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Full text of "Journal de la Société des américanistes"

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JOURNAL 



DE LA 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISÏES 

DE PARIS 



MAÇON. PROTAT FRERES, ÎMPHJMEURS 



JOURNAL 



DK l.A 



f r 



SOCIETE DES AMERIGANISTES 



DE PARIS 



NOUVELLE SEKIE — TOME III 





AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 

61, RUE DE BUFFON, 61 



1906 



«..- nr-T-ru PCMTCD 



NOTE 
SUR UNE STATUETTE MEXICAINE 

EN WERNERITE 

REPRÉSENTANT LA DÉESSE LXGUINA 
Par m. le DvE.-T. HAMY 

Membre de l'Institut, et de l'Académie de Médecine, 
Professeur au Muséum d'Histoire naturelle, 
Président de la Société des Américanistes. 



Ixcuina (de ixtli visage, cui prendre et na apocope de naui. 
quatre), la déesse qui prend quatre visages, était ainsi appelée au 
Mexique, dit Sahagun, « parce que Ton prétendait que cette divinité 
représentait quatre sœurs : la première, qui était l'aînée, portait le 
nom de Tiacapan ; la seconde s'appelait Teieu ; la troisième était 
nommée Tlaco \ la quatrième, qui était la plus jeune, s'appelait 
Xocoyolzin. Ces quatre sœurs passaient pour être les déesses des 
passions charnelles. Elles portaient en effet des noms qui com- 
prennent tous les âges féminins aptes au plaisir de la chair ' ». 

Ixcuina s'appelait encore TlaçolteotUtlaçolli, ordure; ^eo//, divi- 
nité ^) ou Tlaelquani (flaelli, ordure; qua, manger), déesse de saleté 
ou mangeuse de saleté ; ce dernier nom lui était attribué, parce 
que les hommes et les femmes enclins au vice lui confessaient leurs 
péchés, dans la personne de ses prêtres, et en obtenaient le pardon, 
« quelque sales et hideux qu'ils fussent ». 

1. Sahagun, Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, trad. 
Jourdanet et Siméon. Paris, 1880, in-8", liv. I, chap. xii, p. 22-25. 

2. TlalzoUeucihuH, signora dell' imniondenza (Fabregat, Codice. Borgiano, 
Anal, del Mus. Nac. de Mexico, vol. V, p. 243, 1899). 

Société des Américanistes de Paris. 1 



2 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

C'est sous cet aspect de Tlaçolteoll que la divinité charnelle est 
le plus souvent représentée dans les lares de terre cuite ou tepito- 
tons que nous connaissons, debout ou agenouillée et portant, sus- 
pendu au cou, un phallus symbolique. 

Dans le ToiiRlamatl, Ixcuina revient au cinquième rang de chaque 
treizaine et préside en outre la treizième de ces subdivisions [ce 
ollin) où elle se présente parfois sous des apparences bien diffé- 
rentes. 

Le Codex Borbonicus, par exemple, nous montre la déesse 
sexuelle, dans la double fonction de la conception et de la partu- 
rition. 

Suivant la croyance commune des Mexicains, l'être nouveau se 
formait dans le plus haut du ciel sous Finfluence de la dualité créa- 
trice et il en descendait pour prendre place dans le sein de sa mère ' ; 
aussi la jeune créature déjà formée est-elle peinte dans le haut de la 
feuille XIII du Codex avec des empreintes de pas qui jalonnent 
sa route vers Ixcuina, vue de face par une exception unique dans 
le Tonalamatl et présentée avec des dimensions inusitées dans les 
tableaux voisins^'. 

Celle-ci porte un superbe bonnet conique, à longue pointe 
recourbée de deux couleurs [la pintan de dos colores)^ rouge et 
noir, et décoré, selon son axe, de croissants dont les cornes sont 
tournées vers le ciel et qui se détachent en blanc sur le double 
fond coloré. Celte coitfure se termine par un volumineux panache 
de plumes jaunes ou blanches piquetées de noir ; un deuxième 
plumet pareil au premier se détache du front et se recourbe à 
droite. 

Le Lurban est couvert de crochets et de points noirs ornant 
aussi les pendants qui tombent de deux larges oreillères d'or. 
M. Seler croit voir dans ce détail l'indication de la mise en usage du 
coton non encore filé^. 

1 . (^f. Vr. del Paso y Troncoso, Descripcion historica y Exposicion ilel 
Codice Piclorico de los antùjiws Nauas que se conserva en la hibliolcca de la 
Caméra de dipu fados de Paris (aniiguo Palais Bourbon). Florencia, 1899, in-8", 
p. 1\. 

2. I^'auleur de ce Codex a peut-être voulu signaler ainsi rimportance que 
prenait à ses yeux la déesse dont les prêtres recevaient les confessions luxu- 
rieuses et étaient les interprètes habituels du tonalamall. 

3. VA. Seler, The Tonalamall of Lhe Aubin Colleclion. London, 1901, p. 96. 



NOTE SUR LNE STATUETTE MEXICAINE EN WERNERITE 3 

Le visage est barbouillé de rouge et une sorte d'oiseau noirâtre, 
dont le bec long et pointu s'applique sur la crête nasale, étale sur 
les lèvres de la déesse ses ailes et sa queue qui lui font un masque 
original. 

Ixcuina est assise, les jambes écartées, sur une couverture, mi- 
partie rouge et noire, ornée des mêmes croissants blancs qui déco- 
raient déjà le bonnet et disposés en trois rangées de six. 

Elle a revêtu (ce qui la confond en partie avec Toci et Chicome- 
coatl) la peau d'une victime humaine, dont les mains retombent 
au-dessous de ses poignets et qui lui couvre les jambes jusqu'aux 
chevilles. 

Un jupon de même étoffe que le tapis, décoré comme la couver- 
ture, couvre tout l'abdomen et la tête d'un jeune sujet issant entre 
les cuisses, apparaît les bras tendus en avant et tirant sur les deux 
anses engagées d'un long cordonnet blanc. Le nouveau-né porte 
déjà la coiffure et les oreillères de sa mère, dont il ne diffère que 
par l'absence de toute peinture faciale. 



II 

C'est cette même figure divine, débarrassée de tous ses acces- 
soires et simplifiée, autant que possible, pour les exigences de la 
glyptique, que leproduit la statuette en pierre dure qui fait 
l'objet principal de cette courte communication. 

Cette pièce, très importante, que j'avais autrefois entrevue chez 
un marchand d'antiquités de la capitale ^ avait été acquise pour sa 
magnifique collection de pierres dures travaillées par feu M. Damour, 
le minéralogiste bien connu de l'Académie des sciences. Elle est 
devenue récemment la propriété de mon confrère et ami, le docteur 
Ribemont-Dessaignes, de l'Académie de médecine, qui a- bien 
voulu m'autoriser à la mouler pour le Musée d'ethnographie et à 
le présenter à notre Société. 

Cette statuette, qui mesure 192 mm. de hauteur, sur 120 de 
largeur et 130 d'épaisseur, est d'une roche parfaitement polie d'un 

1. J'y ai fait une allusion rapide dans mon Conimenlairo du Codex Borho- 

nicus (p. il). 



4 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

vert blanchâtre pâle, tachetée par place de noir et de brun jaunâtre. 
Elle a été déterminée avec quelque réserve par Damour comme 
wernerite (densité 2,85). 

Une femme, d'une vérité ethnique tout à fait saisissante, est 
assise, la tète rejetée en arrière, les traits du visage contractés, la 
bouche largement ouverte par un rictus douloureusement expressif. 
Tout le corps se contracte en un efTort sauvage : les genoux écar- 
tés sont ramenés vers la poitrine, les bras collés au corps, les 
mains solidement appliquées sur les fesses distendent de leur mieux 
l'orifice génital d'où sort un gros enfant, les bras étendus en avant. 

L'accouchée a pour tout vêtement une opulente chevelure figu- 
rée par de longues stries parallèles et coupée carrément en bas et 
en arrière à la hauteur des coudes. Mais de doubles trous, évidés 
avec adresse dans la roche dure, signalent de place en place des 
appliques de nature inconnue, qui devaient donner à la figure 
divine, comme je vais le montrer rapidement, un aspect fort ana- 
logue à celui qu'elle prend à la page du (onalamatl, décrite ci- 
dessus. Ce sont d'abord deux trous, percés au milieu du front, un 
peu au-dessus de la racine des cheveux et qui devaient servir à 
fixer le long bonnet recourbé décrit précédemment. Deux autres 
trous qu'on voit dans la chevelure, en arrière des tempes, suppor- 
taient sans doute le turban ; deux trous plus larges, perforant le 
lobule, assuraient l'oreillère et deux autres encore supportaient un 
double pendant. 

A la hauteur du menton, le bord des cheveux est une fois encore 
symétriquement percé de doubles trous, destinés, semble-t-il, à 
attacher un pectoral. 

Enfin, on voit deux paires de ces mêmes trous doubles, l'un en 
arrière des mains pour fixer le tapis, l'autre au bord externe des 
pieds pour attacher les sandales. 

Les yeux ont été évidés comme ceux de presque toutes les statues 
mexicaines d'un travail un peu artistique. On y avait, sans aucun 
doute, inséré une plaque de nature indéterminée. 

Les narines, largement ouvertes, ne présentent aucune trace de 
perforation de la sous-cloison, ce qui exclut tout pendentif sous- 
nasal. Seize dents, toutes égales, se montrent dans la bouche large- 
ment ouverte. Les seins coniques se terminent par un large mame- 
lon. Les clavicules et la fourchette sternale sont évidées avec un cer- 



Journal de la Société des Américanisles. 



Nouv. Scr., T. III. PI. I. 




Pliotulypie B«rtbaud 



IXCUINA 

Statuette en wernerite. 
(Collection Ribemont-Dessaigne). 



NOTE SUR UNE STATUETTE MEXICAINE EN WEKNERITE 5 

lain soin et les côtes, l'appendice xiphoïde, le bord costal el les mains 
sont assez correctement indiqués. 

Pareils dessins se reproduisent d'ailleurs en plus petit sur l'enfant 
dont les bras se portent en avant et en bas, comme s'ils voulaient 
saisir les anses symboliques qu'on leur voit tenir serrées dans le 
Borbonicus. Le cou de l'enfanl est isolé à l'aide de deux larges 
évidements. 

Enfin, les doigts des pieds et des mains ont été sommairement 
indiqués par des stries parallèles, et la cheville rendue par une sorte 
de bouton arrondi. 

On retrouvera la plupart de ces caractères bien apparents dans la 
belle photogravure reproduite ci-contre. 

Je remercie, en terminant ce rapide exposé, M. le docteur Ribe- 
mont-Dessaignes de m'avoir permis de donner ici cette figure et 
celte description d'une pièce absolument unique dans l'histoire de 
Tari mexicain. 



SOPHUS RUGE 

ET SES VUES SUR COLOMB 
Par m. Henry VIGNAUD 

Vice-Président de la Société des Américanistes. 



Il y a déjà deux ans que le savant laborieux et éminent critique 
dont je vais vous entretenir n'est plus ; mais le D'" Ruge a tenu une 
si grande place, en Allemagne, dans les études qui ontpour objet Fhis- 
loire des découvertes géographiques, et particulièrement celle du 
Nouveau-Monde, qu'une Société comme la nôtre ne peut manquer 
au devoir d'honorer la mémoire d'un homme qui a traité avec une 
compétence exceptionnelle tant de sujets touchant à l'Américanisme, 
compris dans le sens le plus étendu. 

Sophus Ruge, qui naquit, le 26 mars 1831 , à Dorum, en Hanovre, 
et qui mourut à Dresde le 26 décembre 1903, était le fils d'un 
simple médecin de campagne. Il paraît avoir tout d'abord tourné 
ses vues vers l'état ecclésiastique ; mais les livres de voyage et d'his- 
toire avaient un tel attrait pour lui que, peu à peu, il se détacha de 
la théologie pour s'occuper des questions de géographie historique, 
où il devait conquérir sa juste renommée. 

En 1858, il enlève, au concours, la place de professeur d'histoire 
à l'Ecole commerciale de Dresde; en 1862, il obtient le grade de 
docteur en philosophie de l'Université de Leipzig à la suite d'une 
thèse curieuse sur Seleucus, cet astronome chaldéen du ii^ siècle, 
dont nous savons bien peu de choses, mais dont Strabon tenait 
grand compte, et, en 1873, il publie un mémoire des plus intéres- 
sants sur une question de géographie américaine qui est restée un 
problème non encore complètement résolu : celui de l'origine de 
la dénomination de détroit d'Anian attribuée, trois cents ans avant 
sa découverte, au détroit de Bering, que l'on voit figurer sous ce 
nom de Freium Aniani^ et d'une manière relativement exacte, sur 



8 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

des cartes du xvi^ siècle dont la première est celle de Zaltieri, de 
1565, et la seconde, celle de Mercator de 1569. 

C'est l'année suivante que Ruge passa à l'Ecole supérieure tech- 
nique de Dresde (Polytechnikum), où il enseigna la géographie et 
l'ethnographie jusqu'à sa mort. Il donna à cette chaire d'une insti- 
tution privée, n'ayant aucune attache officielle, un éclat exceptionnel. 
Pendant les trente années qu'il l'occupa, il déploya une activité 
scientifique extraordinaire. Cette activité s'étendit à bien des 
questions, mais celles relatives à la géographie historique eurent 
toujours les préférences de Ruge et on peul dire que c'est princi- 
palement à lui qu'est dû le grand développement, pris en Allemagne, 
par ces intéressantes études, qui ont presque disparu de nos 
recueils périodiques spéciaux. 

C'est ainsi qu'il publia successivement, de 1874 à 1903, plusieurs 
éditions de son Manuel de géographie qui est devenu classique en 
Allemagne ;. une seconde édition de V Histoire de la, géographie de 
Peschel (1877), à laquelle il ajouta une masse considérable de ren- 
seignements nouveaux ; sa grande Histoire de l'époque des décou- 
vertes (1881), dont il préparait une nouvelle édition quand la mort 
vint le surprendre ; une monographie étendue sur la découverte de 
l'Amérique, insérée dans l'ouvrage publié par la Société de géogra- 
phie de Hambourg à l'occasion du IV" centenaire de ce grand évé- 
nement ; une histoire érudite du développement de la cartographie 
américaine jusqu'en 1570 ; une autre monographie, très importante, 
sur Vasco da Gama, qui parut en 1899, et enfin son Columbus, 
dont la première édition est de l'année 1901 et qui projette sur le 
grand Génois une lumière nouvelle si vive et si pénétrante. 

Dans les dernières années de sa vie, Ruge s'était spécialement 
occupé des découvertes des Portugais. En 1901 , il donna un curieux 
travail sur Valentin Eernand. cet Allemand morave qui imprima en 
1502, à Lisbonne, un curieux recueil de voyages et auquel nous 
devons la relation de Gomez, ainsi qu'un mémoire sur les Açores, 
et, en 1903, il commença la publication d'une étude sur les décou- 
vertes des Portugais le long de la côte d'Afrique, que la maladie, 
dont il ne se releva pas, ne lui permit malheureusement pas 
d'achever; c'est un de ses plus remarquables travaux. Ruge a aussi 
donné dans divers recueils géographiques et historiques, notamment 
dans la Gazette géographique de Gotha [Zeitschrift fur wissent- 



SOPHUS RUGE ET SES VUES SUR COLOMB M 

schaflliche Geoijraphie)^ et dans les Geographischen Mitteilungen, 
un nombre considérable d'articles critiques et de notices bibliogra- 
phiques dont la réunion formerait plusieurs volumes. Les notices 
bibliographiques surtout sont de véritables modèles du genre, faisant 
connaître très exactement et toujours avec compétence, sinon avec 
bienveillance, les ouvrages auxquels elles se rapportent. 

Je ne saurais donner ici une liste de tous les travaux de Ruge 
qui remplirait à elle seule plusieurs pages ; mais je voudrais montrer 
la part considérable qui revientàce savant dans l'évolution des idées 
à laquelle nous assistons aujourd'hui, sur la valeur de Colomb et 
sur le caractère de son œuvre. 

Ruge a été le premier à soumettre à un examen critique sévère 
les données que la tradition colombienne nous a transmises à ce 
sujet. Le premier, il a vu que Colomb n'était pas seulement un 
rêveur, un mystique sans aucune instruction, mais aussi un homme 
peu véridique, et il a osé le dire, ce qui était donner une preuve 
Àe courage plus rare qu'on ne le croit. Lorsqu'il publia en 1876 son 
mémoire sur les idées que Colomb se faisait du monde [Die Wer- 
tanschauueng des Columbus, Dresde), la tradition colombienne, 
telle que l'ont formulée le fils du découvreur et Las Casas, était 
généralement acceptée. La critique ne l'avait pas encore sérieu- 
sement entamée et c'était toujours elle que suivaient les auteurs. 
L'ouvrage du comte Rosellyde Lorgnes, dont les éditions se multi- 
pliaient dans toutes les langues, avait donné à cette tradition une 
forme populaire et séduisante qui attirait les lecteurs : la légende 
menaçait de prendre la place de l'histoire. Sous la plume enflammée 
de son panégyriste, le navigateur heureux était devenu un marin 
consommé, un cosmographe savant qu'éclairait l'inspiration divine. 
Le visionnaire se transformait ainsi en homme de génie, et le Génois 
autoritaire, violent et avide qui n'hésita jamais à dissimuler la 
vérité, quand son intérêt l'y conviait, prenait des proportions qui 
le rendaient digne de l'auréole des saints. 

C'est au moment où le courant d'idées créé par cet ouvrage en 
faveur de la canonisation de Colomb prenait une forme alarmante, 
que parut le petit mémoire mentionné ci-dessus, où Ruge mit impi- 
toyablement à jour la nullité scientifique et les défaillances morales 
de celui qu'on voulait élever si haut. Ce mémoire valut à son auteur 
des critiques amères et indignées. On lui jeta à la tête toutes les 



10 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

mauvaises raisons que l'auteur de ces lignes se vit opposer, quand, 
suivant la voie ouverte par Ruge, il apporta la preuve que la seule 
des raisons de croire à la conception scientifique de Colomb que la 
critique avait laissé subsistei — l'existencedune correspondance avec 
Toscanelli — ne valait pas mieux que toutes les autres. Les opi- 
nions de Ruge, formées à la suite d'études approfondies, ne pou- 
vaient être ébranlées par des contradictions qui ne s'appuyaient 
que sur des témoignages dont la source remontait à Colomb lui- 
même, auquel, malheureusement on ne peut plus ajouter implici- 
tement foi, ou qui n'étaient motivées que par des raisons de senti- 
ment dont la critique n'a pas à tenir compte, si respectables 
qu'elles soient. Il les reprit à nouveau, les creusa davantage et 
leur donna la forme rigoureuse et inaltaquable qu'elles ont prises 
dans son Columbus, la dernière de ses œuvres importantes, l'une 
des plus solides de cet esprit vigoureux et clairvoyant. 

Je dois noter cependant que, sur un point important, Ruge est 
allé trop loin dans le jugement sévère qu'il a porté sur Colomb. 
Après d'autres, mais mieux que tous, il a montré son insuffisance, 
non seulement comme marin et comme cosmograpbe, mais encore 
comme penseur et, ainsi que nous-môme, mais avant nous, il a fait 
voir que l'homme moral, chez le découvreur de l'Amérique, n'était 
pas supérieur au navigateur. Mais il ne s'est pas arrêté là : il a 
enlevé à Colomb, pour la donner à Toscanelli, la seule chose qui 
lui appartint réellement : le mérite de sa grande découverte. Cette 
manière de voir n'était pas nouvelle, car, en réalité, elle date du 
jour où d'Avezac déclara au congrès d'Anvers, de 1871, que Tosca- 
nelli avait été l'initiateur de la découverte de l'Amérique, et depuis 
lors l'idée n'a cessé de faire du chemin; mais personne ne l'a 
développée et mise en relief comme Ruge, et, aujourd'hui, elle 
domine dans la littérature colombienne. En Italie elle est courante, 
et nous avons vu M. de Lollis lui-même réduire le rôle de Colomb 
à celui d'exécuteur des plans d'un autre. En Espagne, l'Académie 
d'histoire a donné le prix fondé par notre président honoraire à 
M. Altolaguirre, qui a soutenu la même thèse en présentant 
Colomb sous un jour enejore moins favorable, et aux États-Unis 
M. Thacher, tout en croyant louer Colomb, a adopté la même 
opinion, sans voir, peut-être, où elle le conduisait. 

Dans cette curieuse phase de l'évolution de .nos idéessur la valeur 



SOPHUS RUGE ET SES VUES SUR COLOMB 1 1 

réelle de Colomb et sur son rôle véritable dans l'événement le plus 
mémorablede l'histoire du Monde, c'estFAllemagne qui a fait les plus 
grands pas. Huge lui-même y a été dépassé. Le savant professeur 
s'était borné à voir dans Colomb le plagiaire de Toscanelli ; aujour- 
d'hui un autre savant allemand n'hésite pas à lui contester même le 
courage et l'énergie nécessaires à l'exécution d'un plan dont il 
n'élait pas l'auteur, et croit que la découverte de l'Amérique est due 
au seul fait que le chef de l'entreprise n'osa pas revenir en arrière. 

Il faut remettre les choses à leur place. Colomb ne doit rien à 
Toscanelli. Il a trouvé ce que réellement il était allé chercher à 
l'Ouest : des îles et des terres nouvelles sur l'existence desquelles 
il avait recueilli toutes sortes d'indications qui lui avaient donné 
l'inébranlable conviction qu'avec des moyens d'exécution suffisants 
il les découvrirait. Ces moyens matériels d'action, il les a cherchés 
de divers côtés, il les a demandés avec une persistance que rien n'a 
pu rebuter, et quand il tes eut obtenus, à force d'obsessions, il a 
résolument mis son projet à exécution. 

La découverte de l'Amérique n'est donc pas un accident heureux, 
comme sont obligés de le soutenir ceux qui croient que Colomb 
était parti de Palos pour exécuter un plan emprunté à Toscanelli, 
plan que la rencontre inattendue d'un grand continent aurait fait 
avorter. Il a trouvé l'Amérique, non par hasard, mais parce qu'il 
l'avait cherchée; il a fait, comme on l'a dit excellemment, ce que 
personnen'avaitfait avant lui, etceque personne ne pourra faire après 
lui. En ce sens, il est bien le révélateur du Globe, et la place qu'il 
occupe dans le Panthéon des grands hommes est bien plus belle 
que celle qui lui reviendrait s'il n'avait trouvé l'Amérique qu'en 
poursuivant la réalisation d'une entreprise insensée. 

Malheureusement, on n'a pas de plus mauvais juge que soi- 
même, et Colomb, qui n'avait aucune science et qui n'était qu'un 
rêveur, sujet à des hallucinations, se persuada, après son arrivée 
aux Antilles, qu'il se trouvait parmi les îles du voisinage des 
Indes dont Marco Polo^ avait parlé et, une fois féru de cette idée, 
il s'appliqua à trouver toutes sortes de raisons pour montrer qu'il 
avait toujours voulu aller aux Indes ; peut-être même parvint-il à 
se le persuader à lui-même. 

C'est au retour de Colomb que celte singulière prétention, dont 
il n'avait jamais été question auparavant, fut avancée pour la 



12 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAN18TES DE PARIS 

première fois, timidement d'abord et ensuite très délibérément. 
Nous voyons alors Colomb chercher et marquer dans VHistoria 
Rerum de Pie II, dans Vlmago Mundi du cardinal d'Ailly, et 
dans Marco Polo, tous les passages avec lesquels il a construit sa 
théorie de la petitesse du Globe et de la proximité des côtes orien- 
tales de l'Asie, qu'il a donnée, ensuite, pour être la base scienti- 
fique et la raison déterminante de son entreprise. 

Que la correspo-ndance attribuée à Toscanelli soit authentique 
ou non, il est certain qu'elle n'a n'a été produite que pour confirmer 
cette prétention nouvelle de Colomb. On n'a qu'à ouvrir le livre 
de Las Casas et les Historié pour voir que c'est imiquement dans 
ce but qu'on a publié ces pièces, dont on ne soupçonnait pas l'exis- 
tence auparavant, et que sont seuls à connaître les deux premiers 
biographes de Colomb. Si celui-ci n'avait pas soutenu qu'il ne 
s'était embarqué à Palos que pour aller au Cathay, jamais il n'en 
aurait été question, La supposition, ainsi accréditée par Las Casas 
et par l'auteur des Historié, que c'est à Toscanelli que Colomb 
devait la théorie du grand dessein qu'il disait avoir eu, était devenue 
une certitude pour la plupart des auteurs et serait probablement 
restée dans l'histoire,' si la publication intégrale des notes que 
Colomb a mises aux livres où il a puisé ses idées scientifiques 
n'avait montré qu'il n en pouvait être ainsi. 

Alors même, en effet, qu'aucune des nombreuses raisons qui ont 
été avancées pour montrer que la correspondance attribuée à Tos- 
canelli est apocryphe, ne serait valable, le fait seul que nous pou- 
vons aujourd'hui, au moyen de ces notes révélatrices, déterminer 
l'origine exacte de chacune des idées sur lesquelles Colomb a fondé 
sa théorie de la possibilité du passage aux Indes par la voie de 
l Ouest, suffit pour établir que le savant florentin est étranger à la for- 
mation de cette théorie chez le découvreur de l'Amérique. Tous 
ceux qui maintiennent encore aujourd'hui que Toscanelli a été 
l'initiateur de la découverte de l'Amérique et qui confisquent au 
profit de ce savant le mérite, propre à Colomb, d'avoir conçu et 
exécuté son entreprise d'après des données foncièrement person- 
nelles qu'il est impossible d'attribuer à l'astronome florentin, mécon- 
naissent ce fait capital, qui doit dominer toute discussion ou toute 
recherche sur l'origine du projet dont la découverte de l'Amérique 
a été la conséquence. 



SOPHUS RUGE ET SES VUES SUR COLOMB 13 

Ruge a commis cette erreur qui a faussé son jugement, si droit 
d'ordinaire, quand il a parlé de l'influence que Toscanelli aurait 
eue sur Colomb. Cependant, malgré les réserves qu'il est néces- 
saire de faire sur ce point, je n'hésite pas à dire que les travaux de 
ce judicieux et perspicace critique ont exercé une influence consi- 
dérable sur la formation des idées qui tendent de plus en plus, 
aujourd'hui, à se substituer à celles accréditées par la tradition 
colombienne, et le fait que j'ai eu à me plaindre de lui est une 
raison de plus pour moi de reconnaître hautement ce qui lui est 
du. 

Et puisque je viens de faire allusion au différend, ou plutôt au 
malentendu qui a existé entré Ruge et moi, qu'il me soit permis de 
m 'expliquer ici franchement à ce sujet. 

Lorsque je publiai mon livre sur Toscanelli qui apportait, en 
fait, d'autres et importantes raisons à l'appui des opinions qu'il 
avait lui-même exprimées sur Colomb, il l'accueillit très mal et 
attaqua les vues nouvelles qui sont présentées, avec les mêmes 
préjugés qui avaient caractérisé les injustes critiques dont ses 
propres idées furent lobjet, avant que le temps n'eût montré 
qu'elles étaient justifiées. 

Par une méprise que je ne m'explique pas bien encore, il ne vit, 
dans la question de l'authenticité des pièces attribuées à Toscanelli, 
qu'une question de cartographie, alors qu'elle était essentiellement 
une question de critique historique, ayant une portée qui dépas- 
sait de beaucoup le cadre où il la renfermait, et, considérant le 
livre à ce point de vue étroit, il le jugea avec la plus grande 
rigueur. 

Cette attitude inattendue de la part d'un critique chez lequel je 
m'attendais à trouver un allié m'affecta autant qu'elle me surprit, et 
j'eus le tort de la relever dans une réplique dont je n'ai jamais 
cessé depuis de regretter les termes un peu vifs et la forme 
agressive. Ce n'était pas le ton qu'il convenait de prendre avec un 
homme dont la vie tout entière fait honneur aux lettres savantes 
et qui avait acquis par ses longs et méritants travaux, avec le droit 
de tout dire, celui d'être écouté avec déférence. Ce que j'écris ici, 
je l'aurais dit à lui-même, s'il avait vécu, et je suis certain que, comme 
un autre de mes adversaires, et non des moins éminents, M. Uzielli, 
dont je m'honore aujourd'hui d'être l'ami, il aurait rendu justice 



14 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

aux intentions d'un homme qui, comme lui-même, ne cherchait et 
ne cherche que la vérilé. 

Ruge a laissé plusieurs enfants dont l'un, le D'" Walter Ruge, 
suit la voie laborieuse tracée par son père. Il a embrassé le profes- 
sorat comme lui et l'a remplacé aux Geographischen Mitteilungen, 
auxquelles il collaborait depuis plusieurs années déjà, et a pris une 
place marquante dans cette revue bibliographique et géographique, 
l'une des plus influents de l'Allemagne. 

Il existe un assez grand nombre de notices biographiques et 
critiques sur Sophus Ruge et son œuvre. Les plus importantes que 
je connaisse sont dues : à M. S. Gunther qui était l'ami de Ruge 
[Allgemeine Zeitung, Munich, 20 janv. 1904), au professeur 
J. Partsh [Geographisch Anzeiger de Gotha), au professeur 
Gravelius, de la Société de géographie de Dresde (19 janv. 1904), 
et au professeur Luigi Hugues, dont la monographie : Sophus Ruge. 
Cenni biografîci e bibliograjîci, Turin, 1904, est un travail 
critique complet et excellent en tous points. 



CONTRIBUTION A L'ETUDE GEOGRAPHIQUE 

DU 

MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 



LE MIXTECAPAN 

Par m. Léon DIGUET 

Chargé de missions du Ministère et du Muséum, 
Membre de la Société des Américanistes. 



La région montagneuse et accidentée qui constitue encore 
aujourd'hui le pays des Indiens mixtecs et qui vint former, après 
l'établissement des Espagnols, la province de la Mixteca, était 
désignée par les Nahuatls sous le nom de Mixtécapan. Ce territoire, 
compris à peu de choses près entre le 16 et le J8° de latitude nord 
et le 990 et le lOi*^ de longitude, occupe, dans la division géogra- 
phique actuelle, une partie assez importante de l'état de Oaxaca, 
plus une fraction des états de Puebla et de Guerrero. 

Le nom que les indigènes donnaient à leur pays à l'époque de 
leur indépendance est inconnu. On sait seulement, par le père 
Antonio de los Reyes, missionnaire de Teposcolula et auteur d'une 
grammaire sur la langue du pays \ que les Mixtecs étaient désignés 
par leurs voisins les Zapotecs sous le nom de Mixtoguijxi (chats 
sauvages), déromination probablement ironique et venue de l'as- 
périté des sites que ces Indiens avaient choisis pour s'y établir. 

D'après Pmientel ^, les dénominations de Mixtecs ou Mixtecatl 

\. Arle en lengiia mixteca compuesta por el padre Fray Antonio de los 
Riyes de la orden de predicadores, vicario de Tepuzculula (1593), publié par 
le comte H. de Charencey ; Alençon, 1889. 

2. Francisco Pimentel, Cuadro descriptivo y coniparativo de las lènguas de 
Mexico, i. Il, chap. 34. 



16 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

et de Mixtécapan dérivent du mot nahuatl Mixtlan (terre des nuages 
ou des brumes), terme composé de Mixtli (nuée) et du suftixe 
tlan, locatif. Ce nom aurait été donné au pays à cause du climat 
froid et brumeux qui règne très fréquemment sur les régions éle- 
vées du massif de la Haute Mixtèque. 

Les limites du Mixtécapan étaient : au nord, le pays des Popolo- 
cos, restés indépendants, et dont la ligne frontière avec le Mixtéca- 
pan s'étendait de Zapotitlan de las Salinas à Acatlan ; à l'ouest, les 
provinces conquises par les Aztecs sur certaines tribus de Popo- 
locos, et dont les limites, depuis Acatlan, venaient aboutir aux 
rivages du Pacifique en passant par Tlalpan ; à l'est, les rios de 
Tehnacan, de las Vueltas et Atoyac oaxaqueno, qui,- formant de 
profondes vallées dans cette région éminemment montagneuse, 
séparent, du nord au sud, le Mixtécapan des pays occupés par les 
populations mazatèques, cuicatèques et zapotèques ; au sud, les 
rivages du Pacifique que les Mixtècs appelaient Sahaandevoni (pied 
du ciel). 

Cette délimitation du pays habité par les Mixtecs est d'ailleurs 
loin d'être rigoureuse. Les frontières ont plusieurs fois varié. Ainsi 
dans le nord, les indigènes du territoire de Coixtlahuaca étaient 
unis avec certaines tribus de Popolocos qui s'étaient rendues indé- 
pendantes des autres tribus de même race dont le grand centre 
était Tecamachalco. La domination ou l'influence mixtèque s'éten- 
dit donc à une époque jusqu'à Tehuacan. A l'est, les habitants 
d'Almoloyas, alliés à ceux de Yanhuitlan agrandirent leur 
domaine en soumettant les Cuicatecs jusqu'à la sierra de Teo- 
titlan. Plus au sud, les Mixtecs envahirent le pays des Zapotecs et 
établirent des colonies dans la vallée dOaxaca. Aussi les Zapotecs 
furent-ils obligés, pour empêcher les incursions mixtèques, d'élever 
des forteresses, auprès de Zimatîan et de Hui/o. et d'y entretenir 
des garnisons. 

Le Mixtécapan était partagé en trois grandes divisions dont les 
dénominations, subsistant encore aujourd'hui, correspondaient à des 
altitudes et climats différents. C'étaient : 

4'^ La Haute Mixtèque, comprenant toute la partie culminante 
du massif montagneux, contrée au climat généralement froid et 
humide, offrant des escarpements abrupts, bordés de profonds 
ravins. C'est là que la tradition place le berceau de la civilisation 



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Société des Ainéricanisles de l'uris. 



18 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

mixtèque et c'est ce (jui lui a valu le nom de Sudzavinuhu (terre 
estimée, vénérée). 

2'^ La Basse Mixtèque ou Xuiline (terre chaude], région relative- 
ment basse, chaude, aride, beaucoup moins accidentée que la 
précédente, formant toute la partie nord et ouest du Mixtécapan 

3° La Mixtèque de /ri co/e, comprenant les plaines basses et géné- 
ralement peu accidentées qui s'étendent jusqu'à l'océan Pacifique. 
Les indigènes donnaient à cette partie de leur territoire le nom de 
Kundaa ''terre plane) ou Xunama (terre de maïs). 

Outre ces trois principales divisions, les Mixtecs employaient 
encore quatre autres dénominations pour désigner certaines régions 
offrant quelques particularités. 

Ainsi la partie nord-est de la Basse Mixtèque qui confinait avec 
le pays des Popolocos et qui avait une population mélangée, où 
Mixtecs et Popolocos vivaient en harmonie sous un même régime, 
se nommait Toxijnudzahui. Les contreforts escarpés de la Haute 
Mixtèque avaient reçu pour la partie qui confine avec la vallée 
d'Oaxaca le nom de Tocuixinuhu et, pour la zone qui, faisant suite 
à cette dernière, descendait vers le sud, le nom de Xundehoui (terre 
du ciel). Enfin Aununia (terre des brumes) désignait le contrefort 
occidental, c'est-à-dire la crête montagneuse connue sous le nom de 
Sierra de Putla. Ce nom de Nunuma lui fut donné parce que la 
vapeur d'eau qui s'élève du Pacifique vient s'y fixer en formant des 
brouillards. 



TOPONYMIE 

Les dénominations géographiques du Mixtécapan, telles qu'elles 
sont encore usitées, sont pour la plupart d'origine nahuatle, du 
moins en ce qui concerne les localités un peu importantes. Cette 
substitution d'une langue étrangère à celle couramment encore 
parlée dans le pays pour la désignation des localités peut trouver 
son explication dans les événements de diverses époques. D'abord, 
le commerce florissant, établi depuis une époque sans doute reculée, 
entre les Mixtecs et les populations civilisées des différentes parties 



CONTRIBUTION A l'ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 19 

du Mexique. Ensuite, plusieurs guerres ayant été engagées avec les 
puissants souverains de la vallée de Mexico, les Mixtecs, sans avoir 
été complètement vaincus et asservis, durent néanmoins subir des 
relations continuelles avec les Aztecs pour le règlement des tributs. 
Enfin l'arrivée des Espagnols et surtout l'établissement des mis- 
sionnaires fit prévaloir la nomenclature nahuatle, laquelle, quoi- 
qu'un peu altérée, s'est maintenue jusqu'à nos jours. Toutefois, les 
anciennes dénominations en langue mixtèque ne sont pas perdues : 
elles sont demeurées quelque peu courantes parmi les indigènes, 
qui, tout en adoptant les us et coutumes espagnols, ont su conser- 
ver leur langue, ainsi qu'une grande partie de leur ancien caractère 
national. 

La dénomination des petites localités dont le nom mixtèque n'a 
pas été changé offre quatre affîxes qui reviennent fréquemment 
dans la composition des mots, ce sont : 

1° Yodo ou Yoso, plateau, plaine (Yodocono, Yodohino, Yodo- 
yiixi, Yodaùafia, Yosocani, Yosocuta) ; 

2« Yucu ou Youcou, montagne i^Yucuane, Yucucuy, Yucuj^achi, 
Yucutandua, Yucutindo, Yucuxaco) ; 

3" Yuta, Yusa ou Youta, rivière (Yutachi, Yutacoyo, Yutandu, 
Yutanduchi, Yutatiana, Yuteche) ; 

40 Xuhu ou (jnohou, terre, village (nunu, ùunuma, ùuxaa, 
fiuxano, nuxini, fuidiche, nundeya, Yucunufiu). 

Le P. Antonio de los Rêves donne, dans sa grammaire, une liste 
en nahuatl et en mixtèque des principales localités dn Mixtécapan. 
Avant de reproduire cette liste, je citerai dans les deux langues 
quelques étymologies qu'il m'a été possible de retrouver, sur la 
top nymie de certaines localités. Elles montreront que, assez sou- 
vent, comme le remarquent quelques historiens, la substitution du 
mot nahuatl au mixtèque s'est faite par simple traduction : 

Achiutla. Sundecu ou 5t'dico. Nahuatl : achio, fréquent; oztli, 
grotte ; tlan, localité ; localité de la grotte fréquentée. Mixtèque: 
nunu, village ; dico, pulvérisé. — Aponia. Yutatnoho. Nahuatl : 
atl, eau ; poloa, faire de la boue. Mixtèque : Yuta, rivière ; tnoho, 
seigneur. — Adeques. Duluche. Nahuatl : adeques, commence- 
ment; tête, sommet. Mixtèque: tindui, sommet ; luchi, petit. — 
Amoltepec. Yucumanm. Nahuatl : amoUi, savon ; tepetl, montagne. 
Mixtèque : yucu, montagne ; mama, savon. — Atoyac. Yutacano. 



20 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Nahuall : atoyac, rivière. Mixtèque : Yiita, rivière ; canii, grande, 
— Amuscfos. Suhiinia. Nahuatl : amoxtli, papierdagave ; co, loca- 
lité. MixLèque : nu, de fiuhu, village ; nama, lotomaxlle ou feuille 
qui enveloppe l'épi de maïs. 

Chicahuaxiepec . Yiicacahua. iNaliuatl : chicaluiail, forl, fortifié ; 
tepetl, montagne. Mixtèque: }ucu, montagne; cahua. grotte. — 
Chacaltonyo. Nundeya. Nahuatl : cbacalli, éerevisse ; tonlli, dimi- 
nulif; co, localité. Mixtèque : nuhu, village; ndeya, nombreux. — 
(^hachoaparn. Yutanani. Nahuatl: chalonia, mettre la zizanie; 
choca, pleurer; apam, rivière. Mixtèque: ^uta, rivière; nuni, 
frère. — Coixtlahuaca. Yodocoo. Nahuatl : coati, serpent ; ixtla- 
huacan, plateau. Mixtèque : yodo. plateau; coo, serpent. (La popu- 
lation de cette ville était en partie popoloco. Ces Indiens donnaient 
à Coixtlahuaca le nom de Yuguinche qui a la même signification 
qu'en nahuall et en mixtèque.) — (hiilapan ou Coi/olapan. Saha- 
yuco. Nahuatl : cuUoa, peindre ; ou coyotl, coyote ; apam, rivière. 
Mixtèque: saha, en bas, au |)ied ; yucu, montagne. 

lùlafongo. Yucunduchi. Nahuatl : etl, haricot; tontli, diminutif ; 
co, localité. Mixtèque : yucu, montagne; n'duchi, haricot. 

Iluajuapan. Aiidzaï ou Xudee. Nahuatl : huaxim, « leucena 
esculenta » ; o, de otli, chemin ; apam, rivière ; oatl, source. Mix- 
tèque : nuhu, village ; dee, valeureux. — Iluajolotipac. Teyiidicolo. 
Nahuatl : huexololl, diiwlon ; ipac, sur, au-dessus, jusqu'à. Mix- 
tèque : teyu, ravin ; dicolo, dindon. — Iliiaxolotitlan^ Huacuchi. 
Nahuatl : huexolotl, dindon ; tlan, localité. Mixtèque : hua, bien, 
bon; cuchi, mur. — Iluizlepcc. Yucuinu. Nahuatl : huitztl, épine; 
tepetl, montagne. Mixtèque: yucu. niontagne? inu, épine. 

Ixcatlan. Yosocjiche. Nal^^j^ii • ixcatl, colon: tlan, localité 
Mixtèque : yoso, j)laleau ; cache, coton. 

Jallepetongo. Iluit nii/i. Nahuall : xalli, sable ponceux ; tepetl, 
montagne; co, localité. Mixtèque: ilun, monticule; nuti, sable. — 
Jicayan, Nuchicua. Nahuatl : xicalli, jicara ; yan, localité. Mix- 
tèque : nuhu, terre; chicua, fruit de mamey. — Jamiltepec. 
CV/.Çr'mc^o. Nahuatl : xamilli, adobe ; tepetl, montagne Mixtèque : 
casan, maison ; duo, adobe, 

Millafonçjo. Andat/as. Nahuatl: mitlan, enfer ; tontli, diminutif ; 
co, localité. Mixtèque : Andayas, enfer (ce nom semble avoir été 
dotmé à cause d'une grotte d'où sort une poussée d'air). 



CONTRIBUTION A l'ÉTUDE (lÉOGRAPHlQLIK DL MEXIQL'K PRÉCOLOMHIK.N 21 

Nochistlan. Nuataco ou Nundiico. Naliiiall : noclieslli, coche- 
nille; tlan, localité. Mixtèqiie : ùiihii, terre; atoco, vers; n'duco, 
cochenille. 

Ometepec. Yucuviii. Nahuatl : orne, deux ; tepec, montagne. 
Mixtèque ; yucu, montagne ; vui, deux. 

Pozotilbin. Itundiijia. Nahuatl: pozonallo, écumanl, mousseux; 
litlan, localité. Mixtèque : itun, colline : dujia, « pozole ». — Pu/Li. 
ou Poctlan. Aucaa. Nahuatl : poctli, brume ; tlan, localité. Mix- 
tèque : nuhu, terre; caa, ocre. — - Piiiolapa. Dooyii. Nahuatl : 
pinolli, poussière; tepetl, montagne ; pan, localité. Mixtèque : duvo, 
adobe ; yu, pierre. 

TIaJiaco on Tlachqui;nicho. N'dijina ow Sdii'iu. Nahuatl: tlacho, 
jeu de pelote ; quiahuitl, endroit planté d'arbres. Mixtèque : 
n'dijinu, panorama, point de vue. — Teqiiistcpec. Yucuniina. 
Nahuatl : tequisquitl, salpêtre; tepec, monlagne. Mixtèque: yucu, 
montagne ; nu fia, salpèlre. 

Yiiquilu. Eacuhue. Nahuatl : xiuh. chose belle; quilitl, ama- 
ranthe ; tlan, localité. Mixtèque : escu, amaranthe ; hue, teint, 
peint. 

Voici maintenant la liste des localités, avec la correspondance 
des noms en Nahuatl et en Mixtèque, d'après l'ouvrage du père 
Antonio de los Reyes : 



l*^ Haute Mixtèque. 



Nahiiall. 

Yantiui-Oan 

Chacluiapa 

Cuyotepec 

Tiltepec 

Tepozcolula 

Tlajiaco 

Chicahuaxtla 

Cuiquila 

Ocotepec 

Coixtlahuaca 

Tequistepec 

Ycatlan -«c 



Mixlèqiie. 

Yodzooahi 

Yuta nani 

Yucu nana 

Yucuinoo 

Yueundaa 

N'dijinu 

TiiiiL noiKJ 

Nuu cuine 

Yucuile 

Yodocoo 

Yucuyu 

Sidzaa ou Yosocache 



22 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



Achiutla 

Malinaltepec 

Tlatlaitepec 

Atayac 

Tiallzultepec 

Chalcatongo 

Amoltepec 

Yolotepec 

Atlatlanca 

Apoala 

Quautla 

Chicahuaxtepec 

Nochistlaa 

Quaullilla 

Etlatongo 

Tilantongo 

Millatongo 

Patlaixtlahuaca 

Tejupa 

Tzoyaltepec 

Tonal tepec 

Tamazulapa 

Tuctia 

Teotzaqualco 

Tzenzontepec 

Penoles et Elotepec 

Mixtepec 



Nundecu 
Yucuane 
Yucuquesi 
Te} ta 
Yucucuihi 
Nundaya 
Yucunama 
Yucuneni 
Nunquaba 
Yutatnoho 
Dzandaya 
Yucacadza 

Nyatoco ou Nunduco 
Yucundec 
Yucunduchi 
Nuntnoo 

Dzandaya ou Andayas 
Yodzocono 
Nundaa 
Anuu 
Yucundij 
Tequeyui 

Yucuyaa ou Nuuhuia 
Chiyocanu 
Yucucetuvi 
Yucundedzi 
Yadzonuu, huico 



2^ Basse Mixtèque. 



Tonala 
Atoyac 

Iqualtepec 

Tlapanala 

Silacayoapam 

Tlapalcinco 

Justlahuaca 

Tecomantlahuaca 

Tlacotepec 

Ycpactepec 

Tezoatlan 

Huajuapan 



Nuu nine 

Yntacanu 

Yucunicana 

Ytnundahua 

Nunduyu 

Yulanaha 

Yodzocuiya 

Yodzo Yaha 

Yucucuanu 

Yucunuyu 

Nusiya 

Nundzaï ou Nudee 



CONTRIBUTION A l'ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 23 



Chila 

Yxitlan 

Cuyotepec 

Miltepec 

Camotlan 

Xochitepetongo 

Guajolotitlan 

Tequistepec 

Chazumba 

Guapanapa 

Gapotitlan 

Acatepec 

Petlacingo 

Acatlan 

Piaxtla 

Chiantla 

Tlapa 

Alcusauca 



Toavui 

Nuusaha 

Nuunana 

Dahanduvua 

Nundihi 

Ayuu 

Yuhuacuchi 

Yucundaye 

"^ odzonuqueude 

Tnuhuito 

Chiyoyadza 

Yucutnuyo 

Nuhuyuvui 

Yutadisaha 

Sahanuhucu 

Nuhuquende 

Yutandavu 

Yutaquaa 



3*^ Mixtèque de la côte. 



Putla ' 

Cacatepec 

Amusgos primeros 

Amusgos secundos 

Xicayan del padre nieto 

Xicayan de Tobac 

Ometepec 

Ygualapa 

Totoltepec 

Pinotepa 



Nucaa 

Yiicusatuta 

Yudzotaca 

Yodzocosa 

Nuhusiquaha 

Nuhudzahui 

Yucuvui 

Yutaneni 

Yucudzaa 

Dooyu 



1. Le père Antonio de los Reyes place Putla dans la Mipctèque de la côte, 
quoique cette ville soit considérée par d'autres auteurs comme appartenant au 
royaume de Tilantongo, c'est-à-dire à la Haute Mixtèque. 



24 SOCIÉIÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



II 

OROGRAPHIE ET HYDROGRAPHIE 

Dans sa presque tolalilé, le Mixléeapan consiste en un rameau 
de la Sierra Madré de Oaxaca, qui, se trouvant séparé du reste du 
soulèvement par de profondes vallées, vient constituer un massif 
indépendant. Ce massif montagneux, dont la Haute Mixtèque peut 
être considérée comme le centre ou le point culminant, offre dans 
cette région l'aspect d'une contrée des plus mouvementées. Par- 
tout le sol se montre fort accidenté. Ce ne sont que successions 
d'escarpements et de plateaux, souvent bordés de précipices, limi- 
tant de profondes barrancas par lesquelles se déversent, à la saison 
des pluies, d'impétueux torrents qui viennent alimenter les cours 
d'eau de la zone plus plane des vallées. 

Les grandes rides montagneuses de la Haute Mixtèque, dont les 
pics les plus importants portent, en général, les noms des localités 
auprès desquelles ils se dressent, sont : les sierras de Itundujia, 
Chicahuaxtla, Juxtlahuaca, Nochistlan, Teposcolula, Putla, etc. 
Dans les parties basses du Mixtécapan, les cbaînes de montagnes 
qui prennent naissance, pour la plupart, au massif central, sont 
beaucoup moins rapprocliées. Elles déterminent de larges vallées, 
où s'écbelonnent les centres populeux de la Basse Mixtèque et de la 
Mixtèque de la côte. Ces sierras, en général, comme celles du mas- 
sif central,, n'excèdent guère une hauteur de 2.500 mètres. Elles 
n'ont d'autre désignation que celle qu'elles empruntent aux locali- 
tés voisines. Ce sont, du nord au sud, les chaînons ou sierras des 
districts de Juquila, Jamiltepec, Ometepec, Morelos, Huajuapan, 
Coixtlahuaca, Teotitlan. 

C'est grâce, en partie, à la configuration orographique de leur 
pays, que les Mixtecs ont pu conserver encore jusqu'à nos jours 
quelque chose de la physionomie native. Car, au début de leur 
civilisation, rencontrant un sol naturellement défendu, ils purent 
donner libre cours, sans inquiétude, à leur organisation et à leur 
activité et, par là, airiver rapidement à constituer une nation puis- 



CONTRIBUTION A l'ÉTLIDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 25 

sanle qui, quoique à la fin vaincue par les Aztecs, garda certains 
traits cranlonomie jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Ces derniers, ne 
rencontrant là qu'une région peu accessible et peu apte à leur 
fournir les richesses qu'ils cherchaient avant tout, ne s'y établirent 
pas et laissèrent cette province presque uniquement sous l'adminis- 
tration des missionnaires. 

Le territoire mixtèque est situé en partie sur la ligne de partage 
des eaux qui vont au golfe du Mexique et à l'océan Pacifique. Mais 
ce qui s'en développe sur le versant Atlantique, ne comprend, com- 
parativement à l'autre versant, qu'une très faible superficie. Le 
réseau hydrographique du versant Atlantique qui fournit son apport 
aux affluents du rio Papnloupam est représenté, au nord, par les 
ravins et les rivières, à sec une grande partie de l'année, qui 
affluent au rio Tehuacan et, au sud, par les torrents des contreforts 
occidentaux de la Haute Mixtèque, qui viennent, à la saison des 
pluies, grossir considérablement les eaux du rio de las Vueltas, 
lequel, après une course des plus tortueuses dans la profonde canada 
de Los Gués s'unit au rio de Tehuacan et au rio Grande de Ixtlan, 
pour former le rio de Quiotepec, un des plus importants affluents 
du Papaloapam. 

La ligne de démarcation des deux versants court, à peu de 
chose près, en ligne droite du nord au sud-est, depuis le village 
de Galtepec jusqu'à la siei'ra de Huizo, auprès du village de San 
Sébastian de las Sedas. C'est une petite localité, aujourd'hui sans 
importance, mais qui, topographiquement, présente cet intérêt, 
d'être le point où le rio Atoyac oaxaquefïo prend naissance et d'où 
de l'est à l'ouest, part une nouvelle ligne qui vient séparer dans la 
région élevée de la Haute Mixtèque les bassins des deux grands 
cours d'eau qui se dirigent vers le Pacifique. 

Quanlau versant Pacifique, indépendamment du rio de Omelepec 
et de quelques rivières de peu d'importance qui arrosent la 
Mixtèque de la côte, la contrée se partage en deux grands bassins 
hydrographiques dont la ligne de séparation décrit dans le centre 
de la Haute Mixtèque, en partant de Las Sedas, une courbe ondulée 
qui passe par Nochistlan, Yanhuitlan, Teposcolula, Tlajiaco. Le 
versant occidental présente donc deux réseaux hydrographiques 
distincts, dont les eaux se jettent dans le Pacifique par des direc- 



26 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

lions diamétralement opposées, au nord par V Atoyac pohlano, 
affluent du rio de las Balsas^ au sud par le rio Verde. 

Le réseau nord comprend le rio Tlapaneco qui prend sa source 
dans la sierra de Morelos (Guerrero), auprès d'Allamaxalcinco, et 
forme, du sud au nord, la frontière occidentale de la Basse Mix- 
tèque, et le rio Mixteco, important cours d'eau, auquel viennent se 
joindre les rios de Mixtepec^ Justlahuaca, Teposcolala et Huajua- 
pan. Les trois premiers prennent leur source dans la Haute Mixtèque 
et le quatrième qui se réunit avec celui de Teposcolula, arrose la 
partie septentrionale du Mixtecapan. 

Le rio Verde, qui desseM le versant sud, forme, depuis Las Sedas, 
la grande vallée d'Oaxaca et reçoit, dans son cours supérieur où il 
prend le nom àWtoyac oaxaqueno, les torrents des contreforts de 
la Haute Mixtèque. Ce n'est que beaucoup plus au sud que la plus 
grande partie des eaux du bassin méridional lui est apporté par le 
rio Penoles. 



ni 

HAUTE MIXTÈQUE OU N^UDZAVINUHU 

La Haute Mixtèque, ce vaste plateau au sol des plus disloqués, 
est donc vraiment le réservoir hydrographique de la plus grande 
partie du Mixtecapan. 

Dansla division actuelle, cette contrée comprend les districts de 
Teposcolula, Tlajiaco, Nochistlan et partie de ceux de Juxtlahuaca. 
Etla, Alvares. Les délimitations naturelles sont : au nord, les con- 
treforts voisins de Goixtlahuaca qui représentent la partie élevée et 
le début de la zone désignée sous le nom de Tocuixinuflzahui\ à 
l'est, la profonde gorge au fond de laquelle coule le rio de las 
Vueltas et les contreforts limitrophes du pays des Zapotèques ; au 
sud les prolongements de ces mêmes contreforts, d'où le rio 
Penoles ou de Cuanana vient se jeter dans le rio Verde ; à l'est par 
les versants occidentaux des sierras de Putla et de Juxtlahuaca. 

La tradition place sur la Haute Mixtèque le berceau de la civili- 
sation nationale, étendue, plus tard, à tout le pays et parvenue à 



CONTRIBUTION A l'ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DL MEXIQUE PRÉCOLOMUIEN 27 

un haut degré de prospérité. Deux localités sont indiquées comme 
ayant été le point de départ de Témigration qui colonisa le pays, 
Apoa.la et Achiuthi. Les colonies s'accrurent et forinèrentdes centres 
urbains qui. q^uoique réduits aujourd'hui à de simples villages , 
n'en constituèrent pas moins, lors de la conquête européenne, des 
villes florissantes. Nous nous arrêterons aux principales. D'abord, 
Apoala et Achiutla que nous venons de nommer. 

Apoala (Santiago) n'est plus aujourd'hui qu'une petite bourgade 
de 800 habitants, située à une altitude de t. 000 mètres, dans un 
ravin formé par trois chaînons dépendant de la sierra de Nochistlan. 
Les crêtes de ces chaînons offrent un certain nombre de pics qui 
portent les noms de Iluautla, Nodon, Jaltepetongo, Apasco, 
Chicahua, et la Peila colorada dont la hauteur atteint 2.900 mètres. 
Le village est traversé par une rivière torrentueuse qui prend sa 
source dans une grotte nommée Yuvit/ucuman (grotte profonde). 
Cette grotte célèbre, aux époques précolombiennes, par les pèleri- 
nages qui y avaient lieu, se trouve sur la montagne Yucuman 
(montagne profonde). La rivière, désignée aujourd'hui sous le nom 
de rio de xA.poala, se précipite après de nombreux rapides dans le rio 
de las Vueltas, auprès de Tomelin, après avoir traversé un étroit et 
pittoresque caîïon de 250 mètres de profondeur. 

Ce qui a fait localiser le lieu d'origine de la nation mixtèque 
à Apoala, c'est son nom mixtèque Yutatnoho ou Yutatnuhu, tra- 
duit dans les auteurs par rivière d'où sortirent les seigneurs, la race, 
la lignée. Apoala, toujours suivant la tradition, devait sa fondation à 
une famille venue d'un point qui plus tard se nomma Tilantongo. 
Cette famille s'étant accrue considérablement, se dispersa ensuite 
pour coloniser le reste du pays. Dans la division politique actuelle, 
Apoala appartient au district de Nochistlan. 

Achiutla ou Achutla (Achioztlan) est représenté aujourd'hui 
par deux villages situés à peu de distance l'un de 1 autre, San Juan 
Achiutla et San Miguel Achiutla, dont la population totale arrive 
à peine à 1.800 individus. L'altitude moyenne prise entre les deux 
villages est de 1 .800 mètres. La ville ancienne était placée au nord 
du village de San Miguel, sur le plateau où s'élève aujourd'hui l'église. 
Avant la conquête, la population atteignait 14.000 habitants, mais 
elle se trouva considérablement réduite à la suite d'une épidémie 
de « mazahuatl ». Établie au centre de la Haute Mixtèque, Achiutla 



28 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAIN ISTES DE PARIS 

était la résidence du chef qui gouvernait le Mixtécapan. Après la 
scission qui divisa le pays en trois principautés, cette ville resta 
le centre spirituel où résidait le taysacca ou chef religieux. Le 
temple était fameux. On y venait, de toutes parts, pour rendre 
hommage à une divinité considérée comme nue personnification de 
Quetzalcoatl. C'était une émeraude de grande dimension sur 
laquelle se tiouvaient gravés un oiseau et un serpent. Ce joyau 
excita Tadiniration des Espagnols par la perfection et le fini de son 
travail; il fut détruit par les missionnaires '. 

Auprès de rancienne ville s'ouvre une grotte, Tentrée présumée 
d'un souterrain qui communiquait avec le village de San Juan et 
par lequel, eu temps de guerre, on pouvait aller de l'un à l'autre 
des deux villages. 

Le nom nahuall d'Achiutla paraît lui venir de cette grotte. En 
le décomposant, on y trouve, en elFet : Achio fréquemment, oztli 
grotte, tUm localité (localité de la grotte fréquentée) ou Atl eau, 
chipimi goutter, otli route, tlan localité (endroit des routes où 
suinte l'eau). Quant au nom mi-xtèque A'<://co, il signifie pulvérisé. 
Ce nom aurait été donné au nouveau village, à cause de l'émeraude 
vénérée que les missionnaires avaient réduite en poudre. 

La situation géographique, la splendeur et l'importance religieuse 
d'Achiutla sont probahlement les causes qui l'ont fait considérer 
comme le lieu d'origine de la nation mixtèque. Jusqu'à présent, 
on n'a pas d'ailleurs de renseignements précis qui puissentprouver 
sa priorité sur Apoaia. Quelques auteurs plus récents ont cru, sans 
plus de fondement, devoir placer ce lieu d'origine à Tilantongo ou 
à Sosola. Achiutla est situe dans le district de Tlajiaco. 

Nochisllan ou Nocheztlim (Santa Maria Asuncion), petite ville 
encore aujourd'hui d'une certaine importance par sa situation 
géographique et [)olitique, est le chef-lieu du district auquel elle 
donne son nom. EUes'étendsurun plateau de 1.700 mètres d'altitude. 
Le climat, parauite d'une exposition aux vents, est froid. La popula- 
tion s'élève à 2.400 habitants. Au temps de la splendeur des Mixtecs, 

1. Le renom de la divinité «jue symbotisait celte émeraude élail si répandu 
dan.s tout le Mexique, que iMocle/unîa, loi-squil apprit l'arrivée des Espagnols, 
envoya iminédialemenl au souverain mixtèque dos émissaires charj^^és de riches 
présenls, afin qu'en son nom on fît faire des sacrifices el que l'on consultât' 
l'idole au sujet des étrangers. 



CONTRIBUTION A l'ÉTUUE GÉOGRAPHIQI K DU MEXIQUE l'RKCOLORIlURN 29 

Nochistlan élail le principal centre commercial du Mixtécapan. De 
là l'on expédiai! la cochenille dans les pays civilisés les plus 
éloignés. Le souverain d'AchiuLla se servait de ses voyageurs com- 
merçants comme de diplomates et d'émissaires pour sa politique. 
L'ancienne ville, dont il existe encore les ruines, connues sous le nom 
de Puehlo viejo, se dressait sur une hauteur à proximité du plateau 
où fut bâtie la cité moderne. 

Yanhuiflan (Santo Domingo) avait, à pende chose près, la même 
importance religieuse qu'Achiatla. Elle possédait, comme cette der- 
nière ville, une grotte ou temple soulerrain fameux, oîi résidait un des 
grands chefs religieux. Les vieillards et les femmes qui, à cause de 
leur faiblesse, ne pouvaient gravir les pentes escarpées de la mon- 
tagne d'Achiutla, venaient apporter leurs olVrandes à ce tenq^le. 
Comme Nochisllan, Yanhuitlan était un grand centre commercial 
d'oii l'on exportait les graines et les fruits jusqu'au Guatemala. 

Après la conquête espagnole, les religieux dominicains y instal- 
lèrent leur premier couvent. A cette époque, c'était une ville bien 
peuplée, dont la population s'élevait, selon Burgoa, à 12.00U 
familles. Aujourd'hui elle n'est plus représentée que par un simple 
village d'un millier d'habitants. Yanhuitlan, qui se trouve à une 
altitude de 1 .790 mètres, est situé dansle district de Teposcolula, sur 
la ligne de partage des eaux des versants nord et sud du Paci- 
fique. 

Tihintongo (Santiago i était la principale résidence des souve- 
rains du Mixtécapan, ce qui fît donner à la Haute Mixtèque le nom 
de rovaume de Tilantoncro. Cette ville, située à une altitude de 
\ .740 mètres, à peu prèsà égale dislance d'Achiutla et de Yanhuitlan, 
est aujourd'hui complètement déchue de son antique splendeur; 
ce n'est plus qu'un simple village de 900 habitants du district de 
Nochistlan. 

Chalcafongo (Santa Maria) gardait la nécropolo des monarques de 
Tilantongo et des pontifes d'Achiutla. Cette nécropole, oia les corps 
momifiés étaient conservés dans des loges creusées à même le roc, 
consistait une grotte profonde des environs. La grotle renfermait 
encore les archives do la nation et une foule d'objets précieux que 
l'on voulait dérober aux regards du vulgaire. L'entrée était, sous 
peine de mort, interdite au peuple; les prêtres seuls pouvaient y 



30 . SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

pénétrer. Chalcalongo, aujourd'hui, n'est plus qu'un bourg de 
2.500 habitants, appartenant au district de Tlajiaco. 

x\prèscessix principales villes qui représentent les grands centres 
d'évolution et d'activité des habitants de la Haute Mixtèque, on 
en comptait un certain nombre qui ont aussi joué un rôle très 
important jusqu'à l'arrivée des Espagnols, tant au point de vue 
religieux ou commercial qu'au point de vue des guerres et des 
luttes que les Mixlecs eurent à soutenir contre les Zapotecs, ou 
contre les souverains de Mexico. Tels sont : TecomaxthihuacH où, 
du haut d'une montagne, on sacrifiait et précipitait les prisonniers 
de guerre ; Chicahuaxila, situé sur la sierra de ce nom. avec de 
nombreuses grottes, parmi lesquelles une tout spécialement servai 
de temple souterrain; Tlajiaco et Teposcolula, villes ayant 
conservé en partie leur importance et devenues aujourd'hui, au 
même titre que Nochistlan, chefs-lieux des districts auxquels elles 
donnent leur nom. 

Les villes situées sur le sommet des escarpements qui bordent 
la Haute Mixtèque étaient, pour la plupart, des places fortes qui 
défendaient les routes donnant accès au plateau central, telles 
étaient : Sosola ou Tzotzotan, cité bien défendue par la nature. 
Les deux rivières qui l'entourent ont découpé de hautes berges à 
pic, la protégeant et l'isolant de tous côtés, sauf en un étroit pas- 
sage qui servait d'entrée. De cette conformation lui vient très pro- 
bablement sa dénomination nahuatle (^iro/so/ coupure, blessure, ^/a/ï 
localité). Sosola fut en quelque sorte la porte de la Haute Mixtèque. 
La Crï/?âf/aqui, de la vallée du riode las Vueltas, y conduisait, ren- 
dait facile l'accès des hauteurs du plateau central. A l'époque des 
guerres avec les Aztecs, la ville fut le théâtre de sanglantes batailles 
et, à l'arrivée des Espagnols, cefutpar cette route que la première 
expédition de reconnaissance envoyée par Fernand Cortez pénétra 
dans la Haute Mixtèque. Aujourd'hui Sosola n'est plus représenté 
que par les trois villages de San Geromino, San Juan et SanMateo, 
dont le chiffre de la population atteint à peine un millier d'habi- 
tants. 

Almoloyas (S*-' Maria) se trouve placé sur le versant orienta! de 
la crête montagneuse de Jaltepetongo, Apaxco et Apoala. Aux tlancs 
de cette sierra, à partir d'une hauteui' de 2.000 mètres et 
à proximité de la ville, se trouve toute une série de promontoires 



CONTRIBUTION A l'ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 31 

étages les uns au-dessus des autres, dépendant des versants de 
deux montagnes désignées en langue mixtèque sous les noms 
de Cahuaxandu et Cahuanducuayo. Ces promontoires, bordés 
de précipices, donnent à la localité un caractère de pittoresque 
vraiment grandiose. A luie époque ancienne, les habitants 
d'Almoloyas, voyant le peu de ressources que leur territoire 
pouvait leur fournir, résolurent de s'annexer les fertiles terrains 
appartenant à leurs voisins les Guicatecs, ce pourquoi ils s'allièrent 
aux habitants de Yanhuitlan, et moyennant une certaine redevance 
annuelle, ces derniers, très nombreux, les aidèrent à envaliir et à 
soumettre toute une grande étendue de terrain jusqu'à la sierra de 
Teotitlan. Cette conquête assura la splendeur d'Almoloyas et les 
Guicatecs, demeurèrent sous la domination mixtèque jusqu'aux 
guerres avec Ahuitzotl et Mocteuzoma. Almoloyas et Sosola furent 
les deux villes frontières les plus imporlantes de la souveraineté de 
Tilantongo. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un modeste village du dis- 
trict de Nochistlan, de 300 habitants, situé à une altitude de 1.800 
mètres. Sur la frontière occidentale de la Haute Mixtèque, on voyait 
Puila ou Pocflun, ville dont la position géographique joua, dans les 
rapports entre la Haute Mixtèque et la Mixtèque de la côte, un 
rôle d'une certaine importance. Elle avait un marché fameux dont 
les ruines subsistent encore. La présence de ce marché marqua une 
époque dans l'évolution du Mixtécapan. Il donnait lieu annuel- 
lement à une fête de plusieurs jours à laquelle les habitants du 
royaume de Tilantongo et ceux de la principauté de Tututepec 
venaient concourir en apportant les produits de leurs territoires. 
L'institution de cette fête fut le prétexte d'un conflit entre les 
deux principautés. Jusqu alors, elles avaient été unies dans une 
sorte de fédération. De cette fédération, la Haute Mixtèque avait, 
d'abord, eu la direction. Puis, le souverain de Tilantongo en avait 
été frustré au profit du prince de Tututepec. La victoire de ce der- 
nier consacra la vassalité de la Haute Mixtèque dont les habi- 
tants durent apporter leur tribut annuel à la fête dont je viens de 
parler. Le prince suzerain y assistait en personne dans un édifice 
construit pour lui sur la place du marché. 

Cette exigence finit par exaspérer les habitants de la Haut 
Mixtèque. Ils s'entendirent pour secouer un despotisme oppresseur ; 
ils se réfugièrent donc dans les montagnes escarpées des environs 



32 SOCIÉTÉ DES AWÉUICAMSTKS DE PARIS 

et y établirent des fortifications capables de soutenir un long 
siège. Les Mixlecs de la côte tentèrent vainement de les déloger 
de oes positions si bien choisies. Après une lutte acharnée qui, de 
part et d'autre, fît de nombreux morts, les belligérants, pour ne 
pas s'épuiser inutilement, résolurent, tout en conservant leur auto- 
nomie réciproque, de faire la paix et de conclure, sur le pied d'éga- 
lité, une alliance pour leurs entreprises commerciales et politiques 
et la défense du pays. 

Putla est situé à une altitude de 1.280 mètres. Le climat, par 
suite de l'exposition, est chaud et humide. Le nom de Putla 
ou Poctlan signifie, en nahuaLl, terre des brumes ou fumées 
(Poctli, nuage, brume, fumée). Le nom mixlèque signifie terre 
ocreuse [Ccm ocre, tezontle). Ce nom a été substitué à celui de 
Xuùuma (même signification que Poctlan), étendu lui-même à toute 
la sierra des environs, à cause des brumes qui viennent journelle- 
ment s'y fixer et semblent une fumée. 

Putla n'est plus aujourd'hui (ju'un bourg d'un millier d'habi- 
tants, n'ayant guère d'autre intérêt que d'être un endroit central 
par où passent les voies de communication entre les hauteurs et la 
côte. Dans la sierra, oîi ce village subsiste, les indigènes ont con- 
servé presque intacte leur antique manière de vivre. 

Deux autres villes frontières, quoique placées en dehors des 
limites de la Haute Mixtèque et appartenant au territoire zapo- 
tèque, peuvent être considérées suivant la tradition comme d'ori- 
gine mixtèque. Ce soni Huizo et Cuibipn. Huizo (San Pablo) ou 
Guajolotitlan, point stratégique de premier ordre à l'époque des 
guerres que les Mixtecs eurent à soutenir avec les Azlecs et les 
Zapotecs, leurs voisins, s'étend sur la sierra qui porte le même 
nom. De sa position l'on commandait la profonde vallée du rio 
de las Vueltas et la vallée d'Oaxaca, à peu de distance delà Canada 
de Sosola, laquelle accédait à la Haute Mixtèque. 

Les Zapotecs étant paivoius à s'en emparer, y établirent une 
garnison pour contenir ics incursions des Mixtecs sur leurs terres. 
Ultérieurement les Azteos, afin de dominer le pays mixtéco-zapo- 
tèque et de faciliter les lapports avec leurs vastes colonies du 
Sôconusco et du Guatemala, s'en rendirent maîtres. 

On l'a vu d'autre part : de la sierra de Huizo partent les lignes 



CONTRIBUTION A l'ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 33 

de hauteurs qui séparent les trois grands bassins hyTirographiqiies 
du Mixtécapan. 

Huizo, appelé par les Zapotecs Huiizuzoo, c'est-à-dire réunion 
de guerriers (nom qui fut changé en celui de Guajolotitlan après 
la conquête du monarque aztèque Ahuitzotl), est aujourd'hui une 
bourgade de 2.000 habitants à l'altitude de 1.700 mètres, dans le 
district d'Etla. 

Cuilapa, Cuiloapam ou Coyolapam (Santiago), ville forte aujour- 
d'hui de 3.434 habitants, appartient au district central d'Oaxaca 
et se trouve à une altitude de 1.656 mètres. Ce fut, à une certaine 
époque, le point le plusavancédes Mixtecs dans la vallée d'Oaxaca 
et la rivale de Zaachila, capitale zapotèque ^ 

On ne connaît guère l'histoire de Cuilapa. Néanmoins on pense 
que son origine fut mixtèque. A l'arrivée des Espagnols et an 
moment de l'alliance des Zapotecs et des Mixtecs contre l'invasion 
aztèque, Cuilapa paraît avoir appartenu complètement aux 
domaines du souverain zapotèque de Zaachila, quoique sa popula- 
tion fût restée en grande partie mixtèque. Il y existait, selon la tra- 
dition, une grotte servant d'entrée à un souterrain qui conduisait à 
Monte Alban. Il servait au gouverneur de la ville à se rendre à la 
célèbre forteresse, lorsqu'il ne voulait pas être vu de ses sujets. 

En résumé, la Haute Mixtèque fut le lieu d'origine et le centre 
de l'expansion mixtèque ; ce fut toujours la partie la plus peuplée 
du Mixtécapan. 

Aujourd'hui encore, le type, considéré comme celui de l'ancienne 
population, type d'ailleurs assez métissé, est encore bien repré- 
senté. Si la population autochtone est moins agglomérée dans les 
grands centres, elle se trouve, par contre, disséminée dans un grand 
nombre de petits villages, dont la majeure partie conserve encore 
sa dénomination mixtèque. 

Moins riche en métaux précieux que la Mixtèque de la côte, la 
Haute Mixtèque, pays en général froid, se rattrapait par son acti- 

1. Dans un manuscrit d'Augustin Sa!a/,ar daté de 1580, cité par Orozco y 
Berra [Gengrafia de las lenguas de Mexico), il est dit que les habitants de Cui- 
lapa furent en guerre avec ceux de Teozapotlan ou Zaachila et que, vainqueurs 
et maîtres de la vallée de Oaxaca, ils obligèrent les villes de iMitla et Tetipac à 
leur payer tribut. 

Société des Américanistes de Paris. 3 



;H société des américamstes de paris 

vite dans FiiidiisLine, les arts et le commerce. Elle possédait, 
cependant, certains centres aurifères. 

Ainsi Alocteznma ayant dit à Cortés qu'une partie de l'or qui 
lui était payé comme tribut par les Mixiecs venait de Sosola, le 
Conquistador envoya une expédition pour juger de la richesse dont 
le puissant monarque de Tenochlitlan lui avait parlé. 

Gomme la route, depuis la dernière guerre aztéco-mixtèque, était 
ouverte jusqu'à la vallée de Oaxaca et garnie de troupes envoyées 
de Mexico, les Espagnols purent parvenir facilement jusqu'à la 
sierra de Huizo et voir les mines de Sosola, Ils revinrent à 
Mexico, non seulement avec l'or recueilli, mais aussi avec l'impor- 
tante notion que ces endroits étaient très peuplés, que les habitants, 
en général, étaient mieux vêtus que les Mexicains, qu'ils possé- 
daient des maisons bien faites et en meilleure pierre qu'en aucun 
endroit jusqu'alors connu des Européens. L'expédition espagnole 
fut entièrement émerveillée des grandes villes de Sosola, Taniasu- 
lapa, Yanhuitlan, Acliiulla, etc. 



IV 
BASSE MIXTÈQUE OU NUNINE 

La Basse Mixtèque est beaucoup moins accidentée et moins éle- 
vée que la Haute Mixtèque ; le climat, par suite, se montre plus 
chaud et plus sec, et le sol plus aride. Dans la division politique 
actuelle la Basse Mixtèque est partagée entre les trois états de 
Puebla, Oaxaca, Guerrero. 

De l'état de Puebla, elle ne comprend que le sud des districts de 
Tehuacan et d'Acatlan. C'est la partie la moins favorisée de la 
région, quant à la végétation, franchement désertique en certains 
endroits. Les cours d'eau qui irriguent la contrée sont, à l'ouest, les 
tributaires du rio de Acatlan et, à l'est, ceux du rio de Tehuacan, 
rivières souvent à sec une partie de l'année et, à cause de la nature 
calcaire de la région, circulant parfois en cours souterrain K 

1. t)aiis les régions à cours d'eau souterrains, les indigènes, pour se procu- 
rer l'eau nécessaire à l'agriculture, pratiquent encore aujourd'hui un système 



CONTRIBUTION A l'ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMIUEN 35 

De l'état de Oaxaca, la Basse Mixtèqiie occupe les districts de 
Hiiajuapan, Sylacajoopam, Coixtlahuacan, plus une traction à 
l'ouest de celui de luxtlahuaca et à l'est de celui de Teotitlan. 

F^nfîn, dans l'état de Guerrero, les districts de Morelos et d'Aba- 
solo, extrémité occidentale de la contrée. 

Dans les états actuels de Puebla et Oaxaca, la population de la 
Basse Mixtèque était en partie composée de Popolocos et de Mix- 
tecs. Ces deux tribus indiennes, assez différentes, pourtant, dans 
leurs mœurs et surtout par leur langue, vivaient en harmonie sous 
un même régime gouvernemental. Coi.rflahuaca^ la capitale, 
comptait une population mélangée et Noclon, ville située à peu 
de distance de cette dernière, était habitée exclusivement par des 
Popolocos. 

Après les guerres avec les Aztecs, la Basse Mixtèque, à peu près 
complètement soumise à la domination du puissant empire de 
Mexico, fut divisée en deux provinces par les conquérants : la par- 
tie nord de la population mixte, qui correspondait à la division 
politique actuelle Oaxaca-Puebla, constitua le Coixtlahuacan, et la 
partie occidentale, appartenant à Oaxaca-Guerrero, devint la pro- 
vince de Xicayan. 

Antérieurement, à l'époque de la complète indépendance du 
Mixtécapan, la Basse Mixtèque avait toujours dépendu du royaume 
de Tilantongo qui nommait le gouverneur de cette province. Le 
dernier gouverneur mixtèque fut AioniUzin, sous le règne duquel 
éclata, à propos de difficultés entre commerçants, la guerre avec les 
monarques de Mexico et de Texcoco. Les Mixtecs, vainqueurs au 
début, ne tardèrent pas à éprouver de cruels revers. Atoniltzin fut 
tué. C'est alors que le pays tomba au pouvoir des xVztecs. Ces der- 
niers donnèrent le gouvernement à un des leurs, nommé Cuau- 
xochitl. 

de drainage qui rappelle les Cenotes du Yucatan. Acel effet, ils pratiquent jas- 
qu'à la couche aquifère des puits généralement peu profonds, distants les uns 
des autres d'une vingtaine de mètres. Lorsque ces puits sont établis sur une cer- 
taine longueur, on les réunit par une galerie souterraine qui collecte les eaux 
d'infiltration et constitue un réservoir ou une conduite d'eau capable d'alimen- 
ter des canaux d'irrigation. L'entretien du système est des plus simples: il 
suffit de descendre par les puits et de débarrasser les surfaces filtrantes des 
concrétions calcaires qui les obstruent. 



36 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Moins bien peuplée et moins avancée en civilisation que la Haute 
Mixtèque, la Basse Mixtèque avait néanmoins un certain nombre 
de villes importantes, mais dont Thistoire est aujourd'hui complè- 
tement perdue. 

Coixtlahuaca. la capitale et le sieste du gouverneur nommé 
par le souverain de Tilanlongo, à une altitude de 2.000 mètres, sur 
les contreforts de la Haute Mixtèque, peut être considérée comme 
appartenant géographiquement à cette dernière. A l'époque de sa 
splendeur, Coixtlahuaca était une ville très commerçante où se 
concentraient tous les produits de îa Basse Mixtèque. Elle occupait 
donc par ce fait un rang égal à celui de Nochistlan. 

Gomme nous Tapprend le Père Duran ', son marché était très 
fréquenté par les trafiquants de tous pays, surtout ceux de la par- 
tie centrale du Mexique, Mexico, Tezcoco, Chaico, Xochimilco, 
Goyoacan, Tacuba, Azapotzalco. On y vendait des objets d'or et 
de pierres fines, des plumes précieuses, de la cochenille, du cacao, 
des tissus de toutes couleurs, fabriqués avec du coton ou du poil de 
lapin, de la poudre d'or pour les échanges, etc. 

Ce marché fut le théâtre de l'agression des Mixtecs contre les 
marchands de Mexico qui déchaîna la terrible guerre, plus haut 
mentionnée, avec les Aztecs. 

Déchue de sa splendeur à l'issue de cette guerre, Coixtlahuaca 
ne recouvra jamais qu'en partie son importance première. La domi- 
nation européenne, tout en lui conservant son rang de capitale de 
province, la fit sujette de Teposcolula. C'est, maintenant, une petite 
ville de 2.300 habitants, chef-lieu du district qui porte son nom. 
Les autres villes ou villages ayant eu une importance au point de 
vue historique sont : 

1^ Dans le Coixtlalhuacan, province qui s'étendait depuis la vallée 
du rioTehuacan jusqu'aux environs de celle du rio Tlapaneco, Calte- 
pec, Chazumba, Acatlan, Piaxtla etTlalpa, villes frontières; Petla- 
cingo, Tequistepec, Chila, Miltepec, Tlamacingo, Chilislahuaca, 
Cuyotepery, Atoyac, Huajolotitlan, Jolotepec, Sahuatlan, Huajua- 
pan de Léon, Tulancingo, Silacayoapan, Tlapanecinco, Tecomaxtla- 
huaca, Ygualtepec, Tamazola, Ahuehuetlan, Juxtlahuaca, etc. 

2° Dans la province de Xicayan, à laquelle fut ajoutée, à l'époque 

1 • Historia. de las Iiidias de Nueva. Espana, 1. 1, ch. xxii,- p. 188. 



CONTRIBUTION A LÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 37 

espagnole, une grande partie de la Mixtèqvie de la côte et qui 
semble avoir eu comme limite méridionale le rio Ometepec, Oli- 
nalan, Jitlutepec, Jicayan ', Huehuetono, Tlacochistlahuaca, Xochis- 
tlahuaca, Azoyu, Zacoalpa, etc. 

Cette dernière zone de la Basse Mixtèque avait, en grande partie, 
un sol moins accidenté et jouissait à peu près du même climat 
que la Mixtèque de la côte. C'était la partie la plus chaude de la 
province. 

Elle est restée célèbre par son industrie, ({ui fournit encore 
aujourd'hui aux indigènes des articles d'exporl<ilion et une source 
importante de revenus. Les principaux objets fabriqués et exportés 
du pays sont en première ligne ces sortes d'écuelles ou de récipients 
connus sous le nom de « jicara » [Xicalli] ou de « jicapaxtle -^ », 
suivant leur grandeur. Ils sont fabriqués, soit avec le fruit du 
calebassier [Crecentîa cujete), soit avec celui des nombreuses 
variétés de cucurbitacées cultivées. Ces jicaras, dont la fabrication a 
donné leur nom à la ville et à la province (Xicalli, jicara, Yan, endroit), 
sont en général revêtues à leur intérieur, pour les rendre imper- 
méables aux liquides, d'un enduit rouge ocreux, et peintes extérieu- 
rement d'ornements de couleurs assez vives. L'intérieur et l'exté- 
rieur sont vernis avec l'huile de la cochenille à graisse du Spondius 
[Coccus axin), vernis très brillant qui peut supporter un certain 
temps l'action de Teau chaude sans se détériorer. Le bois de « linaloe » 
[Bursera delpechiana Poisson), qui est très abondant dans cer- 
tains endroits et quia donné son nom au village d'Olinalan, est très 
employé dans une industrie spéciale à la région, celle des coffrets 
de différentes formes et de différentes grandeurs qui servent à par- 
fumer les objets que l'on y renferme. Ces coffrets, afin que l'essence 
dont le bois est imprégné ne s'évapore pas trop rapidement, sont 

1. Quatre villages portent le nom de .licayan. Ce sont: Jicayan de la nuinici- 
palité de Tlacochistlahuaca dans le district d'Ometepec, Sai> Juan, San Pedro 
et Santiag^o dans le district de Jamiltepec (Mixtèque de la côte). 

2. Les jicapaxties, encore plus ornés que les jicaras, sont fabriqués avec les 
fruits de ces grandes cucurbitacées, dont le diamètre peut atteindre 50 centi- 
mètres. Ils sont tout spécialement expédiés à Tehuantepec, où les jeunes 
Indiennes les emploient comme corbeilles pour contenir les fardeaux qu'elles 
portent sur leur tète (jicaras et jicapaxties sont tout simplement les fruits 
coupés par le milieu, de façon à fournir deux écuelles). 



38 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

protégés extérieurement par le même revêtement de peinture et de 
vernis que les jicaras. La région fournit encore à l'exportateur 
indigène divers autres produits, tels que le caoutchouc, la vanille, 
la salsepareille, l'indigo, etc. 



V 

MIXTÈQUE DE LA COTE NUNDAA OU NUNAMA 

La Mixtèque de la côte était la partie la plus riche de tout le 
Mixtécapan. Les mines produisaient les métaux précieux en notable 
quantité et le sol, situé sous un climat chaud, bien irrigué par ses 
cours d'eau, était d'une extrême fertilité. Cette province s'étant 
rendue indépendante du reste du pays, à la suite des circonstances 
mentionnées plus haut, n'avait pas été touchée par la conquête des 
Aztecs. Elle constituait donc à l'arrivée des Espagnols une princi- 
pauté riche et prospère. Un souverain héréditaire résidait à ïutu- 
tepec. Il laissait le commandement du fief de Jamiltepec à un de ses 
parents et l'investiture aux chefs qui administraient Pinotepa. D'après 
Burgoa, son influence s'étendait jusqu'à Putla et la longueur de ses 
domaines sur la côte atteignait soixante-dix lieues. 

Au lendemain de la destruction de Mexico en 1521, Fernand 
Cortez, qui connaissait la réputation de richesse du pays, envoya 
une expédition sous les ordres d'Alvarado. Alvarado gagna la 
Mixtèque de la côte par le sud, en suivant la vallée d'Oaxaca, 
rencontrant partout des villages très peuplés et des terres bien 
cultivées. Sur son parcours il n'éprouva aucune hostilité, car les 
indigènes, terrorisés par la valeur des vainqueurs de Mexico, ne 
tentèrent même pas de s'opposer à son passage, il revint à Mexico 
chargé de butin et rapporta en or unevaleurde vingt mille « castel- 
lanos de oro >> qui lui fut payée à titre de tribut par le souverain 
de Tututepec. 

Si on ne connaît que fort peu de chose, au point de vue de l'his- 
toire, sur la Basse Mixtèque, on en connaît encore moins sur la 
Mixtèque de la côte. Ce pays, après laconquête, fut colonisé par les 
' soldats espagnols, mais comme la région était assez malsaine, les 



CONTRIBUTION A LÉTUDK GÉOGRAPHIQUE DU MEX.IOLK PRÉCOLOMBIEN '.\'i) 

colonies ne devinrent guère prospères. Ne pouvant contraindre les 
indiî^ènes aux travaux des mines ou des champs, les colons furenl 
réduits à importer des nègres dont les métis, connus sous le nom 
de Zamhos, constituent aujourd'hui une grande partie de la popula- 
tion rurale. La Mixtèque de la côte fui étudiée vers 1883 par Maler 
qui, parcourant le pays, rencontra un certain nombre de vestiges 
des anciens monuments '. 

La Mixtèque de la côte se trouve en partie sur les districts 
dWbasolo (Guerrero), Jamiltepec et Ju(juila, cesdeux derniers appar- 
tenant à l'état de Oaxaca. A part quelques chaînes de monlagnes 
ou de collines, de place en place, le sol, en général, est peu élevé ! 
Ce sont surtout de vastes plaines qui s'abaissent progressivement 
vers les rivages du Pacifique. De là vient le nom mixtec de 
Nufidaa (terre plane) ou Xufiaina (terre des maïs). En dehors du 
rio Ometepec el du cours inférieur du rio Verde, la Mixtèque de 
la côte, quoique assez bien irriguée, ne comprend guère de flenves 
un peu importants. La majeure partie du réseau hydrographique esl 
représentée par de petites rivières qui proviennentdes régions avoi- 
sinant les contreforts de la sierra de Putla. 

Les limitas de la Mixtèque de la côte étaient : au nord et à Touest, 
la Basse Mixtèque ; à Test, les contreforts occidentaux de la Haute 
Mixtèque appelés S uniima, ou sierra de Putia, et la partie sud- 
ouest du Zapotécapan ; au sud, les rivages du Pacifique. 

Tututepec ou Yucudzaa était la capitale et la résidence du 
monarque de la Mixtèque de la côte. C'était une ville très peuplée, 
aux habitations pressées, à l'époque de l'arrivée des Espagnols. Au 
centre de la ville s'élevaient le palais du souverain et un teocalli. 

Les villes principales de la Mixtèque de la côte étaient : Pino- 
tepa, Igualtepec, Zacatepec, Tulislahuaca, Amusgos primeros et 
segundos, Huastepec, Jicaltepec, Huijolotitlan, Jamiltepec, Juquila 
Panislahuaca. Toutes ces villes ne sont plus aujourd hui que de 
petites bourgades, peuplées en grande partie, comme le sud de la 
Basse Mixtèque, par des Zambos. 

J. Maler, « Basse Mixtèque » ; Revue d'Ethnographie, n° 2, 1883. 



40 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 



Vî 

DIVISION LINGUISTIQUE, CIVILISATION, AFlGHÉOLOGIE 

DU MIXTÉCAPAN 



La langue mixtèqiie, abstraction faite du popoloco, parlé dans 
une grande partie de la Basse Mixtèque, comprend, d'après le Père 
Antonio de los Reyes, onze dialectes qui sont ceux de : Teposco- 
lula, Yauhuillan, Basse Mixtèque occidentale, Coixtlahuaca, Tla- 
jiaco, Cuilapa, Mitlantongo, Tamarulapa, Xaltepec, Nochisilan et le 
dialecte des montagnes. Ces dialectes, dont il est impossible d'éta- 
blir au juste le domaine géographique, sont désignés, on le voit, 
d'après les localités ou villes où ils étaient en usage. La langue 
qui passait pour la plus claire, la plus universellement parlée et la 
mieux comprise dans toute l'étendue du Mixtécapan était celle de 
Teposcolula. C'était, avec celle de Yauhuitlan, la plus courante dans 
toute la partie centrale de la Haute Mixtèque, c'est-à-dire dans la 
région où se trouvait le gouvernement suprême et où l'on place 
l'origine et le berceau de la population qui étendit sa civilisation 
et son influence morale sur tout le pays. Les autres dialectes 
reçurent probablement des modifications par le contact et les rela- 
tions avec les pays avoisinants. Ainsi Nochistlan confinait avec les 
Zapotecs et les Cuicatecs ; Coixtlahuaca, avec les Popolocos; la 
Basse Mixtèque occidentale, avec les Amusgos que l'on pense 
avoir été une tribu de Mixtecs. La Mixtèque de la côte, dans son 
dialecte, se rapprochait beaucoup de celui de Teposcolula, mais 
avait beaucoup de sons chuintants ; enfin Cuilapa, qui était en 
plein territoire zapotèque, avait un dialecte qui se rapprochait de 
celui de Yauhuitlan, fait dû probablement h l'origine de la colo- 
nisation. 

Nos connaissances sur l'origine des Mixtecs sont très vagues. 
Les missionnaires qui eurent en main, peu après la conquête, les 
peintures conservées dans la grotte de Chalcatongo, comme archwo 
de la nation, n'obtinrent à ce sujet que des interprétations con- 
fuses de la part des indigènes D'après l'opinion généralement 



CONTRIBUTION A l'ÉTL'DE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 41 

admise, les autochtones du Mixtécapan étaient de même race que 
les Popolocos habitant le nord du pays K Parmi eux vint s'établir 
une colonie toltèque qui sans apporter de grands changements aux 
coutumes et à la langue finit par améliorer le pays et le mettre sur 
la voie du progrès, en introduisant les arts, l'induslrie et en déve- 
loppant l'instinct commercial. 

Comme on Ta vu, les Mixtecs étaient d'habiles artistes, excellant 
dans l'art de travailler les métaux précieux et les pierres dures, 
dans la conception de l'art décoratif. On retrouve encore parfois, 
en fouillant les anciennes sépultures, des joyaux en or délicats, des 
pierres précieuses finement gravées et une céramique remarquable. 

Dans l'industrie et l'agriculture, les Mixtecs n'étaient pas moins 
avancés ; les fabrications étaient nombreuses et certaines sont 
restées aujourd'hui une ressource pour le pays, en donnant lieu à 
un important trafic. Ce qui a rendu à jamais célèbres les Mixtecs 
et leurs voisins les Zapotecs, c'est la production de la cochenille. 
Cette exploitation dénote de la part des indigènes un réel savoir et 
une connaissance approfondie des choses de la nature, car non seu- 
lement l'insecte qui fournit la matière colorante si recherchée, 
mais aussi la plante qui sert à son développement sont inconnus à 
l'état sauvage. L'origine de cette industrie n'a donc pu être que le 
résultat d'observations suivies et d'une sélection habilement prati- 
quée ^. 

1 Les Popocolos ou Chuchones, comme on les appelle dans les étals de 
Oaxaca el Puebla, étaient, d'après Orozco y Berra, une nation disséminée sur 
divers points du Mexique où elle formait des agglomérations ou des villages dans 
lesquels la façon de vivre était des plus primitives. Ces Popocolos offrent de 
nombreux traits de ressemblance avec les Otomis dont ils ne sont peut-être 
qu'une fraction. Le principal centre de ces Indiens était Tecamalchalco, mais 
ceux qui vivaient au nord du Mixlecapan s'étaient rendus indépendants de ce 
dernier ; ils vivaient soit dans une sorte de commensalisme ethnique avec les 
peuples sur le territoire desquels ils se trouvaient, soit plus indépendants, en 
formant des lacliianazgos, ou fiefs plus ou moins tributaires les uns des 
autres. 

2. La cochenille qui est encore cultivée par les indigènes est le Dacfylopius 
coccus (Costa) ; elle est désignée sous le nom de cochenille fine, farineuse, domes- 
tique, grana fina. On ignore si elle provient de la cochenille sauvage, Daclylo- 
pius tomenlosus (Lamarck), cochenille cotonneuse, c/ranasilvestris, qui se ren- 
contre sur la plupart des opuntias et que les producteurs ont grand soin de 



42 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

Le commerce était très en faveur jDarmi les Mixtecs. On a vu que 
trois villes avaient des marchés très fréquentés. Les marchands 
allaient porter leurs produits dans des régions aussi reculées que 
celles du Guatemala. Ce commerce fut donc une grande source de 
prospérité pour le pays dont le sol se montrait en certains endroits 
peu productif. C'est surtout aux échanges commerciaux que l'on 
attribue la grande quantité d'or que les Espagnols trouvèrent à leur 
arrivée en Mixtèque. Car le métal précieux ne servait pas seule- 
ment à la fabrication des joyaux ou des objets d'art; il était très 
employé pour les transactions commerciales. Il circulait alors ren- 
fermé dans des tuyaux de plumes et servait de monnaie. Les mines 
exploitées dans la région n'assuraient pas une production suffi- 
sante pour la consommation. 

Comme archéologie, le pays mixtèque n'offre pas de monuments 
ou de constructions aux vastes proportions comme ceux qui se 
rencontrent sur le territoire limitrophe du Zapotécapan (Mitla, 
Monte Alban, Guiengola) . 

Les vestiges anciens que l'on rencontre sur toute l'étendue du 
pays appartiennent à trois catégories : 1" les ruines des anciennes 
villes telles que Nochistlan, Putla, Yuxtlahuaca, Ghila ; 2" les 
Mogbtes ', sorte de tumulus, représentant les restes d'un monu- 
ment religieux ayant eu, dans la plupart des cas, une destination 
funéraire, mais que le temps, les intempéries et la végétation ont 
dégradés au point de leur donner une forme, toujours pareille, de 
collines ou de monticules naturels; 3° les camps fortifiés, placés 

détruire, lorsqu'elle s'introduit dans les nopaleries. Cette coctieniile sauvage 
dont la femelle est moitié moins grosse que celle de la c/rana fina, envahit tel- 
lement les articles des nopals qu'elle finit par étouirer la cochenille fine. I^es 
nopals usités pour la culture de la cochenille sont : l'Opuntia splendida (Web) 
ou « nopal de castilla » elïOpuntia Hernandezi (D. C.) ou « nopal de San 
Gabriel ; le premier est inerme et sert à l'élevage de la cochenille pondeuse ; 
le second, fortement épineux et par conséquent mieux protégé contre les des- 
tructeurs, sert pour la cochenille tinctoriale qui se récolte en grande quantité 
pour l'usage local et l'exportation. 

1. Cf. Lejeal. « Campagnes archéologiques récentes dans TOàxaca », ./oHrna/ 
de la. Société des Américanistes, t. IV', f** série, r\° 2, p. 174, et, dans la même 
publication, mes « Notes d'archéologie mixtéco-zapotèque (Tumulus et camps 
retranchés), nouvelle série, t. II, n" 1, p. 109. 



CONTRIBUTIO^ A l'ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE DU MEXIQUE PRÉCOLOMBIEN 43 

toujours sur les crêtes des montagnes ou au bord des hauteurs peu 
accessibles. 

La forme extérieure et la constitution ultérieure des mogote.s, 
ainsi que celles des édifices des camps retranchés, sont à peu de 
chose près partout les mêmes. Dans les mogotes, les matériaux de 
construction sont généralement de briques crues ; dans les camps 
retranchés, de pierres et de mortier. Tous offrent dans leur aspect 
le caractère bien tranché d'une architecture spéciale qui paraît 
être propre à la région mixtéco-zapotèque, région qui représente 
en grande partie ce qui, avant la conquête espagnole, était nommé 
VAnahuac ayotla. 



BIBLIOGRAPHIE 

Bi'RGOA. Paleslm historial o historia de la provincia, de San Hyprdito de 
Oaxaca del orden de predicadores (Mexico, 1670). — Description geografica 
de la America septentrional y de la nueva iglesia del Occidenie (Mexico, 
1674). 

Carriedo. Estudios historicos y estadisticos del eslado oayaqueno (Mexico, 
1849). 

Garcia y Cubas. Diccionario geografica, historico y hiografico de los Estados 
Unidos Mexicanos (Mexico, 1888). 

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Jose-Maria Murguia y Galardi. Estadistica antigiia y moderna de la provin- 
cia de Oaxaca, 18"26-27 (reproduit en partie dans le Boletin de la Sociedad 
niexicana de Geografia y estadistica, l*""* epoca, p. 159, t. 7). 

Orozco y Berra. Geografia de las lenguas de Mexico (Mexico, 1864). Apen- 
dice al diccionario universal de Historia y de Geografia, 1855. 

Penaftel (D"" Ant.). Nomenclalura geografica de Mexico. Etimologias de 
los nombres de lugar correspondienfes A los principales idiomas que se hahlan 
en la Bepùblica (Mexico, 1897). 

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Balli (Mexico, 1593), réédité par le comte H. de Charencey (Alençon, 1889). 

Vazquez. Apunles fopograficos del distrilo de Tlajiacodel estado de Oaxaca, 
Mixteca alla {Boletin de la Sociedad de geografia mexicana, 2» epoca, t. 3, 
p. 238, 187L). 



LA 

PLUS ANCIENNE VILLE DU CONTINENT AMÉRICAIN 
CUMANA DE VENEZUELA 

SES ORIGINES — SON HISTOIRE— SON ÉTAT ACTUEL » 

Par m. Jules HUMBEKT 

Docteur es lettres, 

Professeur agrégé au Lycée de Bordeaux, 

Membre de la Société des Américanistes. 



Parmi les éléments qui exercèrent le plus d'influence sur la fon- 
dation et l'administration des colonies espagnoles en Amérique, il 
faut placer, en première ligne, le sentiment religieux. Aussitôt que 
les conquistadores eurent foulé le sol du nouveau monde, l'ambition 
et la cupidité ne tardèrent pas, il est vrai, à germer dans leur 
cœur; mais l'idée première qui présida à la conquéle, le désir 
d'Isabelle la Catholique, celui de Colomb lui-même, c'était avant 
tout de gagner des âmes pour le ciel, de répandre la foi chrétienne 
parmi des nations inconnues et sauvages. C'est ce qui explique le 
rôle important que ne tarda pas à jouer le clergé dans l'Amérique 
à peine découverte. Son action fut à l'origine éminemment bienfai- 
sante et civilisatrice. Malheureusement l'œuvre des religieux fut 
entravée, dès le début, par celle des conquistadores, et la cruauté de 
ces derniers rendit trop souvent stérile le zèle apostolique des 
missionnaires. De là des conflits qui retardèrent pendant longtemps 
les progrès de la colonisation. 

En Tannée 1513, des dominicains conduits parles Pères Francisco 
de Cordoba et Juan Garces abordèrent à l'ouest de la côte de 
Cumand, en un lieu appelé Manjar, voisin de Piritù. »< Les Indiens, 

1. Source principale : Archiva gênerai de Indias, Séville. 



46 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

dit Herrera^ les reçurent avec de grandes démonstrations d'amitié, 
et grâce à la mansuétude des religieux, des relations cordiales 
s'établirent entre eux et les indigènes. » Les naturels consentirent 
à recevoir des moines les premières leçons de l'alphabet, et tout 
faisait augurer pour l'avenir une paix durable, lorsqu'un incident 
malheureux vint tout bouleverser. 

Quelques mois s'étaient à peine écoulés que l'on vit arriver sur 
la côte une embarcation chargée d'Espagnols qui venaient à la 
pèche des perles. Les Indiens, qui, dans ces circonstances, prenaient 
toujours la fuite, restèrent dans leurs habitations, comptant sur la 
protection des religieux. Le capitaine du navire invita à dîner à 
son bord le cacique du pays, et, quand celui-ci avec sa femme et 
dix-sept autres membres de sa famille eurent mis le pied sur le 
vaisseau, le capitaine prit le large et gagna l'île Saint-Domingue, 
emmenant les Indiens comme esclaves. Alors les indigènes, ne 
doutant pas que les dominicains n'eussent été les complices des 
pirates, assaillirent le couvent et mirent à mort tous les religieux, 
martyrisant plus particulièrement Juan Garces. Ils l'attachèrent à 
un arbre, lui portèrent toutes sortes d'outrages et prolongèrent 
longtemps son martyre avant de lui ôter complètement la vie. 

Malgré le peu de succès de cette première tentative, de nouveaux 
religieux, franciscains et dominicains, vinrent à la terre- ferme en 
loi 8. Les franciscains s'établirent dans le bâtiment même 
qu'avaient élevé les Pères Garces et Cordoba et que n'avaient pas 
détruit les Indiens ; les dominicains fondèrent leur couvent à cinq 
lieues plus à l'ouest, dans le pays de Chichiribichi, et l'appelèrent 
Santa Fe, parce qu'il se trouvait bâti au bord du golfe du même 
nom 2. 

Dès leur arrivée aux côtes orientales du Venezuela, nous disent 
les chroniqueurs, « les nouveaux missioimaires eurent la preuve de 
la bonté naturelle des indigènes qui, oubliant leur rancune passée, 
reçurent avec la plus franche hospitalité ces apôtres de l'évangile ^ o. 
De véritables petites colonies agricoles s'étaient fondées autour des 

1. Antonio de Ilerrera : Historia gênerai de las Indias, Décades II, lib. II. 

2. Rapport olTiciel des auditeurs de Saint-Dominf,aie ;iu roi d'Espagne, cité 
plus bas. 

3. Herrera, Dec. II, IX, 8 et 9 — Oviedo : Historia de las Indias, lib. XIX. 
— A. Rojas: Estudios hisloricos (Caracas, 1891), p. 54, 55. 



CU.MANA DE VENEZUELA 47 

monastères; \e^ Indiens avaient appris à défricher le sol, à faire 
croître les légumes et les plantes d'Europe, el cette vie patriarcale 
durait depuis deux ans, quand, un beau jour de 1520, un aventurier 
espagnol, Hojeda ^ vint demander l'hospitalité aux dominicains. 
Ceux-ci payèrent cher leur générosité. Le lendemain. Hojeda s'en- 
fonce dans le pays des Tageres, sous prétexte de se procurer du 
maïs; il loue trente Indiens pour apporter à sa caravelle des charges 
de cette denrée ; les indigènes montent sur le navire, et Hojeda 
lève l'ancre à l'instant. 

Comme en 1513, de terribles représailles furent exercées contre 
les religieux. « Le dimanche 3 septembre, comme les dominicains 
célébraient la messe, les Indiens Tageres, conduits par leur cacique, 
entrèrent dans le monastère, sous prétexte qu'ils allaient à l'office, 
et tuèrent deux religieux qui se trouvaient là, ainsi que neuf 
personnes qui étaient dans le monastère... Ils saccagèrent et 
brûlèrent le couvent, tuèrent jusqu'à un cheval, un chien et un 
mouton qui s'y trouvaient. Il ne s'échappa qu'un Indien de Cubagua, 
employé au service des Pères, qui se hâta de porter la nouvelle à 
Antonio Flores, alcalde major de cette île '. » Et les auditeurs de 
Saint-Domingue, en rapportant ces faits au roi, le 14 décembre 
suivant, demandaient le châtiment des Indiens. 

C'est alors que fut décidée la première expédition armée contre 
les côtes de Cumanâ (1521]. Le commandement en fut confié à 
(ronzalo (le Ocatnpo. On lui recommandait ^ de n'agir qu'avec pru- 
dence, ne punissant que les Indiens qui avaient réellement pris part 
au meurtre des dominicains. Mais Ocampo, tenant peu de compte 
de ces instructions, se livra sur les indigènes aux plus horribles 
cruautés, passant les uns au fil de l'épée, pendant ou empalant les 
autres, et expédiantà la Espafiola ses caravelles remplies d'esclaves^. 

1. On ne sait s'il était fils ou neveu du célèbre Alonzo de Hojeda qui, le 
premier, débarqua sur le territoire du Venezuela en 1-499. V. notre livre sur 
Les Oriffines vénézuéliennes (Paris, Fontemoing, 1905), pp. 29 sqq. 

2. A sus Majestades los oidores é oficiales reaies de Santo Domingo, à 14 de 
noviembre de ]^r2(). Arch. gen. de Ind., Séville, Est. 154, Gaj. 4, leg. 15. 

li. Provision real émanada del Almirante, de la Audiencia é oficiales de 
Santo Domingo de la Isla l'ispanola, ;i 20 de énero de 1521, dando inslrucciones 
al capitan Gonzalo de Ocampo parti laguerra de los Indios. Arch. gen. de Ind., 
Séville, Est. 2, caj. 2, leg. 1/14. 

4. Herrera, Dec. II, lib. IX, 9 et 10. 



48 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

En même temp?, pour réparer les ruines qu'il avait causées, il jetait 
les fondements de la ville deNueva Tolecio, à une demi-lieue du rio 
de Cumand. Mais cet établissement ne devait pas durer, car à peine 
Ocampo était-il parti que les Indiens détruisirent les fondements 
de la nouvelle ville. Les fransciscains de Pirilù, qui jusque-là 
avaient été épargnés, payèrent à leur tour pour les abus commis 
par Ocampo. Les indigènes fondirent sur leur maison qu'ils incen- 
dièrent ; le Père Denis fut blessé mortellement ; les autres par- 
vinrent à gagner la côte et purent s'enfuir dans une embarcation 
qu'heureusement ils trouvèrent ancrée dans la baie de Santa Fé. 

Une seconde expédition armée fut décidée, et le commandement 
en fut donné à Jacomé Castellon qui partit de la Espaùola à la fin 
de 1321, avec cinq caravelles et trois cents hommes bien armés. 
Castellon était habile capitaine, et en même temps homme de pru- 
dence et de conseil. Après avoir pacifié le pays, il éleva sur le bord 
de la mer une forteresse destinée bien moins à menacer les Indiens 
qu'à les protéger contre les incursions des aventuriers européens 
et des marchands d'esclaves de Cubagua^ et dans le voisinage de la 
Nue va Toledo, à l'ouest du Cerro Colorado, il éleva la Nueva Cor- 
doha qui fut le fondement de la ville actuelle de Cumanà. 

Cette expédition de Castellon ne fut donc pas aussi infructueuse 
que l'avait été celle d'Ocampo. Elle fut au contraire féconde en 
résultats durables ; elle ramena d'une façon définitive la paix dans 
cette partie de la terre-ferme et laissa debout une ville où bientôt 
« les indigènes rassurés vinrent se joindre aux Espagnols et, par la 
culture de la terre, contribuer à la prospérité de la première cité 
fondée sur le continent américain ^. » 

Peu de temps après, la Nueva Cordoba échangeait son nom contre 
celui de Santa Inez de Cumanà, et cette ville devenait la résidence 
d'un gouverneur dont la juridiction s'étendit bientôt de la province 
de Cumanà, à celles de Guyane et de Barcelona, après la fonda- 
lion de Sanlo Tome en 1592 et de Nueva Barcelona en 1637. 

1. Cette forteresse fut détruite par le tremblement déterre de 1530 qui 
anéantit la ville de Nueva Cadiz, capitale de lîle de Cubaj^-ua (V. Juan de 
Castellanos : Jileijias, K" parte. XIII i. 

2. A Rojas : Estud. hisl., p. 86-87. Il s'agit iridu confinent proprement dit; 
on sait en effet que la première ville espagnole de l'Amérique insulaire, Santo 
Domingo, avait été fondée par Bartolomé Colon, en 1495. 



CLMANÀ DE VENEZUELA 49 

Cependant, malgré Tinitiative des premiers gouverneurs, les 
progrès de ces trois provinces furent extrêmement lents durant tout 
le xvii^ siècle et pendant les premières années du xviii''. Les 
Espagnols se trouvèrent alors en contact dans la Guyane avec les 
Hollandais auxquels ils cédèrent le pas presque partout, et en Amé- 
rique, comme ailleurs, « la puissance hollandaise a été faite pour 
beaucoup de la décadence espagnole sous les derniers Habsbourg' ». 

Si la domination de l'Espagne fut maintenue dans ces contrées, 
c'est à l'activité des missionnaires qu'elle le dut. Les capucins 
aragonais avaient établi leur centre principal d'action à Gumanâ, 
et, de là, rayonnant dans toute la région, ils avaient réussi à la fin 
du xvii** siècle à fonder une vingtaine de missions. A côté de ces 
établissements religieux, les Espagnols n'avaient en 1720, dans la 
province de Gumanâ, que trois établissements civils : 

i^La capitale de Cumanâ, ne renfermant pas plus d'une centaine 
de toutes petites maisons, bâties de boue et de troncs d'arbres, et 
couvertes de chaume. « Les habitants de celte ville étaient très 
pauvres, bien que quelques-uns d'entre eux possédassent de petites 
fermes sur la côte du golfe ou dans la vallée de Gariaco '^ o 

2*^ La ville de San Balthasar de los Arias, autrement appelée 
Cumanacoa, « consistant en 20 ou 25 maisons de boue, couvertes de 
chaume, habitées par de pauvres cultivateurs, la plupart mulâtres 
ou nègres -^ ». Les environs produisaient du tabac, mais seulement 
en quantité suffisante pour la consommation de la province. 

3*^ La ville de San Felipe de Austria, ou Cariaco, où la culture 
du cacao avait été répandue dans de petites fermes appartenant aux 
gens de Gumanâ, qui avaient l'habitude d'y venir et d'y résider 
temporairement. Les habitants étaient également des nègres et des 
mulâtres « qui vivaient dans environ 30 cabanes couvertes de 
chaume, éparses çà et là sur des terrains oii ils cultivaient leur blé, 
manioc, bananes et produits de différentes espèces ^ ». 

1. G. Pariset : Histoire sommaire du conflit anglo-vénézuélien en Guyane, 
1495-1897 (Berf^er-Levrault, édit.), 1898, p. 12. 

2. Rapport de Don José de Difjuja, gouverneur de Gumanâ, à S. M. le roi 
d'Espaj^ne, 15 déc. 1763. Arch. gen. de Ind., Séville, 133, 3, 16, p. 5 du 
ms. 

3. /(/., p. 6 du nis. 

4. fd. 

Société des Américanistes de Paris. . ^ 



oO SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

Au xviii^ siècle, sous l'actif gouvernemeni des premiers rois 
I^oiirbons, l'Espagne secoua sa torpenr. On envoya à Cumanâ des 
gouverneurs inlelligenls, tels queTornera, Sucre, Espinosa, Diguja, 
qui travaillèrent au relèvement et à la prospérité du pays. Leurs 
rapports • contiennent de vastes plans d'organisation et d'adminis- 
tration ; ils font preuve d'un sentiment remarquable des nécessités 
d'une colonisation qui veut être à la fois agricole et commerciale. 
Malheureusement les mesures proposées, fortification des anciens 
postes, fondation de nouveaux établissements, extension des 
plantations, faveurs accordées aux colons, création de ports de 
registre, envois fréquents de navire de la métropole ~, ne reçurent 
pas toujours une prompte solution, ou du moins leur exécution 
se trouva souvent retardée par la mauvaise volonté des audien- 
cias \ intermédiaires administratifs entre les gouverneurs et la 
couronne. Ces corps tout puissants voyaient d'un mauvais œil les 
progrès des provinces, craignant sans doute qu'il ne s'y créât quelque 
jour de nouveaux conseils d'Etat capables de les surveiller ou de 
rivaliser avec eux. Cet antagonisme entre l'activité des gouverneurs 
ou des agents particulier^ de la couronne et le mauvais vouloir de 
ses grands mandataires officiels a été, selon nous, une des princi- 
pales causes de la faiblesse du régime colonial espagnol. 

On peut juger néanmoins des progrès accomplis dans la région 
orientale du \'énézuela, de 1720 à 1761, si l'on constate qu'en cette 
dernière au née Ivs missionnaires avaient à leur charge 39 puehlos 
où était groupée une population de 26 à 27.000 indigènes '•. 
Quant à la population urbaine de la province de Cumanâ, elle avait 
considérablement augmenté. Deux villes nouvelles, Carupano et 
Rio (laribes, comptaient, la première 928, et la seconde, 1.077 habi- 
tants ; San Halthasàrdc los Arias avait <S8 maisons et 795 habitants; 
San Felipe de Auslria, 192 maisons et i .395 habitants. La capitale, 
Cumanâ, possédait une population de i.372 âmes. « Tons les habi- 

I. .l/r/i. (jcn. de Irul., Séville, 56,6, 19 ; 131, .5, 7 ; 133, 3, 16. 

■■J. i.e ruppnrL (le Mij^^uel Marmion, gouverneur de Guyane, à Don Antonio 
Valdes, secrétaire criUat du département des Indes, du 10 juillet 1788, est un 
des plus intéressants à étudier, comme plan complet de colonisation. Arc/t. </e/j. 
de Indius, Séville, 131, 2, 17. 

3. Celles de Santa l'^é et de Santo Domingo. 

4. Rapport de Diguja, p. 13 du ms. 



CUMANA DE VENEZUELA 51 

tanls inàles valides, écrit Diguja ', sont inscrits pour le service mili- 
taire, et la force entière comprend 799 hommes, dont 290 sont 
blancs, le reste nègres, mulâtres et sang-mêlé. La ville renferme 
environ 80 maisons de pierre, couvertes en tuiles, 150 maisons cou- 
vertes en tuiles, mais bâties de bois et de boue, et 200 maisons envi- 
ron, également bâties de bois et de boue et couvertes de chaume. 
L'église paroissiale et les couvents sont construits avec les mêmes 
matériaux. On a rassemblé 18.000 pierres pour bâtir Téglise, mais 
la construction n'a pas encore été commencée, faute d'architecte, 
et on attend l'arrivée del'évêque de Puerto Rico qui doit en désigner 
un. La ville n'a pas de monuments publics. Un tiers des habitants 
est adonné à l'agriculture et à l'élevage du bétail ; un autre tiers se 
livre à la pêche et à d'autres occupations maritimes ; le reste com- 
prend des commis et employés du gouvernement et des ouvriers. » 

Tel était à peu près l'état de Gumanâ lorsque naquit dans cette 
ville un des héros de l'indépendance américaine, Antonio José de 
Sucre, le vainqueur d'Ayacucho, l'ami de Bolivar et le premier 
président de la république de Bolivie ■. 

Dans le Venezuela moderne, Gumanâ fut d'abord, avec Barcelona 
et Maturîn, une des trois principales villes de l'Etat de Bermiidez. 
Puis elle devint le chef-lieu du nouvel État de Sucre. La ville compte 
environ 10.000 habitants. Jouissant d'un climat chaud, avec une 
température moyenne de 27** centig. (minimum, 23^'; maximum, 
3l0j, elle est entourée d'un territoire fertile et propre à la culture 
des produits tropicaux, tels que café, cacao, bananes, oranges, etc. 
Sa principale richesse consiste en un raisin excellent qui vaut, dit- 
on, celui de Malaga, et qu'elle exporte dans les Antilles et aux 
Etats-L^nis. Malheureusement Gumanâ, comme toutes les villes du 
Venezuela, a subi le contre-coup des guerres civiles qui, trop sou- 
vent, ont désolé le pays. Gependant, grâce à sa situation exception- 
nellement favorable sur les rives du Manzanarès, le plus impor- 
tant cours d'eau de la région, distante d'un mille seulement du golfe 
de Gariaco auquel elle est reliée par un tramway, il n'est pas 
douteux que GiUmanâ ne soit appelée, sous un régime de paix, 
à devenir un centre agricole et commercial des plus importants. 

I. lcl.,p. 17. 

•}. Cf. \'iMceiit et Ilumbei'l : Sinxm /h>lii\ii\ fin vit\ .sd// œuvre \BuUelin de 
laSociêlé de géograjdiie de Bonlcan.r, 1898, u^' 19-20). 



FOUILLES DE TÉOTIHUACAX 




^mJt 








h 



Vue générale de Téotihuacan prise au pied de la P\ raniidc du Soleil. 

Pyramide de la Lune (côté Sud), vue de la Voie Sacrée. 

Pyramide du Soleil (Lice Sud). 

Pyramide du Soleil et arroyo de San Juan. 

Pyramide du Soleil (face occidentale) ; escalier dégagé par M. B.^tres. 

Pyramide du Soleil (face occidentale) : entrée de la Sacristie, d'après M. Bathes. 



EXCURSION 

AUX 

PYRAMIDES DE SAN JUAN TEOTIHUACAN 

Par M"^'' Jeanne ROUX 



Le Gouvernement fédéral du Mexique, grâce aux efforts de 
M. Justo Sierra, ministre de l'Instruction publique et des Beaux Arts, 
ayant décidé de consacrer au déblaiement et à la restauration des 
ruines de Teotihuacan. jusqu'à concurrence d'une somme d'un 
million de piastres, l'allocation nécessaire, les travaux, sous la 
direction de M. Leopoldo Baslres, inspecteur général des Monu- 
ments historiques, ont commencé au mois de février dernier. On 
pense qu'ils dureront de huit à dix ans. 

La plaine de Teotihuacan occupe le coude nord-est de la vallée 
de Mexico. Elle est limitée au nord par les montagnes d'Hidalgo : 
l'une d'elles, le «. Gerro Gordo », aux pentes douces, longue- 
ment étalées de l'est à l'ouest, est l'ancien volcan dont les laves 
ont servi à la construction des pyramides qui s'élèvent à ses pieds. 
Au sud. la plaine s'étend jusqu'aux derniers contreforts de la 
(( Sierra Nevada » qui se recourbe vers l'est, unissant ses derniers 
échelons aux montagnes de Tlascala. IJn simple ressaut de ter- 
rain marquant le seuil de u los llanos de Apam », célèbres par 
leurs magueyales dont le pulque est fameux, limite notre plaine à 
l'est, laissant apercevoir, bien au delà, les lignes de la « Sierra 
Madré » ; tandis qu'à l'ouest, la vue s'étend librement par-dessus 
quelques ondulations de terrain et la large nappe du lac de Texcoco, 
sur toute la vallée de Mexico, bornée au loin par les « Montes de 
las Gruces ». Le soir, lorsque les brouillards de la lagune sont peu 
épais, du haut de la Pyramide du Soleil, on aperçoit les taches 
fauves des lumières de Mexico, à cinquante kilomètres dans le 
sud-ouest. 



54 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Le paysage est noble, de lignes douces el fuyantes, et le terrain, 
fertile (pi. II, fig. 1). L'endroit ne pouvait être mieux choisi pour 
y asseoir la ville des dieux et y élever leurs gigantesque temples. 

Le chemin de fer mexicain de Veracruz passe à trois kilomètres 
au sud des ruines. Bien que la station porte le nom de San Juan 
Téotihuacan, cette petite ville est à près d'une lieue de là, au 
nord-ouest, formant ainsi lun des sommets d'un triangle dont les 
deux autres seraient la gare et la Pyramide de la Lune, et dont les 
côtés auraient de trois à quatre kilomètres. Plusieurs petits villages 
dépendant de San Juan sont disséminés dans la plaine. Quoiqu'il y 
ait plusieurs haciendas dans le voisinage, la propriété est assez divi- 
sée et la plupart des habitants ont leur morceau de terre, où ils 
sèment du maïs. Partout aussi des nopals dont quelques-uns 
énormes, et qui se couvrent en août de lunas rouges (figues de Bar- 
barie), fruit préféré de cette région. Pas d'arbres; tous ont disparu, 
leur bois vendu au chemin de fer ou aux usines de Mexico. Un seul 
a résisté à la destruction, parce qu'il a la vie dure et repousse tou- 
jours si vite de la moindre racine laissée en terre, qu'en deux ou 
trois ans son tronc atteint un pied de diamètre. C'est le faux poi- 
vrier, le « Pirû » des Mexicains; le shinus molle^ de la famille des 
térébinthacées. Son gracieux feuillage finement découpé, si vert et 
vert toute Tannée, ses jolies grappes de grains de corail sont les 
seules notes ga^'^s et fraîches à l'œil dans cette saison où vous ne 
voyez partout que de la pierre ou de la terre sèche. 

Près de la gare, disséminées au milieu des terres cultivées, sont 
quelques maisons formant le petit village de San Sébastian. Parmi 
leurs habitants, le plus célèbre est Espiridion Barrios, qui non 
seulement vend — et fabrique — depuis des années des antiquités, 
des « Moctezumas », spécialité pour touristes américains, mais 
encore a l'honneur de posséder dans sa propriété les ruines d'une 
ancienne maison tolteca, la « maison au bain ». Ces ruines ne se 
composent que de murs, rasés à une hauteur d'un mètre environ, 
mais indiquant bien le plan général et permettant de reconstituer 
les dimensions de chaque chambre. Ils sont épais, de pierres brutes 
noyées dans une sorte de mortier de terre battue, recouvert d'une 
mince couche de chaux, fine et résistante, sur laquelle sont peintes 
les fresques. Elles sont de peinture rouge, la teinte plate rehaussée 
de bandes plus foncées et ornée de petites circonférences. Sur l'un 



■J> ^« 



EXCURSION AUX PYRAMIDES DE SAN JUAN TEOTIIIUACAN OO 

de ces murs, protégé par un hangar, se trouve la fresque du Dieu, 
probablement de Tonacatecuhtli, également en rouge, el que le pro- 
priétaire reproduit sur des plaques de béton ancien pour les ama- 
teurs. 

L'une des chambres, un peu en contre-bas des autres, était évi- 
demment une salle de bain avec sa piscine rectangulaire peu pro- 
fonde et parfaitement conservée, ses conduits d airivée et de sortie 
de Teau. Le sol est d'un béton très résistant, recouvert encore par 
places d'une légère couclie de chaux stuquée. F]spiridion continue 
ses fouilles petit à petit, à la mesure de ses forces et des subsides 
qu'on lui offre. Il possède là, d'un seul tenant, quelques milliers de 
mètres de terrain où il a raison de compter, je pense, sur une 
trouvaille importante un jour ou Tautre. Il nous montre deux 
médaillons de terre jaune clair, intacts, de cinq centimètres de dia- 
mètre, représentant une tête de tecolote (hibou), qu'il a trouvés il 
y a quelques jours. 



Cette fois-ci, je désire arriver aux pyramides par le « Chemin 
des Morts », en le prenant dès la citadelle et en le suivant sur les 
deux kilomètres de sa longueur. Il faut à peu près vingt minutes de 
marche pour aller de la gare à l'amoncellement de terre et de murs 
d'adobes, surmonté de monticules, appelé citadelle. Il devait cer- 
tainement être à la fois une forteresse et la place terminale, avec 
ses quinze petites pyramides, pour les processions qui parcouraient 
la Voie sacrée; mais, dans le dernier cas, on ne peut s'expliquer 
pourquoi elle ne se trouvait pas exactement à l'extrémité de cette 
Voie, en face la Pvramide de hrLune, au lieu d'être à côté (en face 
de celle du Soleil, il est vrai). Nous descendons et nous voici sur 
la \o\e sacrée, très large alors. Les Mounds se succèdent régulière- 
ment à droite et à gauche. Les terres charriées par les eaux s'y 
sont accumulées en plusieurs mètres d'épaisseur; et c'est à travers 
des champs labourés, préparés pour les semailles de maïs et d'orge, 
que nous allons. Les monticules offrent toujours leur aspect de 
pyramides tronquées, sous la végétation qui les recouvre et qui en 
a si bien épousé les formes, que, souvent, des rangées de magueyes 
(agaves) suivent les lignes des étroites plates-formes, en dessinant 



56 SOCIÉTÉ DES AMÉRICA^'lSTES DE PARIS 

ainsi les différents corps. L'une des faces, celle de Fescalier, du 
côté de la Voie sacrée, est renflée, la terre s'y étant plus facilement 
accumulée. Des monceaux de pierres sur lesquels poussent, tou- 
jours, pirûs et nopals séparent les pièces de terre labourée. Trou- 
vera-t-on là-dessous un pavé, un revêtement? c'est probable. 

Mais voici le terrain coupé à pic. C'est, à une profondeur d'une 
dizaine de mètres, la rivière San Juan, sans une goutte d'eau : nous 
la traverserons donc facilement. Auparavant, je prends une vue de 
la Pvramide du Soleil avec, au premier plan, la coupure et le lit de 
sable delà rivière (fîg. 4). Remontés de l'autre côté, nous reprenons 
notre marche. Plus près de nous, la grande Pyramide nous apparaît 
merveilleusement dorée dans le soleil du matin, tandis que la 
Meztlizacualli, plus petite, plus informe, sous sa végétation pas 
encore dépouillée, se détache sur le fond sombre du « Gerro Gordo ». 
Nous prenons sur la gauche pour revoir les ruines du «. Palais » 
mis à jour par M. Gharnay. Elles sont intactes ; le sol est soigneuse- 
ment balayé, et, pour que les murs ne continuent pas à s'effriter, 
M. Batres les a fait consolider à la partie supérieure par un peu de 
maçonnerie nouvelle. Dans la grande salle, les bases des six colonnes 
pyramidales demanderaient la même protection, la maçonnerie 
qui les forme se détruisant peu à peu. Mon souvenir allait, ému 
et reconnaissant, vers le courageux explorateur français qui a tant 
travaillé au Mexique, lorsque Espiridion m'appelle pour me faire 
voir une excavation remplie de pierres, d'où M. Gharnay aurait 
retiré un coffre plein de riches vêtements. Je lui explique que 
c'était le fameux monolithe de la Groix qui avait été trouvé là, à 
l'entrée d'un petit souterrain, mais sans le convaincre. Dans son 
cerveau, c'est l'image des beaux vêtements dorés qui reste. 






Et nous continuons notre route par la « Voie sacrée » (et non 
« Gamino de los Muertos », puisque tout indique que c'était la voie 
triomphale parcourue par les cortèges religieux et que chaque 
petite pyramide, dédiée à un dieu de moindre importance, ne pou- 
vait servir de tombeau, étant massive). Elle se rétrécit; nous 
laissons à notre droite la majestueuse TonafiuhzHCiialli, et, à moitié 
route, je prends la vue de la Meztlizacualli. La distance entre les 



EXCURSION AUX PYRAMIDES DE SAN JUAN TEOTIHUACAN 57 

deux est de huit cents mètres. Les deux rangées de Mounds qui 
s'étaient rapprochées, de façon à ne phis laisser entre elles qu'une 
cinquantaine de mètres, s'évasent alors, pour former, en avant de la 
Pyramide de la Lune, une place demi-circulaire du plus majestueux 
effet, avec, au milieu, comme à la citadelle, un monticule isolé. La 
proéminence, en avant de la pyramide, indique largement l'escalier, 
de chaque côté duquel se trouve un tlalelli moins élevé (fig. 2). Tout 
cela est encore recouvert de terre, de pierres et de végétation, surtout 
de nopals et de yuccas, très développés sur le versant nord. L'exca- 
vation qui se trouve à mi-hauteur, de même que le puits du som- 
met, ne sont que des restes de travaux de mines faits dans le but de 
chercher des trésors dans les chambres souterraines supposées. De 
chambres souterraines, de réduits sépulcraux, il ne semble y en 
avoir dans aucune de ces pyramides. Leur mode de construction 
en exclut la possibilité. 

