connaît les peuples 



148 SOCIKTIO IJi;S AMKRICAMSTES DE PARIS 

ceiitro-aniérii-'aiiis au milieu tleM|ut'N il veciil plus de dix ans. Sou livre est 
l'ail pour couiuuniicpRM- an leelenr cet amour réel el cette connaissauce exacte 
de la i;éoi;raphie el de relhno,L;ra|ihir de l'Amérique centrale. 

Ed. DK JoNGUE. 



Juan B. A.MBUosi.TTi. Kl lîi-ancc en hi Région C;i/ch;iqui. Buenos 
Aires, imprenta de Juan A. Alsina, 1904, gr. in-S" (Tome XI 
des Anales ciel Miiseo \;ieion,'il de Ihienos Aires, p. 1(k3-o14, 
102%.). 

A ses déjà nombreuses publications sur rarchéolo|,ne de la République Arj^en- 
tine, -M. Juan 15. Andjroselti vient d'ajouter un travail, très intéressant comme 
récapitulation de tout ce qu'il nous avait antérieurement fait connaître sur le 
matériel d'objets préhispaniques en cuivre, provenant de la région andine du 
territoire argentin, et, aujourd hui, réunis dans les musées de La Plata et de 
Buenos-Aires, ainsi que dans j)lusieurs collections particulières du pays. Outre 
les pièces en cjnestion, l'auteur, dans le présent volume, a étudié un certain 
nombre d'ustensiles, conservés au Musée royal d'ethnographie de Berlin, sur 
des photographies communiquées par le professeur Karl von den Steinen. On 
ne peut qu'approuver l'idée première de cette synthèse qui rendra de réels 
services à tous les Américanistes. 

L'ouvrage commence par une énumération d'exploitations minières anciennes 
dans les provinces actuelles de Salta, Gatamarca, La Rioja et sur le haut 
plateau de la Puna. Mais il s'en faut de beaucoup que toutes les mines 
dont AL Andjrosetti fait mention puissent être rangées avec certitude dans 
la catégorie de celles que l'antiquité préhispanique exploita. A regarder 
d'un peu près les choses, il n'y a que deux cas aulhentiquement antérieurs à 
la conquête espagnole. Pour préciser, la mine de la Sierra de Capillitas, en 
Catamarca, est authentiquemenl datée parles restes de huai/ras qu'y a trouvés 
j\L Lafone-Ouevedo. Avec une égale certitude, se présentent les sites miniers 
du Catamarca et de la Puna, signalés par le 1)' F. -P. xMoreno et où il a 
rencontré des moules |)Our couler des haches et disques en cuivre. Les 
deux inarai/s [grandes pierres à broyer le minerai), figurés et décrits par 
AL Ambrosetti, après M. Lal'one-Ouevedo, constituent d'autres indices d'exploi- 
tation. Ainsi tlnnc, les vestiges authentiques de la niiiicria préhispanique 
sont assez rares. M. Amliroselti me permettra-t-il de lui en désigner deux que 
j'empi-nnte à mes sou\'eiiirs personnels et de noter ici qu'au cours de mon 
dernier xoyage sur le haut plateau, |"ai rencontré, avec un maruy et des moules, 
les fondations de deu\ huai/ras, près d'une mine de la Puna de Jujuy. 

Le paragraphe sui\anL de la présente étude, c métodos de fundicion », exa- 
mine les procèdes île l'antiquité indigène pour le traitement îles minerais cupri- 
fères. A ce propos, M. Ambrosetti reproiluit les renseignements que donnent sur 
la question Ciarcilaso de La \ ega, Lray Ballasar de 0\anilo, Baltasar Piamirez 



liiLLirn.N cuninLL: 141) 

el le F. l'cniiibr ("oho. I/auLoiir d/sV /Iraiicc pari dowr de ce principe cnic les 
niéUindes niélaliur;;i(|ues du Pérou cl du Mexicpie claienL usitées aussi dans les 
Andes de l'Aryenline. Ou doit le lui accorder, eu ce qui concerne les 
hiiai/ras, puisque, nous lavons vu, on a trouvé des restes de ces lourneaux. Je 
ne comprends pas, d'ailleurs, pourquoi M. Andiroselli, à propos des olla.s de 
harro dont parle le P. Gobo, en t'ait la base d'un [)rocédé primitif, distinct 
des hunyras. Ces deux expressions, dans le texte de Cobo, me semblent tout à 
lait équivalentes. 

Après ces préliminaires, M. Ambrosetti entre dans une description du 
matériel d'objets de cuivre, accompa^^née de fig-ures. Nous passons ainsi 
successivement en revue les catég-ories suivantes : poinçons, couteaux, 
ciseaux, hachuelas (haches plates rectan<;ulaires, emmanchées comme nos 
herminettes), spatules, « luinis » (tranchels semi-lunaires à queue centrale), 
aig"uilles, topos (épinj^les à grande têle plate (jui servaient à agrafer les vête- 
ments), bagues, bracelets, plaques diverses et oljjets d-e parure, clochettes 
[campaiullas)^ cpiloirs, pelites boules de forme variée, casse-tête, u haches 
cérémonielles », « sceptres », « inanoplas » (sorte de cestes), cloches (campanas), 
plaques « pectorales et frontales », disques. M. Ambrosetti, en étudiant 
chaque catégorie d'objets, donne son opinion personnelle sur leur usage, leur 
sens svmbolique ou le symbolisme des dessins que les objets présentent. J'avoue 
me séparer de notre confrère sur lidentilication des objets qu'il dénomme 
campanillas, les soi-disant petites cloches, formées d'une lame de cuivre, 
pliées quadruplement en rayons (p. 2"J*.)-'2!50). M. Ambrosetti suppose (|ue, 
pourvues d'un battant, ces campanillas s'allachaient au cou fies lamas. Or, 
celle que j'ai trouvée moi-même dans une grotte funéraire de Pucarâ de Riiico- 
nada (Puna de Jujuy) servait d'ornement à un cadavre, auquel elle tenait par 
un fil de suspension encore intact, recouvert de petites perles de malachite, 
lillle n'avait point de battant et j'ai tlonc toute raison de croire que ce n'était 
pas une clochette destinée à produire le son, mais simplement une pendeloque. 

M. Ambrosetti, dans l'étude du matériel ethnographique en cuivre, aborde 
aussi la question de l'emmanchure des instruments. Quelques-unes des ligures 
qu'il donne à ce propos sont très intéressantes et significatives. C'est qu'elles 
représentent les pièces avec leurs manches originaux, tels qu'ils furent exhumés. 
Dans le cas contraire, je ne puis me défendre d'une certaine inquiétude devant 
certaines reconstitutions qui me paraissent tout à fait arbitraires, par exemple, 
à propos des fnmis (p. 203 sqq.). Ces tranchets à queue centrale, notre auteur 
les munit d'un manche court, espèce de gaine recouvrant la queue, et leur 
donne ainsi l'aspect ilu Iranchet des cordonniers modernes. Or, nous connais- 
sons des exemples de ce^; instruments emmanchés comme des haches, la queue 
traA'ersant une hampe de- bois dans le sens perpendiculaire, de telle sorte que 
l'ensemble a un peu l'aspect d'une hallebarde '. Et quant au nom /(//;// qui est de 
l'initiative de M. Ambrosetti, il l'a pris de Montesinos, mais est-ce aux instru- 
ments en question que ce mol correspond? Autre exemple de ces reconslitu- 

1. Cf. Ilaflcd dojijx'r Imjili'incnln /'roin Pci-ii \)i\v \\. 11 Lii^lioli. ■< M;iii •>, n" ii2, 
I.oiidon, jinie 19Ui. 



150 SOCTÉTK DI'S AMÉRICANISTES' DR PARIS 

lions arbitraires : celle des haches à oreilles. M. Ambrosetti les représente 
[H^ 26 a) comme encochées dans le manche qu'il a fait construire. Or le Musée 
du Trocadéro possède une hache non cncochée dans le manche et, d'autre part, 
un vase ' figurant un homme porteur d'une hache de la même catégorie, laquelle 
n'est pas encochée, mais simplement attachée au manche. 

Pour la partie d'El Bronce qui concerne la composition chimique «du métal 
ancien, elle est très intéressante. Elle s'appuie sur un grand nombre 
d'analyses, émanées de chimistes d'une compétence reconnue, tels le D'^ J.-J. 
Kyle et le D'' Herrero-Ducloux. Nous regretterons toutefois de chercher dans 
ces pages les localités d'où proviennent les objets analysés. 

Le cuivre est toujours allié à une petite quantité d'étain. Les objets analysés 
sont les suivants : 

1° Trois haches à oreilles avec 7.38, 5.73 et 3.3i % d'étain, respectivement ; 

2" Un tranchet à queue centrale [tami), 3.80 °/n d'étain. 

3° Une cloche, °/r, d'étain ; 

4° Dix-sept disques dont la proportion d'étain atteint, en général, 2 à 3 "/o, 
chifTre surpassé seulement par cinq disques, dont la richesse respective en 
étain est de 16.53, 8.67, 6.64, 5.66 et 5.43 %. 

En trois cas seulement, l'on a trouvé du soufre dans les échantillons analysés. 
Mais il faut noter que ce n'étaient que des traces. 

Les analyses référées par M. Ambrosetti sont, d'ailleurs, en correspondance 
avec celles que M. le comte de Créqui Montfort a fait exécuter, avec les 
meilleures garanties d'exactitude scientifique, sur le métal des objets rapportés 
par la « Mission française en Amérique du Sud ». 

p]t, tout pesé, decesdifTérents faits, on peut tirer les conséquences suivantes : 

P Les Indiens préhispaniques de la région « calchaquio » ne traitaient point 
les sulfates et sulfures de cuivre; 2° ils obtenaient leur cuivre du cuivre natif, 
assez commun dans la région, et des carbonates de cuivre (malachite, azurite, 
etc.), qui sont assez faciles à fondre dans les huay?-as ; 3" ils mélangeaient dans 
leurs fournçaux les minerais de cuivre avec une certaine quantité de minerai 
d'étain, probablement la cassitérite, afin d'obtenir un métal plus dur que le 
cuivre pur ; 4" les proportions d'étain constatées sont si variables que l'on 
peut conclure que les indigènes en question ignoraient l'art de graduer l'alliage 
selon la destination des objets. C'est empiriquement et au juger qu'ils ajou- 
taient la cassitérite pour la fusion, parce que l'expérience leur avait enseigné 
cette manière de durcir le métal. 

Dans les objets de cuivre qu'il a examinés, M. Ambrosetti croit trouver des 
preuves de l'autonomie de la culture dite u calchaquie », par rapport à celle du 
Pérou et des autres parties de la Cordillère américaine. J'adopterais volontiers 
la thèse toute contraire. Les pièces « calchaquies « ont, presque sans exception, 
leurs équivalents absolus dans le matériel découvert au Pérou. S'il y avait des 
objets spécifiques du territoire andin de l'Argentine, ce ne serait que les jnano- 
plas, les cloches et les disques. Mais, en août 1904, au dernier Congrès des 

1. Ce vase est donné par le M. le D"" E.-T. Hamy dans sa Galerie américaine du 
Musée cVEIhurxjrajtliie, pi. XXXIV, fig. 107. 



BULLETIN CRITIQUE iSi 

Américaiiisles, tenu à Slullf,^art, j'ai eu Toccasion de voir une pièce tout à fait 
semblable aux « cestes » calchaquis , entre les mains du D' A. Plagemann 
qui lavait rencontrée auprès de Tarapaca, sur la c(Me du Pacifique, en plein 
territoire 'Wuica. Les « Vallées Calcbaquies » semblent même menacées dans 
l'exclusive jjropriété des cloches dont il a été plus haut parlé, l^n effet, tout 
dernièrement, M. I^. w^énéchal de la Grang-e en a trouvé un modèle en bois, 
tout à l'ail équivalent quant à la l'orme, dans le cimetière préhispanique de 
Calama, sur les conlins du Chili et de la Bolivie. Il est donc probable qu'un 
avenii' prochain nous réserve aussi la rencontre de cloches en métal au 
Pérou! ou en Bolivie. Quant aux disques calchaquis, ils portent, en effet, une 
ornementation très caractéristique. Mais nous connaissons aussi des disques 
circulaires décorés, proNcnant d'autres régions sud-américaines. Ainsi, la civili- 
éalion des pays calchaciuis est connexe de la culture préhispanique des Andes 
en général, et la lecture tïEl Bronce contribue à démontrer l'unité archéolo- 
gique de toute cette vaste zone. 

E. BOMAN. 



Henry Vignaud. Etudes critiques sur ht vie de Colomb avant ses 
découvertes... Paris, Welter, 1905, in-S^ de xvi-543 p. 

On me demande s'il y a beaucoup de nouveau dans l'ouvrage dont je vais 
vous entretenir. C'est du nou>eau, toujours du nouveau qu'il faut à notre 
époque fiévreuse et ennuyée. Du nouveau? Non, si vous entendez quelqu'une 
de ces découvertes sensationnelles qui, d'un coup de baguette magique, 
changent l'aspect d'un sujet ou d'un événement; peu, en effet, pour nous^autres 
qui sommes au courant de ces études, mais beaucoup pour le public, le gros 
public qui en est resté à tout ce que les livres anciens jusqu'à Washington 
Irving nous racontent de la vie du découvreur de l'Amérique. 

Il faut nous y résigner: ce qu'on a cru jusqu'aux abords du xx« siècle être 
l'histoire véritable de Colomb, parce que c'est son fils Fernand, parce que c'est 
Las Casas qui eut à sa disposition tous les papiers de famille, qui l'ont écrite ; 
— justement parce que ce sont eux, les intéressés, qui l'ont écrite, toute cette 
histoire, disons-nous, n'est qu'une légende artistcment arrangée, un roman 
machiné par un habile metteur en scène. Cette façade somptueuse, richement 
décorée, amoureusement sculptée, cache les pauvretés, les misères et les 
vices d'un aventurier comme il s'en rencontrait en si grand nombre à cette 
époque; d'un homme qui, né dans la position la plus humble, se donne pour 
appartenir à une famille riche dont certains membres ont occupé des charges et 
des situations importantes; qui se dit, au sortir de l'Université de Pavie, avoir 
navigué toutes les mers alors peu ou prou fréquentées et qui n'avait au 
contraire, après des études primaires, quitté Gênes, où il était tisserand et taver- 
nier, que tardivement pour courir les aventures. Toujours, quand il arrive à 



152 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Colonilj de parler de lui-même, c'est à mots couverts, par allusions, et non en 
ces termes précis qui dénotent l'homme honnête, scrupuleux, ami de la vérité. 
Ce Colomb nouveau, le public ne le connaît guère et c'est lui que M. Vignaud 
a voulu nous peindre, tel qu'il résulte des actes officiels, des témoignages con- 
temporains rapprochés, comparés, éclairés par la critique la plus fine et la plus 
aiguisée. Ne vous attendez donc pas à trouver ici un ouvrage de vulgarisation, 
mais bien un livre savant, d'immense et consciencieux labeur, œuvre saine et 
impartiale qui cherche à mettre toute chose au point; qui, suivant la recomman- 
dation de Sainte-Beuve, veut avant tout la vérité, rien que la vérité, fût-elle 
ruineuse pour la réputation scientifique, pour la valeur morale de Colomb. C'est, 
en réalilé, une instruction judiciaire bien plutôt qu'un réquisitoire. Le procureur 
n'abandonne pas les régions sereines de l'impartialité. Ce sont les faits, les faits 
seuls qui démontrent la réalité de l'accusation. 

Du nouveau ! vous voyez donc qu'il y en a et de très passionnant dans cette 
affaire. « Il n'y a pas d'histoire définitive, a pris soin de nous dire M. Vignaud ; 
on a vingt fois écrit l'histoire de la Grèce et celle de Rome, non pour y ajouter 
des faits nouveaux, mais pour montrer que ceux que l'on connaît doivent être 
vus d'une autre manière, ce qui conduit à des conclusions dillerentes. » Tout 
le livre de M. \'ignaud s'explique et se justifie par cette seule phrase. 

Aussi l'auteur n'a-t-il pas la prétention décrire un ouvrage définitif. En effet, 
il y a encore, il y aura peut-être toujours encore, comme le disait il y a vingt- 
cinq ans mon excellent ami Fernandez Duro, bien des nébuleuses dans la vie de 
Colomb; mais il nous donne le résultat de ses recherches, de ses confrontations 
et des réflexions qu'elles lui ont inspirées. 

Non-seulement c'est un travailleur obstiné que M. Vignaud, mais c'est aussi 
un passionné, nn passionné à froid ; je m'explique. Il cherche avec acharne- 
ment les témoignages qui, à la distance où nous sommes des faits à examiner, 
sont peu faciles à retrouver. Il les compare entre eux, les étudie à la loupe, les 
laissant pour les reprendre un peu plus tard, s'efforçant d'en faire jaillir par 
cette patiente, inlassable et insatiable enquête ce qu'il croit être la lumière et la 
vérité. A la recherche de l'absolu, Balthasar Claes ne déployait ni plus de 
fougue ni plus de passion. Aussi, quand il a pu élucider un point contestable, 
éprouve-t-il l'intime satisfaction et la joie débordante de l'inventeur. 

Est-ce à dire que, même pour la période si courte de la vie de Colomb qu'il 
étudie, M. Vignaud ait trouvé lasolutit)n de tous les problèmes qu'elle soulève, 
deviné toutes les énigmes qu'elle fait naître ? Non, mais il a cherché tant 
qu'il a pu et il ne s'est décidé à publier le résultat de ses investigations que le 
jour où il a été convaincu d'avoir épuisé le sujet. Il ne dit pas : voilà tout ce 
que vous saurez jamais, mais bien : voici tout ce que j'ai pu apprendre. 

Et certes c'est beaucoup. Jugez-en plutôt. C'est en li5l que Colomb est né, 
non en 1135, 1436, 1446 ou 1447, dates contradictoires qui résultent de ses 
propres déclarations, dale que Las Casas, qui avait en mains tous ses papiers, 
n'a jamais voulu donner. Il appartenait à une humble famille de tisserands et ne 
compte parmi les siens aucun amiral, contrairement à ce qu'il le déclare. Ceux 
aux(|uels il fait allusion et .qui s'appelaient l'un Coulon et était français, l'autre 



BULLETIN CRITIQUE 133 

Dissipât et était grec naturalisé français, furent tous deux connus snus le nom 
de Colomb. Il n'a pas été à Funixersilé de Pavie, comme le déclare Fernand et 
n'a reçu d'autre éducation que celle des ouvriers II n'a pas été marin dès l'âge 
de 1 i ans, car on le trouve encore tisserand à Savone à l'âge de 2'2 ans, après 
avoir été marchand de vins avec son père. Il n'a donc jamais fait campagne 
ni commandé un navire pour le roi liené. Il déclare être allé à Chio, ce que 
paraît confirmer la disparition de son nom dans les registres des notaires. En 
I47tj, il rentre à Gênes et en repart pour un voyage de commerce en Angleterre. 
Au cours de ce voyage, les quatre navires qui voguaient de conserve sont atta- 
qués par Coulon ; deux prennent feu et Colomb gagne à la nage la cote de 
Portugal. C'est le 13 août 1 i7i) que se produit cet événement, et non en 1470, 
comme il le donne à entendre. . Il continua cette même année, à ce qu'il semble, 
son voyage en Angleterre sur les autres navires génois qui avaient échappé; 
mais il n'alla certainement pas en Islande, car tous les renseignements qu'il 
donne sur cette île sont erronés. On pense, mais sans être certain, qu'il se maria 
en 1477 en Portugal, et c'est de là qu'il partit à la lin de I 18 i ou au connnence- 
ment de 1485, pour se rendre en Espagne avec un tils âgé de 5 à 6 ans. 

Tels sont les faits. Telles, les rectifications a[)portées à ce qu'on savait de la 
jeunesse de Colomb d'après ses propres déclarations ou d"a|)rès les écrits de son 
fils et de Las Casas ; elles portent sur toutes leurs allégations à tous trois et 
entachent si gravement la moralité de Colomb que sur tous ces faits on le sur- 
prend en état de mensonge. N'en sera-t-il pas de même pour toutes les autres 
circonstances de sa vie ? Et, voyez un peu le singulier état d'esprit de cet 
homme ; il veut tromper tout le monde par orgueil et pour donner à sa décou- 
verte le mobile scientifique qui lui faisait défaut. N'aurait-il pas été plus glorieux 
d'avouer qu'il était parti de rien et de montrer qu'à la force du poignet il avait 
su s'élever et devenir presque l'égal de son roi ? Aujourd'hui que le mensonge est 
percé à jour, au lieu du savant qu'il s'est proclamé, de l'apôtre qu'il s'est flatté 
d'être, nous n'avons plus qu'un aventurier ignorant et qu'un imposteur qui a su 
se servir des circonstances et qui ne fut jamais embarrassé de scrupules. 

N'était-il pas intéressant de discuter et de résumer toutes les conclusions aux- 
quelles est arrivée la critique depuis trente ans, d'y ajouter ses remarques 
personnelles et ses découvertes particulières ? C'est à ce rôle modeste qu'a 
entendu se borner M. Vignaud ; nous croyons que ce n'est pas assez dire, et 
qu'avoir, avec tant d'instruction et de sagacité critiqué la critique, cela mérite 
le titre de véritable historien de Colomb. 

Gabriel Marcel. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 



Les Indiens Guatos de Mallo-Grosso (E. Monoyer). — La France à lierre- 
Neuve. — American historical Association. — American Philosophical 
Society. — American nntiquarian Society. — Un précurseur français de 
r Américanisme : le capitaine Champion. — La pierre de Netzahualcôyotl. 
— Mouvement mexicaniste à Mexico. — Le << Ifuicho » des Indiens 
Colorados. — Histoire des religions américaines. — « Amerikanisten- 
Kluh » de Berlin. — Bibliothèque nationale de Paris : un monument 
hibliographique. — Prix et Concours. 



Les Indiens Guatos du Matto-Grosso. — La race Gualo que j'ai eu Toccasion 
d'observer au cours d'un séjour à Matto-Grosso, pendant les années 1900, 1901 
et 1902, se rencontre sur les rives du Paraguay supérieur et du Kio Sao Lou- 
renço, dans la région marécageuse qui borde ces rivières entre les 17*^ et 
19" degrés de latitude sud. Essentiellement pêcheurs, ils habitent le bord des 
rios et vivent par familles et non par tribus. 

Physiquement, c'est une des belles espèces humaines du Sud-Amérique. Les 
hommes sont grands, ont les épaules larges et les membres bien proportionnés. 
Le visage est de forme assez régulière, malgré la saillie prononcée des pom- 
mettes. 11 ne présente aucun prognathisme. La couleur rouge bronzé de l'épi- 
derme est plus claire (jue celle des peuplades voisines (Bocoros, Goroados et 
Ghiquitosi. Les cheveux, assez fournis, sont noirs et lisses. Le système pileux 
est peu développé, quasi nul même, sur le corps. Les hommes faits portent une 
barbiche assez longue, mais peu fournie. 

Jeunes, les femmes à la longue et noire chevelure, sont très bien faites de 
corps. Elles ont les seins fermes et réguliers de forme, et, à part la rudesse des 
traits et l'épaisseur des lèvres, elles mériteraient, pour la beauté et l'ampleur des 
lignes, la qualification de Vénus de bronze. Mais les rudes travaux auxquels 
elles sont astreintes les dégradent précocement, et, dès l'âge de 25 ans, elles 
n'ont plus aucun des attraits physiques de leur sexe. L'abus de la (( cana » ou 
« caxas », dont elles partagent le goût désordonné avec leurs époux, pères ou 
frères, contribue également à hâter cette décadence. 

La taille moyenne est, pour les hommes, de 1'" 65 à 1"' 75, et de 1"" 55 à 1" 70, 
pour les femmes. Ces dernières sont fécondes et les cas de stérilité sont pour ainsi 
dire inconnus. Les familles atteignent le chiffre de 6 à 8 enfants. Il s'est produit. 



156 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

des croisemenls f^énériques avec des Brésiliens, des Boliviens nu même des 
Européens. I^es produits ont conservé généralement les signes caractéristiques 
de couleur, de forme de tète et de corps de la race Guato. 

Les Guatos sont doux.* Rarement on a occasion de se plaindre de leur voisi- 
nage. Ils mènent la vie patriarcale sous l'autorité du plus vieux qui est très 
respecté, môme des hommes mûrs. Les vieillards sont bien traités. Lors de leurs 
transactions ou achats, ces pauvres gens recommandent toujours la \'ieille 
grand'mère aveugle ou l'aïeul infirme à la bienveillance des personnes auxquelles 
ils ont ail'aire, pour l'obtention d'un don spécial de tabac ou d'alcool. 

La pèche, comme il a été dit, est leur principale occupation ; aussi sont-ils 
tous possesseurs d'un léger canot, taillé dans un tronc d'arbre, et qu'ils manient 
avec une adresse merveilleuse. Tout en restant debout sur leurs esquifs, ils se 
servent de leurs grands arcs et atteignent le poisson au moyen de longues 
flèches de "2 mètres environ de longueur, prouesse qui serait très dillicile en 
opérant sur la terre ferme. Le « pacu »^ sorte de carpe, d'une longueur de 30 à 
40 centimètres, est le poisson le plus fréquemment péché de cette manière. Les 
Guatos s'adonnent aussi à la chasse des cerfs, des loutres, des tatous, des tama- 
noirs et surtout des crocodiles noirs et de petite taille [jaquarés), très abon- 
dants dans la région. La queue du jaquaré est un mets de prédilection. Ils ne 
craignent pas de s'attaquer au jaguar, dont l'espèce mouchetée compte au Matto- 
Grosso des représentants de grande taille. La chasse se fait au moyen de chiens 
assez petits, au museau pointu, qui harcèlent l'animal jusqu'à cequ'il soit acculé 
au pied d'un rocher ou d'un arbre. Là, les Guatos l'abattent au moyen de leurs 
flèches, ou, s'il bondit sur eux, l'attendent de pied ferme pour le recevoir au vol 
sur la pointe d'une lance appuyée en terre. Rarement ils manquent leur coup ; 
quelques-uns d'entre eux por'ent néanmoins des cicatrices, souvenirs de ren- 
contres malheureuses. 

Le Guato est paresseux. Il ne peut s'astreindre à un travail manuel ou phy- 
sique. Il reste libre et insouciant, refusant tout emploi dans les fazendas exis- 
tant dans ses parages. Quelques jeunes (niatos pourtant, recueillis dans ces 
établissements et élevés dès la plus tendre enfance, rendent de bons services 
comme peons ' ou comme guides. Ils font même preuve d'adresse comme cava- 
liers et dans le maniement du lazzo. 

Mais linstinct reprend souvent le dessus et ils disparaissent momentanément 
pour reprendre la vie libre et insouciante des leurs. Le Gualo montre assez 
d'ingéniosité dans la fabrication des objets de première nécessité : arcs, flèches, 
canots, lances, gourdes, chapeaux de paille, etc., et, même, il parvient à confec- 
tionner des instruments de musique : guitare ou mandoline, avec un certain art. 

L'habitation « guato » est des plus rudimentaires : un simple toit de feuilles 



1. Le mot pcon signifie homme de peine (c'est-à-dire qui font n'importe ([iiel tra- 
vail), à moins (|u"il ne soitnivini d'une désignation. Ex: Ponn do mnno, serviteur (jui 
est toujours sous la main de son [jalron; Pron de a ciihalln : serviteur à clieval ; 
Peon de arada, serviteur de laljour; Peon de acha, serviteur (ki travail de la hache, 
etc., etc. 



MÉLANGES KT N'OUVEI.I.KS AMÉItICAMSTKS 



.)/ 



(le palmiers wacouwas ., sur ([uali-e ])iliei'> reliés enireeux ou, pins soiivcnl, un 
simple aiiveiil double. Les faïuilles oiit, d'ailleurs, ordinairement deux rési- 
dences : Tune poiu' la saison des eaux, plus éloignée du rio, et l'autre au hord 
mémo de la rivière pour l'epocpie de la sécheresse. Malgré son insoueiance et 
sa paresse, le (iuato entreprend quel([uei'ois une petite plantation de manioc 
{manlioci) ou de eanne à sucre pfmr sa consommation personnelle. 11 couche 
sur le sol, mais en le couxranl d'un tapis de paille ' coléra) de sa fabrication. 

Dans l'intimité, l(>s (luatos. hommes r[ femmes sont presrpie nus. Les hommes 
portent une bande d'étolTe (pii. api'ès avoir entouré les i-eins. passe entre les 
jand^es, en cou\ rant les organes sexuels. Les femmes ont un petit jnpon ti-ès 
court. Lorscpi'il se rend dans le> localités on dans les f;izcn(l;is. le (niato revêt 
une chemise et un [lantalon de toile ou de coton. La femme sait se composer, 



• Cuyàba 




Lac 

GaKyba|i; 



avec les élolTes indiennes qu'elle achète, un costume simple, mais comenable. 
Ces objets sont achetés par échange aux traitants cpii parcourent le rio ou aux 
magasins de certaines fnzendas plantations ou propriétés où se fait l'élève du 
bétail . 

Les Guatos ont des notions musicales naturelles et savent tirer un na'if 
parti des instruments qu ils fabriquent et qui sont copiés sur ceux c|u ils ont 
vus dans les fazendas. Les cordes, en boyaux de singe, donnent l'accord harmo- 
nique. Le musicien règle lesdits instruments sans avoir aucune instruction 
musicale. Les jours de fête (et la présence d'une certaine quantité d'alcool 
sufllt pour les susciter , ou danse le « courourou » et le << siriri ". 

Le « courourou » est une sorte de farandole dans laquelle l'assistance marche 

en chantant le refrain d'une chanson dont les slro[ihes sont dites par un des 

chanteurs. C'est une mélopée sur trois notes constantes. Le sujet du chant est 

le commentaire d'une situation ou d'un fait, et surtout la louange du bienfai- 

eur cjui leur rend le mauvais ser\ice de leur ollrir l'alcool qu'ils boiront jus- 



io8 SOCIKTÉ DES AMKRIC.AMSTHS DK PARIS 

qu'à extinction de force et de raison, si raison il y a. Dans le « siriri », chaque 
danseur, à tour de rôle, traverse la chaîne l'ormée par les autres en exécutant 
une série de bonds et de ligures qui rappellent fort certaines danses des Indiens 
de l'Amérique du Xord.» 

Si le niveau intellectuel de la race n'est pas très élevé, il n'est pas non plus 
d'une infériorité marquée. Malheureusement, là comme ailleurs, l'alcool agit, 
et sa néfaste influence sera, si elle ne lest pas déjà, le meilleur facteur de dégé- 
nérescence et de disparition. Aucun indice extérieur de croyance, de culte, n'a 
pu être observé, mais, pour conclure sur ce point, il y aurait besoin d'investi- 
gations patientes, pouvant fournir des éclaircissements. 

Les Guatos sont, du reste, théoriquement convertis au christianisme, sans que 
cette conversion les ait amenés à l'observation d'aucune règle ou pratique. Ils 
se sont soumis à la religion du blanc comme aux autres nécessités de la domi- 
nation. 

San José (Rio Sao Lourenço), août 1904. E. Monoyer. 

La. France à Terre-Neuve. — La Revue historique de janvier-février 1904 
(p. 207) analyse la publication de M. Georges Musset, Les Rovhelois à Terre- 
Neuve, qui est particulièrement intéressante pour l'histoire des relations de 
l'Ancien Monde avec le Nouveau, dès le commencement du xv!** siècle. 
M. Musset a insisté dans ce travail sur l'activité déployée par les Rochelois, du 
côté de Terre-Neuve. Aux cinquante-quatre expéditions à Terre-Neuve et au 
Canada, relevées par M. Harrisse, et conduites par les marins des diverses 
nations européennes, M. Musset en a ajouté soixante-huit faites par les seuls 
Rochelois. Il a exposé l'organisation économique et technique de ces expédi- 
tions, et montré que, pendant deux siècles, les Français ont péché dans ces 
eaux américaines toutes sortes de poissons et de crustacés, et qu'ils y ont eu 
des établissements de toutes sortes, sans être jamais inquiétés. Ils étaient là chez 
eux, et le traité d'Utrechtn'a fait que rétrécir le champ de leur activité, 

E. H. 

American Historical Association. — Le rapport annuel pour 1902 de 
ï American Historical Association (1 vol. in-8'^), contient un ensemble de com- 
munications de haute valeur. La publication de ces documents constitue un 
titre nouveau à la reconnaissance que toute personne, s'intéressant aux études 
historiques, doit à cette importante association dont les statuts ont été dictés 
par le (]ongrès en 1889. Toutes ces communications n'ont pas exclusivement 
trait à l'histoire des États-Unis ou du Continent américain, mais celles qui 
rentrent dans cette double catégorie sont naturellement les plus nombreuses 
et c'est de celles-là seulement qu'il peut être fait mention ici. Leur analyse 
exigerait une place considérable, et c'est avec regret que nous nous bornerons 
à en indiquer les auteurs, les titres et, succinctement, parfois, les points 
saillants. 

Dans le premier volume, il faut signaler tout d'abord l'allocution prononcée à 
l'Assemblée générale par le Président de l'association pour 1902, M. Alfred 



MÉI.ANC.KS KT N(K' VllI.IJ'-S AMKniCANISIKS l'iîl 

Thayer Mahau, DocLor ol" civil Law and Doct^r ni' Laws. c Siihnnliiuilion in 
Hislorical Trealment », tel en est le sujet, qu'on peut (raduire ; » De la méthode 
à suivre pour traiter les questions historiques ... L'auteur, avec une jurande force 
de stvle et de pensées, commence par établir que transmettre aux autres ce 
(jue l'on a acquis soi-même, sous une l'orme quelconque, est plus qu'un droit, 
c'est un devoir. Si, avec une certaine apparence de loj;ique, on a parfois 
prétendu que mourir riche c'est oll'rir matière à critique, celui-là mérite plus 
de reproches encore, (|ui meurt sans vouloir, de propos délibéré, laisser 
derrière lui le bénétice à tirer de ses travaux, de son expérience. La richesse 
représentée par de Toi-, par exemple, ne suit pas le mort dans la tombe, et, en 
d'autres mains, elle troux era son emploi ; mais celle qui est le produit du 
travail de rintelliî^encc dis[)arait avec son auteur si, avant de mourir, celui-ci 
n'a pas eu le soin de transmettre à d'autres le fruit de ses eU'orts intellectuels. 
A cette condition seulement, il peut être considéré comme un rameau de 
l'arbre de vie. Le mémoire se termine par un examen plus lon^', mais moins 
orij^inal, des conditions essentielles de l'histoire et de la méthode à suivre tlans 
la critique des témoignages. Nos lecteurs ny apprendraient rien qu'ils ne sachent. 

Je passe donc à la communication ayant pour titre : The ,'U}lccc(lcnls of l/ie 
cleclaradon of [lulepeiulcnce, du D' James Sullivan, l^lle montre dans quels 
documents fort antérieurs apparaît la majeure partie des princi[)es philoso- 
phiques émis dans la » Déclaration «. L'auteur de celte thèse historique s'attache 
principalement aux écrits des plus anciens, Protagoras, Socrate, Aristide, 
Platon, et fait observer (|ue, dès le iV siècle avant notre ère, les préceptes qui 
forment la base de la >■ Déclai-aliou » ont été énoncés. 

Le professeur John l''raiiklin Jameson, de l'L'niversité de (Ihicago, a con- 
tribué à ce numéro par une note importante sur des lettres de divers membres 
de la Convention fédérale de I7S7 et autres documents de la même période 
qui seront utiles à consulter pour quiconque voudra bien comprendre les travaux 
de la Convention. 

A M. le professeur William Mac Donald de « Brown University ->, on doit une 
élude qui a pour litre : « A Neglected Poiiil of vicw in American Colonial 
Ilislori/ : (he Colonies ;is (lc/)en<lencics of Grenl Brilain ». Après avoir rendu 
justice au zèle et à l'activité avec laquelle les érudits de son pays ont poussé, 
en ces dei-nières années, riiistoire de la période coloniale, 'SI. Mac Donald 
reproche à tous les travaux publiés sur la matière d'être trop exclusivement des 
monographies historiques d'une région et d'une colonie, prise isolément. Il y a 
là une étroilesse regrettable de méthode. On ne devrait pas oublier que les 
colonies américaines faisaient partie de l'Kmpire britannique; leurs progrès 
devraient donc être étudiés en fonction de l'histoire générale de la coloni- 
sation anglaise. C'est ainsi seulement qu'on peut arriver à l'intelligence des 
origines de l'iuion. 

Il y a lieu, en terminant, de faire une mention toute spéciale du rapport sur 
les Archives de Bexur, dû à la Commission des Archives publiques. Ces Archives 
de liexar constituent un xéi'itable trésor au point du vue de l'histoire du 
continent américain, l^lles com|jrennent une immense (juantité de documents, 



160 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAiMSTES DE PARIS 

pour la plupart manuscrits, représentant près de 400.000 feuillets, dont environ 
un quart du format de papier ministre. Dans presque tous, Técriture est parfaite. 
Le document le plus ancien examiné par le rapporteur est de 1734, mais il 
suppose qu'il y en a d'antérieurs. L'histoire de l'occupation du Texas (qui 
constitue l'ancien département de Bexar) par les l*]spagnols est inséparablement 
liée à celle de l'occupation de la Louisiane par les Français, ce qui donne pour 
nous une valeur toute spéciale à ces archives. 

La dernière partie, et de beaucoup la plus considérable, du premier volume 
du rapport annuel pour 1902, de V American Historical Association, concerne 
l'histoire contemporaine, en dehors des limites traditionnelles de l'América- 
nisme. Il en est de même du second volume, consacré tout entier à Samuel 
Portland Chase, le collaborateur financier de Lincoln. On voit d'ailleurs, parce 
court aperçu, que V American Historical Association soutient sa renommée déjà 
bien établie de savoir précis, de curiosité historique et d'activité. 

Comte Louis de T. 

American Philosophical Societij. — Le vol. XLII des procès-verbaux des 
séances tenues à Philadelphie pendant le second semestre de 1903, par la Ame- 
rican Philosophical Society pour l'avancement des connaissances utiles, nous 
apporte deux communications spécialement intéressantes pour nos études, 
La première de ces communications, faite le 6 novembre 1903, est due à la 
collaboration de MM. J. Dyneley Prince, professeur à l'Université Columbia, 
et Frank J. Speck, l'un de ses élèves. M. Speck, dans le cours de l'été 1903, a 
eu la bonne fortune de tomber sur une Réserve indienne de petite étendue, et 
peu connue, située sur la rive ouest de la rivière Housatonic, à "2 milles environ 
au sud de Kent, dans le comté de Lichtlield, en Connecticut. Cette Réserve est 
habitée par seize Indiens Skaghticokes, chez lesquels on peut constater l'exis- 
tence d'un mélange très appréciable de sang noir et de sang blanc. Ils descendent, 
disent-ils, de diverses tribus du Connecticut. Leur clan aurait été fondé par un 
certain Gédéon Mawehu qui était soit un Pequot, soit un Wampanoag. Ulté- 
rieurement, des rôdeurs et des réfugiés d'autres tribus seraient venus s'adjoindre 
aux premiers occupants, si bien qu'en 1731 on pouvait compter dans le 
u Settlement » cent cinquante guerriers. 

De Forest signale parmi ces éléments étrangers des Potatucks de Newton et 
de Woodbury, des Pangussets de la partie supérieure de la région housato- 
nique, des Indiens Salisbury et Sharon, venus de Windsor. Ce mélange de races 
est démontré par l'existence, dans le langage des Skaghticokes, de mots empruntés 
à la Nouvelle-Angleterre, ainsi que le fait voir le professeur Prince dans son 
analyse des 23 mots et des trois phrases que M. Speck a recueillis de la bouche 
d'un de ces Indiens, James Ilarris, qui se dit pur de race et dont la peau offre 
bien la teinte rouge foncé caractéristique des races algiques de l'Est. Cet Harris 
n'a qu'une notion restreinte de sa langue maternelle. Le peu qu'il en sait, il l'a 
appris dans sa première enfance, de sa grand'mère. Quant aux autres Skaghti- 
cokes, ils ne sont plus Indiens que de tradition. 

La seconde communication, due à M. Albert S. Ashmead, docteur eu méde- 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 161 

cine, et intitulée: Testimony of Ihe Huacos [Miimrny grave) Poffen'es nf old 
Peru, est consacrée â l'examen des diverses questions pathologiques que peut 
soulever l'étude des objets et des vases découverts dans les anciennes sépul- 
tures du Pérou. Le docteur Ashmead, dans ces reproductions en terre cuite de 
têtes humaines et de corps humains, constate la figuration très exacte des etFets 
produits par diverses maladies trop répandues et par des opérations chirurgi- 
cales. Sans devoir accepter aveuglément les théories du docteur sur la trans- 
mission aux premiers Aymaras, par leurs animaux de bât, les Hamas, du virus 
de la syphilis, ou sur celle du lupus par des insectes nourris de perroquets 
morts de la tuberculose, on lira avec intérêt ses observations sur nombre de 
figures des musées du Trocadéro, de La Plata, etc. 

Comte Louis de T. 



American antiquarian Society. — Le volume XVI des Proceedings de la 
Société des antiquaires d'Amérique [American antiquarian Society) renferme 
une note intéressante de M. Henry Stedman Nourse, ancien membre de la 
Société, mort le 16 novembre 1903. Cette note traite de la période qui a 
précédé l'introduction de la première machine à tisser dans le comté de 
Worcester (Massachusetts) et de l'introduction de cette machine dans le comté. 

Il convient aussi de parler, non seulementpour le citer, mais pour le résumer, 
d'un article très documenté, publié dans le même volume, par M. Alexander 
F. Chamberlain sur la part contributive de l'Indien d'Amérique à la civilisation 
[Contributions of the American Indian ta civilisation). M. Chamberlain cons- 
tate qu'après quatre siècles écoulés depuis que Colomb a débarqué, il y a actuel- 
lement (bien que les timides habitants des Lucayes qui lui avaient fait un si 
amical accueil aient disparu depuis longtemps) aux États-Unis et au Canada, 
quatre cent mille descendants de la race que le grand navigateur a fait connaître 
à l'Europe, sans parler de la population indienne, infiniment 'plus nombreuse, 
dispersée au Mexique, dans l'Amérique centrale et dans l'Amérique du Sud, 
celle-ci estimée à 15 ou 20 millions, non compris les métis. 

A tous la destinée a été rigoureuse. Au Mexique, dans l'Amérique centrale, 
au Pérou, une civilisation indigène remarquable a été brutalement arrêtée en 
son plein développement. Sur le reste de la vaste surface du Nouveau-Continent, 
la race dite supérieure a soufflé comme un vent mortel sur celle qu'elle consi- 
dérait comme race inférieure. 

A la période d'oppression et de massacres inaugurée par les Espagnols, imités 
trop souvent par les premiers colons des autres pays d'outre mer, a succédé un 
siècle de honte dont les pratiques se sont, sans motifs, perpétuées jusqu'à nos 
jours, ainsi que l'ont trop démontré des enquêtes récentes. Certain soldat, en 
raillant, adit un jour : ((Il n'y a de bon Indien que l'Indien mort », et cette 
assertion, aussi fausse que laconique, paraît s'être gravée dans l'esprit public. 
La plupart des gens en sont encore, sur les Indiens aborigènes, aux idées émises 
par Pope et cependant les recherches des savants, les travaux des missionnaires 

Société des Américanisles de Paris. 11 



162 SOCIÉTÉ DKS amér[(:an[si'i:s bi-; i'Aius 

nous ont ouvert des horizons étendus sur les langues, les arts, les idées 
religieuses, les institutions sociales de rilomme liouge. 

Et M. Chamberlain rappelle ce que le monde doit à rindien, à celle race à 
laquelle a été arraché un continenl loul entier. La dette est grande, à com- 
mencer par celle des langues qui régnent en Amérique aujourtl'hui et qui sont 
redevables à celles qu'elles ont supplanté dun nombre inlini de noms dl'^lats, 
de provinces, de comtés, de villes, de hameaux, de montagnes, de vallées, etc. 
Humorisliquemenl, l'auteur l'ait observer, en passant, que jamais les Peaux- 
Rouges les plus doués d'imagination n'auraient pu se ligurer quel enqiloi les Blancs 
feraient un jour des noms géographicpies en usage chez eux, el il cite une 
vallée appelée « Apapuzinkasiqniuichiquasaqua >>, dans Tonesl-sud américain, 
dont, d'après Snrmermann, le nom servirait en .MIemagne comme exercice 
de prononciation pour les paroles embarrassées. Ce ne sont pas seulement 
des noms propres que les langues des aborigènes ont transmis aux langues 
modernes. Elles leur ont cédé également des centaines de noms communs 
et, particulièrement au Mexique, dans rAméri([ue centrale et l'Amérique du 
Sud, des expressions el des phrases entières. 'M. Chand)erlain en donne de 
nombreux exemples. Puis passant à un autre ordre de faits, il conslate (jue les 
différentes littératures d'Europe dans tous les genres sont débitrices des Indiens, 
ainsi qu'en témoignent les pages consacrées à ceux-ci par tant d'écrivains 
illustres comme Shakespeare, Dryden, Sacchini, Sheridan. Alonzo de l'a-cilla, 
Longrello\\-, Defoe, Fenimore Cooper, Chateaubriand, Marmonlel, etc. 

Si l'on abandonne, maintenant, l'examen des choses de l'esprit pour celui des 
choses matérielles, on devra encore reconnaître que c'est aux aborigènes que les 
premiers pionniers ont dû de pouvoir clieminer dans le Nouveau-Monde 
inconnu. 1mi certaines régions, c est à eux encore que doivent avou' recours les 
explorateurs modernes. Aux I^tals-l'nis, au Canada, la trace laissée par le 
bulfalo, adoptée comme piste par l'Indien, est devenue le sentier du traliquant et 
du trappeur. Ce sentier s'est à son tour transformé en roule et celte route s'est 
métamorphosée en voie ferrée. Le même phénomène sest proiluil au nord 
comme au sud, à l'est comme à l'ouest. Les postes de traite auxquels aboutis- 
saient les sentiei's se sont substitués aux campements ou aux villages indiens, 
dont le choix avait été la conséquence de la disposition des lieux et ces postesde 
traite, placés de façon à utiliser les voies fluviales, sont devenus des villes comme 
Albany, Chicago, Pittsburg, etc. La même évolution se poursuit encore main- 
tenant au Pérou, dans le Centre et le Sud-.\mérique. 

Comme l'a fait remarquer le professeur Turner, dit plus loin ^L Chamberlain, 
le développement ethnique de la population européenne aux L^tats-L'nis a, jus- 
qu'à un certain point, été soumis aux conséquences du lent recul de la frontière 
civilisée à l'ouest. Si la résistance des populations aborigènes n'y avait pas mis 
obstacle, les représentants de la race blanche auraient sans doute rapidement 
envahi la contrée ; on n'aurait pas vu les « Set tiers » constituer ces .Amériques 
successives cpii ont commencé par le ALissachussetls et la N'irginie ]iour tinir 
par la Californie, l'Orégon, l'Alaska, et donner naissance au type américain, un 
amalgame du Puritain, du Pécunier el de toutes les races qui sont venues 



MÉLANGES ET NOLVKLIJOS AMÉKICAMSTES l03 

se fondre les unes dans les autres. C'est la traite des fourrures qui a été en France 
et en Angleterre rorif,nne d'un commerce considérable et de spéculations aussi 
importantes que celles des Espagnols, motivées par l'or découvert aux Indes 
occidentales. Aux premiers colons les aborigènes ont appris nombre de procé- 
dés de chasse et de pêche, certaines méthodes de culture, l'emploi du guano, de 
la fumure avec les débris de poissons. Nous leur devons aussi le quinquina, le 
maté, la pomme de terre, le maïs, etc., etc. 

M. Chamberlain consacre de longues pages des plus instructives à Tinven- 
taire de tout ce dont nous sommes redevables aux premiers habitant du Nou- 
veau-Monde et, en terminant, il rappelle l'inscription g'ravée sur la tombe de 
l'architecte de la cathédrale de Saint-Paul à Londres : « Si monumentum requi- 
ris, circumspice >». On en peut, faire l'application à l'Indien qui a précédé la 
conquête. Comte Louis de T. 

Un précurseur français de V Américanisme; le capitaine Champion [1580). 
— Dans son travail si documenté et si instructif sur Les Origines du Musée 
d'Ethnographie, le D"^ K.-T. Hamy a montré comment, en France, dès le 
XVI*" siècle, rois, grands seigneurs et simples particuliers avaient tourné leur 
curiosité du côté des choses exotiques, et avaient commencé à se constituer de 
véritables collections zoologiques et ethnographiques dans lesquelles l'Amé- 
rique tenait une large place * . Ajouter un nouveau fait à ceux qu'a déjà signa- 
lés en grand nombre le président de la Société des Américanistes de Paris, tel 
est l'objet de cette courte note. 

Une des premières pièces relatives au Nouveau-Monde qui sont analysées 
dans la série coloniale des Calendars of State Papers ^, est un très curieux rap- 
port de quelques voyageurs ayant visité, antérieurement à Tannée 1580, les 
rivages de la partie des États-Unis qui portait alors les noms de P'ioride et de 
Caroline. Au milieu de renseignements précieux à plus d'un titre, fournis par 
dilTérentes personnes, on n'est pas peu surpris d'y voir un nommé David 
Ingram, déposer qu'un certain capitaine Champion, du Havre-de-Grâce, lui 
avait acheté 100 pièces d'argent une des enseignes, un des étendards de 
guerre des indigènes des abords de la Rivière de Mai •*. 

Dans quel but le capitaine Champion avait-il fait cette acquisition ? Lui-même 
ou l'un des siens avait-il été mêlé aux expéditions, encore assez récentes, de 
Jean Ribaud, de René de Laudonnière ou de Dominique de Gourgues? Est-ce 
à titre de souvenir, ou, simplement, à titre de curiosité qu'il avait acheté cet 
étendard ? Il est impossible de le dire, la biographie de ce personnage nous 
étant totalement inconnue. Il convient toutefois, de la brève mention faite par 
David Ingram dans sa déposition, de déduire deux indications nouvelles : 

1. Les Origines du Musée d'Ethnographie, passim. 

2. Calendar of State Papers. ColoniaL West Indies and America. Vol. 1 (1574-1660), 
p. 1-2. 

3. « One Capt. Champion, of Newhaven in France, liad given to him [David 
Ingram] 100 pièces of silver for one of their ancients or war'flagS. » (Id., ihid.) 



164 SOCIÉTÉ I)l:s amékicamstes de paris 

1" \'ers ir)(S(), des FraiiVciÏ!* s'intéressaient encore anx choses de la Floride, où 
nons ne connaissons cependant pas de tentative d'expédition postérieure à celle 
(^récemment signalée |)ar le D' E.-T. Ilaniy de René de Laudonnière en Tannée 
1572 '. 

:2"' A cette époque, un ol'Iicier IVançais, — un Normand selon toute vraisem- 
blance, — n"a pas hésité à débourser une somme importante pour se procurer 
un objet ethnoj;raphiquc ])rovenanl de la Floride qui, pour des raisons de nous 
inconnues, avait pour lui une réelle valeur et un intérêt considérable. 

Henri Frou)i;valx. 

La pierre de Netzahualcoijotl. — L'inyénieur 1). Luis (i. Becerril, membre 
de la u Sociedad Cientilica Antonio Al/ate », nous donne dans les « Memorias y 
Revista » de celte Association (t. XX, p. 69-71 ; pi. II et II h) une intéressante 
contribution ,archéoloj;ique. M. l)ecerrol est allé visiter en décembre 1903, à 
Coatlinchan, l^tat de Mexico, la jurande statue de pierre désignée sous les noms 
de Piedrii de Nelzahiialcoyoll ou de Piedra de los Tecomales [lecomatl, petit 
pot, cupule). Le bas de la l'ace de la statue est couvert d'une sorte de masque, 
creusé de douze cupules, disposées en deux rangées. Cette pierre, couchée par 
terre et que détériorent de plus en plus les intempéries, attend, paraît-il, son 
transport au Musée national de Mexico. C'est le plus volumineux des monolithes 
travaillés qu'on ait trouvé au Nouveau-Monde, puisqu'il a 7 mètres de long sur 
\\ m. 80 de large et 1 m. 50 tl'épaisseur. L'ingénieur I). J. \ illarello vient de 
tléterminer sa nature et sa densilé et a calculé son poids. La roche est une 
hornhieud, et le poids atteint "JS tonnes-. 

La pierre de (Coatlinchan a été déjà ligurée dans plusieurs ouvrages améri- 
cains, tels que les A»/</e,s del Museo Aacional [T . 111, p. ■2(Sy, ou encore le livre 
de notre collègue Chavero, Mexico u Iraves de los siglos (p. 664)-'. M. Jésus 
Sanche/ y voit une représentation de la déesse de l'Eau, eslatua colosal de la 
diosa del Aqua. Mendoza et Chavero partagent cette opinion. L'ensemble des 
tecomales pourrait être en effet regardé comme une sorte de bouche d'arrosoir, 
symbole pluvial, très intelligible ])onr les nombreux pèlerins qui venaient 
adorer sur les monts Tlaloc et sa compagne. E. H. 

Moiiremci}! iiie.vicanisle à Mexico. — L'année qui vient de s'écouler nous a 
apporté plusieurs autres intéressants travaux, publiés parles divers périodiques 
du (' Museo nacional » de Mexico. Nous noterons, entre autres : les « Notas 

1. Le c;i}nUii/ie liené dr Lundonnicre. Nouveaux renseignements sur ses naviga- 
lioiis, VMM-WMi {Bull. Gcoij. llisl. el Descr., l'.»02, p. ;J3-65i. — On peut même se 
tlciiKunler s'il l'sl ])\vn légili)ne <Ie ranger les H'ivages de la Floride parmi les « autres 
coslcs cl escalles » où devait se rendre, après avoir gagné les " Indes occidentales 
du Pérou •■ M., iljid., p. o9i, la comle^)^c Testu, le bàlimeut de Lau(l<Minière. 

2. Nous xoilà l)ieu loin des 1;J0 tonnes imaginées par M. Entres 1 

■'{. (le dernier csl, d'iiilleurs. rexcini sur le sujet dans une t)roc-lun'(' [Kl inonnhio de 
(^();ill/ncli:in), dédiik' ;ui Congrès de Sluttgarl, cl (jui sera analysée dans noire 
coni[)le-n.MHlu, m préparation, de ce Congi'ès. 



aiÉLANT.KS HT NOUVELLES AMERICAN ISTES 1 Go 

acerca de los Tzaiihili orquideas mexicanas », du botaniste bien connu, 
M. Manuel L rbina [Anales dvl Mti.seo, '2-^ cpoca, I, p. 'li-H-i), copieuse mono- 
graj)hie (jui complète, par de nombreuses recberches personnelles, les indications 
de Sahagun et de Hernandez sur les espèces d'orchidées connues des Aztèques 
et les usages médicinaux ou industriels qu'ils en faisaient, et les trois études du 
D'' Nicolas Léon, intitulées : « Los Matlaltzinca » [Boleliti del J/f/seo, :2' epoca, 
I, p. 59-82), » Noticia de un dialecto nuevo del ALitlaltzinca » {Boleliii, I, 
p. ■201-20i); enfin « Los Tarascos » {Rolelin, I, p. li:}-[29, 132-14'.), L)3-169, 
185-201, 217-233). Le premier de ces mémoires traite des noms de jours et de 
mois dans le calendrier des \Litlallzinca, qui parait a voir été aussi celui de tout le 
Michoacan. Le second a pour point de départ une lettre de Mgr Plancai-te, le 
savant évèque de Guernavaca, qui signale le << pueblo » de San-Francisco, situé 
à sept lieues de Temascaltepee, sur la route de Toluca, et où se conserve, en 
pleine zone linguistique mexicaine, un dialecte absolument distinct du Nahuatl. 
Selon Mgr Plancarte, ce serait un reste, — le dernier subsistant, — de la langue 
matlaltzinque. Après confrontation des cent vingt-six mots dont le prélat a 
dressé la liste, avec un ms. matlaltzinca du P. Basalenque et avec les travaux 
philologiques du P. Miguel de Guevara, le 1)'" Leôn conclut à Tafifinité de ce 
« parler » de San-Francisco avec ïociiilleca, « dialecto del Matlaltzinga que se 
habla en Ocuila, distrito de Tenancingo ». Quant à la monographie sur les 
Tarasques, c'est une introduction historicjue au catalogue des antiquités de 
Michoacan que possède le « Musée national ». L'auteur a pris pour base la 
« Relacion » de ^Lchoacan, le plus ancien document connu sur la population 
tarasque, ainsi que divers mss. iconographiques, relatifs aux pérégrinations des 
tribus indigènes. 

Ultérieurement, AL Nicolas Léon a publié, en fac-similé, aux frais de notre 
collègue, M. Gharles P. Bowditch, de Boston, une peinture figurative nahuatle, 
sur papier européen, à laquelle il a donné le nom de Codice Mariano Jimenez, 
en mémoire de l'ancien gouverneur des Etats de ALchoacan et d'Oaxaca. Ce 
curieux document postcortésieu (1549) est un rôle des tributs payés par les 
« pueblos » d'Dtlazpan et Tepexic, en 8 grandes planches doubles in-fol. 
Comme dans la plupart des documents de ce genre, une glose castillane, signée 
et certifiée des « senores y principales » de la localité, accompagne les figures 
aztèques qui relatent les objets du tribut, et i'épocjue du payement. L'intro- 
duction de l'éditeur (10 p. in-fol.) élucide quelques-unes des questions de 
toponymie soulevées par le texte et en compare les données à celles de la 
« Matricula de los tributos » du Mendocino. 

Pour en finir avec ces « nouvelles » mexicaines, M. le duc de Loubal nous 
apprend le projet, formé par le gouvernement de la République, d'une explo- 
ration complète à San-Juan-Teotihuacan. En vue de la découverte certaine de 
fresques, notre zélé président d'honneur a cru devoir communiquer à qui de 
droit un procédé de conservation qui fit merveille à Pompéi et Dclos. Gette 
recette, encore peu connue, nous semble mériter la publication. Nous la don- 
nons ci-dessous : 

1" Faire un mélange de benzine aussi pure que possible et de cire blanche 



160 SOCIÉTÉ DKS AMÉRICANISTKS DE PARIS 

de première qualité, un peu granuleuse, clans les proportions de 7()0 grammes 
par 10 litres, en procédant de la manière suivante : mettre dans un récipient 
de terre émaillée ou vernissée neuf, toute la cire et 4 à 5 litres de benzine, 
faire bouillir à feu lent (pas de flammes, de peur que la benzine ne prenne feu) ; 
au bout de 7 minutes créhullilion, retirer et y ajouter, en remuant doucement, 
le reste de la benzine. Le mélange refroidi, le mettre en bouteilles afin d'éviter 
Tévaporation de la benzine ; 

2*^ Pour se servir de cette composition, l'étaler sur le stuc avec un gros pin- 
ceau rond, puis frotter d'abord avec une brosse un peu étroite, de crin souple, 
et, enfin, avec un chilTon de laine. 

La benzine une fois évaporée, une mince couche de cire subsiste et protège 
le stuc en fixant la couleur. 

Les fresques doivent, bien entendu, être protégées de la pluie. L. 

Le « Huicho » des Indiens Colorados. — En attendant l'étude d'ensemble 
sur les Lidiens Colorados (N.-O. de la République de l'Ecuador) de M. le 
D' Rivet, que le Journal publiera dans son prochain fascicule, signalons la 
note très particulière, mais très intéressante, donnée par notre collaborateur 
aux Bulletins et Mémoires de la Société dWnthropologie de Paris (1904, n° 2, 
p. 116). Il s'agit du « Huicho >- ou malaflie du sommeil, propre à la région de 
Santo Domingo. En fait, d'après M. Rivet lui-même, les Colorados seraient les 
moins fréquemment atteints de cette affection qui, beaucoup plus souvent, 
frappe les blancs et, plus souvent encore, les Indiens étrangers à l'immense 
zone frontière comprise entre le rio Esmevaldas, au N. et le rio Daule au S. 
Outre l'irrésistible tendance au sommeil, la lièvre, les battements artériels, 
l'inflammation du globe oculaire, une paralysie de l'intestin inférieur, seraient 
les principaux symptômes du « Huicho », dont la mort, au bout de quelques 
jours, est la terminaison fatale. Parmi les causes, les indigènes placent l'inso- 
lation, l'abus des fruits verts, le sommeil en plein air sous l'humidité. Le « Hui- 
cho » ne paraît pas contagieux. Les Indiens, qui abandonnent sans pitié tout 
varioleux, ne fuient pas l'individu atteint de cette affection. Ils prescrivent 
comme remède un mélange hétéroclite et peu séduisant de camphre, de 
vinaigre, de piment, de poudre de coquillages terrestres et d'urine humaine. Il 
était utile, au moment où l'attention du monde médical est attirée sur la 
maladie africaine du sommeil, d'en signaler un équivalent américain. 

L. 

Histoire des religions américaines. — M. K. Th. Preuss, sous le titre 
« Religionen der naturvolker », dans Archiv fur Religionswissenschaft, VII 
(Leipzig, Teubnèr, 1904, p. 232-263), passe en revue la littérature des années 
1902-03, relative aux religions de l'Amérique et spécialement de l'Amérique 
du Nord. M. Preuss s'est borné aux ouvrages concernant la religion. Il 
examine d'abord les publications se rapportant aux religions américaines, en 
général, puis, il passe en revue les différentes régions, en allant du Nord vers 
le Sud. 



MÉLANr.KS T:T NOrVKt.l.KS AMÉIUCAMSTES 167 

On pcMil i'eL;i'(iltM- (|iio la crili(|uc' lieuiie ici un l'ôle prépondérant, parfois aux 
dépens (If l'analyse. Mais celte remarque s'adresse bien moins au savant anié- 
ricaniste (piau caractère même du Jicnchl. Dans ce genre de composition, 
l'auteur ne |)ent pas rendre isolément compte d'un certain nombre de livres; il 
doit a\ant tout comparer entre eux les dillërents ouvrages et trouver leur point 
de contact, |)our ménager les transitions. De ce fait, le compte rendu peut 
devenir |)uremcnt subjectif et donner au lecteur une idée peu exacte ou fausse 
des livres. Je m'empresse d'ajouter que M. Preuss a su éviter cet écueil. Il nous 
pi-ésenle sous une forme agréable une matière qu'il s'est admirablement assi- 
mili'c, comme peut le faire un liomme aussi familiarisé que lui avec les civilisa- 
lions américaines. 

J'ai jugé utile de dresser ici une liste alphabétique de ceux des ouvrages 
appréciés dans cv Ilci'ichl, qui n'ont pas encore été signalés dans le Journal : 

H.«ssm;jî. Allperuanischc Kiinsl. IJeitrage zur Archaologie der Inkareiches. 

Berlin, 190-2/;}, IC)."> Taf., fol., miliTiAbb. 
Cn.iN (Stewarti. Americtii Iiidiiin (ï;imes. [Amer. Anlhrop., 190;i, pp. 58-G4). 
Dr\oN. Siifslein ;ind séquence in M;ndu nujlhology. (Journ. Am. Folkl., XV'I, 

i9o;{, pp. :v2-:w->). 

DoRsrv. Jhe Divaniish Indinn spiril Bi>;il and ils use. [BuJl. of Free Mus. 
Science a. Art, IIId'.HVJ), pp. •iiT-'J.'iS). 

— 7'/te Osar/e Mourninçi-War Ceremonij. [Am. An/hrop., 1902, pp. 404-411). 

— Wichila Taies, l./ourn. Amer. F<dkl., 1902, pp. 215-2:^9). 

Doiisi:v a. \'orii. l'he Mishonqnovi (Cérémonies of ihe Snake and Antilope 
Fralernilies. [Publication (>6 of the Field Columhian Mus., Anlhrop. 
ser., III, n" 3, Chicago, 1902, pp. l()5-2r)]). 

Fkwkks. Notes on Tusai/an Snake and Flûte Ce?-emonies. (AVA"' Hep. of the 
Bur. of Am. Fthnol., pp. 96:^-1011). 

— SJiij-Tod Personations in Ilopi Worship. [Journ. Am. Folkl., X\', 1902, 

pp. I i-32). 

— Minor Ilopi Festivals. [An^er. Anthrop., 1902, pp. 482-511). 

— Tusayan Migration Traditions. (A/ A'"' An. Bep., j^p. 577-033). 
Flhtcmkh (.Alice C). Star Cuit amontj the Pawnee. [Amer. Anthrop., 1902, 

pp. 730-736). 

— Pawnee Star Lore. [Journ. Am. Folkl., 1902, pp. 215-239). 
Forsti;maxn. Zur Madrider Mayahandschrift [Cod. Tro-Cortesianus)., Dantzig, 

1902. 

— Zur Pariser Maya Ilandschrift [Cod. /'eresianu.s]. Dantzig, 1903. 
IIewitt. Orenda anda Définition of Belir/ion. [Amer. Anthrop., 1902, pp. 33-46). 
KROBiiiaj. Prelim. Sketch of the Mohave Indians. [Amer. Anlhrop.^ 1902, 

pp. 276-285j. 
Lkon. Los Comanches y el Dialecto Cahuillo de la Baja California. [Anales 

del Mus. nac. de Mexico, 1902, VII, pp. 263-278). 
^Iatukws. Myths of Gestation and Parturilion. [Amer. Anlhrop., 1902, 

pp. 735-742). 



168 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Mathews. The NighL chant, a Navaho Ceremony [Mem. am. Mus. nat. 

Hist., \'I, 1902, xv-332, i-576). 
Preuss. Das Relie fhild einer Mex. Todes-gollheit [Zeilschr. f. ElhnoL, 1902, 

pp. 145-467). 
ScuuRTz. Altersklassen iind Mànnerbûnde. Eine Darslellumj der Griind- 

fonnen der GeseUschafi. Berlin, 1902. ix-458, 8°. 
Seler. Codex Vaficanus n° 3773 erlaûtert. Berlin, 1902, xi-356, 4°. 
— Gesammelle Abhandlungen zur Amer, sprach- und alleréumskunde., I, 

Berlin, 1903, xxviu-862 pp. ; II, Berlin, 1904, xxxvi-1107 pp. gr. in-8°. 

Ed. DE JONGHE. 

« Amerikanislenkluh >> de Berlin. — La Société berlinoise des América- 
nisles se compose d'une vingtaine de membres et tient ses réunions mensuelles 
dans un salon de restaurant. Cette circonstance peint bien l'organisation du 
club. Dans ces réunions règne un doux laisser-aller ! On s'entretient d'intérêts 
scientiliques, on s'instruit mutuellement, on écoute l'exposé de quelque question 
à l'ordre du jour, on prend part à la discussion subséquente, et l'on ne manque 
jamais d'arroser ces divers plats d'un verre d'excellente bière ! Mais cette 
absence d'organisation, qui a son charme, présente aussi quelques inconvénients. 

La séance de février promettait d'être particulièrement intéressante. La 
carte d'invitation annonçait une communication de M. le professeur Seler, 
directeur-adjoint du Musée d'Ethnographie, sur son tout récent voyage au 
Mexique, et une conférence de M. le docteur Lehmann, assistant au même 
Musée, sur l'histoire des Godices mexicains. Or, par suite d'un malentendu 
avec le patron de l'établissement, la salle de réunion habituelle avait été mise à 
la disposition d'une autre Société, et nous fûmes forcés de siéger, sous les 
regards ahuris des profanes, dans le restaurant même. Nous nous bloquâmes 
de notre mieux pour examiner à notre aise les précieux objets que M. Seler 
avait apportés à notre intention. C'étaient pour la plupart des reproductions 
fidèles de vases, dont un grand nombre se trouvent dans la collection du D"" 
Sologuren,à Oaxaca. Ils proviennent de la Mixtèque. Quelques-uns, richement 
ornés, aux couleurs brillantes, ressemblent d'une façon frappante aux figures 
des mss. pictographiques. Les sujets sont des plus variés; on y trouve des 
types complètement nouveaux, des représentations de divinités, des hommes se 
servant de Yallatl, des formes typiques de quadrupèdes, etc. 

Les circonstances que l'on sait ne permirent pas au D'" Lehmann de donner 
sa conférence le même soir, mais le sujet fut jugé assez intéressant pour qu'on 
organisât une séance extraordinaire. Celle-ci eut lieu huit jours plus tard, le 
23 février. Avant d'aborder l'histoire proprement dite des Codices, M. Lehmann 
rappela quelques passages capitaux des anciens historiens du Mexique relatifs 
aux documents indigènes. Se basant ensuite sur un quippu trouvé par Boturini, 
à Tlaxcalla, et sur l'étymologie du mot Xiuhmolpilli ^ confrontée avec un hiéro- 
glyphe de la mappe deTepechpan, il établit qu'une écriture par nœuds a pré- 
cédé au Mexique l'écriture pictographique. Il entra ensuite dans la technique 
même de la pictographie mexicaine, et cette partie ne fut pas la moins intéres- 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 169 

santé. Les Mexicains écrivaient sur. clos matières vég-étales ou animales qu'ils 
avaient dilîérentes façons de préparer. Ils ont su tirer faraud parti des couleurs 
et de leurs nuances. Ils se servaient de pinceaux pour peindre les grands 
champs et, probablement, de plumes pour tracer les contours. L'usage du papier 
était très répandu ; on payait des tributs en papier, et ceux-ci pour certains 
villages montaient à 160.000 feuilles. Du temps de Motecuzoma, on comptait 
au Mexique quelque 3.000 peintres. De l'immense stock de documents qu'ils 
ont dû amonceler, une minime partie seulement est parvenue jusqu'à nous. Peu 
après la conquête, quelques documents furent envoyés en Europe ; mais un 
grand nombre furent détruits. L'histoire mentionne déjà une destruction sous 
Itzcouatl; puis viennent les Tlaxcaltèques et, enfin, les Espagnols, parmi les- 
quels surtout Zumarraga et Landa (telle est du moins l'opinion courante et 
M. Lehman l'adopte), procédèrent à l'anéantissement systématique des restes 
de l'ancienne culture. Une autre partie des documents resta heureusement 
entre les mains des indigènes. Quelques-uns furent acquis dans les siècles sui- 
vants par des collectionneurs, et il n'est peut-être pas impossible, encore 
aujourd'hui, d'en trouver qui soient conservés dans certaines familles. 

Le contenu de ces manuscrits est très varié ; ils traitent de l'histoire, de l'as- 
trologie, de la mythologie, du calendrier, du rituel, de la topographie, de 
généalogie, de procès, du cadastre, de la botanique, etc. Leur valeur est tort 
inégale. Il importe de déterminer s'ils sont antérieurs ou postérieurs à la con- 
quête ; dans le dernier cas, ils ont beaucoup de chances de n'être que des 
copies. 

M. Lehmann distingue des manuscrits principaux, des manuscrits secondaires 
et des interprétations ou adaptations de manuscrits. Dans la dernière catégorie, 
il range des documents mexicains : Codex Zummarraga ou Fiienleal et Anales 
de Quauhtitlan, élises document?, mayns : Popol-\'uh, Annales des Caqchiquels, 
Livres de Chilan-Balam, Chroniques de Nacue Pech, etc. Les manuscrits 
secondaires sont en trop grand nombre pour qu'il puisse être question de les 
comprendre dans cette étude. 

Les manuscrits indiqués comme principaux sont divisés par M. Lehmann en 
trois groupes : mexicains, mixtéco-zapotèques, mayas. Le groupe mexicain 
comprend deux sous-groupes. Dans le premier se rangent le Codex Vaticanus A, 
le Telteriano-Reniensis, le Mendoza, le Lihro de Trihulos et quelques frag- 
ments de la Collection Poinsett de Philadelphie. Le contenu en est surtout 
historique et chronologique. Ce sont, en dehors des deux derniers, des copies 
faites sur papier européen, et ils ont chacun leur histoire spéciale. Les manu- 
scrits du second sous-groupe sont exclusivement religieux et renferment le 
calendrier divinatoire des représentations des divinités et de leurs fêtes. Ce 
sont le Codex Borgia, le Vaticanus B, le Cospianus, le Laud et le Féjèrvary- 
Mayer. L'histoire du Vaticanus B est la même que celle du \'aticanus A. A ce 
groupe on peut rattacher le Tonalamatl Auhin qui est un tonalamatl (13x20) 
complet, ainsi que le Borhonicus qui comprend en outre les fêtes. 

Le groupe mixtéco-zapotèque comprend le Vindohonensis, le Nuttall, le 
Selden, le Bodlejanus, le Colomhino (codex Dorenbergi, le Becker, et son 



170 sor.ii'rn': dks américamstks i»k paris 

parent, le Mnitiiscril dn ('aciqiic, le Lienzo de Zacalt'pec, le Codice Porfirio 
Diaz, le Dehe.sa, le (Index Walcher-iioller (codice Zapoteco), le Jhiranda, 
le soi-disant (Julie rendu ;tu soleil(\e\i\ coll. Aidiin, etc. Les Codices \iudo- 
honennis et Nullall ont à Foriyine la même histoire; ils furent envoyés par 
Cortès à Charles V et arrivèrent à Florence où leurs destinées se séparèrent. 
Le Codex Bêcher et le Dorenherg sont pi'ol)al)lement tleux fragments d'un 
même manuscrit. Quant au Codex Bolurnii, à la Mnpn de Te])echpan, au 
Gerocfli/ico de Si(/uenza et au Codex de !.')'(> {Aubin), ils se rangeraient 
plutôt parmi les mss. secondaires (hislori(iues). 

Le groupe maya comprend le Codex Dresden.si.s, le Codex Pereaiaiius, le 
Codex Tro-Corlesianus et peut-être quelques autres. 

Les limites de ce petit rapport ne me permettent pas d'entrer dans de plus 
amples détails sur l'histoire de ces manuscrits et sur leurs rapports entre eux. 
Je laisse la parole à M. Lehmann lui-même qui se propose de soumettre aux 
lecteurs du " Journal des Américanistes », dans un prochain numéro, une petite 
esquisse sur ce sujet, dont tous les américanistes apprécient l'importance. 

A la séance du 16 mars, ^L Lie a rendu compte à la Société d'un 
voyage qu'il (it, il y a quelques années, dans l'Amérique du Sud pour le Jardin 
botanique de Herlin. Il visita l'Amazone, le rio Negro, le rio Purus et d'autres 
aflluents ; il passa ensuite les montagnes pour entrer au Pérou. Son but était 
d'étudier dans ces régions la production du caoutchouc et sa préparation pour 
le commerce d'exportation. Il observa deux méthodes dans la récolte du caout- 
chouc : les Brésiliens font des entailles dans l'écorce des arbres pour en prendre 
le suc, tandis que les Péruviens coupent simplement les arbres. On comprend 
aisément que ces méthodes de récolte, si elles ne sont pas soumises à une 
certaine réglementation, peuvent présenter un péril sérieux pour l'avenir des 
arbres à caoutchouc. M. Ule dislingue environ Ki espèces de ces arbres, entre 
autres ïllevea Brasih'ensis] il trou\a même certaines espèces nouvelles, comme 
Vllevea Ule. 

