Skip to main content

Full text of "La kabbale : ou, La philosophie religieuse des Hébreux"

See other formats


/S 



%^s 



dldj 



? 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 with funding from 

University of Ottawa 



littp://www.arcliive.org/details/kabbaleoulaphiloOOfran 



LA KABBALE 



oa 



LA PHILOSOPHIE RELIGIEUSE 
DES HÉBREUX 



COULOMMIERS 
Imprimerie Paul Brodard. 



LA KABBALE 



OU 



LA PHILOSOPHIE RELIGIEUSE 

DES HÉBREUX 



AD. FRANCK 

Membre do l'Iubtitut 



TROISIEME EDITION 



PARIS 
LIBRAIRIE IIACIIETTE ET G'" 

79, DOULEVAKD SAINT-GERMAIN, 79 

189-2 



AVANT-PROPOS 

DE LA DEUXIÈME ÉDITION 



C'est en 1845, c'est-à-dire il y a tout près d'un demi- 
siècle, que ce livre a vu le jour pour la première fois. Il 
n'y a presque pas moins longtemps qu'il est devenu introu- 
vable en dehors des bibliollièques publiques et privées. 
Cet empressement du public à prendre connaissance d'une 
œuvre de métaphysique et de théologie n'a rien qui puisse 
nous étonner; il s'explique par le sujet et par le nom même 
de la Kabbale. Depuis ce temps si éloigné j'ai été souvent 
sollicité, en France et à l'étranger, de publier une seconde 
édition de mon volume de 1845. Pour plusieurs r. ^sons, 
j'ai refusé de donner satisfaction à ce désir. Obligé par état, 
comme professeur de droit naturel et de droit des gens au 
Collèue de France, de consacrer toute mon activité à des 
études d'un intérêt général, il m'était difficile de revenir 
sur un sujet de recherches (|ui ne me paraissait plus 
répondre à l'esprit du temps. Puis, j'aurais été obligé, par 
la nature des objoclionsqui m'étaient adressées, de reléguer 
au second rang ce qui fait le mérite et l'attrait de la Kab- 
bale, c'est-à-dire le système philosophique et religieux 
qu'elle renferme, pour discuter avant tout certaines ques- 
tions de bibliographie et de chronologie. Je n'ai pas eu le 
courage, je n'ai pas cru utile, de m'imposer ce sacrifice. 



21 16926 



n LA KABBALE. 

Aujourd'hui la situation est très différente. Dégoûtés des 
doctrines positivistes, évolulionnistes ou brutalement athées 
qui dominent aujourd'hui dans notre pays et qui affectent 
(le régenter non seulement la science, mais la société, un 
grand nombre d'esprits se tournent vers l'Orient, berceau 
des religions, patrie originelle des idées mystiques, et parmi 
les doctrines qu'ils s'efforcent de remettre en honneur, la 
Kabbale n'est pas oubliée. J'en citerai plusieurs preuves. 
Il faut d'abord qu'on sache que, sous le nom de Société 
ihéosophique, il existe une vaste association qui, de l'Inde, 
a passé en Amérique et en Europe, en poussant de vigou- 
reuses ramifications dans les États-Unis, en Angleterre et 
en France. Cette association n'est pas livrée au hasard, elle 
a sa hiérarchie, son organisation, sa littérature, ses revues 
cl ses journaux. Son organe principal en France s'appelle 
le Lotus. C'est une publication périodique d'un très grand 
intérêt, qui emprunte au bouddhisme le fond des idées, sans 
avoir la prétention d'y enchaîner les esprits en leur inter- 
disant les recherches nouvelles et les tentatives de transfor- 
mation. Sur ce fond bouddhiste se développent souvent des 
considérations et des citations textuelles empruntées à la 
Kabbale. Il y a môme une des branches de la Société théo- 
sophique, une branche française appelée VYsis,(\m a publié, 
dans le cours de l'année dernière, une traduction inédite 
du Seplier ictzirah, un des deux livres kabbalisliques qui 
passent pour les plus anciens et les plus importants. Ce que 
vaut cette traduction, ce que valent surtout les commen- 
taires qui l'accompagnent, je n'ai pas à l'examiner ici. Je 
dirai seulement, pour donner une idée de l'esprit qui a 
inspiré l'auteur de ce travail que, selon lui, « la Kabbale 
est la religion unique dont tous les cultes sont des émana- 
tions* ». 