Du haut delà Pyramide de la Lune, les vigies devaient surveiller 
admirablement les pentes du « Gerro Gordo » et les passages par 
où pouvaient entrer les ennemis du nord, Cuaxtecas, et autres. 
C'était, comme celle du Soleil, à la fois une forteresse, un temple et 
un observatoire. — Tout autour, de pauvres petits ranchos, dans 
les nopals, sont, comme les champs labourés, entourés de murs 
faits de laves entassées, dégringolées des pyramides. Ces laves 
très poreuses sont de couleurs variées (brun, rouge, violet, bleu). 
Je n'en avais encore vu de pareilles, ni dans le Pedregal de Coya- 
can formé par les coulées de l'Ajusco et qui rappelle les cheires du 
Puy-de-Dôme et du Pariou, en Auvergne, ni au Popocatepetl, 
dont la lave est noire. Dans l'une de ces cours, sur le versant nord, 
une surprise : un flamboiement de géraniums fleuris égaie les 
dessous toujours si laids des nopals ; et l'on est touché quand on 
pense que les habitants doivent aller chercher l'eau à plus de trois 
kilomètres de là et qu'il pleut si rarement du mois d'octobre au mois 
de mai. Cette idée fait excuser aussi la crasse épaisse des pauvres 
enfants qui viennent vous offrir, dans leurs chapeaux ou leurs jupes, 
desquantitésdedébrisde poterie et de flèches trouvés dans les champs 
voisins. En fouillant dans l'assortiment pour en choisir quelques-uns, 
je note — toujours — le contraste, parmi les petites tètes si connues 
comme « têtes de Téotihuacan », de ces profils si vivants (ressem- 
blant si bien à tant de gens que Ion connaît qu'ils en semblent 



o8 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

les portraits : avec leur crâne cylindrique, leur front étroit, leur 
prognathisme inférieur qui laisse les grosses lèvres ouvertes sur 
les mâchoires débordantes i, et de ces autres figures presque plates, 
d'expression reposée, hiératique, avec leurs mitres, pendants 
d'oreilles et colliers compliqués. 

Nous reprenons la Voie sacrée par Test, après avoir fait le tour 
de la Meztlizuaculli. \o\q\ au coin d'un sentier, sur une grosse 
pierre dressée, un granit, l'ébauche informe d'une image féminine 
avec une petite civité rectangulaire à la place du nombril; sur les 
côtés, quelques signes hiéroglyphiques inconnus. Près de là se 
trouve la petite pyramide mise à jour, il y a quelques années, par 
M. Garcia Cubas. Elle offre ceci de particulier, c'est qu'à l'encontre 
des autres, ses escaliers (elle en a trois) ne donnent pas sur la Voie 
sacrée. Il en est deux, dont l'un en retrait, sur la face est et le 
troisième sur le côté nord. Chacun de ces escaliers garde des 
traces de peinture, rose, jaune et blanc. L'excavation faite dans la 
maçonnerie pour y rechercher un réduit funéraire est toujours 
béante. 

Quelques centaines de mètres de plus, et nous voici au pied de 
la Tonatiuhzacualli (fig. 3). 



Les mesures ont été rectifiées par M. BaLres. La base est 
carrée, de 253 mètres de côté ; la hauteur est de 85 mètres. 
Les quatre corps se dessinent nettement. C'est là que les tra- 
vaux, menés très rapidement, ont commencé il y a un peu 
plus de huit mois. Il s'agissait de rendre à la Pyramide du 
Soleil son aspect primitif, de la nettoyer, de la restaurer. On 
sait que ces pyramides sont construites par superposition, par 
emboîlement ; le centre étant formé d'une petite pyramide massive, 
et chaque couche successive, parfaitement, terminée, avec sa maçon- 
nerie recouverte de chaux et son escalier. Appuyés sur cette 
maçonnerie, au long de chaque corps, étaient construits des contre- 
forts, de quatre mètres cinquante d'épaisseur, dont les intervalles 
étaient ensuite remplis de terre et de pierres, le tout recouvert à 
son tour par une maçonnerie de pierres de lave (tezontlei unies par 
un simple mortier de terre battue et passé à la chaux. Ces pierres 
ne sont ni taillées ni môme dégrossies. 



EXCURSION AUX PYRAMIDES DE SAN JUAN TÉOTIHUACAN 59 

A l'époque où Téotihuacan était habité et les pyramides en usage, 
un entretien continuel devait être nécessaire pour éviter Teffondre- 
ment de la couche supérieure et conserver la superficie unie. 
D'ailleurs elles étaient peintes, probablement chaque corps d'une 
couleur difiéi^nte, et cette peinture devait être refaite souvent. 

Les pyramides une fois abandonnées, cette couche extérieure, 
il est facile de le comprendre, craqua bientôt. Pierres et terre rou- 
lèrent ensemble, heureusement retenues par les plates-formes et la 
masse de l'escalier, de sorte que ce fut, tout de même, un manteau 
protecteur pour la maçonnerie immédiatement inférieure que ces 
masses roulantes recouvertes de végétation. 

Beaucoup des contreforts de la Pyramide du Soleil se sont eflon- 
drés eux aussi. Ceux qui restent sont conservés soigneusement. 
Ktant donné cet état d'éboulement de la couche supérieure, il n'y 
avait qu'une chose à faire, semble-t-il : Fenlever complètement, 
nettoyer la pyramide jusqu'à la seconde maçonnerie, de sorte, que, 
les travaux terminés, elle aura bien son aspect d'autrefois, mais sera 
diminuée d'une épaisseur moyenne de quatre mètres cinquante, 
soit de trois cent mille mètres cubes à peu près. 

Les deux premiers corps sont nettoyés ; la maçonnerie est consoli- 
dée, au fur et à mesure, par du mortier introduit entre les pierres ; 
les éperons ou contreforts sont réparés de la même façon, et, à la 
base de l'angle sud-ouest, un morceau intact de la couche éboulée 
ailleurs permet de se rendre compte de l'épaisseur enlevée. Cette 
restauration ne peut donc se faire que par une destruction. Mais 
quel autre moyen y avait-il ? 

Depuis trois mois, les travaux les plus intéressants se font sur la 
face ouest, celle qui est en regard de la Voie sacrée et où l'on déblaie 
les escaliers. Ce sont d'abord, à la base, des passages autrefois cou- 
verts, adossés d'un côté à la pyramide et, de l'autre, à un tlatelli que 
supportent d'énormes murs. Delà un premier escalier, perpendicu- 
laire à la pyramide, mène à un palier. Sur la photographie (fig. 5 
etfii, la tache plus obscure des marches, à droite, est la partie res- 
taurée ; elles sont de maçonnerie comme tout le reste. Du palier 
part un autre escalier appuyé, celui-là, sur la pyramide et qui obli- 
quement monte jusqu'à la première plate-forme (il est vu de profil 
dans la photographie! . Cette partie découverte est sur le côté gauche 
de la pyramide. Il reste à déblayer la masse de terre et de pierres 



60 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

qui, au centre de ce premier corps, recouvre l'autre escalier, faisant 
pendant au premier et s'y réunissant probablement par quelques 
larges marches uniques avant d'arriver à la plate-forme. Ces degrés- 
là se perdent ensuite sous les décombres, La tache sombre, au 
premier plan de la photographie, est une excavation faite sous l'esca- 
lier, où Ton a trouvé les premières marches d'un autre escalier 
similaire, appartenant à la couche ou pyramide inférieure ; elles 
sont intactes. Chaque pyramide, bien qu'elle dut être recouverte 
par une autre, était donc entièrement terminée, avait ses escaliers. 
Etait-ce une question rituelle ou un moyen de faciliter la montée 
ou la descente des travailleurs? il semble que, dans ce dernier cas, 
des échelles eussent sufti. M. Batres croit que la construction s'est 
faite sans interruption, qu'une pyramide n'a pas été mise en usage 
pendant un certain temps avant d'être augmentée par la superpo- 
sition d'une autre. Ce qui semble appuyer sa théorie, c'est que les 
plus petites sont construites de la même façon. 

C'est là, devant cette masse de terre qui reste encore à enlever, 
pour terminer le dégagement de ces véritables propylées, que l'inté- 
rêt s'éveille intense Que va-t-on y trouver? Quel monument se cache 
entre les deux rampes? La statue du Dieu a-t-elle roulé jusque-là, 
ou la trouvera-t-on au sommet, dans les déblais de la plate-forme 
supérieure? 

Partout où cela est nécessaire, la maçonnerie des escaliers et de 
leurs murs de soutènement a été réparée dans le même appareil. 
Ce qui n'a pas été difficile, les maçons des villages voisins construi- 
sant encore leurs murs de la même façon. Seulement les nouveaux 
murs ne sont ni crépis, ni peints comme les anciens sur lesquels 
les restes de fresques roses sont préservés par un lattage. Ces 
passages couverts devaient être à l'usage exclusif des Sacerdotes, 






Parmi les objets les plus importants trouvés jusqu'ici et qui sont 
déposés au ministère de l'Instruction publique, un fragment de sta- 
tue de femme, en porphyre vert admirablement poli, est tout à fait 
remarquable. Les jambes sont brisées au-dessusdes genoux. Il n'y a 
plus ni bras ni tête ; le tronc est long et mince ; les épaules sont 
étroites et remontées, les seins et les muscles sont à peine indi- 



EXCURSION AUX PYRAMIDES DE SAN JUAN TEOTIHUACAN 61 

qués ; l'ensemble rappelle certaines statues archaïques de Mycènes. 
Cette statue présente la même particularité que rébauche informe 
dont j'ai parlé plus haut, une cavité en bas du ventre destinée 
probablement à recevoir un objet quelconque. De plus, sous l'ais- 
selle se trouvent deux autres cavités coniques parfaitement nettes 
et polies que remplissaient d'une manière exacte des cônes de 
porphyre polis, eux aussi '. La statue entière devait mesurer à 
peu près quatre-vingts centimètres de hauteur. On remarque 
ensuite une tête d'homme de la même pierre, demi-grandeur 
nature, d'un modelé et d'une expression extraordinaires; un tube 
d'obsidienne de dix centimètres de longueur sur un de diamètre, ou, 
plutôt, un cylindre, percé dans toute sa longueur d'un étroit canal 
et travaillé à l'extérieur de façon merveilleuse; et, enfin, des pail- 
lettes d'obsidienne de la grandeur et de l'aspect de celles que l'on 
emploie encore aujourd'hui, irisées, et percées d'un trou pour être 
cousues à plat sur l'étoffe, étonnent. 

Avec quel outil, parquet procédé ont pu être obtenues ces per- 
forations ? 

Sur les lieux mêmes des fouilles on a laissé les grands objets : 
des pierres de taille, revêtements de murs, probablement, avec, 
sculptés en bas-relief, des Nahui-Ollin, les dents de ïlaloc, des 
flammes ; deux têtes d'ocelotl, sculptées dans les grandes pierres 
brisées, devaient être posées peut-être de chaque côté d'un escalier; 
des fûts de colonnes, une main fermée ayant appartenu à une sta- 
tue colossale ; sur une grande pierre, une ébauche d'une croix rap- 
pelant celle trouvée par M. Charnay ; des polissoirs de tezontle, de 
nombreux débris d'objets et de statuettes en terre cuite. 



La Pyramide du Soleil repose sur une plate-forme s'étendant à 
plus de cinquante mètres tout autour, et ensevelie sous les terres 
charriées par les eaux. On la met à jour, à l'angle sud-ouest; elle 
est faite d'une épaisseur de plusieurs mètres d'adobes, réduites 
maintenant à une masse compacte et reposant sur le sous-sol de 
tepetate. La partie supérieure, formée d'une couche de béton très 

1. Ils se sont, par malheur, égarés, depuis le transport de la statue à 
Mexico. 



62 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

dur, est revêtue encore par endroits de sa légère pellicule de chaux. 
Dans le même angle, un des Mounds a été nettoyé et la pyramide 
tronquée, à trois corps, de base carrée de vingt mètres de côté, de 
dix mètres de hauteur, apparaît avec son escalier simple de teocalli, 
tourné du côté de la Voie sacrée. Cet escalier est entier, mais la 
maçonnerie s'en effrite. 

A côté, juste au pied de la face sud de la Pyramide du Soleil, 
M. Batres a découvert, dès le début des travaux, « la Gasa de 
los Sacerdotes ». C'est, adossée à un petit teocalli, sur le bord 
de la plate-forme formant terrasse de ce côté-là, une construc- 
tion d'une vingtaine de pièces, grandes et petites, les unes parais- 
sant de simples passages avec un canal d'écoulement pour l'eau ; 
deux autres avec une cavité ronde comme une cuvette, dans le sol de 
béton. L'une de ces cavités est percée au centre d'un trou. Les murs 
sont très épais, mais tous rasés à une hauteur variant de soixante- 
quinze centimètres à deux mètres ; ils ont été continués dans leur par- 
tie supérieure par de la maçonnerie neuve pour les protéger. Ils sont 
recouverts de la même couche de chaux qu'ailleurs, avec les mêmes 
fresques de couleur rouge ; les mieux conservées sont protégées 
par des lattages. Les toits devaient être faits de lames de schiste 
gris que l'on retrouve tout autour. C'est là que M. Batres a rencon- 
tré des ossements humains, parmi des morceaux de bois carbonisés, 
des pierres ou autres objets y ressemblant, fondus, tordus, 
réduits en scories, attestant la force de l'incendie qui détruisit la 
ville des dieux quand l'ennemi s'en empara. Ce qu'il est difficile 
de s'expliquer dans ce cas, c'est que les peintures et la couche stu- 
quée des murs des autres pièces de la Casa de los Sacerdotes soient 
aussi bien conservées et sans trace d'incendie. Ne serait-ce pas 
plutôt une preuve qu'au moment de fuir devant l'ennemi, les 
Sacerdotes auraient brûlé là les corps de ceux des leurs tués dans 
les derniers combats, ainsi que des objets précieux, peut-être cul- 
tuels, qu'ils ne pouvaieni emporter? Ils auraient élevé le bûcher 
dans l'une des chambres, celle où ont été retrouvés les restes en 
question. 

A l'angle sud-est de la Pyramide du Soleil s'élève, avec ses 
dépendances, une jolie petite maison que iM. Batres a constiuite 
pour le service de l'inspection archéologique et oii l'on est sûr de 
recevoir une hospitalité aussi large qu'aimable. 



EXCURSIOIS AUX PYRAMIDES DE SAN JUAN TÉOTIHUACAN 63 

Les travaux de la Pyramide du Soleil dureront probablement 
encore un an; le coût total en aélé calculé à deux cent mille piastres 
à peu près. Puis on entreprendra les travaux de la Pyramide de la 
Lune, le déblaiement et la réfection de la Voie sacrée ainsi que de 
lous ses tiateles, et, enlîn, les fouilles pourront continuer dans les 
centaines de ruines ensevelies sous les Mounds de la plaine. 



* 



C'est une belle œuvre, bien digne de l'esprit large et généreux 
du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, de M. Justo 
Sierra, poète et historien. Ses conséquences archéologiques et histo- 
riques peuvent à peine se calculer maintenant; mais ce sera tou- 
jours un hommage, une réparation, un témoignage de reconnais- 
sance du Mexique actuel à la race qui fut la première, dans cette 
vallée, l initiatrice de la civilisation, aux Ïolteca-Nahoas. 

Un musée va être incessamment construit sur les ruines mêmes 
de Téotihuacan pour y abriter les objets recueillis au cours des tra- 
vaux. Le chemin de ter mexicain a promis un embranchement qui 
arrivera à cent mètres de la grande Pyramide et non seulement 
facilitera l'excursion aux touristes mais permettra de débarrasser le 
terrain de l'énorme accumulatioii de pierre. Celle-ci se vendra faci- 
lement à Mexico. Ainsi donc ces laves, aux si jolies couleurs, 
rejetées d'abord par le Cerro Gordo, extraites ensuite des terrains 
d'alluvions par les Indiens qui élevèrent la ville des dieux, rejetées, 
et transportées par les Indiens actuels, iront servira l'édification des 
villas modern-style des quartiers neufs de Tenochtitlan. 



Nous reprenons au soleil couchant le chemin de la gare. Ciel et 
montagnes, tout est rose vers l'ouesf, tandis qu'à l'est la lune s'élève, 
calme et radieuse, opaiisantde ses rayons les voiles bleus et mauves 
qui, peu à peu, couvrent tout. Une heure, un moment d'une soirée 
pareille, suffit pour vous faire comprendre, à tout jamais, le culte 
des astres. 

Notre dernière halte nous amène dans l'atrium de l'église de San 
Sébastian. Sur la terre nue et poudreuse, au ras du sol, les pauvres 
tombes gisent tout de travers, sur lesquelles d'habitude les gens 



64 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

passent sans sourciller, mais dont quelques-unes, dans ces premiers 
jours de décembre, gardent encore, sèches et fanées, les guirlandes 
de zempoalxochitl jaunes dont on les avait ornées le Jour des Morts. 
La façade de l'église, avec sa tour blanchie à la chaux, de loin, fait 
de l'efTet, mais, de près, ne montre que ses lézardes, ses murs salis 
aux gouttières; une porte ancienne, assemblage de morceaux de 
chêne, formant d'assez jolis dessins, paraît, faute d'entretien, 
devoir s'effondrer au premier mouvement. Même désolation 
sur la façade sud : pas de vitres aux fenêtres ; de mauvais volets de 
bois fermant mal. Puis, de l'autre côté de l'abside, au pied du mur 
exposé au nord, s'étend l'agriable tapis d'un peu de gazon auquel 
l'ombre a permis de pousser, et, sur ce mur lui-même, un tas de 
choses amusanles sont esquissées dans le mortier par des lignes de 
petits morceaux de tezontle qui courent autour des grosses pierres 
pour les consolider : des oiseaux de toute sorte, de face et de pro- 
fil ; des scènes de duel, de petits bonshommes brandissant desépées 
espagnoles plus grandes qu'eux, des fleurs, des ornements. Imaginez 
une page énorme de dessins enfantins faits dans le mortier, avec 
de petites pierres, par ces hommes au cœur toujours religieux, qui 
travaillaient, sons la direction d'un bon Franciscain, à leur nouveau 
temple, — réplique à l'énorme Pyramide, simplement, géométri- 
quement belle, élevée par les ancêtres au Père divin, le Soleil ! 

Mexico, décembre 1905. 



TEXTES ET DOCUMENTS 



UN MÉMOIRE POLITIQUE DU WllV SIÈCLE 
RELATIF AU TEXAS 

Publié par M. le Baron Marc de VILLIERS DU TERRAGE, 

Membre de la Société des American istes. 

Les limites du Texas ' restaient, au commencement du xviii^ 
siècle, excessivement vagues, et son territoire, souvent appelé 
la province d'Assinaïs, se trouvait aussi peu délimité que celui de 
la Louisiane, auquel les Américains, en 1803, prétendirent incor- 
porer toutes les contrées s'étendant jusqu'à la Californie. 

Après Soto, au xvi" et au xvii^ siècle, les Espagnols parcoururent 
le Texas à maintes reprises, mais aucune relation précise de leurs 
voyages ne nous a été conservée ~, aussi Thistoire de la colonisation 
de cette région ne commence guère qu'à l'époque du débarque- 
ment de Cavelier de La Salle à la baie du Saint-Esprit ou de 
Saint-Bernard. 

Les aventures et la fin malheureuse de notre compatriote sont 
trop connues pour qu'il soit besoin de les retracer ici : rappelons 
simplement qu'Alonzo de Léon, gouverneur de Cohahuila, se mit 
en campagne en 1689, avec l'intention de détruire le nouvel éta- 
blissement français. A son arrivée, il trouva que les Indiens avaient 
déjà accompli sa besogne; il se borna à ramener quelques-uns des 
survivants de l'expédition, restés prisonniers chez les Peaux-Rouges, 
et à châtier deux des assassins de de La Salle. 

1. Cette dénomination provient, croit-on, du nom d'une ancienne tribu 
indienne et sa signification serait : amis ou blé. 

'2. Sauf, peut-être, ceux de la catégorie, très mal connue et peu étudiée 
encore, de la collection Aubin- Goupil à la Bibliothèque nationale de Paris. 

Société des Américanistes de Paris 5 



66 SOCIÉTÉ DES AMERICAN ISTES DE PARIS 

Léon, puis son successeur Téran, fondèrent entre le Rio Grande 
et la rivière de la Trinité diverses missions, mais aucune ne pros- 
péra. 

Dans les premières années du xviii^ siècle, La Mothe-Cadillac, 
gouverneur de la Louisiane pour le compte de la Compagnie des 
Indes occidentales, chargea Juchereau de Saint-Denis d'explorer 
le Texas dans l'espoir d'arriver à nouer des relations commerciales 
avec les comptoirs espagnols. Toutefois la méfiance de nos voisins 
et une passion romanesque de Juchereau pour la fille du comman- 
dant d'un des postes espagnols rendirent ses tentatives stériles. Il 
traversa pourtant à diverses reprises le pays des Cenis et se rendit 
même, à deux reprises, à Mexico, la seconde fois, il est vrai, tout à 
fait contre son gré. 

En 1721 , une deuxième tentative d'établissement français, dans la 
baie du Saint-Esprit, échoua complètement, et, dès lors, la frontière 
entre la Louisiane et les possessions espagnoles se trouva tacitement 
fixée entre notre poste des Natchitotchez, situé sur la Rivière Rouge, 
et le fort espagnol Adaès ou des Adayes, fondé, en 1718, un peii 
plus au Sud. 

Les missions espagnoles du Texas tombèrent d'elles-mêmes si 
rapidement en ruines, ou se trouvèrent si souvent détruites par 
les Indiens, qu'il est maintenant très difticile de déterminer, exacte- 
ment, la situation de la plupart. 

Il convient d'insister tout particulièrement sur l'hostilité des tri- 
bus indiennes, contre les Espagnols, puisque c'est elle qui a servi 
longtemps de base à notre système politique en Amérique et, par 
suite, a conduit le chevalier de Kerlerec, gouverneur de la Loui- 
siane, à rédiger en 1753 le mémoire que nous publions ici dans son 
intégrité et sa disposition matérielle '. 

Les Ganécis, visés principalement par ce mémoire, formaient 
iine peuplade dont il est assez rarement fait mention, au moins 
sous ce nom. Peu de cartes la mentionnent : pourtant celle de Dan- 
ville (1756) la place près des sources de la Rivière Rouge. 

Pour qui connaît tant soit peu l'histoire de nos colonies, il est 
inutile d'ajouter qu'aucune suite ne fut donnée à ce rapport, 
Kerlerec restait, d'ailleurs, souvent un an sans recevoir de dépêches, 

L Archives du ministère des Colonies. — Louisiane, vol. 37. 



PROJET DE PAIX ET d' ALLIANCE AVEC LES CANNECIS 67 

et celles qui finissaient par lui parvenir répondaient, en général, 
à des demandes vieilles de quatre ou cinq ans ! 



PROJET DE PAIX ET D'ALLIAiNGE AVEC LES GANxNEGIS 
et les avantages qui en peuvent résulter^ 

envoyé par Kerlérec, gouverneur de la province de la Loûisianne, 

en 1753, 



L'espagnol des Nouvelles Filippines (A) n'a jamais voulu donner 
les mains à la convention qui lui a esté si souvent proposée par 
mes prédécesseurs, gouverneurs de cetle province de la Loûisianne, 
de se rendre réciproquement les déserteurs de leurs poste des 
Adailles, au notre des Natchylochès. 

Nous avons saisy dans le poste bien des occasions différentes, 
où celuy des Adailles se trouvoit réduit a la dernière dizette de 
vivres pour l'enguager a cette condition avec promesse de le secou- 
rir aussytôt. Et toujour dans lasuitte, en semblables nécessité, nos 
tentatives ont toujours esté infructueuses et nous avons veu ce voisin 
obstiné, malgré la faim et la misère, se résoudre a envoyer chercher 
des grains a 300 lieux ; plustot que de les tirer le mesme jour de 
chez nous en tombant d'accord d'un cartel que le gouverneur des 
Adailles scait exister entre Pensacola et la Nouvelle Orléans : 

(A) La province des Nouvelles Filippines ou Texas, est une des plus 
vaste mais des plus déserte que l'Espagne possède dans ce nouveau 
monde ; elle s'est peu attachée a la peupler à cause de notre voisinage, 
et a esté bien aise de laisser un interval de 150 lieues au moins du premier 
poste au second, pour en faire envisager le trajet plus difficile. 

Cette province contient le fort des Adailles, dont le gouverneur a 
le titre de Capitaine Général, et commande les capitaines de la Baie du 
S' Esprit, de Saint Xavier, de la rivière du Nord, S** Roza, de Saint 
Antoine, les gouverneurs de Coaquila [Monclova] et du nouveau royaume 
de Léon, il se dit aussy command*^ de Pensacola. Cette province 
dépend pour le spirituel de l'évéché de Goadalaxara. 



68 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Il est incontestable que l'Espagnol, chagrin de nos établissements 
sur la rivière Rouge et aux Nalchytotchez, nous voit avec des yeux 
bien jaloux résider sur des terres qu'il scait estre de plein pied avec 
celles du Mexique, il spécule sans doutte que, s'il survenoit quelque 
différent entre les deux couronnes, la notre pouroit entreprendre 
sur ces riches provinces ; ce qui luy paroit d'autant plus aisé, qu'il 
scait qu'en franchissant environ 200 lieues de beau pays (mais que 
son habile politique a laissé désert et inhabité) nous nous rendrions 
maîtres, et presque sans coup ferir, des fameuses mines de Santa 
Roza de Quitteria (B), Boca de Léones et de Monterey; un party 
considérable de sauvages bien conduit porleroit, a coup sur, la guerre 
et la désolation jusqu'à Mexico mesme. 

(B) S'* Roza de Quitteria est un petit fort situé sur la gauche de celui 
de la rivière du Nord environ à 20 lieues dans les terres ; il y a des mines 
très riches, ainsy qu'à Boca de Léones peu distant du mesme endroit. 
Monterey est la capitale du nouveau royaume de Léon ; elle fut presque 
entièrement ruinée par une inondation arrivée en 1750. Escandon, Gou- 
verneur de Tampico acheva de l'affoiblir ainsi que tous les postes qui en 
dépendent, en 1751, par les levées d'hommes qu'il fit pour peupler la coste 
et soutenir les missions établies cette mesme année le long du Golfe et 
depuis la Baie du S' Esprit jusqu'à son gouvernement. 

On reconnoistra aisément cette vérité, — quand on scaura que 
leur présidio des Adailles (G), qui est notre frontière, et un de 
leurs forts le plus renommé, n'est pourtant qu'un méchant penta- 
gonne très irrégulier, délabré et gardé par soixante mulâtres nulle- 
ment agueris et quine tiendrontpas deux heures contre trente bons 
soldats européens. 

(C) Ce présidio des Adailles fut construit en 1720, un an après la 
prise de Pensacola par M. de Chameliu ; les Espagnols n'y avaient aupa- 
ravant qu'une mission composée de deux moines et de deux soldats : 
M. Blondel, capitaine de nos troupes alors commandant aux Natchytochès, 
les en chassa; la paix, ayant esté conclue, le marquis de Cazafuerta, 
alors vice roy du Mexique, dépêcha le commandant de Saut Miguel avec 
100 soldats et quelques familles pour rétablir ce mesme poste des Adayes ; 
cette occasion estoit belle pour exiger dans le temps un cartel et telles 
conditions qu'on eut voulu : il estoit chargé de bien du monde, sans 
vivres et ne pouvant en tirer que de chez nous, mais la Compagnie des 
Indes, alors maitresse de ce pays, qui ii'envisageoit que son commerce, 



PROJKT DE PATX ET DALLIANCE AVEC LES CANNECIS 69 

et qui cependant projettoit d'en ouvrir un considérable dans ce poste- 
négligea ou ne fit aucune attention à ce point capital. 

Leurs forts de S*^ Xaxier (D), de la Baye du Saint Esprit, de la 
Rivière du Nord, etc., oi^i Ton ne trouveroit que de semblables garni, 
sons, n'ont pas mesme de palissades, et ne forment qu'un amas de 
méchantes chaumières serrées les unes contre les autres et couvertes 
en pailles. 

(D) S' Xavier est un poste etably en 1748 à loO lieues de celuy des 
Adailles, sur les parages de celuy des Gannecis et a la sollicitation des 
moines franciscains qui s'estoient flatté de gagner cette nation ; il y ont 
très peu réussy et se sont fait tuer beaucoup de monde. On sait que la 
Baye du S' Esprit est à nous^ c'est la mesme que noiisapellons S*^ Bernard ; 
les Espagnols s'en estoient emparé après le massacre de nos gens par les 
Indiens de la côte qui arriva environ en 1710 ; ils l'ont quitté depuis et, a 
deux différentes reprises, se sont réétablis la première fois à 10, et la 
seconde à 20 lieues, tirant sur leurs JDrovinces ; ils ont encore deux ou 
trois de nos canons ; il reste à sçavoir si les Espagnols, nous laisseront 
paisiblement établir un poste dans cette Baye qui nous apartient et c'est 
sur quoy il me semble qu'il seroit en règle que les deux cours pronon- 
çassent ; il y a une belle rivière qui se dégorge dans cette baye que les 
Espagnols nomment rio de Guadalupe. 

La rivière du Nord ou Rio Grande passe pour estre aussy large que le 
fleuve S^ Louis et se perd dans le golfe ; il y a un poste à 60 lieues au dessus 
de l'embouchure, gardé, par un capitaine et quelques soldats, des habi- 
tants, deux missions et nombre de bestieaux. 

Quanta Saint Antoine (E) les maisons y sont de-pierres, mais 
cette ville est sans murailles et sans forteresse ; considérable par 
la multitude d'Indiens rengés en missions, et c'est de ces derniers 
quelle recevroit, ainsy que touttesles autres, l'échek le plus mortel, 
puisqu'il est certain qu'au premier mouvement ils se rangeront du 
costé de leurs ennemis et se livreraient a toute la haine qu'ils 
nourissent contre ses habitants dont, à juste titre, ils se regardent 
comme les esclaves. 

(E) Sant Antonio de Becave, étably en 1712 par des familles tirées des 
Canaries, et auxquelles le roy catholique ainsy qu'à leurs descendants a 
acordé de beaux privilèges et de grandes immunités, et à leurs établis- 
sement le titre de ville. C'est la première que l'on rencontre allant au 



70 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAiMSTES DE PARIS 

Mexique ; il s'y fait du sucre ; on y voit cinq belles missions et une 
prodigieuse quantité d'Indiens. 

La façon dont les franciscains gouvernent les Indiens, mérite d'estre 
cittée ; ils ne leurs souffrent aucunes armes, et mesme point de couteaux 
qui ne soyent épointé. Sur la moindre échapée, on les amarre et 
ils sont fustigés de toute importance, ils les forcent de faire du maïs sur 
lequel ils leur donnent leur ration, et s'aproprient le surplus, et enfin les 
occupent aux mines et aux travaux les plus durs ; il n'est pas douteux 
qu'une condition aussy servile et aussy déplorable, ne nous donât de 
biens faciles moyens de gagner des hommes aussy misérables ; qui, de 
tous temps, et depuis qu'ils ont entendu prononcer le noms françois, se 
sont voué a nous estre tributaires de préférence. 

...Cette certitude qu'a l'Espagnol de sa foiblesse, des risques qu'il 
peut courir et la défiance où il est des tentatives que nous ne pou- 
vons manquer de faire toi ou tard est ce qui l'enguage a persister 
sur lerefusdececartel(F). Il connaît la légèreté des soldats de notre 
nation, combien il leurs en coutte peu de quitter leurs drapeaux et 
la peine capitale quils encourent a les rejoindre, il est convaincu 
que le moyen le plus efficace de nous faire renoncer a un établisse- 
ment solide dans ces quartiers là (en y plaçant une garnison nom- 
breuse) sera toujours de donner un azile inviolable a nos déser- 
teurs ; on ne tricauroit disconvenir que ses veues en ce point sont 
très justes. 

Mesme raison le détermine à ne point consentir à la traite des 
bestiaux ; nous sommes des voisins incommodes, a craindre, et 
auxquels on ne scauroit rendre la vie trop dure. 

C'est en quoy il est a propos d'arrester les yeux sur le peu de grati- 
titude de l'Espagnol toujourlent a reconoistre un bienfait, puisque, 
sollicité par nos gouverneurs, ils se refusent aux besoins de notre 
province ; prompt à oublier ceux qu'on luy rend puisqu'il n'a pas 
éprouvé chez nous mesme opiniâtreté, quand nousavons esté requis 
par ses commandants de leurs rendre le service dont il s^agit en fait 
de vivres par don Prudentio de Arobio, don Thomas de Winto- 
nizen, don Francisco Garcia Carlos, don Pedro des Bario et don 
HyacintoGauregue, aujourdhuy gouverneur des Adailles, qui depuis 
5 à 6 mois, s'est trouvé dans la plus parfaite dizette, et auquel j'ay 
fait passer 250 quarts de maïs. 



PROJET DE PAIX ET d'aLLIANCE AVEC LES CANNECIS 71 

(F) On n'a jamais pu scavoir au juste ce qu'ils font de nos déserteurs 
ou ce qu'ils deviennent ; ils les laissent peu séjourner aux Adayes, et 
nullement dans les postes circonvoisins ; il y a toutte apparence, ou quils 
les employent aux mines, ou qu'ils les relèguent dans le fond des terres 
du Nouveau Mexique en Californie, etc. 

En fait de bestieaux par don Justo Bonneo et don Carlos de 
Franquis (G) que ce dernier n'a pas encore payé jusqu'à ce jour à 
la concurrence de 3000 piastres. 

Ne seroit il donc pas permis de nous venger de la dureté de l'Es- 
pagnol, de diminuer son orgueil, et de le conduire par une voye bien 
vscure a ce que nous exigeons si légitimement de luy. 

(G) Ce don Carlos de Franquis vint, il y a environ quinze ans, relever 
le nommé Sandoval accusé d'avoir vendu aux François le terrain où ils 
transportèrent le fort, de dessus l'isle où il estoit,et qui existe aujourd'huy ; 
il le fit mettre aux fers et le traita bien indignement, mais enfin ces 
mesmes violences et plus encore ses altercations avec les moines le firent 
relever luy mesme ; il partit sans paiyer 3000 piastres quil doit aux 
habitants du poste des Natchytoches pour du maïs, chevaux et bestiaux : 
on le dit aujourdhiiy colonel du régiment royal de Savoye servant en 
Espagne ; on a écrit bien souvent h Mexique à ce sujet, les gouverneurs 
des deux couronnes s'en sont niellés ; enfin l'année passée il vint un 
exprès s'informer de cette affaire, et, après les recherches nécessaires, 
celuy de Mexique fît espérer qu'elle se termineroit bientôt a la satis- 
faction des intéressés ; le comte de Gigedeau, cy devant orcucita vice 
roy, vient de demander dans ses dernières lettres à don Hyacinto com- 
mandant des Adayes d'en estre instruit, ce qui annonce beaucoup de 
lenteur. 

Nouspourions.eri moins d'un an, nousaproprier des pays immenses 
voisins attenant, et le disputant en richesses a la Nouvelle-Espagne ; 
ce sont les terres de Gannecys (H), elles ne sont annexées ny a 
l'une ny à l'autre couronne, puisque aucune ny a arboré son 
pavillon. 

(H) Ces Cannecys sont inombrables, ils font des torts infîny aux Espa- 
gnols, étendent leurs courses jusquau centre de la Nouvelle Espagne, 
leurs tuent journellement du monde, leurs ont défait des convoys entiers 
et souvent leurs enlèvent leurs cavaillades ou marchandises de transport. 

Ces Indiens, de tout temps ennemis déclarés de l'Espagnol et de 
toutles nos nations sauvages cy après, sont étendus au delà de ce 



72 SOCIÉTÉ DES AMÉBICANISTES DE PARIS 

que l'on s'en figure. L'Espagnol les nomme apaches^ ils font des 
hostilités continuelles sur les villes de Goaguila (I) de S' Antoine et 
le poste de S' Xavier. 

Nous les nommons Gannecys et ils se battent avec les Gadoda- 

quiou, naytannes, quitesinge, touacana, hyscanis, assinais, nacok- 

dosé, nadacok, aiches, yalassé, etc. Les Ozages, Arkansas, Missou- 

ris, et Illinois les nomment Gatoka, sous les trois différents noms 

ils sont les mesmes, s'entendent tous et parlent une mesme langue. 

Tous les sauvages desnommé cy dessus, leurs ennemis et qui nous 
sont aliés, s'accordent tous d'une voix unanime à reconoistre le 
gouverneur françois delà Louisianne pour leur père ; aucun ne le 
desavouera jamais dans la moindre de ses volontés. Je pouvois leur 
dire que mon intention est de nétoyer et applanir les chemins, que 
je ne puis plus souffrir de les voir teints et rouges du sang de mes 
enfans, en un mot que je veux la paix généralle ; cette proposition, 
estant suivie d'un présent comme il est d'usage a leur égard, il est 
certain qu'ils le recevraient avec des témoignages de joye infiny, 
puisque l'humanité est de tous les hommes, et qu'il est rare d'en 
trouver dans le général qui ne préfèrent les douceurs de la paix aux 
horreurs de la guerre. 

(1) Goaguila petite ville, avec titre de gouvernement un peu au delà de 
Saint Antoine, nullement fortifiée et avec fort peu de troupes ; il s'y fait 
un commerce considérable de toute sorte de bétail, on y fabrique des 
draps et des baguetes comme a Queyetano ; on y fait du savon, du vin, 
de 1 eau-de-vie, de beaux froment, on y voit des oliviers, et, assez proche 
de là, est un morne où Ton trouve beaucoup d'aymant, c'est la seconde 
ville sur la routte de mexique. 

Nos nations respirentd'autant plus cette paix qu'à peine peuvent- 
ils faire un pas sans courir risque d'estre égorgé ; les Gannecys 
sortent rarement de leurs limites sans donner dans quelques pièges : 
donc les uns et les autres se feroient une grande fête de devenir 
amis ; leur interest commun et la nouveauté les y pousseroient en 
leurs réprésentants mille douceurs et aventages dans cette aliance ; 
mais les plus flattés seroient sans contredit les Gannecys par l'envie 
qu'ils ont de voir et d'acquérir nos marchandises (K), et la jalou- 
sie qu'ils portent aux autres, qu'ils scavent jouir du privilège de 
commercer librement avec nous. 



PROJET DE PAIX ET d'aLLIANCE AVEC LES CANNECIS 73 

(K) les nations que nous avons, tant sur la rivière Rouge qu'aux envi- 
rons, ne vivent presque que de beufs ; les Cannecys ne conoissent point 
d'autre nouriture ; pour en trouver il faut que les uns et les autres sortent 
dans les prairies souvent au hazard de se rencontrer et où le plus foible 
succombe toujours sous le plus fort ; il est donc bien aisé de juger com- 
bien ces différentes nations s'attacheroient à ceux qui leurs procureroient 
la paix. 

Je suis très persuadé qu'on réiissiroit du premier abbord en fai- 
sant choix d'une personne connue et au fait des usages de nos 
Indiens : elle s'aboucheroit avec eux, comme on vient de le dire, et 
lèverait chez eux un poste suffisant et bien armé pour entrer sur les 
parages des Gannecys (non encore prévenus) sans en craindre de 
surprise. Quand on en seroit à portée, on détacheroit une esclave 
de cette nation qui nous seroit familier, sachant sa langue et la 
notre, y porter la nouvelle qu'un chef françois est arrivé, qu'il 
demande à les voir, qu'il est chargé d'un présent pour eux et d'un 
pavillon de ma part ; et qu'il vient pour leur procurer la paix avec 
leurs ennemis (L). Est-il douteux qu'ils ne vinssent tous en foule 
s'éclaicir d'une si heureuse nouvelle et cymenter pour toujours celte 
paix si peu atendue et si désirée depuis tant d'années? 

(L) L'espagnol n'ignore pas combien cette paix luy seroit désavanta- 
geuse si elle venoit à se conclure entre ces nations que j'ay desja dit, qui 
nous servent de barière entre les Gannecys et nous ; ils avouent qu ils 
seroient contraints d'abandonner beaucoup de ses forts et surtout celui 
des Adaiyes et la province entière, n'estant plus en état de risquer aucun 
convoyé que les Gannecys pilleraient et massacreraient, aidés des armes 
à feu et enhardis à faire des prises par l'avantage décidé qu'ils auraient 
dans les premières aventures. 

Nous serions donc instalé dans cette nation puissante, à mesme 
de fouiller et de découvrir ses terres, d'y faire un commerce bril- 
lant, des établissements considérables à deux pas de Coagaila (M), 
du Skltillo, et de S* Antoine, maîtres du chemin de S"* Feez, 
avancé dans celuy du Mexique, sûrs qu'au premier signal que nous 
ferions le Gannecys iroit fondre sur l'Espagnol avec lequel il seroit 
de pair pour les armes à feu, et les munitions qu'il tirerait de 
nous, en un mot à mesme de nous flatter d'estre les arbitres de son 
trouble ou de son repos, et de tirer vanité ou avantage de ce pou- 



74 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

voir que nous aurions de luy procurer de la tranquililé ou de luy 
laisser faire beaucoup de mal. C'est ce quil est prudent de luy 
préparer de longue main, en cas de guerre et de rupture ouverte 
avec cette monarchie. 

(M) Saltillo est la S*' ville que l'on trouve en allant des Adaiyes a 
Mexique, et à moitié chemin de cette capitale. Les Espagnols, qui ont 
voyagé chez nous, la comparent à la Nouvelle Orléans ; elle est gouvernée 
par un alcade ou juge de police ; il n'y a point de troupes ; il s'y fait de 
grandes affaires et on y voit beaucoup de monoye et de matières ; dans 
son voisinage est un bourg peuplé de tlascaltecs, ces fameux Indiens qui du 
temps de Montezuma formoit une république qui épousa le party de Hernand 
Cortez et ne contribua pas peu à luy faciliter sa conquête ; ils sont nobles, 
exemps de tout tributs, fîdels à l'Espagnol mais peu nombreux. 

Santa Fez capitale de cette province, que les Espagnols apellent Nuevo 
Mexico, où il y a des mines d'or et d'argent très riches ; il ne con- 
naissent d'autre route pour y aller que celle de mexique et rabattent par 
Chicayua n'osant se risquer à faire la traverse des Cannecys, ce qui leur 
abrègeroit le chemin de plus de 400 lieux. Ceiuy dont ils se servent est 
très pénible à cause des montagnes escarpées qu'il faut franchir, et c'est 
ce qui les empêchent d'ouvrir et de travailler autant qu'ils le désirent les 
riches mines de cette province, par la difficulté d'en transporter le métal; 
il esta observer que c'est toujours le Cannecys qui les en prive et que 
c'est par luy que nous pouvons nous les aproprier. 

De quel œil l'Espagnol envisagera-t-il donc ces progrets ? que 
penseroit-il de nous voir si près du centre de ses provinces et chez 
nous dans ces belles contrées, qu'il tache inutilement d'envahir 
depuis si longtems, qui luy ont coutté tant de sang sans aucun 
fruict (N). 

(N) la dernière campagne qui s'est faite par les Espagnols sur les 
Cannecys fut extrêmement desavantageuse k ces premiers ; ils s'y présen- 
tèrent au nombre de 200 hommes, et estoient commandés par le gou- 
verneur de Goaguila ; il tomba dans une embûche pour s'estre laissé 
découvrir, fut dangereusement blessé, perdit plus de la moitié de son 
monde, presque tous ses chevaux et ses bagages; ce fut en 1743 ; depuis 
cette avanture, l'Espagnol se contente de rester sur la défensive. 

Il n'est pas douteux que le vice roy, inquiet et jaloux, ne man- 
queroit pas d'éclater, qu'il se récrirait, que nous sommes des uzur- 
pateurs (O), en quoy il seroit très facile de refutter son accusation, 
puisqu'on fait de pénétrer le premier dans un pays ; c'est moins 



PROJET DE PAIX ET DALLIANCE AVEC LES CANNECIS 75 

commettre une hostilité, que faire une découverte et une acquisi- 
tion des plus légitimes. 

(0) L'Espagnol nous taxeroit d'usurpateur, non que ces terres soyent a 
iuy, mais il espère en estre un jour possesseur, et on doit avouer qu'elles 
sont à sa bien sceance, mais qu'elles nous conviendraient beaucoup et 
qu'il y auroit regrets de les voir en d'autres mains. 

11 seroit donc a souhaiter que l'on put, plustot que plus tard, s'assurer 
de cette nation pour prévenir, que le désespoir d'estre harcelle par toutes 
les nations qui les environnent ne les oblige de se livrer aux Espagnols : 
c'est même ce qu'ils espèrent et ce dont ils se flattent. 

Enfin, supposé que cette affaire fut portée comme il ne seroit pas 
douteux à la cour de Madrid, que de là on en écrivit à celle de 
France, et que, vu l'union des deux couronnes il en vint à résulter 
des ordres conformes aux désirs de l'Espagnol, que nous fussions 
contraint, en un mot, d'abandoner cette nouvelle découverte ; ne 
serions nous pas en droit, en ce cas, de profiter de la circonstance 
pour exiger de Iuy le cartel établi à Pensacola, la traite des bes- 
tieaux et le commerce libre, et Iuy ne devroit-il point s'estimer 
trop heureux de se soumettre à de telles conditions et aussy 
justes? (P). 

Cet article mérite attention, et sïl n'a pas lieu, il ne faut 
jamais compter sur un établissement florissant aux Nacchytochès, 
par la très grande facilité que trouvent nos troupes pour la déser- 
tion ; et, si par un accommodement de nécessité, le cartel avoit 
lieu, qu'il fut exécuté de bonnefoy de part et d'autre, que le com- 
merce des bestiaux fut libre, on en feroit dans les commencements 
des aprovisionnements si considérables que l'infraction de ce traité 
deviendroit fort indifférente puisque on auroit eu le temp^^ d'en 
établir des souches par toute la colonie ; nous pourions encore éta- 
blir avec Saint Domingue une branche de commerce très utile par 
la traitte des mulets que nous en pouvons tirer qui content rendu à 
la Nouvelle Orléans de iOO à 120^ pièce, et que l'on vend à 
Saint Domingue 8 à .900^ ; le l'Equité de La Rochelle vient d'en 
embarquer 40 pour Saint Domingue qui lui ont coutté JOO^ ; il 
en â porté au Gap francois 39 bien portans qu'il a vendu comme 
je viens de le dire ; il en seroit de mesme des chevaux. 

Enlîn de ce commerce bien entamé en résulieroit infailliblement 
celuy de plusieurs autres différents objects ; nous aurions ce que 



76 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Ton a sollicité depuis si longlemps sans réussite, et le Cannecys 
déjà initié dans notre commerce, ne voudroit plus y renoncer, il 
nous suivroit luj mesme si nous le quittions ; ce qui luy seroit aisé 
vu cette paix que nous hiy aurions procuré avec ces nations qui 
servent de barrière entre luy et nous, et qu'il faudroit toujours 
luy ménager. 

la saison la plus propice pour cette entreprise seroit l'automne 
où les chaleurs ne seroient pas intollérables, les praieries point 
dépourvues d'eau et, par cette raison, le voyage moins pénible aux 
hommes qui l'entreprendroient, et plus suportable aux bêtes de 
charge dont il faudroit se servir. 

Si le projet paroit mériter attention et qu'on y aperçoive un bien 
pour cette province, il faudra uzerd'un secret inviolable et se com- 
porter dans l'exécution de façon que l'étranger aprenne en mesme 
temps qu'il a estéconçu et remply ; il seroit à craindre, s'il trans- 
piroit, qu'il ne mit tout en œuvre, et ne s'imposât mesme des con- 
ditions onéreuses vis à vis de ces Indiens pour se les concilier, au 
moins pendant quelque temps et dans un besoin si pressant, ce 
qui les mettroit dans les suites en droit de dire que nous leurs 
aurions aliéné cette nation de son domaine. 

(P) Il est certain quasi on estoit sollicité par l'espagnol de se désister 
de cette découverte et que nous prissions sur nous de temporiser cet 
accord et de luy laisser conoistre que peut-être nous le ferions en vue de 
quelque autre intérest, il n'en est pas un seul qu'il ne nous sacrifia^ et qu'on 
seroit surpris de sa grande docilité à souscrire à toutes nos demandes. 

Le commerce que nous aurions avec le Gannecys consisteroit en 
chevaux, mulets, peaux de bœuf, de biches, de daims. 

Ajoutons y le commerce que nous ferions avec les Espagnols qui, 
malgré eux, seroient nos voisins. 

A une demie journée de marche du village des Quitesinges, on 
trouve les grandes prairies où Ton a beaucoup à soutTrir de la soif 
en esté, estant obligé de faire souvent 20 et 30 lieues sans trouver 
d'eaux, ce qui empêche les sauvages de sortir dans cette saison, cet 
inconvénient n'a point lieu dans l'automne ; les dits Quitesinges 
sont à environ 65 lieues des Natchitochès. 

A la Nouvelle Orléans le i*^"" octobre 1753. 

Kerlérec. 



ACTES DE LA SOCIETE 



SÉANCE DU MARDI 10 JANVIER 1905 

Présidence de M. le D'' E.-T. Hamv, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine. 

Le procès-verbal de la séance du mardi 6 décembre 1904 ayant été lu et 
adopté, le Secrétaire dépouille la correspondance. La correspondance manu- 
scrite se compose : 1° d'une note de M. le chevalier Van Panhuys, fonctionnaire 
au ministère royal des Colonies de Hollande à La Haye, résumant les dernières 
explorations néerlandaises dans les régions montagneuses du Suriman ; 2" d'une 
lettre de M. de Mier, accompagnée de renseignements biographiques sur 
M. Baz ; 3° d'une lettre de M. le D"" Rivet, relative à son itinéraire sur les con- 
fins de l'Ecuador et du Pérou septentrional ; 4° d'une lettre de M. Humbert, 
remerciant de son élection comme membre de la Société; 5° dune dépêche 
ministérielle au sujet des Échanges internationaux; 6° de diverses lettres con- 
cernant soit la distribution, soit l'échange du Journal. 

La correspondance imprimée se compose : 1" des envois ordinaires (Glohus, 
22, 23, 24 a, 1904; 1, 1905; Bolelin del Mnseo Nacional de Mexico, numéro 
supplémentaire, et Anales, n° 10; Bolelin del Cuerpo de Ingenieros de Minas 
del Peru, 10 et 15); d'un certain nombre de périodiques nouveaux, obtenus par 
voie d'échange [Museon, années 1900-1904; Bulletin et Mémoires de la Société 
d'Anthropologie de Paris, n° 3, 1904; American Journal of Science, janvier 
)90^^ ; Relalorio da Directorio de la Sociedad scientifica de Sao-Paulo, 1903- 
1904). 

L'envoi du Journal, à titre d'essai, avec cette dernière Société, nouvellement 
formée, est immédiatement proposé et voté ; de même l'hommage de quatre 
années de notre collection (1900-1904) à la rédaction du Museon de Louvain. 

Au nom du duc de Loubat, le Président signale la décision prise par le gou- 
vernement mexicain de faire procédera des fouilles méthodiques à Teotihuacan, 
ainsi que la prochaine publication d'un texte espagnol des Ahhandlungen du 
D'' Seler. m. le D"" Hamv attire, d'autre part, l'attention de l'assemblée sur l'ar- 
rivée récente au Muséum d'une collection céramique, provenant du Bas-Pérou 
et dont l'envoi se doit au capitaine Berton, attaché militaire à la légation fran- 
çaise à Lima et collaborateur du service géodésique péruvien. Nous n'avons 
que peu de détails sur l'origine précise de ces pièces très nombreuses et assez 
inégales en valeur. Cependant l'envoi de ^L le capitaine Berton mérite l'inté- 
rêt, parce qu'il renfermait quelques moules en creux destinés à reproduire des 



78 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

fruits. C'est un g-enre de pièces toujours assez rare. M. Hamy présente aussi 
un sUvador dont Tembouchure, dépouillée de sa gaine par un accident, laisse 
voir un dispositif très spécial. 

M. Hébert promet d'étudier les moules précités et de rédiger une note à ce 
sujet. D'ores et déjà, les pièces en question le coniirment dans ses anciennes 
idées au sujet de l'usage que les céramistes péruviens faisaient des moules en 
creux. Ils poussaient des pièces dans les creux et les rapportaient pour complé- 
ter des vases. 

M. Marcel communique sa notice nécrologique sur Gabriel Gravier (voir 
Journal, nouv.sér., t. II, p. 137). 

La parole est ensuite donnée à M. FRomEVAUx pour sa communication 
relative aux travaux géographiques du Congrès de Stuttgart D'après le 
compte rendu qui sera jjublié dans le Journal (voir t. II, p. 325), les sciences 
géographiques, histoire des découvertes et de la colonisation, ont tenu dans 
les séances de la XIV® session une place plus considérable qu'à New- York. 
Tout n'était pas, d'ailleurs, d'égal intérêt dans les mémoires qu'elles ont 
inspirés. M. Froidevaux insiste sur les études de MM. Wilhelm Ruge de 
Leipzig, .1. P^ischer de Feldkirch (Vorarlberg-) et Auguste von Volkenhauer de 
Gœttingue. Le globe de Gemma Frisius, par sa date (entre 1535 et 1537), que 
M. Ruge est parvenu à préciser, offre cet intérêt d'avoir été l'un des premiers 
à placer l'Amérique dans un dessin à peu près correct du monde terrestre. 
Moins général que le précédent, l'exposé que le R. P. D'' Fischer, bien connu 
comme spécialiste, a consacré à la cartographie des découvertes normandes 
en Amérique, met au jour un nombre respectable de documents inédits qui 
permettent de suivre les variations du type cartographique du Groenland 
pendant deux siècles. Enfin, M. von Volkenhauer s'esl, lui aussi, adressé 
à la cartographie du xvi® siècle, spécialement celle de Terre-Neuve, pour 
trouver des preuves nouvelles que la science, dès cette époque, connaissait 
la déclinaison magnétique et savait en tenir compte. En terminant, M. Froi- 
devaux se réjouit de la part prise par les américanistes français en général, 
et la Société en particulier, à l'œuvre du Congrès et il signale le grand et 
légitime succès remporté par la lecture de notre Président sur Humboldt et 
Bonpland. D'un autre côté, la distribution de la brochure de notre confrère, 
Jules Humbert, offerte en hommage à la XIV^ session, a été accueillie avec 
une faveur marquée par les congressistes allemands. 

M. le D- Ha.my, tout en remerciant M. Froidevaux de son excellent résumé, 
lui reproche amicalement d'avoir passé sous silence sa contribution personnelle 
et il propose, ce qui est accepté, qu'à une prochaine réunion, lecture soit faite 
du mémoire sur les flibustiers de la baie de San Blas au xvm^ siècle. 

M. Lejeal donne communication d'un manuscrit envoyé par M"* Signe Rink 
sur l'origine du mot « Kàlàlek », nom populaire des Groenlandais (voir 
Journal, nouv. sér., t. II, p. 117). Par des arguments empruntés à la philo- 
logie et à l'histoire, l'auteur réfute Tétymologie courante [Skraeling). consacrée 
par l'opinion de Kleinschmidt, et prouve que les Inuits orientaux ont dû 
apporter d'Asie le vocable sous lequel ils se désignent eux-mêmes. 

La séance est levée à 6 heures. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 79 



SÉANCE DU MARDI 7 FÉVRIER 1905 

Présidence de M. le D"" E.-T. Hamy, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine. 



Après la lecture du procès-verbal de la dernière séance (10 janvier 1905) qui 
est adopté sans modifications, le Secrétaire dépouille la correspondance impri- 
mée et manuscrite. 1° Correspondance^ imprimée : Glohus, n°^ 2, 3, 4, 5 ; 
Anales del Museo Nacional de Montevideo, t. I; Boletin de la. Sociedad 
Antonio Alzate, n°^5-10; Zeitschrift de la « Berliner Anthropologische Gesell- 
schaft » (côîlection depuis 1896, plus le numéro courant de 1905j ; Publications 
de r << Université de GaliCornie » ; « Annuaire » [Life and Culture of the Hupa et 
Hupa Texts par Pliny Goddard ; Exploration of the Potter Creek Cave par 
William Sinclair); Transactions du Département d'Anthropologie et d'Archéo- 
logie de l'Université de Pennsylvania à Philadelphie, 1905, vol. \\Proceedings of 
the American Philosophical Society, vol. 43, n" 177; Papers ofthe Peahody 
Muséum, « Harvard University » (A Penitential Rite of aneient Mexicans par 
Mrs Zelia Nuttall; Représentation of Deities of the Maya Manuscripts par 
Schellhas) ; Bulletin et mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, n° 4; 
Revue de l" École d' Anthropologie de Paris, n" 1. — 2° Correspondance manu- 
scrite : accusés de réception du Journal ; demande d'échange (« Historical 
Society of Wisconsin »); lettre relative au service à\x Journal (Muséum de 
l'Université de Philadelphie); note nouvelle de M. Van Panhuys au sujet des 
explorations dans la Guyane hollandaise. 

L'échange demandé pari'" Historical Society of Wisconsin » est accordé. 

M. le Président dépose sur le bureau, au nom de M. Emile Wagner, voya- 
geur du Muséum, une note sur les Indiens Guatos de Matto Grosso (Brésil), due 
à M. E. Monoyer, agent de la « Compagnie des produits Gibils » à Saô José, sur 
le rio Saô Lourenço. Cette petite étude a le mérite d'offrir l'ethnographie som- 
maire, mais complète, d'une des races indigènes les moins bien observées jus- 
qu'ici. En raison de sa nouveauté, M. Hamy en propose l'insertion au Journal, 
après les changements qui paraîtraient nécessaires (voir t. II, p. 155). Il annonce 
ensuite la mort de M, Girard de Rialle, ancien ministre de France à Santiago 
du Chili, diï-paru au moment "où les loisirs de la retraite allaient, sans doute, 
lui permettre de prendre part à nos travaux. M. Hamy veut bien accepter de 
rédiger une nécrologie de cet américaniste qui laisse quelques écrits estimables. 

La parole est successivement donnée à MM. DiocETct le comte deCharencev; 
à M. Diguet pour la biographie de notre ancien collègue, M. Baz ; à M. de Cha- 
rencey pour Téloge du marquis de Nadaillac, l'un des membres fondateurs de 
la Société des Américanistes. M. de Charencey est parvenu à dresser, de 
l'œuvre si copieuse du défunt, une bibliographie qui peut être très utile (voir 
t. II, p. 133). 



80 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

M. Lejeal rend enfin compte, selon l'ordre du jour, des principaux mémoires 
ethnog-raphiques présentés au Congrès des Américanistes de Stuttgart (v. infra^ 
p. 123). Il signale d'abord l'abondance des études consacrées par les améri- 
canistes allemands à l'Amérique du Sud, probablement sous l'influence de 
MM. Von den Steinen, Reiss, Ehrenreich, organisateurs de la XIV" session. 
Cette dernière se trouve ainsi en curieux contraste avec la réunion de New- 
York en 1902, dans laquelle le continent méridional n'avait inspiré que trois 
mémoires. La seconde partie de la communication de M. Lejeal est consacrée 
à l'analyse sommaire des contributions qui lui ont paru les plus importantes 
ou les plus nouvelles. Ce sont, dans l'ordre préhistorique, 1 étude de M. Hans 
Meyer, de Leipzig, sur « l'ère préhumaine dans les régions andines équatoriales» 
et le travail de Sir Clément Markham sur « l'âge mégalithique au Pérou >>. 
Viennent ensuite, pour l'ethnographie moderne, une note curieuse de M. Gôldi 
(du Muséum de Para) sur le maniement de la hache de pierre dans le domaine 
fluvial de l'Amazone ; l'exposé de M. le chevalier Van Panhuys (La Haye) sur 
i'ornamentique de la Guyane hollandaise; celui de M. Khrenreich (Berlin) sur 
les mythes et les légendes chez les peuples primitifs du Sud-Amérique; celui 
du comte Rosen (Stockholm) sur les Indiens Chorotes du Chaco bolivien. La 
parenté des contes d'animaux d'un bout à l'autre du monde américain semble 
la conclusion à tirer du travail de M. Ehrenreich; M. Rosen a démontré que 
les Chorotes constituent un groupe linguistique distinct des Mataccos etTobas 
auxquels on les assimilait jusqu'ici. Pour d'autres régions, le D"" Schmelz 
(Leyde) a soumis au Congrès les éléments d'un corpus de piclographies et 
pétroglyphes des Antilles hollandaises qui paraîtraient confirmer l'analogie 
des monuments en question avec ceux des Antilles françaises et de la région 
de rO.'^énoque. 

M. Stolpe (Stockholm) a étudié les détails fournis par l'expédition envoyée à 
la recherche d'Andrée sur les anciens établissements esquimaux du Groenland 
septentrional. Les explorateurs suédois ont retrouvé là tous les éléments d'une 
ethnographie complète, restes d'habitations, de magasins, ustensiles et tombes, 
et même, sur un point particulier, tout un cimetière. Tous les objets exhumés 
(parmi lesquels l'auteur du mémoire a noté surtout des jouets d'enfants) sont 
bien conservés et présentent peu de traces d'usure. D'autre part, les cadavres 
avaient été enterrés avec soin. On peut donc supposer que les habitants de ces 
stations n'ont pas été détruits, mais qu'ils abandonnèrent leur résidence pour 
émigrer ailleurs. Enfin, M. Sapper (Tubingue) a communiqué au Congrès une 
monographie très étendue des Indiens Pokonchis (distincts de la Vera Paz et 
San Cristobal, Guatemala), d'après les observations du savant local Vicente 
A. Narciso. Ce mémoire contenait un texte historique indigène inédit de l'année 
1565. 

Après cette lecture, suivie d'un échange d'observations entre MM. IIamy, 
Gonzalez de la Rosa et Lejeal, la séance est levée à 5 heures 5U. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 81 



SÉANCE DU MARDI U MARS 1905 

Présidenck de m. le D'' E,-T. Hamy, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine. 



La séance est ouverte par la lecture du procès-verbal du 7 février 1905, 
adopté sans modifications. Le Secrétaire dépouille ensuite la correspondance 
manuscrite et imprimée. 

La première comprend : des lettres relatives aux échanges (Société anthro- 
pologique de Vienne, <i Smithsonian Institution ») ; des lettres relatives à la 
rédaction du Journal^ numéro en cours d'impression (MM. de Jonghe, Protat, 
Boman, Adam). -- La correspondance imprimée se compose des publications 
suivantes : Milleilunffen der Anlhropolog^ischenGesellschaft in Wien (numéro 
courant) ; Globus, n"^ 6, 7, 8, 9 (le numéro 7 est particulièrement intéres- 
sant, comme consacré à commémorer le 70^ anniversaire du professeur 
Richard André) ; Bulletin of the United States National Muséum (n° 51) ; Ame- 
rican Anticfuarian and Oriental Journal (january-february, n° 173); Revue de 
V Ecole dWnthropologie (février 1905) ; Boletin del Cuerpo de Ingenieros de 
Minas del Peru, n° 5) ; Boletin de la Sociedad geografica de Lima (n° 1). 

D'autre part, notre collègue, M. le baron Hulot, a fait hommage à la Société 
de son livre, récemment réimprimé: De l'Atlantique au Pacifique. Enfin, 
M. le Président veut bien se dessaisir, en faveur de la bibliothèque, d'une série 
de brochures américanistes et d'un certain nombre d'exemplaires des Memorias 
de la Societad Anlonie Alzate qui compléteront notre collection. 

M. ViGNAUD oJfre également une bibliographie du D*" Sophus Ruge par 
M. Hugues. 

M. Hamy, reprenant la parole, annonce la mort de deux américanistes émi- 
nents: le professeur Bastian, de Berlin, et le D'' Stolpe, de Stockholm. Il résume 
à grands traits leurs carrières. M. Hamy insiste sur la grande prospérité que le 
professeur Bastian avait su donner au Musée royal d'ethnographie de Berlin, 
qu'il a dirigé presque jusqu'à sa mort, etsur les collections dont il enrichit son 
pays, entre autres la série des bas-reliefs de Santa Lucia Gozumahualpa et la 
collection péruvienne acquise du D"" Macedo. Quant à M. Stolpe, ses nombreux 
voyages et ses travaux ont eu pour but l'étude comparative du dessin décora- 
tif. Il y avait appliqué avec succès les procédés de reproduction par frottis, 
imaginés jadis par le colonel Duhousset pour les monuments de l'art persan. La 
biographie de M. Stolpe sera rédigée par M. Boman (voir infra, p 94); M. de 
JoNGHE se charge delà nécrologie de M. Bastian (voir t. Il, p. 289). 

M. Vignaud dépose sur le bureau un exemplaire de son dernier ouvrage : 
Etudes critiques sur la vie de Colomb avant ses découvertes. A propos de cette 
présentation, MM. Hamy et Gabriel Marcel disent rapidement l'originalité et la 
forte documentation du livre dont M. Marcel rendra compte dans le Journal. 

Société des Américanistes de Paris. 6 



82 SOCIÉTÉ DES AMÉBICANISTES DE PARIS 

M. le comte de Gharencey annonce la prochaine apparition du 2*' volume 
de L'Année philologique qui se publie sous sa direction. Il y signale, comme 
capables d'intéresser les Américanistes les chapitres rédigés parle R. P. Morice 
et le D"" Nicolas Leôn, ce dernier constituant une véritable bibliographie des 
langues mexicaines [voir Journal, nouv. sér., t. II, p. 347). 

Lecture estdonnéef : î" par le Secrétaire d'une note de M. de Jonghe, relative 
au « Club des Américanistes de Berlin » (voir Journal, nouv. sér., t. II, 
p. 168) ; 2" par M. Henri Cordier d'une analyse du Catalogue des ouvrages 
relatifs à r Amérique conservés par la Bibliothèque nationale de Paris [voir 
Journal, t. II, p. i71). 

Le petit travail de M. de Jonghe porte principalement sur les recherches du 
D"" W. Lehmann à propos de la paléographie mexicaine et soulève, à ce point 
de vue, diverses observations. M. Hamy regrette que M. Lehmann ait semblé 
méconnaître la parenté du Manuscrit du Cacique avec le Codex Becker n° 1 de 
Darmstadt. M le duc de Loubat dit quelques mots du Codex Sanchez Solis, 
autrefois possédé par le baron Walcker Gôtter. M. Lejeal note une erreur 
légère dans les classifications paléographiques de M. Lehmann. Enfin, MM. Hamy 
et Marcel font ressortir limportance des pictographies, reproduisant l'enquête 
géographique de 1596 dont M. Lehmann n'a pas dit un mot. Les originaux sont 
en Espagne ; mais la Nationale en possède quelques très bonnes photographies 
(section de géographie). 

Quant à l'analyse de M. Cordier, elle signale l'œuvre tout à fait méritoire et 
vraiment scientifique de la bibliographie monumentale entreprise par M. Bar- 
ringer et regrette l'insuffisance budgétaire qui n'en a permis qu'une reproduc- 
tion autographique. 

En l'absence de l'auteur, la communication sur les flibustiers du Darien est 
remise à la séance d'avril. 

Pour la remplacer, M. Lejeal donne lecture des principaux passages du tra- 
vail sur les Memoriales de Motolinia qu'il a présenté au Congrès de Stuttgart. 
C'est une comparaison détaillée du texte récemment publié par notre confrère, 
M. Luis Garcia Pimentel, avec la Historia de los Indios de la Nueva Espana, 
publiée en 1858 par le père de M. Garcia Pimentel, Garcia Icazbalceta. Il résulte 
de cette confrontation que les Memoriales constituent une première version de 
la Historia, moins parfaite peut-être, au point de vue littéraire, mais plus com- 
plète comme érudition. D'autre part, les emprunts que Mendieta, Torquemada 
et divers autres historiographes avouent avoir faits à leur devancier ont été 
tirés des Memoriales et non de la Historia. La publication nouvelle comble 
donc une lacune considérable dans l'histoire de la tradition franciscaine relative 
à l'antique ethnographie du Mexique. 

En tin de séance, M. le duc de Loubat communique un procédé de conserva- 
tion des fresques anciennes qni est utilisé avec succès à Pompéi et à Délos 
et propose, ce qui est adopté, de le faire connaître, par la voie du Journal, au 
moment où le gouvernement mexicain forme le projet de fouilles méthodiques 
à San Juan Teotihuacan (voir t. II, p. 165). 

La séance est levée à 5 heures 50. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 83 



SÉANCE DU MARDI 4 AVRIL i905 

Présidence de M. le D'' E,-T. Hamy, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine. 



Le procès-vîrbal de la séance du 14 mar^ est lu et adopté. La correspondance 
manuscrite se compose de lettres de MM. Protat, de Jonghe, Adam, Raoul de 
La Grasserie et Lehmann-Nitsche, relatives soit à la publication du numéro 
courant du Journal^ soit au service des échanges, soit à des projets d'articles 
ou de collaboration. La correspondance imprimée comprend : 1" Zeitschrifl fur 
Ethnologie, 190.5, Heft I; 2° GlobuÈ, n"^ iO, 11, 12; â" Wûrtenbergische 
Jahrhûcher fur Statislik und Landeskunde, 1904, Heft II ; 4° jBa//e/m et 
Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, n° 5; 5° Revue de V Ecole 
d' Anthropologie de Paris, mars 1905; 6" deux brochures de M. le D'^ Lehmann- 
Nitsche et intitulées, l'une : Altpatagonische,angehlich-sypkilitische Knochen 
ans dem Muséum zu La Plata ; et l'autre : Sammlung Boggiani von Indianer- 
iypen aus dem Zenlralen Siidamerika. 

M. le Président dépose, d'autre part, sur le bureau des numéros récem- 
ment reçus des An: les del Museo nacional Salvadoreno, dont M. le D"" Verneau 
veut biep acccepte? de rendre compte. Puis M. Hamy annonce la mort de 
M. Henri l Saussure, membre correspondant de la Société, depuis l'origine, 
qui laisse a importants travaux sur la géographie physique et l'histoire natu- 
relle des régions mexicaines. Une notice nécrologique sera consacrée dans le 
Journal à notre regretté collègue (voir infra, p. 97). 

M. Gabriel Marcel rend compte des Etudes critiques sur la vie de Colomb 
avant ses découvertes, le récent ouvrage de M. Henry Vignaud. dont il s'at- 
tache à montrer la documentation originale et minutieuse [voir Journal, nouv. 
sér., t. II, p. 151). 

Lecture est ensuite donnée de diverses notices destinées au Journal de 'la 
Société (sur la piedra las Tecomales, par le D*" Hamy', sur l'œuvre dAdan Qui- 
roga, par M. Boman 2). 

L'ordre du jour appelle, enfin, la communication de M. Henri Froidevaux. 
Ce travail, envoyé par son auteur au Congrès de Stuttgart, et rédigé d'après 
des sources en partie nouvelles, est consacré à l'histoire mystérieuse de la 
flibuste française au xvin^siècle. Il étudie Texistence, entre 1700 et 1750, d'une 
petite colonie de forbans, installés- dès la fin du xvii^ siècle, sur les côtes du 
Darien. Quelques détails sont des plus curieux, en particulier l'organisation 
toute patriarcale de ce groupe qui paraît avoir accueilli dans son sein des élé- 
ments indigènes. M. Froidevaux insiste sur quelques-uns des chefs suprêmes de 

1. Voir nouv. sér. t. II, p. 104. 

2. lbid.,p. 139. 



84 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

ces flibustiers du Darien, notamment le chef Dupuis, dont l'action tendit à 
constituer dans Tisthme de Panama un établissement français régulier. Un 
chapitre du mémoire augmente avantageusement la liste des expéditions de 
la flibuste contre les territoires espagnols. 

En fin de séance, il est procédé à la revision de la liste de la Société. Deux 
membres sont déclarés démissionnaires, en exécution de l'article 5 cjes statuts. 
Des démarches seront faites par le bureau auprès de diverses personnes sus- 
ceptibles d'accepter les places vacantes de membre titulaire. 

La réunion se sépare à 5 heures 50. 



SÉANGK DU MARDI 3 MAI 1905 

Présidence de M. le D"^ E.-T. Hamy, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine. 



La séance s'ouvre par la lecture du procès-verbal de la réunion du 4 avril 
qui est adopté. Puis le Secrétaire dépouille la correspondance manuscrite et 
imprimée. La première comprend des lettres relatives à l'organisation de la 
séance (M. I^éon Diguetl, au service du Journal (M. Chavero), à des projets 
de publication (M. Raoul de La Grasserie). L'administration du journal le 
New-York World demande, d'autre part, des renseignements sur l'œuvre et 
la publication de la Société et la Direction générale de Statistique du Paraguay 
notifie sa réorganisation. 

La correspondance imprimée se compose des envois des périodiques habi- 
tuels et de quelques hommages : 

Proceedings of *he American and Anliquarian Society (vol. XV) ; Boletin 
del Cuerpo de Ingenieros de Minas del Peru (n"' 18-19); Glohus (13, 14, 
15, 16); American Anliquarian and Oriental Journal (march-april 1905, 
n"^ 2) ; Anales del Museo Nacionalde Mexico (2^ Epoca, t. I, n°^ 1 1 et 12) ; Museon 
(1905, vol. VI, n° 1); Bévue de V Ecole d' Anthropologie de Paris (n° 4, 
avril 1905); Los Popolocas, par le D"" Nicolas Leôn (envoi de l'auteur); Peru 
primitivo ; notas sueltas ; La Lluvia [Escritura americana)^ par D. Pablo 
Patron; La Pinta ù Ceara (ces trois derniers ouvrages oflerts par M. Patron). 

M. le D"" IIamv lit quatre courtes notices sur des américanistes récemment 
décédés (MM. Philippi, Chapman, Andrews, J.-B. Hatcher'). Il donne ensuite 
l'analyse de quelques documents qu'il a reçus sur la section d'Anthropologie de 
l'Exposition de Saint-Louis, après avoir expliqué pourquoi le comité français, 
chargé d'organiser la participation oflicielle de la France dans cette section, 
a dû renoncer à sa tâche. Cette abstention, imposée parles circonstances, a été 
remarquée et regrettée ; mais la plupart des l'^tats européens l'avaient imitée. 

1. Voir infra, p. 94. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ • 85 

L'Exposition anthropologique n'a donc été vraiment complète qu'en ce 
qui concerne l'Amérique même et, spécialement, les Ktats-Unis. A ce point de 
vue, un vaste campement des tribus indiennes subsistantes, organisé au Park, a 
semblé surtout curieux. Une vingtaine de groupes ethniques y étaient 
représentés et y vivaient, sous les yeux des visiteurs, leur vie journalière. Tout 
à côté, « l'Ecole indienne » permettait de suivre les divers procédés pédago- 
giques employés aux Etats-Unis en vue d'obtenir l'assimilation des autoch- 
tones. Bien moins curieuse dans sa partie archéologique où toutes les séries en 
vitrine n'apportaient que des choses déjà connues, la section d'Anthropologie 
avait réuni, au point de vue de l'histoire coloniale et celle de la Louisiane e 
particulier, des documents de tout premier ordre. A côté d'eux, quelques pièces 
très contestables. On ne voit pas trop ce que peut représenter la cai'te de Taddeo 
'Visco de Gênes ; on doute à bon droit de son authenticité, et la lettre qui 
raccompagneparaît également suspecte '. 

Après cet exposé, accueilli avec grand intérêt, M. Verneau donne à la Société 
des nouvelles de M. le D"" Montané et fait part du projet, formé par notre col- 
lègue, de présenter au prochain Congrès préhistorique de Monaco, en 1906, 
un travail d'ensemble sur l'île de Cuba. 

La parole est ensuite donnée à M. Léon Diguet pour sa communication, 
prévue à l'ordre du jour, sur la sépulture indigène dans la Basse-Californie méri- 
dionale [Journal, nouv. sér., t. II ,p. 329). Il s'agit de la région, insulaire et 
continentale, jadis occupée par la race Péricue, aujourd'hui complètement 
éteinte. Les lieux funéraires, signalés déjà en 1885, par M. Ten Kate, et étudiés 
plus complètement, à son dernier voyage, par M. Diguet, sont en général de 
petites grottes ou, plus exactement, des poches naturelles, qui s'ouvrent à la 
surface des roches volcaniques. M. Diguet a pu rencontrer quelques-unes de 
ces sépultures in silu et parfaitement intactes. De ses observations, il résulte : 

1° Que les ossements sont, pour la plupart, recouverts d'une couche de pein- 
ture rouge ; 

2° Que les cavités funéraires en question n'étaient que des sépultures provi- 
soires ; 

3° Que les ossements y étaient disposés, à l'aide de tissus, de feuilles de pal- 
mier et de bandelettes, en paquets faciles à transporter; 

4« Que ce mode d'inhumation ne semble pas avoir existé chez les Guaycuras 
et Cochimis, voisins septentrionaux des PéricUes. 

Après la co^iférence de M. Diguet, accompagnée de tout un matériel funéraire 
recueilli par lai, M. le Président remercie notre actif voyageur et, en même 
temps, le félicite de la récente distinction dont vient de l'honorer la Société de 
Géographie (Prix Ducros-Auhert). De son côté, notre vice-président, M. Henry 
ViGNAUD, s'est vu décerner le; prix Jomard, destiné à couronner les meilleurs 
travaux sur l'histoire de la Géographie. Le dernier numéro du Journal a d ail- 
leurs mentionné ces succès qui ont été pour nous des joies de famille. 

La séance est levée à 5 heures 45. 



1. Voir Journal, nouv, sér., t. II, p. 339. 



86 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



SÉANCE DU MARDI 20 JUIN 1905 

Présidence de M. le D'' E.-T. Hamy, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine. 



Le procès- verbal de la séance du mardi 3 mai, ayant été lu et adopté, le 
Secrétaire dépouille la correspondance. La correspondance imprimée comprend, 
d'abord, les périodiques habituels [Glohus, 18-22; Mitteilungen Jer Anlhropo- 
logischen Gesellschafl in Wien, B. 'A5, Heft II und III ; Bolelin del Ciierpo 
de Ingenieros de Minas del Peru, 20-21; Anales del Museo nacional de 
Mexico, t. II, n'' 2, febrero 1905; Bévue de V École d'Anthropologie de Paris, 
n° 5, mai 1905 ; Bulletin et mémoires de la Société d'Anthropologie, 1905, n° 1; 
Actes de la Société philologique, 1904 ;Proceedings of the Davenport Academy 
of' Sciences, 1904; Proceedings of the American Philosophical Society, 
t. LXIlIj.Mais il faut aussi noter des périodiques américanistes nouveaux dont 
notre campagne de propagande a provoqué l'envoi en échange [Bolelin del Ins- 
tituto geographico Argentino; Boletim do Museu Goeldi, vol. IV, 1904, n"' 1-3 ; 
Bulletin of the American Geographical Society, 1-6 ; Annual Beport of the 
Smithsonian Institution, 1903-1904). Enlîn, nous avons reçu les ouvrages sui- 
vants : Inherilance of Digital Malformations in the i1/a« by William C. Farabee 
(in : Papers of the Peadohy Muséum) ; Basket- Designs ofthe Indians of North- 
western by D"^ Alfred L. Kroeber(in: Publications ofthe University of Cali- 
fornia); Verslag van de Gossini Expeditie par le lieutenant A. Franssen Her- 
derchee ; Contributions of American Archaeology to hvman History by 
William H. Holmes. 

La correspondance manuscrite se compose de lettres relatives aux échanges 
( Accademia dei Lincei ; Museo de la Plata ») et au service du Journal (Minis- 
tère de l'Instruction publique ; M. Alfredo Chavero ; « American geographical 
Society ») ; à l'organisation de la séance (Baron de Villiers du Torrage) ; aux 
dépenses d'impression (M. Jules Protat) ; à la publication du numéro d'octobre 
(MM. de La Grasserie, Walter Lehmann, commandant Bourgeois, Eric Boman 
et Marcel). Le Secrétaire analyse rapidement une lettre de M'"^ Jeanne Roux qui 
donne quelques nouvelles intéressantes sur le mouvement archéologique à 
Mexico. Enfin M. le duc de Bassano annonce la démission de M. de Urioste 
qui est acceptée. 

M. le comte de Gharencey dépose sur le bureau le t. II de Y Année Linguis- 
tique, dont il avait annoncé la publication à une précédente séanc<3. 

Au nom de M. Jules Humbekt, M. Lejeal fait hommage à la Société des deux 
volumes intitulés: L occupation allemande du Venezuela ei Essai sur la colo- 
nisation du Venezuela. Il rend brièvement compte de la soutenance solide et 
brillante des ces deux thèses qui a valu, à la fin du mois dernier, à notre nou- 
veau collègue le titre de docteur es lettres avec mention honorable. M. Marcel 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 87 

veut bien accepter de parler dans le Journal de V Essai sur la colonisation 
espagnole (voir Journal, nouv. sér., t. II, p. 320). Le premier des deux volumes 
ne sera pas analysé, puisque la Société a été heureuse d'en publier la partie 
la plus importante dans le numéro d'octobre 1904. Et, à cause de cela même, 
M. Hamy tient à rappeler le succès obtenu au Congrès de Stuttgart par la 
publication de cet extrait sur les Welser. 

L'ordre du jour appelle le vote sur les candidatures de MM. le chevalier L. 
C. van Panhuys et Boman, présentés à la dernière séance, lun par MM. Hamy 
et Lejeal, l'autre par MM. Hamy et Verneau. MM. van Panhuys, chef de 
bureau titulaire au ministère néelandais des Colonies, et Eric Boman, ancien 
collaborateur des Missions scientiiiques suédoise et française en Amérique du 
Sud, sont proclamés membres de la Société des Américanisles. Le Président 
souhaite la bienvenue à M. Boman, présent à là séance. Il est sûr que cette 
élection rendra plus actif encore le concours très dévoué que, depuis un an, 
M. Boman veut bien prêter à notre publication. 

Reprenant la parole, M. le D"" Hamy donne lecture d'un mémoire sur « deux 
pierres d'éclair (pedras de corisco) de l'État de Minas-Geraës (Brésil) » (voir 
Journal, nouv. sér., t. II, p. 323). Ils'agitde deux haches polies, recueillies à 
Los Tronqueros, près de Passa-Quatro, par M. Emile Wagner, correspondant 
du Muséum. Ce qui fait l'intérêt de ces deux pièces, c'est moins leur forme qui 
rappelle certains objets néolithiques de l'ancien monde, que les traditions qui 
s'y rattachent. D'après les indigènes, ce sont des « pedras encantados », des 
« pedras de corisco », nées de l'éclair et pourvues d'un pouvoir aussi mysté- 
rieux que redoutable. En manière de conclusion, M. Hamy rapproche ces 
préjugés de la légende des pierres de foudre, si répandue dans le « Folk- 
lore » des deux mondes. 

Aprèscette communication très appréciée, M. Boman, selo i l'ordre du jour, com- 
munique une étude sur « l'itinéraire du licencié Matienzo et la distribution géogra- 
phique des peuples de l'extrême-nord-ouest argentin au xvi" siècle ». Don Juan 
de Matienzo, oïdor de Las Charcas, est l'auteur d'un projet de route stratégique 
et commerciale, présenté en 1566 3 Philippe II d'Espagne. Ce document, publié 
dans \e% Relaciones geograficas de ïas Indias, vise l'établissement de communi- 
cations régulières entre la ville de La Plata (aujourd'hui Chuquisaca ou Sucre) 
et la forteresse de Gaboto sur le Rio Paranâ. Jusqu'à ce jour on a'avaitpu resti- 
tuer d'une manière satisfaisante cet itinéraire, parce qu'on ne savait pas iden- 
tifier la plupart des noms topographiques ou ethnographiques, rapportés par 
Matienzo. Son double voyage sur le haut plateau frontière de l'Argentine elde la 
Bolivie a fourni à M. Boman l'occasion d'une étude topographique et topony- 
miqùe sérieuse. Il reconstitue l'itinéraire de Matienzo, qui, selon lui, traversa, 
du nord au sud, la Puna de Jujuy, pour passer dans la « vallée Calchaquie » par 
le défilé de l'Acay. La principale uti'ité de cette restitution est de permettre de 
faire état des renseignements ethnographiques fournis par Matienzo, puisqu'on 
peut localiser désormais l'habitat des peuples qu'il a décrits. Il est ainsi prouvé, 
par exemple, que les Chichas se trouvaient un peu au sud de la frontière argen- 
tino-bolivienne, La Puna de Jujuy était occupée par un peuple que Matienzo 



88 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAN[STES DE PAKIS 

ne nomme point, mais dans lequel M. Boman verrait volontiers les ancêtres de 
Atacamenos actuels. Enfin les Diaguites occupaient les vallées au sud de TAcay. 

M. le D"" Hamy, après avoir félicité M. Boman de ses patientes et ing-énieuses 
déductions, donne ensuite le parole à M. Lejeal qui entretient la Société de 
quelques questions d'ordre intérieur, indique sommairement la composition du 
prochain fascicule du Journal et dépose sur le bureau quelques analyses biblio- 
graphiques [Hupa-Life et Hupa-Texls, par Pliny Earle Goddard ; El Monolito 
de Coatlinchan, par D. Alfredo Ghavero, etc.) dont il résume à grands traits 
l'essentiel (voir Journal, nouv. sér., t. II, p. 291 et 295). 

En fin de séance, M. Hamy confie à lexamen de M. Lejeal un cahier de notes 
et documents sur l'ancienne histoire du Mexique, envoyé par un correspondant 
de La Rochelle. 

La Société, après avoir décidé qu'elle ne ^e réunirait pas avant le mois de 
novembre, se sépare à 6 heures 15. 



SÉANCE DU MARDI 7 NOVEMBRE 1905 

Présidence de M. le D'' E.-T. Hamy, membre de l'Lnstitut 
ET de l'Académie de médecine. 



Le procès-verbal de la séance du mardi 20 juin est lu et adopté. 

Le Secrétaire par intérim dépouille la correspondance. — La correspondance 
imprimée comprend, outre les périodiques ordinaires, différentes revues nou- 
velles qu'il convient de mentionner particulièrement : Anales de la Sociedadcien- 
tifîca Argentina (julio 1905), Boletin Instituto geografico Argentino (t. XXI), 
Serriftk de la « Société Humanistique » d'Upsala (t. IV, V, VI, VII, VIII), Ameri- 
can Anihropologisl (1905, n°^ 1 et 2 et suppl.), a Rexnsta de la Faculdad de 
Letras de La Habana (n°^ I et 2), Bulletin de la Société d'Etudes coloniales 
de Bruxelles (12« année, janvier 1905). — : En outre, la Société a reçu une 
série d'ouvrages dont il lui est fait hommage et dont liste est annexée au 
présent procès-verbal * . 

Par suite à cette présentation, M. G. Marcel dépose sur le bureau le tirage à 
part de son article paru dans la Géographie {Christophe Colomb devant la cri- 
tique} où il dégage les principales conclusions énoncées par M. H. Vignaud dans 
le premier volume de ses Etudes critiques. 

En ce qui concerne les nouveaux périodiques reçus, le Président prie M. le 

1, Materials for the physical Anlhropology of Ihe Easiern European Jews, par 
Maurice Fishberg; Brain Weight in Vertebraters, par Aies Hrdlicka ; The United States 
National Muséum, par Richard Rathbun ; Indianer Studien in Zentralbrasilien, par le 
D"" Max Schmidt ; Limites entre Honduras et Nicaragua, par le D"" Membreîio; The 
Northern Maidu, par le D'' Boland B. Dixon;La Edad de la Piedra en Patagonia, par 
Félix Outes. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 89 

D"^ Verneau de vouloir bien examiner la Revista, de la Faculté des lettres de L§ 
Havane et M. Cordierde faire de même pour \e Bulletin de la Sociélé d'Etudes 
coloniales de Bruxelles. 

La correspondance manuscrite, dont le Secrétaire aborde ensuite le dépouil- 
lement, comprend : l'' des lettres relatives à l'organisation de la séance ; 2° des 
accusés de réception, des demandes d'échange; 3° des lettres relatives à l'ad- 
mission dans la Société (M™* Nuttall, MM. van Panhuys et le D'' Lehmann 
Nitsche ; 4° une lettre de M. de La Grasserie relative à la publication, aux frais 
de la Société, d'une grammaire siôux et des renseignements scientifiques de 
MM. Mac Curdy et Roland Dixon; 5" différentes circulaires relatives à des réu- 
nions déjà passées (American Anthropological Association, Société d'Anthropo- 
logie de Vienne) ou futures (Congrès des Sociétés savantes, Congrès des América- 
nistes de Québec); 6** des lettres relatives au Journal et à l'administration finan- 
cière de la Société. 

En ce qui concerne les demandes d'échange, la Société décide : 1" pour le 
Cercle d'Études coloniales de Bruxelles, que son Bulletin, examiné par M. Cor- 
dier, ne présentant pour nous aucun intérêt, il n'y a pas lieu de faire l'échange ; 
2° pour le Musée de Mexico, qui demande toute l'ancienne série in-i" du Jour- 
nal, — laquelle lui a été envoyée en son temps, — qu'on lui demandera en 
échange toute la série ancienne, qui manque à la bibliothèque ; 3" que ce n'est 
pas l'usage d'échanger les publications de la Société avec celles d'un simple par- 
ticulier, et que par conséquent il est impossible de répondre favorablement à la 
lettre de M. Outes. En outre, sur la demande du duc de Loubat, la Société 
décide l'envoi du Journal à la Southwest Society of the archaeological Institule 
of America., de Los Angeles, Californie. , 

Puis la Société admet comme membre ordinaire le D"" Lehmann-Nitsche, 
présenté par MM. Hamyet Verneau. 

Au sujet de la proposition faite par M. de La Grasserie, M. le D*" Hamy 
expose que : 1° de longues études ont déjà été publiées sur le sujet; 2" les 
ressources de la Société ne lui permettent pas d'assumer les frais d'une sem- 
blable publication. Il sera répondu dans ce sens à M. de La Grasserie dès lé 
retour du Secrétaire général. 

Enfin, relativement au Congrès de Québec, M. Lejeal écrira au bureau pour 
lui accuser réception de la circulaire et lui demander d'en envoyer un certain 
nombre que la Société transmettra à ses membres. 

Le Secrétaire par intérim signale enfin un extrait de la Bibliographie des 
Annales .de Géographie pour 1904, analysant un travail de M. Vignaud inséré 
dans le Journal de la Société. 

Après l'examen de toutes ces questions, le Président prononce l'éloge de 
M. Jules Oppert, vice-président d'honneur de la Société. Puis il déclare vacante 
la place de membre d'honneur qui sera pourvue à une prochaine séance. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. le D"" Hamy sur Richard 
Grandsire, qui fut mêlé de manière très active au mouvement scientifique 
dans l'Amérique du Sud pendant une dizaine d'années, de 1816 à 1828. 
M. Hamy le montre rouvrant les communications avec La Plata en 1817, 



90 SOCIÉTÉ DES AMÉBICANISTES DE PARIS 

revenant à Buenos-Aires en 1824, essayant à plnsieurs reprises de délivrer 
Bonpland, prisonnier du D"" Francia au Paraguay, et mourant en 1828 sur les 
chutes du Yary. C'est d'après les archives des Affaires étrangères et une 
collection d'archives personnelles que M. Hamy a pu retracer la vie très 
mouvementée de Grandsire, dont les observations de naturaliste nous échappent, 
et dont les travaux topographiques ont disparu. 

M. Hamy annonce aussi avoir 'retrouvé la plus grande partie des lettres 
écrites d'Amérique par Joseph de Jussieu. La séance se termine à 6 heures 10, 
après lecture d'un curieux travail de M. J. Humbert sur la « plus ancienne ville 
du continent américain, Gumanâ de Venezuela, ses origines, son histoire, son 
état actuel » (voir siipra^ p. 45). 



SÉANCE DU MARDI 5 DÉCEMBRE 1905 

En l'absence de MM. Hamy, président, malade, et Henry Vignaud, empêché, 
M. le duc de Bassano accepte la présidence de la réunion. M. Froidevaux veut 
bien, pour la seconde fois, suppléer le Secrétaire, retenu en Allemagne par ses 
travaux. 

Lecture est donnée du procès-verbal de la séance du 7 novembre qui est 
adopté. A propos du compte rendu de la communication de M. Humbert, 
M. Gonzalez de La Rosa croit devoir contester la priorité de fondation accordée 
à Gumanâ de Venezuela par l'auteur du mémoire. Notre confrère se propose de 
soumettre prochainement à la Société quelques notes sur ce point particulier. 

La correspondance manuscrite comprend, outre les lettres d'excuses de 
MM. Hamy, Vignaud, de Charencey et Lejeal, deux accusés de réception 
(Ministère de l'Instruction publique; Pea/)oc/y iliHi'eum). 

La correspondance imprimée se compose des quinze périodiques el ouvrages 
suivants : 

Proceedings and Transactions of the Royal Society of Canada (2*^^ séries 
vol. X, 1904, 2 fasc); Report of the 8^'' International Geography Congress, 
'Washington, 1904) ; American Geographical Society Bulletin, november 1905 ; 
American Anthropologie, july-september 1905 ; The American Antiquarian 
and Oriental Journal, n° 5; Field Columbiam Muséum (plusieurs fascicules); 
Mitteilungen der Anthropologischen Gesellschaft in Wien (B. 25, H. 4 und 5); 
Globus, B. SB, vJ 19 und 20; Rendiconti délia Reale Accademàa dei Lincei 
(fasc. 5 et 6); Memorias y Revista de la Sociedad cientifica Antonio Alzate 
(t. XHI, n°^ 9 et 10; t. 21, n^^ 1 à 4) ; Anales del Museo nacional de Mexico 
(2® série, t. II, n° 9); Boletin del Cuerpo de Ingenieros de Minas del Peru 
(n° 25) ; Anales del Museo nacional de San Salvador {l. î, n° 12; t. II, n° 14); 
Revista de Sociedade scientifica de Sao Paulo (sept. 1905) ; Revue de VÉcole 
d Anthropologie de Paris (novembre 1905), 

Au nom de l'auteur, M. Froidevaux présente le récent ouvrage de M. le D"" 
Hamy sur Dombey, donne lecture de quelques passages de lavant-propos et 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 91 

analyse rapidement le volume, en attendant un compte rendu plus détaillé qui 
sera inséré au Journal. M. Froidevaux lit encore un compte rendu sur le livre 
de M. le marquis de Dampierre [Essai sur. les sources de Chistoire des Antilles 
françaises). A propos de cette lecture, M. Marcel s'associe pleinement à Téloge 
qui vient d'être fait du travail de M. de Dampierre. Mais il émet quelques 
réserves à propos de la comparaison établie par l'article avec le répertoire de 
M. Harisse sur la Nouvelle-France, qu'il juge inférieur à l'étude sur les 
Antilles. Enfin, il insiste sur l'importance qu'aurait la découverte des papiers du 
P. de Fouqnet pour une publication de ce genre. 

L'élection inscrite à l'ordre du jour, à une place de membre d'honneur et une 
place de membre titulaire, est renvoyée à la séance de janvier. 

La parole est donnée à M. Léon Diguet pour sa communication sur la géogra- 
phie du Mixtecapan. Dans ce mémoire, résumé d'un travail plus développé 
qui sera bientôt publié (voir supra, p, 15), l'auteur donne d'abondants et 
curieux détails topographiques cl toponymiques, d'après les historiens espa- 
gnols et les recherches personnelles auxquelles il s'est livré pendant son dernier 
voyage. Incidemment M. Diguet s'étend sur le travail très compliqué de la 
cochenille en Mixtèque. Il expose, en particulier, la transformation de l'insecte, 
obtenue au Mexique par une culture habile de Vopuntia. 

Cet exposé, vivement apprécié, provoque quelques observations de M. Boman 
qui parle de la cochenille sauvage dont les Indiens de la Bolivie et de l'Argentine 
se servent pour la teinture. Il y a, en somme, d'après M. Diguet, deux espèces 
tout à fait distinctes [Dactylopius lomentosus de Lamarck et Dactylopius coccas 
Tosta) dont la première, l'espèce sauvage, donne un produit moins abondant. 
A propos de l'art tinctorial américain, M. de La Rosa rappelle que la cochenille 
est inconnue des Péruviens anciens, qui employaient, pour obtenir du rouge, un 
mollusque de genre Purpura., (oarni en abondance par leur littoral. 

A cause des fêtes du jour de l'an, la prochaine réunion est fixée au deu- 
xième mardi de janvier. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 5 heures 30. 



NÉCROLOGIE 



Edm. ANDREWS 

Le docteur Edmond Andrews est mort le 22 janvier 1904, à l'âge de 80 ans. 
C'était un g^éologue très expérimenté, il s'était surtout occupé de la période gla- 
ciaire. Son principal mémoire, publié en 1870 et qui eut beaucoup de retentis- 
sement d?ns le monde scientifique, a pour titre : The Norlh American Lakes, 
considered as Chronornelers of post-glacial Times. E. H. 



E.-J. CHAPMAN 

Edward John Chapmann, professeur de minéralogie et de géologie à l'Uni- 
versité de Toronto, est mort à The Fines, Hampton-Wick, le 28 janvier 1904. 
Il avait pris le goût de l'histoire naturelle en Algérie où il avait servi dans la 
Légion étrangère. Rentré en Angleterre, il devint élève de Brunnel et passa 
quelques années à VUniversity Collège, avant de gagner le Dominion, pour 
prendre bientôt possession de la nouvelle chaire de minéralogie et de géologie 
fondée à l'Université de Toronto. Il a été l'un des collaboratenrs assidus du 
Canadian Journal of Jndustry, Sciences and Art, où il a publié toute une série 
d'études consacrées principalement à faire connaître le sol canadien et ses 
richesses. E. H. 



J.-B. HATCHER 

John Bull Hatchkr, l'un des conservateurs du musée Carnegie, à Pittsburg, 
est surtout connu pour ses trois voyages scientifiques en Patagonie, exécutés de 
1896 à 1899. Né à Corperstown en Illinois, le 11 octobre 1861, ila succombé le 
3 juillet 1904, âgé seulement de 4.3 ans. E, H. 



R.-A. PIIILIPPI 

Rudolf Amandus Pkilippi, né à Charlotlenbourg, le 14 septembre 1808, 
médecin et naturaliste, était passé au Chili en 1851 et il avait obtenu en 18.');i, à 
l'Université de Santiago, une chaire de zoologie et botanique. Il est devenu plus 



94 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DK PARIS 

lard directeur du Museo Chileno. Ses recherches, longuement prolongées, de 
géographie et d'histoire naturelle, ont porté principalement sur l'Atacama, au 
nord, et sur TAraucanie, au sud. Il a consacré au désert d'Atacama un volume, 
qui est son œuvre principale : Reise durch die Wûste Alacama, parue à Halle 
en 1860 ; il a publié dans les Pelerinanns MUtheilungen, de 1860 à 1892, de 
nombreuses monographies sur les provinces de Valdivia et d'Arauco, la Cor- 
dillère Pelada, les lacs des Andes chiliennes, les analogies entre les flores du 
Chili et de Tliurope (1892). La Société des Naturalistes de Cassel a édile son 
voyage a l'Arauco de 1S89 et le Zeitschrift fur Ethnologie contient un mémoire 
de lui sur le Grypotherium et la caverne d' E herhardl ; evSxn il a donnéau Globus 
de 1904 un mémoire sur La nationalité des Sud- Américains. 
Phiiippi est mort à 96 ans, à Santiago, le 26 juillet 1904. 

E. Hamy. 



HJALMAR STOLPE 

Parmi les pertes que l'ethnographie et les études américanistes ont subies 
pendant Tannée dernière, Tune des plus sensibles est celle de M, Hjalmar Stolpe, 
directeur de la section d'ethnographie du Riksmuseum Ae Stockholm, mort le 
27 janvier 1905, peu de temps après son retour d'un voyage d'études aux prin- 
cipaux musées d'Allemagne. Au cours de ce vo^'age, Stolpe avait aussi pris par- 
tie au Xl'V'^ Congrès international des Américanistes, à Stuttgart, où sa com- 
munication sur les résultats des recherches de la mission scientilique suédoise 
au Groenland (1899) fut écoutée avec beaucoup d'intérêt. 

Hjalmar Stolpe était né à Gefie, dans le nord de la Suède, en 1841. Il termina 
ses études par le doctorales sciences à l'Université d'Upsai en 1872 et il se dédia, 
au commencement de sa carrière, à la zoologie. Au cours d'études sur la faune 
des îles du lac de Malar, son attention fut attirée par d'anciennes perles en 
ambre jaune qu'il avait trouvées sur 1 île de Bjorkô et il découvrit là une 
ancienne nécropole composée de plusieurs centaines de sépultures. Les fouilles 
très méthodiques qu'il elïectua dans cette nécropole lui inspirèrent deux rap- 
ports préliminaires et à sa mort le travail déiiaitif sur cette exploration était 
presque achevé. Ce travail sera probablement publié par les soins du gouverne- 
ment suédois. 

Stolpe fut l'un des fondateurs de la Société suédoise d'anthropologie, fondée 
en J873 et actuellement transformée sous le nom de Société suédoise d'anthro- 
pologie et de géographie ^ et il fut l'organisateur d'une importante exposition 
d'ethnographie qui eut lieu à Stockholm en 1878 et 1879, sous le patronage de 
cette Société. 

Pendant les années 1883-1885, Stolpe fit un grand voyage de circumnaviga- 
tion à bord de la frégate suédoise la Vanadis, d'où il rapporta une collection 

\. « Svenska SSllskapetffir antropologi och geografi. o 



NÉCROLOGIE 95 

de l'ethnographie ancienne et moderne de plus de sept mille objets. L'Amérique 
du Sud y est représentée spécialement par les résultats des fouilles du voyageur 
à Ancon. Ces collections furent exposées d'abord à Stockholm en 1886 et à 
Goteborg en 1887. 

Stolpe fut le vrai créateur du Musée d'ethnographie de Stockholm et grâce 
à sa connaissance profonde des musées européens, en général, a son talent d'or- 
ganisateur, à son art d'attirer l'attention des Mécènes sur son œuvre, ce musée 
fut agencé d'une manière modèle. 

Des générosités privées, des missions scientifiques entreprises le plus souvent 
sur l'initiative de Stolpe, enrichirent successivement l'institution. 

L'une des œuvres principales de Stolpe est son étude sur le développement de 
l'art décoratif chez les peuples sauvages, publiée en 1890-1891. Ce travail a fait 
époque et ses théories sur la transformation des figures humaines et animales en 
ornements géométriques sont aujourd'hui généralement acceptées. En dehors des 
collections du musée de Stockholm, Stolpe a employé comme matériaux pour sa 
déraonstralion environ trois mille copies d'objets qu'il avait prises au cours 
de ses nombreuses visites à la plupart des musées de l'Europe, C'est spéciale- 
ment sur l'ethnographie des Polynésiens que Stolpe a fondé cette étude et cette 
classification de l'ornamentique des peuples primitifs. 

Pour l'Amérique, il a développé les mêmes recherches dans un grand ouvrage, 
richement illustré: Éludes sur Varl décoratif des Américains, psiV\} en I89ù, 
honoré du prix institue, à l'Académie de Stockholm, par M. le duc de Loubat. 

Stolpe assista à presque tous les congrès tenus en Europe et en Amérique et 
intéressant à un titre quelconque l'anthropologie, l'archéologie et l'ethnogra- 
phie. Dans ces réunions et partout où il passa, son caractère franc et loyal, 
l'aménité et la courtoisie de ses manières, son savoir vaste et solide, ses points 
de vue profonds sur l'ensemble de la science préhistorique de l'homme, lui ont 
attiré les sympathies de tous. Sa mort a été une perte sensible pour l'ethnogra- 
phie en général, pour l'Américanisme et pour tous ceux qui étudient ces sciences. 

E. BOMAN. 



LISTE DES ÉCRITS DE HJALMAR STOLPE 

Naturkisioriska, och arkeologiska undersôkningar pà Bjorkô i Màlaren 
[Recherches de l'histoire naturelle et de 1 archéologie de l'île de Bjorkô dans le 
lacMalaren]. (« Ôfversikt af Kongl. Svenska Vertenskaps-akademiens Fôrhand- 
lingar. ») Stockholm, 1872 et 1873. 

Bjôrkôfyndet [Les découvertes à Bjorkô]. Stockholm, 1874. 

Grafundersôkningar pà Bjorkô [Fouilles dans les tombeaux de Bjorkô]. 
(« Tidskrift for Antropologi och Kulturhistoria. «) Stockholm, 1876. 

Sur les découvertes faites dans nie de Bjorkô. (« Compte rendu de la 7" ses- 
sion du Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques », 
tome H, p. 619.) Stockholm, 1874, 

Sur Vorigine et le commerce de Vambre jaune dans Vantiguité. (« Compte 



96 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

rendu de la 7" session du Con^irèsinternational d'anthropologie el d'archéologie 
préhistoriques », tome II, p. 777.) Stockholm, 1874. 

En kristen hcgrafningsplats [Un cimetière chrétien]. (« Kongl. Vitterhets- 
Hislorie-och Antiquitets-akademiens Mânadsblad for 1878 », p. 671.) 
Stockholm, 1878. 

Grafundersôkningar pà Bjôrkô à Màlaren àr 1881 [Fouilles dans les tom- 
beaux de Bjorkô pendant l'année 1881]. (« Svenska Fornminnesfôreningens 
Tidskrift ». tome V, n^ 13, p. 53. j Stockholm, 188-2. 

Vendelfyndet i Màlaren [La découverte de V'endel dans le lac Malaren]. 
{« Antiquarisk Tidskrift. ^> ) Stockholm, 1884. 

Svenska myror [Fourmis suédoises]. ('< Entomologisk Tidskrift. ») 
Stockholm, 1882. 

Den allmànna etnografiska. utsiàllningen i Stockholm [L'exposition d'ethno- 
graphie de Stockholm]. (« Tidskrift for Antropologi och Kulturhistoria. ») 
Stockholm, 1878-1879. 

Exposition ethnographique de Stockholm, 187 8-79. Photographies par 
G. -F. Lindeberg, texte par Hjalmar Stoipe. Stockholm, 1881. 

De etnografjska museerna' i Europa [Les musées d'ethnographie de TEu- 
ropej. Stockholm, 1882. 

Pàskun i Stilla oceanen [L'île de Pâques dans le Pacifique . ( * Ymer >■>, 
p. 150.) Stockholm, 1883. 

Om Vanadisutstâllningarna 1886 och 1887 [Sur les expositions des collec- 
tions faites pendant le voyage de la frégate la « Vanadis », en 1886 et 1887]. 

Bjôrkô i Màlaren. En vàgledning for resande [Bjorkô dans le lac Malaren ; 
guide pour touristes;. Stockholm, 1888. 

Sur les collections ethnographiques faites pendant le voyage autour de la 
terre de la frégate suédoise la « Vanadis » dans les années 1 8 83-1 88 o. Rap- 
port au 8" Congrès des Orientalistes. Stockholm, 1889. 

Om Kristiania universitets etnografiska samling [Sur les collections d'ethno- 
graphie de l'Université de Christiania]. (« Ymer », p. 53.) Stockholm, 1890. 

Ueber sûdamerikanischevnd mexikanische V/urfbretter. (« Int. Archiv fur 
Ethnographie», Bd. III.) Leyde, 1890. 

i'tvecklingsfôreleelser i natnrfolkens ornamentik, I et II [Évolution de l'art 
décoratif chez les peuples sauvages]. ( « Ymer. » ) Stockholm, 1890 et 1891. 

Evolution in Ihe Ornamental Art of Savage Peoples. Elhnographical 
researches by Dr. Hjalmar Stoipe of Stockholm, translated by Mrs, G. H. 
March. (« Transactions of the Hockdale Literary and Scientific Society. ») 

Entwickeluiigserscheinungen der Ornamentik der Naturvôlker. (« Mittheil- 
ungender .AnthropologischenGesellschaft in Wien », Bd. XXII, p. 19.) Vienne, 
1892. 

Det tyska antropologiska sàllskapets 24 : de ârsmôte i Gôltingen och Hanno- 
ver den .3-9 aug. 1 89.3 [La 24*^ session annuelle de la Société allemande d'an- 
thropologie du 5 au9août 1893]. ( « Ymer», p. 121.) Stockholm, 1894. 

Orh vàrt etnografiska muséum, sàrskildt om dess afdelning II [Sur notre 



NÉCROLOGIE 97 

musée d'ethnographie, spécialement sur sa deuxième section]. (« Ymer », 
p. 132. j Stockholm, 1895. 

Tuna-fyndet [La découverte deTunaj. (« Ymer ». p. 219.) Stockholm, 1895. 

Anders Hetzius. Tal vid minnesfesien i Svenska Sâllskapel for Anlropologi 
oçh Geografi den 23 oktober i 896 [Anders Retzius. Discours à la fête de la 
Société suédoise d'authropolog-ie et de géographie le 23 octobre 1896]. («Ymer», 
p. 213.) Stockholm, 1896. 

Studier i amerikansk ornamentik; ètt bidraxj till ornamentikens biologi 
[Études sur l'art décoratif des Américains ; contribution à la biologie de lart 
décoratif]. In-folio. Stockholm, I89ô. 

On American Ornamenlal Art. (Compte rendu du X*^ Congrès international 
des,Américanistes.) Stockholm, 1894. 

Kristian Bahnson [Nécrologue]. (« Ymer », p. 77). Stockholm, !897. 

Gustaf Nordenskiôld [Nécrologue]. (Compte rendu du X*^ Congrès interna- 
tional des Américanistes). Stockholm, i894. 

Uher die Tâtoioirang der Oster-Insu laner . (Abhandlungen des Koniglichen 
Zoologischen und Anthropologisch-Ethnographischen Muséums zu Dresden, 
Festschrift, 1899.) Berlin, 1899. 

UtstàUning af arkeologiska och elnografiska samlingar fràn Central- 
Amerika i K. Akademien for de fria Konsterna [Exposition de collections 
archéologiques et ethnographiques de l'Amérique centrale, dans l'Académie 
royale des Beaux-Arts]. Stockholm, 1900. 

Ùber die Forschungsergehnisse der schwedischen Grônland-Expedition 
vùm Jahre 1S99. (A paraître dans le Compte rendu du XIV^ Congrès inter- 
national des Américanisles, tenu à Stuttgart 1904.) 



Henri de SAUSSURE 

Louis-Frédéric-Henri de SAUSSURE, né, à Genève, le 27 novembre 1829, 
mort, à Genève, !e 20 février J905, était membre correspondant de la Société 
des Amer icanis tes de Paris, depuis la fondation. En effet, l'Amérique et. plus 
spécialement, le Mexique, après avoir inspiré ses premiers travaux, restèrent, 
jusqu'à sa fin, ses objets préférés d'étude. 11 leur appliqua l'ardeur de curiosité, 
l'esprit critique et l'activité laborieuse, héréditaires, semble-t-il, dans cette 
famille des Saussure qu'on a pu qualifier de dynastie scientifique. P^t sa biblio- 
graphie amén'caniste est tellement toulTue qu'il faut renoncer à la dresser ici. 
Description d'un volcan éteint du Mexique (« Bulletin de la Société géologique 
de France », Paris, 1857) ; Note sur le Pic d'Orizaba (« Archive des Sciences 
physiques et naturelles », Genève, 1858) ; Observations sur les mœurs de divers 
oiseaux du Mexique (ibid.); Note sur le volcan de Jorullo (« Bulletin de la 
Société "Vaudoise des Sciences naturelles », Lausanne, 1859); Mémoire sur 
quelques mammifères du Mexique (« Revue de Zoologie », Paris, 1860); 

Société des Américanisles Je Pans. 7 



98 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Mémoires pour servir à V histoire naturelle du Mexique, des Antilles et 
des Etats-Unis (Genève, 1858-71, 2 vol. in-8°) ; Études sur les myriapodes du 
Mexique (« Mission scientifique au Mexique, publiée par ordre du ministre de 
l'Instruction publique », V'I'* partie, Paris, 1872, petit in-fol., pi.) ; (Joup d'œil 
sur Vhydroloçjie du Mexique (« Mémoires de la Société de Géographie de 
Genève, t. III, 1862) ; — voilà les écrits les plus connus de notre vénérable 
collègue. On ne s'étonnera pas de la part exclusive occupée en cette liste 
par l'histoire naturelle (et, surtout, l'entomolog^ie) et par la géographie (sur- 
tout la géophysique). L'atavisme, comme l'éducation, vouait le petit-fils 
d'IIorace-Bénédicl de Saussure, le neveu de Théodore de Saussure, l'élève de 
Pictet de La Rive, d'Henri Milne-Edwards et de Blanchard, à ces sciences 
d'observation. 11 y a dignement marqué sa place à côté de ses parents et de ses 
maîtres. La valeur des Etudes sur les myriapodes esi proclamée par l'hospitalité 
que lui donna le recueil de la « Mission scientifique française » '. Quant au 
Coup d'œil sur rhydroloc/ie, la carte qui l'accompag-ne rendit les plus précieux 
services à l'État-major français, pendant le malheureuse g'uerre de 1862-67; elle 
fut la base des beaux travaux topographiques du général Niox et le livre lui-même, 
s'il pu être complété sur quelques points, n'en demeure pas moins classique. 

Pour apprécier comme il convient ces œuvres d'Henri de Saussure, il faut, 
d'ailleurs, se reporter aux circonstances dans lesquelles il les prépara. Son voyage 
dans l'Amérique moyenne qui duTa près de deux ans aurait mérité d'être plus 
largement narré qu'en quelques articles, fort colorés, du reste, et pleins de bonne 
humeur, du Journal de Genève. C'est presque un roman de Gustave Aimard, 
avec, en plus, le charme du style et la véracité scrupuleuse. Pronunciamentos , 
attaques de rateros, captivités au pouvoir des deux ou trois candidats prési- 
dentiels qui, en ces temps-là, tenaient toujours la campagne, évasions mouve- 
mentées, longues chevauchées, rien n'y manque. Mais le plus extraordinaire, 
c'est que le voyageur, parmi tant d'épisodes tumultueux, ait pu travailler et 
rassembler autant de solides matériaux. Une âme héroïque dans son désir de 
voir et de savoir, à la façon de Humboldt, de Bonpiand et de Dombey, vivait 
certainement en ce jeune homme. C'était en 1854-.56. Saussure avait alors de 
vingt-cinq à vingt-sept ans ! 

Un autre trait de la carrière américaniste de Saussure, c'est la variété de sa 
production. On a peut-être eu tort de tant insister plus haut sur la prépon- 
dérance qu'il accorda aux sciences naturelles. En fait, pourvu de cette forte 
culture générale qui devient de plus en plus rare, parce qu'elle est, de plus en 
plus, difficile à acquérir, il s'intéressait à toute chose, car il le pouvait, et pou- 
vait, en tout ordre de connaissances, faire besogne utile. Il se passionnait 
presque autant à l'étude de l'homme qu'aux spectacles de la nature. Le passé des 
régions qu'il visitait l'a toujours préoccupé. 11 fut donc ethnographe et archéo- 
logue. .'^\u surplus, jusqu'en ces toutes dernières années, c'est à des hommes 

i. M. de Saussure avait, été, en outre, appelé par Victor Duruy ri faire partie de la 
X Commission scientifique du Mexique ». En celle qualité, il lui nommé chevalier 
de la Légion d'honneur. L'Exposition nationale de Genève lui valut la croix d'officier. 



NÉCROLOGIE 99 

tels que lui, c'est-à-dire à de purs scientifiques, qu'on a dû souvent les 
recherches les plus fécondes sur le Précolombien. Sans évoquer, de nouveau, 
le souvenir de Humboldt, que de médecins, ingénieurs, zoologistes, géologues, 
botanistes, etc., remplissent le livre d'or du Mexicanisme ! Et faut-il rappeler 
qu'aujourd'hui même les maîtres de cette science, encore imparfaitement cons- 
tituée sont, en FVance, un médecin-anthropologiste, et, en Allemagne, un ancien 
botaniste? 

Toutefois, on doit le dire avec franchise, après avoir reconnu le zèle de 
Saussure pour explorer, à l'occasion, les antiquités mexicaines, son effort, sur 
ce terrain spécial, fut moins heureux ou, plus exactement, le résultat de cet 
effort semble n>oins durable. Gela se conçoit. Pour la plupart, les articles 
archéologiques de Saussure remontent à une date déjà ancienne. Or il n'est 
pas de province historique où les théories et les points de vue se soient 
plus complètement renouvelés, et dans une plus courte période, que l'histoire 
ancienne du Mexique. Sous cette réserve, on lit encore avec fruit la Description 
des ruines d'une ancienne ville mexicaine (« Bulletin de la Société de Géogra- 
phie », Paris, 1858) et l'étude sur le grand téocalli de Tihuatlan [découvert 
par Saussure lui-même] {Globe de Genève, t. XXXV, 1896). C'est que Tauteur, 
dans la description architecturale, apportait la même précision que dans la 
monographie d'une espèce végétale ou animale. I^a publication du Manuscrit du 
Cacique (nCodex Becker» no 1)' apparaît moins satisfaisante. L'appareil critique 
en est absent. L'on se demande comment l'auteur a pu publier son fac-similé, 
sans chercher des termes de comparaison dans les documents déjà connus du 
même genre; on se demande, surtout, comment, si perspicace, il a accueilli, sans 
la discuter, l'invraisemblable tradition du « Cacique » de « Tindu », « Sar-ho», 
et de sa femme « Con-huyo »^. Encore faut-il observer qu'à défautd'une autre 
édition, celle-ci, bien qu'imparfaite, reste indispensable. 

Au résumé, même dans sa partie contestable, l'œuvre américaniste de 
M. Henri de Saussure est intéressante. Elle est hors de pair dans les autres 
parties. C'est un éloge qu'ambitionnent beaucoup de savants. D'autres qui l'ont 
personnellement connu, ont montré ^ dans Saussure le chef moral de cette 
curieuse aristocratie genevoise qui veut être, avant tout, une aristocratie de 
l'intelligence et du talent; ils oilt fait revivre l'homme de grand caractère et de 
grandes manières, l'ami dévoué, le confrère généreux qu'il était, toujours 
prêt à aider les travailleurs de son savoir et de son appui. La Société des 
Américanistes s'associe de grand cœur à ces hommages. 

L. Lejeal. 

1. Genève, 1892, in-4-oob]. 

2. V. Journ.%1, anc. sér., t. I, p. 171, et nouv. sér., t. II, p. 260. 

3. V. notamment la notice de M. Arthur de Claparède dans le Globe de Genève, 
t. XLIV, Bulletin, p. 143 (février-avril 1905). 



BULLETIN CRITIQUE 



H. P. Steensby : Om Eskimo Kullurens Oprindelse (D"" W. Lehmann). — Baron 
M. DE ViLLiERs DU Terragk: Les dernières années de la Louisiane française 
(L. Lejealjr. — D"" Nicolas Leôn : Los Popolocns (L. Lejeal). — D"" Paul 
ScHELLHAs : Dic Gôflergestalten der Mayahandschriften. — Représentation of 
Déifies of the Maya Manuscripts (L. Lejeal). — M. Rejon Garcia : Los 
Mayas primitivos. — Supersticiones y Leyendas Mayas {L. Lejeal). — D' Max 
ScHMiDT : Indianer studien in zentral Brasilien (Ed. de Jonghe). — Daniel 
Garcia Acevedo : Conlrihuciôn al estudio de la cartografia de los paises del 
Rio de la Plata{G. Marcel). — Rodolfo R. Schuller : Geografia fîsica y esfe- 
rica de las Provincias del Paraguay compuesta por don Félix de Azara 
(G. Marcel). — L. M. Torres : La Geografia de doit Félix de Azara 
(G. Marcel). — Bolivia-Brasil (G. Marcel). — B. Saavedra : El Litigio 
Perù-Boliviano (G. Marcel). — Félix F. Outes : La Edad de la Piedra en 
Patagonia (E. Boman). 

H. P. Steensîby. Om Eskimo Kultureas Oprindelse. En etnogra- 
fisk og antropogeografîsk 5^wû^/e [Sur les origines de la civilisa- 
tion des Esquimaux j. Kobenhavn, Salmonsen et frères, 1903, 
in-S^de 213 p. 

Dans cette étude étendue et savante, l'auteur traite le problème difficile des 
origines de la culture des Esquimaux, si admirablement adaptée au climat et 
autres conditions sévères de la vie physique dans les régions arctiques. A Taide 
de la très riche littérature qui existe sur cette question et se fondant aussi sur 
des études personnelles soigneuses du matériel ethnographique conservé dans 
les musées de Copenhague, Berlin et Londres, M. Steensby a successivement 
abordé les divers points de vue de son sujet. Il traite d'abord de l'anthropologie 
physique des différentes tribus d'Esquimaux. 

Le point important des relations supposées entre les Inuits et certains 
peuples de race mongolique, traité précédemment par l'ouvrage de M. Balz^ 
1 amène au cas des « taches dermiques mongoles » (blan Plet) qu'on a trouvées à 
la fois chez les Groenlandais de l'est et de l'ouest, chez les Japonais, les Chinois, 
les Coréens et les Polynésiens. L'ethnographe danois se garde de tirer de ces 
faits des conclusions quelconques, quant à l'origine ethnique de ses clients. Il 

1. Balz : « Zur Frage von der Rassenverwandtschaft Indischen, Mongoleii und 
Amerikanen », in : Zeilschrift fur Ethnologie [Berl. Anthropol. Gesellschaft 
Verhdlg.),i90i,p. 393. 



102 



SOCIETE DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



nous manque pour cela, dit-il, des données à cet égard sur la dermatologie des 
Indiens de l'Amérique du Nord et les Mongols de FAsie du Nord-Est. C'est très 
prudent, à mon sens. Ne savons-nous point, par M. Starr, que les mêmes 
taches pigmentaires s'observent au Yucatan (Tecax) et au Chiapas l'Palenque) *, 
et par MM. Balz et R. Lehmann-Nitsche qu'elles sont très communes chez les 
enfants métis de lAmérique méridionale ^ ? 

La linguistique prouve l'unité du « stock » ethnique esquimau. Il n'y a entre 
les diverses tribus que des diiïérences dialectales. Ainsi donc lunité de langage 
correspond ici à une certaine unité de culture, puisquen dehors des Esqui- 
maux proprement dits, nous ne connaissons, à vivre à leur mode, que les 
Tchouktches côtiers qui parlent la langue tchouktche et les Aléoutes qui sont 
absolument isolés au point de vue linguistique. 

La culture de la race inuite, telle qu'elle existe aujourd'hui, est née et s'est 
développée d'une manière originale, sous l'influence du milieu géographique du 
Nord, dans une contrée qui n'est point du tout son berceau. L'analogie frap- 
pante qu'on relève entre la maison de prairie [preerihus) et la maison des 
Esquimaux, d'autres traits encore amènent l'auteur à chercher les origines et 
les parentés sur le continent américain, entre les Rocheux et la baie d'Hudson, 
jusqu'à l'extrémité septentrionale des grandes prairies. D'après M. Steensby ^, 
la culture des Inuits, c'est le mode d'existence d'hiver de pêcheurs et chasseurs 
indiens. Ils l'adoptèrent et se l'adaptèrent aux environs du « Coronation gulf «. 
Quant aux migrations, elles suivirent celles des troupeaux de rennes, reculant 
de plus en plus vers le nord, sur les glaces de l'Archipel arctique. Ces migra- 
tions furent aussi influencées par la direction des vents réguliers, par les glaces 
qu'ils accuu^ulent en telles masses qu'elles rendaient presque impossible un pas- 
sage au nord-ouest. 

Une autre partie de l'ouvrage est consacrée à des monographies descriptives 
de types de culture, selon les tribus, Aléoutes compris. Parti de ce principe que 
la culture des Esquimaux est inséparablement liée à celle de leurs voisins 
indiens de l'Amérique du Nord, M. Steensby insiste sur les points de contact 
eth)iographiques entre ceux-ci et ceux-là. Il leur consacre un chapitre spécial, 
de même qu'à l'architecture domestique, très remarquable, et dont le principe 
est communiste. L'origine de la tribu occidentale des Tinnés est aussi étudiée 
en détail. 

Une bibliographie alphabétique termine cet ouvrage qui se recommande à 
l'attention de tous les américanistes. 

D"" Walter Lehmann. 

1. Starr : «Notes upon the Ethnography of Southern Mexico » ; in : Proceedings of 
the Davenport Acad. of Science, Part. II, vol. IX, 1902, S. A., p. 13. — « The sacral 
Spot in the Maya Indian », in: Science, N. S., XVII, n° 428. 

2. Cf. Centralblatl fur Anthropologie, 1902, p. 329 ; et Globus, B. LXXXV (1904), 
p. 297-301. A ce dernier article, le D"" Lehmann-Nitsche a joint une abondante 
bibliographie. 

3. « Eskimokulturen er en oprindelig nordindiansk Kulturform, hvis Vinterside 
har faaet en ualmindelig stœrkudviklingsved Tilpasning til Polarhavets Vinteris » 
(Steensby, op. jud., p. 199). 



BULLETIN CRITIQUE 103 



Baron Marc de Yilliers du Terrage. Les dernières années de la 
Louisiane française. Paris, 1904, E, Guilmoto, petit in-4° de 
v-468 p., 64 illustr., 4 cartes. 

Le sujet seul de ce gros livre commanderait ratlention. A part deux épisodes 
classiques : l'émouvante odyssée de La Salle, à la fin du règne de Louis XI\' et, 
sous la Régence, la lugubre comédie dont Law fut l'audacieux metteur en œuvre, 
— l'histoire de la Louisiane, on le sait, est fort mal connue. Après Law. le 
nom de la colonie mississipienne apparaît rarement, sauf dans les innombrables 
accords diplomatiques de Tavant-dernier siècle et, le 30 avril 1803, cédée à ses 
maîtres actuels, elle disparaît, pour ainsi dire sans bruit, de notre mouvance 
lointaine. Elle a néanmoins vécu pendant celte longue période. Vie singulière 
et dont ^L le baron Marc de Villiers du Terrage fait bien saisir, dès les premières 
lignes, toute l'étrangeté. 

« Un créole français, âgé de cinquante ans en 1804, écrit-il, après être devenu 
Espagnol, puis s'être retrouvé, pour quelques jours, Français, finalement se 
voyait Américain. » Ces vicissitudes ont une raison facile à expliquer. Personne, 
à commencer par la France, ne se souciait alors de la Louisiane. Choiseul. à 
l'époque du Pacte de Famille, écrivait cette phrase suggestive : « L'union avec 
l'Espagne est plus utile que la Louisiane... » Le mot mérite d'aller grossir la 
liste déjà si touffue des sottises lapidaires dues aux hommes d'esprit illustres, 
à côté de l'exclamation méprisante de Voltaire sur les « arpents de neige » 
canadiens. Ailleurs que chez nous, l'opinion n'était pas, en somme, plus favo- 
rable. Voyez qu'au Traité de Paris, l'.Angleterre préféra à la possession de la 
Louisiane celle de la Floride, et que l'Espagne, forcée de troquer l'une contre 
l'autre, dédaigna, durant six années, de s'installer à Nouvelle-Orléans. Trente- 
huit ans plus tard, négligence analogue. Bonaparte, dont on exagère peut-être la 
sollicitude à l'égard de notre expansion lointaine, signe, en 1800, avec l'Espagne 
le traité de San Ildefonso qui nous rend, moyennant finances, les bouches du 
Mississipi, et il attend jusqu'en 1803 pour les réoccuper. A ce moment déjà, 
elles n'étaient plus à nous. 

Que l'on justifie comme on voudra ces faits, par des fatalités de politique géné- 
rale et aussi par le fâcheux renom de la Louisiane depuis la banqueroute du 
Système, on ne les supprimera pas dans leur réalité brutale, ni dans leur résultat 
funeste. A l'indifférence des gouvernants répond toujours celle des gouvernés. 
Les colons louisianais en arrivèrent bien vite à ne plus s'émouvoir des chan- 
gements de nationalité qui leurétaient imposés et qu'ils n'apprenaient que long- 
temps après la décision officielle. Aussi marchandaient-ils parfois leur dévoue- 
ment à la France. On chercherait en vain dans leur.s annales les pages héroïques 
qui illuminent celles du Canada français. Le patriotisme ne devait s'éveiller en eux 
qu'après l'annexion aux États-Unis, patriotisme en partie double, fait de grati- 
tude pour la patrie nouvelle et de fidélité aux anciennes traditions françaises. 
A l'époque étudiée par M. de Villiers du Terrage, une seule fois, se révéla chez 



104 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

eux un sentiment collectif et violent, dans une enfantine révolte contre 
TEspagne, suivie d'un essai, plus puéril encore, d'autonomie qu'étouffa bien 
vite une cruelle répression. Il est, pourtant, un bel épisode de cette histoire 
louisianaise. Mais les créoles n'y sont pour rien. 

On le lira tout au long dans les chapitres où notre collègue a présenté son 
héros de prédilection, le chevalier de Kerlérec, gouverneur entre 1755 et J762. 
Kerlérec dont M. de Villiers a dessiné la figure énergique et loyale, avec le soin 
pieux dont on trace un portrait de famille, est vraiment un méconnu, « On a 
oublié son nom, puisqu'il faut, en temps de guerre, pour passer à la postérité, 
avoir vaincu ou... s"ètre fait battre. Pourtant Kerlérec a fait mieux qu'un con- 
quérant. » Grâce à lui, l'Angleterre, malgré ses victoires au Canada et en 
Floride, n'osa même pas attaquer la colonie. Or les forces de celte dernière ne 
dépassaient pas un millier d'hommes. •< Les meilleurs soldats, anciens déser- 
teurs, n'avaient pour mettre dans leurs fusils que de la poudre souvent moisie. » 
Mais le commandant militaire, appliquant la politique qu'on admire avec raison 
chez Montcalm au Canada, avait su se concilier l'élément indigène et préparer 
une coalition de tribus indiennes qui, sans doute, aurait pu, moyennant un 
léger secours delà métropole, créer sur le flanc du domaine anglais une puis- 
sante diversion. C'eût été peut-être la perte du Canada conjurée. Un pareil 
trait valait d'être cité. 