En sa qualité de botaniste, M. Ile s'intéressa à la llore tropicale en général 
et lit une ample collection d'excellentes photographies. Sous certains arbres, il 
observa aussi les curieux « jardins », de fourmis faits en forme de balles 
poreuses de terre, dans lesquelles ces petits animaux cultivent certaines plantes 
exclusivement à leur usage. 

Dans cette même séance, M. Lehmann aborda ensuite l'interprétation des 
manuscrits n° 20 et n° 21 de la collection Aubin. Le n" 21 est une copie faite par 
Léon y Gama du n'' 20. Ce dernier est un original de la collection de Boturini ; 
Veytia l'eut à sa disposition. A la mort de celui-ci ( 1769), il passa entre les mains 
de Gama, et en 1803, entre celles de Pichardo. Ici, nous en perdons les traces 
jusqu'à Aubin qui en lit l'acquisition entre 1830 et 18iO. Un a voulu y voir 
un culte rendu au soleil. La date ce oçomatli qui fait partie de la ligure 
centrale du manuscrit, fut interprétée par M. Boban comme un phénomène 
astronomique, et le même interprète était tenté de voir dans l'ensemble une 
représentation des quatre destructions du soleil. En réalité, cette feuille 
importante, qui est probablement de provenance zapotèque, représente les 



mélangp:s et noivrlles américanistes 171 

5 ciualeteo ou femmes mortes en couches de l'Ouest, et les 5 iiilznaiia ou 
divinités du Sud dont la principale est Macuilxochitl. 

Le critère qui permet de ralFirmer est tiré du Tonalamall. En effet, le troi- 
sième et le quatrième quart du Tomalarnatl (4 X 65j correspondent àl'Ouestet 
au Sud ; et les premiers jours du troisième quart représentent les dates ce 
inaçafL ce quinuill, ce oçomalli, ce calli, ce (/iiauhtli, respectivement les 21", 
71K, 131", 183'', "235'^ jours). Or, ces dates que M. Lehmann trouve sur le n° '20 
d'Aubin sont précisément les dates connues des femmes mortes en couches. De 
même dans le quatrième quart du Tonalamall, les cinquièmes jours sont datés : 
macuilli cuelzpalin, macuilli cozcaqiiauhtli, maciiilli tochlli, macuilli xochitl, 
niacuilU malinalli (respectivement les 44^ 96", 148«, 200^ iSi" jours) et ces 
dates sont aussi les noms des divinités du Sud qui se groupent autour de 
Macuilxochitl . 

M. Lehmann compare avantageusement à cette feuille les 1". 77, 78 et 79 du 
Codex Valicanus B et les f. 47 et 48 du Codex Borgia. Elles ne diffèrent du 
manuscrit Aubin, que par la disposition alignée des personnages, qui sont, dans 
le ms, Aubin, groupés autour d'une figure centrale. Les feuilles visées du Codex 
Borgia portent à la colonne supérieure les cinq divinités du Sud ; à droite se 
trouve une représentation de Xolotl entourée des dates naiii qmauitl, naui 
oçomalli, naui calli, naui quauhlli, naui tochlli qui précèdent précisément les 
dates des cinq divinités du Sud. Les relations entre Macuilxochitl, Xolotl- 
Nanauatzin et Quetzalcouatl sont des plus intéressantes, et M. Lehmann se 
propose d'en entretenir prochainement la Société d'anthropologie. 

I^d. DE JONGHE. 

Bibliothèque nationale de Paris : un monument bibliographique. — Il est 
juste d'attirer l'attention du lecteur américaniste sur l'œuvre considérable entre- 
prise par M. Barringer, bibliothécaire des Imprimés à la Bibliothèque natio- 
nale. C'est le catalogue des ouvrages relatifs à l'histoire de l'Amérique, 
conservés dans l'établissement de la rue Richelieu. Il doit comprendre trois 
gros volumes in-4°. 

Le premier a paru en 1903 sous le titre de ■.Bibliothèque nationale. Départe- 
ment des Imprimés. Catalogue de Ihisloire de V Amérique, par George A. 
Barringer, bibliothécaire au département des Imprimés. I, Paris, 1903, in-4°, 
854 pages in-4° a 2 col. H- 2 If. p. l'Index, autogr. 

Il comprend les trois articles : P. Chap. I, Amérique en général; Pa. 
Chap. II, Canada; Ph. Chap. III, États-L'nis. 

Chatun de ces chapitres est à son tour divisé de la manière suivante : 

I. Amérique en général. — Bibliographie. — Descriptions générales. — 
Découverte : préliminaires ; généralités ; Pré-Colombiens ; Colomb ; compagnons 
de Colomb; V^espuce ; origine du nom; Pinzon et Cabot; Corte Real; Cortez; 
Magellan et Pigafetta ; \'errazano; Addenda ; Oviedo (1525) et suite des descrip- 
tions générales par ordre chronologique. — Ethnographie. — Histoires géné- 
rales. — Boucaniers. — Détails de l'histoire. — Périodiques. — Publications 
des Sociétés historiques. — Histoire religieuse. — Esclavage. — Mœurs et. 
coutumes. — Archéologie. 



172 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

II. Canada. 

III. Klats-Unis. — Descriptions générales. — Histoires générales. — Détails 
de l'histoire : guerre de l'Indépendance ; guerre de Sécession ; suite des détails de 
l'histoire. — Périodiques! — Publications des Sociétés historiques. — Histoire 
religieuse : généralités ; église catholique ; églises protestantes; Icarie; Mormons. 

— Histoire constitutionnelle : conslitution; élections; messages présidentiels. 

— Congrès : bibliothèque du Congrès; cour suprême; cour des réclamations; 
district de Columbia; Smithsonian. — Sénat : règlements ; généralités; détails 
des séances ; notices nécrologiques ; comités et commissions ; documents. — 
Chambre des représentants : règlements ; généralités ; détails des séances ; notices 
nécrologiques; comités et commissions; documents. — Assemblées d'Ktats : 
Alabama, Arkansas, Californie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Connecticut, 
Delaware, Floride, Géorgie, Idaho, Illinois, Indiana, lowa, Kansas, Kentucky, 
Louisiane, Maine, Maryland, Massachussetts, Michigan, Minnesota, Mississipi, 
Montana, Nebraska, New-IIampshire, New-Jersey, New-York, Ohio, Pennsyl- 
vanie, Rhode-Island, Tennessee, Texas, Vermont, Virginie, Washington, 
Wisconsin. 

Le second volume, qui comprend l'histoire administrative des b^tats-Unis, est 
en ce moment (mars 1905) à l'autographie et 5'2i exemplaires sont tirés. Le 
troisième volume sera consacré à l'Amérique du Sud. 

Il est regrettable que cette iBuvre considérable, qui forme un excellent manuel 
de bibliographie américaine, soit, faute de fonds, autographiée au lieu d'être 
imprimée. Je crois, dans tous les cas, devoir recommander le savant travail de 
M. Barringer à l'examen des membres de la commission du Prix Angrand. 

Henri Cordier. 

Prix et concours. — Dans sa dernière séance, le Comité de la Société de 
Géographie de Paris a décerné le jirix Joniard à notre vice-président, 
M. Henry Vign.\ud, pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de Christophe 
Colomb, et le prix Ducros-Aubert à notre collègue, M. Léon Digiï^t, pour ses 
explorations scientifiques et archéologiques dans le N.-O. et l'O. du plateau 
mexicain. On applaudira avec nous à ces distinctions si parfaitement méritées. 

Erratum. — Deux erreurs de mots se sont glissées dans la biographie du 
major Powell, publiée dans notre dernier numéro : Page 340, ligne 15, au lieu 
de « steamboats », prière de lire « boats », — c'est-à-dire, en français: bateaux; 

— même page, ligne 34, au lieu de « b'thnologist in charge », lire « directeur ». 
L' « Ethnologist in charge » est, en elFet, le <( chief assistant « du directeur, 
dans l'organisation actuelle du « Bureau of American Ethnology ». 



MEMBRES DE LA SOCIETE DES AMEIIICANISTES 

Au 31 décembre 1904 



BUREAU DE LA SOCIETE 

Président dlwnneur M. le duc de Lolrat, correspondant de 

rinstitut. 
Vice-présidents: d' honneur . . M. G. Maspero, membre de l'Institut. 

— M. Jules Oppert, membre de l'Institut. 

Président M. le D'" E.-T. IIamy, membre de l'Institut 

et de l'Académie île médecine. 
Vice-Présidents S. A. le Prince Roland Bonaparte. 

— M. le marquis de Peralta. 

— M. Henri V^ignaud. 

Secrétaire général M. Léon Lejeal. 

Trésorier M. le duc de Bassano. 



MEMBRES DU CONSEIL 

MM. le comte de Ciiakenc.ey. MM. Gabriel Marcel. 

Désiré Charnay. Désiré Pector. 

Henri Cordier. le comte Louis de Tlrenne 

d'Aynac. 



COMMISSION DE PUBLICATION 

MM. le D' Hamy. MM. Gabriel Mvrcel. 

le comte de Charencey. Lejeal. 
Henri Cordier. 



(Les lettres //., D. et C qui figurent apiv^ certains noms distiufîucnt les membres 
d'honneur, membres (Innnletirs et membres correspnnchinls.) 

Adam (Lucien), ancien mag-istrat, •{(!, quai S'-(.ast, Rennes. 

Alvarado (Alejandro), attaché à la Lég-ation de Costa-Rica, 53, avenue 

Montaig-ne, Paris. 
Ambrosetti (Juan), C, Museo nacional, Buenos-Ayres. 
Armoir (AUisonV.), Room UOO. 87, Wabash Avenue, Chicag-o, III., U. 

S. A. 



174 SOCIÉTÉ DKS AMÉUir.AMSTES DE PARIS 

BassAiNo (Duc de), 9, rue Dumont-d'Lrville, Paris. 

Bennett (James Gordon), 120, avenue des Champs-Elysées, Paris. 

Blanc (Edouard), 52, rue de Varenne, Paris. 

Bonaparte (Prince Roland), 10, avenue dléna, Paris. 

BouRGET (Paul), membre de l'Académie française, 20, rue Barbet-de- 
Jouy, Paris. 

Bourgeois (Commandant), chef de la section de géodésie du Service 
géographique de l'Armée, 40, avenue Bosquet, Paris. 

BovALLius (Cari), C, Stockholm. 

BowDiTCH (Charles-P.), 38, State Street, Boston, Mass., U. S. A. 

Cameron (M"'*"), 50, avenue du Bois-de-Boulogne, Paris. 

Gapitan (D'), professeur à l'Ecole d'Anthropologie, 5, rue des Ursulines, 
Paris. 

Charencey (Comte H. de), 72, rue de l'Université, Paris. 

Charnay (Désiré), 46, rue des Marais, Paris. 

Ghavero (Alfredo), C, inspector gênerai del Museo nacional, 27, Avenida 
Madrid, Mexico. 

CoRDiER (Henri), professeur à l'Ecole des Langues orientales, 54, rue 
Nicolo, Paris. 

Créqui Montfort (Comte g. de), 56, rue de Londres, Paris. 

Diguet (Léon), 16, rue Lacuée, Paris. 

Dorado (Alejandro), secrétaire à la Légation de Bolivie, 3, boulevard 
Delessert, Paris 

Ehrenreich (Paul), C, D'" med. etphil., Berlin. 

Fabre (Hector), commissaire général du Dominion Canadien, 10, rue de 
Rome, Paris. 

Fôrstemann (D"" E.), C, Dresden. 

Froidevaux (Henri), docteur es lettres, bibliothécaire-archiviste de la 
Société de Géographie, 47, rue d'Angivillers, Versailles. 

Garcia y Pimentel (Luis), 24, rue de Berri, Paris; 9, calle de Donceles, 
Mexico. 

Gatsciiet (Albert S.), C, 1331, F Street, Washington, D. G. (U. S. A). 

Génin (Aug.), C, Mexico. 

GiGLiOLi (Enrico), C, professeur à l'Institut des Etudes supérieures, 
Firenze. 

Gonzalez (Général Manuel), C, Mexico. 

Grasserie (Raoul de La), juge au tribunal, 14, rue de Gigant, Nantes. 

Hamy (D"" E,-T.), professeur au Muséum, conservateur du Musée d'Ethno- 
graphie, 36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Paris. 

Hébert (Jules), inspecteur au Musée d'Ethnographie, 22, rue des Belles- 
Feuilles, Paris. 



MlvMIÎIlKS DK J.A SOCIÉTÉ 173 

Herrera (Carlos), C, Mexico. 

Holmes (\V.),C, National Muséum, Washing-ton, D. C. tU. S. A.). 

Hi'LOT (Baron J.), secrétaire g-énéral de la Société de Géog-raphie. 30, 

rue de Grenelle, Paris. 
HuMBERT (Jules), professeur ag-réj^é au Lycée, >\ rue Cousin, Bordeaux. 
Hyde (James H.), /)., IcS.rue .Vdolphe-Yvon. Paris. 
IzcuE (José A. de), C, Lima. 
JoNGUE (Edouard de^. docteur en philosopiiie et lettres, Santbergen, 

Flandre orientale (Bclgi'iue . 
Kergorlav (Comte Jean de . (1, rue Mesnil, Paris. 

Lacomiîe(R. p.), (J.. lulinonLon Alta, N. \\\ T. (Dominion Canadien). 
Laugier-Villars (Comte doi, 2o(), boulevard Saint-Germain, Paris. 
Lejeai. (Léon), charg-é du cours d"Anti([uités américaines au Collège de 

Franco, 1 i, a^'enue du Maine, Paris. 
LoLBAT (Duc de), //./>.. ').'{, rue Dumont-d'Urville, Paris. 
Lr.MiioLiz (Cari), (J., Consulat de Suède, New-York. 
Mai.ki; (Capitaine Teobert), C, Tikal, Yucatan (Mexico). 
ALvRCEL (^Gabriel), conservateur à la lîibliothèque nationale, '.)7, avenue 

tlu Pvoule, Neuilly-sur-Seine. 
Marin (^Louis), professeur au Collège libre des Sciences sociales. 13, 

avenue de l'Observatoire, Paris. 
Maspero iG.), //..professeur au Collège de France, directeur général du 

Service des Antiquités égyptiennes. Le Caire. 
Maudslav (A. P.), C, 32, Montpelier-Square, S. \V., London. 
Mu;r (S.-B. de), ministre plénipotentiaire du Mexique, 19, boulevard 

Victor-Hugo, Neuilly-sur-Seine. 
MiRABAUD (Paul), 42, avenue de Villiers, Paris. 
Mitre (Général B.), //., Buenos-Ayres. 

MiHREAL" (Auguste), agrégé de l'Université, 61. rue de \'augirard, Paris. 
Mon.mer (Marcel), 7, rue deMartignnc, Paris. 
MoNTANÉ (D' L.), C, professeur à l'Université, ii, calle san Ignacio, 

La Havane. 
More\o (Fr.), C, directeur du Muséum d'Histoire naturelle, La Plata 

(Argentine). 
Ni'TTALL (M'"'" Zelia), C, Casa Alvarado, Coyoacan. D. F. 'Mexico). 
Oppert (Jules), //. , professeur au Collège de France. 2, rue de Sfax, 

Paris. 
Paso y Tkoncoso (Francisco Del), C, director del Museo nacional de 

Mexico (en mission), 61. via Hicasoli, Firenze. 
pEcroK (Désiré), consul généial, ol,rue de Clicliy, Paris. 
Pi'.r.Ai.TA I Marcpiis M. dei. />.. ministre })lénipotenti;iirc de Costa-Hica, 

•')3, avcMUU' Monlainne, Pai-is. 



176 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Poix (M*"*" la princesse de), 6, rue Paul-Baiidry, Paris. 

PuTNAM (F.-W.), //., curator of the Peabody Muséum, Harvard Univer- 

sity, Cambridg'e, Ma., U. S. A. 
Regamey (Félix), 21, rue du Cherche-Midi, Paris. 
Reiss (W.), C, D'" Phil., Geh. Regierungs rath., Schloss Konitz, 

Thûringen (Deutschland). 
RocKiiiLL (W. W.), C, Department of State, Washington, D. C. (U. 

S. A). 
RosA (Manuel Gonzalez de La), ancien conservateur de la Bibliothèque 

nationale de Lima, 24, rue de Vouillé, Paris. 
Sanz de Santa Maria (D'), S4, rue de Ponthieu. 
Saussure (Henri de), C, Genève. 
Saviele (Marshall H.), C, professeur d'Antiquités américaines à la 

Columbia Universitj, New- York. 
ScHMiDT (Waldeniar), C, professeur à l'Université, Copenhague, 
Seler (D"" Eduard), C, professor an der Universitat in Berlin, 3, Kaiser 

Wilhelmstrasse, Steglitz b. Berlin (Deutschland). 
Steinen (Karl von den), C, D"" med. et phil., Prof.-Direckt. Assist. am 

Kônigl Muséum fiir Volkerkunde, 24, Hardenbergstaasse, Charlotten- 

burg (Deutschland). 
Strehel (D*" Hermann), C, 79, Papenstrasse, Hamburg (Deutschland). 
Thayer (S. Van Rensselaer), 11, avenue d'Ejlau, Paris. 
Turenne d'AyiNAC (Comte Louis de), 9, rue de la Bienfaisance, Paris. 
Urioste (A. de), secrétaire de Légation, 48, avenue Victor-Hugo, 

Paris. 
Vanderbilt(W.-K.), d., 133, avenuedes Champs-Elysées, Paris, et 660, 

gih Avenue, New- York. 
Vaux (Comte Henri de La), 120, avenue des Champs-Elysées, Paris. 
Verneau (D""), professeur assistant au Muséum, directeur de V Anthropo- 
logie, 148, rue Broca, Paris. 
ViGNAUD (Henry), premier secrétaire de l'Ambassade des Etats-Unis, 18, 

avenue Kléber, Paris. 
ViLLiERS DU Terrage (Barou M.), 30, rue Barbet- de-Jouy, Paris. 



Le Gérant : Ernest LEROUX. 



MAÇON, PHOTAT FRERES, IMPRIMEUR^ 



LES INDIENS GOLORADOS 

RÉCIT DE VOYAGE ET ÉTUDE ETHNOLOGIQUE 

Par m. le Dr RIVET, 

Môdecin de la Mission française géodésique de rE({uateur. 



Les Indiens Colorados, ainsi ap|3elés par les Espagnols en raison 
de rimbitude qu'ils ont de se peindre le visage et le corps en rouge, 
appartiennent aux peuplades indiennes qui vivent dans la région 
occidentale de la République de TEquateur, sur les vastes plaines 
qui s'étendent entre les derniers contreforts de la Cordillère occi- 
dentale et le Pacifique, région tropicale et presque entièrement 
vierge, entre deux foyers de civilisation, la Sierra d'une part, la 
Costa de l'autre. Avec les Cayapas, auxquels ils semblent se rattacher 
par des affinités étroites, les Colorados sont les derniers survivants 
des habitants primitifs qui, au moment de la conquête, peuplaient, 
maîtres incontestés, ces vastes forêts. Mais l'invasion nègre venue 
de la côte, l'immigration blanche, qui peu à peu descend de la 
région interandine, les ont refoulés insensiblement, diminuant 
chaque jour leur domaine . La maladie, la petite vérole surtout, et 
cette étrange décadence qui lentement, mais sûrement, atteint la 
race indienne mise en contact avec une autre race, les ont décimés. 

Bientôt, — demain, — avec la dernière parcelle de forêt vierge, 
disparaîtra, sans laisser de traces, une race intéressante, pourvue 
de mœurs et d'une langue spéciales, emportant avec elle le mystère 
non éclairci de ses origines et de son passé. En effet, ces Indiens 
occidentaux n'ont pas eu l'heur d'attirer l'attention des voyageurs. 
Beaucoup semblent les avoir ignorés. Je ne parlerai pas des 
Cayapas qui, plus voisins de la côte, plus accessibles, grâce aux 
voies navigables, ont été quelque peu étudiés. En ce qui concerne 

Société des Américanistes de Paris. 12 



178 sor.iK'iÉ bi:s améiucamsiiis di: paris 

les Colorados, je ne Lroiive dans la belle ceuvre de Wolf ' que 
quelques lignes (|ui leur soieuL consacrées. Leur lau<j^ue a été 
étudiée par M. Kd. Seler % d'après des vocabulaires recueillis par 
^^'olf et par M. A.-N. MarLinez, de Quito. 

Vin raison de la rareté des renseignements sur cette race indienne, 
je désirais faire, depuis longtemps, un voyage dans la région qu'ha- 
bitent les Colorados. Cette excursion m'était d'ailleurs rendue 
facile. Un propriétaire français, M. Giacomelti, établi depuis long- 
temps à Santo-Domingo de los Colorados, m'offrait de me servir de 
guide et riiospitalité m'était assurée dans son « hacienda ». Connu 
depuis longtemps des Indiens, il se faisait fort de me mettre en 
contact avec eux et de les amener à se laisser mensurer. Un pré- 
texte seul me manquait pour m'éloigner ainsi du centre d'opérations 
de la mission, c'est-à-dire de la région interandine. Le capitaine 
Maurrani, chef par intérim de la mission en Ecuador, voulut bien 
me la fournir, en m'offrantd'aller chercher vers Santo-Domingo un 
point pouvant se rattacher géodésiquement à la triangulation de la 
Cordillère, et susceptible de fournir une différence de longitude avec 
Quilo. Un heureux hasard vint encore me favoriser. A la même 
époque, mon ami, le D'' Melo, m'apprit qu'un Indien Colorado, 
détenu à la prison de Quito, avait dû être admis dans son service 
à riiôpilal. J'allai aussitôt le voir. Il s'appelait Quiterio Aguavili. 
lî^e climat froid de la Sierra, le séjour en prison avaient altéré sa 
santé : il avait une forte bronchite et du rhumatisme aux genoux. 
Après l'avoir mis en confiance, je lui lis me raconter son histoire. 
Au cours d'une orgie indienne oîi il se trouvait, un nommé Cande- 
lario Aguavili, son oncle, avait été tué d'un coup de fusil. On l'avait 
accusé du crime. Dénoncé par sa propre famille, il avait été, sur 
l'ordre du « teniente politico » de Santo-Domingo, arrêté et amené 
sous escorte à Quilo, et depuis deux ou trois mois, il attendait qu'on 
statuât sur son sort. Naïvement résigné, presque insouciant, mais 
avec je ne sais quoi de triste, de nostalgique dans ses grands yeux 
étonnés, il me disait sa mésaventure si simplement que j'eus pitié 

1. ^\'()ll', (iciHjnifia fi (icoloffia dcl Ecuador, I^eipzig", 1892. 

2. Seler, ()ricfin;il-Millheiliiiu/en ;iii.s der l'Jlhiinloc/ischen Ahlheilung der 
KonixjUschen Miiseeii zii Herlin. lu-ster J;ilirt;'aiii^. Ilefl I. l^crliii, 188."). 

Seler, (lesamiucllc A/)h.iiidhin(/en ztir anierilinnischen Spr.tch- iiiid Allcr- 
fhumshnmle, Berlin, 1U(I2. 




QUÏTERIO AGUAVILI (dit CAMPITo) 



Photolypie Berlhaud, Pans 



LES lADlEiNS COLOKADUS 179 

de ce grand enfant inconscient, secoué à chaque instant d'une mau- 
vaise toux rauque, la voix voilée, pi'es(|ue étoullée. J'allai voir le 
juge. Les charges (jui pesaient sur Tlndien étaient légères. Des 
nègres avaient participé à Torgie sanglante, et les nègres de ces 
régions n'ont pas bonne réputation. L'enquête était pour ainsi dire 
impossible à mener à de telles distances, le « teniente politico » 
ayant quitté Santo-Domingo et n'étant pas remplacé. Je fis valoir 
l'état de santé de mon protégé. Bref, sous caution, le bon juge 
voulut bien signer un ordre de mise en liberté. Quiterio Aguavili 
nous accompagna tout le temps du voyage et grâce h lui, jai pu 
voir de près les Colorados, étudier leurs coutumes, foruier un voca- 
bulaire de leur langue, pénétrer presque dans leur intimité. Pen- 
dant mon séjour, Quiterio ne cessa de venir me voir un seul jour, 
et je veux croire qu'il ne venait pas seulement pour recevoir les 
petits cadeaux dont j'entretenais notre amitié. J'aurai, d'ailleurs, 
occasion de reparler souvent de lui au cours de ce récit. 

Je partis de Quito le P^'" août 1903. ^L Giacometli servait de 
guide. Le ministre de France en Ecuador, M. Mercier, M. (ion- 
nessiat, le savant directeur de l'Observatoire de Quito, un docteur 
écuadorien, ^L Cousin, avaient bien voidu m'accompagner. Nous 
fûmes de retour le 23 août. C'est à M. Gonnessiat que je dois les 
photographies qui, mieux que mon récit, donneront une idée 
exacte du pays que nous avons traversé et de ses habitants. 

Le voyage de Quito à Santo-Domingo de los Colorados demande 
quatre jours, en forçant un peu la marche à la dernière étape et en 
devançant les bêtes de charge. La distance à franchir est de 150 kilo- 
mètres environ. Le voyage n'est pas très pénible pour des per- 
sonnes un peu entraînées, le trajet pouvant se faire à cheval, sauf 
en de rares passages où il est nécessaire de mettre pied à terre 
quelques instants, à cause des éboulements produits par les pluies. 
Ce qui fait le charme unique de cette excursion, c'est qu'en 
quelques jours, le voyageur passe à peu près tous les climals, voit 
défder devant ses yeux des végétations si diverses, que, du matin au 
soir, il pourrait croire avoir changé de pays. Quito est h près de 
3.000 mètres d'altitude, Santo-Domingo à environ TJOO mètres. 

On suit d'abord la grande route de Quito à Aloag (1''^ étape), 
sans quitter la vallée interandine. La seconde étape est plus longue, 
plus fatigante. D'Aloag, le chemin va franchir la (-ordillère occi- 



180 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 



dentale à un col situé entre le Corazon et l'Atacatzo, à 3,500 mètres 
environ. Il traverse d'abord les riantes prairies de la vallée inter- 
andine où paissent d^innombrables troupeaux, puis s'élève peu à 
peu en lacets vers les «■ paramos » froids et déserts, les grandes 
étendues mornes et monotones des hauts plateaux des Andes, 
triste domaine des graminées, immensités dénudées, aux ondula- 
tions molles, tellement semblables les unes aux autres qu'on a par- 
fois l'impression d'emporter avec soi le paysage jamais renouvelé ; 
steppes incultes où rien ne fixe et n'attire le regard, si ce n'est, de 
temps à autre, dans quelques replis marécageux, la tache vert-noir 
de quelques arbustes rabougris, comme frileusement réunis. 




Région des Indiens Goloi'ados (d'après Wolf). 



Knfin, c'est la descente, descente rapide, égayée par l'apparition 
des premiers arbres, par le retour à la chaleur douce, par l'aspect 
d'une flore qui, à chaque pas, apparaît plus luxuriante ; et, bientôt, 
commence la forêt, cette forêt qui s'étend ininterrompue, toujours 
plus magnifiquement belle, plus haute, plus impénétrable, jusqu'au 
Pacifique. En allant sans cesse vers l'ouest, il faut marcher dix jours 
pour sortir de cette immensité verte, pour revoir l'horizon. Le soir, 
on couche à Ganchacoto (1.500 mèlres), misérable chaumière iso- 



LES INDIENS COLORADOS 181 

lée, qui sert d'hôtel, le dernier endroit où le voyageur soit reçu en 
client et non en hôte, à Torée du monde tropical. 

La troisième étape nous mène à San-Nicolas, une hacienda qui 
appartient à un Français, M. Cachet, oîi riiospitalilë lapins franche 
nous fut offerte. Le chemin, encore très bon, suit le cours du Pila- 
Ion, puis du Toaehi, rivières qui font partie du bassin du grand 
fleuve Esmeraldas. Quelques rares fermes, les unes abandonnées, 
les autres en exploitation, marquent les premiers efforts de la civi- 
lisation vers ces régions nouvelles. San-Nicolas, nne des plus 
anciennes, apparaît, riante, snr le bord du chemin, entourée de 
citronniers, d'orangers et de caféiers. Sur un petit plateau auquel 
est adossée la maison, se trouvent des champs de canne à sucre et 
la distillerie. 

Ce n'est que le quatrième jour entre San-Nicolas et Santo- 
Domingo que le chemin devient manvais, et parfois même dange- 
reux. Tantôt c'est un sentier marécageux où les bêtes enfoncent jus- 
qu'à l'épaule, tantôt c'est un raidillon à pic et glissant, surplom- 
bant le ravin où mugit et écume le Toaehi, encaissé entre de belles 
parois de roches vertes. Comme la veille, de temps à autre une 
hacienda apparaît au bord du chemin. Déjà le cacao mûrit et par- 
fois, le long du sentier, nn arbre à caoutchouc lance sa jeune pousse. 
Mais presque toute la journée se passe en pleine forêt vierge : la 
forêt vierge si sonvent décrite et qui pourtant réserve à celui qui la 
voit pour la première fois de si profondes surprises, tant il est impos- 
sible d'en rendre la beauté mystérieuse et troublante. Nos yeux, 
nos sens de civilisés ne sont plus en harmonie avec cette nature 
dont nous nous sommes trop éloignés, qui ne nous reconnaît pas et 
que nous ne reconnaissons pas. On enlre là comme en un temple 
païen, en inconnu, presque en intrus, avec comme un scrupule de 
déranger quelqu'un, de violer quelque chose de sacré, avec comme 
une peur vague, presque religieuse, de cette énigme qu'on ne com- 
prend pas. On parlerait presque à voix basse pour ne pas réveiller 
l'âme éparse de celte grande chose, pour ne pas attirer sur soi, si 
chétif, l'attention de tant d'êtres cachés et qu'on devine hostiles. 

Tout d'abord, on n'entend rien. Il semble que tout n'est que 
silence et immobilité. Ce n'est que peu à peu que l'oreille s'habitue 
à entendre le silence et perçoit un bruissement sourd et continu, 
comme la respiration delà forêt, des innombrables existences et des 



182 SOCIÉTÉ DES AMÉRTCAMSTES DE PARIS 

transforma lions continuelles qu'elle abrite. On cherche à décompo- 
ser ce bruit, à le résoudre en bruits connus, en cris déjà entendus, 
en tons familiers, mais tout se confond, tout se mêle : le mystère 
reste aussi impénétrable. La même confusion se retrouve dans l'as- 
pect des choses : des oiseaux passent, pierreries ailées ; des racines 
sortent du sol et se tordent comme des serpents ; des lianes tombent 
du ciel, droites et flexibles comme des cordes, et vous frôlent au 
passage d'un frôlement de reptile ; des insectes imitent des formes 
de plantes et de mousses, ou passent dans la nuit, lumineux comme 
des étoiles; de grands lézards sautillent de branche en branche 
comme des oiseaux, et, au milieu de ce pêle-mêle, de ce mélange 
déconcertant des règnes, on s'avance aux aguets, comme en pays 
ennemi ; on frémit au moindre contact, on tressaille à la chute d'une 
branche; on épie dans l'herbe le glissement de la bête mauvaise 
ou perfide ; on sursaute au cri de quelque carnassier en chasse et 
qui tout à coup retentit tout proche. J'ai compris, le jour où j'ai 
connu la forêt vierge, l'aventure que nous contait notre guide : un 
voyageur s'étant perdu sur le soir en pleine forêt, resta toute la 
nuit immobile, à cheval, sans oser descendre pour se reposer. 
L'homme civilisé n'osa pas faire ce que l'Indien ou le nègre font 
chaque jour : rassembler quelques feuilles et dormir à la belle étoile 
jusqu'au matin. 

La beauté de la forêt vierge n'est pas seulement dans son mys- 
tère inviolé ; elle est encore, et surtout, dans la puissance de vie qui 
s'y révèle à chaque pas, dans cette activité de sève qui jamais ne se 
lasse, La nature des tropiques ignore le sommeil de l'hiver, la tris- 
tesse des arbres dépouillés, laissant entrevoir le squelette de leurs 
branches sans feuilles. La mort même passe inaperçue, tant est 
hâtive, immédiate, la renaissance de tout ce que la vie abandonne 
en de nouvelles vies. L'arbre mort reste debout, soutenu parles lianes 
qu'il a nourries de sa sève et qu'il a soutenues autrefois de sa force. 
Les mousses cachent les plaies de son tronc vermoulu ; les orchi- 
dées, chaque été, lui font une parure nouvelle de fleurs étranges, 
l'ornent avec un soin qu'on croirait filial, et lorsqu'un grand coup 
de vent vient faucher, déraciner cet ancêtre, mort depuis longtemps, 
il tombe en pleine floraison, en pleine force, en pleine beauté, et 
même couché, il continue à vivre des milles vies qu'il entretient de 
sa féconde décomposition. 



LES INDIENS COLORADOS 183 

Là, les pertes se réparent avec une rapidité qui tient du pro- 
dige. Il y a quelques années, tout près du chemin, une montagne 
entière a croulé, ensevelissant une immense étendue d'arbres sécu- 
laires. Aujourd'hui déjà, une mer mouvante de graminées a recou- 
vert la terre ébranlée; des arbustes, çà et là, dressent leur tige déjà 
forte. Dans dix ans, le terrain perdu sera reconquis et le voyageur 
qui passera là, ignorera le désastre, et la magnifique richesse que la 
nature prépare pour l'avenir, dans son sein fécond, avec tous ces 
arbres qui s'y trouvent enfouis. 

La main de l'homme ne laisse pas de traces plus durables. La 
nature vierge lutte peu à peu contre ceux qui osent venir l'affron- 
ter, tenter de discipliner ses énergies. A la moindre défaillance, 
elle a des reprises tragiquement terribles. M. Giacometti nous mon- 
trait au passage une ancienne hacienda qu'il tenta d'établir, l'ha- 
cienda de Tanti, et qu'il dut abandonner, tous ses travailleurs mou- 
rant en quelques heures, l'un après l'autre, d'une maladie étrange, 
qu'à la description je reconnus être la gangrène gazeuse. Déjà les 
cases qui abritèrent tant d'agonies croulent éventrées ; les champs 
autrefois cultivés sont envahis de tous côtés par la haute broussaille. 
Il semble que, d'avoir été remuée, violée, cette terre se venge par 
un surcroît de fertilité déréglée, et de ce spectacle de la nature 
triomphante dans sa lutte avec l'homme, il se dégage une impres- 
sion pénible de tristesse et de découragement. 

Santo-Domingo, but du voyage, où l'on arrive à la tombée de la 
nuit, n'est pas un village comme pourrait le faire croire la carte de 
Wolf. Ce n'est en réalité qu'un groupement pittoresque, mais sans 
aucune importance, constitué par l'hacienda de Santa-Rosa, appar- 
tenant à M. Giacometti, et par quelques maisons disséminées tout 
autour, maisons des ouvriers nègres et blancs de la ferme. 

Les cases de ces « peones » sont bâties presque toutes sur le type 
général des maisons dans les régions chaudes. Elles sont montées 
sur quatre solides pieux qui isolent le plancher du sol ; les parois 
sont composées de lamelles de <« chonta » ', presque à claire-voie; 

1. La « chonta » [Bactris et Iriarlea Sp.) est un des arbres les plus utiles 
des régions chaudes. Résistant très bien à rhumidité, il est employé pour la 
charpente des maisons. Facile à fendre dans le sens de la longueur, on le débite 
en lattes minces pour faire les cloisons, les planchers et la carcasse du toit. 
Extrêmement dur, le bois de chonta sert, enfin, àfaire de véritables clous pour 
unir entre eux les bois plus tendres. 



ISi SOCIÉTÉ UKS AMÉRICAMSTRS DK l'AUlS 

Icloil esl en feuilles de palmier; un escalier fail d'un tronc d'arbre, 
entaillé d'encoches successives, sert d'accès à l'unique étage de la 
maison. L'espace compris entre le plancher et le sol est l'abri des 
animaux domestiques, poules et porcs. 

L'habitation du maître, 1' « hacienda », est plus confortable, mais 
bâtie sur le même modèle et avec le même matériel. h]lle repose 
sur une plate-forme surélevée à laquelle donne accès un escalier de 
bois. Au rez-de-chaussée sont les magasins et le comptoir où se 
débitent l'eau-de-vie et les objets de pacotille recherchés des nègres 
et des Indiens. Au premier étage s'ouvrent diverses chambres à 
coucher, la cuisine, une grande salle utilisée comme salle à manger, 
le tout largement aéré par de grandes baies fermées seulement au 
moyen de jalousies rustiques, aux heures ciiaudes de la journée ou 
pendant les heures fraîches de la nuit. La température à Santo- 
Domingo oscille entre -|- 18'^ environ, la nuit par ciel clair, et -{-24 
ou 25'^ le jour, quand le soleil brille. L'humidité est considérable. 
Kn quelques jours, les souliers sont couverts de moisissures. Il est 
impossible de garder le pain, malgré une cuisson réitérée chaque 
jour. Les moustiques, à l'époque oîi je résidai dans la région, 
n'étaient pas nombreux. Nous eûmes plutôt à souffrir de la piqûre 
d'une petite mouche extrêmement pénible. Le seul désagrément 
sérieux provient des cancrelats qui abondent, cancrelats de quatre 
centimètres de long, voraces comme des bêtes de proie et qui ne 
respectent rien, pas plus les lanternes à photographie que les 
appliques de liège de mon lorgnon. 

La région de Scntc-Dominao est située exactement sur la lii^ne 
de partage des eaux entre le bassin du grand rio Ksmeraldas et le 
bassin du arand rio Daule. L'hacienda de Santa-Rosa est bâtie sur 
la rive gauche d'un des plus beaux allluents de celui-ci, le rio Pove. 

Les groupements d'Indiens ou « estancias » dépendent, soit de 
la paroisse de Santo-Domingo, soit de la paroisse de San-Miguel 
(à 15 kilomètres à l'ouest de Santo-Domingo). Dépendent de 
la première, une série de groupements situés sur le versant de 
l'Esmeraldas, le long du rio Cliila et des rios voisins : Bua, Cana 
Dulce, Manipili, Cansamiilu, Agua Sucia, Cajone. En dépendent 
également les estancias suivantes, situées sur la rive gauche du Pove : 
Pove, Chuhipi, Baba, Dapali, Malicia, Puo^'erde. Dépendent de la 
paroisse de San-Miguel, les estancias qui se trouvent le long des 



LES INDIENS COLORADOS 18^) 

affluents supérieurs des rivières de Daule et de Quevedo : Abu- 
chon, Santima, Patalipilio, Taguasa, Congoma, Naranjo, lia et 
Pintele. Il est à noter en passant que chaque « estancia » est 
établie à proximité d'un ruisseau et en porte le nom. 

Au cours de mon voyage, j'ai eu occasion d'étudier les Indiens 
des deux « estancias » les plus voisines de l'hacienda Santa-Uosa, 
Pove, située à une lieu de distance, Chila, située à deux lieues. 
C'est à Pove que je me rendis pour voir l'habitation de l'Indien. 



■X •)(• 



Les Indiens Golorados n'ont aucun souvenir des migrations qui 
les ont amenés dans les régions qu'ils habitent actuellement, migra- 
tions qui, selon toute vraisemblance, doivent remonter à des 
époques très reculées. D'ailleurs, leurs souvenirs s'étendent peu 
dans le passé. Quiterio Aguavili, ni sa sœur, ne se souvenaient du 
nom de leur père, mort alors qu'ils étaient en bas âge. Presque tous 
font effort pour se rappeler le nom de leurs parents, décédés il y 
a seulement quelques années. L'oubli rapide des disparus se double 
d'un oubli non moins rapide des liens exacts qui unissent les indi- 
vidus les uns aux autres. Contrairement à la langue des Incas, si 
riche en termes pour exprimer les divers degrés de parenté, la 
langue Colorado ne signale d'un mot spécial que les parentés de pre- 
mier et de deuxième ordre. Passé cette limite, toutes les personnes 
issues de la même souche ne se désignent entre elles que par 
l'expression vague de « parent ». Une coutume singulière complique 
encore la tâche du voyageur qui cherche, comme je l'ai tenté, à éta- 
blir un arbre généalogique des familles d'Indiens qu'il étudie, c'est 
que les enfants mâles portent le nom de famille du père, et les filles, 
le nom de famille de la mère. Ainsi, Sebastiano Chauco, marié à 
ManuelaOrasona, a deux enfants : l'un, le garçon, s'appelle Federico 
Chauco; l'autre, la fille, Juliana Orasona. La femme conserve ainsi 
son nom propre et le perpétue dans sa progéniture féminine. Sou- 
vent enfin, comme dans nos pays, des surnoms sont donnés aux 
individus et arrivent presque à supplanter leur nom de famille. 
Quiterio Aguavili était appelé « Campito» ; Bautista Lochi, « Goro- 
tisa ». 

Les Indiens ont-ils toujours habité, depuis leur arrivée dans le 
pays, les points où on les trouve actuellement? Je ne saurais 
répondre à cette question, et je ne donne que sous toutes réserves' 



186 SOCIÉTR DES AMftRICAMSTFS DK PARIS 

les renseignements suivants, dus à M. Giacometti, et que je n'ai pu 
vérilier. Primitivement, les Indiens auraient vécu réunis dans un 
village appelé Cocanigua ; mais une peste (sans doute la petite vérole) 
les décima. Deux familles seulement échappèrent et allèrent fon- 
der respectivement Santo-Domingo et San-Miguel. Au cours d'une 
exploration, M. Giacometti aurait retrouvé quelques décombres, des 
plantations de cacao, des arbres fruitiers revenus à l'état sauvage 
et marquant, d'après lui, l'emplacement de cet ancien village. 

En l'absence de toute tradition, c'est donc à l'anthropologie, à 
l'ethnologie et à la linguistique qu'il faut demander le secret de 
l'origine de cette race. 

La langue Colorado est une langue spéciale, harmonieuse, et dont 
j'ai pu réunir un abondant vocabulaire qui sera publié. Elle se 
distingue essentiellement des langues de la Sierra, du quichua comme 
de l'espagnol, mais offre des rapports avec le cayapas dont elle 
semble n'être qu'un dialecte. Ce dialecte est, toutefois, déjà si diffé- 
rent de la langue mère, que, lorsque les Cayapas viennent en pays 
Colorado, ils ne peuvent se comprendre avec les Indiens qui y 
habitent. Les noms de famille des Colorados ont également une 
allure particulière qui les différencie nettement des noms de famille 
de l'intérieur. En voici quelques-uns : Aguavili^ Locki, Laqiiinchi, 
Chniico, Ornsona^ Dusiuui. Les prénoms seuls, par suite de l'intro- 
duction du catholicisme, sont espagnols. Il appartiendra à un lin- 
guiste de reprendre, à l'aide des nouveaux matériaux que j'ap- 
porte, l'étude que M. Seler a déjà faite sur les vocabulaires réunis 
par Wolf. 

Je ne m'étendrai pas sur les caractères physiques des Indiens 
Colorados, cette étude devant être l'objet d'un travail spécial. Je 
possède, en effet, trente-cinq mesures anthropométriques complètes 
d'individus des deux sexes et de tous âges, et j'ai pu me procurer 
trois crânes, dont deux sont accompagnés des os du squelette. Je 
me restreindrai aujourd'hui à l'étude purement ethnographique. 

Le costume de l'Indien est des plus sommaires. Une petite pièce 
rectangulaire de toile de coton {lapé)^ de couleur gris brun, percée 
au centre, pour le passage de la tête, d'une fente transversale et 
non antéro-postérieure, comme le poncho en usage dans la 
Sierra, recouvre les épaules, mais sans retomber sur les bras et ne 
descend pas, en avant, plus basque la ligne des mamelons, en arrière, 
plus bas que la pointe de l'omoplate. 




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LKS I.VDIKNS COl.dltADOS 187 

Une pièce de toile de colon [umhalsopn]^ à fines rayures hori- 
zontales bleues et hlanches' atténuées s'enroule autour de la taille 
à la manière d'un pagne et descend jusqu'au genou. Une ceinture 
de colon rouge [cendore], serrée avec force, entoure plusieurs fois 
la taille et maintient le umbutsopa. 

Les cheveux sont demi-longs, coupés horizontalement, suivant 
un plan qui passerait à un centimèlre environ au-dessus du lobule 
de l'oreille, et rejelés à droite et gauche sur le devant, de façon à 
dégager le front ([ue barre fort gracieusement le niish{ijli. Ce 
mish(i)li est la coilfure nationale, pourrait-on dire, de l'Indien Colo- 
rado, et sa caractéristique. Ce n'est autre chose qu'un écheveau de 
fil de coton posé en couronne sur le sommet de la tête. Cette coif- 
fure est l'apanage de l'homme. L'enfant ne la porte qu'à partir de 
douze ans environ. 

Le pied de l'Indien ignore toute espèce de chaussure. 

Le seul ornement consiste en un bracelet d'argent [cftLifeshli), 
large de 4 à 5 centimètres, fendu pour pouvoir s'ouvrir et per- 
mettre l'introduction du poignet. Ces bracelets sont achetés à Quito. 

Les femmes ont un costume presque identique à celui des 
hommes. Sur les épaules, un mouchoir de couleur voyante, avec 
fleurs, vient se nouer comme un chàle sur le devant de la poitrine 
(panu). La poitrine, les seins et les bras sont nus. Le bas du corps 
est recouvert par le tunim^ identique au umhntsopa des hommes, 
mais plus long, descendant un peu plus bas que la saillie du mol- 
let. Aucune ceinture ne le maintient à la taille. La femme l'assu- 
jettit en rentrant les pointes du lé qui se trouvent ainsi fixées entre 
sa peau et le luniui môme. Les cheveux sont longs et flottants dans 
le dos, divisés simplement par une raie médiane sur le sommet de 
la tète. Comme ornements, la femme porte un collier ihui) de perles 
de verre et de graines, appelées par les Indiens a cantopiga », agré- 
menté de petits paquets de vanille et de queues d' « armadillo » 
[tatou] et qui couvre de ses rangs superposés le cou, la partie supé- 
rieure de la poitrine, retombant entre les seins. Un bracelet [huiu- 
tede) à plusieurs rangs, formés de petites perles de verre, entoure 
les poignets et les bras au-dessus du coude. 

Les enfants en bas âge sont tout nus. Dès qu'ils ont quatre ou cinq 
ans, ils revêtent le même costume que les adultes. J'ai noté chez 
eux un développement considérable de l'abdomen qui ne semble 
disparaître ou s'atténuer que vers l'époque de la puberté. 



188 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Comme toutes les races primitives, les Indiens aiment à se peindre 
le corps. Ils emploient surtout dans ce but 1' « achiote » [Bixa orel- 
lana), dont les graines fraîches donnent une belle couleur rouge. 
Une couleur noire imàli) leur est également fournie par le fruit 
d'un arbre dont je n'ai pu me procurer d'échantillon. Chaque fois 
que l'Indien ou l'Indienne doit se présenter quelque part, à l'occa- 
sion de toutes les fêtes, sa seule coquetterie consiste à se couvrir 
de tatouages rouges ou noirs. La peinture se fait directement avec 
le doigt. Tantôt le Colorado se contente d'une teinte plate, répandue 
à peu près également sur toutes les parties visibles de son corps, 
tantôt il préfère dessiner sur sa figure des raies disposées avec 
ordre. Comme exemple, je citerai le dessin que j'ai relevé sur une 
femme, Virginia Orasona, comme un des plus compliqués et des 
plus curieux que j'aie jamais rencontrés : une première raie, large 
de un centimètre et demi, prend naissance à la racine des cheveux 
sur la ligne médiane, descend vers la racine du nez qu'elle recouvre 
en s'étal^mt à droite et à gauche sur les paupières pour aller se ter- 
miner et se perdre vers les tempes. Une deuxième raie passe sur 
le dos du nez, puis sur les pommettes et va finir au tragus. Une 
troisième figure une moustache sur la lèvre supérieure et se bifurque, 
de chaque côté, sur les joues pour se terminer vers la branche mon- 
tante maxillaire. Une quatrième part symétriquement de la com- 
missure des lèvres et se divise en deux, pour se perdre au niveau 
du bord inférieur du maxillaire inférieur. Une cinquième et dernière 
descend sur le milieu du menton figurant une espèce d'impériale. 
Les seins, l'épigastre, les bras et les mains sont recouverts d'une 
teinte plate uniforme. L'abus de ces tatouages est tel qu'il est 
impossible de toucher les Indiens sans se colorer soi-même. Le 
mish[i)li, primitivement blanc, a bientôt pris une teinte vineuse. Le 
pied et la main laissent sur le papier, qui a servi à prendre leur 
contour, une empreinte rouge. Les dents n'échappent pas à cette 
singulière manie. Pour les rendre noires, les Indiens mâchent les 
jeunes pousses d'une plante qu'ils appellent « ampôh » et dont j'ai 
un exemplaire dans mon herbier. Leur esthétique répugne aux 
belles dents blanches, recherchées des Européens. 

Les Indiens ne seraient pas des primitifs, s'ils n'avaient la cou- 
tume des mutilations ; mais ces mutilations ne sont pas de celles qui 
frappent immédiatement la vue et elles ont passé inaperçues aux 




ANDREA ORASONA 



Pb«t*typie Berthaud, Paris 



LES INDIENS COLORADOS 189 

yeux de bien des voyageurs. Des personnes vivant depuis longtemps 
dans le pays les ignorent. La barbe et la moustache sont rares 
parmi les Indiens, mais elles le sont moins qu'on ne le suppose, car 
ils sont la coutume d'enlever soigneusement tout poil qui apparaît 
sur leurs lèvres ou leur menton. J'ai pu me rendre compte que, chez 
les hommes du moins, l'épilation ne portait que sur les poils de la 
face. Les oreilles ne sont pas perforées, mais en revanche, au 
niveau du lobule du nez, la narine droite des hommes, à partir de 
la puberté, est percée en arrière d'un petit trou, patiemment et len- 
tement ouvert à l'aide d'une épine d'oranger. Cette épine est con- 
stamment maintenue en place pour conserver la perméabilité de 
cet orifice. Nous verrons plus tard l'objet de cette étrange mutila- 
tion. On retrouve enfin chez l'Indien Colorado une coutume singu- 
lière, signalée un peu dans' toutes les parties du monde, mais parti- 
culièrement en Amérique : je veux parler des déformations crâ- 
niennes. Cette coutume devait être générale, il y a encore quelques 
années, mais semble disparaître peu à peu. En effet, au cours de 
mes mesures anthropométriques, j'ai trouvé des enfants qui avaient 
certainement eu le crâne aplati, et d'autres chez lesquels il était 
impossible de retrouver la moindre trace de déformation, artificiel- 
lement et intentionnellement provoquée. 

L'opération se pratique de la façon suivante : pendant les trois 
mois qui suivent la naissance, l'enfant est étendu sur une planche 
qui a exactement la même longueur et la même largeur que lui 
[piranchi). Une bande le maintient sur la planche. Sous la 
tête, pour éviter un contact trop brutal, on place un peu de coton 
et quelques fragments de toile. Un mouchoir roulé passe sur le 
front du nourrisson et fait le tour de la planche. Chaque jour, on 
augmente un peu la pression, en serrant davantage le mouchoir. Il 
en résulte une déformation à prédominance occipitale. Comme je le 
disais plus haut, les Indiens semblent vouloir renoncer peu à peu 
à cette coutume dont ils ignorent, d'ailleurs, le but et la raison ; et 
déjà, beaucoup de mères se contentent d'entourer la tête de leur 
enfant d'un mouchoir roulé, progressivement serré, mais sans inter- 
position d'un objet dur quelconque. Tel est le costume de l'Indien, 
telles sont ses coquetteries. Il nous faut maintenant aller le sur- 
prendre chez lui, le voir dans son intimité. 

Ainsi que je l'ai déjà dit, le groupement le plus voisin de l'iia- 



190 SOCIKI'E DES AMKl'.lliAMSIHS iJi; l'AUlS 

cienda de Sanla-Rosa est celui de Pove, et c'esL là que je me 
rendis sous la conduite de Quilerio Aguavili. Rien de [)lus pitto- 
resque que cette excursion qu'on peut l'aire à cheval, avec un peu 
d'habitude. Un sentier à peine tracé, compliqué de nombreux 
détours, coupé de troncs d'arbres renversés par les ouragans, 
envahi par les lianes, se glisse mystérieusement sous les grands 
arbres, dans Fombre humide de la forêt. Après une heure de marche 
par ce sous-bois obscur, un petit ruisseau coupe la route et, 
aussitôt après, apparaît une vaste tache de lumière, une éclaircie 
ensoleillée, une riante oasis d'un beau vert clair. C'est T a estancia », 
le terroir, au centre duquel vit l'Indien, avec toute sa famille, loin 
des regards étrangers, à ral)ri des curiosités et des bruits du dehors. 
La forêt propice fait à sa propriété une imposante ceinture d'arbres 
centenaires et réserve dans son grand sein maternel un sûr asile à 
celui qui est resté son enfant. 

Le champ de l'Lidien est un carre d environ JoO à 200 mètres de 
côté. La récolte serait insuffisante pour toute la famille; aussi n'est- 
il pas unique. A un jour de marche, dans diverses directions, l'In- 
dien en possède d'autres où il émigré successivement au fur et à 
mesure de ses besoins. 

Au centre de 1' « estancia » de Pove que je visitai, se dressent 
deux maisons côte à côte. Dans l'une vit un vieil Indien, Marco 
Ghauco, l'ancêtre de la tribu, sa femme, Trinidad Dusuna, et leurs 
deux derniers enfants. Dans l'autre cohabitent, d'une part, Qui- 
terio Aguavili, sa femme, son beau-fils et ses deux enfants ; d'autre 
part, Manuela Orasona et ses deux enfants. Une parenté étroite 
unit tous les membres du groupement, la femme de Quiterio Agua- 
vili étant l'ancienne bru de Marco et Manuela Orasona, la sœur de 
Quiterio et la veuve d'un fils de Marco. Le groupement comprenait 
donc, en tout, douze personnes. Les deux maisons qui abritent cette 
famille sont à peu près identiques. Qu'on se représente un grand 
hangar de 20 mètres de long sur 10 de large, ouvert de toutes parts, 
ce qui ne saurait présenter d'inconvénient, étant donné la tempé- 
rature remarquablement douce et égale de ces régions. Le sol en 
est propre, dur et battu comme une aire de grange. Des piliers de 
« chonta », profondément enfoncés dans la terre, soutiennent un 
loit doublement incliné, fait lui-même d'une carcasse de lamelles 
de chonta, recouverte de feuilles d'un palmier appelé en espagnol 




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« bijao », en Colorado « piri », el qui est Vlieliconin des bota- 
nistes. Ces feuilles sont ])liées siiivanL la nervure principale el 
ensuite inibricpiées par rangs superposés. La toiture est ainsi par- 
faitement étancbe. La ligne faîtière du grand hangar atteint de 
8 ■" 50 à 4 mètres de hauteur. Tous les assemblages de la charpente 
sont fixés à l'aide de lianes. Quand les lianes ne suffisent pas, Tln- 
dien emploie des clous faits de « chonta ». La maison et le mobilier 
qu'elle renferme n'empruntent rien qu'à la forêt voisine. 

Le hangar est divisé, perpendiculairement à son grand axe, en 
deux compartiments par une cloison à claire-voie en « chonta » 
également, qui ne laisse, entre les deux salles ainsi délimitées, 
qu'une communication en forme de porte. L'une de ces salles sert 
de cuisine, l'autre, de salle à manger et de salle de repos. Dans la 
première, on trouve deux foyers le long du petit côté : quelques 
pierres disposées sur le sol suffisent. A 1'"20 au-dessus de 
chaque foyer, une espèce d'étagère en « chonta » sert à supporter 
les fruits cuits el tous les objets qui redoutent l'humidité, en par- 
ticulier les petites poires à poudre ou à amorces ; une pelle de 
chonta [héla) sert à remuer les cendres. Faisons rapidement le tour 
de cette salle. Gomme objets importés, on ne trouve que quelques 
débris de peigne de cou en corne [parin)^ des cuillers en fer, 
quelques assiettes, une hache, un « machele », un vieux fusil à 
amorce se chargeant par le canon, de grands hameçons, le tout 
acheté dans la Sierra. Tous les autres ustensiles sont fabriqués par 
les Indiens avec les matériaux que la nature met à leur disposition. 

Voici d'abord de grands pots d'argile cuite [huanga)^ ayant de 
20 à 50 centimètres de diamètre, faits par les femmes; des cale- 
basses de cucurbitacées pour conserver l'eau [boli-boli] et le lait; 
des espèces de noix pour contenir le sel, la poudre, les amorces 
[tsatsaca). Voici un tronc creusé en forme de mortier pour piler le 
riz, avec un bâton pesant employé comme pilon; c'est le « hihua », 
ainsi appelé du nom de l'arbre dont il est fait ; voici un grand plat 
allongé, la « batea », en bois de « moral » ; une corbeille [kotope) 
pour recueillir le caoutchouc dans la forêt. Une calebasse coupée en 
deux, perforée de trous et montée sur un manche, constitue une 
excellente passoire {shikiin). La râpe [chipa] est faite en bois de 
« cedro », où des pointes de « chonta » ont été incrustées. Une 
planche incurvée, soigneusement polie, en bois de <; hihua », sert à 



192 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

écraser la banane au moyen d'une règle de même bois : c'est la 
« lirunsa ». L'Indienne est bonne cuisinière et avec ses ustensiles 
rudimenlaires fait des plats appétissants. Elle est aussi bonne ména- 
gère. Elle achète le coton à Quito, mais c'est elle-même qui 
fabrique ses vêtements (sauf le « panu », article d'importation) et 
ceux de son mari. Elle fde et elle tisse. Trois éche veaux de fil de 
coton blanc, un écheveau de fil de coton bleu, suffisent pour un 
(c tûnan », la jupe déjà décrite de l'Indienne. Le fuseau [pituca] est 
fait d'une fibre de chonla. Un anneau plat de noix de corrozo lui 
donne le poids nécessaire pour qu'il puisse facilement tourner. Le 
métier à tisser [chiteno] est tout aussi rudimentaire : il est formé 
d'un cadre de bois sur lequel viennent s'enrouler les fils de coton 
et d'une large et longue navette, véritable sabre de bois. Toujours 
dans la même salle, nous trouvons aussi les ustensiles de pêche et 
de chasse du mari : un grand filet [dada)î?ài de fibres de <( cabuya » 
[agave americanum) achetées à Quito, et lesté de petits cailloux 
noirs, pesants comme du plomb, et la sarbacane faite en chonta. 
J'ai déjà signalé le fusil. Voici enfin la pipe de l'Indien : le fourneau 
est d'argile cuite et l'artiste a essayé d'y reproduire grossièrement 
une face humaine ; le tuyau est fait d'un os de singe. Passons main- 
tenant dans la salle voisine, la salle de réception et de repos. 

De grands bancs bas, longs de 60 centimètres, des sièges plus 
étroits de même forme invitent au délassement. La confection en 
est simple. Un tronc de Tarbre appelé « balsa », bois très léger, a 
été coupé en deux, suivant sa longueur; puis les deux moitiés ont 
été juxtaposées de façon à former un plan horizontal, et clouées à 
l'aide de clous de « chonta », sur des rondelles de même bois. 
L'Indien s'étend sur les grands bancs, la tête reposant sur la main, 
et, dans cette pose de dignité nonchalante, converse avec le visiteur. 
De grandes planches de « cedro » travaillées à la hache, de 1™50 
de longueur sur 80 centimètres de large, arrondies aux angles, 
posées à même le sol, servent de tables. Dans un coin de la salle, 
se trouve le pressoir pour la canne à sucre : quatre grands mon- 
tants en u chonta» se faisant face deux à deux, et fortement enfoncés 
dans le sol, sont percés à une hauteur de 1"^ 20 environ de fenêtres 
allongées qui se correspondent. Par ces fenêtres passent des bâtons 
qui assurent le contact de deux poutres rondes horizontales, en 
(( chonta » également. Ce sont ces deux poutres qui, en se mouvant 




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LES INDIENS COLORADOS 193 

Tune sur Taulre cl en sens inverse, broieront la canne à sucre 
comme deux meules de moulin. Elles sont fortement entaillées au 
fer rouge, pour rendre leur prise plus énergique, et, à chacune de 
leurs extrémités, portent des bâtons placés perpendiculairement à 
leur axe pour permettre de les mettre en mouvement. Les diverses 
pièces de cet assemblage rustique sont liées les unes aux autres à 
Faide de lianes résistantes faisant office de cordes. 

A Topposé du pressoir, se trouve la « marimba », Tinstrument 
de musique cher aux Colorados, et qui n'est antre qu'un xylophone. 
Pour se faire une idée exacte de la marimba, qu'on imagine un 
canot ayant environ i"i 80 de long et 30 centimètres de large, 
taillé dans le bois tendre « balsa », et suspendu par ses deux extré- 
mités (la proue et la poupe) au toit de la maison, à l'aide de lianes 
résistantes. Un boudin fait de feuilles de bananier tressées court le 
long de chaque bord, maintenu au moyen de clous de « chonta ». 
Il forme coussinet, et il est destiné à supporter des lamelles de 
(( chonta », au nombre de dix-neuf, d'une longueur, progressive- 
ment croissante, de 20 à 50 centimètres, placées transversalement 
de façon à ne reposer que par leurs extrémités sur les coussinets. 
Ces lamelles sont fixées les unes aux autres et au corps de l'appareil 
à l'aide de ficelles de « cabuya ». Deux bâtons, terminés chacun à 
leur extrémité par une boule de caoutchouc, servent à frapper sur 
les traverses dont chacune rend, suivant sa longueur, un son différent, 
La marimba que je viens de décrire est de petite taille ; mais les 
Indiens m'ont dit qu'il en existait de plus grandes. Tel est l'instru- 
ment de luxe qu'on ne rencontre que dans les « estancias » riches. 

Plus modeste, le violon est moins rare. Il ressemble comme 
forme au violon européen ; il est fait de bois de « cedro » et les 
diverses parties de la caisse de résonance sont collées entre elles 
avec du « copal ». Les cordes, au nombre de trois, sont de 
« cabuya ». L'archet, semblable aux arcs dont s'amusent les 
enfants, est fait d'une tige flexible de « moral ». Les crins sont 
remplacés par des fibres de « cabuya ». J'aurai fini l'énumération 
des instruments de musique, lorsque j'aurai signalé la flûte 
[huelo] en bons de « guadua » [Bambusa angusti folio). 

La chambre à coucher constituait, dans la maison de Quilerio 
Aguavili, un petit réduit à part, situé à côté de la cuisine. Six 
piliers de chonta supportaient un toit à double inclinaison semblable 

Société des Américanistes de Paris. 13 



lOi sociKTÉ Di;s A;\rÉiucANisTi:s de pauis 

en tous poinls au loiLdela maison principale. A hauleur cDiomme 
était installé un plancher de « chonta » auquel donnait accès un 
fort bambou, entaillé d'encoches superposées [tsacanu], escalier 
rudimentaire que nous avons déjà signalé dans les cases nègres de 
Santo-Domingo, L'Indien a compris l'inconvénient de dormir en con- 
tact direct avec le sol. Il a donc isolé son lit de la terre. La chambre 
à coucher n'a pas de parois. L'air circule aussi librement an-dessus 
qu'au-dessous du plancher. Quelques couvertures et des draps 
suiTisent dans ces régions privilégiées à température toujours 
égale. 

Allons faire maintenant nn tour dans la « chacra », le champ 
qui entoure les maisons. Une pépinière de 400 pieds de cacao, 
quelque mille pieds de bananiers, un petit champ de canne à sucre 
en constituent la principale richesse. On y trouve en outre nn peu 
de maïs, du riz, quehpies orangers et citronniers, du <c mani ", du 
piment [Capsicain sp.], de la « yuca » [ALiniJiot iitilis.sima)^ des 
granadilles et quelques plantes que les Indiens emploienl à des 
usages domestiques ou comme remèdes : le « barbasco », qui leur 
sert à empoisonner le poisson pour le pécher plus facilement, 
Vu apecasa ». dont la lige leur sert à faire des balais; le <( larini », 
dont le suc mélangé à l'eau coupe la fièvre ; !'« escausele », -employé 
dans le môme but, une espèce de camomille [c/iinïffi), etc. 

Là se trouve également l'écurie des porcs, enclos cylindrique, 
fait de tiges de chonta piquées en terre et unies par des lianes, 
de façon à figurer une sorte de grille. L^n toit en feuilles de 
« bijao » supporté par quatre pieux, recouvre le tout. Quiterio 
possédait quatre porcs. 

Le poulailler élait fait de la même façon, mais les tiges de 
chonta étaient recouvertes directement de feuilles de bananier. 

L^Indien ne possède pas d'autre bétail. Il n'utilise pas le cheval 
dont il a peur. Pendant le voyage, voyant l'homme qui revenait 
avec moi marcher péniblement à cause de ses genoux rhumatisants, 
je lui fis donner un cheval. Au bout d'une heure, il descendit et 
préféra continuer la route à pied ; il craignait de tomber et se 
sentait déjà tout courbaturé. 

Le chien, ce compagnon fidèle de l'homme sous toutes les 
latiludes, se reirouve dans la case de llndien. Il v en avait deux à 
Pove, pauvres bêtes des rues, sans race et sans beauté, sans doute 
rapportées autrefois de Quito. 



LLS lM)li:.NS COLOIIAIJOS 195 

Tel est le domaine de rindieii, lepeLiL coin de terre où il pourra 
vivre libre encore queUjiies années, loin de toute autorité étrangère 
et de toute servitude. 

* 
* * 

Pénétrons, là-dessus, dans la vie inlime du Colorado. En 
Ecuador, le jour se lève à 6 heures et la nuil tombe à 6 heures. 
L'Indien, qui ignore Téclairage artificiel, règle sa vie sur la marche 
du soleil. A 7 heures, il déjeune et dîne à 4 heures et demie. Sa 
nourriture est presque exclusivement végétale. La banane (nno) 
en forme la base essentielle. Une variété se manu^e mûre et crue ; 
c'est le « platano de seda », la banane de soie, fruit délicieux réputé 
jusque dans la vallée inlerandine. Mais la véritable banane est pour 
la ménagère indienne la banane-légume, qu'elle cueille encore 
verte. Tantôt elle la fail cuire à l'eau, la broie à l'aide de la 
« lirunsa » et, de cette purée de banane, fait des boudins allongés 
[éinoila), reproduisant h s'y méprendre la forme du fruit et qui rem- 
placent à la rigueur le pain. Tantôt la banane est découpée en fines 
rondelles qu'on met à frire dans la graisse de porc innopta], et cette 
friture simule à s'y méprendre la pomme de terre frite. Dans ce cas, 
on y mélange de petits morceaux de porc rôti. Ce fut le régal que 
m'offrit Quiterio Aguavili au cours de ma visite. L'offre était si 
sincère, le plat, si appétissant, les assiettes, si propres, qne je fis 
grandement honneur à ce festin improvisé. Je me souviendrai long- 
temps de ces petites rondelles de banane, que je mangeai en pleine 
forêt vierge, dans la maison de nïes amis, les Indiens Colorados. 

Les poules, les œufs, le poisson, le gibier, le riz, le maïs, la 
« yuca », les fruits de toutes sortes que j'ai déjcà énumérés, com- 
plètent cette alimentation frugale mais vraiment saine. Le porc est 
réservé pour les jours de fête. La viande de bœuf n'enlre pour ainsi 
dire jamais dans les menus indiens. Il faut des occasions exce{)tion- 
nelles comme celle qui se présenta lors de mon séjour. Un commer- 
çant de la Sierra avait emmené à Manabi par voie de terre un trou- 
peau de bœufs, pensant les vendre à bon prix sur la côte. Il revint 
peu de temps après, leurré dans ses rêves, avec ses bêtes rendues 
étiques par un voyage pénible de douze jours aller et retour, dans 
une région malsaine et chaude. Il offrit de nous en vendre une. 
Nous manquions de vivres frais. M. Ciacometti accepta, fit son 



19G SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISÏES DE PARIS 

choix et revendit les bas morceaux aux Indiens présents. Quant à 
la viande de mouton, elle est totalement inconnue. L'Indien n'a 
qu'une gourmandise; il a la passion du pain. Ne pouvant en faire 
lui-même, il se rend, parfois, à Quito, faisant un voyage pénible de 
deux semaines, pour aller y acheter quelques sous de pain, et quel 
pain ! de petites galettes mal cuites, aussitôt couvertes de moisis- 
sures, mais dont sa famille et lui se régalent comme de la plus fine 
friandise. 

La boisson ordinaire des Colorados est l'eau. Le « guarapo » 
[malàh) est pour eux la boisson de luxe qu'est pour l'Indien de la 
Sierra la « chicha ». C'est une boisson fermentée faite avec le sucre 
de canne, agréable et douce, peu alcoolique. Malheureusement le 
contact avec le blanc a introduit parmi ces Indiens de terribles 
habitudes d'intempérance. Chaque o hacienda » possède une distil- 
lerie et forme un véritable foyer d'alcoolisme. L'Indien n'est cepen- 
dant pas né ivrogne. Tout jeune, il n'aime pas l'alcool et ne s'y 
habitue que peu à peu, comme nos lycéens s'habituent au tabac. 
Je vois encore la grimace que faisaient les jeunes Indiens qui 
venaient nous voir, après avoir avalé tout d'un trait, comme une 
mauvaise potion, le petit verre que leur offrait M. Giacometti. Ce 
n'est que plus tard que le besoin de boire se fait impérieux. Le 
hasard voulut que j'assistasse à une des beuveries que, de temps à 
autre, s'offrent ces pauvres gens, et même que j'en fusse la cause 
inconsciente. Pendant mon séjour arrivèrent un soir, vers 4 heures, 
une quinzaine dTndiens et d'Indiennes de Chila. Je me mis aussitôt 
à lesmensurer, mais, à l'approche de la nuit, ils voulurent s'en aller. 
J'essayai de les retenir en leur distribuant de petits miroirs, de 
l'argent. Rien ne fît. M. Giacometti, plus expérimenté, me dit alors 
que le seul moyen de les faire rester était de leur offrir de l'eau-de- 
vi^. Malgré ma répugnance à user d'un tel moyen, je consentis et 
priai qu'on leur donnât un peu à boire. J'avais dit « un peu » ; on 
leur en donna beaucoup; et, pendant toute la nuit, ce fut l'orgie la 
plus écœurante que j'aie vue de ma vie. Au rez-de-chaussée de la 
maison, les hommes et les femmes pêle-mêle avec les enfants, 
couchés sur le sol, incapables de se relever, buvaient interminable- 
ment. Les chants entrecoupés de hoquets durèrent jusqu'à l'aurore, 
chants étranges qui débutaient en notes suraiguës, s'atténuaient 
peu à peu, devenaient mélopées tristes et languissantes, pour 



LES INDIENS COLORADOS 197 

reprendre brusquement, stridents comme des cris de détresse, des 
appels de désespérés. Le lendemain, le spectacle était navrant de 
ces malheureux, la veille robustes et gais, presque beaux, avec leur 
allure un peu farouche d'êtres qui vivent au fond des grands bois, 
aujourd'hui hébétés, chancelants, Tœil vague, barbouillés du rouge 
de leur tatouage, abrutis par Taffreux poison , et ce fut avec joie 
que, vers midi, mes mensurations terminées, je les vis repartir vers 
leur maison lointaine, vers la saine nature, leur mère, qui, au pas- 
sage, ne dut pas reconnaître ses derniers fils. 

L'Indien n'est pas seulement un agriculteur. Il vit aussi des pro- 
duits de la chasse et de la pêche : la forêt est giboyeuse; les 
rivières sont poissonneuses, comme la terre est féconde. Pourfaciliter 
leur pêche, les Colorados emploient le suc extrait par broiement 
d'une plante appelée « barbasco ». Il en existe deux espèces : l'une 
plus active [tote] tue le poisson ; l'autre [cftjiiili) ne fait que l'enivrer. 
Sitôt le suc mélangé à l'eau, le poisson vient à la surface et est 
facilement recueilli au filet. Les Indiens de Pove n'avaient pas de 
canots, car les rivières du haut pays qu'ils habitent ne sont pas encore 
navigables. Il est probable que les tribus qui vivent en aval utilisent 
des barques, de même que les Gayapas. D'ailleurs le mot qui 
désigne le canot est commun aux langues Colorado et cayapas : 
« cule ». Malgré leurs armes primitives, les Indiens sont d'habiles 
tireurs. Le fusil à pierre entre leurs mains, comme entre les mains 
des nègres et des quelques blancs installés dans le pays comme 
« peons »,est une arme redoutable. Pendant notre voyage de retour, 
lorsque nous traversions les « paramos » du Corazon, notre guide 
blanc voyant de nombreux lapins fuir à notre approche, chargea 
son fusil avec la dernière pincée de poudre qui lui restait, mit 
comme bourre quelques lauibeaux de feutre arrachés à sa selle, 
comme plombs, de petits cailloux ramassés sur le chemin, et, le soir, 
nous mangeâmes une excellente gibelotte. Là où se révèle toute 
l'adresse de l'Indien, c'est dans l'emploi de la sarbacane [puciina]^ 
tube de chonta, de deux mètres de long, d'un calibre de huit 
à dix millimètres. De petites boulettes d'argile séchées au soleil 
[topuca) servent de projectiles. Trois <( topuca », mises préalable- 
ment dans la bouche, l'Indien s'avance avec une prudence de félin, 
vers la proie qu'il guette, le plus souvent un oiseau-mouche ou un 
oiseau de petite taille. A sept ou huit mètres, il s'arrête, vise lente- 



198 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

ment, la première boulette part sans bruit, puis la seconde. Rare- 
ment l'Indien épuise toutes ses « munilions de bouche », avant que 
l'oiseau tombe étourdi. 

Certaines peuplades de Golorados emploient encore l'arc et les 
flèches, mais je n'ai pu ni voir, ni me procurer ces armes. Les 
flèches sont empoisonnées avec le suc obtenu par la piqûre d'un 
arbre. Le poison s'appelle « chihaila ». Bien que le mot bouclier 
ait un équivalent en langue Colorado [kecaatsna)^ je n'en ai pas 
rencontré entre les mains de nos Lidiens. La lance leur semble éga- 
lement inconnue. Pour chasser, le Colorado use surtout de ruse. Il 
emploie le système primitif qui consiste à attirer l'animal en imitant 
son cri, soit avec la bouche, soit à l'aide d'instruments fabriqués 
par lui. Tel est le « tirikia », pitit sifllet plat taillé dans une noix 
de tagua qui sert pour appeler la « guatusa » [agouti?) et qui, dans 
l'intervalle des chasses, sert de jouet aux enfants. 

