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Full text of "Une Prédiction Inédite sur l'avenir de la langue des Etats-Unis (Roland de la Platière, 1789)"

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UNE PRÉDICTION INÉDITE SUR L'AVENIR DE LA 

LANGUE DES ETATS-UNIS (ROLAND DE LA 

PLATIÊRE, 1789) 

Dans une étude sur l'universalité de la langue française au 
XVIII® siècle^ j'ai indiqué en passant un mémoire manuscrit, intéres- 
sant par sa date et par quelques-unes de ses prévisions.^ Le futur 
ministre Roland — le mari de Mme Roland — alors avocat à Lyon' et 
membre de l'Académie de cette ville, aura sans doute été tenté de 
répondre à la question mise au concours, en 1781, par l'Académie de 
Berlin, sur l'universalité de la langue française. Mais, amené à 
des conclusions particulières par son enthousiasme politique pour les 
Américains affranchis, il se sera contenté de faire servir son mémoire, 
en 1789, à une "communication" académique. 

Après avoir posé en principe que "les causes qui semblent devoir 
le plus concourir à rendre une langue universelle résident, sans doute, 
dans l'état de cette langue, et dans celui de la nation qui la parle," 
Roland examine dans quelle mesure les langues et les peuples de 
l'antiquité et des temps modernes répondent à cette double condition. 
Car "la perfection d'une langue et la prépondérance du peuple qui 
l'emploie, renferment les données nécessaires à son universalité, ou 
résolvent le problème de son extension. Ces deux causes sont 
indispensables: l'une sans l'autre est insuffisante." 

Aucune des langues et des nations modernes, ni l'Italie, ni 
l'Espagne et le Portugal, ni l'Allemagne, ni même la France, ne 
semble à Roland réunir les doubles qualités dont dépendra l'univer- 
salité dans l'avenir. L'anglais lui paraît avoir les mérites intrin- 
sèques du grec ancien, mais les défauts du peuple anglais, à son gré, 
sont tels que l'extension de la langue sera empêchée par les insuffi- 
sances de la nation. C'est alors qu'il arrive aux Etats-Unis, qui 
parlent la même langue — avec des qualités sociales et morales 
autrement aimables et riches d'avenir: 

Les habitants des Etats-Unis, aussi fiers et non moins braves que les 
Anglais, aussi actifs et non moins industrieux, plus exercés par les malheurs, 

' Eludes d'histoire littéraire, 1» série, Paris, 1907. 

! Bibliothèque du Palais Saint^Pierre à Lyon, Ms. de l'Académie de Lyon; n° 151 du 
catal.|Molinier, fol. 175. 

' En réalité les Roland passaient la plus grande partie de l'année au Clos de la 
Platière. Cf. les Mémoires de Mme Roland (éd. Perroud; Paris, 1905), t. II, p. 256. 

475] 91 [MoDEBN Philology, December, 1917 



92 Fehnand Baldenspergek 

plus travaillés par les besoins, sont plus humains, plus généreux, plus 
tolérants; toutes choses propres à faire goûter les opinions, adopter les usages 
et parler la langue d'un tel peuple. Le sensible auteur des Lettres d'un 
cultivateur américain' nous le fait déjà bien juger, lorsqu'il nous développe 
les sages principes de la politique dans cette heureuse contrée, lorsqu'il nous 
dépeint la paix des familles, l'union des citoyens indépendants de toute 
opinion, et l'affluence des étrangers de tous les pays, venant chercher, sur 
cette terre nouvelle, la liberté, la protection, les secours fraternels et l'active 
bienveillance qu'on est toujours certain d'y trouver. Placés pour étendre leur 
commerce avec autant d'avantages que de facilité dans toutes les parties de 
l'ancien monde, les Américains des Etats-Unis ne seront étrangers pour 
aucun peuple, ils fraternisent avec l'univers. Les lumières et les connais- 
sances de tous les siècles ne les portent point à condamner avec orgueil 
quiconque ne partage pas leur savoir; Us envisagent tous les hommes sous 
le rapport commun qui les lie: le nègre grossier, l'indien superstitieux, 
trouvent en eux la même indulgence qu'ils ont pour les sauvages ignorants, 
leurs voisins; pour les jaloux européens, leurs alliés. 

La douceur de leur gouvernement en fait des patriotes aussi zélés que le 
furent jamais les plus célèbres républicains; celle de leur principes les rend, 
dans leur bienveillance universelle, semblables aux plus parfaits cosmopolites, 
et leur situation doit en faire les commerçants les plus puissants. Que de 
moyens de s'élever, de s'étendre, de multiplier ses relations et de propager 
l'usage de sa langue! Le seul charme de leur philosophie, si propre à gagner 
les cœurs, semble préparer le triomphe de leurs opinions et devoir ranger un 
jour bien des peuples sous leur religion consolante. 

.... Il me semble que la langue d'une telle nation sera un jour la 
langue universelle. 

Roland annonce d'ailleurs que "ce rapide aperçu n'est que 
l'esquisse d'un ouvrage susceptible de beaucoup de recherches et 
d'un grand développement." Sans doute les événements auxquels 
il n'allait point tarder à être mêlé l'ont-ils empêché de donner suite 
à ce projet. Telles qu'elles étaient exprimées dans le mémoire de 
Lyon, sous leur forme emphatique et avec leur optimisme facile, les 
idées de Roland ont leur intérêt: elles permettent en tout cas de 
mesurer quelle était, au lendemain de l'affranchissement américain 
et à la veille de notre Révolution, la confiance placée dans la jeune 
démocratie d'outre-mer par un des hommes qui devait jouer un rôle 
dans notre lutte pour la liberté politique. 

Fernand Baldenspebgeb, 
Professeur à la Sorbonne 

COLTJMBIA UnIVERSITT 

» Il s'agit du livre de J. Crôvecœur, A Former' s Letters in Pennsylmnia, London, 1782, 
qui avait été traduit en 1784. C(. Julla P. Mltehell, St. Jean de Crèvecœur, New York, 
1916. 

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