Où l'admiration pour ce Breton rude et fin redouble, c'est lorsqu'on constate 
les obstacles locaux qui se joignaient à l'abandon delà France pour compliquer 
sa tâche. Les conflits entre gouverneurs et intendants étaient là endémiques. 
Un certain intendant et ordonnateur des finances, Rochemore, nous apparaît 
fort proche parent du trop célèbre intendant Bigot, de la Nouvellcr-France. 
C est, dans toute son horreur, le robin, perverti par les préjugés de procédure 
et de foorme que ses pareils, trop souvent, confondent avec le respect de la 
légalité. L'Anglais est aux portes. Notre fonctionnaire « ultra-civil » proteste 
contre l'effectif des troupes qui ne dépasse point un bataillon ; il voudrait des 
<< milices » ; il blâme la construction des remparts de Nouvelle-Orléans ; s'op- 
pose à tout, ne décide rien; car il attend toujours les ordres du Roi. A côté de 
lui, sa digne épouse, « madame l'intendante », jalouse de la femme du gouver- 
neur, groupe une petite cour de mécontents : officiers à qui Kerlérec a refusé 
un galon supplémentaire; spéculateurs véreux; adjudicataires indélicats des 
subsistances et des travaux, dont Kerlérec a le tort de paralyser les louches 
entreprises ; policiers et scribes, animés comme leur chef, de la traditionnelle 
antipathie de l'écritoire administrative contre l'épée. Tout ce monde s'agite, 
intrigue, rédige des... rapports au ministre, entrave la défense par d'honnêtes 
trafics sur les munitions, les armes, les bâtiments et l'affame par l'accapare- 
ment des blés. Et c'est Kerlérec qu'on punit d'exil à son retour en France. En 
plus ou moins dramatique, les malheurs de Lally ont leur réplique dans toute 
noire histoire coloniale du xvni" siècle. 

La situation devait se prolonger sous les successeurs du chevalier de Kerlérec. 
Le dernier d'entre eux, Aubry, eut d'interminables démêlés avec Tintendant 
Foucault qu'appuyait, en sous-main, un certain Père Hilaire, comme pour 



BULLETIN CRITIQUE 105 

démentir le proverbe sur l'alliance... mythique... du sabre et du goupillon ! La 
courte domination de l'Espagne ne connut point ces misères, ni l'administration 
napoléonienne, encore plus courte. Mais O'Reilly, le gouverneur castillan, ne 
dédaignait pas la potence comme moyen de persuasion et, quant au préfet de 
Napoléon, Laussat, on sait que Napoléon s'entendait à la domestication des 
préfets. 

La modestie de M. de Villiersl'a conduit à se trop souvent elfacer devant les 
documents nombreux qu'il a réunis. Mais ces documents, — puisse ma courte 
analyse l'avoir prouvé I, — sont d'un tel intérêt que l'œuvre se lit avec plaisir 
et profit. Bien des enseignements, encore actuels, de politique coloniale sont à 
tirer des Dernières années de la Louisiane française. Parla conscience qui l'ins- 
pire, l'œuvre était digne du prix Loubat dont l'Institut l'a couronnée. 

L. Lejeal. 



D*" Nicolas Leôn. Los Popolocas (Gonferencia de! Museo Xacio- 
nal. Seccion de Elnologia. Num. 1). Mexico, Imprentadel Museo 
nacional, 1903, in-H*^ de 28 p. 

Acceptons, sans la discuter, la forme a Popolocas «, employée par M. Leôn. 
On m'assure, pourtant, que les indigènes en question s'appellent eux-mêmes 
« Popolocos ». Cette remarque faite, il ne les faut point confondre avec les 
«' Pupulùcas » du Guatemala (rattachés linguistiquement, tout au moins, aux 
Cakchiquels) et du Nicaragua (qui semblent être delà famille Lenca). Les Popo- 
locas de M. Leôn habitent le Mexique. .4ux temps précolombiens, ils avaient 
pour centres: 1° la partie méridionale du territoire tlaxcaltèque (où ils vivaient 
côte à côte avec les Otomis ; 2" certaines régions de l'État de Puebla (Tepeaca, 
Tepexi, Tecamachalco, Tehuacan, Acatlan) ; 3° certains cantons de l'Oaxaca 
(Goixtiahuaca, Huajuapan, partie de Teposcolula) ; et 4° le pays de Tlalpa 
(Guerrero). Une langue popoloca existe encore dans l'État de Puebla (Azingo et 
Mezontla) et dans d'assez nombreux puehlos de l'État de Oaxaca. Elle a été 
parlée, mais elle est complètement éteinte dans le Guerrero. Enfin les Popolocas 
actuels de l'Etat de Vera-Cruz emploient la langue mixe. 

M. le D"^ Leôn admet la complète identité des Popolocas d'autrefois et 
d'aujourd'hui. De plus, tout en avouant que le terme mexicain « popoloca » 
(équivalente l'espagnol tartamudo, bègue), qualificatif dédaigneux, a pu s'appli- 
quer, comme le « barbare » des Grecs et des Latins, à des hommes très diffé- 
rents, M. Leôn n'en considère pas moins comme acquis que les Popolocas pré- 
cortésiens constituaient une seule et unique nation. Ceci posé, il rappelle les 
données, assez vagues d'ailleurs, de l'hisloriof^raphie à leur sujet. Ce résumé 
historique est intéressant. Pour sa part, il éclaire les luttes incessantes soute- 
nues, les uns contre les autres, par les petits Etats d'avant la Conquête. Vient 
ensuite une ethnographie assez minutieuse qui repose sur les observations 
recueillies personnellement par l'auteur, pendant plusieurs mois. Elle ne révèle 



106 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

rîen de tout à fait nouveau. Par exemple, quant aux croyances, on trouve, là 
comme ailleurs, la superposition des pratiques extérieures du catholicisme au 
vieux substralum païen. 1 e prêtre est donc considéré comme une manière de 
sorcier; dans une certaine mesure, la zoolâtrie coexiste (celle du serpent, en 
particulier) avec la dévotion à la Vierg^e et aux saints. C'est un trait qu'on 
rencontre chez tous les indigènes au Mexique. Mais ces analogies doivent être 
mises en lumière avec autant de soin que les faits originaux, propres à chaque 
groupe national. Ainsi lutiliié des remarques de M. Leôn n'est pas douteuse. 

Après beaucoup d'autres modernes (Brinton, je crois, fut du nombre), le 
D' Nicolas Leôn s'inquiète des origines ethniques de ses clients et il les classe 
dans la même famille que les Mixtèques. Gomme hypothèse, c'est assez vrai- 
semblable; mais comme conclusion, insuffisamment justifié. On cherche les 
preuves de la parenté que veut démontrer l'auteur. Ethnographiquement, on 
vient de voir qu il ne peut y en avoir, puisque les mœurs et coutumes des Popo- 
locas leur sont communes avec beaucoup d'autres peuplades qui n'ont rien de 
mixtèque. Les arguments archéologiques de M. Leôn n'ont pas plus de .valeur. 
Pour qu'ils fussent probants, il nous faudrait la certitude préalable que les 
monuments, situés dans le domaine linguistique des Popolocas, sont bien leur 
œuvre. Rien ne l'inlirme; mais rien ne l'indique avec précision. Rien, en der- 
nière analyse, n'empêche donc de penser que, si cette architecture ressemble à 
l'architecture mixtèque (y a-t-il d'abord une architecture mixtèque, ou des 
modes de construire, pratiqués par toutes les nations montagnardes du versant 
Pacifique ?), c'est que les Mixtèques, sans doute, ont passé parla. 

Les relations anthropologiques sont-elles plus fortes? M. Leôn l'affirme. Mais 
il remet à la monographie in extenso qu'il promet les mensurations qui servent 
de base à sa conviction. 11 insiste davantage, sans toutefois assez préciser, sur 
un caractère physique qu'on rencontrerait à la fois chez le Popoloca et chez le 
Mixtèque : Vojo mixteco. Ce serait, si j'ai bien compris, quelque chose d'ana- 
logue au « sacral spot », étudié chez les Mayas par M. Starr. Les spécialistes 
décideront si des particularités de ce genre suffisent à établir une parenté 
ethnique. 

Enfin, M. Leôn produit des raisons linguistiques tirées de l'examen comparatif 
du vocabulaire popoloca, assez considérable (environ 2.000 mots) qu'il a pu 
recueillir. Quelques-uns des faits allégués paraissent assez significatifs. D'autres 
indiqueraient plutôt un rapport entre l'idiome popoloca et le hia-hiu, la langue 
de ces Otomis qui partageaient avec les Popolocas la réputation d'un lang-age 
informe. En somme, jusqu'à l'entier développement de la thèse soutenue par 
M. Leôn, on peut retenir ce résultat que, quant à la langue, mais seulement 
quant à la langue, et encore, par certains caractères seulement de la langue, les 
Popolocas,, — là où M. Leôn les a observés, — semblent, comme les Chochones, 
s'apparenter aux Mixtèques. En pareille matière, nous devons savoir nous con- 
tenter de solutions partielles et provisoires. 

L. Lejeal, 



BULLETIN CRITIQUE 107 



D'' Paul ScHELLHAS. Die GottergHsdilten cler Mayahandschrif- 
len. Zweite umgearbeitete Auflage. Berlin, A. Asher und C", 
1904, petit in-4*^ de 42 p., 65 illustr., et 1 pi. h. t. 

— Représentations ofDeitiesofthe Maya Manuscripts. 2*^ Edition, 
translated by Selma Wesselhofl and A. M. Parker [Papers of 
the Peabody Muséum... Harvard University). Cambridge, Edited 
by the Muséum, 1905, in-S" de 40 p., 65 ill. et 1 pi. h. t. 

Comme les commentaires du professeur l'ôrstemann sur les trois Codices de 
Paris, Madrid et Dresde, le petit livre du D"^ Paul Schellhas sur les représenta- 
tions divines dans les manuscrits mayas, paru en 1892, était rapidement devenu 
classique. On a appris avec plaisir que l'auteur en avait presque simultanément 
publié une seconde édition allemande et une traduction anj^laise. Toutes deux 
ont paru sous le patronage de l'ami éclairé des études américaines qu'est notre 
collègue de Boston, M. Chai'lesP. Bowditch. 

Elles constituent véritablement une œuvre nouvelle, d'abord par la forme 
qui semble incontestablement plus nette que dans la première version. En 
1(S9"2, quand les Gôliergestalleii firent leur entrée dans la littérature de notre 
science, certaines des idées qu'elles énonçaient, certaines des interprétations 
qu'elles donnaient, pouvaient passer pour des hypothèses. Depuis douze ans, 
nîaints faits sont venus confirmer les vues de M. Schellhas et, surtout, les tra- 
vaux analytiques, cités en commençant, de son ami, M. Fôrstemann. Là donc 
où le savant et ingénieux paléographe proposait, il y a douze ans, des conjec- 
tures, il peut aujourd'hui émettre des afïirmations et, en beaucoup de cas, ses 
propositions ont revêtu un caractère d'évidence qui l'a dispensé de les accom- 
pagner de leurs preuves, en réimprimant son opuscule. 

Mais le fond de cette réimpression aussi est nouveau en bien des endroits. 
Car M. Schellhas est de ces chercheurs qui ne se lassent jamais et le temps lui 
a suggéré beaucoup de solutions supplémentaires. Sous ce rapport, quelques 
hiéroglyphes de dieux, jugés comme mal interprétés précédemment, ont 
disparu, ou ont été remplacés, ou encore transposés. Mais on remarquera sur- 
tout que le texte offert par l'éditeur Asher introduit une quinzième identifica- 
tion dicone qui ne figurait point dans le texte de Richard Bertling. Il s'agit 
d'un petit personnage humain qu'on trouve rarement dans le Dresdensis, qui 
manque complètement dans le Peresianus, mais qui revient au moins quatre 
fois dans le « Manuscrit de Madrid ». Frappé de ses doigts énormes aux extré- 
mités turgescentes comme ceux de la patte de grenouille, M. Schellhas baptise 
cette image der Gotl Frog et croit reconnaître en elle le noumène qui présidait 
au mois Maya Uo. Notre auteur se montre d'ailleurs très réservé pour définir 
l'essence et la fonction de cette divinité qu'on appellera désormais le dieu P. Le 
dieu H (Chicchan) lui paraît toujours déconcertant par la variété de ses formes 



108 SOCIÉTÉ DES AMERICANISTES DE PARIS 

iconographiques. Il se déclare toujours embarrassé pour distinguer I de 
(m Déesse de l'eau, d'une part, et de l'autre « Déesse aux traits de vieille femme »). 
Enfin il donne encore comme très provisoire son explication des « dieux noirs », 
L et 3/ (le « dieu noir aux babines rouges »). Et, par le fait, ce dernier surtout 
est embarrassant, en particulier, quant à l'un des hiéroglyphes qui raccom- 
pagnent ou le remplacent (v. fig. 48). Un des traits intéressants de cette édition 
nouvelle est le tableau des combinaisons, qui associent le plus fréquemment les 
divinités avec les animaux mythologiques, chien, vautour, jaguar, etc. 

La version anglaise, due à la plume de deux collaboratrices du « Peabody 
Muséum », et revue, d'ailleurs, par l'auteur, suit pas à pas l'ouvrage original. 
Elle ne sera pas inutile aux Français qui lisent les deux langues, pour se bien 
rendre maîtres des discussions minutieuses de M. P. Schellhas. Mais quand 
donc posséderons-nous une traduction française de certains de ces livres étran- 
gers fondamentaux? Et quand donc le catalogue iconographique de M. Schel- 
lhas aura-t-il son équivalent pour les monuments de la statuaire ? 

h. Lejeal. 



Manuel Rejôn Garcia. Los Mayas primitivos. Merida de Yucatan, 
« Rivista de Yucatan », 4905, in-S^de 124 p. 

— Supersticiones y Leyendas Mayas. Merida de Yucatan, « Rivista 
de Yucatan », 1903, in-8 de 144 p. 

Ces deux volumes se composent d'articles de journaux. Valaient-ils la peine 
d'être réunis ? Pour le premier des deux recueils, la réponse est franchement 
négative. Le travail le moins contestable qu'il nous apporte est intitulé : « Los 
Nombres Mayas ». Un linguiste de carrière ferait probablement toutes ses 
réserves sur les théories de M. Rejon Garcia qui en est encore aux vieilles 
méthodes de comparaisons étymologiques et de rapprochements phoniques. 
D'ailleurs, un dictionnaire de noms de lieux suppose deux conditions : qu'on a 
un système raisonné et immuable de transcription et aussi qu'on a complète- 
ment dressé la liste des mots en cause. Ces deux cas he se trouvent pas réalisés 
ici L'auteur qui adopte, sans nous en donner toujours les raisons, des ortho- 
graphes très éloignées de l'orthographe courante, en change souvent plusieurs 
fois pour un nom déterminé. D'autre part, des noms très connus ont été omis. 
Quanta l'archéologie de M. Manuel Rejon Garcia, elle nous promène à travers 
les monuments, ajoutant de-ci de-là quelques bonnes observations personnelles, 
les hiéroglyphes et les katouns (à propos desquels notre guide se montre mal 
instruit des travaux allemands), la religion et l'ethnographie précolombiennes, 
sans oublier les langues indigènes (au sujet de quoi reparaissent les procédés 
plus haut signalés], le tout, pour aboutir à l'origine... égyptienne des Yucatèques. 
Il serait cruel d'insister. Ce phénomène de dépravation scientifique s'accom- 
pagne d'une connaissance assez étendue des données et des œuvres les plus 
générales de l'anthropologie et de l'histoire. Et, en parlant de lui, je pense à 



BULLETIN CRITIQUE 109 

feu Lopez, le très érudit auteur des Races Aryennes du. Pérou, livre nourri 
d'un savoir réel et bourré d'idées originales en ses erreurs. 

Supersticiones y Leyendas Mayas y aui mieux que son frère jumeau. Il est 
brillamment écrit et se lit avec plaisir, sans nous apprendre beaucoup de choses 
nouvelles. Stephens, Brasseur et bien d'autres — que M, Rejôn Garcia con- 
naît — nous avaient déjà renseignés sur la persistance des offrandes aux 
Racabs, la misa milpera, etc. On trouvera, toutefois, dans cette seconde publi- 
cation, quelques détails inédits de folk-lore. L'authenticité n'en semble pas 
douteuse. Malheureusement, on ne nous renseigne pas toujours avec la préci- 
sion désirable sur la localité de provenance. Les meilleures pages sont celles qui 
s'efforcent de montrer l'influence du sorcier [h'nien] dans chaque village sur les 
mœurs rurales, et la bizarre coexistence des croyances précolombiennes avec la 
pratique du catholicisme. 

S'il s'en tenait à l'étude scrupuleuse des faits, M. Rejôn Garcia rendrait de 
réels services à l'Américanisme. 

L. Lejeal. 



D"" Max Schmidt. Indianerstudien in zenlral Brasilien. Erlebnisse 
und ethnologische^ Ergehnisse einer Reise in den Jahren 1900- 
i901. Berlin, Dietrich Reimer, 1905. Mit 281 Textbildern, 
12 Lichtdrucktafeln und einer Karte, 456 p. 

Les régions du Xingu et de ses sous-affluents sont difficilement abordables 
par le Nord à cause de ses nombreuses Cachoeiras. L'autre route parle sud pré- 
sente le grand inconvénient de longs Voyages parterre pour passer du bassin du 
Rio Paraguay dans celui de l'Amazonas. Cette situation géographique permit 
aux habitants de ces régions de développer jusqu'à nos jours leur vie indigène 
sans subir l'influence de nos civilisations européennes* Aussi l'intérêt des 
ethnographes s'est-il porté depuis quelque temps vers ces tribus. En 1884, se 
place le premier voyage de M. Karl von den Steinen suivi bientôt d'un second 
voyage et de deux expéditions de M. Hermann Meyer. Peu de temps avant la 
seconde expéditionde M. Meyer, cinq voyageurs américains y trouvèrent la mort 
de la main des Suya's. Le D"" wSchmidt ne se laissa pas effrayer par leur sort et 
résolut d'entreprendre le voyage tout seul et avec des moyens modestes. 

Arrivé à Guyaba le 10 novembre 1900, il voulut attendra la fin des grandes 
pluies et profiter des crues de la fin de mars pour passer dans les eaux du 
Kulisehu. Du 10 décembre au i^'' janvier il fit une excursion chez les Bakairi's 
du rio Novo. Il partit de Guyaba le 19 mars. Après un voyage par terre de 
44 jours, il put s'embarquer sur le Kulisehu. Sur deux canots il descendit cet 
affluent du Xingu el dépassa le 9 mai le village Maigeri situé sur la rive 
gauche du fleuve. Plus loin, M. Von den Steinen avait trouvé encore deux 
villages Bakairi's, Igueti et Kuyaku .\lieti. Geux-ci ont disparu depuis et 
M. Schmidt les trouva remplacés sur la rive droite parle village Maimaieti. 



110 SOaÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

C'est le dernier établissement Bakairi sur le Kulisehu. Quelques journées de 
navig-ation plus loin sont établis les Nahukua's, qui volèrent à notre voyageur 
une grande partie des menus objets d'échange qu'il amenait avec lui. Pour 
arriver plus vite chez les Auetô's, on ne fît pas de halte chez les Mehi-nakus. 
Les vols dont il avait été l'objet de la part des Nahukua's, firent prendre à 
M. Schmidtla résolution d'abandonnerson projet premier qui était d'aller jusque 
chez les Kamayura's. Il se promettait de passer quelques semaines chez les 
Aueto's, mais la rapacité de ces derniers ne le cédait pas à celle des Nahukua's 
et le courageux explorateur s'aperçut bientôt que le plus sage dans ces circon- 
stances était de regagner au plus vite le village Bakairi Maimaieti. Ici il séjourna 
quelque temps. Malheureusement la fièvre le surprit au milieu de ses travaux. 
Encore tout brisé par la maladie, il prit rhéro'ïque résolution de partir en ame- 
nant avec lui sur trois canots ses collections ethnographiques. A l'endroit où il 
s était embarqué sur le Kulisehu. il dut abandonner ces objets acquis au prix de 
tant de sacrifices et s'en remettre à l'honnêteté du chef des Bakairi's du Para- 
natinga, Antonio. Cette confiance ne fut heureusement pas trompée et, après de 
longues attentes, l'ethnographe put rentrer en possession de ses collections, en 
mars 1904. L'abandon de la collection au Kulisehu rendit moins impraticable 
dans les circonstances actuelles la traversée des régions inhospitalières qui le 
séparaient de Cuyaba; mais il faut lire dans les mémoires' mêmes de M. Schmidt 
les épisodes de cette pénible traversée qui sont d'une lecture captivante. 

A Cuyaba où il était arrivé le 19 juillet, M. Schmidt prit à peine le temps de 
se remettre quelque peu des accès de fièvre. Il descendit bientôt le rio Cuyaba, 
puis le San Lourenço et s'arrêta à Amolar sur le rio Alto Paraguay. Amolar est 
situé à quelque distance des lacs de Gaiba et d'Uberaba, territoire des Guato's 
auprès desquels le docteur Schmidt fit des études ethnographiques détaillées. 

Tel est en quelques mots le contenu de la première partie du livre de 
M. Schmidt : il y raconte les péripéties de ses voyages d'un ton simple et humo- 
ristique. La seconde partie, celle qui intéresse surtout l'américaniste, expose les 
résultats scientifiques du voyage. 

Les Indiens du Kulisehu appartiennent à des familles linguistiques diffé- 
rentes. Les Bakairi's et lesNahukua's sont Caraïbes. Les Mehinaku'set les Vau- 
lapiti's appartiennent au groupe Nu-arovaque, les Aueto's et les Kamayura's au 
groupe Tupi. Ces Indiens se livrent à l'agriculture, mais un genre d'agriculture 
assez rudimentaire. Comme ils n'ont pas de bétail, c'est la chasse et la pêche qui 
leur livrent la nourriture animale. Ils ne dépendent ainsi de l'agriculture que 
pour leur nourriture végétale, c'est-à-dire le manioc. Pour cultiver cette 
plante, ils abattent de grandes parties de forêts auxquelles ils mettent ensuite le 
feu. Ainsi préparé, le champ peut livrer deux récoltes, ce qui exige six ans. Ce 
fait exerce une grande influence sur la vie de ces indigènes qui sont relative- 
ment sédentaires. Ce genre particulier d'agriculture n'est pas non plus sani-. 
influence sur l'état social ; le travail du déboisement exige la collaboration 
d'un grand nombre de familles et cela explique qu'ils vivent sous un régime 
de communauté qui n'exclut pas cependant la propriété individuelle. 

Les Guato's sont traités plus in extenso. M. Schmidt les examine successi- 



BULLETIN CRITIQUE 111 

vement au point de vue historique, ethnographique général, linguistique, anthro- 
pologique, psychologique, social et juridique. 

Les premières données que nous possédions sur cette peuplade remontent à 
Azara [\ oyages dans VAmér. mérid., vol. II, Paris, 1809). En 1846, Castelnau 
[Expéd. dans les parties centrales de V Amérique du Sud, Paris, 1850) en ren- 
contra et donna à leur sujet quelques renseignements généraux avec un petit 
vocabulaire. En 1883, R. Rohde acquit chez eux une collection ethnogra- 
phique qui se trouve actuellement au musée de Berlin, et en 1895, J. Koslowsky 
publia, dans la Revisfa del museo de la Plata, les résultats de son séjour chez 
les Guato"s du haut Paraguay en 1894, et, tout récemment, en avril 1905, un 
résident français au Brésil, M. Monoyer, donnait, ici même, une courte, mais 
substantielle notice sur les peuplades de rio Sao Lourenço. Ces publications 
n'ont pas empêché M. Schmidt de nous présenter dans une étude d'ensemble 
bien documentée une l'oule de renseignements entièrement neufs. 

Le Guato habite un pays de lagunes. Gomme tel, il passe une bonne partie 
de sa vie en canot, il ne met pas beaiucoup de soin à la construction de sa 
maison. Celle-ci est en général très petite, de forme rectangulaire, et sert au 
logement d'une seule famille. Du moment que les conditions climatériques le 
permettent, il passe la nuit au dehors. Il se sert pour cela non du hamac mais 
d'une natte recouverte d'une peau de jaguar ou de cerf au-dessus de laquelle il 
tend un filet pour se protéger contre les piqiires de mosquitos. Ce filet ne se 
rencontre dans l'Amérique du Sud que chez les Guato's ; M. Schmidt le 
considère justement comme le produit de besoins locaux spéciaux. Le savant 
ethnographe décrit minutieusement les instruments de chasse et de pêche, 
lances, arcs et flèches, des flèches spéciales pour le tir aux oiseaux et un arc 
spécial servant à tuer les petits oiseaux au moyen de petites balles en terre 
cuite. Au surplus, le milieu dans lequel vit le Guato lui fournit en quantité 
suffisante, et sans exiger de lui de grands efforts, tout ce qu'il lui faut pour sa 
nourriture végétale et animale. Les mets, chose assez curieuse, sont préparés 
parles hommes. Les viandes sont, en général, bouillies et non rôties. La poterie 
et les autres ustensiles manquent d'ornementation. 

La langue guato est, quant aux racines, monosyllabique. M. Schmidt soccupe 
d'abord de ces racines ; il étudie ensuite la dérivation des polysyllabes et les modi- 
fications phonétiques qu'elle entraîne ; suit un vocabulaire qui comprend 
507 mots. Pour compléter ces renseignements linguistiques, le docteur Schmidt 
ajoute quelques phrases en Guato avec la traduction portugaise et allemande. 
Il avait recommandé à l'Indienne Rosa de s'entretenir lentement avec lui comme 
s'il la comprenait ; il nota les phrases et se les fit traduire ensuite en portugais. 
Nous avons donc tout lieu d'admettre que ces phrases représentent la façon de 
parler des Guato's. 

Au physique, le Guato présente cette particularité que les parties inférieures 
de son corps sont beaucoup moins développées que les parties supérieures; il a 
les jambes en forme de X et les pieds aplatis. M. Schmidt y voit un efTet de la 
vie prolongée en canot. 

On est tenté de croire que psychiquement le Guato est peu doué. Cela 



412 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

semble ressortir de la négligence avec laquelle il construit sa maison, de son 
manque de prévoyance, de l'absence totale de dessin et d'ornementation. 
Toutefois M. Schmidt pense qu'il s'agit moins d'incapacité que d'abus de 
boissons alcooliques et d'une certaine indolence d'esprit qui peut se comprendre 
au milieu d'une nature qui livre d'elle-même tout ce qu'il faut pour vivre. 

La vie sociale est peu développée. Le Guato n'est pas en rapport avec les 
tribus voisines. Il n'échange pas les produits de son industrie contre les leurs. Il 
se contente d acheter aux Brasiliens des étoffes, du tabac, de l'eau-de-vie, des 
couteaux. Il est avant tout individualiste, et vit isolé. Gela s'explique en partie 
par l'absence totale d'agriculture. Il n'existe pas la moindre division du travail 
entre les différentes familles. Tout au plus à l'intérieur de la famille l'homme 
s'occupe de la chasse et de la pêche, delà fabrication des instruments qui y sont 
nécessaires, et de la préparation des aliments; la femme file, tisse et fabrique la 
poterie. Sur le canot, elle est assise au gouvernail. 

Politiquement, les Guatos forment trois centres : 1° ceux du Paraguay supé- 
rieur; '2° ceux des lacs de Gaiba et d'Uberaba et de la colline de Caracarà ; 
3° ceux du S. Lourenço inférieur. Les chefs de ces centres sont désignés par le 
gouvernement brasilien qui tient en général compte des propositions des indi- 
gènes ; ceux-ci proposent d'ordinaire le descendant mâle du chef défunt. L'in- 
fluence des chefs est très réduite. 

Je veux encore attirer l'attention sur deux points qui sont traités avec une 
compétence particulière, les institutions juridiques et le tressage dans ses 
rapports avec l'ornamentique. 

Les familles Guato's sont monogames. Dans la nomenclature des parents, le 
frère aîné est distingué du frère cadet; le cousin aîné est mis sur le même 
pied que le frère aîné, et le cousin cadet sur le même pied que le frère cadet ; 
l'oncle paternel est distingué de l'oncle maternel. Chez les Bakairi's de Maimaieti, 
M. Schmidt s'est livré à des recherches particulières sur l'organisation 
familiale. Il n'est pas arrivé, il l'avoue lui-même, à résoudre tous les problèmes 
qu'elle soulève. Le principe de la communauté chez ces Indiens est territorial. 
Plusieurs familles habitent une même maison et M. Schmidt a examiné scru- 
puleusement les liens de parenté existant entre les personnes qui habitent la 
même maison. La conclusion de ce relevé est très intéressante : Les habitants^ 
dune maison forment une grande famille. En se mariant, l'homme va habiter la 
maison de sa femme, les chefs semblent faire exception à cette règle ; il existe 
entre le mari et les frères de sa femme des rapports très étroits. De l;< sans 
doute le rôle de l'oncle maternel vis-à-vis des enfants. Kn cas de mort de 
la femme, on doit épouser la sœur de celle-ci. Ces indigènes sont monogames 
toutefois ils peuvent avoir des femmes habitant d'autres localités. 

Dans un travail intitulé: « .\bleitimg Sûdamerikanischer Geflechtsmuster aus 
der Technik des Flechtens » et publié dans la Zeitschrift fur Ethnologie (fasc. 
3 et 4, pp. 490-512), M. Schmidt avait déjà prouvé sa compétence particulière 
en matière de tressage et d'ornamentique. Ildistingue trois procédés de tressage 
dont les deux premiers surtout nous intéressent. Le premier se sert de feuilles 
de palmier ets'appelle, de ce fait, PalmlAnUflechlerei. Le deuxième au contraire 



BULLETIN CRITIQUE H 3 

se sert de deux fils et s'appelle Doppelfadcnflcchlerei. Le prenner procédé se 
subdivise d après le point de départ du tressage en Fiederhlatlgeflechle et en 
Fàckerhiatiyefïechte. La Fiederhlatlflechlerei ne produit pas de motifs parti- 
culiers d'ornement, et est surtout usitée chez les Guato's qui ont développé 
aussi la Doppelfadenfhchterei, en rapport étroit avec leur textile. 

Chez les indigènes du Kulisehu, c'est surtout le procédé des Facherhlatt- 
qeflechten (jui est en honneur. Ce procédé, comme M. Schmidt le montre en 
détail, donne nécessairement lieu aux motifs décoratifs les plus divers. Chose 
frappante, ces motifs décoratifs qui se trouvent sur les objets tressés, produits 
naturellement parla technique même du tressage, se retrouvent sur des dessins, 
sur des vases, sur des calebasses, sur des masques, etc. Le mereschu et Vuluri, 
motifs décoratifs familiers des indigènes du Kulisehu, se retrouvent aussi sur 
des corbeilles, obtenues simplement par le procédé du tressage. Le fait que les 
Gualos avec leurs Fiederblattaeflechfen ne possèdent pas d'ornamentique, 
tandis que les Indiens du Kulisehu avec leurs Facherhlaligeflechfen possèdent 
une grande richesse de motifs décoratifs réductibles pour la plupart aux motifs 
du tressage, prouve suffisamment, à mon avis, la justesse de la théorie de 
M. Schmidt, que Tornamentique des régions du Kulisehu est née de la technique 
même du tressage. 

Fd. nE JoNGHE. 



Geografia fisica y esférica de las provincias del Paraguay y 
Mision.es Guaranies , compuesta por don Félix de Azara, capitàn 
de navio de la Real Armada,... aiio de 1790. Manuscrito de la 
Bihliotecanacional de Montevideo. Bibliografia, Prologo y Ano- 
taciones por Rodoîfo R. Schuller. Montevideo, 1904, in-cS*^ de 
cxxxii-468 pages avec reproductions de cartes et tableaux '. 

Luis Maria ToRRiis. La Geografia fisica y esférica del Paraguay y 
Mision.es Guaranies de don Félix de Azara. Examen critico de 
su ediciôn. La Plata, Taller de impresiones ofîciales, 1905, gr. 
in-8o de 203 pages 2. 

S'il est des gens à qui la vie sourit, pour qui tout est facile, qui, moins bien 
doués que tant d'autres, n'entreprennent rien sans que le succès ne vienne 
couronner leurs efforts, certes Félix de Azara ne fut pas de ceux-là. 

Né en 1746, il fit ses études à l'Université de Huesca et les termina à lécole 
militaire de Barcelone. Comme alferez d'ingénieurs, il prit part en 1775 à l'ex- 

1. Publié dans les Anale» del Museo nacional de Montevideo, où cette œuvre forme 
le tome l"' de la Seccion historico-filosofica. 

2, Extrait du tome VU de la lievista del Museo de la Platu. 

Société des Américanistes de Paris. 8 



114 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

pédilion d'Aller et y fut si grièvement blessé qu'il fut laissé pour mort. Sa bles- 
sure ne mit pas moins de cinq ans à se refermer et l'on dut, plus tard, en Amé- 
rique, la rouvrir pour en extraire un fragment de côte qui y était demeuré et le 
faisait cruellement souffrir. Sa constitution était extrêmement vigoureuse, car 
s'étant cassé la clavicule en tombant de cheval, il guérit sans l'intervention d'un 
médecin. 

Il était capitaine en 1776, lorsque le gouvernement espagnol, deux ans plus 
tard, organisa de concert avec le Portugal une commission destinée à mettre 
fin aux incessants conflits qu'engendrait lindétermination des frontières en 
fixant d'une manière définitive les limites de leurs possessions américaines 
réciproques. 

Azara fut désigné pour en faire partie avec le grade de colonel d'ingénieurs 
et au moment du départ, reçut la commission de capitaine de frégate. 

Les commissaires espagnols travaillèrent avec le zèle le plus méritoire, mais ils 
se virent contrariés par la mauvaise foi de leurs concurrents. Ceux-ci ne pouvaient 
se décider à abandonner les territoires qui leur étaient enlevés par la décision 
des commissaires et sur lesquels ils s'étaient sans droit et subrepticement éta- 
blis. Leurs prétentions, leurs retards se virent plus d une fois encouragés, il 
faut bien le reconnaître, par l'indifférence ou la mollesse des gouverneurs espa- 
gnols, quand ceux-ci, concussionnaires effrénés, ne touchaient pas le prix de 
leurs coupables complaisances. Notons que nous ne faisons que reproduire ici 
les accusations portées par les Espagnols eux-mêmes. 

Les négociations paraissent s'éterniser ; Azara, dont le zèle et les capacités 
avaient été fort appréciés, fut laissé dans le pays, le Paraguay, pour continuer 
les opérations. 

Il conçut alors le projet de lever la carte de cette immense contrée dont les 
frontières seules avaient été déterminées. C'est à ses frais, sans l'aide des vice- 
rois, dont il n'avait aucun secours à attendre, dont il avait, au contraire, à 
redouter le mauvais vouloir — ne faisant rien, ils détestaient les explorateurs 
— et c'est à leur insu qu'il dut accomplir partie de ses grands voyages. 

Qu'était le pays qu'il devait parcourir ? des campagnes plates à perte de vue, 
coupées de rios, de lagons et de lacs, de bois, désertes ou parcourues par des 
sauvages plus féroces que les animaux dont on avait à redouter les attaques. 
Azara ne consacra pa's moins de treize années à cette belle entreprise, mais il 
reconnaît lui-même qu il n'aurait pu la terminer sans le zèle et le dévouement 
de ses compagnons. 

Que de fatigues, en effet, et de privations au milieu de ces déserts ! Il nous 
expli(jue luî-mème la façon dont il s'y prenait pour arriver à ses lins. Une légère 
pacotille de verroteries, de couteaux, de miroirs et d'eau-de-vie pour les sau- 
vages. Pour lui, un seul vêlement, un peu de sel et de café, pour les siens, du 
tabac et l'herbe du Paraguay, le maté. Le gibier devait fournir la nourriture et 
s'il faisait défaut, on était réduit à une maigre ration de viande de vache séchée. 
On avait un grand nombre de chevaux, jusqu'à douze par homme, sans comp- 
ter ceux qui portaient les instruments et les provisions ; on les montait tour à 
touret l'on pouvait ainsi marcher rapidement. La nuit, chacun gardait un cheval 



BULLETIN CRiTlQUE H5 

au piquet, tandis que les autres chevaux allaient paître. On avait aussi de grands 
et forts chiens. Une heure avant l'apparition du soleil on se levait, les uns prépa- 
raient le déjeuner, tandis que les autres partaient à la recherche des chevaux 
qui s'étaient parfois éloignés du camp de plus d'une lieue et on les lassait. 

Un homme s avançait seul, en avant-garde, pour ne pas être distrait par la 
conversation d'un compagnon et Ton marchait ainsi protégé par des flanqueurs 
jusqu'à deux heures avant le coucher du soleil. Quel merveilleux dîner lorsqu'on 
pouvait alors s'emparer d'un tatou, mais que de fois aussi Ton devait boucler sa 
ceinture ! 

Tous couchaient sur la terre nue ; seul, Azara possédait un hamac et l'on 
devait, avant de s'étendre, battre la brousse pour en chasser les vipères qui 
sont abondantes. C'est seulement quand on se fixait dans un canton qu'on y 
construisait des ranchos de paille pour se protéger de la pluie. 

Cette vie active, coupée d'observations astronomiques, d'opérations géodé- 
siques, de calculs, de dessins, de la description du pays et de ses habitants, 
d'une correspondance assez rare avec ses chefs ou ses relations, ne suffisait pas 
à la fièvre de travail d'Azara. Les quadrupèdes et les oiseaux devinrent l'objet 
de ses études, bien qu'il fiît dépourvu même d'instruction générale en histoire 
naturelle, mais le sujet lui parut si attachant et si nouveau qu'il s'y livra avec 
passion. 

Azara aurait voulu conserver les peaux des oiseaux, mais, mal outillé, il les 
vit se détériorer rapidement et dut se contenter de faire la description de ces 
animaux, aussitôt qu'ils lui parvenaient. C'est à ce moment que venait de 
paraître la grande Histoire naturelle de Buffon. Azara se consacra à la complé- 
ter et à la rectifier, en décrivant les animaux que celui-ci avait ignorés ou mal 
connus. 

Si Azara qui n'avait visité aucune grande collection, qui n'avait échangé ses 
vues, ses renseignements avec aucun naturaliste, se trompe parfois, s'il compare 
ou réunit des objets qui n'ont pas de véritable analogie, s'il sépare en différents 
genres des espèces qui devraient être réunies, il n'en a pas moins rendu à la 
science de grands services, en lui révélant quantité d'animaux dont on ignorait 
l'existence et dont il décrit l'allure, les mœurs et les habitudes avec l'expérience 
et la finesse d'un homme qui les a observés en liberté, avec toute la perspicacité 
et l'acuité d'un véritable savant. 

Pour éloignés qu'ils fussent de la vie pratique, ces travaux eurent cependant 
le don dexciter la jalousie des autorités ; c'est ainsi que le gouverneur d'Asun- 
cion lit interdire à Azara l'accès de la bibliothèque publique et empêcha les 
Indiens de lui apporter des oiseaux. Il lui fit voler la lettre de remerciements et 
le brevet de citoyen qui lui avait été décerné comme récompense de ses travaux. 
On l'accusa de vouloir livrer ceux-ci aux Portugais, le gouverneur de Buenos- 
Ayres fit saisir ses caisses, lui fit voler des papiers et des mémoires dont il 
publia sous son nom une partie dans un périodique, et avec tout ce qu'il put 
réunir de publié ou d'inédit en composa une œuvre importante qu'il envoya 
également sous son propre nom. 

Mais Azara, instruit par l'expérience, avait remis à des personnes sûres 



116 SOCIÉTÉ DRS AMÉRICANISTES DE PARIS 

diverses copies de ses travaux, ce qui explique qu'on possède encore un aussi 
f^rand nombre de ses manuscrits à Montevideo. 

Ktcependant^cet oflicier qu'on persécutait si indig-nement, si lâchement, dont 
on cherchait sans cesse à rabaisser le mérite, on n'hésitait pas à recourir à lui 
dans tous les cas embarrassants, parce qu'on connaissait son inlassable patrio- 
tisme. Tantôt on l'envoie reconnaître la côle méridionale absolument déserte 
où le g-ouverneur voulait tenter des établissements, tantôt on le charge de 
reconnaître la frontière du Brésil et de repousser les Portug'ais toujours si 
envahissants, tantôt enfin de transporter sur l'Ibiary des familles qu'on avait 
attirées d'Kurope et qui vivaient. dans la capitale aux frais du trésor sans rendre 
aucun service. 

Enfin cessa l'injuste oubli dont Azara était depuis si longtemps victime et il 
rentra en Européen 1801. Son premier soin fut de publier la partie de ses 
travaux sur lesquels son gouvernement n'avait à exercer aucun contrôle, c'est- 
à-dire sa description des quadrupèdes et des oiseaux de l'Amérique méridionale. 
Il vint ensuite à Paris où l'attirait le désir bien naturel de faire connaissance 
avec nos savants ; puis après la mort de son frère (1803), il se retira dans son 
pays natal où il mourut en IS'il, brigadier des armées navales. 

Ses voyages dans l'Amérique méridionale ont été publiés pour la première 
fois à Paris en 1809 par Walckenaer, annotés par Cuvier et suivis de 
l'Histoire naturelle des oiseaux du Paraguay et de la Plata, avec notes de 
Sonnini. 

Comme nous avons eu l'occasion de le dire au cours de ce compte rendu, il 
y a de nombreux manuscrits de ses récits de voyages épars dans diverses col- 
lections officielles ou particulières et de nom.breux mémoires ont été publiés 
dans des périodiques. 

C'est un de ces manuscrits qui se trouve à la bibliothèque de Montevideo 
qui a été publié avec prologue, bibliographie, annotations et reproductions de 
cartes par M. le D"^ Rodolfo Schuller, chef de la section ethnologique du musée 
de la Plata. Cette publication était-elle bien utile? Ajoute-t-elle beaucoup à la 
gloire d'Azara ? Faut-il y voir autre chose qu'un premier jet, une ébauche du 
texte 'définitif qu'Azara a publié à Paris en 1809? De bons esprits ont été de 
cet avis et notamment M. Luis Maria Torres dont on a pu lire le titre de la 
critique en tête de cet article. 

11 faut dire que ce n'est pas la première fois qu'on publie des manuscrits 
d'Azara et personne n'a encore oublié les Viajes ineditos du même auteur qu'a 
édités Barthélémy Mitre en 1873. En réunissant ces derniers à la relation fran- 
çaise, que reste-t-il de bien original dans la Geografia flsica, y eèférica de 
M. Schuller? En réalité, bien peu de choses : quelques paragraphes relatifs au 
voyage à la Laguna Ibera, une comparaison entre les Indiens du Chaco et les 
Guaranis et quelques passages sans importance. 

L'existence de ces copies, menées à un degré de perfection inégal, s'explique 
parfaitement et par les précautions que l'auleur dut prendre pour dérober au 
vice-roi ses manuscrits et parles modifications et augmentations que ses études 
postérieures lui permirent d'apporter au texte primitif. Et cependant nous ne 



BULLETIN CRITIQUE 117 

saurions blâmer la publication de M. Schuller. Elle remet en lumière un per- 
sonnage bien digne d'être étudié; elle nous apporte sur les modalités de sa 
pensée et sur l'évolution de ses connaissances des aperçus nouveaux et tout est 
digne d'être recueilli qui vient d'un homme aussi remarquable, d'un savant qui 
s'est fait tout seul. Nous ne saurions donc pas accepter, dans toute sa rigueur, 
la conclusion de M. Torres : » Ce qui aurait, dit-il, quelque intérêt serait une 
description de la forme primitive, autographe des Iravaux d'Azara où les acci- 
dents graphiques seraient propres à l'auteur, accompagnée de notes, gloses et 
autres commentaires historiques, afin de satisfaire les exigences actuelles de 
toute bonne entreprise éditoriale. » 

Ceci est autre chose ; on peut critiquer la façon donnée par M. Schuller à son 
édition, on peut trouver, en efFel, qu'elle n'est pas à la hauteur des exigences 
actuelles ; il ne s'ensuit pas que la publication du manuscrit soit inutile ou 
inopportune et c'est cela qu'il importait surtout de dire. 

Gabriel Marcel. 



Bolivia-BrRsil, Exposicion que la Sociedad cjeogràficR de La Paz 
dirige à las Sociedades geogràficas de Europa y America. — 
La Paz,Tall. Tip. Lit. de J.-M. Gamarra. 1903, m-8'^ de 148 p. 

Bautista Saavedra. El litigio Perii-Boliviano. La Paz, « Imprenta 
Artîstica » Velarde, Aldazoza y Go. 1903, in-8'' de 159 p. 

Toutes les publications auxquelles donne lieu une rectification de frontières 
entre deux Etats sont toujours, aux points de vue historique et géographique, 
d'une haute importance. Les deux parties contondantes ont un égal intérêt à mieux 
connaître les territoires en litige, leur topographie et leurs ressources, comme 
aussi à rechercher et à publier les documents sur lesquels ils s'appuient et qui 
serviront à prouver l'ancienneté et la réalité de leurs droits. Aussi fouillent-elles 
avec un égal acharnement les dépôts publics et les collections particulières où 
peuvent se cacher quelques documents d'archives inconnus. 

La fin du xix^ siècle aura vu un assez grand nombre d'arbitrages et de recti- 
fications de frontières dont il faut se féliciter hautement. En effet, il n'y a pas 
bien longtemps encore ces différends se seraient terminés par de longues et 
sanglantes guerres qui n'auraient d'ailleurs pas prouvé la justice des revendi- 
cations des deux parties tout en les ruinant. 

Ont passé par nos mains nombre de publications faites dans ces diverses 
occasions et nous avons pu constater combien elles ont pu jeter de nouvelles 
lumières sur l'histoire de la colonisation européenne en Amérique, combien 
elles ont servi à la divulgation de textes et de cartes jusqu'alors enfouis dans 
la poudre des archives et qui, reproduits ou analysés, nous font mieux 



118 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

connaître les découvertes des anciens explorateurs et les travaux des vieux 
cartographes. 

C'est aujourd'hui seulement que nous avons connaissance des deux documents 
dont on peut lire le titre en tête de ce compte rendu. La question qu'ils pré- 
tendaient éclairer a été jugée depuis plus de deux ans; il est donc bien tard 
pour en parler. 

Nous le ferons néanmoins quand ce ne serait que pour signaler Texistence 
bibliographique de ces mémoires qui n'ont eu que trop peu d'influence sur le 
règlement définitif de la question. 

L'exposition publiée par la Société géographique de La Paz fait admirablement 
ressortir la politique constamment suivie par le Portugal et par son héritier 
direct le Brésil dans toutes les questions territoriales. Tous deux ont toujours 
interprété avec une grande largeur de vue — à leur profit s'entend — les clauses 
des traités. Quand elles leur étaient défavorables, ils ne les observaient pas et 
s'arrangeaient toujours pour encourager sous main l'infiltration de leurs sujets 
dans les pays qui pouvaient être contestés plus tard, de manière à se créer des 
droits éventuels. C'est ainsi qu'ils ont procédé pour le territoire contesté de la 
Guyane, c'est ainsi qu'ils ont agi avec tous leurs voisins. Quand il a pensé 
que la question était mûre, le Brésil a entrepris avec eux des négociations 
directes ou par arbitrage. Ajoutons qu'il a été rarement malheureux dans ces 
affaires et il le doit à l'habileté diplomatique, à la science géographique et his- 
torique de son ministre actuel des Affaires étrangères, M. le baron de Rio- 
Branco, qui a fouillé les archives de toute l'Europe pour y faire copier les docu- 
ments et les cartes qui pouvaient intéresser le Brésil. 

On ne s'attend pas à ce qu'à notre tour nous venions refaire l'historique de 
la question de l'Acre. Il nous suffira de dire que ce territoire contesté est ainsi 
appelé du nom d'un des atTluents du Purus et forme un énorme triangle qui fut 
longtemps considéré comme sans valeur, si bien que ni le Pérou, ni la Bolivie, 
ui le Brésil ne songèrent à exercera son sujet de sérieuses revendications. Mais 
en ces dernières années, il avait pris une valeur considérable depuis qu'on y 
avait trouvé des mines d'or, de pétrole, de charbon, et qu'on y avait rencontré 
en nombre immense ces fameuses lianes à caoutchouc dont la consommation 
est devenue depuis quelque temps si importante. Un premier traité en 1867, 
suivi d'un protocole en 1898, avait reconnu les droits de la Bolivie sur cette 
région, mais les habitants bien stylés et soutenus se soulevèrent, rejetant le 
joug peu pesant de la Bolivie qui dut envoyer contre eux deux expéditions. 
Les menées du Brésil, celles du Pérou qui n'hésita pas à faire valoir ses droits, 
créèrent une telle agitation que la Bolivie se décida à mettre l'exploitation de 
l'Acre entre les mains d'un syndicat anglo-américain. 

Du coup, le Brésil jeta feu et flammes, protestant contre l'intrusion d'étran- 
gers dans un différend qui ne les regardait pas. Il y eut un moment d'émotion 
très vive et Ion craignit que la guerre se déclarât entre Brésil et Bolivie. 

La moins forte des deux parties céda, comme toujours. En mars 1903, un 
modus vivendi ré'gl'd les droits en litige jusqu'à ce qu'un traité définitif signé à 
Petropolis le 17 novembre de la même année vînt définitivement consacrer le 



BULLETIN CRITIQUE 119 

partage. Tous ceux qui s'intéressent à ces questions de frontières devront se 
rendre compte dans la carte publiée par M. Huot dans l'Année cartographique 
1904 de M. Schrader, de la façon peu équitable du partage. La Bolivie n'obtint 
que le petit triangle entre le Madeira et son affluent l'Abuna, tandis que tout le 
territoire confinant au cours inférieur de l'Acre était dévolu au Brésil; c'était 
dix fois plus au moins, mais, on le sait, la loi du plus fort est toujours la 
meilleure et tout le monde ne peut pas dire : Ego noniinor leo. 

Telle fut la conclusion du conflit que racontent dans leurs dilFérenles phases 
les publications de M. Bautista Saavedra et de la Société géographique de La 
Paz. C'est l'historique du procès', mais on ne trouve, ni dans l'un ni dans l'autre 
de ces exposés, aucun de ces documents ignorés, textes ou cartes, qui généra- 
lisent l'intérêt local et personnel de la publication au grand profit de l'histoire 
générale et de la science géographique. 

Gabriel Marcel. 



Félix F. OuTES. La edad de la piedra en Patagonia. Buçnos Aires, 
imprenta de Juan A. Alsina, 1905, gr. in-8^ !tome XII des 
Anales del Museo Nacional de Buenos Aires, p. 203-575, 
206%.). 

Le volumineux travail de M. Outes est un recueil très complet sur l'industrie 
préhistorique de la pierre en Patagonie. 

L'auteur commence par un aperçu de la géologie, de la flore et de la faune 
du territoire qu'il étudie, c'est-à-dire une description sommaire du milieu dans 
lequel ont vécu les anciens habitants de la Patagonie, description nécessaire à 
tout ouvrage d'ethnographie ancienne ou moderne, mais surtout quand il s'agit 
d'un pays dont la géographie générale est encore très imparfaitement connue. 
M. Outes donne ensuite un résumé des renseignements ethnographiques sur les 
« Patagons n fournis par les voyageurs qui ont visité l'extrême sud du continent 
américain, dès sa découverte jusqu'à nos jours. 

Comme paléolithiques sont décrites des pièces trouvées dans huit endroits 
diff"érents, distribués depuis le Rio Chubut jusqu'au Rio Santa Cruz, tout près 
de la côte maritime. Deux de ces gisements sont illustrés par des coupes géolo- 
giques. M. Outes les réfère tous à l'époque acheuléenne de Mortillet. Il n'est 
pas encore suffisamment prouvé que la Patagonie ait eu un âge paléolithique 
et il sera impossible de décider cette question avant que la géologie de ce terri- 

1. Une édition spéciale d'un journal de Sucre, La Industria, a publié le 14 mai 1903 
tout un numéro sur la question qui nous occupe, accompagné d'une carte qui n'est 
que la réduction de celle publié dans VExposicion de la Bolivie. On consultera avec 
fruit le « Mapa mostrando a nova fronteira entre o Brasil et a Bolivia na regiao 
Amazonica Rio », Imp. nacional (1904). 2 éditions. 



120 SOCIÉTÉ DES A.MÉRICANISTES DE PARIS 

toire ait été étudiée dune manière satisfaisante. Les faits établis pour le vieux 
monde, quant à la classification par époques de l'industrie lithique préhistorique, 
ne sont pas équivalents aux faits similaires du nouveau monde et Tapplication 
de cette même classification en Amérique ne donne pas de résultat. Cette inté- 
ressante question : l'existence du paléolithique en Patagonie — reste encore à 
résoudre et la solution ne peut s'attendre que sur la base d'une exploration 
systématique de la géolo^^ie patayonne et de fouilles dans les gisements, effec- 
tuées avec un critérium scientifique. Cependant, les pièces publiées par 
M. Outes sont belles, et il a rendu un service à la palethnologie en les faisan'' 
connaître. 

Pour sa période néolithique, M. Outes, en dehors de sa propre collection, a 
eu à sa disposition les riches collections du Musée national de Buenos Aires, du 
Musée de La Plata, de MM. Florentino Ameghino, R. Lehmann-Nitsche, 
J.-B. Ambrosetti et Angel Fiorini, Par milliers sont détaillés des lames, des 
racloirs, des scies, des poinçons, des burins, des couteaux, des hachoirs, des 
pointes de flèches, de javelines et de harpons aux formes les plus variées ; enfin, 
des holas, des pierres perforées, des fusaïoles. des pilons, des objets de parure, 
des pierres gravées. De chaque catégorie, quelques spécimens typiques sont 
représentés en d'excellentes figufes. dessinées très soigneusement, avec beau- 
coup d'habileté et d'exactitude par l'auteur lui-même. Une série de ces grandes 
haches de pierre, si caractéristiques pour la Patagonie, et quelques exemplaires 
de pipes à fumer, sont spécialement intéressants. 

Le matériel classé et décrit par M. Outes est très nombreux; Ton peut dire 
que nulle part il ne serait possible de réunir un matériel plus complet. L'auteur 
dit lui-même qu'il a soigneusement écarté toute pièce dont la provenance n'était 
pas authentiquement garantie, et il faut l'en croire parce qu'il a toujours mon- 
tré une probité scientifique ignorée de certains auteurs et un esprit de méfiance 
d'autant plus utile que les objets d'une provenance douteuse ne sont pas rares 
dans les collections sud-américaines. 

Une carte dressée avec soin et avec clarté indique la situation géographique 
de plus de cetits gisements. C'est, en particulier, le long de la côte de l'Atlan- 
tique et des rivières que se trouvent ces gisements. Les vastes déserts qui 
s'étendent entre les rivières sont encore absolument inexplorés. De nombreux 
tableaux synoptiques et d'excellents indices facilitent l'usage du travail comme 
livre de référence. 

M. Outes qualifie son ouvrage : « Etude d'archéologie comparée », et, en fait, 
il a vraiment épuisé la littérature contenant des renseignements sur l'industrie 
lithique des autres régions (surtout américaines) dont les objets peuvent être 
comparés avec les objets correspondants de la Patagonie. Le résultât de ces 
comparaisons est celui que produisent généralement des études de ce genre, 
c'est-à-dire la constatation d'analogies partielles et isolées entre régions les plus 
diverses. M. Outes trouve des points de contact de l'industrie lithique de 
Patagonie avec celle du Chili, de l'Uruguay, du Brésil méridional, du Mexique, 
des États-Unis, de la Colombie britannique, des Esquimaux. 

En résumé, le joli ouvrage de M. Outes est un livre utile pour tous ceux qui 



BULLETIN CRITIQUE 124 

s'intéressent au préhistorique américain et il y rend compte de tout ce qu'on 
connaît actuellement sur l'industrie primitive de l'extrême sud du continent 
américain. Nous l'en félicitons sincèrement. 

E. BOMAN. 



Daniel Garcia Acevedo. — Contribaciàn al estudio de la carto- 
grafia de Los paises del Rio de la Plat a. — \. El mapa inédit o 
de Ruy Diaz de Guzman. — II. La relacion cartogra/ica del 
doctorH. H. Schuller. Montevideo, 1905, in-8 de 34 pages avec 
un fac-similé. 

Les arbitraires dans les questions de délimitations de frontières amènent deux 
résultats : ils donnent lieu au règlement définitif de questions parfois vieilles 
de plusieurs siècles; ils tirent enfin de la poudre des archives quantité de 
documents inconnus, cartes et textes, infiniment précieux pour l'histoire de la 
géographie; tel est le cas pour celui dont nous avons ci-dessus transcrit le titre. 

Diaz de (iuznian fut l'auteur d'une chronique des provinces du Paraguay 
appelée l'.Ar^en^/ne et qui fut terminée en lôTi. Dans le texte, il fait allusion à 
une carte qui devait l'accompagner, carte assez grossièrement dessinée et qu'on 
croyait perdue. Celle qu'a reproduite M. Garcia Acevedo existe aux Archives 
des Indes et paraît répondce à la description faite par Diaz de Guzman dont elle 
porte le nom au verso. M. Garcia Acevedo la décrit et compare les informations 
qu'elle contient avec le texte de YArgentina, avec lequel elle concorde parfaite- 
ment. Il en recherche la date et arrive à la conclusion qu'elle dut être dressée 
entre 1593 et 1607. 

L intérêt qu'il y avait à examiner en détail cette carte, c'est qu'elle fixe les 
limites des possessions portugaises et espagnoles dans l'Amérique du Sud. sui- 
vant le traité de Tordesillas de 1494 et qu'on y voit figurer toutes les villes, 
villages d'Indiens et forts que l'Espagne possédait à l'époque où elle fut dressée, 
à l'ouest de la ligne de démarcation le cours du Pipiry, affluent de l'Uruguay, 
y figure ainsi qu'une colonie d'Indiens, fondée par l'Espagne au centre des ter- 
toires en litige entre le Brésil et la République .Argentine. Il en résulte que le 
Pipiry était connu bien avant la fondation de la vaste confédération jésuitique 
en ces régions. On voit quel était pour les deux parties contractantes l'intérêt de 
ce document. 

Dans la seconde partie de la brochure que nous analysons, M. Garcia .Acevedo 
passe en revue la bibliographie de M. le D"^ Schuller, insiste sur l'intérêt histo- 
rique que présentent certaines des cartes enregistrées et s'arrête longuement sur 
la Mapa de las Cortes, datée de 1749, qui est devenue la base suivie pour le 
règlement de toutes les questions de frontières entre le Brésil et les républiques 
américaines voisines. 



122 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Le travail de M. Garcia Acevedo constitue une bonne contribution à Tétude 
précise et détaillée de la cartographie américaine qui est aujourd'hui infiniment 
mieux connue et appréciée qu'il y a seulement vingt ans. Les magnifiques atlas 
de fac-similés publiés par le gouvernement brésilien sous la direction de M. le 
baron de Rio Branco aujourd'hui ministre des Affaires étrangères auront gran- 
dement contribué à ce résultat aussi précieux pour les géographes que pour les 
historiens. 

Gabriel Marcel. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 



I. Le Congrès de Stuttgart (Ethnographie moderne et questions précolom- 
biennes, (L. Lejeal). — II. Voyages du D"^ Koch dans les bassins du rio 
Negro et du rio Japura (Ed. de Jonche). — III. Sur un document céramique 
péruvien relatif à la lèpre précolombienne (D"" W. Lehmann). — IV. Mouve- 
ment scientifique (Harriet Ph. Eaton, D"" W. Lehmann, L. Lejeal, comte 
Louis de Turenne). 



Le Congrès de Stuttgart [Ethnographie moderne et questions précolombiennes). 

Mon collaborateur et ami Froidevaux a précédemment ' indiqué l'abondance 
des communications consacrées à l'histoire géographique et coloniale par les 
adhérents du Congrès de Stuttgart. La remarque s'appliquerait encore mieux 
aux travaux dethnographie moderne, présentés à cette session, presque aussi 
nombreux, proportionnellement, qu'à la session new-yorkaise de 1902. Le fait 
s'explique. On veut fixer la physionomie de l'indigène américain, avant qu'il ne 
disparaisse complètement sous l'afflux des races étrangères, devant les progrès 
du métissage, sous l'effort d'une colonisation — ou d'une extermination — 
méthodique. Ce désir a inspiré les treize mémoires dont voici les titres : 

1. Boas (professeur Eranz). — Influence de la division sociale des Indiens 
Kwakiutl sur leur civilisation. 

2. BoGORAs (VN'aldemar). — Idées religieuses primitives diaprés la tradition 
des Chuhchees. 

3. Ehrenreic» (D"" Paul). — Distribution des mythes et légendes chez les 
peuples sud-américains et leurs rapports avec les mythes et légendes du Nord- 
Amérique et de lancien Monde. 

4. JocHELSON (Waldemar). — Les éléments asiatiques et américains des 
mythes Koriaks. 

1. V. Journal, nouv. sér., t. II, n° 2 (octobre 1905), p. 325. 



124 . SOaÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

5. Lehmann-Nitsche (D'' Robert]. — .]fythes européens des Araucaniens de 
V Argentine. 

6. Mever (D'' Hermann). — L'^art des Indiens du Rio Shingu. 

7. Panhuvs (Joiikh"^ L. C. vab). — Quelques détails sur tornamentique des 
nègres de Surinam. 

8. Panhuys (Jonkh"" L. C. van). — Une coutume européenne du paganisme 
transportée en Amérique. 

9. flEGEL (D"" Franz") . — Quelques faits relatifs aux surrirants des Indiens 
f< bravos » à l'ouest d'Antioquia. 

10. Sapper (Prof. Karl). — Usages et coutumes des Indiens Pokonchis. 

11 . Seler (M°"^ Ed.). — Le vêtement de l'Indienne au Mexique. 

12. Stolpe (D' Hjalmer). — Les stations d'Esquimaux du Groenland nord- 
oriental. 

13. Thalbitzer (D*^ William). — Dialectes et migrations des Esquimaux. 

Cette liste est en soi signilic-ative des préférences que nos confrères d'Alle- 
magne portent aux choses de TAmérique du Sud. Ils ont fait de ce continent 
leur domaine de prédilection. Au surplus, dans le continent septentrional, grâce 
aux admirables enquêtes organisées par les savants des États-Unis, il y a bien 
moins de nouveautés à trouver, quant à l'observation des indigènes actuels. Le 
seul secteur encore imparfaitement reconnu est celui qui englobe, avec le 
Groenland, les régions subarctiques et le Dominion dans toute son étendue, 
certaines parties de la côte occidentale. Dans ce secteur, M. Franz Boas, de 
New- York, s'est réservé le peuple kwakiull qui, on le sait, n'a plus de secrets 
pour lui. Son mémoire de Stuttgart était précisément destiné à résumer ses idées 
essentielles sur l'organisation sociale de ses clients préférés. Cette division 
est relativement récente ; elle a même varié plusieurs fois durant le siècle 
dernier. On en peut donc suivre avec certitude l'évolution et même en mesurer 
l'influence sur toutes les institutions des indigènes de Vancouver. Elle domine 
d'abord le régime de la propriété. Chacune des grandes familles qui groupent 
la population kwakiutl marque de son blason spécial et administre collective- 
ment les champs, les sites de pêche, les barrages à saumons, dont ses membres 
tirent leur alimentation. Chacune de ces familles agit comme unité, aussi bi^ 
dans les actes sociaux que dans les cérémonies religieuses de la tribu. Les con- 
fréries religieuses, les associations magiques sont constituées sur le modèle de 
ces familles et l'art, aussi bien que les croyances, est en connexion intime avec 
les nécessites qui résultent de cette dii^ision sociale, très loin poussée au sein 
dechaque groupe autonome (séparation des sexes, des âges, etc.). 

La conférence très intéressante du professeur de Columbîa University ira 
utilement grossir le nombre déjà considérable des travaux inspirés par la Morris 
K. Jesup Expédition. Depuis cette mémorable campagne scientifique, d'autres 
grands voyages collectifs ont été entrepris sur son modèle vers diverses contrées 
de l'Extrême-Nord. C'est à celui des Suédois, en- !899(, que se réfère le mémoire 
de Stolpe, sa dernière œuvre, hélas ! Cette campagne à la recherche d'Andrée 
n'a pas été tout à fait infructueuse, puisque les explorateurs ont pu se livrer à 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 125 

des reconnaissances scientifiques très étendues sur la côte E. de Groenland, 
ainsi qu'aux Terres « François-Joseph » et « Roi Oscar II ». Pendant ce voyage, 
ils rencontrèrent maints vestiges de stations d'Esquimaux, non seulement sur 
les littoraux, mais tout le long des fiords les plus pénétrants et ramilles. Ces 
découvertes, ainsi que le faisait judicieusement remarquer Stolpe, modifient y.n 
peu les idées reçues sur les conditions d'habitat de la race Inuit. D'ailleurs, le 
type de maisons et de magasins révélé par les stations dont il s'agit est en tout 
semblable au type déjà connu. De même les sépultures, dont on a exhumé un 
cimetière complet. Mais le matériel que renfermaient demeures et tombes est 
l'un des plus vastes qu'on ait vus encore. Il comprend jusqu'à des jouets 
d'enfants, en particulier des maisons en miniature. Ultérieurement, des trou- 
vailles analogues devaient être faites par le capitaine Sverdrup pendant l'expé- 
dition du Fram. Comment la population qui a laissé tous ces restes est-elle com- 
plètement dis])arue du Groenland nord-oriental ? C est une des questions que 
s'est posées Stolpe. Le soin que révèlent sans exception tous les cas étudiés 
'd'inhumation, l'amène à conclure que les Esquimaux de ces parages n'ont pas 
été détruits, ni ne se sont éteints naturellement, mais émigrèrent. Le D"^ Stolpe 
a recherché ensuite l'origine de ces Inuits du N.-E. groenlandais, assez différents 
par quelques détails de l'outillage, de leurs congénères delà côte occidentale, et 
il a tenté de jalonner la route qu'ils purent suivre, à la poursuite du loup et 
du bœuf polaires, le long des îles américaines, jusqu'aux cantons septentrionaux 
de VInhiiicisis. 

Très curieux, le chapitre d'histoire ethnique traité par l'ancien directeur du 
« Riksmuseum » de Stockholm était, on le voit, très restreint. M. W. Thalbitzer, 
de- Copenhague, aime les grands problèmes. C'est à celui des migratioufs-géné- 
rales des Esquimaux qu'il s'est attaqué. Quoi qu'il en soit des résultats auxquels 
il croit être arrivé, son travail offre cette véritable originalité de méthode 
d'appliquer la j)honétique à un sujet étudié jusqu'ici par de tout autres procédés. 
La méthode phonétique n'est pas à la vérité un moyen à la portée de tous. Il 
implique une science linguistique très solide et j'ajouterai : toute jeune, c'est-à- 
dire instruite des perfectionnements récents réalisés par notre compatriote, 
l'abbé Housselot. Il suppose encore la plus minutieusç enquête in situ. Or le 
D"" \V. Thalbitzer réalisaitces deux conditions. Son savoir, il l'a prouvé naguère 
par un bon livre'. L'information silr ])lace, il put la mener pendant la 
can>pagne danoise de 1900-1901 ^ qui lui permit d'explorer personnellement le 
Groenland entre les iiS" et 72° 47, soit, à peu près, entre Holstenborg et l'per- 
nawik. En confrontant avec ses remarques personnelles toute la littérature 
connue sur les langues parlées depuis Point-Barrow (Alaska septentrional), 
le Groenland de l'Est, l'auteur a pu vérifier par la phonétique la longue antério- 
rité des dialectes occidentaux sur les dialectes orientaux et déterminer les 

4. V* compte rendu de A phonetical Sludy of llie Eskiino lanffimge (Journal, 
2« sér., t. II, p. 1411. 

2. Les travaux do ces explorations sont publiés dans le tome XXXI des Medelelser 
iim Grônland (Copenhague, 1904). 



126 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAN18TES DE PARIS 

variations phonétiques qu'a subies la langue originelle en passant d'un versant 
à l'autre du monde américain. Pour ne citer que les plus importants des exemples 
donnés, i, u et a des dialectes occidentaux deviennent à l'est e et o ; y se change 
en s. D'autre part, au Groenland, le système consonantal des dialectes du 
Nord est plus régulier, plus voisin de l'idiome primitif que celui des dialectes 
du Sud. Si vous entrez dans le détail géographique de ces altérations, si vous 
arrivez à déterminer le point de la carte où elles se sont produites ou aggravées, 
vous posséderez évidemment, par le fait même, toute une série de repères 
importants pour l'histoire du mouvement des peuplades; vous pourrez reconsti- 
tuer en partie leur itinéraire et leur chronologie. C'est ce qu'a fait M. Thalbitzer. 
Il suit ainsi les migrations des Inuits orientaux le long des côtes septentrionales 
de l'Amérique du Nord anglaise, jusqu'au détroit de Davis. Là ils se seraient 
divisés en deux groupes. Le premier aurait pris la direction du Sud pour aboutir 
au Labrador et au Saint-Laurent, se partageant sans doute en deux bans dont 
l'un se retrouve peut-être dans le Groenland austral et central. L'autre aurait 
émigré vers le Groenland septentrional, en deux ou trois passages, à travers le 
Smith Sund. Encore une fois, il faut renoncer, pour le moment, à critiquer, 
comme à accepter sans réserves les théories de M. Thalbitzer; c'est le principe, 
le principe seulement, qui est curieux, qui semble être juste et devoir être fécond. 
Et ce travail, en tous cas, apporte de nouvelles confirmations à ce que l'on pen- 
sait déjà de l'incroyable mobilité du petit monde des Inuits à travers les âges. 
Mais les Esquimaux n'ont pas été seulement des voyageurs. Les relations com- 
merciales aidant, ils semblent avoir été d'infatigables propagateurs de procédés 
techniques et de folk-lore, parmi les peuples avec lesquels ils trafiquaient. 
C'est l'une des notions à retenir du volumineux mémoire produit par 
M. W. Jochelson. M. Jochelson, de Saint-Pétersbourg, n'est pas un philologue. 
II est, ou doit êtfe anthropologue. Tout au moins applique-t-il à l'ethnographie 
et, plus précisément encore à la mythographie, la méthode anthropologique dite 
des moyennes. Nous avons donc su par lui que sur les L39 légendes koriaques 
connues, 122 ne sont pas exclusivement koriaques, dont 101 peuvent être rap- 
portées à la culture indienne du Nord américain, soit 83 "/o; 34, soit 29 "^/o, se 
rattachant à la mythologie des Inuits, et 22, soit 18 "/j, au folk-lore mongolo- 
turc et de l'ancien monde en général. Allant plus loin dans son pourcentage, 
M. Jochelson a déterminé le nombre et la proportion des fables koriaques qui 
se retrouvent à la fois dans plusieurs mythologies non-koriaques. Et ce furent, 
de ce chef, des additions et des divisions, et des totaux et des quotients en 
imposante quantité. J'ose dire, cependant, que cette partie du mémoire n'en a 
pas imposé au Congrès et n"a obtenu qu'un succès d'estime. En pareille matière, 
a priori, les chiffres sont illusoires. Ceux de M. Jochelson ont-ils pu tenir un 
compte assez sérieux de la forme des mythes qu'il compare ? Et quant aux idées, 
que de différences de détail peuvent, en se superposant, donnera deux légendes 
identiques par la donnée fondamentale des allures et un sens tout à fait diffé- 
rents ! Inversement, que d'analogies de détail aussi peuvent apparenter deux 
traditions dont le thème manifestement diffère 1 Cela encore ne s'exprimera point 
au moyen des chiffres. M. Jochelson en était si bien comme nous persuadé, qu'à 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 127 

sa recherche statistique il a joint quelques observations, — combien plus intéres- 
santes et significatives que ses moyennes ! — sur les divers éléments étrangers 
de la mythologie koriaque. II considère comme de provenance mongolo-turque 
certaines descriptions de nature, épilhètes et métaphores, certaines inventions de 
lacs de feu, de montagnes ardentes, demonsires polycéphales, certaines histoires 
de filles dérobées par leur père aux poursuites de leurs amoureux qui constrastent 
avec l'allure habituelle des fables koriaques, moins étoffées, plus sèches, géné- 
ralement enfantines. Au surplus, ces emprunts de la mythologie koriaque à la 
littérature populaire asiatique sont en nombre relativement restreint. Restreinte 
aussi la pénétration du folk-lore des Koriaks par celui des Esquimaux, laquelle, 
selon M. Jochelson, a dû s'accomplir par l'intermédiaire des Chuccos, voisins 
actuels des Esquimaux. Par contre, les points de contact de la légende koriaque 
avec celle du Nord-Amérique sont innombrables, évoquant les régions et les 
tribus les plus variées, non seulement les Indiens du versant Pacifique, Tlinjits, 
Haïdas, Tsimshians, Kwakiutl, mais ceux qui vivent ou vivaient à l'intérieur, 
comme certains Athapascans. A ces derniers auraient été surtout dérobées les 
formes extérieures de certains mythes; aux gens de la côte, le caractère plus 
foncier des épisodes, des idées et des personnages. Les Chuccos auraient été eux 
aussi les agents de cette transmission, étant admis, d'ailleurs, comme je l'ai 
indiqué plus haut, que les Esquimaux leur en avaient apporté la matière dans 
leurs mouvements de régression vers la mer de Behring. 

Au résumé, l'étude de M. Jochelson aboutit à cette conclusion que la culture 
intellectuelle des Koriaks, comme leur ethnographie matérielle, est dominée 
par des influences venues d'Amérique. De plus en plus se justifierait donc la 
double hypothèse de M. Franz Boas sur les rapports étroits et lointains des 
Indiens du Nord américain avec les Sibériens du Nord-Ouest et sur la nécessité 
d'étudier ceux-ci pour comprendre l'histoire de ceux-là. 

Cette théorie, on s'en souvient, avait été, pour la première fois, vérifiée sur 
place, chez les Chukchees, par un compatriote de M. Jochelson, l'ethnographe 
russe ^^'aldemar Bogoras, de Moscou. Depuis I importante dissertation où il 
consigna les résultats de ses recherches', M. Bogoras a entrepris une série 
d'enquêtes plus détaillées sur les croyances des peuples de l'Asie nord-orientale 
intéressés dans la question. Sa conférence du Congrès de Stuttgart en fut un 
spécimen. Elle visait surtout à montrer par des exemples concrets comment les 
Chukchees paraissent s'être élevés graduellement à l'intelligence du phénomène 
de la mort, à la conception de l'âme distincte du corps et au culte des esprits 
qui n'est pour eux que celui des ancêtres. Quant aux conséquences générales à 
dégager d'une pareille démonstration, nous n'en avons point trouvé et il ne 
saurait y en avoir, au moins provisoirement, d'autre que celle-ci ; l'impor- 
tance, chaque jour plus grande, attribuée par les américanistes aux phéno- 
mènes religieux, ainsi qu'aux faits de folk-lore. 

A ces deux ordres très voisins de recherches touchait l'important travail du 

1. Voir: « The Folk-Lore of North-eastern Asia, as compared with lliat of North- 
western America » (American Anlhropologist, N. S., vol. 4, n" 4, t902, p. 577-684). 



128 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

D'' Paul Ehrenreich de Berlin, que son auteur, devançant la publication des 
Actes du Congrès a fait depuis peu paraître ^ Un compte rendu détaillé en 
sera donné dans un de nos prochains numéros. Dès maintenant, je me borne à 
traduire, en le complétant par quelques brèves indications, le sommaire, rédigé 
par M. Ehrenreich lui-même, pour le « Diurnal » ou bulletin quotidien de la 
session (23 août 1904). Je me suis proposé, écrivait en substance alors notre 
confrère, en m'inspirant des travaux récents qui ont prouvé la relation entre 
mythes nord-américains et mythes de l'Asie du Nord-Est, de rechercher, d'une 
part, si le Sud-Amérique offre aussi des provinces mythologiques correspon- 
dant à ses régions ethniques ou naturelles et, dans l'affirmative, quelle 
influence le folk-lore de ces divers groupes a pu exercer sur celui des groupes 
voisins ; et, d'autre part, à examiner si l'on peut constater dans les mythes et 
traditions de l'Amérique méridionale quelque parenté avec ceux du Continent 
nord et de l'ancien monde. Les matériaux malheureusement très incomplets que 
Ion possède ont été examinés par M. Ehrenreich dans l'ordre systématique 
suivant : mythes relatifs à la création ; mythes de cataclysmes, inondations, 
embrasements ; mythes de la terre et du ciel ; mythes de l'origine des êtres ; 
mythes solaires, lunaires, stellaires et sirdériques ; mythes ancestraux et héroïques 
(en particulier, mythes des jumeaux, si fréquents dans le folk-lore de l'Amérique 
du Sud), De cet examen, l'auteur croit pouvoir déduire l'existence de trois pro- 
vinces ou <■( cercles » mythologiques (Tupi-Guarani, Arouaque, Caraïbe), dont 
il détermine les tendances, et les caractères. Il croit à leurs rapports et, autant 
que me l'indique la lecture sommaire de son texte imprimé, il trouve la preuve 
de ces rapports dans le caractère mixte de la mythologie péruvienne, surtout 
composée d'emprunts. Il croit également à l'analogie de toutes ces fables sud- 
américaines avec celles de la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale et 
avec quelques mythes japonais. On le voit, avec ce travail, nous continuons à 
é"oluer dans le cercle d'idées où nous avaient introduits tout à l'heure 
MM. Boas, Bogoras et Jochelson. Est-il utile d'ajouter que, pour l'instant, 
dans toutes les similitudes constatées, M. Ehrenreich n'incline à voir que des 
phénomènes de <( convergence », selon l'expression des mythographes. Conver- 
gences, c'est-à-dire coïncidences accidentelles, comme il s'en dégage, chaque 
fois que l'on examine deux groupes séparés de littérature orale, voilà comment 
M. Lehmann-Nitsche qualifie, de son côté, beaucoup des analogies qu'il a ren- 
contrées entre les mythes des .Araucans de l'Argentine et ceux de l'Europe. 
Quelques-uns de ces points de contact sont assez saisissants pour que le sympa- 
thique conservateur puisse à leur propos rapprocher les contes d'animaux (car 
nous sortons ici de la mythologie purement religieuse) analysés par lui de plu- 
sieurs Màrchen des frères Grimm. Mais quelques-uns aussi sont d'origine pure- 
ment européenne, transmis aux montagnards de la Cordillère par les Espagnols. 
Voici, maintenant, après ces études générales, des travaux de pur détail qui, 
par leur caractère même, se prêtent moins aisément à l'analyse. Notre collègue, 
le chevalier L. C. Van Panhuys, de La Haye, est venu compléter ses précédents 

1. Berlin, Asher u. (>, 1905, in-8° de 108 p. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 129 

exposés sur l'art décoratif des nègres de Surinam, par une monographie de 
leurs tatouages qui ajoute plusieurs observations nouvelles aux faits relatés par 
Joest, Kappler, Grevaux, etc. L'opération elle-même n'avait jamais été décrite 
avec autant de soin, ainsi que les instruments, les substances (végétales sur- 
tout) qu'y emploient les femmes. Elle n'est accompagnée d'aucune cérémonie 
religieuse. Elle s'accomplit en plusieurs stades, à partir de l'âge de 7 ans, pra- 
tiquée successivement sur la face interne du pouce, sur le front, le ventre, les 
joues, le menton, les jambes et la poitrine. On ne connaît pas la raison de cet 
oi'dre invariable qui semble relever de l'empirisme. On n'est pas mieux rensei- 
gné sur le sens des dessins de tatouage. Les nègres fournissent difficilement des 
explications. Peut-être sont-ils incapables d'en donner; peut être se défient- 
ils de l'Européen et de ses quolibets ! M. V^an Panhuys a pu dresser pourtant 
une courte liste de représentations assez fréquentes : la queue d'aigle (c'est le 
tatouage « wajé »), l'ananas, la hache, le scorpion, et quelques figures humaines, 
entoniologiques et astronomiques. Puissent les coloniaux du Surinam entendre 
son vœu et continuer rapidement ce relevé méthodique ! Car le Nègre des Bois, 
une fois christianisé, renonce assez vite à se tatouer. 

Les traditions d'art et de technique sont peut-être les plus périssables. Divers 
ouvrages, analysés ici-même, sur la vannerie et la céramique des tribus nord- 
américaines ont déjà permis de constater la déformation qu'ont subie les vieux 
procédés de fabrication et de décor ; sous l'influence des habitudes euro- 
péennes. Ainsi cette partie de l'ethnographie est-elle de celles qu'ont le plus 
spécialement étudiées les explorateurs récents du Brésil intérieur. On l'a vu 
plus haut (cf. p. 109) par le compte rendu des Indianersiudien de M. le 
D'' Max Schmidt. A Stuttgart déjà, un devancier de M. Schmidt dansle bassin 
du Xingu, l'ancien conservateur du « Musée Grassi » de Leipzig, M. Her- 
mann Meyer, avait attiré l'attention sur l'ornamentique de ces régions, 
s'attachant à distinguer pour chaque peuplade (Bakhairi's, Nahukua's, Auetô's, 
etc.) le produit qu'elle excelle à fabriquer (masques tissés, masques de bois, 
etc.) et dont elle a révélé le secret aux peuplades voisines, souvent très dilTé- 
rentes d'elles par la race et la langue. Ges recherches brésiliennes restent assez 
périlleuses. L'explorateur y laisse souvent sa santé et, parfois, sa vie. Les 
« Indios bravos », survivant dans l'état colombien d'Antioquia, paraissent infi- 
niment plus faciles à approcher, malgré leur surnom et la réputation terrible dé 
leurs ancêtres, que les frustes tribus du Xingu. Leurs longues sarbacanes, leurs 
flèches empoisonnées ne leur servent guère qu'à la chasse ou à la pêche (pêche 
à l'arc). Sauf qu'ils n'ont jamais pu s'élever jusqu'à l'industrie céramique, leur 
ethnographie que M. Regel produisait devant le Congrès allemand, ne les dis- 
tingue guère des autres indigènes autonomes des zones écartées de l'Ande. 
C'est dire que, malgré leur humeur indépendante, ils ont fait déjà d'assez nom- 
breuses concessions aux usages civilisés. Je pensais donc, en entendant 
M. Regel, aux descriptions connexes de notre ami, M. Rivet, sur certains 
groupes « bravos » de l'Ecuador. 

A le bien prendre, les indigènes civilisés de la moyenne Amérique conservent 

Société, des Amévicanistes de Paris, , 9 



130 MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 

beaucoup plus de traits originaux et anciens que les insoumis d'Antioquia. 
L'exposé pittoresque de M!"" Seler sur le costume de la Mexicaine n'en a sem- 
blé que plus savoureux. Il s'appuyait, du reste, sur une belle collection de 
vêtements. Dans quelle mesure cet art somptuaire mexicain a-t-il varié depuis 
la conquête, c'est ce que la vaillante voyageuse s'est efforcée de montrer. Mais 
c'est ce qu'il est difficile de savoir. Le point de départ manque, c'est-à-dire la 
connaissance précise des usages précolombiens en matière de vêtements. On le 
sait, en effet, les pictographies représentent surtout des dieux et des déesses. 
Cependant, la recherche des éléments espagnols du costume actuel des Indiens 
(éléments plus ou moins adaptés au goût local) peut, par induction, fournir 
de précieux renseignements quant à la façon dont s'habillaient les contemporains 
et sujettes de Mouteczoma IL On le voit par ce court résumé, — et l'on ne s'en 
étonnera point, — M™^ Seler s'intéresse autant au passé qu'au présent de l'Amé- 
rique. Il en va de même du professeur Karl Sapper de Tubingue dont la confé- 
rence concernait à la fois les Pokonchis d'aujourd'hui et ceux du xvi^ siècle. Cette 
communication avait pour point de départ une série de documents inédits dont 
l'un, en langue indigène et de caractère historique, remonte à l'an 1565. 

Les temps proprement précolombiens ont, d'ailleurs, suscité en plus grand 
nombre qu'à New York, l'effort des Congressistes. Ils étaient représentés par 
onze mémoires ; ceux de MM. Baessler, Bloch (Berlin), le comte de Créqui 
Montfort, W.-H. Holmes, Walter Lehmann, Clément Markham, Pablo Patron 
(Lima), Plagemann (Hambourg), Iv.-T. Preuss et Seler. Tous ces travaux, sauf 
une fantaisie, vraiment extraordinaire, à l'ancienne mode sur Vescritura gêne- 
rai de x\merica, méritent l'attention par les détails inédits ou les aperçus origi- 
naux qu'ils contiennent. MM. Preuss et Lehman sont des dévots de la religion 
mexicaine. La foi, c'est-à-dire la méthode du premier est légèrement hétéro- 
doxe, en ce sens, qu'à des faits encore mal reconnus et classés, il applique, on 
le sait, trop volontiers, le procédé comparatif. Nous l'avons vu naguère relier 
les chorégraphies rituelles des Aztèques à l'histoire des mimes dans l'antiquité 
classique. Dans son mémoire' de Stuttgart, le « Sa''[i.cu»v » de la comparaison l'a 
entraîné moins loin du monde occidental, — rendons-lui cette justice — , et 
c'est simplement dans la liturgie actuelle des Moquis qu'il croit avoir, retrouvé, 
en quelque sorte, une image avant la lettre ou plus exactement, un premier état 
des fêtes solaires de Tenochtitlan. Ces idées, procèdent, en somme, des fameuses 
thèses de Lewis Morgan qui considérait le système social de toutes les tribus 
Pueblos comme représentant la première forme de l'organisation mexicaine. Le 
parallèle de M. Preuss est curieux et, sur de certains points, paraît exact ; mais 
il a le tort de reposer sur un a priori. Rien, en somme, ne prouve que le sola- 
risme des Moquis soit vraiment primitif. Il est, sans doute, plus prudent 
jusqu'à nouvel ordre, d'examiner, en elles-mêmes et pour elles-mêmes, les 
croyances de l'ancien Mexique. Dès à présent, toutefois, on peut se permettre 
quelque tentative de synthèse. C'est un essai de ce genre, qu'avait envoyé notre 
collaborateur, M. W, Lehmann^. Uy résume toutes les notions théologiques four- 

1. Sonnenfesie der Allmexikaner und der Moki. 

2. Ein Kapitel aus der niexikanischen Mythologie. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 131 

nies par les Codices^ dans une espèce de dualisme, réunissant, selon lui, le culte 
de la Terre ou de la fécondité à celui du Soleil ou de la génération. Il rappelle, 
à propos les icônes des Mss, oh les deux divinités, cosmiques s'accointent à 
rOuest du monde, dans la « maison de l'ombre », doù le soleil s'échappe au 
matin sous la forme dun aigle. De ce « concubitus » naît, comme l'on s'en sou- 
vient, le dieu, par excellence de la vie humaine, le «dieu des subsistances », du 
maïs. A cette idée fondamentale, M. Lehmann rattache par dérivation les 
grands traits de la légende mexicaine. N'est-ce pas de l'Ouest que viennent 
les tribus en marche ? De l'Ouest que les Toltèques tirent leur héros mythique, 
Quetzalcoatl ? Quoi qu'il en soit de ses conclusions, cet exposé, soutenu avec 
beaucoup d'érudition, fait honneur à l'Ecole de Berlin dont M. Lehmann est 
l'un des plus brillants élèves. 

Le chef de l'école, notre collègue Seler s'est tenu, suivant son habitude en 
pareille circonstance, sur le terrain bien limité des monographies archéologiques. 
Son premier mémoire est une interprétation de l'Idole en pierre verte du musée 
de Stuttgart, décrite jadis par M. H. Fischer, dans une brochure dont M. de 
Jongheadéjà parlé à nos lecteurs (v. Journal, i. II, nouv. sér., p. 297). Sur cette 
pièce, M. Seler reconnaît les hiéroglyphes du dieu de la pianète Vénus et de 
Quetzalcoatl-Ehécatl, de Tlaloc, du Soleil et de Xolotl, le chien qui accompagne 
le soleil chez les morts, pour se changer ensuite en Nanauatzin, dieu delà syphilis. 

Ce très beau spécimen de la statuaire en pierre dure nous offre donc un nou- 
vel exemple des représentations divines polymorphes, si fréquentes dans la 
moyenne Amérique. Au point de vue de l'art, les sculptures du Gastillo de Teayo, 
décrites par M. Seler dans sa seconde communication, lui sont bien inférieures. 
Mais, comme lui, elles se rattachent aux mêmes origines. Car les divinités 
(figures de Xipe-Totec et de Mixcoatl, des divinités de l'eau, et de la pluie, de 
la danse, etc.) qu'elles représentent, les signes chronologiaues (année « 1 silex»; 
jour « 1 crocodile «) qui les chargent sont authentiquement mexicains. Là même, 
est leur valeur documentaire, si l'on réfïéchit que la pyramide du Gastillo de 
Teayo se trouve située aux environs de Tuxpan (État de Vera-Gruz), dans un 
canton habité par des populations totonaques. Ainsi, elle doit marquer le centre 
d'une colonie aztèque, abandonnée vers l'époque de la Conquête et sauvée de 
la destruction totale par l'envahissement de la forêt. Un examen plus appro- 
fondi permettra, sans doute, d'en déterminer la date exacte. 

Si les monuments mexicains portent avec eux, dans une certaine mesure, la 
signature de leurs constructeurs et les éléments d'une chronologie de leur cons- 
truction, il est loin d'en aller ainsi de ceux du Sud-Amérique. C'est la conclu- 
sion du travail communiqué par M. Plagem.ann sur les « Pintados » du Chili. 
Age absolu, âge relatif, sens et destination, auteurs, tout nous échappe dans 
ces pétroglyphes. M. Plagemann s'est donc attaché, avant tout, à leur technique 
et, à ce point de vue, il a coordonné les renseignements fournis par les explo- 
rations plus ou moins récentes. Personnellement, aux cinq catégories de c Pin- 
tados », catalogués jusqu'ici (monochromes, polychromes, gravés en creux, 
gravés en relief, mosaïques, etc.), il a ajouté une sixième classe d'une nature 
spéciale et assez curieuse. Les figures, en sont obtenues, en utilisant, et en arrô- 



132 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES Dli PARIS 

tant, au moyen de contours peints ou gravés, les tons divers d'une paroi mon- 
tagneuse. Les « Pintados » de la Pampa de Tamarugal (province de Tarapacâ) 
sont l'exemple le plus remarquable — et le plus développé — de ce genre d'ou- 
vrages. Comme tous les pétroglyphes, ceux-là sont à proximité de nécropoles 
indigènes. M. Plagemann en déduit qu'ils devaient avoir un caractère religieux. 
Mais ce n'est là qu'une hypothèse aussi plausible, mais non plus certaine que 
toutes celles émises à ce sujet. En tous cas, vestiges d'anciens cultes préinco- 
niques, indications topographiques à l'usage des voyageurs ou, encore, fantaisies 
sans portée spéciale de dessinateurs indiens, les pétroglyphes au Chili, comme 
tant d'autres restes du passé américain, sont en train de disparaître, détruits 
par le vandalisme des populations modernes. 

Sous ce rapport, nos lecteurs savent de quel danger la dernière mission scien- 
tifique françaises dans les Andes sauva Tiahuanaco, le site vénérable entre tous 
du Pérou préhispanique. Par plusieurs articles de ce Journal, ils connaissent 
aussi, dans le détail, les beaux travaux des missionnaires,' soit à la colline dite 
d'Akapana, soit plus au sud, vallées de Panagua et Gagua, régions de Tarija, 
Gobrizos, Golcha, Chuquicamata, Pays ca.lcha.qui et Punas de l'Argentine. La 
première conférence, donnée à Stuttgart par le chef de l'expédition, M. Georges 
de Créqui Montfort, était simplement le résumé général de la campagne qu'il a 
si bien organisée et dirigée. Je ne le signale donc, aux américanistes français 
déjà avertis, que pour signaler aussi son très grand et très légitime succès devant 
le public allemand. L'autre communication du jeune explorateur a révélé des 
faits plus particuliers et moins divulgués chez nous. 11 s'agissait de cette nécro- 
pole de Galama, qui, grâce à M. Eugène Sénéchal de La Grange, nous a restitué 
^l'ancien peuple des « Atacamas », ancêtres probables des Atacamenos d'aujour- 
d'hui, peuple de demi-civilisés, surtout mineurs à ce qu'il paraît, dont l'habi- 
tat très vaste semble avoir compris, avec le Désert et la Puna d'Atacama, 
partie de la Puna de Jujuy, ainsi que les provinces actuelles d'Antofagasta 
(Chili), et de Lipez (Bolivie). Un « kultur-kreis » nouveau et très étendu se trouve 
dessiné sur la carte précolombienne des pays andins. L'importance de ce résul- 
tat fut fort apprécié des auditeurs de Stuttgart, parmi lesquels les illustres 
vétérans des études péruviennes, le D"" Reiss et sir Clément Markham, vinrent 
féliciter chaleureusement leur jeune collègue. Sir Clément Markham, toujours 
infatigable, nous avait, d'ailleurs, à la précédente séance, communiqué la syn- 
thèse et la mise au point de ses idées sur Tiahuanaco qu'il continue à considérer 
comme le premier centre des sociétés andines civilisées et la patrie de la langue- 
mère de l'Aymara et du Quichua. Après le Pérou mégalithique et les arts de la 
pierre au Pérou, voici le Pérou de l'âge des métaux, étudié par le D"" Arthur 
Baessler de Berlin. 

Son exposé peut se ramener à deux idées fondamentales. Quant au bronze 
péruvien, M. Baessler n'y voit point le produit d'un alliage intentionnel, mais 
d'un traitement imparfait des minerais de cuivre, plus ou moins chargés d'étain. 
Quant aux objets d'or et d'argent, le mélange de cuivre que l'analyse y décèle, 
était, au contraire, voulu, en vue d'obtenir une plus grande résistance. 

Les deux mémoires dont il resterait à dire un mot, concernent, ceux-là, non 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICAMSTES 133 

plus telle rég-ion ou telle époque, mais l'Amérique ancienne et générale, con- 
sidérée, toutefois, sous des aspects particuliers et parfois négligés : d'abord, la 
nosographie. Etes-vous, d'aventure, choqué d'entendre qualifier la syphilis 
de. ... . « mal français ». La contribution de M. Bloch réconfortera votre amour- 
propre national. Car l'auteur est un partisan convaincu de l'origine américaine 
du monstre vénérien. Les descriptions spéciales, du reste, très vagues, des écri- 
vains antérieurs à 1493, ne concernent, paraît-il, que des afTections pseudo-syphi- 
litiques. Aussi bien, selon le praticien allemand, l'ancien continent n'a jamais 
fourni de documents ostéologiques prouvant l'existence de la syphilis, avant la 
découverte du Nouveau-Monde. D'autre part, à l'époque de la première guerre 
d'Italie, sous Charles VIII, déjà les premiers compagnons de Colomb étaient 
revenus d'outre-mer et, par eux, avaient pu se propager les terribles « bubas » 
dans les pays de la couronne d'Espagne, notamment dans le royaume de Naples. 
Le u morbus gallicus » est donc, en réalité, un « morbus americanus », dont 
M. Bloch, tout pénétré de son sujet, peut parler pendant plusieurs heures con- 
sécutives, en public, en secret,, . et même en voyage ! Avec la communication 
de M. W.-H. Holmes [Contrihution of American Archaeology lo Ihe Science 
of Man), nous nous engageons sur le terrain moins scabreux, mais aussi mou- 
vant de la sociologie. Car tel est le sens large, trop large peut-être, que le 
directeur des services scientifiques de la « Smithsonian Institution » attribue 
au mot « anthropologie » et à l'expression a science of man ». De ceci, on 
déduira, probablement et tout de suite, le gros reproche que nous aurions à 
formuler contre cette conférence. L'inventaire des antiquités américaines, nous 
semble bien peu avancé encore pour fournir matière à conclusions sociales. 
Bien qu'il constitue sur ceux de Morgan et de Bandelier un réel progrès, le 
classement général des hommes, d'après leur degré de civilisation, qu'a essayé 
M. Holmes, paraît donc, aujourd'hui, une construction ingénieuse de l'esprit, 
une mosaïque de vraisemblances, plutôt qu'une synthèse de réalités. N'oublions 
point, au demeurant, que notre collègue avec sa franchise intellectuelle bien 
connue, a offert sa communication comme un « essai ». 

C'est le seul cas de systématisation aussi vaste à noter danscette réunion. Ne 
nous en plaignons point. On l'a bien des fois dit et redit, à propos de circonstances 
analogues : les théories n'ont guère leur place dans nos Congrès. Elles appellent 
d'interminables débats et les plus brillants ne sont pas toujours les plus instruc- 
tifs. De Stuttgart, nous conserverons — le volume des Actes de la session 
aidant — une série abondante de monographies sur des sujets bien choisis, 
bien limités, et une gerbe lourde de documents originaux. Cela vaut bien des 
passes d'armes oratoires. La vue concrète des choses ne nous a pas été ména- 
gée. Rarement, l'on avait assisté à plus abondant et plus suggestif défilé de 
projections (et, à ce propos, je me reprocherais de ne pas indiquer les radios- 
copies de momies péruviennes, apportées par le D'' Baessler). On a mentionné 
plus haut la petite exposition de pièces originales organisée par M"^ Edouard 
Seler. Il convient de ne pas oublier non plus celle des plumes sacrificatoires 
desMoquis, présentées et commentées par M. Solberg de Christiania. Rendons 
dans un ordre voisin d'idées, l'hommage qu'elle mérite à Miss Adela Breton 
pour les belles reproductions, maintenant achevées, des peintures murales de 



134 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Chichen-Itza, dont elle nous avait montré à New-York les premières 

esquisses. Dans le vestibule du « Kônig'sbau » de Stuttgart, rempli de 

ces aquarelles monumentales, je ne sais trop ce qu'on a le plus admiré : 

rintérêt documentaire, Iharmonie et Téclat polychromiques de ces vieilles 

fresques, — ou la conscience passionnée et l'habileté de Tartistequi, malgré les 

obstacles, nous en donnait enfin des images adéquates. En somme, fructueux 

voyage que la haute bienveillance du roi de Wurtemberg, les efforts du comité 

d'organisation et la courtoisie de tous nos hôtes, ont rendu, depuis Stuttgart 

jusqu'à Schaffhouse, agréable autant qu'utile. 

L. Lejeal. 



II 

Voyage du D^ Koch dans les bassins du rio Negro 
et du rio Yapurà [19G3-1905). 

Le petit établissement de Sâo Felippe sur le haut rio Negro peut être consi- 
déré comme le rendez-vous des tribus indiennes de ces régions. Aussi M. Koch 
Tavait-il choisi comme quartier général de ses courses, l^e 28 septembre 1903, 
il quitta cette localité et s'engagea dans le rio Içâna qui ce jette dans le rio 
Negro un peu en amont de Sâo Felippe. Le principal affluent sur la rive droite 
du rio Içâna est le rio Aiary. Sur les bords de celui-ci, les Siusi's, les Huhi'iteni's 
et les Kobéua's continuent à mener leur vie indigène que les civilisations euro- 
péennes ont peu influencée jusqu'ici. M. Koch eut avec eux des rapports assez 
suivis et amicaux qui lui permirent de faire une foule d'observations intéres- 
santes. Il remonta la rivière jusqu'à sa source et franchit la petite distance qui 
la sépare en cet endroit du rio Uaupès. En descendant cet autre affluent du rio 
Negro, le voyageur allemand rencontra la tribu des Uanânâ's qu'aucun explora- 
teur n'avait visitée jusqu'aujourd'hui ; il s'arrêta chez eux huit jours, repassa 
par terre dans le rio Içâna pour regagner Sao Felippe le 8 janvier 1904. 

La deuxième exploration se place entre le 7 février et le 14 juin de la même 
année. Elle eut pour objet l'étude des nombreuses peuplades, linguistiquement 
très différentes, établies sur les rives du rio Tiguié. Ce sont les Tukàno's, les 
Desâna's, les Tuyûku's, les Barâ's et les Makii's ; la civilisation de ces derniers 
est encore particulièrement rudimentaire. Près des sources de cet affluent du rio 
Uaupès, se trouvent des Indiens qui n'avaient pas encore vu de blancs. Il faut 
attribuer ce fait aux rapides et aux cascades qui rendent ces régions presque 
inaccessibles. Pour accomplir sa tâche, M. Koch descendit le rio Negro jusqu'au 
confluent du rio Guricuriary ; il remonta celui-ci et s'engagea dans le Capauary. 
Il passa après deux jours de marche dans un ruisseau qui le mena au rio Uau- 
pès. Il remonta alors jusqu'aux sources du rio Tiguié, parcourut le sentier qui 
le relie à un affluent du rio Yapurâ et retourna sur ses traces pour regagner 
son quartier général. 

Le mois de juillet, époque des grandes eaux, fut utilisé à des études linguis- 
tiques chez les Yaviteros et Uarekéna's du groupe arovaque. Ces Indiens 




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MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 135 

habitent la localité Sâo Marcellino, située au nord de Sâo Felippe. Déjà le 
4 août la troisième expédition partit pour le rio Uaupès dont les rapides rendent 
la navigation difficile. M. Koch le remonta jusqu'à dix journées au delà de la 
grande Gachoeira Jurupary. Il le redescendit alors pour explorer le Cuduiary sur 
les bords duquel se trouve établi la nombreuse tribu des Kobeuâs. Chez eux 
l'ethnographe s'arrêta plusieurs semaines et put faire des études très précises 
sur leurs croyances animistiques qui se manifestent surtout dans des danses 
masquées originales. Avec l'aide de ces Kobeua's il put remonter le Cuduiary 
jusqu'à sa source. Ici s'étend vers le sud-ouest un haut plateau avec des 
cavernes régulières et de gigantesques labyrinthes. Le retour vers Sâo Felippe 
s'opéra du 12 décembre au 1*"^ janvier 1905. 

Le 6 février, le D'" Koch quitta définitivement Sâo Felippe. Il remonta de 
nouveau le rio Tiguié jusqu'au sentier qu'il avait atteint lors de son deuxième 
voyage. Il passa dans un ruisseau, tributaire du Yapura, et le descendît pendant 
quatre jours avant d'atteindre rétablissement des Tsôloa's et des Palénoa's qui 
n'avaient pas encore vu d'Européens. Le 15 mars, il entra dans le Pira-parana ; 
ici, un des canots chavira, ce qui occasionna la perte de toute la provision de 
sel. Pour comble de malheur, les Tuyuka's ne voulurent |)as l'accompagner 
davantage par crainte des tribus ennemies de l'Apaporis. L'infatigable voyageur 
dut continuer la route seul avec un serviteur dans un grand canol. Le 21 mars, 
il atteignit le rio Apaporis et le 23 mars, après de grandes difficultés, il ren- 
contra des établissements d'Indiens, chez lesquels il passa quelques agréables 
journées en collectionnant soigneusement des vocabulaires des idiomes Yahùna, 
Kueretû, Yupaû, Yukûna, Mirânya et Uitoto. Le 16 avril, il continua sa route 
sur le Yapura et s'embarqua, le 24, sur un petit vapeur qui le conduisit à TelTe, 
sur l'Aniazonas. 

Les voyages du D^'Koch montrent que les bassins du rio Negro et Yapura sont 
occupés par une population indienne relativement dense, appartenant à des 
familles linguistiques difTérentes. Sur le rio Içâna et ses affluents nous trouvons 
des tribus du groupe arovaque ; les tribus du haut Aiary sont fortement influen- 
cées par le voisinage des Kobeuas. Au groupe arovaque appartiennent en outre 
les Tariâna's du Uaupès et les YulvLina's établis entre l'Apaporis et le Yapura. 
Les Kobeua's, Uanâna's, Desàna's, Tuyuka's, Barâ's et les autres tribus du 
Uaupès présentent une parenté plus ou moins lointaine avec la grande peuplade 
des Tukàna's qui occupe la .meilleure partie du Uaupès et de se? affluents le 
Tiguié et le Papury. Brinton a désigné ce groupe sous le nom de Betoya. Au 
même groupe se rattachent les Yahuna's, les Kueretû's et les Yupùa's, tribus 
de l'Apaporis et de ses affluents. Les carfes ordinaires fixent les Umâua's sur 
le haut Uaupès ; en réalité, ils habitent à plusieurs journées au sud, près des 
affluents du Yapura, mais sont en relations amicales avec les Kobeua's. Eux- 
mêmes s'appellent Hianakoto. Leur langue est un dialecte caraïbe, proche 
parent du Carijona, dont Crevaux rassembla le vocabulaire sur le haut Yapura. 
La grande masse des Uitoto's occupent encore les territoires qui séparent les 
sources du Yapura de celles de l'Iça et se subdivisent en plusieurs dialectes. 
Leur langue harmonieuse ne présente aucune parenté avec la famille caraïbe à 



136 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

laquelle on la rattache d'ordinaire. La langue des Miranga's qui s'appellent eux- 
mêmes Imihita et habitent sur le rio Gauinary, ne se rattache, elle non plus, à 
aucun groupe linguistique déterminé. Les Maku's, qui mènent une vie nomade 
dans les forêts du rio Uaupès, ont une langue aussi rudimentaire que l'état 
général de leur civilisation. Elle présente une foule de dialectes et forme un 
groupe à part. M. Koch est tenté de voir dans ces Maku's, la population primi- 
tive de ces régions. 

De toutes ces langues, l'explorateur allemand a rassemblé un riche matériel 
grammatical avec de nombreux textes, surtout en Kobéua, en Umâua et en 
Tukâno. Des quarante vocabulaires qu'il a rapportés de son voyage, la moitié 
sont entièrement neufs et l'un d'eux paraîtra prochainement ici. 

La collection ethnographique qui se trouve actuellement au musée de Berlin 
ne comprend pas moins de 140 masques des Kobéua's. Ces masques sont fabri- 
qués d'une écorce molle et blanche sur laquelle on a peint des ornements très 
divers et ayant chacun une signification particulière. Les hommes seuls s'en 
servent, en présence des femmes et des enfants, dans les danses qui s'exécutent 
une quinzaine de jours après un cas de décès. Ils représentent en général des 
puissances plus ou moins funestes, des esprits sous forme animale ou sous forme 
humaine, qui se logent temporairement dans le masque et s'incorporent dans le 
danseur. La collection renferme aussi de nombreux échantillons de la céramique 
et du tressage, qui sont surtout très développées chez les tribus de la famille 
arovaque, puis des échantillons d'armes, d'ustensiles et un gigantesque tambour 
des Tukano's. Plus de mille photographies bien réussies, représentant différents 
types d'Indiens, leurs travaux domestiques et champêtres, leurs jeux, leurs 
danses, complètent agréablement la collection qui donne une excellente idée 
d'ensemble de ces ci\ilisations intéressantes. 

Ed. DE JoNGHE. 



III 

Sur un document céramique péruvien relatif à la lèpre précolombienne. 

La pièce qui fait l'objet de cette note provient de la collection de M. Martin 
Berendsohn de Hambourg et appartient aujourd'hui au Musée royal d'Ethno- 
graphie de Berlin (N" V» 2718). C'est un vase péruvien en terre cuite brunâtre, 
déterré auprès de Moche (province de Trujillo, département de La Libertad). 
Il a une hauteur de 19 1/2 cm. et un diam. de 9 cm. Au milieu de la tête 
humaine, dont la face forme la partie antérieure de la panse du vase, s'élève 
obliquement le tuyau d'embouchure avec une petite anse derrière. 

La tète est celle d'un homme. Les traits et l'expression du visage sont si vifs 
et si naturels qu'il ne s'agit point sans doute ici d'une représentation conven- 
tionnelle, mais d'un véritable portrait très réaliste. L'expression générale de 
douleur frappe d'abord et, encore plus, l'état œdémateux du faciès, spéciale- 
ment dans les régions frontale et buccale. Des nœuds tubéreux se succèdent 












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MÉLA^'GES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 137 

aux sourcils et de la racine du nez au milieu du front. Les linéaments du visage, 
surtout le pli naso-labial, ont été profondément accentués par l'artiste, non 
sans intention, semble-t-il. Les yeux aux paupières tuméfiées disent la souf- 
france. Les oreilles, qui n'ont été modelées qu'inférieurement, paraissent, très 
petites et difformes. L'indication la plus remarquable, de valeur indubitablement 
patholog-ique, c'est la destruction considérable des ailes du nez en forme de 
triangle irrégulier et plus avancée à la partie droite qu'à la partie gauche. Men- 
tionnons enfin des incisions, dont la plus grande s'allonge en travers de l'os zygo- 
matique gauche. 

Qu'a vonlu représenter ainsi Tarlisle péruvien ? Un malade atteint d'une 
affection déterminée? Pour le médecin, la réponse affirmative n'est'pas difficile, 
tant l'aspect de cette terre cuite est palhognomonique. C'est le « faciès leontina ». 
Une seule maladie peut provoquer tous les symptômes dont résulte le « faciès 
leontina >^,\a. lèpre tubéreuse [lepra, luberosa). Elle produit l'oedème du visage, 
les nœuds tubéreux typiques, développés sur le front, la rigidité des traits de 
la face et, plus tard, par suite daction destructnce des nœuds, des lésions, 
semblables à celles qu'offre le nez de notre personnage. 

Si ces dernièresétaient les seules constatées, le diagnostic de la cause destruc- 
trice serait difficile et douteuse. On pourrait penser à un « lupus » tuberculeux 
ou à un processus spécifique et gommeux de la syphilis. Mais, nous le répétons, 
l'ensemble des symptômes dénoncé la lèpre tubéreuse. 

Pour comparaison, qu'on veuille bien jeter les yeux sur la seconde figure qui 
accompagne cette note. C'est la reproduction d'une planche (cuivre colorié) du 
célèbre ouvrage d'Alibertsurles maladies de la peau. Ils'agit ici d'un cas authen- 
tique de lèpre léontine, observé sur un certain Joseph Dujardin, né en France, 
ayant séjourné comme domestique dans la Guyane française. Voici les conditions 
dans lesquelles fut pris le dessin qui servit pour la planche : « L'affaiblissement 
était à son comble ; les yeux abattus, larmoyants. Les croûtes s'étendirent 
considérablement et prirent, du côté de la bouche et du nez, un aspect brunâtre; 
elles étaient situées circulairement sur le côté et le long de la commissure des 
lèvres. Ces croûtes, avec les vides horribles du visage, contribuaient à imprimer 
à la physionomie du malade l'aspect du lion *... » La ressemblance de ce Dujar- 
din avec la figure de notre vase péruvien n'est pas douteuse. Dans le cas décrit 
et figuré par Alibert, le nez est détruit, mais couvert encore de croûtes puru- 
lentes. Un autre cas très remarquable se trouve dans l'Atlas des maladies de la peau 
publié récemment par E. Jacobi^. Une littérature très riche existe sur cette 
matière. M. le D"" R. Lehmann-Nitsche en a donné une liste dans son important 
travail : Lepra precolombianal (in ; Revista del Museode La Plata, t. IX, p. 397 
ss., La Plata, 1898). Nous croyons, du reste, que plusieurs des cas expliqués 
par ce savant comme « lépreux », sont douteux, surtout ces visages dont les nez 

1. J.-L. Alibert, Description des maladies de la^peau (Bruxelles, 1825), t. II, p. 140 
ss., pi. 34. 

2. E. Jacobi, Atlas der Hautkrankheiten. II Aufl;, Berlin -'Wien, 4904, Taf. XVII, 
n» 30. 



138 SOCIÉTÉ DES AMÉP.ICAMSTES DE PARIS 

ne sont pas détruits, mais exactement coupés, autant dire, au couteau, comme 
dans le visage d'une tête de mort. 

Il elt certain que les Péruviens de l'antiquité figuraient tous les états de la 
vie humaine. Ce qui nous semble affreux et repoussant ne leur répugnait 
point. Et nous n'avons pas de raison pour douter de la date précolombienne 
de ce petit vase de Moche. Nous croyons donc qu'il offre un document impor- 
tant pour la question de la lèpre américaine aux temps préhispaniques. 

D"" W. Lehmann. 



IV 

Mouvement scientifique. 

Recherches récentes sur le cheval préhistorique américain. — L'état présent 
de cette importante question a été résumé par M. le professeur Henry F. Osborn 
de New-York, dans une communication faite à la Société américaine pour 
l'avancement des connaissances utiles (séance d'avril 1904, Philadelphia). 

Les premières recherches faites pour le Muséum américain d'Histoire natu- 
relle de New-York datent de 1901. Elles furent dirigées dans les -Montagnes 
Rocheuses, par le docteur J. L. Wortman. La même année, M. J. W. Giley, 
diplômé de l'Université de Princeton, était envoyé dans le Texas, le Colorado, 
le sud du Dakota, et le Nebraska, à la tête d'une expédition organisée grâce 
aux subsides fournis par M. William C. Whitney. 

La découverte la plus importante, en 1900, avait été celle d'un groupe de six 
spécimens appartenant à l'espèce nouvelle Equus Scolli et donnant, pour la 
première fois, la connaissance complète de l'ostéologie du cheval américain de 
l'étage pliocène, — un animal avec une forte tête, des membres courts, ayant 
quelque peu l'apparence du zèbre. — En 1901, dans la première des expéditions 
organisées avec les subsides de M. Whitney, on découvrit, dans un dépôt de 
l'étage miocène supérieur, un Hypohippus, ainsi nommé par Joseph Leidy. Cet 
animal fut reconnu comme appartenant à un type vivant dans les forêts, — 
En 1902, on découvrit un nouveau genre et une nouvelle espèce de cheval, dans 
le miocène supérieur du Nebraska occidental, qui fut nommé .Yeo^/p/jar/on 
Whitneyi. Cet animal avait des membres très légers, ressemblait plutôt à un 
cerf et offrait quelque analogie lointaine avec Thipparion d'Europe. 

Ces explorations ont donc démontré l'existence de deux et probablement de 

trois espèces contemporaines du Prolohippus, de qui descendait le vrai cheval. 

Les recherches continuent dans le but surtout de retrouver un squelette de 

Protohippus, afin de constater si celui-ci serait ou non l'ascendant direct de 

Equus Cahallus. 

Comte Louis de T. 



Survivances païennes chez les Ojibioays. — Il s'agit des Indiens de la « Geor- 
gian Bay », sur la rive orientale du lac Huron, Canada. L'auteur de la présente 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRTCANISTES 139 

note, pendant un voyage de plaisance en ces parages, fit la connaissance d'une 
charmante et très intelligente femme Ojibway, appelée à l'européenne Mrs John 
Wesley. Mrs Wesley, comme la plupart de ses congénères, était méthodiste, 
une dévote méthodiste, une « mère en Israël «, ainsi quelle me le dit avec le 
plus grand sérieux. Ensemble nous assistâmes même à un meeting méthodiste 
en plein air, dans une enceinte boisée {camp-meeting) à Chrislian-Island (théâtre 
de la dernière rencontre des Hurons contre les Iroquois). La ferveur chrétienne 
de ma nouvelle amie ne l'empêchait point de conserver avec soin dans un casier 
de son cerveau tout le folk-lore de sa race et d'en parler volontiers. Elle s'éten- 
dait avec une complaisance particulière sur le compte de « Manaboogh », le 
héros de la vieille civilisation ojibway, le démiurge-créateur. Je sais donc aujour- 
d'hui comment « Manaboogh » créa les rochers, les eaux et la terre; comment 
il fit pousser la vigne, les lichens et le saule rouge, et bien d'autres choses mer- 
veilleuses. Mais ce qui m'a le plus frappée, ce fut d'entendre, à la pieuse réu- 
nion dont je viens de dire un mot', Mrs. John \A'esley m'expliquer que le pre- 
mier camp-meeting tire son origine de « Manaboogh » lui-même, créant, un 
beau jour, des bosquets magnifiques, les entourant d'une haie, puis appelant 
tout son peuple pour lui commander d'y tenir chaque année, en mémoire de 
lui, une assemblée. Les détails qu'elle ajoutait prouvent avec évidence que la 
jolie Indienne considérait «. Manaboogh » et le Christ des hommes blancs comme 
une seule et même personne. Et i! m'apparaît avec une quasi-certitude que les 
missionnaires européens, tout choqués qu'ils soient de ces assimilations, quand 
ils les constatent, ont dû, parfois, inconsciemment, profiter de la tendance de 
leurs ouailles à confondre « Manaboog » et le bon Dieu ! 

Harriet Ph. Eaton. 



American Antiquarian Society. — Le t. XVII des Proceedings de cette très 
vivante Association nous apporte un intéressant article sur l'état actuel des 
études relatives à la linguistique algonquine. L'auteur, M. Edward E. Haie, 
commence par rappeler l'achèvement de l'impression du Dictionnaire de 
Trumbull. C'est au Bureau d'Ethnologie des États-Unis qu'est due la publica- 
tion de cet important ouvrage. Feu le major Powell, alors qu'il était le chef 
éminent de ce Bureau, avait promis son concours et celui de son personnel, et il 
avait plus spécialement chargé de ce travail l'érudit membre de la Société des 
Antiquaires, M. Albert S. Gatschet. Celui-ci s'en est acquitté avec le talent qui 
lui est reconnu. 

L'apparition du Dictionnaire marque véritablement une ère dans l'étude des 
langues indiennes et permet d'espérer que ce volume sera le premier de la 
série d'ouvrages prévus par la loi du 27 avril 1900. 

Sans méconnaître la valeur des publications dues au Bureau d'Ethnologie, les 
années précédentes, il est juste de constater qu'aucun ouvrage d'importance 
égale n'avait été offert au public depuis la publication faite, il y a près de soixante- 
dix ans, par la Société, des études de Galîatin. 

A cette époque, depuis longtemps déjà, des savants comme Du Ponceau (Fran- 
çais d'origine, venu en Amérique en Mil) et Pickering, en Amérique, etlesgrands 



140 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

philologues allemands du dernier siècle, avaient reconnu l'importance des tra- 
vaux de John Eliot. Il a été à la mode, peut-être, parmi les ignorants, de dire que 
la grande traduction de la Bible, due à ce dernier, était inutile à Thumanité. Mais 
quiconque a seulement une notion des choses est obligé de reconnaître que par 
ses travaux sur la langue des Indiens Natick, John Eliot a découvert les secrets 
de ce système de grammaire qui règne de l'océan Arctique au cap Horn. Con- 
tinuant dans la même voie, Gallatin (Suisse débarqué dans le Maine en 1780) 
fit une étude approfondie de cette grammaire Natick et réunit un nombre con- 
sidérable des mots en usage dans les tribus établies dans les territoires s'éten- 
dant du Pacifique à l'Atlantique. C'est le résultat de ses recherches que la 
Société des Antiquaires a eu l'honneur de faire connaître. C'était dans sa longue 
carrière comme secrétaire de la Trésorerie que M. Gallatin, profitant de ses 
relations officielles avec les tribus indiennes, avait pu réunir cette masse énorme 
de matériaux. 

D'après M. Edward E. Haie, ce serait grâce à la publication faite par la 
Société des Antiquaires, de l'œuvre de M. Gallatin, que l'attention a été appelée 
sur la grande étendue des territoires où était parlée la langue des Algonquins 
Lenape au Canada et aux États-Unis. 

En effet, par suite de l'occupation de la région de New-York par les Iroquois, 
dont la langue n'a pas un mot de commun avec l'Algonquin parlé au sud, à 
l'est, au nord de cette périphérie circonscrite comme une île, on avait conçu 
la fausse idée que la langue parlée dans la Nouvelle-Angleterre n'était usitée 
que sur un territoire limité. Gallatin n'hésita pas à reconnaître la similitude, 
pour ne pas dire l'identité, des langues du nord-ouest avec celles de la Virginie, 
de la Pennsylvanie et delà Nouvelle- Angleterre. L'Algonquin se parlait si loin 
au sud que, selon la remarque d'un membre delà Société, le juge Forbes, dans 
une séance antérieure, Manteo, l'un des Indiens de Raleigh, de l'île Roanoke, 
aurait pu s'entretenir avec Powathan, l'Indien du capitaine Smith, avec Mas- 
sasoit, rindien d'Edward Winslow, et probablement il en fut ainsi. Concurrem- 
ment avec Mayhew et le plus jeune des Cotton dans la Nouvelle-Angleterre, les 
missionnaires en Pennsylvanie ont étudié la langue des Delawares et, grâce aux 
travaux d'Eliot, ainsi que de ses auxiliaires, de Heckewelder et d'autres dans le 
sud, ce que nous possédons imprimé concernant la grande race algonquine 
l'emporte de beaucoup sur ce qui a été publié sur toute autre famille indienne. 
Sur ses six cents pages,, la précieuse bibliographie due à M. Pilling et faite pour 
le Bureau d'Ethnologie contient soixante pages de titres des livres consacrés aux 
Algonquins. 

En raison de l'importance d'une langue aujourd'hui encore vivante, — elle 
est parlée par plus de 100.000 individus — , en raison des études dont elle a été 
l'objet depuis plus de 200 ans, une mesure a été prise qu'il est utile de faire 
connaître. Sous l'inspiration et sur le conseil du D*" William Henry Holmes, le 
successeur du major Powell comme chef du Bureau d'Ethnologie, M. William 
Jones, attaché au grand Muséum américain d'Histoire naturelle de New-York, a 
été désigné par les tuteurs du« Carnegie Institution » pour faire une étude spé- 
ciale des nations algonquines et de leurs langues. Il a été mis en mesure de pou- 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 141 

voir visiter les tribus dans les régions qu'elles habitent et d'étudier leur langue 
telle qu'elle est parlée dans toute sa pureté. 

Ce travail de M. Haie a été communiqué à l'American Antiquarian Society, 
dans son meeting semestriel de Boston, 7 avril 1904. De la séance suivante 
(Worcester, 21 octobre 1904), diverses informations utiles nous sont apportées 
parles procès-verbaux. Ainsi le D"" Chamberlain a informé les membres de la 
Société qu'avec la collaboration de M. William Wallace l'ooker, de Say 
Harbour, il a entrepris une édition du Livre des Proverbes, tiré de la Bible 
indienne de Eliot, avec un vocabulaire, et que ce travail est en bonne 
voie d'achèvement. D'autre part, M. Clarence W. Bowen, de New- York, a 
annoncé la découverte en Bavière, du journal tenu pendant ses campagnes en 
Amérique durant les années 1780, 1781, 1782 et 1783 par Ludwig, baron de 
Glosen, aide de camp de Rochambeau. Ce document a figuré à l'Exposition de 
Saint-Louis. Il serait désirable que copie en fût faite et conservée en Amérique. 

Comte Louis de Tlrenne. 



Le « Meelimj anthropologique » de San-Francisco. — Nous devons à l'aimable 
obligeance de nos confrères américains, MM. Geo, Grant Mac Curdy et Charles 
Peabody, secrétaires de !"« American Anthropological .Association», de pouvoir 
donner ici la liste complète des travaux communiqués à l'Assemblée générale, 
que la savante Société a tenus en août dernier, à San Francisco, et que nous 
avions signalée dans notre dernier fascicule '. Trente mémoires ont été lus dans 
cette réunion qui comptera comme l'une des plus importantes consacrées à 
l'Anthropologie par la science transatlantique : 

Sét^nce du 29 août 1905. 

1. Prof. F. W. PuTNAM, directeur du Muséum d'Anthropologie de l'Université 
de Californie et curateur du « Peabody Muséum » de la « Harvard University » : 
Exhibition of Bones, possihly showing Ihe Work of Man, froin Quaternary 
Caves of California (Discussion : MM. Herrick, Hill-Tout, J. C. Merriam). 

2. Charles Hill-Tout, de 1' « Ethnological Survey of Canada » : Helerogeneily 
of Ihe Culture of Ihe Selish Trihes (Discussion : MM. Dixon, Goddard, C. Hart 
Merriam, Krœber, Barrett). 

3. D*" G. Hart Merriam, chef du « Biological Survey », Washington, D. C. : 
The Aboriginal fndian Population of California (Discussion : MM. Herrick, 
Mac Leod, Barrett). 

4. D"^ R. B. DixoN, de « Harvard University » : The Mylhology of the Shasta- 
Achoniawi of California (Discussion : MM. Hill-Tout, C. H. Merriam). 

5-, Miss Constance Goddard Dubois : Mission Religions Myths, avec auditions 
phonographiques (Discussion : MM. G. H. Merriam, Peabody). 



1. V. Journal, nouv, sér., t. Il, p. 349. 



142 SOCIÉTÉ DEvS AMÉRICANISTES DE PARIS 



Séance du 30 août. 



6. M""» R. F. Herrick : 77je Indians of Hiimboldt Bay (Discussion : MxM. Hill- 
Tout, Keeler, Ruslj. 

7. D"" J. G. Merriam, de rUniversité de Californie : The Exploration of the 
Qiiaternary Caves in California, avec projections (Discussion : M. Peabody). 

8. D"" A. Hrdlicka, curateur-assistant d'Anthropologie physique à V « U. S. 
National Muséum » : A Contribution to the Physical Anthropology of Cali- 
fornia. 

9. M. S. A. Barret, de l'Université de Californie : Présentation of a Map 
showinçj the Terrifory, Divisions, Villages and Camp-Sites of the Porno 
Indians of California (Discussion : MM. C. H. Merriam, Dixonj. 

10. D"" C. Hart Merriam : 7'he « Chievor of the Tongva », a niortuary Cere- 
mony (Discussion : Miss Dubois: MM. Dixon, Hill-Toutj. 

11. M. P. S. Sparkman : The Grammar of the Luiseno Languageof Southern 
California [Discussion. : M. Hill-Tout). 

12. D"" Philip Mills Jones, secrétaire de la « Médical Society of the State of 
California » : Brief Description of a Method for Preserving Shell Spécimens 
(Discussion : M. Putnam). 

13. MM. Charles Peabodv et Warren K. Moorehead : The Naming of Spéci- 
mens in American Archaeology (Discussion : M. HilI-Tout). 

14. D"" J. C. Merriam : 7'Ae Excavations at Emeryville Shellmoand, avec 
projections (Discussion : MM. Dixon. Hill-Tout, Putnam). 

15. M. H. N. Rl'st : A Ceremony of the Mission Indians of Southern Cali- 
fornia (Discussion : MM. Krœber, Hill-Tout, Putnam, Miss Dubois). 

16. D*" A. L. Kroeber, de l'Université de Californie : Exhibition of a Basket, 
now in the California Academy of Sciences, from the Extinct Indians of San 
Nicolas Island, California (Discussion : MM. Mac Leod, Rust). 

17. M. ¥. I. MoNSEN : Explorations in Northern Arizona and New Mexico 
(Discussion : M. Putnam). 

Séance du 31 août. 

18. D'' A. L. Kroeber : Systematic Nomenclature in American Ethnology 
(Discussion : MM. J. C. Merriam, C. H. Merriam, Hill-Tout, Dixon, Peabody). 

19. D"^ C. Hart Merriam : Basket Cave Burial in California [Discussion : 
MM, Mac Leod, Putnam). 

20. M. H. N. Rust: The Obsidian Bladesof Northern California [Discussion: 
M. Putnam). 

21. M. S. A. Barrett, de l'Université de Californie : Basket Designs of the 
Pomo Indians [Discussion : M. C. H. Merriam). 

22. D"" P. E. GoDDARD, de l'Université de Californie : Mechanical Aids to the 
Study and Hecording of Language (Discussion : M. Putnam). 



iMÉLAKGES ET NOUVELLES AMÉKICANISTES 143 

"23. D' .1. C. Mekriam : Some Suggestions concerning Ihe Origin of Ihe 
Calaveras Skall, avec projections (Discussion : M. Hill-Tout). 

24. M. Charles Keeleh : Création Mylhs and Folk Taies of the Manua 
Island, Samoa. 

25. M. J. T. Goodman : The Maya Dates (Discussion : M. Putnam). 

26. M. G. C. WnxouGHBv, curateur-assistant, Peabody Muséum, Harvard 
Universlty : Spécimens in the Peabody Muséum collecled hy Ihe Lewis and 
Clark Expédition. 