L'Indien supplée à l'insuffisance de ses moyens d'attaque et de 
défense par une adresse consommée et une connaissance profonde 
de la forêt et de ses animaux. La région de Santo-Domingo est 
infestée de serpents des espèces les plus dangereuses, dont il me fallait 
des échantillons pour les collections destinées au Muséum d'histoire 
naturelle de Paris. Le plus souvent, les Indiens m'apportaient ces 
reptiles encore vivants, étant parvenus à leur glisser autour du cou, 
pendant leur sommeil, un nœud coulant fait d'une liane fine et résis- 
tante. Lorsque le Colorado part en expédition pour aller chercher 
du caoutchouc, s'absentant de sa case parfois des semaines entières, 
telle est sa confiance en son adresse qu'il n'emporte que son machete 
ou sa hache, son fusil et la corbeille où il recueillera le latex des 
arbres abattus. Il vivra de longs jours sur le pays; les singes surtout 
lui font d'excellents rôtis, et le soir, un humble abri fait de feuilles 
de palmier, un h raneho » improvisé, al)ritera son sommeil paisible 
d'homme des bois. 

Contrairement à ce qui se passe en général dans les peuplades 
primitives, la femme n'a pas dans la famille un rôle aussi elfacé 
qu'on pourrait croire. Sans doute elle est inférieure au mari, mais 
ce n'est pas la servante, l'esclave. 

Dans un intérieur Colorado, l'homme chasse, pêche, fait le gros 



LKS INDIENS COLORADOS 199 

œuvre dans la culLure du cliamp, les travaux j3éni])les de défriche- 
ment el d'entretien de la <( cliacra ». Ainsi, lorsque (Juiterio Agna- 
vili revint à sa maison, ses plantations avaient été envahies pendant 
sa longue absence par les herbes; sa femme n'avait pas essayé de 
le suppléer et il trouvait cetle abstention naturelle. La femme, en 
somme, n'aide son mari que pour les travaux qui correspondent à 
ses forces. Ménagère et fermière, elle s'occupe de la basse-cour, 
fait la cuisine, va chercher le bois et l'eau, file el tisse les vêtements 
de la famille. Personnage muet au cours des visites qui se pré- 
sentent, elle est cependant consultée dans certains cas. Lorsque 
j'offris d'acheter quelques ustensiles domestiques ayant surtout un 
usage féminin, Marco Chauco prit l'avis de sa femme et ce n'est 
qu'avec son consentement qu'il consentit à la vente. 

Les sentiments affectifs chez les Indiens n'ont pas de manifesta- 
lions bruyantes et, à première vue, sembleraient ne pas exister. 
Lorsque Quiterio Aguavili revint à Sanlo-Domingo, il attendit à 
r « hacienda » la venue des siens. Il est vrai qu'il pouvait craindre 
d'être mal reçu par ses parents qui le croyaienl coupable. J'assistai 
à la première entrevue qu'il eut avec sa femme. Celle-ci ne vint à 
r« hacienda », accompagnée de son jeune fils, que plusieurs jours 
après notre arrivée. Klle apportait des provisions, un petit pot ren- 
fermant du poisson bouilli, un coq, des boudins de banane. Elle 
déposa son fardeau, s'accroupit à côté et sans rien demander, resta 
là sans bouger, regardant vaguement devant elle dans cette immo- 
bilité, qu'on dirait non pensante, des Indiens de tous les pays. Le 
mari prévenu arriva; ni lui ni sa femme ne se regardèrent, ils parais- 
saient ne pas se voir. Sans mot dire, il alla droit au sac de provi- 
sions, y prit le coq et me le remit avec un beau sourire et des 
gestes gauches, presque hésitants, puis s'accroupit à côté de sa 
femme et de son fils. Quand je revins, quelques minutes après, la 
femme pleurait doucement, silencieusement, le mari dégustait le 
poisson bouilli avec, dans ses grands yeux, la joie de retrouver, 
après si longtemps, l'odeur de la bonne cuisine de chez lui, et ils 
causaient lentement, sans hâte, comme s'ils avaient repris une con- 
versation de la veille. Il y avait cependant dans cette visite de la 
femme, venue seule, sans doute contre la volonté des siens, vers le 
mari, peut-être coupable, une preuve sérieuse de dévouement et 
d'attachement. Guidée par sa seule affection et par cette espèce de 



200 sociÉ'i'i': iji;s amkricamstks dk paris 

solidai'iLé qui iiiiil parloul le mâle à la f(Mnclle, elle élail venue sim- 
pleinenL, presque inslincLivenienl, el le mari n'y avaiL vu rien que 
de naturel. 

La femme Colorado supporte la grossesse avec toute la vaillance 
><les femmes chez les peuples primitifs. Elle se couche juste le jour 
de ses couches. Le mari ou une personne de la famille pratique 
l'accouchement. Le cordon est coupé avec un fragment d'écorce de 
« guadua » et lié avec un lil de coton. Dès le lendemain, la jeune 
mère reprend ses occupations journalièies. Pendant une huitaine 
de jours, elle reçoit une alimentation meilleure : du poisson, des 
perdrix, du poulet, de la <( guatusa » et c'est tout. L'allaitement est 
toujours maternel et se prolonge longtemps. Trinidad Dusuna don- 
nait encore le sein à son héhé àtjé d'environ trois ans. La fécondité 
des Lidiennesne m'a pas paru très grande. Il est vrai qu'il faut tenir 
compte des morts nombreuses qui doivent se produire dans la pre- 
mière enfance. Dans les familles que j'ai vues, je n'ai jamais compté 
plus de quatre enfants. Par contre, la puissance de fécondation 
chez l'homme semble se prolonger longtemps. Marco Ghauco, âgé 
de 70 ans environ, a un bébé de 3 ans. 

L'âge du mariage est assez difficile à établir, les Lidiens ignorant 
le plus souvent leur cage exact. Les femmes semblent se marier de 
14 à IG ans, les hommes, vers 18 ans. Les Golorados se soucient 
assez peu qu'il y ait harmonie entre les âges des deux époux. Mais 
dans l'appréciation de l'càge de la femme, il faut tenir compte de ce 
fait que l'Indiennese flétrit vite et, à la suite de quelques grossesses, 
paraît vieille, alors que son mari conserve toute sa force et l'appa- 
rence de lajeunesse. Les veuves etles veufs se remarient rapidement. 
Il est aussi impossible à la femme de vivre sans la protection du mari 
qu'au mari de vivre sans l'aide de la femme. Ces remariages 
extrêmement fréquents ne sont pas une des moindres dilïicultés 
que le voyageur rencontre dans l'étude des parentés enchevêtrées 
qui unissent les diverses familles. La seule veuve que je rencontrai 
au cours de mon voyage, Manuela Orasona, so'ur de Quiterio 
Aguavili, avait déjà eu deux maris. Je ne doule pas qu'elle 
n'en ait actuellement un troisième. Il est certain que les unions 
consanguines doivent être très fréquentes pai'iiii les Colorados, en 
raison du petit nombre des familles et de l'isolement où elles se 
trouvent vis-à-vis les unes des autres. Lorsque mon arbre généalo- 



LES INDIENS COLORADOS 201 

gi(jue sera complètement mis au point, il est prol)al)le que j'y trou- 
verai des détails intéressants à ce sujet. 

Quand un jeune Indien veut se marier, il fait à celle qu'il a 
choisie de petits cadeaux. Il lui offre des pièces de monnaie, des 
grains de colliers, des mouchoirs [panu], de la_ viande de parc ou 
les produits de sa chasse et de sa pêche. Une fois accepté par le 
père, il se rend avec sa fiancée chez le gouverneur indien qui leur 
fait unir les mains et donne à leur mariage une valeur légale. Le 
mari, pour la cérémonie, s'est muni d'un ornement bizarre, le 
(( sopé ». Qu'on imagine une pelite plaque d'argent carrée de 
un centimètre et demi de côté, fixée à angle droit par un de ses 
bords sur une épingle du même métal. L'épingle est introduite dans 
le trou pratiqué dans le nez, suivant le procédé que j'ai indiqué en 
parlant des mutilations, la plaque d'argent tournée vers le côté 
gauche de la face. La cérémonie terminée chez le gouverneur, un 
bal chanté [masayn)^ avec illumination de chandelles, a lieu dans la 
maison des nouveaux conjoints et la fête se termine naturellement 
en orgie de « guarapo » et d'alcool. 

L'Indien Colorado ne vit pas en général très vieux. Parmi ceux 
que j'ai rencontrés, je n'en ai vu qu'un &eul qu'on pouvait appeler 
vieillard : Marco Chauco. Le pays qu'habitent les Indiens est mal- 
sain, la dyssenterie et les fièvres paludéennes, en l'absence de tout 
soin raisonné, tuent beaucoup d'individus. Une maladie singulière, 
le « huicho », assez semblable par certains symptômes à la maladie 
du sommeil et au sujet de laquelle j'ai fait une petite communica- 
tion à la Socié té cl anthropologie'^ , sévit dans la région. Chaque année, 
quelques Indiens meurent à la suite des piqûres de serpents qui 
abondent. Mais c'est surtout la petite vérole qui fait des ravages 
terribles parmi ces populations. Telle est la crainte qu'elle inspire, 
que, lorsqu'un individu en est atteint, tous les membres sains de la 
famille fuient, abandonnant maison et malade, laissant simplement 
quelques provisions à la portée du malheureux, pour qu'il ne meure 
pas de faim. On frémit en pensant à ces lamentables agonies soli- 
taires ! 

L'alcoolisme doit contribuer pour une part à la mort précoce des 
Colorados ; mais il est probable qu'il faut aussi tenir compte de 

1. V. Journal, t. II, p. 166. 



202 SOCIÉTÉ DKS AMÉRICAMSTKS DK PARIS 

l'abus du « ncpi ». Le « népi » est une liane qui, découpée en petits 
morceaux et mise à bouillir dans Tcau jusqu'à ce que rinfusion se 
concentre, est employée dans les cas de fièvre rebelle. La saveur 
en est amère et son ingestion provoque de violents vomissements. 
Malheureusement, la décoction a, en outre, une action enivrante et 
les Indiens ont souvent recours au « népi » pour se procurer une 
ivresse analogue à celle que produit Talcool et dont les etl'ets sont, 
paraît-il, aussi redoutables. Je n'ai pu me procurer un échantillon 
de cette plante, ni en étudier les elTels physiologi(|ues. Quant aux 
remèdes indigènes sur lescpiels les voyageurs ont parfois répandu 
de véritables légendes, les Indiens Colorados (et il doit en être de 
même des Indiens de fOrient écuadorien) n'ont pas, en réalité, de 
secrets miraculeux comme on fa fait croire. Kn particulier, pour les 
piqûres de serpent, ils ne connaissent aucune herbe efficace. En 
dehors du <( népi », ils emploient le suc de la plante appelée « larini », 
ou (( yerba de gallinazo », le suc de 1' <( escansole », mélangés à 
l'eau, contre les lièvres. Ils font, dans le même but, une infusion 
avec une espèce de camomille appelée « guaïta ». Sur les gan- 
glions abcédés, ils font des frictions avec les feuilles d'une autre 
herbe, « Santa-Maria ». L'infusion de verveine [verbina) est fébri- 
fuge ; la feuille fraîche mâchée a la même vertu ; le suc de 1' « asa- 
puïaha » empêche la fatigue; celui du <( kiritape » guérit la gale. 
J'ai eu soin, pour chaque plante recueillie dans mon herbier, de 
demander l'usage que les Indiens en font. Mais je doute que la 
médecine puisse trouver là de nouvelles ressources. 

Quelle que soit la raison de la mortalité prématurée des Colo- 
rados, voici quelles sont les cérémonies auxquelles donne lieu un 
décès. Les parents du décédé le veillent un jour entier. Autour du 
corps, trois chandelles ont été placées, une à la tête, une à droite 
et une à gauche. La douleur se manifeste par une espèce de mélopée 
chantante, avec reprises brusques en notes hautes, suiviesd'une chute 
progressive de la voix, comme d'une personne qui peu à peu s'en- 
dormirait en causant et se réveillerait tout à coup. J'ai eu l'occasion 
d'entendre une de ces mélopées, lors de mon séjour, lorsque les 
parents de l'assassiné vinrent nous voir. Les hommes n'y prenaient 
point part, pleuraient en silence ou gardaient un air farouche et 
tragique. Les femmes accroupies, le visage recouvert de leurs che- 
veux, la tête baissée, crièrent et chantèrent ainsi une heure entière. 



LlvS IMJIKNS CULUKADUS 



203 



Il fallut l'appàl frun pclit verre d'eau-de-vie pour les tirer de cette 
position et de ieui- tristesse. Le chant est en langue Colorado ; il 
paraît qu'on supplie le mort de revenir, qu'on lui demande pour- 
quoi il est parti, etc.. 

La veillée Unie, le corps enveloppé d'un drap, une petite croix 
de (( chonta » sur la poitrine, est enterré dans une fosse creusée au 
centre de la maison. Le trou a l'"oO de profondeur et des dimen- 
sions telles que le cadavre couché y entre sans diflicultés. Le corps 
ne repose pas sur le foii;l de la fosse, mais sur trois bâtons, placés 
transversalement à une certaine hauteur, de façon à lui éviter le 
contact de la terre au-dessous de lui ; trois autres bâtons, placés 
d'une façon semblable, recouverts de feuilles de « bijao », sup- 
portent la terre qui comblera la fosse, mais sans toucher le mort. 
La tombe est marquée par une croix de « chonta », placée du côté 
de la tète, et protégée par un petit hangar formé de quatre pieux 
verticaux et d'un (oit de feuilles de a bijao ». Détail curieux, une 
ficelle liée autour du corps du défunt sort du sol et est fixée au 
toit du hangar. C'est par là que l'âme s'en ira. Lorsqu'eu tirant sur 
la ficelle, elle se rompt, c'est que l'âme s'est envolée. Sitôt l'ense- 
velissement terminé, la famille abandonne la maison, mais en lais- 
sant toutefois autour de la tombe quelques chandelles allumées et 
des vivres. 

Le respect des morts existe donc chez les Colorados comme chez 
tous les peuples. Et il est plus que probable que, sans Quiterio 
Aguavili, je n'aurais pu me j)rocurer de squelettes. Ce fut, en effet, 
lui qui, après bien des hésitations, me conduisit à la tombe de 
l'homme qu'on prétendait être sa victime. Il s'-assura que la ficelle 
était rompue, puis s'éloigna. Il ne s'opposa pas à l'exhumation, mais 
il n'y participa pas. Il lit de même lors de l'exhumation des restes 
de sa mère el de son beau-père. Il nous conseilla, dans son intérêt 
comme dans le nôtre, de ne pas nous faire voir des autres Indiens 
qui, certainement, n'auraient pas accepté celte violation sans pro- 
tester. 

De ce que tous les actes de la vie (naissance, mariage, mort) ne 
sont accompagnés d'aucune cérémonie religieuse, il ne faut pas en 
conclure que les Colorados ne professent aucune croyance. Ils sont 
catholiques, au moins de nom, et ne l'oublient pas. Si on leur 
demande comment ils s'appellent entre eux, ils répondent u tsatsi », 
ce qui dans leur langue veut dirfr « chrétien ». 



204 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Mais les deux paroisses de Santo-Domingo et de San-Mij^uel 
n'ont pas de prêtre. A Sanlo-Domingo il n'y a même pas de cha- 
pelle. A San-Miguel, il y en a une. Les inconvénients du climat, 
l'isolement de tout centre civilisé font qu'aucun prêtre n'a pu ou 
voulu venir s'installer d'une façon permanente dans ces régions. 
Cependant, autrefois, il a du y avoir à Santo-Domingo une mission, 
car M. Giacometti, en faisant des défrichements à une demi-lieue 
à l'ouest de son <c hacienda » a trouvé deux cloches qui lui servent 
actuellement à appeler les ouvriers au travail. Ces cloches, malheu- 
reusement, ne portent aucune inscription permettant de savoir à 
quelle époque elles ont pu servir. Quoi qu'il en soit, à l'heure 
actuelle, les Indiens en sont réduits aux visites d'ecclésiastiques, 
soit fortuites, soit ordonnées par l'archevêque de Quito, à la 
demande des Indiens, transmise par quelque propriétaire de la 
région. Ces visites n'ont guère lieu que tous les trois ans. L'auto- 
rité civile n'est elle-même aussi représentée qu'à de rares intervalles 
à Santo-Domingo, par un « teniente politico ». Son action momen- 
tanée n'est qu'illusoire, et fût-elle continue, elle serait, à mon avis, 
plutôt néfaste. 



♦ * 



En l'absence de tout représentant du pouvoir civil et du pouvoir 
religieux, les Indiens sont dirigés par l'un d'entre eux, choisi par 
eux et qu'ils appellent « gouverneur ». Ce gouverneur a des attri- 
butions assez étendues; il veille aux bonnes mœurs et à la police ; 
il règle les différends qui peuvent survenir entre ses administrés. 
C'est enfin lui qui unit civilement les jeunes couples, ainsi que je l'ai 
raconté plus haut. Mais aux yeux des Indiens, cette union libre 
n'a aucune valeur. Tant qu'ils n'ont pas reçu la bénédiction d'un 
prêtre, ils se considèrent comme vivant en concubinage. Un jour, 
je demandai à l'un d'eux, venu avec une jeune femme manifestement 
enceinte, s'il était marié. Il me répondit négativement. Les enfants 
sont baptisés le plus souvent par le propriétaire de l'u hacienda » la 
plus voisine, à la demande des Indiens eux-mêmes. 

Pour qui connaît le caractère indien, cette absence de curé est 
une véritable privation. Aussi, quand vient de Quito la nouvelle 
que l'archevêque a donné l'ordre à un prêtre d'aller visiter les 
paroisses de Santo-Domingo et de San-Miguel, elle est accueillie 



LKS LNDIRNS COLORADOS 203 

avec joie. Mallieiireusement, celle visile esl presque loujoiirs pour 
l'Indien une occasion de s'endeller. Cerlains prêlres (el j'en con- 
nais) refusent de recevoir de l'argenl de ces pauvres gens, mais la 
plupart ne consentent à faire un voyage péniljle que dans l'espoir 
d'un gain sérieux. On me pardonnera d'entrer dans quelques 
détails, mais il y a des abus qu'il faut signaler, encore qu'il répugne 
de le faire. Les Indiens paient le voyage du prêtre, aller et retour, à 
raison de 1 5wcre par individu (le sucre vaut 2 fr. 50 de notre 
monnaie). Ils doivent, pendant son séjour, pourvoira sa subsis- 
tance et, chaque matin, lui remetlre de la viande, du gibier, des 
poules et une bouteille d'eau--de vie par jour et par individu mâle. 
Chaque mariage célébré revient à 17 sucres^ et, s'il y a lieu de 
demander quelque dispense, à 40, 50 et même 100 sucres. Le prix 
d'une messe simple est de 10 sucres, d'une messe chantée, 
15 sucres. Chaque indien fait célébrer une messe pour ses morts 
pour la somme de 30 sucres. Le prêtre touche encore la « primicia », 
soit 3 sucres par Indien ; il reçoit 3 sucres pour chaque mort sur- 
venue depuis la dernière visite. Les fêtes principales de l'année sont 
célébrées successivement pendant le court passage du prêtre, et 
sans souci delà date, et chacune d'entre elles revient à 100 sucres. 
Seul le baptême est gratuit; mais le sacristain reçoit 1 sucre. Enfin 
le chanteur est payé 3, 4 et même 5 sucres par jour. 

Mais j'ai hâte de finir cette triste énumération. Je la terminerai 
eu souhaitant qu'on envoie enfin dans ces régions, pour y vivre 
d'une façon permanente, un bon prêtre qui, non content de 
répandre les vrais principes chrétiens parmi les Indiens, tenterait 
de développer leur intelligence, leur esprit d'initiative, et, au besoin, 
pourrait les aidera conserver leur liberté chaque jour plus menacée. 

En effet, si l'Indien a vécu jusqu'à ce jour heureux et indépen- 
dant dans ses vastes forêts, ses jours de liberté sont malheureuse- 
ment comptés. Le blanc, attiré par ces immenses territoires sans 
propriétaires, tenté par la fertilité inouïe du sol, commence à y 
venir chercher fortune, en y établissant des « haciendas » de cacao 
et de canne à sucre. Pour bien se rendre compte du danger que 
courl l'Indien du fait de cette immigration, encore à ses débuts, 
il faut connaître la façon dont un étranger peut devenir pro- 
priétaire dans ces régions. Il suffit, pour cela, de « dénoncer » 
le terrain désiré, c'est-à-dire d'adresser une requête, en indiquant 



20iij sociÉrÉ Di::s américamstks dk paris 

les limites au gouverneur de la province. Celui-ci demande alors 
au (( Teniente politico » de la localité la plus proche un rapport qui 
doit indiquer s'il y a déjà des occupants et, en particulier, des 
Indiens. Puis à un jour dit, le terrain est adjugé aux enchères 
publiques. Dans la région de Sanlo-Domingo, le prix moyen est de 
sucre 80 l'hectare, soit 2 francs de notre monnaie. Le prix de la 
vente va au Irésor; l'acquéreur reçoit en échange un tilre de pro- 
priété. Il doit en dix ans avoir mis en exploitation le tiers du terri- 
toire qui lui a été adjugé; sinon, il perd ses droits. De plus, il doit 
indemniser les Indiens qui possèdent des plantations sur sa pro- 
priété. Il est inutile de dire que cette indemnisation est le plus sou- 
vent dérisoire. L'Indien dont les terrains se trouvent pris dans une 
de ces ventes, ne peut donc que s'en aller ailleurs faire un défriche- 
ment nouveau, ou bien rester sur le territoire de la nouvelle 
hacienda. Gomme la main-d'œuvre est excessivement rare dans ces 
régions, cette solution est celle qui plaît le plus au nouveau proprié- 
taire. Il laisse à l'Indien le terrain qu'il occupe et ses plantations; 
mais celui-ci devient « concierto », c'est-à-dire qu'il prend l'enga- 
gement de travailler 15 jours par mois pour le maître, à raison de 
4 réaux, soit 1 franc, par jour, nourriture en plus. Cette convention 
serait acceptable, si elle était strictement appliquée ; mais voici ce 
qui se passe : jamais l'Indien ne reçoit sa paie; on se contente 
d'inscrire sur un registre ses journées de travail. D'autre part, le 
propriétaire, aussitôt installé, se fait distillateur. Toute sa canne à 
sucre se transforme en eau-de-vie, de qualité exécrable, mais qui 
trouve son écoulement facile parmi les Indiens, au prix exorbitant 
de sucre 80, soit 2 francs, le litre. De plus, lorsqu'il est habile, le 
propriétaire installe dans sa maison un petit comptoir d'étoffes 
voyantes, d'objets de pacotille que les Colorados achètent fort cher, 
et à crédit. Il en résulte que l'année se solde pour l'Indien par 
une dette qu'un maître intelligent sait toujours maintenir entre 
200 et 300 sucres; car cette dette est pour lui une source nouvelle 
de profits. En effet, l'Indien étant foncièrement honnête, sachant 
qu'il ne peut s'acquitter en argent, paie en nature, surtout en 
caoutchouc, dont le prix est fixé arbitrairement par son créancier 
lui-même. 

Telle est la situation faite déjà à un grand nombre de Colorados, 
et qui tendra de plus en plus à se généraliser, comme dans la 



LES INDIENS COLORADOS 207 

Sierra. Ponrtanl l'Indien Colorado difFôre essentiellement, au point 
de vue moral, de son frère de l'intérieur. L'esclavage ne lui a pas 
encore façonné un âme misérable et basse. 

Esprit droit et honnête, il ignore l'envie et ne connaît pas le vol. 
Il s'endette, comme un enfant, parce qu'il ignore la valeur de l'ar- 
genl et parce qu'il croit pouvoir payer. Content de son sort, libre 
en somme, sans ambition comme sans besoins, il vil dans une 
belle indifférence du lendemain, un peu à la façon des milliers 
d'êtres vivants qui l'entourent. La nature lui donne chaque jour 
sans peine le nécessaire; il ignore le luxe qui lui apparaîtrait 
comme inutile. Légèrement défiant des nouveautés, mais d'une, 
méfiance qui cède vite à quelque marque d'affection, il n'a pas 
l'allure contrainte, de bêle souvent battue de l'Indien de la vallée 
interandine. Quand on lui parle, on sent en lui un égal et non un 
inférieur. Prudent, il écoute plus qu'il n'interroge. Hospitalier, il 
accueille l'hôte avec une dignité cordiale, une franchise souriante, 
qui n'attend pas de rétribution. 

Sensible à l'affection, l'Indien y répond sans exubérance, mais 
avec sincérité. On ne peut l'accuser de paresse. Il travaille 
peu, c'est vrai ; mais il fait le nécessaire pour faire vivre sa famille. 
Son champ est bien cultivé, sa maison, propre. Sans souci pour 
l'avenir, ignorant tout commerce, il juge inutile par un surcroît de 
travail d'accumuler une richesse dont il n'entrevoit ni l'utilité ni 
l'emploi. Il n'y a pas de doute que, aux prises avec une nature 
moins libérale, moins prodigue, il n'eût su proportionner son 
effort à une lâche quotidienne plus pénible. 

L'Indien Colorado est intelligent. Il ne sait ni lire ni écrire, parce 
que personne ne s'est donné la peine de le lui apprendre ; mais 
presque tous les hommes parlent un peu et comprennent l'espagnol. 
Les femmes ne connaissent que leur langue. Les enfants qui n'ont 
pas encore abusé ni de l'alcool ni du « népi », sont charmants, 
rieurs, joueurs, caressants et vite en confiance. A part l'ivrognerie, 
le vice est inconnu parmi ces Indiens. Les ménages sont unis. La 
vie de famille a conservé toute sa force. C'est le régime patriarcal, 
avec ses vertus simples, si simples, si naturelles, qu'on hésile à les 
appeler k vertus ». 

Et pourtant ces Indiens, faits pour vivre, robustes et sains, intel- 
ligents, diminuent de nombre chaque jour et arriveront fatalement 



208 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTFS DK PARIS 

à disparaître. Il y a vingt ans, c'est-à-dire hier, à San-Miguel et à 
Santo-Domingo, ils étaient, d'après M. Giacometti, plus de 700; ils 
ne sont plus aujonrdMiui que 350 environ : 200 à San-Miguel, 150 
à Santo-Domingo. L'alcoolisme et la petite vérole, deux importa- 
tions blanches, auront vite anéanti les derniers survivants d'une race 
belle et intéressante à tant de points de vue ! Vraiment, il ne faut 
pas trop étudier dans ses détails l'œuvre de la civilisation, mais la 
juger seulement dans ses effets généraux, car l'on serait amené à 
douter de son influence bienfaisante, c'est-à-dire à douter même du 
progrès. 



GRAMMAIRE DE L'ACCAWAI ' 

Par M. Lucien ADAM 

Membre de la Société des Ainéricanisles. 



DEUXIEME PARTIE 

DU VERBE 

146. Assez souvent, le temps n'est indiqué par aucun indice. 

a) Ex. : Tah in^ il dit ; tah towia^ ils disaient. 
Mahnuh wioubu i-pôna, la paix viendra sur lui. 
Yiu^a iria au-reba^ je te donne. 

I-pumù ï'a, il le sema. 
To-ennogo ia, il les envoya. 
Y-ahnumu za, il le prend. 
Pije-àmo-hra wia eyne, ceux-ci ont vu. 
To-ukarrahivii, ils pleuraient. 

A-otu-gun, vous allez ; yura ootii ai-akurra^ j'irai avec toi. 
Oru-key oji kàpohn t-akwarri endokahnoma, avec quoi Thomme 
échangera-t-il son âme ? 

I-konega towia bura-hra, ils ne l'ont pas guéri. 
Eybôro auwia, tu trouveras, etc.. 

b) Yura s-abura-i makonaima, je crois en Dieu. 
Tokey to-wahmura-i^ nombreux ils étaient assemblés. 
Serra kazza mu-kabo-i^ tu feras comme ceci, 

Yura serra s-eygama-iai^ moi je dis ceci. 

Eyge-pey m-abura-iai, tu as cru grandement. 

S-eyma-iai murra^ je paie ceci. 

Mu-souro-iai-neh^ ce que tu as dit. 

Oru-pey i-weyji poh mu-souro-iadai, pourquoi dites-vous? 

1. Voir numéro du 15 avril 1905, page 13. 

Société des Américanistes de Paris 14 



210 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSÏKS DK PARIS 

Muhgoe ireijkoriimn-nero m-eyba-indai^ vous trouverez le châti- 
menl du péché. 

Serrn-m-eydn-indni-neh, ce que vous avez enteudu. 

Yura koeny-eyij;unapo-;id;ti, moi je vous demanderai. 

Mu-souro-i;idou, vous dites. 

Ozhéro ji tokey puranio kuz-eyho-iadou, où trouverons-nous 
de nombreux pains ? 

0(u-pey korora orichàn mahnimha-indou ^ pourquoi tourmen- 
tez-vous cette femme ? 

OutoicH i-teykivàra ku-mRhnimha-iridou^ combien de fois m'im- 
portunerez-vous ? 

Tàrun-gun kùpohn eyhoe-para, heh m-ey-adou^ êtes-vous bien 
au-dessus des autres hommes ? 

Orura ku-nini-adou ^ que boirons-nous? 



TEMPS PASSE 

147. Le temps passé a pour indices : I, -Tni, -dai ; II, -Zr7, -tza^ 
-ka-tza ; III, -Ze ,-ka-tze ; IV, -Pu, -kabo-pu. 

Mais, avant de passer en revue les dilTérenles formes du passé, 
je dois avertir que, très fréquemment, nombre de thèmes verbaux 
se raccourcissent au contact de quelques-uns des indices tempo- 
raux. 

Kx. : Ahhicui, prendre, saisir, recevoir : nhbi, ahchi, ah. 

Ahnumu, prendre, recevoir : ahnim, nhnin. 

PuMÙ, planter, semer : puii. 

NuNGA, quitter, laisser : nun. 

Ennogo, envoyer : eiiiio. 

Eyboro, trouver : eybo. 

Eyko, eygo, répondre : ey. 

EvNAHBU, manger: eynuh, imih^ naJibii, imh; ahna, an. 

Kabo, faire : kah. 

KoMicui, laver : konii. 

MoMO(;o, attendre : nwmo. 

Neybo, présenter, amener : ney. 

SornoGo, parler, dire : souro. 

Tliu[, donner, livrer, payer, mettre, etc. : tù. 



(IH.VMMAIRK UF-: i/aCCAWAI 211 



Passé I 



148. l']x. : Pije Jésus pi t/o/v n-ei/-l;n\ celui-ci clail à cùLc de 
Jésus. 

M-iihbi-lni-nch, ce que Ui as pris. 

M-pun-dfii, lu as semé. 

Nu-gà-dai, il a dil. 

Pije-àmo n-ei/furn/vasoma-dai^ ceux-ci ont travaillé. 

U-lia-dai-neh au-poh, ce que j'ai dit à toi. 

Remarque. — L'impéralil' pluriel est assez souvent formé par la 
suifixation des particules -Tai, -dai. 



Passé II 

149. Ex. : Tah-za ia au-poh-gonogun, il a dit à vous. 

Inah tamunboràra mahmiii minga-za, nous avons laissé toutes 
choses. 

Inah eymà-za aiitvia /,azza, comme tu nous a payés. 

Tègina ivaràio tcoh-za (cia, j'ai tué un homme. 

Pohnivey tù-za toicia paràho haoïr, ils mettaient les filets dans 
la mer. 

koràra t-eytcon-i yoiv seynomari pey i-weyna-kà-tza, celui-là 
dans son cœur est devenu adultère, 

Xohn icahnu-L'à-tza poh iveydona-ge, parce que la terre a été 
remplie de guerre. 

Wi-enji iveyri-kà-lza, ma fdle est morte. 

Remarque I. — La forme du passé II s'emploie quelquefois au 
présent. Ex. : Odohoro eyn-za au/ria, tu vois la poussière. M i- 
e/nhey-za auwia nohn poe, tu me chasses du pays. 

Remarque II. — Kà-lza n'est autre chose que le passé II du verbe 
hàbo (( faire » qui, ainsi qu'on le verra plus loin (§ 225), se com- 
pose assez fréquemment avec un certain nombre de thèmes ver- 
baux. 



212 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 



Passé III 

130. Ex. : Tu-pàra-iya tu-yù-tze^ il vint dans son pays. 
Oivliih chih tii-iveyivdn-ze, ils entrèrent dans la maison. 
Taniiinhàro kiih yohno wuh knh-on-an t-eymunupo-kà-tze^ 
toutes les hautes montagnes sous le ciel furent couvertes. 



To-Lcahkivéyraho-kà-tze^ ils furent rassasiés. 



Passé IV 

151. Kx. : Ahkiva weyji-pii, la lumière fut. 

Adam kumah'pu ia, il appela Adam. 

Cain wendii-pu ^ Caïn naquit. 

Tah-pii ia, il dit, il disait, il a dit. 

Ahkiva eyzadu-pii eiveyu^ il nomma la lumière jour. 

Makoiiàimay-ahkwari otou-pii (ona poropohrii, l'esprit de Dieu 
allait sur les eaux. 

To-eiinogo-pu towia, ils les envoyèrent. 

To-eyno eykicà-pu, leurs yeux s'ouvrirent. 

John ivia to-emhorrokivà-pu, Jean les baptisait. 

I-tveynahpo-kabo-pu , il revint. 

To-eyno iveykivà-kàho-pu^ leurs yeux s'ouvrirent. 

Towiapohntvey nuncja-kàho-pii^ ils laissèrent les fdets. 

Tu-ymciih tah ilou-kàho-pu^ il alla dans sa maison. 

Eynah-kàbo-pu ia, elle (en) mangea. 

I-woh-kàbo-pu ia, il le tua. 

Totvia i-nun-kàho-pu , ils le quittèrent. 

Le passé IV ne s'emploie ni au présent, ni au futur. 

132. Quand on veut indiquer que l'action a été répétée, fréquente, 
énergique, on suffixe au thème verbal l'indice -piidi-pu. 

Ex. : Kopbndi-pùdipii totvia i-poh^ ile crièrent à lui, vers lui. 

T-enji-dun fvendu-pùdipu, leurs filles naquirent en grand 
nombre. 

Faràho ootu-pùdîpu sikondura eyhoe, la mer allait au-dessus de 
la barque. 

I-pohn-(/e to-ivey-reha-pùdipu , ils se partagèrent ses vêtements. 



r.HAM.MAii!i-: i)K l'accawai 213 

Fig-ynrri yaikamo-pùdipu , ils enirclacèrcnl des feuilles de 
figuier. 

Dans Texemple qui suit, le verbe est au présent : Ko-poh-gono- 
ffun Jiopondi-piidi poh, parce qu'elle crie à nous, vers nous. 

153. Les formes du passé W et les noms sont quelquefois 
affectés d'une particule -rc-pu indicatrice du temps passé, 

Ex. : Tnh-pù-repu toivin, ils ont dit. Pci/nu/iro-c/un uni nuirra 
tah-pù-rc'pii, les anciens ont dit ceci. 

Dfivid moomu Sfihnion l rins nopù-repii ynino, Salomon fils de 
David (fut) de celle qui avait été Fépouse de Urie. 

Prophet maimo-repu i/a/rurrun, conformément à l'ancienne 
parole du prophète. 

Dans les exemples qui suivent, l'indice -rii-pii est suffixe au 
thème du verbe \ù-ri, né-ri <( donner » (Voir |:> 195). 

PeynuJiro-gun nè-rupii mnin, la tradition des anciens ; Au-nè- 
rupu (/un m;iiii, votre tradition. 

Le passé est quelquefois exprimé par la suffixation de -e-pu au 
présent en -nin (\ oir § 1G4). 

Kx. : W/in'iio mùiraroe-puJdnan talent y-ahbi-nin-epu, l'homme 
ayant reçu cinq talents. 

Judas tù-nin-epu, Judas l'ayant livré. 

Wi-eyrutà-nin-epu nmiànio, vous m'avez logé, fait reposer. 



FUTUR 



154. Le futur est formé par la suffixation aux thèmes verbaux 
des indices : -Ro-odun, -ru-odun, -to-odun, -tu-odun, -du-odun^ 
-odun^ -dun, -hnljo-dun. 

Ex. :I-mo(/<)-hr;i iccymutzakà-ro-odun tu-hnihuna pôna^ l'enfant 
se lèvera sur son père. 

Slotoro-c/e nu-reb;i-ro-odun tc-ia, je te gratifierai des clés. 

Kùpohn yiimu eyma-ro-odun in, il paiera les hommes. 

Jésus iria eycjnmnpo-ro-odun , Jésus demandera. 

Herod u^in mûre iirnh-ro-odun, Ilérode cherchera l'enfant. 

I-tcolin uh-z;il{ inohii-ro-odun to-eynn pàe^ le marié sera ôté 
d'eux. 

Au-u'oh-ro-odun-cjun loicict^ ils vous tueront. 



214 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTKS hK PARIS 

Tu-îiiu-hra tà-ru-ochin i-kaibuna tci,i, le père livrera son fils. 

Tokey it-ei/heypii y-ahbi-to-odun ainvia-nogun^ vous recevrez 
une abondante récompense. 

Y-akwarri osouro-to-odiin ai-eywon-gùn-i yoa\ l'esprit parlera 
dans vos cœurs. 

Ti-angel yàmu enno-tu-odun^ il enverra ses anges. 

Tu-n-ahbichi-ni-dun kàpohn yàmu y-ainura-nii-tu-odun towia, 
ils assembleront les hommes qu'il a élus. 

Eyn-du~odun-na auwia-nogun^ vous regarderez. 

U-mohgo-i inin-du-odun aiiwia-nogun., vous boirez ma coupe. 

Eydà-hra-odiin-na auwia-nogun^ vous entendrez. 

Tu-monotah-dun, elle concevra. 

Eiveyu tu-youbu-dun^ le jour viendra. 

Tu-iveybakà-dun^ il sortira. 

Makonàima n-eygamàpo-diin. Dieu leur demandera. 

To-otii-diin-gun, ils iront. 

Nineveh bàngun tu-weymiitzaka-dun-gum^ les Ninivites se 
lèveront. 

Iponopo i-n-ànu-kabo-diin^ la paille, il la brûlera. 

Korora y~ah-kabo-duii^ celui-ci sera conduit. 

Remarque. — Parfois le verbe kàbo n'est pas affecté de l'indice 
-dun. 

Ex. : Temple ikivo-kabo w-ia, je détruirai le temple. 

Mora-dibo enno-kabo auivia, après cela tu (la) renverras. 



IMPERATIF 

155. L'impératif est formé : I, au singulier, par la suffixation de 
-gii, -kii, -kà-gu, kà-ku-^ au pluriel, par celle de -du-k, -tu-k, -kà- 
duk, -gah-tuk ; II, au pluriel, par la suffixation de -dai, -tai au thème 
verbal affecté des indices personnels M«-, m- ; III, à la première 
personne du pluriel, par la suffixation de -tun^ -dun, au thème 
verbal affecté des indices personnels Ku-, ku-z-. 



IMPÉRATIF I 

156. a) Ex. : Eyn-gu, vois ; ïtou-gu, va ; ahburin-gujms ; eyrufà- 
gu, assieds-toi! 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 21 O 

Azah-gii, marche ; i-komi-gu\i\\e-\e\ 

Ko-momo-gu, attends moi ; Ki-eyn-(ju, hu-y-en-gu, vois-moi! 

Knh-gii ii~poh, dis à moi! 

Mûre y-nhnin-gu\ l'enfant prends-le ! 

Ez-ku^ sois ! 

Uzze-kii u-piyah, viens à moi ! 

Ai-nhkon y-nhiiin-kù-g u ^ ton lit prends-le ! 

Uzzhe-kà-kii ivi-nkurr;i. viens avec moi ! 

h) Ex.; Kyn-duk^ voyez; itou-duk, aile/ ; ahhurin-duk, fuyez ; 
eyrufii-duk, asseyez-vous ! 

Eydii-duk, écoulez; inin-duk, buvez \eymutzakà-duk^ levez-vous! 

Ark yah-hai eyhcikà-duk, sortez de l'arche! 

Ey-tuk, soyez ; you-tuk, mangez ! 

Wi-akurra uzzhe-tuk^ venez avec moi ! 

Mora talent i-moka-kà-duk it-eynah-hai^ ce talent ôtez-le de 
lui! 

Mia itou-gah-tuk u-piyah-bai^ allez-vous-en d'à côté de moi! 



IMPÉRATIF II 

157. M-ahbi-tai^ saisissez-le ! 

M-ahburin-dai, fuyez ; mu-da-dai\ allez ! 

Imatvàri m-emhey-dai, chassez les démons ! 

Eyregiipàfi-an mu-koiiega-dai, guérisses les lépreux ! 

Murra m-eygama-dai wey naie, dites cela dans la lumière 

To-m-eymipà-dai, enseignez-les ! 

Eiveyrichah-giin mu-mutzakà-dai, ressuscitez les morts ! 



IMPÉRATIF III 

158. Rawiriho ku-kà-tun^ faisons des briques ! 
Komhànta para ku-kà-turi, faisons une grande ville ! 
Kuz-eyn-dun, voyons! 
M'ahgu pey kuz-ànu-tun, cuisons-les bien! 



21G SOriKTK DKS AMÉHICAMSTKS DE PARIS 



IMPKUATIl'-rUTUU 

159. Ce mode est Ibrmé par la sufiixaLioii de -m,i, iaiiLol au 
verbal, tanlôl aux iudices en -trin, tanlôi à la coujoncliou nerru^ 
(( et » . 

Ex.: Morn-l)0 ;i-iref/ru(;t-in;i, reste là, lu resteras là. 

Mumi-hcfi ;iu-.s()iiro(/()-ni;i , dis ainsi, tu diras ainsi. 

Ahliicn iceijji-m;i, que la lumière soit! 

Tolici/ ;i-f('et/Ji-(/tin-m;t, soyez nombreux ! 

Au-ei/po/iri/)hi-(jun-m;i, réjouissez-vous ! 

y-/ihnin]2ii niiiciu-nin, prends-le, lu le prendras. 

I-iuoh;i ;iuiriit-in;i ^ ôle-le ! 

Au-nurniib;i-nin inii)(/;t ;nu('i;t-m,'i. aime Ion ennemi! 

Tiuniinljorùrn trnluia konaja /,o/i'i;i-iw(/un-mci , faisons tout ce 
qui est juste ! 

Mor;i-diho nu-iriouhii nuirîn nerra-ma, et après cela tu 
viendras. 

Au-nuriinhn-nin nurunha aiiivin nerrn-ma, et lu haïras ton 
ennemi. 

160. Les thèmes verbaux sont quelquefois affectés de -i-ma, 
désinence dont la nature grammaticale est indécise. . 

Kx. : Tègirui i-nuruii]j;i-irna tèginu nerni ininc/a-ima, il haïra 
Tuu el il aimera Tautre. 

W\'ih(ju inain-cje youroma ima i-konega-ima burahra, ils parlent 
avec de bonnes paroles, mais il ne le font pas. 

Onu/>/'a ii-màinio ei/cla-irna, quiconque entend mes paroles. 

Tiirnini i'cl)a-inia azàra, il (en) donne deux à un autre. 

Mah(/oe-/un mohroh eynoma-ima, ils rejettent les mauvais 
poissons. 



LOCUTION IMl'ERATIVE 

101. L'impératif est quelquefois exprimé par la préposition de 
Ton a. 

VjX. : Toiia cruzo pnc nolo-i^ qu'il descende de la croix ! 
Toiia y-alinuniu ia, qu'il le prenne, le comprenne! 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI â17 

Toua i-poropohn ncrra mohn ?Vi-m<7, qu'il ôle aussi le manteau! 
Toiia miireij-cliin n-ioiibu-i u-pii/ah, que les enfants viennent à 
moi ! 

CONDITIONNEL 

162. Ce mode est formé parla suffixation de -/zo, -e/io, -ino. 

Ex. : Serra-bey Sodo/n n-eyji-no wiihgu-pcy, aujourd'hui Sodome 
serait juste. 

Tokey purahchi m-ahbichi-no ^ tu aurais reçu beaucoup d'argent. 

I-pona s-ahbichi-no, j'aurai reçu sur lui, en sus de lui. 

Mu-ka-chn-no heyii^ vous n'auriez pas dit. 

Mora-i yow kàpohn yùmii ku-'ine-tai-no, alors nous aurions à 
craindre les hommes. 

Wahgu heyii yurn i-sapatu-i ahna-ba-i-Jio , je ne suis pas bon 
je porterais ses souliers, je ne suis pas digne de porter ses souliers. 

To-ku-pekatu-r-ino beyn-na prophel yàmii tvohnoh poh^ nous ne 
les aurions pas aidés à tuer les prophètes. 

Kiamàro n-ey toema-kabo-eno to-mahyoe namai^ ils se seraient 
détournés de leurs péchés. 



INFINITIF 

463. Tantôt le verbe est à l'infinitif sans que ce mode, soit indi- 
qué par une particule suffîxée au thème ou par l'emploi d'une postpo- 
sition ; tantôt le thème verbal, soit nu, soit affecté de l'indice -na^ 
-71, est suivi de la postposition poh ; tantôt enfin le thème verbal est 
affecté de l'indice -zeyna. 

a) Ex. : Murey-dun ekiarreeynomà pero eyna tvahyii beyn, ^eter 
aux chiens le pain des enfants n'est pas bon. 

Makonaima y-akivarri ola èyne-pu ia^ il vit descendre l'esprit de 
Dieu. 

Makonaima ivia tona iviouhu i-kôho-pu nohn pona. Dieu n'avait 
pas fait venir l'eau sur la terre, 

b) Ex. : Tu-n-eymipà-ni-dun pannà-ya eygamk poh i-weybiarre- 
ka-pu, il commença à dire aux oreilles de ses disciples. 

Waràio otou-pu ooma yaow eynahpo sanyà poh^ un homme 
alla semer de la graine dans le champ. 



218 SOCIKIK lii:S AMKKIC.AMSTKS DK PAHIS 

Polinii'Cfj (j-;ihrii};'ifii poh ///-/rr//-/r.,7^?, ils étaicnl à raccommoder 
les filels. 

c) \\\. : Tê(/in;i ir;ir;ii<) in-,tii icioii-iut poJi, un homme esL à 
venir. 

Jésus tceyrutà-pu uzeyivey-mi poJi, Jésus s'assil à manger. 

d) Kx. : Jésus eyhinrrek;\-pu puunnmn-n, Jésus commença à 
prêcher. 

I-purndùiyiiKj pnnu ni-;tn sumnii-pey-ouJiuru oolu-u kitli pi'ira 
hona^ il esL très difficile pour un riche d'aller dans le royaume du 
ciel. 

Dans ces deux exemples le mode est indiqué par la seule suf- 
fixation de -n. 

e) Kx. : I/ou-pu to-eyinipu-zeyu;i, il alla pour les enseigner, les 
enseigner. 

Jésus irioubu-pu /o-y;ipul-zeynn, Jésus vint les toucher. 

Ilou-pu fr;irùio-fun y-ahnin-zeynn, il alla prendre des hommes, 
louer des hommes. 

luith horamu-zeynn nu-tvioubu^ tu viens nous chcàtier. 

Oruh-pey eyn-zeynaoji ei-ofu-gun, qu'êtes-vous allés voir? 

P;tituri-dun irioul)U-pu i-piy,ih e y g nmnpo-ze yna^ les serviteurs 
vinrent lui demander. 

I-youbu-pu Sulonion pokennu màîmo eydnh-zeynn, elle vint 
pour entendre les sages paroles de Salomon. 

Uou-pu ozeynù-zeynn, il alla pour prier. 

To-iceymutZ(i/ii(-duii-(jun tohey hhpohn enyotu-zeynn^ ils se 
lèveront pour tromper beaucoup d'hommes. 

L'infinitif en -zeyiia pourrait être qualifié de « supin » ou de 
ù gérondif en dum )i. 



PARTICU'i: PHKSENT 

104. Le participe présent est formé parla suffixation au thème 

verbal, I, àe-Nin^-nù-niii; II, de -Zm, -tzin ; III, de -Ziin,-fz;ui\\\ ^ 

de -Zen, -tsen. 

f7)Kx.: Onulira i-t/\'ih-nin, quiconque cherchant, quiconque 
cherche. 

T-eymipii-nin, son enseignant, son maître. 

Au-nurinbn-nin, le te haïssant, ton ennemi. 



(iiîA.MMAiiu; in: l'accawai 21!) 

U-pekntu-uln. nie secourant, mon sauveur; u-pekn/u-nin-un, les 
me seeouranl. 

Marare-kicou i/-;tJ)(ir,-i-i-nin, tu es petitement croyant. 

Tu-pailuri-dun reha-nin peij ckiarrc-(je, gratifiant ses serviteurs 
avec de la nourriture, il gratifie ses serviteurs avec de la nourri- 
ture. 

I-meyno(iah-niii-un, les écrivant, les scribes. 

I-koramn-n'ii-nn, les tourmentant, les bourreaux. 

Murey-daii /eronhc-n/i-nin-un, les garçons faisant de la musique 

I(ro]nhe-n;i-niii-!ni, les affamés. 

Remarque. — Dans les exemples qui suivent, l'indice -n/i-nin-un 
est suffixe à des thèmes qui ne sont point verbaux. 

Tnmunhorù ;ihdu-tun ;ni-piyoiv-nà-Jiiii-un, tous les vivants étant 
auprès de toi. 

Ynhpo-icina-nH-nin-uii, les étant venus de loin. 

b) Ex.: Makonfiimn i/-nkurra fu-z/t-zin, marchant avec Dieu. 

Yohi tu-tvei/bei/drt-zin, s.i'hre portant du fruit. 

lYohn ho tu-ivey t iirn icasoma-zin kàpohii hura i-tceyji-pu, sur la 
terre il n'était pas d'homme travaillant. 

Onu /ira criizn y-ahri-chey bura tu-tcey-tzin, quiconque ne 
voulant pas porter la croix, quiconque ne veut pas porter la 
croix. 

Mora fu-tceybakh-lzin, cela (est) sortant, cela sort. 

Ilote tu-komau-zin, le vivant dedans. 

C) Kx, : Imahono po tu-ncy-tza-n^ les étant sur l'aride, sur la 
terre. 

Nohnbo to-ozà-zan, les marchant sur la terre. 

Tamunborùra tii-icurriivin-ZRii torohn yàniii, tous les oiseaux 
volant. 

Tii-iveyturatcù soma-znn m-an tokey bura, les travaillant ne sont 
pas nombreux. 

Nert\i tu-tvey-tzan ark yaou\ et les étant dans l'arche, 

d) Kx. : Ahpotii-lsenkii-tsen^ le feu ne s'éteignant pas. 

Tona kah-on-kuii ireysi-ma tu-pinnin-zcn, que les étantdansl'eau 
soient nageant. 

Tuarouon-tu-zen munzeyyu-pan pohn yah, étant vêtu avec un 
vêtement comme l'écarlate. 



220 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



PARTICIPE PASSE 



165. Le participe passé est formé : I, comme le passé II, par la 
siiffixalion de -Za, -tza\ II, par la 9,\\î{ixdii\on -Zak -tzak. 

a) Oniihra ivoivuh-za orichàn e/in,ô-^saî/aA, quiconque s'est marié 
avec une femme renvoyée. 

Kareta meynokh-zii tùri ia-ma, qu'il donne un papier écrit ! 

Eweynin-za rugin-na m-aii, elle est seulement endormie. 

Wi-enji iceyrika-tza. m-nn^ ma fille est morte. 

Tamunboràra ark yah-hai eiveybakà-za-giin^ tous les sortis de 
l'arche. 

Kàpohn yamu eytcarrapii toiv eweyruta-za-gun, les hommes 
assis dans la mort. 

b) I-ivowuh-zak iveiji fu-piyôiv-nogun., le marié est à côté d'eux. 
Oruhra younun-zak , toute chose qui a été cachée. 

Tare yoarombu-tzak ^ l'ivraie liée. 

Tu-iveyrigupu wina weymutzûkà-zak^ ressuscité delà mort. 
Maboro weymo-zak^ la roseau cassé. 
To-weynin-zak eyboro-pu ia^ il les trouva endormis. 
I-pun-zak oomayow yougo-duii auma^ tu mangeras le semé dans 
le champ. 

CONJONCTIF I 

166. Ce mode est formé par la postposition de Pey au thème 
verbal affecté de -ro^ -tn^ comme au futur. Voir § 50. 

Ex. : Herod tria mûre iivah-ro-oduii pey m-an i-ivoh-ro pey fùia, 
Hérode cherchera l'enfant pour qu'il le tue. 

To-mahgoe nungà-ro pey to/via, pourqu'ilsquittentleurs péchés. 
Mora ooma eyma-ro pey /w///, pour qu'il achète ce champ. 
A/mai eyboràri au-n-eynah-duk turairàso-dun enno-to ia pey, 
priez le maître du blé pour qu'il envoie des ouvriers. 

To-eyzeiù-ro pey ia, pour qu'il les nommât. 

T'ah-ro pey kàpohn yàmu nia^ pour que les hommes disent. 
Serra-iivinaa-otii-ropey^ pour que tu t'en ailles d'ici. 
Ahduh pey i-iveyna-ro pey, pour qu'elle devienne vivante. 

Wine konega-ro yoiv pey, pour que le vin soit fait dedans. 



GRAWMAiiu; i)H l'accawai 221 



CONJONCTIF II 



167. Ce mode est formé par la poslposilion de yow au passé II. 
Voir i> (Sy. 

Kx. : I-irci/riiln-zit ijon\ (juand il fut assis. 

To-tceynin-z;i i/o/(\ quand ils dormaient. 

Ei//jo-z-;i ,iutri;i-no(/iin-L i/otv, quand vous aurez trouvé, 

Aii-embei/-z;i-(jun (oicùi-i you\ quand ils vous auront chassés. 

Cnpernnuin Jésus otù-zn iJon\ quand Jésus fut venu àCapharnaum. 

Tu-iceymulz;ih;'i-zn yoïc, quand il se fut levé. 

Eyhoza liii;i yon\ si il le trouve. 

Eyyamù-za auirin-nogiin yoiL\ si vous dites. 

I-tahmokà-zn yotc i-hehulah nn/i, si, quand elle est tombée dans 
un trou. 

Dans les exemples qui suivent, Yoiv est postposé aux indices en 
-ia. A-midmo cyclà tùia you\ si il entend ta parole. Tah ivia-i yow, 
si je dis. 

CONJONCTIF III 

168. Ce mode est formé par la postposition de A (ai. Voir 
§136. 

Ex. : To-eyn-za tùia a(ai, (dans) le temps (oîi) il les vit, quand 
il les vil. 

Iirombe tu iceyji atai, quand il fut affamé, quand il eut faim. 

Jésus ivia serra tu-màimo nunga atai, quand Jésus eut laissé ces 
discours, eut achevé ces discours. 

W-iutza atai, quand je suis venu. 

I-ch-eynaatai, pendant qu'il priait. 

Remarque. — Y-atai signifie « le temps ». Ex. : Ahmon-yatai , 
le temps de la sécheresse; aiko-yatai, le temps de l'humidité. 

CONJONCTIF IV 

169. Ce mode est formé par la sulFixalion de Dibo. ^^oir § 136, 
Ex. : KiiKj niàinio eyclà-clibo to-otou-pu, après avoir entendu les 

paroles du roi ils s'en allèrent. 



222 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

Tu-tsemhorro/iivit-clibo tona kah-hai Jésus iveynocjo-pii, après 
qu'il eul été baptisé, Jésus monta hors de l'eau. 

Tokivdn-guii kàpohn yàniu eyiie-dibo^ après avoir vu les nom- 
breux hommes. 

To-ennogo-diho ^ après les avoir renvoyés. 

Au-iveyramuti\-dibo-hra, après que lu auras sué. 

Bahylon hoiui to-yara-dibo^ après qu'ils eurent été transportés à 
Jérusalem. 

CONJONCTIF V 

170. Ce mode est formé par la suffixation de Dani, tniii. Voir 
§136. 

Ex. : Kàpohn yàmu tria ai-eyne ùvombe burà, au-kaibuna ivia 
ai-eyne-dani iwonibe, les hommes ne te voient pas affamé, tandis 
qne ton père le voit affamé, cependant Ion père le voit affamé. 

Saragàro teronba-dani inah wia ai-eynà-gonoyun, a-mahnin-bai 
bura m-ey-adai^ tandis que nous jouions de la flûte pour vous, 
vous n'avez pas voulu danser. 

Mora pohra to-sourogo-dani., tandis qu'ils parlaient là-dessus. 

Seynomari pey i-tvey-tani bura-hra, bien qu'elle ne soit pas 
adultère. 

Mahgoe pey a-ivey-lani-nogun^ bien que vous soyez méchants. 

Ai-youroka-zeyna yura oolu-dani, jusqu'à ce que j'aille te parler. 

Ozeywey-nà poh i-iveyriità-za tcey-taiii, tandis qu'il était assis 
à manger. 

MODE RELATIF I 

171. Ce mode esl formé par la suffixation de -iVeA, -nà-neh. 
Ex.: Miirra au-panna-yà-gonogun s-eygama-dai-neh, ce que j'ai 

dit à vos oreilles. 

Marra m-eydadà-dai-neh, ce que vous avez entendu. 

Mora i-ndah-bai n-eybakà-yai-neh^ ce qui sort de la bouche. 

Miirra u-màimo koen-yoaroka-iadai-neh^ cette parole de moi que 
je vous ai dite. 

Murra u-poh m-eyyamapo-iadai-neh, ce que vous me demandez. 

Murra niohgo sh-inin-yai-neh , cette coupe que je boirai. 



GRAMMAIRE Ï)K l'aCCAWAI 223 

Maboro pùzetii n-arema-ai-neh^ un roseau que le vent agite. 
Onuhrn si-kisma-ai-neh ^ celui que je baiserai. 
Marra eyn-za autcia-noijun-nà-neh^ ce que vous avez vu. 
Murra eydà-za autvia-nogun-nà-neh, ce que vous avez entendu. 
It-eyivon yah-hai eiveybaha-za-nà-neh, ce qui est sorti de son 
cœur. 

l(ah-di-pu eyho-za tvia-nà-neh, j'ai trouvé ce qui était perdu. 
John tvia emhorrok-on-na-neh ^ le baptême de Jean. 

MODE RELATIF II 

172. Ce mode est formé par l'infixation de -/i-, -no- entre l'in- 
dice personnel et le thème verbal auquel sont suffixes -/iw, -/70, -ni. 

Ex. : U-n-piimà-nu heyn-na eyheyro, le fruit que je n'ai pas 
semé. 

U-paituri Li-n-ahbichi-nii u-no-ninga-nu, mon serviteur que j'ai 
élu que j'aime. 

Frophet yàmu u-n-ennogo-no-tun, les prophètes que j'ai 
envoyés. 

U-n-eygamapo-ni-dun^ les que j'ai demandés, mes invités. 

A-n-ahbichi-nu-gun, ce que vous avez reçu. 

Makonainia i-n-abura-nu, celui qui croit en Dieu. 

Paitùri-dun i-n-eyina-ni-diin, les serviteurs qu'il paie. 

I-n-eymipà-ni-diin^ les qu'il enseigne, ses disciples. 

Remarque. — Les formes qui suivent sont irrégulières. 

Sirigu niakonaima n-ennôgo-nu ^ une étoile que Dieu envoya. 

Korôra fci-eyruta-nu-tza, celui qui m'a reçu, me reçoit. 



NOMS VERBAUX 

173. Un certain nombre de noms sont formés par la suffixation 
de -nero. 

Ex.: 0-mafa, être perdu: Oniata-nero yah eyma, le chemin 
dans la perdition, de la perdition. 

Wey-korama., être châtié : Wey-korama-nero , châtiment. 

//w, mesurer, juger. Itu-nero yaie y-ahnukà-duk, comblez la 
mesure ! Itu-nero iveyu, le jour du jugement. 



-2'2'l société des amébicanistes de paris 

Weyrutà, se reposer, s'asseoir: Wei/rufâ-nero, lieu de repos, 
siège. 

Oz-eynà^ prier: Ozeynà-neTO, prière. 

Woiciih^ se marier, épouser: Woiruli-nero, mariage. 

174. Un certain nombre de noms sont formés par la sutUxaiion 
de -liih, -chi/t^ -nit-(/u/t. 

Ichey ir-eij-luh, ma volonté; ichey u-ii^ey-luk, ta volonté. 
Mnhmin tii-diih, le lieu où on vend les choses, le marché. 
Uzeytcey-nn-duJi, nourriture, aliment. 
Wofvuh-n/t-cluh, mariage. 

Remarque. — Dans les exemples qui suivent, la fonction des par- 
ticules -Du h, -tu h est difficile à préciser. 
U-mu u-no-ninga-duh^ mon fds que j'aime. 
Pije oj'i Jesus-luh, celui-ci est Jésus. 
John Elias oji pije-hru-duh^ Jean est cet Klie. 

175. Quelques noms verbaux sont formés par la suffixation de 
-ning au thème verbal. 

Ex. : Woh-nîng, meurtrier. 
Kah-ning ^ le créateur. 

176. Quelques noms verbaux sont formés par la suffixation de 
-i/e/f, -ehk au participe présent. 

Ex. : Itù-nin-yek^ un juge. 
Tukah-nin-yek, un égorgeur. 
I-meynogah-uiii-yek^ un scribe. 
Koramà-nin-ehk , tourmenteur, bourreau . 

Remarque. — Dans Texemple qui suit, -ek est suffixe au thème 
yQThàX: Ahniah-ek-tun^ les voleurs. 



DU VERBE SUBSTANTIF 

177. Wey/'i, thème du verbe substantif, se raccourcit en eyji, 
oji, ;/ï, fvey, ey. 

Weyji 

Weyjise conjugue ainsi qu'il suit : 

//) Korô tciràio /(-'cyji ku-kazza-nogun^ cet homme est comme 
nous. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 225 

Ahktva-z-oukuru au-hohn iveyji^ ton corps est très brillant., 

John neijji parikichin tou\ Jean est clans la prison. 

Mnhgoe-tiin 'veyji i/ow au-poh-gonogun^ quand les méchants 
sont contre vous. 

Wahgii pey ai-eyno iveyji you\ si ton œil est bon. 

Archelaus king weyji-pu^ Archelaus était roi. 

Ahkiua weyji-pu. la lumière fut. 

Adam iveyji-pii Eve tu-nopu yah, Adam fut avec Eve son 
épouse. 

Ahkiva treyji-ma, que la lumière soit! 

Kah poil ahktva-dun iveyji-ma, que des luminaires soient dans 
le ciel ! 

h) Korora orichàn yah a-iveyji, tu es avec cette femme. 

Towahke a-iceyji-gun, vous êtes heureux. 

Makonàima moomu pey a-iceyji you\ si tu es fds de Dieu. 

A-iceyji-gun-ma towahke, soyez heureux ! 

Murra-bey aiveyji ge, parce que tu as été ainsi. 

c) Ahkohe i-weyji, il est proche. 
Bura i-weyji, il n'est pas. 

Murra-hey i-iveyji poh, parce qu'il est ainsi. 

Murra-hey i-weyji-pu, il fut ainsi. 

Wahgu pey i-neyji-ge, parce qu'il est bon. 

Azàra eweyu i-weyji-diho, après que deux jours auront été. 

d) Rorôra ai-eyborô-ri tu-weyji-dun, celui-là sera ton maître. 
Kiamôro tègina i-hohn tu-iveyji-dun, ceux-ci seront une chair. 
Makonàima angel-i yàmii kazza tu-weyji-dun-gun, ils seront 

comme les anges de Dieu. 

e) I-pohn bura to-iveyji-pu, ils étaient sans vêtement. 

Ooma yow io-iveyji-gun yoiv, quand ils furent dans le champ. 



178. Eyji se conjugue ainsi qu'il suit : 
Orii poh m-eyji, à quoi as-tu été, qu'as-tu fait? 
A-nopu-be n-eyji, elle est ton épouse. 
Murra-bey n-eyji, elle est ainsi. 
Tona n~eyji, qu'ils soient ainsi ! 

Société des AméricRnistes de Paris. la 



22ft SOCIÉTÉ DKS A.MÉHICAMSTIJS DE PARIS 

Scrrn-heij Socloni /i-ei/Ji-no uuhgii pcy^ aujourd'hui Sodome 
serait juste 

179. Kx. : John Elinsaji^ Jean est Klie. 

Onu h o/'i /ionibrinta, qui est grand? 

Onuh eymii oji serrn^ de qui cela est -il le visage? 

Oruh eyn-zeynn oji a-otu-gun, qu'esl-ce que vous avez été voir? 

Onuh moonm j'i kororn, de qui celui-ci est-il lîls? 

Voir Inlerrognlifs, i> 120 et suivants. 



Wey 

1(S0. Ex. ; Sey poh a-ivey-tza poh^ parce que tu as été à cela, tu 
as fait cela. 

Mahgoe pey i-uey-tza-gun, ils ont été mauvais. 

Mahgoe main-ge nohn frey-fzak au-poh, pour loi la terre a été 
avec une mauvaise parole, a été maudite. 

Wahgu eynahpo hali para màgo lu-icey-tzan^ les enfants du 
royaume du ciel sont le bon grain. 

Onuhra oonia-i yow tu-/rey-tzin., quiconque étant dans le 
champ. 

To-otu-za wey-lani ehnia-zeyna^ tandis qu'elles avaient été en 
acheter. 

Amiamôro mahgoe pey a-ivey-lani-nogun ^ bien que vous soyez 
méchants. 

Ichey a-irey-fuJi lu-weyji-dun serra nohn bo^ ta volonté sera sur 
cette terre. 

Mora para mure icey-lo yow eyhoe^ au-dessus de ce lieu dans 
lequel était l'enfant. 

lit/ 

l(Sl. a) Au-ilu-hura-nogun /r-ey-ai^ je ne vous connais pas. 
To-un-enno-pai hura /r-ey-ai\ je ne veux pas les renvoyer. 
Oru-hru ]/i irahgu poh w-ey-an, à quoi bon serai-je, quel bien 
ferai-je ? 



ClHAMMAim; DE L ACCAWAl 



227 



/>) IJggi pey hiira m-ei/-,n\ lu n'es pas petite. 

To(vahke m-ey-ai nmàrn^ tu es heureuse. 

Makonàima eymahmin ci-notu hura m-ey-ni, tu ne connais pas 
les affaires de Dieu. 

Waiyu kazza m-ey-acuii^ vous êtes comme le sel. 

Amiamôro beh os-eyniapùndu bura m-ey-adou, est-ce que vous 
ne comprenez pas? 

Oru chey m-ey-an, que veux-tu? 

Oru-ken pey ni-ey-lai, à quoi as-tu été, qu'as-lu fait? 

c) Pije Jésus piyoïc n-ey-lai^ celui-ci était à côté de Jésus. 
Mûre ivohni-chey n-ey-fai-nin-un^ les ayant été voulant tuer 

l'enfant. 

Tona pey-kà n-ey-an-tva serra-atai, il y aura de l'eau aujourd'hui. 
Ai-ah(fon au-piyofv n-ey-an-duh, ton frère sera à côté de toi. 

d) Ey-ku, sois ! A-dunbah ichey ey-gii, aime ton prochain ! 
Seynomàri pey bura ey-ku, ne sois pas adultère! 

Kiamoro kazza amiamôro k-ey-fou, ne soyez pas comme 
ceux-là ! 

Kiamoro kazza bura ey-tuk, ne soyez pas comme ceux-ci ! 

Eyn-za ey-fani, bien qu'ils aient vu. 

Onuhra u-piyoïv ey-puhn, quiconque n'est pas démon côté! 

182. N-ai « est » paraît être issu de n-ey-ai. 

Ex. : Ozhe n-ai ai-a/ujon, où est ton frère? 

Wakoka kazza /?-///, comme est la colombe. 

Oru-pey Ou-peyr i-iveyji poh sàyoro pey aui-eymu n-ai, pour- 
quoi ton visage est-il triste? 

Wohrofvo pey it-eynà n-ai il-enzarri yoa\ le van à lai est dans 
sa main. 

Onuhra ivahcfu ivaràio serra nohn bo n-ai^ quel homme est bon 
sur cette terre .'^ 

Outotcà piiramo n-ai ai-eyna-yonof/un, combien de pains sont à 



vous ? 



183. Comme dans plusieurs des autres dialectes caribes, l'idée 
verbale de « être » est assez fréquemment exprimée par m-an, n-an. 

Ex. : Wahyu y-ak/carri /cin-un i-mùre m-an, son fds est du 
Saint-Esprit. 

Ahkobe w-an J:ah para, le royaume du ciel esl j)roche. 

Wi-akirarri ni-an pogoe-pey-oukuru, mon âme est très triste. 



228 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Elias fvîou-ka-tzà m-an, Elie est venu. 

Wi-enji iveyrika-tza m-an^ ma fille est morte. 

Wi-eynk m-an solçlaro-dun^ des soldats sont à moi. 

Tùrono-guii m-an serra yon\ quelques-uns sont ici. 

Ainôra toivahke n-an orichàn-niogo eyhàe-no^ tu es heureuse 
au-dessus des femmes. 

Ai-eyno-cjun toivahke n-an^ vos yeux sont heureux. 

184. Souvent l'idée verbale copulative n'est point exprimée. 

Ex. : David moomu amora, fds de David toi, tu (es) fils de 
David. 

Wahgii yura pahgarra yàmu ivarreàrii, moi bon pasteur des 
brebis, je suis le bon pasteur des brebis. 

Kytakka murâtla^ la porte (est) étroite. 

Kah pohn au~kaizuna-gun ivahgu rugin-na^ votre père céleste 
seulement (est) bon. 

Ahnai piin~nin korora kàpj/in moomu, le semant le blé celui-là 
(est) le fils de l'homme. 



VERBES DONT LA PREMUIRE SYLLABE EST INSTABLE, EN TOUT 

ou EN PARTIE 



ly5. TùRi, niiri, donner, livrer, offrir, payer, vendre, mettre. 

a) Ex. : Tamunhôro serra tùri iv-ia ai-eynà, je te donne tout 
cela. 

Korôra orichàn eynà towia i-tiiri-pu, ils le donnèrent à cette 
femme. 

T-ahgon-na tii-rii-odun i-riii loia, le frère aîné livrera son frère 
cadet. 

Korora tii-duk, vendez celui-là ; tu-kaho ia, il vendra. 

Tu-zeyna, pour mettre; tu-za w-ia-nà-neh, ce que j'ai mis. 

b) Ex. : Yura N-ùri-dun ivi-akwarri i-pona, je mettrai mon 
esprit sur lui. 

Gentile yàmu eynà kiamono n-uri-dun, ceux-ci le livreront aux 
gentils. 

Korôra it-eyborôri n-uri-nu oivluh warreàru, celui-là que son 
maître a mis gardien de la maison. 



(iRAM.MAlUE DE l'aCCAWAJ 229 

AUnr piyoïv au-n-uri-nu uoum;i ;iuivi;i-m;i, laisse à côté de 
l'an tel ce que lu offres. 

Ce dernier exemple montre bien que, là oii 7- est substitué par 
A^-, ce dernier est un indice de la troisième personne. 

I *.)('). Wahta, n/ihta, croître, pousser. 

n) Kx. : Aumonn ta-tc;thl;i-(lun, les épines pousseront. 

Wnhnn trahtn-mn, que l'herbe croisse ! 

h) V.x. : Touh N-;iJi(;i-i nziiru-mnni, qu'ils croissent tous deux, 
laissez-les croître tous les deux. 

Dans cet exemple, N- représente la troisième personne. 

197. Itu, tu, nu/il, notu, connaître, savoir, juger, éprouver, 
lire. 

a) Ita-nero ireyu ynie^ dans le jour du jugement. 

U-kaibuna toi-itu-nin, mon père me connaissant, me connaît. 

A-môgo-gun icin nu-itu-ro-odun-gun , vos fds vous jugeront. 

Uu-bura-hra^ sans savoir, à Tinsu, en secret. 

h) Ex. : Morn-i yoïc toiria i-(u-pii, alors ils le connurent. 

Morn para bongùn icia i-lii-dibo, les gens de ce lieu après l'avoir 
connu. 

Jmatrari tria i-tù-ro pey mahgoe pey, pour que le diable le ten- 
tât. 

Dans ces exemples, /- représente la troisième personne. 

c) Piiramo poreka ia poh-ra inah Nu-tu-i, parce qu'il a rompu 
le pain nous l'avons connu. 

A-no-tù-bun-un heh amiàmo kareta you\ ne l'avez-vous pas lu 
dans le livre ? 

Kàpohn yàmii nu-tu-ru-n pey, afin que les hommes le sachent. 

Dans ces exemples, xVw-, no- représentent la troisième personne. 

198. NiMU, /im, lui m II, inin. 

a) Kx. : Mine ni mu ia, il boit du vin. 
U-nimà-dun anuamàro pokombe, je boirai avec vous? 
Orura ku-nin-iadou, que boirons-nous? 

b) I-nimu be/i ailye auicianogun, le boirez-vous ? 
I-niniu ir-ia beyn, je ne le boirai pas. 
I-nin-duk, buvez-le 1 

199. WiouBU, youbu, ioubu, venir. 

Ex. : John liapti.sl tcioubu-pu, Jean-Baptiste est venu. 
Pokenna-lun icioubu-pu, les mages vinrent. 



230 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTRS DR PARIS 

Capernaum hona i-youhu-pu^ il vint à Capharnaum. 
Kapohn moomu tu-yoïibu-diin^ le fils de T homme viendra. 
M-ioubu-i serra yah, tu es venu ici. 



VERBES NEGATIFS 



200. La négation peut être exprimée : I, par la postposition 
au verbe, de l'adverbe négatif /?e^/i ; II, parla postposition ou la 
préposition au verbe, de l'adverbe négatif Biira ; III, par la postpo- 
sition au verbe, de l'une des formes du verbe substantif, précédé de 
l'adverbe négatif Bura ; IV, par la postposition au verbe, affecté de 
l'un des préfixes On-, un-, in-, cin-, de Tune des formes du verbe 
substantif précédé de l'adverbe négatif Burrt ; V, par la postposition 
de l'adverbe négatif Bura au thème verbal affecté de tu-, indice de 
la troisième personne et de l'une des particules -Ze, -tse, -zey, 
-tsey ; VI, par la préfixation au thème verbal de l'une des particules 

A'^-, ki-^ Aè-, kuz-, kus-, kis-, k-. 

I et II 

201 a) lyù-tza beyn yura. je ne suis pas venu. 

Ahnai pu-nin un beyn kiàmu, ceux-ci ne sèment pas de blé. 

To-otu-dun-gun beyn, ils n'iront pas. 