27. M. H. N. RusT : Exhibition of Implemenls from San Nicholas Island 
used for Culling and Working Shell Ornaments. 

28. Professor Howard Swan, de V >< Impérial Collège » (Pékin) : A Sysle-- 
matic Arrangement for Recording Dialects. 

29. Prof. W, H. Holmes : Anliqnity of Man in North America (Discussion : 
MM. Putnam, Peabody, Swan). 

30. D"^ F. C. Newcombe : Exhibition of Northwestern Indian Designs 
(Discussion : M. Hill-Tout). 

Voici, maintenant, le détail des principales communications américanistes qui 
n'ont pu être lues, faute de temps ou par suite de l'absence des auteurs, mais 
qui figureront in extenso ou en analyse dans le compte rendu : 

31. D"" C. Hart Merrl\m : Baskelry of California Indians. 

32. D*" A. L. Krcsber : Indian Systems of Consanguinity in California. 

33. Miss J. E. Wier, de l'Université de lÉtat de Nevada : The Washoe 
Indians of Nevada. 

34. M™^ Zelia Nuttall : 7'Ae earliest historical Communications helween 
Japan and Mexico. 

35. M. James Mon.ney : I^he Caloosa Tribe of Florida. 

36. D"" J. A. SwANTON : The Social Organisation of American Trihes. 

D'ores et déjà, nous pouvons constater l'intérêt offert par certaines de ces 
contributions, car V American Anthropologist en a publié quatorze dans sa livrai- 
son d'octobre-décembre 1905 (n°^ 2, 3, 4, 5, 9, H, 12, 13, 18, 20, 22, 25, 26, 
36). Nous recommanderons, parmi celles-là, quelques « papers » ayant trait à 
des sujets pratiques ou à des questions de méthode. Ainsi, dans Mechanica.l Aids 
to ihe Sludy and Recording of Language^ M. Pliny Early Goddard expose les 
procédés inspirés par Marey, Rousselot, Hermann, Bevier, etc., qu'il applique 
à ses recherches de phonétique et linguistique californiennes. The Naming of 
Spécimens in American Archaeology est une courte, mais très suggestive cri- 
tique des nomenclatures actuellement usitées pour qualifier les pièces de musée. 
Les auteurs (MM. Peabody et Moorehead)en montrent l'imprécision, les doubles 
emplois, les impropriétés. Ils leur reprochent d'être en beaucoup de cas conjec- 
turales, quant à l'usage qu'elles semblent attribuer aux objets. Enfin, elles ont 
le grave tort d'être trop strictement calquées sur la terminologie de l'archéologie 
classique. Dans un ordre d'idées voisin, M. Krœber (Systematic Nomenclature 
in Ethnolog y) essaye de fixer les principes qui doivent guider le vocabulaire et 
les classifications ethnologiques et critique sur quelques points les usages intro^ 



144 SOCIÉTÉ DES AMERICAN ISTES DE PARIS 

duits à cet ég^ard par Gallatln, Haie, Powell, Brinton et M. Gaischet. Le 
mémoire de M. Ph. Mills Jones (n° 12) propose un certain nombre de moyens 
très simples, empruntés aux laboratoires de biologie, pour la conservation des 
pièces d'ethnographie fragiles. J.e travail de M. Willoughby [n° 25) est un bon 
catalogue systématique, avec renseignements d'histoire, des objets rassemblés 
au début du xix*^ siècle, chez les Mandans, par Lewis et Clark. Cette collection, 
peu connue, et que la disparition des Mandans rend précieuse, est aujourd'hui 
dispersée en deux ou trois musées des Etats-Unis. Enfin, le D"" J. R. Swanton, 
sous ce titre : The Social Organisation of American Trihes, examine dans 
quelle mesure les théories courantes sur le clan totémique, le mariage et l'orga- 
nisation de la tribu, sont confirmées par l'ethnologie des peuples indigènes du 

Mexique septentrional. 

L. L. 



Une inscription américaniste à Paris. — Elle se lit à l'entrée de l'église 
Saint-Séverin, sur une plaque de marbre blanc, scellée au-dessus du bénitier 
de gauche, près de la porte latérale de la rue Saint-Séverin. Elle est ainsi for- 
mulée : 

LE DERNIER JOVR DE JANVIER MDCLXXVI, 

SVR CETTB PAROISSE DE S.^iNT SÉVERIN, 

EST MORT, RVE DES MAÇONS-SORBONNE, 

BERTRAND OGERON, 

■SlEVR DE LA BOVÈKE EN JALLAIS 

QVl, DE MDCLXIV A MDCLXXV, 

JETE LES FONDEMENS DYNE SOCIÉTÉ 

CIVILE ET RELIGIEVSE AV MILiEV DES 

FLIBVSTIERS ET DES BOVCANIERS DES ILES 

DE LA TORTVE ET DE SAINT DOMXNGVE. 

IL PRÉPARA AINSI 

PAR LES VOIES MYSTÉRIEVSES DE LA PROVIDENCE 

LES DESTINÉES DE LA RÉPVBLIQUE d'haITI. 

R. I. P. 

L'inscription se surmonte d'armoiries qui ne me semblent pas correctes 
héraldiquement et qui, sans doute, doivent être rétablies ainsi : d'argent à deux 
aiglofs adossés et éployés de gueules, à la f as ce d'or chargée de trois nierlettes 
de sable. D'après son style, ce petit monument ne remonte pas à plus d'une 
cinquantaine d'années. Des circonstances de son érection, je n'ai rien pu 
apprendre. Le clergé paroissial n'est pas renseigné à ce sujet. Les archives de 
l'église sont muettes, comme l'avait, avant moi, constaté le dernier et le plus 
sérieux des historiens de Saint-Séverin, M. A. Démy, d'ailleurs président du 
Conseil de Fabrique. Les derniers mots du texte feraient supposer que l'ini- 
tiative émana de la colonie haïtienne à Paris. Mais de ce côté aussi, c'est-à-dire 
du côté de la légation de la république, je n'ai pu obtenir aucun éclaircisse- 
ment. Quoi qu'il en soit de ses auteurs, l'hommage était un hommage mérité. 
Parmi tous nos grands coloniaux du xvii'' siècle, Bertrand Ogeron est un des 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 145 

plus curieux et sympathiques, bien di|^ne dune étude en règle. On y verrait 
ce lils de bourgeois angevins démissionner, avec le grade de capitaine, après 
vingt et un ans de services au Régiment de la Marine, pour se lancer — vers 
1656 — dans la voie des entreprises lointaines. Peut-être fut-il de ceux qui, 
en 1659, assurèrent à la France la possession définitive de l'île de la Tortue. En 
tous cas, il paraît avoirétélun des premiers à fonder sur la côte N.-O. de Saint- 
Domingue des établissements agricoles français. .Aussi entra-t-il en rapports 
permanents avec les terribles <> Frères de la Côte », sur lesquels il acquit une 
grande influence. Dès les débuts de Colbert, l'île de la Tortue et les colonies 
libres d'Haïti furent comprises dans le domaine de la Compagnie des Indes occi- 
dentales. Mais il fallait que les boucaniers reconnussent le privilège de celle-ci. 
Le premier titre de gloire du sieur de la Bouère, devenu gouverneur royal, est 
de les y avoir décidés, en obtenant pour eux un régime spécial de commerce qui 
conciliait leurs intérêts particuliers avec les monopoles stipulés par les chartes 
de la Compagnie. Non moins honorable fut son rôle administratif: il amena ces 
irréguliers à se fixer, en leur avançant, et souvent sur ses ressources personnelles, 
les fonds nécessaires à l'édification de villages et eu favorisant l'immigration fémi- 
nine, par suite, le développement du mariage et de la famille. Entre temps, il 
profilait de la guerre de Hollande et des hostilités avec l'Espagne pour étendre 
le champ ouvert à l'activité de ses administrés sur le territoire de Saint- 
Domingue; il s'emparait de plusieurs forts espagnols et établissait un nouveau 
centre sur la côte orientale, dans la presqu'île de Samana. C'est dans le voyage 
fait en P'rance pour obtenir de Colbert la reconnaissance de cet'le fondation 
qu'il mourut à l'âge de 61 ans. A ce moment même, sa circonscription venait 
d'être saccagée par les Espagnols; mais son œuvre ne devait pas périr. Sous le 
gouvernement habile de Poincy, l'un de ses neveux, les groupes français de 
Saint-Domingue se relevèrent si bien de leurs ruines qu'ils comptaient, en 1687, 
près de huit mille habitants. 

En somme, Ogeron de la Bouère, type de ce que le castillan nomme pohlador, 
semble être le véritable initiateur de notre domination à Saint-Domingue, Saint- 
Domingue, le modèle des colonies de plantations de l'ancien régime. Et cela 
justifie assez le témoignage lapidaire que lui a rendu le rédacteur anonyme de 

l'inscription de Saint-Séverin. 

L. L. 



Sur la pagination du « Codex Xolotl ». — En examinant le Codex Xolotl 
(Ms. Me\., 1-10) de la Bibliothèque nationale de Paris (collection Aubin- 
Goupil), j'ai été amené à constater que la feuille de ce document numérotée 1 
est formée, en réalité, de deux feuilles depuis longtemps collées ensemble. 
J'appellerai'F. 1* cette feuille nouvelle qu'on peut complètement séparer de F. 1. 
F. 1* est peint sur le verso, à la manière des anciennes pages 2, 3 et 4. Il se 
compose de deux fragments : le plus grand se trouve à gauche, montrant 
(marge droite du fragment) l'hiéroglyphe de Colhuacan ; le plus petit est à 
Société des Américanisles de Paris. 10 



146 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

droite. Les couleurs des peintures de ce F." 1* (recto) se sont reportées sur F. 1 
(verso), primitivement sans couleurs ni figures. 

En somme, nous avons à présent sept feuilles, soit quatorze pages, dont onze 
seulement sont peintes. Le fait que Boturini, dans son Catalogo del Museo 
Indiano (§ III, n° 1) parle de six feuilles, /)ein/e5 sur deux côtés (soit douze 
pages), me semble indiquer que déjà, au temps de l'infortuné Milanais, le Codex 
n'avait pîus sa forme matérielle d'origine et que, dès cette époque, F. 1 et F. l* 
étaient collés ensemble. Je ne puis examiner en ces quelques lignes la question 
de savoir si le Codex Xololl est un original ou une belle copie ancienne. Mais 
elle serait très importante pour déterminer la pagination des feuilles peintes qui, 
telle qu'elle est actuellement, n'est pas juste, à mon sens. 

Au Ms. Mex. 1-10 se trouve joint, dans le même carton d'archives, un petit 
fragment figuratif, sur même papier d'agave et de style tout à fait semblable. 
Cela pourrait indiquer qu'il manque la plus grande partie d'une autre feuille. 
Je crois que celle-ci représenterait la douzième de la description de Boturini. 

D"" W. Lehmann, 



Premières relations officielles du Mexique espagnol avec le Japon. — Sur 
cette intéressante question, nous ne possédions jusqu'ici qu'un travail spécial, 
la courte monographie écrite, en 1875, par M. Angel Nunez Ortega ', résumé 
bien fait et assez critique, mais sans grande documentation nouvelle, du 
P. Cavo. Cette brochure, très rare aujourd'hui, après avoir insisté justement 
sur le rôle des vice-rois du Mexique (et en particulier du premier Luis de 
Velasco, 1560-1564), comme promoteurs des grandes expéditions maritimes de 
l'Espagne dans le Pacifique septentrional, fait remonter à 1610 l'origine des rap- 
ports officiels entre Mexico et le Japon. Cette année-là, un des navires 
d'Acapulco, chargés d'alimenter d'émigrants et de marchandises les îles Philip- 
pines (où la preniière colonie espagnole remonte, on le sait, à 1568), fut 
entraîné par la tempête sur les côtes japonaises. Les naufragés y trouvèrent 
non seulement une large hospitalité, mais tous les secours nécessaires pour 
réparer leurs avaries et regagner les possessions espagnoles. L'ne telle générosité 
contrastait fort avec les habitudes admises en pareil cas, à une époque où tant 
de nations européennes appliquaient encore dans toute sa rigueur \ejus littoris. 
L'acte frappa donc le second Luis de Velasco qui gouvernait alors Mexico, et 
d'autant plus qu'il rêvait précisément de reprendre les projets de Cortés, quant 
à l'établissement d'un grand trafic régulier entre la Nouvelle-Espagne et 
l'Extrême-Orient. Aussi, usant d'un des privilèges régaliens de sa charge, 
envoya-t-il une ambassade qui arriva à destination dans l'été de 1611 ou 1612. 
Parmi les présents qu'elle apportait, figurait une horloge qur- aurait révélé aux 
industrieux Nippons l'art de l'horlogerie. Bien accueillis du shogun Fide \osi 

1. Noticia hislorica sobre las Reljaciones politicas y comerciales habidas entre 
Mexico y et Japon durante et siglo XVII. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 147 

qui, d'ailleurs, était chrétien et complètement soumis à l'influence des jésuites, 
les Mexicains reçurent la permission de pratiquer des sondages dans différents 
ports, en vue du choix d'un point d'atterrissage et, quand ils repartirent, ils 
emmenèrent avec eux plusieurs trafiquants du pays. Néanmoins, ({uant au but 
réel poursuivi par Velasco, la mission n'eut point de résultat. D'un côté, 
Velasco avait été remplacé par des intérimaires, puis par le marquis de Guadal- 
câzar, qui, tous, se montrèrent peu soucieux de continuer ses vastes desseins. 
La présence des Japonais à Mexico n'obtint donc qu'un succès de curiosité. 
D'un autre côté,-Fide Yosi était disparu, lui aussi, e' sous son successeur, les mis- 
sionnaires chrétiens, sinon le christianisme lui-même, étaient devenus suspects. 
Cependant, en 1614-15, on trouve encore mention dune ambassade, japonaise 
celle-là. Mais elle émanait d'un des grands feudataires japonais, un daimio du 
Nord, le prince de Osyù et était destinée à la cour pontificale. Si elle toucha le 
Mexique, c'est uniquement qu'un franciscain espagnol, le Fray Luis Sotelo, 
fort en faveur auprès du daïniio, lui avait suggéré de préférer la traversée du 
Pacifique à la roule par le cap de Bonne-Espérance, infestée de corsaires. Du 
reste, au moment même où elle arrivait en Europe, l'ère des Shoguns et des 
Daïmios chrétiens se fermait définitivement et l'ère des persécutions commençait 
contre le. catholicisme. 

Telles étaient en somme les notions apportées, il y a trente ans, sur la matière 
par M. Ortega. Un autre diplomate mexicain, M. G. A. Lera, vient de reprendre 
le sujet avec la supériorité que lui donne son séjour au Japon comme ministre 
plénipotentiaire du gouvernement de Mexico. Il a pu consulter divers fonds 
d'archives locaux et son petit travail ' n'est, à vrai dire, qu'un recueil de 
pièces d'archives, aux six collections japonaises suivantes : 

a) Nagasaki Jitsuroku (« Archivos autenticos de Nagasaki ») ; 

b)' Todai Zakhi[<i Anales diversos de esta época. Era de Keicho »>) ; 

c) Keicho Nenroku (« Archives de la era de Keicho »); 

d) Keicho Nikki (« Diario de la era de Keicho )>); 

e) Ikoku Nikki (« Diario acerca de los paises extranjeros »); 

f) Keicho Kemhunroku (« Compilaciôn de los sucesos de la era de Keicho »). 
M. Lera a mis en outre à profit, dans ses commentaires explicatifs, la 

récente publication officielle de textes, intitulée : Nihon Shogyoshi[(< Historia 
del Comercio japonés »). En quoi le présent travail complète-t-il et rectifie-t-il 
incidemment celui de M. Ortega? D'abord en ceci que les premières correspon- 
dances officielles échangées entre fonctionnaires espagnols et autorités japo- 
naises sont antérieures d'une dizaine d'années à la date prise comme point de 
départ par l'auteur de la Nolicia historica, et, d'autre part, en cela que la 
première initiative en revient, non aux Espagnols comme le supposait M. Ortega, 
mais aux autorités japonaises. M. Lera nous montre, en effet, dès 1598, le 
daïmio de Yedo, — qui n'était pas encore shogun, — manifestant au mission- 
naire franciscain Jerônimo de Jesiis son intention d'écrire directement au gou- 

l. Primeras Relaciones o/iciales entre el Japon y Espana tocantes à Mexico. Tokio, 
1905, ia-i2 de 27 p. 

10. 



148 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

verneur de Luçon. Le projet fut exécuté quatre ans plus tard, au mois de 
septembre de 1602, à partir duquel se succèdent neuf pièces officielles, publiées 
in extenso par M. Lera. La dernière, datée du mois de novembre 1609, est une 
permission d'accès dans tous les ports japonais à tous les navires « que dân 
vêla en Luzôn para la Nueva-Espaiïa ». Tous ces actes sont adressés au gouver- 
neur de Luçon. Ainsi, et c'est le troisième fait mis en lumière parles 
recherches de M. Lera, dans l'établissement d'un courant de rapports réguliers 
entre Mexico et le Nippon, l'administration coloniale de Manille paraît avoir 
eu un rôle au moins égal à celui que M. Ortega attribuait, non sans raison du 
reste, à la vice-royauté de Mexico. D'un autre côté, l'aventure de mer, que 
M. Ortega considérait comme un point de départ, s'était déjà présentée au 
moins une fois dès l'année 1602. Au mois d'octobre de cette année-là, en effet, 
le prince japonais de Yedo écrivait à « su senoria el Gobernador » une lettre 
commençant ainsi : <.< A principio de este otono, uno de vuestros bajeles mer- 
cantes que viajaba entre Luzôn y la Nueva Espana, huyendo de una tormenta, 
abordô en la provincia de Tosa » et le daïmio terminait, en assurant les marins 
espagnols de toute la sympathie japonaise dans des cas semblables. Voilà donc 
encore uiie circonstance que le premier historien des relations mexicano-japo- 
naises n'avait point connue. 

Quant au second naufrage, la version qu'en avait donnée M. Ortega semble 
également incomplète et, parfois, inexacte. Ainsi la date réelle est de 1609, au 
lieu de 1610. La gratitude de Velasco pour les bons offices rendus aux naufragés 
s'explique surtout par la qualité de ceux-ci au nombre desquels figuraient le 
gouverneur intérimaire des Philippines, Rodrigo de Vivero, et tout son état- 
major. C'est avec Vivero, et non plus tard, que partirent les marchands japonais 
dont il a été déjà question. Il est faux d'ailleurs qu'ils n'aient trouvé au Mexique 
qu'indifférence courtoise. Ils regagnèrent leur patrie avec la grande ambassade. 
I^e chef de celle-ci est nettement désigné par M. Lera. C'était Sébastian 
Viczaîno. Son voyage se place en l'année 1611, plutôt qu'en 1612. L'ambassa- 
deur fit la faute de se montrer d'une intransigeance toute castillane sur les 
questions d'étiquette. Néanmoins, M. Ortega a eu tort de croire que sa mission 
soit restée sans résultat. Tout au contraire, dès cette époque, les navigations 
entre les Philippines et Acapulco s'organisèrent selon les désirs communs des 
shoguns et des vice-rois de la Nouvelle-Espagne, c'est-à-dire avec relâche dans 
un port japonais (en l'espèce, Uraga de Miura). Et elles devaient durer sous cette 
forme jusqu'en 1636. Tout au moins, est-ce l'instant fixé par le Niffon Shogyshi 
à l'interruption des expéditions maritimes japonaises vers le Mexique. Peut- 
être l'escale du galion à Uraga avait-elle cessé un peu plus tôt. Nous voilà bien 
loin de linterruption complète des rapports commerciaux dès le temps de 
Sotelo et de son ambassade à Mexico, à Madrid et à Rome. En réalité, ces rap- 
ports survécurent à la proscription du catholicisme au Japon et cette proscrip- 
tion fut moins brusque que ne le prétendait la brochure de 1875. Elle paraît 
avoir débuté par une période de défiance, cette défiance ayant pour causes et 
les intrigues hollandaises et le zèle intempérant de quelques convertisseurs. En 
1612 déjà, au moment même où part pour le Mexique le premier galion, il 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICAMSTES 149 

emporte des lettres des princes japonais qui montrent la première expression de 
ce sentiment. L'une d'entre elles qui avait échappé à M. ()rte<;a, parce qu'il ne 
la cherchait point là où elle était ', dit en propres termes : <■ La doctrina seguida 
en vuestro pais difiere enteramehte de la nuestra : por eso estoy persuadido de 
que no nos conviene. En las escrituras bùdicas se dice que es dificil la conver- 
sion de quien no esta dispuesto â convertirse. Alàs vale^ por consiguienle, dar 
fin en nuestro sueloâ la predicaciôn de esa doctrina. En cambio, multipliquen 
sus viajes los bajeles de comercio, aumentando con ellos las relaciones é inte- 
rezes. » Vingt-quatre ans plus tard seulement, après une exj^érience prolongée 
qui leur avait prouvé sans doute que le trafic avec Mexico laissait la porte 
ouverte à la propagande religieuse, les shoguns se décidèrent à interrompre 
tout échange, sous peine de mort, soit pour les sujets, soit pour les étrangers. 
Au résumé, grâce à l'étude de M. Ortega et à l'utile brochure rectificative et 
complémentaire de M. Lera, on tient maintenant les grandes lignes du sujet. 
L'histoire en règle de ces très curieux rapports du Mexique et du Japon reste 
cependant à écrire. G est une des questions qui passionnent le plus notre savant 
collègue, M""" Nuttall. On a vu, plus haut, par un court compte rendu du 
Meeting de San-Francisco, qu'elle avait annoncé une communication sur la 

matière. Est-ce l'annonce d'un prochain volume? 

L. Lejeal. 



Les cactées mexicaines. — Notre collègue, M. Léon Diguet, vient de leur 
consacrer une très savante et très complète étude ^. Comme l'indique le titre 
que je transcris en note ^, l'auteur s'est surtout placé au point de vue de l'utili- 
sation coloniale. Mais, traité par lui, le sujet devait amener nombre d'observa- 
tions intéressantes pour le Mexicanisme. Comme M. Diguet le remarque dès le 
début de son travail, il s'agit de plantes qui, bien souvent, et à toutes les 
époques de l'histoire, furent pour les indigènes une ressource précieuse dans 
les régions du Mexique désolées par la sécheresse. Nous avons donc beaucoup 
à glaner dans les cinq chapitres de ce mémoire de botanique appliquée, où sont 
successivement décrites les « cactées à fruits comestibles » ; les « cactées 
employées pour clôtures » ; les « cactées fournissant du bois pour la construc- 
tion et le chauffage » ; les » cactées fourragères et à graines comestibles »; les 
« cactées à fibres ». 

Analyser un article qui n'est que détails serait refaire cet article, — en l'abré- 
geant. Signalons seulement quelques faits particulièrement curieux. D'abord les 
détails sur le « colonche ». L'ocA//j n'était pas, comme on se l'imagine souvent, 

1. Dans la Colecciôn de documentas inéditos, relatives al descubrimiento, conquista. 
y organizaciôn de las antiguas posesiones espafioles, t. VIII, p. 185. 

2. Les nopals à cochenille ont cependant été laissés de côté, comme étant déjà 
introduits dans l'Afrique méditerranéenne. 

3. Elude sur les principales cactées utilisées au Mexique cl. susceptibles d'être intro- 
duites dans les régions désertiques des colonies françaises. Paris, au siège social de la 
« Société d'Acclimatation », 1906, in-8" de 31 p. et 17 fig. 



150 SOCTÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

la seule boisson fermentée d'origine végétale, connue de Tanliquité. Sur les 
hauts plateaux du Nord, dans des zones réfractaires par leur climat à la culture 
de l'agave, le fruit de VOpuntia cardona., convenablement traité, donnait aux 
Chichimèques nomades une liqueur très appréciée. Les femmes, chargées de la 
préparation, avaient des receltes secrètes qui se sont perpétuées dans l'état de 
San Luis Polosi. Et c'est le « colonche » déjà nommé. Voilà, maintenant, les 
cereus à fruits comestibles, localement désignés par les noms (importés, sans 
doute, des Antilles, avec les termes « maguey », « maiz », « achi », etc.), de 
« pithayos » ou « pithayas » '. Leur variété est grande et leur rôle [dans l'ali- 
mentation précolombienne du Mexique, souvent indiqué par les auteurs qui 
citent, maintes fois, le « quapetla », le « xoconochtii », le « quionochtli », lé 
« chende^ », le « chichipe », etc. (irâce à M. Diguet, nous savons maintenant 
ce que ces mots représentent botaniquement (Pithayo de Mayo ou Cereus priii- 
nosus ', « Pithayo xoconochtle » ou Cereus Dickii] « Ghiotillo » ou Cereus 
Chiotilla ; Cereus Chende ; Cereus chichipe, etc.). 

Dans la seconde classe de cactées, examinée par M. Diguet, 1' « organo » et 
le « baboso » avec leurs hautes tiges, sont employés, depuis la plus haute 
antiquité, pour séparer les maisons et jardins, avec cette qualité, déjà remarquée 
par Hernandez, de résister, par leurs tiges gorgées d'eau, à la propagation de 
l'incendie. Au contraire, le Cereus candelaher aux ramifications puissantes, le 
« hecho » (C. peclen ahorigenum) servaient au chauffage et produisaient des 
planches dures et compactes. VA nous retiendrons encore le « bisnaga », c'est-à- 
dire certaines espèces d'Echinocaclus qui, débarrassés de leur armure d'aiguil- 
lons, offrent celte pulpe charnue et étonnamment aqueuse qui les avait fait qua- 
lifier de leocomill 3 par les Nahuas. Les dernières pages de cette monographie 
s'occupent spécialement des cactées à bourres laineuses dont nous savons que 
l'antique Chimalhuacan et bien d'autres contrées tiraient toutes espèces de tis- 
sus. Pour chaque espèce, notre collègue, après avoir décrit, détermine avec 
précision l'aire de dispersion ou de culture. Et c'est encore un service qu'il 
rend à l'archéologie. Espérons qu'une seconde brochure nous apportera bientôt 
le résultat de ses recherches sur les ^ agaves ». 

L. L. 



XV^ Congrès inleriiational des Américanistes à Québec. — La vie est courte, 
les années s'envoient et... les Congrès américanistes se succèdent. A peine ter- 
minons-nous le compte rendu de la brillante session de Stuttgart, en 1904, qu'il 
nous faut annoncer celle de 1906 qui se doit tenir du lundi 10 au samedi 15 sep- 
tembre prochain, à Québec. Le choix, proposé à New-York et ratifié à Slutt- 

1. « Pithaya » désigne le fruit. 

2. « Chende » semble d'origine mixtèque et signifierait poui'riture, visant la 
facilité avec laquelle ce Cereus se décompose. 

3. Tco, divin ou véritable ; comill, réservoir (ce que Ihispano-mexicain désigne par 
« canturo »). 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 151 

gart, d'une ville de langue française comme lieu de réunion, nous est, l'on n'en 
doutera pas, très sensible. Nous croyons, d'ailleurs, à l'intérêt majeur présenté 
par la visite, même sommaire, du Canada français, et parla discussion des pro- 
blèmes d'ethnographie, précolombienne ou moderne, qui touchent plus spécia- 
lement le Dominion ! Il reste à savoir si nos compatriotes pourront se rendre 
là-bas, et si les Sociétés savantes de notre pays pourront s'y faire représenter 
aussi largement que nous le désirons. Quoi qu'il en soit, on peut toujours parti- 
ciper à la belle oeuvre du Congrès par l'envoi d'un ou de plusieurs mémoires. 
Le nombre et l'étendue n'en sont pas limités. Ce qui comporte limitation, c'est 
la durée jdes communications orales et des discussions. A cet égard, et quant 
anx langues autorisées, rien n'est innové aux usages antérieurs. 

Comme, pour le Congrès de Stuttgart, les circulaires récemment reçues 
annoncent l'impression d'un Bulletin quotidien des séances, dont l'utilité n'est 
pas contestable, surtout si le Bureau vent bien en promettre l'envoi aux infor- 
tunés adhérents d'Europe que le mal de mer ou toute autre raison détournera 
de la présence réelle. Pour faciliter la publication de ce précieux « Diurnal », 
les auteurs sont priés de livrer leur résumé avant le /*'" juillet prochain. Cet 
envoi devra être fait à M. le D"^ N. E. Dionne, secrétaire général, au Palais 
législatif, à Québec. Pour les cotisations, on s'adressera à M.Alphonse Gagnon, 
trésorier, même adresse. MM. Dionne et Gagnon sont les agents exécutifs d'un 
Comité local d'organisation qui, entres autres notabilités scientifiques, com- 
prend : 

M, le D'^ R. Bell, directeur de la Commission géologique du Canada, prési- 
dent ; 

Mgr J.-C.-K. Laflammk, doyen de la Faculté des Arts de l'Université Laval, 
de Québec, vice-président ; 

M. le D"" Boyle, surintendant du « Provincial Muséum », de Toronto, vice- 
président; 

M. le D"" Boas, professeur à « Colombia University », de New-York; 

M. le D'' A. -F. Chamberlain, professeur à « Clark University », de Wor- 
cester; 

M. l'abbé Am. Gosselin, professeur à l'Université Laval ; 

M. l'abbé V. Huart, directeur du Musée provincial de Québec; 

M. A. JoBiN, président de l'Institut Canadien; 

M, le R. P. Lacombe, membre correspondant de la Société des Américanistes 
de Paris ; 

M. A.-R. Mac-Callum, professeur à l'Université de Toronto; 

M. H. Pears, surintendant du « Provincial Muséum », de Halifax; 

M. le Major Wood, président de la Société littéraire et historique de Québec, 
etc. 

Les grandes Universités (Laval, Mac Gill, etc., etc.), sont spécialement 
représentées par leurs recteurs dans la Commission qui compte, en outre, un 
certain nombre de membres appartenant à ia politique et à la haute adminis- 
tration. La XV* session s'annonce, en somme, comme im grand événement cana- 
dien auquel tout le pays s'intéresse. C'est dire le sympathique accueil que trou- 



152 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

veront à Québec les délégués européens. Ajoutons qu'une grande excursion leur 
est promise, après la clôture, dans la région du lac Saint-Jean où ils pourront 
visiter un campement d'Indiens Montagnais. Que de séductions, que d'atti- 
rances 1 La vie est courte; les années s'envolent et... Québec est loin. 

N. 



Petites nouvelles. — Dans sa séance du 6 février, Ja Société des América- 
nisfes, pour succéder au regretté Jules Oppert, a élu membre d'honneur fran- 
çais, M. Emile Levasseur, de l'Académie des Sciences morales et politiques, 
professeur-administrateur du Collège de France, dont on connaît les nombreux 
travaux sur les États-Unis, le Brésil et, plus récemment, le Mexique. M. Levas- 
seur est un des savants qui ont le plus contribué à révéler l'Amérique moderne 
à l'Europe. 

— ■- La récente promotion dans la Légion d'honneur, dite « promotion des 
explorateurs » a consacré les services scientifiques de trois de nos plus actifs 
collègues : MM. le comte G. de Créqui Montfoht, Léon Diguet et le comte 
Henry de La Vaulx ont été nommés chevaliers de l'Ordre, aux applaudissements 
de tous ceux qui ont suivi les épisodes de leurs belles expéditions dans les Andes 
péruano-boliviennes, l'Amérique moyenne et l'extrême Sud-Américain. 

— La Société de Géographie de Paris a décerné le prix Jomard à notre col- 
lègue, M. Jules Htjmbert, docteur es lettres, professeur agrégé au Lycée de 
Bordeaux, pour ses travaux sur l'histoire de la géographie et de la colonisation 
et, spécialement, pour ses deux volumes, sur les Origines vénézuéliennes. 

Erratum. — Quelques erreurs et lacunes inévitables se sont glissées dans le 
travail de notre collaborateur, le D"^ W. Lehmann, sur les « Peintures Mixtéco- 
Zapolèques », publiées en octobre dernier. M. Lehmann serait heureux qu'on 
voulût bien les rectifier comme suit : 

1° Errata : 

P. 243, note 2 : 6 juillet io29. — P. 264 (ligne 24) : Titzcuintli (?) (chien). — 
P. 267, note 3: res gesiae.— P. 268, note (ligne 24) : qui ante.— P. 271 (ligne 2) : 
5,60m. — P. 271 (ligne 19) : 5,20m. — P. 275, note 7 : Conférence de M. le 
prof. Seler dans la séance de Nov. de la Soc. d'Anthrop. de Berlin. — P. 257 
Oigne4) : Brudern. — P. 277 (ligne 7) : éëcatl. — P. 278 (note 1) : Côdice. 
— P. 278(hgne24) : 16 mq. 

2° Addenda : 

P. 271, ad 3. Codex Bodleianus : et 6 pages vides (deux pages avec quatre 
lignes horizontales rouges). — P. 273, ad Codex Setden 2 : et une feuille, dont 
le recto porte les hiéroglyphes 2 tecpatl 5 acatl., dont le verso reste vide. Lon- 
gueur totale environ 5,467 m. 



MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES AMÉRIGANISTES 

Au 31 décembre 1905 



BUREAU DE LA SOCIÉTÉ 

Président d^ honneur M. le duc de Loubat, correspondant de 

l'Institut. 
Vice-président d'honneur.. M. G. Maspero, membre de l'Institut. 
Président M. le D"" E.-T. Hamy, membre de l'Institut 

et de l'Académie de médecine. 
Vice-Présidents S. A. le Prince Roland Bonaparte. 

— M. le marquis de Peralta. 

— M. Henri Vignaud. 

Secrétaire général M. Léon Lejeal. 

Trésorier M. le duc de Bassano. 



MEMBRES DU CONSEIL 

MM. le comte de Chakencey. MM. Gabriel MarceL. 

Désiré Charnay. Désiré Pector. 

Henri Cordier. le comte Louis de Turenne 

d'Aynac. 



COMMISSION DE PUBLICATION 

MM. le D'^ Hamy. MM. Gabriel Marcel. 

le comte de Charencey. Lejeal. 

Henri Cordier. 



(I^es lettres H., D. et C. qui figurent après certains noms distinguent les membres 
d'honneur, membres donuteurs ci membres correspondnnts.) 

Adam (Lucien), ancien magistrat, 30, quai S'-Cast, Rennes. 

Alvarado (Alejandro), attaché à la Légation de Costa- Rica, 53, avenue 

Montaigne, Paris. 
Ambrosetti (Juan), C, Museo nacional, Buenos-Ayres. 
Armour (AllisonV.), Room 900, 87, Wabash Avenue, Cliicago, 111., U. 

S. A. 



154 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DÉ PARIS 

Bassano (Duc de), 9, rue Dumont-d'Urviîîe, Paris. 
Bennetï (James Gordon), 120, avenue des Champs-Elysées, Paris. 
Blanc (Edouard), 52, rue de Varenne, Paris. 

BoMAN (Eric), 21, rue d'Edimbourg, Paris; et 20, Upsalagatan, Stoc- 
kholm (Suède), 
Bonaparte (Prince Roland), 10, avenue d'Iéna, Paris. 
Bourgeois (Commandant), chef de la section de géodésie du Service 

géographique de FArmée, 40, avenue Bosquet, Pans. 
BovALLius (Cari), C, Stockholm. 

BowDiTCH (Charles-P.), 28, State Street, Boston, Mass., U. S. A. 
Cameron (M"'*), 50, avenue du Bois-de-Boulogne, Paris. 
Capitan (D""), professeur à TEcole d Anthropologie, 5, rue des Ursulines, 

Paris. 
Charencey (Comte h. de), 72, rue de l'Université, Paris. 
Charnay (Désiré), 46, rue des Marais, Paris. 
Chavero (Alfrédo), C, inspector gênerai del Museo nacional, 27, Avenida 

Madrid, Mexico. 
Cordier (Henri), professeur à FEcole des Langues orientales, 54, rue 

Nicolo, Paris. 
Créqui Montfort (Comte g. de), oG, rue de Londres, Paris. 
DiGUET (Léon), 16, rue Lacuée, Paris. 
DoRADO (Alejandro), secrétaire à la Légation de Bolivie, 3, boulevard 

Delessert, Paris 
Ehrenreich (Paul), C, D'^' med. etphil., 29, Lutherstrasse, Berlin. 
Farre (Hector), commissaire général du Dominion Canadien, 10, rue de 

Rome, Paris. 
FôRSTEMANN (D"" E.), C, Wilmcrsdôrferstrasse, Charlottenburg b. Ber- 
lin (Deutschland). 
Froidevaux (Henri), docteur es lettres, bibliothécaire-archiviste de la 

Société dé Géographie, 47, rue d'Angivillers, Versailles. 
Garcia y Pimentel (Luis), 24, rue de Berri, Paris; 9, calle de Donceles, 

Mexico. 
Gatschet (Albert S.), C, 1331, F Street, Washington, D. C. (U. S. A.). 
Génin (.A.ug.), C, Mexico. 
GiGLioLi (Enrico), C, professeur à l'Institut des Etudes supérieures, 

Firenze. 
Gonzalez (Général Manuel), C, Mexico. 

Grasserie (Raoul de La), juge au tribunal, 14, rue de Gigant, Nantes. 
Hamy (D"" E.-T.), professeur au Muséum, conservateur du Musée d'Ethno- 
graphie, 36, rue Geofîroy-Saint-Hilaire, Paris. 
Hébert (Jules), inspecteur au Musée d'Ethnographie, 22, rue des Belles- 
Feuilles, Paris. 



MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 155 

Herrera (Carlos), C, Mexico. 

Holmes (W.),C, Chiefof the Bureau of American Ethnology, Smithso- 

nian Institution, Washington, D. C. (U. S. A.). 
HuLOT (Baron J.), secrétaire général de la Société de Géographie, 41, 

avenue de La Bourdonnais, Paris. 
Hlmbert (Jules), docteur es lettres, professeur agrégé au Lycée, 3, rue 

Lamouroux, Bordeaux. 
Hyde (James H.), /),, 18, rue Adolphe- Yvon, Paris. 
IzcuE (José A. de), C, Lima. 
Jotvghe (Edouard de), docteur en philosophie et lettres, Santbergen, 

Flandre orientale (Belgique). 
Kergorlay (Comte Jean de), 6, rue Mesnil, Paris. 

Lacombe (R. P.), C, Edmonton Alta, N. W. T. (Dominion Canadien). 
Laugier-Villars (Comte de), 250, boulevard Saint-Germain, Paris. 
Lehmann-Nitsche (D"" Robert), chef de la section anthropologique au 

Muséum d'Histoire naturelle, La Plata (Argentine). 
Lejeal (Léon), chargé du cours d'Antiquités américaines au Collège de 

France, 14, avenue du Maine, Paris. 
Loubat (Duc de), H.,D., 53, rue Dumont-d'Urville, Paris. 
Lumholtz (Cari), C, New- York. American Muséum ofNatural History, 

8"" Avenue. 
Malek (Capitaine Teobert), C, Ticul, Yucatan (Mexico). 
Marcel (Gabriel), conservateur à la Bibliothèque nationale, 97, avenue 

du Roule, Neuilly-sur-Seine. 
Marin (Louis), député, professeur au Collège libre des Sciences sociales, 

13, avenue de TObservatoire, Paris. 
Maspero (G.), ZT., professeur au Collège de France, directeur général du 

Service des Antiquités égyptiennes, Le Caire. 
Maudslay (A. P.), C, 32, Montpelier-Square, S. W., London. 
MiER (S.-B. de), ministre plénipotentiaire du Mexique, 19, boulevard 

Victor-Hugo, Neuilly-sur-Seine. 
MiRABAUD (Paul), 42, avenue de Villiers, Paris. 
Mitre (Général B.), H., Buenos-Ayres, 

MoiREAU (Auguste), agrégé de l'Université, 61, rue de Vaugirard, Paris. 
MoNNiER (Marcel), 7, rue deMarlignac, Paris. 
MoNTANÉ (D"" L.), C, professeur à l'Université, 14, calle san Ignacio, 

La Havane. 
MoRENO (Fr.), C, directeur du Muséum d'Histoire naturelle, La Plata 

(Argentine). 
Nuttall (M""^ Zelia), C, Casa de Alvarado, Coyoacan, D. F. (Mexico). 
Panhuys (Jonk h. L. C. von), chef de bureau titulaire au ministère royal 
des Colonies, 157, Paramaribo Straat, La Haye (Hollande). 



156 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Paso y Tkoncoso (Francisco Del), C, director del Museo nacional de 

Mexico (en mission), oflizio délie Gaselli (Posla centrale), Firenze. 
Pector (Désiré), consul g^énéral. al, rue de Clichy, Paris. 
Peralta (Marquis M. de), Z). , ministre plénipotentiaire de Costa-Rica, 

53, avenue Montaigne, Paris. 
Poix (M™" la princesse de), 6, rue Paul-Baudry, Paris. 
PuTNAM (F.-W.), H.^ curator of the Peabody Muséum, Harvard Univer- 

sity, Cambridge, Ma., U. S. A. 
Régamey (Félix), 21. rue du Cherche-Midi, Paris. 
Reiss (W.), C, D"" Phil., Geh. Regierungsrath., Schloss Konitz, 

Thûringen (Deutschland). 
RocKHiLL (W. W.), C, ministre plénipotentiaire des Etats-Unis, Pékin 

(Chine). 
RosA (Manuel Gonzalez de La), ancien conservateur de la Bibliothèque 

nationale de Lima, 157, rue de la Convention, Paris. 
Sanz de Santa Maria (D'), 54, rue de Ponthieu. 
Savillr (Marshall H.), C, professeur d'Antiquités américaines à 

Columbia Universitv, NeAv-York. 
Schmidt (Waldemar), C, professeur à l'Université, Copenhague. 
Seler (D*" Eduard), C, professor an der Universitïit in Berlin, 3, Kaiser 

Wilhelmstrasse, Steglitz b. Berlin (Deutschland). 
Steinex (Karl von den). C, D"" med. et phil., Prof.-Direckt. Assist. am 

Konigl Muséum fiir Volkerkunde, l, Friedrichstrasse, Steglitz b. Ber- 
lin (Deutschland). 
Strebel (D"" Hermann), C, 79, Papenstrasse, Hamburg (Deutschland). 
Thayer (S. van Reusselaer), villa Curial, 11, avenue Thiers, Compiègne. 
Turenxe d'Aynac (Comte Louis de), 9, rue de la Bienfaisance, Paris. 
Vanderbilt(\V.-K.), Z)., 133, avenuedes Champs-Elysées, Paris, et 660, 

5"' Avenue, New- York. 
Vallx (Comte Henry de La), 4 20, avenue des Champs-Elysées, Paris. 
Vrrneau (D'), professeur assistant au Muséum, directeur de VAnthropo- 

lor/ie, 16, rue Ferrns, Paris. 
Vigxaud (Henry), premier secrétaire de l'Ambassade des Etats-Unis, 18, 

avenue Kléber, Paris. 
Vim.iers du Terrage (Baron M.), 30, rue Barbet- de-Jouy, Paris. 



Le Gérant : Ernest LEROUX. 



MAÇON, PROTAT FnKRES, IMPRIMEURS 



LES INDIENS OUIÏOTOS 

Etude linguistique 
Par m. le D» Theodor KOCH-GRÛNBERG 



INTRODUCTION 

C'est sous ia pkime du D"^ Jules Crevaux que nous trouvons 
pour la première fois le nom de Ouitotos. Dans son troisième 
voyage, ce courageux et savant explorateur visita ITçti et le Yapurâ, 
affluents de gauche de l'Amazone et trouva établie sur la rive 
droite du haut Yapurâ, une population très dense dTndiens can- 
nibales qu'il appela Ouitotos ^ S'il faut en croire les cartes du 
célèbre voyageur, ces peuplades s'étendraient à peu près du 72^ au 
77^ degré de longitude ouest de Paris ^. Une grande partie de ce 
territoire était occupée du temps de Martius, et Test encore aujour- 
d'hui, par les soi-disant Miranhas. Ce sont des tribus féroces et 
anthropophages. On les répartit généralement en deux groupes prin- 
cipaux : les « Miranha-Garapana-tapuyo » qui habitent aux environs 
de la grande chute Ararakuâra du haut Yapurâ (75") et les « Miranha- 
Uirauasii-tapuyo » qui sont établis sur le rio Cauinary, affluent de 
droite du Yapurâ (73''30') ■^. Les langues de ces deux groupes, dont 
Martius a eu soin de dresser des listes de mots, ne présentent aucun 
signe de parenté entre elles ^, et sur sa carte Crevaux indique le 
premier groupe, celui de la chute Ararakuâra, par les mots : 
« Indiens Ouitotos anthropophages (Miranhas) » et le second, 
celui du Cauinary, par les mots : « Ouitotos ou Miranhas » ^. 

Quant au terme « Ouitoto » lui-même, ce n'est pas à proprement 

1. J. Crevaux, Voyages dans V Amérique du Sud, p. 368. Paris, 1883. 

2. J. Crevaux, Fleures de l'Amérique du Sud, Yapurâ. Paris, 1883. 

3. Martius, Beiiragc zur Ethnographie und Sprachenkunde Amerikas zumal Brasi- 
liens, 1, p. .b34-j37. Leipzig, 1867. 

4. Martius, Beifràge, etc., II, 277-281. 

5. Crevaux, Fleuves, etc., Yapurâ. F"'' 3 et f"« 7. « Marinhas «est une simple faute 
d'impression pour « Miranhas ». 

Société des Américanistes de Paris. i 1 



lo8 SOCIÉTÉ DES A.MÉRir.ANJsriiS bt! PARIS 

parier le nom d'une tribu, mais plutôt un sobriquet. Il est 
emprunté au vocabulaire des tribus caraïbes de la rive gauche du 
Yapurâ et signifie « ennemi », comme déjà Crevaiix l'a fait remar- 
quer'. Les relations du voyage de Grevaux, ainsi que beaucoup de 
noms de localités indiquées sur la carte'*, montrent que sur le haut 
Yapurâ il avait engagé comme rameurs des " Garijonas » (c'est-à- 
dire des Garaïbes). Ceux-ci ne manquaient pas de lui indiquer 
toutes les localités dans leur langue. C'est ainsi que les cannibales 
de la rive droite, qui vivaient en hostilités continuelles avec eux, 
reçurent tous indistinctement le nom de Ouitotos a ennemis ». De 
tout cela, il ressort que Grevaux comprend sous le terme générique 
de Ouitotos un ensemble de peuplades de langues diverses, parmi 
lesquelles les soi-disant Miranhas de la chute Ararakuàra et du rio 
Gauinary, qui à cette époque étaient les ennemis mortels — « ouito- 
tos » — de leurs voisins les Garaïbes et qui le sont encore aujour- 
d'hui ; cardans son « Vocabulaire Français-Roucouyenne, » Grevaux 
dit expressément : « Les Miranhas du Yapurâ sont appelés par leurs 
voisins « Ouitotos "^ ». Ainsi s'explique de même coup l'extension 
colossale que prennent les « Ouitotos » sur les cartes de Crevaux. 
A l'heure actuelle, on désigne sous le nom de Ouitotos un certain 
nombre de peuplades qui parlent des langues apparentées entre 
elles et qui occupent les régions encore peu explorées comprises 
entre le haut Yapurâ et l'Içà, et surtout le Rio Garapanâ et l'Igara- 
paranâ, affluents de gauche de l'Içâ. Quelques-uns d'entre eux se 
sont mis au service des Péruviens et des Colombiens pour l'exploi- 
tation du caoutchouc. Gela ne les empêche d'ailleurs pas d'être des 
cannibales passionnés, La population totale se monterait à 



1. Crevaux, Voyages, etc., p. 368 : « Le mot « ouitoto » signifie « ennemi» dans la 
langue des Garijonas ot des Roucouyennes. Ces indiens se désignent entre eua;sousle 
nom de« macoutchi, raacuchi ». Les Galibis appellent « ennemi » u toto, itoto, eito- 
to » ; (Martius, Ueilrage, etc., II, p. 340); de même les Roucouyennes et Trios (Crevaux 
dans Bibliothèque Linguistique Américaine, VIII, p, 8, 39. Paris, 1882). Les Trios 
appellent leurs voisins et ennemis les nègres Yuka : « i-toto >> « mijn vijand » 
(A. Franssen Hcrderscliee : Verslag Jer Tapanahoni-Expeditie, p. 129. Leiden, 1903). 
Les Bakairlappellent le jaguar « utoto » (K, v, d. Steinen / Die Bakairi-Sprache, p. 36. 
Leipzig, 1892). Les Ouitotos-Kàimç qui n'ont rien de commun avec ces dialectes 
caraïbes, donnent le nom de « uidôdo » au grand moustique (cf, le Vocabulaire qui suit). 

2. P, e. « Kinoro » arara. Rapide n Ouoto Tehuru » Pierres du porc, etc. 

3. Bibliothèque Linguistique Américaine, VIII, p. 8. 



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i,i:s INDIK.NS ULITOÏOS lo9 

20.0UU allies au moins'. On s'iinagine bien qu'ils n'aiment pas 
beaucoup le nom de « Ouitolos » que leur donnèrent d'abord leurs 
voisins du Nord et ennemis, les Caraïbes, et après ceux-ci les 
Colombiens. Ils n'ont pas de terme générique pour désigner l'en- 
semble de leur pays, mais s'appellent toujours du nom de quelque 
tribu particulière comme Kàunç, Hairûya, Yâhene, Kotiihene, S^ueni, 
Ithçkçz'O-, Aeulye, Bodyànisai, Uiyôkoe, Kânieni, etc. '■'. 

L'année dernière, au mois d'avril, me trouvant dans une colonie 
colombienne du bas Apaporis, le plus grand affluent de gauche du 
Yapurâ, j'eus le plaisir de faire la connaissance de quelques indivi- 
dus Ouitotos, deux hommes et trois femmes. Ils appartenaient à 
des tribus différentes, mais pouvaient très bien s'entendre en par- 
lant chacun son idiome propre (pi. V et VI, figures 1, 2, 3). 

Physiquement, ces Indiens sont très différents de leurs voisins. 
Ils sont en général de petite taille, mais bien proportionnés. Ils 
ont la peau foncée et la forme de leur visage rappelle celle du nègre. 
L'état de leur civilisation est inférieur à celui des autres peuplades 
de ces régions, ce qui ne les empêche pas peut-être d'avoir perfec- 
tionné dune façon remarquable le tambour de signal. 

Je réussis à recueillir un vocabulaire de la langue des Kâime. 
Mon auteur Ouitoto, u Benjamin, » parlait bien l'espagnol; quoi- 
qu'il eût le visage peint en rouge, il se sentait déjà trop civilisé 
pour se laisser photographier sans chemise (figure 1). De plus, 
j'obtins de mon compatriote M. E. Berner d'Aalén (Wurtemberg) 
reprsentant de la maison colombienne (* Calderon Hermanos » 
sur rigara-paranâ, une petite collection de mots et de tournures 
de phrases d'un dialecte étroitement apparenté au Kaime. 

Par suite de l'ignorance complète dans laquelle on se trouvait 

1. Theodor Koch-Gi-unberg:Zejïsc,'irt///ur£'</mo%Je, XXXVIII, p. 188, Berlin, 1906; 
von Hassel : Bolelin de laSociedad Geogràfica de Lima. Tomo XVII. Lima 1905. « Las 
tribus salvajes de la région auiazonica del Perû » p. 40 : << Huitotos. Gran liibu ue 
20 à 25.000 aimas, que se compone de numerosas sublribus : tiene su morada â lo 
largo' del Alto Putumayo ô Içâ y de la région entre este rio y la del Yapurâ y por 
la derecha hasta las inmediacioncs del rio Napo. La mayorfa de los Huitotos son 
inclinados al trato con los blancos y trabajan varios miles en servicio de ellos en 
la extracciôn de goma. Sus armas son lanzas y rompecabezas, y hachas de piedra 
entre unas subtribus del centre. Tienen idioma propio. » 

2. « th » comme en Anglais. 

3. L'orthographe de ces noms est la même que celle de mon Tocabulaire. 



ItiO SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTKS UE PARIS 

vis-à-vis de la laii'aie Ouitolo, on a rallaclié coiuniunémenl celle-ci 
au groupe caraïbe. En réalité, elle n'a rien de commun avec ces 
langues, pas plus qu'avec quelque autre des groupes linguistiques 
connus de l'Amérique du sud. On serait sans doute plus près de la 
vérité si on rattachait les ditîérents dialectes parlés dans la région 
des Ouitotos à un groupe linguistique nouveau pour lequel j'ai pro- 
posé le nom de groupe Ouitoto K 

Nous reconnaissons une langue du groupe Ouitolo, mais forle- 
ment mêlée d'éléments étrangers, dans la langue des soi-disant Ore- 
jones dont Castelnau ^ recueillit un vocabulaire sur le haut 
Amazone (Maranoni. Les Orejones qu'il rencontra dans le village 
Oran et sur l'Anihyacu, affluent de gauche, étaient paisibles; mais 
ceux qui habitaient l'intérieur des terres, entre les rivières Içà- 
Putumayo et Napo, formaient une population dense, sauvage et 
cannibale. 

Ce sont les Espagnols qui leur appliquèrent le nom d'Orejones, 
Il faut en chercher l'explication dans la coutume qu'avaient ces 
indigènes de se percer les lobes des oreilles et de les allonger outre 
mesure par l'introduction de pendants. Ils étaient de petite stature, 
mais paraissaient avoir l'intelligence vive, surtout pour apprendre 
les langues étrangères^. J'ai comparé au vocabulaire Ouitoto-Kâime, 
recueilli par moi, quarante-huit mots du vocabulaire de Castel- 
nau '*. Plus de la moitié de ces mots témoignent d'une étroite parenté 
entre ces deux langues. Je reviendrai sur ce point à la fin de cette 
étude. 

Sur tout le cours moyen de l'Içâ (du 74^ au 11^ degré de longi- 
tude ouest de Paris), Crevaux indique comme population delà rive 
droite, les Orejones anthropophages. Ceux-ci sont donc les plus 
proches voisins des Ouitotos modernes et peut-être même se con- 
fondent-ils en partie avec eux. C'est du moins ce que m'affirmèrent 
les Colombiens au sujet de quelques tribus Ouitotos qui, au moyen 
de pendeloques en bois, s'allongeaient les lobes des oreilles jusque 

1. Knch-Grïinberg, Zeitschrifl (àr Ethnologie, XXXVIII, p. 189. 

1. Francis de Castelnau, Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du 
Sud. V. p. 294-293 ; 0-14. Paris, ISiil. 

3. (^astolnau, Expédition, clc. V. j). G, 8.' 14. Les Ouilolos aussi sont des hommes 
petits, très intelligents cl très malins, 

.4 Castelnau, Expédition., etc. V. p. 294-29.0. 



I.FS INDIKNS OLMTOTOS 161 

sur les épaules. Des noms « Orejonos » et « Ouilolos », l'un n'est 
pas plus significatif que l'autre. 

Nous ne pouvons regretter assez vivement que Crevaux * n'ait 
pas tenu à nous donner des échantillons de la langue de ses Ore- 
jones et que nous restions toujours dans l'ignorance des tribus du 
rio Içâ-Putumayo et des langues qui s'y parlent. 

Comme langue qui otTre une parenté lointaine avecle Ouitoto-Kàime 
nous citons celle des Miranha-Carapana-tapuyos qui habitent 
près de la chute Ararakuâra du Yapurâ et que Crevaux appelle 
aussi Ouitotos. Quant à l'idiome des Goërunas, tribu qui était déjà 
sur le point de s'éteindre à l'époque de Martius et dont quelques 
débris habitaient près du Miriti-parana, un affluent de gauche du 
Yapurâ ^, il ne présente que des rapports très éloignés avec le Oui- 
toto-Kâime, et ce n'est que sous les plus grandes réserves que je 
propose de le rattacher au groupe Ouitoto ^. 

1. Crevaux, Fleuves, etc. Içé. 

2. Le Miriti-parana se déverse dans le Yapurâ un peu en aval de lApaporis. 

3. Martius, Tïej/râ^rc, etc., II, p. 27.3-275, 277-279. Martius décrit ces Coërunas comme 
des hommes petits, forts, de couleur foncée, ayant le visage large et d'une expres- 
sion peu agréable. Celte description peut s'appliquer en tous points à nos Ouitotos 
modernes. 



INDICATIONS PHONÉTIQUES 



Voyelles : 

a, i = comme en français. 

= ouvert. 

Il = comme « ou » français. 

ç rrr un <? palatal antérieur, ressemble à Vu anglais dans « but». 

e =^ e fortement guttural, ressemble à Vô allemand très guttural, 
« eu » français. (Berner transcrit ce son par un e ou par un / 
ou par un ti allemand (en français « ou n)). 

e = e très ouvert à peu près comme Yà allemand et 1' « ai » ou IV 
français dans « père ». 

à = a long. Quand la barre manque, les voyelles se prononcent plus 
ou moins brèves. 

à = accent du mot. 

à, ô = nasalisés. Les nasalisations sont rares. 

u = (seulement chez Berner) = // français. 

y = la consonne de /, comme l'anglais ^ dans « youth ». 

( ) =r les voyelles placées entre parenthèses s'entendent à peine. 

Toutes les voyelles finales reçoivent un son guttural. 

Les diphtongues « ai, au, oi » comme en allemand. 

ae = se retrouve surtout à la fin des mots pour indiquer une pronon- 
ciation très contractée, de même ui. 

Les consonnes: ^, d, k, m. «; r, 5, t se prononcent comme en français. 

g = comme en allemand. 

p = manque. 

Y == fricative gutturale douce, à peu près comme le g anglais dans 
« good » . 

y = fricative gutturale postérieure un peu plus douce que le ch alle- 
mand dans c( Nacht ». 

y rr: ch allemand dans « nicht ». 

h = h allemand dans « haben ». 

h = h fortement guttural, comme l'espagnol/. 

i = son intermédiaire entre / et r, ressemble au i polonais roulant. 

(f) = son intermédiaire entre ^, /et h comme un/ très doucement aspiré. 
(Berner transcrit toujours cette consonne par une simple/.) 



LES INDIKNS OLITOTOS 



163 



^ = j français dans « jeter ». 

h (seulement chez Berner) = comme en espagnol. 

«/ (seulement chez Berner) = w anglais dans « water ». 



l'« PARTIE 



Vocabulaire de la lanme Ouitôto-Kâwit. 

o o 

(Recueilli par le D"" Theodor Koch-Giûnbei^ dans l'Apaporis inférieur, 

Mars-Avril 190S.) 
A. — Parties dl' corps, Maladies. 



egéta. 


langue. 


regâeko, 


cuisse, fémur. 


<fûe, 


bouche. 


yaidae. 


tibia. 


omit Ho, 


lèvre supérieure. 


ou aussi 




kM^ 


dent. 


eyaike, 


os. 


déifO, 


nez. 


édai. 


jambe. 


dôfoiciO, 


narines. 


taiseke. 


genou. 


iHse, 


œil. 


takçra'so, 


jarret. 


kenôhe, 


oreille. 


heé{d)ye, 


pied. 


dozoînmiOy 


perforations des 


hée(d)yçmôdo, 


dos du pied. 




ailes du nez. 


hée{d)yehèrai, 


plante du pied. 


dofô<soigay 


perforation de la 


heékae. 


orteil. 




cloison nasale. 


héekobeda, 


ongle des orteils 


oyéko, 


front. 


iyjédo, eysédo 




U^^g?, 


tête. 


ou 




ÎX^ôtie, 


cheveux. 


iWyh màye^ 


mollet. 


uiyékaibe, 


sourcils. 


nekuio, 


tendon du pied. 


tiigei. 


cils. 


emodo. 


corps. 


oûeyoke, 


barbe . 


hamàhaide. 


cadavre. 


hûedyaç, 


poils du pecten. 


kémai-r)o; k^ma-o. 


cou. 


kàkae. 


joue. 


kéma[-{)o îy/ira, 


le cou entier. 


âmaeko, 


menton. 


kue kçma{y)o, 


mon cou. 


fekânigo, 


épaule. 


kemaibeke, 

o t o 


nuque. 


sîme, 


tempes. 


urayke. 


gorge. 


ro{y)kà:ioke. 


creux de Faisselle 


zékairiko, 


omoplate. 


ro{y)kâsokat:ayosia, 


poilsde Taîsselle. " 


kçraiko, 


côtes. 


naHhenike, 


bras. 


hôgobc. 


poitrine. 


dagç(d)yida, 


coude. 


mtmoi. 


mamelon. 



164 



SOCIÉTÉ DES AxMÉRICAMSTES DE PARIS 



ôfio{d)ye, 


main. 


monoi. 


sein. 


ono{d)yemÔdo, 


dos de la main. 


emodo, 


dos. 


ono[d)yehèrai. 


paume . 


emodoiykae. 


côte vertébrale. 


ônokae, 


doigt. 


holi. 


A entre. 


onôkaeyâkae. 


pouce. 


mot a. 


nombril. 


uidâhodyàkae. 


index. 


siiîke. 


bassin. 


modoikae, 

o ' 


majeur. 


hêroe, 


membre viril. 


(^oîkeikaê, 


annulaire. 


^Çroe-rôge, 


gland. 


bisidekae, 


auriculaire. 


héroehigoe. 


prépuce. 


onôkobe, 


ongle (des doigts) 


hinebai, 


scrotum. 


hinege, 


testicules. 


bodyerakaîsaike. 


urine. 


oito. 


membrum 


énôra. 


sueur. 




muliebre. 


éya ; éia. 


larmes. 


sira^o. 


vagin. 


bôdye. 


excrément. 


c}itâ:fue, 


lèvres. 


tiâeke, 


cerveau. 


tiâue, 


clitoris. 


bôrinyo. 


morve. 


égoç. 


anus. 


zaréàe. 


graisse. 


éyaike ; éyaîke, 


os. 


hâniedc. 


pet. 


dée. 


sang. 


dega, 


plaie. 


ne{j)guio, 


artère. 


bihedyanomehw, 


cicatrice. 


onâdye^uidya. 


pouls. 


himiiido, 


' pus. 


iyjido, 


chair. 


déstsae, déoisédae- 


ime maladie des 


ne[y)gnîo 




i-:)dâea, 


orteils. 


ou 




îstko, 


bec. 


ne{y)gt.iîhaç. 


tendon. 


ômâkae. 


queue (chez le 


naréhenike. 


muscle du bras. 




chien, loiseau, 


banôke, 


foie. 




le poisson j. 


hâsake, 


poumon. 


cféde. 


aile. 


ter ose. 


estomac. 


çyaibe, 


plume. 


hébeo, 


intestin. 


néykôbe. 


nageoire. 


tiiae. 


salive. 







B. 



Er.ÉMENTS ET NATLRE. 



hàenoi, eau. 
enimane, enîmane, fleuve. 

idve, ruisseau. 

horai, lagune, 

nôfuiko, rapide, chute. 

r^k§, feu. 

o{i)dy^ge, fumée. 



z>emona, 

mônaide, jour, 

nâ[-()o ; nâ-o, nuit, 

haebaha, haibaka, matin. 

zaetisei, midi. 

nâ{y)îiide, nà-uide, soir, 

5^m/, lune. 



saison sèche. 





LES INDIENS 


OUITOTOS 


i6î 


rége^ 


bois (à brûler). 


'< nô^uiko » 


qui signifie 


kôke. 


charbon. 




« montagne 


mena, 


ciel. 




et rapide »). 


deîsaide. 


pluie. 


^^uikeua, 


nouvelle lune. 


beiàzoi. 


vent. 


taicfedê, 


pleine lune. 


tebiride, tebînte, 


éclair. 


a^uitaij^zia, 


éclipse lunaire. 


gûrute, 


tonnerre. 


(^^uinehinode, 


éclipse solaire. 


yoîéo, ànieo. 


arc-en-ciel. 


okiito, 


étoile. 


(« âmeo » — 


double arc-en- 


monairaykutu, 


étoile matinale 




ciel). 


isikei, 


constellation 


hitôma , 


soleil. 




(probablement 


hîgu. 


ombre. 




« la Colombe ») 


dauidiiide, 


année. 


soiigejej. 


constellation 


rosideidyd, 


saison des pluies. 




(probablement 


nà[-^)o. nà-o, 


chemin. 




« le Lion »,) 


nôfniko, 


(cf. rapide), 


ûkui. 


Pléiades, 




montagne. 


ré> 


sol. 


hâsike, 


forêt. 


okàbe[y)tuîu. 


argent. 


mo; éyoo, 


caverne. 


%^ ; mo, 


trou. 


mayôke, 


île. 


raeiiûoeyafO, 


fosse. 


koniyeke, 


sable, banc de 


(raé^ôde, 


enterrer). 




sable. 


okube, 


monnaie. 


nô<suike, 

i " 


pierre. 

(L'g final 
distingue ce 







mot de 



C. — Habitation, Ustensiles, Armes, etc. 



hôfo, 
kçnai, 
zoi, 
kére^ae, 



emérakota. 



râiko, 

(dye> 



maison. sina ; séna, 

hamac. 

filet. sinayêgoe, 

grande corbeille 

portée par les 

femmes. ^agôsi, 

boyau tressé pour kopéta , 

comprimer le 

manioc, 
bouilloire. husédo, 

plantage. yâiko. 



lance empoison- 
née. 

carquois pour les 
lances empoi- 
sonnées. 

hameçon. 

(espagnol : esco- 
peta), 

fusil. 

poudre. 

lacet qui soutient 
le devantier. 



166 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



seémgobr, 


port. 


mesiiei, 


pagne. 


yaûema , 


hache. 


eboni, 


peigne. 


yaué^ae, 


couteau. 


sibe, 


foyer pour le 


nàkae, 


canot. 




manioc. 


hagâoae, 


rame. 


totikei, 


fifre. 


sçguîko, 


arc. 


iott<fahii, 


flûte. 


hârae, 


flèche. 


oinsaij 


grelots attachés 


Hgî, 


massue. 




au pied. 


hàiia. 


sarbacane. 


yàenJke, 


coiffure en 


hàrai, 


petite flèche 




plumes. 




empoisonnée 


saisdhaya, 


danse. 




(cf. flèche). 


{saîde, 


ils dansent). 


hârâ{d)yego^ , 


carquois. 


hôae, 


grand tambour de 


hàex^oh 


poison pour 




bois pour faire 




flèches. 




des signaux. 



D. 



Homme, Famille, Vie sociale, etc. 



çinia, 


homme. 


rino, 


femme. 


kâmçne, 


gens. 


hitàebiio, 


jeune fille. 


éima. 


homme (mâle). 


Usa, 


fille. 


moiae, 


père. 


kuéhisa. 


ma fille. 


^)hh 


mère. 


ôhisa. 


ta fille. 


ûiue, 


enfant. 


hisaima. 


oncle. 


hitoo, 


fils. 


ûsn, 


tante. 


kuehîtoo, 


mon fils. 


oçkesa, 


vieillard. 


gôro, 


nourrisson. 


o^keno. 


vieille femme 


hâbiseirite, 


garçon. 


mogama, 


grand-père. 


kônirue, 


jeune homme. 


hàino, 


grand'mère. 


a ma, 


frère. 


idyàqma, 


chef. 


kué ama, 


mon frère. 


rahidya, 


rahût^a, blanc. 


miréno, 


sœur. 







E. 



Médecine, Religion. 



aima. 


médecin magi- 


husiniamui, 


dieu (héros de la 




cien. 




tribu). 


y ira. 


tabac. 


taeXg)<féno, 


esprit. 


yérabe, 


sauce ^ tabac. 


■foréno, 


fantôme (âme des 
défunts). 



LES INDIRNS OUITOTOS 



167 



F. — ' Mammifères, 



hôma, 


singe. 


méro, 


petit sanglier. 


tyu. 


stentor, singe 


éimo, 


grand sanglier. 




rouge. 


yâino. 


bradype. 


huitâkmno, 


chauve-souris. 


héme, 


Lagothrix oliva 


hiko, 


jaguar. 




ceus. 


hiâîema, 


cerf. 


àeke. 


Callithrix eu 


hitôiokeno, 


loutre. 




prea. 


tsûîuma, 


tapir. 


éreno, 


tamanoir. 


eiéhaino, 


Hydrochoerus 


kaûadyo, 


chien. 




capivara. 


minée, 

0%. 1 


rat. 


yauétroe, 


paca. 


m^^ui, 


agouti. 


4^0, 


agouti. 


néneno, 


tatou. 






bainànîo, 


grand tatou. 



Oiseaux. 



^X?«C 


oiseau. 


sûtoaito. 


Harpia ferox. 


te. 


œuf. 


nôko, 


canard. 


hûdyae, 


nid d'oiseau. 


nki'ige, 


pigeon. 


é<^a, 


ara. 


âtaua, 


poule, coq. 


^aiilse, 


perruche. 


t^aido, 


Oriolus spec. 


kôedo. 


perroquet. 


{d)yéedp, 


martin-pêcheur. 


viogôva, 


Psittacus hyacin- 


Ino,, 


urubu noir. 




thinus, Macro- 


uiûaino, 


urubu blanc. 




cercus. 


nokaido. 


toucan. 


[b) akéta, 


wakçta, agami. 


(fisîdo. 


colibri. 


àx^ôke, 


hocco. 


marusu, 


Nyctibius spec. 


(férebeke, 


CraxUrumutum. 


méni, 


héron blanc. 


égui, 


Pénélope Marail. 


kôtoma, 


perdrix. 


muidoke, 


Pénélope cuma- 


yîr{(x)kono, 


petite hirondelle. 




nensis Jacq. 


}n(x)kakano, 


cacao (portugais 



H. 



Poissons, Reptiles, Batraciens. 



yâsiii, 


poisson. 


tôo. 


gymnote. 


tegâkoç, 


arêtes. 


nûio, 


serpent d'ea'u. 


kôrebe 


raie. 


oono, tékçno. 


grenouille. 


hûsi, 


souroubi. 


yàgema, 


Bagrus reticula 


émeno. 


piraigne. 




fus Kner. 



168 



SOCIÉTÉ DRS AMÉRICL.\NISTES DK PARIS 



nâ{g)ma, 


allig-ator, 


îerûbeno, 


pacou. 




caïman. 


ômima, 


Corimbata spec 


inenino, 


tortue. 


iàma. 


Erijthrinus spec 


nûio, 


serpent. 


iiuàna. 


Cophias afrox. 



I. — Insectes, etc. 



kàraç, 

énike, 

uidôdo, 

àekyçi, 

émokçj 

risi, 
(fiodo, 

ûnekç, 

mâkodya§, 
néikeno, 

4. 9 7 



termite. 




omôgç, 


Cryptocerus 


piaô. 






atratus. 


moustique. 




desera, 


moustique de 


Atta spec. 






jour. 


abeille. 




gônoni, çsénoe. 


Ixodes spec. 


abeille. 




Çhôç, 


pou. 


sauterelle 


verte. 


foiroda, 


puce. 


sauterelle 


d'un 


çbékeno, 


araignée. 


brun noirâtre. 


ekôse, 


écre visse. 


guêpe. 




hirebiç, 


maringouin. 


papillon. 




orodyç. 


puce pénétrante 


Tabanus. 




akaîdo, 


scorpion. 


Atta cephalotes. 


oçresio. 


scolopendre. 



K. — Plantes. 



amena. 


arbre. 


kâhuna. 


arbre à caout- 


ràbe\ 


feuille. 




chouc. 


nâre^ae, 


branche. 


kahûtxu. 


pâte de caout- 


amenai goe. 


écorce. 




chouc. 


nekûio. 


racine. 


hîsêre. 


arbre gommifère. 


éedo. 


épine. 


nonôkç. 


roucou, rouçou- 


riàraç, 


fruit. 




yer. 


bédyai. 


maïs. 


némàbii^ 


calebasse. 




(fruit mûr d\m 


htiiae, 


Pulliniap innata. 




jaune rougeâtre). 


k^iço, 


Liana. 


bedyâdo. 


maïs (encore 


néna , 


Palmier(Euterpe) 




blanc). 


dôlina. 


— (Iriartea ex- 


bedyâgro. 


pédoncule de l'épi 




orhiza). 




de maïs. 


hîag^na. 


-^ [Iriartea ven- 


hodyçsçîç. 


manioc. 




tricosa) . 


oarinya, 


farine de manioc. 


kineç. 


— [Mail rit ia fle- 


sôbe. 


cassave. 




xuosa). 


1. Ils appellent 


(le même le papier. 







LES INDIENS OUIÏOTOS 



169 



ôgodoy 


banane. 




neÇy^kéro, 


— [Astroca- 


réoie, dûnaç, 


patate. 






ryum). 


hâkaie, 


cara. 




himena, 


— {Guilielma 


htbie. 


coca. 






speciosa). 


hioisçi, 


piment. 








• 


L, - 


- Ni 


L'MÉRATION. 




dàh(, 


un. 




r«Q)/f . mide •', 


beaucoup. 


mînahe. 


deux. 




héuidç, 




daheàmani ', 


trois. 




oriiide -^ 


plein. 


ûabe, 


peu. 




nàhêli. 


tout. 



dama., dàmahai, seul. 



M. 



Pronoms. 



hûe^ 


moi. 




baimake, 


celui-là. 


0, 


toi. 




nàisa. 


même. 


bânyenia, 


lui. 




hçaimake, 


autres. 


n(a')aîmno, 


elle. 




knésçgniko, 


mon arc. 


hàe, 


nous. 




ôsçgiiiko, 


ton arc. 


ômç, 


vous. 




oniôseguiko, 


son arc. 


haï âme, 


allez ! vous ! 


kdeho'fO, 


notre maison. 


naimake, 


ils. 




oméehotfo, 


votre maison. 


bîsa, 


celui-ci. 


N. - 


mihnakebooo, 
- Adjectifs. 


leur maison. 


à{i)dyue, 


grand. 




hi{d)yônedeke, 


malade 


bîside, 


petit. 




aidyohi(d)yô- 


(ahi ! je suis ma 


à^y^h 


haut. 




nedçke- 


lade) . 


anâide^, anâiÇy^] 


)de en bas. 




hâmâde, 


mort. 



1. Numération recueillie d'un Indien Ouitoto-S(»upni : 

1. ddk^de. 

2. inftiaJe. 

3. dahfdmani. 

4. nagâmagani. 
0. ddbfkuiro. 

6 . çnçsçbeJkuirodatii(fuaidf. 
10. nâga^fbçikuiro. 
Cf. la numération recueillie par M. E. Berner. 

2. Contient probablement le mot : « i('/y(, i'/dç, idf =n il y a, c'est, 

3. Contient probablement le mot : " /(/j% i(/)le = -( il y a. c'est, il e?t 



i70 



SOCIÉTÉ DES AMÉKlCANISTtS i>l: l'AKlS 



hèrq, 


piofond. 


uiniko, 


aveugle. 


âiebe, 


long. 


hakânedçke''-, 


sourd. 


à{i)dyue^ 


larf^e. 


sônaide S 


muet. 


oarcdoide^ 


gras. 


fuaieesemarç. 


c'est beau. 


yekçnai(i)df , 


maigre. 




est-ce beau ? 


yôecpai, 


lourd. 


oaainino- 


je suis fatigué, 


(fégoha, 


lég-er. 


komiiideke. 


je • ne puis pas 


bâkare, 


très gros. 




avancer. 


^àçgçha, 


droit. 


taidyciçiaide' , 


paralysé. 


nefidç, 


rond. 


nainôkçno, 


enceinte. 


rosira y 


froid. 


màiçhe, 


bon. 


il sir a, 


chaud. 


riïamede, 


mauvais. 


neiïdç • , 


sec. 


idyàetete, 


lâche. 


ylnaira, 


humide. 


iikéfide', 




sârâde, 


pourri. 











0. 


COLLKLRS. 




usera, 


blanc. 




nomie, 


rouge 


hiti'tide, 


noir. 




iiiôkoia, 


bleu. 


hifera. 


obscur. 




îià^u§imokora, 


vert. 


kîdyede, 


sale. 




(giàç, 


jaune 



P. — Adverbes. 



1. Temps, 



nâçf^ai, 


hier. 


bàçnaçfai, 


avant-hier. 


haébaka, 


demain. 


iahaehaka 


après-demain. 


bii^oi, 


aujourd'hui. 


i^ode. 


toujours. 


hâbi, 


maintenant. 



hàrire, aussitôt, vite. 

hâri ! hâri ! vite î vite ! 

harîreate! apporte vite ! 

mànya viànya en avant! cou- 



har'tre ! 



rage 



(exclama- 
tion pour exci- 
ter). 



1. Contient probablement le mot : « idç, i(jyç, i{/yif zzz « il y a, c'est, il est ». 

2. Forme verbale= je n'entends pas. 



LES liNblENS OUITOTOS 



171 



2. Lieu. 



(fôçkçha, 




à droite. 


hçnâhobei, 


en arrière. 


béno. 




ici. 


erôhebei, 

«. 1 c ^ 


devant. 


beînômu. 




là. 


enéhebeko, 

1 t t * 


derrière. 


iâçrei; yâçrei, 


près. 


hô^o emodoino, 


sur la maison. 


bàei{±)te 




loin ( - il est 
loin). 


aiiiénauiko, 


au sommet de 
l'arbre. 


beinomohai 


:/ 


va par là. 


anàhebei, 
hô'^o hereimo, 


en dessous. 

à l'intérieur de la 


bainomori 


bite 


il vient de là. 


hinohai ! 


maison, 
sors ! 


çrotohai 1 




avance! 










3. Affirmation. 




H ; hehç, 




oui. 


hémare, niaiore. 


peut-être. 


yàbe. 




non. 


keônedeke, ridema 


re qui sait ! 



Q. — Verbes et phrases. 



air^zoîse 


travailler. 


ax^àdçke, 


je bâille. 


hay_prçkç, 


respirer. 




donner. 


â^aktdda, 


lève-toi ! 


. kuéhaisçye, 


je donne. 


u^ridç, vj(ride^ 


coïter ! 


noitahairitè, 


enfanter. 






ha(a.)hinôbite. 


naître. 


huçietan^ hârirç ■ 


' / viens vite. 


haikoçde, 


aller. 


noisaidçke, 


je prends un bain. 


y^note, 


saisir. 


h^ta, 


toucher. 


^ào'\ 


battre. 


mâ§, 


lier. 


kakàdçke, 


j'entends. 






kakâto^, 


entendre. 


inoi 1 


reste ! 


aimétaidçke , 


j'ai faim. 


tâçnç, ûsîta, 


brûler. 


tççîdçke, 


je tousse. 






bodyisaidçkç 


je chie. 


r^gç uàhi ! 


apporte du bois ! 


àçdçkç, 


je mâche. 


rigçàtç! 




<fuirîd(. 


lutter. 



1. Se dit à une femme avec laquelle on désire avoir des rapports d'intimité. 

2. Signifie probablement : « tu bats ». 

3. Signifie probablement ; « tu entends » ou « tu as entendu ». 



172 


SOCIÉTÉ DES AMt 


^CAMSTES L)E i'ARlS 




kotneke oie taaûdeki 

4. o «. O » 


• penser— -deman- 


ki^ebîdya. 


je viens. 




der îe cœur. 


âhaidçj 


grimper. 


kaçgui^, 


manger. 


^âka, 


coûter. 


kaçguisahai ! 


mangeon.s ! 


hôrotaydç. 


ramper (se dit 


ttaîde, 


tomber. 




d un petit en- 


uaîdçke, 


je suis tombé. 




fant). 


okamisa uaia ~, 


ta chemise est 


raenàtayde, 


ramper (quand 




tombée. 




lenfant peut 


hàeside. 


rire. 




déjà s'asseoir). 


<^^nîmi, 


faire. 






yâde, 


moudre. 


ràdado o kue 


je te bats. 


keride. 


peindre. 


z^ânade. 




asêride, 


éternuer. 


o^bma oéia, 

i 1 L 


l'oiseau vole. 


bodyirakaisaike, 


pisser. 






îfdukôdeke ! 


je dois pisser. 


iyétua, 


le ruisseau coule. 


setôtade. 


tirer du fusil. 


rtÔQîiiko étateS^ 


le rapide est 


sçkûide, 


tirer de l'arc. 


nôzuiko çâira. 


rapace. 


hîde, 


nager. 


kapnâtaçdi'kedore, 


je me réjouis. 


uri'/de, 


parler. 


hi{d)yÔfiedeke, 


je sens des dou- 


tmydçke, 


je parle, 




leurs. 




je m'entretiens. 


i(d)yuineidehe. 


je crains. 


nyîyjâde, 


flairer. 


haka i(d)yuinaine.- 


je ne crains rien. 


hadyéra. 


puer. 


deke, i(d)yu'mej- 




kaimàra, 


sentir bon. 


neddr, 




hâç, 


ramer. 


rôko^ 


bouillir. 


haeryen(£)de, 




rûi, 


cuire. 


yérahai. 


fumer. 


a^mâhaij 


pêcher. 


biidâde, 


plonger. 


kakâde, 


suer. 


hâenoi uâbai, 


puiser de l'eau 


hiroakàdeh, 


je veux boire. 


hibiedt'ii, 


manger du coca. 


sôkâde, 


sauter. 


iyoôrae, 


creuser. 


aîsede, 


courir. 


kôrôde, 


ronfler. 


aîs§ ! aîsç ! 


cours ! cours ! 


h§daisai. 


appeler. 


hâinahaîdeke, 


je meurs. 


intde, 


voir. 


iio{yy-:aii{biya, 


couler à fond. 


ràïde, 


être assis. 




— le bateau 


râenâda, 


s'asseoir. 




coule à fond. 


^nçai, 


dormir. 


korobaidçke, 


je me noie. 



1. Signifie propremcnl : « nous mangeons ». 

2. Se dit à une femme qui suspend du linge lavé. 

3. En portugais: cachoeira. 





LES INDIIONS 


OLITOTOS 


173 


inànyake éneai! 


dormons (littéra- 


sair'ide, 


croître (d'un en- 




lement : « al- 




fant). 




lons ! dor- 


kenaiinaiyde, 


faire un hamac. 




mons ! ») 


éde, 


pleurer. 


kà^da. 


couper (du bois\ 


(c/O^rinoyde, 


jeter. 


dé h 


couper (de la 


kuéi, 


je désire. 




viande). 


éroi. 


montrer. 


yoeoaçi hikaç, 


aig;uiser (le cou- 


fiâenàno, 


tirer. 




teau). 


béreride. 


trembler. 


)iaidaide, 


être debout. 


rosmaedeke, 


je tremble de 


hékiti, 


tuer. 




froid. 


sûreide. 


être triste. 


çnea(y)àkdeke. 


je veux dormir. 


hiro. 


boire. 


roi. 


chanter. 


dôbaida. 


se retourner. 


^ni{yycaide. 


siffler. 


abédobide. 


retourner (par- 


uïuai. 


chasser. 




lant d'une route). 


nianyaahçhai ! 


en avant ! Cou- 


sôyjàde, 


piquer. 




rage ! 



manyahehai nmhàyado <fitireero., ' 

allons Macaya jusqu'à en aval 

rakàdya ^nimatii niori bile, 
blanc Ca((uelâ du venait 

rèkeika ! 

feu fais 

omô ho(fâvie pieakâdekaf, 

votre maison dans dormir voulons nous 

ni^kànç hitaido ? 

que veux-tu ? 

■ negàheitômoç ? negàheheineaçi(yye ? 

combien étes-vous".' Combien hommes déjà 
y'a-t-il 

hofômç ? 
maison dans 

nçgâhe rinoneaçi(x)ie, 

combien femmes déjà y'a-t-il.' 
rinone t(d')yst}io noiriÇyJte 

femmes ruisseau dans se baignent il-y-a ? 

rlno kénaimo ^nça, 

femme hamac dans dort 



allons (navig^uons) jusqu'au Ma- 
caya. 
le blanc venait du Caqueta. 

fais du feu. 

nous voulons dormir dans la maison. 

que veux-tu ? 

combien d'hommes v a-t-il dans la 
maison ? 



combien de femmes sont venues? 

les femmes se baignent, dans le 

fleuve, 
la femme dort dans le hamac. 



1. Ces phrases rendent la forme dans laquelle j'ai posé mes questions. La traduc- 
tion littérale montre que le texte indien s'écarte souvent de la forme que j'avais 
donnée à ma question. 

Société des Américanistes de Paris. t2 



174 



SOCIÉTÉ DES AMKRICAMSrrS DE PARIS 



Ixiicdèdye yohaido, 

Je coupe couteau avec 

kçnaianahçbaimo rekç dàehça, 

liaiiiac sous clans feu brûle 

rah'tdyayai haike korintomo, 

blancs avec je vais Corinlo à 

ogueiç kiiei, 

bananes je désire 

niekano^ne kaidçdoinoi, 

que bananes votre (?) 

sob(ï{:'f)tt 1 

cassave il y'a 

kuéiomoe sôbeie, 

je désire votre cassave 

yerei(xye sôbe, 

il y'a cassave 

hâbi sua haide, 

maintenant 

hô<^o emododo ô^oma (fê okatde, 

maison au-dessus oiseau vole arrive 

kâç haçye no(;/)kâedo, 

nous ramons canot avec, dans 

hâbi i(jï)ye uîniiaide, 

maintenant ruisseau il saute 

koméne nia nncdene, 

gens ne pas 

hàbiri oykaide, 

justement ils arrivent ('?) 

mésaiemodo haiiiohonc, 

table sur va mettre 

anàhebaiino honeÇyyio, 

sous (u as mis 

mesaiek^honç(^/^deke , 
table à côte j'ai mis 

at^iiedeçînia yâsiii, 

nas pas apporté homme poissons 

zayainçde^ 

n'a pas pèche 



je coupe avec mon couteau. 

le feu brûle sous le hamac. 

j'accompagne les blancs à Gorinto. 

donne-moi des bananes. 

tu ne veux pas me donner des 

bananes. 
y a-t-il du cassave ? 

donne-moi du cassave. 

il n'y a pas de cassave. 

maintenant nous ferons (du cassave). 

l'oiseau vole au-dessus de la maison. 

nous ramons dans le canot. 

il saute dans l'eau. 

les gens ne sont pas venus. 

ils arrivent justement. 

mets le couteau sur le banc. 

tu as mis le couteau sous le banc. 

j'ai mis le couteau à côté du banc. 

l'homme n'a pas apporté de pois- 
sons. 



LES INDIENS OLITOTOS 



175 



II« PARTIE. 

Vocabulaire de la langue Ouitôto, 
recueilli par M. Ernst Berner dans llgara-paranà, affluent du 

Putumayo . 

A. — Parties du corps. 



iyefé, 


langue. 


ifotiré, 


cheveux. 


fûe, 


bouche. 


onod^. 


main. 


dôfo, 


nez. 


d^aikopegiii, 


pied. 


uise 


œil. 


digaide ^ , 


sang. 


hefo, 


oreille. 







B. — Éléments et Nature. 



hainoé, 
id^e, 



eau. 
ruisseau. 



ameo. 



arc-en-ciel. 



C. — Habitation, Ustensiles, Armes, etc. 



hofoy 


maison . 


gareta, 


ciseaux. 


tsieragope, 


port. 


ipone, 


peigne. 


idki. 


plantation. 


mâha, 


lumière. 


kînai, 


hamac. 


râpe-, 


papier. 


goguiro 


pilier (d'une 


d^ou'ekog, 


beurre. 




maison). 


raike kiiene. 


feu (du foyer) 


drobedmiki, 


marteau. 







D. — Médecine, Religion. 



tisinamuil, 
taifé, 



dieu, 
esprit. 



hânaba, 
tiiiwe, 



fantôme, 
tabac. 



E. — Insectes, etc. 



ipoma, 
faiiràta. 



pou. 
puce. 



guidorcûo, 



blatte. 



1. Ceci est probablement une forme verbale et doit se traduire par « saigner » 

2. La <( feuille » de la plante porte le même nom. 



i7() 



SOClÉTb: bKS AMERlCAMsrÈS DE l'AlUS 



F. — Plantes. 



husipiie, 
viaikapiii. 



scion de manioc. ogopeki, 
scion de manioc ogopekui, 
doux . ped^ato 



scion de banane. 



mais. 





G. 


Ni 


JMÉRAllON. 




dâhe, 


un. 




enehcpai dâhe, 


six. 


mena, 


deux. 




enehemena faikte. 


sejDt, 


daheamani, 


trois. 




enehedàhe amani 




nagaagauia, 


quatre 




faikte, 


huit. 


nakuiro, 


quatre. 




nagaagama faikte, 


neuf. 


dapekuiro, 


cinq. 




nagahe pehiiro ^ 


dix. 



H. 



Pronoms. 



kUCy 


moi. 


witntœ, 


celui-ci. 


0, 


toi. 


imue. 


celui-là. 


naimue, 


lui. 








I. 


— Adverbes. 




tamaide, 


ne,., pas. 








K. 


— Adjectifs. 




feko, 


lent. 


naimirete, 


doux. 


hifaide, 


ivre, fou. 


ucuho, 


qui a perdu un 


guine, 


dur. 




œil. 


eriraite, 


aig^re. 







L. 



Adverbes de temps. 



ikomonai, 


demain. 


naifai, 


hier. 


hetnonai. 


après-demain. 


naui, 


hier dans la nuit 


yemonai 


après-demain. 


huaûtisîy 


midi. 



1. Cf. la numération en Ouiloto-Sfueni ; v. plus haut, p. 175, note 1. 



LES INDIKNS OUITOTOS 



177 



M. 



Adyerbrs de lieu. 



a, 

afaine, 
burine luite, 

ana ite, 
poiQino, 



sur (la table). ate pêne, 

en haut. penchai , 

ils viennent d'en painanio hone, 

bas. penomo hone, 

il est en bas. oni hone, 

ici. ad^e luite, 



apporte ici î 
va ici ! 
mets-le là ! 
mets-le ici ! 
enlève-le de là. 
il est venu de là. 



N. 



FoRjiEs d'interrogation. 



negahe, 
ningaipe ipanega, 

nujai wite, 

nufai haite, 
vinka muitohaitio, 
tîiuka guitekne, 
muka matneke, 
mameke ivn, 



combien ? 
combien n'as-tu 

pas payé ? 
quand est-il 
venu ? 
quand va-t-il ? 
pourquoi va-t-il ? 
c[ue mangé-je? 
comment t'appel- 
les-tu ? 



mue haheâze, 

wu pid{a, 
ne nomo ite, 
ivie buye, 

butika haito, 
ni f ode, 
ni fodûte. 



pourquoi (veux- 
tu avoir cela) ? 
qui vient ? 
où est-il ? 
à qui cela appar- 
tient-il ? 
avec qui va-t-il ? 
pourquoi ? 
que dit-il ? 



0. 



Verres et piira!se.s. 



ekono. 




ouvrir. 


haisiiieno, haisifiete 


ne ris pas. 


ipai, 




fermer. 


giiai naite. 


.obéir. 


nuikta, 




g-lisser. 


hic gtiai naiîïete. 


il ne m'obéit pas. 


rokano, 




soulever. 


■mare ipnino 


ils parlent bien. 


neno, fuino, 




faire. 


naktomo, 




nikairite 




rêver. 


iiakfieno ! 


ne parlez pas ! 


inite. 




dormir. 


toytaheno ! 


ne jetez pas (de 


kahe,kasite,ka: 


ùde, 


veiller. 




côté) ! 


gaita, 




toucher. 


heîietio ! 


ne touchez pas ! 


eno, 




traîner. 


uritamo ! 


sovez tranquilles. 


paiyefâhe, 




tuer celui-là. 


kàkare ! 


silence ! écoutez ! 


kaita. 




couper. 


kakàto, 


as-tu entendu ? 


hikaguaine, 




compléter. 


kakanefe. 


je n'ai pas en- 


napai, 




apprêter, 




tendu. 






compléter. 


okiôdo, 


as-tu vu ? 


sainete, komuinete, 


ce n'est pas prêt. 


éroi, 


vois ! 


hnisite, 




rire. 


doiiete, 


il no dit rien. 



178 


SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DK PARIS 




hue ikirinete, 


je ne suis pas 


iniroi du no, 


débarrasse-toi de 




méchant. 




tes habits (sales). 


ae hîga, 


je lui ai déjà 


topeno. 


retourne-le. 




donné. 


d^ino, 


tiens ! 


ni inega, 


il ne lui a pas 


a te. 


apporte ! 




donné. 


iiho. 


emporte-le ! 


nad\e id^e, 


je te donnerai 


haino. 


rame ! 




plus tard (at- 


rarisai, 


allez au travail ! 




tends ! je te 


raitifoai, 


allez abattre une 




donne). 




forêt ! 


ktie id^io, 


je te donne. 


sitriso.i. 


allez tirer le ma- 


maiyore, 


je ne sais pas. 




nioc. 


bai metaite kue, 


j'ai faim. 


id^i aetièka, 


as-tu déjà pré- 


ite, 


il est. elle est, ils 




paré une plan- 




sont, il V a. 




tation ? 


inéte, 


il n'est pas, elle 


tichéga. 


je ne l'ai pas (en- 




n'est pas, ils 




core) préparée. 




ne sont pas. il 


ha id~i tiédie, 


maintenant ils 




n'y a pas. 




vont préparer 


guiakatekuc . 


je veux manger. 




une plantation. 


odueniîîeke, 


je t'aime bien. 


kiied^onena haiheno 


n'allez pas sans 


nagaitike, 


tu me plais. 




me le dire. 


isirede isirete. 


cela me fait de la 







pemf 



LES INDIKNS OUITOTOS 



179 



Sing. 



Plur. 



III*^ PARTIE 
NOTES GRAMMATICALES. 

ï. — Des pronoms. 
Des pronoms personnels. 



)ch: 








Berner : 


I. 


kiie 


moi. 


kue 


moi 


II. 





toi. 





— toi. 


III. 


bânyenia 


— lui. 


naimtie — lui. 




n{a)aînino 


— elle. 






I. 


kàe 


nous. 






II. 


ômç 


— vous. 






III. 


nalmakç 


— ils. 







De natmahç rapprochez baimakç, celui-là ; hçaimahe, autre. Il semble, 
d'après cela, que la terminaison niahç indique une autre personne. A 
naimue,\m^ on peut comparer îf/m«t', Qç\\x\-c\,inme, celui-là. Ici, la termi- 
naison mue indiquerait une ti-oisième personne qui se tient dans le voisi- 
nage de ceux qui parlent. 

La syllabe initiale nai- dans le mot naimue, lui, du vocabulaire de Berner, 
se retrouve aussi dans les expressions nainino, elle, et nainiake, ils, de mon 
vocabulaire. 



Des pronoms possessifs. 



La possession s'exprime analytiquement en préposant aux noms les 
pronoms personnels ; p. e. Koch : kiié k^m(j{y)o, mon cou ; kué hitoo, mon 
fils; kué ama, mon frère ; ktié hisa, ma fille ; kué sçc;uiko, mon arc; ôhisa, ta 
fille; ô sçguiko, ton arc; omô s^guikoQ), son arc; kâç ho^o, notre maison; 
omôçho'fO, votre maison ; nainiakç hoio, leui ujiaison. Berner : onmmeke, ton 
nom. 

Les préfixes pronominaux n'existent pas en Kâime ; de même les suf 
fixes feraient totalement défaut. 



180 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

Des pronoms démonstratifs. 

J'ai noté deux pronoms démonstratifs dans la langue Kàime : bisa, 
celui-ci, et baimake, celui-là. A la syllabe bai, il faut comparer les syl- 
labes bai, bei, ba(, dans les expressions suivantes : beinôtm^, là, bàç-iÇy^e.. 
(il est) loin ; bdnomo-hai, va par là; bamoniori-bife, il vient de là, et chez 
Berner : painomo hone, mets-le là ! Ce qui porte à supposer que ce prétixe 
exprimerait Téloignement dans l'espace. Berner, lui aussi, donne deux 
pronoms démonstratifs : wimiie, celui-ci, et imue, celui-là. En parlant des 
pronoms personnels nous avons déjà indiqué le rapport de ces pronoms 
avec naimtie, lui. 

Des pronoms interrogatifs. 

Koch ; mekân^, que? Ex. : mekane hitaido, qiie veux-tu ? negâhs, combien? 
Ex. : nçgàhe itômoç, combien êtes-vous? nç^âhs beine açi(jye, hozômç, com- 
bien d'hommes y a-t-il déjà dans laniaison'^ nçgâhe rinone aeiÇyjte , combien 
de femmes sont déjà venues ? 

Berner: wu, qui? Ex.: luu pid^çi, qui vient? o mameke uni, comment 
t'appelles-tu? (littéralement : ton nom quel ?) ; luie, à qui? Ex. : wie buye, 
à qui cela appartient-il? butiha [ivutika], avec qui? Ex. : butika haitio, avec 
qui va-t-ii ? niuka, que ? Ex. : viuka guitekue, que mangé-je ? înuka tnameké, 
comment t'appeîles-tu ? (littéralement : que nom?) miika niiiiio, pourquoi? 
Ex. : miika muito haitio, pourquoi va-t-il ? mue, pourquoi ? Ex. ; fntie 
kafïed^e, pourquoi (veux-tu avoir cela)? nenomo, où? Ex.: nenonio ile, où 
est-il ? nnjaiy quand? Ex. : nujaiiviie, quand est-il xenu'l nuf ai haife, quand 
va-t-il ? negahe, ningahe, combien ? Ex. : -ncgahe, combien? ningàhe ipahega, 
combien n'as-tu pas payé? 

Je ne puis pas expliquer à mon entière satisfaction les expressions 
suivantes que je trouve dans Berner: ni f ode, pourquoi? nifodote^.que dit- 
il? nifodotese compose de nifode, pourquoi, que? eidole, il dit (cf. dohele, il 
ne dit rien). 

II. — Du Vebbe. 

Conjugaison. 

En règle générale, les pronoms personnels sont postposés au verbe 
qu'ils accompagnent. La postposition fait subir à la première personne 



LRS iMjiKNs onroïos 181 

du sing-iilier hué la réduction au hé, p. e. Koch : hi{d)\ônedçh, je suis 
malade ; kakânedeh (je suis) sourd ; noisaidçkç, je prends un bain ; uaidçke, 
je suis tombé ; ayc^Ùâçke, je baille ; kûkàdçke, j'entends ; aimétaidçke, j'ai 
faim ; te^idçke, je tousse ; bodyisaideke, je chie ; âçd^ke, ]e mâche \ luhikôd^ke, 
je dois pisser ; ûriydçhe, je m'entretiens ; hi(d)yonsd^ke, je sens des dou- 
leurs ; i(d)yiiinçidçhe, je crains ; hiroakàdçke, je veux boire ; hàniahaîd^ke, je 
meurs ; korohaîdçke, je me noie ; rosina^deke, je tremble de froid ; çnça{y^kà- 
dçkç, je veux dormir ; çi^akâdçkae, nous voulons dormir ; hone^y^dçke, j'ai 
mis. Berner: o dueruiteke, je t'aime bien ; o nagaitike, tu me plais; 

Dans trois cas, le vocabulaire de Berner montre comme postposition la 
forme intégrale du pronom personnel kue, p. e., hai nietnile Â://^. j'ai faim ; 
guia haie kue, je veux mang-er ; viuka guite kue, que mangé-je ? 

Le pronom personnel se trouve aussi, quoique plus rarement, préposé 
à son verbe, p. e. 

Koch : kuéhais^ye, je donne ; kuéhidya, je viens ; kuéi, je désire ; kiiédedye, 
je coupe ; kâçhaçye, nous ramons ; kaçbai, allons. 

Berner : kneid^îo, je te donne ; kueikirinete, je ne suis pas méchant. 

A cette construction, appartient aussi le mot kaegui, qu'on m'a dit avoir 
le sens de manger, mais qui signifie sans aucun doute : nous mangeons; 
de même kaebuisahai, nous mangeons. 

On peut considérer comme parente de gui, manger, la forme dui dans 
Inbk dut, manger du coca. 

La terminaison o de la 2" personne du singulier dérive sans doute du 
pronom personnel g, tu ; p. e. Koch : kahàto, tu entends, ou tu as entendu ; 
honeÇy^do, tu a mis ; mçkànç hitaido, que veux-tu ? Berner : kahàto, as-tu 
entendu ? okiodo, as-tu vu ? 

La troisième personne singulière au présent des verbes actifs se ter- 
mine en -a. J'en ai noté quelques exemples : oéia, il voie. Ex. : o^oma 
iséia, l'oiseau voie ; tîîa, il coule. Ex. : iyétua, le ruisseau coule ; oàira, il 
est rapace. Ex. : nà^tiiko ;fâira, le rapide est rapace ; buïya, il coule à 
fond. Ex. : noQ/jkai buîya, le bateau coule à fond : ^nça, elle dort. Ex. : 
rino kçnaimo énea, la femme dort dans le hamac ; dàçhea, il brûle. Ex. : 
kénai anahèbaimo rekç dâehça^ le feu brûle sous le hamac ; uaîa, elle est tom- 
bée. Ex. : okamisa nâia,ia. chemise est tombée. 

Les expressions hadyera et kaianiâra, qu'on me disait signifier f< puer » 
et « sentir bon » sont bien aussi des troisièmes personnes du singulier 
et doivent se traduire par « il pue » et « il sent bon '>. 



182 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



Du verbe négatif. 



La négation verbale s'exprime par l'incorporation de la particule ne^ 
ou (d'après Berner) ne, qui se place immédiatement après la racine ver- 
bale ; Pf e. Koch : hakàdçke, j'entends ; kakânedçke, je n'entends pas, je suis 
sourd, i{d)yumeidçke, je crains ; {{à^yu'mtinedçh, je ne crains rien ; at^ntde. il 
n'a pas apporté ; ^ayainede, il n'a pas pêche. 

De même l'expression keômdeke qu'on me donna comme équivalente de 
l'expression espagnole : quien sabe (qui sait !) doit se traduire littérale- 
ment par : je ne sais pas. 

Berner écrit toujours m ; cela doit s'attribuer sans doute à des diffé- 
rences dialectales, car il ne recueillit pas son vocabulaire chez les Ouito- 
tos-Kâime, mais chez une autre horde de Ouitotos, p. e. Berner : guainaite, 
obéir ! kue guainainete, il ne m'obéit pas ; kue ikirinete, je ne suis pas 
méchant ; ae higa, je lui ai déjà donné ; ni inega, il ne lui a pas donné ; 
ite, il y a ; inéte, il n'y a pas ; ipanega, tu n'as pas payé ; sainete, komuinete, 
ce n'est pas prêt ; toytaneno, ne jetez pas ; mheno, ne touchez pas (j^note, 
saisir, d'après mon vocabulaire) ; hakheno, ne parlez pas ; (Jd^i âe tiéka, as-tu 
déjà préparé une plantation ?) tiehéga, je ne l'ai pas encore préparée ; hai- 
nenOy n'allez pas ; haisite, rire ; haisinete, haisiheno, ne ris pas ; kakariete, 
je n'ai pas entendu. 

Intention. 

L'infixé ka, placé immédiatement après la racine verbale, sert à expri- 
mer l'intention ; p. e. Koch : biroakàdçke, je veux boire; çnçaÇy^kâdçke, je 
veux dormir ; çnçakâdçkaç, nous voulons dormir. 

Berner : guiakatekue, je veux manger. 



Impératif. 

L'impératif s'exprime le plus souvent par les terminaisons ai ou /, qui 
sont des réductions de la forme hai. Celle-ci est la forme impérative de 
haike. je vais, comme le montrent de nombreux exemples empruntés aux 
deux vocabulaires. Cette construction répond à peu près au français : aller 
faire quelque chose, p. e. Koch : beiwinohai, va par là ; eroto hai, avance ; 
hinohat, sors ; tnanya ka^hai, en avant allons ; maîiyakç hai, en avant allons ; 
kàeguisahai, mangeons. 



LES INDIENS OUITOTOS 183 

Berner : pêne haï, va ici ; maîia kokohal, allons ; rarisai, allez au travail ; 
raitifoai, allez abattre (une forêt) ; surisai, allez tirer le manioc ! 

La orme impérative réduite se trouve dans les exemples suivants : 
Koch : înoi, rest« ; rege uâhi, apporte du bois ; Berner : éroi, vois [éroi, 
montrer, d'après mon vocabulaire). 

La terminaison / dans kmi, je désire, indique aussi l'intention et elle ne 
paraît pas entièrement étrangère à la forme impérative hai, ai, i. 

Enfin nous trouvons probablement des formes impératives * dans les 
expressions suivantes : Koch : yérahai, fumer ; hâçtioi uàhai, puiser de l'eau ; 
hedaisai, appeler (à quelqu'un) ; ràuai, chasser ; açrnâhai, pêcher ; ^^nuai, 
faire (quelque chose) ; ênçai, dormir-. 

Quelquefois l'impératif s'exprime par la terminaison ç ou e. On en 
trouve des exemples dans les deux vocabulaires : Koch : rege âtç, appor- 
te du bois ; harireatc, apporte vite ; aisç, cours ; Berner : ate^ apporte ! ate 
pêne, apporte ici ! painoifw Ipone, mets-le \h î kâkare, silence ! écoutez ! hai- 
iinete, ne ris pas ! 

On m'a cité deux formes impératives avec la terminaison a : a^akuîda, 
lève-toi 1 réke ika, fais du feu ! 

Berner donneun certain nombre d'impératifs terminés en no ouo, p. e. : 
tO'/taheno, ne jetez pas ! tïefieno, ne touchez pas ; nakneno, ne parlez pas ; 
dzjno, tiens ; haîno, rame [hàe, ramer, d'après mon vocabulaire) ; haineno, 
n'allez pas ; haisineno, ne ris pas ; uritamo, soyez tranquilles ; topeno, 
retourne-le ; ufio, emporte-le ; iniroi duho, débarrasse-toi de tes habits 
(sales) ! 

A cette place, il convient de citer aussi la forme haîno, va, (dans le voca- 
bulaire Koch) et haîno hône, mets ! (littéralement : va mettre). C'est une 
forme assez rare qui remplace l'impératif ordinaire hai, va ! 

Nous voudrions reconnaître aussi des formes impératives dans les 
expressions : Berner : rokano, soulever ; neno, fuino, faire (quelque chose) ; 
ekono, ouvrir ; eho, traîner. 

La terminaison o dans toutes ces formes impératives doit se rattacher 
peut-être au pronom personnel de la deuxième personne singulière, 
0, toi. 



1. Première personne plurielle. 

2. Cette forme ênçai signifie probablement « dormons » comme je le montrerai plus 
loin. Car, dans mon vocabulaire, on ia trouve aussi jointe à mdnyakg, allons. Cf. les 
remarques sur Tlnfinitif. 



184 SOCIÉTÉ DES AMÉBiCANISTfvS DE PARIS 



Infinitif. 

Beaucoup de verbes dont la racine se termine par une voyelle forment 
leur infinitif en ajoutant la particule de on îc à la racine proprement dite ; 
p. e. : Koch : uéride, coïter; uaîde, tomber (cf. uai-a, elle est tombée); 
noilabairile, enfanter; ha(a)hînôhite, naître; haikoçde, aller; yênote, saisir; 
9Uiride, lutter ; àhaide, grimper ; hôrota(j^e, raenàia(y)de, ramper ; hâeside, 
rire ; Y^^f , moudre ; keride. peindre ; asèride, éternuer ; setôtade, tirer du 
Fusil; sçkûide, tirer de l'arc ; kéde^ nager; ûriQ£)de, parler; aîsçde, courir 
(cf. aîsç, cours!); nyîjtàde, flairer; haç-{yeri(;jr)de, ramer; hûdàde, plonger ; 
kôrôde, ronfler '^^tiide, voir; ràïde, être assis; naîdaide, être debout ; sureide, 
être triste ; ab^dobide, retourner, etc. 

Berner : nikairiîe, rêver ; iniîe, dormir ' ; kasite, veiller ; haisiîc, rire ; quai- 
naire, obéir; etc. 



III. Du NOM. 



La langue Kéime ne semble pas distinguer le genre. 

Le suffixe -ne sert probablement à indiquer le pluriel : rino, la femme ; 
rinone, les fenunes. Ex, : nçgàhe rinone açiÇ-Qle, combien de femmes y a-t- 
iî déjà ? rinone i(d)yemo noîri(yJfe. les femmes se baignent dans le ruisseau ; 
riçgùhe hçine açi{yye hoc^ômç, combien d'hommes y a-t-il dans la maison? 

çine est une forme abrégée de (imane = hommes [eima = homme). 

Entre nçgâhe et çine, on a inséré une h pour éviter l'hiatus. 

^CfM^fl/2/; Le complément direct se place devant son verbe. 

Ex. : Koch: rége uâhi, apporte du bois ; haenoi iiàhai, puisez de l'eau; 
hibie dm, manger du coca : yoédfaçi hikaç, aiguiser (le couteau) ; kenai maiyde, 
faire un hamac ; rék^ika, fais du feu; ogtme kuei, ']e désire des bananes. 

Berner : idzj ae iiéka, as-tu déjà préparé une plantation ? ha id^i Hed^e, 
maintenant ils vont préparer une p\antaiion',o dueruiteke, je t'aime bien; 
nagaitike, tu me plais (= je te vois avec plaisir). 

DatiJ : Cette relation s'exprime comme la précédente. 

1. L'exprftssion ènçai que l'on me dit signifier dormir est sans nul doute une forme 
impérative qui sif^uUlo dormons . Cela ressort déjà delà phrase mdnyaks (nçai =:: donnons! 
(lilléralemejit : allons 1 doruK^ns'.l. La racine proprement dite est donc : §riç ou ini. 
Voir plus haut les remarques concernant l'impératif. 



LES INDIENS OfltOtOS 185 

Ex. : Berner: kiie guainainete, il ne m'obéit pas; kue d^oFiena haifmio, 
n'allez pas sans nie le dire ! 

Comitatif : Cette relation s'exprime au moyen du suffixe -yai. 

Ex. : rakùdyayai haikekorlntomo^ j'accompagne (je vais avec) les blancs à 
Corinto. 

Une apparence de déclinaison, mais fort discutable, se trouve dans le 
suffixe -ie qui pourrait indiquer l'accusatif. 

Ex.: ogueie kuéi, je désire des bananes; kuéi omoç sôbeiç, je désire votre 
cassa ve (Nominatif : sobe. Ex. : sobéi(x)te, y a-t-il du cassave ?). 

Locatif. 

Cette relation s'exprime lu plupart du temps au moyen du suffixe -ino 
(jmu,-mf) ;p. e. Koch : bo^ôni{, dans la maison; ÎÇd)yemo, dans le ruisseau ; 
k^nainio, dans le hamac ; korintomo, à Corinto ; beinâmii, là ; belnomo bai, 
va par là ; hôvo hereimOy à l'intérieur de la maison ; hôvo emodomo sur la mai- 
son (emodo, don) ;k^nai anahebainio, sous le hamac ; mhai anâhebaimo, sous la 
table ; ^nimani mori, du Caqueta ; bainomori btte, il vient de là. 

Berner : penomOf ici ; penomo hone, mets-le ici ; painonio hone, mets-le là ; 
ncnomo iic, où est-il ? 

Quelquefois, pour exprimer la relation locale, le suffixe -do est ajouté 
au nom ; p. e. Koch : makâyado, jusqu'au Macaya ; no(x)kàedo, dans le 
canot ; hô<fO etnododo, au-dessus de la maison ; mesai emodo, sur la table 
(emodo, dos). 

Le même suffixe -do lié au nom peut exprimer la relation instrumentale ; 
p. e. Koch: yoéi^aido, avec (mon) couteau. 



Composition. 

Le Kâime possède un grand nombre de noms composés. Ex. : ono(d)ye- 
môdo (main-dos), dos de la main ; héç(djyçmôdo (pied-dos), dos du pied ; 
nwdoikaç (dos-doigt), majeur, doigt du milieu ; btsid^kaç (petit-doigt), auri- 
culaire ; (fitô-fue (membrum muliebre -bouche) lèvres ; dahi-àmani (un- 
deux) trois. 

Quelques noms qui renferment l'idée de profondeur ou de cavité se 
terminent par la .syllabe <^o, qui est la partie principale du mot i-/jfO, ti'^o, 
trou, caverne. Ex. : dôfOi-fO (nez-trou), narine ; takçra-<^o, jarret ; sira-^o, 
vagin ; raç<ftioçya-fO {ra^fôd{, enterrer), fosse ; hô-^o, maison ; g^i-^o, abeille 
(qui fait le nid dans le creux d un arbre) 



186 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



IV. — VOCAKULAIRES DU GROUPE OUITOTO 



1. Orejone. Francis de Gastelnau : Expédition dans les parties centrales de 
V Amérique du Sud. Tome V, p. 294-295. Paris, !8ol (transcription fran- 
çaise). 

2. Miranha-Carapanà-îapuyo. Ph, von Martius : Beitrdge :;iir Ethnogra- 
phie und Sprachenkunde Anierihas ^umal Brasiliens. Tome II, p. 277-279. 
Leipzig, 1867 (transcription allemande). 

3. Coëruna. Martius: Beitràge, etc., II, p. 273-275 (transcription alle- 
mande). 

4. Ouitoto-Kâimç, a) Theodor Koch-Grûnberg- : Vocabulaire recueilli 
au Rio Apaporis en avril 1905 (transcription phonétique) ; b) Ernst Ber- 
ner : Vocabulaire recueilli dans ITgâra-paranà, 1904 (transcription pho- 
nétique). 

Remarques /. 

Les mots : bouche, doigt, eau, étoile, homme, jaguar, ont une grande 
importance pour la comparaison des langues et montrent très clairement 
la parenté des quatre idiomes. Quant aux pronoms personnels « moi » et 
« toi », ils se ressemblent assez bien dans trois idiomes et il est vraiment 
regrettable que Gastelnau ne nous ait pas donné la traduction de ces mots 
en langue Orejone. 

Préfixes pronominaux '. En langue Miranha et en Goëi'una, les préfixes : 
ga-, go- {ca-y co-^ et co-, cii-^ servent à désigner les parties du corps humain. 
ils représentent les pronoms possessifs de la première personne singu- 
lière qui sont dérivés des pronoms personnels eut et coâe. Dans les voca- 
bulaires Kàimg et Orejone ces préfixes manquent, mais le pronom pos- 
sessif de a deuxième personne singulière : o, ton, ta, est certainement con- 
tenu dans les mots qui signifient : main, doigt et ongle. Gela ressort clair 
rement de la comparaison des mots qui ont la même signification dans 
les autres idiomes, et particulièrement de la forme pure nokai, doigt, en 
Orejone. é-no(d)yç et o-nokui signifient donc : ta main, â-nokaç, ton doigt, 
etc., tandis que ga-noagâ doit se traduire : ma main et ga-nûhga respecti- 
vement co.-nucà, mon doigt. 



F.ES INDIENS OUITOTOS 187 

Changements de son : 9 en langue Kâime devient h en Orejone et en 
Miranha ; p. e. : 

bouche : 1. (^ûe ; 2. huai ; -H. hauol. 
lèvre: 1. fiiéitiio;^. hoàtté. 
nez: 1. dô'so ; 2, hôho ; 3. t^ohàrê. 
tête : 1. eyjfôgç; 3. gôhôckô. 
maison : 1. hâs'O ; 2. huaho ; 3. hô. 
agouti : 1. <^eto ; 3. hôof:(îi. 

dy t en Kâime devient t:( (ts) en Miranha ; p. e. : 
nez : 1 . dô'^o ; 3. t:(ohôrë. 
étoile : 1. okiUo ; 3. icIiôtyO. 
agouti : 1. <féto ; 3. hôot^u. 

Je ne puis présenter que comme douteuse la transformation de d, t 
Kâime en r Goëruna ; p. e. : 
lèvre: 1. <fuéitiio;i. aearé. 
nombril : 1 . môta ; 4. moarâ. 
pied : 1. heç{d)yç : (jambe) ; 1. çdai ; 4. co-erâhe. 

1. Cf. Appendice. — Liste comparative de mots du groupe Ouitoto. 



188 



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Société des Américanisles de Puris. 12 



Journal de la Sociétl: des Américanistes de Paris 




RUINES D'UN Tl 



ToMK m f Nouvelle sériel. PI. V/I 




LE A TULOOM 



LES RUINES DE TULOOM 

D'APRÈS JOHN L. STEPHENS 
Par m. Désiré CHAHNAY, 

Membre de la Société des Américanistes. 



Il est une série de monuments parmi les ruines des anciennes 
villes yucatèques qui sont presque inconnues du public et qui sont 
cependant des plus intéressantes, je veux parler des ruines de 
Tuloom que Stephens fut peut-être le seul à explorer, la révolte 
indienne ayant, depuis cette époque jusqu'à ces tout derniers 
temps, isolé toute la côte orientale de la presqu'île. Cette ville est 
en effet située sur la côte, au bord delà mer en face de l'île de 
Cozumel et fait partie du territoire indien. 

Elle se composait alors, il y a près de soixante ans (c'était en 
i84:7), d'une douzaine d'édifices divers, enclos dans une muraille 
en pierres sèches d'une épaisseur moyenne de trois mètres avec 
deux petits édifices formant corps de garde aux deux angles de la 
muraille occidentale. 

Le plus important de ces édifices que Stephens appelle le cas- 
lillo, s'élève en bordure sur les rochers qui dominent la mer. Il 
est formé d'un édifice central flanqué de deux ailes d'un développe- 
ment d'environ trente-cinq mètres. Cette partie centrale est beau- 
coup plus haute que les ailes, et l'intérieur, avec sa voûte indienne 
en encorbellement, est en parfait état de conservation, tandis que 
les salles formant les intérieurs des deux ailés avaient leurs toits 
effondrés. Ici, pas de voûte indienne, mais des murs perpendicu- 
laires dont les hauts percés de trous indiquaient que les toits for- 
maient plafonds et avaient été supportés par des poutres en bois. 

11 y a donc là un élément nouveau qui s'est introduit dans Tar- 
chitecture tolteco-maya. Car jamais, à aucune époque, en aucun 
centre habité de l'Amérique centrale, dans les pays de terre 
chaude, nous n'avons trouvé pour les intérieurs des palais, autre 
chose que la voûte en encorbellement. 



192 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTKS DE PARIS 

Le plafond droit soutenu par des poutres appartient aux terres 
froides, à Mexico comme aux villes des hauts plateaux du Guate- 
mala, sans pour cela que ce plafond ait influé sur le profil extérieur 
des monuments qui se trouve partout le même, — profil consacré 
dans les manuscrits par le signe Cnlli, temple, maison, palais. 

Ce plafond dont Stephens constate l'existence dans un autre édi- 
fice, constitue une exception unique pour les centaines de temples 
et de palais qui peuplent les forêts du Tabasco, du Yucatan et du 
Guatemala. 

Si nous découvrons ,d'où vient ce plafond et qui l'introduisit à 
Tuloom, nous aurons une date pour l'érection des monuments, 
comme nous en avons eu pour la destruction de Mayapan. Pour 
nous, ces deux événements se touchent et doivent être contem- 
porains. Nous savons en effet que le « Tutul-xiu », souverain de 
Mayapan, craignant de succomber sous les coups des caciques 
alliés, s'adressa à Montezuma le Vieux qui régnait à Mexico, le 
priant de lui envoyer des secours. Or le monarque aztec qui régna' 
de 1440 à 1400, ne fut guère en état de lui envoyer des troupes que 
vers l'année 1450 au plus tard, ce qui s'accorde du reste avec le 
manuscrit maya traduit par Don Pio Perez qui fait remonter la 
chute de Mayapan vers cette même époque, en afïirmant que la 
ville fut prise et détruite soixante ans avant l'arrivée des Espa- 
gnols ^ Cela donnerait même une date plus récente : 1455 à 1457. 
Or, les Mexicains envoyés au secours de Mayapan, la ville détruite 
et la guerre terminée, se fixèrent au Yucatan, dans le village de 
Maxcanu. N'est-il pas probable que dans le corps d'Aztecs, il y 
avait non seulement des soldats et des ofTiciers, mais des artistes et 
des architectes et qu'ils durent prendre part à l'érection de ces 
temples et de ces palais qui, selon les historiens, s'élevèrent de 
tous côtés, de sorte que la péninsule semblait ne former qu'une 
ville continue? 

Mais pourquoi ne trouve-t-on nulle part au Yucatan un autre 
exemple de cette architecture nouvelle? C'est que les caciques vain- 
queurs occupaient toute la partie centrale et occidentale de la 



1. Principales époques de l'ancienne histoire du Yucatan, manuscrit en langue maya, 
traitant des diverses époques de l'histoire de la Péninsule avant la conquête, aveccom- 
incnlnires, p.u- Don Pio Percz. 



LES RLINES DE TULOOM 193 

presqu'île, tandis que les «■ Tutul-xius », réfugiés à Mani après 
leur défaite, en occupaient la partie orientale et ne devaient con- 
server que peu de rapports avec leurs vainqueurs. De sorte que, 
ayant à leur service des officiers et des architectes mexicains, ces 
derniers purent travailler aux monuments nouveaux, en même 
temps que leurs amis yucatèques. et y auraient introduit le plafond 
droit qui était le plafond en usage dans les palais et maisons de 
Mexico. Nous serions donc là en présence de monuments modernes 
datant de 1455 à 1460. monuments habités comme les palais et les 
temples de Labna, Kabah, Uxmal, etc., et qui appartiendraient à 
la même époque. 

C'est aussi l'avis de Stephens qui, en terminant le chapitre relatif 
à Tuloorii, conclut en disant : « C'est ma ferme conviction que cette 
ville continua d'être habitée longtemps après la conquête, car Gri- 
jalva, revenant de la baie de l'Ascension, ne 'débarqua pas à 
Tuloom dont il vit en passant les monuments, et les Espagnols, 
après la désastreuse retraite de Montejo, ne s'occupèrent aucune- 
ment des habitants de cette côte, de sorte que les indigènes purent 
habiter longtemps là ville sans être inquiétés. Et l'impression que 
j'éprouve d'une récente occupation de ces monuments me vient de 
l'aspect des monuments eux-mêmes, qui, encore que fort endom- 
magés par l'exubérante- végétation des tropiques, conservent néan- 
moins un air de jeunesse et de fraîcheur qui contraste avec la 
solitude et la désolation des alentours. 

« Je crois également que dans le voisinage, d'autres villes sem- 
blables à celles dont nous avons visité les ruines, furent occupées 
longtemps, peut-être un siècle ou deux après la conquête et que 
les Indiens y menaient la même existence qu'autrefois '. 

<( A Tuloom, j ai terminé mes longues explorations et je crois 
avoir atteint mon but: j'ai retrouvé abandonnés et en ruines les 
mêmes monuments que les Espagnols trouvèrent debout et habi- 
tés et j'ai pu me convaincre qu'ils étaient l'œuvre de ces mêmes 
Indiens qui les habitaient. » 

Du reste, les preuves de cette modernité s'accumulent dans les 
quatre volumes que l'auteur a consacrés à ses explorations et il y 
a mis tant d'humour, d'esprit de recherche et d'inaltérable bon 

1. Témoin Taynsal qni fut détruito par Don MarMn Ursua en 169f). 



194 SOCIÉTÉ DES AMÊRICANIRTES DE PARIS 

sens, qu'il ferait un américaniste du plus indifférent des hommes. 

A Mani, il découvre une carte des différents villages groupés 
autour de cette ville, chaque village s'y trouve désigné par une 
église, moins Uxmal qu'on a représenté par le dessin d'un palais 
indien. D'après ce document daté de 1557, quatorze ans après la fon- 
dation de Mérida, fous les villages désignés par une église auraient 
été convertis au christianisme et se trouvaient sous la tutelle d'un 
prêtre espagnol, moins la ville d'Uxmal : et la preuve, c'est que, 
d'après la charte faisant partie du manuscrit, un certain juge. Don 
Felipe Manrique, chargé des intérêts de ces communautés, aurait 
été envoyé à Uxmal et en revint, accompagné d'un interprète 
Don Antonio Gaspar. 

Que représentait donc Uxmal à cette époque? Il est hors de 
doute, dit Stephens, que c'était un centre de population où l'on 
pouvait se rendre, y rester et d'où l'on pouvait revenir : qu'il était 
habité, puisque le juge Felipe Maniique avait besoin d'un inter- 
prète pour communiquer avec les habitants qui, n'ayant point 
d'églises, fréquentaient leurs temples et leurs palais. 

Voilà qui est assez clair, mais il y a mieux : 

Se trouvant à Mérida, Stephens reçut de Don Simon Péon 
diverses pièces de ses archives, ayant trait à sa propriété d'Uxmal, 
qui, primitivement, en 1()73, fut attribuée au regidor Don Lorenzo 
de Evia, pour y établir une hacienda de bestiaux, « ce qui ne pou- 
vait, dit le texte manuscrit, faire de tort à personne mais bien au 
contraire rendre service au culte de Dieu notre seigneur, car l'éta- 
blissement de celte hacienda, empêcherait les Indiens de la 
région d'adorer le diable dans les temples qui s'élèvent sur l'em- 
placement de cette ville ; temples où ils offrent de l'encens à leurs 
idoles, tout en se livrant à d'autres détestables cérémonies, comme 
ils le font notoirement et publiquement chaque jour » '. 

D'autres documents datant de 1688, contirment la donation de 
cette propriété et la prise de possession dans les termes suivants : 
<( Dans la place surnommée les édifices d'Uxmal, le troisième jour 
du mois de janvier 1688, en vertu des pouvoirs que m.'a confiés le 
gouverneur, j'ai pris par la main le dit Lorenzo de Evia, que j'ai 
conduit à travers les édifices d'Uxmal, où f ouvris et fermai 

\. încidenls of Travel» YucHtan, />// John L, Stephens, vol. I, chap, xv, p. 323. 



f.ES RUINES DE TL'I.OOM 19o 

diverses portes^ qui répondaient à divers appartements; là, j'ai fait 
couper certains arbres, ramassé diverses pierres que j'ai jetées, 
tiré de l'eau de Tune des citernes de cette ville d'Uxmal, me 
livrant à d'autres actes de possession, etc., « Voici donc, ajoute Ste- 
phens, des témoins irrécusables qui nous certifient, que cent qua- 
rante ans après la fondation de Mérida, les édifices dUxmal étaient 
en grande vénération parmi les Indiens de la région et qu'il y avait 
là un groupe de population qui, loin des regards espagnols, se 
livrait encore à tous les exercices de son ancienne religion K » Ne 
sont-ce pas là des preuves évidentes de modernité? 

Mais l'auteur des « Incidents de voyage au Yucatan » ne négli- 
gera pas les moindres de ces incidents qui viendront à l'appui de sa 
théorie. La découverte singulière du curé de Chemax, qu'il a con- 
signée, en est une nouvelle preuve. 

Ce curé, chez lequel Stephens séjourna, était propriétaire d'une 
hacienda à Kaniunile (dans la région de Tuloom et d'Aké où 
batailla Don Francisco de Montejo, lors de sa première visite au 
Yucatan) , station où se trouvaient diverses pyramides indiennes autre- 
fois, surmontées de monuments. Il lit éventrer l'une de ces pyra- 
mides pour en utiliser les matériaux et découvrit une tombe où se 
trouvaient trois squelettes, un homme, une femme et un enfant, 
près des têtes des squelettes. 11 découvrit deux grands vases en 
terre cuite, et, dans l'un d'eux, une collection d'ornemenis indiens, 
perles pour coiliers, coquilles sculptées et têtes de flèches, telles 
qu'on en trouve partout dans les tombes indiennes; mais l'objet le 
plus intéressant et le plus curieux, fut un couteau à manche de 
corne dont le manche et la lame étaient en fort mauvais état, c'est 
que le couteau datait de loin : c'était en effet un trophée conquis 
sur l'un des soldats du conquérant par le cacique de l'endroit et 
que, selon la coutume indienne, on avait enseveli avec lui. 

Je pourrais dire que c'est un couteau fossile, comme la dent de 
cheval, trouvée dans des circonstances identiques par la commission 
américaine dans la tombe des caciques à Gopan. Je laisse le soin 
de résoudre la question au lecteur, pour qui ce couteau et la dent 
de cheval ne représentent qu'une seule et même époque, une seule 
et même date, date toute moderne, c'est évident. 

1. Incidents nf Truvpl-A in )'iira(:in by John !.. Slephenu, vol. I, chap. xv, p. 324. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 

ESSAI DE SYNTHÈSE ET DE COORDINATION 
Par m. Kdolakd i.e JONGHE, 

Docteur en philosophie et lettres, 
Membre de l.i Société des Américanistes. 



Basé sur des observations astronomiques sérieuses, le calendrier 
mexicain était surtout étudié par la caste des prêtres qui rensei- 
gnaient dans leurs écoles. Sur lui se réglaient les présages, les 
actes magiques, les fêtes rituelles, ainsi (|ue la plupart des actes 
de la vie privée et publique K Nous examinerons successive- 
ment les points que voici : 

1*^ Rapports entre le TonaUtmatl et l'année solaire. 

2^ Succession des fêtes rituelles. 

3*^ Syncbronologie. 



I 



Le comput des anciens Mexicains repose à la fois sur une période 
de 260 jours qui se subdivise en 20 treizaines et. sur une période 

i. Les principaux ouvrages récents sur le calendrier mexicain sont: D. Brinton, 
The native calenclar of Central America and Mexico. Philadelphia, 1893. — \uttall 
l'Zelia), Note on the ancient Mexican CalendarTSijxtem, communicated to theX"' intern. 
Congres of Americanists. Stockholm, 1894 ; et « The periodicai adjuslments of the 
ancient Mexican Calendar », dans American Anthropologist, n. s., vol. vi, n" 4, 1904, 
pp. 486-500. — Seler (Ed.), Gesammelte Abhandlungen zur Amerikanischen Sprach- 
und Alterthumakunde, I, Berlin, 1902, pp. 173-183,417-503,507-554; Id. .< Die Korrek- 
turen der Jahreslànge und der Venusperiode in den mexikanischen Bilderschriften d 
(Zeitschrift fur Ethnologie, 1903. lieft 1, 27-49). Enfin, sous le titre : Mexican and 
Central American antiquities, calendar-systems and history, la Smithsonan Insti- 
tution (Washington, 1904) vient de publier la traduction anglaise d'un certain nombre 
des travaux de MM. Seler, Fôrstemann, Schellhas, Sapper et Dieseldorf. 



198 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PAHIS 

de 365 jours qui se décompose en 18 vingtaines plus 5 jours appe- 
lés neniontemi. La première période s'appelle Tonalfimall (livre 
des jours), et nous en possédons de beaux spécimens dans le Codex 
Borhonicu.s, le Tonfila.rna(l Aiihin^ le Codex Telleriano-Reniensis, 
et le VaticHJiiis A d'une pari, et dans le Codex Borgiu, le Vafi- 
canus B et le Codice di Bolo(/na d'autre part. La seconde période 
s'appelle Tonalpoualli ' et est généralemement représentée sous la 
forme d'une roue. Ces représentations comme celles de Valadès, 
de Durân, de J. de la Serna, etc., sont de date plus récente. Pour 
donner une idée plus claire de ces deux périodes, nous les expri- 
mons ici par des chiffres : 

TonahmaU =. 260 jours : 13 x 20). 

ou 5 (4 X 13). 
Tonalpoualli -- 365 jours (18 x 20) -f- ^)- 

ou (28 X 13) -f 1. 

La question de l'origine du Tonalamail serait de la plus haute 
importance pour nous éclairer sur les rapports qui existaient entre 
ces deux périodes. Malheureusement sa solution se heurte à des 
difficultés jusqu'à ce jour insurmontables. Les anciens auteurs ont, 
en général, pensé que la période de 260 jours avait été inventée 
pour les besoins de la magie. Les piclographies, dont Jious avons 
conservé un petit nombre, et qui nous présentent le Tonalamatl 
avant tout comme un livre d'horoscopes, étaient bien faites pour 
les entretenir dans cette idée. 11 est peu probable cependant que le 
Tonalamail ait eu dès, ses débuts, les caractères magiques que nous 
lui trouvons à l'époque de la conquête. Il est bien plus vraisem- 
blable qu'à l'origine, il ait servi à compter le temps d'une façon 
approximative. Quelques-uns, tel Orozco y Berra ', à la suite de 
Léon y Gama, ont pensé que ce compte est basé sur les mouve- 
ments de la lune. Le nombre 13 serait né de l'observation de la lune 
croissante [Ixloçoliztli :=^àQ?>\\\.e\o) et de la lune décroissante [Cochi- 
liztli ^=sueno). Si nous nous refusons, avec I^rinton ', à adop- 

1. Tnualj)()unlli [com\>\(i dos jours). 

2. Hislorin antifjnn de Mexico, II, p. 11. CI'. Ciain.i, ]>cscriprli)ii his^lorica y crnnolo- 
gicH dti las dos piedras... Mexico, 4792, p. 27. 

.3. Tlie nntirr ralend.u- of rentrai. America and Mexico. Philadelphi.i, 1893, p. 9. 



I,E CALENDRIER MEXICAIN 199 

ter cette explication du nombre 13, nous sommes assez disposé à 
admettre, avec M'^^^ Zelia Nuttall \ que la période de 260 jours repré- 
sente une façon assez primitive de compter le temps, celle qui se cal- 
cule sur la durée approximative d'une gestation. Dans cette liypo- 
thèse le nombre 9 aurait joué un certain rôle ; chacune des 9 lunai- 
sons aurait été placée sous le patronage spécial d'une divinité et, 
plus tard, quand à ce comput primitif s'est substitué un compte plus 
exact basé sur le mouvement apparent du soleil, ce compte aurait 
pris au comput primitif, avec ses éléments 13 et 20, aussi les neuf 
divinités. (]e sont celles qui nous sont connues sous le nom de 
(( seîiores de la noche » et qui furent surtout, pour ne pas dire 
exclusivement, utilisées pour les besoins de la magie. Quant au 
nombre 13 lui-même, il serait né simplement de la division de la 
période en vingtaines, ce qui est très naturel puisque les peuples de 
l'Amérique moyenne possédaient le systèm.e vigésimai depuis une 
très haute antiquité. Quoi qu'il en soit de ces hypothèses sur l'ori- 
gine du Tonalamatl, une chose est certaine à notre avis, c'est que 
le Tonalamatl date de très loin. Le fait que nous le trouvons, avec 
sa subdivision en vingtaines, chez toutes les tribus du groupe 
Nahua comme du groupe Maya, permet même d'induire qu'il 
était possession commune de ces peuplades, avant l'époque de leur 
dispersion. 

D'après cela, le Tonalpoualli se présente comme un développe- 
ip.ent du Tonalamatl dont il emprunta les vingtaines, les treizaines, 
voire les ncîuvaines. A côlé des mauvements apparents du soleil, 
les anciens mexicains observaient aussi les révolutions synodiques 
de la planète Vénus, et il se trouve précisément que la période de 
260 jours était admirablement choisie pour compter tout ensemble 
le cours de ces deux corps célestes. Cela ressort des égalités sui- 
vantes : 

584 == 2 (20 X 13) -f- (4 x J3) + 12 

365:.= (20xi3)-f (8x 13) -l-M, et : 

1. Nous ne croyons pas, cependant (comme M""" Nuttall le pense on s'appuyant 
sur une assertion de J. de la Serna], que les Mexicains r.ient perfectionné ic Tonala- 
matl au moyen d'une intercalation de 3 jours. Voir The periodical ndjuatments of 
(lie ancient Mexican Calendnr..., p. 495 et 300. (Cf. Brinton, The native Cslendar..., 

p. 9.) 



200 SOCIÉTÉ desJaméricanistes de paris 

5 X 584 = 8 X 365, d'où: 
i3 (5 X 584) = 13 ( 8 X 365) = 146 x 260 = 
104 ans, c'est-à-dire le grand cycle mexicain UeuetiliztH (la 
vieillesse) au bout duquel les 3 périodes reviennent à leur point de 
départ. Le petit cycle de 52 ans {Xippoualli, le compte des années) 
est calculé uniquement sur la concordance du Tonalamatl avec le 
TonalpoiiaUi (52 x 365 =73 x 260). Tout cela montre que le 
Tonalamatl du temps de la conquête n'était pas un calendrier à 
l'usage des magiciens, mais bien une espèce de mesure de l'année 
solaire et une espèce de commune mesure pour l'année solaire et 
les périodes Vénusiennes. Nous insistons sur ce fait parce qu'il 
éclaire d'une façon notoire la question de l'intercalation et aussi 
la question de savoir par quel jour du Tonalamatl commence 
l'année solaire. Avant de passer à l'examen de cette question, je 
crois utile de donner ici la série des années qui composent le Xip- 
poualli et la série des périodes Vénusiennes qui constituent le 
UeuetiliztH. 

Les 5? ans du Xippoualli. 





1" flalpilli. 


2" tlalpilii. 


3= tlalpilii. 


4* tlalpilii. 


1 


Acatl xin ' 


Tecpatl xviii 


Calii 111 


Tochtli viii 


2 


Tecpatl XVIII 


Calli iJi 


Tochtli vin 


Acatl xïii 


3 


Calli m 


Tochtîi vin 


Acatl xiH 


Tecpatl xvm 


4 


Tochtli viu 


Acatl XIII 


Tecpatl xviii 


Calli m 





AcaLl xiii 


Tecpatl xvm 


Calli m 


Tochtli vm 


6 


Tecpatl xviii 


Calli m 


Tochtli vni 


Acatl xiii 


7 


Calli III 


Tochtli viiî 


Acatl xni 


Tecpatl xvm 



1. Les chiffres romains indiquent la place des signes dans la série de 20 jours. Ces 



signes sont : 



\ Cipactli. 6 Miquiztli. 11 Oçoniàtli. 16 Cozcaquauhtli. 

2 Eècatl. 7 Maçatl. 12 Malinalli. 17 Olin. 

3 Calli. .8 Tochtli. 13 Acatl. 18 Tecpall. 

4 Cuetzpalin. 9 Atl. 14 Oceloll. 19 Quiauitl. 

5 Couatl. 10 Itzcuintli. 1". Quauhlli 20 Xochitl. 

L'égalité (18x20!-f-S=36t) a comme corollaire que, si la première année commence 
par le signe xiii, la deuxième commencera par le signe xvm, la troisième par le 
signe m, etc., et Tégalilé (28X''i)+l=^6^» explique que, si la première année 
commence par 1-xiii, la deuxième commence par 2-xviii, etc. 



LK CALENDRIER MEXICAIN 



201 



8 


Tochtii VIII 


Acatl xin 


Tecpatl xviii 


Calli III 


9 


Acatl xiM 


Tecpatl xviii 


Calli m 


Tochtii VIII 


10 


Tecpatl XVIII 


Calli m 


Tochtii VIII 


Acatl XIII 


11 


Calli III 


Tochtii riii 


Acatl XIII 


Tecpatl XVIII 


1-2 


Tochtii VIII 


Acatl XIII 


Tecpatl xviii 


Calli m 


13 


Acatl XIII 


Tecpatl xviii 


Calli m 


Tochtii VIII 



Les 65 périodes Vénusiennes du Ueuelilizti. 





1" treizainc. 


2* treizainc. 


3* treizainc. . 


4" treizainc. 


5' treizainc. 


\ 


Cipactli I * 


Acatl XIII 


Couatl V 


Olin XVIII 


AU IX 


13 


Couatl V 


Olin XVII 


AU IX 


Cipactli I 


.Acatl XIII 


12 


Atl IX 


Cipactli I 


Acatl XIII 


Couatl V 


Olin XVII 


11 


Acatl XIII 


Couatl V 


Olin XVII 


AU IX 


Cipactli I 


10 


01 in XVII 


AU IX 


Cipactli I 


.Vcatl XIII 


CouaU V 


9 


Cipactli I 


Acatl XIII 


Couatl V 


Olin XVII 


AU IX 


8 


Couatl V 


Olin XVII 


AU IX 


Cipactli I 


Acatl xin 


7 


Atl IX 


Cipactli I 


Acatl xiu 


Couatl V 


Olin XVII 


6 


Acatl xin 


Couatl V 


Olin xvii 


Atl IX 


Cipactli I 


5 


Olin XVII 


AU IX 


Cipactli I 


Acatl XIII 


Couatl V 


4 


Cipactli I 


Acatl XIII 


Couatl v 


Olin XVII 


AU IX 


3 


Couatl V 


Olin XVII 


Atl IX 


Cipactli I 


Acatl XIII 


2 


AU IX 


Cipactli I 


Acatl XIII 


Couatl V 


Olin XVII 



Si le Toimbimall est une mesure de Tannée solaire, il faut se 
demander comment elle s'applique sur celte année. La première 
année du cycle commence-l-elle par le premier jour du Tonalamatl 
ou commence-t-elle par le jour dont elle porte le nom ? 

Ce problème a reçu des réponses assez diverses. La plus 
ancienne indication que je connaisse remonte à un auteur ano- 
.nyme qui écrivit en 1549 et dont une roue cyclique est publiée à 
la suite de l'édition des Menioriales de Mololinia par M. L. Gar- 
cia Pimentel ^. La partie concernant le calendrier, qui occupe les 
pages 48-53 de la susdite édition, appartient selon toute vraisem- 
blance au même auteur. Nous y lisons page 50 : « No sôlamente 



1. L'égalité (29X20) -f- 4=584 entraîne le résultat suivant : si la première période 
commencé par i, la .deuxième commencera par v, la troisième, par ix. la quatrième, 
par XIII, la cinquième, par xvii, etc.; de même comme suite de l'égalité i44X 13 + 
12 = 584, nous voyons que, si la première période commence par i-I, la deuxième 
commence par 13-V, la troisième, par 12-IX, etc. 

2. Mexico, Paris et Madrid, 1903. 



202 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAiNlSTES DE PARIS 

comienzan en las dichas cualro figuras los anos, pero tambien sin 
excepcion todos los meses... » Cette assertion est répétée à la 
page 52 et sur la roue cyclique elle-même. Dans le même 
ouvrage, nous trouvons un passage qui donne la même indication. 
Il ne semble pair appartenir au même auteur, ni à Motolinia. 
Page 43, nous lisons : « porque el ano toma nombre de su primero 
dia '). Des études synchronologiques montrent que Sahagun, Chi- 
malpain, comme Ixililxochitl, commencent Tannée par les signes 
Acatl, Tecpafl, Calli, Tochtli. 

Durân n'est pas du même avis. Il dit expressément que le 
premier jour du mois et conséquemment de l'année appartient au 
signe cipiiclli : « Y para que con mas claridad lo intendamos y con 
mas facilidad, es de saber que el primer dia del mes se llamaba 
cipactly » '. 

Gemelli Garreri se guidant sur l'd Ci g lo(/nt fin Indiana, malheureu- 
sement introuvable jusqu'à ce jour, de Siguenza y Gongora, et suivi 
en bien des points par Glavigero, prétend que l'année/ Tochtli com- 
mence par le jour / cipactii, / Aca//parle jour i iniqaiszUi.i Ter- 
patl i^ar le jour i oçomatli, / Calli par le jour / cozcaquauhlli-. 

Boturini et Yeytia à sa suite font commencer Tannée par le 
jour dont elle porte le nom. Sur la base d'études astronomiques 
approfondies, Lebn y Gama construisit un système de calendrier 
mexicain très ingénieux, mais qui ne tient pas toujours compte des 
faits. Ce système eut beaucoup de succès. Alexandre de Humboldt, 
J. F. Tiamirez, Aubin, Boban et bien d'autres l'adoptèrent. D'après 
Gama, toutes les années commencent indistinctement par / cipac- 
tli el finissent par i couafl''. Je suis porté à croire que Gama con- 
çut son système pour expliquer la fameuse date de la prise de 
Mexico que les auteurs indigènes placent unanimement au jour 
/ couail. Comme il ne parvenait pas à identifier cette date avec le 
13 août, il recourut à une interprétation métaphorique. Si / couatl 
est le dernier jour de toute année, c'est aussi le dernier jour des 
iiemoniemi et, comme tel, il est néfaste. Ce caractère de dernier 



1 . Ihxloria de la Nueva Espana y islas de Tierrn firme, éd. J. Fern. Ram irez, Mexico, 
Andrade y Escalante, 1867-1880. Tome II, p. 265, cf. p. 256. 

2. Gemelli Carroii, Giro del niundo. Venise, 1719. Livi-e VI, p. 43 s. 

3. Descripcion hislorica y cronologica de las dos piedras... Mexico, 1792, p. 63-76. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 203 

jour de l'année et de néfaste explique sulïisamment aux yeux de 
Gama que les auteurs mexicains aient appelé / colirII le jour 
funeste qui mil (in à la domination de Mexico-Tenochtitlan. D'autre 
part, il est plus que probable que Crislobal del Castillo, la princi- 
pale source de Gama, faisait déjà, lui aussi, commencer Tannée 
par cipactli. 

Orozco y Berra ne fut pas satisfait du calendrier de Gama et en 
construisit un autre basé sur 1 identification du signe / couail avec 
le 12 août. Il admet que les années S Cnlli commencent par le 
jour ''2 oçomatli, 4 Tochtli par,? cozcRquauhlli * ; il échappe donc 
au grave défaut de Gama qui consiste à faire du Tonalnmatl une 
mesure non continue et. par conséquent, bien imparfaite de Tannée 
solaire. 

Enfin M™^ Zelia NutLall crut avoir trouvé la clef de Ténigme. 
Elle mit à profit la malheureuse distinction entre année rituelle et 
année civile, introduite par Boturini, et adoptée par Granados y 
Galvez et par Veytia, Les années .le//// commenceraient par dpac- 
tli^ mais, dans cette année, le cinquante troisième jour marqué 
du signe acatl introduit une année rituelle à Tintérieur de Tannée 
civile ^. De cette façon on s'expliquerait que le jour acatl donne 
son nom à Tannée, c{uoique celle-ci commence par cipactli. Seule- 
ment cette théorie est en contradiction avec un grand nombre de 
faits établies. 

L'étude d'un important document de la collection Humboldt 
fournit à M. Seler la preuve, convaincante à mon avis, que Tannée 
commence par le jour dont elle porte le nom. Dans ce document 
se trouve peinte une série de fêtes se succédant pendant l'espace 
de 19 ans à raison de 4 par an. La fête Etzalqualiztli y est indiquée 
par les dates : 1''2 oliii^ 13 éècatl., i maçatl^ '^ malinalli, etc., c'est- 
à-dire les jours qui précèdent immédiatement iS tecpatl, / calli, 
2 tochtli^ 3 acatl. Etant donné que les fêtes se célébraient régu- 
lièrement au dernier jour de la vingtaine qui porte leur nom (ce qui 
est confirmé aussi par le précieux document), nous sommes forcé 
de conclure avec M. Seler que les jours initiaux des années sont : 
acatl., tecpatl. calli, tochtli et non pas cipactli, miquiztli, oçoma- 

i. Hisloria antujiia de Mexico, II, T.\. 

2. Note on Ihe ancieiit mexican calendnr system, p. 8. 



204 SOCIÉTÉ DES AMÉKICANISTES UE PARIS 

tli, cozcaquauhtli qui sonl respcclivenient les jours initiaux des 
quatre quarts du Tonalrimat/. M. Seler trouva la confirmation de 
cette conclusion dans la comparaison ^vec d'autres calendriers 
centro-américains. et dans les études de sjnchronologie dont 
nous aurons à parler plus loin '. 

Sur les feuilles 21-22 du magnifique Codex Borhonicus. publié 
sur l'initiative du duc de Loubat, avec un commentaire très savant 
du D"" E. T. Hamy -, j'ai cru trouver à mon tour la preuve que 
Tannée mexicaine commençait par le jour dont elle porte le nom. 
Nous y voyons figurée la série des 52 ans du cycle mexicain 
autour de deux groupes centraux formés de Cipactonal et Oxomoco 
(f. 21), et Quetzalcouatl et Tezcatiipoca dansants (f. 22). Chaque 
année y est accompagnée d'une des 9 figures que nous connaissons 
sous le nom de sefïores de la noche et dont nous avons déjà 
parlé. En haut de la feuille 21, partant de la droite, nous trouvons 
la série des années commençant par / Acatl, répondant générale- 
ment à l'Est : 

1. Acatl ixui), lepeyolloil — h 

2. Tecpatl (win), micllanleculU — e 

3. Zd\\\ [ui), piltzinteotl — c 

4. Tochtli (viii), llaloc — i 

5. Acatl (xiii), chalchiuhtlicue — f 

6. Tecpatl (xviii), cinleotl — d 

7. Calli (m), xiuhleculli — a 

8. Tochtli (yiii!, lepeyollotl — h 

9. Acalt (xm), mictlanlecutli — e 

10. Tecpatl (xvin), i7z//i —1) 

11. Calli (m), tlaloc — i 

12. Tochtli (viii), chalchiuhtlicue — t 

13. Acatl (xm), cinleotl — d 

Continuant au bas de la feuille 22 et allant de gauche à droite, 
nous rencontrons latreizaine commençant par i Tecpatl, répondant 
généralement au Nord. 

1. « Die mexikanischen Bilderhaudschriften Al. von HumboUlt's in der kgl Biblio- 
thek zu Berlin ». Berlin, 1893, dans Gesaminelle Abhandlungen, II, p. 173-183. 

2. Codex Borhonicus. Manuscrit mexicain de la Bibliothèque du Palais Bourbon. 
Paris, E. Leroux, 1899, ch. iit, 14-lo. Cf. Seler, Ges. Abh.. I, 512-513, et 
Fr. del Paso y Troncoso, Descripcion historica y exposirinn delcodice pictorico de los 
uniiijuos nt'uins. Klorcncia, 1898, p. 79-07. 



LE CAl.KNDRltU MEXICAIN 208 

i. Tec^ail [xviii), xiuhtecutli — a 

2. Calli (m), llaçolleoll — g 

3. Tochtli (viii), mictlanleculli — 1 

4. Acatl (xiii), ilzlli — b 

5. Tecpatl (xvin\ flulnc — i 

6. Calli m), ch.ilchiiihtlicue — I" 

7. Tochtli [\m), piUzinteotl — c 

8. Acatl (xiii), xiuhleculli — a 

9. Tecpatl (xvui), tlaçoHeotl — g 
10. Calli (m;, micllanleculli — c 
11 Tochtli (viii), ilzlli — b 

12. Acatl (xiii), lepeyollod — h 

13. Tecpatl (xvm), chalchiuhtlicue — f 

Nous continuons sur la même feuille 22, au haut à droite et nous 
comptons la treizaine qui commence par / Calli et qui répond à 
rOuest: 

1. C&lh (m), pillzinfeoll — c 

2. Tochtli (vni), xiuhtecutli — a 

3. Acatl (xin), llaçolleoll — h 

4. Tecpatl (xviiij, ciiiteotl — à 

5. Calli (ini, ilzlli — b 

6. Tochtli (viii), tepeyollotl — h 

7. Acatl (xiii), chalchiuhtlicue — f 

8. Tecpatl (xvm), pillzinleoll — c 

9. Calli (m), llaloc — i 

10. Tochtli (vin), llaçolleoll — s 

11. Acatl (xui), cinleoll — d 

12. Tecpatl (xvm), ilzlli — b 

13. Calli (m), lepeyolloll — h 

Retournant à la feuille 21, nous trouvons au bas de la page, 
rangé de gauche à droite, le tlalpilli commençant par i Tochtli 
répondant au Sud : 

1. Tochtli (vm), mic//anfecu</t — e 

2. Acatl (xm), pillzinleoll — c 

3. Tecpatl (xvm), llaloc — i 

4. Calli (m), llaçolleoll — g 

5. Tochtli (vm), cinleoll — d 

6. Acatl (xm), xiuhtecutli — a 

7. Tecpatl (xvm), lepeyolloll — h 

8. Calli (m), micllanleculli — e 

Société des Américunistes de Paris. U 



'20i') SOCIÉTÉ DES AMEKICAMSTKS UK l'AKIS 

9. Tochtli (vm), pillzinicotl — c 

10. Acatl (xxii), IIhIoc — i 

11. Tecpatl (xviii), chalchiuhtliciie — f 

12. Calli (m), cinteoll — d 

13. Tochtli (xiii), xiuhteculU — a 

Le tableau ci-joint représente un Tonalamatl a la façon despiclo- 
grapiesdu groupe Borgia, c'est-à-dire, sur cinq rangétis horizontales 
de 52 jours, que, pour la facilité du lecteur, nous avons ordonnées de 
gauche à droite. Les signes diurnaux sont indiqués par des chiffres 
romains, et les senores de la noche par les 9 premières lettres 
de Talphabet, de telle façon que Xiuhteciitli = a. Ilztli = b, 
Piltzinteotl zz= c, Cinteotl z= d, Mictlantecutli = e, Chalchiuhtli- 
ciie = f, Tlaçolleotl =g, Tepeyollotl==h, Tlaloc = i. Ce tableau 
montre quel critère a guidé le pictographe dans le choix de la 
combinaison des senores de la noche avec les années. 

Chaque signe d'année est combiné avec la figure qui, dans le 
Tonalamatl^ accompagne le jour dont elle porte le nom. Ce fait a 
son importance. Il indique, en elFet, que ce jour est le premier de 
l'année. Pourquoi combine-t-on dans l'indication du cycle ces 
signes d années avec les figures de leurs jours? C'est que, comme 
on peut le voir au Tonalamatl théorique, la série des neu vaines 
appliquée . au Tonalamatl donne un reste de un, de sorte que 
si le premier jour porte la figure a, le dernier ne portera pas la 
figure i, mais bien h. Comme pour mesurer l'année, le Tonalamatl 
a besoin de se développer plus d une fois, il arrive que les jours 
qui suivent le 13 xochitl ne pourront plus, à moins de bri- 
ser la série des neuvaines, coïncider avec les figures qu'elles 
portent dans le Tonalamatl théorique. Donc le jour / cipactli qui, 
dans la première révolution du Tonalamatl, est combiné avec X/mA- 
tecutli, reparaîtra en combinaison avec Tlaloc^ dans la deuxième. 
Déplus, les nemontemi ne sont pas alFectées des figures détermi- 
nantes, ce que les auteurs expriment généralement en disant de ces 
jours qu'ils ne sont pas comptés. lien résulte qu'au commencement 
de la deuxième année il se sera produit un désaccord d'au moins 
() jours entre les signes diurnaux et les figures qui leur reviennent 

1. La aoii divisibililé de 200 par neuf permet ainsi de distinguer entre eux les 
jours de l'année qui portent le même nom. Cf. Orozco y Berra, o. c, p. 42. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 



207 



de par le Tonalamall . De celle façon la manipulation du livre 
deviendrail très difficile, si le tonalpouhqui (celui qui compte les 
jours) n'y remédiait par celte loi très simple : le premier jour de 
Vannée rétablit l'équilibre entre les signes diurnaux et la série 
des « sénores de la noche », en ce sens quil est combiné avec la 
figure qui lui revient normalement de par le Tonalamatl. A notre 
avis, les feuilles 21-22 du Codex Borbonicus^ placées immédiate- 
ment à la suite du Tonalamatl, ne sont autre chose que l'expres- 
sion de cette loi ; elles montrent comment il faut se servir de ce 
livre et prouvent par conséquent que les jours qui ont donné leur 
nom aux années sont, en qualité de régulateurs, les jours initiaux 
de ces années. 



II 

Comme nous l'avons exprimé plus haut en chiffres, l'année mexi- 
caine se répartissait en 18 vingtaines, au bout desquelles se célé- 
braient régulièrement des fêles liturgiques. A ces vingtaines nous 
appliquons, bien qu'improprement, le terme de mois. Ces mois se 
succèdent dans l'ordre suivant : 

Atlcaualo, fête de ïlaloc 

Tlacaxipeualiztli, fte de Xipe 

Toçoztontli^ fête de Cinteotl 

[Jeitoçoztli, fête de Cinteotl 

Toxcatl^ fête de Tezcatlipoca* 

Elza.lqualizlli, fête de Tlaloc 

Teciiilhuitontli, fête de Uixtociuatl 

Ueilecailhuill, fête de Xochipilli 

Miccailhuilzintli (ou Tlaxochimacoi, petite fête des morts 

Ueimîccailhuill (ou Xocouetzi), grande fête des morts 

Ochpanizlli, fête de Toci 

Teotleco, fête de Tezcatlipoca 

Tepeilhuill, fête de Tlaloc 

QuechoUi, fête de Mixcouatl 

Panqiietzalizlli, fête de L'itzilopochtli 

AtemozlU, fête de Tlaloc 

Tititl, fête de Ilamatecutli 

llzcalli, fête de Xiulitecutli ^ 

1. L'indication des fêtes est donnée ici d'après les coclices Vnlicnnis A t-l Telle- 



208 SOCIÉTÉ DES AMÈRlCAMSTES DE PARIS 

Si nous sommes bien orientés sur la succession des mois, nous 
le sommes malheureusement de façon beaucoup moins parfaite sur 
le mois initial. Les plus anciens documents indiquent comme mois 
initial Atlcaualo ou Tlacaxipeualiztli. Parmi ceux qui font com- 
mencer Tannée par A^/cawa/o, nous pouvons citer Sahagun, Torque- 
mada, le Codex Ixtlilxochitl, les interprètes du Telleriano-Remen- 
sis et du Vaticanus A, le Codex 1576 d'Aubin, Duràn, Martin 
de Léon, Vetancourt, Glavigero, Granados y Valdès, etc. ; tandis 
que Motolinia, le Codex Magliabecchi, Gomara, Valadès, Ixtlilxo- 
chitl, J. de la Serna, et, à la suite probablement de Siguenza y 
Gongora, Gemelli Garreri se prononcent pour le mois de Tlacaxi- 
peualiztli. Madame Zelia Nuttall adopte ce dernier avis. 

L'auteur du calendrier publié à la suite de l'édition des Memo- 
riales de Motolinia par le M. L. Garcia Pimentel se distingue assez 
sensiblement des autres auteurs du xvi^ siècle. Il fait apparemment 
commencer l'année parle mois de Titill, mais il semble bien qu'il n'a 
en faisant cela d'autre but que de faire coïncider la nouvelle année 
mexicaine avec la nouvelle année européenne '. Il n'est pas impos- 
sible que Gristobal del Gaslillo se soit inspiré des idées de cette 
école. En tout cas, Léon y Gama qui nous le présente comme sa 
principale source, adopta lui aussi le mois de Titill comme pre- 
mier mois de son année. Dans la seconde moitié du xvii^ siècle, 
furent copiés ou composés un grand nombre de calendriers qui 
font commencer l'année ^diT Atemoztli \ et nous retrouvons le 
même mois initial dans l'édition des lettres de Gortès parLorenzana 
en 1770'. Il restait Itzcaili; celui-ci fut placé en tète des mois par 
Orozco y Rerra. 

Ces discordances sont assez suggestives. Elles me font penser que 
chez les anciens Mexicains le passage de l'année ancienne à une 
année nouvelle n'était pas aussi marqué que nous le croyons. Ils 
avaient une série continue de Tonalamatls ; ces séries étaient jalon- 
nées tous les 365 jours par un signe qui donnait son nom à la 
période suivante. La présence de ce signe constitue proprement le 

riano-Reniensis, collationnés avec le Codex Magliabecchi. Cî. Seler, Eine Liste der- 
Mexikanischen Monatsfeste, Gesamnielte Abhandlangen, I, p. 145, 151. 

1. Nous trouvons la même préoccupation chez l'auteur anonyme contre leque 
Sahagun mène la polémique de son Appendice au livre IV. 

2. Historia de Nneva E^pafia, Mexico, Hogal, 1770. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 209 

commencement de l'année. Tous les 52 ans, la série deîS Tonala- 
matls recommence, ce qui donne lieu à la grande fête du renouvel- 
lement du feu. Cette fête constitue le commencement d'un cycle et, 
à fortiori, le commencement d'une année. 

Pour connaître le mois initial d'une année, il nous faut donc 
chercher à quel mois correspond dans une année 1 Acatl, le jour 
/ acatl^ et dans quel mois se célèbre la fameuse fête cyclique. A la 
suite d'une étude savamment conduite sur laquelle nous revien- 
drons à propos de la synchronologie ', le professeur Seler montra 
que dans Tannée S Calli (1521) le jour.^ ca/// devait coïncider avec 
le premier jour de Toxcatl. Cette conclusion avait quelque chose 
de surprenant au premier abord. En réalité, elle n'est que très 
naturelle, puisque le mois Toxcatl est aussi celui où avait lieu le 
renouvellement du feu. L'étude des cérémonies qui caractérisent 
cette fête liturgique ne laisse pas de doute à cet égard '. 

L'historien Chimalpain donne une indication très curieuse au 
sujet de la dernière fête cyclique qui eut lieu avant l'arrivée des 
Espagnols en l'année 1507 : « II acatl xihuitl. 1507 anos. Ypan 
in toxiuh molpilli Huixachtecatl. yn icpac huetz tlecuahuitl ; ye 
nauhtetl yn quilpillico mexicayye ixquichica cate TenuchtiLlan;,.. 
ypan cem ilhuitonalli nahui acatl. [Année deux roseau. 1507. Alors 
eut lieu la ligature de nos années sur le Huixachlecatl où fut 
allumé le feu ; ce fut la quatrième ligature que faisaient les Mexi- 
cains depuis qu'ils étaient à ïenochtitlan... dans le compte des 
jours au jour quatre roseau •'.] Ce passage dit clairement, semble-t- 
il, que la cérémonie du renouvellement du feu s'accomplit en 
1507 au jour 4 acatl. Faut-il en conclure ou bien que l'année 
'2 Acatl commençait au jour 4 acatl, ou bien que la grande fête 
cyclique ne se célébrait pas au commencement de l'année? Nous 
ne le croyons pas. Si nous plaçons en tête des mois, comme Chi- 
malpain le faisait probablement, le mois d'Atlcaualo avec, comme 
signe initial, S acatl, nous obtenons précisément -/ acatl comme 
premier jour du mois de Toxcatl. Nous ne pensons pas que Chi- 

1. Gesammelte Abhandlungen.. .,\, jj. 173-18.3. 

2. Ed. Seler. « Die Achtzehn Jahresfeste (1er Mexikaner ». Verôffcntlichungen aus 
derti Kgl. Mus. f. Vôlkerkunde. Berlin, VJ, Heft 2/4, p. 130. 

3. Rémi Siméon, Annales de Domingo Francisco de San Anton Munoz Chimalpa- 
hin Qiianhf/ehvanifzin. 6'' et 7*" relations, Paris, 1899, p. 177. 



210 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

malpain ait trouvé dans ses sources pictographiques l'indication du 
jour 4 acatl. Il est plus vraisemblable qu'il y ait trouvé l'indication 
du mois ToxcatL et qu'il ait voulu transcrire cette donnée, en indi- 
quant le jour auquel la fête s'est accomplie. Ce procédé n'a rien 
d'extraordinaire chez les historiens qui commentent des docu- 
ments pictographiques. Seulement, Ghimalpain s'est trompé dans 
l'identification du jour, en partant de l'idée fausse que^ l'année 
commençait au mois à' Atlcaualo. 

Nous trouvons aussi une allusion au mois initial de l'année mexi- 
caine dans le précieux document de la collection Humboldt dont 
nous parlions plus haut. La série des quatre fêles annuelles, qui 
s'étend sur dix-neuf années, commence par Efzalqualiztli, c'est-à- 
dire celle qui tombe au deuxième mois, si l'on commence Tannée au 
premier Toxcatl. Si l'année mexicaine avait commencé par Atlcauao 
ou par Tlacaxîpeuali zf l i , il n'est pas probable que cette dernière 
fête eût figuré en quatrième lieu. Mais l'historien Sahagun nous 
fournit une preuve plus convaincante que Tannée mexicaine com- 
mence plus tard qu'on ne Ta admis jusqu'ici. Au livre XII, ch. 3, 
il rapporte que Cortès arriva sur les côtes du Mexique vers la fin de 
Tannée i3 Tochtli. Or l'arrivée de Cortès se place vers le milieu 
d'avril. Ce texte ne peut se comprendre que si Ton admet que le pas- 
sage de 13 Tochtli k 1 Aca^/ a lieu au mois de Toxcatl '. Vu l'impor- 
tance de ce texte, je tiens à le transcrire eu nahuatl. .M, Seler Ta copié, 
il y a quelques années, du manuscrit de Madrid ; il Ta cité dans un 
de ses cours sur l'histoire de la conquête, et il a eu l'extrême obli- 
geance de mettre sa copie à ma disposition : « Auh niman ie mocuepa 
in xiuitl ie imonamicioc in matlactli ouiei Tochtli : auh ie tlamiz- 
nequi ie zonquizian in xiuitl omei Tochtli in quiçaco in ienoceppa 
ittoque [« et là-dessus déjà retourne Tannée, à Tépoque oii déjà se 
rencontre 13 Lapin : et déjà est sur le point de se terminer, c'est 
déjà le moment où prend fin Tannée 13 Lapin, alors ils arrivent, 
alors ils sont vus de nouveau. »] 

\. Dans sa traduction du texte de Sahagun, p. 799, Rémi Siméon dit en note que 
ce texte est confus. Il serait exact pour l'arrivée de Grijalva mais ne pourrait se com- 
prendre pour l'arrivée de Cortès qui arriva en lol9. On voit au contraire que ce 
texte est très net et très j>récis. Il prouve simplement ({ue l'année 1 Acatl ne coïncide 
pas entièrement avec Tannée lol9, mais qu'elle commence en mai l.^il9 pour finir en 
mai 1520. Ce passage, comme une foule d'autres, montre que la publication critique 
du texte nrdiuatl do Sahagun répondrait à un réel besoin des études mexicaines. 



LE CALENDRIER MEXICALN 241 

Il est une question connexe de celle de la succession des mois, 
c'est celle de la place des 5 nemontemi qui n'appartiennent à aucun 
mois. Ici les mexicanistes sont d'accord pour placer ces jours 
immédiatement avant le commencement de Tannée nouvelle. Mais 
cet accord n'est qu'apparent, puisque ces jours se placent, tantôt 
avant Atlcau^lo, tantôt avant TlncaxipeuRliztli, suivant le mois 
qu'on considère comme initial. Nous avons établi avec M. Seler 
que le premier mois de l'année mexicaine est Toxcall. Faut-il en 
conclure que les /iemo/?/e/7?/ précédaient immédiatement le premier 
jour de ce mois? Pas nécessairement. Si les nemontemi avaient 
occupé cette place, il est évident qu'ils auraient contribué à 
mettre en relief le premier jour de l'an et, dans ces conditions, 
on ne comprendrait pas qu'aucun auteur ancien ne parle de Toxcall 
comme mois initial de Tannée, ni des nemontemi comme le précé- 
dant immédiatement. Il me paraît bien plus vraisemblable d'ad- 
mettre que la place des nemontemi éiRil déterminée par le Tonala- 
matl, plutôt que par les fêtes liturgiques de Tannée. Je me suis 
livré sur ce point à quelques expériences, et le schéma de Tannée 
mexicaine qui me plaît le plus est celui qui place les nemontemi 
immédiatement avant le jour / cipaclli dans une année / Acatl, 
immédiatement avant le jour 3 miquiztli dans une année 5 Tecpatl, 
avant le jour S oçomàtli dans une année S Calli, avant le jour 
4 cozcaquauhtli dans une année 4 Tochtli, etc. De cette façon, les 
;iemo/i?em/ tomberaient régulièrement les .204, 205, 206, 207 et 
208*^^ jours de Tannée, immédiatement après le 3® jour de Panquet- 
zaliztli. A titre de curiosité, je donne, page suivante, un schéma. 

Ma construction aurait l'avantage d'expliquer Tincertitude qui 
régnait au sujet du commencement de Tannée. Le premier jour de 
Tan n'est pas mis en vedette, parce que certains mois de Tannée 
/ AccV// commencent par acatlei d'autres par tecpatl, certains mois 
de 5 Tecpatl commencent par /ec/^r-i^/ et d'autres par calli. De plus, 
elle expliquerait comment certains auteurs ont pu considérer les 
'^ouvècipactli, miquizt/i, oçomàtlieicozcaquauhtli, respectivement, 
comme jours iniliaux des années Acatl, Tecpatl^ Calli et Tochtli. 
Mais, je le confesse volontiers, je n'ai trouvé jusqu'ici aucun fait 
positif qui me permette d'imposer mon schéma avec quelque chance 
de succès. Je constate donc que sur ce point notre ignorance est 
absolue. Au point de vue synchronologique, cela ne nous gêne pas 



212 



SOCIETE DES AMERICANISTES DE PARIS 



beaucoup ; mais, pour le déchiffrement des piclographies, il impor- 
terait que nous puissions avec quelque sûreté combiner les signes 
diurnaux d'une année quelconque et le « seiîor de la noche », avec 
lequel les prêtres et les devins les mettaient en rapport. A cette con- 
dition, il nous serait peut-être possible de pénétrer quelquefois le 









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II 


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III 


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IV 


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VI 


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VII 


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VIII 


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IX 


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XI 


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XII 


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XIII 






















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XIV 






















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XV 






















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XVI 






















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XVII 




















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profond mystère qui enveloppe les dates combinées d'années et de 
jours que nous trouvons dans le Codex Vinclobonensis, dans le 
Codex Nuttall^ dans le Codex Bodleianiis. etc. 



III 



Avant d'aborder la question la plus importante au point de vue 
historique, celle de la concordance du calendrier mexicain avec le 
calendrier européen, il convient d'examiner les rapports de l'année 
mexicaine avec l'année solaire réelle. Composée de 365 jours, elle 
était plus courte de quelques heures que l'année solaire, et nous ne 



LE CALENDRIHR MEXICAIN 213 

doutons pas que les anciens Mexicains, en bons astronomes et en 
bons mathématiciens qu'ils étaient, ne se soient aperçus du désac- 
cord qui résulte de ce fait entre leur année et l'année solaire. Mais 
il importe surtout de savoir s'ils ont fait quelque chose pour réparer 
ce désaccord. A cette question, différents auteurs ont répondu de 
façon différente. 

Motolinia dit expressément que les anciens Mexicains ne connais- 
saient pas l'intercalation et qu'il se produit un glissement lent mais 
continu de leur année sur l'année solaire K Torquemada, ainsi que 
l'auteur de la Cronica de la S. Provincia del santisimo nombre de 
Jésus de Guatemala (de l'année 1683), est du même avis'^. Saha- 
gun, auquel nous devons nos renseignements les plus précieux sur 
les anciennes civilisations du Mexique, dit que les Mexicains inter- 
calaient un jour tous les quatre ans. M. Seler pense que c'est là 
une hypothèse personnelle de l'auteur •\, M"^^ Zelia Nuttall 
s'appuyant sur l'appendice du livre quatrième, conteste l'interpré- 
tation de M. Seler '*, Cet appendice constitue une polémique contre 
un auteur anonyme qui avait écrit sur le calendrier. L'auteur ano- 
nyme avait prétendu que l'année bissextile échappa aux Mexicains 
etSahagun dit que c'est faux, «parce que ce qui s'appelait chez eux 
le calendrier véritable comptait trois cent soixante-cinq jours et trois 
cent soixante-six tous les quatre ans, le jour additionnel servant à 
une fête périodique » ^. Je ferai remarquer que tout cet appendice 
repose moins sur des informations prises auprès des Indiens que 
sur des opinions personnelles de Sahagun. C'est une des parties les 
plus faibles de l'importante œuvre encyclopédique du P. Sahagun. 
Elle nous révèle que, malgré ses recherches méthodiques, le bon 
missionnaire ne s'était pas fait une idée exacte des rapports qui 
existent entre le Tonalamatl et le calendrier solaire. Il les consi- 



i. L.Garcia Pimentel, Memoriales de Fray Toribio de Motolinia. Mexico, 1903, 
p. 36. 

2. Ed. Seler, << Die Korrekturen der Jahreslange »... Zeilschrift fiir Ethnologie, 
1903, I, p. 28. 

3. Ed. Seler, Ibid., p. 27. 

4. Zelia Nuttall, « The periodical adjustments of the ancient Mexican Calendar m, 
dans : American Anthropologist, vol. VI, n° 4, 1904, p. 487. 

5. Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne, trad. Jourdanet, Paris, 
Masson, 1880, p. 287. 



214 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

dère comme deux choses essentiellement différentes, condamne le 
premier comme une invention diabolique et semble ne pas s'être 
aperçu qu'en réalité le Xippoualli ne s'est jamais compté qu'à 
l'aide du Tonalamatl. Bref, nous persistons à croire que les œuvres 
de Sahagun ne permettent pas de conclure que les anciens Mexi- 
cains aient corrigé leur année de 365 jours par des intercalalions 
périodiques quelconques. 

Au xvi^ siècle, il existait donc deux théories sur la question de 
l'intercalation : la première la niait catégoriquement, la deuxième 
l'affirmait. Les premiers avaient raison, en disant que les anciens 
Mexicains, avant leur contact avec les Européens, n'avaient pas 
senti le besoin de mettre par l'intercalation d'un jour tous les 
quatre ans leur année d'accord avec l'année Julienne ; les deuxièmes 
n'avaient pas tort en affirmant que, depuis une certaine époque, 
l'intercalation bissextile se pratiquait. En effet, aussitôt après la 
conquête, un certain nombre de missionnaires ont pensé qu'il fallait 
conserver aux indigènes leur comput national et que, pour ce 
faire, il était nécessaire d'intercaler tous les quatre ans un jour et 
de pratiquer cette intercalation au mois de février dans les années 
Tecpatl, c'est-à-dire dans les années où l'intercalation a lieu dans 
le calendrier julien. 

Ce fait nous est prouvé par le texte suivant : « De manera que 
sobre esta figura se haràn dos dias con el numéro que le cupiere, 
como se hacen dos dias la segunda. Haciendose asi nunca mas 
terna confusion como hasta aqui han tenido por la falta del 
bisexto ^ » Dans la première moitié du xvi^ siècle un grand nombre 
de calendriers ont été composés dans le but évident de mettre 
Tannée mexicaine d'accord avec l'année Julienne. Mendieta ~ parle 
d'un de ces calendriers, rédigé sous la forme d'une roue : « Este 
calendario sacô cierto relii^rioso en rueda con uiucha curiosidad vsub- 
tileza, conformandolo con la cuenta de niiestro calendario, y era 
cosa bien de ver : vo lo vi v tuve en mi poder en una tabla mas hà 
de cuarenta anos en el convento de Tlaxcala. Mas porque era cosa 

1. Ce texte est publié dans les Meinoriales dp Mololiina à la page 5-3. Il provient 
selon toute vraisemblance du même auteur (juc la roue figurée à la suite de cet impor- 
tant document. 

2. Ilisloria Ecclesiastica Fndiana, éd. .T. Garcia Icazbalceta. Mexico, 1870. Livre II, 
eh. 15, p. 98. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 215 

peligrosa que anduviese entre los Indios, trayendoles à la memoria 
las cosas de su infîdelidad y idolatria antigua (porque en cada dia 
tenian su fiesta y idolo â quien la hacian con sus ritos y ceremo- 
nias), por tanto, con mucha razon fué mandado que el tal calenda- 
rio se extirpase del todo, y no pareciese, oomo el dia de hoy no 
parece, ni hay memoria de èl. Aunque es verdad que algunos 
Indios viejos y otros curiosos tienen aun al présente en la memo- 
ria los dichos meses y sus nombres, y los han pintado en algunas 
partes, y eri particular en la porteria del convento de Coatlinchan, » 
Ce passage de Mendieta fait allusion à un calendrier conçu sous forme 
d'une roue, analogue à celui qui se trouve publié à la suite, des 
Memoriales de Motolinia et à celui publié par Valadès dans sa 
Rhetorica. Ces deux derniers calendriers peuvent remonter, comme 
nous le montrerons plus loin, le premier aux années 1528-1532 
et le deuxième aux années 1532-1536. 

Vers cette époque, nous pouvons placer de multiples tentatives 
synchronologiques et l'introduction d'une intercalation tous les 
quatre ans. L'intercalation ne fut acceptée que par les Indiens 
hispanisés, tandis que les autres continuèrent à compter suivant 
leurs vieux usages ; de plus, les Indiens bispanisés eux-mêmes 
n'ont pas toujours pu se mettre d'accord sur la méthode d'intercala- 
tion et de cet ensemble de faits est née l'extrême difficulté que 
nous éprouvons quand nous voulons étudier le calendrier mexicain 
à l'aide des documents du xvi^ siècle. 

Le xvii^ engendra de nouvelles théories. J. de la Serna ^ ne crut 
pas à l'intercalation de tous les quatre ans et imagina que les 
anciens Mexicains attendaient la fin de leur cycle de 52 ans pour 
rétablir l'équilibre entre leur année et l'année solaire réelle. Telle 
est aussi la théorie de Siguenza y Gongora dont nous ne possé- 
dons malheureusement plus les œuvres, de Clavigero et d'un grand 
nombre d'autres mexicanistes. L'intercalation de 13 jours tous les 
52 ans donne le même résultat que celle d'un jour tous les 4 ans, 
c'est-à-dire qu'au bout de 1.040 ans, on a intercalé un certain 
nombre de jours en trop. 

Le célèbre Léon y Gama. pour arriver à ujie exactitude plus 

1. « Manual de los Ministros de Indias ». Anales det niuseo nacional de Mexico, t. VI, 
i900, p. 323. 



216 SOCIÉTÉ 'Dt;S AMÉRICAMSTKS DE PARIS 

grande, voulut que rintercalation ait été de 13 jours au bout d'un 
cycle ordinaire et de 12 jours au bout d'un grand cycle. De cette 
façon, on eût intercalé 250 jours dans l'espace de 1 .040 ans. Ceci non 
plus ne représente pas la plus grande exactitude. Aussi Fabrega 
et Humboldt, s'appuyànt à tort sur un passage du Codex Borgia, 
admettent l'intercalation de 13 jours tous les 52 ans, à condition 
de retrancher 7 jours au bout d'une période de 1.040 ans. Au lieu 
de 7 jours, M. Oro/co y Berra propose de retrancher 8 jours, 
M"^^ Zelia Nuttall adopte aussi le système de l'intercalation de 
13 jours tous les 52 ans et montre très ingénieusement comment 
les anciens Mexicains auraient pu développer leur admirable com- 
put et se créer une véritable ère. Mais le grand défaut de tous ces 
systèmes est de donner libre cours à l'imagination et de ne pas s'en 
tenir aux faits : ils tiennent plus compte de ce que les anciens 
Mexicains auraient pu faire que de ce que qu'ils ont fait en réalité. 
Jusqu'ici aucun renseignement positif n'atteste que les anciens 
Mexicains aient distingué entre eux leurs différents cycles et se 
soient créé une ère. Les documents pictographiques, autant que 
la connaissance que nous en avons nous permet de l'affirmer, 
ne portent aucune trace d'une intercalation de 13 jours qui aurait 
précédé la cérémonie du renouvellement du feu. Dans son étude 
sur les documents de la collection Humboldt à Berlin \ M. Seler 
aboutit à la conclusion que les anciens Mexicains n'avaient pas 
connu l'intercalation. En effet la date que la conférence des Indiens 
convoqués par Sahagun assigna comme jour initial de l'année, 
tombe 10 jours plus tôt qu'à l'époque de la conquête. C'est précisé- 
ment le nombre des jours intercalés dans l'intervalle par l'année 
Julienne. Plus tard, cependant M. Seler émit lui aussi une hypo- 
thèse d'intercaîation ^ ; d'après lui, l'intercalation serait de 10 jours 
après une période de 42 ans. Cette hypothèse s'appuie sur l'étude 
comparative et l'interprétation de certains documents pictogra- 
phiques ; mais elle ne résiste malheureusement pas à une critique 
rigoureuse. Sur les feuilles 26-29 du Codex Fejérvary-Mayer^ 

1. « Die rnexikanischen Bilderhandschriften Alexarider von Humboldl's in dcM' 
Kgl. Bibl. zu Berlin ». Berlin, 1893. Voir Gesammelte Abhandlungen, I, p. IS\. 

2. Ed. Seler, « Die Korrekturen der JahreslSnge iind der Lange der Vcnusperiode 
in den rnexikanischen Bilderschriften ». Zeilschrifl fur Ethnologie, 1903, Heft I, 
p. 27-49. 



LK CALENDRIER MEXICAIN 217 

M. Seler cimiI trouver rindication d'une période de 59 jours ; 
ces 59 jours multipliés par 260 jours produisent 42 ans plus 10 jours. 
Les feuiles 26-29 du Codex Fejervary semblent donc indiquer une 
période de temps de 42 ans au bout de laquelle les anciens Mexi- 
cains pratiquaient une intercalation de 10 jours. Cette interca- 
lation serait indiquée également dans des passages parallèles du 
même Codex Fejervary-Mayei\ du Codice di Bologna, et sur les 
feuilles 49-52 du Codex Borgin. Dans le Codex Nultall, il fau- 
drait lire une correction de l'année solaire au bout d'une période 
de 82 ans et une correction des périodes vénusiennes au bout de 
88 ans. 

Nous croyons que les feuilles 26-29 du Codex Fèjérvary. Muyer, 
qui forment la base de Targumenlalion de M. Seler, permettent une 
interprétation différente de celle du savant professeur de mexica- 
nisme. Pour obtenir la période de 59 jours, il est obligé de combi- 
ner successivement avec les signés cipactli, acatl^ couàtl, olîn, ail 
les disques en couleurs qui se trouvent sur la partie inférieure des 
dites feuilles, en ayant soin d'insérer à chaque feuille un signe qui 
ne se trouve nulle part indiqué. En réalité, les disques sont au 
nombre de 51 ; pour obtenir le nombre 59, il faut donc y ajouter 
un des 5 signes susmentionnés, et 7 autres signes. Les 5 séries, 
qu'on forme ainsi, et qui sont dominées par les signes de la f. 26, 
ont l'inconvénient de ne pas s'enchaîner entre elles. La série com- 
mençant par cipactli ne se raccordç pas à celle commençant par 
acatl, pas plus que cette dernière à celle commençant par 
couatl. Nous préférons voir dans les représentations des feuilles 
indiquées plus haut, non pas une série de 59 jours, mais un Tonala- 
matl abrégé, divisé en 5 séries de 52 jours. Les signes cipactli^ 
acatl^ couatl^ olin^ ail, sont respectivement les signes initiaux 
de ces séries. Si Ton combine le signe cipactli avec le nombre I, et 
que l'on compte un signe sur chacun des disques en couleurs, on 
retournera au bout de 52 jours au signe acatl, combiné avec le 
nombre 1, etc. On obtient ainsi le schéma suivant'. Ce n'est 

1. 1 8 13 6 2 10 7 

Cipactli Tochtli Acatl Quiavitl Tochtli Cozcaquauhtli Miquiztli 

Acatl Xochitl Couatl Oçomàtli Xochitl Tochtlli Tecpotl 

GouatI Malinalli Olin Calii Maiinalli Xochitl Il/.cuintli 

Olin Cuetzpalin Atl Quauhtii Cuetzpalin Malinalli Éècatl 

Âtl Co7.caquauht Cipactli Maçatl Cozcaquauhtli Cuetzpalin Ocelotl 



218 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

pas le moment ici de nous étendre sur le symbolisme des figures 
qui accompagnent les divisions de ce Tonalamail et qui sont jus- 
qu'ici très énigniatiques ; mais nous croyons pouvoir dire avec cer- 
titude que ces feuilles sont une représentation abrégée ou simpli- 
fiée, si l'on veut, du Tonalamatl. 

Je tiens à faire remarquer aussi que la période de 82 ans que 
M. Seler croit reconnaître sur les premières feuilles du Codex 
NutfaU, ne répond en aucune façon à la période de 42 ans, mais 
permettrait de supposer plutôt une période de 41 ans. De plus, les 
figures représentées dans le Codex NuttaJl sont encore tout enve- 
loppées de mystère. Je vais donc me permettre quelques observa- 
tions au sujet de l'interprétation des feuilles 1-3 (entée par M. Seler, 
La répétition sur la première feuille des signes / Acatl^ i cipactli et 
7 lecpati-i o/m n'est pas, à mon sens, suffisamment motivée. Dans 
toute cette période de 82 ans, 4 ans seulement sont indiqués : 
/ Acatl^ 7 Tecpatl, S Acatl^ 5 Calli. Pour obtenir une série conti- 
nue, on est obligé d'admettre que les deux dernières années appar- 
tiennent à un deuxième cycle ; il faut donc leur ajouter 52 ans. Cette 
addition de 52 ans nous laisserait moins sceptique si la série des 
années était plus nombreuse. Gomme il n'y a que deux ans apparte- 
nant au deuxième cycle, il se peut très bien que ce soit par un simple 
hasard qu'ils forment une série continue au moyen de l'insertion 
d'un cycle de 52 ans. D'ailleurs ces deux années S Acatl, 5 Calli 
reviennent combinées avec des jours différents. Cela ne permet-il 
pas de supposer que le peintre a voulu exprimer autre chose 
qu'une période de 82 ans ^ ? Quant à la correction de la période 
Vénusienne, elle est indiquée, chose assez bizarre, comme devant 
s'accomplir après 88 ans + 361 jours, et pour obtenir cette 
période il faut lire la feuille 4 dans une autre direction que les 
feuilles 1-3. 

Nous persistons à croire que, jusqu'ici, aucun renseignement posi- 
tif ne prouve que les anciens Mexicains aient corrigé la durée de 
leur année. Conmie ils comptaient simultanément le cours du soleil 
et de la planète Vénus, toute correction aurait même abouti à com- 

1. La claie 5 Calli, 7 couutl peut signifier aussi bien le 263'' jour que le 3* jour de 
cette année. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 219 

pliquer outre mesure leur système chronologique. En eflPet, s'ils 
intercalaient, ils ne comptaient pas les jours intercalaires. Car, s'ils 
les avaient comptés, leur année n'aurait pas pu garderie même jour 
initial et ce fait serait d'une portée trop grande pour que nous n'en 
trouvions pas de traces dans les manuscrits pictographiques. 
S ils intercalaient des jours sans les compter, il s'établissait un 
comput solaire différent du comput vénusien. Supposons que le 
dernier signe diurnal de la dernière année du cycle (/ Tochtli, 
i malinalli) s'applique à chacun des 13 jours intercalaires qui le 
suivent, le premier jour de l'année orne Acatl devra s'appeler 
orne miqaiztli dans le comput vénusien. A partir de ce moment, 
chaque jour aura un nom différent dans le calendrier solaire et 
dans le calendrier de la planète Vénus et, au moment oîi il faudra 
corriger ce dernier calendrier, l'harmonie sera brisée encore 
davantage. Rien n'atteste que les anciens Mexicains aient com- 
pliqué de cette façon leur calendrier et il est bien plus raison- 
nable d'admettre qu'ils se sont contentés de fixer dans leurs pic- 
tographies les rapports réels existant à un moment déterminé entre 
le cours des corps célestes. 

Nous nous sommes arrêté plus longuement sur la question de 
l'intercalation. Elle est d'une grande importance non seulement 
pour la synchronologie, mais aussi pour l'interprétation .des céré- 
monies qui s'accomplissent aux différentes fêtes. S'il est vrai que 
les Mexicains ne pratiquaient pas l'intercalation, leurs fêles se 
déplaçaient continuellement par rapport au cours apparent du 
soleil. Ainsi telle fête qui, du temps de la conquête, se célébrait à 
l'équinoxe du printemps se serait célébrée vers le solstice d'été 
quatre siècles plus tôt, à moins que le calendrier n'ait été rema- 
nié dans l'intervalle. Dans ces conditions, il n'est évidemment pas 
permis de chercher dans le caractère de la saison où elles se 
célèbrent, l'explication de toutes les cérémonies qui accompagnent 
les fêtes. 

Nous arrivons à la synchronologie. La concordance des années 
mexicaines avec les années européennes ne nous occupera pas Ion- 
temps, Il existe cependant à son sujet quelques divergences parmi 
les anciens auteurs. Les interprètes du Codex Mendoza se sont 
trompés sur l'identification de la date ^2 Calli indiquée dans ce 
Codex comme l'année de la fondation de Mexico-Tenochtitlan. 



220 SOCIÉTÉ bES AMÉRlCAMStES DE PARIS 

Sigiienza y Gongnra ' ideiilitie l'année lo20 avec / Acatl. alors 
qu'en réalité / Acall s'étend de mai 1319 au mois de mai 1520. 
D'après le calendrier loltque de Boturini -, Tannée 1520 répon- 
drait à l'année /5 Acall du calendrier indien. Mais cette question 
semble déiinitivement résoluct Aujourd'hui on est d'accord pour 
identifier l'année 1519 avec Tannée indienne, ce Acatl. 

L'identification des jours du calendrier mexicain avec ceux de 
notre calendrier donne lieu à des difficultés plus sérieuses. Celles- 
ci résultent en partie de l'incertitude qui a régné sur le jour ini- 
tial, sur le mois initial de Tannée ainsi que sur Tintercalation. Je 
ne parle pas des différences locales qui peuvent avoir existé. La 
correction Grégorienne qui rétablit l'équilibre entre Tannée euro- 
péenne et Tannée solaire réelle, ne contribue pas à simplifier la 
concordance du calendrier mexicain avec notre calendrier. Les plus 
grandes divergences sont nées peut-être du fait que la plupart des 
historiens ont interprété à leur façon les dates qu'ils trouvaient 
indiquées dans leurs sources. 

La date qui présente le plus de garanties pour les études synchro- 
nologiques est celle de la prise de Mexico. Les auteurs Espagnols 
sont ici d'une grande précision et placent cet événement mémorable 
le 13 août de Tannée 1521, tandis que les auteurs indigènes lui 
assignent le jour / couatl de Tannée S Calli. Léon y Gama semble 
avoir songé à prendre cette date comme base de ses études ; mais 
ne parvenant pas à l'expliquer, il lui a cherché un sens métapho- 
rique. D'après lui, le jour / couatl désigne simplement un jour 
néfaste. En effet, dans le système de calendrier dont il est l'auteur, 
/ couatl, 105*^ jour du Tonalamatl, est toujours le dernier des 
5 nemonlemi et par conséquent funeste. Il cite à ce propos le pas- 
sage suivant de Cristobal del Castillo ^ « : Ca iniquac tzonquiz in 
necaliliztli in moman in chimalli ; izceuh in teoatl tlachinolli, inic 
poliuhquein TenuchcaTlatilolca. Auh cahueliquacinoncalac tona- 
tiuh yehuatl izcemilhui-tonalpohualli ca yehuatl iz ce cohuatl ini- 
quechol atl, oncan tlaloa in Huei Tlalloc moncahuia yaomalinal- 

1. Voir Vctancurt, Teatro Mexicano, 2"= partie, tome II, chap. 7, pp. 66-68. 

2. Bustamaule, liistoria de las conquistas de Hernando Cortès, écrite par Gomara 
et traduite en mexicain par Chimalpoin. I, p. 193-211. 

3. Gama, Descripcion historica y cronologica de las dos pindras... Mexico, 1792, 
p. 83-8 i, note v. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 221 

lezahuill. Auh inipan inillapuluiallo in xiuhtlapohualli ca yei Galli 
in xihuitl. » [« Lorsque prit fin la bataille, alors on reposa le bou- 
clier, la guerre se refroidit ; sur cela furent vaincus les Mexicains, 
les Tlatelolcans. Et c'était exactement lorsque le soleil descendit à 
l'Occident dans leur compte des jours le signe un serpent dont le 
quecholli (c.-a.-d. le « senor de la noche * ») est Ghalchiuhtlicue ; 
alors parla le grand-prétre de Tlaloc : il s'arrête le mauvais pré- 
sage de la guerre. Et dans leur compte des années, c'était l'année 
trois Maison. »] 

Ce passage indique que le jour ce couatl avait comme senor 
de la noche, ChalchiuhtUcue qui s'appelle aussi simplement atl 
Gama en fut d'abord quelque peu embarrassé, puisqu'il savait que 
les nemontemi étaient dépourvus de toute figure augurale. Mais il 
trouva, pour ce fait, encore une explication métaphorique et y 
vit une simple allusion à la pluie qui tomba ce jour. Ges interpré- 
tations nous paraissent inadmissibles. Le grand historien Orozco y 
Berra, pour expliquer la date / couatl, imagine une année 3 Calli 
commençant au mois à'Itzcalli par le jour *i oçomotli. Pour que 
le jour / couatl soit déterminé par Ghalchiuhtlicue il combine 
le jour initial de son année avec la figure Xiuhtecutli. Gela nous 
paraît purement' arbitraire ; car, dans le Tonalamafl théorique, ce 
jour est accompagné de Tlaloc, Orozco y Berra prétend en outre, 
contrairement à notre interprétation des feuilles 21-22 du Codex 
Borhonicus, que la combinaison c^es senores de la noche avec les 
signes diurnaux est la même pour toutes les années indistincte- 
ment. 

M°Je Zelia Nuttall identifie le 13 août 1521 avec le jour / couatl, 
15^ du mois de Tlaxochimaco d'une année 3 Calli dont le jour 
initial serait 3 oçomotli = l^r jg Tlacaœipeualiztli, 11 mars du 
calendrier Julien. Gette synchronologie. a l'avantage de s'accorder 
avec l'historien Ghimalpain - qui place la prise de Mexico au mois 
de Tlaxochimaco [niiccailhuitzinfli) ; mais elle a l'inconvénient 
de ne pas tenir compte de l'indication de Cristobal del Gastillo qui 

1. Léon y Gama {Descripcion historica y cronologica... p. 34) dit : " Hacian los 
Indios tanto aprecio de los nueve acompaîiados, que les daban, por autonomasia, el 
titulo de quecholli, nombre de un pajaro de rica y hermosa pluma... » 

2. R. Siraéon, Annales de D. F. de S. Anton Munon Chimalpahin. — Bibliothèque 
linguistique américaine, XII. Paris. Maisonneuve, 1889, p. 194. 

Société des Américaniates de Paris. 15 



222 SOCIÉTÉ DES AMÉR[CANISTES DE PARIS 

veut que / couatl soit déterminé par Chnlchiuhllicue, et lincon- 
vénient plus grave, selon nous, de considérer les années Acatl 
comme commençant par cipactli et comme renfermaut, du SS'^jour 
jusqu'au SIS'', une année liturgique qui commencerait par aca//. 

Le système synchronologique de M. Seler repose sur une étude 
systématique de Tliistoire de Sahagun, confrontée selon les règles 
d'une bonne critique avec les données des autres historiens ', Dans 
ce système, le 13 août de l'année 1521 répond au jour / couatl^ 
3*^ du mois de XocouetziiUei miccailhuitl)^ et l'année 3 Calli dont 
le jour initial porte le même signe, commence au 1^'" Toxcatl qui 
équivaut au 3 mai. On pourrait objecter à cette synchronologie de 
ne pas tenir compte de l'indication de Chimalpain qui place la date 
de la prise de Mexico un mois plus tôt, au mois de Tlaxo.chimaco. 
Mais il est très probable que Chimalpain n'a pas pris cette indica- 
tion dans ses sources ; il aura plutôt calculé lui-même le mois dans 
lequel cet événement devait avoir eu lieu. Dans ce calcul il sera parti 
d'un système de calendrier analogue à celui du Codex Magliabecchi, 
du Codex Vaticanus A, d'Ixtlilxochitl, etc. Il a ainsi posé en prin- 
cipe que le premier jour de Tlacaxipeualiztli doit se placer vers 
le 20 mars et que le 13 août ne peut tomber qu'au mois de Tlaxo- 
chimaco. L'indication du mois complétant celle du signe diurnal 
/ couatl n est d'ailleurs pas superflue ; car ce signe apparaît deux 
fois dans une année 3 Calli. Crislobal del Castillo a senti, lui aussi, 
le besoin de distinguer le jour / couatl de son homonyme et il le 
fait en indiquant le seiior de la. noche qui le détermine. Cette 
indication : « / couatl dont la figure déterminante est Chalchiuhtli- 
cue » nous paraît importante. Elle prouve en effet que l'année com- 
mençait au jour,? calli (c'est-à-dire au l^'^jour de Toxcatl) et pas 
avant. En effet, si nous la faisions remonter de 3 jours plus haut, 
nous arriverions au jour initial du Tonalamail^ / cipactli. Or, .ce 
jour, comme nous avons déjà eu l'occasion de le montrer, entraîne 
fatalement un désaccord entre la série des treizaines et des neu- 
vaines. Si donc / couatl est combiné avec Chalchiuhtiicue, la 
figure qui lui revient, de par le Tonalamatl théorique, c'est que le 
jour initial [3 calli) de l'année 3 Calli a rétabli l'équilibre entre les 
treizaines et les neuvaines, conformément aux indications des 
f. 21-22 du Codex Borbonicus. 

1. Selçr, Gesammelte Abhandlungen, I, p. 177-183. 



LE CALENDRIEB MEXICAIN 223 

Il me reste à dire un mot de la syn chronologie des anciens his- 
toriens du Mexique. Pour simplifier cet exposé, je tâcherai de les 
ranger en groupes et de rattacher leurs systèmes, autant que 
cela m'est possible, aux années pour lesquelles il sont exacts, en 
supposant que les différences proviennent de Tabsence d'intercala- 
tion ^ La liste ci-dessous indique la concordance du l^*" jour de 
Toxcatl avec l'année européenne, dans la période de temps qui 
suit la conquête : 

1520-1524 — 3 mai 

1524-1528 — 2 mai 
a) 1528-1532 — 1^^ mai 
h) 1532-1536 — 30 avril 

1536-1540 — 29 avril 

1540-1544 — 28 avril 

1544-1548 — 27 avril 

c) 1548-1552 — 26 avril 
1552-1556 ~ 25 avril 
1556-1560 — 24 avril 

d) 1560-1564 — 23 avril 
1564-1568 — 22 avril 

e) 1568-1572 — 21 avril 

Le calendrier publié à la suite des Memoriales de Motolinia, 
publiés par M. L. Garcia Pimenlel et dont nous avons parlé plus 
haut, se vérifie pour les années 1528-1532. Il est daté cependant 
de 1549; mais l'auteur a soin d'indiquer que Tintercalation se fait 
dans chaque année Tecpatl, au mois de février. Ce serait entre 
1528 et 1532 que cette méthode d'inlercalation aurait été intro- 
duite pour maintenir le calendrier de cette époque en équilibre 
avec l'année européenne. L'identification de ce calendrier avec 
celyi des années 1528-1532, suppose que le mois initial de 
cette année soit Tilitl! Le motif de ce choix est très clair. En ces 
anrlées, il se trouvait précisément que le premier jour du mois de 

1. Ce groupement des systèmes chronologiques n"a qu'un caraclôre provisoire. 
Bien d'autres causes ont pu produire la ditîérence que nous y trouvons. 11 est pro- 
bable, par exemple, que quelques-uns de ces systèmes sont nés de tentatives 
malheureuses de concordance entre certaines dates. 



224 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Tilill coïncidait avec la nouvelle année européenne, et il n'en fal- 
lait pas davantage pour avancer que l'année indienne commençait 
par ce mois. Si l'on place Tititl comme mois initial, Toxcatl vient 
en septième lieu et commence le l^'" mai. 

A ce groupe que nous avons désigné par la lettre a, nous ratta- 
chons le calendrier de Durân, celui du Codex Ixtlilxochitl, du 
Codex Magliabecchi eiccXvLi du Codex 4576 d'Aubin. Le Codeur 
Ixtillxochitl et le Codex Magliabecchi disent expressément que 
la fête de Tlacaxipeualiztli se célébrait le 21 mars ; de cette façon, 
Toxcatl iomho, le 20 mai. Mais les fêtes se célébraient à la fin de la , 
période de 20 jours, de sorte qu'en réalité, d'après l'indication de cea 
codices, le mois To^ca^/ commence le 1" mai. On conçoit très bien 
que certains historiens aient confondu le jour initial du mois avec le 
jour de la fête proprement dite et qu'ils se soient constitué un calen- 
drier où les mois tombent dix-neuf jours plus tard que dans la réalité. 

Le Codex i 57 6 d'Aubin offre très peu d'éléments dont nous 
puissions nous servir pour nos études synchronologiques. En 
nous appuyant sur la date qu'il assigne à la première entrée des 
Espagnols à Mexico, nous pouvons rattacher sa chronologie au sys- 
tème des calendriers que nousavons groupés sous le rubrique a. En 
effet, il y est dit ; a In ipan acico castillan tlaca ye cempoualli 
omacuilli de Noviembre ypan Quecholli, oquiuh matlaquilhuitl 
tacizque in Quecholli. » [Lorsqu'arrivèrent les Espagnols, c'était le 
25 novembre, au mois de Quecholli, et encore dix jours nous serons 
à la fête de Quecholli K] La plupart des historiens sont d'accord pour 
placer cet événement vers le 10 du mois de Quecholli et Bernai 
Diaz nous apprend qu'il eut lieu le 8 novembre. Comment l'auteur 
du Codex Aubin est-il arrivé à placer ce fait le 25 novembre ? En 
supposant qu'il ait tenu compte de la rectification de l'année Gré- 
gorienne, on ne parvient pas à l'expliquer. Nous croyons que la 
vérité est plus simple. L'auteur avait un calendrier indiquant que 
le premier jour de Atlcaualo ^ coïncidait avec le l^'" mars 

1. i.-'^.-k..-k\xb'm, Histoire de la nation mexicaine depuis le départ d'Aztlan jus- 
qu'à rarrivée des conquérants espagnols {et au delà 1607). Paris. Leroux, 1893, p. 82. 

2. Nous supposons que le premier mois de l'année soit ici Atlcaualo ; cependant 
l'indication de la page 87 u que Quauhtemoc devint l'oi aux neinontemi de Quavit- 
leua » s'expliquerait, aussi bien dans l'hypothèse des nemontemi suivant Quavitleua 
que dans celle des nemontemi précédant ce mois. Dans le pre nier cas, nous 
aurions comme mois initial Atlcaualo, dans le second, Tlncaxipeiializtli, 



LE CALENDRIER MEXICAIN 225 

[système erroné de synchronologie né probablement de la confusion 
du jour de la fête proprement dite avec le jour inilial du mois]. 
Trouvant dans les documents indigènes que Tenlrée des Espagnols 
à Mexico eut lieu le iO Quecholli, il a cherché l'équivalent de ce 
jour dans son calendrier et trouvé le 25 novembre. C'est le même 
procédé que nous avons prêté plus haut à Ghimalpain, pour expli- 
quer comment il a pu placer la prise de Mexico au mois de Tlaxo- 
chimaco. 

Dans sa Rhetorica, christiana ^ Valadès publia sans .commentaire 
un calendrier qui est exact pour les années 1532-1536. Le commen- 
cement de l'année est placé au premier jour de Tlacaœipeualiztli 
qui coïncide avec notre i^'^ mars. De cette façon le mois de 
Toxcatl commence le 30 avril. Il est probable que Toriginal de 
ce calendrier remonte aux premiers temps de la conquête. Il 
répond assez bien au calendrier dont parle Mendieta. Il est conçu 
sous la forme d'une roue, ou plalôt d'une double roue. Il constitue 
une tentative de synchronologie et est exécuté avec beaucoup de 
soin; de plus, les symboles païens des mois sont remplacés par de 
simples têtes humaines, ce qui permet de supposer que c'est l'œuvre 
d'un moine qui essaya de christianiser le calendrier des anciens 
Mexicains. 

Un troisième groupe de calendriers, que nous avons désigné par 
la lettre c, répond aux années 1548-1552. Il comprend les inter- 
prètes des codices Valicanus A et Telleriano Hemensis. Atlcaualo 
y figure en tête de là liste des mois avec la date du 2-i février. Toar- 
ca// tomberait ainsi le 15 mai. Nous croyons devoir admettre que 
les interprètes ont confondu le jour initial du mois avec celui de la 
fête proprement dite. Dans cette hypothèse, le mois de Toxcatl 
commencerait le 26 avril, ce qui est exact pour les années 1548- 
1552. 

Le quatrième groupe [d] a comme principal représentant Sahagun. 
La conférence d'Indiens réunis par lui pour discuter la question 
synchronologique, déclara que le premier jour à' Atlcaualo tombait 
le 2 février. La discussion eut lieu probablement entre Indiens qui 
avaient adopté le calendrier modifié sous l'influence européenne, et 
entre Indiens qui avaient conservé le comput ancien, sans interca- 

1. Mexico, 1579, p. 100. 



226 SOCIÉTÉ DES AMÉR[CANISTES DE PARIS 

lation. Ce sont ces derniers qui l'emportèrent. Pour eux le mois 
à' Atlcaualo commençait, lors de la conférence, le 2 février, et le 
mois de Toxcatl, le 23 avril. Gela nous permet d'affirmer que la 
dite conférence eut lieu entre les années 1560 et 1564, A. ce groupe 
appartiennent aussi les calendriers de Torquemada, de Fr. Martin 
de Léon, de Vetancourt, de Veytia, etc. 

Le calendrier de Léon y Gama remonte, au moins dans ses 
grandes lignes, à Gristobal del Gastillo qui mourut, à un âge très 
avancé, dans les premières années du xvii^ siècle. Son année com- 
mence par / cipactli, coïncidant avec le 9 janvier. Gette coïnci- 
dence semble indiquer les années// Tecpatl-1^ Calli. L'année pré- 
sentée comme typique et invariable par Gama se place en 1568- 
1569. Si l'on admet que les nemontemi tombent au mois de Pan- 
quetzaliztli^ le jour i cipactli Sivrive vers la lin du mois de Tititl. 
Gela n'explique-t-il pas pourquoi le premier mois de Tannée de 
Gama s'appelle au lieu de Tititl^ tout court, Tititl-itzcalli? 

La chronologie d'Ixtlilxochitl mériterait une étude spéciale. 
Nous devons nous contenter ici de quelques simples remarques. 
Son calendrier est considéré généralement comme représentant une 
particularité tezcocane '. Gela ne paraît pas impossible a priori ; 
mais, quand on y regarde de près, on a plutôt l'impression de 
se trouver devant un système particulier créé par l'auteur. Son 
année commence invariablement au mois de TLicaxipeualiztli et 
au 20 mars. Le 20 mars porte le signe diurnal de l'année qui com- 
mence. D'après cette méthode uniforme, Ixtlilxochitt calcule toutes 
les dates qu'il trouve mentionnées dans ses Sources et commet par- 
fois de petites erreurs de négligence '-. Déjà Léon y Gama a fait 
remarquer qu'il tient compte de la rectification Grégorienne. Ce 
fait étant admis, le calendrier d'Ixtlilxochitl correspond entière- 

1. Orozco y Berra, Hhtoria anligua de Mexico, t. II, p. 135-136. 

2. Dans Horribles criieldades. . . (édition^ C Bustamarite, Mexico, Valdès, 1829, 
p. 23), il dit que les Espagnols après un séjour de cinq mois, quittent Tezcuco pour 
entreprendre les expéditions préparatoires au siège de Mexico : « al onceno dia de su 
tercer oies llamado huey tezoztli, que quiere decir vigilia niayor y al deceno (lisez 
doceno) de su semana llamado matlactliomome calli (casa numéro 12) que ajustado 
con nuestro calendirio cae comunmente a 10 de mayo. ...» Cet événement se place 
dans r.innée 1521. Or les calculs sont faits comme si Ton était encore en 1 Acatl= 
1519. D'après ces calculs le jour initial de Tannée 3 Calli serait affecté du signe 
i acatl = 21 mars 1521. 



LE CALENDRIER MEXICAIN 



227 



ment à celui de l'anonyme cité par J. de la Serna K Celui-ci place 
le commencement de Tannée au 10 mars. Le 10 mars serait le pre- 
mier jour du mois de Tlacaxipeualiztli et aurait en l'année 1519 
porté le signe / acatl. C'est de plus, d'après un document 
cité par Gama, la date de l'arrivée de Cort3s à Vera-Gruz. Ce 
dernier événement constitue pour l'anonyme de Serna le com- 
mencement d'une ère nouvelle et se trouve à la base de sa chrono- 
logie. Ixllilxochitl s'est contenté de mettre cette chronologie d'ac- 
cord avec l'année (Grégorienne en identifiant / Acatl-1 ackll avec le 
20 mars, au lieu du 10 mars 1319. Or, le document cité par Gama 
comme plaçant l'arrivée de Cortès à Vera-Gruz au jour / acatl 
de l'année / Acatl a vraisemblablement été composé par un 
habitant de Tezcuco. Fàut-il y voir la preuve que la chronologie 
Tezcocane faisait commencer l'année au mois d« Tlacaxipeualiztli, 
au 10 mars de l'année Julienne et au 20 mars de l'année Grégo- 
rienne? Nous ne le croyons pas. Nous savons en effet que les 
Mexicains considérèrent l'arrivée de Cortès comme le retour de 
Quetzalcouatl. Or, Quetzalcouatl avait disparu le jour / acatl, avec 
promesse formelle de revenir. Nous serions donc très disposé à 
admettre que l'auteur du document en question a voulu ex()rimer 
moins le jour exact de l'arrivée des Espagnols sur les côtes mexi- 
caines qu'une allusion aux croyances mythologiques qui jouèrent 
un si grand rôle dans la conquête du pays. 

1. « Mânual de los ministros de Indias ». [Anales del Museo na.cion.al de Mexico, VI, 
1900, p. 323, 328 et 344). 



CINQ ANS D'ETUDES ANTHROPOLOGIQUES 
DANS LA RÉPUBLIQUE DE L'EQUATEUR 

(1901-1906) 



RESUME PRELIMINAIRE 
Par m. le D^ RIVET 

Médecin de la Mission géodésique française. 



Pour bien comprendre l'anthropologie équaLorienne, il est indis- 
pensable de connaître avec exactitude, d'une part, la configura- 
tion physique de cette région américaine, et, d'autre part, les 
rares faits certains que l'histoire nous fournit pour la période pré- 
colombienne. 

La configuration physique du territoire équalorien est des plus 
caractéristiques. Gourant du Nord au Sud, deux énormes chaînes de 
montagnes parallèles, les Andes, enserrent entre elles un étroit cou- 
loir situé à trois mille mètres d'altitude en moyenne, le haut pla- 
teau interandin. Ce plateau s'étend presque sans interruption du 
Sud de la Colombie jusqu'au Pérou où il se prolonge, formant en 
quelque sorle une route destinée par la nature aux migrations des 
peuples, et offrant ce curieux spectacle, en pleine zone tropicale, 
d'une région où la température oscille autour de 15"^ au-dessus de 
zéro toute l'année, où le climat est sain et où de grandes plaines, 
facilement cultivables, donnaient aux peuples' primitifs de pasteurs 
et d'agriculteurs des ressources de vie suffisantes. De chaque côté, 
la Cordillère, avec ses pics neigeux de cinq et de six mille mètres, 
reliés entre eux par de vastes solitudes mornes, froides et humides, 
les » paramos », déserts où ne pousse qu'une herbe dure et peu 
nutritive, s'opposait comme une barrière imposante aux idées 
d'expansion pacifique ou aux rêves de conquête, soit vers les 



230 SOCIÉTÉ DES AMÉHICANISTES DE PARIS 

régions plus riches du versant amazonien, soit vers celles des côtes 
du Grand Océan. 

Certes, cette double barrière n'est pas continue : des rivières, 
nées dans le plateau interandin même, ont créé, soit dans la Cordil- 
lère orientale, soit dans la Cordillère occidentale, des brèches qui, 
sur la carte, paraissent des voies d'accès tout indiquées. Mais dans 
ces vallées profondes, le climat tropical fait brusquement irruption, 
plus terrible, plus meurtrier que dans les parties plus basses de 
l'ouest et de Test, son domaine normal. Le long des torrents 
enserrés entre des parois à pic, la chaleur est insupportable ; les 
fièvres paludéennes, la dysenterie régnent à l'état endémique, 
frappant avec plus de force les individus habitués au climat égal et 
doux de la Sierra. Les « Quebradas », sablonneuses et brûlées par 
un soleil impitoyable, n'ont donc servi, sans doute, que très excep- 
tionnellement, de route d'émigration vers l'Océan ou l'Amazonie 
aux peuples venus du Nord ou du Sud par le couloir interandin. 
On comprendrait mieux, par contre, qu'elles aient offert un pas- 
sage à des invasions arrivant du littoral ou des plaines de l'Est 
vers l'Entre-Sierra. 

On se représenterait à tort le haut plateau équatorien comme un 
chemin ouvert sans obstacles du Nord au Sud. En réalité, les Cor- 
dillères s'unissent de temps à autre par des lignes transversales, 
véritables nœuds qu'il faut frauchir par des cols parfois élevés de 
quatre mille mètres et qui morcèlent la région interandine d'une 
série de zones distinctes et séparées les unes des autres. Cependant, 
la route naturelle Nord-Sud en Equateur est le long et étroit couloir 
qu'enferment et qu'isolent les deux Cordillères. 

A l'Ouest et à l'Est, les contreforts des Andes vont rapidement 
s'abattre vers le Pacifique et vers la vallée amazonienne, en de 
vastes régions couvertes d'immenses forêts vierges, où la flore et la 
faune tropicales se révèlent dans toute leur exubérance, régions 
chaudes et humides, souvent malsaines, mais où le sol est riche et 
la nature prodigue. De grands fleuves y constituent les seules routes 
praticables, et vont, à l'Ouest, se perdre dans le Pacifique, à l'Est, 
conduisent à la grande artère américaine, le Mararlon. 

Eu somme, il faut distinguer en Equateur trois zones très 
nettes : 

i<* la région interandine; 



CINQ ANS d'études ANTHROPOLOGIQUES 231 

2*^ la région des plaines inclinées qui, de la Cordillère occiden- 
tale, aboutissent au Pacifique ; 

. 3^ la région des plaines abaissées du pied de la Cordillère orien- 
tale, vers la vallée amazonienne. 

De tout temps, le plateau interandin a été le siège d'une civili- 
sation plus avancée que Icià deux autres contrées. Encore actuelle- 
ment, c'est là que se trouvent situées les principales villes équato- 
riennes, c'est-à-dire du Nord au Sud : Ïulcan-Harra, Otavalo, Quito, 
Latacunga, Ambato, Riobamba, Guenca et Loja. Au surplus, nous 
verrons plus loin combien a d'importance la division géographique 
sur laquelle je viens dinsister. 

Après les renseignements fournis par la nature, ceux de l'histoire. 
Ils sont, malheureusement, peu nombreux et peu certains. Quelques 
faits, pourtant, semblent hors de doute. 

Cent ans avant l'arrivée des Espagnols au Pérou, les territoires 
actuels de la République de l'Equateur étaient occupés par une 
série de tribus sans liens étroits les unes avec les autres. On pour- 
rait appeler ces tribus '< autochtones », puisqu'elles représentent 
les premiers habitants de cette contrée dont l'histoire ait conservé 
les noms. Dans la vallée interandine, les principales taient : les 
Quiîlacuigas, au nord; les Quitos et les Puruhaes, au centre; les 
Caflaris. au sud; enfin, les Paltas, près de la frontière actuelle du 
Pérou. 

Dans les régions orientales et occidentales, un grand nombre de 
tribus à l'état sauvage habitaient les forêts vierges. Leur liste, que 
les premiers historiens semblent avoir allongée à plaisir, serait 
interminable. 

Vers le milieu du xv^ siècle, les încas entreprirent la conquête 
du royaume de Quito et, vers ce but, empruntèrent le chemin de la 
vallée interandine. Leur domination s'étendit sur toute cette vallée 
jusqu'aux portes de la Colombie actuelle, mais, il faut le faire 
remarquer, dans les provinces du Nord, elle fut éphémère et par- 
fois, purenient théorique. Quant aux contrées tropicales voisines, 
jamais elles ne furent soumises par les souverains du Cuzco ; l'his- 
toire garde le souvenir des résultats désastreux de leurs invasions, 
soit à l'est, soit à l'ouest de la Cordillère. Seule, la zone où est 
bâtie actuellement Guayaquil, accepta la suprématie plus nominale 
qu'effective des rois incas. 



232 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Aussi, à mon sens, ne doit-on pas rattacher ethnologiquement les 
peuples qui ont habité les territoires actuels de la République 
de l'Equateur aux peuples péruviens. Le flot envahisseur qui, 
du Pérou, déferla vers le Nord, fut en quelque sorte cana- 
lisé par la vallée interandine et respecta les régions basses, et, 
même dans le haut plateau, la race péruvienne semble avoir dominé 
trop peu de temps pour avoir modifié radicalement et absorbé les 
races subjuguées, que j'ai appelées par opposition races « autoch- 
tones » ^ Cette assertion se trouve confirmée par le fait suivant : 
au moment de la conquête espagnole, malgré les eff'orts que les 
Incas avaient fails, selon leur habitude, pour imposer leur langue, 
à leurs nouveaux sujets, le quichua ne s'était pas généralisé et les 
diverses peuplades parlaient encore leurs idiomes particuliers. 
L'apparence d'uniformité que donna aux tribus andines la conquête 
péruvienne, ne doit donc pas tromper l'ethnologue et, comme en de 
vieux parchemins monastiques les paléographes retrouvent, sous 
l'écriture médiévale plus récente, d'anciens texteslatins encore nette- 
ment visibles, de même, le voyageur retrouvera sous les manifestations 
de la culture et de la civilisation incasiques, les civilisations locales 
antérieures dans toute leur originalité. 

Vers le milieu du xvi^ siècle, la domination espagnole s'établit 
en Equateur. Ici, l'histoire nous fournit d'abondants détails. Elle 
nous apprend que les nouveaux maîtres du pays ne se contentaient 
pas d'occuper, comme l'avaient fait les Incas, la région haute, mais, 
quels qu'aient été leurs efforts, on doit reconnaître que leurs essais 
de colonisation des régions occidentales et surtout orientales n'ont 
pas donné de bien grands résultats. Toute la vaste contrée qui 
s'étend entre la Cordillère occidentale et le Pacifique est encore fort 
peu connue et peu peuplée, sauf dans le voisinage immédiat de la 
côte et le long des principaux fleuves navigables. Sur le versant 
amazonien, on peut dire que l'œuvre de pénétration, si hardiment 
inaugurée au xviii^ siècle par les missions des Jésuites, et depuis 

1. Les Incas avaient, il est vrai, un procédé de colonisation, qui changeait complè- 
tement l'ethnologie des provinces où il était appliqué. Ce procédé consistait à faire 
émigrer les tribus dont la soumission paraissait précaire, vers dos régions situées 
fort loin de leur pays natal et k les remplacer par d'autres colons venus d'autres con- 
trées. Par bonheur, on connaît pour l'Equateur, la plupart de ces» colonies des 
<> mitimâes ». 




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D'APRES WOLF, 



dessiné e par le s e r g e n.l L e c o m t t 



Nota: Les Cordillères sont représentées en 
gros traits noirs indiquant l'articulation ties chaîne». 




CINQ ANS d'études ANTHROPOLOGIQUES 233 

lors abandonnée, est à l'heure actuelle à peine commencée. C'est 
encore dans la vallée interandine que, comme au temps des Incas, 
Tinfluence des conquérants espagnols se fait sentir de la façon la 
plus manifeste. Est-ce à dire que l'Indien du haut plateau ait perdu 
son originalité ethnique d'une façon absolue? Non, une haine de 
races a survécu à la lutte armée qui se termina par l'asservissement 
des indigènes et a contribué dans une très large mesure à conser- 
ver aussi intact que possible le type primitif. Race conquérante et 
race conquise ont vécu côte à côte, pendant trois siècles, sans se 
mélanger. Souvent l'Indien de la Sierra, même à l'époque actuelle, 
ne parle pas l'espagnol. Volontairement, il est resté fidèle à sa 
langue maternelle, de même qu'il est resté fidèle à toutes ses cou- 
tumes ancestrales. De cette résistance obstinée à l'hispanisation, 
résulte que l'étude anthropologique de cet Indien (qu'on pourrait 
appeler « civilisé ») n'est pas sans intérêt et qu'on pourra en tirer, 
malgré un métissage indéniable, des conclusions d'un réel intérêt. 

Tels sont, ^ mon sens, les principaux faits qui dominent l'ethno- 
logie équatorienne et que le voyageur ne doit jamais oublier : d'une 
part, la configuration naturelle si caractéristique du pays, qui a dû 
certainement déterminer les routes suivies par les migrations des 
peuples, favoriser ou empêcher leur mélange ; d'autre part, l'exis- 
tence de civilisations, antérieures à la civilisation incasique, qui 
n'ont pas pu être profondément modifiées par celle-ci : et, enfin, ce 
fait que la région interandine a été un lieu de passage où diverses 
influences successives se sont exercées, taiidis que les régions orien- 
tales et occidentales sont restées au contraire dans un isolement 
relatif, conservant à leurs divers éléments ethniques, une pureté 
presque absolue. 

Le problème ethnologique est donc particulièrement complexe 
sur les hauts plateaux. C'est une zone que j'ai surtout explorée, 
pendant mes cinq années de séjour en Equateur, comme médecin 
de la Mission géodésique française, chargée de mesurer l'are du 
méridien de Quito. Tout le long de la vallée interandine, par une 
série de fouilles méthodiques, j'ai pu me procurer une quantité 
considérable de crânes et squelettes d'aborigènes, toujours accom- 
pagnés de poteries, armes, bijoux, ustensiles variés, etc.. que les 
parenls du mort plaçaient à ses côtés dans la tombe, par suite de. 
la croyance générale des peuplades primitives à une autre-vie. 



234 SOCIÉTÉ DES AMÉKICANISTES DE PARIS 

Seul, le dispositif varié des tombes, suivant les régions, suffirait 
à affirmer la diversité des hommes dont nous exhumons les 
restes, après des siècles. Tantôt la sépulture est une fosse 
profonde; tantôt elle est constituée par un monticule \tola,)\ 
tantôt c'est un abri formé par des rochers ébranlés. Mais, où cetle 
diversité nous apparaît de la façon la plus évidente, c'est lorsque 
nous jetons un coup d'.œil d'ensemble sur les objets fabriqués, en 
particulier, sur les poteries. Des types de vase, éminemment carac- 
téristiques, se localisent à une région donnée. Telle forme de 
poterie, extrêmement commune aux environs de Tulcan, ne se 
retrouve plus du côté de Quito. Dans la province qui a pour centre 
Guenca, une autre forme apparaît absolument dissemblable et 
aucune de ces formes localisées ne ressemble aux poteries bien con- 
nues de la Sierra péruvienne. Par contre, partout, au Nord comme 
au Sud de la vallée interandine, plus fréquemment cependant dans 
les provinces méridionales, on trouve des objets de céramique, 
non pas semblables, mais identiques aux objets de fabrication "inca- 
sique. Ce sont les vestiges laissés par les conquérants, à côté des 
vestiges des peuples conquis. La race guerrière des Incas a laissé 
aussi d'autres souvenirs attestant la nécessité qui s'imposait à 
elle de surveiller les peuplades soumises à son joug. Je veux parler 
des monuments qui semblent avoir été des forteresses et dont j'ai 
pris, chaque fois que cela m'a été possible, le plan détaillé et des 
photographies ^ A côté de ces constructions stratégiques, sub- 
sislentaussi des ruines de « tambos » ou auberges qui permettaient au 
voyageur de trouver un gîte sûr à la fin de Tétape. Ces tambos, soi- 
gneusement repérés, serviront à déterminer, d'une façon précise, les 
routes suivies par les Incas dans leur voyage en Equateur. 

A côté de ces recherches dans le passé, je me suis occupé de 
l'élude des Indiens actuels de la Sierra, étude dont j'ai déjà indi- 
qué l'intérêt, et, dans ce but, j'ai recueilli sur eux les renseigne- 
ments ethnographiques les plus circonstanciés et j'ai pratiqué plus 

1. Les levers tle forteresses et de « tambos » que jai pu faire sont les suivants: 
plan de l'ingapirca (forteresse près de Canar) ; plan de l'Ingachungana (près 
du précédent) ; plan des ruines de Rompe (tambo ?) ; plan de ruines situées entre 
Cuenca et Pucarâ (tambo) ; plan de ruines situées entre Cuenca et Deleg (tambo) ; 
plan des ruines de Minas (sur les bords du rio Jubones) ; plan des ruines de Sumaï- 
pnmba (sur les bords du rio Jubones). 



CINQ ANS EtLDES ANTHROPOLOGIQUES 235 

de deux eenti? mensurations complètes, d'après les méthodes bien 
connues de Broca, sur des individus des deux sexes el de tous âges, 
le plus souvent avec pliotographie à Tappui. 

Je n'ai pas réuni de vocabulaire quichua, la langue pariée par les 
Indiens de la Sierra, puisque cetle langue est d'origine péruvienne 
et ne saurait rentrer dans le cadre de mes études sur l'Equateur, 

En ce qui concerne les régions orientales et occidentales, j'ai 
déjà dit pourquoi le problème semble se présenter avec moins de 
complexité. Malheureusement, je n'ai pu, en raison de leur éloigne- 
ment des centres d'opération de la Mission géodésique, y procéder 
à des fouilles méthodiques analogues à celles praliquées danslEntre- 
Sierra, Il en résulte que je n'ai pu réunir que fort peu de docu- 
ments sur les anciennes civilisations qui y ont dû laisser des ves- 
tiges. Par contre, il me fut donné d'étudier assez complètement 
une partie des tribus qui y vivaient à l'état demi-sauvage et qui, 
ainsi que je l'ai déjà dit, ont gardé une grande pureté ethnique. 

Entre la Cordillère occidentale et le Pacifique, deux tribus 
indiennes représentent les derniers survivants des peuplades nom- 
breuses, fixées dans cette région il y a trois siècles : ce sont les Golo- 
rados et les Gayapas. Refoulés de la côte où le blanc s'est établi, les 
premiers se sont réfugiés ou cantonnés dans le haut Manabi ; les 
seconds, dans le haut Esmeraldas. Sur les Golorados, j'ai pu 
recueillir d'abondants renseignements ethnographiques, anthropo- 
métriques (une trentaine de mensurations complètes et deux sque- 
lettes) et linguistiques ; sur les Gayapas, ma récolte s'est limitée à 
l'ethnographie et à la linguistique. 

Du côté du versant amazonien, on rencontre également deux 
tribus principales : au nord, en face de Quito, les Indiens du Napo; 
au sud, les Jibaros. Sur les premiers, j'ai pu pratiquer une ving- 
taine de mensurations, parce qu'ils venaient assez fréquemment à 
Quito pour y chercher des objets de première nécessité, en échange 
des produits de leurs forêts. J'ai également recueilli des renseigne- 
ments d'ethnographie à leur sujet. Leur langue est comme celle 
des Indiens de l'intérieur, le quichua. 

Plus intéressants sont les Jibaros, parce qu'ils sont moins con" 
nus et moins accessibles. Je rapporte sur eux les éléments d'une 
étude ethnographique complète et j'ai pu réunir un vocabulaire très 



236 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

abondant de l'idiome tout particulier qu'ils parlent. Par contre, je 
n'ai pu mensurer que deux hommes venus à Riobamba de la 
u Jibaria » de Macas. 

D'autres peuplades vivent plus avant vers l'Est, dans les forêts 
tropicales amazoniennes. Mais les quelques renseignements ethno- 
graphiques ou linguistiques qiie je me suis procurés ne sauraient 
suffire pour un travail d'ensemble. 

Telle est en somme la tâche accomplie au cours de mes cinq 
années passées en Equateur. Je ne parle pas des collections d'his- 
toire naturelle réunies, ni des documents recueillis tant sur l'agri- 
culture que sur le commerce ou l'industrie de ce pays, cet exposé 
ne s'appliquant qu'aux résultats anthropologiques obtenus. L'utili- 
sation des matériaux rapportés va être poussée aussi activement 
que possible. La publication comprendra, ainsi qu'il résulte des 
explications plus haut données : 

1*^ des études d'archéologie ; 

2^ des études anatomiques portant sur les races disparues et sur 
les races actuelles; 

3^ des études d'ethnographie ancienne et actuelle* ; 

4^ des études de linguistique. 

Nous n'espérons pas résoudre le gros problème, si obscur 
encore, des migrations américaines. Notre seul désir est de jeter 
quelque lumière sur une région peu connue, ethnologiquement par- 
lant, de contribuer à relier les travaux faits par d'autres en Bolivie, 
au Pérou ou en Colombie. Le jour où des explorateurs métho- 
diques auront ressuscité le passé de chacune de ces contrées, le 
mystère irritant qui enveloppe les origines de cette partie du Nou- 
veau Monde sera bientôt près de s'éclaircir. Ce travail d'analyse, 
parfois ingrat, mais indispensable, doit nécessairement précéder 

1. Etude sur les Indiens de la région de Riobamba, Journal de la Société des Amé- 
ricaniMes de Paris, nouvelle série, t. I, n° i. 

Les Indiens Colorados. Récit de voyage et étude ethnologique, Journal des Amé- 
riranistes, nouvelle série, t. II, n" 2. 

Les Indiens de Mallasquer. Étude ethnologique, Bulletin et Mémoires de la Société 
d'anthropologie de Paris, 1904. V« série, t. V, fascicule 2. 

Le « Huicho » des Indiens Colorados, Bulletin et Mémoires de la Société d'anthro- 
pologie de Paris, 1904. V"= série, t. \, fascicule 2, p. 116. 

Le Christianisme et les Indiens de la République de lÉquateur, ï Anthropologie^ 
1906, t. XVII, n" 1-2. 



CAMi ANS d'ÉIUDES ANTHROPOLOGIQUES 237 

loiile lenlafive de synthèse. Avant de généraliset", il faut accumuler 
le plus grand nombre possible de faits, et on est malheureusement 
forcé de reconnaître que, pour Tethnologie de l'Amérique méridio- 
nale, ce sont les faits qui manquent le plus, aloi*s qu'abondent les 
théories séduisantes ou les hypothèses suggestives. 

Paris, octobre 1906. 



Société des Américanisfas de Paris. 16 



TEXTES ET DOCUMENTS 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 

Texte inédit et original en langue nahuaïl avec traduction en latin 
Par m. le D' Walter LEHMANN, 

Assistant au Musée Royal d'Ethnographie de Berlin. 



Ayant donné une esquisse de l'histoire des manuscrits mexi- 
cains conservés à la Bibliothèque Nationale de Paris (collection 
Aubin-Goupil) dans la « Zeitschrift fur Ethnologie-Berlin » (1906), 
je puis me borner en cet article aux notions les plus impor- 
tantes. 

Avant tout, je saisis l'occasion d'exprimer ici ma gratitude pro- 
fonde et cordiale pour l'amabilité avec laquelle M. Omonl, conser- 
vateur à la Bibliothèque Nationale de Paris, a mis à ma dispo- 
sition ses inappréciables manuscrits. A sa bienveillance aussi, j'ai 
dû la permission d'entreprendre la publication dont on trouvera 
ici une minime partie. 

Les manuscrits étudiés par moi à Paris, sont les numéros 304, 
312, 334, 335 et 336 du fond mexicain * ; ils représentent des copies 
faites par Pichardo, Léon y Gama, Brasseur de Bourbôurg et Aubin 
sur un manuscrit plus ancien dont il existait deux copies : Tune, 
faite par Boturini 2, a disparu autrefois de la collection Aubin ; l'autre, 
faite probablement par Ixtlilxochitl, se trouve actuellement au 
Mexique. L'original même s'est perdu depuis longtemps. 

Quant aux manuscrits 335-336, ils sont d'un intérêt inférieur ; plus 
important est le texte mexicain du manuscrit 334, copié par Brasseur 

i. Cf. H. Omont, Catalogue des Mss. mexicains de la Bibl. i\a(ionale. Paris, i899. 
2. Boturini, Catàlogo del Museo Indiano. Madrid, 1746, § VIII, n» 13. Inventario 2° 
(17 sept. 1743), n» 16 (Pefiafiel, Monument, delarteant. mex., 1890, cap. XII . 



240 SOCIÉTÉ DES AMÉKICAMSTES DE PAKIS 

de Bourbourg, en 1850, au couvent de San Gregorio de Mexico et 
appelé par lui << Codex Chimalpopoca » '. 

Les traductions risquées par Aubin et lui ne sont que des « essais ». 
Il vaut mieux, du reste, que Brasseur, si digne d'estime, n'ait 
pas publié le Codex Chimalpopoca avec sa traduction, puisque, dans 
les dernières années de sa vie, il avait la persuasion bizarre de pou- 
voir traduire ces textes mexicains de deux manières : au sens 
propre et au sens géologique"^. 

J'appelle, conformément au Catâlogo del Museo Indiano de 
Boturini (§ VIII, M. 13), le manuscrit dont je ne publie ici qu'un 
petit fragment, « Historia de Colhuacan y de Mexico ». 

Un morceau de la première partie de ce manuscrit a été publié 
avec d'innombrables fautes d'impression, beaucoup de lacunes et 
deux « traductions » très défectueuses au volume III (App.) des 
Anales del Museo Nacional de Mexico^ sous le titre un peu 
arbitraire : a Anales de Quauhtitlan ». 

J'espère que le document donné dans les pages suivantes sera 
utile aux études mexicanistes. Il contient beaucoup de traditions 
très importantes et nouvelles ^ Il est apparenté étroitement au 
Codex Zumarraga [Historia de los Mexicanos por sus pinturas), 
représentant lui aussi l'ancienne interprétation d'une peinture 
mexicaine peut-être semblable au Codex Vat. A (f^ partie) et à 
l'histoire du Mexique (Thévet), publiée ici même par M. de Jonghe 
[Journ. Soc. des Am., n. s., II, n'' 1, 1905). 

Je ne puis me dissimuler les grandes difficultés d'un texte mexi- 
cain qui a été d'ailleurs corrompu par les méprises ou l'ignorance 
des copistes. Je me suis efforcé de traduire aussi exactement que 
possible et d'expliquer, comme nous disons en allemand, les réa- 
lités. Enfin j'ai préféré la traduction en langue latine pour faciliter 
l'usage de mon travail aux adeptes de notre science internationale. 

1. Cf. Brasseur de Bourbourg, Hist. des nations civil, du Mexique, I, p. lxxviii 
ssq. ; ibid., p. ix, note 1, xiii et xxxiii. 

2. Voir : Quatre lettres sur le Mexique, Paris, 1868, p. ix. P. 425, on lit: « Le Codex 
Chimalpopoca, dont j'achève la double interprétation, donnera les preuves les plus 
complètes de ce système extraordinaire ». 

3. Déjà, mon maître, M. le prof. Seler a cru devoir s'en servir pour le deuxième 
volume de son grand commentaire du Codex Borgia. Berlin, 1906, voir pp. 42, 79, 
86, 143-146, 247. 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



241 



§ 1, In nican ca tlamachiliztla- 
tolçaçanilli ' ye huecauh mochiuh 
inic marna [n] ca - tlalli cecentetP 
ini[c] tlamamafnjca inic peuh in 
zan yuh. Macho ^ iniquitzintic ^ in 
izquitetl in oma[n]ca tonatiuh chi- 
cuacentzon xihuitl ipan macuil- 
pohual xilruitl ipan matlac xihuitl 
omey ^ axcan ipan Mayo ic 22 ilhui- 
tia de loo8 anos ". 

^ 2. Inin tonatiuh nahiii ocelotl 



§ 1 . Haec est narratio edocens 
atque jucunda olim esse factum ut 
tellus strueretur, idque singulis 
aetatibus. Sic structa est, sic coepit, 
tantummodo sic, Inilium omnium 
aetatum quae evenerunt nunc a. d. 
XI Kaîendas Maias anno Domini 
1558 duo milia quingentos tredecim 
(MMDXIII) annos fuisse notum 
est. 

§ 2. Haec aetas, i tigris, per 



1. tlamachiliz-tlatol-çaçanilU, composé de lla-machiliztli, substantif Bn-r</i, signi- 
fiant l'action d'instruire quelqu'un, de tlatol-li « palabra, platica, o habla » (Molinaj 
et de çaçanilli « consejuelas para liazer reyr » ; généralement çaçanilli signifie un 
« curieux récit, un roman ». 

2. mama[n]ca, plus-que-parfait dérivé du verlje intransitif man/ « se trouver, être 
placé » (objets grands et larges) ; puisque le texte parle de plusieurs.» edades », la 
forme verbale est réduplicative. (Cf. Olraos, edid. Rémi Siméon, p. 111.) 

3. Il faut }' ajouter un substantif comme tonatiuh ou tlamantli. 

4. macho, passif impersonnel dérivé de inaii, « on sait ». Cf. lla-macho ou tla- 
matiiia « todos saben » (Olmos, p. 104; cf. § 32). 

3. in i-qui-tzin-ti-c combinaison d'une forme verbale de tzin-tia « commencer 
quelque chose » et d'un pronom possessif/ a son ». Desformes semblables se retrouvent 
aussi par occasion en d'autres textes ; £ se rattache à in izquitetl in omanca tonatiuh. 

6. om-ey « plus trois », ne pas confondre avec orne « deux ». 

7. Ces dates sont tout à faitcurieuses. D'abord elles nous apprennent que le texte ci- 
jointfut écrit(ou copié) le22mai 1558, c'est-à-dire à une époque où lesanciennes tradi- 
tions populaires étaient encore absolument vivantes. La durée des quatre soleils 
(676 + 364 -f 312 -f 676) étant égale à 2028 années (39.52), ce qui correspond exacte- 
tement aux indications du Codex Zumarraga (l.")47), il nous faut soustraire ces 2028 
de 2513 égales à 485 années. Ce serait la durée de l'histoire mexicaine. D'autre part 
1558 — 483 donne la date 1073 qui correspondrait à l'émigration d'.^4z^/an. Teçoçomoc 
indique 1064 {ce tecpatl) (Léon y Gama, 1. c, p. 19, 23). Dans l'histoyre du Mexique 
de Thévet (edid. de Jonghe, Journ. Soc. Am., N. S., II, N° 1, p. 8) p. e., nous avons 
pour le même événement la date 1083. Chimalpain (Ms. Bot. § viii, n"* 6 et 12) cite 
1091 =: 2 acatl comme l'année du commencement de la chronologie et de l'histoire 
mexicaines. Il n'est pas possible d'examiner dans le cadre limité de ce travail les 
difTéi'enles sources et les questions intéressantes qu'elles soulèvent pour la chrono- 
logie et la synchronologie mexicaines. Mais je veux relever ici que les Mayas, eux 
aussi, dans les inscriptions sculptées en pierre, ont vraisemblablement compté les 
années de la création du mondéjusqu'à l'érection des monuments en question, p. e., 
3396, 3741, 3867 années. On peut espérer trouver un jour la concordance entre la 
chronologie mexicaine et maya, toujours obscure jusqu'à l'heure présente. 



242 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAIN ISTES DE PARIS 

catca 676 anos '. Iniquac^ in izce- DGLXXVI annos duravit. Cum ii 

pan onoca oceloqualloque ipan qui primo terra incolebant ab tigri- 

nahui ocelotl in tonatiuh ; auh in bus dévora ti sunt,aetas fuit 4 tigris. 

quiquaya chicome malinalli •'' in Quod edebant, 7 nialinalli cibus 

i[n]tonacayouh catca ; auh ini[n] fuit eorum ; quae generatio per 

nenque ^ centzon xihuitl ipan ma- DGLXXVI annos vixit. 
tlacpohual xihuitl ipan yepohual 
xihuitl ipan ye no caxtol xihuitl 
oce ^. 

1. La légende des 4 soleils se trouve aussi en Motolinia « Meraoriales » 
(edid. Luis Garcia Pimentel, Méjico, 1903), pi. II, cap. 28, p. 346-348; Thévet (edid. 
de Jonghe 1. c.) p. 2a-26 ; Codex Zumarraga (Anales del Mus. Nac. Mexico, vol. II, 
capit. 3 à 4 ; Historia de Colhuacan y de Mexico (1" partie de notre ms.) § 10-15 
(d'après ma copie faite à Paris sur celle de Léon y Gama) ; Codex Vaticanus A (3738) 
fol. 4 V. à 7 r. ; Gomara, Crônica delà Nueva Espafia (edid. Barcia, Madrid, 1749) 
tome II, chap. 192, p. 208; Torquemada, Mon. Ind., Il, chap. xliv, p. 79 (a) : /a?</i7- 
xochitl, Relaciones (edid. Chavero, Mexico, 1891), tome I, p. 11-15, p. 19-21. Historia 
Chichimeca (edid. Chavero, Mexico, 1892), tome 11^ p. 21-25; G regorio Garcia, 
Origen de los Indios (Madrid, 1729) lib. V, cap. VI p. 329 ; Boturini, Idea de una 
Historia gênerai de la America Septentrional, Madrid, 1746, p. 3 ; Clavigero, Storia 
antica del Messico, Cesena 1780-81, II, p. 57. cf. aussi J. G. MûUer, Geschichte der 
amerikanischen Urreligionen. Basel, 1855, § 100, p. 507-521. Gustav Briihl, Die Cul- 
turvôlker Alt-Amerika's. New-York, 1875-87, p. 398 ss. ; II. de Charencey : Des âges 
ou soleils d'après la mythologie des peuples de la Noiiv. Espagne. Madrid, 1883; 
id. Chronologie des âges ou soleils d'après la mythologie mexicaine, Caen, 1878 ; P. 
Ehrenreich : die Mythen und Legenden der sûdamei-ikanischen Urvôlker... Berlin, 
1905, p. 30 ss ; F. del Paso y Troncoso, Leyenda de los Soles, continuada con otras 
leyendas y noticias. Relaciôn anonima escrita en lengua mexicana 1558. Florence, 
1903. 

Il y a, outre les peintures du Cod. Vat. A, quelques représentations de ces quatre 
soleils sculptées en pierre: tel est le « calendario azteca » (trouvé en 1790 sous la 
Plaza mayor de la capitale de Mexico (cf. Seler ges. Abhdlg., Il, p. 796 suiv.). Les 
excavations faites au lieu du « Centro Mercantil » de Mexico depuis 1900 ont mis au 
jour une pierre quadrilatère avec les dates 4 ocelotl, 4 éecatl, 4 quiauitl et 4 âtl. (Cf. 
Seler, ges. Abhdlg., p. 832, figures, p. 835.) 

Un récit de ces âges, se trouve également dans les mythes des Quiches conservés 
par -le u Popol Vuhï> (edid. Brasseur de Bourbourg, Paris, 1861, p. 6 ss.). 

2. Sur ce passage jusqu'au § M (inic poliuhque), cf. Léon y Gama a Dos Piedras » 
edidit Bustamante, Mexico, 1832, p. 90, note 1 de la page 95. 

3. 7 malinalli est le septième jour de la VI^ des 20 divisionsde 13 jours, le 72^ jour 
du tonalamatl (de 260 jours). Cette VI^ « treizaine » est dominée par Tecciztecatl ou 
Tezcatlipoca ; à 7 ma/ma//j correspondent dans le Codex Zumar/'agra(cap. 3) les« vello- 
tas de enzinas », et en Thévet (1. c. p. 26) « mirre et résine de pins ». 

4. Léon y Gama « Dos piedras», 1. c, écrit inic nenque « ils vécurent ainsi ». inin 
nenque signifie « ceux qui vivaient ». 

5. oce <C ozce ■< on ce par assimilation. 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



243 



§ 3. Auh inic tequanqualloque * 
matlac xihuitl ipan ye xihuitl in ic 
popoliuhque, inic tlamito 2, 

§ 4. Auh iquacpolliuh in tona- 
tiuh auh ininxiuh catca ce acatl. 
Auh inin peuhque in qualloque in 
cemilhuitonalli nahui ocelotl ^, çan 
ye inic tlamito, in ic popoliuh- 
que. 

§ 5. Inintonatiuh nauhecatlitoca 
inique ^ inic oppa onoca yécato- 
coque ^ ; ipan nauh écatl ^ in tona- 
tiuh catca. Auh inin poliuhque 
yécatocoque, oçomatin mocuepque ; 
inincal ininquauh moch écatococ ; 
auh inin tonatiuh çan no vécatocoe 



§ 6. Auh in quiquaya matiactli 
omome cohuâtl ' in intonacovuh 
catca; auh inic nenca caxtol pohual 
xihuitl ipan yepohual xihuitl ye no 
ipan nahui xihuitl ; inic popoliuhque 



§ 3. Sic homines ab tigribus 
devorati sunt per XIII annos, hoc 
modo perierunt, hoc modo finem 
ceperunt. 

§ 4. Ac cum aetas et anni eorum 
perierunt, annus fuit / acatl. Et 
devorari (ab tigribus) coepti sunt 
uno die dominante signo 4 ocelotl ; 
sic tantummodo finem ceperunt, 
sic perierunt. 

§5. Haec aetas appelatur-^eécâf^. 
Qui secundo terra incolebant, a tem- 
pestate rapti sunt. Id factum est in 
aetate 4 décati ; atque perierunt, 
tempestate rapti in simias mutati 
sunt , domus silvaeque eorum, 
onmia a tempestate rapta sunt. 
Quae aetas eodem modo tempesta- 
tibus periit. 

§ 6. Quo vescebantur, i^ couatl 
fuit cibus eorum. Ac viguerunt per 
GCCLXIV annos. Hoc modo uno 
die a tempestate rapti sunt, die 
dominante signo 4 éêcatl, hoc modo 



1. tequan-qua-lo-que « ils furent mangés par les tigres ». te-qua-ni « celui qui 
mange les hommes [le] » est une qualification générale du tigre. 

2. tlami-to forme verbale en to prêt, de tiuh, signifie <( ils allèrent... » 

3. 4 ocelotl est le 134"= jour du tonalamatl. 

4. inique (ou iniquey) pluriel de inin « celui-ci », inique-i a ajouté encore un i 
démonstratif. 

.5. Beaucoup de mots qui commencent par une voyelle y ajoutent par devant la 
demi-voyelle i ou y ; yécatocoque dérive donc de éeca-tl « vent » et de toca « pour- 
suivre ». 

6. nauh ecatl = naui éecatl « 4 vent », 82*' jour du tonalamatl. 

7. 12 cohuatl est le 12« jour de la II« division de 13 jours, le 2b«jour du tonalamatl. 
Le « Seûor >> de celte II* division est le dieu des venlsQuetzalcohuatl (9 éëcati). Le 

Codex Zumarraga ici n'offre pas de correspondance, mais Thévet (1. c, p. 26) raconte 
qu'ils « se nourrissoient de un fruict qui vient en une arbre nomée mizquitl (Prosopis 
dulcis), de la quelle a grand nombre en la nouvelle Espagne, du quel fruict les 
Indiens font grand estime, et en font de pains pour porter en cheminant, et pour 
■garder pour le long de Tannée .. » Dans le Cod. Vat. A. fol. 6 r. on trouve acolzintle 
et la représentation d'un arbre semblable au « mezquite ». 



24i 



SOGIin'E DES AMERICAMSTES DE PARIS 



çan cemilhuill, in écatocoque nauh 
écatl ipan cemilhuitonalilji, inic 
poliuhque ; auh inxiiih catca ce fec- 
patl. 

§ 7. Inin tonatiuh nahui qiiia- 
hiiitl ^ inicey - inic "^ tlamanti- 
nenca nahui quiahuitl in tonatiuh 
ipan. Auh inic poliuhque : tlequia- 
huiloque, totolme moeuepque. 
Auh in ollatlac in tonatiuh. moch 
tlatlac in incal ^. 

§8. Auh inin nenca caxtoipohuai 
xihuitl ipan matlac xihuitl omome ; 
auh inic popoliuhque ça cemilhuitl 
in tlequiyauh. 

5; 9. Auh in quiquaya chicoine 
tccpatl ■' in intonacayouh catca. 
Auh in inxiuh ce tecpatl ; auh 
icemiIhuitonal[l]i nahui quiahuitl. 
Inic popoliuhque pipiltin ^ catca ; 



perierunt; atque annus eorum fuit 
/ iecpatl. 



§ 7. Haec aeta.s / quiahuitl. li, 
(id est tertium) hominum e^enus, in 
aetate 4 quiahuitl vixit. Atque hoc 
modo perierunt : imbri igneo deleti 
in aves mutali sunt. Ac cum sol 
(illius aetatis) ustus est, omnes 
illorum domus conflagraverunt. 

i; 8. Ac vixerunt per CGGXII 
annos, atque hoc modo omnes per- 
ierunt imbri ig-neo per unum diem 
decidente. 

§ li. Quo vescebantur, 7 tecpatl 
cibus eorum fuit ; quorum annus 
/ tecpatl et dies dominante sig-no 
i quiahuitl. Hoc modo omnes 
perierunt; principes fuerunt, quam 



1. Nahui quiahuitl « 4 pluie » est le 199« jour du tonalamatl. 

2. inicey =r inique-i (Léon y Gama « Dos Pieclras », p. 96écrit i.n/^ue/if;. 

3. Il y faut ajouter ey « 3 », cf, § 10 inicey inic nauhtlanianti. Léon y Gama fl c.) a 
la variante iniquehi inic etlamanli ; e ou ye[i) est .c 3 ». Tlanianti est pluriel en ti <! 
tin, du verbe mani ou mana d'une part. pass. » ce qui est placé, la troupe »; cf. p. 
e.. Sahagun Ms.=;X, 29 § 12 : Ailan acaltica in uallaque mise llatnanli : <. Il vint de 
la mer, avec des navires, beaucoup de troupes d'hommes ». 

4. Ceci est, avec plus de détails, décrit dans la» îlistoria deCorhuacan».^13: ipan inyn 
mochiuh in ipan tlequiauh in onoca ye tlallaque ihuan ipan xaltequiauh conitohua 
iquac niotepeuh in xaltetl [inticitta] ihuan popoçoçac in (eçontli ihuan iquac mo- 
manian in texcalli chichichiliuhticac « dans cette ère il se fit une pluie de feu, 
les hommes de cette ère brûlèrent et dans cette ère il y avait pluie de cendre 
volcanirpie flapilli), on dit, quand la cendre volcanique fut dispersée [que nous voyons"; 
et quand le tuf écuma et quand les roches rouges se formèrent. » Dans le Coâ. Vat.A 
(fol. 6 v.) cette période s'appelle Tle-quiyahuillo et tzonchichiltique {:= Izonchichiltic). 

5. 7 Iecpatl est le 7« jour de la VIII® division de 13 jours dominée par Stayauel ; c'est 
le 98* jour du tonalamatl. 

Dans le Codex Zumarraga (chap. 4) les hommes de ce soleil (soi Tlalocatecli) 
mangeaient açiçiuhtli « que es una simiente como de ti'igo que nace en ei agua », 
Thevet (1. c.) parle de aciahtli, «et touts vivoyent de une herbe de rivière nomée 
aciantli ». Tous ces mots sont des formes corrompues de acecentli (acicinili), « maïs 
de l'eau » dont Hernandez fait mention. Le Cod. Vat. A (fol. 4 v.) montre l'hiéro- 
glyphe d'atzitzintli. 

6. pipiltin, pluriel de pilli « noble, prince » ; pipilpipil « muchachuelos » (Mol. II). 



ÏKADIT10N3 DES ANCIKNS MEXICAINS 



24o 



ye ica in axcan ic monotza cocone 
pipilpipil K 

§ 10. Inintonatiiih nahiilHtliiocB. 
Auh iiiic manca atl ompohual 
xihuitl on niatlactli omome '-. Inicey 
inic naiih tlanianti nenca ipan nahui 
atl intonatiuli catca. Auh inic nen- 
ca centzon xihuitl ipan niatlacpohual 
xihuitl ipan epohual xihuitl ic no 
ipan caxtol xihuitl oce. Auh inic 
popoliuhque apachiuhque -^ mocuep- 
que niimichtin. 

§ 11. Hualpachiuh inilhuicatl ;ça 
cemilhiutl in poliuhque ; auh inqui- 
quaja nahiii xochitl '* in intonaca- 
youh catca. Auh in inxiuh catca 
ce calli auhincemilhuitonalli nahui 
atl ^ ; inic poliuhque, nioch poliuh 
in tepetl. x\uh inic manca ompo- 
hual xihuitl on matlactli omome. . 

^12. Auh inic tzonquiça ^ in in- 
xiuh , niman ye quinahuatia ' in [ij- 
titlafnlhuan ^ in itoca Nota ^ àuh 



oh rem nunc inîanieH pipilp il appe- 
lantur. 

§ 10. Haec aetas appelatur 4 atl. 
Atque aqua ahundavit per LU 
annos. li, (idest)quartum hominum 
genus in aetate 4 qulahuitl vixit. 
Atque hoc modo vixerunt per 
DCLXXVI annos, atque hoc modo 
exstincti sunt in aqua pereuntes, 
in pisces sese converteiunt. 



§ 11. Coelum corruit, uno die 
perierunt ; quo vescebantur, 4 xo- 
chitl cibus eorum fuit-; annus eorum 
/ calli et dies signo dominante 
4 atl. Hoc modo perierunt, omnes 
montes perierunt. Atque (aqua) 
abundavit per LU annos. 



§ 



12. Atque hoc modo anni 
eorum finem ceperunt tum vero 
(deus) subjectissuis nomine Nota et 



\. Le sfMîs de ce dernier passage est un peu obscur. Cependant, lexpression pipiltin 
a princes » correspond à totolme rnocuepque (§ 7), car on croyait que les âmes des 
nobles se transfoi-maient en oiseaux précieux fMendiela, Hist. ecclesiast. Indiana? 
livre II, chap. xiii). Le « tertiuni comparationis » entre cocone (pluriel de conetl 
« enfant »), et pipilpipil est un jeu de mots ; c'est peut-être l'idée de jeunesse qui 
évoque celle de noblesse {pilli} (cf. le nom du dieu Tezcatlipoca « jeune homme de 
miroir >» et telpochtli « jeune homme »). 

2. 52 années représentent un cycle de la chronologie mexicaine. 

3. apachiuhque, cf. Molina (pt. I) « anegarse todoy henchirse de agua apachiui... » 
Cette période s'appelle dans le Codex Vat. A. (fol. 4 v.) Apachihuilliztli. 

4. 4 Xochitl est le 4= jour delà XIII« division de 13 jours, le 160* jourdu Tonala- 
mati ; la XIII» division est dominée par la déesse Tlaçolteotl. 

5. 4 a// est le 69* jour du tonalamatl. 

6. tzonquiça dérive de tzontli « cabello o pelo », [c'est la fin de la tête, le bout,] et 
de quiza « sortir ». 

7. Il faut y ajouter comme sujet : « le dieu » (teotl). 

8. in-i-tillan huan « ses vassaux ><, dérive de titlantli « mensajero, o embaxador » 
(Mol. II). 

9. Nota « mon père ». 



246 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



in icihuauh itoca Nona * quimilhui : 
« ma ca^ octle, xictlaçotlaca[nj ^ 
xiccoyonican in cenca huei in ahue- 
huetH, auh ompa oncallaquizque 
iniquac in Toçoztli ^ in huahual- 
pachilihuiz ^ in ilhuicatl. 

§i3.Auhoncan callacque, niman 
ye quinpepechoa quimilhui ^ : « çan 
centetl in ticquaz in tlaolli, no cen- 
tetl in mocihuauh. 

§ 14. Auh in oquitlamique ^, 
cxalquizque^ oncan coyahuactiuh "^ 
in atl. Aocmo molinia in quahuitl; 
niman ye motlapoa, niman ye 
quitta in michin. 

§ la. Niman ye tlequauhtlaça ^', 



feminae eius nomine Nona iussit 
dixitque : ne sit ulla res, agite, 
cavate taxodium permagnum quo 
intrabitis festi tempore tozozfli, ibi 
coelum corruet! 

§ 13. Atque intraverunt ; tum 
(deus) eos inclusit, dixit : unicum 
zeae granum edes, etiam unum 
mulier tua. 

§ 14. Quod cum edissent, in 
syrtem inciderunt, ubi aqua est 
tenuis. Non jam arbor sese movit ; 
tum se aperuit, tum pisces viderunt. 

§ 15. Tum ignem fecerunt tere- 



1. Nona « ma mère ». Ces noms sont très significatifs pour le premier couple 
dhommes; le premier est composé de no « mon » et de ta <ità-tU « père », le deuxième 
de no et de na < nan-tii « mère ». D'après d'autres traditions l'homme qui échappe 
du déluge s'appelle Cocxox, Mexicoch etc. 

2. maca, particule du vétatif < macamo, octle « encore quelque chose ». 

3. xic tlazotlacan est un synonyme de xiccoyonican el doit avoir le sens de « creu- 
ser » (coyonta); je crois pouvoir dériver la forme du verbe t'çof/a qui, en réfléchi, 
signifie « gomitar », içotla. nino, ou du causatif ixochlia. nino (Mol. I et II); irolla 
(transitifj aurait le sens de « arracher quelque chose, faire sortir le bois de l'arbre à 
coups de hache ». 

4. ahuehuetl =: Taxodium mexicanum. Les derniers hommes se sauvèrent dans une 
arche aussi, d'après l'interprète du Cod. Vat. A (fol. 4 v.) : a e venendo questo grau 
diluvio... dicono li più delli vecchij, che Mexicoch scappd di questo diluvio un solo 
huomo e una donna, da li quali fù di poi multiplieato il gêner humano. L'arbore in 
che scapporno chiamano Ahuehuetl... ». 

5. roçoz^/i (dérivé de tozoa « velar ») est le nom soitde la III* division Tozozlontli 
soit de la IV« Haey Tozoztli. C'étaient les fêtes des semailles du maïs. 

6. hua-hual-pachilihui-z indique une réduplication incomplète de huai au com- 
mencement. 

7. Le sujet de cette phrase est le Dieu [teotl). 

8. o-qui-tlami-que 3^ pers plur. prêt, de tlamia. nitla « consumir o acabar toda la 
comida y beuida que ténia delante » (Mol. Il), 

9. o-xal-quiz-que de xalli u sable » elquiça « sortir ». 

10. Coyauac-liuh cf. coyauac a cosa ancha, assi como cafto de agua, o ventana ». 
(Mol. II), coyaua a ensancharse el agujero ». 

H. tté-quauh-tlaça « jeter le tison », c'est le terminus technicus pour signiGer 
« Feuer bohren » 'synonyme: mamali « taladrar, o barrenar algo. Mol. II). Cf. Codex 
1576 (Aubin-Goupil), p. il , tlazque y n tlequahuitl u i\s']elèreal\e tison ». Cf. Hymnes 



TRADITIONS DES ANCIEiNS MEXICAINS 



247 



auh niman ye quimoxquia ^ in 
mimichtin. Niman ye huallachia ^ 
in teteo in Citlalinicue, in Citlalla- 
tonac^ quitoque : « teteoyé, aquin 
ye tlatlatia ? aquin ye quipochehua ^ 
in ilhuicatl ? » 

§ 16. Auh niman ic huaitemoe in 
Titlacahuan Hn Tezatlipoca,mmdLn 
ye quimahua ^' quilhui : « Tlei nit- 
[t]a, tle[i] mai? \ 

§ 17. Niman ^quimonquequech- 
coton ^ in tzintlan quimontlatlal- 
lili^ inin tzontecon ^^ ic chichime'^ 
mocuepque. Auh inic pocheuh in 
ilhuicatl orne calLi xihuitl. 

j^ 18. Izcatqui iye tehuantin inic 
ye tonoque^-' inic huetz in tlequa- 
huitl ^^. Izcatqui ini[cj huetz tlequa- 
huitl, iquac nez^^ in tletl, auh inic 



brando lignum, dein pisces frixe- 
runt. Conspicati id dei Citla- 
linicue, Citlallatonac dixerunt : o 
dei, quis coniburit, quis coelum 
fumigat ? 