Enno-tza beyn yura, je n'ai pas été envoyé. 

Koponduri ia beyn, il ne crie pas. 

Azàra to-weyji beyn, ils ne sont pas deux. 

b) Ex. : I-koneya towia bura-hra, ils ne l'ont pas guéri. 

Bura tùri auwia-nia, ne donne pas. 

I 

III 

202. Ex. : Kah pàra-iya a-otu-gun bura i-weyji, vous irez 
dans le royaume du ciel il n'est pas ; vous n'irez pas dans le 
royaume du ciel. 

Au-iveybaka bura i-weyji, tu sortiras il n'est pas; tu ne sortiras 
pas. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 231 

1-tahmokà hiira i-iveyji, elle est tombée il n'est pas ; elle n'est 
pas tombée. 

Y-abura auivhi-nogun hura i-iveijji-pu, vous avez cru lui il n'a 
pas été; vous ne l'avez pas cru. 

Eyboro iv-ia hura m-an, j'ai trouvé il n'est pas ; je n'ai pas 
trouvé. 

Ai-erigotiih iv-ia huraman, je t'ai trompé il n'est pas; je ne t'ai 
pas trompé. 

IV 

203. On-akoa bura i-iveyji, il ne brise pas. 

On-inkuno bura i-ireyji^ il n'étend pas. 

On-eydk bura lo-neyji-pu, ils n'ont pas entendu. 

Ai-eyze-(je beh ai/ye imawàri on-embey bura inah n-ey-fai, 
n'avons-nous pas chassé les démons en ton nom? 

On-eygamà bura tr-ey-ai, je ne dis pas. 

Onuhra u-maimo eyda-ima un-koneya bura tu-uey-tzin^ celui 
qui entend mes ordres ne les exécutant pas. 

To-un-enno-pai bura ic-ey-ai^ je ne veux pas les renvoyer. 

An-eybo bura i~wey/i, il ne trouve pas. 

An-abura hura a-wey/'i ge^ parce que vous n'avez pas cru. 

Remarque. — Dans les exemples qui suivent, il n'y a pas emploi 
du verbe substantif. 

T-enzarri-gun un-komi bura, ne pas laver ses mains. 

Inah beh ailye ai-eyze-ge bura in-souro-fai\ n'avons-nous parlé 
en ton nom ? 

Onuhra weyji poh inah an-ahbi-on-dou hura, parce que quel- 
qu'un ne nous a pas loués. 



204. a) Ex. : Onuhra ka-tza tu-ka-tze bura ai-eyna, les choses 
créées ne fais pas à toi! 

Onuhra tu-ivoh-tze bura, ne tue pas quelqu'un ! 

A-màimo tu-kwo~tze bura, ne viole pas ta parole ! 

Tu-ze hura pèro eyna, ne donne pas aux chiens ! 

b) Ex. : Murra-bey tu-taouro-tse bura ey-tuk, ne dites pas 



ainsi ! 



232 SOCIÉTÉ DES AMÉR1CAMSTF:S de PARIS 

Au-hniii.'m-lu fu-f\ei/noniin(/n-i hum cy-Jai, ne t'inquièie pas 
pour la subsistance ! 

Tu-jinc-(seij hiira ci/-/iii, ne crains pas! 



VI 



20.'). ,'/) r^x, : Ku-c/;i-cloii, n'allez pas! 
Kii-liiili-dou to-poJ}, ne leur dites pas ! 
To-/ti-/ior,-inh'{-i\ ne les punis pas! 

Ki-yu-niii o/r{uh cl;i/i, cpiil ne soil pas allant dans la maison! 
Kè-u;ihpo-dou^ ne retournez pas ! 
h) Kx. : Kuz-;tl)ur()-dnu, ne croyez-pas ! 
kuz-rili-doLi, ne prenez pas ! 
Kus-ei/gfima-i, ne dis pas ! 

Onuhrn hus-cijdndo-i ; u-kaibunri^ ne nomme pas cpielqn'un : 
mon père ! 

Kus-eynahpo-nin , cpiil ne retourne pas! 

Kis-eygnma-dou, ne dites pas ! 

Wu-i/uicuh (uJi k-uzzhebu-i t;di, ne viens pas dans ma maison ! 

Kinniàro hnzzn Ii-ey-(ou, ne soyez-pas comme cenx-là ! 



VERBES PASSIFS ET VERBES REFLECHIS 

211. On a pu remarquer, plusieurs fois déjà, que le verbe 
;tclif peut être employc passivement. Mais, régulièrement, les 
verbes passifs sont, comme les verbes réfléchis, formés parla préfi- 
xation de Wey-, cy-, e-irey-\ V\'-, ivey-ts^ irc-t.s, cds- ; [is-^ ois-, 
uz-, oz-, ch- ; O-, II-. 

Wey-, ey-, eicey 

212. Se préfixent aux thèmes verbaux commençant par une 
consonne. 

fi) Ex. : Kiibo, faire, créer. — ■ Nohn irey-hfiho i.itni, quand la 

terre a été créée. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 233 

Komichi^ konii, laver. — To-mahgoe-gun namai to-ivey-komilu- 
giin, ils seront lavés de leurs péchés. 

Kora ma, punir. — Sodombongun tu-tvey-koramà-diin-giinbeyn, 
les habitants de Sodome ne seront pas punis. 

Kivamo, répandre. — Korora miiimih tu-ivey-kwamà-dun, le 
sang de celui-ci sera répandu. 

Tahnuhu, disperser. — Pahgarra to-ivey-tahnihu-dun-giin, les 
brebis seront dispersées. 

Nanjika, troubler. — I-wey-nanjilia-pii , elle fut troublée, se 
troubla. 

Karraka, déchirer. — ^.yg^ kamischah temple taivon ivey-kar- 
raka-pu, le grand voile étant dans le temple se dispersa. 

Pekatu, aider, sauver. — Ti-iwarra i-ivey-pekatu hura i-îveyji\ 
il ne sauve pas lui-même. 

Reha, donner. — I-pohn-ge to-wey-reba-pudi-pu , ils se parta- 
gèrent ses vêtements. 

b) Toèma, tourner. — Jésus tvey-toèma-pu, Jésus se tourna. 
Ey-toèm.a-hai bura to-iveyji to-mahgoe namai, ils n'ont pas voulu 
se détourner de leurs péchés. 

Koramà, châtier. — Wey-korama-nero, ey-korama-nero, châti- 
ment. 

Korokoa, arracher. — Ahnai-yeh ey-korokoa-kabo , les tiges de 
blé seront arrachées. 

Moka, ôter. — Ey-moka-gu cruzo pôe, ôte-toi de la croi:^ ! 

Pekatu, sauver. — Ey-pekatu au-iwarruhra, sauve-toi toi- 
même ! 

c) Miitzaka, lever, ressusciter. — Joseph wey-mutzakà-pu , Joseph 
se leva. Tu-weyrigupu irina e-wey-mutzakà-pu, il est ressuscité 
de la mort. 

Wey-baka, sortir. — I-iveybakà-kabo-pu, il sorui.- It-eyivon yah- 
bai e-weybakà-za-na-nà-nek, ce qui est sorti du cœur. 

Weynimu, dormir. — I-iveynin-za yow, tandis qu'il dormait. 
E-weynin-za rugin-na, elle est seulement endormie. 

Weyrutk, eyrutà, s'asseoir. — Piveyrutà-pu, il s'assit. E-wey- 
ruta-za, assis. 



2'H SOCIKTK uns AMl^Rir.AMSTDS UK l'AUlS 



\\'ei/-(s-, iie-ts, cl s-, ir- 

213. Se préfixent aux thèmes verbaux commençant par une 
voyelle. 

h) Ex. : T;imiinl)orn kiipohn yhmii lo-trei/fz-eboro-diui-cjun^ 
tous les hommes se trouveront ensemble. 

Iicong tvels-eyhoro-pu mora nohno ho^ la famine se trouva dans 
ce pays. 

Azàra-on-gun ki)pohn els-eybo-za you\ quand deux hommes 
se sont rencontrés. 

Adnm ivets-oniima-pii, Adam se cacha. 

Mnrumnhmin e-iveitz-onuma-pu, ces choses ont été cachées. 

b) Ahmiirn, réunir, assembler. — Tokey to-tc-ahmura-i, ils 
s'étaient réunis nombreux. 

Kypa, écraser. — Jésus mitimo-ye Snducee yiimii tc-eypa-knhù- 
pii, les Sadducéens avaient été écrasés par la parole de Jésus. 

Ahburèmu, fuir. Oniihra ic-nhhurèniu-m;i, que chacun s'enfuie! 



Uls-, ots-, iiz-^ oz-^ os- 

214. Se préfixent aux thèmes verbaux commençant par une 
voyelle. 

Ex. : Emhorrokiva^ baptiser, — Utz-emhorrokivà-mipo-zeymi, 
pour se faire baptiser. 

Eymipo, montrer. — Ki-eyhorori-y un uts-eymipo-pu, notre Sei- 
gneur se montra. 

Eymipa, enseigner. — Inah ots-eymipa-duh, l'enseignement 
qui nous est donné. 

Eyiià^ prier, adorer. — Amdra uz-eynà-i yotv, quand tu pries. 
Sey-hey Jésus oz-eynii-pu, ainsi Jésus pria. 

Eytrey, nourrir. — Jésus tveyrulà-pu uz-ey/rey-nà poh, Jésus 
était assis à se nourrir, à manger. 



Ch- 
215. Se préfixe aux tlièmes verbaux commençant par une voyelle. 



CiRAMMAlRE DR [/Af.r.AWAl 235 

Kx. : Mora-dibo i-ch-emborroktvà~pu , après cela il fut baptisé. 

I-ch-eymipo-kà-tza ni-an, il s'est montré. 

I-ch-eynk atai, pendant qu'il priait. 

Kiamoro i-ch-eytvey-tza-gun, ceux qui se nourrirent, qui man- 
gèrent. 

I-ch-endakànomà-pu ti-iwarruhra, il se changea lui-même, il se 
transfigura. 

O-, a- 

216. Se préfixent à des thèmes verbaux commençant par une 
consonne. 

Ex. : Po(/oe-ta, être triste, se repentir. -Ki-eyborôri-gun 
pogoeta-pii^ notre Seigneur fut triste, se repentit. Beh miirey-dun, 
o-pocfoe-ta, les garçons s'afîligent-ils ? 

Mala-ni^ détruire, être détruit. — I-mata-n-zeyna iyu-tza beyn 
yura, je ne suis pas venu pour le détruire. 

Embaka^ éveiller. — I-n-eymipa-ni-diin icioubu-pu einbaka- 
zeyna^ ses disciples vinrent l'éveiller. Josep u-haka-pu, Joseph 
s'éveilla. 

Tahmoka, tomber. — I-fahmoka-kabo, elle est tombée. Otctuh 
o-htamoka /via, la maison est tombée. 

Karahivu^ pleurer. — I-karahiru-pu, il pleura. liachel ii-kara- 
hfCLi^ lîachel pleure. 



VERHES INTEHHOr.ATIFS 

217. Le verbe peut être interrogatif sans le secours d'aucun 
indice. Kx. : Ozhe icina iyu-tza mora, d'où cela est-il venu? 

Il peut être rendu interrogatif par la suffixation de -a/??, -an, 
-iam, -yam. Kx. : Oriih ichey m-ey-an, que veux-tu? 

Mais le plus souvent l'interrogation est exprimée par la préposi- 
tion on la poslposition de l'adverbe Beh. 

Kx. : Moses niàiino heh mala-n-zeyna iyu-tza yura, suis-je venu 
pour détruire la loi de Moïse ? 

Y-abura beh autria-uo(/un, le croyez-vous? 

Makonàinia tcia beh lùjypt bônyun koramà-pu, est-ce que Dieu 
punit les Kgyptiens? 



236 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Inah 00 fu beh i-korokofi-zeynn,, irons-nous l'arracher? 
A-no-tu-bùn beh nmiiimo, ne Tavez-vous pas connu? 
Ai-eyboràri wia beh tribale eyma beyn, esl-ce que ton maître 
ne paie pas le tribut? 

218. — Dans les exemples qui suivent, l'adverbe Beh est suivi 
de ai-lye. 

Inah beh ailye ai-eyze~ge bura in-souro-tai^ est-ce que nous 
n'avons pas parlé en ton nom? 

I-jahn eyze beyn beh ailye Mary^ le nom de sa mère n'est-il pas 
Marie ? 

Ahminda buro beh ailye ki-eywon n-eyji^ nos cœurs n'étaienl- 
ils pas brûlants? 

219. — ■ Dans les exemples qui suivent, la seconde personne du 
singulier est affectée de l'un des indices ci-dessus énumérés (Voir 
§217). 

Imaivàri beh mu-nunga-iam, quittes-tu le démon? 
M-eydà-iam beh murra lah towia, entends-tu ce qu'ils disent? 
M-abura-iam beh, crois-tu? 

Pije orichàïi beh m-anin-yani amora a-nopu-be, prends-tu cette 
femme pour ton épouse ? 

Mu-ninga-iam beh, l'aimeras-tu? 
Mu-da-ian beh wi-akurra, vas-tu avec moi ? 
On-em-bura beh m-ey-an, ne vois-tu pas ? 



VERBES FACTITIFS 

220. Les verbes sont rendus factitifs par la suffixation de 
-Mipo. 

Ex. : Makonàima ?via y-Hhburim-bà-mipo-pu , Dieu les fit s'en- 
fuir. 

Utz-emborrokivà-mipo-zeyna, pour se faire baptiser. 

Jésus ivohna-mipo-kabo-pu Pilate ivia, Pilate fit tuer Jésus. 

Ahmiyudun tukah-mipo-pu ia, il fit tuer les enfants, 

Korôra poh criizo yàra-mipo-pu totvia, il lui firent porter la 
croix. 

Oroai ivarrearutu-mipo-pu toivia, ils firent garder le sépulcre. 

T-eyzek meynogah-mipo-zeyna, pour faire inscrire leurs noms. 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI " 237 



LE VERBE « ICIIEY » 



221. Ce verbe qui signifie « aimer, vouloir, désirer, avoir 
besoin » se conjugue à l'aide du verbe subslanlif Wet/Ji, eyji. 

Ex. : A-dunbah ichey a-iceyji-mii, a-chinbah ichey ey-cju, aime 
ton prochain 1 

Ichey biira ey-hu, ue désire pas ! 

Oruh ichey m-ey-nn, que veux-lu? 

Miimi-bey ichey bur.i m-ey-ndai^ vous n'avez pas voulu ainsi. 

Au-lutil)unu-(jun no-lii-nu marra ichey n-uey-lii-yun, voire père 
sait ce dont vous avez besoin. 

Knh phra ichey lo-ireyji-(je, parce qu'ils désiraient le royaume 
du ciel. 

222. Dans les exemples qui suivent, ichey, raccourci en chey, se 
compose avec les thèmes verbaux. 

l-korumà-chey biira i-fveyji-pu, il ne voulait pas la punir. 

l-minga-cliey i-iveyji-pu, il voulait la quitter. 

Eyne-chey to-weyji-pu, ils ont voulu voir. 

Oniihra criizo y-ahri-chey hura tu-œey-fzin fci-akurra, celui qui 
ne peut pas porter la croix avec moi. 

Oru-pey i-iveysi poli ici tu-chey m-ey-adou mnhyoe-ye, pourquoi 
voulez-vous m'éprouver avec le mal, me tenter? 

Onuhra ai-eyhorôri-gun pey tu-tveyji-chey tu-ivey-tzin, celui qui 
veut être votre maître. 



LE VERBE « PAI, BAI » 

223. Ce verbe, qui signifie a vouloir, pouvoir », se compose avec les 
thèmes verbaux et, le plus souvent, ce composé se conjugue à 
l'aide du verbe substantif. 

Ex.: Oru-pey ji poh uzzhe-pai hura a-iceyji, pourquoi ne veux- 
tu pas venir? 

Itou-pai burn i-ivey-ni^ je neveux pas aller. 

Kyicohii-hai bur.'i i-iveyji-pu, il ne voulut pas entrer. 

Pokenna-tun '(cyji uzzhe-bai bura, les mages ne veulent pas 
venir. 



238 SOCIÉTÉ DES AMÉKIGAMSŒS DE PAKIS 

Onuhra ireyji yoiv a-miimo-yun on-eydà-bfii biira^ si quelqu'un 
ne veut pas écouter vos paroles. 

John iviu-tza iveyji-pii uz-eyicey-bni biira on-in-bai-nerra,, Jean 
est venu, il ne voulut manger ni boire. 

To-un-enno-pai burn iv-ey-ai, je ne veux pas les renvoyer. 

N'ai-pey-réi-ma itroh-pai nai\ comment pourra-t-il le tuer? 

Au-sorohnbà niu-i eypih an-apii-bai m-an inah, que nous puissions 
toucher le bord de sa robe. 

Oruhra mahmîm poh ivaràio tu-nopu dn-enno-pain-ai ^ un 
homme ne peut-il pas renvoyer sa femme pour quelque chose que 
ce soit. 

0-topan-bai w-ey-ai-te^ je peux, je veux être guérie. 



AUTRES VERBES COMPOSES 



224. Ainsi qu'où a déjà eu l'occasion de le constater (§§ ii9, 
154, 156), les thèmes verbaux sont fréquemment composés avec le 
verbe kàbo. gàbo, kah, kà «faire », sans que leur signification 
propre en soit modifiée. 

Ex. : I-icahnu-tza yoa\ quand il est rempli ; Nohii wahnu-kà-tza 
poh, parce que la terre a été remplie. 

Tu-lurawa.soe nungapu, il laissa son travail; Toivia pohnirey 
nunya-kabo-pu, ils laissèrent les fdets. 

To-otou-pu , to-o(ou-kàbo-pu , ils allèrent. 

Wi-akurra uzzhe-ku^ iin-akurra uzzhe-kà-ku^ viens avec moi. 

225. Gomme dans plusieurs autres dialectes caribes, les thèmes 
verbaux sont quelquefois composés avec un verbe ÀaA, qui a la 
signification de : ôter, retirer, défaire etc.». 

Amura, réunir, assembler, agréger; Tamunbôro y-amuro-ka- 
kabo-dun, tout sera désuni, désagrégé. 

Ahrenafu, joindre ; Makonàima wia t-ahrenatii-za-gun i-wey fi- 
ge onuh ivia-ra t-ahrena-kah ichey biira i-tceyji, parce que Dieu 
les a joints, personne ne peut les disjoindre. 

Y-ahko, fermer; Y-ahko-ka, ouvrir. Ex. : Makonàima ivia 
muratta y-ahko-gàbo-pu , Dieu ferma la porte. Murattn y-nhho-kà- 
gu, ouvre la porte! 



GRAMMAIRE DE l'aCCAWAI 239 

Oruhra inoupohn-tù-zah ahbone iuoiipohn-ka-diin, ce qui a été 
caché sera bientôt découvert. 

226. Un certain nombre de thèmes verbaux sont composés avec 
Da, dan « aller ». 

Ex. : Tamunboràra ai-eymahmn tii-da^ va vendre les biens ! 

Nohn poh ey-turawa.w-ma-da, va travaillera la terre ! 

Miaen-dan-duk kàraba tii-nin-un piyah au-n-ehma-dan-duk , aii- 
iivara-nogun allez vers les marchands dhuile, allez vous-mêmes 
en acheter. 

To-maimo kuz-endakahnoma-dàn-dun, nous irons confondre leurs 
paroles. 



VERBES AUXQUELS EST PRÉFIXÉ LE PARTICULE « YU » 

227. Plusieurs thèmes verbaux sont affectés de ce préfixe dont 
la fonction n'a pu être précisée. 

Ex. : Iwah, chercher ; Mwrra famunhorora li-yu-itvah-nin-un^ ils 
recherchent tout cela. 

Wopa^ abreuver ; Towia yu-wopa-pu vinegar, ils lui firent boire 
du vinaigre. 

Wahtà, pousser, croître; Mora-dàni yu-tcahtà-zayow, cependant 
quand il- a poussé. 

Wohna^ tuer; Towia yu-woh-kàbo-pa, ils la tuèrent. 

Itou, otou, aller, s'en aller ; Wuh wina yu-tou-pu, il s'en alla de 
la montagne. 

Wàwamo, se lever; Yu-ivàwamo-pu tu-weyrigupu ?rma, il s'est 
levé delà mort. 

Onahma, être caché; Il-eymahmin yu-onahma-pu i-piyah-bai, ses 
biens furent cachés d'à côté de lui. 



VERBES DÉRIVÉS DES NOMS PAR LA SUFFIXATION DE PARTICULES 

228. -Tu, -tou, -du, -dou, -ta, -da, 

Ex. : Warreàru, gardien ; I-warreàru-tu-duk, gardez-le ! 
Waiyu, sel; Oru-keyji i-ivaiyu-tu auicia-no-gun -i, avec quoi 
le ialerez-vous? 



240 SOCIÉTÉ DES AMERICA MSTKS DE l'AHtS 

Etveijii, jo'^iiN lumière ; Tiimunhàro hiipohn yàmii eiceiju-tu in, 
elle éclaire lous les hommes. 

Eyze^ nom; Eyze-tu, eyza-dii, nommer. 

Pohn, vêlement; Pohn-du, pohn-dou, vèLir. 

/v«ra/i/\7, jardin \ Makonùimu nia i-hurnhru-tou-pu. Dieu fit nn 
jardin. 

Eybey-ro, friiil ; Eyhey-dn, fruclifîer. 

229. -Ma. 

Kx. : TaruLvaso, travail ; Turnirnso-e-nin, travailler. 

Eweyii, iveyu, jour; Etvey-ma, ivey-ma.hnve^ briller. 

(( Kiss )> baiser ; I-kis-ma-pu in, il le baisa. 

« Thank », remerciement; I-dniiki-mn-pii in i-pon;i, il lui rendit 
grâces là-dessus. 

Weytoèmà, se retourner ; T ii-ivey toèmù-ma-zin , le faisant se 
retourner. 



LES 

PEINTURES MLXTÉCO-ZAPOTÈQUES 

ET QUELQUES DOCUMENTS APPARENTÉS 
Par m. le D'" W. LEHMANN 

Assistant au Musée royal d'Etlinograpliie de Berlin. 



La quantité considérable de peintures hiéroglyphiques provenant 
du Mexique et de l'Amérique centrale ^ fait sentir la nécessité de 
classer, systématiquement et d'après quelques points de vue ration- 
nels, tous ces documents d'une valeur très différente. Déjà M. Léon 
de Rosnv insista sur celte idée en 1882 2. Mais il faudrait autre 
chose, je crois, qu'une simple énumératiou des peintures qu'ont 
possédées ou pul)liées autrefois Boturini, Léon y Gama, Pichardo, 
A. de llumboldt, Aubin, Kingsborough, etc., comme la fait actuel- 
lement Jésus Galindo y Villa ^. Ce qu'on désire, ce n'est pas une 
répétition de ce qui est connu depuis longtemps, ni une énuméra- 
tiou sèche des collections renfermant tel et tel document. On veut 
connaître l'histoire précise de chacun de ces manuscrits hiérogly- 
phiques, comparés soigneusement l'un à l'autre, et la description 
exacte de leurs détails extérieurs ^. Alors on pourra répartir défini- 
tivement, en des groupes déterminés, tout le matériel existant. 

1. On y peut rattacher aussi les peintures murales à la fresque, par exemple 
celles de Mitla, de Teotihuacan, de Santa-Rita, etc. Je ne m'occuperai dans la 
suite que des peintures de Mitla. 

2. « Les Documents écrits de l'Antiquité Américaine », in : Mémoires de la 
Société d'Ethnographie, Paris, 1882, p. 64. 

3. Voir Anales del Museo Nacional de Mexico, Segunda P^poca, Tomo II, 
Nûm. 1, Mexico, 1905 : « Las pinturasy les manoscritos jeroglificos mexicanos, 
nota bibliogralica », p. 25 ss. 

4. Il est incroyable qu'on ait négligé de publier les mesures de plusieurs 
Codices célèbres (par exemple. Codex Vindohonensis, Codex Nutlall, Manu- 
Société des Américanisles de Paris. 16 



2i2 S(h;iki'k iji;s a.mI'JRIca.msi'ks dk I'AHis 

Kti soiiniellaiiL à la ciiliquo les Coclice.s eL les autres peintures 
plus ou moins connues, dispersées malheureusement dans les hihlio- 
thèques publiques el privées, tlans les archives et musées de l'an- 
cien et du nouveau monde, on trouvera bientôt des caractéristiques 
accusées entre les styles des nations différentes, certaines analogies 
dans les représentations, dans la technique, dans les idées religieuses 
ou mythologiques. 

On obtiendra ainsi une division des documents d'après leur pro- 
venance. Kn portant, d'autre part, notre attention sur leur contenu, 
nous pourrons établir des sous-groupes. On peut distinguer, en 
général, deux grandes classes de peintures : les peintures sacrées 
et les peintures profanes '. Les unes renferment toute espèce d'idées 
religieuses el d'observations sur l'astronomie, le calendrier, les 
divinités, les fêtes, etc. Les autres traitent de la mythologie et de 
riiistoire sous forme d'annales ■^, de sciences, telles que la botanique 
et la zoologie ', et de la vie sociale '*. 

Si nous passons à la description de chaque document en particu- 

scril (lu Cncique, etc.). On conviendra cependant que la hauteur et la lar- 
jj^eui- du manuscrit, celle de chaque feuille en particulier, sont de la plus grande 
importance pour déterminer si certaines peintures apparliennent ou non à un 
seul ms. 

1. Il existe aussi des compilations faites après la conqucHe, telles le Codex 
Valicnniis A, le 7\'llerian<)-neinensis, le Mendoza. Ces Codices renferment 
séparùmenl le " tonalamatl », les fêtes de l'année, les légendes et l'histoire vraie 
et des scènes de la vie sociale. 

"i. Dans cette catégorie de mss., nous trouvons représentés les migrations, 
les fondations de villes, les guerres et conquêtes, les listes des seigneurs, les 
événements extraordinaires, comme tremblemenls dé terre, inondations, épi- 
démies, éclipses de soleil, comètes, etc. 

'A. \'(iir lleri-era, Decad., lih. II, cap. IS; Mendiela, Ilisl. ccles. Jndi;iii;i, 
Vu). \y, r;\\). 12; ( ;ia\ igero, II, p. ISt). — Diego Miifio/. (^amargo [Ilistona de 
Tlaxciihi) fait menlion li'un lixre sur les lleurs de Tlaxcala. Le célèbre médecin 
Hernande/., << le Pline du Xonxeau-Monde », considla pour son grand ouvrage 
[/Ji.sloire riHl II relie de la Xoiivelle-h'sjmf/ne) les peintures des indigènes et put 
encore voir les anciens jardins botaniques mexicains, cités déjà par Cortés 
(lettre à Charles \', du 15 avril 152"2), Bernai f)iaz (chap. li'2), et, postérieure- 
ment, par Clavigero (11, p. I.')()s.). Voiv sur les jardins, les Anales del Museo 
Nac. de Mexico., III, p. 145 ss. 

■i. Sous cette rubrique, nous rangeons les [)ièces de procès, les tril)uls, les 
registres, les plans topographiques et catlaslraux, les mappes géographiques, 
les généalogies, etc. 



ij:s i>i:iniliu:s .\iixté(;o-zapothol"l:s 243 

lier, nous devons tenir compte de tons ses détails exlérienrs, déter- 
miner s'il s'agit d'un original ou d'une copie ancienne ou moderne, 
s'il en existe des interprétations, et en quelle langue. Nous note- 
rons également les mesures, la matière (végétale ou animale), 
les couleurs, etc. '. iMiiin, nous indiquerons, autant que possible, 
l'histoire du manuscrit et l'endroit où il se trouve à l'heure actuelle. 

Cette méthode fournira, je pense, une base exacte pour la classi- 
fication d'une foule de peintures et en facilitera l'usage. Peut-être 
aussi nous mettra-t-il sur la trace de certains documents considérés 
jusqu'ici comme perdus ''. 

Après avoir étudié tous les documents dont je pouvais disposer, 
j'ai établi provisoirement les groupes suivants : 

1. Peintures otomis '. 

2. Peintures tarasques ^. 

3. Peintures mexicaines •'. 

1. Si je ne parle pas des couleurs de chaque j^einlurc. cela tient, d'une part, 
au manque de place et, d'autre part, cas assez fréquent, à labsence d'un critère 
suClisant. Kn elFet, les reproductions de bien des peintures noll'rent pas toutes 
les garanties voulues de fidélité. 

2. \\-)ir p. e. Paulus Jovius ( I iS2-l.")5'2), llislnria sui Icmporis, Tom. II, 
lilîer XXXIIII, p. 171. Il mentionne un (^oJc.r, actuellement inconnu, en ces 
termes: « Quorum (Mexicanorum)annalium volumen ex perpetuis, sed introrsus 
complicaLis confectum, tij^ridiscpie maculoso terg'ore protectum, vir illustris 
Franciscus Govus, Caesariani scrinii mat^ister, mihi dono dédit. » Franc. Covus 
ou Francisco de los Cohos se Irome mentionné dans une » cetlula » de Charles- 
Quint (l)arcelona, juillet l.")!*.). (Inlecc. de (luciini. incd. j>nr;i la llist. de 
Espann, cuad 2, t. Ij. 

3. On ne connaît de ce j^cnre que quehpies doctrines chrétiennes en hiéro- 
glyphes d'un temps relativement récent, Files ne sont cependant |ias sans inté- 
rêt, si on les compare aux .locuments mexicains similaires. N'oir catalogue de la 
collect. Aubin-Goupil (A(h)s, pi. 7<>; (];)/. raisanDc, II, p. 1" 1-172). L'original 
pro\ ient de la collection lîotiu'ini. \ . (J.i/ahK/odcl Miiscn /ndhimi. i; XXW, n^'.i. 
— Inventario (i" (26 Sept. 1713', n'^' .']2. (]['. Xicolas Fe(')n « Sobre cl uso de la 
escritura jeroglilica enti-e los Ilia-IIiLi (Othomies) en tiempos muy posteriores 
â la conquista » {Actns de la XI' reunion del (^onç/reso de Aniencanislas ; 
Mexico, 1895). 

4. Dans un des derniers numéros du Glohihs, j'ai passé en revue ces pein- 
tures. 'V. B. LXXXVII, N" 24 (29 juin 1905), l'article intitulé : u Ueber Taras- 
kische Bilderschriften. » 

5. Ce groupe renferme le plus grand nombre de documents, (pii, sou\'ent, ne 
possèdent qu'un intérêt secondaire. 



2ii SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

4. Groupe de peintures dominé par le Codex Borgiaei influencé 
parla culture zapotèque '. 

5. Peintures de TEtat d'Oaxaca '.^ 

a) Peintures mixtèques ; 
h) Zapotèques; 

c) Cuicatèques ; 

d) Mazatèques ; 

e) Ghochos-Popolocas ; 
/■) Chinantèques ; 

g) Mixes-Zoques (peintures chiapanèques, etc.). 

6. Peintures yucatèques (Mayas) et du Honduras anglais ^. 

7. Peintures guatémaltèques -K 

8. Peintures de Honduras et de Nicaragua ^. 

Au cours de ce travail, je me bornerai, d'ailleurs, à un aperçu 
sur les groupes 4 et 5. Il me semble opportun, auparavant, de parler 
brièvement des tribus qui peuplent le grand Etat d'Oaxaca et qui 
s'étendent aussi snr les parties voisines des Etats de Guerrero et 
Puebla à l'ouest, et de Ghiapas à l'est. 

1. Leur localisation n'est pas sans difficulté, mais on fera bien sans doute 
de les rej^arder, avec M. Seler, comme un ;,M'ou[)e nettement tranché qui réunit 
les produits les plus artistiques du génie précorlésien. 

2. Ce petit groupe se compose seulement de trois codices (les Dresdensis^ 
Parisienais et Madriilensis) et de quelques documents très précieux en langue 
maya (Livres de Chilam Balam, Chronique du Nakuk Pech, etc.). Ils font 
déjà Lobjet d'une littérature spéciale et d'une science particulière devant laquelle 
s'étend un vaste champ : le riche matériel des inscriptions sculptées sur 
pierres. Dans le Honduras anglais se trouvent les belles peintures murales de 
Santa-Rita (voir Thomas Gann, « Mounds in Northern Honduras », A'/A^'' 
Anniial Reporl of Ihe Ihirenu of Ain. Elhnol., Washington, 1900, p. (361 ss.). 

3. Sur ces peintures nous ne possédons que les témoignages des auteurs 
anciens (voir Ordonez ; Herrera, Decad. III, lib. II, cap. 18) et les traditions 
précieuses en langue indigène (Popol Viih, Annales des Cakchiqiiels). Sur les 
peintures de Chiapas, voir surtout l'évêque Nunez de la Vega {Constiluciones 
diocesaneas de Chiapas, n" 32, i^ 28, p. 9, 1692) ; Clavigero, II, p. 65; Rancroft, 
Native Races, II, p. 770; Jean de Laët, Descriplio Indiae occident. (1633), 
lib. VII, cap. V, p. 325 [<■< in musica atque pictura caeterisque mechanicis artibus 
excellunt »). 

4. \'oir Ilerrera, Decad. III, lib. II, cap. 18, et lib. IV, cap. 7. Il dit que les 
Chorotèques seuls possédaient des peintures. Cf. Oviedo, Ilist. gén., IV, 36; 
Squiers, Nicaruffua (éd. 1856), II, p. 347 s. ; Acosta, VI, cap. 7. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 245 

La population d'Oaxaca se compose, en général, des Mixtèqiies * 
habitant les parties de l'ouest, des Zapotèques ~ habitant les parties 
situées plus à Test, jusqu'à Tehuantepec, oii ils louchent aux 
Huaves '. Au nord de ces deux tribus, nous trouvons, dans le nord 
extrême, les Aztèques; au sud de ceux-ci, les Mazatèques ^ et les 
Guicatèques ^ ; à l'ouest de ces derniers, les Choclios-Popolocas ^; 
à Test, les Chinantèques ' cpii s'étendent jusqu'au ^'eraCrnz, A Test 
du centre politique des Zapotèques, habitent les Mixes-Zoques ^. 
Les Ghontals ' enfin se trouvent dans les montagnes de Quiegolani 
et sur les côtes du Pacifique du département de Yautepec. 

L'isthme de Tehuantepec représente la grande frontière qui 
sépare les peuples mexicains et mixtéco-zapotèques des peuples du 
Yucatan et du Guatemala. D'après leur situation géographique, les 
iMixtéco-Zapotèques forment la transition naturelle de la civilisation 

I. V\\\\ Antonio de los Reyes, dans son Arie en lengiia mixleca (Mexico, 
159;5, pr(')lo;^o , distinj^ne les parlies suivanles de la Mixtecapan : nudzavui- 
/H//n/ 1 Mixleca alla), hiciiij-nuhn (parle de los (^hochones), tocmsi-niihii (parte 
quecaehazia (ioaxacaj, Fiunihe Alixleca baxa), FiiFiuina (cordillera hasta Puebla), 
niindna, hiinainn, huiului {\a ciiesla de! niar del sur), ^'oir Orozco y Berra [Geo- 
(frafia de las lenr/uas de Mexico, 1864, p. 189 ss.). 

"2. Les Zapotèques se divisent aussi en plusieurs tribus. Voir Orozco y Rerra, 
/. c, p. 177 ss. ; Mûhlenpfoidt [Versuch eincr (jetreuen Schilderung der Repu- 
hlik Mejico. Ilannover, 18i4, 11, p. 14-2-143). 

3. Les Iluaves sont actuellement refoulés vers les lag'unes de Tehuantepec. 

4. I^es Mazatèfiues sont surtout les habitants de Mazallan (dans factuel 
département de Teolitlan). 

'). Habitants de Cuicatlan, dans le département de Teolitlan. La lan;;ue 
cuicalèque est apparentée à la zapotèque. 

6. D'après I^os lieyes (/. c), les Clhnclios-Popolocas habitent les villages de 
Cuixtlahuac ((Joixllahuaca ;, Texupa. Teina/culapa, Tecpiistepec (dans les districts 
de Coixtlahuaca et Tepost'olnla ;. (j/idchon-lli sit;iiilic k l'étranger » (Alolina), 
« l)arbare » (Sahagun, li\ re X, chap. 29), de même que popoloca. La langue 

chochone est apj)arentée à la niixtèquc. 

7. Habitants de (^hinantla. La langue chinantèque est isolée. Voir I^rinton, 
«Observations on the Chinantec Language », Pritceediiifjs of Ihe Amencati 
Philos. Soc, vol. XXX (1892), n" 137, p. 22-31. 

8. Les Mixes-Zoques ou Zoaques f\r)ir Jean de Lai't, I/isL Iiidiae occid., 
1633, lib. \TI, cap. \', p. 32r)) sont ajiparentés entre eux. I^eur centre était 
Tccpatlan en Chiapas. 

9. Chonlal est dérivé de Chonlalli c estrangero o forastero » (Molina), de la 
même racine que chochon-lli. 



246 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

rnexicaine à celle des Yucatèques et Giialémaltèques. Leur parenté 
avec ces derniers semble attestée par la langue. Quelques racines et 
certaines propriétés grammaticales de celle langue et de quelques 
idiomes plus ou moins voisins ' montrent une analogie frappante 
avec les langues mayas. Quant aux idées religieuses, elles se rap- 
prochent beaucoup plus de la civilisation mexicaine. De part et 
d'autre, nous trouvons le même calendrier ^, la même série de vingt 
signes diurnaux, les mêmes divinités. Dans les peintures brillantes 
de Mitla on retrouve le Quetzalcouatl^ le Xolotl, le Tonatiuh, le 
Mixcouatl^ etc., des Mexicains. Sahagun dit expressément que le 
dieu Xipe était une divinité adorée par les Zapolèques ■^, et que, 
sous le règne du roi Ahuitzoll, les marchands mexicains victorieux 
avaient apporté du pays des Zapotèques les ornements de plumes 
nommés quetzalpiitzaclli ^. Ce fait historique est rapporté par plu- 
sieurs auteurs anciens et quelques peintures en font mention. On 
voit ainsi que les intérêts commerciaux des Mexicains jouaient dans 
la région un très grand rôle et que les expéditions des marchands 
vers le pays des Zapotèques, \iivsVAnauac-Ayotlan']n9,i\\ik Tehuan- 
tèpec, étaient de véritables entreprises guerrières. Le but de toutes 
ces opérations était la conquête à'Oaxaca [lluaœ-Yaccic] \ de 
Mictla et de Teotzapollan qui eut lieu en 2 tochlli, 3 acatl = 1494, 
1495. Alors suivit la conquête des villages de la côte pacifique, en 
5 calli = 1497 «. 

Ces faits prouvent les relations intenses et vraisemblablement 

1. A la farniile liiig-uistique mixtèque on peut rattacher, par exemple, 
la langue des Ghatinos et des Papabucos ; à la langue zapotèque celle des 
Amusgos. 

2. Sur le calendrier mixtèque, voir Burgoa, Geografica descripcion ..{Mexico, 
1674), IP partie, chap. 24. — Cf. Clavigero, I, p. 150. 

3. Anauatl y leuc Tzapoteca yn uel ynfeouh catca... « il était le seigneur de 
la côte pacifique, le dieu propre des Zapotèques (Sahagun, I, chap. XV III, 
d'après M. Seler). 

4. Auh in quelzalpalzactli ompa malli mochiuh in Ayollan u et le quetzal- 
patzactli fut pris ici dans la contrée de la côte Pacilique » [Anauac Ayollan). 
Voir Sahagun, IX, chap. 2 (d'après Seler). 

5. Oaxaca (Goaxaca) dérive* de Iluax-yaca-c » lieu de la saillie des acacias ». 
Le lieu s'appelle, en langue mixtèque, nininduvua ou huhu-ndna ; en cuica- 
tèque, naha-nJuva ; en chinantèque, ni-cahui ; en zapotèque, luhu-laa. 

6. Voir Cod. Telleriano-Remensis^ fol. 40 verso, et Val. A, fol. 82 verso 



LES PEINTURKS WIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 2i7 

plus anciennes que ne le rapportent les auteurs, entretenues par les 
Mexicains avec les peuples d'Oaxaca K Cette circonstance est de la 
plus grande valeur pour la critique des peintures de cette contrée, 
dont le contenu, celui du groupe 4 excepté, reste toujours problé- 
matique. On peut prévoir, cependant, qu'on arrivera un jour à leur 
interprétation complète. 

Dès à présent, on peut y distinguer des représentations d'idées 
religieuses à côté de représentations d'événements historiques. Une 
comparaison de tons les passages parallèles, un travail long et labo- 
rieux, produirait beaucoup de résultats et jetterait beaucoup de 
lumière sur leur parenté mutuelle ''. 

Malheureusement, je crois qu'il n'existe point d'interprétations ; 
car les textes en langue indigène, qui couvrent les feuilles de 
quelques Codices et de la traduction desquels M. Chavero espéra la 
solution des images, ne se rapportent pas aux représentations. Ils 
ont été fabriqués par les Indiens pour tromper les conquérants et 
les religieux sur le sens païen des peintures. 



1. ^'oir Sahagun, livre IX, chap. '2 : Aiih in TenochUllan tlahlocali in Aui 
tzotzin, ye ypan in calucque puchlcca Ayollan in Anauac ; ompa. inipan ual 
motzaoc, nauhximll m callzaoctunanca in Quauhlenanco in oncan yaochiua- 
loque, in quimonyaochiuaya TeqiiantepecalU Izualecall, Xochlecall, Amax- 
tecatl, Quahlzonlecall, Allan Onxillan tlacafl, Mapachtepeva... <■ Et le roi du 
Mexique est Ahuitzotzin; c'est à son temps que pour la première fois les mar- 
chands pénétrèrent dans le district (V Anauac Ayotlan. Ils y étaient enfermés 
quatre années dans une forteresse de palissades, où on leur fit la guerre. Les habi- 
tants de Tehuanlepec^ Jzuallan, Xocht/an, Aniaxllan, Qiiahlzonllan, Allan, 
Onxillan et Mapachfepec leur firent la guerre... » Le Codex Aubin de 1 57 (5 
fait mention, en 1497 et 1498, de la soumission des hommes de Xochillan et 
Amaxllan [nican poliuhque xochillalfaca, nican poliuhque Amaxteca, p. 76). 
Cf. Codex Valicanufi A, fol. 83 recto; Anales de Chilmapain (éd. Siméon), 
p. 10 et 167. Tezozomoc (Crônica mexicana, cap. 75 ss.) parle aussi de la 
conquête de Miahuallan et Xolotlan. 

2. On trouve, par exemple, la montag-ne divisée en haut et combinée avec 
la montagne peinte en manière d'un jeu d'échec dans le Cod. Vind. (p. 21 et 45), 
dans le Cod. Colomb (p. 4i), le Ms. Aubin, n.° 90, et la montagne seule avec 
le Xiuhcouatl dans le Cod. Nullall (p. 46, 76, 79) et dans ledit Ms. Aubin. Le 
couple des divinités nommées x 1 cerf » se rencontre dans le Codex Vindob. 
(p. 51), dans le « rouleau Selden », dans le « fragment Dorenberg », etc., et 
rappelle la Iradition des Mixlèques rapportée parle dominicain Gregorio Garcia. 
\, " Ongen de los Indios »,lib. 5, cap. 4 (déjà cité par Clavigero, I, p. 150). 



248 SOCIÉTÉ DES AMÉlllCAMSTES DE l'AlllS 

Gependniil, nous po^isédons qnehjues iiidicalions Irès iuléres- 
santes (railleurs anciens sur les peintures d'Oaxaca '. Les voici : 
Burgoa -, en parlant des villages d'Oaxaca, dit : 

(( Entre la harharidad de estas naciunes se hallaron niuclios libros â su 
nu)di), en li<ijas (') telas de especiales eortezas de ârboles que se hallaban 
en tierras calientes '■', y las curtiân y aderezaban â modo de pers^aminos 
de una tercia vara, poeo niâs û nienos de ancho, y unas Iras otras las 
surcian y peg'aban en una pie/.a tan larga como la habîan menester, 
donde todas sus lustorias c'seril)i;in ton unos caraeteres tan abreviados, 
que una sola plana l'xpresalja, el lugar, silio, provincia, ano, mes y dia, 
con todos los dénias nondjres de Diosi's, ceremonias y sacrificios, û victo- 
rias (pic liabian eelidjrado y tenido, y para eslo â los hijos de los senores, 
y il los (jue eseo^ian para su saeerdoeio ensenaban é instrulan desde su 
ninos, haciéndoles decorar acpielles earaeteres, y toniar memoria las 
bislorias, y destos misnios instrumentos lie tenido en mis nianos, y oido- 
los explicar â alt^'unos viejos con ])astante admiracion^ y solîan poner 
estos papelcs n como tablas de cosniog-rafia, pegados â lo largo en las 
salas de los senores, por graiide/.a y vanidad, preciândose de tratar en sus 
juntas y visitas de aquellas materias '». » 

Gonçalo de Balsalobre ' nous donne aussi quelques détails sur 

1. Il est re^rellablc que le précieux ms. du douiiuicain Glirislobal Clia\ez 
Gastillejos, qui renferniait l)eaucou|) de noies sur riiisloire tles /apolèqucs, 
Mixtèques el Mixes, ait disparu, coinnie les exlrails faits de eel ouvrage par 
Mûhlenpfordt. 

2. Voir Fr. l"'rancisco de Bur^oa, Palcslra hi-slorial, Mexico, 1070. 

3. Cf. Jean de Laët, Descn'plio Indi.ie occiJenl.ilis {\(yS^), iib. \', cap. XX : 
« Hispani hic (Guaxaca) priniuni byssuni Iraclaruul, frequcnlia mororuui, quas 
provincia alebal, allecti, e quarum inleriori libro barbari papyruni lacère con- 
sueveraul ». 

4. Bui-i^oa, dans sa Gcoijnificn descripcion de l;i p;trlc .sepleiilri<)ii;il del polo 
arclicn de l;i Anierici i/ iiuci';i i(/lc.si;t lic l;ix Indins occidcnl.ilt'.s ij siliu n.slrniio- 
mico de e-shi Pror. de l'redicidure^s de .\nle(/uer;i, Vnlle de Omneu... loni. II 
de la 11^' partie, l'ail nicnlion de plusieurs (lodiees. Holuriui, daus son musée 
indicu, posséda aussi cpiciqucs-uncs de ces peinlurcs précieuses pei'dues aujour- 
d'iiui. \'oir, par exemple, C;dalo(/o del Museo Indimio, i; XX, n° 10 — luven- 
lario 1*^ (21 septembre 1743), u"^' 45; S XXX, u" 4 — Invcnlario ()" [;1\\ sept. 
1,743), ir' -25. 

5. Wm- llelaciou auleulicadc las Idolalrias, Supersliciones, vauas ol)scrva- 
ciones de los Indiosdel Obispatlo dr Oaxaca por el l>r. Gonvalo de lîalsalobre ». 
Mexico, IC).")!) Amtles de! Mnseo \,ie. de Méxieo, W. |). 237). 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES - 249 

le conlenu des peintures, en parlant de Tidolàtrie des Indiens 
d'Oaxaca : 

((... los mismos errores que tenian en su g-entilidad para loqual lian 
tenido libros y quadernos manuscrites de que se aprovechan para esta 
doctrina y en ellos el uso y ensehança de 13 dioses con nombres de 
hombres y mugeres, à quienes atribuyen varios efectos, asi como para el 
regimen de su Ano que se compone de 2G0 dias y estos se reparten en 
13 meses ', y cada mes se attribuye â uno de los dichos dioses. » 

De la nation des Mijes, Burgoa dit qu'ils possédaient une tradi- 
tion ancienne : 

(( que la tuvieron de sus mayores, y dejaron escritos en sus pieles y 
caractères, que un hombre blanco y anciano que vino de la mar del Sur, 
con el hâbito que pintan â los apéstolos, habia Uegado â estos Mixes y 
predicâdoles en su len<^ua algunas cosas del Dios verdadero que habian de 
adorar, y los naturales de esta nacion lo quisieron matar, y que subién- 
dose â aquella pena dejô estampadas las huellas, y no le vieron mâs. » 

Ce qui cara'ctérise surtout les peintures mixtéco-zapotèques, c'est 
l'habitude d'exprimer les noms des divinités ou des prêtres par des 
jours déterminés du « tonalamatl ». Cette coutume se retrouve 
aussi sur beaucoup de vases et reliefs en pierre d'Oaxaca ^. Elle 
est de plus attestée par les auteurs anciens. Juan de Cordova '^, 
parlant des noms propres et appellatifs desZapotèques, nous dit : 

« Los nombres apeliativos o comunes de los hombres, no son impuestos 
ni tomados de alcunas (familias), sino tomanlos del dia en que nacen. 
Y assi parece que si usassen à nuestro modo que ponemos por nombre à 
uno Juan, porque nacio el dia de Sant Juan. Pero los indios tomavan este 
secundo nombre por apellativo, del planeta o sig-no que à su cuenta 
reynava aquel dia, o de sus falsos dioses, de los quales dezian, que cada 
uno ténia su dia, y dias y tiempos en que reynava, y ténia por insig-Tiia 
una especie de animales sobre quien particularmente senareavan. Unos 
sobre Culebras, otros sobres Venados, otros sobre Lagartos, etc. Y assi al 

1. Cf. Boturini, Idea de una nueva Historia, et Ciavigero, II, p. 65, note 0. 
Il semble que Boturini ait puisé à cette source Balsalobre. 

2. VoirSeler, Gesammelie Abhandlungen, II, p. 358, 359. 

3. Juan de Cordova, Arle en lengiui Zapoteca, Mexico, 1578, p. 16. 



250 SOCIKTK DES A.MKHICAMSTKS DE PARIS 

yndio que aquel dv,\ nacia, le Uaniavaii por sol)re noniljre Laj^arto, o 
culel)ra, etc. Y \o niesino de las mui;-eres. Si el primer hijo nacia 
en el dia de iiillanla, llainavaale //"/;/ j)illaaUi, si el segundo en dia de 
pillacJie, lliunavaale fini pillHch(\ etc. Lo niesnio era de lashijas... » 

S'a|)piiyanl sur ce passage, Boturini, dans son calalogiie \ en 
cilanl le docuinenl ael iiellemenL connu sous le litre de Codex 
J);ir;in(L'i, dit (jue les noms appellalifs des caci({ues (d'Oaxaca) y 
étaient peints en caraclèi'es, à la façon du calendrier tollèqiie. l'^n 
fait, dans \e^ Codex Selden, n" I, llndleij, etc., de telles dates se 
retrouvent à chaque page, et sur l'important Lienzo de Zucutepec, 
ces dates sont accompagnées d'hiéroglyphes indiquant les surnoms 
postérieurs des personnages - . 

Un autre trail caraclérisli(pie de ces |)eintures est Tarrangement 
des représentations par trois ou quatre colonnes verticales ou hori- 
zontales. Ces colonnes s'étendent sur plusieurs feuilles. Les ligures 
présentent aussi une attitude et une ornementation spéciales. La 
matière consiste en peau de cerf tannée et couverte d'nn enduit 
blanchâtre, qui a reçu les couleurs. On Irouve, en outre, des 
matières végétales, papiers ou tissus d'agave, de coton, etc. Les 
contours sont obtenus à l'aide d'un instrument pointu (épine 
d'agave?) et forment des lii-nes admirablement sûres et réLnilières. 
A l'intérieur de ces contours, on a appliqué les couleurs au moyen 
d'un pinceau. Les couleurs usuelles sont le rouge, le jaune, le 
brun, le bleu, le vert, le noir et le blanc, pnres ou nuancées. Orozco 
y Berra relève comme couleurs plus prédominantes le jaune, le 
rouge, le noir et surtout certaines semi-couleurs sales, qui donnent 
aux peintures un ton sombre et uniforme ^ C'est l'impression que 
donnent réellement les Codicesâe Bodley et deSelden. 

Je me borne à ces cpielques indications générales et passe à 
l'examen des peintures dc^ groupes particuliers 4 et o. 



1. lîolurini, Ca(alo(/o dcl Mtisea Imlinno^ i^ \X, ii" 10 : « Otro (mapa) en 
unas pieles euivuias jinilas, que me eiiil)iai-()ii de diclio ( )l)is])a(l(i (Oaxaea), eon 
las piiiluras de sus caciques, los que tifiieii piiilados sus appellidos eu caractères 
al mock) de! Kaleudarid 'I'oUl'cio ». 

"2. ('f. la dcruirre publication du 1)'' i^eler (« .ladeilkoi)!' aus 'tula », in : 
Zeilschr. f. Hlhuol., lUO."), vol. XXW'II, p. 'V.\0 ss.). 

3. \'oir Orozco y Berra, Hist. ;iuii(ju;\, I, p. WM) s. 



i,i:s i'i:iMUKr.s :viixTÉr.o-'/AiM>TÈQrF:s 251 



A. — Groupe des peintures dominées par le codex rorcua. 

Ce gi'oiipe renferme aclnellement cinq grands Codices et nne 
feuille isolée. On })eul les répartir comme suit : 

I. Le Codex Borcjia ; le Codex Vnticunus B; le Codex Cospi 
(provenant, d'après M. Seler ', du voisinage de l'ancienne Zapo- 
tèque, p. e. de Teolill;in, Tochiepec ou Conlznciuilco). 

M. Seler, le premier, attira l'attention des savants sur ce groupe, 
caractérisé par la grande similitude des idées religieuses, l'analogie 
extérieure et les vai'iantes intéressantes des représentations ^ 

II. Le Codex Féjervûry-Mnyer ; le Codex /..v^/c/ (caractérisés par 
l'indication des noml)resà la manière des Mayas). 

III. La Peiulure /?" ''K) de In colleclion Aubin. 



I. — Sous-groupe Borgia. 

I. (Jodex Borgi;i (Borgianus, manuscrit de ^'eletri). 

Peint sur deux cotés. Complet. 39 feuilles. 76 pages. Longueur totale, 
environ I0,3i m.; hauteur, 27 cm., chaque feuille =iz 27 X 26, o cm. ^. 

C'est une bande de peau de cerf se composant de ii pièces d'une 
longueur dllférente et pliée en 39 feuilles, peintes sur deux côtés, la 
première et la dernière exceptées. Celles-ci, à une époque relativement 
récente, ont été fixées sur une couverture en bois. La partie supérieure 
des pages 7i-76a été endommagée par le feu. 

1. ^'oir lui. Seler, (lesammelle .\l)hnndlun(jen^ I, p. .'Hl. 

2. \'ou- Seler, « Der Codex Hnryia uiid die verwandten aztekischen Bilder- 
schrilleii », Ges. Abhclh/ff., I, p. 1B3-1 i4. 

3. Liiu) Fabrcga 1^1740-1797) décrit le Codex comme « un lihrd quadralo di 
14 oiicie e mezza e 3 dialtezza... tlisteso coinparisee uiia l'asria di pelle cervina 
unila in 13 pezzi di 4 i palnii e mezzo di luiiyiiezza e 3(S pa;^. per parle, che in 
tiitto fanno 7B. Le due ultime reslaxano \usle, allîne d'essere allaccale alla 
fodera. Di essa l'orse spoj^liato in altro lemi)o, ora è di nnovo ric(i])erlo ». 
Paulinus S. liarlholomaeo en donne une autre description en le comparant au 
Codex Vindoh. Cf. Vilne sipiopsis Stephani Borcjia, cap. \\\. 



252 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

L'histoire de ce Codex est malheureusement encore obscure. On 
peut présumer que le précieux document arriva de bonne heure en 
P^urope ^ . La preuve s'en trouve à la pa^^e 68, sous la forme d'une note 
écrite au xvi^ siècle, vraisemblablement, par un Espagnol ou Mexicain, 
en Italie '. A. de Humboldt (^1769-1859) rapporte ^ que du palaisGius- 
liniani '\ le Codex passa au palais x\ltemps dans les circonstances sui- 
vantes. Au palais Giustiniaui, le cardinal SlephanoBorgia(l 731-1804) 
l'aurait vu, un jour, entre les mains des enfants d'un domestique, qui 
ne voulaient rien moins que le brûler ! Il eut la' chance de le sauver 
et le conserva depuis dans le palais Altemps à Rome. La veille 
de sa mort, le cardinal légua toute sa fortune, excepté son musée 
de Veletri, à la « Congregatio de Propaganda Fide ». Ce testament 
fut l'objet d'un long procès ^ entre la Congrégation et la famille du 
défunt. En 1809, la Congrégation obtint gain de cause et reçut, en 
1814, avec les objets en litige, le Codex qui fut conservé jusqu'en 
1883 dans sa bibliothèque, ensuite dans le a Museo Etnografico 
Borgiano » du même Institut. Actuellement l'inappréciable manu- 
scrit se trouve dans la bibliothèque apostolique du Vatican. 

Le commentaire de l'ex-jésuite Lino Fabrega ^ (1746-1797), d'une 
réelle valeur à l'époque de sa composition, est aujourd'hui suranné. 
On y cherche en vain des détails précis sur l'histoire du Codex. En 
1805, A. de Humboldt vit le « Borgia » à Veletri, chez le neveu du 
cardinal, le chevalier Camillo Borgia. Il en publia quelques parties 

1. Des études minutieuses m'ont donné la conviction que les Coclicesles plus 
importants sont venus en Europe au courant du xvi^ siècle. 

2. Voir, du R. P. J. Ehrlé, l'aperçu historique accompagnant l'édition du 
duc de Loubal. Celte note dit « in queste caste sono lidi de la setimana, verbi 
gracia dominica, lunez. » 

3. Voir Vues des Cordillères, Paris, 1810, p. 90. 

4. Les Giustiniaui étaient bien connus comme collectionneurs d'objets d'art 
de toute espèce. De leur galerie célèbre, il existe des reproductions, sous forme 
de catalogue, publiées en 1651. Malheureusement il y manque une préface et un 
texte, où l'on pourrait rechercher des indications sur l'origine du Codex. Voir 
R. P. Ehrlé, /. c. 

5. A cette occasion, on dressa quelques inventaires qui mentionnent aussi 
notre Codex. 

6. Ce commentaire a été imprimé dans les Anales del Museo Nacîonal de 
Mexico, Tomo V, p. 1--260. Traduction espagnole par D. Teodosio Lares (Ms. 
de la collection Chavero). 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQIES 2o3 

remarquables clans Tallas de ses Vues des CordiUères. Agoslino 
Aglio devail. un peu plus tard, exécuter une copie totale pour l'ou- 
vrage de Kingsborough '. D'après une note de la page 25, le Codex 
fut copié aussi en mars et avril J8y() par un certain Uamon 
Rodriguez ^ Enfin, en 189S, M. le duc de Loubat en fit l'aire, 
comme on sait, une reproduction fidèle en chromophotograpliie \ 
Dès 190i, cette splendide édition était complétée par la première 
partie du commentaire monumental de M. le D'" Seler '\ 

2, Codex Ynlicanus ]> fn" 3773, Godice Vaticano Ivituale). 



Peint sur deux cotés. Complet, iî) feuilles, 96 pages. Longueur totale, 
7,3om.; hauteur 12,5 — 13cm. Chaquefeuille= 12,5 — 13x!l5cm. •"'. Sur 
peau de cerf; forme une bande composée de 10 pièces, pliées en i9 feuilles 
peintes sur deux côtés, la première et la dernière exceptées. Celles-ci sont 
gommées sur une couverture ancienne d'un bois précieux, autrefois incrus- 
tée de turquoises, dont une seule s'est conservée ''. La peinture se trouve 
dans la P)il)liotlièque du Vatican. 

Le Codex arriva en Italie à une époque très ancienne. Depuis la 
dernière moitié du xvi^ siècle, son bistoire se confond avec celle 
du Cod. V/tf. A (n" 3738) '' . Il est très probable, en effet, que les deux 
Codices entrèrent ensemble dans la bibliotlièque du A^atican sous le 
cardinal Amulio (1505-1570), bibliotbécaire entre 1565 et 1570'^. 

1. Voir I.opfl fviiig-sborou^li, Andqnilies of Mexico, London, 1830-1848. 
Vol. III, ii« 1. 

"2. C'est l'architecte \\. Arangoili qui copia le ms. par ordre de Ramirez 
(voir Anales del Mus. \ac. Je Méx., \\ p. 3'21). 

3. Par le Stabilimenfo Danesi, Rome. Sur cette éditiou, voir Jesi'is Galindo 
y \'illa, Anales del Mnseo Nac. de Mexico, tomo M (1898), Apendix, p. •2')-^y2. 

4. Codex liorçjia, eine allniexikanische Bildersvhrifl der Bihliolhek der 
Conrjregalin de Propnganda. Fide... erliuitert vou Dr. luiuard ."^eler, Band I, 
Tafel, 1-28, Berlin, 1904. 

5. \'nii- Lino Fabrega, Esposizione del Codice Bonjiano, 1. c, p. 7. 

G. M. F. del Paso y Troncoso en lit une description soig^neuse comme 
introduction à l'édition du duc de Loubat (1890). 

7. \'oir le Ucv. Père Ehrlé, « Préface » de l'édition du duc de Loubat 
(1900). 

8. Xnus savons pn:- I.ino Fabrega que la compilation (hi (lod. Val. A [Codex 
de los/hosi fut aclie\ée en lô()0 (d'après Albci't Calhilin, 'J'ransacliinis of l/ie 
American h'ihnol. Suc, vol. I, New-York, 18i5, p. I.'V.», entre I r)40 et lôliOj.Le 



25 i SOCIÉTÉ DES AMÉBICAMSTES DE l'AKIS 

Un documenlde 1589 mentionne en tons cas cesdenx Codices ^ . Les 
catalognes de la Bibliothèque du ^'atican même les nomment pour 
la première fois dans un brouillon fait par cpiekpies membres de la 
famille des Ramaldi, de 1596 à 1600, en ces (ermes ~ : 

3773. Indorum cultus, delineamenta et effigies ac llicrog-lyphica, ex 
papyro cum tabulis, quae quidem popyius septem dig-itis lata se in lon- 
gum extendit per palrnos XXXI, ab utroque latere depictis, postea vero 
plicata, formam libelli desunit. 

En 1652, une notice sur les deux Codices est publiée parGeorgius 
Hornius (f 1670) 'K Retrouvé, après quatorze années de recherches 
par Lino Fabrega ^, le Vaticanus B fut étudié par A. de Ilum- 
boldt ^ copié par Aglio vers 1830 pour Touvrage encyclopédique 
de Lord Kingsborough "^ et publié, enfin, en chromolithographie par 
M. le dnc de Loubat ^ A cette édition, M. Seler a ajouté un com- 
mentaire en 1902. 

3. Codex Cospi (Gospianus, Bolognese, Bologna). 

Incomplet. 20 feuilles ; 38 pages, dont 24 peintes (du recto, p. 1-13, du 

cardinal Amulio fit faire quelques reproductions de ce Codex, qui furent mises 
à profit par Lorenzo Pignoria (1571-1631). Cf. son Discorso o una seconda parte, 
délie imagini degli Dei indiani, ouvrage qui complète l'œuvre de Vincenzo 
Cartari, Imagini delli dei degli anlichi, édition de Padua, 1626, p. 550; — 
édition de Padua, 1615, p. xxni s. (voir Ehrlé, « Préface » de l'édition du 
Cad. Val. Z?, p. 13). I.e Codex mexicain de la Hibliothèque du Vatican cité par 
Acosta {Hisforia naliiralis et nioralis Indiae... lib. VII, cap. XIX) n'est ni le 
Codex Vat. A, ni le Codex Val. B. Acosta (/. c.) parle d'un seul Codex et non 
de deux, comme Buschmann l'a prétendu (voir Ueher die Aztekischen Ortenamen, 
I Abtlg., Berlin, 1S53, p. 46). 

1. Voir Michael Mercatus (1541-159.'^), l'auteur célèbre de la Melallolheca 
Valicana, dans son ouvrage De gli ohelischi, Roma, 15S9, p. 96 (« ...due libri 
délia libraria Vaticana ritratti da gli esemplari stessi venuti dal Messico »). 

2. Cf. Rév. Père Ehrlé, /. c, el Historisches Jahrhiich, vol. XI (1890), 
p. 718 s, 

3. (îeorgius Hornius, « lib. IV, De originibus americanis «. Hag^ae comitis, 
1652, lib. IV, cap. XIV. 

4. L. c, p. 7. 

5. Voir quelques reproductions dans l'Atlas de ses Vues des Cordillères. 

6. Kingsborough, Anliquilies of Mexico, vol. III, n" 4. 

7. A l'établissement de Danesi, Rome. 1896. Cf. Jules Oppert, Journal de 
la Soc. des Ani., Paris, tome II, n" 8, p. 257 ss. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 255 

verso, p. 21-31); palimpseste. Les peintures du verso sont différentes, 
surtout dans la forme des signes de jour et dans l'indication des nombres 
dessinés à la manière des Majas. Longueur totale, 3,70 m., hauteur, en 
général, 18 cm. Chaque feuille^ 18 X 18 cm. Sur peau de cerf. D'après 
M. del Paso y Troncoso ' , les couvertures se composent de trois enveloppes : 
à l'extérieur, une enveloppe en parchemin (cuir de porc) avec une ins- 
cription, au milieu une enveloppe en papier, enfin la peau de cerf du 
Codex même. Peut-être l'enveloppe médiane remonte-t-elle à un possesseur 
d'un temps plus ancien et porte-t-elle quelque inscription importante pour 
l'histoire du Codex. L'original est conservé à la bibliothèque de l'L^ni- 
versité de Bologne. Une copie faite par Ant. Bassoli se trouvait dans le 
musée Borgia -. 

Voici ce que nous savons des vicissitudes du documenta Un certain 
comte ^ alerio Zani en fit cadeau au marquis Cospi, le 26 décembre 
1665. Depuis cette époque, le Codex se trouvait au musée Cospien à 
Bologne. Le marquis céda ses collections à sa ville natale. De cette 
façon, la peinture devint propriété publique '*, et entra dans 
Le Instituto délie scienze e delL arti ». Glavigero ', Lino Fabrega et 
A. de Humboldt en font mention *'. Aglio le copia pour Lord 
Kingsborough \ Le duc de Loubat l'édita en pholochromie en 

L Préface de rédition du duc de Loubat, 1893. 

2. Voir Lino Fabrega, /. c, p. 7. 

3. L'inscription du Codex, en lettres dorées, dit : 

<( Libro II délia China (del Mexico) || dal Si},"■^ Co : Valerio |i Zani al Sig. 
March. : Cospi || il di XXVI Die"-". : j] M.DC. LXV. || » 

Ce marquis était le patricien, sénateur de Bolog'ne, F'erdinando Cospi, pos- 
sesseur du célèbre « Museo Cospiano », dont il existe quelques catalog'ues de 
1667, 1677 et 1680. Dans ledit musée se trouvaient aussi deux pièces excel- 
lentes en mosaïque mexicaine (« due idoli lavorati a musaico in forma di sfmge ») 
actuellement conservées au Musée d'ethnogr. de Rome (voir Pigorini, Reale 
Academia dei Lincei, 1885, vol. XII ; A. Oppel, (ilohiis., vol. 70, 1896, p. 10). 

4. Voir Nieuwe Reize van Misson na en door Italien... verineerdevl en opge^- 
heldert met de Aanmerkingen van Addisson, le Ulrechl 1724., vol. 1, p. 417. 
« Wy hebben in' zelve Palais gezien het cabinet van rariteiten van de vermaar- 
den Aldrovandus. Dat van den marquis de Cospi is' er by gevoegt, en het 
behoord ailes de stad toe. Jeder stuck van die cabinetten vaert zyn geschreven 
naam. « 

5. Clavigero, II, p. 187, 189. 

6. A. de Humboldt, Vues des Cord., I, p. 216-217. 

7. Kingsborough, vol. II, n"3. 



256 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES JDE PARIS 

1899 '. Une coiirle explication dn conlenu a été donnée par 
M. Seler '. L'existence de (pielqnes mosaïques mexicaines à 
Bologne ' me fait croire à la présence ancienne de ces pièces el du 
Codex (]ospi en Ilalie. Leur destinée a dû êlre la même que celle 
des mosaïques du musée Kirclier '' à Home, de la galerie des Médicis 
à Florence ■' et de la plus grande partie des mosaïques de la collec- 
tion Chrisly à Londres-''. Je rappelle que de telles mosaïques 
avaient été envoyées par Cortés à rem[)ereur Charles \ ^ el se 
trouvent mentionnées dans les lettres de Cortès et autres auteurs 
anciens '. 



n. — Sous-groupe Codex Féjervâry-Lnud. 

4. Codex Fejérvhry-Miiyer (Codex de Peslli, Codex Féjer- 
vâry, Codex jNLayer). 

Peint sur deux cotés. Complet. 23 feuilles, il pages. Longueur totale, 
3,85 m., hauteur 17,5 cm. Chacpie feuille = 17,5 X 17,5 cm. Sur peau 
de cerf. Les couleurs se sont salies au cours des temps; on peut difficile- 
ment distinguer le hleu du vert et le vert du jaune. Conservé actuellement 
au Free Pul)Iic Muséum (collection Joseph Mayer) de Liverpool. 

L'histoire de ce Codex^ caractérisé surtout par l'indication des 
nombres écrits à la manière des peuples mayas, est encore obscure. 
Il se trouvait autrefois dans le cabinet des antiquités du savant 

1. Voir Ilamy, dans le Journ.de la Soc. des Ani. de Paris, 1'" série, III, 
u'^ 2, p. -202 s. 

2. Voir Seler, Ges. Ahhdlc/g., I, p. ]'X]-lii; ibidem, p. 3il-3. 

3. Sur les mosaïques de Gospi, roir la note 70. Une aulrc mosa'ùjue se trou- 
vait au cabinet du médecin Ulysses .Vldrovandus (-[- IGOâ) à Bologne. Voir son 
Muséum metallicum, Hologna, 1647, p. 550. 

4. Athanasius Kircher, 1602-1680. 

5. Voir Pig-orini, /. c. ; Glohus, vol. 70, p. 10. 

6. Ibidem, p. 4-9. 

7. Voir f" lettre de Cortés (de Vera-Cruz). Cf. Prescott, Ilislory of Ihe 
Conquesl of Mexico, l)ook II, chapter \'11I. Cf. Comara, Ilisl. de Mexico, voir 
plus loin, p. 2()7, noie 1). Oviedo, llislorin (jenende, edidit Panuisio (\'enclia, 
1565j, vol. tll, f. \'M') V., f. li')8i'. Il serait très inléressanL de i)0ursui\rc l'IiisLoirc 
de ces pièces et des travaux en plumes dispersés çà et là. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 257 

hongrois, Gabriel Féjervâry (1780-1851), à Peslh, et c'est dans 
cette ville qu'Aglio le copia pour l'ouvrage de Kingsborough '. 
Féjervâry avait fait de grands voyages en compagnie du baron 
Brudera. Ils se brouillèrent en 1829. Féjervâry emporta alors sa 
collection à Fperies où il habita chez son beau-frère ; il la 
légua au fils de celui-ci, François Pulszky. En 1851, Pulszky, qui 
vécut plus tard à Londres, comme exilé, vendit le Codex à J. Mayer. 
Ce dernier en fît cadeau, avec d'autres collections, à sa ville natale, 
Liverpool, en 1867 -. La reproduction photochromique du duc de 
Loubat date de 1901, et le commentaire du D"" Seler, de la même 
année. 

5, Codex Laiid. 

Peint sur deux côtés. Complet, 2i feuilles, 46 pages. Longueur totale, 
environ 4 mètres ^ ; hauteur, environ 16,5 cm. ; chaque feuille = 16,5 X 
16,5 cm,, sur peau de cerf. Conservé dans l'Université d'Oxford, Bodleian 
Library. Signé : Laud. B. 65, nunc 678. Cat. Mss.Angl. 516. Une ficheen 
lettres du xvi'' au xvii* siècle porte la note : « Liber Hieroglyphicorum 
Aegyptiorum MS. » D'après M""" Zélia Nuttall (préface de son édition 
du Codex Nuttall^ p. 6), les côtés extérieurs du Codex Laud sont cou- 
verts de morceaux sohdes de peau de cerf, dont les poils sont devenus 
la proie des teignes. 

Jusqu'ici, l'histoire de cette peinture n'a été éclairée par per- 
sonne. William Laud (1573-1645) ^, le célèbre archevêque de Can- 
torbéry, était un savant éminent et collectionneur passionné de 
manuscrits rares. Le prince de Galles, plus tard Charles P'"' (1625- 
1649), et le duc de Buckingham (1592-1628) étaient ses amis 
intimes. Vers 1623, ceux-ci séjournèrent en Espagne (Madrid), en 



1. Voir Kingsborough, III, n" .'î. 

2. Voir Seler, commentaire du Cod. Féj., p. 1-4. Malheureusement, quelques 
sources indiquées par lui n'étaient pas à sa disposition : tels le catalogue de 
l'exposition des collections de Pulszky dans la Société archéol., dressé par 
Henszlmann et les journaux de Pulszky, qui, jusqu'à ce jour, ne sont pas acces- 
sibles, dans la Bibl. du Musée Nat. Hongrois. 

3. Les mesures ne sont pas publiées. 

4. Voir Breviarium vilae Laudi ; Simpkinson, Life and limes of Laud, 

London, 189 i. Dans les papiers de Laud, qui sont conservés dans la « Lambeth 
Palace Library », on trouverait peut-être plus de détails et d'indices. 

Sociale des Américanistes de Paris. 17 



2o8 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PAIUS 

vue d'un mariage projeté pour le jeune prince. Le duc de Buckin- 
gham adopta si bien la mode espagnole, qu'il importa, par exemple, 
en Angleterre, l'usage des boucles d'oreilles. Me permetlra-t-on de 
présumer que l'arrivée de notre (Joclex en Angleterre fut un autre 
résultat de ce voyage ? Dans cette hypothèse, l'archevêque Laud 
l'aurait reçu comme cadeau. Il légua sa grande bibliothèque et ses 
manuscrits à la Bibliothèque Bodléienne ', fondée le (S novembre 
1602, par sir Thomas Bodley. Il n'existe du (Joc/ex que la publica- 
tion peu exacte de Kingsborough '. 

III. 6. Peinlure /i" 1^^^, de In collection Aubin (le soi-disant 
(( Culte rendu au soleil ». 

1 feuille, peinte sur un côté. Largeur, 91 cm. ; hauteur, Mlcm., sur 
peau de cerf. L'original et une copie faite par Léon y Gama se trouvent 
dans la Bii)l. nat. de Paris, Collection Aul)in, n"* 20 et 21 •^. 

Celte belle peinture est citée déjà par Lorenzo Boturini 1 1 702- 
IToO) ^ et dans l'inventaire du 20 sept. 1743 '". Elle passa entre les 
mains de Veytia (1718-1769/, de Léon y Gama (1735-1802), de 
Pichardo (1748-1812) et fut acquise par Aubin (1802-1891), entre 
les années 1830 et 1840 ''. Celui-ci l'apporta à Paris, avec beaucoup 
d'autres peintures et mss. mexicains (1840), et vendit sa collection 
à Eugène Goupil en 1889 ". Aprs la mort de ce dernier, M'''*-' veuve 
Goupil donna la collection à la Bibl nationale ^ (en 1898). 