§ 16. Ac dein Titlacahuan-Tezca- 
tlipoca descendit, eos objurg-avit 
dixitque : quid video, quid fit ? 

§17. Tum illis colla amputavit, 
capita eorum natibus apposuit ; 
hoc modo in canes mulati sunt. 
Coelum fumigatum est anno ^ acatl. 

§ 18. Haec est (narratio) quo 
modo domicilium terra constitui- 
mus, quomodo terebra l^qua ignis 
fieri solet] decidit. Haec est (narra- 



de Sahagun, XIX, 4 i Seler, ges. Abhdlg. II, p. 1098) : ni-qui-ya- tlaça-z ni-qui-ya- 
mainali-z « je jetterai le tison », cf. tle-quauill « artificio de palo para sacar fuego, o 
tizon ))~(Mol. II). Cf. ici ii 18 et § 78 'mamali). Cf. Oimos (l.c, p. 227) : mamalhuaztli 
lepan quiinotlaxilia. 

\. qui-mo-{i)xquia, 3« pers. plur. prêt, réflech. dérivé du \erhe ixca ; ixquia-ninotla 
« asar huevos, o batatas para si... » (Mol. II). 

2. huallachiade hual-tlst-chia « regarder q. ch. ». 

3. Citlalin-i-cue, Cillalîa-tonac « femme à l'enagua d'étoiles ». {= « via lactea », 
Cod. Vat. A. fol. 7 r.) correspondent aux divinités génératrices du ciel Omeciuatl 
et Ometecùtli, ou Tonacaciuatl et Tonacatecùtli. 

4. pocheua. nitla « ahumaralgo » (Mol. II). 

5. Titlacahuan «< ti-i-tlaca-huan « nous [sommes] ses vassaux » epitheton de Tez- 
catlipoca. Cf. Sahagun II, cap. 5. 

6. quim-ahua cf. aua. nite « reflir à otro » (Mol. II). 

7. mai dérive du verbe réfléchi ai <( faire ». m-ai « il se fait »; cf. m-ai-lia, ici § 68. 

8. quim-on-quequech-coton « il leur coupa le cou )> ; on signifie la direction, en ce 
lieu-là ; quequech pluriel de quechlli « cou », cotnna « couper ». 

9. quini-on-tlatlalli-li dérive du Verbe réduplié flalia « placer » ttali-lia « placer 
pour quelqu'un ». 

10. in-tzonlecon « leur tête »; Izontecomall « tête ». 

1 1. chichi-me pluriel de chichi « perro » (qui tête, du verbe chichi « mamar» ). 

12. t-onoque du verbe onoc [on-o-c] « ester echada alguna persona o madero... » 
(Mol. II). 

13. huetzi in tl^quauitl, c'est le passif de tlequauh-tlaça. 

14. nez prêt, du verbe neçi « paraître, être inventé », cf. l'actif nea?<ia « descubrri 
o mnnifeslar algo » 'Mol. II). 



248 



SOCIETE DES AMERICAMSTES DE PARIS 



tlayohualimanca * cempohual xi- 
huitl ipan macuil xihuitl -. 



§ 19, Auh inic mcmàn în illuii- 
catl ce tochili^ xihuitl. Auh in omo- 
man auh niman je quipochehua in 
chichime in yuh omito in nipa. 
Auh ca çatepan in huetz intlequa- 
huitl, in tlequauhtlaz in Tezcatli- 
poca, in ye no ceppa ic quipocheuh 
in ilhuicatl ipan xihuitl orne 
acatl ^. 

§ 20. Auh niman ye mononotza 
in teteo quitoque : « Aqui in onoz ? 
ca omoman in ilhuicatl, ca omo- 
man in tlalteuctli •'. Aqui onoz, 
teteoyé ? Ic nentlamati '' in Citla- 
linicue, in CitlaUatonac, in Apan- 
teuctli '', Tepanquizqui 8, Tlal- 



iio), quomodo terebradecidit, tem- 
pore quo ignis inventus est, ac 
quomodo per XXV annos creperum 
fuit. 

§19, Ac coelum constructura est 
anno / tochtli. Quod cum construc- 
tum esset, canes illud ut supra dic- 
ium fumigaverunt. Ac postquam 
terebra decidit, Tezcatlipoca ignem 
terebravit, eâ iterum coelum fumi- 
gavit anno 2 acatl. 



§ 20. Ac dein dei consuluerunt 
dixerunt : « quiserit qui terra inco- 
lat? constructum est coelum, cons- 
tructa terra, Quis (mundo) habita- 
bit, o dei ? Id curae est deis Citla- 
linicue, CitlaUatonac, Apantecùtli, 
Tepanquizqui, Tlallamanqui, Hu- 



1. lla-yohua-ti-manca « il était nuit »; combinaison des verbes youa et mani par la 
ligature ti. 

2. Sur cette obscurité de 25 ans, cf. Thévet (1. c.) chapitre vin, Cod. Zumarraga, 
chap. 7. Cf. Cod. Telleriano-Remensis -■ en una caîia fué ciiado el cielo; y los ani- 
males en un pedernal, y la terra en un conejo ». Cf. hisiori'a de Colhuacan (Anales 
de Quauhtillan) §9,§ 16 (création de la terre en 726après J.-Chr.et du soleil en 75d). 

3. L'année 1 ochtli (lapin) est la 40« du cycle de 52 années commençant par 1 acatl 
(canne). 

4. L'année 2 acatl suit immédiatement l'année 1 tochtli. La chronologie mexicaine 
commence par cette année qui se répétait tous les 52 ans et où l'on faisait de 
grandes cérémonies. 

5. Tlallecùtli a le sens simple de tlalli « teri-e ». 

6. nentlamati. ni « estar descontento y afligido, o hazer lo que es ensi en algun 
negocio » (Mol, II). 

7. Apantecùtli était le dieu d'un barrio de Mexico. Cf. Tozozomoc cronica Mexi- 
cana, 69 (p 504) et 70 (p. 515). 

8. Tepanquizqui [te-pan-quiz-qui « celui qui se précipite sur les hommes ») est le 
surnom d' Uilzilopochtli, dieu de la guerre, spécialement des Aztèques. Cf. Hymnes 
I, 3. (Seler, ges, Ahhdlg,, II, p. 965), 



TRADITIONS DES AÎSCIENS MEXICAINS 



249 



lamanqiii ', Huictlollinqui 2, 

Quelzalcoliuatl '^ Titlacahuan '♦. » 

§21. Auh niman ye yauh in 
Qiietzalcohuatl '^ in Mictlan '' : 
itech acico [in] Mictlanteuclli, in 
Mictlancihuatl, niman quilhui : 
( CayehuatP ic nihualla in chal- 
chiuhomitl in ticmopiollia '^, ca 
niccuico ^ ». 

§ 22. Auh niman quilhui : <( Tlei 
ticchihuaz ? » Quetzalcohuatl auh 
ye no ceppa quilhui : « ca yehuatl 
ic nentlarhati in teteo aquin onoz 
intlalticpac'o. 

§ 23. Auh ye no ceppa quito in 
Mictlanteuctli^^ \ « ca ye qualli, 
tlaxoconpitza '' in notecciz ^^ auh 



icilolinqui, Quetzalcohuatl, Titlaca- 
huan. 

§ 21. Ac dein Quetzalcohuatl in 
orcum digpressus Mictlanteciitli et 
Mictlancihuatl invenit dixitque : 
veni ossis gemmei causa quod cus- 
todis, veni enim ut auferam. 



§ 22. Ac dein dixii : quid eo 
faciès? Quetzalcohuatl respondit : 
curae est deis quis terra incolat. 



§ 23. Atqueiterum Mictlanteciitli 
dixit: benehabet: infla concham 



1. Tlallamanqui composé de tlalli « terre » et manqui participe de mani ou inana. 
Il est difTicile d'identifier cette divinité. V. Tlalhimaiiiac, plus bas § .3i. 

2. Huictlollinqui composé de huictli « coa para labrar latierra » el olini « courber » . 
Le nom est seulement connu comme nom propre (ju^^ ^ Tlatelolco au temps de 
Motecuzoma, cf. Sahagun 8, chap. 15). 

3. Quetzalcohuatl « serpent aux plumes », ou " jumeau précieux », dieu de lair 
(voir eêcatl, chiconaui éécatlj. 

4. Voir note 5, ad § 16. 

5. Cette tradition offre plusieurs vai'iantes : tantôt Quetzalcohuatl descend aux 
enfers, tantôt c'est Ehecatl, tantôt, Xololl. Yoiv Thévet (1. c), chap. vn (p. 28), Tor- 
quemada, Mon. înd ,, II, chap. xli), p. 76-77. Mendieta, Ilist. ecclesiast. indian. 2, 
cap. 1 (d'après Olmos). 

6. Mictlan, région de la mort, de Mictlafilecùtli et Mictlanciuatl. 

7. yehuatl précise chalchiuh-omill « c'est l'os précieux c'est pourquoi je suis 
venu ». 

8. ti-c-mo-pie-llia forme révérentielle et réfléchie du verbe pia k garder quelque 
chose ». 

9. ni-c-cui-co forme en co, prêt, de quiuh, « je suis venu le prendre ». 

10. Le sens est donc: les dieux ont besoin de l'os précieux pour créer les honiimes 
qui doivent habiter sur la terre. 

11. Micllantecùtlile seigneur des enfers. 

12. tla X'O-c-on-pitza « veuille sonner de la trompette »!</aest particule de i'o;)ta- 
tif (voir Olmos, grammaire de la langue Nahuatl p, 81, 123); xo ou xi, particule de 
l'impératif mise au lieu des pronoms de la 2* personne ; la voyelle o (au lieu d'ii se 
trouve à cause d'une « Vocal-)iarmonie » de la part de la particule on qui suit (cf. 
Olmos, p. 127). (Cf. §24 xo-c-on-cui, xocon-ilhuitin, § 2o ; voir note 1 ad § 93). 

13. lecciz-tli « ti'ompette de coquille ». 



250 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



nauhpa ' xictlayahua - cochti ^ in 
nochalchuihtevahualco ^. » 

<( Auh amo maço ■' ye nequi ini- 
tecciz 6 ? » 

§ 24. Niman ye quinnotza in 
ocuilme'quicocoyonique, niman ye 
ic ompa callaqui in xicoti ^ in 
pipiolme -. Niman ye quipitza, qui- 
hualcac**^in Mictlanteuctli. Auh ye 
no ceppa quilhuia'in Mictlanteuc- 
tli ' « ca ye qualli xoconeui*'! » 

§ 23. Auh niman ye quimilhui in 
ititia[n]huan in Mictlanteuctli in 
micteca^2 ; ^^ xoconilhuitin^3,teteoé*'% 
çan quicahuaquiuh '^ ! » 

^ 26. Auh in Quetzalcohaatl 



meam atque quater sepulcrum cir- 
cumi îoco mûri mei gemmei! 

Nonne vero opus est conchae? 

§ 24. Dein arcessivit vermes; 
cavaverunt, tum intraverunt ves- 
pae, apes. Tum inflavit; audivit 
eum Mictlantecùtli. Atque iterum 
hic (Mictlantecùtli) dixit : bene 
habet, aufer (os) ! 

Ç 25. Ac dein Mictlantecùtli sub- 
jectos sucs aîlocutus est : dicite, o 
dei : nempe id (nobis) refert. 



S 26. Ac à&inQue.tzalcohuatl èxxii : 



1. nauh-pa forme ancienne de nappa (< naupa) « quatre fois », u avant p assimilé 
très souvent à p. 

2. xi-c-tla-yahua ; la racine yahua (cf. yaualiuhqui « cosa redonda... y>,yaualhuia 
« rodear...» etc.) signifie « circumire » u cerner. » 

3. c ochti, il faut lire cochtli ; cochili ou te-cochtli (composé de tetl « pierre » et coch- 
tli) est la sépulture, « hoyo... » (Mol. ÏI), substantif dérivé du verbe coc/ii « dormir ». 

4. no-chalchiuh-fe-yahual-co dérivé de ckalchiuh-teyahualli ; teyàhualli est un 
yahualli de pierres [tetl], un cercle de pierres, une muraille circulaire. — Il faut 
s'imaginer que le sépulcre où se trouve l'os précieux de pierre verte est entouré 
d'un cercle, et que Quetzalcohuatl doit faire quatre fois le tour de cette muraille ou 
du tombeau. 

5. maço « peut-être, en quelque façon ». 

6. nequi initecciz ; il faut lire nequi inotecciz ou nequi inolecciz « mais n'y a-t-il 
pas besoin de ma (ou de ta) trompette de coquille? » 

7. ocuilme pluriel de ocuilin « gusano » (Mol. II). 

8. xicoti = xico-tin pluriel dexicô-lli « abeja grande de miel que horadalos arboles, 
o abejon » (Mol. II). 

9. pipiolme pluriel de pipiol-in « aveja montesa que haze miel » (Mol. II). 

10. qui-ftual-cac « il 1 entendit » prêt, du verbe hual'caqui. 
îl. xo-c-on-cui « prends-îe » ! xo, cf. note Î2 ad § 23. 

12. Micleca, les habitants deMictlan, les sujets de Mictlantecùtli. 

13. xo-c-on-ilhui-lin « dites ! », tin au lieu de can ; cf. Olmos (1. c. p. 71), p. e.: 
nia-xitlapiatin « gardez », 

14. tetcoé pluriel du vocatif en ê dérivé de teo-tl « dieu ». 

lii. cahua-quiuh « il vient rapporter » ; cahua. nii/a « dexaralgo,o Uevaralgun cosa 
à olra parte » (Molina II). Le sens de ce passage est double: Quetzalcohuatl vient 
prendre ou rapporter, l'os. Mais, puisque Mictlantecùtli veut consoler ses sujets de 
la- perte de l'os, il faut choisir la traduction « rapporter » (voir § 26). 



TRADITIONS DES AiVCIENS MEXlCAhNS 



251 



niman quihuallito ^ : « Camo '^ ca 
ye iccen '^ niquitqui. » Auh niman 
quilhuia in inahual ^ : ca xiquimon- 
ilhui ^ :« çan niccahuaquiuh. » 
Niman quihualilhui inquitzatzili- 
tiuh : « ca çan niccahuaquiuh ^. » 

§27. Auh ye nel ' onilecoc^. 
Niman ye ic ye concui in chalchiuh- 
omitl, cecni ^ terni in oquichtli ini- 
yoraio '^^ no cecni terni in cihuatl 
iyomio. Niman ic concuic, niraan 
ye ic quiquimilloa '* in Quetzalco- 
huatl^ niman ye ic quitquitz ^^. 

§ 28. Auh ye no ceppa quimilhui 
in Mictlanteiictli inititlahuan '•* : 
« teteoyé *^, ye nelli quitqui in 
Quetzalcohuatl in chalchruhomitl. 
Teteoyé , xichuallalilitin ' "> tlaxapoch- 



minime vero, certe id aufero. Ac 
dein naualli eius dixit : die illis, 
nempe id refero. Dein dixit, clama- 
vit : nempe id refero. 



§ 27. Tum vero prudenter ascen- 
dit. Dein os gemmeum cepit, partim 
compositum fuit viri, partim 
mulieris osse ; cepit, involvit illud 
Quetzalcohuatl^ dein abstulit. 



§ 28. Atque iterum Mictlantecù- 
tli subjectos suos allocutus est : o 
dei, profecto ' Quetzalcohuatl os 
gemmeum aufert! o dei, facite ei fo- 
veam ! Tum fecerunt foveam ei, 



1. quihuallito = qui-hual-ilo. 

2. camo = ca amo « no, o no es assi » (Mol. II). 

3. iccen « ultimadamente » (Mol. II). 

4. i-nahual « son nagual ». Nahualli signifie tantôt le sorcier, tantôt le masque, 
le déguisement. 

5. xi-quim-on-ilhui. 

6. Voir note 15 ad § 25. 

7. nel « ser diligente y cuidadoso » (Mol. II). 

8. on-lleco-c « il monta », voir tleco. ni « subir arriba » (Mol. II). 

9. cecni « en otra parte o lugar, o en cierta parte, o por si aparté » (Mol. II). 

10. in oquichtli in i'{y)omi'0 « l'ossement d'un homme » ; omi-tl est l'os, i le pronom 
possessif de la 3« personne du singulier, y est proposé à oinitl par l'influence de la 
voyelle i du pronom possessif ; omi-yoil ( « ossement » ) est la forme abstraite en 
-yotl du mot oinitl ( « os » ). i-yomi-o serait donc « son ossement » (= i-omi-yo, et 
plus correctement encore; i-onii-yo-uh). 

11. quiquimilloa fréquentatif du verbe quimiloa. nitla « liar, o embolver algo en 
manta » (Mol. II). 

12. qu-itqui-tz est grammaticalement un futur en tz au lieu de s (cf. ui-tz < ui-z; 
uetzi-tz < ueizi-z; quelza-tz < quatza-z etc., voir note 7 ad § 42. Voir aussi § 68, 
note 10. Le sens e§t : il enveloppa l'os pour l'emporter là-dessus. 

13. il faut lire : iu i-tillan-huan. 

14. teteoyé, vocatif =teteoé, voir note 14 ad § 25. 

15. xi-c-hual-lâli4i-fin impératif (2« personne du pluriel) du verbe hual-lali-lia 
<hual-\-tlalilia (« placer quelque chose pour quelqu'un »). 



252 



SOCIETE DES AMERICAMSTES DE FAHIS 



tli '. Ninian contlalîilito - inic on- 
can motlaxapochui '■' motlahuitec '* 
ihuan quimauhtique "' çoçoltin ^ 
mictihue[t]z ". 

Auh in chalchiuhomitl niman le 
quicenmantiliuetz ''^, niman quicjua- 
quaque^in çoçoltin quiteteiUque •^'. 

§ 29, Auh niman ic hualmozcfii- 
li^' in Quetzalcohuatl, niman ye i(; 
choca niman ye quilhuia in inahual : 
« No-nahuaié quefnj '-yezi'^? » 
Auh niman ve quilhuia : « quenin 
ye7.'l ca nel*^ otîatlacauh'-' ; maço nel 
vuhqui vauh '** ! » 

S 30. Auh niman ve connechi- 
coa '', conpepen '^, conquimillo ;, 



pedemoffendit, sese impegit, atque 
coturnices eum prae metu paene 
mortuum terruerunt. 

Os gcmir.eum prostravit, vorave- 
runt coturnices, cum rostris suis 
tutuderunt. 

§ 29. Ac dein Quetzalcohuatl se 
recreavit (ex timoré), ploravit, 
naualli suc dixit : nii naualli, quo- 
modo res erit ? Ac dein dixit (naual- 
li) : quomodo erit, maie res cecidit; 
a are, sit sicut it ! 

§ 30. Ac dein os sustulit, frag- 
menta coliegit, iîivoivit, tum in 



I. llaxapochlli « lioyo » (Mol. Il), part, pa.ss. do xapotla « creuser ». 

'2. c-on-tlalU-U'lo prêt, de tlaU'U-'in/i « aller placer quelque chose pour 
quelqu'un ». ' 

3. mo-tlaxapochui prêt, do tlaxapochuia, nino >< caer en hoyo, o abarrancarse » 
(Mol. II). 

4. mo-tla-huilec de uUequi « herir » (Mot. Jl . 

5. qui-mauhti-qiie de mauhlia. n'de " ospantar à olrô » (Mol. îl). 
0. çoçol-lin pluriel de rol-in (^ caille ». 

7. uiic-ti-huctz composé de miqiti « mourir » et, de hnetzi " tomber » par la liga- 
ture li. 

8. qui-cen-inan-ti-huetz compost; de ceninana-{-huetzi,cemniana << esparzir, derra- 
mar, o echar algo por el suelo » (Mol. II). 

y. qui-qunqua-que fréquentatif de qun u manger ». 

10. qtii-teteUz-que de teleitza. nitbi « roer huesso » (Mol. II). 

II. hual-mo-[i}zcalli de izcalia. nino k abiuar, tornar ensi, o resuscitav » iMol, il). 

12. que était vraisemblablement écrit dans l'original que-=iquçn. «de que manera, 
o como, s. acaecio esso ? » (Mol. îl) ; voir plus bas, dans ce même § 29 quenin « de 
que manera, o como es esso? » i^Moî. II). 

13. yezi futur du vei'be ca « être » ; i est une apposition démonstrative. 

14. canel, << pues es assi, o pues assi es >> (Mol. Il . 

15. o-llatlacauh prêt, de tlatlacaui. Daflarse y echarse a perder el negocio, «< o otra 
cosa » (Mol. II). 

10. Cf. maço iuhqui « sea como fuere, o sea tal quai » (Mol. II). nel — nelli, cierto, 
ciertamente ». yauh << aller ». 

17. c-on-ncchicoa du verbe nechicou, nitla u ayunlar o recoger algo, >> (Mol. If). 

18. c-on~pepen de pepenu. nitla « cscoger algo, o an-ebafîar y recoger lo esparzido 
por el suelo » .^Mol. II). 



TRADITIONS DES ANaENS MEXICAINS 253 

u'unanicquitqmc in Tamoanc/iHii ^. Tamoanchan portavit. Quo cum 

Auh in oonaxili -niman ye quiteci 3 venisset, dea nomine Quilaztli, id 

itoca Quilachtll * yehuatl iz Cihua- est Cihuacohuatl, os contrivit, tiim 

cohuatl '•>. Ninian ye ic quitema in deposuit in Chalchiuhapazco, dein 

Chalchiuhapazco 'Jauh niman mote- Quelzalcohuatl sanguinem extraxit 

police " in Quelzalcohuatl. ex pêne suo. 

§ 31. Ninian mochintin tlama- § 31. Tum omn«s dei qui supra 



1. Tainoanclian nom mythique de l'ouest; régiou où la déesse de la terre enfante 
le dieu du maïs; v. Hymn. XIV, ,3; Seler, ges. Abhdlg., Il, p. 1057; l'étymologie 
de ce mot est difficile. Peut-être n'est-il pas de la langue mexicaine, mais de la 
langue maya (cf.moan oiseau de la nuit avec la préposition tan, les deux combinés 
avec le mot mexicain chan « maison »). A Tamoanchan correspond aussi Cincalco 
« dans la maison du maïs. » v. Sahag. XII, chap. 9; Seler, comm. (.od. Borgia, 
II. p. 'o6. V. plus bas § 32, note 6. 

2. o-on-axi-li prêt, de axilia, applicatif du verbe aci « arriver » ; on attendrait ici 
une forme réfléchie comme o-on-in-axi-U, ou bien il faut lire : o-m-axi-li au lieu de 
o-on-axili. 

3. L'os est réduiten poudre. Les autres traditions parlent presque toutes de cendre 
(Torquemada, Thévet, etc.). Dans « l'histoire de CoUiuacan y de Mexico » 1'"'' partie§ 10 
il est dit que Quelzalcohuatl créa les hommes en les faisant de nextli (cendre); 
dans le Lienzo de Cucutâcato les premiers hommes sont appelés nextlapicti(n) 
« hommes faits de cendre ». Cf. Seler, ges. Abhdlg. III, p. 4(i. 

4. Quilachlliz^ Quilaztli esi la même déesse que Cihuacohuall, une divinité ter- 
restre de Colhuacan (voir Hymne XIII ; cf. Seler, ges. Abhdlg., vol. II, p. 1051- 
1053). Colhuacan est aussi un synonyme de l'ouest, du domicile des ancêtres repré- 
senté sur la pierre de Huilzuco (voir Seler, ges. Abhdlg., II, p. 757 ; ici note 7 ad 
§ ;G). 

5. iz Cihuacohuatl <[ in Cihuacohuatl par assimilation. 

6. Chalchiuhapazco « dans le vase de jade » [chalchiuh-apaz-co) , cf. apaz-lli k lebril- 
lo, o barrenon grande de barro » (Mol. II), Dans le Lienzo de Cucutâcato « Chalchiuih- 
tlahpazco » est représenté comme la caverne d'origine des hommes qui, sur le dos 
de tortues, arrivent à la côte de « Chalchicueyehcan » (c'est la côte de Vera Cruz) 
accompagnés par un chien [xolotl). Chalchiuhapazco est donc, d'après cette tradition, 
situé dans la mer de l'est. Cf. Seler, ges. Abhdlg., III p. 44-49; Commentar zum 
Codex Pîorgia, II, p. 269-270. Par ces faits, le passage corrompu dums.de Thévet (l.c.) 
s'éclaircit : « il donc aporta le reste de l'os et de la cendre et se en alla à une 
paztli, que veut dire grand libre, en le quel appelle touts les aultres dieux pour la 
ci'éacion du premier homme... »; paztli, c'est apaztli « lebrillo », pris par Thévet 
pour « librillo = libre ». 

7. mo- tepol-iço ; tepolli ou tepulli « miembro de varon » (Mol. II). iço. nin « san- 
grarse par enfermedad, o sacrificarse delante los idolos » (Mol. II). 

Les hommes sont ainsi créés de la poudre de l'os de jade et du sang de Quelzal- 
cohuatl. Dans un ms. inédit de Chimalpain (Paris, Bibl. Nat., fond mex. n" 74) les 
hommes sont appelés ez-tlapictin « crées de sang ». Dans le Popol Vuh les 
hommes feont créés du maïs et du sang de serpent. 

Société des Américanisiez de Pnris, 17 



234 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



cehua ^ in teteo in nipa omote- 
neuhque - ; in Apanteuctli, in Huic- 
tlollinqui, Tepanquizqui, Tlalla- 
mamac, Tzontemoc techiquania ^ 
in Quetzalcohuatl. Auh niman 
quitoque : « otlacatque in teteo in 
macehualtin ^ ye ica in otopan tla- 
maceuhque \ » Ye no ceppa qui- 
toque : Tlein quiquazque, teteoyé, 
ye tla ^ temohua in tonacayotl ! » 
§ 32. Auh niman quimito in 
azcatl : « In tlaoUi in itic Tona- 
catepetl "' . » Auh niman ye quina- 
miqui in azcatl ^ in Quetzalcohuatl 
quilhui : « Canoticcuito ^ ?xi[nechj- 
ilhui ! » Auh amo quilhuiznequi ; 
cenca quitequitlatlania "^'. Niman ic 
quilhuia : « Ca nechca. » Niman 
ye quihuica auh niman ic tlilaz- 
catl " mocuep in Quetzalcohuatl, 



dicti sunt cerimonias conficerunt 
(sanguinem extrahendo), Apante- 
cùtli. Huictloliiiqui^ Tepanquizc/ui, 
Tlallaniamac, Tzontemoc... Quet- 
zalcohuatl. Ac dein dixerunt ; nati 
sunt dei, homines, cum ilii supra 
nos ceremonias facerent. Iterum 
dixerunt: quid edant, o dei; quae 
rant zeam ! 

§ 32. Ac dein formicae iis dixit : 
irumentum est in ventre montis 
Tonacatepetl] ac dein formicae inci- 
dit Quetzalcohuatl, dixit r unde 
cepisti (zeam), die mihi ! Attamen 
dicere noluit ; rogavit atque obsec- 
ravit eam, tum dixit (formica) : hoc 
loco est. Tum comitatus eam 
Quetzalcohuatl in formicam nigram 
sese convertit ; tum eam comitatus 



i. l laniaceua, îa'ive des cérémonies, cî. tlamaceuani <; pénitente, o el que hace 
algunos exercicios para merecer, hermitano o beata » (Mol. II). 

2. in nipa o-nio-teneuh-que « (les dieux) nommés plus haut ». Voir§20, Tzontemoc, 
correspondant ici à Titlacahuan (Tezcatlipoca), est « celui qui précipite avec la 
tète », 

3. /ec/if^ua/iJa est obscur et peut-être corrompu. Doit-on y chercher iquania. 
nile « apartar â otro, o deponerlo y privarlo de su ofticio » ? (Mol. II). Le sens est 
certainement ceci : les autres dieux suivent l'exemple de Quetzalcohuatl en se tirant 
du sang comme sacrifice. 

4. maceual-tin « les vassaux, les sujets ». Les hommes sont les vassaux des dieux. 
'.'). o-lo-pan-lla-maceuh-que = topan otlaniaceuhque, ils s'étaient du Scing sur nous 

comme sacrifice. Cf. Torquemada, II, XLI p. 76 : « y que sobre ellos sacrificasen ». 
0. lia, particule de l'optatif, voir note 12 ad § 23. 

7. Tonaca-lepell, a mont de maïs ». Cf. Jacinto de La Serna 1 § 4 (p. 2.3-24) : « Tam- 
poco estaban olvidado de sus dioses antiguos, entre los cuales veneraban la Sierra 
Nevada, que es junlo el volcan, por decir, alli estaban y tenian su liabilacion los 
dioses suyos Cliicomecoall, la diosa de los panes, y asi llamaban â la sierra Tonaca- 
lepell, que q. d. inonle de los micses, ô de los mantemientos ». 

8. azcatl « fourmi » est l'objet de la phrase . 

9. o-li-c~cui ta « lu es allé le prendre i>. 

10. qui-te(jui-tlallunia "■ il la pria instamment » ; du verbe tlatlania.nite « preguntar 
algo à otro... » (Mol. II) combiné avec lequi. Cf. Olmos (1. c, p. 186) : •< teqai, siempre 
se entrepone al verbo y significa mucho, ex, nitequitlaqua « como mucho ». 

11. tlil-azcall de flilli « tinta », cî.tliltic « noir » et azcatl. 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



235 



niman ye quihuica. Niman ye ic 
callaqui ^, niman ye ic quiçaçaca ~ 
nehuan. In tlatlauJKjui ^ azcafl, in 
macho, quihuicac in Queizalcohuatl 
tlatempan ^ quihuallalalia ^ in tlaol- 
li niman ye quitqui in Tamoan- 
chan ^. 

§ 33. Auh niman ye quiquaqua 
in teteo ', niman ye ic totenco ^ 
quitlalia, inic titohuapahuaque '^. 
Aùh niman ye quitoa : « Quen 
ticchihuazque *^ in Tonacatepetl ? » 
Auh niman çan ye quimamazne- 
qui 1' in Queizalcohuatl quimeca- 
yoti ^~ ; auh amo queuh ^^ 

§ 34. Auh niman ye quitlapo- 
huia*^ Oxomoco '^, auh niman ye qui- 



est ; dein (montem) intraverunt, 
dein ambo frumentum attraxerunt. 
Formica rubra, ut sciunt, comitata 
est Queizalcohuatl usque ad montis 
marginem, frumentum (ibi) ei depo- 
suit, dein (Q.) in Tamoanchan por- 
tavit. 

§ 33. Ac dein id dei ederunt 
(praemandantes), tum in os nos- 
trum posuerunt, hoc modo corrobo- 
rati sumus. Ac deindixerunt : quid 
faciamus monte Tonacatepetl ? x\c 
dein Queizalcohuatl eumdorso ges- 
tare voluit, (jam) funes applicavit; 
nequevero sufferrepotuit. 

§ 34. Ac dein Oxomoco sortem 
consuluit; et Cipacional femina 



1. call-aqui, Queizalcohuatl et la fourmi entrent dans le raont de maïs. 

2. çaçaca. nitla « acarrear algo » (Mol. II). 

3. tlailauhqui » rouge ». 

4. tlatempan « jusqu'au maïs amassé », de — pan postposition et tlatentli « floca- 
dura de vestidura, o mayz, trigo frisoles o cosa semejante echada y puesto en algun 
lugar » (part. pass. de tema « déposer ») (Mol. II). Le sujet de la phrase est la rouge 
fourmi. 

5. qui-hual-lalalia ; il faut lire quihualla-lilia « elle le déposa pour lui ». Voir note 
15 ad § 28. 

6. Tamoanchan voir note 1 ad § 30. 

7. Les dieux mâchent donc d'abord le maïs pour l'amollir et le donner ensuite 
aux hommes. 

8. to-ten-co « dans nos lèvres, dans notxe bouche )> ten-tli « lèvre ». 

9. ti-to-huapahua-que « nous sommes devenus forts » du verbe réfléchi uapaua, 
nino crecer en edad, o esforçarse y animarse » (Mol. II). Cf. note 6 ad § 76. 

10. ti-c-chiuhua-z-que « nous ferons ». 

11. qui-mama-z-nequi « il voulait le porter sur le dos ». 

12. mecayotia. nitla ((...atar algo con cordeles » (Mol. II). 

13. qu-euh, prêt, du verbe eua « llevar aîguna cosa pesada » (Mol. II). 

14. qui-tlapohuia du verbe tlapouia. nite « echar suerto â otro el hechizero o ago- 
rero con mayz » i Mol. II). 

15. Oxomoco et Cipactonal, homme et femme, sont les vieux sorciers, les savants 
qui consultent les oracles du ma'is et du calendrier ssicré {tonalaniatl} ; voir Sahagun, 
IV, chap. I ; X, chap, 29, § 1 et § 12 (ici Sahagun nomme aussi parmi les quatre savants 
restés à Tamoanchan Oxomoco ei Cipactonal). Cipactonal signiCie («le jour crocodile », 
(premier jour du tonalamatl) ; l'étymologie d'Oxomoco est obscure. Peut-être y a-t-il 
des relations avec amoxtii « livre », ou avec un mot maya ixim « maïs ». 



256 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



tonalpohuia ' in Cipactonal 2, inici- 
huauh Oxomoco ; ca cihuatl Cipac- 
tonal. Auh niman quitoque [in] 
Oxomoco in Cipactonal : « ca çan 
quihuitequiz ^ in Nanahiiatl ^ in 
Tonacatepetl ». Ca oquitlapo- 
huique. 

§ 35. Auh niman ye nellallilo \ 
in Tlaloque ^, in xoxouhqui Tla- 
loque, iztac Tlaloque, coçauhqui 
Tlaloque, tlatlauhqui Tlaloque. Ni- 
man ye quihuitequi in Nanahuatl. 
Auh niman ye namoyallo in Tla- 
loque in tonacayotl ', in iztac, in 



hominis Oxomoco., librum vatici- 
num consuluit; Cipactonal enim est 
mulier. Ac dein Oxomoco et Cipac- 
tonal dixerunt : solus Nanahuatl 
montem Tonacatepetl enucleabit. 
Pro eo enim sortem consuluerant. 

§ 35. Ac dein dei pluvii conse- 
derunt, Tlaloque virides, albi, 
fîavi, rubri. Tum Nanahuatl mon- 
tem enucleavit. Ac dein frunien- 
tum ab diis pluviis raptum est : 
Zeaalba, nigra, flava, rubra ; fabae, 
alopecurus, chia, michiuautli, om- 



1. tonal-pohuia, « consultei" les sorts ». 

2. Voir noie 15 page précédente. 

3. qm-huitequi-z ; huitequi. nUlai< desgranar semillas con varas ô paies » (Mol. ÎI). 
C'est Nanauatzin-Xolotl en dien de foudre qui est le plus propre à « desgranar », le 
mont de maïs. Cf. Seler, Commentar zum. Borgia, vol. II, 1006, p. 42); cf. Mendieta, 
Hist. eccl.lnd. 2, chap. 1 ; Thévet(l. c), cliap. 7. 

4. Nanahuatl (aussi appelé Nanahuaton et Nanahualzin) est <■< le buboso » le pauvre 
dieu difforme de la syphilis. C'est une forme du dien Xolotl qui accompagne 
le soleil en ouest dans les enfers, où le soleil gagne nouvelle vie par la mort de 
Quetzdlcohiiatl qui s'est consumé par le feu; ce nouveau soleil conduit Xolotl-Na- 
nauatzin{ qui se consume lui aussi), au ciel (vers l'est). Dans les mythes Nanauatzin 
devient lui-même le soleil, et nous le voyons représenté dans la belle feuille 42 du 
Codex Borgia (cf. Seler, Commentar zum Codex Borgia, I, p. 190-200, II, p. 52, 54-55, 
p. 265; Compte rendu, Congr. des Am.,XlV« session, Stuttgart, 1905: DasGriinsteinidoI 
des Stuttgarter Muséums, p. 241-261). Surle texte de ce passage, voir la note de Léon y 
Gama (1. c, p. 36) : Despues introduce la fabula del buboso, de que hacenrnencion Tor- 
quemadaBoturini y Clavigero, contrayéndola à lageneracion del Vsol, al cualnombra 
con el numéro y titulo que corresponde al 4° dia de la segunda trecena que es el mismo 
Nahuiolin. Cf. Boturini, Idea p. 37-38; Camargo, I. c, p. 131-132. Sahagun VII, 2. 

5. ne-tlalli-lo passif de ilalia en lo combiné avec le pronom réfléchi indéterminé 
ne ; c'est une construction extraordinaire. Peut-être faut-ilcorriger le texte: ne-tlalli- 
to « ils allèrent s'établir ».Cf. nepantillo, § 46. 

6. Tlaloque, pluriel de Tlaloc (participe de tlaloa « se hâter »), Dieu de pluie. Ici 
les Tlaloque sont disposés d'après les quatre directions cardinales et leur couleurs. 
Dans le Cod. Val. B. (fol. 69) on voit quatre Tlaloque correspondant aux quatre 
années et aux quatre divisions du tonalamatl avec un cinquième Tlaloc qui signiGe le 
milieu (cf. aussi Cod. Borgia, fol. 27). Ici le vert correspondrait à l'est, le blanc au 
nord, le jaune à l'ouest, le rouge au sud, 

7. Cette phrase est une «anacoluthe » : et alors il fut enlevé (volé) le maïs les dieux 
do pliiio, c'est-à-dire le maïs fut volé parles dieux de pluie, namoyallo =namoya-lo 



TPAUITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 257 

yahuitl *, in coztlc, in xiuhtoctli -, nia frumenta (ab diis pluviis) rapta 

in etl, in huauhtli ^, in chian *, in sunt, 
michihuauhtli •>, izquich namoya- 
loc in tonacayotl. 

§36. Inin tonatiuh f' itoca nahui § 36. Haecaetas appelatur -^ o/m. 

olin ~. Inin ye tehuanti[n] totona- Haec est aetas nostra in qua nunc 

tiuh in toimemi ^ axcan. Auh inin vitam agimus. Atque haec sole 

inezca ^ in nican ca inic tlapan- considete montium cacumine (in 

hiietz '^ in tonatiuh in teotexcalco " terra) apparuit saxo deorum, ubi 

du vevhenamoi/a. nilla u arrebatar o robar algo ». Suivent ici les différentes formes 
du maïs mûrissant. 

1. yahuitl « mayz moreno ô negro » (Mol. II). 

2. xiuh-toctli, cf. xiuh-loc-llaulli « mayz Colorado >>, et xiuh toc-lepill, « mayz que se 
haze eu sesenta dias » (Mol. II). 

3. huauhtli u arroche » (bledos, Moi. II, Chenopodium ?), cf. Hernandez (Nova 
plantarum, animalium et mineralium Mexicanorum historia. Romae, 1648, fol., 
p. 26& ; édition de Madrid 1790, vol. 11, p. 340-341); on cultivait plusieurs espèces de 
huaulli dans les jardins tels tlapahoaquilill, Nexhoautli Chichic-goautli Michi- 
huautli... (< Semen cum aqua mulsa potiim regium morbum [maladie des princes, 
cf. tecpit-nanauatl z=z syphilis] sanat, et vocatos morbillos adcutim pulso humore 
curât. Parant Mexicani e duorum primonim generum semine globulos, ac potionem 
Michihouatli vocatam, ({ua utuntur veluti gratissimo cibo. » Le huauhtli fut vénéré 
comme Voioliuhc/ui, pegote et pisiete d'après Jacinto de la Serna, chap. 15, § 1, p. 160, 
§ 2, p. 161-162. Il servait aussi à la préparation d'une statuette en pâte d' Uitzilopochtli 
pendant la fête de Tooccall (Sahagun 12, 19). 

4. cAtan (cAien) est la sauge (salvia), dont les graines servaient d'aliment et de 
boisson. VoirMolina (II)c/i»a « ciertasemilla de que sacanazeite » Cf. Sahagun, 2. 23, 

5. michi-huauhfli voir, note 3, ci-dessus : cf. Sahagun II, 23. 

6. C'est le cinquième soleil; voiv Historia de Colhuacany deMéxico, l""^ partie, § lo; 
Inic macuili tonaliuh. Nahui olin in itonal niiina Ollintonatiuh ipampa molini in 
otlatoca. auh in yuh conitotihui inhuehuetque ipan inin mochiuaz tlalloliniz mayanaloz 
in ic tipoliuizque. 

7. Nahui Ollin «, 4 mouvements » ; c'est le syml)ole de Xolotl-Nanahuatzin régent 
du 17^ signe diurnal olin et dominant la 16*= treizaine [voir Codex Borgia, feuille 65 
au-dessus], le signe du soleil (cf. le fond du quauhxicalli de Berlin, Seler ges. 
Abhd., II, p. 708), le jour où on célébrait une fête en l'honneurdu soleil (Sahagun II, 
19, 1°). 

8. t-on-nemi ^ nous passons la vie » ; pour nous qui vivons maintenant, c'est 
notre soleil. 

9. i-nez-ca combinaison d'une forme originairement verbale avec un possessif : 
verbalement à traduire par « son apparition était >> c.-à-d. il apparut. Ainsi Ion dit 
i-nenca « il vécut » etc. ; no-yol-ca, mi mantimiento y substancia (Mol. II), no-uel- 
nez-ca mi bien parecer, gentileza, galania, y lindeza (Mol. II). 

10. tlapan-huetz « il s'établit sur la montagne », cf. tlapan-huetz-yan « cumbre de 
monte, o de sierra y puerto » (Mol. II). 

11. teo-texcal-co « au lieu de la roche du dieu (du soleil) », situé auprès de Teoti- 
huacan (Sahagun, \'II, 2). 



258 . SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

in oncan in Teotihuacan K Ye no je est Teotihuacan. Haec etiam fuit 

itonatiuh catca in Topiltzin ~ in aetas principis Tollan, Quetzal- 

Tollan 3 in Quetzalcohuatl. Auh cohuatl. Nondum vero appelata est 

inin in ayamo tonatiuh itoca catca « sol » eo tempore quo Nanahuatl, 

iniquac in Nanahuatl ompa ichan domicilium habuit Tamoanchan. 
catca in Tamoanchan. 

§ 37. Quauhtli ocelotl '*, tlôtli ^ § 37. Aquila, tigris, accipiter, 



1. reo^t/ij/acan ;" l'étymologie de ce mot est difficile: 1) lieu où Ton faille soleil 
(passif du verbe teotia); 2) lieu des (rois) morts, .du verbe teo-ti « devenir dieu — 
mourir ». 3) lieu de ceux qui ont le dieu, lieu des prêtres ; de teo-tl -f- /ï«a (particule 
indiquant la possession) par la ligaturent ; cf. p. e. des formations comme noquichti- 
huan (mes frères aînés), etc. du mol oquich-tli. Sur Teotihuacan, situé « seis léguas 
de Mexico « (Torq., II, , p. xlii 77), ancien cimetière des rois, localité des pyramides 
du soleil et de la lune, lieu où les dieux s'assemblaient pour consulter qui devait être 
soleil, voir : Sahagun X, 29 § 12 et Vil, 2 ; III, i § 1. Torquem., 3, 18, I, p. 278 ; 3, 10, 
I, p. 261 ; II, p. 77, Mendieta, 2. 7, p. 87 ; Fr. Alonso Ponce 1386 (colecc. Docum. 
inédit. Hist., Esp., 57, p. 214-216). D'après Chimalpain ('VII, 103\ Qtietzalmamalitzin 
était le premier roi de Teotihuacan {S acail ^^ 1435) prenant le titre d'Atecpanecatl. 
Le nom Teiitiiaccaase retrouve dans la Province d'Aca/an, au sud du Rio Usumacinta 
(Cortès, V« lettre). Les dernières fouilles faites par M. Batres à Teotihuacan ont 
prouvé la beauté grandiose de ces ruines si importantes pour l'archéologie mexicaine 
(cf. Leopoldo Batres « Teotihuacan ». Mexico, 1906). 

2. To-pil-tzin « notre seigneur » c'estle surnom de Quetzalcohuatl, héros de Tollan. 
Dans la première partie de VHistoria de Colhuacan y de Mexico, il s'appelle « Topiltzin 
Tlamacazqui ceacatl Quetzalcohuatl (§24) « Noti'e Seigneur le prêtre 1 canne Quetzal- 
cohuatl i>. Chimalpain, dans son « Memoi'ial brève acerca de la fundacion de la ciudad 
de Culhuacan » (Ms. inédit. Bibl. >îat. Paris, fond mex. n" 74), parle régulièrement de 
Topiltzin Acxitl Quetzalcohuatl, où acxitl semble correspondre à icxill, « pied » (voir 
le nom Acxomocuil « privé du pied » (« Huracan » 1 sou pied, Tezcatlipoca), et 
acxolma. Hymne XIII, 2. (Cf. Selerges. Abhdlg., IV, 1055.) 

3. Tollan (Tula) « lieu des joncs », nom de la célèbre ville de Quetzalcohuatl, roi, 
prêtre et héros des Toltèques, d'un peuple civilisé protohistorique. Les ruines de 
Tula sont situées au nord de Mexique dans la contrée des Otomis ; on y a trouvé les 
cariatides et colonnes à serpent dont parle Sahagun (Sahagun X, 29; cf. Penafiel, 
Monumentos del arte Mexicano antiguo, vol. I, pi. 148-150). Des cariatides ana- 
logues ont été découvertes par Teobert Maler à Chichen-itza dans le Yucatan, et des 
piliers h serpent ici et à Uxnial. 

4. Aigle et tigre sont les bêtes féroces et courageuses {quauhtli signitie aussi le 
guerrier). Ils combattent les victimes captives sur le temalacatl dans le célèbre 
« sacrificio gladiatorio ». 

0. Tlôtli « répervicr -> est le messager des dieux ; il indique de la part de la mère 
divine Ci</a/tcue comment les 1600 dieux (ce sont les 4 fois 400 !) pourraient créer 
des hommes (Mendieta, Ilist. eccles. Ind., 2, 1, p. 78j ; voir note 13, ad § 44. Sur le 
tlôtli (gauilan, falco columbarius), voir Hernandez, 1646, Hist. avium Nov. Hisp. 
Tract. II, fol. 49, cop. 176. 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



259 



cuitîachtli *, in Chicuacen éécatl -. 
iïi Chicuacen xochitl >^ iyonteixti[n] 
in ^ itoca in tonatiuh, Auh in 
nican catqui motenehua teotex- 
caiii ^ nauh xihuitl in tlatlac. 

§ 38. Auh in Tonacateuctli ^'^ 
ihuan in Xiuhteuctli ' niman ye 
qui[na]huatia in Nanahuall qiiil- 
huique : « Oc tehuatl ticpiaz ^ inin 
ilhuicatl in tlalli. Auh niman cen- 
tlaocox ^ quito : « TIein quitoa ? ca 
nemi in leteo, ca ni cocoxcatzin- 
tii 50. » 

§ 39. Auh no nipa quinahua- 
tia ^^ in Nahuif.ecrjatl ^^ vehuatî in 



caudivolvulus, G éêcall^ 6 xochitl 
utrunujue soli est nomen. Hic fac- 
tum esse dicitur ut deorum saxum 
per quatuor annos ureret. 

§ 38. Ac TonacalccùtU et Xiuh- 
tecùtli tum Nanahuall mandarunt, 
dixerunt : tu adhuc custodies cœ- 
lum et terram. At ille maeruit 
dixitque : quid dicunt ? nempe dei 



exstant, nempe 



eg-o 



sum home 



aegrotus ac miserabilîs ! 

§ 39. Atque advocaverunt hue 
4 tecpatl, id est lunam. Advocavit 



1. cuitîachtli (ou cuel(achtli) x iobo » (Mol.) ; c'est le cercoleptes caodivolvulus 
B. D. (voir Alf. Herrera, catal. Mus. Nac. Mex.). Cf. Sahagun XI, 1, §1 ; Hernandez 1. 
c, fol. 7, cap. 23. Herrera, Décades 2, 7, 9, p. 184. Le cuetlachtli lire la corde des 
victuailles [tonacamecatl] dans le sacrtficio gladiatoiMO en cuitlachuchuê (Sahagun, II, 
21), sans doute parce que sa longue queue ressemble à cette corde. 

2. 6 éecatl « 6 vent » est le G« jour de la XI1I« treizaine présidée par Tlaçolteotl, 
le 162<= jour du tonalaraall. 

3. 6 xochitl « 6 fleur» est le G" jour de la XÏX'' treizaine présidée par Xochiquetzal 
(la jeune forme de la déesse terrestre Tlaçolteôtl], le 240^ jour du tonalamatl. 

4. iyonteixtin, cf. « ambosados » yonleixtin (Molina I, foî. 12, v.), dérivé de orne 
(racine on-) « deux ». 

5. texcalli « peftasco, risco, ô horno » (Mol. II) dérivé de tetl « pierre » et ixca 
« cuire ». 

6. To-naca-teci'i-tli <( !e seigneur de notre viande (du maïs) », dieu créateur habi- 
tant dans le IS'^ ciel [Orneyocan]^ correspond à Citlallatonac (voir note 3 ad § 15j. 

7. Xiuh-tecùtli « seigneur des turquoises », est le dieu du feu. 

8. tehuatl pronom absolu de la 2« personne du singulier [ti) a toi », tehuatl ti-c- 
piaz « c'est toi qui garderas ». Cette forme relève la personne, (voir Olmos, 1. c, 
p. 15 (16) ; cf. note 1. ad § 81). Cf. p. e., Hymne m, 3, ca nelli teuall ticmochiuilia in 
motonacayouh » vraiment, c'est toi qui fais ton maïs » ; M. Pi-euss croit pouvoir trou- 
ver ici « l'eau divine » [teo-att] ! ce qui est une erreur absolue, de même que toutes 
les conclusions qu'il en tire (Preuss « Fcuergotler )> Mittlg. anthrop. Ges. Wien, 1903, 
p. 228). 

9. cen-tla-ocox de centlaocoya « être complètement [cen] triste ». 

10. Le sens de ce passage est ironique ; il y a donc des dieux ! je suis seulement 
un pauvre malade ; pourquoi ne me donne-t-on point de relâche ? 

11. L'objet de cette phrase est la lune. 

12. 4 tecpatl « 4 silex » est le 4*' jour de la XIX^ treizaine présidée par Xochique- 
tzal, le 238« jour du tonalamatl. C'est une signification de la lune. Cf. Seler, 
Comment, zum Cod. Borgia II (1906), p. 79. 



260 



SOCIETE DES AMERICANISTES DE PARIS 



ïiielztU. ; yehuatl in qulnahuati 
Tlalocanteuctli^ ihuan IVapateuctli-. 
Aiih in Nanahuail nimAn ye moça- 
hua 3, concuic inihuitz *, iniacxo- 
yauh ^ ; niman ye conitquitia in 
metztli quimacehua ''. 

S 40. Niman ve maltia ' in \ana- 
huatl in chicome acatl ^, auh çate- 
pan in maltia in metztli. Quetzalli 
iniacxoyauh, chalchihuitl inihuitz, 
chalchihuitl in quitlamamaca ''. 

§ 41. Auh in oquiz nauilhuitl, 
niman ye quipotonia '^ ye quitiça- 



eum Tlalocantecùtli et IVapatecùtli. 
Ac Nanahuatl dein cibo abstinuit, 
spinas suas cepit ramosque pino- 
rum, tum etiani luna ea attulit 
caeremoniasque confecit. 

§ 40. Tum Nanahuatl (id est) 
7 acatl làvit, et postea lâvit luna ; 
quetzaî plumae virides rami sunl 
eius, gemniae virides spinae eius, 
gemmas preciosas oiîert. 

§ 41. Ac quatuor diebus praeteri- 
tis Xanahuatl plumis eum contexit 



1. Tlalocan-fecùtli <( le seigneur de Tlalocan. » 

2. Napa-teucfli < nappa — < nauh-pa-teuctli " quatre fois seigneur ». Ce dieu est 
d'après Sahagun l, cliap. xx) le dieu des gens qui font des nattes de feuilles acjua- 
tiques et il est du nombre de ceux qu'on appelle Tlaloqne. Dans l'hymne IIl, 1 dédié 
au Tlaloc, on chante : Amapamill ânauhcanpaye moquelzquetl c le drapeau de papier 
a été élevé vers les quatre directions du ciel » (cf. Selor, ges. Abhdl. Il, p. 978). Du 
reste, Nappatecùtli est aussi le titre des principaux cVAcolhuacan et de Tucuha (Tla- 
copan] d'après Tezczomoc, Chrônica mex. o5, p. 436. Cf. aussi ome tochtli Sappatc'cù- 
tli (Sahagun II, Apend., § 9). 

3. 11 faut lire mo-çahua au lieu de mo-cahua ; raliua. nino signifie « jeûner ». 

4. huitz-tli sont les épines de l'agave avec lesquelles on se perce pour sacrifier 
du sang. 

3. acxoyatl « tiges des pins «, voir Hernandez Romae 1646), fol. 348 (Madrid, 
1790); I, p. 24; Sahagun II, chap. 4, II Apend. = oijametl « aciprès montesino » 
(Tezozomoc, 1. c, chap. 63). La combinaison de huilzlli et acxoyatl fait penser ici à 
la cérémonie appelée acxoya-tema-lizlli et décrite par Sahagun II, App., § C. 

6. Toujours la lune ici imite le soleil [Nanahuatl), Tune suit l'autre. Cf. Cod. Zuinar- 
raga, cap 7" « y la luna començô â andar tras él [el sol] y nunca le alcanza, y andan 
por el aire sin que lleguen â los cielos ». 

7. altia. nino « baQarse » (Mol. II;. 

8. 7 acatl « 7 canne » nom de Nanahuatl, 1" jour de la III« treizaine dominée par 
Tepeyollotl, 33* jour du tonalamatl. Une divinité 7 acatl se trouve dans le Cod. Bolo- 
gna 31 (cf. Scier, Comment, zum Codex Féjervâry-Mayer, 1901, p. 53). 

9. qui-tla-mamaca « il les offre » ; du verbe fréquentatif mamaca ; cf. maca 
« donner ». 

10. potonia. nitla 6 nite « poner à otro bizma con pluma menuda sobre la tremen- 
tina, ô emplumar à otro ». 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



261 



huia ' in Xana/iunti ^. Niman ve 
ic yauh in tleco huetziz ■^. Auh in 
Nahui tecpatl oc quicihuapancui- 
catia ^, niman ic huetzito Xana- 
huatl in tleco ^'. 

§ 42. Auh in metztli niman ye ic 
yauh ca nexpan '^ in huetzitz "'. Auh 
in vo vauh auh in quauhtli huel 
quimotzollo *^, huel quihuicac. Auh 
in oceloll amo huel quihuicac, çan 
quicholhui ^ itech '" moquetz in 
tletl inic cuicuiliuh ^'. Quin '- oncan 
pochehuac-^ in tlétli , quin oncan 
chichinouh ''» in cuetlachlli. amo 
huel quihuicaque inim eixtin ^'K 



cretaque oblevit, dein abiit ut in 

ig-nem saliret. Ac -/ tecpatl etiam 

cecinit instar mulieris. Dein Xana- 
hiiatl in i^nem saluit. 

§ 42. Attamen luna iit ut in 
cinerem solum caderet ; aquila 
quoque iit, ei firmiter adhaeruit, 
una cum illo transiit. Tigris autem 
sequi eum non potuit, tantum 
transsiluit illo adhaerescens ; ignis 
exarduit, quam ob rem est macu- 
losus. Deinde accipiter aliquantum 
fumigatus est, deinde falco adussit ; 
très illi eum comitari nonpotuerunt. 



i. tiçahuia (cf. nitla) « embarnizar con bainiiz blanco ». L'expression potonia tiça- 
hiiia correspond à la phrase métaphorique tiçatl iuitl « craie et plumes », avec les- 
quelles on ornait les victimes. Donner de la craie et des plumes à quelqu'un signifie 
donc faire la g-uerre (car la guerre fournit des captifs pour les sacrifices) ou sacrifier 
([uelqu'un ; dans la langue commune, le sens s'est modifié en « dar àotro buen consejo 
y aviso, ô dar buen exemple » [tiçatl yuill nic-tlalia. Mol. II). 

2. Nanahuatl est le sujet de la phrase. 

3. tlë-co huetzi « sauter dans le feu >■>. huetzî-z est le futur i< il alla pour sauter 
dans le feu ». 

4. qui'Cihuapan-c'jicatia, cf. cuicalia. nite « dar musica à otros ». cihuapan u en 
femme, sous la forme d'une femme ». 

a. Cf. Thevet (1. c, p. 32) où Nanaulon saule dans le feu. 

6. nex-lli « cendre ». La lune tombe dans la cendre, elle ne peut pas se brûler 
entièrement, cela explique, d'après Boturini (« Idea >■, p. 41), la couleur cendrée de la 
lune. Cf. Cod. Zumarraga, cap. 7". 

7. huetzi-tz = huetzi-z, futur en tz, voir note 12 ad § 27. 

8. Cf. tzoloa. nitla « estrechar, o ensangostar algo ». (Mol. \{];IzoIoh. nino serait 
«se cramponner à quelq'un ». 

9. cholhuia. nie vel /lifla (( saltar arrojo o acequia » (Mol. II). 

10. i-teçh « avec lui » (cf. Olmos, 1. c, p. 176). 

H. cuicuiliuh '( il est maculé»; cf. cuicuil-chapultic « cosa pintada de diverses 
colores » (Mol. il). Cuiculiuh dérive de cuicuiliui « être peint çâ et là », problablement 
verbe reduplié et intransitif dont la forme simple et active est cuiloa « peindre ». 
Cuicuiloa. nino <c être peint de diverses couleurs )\ Les flammes du feu font des 
taches dans la peau du tigre. — Cette tradition se trouve aussi chez Sahagun, VII, 2. 

12. quin « despues » (Mol. II). 

13. pochehuac, cf. pochcua « ahumarse alguna cosa ô pared..., abochonarse los 
panes ». Cela se rattache à la couleur brunâtre de l'épervier. 

14. chichinouh du verbe chichinoua (chichinoa <; chinoa) au sens réfléchi comme 
chichinoa. nino « chamuscarse, o quemarse » (Mol. H). 

15. inin eixtin « tous ces trois », cf. yni-extin « todos très» (Mol. I, fol. 121 v.). 



262 



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§ 43. Auh in oacic ' in jihuicac, 
niman ye ic caltia - in Tonacateuc- 
tli, in Tonacacihuail -^ niman ye 
ic quitlallia quecholicpalpan % ni- 
man tentiapaltica ^ quiquaquimil- 
loque *>, niman ye mocahiia ~ in 
nahuilhuitl in ilhuicac. 

§44, Auh niman ic ipan momana- 
co s. iVa[ui]ollin ^, auh nahuilhuitl 
in amo oUin-^, in çan mani^^ Niman 
ye quitoa in teteo : « tieica in amo 
ollini? » Niman ve conihua *^ in 
tlôtli*3^ quilhuito^^intonatiuh, qui- 
tlatlanito ^^ quilhuia : « quihuaii- 
toa in teteo tlatocan ^^ tlatiani 



§ 43. Ac postquam in coelum 
advenit, Tonacatecùili et Tonaca- 
cihiiatl eum lâverunt, in sedem 
regfiam exornatam quechol plumis 
imposuerunt, frontem eius vitta 
margine rubra redimiverunt, per 
quattuor dies in coelo commoratus 
est. 

S 44. Ac dein NsuiGlin iacuit, 
per quattuor dies sese non commo- 
vit, tantummodo jacuit, loquuntur 
dei : cur non se movet ? Tum falco- 
nem miserunt, ut soli sese eum roga- 
tum iisse diceret. Deos huic dicere, 
inquit, ut reges quaerentes, cur ille 



1. o-aci-c prêt, du verbe aci « arriver ». 

2. c-altia « ils le baignèrent » : c'est l'indication de iobjel [Nahuiolin] auprès du 
verbe. 

3. Le couple de ces vieux dieux demeure dans le 43^, le ciel suprême. 

4. quechol-icpalli « trône de plumes de quecholii » ; quecholli ou Hleuh-quechol 
est le piataiea ajaja (cf. Hernandez, 1. c, de Hist. avium, p. 49, cap. 178). 

0. ien-tlapal-tica instrumental en fica : ten-tli « ièvre y>,llapaUi « couleur rouge » ; 
(< avec une toile (ruban) rouge au bord ». Sur le (enllapalli , cf. aussi Seler V^rofT. 
Kgl. Mus. f. Vôlkkd. Berlin, I, 4, p. 128. 

6. qui-qua-qiiimillo-que « ils kii couvraient le front ». quâ-itl « front ». Quimiloa 
« couvrir, envelopper ». 

7. cahua. nino « s'arrêter » (quedaise en algun lu^ar... Mol. II). 

8. Il faut lire mo-maca-co •<■ il venait s'arrêter » ; cf. momanâ « enroscarse la culebra, 
ô repressarse el agua », voir note 6 ad § 45. 

9. Sahagun II, chap. 19, 1", écrit aussi A^aolin ce qui correspond à Nahiti-olin 
(voir note 6 ad § 36). 

10. 01 [lin] prêt, du verbe inlransitif o/m/ « se mouvoir ». 
H. mani vej'be intransif « être étendu ». 

12. ç-on-ihua « ils envoyaient » ; du verbe ihua avec la particule on qui signifie la 
direction, 

13. Sur l'épervierdanslerôlcde messager des dieux, cf. Mendieta, Hist. eccles. Ind., 
2, 2, p. 79 : « viendo los dichos dioses que no hacia [el sol] su cui'so, acordaron de 
enviar à Tlôtli por su mensagero, que de su parte le dijese y mandasse, hiciese su 
curso » (Voir note o ad § 37. 

14. -to (prêt, de tivh) équivaut ici au futur de 1" « oratio obliqua ». 

lo. tlatoca [n ?] tlatani « ils demandent en rois » ; une construction analogue est p. e, 
« te-tlaçotla-ca-ni-nemi bivo amorosamente » (Olmos 1. c. p. 170). 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



263 



tleica in amo ollini. » Niman 
ye quito in tonatiuh : « aiih tleica 
ca no conitlani inin yeço inin tla- 
pallo ^ inin tiatoca ? » 

§ 45. Niman ye mononotza in 
teteo, auh niman ye quallani ^ in 
Tlah.uizcalpanteuclli ^ ye quitoa : 
« Auh tleica ma '• nicmina ? Ma '' 
ça ce niman momanaco •'. Niman 
ye quimina : amo huel qui min : ye 
ye quimina in Tlahuizcalpanteuc- 
tli : ye ic quimina in[i] cueçalma- 
mazço " in imiuh tonatiuh. Auh 
niman ic quihualixtlapacho ^ in 
Chiucnaiihapan ^ yuhqui ca ye- 
huatl in TlahuizcalpanteuctU in 
Cetl 't*. 

§ 46. Auh niman ye nepantillo^' 



[Nauiolin)x\on se moveat'.'Tum sol 
dixit : quo jure autem id dominus 
ille nobilis ac superbus postulat ? 

§ i5. Deinde consuluerunt dei, 
TlauizcaJpaniecùtU iratus estdixit- 
que : cur autem (in solem) tela 
non conjicio? ne insistât statim 
omnino ! Dein telum conjecit, 
at (solem) ferire non potuit, 
Jam telum conjecit in Tlahuizcal- 
pantecùtli^ conjecit sagittam suam 
ohductam plumis flammeis, sagit- 
tam phoebi. Facie eum ad tenam 
jactavit, ad orci flumen [C hiconau- 
hapan), ut est Tlauizcalpantecàtli 
{"riiçoris deitas. 

Î5 46. Ac dein ordine dei se 



1. inin yezo inin tlapallo, foi'me abstraite d'ezfli « sang » et tiapsUi ;< couleur 
ronge » ; eztli (lapalli, le c dvandva » (du sanskrit;, bigniiie « sangregeuerosa j>(Mo1. 
II) ; cLte-ezo te-tlApallo ((hijoohija de nobles cavalières » (Mol. II). Le sens est 
ironique. 

2. quallani -^- i/ualani u enojarse ». 

^. Tlahuizcslpanfeuclli est le seigneur de Taube du jour, la planète Vénus. 

4. tleica ma le sens est ; tleican amo « ne pourquoi pa? » ? Sur ce pass-'îge (§ 45), 
cf. aussi Seler, Commentar zum Codex Borgia, II, p. 145. 

;). ma, particule vétative. Il faut probablement lire :7naçaço (au lieu de niaçace) 
»... no se haga caso » (Mol. II). 

6. Voir note 8 ad § 44. 

7. cueçal-mamazço forme abstraite de mamaz-tli « canon con pluma » (Moî. Il), com- 
posée avec cuera'j/j (plume rouge d'arrara » |du Guacamayo (a/o) ], de l'oiseau du dieu 
du soleil). Cf. Seler, Veroff. Kgî. Mus f. Volkkd. Berlin. I, 4, p. Î27-128 ; S.-^hug., 
XI, 2, § 2 ; X, 29, § 8. 

8. qui-hual-ix-flapacho c ii le jeta avec la face vers •■>, dérivé du verbe llapachoa : 
husl signifie ia direction ; ix-tli n face ". 

il. Chidcnauhapan ■ au lieu des 9 eaux » : significalion du fleuve des enf^irs. 
(voir Saliagun, III, Append. 1). 

10. Le dieu Tlauizcalpantecùlli est le même que Cetl «. yelo, o carambano » 
(Moi II). Sans doute ce nom Cetl correspond à citli (« lièvre ») de la tradition ana- 
logue de Mendieta (Hist. eccles., II, chap. 2;. Citli est corrompu de cetl. De plus, 
Cetl ou Itztlacoliuhqni porte dans les peintures icod. Borgia 69 : cod. Borhon 12, 
Tonalaniatl Aubin 12, etc.), la flèche dans la coifl'ure courbée et dentelée de sa tête. 

11. ne-panti-llo passif formé comme ne-tlali-lo, cf. § 34 (note 5). « Ils ne pliîcèreut 
en ordre ». Cf. fpcpana. nite « poner en orden la gente » (Mol. II). 



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in teteoin Titlacahuan, in Huitzill- 
opochtli ' auh in cihua Xochique- 
tzal 2, Yapalliicue 3, Nochpallicue '* 
Niman ye ic teomicohua ^ in ye ve 
oncan in Teotihuacan. 

§ 47. Auh iniquac inic ya in 
ilhuicac in tonatiuh, niman ye 
•yauh in metztîi, çan nexpan in 
huetzito . Auh in onacic in ilhuica- 
tenco ^', niman tochtecomatica ' 
conixamauico ^ in Papaztac ^. 

§ 48. Auh niman connamiquico ^" 
omaxac in tzitzimime^', in cocolle- 
tin '^ auh conilhuique : « Ca ye 



posuerunt Titlacahuan^ Huitzilo- 
pochtli et feminae Xochiquetzal, 
YappalUicue, Nochpalliicue . Tuni 
demum factum est, ut dei sese sacri- 
licarent Teotihuacan. 

§ 47. Ac cum ita sol in coelb iit, 
luna etiam iit quae in cinerem 
soJum ceciderat. Quae cum coeli 
marginem advenisset, Papaztaç 
faciem eius papyro instar amphorae 
vinoriae veiavit. 

§ 48. Ac dein larvae nocturnae, 
mania e trivio in eum inciderunt et 
dixerunt : nempe hic ibis. Ibi eum 



1. Huiizil-opochlli « le colibri du Sud » (opochtli « gauche » signifie le sud), est le 
nom du dieu national des Aztèques ; c'est le dieu de la guerre et originairement une 
divinité solaire. 

2. Xochiquetzal est la déesse des fleurs, une foi^me plus jeune de l'ancienne 
déesse terrestre Teteoinnan ou Tlaçolteoll. 

3. YapalUcue <^ vappalli-i-cue, « son enagua est de couleur brunâtre », yauhlli 
[iyauhlU) <> herbe d'encens », voir SahagunXI, 7 § T. 

4. Nochpalli-i-cue « son enagua est de couleur de cochenille ». Nochtli est le cactus 
(tuna) sur lequel on cultivait les pucerons qui produisent le noch-ezli (« sang du 
tuna » ou cochenille). 

o. teo-micohua, il avait lieu le sacrillce des dieux. Cf. tcnmicque. .< captivos sacri- 
ficados y muertos ante los idolos » (Mol. II). Micohua est le passif de la personne 
indéterminée (en-oua). 

6. ilhuica-ten-co, « au bord [len-tli) du ciel ». 

7. toch-tecoma-tica « avec la cruche de pulque >>. iecomatl « vaso de harro, como 
taça honda » ,'Mol. Il), fochlli « lapin » signifie le pulque et les officiants du pulque. 
Cf. ome-tochtli (prêtre du dieu du vin Sahagun II, Append. § 9) et centzon totochtin 
(les dieux du vin, Sahagun II, Apend. § 3). tica est l'instcumentaî. 

8. c-on-ix-ainaui-co « il (lui) couvrit la face avec du papier » ; on signifie la direction, 
ix-tli « la face » ; ama-ll ■• papier » ; amauia «< empapelar >. (Mol. II), co prêt, dequiuh. 

9. Papaztaç est un dieu du pulque ; cf. Cod. Magliah. fol. 48 v. « que era unos de 
quatro cientosdioses borrachos» ; voir Sahagun 1,22; Il Apend.,§9; X, 29, § 12. Papaz- 
taç ou Papatztac est « celui qui parle confusément. Cî, papaua « cehii qui a les che- 
veux embrouillés — prêtre ». (v- guedejudo », Mol. Il); papàtli « cabellos enhetrados 
y largos do los idolos (Mol. Il) ; papal « parlon » ; papalca « parler mucho ». (Mol. II). 

10. c-on-namiqui-co « il rencontra ». 

11. tzitzimime pluriel de tzitzimi-tl (i) « nombre de demonio » (Mol. I et II). Cf. 
Sahagun, VI, 8; VIII, i ; ce sont les démons des ténèbres, les étoiles qui paraissent 
aux éclipses de soleil 'cf. Chimalpain. Relac. VII, anno 1478). 

12. cocolletin, phiriel do colelétli (colelectli) « cierto demonio » (Mol. II). 



TRADlTlOxNS DES ANCIE.NS MEXICAINS 



265 



nipa in timohuicaz K Oc onipa qiii- 
huecahuato - çan tzotzomatli -^ in 
coniilpillito ^. Auh iniquac in huel 
moman ^ tonatiuh in Nauhollin, 
çan no iquac in conmanaco ^'> ye 
teotlac ". 

§ 49. Auh inic nenca Mixcouatl ^ 
cempohual xihuitl ipan caxtol xi- 
huitl ye no ipan nauhxihuitl auh 
in icihuauh itoca Chimalman '^ 

§ 50. Ce tecpatl xihuitl in ipan 
tlacatque in Mixcohua '^, inic qui- 
chiuhque : Iztac Chalchiuhtliciic ^^ 
ye quinchihua in Mixcohua cen- 



diu detinuerunt, pannis solum eum 
coUig'averunt. Eodem tempore quo 
sol (idest) Nàliuiolin institit,lunam 
retinuerunt, idque post solis occa- 
sum. 

§ 49. Atque ita Mixcouatl XXXIX 
annos vixerat, femina eiusappelatur 
Chimalman. 

§ 50, Anno / lecpatl Mixcohua 
nàti sunt. Hoc modo facti sunt, 
Alba aquae dea Calchiuitlicue 
fecitCCGC Mixcohua. Deindomurn 



1. ti-rao-huica-z,{ui\\v de huica. nino, forme révérentielle .signifiant « se porter, 
aller ». 

2. qui-hiiecahua-to ; huecaua, n arrêter quelqu'un ». 

3. tzotzomatli « trapo, o handrajo » (Mol. II). 

4. c-on-iifpilli-lo « ils l'attachèrent » : dérivé du verbe applicatif et fréquentatif 
iilpi-lia (cf. ilpia). 

0. mo-man prêt, de mana. nino. 

6. c-on-mana-co <( ils l'arrêtèrent ». 

7. teotl-ac (pi'ét. de teotl-aqui) '< le dieu (c'est le soleil) est entré (dans la maison 
de la terre) — le coucher de soleil, l'ouest. Le sens du paragraphe 48 est : on arrête 
la lune afin qu'elle reste en arrière du soleil ; et p3;i Hnt que le soleil s'arrête 
pendant le jour, la lune s'arrête pendant la nuit. 

8. Mix-cohuatl « serpent de nuage » ; c'est le dieu delà chasse et des Chichimèques 
qui vivent en nomades dans les landes du nord (voir Sahagun II, 14; VI, 7 ; Seler, 
comment, z. Cod. Borgia, I, p. 260, 263. 

9. Chiinal-man » le bouclier étendu » (voir ici, § 70). D'après Thévet (i. c. X, 
p. 36), Chimalma est la femme de Camaxlli qui est à identifier à Mixcohuatl, la 
mère de Quetzalcohuatl. D'après Sahagun (Seler, Verôfif, I, 4, p. 136, note 1) la femme 
àe Mixcoatl est Yeuatl-y-cue « peau est son enagua ». Dans l'histoire de la Nation 
mexicaine depuis le départ d'Aztlan (Co(/. 1o76), publiée en 1893 (Paris), p. 7,8, 
Chimalman est la sœur aînée des Mimixcoua : Xiuhnel et Mimich. D'après le Codex 
Zumârraga (chap. 8), Camaxtli descend dans le 8« ciel et crée alors, en l'année / tecpatl, 
(« silex ») 4 hommes et une femme, qui font la guerre pour pouvoir nourrir le soleil 
avec du sang. Dans notre récit aussi, 5 Mimixcohaa naissent en / tecpatl (§ 50) ; 
dans le Codex Zumârraga (cap. 6°) Tezcallipoca fait 400 hommes et 5 femmes pour 
en nourrir le soleil. D'après Mololinia (1. c. p. 12; Chimalmatl et Iztacmixcoallh sont 
les parents de Quetzalcohuatl. Cf. Cod. Zumârraga, cap. 8». 

10. Le plui-iel régulier est Mimixcoua . 

11. Ilztac Cha.lchiuitlicue « la blanche déesse de l'eau ; la couleur blanche fait pro- 
bablement allusion aux anciens temps (cf. Itzac Mixcohuatl, etc.;. 



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tzontli ' . Niman ye callaqui -, ye no 
cepa mopilhuali '^ in innan. Ninian 
tlacati niacuiltin çan no Mixcohua : 
inic ce iîoca Quauhtliçohuauh^^ 
inic orne itoca Mixcohuatl^ inic ey 
cihuatl itoca Cuitlachcihiiatl' . inic 
nahui itoca Tlotepe[tl\ ", inic ma- 
cuil[lji itoca Apanteuctli ^. 

§ 31. Auh iniquac otlacatque, 
atlan callacque, atlan motenque ^, 
nahuilhuitique '^ in atlan. Auh 
niman hualquizque, niman ye 
quinchichiti ^^ in Mecitli^-^, yehuatl 
in Tlalteuctii in Mecitli. Auh 
ve icai n axcan ti Mexica ^'~, ve ce *3 
amo ti Mexica, ca ti Mexitin *'. 



sese abdidit. Iterum mater illo- 
1 uni libères peperit. Quinque (liberi) 
nati sunt, item Mixcohua^ primus 
nomine Quauhtliçohuauh, secun- 
diss nomine Mixcohuatl., tertius 
femina nomine Cuitlachcihuatl, 
quartus nomine Tlotepetl, quintus 
nomine Apantecùfli. 

§ 51 .Qui cum nati essent, in aquam 
introierunt, aqua consederunt, per 
quatuor dies in aqua commorati 
sunt. Ac dein egressos Mecitli uberi- 
bus suis aluit. Haec Mecitli est dea 
terrae. Quam oh rem Mexicani, qui 
nnnc vivimus, non « Mexica », sed 
(( Mexitin » sumus. 



1. Ccnlzon Mixcohua, « les 400 serpents de nuage », ils représentent de même que 
les 400 Centzon Uitznahua dans le mythe d'Uitzilopochtli les étoiles vaincues parle 
soleil (Cf. Seler, Comment. Cod. Borgia, I, p. 264). 

2. Cal-aqui, « rentrer ». La déesse se retire dans la maison pour enfaiiter une 
autre fois. 

3. du verbe pilhuatia. nino. « enfanter >k 

4. QuaiihlliçohuauJi = Quauhtli-i-cohua-uh, « la femme [çohuatl] de Faigle ». 

H. Cuillach-cihuatl composé de cihustl « femme » et cuetlachtli » cercoîeptes cau- 
divolvulus. 

6. Tlo-lepetl c montagne de l'épervier ». 

7. Apan-teuctli composé de teuctli •< seigneur » et apan « dans l'eau ». 

8. no-ten-que prêt, do tana. 

9. nahu-ilhuiti-que de nahuilhuilia « rester quatre jours ». 

iO. quin-chichiti prêt, de chichilia. nile » dar à mamar » (Mol, II). 

H. 3/ecj7/£ formé de metl <.<■ maguoy » etcitli « lièvre. » Cf. Sahagun X, 29, § 12. 
L'étymologie donnée par Thévet (7. c. III, p. 16 et 19) dérive aussi le mot de metl. 
Cf. Clavigero I, 168 et 169 (note). 

12. Mexica pluriel de Mexicatl <■< homme de Mexico » ; d'après d'autres explications, 
Mexico est le « lieu du dieu de la guerre Mexitli » (Ciavigero). 

13. peut-être faut-il lire ic au lieu de ce : ye ic amo ti Mexica, « c'est pourquoi nous 
ne sommes pas Mexica. . . » 

14. Chimalpain, en effet, parle des Teochichimeca Azteca Mexitin Chicomoztoca 
(Brève Relacion acerca de la fuudacion de la ciudadde Culhuacau ; Ms. inéd. Bibl. 
Nat. Paris, anno / acatl z= 1051). 

Il dit ibidem anno / /ec/)a//=1064) : ypan in yn ompa hualquizque yn chan Azt- 
lan yn Mexitin Azteca Chichiineca yn axcan ye motenehua Tenuchca, il ajoute expres- 
sément plus tard : yhuan ayamo yn loca catca yn Mexica, yn achtopa ca çan oc yn 
toc» catca Mexitin. auhynic Mexitin quitoznequi. » Dans cette année vinrent les Mexi- 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



267 



§ 52. Auh niman ye quinnahua- 
tia in Tonatiuh in centzontin Mix- 
cohua^ ye quinmaca in mitl ^ quim- 
ilhui : izcatqui inic annechatli- 
tizque ^', inic annechtlamacazque-^ 
ihuan chimalli; auh in mitl tlaço- 
mitl '*, quetzalmamaço , aztama- 
maço, çaquanmamaço, tlequechol- 
mamaço , tlauhquecholniamaço, 
xiuhtotomamazço '. 

§ 33. Auh no yehuatl in amo 
[nen i] •> noni Tlalteucili. Auh 
amo quichiuhque in innahuatil ^, 
ca ve ic totominiina, ca ve ic ma- 
huiltia '*^ quin oncan mito ^ in Toto- 
mitU^. Quem[m]^*an cana^^inoce- 



§52. Acdein sol Mixcehua man- 
davit, sagittas iis dédit dixitque : 
Hoc est instruinentum quo mihi 
bibere, quo mihi edere daturi estis, 
scutaque (iis dédit). Ac sagittae 
fuerunt exornatae pennis pretiosis, 
calamis instructis plumis quetzal, 
aztall, çaquan, tlauhquechol, tle- 
quechol et xiuhtototl. 

§ 53 Neque vero vixit dominus 
terrae. Neque fecerunt quod jussi 
erant ; in aves enim tela conjicie- 
bant, eo delectabantur, quo ex 
tempore appelantur TotomitL Non- 
numquam tigridem venando nancti 
soli non dederunt. Plumas potius 



tin Aztèques Chichimèques, qui s'appellent actuellement Tenochca [habitants de 
Tenochtitlan] de leur patrie Aztlan... et leur nom premier n'était pas Mexica ; ils 
s'appelaient seulement Mexilin^ai c'est pourquoi il faut dire « Mexilin i^. Cf. Duran, 
I, p. 19; Torquemada, I, p. 293. II, p. 145 ; Gomara (édid. Barcia), cap. 78, p. 80; 
Tezozomoc, cap. I. II, Codex Mendoza, 4* pt. I, 5. 

1. il faut construire ainsi : ye quinmaca in mitl... ihuan chimalli « il leur donna 
la flèche et le bouclier » quimilhui « il parla, . . » 

2. an-nech-atl-i-ti-z-que « vous me donnerez à boire » (Cf. all-i « boire »). 

3. an-nech-tlamaca-z-que « vous me donnerez à manger ». 

4. tlaço-mitl « flèche précieuse » dérivé de tlaçotla « aimer », tlaçoti « valoir ». 
Cf. tlazo-tell " piedra preciosa » (Mol. II), tlaço-làtzin k cher père » etc.. 

5. Les flèches étaient ornées avec les plumes des oiseaux quetzal, aztall, çaquan, 
tlauhquechol, tlequechol ei xiuhtototl; quetzalli = Pharomacrus Mocinno. aztatl Ardea 
candidissima, çaquan (ou çaquametl)= Icterus gularis (StoU, Guatemala, p. 208). Cf. 
Sahag. X, 29 § 10 ; XI, 2, § 1, etc. 

tlauhquechol = Platalea ajaja. (s. Mol. II, Torquemala, X, 35 (M, p. 299). tlequechol 
est une espèce de quechol moins connue, xiuhtototl = Cotinga cincta (Sahag. X, 
29, § 10). 

6. Je con']eci.ure amo ne ni llalteuctli = amo nen in Tlallecùtli « il ne vivait pas 
encore le seigneur de la terre ». 

7. in in-nahuaiil u leurs ordres ». 

8. m-ahuil-tia « ils se réjouissaient ». 

9. tn-ito du verbe itoa. nino « être dit » (s'appeler). 

10. Toto-mitl '< flèche des oiseaux ». Probablement c'est une étymologie du nom 
connu des Otomis [Otomill], tribu très dispersée et sauvage. Les Otomis s'appellent 
eux-mêmes Hiahiu ou nahnu. Quant à la perte de la consonne t au commencement 
de ce mot, je renvoie à tocuiltecall, tocuilcoyotl et ocuilin. 

H. quemman « algunas vezes. . . » (Mol. II), 

12. c-ana « ils prenaient », r se rattache à l'objet, ncelotl« tigre ». 



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loti, amo quimacy in tonaliuh. Ni- 
man ye mopotonia ; in ocaciqiie • 
in ocelot!, niman ve cihuacochi -. 
mopotonitoque '^. niman ye tzi- 
huac ^ tlahuana % çan cenxoco- 
mictinemi '', çan cenihuintitine- 
mi^. 

S 54. Aiih niman ve no quin- 
nahuatia in Tonatiuh in macuiltin 
izçatepan^ tlacatque. Niman ye 
quinmaca in tzihuacmitP, quinmaca 
teuhchimalli '*^'. quimilhui : « No- 
pilhuané, tle anquimati '• in axcan 
in Ceiitzon Mimixcohua anquipo- 
polozque '- amo quitoa : in tonan, in 
tota 1-^. 

§ 00. Niman mizquiticpac '' mo- 



sibi agglutinaveruut. Postquamti- 
grideni ceperunt, cum feminis eon- 
cuberunt, plumas sibi ago^lutinave- 
runt. sucum tzUiuac potaverunt; 
ebrii facti sunt, sensibus orbati 
vinoque sepulti. 

^ oi Ac dein sol quinque illis quo- 
que postea natis mandavit. Tum lis 
sagiLtam spinosam dédit scutumque 
pulverulentum dixit : o mi liberi 
quid est ? scitisne vos nunc CCCG 
Mixcohua esse deleturos? quippe 
qui non dicant: o mater nostra, pater 
noster ! 

§ oo. ïuni CCCG Mixcohua super 



1. o-c-nci-qui « ils gagnaient ». 

2. cihua-cochi « coucher avec une femme ». 

3. mo-poloni-to-quc « ils allaient se couvrir de plumes ». 

4. tzihuac est une plante épineuse, espèce d'agave croissant dans les landes du noi'd. 
Cf. Sahagun, X, 29, §2; II, Apend. ; cf. riiiéroglyphe du lieu Tziuac-tepetl (Cod. 
Tell. Rem., f. 25); v. Hymne Vil, où il est dit que Mixcouall est originaire de Tzl~ 
uactUlan (v. 2). Lui, et les autres dieux chichimèques Olonlecùlli et Amiinitl portent 
aussi des flèches de tziiinc {tziuacinitl, tziuac tlacochtli), cf. ici, ^ 54 et § 68. Hernan- 
dez mentionne une espèce appelée tetziuaclli. 

b. tlahuana. ni « bevor vino o emborracharse templadamente » (Mol. II). D'après 
le Cod. Zumarraga Cainaxtli invente le pulque avec lequel les Chichimèques 
s'enivx'ent (cap. 8°). 

6. cen-xoconiic-(i-nenii, « ils s'enivraient complètement ; du verbe xocomlr/ui. ni 
« embeodarse » (Mol. II) ; nenii signifie la coutume » ils avaient la coutume de s'eni- 
vrer complètement ». 

7. cen-ihuinti-ti-nenii du verbe iainlia. hin. « emborracharse » (Mol. II). 

8. iz çalepan < in ralepan par assimilation des consonnes. 

9. tzihuac-mill « flèche de la plante épineuse » voir note 4 ad § 53. 

10. teuh-chitnalli « bouclier dépoussière » {leuh-ili). Certainement cela fait allusion 
aux déserts du nord. 

H. an-qui-mati, Tobjet qui indique la phrase suivante : in axcan incentzon Mimix- 
cohua anquï[m] popolozque. 

12. Il faut lire an-quim-popolo-z-que « vous les détruirez «. 

1.3. Dans VHisloria Tolleca Chichimeca, ms. inédit de la Bibl. Nat. de Paris, le 
soleil qui s'arrêta quatre jours et nuits sur la terre, porte le nom m tota in totepeuh 
«notre père, notre seigneur », 

14, mlzqui-licpac « sur les acacias » ; mizquitl « arbol de goma para tiiito ') 
iMol. II I. Cf. Sahagun, XI, G, ij 7. 



THADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



269 



tenque, niman ye oncan quimitta, 
niman ye quitoa : <( aquique in ca 
çan motenque'. Niman je oncan 
moyaochihua, niman quahuitl itic ' 
callac in Quauhtliçohuauh. Auh 
Mixcohuatl tlalloncallac •^, auh in 
Tlotepe\tl] itic callac tepetl ^, ni- 
man allan moquetz in Apanteuctli, 
auh in ihueltiuh ^ in Cuitlach- 
cihiiatl tJachco moquetz 

§ 56. Niman ye qui[njyahual- 
loa ^^ aocaque ' in ompa tenca ^ in 
mizquiticpac, matiahuacalco ^ in 
tenca. Niman ye ic nanaizca "^ in. 
quahuitl, niman ye ic inpan'' ma- 
tzayani ^^^ niman ye hualquiza in 
QuauhtUzohuauh in quahuitl itic. 
Auh niman ye tlalolini, niman ye 
hualquiça in Mixcohuatl in tlallan 
callacca*-^. Auh niman ye xitini'% 
niman ye huitomi in tepetl, niman 
ye hualquiça in Tlotepetl. Auh 
niman ye poçoni '° in atl, niman 
ye hualquiça in Apantéuctli. Auh 



acaciis consederunt, tum ibi visi 
sunt, dixerunt (quinque Mixcohua): 
qui sunt qui ibi consederint? Tum 
ibi bellum est ortum, tum Quauh- 
tliçohuauh (interiorem partem) 
arboris iniit. Ac Mixcohuatl terram 
introiit, et Tlotepetl interiorem par- 
tem montis intravit, dein Apante- 
cûtli aqua et soror eius major natu 
Cuitlachcihuatl loco pila ludendi 
sese erexerunt. 



§ 56. Tum bellum iis intulerunt, 
neque vero jam super acaciis fue- 
nmt, sed (arte magica) in plagis 
infuerunt. Dein arbor fragorem 
dédit, super eos confregit, tum 
Quauhtliçohuauh ex interiore parte 
montis evenit. Ac dein terra mota 
est, evenit Mixcohuatl qui terram 
introierat. Ac dein mons corruit, 
discessit, ac Tlotepetl evenit. Ac 
dein spumavit aqua, evenit Apan- 
tecùtli. Ac dein illos (CCCG 



1. moleuhque du ms. ne donne pas de sens. Il faut lire mo-ten-que. 

2. iti-c i< dans le veatre, au dedans de. . . » 

3. tlal-on-callac « Il entra dans la terre ». 

4. tepetl-iti-c callac, « Il entra dans la montagne ». 

5. ueltiuh-tli i< sœur amée » . 

6. quiytihualloa <. qviyyahualloa < quin-yahaalloa par assimilation. 

7. aoca-que « ils n'y étaient plus » pluriel du verbe aocac » no esta ya aqui » 
(Mol. II). 

8. tenca, cf. rno-ten-que ; tenca du verbe temi « être établi, se trouver », intransi- 
tif du verbe tema « placer quelque chose ». 

9. matlahuacal-co u dans les rets » ; maUahuacaUi «red de cacaxtles » (Mol. II) 

10. nanaizca « rechinar, ocruxiralgo » (Mol. II). 
H. in-pan «sur eux. » 

12. matzayani « abrirse la pared o el cielo. . . -> (Mol. II). 

13. call-ac-ca, plus-que-parfait de cal-aqui. 

14. xitini « caerse o deshazerse la pared o sierra. . . » (Mol. II). 

15. poçoni « henchirse de enojo, o do yra. » (jeter de l'écume). 

Société des Américanistes de Paris. '18 



270 



SOCIÉTÉ DES AMÉRICAISISTES DE PARIS 



niman ye quinpehua ' auh quinpo- 
loque. 



§ 57. Auh quin iquac quitlama- 
caque ~ catlitique ^ in Tonatiuh, 
auh occequintin in mocauhque ^ ; 
niman ye huitze ^ quintlatlauh- 
tizque ^ ic quin yolcehuia ^ , niman 
quitoque : « Otamech to teopohui- 
lique ^,' ma ximohuicacan ^ in Chi- 
comoztoc^''\ ce ve amoztotzin '' ! ma 
ximocallaquican, ca ye amochan- 
tzinco 12, Auh ^^ cuix quin ye 
toztouh? Ca ye ipa toztouh, ca 
tochan, ca tonquitlaçoque -^, ca ça 
ozto tempan titotlalizque '^. 

§ 58. Auh niman ye temo '^ in 



Mixcohua) vicerunt atque deleve- 
runt. 

§ 57. Tum demum soli [carnem 
et sanguinem sacrificatorum] cibum 
potumque suppeditaverunt, alii au- 
tem resta verunt ; ac dein venerunt 
ut iis concionem haberent eoque 
modo solatium praeberent; dixe- 
runt : vos in deorum nostrorum 
numéro retulimus, conferte vos 
Chicomoztoc, ibi estcavernavestra, 
introite, ibi est domus vestra. 
[dicunt illi] Quid vero, nonne haer 
erit caverna nostra ? [respondent :] 
— certe, est nostra caverna, est 
nostra domus, locum delegimus, 
cavernae margine solum conside- 
mus. 

§58. Ac dein descenderunt (coelo) 



i. Le sujet sont les 5 Mimixcohua. 

2. Cf. note 3 ad § 52. 

3. c-atl-i-ti-que; cf. note 2 ad § 52. Cf. Cod. Zumarraga, cap. 8° « y fasta que se 
curapliô el quinto trece despues del diluvio siempre hizo Camasale guerra, y con ella 
diô de cornerai sol ». 

D'après le Cod. Zumarraga, cap. 8°, trois Chichimèques échappèrent seulement 
{Xiuhnel, Mimich et Camaxtli). 

4. De ceux qui restèrent descendirent les Chichimèques. 

5. uitze « ils venaient ». (cf. Olmos, 1. c. p. 120). Cf. ici § o9. 

6. tlallauhtia « hacer oracion » (Mol. II). 

7. yolceuia. nile « aplacar à otro » (Mol. 11). 

8. o-l-amech-to-teo-pohui-li-que « nous vous avons compté parmi nos dieux ». 
pohui-lia applicatif de pohua « compter. » 

9. xi-mo-huica-can « allez », cf. note 1 ad § 48. 

10. Chicom-ozto-c « lieu des 7 cavernes », célèbre demeure originelle des tribus 
mexicaines ou Naua, située au nord et dont toutes les sources font mention. 

11. ani-ozto-tzin « votre caverne » ; tzin a un sens tantôt révérentiel, tantôt dédai- 
gneux. 

12. amo-chan-tzin-co « lieu de votre maison ». 

13. On peut ajouter ici : alors ils disent : 

14. Le passage semble êti'e corrompu ; t-on-qui-tlaço-que a le sens « nous l'avons 
choisie (la caverne), mesuré (le sol) ». Cî.tlaco-tli « cosa preciosa, o cara » et tlaçotla 
« aimer ». 

lo. ti-to-tlali-z-que « nous nous établirons ». 
16. temo « descendre ». 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



271 



mamaça * oontetl in intzontecon ^ 
onteme ^. Auh no omentin inin 
Mixcohua, izce * itoca Xiuhnel ^, 
auh inic orne itoca Mimich^ ; aami ' 
teotlalli 8 itic. Niman ye quintoca'^ 
in mamaça in Xiuhnel in Mimich 
quinminaznequi ^9. 

§ 59. Ce yohual in quintocaque, 
ye no ipan cemilhuitl ye teotlac 
in quinciauhcauhque ^^ Niman ye 
quimolhuia. « Nica[n] ompa xi- 



duo cervi bicipites. Fuerunt etiam 
duo Mixcohua, primus nomine 
Xiuhnel, secundus nomine Mimich. 
Venari soient campis desertis et 
abditis. Tum Xiuhnel et Mimich 
cervos persecuti sunt ictu eos inter- 
ficiendi cupidi. 

§ 59, Per noctem unam persecuti 
sunt etiam per diem imum, usque 
ad solis occasum eos defatigave- 
runt. Tum (cervi) dixerunt : fac 



1. ma/nazâ pluriel de maçatl « cerf». 

2. in-tzontecon « leurs têtes », voir tzontecomail « tête ». 

3. on-te-me « deux ». te-me pluriel du mot classificatif tell. Sur cette tradition, 
cf. Cod. Zumarraga cap. 8° : En el 4" aQo del 4° treze despues del diluvio uvo un 
gran ruido del çielo, y cayô un venado de dos cabeças... «/(qui devint le dieu des 
Cmtla.ua.ca.). On voit représenté dans les peintures de la cour du palais II J de Mitla 
(la côte occidentale, c'est-à-dire la région de Mitla, était dédiée à Mixcouatl), le cerf 
à double tête couvert avec une enagua, c'est-à-dire en femme (voir Seler, Wandma- 
lereien von Mitla, Berlin, 1895, pi. Ilî, 6 et 7). Dans la cosmogonie mixtèque, d'après 
la tradition des habitants de Cvilapa, le couple des dieux créateurs se présente sous 
forme de cerfs (v. Fr. Gregorio Garcia, Origen de los Indios, Madrid, 1729, libro 5, 
cap. 4, p. 327 ss., 4% Clavigero, I, 164, 345). 

4. izce < in ce « l'un » par assimilation. 

5. Xiuh-nel « la véritable turquoise' ». 

6. Mimich « poisson », cf. mich-in « poisson ». 

Xiuhnel et Mimich sont les deux représentants bien connus des Chichimèques. On 
les voit vêtus avec des peaux et peints dans le Cod. Boturini (éd. Kingsborough, f. 9) 
comme iWtœcouaf/ avec le <Zaî/'^/iua//i autour des yeux. Cf. Cod. 1576 (7)... yehuan- 
tin yn quintocayotia Mimixcoua yn cetlacatl ytoca Xiuhneltzin ynic orne ytoca Mi- 
mitzin [<cMimich-tzin'\ iniquey in çiuatl yn ueltiuh [Quilaztli] « ceux qu'on appela 
Mimixcohua, le premier nommé Xiuhneltzin, le deuxième Mimitzin, la troisième, leur 
sœur aînée. . . » 

D'après Muîloz Camargo (Hist. de Tlaxcala, I, chap. 5) les tribus migratrices 
vinrent de Chicomoztoc à Maça<epec« montagne descerfs», où l'on se sépara d'/<z<oZ/t et 
de Xiuhnel, pendant que Mimich tuait le démon Itzpapalotl avec des flèches. Cf. aussi 
Cod. Zumarraga cap. 8°, voir note 81 ad § 64. Voir une autre version dans l'Hist. de 
Colhuacan y de Mexico, l'» partie, p. 3, 

7. aami, du verbe ami « chasser », 

8. Cf. l'édifice appelé Teotlalpan (ce qui signifie le nord, la région des landes), 
Sahagun II, Ap. § 3, No. 10. 

9. toca « poursuivre ». 

10. quin-mina-z-nequi ; nequi « vouloir » avec le futur d'un verbe en-3. 

11. quin-ciauhcauh-que dn verbe ctau/icaua « fatiguer », v. ciauhcaua. nino <■ cnho- 
darse, ô cansarse » (Mol, II). 



272 



hualmoxacalti ' on -, iz 
xacaltia •; a ^ ve huitze tlahuelilo- 
que •''.)) 

§ 60. Auh niman qiiiçato in ma- 
maça catca ye cihua in omocuep- 
que. 

Tzatzitihui '' quitohua : « X'iiih- 
neltzin^ Mimichtzin ^, can in an- 
cate '^? Ma ximolhuian ^, ma xatli- 
quî '^, ma ximotlaqualtiquî " î » 

§ 61. Auh in oquicacque '^, ni- 
man ye quimolhuia : » Nica ma ti- 
quinnotz ^'^ I 

Auh niman za^'' ye qiiinnotza 
in XiLHNEL quimilhui : xihuallauh 
nohueltihué. Niman ye quilhui'a : 
XiUHNELïzix maxatli^'^. 

Auh in XiuiiNEL nima[n] ye coni '" 
in eztli, niman ye ic itlan mofeca '"; 
auh in oquitecac '^, niman ipan 



SOCIÉTÉ DES AMERICAMSTES DE PAKIS 

3 [nilno casam ibi, hic eg^o casam faciam. 



Malevoli iam adsunt. 

§ 60. Ac dein venerunt ii qui 
cervi erant, iam in feminas sese 
converterunt. Glamaverunt, dixe- 
runt : o Xiuhneltzin, o Mimichzin, 
ubi estis ? utinam loquamini, uti- 
nam veniatis aquam potum et ali- 
quid esum! 

§ 61. Quod cum audissenl, dixe- 
runt : Ne respondeas (respondea- 
mus) ! 

Dein autem Xiuhnel solus iis 
respondit dixitque : " adveni o 
soror mea ! "Tumeidixit [femina] : 
" Xiuhneltzin^ utinam aquam 
bibas ! 

Ac dein Xiuhnel sanguinem 
potat, dein feminae concumbit. 



1. xi-hual-mo-xacnl-ti « fais à ton tour une hutte ». xacHlli » choça, bohio à casa 
de paja » (Mol. II). 

2. on particule de la direction (démonstrative). 

3. iz « ici » = nican, et. Olmos (1. c), p. 188. 

4. a ; faut-il corriger et lire in ? peut-être est-ce une interjection comme aya dans 
leshymnes. Quelquefois an se trouve au lieu du démonstratif in. En ce cas il faudrait 
lire ay ye < an ye « ceux-ci déjà »... 

5. Pluriel en-grue de tlaueliloc « malvado, o vellaoo » (Mol. II). 

6. tzalzi-t-ihui « ils vont crier». 

7. tzin est particule révérentielle. 

8. can in an-cale « où êtes-vous ? 

9. On attend la forme xi-mo-[i\ Ihuia-can, ou xiniolhuiâ. 

10. x-all-i-quî « venez donc boire ». 

11. xi-mo-tla-qualli-qul a venez donc manger ({uelque chose ». 

12. o-qui-cac-que ; cac prêt, de caqui « entendre ». 

13. Prohibiti vus (7?ià avec le prêt, du verbe «o/za); no^^a a ici lesens de « répondre. » 
Cf. § 62 : auh in Miniich anio quinotza « et Mimich ne répondit point ». 

14. Za ye «< zan ye par assimilation. 

15. Mï x-a-ll-i " que tu boives de l'eau ! " Voir plus haut note 10 ad § 60. 

16. C-on-i " il le boit" ; on signifie la direction. 

17. i-tlan mo-teca " il se couche auprès d'elle" Voir § 75 de notre texte : itlan 
motecac. 

18. o-qni-leca-c, prêt, du verbe leca " étendre ''. 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



273 



hualmixtlapachcuep^ niman ye 
quicua - qualcoyonia '^. 



§ 62. Auh niman ye quitoa in 
Mimich : u lyo, ca ye quallo '♦ inin 
nachcauh! » Auh in occe cihuatl no 
çan quinotzticac -' quilhuia : « No- 
quichpiltzin G, ma ximotlaqualti ! n 
Auli in Mimich amo quinotza ", 
Auh niman ye tlequauhtlaça, ni- 
man ye quitlallia in tletl ; auh in 
oquitlalli, niman ompa motlal(l)o 
ticalac ^ in Mimich. 

§ 63. Auh i[zj cihuatl ompa qui- 
tocaticallac ^ in tleco; ye(ce) yo- 



Quam cum prostravisset, supra eam 
sese effudit (ut vas in vas effasum) 
faciem apprimens, tum [feminaj 
eum devoravit. perforavit. 

§ 62. Ac dein Mimich dixit : 
eheu, frater meus devoratus est ! 
Alia femina item eum vocavit dixit- 
que : omi fili, utinam edasaliquid! 
Neque vero Mimich respondit. Ac 
dein ignem terebrando fecit, ignem 
accendit. Ac cum accendisset, Mi- 
mich intrare (in ignem) propera- 
vit. 



§ 63. Ac femina in ignem eum 
subsecuta est, Per noctem unam 



1. hual-m-ix-tlapach-cuep, pré*, du verbe ixllapach-cuepn. iiiila "' embrocar " 
ôponer las vasijas boca baxo" (Mol. II), huai indique la direction; voir qui-hual- 
ixtla-pacho, note 40 ad § 45. 

Cette union de Xiuhnei et de la femme de cerf rappelle les représentations d'un 
couple d'homme et de femme dans les '• codices", où l'on voit le couple uni sous une 
couverture précieuse. De plus, on y trouve un courant rouge passant de la bouche de 
l'un à la bouche de Taulrc, ce qui indique symboliquement l'union sexuelle des deux; 
cf. Codex Borgia I l'édition du duc de Loubati, f. 61 enbas, à gauche; comparer Codex 
Borgia. f. 9; cod. Vat. B. f. 28, f. 87; cod. Vat. \. f. 12 v° ; cod. Borbonicus, f. 19, 
etc. 

2. qui-cua ou qui-qua, yoiv qui-cua^z~que, note 7 ad. § 104. 

3. qualcoyonia offre quelques ditficuités. Peut-être ce passage est-il corrompu. 
Je ne crois pas qu'il y avait dans le manuscrit original la version ; qualcoyonia ou 
qui-ual-coyonia. En ce cas, d'après l'orthographe de l'auteur anonyme on attendrait 
qualcoyonia [qui-hual-coyonia). Qualcoyonia serait une combinaison de quai et 
coyonia " perforer ", où quai pourrait avoir le sens de " bien, complètement ". 

D'autre part, on pourrait .soupçonner une faute du copiste et au lieu de qualcoyonia, 
il faudrait lire quelcoyonia, qu-el-coyonia^^ elle lui perfora (en le mangeant) le foie". 

Enfin, il serait possible, ce que je ne crois pas, de lire : qui-cuaqual-coyonia. Quoi- 
(|u'il en soit, le sens est toujours : "elle le dévora". 

4. quallo ; qua-lo « il fut mangé ». 

5. qui-notz-t-icac ; les verbes combinés avec icac (ajouté par la ligature / ou ti) en 
reçoivent un caractèie de participe. Cf. Olmos, p. 154 ; cf. plus bas note 3. ad §70 ; 
10ad§ 74; 12 ad § 90. ' 

6. N-oquich-pil-tzin « o mon fils » ; oquich-tli est « l'homme », 

7. Cf. p. 274, note 13, ad §61. 

8. mo-tlallo-t^callac, combinaison des verbes tlaloa. nino « s'empresser ». cf. Tla- 
lo-c) et calaqui « entrer » par la ligature li. 

~9. qui-loca-ti-cnllac cf. note piécédente; combinaison de toca poursuivre el c.ilaqiii. 



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SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



huai quitocac ipan ye no nepantla 
tonatiuh in quitocac. Auh ye on- 
can in nepantla temoc ^ in teoco- 
mitl ^, ipan onhuetzito, Iz cihuatl 
yuhqui in tzacpan^' ohuetz. Auh in 
oquittac tzitzimitl in huetztoc^, ni- 
man ye quimina çan encan hual- 
mocuep. Niman ye ic huitz tla- 
matzantihuitz^, tlatzonilpitihuitz 6, 
tlamachiotitihuitz ', chocatihuitz, 
in oqualloc ^ in iyachcauh. 

§ 64. Auh niman ye conca- 
qui in teteo, in Xiuhteteuctin 9, 
niman ye huica [quijnotzque in 
cihuatl in Itzpapalotl "^ teyacan- 



secuta est eum etiamque ad meri- 
diem. Ac tum descendit, super mé- 
dium cactum rotundum cecidit. Item 
femina post eum cecidit. Qui cum 
maniam cecidisse videret, sagittis 
in eam conjecit ibique est reversus. 
Ac dein venit, brachium involvit, 
capillos [ut miles] substrinxit, sese 
pinxit, ploravit quod frater suus 
devoratus erat. 

§ 64. Ac dein id dei, dei ignis, 
audiverunt ; venerunt illi, vocave- 
runt feminam Itzpapalotl. Mimich 
antegressus est [exsequias]. Accum 



1. Le sujet est Mimich. 

2. teo-comitl « espino grande » (Mol.). Dans le Codex Boiurini (fol. 9) on voit 
Xiuhnel et Quilaztli étendus sur les teocomitl, Mimich étendu sur un arbre mizquitl. 
Dans la 1« partie de l'Hist. de Colh. et de Mexico (§ 82), les Toltèquesémigrants arrivent 
à Teocompan; cf. Cod. 1516., p. 7 et 8 ; teocomitl correspond à ueycomitl ou uei noch- 
tli (Hernandez, p. 176-177) ; dans l'hymne ÎV, 5, on trouve /eu con^//. 

3. tzac-pan « derrière », cf. tla-fzac-can « alcabo, alfin, ô a la postre » (Mol. II). 

4. fiuetz-toc ; cf. ni-tiuelz-toc « estoi echado, o caydo » (Oimos, p. 154). combi- 
naison des verbes tiuetzi et oc (onoc). 

5. tla-matzan-ti-huitz composition des verbes llamatzana et fiuitz. Le verbe tla- 
matzana ne se trouve pas dans le vocabulaire de Molina, ma signifie la. main, le bras. 
Puisque Mimich se prépare aux funérailles de son frère, on peut conjecturer que 
Matzana signifie : orner le bras de quelque chose (envelopper avec des rubans, 
prendre un bracelet, etc.). 

6. tla-izon-ilpi-li-huitz « il se retroussa les cheveux » à la niode des guerriers. 

7. //a-mac/ito/J-<t-/iut73 « il se peignit », cf. machiotia. nit la reglav papcl, odebuxar 
algo » (Mol. II). 

8. o-qua-lo-c « il fut mangé ». 

9. Xiuh-teuc-tiri pluriel de Xiiih-tenctli « seigneur de la turquoise ». C'est le 
dieu du feu. 

10. Itzpapalotl (( papillon d'obsidienne ». Cette déesse chichimèque en forme de 
papillon et avec le .tatouage du dieu du feu, domlnaul le 16* signe diurnal cozca- 
quauhtli, servante à Tamoanchan, est la déesse sacrifiée, qui est morte en guerrier 
{mbciuaquetzqui), et qui correspond à Ciuateotl (voir aussi Seler, comment. Cod. 
Borgia I, p. 180 ss.) ; elle est sacrifiée (Camargo I, cap. 5°) par Mimich. Très impor- 
.tant est l'hymne IV, dédié a Teleoinnan (vers .'), 6 et 8) : ^.. Ahuiya ohoya teutl 
ca teucontlipaca lona aya Itzpapalolli « ô le dieu vint, sur le cactus, notre mère, 
le papillon d'obsidienne ». — 6. Ao avà ticyailaca chiconanixtlauatla macatl i 
yollo yca mozcaltizqui fnnan tlalfecàfli « ô tu as vu les 9 landes, notre mère, la 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



275 



tia 1 in Mimich, auh in ocanato^, 
niman ye quitlatiya. 

§ 65. Niman ve cuecueponi-^ in 
yancuican cuepon xoxouhqui tec- 
patH, inic op[p]a cuepon iztac tec- 
patl. Auh niman conanque ^ in 
iztac, niman ye quiquimiloa ^. 
Auh inic expa cuepon cozauhqui 
tecpatl ; amo no conanque ; çan 
conitoque ^. Auh inic nauhpa cue- 
pon tiatlauhqui tecpatl, amo no 
canque. Inic macuilpa cuepon 
yayauhqui ^ tecpatl, amo no c- 
anaque. 

§ 66. Auh in iztac tecpatl ni- 
m.an ye quimoteotia ^ in Mix~ 
cohuatl. Niman quiquimiloque, ni- 
man ye quimama, niman ye yauh 



funus (corpus mortuum Xiuhnel) 
adepti essent, cremaverunt. 

§ 65. Tum denuo germinavit ; ger- 
minavit silex viridis, iterum germi- 
navit silex albus. Ac dein silicem 
album ceperunt, involverunt. Ac 
tertium germinavit silex flavus. 
Neque ceperunt. Hune solum voca- 
verunt. Ac quartum germinavit silex 
ruber, neque ceperunt. Quintum 
geminavit silex niger, neque cepe- 
runt. 



§ 66. Silicem album autem pos- 
tea Mixcohuatl ut deum veneratus 
est ; tum involverunt, dorso {in 
sarcina) sustulit, dein profectus est 



déesse terrestre, se nourrit des cœurs de cerfs ». — 8. Ako maçall mochiuhca 
teutlaîipan mitzi y a no iifacoyeva Xiuhnello yeva Mimicha : changée en cerf c'étaient 
Xiuhnel et Mimich qui le voyaient dans les landesdu nord ». (Cf. Selcr, ges. Abhdlg. 
I, p. 994 ss.).— En effet, Xiuhnel a des relations avec le dieu du feu ; cf. Historia de 
Colhuacan y de Mexico l'"« part., § 2 : Mixcoail, Tozpan et Ihuitl qui doivent donner 
leur proie de chasse au Xiuhiecùtli (Huehueteoll) : yehuantin intoioca in tenamaztli 
eieme « ils sont les noms des 3 pierres de l'être » et, § 20 : .... in qvipiazque 
Xiuhiecùtli, in Tozpan ihuan Jhuili ihuan Xiuhnel « ceux qui garderont le dieu du 
feu, Tozpan et Jhuili et Xiuhnel. 

1. te-yacan-tia « il les conduisit ». 

2. o-c~ana-to. 

3. cuecueponi verbe intensif de cueponi « abrirse y abrotar la flor... » (Moi. II). 

4. D'après Mendieta (Hist. eccles, 77-82) Citlalicue enfante un silex que ses fils 
furieux jettent sur la terre où le silex éclate et les 4.400 dieux en sortent à Chico- 
moztoc. 

5. c-on-an-que prêt, du verbe ans « saisir ». 

6. quimiloà » envelopper » signiQe le faisceau, dans lequel on porte sur le dos 
l'idole en migration. C'est pourquoi le teo-mamà « celui qui porte l'idole du dieu sur 
le dos » est le nom d'un prêtre. Cf. sur ce point aussi § 66 de notre texte. 

7. Selon rnoi c-on-ilo-que = prêt, du verbe itoa au lieu de conitaque. 

8. yayauhqui « noir », la racine yauh cf, yâp-palli (-< yauh-palli) » color negro » 
(Mol. II). 

9. qui-moteotiù du verbe teotia. nicno « tener o adorar alguna cosa por dios » 
(Mol. II). 



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SOCIETE DES AMERICAMSTES DE PARIS 



in tepehuaz itocayocan Comallan ' 
quimamatiuh in tecpatl initeouh '^ 
in Itzpapalotl. 

§ 67. Auh in oquimatque Cowal- 
teca •* connamiquico ^ in Mixco- 
huatl. Niman ye quitlaqualtequi- 
llia -^j çanic conyolcehuique ''. 

§ 68. Auh niman ye yauh in 
Teconma "', çan no yolcehuiquequi- 
toque : « Tle maillia ^ in tlacatl ^ ? 
Ma nican mohuicatz '^ auh xiquaî- 
[mo] cuilia ^* in itzihuactzin, ma 
nican no quitzotilli ^-. » 

§ 69. Auh niman ye yauh in 
Colhuacan ^-^ quin ompa hualtepeuh. 
Auh in ontepeuh in Colhuacan, ni- 
man ye yauh in Huehueiocan *'% ni- 
man ye yauh in Pochtlan ^^, no 
hualtepeuh. 



Comallan expugnatum, Itzpapalotl 
silicem, deum suum, dorso sustu- 
lit. 

§ 67. Quod cum. Comalteca acci- 
perent, obviam. Mixcohuatl pro- 
cesserunl ; cibum ei deposuerunt, 
hoc modo solum ei satisfecerunt. 

§ 68. Ac dein Teconman profec- 
tus est, eodem modo ei satisfece- 
runt, dixerunt : quid principi facere 
placet ? Utinam eo veniat et sagit- 
tam plantae spinosae suam capiat, 
ne eam inquinet (?) ! 

§ 69. Ac dein Colhuacan profçc- 
tus est. Inde démuni expugnator 
venit. Ac cum Colhuacan expugna- 
visset, Huehuetocan profectus est, 
Pochtlan iit, quod oppidum item 
expugnavit. 



\. Comàllnn « lieu du cornai ». D'après Camargo cap. v edid. Chavero p. 40} les 
Tlaxcàlièques émigrants passent à Comayan ou Comallan. 

2. m-i-<eo-uA est attributif : /^spâpa/o^Z porta le silex blanc, son dieu. 

3. Conial-teca « les habitants de Comallan ». 

4. c-on-namiqui-co « ils venaient le rencontrer ». 

5. qni-flaqual-tequi-liâ, applicatif du verbe teca a déposer ». 

6. c-on-yolcehui-que « ils l'apaisèrent ». 

7. Teconma = Teconman (.< lieu où se trouve le vase d'argile ». 

8. m-ai-lia, forme révérentielîe (réfléchie et applicative) du verbe ai « faire ». 

9. tlacatl « seigneur ». . 
id .mo-hulca-tz voir note 12 ad § 27. 

11. Il faut lire et ajouter : xi-c-hual-mo-cui-lia. 

12. Ce passage est obscur et semble être corrompu. Tzotl ou Izncuillatl « la 
sueur », (Voir itzoca, n. « tener suzia la cara », Mol. II). tzo-ti-lia serait l'applicatif, 
ce qui signifie peut-être « salir ». Tzotilia. nino signifie « se peindre en guerrier des 
lignes noires à la face. 

13. Colhuacan, « lieu des ancêtres, ou lieu de la courbe ». Il y a deux localités 
de ce nom, l'une mythique (v. Teo-colhuacan), le domicile originel spécial des Mexi- 
cains , situé dans l'ouest. (Cf. Seler, ges. Abhdlg. II, p. 757), et l'autre, historique, 
située au sud de la capitale, Mexico, sur la rive septentrionale du lac de Xochimilco. 
cf. Camargo (Hist. de Tlaxcala edid. -Chavero, p. 40). 

14. H'jehuetocan ; d'après le Codex Osuna (34 v.), un lieu de ce nom est situé dans 
la seigneurie de Quauhtitlan. 

15. Poc/i</anest le nom connu d'an des sept « barrios » de marchands ou ca/puf/t de 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



277 



8 70, Auh niman ve vauh in 
Mixcohuatl in tepehua in Huitz- 
nahuac ^ Quihiialnamic in Chi- 
malman cihuatl, nimanye quima- 
na in ichimal, niman ye quitema 
in imiuh ihuan in ivatlauh - çan 
petlauhticac-^, atle icue, atle ihui- 

§ 71. Auh in oquittac in Mixco- 
huatl, niman ye quiminiina. In[icj 
ce quitlaxiili ^ çan icpac quiz ', 
çan mopacho ''. Inic op[p]a quitla- 
xilîi iyomotlan " onquiz, çan tla- 
€ueIo^, Auh inic expa quitlaxiili, 
çan quimacuic ^. Auh inic naTplpa 
quitlaxiili initzallan ^^ inquiquixti '^ 
Auh in ye yuhqui no nauhpa qui- 
min, niman ye ic mocuepa in Mix- 
cohuatl niman ye ic yauh. 

§ 72. Auh in cihuatl niman ic 
cholio ^ - motlalito oztotl atlatîauh- 
can *•' in va auh ye no cepa mochi- 



§ 70. Ac dein M ixcohu ail pvofec- 
tus est Huitznahuac expugnavit. 
Fenrinam Chimalman nanctus est; 
tum illa scutum suum deposuit, 
sagittam tabulamque jaculatoriam 
suam coliocavit. Plane nuda fuit, 
sine vestimento, sine tunica uUa. 

§ 71. Quam cum Mixcohuatl \'\- 
disset, tela ineam conjecit. Primum 
contendit, attamen superiit (sa- 
gittal subsidente ea. Iterum telum 
ineam conjecit, latus icit, ea autem 
(sagittam) solum incurvavit. Ter- 
tium conjecit, sagittani manu exce- 
pit. Quartum conjecit, niediam eam 
icit. Quo modo cum quater in eam 
conjecisset, Mixcohuatl reversus 
est, abiit. 

§ 72. Femina autem tum effugit, 
spelunca quadam quae erat in fau- 
ibus arenaceis consedit. Atque 



Tliiteiolco (Cf. Sahag. IX, 3). Ici le nom semble indiquer une autre localité difficile à 
déterminer. Pochtîan est aussi un « barrio » de Unexolzinco, d'Almoyauâcan, 
etc. 

1. Huitznahuac « auprès des épines » signifie généralement le sud, spécialement 
le temple de Tezcatlipoca. 

2. in-iy-atla-uh ; ailatl est « amiento « (Mol. II). 

3. petlauhticac forme analogue à quinotzticac (cf. note 5 ad § 62, 10 ad § 74) ; 
petlaua. nino « despojarme, o desnudarme » ; pellauh-l-oc . ni, estar echado y descu- 
bierlo, sin ropa alguna » (Mol. II). 

4. qui-tlaxi-li, applicatif en ttâ du verbe tlaça •■• jeter, tirer des flèches ». 

5. quiz prêt, de quiza x< sortir >k 

6. mo-pacho prêt, de pachoa. nino « abaxarse, incîinando el cuerpo... » (Mol. II). 

7. i-yomotlan, son côté » ; yornotlantM << costado de persona,.. » (Mol. II). 

8. tla-cuelo prêt, de cueloa. nitla >< doblegar vara » (Mel. II). 

9. qui-ma-cui-c « elle la prit avec la main ». 

10. i-tzalan ; cf. tzalan. te « entre algunos, o por medio dellos ». 
H. qui-quix-ti prêt, de quix-lia, causatif de quiçà. 

12. chiillo prêt, de ckoloa « fuir ». 

13. atlatlauh-can « au lieu des ravines » (atlatlauh-tli). 



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chihuaco * in Mixcohuatl in omicti- 
co 2 [qmictico]. 

§ 73. Auh niman ye nocepa ye 
quitemoto ^ ; in acoac ^ quitta, ni- 
man ye quinmimictia ^ in Haitzna- 
hua cihua ^'. Auh niman quitoque 
in Huitznahua cihua : « Ma tite- 
mo ^ », concanato ^ quilhuique : 
<i mitz temoa in Mixcohuatl, mo- 
pampa quinmimictia in mi[c]u- 
huan ^. » 

§ 74. Niman ic canato hualla in 
Huitznahuac. Auh ye no cepa ya 
in Mixcohuatl ye no cepa qui- 
namiqui, çan no maxaubticac^^, 
çan no quiman in chimaili in 



iterum Mixcohuatl sese ad pugnam 
ornavit ut eam interfîceret. 

§ 73. Ac dein iterum eam quae- 
situm iit. Quam cum iam non vide- 
ret, feminas Huitznahua interfecit. 
Ac dein feminae Huitznahua dixe- 
runt : Ne quaeras ! Illam [Chiinal- 
man) arripuerunt, dixerunt : Mix- 
cohuatl te quaerit, tua causa sorores 
tuas interficit. 

§ 74. Tum iilam arripuerunt, 
Huitznahuac ierunt. Atque iterum 
Mixcohuatl iit, iterum in eam inci- 
dit, subligaculo solo vestitam ; item 
illa scutum deposuit sagittamque 



1. mo-chichihua-co « il se prépara, orna au combat ». chichiua nino « adereçarse, 
componerse, o ataviarse ». 

2. o-mic-ti-co sans doute, c'est une faute delecture du copiste. Dans l'original était 
écrit, on Je peut conjecturer avec raison : Qmictico {= qui-rnic-ti-cô) ; le copiste a lu o 
au lieu de éf ; mochichihuaco in Mixcohuatl in qiiimictico 'x se. prépara au combat 
pour tuer la femme ». 

3. qui-temo-to « il alla le chercher », prêt, du verbe temoa, « cherher ». 

4. aocac <( no esta ya aqui » (Mol. II). 

.5. quin-mimic~tia, verbe réduplié de mic-iia « tuer ». 

6. Huitznahua [c] cihua «les femmesdu sud ». L'interprétation de cet intéressant 
passage offre des difficultés. Les femmes du sud, les sœurs de la Chimalman, cor- 
respondent peut-être aux 400 garçons du Sud icentzon Uitznahua). 

7. ma-ti-temo, « prohibitivus », « ne cherche point ! )■ 

8. c-on-c-ana-to « elles la saisirent » ; l'objet est deux fois indiqué par c, ou il 
faudrait lire o-on-c-ana to. 

9. miuhuan ne donne pas de sens. Je conjecture : micuhuan <; m-icuh-huan « mes 
sœurs » ; cf. icuh. h. « mi hermana menor [dice la hermana mayor] » (Mol. II). 

10. maxauh-t-ica-c (cf. petlauhticac etc. voir note 5 ad § 62, 3 ad § 70), « elle 
n'avait qu'un max</a//(ma.x//a^/(<bragas», Mol. II). Cette forme correspond exactement 
k: a-maxa-uh-ti-nen-ca a ils vivaient sans m.axtlatli<tàïides Huaxtèques, Sahagun Ms. — 
livre X, chap. 29, ,^ 12) ; la racine de maxtlatl, max — est apparentée à une autre 
racine maxa : cf. ô-maxa-c « lugar donde se divide el rio en muchas partes » ; 6-maxa- 
c ou 6-maxal-co .< encrucijada de caminos » (Mol, II' ; il est probable que la racine 
maxa, maxa, maxal- est composée des deux racines ma et xal ; cf. .'naa-aroa» apartarse 
de un camino », maxaltic « cosa divisa como camino, o horcajadura de arbol »; la 
racine ma est « main », xal « diviser », cf. xal-li « sable » (ce qui est divisé, pulvé- 
risé), xelûa « partir, rajar 6 dividir algo » (Mol. II). 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



279 



imiuh. Auh ye no cepa icpacpa 
quiz in mitl, ihuan ce iyomotlan, 
ihuan ce quimacuic ihuan inic [nap- 
pa] tzallan quiz. 

§ 75. Auh niman in ye yuhqui, 
nima[n] yeiccana, itlan motecac in 
cihuatl in Huitznahuac 'cayehuatl 
in Chimalmah ^. Auh niman ve ic 
otzti^. Auh iniquac tlacat nahuil- 
huitli cenca quitoUini ^ in inantzin, 
in nimafn] ye ic tlacati i[z] ce 
Acatl^. Auh in otlacat, niman ye 
ic onmiqui in inantzin. 

§ 76. Auh in ce Acatl ye quihua- 
pahua^ in Quillaztli' in Cihuaco- 
huatl. Auhinye qualton^, nimanye 
quihuica in itàtzin in tepehua. Auh 
inic moyaomamachti ^ itocayocan 
Xihuacan ^^' [Xiuhâcan), ompa 
tlama ^''. Auh in ce Acail oncan 
itlàhuan in Cenfzon Mixcohua, ni- 
nîa[n] ye quicocollia ''^ quimictique 
in itàtzin. 



suam. Atque iterum primum sagit- 
ta superiit, una latus icit, et alte- 
ram manu excepit quartumque me- 
diam eam icit. 

§ 75. Ac dein cum ita res se ha- 
beret, feminam cepit, cum femina 
Huitznahuac, id est Chimalman, 
concubavit. Ac dein gravida facta 
est. Cum nasceretur (filius), mater 
eius per quatuor dies maximos do- 
lores perpassa est, tum peperit [in- 
fantem nomine] Ce Acatl. Quo nato 
mater est mortua. 

§ 76. Ac [infanti] Ce Acatl dea 
Quilaztli-Clhuacohuatl mammam 
dédit. Qui cum adolevisset, pater 
eius expugnator eum secum duxit. 
Quo modo omnes belli artes 
edoctus est loco nomine Xiuhacan ; 
ibi homines belio capti sunt. Patrui 
autem (juvenis) Ce Acatl, CGGG 
Mixcohua, patrem eius oderunt, in- 
terfecerunt. 



i. i-tlan-mo-teca-c in cihuatl in Huitznahuac «il se coucha à côté de la femme du sud», 

2. ce Acatl (Quetzalcohuatl) est donc le fils de Mixcouatl et de Chimalman (cf. 
note 9 ad § 49. 

3. oizti prêt, du verbe otzlia « devenir enceinte ». 

4. qui-tolini, du verbe tolinia. nite « afligir o maltratar à otro » fMol. ÎI) ; la nais- 
sance de l'enfant causa de grandes douleurs à sa mère. 

5. ce Acatl « 1 canne » est, nous l'avons déjà dit, un nom connu de Quetzalcohuatl 
qui était né et mort dans une année ce acatl (cf. Historiade Coihuacan y de Mexico, 
I-^* part., §24 et §41 \ 

6. qui-huapahua « il le nourrit », cf. uapaua, nite « criar niîlos, 6 esfofçar y animar 
à otro ». (Mol, II). Cf. note 9 ad § 33. 

7. Quilaztli cf. Quilachtli, note 4 ad § 30. 

8. quai-ton « pubère, viril » ; cf. ye qualton ichcatl « borrego » (Mol. II), 

9. mo-yao-mamachti; yaotl « ennemi» ; mamachtia. nino «ensayarse ô imponerse » 
(Mol. II), 

10. xiuh-â-can « au lieu du sang » ; xiuh-atl (cf. chalchiuh-Stlj « l'eau de turquoise, 
l'eau précieuse, le sang ». 

il. tla-ina « on fit des prisonniers », impersonel, cf. Olmos, p. 76 ss. 
12. qui-cocolia « ils le haïssaient », cocolia. nite « aborrecer o querer mal a otro » 
(Mol. II) 



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§ 77. Auh in oquimictique, ni- 
man xaltitlan * caquito ~, Auh in 
ce Acatl ye quitemohua itàtzin ye 
quitoa"^:« Catli in notktzin ? » Auh 
niman ye quilhuia in Cozcaquauh- 
tir* : « ca oquimictique in motà- 
tzin, ca nechca in onoe in oquito- 
cato, » 

Auh niman canato^ itic quitlalli 
in iteocaî ^' in MixcoatepetP . 

§ 78. Auh in itlàhuan ^ in oqui- 
mictique in itàtzin, in itoca Apane- 
catP ihuan Çolton "• ihuan Cail- 
ton *', niman ye quitoa : « Tlein ic^- 
[tlein ic nie?] mamaliz in iteocal ? 
intla*-' çan tochin '^ intla çan co- 
huatl ? Xiquallanizque ^^ ye qualli. 



§ 77. Quem cum interfecissent 
sabulo humaverunt. Ce Acatl o^uiem. 
patrem suum quaesivit , dixit : quis 
est pater meus ? Ac dein dixit sar- 
coramphus : illi (CCCC Mixcohua) 
patrem tuuminterfecerunt, hic vero 
jacet, (hic) humaverunt. Ac dein 
corpus exemit patrem tuum tem- 
ploque Mixcoatepetl intulit. 



§ 78. Sed cum patrui nomine 
Apanecatl et Çolton et Cuilton pa- 
trem eius interfecissent, dixit : quo 
modo terebrando templum meum 
aperiam? Num cuniculo, num ser- 
pente ? Ac dein dixerunt : hoc ar- 



1. xal-titlan « au sable ». 

2. c-aqui-to, prêt, du verbe aquia. nitla «... meter algo en agujero » (Mol. II). 

3. Le même détail se trouve dans 1' « Histoire de Colhuacan et de Mexico » 
I""" part., § 23 ; ici ce Acatl n'avait que neuf ans quand il recherchait son père. 

4. cozcaquauhtli « aigle à collier », ici nom propre? 

5. c-ana-to « il le tira de... » 

6. Il faut combiner itic in iteocal « au dedans du temple ». 

7. Mixcoatepetl « montagne de Mixcoatl », ici nom du temple, où le corps du père 
de Quetzalcohuall esi enterré, est aussi {d'après l'hymne XIX, 4} la montagne, où l'on 
fait du îeu par lefrottenient de deux bois. Mixcoatl, le représentant des Chichimèques 
chasseurs est, d'après d'autres traditions, celui qui produit du feu par frottement, car 
la flèche ressemble au bois frottant, (cf. Cod. Zumarraga, chap. vi). 

8. Ces oncles portent les noms suivants : Apanecatl, Çolton et Cuilton. 

9. Apanecatl « qui habite la rive ». Le nom est d'ailleurs connu comme celui d'une 
de ces quati'e personnages qui portaient sur le dos l'idole de Huilzilopochtli pendant 
la migration des Aztèques. (Cf. Cod. Bot. feuille 1,2; Codex l.")76, p. 5). 

10. Çol-ton n la petite caille » [çol-in). 

11. Cuil-ton est peut-être le diminutif de ciiitli « autour ». Sur cnilli, cf. Seler, 
ges Abdhdig. I, p. 238. 

12. Il fautlire : tlein ic nicmainoliz innofeàcal «avec quoi dois-je ouvrir mon temple 
en produisant du feu par frottement ? », car, § 79, il est dit : anxoca nicmamaliz in 
noteocal « avec vous j'ouvrirai mon temple en produisant du feu par frottement » ! 

13. intla, particule conditionnelle. Il faut ajouter : nicmamaliz. 

14. tochin =z tochlli i( lapin >). 

15. Cette phrase a été altérée probablement par un copiste. Il faut construire 
ainsi: Auh niman quilhuique : xiquallanizque l ye qualli in oceloll, in quauhtli, in 
cuellachtli; xiciuallanizque = xi-c-hual-lluni-z-que ; hual-lani « aller chercher ». 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



281 



Inocelotl, in quaiihtli, in cuetla- 
clitli '. Auh niman quilhuique. 

§ 79. Quito in ce Acatl, quimil- 
hui : « ca ye qiialli, ca yehuatl ~ 
yaz. » 

Niman ye quinotza in oceloll, in 
quavihtli, in cuitlachtli, quimil- 
hui: (' Xihualhuican ^ notlàhuan- 
[éj, quil^ amoca >' nicmamaliz in 
noteocal ca amo anmiquizque, ca 
ye antequazque^ yehuantin inca' 
nie mamaliz in noteocal, in notlà- 
huan[é]. Auh çan nenpanca ^ te- 
quechmecayotilloc ^. 

S 80. Auh in ce Acatl niman ve 
quinnotza in totoça[n]me "' quimil- 
huï : « Notlàhuané, xihualhui- 
yan '•, xicoyonizque *' in toteocaî. » 
Auh in totoça[n]me niman ye tla- 
tolocaquili '^, coyonique inic ompa 
càllac in ce AcatL^ icpacpa quiçato 
in iteocal. 



cessunto ! idonei sunt tigris, aquila, 
Caudivolvulus. 

§ 79. Locutus est Ce Acatl iisque 
dixit : bene se habet, eunto ! Tum 
tigridem, aquilam, caudivolvulum 
vocavit iisque dixit : advenite, o 
mipatrui, vobiscumtemplummeum 
terebrando me esse aperiturum di- 
cunt. Neque vero moriamini, quin 
etiam eos quibuscum templum 
raeum terebrando aperiam devora- 
bitis, o mi avunculi ! Simulate la- 
queis animalium gulae compressae 
sunt. 

§ 80. Ac Ce Acatl dein talpas 
vocavit iisque dixit : o mi avunculi, 
advenite, cavate templum nostrum ! 
Ac talpae dicto audientes excava- 
tionem fecerunt per quam Ce Acatl 
intravit summoque templo egres- 
sus est. 



1. Ce sontlà les mêmes animaux qui sautèrent dans le feu, en suivant Nanahuatl, cf. 
§42. 

2. Les animaux sont regardés comme des objets; on attendrait la forme : ca yehuan- 
tin yazque. 

3. xi-hual-hui-can « allez ici ! ». 

4. quil << on dit ». 

5. amo-ca « avec vous ». 

6. an-te-qua-z-que « vous mangerez les hommes ». 

7. in-ca « avec lesquels ». 

8. nenpanca ; cf. nem panca « cosa sin provecho », nen « en vano, por demas, o sin 
pi'ovecho » (Mol. II). Cela veut dire : On fit semblant de les étrangler. 

9. te-quech-mecayo-ti-lo-c «on les étrangla »'. 

10. Il faut lire : (otoçan-nie, pluriel reduplié et en me du mot toçun « taupe ». 
H. Xi-hual- hui-yan = xi-hual-hui-can « allez ici ». c s'amollit souvent en y. 

12. Il est mieux de lire : ti-coyoni-z-que « nous voulons creuser ». 

13. tlatol-o-caqui-li= o-tlatlol-caqui-li, prêt, de llalol-caquilia. nile « dar credito y 
oyr lo que me dizen » ; comme Ton attendrait le pluriel tlatolocaquili-que (à cause de 
coyonique), on peut croire que le copiste a omis là co, syllabe par laquelle commence 
aussi le mot suivant. Je propose donc : tlatolocaquilico coyonique... » ils venaient 
lui obéir, ils creusèrent... ». 



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§ 81. Auh in quiloque in itlà- 
huan : « In tehuantin ' titlequauh- 
tlaçazque. » In icpac cenca papa- 
qui^in oquimittaque in ocelotl, in 
quauhtli, in cuitlachtli in e cho- 
quillico 3, 

§ 82. Auh in hualmozcallique ^, 
ye t'equauhlaça in ce AcatI . Auh 
niman cenca ye qualani in itlà- 
huan. Niinan ye hueyacatiuh ^ in 
Apanecatl, ninian ye tlecotihuetzi ''. 

§ 83. Auh in ce Acatl niman ye 
hualmoquetz, niman ye quixama- 
nia "' fin] tezcatlcomatica ^, niman 
ye ic hualhuetzi in tlaczintlan 9. 
Niman ye tzi[t]zquia^'^ in Çolton, in 
Cuilton. Niman ye tlapitza in te- 
quanime", niman ye quimictia ; 
chilli quiniontemillitihui*^, in achi 
contequi '^ in innacayo. Auh in o- 



§ 81. Ac patrui eius locuti sunt : 
Nos ignem terebrando taciamus. In 
superiori parte templi valde gesti- 
veruiit-cum tigridem aquilam cau- 
divolvulum vidèrent qui jam [sese 
esse moribundos] plorabant. 

§ 82. Sed cum [animalia] rem 
veram intelligerent, Ce Acatl iam 
ignem terebrando fecit. Ac dein 
patrui eius valde irati sunt. Tum 
Apanecatl longe surrexit, dein ce- 
leriter ascendit. 



§ 83. Ac Ce Acatl sese erexit, 
tumeum serpente speculis exorna- 
to contudit, tum deorsum decidit. 
Dein successerunt Çolton et Cuil- 
ton. Tigrides (tibiis) cecinerunt, 
tum illos [ut sacerdotum admmistri] 
necaverunt, pipere condiverunt, car- 



1. tehuantin, pronom absolu de la f^ personne du pluriel sorte de révérentiél 
qui relève la phrase. Cf note 8 ad § 38. 

2. papaqui. ni « tomar plazer y alegrarse » (Mol. II). 

3. in ye choqui-li-co « qui déjà venaient pleurer (leur mort) ». 

4. hual-moii)zcali-que «ils revenaient à eux «a ici le sens : il apercevaient ce dont il 
s'agissait (qu'on ne voulait pas les étrangler véritablement). 

5. hueyacatiuh c< il se vanta ». Cf. ueya. ni « hazerse grande 6 crecer en honra y 
dignidad » (Mol. 11). 

6. tleco-ti-huetzi, combinaison des verbes tleco. ni « subir arriba » et huetzi par la 
ligature ti : « il s'empressa de monter ». 

7. xainania .nitla « caxcar o quebrantar cabeça o vaso de xical )> (Mol. II). 

8. Il faut très probablement lire : tezcallcohuatica =. tezca-coua-tica « avec le 
serpent à miroir ». Ceci rappelle le serpent à turquoises [Xiuhcouatl du mythe de 
Huitzilopochtli (Sahagun, III, 1, § 1). 

9. tlatzinllan « abaxo, ô debaxo (Mol. II). 

10. Izilzquia. nile « asir de alguna persona » (Mol. II) , ils se joignaient à lui ; 
Çolton et Cuilton sont le sujet de la phrase. 

11. tequanime « les tigres » (te-qua-ni « qui mange les hommes = tigre »). Ces 
bêtes sont présentes ici comme prêtres. 

12. quim-on-temi-li-ti-hui, verbe applicatif en lia, combiné (par li) avec un verbe 
de mouvement, dérivé de tema « placer ». 

13. achi c-on-tequi « couper quelque chose en petits morceaux ». 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



283 



quintoneuhque *, nima[nj ye ic 
quimaltequia -. 

§ 84. Auh in ce Acatl niman ye 
no cepa tepehua itocayocan Ayo- 
tlan '^. Auh in oontepeuh, niman ye 
y auh in Chalco ^ m Xicco-' no onte- 
peuh . 

Auh in oontepeuh, niman ye 
yauh in Cuixcoc ^ no tepeuh. Auh 
niman ye yauh in Çaconco ^ no te- 
peuh. Niman ye yauh in Maça- 
tzonco ^, no huel tepeuh. Niman 
ye yauh in Tzapotlan ■', no huel 
tepeuh. Niman ye yauh in Acallan "^ 



nemminutatim consecuerunt. Quos 
cum coxissent jurulentos ederunt. 
§ 84. Ac Ce Acatl iterum locum 
nomine Ayotlan expugnavit. Quo 
expugnato Chalco, Xicco est profec- 
tus, quae loca etiam expugnavit. 
Quibus expugnatis Cuixcoc pro- 
fectus est, item expugnavit. Ac 
dein Çaconco [?] profectus item ex- 
pugnavit. Tum Maçatzonco profec- 
tus item omnino expugnavit : tum 
Tzapotlan profectus item omnino 
expugnavit ; tum profectus Acallan 
ubi flumen transiit item omnino 



1. o-quin-loneuh-que ; cf. toneua « bouillir, cuire ». 

2. quim-altcquia, « ils les mangeaient avec une sauce ». 

alteqtiia = a lequia. nitla « regar » (Mol. II). le premier élément a est la racine du 
moi atl « eau »; en composition quelquefois on trouve al. Cf. aliia « banarse », aïlepetl 
« village » (< atl-tepetl), Almoyauacan <^ Atlmoyauacan, etc. 

3. Ayotlan « lieu de tortue » désigne en général (cf., A^nauac Ay!;!ha] ia côte 
Pacifique où les marchands mexicains, au temps du roi Ahuilzotl (1497), entreprirent 
des expéditions guerrières (Saljagun, IX, 2). Une autre localité de ce ncm est située 
au bord septentrional du lac de C/ia/co. 

4. Chal-co, ville célèbre sur la rive orientale dub*c de CItalco. 

5. Xicco « au lieu du nombril », petit lieu sur lé lac de Chalco, domicile d'origine 
d'Acapol, fondateur de la tribu des Chalca (cf. Hist. de Colhuacan et de Mexico, 
1" partie, § 75. Cf. ibid., § 69). 

6. Cuia?coc est diftlcile à déterminer. Dans l'Histoire Toltécochichimèque(Ms, Paris 
Bibl. Nation.), les Cuixcoca (haTsilants de Cuixcoc) sont mentionnés à propos des habi- 
tants des 20 villes-OUes des Toltèques. 

7. Çaconco est, sans doute, corrompu. Le fait que 3/afat3onco suit immédiatement, 
me porte à conjecturer que çaconco est une corruption de ce dernier mot. D'autre 
part, on pourrait penser à Çacatzonco, etc. 

8. Maçaizonco « lieu des ctieveux de cerf ». Cette localité est mentionnée 
avec Tzapotlan, Acallan et Tlapallan. Je suppose donc que Maçatzonco correspond 
à Mazatlan, dont la première partie de VHistoria de Colhuacan y Mexico faitmention 
comme lieu traversé par les Toltèques émigranf de (7 /jo/oZ/an jusqu'à Ayotlan, Maza- 
tlan'yl. c, §85) est situé(cf. Codex Mendoza, 49, 5) dans les environs de Xoconochco 
(Soconusco). 

9. Tzapotlan. Il est peu probable que cette localité soit celle située d^ns Jalisco. 
Elle correspond plutôt à Teotzapotlan, la capitale des Tzapotèques. 

10. Acallan « pays des navires » signifie une localité à l'est du Rio Usumacinta, 
à l'ancien chemin de commerce reliant Tabasco (Xicaicmco;, Peteu et le '. oiTo l'ike. 
Dans une chanson (éditée par Brinton : Ancient Nahuall Poetry, Philad.. iol!3. 



284 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

in oncan ic panoc, no huei tepeuh. expugnavit ; hoc modo Tlapallan 

inic acito Tlapallan'. pervenit, 

§ 85. Âuh niman ye oncan mo- § 80. Ac dein ibi aegrotavit, per 

cocoa, macuil [il] Iiuitl ^ in mocoeo, quinque dies aegrotavit, tum mor- 



XVIÎI, avec une « traduction » très arbitraire, et par Antonio Penafiel : coleccion de 
documentos para la hist. Mexicana, Méx., 1899, Cantares, N" XLV, p. 38 [sans tra 
ductionj), on trouve l'intéressant passage qui suil : 

yaqui yacauhlehuac Nacxitl Topiltzin,onquiqiiizlic^ yechoquilllo in topilhuan shuay 
ye yauh in poliliuiliuh nechcan Tlapallan hoay « il s'en est allé, il est parti, Nacxill 
Topiltzin {Qiietzalcohnail} ; ils sont sortis Jles Toltèques), nos seigneurs, qui furent 
déplorés, hélas ! il va mourir à Tlapallan ». 

Npchcayan Cholollan oncan tonquizaya Poyauhlecatillan in qui ya-panohuiya y 
Acallan... « Il étaiih Cholollan, lu quitlas Poy au hteealillan, il passa l'eau à Acallan... ». 

I. Tlapallan « lieu de la couleur rouge ». On trouve d'autres synonymes tels 
que Tlillan Tlapallan « pays de la couleur noire et rouge » (pays des peintures, des 
Mayas) ; Tlallayan <- lieu de brùlement •> ; Tlillapan Tizapan ; Nonoualco (Onoualco) 
llahtolU y niocuehcuepyan « pays des étrangers, où la langue est changée », 
au sens de Yucatan, Tabasco et Campeche. » Cf. Torcjuem, II, 45, p. 79 ; III, 3 (I, 
p. 230) ;Chimalpain, VII,p. 28, 29, .37 ; Sahagun, X, 29, §3; Cod. Vat., A., 15; première 
partie de IHistoria de Colhuacan y de Mexico, § 33. Malheureusement juste à ce 
point le récit de Thévet (edid. de Jonghe, 1. c, p. 40) est tronqué. Cod. Zumarraga, 
ch; 8 ; Mololinia, 1. c, I, cap. 30, p. 48 ; Ixtlilx., Relac, tomo I, p. 33-56 ; Hist. Chi- 
chimeca,p. 24, etc. Très importantes pour cette question senties dernières recherches 
faites par M. Seler, voir Commentarzum Cod. Borgia, vol. II, p. 1 ss., et « Einiges 
ïiber die natiirlichen Grundlagen mexikanischer Mythen », Zts. f. Ethn., Berlin, 
vol. XXX VU (1906). 

Il faut distinguer les Toltèques mythiques des Toltèqucs protohistoriques et histo- 
riques. Il est possible que la substance des légendes de Quetzalcohuatl soit d'un carac- 
tère lunaire, mais cela n'explique pas tous les traits, tous les détails des traditions. 
Le grand et très difficile problème de l'origine des Toltèques et de leur cul- 
ture n'est pas encore résolu : les Mexicains ont-ils adopté la civilation toltèque ou 
l'ont-ils développée eux-mêmes? Les Toltèques sont-ils venus de l'orient, de l'ouest, 
du nord? Sont-ils les propagateurs d'une culture semblable à celle des peuples du 
Yucatan ou sont-ils les véritables inventeurs d'un fond de civilisation commun à 
toutes les cultures mexicaines et centro-américaines unies par les idées religieuses, 
le culte, les sciences, mais, pour la plus grande partie, absolument dilîérentes quant 
aux langues ? 

Dans notre texte, la migration de Topiltzin porte des caractères plus historiques que 
dans la première partie de l'Historia de Colhuacan y de Mexico (§ 33). Elle correspond 
à la migration des Toltèques (ibid., §82-85), qui en 1064 [ce tecpatl) sortent et se 
dispersent sur Cintoc... Chapollepec... Colhuacan, Cholollan, Teohuacan, Cozcat- 
lan, NonohuaUo, Teotiilan, vers les pays des tierras calientes, Tabasco {Copilco) et 
^oconusco {Ayot.lan, Mazatlan), 

2. Cf. l'Hist. de Colh. y de Mexico, l''« partie, §52 ; Quetzalcohuatl, a\ant samort, se 
couche dans une caisse pendant quatre jours (auh çan nauilhuitl yn lepetlacalco 
onoca) , 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



285 



nima[nj yeicmiqui. Auh in ooniuo- 
miquillî, niman ic quitlatique ^ tlac- 
tlac 2. 

§ 86, Auh in Topiltzin ^ ompo- 
hual xiuhti on caxtolli ipan ce xi- 
huitl^; çan no ce aca</ inicollin inic 
ya inic quicauh iniaitepeuh in Tol- 
lan, auh inic mie nahui tochtli in 
ompa Tlapallân. 

§ §7. Auh in Tollan niman ye 
aoc tlatlaca^ mamani,tlatohuaniti ^ 
iniç ce [ijtoca Huemac ', inic omey 
Nequamecl^, inic ey Tlatlacatzin^ ^ 
inic nahui itoca Huitzilpopoca '^, 



tuus est. Quo mortuo corpus cre- 
maverunt. 

§ 86. Ac Topiltzin LVI annos 
natus erat. Eodem anno 1 acatl 
[quo natus] in viam se dédit, ur- 
bem suam Tollan reliquit, atque 
anno 4 tochtli Tlapallân mortuus 
est. 

§ 87. Neque To^ian ulli principes 
[antiqui] fuerunt, récentes reges 
facti sunt: primus nomine Huemac 
secundus nomine Nequametl^ ter- 
tius [nomine] Tlatlacatzin^qKxaTixis 



{. Dans la !*■- partie de l'Hist. de Colh. y de Mexico, c'est Quelzalcohuâtl qui se brûle 
lui-même et meurt. Ici on brûle son cadavre (cf. Ixtlilxochill, Rclaciones, 1. c, p. 55 : 
« y él fué el primero que fué quemado »). 

2. Ce mot semble corrompu. On attend : qui-tlati-que yn i-tlac; tiaclli « le corps». 

3. To-pil-tzin « notre cher Seigneur », nom de Quelzalcohuatl (Hist. de Colh. et de 
Mexico, 1'"= partie, § 24). 

4. Topiltzin était âgé de 56 ans (lorsqu'il mourut). Il était né en ce Acatl. Il mourut 
en * tçchtlic, cela fait en effet un cycle de 52 années et 4 années de plus. D'après 
la l""^ partie de FKist. de Colh. et y Mexico, il était né et mort en ce acatl, il 
aurait donc vécu de 843 (p. Chr.) à 895 (ibid., § 24 et 54). Ibid., § 59, on lit qu'il était 
âgé de 33 ans. Mais d'après la tradition de re/scoco (ibid., § 32), il serait mort dès 
2 acatl, 883 p. Chr. {2 acatl Telzcoco tlatolli ypan mie Quelzalcohuatl Topiltzin Tollan 
Colhuacan). 

5. Le texte distingue entre tlacail u seigneur »ei,tlatohuani n roi». Aoc llailaca^^il 
n'y avait plus de seigneurs de l'antiquité » ; les auti^s repx-ésentent une nouvelle 
série. Cf. note i page suivante, 

6. tlatokuani'ti « devenir roi ». 

7. Huemac ; l'étymologie de ce nom est difficile. D'après la l""® partie de l'Hist. de 
Colh. y de Mexico (§ 68-83), ilaurait régné de 994 (p. Chr.) à 1070. Sous lui, oa sépara 
de la royauté la suprématie sacerdotale qui y avait été réunie par Quetzalcotiuail. 
Une grande famine causa les sacrifices d'hommes (le ilacalHiztli et le llacaxipeua- 
Uztli) ; sous lui, les Toitèques commencèrent à se disperser et, fâché de cela, il se 
pendit dans la caverne Cincalco auprès de ChapoUepec. D'après d'autres souix:es, 
Huemac serait à identifier à Quelzalcohuatl même ; mais, d'après Torquemada f3, 7 
I p. âo6), Huemac est l'ennemi de Quelzalcohuatl, 

8. Nequa-metl « mellis potatrix », Cf. Hernandez (Romae, 1651), fol, 273. Ici nom 
propre. 

9. Tlatlacatzin, nom propre, composé de tiacatl « seigneur » et du x-évérentiel tzin. 

10. Huiizil-popoca, nom propre, composé de huitzilin « colibri » et do popoca 
« fumer. » 



Société des Améric&nisles de Paris, 



19 



286 



SOCIETE DES AMERICAMSTES DE PARIS 



OC no iz nahuintin in i[n]toca in 
quincauhtia Topiltzin ^. 

§ 88. Auh Nonohualco ^ tlato- 
huani itoca Huctzin 3, niman ye 
motetzahuia ^, ye quitto [quitta] 
in tlacanexquimilli ^ in tlaca hue- 
yac 6. Auh niman ye yehuatl in 
aquin ^ tequaya. Auh niman ye 
quitoa in Tolteca : « Toltecayé, 
aquin ye n[te] qua ? » Niman ic 
quipia|chia] s, niman canque. 
Auh in ocanque, telpochitontli 
amo tlanetentzotzoyotian ^, niman 
ye quimictia. 

§ 89. Auh in oquimictique, ni- 
man ye ontlachia in itic atle iyol- 
lo, atle icuitlaxcol, atle iyezo *-. 
Niman ye iyaya ". Auh in aquin 
quinj^m] ocui'^ ic miqui, auh in aca 



nomine Haitzilpopoca. Eadem qua- 
tuor nomina sunt eorum qui Topil- 
tzin successerunt, 

§ 88. Ac dein Nonohualco prin- 
ceps nomine Hiielzin portentum 
accepit. Vidit omen Tlacanexqui- 
milli, fascem longum et vividum. 
Ac dein id homines devoravit. Ac 
dein Tolteca dixerunt : o Tolteca, 
quis homines dévorât ? Tum id 
viderunt, ceperunt. Quod cum ce- 
pissent, puerulus fuit aetatis qua 
imberbes sunt pueri. Tum eum 
mactaverunt. 

§ 89. Quo necato in ventre eius 
nullum cor, nuUa intestina, nullum 
sanguinem conspexerunt. Tum pu- 
tuit. Quiscumque eum tetigit, ob 
eam causam mortuus est. Eorum 



1. Dans la l""* partie de l'Hist. de Colh. et de Mexico, les successeurs de Quelzal- 
cohuatl avant Huemac sont: Matlacxochitl (895-930), Nauhyotzin (930-933), 3/a</acoa- 
tzin (933-973), TUlcoatzin (973-994). Ils seraient les tlatlaca ». Cf. note 5. ad §87. 

2. Ici Nonoualco ne signifierait pas les pays de Yuca tan, Tabascoet Campeche, mais 
une localité aux environs de Tollan. Cf. p. e, le quartier Nonoalco cité par Sahagun, 
II, 34; IX, 14. 

3. Huelzin est nommé comme un seigneur de Colhuacan dans l'Hist. de Colh. y de 
Mexico, l'« partie, § 96, comme le 3* roi des Toltèques à Tollan (Torquem, I, 14, 
I, p. 37). Huetzin Nonoua/catl, comme 5* roi de Tollan (Torquem., III, 7, I, p. 254). 

4. mo-lelzahuia de tetzaiiitt k portentum ». 

5. Tlacanexquimilli, fantôme quiparaît la nuit. Cf. Sahagun, V, 12. Cf. Teotlacanex- 
quimilU « vulto ceniciento...o Dios sin pies ni cabeza... » ; Boturini, « Idée «, p. 16-17. 

6. in tlaca hueyac, on peut traduire : ils voyaient, les (hommes) un fantôme, un 
grand ; les hommes voyaient un fantôme, un grand ; ou : Huetzin vit un fantôme, un 
grand, vivant. Je ne sais pas si le terme tlaca-hueyac existe. Je préfère tlaca comme 
sujet de la phrase. 

7. in aquin « celui qui ». 

8. pia ne donne pas de sens. Il faut lire chia « voir ». 

9. amo tla-ne-tenlzofzoyo-ti-anz=. amo tla-ne-ienizotzonyo-ti-yani< temps où l'on n'a 
pas de barbe » ; ieatzontli « barbe », tentzon-yo ■< ayant barbe ». — Yan signifie le 
temps. 

10. i-ypzo « son sang », forme abstraite en yoll du mot eztli ou yeztli « sang », 

11. iyaya. nu heder, o tener mal olor » (Mol. II). 

12. Il fnuf lire qui-mo-cui ou qui-on-cui. 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



287 



amo qui nequi in itlan quiça, auh 
in je cenca ic micohua ', Niman 
ye quihuillana ^ amo huellolini. 
Auh in cotoni ^ mecatl in quexquich 
huetzi oncan miqui. Auh iniquac 
ollini, in quexquich ipan ye[a]- 
uh * ixquich miquti[oJ ^ , ixquich 
quiqua, 

§ 90. Auh iniquac in huell ool- 
lin quicencauhque ^ ye ixquich in 
tlapolihui ' in huehuetzin, in pi- 
piltzintli, in cihuatzintli, Chicuei 
in mecatl ic quimecayotique, nima 
[n] ye ic quihuillana. In ocaxi- 
tique ^ in Itzocan ^, niman ye raa- 
cocui 'f^, auh in quihuillanaya, amo 
quicauhque *' in mecatl ; çan itech 
pipicaticaque '^ guh in aca ca con- 
pic^^in itech onmopillo^^ in mecatl, 
niman ic quihuicac in aco '■''. 



etiam qui ad eum propius accédera 
nolebant multi mortui sunl. Tum 
trahere eum conati sunt, moveri 
autem non potuit. Funis dirupit ; 
quisquis cecidit, ibi est mortuus. 
Cum vero sese moveret, omnes 
quicumque adfuerunt mortui sunt, 
omnes dévora vit. 

§ 90. Cum is moveri posset, 
omnes qui hoc fecerunt, senes, in- 
fantes, feminae perierunt. Funi- 
bus octo eum constrinxerunt, tum 
traxerunt. Cum Itzocan eum trans- 
portassent, in sublime sublatus est. 
li autem qui eum traxerunt, funes 
dimittere non potuerunt iisque de- 
pendebant et quisquis funem pre- 
hendit, ei adhaesit, tum eum in su- 
blime sustulit. 



1. micohua « on mourut », passif indéterminé en oua. 

2. Cf. uilana.nitla « arrastrar algo » (Mol. II). 

3. cotoni (( quebrarse la cuerda o el hilo, soga » (Mol. II). 

4. in quexquich ipàn yauh « tous ceux qui étaient là présents ». Cf. ipan niauh 
[n-iauh] « atinar o acestar en algo, o passar por donde otro estâ,o encontrar con el » 
(Mol. II). 

5. miquit, il faut lire miqni-to, 

6. qui-cencauh-que, cencaua « finir, achever ». 

7. tla-polihui « on périt » (des vieillards, des femmes, des enfants). 

8. o-c-axi-li-que, verbe causatif en tia du verbe aci ; axi-tia « faire arriver, trans- 
porter ». 

9. Itzocan = Itzlzocan (aujourd'hui Isucar) ; dans le Codex Mendoza (44, 11) ce lieu 
est cité avec Quauhquechollan. 

10. m-aco-CMt «se lever en haut ». Cf. aco « arriba, o en lo alto » (Mol. II). 

11. qui-cauh-que, caua « quitter, abandonner, lâcher ». 

12. pipica-t-ica-que, cf. pipicalicac « estar goteando alguna cosa » (Mol. II). 

13. Au lieu de conpic on pourrait lire c-on-cui-c ; conpic dériverait de pi « pelar. o 
sacar de rayz los pelos, o coger yervas sin arrancar las rayzes délias » (Mol. II). On 
peut traduire : chacun de ceux qui voulaient se détacher {conpic), ou chacun de ceux 
qui touchaient la corde {concuic). La narration de Tenfant puant est relatée par Tor- 
quemada(l, 14, I p. 37, 38). 

14. on-mo-pilo, cf. piloa. nino « agorcarse, o colgarse » (Mol. II). 

io. Il est bien remarquable que le même épisode de l'enfant sans cœur, etc., qui ne 
peut pas être entraîné par des cordes, figure parmi les traditions toltèques dans le 
Cod. Vatic, A (3738), fol. 8 v. 



288 



SOCIÉTÉ DES AMÉRrCANISTES DE 1»AB1S 



§ 91 . Auh niniau ye otlama ^ in 
Huemac quimotlani '^ in Tlaloque. 
Niman quilhuique in Tlaloque : 
« Tlein tictlani ? Niman quito in 
Huemac : « Nochalchiuh noque- 
tzal. » Auh ye no ceppa quilhuique 
in Huemac : « Çan ye no yehuatl 
in tictlani tochalchiuh toquetzal. » 



§ 92. Auh niman ye otlania onte- 
tlan ^ in Huemac. Niman ye hui 
in Tlalloque in quipatlazque ^ in 
/^Tuemac inquimacazque yehuatl '^ in 
ellotl ; auh in inquetzal tocquiz- 
huatl ^ ipan tentiuh ' in ellotl. 

§ 93, Auh amo quicelli quito : 
« Cuix vehuatl in onictlan, cuixamo 
chalchihuitl in quetzalli ? Auh inin 
xicitquican ^ ! » Auh niman qui- 
toque in Tlalloque : <( Cave qualli. 
Xoconmacacan in chalchihuitl in 
quetzalli, auh xoconcuican in to- 
chalchiuh in toquetzal ^ ! » Niman 
concuique, niman ye hui, niman 
quitoque : « Ca ye qualli ; ça oc 



§ 91. Ac dein Huemac homines 
cepit. Deos pluvios lusu superayit ; 
tum Tlaloque dixerunt : in quid 
lusisti ? Huemac dixit : in gemmas 
meas virides measque plumas 
quetzal. Atque iterum Huemac 
dixerunt [ Tlaloque] : Nonne est hoc 
solum in quod lusisti, in gemmas 
nostras virides nostrasque pluriias 
quetzal ? 

§92. Ac dein /fue/nac praemium 
in quod luserat abstulit. Tum Tla- 
loque ierunt ut Huemac rem pretio- 
sam vicissim darent, ut ei zeae pa- 
niculam donarent. Plumae quetzal 
enim eorum folia sunt zeae ruticum 
in quibus paniculae succrescunt. 

§ 93. nie autem non cepit dixit- 
que ; Num hoc illud est in quod 
lusi, num haec sunt gemmae viri- 
des plumaeque quetzal ? Haec po- 
tius afîertote ! Tum Tlaloque 
dixerunt: bene se habet: date [ve- 
ras] gemmas virides plumasque 
quetzal, auferte autem ab eo nos- 
tras gemmas nostrasque plumas 
[idest zeam] ! Tum abstulerunt, 



1. o-tla-ma « il fit des prisonniers », tla signifie les esclaves. 

2. flâni, cf. tlani. nilit « ganar àotro-jugando, o en juego -) (Mol. II). a, cf. Carochi, 
p. 200. 

3. on-te-tlan u il avait joué avec les [Tlaloquse] ». 

4. patla « changer, donner un objet précieux en échange ». 

5. ye/ii;a<Z signifie l'objet ellotl {eloil) « maçorca de mayz verde que tiene ya qua- 
jados los granos » (Mol. II). 

6. locquizhuatl =. toc -\- izhuall ; ioctli >< porrela 6 mata de mayz, antesque 
espigue » (Mol. II), izhuatl « feuille ». 

7. tentiuh « croître ». Cf. tenliuUiztli « avenida o crécimiento de rio » (Mol. H). 

8. xi-c-itqui-can, il serait plus correct d'écrire xiquitquican a apportez-les 1 » (cf. 
note 2 ad §97). 

9. Le sens est celui-ci : donnez-lui les véritables pierres et plumes vertes, mais 
ôtez-lui le maïs ! 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



289 



tocontlatia* in tochalchuih, oc tlaii- 
hiouiz ~ in Toltecatl çan tel ^ nauh- 
xihuitl. » 

§ 94. Ach niman ye cehuetzi ; 
auh inic huetz in cetl, centîa- 
nauatl * poliiuh in tonacayotl, teci- 
huitl ^ cehuetz. Auh çan iyoca ^ in 
Tollan intla tonal man '. Mochi 
huac ^ in quahuitî, in nopalli 9, in 
metl ; auh in tetl moch xixitin "^^' 
tlatlapan ^' tonaltica. 

8 9S. Auh in ye tlaivohuica in 
Tolteca in ye apizmiqui. Niman 
ye xochimiqui ^-, in aço ca ca 
it(l)atzln quimopiellia '•^. Niman ye 
quimocohuia '^ in totoitzin, niman 



ierunt, dixerunt : bene se habet, 
nunc gemmas nostras [zeam] re- 
condimus. Nae, Tolteca porro per 
annos quatuor inopiam patientur ! 

§ 9i^ Primo dein g-lacies cecidit, 
Glacie cadente frumentum (zea) in 
orbe terrarum periit, grando ceci- 
dit. Inurbe Tollan sola calor solis 
fuit talis ut exarescerent arbores, 
cacti, aloae. Atque omnes lapides 
calore dirupuerunt, dissiluerunt. 

§ 95. Ac Tolteca multa passi, 
famé mortui sunt. Si forte quem 
[captivum] pater habet, sacrifîca- 
tur [captivus]. 

Tum aves miseros empserunt. 



1. to-c-on-tlatia =r ti-c-on-tlatia par harmonie des voyelles (voir note 12 ad § 23) 
« nous cachons » (le maïs), c'est-à-dire : il y aura une famine parmi les Toltèques. 

2. tla-iihioui-z « il souffre ». Cf. llayhiomliztli « tormento, fatiga ô pena que se 
padece ». Racine oui « cosa dificultosa, o peligrosa » (Mol. II). 

3. tel « empero, màs » (Mol. II). 

4. Centlanauatl « entier, dans tout le monde ». Cf. cemanauac « el mundo », cem- 
anauatl a (idem) » (Mol. II). Sur l'étymologie de ce mot très intéressant, cf. Seler, Ges. 
Abhdlg., II, p. 49-77. 

5. tecihuitl « granizo » (Mol. II). 

6. iyoca « seulement ». Cf. çan iyuca n solamente ô particularmente » (Mol. I). 

7. Ce passage offre des difficultés. Tonalman est le prêt, d'un verbe lonalmani 
«la chaleur règne » (cf. tonalquiça. « estar en alguna parte e tiempo que no lleve o e 
estio » (Mol. II); in//a indique une relation conditionnelle; la phrase suivante: mochi 
huac... est la conclusion. On pourrait traduire : Ce n'était qu'à Tollan que la chaleur 
était si grande que toutes les plantes se séchaient. 

8. huac, prêt, de huaqui « se sécher ». 

9. nopalli « tuna » (espèce de cactus rond). 

10. xixitini « deshazerse, o caerse pared, o sierros ». 
H. tlatlapani « hazerse pedaçosalgo ». 

12. xochi-miqui, expression métaphorique qui signifie : sacrifier symboliquement. 
Cf. le participe xochi-mic-que « captivos en guerra, los quales eran sacrifîcados y muer- 
tos delante los idolos » (Mol. II). Cf. xochi-yaoyotl « guerre feinte ». 

13. Il faut lire probablement : in aço ça ca ilàtzin quimopiellia. Le sens de la phrase 
entière semble le suivant : si le père tient quelqu'un (esclave) en prison, celui-ci (le 
prisonnier) est sacrifié (pour apaiser la divinité) ». 

14. qui-mo-cohuia, verbe réfléchi et causatif, a le sens du verbe simple coua. nitla 
« comprar algo )> ('Mol. II). 



29Ô 



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ye motamalhuia, niman ye tla- 
qua *. 

§ 96. Aiih Chapoltepec ^ cuitla- 
pilco '^ motlalli inpan * namaca 
illamaton '^. Nima[n] ye commoco- 
huia in panitl ^, niman ye yauh in 
ipan miquiz in techcatl. Auh in 
oacic in nauhxihuitl, in oma- 
yanque ', niman moteittitique ^ in 
Tlalloque oncan in Chapoltepec in 
oncan ca ail. Niman ye hualpan- 
huelzi 9 in xillotl in tlaquaqualli 'O. 
Auh oncan ca ce tlacatl Toltecatl 
quitztica ^^ Niman ye concui in tla- 
quaqualli, niman quiquaqua. 

§ 97. Auh niman oncan atlan 
hualquiz ^~ ce tlamacazqui Tlalloc, 
niman ye quilhuia : « Macehuallé, 
ticiximati ci ^3.? » 

Niman quito in Toltecatl : ca 
quemaca toteoyé ! ca ye huecauh in 



lamales sibi paraverunt, tum id 
ederunt. 

§ 96. Atque fine Chapoltepec ve- 
tula quaedam consedit inter homi- 
nes vendens. Tum vexilla empse- 
runt, tum ierunt morituri super la- 
pidem sacrificatorium. 

Sed cum quartus annus advenis- 
set, cum famem passi essent, Tla- 
loque hominibus sese ostenderunt 
Chapoltepec, ubi est aqua. Tum e 
profundo prosiluit panicula zeae, 
cibus. Ibique T^o/Z^ca^/ quidam fuit, 
praeteriit. Tum cibum cepit avi- 
dusque edit. 

§ 97. Ac dein ex aqua Tlaloc 
sacerdos evenit, tum dixit : o sub- 
jecte, hoccene tibi est notum ? 
Tum Toltecatl dixit : sane quidem, 
o deus noster ! Nempe jam diu ea re 
privati sumus. Ac dein dixit, bene 



1. On ne mange que de misérables oiseaux et des tamales à cause de la famine. 

2. Chapol-tepec « lieu de sauterelle », nom d'une roche et localité située au bord 
occidental du grand lac de Mexico où la branche méridionale de la digue touche la 
rive. 

3. cuitlapilli «queue », cuitUpilco « à la fin de... ». 

4. in-pan « entre eux », 

5. illama-ton « vieille femme », ilamatl avec le diminutif /o/». 

6. panitl [pantli ou parnitl) « drapeau » est le symbole du sacrifice. 

7. o-mayan-que, prêt, de mayana « souffrir famine ». 

8. mo-te-itti-ti-que, réfléchi du verbe ittitia, causatif d't7<a « voir ». 

9. huai -panuelzi, cf. panuelzi.ni.ual « salir de baxo del agua » (Mol. II). 

10. tlaquaqualli « la nourriture ». Cf. tlaqualli «. comida (ù vianda) » (Mol. II). 

11. qu-ilzti-ca ; ilztia (causatif d' iila) et jÏ2<<ut signifient « aller, se promener ». Cf. 
Sahagun, Ms. (III, 1, § 1) : cemilhuitl quitztica ompa nenca ciuall... « un jour y alla 
une femme ». 

12. Cette tradition rappelle celle du Codex de 1576 qui traite de la fondation de la 
capitale Tenochtitlan ; d'après ce récit, Axolohua descend dans l'eau ety voit le Tlaloc 
(Cod. 1576, p. 46). 

13. /t-c-ia?mîa<ict« connais-tu cela ici? >^ ; iximali.nilla «conoceralgo generalmente» 
(Mol. II) ; ci = ici (iz-i) « aqui, aca » (cf. Paredes, Compendio, p. 154). 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



291 



tictopolhuique K Auh niman quil- 
hui : « Ga ye qualli, oc ximotlalli, 
oc nicilhui 2 in tlacatl. 

§ 98. Auh ye no cepa callac in 
atlan. Auhamo huecahuato, niman 
ye no cepa hualquiz in quihualit- 
quic yellotl ^ cenmalcochtli '*. Ni- 
man je quilhui : « Macehuallé, 
izca xicmaca in Huemac ! » 

§ 99. Auh conitlani ^ in teteo in 
Tozcuecuex ^ ichpoch in Mexitin, 
ca oc yehuantin in quiquazque, in 
achitzin in conquatiaz ' in Toltecatl, 
ca ye polihuiz in Toltecatl, ca ye 
onoz in Mexicatl ^. 

§ 100. Auh nechca in quimacati- 
hui oncan in Chalchiuhcoliuhyan 9 
in Pantitlan, auh niman ye quino- 
notzato 1*^ in Huemac, yuh quilhui, 



se habet ; conside, cum principe 
ipse colloquar. 

§ 98. Atque iterum in aquam 
intravit. Haud ita multo post re- 
diit, paniculas zeae attulit quantum 
brachium capit. Tum dixit : o sub- 
jecte, hocce da Huemac. 

§ 99. Ac dein a Tozcuecuex 
puellam Mexicanorum petiverunt. 
Nam et ii edent, paulum autem e- 
det Toliecatl; Toltecatl enim peri- 
bit, Mexicatl pro eo in terra in- 
colet. 

§ 100. Eamque [puellam] hue de- 
dit Chalchiuhco'iuhyan, Pantitlan. 
Ac dein ille id Huemac narravit, 
ita dixit ut Tlaloc ei jusserat. Ac 



1. ti-c-to-polhui-que, Yevhe réfléchi et applicatif de poloa « perdre, déti'uire ». Cf. 
popolhuilia.nitetla « détruire quelque chose à quelqu'un ». 

2. ni-C'ilhui, il serait mieux d'écrire ni-qu-ilhui (cf. note 8 ad § 93). 

3. ypllotl= elotl « maïs ». 

4. cen malcochtli « une brassée », part, passif demalcochoa. nitla « abarcar algo » 
(Mol. II). 

5. c-on-itlàni ; itlani « prier ». 

6. Tozcuecuex « qui porte un bracelet de plumes jaunes ». Le nom, qui est aussi 
connu comme celui d'un chef des Mexicains émigrants iChimalpain, p. 270). se trouve 
aussi dans le 3*^ hymne (v. 7) dédié au dieu de la pluie, T/a/oc (cf. Seler, Ges.Ahhdlg., 
p. 980). Il est donc certain que Tozcuecuex a des i^elations avec le Tlaloc. Dans notre 
texte, Tozcuecuex sacrifie la petite fille Quelzalxochitzin en l'honneur de Tlaloc. 
II faut remarquer à ce propos que les Mexicains, aux temps historiques, pendant la 
fête Atlcaulo [Quauitl eua), sacrifiaient à la montagne de Tepetzinco une enfant 
nommée Qaetzalxoch (Sahagun, II, 20). Cette fête était célébrée en l'honneur des 
Tlaloques. 

7. c-on-qua-t-ia-z « il ira manger ». Cf. quatiaz. nie « yo ire comiendo » (Mol. II). 

8. Ici les Mexicains sont pris pour les successeurs directs des Toltèques. 

9. Chalchiuhcoliuhyan est synonyme de Pantitlan (ou aoztoc) ; ce dernier nom 
signifie un tourbillon au milieudu lac deMexico (cf. Sahag., 1,21 ; II, 25; Tezozomoc, 
1. c, chap. 70, p. 517) où l'on sacrifiait pendant la fête Allcàualo des enfants (Duran, II, 
p. 142; Sahag., II, 20). Chalchiuh-coliuh-yan semble indiquer ce même tourbillon: 
« lieu de l'ondulation verte ». 

,10. qui-nonotza-to, cf. nnnotza. nitla « informar, ù contar y l'elatarhistoria » (Mol. U\. 



292 



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in o yuhqui nahuati in Tlalloc ^ 
Auh niman ye tlaocoj'^a in Huemac ; 
ninian je yuhqui ^ onca ye yaz ^ in 
Toltecatl, onca ye pollihuiz in 
ToUan. 

§ 101. Auh niman quimonihua ^, 
quimontitlan omentin itrtla[n]huan 
n ompa Xicococ^ itoca Chiconco- 
hiiafl ^ ihuan CuetlachcohuaW' 
quitlanito in Mexitin imichpoch 
itoca Quetzalxochitzin^, ayamohuei 
oc piltzintli. 

§ 102. Auh niman onyaque in 
ompa Xicococ^ niman ye quimii- 
huia : « Ga techihua^ ca conitoa ca 
omoteittitique "^ in Tlalloque, qui- 
tlani ^1 in imichpoch in Mexico.. -.> 

§ 1 03. Auh nima[nj ye mo[ç]ahua^- 
nauh ilhuitl in quineçahuillique '•'^in 



dein i^uemac m aestus fuit; tum eo 
res progressae sunt, ut Toltecatl 
abiturus et urbs Tollan peritura es- 
set. 

§ 101. Ac dein clientium suo- 
rum duos nomine Chiconcohuatl 
et Cueilachcohuatl misit atque le- 
gavit, ut puellam nomine Quetzal- 
xochiizin iam non aduîtam, jam in- 
fantem, a mexicanis peterent. 

§ 102, Ac àem Xicococ profecti 
sunt iisque dixerunt : mittunt nos, 
dicunt : Tlaloque hominibus sese 
ostenderunt, petunt Mexicanorum 
pueliam. 

§ 103. Ac dein Mexicani per 
quatuor dies cibo abstinuerunt, 



1. La construction est la suivante : ynh in yuhqui o nnhuati « il parla ainsi, ainsi 
que le Tlaloc lui avait mandé ». 

2. niman ye yuhqui « alors il en venait au point j. 

3. ya K marcher ». Cf. j/aqrui « émigrant ». 

4. Le Sujet est toujours Huemac. 

5. Xicococ semble correspondre à une des quatre montagnes nommée Xicocotl où 
Quetzalcohuatl dépose ses épines d'agave (Hist. de Golh. y de Mexico, l""^ p., § 32), 
située au près de Tollan. Xicotl et Xocotl sont variafties d'une même racine ; les 
voyelles i et o se changent aussi en d'autres cas {màxillaztli et maxoilaztli « anillo 
de dedo » Mol., camilehua et camolehua « se brunir »). 

Ainsi Xicocotillan correspond à Xocotitlan où arrivent les Toltèques, émigrant de 
Tullantzinco, avant de s'établir à Tollan (Sahag., X, 29). 

6. Chicon-cohuatl « 7 serpent », nom propre. 

7. Cuetlachcoatl, nom propre composé de cu'etlachtU « lobo » et coati « serpent ». 

8. Quetzalxochitzin « fleur qui s'est élevée », nom propre ; spécialement nom de 
la victime filiale sacrifiée en l'honneur de Tlaloc (voir note 6 ad § 99). Sur l'origine 
de tels sacrifices d'enfants, cf. la 1" partie de î'Hist. de Colhuacan y de Mexico, 
§ 70. Ici les enfants des seigneurs sont tués à Xochiquetzalyyapan, à Huilzcoc et à 
Xicoc. 

9. tech-ihua « ils nous envoient », 

10. Cf. note 8 ad §96. 

11. qu-itlani « ils demandent ». 

12. Il faut lire mo-çaua « il jeûna ». 

13. qui-neçahuili-que, prêt, de neçauilia. nite « traer luto por muerto » (Mol. II). 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



293 



Mexica. Auh in otlan ' nauhilhuitl, 
niman ye quihuica in Pantitlan 
quihuicac in itàtzin, niman ye qui- 
mictia. 

§ 104. Auh ye no ceppa oncan 
quimottilique - in Tlalloque quil- 
huique in Tozcuecuex : « Tozcue- 
cueyé, ma ca xitlaocoya 3, centic- 
huica ^ in mochpoch, xictlapo ^ in 
miyeteco[n] ^. » Oncan quihualla- 
lique in iyoUo in ichpoch ihuan in 
ixquich nepapan tonacayotl, quil- 
huique : « Nican ca in quicuazque ~' 
in Mexica, ca ye poUihuiz in Tolte- 
catl ». 

S 105. Auh niman ve ic huai- 
mixtemi ^ o nima[nlyeic quiyahui ^ 
cenca tillahua ''' nahuilhuitl in qui- 
yauh. Gecemilhuitl, cece[y]yohual 
ipan atl quallo^'. Nima[nJ ye ixhua''^ 
in nepapan quillitl*^, in ye ixquich 
in xihuitl ^^ in çacatl *^. Auh çan 
nen '^ moyocox in ixhuac in tona- 



vestesque lugubres induerunt. Ac 
diebus quatuor transactis pater fi- 
liam suam Pantitlan duxit, tum 
eam necavit. 

§ 104. Atque iterum Tlaloque 
sese ostenderunt, dixerunt Tozcue- 
cuex : o Tozcuecuex, ne niaestus 
sis, fîliam tuam adducas, rechide 
tabaci receptaculum tuum ! Ibi 
filiae cor deposuerunt una cum 
omnibus variis zeae speciebus, di- 
xerunt : hocce est quo Mexica ni 
vescentur, quia homini Toltecatl 
pereundum est. 

§ 105. Ac dein [coelum] nubi- 
bus obductum est, tum pluit, ma- 
gna vis imbrium eiTusa est, per 
quatuor dies pluit. Unoquoque die, 
unaquaque nocte tota aqua sucta 
est. Tum varia viridia germinave- 
runt, omnes herbae, omnia grami- 
na. Zea autem sterilis orta est cre- 



1. o-tlan, prêt, du verbe tlarni « être Gni ». 

2. qui-mo-{ï)ltiti-que « ils se le montrèrent ». 

3. Le sens est prohibitif quoique la conjonction maca ne soit pas construite avec 
le prétérit du vQvhe [xitla-ocoya ; on attendrait xitla-ocox). 

4. Le verbe eç,i cen-huica « accompagner », 

5. xi-c-tlapo « ouvre ! ». 

6. m-iye-tecon « ta calebasse de tabac », ietl « tabac », lecom-atl « vase, boîte ». 
Le yelecomalî est un symbole de la fécondité (cf. Seler, Comment, z. ; Cod. Vat. B. , 
Berlin, 1902, p. 255). 

7. On écrirait mieux qui-qua-z-que. 

8. mixtemi « hazer fiublado » (Mol. II). 

9. quiyahui = quiahui « il pleuvait », du verbe quiaui « Uover » (Mol. I). 

10. tilaua « Uover mucho » (Mol. II), « llover reziamente » (Mol. II). 

11. atl qua-lo « l'eau est mangée », c'est-à-dire « tout ce qui était tombé de pluie, 
chaque jour et chaque nuit, fut absorbé (par la terre) ». 

12. Cf. ixua ((nacer la planta, o brotar la semilla » (Mol. II). 

13. quilitl «■ verdura, o yervas comestibles », xihuitl « yerva », çacatl « paja » 
(de maïs) (Mol. III). 

14. nen « en vain », c'est-à-dire <( sans fruit, vide ». 



294 



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cavotl. Auh niman ye toca ' in Tal- 
tecaflin cempoalli in ompohualli ^ 
cacique ^ ye cuel '* yahuallihui "*, çan 
cuel in mocîiiuh in tonacayotl orne 
acatl inic ipan xiuhlonalli. 

§ 106. Auh ipan ce tecpatl ^ in 
ye pollihui Tolteçatl ye iquac in 
callac in Cincalco ' in Huemac. 
Auh niman cequi[n]ti[n] temo cuep- 
que, auh cequintin in nohuian cen- 
manque ^. 



vitque in altitudinem. Ac dein no- 
biscum Tolteca, cum vig'inti, qua- 
drag'inta hominibus humum fecun- 
daverunt ; celeriter zeae frutices 
se rotundaverunt, celerrime zea 
provenit, idque anno ? acatl. 

§ 106. Atque anno / tecpatl 
Tolteca perierunt eo tempore quo 
Huemac [cavernam] Cincalco intra- 
vit. Ac dein alii reversi, alii quoquo- 
versum divisi sunt. 



1. to-ca « avec nous » (« de nosotros», Mol. II). 

2. in cempoalli in ompohtsalli « vingt, quarante » est l'attribut de Tolteçatl', « avec 
nous », c'est-à-dire avec 20 ou 40 Toltèques. . . 

3. c-aci-que ; le verbe aci a ici un sens spécial : aci signifle non seulement « arri- 
ver », mais aussi « ayuntarse carnalmente el varon con la muger » [te-tech n-aci) 
(Mol. I) ; on peut traduire ici « féconder la terre » (avec le sang de 20 ou 40 Tol- 
tèques). Cf. la l''^ partie de l'Historia de Coihuacan y de Mexico (§ 76), où l'introduc- 
tion des sacrifices d'hommes de la Huaxteca est relatée; voici le passage le plus 
remarquable : ca ye tihui yn Tollan anio-ca tlal-lech t-aci-z-que <* nous allons main- 
tenant avec vous à Tollan pour féconder avec vous la terre ». 

4. cuel signifie « vite, hâtif » (des fruits, du blé) . Cf. çancuelcayotl « temprana, 
fi-uta » (Mol. 1), çancuelyotl « frnta ù otra cosa tempi^ana » (Mol. II). 

5. yahuallihui cf. yaualiui « hazerse redonda la mata de mayz antes que haga 
caîla » (Mol. II). 

6. Celte indication est d'accord avec la l^^ partie de l'Historia de Coihuacan y de 
Mexico (§ 82) ; au dernier ms. l'année ce tecpatl (1 silex) correspond à 1064 de l'ère 
chrétienne. 

7. Cincalco « lieu de la maison de maïs », nom d'une caverne auprès de Chapolte- 
pec où, d'après la l'* partie de l'Hist. de Colh. y de Mexico (§ 89), Huemac se pend 
(en 1070). Sur cette caverne, cf. Sahagun, XII, 9; Tezoiomoc, 1. c, cap. 103-105; 
Duran,l. c, I, cap. 67 ; cf. Seler, Comment, z. ; Cod. Borgia, II, p. o6. 

8. mo-cuep-que « ils retournaient» ; le semble être corrompu, mais je n'ose pas don- 
ner une conjecture; cen-man-que du verbe ce«-»ia«t« aparlarse los que estabanjun- 
tos yéndosecada uno por su parte » (Mol. II). Les Toltèques se dispersent donc par- 
tout. Cf. l""* partie de l'Hist. de Colh. y de Mexico (§ 85). D'après ce document, il 
viennent jusqu'aux pays des Anauaca où ils habiteraient encore aujourd'hui (ce 
seraient donc les habitants d'Anauac Xicalanco et Anauac Ayotlan =: côte du golfe 
mexicain (Tabasco, Campeche) et côte pacifique (Soconusco, etc.). 



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295 



INDEX 



Acallan, § 84. 

ahuehuetl, § 12. 

Apanecatl, § 78, 82. 

Apanleuclli,^20, 31, 50, 55, 56. 

Ayotlan,SiSi. 

azcatl, § 32. 



cocolletin, § 48. 
coçauhqui tecpatl^ § 65. 
coçauhqui Tlaloque, § 35. 
co/iua//, § 78. 
Colhuacan, § 69. 
Comallan, § 67. 
Cornait eca,^ 67. 
cozcaquauhtli, § 77. 
Cuetlachcohuatl, § 101. 
cue^/acMt, § 42, 78, 79, 81. 
Cuilton,^lS, 83. 
CuitlachcihuatI, § 50, 55. 
Cuisccoc, § 84. 



Çaconco [?], § 84. 

ce aca</, § 4, 85. 

ce i4ca// (= Quetzalcohuatl), § 75, 76, 77, 

79, 80, 82, 83, 84. 
ce calli, § H . 

centzon Mixcohua, § 50, 52, 54, 76. 
ce /ecpa</, § 6, 9, 50, 106. ' 
Cetl {= Tlahuizcalpanteuctli), § 45. 
ce tochtli,^ 19. 
Cihuacohuatl (= Quilachtli, Quillaztli) 

§ 30, 76. 
Cincalco, § 106. 
Cipactonal,^ 34. 
Citlallatonac, § J5, 20. 
Citlalinicue, § 15, 20. 
çoçoltin, § 28. 
Çoifon, § 78, 83. 



Ch 

C/ia/co, § 84. 

Chalchiuhapazco, § 30. 

Chalchiuhcoliuhyan {= Pantitlan), § 100. 

chalchiuhomitl, § 21, 27, 28. 

Chalchiuhteyahualco, § 23. 

Chapoltepec, § 96. 

chian, § 35. 

chicome acatl {= Nanahuatl), § 40. 

chicome malinalli, § 2. 

chicome tecpatl, § 9. 

Chicomozloc, § 57. 

Chiconcohuatl, § 101. 

chicuacen éëcall (= Tonaiiuh),% 37. 

chicuacen xochitl (= Tonatiuh), §37. 

chichi me, § 17. 

Chimalman (cf. Huitznahuac cihuatl), 

§ 49, 70, 75. 
Chiucnauhâpan, § 45. 



eZZo<Z, § 92, 98. 
e<Z, § 35. 

H 

huaahtli, § 35. 
Huehuetocan,% 69. 
Huemac, § 87,91, 92, 98, 100, 106. 
Hueizin, §88. 
Huictlollinqui ^ 20, 31. 
Huitzilopochtli, § 46. 
Huitzilpopoca, § 87. 
Huitznahuac, § 70, 74. 
Huitznahuac cihua (cf. Chimalman) § 73, 
75. 

I 

ilhuicatl,^ 11, 12, 15, 19, 20. 
Itzocan, § 90. 
Itzpapalotl, § 64, 66. 
/zZac ChalehiuhflicMe, § KO. 



296 



TRADITIONS DES ANCIENS MEXICAINS 



Iztac lecpatl, § 65, 66. 
iztac naioyiie, § 35. 

M 

Maçatzonco, § 84. 

mamaça [oontetl in intzontec.on), §58, 60. 

mallactli omome cohuatl, § 6. 

Mecitli ( Tlalteuctli) § 51. 

Metztli (cf. nahiii tecpatl), § 39, 40, 42, 47. 

Mexica, §51, 99, 102, 103, 104. 

3iea:i/m, §51, 99, 101. 

Micleca, § 25. 

Micllan,%2i. 

Mictlancihuatl, § 21. 

Mictlanteuctli, § 21, 23, 24, 25, 28. 

michihuauhtli, § 35. 

Mimich (cf. A/imiicco/jua), §58, 60,62, 64. 

mimichtin, § 10, 14, 15. 

Mixcoatepetl,%ll. 

Mixcohuatl, § 49, 50, 55, 56, 66, 70, 71, 

72,73,74. 
Mixcohua (cf. Mimich, Xiuhnel, cenfzpn 

M.), § 50, 58. 
mizquitl, § 55, ' 

N 

nahualli (de Quefzalcohuatl), § 26, 29. 

nahui atl, § 10. 

nahui ocelotl, § 2. 

naAui oZtn (cf. Tonaiiuh), § 36, 44,48. 

nahui quiahuitl, § 7. 

na/iui tecpatl, § 39, 41, 

nahui tochtli, § 86. 

nahui xochitl,^ il. 

Nanahuatl (cf. chicome acatl), § 34, 35, 

36,38,39,40,41. 
Napateuctli,Si 39. 
nau/i ëca<Z, § 5. 
Nequametl, § 87. 
Nochpallicue, § 46. 
iVona, § 12. 
Nonohualco, § 88. 
A^o<a, § 12. 



ocuilme, § 24. 

oc«Zo/Z, § 37, 42, 53, 78, 79, 81 (cf. tequa- 
nime). 



oçomatin, § 5. 
omaxac, § 48. 
orne acatl,^ 19, 105. 
onte calli, § 17. 
Oxomoco, § 34. 
03<o//, § 72. 



Panlitlan (cf. Chalchiuhcoliuhyan), § 100, 

103. 
Papazlac, § 47. 
pipilpipil, § 9. 
pipiltin, § 9. 
pipiolme, § 24. 
Pochtlan, § 69. 



Q 



quauhtli, § 37, 42, 78, 79, 81. 
Quauhtliçohuauh, § 50, 55, 56. 
quecholicpalli, § 43. 
Quetzalcohuatl (cf. ce Acafl, Topiltzin, 

tlilazcatl,% 20, 21, 22, 26, 27, 29, 30, 

31, 32, 33, 36. 
Quelzalxochitzin, § 101. 
Quilachtli [=Quillaztli, cf. Cihuacohuatl), 

§30. 
Quillaztli (= Quilachtli), §76. 



Tâmoanchan, § 30, 32, 36. 

tecciztli, § 23. 

Teconma, § 68. 

techcafl, § 96. 

tentlapalli, § 43. 

teocomitl, § 63. 

teomicohua, § ^6. 

Teotexcalli, § 36, 37. 

Teotihuacan, § 36, 46. 

teotlac, § 48, 59. 

teotlalli, § 58. 

Tepanquizqui, § 20, 31 . 

tequanime (cf. ocelotl), § 83. 

tezcacohuatl, § 83. 

Tezcatlipoca (cf. Titlâcahuan), § 16, 19. 

Tiflacahuan (cf. Tezcatlipoca), § 16, 20, 

46. 
tlacanexquimilli, § 88. 



SOCIÉTÉ DKS AMÉKICAMISTES DE PARIS 



297 



Tlahuizcalpanteuctli (cf. CelVjy § 45. 

Tlallatnamac,^ 31. 

Tlallamanqui, § 20. 

tlalli, § 1. 

r/aioc (tlamacazqui), § 97, 100. 

TlalocanteuctU, § 39. 

Tlaloque, §35, 91, 92, 93, 96, 102, 104. 

TlaUeuctli,^ 20, 51, 53. 

</aom", § 13, 32. 

Tlapallan, § 84, 86. 

Tlutlacatzin, § 87. 

llallauhqui azcatl, § 32. 

tlallaukqui lecpatl, § 65. 

llallauhqui Tlaloque, §35. 

llequahuitl, § 18. 

tlequiahuitl, § 7. 

tlilazcatl {= Quelzalcohuail),%i2. 

Tlotepetl, § 50, 55, 56. 

Ho/Zi, § 37, 42, 44. 

tochtecomatl, § 47 . 

tochlli, § 78. 

Toçozlli, § 12. 

ToZZan, §36,86, 87, 94.' 

ToZ^eca, § 88, 93, 95, 96, 97, 99, 100, 104, 

105, 106. 
Tonacacihuatlf% 43. 
Tonacalepell, § 32, 33, 34. 
Tonacaieuctli, § 38, 43. 
tonacayotl, §35, 94, 104, 105, 
Tonan^ § 54. 
Tonaliuh (cf. chicuacen éëcatl, chicuacen 

xochitl, nahui olin), § 36, 44, 45, 47, 

48,52,53,54,57. 



Topiltzin (cf. Quetzalcokuatl), § 36, 86, 

87. 
yofa, § 54. 
totoçanme, § 80. 
tololme, § 7. 
Totoinitl, § 53. 

Tozcuecuex, § 99, 104. , 

Tzapoilan, § 84. 
tzihuac, § 53. 
tzihuacmill, § 54. 
72iïsi/n«/n«, § 48, 63. 
Tzontemoc, § 31. 



X 



XiccOi § 84. 

Jicococ, § 101, 102. 

xicolin, § 24. 

œt7Zo<i, §96. 

Xiuhâcan, § 76. 

Xiuhnel (cf. Mixcohua), § 58, 60, 6i, 

Xiuhleteuctin, § 64. 

Xiuhfeuctli, § 38. 

xiuhtoclli, § 35. 

Xochiquetzal, § 46. 

xoxouhqui tecpatl, § 65. 

œoxouhqui Tlaloque, ^^^. 



Yapalliicue, § 46. 
yayauhqui lecpatl, §65. 
yeteeomatl, § 104. 



ACTES DE LA SOCIETE 



SÉANCE DU MARDI 9 JANVIER 1906 

Présidence de M. le D' E.-T. Hamv, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine. 

Le procès-verbal de la séance du 5 décembre 1905, rédigé par M. Froidevaux, 
est lu et adopté après quelques rectifications de détail proposées par MM. Mar- 
cel, Boman et Diguet. 

M. Lejeal procède au dépouillement delà correspondance. La correspondance 
imprimée se compose des périodiques et ouvrages suivants : Globus (t. 
LXXXVIII, n°^ 21 à 24, t. LXXXIX n° 1): Ymer (collection complète de 1898 
à 1905); Bulletin of the American Geographicàl Society (t. 37, n° 12, 
décembre 1905); Bulletin of the Brown University (vol. 11, n° 4); Univer- 
sity of Pennsylvania. — Transactions of the Department of Archaeology 
(vol. 1, part. II) ; Anales del Museo nacional de Mexico ( t. II, n° 10) ; Boletin 
del Cuerpo de Ingénieras del Peru[n° 26) ; Revista de la Facultad de Letras y 
Ciencias de La Hahana (novembre 1905) ; Museon (t. VI, n°*3 et 4); Bulletin 
de V École d' Anthropologie de Paris éécexuhve 1905); Les études géographiques 
et historiques de Félix de Azara, par Luis Maria Torrés ; La Edad de la 
Piedra en Patagonia, par Félix F\ Outès. 

La correspondance manuscrite, outre les excuses de MM. le duc de Bassano, 
le comte de Gharencey, le comte de GréquiMonfort et Froidevaux, comprend : 
1° des lettres ou dépêches de MM. Boman etde Villiers du Terrage, relatives à 
l'organisation de la séance ; 2°, de M. de La Rosa, relative à une prochaine 
communication sur les premières fondations de cités espagnoles en Amérique; 
3", de M. Charles Ph. Peabody, à propos du meeting de V American Anthro- 
pological Association, tenu en août 1905, à San Francisco ; 4°, de^M. le baron 
HuLOT, au sujet d'une demande de renseignements, formulée par M. l'abbé Bos- 
CARY, curé de Palenque (Chiapas) ; 5", de M. Raoul de la Grasserie, relative à 
un projet d'article ; 6°, de notre collaborateur, M. le D"" Rivet, donnant des 
nouvelles de son exploration péruvienne ; 7°, du vice-président du XV'' Con- 
grès international des Américanistes à Québec, à propos de l'organisation de la 
session; 8", delà bibliothèque de Stuttgart etde la Columhia University, con- 
cernant le service des échanges. 

Le Président ou le secrétaire, après chacune de ces lettres, communique 
la solution donnée à l'affaire en cause. M. Lejeal fait ainsi approuver un 



300 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

léger changement dans le mode d'envoi du Journal aux correspondants de la 
Société à l'étranger. 

Il lit plusieurs passages d'une correspondance de Mexico, émanée de M°*®Roux. 

M. le Président souhaite alors la bienvenue à M. le D'' Waîter Lehmann, 
assistant à la section américaine du Musée royal d'Ethnographie de Berlin. Avant 
de passer aux communications inscrites à l'ordre du jour, M. Hamy fait renvoyer 
à la réunion de février l'élection pour la place de membre d'honneur, vacante 
par le décès de M. Jules Oppert. 

Il prend ensuite la parole pourla lecture de son travail sur la déesse mexicaine 
Yxcuina* et présente la très belle pièce enwernérite qui faitTobjet de cette lec- 
ture. La statuette présentée, aujourd'hui en la possession du D"" Ribemont- 
Dessaignes, provient de la galerie du célèbre collectionneur Damour. G'estun 
chef-d'œuvre de la sculpture en pierre dure qui offre le grand intérêt de corres- 
pondre exactement à la monographie de Sahagun sur la déesse aztèque des 
accouchements et à la planche du Borbonicus qui développe la Treizaine 
rituelle présidée par Yxcuina. 

Après cette communication très appréciée, M. le D'' Lehma>n' lit l'étude pré- 
vue au programme sur la mosaïque mexicaine, ses procédés et ses principales 
Oeuvres connues. M. Lehmann insiste sur les pièces de la « Christy's collection •» 
(Londres), le Xoloil du Musée de Vienne et le « double Jaguar » de Berlin. 
La conférence est complétée par une série de la-ès beaux dessins et d'aquarelles. 

Une seconde communication du \)^ Lehmann a pour objet une curieuse terre 
cuite à face humaine de Moche (province deTrujriîo, Pérou), aujourd'hui con- 
servée au Musée de Berlin qui la lient de M. Martin Berendsohn. En compa- 
rant les altérations du visage à différentes planches de l'ouvrage d'Alibert sur 
les maladies de la peau, M. Lehmann arrive à celte conclusion qu'on se trouve en 
présence d'un cas deièpre tuberculeuse précolombienne. 

M. Hamy exprime à M. Lehmann les remerciements de l'assemblée pour ses 
deux très attachantes lectures. Un échange de vues auquel prend part aussi 
M. Verxeau, s'engage entre le Président et le conférencier, à propos delà 
seconde des deux notes qui sera insérée au Journal^ avec planche à l'appui^. 

Vu l'heure avancée, M. Lejeal se borne à déposer sur le bureau son compte 
rendu de l'œuvre archéologique et mexicaniste du Congrès de Stuttgart". Il 
attire l'attention de FAssembiée sur les recherches récentes de M. de La Roncière 
relativement aux captures de galères espagnoles par les corsaires français du 
xvi** siècle. A l'aide d'inventaires et de pièces d'archives, M. de La Roncière 
est parvenu ànxerîa destinée de queiques-unsdes objets d'art mexicains enlevés 
par nos marins aux flottes de l'Espagne. M. Hamy .se joint à M. Lejeâl pour 
appuyer sur l'importance de ces résultats, et, sur sa proposition, la Société 
décide d'inviter M. de La Roncière à venir personnellement faire un exposé sur 
cette curieuse question. 

La séance est levée à ô heures 10 minutes. 

i. V. Journal^ nouv, eér. t. III, p, 7. 

2. y . Journal, nouv, sér., t. iîl, p. 136. 

3. V. Journal, nouv. sér,, t. III, p, 123. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 301 



SÉANCE DU MARDI 6 FEVRIER 1906 

Pr<':sidence de M. le D"" K.-T. Hamy, membre de l'Institut 
ET de l'Académie de médecine 

La séance est ouverte par la lecture du procès-verbal de la réunion du 9 jan- 
vier qui est adopté. Le secrétaire dépouille ensuite la correspondance. La cor- 
respondance manuscrite se compose, outre les excuses de MM. le duc de Bassano 
et Henri Froidevai x, d'accusés de réception du Journal^ et de lettres de 
MM. de Bassano, Protat, de Jonghe, Vignaud, Koch, relatives soit à l'adminis- 
tration, soit à la rédaction de notre périodique. La coiTespondance imprimée 
comprend : 

G/o/)U5 (1906, t. LXXXIX, n°* 2-3-4-5) ; American Aiithropologisl (octobre- 
décembre 1905); American Antiquan'an and Oriental Journal (novembre- 
décembre 1905) ; Smithsonian Institution, Annual Report {I90i} ; University of 
California, Bulletin (septembre 1905 1 ; University ofCalifornia, Begister {I90i- 
1905) ; Boletin del Cuerpo de Ingénieras de Minas del Peru (n"* 27-28) ; Bulle- 
lin el Mémoires de la société d'Anthropologie (1905, n°3); Bévue de l'École 
d'Anthropologie (janvier 1906). 

Ont été reçus, en outre, les hommag-es suivants : Mémoires de Boussingaull, 
offerts par M. Holtzer ; The Uunlingtoii California Expédition hy Franz Boas 
(envoi d'auteur) ; /){e Mylhen und Legcnden der Sûdanierikanischen Urvôl- 
A;er von D'' Paul Ehrenreich (envoi d'auteur) ; The Morphology of the Hupa 
Language by Pliny Early Goddard (envoi d'auteur) ; Basket Designs of the 
Northiuestern Californie by A. L. Kroeber (envoi d'auteur). Enfin la « Smith- 
sonian Institution » fait hommage de son dernier Annual Beport et la « Library 
of Gongress », de sa Want List of American Historical Sériais. 

M. le Président prend la parole pour diverses communications. Il signale 
d'abord la fètecommémorative, organisée par V American Philosophical Society 
et l'Université de Pennsylvania pour le 200^ anniversaire de la naissance de 
Franklin. Cette fête aura lieu à Philadelphie, les 17, 18, 19 et 20 avril. M. Hamy 
regrette, à ce propos, que la Société des Américanisles et, surtout, le Muséum 
n'aient pas encore été avisés delà solennité, ce qui jusqu'à nouvel ordre, ajourne 
toute manifestation ofTicielle. Pendant son séjour en France, Franklin a eu de 
fréquents rapports avec le Jardin du Roi et a suivi le cours de Brongniart en 
1769. M. Hamy rappelle, d'autre part, la mort récente du général Mitre, 
membre d'honneur de la Société depuis sa fondation. Une lettre de condoléances 
sera adressée à la famille de l'illustre homme d'État, qui fut aussi un des pro- 
moteurs des études américanisles en Argentine. Enfin, le Président propose, ce 
qui est adopté, l'envoi d'une lettre de félicitations collectives à M. le duc de 
LouB.-VT, pour sa récente promotion au grade de commandeur de la Légion dhdn- 
neur. 

Société des Américanistes de Paris. 



302 SOCIÉTÉ DES AMERICAN ISTF.S DE PARIS 

L'ordre du jour appelant la nomination d'un membre d'honneur en rempla- 
cement de M. JulesOppERT, M. Emile Levasselr, membre de l'Institut, adminis- 
trateur du Collège de France, est élu à l'unanimité. Divers noms sont mis en 
avant pour la succession du général Mitre, à laquelle il sera pourvu ultérieurement. 

M. de ViLiER DU Terrage, conformément à l'ordre du jour, donne lecture, 
en le commentant, d'un document inédit du wni*^^ siècle relatif au Texas. 
C'est un mémoire' rédigé et envoyé à Paris, en 1753, par Kerlerec, gouverneur 
de la Louisiane française, en vue d'un projet d'alliance avec les Cannécis, peu- 
plade indigène habitant les sources de la Rivière Rouge et voisine par consé- 
quent de la frontière franco-espagnole. En dehors de son intérêt pour l'histoire 
des relations coloniales entre les deux puissances, ce texte permet de localiser 
un certain nombre de tribus indigènes et de postes européens situés aux con- 
fins de la Louisiane et du Texas. 

M. Lejeal, aprèsavoir, aunom de l'auteur, présenté l'ouvrage du D' Theodor 
KocH intitulé Anfànge der Kunsi im Urwald, donne lecture d'une communica- 
tion de M"*" Jeanne Roux, de Mexico, sur l'état actuel des fouilles de Teotihuacan 
Ce travail, illustré de plusieurs photographies, fournit des détails précis sur la 
construction des pyramides et sur la méthode employée pour leur conservation. 
Il sera de même que le document apporté par M. de Villiers du Terrage, inséré 
dans l'un des prochains numéros du Journal^. 

En fin de séance, M. Hamy fait part des récentes nouvelles qu'il a reçues, de 
M. le D"" Rivet et annonce que notre collaborateur va très probablement pou- 
voir entreprendre une expédition com.plémentaire dans le bassin du Rio Napo. 

La réunion se sépare à 6 h. L5 après quelques échanges d'observations, sur 
la correspondance de Boussingault, dont M. le comte de Turenne veut bien 
accepter de rendre compte. 



SÉANCE DU MARDI 6 MARS 1906 

Présidence de M. le D"^ E.-T. Hamv, membre de l'Institut 
ET DE l'Académie de médecine 

Le procès-verbal de la séance du 6 février est lu et adopté. M, Lejeal ana- 
lyse ensuite la correspondance manuscrite qui comprend, outre cinq lettres 
d'excuses, des lettres relatives à l'organisation de la séance et à la rédaction du 
Journal. En outre, M. Emile Levasseur remercie la vSociété de son élection 
comme membre d'honneur, et M. le Duc de Loubat, des félicitations qui lui ont 
été adressées pour sa promotion au grade de Commandeur de la Légion d'hon- 
neur. La correspondance imprimée se cpmpose des périodiques suivants : 

Revue de r École dW.nlhropolo(jie (février 1906; ; Bulletin et Mémoires de 

1. V. Journal, nouv. sér., t. III, pp. 53 et 65. 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 303 

la Société d'Anthropologie (1905, n° 4) ; Rendiconti de la Reale Accademia 
dei Lincei (1905, n"' 7 et 8); Globus (t. LXXXIX, n»» 6, 7 et 8) ; Ymer (1906, 
B® 4); Bulletin of the American and geographical Society (t. 79, 1906) ; Ame- 
rican and Antiquarian Journal (janvier-février, 1906); Revista de la Univer-- 
fidad de La Hahana (1906, n° 1) ; Anales del Museo nacional de Mexico (1905, 
n*** 11 et 12); Revista del Museo nacional Salvadoreno (n°* 13-15). 

M. Lejeal présente à l'Assemblée le premier numéro du nouveau périodique, 
Anthropos, rédigé par un groupe de missionnaires catholiques. Il propose, ce 
qui est accepté, d'établir l'échange avec cette revue qui promet d'être très 

utile. 

M. le Président annonce que les thèses et travaux de notre collègue, M. Jules 
HuMBERT, viennent d'être honorés du prix Jomard, par la Société de Géogra- 
phie. A propos d'une lettre de M. le baron Hulot, il revient brièvement 
sur le prétendu manuscrit de Taddeo Viseo de Gênes (texte et carte), relatif 
à une découverte antécolombienne de l'Amérique, ou, tout au moins, des 
Antilles. 

L'ordre du jour appelle la lecture de M. Henri Vignaud sur le professeur 
Sophus Ruge et son œuvre'. Dans ce mémoire, qui sera publié au numéro 
d'avril, l'auteur, après avoir indiqué les différentes questions d'histoire de la 
géographie sur lesquelles s'est portée la grande activité de l'érudit allemand, 
s'attache particulièrement à montrer les idées nouvelles, introduites par 
M. Ruge dans l'histoire critique de Christophe Colomb. Ruge fut le premier, 
ou l'un des premiers, à suspecter et à vérifier la légende de Colomb, cosmo- 
graphe Savant. Le premier, ou l'un des premiers en Allemagne, il a dépouillé 
le navigateur génois de l'auréole de sainteté et de vertu morale dont la tradi- 
tion l'avait indûment gratifié. Par là, il a jeté les bases d'une histoire colom- 
bienne vraiment scientifique et ouvert une voie nouvelle aux recherches sur la 
découverte de l'Amérique. 

Après M. Vignaud, M. Charles de La Roncière communique le résultat de 
ses récents travaux sur « la conquête des trésors du Mexique et les expéditions 
de Verazzano en Amérique ». La principale nouveauté de cet exposé porte sur 
trois points distincts : 1° un grand nombre de richesses (objets d'or et d'argent, 
mosaïques, tapisseries de plumes, manuscrits) du Mexique, envoyés au roi 
d'Espagne par Cortès et ses successeurs, ont été détournés par les flibustiers 
français; 2o le plus actif de ces corsaires fut. Jean Fleury, auquel M. de La 
Roncière a pu restituer sa véritable personnalité, trop souvent confondue, au 
moins pour certains voyages et expéditions de course, avec divers aventuriers 
de mer, notamment avec V^erazzano ; 3° aux entreprises des Dieppois vers 
l'Amérique, il faut opposer celles d'un syndicat de marchands lyonnais, très 
hardis, pendant le premier tiers du xvi« siècle. Pour illustrer ces démonstra- 
tions, en ce qui concerne ia. Course du capitaine Fleury et la défaite de l'escadre 
de Mendoza, en 1523, au large des Açores, M. de la Roncière présente la pho- 

1. V. Journal, nouv. sér., . III, p. ~. 



304 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

tographie d'un vitrail de l'église de Villequier (Seine-Inférieure) qui figure très 
probablement la capture des caravelles espagnoles. 

M. Hamy remercie M. de La Roncière d'avoir bien voulu donner à la Société 
des Américanistes la primeur d'une étude qui doit bientôt paraître au tome III 
de l'Histoire de la marine française. M. Hamy adresse, ainsi queMM. Lehmann 
et Lejeal, quelques questions à l'orateur, au sujet de la destinée ultérieure des 
trésors capturés par les Français. Car c'est là, dans la lecture qui vient d'être 
faite, un des points qui intéresse particulièrement le Mexicanisme. 

En fin de séance. M, Lehmann explique à l'Assemblée comment l'étude du 
Codex Xolotl de la Nationale (F. Aubin-Goupil, n"* 1-10) l"a conduit à rectifier 
la paginationdecedocument et à découvrir une page supplémentaire, facticement 
réunie à une autre feuille '. Puis M. Lejeal rend compte rapidement d'un travail 
manuscrit sur l'antiquité mexicaine, confié à l'examen de la Société par un 
correspondant de La Rochelle. Ce qu'il y a de plus intéressant dans ce cahier, 
ce sont les notes de voyage, annexées à l'exposé principal et qui ont le mérite de 
faire connaître Tétat, entre 1854 et 1860, d'un certain nombre de sites archéo- 
logiques importants. 

La séance est levée à 5 heures 55 minutes. 

1. V. Journal, nouv. sér., t. lîl, p. 145. 



NÉCROLOGIE 



Washington MATTHEWS 

Washington Matthews, un des représentants les plus considérables de 
rAméricanisme aux États-Unis, était originaire d'Irlande. Né à Killiney, comté 
de Dublin, le 17 juillet 1843, il esj, mort à Washington, le 29 avril 1905. Fils 
d'un médecin émigré en Amérique, vers 1847, il fut dirigé par son père vers 
les études médicales qui lui inspirèrent un goût très vif pour l'anthropologie et, 
de 1860 à 1863, conquit ses grades à l'Université de l'État d'Iowa. Peu de 
temps après, il entrait comme volontaire, dans le corps des chirurgiens de l'ar- 
mée. La Guerre de Sécession battait son plein. Il y fit vaillamment son devoir et, 
l'ordre rétabli, resta au service où il trouva une carrière très honorable, sinon 
la plus chère occupation de sa vie. C'est en 1865, à Fort-Union, Montana, que 
se confirma sa vocation d'ethnographe. Médecin de station militaire ( « post 
surgeon »), il prit contact avec les Hidatsa (Minnelareès et Grosventres) du 
Missouri, les Arickarees, les survivant de la tribu des Mandans qu'il observa 
avec diligence et sympathie pendant près de six années. De ces premières 
études sortit le livre intitulé Gramniar and Diclionary of the Hidatsa (New- 
York 1873, xsv-158 p.; 2* édition, aux frais du gouvernem.ent fédéral, dans les 
U. S. geological and geographical Survey Mise. Publications^ Washington, 
1877, 239 p. in-8", sous le titre de : Ethnography and Philology of the Hida- 
tsa Indians), dont on a pu écrire : « . . .the most important memoir on our 
aboriginal languages that had appared since the great Dakota dictionary of 
Riggs, twenty six years before ». Cette œuvre signala Matthews à l'attention 
du Bureau of American Ethnology et de son chef Powell, ce merveilleux devi- 
neur d'hommes. Sur le conseil de celui-ci, le jeune savant se fit désigner pour 
une garnison très lointaine. Fort Wingate, .Nouveau-Mexique. Il devait y 
passer quatre ans (1880-84), pour y revenir dix ans plus tard (1890-94), pendant 
une nouvelle période de quatre ans. Ces deux séjours tiennent une place capi- 
tale dans le labeur scientifique de Matthews. On leur doit reporter la genèse 
des livres et des articles qui établirent définitivement sa réputation : 

.< Navajo Silversmiths » [2^ Ann. Rep.Bur. EthnoL,p. 167-178, pi. 16-20, 
Washington, 1883); 

« A part of the Navajo Mythology » {Amer. Antiquarian, t. V, p. 207-224, 
Chicago, 1883); 

« Navajo Weavers .> {3<i Ann. Rep . Bur . Ethnol., p. 371-391, pi. 24-38, 
Washington, 1883) ; 

« Mythological Dry-paintingof the Navajos » [Trans. Anlhr. soc. Washing- 
ton, vol. m, p. 139-140, Washington, 1885) et « Mythic Dry-paintings of the 
Navajos.) (Amer. Naturalist, t. XIX, p. 931-939, Philadelphia, 1885); 



306 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

<( Some Deities and Démons of the Navajos » [Amer. Naturalist., t. XX, 
p. 841-850, 1886) ; 

« The Mountain Chant : A Navajo Ceremony » (5^^^ Ann. Rep. Bur. Ethn., 
p. 379-467, pi. 10-18, Washington, 1887): 

« The Prayer of a Navajo Shaman » [Amer. Anthropologist, vol. I, p. 149- 
170, Washington, 1888) ; 

a Navajo gambling Songs » (Amer.Anthropologist, vol. II, p. 1-19, Was- 
hington, 1889) ; 

« The gentile System of the Navajo Indlans » {Journal Amer. Folk-Lore, 
vol. III, p. 89-110, Boston, New- York, 1890) ; 

« Navaho Legends » [Mem. Amer. Folk-Lare Society, t. V, VIÏI-299 p. in- 
8°, 7 pi. et 1 carte, Boston, New-York, 1897). 

« The Night Chant ; a Navaho ceremony >y{Mem. Amer. Muséum of Natural 
Z^is/'orî/, vol. V,Anthropological Séries, XVI-332 p., in-4°, 8 pi., New- York, 1902). 

Cette dernière publication est très caractéristique de l'esprit en partie nou- 
veau, introduit aux États-Unis dans les recherches de folk-lore et de mytho- 
logie, par Matthews et ceux qui, avec lui, fondèrent VAmerican Folk-Lore 
Society^ destinée par la suite à une si grande prospérité. Avant eux, ces parties 
de l'ethnographie étaient explorées surtout comme provinces de la littérature. 
Matthews et sa génération surent démontrer au public américain que l'intérêt 
d'un mythe ou d'une légende n'est pas seulement dans leur beauté esthétique, 
mais aussi dans leur valeur documentaire, dans leur importance religieuse et 
sociale. Le « Night chant », la monumentale monographie, publiée par le 
Muséum of Natural History de New-York est, à cet égard, un modèle. Elle 
restitue la religion presqu'entière, les grands traits de l'organisation 
tribale de Navahos, par une série d'analyses minutieuses. Les procédés 
quelle applique sont, en somme, ceux du laboratoire. Et Matthews était, en 
effet, un homme de laboratoire, dont d'autres travaux purement somatolo- 
giques disent la rigoureuse méthode scientifique. La plupart furent réalisés par 
lui pendant son passage à V A rmy Médical Muséum de Washington. De cette 
bibliographie si touffue, l'on ne ."^appellera ici que les « Human bones of the 
Hememway Collection » [Mem. National Academy of Sciences, vol. Vî, p. 139- 
286, 57 pi., Washington, 1893). C'est, au point de vue de l'anthropologie phy- 
sique, le bilan de la grande « Southwestern Archeological Expédition ». On 
pourrait ajouter les articles de revues sur la consomption chez les Indi«^ns, les 
recherches sur les applications de la photographie à l'étude du crâne humain, 
l'invention connexe d'un nouveau système de craniométrie, etc.. 

Ce genre d'étude et d'écrits et les recherches folkloriques ou religieuses men- 
tionnées plus haut, dérivent du même amour des faits précis et concrets. Si, 
d'ailleurs, Matthews observait, recueillait, disséquait sans ampliller, sans 
embellir, en naturaliste et en médecin, les traditions, les rites, les coutumes, 
il les sentait et les aimait et en artiste et en poète. Poète, il le fut aussi, pro- 
fondément. Il a chanté avec émotion, par exemple, la fin du paganisme améri- 
cain, la mort des dieux aborigènes tués par le christianisme *. 

1. Voir le poème intitulé « the Pagan martyrs ». 



NÉCROLOGIE 307 

Sa bonté touchante, son amour des faibles, le plaisir qu'il trouvait dans la 
société des enfants, le dévouement professionnel dont il fit preuve vis-à-vis des 
blessés de la g^rande guerre et dans plusieurs graves épidémies d'Indiens, le soin 
dont il entourait les animaux, enfin le courage résigné avec lequel il supporta 
les souffrances de ses dernières années complètent harmonieusement le por- 
trait moral de ce travailleur acharné, modeste et probe. 

L. Lejeal 

Girard de RIALLE 

Julien Girard de Rialle, né à Paris, le 27 septembre 1841, a" représenté la 
France dans la péninsule des Balkans, en Allemagne et auprès de diverses 
républiques sud-américaines. Un court passage dans l'administration préfecto- 
rale, sous la Présidence deThiers, puis à la tête des Archives du ministère des 
Affaires étrangères, complète sa carrière très honorable d'homme public. Peu de 
fonctionnaires et de diplomates ont rempli aussi studieusement leurs loisirs. A 
la Revue de Linguistique ei à Y Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux 
qu'il dirigea pendant plusieurs années, il donna nombre d'importants articles 
qui témoignent d'un savoir varié, joint à une grande vigueur de pensée. M. Girard 
de Rialle s'était consacré principalement à la grammaire et à lamjthologie com- 
parées, à l'ethnographie générale. Sous ces divers aspects, il étudia surtout l'Inde 
védique, la Perse ancienne et la préhistoire de la France. Mais il laisse aussi 
des écrits américanistes estimables. Sans parler d'une étude sur les langues du 
Mexique (1867) et d'un Commentaire du Manuscrit Troano (1872) qu'on doit, 
aujourd'hui, juger un peu surannés, il y a d'excellentes choses dans le petit 
livre sur les peuples de l'Amérique, bien qu'il s'agisse d'un traité de vulgarisa- 
tion. Et la Mythologie comparée (1878), dont le seul volume paru est presque 
tout entier consacré à l'Amérique, a beau se réclamer modestement de 1 auto- 
rité deMûller de Bàle, c'est un travail original, d'une documentation lé plus 
souvent personnelle, et fortement composé, f^'idée maîtresse de 1 œuvre, c'est 
que toutes les conceptions religieuses de l'humanité sont sorties, par voie d'évo- 
lution, d'un primitif fétichisme. De ce point de vue, les polylhéismes anciens du 
Mexique, de l'Amérique centrale, de la Colombie et du Pérou sont décrits avec 
logique, clarté, exactitude et précision. Dans un autre ordre d'idées, M. de 
Rialle devait ajouter à nos connaissances sur la conquête du nouveau monde. 
Sous le titre : « Sébastian Cabot et Charles Quint », il inséra, en 1890, au 
Bulletin de Géographie historique et descriptive (p. 24-34 et 282), un très bon 
travail, relatif au projet d'expédition contre le Pérou, par l'Amazone, qu'avaient 
préparés l'ambassadeur français en .Angleterre, Boisdauphin, et John Dudley, 
duc de Northumberland. 

L'heure de la retraite venait de sonner pour M, Girard de Rialle. Il allait 
quitter la légation française de Santiago qu'il dirigeait depuis 1898, heureux de 
pouvoir se livrer désormais tout entier à ses études préférées, lorsqu'il est mort 
âgé de soixante-quatre ans. 

Nous avons appris, dans le même moment, qu'il désirait devenir des nôtres 
et qu'il n'était plus. Aux regrets de ses amis il nous sera permis de joindre 
ceux d'une Société qui se réjouissait d'acquérir en lui un adhérent laborieux, 
distingué et savant. 

L. Lejeal 



308 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTKS DE PARIS 



Jules OPPERT 

Nous ne nous proposons point, dans cette courte note, de refaire la biogra- 
phie, tant de fois écrite, ni d'exposer l'œuvre, tant de fois appréciée depuis un 
an, du grand assyriologue. Nous voulons simplement dire les liens qui nous 
unissaient à lui et offrir à sa mémoire Ihommage que la dispersion des vacances 
nous empêcha, en août 1905, d'apporter sur sa tombe. 

Jules Offert était l'un des fondateurs de la Société des Américanisles de Paris. 
Il en fut pendant dix années, l'un des vice-présidents d'honneur; il y donnait 
l'exemple d'une rare assiduité. Il avait, de même, adhéré à presque tous les 
Congrès internationaux d'Américanisme, au milieu desquels il représenta sou- 
\en( l'Institut de France. C'est une preuve, entre tant d'aulres, de l'intérêt que 
cet esprit il'une culture encyclopédique et d'une si belle activité portait à toutes 
les parties de l'histoire. 

Quand il prenait part à un débat d'américanistes, Oppert commençait, d'or- 
dinaire, par s'excuser avec une modestie un peu narquoise. « Je cherche à 
m'instruire », disait-il. Mais le soi-disant amateur se révélait vile, à qui aurait 
eu la naïveté ou commis l'ignorance de le prendre au mot, comme admirable- 
ment instruit de l'archéologie précolombienne, des problèmes qu'elle soulève et 
de l'abondante littérature qu'ils inspirent. Oppert affectionnait spécialement les 
discussions de chronologie et de linguistique. C'étaient aussi, on le sait, les 
sujets préférés de ses recherches d'assyriologue. Sur ce terrain, en Amérique 
comme en Orient, sa science dem.athématicien et son génie philologique bien 
servis, d'ailleurs, par une force et une verve singulières d'argumentation le ren- 
daient redoutable. 

Oppert posait, sur le mode socratique, au « préopinant » qu'il voulait réduire, 
quelques questions d'allure inoffensive, puis, de question en réponse, dévoilait 
ses objections, presque toujours victorieuses. Que de thèses nous vîmes ainsi, 
par lui, s'effondrer en poussière et quels vilains quarts d'heure il fit passer à 
quelques-uns ! Il poursuivait surtout ceux qu'il appelait les « messieurs à sys- 
tèmes », défenseurs ou contempteurs des dogmes, et qui confondent l'apologé- 
lique avec l'histoire. Par cette attitude, sans avoir jamais publié aucun travail 
d'Américanisme, Oppert a certainement exercé une magistrature des plus fruc- 
tueuses sur le progrès de nos études. En confirmant les uns dans les bonnes 
méthi>des, en y amenant les autres, sa critique fut salutaire à tous les travail- 
leurs. Elle était parfois un peu rude; elle n'était jamais malveillante; elle fai- 
sait de> victimes, mais ne faisait pas de rancunes; car elle savait toujours, par 
un mot spirituel ou malicieux, atténuer les brutalités de l'attaque. Personne 
n'oubliera, chez nous, l'illustre collègue qui, dans nos réunions, apportait un 
-^i haui savoir et tant de bonne humeur. 

L . Lejbal. 



NÉCROLOGÏE 309 



LE DUC DE BASSANO 

Hugues-Napoléon Maret, troisième duc de Bassano, mort à Paris, le 8 mai 
1906, était né à Meysse, le 8 novembre 1844. 

Il est des hommes qui n'ont que des amis. M. de Bassano, bien que son amitié 
ne fût pas banale, était de ces hommes. A tous ceux qui l'approchaient, l'éléva- 
tion de son caractère, la finesse et la culture de son esprit, le charme de son 
commerce inspiraient bien vite un sincère attachement. Pour chacun d'entre 
nous, ce fut une douleur très personnelle de le voir emporté, avant 1 âge, par un 
mal insidieux dont les alternatives avaient, à diverses reprises, donné l'espoir 
d'une guérison. Après six mois, nos regrets sont devenus plus vifs encore, car 
nous apprécions plus exactement le rôle essentiel, dissimulé par sa modestie, 
que notre cher collègue tenait dans notre Société. 

Plusieurs séjours en Amérique avaient, dès sa jeunesse, inspiré la curiosité 
des choses de l'Américanisme à M. de Bassano. Quand le duc de Loubat, son 
ami de quarante ans, et le D"" Hamy réalisèrent leur projet d'une association 
vouée à l'étude du monde indigène américain, le duc de Bassano se joignit à eux 
sur-le-champ. Il prit pour lui, dès l'origine, les ingrates fonctions de trésorier 
et, pendant onze ans, il les garda. Depuis plus longtemps encore, il intervenait 
dans l'administration de la Société de Géographie. A gérer ainsi de modestes 
intérêts scientifiques, il mettait le même zèle scrupuleux qu'avait apporté, 
avant lui, ceux de son nom aux grandes charges de l'Ktat. 

Toute son existence n'a été, du reste, qu'une longue fidélité et un long 
dévouement. Entré en 1863, à dix-neuf ans. dans la diplomatie, attaché d'am- 
bassade a Turin et à Washington, puis rappelé à Paris auprès d'un ministre des 
Affaires étrangères qui avait distingué ses belles qualités, enfin, secrétaire à 
l'ambassade de Constantinople, il avait devant lui un brillant avenir d'homme 
public. Au 4 septembre, il sacrifia, sans hésiter, sa carrière à ses convictions 
politiques et il démissionna. 

Dès lors, il fit deux parts de sa vie. Il fut, auprès des princes qu'il aimait, le 
courtisan du malheur, dans la plus noble et la plus louchante acception du terme. 
Il accompagna l'impératrice Eugénie pendant son tragique pèlerinage du Zou- 
louland,en 1879. Mais il n'oubliaitpas la France. Il l'avait défendue en 1870-71, 
comme lieutenant de mobiles et sa conduite sur les champs de bataille autour 
de Paris, lui avait valu une proposition pour la croix. En se vouant, par la 
suite, l'un des premiers, à l'expansion coloniale, de la façon la plus généreuse 
et la plus éclairée, il a rendu à son pays de réels services, trop ignorés. 

Puissent ces souvenirs et l'expression émue de notre respectueuse sympathie 
être doux à la famille qui le pleure ! 

La Société des Améhic.\nistes. 



BULLETIN CRITIQUE 



J. Garcia Icazbalceta : Vocabulario de Mexicanismos (Jules Humbert). — 
D"" Th. KocH : Anfànge der Kunstim Urwald (Ed. de Jonghe). — !)■■?. Ehren- 
reick: Die Mythe n imd Legenden der Sùdamerikanischen Urvôlker [L. Lejeal). 

Joaquin Garcia Icazbalceta. Vocabulario de Mexicanismos, por 
D. Joaquin Garcia Icazbalceta, obra pôstuma publicada por su 
hijo, Luis Garcia Pîmentel. Mexico, Tip. y Lit. (« LaEuropea », 
1905, in-8« dexvni-241 p. 

Ce livre de Garcia Icazbsîceta complète la série des dictionnaires spéciaux 
que possèdent déjà la plupart des nations hispano-américaines. L'auteur a voulu 
faire pour le Mexique ce qui a été fait, pour le Gosta-Rica, par M. J,-F. Ferraz, 
dans ses Nahuatlismos ; pour la Colombie, par M. Cuervo,dans ses Apuntaciones 
criticas sobre el lenguaje Bogotano; pour le Chili, par M. Zorobabel Rodrîguez, 
dans son « Diccionario de Ghilenismos » ; pour le Pérou, par Juan de Arona 
(« Diccionario de Peruanismos jd) ; pour l'île de Cuba, par Esteban Pichardo (« Dic- 
cionario razonado de vozes cubanas »), etc. Une récente publication de la Revue 
hispanique sur les provincialismes argentins et boliviens montre l'importance 
que les milieux scientifiques attachent à ces recherches. Il est regi'citable que 
la mort aît surpris le grand érudif mexicain avant qu'il ait achevé son œuvre, 
et il est à souhaiter que son fils, M. Garcia Pimentel, puisse achever, avec les 
matériaux paternels, et livrer au public le Vocabulaire des Mexicanismes dont 
le premier volume seul (A-G) a été publié jusqu'à ce jour. 

Dans la préface, M. Garcia Icazbalceta expose son but et retrace l'histoire 
des provincialismes mexicains. — Un dictionnaire de provincialismes ne doit 
pas ressembler à un dictionnaire de la langue officielle. Tandis que ce dernier 
est contraint à une grande sévérité ùans l'admission des articles, le premier ne 
doit pas hésiter à tout prendre, le bon et le mauvais, le propre et l'impropre, 
le familier, le vulgaire même et le trivial ; il doit, en un mot, refléter, comme en 
un miroir, le parler populaire et c'est ce qui fait l'intérêt d'un ouvrage de ce genre. 

Quelle est l'origine des provincialismes hispano-américains? Beaucoup qui 
semblent nés sur le sol du nouveau monde, sont tirés" de l'espagnol même ; 
mais ils ont disparu de la patrie primitive. Quelques-uns se retrouvent encore 
dans certaines provinces de l'Espagne, en Andalousie surtout. Les conquista- 
dores, en effet, et les pohladores avaient apporté avec eux la langue vulguire 
qu'ils parlaient dans leur pays;^ ils la répandirent partout, en l'augmentant de 
mots qu'ils inventaient pour suppléer à l'insuffisance de leur propre idiome ou 
qii'ils empruntaient aux langues indigènes pour désigner des objets inconnus ou 



312 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

des idées nouvelles. Les colons espagnols, en passant d'une contrée à l'autre, 
portaient ces mots avec eux. C'est pourquoi les provincialismes que l'on pour- 
rait croire spéciaux à une province, se retrouvent dans des pays très différents, 
il est même arrivé, chose curieuse, que beaucoup sont revenus en Espagne, soit 
avec les colons, à leur retour, soit dans les actes administratifs et dans les 
pièces de toutes sortes, privées ou non ; c'est ainsi que nombre de mots améri- 
cains ont pris racine dans la péninsule. 

Tous les dialectes américains ont donc des provincialismes com.muns. Partout 
les procédés de formation ou de dérivation de mots se ressemblent. Un des plus 
heureux est la facilité avec laquelle les noms forment des verbes ; on a ainsi : 
festinar à côté de festinaciôn, agredir à côté de agresiôn, extorsionar tiré de 
extorsion, harnear de harnero, etc. On trouve même chez les Hispano-Améri- 
cains des défauts identiques de prononciation : tous, par exemple, donnent le 
même son à c, s, et z, à // et à î/, ou encore ils unissent les voyelles qui en 
castillan ne forment pas des diphtongues, disant cai, màiz, pais, en une seule 
émission de voix. Cette manière générale de parler, ainsi que la douceur du 
langage, remarquable surtout chez les femmes, sont dues apparemment à l'in- 
fluence des Andalous qui, dès les premiers temps de la conquête, vinrent nom- 
breux en Amérique. 

A côté des provincialismes généraux, il n'y en a pas moins, dans chaque con- 
trée, des idiotismes particuliers dus aux influences locales ou voisines. Au 
Mexique, les gens de Vèra-Cruz parlent avec l'accent cubain ; dans les Etats 
de Jaîisco et de Morelos, on rencontre beaucoup de mots aztèques ; dans celui 
dOajaca, des mots zapotèques, et dans le Yucatan, l'influence de la langue maya 
est considérable, même sur les per.sonnnes très instruites. Les autres langues 
européennes ont même contribué à modifier la langue primitive, et les États 
frontière du Nord du Mexique, par exemple, subissent la contagion inévitable 
de l'anglais. 

De là, une foule de disparates américains et une matière des plus fécondes 
pour un dictionnaire de provincialismes. 

Quant au fond même de l'ouvrage, il est des mieux conçus. Les diverses 
acceptions de mots sont nettement établies, et les difTérences de sens sont subti- 
lement analysées. Des exemples bien choisis font saisir les distinctions, même 
les plus légères (v. par exemple, à l'article cambiar, la discussion sur la confu- 
sion faite parfois entre cambiar et mudar * ; à l'article calinudo, la précision de 
la nuance entre calmudo et calmoso, etc.). 

M. Garcia Icazbalceta ne borne pas ses recherches au Mexique ; il les étend aux 
autres pays hispano-américains. Les mêmes mots se retrouvent dans diff'érentes 
contrées avec le même sens : c'est le cas de anchar, qui a remplacé partout 
ensanckar; ou bien ils ont passé d'un pays à un autre en changeant de signifi- 

1. N^ous donnons une idée des citations faites à ce propos par Garcia Icazbalceta. 
— « Aviso â Ud. que ayer camhié — Como ! No comprendo. — Quiero decir que me 
hé mudado : que me he ido à vivir à otra casa. » — « Aguardeme Ud. un poco, que 
voy â cambiârme. — Pov quien ? — Digo que voy. à mudarme, à mudar la ropa. •> 



BULLETIN CRITIQUE 313 

cation, tel que china qui, au Pérou, désigne une indienne ou une métisse 
employée comme domestique, dans l'Equateur, une servante, dans le sens géné- 
ral, au Mexique, une femme du peuple de mœurs légères, tandis qu'à Cuba, au 
Guatemala, le mot est devenu simplement un terme de tendresse entre femmes. 

Parfois, les mots espagnols se sont déformés : calredal a pris la place de 
catedral, duce celle de dulce^ ciénega celle de ciénaffa, et M. Garcia Icazbalcela 
retrouve la même déformation en Colombie, au Venezuela, au Chili, dans 
l'Argentine. Souvent le sens des mois s'est étendu : aniarrar embrasse au 
Mexique comme au Pérou et au Chili, tous les sens de atar, et capaz s'em- 
ploie pour posible et probable. 

A côté de ces disparafes de mots, M. Garcia Icazbalceta réserve une grande 
place aux locutions familières, et on trouve dans son livre l'explication, appuyée 
sur d'intéressantes citations, d'expressions comme : No es mala anchela, ou vaya 
ana ancheta^ qui s'emploie à propos des corvées ennuyeuses, ande Ud, ou 
andele, pour amener quelqu'un à faire une chose, vaya Ud à freir chongos, 
pour congédier quelqu'un avec dédain, dar ou hacer carita, démontrer par des 
signes extérieurs que Ion répond à l'afTection de quelqu'un, miren que casof 
exclamation de surprise, ângela maria, interjection d'approbation ou. d'admi- 
ration, etc. 

Quant aux étymologies, et surtout les mexicaines, M. Garcia Icazbalceta les 
discute savamment et ne les accepte qu'avec la plus extrême réserve (v. par ex. 
art. : chocolaté, galpon, guachiniango). 

Enfin, un des côtés qui n'est pas le moins intéressant du livre, c'est la partie 
technique et historique. A propos, de termes particuliers, l'auteur entre dans de 
longs développements, sur les plantes spécialesdu Mexique, par exemple (v. art. : 
granadita, amole, etc.), les animaux (art. : ahuizote, centzontle, etc.), la géo- 
logie [ceboruco), ou bien encore il nous donne de curieux détails sur les mœurs, 
les institutions politiques de l'ancien Mexique, son histoire et son organisation 
sociale (v. par ex. les art. : calpixque, guanaja, caslas, etc.). 

Le Vocabulaire de Mexicanismes de Garcia Icazbalceta, s'il était achevé, ne 
serait donc pas un livre de pure linguistique d'une lecture fatigante, mais un 
ouvrage intéressant à consulter. Dans ce que nous en donne, aujourd'hui, la 
piété filiale, le savant, l'historien, le moraliste trouvent leur compte aussi bien 
que le grammairien ; bref, c'est une sorte de musée où l'auteur projetait de 
conserver « como oro en pano » le trésor de sa langue nationale et le souvenir 
des usages mexicains. 

Jules HUMBERT. 

D'" Th. Koch-Grunberg. Anfange der Kunst im Urwald. India- 
nerzeichnungenauf seinen Reisenin Brasiliengesammelt. Berlin, 
Ernsl Wasmuth, s. d. [1906], in- 8« obi. de xv-70 p., 63 pi., 
2 c. h. t., Id fig. d. 1. t. 

Ce serait une erreur de croire que, sous le titre de « Débuts de l'art dans la 



314 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAKISTES DE PARIS 

Forêt Vierge », M. Koch ail voulu nousprésenter quelque dissertation, quelque 
théorie nouvelle sur les origines de l'art. Rien de cela dans le beau volume 
sorti des presses de E. Wasmuth. C'est une importante contribution à l'étude 
concrète de l'esthétique chez les peuplades qui habitent le haut Rio Negro et 
le Rio Yapura ; et cet art n'est primitif que pour autant que nous en comparons 
les caractères à l'art de l'époque préhistorique ou à Tart chez les enfants. 

Le livre de M. Koch vient à son heure. Depuis quelque temps, l'ethnogra- 
phie s'est attachée résolument et systématiquement à l'étude de la vie psy- 
chique des peuples de civilisation inférieure. Aucune forme delà vie des peuples 
ne la laisse indifférente ; mais il est indéniable, qu'en ces dernières années, les 
phénomènes religieux et les phénomènes esthétiques ont eu le privilégie de 
passionner ses recherches d'une façon toute particulière. 

Gomme l'indique le sous-litre, l'auteur s'est borné à l'art du dessin. Son 
étude estd'autant plus intéressante que, pour cet art, nous disposons de certains 
éléments de comparaison. En effet, Jules Grevaux s'était déjà décidé à publier 
certains dessins indigènes; dans la relation de son deuxième voyag-e, M. Karl 
von den Steinen leur consacre un important chapitre, et, tout dernièrement, 
M. Max Schmidt, dans le livre que nous avons analysé au numéro précédent 
de ce journal \ étudie de plus près quelques spécimens de l'art du dessin chez 
les indigènes du Xingu. M. Koch est le premier, je crois, qui collectionna systé- 
matiquement des dessins et en fit l'objet d'une publication particulière. 

Son livre se compose de deux parties bien distinctes : la première est un 
consciencieux essai d'étude dû à la plume de M. Koch. La seconde est la repro- 
duction fidèle des dessins que les indigènes avaient tracés au crayon dans les 
carnets de M. Koch. Ges dessins appartiennent aux peuplades les plus diverses, 
telles que les Baré du Casiquiare, les Baniwa du rio Guainia, les Siusi et les Kâua 
du rio Aiary, les Tukâno, les Uanâna, les Kobéua, les Bahûna, les Tuyûka du 
rio Gaiary-Uaupés et de ses afïïuents, les Umâna du rio Macâya, toutes 
peuplades du haut Rio Negro et du Yapura que M. Koch visita en 1903-1905. 
Nous trouvons, en outre, des dessins appartenant à des Ipurinâ du Rio Purus, 
que l'auteur recueillit à Manaos, et des dessins de Bakairi du Paranatinya et du 
haut Xingu, recueillis lors de l'expédition qu'il entreprit dans cette région, en 
compagnie du D*^ Hermann Meyer de Leipzig (1899). 

Toutes ces tribus ont pour le dessin des capacités différentes. De plus, à 
l'intérieur d'une même tribu, on peut constater deg différences individuelles. 
Pour que l'on saisisse plus facilement les caractéristiques du talent de ses 
divers artistes, M. Koch a eu soin de faire reproduire fidèlement ses carnets, 
de telle sorte que chaque feuille du livre reproduise exactement et en grandeur 
réelle une feuille de ses carnets. L'exécution est très soignée. Au bas de chaque 
feuille,, on trouve l'indication de la tribu, le nom du dessinateur, l'endroit exact 
où le dessin fut recueilli, enfin le sens général de la représentation. 

Une table placée à la fin du livre met chaque dessin en rapport avec les pas- 
sages du texte de M. Koch qui s y rapportent. Ce texte qui constitue la pre- 

I. \()ir Vo»"";ia/, avril 1906, p. 109. 



BULLETIN CRITIQUE 315 

mière partie du livre est un essai de coordination, subdivisé en quinze chapitres 
qui traitent successivement des contours, des dessins où la face et le profil se 
trouvent mêlés, des dessins où certaines parties du corps sont omises, des dessins 
où d'autres parties sont indûment ajoutées, des dessins où des parties du corps 
sont représentées isolées, des représentations de choses que l'œil ne peut 
apercevoir, de l'achèvement des dessins, des animaux inférieurs, des plantes, 
des scènes à personnages, des représentations d'esprits, de masques, de cartes 
géographiques, de cartes célestes et finalement des ornements Ces chapitres 
sont écrits peut-être un peu rapidement, mais ils contiennent de nombreuses 
considérations, souvent très intéressantes et toujours judicieuses. Leur impor- 
tance la plus grande leur vient de ce que M. Koch a eu 1 excellente idée de nous 
faire assister à la genèse même de bon nombre de dessins qui, sans cela, 
seraient inintelligibles. 

De ces chapitres, les sept premiers s'occupent des caractères généraux des 
dessins; les huit derniers sont groupés d'après le sujet de la représentation. La 
simple énumération des objets traités par M. Koch suffît à montrer que cet art 
est loin d'en être à ses débuts. Le répertoire de l'artiste indien est des plus 
vaste ; il dessine à peu près tout ce sur quoi son attention se porte. De préfé- 
rence — reste cependant pour chaque cas à déterminer jusqu'à quel point le 
choix du dessinateur peut avoir été intluencé par M. Koch — il reproduit 
l'homme, les animaux, en particulier ceux qu'il rencontre à la chasse et à la 
pêche. Quant aux petits animaux, leur représentation est moins fréquente 
et plus imparfaite ; sauf, cependant, quand il s'agit des petits animaux 
malfaisants. Les plantes ne semblent pas du tout attirer le dessinateur non 
civilisé; c'est un des multiples traits qu'il a de commun avec l'enfant. Il aime à 
dessiner des scènes de chasse, de pêche, de danse. Enfin, les représentations 
d'esprits et démasques, les cartes géographiques et, surtout, les cartes célestes 
et les ornements, présentent un très grand intérêt. 

C'est surtout dans les représentations d'hommes et de grands animaux, ainsi 
que dans les scènes de chasse et de pêche, qu'on peut le mieux saisir la carac- 
téristique de tous ces dessins. Le dessin chez le non-civilisé, Andrée et 
Steinen ont déjà insisté sur ce point, est avant tout l'auxiliaire du langage, il 
est descriptif. Comme l'enfant, le « Naturmensch >> dessine, moins avec l'inten- 
tion de rendre un objet avec exactitude ou de provoquer un sentiment esthé- 
tique, que pour exprimer une idée. De plus, il ignore complètement la perspec- 
tive ; et ainsi s'explique qu'il représente généralement les hommes de face et 
les animaux de profil, à moins qu'il ne s'agisse de reptiles (ceux-ci sont vus et 
dessinés de dos). 

Quand on tient compte de ces deux remarques générales, les imperfections 
des dessins indiens deviennent moins choquantes. Au lieu de les voir avec des 
yeux d'Européens, de sourire et de passer outre, on se sent irrésistiblement 
porté à les regarder de plus près, à les étudier afin d'y découvrir quelque 
manifestation particulière de la mentalité des peuples ou des individus. Nous 
croyons que non seulement les ethnographes de profession, mais aussi les psy- 



346 sor.iÉïÉ DES américamstes de paris 

chologues et les historiens de l'art liront avec le plus vif intérêt les consi- 
dérations dictées à M. Koch par l'étude comparative des dessins qu'il a re- 
cueillis. 

Ed. DE JoNGHE. 



D"" Paul Ehrenheich. Die Mytheii und Legenden der Sùdamerika- 
nischen Urv'olker und ihre Beziehunyen zu denen Nordamerikas 
und der alfen Welt. Berlin, Vèrlag von A. Asher & G*^, 1905, 
in-8'^ (Supplément zu Zeilschrift fur Ethnologie) de 108 p. 

Cette brocliure, presque équivalente, par son impression très compacte, à un 
gros livre, contient trois et même quatre choses : i" tableau général des mjtho- 
logies de TAmérique méridionale (p. 10-29); '1" inventaire analytique détaillé 
(p. 29 ssq.) des mythes sud-américains qui se groupent, géographiquement, en 
un certain nombre de cycles [Sagenkreise] ou de provinces mythiques, rare- 
ment isolées les unes des autres ; localisation des points de contact entre ces 
Sagenkreise (p. 60 sqq.) ; 3" rapports analogiques entre les mythologies des 
deux continents colombiens (p. 66) ; 4° rapports entre mythes de l'Amérique et 
mythes de l'Asie (p. 77). On voit, par ce court résumé, que M. le D*" Paul 
Ehrenreich ne craint pas les sujets difficiles. Mais on peut aussi pressentir les 
côtés faibles de sa construction. 

Les relations, ou plus exactement, les similitudes et lés parentés signalées 
dans les seconde, troisième et quatrième parties de son travail, sont expliquées, 
surtout, par des Mglhemvanderungen, des migrations de mythes, elles-mêmes 
parallèles aux mouvements et aux rencontres des peuples. Or, on sait combien 
resien t'^t'-agues encore nos certitudes sur les marches et contre-marches de 
l'humanité américaine, combien d'anneaux encore manquent à la chaîne de ses 
voyages, combien enfin est illusoire et fragmentaire la chronologie, même rela-r 
live, de ceux-ci. D'autre part, et ce n'est pas d'hier qu'on l'a remarqué, la 
méthode comparative en mythologie n'oiïre point toutes les garanties qu'on lui 
attribue. L'obligation préliminaire, obligatoire, qu'elle comporte et qui consiste 
à dégager, dans les mythes ou groupes mythiques envisagés, le thème foncier, 
le noyau primitif du récit, des motifs secondaires, est une besogne hasardeuse. 
Les combinaisons de la pensée humaine, même chez les « Naturvôlker », ne 
s'épluchent pas comme un fruit, ne se dissèquent pas comme un organisme, ne 
se décomposent point comme un agrégat. Ce genre d'analyses, pour la pré- 
cision des procédés et des résultats, ne ressemble que très vaguement au travail 
du laboratoire. Supposons pourtant à cette chimie folk-lorique une rigueur 
qu'elle ne saurait posséder ; supposons le thème mythique isolé des inventions, 
des épisodes secondaires qui l'enveloppent; — son identité en deux mythes ou 
groupes de mythes doit-elle être considérée comme un phénomène historique 
(généalogie, contact, emprunt), ou comme un fait psychologique (identité des 
modes de la pensée humaine) ? La première de ces deux solutions est celle de 



BULLETIN CRITIQUE 317 

M. lilhrenreich. SeJ adhuc siiL jiidice lis est. Son travail repose donc sur une 
pétition de principes. 

L'emploi do l'a priori s'y retrouve, du reste, à chaque pas. A priori dans 
l'exposition, puisque l'examen général des mythologies sud-américaines précède 
leur analyse détaillée ; a priori encore, dans une gerbe d'atrirmations dont il 
faut citer quelques exemples. Les peuples « dune culture inférieure » ne sont 
arrivés à l'idée d'un dieu que par emprunt aux peuples civilisés (pag^e 10). — 
Les mythes relatifs aux phénomènes météorologiques sont rares, presque absents, 
dans l'Amérique méridionale i p. 15). Admettons ici que le Thunder-bird 
nord-américain ne se manifeste pas dans le Sud (bien que certains américanistes 
aient cru l'apercevoir réfugié chez les Calchaquis). Cette lacune supprime-t-elle 
vingt autres cas bien caractérisés où les forces de l'atmosphère ont été trans- 
formées en mythes (mythes du vent dans les zones andines ou pays limi- 
trophes, en particulier, le Huayrapoiica, etc.)? Une observation de même nature 
s'appliquerait à ce que M, Ehrenreich dit de la rareté des mythes de l'ori- 
gine du feu (p. 17). Ces généralisations regrettables voisinent, d'ailleurs, avec 
maintes remarques ingénieuses et fines, maints aperçus originaux et justes dont 
il importe aussi de donner une idée. Telles que nous les connaissons, les mytho- 
logie» du Sud-Amérique sont moins syslématisées, moins cohérentes que 
celles du Nord. Parallèlement, le sacerdoce (sauf chez Péruviens, Chibchas, 
Muyscas) s'y affirme moins organisé, moins distinct du shamanisme, et la magie 
s'y montre plus souvent confondue avec le rite religieux. L'.Amérique du Sud 
(le monde ando-péruvien toujours excepté) accuse une certaine hésitation à 
personnifier sous une forme concrète, c'est-à-dire, par des personnages 
mythiques, des abstractions telles que la lumière et l'obscurité (p. 11 et 12). 
Des réalités matérielles et concrètes, mais générales, ainsi la terre et le ciel, 
sont mythiquement exprimées sous une forme assez humble et particulière, 
séjour ou patrie des ancêtres (p. M). La série mythologique que l'auteur 
dénomme « Sagen von politischen Charakter » et qui enveloppe, en d'autres 
termes, les événements de l'histoire, n'apparaît guère que chez les Andins 
(p. 17), etc., etc. 

Le catalogue mythologique de M. Ehrenreich intéressera et servira encore 
plus que les pages un peu mélangées de sa première partie. Il fait la véritable 
valeur de ce travail, et il est. à ma connaissance, le premier essai de ce genre. 
En toute équité, on doit souligner les difficultés de l'entreprise, réfléchir à la 
dispersion des éléments naturels qu'exige une pareille classification, à la masse 
énorme de recherches et de lectures qu'elle implique. De plus, pour bien des 
faits, M. Ehrenreich parle avec l'autorité de l'observateur surplace. Ses inven- 
taires nous présentent successivement : mythes de la création (p. 29) ; mythes 
de cataclysmes, inondations, incendies, spécialement incendies forestiers (p. 30); 
mythes de la terre, du ciel et de l'origine des êtres vivants (p. 32) ; mythes 
solaires et lunaires (p, 34), stellaires (p. 37), d'une infinie variété; mythes rela- 
tifs aux ancêtres et aux héros (p. 40), dont, assez judicieusement, sont séparés 
les « Kullurheroen », les héros civilisateurs (p. 35) ; mythes des jumeaux 

Société des Américmiistes de Paris. 21 



3i8 SOCIÉTÉ DES AMERICAN ISTES DE PARIS 

(p. 44), très fréquents clans ce folk-lore et dont nous rencontrons ici un bilan 
lort complet. 

Voici venir, pourtant, le redoutable problème des parentés. Le chapitre qui 
s'ouvre alors, a pour principal mérite d'établir des cycles légendaires dans l'Amé- 
rique du Sud, au nombre de cinq (Tupi-Guarani, Arouaque, Caraïbe, Gês, 
Ando-Péruvien ; — ce dernier se subdivise à son tour, en provinces qui se 
divisent, elles-mêmes, en cycles locaux; le cycle régional Chibcha se trouve 
ainsi décomposé en deux secteurs, ceux de Tunja et de Bogota ; le cycle 
péruvien comprend les trois secteurs Yunca, Kolya et Chimu). D'un cycle et 
dune province à l'autre, il y a eu des points de contact que, d'après les rela- 
tions de commerce, M. Ehrenrejch essaye de localiser. Iles et côtes de la mer 
des Antilles, Guyane et bassin de l'Orénoque, pour les tribus caraïbes, arouaques 
et guaraunos; cours moyeu du rio Negro, pour les Caraïbes, les Arouaques et 
les Betoyas; fleuves Tabajoz et Xingu, pour les Arouaques, les Caraïbes, les 
Gés et les Trumaï; Bolivie orientale, pour les Yuracares, les Tupi et les Gua- 
rayos; tels auraient été ces marchés de marchandises et d'idées. Les lieux de 
rencontre et d'échange pour les mythes de l'Ouest montagneux et ceux de la 
Silve orientale, n'ont pu être précisés. 11 y a des degrés dans l'hypothèse. 
Celles-ci fondées sur des faits économiques certains semblent légitimes et vrai- 
semblables. 

Mais, par certaines analogies du stock mythique des rameaux tupi-guarani et 
arouaques et du trésor légendaire des indigènes de la côte nord-ouest du Paci- 
fique, M. Ehrenreich a ensuite édifié, régressivement, des « Mythenwande- 
rungen », encore plus vastes que ceux dont il vient d'être traité. A la poursuite 
des thèmes primordiaux, on nous conduit, en s'appuyant sur les travaux de la 
« Morris Jesup Expédition » jusqu'au Japon, et de là, avec M. Siecke pour 
guide, jusqu'en Babylonie. N'objectez point que le Mexique, avec sa mythologie 
si personnelle, — et si complexe — ; le Pérou, avec ses légendes divines, assez 
pures, semble-t-il, d'emprunts septentrionaux, s'interposent dans ce trajet 
immense. On vous répondra que de telles idiosyncrasies dérivent d'une influence 
sacerdotale. 

Ces Mylhen und Legenden ont été présentés au Congrès de Stuttgart et 
dans mon article sur la session, j'en avais déjà dit un mot ' . J'ai peur d'être accusé 
aujourd'hui de contradictions. Je prie donc le lecteur de se rappeler que mon 
appréciation antérieure portait sur l'analyse orale que M. Ehrenreich, à Stutt- 
gart, nous donna de son mémoire, et sur le résumé qu'en avaient publié les ordi*es 
du jourdétaillésdu Congrès. Ainsi s'explique comment la pensée de l'auteuravait 
pu m'apparaître, sous cette première forme (en quelque sorte provisoire), enve- 
loppée de réserves, d'atténuations que le texte définitif n'a point respectées. Je 
le répète, d'ailleurs, les théories d'origine, formulées par notre collègue, pour- 
ront soulever (et ont soulevé, ailleurs qu'ici) de fortes réserves. Mais la recen- 
sion mythique qui forme l'essentiel du livre, reste un elfort de synthèse des plus 
intéressants, un manuel des plus utiles, et, jusqu'à présent, unique en son genre. 

L. Lejeal. 
1. V. Journal, avril 1906, p. 128. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMERIGANISTES 



Les volcans de l'Ile Jan Mayen et la « Relation » des Zeni. — Récente décou- 
verte archéologique dans VOntario. — Une œuvre peu connue du P. Hennepin. 
— Proceedings of the Royal Society of Canada. — Sociographie de la famille 
Salish. — Proceedings of the American Association for the Advancement of 
Science. — Proceedings of the Antiquarian and Numismatic Society of Phi- 
tadelphia. — Sniithsonian Institution. — American Antiquarian Society. — 
Le jubilé du professeur Pulnam. — Ethnographie religieuse des Indiens Pue- 
hlos. — Les deux « Atlail » de Florence. - Une description inédite de « Guien- 
gola ». — Une exploration française dans le Yucatan. — Quelques travaux 
récents sur l'Amérique moyenne. — Les derniers Guaranis de Sao Paulo. — 
Un mémoire italien sur i anthropologie du Sud-Amérique. — Organisation 
nouvelle du « Museo nacional » de La Plata. — • Mouvement péruaniste au 
Pérou. — Collections américanistes dans les musées provinciaux français. — 
Périodiques nouveaux, — Petites Nouvelles. 



Les volcans de Vile Jan Mayen et la Relation des Zeni. — Notre collabora- 
teur et ami, M. Eugène Beauvois, a donné à la Revue des Questions scienti- 
fiques de Bruxelles (3^ série, t. Vlïî, p. 417-464) et, ultérieurement, publié en 
tirage à part (Louvain et Bruxelles, PoUeunis et Ceuterick, 42 p. in-8°), un 
article intitulé : « Le Monastère de Saint-Thomas et ses serres chaudes au pied 
du glacier de l'île de Jan Mayen >■>. Un sous-titre annonce les sources de ce tra- 
vail : « la Relation des Zeno, confirmée par la Pérégrination de Saint Rrendan 
et des documents anciens et modernes. » C'est dire qu'il s'agit encore ici d'une 
thèse chère à M. Beauvois, celle de la véracité des frères Zeni et de l'exacti- 
tude de leurs notions sur les pays transatlantiques. Nous ne surprendrons per- 
sonne en constatant que, comme tous les écrits de l'auteur, celui-ci est d'une 
lecture fort attachante, d'une grande érudition de textes, d'un art achevé dans 
le groupement des sources et l'exposition des faits. Mais, comme la question abor- 
dée dans cette brochure est au nombre des plus controversées, l'analyse que 
nous voulons en insérer ici doit être aussi objective que possible. D'ailleurs, les 
interprétations et solutions présentées par M. Beauvois, quant aux rapports des 
indigènes de l'Extrême Nord-Est Américain avec l'Ancien Monde, avant Chris- 
tophe Colomb, font, de son propre aveu, partie d'un système historique complet 
où se trouvent engagés tout le vaste problème de l'origine des religions et des 
civilisations précolombiennes et le problème, plus ample encore, de l'origine de 
races indigènes de l'Amérique. Après quarante ans d'études, M. Beauvoismous 



320 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTKS DE PARIS 

annonce la publication imminente d'une synthèse où seront reprises et reliées, 
en vue d'une démonstration d'ensemble, toutes les propositions de détail for- 
mulées par notre confrère en une centaine de mémoires fragmentaires. Quand 
nous aurons en main ce livre, — le livre de toute une vie — , mais alors seule- 
ment, la critique, à notre sens, pourra s'occuper M. de Beauvois, non plus 
seulement pour analyser, mais aussi pour juger et discuter. Jusque-là, les 
appréciations nQiis paraissent comporter un double inconvénient: élogieuses, 
elles influencent le débat futur, — et, espérons-le, prochain — , sur les 
théories de M. Beauvois ; défavorables, elles deviennent trop facilement, vu 
la gravité du sujet, injustes à l'égard d'un travailleur que son labeur désin- 
téressé, la conscience de sa recherche et Toriginalité de son esprit rendent 
digne de tout respect. 