1. Cf. Antonius Wood, Anliquilales Unicersilalis Oxoniensis, 1074, pars II, 
p. 53' : « Caelerum laevam versus reponantur [dans la Bibl. Bodl.J. Heveren- 
dissimi in Christo Patris Gulielmi Laud, Archiep. Canluarieusis libri, 
numerum 1300 superantes, atque hac inscriptioue di^nosccndi : Codices 
Mss. \* . M. GIOCCC. Hebraici, Syriaci, Chaldaici, Aey ypLiaci... » Je rappelle 
qu'une noie, peut-être de la main de Laud, désigne le ms. comme un u Liber 
Hierog-1. Aegypt. Ms. », 

'2. Kingsborough, vol. II, n°"2. 

3. Voir Boban, Documents pour serrir à r histoire du Mexique, Atlas, pi. "20 
et 21 ; cf. II. Omont, Cataloçjue des Mss. mexicains de la Bibl. Nat. de Pans. 

i. Boturini, ('atâlogo del Museo Indiano (Madrid, 1746) i; XXX, n° 3. 

5. Inveutàrio 0", n° 24 (edidit A. Penallel, ap. Mnnumentos del arte mexi- 
cano anti(juo, texLo, cap. XII, p. 56-68). 

6. Voir Aubin, Notice sur une collection d'antiquités mexicaines, Paris, 
1851, p. 18. 

7. \'oir Genin, Lettre-préface du Catalogue raisonné de Boban, vol. I. 

8. Voir Albert Béville, Bévue des Bibliothèques, 1898 (mars-mai) et Cata- 
logue de la Bibl. américaine de feu M. Goupil^ Paris, 1899, p. xi-xvni. 



LES PEIMLRKS MIX 1É(:;U-/A1'U I ÈnL LS 2^)9 

Cette peinlure représenteles cuu[ cuiafeleo, « 5 femmes mortes en 
couches », qui règnenl dans la .S*" partie du tomdnmcdl ( l'ouest 1, 
et les cinq liLiilznnhuH « 5 dieux du sud ». (|ui rèi^nenl dans- la 
4*^ partie du l()u;ilun};i(l (sud) '. l'allé ollVe une analogie frappanle 
avec les représentations du Codex Vnlic. I> el du Codex Borgin ' . 
Les symboles montrent des rapports intéressants avec les Cod. 
Vindob., Cod. \u(f,il/, //ec/.er, elc. •'. 



B. Li:S PEINTUHES DE l'ÉTAT d'OaXACA 

I. — Les peintures niixlèques. 

1. Codex Bêcher /?" / (sa copie = Manuscrit du Cacique;. 

Peint seulement sur un côté, rrag-mcnt. !() feuilles. Leng-ueur totale, 
environ ï mètres ; hauteur, lo." ^m.; chaque feuille = 18.*) X 25 cm., sur 
peau de cerf. Les couleurs sont le noir, le roug-e cochenilh'. le bleu indigo, 
le jaune clair, le jaune brunâtre et le vert. L'original montre deux sortes 
de retouciies faites pour rétablir les [)arties elfacées '. (Ku'l(|ues mots mix- 
tè([ues sur [). 7, 9. 15. Conservé actuellement au « Musée inijUM-ial 
dllistoire naturelle » de Vienne ^Collection Becker). 

Le nom rappelle Tex-propriélaire. Pbilipp J. Ik^cker (Darmstadt). 
Une copie du Codex fut faite par Henri de Saussure, à Puebla, en 
1852. Il la publia sous le titre- surprenant de « Manuscrit du 
Cacique » '. Ldiisloire du document est simple. Kn 1852, un Lidien de 
la Mixtèque, dans la famille ducpiel la peinture s'était transmise de 
père en fils, apporta celle-ci à l'avocat Lie. Don Pascual Almazan. 

I. \'oir, sur ceUe question, raualvse que M. VA. de Jonyhe a donnée de mon 
élude préliminaire, dans le Jauni, de la Soc. (nouv. série, t. II, 11>U,"), [). l"tt- 
171). 

■2. Cf. Cod. Vnl. />.. I'. 77, 78 et 7'J ; Cod. Ilonjin, C. i7 et 18. 

\\. Jeu ai l'ail une inlerprelatinn délaillée qui parailra dans un îles prochains 
cahiers de\n Zeitschrifl fur Elhnidoçfic, lîerlin (ll)05j. 

4. ^'oir prélace du Mitiiuscril du C;ni([UL'. 

5. Henri de Saussure, I.c nuuiuscrtl du (Cacique. A ni it/ m les iiicncu ncs, 
l'"" l'ascicule, (ienève, 18*J:2 (reproduction en chromolithographie). 



260 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAiMSTES DE PARIS 

Il voiilail s'en servir pour un procès palrimonial. L'avocat ^Mj,^na le 
procès et reçut le Codex de llndien reconnaissant. (Test chez Almazan 
que Henri de Saussure prit sa copie '. A la session du 7'^' Congrès 
des Américanistes, à Herlin (octobre 188(S), Philipp Hecker exposa 
quelques manuscrits des indigènes, provenant de sa collection laite 
à Puebla. Il y avait acheté le Codex chez un collectionneur du pays. 
Il en fît faire des photographies qui se trouvent à Paris, Berlin, 
etc. 2. Remarquons que les mots mixtèques, phis haut mentionnés, 
manquent dans la publication de Saussure. 

Le contenu est religieux ou mythologique. On ne doit pas y cher- 
cher l'histoire d'un cacique fabuleux, Snr-ho, et de sa femme Con- 
Iluyo, résichant à Tindii •'. Le document semble un fragment dont 
la suite serait peut-être le Codex Colunibinus^^ son proche parent. 

2. Codex Colunihinus (Codice Golombino, Codex Dorenberg). 

Peint seulement sur un côté. Fragment, 2i feuilles, longueur totale, 
6,80 m., hauteur, 20 cm., chatpie feuille = 20 X 2.") cm., sur peau de cerf. 
Les couleurs sont vives : le rouge « rojo 6 grana », vert, bleu, jaune, 
noir et blanc. Au pied des ligures se trouvent des textes en idiome 
mixtèque prétendu de Tepoxcolula ■'. L'original est conservé au « Museo 
nacional de Mexico »; une copie auMusée de Leipzig. 

Ce Codex provient de la hante Mixtèque et fut offert à un mar- 
chand allemand, le consul Dorenberg, à Puebla. On ne sait rien de 
son histoire. M. Seler le copia en 1888 dans la maison dudit 

1. Henri de Sau.s.sure, Le manuscrit du (Cacique. Prél'ace. Cf. Seler, Ge5. 
Abhdl(/g., I, p. l.')5. 

2. Voir Boban, Gat. raisonné de la colleclion Aubin-Goupil, n° 1(3.3 (vol. II, 
p. 332 ; cf. I, p. 3il, noie) ; voiraussi Iv-T. Wamy [Décades Arnericame, III-IV, 
p. 179, Paris, 1898j, qui si|j;-nala, le premier, Tidentité de la peinture copiée par 
le vénérable voyageur <^enevois, avec le Ms. de M. Becker. Gf. encore : Journal 
de /a .Soc, l-"'' série, t. H (189U), n" i, p. 218, et nouv. série, t. II (190.5), n" 1 , 
p. 168; Colleclion du Musée royal d Elhmxjraphie de /?t?/-/ùi,n" VIII E. 3080'-". 

3. Saussure rapporte celte tradition, qui ne mérite pas de croyance [l.c, 
préface, p. 6). M. le professeur E. -T. Ilamy, dés la première heure, avait fait 
sur ce point toutes ses réserves. 

4. Ct. Selcr, Ges. Ahhdlgçj., I, p. 155. 

5. L'n feuillet du Codex avec ces notes se trouve dans une publication de 
M. Leopold Batres, intitulée : Civilizacioii de aUjunns de las di/ferenles tribus 
que hahitaron et Terrilorio hoy Mexicano en la antiqiïedad, Mexico, 1888, 
pi. XX. 



LES PP:IM'LKI;s .MlXÏÉCO-ZAlM»TÈQLi;S 2G1 

consul '. l'^ii 1892, à roecasion du quatrième centenaire de la décou- 
vcrle de rAmériquc. la « Jnnla C^oliinihina »>. qui avait acquis Tori- 
ginal, le j)uhlia en clironiolitiiogi-aphie. Cette publication n'est pas 
absolument fidèle et ne reproduit pas les notes mixtèques-. Or, ces 
dernières ne sont pas sans quelque valeur, bien qu'elles ne se rat- 
tachent pas directement aux représentations. M. Chavero ' espérait 
y trouver la clef des peiiilnros qu'elles accompagnent, mais, comme 
nous l'avons dit. il est peu probable que cet espoir se réalise. 
Comme nous l'avons dit aussi, le Colomhiiius et le Decker se com- 
plètent Tun l'autre. 

3. Codex Bec lier n" 9. 

Peint seulement sur un coté. Fragment. 5 feuilles. Longueur totale, 
1,18 m. ; hauteur, 21,.") cm. ; chaque feuille = 21,5 x 21 cm. Original 
conservé au Musée de lllist. nat. de Vienne (CoUect. Hecker). Copie en 
la possession de M. Seler'. C'est une peinture inachevée; plusieurs 
iigures n'ont pas reçu de couleurs. Les (igures sont rangées sur deux 
colonnes horizontales. La colonne supérieure comprend de petits groupes 
qui ressemblent à ceux du Lienzo de Zncatepcc. La colonne inférieure 
renferme des groupes plus grands et coloriés. 

Je n'ai pas trouvé d'indications sur l'histoire du fragment. 

4. Lienzo de Zacatepec ■' ^Côdice mixteco Martinez Gracida). 

a) L'original. Hauteur, 3,irjui. ; largeur, 2,25 m., environ? mq. Peint 
sur coton. La toile est endouimagée en trois endroits. Je trouve sur la 
pi. XIV, de la publication de ^L Penaliel, une courte note très effacée, 
apjiaremment écrite en langue niixtèque. 

h) Copie ancienne, contenant d'importantes annotations, telles que les 
noms des lieux écrits à côté des caractères hiéroi^lyphiques. Hauteur, 



]. \'oir Seler, neisehriefe ans }Jexico, Berlin, 1(SS9, p. *J(i3. 

:2. \'oir Anhç/iiedades Mexicniu-ts puhlicadas par la Jiin/a Colombina de 
Mexico... Mexico, I8'.I2. Atlas el texte (par Cha\ero), p. x-xi ; cf. Del l^aso y 
Troiicoso ; celui-ci prétend ipie le (Utdcx est un calendrier rituel (voir Cala- 
lof/iie de r Ji.vposilKii} de Madrid., liS*.)i2, tome I, p. 57-59y. Cf. enlîn Seler, « Die 
Columbusfestseliriften ■>, des. A/)lidl</<f ., 1, p. JJ'iss. 

3. \"<)ir M. C.ha\ero, AiilKji'wdade.^ nie.ncanas, 1892, p. x. 

i. Je saisis cette occasion de i-cmereier .\L Seler pour Tamabilité avec laquelle 
il a mis à ma disposition queUpies documents i-ares et inédits cju'il possède. 

5. Zacatepec, ou, en langue niixtèque, ipiciisaliiia (voir Los Rayes). 



262 SOCIÉTÉ DES AMKRICANISTKS DE PARIS 

3 mètres, largeur, 2,45 m., 7,35 mq. Je ne sais si ces deux documents se 
trouvent encore aujourd'hui h Mexico. 

Depuis des siècles, l'original était conservé dans le village de 
Zfîc.itepec^ situé dans le district de Jnmiltepec (Ktat d'Oaxaca). En 
1892, les habitants firent parvenir au minisire de Fomento le 
« lienzo », qui était destiné à prouver leurs droits de propriété. Il 
semble que depuis ce temps Toriginal et sa copie ancienne restèrent 
dans la capitale. M. Seler en emporta, lors de son voyage (1895-96), 
une copie exacte sur toile, qui se trouve actuellement au Musée 
royal d'ethnographie de Berlin. En 1900, sur l'ordre du ministre. 
Manuel Fernandez Leal, l'original fut publié par M. Penafiel '. Le 
grand nombre d'hiéroglyphes topographiques semble indiquer le 
caractère cadastral du document. Cependant, à côté de ces représen- 
tations topographiques, on trouve aussi des représentations histo- 
ri(|ues qui accusent un style païen. Le fait est d'autant plus remar- 
quable que quelques dessins d'églises nous font placer la composi- 
tion du (( lienzo » à une époque postérieure à la conquête '. Sur le 
« lienzo » on distingue un grand carré central entouré d'hiéro- 
glyphes de lieux ; on aperçoit aussi quelques fleuves, mais ce que 
M. Penafiel prend pour chemins de communication, ne sont que 
des lignes qui relient entre elles les représentations, à la manière 
des traces humaines dans les Code.r Bodleianus et Sehlen /?" /, et 
se prolongent par un ruban de champs triangulaires, alternative- 
ment foncés et clairs. 

Je divise les scènes en deux groupes : les uns renferment l'his- 
toire d'un personnage appelé « H tigre ou Li tochtli », porteur 
d'un surnom jusqu'ici indéchiffré (7 fois) ; les autres, celle d'un 
personnage appelé « 3 roseau » (5 fois). L'étude des dates qui 



1. Côdice Mixleco. Lienzo de Zacalepec publicado por cl Dr. Antonio Pena- 
fiel. Textos Espanol y PVancés. Mexico, 1900, en 25 pi., denii-{,n-an<leur nat. 
et une petite reproduction du « lienzo » in toLo. 

2. M. Penafiel croit (/. c. p. 6) que la mappe date d'une époque précorlé- 
sienne : « Bien qu'on aperçoive, dil-il, parmi les caractères hiéroglyphiques 
quelques clochers d'églises, il est facile de se convaincre qu'ils ont été ajoutés 
l)ar la suite après la conquête. » Cette opinion me paraît tout à fait arbitraire. 
l^e style des églises ne dilîère en aucune façon de celui des autres scènes, et 
prouve, à mon sens, l'unité de la composition totale. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 263 

accompagnent les scènes permettra peut-être de déterminer exac- 
tement la suite des événements rapportés. 

5. Lienzo de Amoltepec ( Yolotepec) '. 

L'orisfinal s'est trouvé entre les mains de M. Manuel Martinez 
Gracida, qui a si bien mérité de Tarchéologie et de l'histoire de son 
pays. Il provient du village de Amoltepec-Suntingo '^, du district 
de Juqnila, Etat d'Oaxaca. En 1889, il fut copié par le Lie. Aristeo 
Roldan, à Oaxaca, et publié en I8*J(), fort diminué, par M. Penafîel ^. 
Actuellement, le document est conservé à XAmericcin Muséum of 
NriluFril Ilistory de New-York ^. 

6. Lienzo Vischer, /?" /. 

Longueurtotale,2,42 m. ; hauteur, 1 ,45 m. Cliaque feuille=:3,51 mq.'', 
peint sur un coté. Sur cuir ténu. ft)rmant un ruban composé de G pièces 
cousues ensemble et couvertes d'un enduit blanchâtre sur lequel les 
figures sont peintes en couleurs. Au-dessous d'un grand nombre de 
représentations, on a ajouté des gloses espagnoles et quelques noms mexi- 
cains. L'original est conservé dans la collection d'ethnologie du musée 
de Bàle. 

De l'histoire de ce document très intéressant, on ne sait rien de 
précis. Mais on peut supposer que le Lienzo appartenait à la collec- 
tion d'un certain Lukas Vischer, ayant séjourné an Mexique de 
4828 à 1837. Il y avait acquis une grande collection d'antiquités 
dont il avait fait cadeau au musée de Bâle. 

Quant aux représentations du Lienzo, en voici la description 
rapide : On voit un fleuve courant le long du document, et, çà et là, 
quelques montagnes avec des hiéroplypbes qui donnent des noms 
de villages. Au milieu, on trouve un temple et une maison. Au 
dessus de ceux-ci, des édifices semblables, mais, apparemment, 

1. J^es mesures de ce document ne sont pas publiées. M.' Penafîel dans ses 
MonuDicnlos del arte anl. mex. n'en dit pas un mot. 

"2. Amo//e/)ec s'appelle en langue mixlèque Yucunama, Yololepec, Yiicuneni 
(voir de los Reyes). Yolotepec est situé à environ 4.') km. et S.-E. cVAmollepec. 

3. Voir Penaliel, /. c. Allas, vol. II, lot. 317. 

4. \V)ir Marshall H. Saville, « Mevican codices, a I^ist of récent repi-oduc- 
tions », Ainerican Anlhropoloçfist, New Séries, vol. III (19()1), p. 537. 

5. Je dois ces données et une photoj,^raphie du Lienzo à l'amabilité bienveil- 
lante de M. le I)"^ Fritz Sarasin, directeur de la section d'ethnologie du musée 
de Bide. Je suis heureux de pouvoir lui en exprimer ici toute ma gratitude. 



264 sdc.iÉTK Di;.s américamsïes de paris 

cil teu. Trois files de traces humaines conduisenl de droite et de 
gaiiclie vers les édifices. Auprès du leuipk l)i'ùlaut, une grande 
ligure d'homme est peinte, accompagnée (rune glose espagnole 
ellacée, dont je puis lire les mots suivants : 

« Don Haltasar valiente de très cabre 

dor (poblador?) de siete pueblos » 

Le long du fleuve, on aperçoit une série de quelques seigneurs 
et de leurs femmes, les hommes assis sur des trônes, les femmes 
agenouillées sur des nattes. Les seigneurs sont caractérisés par la 
couronne (le diadème de turquoises appelé en mexicain Xiuhui- 
Izolli). Les noms des personnes représentées sont indiqués, selon la 
coutume des indigènes de TEtat d'Oaxaca, par des dates du tonala- 
matl (calendrier de 2G0 jours), p e. : 

12 countl (serpent) <S \ cipnctli (crocodile) $ 

3 tecpnll (silex) » 3 xochitl (Heur) » 

3 lecputl (silex) » 11 miiçatl (cerf) » 

2 Hcull (roseau) » 2 ciietzpnlin (lézard) » 

La série renferme 7 -|- 10 -j- 7 seigneurs avec leurs femmes. 

Il y en a d'autres peints dans un champ irrégulièrement con- 
tourné. Va\ outre, on voit d'autre couples d hommes et de femmes 
isolés, où les hommes ne sont pas caractérisés comme seigneurs. 
Le plus remarquable est celui dont prennent naissance cin(| per- 
sonnes respectivement : 5 cipnctli (crocodile), 7 lecpnll (silex), 
13 /KV7// (roseau), 7 ilycuintJi? {iz/cuin//i =^c\\ivn). Il c;i//i (mai- 
son). Le nom de o cipncfli e^l accompagné de la i^lose : 

« Don Luys M ex// -in. » 

Je relève encore les gloses : 

(( Doua AVronica y Doua Magdalena motesuma(?) 

« Don Francisco Serrano (?) » 

(i Don Nicolas Suares con Doua angella », etc. 

Un autre groupe de montagnes cl d'arbres, enfermant le couple 
d'un seigneur avec sa femme, est dessiné très sommairemenl. Le 
tout a Tair d'une addition postérieure (on voit dans cette partie une 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 265 

petite colline avec une croix chrétienne). Un couple au dehors de 
ce groupe représente un homme appelé 3 miquiztli (mort), et sa 
femme appelée 7 atl (eau). Au-dessous se lisent les mots : 

« Doua Maria Juane de mendara (?). » 

La glose qui accompagne le couple au dedans porte : 

« Don Lorenso suares de mendara fundador 

de siete pueblos les dep. 

A mis terrasgeros [terrasguerosl del pueblo 

de A/Jojala unsi légua en contorno 

de sus linderos. » 

Un autre groupe remarquable se compose d'une montagne peinte 
en style ancien, avec des courbes semblables à celles de l'hiéro- 
glyphe mexicain de fe/l « pierre ». Cette montagne renferme une 
maison et porte au sommet l'hiéroglyphe d'un oiseau. A côté de la 
montagne sont peints un seigneur et sa femme ; l'homme appelé : 
10 mallnalli (herbe), la femme appelée : 5 co zcaquau ht H (âigie de 
collier). Au-dessous de ce groupe se déchiffrent quatre signes du 
tonalamatl : 4 malinalli (herbe), 6 cuetzpalin (lézard), 12 quiauitl 
(pluie) 3 (5?), ocelot l (tigre). 

Une glose d'une ligne et demie contient le nom « montesuma ' ». 

La seule date que je puisse découvrir se trouve à la marge infé- 
rieure (à droite) ; elle est de la forme connue mixtéco-zapotèque ^. 
Je crois reconnaître ici la date ce calli (1 maison). 

Le Lienzo provient d'un temps postérieur à la conquête. Il fut 
composé et interprété au xvi^ siècle. Les représentations corres- 
pondent exactement à celles des L/e;i^05 apparentés. Les noms mexi- 
caius (Mexitzin, Montesuma, Aljojala, etc.) n'empêchent pas d'ad- 
mettre l'origine mixtéco-zapotèque du document. Celui qui a peint 
\q Lienzo était très probablement un Indien de l'Etat d'Oaxaca, et 
l'interprète, soit un Indien qui possédait la langue espagnole, soit 
même un Espagnol. 

1. Je relève que Cocijo-pij ^ le dernier roi de Tehuantepec (appelé plus tard 
D. Juan Cortès) était le petit-iils de Molecuzoma II, le iils du roi Cocijo-eza 
et d'une princesse mexicaine dont le nom zapotèque est Pella-Xilla. 



2(i() sociKiK MIS \Mi:iU(:vMsri;s ni: pauis 

7. (jxle.v ) nnniif/;//) . 

.') pa<^"esi?i. L ()riL;inal se Iromc (l;ms 1" « Acadcinia de Piiiliira », 
(le Piiel)la. Les peiiiliii't's pâlies soiil aee()iiij)ai4iiées de noies en 
lanj^iie niixiècjiie el en éciiLiire du \^■l'' siècle. Sur la première 
feuille, on ht le nom de ) <i/iciii//;in (en laiiL;ue mixLèqne, Yodzo- 
c;i/n\ lieu siluédans la liaule Mi\lè(]ue). Au-dessous de la représen- 
lalion d'une éj^lise sont écrits U;s mois : /iiici/ nu/iu yucundna 
{Yuciiudmi est, (raj)rès J>os Heyes, l\'poscolul;i\ et loul anlonr 
des hiéi'oglyplies Lopographicpies. Quinze planches de phologra- 
phies de ce document étaient exposées à Madrid en 1892 (voir Del 
Paso y Troncoso, Ciitultxjue de l exposition de Madrid^ 1802, 
l. II, p. 359-363, 304). 



II. — Les peintures znpotèques. 

\. (lodex Vindobonensis (C^odex Indiae meridionalis, Côdice 
Clemenlinoj. 

Inachevé. o2 leuillos, lOt pai^'-es dont la première et la dernière sont 
lixées sur une ancienne couverture en hois hrun, autrefois j)oli '. Les 
peintures se trouvent sur le recto, j). l-i")2. sur le verso, p-'i^-GT) -. 37 pages 
du verso restent vides Longueur totale, l'i,r)5ni. ; hauteur. 22-22,2 cm.; 
chaque feuille = 22 X 2."), S cm. Le ('ode.r est peint sur peau de cerf ■^; il 
forme une hande de li parties collées ensemhle dont la longueur et 
Tépaisseur ne sont pas constantes. Conservé dans la Hihliothèque impé- 
riale de Vienne. 

Son conlenn resscmhle beanconp à celui dn ('odex \uft<'il/. Ces 
deux (indices représentent au début la même histoire. 

I. Je (lois ces données exactes à la liienveillance de M. Joseph de Karahacek, 
directeur de la l)il)l. linp. de \ ieiine. Je lui en exprime ici tonte ma reconnais- 
sance. 

'2. Ce fait expli({ne la pa_L;ination dans rouvraf;e de Kiiif^sboi-onj^h : l"' partie 
du Codex, p. \-7)'2; II'' partie, p. l-tli; - ()5 pa^es. 

3. CA'. Vh. J. J. X'alentini, <( Mexican Paper an article of Irihule »{Procee- 
(liii(/s ofdie Ainericin AnlKjihirian Sm-.), •il oct. hSSO (se|)aratnm, p. t7, note i : 
Lettre de M. Fr. Mùller, de la Bihl. Inip. de \'ienne : « The vellum is ol" deers- 
kin, perhaps cervus Calilorns. » 



m:s pkintliuks mix rKc.( •-/, um )ii;oi i:s 



207 



Le ]() jiiillel 1510, CorLés les envoya de ^'illa-Ilica, avec d'autres 
cadeaux desliués à (Charles Y '. Ils arrivèrent à Séville le 5 novembre 
1519. A ce monienl, renipeieui' se trouvait dans les Pays-Bas. Les 
objets ne lui liiient présentés (|u"en 1520. Pour donner aux princes 
de son temps une idée des lichesses de ses nouveaux territoires, il 
leur distri])ua un certain nombre de ces curiosités mexicaines. 
C'est ainsi cpiele \ iiidoLonensis tut donné à l^mmanuel de Portugal 
(y 1521)-. Celui-ci en fit cadeau au cardinal Jules de Médicis, 
humaniste ériidil. conseiller tle son cousin, le pape Léon X, avant 
de devenir pape lui-même, sousle nom de Clément VII ( 1 523-153i) ^ 
Après sa mort, le Codex passa au cardinal Ilippolyte de Médicis 
(1311-1535 ^1, (pii vivait à Home. L'exécuteur testamentaire de ce 
dernier, le cardinal Giovanni Salviati (1400-1553) ' transmit de 
l'héritage le Codex au cardinal de Capoue '', Nicolaus Schomberg 
(1472-1537). 



I. \'()ir Liiciis Alaniaii, hiserlanOnes sahrc la JiislDria de la Rcpiiblica 
McxicniiH, Mexico, ISii, Tdino I, .-Vppend. "2 p. *,)I-I()I, iisie tles cadeaux (jue 
CorLés reçut de .Mdtecuzonia pour rem[)ei'eur Charies \'', p. \)[) (« m;'is dos iihros 
de los que acà lieuen los Indios»). Cf. Calcccinn de ilacumeiilos inédilos para 
la Ilisloriii de Kspan.t, I, |). itii. 

■J. \()ii' 1 luscripliiin antienne à la deuxième pai;e du (luilex \ iiidol)., d après 
Pelr. I.anibecius vol. \IIi. 1()7<.>, |). (i()Os.) : 

« (jodex isle Iliero^lvphieoi'uni Indi.ie niei-idionalis dono niissus luit 
Clémente ^'II l^rmlilici ;ib l']manuele I.usitaniae lte,L;e eum linliiiahulis alicpiol 
indieis, et strag^ulà ex plumis psittacorum contexla. Codieem mortuo Clémente 
accepil I]ip|)olvtus cardinalis Medicaeus, et hoc \itâ deruncto cardinalis (^ajjua- 
nus : qui ante aniios aliquot, aej;rotanle Clémente, et de Ilippolyto soUieito, ne 
post suum ohitum e^ere co^alur, spoiile ex suis i-edilibus aureorum duo milia 
detraxit, et Ili[)polyto IVuenda, ex uonnullis eeclesiasticis heneticiis Iradidit, 
]ieliit hune codieem sibi pro benelicio ex haeredilate cai-dinalis Ilippolvli à 
cardinale Salvialo. teslamenti ipsius executore, dari. » I>ambeck et A. de 
Humboldl mettent en doute la \éracitéde cette note, ils invo(juent la date de la 
mort d'iMiimanuel de l'ortui^al, ir)-2l, et relie de ra\ènement de Clément \'II, 
ir)-2.3. .Mais cet anachronisme nest qu"ap[)arent. .\ l'épocpie où il reçut le ms., 
Clément \'II n'était que cardinal. 

\\. \'oir (jiaconiiis, Vilae et rerjeslne Pniili jicum Hitinaiioniiu el S. /»'. A'. 
(Inrthn.ihuin . lîomae. 1677. \'ol. lit, p. it3ss. 

i. Ihidei)}, p. .'jOi-,')!)!. 

5. Ibidem . p. iO() ss. 

(). L inscription latine du \iiul(>/)(>neiisis ne donne pas, il est vrai, nous 



r 



avons vu 



n. 1' 



le nom de famille tlu " cardinalis Cajuianus ». .Mais Capoue, 



268 SOCIÉTÉ DES américainistf:s de paris 

Pendant environ cent ans, le Vindohonensis demeura en Italie. 
Nous manquons d'ailleurs de renseignements précis sur cette période. 
Au milieu du xvii'^' siècle, Olaus Wormius (1588-1654) \ médecin 
privé de Chrétien V de Danemark, publia la partie inférieure de la 
page 54 du manuscrit. Il en avait reçu copie du célèbre orienta- 
liste Jobus Ludolpbus^ (Hiob Leutholff, 1624-1704). Dans un 
voyage, qui dura sept ans (1645-1652), Ludolphus parcourut les 
Pays-Bas, l'Angleterre, l'Italie, la Suède et le Danemark. Il est plus 
que vraisemblable qu'il avait pris sa copie en Italie. Quand le 
Codex quitta-t-il ce pays ? Comment arriva-t-il entre les mains du 



en ce temps-là, n'eut, d'après les divers répertoires (Giaconius ; Séries episco- 
poriim de Gams ; Ilalia Sacra cVlj<^he\Vi\ Dictionnaire de Moreri, etc., etc.), 
que deux archevêques, revêtus de la pourpre. Ce fait, qui circonscrit les 
recherclies, nous permet d'arriver à l'identilication presque certaine du person- 
nage en question. Des deux prélats indiqués nous rejetons le second, Nicolas 
ou Colas Gaetano di Sermoneta (1526-1.')80). Il n'avait que neuf ans à la mort 
d'HyppoIyte de Médicis. Il semble peu vraisemblable que ce dernier ait légué 
à un enfant son précieux manuscrit. D'ailleurs, Gaetano di Sermoneta n'était 
encore, en 1536, ni cardinal ni archevêque de Capoue. C'est en 1538, seule- 
ment, qu'il devait recevoir la première de ces dignités et, en 1546, la seconde 
(Cf. Ciaconius, Zoc. cit.^ III, col. 6i2, 643). Nous lui préférons, par suite, Nicolas 
Schomberg, de Misnie (né 23 août 1472, mort 9 septembre 1537), de l'illustre 
famille dont une branche donna le favori d'Henri III, roi de France, et, plus 
tard, le maréchal de Schomberg et les ducs français d'IIalluin. Ce prélat fut un 
personnage considérable, l'un des négociateurs du traité de Cambrai. Nommé 
archevêque en 1520 par Léon X, il fut appelé au cardinalat, avec le titre de Saint- 
Sixte, le 20 mai 1535 (Cf. Ciaconius, loc. cil. III, col. 567-568). Par les dates, il 
répond donc au « cardinalis Capuanus » que nous cherchons. Il y répond aussi 
par ce que nous connaissons de lui. Ciaconius nous signale ses relations avec 
la famille de Médicis, son intimité avec Clément VII, son érudition et sa géné- 
rosité niac/nifique. Or, de cette dernière qualité, l'inscription du Codex nous 
donne un exemple : '( ... Cardinalis Capuanus, quiante annos aliquot œgrotante 
Clémente, et de Ilippolito soUicito, ne post suum obilum egere cogeretur 
spoute de sais reditihiis aureoruni MM. (duo milia) detraxerat... » 

1. Voir Olaus \^'ol•m ius, jl/i7S(?H7?2 Worniiannm seii hisloria rerum rariorum 
Lugd, Batav., 1(^55, p. 383. 

2. Ibidem^ lib. IV, cap. 12 : « de variis artificiosis » ; p. 384: « Idem Ludol- 
phus in sui recordationem, in chartâ, pedali longitudine, exarata obtulit Hiero- 
glyphica Mexicana, miris constantia liguris, vario colorum génère depictis, ex 
quibus vix quispiam quidquam collegerit ; duo autem ordines esse videntur, 
charta enim lata est uncias quatuor... » 



LES Pi:i.NTLlŒS MIXTÉCO-ZAPOTÈnUES 269 

(lue de Saxe-Kiseiineli, Jean-Georges ' ? Nous ne le savons pas. Kn 
toiiL eas, en 1G77. ee dernier Tenvoya. par linLermédiaire de son 
ambassadeur, Jacob Schuiidt, à l'empereur Léopold I*^"" (1658-1703), 
qui le remit à la bibliothèque impériale devienne. Deux ans plus 
tard (i679i, la premièi'e feuille en fut reproduite par Lambeck -'. 
Parmi ceux qui ont vu ou cité le Codex, nommons Glavigero, 
Fabreiia, Roberlson \ A. de Ilumboldt. Lord IviniTsboroni>'h en 
entreprit la publication (vol. II, n'^ i). Espérons qu'une reproduc- 
tion, comparable à celles que nous devons à la générosité du duc de 
Loul)at, rendra bientôt accessible au public intéressé ce précieux 
document ! 

2. Codex Xutfall ^ 

Peint sur doux cotés. Lçs peintures man({uent totalement sur la der- 
nière page, et en partie sur la page avant-dernière; inachevé ; 4i feuilles; 
88 pages, dont Sli sont peintes"'. Longueur totale, 11,22 m.; hauteur, 
18,8 cm. Cha(pie feuille = 18,8 X 2o,o, sur peau de cerf. Le Codex 
porte plusieurs notes anciermes en écriture du xvi® siècle: en langue 
mexicaine, p. 7(), 8i; en langue espagnole, p. .')3, 77, 80, 82, 83; en 
langue italienne, p. 70. 

Gomme je l'ai dit plus haut, l'histoire de ce Codex est, au début, 
la môme que celle du Vindoboneiisis. Les deux manuscrits, envoyés 
par Gortés à Gharles ^^ arrivèrent à Florence en possession de la 

1. Le (lue Guillaume de Saxe-^^'eimar avait deux liis : .Vdolphe-Guillaume et 
Jean-Georj^es. Ce deruier, rnndateur de la branche cadelle lusenach, succéda 
à son IVèrc aîné en KiGH. 

"2. Voir Pclrf Lnnihecii Ilnnihurr/ensis ( 1628- 1 680 ,. Sacrae Caesareae Maies- 
talis consiliaru, Ilisforioc/raphi ac Bihliolhecarii commcnlariorum de Auqus- 
lissiina /{ihl. (^aesarea Vindoh., liber \'III, \'indob., 1679. Addimenluni XIV, 
p. 6r)0-()()l. La ^ra\ure de la première feuille du Codex, faile par un certain 
N. Ilautt, c^l très exacte. 

3. V^tir ^^'illiam Robertson 1721-1Î03), Ilialorij of America i'l777), édition 
de t"rancforl-sur-le-Mein, 182(S, p.36i(noLe 2 . 

i. L'autre (Ànlex mexicain de I-'Iorencc, édité par M""" Zelia Xuttall en 1903, 
et par M. le iluc de Loubit en 19Ui, poi-te le nom « Codex Ma^^liabechi », 
en l'honneur de son premier possesseur connu, Antonio Maf^liabechi ( 1633-17 I i). 

5. M""" ZL'Iia Nnllall comple seulement (Si paj;es. Cela lient à ce cpie sa 
page 19 comprend en réalité deux paires, il v\\ e>t de même de sa pa;;c 76. 
(Cependant, pour é\itcr de plus iirandes coidusions, j'adopte sa ]iagination. 



270 SOCIÉTÉ Di:s améuicamstes de paris 

célèbre famille des Médicis, Tandis que le Vindohonensis eut une 
histoire très mouvementée, le Codex Nutlnll resta à Florence pen- 
dant trois siècles et demi. Un jour, le sénateur A'illari ', Tex-ministre, 
le célèbre professeur et historien de Florence, raconta à M'"'' Zelia 
Nultall avoir vu, quelque trente ans auparavant, un livre curieux 
dans la bibliothèque du couvent de San-Marco. Personne n'avait pu 
l'expliquer. On était allé jusqu'à dire qu'il élait fait pour le plaisir 
des enfants. Villari, homme érudit, s'aperçut au premier coup d'œil 
que c'était un document de la plus haute importance. Il pria les 
moines de le garder soigneusement. Dans les troubles politiques 
qui suivirent, les couvents furent confisqués. Celui de San-Marco 
devint propriété de l'Etat et fut ouvert au public. M. ^'illari s'aper- 
çut alors que le Codex avait disparu. Il avait été vendu à un riche 
Anglais qui l'avait donné à un ami, résidant en Angleterre. Avertie 
de ces faits, M'"^ Nutlall résolut de rechercher le Codex à tout 
prix. Elle apprit qu'il avait été donné à l'IIon. Robert Curzou, 
baron Zouche, qui avait réuni beaucoup de manuscrits rares dans 
sa bibliothèque à Parham (Sussex), comme documents relatifs à 
l'histoire de l'écriture. Après sa mort, en 1873, ses collections étaient 
passées à son fds Robert Nathan iel Gecil George Curzou. Le Codex 
y fut trouvé dans un excellent état de conservation. M""' Nuttall, 
grâce à l'intervention du directeur du « Rritish Muséum », Sir 
Edward Maunde Thompson (juin 1898), put se livrer cà l'étude du 
Codex au « British Muséum » d'abord, et, ensuite, à la bibliothèque 
d'Oxford. Enfin, en 1902, avec le concours du « Peabody 
Muséum », elle publia le Codex qui porte à juste titre son nom '-'. 

1. Voir la préface de Fédition du Codex faite par M""' Zelia Nutall en 1902. 

2. Ibidem. Dans celle inlroduclion. M'"" Nuttall donne ({uelques indications 
sur le contenu du manuscrit et annonce la pulDlication d'un commentaire plus 
détaillé. La savante mexicanisle attache une trop ^'■rande importance à certaines 
dates, qu'elle interprète comme historiques. Elle identifie p. e. ce acall, ce 
cipaclli (.' 1 roseau, 1 crocodile )-, avec le 12 mars I5l9. Nous croyons que cette 
méthode présente quelque danger. On ne peut plus nier aujourtriuii qu'une 
grande partie des représentations du Codex sont de nature religieuse plutôt 
qu'historique. Je rappelle que la même date [ceacatl, ce cipaclli] se retrouve au 
commencement du rouleau Selden [Codex Selden n° 2) et du i> Fragment Doren- 
berg ». A cet endroit la date en question n'est pas historique. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQLES 271 

3. Codex Dodleùinus. 

40 pages peintes. Longueur totale, environ H,GO ni.(?) ; hauteur, envi- 
ron 26,5. Chaque feuille = environ 26,5 X 28,5 cm. ^ Fragment conservé 
dans la Bibliothèque Bodléienne dOxford et signé : Arch. Bodl. H. 75. 
Cat. Mss. Angl. 2858. 

La peinture fut publiée dans la grande encyclopédie de Kings- 
borough -. Nous ne savons rien de précis sur son histoire. Mais le 
fait que Sir Thomas Bodley (1544-1612) la posséda peut nous sug- 
gérer quelques réflexions. Ce savant anglais, contemporain de 
Richard Hakluyt (f 1616 on 1626), de Samuel Purchas (f 1627), 
John Selden, William Laud, — tous possesseurs de peintures mexi- 
caines, — était un grand collectionneur de livres rares et manuscrits 
précieux. Ses agents travaillaient en France, en Italie, en Alle- 
magne, en F^spagne. Il n'est pas impossible que dans ce dernier 
pays (cf. Codex Laud, voir plus haut, p. 237) le ms. ait été acquis 
pour son compte. Bodley céda ses riches collections à la biblio- 
thèque d'Oxford, qui porte son nom ^. 

4. Codex Selden ii'^ 1. 

20 pages peintes. Longueur totale, environ 7,56 m.(?) ; hauteur, environ 
27,5 cm. Chaque feuille =27,5 x 27,5 cm. ''. Fragment. Conservé dans 
la collection de mss. de la Bibliothèque Bodléienne d Oxford ; signé : 
Arch. Seld. A. 2. Cat. Mss. Angl. 3135. 

Ce Codex doit son nom au célèbre juriste anglais John Selden 
(1584-1634). Sa riche collection de livres et mss. passa vers 1634 à 
la Bibliothèque Bodléienne '. La peinture fut publiée par Kingsbo- 
rough ^. 



1. Il n'existe pas d'indication ni sur le nombre des feuilles ni sur les mesures 
de cette pictographie. 

2. Voir Kingsborouyh, vol. I, n° 4. 

3. Voir Antonius Wood, Historia et Antiqiiilates Universila.li.s Oxoniensis, 
Oxoniae, 1674, lib. II, p. 50'' ss. 

4. Nous ne savons pas le nombre des feuilles ni les mesures précises. 

5. Voir Antonius Wood, /. c, p. 53, « tandem obligit nobis litteratissimi 
Seldeni Musaeuin, 8000 et adhuc plura complecLens volumina ». 

6. Kingsborouyh, vol. I, n" 5. 



272 sociÉTii; des américamstks di; paris 

0. Coder W<iecker-Go/fer (Codex Saiichez Solis, Codice Zapo- 
Icco). 

Peiiil sur deux e(Mt''s, II) It'uilk's ' ; ^52 prtj^'os, donl 2!) seuleiiu'ut sont 
peintes (savoir : sur recto, p. l-l() peintes ; verso, pai,^e vide [Aj ; p. 17-29 
peintes ; 2 [)aii^es vides [B. C] — A et C pourraient avoir porté les cou- 
vertures de bois ([ui donnaient à la [)einlure [)liée l'aspect d'un livre 
européen fermé). Long-ueur totale. i.;^2 m. ; hauteur, 22 cm. ; chaque 
feuille ::= 22 X 27. Sur peau de c^m f couverte d "un enduit blanchâtre, 
qui est endommaii^é en plusieurs endroits. Les pa<^es portent des notes 
en lang'ue zapotèque -, lisibles au verso, indistinctes au recto. Elles 
semblent provenir de deux écritures différentes dont lune plus appuyée 
que l'autre et, probablement, plus ancienne. La première écriture accom- 
pai^ne le dessin d'un temple ; l'autre, des ligures humaines. 

L'original se trouve actuellement en la possession de M. le baron 
de Waeeker-Gotter. Une copie peu exacte est au Musée national 
de Mexico, M. Seler délient une copie fidèle. Le Lie. D. Felipe 
Sanchez Solis posséda le document pendant nombre d'années ■\ 
Durant cette période, le Codex fut copié deux fois sur l'ordre du 
possesseur (en 1869) et de D. José ^Laria Velasco. En 1882, le 
directeur du xMusée national de Mexico, D. Gumesindo Mendoza, 
chargea le même A'elasco de faire une nouvelle copie. Mais la fail- 
lite de Solis interrompit le travail ^. Ses héritiers vendirent à un 
habitant de Mexico le document qui aurait pu être acquis pour le 
Musée national. D'après M. Penafiel, M. le baron de ^^'aecker- 
Gotter, ministre plénipotentiaire allemand près de la République 
mexicaine, acheta le document de seconde main par l'intermédiaire 
de D. Leopoldo Batres. Il s'embarqua pour l'Allemagne et 
l'emporta en avril 1883. La copie sus-mentionnée de l'an 1882 
servit plus lard à la publication faite par Antonio Penafiel ^\ peu 

1. M. del Paso y Troncoso parle de « 15 à IBpiiegues ». Cf., plus bas, note 3. 

2. Cf. Seler, Ges. Ahiulh/ç/., I, p. 133, 3 ; II, p. 34.5. 

3. Voir M. del Paso y Troncoso, Bihliocjrnfia. Codice indinno del Sr. Sanchez 
Solis, Anales del Museo Xacional de Mexico, vol. III, p. 121-123. 

i. \'oir M. Penaliel, Moiiumeiil<)S, Tcxto, capilulo X\'I, p. 101-102. 

5. \'oir M. Penaliel, Mnni'imcnlos del Arfe Mexicano Antiguo Ornanjcnla- 
cion, Mitolocjia, Trihutos y Monumentos... cl les (( Notas bibliog^ralicas » 
(p. XVI, n'"^ 27-28) de son édition de la Grnnu'ilicn de la leinjua zapoleca por 
un aulor anùtiimo CSlcxico, 1887). Cf. Chavcro, Pinlaras Jeroç/lificas, 1 part., 
p. 7. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 273 

exacte et où manquent les notes zapotèques, que donne la copie 
faite par M. Seler. 

6, Codex Selden n^ '2. 

C'est un rouleau d'une longueur totale d'environ 3,35 m. ; hauteur 
environ, 39-40 cm. '. Peint sur un côté. Il se trouve dans la collection 
Selden de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford. Signé : .\rch. Seld. Rot. 
3. Gat. mss. Angl. 3207. 

Cette peinture est plus grossière que les autres et l'arrangement 
des scènes est différent. Son histoire se rattache à la personnalité 
de Selden, dont nous avons parlé plus haut. Le document est publié 
dans l'ouvrage de Kingsborough '^. Il existe du commencement de 
ce rouleau une variante sur le recto d'une feuille, dont je m'occu- 
perai plus loin. 

7. Fragment Dorenberg . 

Une feuille. Longueur totale, environ 1/2 m. ; hauteur, environ 22 cm. 
Sur peau de cerf. L'original se trouvait depuis longtemps en la possession 
du consul Dorenberg à Leipzig, où M. Seler prit sa copie en 1894. 
C'est un palimpseste comme le Codex Cospi. 

Nous distinguons par conséquent deux peintures différentes, 
Tune [a] sur le recto, l'autre [b] sur le verso. 

a. recto. Les figures correspondent à celles du rouleau Selden. 
Nous apercevons huit bandes représentant le ciel et divisées au 
milieu. Au ciel inférieur sont suspendus : à droite le soleil, à 
gauche la lune 'K Nous trouvons la date mythologique « 1 roseau, 
1 crocodile » et « 7 roseau, 7 roseau ». On peut assurer avec certi- 
tude qu'au-dessus desdits huit cieux se trouvaient autrefois les 
mêmes divinités que dans le rouleau Selden : Qiietzalcouatl 
« 13 lapin, 2 cerf», et, à ses côtés, le vieillard et la vieille femme 
appelés « 1 cerf » '*. Des traces de pied conduisent de la crevasse 

1. Les mesures exactes ne sont pas publiées. 

2. King-sborough, vol. I, n" 6. 

3. Cf. les représentations analogues du Codex Dresdensls (f. 58) ; cf. 
Seler, Comment, du Cod. Féjervàry-Mayer, p. 166; Ces. Abhdlf/c/., I, 
p. 440. 

4. Ou trouve ce couple aussi dans le Cod. Viiidoh., page Ji, à droite 
dessous. 

Société (les Américanisles de Paris. 18 



27 1 sociÉïK ijl:s A.MKiucAMsrKs jjt; r.uiis 

des cieux à la <>-ueule ])t'anLe du monstre de la (erre. Sur ce dernier 
on ne voit plus que les noms des figures etlacées: « 5 silex, 7 silex, 
1 silex el I 2 silex )> '. 

h. verso. (]'esl une représentation d'un genre dllVérent. l'aile n'est 
probablement pas de la même main ([ue le reelo. Les iignres 
occupent seulement nn espace (renviron 2i cm. de largeur sur 
22 cm. de hauteur et sont disposées sur trois colonnes. Sur la 
colonne supérieure on voil, de droite à gauche : un aigle et une 
montagne ornée d'un jeu d'échec, un hibou el nn vase d'eau ren- 
versé. Sur la colonne du milieu : une femme (1 tigre) et nn homme 
(7 tigrcj, une femme (4 mouvement) et nn homme (7 roseau) qnit- 
tant nn vase d'eau; dans l'eau, une pierre précieuse; sur l'eau, 
deux plumes vertes. Sur la colonne inférieure : une montagne 
recourbée et un homme (1 vent), un hiéroglyphe ressemblant à celui 
de (( Tollan » et un homme (Il serpent). 

8. Coder Dehesa. 

Peint sur deux côtés. 22 feuilles, ii pages dont seulement 'iO peintes. 
Inachevé. Palini[)seste ? Longueur totale, 5,o0 m. Hauteur, 17 cm. Sur 
peau. Conservé au Musée national de Mexico. 

Le premier possesseur connu fut le Lie. Cardoso à Puebla. 
Après sa mort, le ^.'of/e.r passa aux mains de Melgar à Vera-Cruz, 
et, plus tard, aux mains de I). Teodoro A. Dehesa, qui en fit cadeau 
au Museo nacional '. (Juant à la peinture, elle est défectueuse. 
Pour le contenu comme pour le slyle, on y peut distinguer deux 
parties différentes : 

,'/. P. 1-9, peut être antérieure à la conquête (historique?). 

1). P. 10-30, sûrement postérieure à la conquête (généalogique). Les 
représentations sont accompagnées de notes en langue mexicaine. 

Le Codex est reproduit dans les publications de la <( Junta Colom- 
bma ). (1892). 

9. Codex liarandn. 

Peint sur deux cotés. Longueur totale 2,50 m., hauteur 'M cm., sur 
peau. Conservé au Musée national de Mexico. 

1. Dans le « rouleau Seldeu » ces nouis s'arraui;cuL : I, 7, 5, \'l Silex. 

2. \(iir I)el l^aso y rroncoso, (hilnlniiue de F exposition de Mad/td, IS'J'i, 
lonic l, p. ,").')-,")(). Voir Aninj tiedades Mexicinas, publicad. por la Junla Coloni- 
bina, \H{)-2. TexLo, p. x\n-\\\ii. CI". Seler, c Golunibus-Fertsclirirten », dans 
\es (îe.s. Abhd/(/(/ ., 1,|k i,j(i. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 27 5 

L'original appartenait probablement à la collection de Lorenzo 
Boturini '. Plus lard, le Coc/ex entra dans la « Biblioteca nacional ». 
Snr Tordre de Joaquin Baranda, il fnt remis an <( Mnseo nacional ». 
lia été pidîlié, Ini anssi, dans la collection de la« JnntaColombina - ». 
Il date de 1 époqne hispaniqne et représente essentiellement nne 
généalogie, plusienrs événements de la conqnête et qnelques rares 
conceptions mythologiqnes. 

10. Mnppe de Te/ninntepec '. 

C est un Lioizn topographiqne, qui représente les lagnnes de 
Tehuantepec et leurs fleuves tributaires. L'original fut remis à M. le 
président Porlirio Diaz et figura à l'exposition de Madrid en ISD'i. 

I 1 . Lienzo de lluilotepec '. 

II représente les caciques du village, qui avaient reçu des terres 
cà cultiver des rois Cosijoeza et Cosijopij ^\ 

12. Lienzo de Giievea (Genealogia de los Senores Zapolecos). 

L'oriffinal est conservé à Guevea ''. Il en existe au Musée national 
de Mexico une copie qui, pour le style et certaines particularités 
des représentations, s'éloigne assez sensiblement de l'original ". En 
dehors du plan cadastral proprement dit. nous apercevons les figures 
et les hiéroglyphes de quel(|ties rois et nobles zapotèqnes et les 
prestations des tributs. 

1. Voir Boturini, ('af/iloc/o del Museo fndiano, ^ XX, ii" 11). ^ Oriyinnl olro 
en unas pieles curadas jiuitas, que nie cnihiaron de dicho Obispado, con las 
pinturas de sus caciques, los que tieiien pinlados sus apellidos en caractères 
al modo del kaleudai-io Tulteco. » CA'. Inrenl.irio i" (-Ji sept. ITiHj, n" 31. 
« Un mapa en una pieladovada. anchode nias de una tercia, y de lar^o conio 
de dos varas y média, que a dicho 1)'' Lorenzo le enviaron de Oaxaca, y no ha 
reconocido de lo que oxplica. >•> 

'2. \'oir Aniujuedndcs Me.ric;iiias, 18<,)-J. Texto, p. \i\-\\ii. Cl". Del Paso 
y Troncoso, (Uital. de Cexposilion de Mndrid, IS\)'2. Tome I, p. •J6li-!2(37. 

3. Ibidem, tome II, p. -JUt-^i I. 

i. Iluilolepec est situé au sud de Tehuantepec. 

.'). Cr. Seler, des. Ahhdh/çj.Jl^p. l()6-467. 

(). (iuevea est situé dans les moula^iies au nord de Tehuantepec, vers la 
IVonlière des Mixes. Voir une représentation d'un des rois de ce Lienzo, dans 
Seler, (les. Ahhdlff(j., II, p. iC)<). Cf. Del Paso y Tronosco, /. c, t. I, p. .31)- iO. 

7. P. e. le vdlaj^e de (nievea s'appelle dans l'orif^inal lani </iie-/)ixn, « mon- 
tagne des Colombes >^ ; dans la copie, fnni (hiehijn. M. Seler en donnera une 
interprétation dans une publicalion de la k Sociedad cientilica ■>. La copie est 
reproduite sous le litre de « (jeuealoyia de Senores Zapotecas », par Galindo y 
Villa [Anal, del Mus. Nac. Mex.. -J^' ep', IDi»:), làiii. I 1-13, ad [). -200. 



276 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

13. Lieiizo de Santci Maria Chimalapa. 

M. Seler, au cours d'un de ses voyages, apprit l'existence, dans 
cette localité, d'un Lienzo qui, d'après les indications que je 
liens de la bienveillance du savant américanisle, serait d'une beauté 
remarquable. 

14. Codex Alvarado. 

Ce document a été appelé ainsi par M. Alfred Ghavero ^ Il le 
range entre les peintures mixtéco-zapotèques. D'après lui, ce Codex 
représente les conquêtes d'Alvarado, au sud de l'Oaxaca jusqu'à la 
frontière de Chiapas et du Guatemala. M. Ghavero croit que la pein- 
ture est historique, tandis que M. Del Paso y Troncoso suppose 
qu elle est seulement chronologique. Là se bornent mes données sur 
ce ms. que je n'insère ici que sous toutes réserves et à titre 
d'appendice. 

15. Lienzo de Petapa. Jes. Galindo y Villa cite une fois [Anales 
del Mus. Nac., 2" ep., II, p. 220) ce document sur lequel je n'ai pu 
trouver d'autres indications précises. 

Je pourrais citer ici la « Genealogia Oaxaquena », les « Descen- 
dientes de Cosijoeza, rey de Zaachila » ' ; mais ces peintures 
(faites en partie à l'huile) datent d'une époque assez récente et n'ont 
qu'une valeur relative. Il n'en est pas de même des peintures murales 
de Mitla. Celles-ci sont des documents de tout premier ordre. 

1. Voir M. A. Gliavero, dans Anales del Miiseo nac louai de Mexico., vol. V 
(1899), p. 40i>, note 1 : 

« Va\ et côdice de las conquistas de Alvarado los anos no se distinguen por este 
signo especial (c'est le signe conventionnel pour « l'année »), sino por una faja 
que liene en su parte inferior, la cual no se pone à los dias. IJoy â este côdice et 
nombre de Alvarado, porque es la relacion de sus conquistas desde el sur de 
Oaxaca hasta la l'rontera de Chiapas y Guatemala. El Sr. Troncoso insiste 
creerlo solamente cronolôgico. ^ Pero Alvarado 6 Tonaliiih con su jeroglitico 
bien conocido, y los nombres de los pueblos que en aquella région avasallè? 
Ademas : harâ unos cinco annos se publicô en el « Reperlorio Salvadoreno » un 
documento, por el cual consta que el conquistador de Guatemala l'ué lorge, y no 
su hermano Pedro de Alvarado, pues las conquistas de este ulticamente llegaron 
al confin de Chiapas : de manera que ese documento apoya al côdice, y el 
côdice conlirnia el documento. » 

2. Voir Del Paso y Troncoso, Catalogue de V exposition de Madrid^ 1892; 
tome II, p. 16 et p. 58-59. Voir Seler, dans le Glohus, vol. 63 (1893), p. 238- 
242. Galindo y Villa, loc. cit., lâm. 14. 



LES PEINTURES .MIXTÉCO-Z Al'O lÈOL i;S 277 

M. Seler les a étudiées et a conjuré les elTels d'une destruction pos- 
sible par des reproductions fidèles '. 



III. — Les peintures cuicatèqiies. 

Ce groupe se caractérise par une désignation spéciale des années. 
Au lieu des signes //c////, /ecpa/l, cnlli, tochfli des Mexicains, nous 
trouvons les signes qui précèdent immédiatement ceux-ci, c'est-à- 
dire innlinaUi^ olin, eèci/l, maz,-ifl. Le contenu de ces mss. est 
historique. Le style est un peu grossier; les couleurs sont sales, 
surtout un jaune brunâtre. 

1. Codex Porfirio Diaz. 

Fragment peint sur deux cotés. 21 feuilles, ï'2 pages. 32 pages colo- 
riées, 10 pages sans couleurs-. Longueur totale, 4,70 ni.; hauteur, 16 cm. 
Chaque feuille environ ==- 16 X 22,4 cm. Sur peau de cerf. Palimpseste? 
Conservé au Musée nat. de Mexico. 

Nous savons peu de choses sur son histoire. Il fut exposé à 
Madrid (1892) et acquis par la « Junta Columbina » qui le publia. 
Il se compose de deux parties : la première représente des événe- 
ments historiques, entremêlés de notes dans un idiome de l'état 
d'Oaxaca (p. 1-29) ; la deuxième partie, d'un style tout dilFérent, 
est un calendrier rituel incomplet (p. 33-42). 

2. Codex Fernandez Lenl. 

Peint sur deux côtés. Fragment. Bande de 2,90 m. de longueur, 36 cm. 
de hauteur, et petit fragment de 28 cm. de largeur. 11 pages sur le 
recto, 12 sur le verso, sur papier de maguey ''. Actuellement dans la 
collection de M. E. F. Molera à San-Francisco '. 

Le Codex élaiii la propriété de M. Benjamin Guevara, descendant 
des princes de Quiotepec en ligne directe, et dont les aïeux étaient 

1. Voir Seler, Waiidmalereien vnn Mifla, Berlin, 1895. 

"2. \'oir Aniiguedades mexicanas. Texlo (18921, p. xi-xix. 13el Paso y 
TroMcoso, Cnta.lo(jue de Vexpnsilion de Madrid, 1892, lome I, p. 50-52. 

3. Voir I^réface de rédilion de M. Penaliel. 

4. Voir Marshall U. Saville, Americati Anthropologisl, New Séries, vol. III, 
(1901). 



278 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

alliés à la famille des seigneurs de Cuicatlan. D. Manuel Martinez 
Gracida, savant archéologue et ex-secrétaire d'état en Oaxaca, remit 
le document à M. Ant. Penafiel. En 1895, celui-ci l'a publié sous 
le titre de Codice Fernrinclez Lenl, en l'honneur du ministre de 
Fomento '. Le contenu des peintures est historique et relate probable- 
ment les migrations et les combats des tribus du pays. On y trouve 
presque tous les mêmes personnages et les mêmes scènes que dans 
le Codex Por/lrio Diaz. 

IV. — Les peintures mazatèques. 

1. Lienzo Seler I (Lienzo de Santa Maria Ichcatla). 

Longueur, 3,10 m. ; hauteur 1,70 m. = o,27 mq. Propriété personnelle 
de M. Seler, sur papier européen. 

Ce document provient probablement de la contrée limitrophe des 
Mazatèques et Chinantèques. Avant d'appartenir à M. Seler, le 
Lienzo se trouvait entre les mains de M. Manuel Gracida. Le docu- 
ment date de l'époque hispanique. Il représente plusieurs villages, 
entre autres la localité de Nupala ', et un grand nombre de scènes 
historiques. Très intéressantes semblent les notes qui accompagnent 
les dates. Elles sont écrites dans une langue que je n'ai pu détermi- 
ner jusqu'aujourd'hui. Ces notes ont trait à bon nombre des vingt 
signes diurnaux '^. 

V, — Les peint uî^es Chochos-Popolocas. 

1. Lienzo Seler H (Lienzo de Cohaixtlahuaca). 

Longueur, i 1/i m. ; hauteur, 3 3/4 m. ; = environ 16 m. sur étoffe de 
coton, endommagée en plusieurs endroits. Conservé au Musée royal 
d'Ethnographie de Berlin. 

1. Voir M. Penaliel : Codice Fernandez Leal, Mexico, 1895. 23 planches colo- 
riées. 

2. Nupala = Nopa la. 

3. La plupart des noms possèdent le préfixe yiicha; p. e. yncha-ijxu 
(roseau), yncha-tonk (aigle), ynga-nissii (maison), yncha-leeqhindo (vent), 
y ncha-hochhi (herbe, mex. malinalli), etc. 



LES PEINTURES MIXTÉCO-ZAPOTÈQUES 279 

Le document provient encore de M. Martinez (iracida et fut 
ajDporté en Europe par M. Seler (vers 1897). Antérieurement à cette 
date, le Lienzo était conservé au a cabildo » du village de Coaixtln- 
huacan. Il contient un grand nombre de représentations historiques 
et géographiques et fut composé à l'époque espagnole ; la pré- 
sence d'églises et de religieux le prouve. Il porte quelques rares 
notes dans un idiome de l'état d'Oaxaca et aussi en langue espa- 
gnole. Les noms du « fray Domingo de Salozal » et du <( fray 
Antonio de la Serna » sont surtout à noter; ils sont écrits en carac- 
tères du xvi^ siècle. On y trouve aussi les noms topographiques : 
Chiyohuiyaca^ Càdodzondohi^ Cohuadzacayaa^ Telnepanlla [Tla~ 
Inepantla)^ Açoualixtlauaca^ etc. 

2. Codex de Santa Catarina Texupan L 

38 feuillesf?). La reliure est très endommagée. Commencement et fin 
manquent. Sur papier européen, écriture du xvi" siècle. Conservé dans 
r « Académia de pintura » de Puebla - 

Ce Cof/ea? est historique. Sous formes d'annales, il relate l'histoire 
desannées 1550-1564. Le texte est enlangue nahuatl etaccompagné 
d'hiéroglyphes intéressants. M. del Paso y Troncoso croit que 
ceux-ci sont l'œuvre de peintres chochons, et que l'interprétation 
est due à un Mexicain. L'identification des dates indiquerait une 
différence entre la clironologie mexicaine et chochone. Ainsi 
l'année 1552 correspondrait p. e. chez les Chochons à 7 roseau, et 
à 8 roseau chez les Mexicains. L'éminent archéologue rappelle 
qu'une semblable discordance se trouve dans les 

3. Anales de Quecholac. 

Ce document serait aussi d'origine chochone ou popoloca ; il est 
écrit partie en mexicain et partie dans une langue étrangère, peut- 
être popoloca ^. 

4. Un autre document se trouve cité par M. Nicolas Leôn ''. 



1. 7'ea?H/)an est situé au nord de Teposcolula. 

3. Voir Del Paso y Troncoso, Catalogue de V exposition de Madrid, 1892. 
Tome II, p. 346-358. 

3. Ibidem, p. 352, noie. 

4. V. Nicohis Leôn, Bolelin del Miiseo Nacional de Mexico. Seg. Época. 
Vol. I, n**^ 10-12, p. 325, note 18. 



280 SOClÉTli DKS AMÉHICANISTES DK PARIS 



\l. — ■ Les peintures chinant èques. 

1, Plnn cadnstral de Xochitepec. 

M. Seler, dans un de ses voyages, en prit copie pour son usage. 
Le document presque inconnu porte des liiéroglyphes en langue 
zapotèque. 

2. Plan cadastral de Mu a g nia. 

Le document est daté de 1550, Il fait mention du vice-roi Don 
Juan de Mendoza et contient, outre les représentations topogra- 
graphiques usuelles, des notes, en langue chinantèque etzapotèque. 
Une copie s'en trouve aux mains de M. Seler. 

Nous avons terminé cet essai historique et bibliographique que 
nous nous sommes efforcé de rendre aussi complet que possible. 
Mais nous n'avons pas prétendu taire œuvre définitive. Nous espé- 
rons, en effet, que l'avenir mettra encore au jour des sources nou- 
velles du même genre pour l'élude des civilisations centro-améri- 
caines. Puisse, en attendant, noire contribution à l'histoire de la 
pictographie mexicaine rendre quelques services au public améri- 
caniste ! 



UN ÉPISODE IGNORÉ DE LA VIE DU P. HENNEPIN 



Par M. Henri FROIDKVAUX 

Docteur es lettres, 
Membre de la Société des Américanis-tes. 



Comme celle de la plupart des explorateurs français de la vallée 
du Mississipi, la biographie du P. Louis Hennepin, — un des compa- 
gnons de Gavelier de la Salle en 1678-1680, l'auteur de la Descrip- 
tion de la Louisiane , de la Nouvelle découverte d'un très grand 
pays situé dans F Amérique, et du Nouveau voyage d'un pays plus 
grand que V Europe, — est encore fort mal connue. Il suffît, pour 
s'en rendre compte, de lire l'introduction que M. Reuben Gold 
Thwaites, le patient éditeur de la grande collection intitulée The 
Jesuit Relations and allied Documents, a placée en tête de son 
intéressante réimpression de la traduction anglaise de la Nouvelle 
découverte d'un très grand pays publiée à Londres en 1698 ^ Les 
futurs biographes du P. Hennepin parviendront-ils à compléter la 
notice rédigée naguère par Félix van lïulst 2, et à projeter une 
pleine lumière sur tous les points obscurs de la vie de ce religieux 
récollet ? Voici, dans tous les cas, quelques textes, relevés dans 
un dossier manuscrit des Archives nationales ^, qui nous font 
connaître une démarche jusqu'à présent ignorée du P. Hennepin 
auprès de l'ambassadeur de France à La Haye en 1698, M. de 

1. A netv Discovery ofa vast Country in America, By Father Louis Henne- 
pin, Reprinted from the second London issue of 1698..., 13y Heuben Gold 
Thwaites... In two volumes. Chicago, A. G. Mac Glurg- and Go., 1903, 2 vol, 
in-8 de lxiv-711 p. (tome I ; i-lxiv et 1-354; tome II: p. 355-7J1) avec 
cartes et grav. 

2. Notice sur le P. Hennepin (VAlh. Liège, 1845. 

3. Archives nationales, Monuments historiques, K 1349 (IX. Négociations, 
Hollande). 



282 sociKiÉ iji:s a.mi:i!1(.amsii;s m: i'\ius 

Bonrepaiis ', et qui nous le représentent dans nn étal d'esprit 
aussi agité que nous l'avait déjà montré ce que nous savions anté- 
rieurement de sa biographie. 

1" « A Mous'' dePonchai'train (A La Haye, le 26^ juin 1G98) '-. 

«■ ...Vous sçavés, Monsieur, qui est le Père Ilennepin, Récollet, et 

« autrefois missionnaire en Canada -^ Il a fait la relation de la 

« Louisiane \ et estant repassé dans la Flandres espagnole dont il 

« est originaire ', son inquiétude le porta à chercher parmy les 

« Anglois et les IloUandois une occasion de repasser dans l'Amé- 

« rique septentrionale. Le Roy d'Angleterre récent favorablement 

(( ses propositions et l'a entretenu jusques icy à Utrecht '', oi^i il 

<( a escrit deux volumes touchant la découverte du fleuve Mes- 

« chassipi '. Il a dédié son livre au Roy d'Angleterre avec des 

1. Bien que M. de IJonrepaus n'ait l'ait son entrée solennelle à I^a Maye que 
le lUaoûL 169S, il y fui eUeflivement ambassadeur depuis le '2 janvier KV.IcS 
jusqu'au "29 juillet 1()9U. — ^^ sur ce personnage A. de Boislisle : M. de Boii- 
repuus, la Marine el le Jésastre de la Ilour/iie. l^xtrait de V Annuairc-Bullelin 
de In Société de V Histoire de France, 1S77, in-8 de 14 p, 

■2. Archives nat., K 1349, IX, n° 75. 

3. Le P. Ilennepin est demeuré à la XouVelle-I-^rance entre le mois de sep- 
tembre 1675 et la seconde moitié de Tannée 1681 (cf. Thwaites, t. I, note 1 de 
la p. 3 ; et introduction bi()gra]:)liique, passim). 

4. I/ouvrage que cite inexactement ici M. de Bonrepaus est la Description 
de la Louisiane, nouvellement décou\erte au sud-ouest delà Nouvelle-France, 
par ordre du Roy... Paris, \'euve Scbastin Iluré, 1()83, in-l"2. 

5. On sait que le père Ilennepin déclare lui-même être né à Ath (Ilainaut), 
aux abords de Tannée 1640; selon l-*. Maryry cité par Ilarrisse [Aoles pour 
serrir à l'hisloire... de la Xoiivelle-France, \). 145 , il serait né à Roy d'une 
famille orij;inaire d'Ath. C'est vers 1690 qu'il repassa en Belj^ique, d'où, en 
I696-1()97, il passa sur le terriloii^e des l-*rovinces-t'nies et aurait gagné I.a 
Haye el Amsterdam (d'après T m A\is au lecteur » du P. IIenne[)in lui-même, 
et la biographie de Thwaites, y)<7.s.v//H). 

('). Voilà une inflicalion nouvelle relative à ilennepin, (pii explique pourquoi 
la Nouvelle décourerte fut imprimée et publiée à Ulrecht, el non à Amsterdam, 
où notre auteur aurait .\ainL'meiil d'abord, selon Thwaites iouv. cité, I, 
p. xxxix) qui suit Ilennepin lui-même, cherché un éditeur. 

7. ]\ouvelle découverte d' un très f/rand pays situé dans l Amène/ ue, entre le 
Nouveau-Mexique et la mer (ilaciale... A Clrecht, chez (luillaume Broedelet, 
1697, in-l"2. — Xouveau voijai/e d'un païs plus ijrand (jue l'Europe. .. A L trecht, 
chez Antoine Schouten, 1698, in- 12. 



UN Kl'ISObi; K.NOKÉ DE LA VIE DU P. IIENNEPIN 283 

« Épilres liminaires fort bisarres pour un Uiligieux [sic) ' , el il 

« fait actuellemenl imprimer un troisième volume des découvertes 

« qu'il prétend avoir faites dans celte partie du monde - ; mais 

(( la mesme inquiétude qui Ta fait sortir de France luy fait désirer 

« à présent d'y rentrer. Il m'en est venu faire la proposition, et 

« je luy ay dit simplement que je me donnerois l'honneur de vous 

« en escrire, el je le fais, Monsieur, non pas que je croye que cet 

« homme vous puisse estre fort nécessaire pour l'avancement des 

« Colonies de l'Amérique septentrionale, mais j'ay crû que vous 

« ne sériés peut estre pas fasché d'oster cet homme de ce païs, 

« et de l'envoyer à Quebeck, oîi il y a plusieurs religieux de son 

1 . \'oici quelques phrases de Y Epitre dédicaloire « au Roy de la (irande- 
Breta^iie » placée en tète de la Xoiivelle Dec tiiveiie qui semblent susce])libles 
de légitimer cette appréciation de Bonrepaus : n Que je recueillcrois un glorieux 
fruit de mes pénibles voyag^es, Sire, s'ils pouvoient contribuera faire connoître 
un jour ces vastes j:)aïs sous l'auyuste nom de \'ôtre Majesté : Je mestimerois 
même fort heureux, si sous votre llovale protection et par les secours de vôtre 
souverain pou\oii-. je pou\ois servir de ^uide à quelques uns de vos sujets 
pour y aller porter la lumière de f Evangile de Jésus-Christ et en même temps 
la connoissance de vos rares vertus, et la douceur de votre Domination... 
Jay veu moy même N'ôlre Majesté prendre soin de conserver nos l'^glises dans 
les Pays bas et d'en défendre le pillage, pendant (|ue ceux que leur conscielice 
oblig'eoit à les j^rotéger, violoienl hautement et à la face du Soleil le respect qui 
leur est dû... Il y a long- temps. Sire, (jue ce grand Koy [le roi d'I^lspagne], trop 
éloigné de nos Païs bas pour pou\oir défendre les l^tals quil y possède, a 
trouvé en \ ôtre Majesté un vaillant et fidèle Défenseur, qui, étant secondé par 
l'invincible Mlecleur Duc de Bavière, conserve ces pauvres païs à mon Souve- 
rain, pendant qu'un autre Monarque, qui luy est si proche par le Sang et qui 
professe la même Relig^ion que luy, a employé toutes sortes de moïens pour l'en 
dépouiller... C'est par l'authorité de mon Sou\erain et avec l'agréement (sic) 
de Sa Majesté, de son Altesse Electorale de ISavière et de ses Ministres, qui 
m"a été donné, et en même temps avec le consentement par écrit des Supérieurs 
de mon ordre (jue je me suis entièrement dévoué au service de \'ôtre Majesté... 
J'adoreray toujours mon Dieu. Je demeureray toujours attaché au Gi'and 
Monarque, qui a daigné me recevoir sous sa protection. Et, de plus, je consa- 
creray mes soins, ma plume et tous mes travaux au généreux Défenseur de ma 
Patrie et de nos Autels, qui m'a fait la grâce de me donner un favorable accès 
à sa (^our, en un temps auquel, selon toutes les apparences, d'autres Poten- 
tats m'auroient négligé, ou jieut-ètre même m'auroient interdit la leur. » 

"2. Il s'ai^it ici, crovons-nous, de la traduction anglaise intitulée : A Xeiv 
Discorcri/ of ;i \';isl (^oiinlri/ in Anu-rica... To A\-hich is added several New 
Discoveries in North-America, not publisirtl in llie trench I<]dilion. London, 
j)rinted for M. Bentley, J. Tonson,... KHKS. 



284 SOCIÉTÉ DES AMERICANISTES DE PARIS 

« ordre ' et où M"" le Comte de Frontenac ^ le pourroit retenir 
« sous prétexte de l'employer aux missions de Quebeck ^, et 
« l'empescher par ce moyen de revenir en ce pays exciter les 
« Anglois et les Hollandois à faire de nouveaux establissemens 
« dans l'Amérique méridionale^. J'altendray vos ordres, Mon- 
« sieur, sur cela, et j'observeray icy cependant le secret qu'il m'a 
(( recommandé, et que je trouve moy mesme qu'il est nécessaire 
(c de garder... » 

2*^ Pontchartrain à Bonrepaus \ 

« Monsieur, 

« ... Je rendray compte à Sa Ma^*^ de ce que vous prenez la 
({ peine de m'escrire au sujet du Père Ilennepin, Recollé ^ {sic), 
« et je vous feray sçavoir ses intentions sur son sujet... » 

« A Versailles, le 2 juillet 1698. 

(( Pontchartrain, » 



1. « Plusieurs ». Et même beaucoup! Depuis 1670, date à laquelle ils 
revinrent au Canada avec l'intendant Talon, en elFet, les Récollets remplirent 
surtout le rôle de curés dans les paroisses du pays ; ils avaient deux couvents à 
Québec à la fin du xvn" siècle. Lorsque Mgr de Saint-Vallier rentra en P^rance 
en 1692, il ramena avec lui, en une seule fois, 14 Récollets qui vinrent accroître 
le nombre de ceux qui se trouvaient déjà au Canada (Lorin : Le comte de Fron- 
tenac, p. i'M). 