Le point précis, traité par M. Beauvois dans le « Monastère de Saint-Thomas » 
est le suivant. Lorsque Nicolo Zeno eut été nommé par le prince Zichmni, gou- 
verneur de Bres dans l'Kstland, il aurait voulu profiter, à ce qu'il explique, de 
son indépendance — et de son isolement — , pour tenter de nouvelles décou- 
vertes. Il aurait donc équipé trois navires qui, en juillet 1395, auraient abordé 
en i( Engrouelant ». Les nouveaux venus trouvèrent là un couvent de moines, 
dédié à saint Thomas, près d'un volcan qui, non seulement fournissait des 
pierres dures de construction et des pierres légères pour préparer la chaux, 
mais aussi une source d'eau bouillante, canalisée et employée par les religieux 
pour la cuisine, le chauffage de l'église, du dortoir et du réfectoire, et, aussi, 
pour la culture en serre des fleurs et des fruits. Or, le monastère de Saint- 
Thomas n'ayant jamais été retrouvé et, d'autre part, le Groenland n'ayant pas 
de volcan en activité, l'histoire de la « serre chaude » est un des points dont 
l'érudition s'est emparée pour mettre en doute la véracité des frères Zeni. 

Voici maintenant, comment M. Beauvois reprend et complète la thèse 
adverse déjà soutenue par lui (en 1890) dans Les voyages transatlantiques des 
Zeno^. Il part de l'identité du volcan mentionné par Nicolo avec un autre pic 
cratériforme décrit dans la Peregrinatio dite de « Saint Brendan » (Brennain 
Mac-Figlona), dont le premier manuscrit connu est du xi® siècle. Ce dernier vol- 
can était situé à huit jours d'une navigation rapide au nord d'un point de 
l'Atlantique dont il est assez facile de fixer le site, puisqu'il se dressait sous une 
latitude où le soleil brillait encore après neuf heures du. soir. Le volcan ne peut 
être un des volcans de l'Islande (trop rapprochés du 60® parallèle). Or, au delà 
il n'est pas d'autre volcan, dans l'Océan boréal, que le Beerenberg, au N.-E. de 
l'île Jan Mayen. Longtemps avant les voyages de Jan Mayen et de Hudson 
(1610-11), on savait, du reste, en Europe, qu'un îlot de la mer norvégienne se 
caractérisait par un mont ignivome, vomissant sur ses flancs, deux sources, l'une 
brûlante, l'autre glaciale. Quant aux serres chauffées par une eau d'éruption, 

1. V. aussi la broccure plus récente, publiée par M. Beauvois, sous ce titre : Les 
notions des Zeno sur les Pays transatlantiques. — Nouvelles preuves de leur véracité, 
Lawain, Polleunis et Ceuterick, 1904, in-8° de 66 p. (extrait de la Revue des Questions 
scientifiques, 3'' série, t. VI, juillet-octobre 1904). 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 321 

que les détracteurs des Zeni se plurent à regarder comme de pure invention, 
on n'ignore pas que les Dominicains (ordre fort répandu dans la province de 
Dacia, ou Scandinavie) avaient, en Norvège, Thabilude de chaufTer leur réfec- 
toire avec des thermosiphons. 

Au surplus, au moyen âge, l'existence de chrétiens, perdus dans une localité 
boréale (si éloignée qu'on ne la pouvait joindre qu'après une longue navigation 
en passant par l'Islande et le Groenland), était tellement bien admise, que Vlti- 
néraire brugeois des pèlerins (siv*"- sièle), ouvrage pourtant sec et positif, signale 
(sous le nom de Juegelherch) cette bourgade lointaine et d'un accès très difficile. 
Pourquoi en est-il question? Ce ne peut être à titre de curiosité, de terre ina- 
bordable ; il y en avait tant pour les navigateurs contemporains! Mais c'est, 
évidemment, parce qu'il y avait là des chrétiens, mêlés aux monstrueux Careli 
infidèles (les Esquimaux), comme l'attestent les Zeni, et qu'il fallait leur signaler 
les moyens d'aller à Jérusalem, à Saint-Jacques de Compostelle, à Rome, etc. 
Ou bien, hypothèse aussi plausible (puisque le guide indique l'itinéraire pour 
aller, plutôt que celui du retour), c'est que la future terre de Jan Mayen possé- 
dait, soit un sanctuaire, comme le curieux monastère de Saint-Thomas décrit 
par les Zeni, soit, tout au moins, un établissement de chrétiens qui, selon 
Fr. Irenicus, u étaient plus religieux que les autres mortels », à cause du spec- 
tacle grandiose de la montagne aux deux sources et des bruits efl'rayants qu'elle 
exhalait. 

En somme, si nous avons bien compris l'argumentation de M. Eugène Beau- 
vois, elle repose sur l'accord -de documents (tout à fait indépendants les 
uns des autres et qui n'ontpu se copier, car ils disent les mêmes choses en 
termes tout à fait diiTérents). Tous prouveraient que l'époque médiévale con- 
naissait Jan Mayen et ses volcans et que, quant à ceux-ci, la relation des Zeni 
n'est pas imaginaire, pas même invraisemblable. 

L. L. 



Récente découverte archéologique dans VOnlario. — Le 19 septembre dernier, 
sous la direction de l'assistant-curateur du « Provincial Muséum » de Toronto, 
M. W. C. P. Phillips, ont été ouverts plusieurs « mounds », situés à Humbers- 
tone-Club, près de Port Colborne (Ont.). L'un d'eux a livré des richesses peu 
fréquentes en cette région : neuf squelettes (disposés, noiis dit-on, dans la posi- 
tion accroupie), de nombreux bracelets d'os, des colliers de perles céramiques, 
des tomahawks, une abondante collection de pipes en pierre (argilite ?), trois 
grands vases de terre cuite et un petit vase de cuivre. Pour le prochain 
« Report « du « Muséum », M. Phillips prépare l'inventaire détaillé, somatolo- 
gique et archéologique de cette importante trouvaille qui lui paraît, nous 
annonce-t-on sans plus de détails, se rattacher au précolombien. 



Une œuvre peu connue du Père Hennepin. — Dans son curieux article, paru 



322 SOCIÉTÉ DES AMERICAN ISTES DE PARIS 

ici même, M. Henri Eroidevaux étudiait, l'an dernier^, le séjour du remuant 
Récollet en Hollande et ses démarches en partie double : auprès du roi d'An- 
gleterre et du gouvernement des Provinces-Unies pour inviter les Anglais et 
Hollandais à des entreprises canadiennes où il aurait eu sa part ; auprès de 
l'ambassadeur français à La Haye, pour obtenir de Louis XIV la permission de 
retourner au Canada, d'où l'avaient expulsé des intrigues depuis longtemps, 
connues. Les lignes qui suivent ont pour but de compléter, par un petit rensei- 
gnement bibliographique « cet épisode ignoré de la vie du P. Hennepin » et 
de montrer quelles furent ses occupations, sous une autre forme, en Hollande. 

J'ai en ma possession un exemplaire, probablement unique, d'un petit volume 
dont voici le titre : 

« La morale pratique | du | Jansénisme | ou | Appel commed'abus | . A notre 
Souverain Seigneur le | Pape Innocent XII. | Interjette | par le | R. P. Louis 
Hennepin, | Missionnaire Recollect, Notaire apostolique j , Chapelain de Son 
Altesse Electorale de | Bavière. | Contre les oppressions et vexations du sieur 
Cats I Prestre, se disant Souvicaire Exécuteur des Ordres | de Monseigneur 
Pierre de Codde, Archevêque de Sébaste et vicaire général d'Utrecht. 

« L'autheur de ce livre et de la Découverte de la j Louisiane, a les Exem- 
plaires, et demeure 

« Chez de ^ Veuve Renswou, près de l'Église de St. Jacques audit Utrecht j , 
M.DC.XCVIII. >) 

Titre : verso blanc. Avis au lecteur, 11 p. n. c. ; 3 autres p. n. c. ; texte, 
1--207 p., petit in-12. 

Voici un très court résumé, d'après l'auteur lui-même, de l'objet de ce petit 
livre qui nous montre Hennepin mêlé, au milieu de ses menées politiques, aux 
querelles du catholicisme hollandais à cette époque. Le séjour d'Hennepin à 
Utrecht coïncide avec ce moment de l'histoire religieuse où, pour des raisons 
trop longues et inutiles à détailler dans un journal d'américanisme, le Saint- 
Siège venait d'enlever aux chapitres épiscopaux de Hollande le droit d'élire 
leurs évèques. C'est le fait primordial qui devait déterminer la constitution de 
la communauté hétérodoxe, nommée officiellement « Vieille église épiscopale 
néerlandaise » et dont on fait généralement, mais à tort, une église janséniste 
(à cause, sans doute, de l'hospitalité qu'elle accorda aux jansénistes poursuivis 
par le gouvernement français). Or, cette église dissidente était loin de repré- 
senter l'unanimité des catholiques d'Utrecht, surtout parmi ceux de langue 
française. Wallons ou Belges. Probablement en raison de leur méfiance ortho- 
doxe, vis-à-vis de l'administrateur, Pierre de Codde, bénéficiaire du schisme 
imminent, ces catholiques de langue française lui présentèrent requête, dès 
l'arrivée du Père Hennepin, pour obtenir que ce dernier reçût licence de « faire 
les fonctions ordinaires de missionnaire, prêcher, entendre les confessions, caté- 



1. V. Journal, nouv. sér., l. II, n" 1, p. 281. 

2. Sic. Faute d'impression probable qui a subsitué un article hollandais à l'article 
français la. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 323 

chiser les enfants, rendre visite aux malades, le tout dans la langue française 
qui est la seule qu'ils comprennent ». Dans son petit factum, Hennepin raconte 
que le sieur Cats, sous-vicaire du vicaire général, a engagé son supérieur à ne 
pas lui permettre de dire la messe et de prêcher et qu'il a fait adresser défense 
aux Dominicains d'Utrecht de l'admettre à célébrer dans leur chapelle. C'est alors 
qu'Hennepin se serait retiré chez une veuve orthodoxe (la veuve « Renswou ») 
oii il remplit, nonobstant la défense, les fonctions sacerdotales ; alors, aussi, il 
se serait décidé à en appeler au Pape comme d'abus, en élargissant, d'ailleurs, 
son conflit tout personnel avec Cats et en portant contre l'église d'Utrecht 
(probablement l'un des premiers) l'accusation de jansénisme. 

Phil. Gagnon (Québec). 



Proceedings of the Royal Society of Canada. (Réunion de juin 1904, saint 
John, New Brunswick). — Dans le premier volume qui nous est parvenu, nous 
devons signaler les travaux suivants : 

1° United Empire Loyalists and their Influence upon theHistory ofthis Con- 
tinent par le D-Colonel G. T. Denison, président de la société. L'auteur, ou 
plutôt l'orateur, car il s'agit de l'allocution qu'il a dû prononcer à l'ouverture 
du meeting, l'orateur, descendant de l'un de ces sujets fidèles à leur roi, qui 
débarquèrent à Saint-John en mai 1723 et, plus tard, se frayèrent une route 
vers le nord du Canada, souligne d'abord l'intérêt qu'il trouve à venir retracer 
les luttes, les souffrances, les vicissitudes de toute espèce subies par ces hommes 
devant les petits-fils des loyalistes restés au Nouveau Brunswick. Les uns et 
les autres avaient, dans leurs épreuves, été soutenus par les mêmes sentiments 
de fidélité et de patriotisme. Puis, prenant l'histoire de la Révolution à son 
origine en 1765, il montre que la révolte fut singulièrement favorisée par la 
conduite folle et inconsidérée du gouvernement anglais, par l'indifférence et 
l'extraordinaire manque de prévoyance et de jugement des loyalistes au 
début. Il signale les fautes sans nombre commises tant au point de vue politique 
qu'au point de vue militaire ou naval, l'incapacité de sir William Howe qui 
aurait pu écraser la rébellion avant l'intervention de la France. La lutte achevée, 
les vainqueurs usèrent brutalement de leur force pour sévir contre les vaincus et 
chassèrent tous ceux d'entre ceux-ci qui possédaient quelque chose ou mon- 
traient quelque énergie. Dans ces émigrants involontaires toutes les classes 
étaient représentées et leur expulsion fit subir aux Etats-Unis une perte qui se 
peut comparer à celle que coûta à la France la révocation de l'édit de Nantes. 

M. le lieutenant-colonel Denison fait ensuite le tableau de l'influence exercée 
par les loyalistes d'abord au point de vue social, sur la population des provinces 
anglaises dans lesquelles ils s'établirent, puis au point de vue politique, sur le 
continent américain tout entier. Il montre que, lors de la guerre de 1812 avec les 
États-Unis, ce furent les loyalistes et les canadiens français dont la fidélité à 
toute épreuve était partagée par le clergé, qui permirent de faire face au dan- 
ger de la première heure. Une nouvelle crise survint en 1837: des immigrés, des 



324 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

descendants de ceux qui, en 1812, avaient pactisé avec les ennemis, firent une 
tentative pour renverser le gouvernement établi et proclamer la république; il 
n'y avait pas un soldat anglais dans le Haut-Canada. Spontanément les habi- 
tants loyalistes se portèrent sur Toronto en nombre tel que les rebelles furent 
dispersés sans coup férir et que dans les diverses localités où les mécontents 
essayèrent des soulèvements, ils furent rapidement mis à la raison. En 184"2, 
lors des difficultés qui surgirent à l'occasion de la délimitation de la frontière 
du Maine, la guerre fut évitée grâce à la ferme attitude des loyalistes du Nou- 
veau-Brunswick et de la Nouvelle-Écôsse. En 1866, quand les Feuians ten- 
tèrent leur « raid», les milices du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario, de la pro- 
vince de Québec eurent tôt fait de repousser les envahisseurs. Lors de latTaire 
du Trent, l'attitude déterminée et fidèle des Canadiens ne contribua pas peu à 
empêcher la guerre et ses conséquences désastreuses. Ces divers exemples 
montrent assez l'importance de l'action exercée par les loyalistes de l'Eimpire 
L'ni dans les questions militaires et politiques. Elle ne fut pas moindre dans les 
questions commerciales dont la politique n'était pas exclue : en 1849, quand, 
par suite de la crise, conséquence du changement du régime fiscal en Angle- 
terre, un certain nombre de personnes dans les affaires à Montréal, signèrent 
un manifeste demandant l'annexion aux E.-U.; en 1866, quand le traité de 
réciprocité avec les E.-U. eut été dénoncé; en 1887, quand fut proposé une 
union commerciale entre les E.-U. et le Canada. Dans toutes les circonstances 
les loyalistes canadiens sont restés fidèles aux traditions de leurs pères. Nul 
ne saurait nier qu'ils ne soient- pour beaucoup dans l'état actuel des choses et 
que leur exemple a inspiré l'histoire de plusieurs des colonies anglaises. 

2°Le Ilaul-Canada avant 16 15, par M. Benjamin Suite, président de la 
société royale pour 1904-1905, mémoire fort instructif, bourré de faits précis et 
qu'il importe de signaler. 

3° A monoqraphy of the origins of Seltlemenls in fhe Province of Neio 
Brunswick, par M. William F. Ganong, maître ès-arts, docteur en philosophie. 
La distribution des colonies sur la surface du Nouveau-Brunswick est d'une 
irrégularité remarquable, et non moins surprenante, la diversité de l'origine pre- 
mière des habitants, au point de vue de leur nationalité. En certains endroits, la 
population est agglomérée comme elle léserait dans une grande ville, sa densité 
est variable en maints autres points et elle fait entièrement défaut sur de vastes 
étendues. Les colonies d'Indiens, d'Acadiens français, d'Anglais de la Nouvelle- 
Angleterre, de loyalistes anglais, d'Écossais, d'Irlandais, de Danois et de repré- 
sentants d'autres pays encore sont enchevêtrées d'une façon qui paraît tout à 
fait arbitraire. Et cependant, la position géographique, la dimension, la 
nationalité de chaque colonie, petite ou grande, est la conséquence de causes 
parfaitement définies, causes de milieu, causes historiques et sociologiques. Le 
but de l'auteur a été de montrer ces causes, de démêler leur action réciproque 
d'expliquer pourquoi chaque colonie se trouve précisément où elle est et ce 
qu'elle est aujourd'hui. C'est un travail des plus importants accompagnés de 
cartes, suivi d'une liste des diverses localités, avec des renseignements sur cha- 
cune, et terminé par un appendice indiquant les sources où a puisé l'auteur. 



MÉLANGKS ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 325 

4° Radisson in the Xorthivesf, J66J-63, par M. B. Suite. L'auteur commu- 
nique le texte même de la relation écrite par Pierre Esprit Radisson, de son 
quatrième voyage, dans lequel, accompagné par son beau-frère Chouart, il attei- 
gnit la baie d'Hudson par terre. Parti en 1661, il remonta la rivière Ottawa, 
atteignit le Sault Sainte-Marie, puis la baie de Ghagouamigon. 11 hiverna aux 
Mille Lacs et pendant l'été atteignit James Ray. A son retour, il hiverna à Gha- 
gouamigon. Durant le printemps de 1663, il fit témoigner aux Assiniboines son 
regret de ne pouvoir aller les visiter et de ne pouvoir voir le lac qu'ils affirmaient 
être plus grand que le lac Supérieur. Il dit aux indigènes de Ghagouamigon 
qu'il avait instruit ceux de James Bay deson projet de revenir par l'Atlantique, 
vers eux les habitants du pays qu'il qualifia « le pays par excellence des cas- 
tors » et il rentra à Québec par le Sault Sainte-Marie, le lac Nipissing et la rivière 
Ottawa. M. B. Suite a joint au texte de cette relation un nombre considérable 
de notes explicatives qui en rendent la lecture des plus attrayantes. 

o*^ Thomas Pownal. — Mis part in the conquest of Canada, p&r M. W, D. 
Lighthall, maître ès-arts. Lesdivers plansdecampagne des Anglais pourconquérir 
le Canada, en 1689-90, 1710-11 et 1759-60, ont toujours été identiqueset conçus 
par des hommes liés par le sang ou par le mariage. L'auteur du premier plan 
fut, en réalité, le colonel Peter Schuyler, d'Albany ; le projet d'invasion de 1710- 
1 1 était du colonel Samuel Vetch qui avait épousé la nièce de Schuyler, fille 
de Robert Livingstone et qui vivait également à Albany; enfin le plan d'où 
résulta la prise de Québec qui avait été adopté par William Pitt et dont l'exé- 
cution fut confiée par lui à Amherst et Wolfe, émanait du lieutenant gouver- 
neur de Lancey, petit-neveu de Pierre Schuyler. Mais de Lancey, lieutenant- 
gouverneur de New-York, n'avait pas une situation assez prépondérante pour 
faire accepter ses vues et ce fut grâce à son ami, Thomas Pownall, gouverneur 
du Massachusetts et lieutenant-gouverneur de New-Jersey frère du secrétaire 
du conseil du commerce et ami du comte de Halifax, président de ce conseil, 
que fut adopté le plan destiné à amener le triomphe définitif des Anglais. 
Pownall était né en Angleterre en 1722. Il mourut en 1805. C'était un homme 
doué de toutes les qualités du cœur et de l'esprit, un intime ami de Benjamin 
Franklin, avec lequel il resta lié même durant la guerre de l'Indépendance et 
après la proclamation de la République. Si on l'avait écouté, il est possible que 
la Révolution n'eût pas éclaté, 

6" The Progress of vertébrale PalœontoLogy in Canada, par M. Lawrence 
M. Lambe, membre de la société géologique. I/auteur fait un résumé des 
découvertes paléontologiques depuis celles de sir William E. Logan, en 1841, 
dans la Nouvelle-Ecosse. Il conclut que les travaux exécutés ne sont pas sans 
importance, eu égard au petit nombre des personnes qui dans le « Dominion », 
ont consacré leur temps à l'étude des fossiles vertébrés de la région, mais que 
cela ne constitue qu'un début. Cet article est suivi d'un tableau des espèces 
rangées suivant leur âge géologique et d'une bibliographie relative aux publica- 
tions les plus importantes sur les espèces trouvées au Canada. 

7° Notes on tertiary Plants from Canada and the United States, par M. D. 



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P. Penhallow. M. Penhallow rend compte de l'examen des derniers spécimens 
qui n'avaient pas été classés, du Peter Redpatle Muséum, Ces spécimens étaient 
en générai en mauvais état de conservation et silicifiés au point de rendre leur 
classification difficile. 

— 8° New species and a new Genns of Batrachian Fotiprints of the carboni- 
ferous System in eastern Canada. 

Nouvelle espèce et genre nouveau d'empreintes de pied de batraciens de l'étage 
carbonifère dans le Canada oriental, par M. G. F. Matthew, docteur es sciences, 
docteur en droit. Cet article, accompagné de nombreuses planches, a pour 
objet la description d'un nouveau genre d'empreintes paléozoïques recueillies 
dans le terrain carbonifère inférieur et conservées dans les musées de l'univer- 
sité Mac Gill, à Toronto, et de l'Inspection géologique, à Ottawa. 

Le volume II des procès-verbaux de !a société royale ne se prête point à 
l'analyse; mais réjouira tous les chercheurs. DûiauD''N. E. Dionne, lesavant 
bibliothécaire de l'Assemblée législative de la province de Québec, désigné 
comme secrétaire général du XV^ congrès international des Américanistes, ce 
volume renferme l'inventaire chronologique et très complet(plus de 3.000 notices) 
délivres, brochures, journaux et revues, publiés dans la Province entre 1764 
et 1904. Nous sommes heureux de signaler que la Bibliothèque Nationale de 
Paris a souscrit au tirage à part de cet excellent répertoire. 

L. DE T. 



Sociographie de la famille Salish [Colombie Britannique). — A ce sujet, 
durant ces deux dernières années, M. G. Hill-Tout a consacré trois importants 
articles dans le Journal of the Anihropological Instilule of Gréai Britain and 
Jreland. Le premier (1904, vol. XXVIV, p. 20-92) est une monographie de la 
tribu des « Siciatl » ; le second (ibid.,p. 311-376) traite des Indiens « Steë'lis » 
et « Skaùlits » ; le dernier (1905, vol. XXXV, p. 126-218, une carte) des « Sla- 
tûmh ». Leplan, sinon très méthodique, du moins très complet, decestravaux,les 
rendra précieux à consulter. Il comprend : histoire et régime social des tribus, 
mariage, puberté, coutumes de la mort, de la naissance et de l'imposition du 
nom ; tabous etproliibitions. totémisme, danses, idées religieuses, schamanisme 
ethnographie domestique, connaissancesastronomiques, linguistique (textesindi- 
gènes avec traduction anglaiseinterlinéaire), mythes et traditions.- Chacune de ces 
rubriques sont, d'ailleurs, inégalement développées. On remarquera, ainsi, dans 
le premier article, le caractère superficiel de l'ethnographie funéraire et, dans 
les deux premiers, une trop grande brièveté en ce qui concerne l'anatomiede la 
« maison commune » [long house). Ces points, nous l'espérons, pourront être 
ultérieurement repris par l'auteur. Malgré tout, il s'agit là de contributions très 
méritoires dont il est utile de dégager quelques faits intéressants. Quant aux 
« Siciatl », c'est une tribu maritime, dont la double caractéristique est d'avoir 
autrefois, subi l'influence des Kwakiutl etd'être aujourd'hui catholique. Socia- 
lement, elle comprend une noblesse fortement organisée, mais ignore les con- 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTËS 327 

fréries religieuses. Elle ne connaît pas non plus ou ne semble pas connaître les 
totems, et c'est, dans ce milieu, un trait à retenir. Chez les « Steélis » et 
« Skaiilits », qui appartiennent à la branche dialectale « Halkomelem » de 
la souche Salish, on se trouve en présence de tribus continentales, assez diffé- 
rentes de la précédente, par la décadence de la classe nobiliaire, par le régime 
matrimonial qui, moins que celui des « Siciatl », se ressent de l'habitude du 
mariage par achat et par troc, et, enfin, par l'existence d'une organisation toté- 
mique plus marquée. M. Hill-Tout entre dans des détails relatifs au totem per- 
sonnel ou sûlia et au totem collectif ou de confrérie. Ici donc, les emprunts 
sociaux aux Kwakiutl sont encore plus accusés que chez les individus de la 
côte. Ils s'affirment par de nombreux rites confraternels, tout à fait comparables 
à ceux des Kwakiutl. Au demeurant ce rameau de la famille Salish ne repré- 
sente plus qu'un chétif groupement de deux ou trois cents âmes. Les « Slatûmh » 
dispersés dans une trentaine de villages, sur les rivesdu Liloet-river et autres 
affluents du Fraser, sont beaucoup plus nombreux et tout à fait intéressants par 
le contraste de leurs habitudes politiques avec celles de leurs congénères. 

La peuplade « Slatumh » a bien, elle aussi, gardé des familles de chefs héré- 
ditaires ; mais elle a, en quelque sorte, démocratisé l'institution, en ce sens que 
les plus importantes expéditions de guerre ou de chasse ne sont pas toujours 
commandées par le chef que désigne l'hérédité. Des conducteurs ac? /loc peuvent 
être désignés, en telle circonstance donnée, par l'élection. Au point de vue 
matrimonial, le fait le plus remarquable est celui-ci: le prétendant s'il est agrée 
est invité à s'asseoir et à manger avec la famille de la fille. Il doit ensuite rester 
quelques jours avant le mariage, dans la hutte de son futur beau-père. M. Hill- 
Tout voitdanscette particul.'irité, — non sansraison, croyons-nous, — lesouvenir 
symbolique d'un matriarcat antérieur. De fait, c'est le « long house » du clan 
de l'épousée qui devient la demeure officielle, ou, si l'on veut, le domicile légal 
du jeune ménage, sauf séjours plus ou moins prolongés dans le « winter house» 
souterrain et le « summer lodge », selon les saisons. A noter encore dans ce 
copieux travail, un chapitre sur quelques rites de la puberté féminine. Au 
moment de devenir pubère, la jeune fille est enfermée par sa mère, dans une 
sorte de puits surmonté d'un auvent, et dans lequel le corps doit disparaître 
jusqu'aux seins. La patiente doit passer de huit jours à six mois dans cet état 
de réclusion, avec défense de manger de la viande fraîche. Les cérémonies de 
purification permettent de constater le grand rôle joué dans cette société pri- 
mitive, parles shamans. Ils président aussi aux funérailles et interprètent en 
outre, les rêves d'après lequel s'acquiert le totem personnel. Des trois groupes 
salish, étudiés par M. Hill-Tout, le groupe « Satliimh » paraît bien celui qui a 
a le plus perfectionné l'institution totémique. 

L. L. 



Proceedings of American Association for the Advancement of the Science 
{XLIX^^ Meeting, New-York, June 1900). — Cette société occupe une situa- 



328 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

tion toute spéciale parmi les associations scientifiques des États-Unis. Elle n'est 
limitée ni dans le nombre de ses membres, ni dans l'objet de ses études ; elle 
fait appel à toutes les coopérations, à toutes les intelligences et le champ de ses 
investigations n'est pas circonscrit. D'où résulte que, dans ce volume déplus de 
400 pages, maintes questions des plus diverses sont traitées et souvent de la 
façon la plus remarquable. On se bornera ici à signaler les articles relatifs aux 
sujets plus particulièrement utiles aux américanistes. 

1° Traps of Ihe Amerinds. A study in Psychology and Invention par 
M. Otis T. Mason, du Muséum National des E.-U., à Washington. L'auteur de 
cetle note commence par rappeler qu"« Amerind » ou « Amerindian » est une 
abréviation, passée dans l'usage, de « American Indian ». Puis, il donne sur les 
pièges, leur origine, leur emploi, une foule d'indications curieuses. Il faut 
remarquer qu'en ce qui concerne l'hameçon il est rarement employé en Amé- 
rique et qu'il fait entièrement défaut dans les anciens tumuli ou dépôts d'objets 
analogues. On n'en voit pas l'image reproduite ni dans un codex mexicain ni 
dans un codex maya. 

2° Theancient Azlec ohsidian Mines of the State of Hidalgo, par M. W. 
H. Holmes, du Muséum National des E.-U., à Washington. L'usage de 
l'obsidienne était très général au Mexique. La seule coulée importante 
qui ait été découverte jusqu'ici, est celle de Hidalgo, à 100 milles de 
Mexico. En ce point, les travaux exécutés l'ont été sur une vaste échelle et les 
puits, encore profonds parfois de 20 pieds, couvrent une superficie de un 
mille carré sur le flanc de la colline. L'exploitation des puits par les Aztèques est 
démontrée par la présence de spécimens caractéristiques de leur poterie au 
milieu des débris. 

3° The obsidian Razor of Ihe Aztecs^ par M. George Grant Mac Gurdy, 
répétiteur d'anthropologie préhistorique à l'université de Yale. La différence 
qui existe entre la cassure de l'obsidienne et celle du silex explique l'avan- 
tage de l'emploi de l'obsidienne pour fabriquer les rasoirs ou couteaux. 

4° Ihe Cairns of British Columhia and Washington, parM. Harlan L Smith, 
du Muséum de New-York. Les cairns de pierres étaient, longtemps avant l'arri- 
vée des blancs, un des modes de sépulture en usage dans la région sud-est 
de l'île de Vancouver en Colombie Britannique, dans l'archipel de San Juan, 
ainsi que dans l'île W^hidbey de l'État de Washington. Ces constructions, en 
général, étaient placées sur des pentes de collines, sur un sol mêlé de gravier, 
parsemé de cailloux anguleux et près de la mer. .Autant que l'auteur a pu le 
constater, ils se trouvent toujours dans un rayon d'un mille d'amas de coquilles. 
M. Harlan L Smith donne des détails intéressants sur la façon dont ces cairus 
sont construits, sur l'état des squelettes trouvés et sur leur position. Quelques 
rares ornements en cuivre ont été recueillis ainsi qu'un spécimen de pierre tail- 
lée. On rencontre quelques squelettes qui ont été brûlés, mais il ne semble pas 
qu'on puisse en conclure que les corps fussent incinérés sous la voûte formée 
par l'assemblage des pierres. Les Indiens actuels ne font pas usage de cairns et 
n'ont aucun .«ouvenir deceux qui pratiquaient ce mode de sépulture. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 329 

5° TheScflna Cycle: aStudy in Mylh Evoliilion, par M. H. Newell Wardie, 
de Philadelphie, (le cycle Sediia : étude sur le développement d'un mythe). 

Cette étude a été publiée in extenso dans le vol. II, juillet-sept. 1900 de 
r « American Anlhropohfjist'K Klleapour objet de montrer le caractère véritable 
des conceptions que la fantaisie ima^'^inative des Skuits a entremêlées dans le 
chants et Thistoire du groupe Seduce. 

6" A Xavaho Initiation par M. le D"^ W. Matthews, Washington. D. G, 
L'auteur décrit comment les enfants, chez les Navahos, sont initiés à la con- 
naissances des mystèresdu «yebitsai»ou « yaybitchy », grand père maternel des 
dieux. 

7" The Menning of Ihe ancient MexicanCaleadar — Slone par Mrs ZeliaNut- 
lall. Mrs. Nuttall rappelle d'abord ce qui a été dit par feu Frank Gushing du 
système du monde adopté chez les Zuiîis, de l'organisation sociale de ceux-ci et 
de la topographie de leur capitale. Puis elle montre que ce même système est 
celui qui a été admis dans l'ancien Mexique, au Yucatan, dans l'Amérique cen- 
trale, au Pérou ; qu'un seul système a donc prévalu dans toute l'ancienne .Amé- 
rique. Mrs. Nattall croit avoir constaté que ce système est identique à celui qui, 
dans l'antiquité la plus reculée a été admis en Egypte, en Assyrie, dans la Baby- 
lonie, en Perse, dans l'Inde, en Ghine et également en Grèce et en Italie. 
Elle communique des dessins qui représentent les anciennes figurations de ce 
système du monde en Assyrie et en Egypte, puis celles qu'on retrouve dans 
les anciens Codices mexicains ou gravés surpierre. Elleessayededémonlrer que 
la «grande pierre gravée de Mexico >> est la représentation la plus complète con- 
nue de ce système^ base commune de l'ancienne civilisation du vieux et 
du ^ou^^au monde. 

8° The Perinnan Star-chart of Salcamayhua, par M. Stansbury Hagar, 
secrétaire du Brooklyn Institute, section d'archéologie. Il y a 30 ans environ, 
un certain nombre de manuscrits ayant trait aux connaissances des premiers 
Péruviens, étaient découverts dans la Bibliothèque nationale de Madrid, 
par doYi Pascuale de Gayangos. Parmi ces manuscrits se trouvait un mémoire 
sur les antiquités du Pérou, écrit vers l'an 1610, par un aymara ou colla 
de pure origine et de noble lignage, don Juan de Santa-Cruz Pachacuti Yam- 
qui Salcamayhua. Ge manuscrit fut traduit pour la première fois par sir Glc- 
ments Pi. Markham et publié parlasociété Hakluyt en 1873. Si.v ans plus lard 
une version espagnole fut publiée àMadridpar M. Marcos Jimenez de la Espada, 
en un volume portant le titre de « Très relaciones de antigûedades peruanas ». 
Ce manuscrit renferme une carte stellaire qui est une véritable clef de l'as- 
tronomie symbolique de l'empire des Incas. L'attention de M. Stansbury 
Hagor a été appelée sur cette carte par feu le major W. S. Beebe, de Thomp- 
son, Goun, qui a consacré de longues années à l'étude de l'ancien Pérou. En 
1892, le major Beebe a communiqué à un cercle très restreint un résumé de 
ses travaux dans lequel figurait une traduction du manuscrit et un^court com- 
mentaire sur la carte. Mais le major n'apportait aucun document à l'appui de 
ses dires ou, du moins, il n'en avait pas fait connaître, et c'est là ce qui a engagé 



330 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

M. Stansbury Hagar à se livrer à des recherches nouvelles et approfondies. 
Ces recherches Tont amené à des conclusions sensiblement conformes à celles 
du major en ce qui touche la carte, bien qu'il difFère avec celui-ci sur quelques 
points de détail. Il a trouvé des arguments concluants dans des documents 
émanant des plus anciens écrivains sur le Pérou et aussi dans ceux qui nons 
ont conservé les rites des Péruviens, dont la base était un symbolisme astro- 
nomique, comme M. Stansbury Hagar espère le démontrer plus tard. Les 
deux lignes qui se trouvent dans le haut de la carte représentent le ciel 
et leur point de rencontre, le pôle sud. Immédiatement au-dessous de ce point, 
figurent les cinq étoiles de la Croix du Sud avec trois étoiles placées verticale- 
ment, qui marquent le pôle. Au-dessous, se trouve représenté un gros œuf. 
symbole de l'Esprit universel appelle Illa-ticci-hayra-cocha, Esprit du feu, de 
la terre, de l'air et de l'eau, d'où tout est sorti comme issu d'un œuf. A là gauche 
de Tœuf, le soleil est personnifié par un homme avec l'étoile du matin au des- 
sous de lui; à la droite une femme personnifie la lune; elle a l'étoile du soir à 
ses pieds. Au-dessous du centre de la carte, les douze signes du Zodiaque sont 
disposés sur trois colonnes verticales. Ajoutons que les principaux résultats de 
M. Stambury Hagar avaient été déjà publiés dans son mémoire, inséré au 
Compte Rendu du Congrès international des Américanistes [XII" session, 
Paris, 1900), Paris, Leroux, 1902, p. 271. 

L. DE T. 



Proceedings of the Anliquarian and Numismatic Society of Philadelphia. 
[1 902-1 903). — Des nombreuses communications faites dans les diverses 
réunions de celte société, durant la dernière période précitée, une seule a trait 
à une question d'histoire américaine. Elle esl intitulée : the ceramic Lilerature 
of the Pennsylvania germans. (Productions littéraires céramiques des allemands 
de Pennsylvanie), par M. Edwin Atlee Barber, conservateur du Musée de Penn- 
sylvanie. Ce que l'auteur de cette note ne mentionne pas et qu'il semble utile d'in- 
diquer en passant, c'est qu'entre les années 1700 et 1728, quarante mille émigrants 
allemands vinrent s'établir en Pennsylvanie. La plupart étaient originaires du 
Palatinat et de religion luthérienne ou réformée. M. P^dwin Atlee Barber com- 
mence par montrer, en citant divers exemples, que toute œuvre sortie des 
mains du potier, offre un intérêt spécial, soit au point de vue historique, soit à 
celui de la forme (ou bizarre ou artistique), de la décoration, du vernis, etc. 
Les faïences des potiers allemands de Pennsylvanie sont des plus remarquables 
par la diversité des traits qui les caractérisent. Plus que les produits similaires 
des peuples civilisés, elles dénotent chez leurs auteurs une aptitude particulière 
s'inspirer de l'esprit du temps, du milieu dans lequel ifs vivaient. Ces potiers à 
ont fait de leurs faïences un moyen de transmettre à la postérité l'histoire 
de toute une période, celle du xvni" siècle, pendant laquelle, dans cette 
région, le niveau de la culture intellectuelle était en général très peu élevé. 
Grâce à une décoration des plus expressives, à des légendes parfois assez 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 331 

difficiles à déchiffrer, car elles sont souvent écrites phonétiquement, ils ont 
enregistré les coutumes, les modifications apportées dans l'état social et le 
folk-lore de leurs concitoyens. M. Edwin Atlee Barber cite une foule de 
renseignement, accompagnés de reproductions gravées, qui donnent à son article 
une valeur documentaire de premier ordre. 

L. DB T. 



Smithsonian Institution. Annual Report [1905]. — Les matières très 
variées traitées dans ce rapport, forment un volume de près de 900 pages d'un 
texte serré. Laissant de côté les communications nombreuses qui ne rentrent 
pas dans le cadre de ce Journal, on se bornera à signaler ici quelques travaux 
remarquables. 

An Exploration io mounl Mac. Kiiiley, America's Highest Mountain par 
M. Alfred II Brooks. Dans un style sans emphase, alerte, qui respire la vail- 
lance et la bonne humeur, l'auteur rend compte des difficultés que ses comj)a- 
gnons et lui-même ont eu à surmonter au cours de cette exploration, la plus 
considérable faite dans l'Alaska. Elle dura 105 jours durant lesquels fut parcou- 
rue une distance de plus de 800 milles. Celte narration donne une idée exacte de 
cette région bien peu connue et habitée par de rares Indiens. M. Alfred H. 
Brooks, avec la mission dont il était chef, arriva jusquau pied du mont Mac- 
Kinley dont la hauteur est estimée à plus de 20.000 pieds. Il n'en tenta pas 
l'ascension, cela sortait du programme qui lui avait été donné et le temps, d'ail- 
leurs, lui aurait fait défaut. Des photographies très curieuses accompagnent le 
texte. 

North pôle Exploration : Field work of Ihe Peary artic Club, 1897-1902, 
parle commander R. E. Peary, de la marine des E.-U. Appuyé par le « Peary 
artic club », fondation de MM. Morris K. Jesup, Henry W. Cannon, H. L. 
Bridgman, tous trois amis personnels du commander R. E. Peary, celui-ci 
exécuta la magnifique exploration qui, commencée le 4 juin 1898, se termina vir- 
tuellement le 8 août 1902, quand, à Payer Harbour, baie de l'île d'Ellesmere 
où Peary et ses compagnons se préparaient à un nouvel hivernage, arriva le 
petit vapeur Windmard qui, avec des ravitaillements, amenait Mrs. Peary 
elle-même ainsi que sa petite-fille. Dans sa communication, accompagnée d'une 
carte et de photographies très bien venues, M. Peary, avec une simplicité qui 
souligne son courage, son énergie, son endurance et les mêmes rares qualité 
chez ses compagnons, donne un résumé complet de sa longue campagne dans 
les glaces et des vicissitudes subies. Le 21 avril 1902, il est arrivé à la latitude 
la plus élevée à laquelle il pourra atteindre, 84°17, et, dans son journal, il écrit: 

« La partie est perdue. Je suis arrivé au terme d'un rêve caressé depuis seize 
M ans. Le temps s'est éclairci pendant la nuit. Nous nous sommes mis en route 
« ce matin. Neige profonde. Deux petites et anciennes banquises. Puisunlai'ge 
« espace de glace en fragments et de neige profonde. Du haut d'une éminence, 
« j'examine la vaste étendue autour de moi. Les deux banquises que nous venons 



332 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

« de passer sont les seules en vue. La route est impraticable et je donne Tordre 
« de camper. J'ai lutté du mieux que j'ai pu. Je crois que j"ai combattu un bon 
« combat. Mais je ne puis faire l'impossible ». 

Quelques heures après que l'ordre de camper eut été donné, venait, du Nord, 
comme un bruit de mer sur des brisants. C'étaient les banquises qui, sous l'in- 
fluence du vent, s'écroulaient les unes contre les autres. Vers minuit, le 21, il 
fallut reprendre le chemin parcouru au prix de tant d'efforts et tâcher de rega- 
gner Payer Harbour où la petite troupe arriva le 17 mai 1902. 

Food Planis ofancient America, par M. 0. F. Gook, du département de l'agri- 
culture aux E.-U. M. Gook après avoir consacré quelques pages aux plantes ali- 
mentaires cultivées dans les îles du Pacifique, conclut que les plus impoi'tantes, 
pour les races polynésiennes, étaient au nombre de sept : le tare [arum esculen- 
fum), le yam [discorea alals.), la patate, la canne à sucre, le bananier, l'arbre 
à pain et le cocotier, dont six, — l'arbre à pain étant excepté, — existaient 
en Amérique avant l'arrivée de Golomb et dont cinq, — le cocotier faisant 
exception, — étaient reproduites ou plutôt propagées par boutures. Il cons- 
tate que sauf pour le bananier, la botanique offre bien des arguments tendant 
à faire admettre la thèse que les plantes alimentaires, trouvées tant dans 
l'ancienne Amérique qu'en Polynésie, et sous les tropiques, dans le vieux 
monde, auraient eu le nouveau monde comme pays d'origine. II ajoute que 
la difficulté, l'impossibilité même pour certaines de ces espèces de se reproduire 
par graines, paraît démontrer que leur disséminaiion a été l'œuvre d'hommes 
vivant à une époque très reculée. 

Les ethnologues ne se refuseront peut-être pas à admettre que, dans le vieux 
monde, cette dissémination a été due aux ancêtres des Polynésiens dont on 
trouve trace dans toute la région comprise entre les îles Hawa'i, l'île de Pâques, 
la Nouvelle-Zélande, Formose, la Malaisie, Madagascar. Mais il n'a été donné 
aucune explication sur l'existence de ces plantes alimentaires en Amérique, les 
ethnologues n'admettant pas que les rtiigrations des Polynésiens, dirigées tou- 
jours vers l'Est, aient pu s'effectuer vers le Nouveau-Gontinent. 

M. Gook cite l'affirmation catégorique de M. Brinton, au Gongrès inlerna- 
tionald'Anthropologie, tenu à Ghicago en 1894 : « Jusqu'à ce jour on n'a pas 
« découvert un dialecte, un art. une institution, un mythe, un rite religieux, 
« ni une plante cultivée ou un animal .domestiqué, ni un outil, une arme, un 
« symboje en usage en Amérique à l'époque de sa découverte, qui, antérieure- 
« ment à cette date, ait été importé soit d'Asie, soit d'une région quelconque du 
« vieux monde », et il en conclut que si cette affirmation est admise comme 
l'expression de la réalité, les plantes alimentaires des deux hémisphères ont, eu 
leur origine évidente en Amérique. Il ajoute que cette, conséquence ne semble 
pas avoir été étudiée, en se conformant aux méthodes de l'ethnologie moderne, 
mais qu'on peut affirmer qu'il n'existe pas en Asie d'arguments aussi sérieux' qu'en 
Amérique pour refuser d'attribuer à une origine étrangère les civilisations les 
plus anciennes de ces continents. Si, fait remarquer plus loin M. Gook, il est 
conforme à la raison d'admettre que les plantes alimentaires communes aux Poly- 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 333 

nésiens et aux peuples vi vaut sous les tropiques dans les deux continents, furent 
importées de Polynésie à travers le Pacifique, il esl ég-alement raisonnable de 
chercher l'origine de ces espèces si universellement répandues sur le continent 
qui, indubitablement, a été le berceau de l'agriculture et c'est à la démonstration 
de cette assertion dernière que l'auteur consacre la plus grande partie dune 
communication pleine d'aperçus et d'indication dignes d'une sérieuse attention. 

— Central American lïieroglyphic Writing, par M. Cyrus Thomas. C'est 
une intéressante et rapide esquisse, accompagnée de reproductions photogra- 
phiques, du mode d'écriture adopté par les Mayas du Yucatan, du Chiapas, du 
Guatemala et du Honduras occidental. 

-— Traces of ahor, g inal Opérations in an Iron mine near Leslie, Missouri. 
par M. W. H. Holmes. Dans les premiers jours d'avril 1903, le Bureau d'Eth- 
nologie reçut, du D"" S. W. Cox, de Cuba, Mo., avis qu'il avait découvert des 
vestiges de travaux anciens dans une mine de l'er exploitée par lui, près de 
Leslie, dans le Franklin County. Cette nouvelle ayant été confirmée par M. D.I. 
Bushnell et d'autres archéologues de Saint- Louis, l'auteur se rendit sur les lieux. 
Il constata que les mineurs avaient rencontré une masse de minerai d'épaisseur 
et de largeur indéterminées, sise à une petite profondeur, sur une pente douce, 
aux bords du « BigCreek », un atUuent de la « Bourbois River » et qu'ils avaient 
enlevé le minerai sur un espace long de cent cinquante pieds, large de cent 
pieds, et sur une profondeur, dans la partie la plus épaisse, de quinze à vingt 
pieds. Au commencement des travaux, on avait reconnules vestiges d'anciennes 
excavations, faites dans le sol recouvrant le minerai, et profondes de un à cinq 
pieds ; puis, au fur et à mesure de ra\ancement de l'exploitation, la masse 
était criblée de trous creusés par les indigènes, leurs galeries passant même au- 
dessous du sol de la galerie actuelle. Il y avait un grand nombre de ces galeries 
partiellement comblées. Elles étaient, en général, étroites et sinueuses, mais 
elles s'élargissaient de place en place et, en deux endroits, assez pour permettre 
à un homme de travailler debout. 

Parmi les débris de ces anciennes excavations, on a trouvé un grand 
nombre de grossiers marteaux de pierre et les mineurs en avaient réuni plus 
d'un millier en un tas à l'orifice de la mine. Ces marteaux sont formés de cail- 
loux ou de fragments d'hématite pesant de une à cinq livres, grossièrement 
évidés ou entaillés, pour permettre de fixer un manche avec des liens d'osier. 
De ces manches il n'a été découvert aucun spécimen. Le* grand nombre des outils 
démontraient l'importance de l'exploitation par les aborigènes, mais il n'était 
pas facile d'en déterminer l'objet. Au premier abord, on crut que le minerai 
était utilisé pour la fabrication d'outils analogues à ceux qui furent en usage 
chez beaucoup de tribus de la vallée du Mississipi, mais après examen, il fut 
reconnu qu'il n'y avait que de très rares spécimens portant trace de façon autre 
que celle indispensable pour faire des marteaux analogues à ceux trouvés dans 
la mine. Eln bi'isant le minerai, les ouvriers actuellement employés rencontrèrent 
des silex en couches peu considérables et irrégulières. Mais ils étaient de nalui'e 
trop cassante pour avoir été utilisés et, bien qu'on ait rencontré, dans les débris 
Société des Ainéricanistes de Pans. 22 



334 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARlî4 

comblant quelques-unes des excavations de la surface, des pointes de lances et 
de flèches en silex, il semble bien que le grand travail souterrain exécuté par les 
Indiens n'ait pas eu pour but de recueillir des éclats de cette pierre d'ailleurs 
très abondante dans le voisinage. 

D'autre part, on constata qu'aux abords de la ruine le minerai exposé à l'air et 
le sol même était d'un rouge brillant. Les ouvriers, également, étaient colorés 
en rouge des pieds à la tête et quiconque prenait dans ses mains du minerai 
les avait tachées par du peroxyde de fer ; il fallait des lavages répétés pour 
enlever les taches. Cette constatation suggéra aussitôt l'impression qu'on était en 
présence d'une mine qui avait été exploitée en raison de la couleur tirée de son 
minerai, couleur très recherchée par les aborigènes et objet d'un commerce 
important. 

L'examen des parois delà mine montra, d'une part, que les couches offraient 
du minerai de couleur et de résistance différentes suivant le degré d'oxydation 
et, d'autre part, que, lorsqu'il était mêlé au quartz et au silex, il était plus dur 
et d'une couleur plus foncée. Les couches ainsi composées n'avaient pas été 
exploitées par les aborigènes. 

On put acquérir aussi la conviction que les excavations rencontrées à la sur- 
face correspondaient avec les anciennes galeries. 

— The Repuhlic of Panama, par le professeur H. Burr, membre de la com- 
mission du Canal. Notice courte mais substantielle sur la république du Panama. 
L'auteur commence par faire brièvement l'historique de la région depuis l'ar- 
rivée des Espagnols en 1499 jusqu'à la proclamation de la République de 
Panama, le 3 novembre 1903, puis, après avoir déterminé les limitesde celle-ci, 
il en trace les caractères géographiques, orographiques et ethnographiques ; il 
donne un aperçu du chemin de fer, du transit qui s'effectue par cette voie ; enfin, 
il s'étend plus longuement sur le canal et sur son achèvement prochain. 

L. dbT. 

American Anliquarian Society (Semi-annual Meeting ; Boston, April 7, 
1904). — Le rapport du conseil renferme, entre autres indications intéressantes, 
des renseignements relatifs au Catalogue-Index of Manascripts in the Archives 
of England, France, Rolland and Spain relating to America [1765 ta 1783). 
Cette œuvre monumentale représente trente ans de travail. L'auteur, feu Benja- 
min Franklin Stevens, estimait à près de 100.000 dollars les frais de tout genre 
qu'avaient occasionnés ses recherches. Le catalogue, achevé par Mrs Stevens 
avec le concours des anciens collaborateurs de son mari, forme, en l'état actuel, 
180 volumes in-folio, de 500 pages chacun, et donne, en plus de 160.000 numé- 
ros, l'inventaire descriptif raisonné de tous les documents officiels existant en 
Europe, sur la Révolution américaine et les traités conclus à l'issue de la guerre 
de l'Indépendance. \j American Anliquarian Society émet le vœu (auquel tous 
les travailleurs s'associeront) que ce précieux répertoire soit acquis par l'Etat ou 
quelque généreux particulier, pour être conservé dans la « Library of Gongress » 

ou tout autre dépôt public. 

L. DE T. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 335 

Le jubilé du professeur Pulnam. — Le professeur F.-W. Putnani a célébré, 
en ces derniers mois, le cinquanlième anniversaire de son entrée dans le per- 
sonnel enseignant de Harvard University. M. Putnam appartient à notre 
Société, comme membre d'honneur américain, depuis la fondation. Ce nous est 
un devoir, en même temps qu'un plaisir très agréable, de joindre nos félicita- 
tions, — accompagnées de souhaits amicaux, — à toutes celles que l'éminent 
jubilaire a dû recevoir en la circonstance. La presse scientifique des États-Unis 
lui a consacré de nombreuses et longues notices. Son activité, l'influence 
qu'il a exercée et exerce sur ses élèves, le rôle qu'il a joué dans la fondation 
des principaux musées anthropologiques de l'Union et dans l'organisation 
du travail américaniste au delà de l'Atlantique, la part qui lui revient ainsi 
dans les progrès intellectuels de son pays, tout cela a été dit, redit, et bien dit. 
Notre hommage amical prendra la forme concise et quasi militaire d'un 
« état de services ». Et c'est après tout la meilleure manière d'honorer un 
vétéran : 

Né à Salem (Mass.) en 1839. 

Conservateur et bibliothécaire de r« Essex Institute », 1853; 

Dresse le Catalogue of Birds of Essex Country, 1856 ; 

Attaché au laboratoire d'Agassiz à Harvard, 1856; 

Assistant au « Muséum of Comparative Zoôlogy », 1857 ; 

Organisateur du « Peabody Muséum of American Archaeology and Ethno- 
logy », 1867-1875 ; 

« Curator » du « Peabody Muséum », 1875; 

Secrétaire perpétuel de !'« American Association for the advancement of 
Science », 1873-1898; 

Chef du Département ethnologique de l'Exposition de Chicago, 1893; 

Curator of the Department of Anthropology in the « Muséum of Natural 
History », New York, 1894-1903; 

Professeur d'Anthropologie et chef du Département anthropologique à 
l'Université de Californie, 1903; 

Organisateur et vice-président regnicole du XIIP Congrès international des 
Américanistes, 1902; 

Fondateur et pi-ésident local (« Boston Branch » ; « California Branch ») de 
r« American Folk-Lore Society », 1888-1905 ; 

Chevalier de la Légion d'Honneur, 1889. 



Ethnographie religieuse des Indiens Puehlos. — La littérature de cette ques- 
tion vient de s'enrichir de deux mémoires considérables, dus à M. 0. Solberg, 
le premier, inséré par la Zeitschrift fur Ethnologie (t. 37, 1905, p. 626) ; le 
second, paru dans Archiv fur Anthropologie (t. IV, 1905, p. 48). Sous le titre : 
« Ueber Gebraùche der Mittelmesa-Hopi (Moqui) bei Namengebung, Heirat 
und Tod », l'auteur adressé, d'après les observations éparses dans les meilleurs 
récils de voyage, le tableau synthétique des rites relatifs à la naissance, au 



336 SOCIÉTÉ DES AMÉRICÀNISTES DE PARIS 

mariage et à la mort parmi les tribus et clans de Mishongnovi et Shipaulovi 
(Tusayan). L'autre travail (intitulé : « Ueber die Bahos der Hopi ») traite des 
bâtons cérémoniels et de leurs usages chez les mêmes peuples. 

Quant au mariage, les points culminants de sa liturgie se ramènent : 1° à 
.une purification de la chevelure des conjoints, après laquelle lépousée adopte la 
coiffure spéciale aux femmes mariées ; 2° à un repas nuptial dont les prémices 
sont consacrées aux divinités. Les villages de la Mesa moyenne y ajoutent une 
fonction bizarre qui consiste, pour les assistants, à asperger de boue les mariés. 
Cette dernière coutume n'apparaît qu'à titre exceptionnel dans la Mesa orien- 
tale et au « pueblo » Oraibi. La situation de l'enfant dans la famille ne paraît 
point dépendre de ces actes liturgiques. La jeune fille Hopi se donne souvent 
avant le mariage. Elle n'épouse pas toujours l'homme qui l'a déflorée et rendue 
mère. Mais ses fils naturels sont traités comme ceux qui naissent après mariage. 
Une autre particularité intéressante, c'est que la femme reçoit son trousseau 
(couvertures de coton, nattes, mocassins) des parents de son mari. La fabrica- 
tion de ces objets est réglée parle rite et rentre aussi dans la liturgie nuptiale. 
En échange, la mariée offre solennellement une provision de farine à sa nou- 
velle famille. Remarquons enfin que le nouveau couple réside toujours chez les 
parents de la femme. Mais le mari est un peu considéré par ceux-ci comme 
un étranger (ainsi, en cas de maladie, il est reconduit aux siens pour être soi- 
gné). Tout cela est-il un reste de matriarcat? Les rites de naissance qui inté- 
ressent à la fois la mère et l'enfant, se déroulent, de cinq en cinq jours, pendant 
vingt jours. Sous la direction de l'aïeule paternelle du nouveau-né (seule 
parente du mari qui participe au rite), les femmes aspergent d'eau avec l'épi 
de maïs les pieds, les jambes et les cuisses de l'accouchée ; elles lui lavent la 
chevelure avec une racine de saponaire. Elles passent quatre fois de suite de la 
farine au-dessus du corps de l'enfant, de la tète aux pieds. La quatrième puri- 
fication, celle du vingtième jour, se termine par l'imposition des noms (de plante 
et d'animal). Chaque marraine en donne un. Le nom usuel et définitif est déter- 
miné plus tard. Comme épilogue de ces cérémonies, on enterre solennellement 
le placenta, enfermé dans un panier, et les matrones vont planter, au soleil 
levant, à l'orient du « pueblo », en récitant des prières, les « bahos » de l'ac- 
couchée et de son rejeton. Dans le rituel funéraire, assez simple, décrit par 
M. Solberg, on relève surtout un nouvel et copieux emploi des v bahos ». 

L'usage des « bahos » qu'on rencontre partout, dans les champs, au creux 
des rochers, dans les habitations, et qu'on rencontre aussi sur les cadavres, est 
un phénomène ethnographique d'une rare extension. Sous d'autres noms, 
Lumhoitz, Diguet et bien d'autres explorateurs l'ont constaté chez tous les 
peuples du Mexique septentrional. Les cavernes du rio Gila et du Colorado 
témoignent de son ancienneté. Avec la plupart des observateurs, M. Solberg 
incline à y voir une matérialisation ou, plus exactement, une commémoraison 
de la prière. Les dieux ne peuvent être présents partout. Il convient, au cas de 
leur absence, de leur laisser un signe tangible des supplications qu'on leur a 
adressées. Pour Fewkes, contesté, du reste, par Solberg, le « baho » serait même 



MÉLANGKS KT NOUVELLES AMÉRICANISTES 337 

plus qu'une prière, — un sacrifice. Les « bahos » qui se présentent, en général, 
par couples, se fabriquent, d'ordinaire, de bois de peuplier et de saule, coupé 
en des endroits consacrés. Ils se surmontent de plumes de jeune aiglon, arra- 
chées à des époques fixes. Ils sont enluminés de couleurs éclatantes, préparées 
selon des règles traditionnelles. Leur fabrication, en des chambres spéciales du 
M pueblo », constitue toute une liturgie, riche en purifications et en formules. 
La recherche et la réunion des éléments composants du « baho » en est la pre- 
mière phase. Vert ou jaune, le v baho « perpétue des prières pour les récoltes. 
Il a le même sens, s'il est accompagné d'une touffe d'herbe ou d'un petit sac de 
maïs. Certains signes (anneaux ou spirales) peints en noir lui donnent une vertu 
évocatrice de la pluie. Il varie de forme, selon le sexe de la personne qui l'em- 
ployé. Est-il bien certain qu'un « baho », pour avoir toute sa valeur utile, ne 
doive pas être planté par celui qui l'a fabriqué ? 

Quoi qu'il en soit, cette excellente monographie du « baho », éclairée de 
bonnes figures, me fait désirer, comme les rites Hopi dont nous parlions en 
commençant, que M. Solberg entreprenne maintenant un autre travail. Ce 
serait la comparaison de ces usages du pays Pueblo avec certains détails relatés 
du Mexique précolombien par Sahagun. 11 y aurait là, je crois, matière à rap- 
prochements nombreux et fort instructifs, pourvu qu'ils tinssent compte des 
différences de peuple, de temps et de lieux. 

L. L. 



Les deux « Atlall » de Florence. — Sous ce titre « Two ancient jNIexican 
Atlatl », M. D.-J. Bushnell qui, depuis quelques années, s'occupe des objets d'ar- 
chéologie précolombienne conservés dans les Musées d'Europe, signale [Ame- 
rican Anthropologisl, vol. 7, p. 218-221, pi. XXI-XXII) deux pièces intéres- 
santes, entrées depuis quatre ou cinq ans, par les soins du professeur Mantegazza, 
dans les vitrines du Musée national d'Anthropologie et d'Ethnologie de l'Institut 
des Études supérieures à Florence. Leur histoire est inconnue. Il paraît très 
probable qu'elles durent faire partie du trésor mexicain, envové par Cortés à 
Charles-Quint et auraient été offertes par ce prince au pape Clément VII de 
Médicis. Au rebours du spécimen similaire appartenant au Musée Britannique ', 
les (( Atlatl » de P'iorence présentent, l'un et l'autre, sur les deux faces, des 
sculptures d'une grande finesse, profondément creusées dans un bois dur à grain 
très fin, d'une teinte rouge noirâtre. Comme 1" « Atlall » du Musée Kircher 
de Rome, jadis publié par Mrs Nuttall '^, ils étalent recouverts dune mince 
couche d"or qui en épousait tous les contours décoratifs et dont une partie adhère 
encore. La longueur totale est respectivement de 605 et 575 mm., dont 355 et 

i. Décrit et figuré par le D'" Stolpe dans Internationales Archiv fur Ethnographie. 
vol. III, 1890, p. 234. 

2. Dans Archeological and Ethnoloyical Papers of the Peahody Muséum, vol. I, 
n° 3, 1891, sous le titre ; « Atlatl or Spear-Thrower. .> 



338 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS 

378 mm., entièrement fouillée, face et revers, par l'outil. Une monographie 
complète sur ce sujet serait désirable, accompagnée de reproductions plus 
nettes et plus détaillées. D'après les clichés de M. Bushnell, on croit aperce- 
voir seulement que l'ornementation d'une des deux pièces semble reproduire 
un sacrifice et l'on devine aussi, plutôt qu'on ne les constate, à la partie infé- 
rieure et sur l'autre côté, la figure et les attributs de Mictlanteuctli. Pour la 
pièce B, l'intervention d'une divinité à forme animale, est le seul trait percep- 
tible. Quoiqu'il en soit, d'après l'aspect général, on est tenté de souscrire au 
jugement de l'auteur : « true gems of ancient Aztec art... Thèse spécimens are 
probably the linest existing examples of the throwing-slicks of the ancient 
Mexicans. » 

L. L. 



Les ruines de « Quie-ngola. » en 1854. — De « Quie-ngola », la fameuse 
place fortifiée où le roi des Zapotèques, Gozijo-eza, soutint, pendant cinq ans, 
l'eifort des Mexicains d'Ahuitzotl, nous possédons aujourd'hui au moins une 
description vraiment scientifique : celle du professeur Seler, publiée, en 1896, 
dans le volume offert à Bastian pour son 70" anniversaire de naissance, et 
insérée, depuis lors, par l'auteur au tome II de ses Abhaiidliingen, pp. 185-199 * . 
Mais M. Seler y constate lui-même l'état de profonde dégradation des monu- 
ments, dont plusieurs ont même complètement disparu, depuis l'époque où le 
P. Burgoa les vit et les étudia pour la première fois. C'est à ce titre qu'il nous 
paraît curieux de reproduire ici le récit d'une visite faite à Quie-ngola en 1854, 
retrouvé récemment dans les papiers inédits d'un français. G.-E. Trusson, auquel 
nous faisons cet emprunt, n'était pas un spécialiste, ni même un homme de 
science, mais un modeste commerçant. Sa petite monographie, dont on a res- 
pecté, comme il convenait, la forme et l'orthographie, est donc visiblement fau- 
tive par plus d'un point et, toujours, assez superficielle. En beaucoup d'en- 
droits, cependant, ce petit travail, par la date même de sa composition, com- 
plétera les remarques judicieuses de M. Seler et même pourrait contribuer à 
éclaircir quelques-unes des questions posées par le professeur de Berlin à propos 
de la topographie de « Quie-ngola ». 

« La plus grande curiosité antique à 5 lieues nord-ouest de la ville de Téhuan- 
tépec, est la colline Dani Quien-Gola. (montagne, grosse pierre, en zapoteco). 
Cette montagne, ou grande colline, est célèbre pour avoir été, il va des siècles, 
habitée par une très grande population. La preuve en est palpable par les 
immenses monceaux de ruines qu'on trouve de tous côtés sur cette colline. Il y 
a une muraille massive de plusieurs lieues d'étendue, bâtie au fond d'un préci- 
pice et traversant un ravin qui sépare le Quien-Gola de la chaîne principale. 
Dans l'enclos de cette mui'aille, on voit les ruines de plusieurs maisons bâties 
en petites pierres de moellon et au-dessus un glacis en pierre à chaux. Pres- 

1. Voir aussi quelques pages, surtout anecdotiques et pittorgsques, dans Auf 
alten Wegen in Mexico, par Caecilie Seler (Berlin, 1900), p. 83 ss. 



MELANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 339 

qu au sommet, il y a une caverne, l'entrée en est petite et la profondeur peut 
être d'environ 180 pieds. Une immense quantité de stalactites, de diverses 
formes, sont suspendues à la voûte peu élevée, de couleurs différentes, blanc, 
gris, bleuâtre, quelques-unes presque transparentes. M. W., venu avec moi de 
Téhuantépec, en emporta plusieurs; nous prîmes aussi des fragments de pots de 
terre rouge, des lambeaux de peau de daim ornées de pointes de porc-épic, 
preuve incontestable d'habitants dans cette caverne. Dans quelques parties delà 
cave, il y a de grosses stalagmites adhérentes au sol ; il y a plusieurs chambres 
ou ouvertures ; elles varient de 3 à 8 pieds de large. 

Au coucher du soleil, nous arrivâmes au bord du précipice de pierre à chaux 
et entrâmes dans une vallée qui s'étend sur plus de 600 mètres de largeur, 
2 1/2 kilomètres de longueur et se termine sur la gauche par une profonde 
ravine. Là, nous trouvâmes les ruines d'un temple bâti en petites pierres 
plates, solides partout et en parfait état, moins la chaux dont les murailles 
étaient enduites. Le temps a passé par là. Nous passâmes la nuit dans le temple... 
La forme du temple est oblongue : 1 1 mètres de haut, 35 de longueur à la 
base et 30 mètres de large ; en haut, il y a 25 mètres de long et 15 de large. Il 
y a 4 terrasses qui entourent l'ouvrage; chaque terrasse peut avoir 2 mètres de 
hauteur. En face de la \allée, il y a des escaliers, 8 mètres d'un bout de la marche 
à l'autre ; ils mènent au-dessus du temple, et à chaque coin", il y en a de petits, 
pour descendre. Le -temple est à côté d'un enclos barré (qui couvre environ trois 
hectares de terrain), et dont la muraille a 2 1 /2 mètres de hauteur et 3 de large. 
Cette structure servait probablement pour les sacrifices. Exactement vis-à-vis 
de l'autre côté de la vallée, nous découvrîmes un autre temple très pareil au 
premier, mais d'un tiers plus grand. Ce second avait, au-dessus, plusieurs mai- 
sons en ruines et bâties en briques. En parcourant la vallée, nous trouvâmes 
partout des ruines de maisons, même sur le flanc escarpé de la montagne. Cette 
vallée peut avoir 350 mètres d'élévation au-dessus de la plaine. Avant de sortir 
de la vallée, nous découvrîmes un monceau de ruines qui pouvait couvrir un 
hectare, mais les pierres en étaient si brisées que nous ne pûmes nous faire une 
idée de leur première forme. Nous campâmes de nouveau pour la nuit et, au 
point du jour, nous commençâmes à gravir la colline, ce qui nous occupa jus- 
qu'à 7 heures du matin... J'ai rarement vu quelque chose d'aussi beau. A dis- 
tance, l'immense golfe de Téhuantépec ; le lac argenté de Téléma ; de tous côtés, 
une immense plaine, et de distance en distance, de petites collines s'élevant 
comme des îles; des champs couverts dç moissons ; les clochers brillants de la 
ville, et tout autour, les haies verdoyantes couvertes de fleurs sur les bords de 
la rivière. 

En revenant, nous passâmes près d'autres ruines de peut-être 8 hectares 
d'étendue et en partie entourées d un mur de 3 1/2 mètres de haut et de plus 
d'un mètre d'épaisseur. Dans cette enceinte, le sol était pavé de petites pierres 
en parfait état de conservation. Dans le milieu, il y a deux monuments, l'un 
carré, l'autre rond, ayant le premier, 6 mètres à sa base, le second, 6 mètres aussi 
de diamètre. Leur hauteur, au-dessus du pavé, est d'environ 3 mètres ; les 



340 



SOClETrC DES AMERICANFSTKS DE PARIS 



ruines annoncent qu'elle devait être beaucoup plus g^rande. Il y a des marches 
tout autour du rond ou du carré. Notre guide voulait nous mener dans d'autres 
parties de la colline : « Partout, nous dit-il, vous trouverez des ruines de l'es- 
jDèce de celles que vous avez déjà visitées... 

Les Indiens croient que le diable habite sur la colline, de manière que notre 
g-uide se tenait toujours serré contre nous... Une tradition de luchilan, ville 
éloignée de 7 lieues N.-E. de Téhuantépec, l'ait remonter la dépopulation de 
Quien-Gola au moins à 360 ans. A quelle époque ces immenses ouvrages furent- 
ils construits ? Voilà ce qui reste dans l'obscurité. 

G.-E. Trusson. 



fne exploration au Yncafan. — i.e comte Maurice de Périgny dont on n'a 
pas oublié les débuts de conférencier, ail dernier printemps, a bien voulu, dans 
une lettre récente, résumer, à l'intention de nos lecteurs, ses précédentes 
excursions yucatèques et le programme de l'expédition, plus développée, qu'il 
vient d'entreprendre dans le Centre-Amérique : 

« V^enu au ^Mexique, en octobre 1904, avec le VIII" Congrès International 
de Géographie, j'y ai séjourné quatre mois. Je passai tout le mois de janvier 
1905 à visiter les principales ruines du Yucatan, Chichen-Itza, Uxmal, Kabah, 
Labua, Izamal et Aké. 

De retour à Paris, encouragé par M. Henri Cordier et mon ami (juillaume 
Grandidier, je me décidai à retourner au Yucatan, mais, cette fois, pour un 
voyage original. La Société de Géographie me confia une mission bénévole, 
ainsi que le Ministère de l'Instruction publique, grâce au rapport de M. le 
D"" Hamy. Voulant parcourir une région encore inconnue ou mal connue, j'étu- 
diai les divers itinéraires des précédents voyageurs. 

Et dans les premiers jours de novembre 1905, je quittai l'Usumacinta à 
Balancan, pour remonter le Rio San Pedro en cayuco. Je le remontai jusqu'à \ai, 
frontière du Guatemala, à Progreso. N'ayant point retrouvé de ruines, sauf 
quelques monticules, j'avais donc atteint mon but.de savoir que cette région 
n'avait pas été, selon toute vraisemblance, habitée par les anciens Indiens, à 
cause des eaux calcaires du fleuve. Aussi je rejoignis à travers bois la route de 
Tenosique à La Libertad, pour arriver ensuite à Flores. Obligé d'abandonner 
mes gros bagages, envoyés directement à El (^ayo (Honduras Britannique), faute 
de'pules, je partis avec deux cargadores pour visiter le grand temple de Yax-ha 
et de là me rendre à Benque Viego où je devais trouver un Indien connais- 
sant le chemin de Uacun. Après quatre jours dans la forêt, nous arrivâmes, le 
25 décembre, au pied d'une immense pyramide. Personne à ma connaissance, 
sauf lUelques Indiens chasseurs, n'était encore venu visiter cette pyramide de 
Waivin. Je me réjouissais, comme Français, d'avoir été le premier à découvrir 
ce site qui est certainement celui d'une importante cité. En effet, dans le temps 
très bref de mon séjour, je n'ai pas compté moins de trente édifices imposants 
assez bien conservés. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES Îi4l 

... Nous revînmes sur Yaloché, en passant par Holniul (six pyramides, dont 
l'une surmontée d'édifices). Je me proposais de continuer vers le Nord pour 
voir d'autres monuments indiqués par mon guide, mais mes deux porteurs 
m'abandonnèrent à Yaloché, refusant d'aller plus loin et voulant retourner chez 
eux. Force me fut donc de cesser mon voyage et de revenir à El Gayo, d'où je 
gagnai Belize en descendant la rivière de Belize. A Payo Obispo, je rentrais sur 
le terrain mexicain. Avec une escorte, je me rendis à Bacalat, qui joua un rôle 
si important dans les guerres des Indiens, puis à Santa Gruz de Bravo, l'an- 
cienne Ghan Santa Gruz, capitale actuelle du teritoire, récemment organisé, de 
Quintano Roo. Puis, en compagnie du général Bravo, jallai jusqu'à Peto, avec 
étape aux divers postes militaires échelonnés sur ce parcours, depuis la dernière 
campagne de 1900-1901... 

...Je rentrai à Mérida le l*"" février 1906. 

...Je compte repartir en novembre pour un prochain voyage d'au moins six 
mois et essayer d'éclaicir le mystère de Watun,.. 

M. DE PÉRIUNV. 



Quelques travaux récents sur V Amérique moi/enne. — Dans « .Aztekische 
Ortsnamenin Mittela^nerica » [Zeilschrift fur Ethnologie, t. XXXVII, p. 1002- 
1007), M. Karl Sapper a donné une liste commentée des noms de lieux d'ori- 
gine aztèque dans l'Amérique centrale. Une partie de ces noms serait, selon 
l'auteur, imputable (dans le Salvador) aux Pipils envahisseurs ; une autre trahi- 
rait l'influence des commerçants de Tenochtitlan ; une troisième enfin, la plus 
récente, aurait peut-être été imposée par les Espagnols (M. Sapper admet donc 
chez les conquérants, et surtout, chez les missionnaires, un elTort pour implanter 
et étendre l'usage du nahuati comme langue générale dans les régions 
isthmiques). --- Les Archaeological and Anthropological Papers ofthe Peahody 
Muséum (vol. 1, ii" 7) nous ont apporté la dissertation que notre collègue, 
Mrs Z. Nuttall, avait présentée au Gongrès international de New- York. Quand 
ce mémoire fut produit pour la première fois, de fortes objections furent émises 
contre le titre qu'il porte : « A Penitential Rite of the ancient Mexicans ». 
Penitential implique, en effet, le caractère expiatoire de tous les rites aztèques 
d'oblation du sang. Or, si Sahagun rattache, en effet, les scarifications et l'offrande 
du sang, à une sorte de sacrement de pénitence, Duran, par contre, stipule 
sans ambiguïté que c'étaient des actions de grâce. En réalité, les circonstances 
étaient multiples dans lesquelles on se tirait du sang, pour l'offrir aux dieux. 
On trouve des cas où l'offrande est faite en vue du succès à la chasse ou à la 
guerre (à ce dernier point de vue, la scarification était pratiquement imposée à 
certaines catégories de guerriers) ; le prêtre se scarifie, avant d'immoler la 
victime à de certaines vigiles; les tlatohani, au moment d'être intronisés; 
les captifs, quand ils sont présentés au dieu, devant le teocalli ; le peuple, 
enfin, se mutile en niasse, à de certaines cérémonies, comme pour participer au 
sacrifice célébré par l'officiant. Mûller et Réville ont donc pu. jadis, 



342 SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS ^ 

classer l'acte, avec une certaine raison, parmi les rites propitiatoires (on a dit, 
depuis, les rites d'entrée). Mais, d'une manière générale, le sens qui lui était 
attribué, devait varier selon l'occasion. Quoi qu'il en soit de la manière dont 
Mrs Nuttall, — sans la trop justifier — , prend partie, à ce point de vue, pour 
Sahagun contre Duran, on constatera que son travail, sous la forme définitive 
qu'elle lui a donnée, représente maintenant une bonne monographie de la 
question. Elle n'examine pas seulement les détails liturgiques du rite, mais 
aussi les divers instruments du sacrifice (épines de maguey, pointes d'os, plumes 
de grands oiseaux). La comparaison des représentations pictographiques de 
l'oblation du sang est assez loin poussée (incomplète toutefois). Enfin, au même 
usage religieux, M""® N. rattache, — et c'est la partie la plus originale de sa 
brochure, — quelques pièces archéologiques jusqu'ici difficiles à expliquer. Il 
s'agit notamment de ces coffres de pierre, assez nombreux au musée de Mexico, 
qui portent figurées en bas-reliefs des scènes de scarification. Il se pourrait que 
ces petits monuments aient été destinés à renfermer les outils de la « pénitence » 
et qu'ils commémorassent des sacrifices individuels. 

Dans Globus (t. L, LXXXVIII, p. 285), notre collaborateur, M. W. Lehmann 
a consacré un intéressant article (« Altmexicanische Muschelzierate in durch- 
brochener Arbeit ») à un ornement en coquillages, provenant de Tampico, que 
possède le Muséum fur Vôlkerkunde, de Berlin. M. Lehmann compare cette 
pièce à d'autres analogues, provenant du Guerrero, du Michoacan et de l'Etat 
de Vera-Cruz, et fait aussi ressortir la ressemblance de tous ces objets avec les 
« Shellgorgels »> de la région des Mounds-builders. 

Du Dr G. V. Callegari, de Padoue, nous avons reçu un petit travail, intitulé 
la Tradizione azteca del Diluvio (Rovereto, Ugo Grundi. 16 p, in 8"). Cette 
brochure aie tort déconsidérer comme définitives, l'interprétation qu'Humboldt 
a donnée de certaines planches du Valicanus-Rios et la traduction du Codex 
Chimalpopoca^ par Brasseur. M. Callegari en arrive ainsi à admettre l'identité de 
Vatonatiuh, Soleil de l'eau, avec le Déluge biblique. Nata (Coxcox) se trouve 
donc assimilé à une espèce de Noé mexicain. Il y a bien longtemps que Ramirez a 
montré tout ce qu'il y avait d'arbitraire dans ce rapprochement et cette traduc- 
tion des peintures. Rappelons, d'autre part, que le caractère aztèque de « l'his- 
toire des soleils » n'est pas autrement démontré et que certains américanistes 
autorisés la regardent, tout au contraire, comme prémexicaine, à cause du 
maigre rôle qu'elle assigne dans ses versions les plus authentiques, aux dieux 
mexicains proprement dits. 

Le D"^ Santiago J. Barbarena a fait paraître : El Popol-Vuh o Lihro sagrado 
de los antiguos votànides, precedido de un estudio preliminar. San Salvador, 
Gentro-América, Dulriz hermanos, 1905, 3 vol. in-12 de80-80-72 p.. La préface 
de ce « document© de capital importancia para el estudio de la historia preco- 
lombina » ne nous explique pas pourquoi l'éditeur-traducteur (car il ne s'agit ici 
que d'une traduction) a préféré au vocable modeste de « Manuscrit de Chichicas- 
tenango » le terme plus ronflant, mais controuvé de Popol Vuh ; ni, surtout, 
comment, instruit (v. p. 3, note \) du sens exact de cette dernière expression, 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 343 

H la rend par « libro saçfrado » au lieu de « libro nacional » ou « libro del pue- 
blo ». L'apparition des a antiguos volànides » en cette affaire est une autre sin- 
gularité. Les pages liminaires de M. Barbarena renferment, du reste, de bons 
détails sur le découvreur du texte quiche, le Ximenez du xviii^ siècle, et le 
distinguent de ses deux principaux homonymes, celui du xvi* siècle, Ximenez, 
compagnon de Martin de Valence, plus tard évêque d'Oaxaca, qui s'appelait aussi 
François, mais était franciscain ; celui du xvu^, Ximenez, le moine du couvent 
de Xuaxtepu, dominicain comme le prieur de Chichicastenango, mais frère- 
lai et non religieux proies, et qui vulgarisa les travaux d'histoire naturelle de . 
Hernandez. Ce dernier Ximenez portait le prénom de Martin. La traduction de 
M. Barbarena est, autant qu'il semble, un terme moyen entre la version fran- 
çaise de Brasseur de Bourbourg et le texte espagnol de Ximenez, publié en 1854 
par Scherzer. Les notes explicatives sont, pour une partie, empruntées, au 
Popol-Vuhde Brasseur, pour une autre partie, à des historiographes espagnols, 
et quelques-unes, de M. Barbarena lui-même. Il ajoute qu'il a introduit pour 
son compte : « las concordancias que se encuentran entre las Sautas Escrituras 
y el libro que publicamos, analogias de suma importancia que vienen a dar 
un grado de fuerza incalculable à las bases firmîsimas en que descansa la 
inspiracion divina de nuestros sagrados libros y verdad de la religion cris- 
tiana " ! Nous ignorions que ces raisonnements un peu désuets fussent encore 
en honneur parmi les catholiques instruits du Salvador. Les citations 
bibliques auront, au moins, cet avantage de mieux souligner les altérations 
que la science monastique a introduites dans les traditions indigènes. On s'asso- 
ciera, d'ailleurs, aux voeux du traducteur, en souhaitant avec lui que sa petite 
publication inspire aux jeunes gens de son pays le goût des études locales. 

« Voici une autre traduction en espagnol, susceptible dei'emplir parfaitement 
ce but auprès du public hispano-américain : El Mexico Desconocido. Cinco 
Afws de exploracioii entre las Tribus de la Sierra Madré occidental ; en la 
Tierra Caliente de Tepic y Jaliscb y entre los Turascos de Michoacân. Cette 
translation de l'œuvre de M. Lumholtz est due à M. Balbino Dâvalos (Nueva 
York, Chas. Scribner's sons, 2 vol. in-4° de xxv -f 516 p., 6 pi. h. t., le. — 
xxvin -{- 516, 9 pi. h. t., 2 c, fîg.). L'illustration très abondante reproduit celle 
de l'édition anglaise. 

On a traduit, plus récemment, aux États-Unis, d'autres travaux européens de 
Mexicanisme. Le Bulletin 28 du Bureau of American Elhnology (gr. in-8'', 682 
p., 59pl. h. t., 134 fig.) contient, sous le titre de Mexicanand central American 
Antiquities, Calendar System and History, vingt-quatre des mémoires jugés les 
plus importants parmi ceux parus en .Allemagne en ces dernières années. Cette 
édition, dirigée par notre collègue, M. Chas. P. Bowditch, sera très utile aux tra- 
vailleurs qui ne lisent que l'anglais. Voici, à leur intention, le sommaire du 
contenu : 1. The Mexican Chronology (Seler); 2. Ancient Mexican feather orna- 
ments (id,); 2. Antiquities of Guatemala (id.) ; 3. Alexander von Humboldt's 
picture m^nuscripls in the Boyal Library at Berlin (id.) ; 4. The-bat god of the 
Maya race (id.) ; 5. The wall paintings of Mitla (id.) ; 6, The significance of the 



344 SOCIÉTÉ DES AMÉBICAMSTKS Dli PARIS 

Maya calendar for historié chronology (id.); 7. The temple pyramid of Tepotzlan 
(id.) ; 8. The Venus period in the Borgian codex group ; 9. Aids to the deciphe- 
ring of the Maya nianuscripts (E. Fôrstemann) ; 10. Maya Chronology (id.) ; 11. 
Time periods of the Mayas (id.); 12. Maya hieroglyphs (id.); 13. The Central 
American calendar (id.); 14. The Pléiades (id.); 15. The Central American 
tonalamall (id.); 16. Récent Maya investigations (id.); 17. The inscription on 
the Cross of Palenque (id.); 18. The day-gods of the Mayas (id.) ; 19. From the 
Temple of Inscriptions at Palenque (id.); 20. Three inscriptions of Palenque (id.); 
21. Comparative studies in the fieîd of Maya antiquities (Paul Schelhh.\.s); 22. 
The independent states of Yucatan (Garl Sapper); 23. Two vases from Chama 

(E. P. DiESELDORFF, Ed. SeLER, E. FÔRSTEMANn). 

L. L. 



Les derniers Guaranis de Sâo Paulo. — Les Guaranis de sang pur qui, jadis, 
formaient, en majeure partie, la population indigène de Tactuel Etat de 
Sâo Paulo (Brésil), sont, aujourd'hui, presque tous disparus. Leur descendance 
ne subsiste que métissée d'éléments blancs et nègres. Deux groupes, cependant, 
survivent moins mélangés, Tun au pied de la Serra do Mar, sur les RiosPreto et 
Branco (affluents du Rio de Conceiçâo), l'autre, au nord de la Serra dos Itatins, 
sur les Rios Itariri et Peixe. M. Richard Krone, chargé, parle gouvernement de 
Saint-Paul, d'une exploration anthropologique de la région, vient d'étudier le 
second des deux groupes et a rendu compte de ses recherches dans un des der- 
niers fascicules des Mitteilungen der anthropologischen Gesellschafl in Wien 
(t. XXXVI, p. 130-146, 1906). sous le litre de: « Die Guarany Indianer des 
Aldeamento do Rio Itariri im Staate von Sâo Paulo. « Ces Guaranis du Roi 
Itariri habitent normalement une « réserve », à eux concédée par les pouvoirs 
publics en 1840; mais ils circulent dans la forêt, souvent à de longues distances 
de leur habitat légal. En 1870, la « réserve » comprenait environ 200 individus. 
En 1903, cette population se réduisait à 14 familles, comptant, au total, 79 per- 
sonnes. Sur ce nombre, du reste, bien peu sont de vrais Guaranis, car la petite 
colonie a reçu un certain contingent de métis brésiliens. Selon M. Krone, qui 
a soigneusement étudié la généalogie de Valdeamenlo, quand l'actuelle généra- 
tion sera disparue, il n'y aura plus un seul individu de race pure dans la 
« réserve ». La langue guaranie, au surplus, n'y est aujourd'hui parlée que par 
dix individus. Les autres ont adopté le portugais. Tous ont abandonné leurs 
anciennes mœurs et cérémonies. Toutefois, deux de ces Indiens s'en rappelaient 
quelque chose et ont donné à M. Krone des détails intéressants sur le culte du 
soleil, salué chaque matin parleurs pères, aux jours de leur enfance, dans une 
cérémonie spéciale. 

M. Krone a mensuré neu/" indiens de race pure, dont six hommes et trois 
femmes, et quatre métis, dont deux hommes et une femme, suivant la méthode 
employée par l-lhrenreich (cf. Die Urbewôhner Brasiliens). Les indices 
céphaliques obtenus sont les suivants (pour les individus de pur sang) : 



MÉLANGES ET NOUVELLES ATVIÉRICANISTES 34o 

^ornme^ : 81 , 81 , 81 . 8, 83. 3, 75. 6, 81 ; moyenne : 80, 6. 

Femmes : 83. 3, 82, 85. 3 ; moyenne : 83, 9. 
. Donc, quatre crânes masculins sont soas-brachycéphales ; un esl brachycé- 
phale, et le sixième, sous-dolichocépliale accentué. Les femmes sont plus bra- 
chycéphales que l'homme, ce qui avait été déjà attesté par plusieurs peuplades 
sud-américaines. 

Les Guaranis d'itariri sont d'une taille très basse, celle des six hommes mesu- 
rés atteignant seulement la moyenne de I m. 53, et celle des trois femmes, la 
moyenne de 1 m. 43. Ainsi, ces sujets se trouveraient parmi les Indiens les 
plus petits connus. 

Le travail de M. Krone se présente accompagné de tableaux anthropomé- 
triques complets et de bonnes photographies (huit hommes et cinq femmes, vus 
de face et de proKl). M. G. Toldt, en un supplément à l'article ci-dessus, a 
décrit et mesuré un crâne guarani de la même localité (Rio I ta riri), conservé 
dans les collections de l'Académie Impériale des Sciences à Vienne. L'indice 
céphalique de ce crâne est de 86, 06. 

L. L. 



Un mémoire italien sur l' anthropologie du Sud ■Amérique. — Il nousest envoyé 
par le jeune et actif secrétaire de la Société romaine d'anthropologie. Sous ce 
titre Quattro schelelri di In liani Cavinas [Scansa^no [Grosseto], Tipolîe Edi- 
trice degli Olmidi Carlo Tessitori, 1906, in-8^ 21 p. ), M. le D. V. Giuffrida- 
Ruggeri étudiequatre squelettes rapportés du Sud-Amérique central et offerts 
par M. Luigi Balzan à l'Institul anthropologique de l'Université de Rome. Ces 
quatre squelettes proviennent tous d'individus adultes, deux féminins, un mas- 
culin et le quatrième douteux. M. Giuffreda Ruggeri les a mesurés et décrits 
complètement. D'après les indices céphaliques (80.2, 78.4, 76.7 et 80.1), deux 
des crânes sont brachycéphales et les deux autres mesaticéphales. La taille, ca^ 
culée suivant la méthodede Manouvrier, donne, respectivement, 1 m. 57, 1 m. 63, 
1 m. 52, 1 m. 58. J'ai, d'ailleurs, cherché en vain dans cette petite brochure les 
raisons qui identifient ces restes comme ceuxd' Indiens Cavinas. On a oublié de nous 
donner les détails nécessaires de provenance. Proviennent-ils de ce confluent du Rio 
Béni et du Rio Madidi où Balzan dit avoir trouvé dix-sept familles survivantes 
de la tribu des Cavinas. ? On sait que ces peuplades habitaient autrefois la rive 
gauche du Rio Madré de Dios. D'Orbigny les apparentait linguistiquement au 
groupe des Tacanas. L'évêque missionnaire Armendia voit dans leur langage 
actuel un mélange de tacana,arauna et pecanara (?), ce qui confirme, en somme, le 
classification de d'Orbigny, puisque l'arauna n'est qu'un dialecte du tacana. 

L. L. 



Nouvelle organisation du Musée de La Plala. — Le D*" Francisco P. Moreno 
vient d'abandonner la direction du Musée de La Plata. Il peut emporter dans 



346 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

sa retraite la conscience d'avoir créé et mis en train la plus belle institution 
scientifique sud-américaine en son genre. Le Musée de La Plata est vraiment 
un musée modèle qui ferait honneur, comme édifice, à beaucoup de capitales 
européennes. Or, c'est Moreno lui-même qui en traça le plan et qui en surveilla 
la construction dont les plus petits détails se trouvent ainsi adaptés à leur fin. 
Dans ce cadre, à la fois élégant et pratique, furent ensuite classées avec une 
méthode sérieuse les amples collections particulières du nouveau directeur, 
auxquelles vinrent, dans la suite, s'ajouter, comme on le sait, tant de trésors 
pour Tanthropologiste, l'ethnographe, le paléontologiste, l'archéologue, trésors 
variés, car tout le vaste territoire de la République Argentine est représenté 
dans ces séries. Outre sa valeur comme Musée, le rôle de l'établissement de La 
Plata, comme centre d'études, est bien connu de tous les Am.éricanistes. Là 
naquit, il y a environ trente ans, de là rayonna le mouvement qui a fait entrer 
la préhistoire et l'histoire ancienne de l'Argentine dans le domaine de la 
science. Moreno, aussi, à ce point de vue, fut un véritable créateur, un initia- 
teur. Les missions archéologiques suscitées par le Musée, les Mémoires publiés 
sous ses auspices et mis, par voie d'échange, à la disposition du public améri- 
caniste, tout cela, c'est son œuvre. Il partageait, d'ailleurs, avec ses confrères 
des États-Unis, les Powell, les Putnam, regardés à si juste titre comme chefs 
d'école, l'art précieux de savoir choisir ses collaborateurs et il forma ainsi 
une école incomparable de travailleurs. Il ne me déplaît pas de constater, dans 
ce recueil français, que M. Moreno se forma à Paris à la connaissance des 
antiquités argentines et j'ai aussi le désir de rappeler l'accueil, l'aide, la protec- 
tion accordées par M. Moreno à toutes les expéditions scientifiques euro- 
péennes qui visitèrent son pays. Cette large entente de la fraternité intellec- 
tuelle est une forme très élevée du patriotisme. 

Le D*" Moreno servit sa patrie d'une autre façon, dans ces temps derniers. 
Chargé des intérêts de l'Argentine dans les graves questions de la délimitation 
des frontières avec le Chili, il sut faire prévaloir ses vues et sauva, peut-on dire, 
les deux grands Etats sud-américains d'une guerre imminente. De sa mission 
politique, il sut, d'ailleurs, faire profiter la science par l'étude approfondie de la 
géographie, presque inconnue auparavant, de la Patagonie. Malheureusement, 
les forces humaines ont leurs limites. La conscience professionnelle de M. Moreno 
lui rendait pénible d'être obligé de se moins occuper que par le passé de son 
cher Musée. C'est à ce scrupule, autant qu'à la fatigue de ses nombreux voyages 
de diplomate-explorateur, aux déserts antarctiques et aux capitales de l'Europe, 
qu'il faut attribuer sa récente retraite. 

Le départ du fondateur a provoqué une nouvelle organisation du Musée. 
Celui-ci cessant d'être un organisme provincial appartiendra désormais au gou- 
vernement fédéral argentin qui assume toutes les charges de son existence et 
de son fonctionnement. Ce changement résoudra, sans doute, certaines difTi- 
cultés linancières, rencontrées en ces dernières années par l'administration du 
grand Institut. D'autre part, le Musée devient une Faculté de sciences natu- 
relles, agrégée à l'Université nationale, récemment fondée, de La Plata. Les 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 347 

diverses sections du Musée se grouperont dorénavant en cinq écoles (sciences 
géologiques, biologiques, anthropologiques, géographiques et chimiques), diri- 
gées, respectivement, par les anciens chefs de section, devenus professeurs en 
titre. Le nouveau directeur, M. Samuel A. Lafone-Quevedo, n'a pas besoin 
d'être présenté au lecteur. On doit se réjouir pour la science de voir passer la 
succession de M. Moreno au linguiste érudit qui a sauvé de l'oubli tant de 
langues indigènes de l'Amérique méridionale. Les études de M. Lafone-Quevedo 
sur le Iule, le vilela, le mocovi, le loba, le mataco, le nocten, le vejoz, le chanes, 
le tacana, ses recherches sur le quichua de la République Argentine, sont clas- 
siques. Notre collègue et ami, le D' Robert Lehmann-Nitsche, ancien chef delà 
section anthropologique, devient titulaire de la chaire d'anthropologie, d'où ses 
leçons formeront certainement des élèves brillants. M. Félix Outes, dont nous 
analysions ici naguère plusieurs publications, est nommé professeur-adjoint 
d'ethnographie et, en même temps, est chargé du secrétariat général. Comme 
professeur-adjoint également, M. Luis-Maria Torres enseignera l'archéologie. 
Ses voyages dans le delta du rio de La Plata et la région entre Parana et Uru- 
guay ont, en effet, mis au jour des vestiges jusqu'ici tout à fait ignorés. Dans 
les mêmes pavs, M. Torres a été récemment chargé par le gouvernement argen- 
tin d'un relevé systématique des tumulus et paraderas dont nous attendons 
beaucoup. 

Archéologue aussi, M. Carlos Bruch, quoique professeur de zoologie, dont 
je rappelle les mémoires intéressants sur les antiquités delà province de Cala- 
marca. Archéologue encore, le professeur de cartographie, M. G. Lange, 
ancien olTicier de l'armée norvégienne, auteur de plans très précieux, publiés 
jadis par les Anales del Museo, des ruines de Batungasta et de l'ancienne forte- 
resse de Pucarâ del Aconquija. 

E. BOMAN. 



Mouvement péruaniste au Pérou. — De Lima nous arrive la nouvelle qu'une 
loi, votée par le Parlement, vient d'interdire l'exportation des antiques et, 
même, toute exploration archéologique par des savants étrangers, non pourvus 
d'une mission du Musée national du Pérou. Ce dernier établissement a, depuis 
peu de temps, à sa tête, le D*^ Max Uhle, ancien lecteur d'archéologie péruvienne 
à l'Université de Californie. Ceci compense un peu cela. Puisque Lima veut 
conserver pour soi le contrôle des recherches scientifiques dans la région andine, 
il importe au moins que celui-ci soit dirigé par un spécialiste compétent. M. le 
D' Uhle a été solennellement installé dans ses fonctions, le dimanche 29 juillet, 
en présence du Président de la République et des membres du cabinet péru- 
vien. Nous devons à l'obligeance de notre collègue, M. M. (jonzalez de La Rosa, 
communication du discours prononcé, en la circonstance, par le nouveau fonc- 
tionnaire. La place nous manque pour reproduire in extenso ce document-pro- 
gramme qui tient un peu du manifeste. Au point de vue pratique, l'orateur 
annonce une série méthodique de fouilles très prochaines, aux frais du gouver- 



348 SOCIÉTÉ DES AlVÎÉRlCAiMSTES DE PAKiS 

nement péruvien, rorg-anisation de conférences publiques sur les antiquités 
nationales, la publication d'une revue historique par les soins du Musée, etc. 
Au point de vue théorique, M. de La Rosa appelle Tattention du lecteur sur un 
certain nombre de thèses péruanistes, formulées par M. Uhie dans son dis- 
cours. M. de LaRosa a traduit et résumé ces thèses ainsi qu'il suit : 



1. Les Incas n'étaient point le seul peuple civilisé du Pérou, loin de là ; ils 
avaient été précédés par d'autres civilisations qu'ils ont perfectionnées. 

2. Les anciens peuples du Pérou ont été quelquefois unis, mais ils avaient 
des formes variées de culture. 

3. A une époque très reculée, avant celle des Incas, est passé sur le Pérou 
un grand courant de civilisation homogène, dont les plus beaux monuments 
sont ceux de Tiahuanaco, et dont rinilueiice s'est prolongée jusqu'à l'Equa- 
teur. 

4. Mais l'on ne doit pas croire que la civilisation de Tiahuanaco qui date 
peut-être de L.ïOO ans avant l'ère des Incas, soit la plus ancienne du pays. Elle 
a été précédée d'une autre dont les admirables restes viennent d'être découverts 
à Ica et Nazca ; ceux-ci ne sont, d'ailleurs, que les fragments d'un ensemble dont 
nous trouvons aussi les traces au nord de Lima, depuis Ghancay jusqu'à 
Samanco et Trujillo. 

Jusqu'à présent, les Péruanistes attribuaient aux Chinois les monuments de 
Trujillo ; mais, aujourd'hui, nous savons qu'ils sont d'une époque antérieure à 
ceux de Tiahuanaco. 

Les restes de la plus ancienne civilisatioîi et dont la parenté est visible sont 
ceux de la côte, à savoir : ceux de Nazca, Ica et les vallées adjacentes ; ceux dé 
la vallée du Rimac ; de Ghancay et Sanianco, au Nord, après lesquels sont 
venus ceux de Tiahuanaco, et, longtemps plus tard, ceux des Incas. 

5. A cette même période précédèrent sur la côte les civilisés des anthropo- 
phages de grande taille qui occupaient les plages, du moins de Ghorril- 
los, près de Lima et au sud de cette ville, jusqu'à Pativilca, au nord de 
Ghancay. 

r>e matériel ethnographique laissé par ces anthropophages résiste à toute ten- 
tative de rapprochement avec les tfcuvres laissées par les populations civilisées 
qui s'établirent ensuite dans les mêmes parages. Ils ressemblaient, plusqu'aux 
autres péruviens, aux pêcheurs du Ghili et de la Terre de Feu. Ils confection- 
naient quelques objets en céramique, des tissus en bambou, des filets et des 
outils en os parfois avec des ossements humains . 

On attendra, d'ailleurs, avec curiosité, pour discuter ces vues dont la nou- 
veauté est évidente, qu'elles se soient produites avec leur a|)pareil de preuves. 



' CollecUons amèrirnnisies dans les musées provinciaux fronçais. — Nous 
avons souvent déploré, ici niènie. l'absence d'un catalogue succinct, mais précis, 



MIÎLANGES r:T NOUVELLES AMÉIllCANISTKS 349 

des objets d'ethnof;rapl)ie américaine épars dans nos musées de province. 
L'entreprise serait intéressante pour tous les travailleurs. Certaines {galeries pro- 
vinciales renferment, en effet, des pièces de première valeur, presque entièrement 
perdues^pour l'étude, parce qu'en général, les spécialistes compétents ignorent 
leur esri'stence et leur... exil. Pour ne citer qu'un exemple, on se souvient de la 
collection de vases péruviens « Rosamel », dont notre président, M. E. T. Ilamy, 
révéla naguère la richesse à beaucoup d'entre nous, dans le musée municipal de 
Boulogne-sur-Mer ' . De môme, des musées comme ceux de Besançon, Dijon 
d'autres encore, doivent posséder un matériel américaniste, plus ou moins 
étendu, mais curieux, légué par de braves officiers de marine, médecins colo- 
niaux; missionnaires, etc., qui auraient mieux fait peut-être d'en gratifier le 
Trocadéro. Afin de contribuer, dans la n.esure du possible, à la constitution de 
l'inventaire rêvé, nous accueillerons avec gratitude et nous nous empresserons 
de publier dans le Journal toutes les indications relatives au sujet. Et, grâce à 
l'obligeance de M. le professeur Georges Pariset, nous pouvons aujourd'hui 
commencer par quelques renseignements, hélas ! très superficiels, concernant le 
Musée de Nancy [Musée historique lorrain). Malgré la création, décidée lors du 
premier Congrès des Américanistes en 1875, d'un musée américain, Nancy 
n'ofTre d'ailleurs encore que quelques numéros américanistes à notre curiosité. 
Nous les indiquons, d'après le classement, sans doute contestable, du catalogue 
local (parLucien Wiener, 7" édit., Nancy, 1895, in-S", 320 pp.) : 

A. Préhistorique. 

34. Eclats de silex (5 pièces). Vallée du Mississipi. 

35. Silex taillés, pointes de flèches, etc. (8 pièces). Amérique du Nord (!) ; don 
de M. Vagner, de Philadelphie. 

36. Grains de colliers en test de coquilles, de forme cylindrique ou en forme 
de rondelles ("25 pièces); — pointes de flèches (15 pièces). Sépultures de 
Saint-Clair river (Orégon) ; don de Oscar W. Collet, secrétaire de la Société 
historique du Missouri, à Saint-Louis (Missouri). 

B. Antiquités. 

567. Céramique péruvienne (Incas !). Vase de formes variées. Idole en terre. 
Figurine en jade (?) avec des yeux d'émeraude (?). 

C. Armes. 

1150. Trousse indienne en cuir, renfermant un coutelas à lame courbe avec 
poignées de bois et un petit couteau à manche de bois. 

L. L. 



Périodiques nouveaux. — Anihropos. Avec l'année 1906 est parue à Salz- 
bourg (Autriche) une nouvelle « Revue internationale d'ethnologie et de linguis- 
tique » qui promet d'être originale. Cosmopolite par les langues employées 
dans sa rédaction (latin, français, italien, espagnol, allemand et anglais), 
Anthropos (tel est son titre) sera l'organe des missions catholiques de tout pays 

1. V. « Vases peints d'Ica, Pérou moyen », in ; Décades Americanœ^ III-IV, p. 133. 
Société des Américanistes de Paris. 23 



350 SOCIÉTÉ DE? AMÉBICANISTES DE PARIS 

et, en particulier, des sociétés bien connues 'de missionnaires allemands, « Léo 
Ge.sellschaft » (Autriche) et « Gœrres Gesellschaft » (Allemagne). La circulaire- 
programme annonce la forte conviction de l'accord possible entre la révélation 
surnaturelle et la vérité scientifique. Dans le premier numéro, Mgr A. Le Roy, 
supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit, est revenu sur cette idée, 
en quelques pages qui esquissent le rôle scientifique du missionnaire. La même 
livraison contient, entre autres articles relatifs à Taméricanisme : « Myihen 
und alte Volkssagen aus Brasilien », par le P. C. Teschauer, S. «L (p. 24.-35). 
Le P. Teschauer groupe par cycles les différentes légendes qui ont cours au 
Brésil; il en examine l'extension territoriale et se sert avantageusement des 
écrits des anciens, surtout de Léry, Anchieta, Nobrega, Hans Staden, etc. 11 
commence par les légendes concernant les esprits : le cycle du « Korupira » et 
celui du « Yurupari ». Ces deux êtres jouent un très grand rôle dans la vie des 
indigènes et le P. Teschauer s'est demandé quelle idée ils s'en font, si ce sont 
de véritables dieux ou simplement des esprits malfaisants. Cette intéressante 
étude se produit au deuxième numéro (p. 185-194) par une série de contes qui 
ont des animaux pour objet. Nous attirons surtout l'attention sur les fables de 
la tortue (Jabuti). Celles-ci avaient été, du reste, publiées une première fois 
par le D"" Magalhaes, en 1876. 

Dans le premier numéro d'Anthropos encore (p. 35-48), le P. Benjamin Santin, 
de l'ordre des Capucins, raconte en italien une expédition chez les Coroados qui 
habitent l'I'Xat de S. Paulo au Brésil. Ces peuplades sont l'estées réfraclaires 
jusqu'ici à toute influence civilisatrice. 

Le deuxième numéro (229-277) contient aussi une élude de longue haleine 
qui concerne spécialement l'ethnographie de l'Amérique septentrionale. Elle est 
écrite en anglais par le missionnaire français, bien connu de nos lecteurs, le 
P. I. A. G. Morice 0. M. L, et porte le titre « ihe great Déné Race »: Un pre- 
mier chapitre est consacré au nom et à l'habitat ; un deuxième examine spécia- 
lement la distribution territoriale des familles qui habitent les régions les plus 
septentrionales. De bonnes et nombreuses gravures illustrent cet article. 

Ce qui précède montre suffisamment que l'Amérique du Nord, comme celle 
du Sud, est très bien représentée dans les deux premiers fascicules d'AnthrOpos. 
Il manquait l'Amérique Centrale ; mais le Directeur du recueil, leP. G. Schmidt 
a réussi à y pourvoir de la façon la plus heureuse. Il publie lui-même (p. 202-317) 
un texte espagnol inédit, une importante contribution aux études de critique 
historique qui préoccupent de plus en plus vivement et à juste titre les mexi- 
canistes. Ce texte, découvert au Vatican, appartient au grand historien Sahagun. 
Il porte comme titre : « Un brève compendio de los rilos ê ydolatrias que los 
Yndios desla Nueva Espana iisavan en el tiempo de su infidelidad ». La com- 
paraison de ce document avec la « Historia gênerai », éditée par BuTstamante 
(Madrid, 1829), s'imposait et le P. Schmidt l'a faite minutieusement. La pre- 
mière partie, outre une adresse au pape, comprend un « Sumario del primero 
lihro » qui est un résumé du premier livre de la « Hisloria ». Les variantes 
sont assez nombreuses pour que le P. Schmidt ait jugé utile de les publier. La 



MÉLANGÉS ET NOUVELLES AMÉRIGANISTES 351 

seconde partie comprend le prologue du deuxième livre et le calendrier des 
fêtes. Fait important, la rédaction de cette partie fut achevée le 20 mai ^570. 
alors que la traduction du grand ouvrage de Sahagun ne date que de 1577 Cela 
n'empêche pas que le texte ne soit presque littéralement le même que celui de 
la « Historin », et le P. Schmidt s'est contenté de signaler les variantes. 

Quelle est la portée de ce document ? S"agirait-il du « Sumario de lodos los 
libj'os » dont il est question au prologo (Bustamante, p. vi) ? Assurément non. 
Le P. Schmidt a émis sur la nature de cette pièce une hypothèse assez plausible. 
Le chapitre provincial avait jugé que la publication de grands ouvrages comme 
celui de Sahagun était contraire à la pratique de la pauvreté. A la suite de cette 
décision, le bon religieux dut laisser reposer son œuvre pendant cinq ans. Dans 
sa détresse, il aurait composé un mémoire qui pût donner une idée de son livre 
et l'aurait adressé au pape dans le but dobtenir, sinon un secours efficace, du 
moins un encouragement moral. Cette hypothèse concorde bien avec l'objet du 
document, avec la date de sa composition et avec le caractèi-e de Sahagun. Par 
ce qui précède, on le voit, nous pouvons saluer, avec plaisir, l'apparition 
d^Anthropos, en lui souhaitant une brillante carrière et nous nous proposons 
d'entretenir, au moins une fois par an, nos lecteurs des travaux de ce pério- 
dique peu banal par l'esprit et la situation de ses collaborateurs. 

Ed. DE JONGHE. 



Cultura espahola. — L'année 1906 a vu se créer à Madrid une importante 
revue trimestrielle, Cultura espahola, dirigée par les sommités littéraires et 
artistiques de l'Espagne; La revue est divisée en sections, ayant chacune à sa 
tête un ou plusieurs éminents spécialistes : l'histoire, R. Altamira et E. Ybarra 
Rodriguez; la littérature, moderne, E. Gomez de Baquero et R. D. Perés ; la 
philologie et l'histoire littéraire, R. Menéndez Pidal ; les beaux-arts, V. Lam- 
pérez ; la philosophie, A. Gômez Izquierdo et M. Asin ; les (questions interna- 
tionales, G. Maura y Gamazo, et la pédagogie, Juîiàn Ribera. Ajoutons que 
Cultura, espanola consacre aux études américanistes une place d'honneur, et 
que, dans cette partie, elle fait appel aux lumières des savants des deux 
mondes. 

Le premier numéro contient une étude de M. Menéndez Pidal sur Los 
romances Iradicion&les en America. Les auteurs qui, jusqu'ici, sétaient occupés 
des romances américaines (Vergara, Azara et Valderrama) les déclaraient origi- 
nales et niaient qu'elles remontassent aux premiers colonisateurs du pays. 
M. Menéndez Pidal s'étonne de cette opinion. Les premiers colonisateurs par- 
tirent d'Espagne à la fin du xv* siècle, ou au commencement du xvi", c'est-à- 
dire à une époque où la romance était en grande vogue dans toutes les classes 
sociales de la péninsule. Bien plus, on a la preuve, par les historiens de la con- 
quête, que les Conquistadores aimaient à déclamer les vers du Romancero ou à 
fredonner les couplets d'une chanson du pays. C'est ainsi que Bernai Diaz del 
Castillo, citant des souvenirs personnels, nous représente Cortès chantonnant. 



332 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

en mainte circonstance, avec ses officiers, des passages de vieilles romances 
espagnoles '. Est-il rien en effet, qui rappelle mieux la patrie éloignée que la 
chanson apprise dès l'enfance, et n'était-il pas naturel que, dans les moments 
de joie comme aux jours de tristesse, le colon espagnol établi en Amérique redît 
les couplets gravés dans sa mémoire et apprît à ses enfants les ritournelles évo- 
quant le passé toujours cher et le souvenir des cieux toujours vénérés? 

Ce sont les traces de ces romances traditionnelles que M. Menéndez Pidal a 
recherchées dans l'Amérique du Sud. Au cours de plusieurs voyages dans 
l'Equateur, au Chili, au Pérou, dans la République Argentine, l'Uruguay et la 
Bolivie, il a fait une enquête patiente et des plus sérieuses, non seulement 
auprès des savants de ces pays, mais surtout auprès des gens du peuple qu'il a 
interrogés, et il a recueilli ainsi un grand nombre de romances, chantées en 
Amérique, qui ne sont autres que d'anciennes chansons espagnoles, transplan- 
tées souvent sans aucune modification, quelquefois avec quelques déformations, 
ou plus simplement quelques suppressions, dues à la défaillance de la mémoire. 
Il est même des cas où la chanson s"est conservée plus complète en Amérique 
qu'en Espagne, telle, la romance intitulée ; Las sehas ciel marido, connue au 
Pérou et au Chili. Les deux derniers couplets, de sept vers chacun, qui faisaient 
probablement partie de la version primitive, ne sont plus représentés dans la 
péninsule que par quatre vers. 

On voit quelle est l'importance de létude de M. Menéndez Pidal, non seule- 
ment au point àe vue de la tradition hispano-américaine, mais même pour la 
reconstitution des romances traditionnelles en Espagne. 

Parmi les chansons chiliennes citées par l'auteur, on lira surtout avec intérêt : 
la Adultéra, chantée presque sans variante au Chili, comme en Castille, et dont 
il existe une version catalane et une portugaise ; fî/a/jca Flor y Filoména ' El 
Conde Alarcos ; la. Magdalena ; El cjalàn y la calavera que M. Menéndez Pidal 
a entendu chanter par un certain No José Valerio\'allejo, de Santa Maria, pro- 
vince d'Aconcagûa, et dont l'original se retrouve en Espagne, dans la province 
de Léon. La version chilienne ressemble tellement à l'espagnole que, sauf 
quelques passages estropiés par No José, on aurait pu croire, dit M. Menéndez 
Pidal, qu'il lavait apprise dans le tome X de VAntologia publiée en 1900 par 
M. Menéndez y Pelayo. 

Mentionnons enfin Delcfadina, La Apariciôn, Escogiendo novia, romances 
recueillies dans l'Argentine, Miierte de Elena, Siirana, en Uruguay, El Novio 
espanol el El Rescale de Alahualpa (cette dernière certainement plus locale) en 
Bolivie 

Jules HUMBERT. 



— Notre collègue M. Jules Ilumbert, dans la note ci-dessus n'a oublié qu'un des 
collaborateurs de CulUira espaTiola et c'est lui-même. Au n" 3 du nouveau pério- 

1. Conquisla de Nueva Espaha, BibUoleca de Autores espaùoles, t. XXVI, p. .31. 



mélangp:s et nouvelles améhicanistes 333 

dique il a donné une très substantielle étude de folk-lore. intitulée « El Arbol de la 
Vida en Orinoco ». Larbre de vie des régions de l'Orénoque, c'est le palmier 
moriche (« mburiti », l'arbre élevé de l'aliment) qui fournit à l'Indien le fruit 
pour se nourrir, la fibre pour tisser son vêtement et son hamac, le bois pour 
construire sa case, — donc l'arbre divin quasi dieu, le père des premiers 
hommes. En effet, les Tamanacos pensentquà 1 âge des eaux, quand les vagues 
de l'Océan venaient déferler, à l'intérieur des terres, contre les montagnes de 
la Encamarada, tous les Indiens périrent. Seuls un homme et une femme se 
purent réfugier sur la haute montagne de Tamacù, aux rives du Rio Guchivero. 
Là, tous deux se mirent à lancer, au loin, par-dessus leur tête, les fruits du 
moriche et des grains de ces fruits sortit la race humaine actuelle. Sans s'attar- 
der à la comparaison trop facile de cette tradition avec tous les mythes d'ori- 
gine où jouent un rôle les déluges et les cataclysmes marins dans la disparition 
des premiers hommes, et où l'humanité nouvelle nait, tantôt de la pierre, tantôt 
d'un germe végétal, jetés et plantés dans le sol, M. Humbert montre alors la 
parenté de la légende du moriche avec celle d'Amalivaca. C'est sur les conseils 
d'Amalivaca que le couple survivant a cueilli le fruit du palmier et s'en est 
servi pour repeupler la terre. On voit ensuite le héros réglant le cours de l'Oré- 
noque, gravant sur les rochers des figures symboliques, brisant les jambes de 
ses deux filles pour les fixer à jamais dans le pays des Tamanacos. Sur l'essence 
réelle d'Amalivaca, prophète civilisateur divinisé ou personnage mythique, 
M, Humbert paraît adopter une solution mixte. « S'il a existé, dit-il, en sub- 
stance, dans la région de l'Orénoque, un antique législateur du nom d'Amalivaca, 
les Indiens ont fini par le confondre avec le Soleil, le grand bienfaiteur des 
hommes. Les figures tracées sur la pierre peinte Tepnmereme ne sont autres 
alors que les symboles éternels du dieu solaire et de son frère Vochi, la Lune »>. 

L. L. 



Petites nouvelles. — A la suite du remaniement, amené par la mort de 
Bastian, dans le haut personnel et l'organisation du « Muséum fur Vôlker- 
kunde », de Berlin, notre sympathique collègue, M. le professeur Karl von den 
Steinen a cessé, le 1*'' avril dernier, ses fonctions de Directeur-assistant du 
« Muséum «, pour la section sud-américaine. Il serait, dit-on, prochainement 
remplacé par M. le D"" Paul Ehrenreich, comme lui, membre correspondant de 
la Société des Américanistes. Cette retraite, prématurée et complète (car 
M. Von den Steinen a également abandonné sa chaire d'ethnologie à l'Univer- 
sité), a été surtout inspirée par le désir de mener à bonne fin des travaux per- 
sonnels, depuis longtemps projetés, mais peu compatibles avec l'enseignement 
et l'administration. 

— Parmi les ouvrages assez nombreux, communiqués à la Société dans le 
courant des derniers mois, nous signalerons aujourd'hui, particulièrement, la 
Bihliografta délie Polemica concernente Paolo Toscanelli e Cristoforo Colombo 



35i SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

originato dalle communicazioni di Gonzalez de La Eoss e di Enrico Vignaud, 
Saggio compilato de Enrico Vignaud^ tradotto con introduzione e aggiunte da 
Gustavo Uzielli ; Napoli, tip. éd. A. Tocco-Salviati, in-S^de 36 p. Cet opuscule 
sera fort utile aux travailleurs pour s'orienter dans une littérature déjà fort 
touffue. 

— Le V^ septembre dernier, est paru, en Allemagne, le compte rendu du 
XIV* Congrès international des Américanistes (1904), Stuttgart, Berlin u. Leip- 
zig, Verlag von W. Kohlhammer. 2 vol. in-8°et un supplément (t. T, p. i-lxxxv 
et p. 1-320 ; t. II, p. 321-706; supp., p. 1-88), avec nombreuses planches hors 
texte et illustrations. 

— En même temps que la nouvelle du désastre de Californie, nous recevions, 
au printemps dernier, l'assurance qu'il n'avait atteint directement aucun de nos 
collègues ou confrères, habitant San Francisco. Notre cordiale satisfaction s'ac- 
croît aujourd'hui de savoir que la catasirophe fut relativement clémente aux 
grands établissements scientifiques de la ville. On a, sans doute, à déplorer la 
perte à peu près complète de plusieurs grandes bibliothèques et, ce qui est 
irréparable, celle des Archives du « Surveyor gênerai of California » qui conte- 
naient des documents espagnols d'une réelle importance pour l'histoire et l'ethno- 
logie. Détruits également, la « California Academy of Sciences » et le « Mechanic 
Institute » qui venait d'être reconstruit (« absoolutely fîre proof », — bien 
entendu !) Mais les bâtiments de l'Université, son Muséum, son département 
d'anthropologie, ses collections si riches de livres (celle d'Hubert Bancroft, en 
particulier, acquise dans les tout derniers temps), ont échappé à cette ruine qui 
n'a suspendu que quelques semaines l'existence normale de la jeune et vigou- 
reuse institution. Et ce nous est une joie d'avoir à l'annoncer. 

■ — Une lettre récente nous apporte des nouvelles de notre confrère, 
M. H. PiTTiER DK Fabrega, naguère directeur de l'Institut physico-géogra- 
phique », de Costa Rica, aujourd'hui attaché au « Bureau of Plant Industry, 
U. S. A. Department of Agriculture (Washington, D. C.) ». et bien connu pour 
ses travaux sur la linguistique de l'Amérique centrale. Tout en préparant un 
lexique et une grammaire des langues « Brunka » et « Kabé-Kar » (ou Cabécar), 
M. Pittier a passé plusieurs semaines, en janvier dernier, chez les Paecos ou 
Paeces, du Cauca (Colombie) où il recueillit une liste de près de 500 mots. Le 
26 mai dernier, il a dû se diriger vers la Sierra Nevada de Santa Marta pour 
continuer ses travaux linguistiques et étudier les cultures primitives qui 
subsistent dans les vallées du Sinù et de l'Atrato. 

— Le D'' A.-L. Kroeber, de l'Université de Californie, a été élu président de 
V American-Folk-Lore-Sociely , dont il était, jusqu'ici, secrétaire. M. W.-C. 
Farabee, de Haward University, et Mrs Zelia Nuttall, deviennent vice-prési- 
dents de cette ac.tive Association, dont les autres a officiers » élus sont : MM. Fr. 



MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 355 

Boas, T. -F. Crâne (Cornell University, Ithaca, N. Y.) et J. Dvneley Prince 
(Columbia University'. 

— A la suite des publications de Miss Fletcher et de M. Francis La Flesche, 
l'Administration fédérale des Affaires indiennes de Washington a décidé d'insti- 
tuer une grande enquête sur la musique indigène dont a été chargé M. H. -A. 
LoRiNG. M. Loring met actuellement la dernière main à un travail qui résume 
le résultat de ses premières investigations chez les Sioux. 

— Une circulaire, venue de Chicago, a fait récemment connaître que, dési- 
reux d'étendre et de caractériser son activité, le « Field Columbian Muséum » 
de cette ville prendra désormais le titre de « Field Muséum of the natural 
History ». 

— La Société d'Ethnologie de New- York, récemment réorganisée (MM. J. 
Grant Wilson, président; Fr. Boas, vice-président; Harlan L Smith, Marshall 
H. Saville, secrétaires; Geo, H. Pepper, trésorier), annonce l'apparition pro- 
chaine des publications suivantes : Fox Texls (by D"^ W. Jones) ; The Upper 
Chinook (by Fdw. Sapir); Mijlhs of the Maidu Indians (by prof. Roland 
B. Dixon) ; Myths of the Shasta Indians (id.) ; Myths of the Tsimshian Indians 
(by prof Boas) ; The Alsea Indians of Oregon (by D'' Livingston Farrand), etc. 
Cette collection est éditée par la librairie E.-J. BrJll, de Leyde. On compte 
faire paraître deux volumes par an, 

— Notre collègue, M. Marshall H. Saville, professeur d'archéologie améri- 
caine à Columbia University, vient de rentrer à New- York après un voyage 
archéologique en Colombie qui a duré presque tout l'été et dont le compte rendu 
e^t impatiemment attendu. 

— A la liste, donnée dans notre dernier numéro, des distinctions honorifiques 
conférées à plusieurs de nos collègues, nous sommes heureux d'ajouter les noms 
de MM. le duc de Loubat et le D"" R. Verneau. M. de Loubat a été promu com- 
mandeur ; M. Verneau (promotion des « explorateurs »), nommé chevalier de 
la Légion d'honneur. Dans une revue d'Américanisme, ces nominations n'ont 
pas à être commentées et tous nos lecteurs applaudiront avec nous. 



TABLE DES MATIÈRES DU TOiME III 

(NOUVELLE SÉRIE) 



MÉMOIRES 

Pages 

Sur une statuette mexicaine de la déesse Ixcuina, par M. le D"" E.-T. Hamy. . 1 

Sophus Ruge et ses vues sur Colomb, par M. Henry Vignaud 7 

Contribution à l'étude géographique du Mexique précolombien. — Le Mixtéca- 

pan, par M. Léon Diguet 15 

La plus ancienne ville du Continent Américain. — Cumanâ de Venezuela, par 

M. Jules Humbert 45 

Excursion aux Pyramides de San Juan Teotihuacan, par M'"^ Jeanne Roux. , . 53 
Les Indiens Ouitotos, étude linguistique par M. le D"" Theodor Koch-Grun- 

berg 151 

Les Ruines de Tuloom d'après John L. Stephens, par M. Désiré Charnay. . , . 191 
Le Calendrier Mexicain, essai de synthèse et de coordination, par M. Edouard 

de Jonghe 107 

Cinq ans d'études anthropologiques en Equateur, résumé préliminaire, par 

M. le I)-- Rivet 229 



TEXTES ET DOCUMENTS 



Un mémoire politique du wiii^ siècle relatif au Texas, par M. le baron Marc 

de Villiers du Terrage 65 

Tradition des anciens Mexicains d'après la « Historia de Colhuacan y de 
Mexico », texte original et inédit en langue naht atl avec traduction latine et 
commentaire, publié par M, le D"" Walter Lehmann 239 



ACTES DE LA SOCIÉTÉ 

Séance du mardi 10 janvier 1905 77 

— 7 février 1905 79 

— 14 mars 1905 81 

— 4avrill9J5 83 



358 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 

Pages 

Séance du mardi 3 mai 1905 84 

— 20 juin 4905 86 

— 7 novembre 1905 88 

— 5 décembre î 905 90 

— 9 janvier 1906 299 

— 6 février 1906 301 

— 6 mars 1906 302 



NECROLOGIE 

Edm. Andrews, E.-J. Chapman, J.-B. Hatcher, R.-A. Philippi (D' E.-T. Hamy). . 93 

Hjalmar Stolpe (Eric Boman) , 94 

Henri de Saussure (L. Lejeal) 97 

Washington Matthews (L. Lejeal) 305 

Girard de Rialle (L. Lejeal). 307 

Jules Oppert (L. Lejeal) 308 

Le duc de Bassano 309 



BULLETIN CRITIQUE 

H. P. Steesnby : On Eskimo Kulturens Oprindelse (D"" W. Lehmann) 101 

Baron M. de Villiers du Terrage : Les dernières années de la Louisiane fran- 
çaise (L. Lejeal) 103 

D"" Nicolas Leôn : Los Popolocas (L. Lejeal) 105 

D"" Paul ScHELLHAs I Dic Gôttergcstalten der Mayahandschriften [L. Lejeal). . . 107 

— Représentation of Deities of Ihe Maya Manuscripts 

(L. Lejeal) 107 

Manuel Rejôn Garcia : Los Mayas primitivos (L. Lejeal) 108 

— Supersticiones y Leyendas Mayas (L. Lejeal) 108 

D"" Max ScuMiDT : Indianer Studien in zentral Brasilien (Ed. de Jonghe) 109 

AzARA : Geografia fisica y esférica de las provincias del Paraguay. — Edit. Rod. 

R. ScHULLER (Gabriel Marcel) 413 

Luis Maria Torres : La Geografia fisica y esférica de D. Félix de Azara 

(Gabriel Marcel) 113 

Bolivia-Brasil (Gabriel Marcel) 117 

Bautista Saavedra : El litigio Peru-Boliviano (Gabriel Marcel) 117 

Félix F. Outes : La edad de la Piedra en Patagonia (Eric Boman) 119 

Daniel Garcia Acevedo : Contribuciôn al estudio de la cartografia de las paises 

del Rio de La Plata (Gabriel Marcel) 121 

Joaquin Garcia Icazbalceta : Vocabulario de Mexicanismos (J. Humbert) 311 

D' Th. KocH Grunberg : Anfânge der Kunst iin Urwald (Ed. de Jonghe) 313 

D"" P. Eiirenreich : Die Mythen und Legenden der Sudamerikanischen Urvôl- 

Icer (L. Lejeal) '. 3l6 



TABLE DES MATIÈRES Df TOME U/ 359 

MÉLANGES ET NOUVELLES AMÉRICANISTES 

Pages 

Le Congrès de Stuttgart. — Ethnographie moderne et questions précolom- 
biennes (L. Lejeal) 123 

Voyage du D' Koch dans les bassins du rio Negro et du rio Yapura, 1903-1905 

(Ed. de Jonghe) 134 

Sur un document céramique péruvien relatif à la lèpre précolombienne 

(D-- W. Lehmann) 136 

Recherches récentes sur le cheval préhistorique américain (Comte Louis de 

Turenne) 138 

Survivances païennes chez les Ojibvsays (Harriet Ph. Eaton) 138 

« American Antiquarian Society » (Comté Louis de Turenne) 139 

Le « Meeting anthropologique de San Francisco » (L. Lejeal) 141 

Une inscription américaniste à Paris (L. Lejeal) 14+ 

Sur la pagination du Codex Xololl (D' W. Lehmann) 145 

Premières relations officielles du Mexique espagnol avec le Japon (L. Lejeal). 146 

Les cactées mexicaines (L. Lejeal) 149 

XV* Congrès international des .\méricanistes à Québec 150 

Petites Nouvelles 152 

Les volcains de Tîle de Jan Mayen et la (( Relation » des Zeni (L. Lejeal) 319 

Récente découverte archéologique dans l'Ontario (L. Lejeal) 321 

Une œuvre peu connue du P. Hennepin (Phil. Gagnon) 321 

« Proceedings of the Royal Society of Canada » (Comte Louis de Turenne). . . 323 

Sociographie de la famille Salish (L. Lejeal). 326 

Proceedings of the American Association for the Advancement of the Science 

(Comte Louis de Turenne) 327 

Proceedings of the Antiquarian and Numismatic Society of Philadelphia 

(Comte Louis de Turenne) 330 

« Smithsonian Institution » — Annual Report (Comte Louis de Turenne)-. . . . 331 
« American Antiquarian Society » — Semi-Annual Meeting (Comte Louis de 

Turenne) 334 

Le jubilé du professeur Putnam ■ , 335 

Ethnographie religieuse des Indiens Pueblos (L. Lejeal) ', ..:... 335 

Les deux « Atlatl » de Florence (L. Lejeal) ^ . 337 

Une description inédite des ruines de « Guie-ngola » (G.-E. Trusson) 338 

Une exploration française dans le Yucatan (Maurice de Périgny) 340 

Quelques travaux récents sur l'Amérique moyenne (L. Lejeal) 341 

Les derniers Guaranis- de Sâo Paulo ( L. Lejeal) 344 

Un mémoire italien sur l'anthropologie du Sud-Amérique (L. Lejeal) 345 

Organisation nouvelle du « Museo nacional » de La Plata (Eric Boman) 345 

Mouvement péruaniste au Pérou 347 

Collections américanistes dans les musées provinciaux français 348 

Périodiques nouveaux : « Anthropos » (Ed. de Jonghe) . 349 

« Cultura Espanola » (J. Humbert et L. Lejeal) 351 

Petites Nouvelles 353 



360 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS 



ILLUSTRATIONS ET CARTES 

Pages 

La déesse Ixcuina [collection Ribemont-Dessaignes] (planclie hors texte) 4 

Fouilles de Téotihuacan ( planche hors texte) oO 

Les voyages du D"" Theodor Koch (planche hors texte) 134 

Un lépreux du Pérou précolombien. — Cas moderne de « Lèpre Léontine » 

(planche hors texte) 136 

Carte du Mixtécapan 17 

Indiens et Indiennes Ouitoto (planches hors texte) 156 et 158 

Un temple à Tuloom (planche hors texte) 191 

Carte schématique de la République de l'Equateur, d'après Wolf 232 

Membres de la Société des Américanistes au 31 décembre 1905. 153 

Table des matières du tome III (nouvelle série, 1906) • 355 



Le Gérant : Ernest LEROUX. 



MACON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS 



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