2. Louis de Buade, comte dePalluau et de Frontenac, gouvernait alors pour 
la seconde fois le Canada (depuis 1689) ; il devait mourir peu de temps après la 
date à laquelle Bonrepaus écrivait cette lettre, le 28 novembre 1698. — Sur 
son œuvre au Canada, \. II. Lorin : Le comte de Frontenac (Paris, A. Colin, 
1895, in-8). 

3. Il nous semble résulter de cette phrase qu'il convient d'attribuer à Bonre- 
paus la première idée de la décision prise en mai 1699 par Louis XIV, de faire 
arrêter le P. Ilennepin par les administrateurs de la Nouvelle-France, le jour 
où il lui arriverait d'y débarquer. 

4. Sic, pour « septentrionale ». 

5. Archives nai., K 1349, IX, n" 85. 

6. Les mots soulignés, dans ce document comme dans les suivants, sont écrits 
en chiffres dans les lettres adressées à M. de Bonrepaus par Pontchartrain. 



L"N ÉFlSODi: IGNORÉ DE LA VIE DU P. HENNEPLN 285 

3" PonLcharLrainà Bonrepaus. 

(( ... J'ay rendu compte au Roy de ce que vous avez pris la 
(( peine de inescrire au sujet du Père Hennepin. Sa Majesté veut 
(( bien hiy permettre de revenir en France et elle luy accordera 
« la permission de retourner en V Amérique septentrionale 
« comme il le désire ' . . . 



« A Versailles, le 9 juillet 1698. 

« PONÏCHARTRAIN. » 

4'- <( A M. de Pontcharlrain (A La Haye, le M juillet 1698) ^ 

« ... Depuis ce que je me suis donné l'honneur de vous 
« escrire, Monsieur, au sujet du Père Hennepin, il m'est venu 
« trouver et m'a fait voir des lettres qu'on luy écrivoit d'Angle- 
« terre, par lesquelles il paroisl qu'on y forme une compagnie 
« pour la l'ivière de Mississipi ', et qu'on luy demande des 
u mémoires sur cela ; mais comme cet homme est fort inquiet, 
(( il me fit connoistre le désir qu'il avoit d'aller faire un tour en 
« Italie, et qu'il en Irouvoit l'occasion par un (^ap"*^ d'un grand 



I. Archives nal., K V.W.). IX, ii" 88. 

•1. Arcliives nat., IC 13 iO, IX, n" 89. 

3. Cf. la lettre de M. de Gallières au raiiiistrc de la Marine en date du '2 juin 
1691) : '< Il [ Destalysj ma adjousLé que dans l'embarras où les Anglais estoient 
de faire subsister les l'^rançois de la Relif^ion, le Uoy Guillaume avoit envoyé, 
l'automne passé, trois vaisseaux remplis pour prendre possession du Mississipy, 
alin de les y l'aire habituer et de s'en défaire par ce moyen » (P. Margry : 
Mémoires el DociiDieiils pour .servir à l' histoire des ori(jines fr. des prii/s donlre- 
mer, l\\ p. ;}()4-305 ; v. encore ihid.. p. lHi-!U5). — Coii\ient-il de rattacher 
au renseignement foui-ni ainsi par le P. Ileiniepin à Bonrepaus le projet, pos- 
térieur de treize mois, dont [larle le roi à d'Iberville à la date du 19 août 1699? 
K II m"a esté remis une carte que je vous en\oye dune Pu\ièrc qui court presque 
nord et sud d'aupi'ez du lac l^rié au «^oljjiie du Mexique, k l embouchure de 
laquelle on prétend que îles François réfuqiez en Angleterre ont dessein de 
s'estahlir. Je vous envoyé aussy une lettre qui m'a esté escrile sur ce sujet » 
(Archives du ministère des Colonies, B 20, fol. 247 v"-2i8 r"; Margry, ouv. cité., 
t. I\', j). X\\). 



286 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

« vaisseau de Toscane qui est à Amsterdam, qui luy offroit de le 

(( prendre pour aumônier de son vaisseau. J'ay crû ne le devoir 

« point détourner de prendre ce party, cet homme n'estant point 

'< nécessaire en Canada, et mon intention ayant esté seulement 

« de Toster de ce païs et de l'occasion d'exciter les Anglois à faire 

<( de nouveaux establissements dans l'Amérique septentrionale. Il 

« m'a cependant dit qu'il repasseroit en France pour aller en 

« Canada dès que je luy manderois que vous l'aviés agréable, et 

(( il m'a laissé son adresse ; mais cet homme ne sçait rien de ces 

(( pays là que vous ne puissiez sçavoir mieux que luy par les 

« mémoires de feu M'" de la Sale et de plusieurs autres personnes 

'A qui sont encore dans le service et qui ont esté employez à cette 

(( découverte... » 

5*^ Pontchartrain à Bonrepaus ^. 

(( Monsieur, 

a ... Je vous ay escrit que le Hoy trouvoit bon que vous accor- 
« dassiez au Père Ilennepin^ Hécolel, lu permission de revenir 
« en France, et quelle le ferait passer à Quebeck par la pre- 
« mière occasion ; mais comme il n'est question que de luy oster 
« les occasions cf exciter les Anglais et les Hallandois d'aller 
« chercher le Mississipi [sic), il luy importe peu qu'il aille en Italie 
« ou en Canada, ne pouvant nous rien àouwev que nous ne soyons 
« en estât d'avoir beaucoup plus seurement par d'autres canaux que 
(( le sien — 

A Versailles, le 23 juillet 1698. 

« Pontchartrain. » 

La simple publication de ces documents permet de se rendre un 
compte exact de ce qui se passa entre M. de Bonrepaus et le Père 
Hennepin ; aussi nous semble-t-il inutile de reprendre et de résumer 
les faits qui s'en dégagent. Mieux vaut agir comme nous avons eu 
naguère occasion de le faire en publiant un document inédit sur La 
Hontan ^ et constater simplement que cette courte série de textes, 

1. Archives nat., Iv 1349, IX, n^ 90. 

2. Unclocumenl inédit sur Lahonlan [Journal de la Société des Aniéricanisles 
Je Paris (t. IV, 1903, p. 196-203). 



UN ÉPISODE IGNORÉ DE LA VIE DU P. HENNEPIN 287 

en même temps qu'elle nous révèle un petit épisode juscpi'à présent 
insoupçonné de la vie très mouvementée du religieux récollet, jette 
une certaine lumière sur d'autres épisodes de sa vagabonde exis- 
tence. Elle nous montre comment le P. Hennepin a été amené à 
passer en Italie, soit dès 1698, soit un peu plus tard ' ; elle nous 
explique dans quel but le roi Louis XIV, après s'être désintéressé 
des faits et gestes du moine récollet, prit, à la fm du mois de mai 
1699, la décision de faire arrêter ce missionnaire par les autorités 
de la Nouvelle-France, si jamais il débarquait dans la colonie ' ; 
elle nous fournit enfin sur la publication de ses deux derniers 
ouvrages des renseignements complémentaires de ceux que nous 
possédions déjà. 

Telles sont les raisons pour lesquelles les documents inédits dont 
on vient de lire le texte nous ont paru dignes d'être publiés dans le 
Journal de la Société des Américanistes de Paris ^. 

1. On ne sait pas exactement, en elfet, quand Hennepin descendit en Italie ; 
ce qui est seulement certain, c'est que le l*""" mars 1701 il était à Rome au cou- 
vent de VAra Coeli et qu'il avait, écrit à celte date J.-B. Dubos à Thoinard, 
<( emberluquoqué le cardinal Spada, lequel lui taisoit le fonds d'une nouvelle 
mission pour les pays mississipiens » (Bruuet : Manuel du Libraire, t. III 
[5" éd.], col. 97, v" Hennepin). 

2. Brodhead : Documents relative to the colonial history of the State of New- 
York, t. IX, p. 701 (cité par H. Harrisse : Notes pour servir à l'histoire... de 
la Nouvelle France, p. 148). Cf. aussi Thwaites, introd. citée, p. xli. — Voici 
d'ailleurs le texte français ori^nnal de cet ordre royal, tel qu'il est énoncé dans 
le « Mémoire du Roy auSr. Ghev''. de. Callières, Gouverneur et son Lieutenant 
général, et au s"" de Ghampigny, Intendant de Justice, Police et Finances de la 
Nouvelle-France (A Versailles, le 27 may 1699) : ...Sa Majesté a esté informée 
que le Père Hennepin, Recolet flamand qui a esté autrefois en Ganada, vouloit 
y retourner. Gomme Sa Majesté n'est pas satisfaite de la conduite de ce reli- 
gieux, Elle veut qu'ils s'asseurent de luy s'il y repasse, et qu'ils le renvoyent en 
France par les premiers vaisseaux, et qu'ils l'adressent à l'Intendant de Roche- 
fort, à qui Sa Majesté fera sçavoir ses intentions sur son sujet » (Archives du 
ministère des Golonies, B 20, fol. 199 v°.) 

3. Il nous a été impossible, malgré nos elîorts, de nous procurer le travail 
de M. N. E. DioNNE sur Hennepin, ses voyages et ses œuvres (Québec, 
R. Renault, 1897, in-4") ; mais M. Reuben Gold Twailes, le dernier biographe 
d'Hennepin, n'ayant pas eu connaissance des documents dont on vient de 
lire la transcription, nous nous croyons pleinement autorisés à les considérer 
comme inédits. 



NÉCROLOGIE 



A. BASTIAN 

Le 3 mars dernier, la Société berlinoise d'anthropologie, d'ethnographie et de 
préhistoire et la Société de géographie de Berlin organisèrent une cérémonie 
commémorative en l'honneur de leur président d'honneur, M. Adolf Bastian, 
décédé à Port of Spain, le 3 février de l'année courante. Le compte rendu de 
cette solennité se trouve publié dans la Zeifschrifl fur Ethnologie, 1905, fasci- 
cule 2 et 3. 

A. Bastian naquit à Brème le "2(3 juin 182(3. Il lit des études de jurisprudence, 
de sciences naturelles et de médecine, dans cinq universités dilFérentes. Devenu 
docteur en 1850, il entreprit, comme médecin à bord d'un navire, un voyage 
en Australie et ne rentra dans sa patrie qu'après huit ans. De 18(31 à 1865, il 
séjourna en Asie. Il visita l'Afrique en 1873. Deux ans plus tard, nous le trou- 
vons en Amérique où il rassembla, avec de précieuses collections, les matériaux 
de son livre, Z>te Cullurlânder des Allen Amerika. C'est moins une vue synthé- 
tique originale sur les civilisations de l'ancienne Amérique, qu'une compilation 
où des citations de valeur fort inégale se suivent, souvent sans lien apparent et 
sans références précises. En 1878, Bastian lit un voyage dans les mers australes 
et dans la Nouvelle-Zélande. Son sixième voyage le porta au Turkestan, en 1889- 
1891 ; son septième, à Java, en 1896-1898, et son huitième, en 1901-1903, à 
Ceylan. Malgré son grand âge, il ne resta que 5 mois à Berlin et repartit cette 
fois pour la Jamaïque d'où il ne devait plus revenir. 

En 1896, V Internationales Archiv fur Ethnographie publia une liste de ses 
ouvrages. Ceux-ci, au nombre de plus de 200, portent sur l'ethnographie géné- 
rale et descriptive, sur l'ethnographie muséale, sur la géographie, la philoso- 
phie, le droit, le folk-lore, les sciences coloniales, les sciences religieuses, 
l'anthropologie, l'archéologie, etc. On le voit, Bastian ne s'était pas confiné 
dans une spécialité. Son tempérament ne lui a pas permis de suivre le procédé 
lent, mais sûr, des monographies, qui consiste à rassembler patiemment des 
faits dans un domaine déterminé, à les classer et à en dégager logiquement des 
conclusions. Son esprit le porta vers les sphères plus libres de la spéculation. 
Il construisit laborieusement des théories dont il ne sut pas tempérer l'obscu- 

Socièlé (les Américnni.stes rie Paris. 10 



290 SOCIÉTÉ DES AMÉHICAMSTES DE l'AKIS 

rite par un style clair et coulant. Ses périodes, surchargées crincidentes et 
embarrassées de parenthèses, sont faites pour décourager la patience des lecteurs. 
Mais n'insistons pas sur ces critiques et reconnaissons dans l'illustre dél'unt 
un esprit de toute premiôi^e force, animé par l'amour le plus désintéressé de la 
science. Le splendide xMusée d'Ethnographie de Berlin est son œuvre et le cou- 
ronnement de sa longue carrière, et la part prépondérante qu'il prit à la fonda- 
tion de la Société d'anthropologie, d'ethnographie et de préhistoire de Berlin, 
suffirait à elle seule pour lui assurer la reconnaissance de la postérité. 

Ed. 1)K JONGUE. 



BULLETIN CRITIQUE 



Pliny Earle Goddard : Life and Culture ofthe Hupa. — Hupa Texls (L. Lejeal), 

— * Alfredo GnAVEiio ' : El Monolito de Coatlinchan [h. Lejeal). — * II. Fis- 
cher : Eine Alt-Mexikanische Sfein-Figur (Ed. de Jon;.;he). — Le Mexique 
au début du A'.Y*- siècle (L. Lejeal). — E. Fohstemann : Kommeutar zur 
Madrider Maya-Handschrift. — Kommenlar zur Pariser Maija-Handschrift 
(L. Lejeal). — * K. Sapper : Der Gegenuuïrtige Stand der Elhnographischen 
Kennlnis von Mittel-Amerika (l'id. de Jonghe). — * Bcitrâge zur Anthropo- 
logie.' Etnographie und Archaeologie Niederl. Westindiens (Ed. de Jon<.;he). 

— * Jh'' L. C. Van Paniiuys : Amerikanistiche Sludien (L. Lejeal). — 
Karl vou den Steinex : Diccionario Sipiho (Lucien Adam). — *Eric von 

RosEN : Archaeological Researches on the Front icr of Arqeniina and Boli- 
via. — The Choroles Indians (L. Lejeal). — Samuel A. Lafone-Quevedo : 
Viaje arqueolôgico en la Région de Andalgalà (E. Boman). — Félix 
F. (3ltes : La Alfareria indigena de Patagonia. — Arqueologia de Hucal 
[\\. Boman). — * D"" P. Eurenreich : Die Ethnographie Sûdamerikas ini 
Beginn des XX. Jahrhunderts [K. Boman). — *!)' Yn;,^var Niei.sen : Nor- 
maend og Skraelinger i Vinland {Eu^. Beauvois). — Jules IIumbert : Les ori- 
gines Vénézuéliennes. Essai sur la colonisation espagnole au Venezuela 
(Gabriel Marcel). 



Pliny Earle Goddard. Life and Culture of the Hupa. — Hupa 
Texts. Berkeley (Cal.), Universily Press, 1903-1904, in-S» de 
278 p. eL 30 j3l. {University of California Publications'., Ame- 
rican Archaeology and Ethnology, vol. I) 



La série inaugurée parce volume est destinée à combler une lacune. La litté- 
rature relative aux Indiens de la Californie semble pauvre, quand on la com- 
pare à rénorme bibliothèque déjà publiée sur les populations indigènes du reste 
des l''tats-L^nis. Le travail le plus important que je connaisse, sur cette ethno- 
graphie du Far-West, est celui de Stephen Power, Trihes of California., œuvre 
intéressante, mais il faut bien l'avouer, œuvre de curieux, d'artiste, de lettré, 
plutôt que de savant, parue d'ailleurs en 1877, et, par conséquent, vieillie. C'est 
pour la remplacer que travaille le jeune Institut anthropologique de Berkeley, 
à la naissance duquel nous applaudissions naguère ^. Très judicieusement, les 

1. L'astérisque désigne les ouvrages publiés à roccasioii du XIV^' Congrès des 
Américanistes. 

2. V. Journal, nouv. série, t. I, p. 381. 



292 SOCIÉTÉ DES AMÉKICAiMSTES DE PARIS 

collaborateurs de M. Fred. W. Putnam et Alfred L. Kroeber ont préféré à la 
rédaction d'un traité d'ensemble celle d'une série de monographies, plus faciles 
à tenir, dans la suite, au courant de la science. L'étude que je présente ici à nos 
lecteurs se compose de deux parties d'inégale étendue (88 et 290 pages in- 
octavo). La première donne l'ethnographie complète du peuple considéré ; 
l'autre, tous les monuments recueillis de son folk-lore. 

On nomme Hupa le groupe d'indigènes californiens, cantonnés aujourd'hui 
en « réservation », dans huit villages du N.-O., sur les bords du Trinity-river. 
En 190"2-1903, il ne comptait plus guère que 450 individus. Mais cette infinie 
tribu est, ethniquement, sœur des Navajos, et des Apaches de l'Arizona et du 
Nouveau-Mexique, parente des Déné-Dindjié du P. Pelitot, des Cliilcotins, 
Porteurs, Sekanais, Babines, etc., plus récemment observés par le P. Morice 
dans le Dominion canadien. En d'autres termes, les Hupa appartiennent à cette 
famille, jadis si considérable par le nombre et par l'habitat, que les américa- 
nistes désignaient autrefois sous les noms de Tinneh ou Tinné et qu'ils 
appellent, aujourd'hui, plus justement, Déné ou Athapaskane. On voit l'intérêt 
qui s'attache aux recherches de M. Goddard et la base sérieuse qu'elles offriront 
à des comparaisons utiles. 

L'ouvrage débute par une brève description du territoire actuel des Hupa et 
un historique sommaire de leurs rapports avec les blancs. Vient ensuite 
l'étude systématique de l'habitation, du vêtement, de l'alimentation, de l'indus- 
trie, de la vie sociale et religieuse, tels qu'ils s'offrent actuellement. La 
civilisation matérielle dont les premiers chapitres nous offrent le tableau est très 
mélangée. Elle combine, avec certains détails propres aux Hupa, d'autres traits 
communs à toutes les tribus de la Californie et même de la Colombie britan- 
nique. C'est le cas, en particulier, pour la maison, du moins la maison d'hiver 
[xorita], demeure permanente dont le type se rencontre très loin vers le nord, le 
long du littoral du Pacifique; c'est le cas pour les étuves [tuikijiiw), faites en 
terre battue, selon le modèle circulaire trouvé par M. Dixon chez les Maidu. 
Mais ici le xonta sert proprement de gynécée : les femmes y dorment seules, 
pendant que les hommes abritent leur sommeil dans l'étuve. Ce fait annonce 
une moralité sexuelle assez stricte. 

Pour l'habillement, rien de siii generis n'est à signaler chez nos Athapaskans 
californiens ; de même, quant à l'alimentation dont le poisson et le gibier 
forment le fond, avec la farine de glands, comme dans toute la Californie indi- 
gène. Il faut noter que les Hupa, pas plus que leurs voisins, ne connaissent 
l'usage du mortier. L'origine ancienne des nombreux instruments de ce genre, 
fournis par la région, s'affirme ainsi de plus en plus. Industriellement, tous les 
peuples californiens sont d'incomparables haskel-makers. Les Hupa ne font 
point exception à cet égard, sans que leur technique diffère des techniques voi- 
sines. Le seul point un peu particulier, c'est que la décoration de leurs baskets est 
essentiellement géométrique. Sans doute, certains motifs ornementaux sont, dans 
l'usage courant, désignés sous des vocables animaux. Mais, en réalité, ils ne 
rappellent en rien les formes zoologiques dont ils portent le nom. Peut-être 
(c'est, du moins, l'hypothèse de M. Goddard) ont-ils remplacé d'autres gra- 



BULLETIN CRITIQUE 293 

phismes plus approchés de la réalité. Quoi quil en soit, la confection de cette 
vannerie, malg-ré sa délicatesse, n'est point, comme ailleurs, Tapanage d'une 
catégorie d'ouvriers déterminés. L'existence d'un fabricant d'arc (mort, du reste, 
aujourd'hui) dans un dei^ huit villag-es est le seul exemple constaté d'une spé- 
cialisation quelconque du travail manuel sur les bords du Trinity-river. 

I>es Hupa toutefois, au point de vue économique, occupent sur l'échelle 
sociale une place un peu plus élevée que beaucoup d'autres Californiens. Ils ont 
une monnaie qui consiste en dépouilles de certains oiseaux (particulièrement 
le pivert) et surtout en coquilles de dentalia. L'estimation de celles-ci se fait, 
d'après leur longueur, rapportée à une sorte d'échelle que chaque individu 
porte tatouée sur le bras gauche. L'usage d'une valeur fiduciaire a, sans doute, 
réagi non seulement sur les échanges, mais aussi sur l'état social. Elle doit 
notamment avoir contribué à constituer une sorte de propriété individuelle 
embryonnaire qui se montre à côté de la propriété collective. Chaque individu 
est maître de ses armes, de ses outils, de son canot, de certaines catégories 
de vivres (et, pour préciser, d'une partie de sa chasse et de sa pêche). Il pos- 
sède aussi en propre ses vêtements, exception faite des peaux de daim et de 
cerf blanchies qui servent à la célébration des rites de saison et sont considérées 
comme une espèce d'usufruit entre les mains du guerrier. D'autre part, mis de 
côté certains territoires de culture, de chasse et de pêche, la terre également 
paraît matière à possession personnelle. Il y a donc des riches et des pauvres et 
des inégalités de fortune qui exercent une répercussion politique. Car c'est, 
précisément, le plus riche propriétaire qui, dans chaque village, est reconnu 
comme chef. En général, son titre passe à son fils, à moins qu'une fortune plus 
considérable ne se révèle au moment de la vacance. C'est qu'en effet, l'au- 
torité du « head-man » est onéreuse à exercer. Certains des biens qu'il pos- 
sède sont à la disposition de la communauté, pour le produit en être distri- 
bué en cas de famine. 

Ces chefs de village n'ont d'attribution religieuse que pour certaines fêtes. 
Les plus importantes, par exemple les danses de l'automne (préparation aux 
chasses collectives), de l'hiver et de l'été (qui se présentent comme des liturgies 
solaires), regardent un organisme spécial qui réunit les villages, deux par deux, 
en une espèce de fédération, lùifin, pour la guerre, c'était aux deux villages les 
plus septentrionaux qu'il appartenait de fournir le chef militaire de tous les 
Hupa. Ainsi, rapports fréquents entre les diverses agglomérations du groupe, 
voilà ce que nous apprend la lecture de Hupa Life. Néanmoins, à l'état actuel, 
ce petit peuple en train de disparaître ne constitue plus, à proprement parler, 
une tribu. Chaque village a repris son autonomie. Mais chacun d'eux est 
encore organisé comme un clan. Clan familial, puisque toutes les familles qui 
l'habitent sont apparentées et occupent, dans l'enceinte du village, une ou plu- 
sieurs demeures déterminées par la parenté du chef de famille avec le « head- 
man ». Cette localisation d'après les liens du sang s'étendait, dans un passé 
assez proche encore, à la maison même, où les individus avaient leur place 
spéciale et marquée, pendant le jour. Et, linguistiquemenl, la nomenclature 
de parenté conserve des traces d'un tel usage. Le mariage, base du pacte fami- 
lial, a pour origine l'achat, avec cette particularité très remarquable, elle aussi, 



294 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

que la situation d'un homme dans la famille et dans le clan dépend du prix 
pavé jadis comme rançon de sa mère. Ceci doit être un reste de matriarcat pri- 
mitif. Il en est d'autres : l'auteur de Hupa Life indique quelques cas où les 
enfants appartiennent à la famille de la femme. On sait, d'ailleurs, que de nom- 
breuses tribus de la famille « Denné », fixées à l'est des Rocheux, admettent 
encore l'intimité par filiation féminine. Mais, de toute façon, la famille est 
ici l'unité sociale. On l'a vu par les relations de la famille avec la commu- 
nauté villageoise. On le voit encore par le système judiciaire, uniquement 
fondé sur une série de compensations qui rendent la famille, et spécialement le 
chef de famille, responsables du crime, du délit, du dommage, commis par 
l'un des membres. 

Cette solidarité familiale, on s'attendrait à la trouver associée à quelque insti- 
tution totémique Les textes colligés par M. Goddard n'en donnent aucun 
exemple. Le règne animal joue cependant un rôle dans la vie sociale et reli- 
gieuse des Hupa, mais c'est sous la forme de tabous d'alimentation. Les prohi- 
bitions religieuses en général sont en nombre considérable (tabous sexuels, 
tabous de maladie, tabous funéraires, etc.), avec, pour sanctionner les infractions, 
des rites purificatoires compliqués. Ici intervient le shaman (pour employer l'ex- 
pression de M. Goddard qui aurait peut-être bien fait de lui préférer le terme 
de « medicine-man »). II apparaît encore dans la chasse aux mauvais sorciers et 
faiseurs de maléfices et dans la guérison des maladies. Ce dernier point nous 
montre chez les Hupa des procédés curatifs, — emploi de certaines plantes, 
conjurations, succions (en vue d'expulser du patient « l'âme de la maladie », 
c'est-à-dire l'esprit malin), déjà rencontrés ailleurs. Mais Hupa Texts nous 
apporte aussi une méthode thérapeutique fort curieuse, par récitation d'une 
formule qui relate tous les cas morbides similaires, enregistrés aux temps 
anciens, et tous les moyens imaginés pour les guérir. Cette espèce de memorare 
se termine par une courte prière aux inventeurs. Ainsi l'évocation du remède 
semble jouir de la même vertu que le remède lui-même. 

Ce texte, de même que la plupart des textes « shamanistiques », conservés 
par l'anthologie de M. Goddard, est une formule secrète. Savoir comment se 
transmettent ces formules et tous les secrets du « medicine-man » serait intéres- 
sant. Lesshamans, en pays hupa, sont-ils héréditaires et forment-ils une caste 
fermée, ou simplement une sorte de confrérie ? Quelles sont, dans ce cas, les 
conditions pour y être admis ? C'est ce qu'on ne nous apprend pas d'une façon 
bien précise. De même, les rites funéraires sont bien sommairement traités 
dans les deux parties du mémoire. L'enterrement du cadavre, selon M. God- 
dard, avec les objets appartenant au défunt, est la règle exclusive. Mais com- 
ment s'accomplit-il ? Des offrandes ultérieures sont disposées autour du tom- 
beau. Mais à quelle occasion ? Et le tombeau, quelle en est l'anatomie? Pour 
compenser ces lacunes, on nous donne un grand nombre de prières, rites ver- 
baux, exorcismes que je néglige, et de légendes mythologiques dont on peut 
résumer ainsi les traits dominants : 1" les Hupa n'ont conservé aucun récit de 
création proprement dite du monde et de l'homme. Yiniantawinayai, leur héros 
le plus fameux, apparaît comme un organisateur, plutôt qu'un créateur des 



BULLETIN CRITIQL'E 295 

choses et des êtres. Il s'était entouré d'un peuple antérieur à Thumanité actuelle, 
le Kixunai^ inventeur des arts utiles qui, avec lui, a refïagné, au moment où 
parut riiomme, les régions célestes ; "2" entre le « premier peuple », Kixunai, 
et leur propre race, les Ilupn nadmetLent aucun rapport de filiation ; ils croient, 
néanmoins, le i-ejoindre un jour dans une demeure d'au-delà qui porte, elle 
aussi, le nom de hixunai. 

Ces idées mythiques seraient bonnes à rapprocher de ce que nous connais- 
sons dans le même genre, des autres rameaux alhajiaskans. De même, une com- 
paraison linguistique s'impose. A première vue, les textes de j\I. Pliny Earle 
Goddard semblent assez diIFérents des lexles navahos du D' Malthews, des 
textes déné-dindjié de ral)bé Pelitol, des textes monlagnais du R. P. Legoiï, 
des textes nahanais et porteurs du Iv. P. Morice. Cette différence doit provenir 
d'une dillerence dans le mode de transcription. La méthode de M. Goddard, sur 
ce point, coïncide à peu près avec les principes phonétiques adoptés par le 
« Bureau américain d'Ethnologie », auxquels tout linguiste doit désormer se con- 
former, sauf quelques modilications de détail. Quant aux traductions qu'il 
publie, Tauleur a travaillé avec l'aide des indigènes les plus intelligents et les 
plus versés dans la langue anglaise. Ce sont là de sérieuses garanties qui dis- 
pensent un profane d'apprécier la valeur philologique de ce livre. Quant à sa 
valeur ethnographique, le résumé qui pi-écède l'a, croyons-nous, suffisamment 

démontrée. 

L. Lejeal. 



*Alfredo. CiLWKHO. Kl Monoli/o de Coritlinchnn. Mexico, iiiiprenla 
del Museo nacional, 1901-, brochure in-i" de 27 p. el 7 figures. 

Cette brochure nous cnli-aîiie sur un terrain brûlant et où l'air sent la poudre. 
A la thèse soutenue par notre collègue, M. Chavero, dans El Monolilo de 
CoalUnchan, M. Leopoldo Batres a répondu avec son énergie coutumière. 
D"où, riposte de M. Chavero \ élégante et digne; puis, contre-réplique de 
M. Batres, etc., etc. Cet incident a pu fournir de copie les journaux et amu- 
ser la société de Mexico, durant quelques semaines de Thiver dernier. A dis- 
tance, il nous fait siiuplement déplorer qu'au temps actuel, un débat scien- 
tifique puisse encore dégénérer en discussion personnelle et c'est pour cela seul 
que nous en parlons. En deux mots, voici l'airaire, — l'alFaire archéologique 
s'entend. La « Piedra de los Tecomates » (ou monolithe de Coatlinchan), étu- 
diée dans le dernier numéro du Journal, par AL l">rnest Ilamy -, à propos 
d'un mémoire de M. l'ingénieur Becerril, est-elle un Tlaloc ? Ne représente-t-elle 
pas plutôt Chalchiuhllicue, l'épouse de Tlaloc, la « diosa del agua, la de cauda 
azul » ? La première opinion est celle de M. Batres, partagée, d'ailleurs, au 

1. El Monolilo de Coullinchan, Mexico, American Bock andPrinling- Co., novienibre 
de 1904, in-lOdeS p. et I phot. 

2. V. Journal, t. II, nouv. sér., p. 1G4. 



296 sociÉri': iJi:s améiucamsiks dk i'aius 

Mexique, par beaucoup de uiexicauistes de loul rauL;'. La seconde, fiuMmilée 
jadis, ])our la première fois, |)ar M. .1. Sancluv. lui ad()|)lée par M. (Ihaxero, en 
son IJisloria de Mexico. J^e présent lra\ad, « discpiisicu'i ai(pieoliiL;ua. pi'csen- 
lada al \I\'" ConL;'reso de Americanislas -, n'esl cpTun dé\-elopp(Mneiil de 
riivpothèse, a\'ec de nou\eau\ eL iKunhreux ari;unienls, eni|)runl(''> à 1 liL^liu'io- 
yraphie espagnole cl aux (Jodices. (^etle tlissertaLinn. Iix-s liKéraire el li'ès bien 
conduite, se lit avec plaisir. Mais, api'ès comme axant, il est (lilliiMle de con- 
clure. J^es textes iu\oqués (Pomar, l)uran, 1 orcpiomada. etc. (ll^ent, il est 
vrai, que les deux statues successives, éle\ées à Tlaloc sur le (^errn de ('oalliu- 
chan, étaient, lune de couleur blanche, lautre tle u piedra ne^ra >•. La seconde 
en date, ajoutent-ils, axait « la grande/a y estalura de un cuerpo liumaiio > . liien 
(le tout cela ne semble donc se rapporter à un monolithe fie [dus de six métrés 
de long, taillé dans une andésite grise. En ouli'e, le Tlahic de Coatlinchan était 
« senlado » (assis), et la « Piedra de los Tecomates » nous oll're un |iersonnage 
debout. Mais, dun autre côté, les auteurs ne menlionnent nulle pari l'érection, 
en ces parages, dune statue colossale de Chalchiuhllicue, l'emme de Tlaloc. Ils 
n'apportent, [)ar suite, à la solution de M. C'diavero, cpi Un iémoignage 1res 
mitigé. Il nous resterait, pour nous décider, l'aspect de la ^ piedia ", son vête- 
ment, sa coiirure. Or M. Chavero l'ax'oue avec sa grande lovante, sa descrip- 
tion diirère sensiblement de celle de ses contradicteurs. La mutdation qu'il 
considère comme un résultat des actions atmosphériipies, les antres l'appellent 
« bra/.o roto ». Ce c[u il nomme « enaguas » i jupon; devieni, dans l'autre 
camp, un niuxllall (caleçon). Incerlitude désastreuse dans le ])rol)léme de la 
recherche des sexes ! Ainsi, les observateurs directs i\u monument ne s'ac- 
cordent point pour nous apprendi'c comment il est l'ait. A l'apimi de leurs 
observations divergentes, la meilleure image qu'ils nous apportent est une pho- 
tographie \ médiocre du reste, de !(> centiméti-es sur il. ('omment veulent-ils 
<jue nous nous prononcions, nous cpii n'avons pas vu ? Le monolithe c[ui causa 
tant d'émoi est certainement un dieu de l'humidité l'écondante. Mais, nous 
n'en savons pas plus. Tlaloc? Chalchiuhtlicue ? (]ruelle énigme I 

LIne observation subsidiaire j)our linir. Dans une note de la page il, où 
M. Chaxei'O parle d'Aubin avec un [)eu plus d'indulgence qiie beaucoup tie 
Mexicains, il se méprend sur le sens d'une exi)ression (pi'd tiou^e sons la plum.e 
de NN'aldeck : ^ ...Je donne le présent (reçu) à M. Aubin pour cerlilier la i-enon- 
ciation que j'ai laite en sa faveur de ce hcnu nuircam... >• Cela wv signdie point, 
comme M. Chavero semble le croire, que W'aldeck vendit à Aubin //// //■.■ufnicnl 
(« un tro/.o ») du Tonalamall Le monolithe de Coallinchau est u un beau 



morceau <> ! 



L. Li:.u:ai,. 



i. Pul)liée pour la première fois par M. Ikilres, dans Tluloc/, Mexico, imprenta 
Gante, 1903, lam. VIII. 



BULLETIN CRITIQUE 297 

*II. FiscHEH. Eine AU-Meaihuni.sche Sieiu-figur. Brocli. de 4 p. 
in-4'' avec 5 fig. (Extrait du Glohu.s\ t. LXXX^^ ii" 22, 11)04;. 

Le comlc K. von I.iiulen a obtenu la translation au musée crethno}:^raphie de 
Stultf^art, dont il est le créateur, de quelques pièces intéressantes qui passaient 
inaperçues au milieu des collections artistiques et archéolof;iques de cette ville. 
Parmi ces objets, on remarque surtout une pierre sculptée de l'Ancien Mexique, 
qui fournit à M. Fischer l'objet d'une courte, mais substantielle communication 
au Glohus. 

D'après M. Fischer, cette pierre proviendrait du couvent de \\ eingarten, en 
Wurtemberg;-, qui fut sécularisé en 1803. Quoi qu'il en soit, nous sommes 
maintenant renseignés sur sa signification. C'est une statue du dieu de l'air, 
Quetzalcouatl. Elle oirre cette particularité que ce dieu est représenté presque 
en entier sous forme de squelette ; il est de plus entièrement couvert de sym- 
boles, dont l'interprétation assez facile permet de l'identifier avec certitude. 

Pour la finesse de l'exécution, celte statuette compte parmi les meilleures 
pièces de l'archéologie mexicaine. M. II. Fischer Ta décrite avec une exactitude 
et une précision toutes scientifiques ; il s'est abstenu soigneusement de tout 
commentaire superllu, se contentant d'interpréter dans leurs grands traits les 
dilférenls symboles. Cinq images bien réussies complètent agréablement cette 
description qui servira de préface à la savante étude, encore manuscrite, pré- 
sentée par notre maître et ami, le D*^ Seler, au XIV'' Congrès des Américanistes. 

E. DE J. 



Le Mexique nu début du XX'' siècle, Paris, Ch. Delagrave, s. d, 
[1905], 2 vol. peLil m-l'ol. de 39:3-375 p., 19 fig. dans le texte, 
5 caries et 3 pi. h. l. 

Ces deux gros volumes ont été composés, nous dit la préface, pour donner 
du Mexique au début du xx'' siècle, un tableau analogue à celui qu'en traçait 
Humboldt, il y a cent ans, dans son célèbre Essai politique sur le^royaume de 
la Nouvelle-Espagne . L'initiative du projet rcAient au ministre plénipotentiaire 
de la Républicjue mexicaine à Paris, notre collègue, M. Sébastian de Mier. 
Toutefois, malgré la qualité de son promoteur, la publication n'est officielle que 
par la provenance des documents qu'elle a utilisés. Pour la soustraire à tout 
soupçon de partialité et d'optimisme, M. 'de Mier s'est exclu lui-même de toute 
collaboration et l'ouvrage se présente sous la signature de M. Emile Levasseur, 
membre de l'Institut. Avec lui, quinze autres écrivains français, spécialistes 
autorisés, ont été désignés pour montrer, sous ses divers aspects, la vigoureuse 
nation dont la grande « ^^'orld's Fair » de 1900 avait déjà révélé les étonnants 
progrès dans toutes les provinces de l'activité humaine. Choix flatteur, tâche 
intéressante pour nos savants et nos publicislcs ! Mais le souci, — je dirais 



298 



S(»(;ii;ti'; dds ameiucamstks di-; paris 



volontiers : la cotjuellcrie — , (ini a écarlé le concours des Mexicains, n'est-il 
pas un peu cxcessiF? 

Pour ma part, je nie penncls de le (U''pl>ii'ci'. imi tinistalant (pie, de tons ces 
collaborateurs ('■niineni-, bien peu connai-saiciil dr risii le pa\s et la société 
(piils étaient cliar^t's d'éliidiei'. ()ii s en apeiTe\ia peiii-etre en ces |)a^!4es. 11 
leur niaïupjc, parfois, ce contact personnel a\ec les rt'aliles décrites (pu donne 
une partie de sa \aleiir à 1 l:ss;ii jjnliln/iic et ipii lit nne partie de son succès; 
il leur man<iue, jiarlois, le relielet la \ le. l n aulre défaut, c est quon y cherche, 
en vain, ruiiilé, si (_liflicile à réaliser, d'ailleurs, daii'~ les (emres collectives. 
Entre ces mono,t;'raplues indépendantes les unes des autres, les deux excellents 
morceaux insérés par M. Lexasseur, l'un comme pi'éi'ace, 1 autre en manière 
de conclusion, ne par\ienneiil pas toujours à étal;)lir le lien, et les disparates 
atteignent parfois la coiilra(^lictioii. Pour ne prendre tpi un exemple, les auteurs 
ne paraissent pas posséder .une doctrine bien homogène sur la période coloniale 
de l'histoire du Mexicpie. Les uns sont [)ar(is, comme d'une vérité démontrée, 
des théories accréditées à cet égard par une certaine école d'hislorieuB et, sur- 
tout, d'économistes, c'est-à-dire condamnent sans allénuation le régime esjja- 
gnol. Les autres imieux d accord, à mon sens, avec les lailsj se risquent à lui 
rendre justice et distinguent, ainsi qu'il convient, entre les époques, les 
hommes et les institutions. 

Au ])oint de \ue matériel, il y aurait cpiehpies aulres reproches à formuler. 
Ainsi, pour(pioi une si élégante tvpographie est-elle déparée de Lipsiis, portant, 
par malheur, sur des termes locaux et des noms propres, plus ou moins aisés à 
rétablir pour bien des lecteurs incitons ; ado/es, naliua/^ tetchi//, tricgo, Ma/u/- 
sley,Menodoza, y-d\loili(l , \ //lasco) ? ( )n \-inidrait , d'autre pari, de |)lus fré(pientes 
et plus précises références, surtout (piaiid il s'agit de la bibliographie locale, 
si peu abordable en lùirope. ( >n regrellc enlin l'absence titlale de tables et de 
répertoires, capables d'asMii'er rorienlation facile et ra|ji(le dans ces 800 pages, 
bourrées de renseignemeiils. l^lles ne s'adressent pas qu'aux lecteurs cpii lisent , 
elles peuN'cnl fournir un manuel de consul lai nui cmiraiile, très utile aux lecteurs 
(pu tra\ailleiit. 

()n en jugera par la liste des chai)itres (pu^ \oiei : 

7'o/)(c /'■''. — 1. lIisloireM. Le\as<eur ; 'J. Aperru géographique il"]. Ueclus); 
!i. l\)pulalion et colonisation i^l'rince Ibdaiid 1 ionapartej ; 4. Institutions poli- 
li(pies, judiciaires et adminislratives i l>éon lîourgeois); 5. Agriculture (llippo- 
l\le (iomol^; (">. Mines cl indus' ries minières (Louis de Launay,); 7. industrie, 
commerce et na\igalion (.Vllred Picard]. 

Tiiine II. "~ <S. (chemins de {'c\' et tra\anx |)nblics iCamilie Iv^'anl/.) ; U. Postes, 
télégraphes et tél(''phoiies Mu-liel Lagra\ei; 10. Monnaies, change et !)anc|ues 
(A. de Fovillej ; II. l''inaiices ( Paul Leroy-P.eaulieu i ; l'2. Instruction publique 
(Ocla\-e Gréardj; \'A. Sciences (All)in ilalleri; I i. .Art et littérature (Jules 
Claretie) ; L"). Armée et marine (dénéral Niox) ; Kl. lîelations extérieures 
(d'Estournelles de Constant j ; 17. Conclusion générale (h!. IjCvasseur). 

C'est, on le voit, toute une eiicyclo|)éd:e. Le point de \ur actuel, celui de la 
science économicpie el ])oliti(pie, y est, bien entendu, prépondérant, C(Mpii nous 



BULLETIN CRITIQUE 299 

interdit un compte rendu détaillé. h]n dehors de rinlroduction historique, un 
seul de ces chapitres rentre directement et tout entier dans le cadre du Journal, 
le chapitre de l'ethnographie ', rédigé par le Prince Roland Bonaparte avec une 
ampleur qui en fait une teuvre originale. Les vicissitudes de la nationalité mexi- 
caine en ce siècle sont exposées là de main de maître, et la prochaine fusion 
de tous les éléments ethniques du pays en un grand peuple de métis, d'aptitudes 
très souples. Cet avenir est, dès à présent, préparé par le pi-ogrès de l'unité lin- 
guistique. L'auteur nous apporte à ce sujet des données dune abondance et 
d'une précision bien rares, même dans les ouvrages locaux, sur la situation pré- 
sente des idiomes indigènes, leur domaine territorial, leur importance numé- 
rique. Ils n'ont plus de littérature. L'Église catholique a cessé de s'en servi»' 
dans ses rapports avec les iidèles. En outre, ils ne sont plus guère employés que 
par '2 millions d'hommes. Le nahuatl, parlé par GôO.OOO individus ; le maya, 
par 250.000 ; le zapotèque de rOaxaca, par 224.000 ; l'otomi, par 205.000; le 
mixtèque, par 165.000, tiennent les premiers rangs. Les autres langues — 
totonaque, tarasque, huastèque — n'ont qu'un nombre d'adeptes bien inférieur. 
Toutes, sauf le maya qui a dû à des circonstances particulières un regain de popu- 
larité en ce siècle, sont en décroissance ; toutes (sauf le maya, usité, naguère 
encore, exclusivement dans certaines régions du Yucatan) sont employées 
concurremment avec l'espagnol, langage usuel de tous les groupes urbains 
et même des grandes haciendas, le seul enseigné aujourd'hui dans toutes 
les écoles, même indiennes. La langue est un facteur tout-puissant d'amalga- 
mation. Le régime social en est un autre. A ce point de \ ue, l'tcuvre décisive 
de la présidence Porfirio Diaz est la loi dite de reparfo qui a org-anisé la pro- 
priété individuelle parmi les autochtones, supprimant, sauf pour les forêts, l'an- 
tique régime de possession collective, maintenue par la conquête espagnole. Ce 
grave changement qui, sans doute, stimulera l'activité agricole indigène, ne 
s'est pas accompli sans résistances. C'est lui que visait la tenace résistance des 
montagnards de la Sonora méridionale, « guerra del Yaqui ». Agriculteurs labo- 
rieux, les Yaquis fournissaient à la mise en valeur du sol national une main- 
d'œuvre estimée, mais entendaient demeurer fidèles au système communautaire, 
à cause de l'autonomie partielle qu'il comportait. Maintes fois, ils en appe- 
lèrent aux armes. Une suite de campagnes savantes installa des camps retran- 
chés sur les positions importantes de leur canton, espèce de Kabylie mexicaine. 
(( Ils perdirent la hauteur escarpée où se dressait leur Capitole rustique. » Ils sont 
aujourd'hui vaincus, sans retour oifensif possible. De parti pris, on les a trans- 
plantés, incorporés dans l'armée, confiés comme colons à des propriétaires 
d'haciendas. Parallèle à cette défaite, il faut enregistrer celle de ïindio bravo, 
consommée depuis le traité de 1890 qui a permis le passage réciproque de la 
frontière aux troupes des liltats-L'nis et du Mexique, lancées à la poursuite des 
Apaches. Plus récemment, on a vu s'éteindre, enfin, la révolte, déjà demi-sécu- 
laire, des Mayas du Yucatan oriental qui, depuis 1847, abritaient derrière une 
zone de forêts et de marécages leur dangereuse confédération de Chan-Santa- 

1, T. ]'■'•, p. 81-1:^0. 



300 SOCIÉTÉ DES AMKRICANISTES DE PARIS 

Gruz, remplacée désormais par le territoire militaire de Quintana-Roo. Aux 
récents insoumis, comme aux peuplades depuis lonj^temps tranquilles, le nou- 
veau réf^ime agraire est indistinctement appliqué. Voilà donc la tribu indigène 
partout supprimée, comme régulatrice de la condition matérielle de ses membres. 
Autant dire qu'elle a cessé d'exister. Par-là même est tombé le dernier obstacle 
à l'universel métissage, — car les individus isolés défendent mal la pureté de 
leur sang — , et à l'assimilation, — car les mélanges ethniques sont la mort des 
coutumes les plus vivaces. Dans cet ordre d'idées, elle est significative, quasi 
symbolique, la suppression, tant de fois essayée par le clergé des diocèses à 
Indiens, mais aujourd'hui complète, des « verbenas ).) de la Semaine sainte. 
Les voyageurs ne relateront plus avec tristesse ces fêtes, réminiscences de l'an- 
cien polythéisme aztèque qui, après les cérémonies chrétiennes, « comprenaient 
les plaisirs les plus profanes et se terminaient, la nuit, dans une ivresse et une 
licence sauvages ». Au prochain siècle, que garderont encore des anciennes tra- 
ditions les recoins les plus reculés de Variknoum Mexico ? Les Tarahumars, les 
Huichols, les Pimas et les Opatas, qu'y observe maintenant la curiosité d'un 
Lumholtz et d'un Diguet, ne seront plus, eux-mêmes, qu'un souvenir, depuis 
longtemps submergés comme éléments ethniques sous les flots de la population 
mixte. 

Ces vues sur l'avenir, scientifiquement déduites de l'analyse du temps présent, 
ne font point tort dans la monographie du Prince Roland Bonaparte à l'étude 
de l'histoire. 11 consacre de longues pages à la formation du groupe de race 
blanche. C'est la première fois, à ma connaissance, qu'est indiquée avec tant de 
netteté la part respective des divers contingents espagnols dans le peuplement 
du Mexique. Part variable selon les époques! Dans le début, les troupes les plus 
denses d'émigrants furent fournies à la Nouvelle-Espagne, comme à toutes les 
régions hispano-américaines, par les pays de la couronne de Castille, parce que, 
peut-être, les expéditions colombiennes, ayant été subventionnées par la seule 
Isabelle, les sujets de celle-ci étaient plus facilement admis dans les terres nou- 
velles. En tout cas, cette difTérence s'elTaça bien vite. A la fin du xvi^ siècle, si 
les Andalous continuaient à tenir la tête, l'émigration des Castillans proprement 
dits était très ralentie, et les Navarrais, les gens de Valence, les Basques surtout, 
avaient pris les premiers rangs. Quant à l'aventureuse Catalogne, c'est vers les 
entreprises méditerranéennes et orientales que la portait plutôt sa situation géo- 
graphique. Du reste, les exodes n'étaient vraiment actifs qu'aux époques de 
paix. Les grandes guerres de la Maison d'Autriche et les corsaires français, 
hollandais, anglais les raréfièrent, les suspendirent souvent. L'avènement des 
Bourbons rouvrit un ère de départs réguliers, pendant laquelle l'Espagne du 
Nord tint le rôle prépondérant. En principe, sous le régime colonial, les immi- 
grants européens au Mexique étaient, et toujours, des Espagnols. Les sujets des 
provinces extérieures, Italie méridionale, Sardaigne, Milanais, Pays-Bas, 
Franche-Comté, n'obtinrent jamais, au temps de l'union, la licence officielle 
d'établissement dans le Nouveau-Monde. Le Portugal, annexé de 1580 à 1640, 
fit seul exception à la règle. Grave erreur que cette exclusion globale, fait juste- 
ment observer le Prince Rojand Bonaparte. En effet, « les Italiens auraient pu 



BULLETIN CRITIQUE 301 

fournir au Mexique ce que FEspagiic ne lui envoyait i;ucre : des aj^riculteurs ; 
les Français de Franche-Comté et des Pays wallons ainsi que les Flamands des 
Pays-Bas, des artisans et des colons en quantité ». Le Conseil des Indes, qui 
écartait l'élément non péninsulaire, fermait a fortiori la porte aux colons de 
nationalité étranj^ère. Dans la pratique, il est vrai, la rigueur de la loi fléchis- 
sait i)arfois. Par là s'expliquent des cas comme celui du célèbre ingénieur qui 
assécha le \al de Mexico, Enrique Martinez, de son vrai nom très français, 
Henri Martin. « D'autres étrangers, venus comme prêtres, officiers, techniciens, 
employés et aventuriers s'établirent dans le pays. Des naufragés et des prison- 
niers de guerre, traités avec humanité, y restèrent également, » Quand on rap- 
pelle devant lui, — et dans leur audience de réception, telle est l'invariable 
habitude des ambassadeurs espagnols à Mexico, — l'origine hispanique du 
peuple mexicain, le général Porfirio Diaz ne manque jamais de répondre : « Le 
fait est vrai en partie. » Les mots en partie indiquent bien que, tout en étant 
flatté de la parenté espagnole, on n'entend pas renier les autres accointances 
ancestrales. 

On peut voir, par cette dernière analyse, que le vice-président /le la 
Société des Américanistes a largement demandé au passé l'explication du pré- 
sent. D'autres rédacteurs du Mexique au début du XX^ siècle l'ont imité et l'on 
aurait à glaner nombre de détails d'une réelle nouveauté documentaire dans les 
chapitres les plus inattendus. Chargé de décrire l'agriculture mexicaine actuelle ', 
M. flippolyte Gomot a pris pour base de son exposé l'évolution des grands 
domaines territoriaux et des procédés agricoles. Et cette méthode lui a inspiré 
maints tableaux agréables et justes dont il convient de donner un spécimen : 
« On a comparé Vhacienda au manoir féodal, accueillant les vassaux réfugiés 
sous son égide à la fois protectrice et oppressive. l'^lle a été longtemps, en effet, 
une forteresse, surtout dans les régions exposées aux incursions des Indiens 

sauvages Chaque propriétaire devait alors se défendre lui-même sans faire 

à la loi un inutile appel. L'hacienda était donc entourée de murailles crénelées 

qui, quelquefois, enserraient les habitations des ouvriers Plus d'une de ces 

enceintes ont soutenu des sièges. Il y a peu d'années encore, les fortifications 
étaient soigneusement entretenues et, nuit et jour, des sentinelles veillaient 
aux portes. » 

Un peu plus loin, la monographie consacrée par M. de Foville aux 
" Monnaies, change et banques » -, intéressera tout autant l'historien, par la 
contribution qu'elle apporte à la numismatique hispano-américaine. Elle nous 
présente la série des principaux types monétaires frappés au Mexique, depuis 
la création du premier Hôtel des Monnaies, en loIJj. Et voici, d'abord, ces 
pesos d'argent de huit réaux, émis sous Charles-Quint et qui se décoraient 
fièrement, au revers, des Colonnes d'Hercule couronnées, » issant de la mer », 
avec la devise : « Plus ultra. » C'était déjà le coluninario des collectionneurs, 
cette piastre mexicaine, appelée comme le thaler de Marie-Théi'èse, mais, avant 

1. T. le'-, p. 193-200. 

2. T. II, p. 85-114. 



302 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

lui, à une si persistante fortune dans le monde entier, à cause de sa loyauté, de 
la constance de son poids et de son titre. Sous toutes les latitudes, on l'a vu, 
on la voit encore passer librement des mains blanches de l'Européen dans la 
main, brune ou cuivrée, du Nègre et du Chinois « A Canton, les commer- 
çants indigènes ont l'étrange habitude d'y iusculpter leur marque », comme une 
sorte d'endossement. Ailleurs, pendant bien longtemps, les Célestes mirent à 
part celles qui venaient de Guadalaxara, Durango, Oaxaca, réputées aurifères, 
en raison de leur provenance... 11 n'est pas de monnaie plus intéressante 
parmi celles des temps modernes. » L'organisation de la frappe monétaire est 
contemporaine, ou peu s'en faut, des débuts de l'imprimerie dans la Nouvelle- 
Espagne. Lisez, à ce propos, dans l'exposé de M. Claretie ', l'installation du pre- 
mier imprimeur envoyé (en 1536) au Nouveau-Monde, le Lombard Juan Pablos, 
élève du fameux Jean Cromberger, de Séville, et les circonstances, en général 
peu connues, dans lesquelles, dès 1558, l'art typographique fut affranchi à 
Mexico de toute entrave corporative par cédule royale de Philippe H. 

Mais, en voilà, je pense, assez pour recommander le monumental ouvrage à 
tous les mexicanistes. L'aperçu géographique, dû à la plume colorée du maître 
Elisée Reclus (ce sont, sans doute, les dernières pages qu'il écrivit), les excel- 
lentes cartes dressées sous sa direction, achèvent de donner toute sa valeur à 
ce « hand-book >■>, un peu massif, à la vérité, mais indispensable. 

L. Lejeal. 



I. Ernsi FÔRSTEMANN, Kommentar zur Madrider Mayahandschrift 
[Codex Tro-Cortesianus). Danzig, L. Sauniers Buchhandliing, 
1902, in-8« de 136 p. 

II. — Kommentar zur Parizer Mayahandschrift [Codex Pere- 
sianiis). Danzig, L. Sauniers Buchhandlung, 1903, in-S'^ de 32 p. 

L Dans le premier de ces deux commentaires, l'ancien bibliothécaire de 
Dresde, revenant, pour la fortifier, sur une démonstration de M. Léon de Rosny, 
achève de prouver que le « Manuscrit de Madrid », avec ses deux parties 
[Manuscrit Troano et Codex Cortesianus), longtemps considérées comme dis- 
tinctes et autonomes, ne forme qu'un seul et même Codex : le Tro-Cortesianus 
(au nom barbare, quoique commode). A la suture {Troano, p. A. ou 36, et Cor- 
tesianus, p. 22, verso), déterminée par l'américaniste français, dans ses Docu- 
ments écrits de l'Antiquité américaine, M. Forstemann en ajoute une autre 
[Cortesianus, p, 21, et Troano, p. 35, recto). Comme interprétation du docu- 
ment, le travail de notre savant collègue, par sa méthode prudente et solide, 
dilfère tout à fait (est-il besoin de le dire ?) des fantaisies cosmologiques, cata- 
clysmes, éruptions et tremblements de terre, de l'abbé Brasseur, Ainsi examiné, 
expliqué soigneusement, et planche par planche, figure par figure, signe par 

1. T. II, p. 223-266. 



UULLliTlN CRITIQUE 303 

signe, le manuscrit nous apparaît, dans sa majeure partie, comme un manuel 
d'économie domestique, ou mieux comme un mémorial quotidien des occupa- 
tions rurales. Voici le labourage, la chasse (spécialement, la chasse au cerf, 
manik), peut-être encore la confection des idoles agraires et familiales, plus 
sûrement le sacrifice des chiens aux « Bacabs >• des points cardinaux, et, en 
tout cas, l'éducation des abeilles, avec les fêtes, déjà décrites, du reste, par 
Diego de Landa, que les propriétaires de ruchers consacraient annuellement à 
Ahau-lil-Cab et autres protecteurs de Tapiculture. Quant au calendrier propre- 
ment dit, supputations astronomiques, calculs de computs et de cycles, il ne 
faut point chercher dans le Tro-Corlesianiis la belle abondance et l'exactitude 
qu'on remarque dans le Dresdensis. Le scribe du Tro-Corlesianus ignorait 
visiblement l'usage de certains grands nombres, tout au moins leur traduction 
graphique. Il confond souvent les signes numériques les uns avec les autres et 
la régularité de ses colonnes, la correction de ses séries en souffrent plus 
d'une fois. 

Sans aborder le problème délicat de l'origine et de l'époque de composition 
du manuscrit, M. Fôrstemann serait porté, d'après les constatations que je 
viens de résumer, à voir dans le texte de Madrid un monument de civilisation 
inférieure. Mais les défaillances dont on s'étonne ne sont-elles pas imputables à 
l'auteur plutôt qu'à son milieu? Il semble, en tout cas, avoir été originaire 
d'une autre région de langue maya que l'auteur du Dresdensis. La preuve, 
c'est la succession des symboles diurnaux du mois vigésimal qu'il développe en 
son œuvre. A la série commençant par le jour Aan, qui est celle détaillée dans 
le Dresdensis, nous voyons substituer ici la suite dont le jour initial est imix 
(le cipHclli, espadon ou monstre marin des Mexicains). C'est, en somme, le sys- 
tème aztèque, celui, également, des Quiches et des Gakchiquels. Le Tro-Corlesia- 
nus nesl presque qu'un « Tonalamatl ». Et ceci pourra servir ultérieurement à en 
préciser la patrie. II présente, d'ailleurs, d'autres caractères, notamment quant 
à l'iconographie. Ainsi l'icône divine du type A (le dieu à grand nez et à langue 
pendante) s'y rencontre beaucoup moins souvent que dans le Dresdensis. Mais 
on aurait peut-être tort de déduire de ce fait des conséquences, des différences 
religieuses trop étendues. Ainsi le Tro-Cortesianus remplace généralement 3, 
très fréquent aussi dans le Codex de Dresde, dans les séries diurnales ou 
annuelles par l'icône du type C (le dieu à la face ornée). B et G correspondent- 
ils à des divinités distinctes? M. Fôrstemann le croit. Il fait de B, à juste 
titre, un dieu de vie, un dieu créateur qu'il assimile, non sans raison, avec 
Kukulkan, c'est-à-dii^e Quetzalcoatl. C'est, d'autre part, interprété comme le 
dieu de la Petite Ourse. Mais l'auteur y reconnaît aussi la figure d'un ozomalli. 
On est donc amené à se demander si ce singe ne serait pas, plus simplement, un 
succédané atmosphérique de Kukulkan, c'est-à-dire, pour employer la nomen- 
clature du Panthéon mexicain, son « l<]hecatl ». 

Un « a, b, c hiéroglyphique », sorte de coordination des signes et des sym- 
boles, complète utilement ce premier ouvrage. 

II. Le Tro-Corlesianus , inférieur au Dresdensis par la valeur du contenu, lui 
est aussi inférieur parle soin matériel et la beauté de l'exécution. Au contraire, 
le Peresianus (qui ne doit son nom qu'à une annotation portant le nom de Pio 



304 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Ferez) rappelle le bel art du manuscrit saxon. Il est, malheureusement, le plus 
court et le moins bien conservé des trois documents précolombiens que nous a 
laissés la pictographie maya. Une grande partie de ses vingt-deux planches sont 
elFacées et le milieu de chaque page seul est lisible. Aussi la besogne du com- 
mentateur est-elle ici fort ingrate. Gomment explicjuer sûrement des signes et 
des images incomplets disparus? Pour ne prendre que quelques exemples, les 
animaux mythologiques, l'oiseau Moan, les serpents, le chien, le vautour, le 
jaguar, etc., manquent tout à fait dans notre « Manuscrit de Paris ». De même, 
les signes des quatre régions du monde. Maison n'en peut rien inférer, — sinon 
que ces icônes et ces symboles se trouvaient peut-être dans les parties muti- 
lées ou perdues de la peinture. Car, par ailleurs, tout l'appareil scripluraire, 
toute la symbolique du Peresutuiis, répèle celle de ses deux congénères. Le 
dieu A, représentation probable d'un dieu de la mort, équivalent au Micllante- 
cuhtli: le dieu B, dont je parlais tout à l'heure, reviennent un certain nombre 
de fois, et également les types E (divinités du maïs) et F (dieu de la guerre et 
des sacrifices humains;. Ces deux dernières divinités sont même ici les plus fré- 
quentes, avec K (le dieu à ornement nasal, dieu astronomique et, probablement, 
stellaire, selon M. Forstemann) et avec N (dieu de la lin de l'année). 

Kn somme, joints au « Commentaire », déjà célèbre et presque classique, que 
M. Forstemann donnait, en 1901, du Codex Drcsdcnsis \ les deux volumes 
que nous venons de signaler, — bien tardivement, — forment une véritable 
encyclopédie de la paléographie maya. Elle comj^lète, critique et rectilie l&s 
travaux desdévanciers (Rosny, Brinton, Cyrus Thomas, Fewkes, Kaynaud, etc.) ; 
elle résume la doctrine personnelle de l'auteur, déjà partiellement exposée en 
d'innombrables articles. La somme de notions, ainsi incluse en moins de iOO pages, 
est vraiment étonnante et ces trois « Commentaires » resteront comme l'un de 

nos bréviaires. 

L. Lejeai,. 



*K. Sapper. Der gegenicîirtige Stand der ethnocirnphischeii Kenntnis 
von Mittel Amerika. Mit 7 Tafeln u. 8 Ab])il(lungen im Text. 
Ds. Arc/i. f. Anthrop. (Nouvelle série, III, 1904, fascicule I, 
p. 1-38). Brauiiscliweig, Friedrich Vieweg uncl Sohn. 

M. Sapper est l'auteur de plusieurs travaux remarquables sur l'Amérique 
centrale, dont quelques-uns parurent dans Pclermans MitteiliiiKjen, dans le 
Glohiis, dans Vlnleni. Arch. fur Ethnoc/rapliie ; d'autres furent publiés à part, 
comme les Mitlelainerihanische lieisen iiiid Slndicn (Braunschweig, 1902), 
dont je rendais compte ici, en a\ril dernier. Aujourd'hui, le professeur de 
Tubingue nous donne un résumé, une synthèse de ce que nous savons sur 
les Indiens de l'Amérique centrale. Pour lui, l'.Amérique centrale comprend 



1. In-X" de !"() p., l)res<h'n, liicliard Herlling. 



BULLETIN CRITIQUE 305 

cette espèce de pont qui relie rAmérique du Nord à celle du Sud et qui est 
limité, d'une part, par Tisthme de Tehuantepec et, d'autre part, par l'isthme 
de Panama. M. Sapper ne nous offre pas un simple exposé critique des études 
dont ces Indiens ont été l'objet; il s'elForce, au contraire, de réduire à de justes 
limites la partie bibliographique et de nous servir surtout des données positives, 
fruits de ses observations personnelles. 

Cette étude comprend trois parties bien distinctes qui sont traitées dans leur 
ordre logique : 1° extension territoriale des tribus indiennes ; 2° notions anthro- 
pologiques à leur sujet; S"" leur degré de culture. 

La première partie ressort de la géographie, et plus particulièrement de la 
cartographie. Ceux qui ont dressé des cartes ethnographiques de l'Amérique 
centrale ont adopté ou bien la méthode historique, comme Orozco y Berra, ou 
bien la méthode, dite géographique ou d'observation personnelle, comme 
Berendt, ou bien les deux combinées. De plus, leurs cartes sont en général 
purement linguistiques. Et de fait, les cartes linguistiques tracent le mieux et 
le plus clairement les limites des tribus. Il faut remarquer cependant que les 
domaines linguistiques ne couvrent pas exactement les domaines de tribus : 
l'étude des civilisations doit donc compléter celle des langues. M. Sapper 
s'inspire de ces principes pour apprécier et critiquer les cartes ethnographiques 
de l'Amérique centrale ; puis il expose à son tour l'extension territoriale des 
divers groupes d'Indiens. La liste des pages 9 et 10, ainsi que la carte finale, 
résument très bien cet exposé. 

Dans la partie somatologique, nous apprenons que la petitesse de la taille, 
chez les Indiens, semble être pathologique et provenir surtout de l'insufiisance 
de nourriture et de la précocité des mariages. La taille de la femme est en 
moyenne de 12 cm. 2 inférieure à celle de l'homme. Les bras des Indiens sont 
généralement plus longs que ceux des blancs et des nègres. La largeur des 
brasses n'est pas très grande, mais la hauteur de Vhomme assis est assez consi- 
dérable. Pour ce qui est de l'indice céphalique, la plupart des Indiens sont 
mésocéphales et vont jusqu'à l'hyperbrachycéphalie. Ces indications résultent 
des mensurations faites par MM. Fred Starr, ptto Stoll, Hartmann, Gabb, 
Pittier, et pour les Kekchis et les Payas, par M. Sapper lui-même. 

Nous arrivonsàla troisième partie, le degré de civilisation des tribus indiennes. 
Seulement au lieu d'une partie, nous en trouvons trois : l"^ culture matérielle; 
2° organisation sociale; 3° culture intellectuelle. Dans la culture matérielle, 
nous trouvons étudiés successivement : l'alimentation, le vêtement et la parure, 
l'habitation. Cette dernière question est même traitée avec une certaine ampleur. 
M. Sapper ne craint pas d'entrer dans les petits détails de la technique et nous 
décrit les différents modes de construction des maisons indiennes. 

Pour mieux montrer le procédé suivi dans la description de la culture maté- 
rielle, analysons l'étude de l'alimentation. M. Sapper examine d'abord quelles 
sont les espèces végétales et animales comestibles, si elles sont indigènes ou 
importées ; puis, il étudie les moyens de se les procurer, c'est-à-dire l'agricul- 
ture, la chasse et la pêche. Pour chacune de ces industries, il énumère les ins- 

Société des Amérieanistes de Paris. 20 



3(K) SOCIÉTK DKS A.MEIUCAMS'I'KS Di; l'AUlS 

LrumciiLs el la façon de s'en servir. T(Hit ceci ressort de l'homme : celui-ci 
procure et, parfois, conserve les aliments. Le rôle de la femme consiste à les pré- 
parer. Cette préparation amène les sujets suivants ; l'étude du foyer, la mou- 
ture du maïs, la cuisson -du pain, la préparation des boissons, les ustensiles, la 
poterie, etc. 

Après la culture matérielle, M. Sapper étudie l'organisation sociale : le droit, 
la famille, le mariage, le Bitlnrheit, c'est-à-dire le culte, le commerce. T-a culture 
intellectuelle forme la cinquième partie de l'étude de M. Sapper. D'après nous, 
elle formerait plutôt la troisième subdivision de l'étude de la civilisation. Elle 
comprend l'étude de la langue, de l'art (musique et danse, chant, poésie, arts 
plastiques) des jeux d'enfants et d'adultes, de la religion, des mesures, du calen- 
drier, de l'écriture. 

Dans ces deux dernières parties, la méthode est |)lus relâchée que dans l'étude 
de la culture matérielle. J'en rends en grande i)artie responsable la distinction 
entre faits sociaux et faits intellectuels. Cette distinction n'est pas faite 
pour mettre de l'ordre dans les concepts; au contraire, je crois qu'elle les 
embrouille. Puis, elle me semble arbitraire, b^n elfet, je ne vois pas pourquoi 
la danse et la musique, les jeux d'enfants seraient plut(")t des faits intellectuels 
que des faits sociaux. X'eùt-il pas valu mieux diviser cette étude de la civilisa- 
tion, d'après la nature des phénomènes qui la composent, soit par exemple : 
1'^ phénomènes ayant trait à la subsistance ; '1" phénomènes ayant trait à la 
jjrotection de l'individu (vêtement) ; 3*^ phénomènes ayant trait à la protection 
de la famille (habitation); 4" phénomènes juridico-religieux de la famille; 
5" phénomènes économiques ; 0'^ phénomènes linguisti(|ues ; 7" phénomènes 
juridiques; 8" phénomènes religieux; 9*^ phénomènes esthétiques; 10" phéno- 
mènes intellectuels? Tous les faits sociaux et ethnographiques relevés par 
M. Sapper pour marquer le degré de développement de la civilisation indienne 
peuvent trouver place sous une de ces étiquettes et je crois qu'ils y gagneraient 
ainsi en clarté. 

Mais, sans doute, M. Sapper a eu un motif pour distinguer dans l'étude de 
la civilisation, la culture matérielle, la société et la culture intellectuelle : il a 
voulu faire ressortir davantage cette idée, très juste d'ailleurs, que du côté 
social et intellectuel, la culture indienne a subi la plus forte atteinte, tandis que 
la culture matérielle a réagi plus fortement contre l'inlluence européenne, et 
s'est conservée plus pure. 

Des idées générales semblables ne manquent i^as à M. Sapper. Il trou\e dans 
l'Amérique centrale deux centres de culture assez ditlerents : le nord et le sud. 
l']t, dans toute sou étude des faits ethnographiques, il recherche le contraste 
entre le nord et le sud. La culture plus élevée des tribus du nord (Mayas, 
Aztèques et Zapotèques) a ollert à l'influence européenne une résistance plus 
efficace que celle, moins élevée, des tribus du sud. 

Ce sont là des idées maîtresses, qui jettent une lumière singulière sur une 
foule de détails, groupés autour d'elles, belles rendent aussi plus intéressante la 
lecture d'un nK'moire ((iii dispensera certainement de longs travaux prélimi- 
naire- ceux <:[ui veulent aborder l'étude des civilisations centro-américaines. 

Ed. DH JoNGUE. 



Bulletin critique 307 

* Beitriige ziir Anthropologie, Elhnoçj rapide iind Archkeologie 
Niederl. Wes f indiens. liaarlem, Kleinmann 1904, broch. in-4°, 
de 22 p. et i pi. (KxL des Millh. nus Niederl. Reichsnius. fur 
Vôlker/ainde, série II, n*^ 9). 

Le g-oiivernement néerlandais présentait, en 190i, au XIV'' Confi-rès des Amé- 
ricanistes un numéro spécial de publications de son musée ethnographique. 
Ces contributions à l'étude de ranthropologie, de Tethnographie et de l'archéo- 
logie de l'Amérique hollandaise comprennent trois études. 

La première est de ^L le docteur Schmeltz. Celui-ci se réjouit de la transla- 
tion au musée d'ethnographie, où leur place semblait toute marquée, d'un 
dépôt assez considérable de pièces qui appartenaient jusqu'ici au musée d'ar- 
chéologie. Un certain nombre de ces pièces avaient été étudiées par feu le 
docteur Leemans au II'' et au II I*" Congrès des Américanistes. M. Schmeltz en 
donne une liste, avec leur numéro au musée d'ethnographie. Il nous donne, en 
outre, une courte notice biogra]ihique sur deux hommes dont les fouilles n'ont 
pas peu contribué à enrichir les musées néerlandais : C. J. Hernig et A. J. van 
Koohvijk. 

La deuxième étude forme la suite des communications faites par le docteur 
Leemans aux Congrès de Luxembourg et de Bruxelles. Nous y trouvons les 
résultats des recherches archéologiques de van Koohvijk à Curaçao, à Buen- 
Ayre et à Aruba, iles des petites Antilles. A Curaçao, van Iloolwijk a fouillé, 
autant que les circonstances le lui permettaient, trois anciennes stations de 
Caraïbes. Celle située près de la plantation Knippe, a donné les objets les plus 
intéressants et jette quelque lumière sur les coutumes funéraires des anciennes 
populations 

Son séjour à Rincon permit au savant abbé de collectionner, dans l'île de 
Buen-Ayre, de nombreux objets en diorite, en basalte, en schiste argileux. Ce 
sont le plus souvent des coins, des haches, des ciseaux, etc. 

Van Koohvijk passa dans l'île Aruba de 1881 à 1886. Ses fouilles dans cette 
île, à en juger par les belles planches VI, VII et VIII, furent les plus fécondes. 
Nous citons rapidement : le crâne du dernier des Caraïbes, nommé Nicolas 
Pyclas ; puis, dans une ancienne station d'Indiens, des coquillages dont ils 
semblent s'être nourris et qu'ils ont employés comme ustensiles, comme orne- 
ments, etc. ; des ouvrages de poterie, dont quelques-uns avec représentations 
animales et humaines ; et surtout des urnes funéraires, contenant ou ayant con- 
tenu des squelettes. 

M. (i.-A. Koeze (p. 18-'2'i) décrit minutieusement les rares crânes trouvés à 
Curaçao et à Aruba. Ces crânes sont trop peu nombreux et dans un état de conser- 
vation trop peu favorable pour permettre une conclusion sur la constitution phy- 
sique des anciens Caraïbes. 11 est cependant permis de croire qu'ils étaient 
mésocéphales. Les déformations crâniennes qu'ils pratiquaient leur iloiuient 
souvent une apparence de brachyphalie. 

La réunion de ces trois études dans un mêni.e fascicule présente un petit 



308 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

inconvénient. Certains renseignements se trouvent parfois répétés : telles la 
biographie de van Koolwijkpar Schmeltz et Leemans, et l'histoire de la décou- 
verte des crânes par Leemans et Koeze. Ce qui constitue l'unité de ces trois 
articles, c'est la figure sympathique du missionnaire catholique, van Koolwijk. 
Comme tant d'autres de ses confrères, il concilia brillamment avec l'exercice de 
son ministère l'étude désintéressée de l'archéologie et de l'ethnographie. 

Ed. DE JoNGHE. 



*i^^ L. G. van Panhuys. Amerikanistiche Studien. Beitriige ziir 
ElhnogrHphie^ Linguistik undEnldeckungs-geschichte Amerikas. 
Haag (La Haye), Alg^emeene Landskrukerij, 1904, pet. in-4° 
de 32 p. 

Dans cette élégante plaquette, notre nouveau collègue, M. L. C. van Panhuys, 
chef du bureau des Indes occidentales au ministère royal des colonies de La 
Haye et délégué du gouvernement néerlandais au Congrès international de 
]90"2, a réuni les huit petites études qu'il nous avait communiquées à New-York, 
il y a trois ans. En voici les titres, utiles à conserver comme renseignements 
bibliographiques : 

1. Are fhere Pygmies in french Guiana ? 

2. A communication of the Curaçao Society for history... in the Dutch West 
Indies. 

3. About a well known Name given hy the Dutch lohen exploring the Hud- 
son river. 

4. A very brie f gênerai Survey about the early contact between the Dutch 
and the New World. 

5. Indian Words in the Dutch language and in use at Dutch Guiana. 

6. Ways of Paying t/i the New Netherlands, at Dutch Guiana and in the 
former Dutch Colonies of British Guiana. 

7. About the Ornementation in use by Savage Trihes in Dutch Guiana and 
ils Meaning. 

8. A Clainx for the Discovery of the Coast of Guiana by the Dutch. 

J'ai déjà plusieurs fois entretenu* la Société des recherches que le distingué 
fonctionnaire poursuit avec tant de zèle, soit sur la colonisation hollandaise en 
Amérique, soit sur l'ethnologie de ce petit monde des Guyanes où il a si long- 
temps résidé. J'ai, nottmiment, parlé du mémoire, n" 7, sur l'ornamentique des 
nègres Bosh. Ce sont là les pages les plus curieuses de la brochure, où l'on consul- 
tera, d'ailleurs, avec fruit les monographies 1, 3 et 5. La première pose, au 
sujet de l'existence actuelle d'une race naine (les « Maskalili »), dans la Guyane 
française, un problème qui, à notre connaissance, n'a pas encore été résolu. 
M. van Panhuys insinue que ces « Maskalili », s'ils subsistent, seraient peut- 
être parents des « Motayas », mentionnés, en 16'25, par Jean de Laet, dans son 
Nieuwe Wereld. L'étude intitulée About a well known Name... relève d'abord 



BULLETIN CRITIQUE 309 

les noms de lieux laissés par roccupalioa hollandaise à nombre de villes ou 
accidents géographiques de la côte N.-E. des Etats-Unis. L'auteur pense qu'il y 
faut ajouter celui des « Gatskill-mountains », dont le parrain aurait été, selon lui, 
le « Conseiller-pensionnaire», Jacob Cats (né en 1577, mort vevs 1640), qui 
marqua dans l'histoire de son pays, comme fauteur d'entreprises coloniales. 
Comment se perdit le souvenir de ce patronage toponymique, c'est, suivant 
M. van Panhuys,que la prononciation anglaise du nom hollandais Cats est Caats. 
Ainsi, dans la suite des temps, induits en erreur par l'orthographe alphabétique 
du « Catskill », les Anglais y virent un vulgaire c mont des chats» .Enfin, Indian 
Words... est la nomenclature, très complète et très documentée, des emprunts 
de la langue néerlandaise aux idiomes indigènes de la Guyane, 

Les opuscules de M. vaa Fanhuys auraient trouvé leur place naturelle dans 
le volume, si longtemps promis, aujourd'hui enfin publié, des Actes du XIIl*^ Con- 
grès. L'auteur n'a pas eu la patience d'attendre : il a fait imprimer son travail et, 
sous un titre allemand, l'a distribué aux congressistes de Stuttgart. A quelque 
chose retard est bon! Nous y avons gagné un numéro bibliographique intéres- 
sant et... un texte sans fautes d'impression 1 

L. L. 



* Diccionario Sipibo. Castellano-Deutsch-Sipibo. Apuntes de 
Gramàtica Sipibo-Casiellano . — Abdruck der Ilandschrift eiiies 
Franziskaners mil Beitragen zur Kennlnis der Pano-Stâmme 
ara Ucayali^ herausgegeben von Karl von den Steinen. Berlin, 
Dietrich Reimer (Ernst Vohsen), 1901, in-4" de 40-128 p. 

Après avoir accru les familles linguistiques Carihe et Arrouague, par la 
découverte de nombreux dialectes, AL Karl von den Steinen vient de doter la 
famille linguistique Pano, si pauvre jusqu à ce jour, de deux dictionnaires de la 
langue Sipibo ou Chipiho contenant, l'un, 2494, et l'autre, 3108 mots, tous deux 
accompagnés de notes grammaticales, précieuses bien que fort incomplètes. 

La famille Pano a été introduite dans le monde scientifique en 1880 par 
M. Raoul de La Grasserie. Voici, d'après notre confrère, quels étaient, à cette 
époque, le nombre de ses dialectes et l'état de fortune de chacun d'eux : 

1° Le Pano est parlé par des Indiens habitant la région du Haut-Ucayali. 
Castelnau en a recueilli 89 mots et a fait suivre son vocabulaire de quelques 
notes grammaticales (Castelnau, Expédition, tome V). 

■2" Le Coniho est parlé par des Indiens de ce nom qui habitent les bords de 
rUcayali depuis Parûitcha jusqu'au Rio Capucinia, où ils sont limitrophes, d'un 
côté, des Choutaquiros, de l'autre, des Sipibos, sur une étendue d'environ 
soixante-dix lieues. Paul Marcoy a recueilli 131 mots de cette langue [Tour du 
Monde, 1864, II). 

3° Le Pacavara est la langue dindiens vivant sur les bords du Béni, entre le 
11° etle 12'^ de latitude sud. Leur vocabulaire que nous avons extraitdela 
Kansas Cil y Beview est peu étendu. 



310 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

4° Le Caripuna ou Jaun-Avo est parlé près des cataractes du Madeira. 
Nalterer en a recueilli 153 mots. 

5" Le Culino est parié sur les rives duJavary, du Jutai, du Jurua, aftluents 
de droite de TAniazone. Spix en a recueilli 244 mots. 

6° Le Mayuruna est la lan<i^ue d'Lidiens qui habitent la région comprise entre 
le Javary et le Jutai. Spix en a recueilli 137 mots. 

7" et 8° Le Maijoruna est parlé par des Indiens qui demeurent sur les bords 
du Tapichi, Fun des aflluents de TUcayali, au travers des forêts jusqu'à la rive 
gauche du Javary. Castelnau a recueilli 54 mots d'un dialecte dit Mayoriina 
ilonieslica, et 79 d'un autre dialecte dit Mayoruna fera. 

Sous le titre de Ubersicht cler Gesamt Panoslâmme in Peru, Bolivien iind 
Brasilien, M. Karl von den Steinen fait un dénombrement plus complet. Aux 
huit dialectes ci-dessus il en ajoute cinq dont nous possédons des vocabulaires 
plus ou moins étendus : 

Amahuaca ou rlmauca, parlé entre le Purus supérieur et son affluent de 
gauche, le Rio Curamja; 

Chacobo, près du lac Rogoaguado, entre le Béni et le Mamoré ; 

Jaminaua, au confluent des Rios Jaminaua et Envira; 

Kaschinaua, sur la rive droite du Rio Envira; 

Sipibo, sur les rives de l'Ucayali, entre les 7 et 8" latitude sud. 

En 1884, au confluent des Rios Mayro et Pozuzo, par le 10'^ degré de latitude 
sud, dans une cabane où s'arrêtaient habituellement les missionnaires franciscains 
circulant entre Ghanchamayo et l'Ucayali, le naturaliste autrichien Richard 
Payer a découvert, au milieu de vieux papiers abandonnés aux fourmis, un 
manuscrit contenant deux dictionnaires Sipibos, œuvre d'un moine péruvien 
demeuré inconnu. M. Karl von den Steinen a eu la bonne fortune de pouvoir 
s'en rendre acquéreur, et il le publie avec une fidélité scrupuleuse, ayant en 
même temps à cœur de renseigner très exactement les américanistes sur les 
différents habitats des membres de la famille Pano, ainsi que sur l'histoire 
passablement embrouillée des Missions de TUcayali, 

Le manuscrit se compose de deux parties très distinctes et de valeur inégale. 
Je noterai tout d'abord la seconde, c'est-à-dire le Diccionario Sipibo à Castellano^ 
qui est suivi de courtes notes grammaticales sur la déclinaison des noms et sur 
la conjugaison des verbes « Ser », « Ir », « Hacer », « Amar ». 

Il résulte des propres paroles de l'auteur du manuscrit que ce dictionnaire 
et ces notes avaient été composés par un confrère plus versé que lui dans la 
connaissance du Sipibo. 

La première partie est consacrée à un Diccionario de Castellano à Chipibo., 
suivi de notes grammaticales plus étendues que les précédentes sous le titre de 
Apunfes de gramalica que preguniando he reunido. 

Le Dictionnaire est précédé d'un titre et d'un avertissement ainsi libellés : 

« De la langua Chipiba ô ht fiel que hablan las que viven por el Ucayali y 
sus cercanias. 

« Nota. — Esta tiene relacion con el Pano, Remo y Gunibo ; demanera que 



BULLETIN CRITIQUE 311 

sabiendose bien el Chipibo, se habla el pano, remo, y cunibo ; por que son casi 
lo mismo con poca diferencia. 

« Tambien es muy bueno saber esta para los otras tribus quehan tenido alguna 
communicacion cou los del Ucayali. 

(( De la leng'ua Chipiba no he visto sino el Diccionario de Chipibo à Castellauo, 
y ademâs escribo la lengua sin saberla preg'untando â otros y al mismo tiempo 
apuntando ; por que la escribo para aprenderla ; asi es que si este libro llegare â 
manos de alg-uno y encontrase faltas en el Diccionario de Gastellano â Chipibo, 
apuntes de g-ramatica, etc., acuerdase que el que escribio no conocia la falta, 
escribiendo. » 

La sincérité de ce bon P. Franciscain fait entendre une première note gaie, 
dans la publication sévère de M.. K. von den Steinen. b]u voici une seconde, non 
moins gaie, au sujet des Apunfes de gramatica : 

« En estos apuntes puede ser que haya algunas cosas inexactas 6 que no eslen 
como deberian estar; por que me cuesta mucho hacer les entender lo que pre- 
gunto sobretodo hablando de los tiempos de los verbos ; y por eso yo dudo de la 
rectitud de ciertas respuestas. 

En estos apuntes no hago esplicaciones de la gramatica ; por que para haccr 
espUcaciones de alquna cosa se necesita saherla y entender la primera ; y yo 
realmenle no la se por ahora esta lengua. » 

Quoi qu'il en soit des scrupules de ce linguiste sur-honnête, le dialecte Sipibo 
est désormais acquis à la science, dans des conditions telles que la part à faire 
« â las faltas » peut être considérée comme à peu près insignitiante. 

Vax effet, M. K. von den Steinen possède une copie d'un dictionnaire Cuniho 
dont le manuscrit original (?) se trouve à la Bibliothèque du British Muséum, 
et il apprécie la parenté du Sipibo avec le Gonibo en des termes dont je ne veux 
affaiblir ni la netteté ni l'autorité en les traduisant : « Zwishen den beiden 
Sprachen ergibt sich eine so vôUige Ubereinstimmung dass man nicht-einmaj 
von Dialekten reden kann. » 

L'identité des deux idiomes est d'ailleurs mise en pleine lumière dans un 
tableau où figurent les noms des diverses parties du corps. 

Dans deux autres tableaux, les noms de parenté en Sipibo sont réunis pour la 
plus grande facilité des recherches. 

Enfin dans un quatrième tableau, M. K. von den Steinen a réuni ce qui con- 
cerne, dans les divers dialectes, les trois premiers noms de nombre, les pronoms 
personnels, les indices possessifs et l'expression de la négation. 

J'ai dit que M. K. von den Steinen a publié, avec une scrupuleuse fidélité, 
le manuscrit découvert par Richard Payer ; j'ajoute que rarement une tâche 
aussi ingrate a été accomplie avec autant de soin et sans la moindre défaillance. 

Lucien Adam, 



312 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

* Eric von Rosen. Archivologiciil Researches on (he Frontier of 
Aryentina und Bolivia in 1901-190^^ . A preliniinaiy report dedi- 
caled to ihe XH'"' InLernalional Congress of Americanisls at 
Sluilgart. Stockholm, Ivar ILrggstrôms Boktryckeri A. B., 1904, 
brocli. iii-8*^ de 14 p., 1 carte et 10 pi. h. t. 

Cette brochure nous foiiiMiit des détails fort intéressants sur les résultats de 
rcxpédilion l']rUind Nordenskiold (1901-1902), à laquelle lauteur prit une part 
active. La « Mission scientifique suédoise » a exploré les trois sites suivants de 
la Bolivie et de TArgentine : 

Tolomosa, près de Tarija ; 

(Jasahindo, sur le liant plateau de la l-'una de Jujuy ; 

Ojo de Agna, dans la <> tjuebrada del Toro », p.-^ovince de Salla. 

A Tolomosa, dans le loess de la vallée de Tarija, les plus nombreuses trou- 
vailles sont représentées par des pointes de llèche en silex, de forme variée, et 
des amulettes en pierre (pi. X). Mais les explorateurs ont exhumé aussi un vase 
de la famille des aryballoïdes péruviens et une autre poterie, fort semblable à 
une céramique de la Puna de Jujuy, publiée naguère par le D'' Lehmann- 
Nitsche. 

Casahindo a donné la moisson la plus abondante. M. von Rosen et ses col- 
lègues Y ont fouillé un certain nombre de grottes funéraires, dues à l'action des 
eaux, mais closes par les Indiens qui les utilisèrent, au moyen d'un mur de 
pierre sèche. b]n général, elles ne renfermaient qu'un seul cadavre par grotte, 
quoiqu'il pût yen avoir jusqu'cà trois. Les corps, momifiés naturellement, mais, 
presque toujours détériorés, avaient la position horizontale ou verticale. D'une 
manière immuable, jambes et bras étaient repliés sur le devant du corjîs ; la 
tête s'inclinait de façon à toucher presque les genoux; tons les crânes étaient 
artificiellement déformés. 

Auprès des morts se rencontraient les objets suivants : poterie grossière 
(quelques pièces seules à ornements peints) ; matériel en bois, bien conservé, 
dont deux timbales gravées à décor géométrique (l'une d'elles est figurée, pi. ix, 
3); calebasses, coupées par le milieu, pour servir de récipients; pointes de 
flèches et de lances en roche siliceuse. Il faut également noter une espèce de 
hache, mince et bien atlilée, en pierre de schiste. M. von Rosen croit y recon- 
naître des traces d'emmanchnre à la lame. Il a, d'ailleurs, découvert dans les 
tombeaux un certain nombre de manches. Mais rien ne prouve qu'ils fussent 
destinés à compléter les haches. .Au contraire, l'adaptation des deux parties 
nous paraît exclusive de tout maniement commode. Quant à l'usage, M. von 
Rosen voit dans ces lames de hache des outils destinés à couper le bois des 
cactus-cierges, foi-t aI)ondants dans la contrée. Rien n'empêche de supposer 
plutôt un emploi guei'rici-. 

Dans une des grottes de Gasabindo, on a trouvé un cadavre habillé. Le vête- 
ment consistait en deux enveloppes : Tenveloppe intérieure, d'un joli décor, 
tissée en couleur ; l'enveloppe extérieure, d'une étoffe épaisse et gros- 



BULLETIN CRITIQUE 313 

sière. C'est le seul exemple d'une pareille trouvaille. Unique aussi celle d'une 
corne de bœuf qui paraît être un instrument de musique , et d'un fragment de 
couteau en fer. Ces deu.x pièces, si réellement elles avaient été enterrées en 
même temps que les corps (mais l'ont-elles été ?), démontreraient qu'il s'agit 
de tombeaux post-colombiens. Et ainsi seraient peut-être également datées les 
ruines de villages, signalées auprès des grottes funéraires : huttes rondes en 
pierre sèche, avec, à quelque distance, d'anciennes cultures en terrasses, ana- 
logues aux andenes du Pérou (pi. IV). On se trouverait en présence, sinon d'un 
centre post-hispanique, du moins d'une agglomération qui aurait continué 
à être habitée après l'arrivée des Espagnols. 

A Ojo de AguH, c'est un cimetière formant une sorte de tumulus qui a attiré 
l'attention des archéologues. Ici encore, on a constaté la déformation artilicielle 
des crânes. Parmi les objets curieux qu'a rapportés cette exploration, la bro- 
chure reproduit (pi. ix) deux outils en bois dur, sorte de couteaux, une manière 
de racloir et un ciseau de cuivre emmanché comme nos ciseaux modernes. Nous 
ne sommes pas assez documentés par notre lecture pour nous associer aux con- 
clusions du jeune voyageur Scandinave. Sur l'analogie des pièces livrées par ce 
site de Ojo de Agua avec ceux exhumés à Casabindo, nous ne pouvons nous 
prononcer. Nous ne saurions donc admettre jusqu'à nouvel ordre l'identité 
ethnique des habitants anciens de la Puna de Jujuy et de ceux de la « Quebrada 
del Toro » ; encore moins la persistance de la race préhistorique dans les indi- 
gènes actuels de la Puna. Au surplus, il est trop tôt, — disons-le franchement 
à M. von Rosen — , pour se laisser aller à de telles généralisations. Sa plaquette, 
comme le titre l'indique, n'est qu'un « rapport préliminaire ». Les pièces soma- 
tologiques, recueillies par la Mission, ont été soumises à l'examen du profes- 
seur G. Retzius, qui n'a pas encore achevé son travail. L'inventaire des rensei- 
gnements ethnographiques, confié à M. lijalmar Stolpe, vient d'être interrompu 
par la mort de ce regrettable américaniste. Dans ces conditions, toute synthèse 
semble prématurée, toute théorie, imprudente, 

L, Leje.m,. 



*Eric von Rosen, The Çhorotes Indians ofthe Bolivian Chaco. Stoc- 
kholm, Ivar Ha'ggslrôms Boktryckeri A. B,, 1904, 1 broch. 
in-8o de 14 p., fig. et 18 pi, li, t. 

Outre le travail archéologique dont il vient d'être question, M. von Rosen a 
distribué aux adhérents du Congrès de Stuttgart une autre petite brochure 
ethnographique sur les Indiens Çhorotes qui habitent les grandes forêts du 
Chaco, dans le voisinage du rio Pilcomayo, au moment où ce fleuve abandonne 
les Sierras boliviennes, pour aborder la plaine qui le conduit vers le rio Para- 
guay. C'est la région où Crevaux fut assassiné, en 1880, par les Tobas, peut- 
être, di.sent quelques-uns, à l'instigation des missionnaires franciscains qui 
redoutent pour leur influence toute intrusion étrangère en ces parages. 



31 i SOCIÉTÉ Di:S A.MÉrUCAMSTKS DR PARIS 

Le comte von Rosen a passé trois mois de Tannée 190-2 en ces parafées, au 
contact des Chorotes et ce sont les rcsullats de son séjour qu'il résume ici. Ses 
observations nous seront d'autant plus précieuses que la peuplade en cause 
n'avait jamais été, jusqu'à la mission Nordenskiôld, l'objet d'une étude ethno- 
graphique sérieuse. 

Comme les Tobas de sinistre mémoire, les Chorotes semblent apparleiiir à 
la lamille des Guaycurus, dont les diverses tribus se localisent dans la selva 
du (îrand Ghaco, entourant celles de la famille Nu-Aruak. Nous trouvons dans 
la jolie plaquette du collaborateur de Nordenskiold maintes intéressantes 
remarques sur leurs mœurs, leur constitution sociale et politique, leurs moyens 
de subsistance, leur habitation, leur vêtement et parure, leurs industries, leurs 
armes, leurs jeux, leurs croyances, etc. Le tout est complété par 18 excel- 
lentes photographies qui saisissent et montrent les Chorotes sur le vif de leur 
existence journalière et dans le détail de leur outillage. On remarquera surtout 
parmi ces planches les deux qui représentent les jeux nationaux les jjIus usités. 
L'un est une espèce de jeu de « pile ou face », où les sous dont se servent nos 
écoliers sont remplacés par des palets de bois, plats d'un côté, convexes de 
l'autre. Les buts sont marqués au moyen de llèches plantées dans le sol. Un 
autre divertissement fort apprécié est constitué par une espèce de tennis, dont 
les joueurs utilisent des balles en bois de palmier et des raquettes tressées avec 
les pédoncules des feuilles du même arbre. 

En somme, ce second travail de M. von Rosen qui, comme le précédent, 
n'est qu'un rapport préliminaire, se lira avec prolit et plaisir. L'étude définitive 
qu'il annonce ]jromet un livre très original. On nous permettra, cependant, de 
constater l'absence, dans cette esquisse, de, tout renseignement anthropomé- 
trique. L'auteur aurait-il négligé de mensurer ses amis ? Ce serait un oubli 
regrettable. Et le vocabulaire de la langue des Chorotes qu'on publie ici est bien 
mince. L. L. 



Samuel A. Lafone-Quevedo : Viaje arqueolôgico en la région de 
Andalgal:,, l90'-2-î90:]. La Plata, ateliers du Musée, 1905, 
gr. in-8'\ Tome XII de la lievista del Museo de La Plata, 
p. 73-110, 18 planches, 6 fîg. dans le lexle et une carte. 

M. Lafone-Quevedo, le plus érudit des américanistes de la République 
Argentine, et, peut-on presque dire, le promoteur de l'Américanisme dans ce 
pays, nous décrit dans cet ouvrage des collections archéologiques qu'il a faites 
au cours de plusieurs voyages à travers la région de Andalgalà (Catamarca). 
Il connaît à fond ces parages pour y avoir résidé pendant une grande partie de 
sa vie, comme propriétaire d'un important établissement métallurgique et de 
grandes cultures de vigne. Il s'y occupa avec zèle de fouilles préhistoriques et 
d'études de l'ancien quichua, encore aujourd'hui parlé par quelques-uns des 
Indiens de la province de Catamarca, descendants des Diaguites qui, au temps 



liULLETIN CRITIQUE 31o 

de la conquête espag'iiole, habitaienl le? vallées inlerandines de la République 
Arg"entine. 

Andalgalâ constitue, avec la vallée de Yocavil ou Santa Maria, celle de Tafi 
et la \'allée Calchaquic, le centre de la civilisation préhispanique à laquelle des 
auteurs ont donné ce dernier nom. La collection décrite par M. Lafone 
contient un certain nombre d'objets en pierre sculptée. Cet art de la pierre 
était très développé chez les anciens indig'ènes de ces régions. Leurs produc- 
tions, à cet égard, forment peut-être -la partie la plus caractéristique de leur 
industrie. Des idoles, des mortiers et d'autres objets en pierre sont de vrais 
chefs-d'œuvre de cet art primitif. Spécialement remarquable est un sifllet 
sculpté imitant un tatou. 

Une poterie à décor très varié l'orme le reste de la collection étudiée par 
M. Lafone. Il classe la céramique de la région, d'après sa technique, en trois 
catégories, aussi simples que dislinctes : poterie grise gravée, poterie noire 
lustrée, et gravée, et poterie à ornements peints, polychromes ou dans une seule 
couleur. M. Lafone fait remarquer une circonstance très intéressante : il a décrit, 
il y a quelques années ', un ancien cimetière de Chanar-Yaco, près d'Andal- 
galâ. C'est, peut-être, si nous exceptons quelques fouilles de missions euro- 
péennes, le seul cimetière qui ait été fouillé d'une manière méthodique et 
scientifique dans tc^ute la République Argentine. Parmi les nombreux objets 
de céramique de ce cimetière, il y avait seulement des pièces peintes; mais 
aucun objet appartenant à la catégorie de la poterie gravée. Or le sol autour 
d'Andalgalà est couvert de fragments de celte dernière poterie. ^L Lafone 
veut voir dans ce fait une preuve que les diverses catégories de poteries 
proviennent d'époques et de peuples distincts, ce qui me semble assez vrai- 
semblable. 

Les dix-huit planches du travail de M. Lafi)ne sont très bien exécutées par 
les bons ateliers que possède le Musée de La Plata. Une carte archéologique 
d'une partie de la province de Catamarca, la première publiée sur ces régions, 
accompagne l'ouvrage. K. Boman. 



Félix F. OuTES. Lf7 Alfnrerhi indigena de Putngnnia. Buenos 
Aires, impreiita de Juaii A. Alsina, 1904, gr. in-(S" (tome XI des 
Anales del Museo nacionnl de Buenos Aires ^ p. 33-41, 22 fig.). 

Id. Arqueologia de Hiical (Gobernacion de la Pampa). Buenos 
Aires, imprenta de Juan A. Alsina, 1904, gr. in-8° (tome XI 
des Anales del' Museo nacional de Buenos Aires, p. 1-15, 
•27 fig.). 

Sur l'archéologie des Pam])as de Buenos-Aires et des steppes de la Patagonie, 
nous n'avons que des connaissances très limitées. C'est peut-être que les tribus 

1. Bevisla del Musco de La Plala, loine III, p. 3:5 s(i(i., L;i Pl;it;i, 1802. 



316 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

préliispaniques de ces territoires se trouvaient dans un état de civilisation infi- 
niment inférieur à celui des peuples des pays monta^nieux de la Cordillère, et 
qu'en conséquence, les débris de leur industrie ofl'rent moins de variété et 
dattrait pour rarchéolof;;ue que ceux des vallées andines. 

M. Outes est l'auteur d'une monof,'-raphie très complète, parue en 1897, sur 
Los Qiierandies, les Indiens qui habitaient les Pampas de Buenos Aires, à 
l'arrivée des premiers conquérants, et qui firent une résistance si longue et si 
vaillante contre le fondateur de la ville de Buenos Aires, Don Pedro de 
Mendoza. 

Aujourd'hui, dans V Alfareria indiçjena de Patacfonia, M. Outes donne 
d'abord un aperçu concis et complet des données transmises par les voyag'eurs 
de différentes époques sur l'industrie de la poterie chez les Tehuelches ou Pata- 
gons. Il arrive à la conclusion que ces Indiens n'avaient pas de poteries avant 
le xvi" siècle, qu'ils ont probablement appris l'art de la céramique de leurs voi- 
sins du nord, les Puelches, et qu'ils l'ont abandonné totalement vers 1830. 
M. Outes, ensuite, décrit la technique de la poterie patagone et les différentes 
catégories de gisements de la Patagonie, où l'on trouve, à côté de nombreux et 
intéressants objets en pierre, de rares débris de céramique, toujours en petits 
fragments. Le travail se termine sur la description d'une série défigures, ordon- 
nées systématiquement d'après le développement de l'ornementation des pote- 
ries patagones qui consiste en des bordures très primitives de lignes gravées, 
droites et courbes, et en points combinés d'une manière assez fruste, la 
grecque étant l'ornement le plus compliqué. M. Outes a eu à sa disposition 
une très grande collection de fragments céramiques des diverses régions de 
la Patagonie et son travail peut être considéré comme un recueil très complet 
sur la matière. 

Le second travail de M. Outes, Arqueologia de Hucal, est la description de 
la première collection faite dans l'intérieur de la « Pampa central », région jus- 
qu'à aujourd'hui tout à fait inconnue archéologiquement. Cette collection con- 
tient des lames, des couteaux, des grattoirs, des pointes à main, des pointes de 
flèches que l'auteur compare avec les types paléolithiques européens connus, 
sans, du reste, établir de synchronismes avec les objets correspondants de 
l'industrie lithique européenne. En plus de ces objets en silex et en quartzite, 
la petite collection de Hucal contient des fragments de poterie ornée de lignes 
gravées et de combinaisons de points ronds, triangulaires et carrés. 

Les deux petits travaux de M. Outes constituent des contributions intéres- 
santes, parce qu'ils apportent des études concrètes sur des objets authentiques 
et inédits d'un territoire très imparfaitement exploré. L'auteur s'abstient des 
théories sans fondements. Il n'essaye pas de disserter sur un symbolisme pro- 
blématique, comme le font malheureusement si souvent certains archéologues 
de ces régions. Il convient de l'en féliciter, 

E. BOMAN. 



BULLETIN CRITIQUE 317 

* D*" Paul Ehrenreich. Die Ethnographie Sùdamerikns iin Jieginn 
des XX. Jahrhunderts unter besonderer Berûcksichtigumj der 
Naturvôlher. Ds Archiv f:\r Anthropologie (Nouvelle série, 
III, 190i, fascicule 1, p. 39-75). Braunschweig, Friedrich 
Vieweg und Sohn. 

Ce travail est le pendant, pour rAmérique du Sud, de Tétude plus haut ana- 
lysée' et dans laquelle M. Karl Sapper a essayé la mise au point de nos connais- 
sances ethnographiques sur l'Amérique centrale. Après une introduction très 
intéressante, M. h^hrenreich, entrant dans le vif de son sujet, classe et carac- 
térise les peuj)les indigènes du continent sud-américain, puis expose sommai- 
rement leurs rapports avec le sol et leurs civilisations. Un résumé très clair ter- 
mine le mémoire. 

Aussi exactement que possible et sans les discuter, voici les conclusions les 
plus importantes de Tauteur. Tout d'abord, la limite ethnographique de l'Amé- 
rique du Sud ne correspond pas absolument à sa limite géographicjue. C'est 
une lig-ne brisée qui, bien au nord de l'isthme de Panama, traverse le Nicara- 
gua et englobe aussi une partie des Antilles. l"]n cet immense domaine, les uni- 
tés ethniques sont nombreuses, mais très dilliciles à déterminer. Rien de plus 
confus que la nomenclature des peuplades et des tribus. Elle varie, notablement, 
suivant les temps et selon les observateurs. Quelques noms figurent encore sur 
les cartes, qui ont été inventés de toutes pièces par les premiers colons. D'aulres, 
non moins persistants, inusités des peuples qu'ils désignent pour nous, sont 
des sobriquets imposés par des voisins souvent hostiles. Les explorateurs de la 
fin du xix^ siècle ont beaucoup fait pour elTacer ces désignations fautives ; mais 
l'ancien nom, souvent, a prévalu, ou, tout au moins, survécu parallèlement au 
nouveau, c'est-à-dire au véritable, perpétuant, en de certains cas, l'idée fausse 
d'une pluralité, là où il n'y a qu'un seul et même groupe. La nomenclature eth- 
nique ne peut donc que très faiblement servir à déterminer des parentés. Et 
M. Ehrenreich en donne comme exemple la multitude de nations ou tribus bré- 
siliennes qui ont reçu des noms de la langue tupie, sans être en rien d'origine 
tupie, et simplement parce que le tupi est devenu, dans ces parages, la « langue 
générale » des rapports entre indigènes de provenance diverse et celle des rela- 
tions entre les Blancs et les Indiens. .Ainsi le vocable lapouga, dont on connaît 
la portée ethnologique, n'est qu'un mot tupi qui désigne tous les ennemis des 
1 upis, ethniquement très différents d'eux. En réalité, les Tapouyas sont un 
ensemble des peuples les plus différents. 

Le D"" Ehrenreich, comme cadre de sa classification, distingue trois zones 
ethnographiques dans l'.Amérique méridionale. La première comprend les 
peuples du Brésil, avec le Venezuela, les Guyanes et l'.Archipel des Antilles. 
Elle se prolonge vers le Sud jusqu'au Paraguay. S'y rangent naturellement aussi 
les indigènes des plaines fluviales de Colombie, Bolivie et Pérou : Tupis-Guaranis 
et leurs multiples variétés ; Arouaques des .Antilles, de la Guyane et du Vene- 

l. Voir p. 30 'f. 



318 SOCIÉTÉ DES AMÉKICANISTES DE PARtS 

zuela, répandus entre les tribus tupies jusqu'à l'emlîouchure de l'Amazone d'un 
côté et jusqu'à Mojos et Matto Grosso de l'autre côté; Caraïbes, disposés spora- 
diquement depuis le bassin de rOrénoque jusqu'à celui du Xingu. Telles sont 
les trois principales familles de cette première rég^ion. Remarquons-le, M. l']h- 
renreich s'inscrit en faux contre la théorie de l'origine iloridienne des Caraïbes. 
Il s'efforce de préciser l'aire d'habitat respectif de chaque race. Ainsi, selon lui, 
dans la vallée de l'Amazone, les Tupis se localisent sur la rive droite et les Aro- 
uaques sur la rive gauche. Il tente de dresser une liste des éléments hétérogènes, 
tels que Warrau du bas Orénoque, Muras du bas Purus et du bas Madeira, Tru- 
mais du plateau brésilien (haut Xingu), Kiriris, Goytacaz, Carayas, Bororos, 
Betoyas, Jivaros, Juris, Panos, Lorenzos, Tacanas, etc., etc.; mais, parmi 
ces peuplades allophyles, il insiste tout particulièrement sur les Gês-Tapouyas, 
auxquels se rattachent et les célèbres Botocudos, et les Gayapos, Cain- 
gangs et Akuiis. Toute cette famille des Gês, au dire de M. Ehrenreich, se 
caractérise, à peu d'exceptions près, par la sauvagerie, la vie errante et un état 
social très inférieur qui ne comporte, en général, aucune association durable 
par tribu, à peine quelques groupes accidentels. Le vieil homme de Lund, les 
ossements de Lagoa Santa représentent, sans doute, les lointains ancêtres des 
barbares Gês. 

Voilà, maintenant, la seconde zone ethnique dans laquelle sont compris les 
indigènes du Chaco, de l'Argentine et du Chili. Le groupe puissant des Guai- 
curus, avec les Tobas comme élément prépondérant, occupe ici une situation 
assez analogue à celle des Tupis et des Gês dans la précédente province, entou- 
rés comme eux de groupes allophyles (Matacos, Chamacocos, Guatos, etc.), 
avec lesquels ils partagent le Chaco. Des familles de l'extrême sud du continent 
les Araucans du sud du Chili et de l'ouest de la Patagonie argentine ont attiré 
l'attention spéciale de l'auteur, qui cite ce fait remarquable que leur état pasto- 
ral et de nomadisme date seulement de l'introduction des chevaux par les Espa- 
gnols, et qu'avant la conquête, ils avaient été des agriculteurs sédentaires. Fina- 
lement viennent les Puelches et les Tehuelches de la Patagonie, presque exter- 
minés aujourd'hui, et les habitants de la Terre de Feu : Onas, apparentés aux 
Tehuelches et chasseurs de huanacos, Yaghan et Alikalouf, qui vivent exclusi- 
vement de la pêche. 

La troisième province ethnique comprend les peuples andins, que M. I*]hren- 
reich divise en deux Kullarkreise, celui de la Colombie et celui de la civilisa- 
tion péruvienne. A la civilisation des Chibchas appartiennent les groupes allo- 
phyles des Paniquita, Coconuco et Timote. Sous la rubrique Quichuas sont clas- 
sés tous les anciens peuples du Pérou ; d'un autre côté figurent à part les Collas, 
M. Ehrenreich se déclare partisan de l'opinion que les anciens Calchaquis seraient 
le résultat d'un croisement entre Quichuas, Collas et peut-être aussi Guaranis. 

Le chapitre sur les civilisations mériterait à lui seul une longue analyse. Il 
montre bien l'intérêt de toute cette ethnographie, fort variée et qui, dans sa 
variété, implique des degrés fort inégaux de culture. Aux peuples andins, si 
remarquables par leur développement, il oppose les hommes, primitifs encore, 
de la Patagonie, de la Terre de Feu et du Brésil, (^e sont, d'ailleurs, ces der- 
nières contrées qui ont livré les plus anciens vestiges de l'humanité sud-amé- 



BULLETIN CRITIQUE 31 9 

rlcaine. M. Ehrenreich, en terminant, vérifie donc, une fois de jdIus, la loi géo- 
graphique qui, dans TAnicrique chaude, fait des hautes terres les milieux les 
plus propices au progrès. 

E. BOMAN. 



*D'' Yngvar Niklsen. Nordmœncl og Skrxlinger i Vinlinid (Nor- 
végiens et Skreelings en Vinlandj (Extrait de Norsk historisk 
Tidsskrift, 4*^ série, t. III). Imprimerie Gra^ndal et iîls, Chrislia- 
nia, 1905, 46 p. in-8. 

Dans le présent travail, le fécond historien, topographe et démomalhe ne 
s'est pas proposé de traiter ex professa toutes les questions complexes et difficiles 
qui concernent le Pays de la \'igneet les Esquimaux que les Scandinaves y ren- 
contrèrent vers Tan 1000, loin de leur habitat actuel, le Grœnland, le Labrador 
et la région la plus septentrionale de l'Amérique du Nord. Il n'a guère eu pour 
but que d'exposer la manière dont ses compatriotes envisagent quelques-unes 
de ces questions, en ajoutant ce qu'il pense de leurs solutions. Aussi a-t-il pu, en 
se renseignant de la sorte, laisser de côté ce qui en a été dit en dehors de la Nor- 
vège. Il a, notamment, omis de critiquer ou d'approuver le point de vue neuf 
où nous nous sommes placé pour déterminer la situation respective de la 
Grande-Irlande et du^'inland ',en nous basant sur les distances et les directions 
indiquées par le Landnkmahùk et les sagas. Contrairement à ces textes, et à 
l'interprétation des savants éditeurs des Grœnlunds histovike Mindesm;vrker 
et des Anliqiii{a(es Americaïue, il adopte l'opinion du regretté Gust. Storm qui 
plaçait le Markland dans l'île de Terre-Neuve et le Vinland dans la Nouvelle- 
Ecosse [au lieu de la Nouvelle-Angleterre]. 

Il ne pouvait passer sous silence l'inscription runique de Hœnen en Ringe- 
rike, que l'éminent runologue Sophus Bugge attribue à la première moitié du 
xi" siècle et regarde comme le plus ancien texte où se trouve le nom de Vinland 
et dont voici la traduction : « Au large et au loin, manquant de [vêtements] 
secs et de vivres, ils arrivèrent sur la glace dans un désert vers le Vinland. 
Privé de biens par l'infortune, on meurt prématurément. » Dans un article de 
la Revue critique (Paris, 1903), nous avons montré que cette inscription, dont 
l'original est perdu, a été restituée arbitrairement d'après la copie deL. Klùwer, 
qu'elle est en partie illisible, notamment en ce qui concerne le mot essentiel 
Vinlandi, et que, par suite, elle n'ajoute malheureusement rien à nos rares 
notions sur ce pays. Le docte recteur de l'Université de Christiania doute éga- 
lement que cette inscription soit « bien lue et bien interprétée » (p. 14, 
cf. p. 27). 

Il est au contraire plus favorable à l'hypothèse de M. Ebbe Ilertzberg^ sur 
l'origine norraine du jeu de la Crosse, usité chez les Menominni du Wisconsin 

1. Lu (iruiulc-Irlniulc^ dans Juiirnal des Américanislcs de Paris. T. I, ii" 2, 1904, 
p. -217-223. 

2. U ancien jeu de balles cliez les Seplenlrionanx, dans Hislorike Skrifïer lileynede' 
Pruf. />»>■ Lwïviy Daae, 190.4, p. 186, 216 et s. 



^20 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE l'AlUS 

qui, selon le D' ^^'.-J. Ilofl'man ', l'avaient appris des Indiens du Canada, les- 
quels l'auraient emprunté à des Xorrains naufraj^a's ou établis dans le bassin du 
Saint-Laurent. Ce jeu ressemble, en elFet, au knallleikdes anciens Scandinaves. 
Mais, sans dénier les analogies entre celui-ci et celui-là, et sans remonter jus- 
qu'aux siècles du moyen âf^e où les Islandais du (ircciiland avaient tles relations 
avec le littoral américain, il est plus rationne! d'admettre que les Normands 
(soit qu'ils aient apporté de la Norvèg'e le jeu de balles, soit cju'ils l'aienl trouvé 
dans leur nouvelle patrie, en France, oii il était d'ancienne date pratiqué de 
diverses manières) l'auront porté dans leurs établissements du Canada, où ils ont 
été en contact avec les Algonquins, du xvi'" au xvin'^ siècle. 

En résumé, si le D'' Nielsen n'apporte pas de documents nouveaux, mais se 
borne à commenter les anciens, il a le bon esprit de ne pas contester leurs 
assertions positives et de ne pas donner dans le travers des amateurs d'origina- 
lité qui croient l'atteindre, en répudiant systématiquement les notions acquises. 
Il a donc raison de soutenir contre le D' Gust. Slorm que les Skra-lings, signa- 
lés en Vinland par les Sagas, vers l'an 1000, comme identiques avec ceux du 
Grœnland, ancêtres des Esquimaux actuels, n'étaient pas des Peaux-Rouges ; 
et contre le Prof. Finn Jônsson, que le missionnaire en \'inland, l^^irik Gnupsson, 
fut avant son départ évoque du Grœnland, puisque la Ihjmbe(jl;i, les Annales 
royales, celles du Flalei/jarhôk, de Gottskalk et d'Oddé, lui donnent ce litre, 
sans être contredites par un seul document. 

Notre auteur analyse, avec beaucoup de perspicacité, les deux i)assages 
d'Adam de Brème, sur l'exploration de l'océan Atlantique par Ilarald Ilardrâdé, 
roi de Norvège, dans la première moitié du xi'' siècle, et il a été le premier à 
faire remarquer, d'après le contexte, que cette tentative, d'ailleurs infructueuse, 
ne visait pas moins le 'Vinland que l'océan Glacial (p. 15-28). C'est la partie la 
plus étendue et la plus originale de son travail qu'il a remanié et augmenté pour 
le publier dans son idiome maternel, après l'avoir exposé en allemand au 
XIV*^ Congrès international des Américanistes, à Stuttgart, en 1904, dans le 
compte rendu duquel il doit paraître en cette dernière langue. 

Eug. Bealvois. 



Jules HuMBERT. Les origines vénézuéliennes. Essai sur la colonisa- 
tion espaqnole au Venezuela. Bordeaux, 1905, Ferel et fils, in-8° 
de xx-340 p., avec une carte. (Bibliothèque des Universités du 
Midi. Fascicule X.) 

Rien qu'à parcourir la nombreuse bibliographie qui précède l'étude de 
M. Jules Humbert, on éprouve instantanément l'impression qu'on se trouve en 
présence d'une œuvre sérieuse, longuement étudiée et mûrie, appuyée sur des 
fondations solides, et l'on n'est pas trompé. Mais si les bases sont solides, nous 

i. Tlir Menominnl Indiens, dans Foufh'ni/li nnnunl iirporl of llic liiirain uf Elliiiu- 
/of/2/, dirigé par .I.-W. Powell, t. I, p. 128-i2'J. Washington, IS9(i, in-4. 



BULLETIN- CRITIQUE 321 

ne voulons pas dire que l'éclifice soit lourd et déplaisant, la robustesse n'exclut 
pas l'élég-ance et l'orig^inalité. 

M. Humbert n'a pas eu seulement recours aux ouvrages imprimés dont 
quelques-uns sont rares en Europe, mais aux manuscrits qu'il a consultés dans 
les différentes archives de France, d'Angleterre, d'Espagne, d'Allemagne et du 
Venezuela. Le résultat de ce long labeur est heureux, il a permis à l'auteur 
d'apporter des lumières aussi pénétrantes que nouvelles sur certaines périodes 
de l'histoire du Venezuela. 

C'est, il faut le reconnaître, un sujet bien peu connu de la masse du public 
que celui choisi par l'auteur pour sujet de sa thèse et qui va lui permettre, tout 
en reconnaissant, en réprouvant les excès et la barbarie des conquistadores, 
qu'il est aujourd'hui de mode en Espagne de nier en accusant Las Casas 
d'exagération et de mensonge, de rendre justice aux idées généreuses propa- 
gées par la mère patrie au xviii^ siècle, idées émancipatrices dont elle fut elle- 
même la première victime, car elles ont semé les germes initiaux de la révolte 
et de l'indépendance. Ajoutons que le gouvernement métropolitain n'a pas 
toujours été fidèlement servi par ses fonctionnaires et ses administrateurs; il 
lui est arrivé d'être trahi par eux et ils ne craignaient pas de substituer à son 
programme réformateur leurs propres idées conservatrices et rétrogrades. Le 
formalisme, les lenteurs de l'administration centrale exagérées par la distance, 
la lutte entre les pouvoirs civil et religieux, toutes ces causes ont plus d'une 
fois anéanti les bonnes intentions, étouffé l'initiative des gouverneurs. C'est 
l'éternelle histoire de toutes les entreprises coloniales. 

A proprement parler, ce n'est pas l'histoire du Venezuela sous la domination 
espagnole qu'a voulu écrire M. Humbert; il a, d'ailleurs, soin d'en avertir le 
lecteur afin qu'on ne lui fasse pas le reproche d'être incomplet. Il a seulement 
tracé quelques tableaux qu'il jugeait intéressants, et par leur variété, et par les 
lueurs qu'ils jetaient sur l'état de la société vénézuélienne à diverses époques, 
et sur les différentes phases par lesquelles a passé la colonisation espagnole. 

C'est ainsi qu'après nous avoir peint le pays et ses ressources, ses anciens 
habitants, il aborde successivement l'histoire de la conquête, l'origine des 
grandes familles et les rivalités de classes qui feront naître les idées émancipa- 
trices et l'indépendance. 

Puis ce sont la fondation, la prospérité et la ruine de la société guipuzcoane 
et les causes de la fin de son monopole, le tableau suggestif de la religiosité si 
singulière et si enfantine d'une société entièrement sous la coupe du clergé, 
l'omnipotence de ce dernier qui s'immisce dans les plus petits détails, sa lutte 
contre l'administration civile qu'il entend assujettir, le commerce des esclaves, 
Ips combats contre les commerçants hollandais qui pénètrent indûment, en 
dépit des traités, dans l'intérieur du pays, le développement donné à l'instruc- 
tion publique, la création et l'organisation d'écoles dont on n'appréciera les 
résultats et les bienfaits qu'après la guerre de l'indépendance. C'est à ce 
moment, d'ailleurs, que s'arrête le travail de M. Humbert. 

Pour mieux apprécier l'œuvre, résumons-en l'une des parties. Le tableau que 
nous fait l'auteur de la société de Caracas est éminemment suggestif et curieux. 

Société des Américanistes de Paris. 21 



322 SOCIÉTÉ DES A.MÉRlCAiMSIES DE PAIUS 

A celte époque, les l'êtes religieuses se succédaient sans trêve et devenaient 
l'occasion de disputes à n'en plus linir entre les autorités civile et ecclésias- 
tique, toutes deux jalouses de leur pi'éséancc. Les motifs de ces discussions sont 
des plus graves, on eu va'juger : c'est au sujet du nombre des pages ou cauda- 
taires dont Tévêque peut se faire suivre ou des parasols dont les Pères du cha- 
pitre avaient la prétention de se protéger contre les artleurs du soleil. ()n alla 
même jusquà s'adresser au Roi : « Je n'ai ni le temps ni la patience d'entendre 
les niaiseries et les disputes des autorités de Caracas », répondit avec beaucoup 
de sens le monarque agacé. Mais ces puérilités occasionnèrent parfois des luttes 
sans merci qui désolèrent la capitale. La période la plus troublée fut celle de 
l'épiscopat de Mauro de Tovar, « despote intransigeant, dit M. llumberl, n'as- 
pirant à rien moins qu'à subordonner en tontes choses le pouvoir civil à sa 
propre autorité, à s'ing'érer dans les affaires domestiques des familles et à s'éri- 
g'er en inquisiteur tyrannique de la conduite de tous les Caraquenais. Les scan- 
dales qui se produisirent de son temps furent tels que, pour qu'ils ne passassent 
pas à la postérité, les membres de sa famille mutilèrent les registres des deux 
chapitres ». 

Il sem!:)le qu'après cela il faille tirer l'échelle ; l'évêque Madronero ne fut 
cependant pas moins intolérant; il fit faire par ses curés un recensement 
des habitants de Caracas, de sorte que personne ne pouvait se dérober à la 
confession et à la communion sans être marqué d'une note infamante et 
publiquement dénoncé au mépris de ses concitoyens. 

Trouvant que le carnaval était inconvenant, tel qu'il se pratiquait au Vene- 
zuela, que les danses et les jeux les plus innocents étaient contraires aux bonnes 
mœurs, que les représentations théâtrales étaient immorales, il remplaça cette 
licence païenne par des représentations de scènes religieuses, par des proces- 
sions et autres exercices rituels. La docilité de la population fut telle qu'il n'y 
eut pas de résistance et que, jusqu'à la mort de l'évêque, l'esprit de dévotion 
régna en maître. On pourra juger, d'après les pages consacrées par M. Humbert 
à peindre la société de Caracas, de l'agrément qu'elle présentait, de la liberté 
dont on jouissait sous ce gouvernement théocratique. Malgré tout, le ])ro- 
grès accomplissait son œuvre, et à la fin du siècle, le pays avait pris conscience 
de ses besoins, il n'en attendait que de lui-même la réalisation, il était mûr 
pour l'indépendance. 

Tout aussi curieux, aussi nouveaux sont les divei's chapitres de l'œ'uvre de 
M. llumbert. Nous recommandons tout particulièrement ceux qui sont con- 
sacrés à la Compagnie guipuzcoane aussi louée (jue décriée et qui eut en somme 
une influence considérable sur le tléveloppement du commerce et de l'agricul- 
ture, sur la Nouvelle-Andalousie, sur la Guyane où se suivent les développe- 
ments de l'expansion coloniale hollandaise et la lutte qui en résulta avec les 
Espagnols. Il y a là des détails du plus vif intérêt et tout à fait inconnus. 

En somme, le travail de M. Humbert est une des plus précieuses contribu- 
tions à l'histoire coloniale de ri'^spagne (jui ait paru dans ces dernières aimées. 
Il a, pour nous américanistes, un intérêt de premier ordre et je ne puis qu'en 
recommander tout spécialement la lecture et l'étude. 

(jiabriel Marckl. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 



I. Deux pierres d'éclair [pedras de corisco) de l'État de Minas-Geraës, Brésil 
\IL.-T. IIamv). — II. L'histoire y^éographique et l'histoire coloniale au Congrès 
de Stutt-art (Henri Fromjevalx). — III. Anciennes sépultures indigènes de 
la Basse-Californie méridionale (Léon Diglet). — IV. Renseignements sur 
les noms de parenté dans plusieurs langues américaines (Raoul de La 
Grassekie). — V. Mouvement scientifique (Henri Froiueval \, E.-T. IIamv, 
L. Lejeal, Gabriel Marcel). 



Deux pierres d'éclair {pedraa de corisco), de l'Elaf de Minas-iieraës, lirésiL 

Le dernier envoi de notre zélé correspondant, M. Lniile R. Wagner, conte- 
nait, entre autres objets intéressants, deux haches de pierre des anciens Indiens 
de Minas-Geraës, trouvées en creusant un fossé à Los Tronqueros, à 15 kilo- 
mètres de Passa-Quatro. 

La première et la plus volumineuse, faite d'une roche d'un gris verdàtre, qui 
paraît être une amphibolite, mesure 128""" de longueur, Ô8 de largeur et 
33 d'épaisseur maxima. Cet instrument, assez grossier, a été tiré d'un caillou 
roulé dont on a poli à peu près les faces et les bords en lui donnant un tranchant 
assez bien alïilé. Il semble qu'au cours de ce travail, brul;il cl prolongé, l'outil 
se soit fendu dans toute sa longueur, suivant une veine moins résistante aux 
frottements répétés que la roche devait subir, et qu'un éclat, comprenant une 
bonne partie de la pièce, s'en soit détaché, enlevant un cinquième du tranchant 
déjà presque fini et un tiers au moins du talon. L'ouvrier ne s'est pas décou- 
ragé : il a réparé le dégât en polissant à son tour la cassure et a ainsi obtenu un 
outil irrégulier, de coupe quadrilatère, ayant un de ses bords beaucoup plus 
épais, beaucoup plus oblique que les autres, mais susceptible, néanmoins, de 
fournir un bon service, grâce à sa tranche robuste, de forme demi-circulaire, et 
à son poids qui dépasse iOO grammes '. 

I . lUN grammes. 



324 



SOCIETE DES AMERICANISTES DE l'ARIS 



La seconde hache de Los Tronqueros, à la fois phis courte (0'"099), plus 
étroite (0"'04l) et surtout moins épaisse ( 0'" 0'26) que la première, est faite, 
suivant M. Lacroix, d'une roche feldspathique du groupe des diabases. Elle est 
dun vert jaunâtre et rentre dans une variété qui peut se définir en adoptant la 
nomenclature de Sir J. Evans ^ : celt ovale à crosse suJiconiqiie dépolie et Iran- 
chant légèrement rétréci. 



1 




Ce n'est point d'ailleurs par leur forme que les haches de Minas-Geraës se 
recommandent le plus à l'attention de l'ethnographe. On trouverait, en effet, 
sans trop de peine, quelques spécimens analogues dans les stations néolithiques 
de l'ancien monde. Mais ce qui rend ces pièces particulièrement intéressantes, 
ce sont les légendes dont les Indiens entourent leur découverte. Un vieux chas- 
seur, compagnon habituel de M. Emile R. Wagner dans ses explorations, les 



i. Cf. J. Evans. Les ;î(jes de la pierre, etc., trad. Barbier. Paris, 1878, iii-8°, p. 123- 
124. Celte pierre est, on effet, de coupe ovale, à flancs convexes; elle n'a été polie à 
fond que dans le tiers antérieur et son tranchant, à j>eine un peu courbe, est fort 
régulier. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 325 

lui a l'ait connaître clans leurs détails. Comme notre voyaj^'eur lui montrait les 
deux objets, l'Indien lui répondit en mauvais portuf^ais que c'étaient des pièces 
enchantées, /)e(//'ris encanladas; qu'elles naissent de l'éclair, /jec/ra.s- de corisco ', 
et qu'au moment de leur naissance, elles sont profondément enl'ermées dans le 
sol où la foudre est tombée. 

Mais, comme elles sont animées, elles remontent tous les ans d'une brasse etc'est 
grâce à ce mouvement du fond vers la surface qu'on les trouve à fleur de terre 
après six années révolues. Ce n'est qu'en arrivant ainsi à la lumière qu'elles 
perdent à la fois leur vie et \vuv niali;^iuté. Et le vieil Indien se déliait de ces deux 
pierres encore engagées dans la terre du fossé d'où on les avait fait sortir. 
M. Wagner s'exposait, en s'en emparant, à de graves dangers. On a \\\ des 
pierres qui n'étaient })as t<Hit à l'ait mortes, s'animer tout d'un coup, par un de 
ces violents orages des Tropiques, et se lancer à travers les maisons, perforant 
planchers et cloisons et ne respectant ni les animaux, ni Thomme même. 

C'est là, comme on le voit, une forme assez singulière de la légende des 
pierres de foudre, si universellement répandue et dont mainte tribu des deux 
Amériques, en particulier, a conservé la tradition. 

On remarquera, en terminant, le rôle que joue ici le nombre six et Ton se 
rappellera que ce chill're est l'extrême limite que puisse atteindre la numéra- 
tion chez les sauvages de l'intérieur du Brésil -. Lorsque le distingué voyageur, 
Karl von den Steinen, faisait compter siu- ses doigts son Indien Bakaïri, celui-ci 
s'arrêtait à ce même chiffre six qu'il exprimait en répétant trois fois le mot 
A/tage correspondant à deux, et au delà de six, il recommençait un, deux, 

lohale, ahaqe, etc. ^. 

E.-T. Hamv. 



II 

U histoire géographique el V histoire coloniale au Congrès de Stuttgart. 

Quand, à la fin de son rapport sur le treizième Congrès international des 
Américanistes, M. Léon Lejeal a été amené à formuler un jugement général sur 
la session de New-York, force lui a été de constater plus d'une lacune : « J^his- 
toire de la géographie, a-t-il écrit, représentée par un seul travail, déjà connu 
du reste, et même publié (celui de M. Gonzalez de La Rosa sur la « légende » de 
Toscanelli) ou l'histoire de la colonisation ont été encore plus délaissées » des 
membres du Congrès de New-York que l'étude des antiquités de la région du 

i. Corisco, éclair. 

2. Cette limite descendrait même à quatre, s'il faut en croire Azara (cf. J. Lubhock, 
Preliisloric Times. London, 1878, ia-S", ]). 'Jii-). 

3. Karl von den Steinen. Unler den Xnturvôlkern Zeiitral-Brasiliens Reiseschil- 
deruncj undErgchnissc der Zweilen Schinqu-Expedition (1887-1888;. Berlin, 1897, in-8°, 
s. 85. ' 



326 SOCIÉTÉ DES AMÉRir.AMSTES DE PARIS 

Pacifique méridional '. Pareil abandon ne pourra pas être reproché aux Aniéri- 
canistes réunis à Stuttgart en 191)4; Thistoire de la g'éographie et de la cartogra- 
phie du Nouveau-Monde, la critique des sources et l'histoire de la colonisation 
y ont fait l'objet de communications relativement nombreuses et dont plusieurs 
présentent une indéniable valeur. 

C'est sur l'histoire de la géographie et de la cartographie qu'a principalement 
porté l'effort des historiens américanistes présents à Stuttgart. M. Ingvar 
Nielsen, de Christiania, y a retracé les relations de la Norvège avec le Groen- 
land et l'Amérique du Nord au moyen âge et jusqu'à leur reprise au \mii'' siècle. 
Cette étude semble, surtout, une coordination des travaux de Storm, dans laquelle 
lauteur a intercalé l'interprétation donnée par M. Sophus Bugge, professeur à 
l'Université de Christiania, de l'inscription runique découverte naguère à Ringe- 
rike, près de Christiania -; on n'y trouvera rien sur la reprises des relations au 
xviii" siècle, ni sur l'œuvre de Mans P]gede ^. C'est en quelque manière un com- 
plément de l'exposé de M. Ingvar Nielsen que la communication du P. J. Fis- 
cher, professeur au collège de Feldkirch (Vorarlberg), sur la représentation 
cartographique des découvertes des Normands au Nouveau-Monde. Reprenant, 
à un point de vue spécial, les recherches qu'il avait déjà faites pour la rédaction 
de son excellent ouvrage intitulé Die Entdeckumfen cler Normannen in Ame- 
rika^^ le P. J. Fischer a donné dans son travail un précieux exposé d'ensemble 
de l'œuvre cartographique de Claudius Claussôn Swart, — Claudius Clavus, — 
sur le haut Septentrion et a différencié très nettement ses cartes, — le type A 
des représentations cartographiques du Nord, plaçant le Groenland à l'ouest de 
la Norvège et de l'Islande, — des cartes de Donnus Nikolaus Germanus, ou du 
type B, dans lesquelles le Groenland apparaît à l'est de l'Islande et au nord de 
la péninsule Scandinave. Comment, au début du xvi'' siècle, Ilenricus Martellus 
Germanus a fusionné ces deux types, le P. J. Fischer, — qui vient de publier 
avec le chevalier R. von Wieser les plus anciennes cartes portant le nom 
d'Amérique, celle de 1507, et la carte marine de 1516 de W aldseemiiller, — l'a 
expliqué en terminant sa communication ou, plutôt, sa conférence, l'une des 
plus importantes de la session de Stuttgart par la nouveauté de ses conclusions, 
dont d'intéressantes projections cartographiques permirent aux auditeurs de 
contrôler immédiatement l'exactitude. 

De cartographie a, comme le P. J. Fischer, parlé M. Wilhelm Ruge, de 
Leipzig. Il a appelé l'attention sur un globe non daté de Gemma Frisius, qui est 
conservé à Zerbst et fut gravé par Gérard Mercator. Ce globe présente, pour la 
côte occidentale de l'Amérique du Sud, un dessin et une nomenclature qu'il est 
impossible de faire descendre plus bas que l'année 1534. Pour la rédaction de 



1. Rapport sur le treizième Congrès des Amérieanistes [Bull. gèog. hisl. et descr., 
1904, p. 20). 

2. V. le Journal de la Soc. des Américanistes de Paris, nouv. sér., t. I'^'", p. 121. 

3. Voir plus haut, p. 3)9, un compte rendu développé de cette communication 
déjà publiée. 

4. Fribourg-en-Brisgau, llcrder, 19U3, in-8 de xii-126 p., cartes et grav. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 327 

ce fi^Iobe terrestre, — le premier qui soit connu de Gemma Frisius, — notre 
auteur a utilisé, comme il l'indique lui-même, Ptolémée, Marco Polo, les Espa- 
gnols et les Portuf,'-ais. De Gemma Frisius également, on peut étudier encore à 
Zerbst un globe céleste qui est, lui, daté de l'année 1537. C'est cette même 
date, à laquelle Mercator commençait son œuvre personnelle, qu'il convient, 
semble-t-il, d'attribuer au globe terrestre étudié à Stuttgart par M. A\'ilhelm 
Kuge. 

Un assistant de l'Institut géographique de l'Université de Gôttingue, M. le 
D' August Wolkenhauer, a travaillé à résoudre une question très controversée, 
en recherchant si la déclinaison magnétique était inconnue avant le premier 
voyage de Christophe Colomb en Amérique en l'année ]i92. A son avis, la 
déclinaison magnétique était connue dès cette époque, sur mer aussi bien que 
sur terre, mais il est encore impossible d'apporter à l'appui de celte opinion une 
preuve directe et évidente, susceptible de dissiper tous les doutes, et on ne peut 
pas fournir cette preuve palpable dont, en 1870, d'Avezac réclamait la pro- 
duction. 

A une époque beaucoup plus récente, et même contemporaine, de l'histoire de 
la géographie et de la découverte dn Nouveau-Monde, a touché accidentelle- 
ment M. le D"" E.-T. Ilamy, notre {^résident, dans le discours qu'il prononçait 
le 13 août I90i, dans la séance solennelle d'ouverture du Congrès, sur le Cen- 
tenaire iln retour en Europe d'Alexandre de Humholdt et d'Aimé Goujaud de 
Bonpland [3 août 1904) '. Ce sujet d actualité rétrospective, — dont l'intérêt 
devenait encore plus grand puisque la Société de géographie de Stuttgart avait 
pris soin de commémorer le centenaire de la fm du voyage de Uumboldt en 
Amérique, en faisant frapper une plaquette qui fut distribuée aux membresxlu 
Congrès, — a permis au D' Ilamy de retracer brièvement l'histoire des travaux 
scientifiques de Uumboldt sur le Nouveau-Monde, et, en esquissant la biogra- 
phie du voyageur oublié qu'est Aimé Goujaud de Bonpland, de toucher à l'his- 
toire politique et coloniale de l'Amérique du Sud dans le premier tiers du 
XIX*' siècle. Historiens de la découverte, de la colonisation, de l'évolution poli- 
tique des Etats méridionaux de l'Amérique du Sud, trouveront profit à lire et 
à consulter cet intéressant travail, dont nous attendons avec impatience le 
développement. 

C'est, enfin, des plus récents progrès de notre connaissance de la Guyane 
hollandaise que le junkher van Panhuys, de La Haye, — à qui la session de 
New-York avait déjà été redevable d'excellentes communications, — a entretenu 
les Américanistes réunis à Stuttgart, quand il leur a parlé de la dernière expé- 
dition néerlandaise à l'intérieur de Surinam. Cette expédition est la troisième 
d'une petite série commencée en 1899* et a étudié la frontière fluviale entre 
les deux Guyanes française et hollandaise, le Maruini et la Lawa, aux points de 

1. Imprimé chez Burdin et C'% Angers, 1904, l)roch. in-8" de 18 p. 

2. Sur les deux premières de ces expéditions, v. Journal de la Soc. des Amer, de 
Paris, nouv. sér., t. I""'', p. 268, et les Ameri/tanisdclie Studien. Beitrâge zur Elhno- 
cj rapine LinguistUi und EntdeckungsgeschlchieAmerdias, de M. L.-C. van Panhuys 
(analysées plus haut, p. 308), ch. 8, p. 30-31. 



328 SOCIÉI'É DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

vue géographique et ethnographique. Elle a été suivie d'une autre reconnais- 
sance dont l'objectir était tle gagner les sources encore inconnues du Tapa- 
nahoni. M. van Pauhuys apportera sans doute à la session de Québec 
tons les renseignements souhaitables sur cette nouvelle campagne à l'intérieur 
de la partie néerlandaise de la Guyane. 

J.a critique des textes est trop en honneur en Allemagne pour n'avoir pas 
l'ourni à Stuttgart la matière de plusieurs travaux. ; mais (chose curieuse!) des 
Allemands ne sont j)as les auteurs des deux études présentées à la 14*^ session 
sur d'anciennes sources de l'histoire du Nouveau-Monde. M. Ed. de Jonghe, 
ayant communiqué à la Société des Américanistes de Paris son excellente 
dissertation, vraiment neu^•e, sur Thévet mexicaniste, et publié, dans le dernier 
numéro du Journal, le texte de 1' « Histoire du Mechique ' », il est inutile d'y 
insister. On nous permettra, par contre, dédire ([uelques mots des recherches de 
notre secrétaire général sur les Memoriales de Fray Toribio « Motolinia «. 
M. Léon Lejeal a démontré qu'ils constituent la première version de \a Historia 
de los Indios de la Niiera Espaûa, et que, s'ils sont d'une moindre valeur litté- 
raire, ils contiennent souvent plus et mieux au point de vue historique. 
■NI. lùluard Seler a appuyé du poids de son autorité les fines et ingénieuses 
remarques de M. Lejeal, dont les conclusions permettent de suivre, en remon- 
tant, la tradition franciscaine relative au Mexique précolombien jusqu'il Andrés 
de Texcoco et à ses conversations qui instruisirent de l'ethnographie mexicaine 
les premiers missionnaires catholiques. 

Si l'histoire de la colonisation n'a pas suscité plus de tra\aux que la critique 
des sources, du moins convient-il de signaler qu'à elle a été réservée une des 
grandes conférences de la session, conférence dans laquelle le recteur D"' P. KaplF, 
de Stuttgart, a indiqué la part prise par les Wurtembergeois à la colonisation du 
Nouveau-Monde dès le xv!*-' siècle. C'était un bourgeois dTlm que cet Heinrich 
Ehinger qui, avec son frère Ambroise, et Nikolaus Federmann, — un autre habi- 
tant d'Ulm, — a joué un si grand rôle dans l'histoire du Venezuela au 
xvi" siècle, au moment où y exista une véritable petite colonie allemande (1528- 
1556). On sait, d'autre part, que les Welser étaient des banquiers d'Augsbourg. 
— Changement de direction au début du xvni'' siècle ; dès lors, c'est vers 
l'Amérique du Nord, et spécialement les États-Unis, que se dirigent les Wur- 
tembergeois. Les deux Carolines et la Pensylvanie, cette dei'nière province 
surtout, sont l'objet de leurs ell'orts durant tout le cours du siècle. Au xix*^ siècle, 
après les guerres du Premier l']mpire, les Wurtembergeois se sont portés parti- 
culièrement sur différents aflluents gauches du Mississipi, tels que l'Ohio, sur 
les rives duquel Georges Rapp a fondé la colonie communiste d'Economy. 
Signalons encore la colonie d'Ann Arbor, dans le Michigan, et celle de Neu 
Ulm, dans le Minnesota, que les Indiens détruisirent en 1862. Si, actuellement, 
la plupart des immigrants wurtembergeois se sont fondus dans la masse de la 
population américaine, il n'en faut pas moins savoir grand gré au D'' P. Kaplf 

1. Journal de la Soc. dru Aniéricarnsfca de Pariii, nouv. sér., l. II, p. I. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 329 

d'en avoir ravivé le souvenir et rappelé Thistoire clans un tableau d'ensemble 
que permettront de compléter et de préciser, sur différents points, Tarlicle de 
M. J. Humbert (publié ici même et distribué aux membres du Congrès) sur 
la première occupation allemande du Venezuela au XVP siècle \ et la précieuse 
bibliographie de choix récemment dressée par la section bibliographique de la 
Bibliothèque du Congrès ^ à Washington. 

A côté de ce tableau d'ensemble, voici une étude de pur détail. J'ai tenté d'y 
retracer à l'aide de dilTérents documents, l'un déjà publié, mais fort peu connu, 
l'autre inédit, un nouveau chapitre de l'histoire des flibustiers du Nouveau- 
Monde, et de jeter quelque lumière sur les vicissitudes de l'établissement fondé 
à la baie de San Blas, dans la première moitié du xvni" siècle, par des aventu- 
riers, — français pour la plupart, — venus des Antilles. Les documents espa- 
gnols permettront sans doute de préciser sur dilTérents points et de compléter 
quelque peu ce premier essai, qu'on voudra bien nous dispenser d'apprécier. 

Tel est, succinctement tracé, le tableau des contributions apportées par le 

Congrès de Stuttgart à l'étude de l'histoire géographique, coloniale et critique 

du Nouveau-Monde. On peut en conclure qu'en vue de la XIV'' session ont été 

entreprises, dans dilférents pays où la science américaniste est en honneur, 

des recherches intéressantes, grâce auxquelles plus d'un historien de l'Amérique 

aura, dans l'avenir, le devoir de se reporter au volume du compte rendu du 

Congrès de 190i. 

Henri I'roidevaux. 



III 

Anciennes sépultures indigènes de la Basse-Californie méridionale. 

Dans la région méridionale delà Basse-Californie, située au sud de la baie de 
La Paz et dans les deux îles avoisinantes : Espiritu-Santo et Ceralbo, on 
rencontre des grottes ou des abris sous roche, ayant servi de dépôts funéraires 
à d'anciennes tribus indigènes, aujourd'hui complètement éteintes. Ces abris 
funéraires consistent d'ordinaire en concavités produites naturellement dans les 
coulées de lave ou dans les roches, pour la plupart volcaniques, qui forment la 
déclivité des montagnes. Elles paraissent se trouver surtout dans le voisinage 
du littoral. Ce n'est que très rarement et à l'état isolé que l'on en a constaté 
l'existence dans l'intérieur de la presqu'île. Ces sépultures furent pour la 
première fois signalées par le D"" ten Kate, il y a une vingtaine d'années, lors de 
son voyage dans l'Amérique du Nord. Le résultat de ses recherches fut publié 
en 1884, dans le Bulletin de la Société d'Anthropologie^. Les ossements 
contenus dans ces sortes de loges funéraires offrent presque toujours cette parti- 

1. Journal de la Soc. des Américanisles de Paris, nouv. série, 1. I*"'", p. 309. 

2. A Lisl of Works relaling In tlic Gennans in Ike United Slufes. Washington, 
Library of Congresso, 1904, in-8. 

3. Ten Kate. « Matériaux pour servir à J-aiilhropologie de la presqu'île califor- 
nienne » [Bulletin de la Société d'Anthropologie, 3"' série, p. .^51-")69, 1884). 



330 



SOflliriK |»i:S AMIOKICAMSTES DK PARIS 



cularité d'avoir été l'objel d'uiio pi-éparation rituelle, consistant à les revêtir 
d'une couche fie prinhire rou^e ocreux. i,a substance colorante paraît alors 
avoir été fournie |)ar la puhérisation dune ponce rou^'^e, très abondante en 
certains endroits de ce pays volcanique et désignée dans tout le Mexique sous 
le nom de iezontU. 



i'% 




A. Instruments en os. B. Manche de couteau. 

Instruments provenant de l'abri funéraire du Pescadero (Basse-Californie). 



Presque toutes ces sépultures qui, il ï\y a pas encore très longtemps, ont dû 
être assez nombreuses, si l'on en juj^e par les fragments d'os coloriés épars sur 
le sol des grottes, ont été, depuis un certain nombre d'années, l'objet dun pillage 
et d'une destruction en règle de la part des pêcheurs et des chercheurs de trésors. 
C'est donc tout à fait accidentellement, dans les endroits situés en dehors des 
zones facilement accessibles, que l'on peut rencontrer des dépôts funéraires 
demeurés à peu près intacts. Pendant mon dernier voyage en Basse-Californie, 
j'ai été assez heureux pour découvrir, en un point du littoral nommé El Pesca- 
dero, à peu de distance du cap Pulmo, deux de ces grottes funéraires qui, 
n'ayant pas été endommagées, purent me montrer presque in situ le dispositif 
adopté pour la conservation des ossements. 



MÉLANGES ET NOIVELLES AMÉRICANISTES 331 

Ces deux abris funéraires, où se trouvaient les ossements de sept individus, 
étaient placés à peu de distance lun de l'autre. Ils ne m'ont pas paru consti- 
tuer, à proprement parler, de véritables sépultures, mais, plutôt, des stations 
temporaires, destinées à recevoir momentanément les morts d'une famille ou 
d'une tribu; morts qui étaient, je pense, transportés ailleurs, lorsque la tribu 
nomade changeait de résidence. 

Ce fait, du moins, me paraît être indiqué par le mode d'assemblage des 
diverses pièces du squelette. Les os longs et les côtes étaient attachés ensemble 
en faisceau à l'aide d'une cordelette de fibre de palmier ou d'agave. Le crâne, 
le bassin et les vertèbres étaient réunis ensemble. Le tout se trouvait enveloppé, 
soit simplement dans des feuilles de palmier, soit dans une sorte de tissu naturel 
obtenu par le rouissage de la partie médullaire du tronc de yucca'. Dans les 
abris funéraires situés sur les autres points mentionnés ci-dessus, tels que l'Ile 
d'Espiritu-Santo, où se trouve une ca/lada désignée sous le nom de las calave- 
ritas, on rencontre parmi les ossements brisés des débris de cordelettes, de 
fibre et de feuilles de palmiers^ aul indiquent la constance de ce mode d'empa- 
quetage. 

Néanmoins (mais, sans doute, tout à fait exceptionnellement), il a été décou- 
vert, dans une grotte un peu plus grande que les autres du ravin « de las calave- 
ritas », des ossements qui, au lieu d'être réunis sous la forme d'un paquet, étaient 
placés dans une sorte d'enclos rectangulaire, formé par des pierres alignées à la 
suite les unes des autres. Le corps était alors placé dans la position couchée. 
Enfin, quelquefois, comme l'a observé le D'' tenKateet comme je l'ai également 
vu en deux cas, dans l'île d'Espiritu-Santo, les os du carpe et du tarse, petits 
os faciles à égarer, et qui, généralement, font défaut dans l'empaquetage funé- 
raire normal, avaient été introduits dans la cavité crânienne. 

Les dépôts funéraires de la partie sud de la Basse-Californie étaient habituel- 
lement protégés contre l'action destructive des intempéries par une couche de 
gravier ou de terre sèche. Dans les deux abris du Pescadero, cette couche était 
d'une épaisseur d'environ trente centimètres ; mais, quand la concavité funéraire 
était de faible dimension, comme, par exemple, dans nombre d'endroits du 
ravin de « las calaveritas », l'ouverture présentait certains indices permettant 
de constater quelle avait dû être ferrnée par un mur. 

Dans toutes les grottes qui ont été pillées, on ne rencontre plus de ces objets 
travaillés que l'on a coutume de joindre aux dépouilles humaines. C'est ce qui 



1. Dans nombre de locafités désertiques du Mexique, la fihre médullaire de plu- 
sieurs espèces de yuccas est encore très employée par les populations rurales pour 
confectionner des nattes 'ou des tapis, etc. La préparation de la ûhve est des j^his 
simples : on débarrasse le' corps du tronc ou moelle des matières gommeuses rpù 
l'imprègnent par une macération dans l'eau suivie d'un battage. Après ciuoi, cette 
fibre séchée se présente sous la forme d'une masse spongieuse dont il n'y a plus qu'à 
réunir les morceaux, à l'aide d'une coulure. 

2. Les palmiers, les agaves, ainsi (pie les plantes pouvant fournir de la fibre, ne se 
rencontrent pas dans l'ile d'Espirilu-Santo. Ces fibres ont donc été imporlées de la 
terre ferme. 



332 



SOCIÉTl': Di:s AMÉRirANISTES DE PARIS 



se présente pour toutes les sépultures de l'île criv^iiiritu-Santo, fréquentée de 
tout temps par les pêcheurs. Au Pescadoro, les deux grottes funéraires n'ayant 
été que très sommairement fouillées à l'aide d'un pieu, il m'a été possible do 
trouver quelques instruments ayant échappé au vandalisme deg chercheurs de 
curiosités, 




Pagne de femme pericues et divers instruments en bois scLdptés recueillis dans une sépulture 

aux environs du village de Santiago (Basse-Californie). 



Ces objets consistent en un couteau dont il ne reste plus que le manche et 
la résine ayant servi à maintenir la pointe en pierre taillée; un poinçon en bois; 
une dizaine d'instruments en os qui devaient être des pointes de lances ou des 
harpons ; une portion de chevelure avec un ornement en nacre. Dans une ji^rotte 
murée, qui fut découverte, il y a quelques années, auprès du village de Santiago, 
on a retrouvé, avec les ossements, un certain nombre d'objets en bois, tels que 
tablettes, bâtons, et un pagne de femme /jer/cue, tel qu'il se trouve décrit dans 
les ouvi'ages des missionnaires, comme étant l'unique vêtement féminin de la 
tribu. 



MÉLANGKS HT XlUVELLES AMÉIUCAMSTES 333 

Les missionnaires jésuites qui ont vécu plus d'un clcmi-sièclc clans la l^asse- 
Calil'ornie où ils furent les premiers à s'établir après la découverte du pays, ne 
l'ont dans leurs écrits, pourtant si documentés sur les mœurs et les coutumes 
des Indiens californiens, aucune allusion à ces habitudes funéraires des habi- 
tants de la partie méridionale de la péninsule'. Le silence des missionnaires 
m'avait porté, un moment, à supposer que la coutume de peindre les ossements 
et de les empaqueter remontait aux tribus antérieures à l'évangélisation du 
pays, comme celles, par exemple, qui ont signalé leur existence par les picto- 
graphiesque l'on rencontre, encore aujourd'hui, sur plusieurs points de l'étendue 
de la péninsule ^. J'abandonnai celte hypothèse, en considérant que les quelques 
objets trouvés dans la grotte des environs du village de Santiago paraissent 
provenir de ces Pericues qui, seuls, habitaient, au moment de la conquête, le 
sud de la Basse-Calil'oi'nic depuis la baie de La Paz. Cette tribu pericue était la 
plus farouche des trois trd)us (|ui s'échelonnaient sur le territou'e de l'étroite 
})resqu"ilc. Les missionnaii-cs ne purent que très imparfaitement s'établir au 
milieu d'elle. ]-]lle n "aui-aif sûrement pas laissé sidjsislcr des sépultures dans les 
grottes susceptii)lcs d oll'rir un abri naturel aux époques d'intempéries •'. 

La situation, plus généralement côlière et insidaire de ces sépultures, prouve 
bien quelles ont dû appartenir à une tribu nomade, comme l'étaient les Pericues, 
et habituée à fréquenter les bords de la mer et les iles. 

Léon DiGUET. 



IV 

llciiacKjnemcnls sur les noms de juircnlc dans plusieurs 

liUKjues a m êrica i ii es . 

L'expression des noms de parenté se fait d'une manière fort dilTérente 
dans les diverses langues, non seulement quant aux mots employés, mais 
aussi quant aux concepts eux-mêmes. C'est dans nos langues européennes 
qu'elle a lieu de la façon la plus simple, mais aussi la plus détective. Le latin 

1. Bagert S. J. Xachrichlen von dcr Americanhalbinscl Californien, 1751-1768. 
Manheim, 1773. 

Orozco y Rerra. Acount of Ihe'urljorirjonal inhuLitanls of (lie Californian pcninsula 
« Annual report of the Sniitlisoniaii Inslilulion >., 1803, p. 3B2 ; ISOi, p. 378. 

Vencgas. Jlisloire nulurcllc el cicile de la Californie (traduit de l'anglais), Paris, 
1707. 

Clavigero. Ilisloria de la Antijjua o Baja Califor/na, Iraducida del italiano por 
Nicolas Garcia de San Vicentc, iS")2. 

Miguel del Barco. Slo?-ia de Califor/na (Rome;. 

2. Xouvellpii archives des Missions scientifiques, t. IX, 1899, p. 26. 

3. AcluL'llc'incnl encore, les pèclieuis, (piand le mauvais temps les oblige à se réfu- 
gier sur la ci'ile, adorileii I cninuie lial)ila lion It's «ji'olLes du \ uisinau'i", en avant soin 
de les débarrasser de ce cpii les encombre. C est ce qui avait lieu, il n'y a pas très 
longtemps, dans les iles de la baie de La Paz, lorsque la pèche de l'huitre i)erlière 
était libre. 



334 SOCIÉTÉ DES AMERICAN ISTES DE PARIS 

lui-même auquel nous faisons si souvent appel, ne vient guère à notre secours. 
C'est que, quoiqu'il soit plus riche que nous sous ce rapport, il Test cependant 
fort peu. Il en est de même du langage des auti'es peuples civilisés. Au contraire, 
des langues moins cultivées ont, pour distinguer les divers degrés de parenté, 
un vocabulaire beaucoup plus abondant qui leur permet de noter toutes les 
nuances et de parvenir à une expression intégrale. Ce sont surtout les peuples 
de l'Amérique qui sont arrivés à ce résultat, avec une perfection qui étonne. 11 
faut ajouter, tout de suite, qu'il s'agit là d'un phénomène non pas commun à tous 
les peuples du Nouveau-Monde, mais à quelques-uns seulement que nous nous 
proposons de parcourir. 

Comment peut-on déterminer de toutes parts la parenté et l'alliance et situer 
un individu dune manière exacte sur les coordonnées familiales? D'après nos 
idées ordinaires, nous pensons qu'il suffit d'indiquer le degré de parenté : frère, 
cousin, père ; nous y ajoutons l'indication du sexe : cousin, cousine. Il s'agit 
d'ailleurs seulement du sexe de la personne dont on parle, et c'est tout. Si l'on 
veut faire savoir qu'il y a non parenté mais alliance, nous ajoutons l'adjectif 
de courtoisie heaii : beau-père, beau-frère, et c'est tout. Nous économisons, 
d'ailleurs, les mots : cousin, avec une terminaison masculine ou féminine, suflit 
comme radical pour les deux sexes; de même : aïeul, aïeule. Ce n'est que 
parfois que nous employons des racines dill'érentes. 

Dans les langues de l'Amérique que nous allons citer, c'est tout lé contraire. 
D'abord les noms de parenté dilîèrent avec plus d'énergie, même quand il ne 
s'agit d'indiquer qu'une différence de sexe. D'autre part, on marque l'âge 
respectif des parents : frère aîné, frère cadet, chacun d'eux exprimé par une 
racine différente, puis le sexe des intermédiaires : oncle paternel, oncle mater- 
nel, chacun s'exprimant d'un seul conp, et aussi par une racine différente, non 
par une périphrase, comme en français. Ce n'est pas tout : on distingue encore 
si ces parents intermédiaires sont morts ou vivants. Enfin, ce qui est tout à fait 
remarquable, et ce que nous n'indiquonsjamais, on exprime le sexe du parent 
qui est à l'autre bout de la chaîne, c'est-à-dire de l'homme ou de la femme qui 
parle: 

Voici toutes les nuances exprimées ainsi : 

1 Sexe du parent dont on parle; "2 âge respectif des deux parents; 3 degré 
de parenté ; 4 sexe des parents intermédiaires ; 5 indication si ces intermédiaires 
sont morts ou vivants ; (3 parenté ou alliance ; 7 sexe du parent qui parle. 

Sans autre préambule, nous passons aux faits documentaires observés. 

Ce sont d'abord quelques-unes des langues de la famille salish qui renferment 
des phénomènes curieux. 

1 . Dans le dialecte skqôinic par exemple, il n'existe pas de différence entre les 
parents intermédiaires pour noter la ligne masculine et la ligne féminine. Les 
oncles et les tantes des deux côtés se désignent de la même manière. A ce point 
de vue, l'expression de la parenté est défective. Les petits-fils de frères et de 
sœurs sont appelés petits-lils; les cousins s'appellent frères. On dislingue lexi- 
cologiquement le frère aîné du frère cadet. Enlin souvent, dans la ligne collaté- 
rale, on emploie des termes différents, suivant que le parent intermédiaire est 
mort ou encore en vie. 11 faut ajouter un fait singulier : l'expression réciproque 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 335 

de parenté. Par exemple : sic a mik signifie aussi bien le bisaïeul que Tarrière- 
petit-fils; Is' o peijukh indique le trisaïeul et le descendant correspondant. 
Enlin le père et la mère distinguent leurs enfants de dilFérents âges, non seule- 
ment l'aîné et le cadet, mais le premier, le deuxième, le troisième et le quatrième. 
Voici d'ailleurs le tableau : 
ha u'kivèyuk, quadrisaïeul : quatri-petit-llls. 
Is' ùpèyukh, trisaïeul : Iri-petit-fds. 
sic a' niik, bisaïeul : bi-petit-fds. 
A partir de ce degré, la double équation n'existe plus : 

sè'e/, grand-père, oncle. è'mats, petit-fils, neveu. 

màn, père. niE/î, enfant. 

icica, mère. seentl, l'aîné. 

a'môntatc, le '2^. 
niEntcè'tc ;7, le 3''. 

sa lit, le cadet. 
kupkuù'pits, frères, sœurs et cousins, 

kuô'pits, frère aîné, sœur aînée et aussi neveu aîné du côté du frère, neveu 
aîné du côté de la sœur. 

s'khàkh, frère cadet, sœur cadette et aussi neveu cadet par le frère ou par la 
sœur. 

Ligne collatérale {le parent intermédiaire étant encore vivant) : 

sisi^ frère ou sœur de père ou de mère. 

stà'eatl, fils de frère ou de sœur, 

tcE nia'c, frère, sœ'ur, cousin de mari ou de femme (ici encore l'expression de 
la parenté est réciproque). 

sà'oy, beau-fils, belle-fille, beau-père, belle-mère. 

skuè'iuas indique l'alliance d'alliance. 
Le parent intermédiaire étant mort : 

iiotsaèqoitl, frère ou sœ'ur de père ou de mère. 

siiinè mkitl^ enfant de frère ou de sœur. 

tcà'iàè, frère, sœur, cousin delà femme ou du mari; mari, femme de fi'ère, 
sœur ou cousin. 

slikhoaitl^ beau-fils, belle-fille, beau-père, belle-mère. 

On voit combien les deux extrêmes de la parenté s'expriment identiquement. 

2. En bilqiila, le système est beaucoup plus simple. Il y aà noter seulement la 
contraction de parenté, c'est-à-dire l'assimilation du grand-oncle au grand-père, 
de la grand'lante à la grand'mère, une seule expression pour beau-père, belle- 
mère, gendre et bru, et la distinction entre le frère et la sœur aînés khdahn et 
le frère et la sœur cadets sôaqè. Ici la question d'âge prend le dessus et celle de 
sexe s'efface. 

3. En stlatlEmch, on distingue entre le frère aîné, khnkhtcik, la sœur aînée, 
khE'qkheq' et le frère et la sœur cadets confondus, cickh'oadz ; de même entre 
la nièce, clunich, et le neveu ckh'caa. 

Les termes d'alliance varient suivant que l'intermédiaire est vivant ou mort. 
S'il est vivant, les parents du mari et ceux de la femme s'appellent réciproque- 
ment, cchunà'mt et, dans le cas contraire, ckhàlpaca. 



33(3 SOCIKTÉ DES AMÉIUCAMSTES DE PARIS 

4. En shushivap^ les distinctions sont plus noml)rciiscs et Ion diirérencie 
nettement le sexe du parent. En voici des e\enij)les : 

khà'alza^ père ; gyeeqa^ mère. 

i-Zà'c'î, f^rand-père ; ffi/'ia, grand'mèrc. 

slae, bisaïeul ; skhi/a^ fils et fille du frère ou delà sceur. 

sllEinkall, fils et fille du frère de la S(cur. (Il faut remarquer rassimilation du 
neveu au fds, ce qui constitue une contraction de parenté). 

squaiial, mari; smaEiu, femme. 

Par contre, il y a aussi confusion des sexes. Par eNemj)le, skhni'(yré sijjnifîe : 
frère ou sœur cadets, et kh;Vf!ikha^ frère aîné, se rapproche beaucoup de 
kha'kha, sœur aînée. 

On distingue le frère aîné du frère cadet : khà't.skha et sA/iH/'oVe. 

Enfin la parenté a des termes pour chaque degré. On a déjà remarqué : 
khaatza, père; .s7<'i'<'*, grand-père; slà'é^ bisaïeul. 

En matière d'alliance on distingue si le parent intermédiaire est mort ou 
vivant. En cas de mort, il semble que ralliance est presque rompue. Tous les 
parents de Tun des époux se servent vis-à-vis de tous ceux de l'autre du mot : 
skhalp. S'il est vivant, on distingue les sexes : sqà'qoii, beau-père et ses frères; 
tllsilsak, belle-mère et ses sœurs; snekLl^ gendre et sà'pv.u, bru ; s(s'aq(, frère 
de la femme, mari de la S(eur, skàii, S(eur du mari, et s'àt.siun, steur de la 
femme, frère du mari. On voit que les racines varient suivant le genre et que, 
par contre, il y a confusion singulière entre le frère de la femme et le mari de \n 
sœur. 

Mais le procédé le plus curieux consiste à varier l'expression du nième nom 
de parenté, suivant que c'est un homme ou une femme qui parle. Ce phéno- 
mène n'existe point d'ailleurs pour tous les mots, mais seulement pour quelques- 
uns. 

Langar/e de l'homme : ukhé, frère; laiia, oncle ; k'ùrjn, tante. 

Langage de la femme : ô'khé, sœur; siso^ oncle ; (Cima, tante. 

En langue okaiurkhen^ on. distingue avec soin, par le procédé syncrétique 
de mutation de racine, le sexe masculin du sexe féminin : 

sqa'qpa^ grand-père paternel ; khà kaua, grand'mère paternelle, et d'autre 
part : 

khCkoa, grand-père maternel ; siEmtè'ma, grand-mère paternelle. 

skhsé, fils; st\:kiè' lv.lt, fille. 

sqè'lni, mari ; na'qnùq, femme. 

tlkhakfsa, frère aîné; (Ikikpn, sœur aînée. 

si'syjitsa, frère cadet; sIcEtcEÔ'ps, sa>ur cadette. 

D'autre part, on voit par ces exemples qu'on distingue suivant le parent inter- 
médiaire (ligne paternelle, ligne maternelle). 11 faut ajouter, à ce point de vue • 

sm'eell, frère du père ; .sv'.sv', frère de la mère. 

sk'akoi, sœur du père; swàwàsa, sicur de la mère. 

Enfin on distingue les frères et sceurs suivant leur âge. 

11 existe aussi des termes employés par l'homme et d'autres employés par la 
femme. 



MELANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 337 

Langage de Vhomme : hè^u, père; skè'^i, mère. 

Langage de la femme : niislni, père; lôni, mère. 

L'alliance s'exprime syncrétiquement [le mari et la femme étant encore 
vivants) : 

sqà qa, beau-père ; tltcitck, belle-mère. 

stsiot, frère de la femme, mari de la sœur. 

sèast à' m, sœur de la femme, femme du frère, frère du mari (il existe dans 
ce cas une confusion remarquable). Les parents de la femme appellent ceux du 
mari, et les parents du mari, ceux de la femme, ntemlEn. 

Le mari ou la femme étant niorts^ l'alliance cesse, excepté pour nEkha'tstEn, 
qui signifie : la sœur de la femme décédée, la femme du frère décédé, le frère 
du mari décédé. 

5. En kalispeln la même expression syncrétique règne en général. On 
distingue aussi le sexe des parents intermédiaires, ainsi que lancienneté entre 
frères. On dit : 

sqaè pe,\e père du père. kèné, la mère du père. 

silé, le père de la mère. ch'chiéz, la mère de la mère. 

skusé'e, le iils. stomchèlt, la fille. 

kea's, frère aîné. Ich'chschèe, sccur aînée. 

sinzè, frère cadeL Ikak'ze, sœur cadette. 

sniel, frère de père. ^àge^ sœur de mère. 

s'si'i, frère de mère. 

Lorsque le parent intermédiaire est mort, le frère du père s'appelle nluèslu 
et le fils du frère sluèlt. 

Le kalispeln distingue aussi si c'est un homme ou une femme qui parle. 

Langage de l'homme : /'eu, père; sAo/, mère ; sko koi. sci'ur du père ; sgus' 
mem, sœur; tôu.sch, enfant de frère ou de sœur. 

Langage de la femme : mesfm, père ; tom, mère ; likul, sœnir du père; 
snkusiqù, sœur: sttmch'èlt, fille de frère ou de sœur. 

Pour l'alliance, on distingue si celui qui a causé l'alliance est mort ou vivant. 

Le mari ou la femme étant vivant : 

sgàgèe, père du mari ou de la femme. 

Izèzch, mère du mari ou de la femme. 

sgelîu\ mari; nùgnag, femme. 

znechlgù, gendre; zèpu, bru. 

szèscht, mari de la sœur; sestèm, mari de la sœur, femme du frère. 

segunèmt, nom générique donné par tous les parents de la femme à tous les 
parents du mari et réciproquement. 

Le mari ou la femme étant mort : 

s'chèlp, bru ; nhoizlu, mari de la sœur, femme du frère. 

Plusieurs langues de la Colombie britannique autres que les langues salish, 
non seulement distinguent lexicologiquement les noms de parenté de sexe dilTé- 
rent, mais quant au sexe, tieiment compte de la question de savoir si c'est 
l'homme ou la femme qui parle. Quelquefois, au contraire, on ne tient nul 
compte du sexe de la personne dont on parle. 

Société des Américanisles de Paris. 22 



33S SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Il noLi'^ eût ('te \';\c\\c de réunir, on assez j^Taïul nombre, d'autres faits analogues, 
relatifs à d'autres idiomes, nolanimenl le Haïdn, le Zimshiau, V Algonquin, etc. 
Un travail d'ensemble sur cette question (et nous l'entreprendrons peut-être un 
jour) conduirait sans doute à cette conclusion de l'extrême richesse des langues 
du Nouveau-Monde, pour l'expression complète et adéquate de la parenté. A ce 
point de vue, les langues européennes sont, nous le répétons, tout à fait pauvres. 
Notre manière de décrire la parenté est défective; il y manque un essentiel 
élément : l'indication du sexe de la personne qui parle, la parenté étant bilaté- 
rale et devant être représentée par les deux parents extrêmes familiaux. D'avoir 
réalisé cette précision, c'est donc un trait linguisti((ue tout à fait remarquable 
dont il importe de tenir compte, lorsqu'on \eut classer les parlers indigènes 

d'Amérique. 

Raoul Di; La (ihasskrie. 



V 

Mou cernent scienlificfue. 

Folk-Lore nnicricain. — On sait avec quelle ardeur les savants des Etats- 
Unis explorent cette importante province de notre science. Quelques-uns de 
leurs travaux de 1904 méritent d'être signalés ici. C'est, comme d'habitude, le 
Journal of American Folk-Lore, dirigé par le D'' Alexander F. Chamberlain, de 
Clark University (\^'orcester), qui nous en a révélé le plus grand nombre. Le 
tome X\'II de ce recueil, organe d'une association folk-loriste qui compte 
plusieurs centaines de membres, s'ouvre par une étude de M. Franz Boas, intitulée 
7'/?e Folk-Lore of Ihe Eskimo (p. l-lli). L'auteur a voulu y fixer les caractères les 
plus généraux de la littérature populaire chez les Innuits. Il avoue, d'ailleurs, 
avoir pris volontiers ses exemples aux peuplades situées à l'est du Mackenzie, 
qui, d'après lui, conservent les récits les plus spécifiques. Ce sont des mythes 
héroïques, où s'accumulent les détails surnaturels, des contes " shamanistiques », 
et, nécessairement, des contes d'animaux. Mais, selon M. Boas, ces derniers 
n'appartiennent pas en propre aux Eskimos qui les auraient empruntés aux 
tribus indiennes. A l'appui de sa thèse, le professeur de la Columbia montre 
l'étroite parenté du mythe innuit de Sedna, la mère des morses et des phoques, 
avec le mythe de la vieille mère créatrice, si répandu chez les Indiens. IJn trait 
foncier du folk-lore eskimo paraît en tous cas, sa décence relative, par rapport 
à l'obscénité du folk-lore des Peaux-Rouges. Un second article, du D"^ Roland B. 
Dixon, de Harvard University {Sonie shamans of Northern California, p. ■23- 
•27), est consacré au shamanisme chez les Indiens Maidu, Shasta, Hat, Creek 
et Achomawi. L'institution varie d'un de ces groupes à l'autre, beaucoup plus 
qu'on ne pourrait le croire d'après leur contact continuel ; de même, les idées 
sur le pouvoir magique ou médical du shaman, le principe des maladies, leur 
traitement et leur guérison. Chez les Maidu, la qualité de shaman est hérédi- 
taire ; chez les .\chomawi, elle s'acquiert par une longue retraite qui doit se 



MÉLANGES KT NOUVELLES AMÉRICANISTES 339 

passer sans sommeil, tandis que, parmi les Shasta, elle est le prix de l'aptitude 
au sommeil extatique. Dans un troisième mémoire, sous le titre de /?ace, cha- 
nicler and local color in proverhs [p. '28-31), M. Chamberlain montre, à l'aide 
d'adag'es empruntés aux nègres africains et à ceux de la Guyane anglaise, les 
modifications qu'un changement de milieu géographique peut faire subir à un 
folk-lore. Mentionnons encore, dans le même recueil, les notices plus ou moins 
longues, mais très instructives, de MM. H.-L. Kroeber (.1 Ghost dance in Cali- 
fornia, p. 32-35), Geo. A. Dorsey {Wichita Taies, p. 153-100), Simms [Tradi- 
tions oflhe Sarree Indians, p. 180-182), James Mooney [7he Indian navel cord, 
p. 197-199) et de M"« Constance Goddard Du Bois [Mythology of the Mission 
Indians, p. 185-188). Une autre contribution très intéressante à l'étude des 
traditions populaires nous est apportée par les Proceedings of American 
Anliquarian Society, de Worcester (1904, N. S., t. XVI, p. 221-251), dans une 
monographie sur les « Mythes et superstitions des Indiens de l'Orégon », dont 
M. W.-D. Lyman a recueilli les éléments parmi les Ghinooks et les Yakima. 
Elle traite surtout des mythes relatifs à l'âme humaine, à la création du monde 
et de la race indienne, à la découverte du feu et aux inventions utiles, aux 
peines et récompenses de l'autre vie. Quelques-unes de ces traditions sont tout 
à fait inédites et vraiment belles. Mais leur beauté même m'inspire quelque 

défiance sur l'authenticité de leur origine. 

L. L. 



U Américanisme k V Exposition universelle de Saint-Louis. — C'est dans la 
section d'anthropologie, hospitalisée par la Washington University, que l'amé- 
ricaniste, visiteur de l'Exposition de Saint-Louis, avait à chercher ce (jui l'inté- 
resse. Cette section avait été très habilement et très largement organisée. Son 
directeur, le D'' Mac Gee, bien connu parmi nous, a été un des hauts fonction- 
naires du Bureau d'Ethnologie américaine. Il passe parmi ses compatriotes, à 
très juste titre, pour un des meilleurs entre tous ces conservateurs de musées 
yankees, qui réalisent si bien la perfection dans l'enseignement par l'aspect. Le 
cadre créé par lui, très complet, comprenait la somatologie, l'ethnologie et 
l'ethnographie, l'anthropométrie, l'archéologie et l'histoire enlin, comme autant 
de sous-groupes. Archéologiquement, les collections d'antiquités précolom- 
biennes, envoyées parles principaux musées de l'Union [American Muséum of 
NaturalHistory, de Xew-York, Eree Public Muséum, de Philadelphie, Musée de 
la « Société historique du Missouri », Mationat Muséum, de Washington, Field, 
de Chicago, etc.), sont, en général, connues et publiées. Dans les séries ethno- 
logiques, on a surtout noté une série de tableaux vivants, destinés à faire com- 
prendre l'évolution du travail humain. Quelques-unes de ces scènes, très pitto- 
resquement agencées, avaient été empruntées à l'Amérique primitive, en parti- 
culier celles qui concernaient l'invention du feu. A signaler aussi la réunion, 
en de vastes campements, d'un certain nombre d'indigènes, appartenant aux 
tribus subsistantes du Nord-Amérique. Il ne sera pas indilférent, dans quelques 



340 SOCIÉTÉ DES AMÉIUCAMSTES DE PARIS 

années, de savoir qu'en 1904, on avait pu rassembler les représentants des peu- 
plades suivantes : Serf de Tiburon, Cocojjadu Rio Colorado inférieur, Paiviiee, 
Chippeivay, Wichita, Arapaho, Cheyennes, Comanches, Osages, Navajos, 
Apaches, Pueblos, Flalhead, Seminoles, Makal (Vancouver), etc.. auxquels 
s'ajoutaient des Patagons de rAmérique méridionale. Par une idée fort ingé- 
nieuse, à côté de ces « vieux » Indiens vivant, sous les yeux du visiteur, selon 
leurs traditions nationales, on avait installé une « école indienne », destinée à 
montrer la transformation de Tautochtone par l'éducation. A quelques pas des 
parents, hommes ou femmes, fabricpiant leurs armes, pointes de flèche en pierre, 
baskets et céramique, les enfants s'employaient à des travaux de menuiserie, 
charpente et serrurerie. Ainsi, un excellent classement, des « leçons de choses », 
très utiles pour le grand public et agréables pour le spécialiste, mais rien qui ait 
pu offrir à ce dernier du vraiment nouveau et de l'inédit. Par compensation, 
l'histoire postcolombienne et coloniale de l'Amérique présentait des collections 
fort attachantes, surtout comme portraits et autographes d'explorateurs et 
comme bibliographie. La Louisiane avait fourni une collection incomparable et 
presque complète d'ouvrages historiques, des xvu'^ et xvni'' siècles, mais surtout, 
de brochures et de journaux. Ce n'est pas sans émotion que notre ami, M. Henri 
Cordier a pu suivre ainsi, de J827 à 1903, les progrès du journal français, 
V Abeille de Nouvelle-Orléans et, par leurs programmes, statuts, circulaires, 
l'activité des sociétés littéraires, artistiques, philanthropiques françaises du 
Mississipi. Aussi abondants étaient les documents relatifs à la bibliographie du 
Canada français, envoyés par le collège Sainte-Marie, de Montréal. On devine 
la place prépondérante tenue par les Jésuites et les Récollets dans cette littéra- 
ture. A côté de ces richesses de bon aloi, que venaient donc faire de prétendues 
pièces d'archives, relatives à la découverte du Nouveau-Monde, introduites, on 
se demande comment, par des naïfs ou des faussaires? Et quel rapport entre les 
sciences anthropologiques et le médiocre « musée des souverains », constitué 
par les cadeaux offert à Léon XIII et à la reine Victoria? Au résumé, des rap- 
ports officiels qui nous furent communiqués et des renseignements privés qui 
nous parvinrent, la grande exposition centennale de Saint-Louis ne paraît pas, 
malgré sa valeur, avoir présenté le même intérêt que son aînée, celle de 
Chicago. Cette dernière a laissé, on s'en souvient, un témoignage durable de 
son importance, dans ce merveilleux « Columbian Muséum», rendu permanent 
par la générosité de M. Field. Aucun Mécène ne semble avoir éprouvé l'envie 
de perpétuer ainsi les résultats de l'Exposition de 190i. C'est, peut-être, qu'elle 

le méritait moins. 

L. L. 



Congrès internalional de géographie à Washington. — Le huitième Con- 
grès international des sciences géographiques, dont nous aurions voulu parler ici 
plus tôt, fut ouvert officiellement, le 8 septembre 1904, sous la présidence du 
commandant Peary, l'illustre explorateur «les régions arctiques. Après trois 
journées de séance, — du 8 au 1 1 septembre, — dans la capitale même de 



JIÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 341 

l'Union, le Conjurés s'est successivement transporté à Philadelphie, à New- 
York, à Chicago, à Saint-Louis, où a eu lieu sa séance de clôture, le 2'2 sep- 
tembre. Comme les membres du Conjurés des Américanistes de 1902, les adhé- 
rents du Congrès de géof^i^raphle ont été promenés par leurs hôtes dans dilFé- 
rentes régions des Etats-Unis : les bords du Potomac et Mount-Vernon, les 
bords de THudson, les chutes du Niagara, TArizona ont été visités par tous ou 
partie d'entre eux, dans l'intervalle des diilerenles réunions ou après la clôture 
générale. Bien plus, un certain nombre de congressistes, revenus à Washington 
pour saluer le président Roosevelt et assister à la conférence de M. Peary sur le 
projet d'exploration polaire qu'il est en train d'exécuter actuellement, se sont 
embarqués ensuite pour Mexico et les u anciennes villes du Nouveau-Monde ». 
Cette session itinérante, l'attrait aidant de la \\ orld's Fair-, semble avoir eu 
grand succès. Le nombre dQ)r> Sociétés participantes des deux continents n'était 
pas inférieur à 1:20, parmi lesquelles notre Société des Américanistes, repré- 
sentée par le professeur Henri Cordier qui représentait aussi la Société de géo- 
graphie de Paris. Quant aux adhésions individuelles, elles s'élevaient, paraît-il, 
à 738. Ces chitfres ont leur éloquence. Une foule de communications ont été 
lues, remises ou promises, relatives à la physiographie, à la géographie, mathé- 
matique, à la biogéographie, à Tanthropogéographie, à l'exploration, à la géo- 
graphie technique, économique, historique, entin à l'enseignement géogra- 
phique. Nous pourrons revenir sur celles de ces communications qui touchent 
à l'Américanisme, le jour où nous sera parvenu le compte rendu du Congrès. 
Bornons-nous à noter aujourd'hui que, à côté de onze mémoires concernant l'ex- 
ploration de l'Amérique, d'autres ont été lus ou déposés, soit à [)ropos des récentes 
éruptions des Antilles (en particulier par les 1)''' lleilprin, de Philadelphie, 
et Ilowey, de Chicago), soit sur le développement économique des républiques 
du Nouveau-Monde (à retenir, de ce chef, les travaux de MM. .1. F. Crouell, 
de Washington, qui a étudié le commerce international des États-Unis, et Funke, 
de Berlin, qui a traité de la colonisation allemande libre au Brésil) et signalons 
surtout les deux conférences de M. luhvard L. Stevenson, professeur d'histoire 
à Rutgen Collège (Nouveau-BrunsAvick) et du professeur W. J. ^NLic Gee, chef 
de la section anthropologique de l'I^xposition de Saint-Louis. Le premier a 
parlé de la cartographie américaine du xvi*-' siècle, de manière à permettre aux 
congressistes d'étudier avec fruit l'exposition d'anciennes cartes organisée en vue 
du Congrès, par M. Wilberforce Eamcs, à la « Lenox J^ibrary >•< de New-York. 
Quanta M. Mac Gee, sa conférence (« Race Types and Peoples assembled at 
the Louisiana Purchase Exibition ») était le commentaire explicatif naturel de 
la visite aux curiosités ethnographiques qu'il avait si intelligemment groupées 
dans l'enceinte de l'Exposition, et dont il est dit un mot, d'autre part. 

H. F 



liites phalliques, origine du théâtre el des sacrifices humains à Mexico. — 
Soit par scrupule, soit faute d'informations, les historiographes espagnols nous 
ont livré très peu de faits précis sur les cultes et rites phalliques des anciens 



'M2 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Mexicains. Mais plusieurs documents iconographiques suppléent à cette insuf- 
fisance des textes, entre autres la page 30 du Codex Borhonicus, qui représente 
les liturgies du mois Ochpanifzli. On y voit, très nettement figurée, une proces- 
sion de phallophores. Da'ns son commentaire du Borhonicus \ M, Fr. Del Paso 
y Troncoso fait de ces personnages des pénitents qui, pour se préparer à la solen- 
nité, viennent de s'infliger un supplice rituel très spécial, bien des fois mentionné 
parles auteurs. Dans un article publié par Archiv fur Anthropologie (neue Folge, 
B. I, H. 3, s. 129-188)2, M. Preuss fournit de la scène en question une expli- 
cation nouvelle. Il part du fait, à peu près établi aujourd'hui, que les fêtes du 
XI® mois mexicain comportaient, outre une sorte de renouvellement de la dédi- 
cace des lieux consacrés, une liturgie agraire, destinée à honorer la Terre nour- 
rice [Tetéo-inan)^ au moment où, lasse d'avoir produit, elle va s'endormir du 
sommeil de l'hiver. Parla même, notre confrère de Berlin est amené à considérer 
comme une sorte de symbole générateur la présence et le geste — démonstratif 
— des phallophores, dans lesquels M. Del Paso croit, de son côté, reconnaître 
les victimes volontaires du motepulitzo ou scarification génitale. L'exhibition 
relatée par le Borhonicus, d'après le mémoire du D"^ Preuss, aurait donc, si j'ai 
bien compris la pensée, parfois subtile, de l'auteur, eu pour but d'évoquer 
cette idée de fécondation qu'on retrouve, en effet, comme inspiratrice de nom- 
breuses religions agricoles. La thèse est ingénieuse. Mais peut-être M. Preuss 
la compromet-il en la généralisant, je veux dire en attribuant à toutes les 
chorégraphies religieuses américaines (par exemple à la danse rituelle dite des 
Koyeamashi chez \es Zuni, à celle des Iroquois, dite Hon-do-i) le même carac- 
tère originellement phallique, même lorsque, sous leur forme connue, elles en 
sont dépourvues. Et comme, d'autre part, M. Preuss trouve dans ces danses 
l'origine de la pantomime et des représentations théâtrales, la conclusion à tirer 
de son étude, c'est que le phallus domine l'histoire entière du théâtre. Cette 
doctrine inattendue, l'ethnographe allemand prétend l'étayer d'un grand nombre 
d'arguments empruntés à l'Inde, à la Grèce, à l'Italie anciennes, voire au drame 
shakespearien ! Les clowns et les bouffons du grand dramaturge anglais 
deviennent ainsi les parents directs des figurants mexicains de VOchpanitzli. 
Cette audacieuse synthèse nous apporte, au moins, du terrain mexicaniste pur, 
nombre de données curieuses. Les pages qui concernent les vertus magiques de 
la danse et du chant sont à lire, de môme les remarques sur l'organisation cor- 
porative des mimes et danseurs qui célébraient les ballets liturgiques. Ces 
u icuexuan », êduqués et dirigés par le prêtre atempan teohuatzin, s'étaient 
primitivement recrutés, comme l'indique leur nom, parmi les Huastèques qui, 
du reste, conservèrent jusqu'au dernier jour de l'indépendance la réputation 
d'un grand talent chorégraphique. Selon Duran, en dehors de leurs danses et 
pantomimes religieuses, ils créèrent aussi le théâtre laïque, si l'on peut dire, et 



1. V. Descripciôn, Ilisloria y Exposiciôn del Codice que se conserva en la 

Bihlioteca de la Càinara de dipulados , Paris, 1898, p. 155-100. 

2. Sous ce titre : « Phalllsche Fruchtbarkeits Damonen als Trager des Altmexika- 
nischen Dramas (ein Belrag zur Urgeschichte des inimischen Weltdrainas) ». 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 343 

ils apparaissent comme acteurs dans ces pièces indigènes dont le P. Acosta 
nous décrit Téconomie, d'une façon malheureusement trop brève. 

Dans un autre article, qu'inséra le numéro de Glohiis\ imprimé en l'hon- 
neur du XIV'' Congrès international, M. Preuss est revenu sur l'une des don- 
nées essentielles exposées ci-dessus : le parallélisme des phases de la vie végé- 
tale avec celles du culte dans l'ancien Mexique. 11 en tire, sur l'origine des 
sacrifices humains (« der Ursprung der Menschenopfer »), une théorie, déjà 
esquissée, si je ne me trompe, par MM. Grant Allen '- et Albert Réville 3, mais 
qu'il étaye de faits nouveaux. Il y a longtemps que les historiens des religions 
sont d'accord sur les propriétés fertilisantes attribuées au meurtre rituel et, en 
particulier, à l'efTusion du sang, par tous lés cultes sanglants. Ici même, à pro- 
pos de la liturgie de Gentéotl, nous avons essayé naguère d'analyser ces concep- 
tions religieuses chez les Aztèques ''. Le sang a force créatrice, par ce fait que 
le sacrifice symbolise, évoque et renouvelle la mort d'un dieu. Ce dieu, pour 
M. Preuss, à Mexico, c'était le Feu, dans ses diverses manifestations solaires 
(Huitzilopochtli, Xipe, Tezcatlipoca, etc.), c'est-à-dire aux différentes saisons 
de l'année. Et le sang du Soleil -(^nait ranimer, par le moyen de l'hécatombe, 
la maternelle Cybèle, pour la rendre capable d'enfanter les moissons futures. 
La principale curiosité de ce second mémoire, c'est l'explication qu'il nous 
apporte du rôle de Quetzalcoatl-Ehécatl, dans l'oeuvre de germination. Elle est 
suggérée à l'auteur par la planche 46 du Borgianus o\x l'on voit le dieu du 
Vent, arrachant le feu nouveau du corps inanimé de Xiuhtecuhtli. 

L. Lejeal. 



Les ruines de Tezayucan. — Le licenciado Ramon Mena signale, dans un 
récent bulletin de la Sociedad Antonio Alzate (t. XIX, p. 333-334, lam. XI-XII), 
trois ruines aztèques aux environs de Tehuacan, San Soanche à Coxca4^1an, le 
Cerro Colorado de Tehuacan, enfin la ville Morelos, àTezayncan. Cette dernière, 
située à 33 kilomètres au nord de Tehuacan, se trouve à proximité d'un 
volcan éteint, dont le cratère forme un petit lac [lagoverde, qiiielo y profundo). 
La tiza [tiçatl en nahuatl), une sorte de terre blanche et 'grasse, abonde dans 
le sol et quelques-unes des terres cuites que l'on y ramasse sont décorées de 
cette engobe. C'est cette matière qui a dû donner son nom à la cité aztèque, 
Tezayucan, « lugar de tiçatl o de donde se lleva]tiçatl ». Une quinzaine de mon- 
ticules représentent les restes de la cité, mentionnée dans la RaccoUa de Men- 
doça. Trois ont été éventrés par leschercheurs de trésors qui n'y ont trouvé que 
des idoles et des vases c}e la fin des temps aztèques. M. Mena croit avoir 
reconnu l'existence de deux habitations [casas a palacios) et d'un temple ; l'un 



1. Bd LXXXVI, n'- 7, s. 108-119, mil \ abb. 

2. The Evolution of the Idea ofGod. London, Richard, 1897, in-S" de viii-447 p., 

3. Histoire des Religions. — Beligions de l'ancien Mexique et de Vancien Pérou. 

4. 'V. (' Un petit problème de théologie mexicaine » [Journal, nouv. sér., t. I, 
p. 257). 



34 i SOCIÉTK DES AMÉUICAMSTES DE PARIS 

des paliiis montre un ,i;ran(l niui cimenir, el la plate-forme du teocalli est encore 

visible. Les leçaiilli (ponces) sont ré^ulièrcmenl disposés sans moi-lier. De la 

base à la cime du cerro, sur une hauteur de 10 mètres, des ran^fées de <;rosses 

pierres se voient enc(M-e en place, comme si on les avait préparées pour les Faire 

rouler sur un assaillant. 

E.-T. Hamv. 



Fouilles et dêcoiiverles sur les Jxtrds du lac de \alencia ( Venezuela). — 
Dans un intéressant article (« Ausg'rabuu<,''en ani \'alenciasee »), extrait du 
numéro spécial (B-^ LXXXNI, nr. 7, IS August ]90i, s. 101-108, ahb. 1-29) que 
Glohus a dédié au Congrès de Stuttgart, notre collègue, le professeur \'on den 
Steiuen, étudie les résultats scientiliques des fouilles pratiquées, en janvier et 
février 1903, par l'ingénieur Alfred Jahn dans le bassin du lac de \'alencia et les 
environs de Puerto-Cabello. L'explorateur a exhumé 32 crânes, 140 outils de 
pierre, une centaine de pièces de terre cuite dont beaucoup de sifflets, 28 colliers 
et maints fragments de poteries. La trouvaille la plus curieuse est celle d'un 
petit vase céramique à trois pieds, décoré d'une face humaine dont le nez est 
percé d'un anneau. Tous ces objets rappellent la forme de civilisation déjà 
étudiée, en 1889, par le D'' Marcano, dans ses recherches sur les habitants pré- 
colombiens de la région du Tacarigua. Comme au Tacarigua, ils ont été trouvés 
sous des « cerritos » ovoïdes, d'une hauteur moyenne de 3 à 15, mètres et qui 
pouvaient mesurer, en diamètre, de 10 à 300 mètres. M. Karl Von den Steinen, 
essayant de déterminer l'origine de ces monuments et des restes d'industrie 
qu'ils contiennent, constate que la population actuelle est très mélangée et rap- 
pelle, d'après Codazzi, que les cartes du xvi'' siècle localisent dans la région en 
cause la tribu caraïbe des Meregoto. 

L. L. 



Les lumulus de la vallée de Lerma. — Dans une courte et substantielle bro- 
chure \ notre collègue, M. E. Boman, expose l'une de ses plus heureuses 
découvertes sur le territoire argentin des Andes. Il s'agit de trois groupes de 
tumulus circulaires qui, au S.-O. de Salta, "couvrent une vaste étendue de ter- 
rain, dans la vallée de Lerma, à 6 kilomètres E. du point où y débouche la 
« Quebrada del Toro ». Revenant sur les renseignements sommaires du compte 
rendu des travaux de la c< Mission française en Amérique du Sud » ^, M. Boman 
complète la description de ces mounds. Très faiblement élevés (0"^ 50 en 
moyenne) sur le sol plat de la vallée, ils sont construits de matériaux apportés, 
sans doute, d'assez loin : terre de rivière et pierres, disposées en bordure simple 

1, Groupes de tumulus préhi^j);ini(/ues dans lu vallée de Lerma (lîcpublit/ue Argen- 
tine), Paris, Schleicher frères, in-Sode 11 p. et 4 fig. (extr. deYHomme préhistorique, 
2" année, n" 10). 

2. V. Nouvelles Archives des Missions scientifiques, t. XU, p. 119. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 345 

OU double. Très petits quant aux dimensions ('2"' 60 à 3 mètres, selon les 
groupes), ils étonnent par leur nombre (1.047 pour le premier groupe ; lôS, 
pour le second; 463, pour le troisième; au total, 1.668) et par leur mode 
d'assemblage. Ce sont des rangées parfaitement droites, uniformément dispo- 
sées du N. au S. et de TE. à TO., le long de rues régulières de 5 mètres de lar- 
geur. Le premier groupe s'étend à 3 kilomètres du second, et le second, à un 
peu plus de 500 mètres du troisième. L'état de conservation est partout excel- 
lent. A peine quelques-uns de ces monticules artificiels ont-il été détériorés, 
soit par l'action des eaux, soit par le passage des cavaliers et des véhicules. A 
peine quelques-uns ont-ils disparu. En de certains endroits « où semblent man- 
quer des tumulus nécessaires pour achever la parfaite régularité des groupes », 
on peut se convaincre, par l'examen des lieux, que le sol n'a pas été touché. 
L'archéologue arrive donc à cette conclusion que ces trois curieuses « cités de 
tertres » furent construites suivant un plan préconçu qui n'a pas été, sans doute, 
complètement réalisé. C'est un mystère presque impénétrable qui nous est offert 
par ces immenses terrassements. Des fouilles assez prolongées n'ont donné, ni 
squelette, ni vestiges humains et, par la comparaison des terres, démontrent 
que le sol n'a jamais été probablement remué au-dessous des tumulus. Toute 
hypothèse d'utilisation funéraire paraît donc, par là-même, à écarter. Le 
groupe G, malgré son rempart d'enceinte, est, lui-même, aussi énigmatique 
que les autres. Le fossé de ce rempart exclut, en effet, l'idée d'un mur de 
défense, puisqu'il est intérieur à l'enceinte des tertres. Si les constructeurs ont 
poursuivi un but militaire, c'est ailleurs, c'est à l'E. et à 100 mètres environ 
des groupes B et G qu'ils l'ont affirmé. Là existent les vestiges d'un camp 
retranché rectangulaire (qu'alimentait une canalisation aujourd'hui ruinée, mais 
reconnaissable) et dont les talus sont bordés d'un fossé extérieur. Les mounds 
préhispaniques de la vallée de Lerma nous indiqueraient-ils l'emplacement des 
huttes d'Indiens? Outre leur petite dimension, l'absence de débris résout néga- 
tivement la question. « Seraient-ce des amas de terres végétales pour la culture, 
comme les hochaecker bavarois?... le sol de la vallée est trop fertile pour 
rendre nécessaires de tels amas de terre spéciale. Ce qui manque à la région, ce 
n'est pas de la terre fertile, mais de la pluie. La forme et le relief des tumulus 
auraient rendu impossible l'adduction de l'eau par des canaux d'irrigation. » En 
somme, les éléments actuels du problème ne fournissent rien, pas plus sur 
l'origine, que sur l'usage des tumulus découverts par M. Boman. Quant à l'ori- 
gine, M. Boman rappelle seulement la grande variété archéologique de ces 
parages. « Il n'est pas étonnant que la vallée de Lerma renferme les débris de 

plusieurs peuples différents , parce qu'elle a toujours été le centre naturel 

d'union entre la plaine couverte de forêts du Gran Ghaco, de Santiago del 
Estero et de Tucuman, d'un côté, le plateau de la Puna, d'un autre, et, d'un 
troisième, les vallées Galchaquies. » Quant à l'usage, notre excellent collabora- 
teur et ami suggère que « ces cités de tumulus ont pu servir dans de grandes 
cérémonies ou dans des assemblées d'Indiens, chaque tumulus devenait peut- 
être alors le siège dun individu ou d'un chef de famille ». 

L. L. 



'Ii<) SOCIKTI': DES AMÉRICAMSTKS DE PARIS 

Une carte sciciili/ù/ue fntnçuLse de l'Amérique du Sud. — On sait combien 
était pauvre, jusqu'à présent, la cartographie de la région bolivienne des Andes. 
Pour la Colombie, l'Ecuador, le Pérou, l'Argentine, le Chili, nous possédions 
des cartes g'énérales encore incomplètes, voire embryonnaires, mais dans 
l'ensemble, assez satisfaisantes. Pour le territoire bolivien, aucun travail carto- 
graphique sérieux n'existait à ma connaissance. Les caries d'Ondarza, de Reck, 
de Miichin, de Moreno, d'Idiaqnez, de Pando sont des publications plus ou 
moins oriicielles, mais toute leur documentation repose sur des renseignements 
plus ou moins exacts, communiqués jxu- les administrateurs locaux. Et, sauf 
erreur, bien peu des cartographes connaissaient de lu'.s'u le terrain re[)résenté. 

La carte récemment publiée ' de la mission Créqui Montl'ort-E. Sénéchal de 
la (irang-e comble donc vraiment une lacune, b'ile est plus qu'un progrès; 
elle est un point de départ. OEuvre rléjà solide, elle servira de base à toutes 
les études cartographiques ultérieures sur la lîolivie. Pour la première fois, 
gTcâce à elle, nous pouvons saisir, dans ses grandes lignes, l'anatomie topogra- 
phique de ces hauts plateaux boliviens qui constituent une région si originale 
et si distincte. 

La carte de la Mission française, outre tout le haut plateau de Bolivie, c'est- 
à-dire toute la République de Bolivie (moins les plaines de Béni et du Chaco), 
nous ofTre aussi les départements péruviens d'Arequipa, Puno et Moquegua, les 
provinces chiliennes de Tacna, Tarapaca et Antofagasta. Elle comprend, en outre, 
du territoire de l'Argentine, la province de Jujuy, partie de celle de Salta et du 
territoire national argentin des Andes. En somme, c'est tout le haut plateau 
sud-américain du 15" au '2(j° lat. S., dans un format développé (P" 70 X P" 30). 
Les provinces boliviennes de Lipez, Chichas et Porco, laissées à peu près en 
blanc par les anciennes cartes, nous apparaissent ici dans toute la réalité de 
leur relief, détaillé avec la plus grande minutie. Pour les départements 
d'Arequipa et de Moquegua, pour les provinces de Jujuy et de Salta, la carte 
française introduit aussi d'importants détails tout à fait nouveaux. Voilà une belle 
œuvre qui honore ses inspirateurs et ses auteurs, bien servis, du reste, pour la 
traduction de leurs observations et relevés, par le talent du dessinateur, 
M. Victor Huot. C'est une magistrale préface aux grandes publications d'archéo- 
logie et d'ethnographie promises par M. le comte de Créqui Montfort et atten- 
dues avec impatience par tous les américanistes. 

L. L. 



i. MinisU're (le riiisiruclion jiii/)ll(/u(\ Mission (i. dr Créqui Mnnlfnrl-E. Sénéchal 
de la Grange, 19U3. Régions dex /i.iuts jiLifeaux ilc l'Amérique du Sud {Bolivie, Argen- 
tine, Chili, Pérou), p.ire<juru('s ii;ir l,i Mission française, (^nrle dressée par V. Huot, 
diaprés /es travaux des rne/nbri's de la Mission, les sources originales inédites et les 
documents lesplus récents, à réchellc du 1/750. UUO. l^aris, Ehrard frères, 190d. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANLSÏES 347 

Linguistique américaine. — Sous la direction de noire collè<,'-ue, M. le comte 
de Cliarencey, la Sociélé de Philoloç/ie continue sa méritoire publication de 
V Année linguistique, que nous signalâmes en son lem[)s '. Le tome II (Paris, 
G. Klincksieck, in-r2de u-'.V2l p.) qui nous est parvenu, au mois de mai, contient 
deux articles américanistes. Le premier (p. -205-217), dû à la plume autorisée 
du R. P. Morice, traite de la bibliographie des langues « Denées ». C'est plus 
et mieux qu"un simple répertoire. Le paragi-aphe premier de cette conscien- 
cieuse étude donne d'excellents renseignements généraux sur la linguistique 
considérée; les cliapiires suivants, une analyse tout à fait intéressante des publi- 
cations parues, depuis le début du xix" siècle, sur ces grammaires peu connues. 
L'cjcuvre de MM. Petitot et Matthews y est appréciée d'une manière qu'on peut 
croire définitive. Dans le second mémoire, qui nous concerne spécialement, 
M. le D'' Nicolas Léon a essayé, pour la philologie mexicaine, un travail ana- 
logue. Son catalogue, qui comprend 153 numéros, paraît à peu près complet, 
mais il est un peu superficiel et sa « critique » semble, parfois, bien expéditive. 
Il ne m'appartient point d'en venger les victimes ({ui, presque toujours, sont, 
comme par hasard, des compatriotes de l'auteur. Je me contenterai de regretter 
la brièveté de l'introduction où M. Léon trace le domaine actuel des langues 
indigènes parlées au Mexique. Il y a\-ait là, à mon sens, place pour plus de 
précision. L'importance statistique des groupes grammaticaux n'est même pas 
indiquée. Leur situation sur la carte n'est déterminée qu'en gros. A qui deman- 
rons-nous ces précieux détails si la science locale les néglige ou nous les 
marchande ? L. L. 



Exposition américaniste h Madrid. — Au mois de mai s'est ouverte au 
Musée archéologique de Madrid l'exposition des objets donnés à ce musée par 
M. Arellano qui a résidé de longues années dans l'Amérique centrale et équato- 
riale comme agent diplomatique. Les iiO objets que renferme cette collection 
proviennent du Guatemala, deGostarica, de Bolivie et du Pérou, et notamment 
de Nicoya. 

Il n'y a pas là pour les américanistes d'objets bien nouveaux, mais un certain 
nombre de pièces en très bon état de conservation. 

J'ai remarqué deux petits plateaux en or, (\c\\\ vases à boire en argent déco- 
rés de figures humaines et quelques bonshommes debout sur leurs pieds, un 
vase double en terre noire et un singe assis mangeant une tête de maïs. 

Va\ somme, tous ces objets ne sont pas encore catalogués ; ils ne sont qu'in- 
ventoriés ; mais leur provenance est, paraît-il, parfaitement établie. Une divi- 
nité égyptienne se trouve, je ne sais pourquoi, au milieu d'eux. Faut-il y voir 
la survivance d'opinions aujourd'hui définitivement rejetées par les américa- 
nistes ? b]lle proviendrait du Pérou, mais cela ne prouve pas qu'elle n'y ait pas 

été importée à une date relativement récente. 

G. Marcel. 

\. V. .foiirnnl, nom . sér., l. I, |). 1.11. 



348 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Xlff'^ Conç/rès-international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques. 
— Il se tiendra à l'époque des vacances de Pâques de 1906, comme nous en 
informe une circulaire réceiile, signée de MM. le professeur E.-T. Ilamy, 
membre de l'Institut et de TAcadémie de médecine, et le D"" R. Verneau, assis- 
tant au Muséum, directeur de V Anthropologie, qui ont pris, l'un comme prési- 
dent, l'autre comme secrétaire général, la direction du Comité d'organisation. 
Pourquoi la session qui devait avoir lieu en 1905, est-elle renvoyée à l'année 
prochaine ; pourquoi Monaco a-t-il été substitué à Vienne, précédemment désigné 
comme lieu de réunion ? C'est ce qu'explique en excellents termes le document 
auquel il vient d'être fait allusion. Les Congrès scientiliques se multiplient à tel 
point qu'ils se contrarient les uns les autres. En tous cas, Monaco semble un 
choix fort heureux. On n'ignore pas, en effet, « les intéressantes découvertes 
faites dans ces dernières années aux Baoussé-Roussé, découvertes dont les plus 
marquantes sont dues au prince de Monaco lui-même. Ce souverain (qui a bien 
v^ulu accepter le titre de protecteur du Congrès) a fondé à Monaco un Musée 
spécial où les précieuses collections qu'il a recueillies seront prochainement 
classées d'une façon méthodique. D'autres objets, d'un âge moins ancien, ont 
été récoltés par ses soins et vont prendre place à côté des premiers. Il sera donc 
possible aux congressistes d'embrasser, pour ainsi dire, toute la préhistoire de 
la région méditerranéenne et de discuter, avec les documents sous les yeux, les 
problèmes qu'elle soulève ». Les savants organisateurs du Congrès désirent, 
du reste, que d'autres questions d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques 
figurent à l'ordre du jour de la Xlll" Session. Et, en vue d'arrêter cet ordre du 
jour, ils font appel aux travailleurs de tous pays Nous souhaitons que leur 
appel soit entendu des américanistes. Ils ont tenu, du reste, à faire à la préhis- 
toire américaine sa place en leur programme, qui comporte un numéro sur 
« les industries de la pierre en Asie, .\frique et Amérique ». Quelques impor- 
tantes communications sont déjà annoncées, de ce chef, et, entre autres, celle 
de notre excellent collègue, le D' Louis Montané, de La Havane, sur ses 
fouilles récentes de Cuba. Il y aura là, nous dit M. A'erneau, qui en a reçu la 
primeur, une série de documents destinés « à jeter un jour tout nouveau sur 

l'ethnologie ancienne de la perle des Antilles ». 

L. L. 



Petites nouvelles. — A son passage à Mexico, au mois de décembre dernier, 
notre collègue, M. le professeur Seler, retour de Saint-Louis, a donné, avec 
succès, deux conférences en espagnol, la première sur les <( Nahoas », et la 
seconde sur « les caractères numéraux mayas dans les inscriptions et les 
manuscrits ». 

— Les fouilles de San-Juan-Teolihuacan , annoncées dans notre dernier 
numéro, ont commencé en février, sous la direction de M. Batres, inspecteur et 
conservateur des monuments archéologiques. Elles devront, d'après le pro^ 
gramme gouvernemental, être achevées au début de l'année 1910, pour aboutir 
à la constitution d'une sorte de « Pompéi », dont l'inauguration coïncidera ayec 
les fêtes du centenaire de l'Indépendance mexicaine. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 349 

— Devenu chef du ministère autonome de l'Instruction publique, qu'un vote 
récent du Congrès national a détaché du Département de la Justice, l'ancien 
sous-secrétaire d'Etat, D. Justo Sierra, a décidé la création de trois cours 
d'ethnologie, d'archéologie précolombienne et d'histoire mexicaine au « Museo ». 
Cet enseignement régulier a dû commencer le l'"^ juillet. Il est confié à 
MM. le D"" Nicolas Leôn, Galindo y Villa et Genaro Garcia. Des bourses per- 
manentes, assez considérables, ont été instituées pour assurer à ces cours un 
noyau d'élèves qui, plus tard, fourniront à l'administration des Musées, des 
Bibliothèques et des F'ouilles archéologiques, un personnel instruit et compétent. 

— M. le D"" Franz Boas a résigné les fonctions de « Curator of Department of 
Anthropology and Elhnology >•> qu'il occupait à V AmericanMvseum of Nalural 
History, de New-York, depuis la démission du professeur F.-W Putnam. Il 
conserve, d'ailleurs, sa chaire à Columbia University et, au Muséum même, 
continuera à diriger les publications de la Morris K. Jesiip Expédition. 

— - L' American Anthropolocj ical Association a tenu son second meeting semes- 
triel pour l'année 1905, du 29 au 31 août dernier, à San-Francisco. C'est la 
première fois qu'une assemblée de ce genre se réunissait à l'ouest du Missouri. 
Le programme, dressé par M. Putnam, président, et M. Geo. Grant Mac Curdy, 
secrétaire de la savante Société, comportait, outre de nombreux mémoires et 
discussions sur l'archéologie et l'ethnographie si curieuses du littoral Pacifique, 
une série d'excursions scientifiques, notamment dans l'Orégon. En outre, la 
visite du nouveau musée anthropologique de l'Université de Californie était 
promise à la curiosité des congressistes. Nous pensons pouvoir donner un 
compte rendu détaillé de cette intéressante sessmn dans notre numéro d'avril 
prochain. 

— M. Jules HuMBERT, professeur agrégé au lycée de Bordeaux, a été proclamé 
docteur es lettres avec la mention honorable, le lundi 22 mai dernier, en Sor- 
bonne, après une brillante soutenance, devant un jury composé de MM. ^Marcel 
Dubois, Denis, Vélain, Gallois, Augustin Bernard et Schirmer. Toutes nos féli- 
citations cordiales à notre savant collègue et ami dont le succès vient couronner 
dix années de laborieuses recherches. Nos lecteurs connaissent en partie 
Tune de ses thèses {L'occupation allemande du Venezuela, Paris, Fontemoing, 
1905, 1 vol. in-8'^ de x-89 p., I carte) dont le Journal publia, l'an dernier, un 
important fragment^. Aussi documentée et vivante, la seconde {Les origines 
vénézuéliennes. Essai sur la colonisation espagnole au Venezuela, Bordeaux, 
Féret, 1905, I vol. in-S"" de xx-340 p., 1 carte), est destinée, selon le mot d'un 
de ses juges, à faire époque dans les études d'histoire coloniale. On en a trouvé 
d'autre part une analyse détaillée dé M Gabriel Marcel ^. 

— Notre collègue, le Jhr. L. C. Van Panhuys, vient de publier en tirage à 
part (6 p. in-8°) son article {Koloniale LUeraluur), inséré dans u De Indische 
Gids » (Juli-Aflevering 1905) et consacré à l'examen critique de l'important 
ouvrage du D"" D. C. Hesseling, privat-docent à l'Université de Leide (Hef 

1. V. Journal, t. l""", nouv. sér., p. 309. 

2. Y. plus haut, p. 320. 



350 SOCIÉTÉ DES AMÉKICAMSTES DE PARIS 

Neç/erhollands cler Deeiise Aniillcn. Iiijdr;i(fe toi de cfeschiedenis der Ncder- 
landsche (aal in Amerika. — l'ilçfcgevcn r;iii ii'cfje de Mnnischnppij der Neder- 
landsche Lellerkunde te Leideii. — l.eidcii. A. W. Sythnll', 1905, in-8"). 

— De notre collaborateur, l*]ric Hom.w. le IhiUelin du Muaéum d^histoire 
nnfnrelle, en son dernier numéro (^190.'). n" 5, p. '.VM-'.ii'.i), a publié une note 
intéressante sur « Deux Sfipn de l'.Xmérique du Sud, développant de l'acide 
cyauhydri([ue », dont rimprimei"ie nationale a l'ait aussi un tira|^e à part (in-8'\ 
7 p., août 1905!. 

— Le 12 octobre, s'est embarqué, \ ià Cberbourg-Xew-York, à destination 
de Mexico, M. le D"" K. Teodor Pheiss, assistant au musée royal d'I^thnographie, 
de Berlin. M. Preuss est chargé par le j^ouvernement prussien dune mission 
archéolopi'ique et ethnologique qui durera une, ou même deux années. 

— Les dernières leçons du cours d'Anthropologie du Muséum d'histoire natu- 
relle (semestre d'été) ont été particulièrement attrayantes pour les américa- 
nistes. M. le professeur K.-T. ILvmy (jui avait choisi comme sujet de ses confé- 
rences de cette année « les récents progrès de l'.Anthropologie », a traité, dans 
les séances dont il s'agit, des derniers résultats acquis sur les races américaines. 
A signaler notamment ses causeries sur la » Jesup Expédition », sur la 
« Mission Gréqui Montfort », sur les travaux de M. Verneau à propos des Pata- 
gons, et une série d'entretiens où l'éminent anthropologue a crititiué, avec la 
vigueur d'esprit et la science qu'on lui connaît, les plus nouvelles recherches 
sur le Totémisme. 

— Parmi les dernières publications de langue anglaise, adressées en hom- 
mage à la Société, nous citerons : 1° The Northern Maidu par le D*" Roland 
B. DixoN (Collection de « The Hunlington Galifornia Expédition » — Bulletin 
of the American Muséum of Natural Hislori/, vol. X\'II, part, m, pp. 119- 
316, flg. l-<î7,pl. XXXVIII-XLVIII, New-York, may 1905); -2° A Penitenlial 
Rite nf the Ancienl Mexicans {Archividogical and Ethnological Papers of the 
Peahody ^fu.'ieum, vol. I, n" 7, 26 p., 5 pi. a. 8 text illustrations) ; A Sugges- 
tion to Mai/a Scholars [ropr. from. the American Anlhropolngisf, n. s., vol. 5, 
n° 4, october-december 190.'^) ; The Periodical Adjustmenfs nf the Ancienl 
Mexican Calendar (repr. from the American Anlhropologisl, n. s., vol. (), 
n° 4, july-september 190{), par notre collègue. M""' Zelia Xittall ; 3" Annual 
Archœological Report 1901 Rang part of Appendix to the Report of the 
Minister of Education Ontario (by >h\ David Bovi.k. Toronto, L. K. Came- 
ron, 1905, in-8'^ de 1 17 p., 86 lig. et portrait h. t. du marquis de Nadaillac). Ces 
divers ouvrages seront, s'il y a lieu, analysés dans nos prochains numéros. 

— Au Collège de France, le cours d'Antiquités américaines (fondation Lou- 
bat, M. Léon Lejeal, chargé de cours) sera consacré, pendant le premier 
semestre de l'année classique 1905-1906, à Sahagun, historien de l'antiquité 
mexicaine (cours du mercredi) et au Pérou ancien d'après les historiens espa- 
gnols et l'exploration contemporaine (suite et lin, cours du samedi). 

— Continuant la publication des papiers paternels, notre collègue, D. Luis 
Garcia Pimentel, vient de faire paraître Vocahulario de Mexicanismos, compro- 
hado con ejemplos ij comparado con los de otros Paises hisj)ano-americanos^ 



MÉLANGES ET .NOLVELLES AMÉRICAMSTES 35i 

par J. Garcia Icazbalceta (Mexico, J. A};uilar Vera y Comp., 1905, i 11-8'^ de 
xviii-"24l p.). Ce très solide travail, malheureusement inachevé (il s'arrête à 
Tarticle « Gusto », sera ici Tobjcl d'une étude approfondie. Nous reviendrons 
ég'alement sur les travaux suivants de notre collaborateur, M. Eug'. Beauvois : 
La, Fable des Amazones chez les indigènes de r Amérique précolombienne, 
Louvain, Istas, 190i, in-8" de 40 p. (extr. du Muséon, vol. Y, fasc. I1I-1\', 
p. 287-3'26l ; Les notions des Zeno sur les pays I ransallanliq ues , Louvain, 
PoUeunis et Ceuterick, lli04, in-8" de 66 p. (extr. de la lîevue des Questions 
scientifiques, '.l*^ sér., t. VI, p. 12I-144 et 535-572); Les Culuas ou Croisiers 
de l'Amérique précolombienne, Louvain, PoUeunis, 1905, in-8'^ de 6 p. (extr. 
de la Revue des Questions scientifiques, .3'^ sér., t. \'ll,^i. 252-257). 



TABLE DES MATIERES DU TOME II 

(NUUVKLLK SÉRIE) 



MEM(31RES 



Pages 



Histoire du .Mechique, manuscrit français inédit du xvi'^^ siècle, puljlié par 

M. Edouard de Jonghe 1 

Introduction . 1 

Texte 8 

CuAPiTRE I. — Dos premiers funtlateurs de Tezcuij, vile à hiiict lieues de 

Mechique 8 

CiiAi'iTHE II. — Des barbes du soleill et comme a esté trouvé le feu 12 

Chapitue III. — De la venue des Mechiquiens, de son cliemin ou voia^-e et 

de lorig-ine de ce nom Mechique 14 

Chapitue IV. — Du pacte (jue firent les Olomis avec ceux de Mechicpie et 

de la venue de ceux de CuIhua 17 

Chapitue V. — De la coustume de compter les années et de la fundacion 

du Mechicjue 20 

CiiAPiTiiE VI. — De la opinion qu'ils avoynt de la creacion du monde et de 

ses dieux, et de la destruction du monde et des cieux 22 

Chapitue VII. — De la seconde creacion du monde et deThomme. de la terre 

et du vin 25 

Chapitue VIII. — De la creacion du soleill selon ceux de Tezcuq 29 

Chapitue IX. — De la creacion du monde selon ceux de la province de 

Clialco 31 

Chapitre X. — De ung idole, nome Queçalcoatl, de son origine, ouvres et 

temps (jui régna 34 

Chapitue XI. — De la venue de Tezcatlipuca à Tula et de comme fit fuir 

Queçalcoatl 36 

Index des noms nahuatl 39 

Grammaire de l'Accawai (1'" partie), par M. Lucien Adam 43 

Migrations précolombiennes dans le nord-ouest de l'Argentine, par M. Eric 

Boman 91 

Notes d'archéologie mixtéco-zapotèque (tumulus et camps retranchés), par 

M. Léon Diguel 109 

Sur l'origine du mot « Kalakek », nom populaire des Groenlandais, par 

M'"^ Signe Rink 117 

Les Indiens Colorados, récit de voyage et étude ethnologique, par M. le D"" 

Rivet .' 177 

Grammaire de l'Accawai (2« partie), par M. Lucien Adam 209 



354 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Pages 
Les peintures mixléco-zapotèques et quelques documents apparentés par 

M. le D-- W. Lehmann 241 

Généralités 241 

A. Groupe des peintures dominées par le Codex Burgin 251 

B. Les peintures de l'État d'Oaxaca ■. 2;)9 

Un épisode ignoré de la vie du Père Hennepin par M. Henri Froidevaux 281 

ACTES DE LA SOCIÉTÉ 

Séance du mardi '.^ mai 1004 121 

— 7 juin lOOi- 122 

— 5 juillet 1904 123 

— 8 novembre 1904 125 

— 6 décembre 1904 127 



NECROLOGIE 

Emmanuel Domenech (Léon Lejeal) 131 

Gustavo Baz (Léon Diguet) 132 

Le marquis de Nadaillac (Comte de Charencey) 133 

Gabriel Gravier (Gabriel Marcel) 137 

Adan Quiroga (Eric Boman) 139 

A. Bastian (Ed. de Jonglie) 288 



BULLETIN CRITIQUE 

William Thalbitzer : A Phonetical Sfudy of the Eskimo Lanyuage (M™" Signe 

Rink) 141 

G. -T. Emmons : The Baskelry of the Tlingit (L. Lejeal) 142 

Mernoriales de Fray Torihio de Motolinia (L. Lejeal) 143 

Karl Sappeu : Mitielamericanische Reisen und Studien (Ed. de Jonghe) 146 

J.-B. Ambhosetti : El Bronce en la région calchaqui (E. Boman) 148 

Henry Vignaud : Eludes critiques sur la vie de Christophe Colomb avant ses 

découvertes (Gabriel Marcel) loi 

Pliny Earle Goddard : Life and Culture of the Hupa. — Ilupa Texts (L. Lejeal). 291 

Alfredo Cuavero : El nionnlito de Coatlinchan (L. Lejeal) 295 

H. Fischer : Eine All-Mexilcanische Stein figur (Ed. de Jonghe) 297 

Le Mexique au début du XA'* siècle (L. Lejeal) 297 

E. Fôrstemann : Konimentar zur Madrider Maya-IIandschrift (L. Lejeal) 302 

— Kommentar zur Pariser Maya-Handschrift (L. Lejeal) 303 

K. Sapper : Der gegenwartige Stand der ethnographischenKcnntnisvon Mittel- 

Amerika (Ed. de Jonghe) 304 

Beitràge zur Anthropologie, Ethnographie und Archaeologie Niederl. West- 

indiens (Ed. de Jonghe) 307 

J*^"" L.-C. van Panhuys : Amerikanistiche Studien (L. Lejeal) 308 



TABLE DES MATIÈRES DU TOME I 355 

Pages 

Karl von den Steinen : Diccionnrio Sipibo (Lucien Adam) 309 

Eric von Rosen : Archœological Rcsenrches on the Frnntier of Argentin.! and 

Bolivia (L. Lejeal) ^12 

— The Chorales Indians (L. Lejeal) 313 

Samuel A. Lafone-Quevedo : Vinge arrjueolôgico en la région de Andalgalà 

(E. Boman) • 314 

Félix F. OuTES : La Alfareria indigena de Patagonia (E. Boman) , . , 31") 

— Arqueologia de Ilucnl (E. Boman) 315 

D"" Paul Ehuenheich : Die Elhnographie Sûdamerikas im Beginn des XX. Jah- 

runderts (E. Boman) 317 

D'' Yngvar Nielsen : Normœnd og Skrœlinger i Vinland (Eug. Beauvois) 319 

Jules HuMBERT : Essai sur la colonisation espagnole au Venezuela (Gabriel 

Marcel) 320 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉBICANISTES 

Les Indiens Guatos de Matto-Grosso (E. Monoyer) LIS 

La France à Terre-Neuve (E.-T. Hamy) 1118 

American Ilistorical Association (Comte Louis de Turenne) 158 

American Pliilosophical Society (Comte Louis de Turenne) 160 

American Antiquarian Society (Comte Louis de Turenne) 161 

Un précurseur français de l'Américanisme ; le capitaine Champion (1580) 

(Henri Froidevaux) 163 

La pierre de Netzahualcoyotl (E.-T. Hamy) 164 

Mouvement mexicaniste à Mexico (L. Lejeal) 164 

Le « Huicho » des Indiens Colorados (L. Lejeal) 166 

Histoire des religions américaines (Ed. de Jonghe) 166 

(( Amerikanisten Klub » de Berlin (Ed. de Jonghe) 168 

Bibliothèque nationale de Paris: un monumentbibliographique (Henri Cordier). 171 

Prix et concours 172 

Deux pierres d'éclair [pedras de corisco} de l'Etat de Minas-Geraës (Brésil) 

(E.-T. Hamy) 323 

L'histoire géographique et l'histoire coloniale au Congrès de Stuttgart (Henri 

Froidevaux) 325 

Anciennes sépultures indigènes de la Basse-Californie méridionale (Léon 

Diguet) 329 

Renseignements sur les noms de parenté dans plusieurs langues américaines 

( Raoul de La Grasserie) 333 

Folk-lore américain (L. Lejeal) 338 

L'Américanisme à l'Exposition universelle de Saint-Louis (L. Lejeal) 339 

Congrès international de Géographie à Washington (Henri Froidevaux) 340 

Rites phalliques, origines du théâtre et des sacrifices humains à Mexico 

(L. Lejeal) 341 

Les ruines de Tezayucan (E.-T. Ham-y) 343 

Fouilles et découvertes sur les bords du lac de Valencia (L. Lejeal) 344 

Les tumulus de la vallée de Lerma (L. Lejeal) 344 

Une carte scientifique française de l'Amérique du Si^d (L. Lejeal) 3i6 . 



3o() SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTKS DK PMilS 



PaKcs 



97 



Linguisti({uc américaine (L. Lojeal; 'Ji-' 

Exposition américanistc à Madrid (G. Marcol 3 t7 

Congrès internalional d'Anlhr()|iolo<;ie et dArrlu'oloj^io préhistoriciues à 

Monaco (L. Lejcal 348 

Petites nouvelles 34S 



ILLUSTRATIONS ET CARTES 

Les ([ualre points de ll'-spaei", d'apiès Thévet 21 

Fouilles Erie Roman : Urnt' funéraire de San Pedro 93 

— Urne funéraire de El Carmen 95 

Eraements d'une urne et de son couvercle. Cimetière 

de El Carmen -H» 

— Objet en terre cuite trouvé dans le cimetière de El Car- 

men 

— Coupe verticale de la partie fouillée du cimetière d'en- 

fants d'Arroyo del Medio 100 

— Urnes funéraires d'Arroyo del Medio : 

No d 102 

No 2 103 

No 3 104 

No 4 105 

N° 5 lOG 

Ecuelle servant de couvercle à lurne n" 5 107 

Exploration Léon nij;at>t : Coupe schémati(}ue du camp fortiiié de la Kinco- 

nada (planche hors texte) 108 

— Pyramide du Cerro de Cuta 111 

— Mo^'-ote d'Ejutla 113 

La région des Guatos (carte) 157 

Quiterio Ag^uavili (planche hors texte) .... , • 178 

Indiens et Indiennes Colorados (planche hors texte 186 

Andréa Orazona (planche hors texte) 188 

La maison des Colorados (planche hors texte) 190 

Le salon de récej)tion (planche hors texte) 192 

Région des Indiens Colorados (carte) d'après Wolf 180 

Pedras de corisco de Minas-Geraës (Brésil) 32 i- 

Instruments provenant de l'abri funéraire du Pescatlero 330 

Pagne de femme et objets recueillis dans une sépulture près de Santiago 

(Basse-Californie) 

Liste des membres de la Société des Américanistes de Paris au 31 décembre 

1904 173 

Table des malièr(;s du tome II iNou\ elle série, 1905i 353 



332 



Le Gérant : Ernest LEROUX. 



MAÇON, PHOTAT FREHES, I.MPRI.MEURS 



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