1. Avant-propos, p. i. 



AVANT-PROPOS. nt 

Une autre Revue également consacrée à la propagande 
ihéosoplîique et dans laquelle, par une conséquence néces- 
saire, la Kabbale intervient fréquemment, est celle qu'a 
fondée, que dirige et que rédige en grande partie lady 
Caithness, duchesse de Pomar. Son nom, presque le même 
que celui que le grand théosophe allemand Jacob Boehm a 
donné à son premier ouvrage, c'est VAurore. Le but de 
V Aurore n'est pas tout à fait le même que celui du Lotus. 
Le bouddhisme n'y tient pas le premier rang au préjudice 
du christianisme; mais, à l'aide d'une interprétation ésoté- 
rique des textes sacrés, les deux religions sont mises d'accord 
entre elles et présentées comme le fonds commun de toutes 
les autres. Cette interprétation ésolérique est certainement 
un des principaux éléments de la Kabbale; mais celle-ci est 
aussi mise à contribution d'une manière directe, sous le 
nom de théosnphie sémitique. Je ne me porte pas garant de 
l'exactitude avec laquelle elle est exposée; je me borne à 
signaler la vive préoccupation dont elle est l'objet dans le 
très curieux recueil de Mme la duchesse de Pomar. 

Pourquoi ne parlerai-je pas aussi de Vlnitiation, bien 
qu'elle ne compte encore que quatre mois d'existence*? Ce 
nom seul d'Initiation vous dit bien des choses, vous met 
sur le seuil de bien des sanctuaires fermés aux profanes, et, 
en effet, cette jeune Revue, qui prend sur sa couverture le 
titre de « Revue philosophique et indépendante des hautes 
études », est exclusivement vouée aux sciences, ou tout 
au moins aux objets de recherche, aux sujets de curiosité 
et de conjectures les plus suspects aux yeux de la science 
reconnue et même de l'opinion publique, de celle qui passe 
pour être l'organe du sens commun. Dans ce nombre figurent 
d'une manière générale la ihéosophie, les sciences occultes, 
l'hypnotisme, la franc-maçonnerie, l'alchimie, l'astrologie, 

1. Son premier numéro porte la date d'octobre 1888. 



!▼ LA KABBALE. 

le magnétisme animal, la physiognomonie, le spiritisme, 
etc., etc. 

Dès qu'il est question de théosophie, on est sûr de voir 
apparaître la Kabbale. L'Initiation ne manque pas d'obéir à 
cette loi. La Kabbale, « la sainte Kabbale », comme il l'ap- 
pelle, lui est chère. Elle fait fréquemment appel à son auto- 
rité; mais on remarque particulièrement, dans son deuxième 
numéro, un article de M. René Caillé sur le Royaume de 
Dieu par Albert Jhouney, où la doctrine du Zohar. le plus 
important des deux livres kabbalistiques, sert de base à une 
Kabbale chrétienne formée des idées de Saint-Martin, dit le 
« Philosophe inconnu »,]e rénovateur inconscient delà doc- 
trine d'Origène. C'est aussi une Kabbale chrétienne que pro- 
pose M. l'abbé Roca dans un des premiers numéros da Lotus. 

Il me sera aussi permis de ne point passer sous silence 
les journaux swédenborgiens qui paraissent depuis peu en 
France et à l'étranger, particulièrement la Philosophie 
générale des étudiants swédenborgiens libres^. Mais l'église 
de Swedenborg ou la Nouvelle Jérusalem, quoique présentée 
par ses adeptes comme une des formes les plus importantes 
de la théosophie, ne peut cependant se rattacher à la Kabbale 
que parce qu'elle se fonde sur une interprétation ésotérique 
des livres saints. Les résultats de cette interprétation et les 
visions personnelles du prophète suédois ressemblent peu, 
à quelques exceptions près, aux enseignements contenus 
dans les livres kabbalistiques : le Zohar ci le Sépher ielzirah. 
J'aime mieux m'arrèter à une œuvre récente de profonde 
érudition, à une thèse de doctorat, présentée il n'y a pas 
longtemps à la Faculté des lettres de Paris, et qui n'a pas 
obtenu le degré d'attention dont elle est digne : Essai sur le 
gnosticisme égyptien, ses développements et son origine 
égyptienne, par M. E. Amélineau^ 

1. In-8, chez M. Villot père, 22, rue de Boissy, à Taverny (Seine-el-Oise). 

2. 1 voL in-4, Paris, 1887. 



AVANT-PROPOS. y 

Cette dissertation, écrite dans un tout autre but, ne laisse 
rien subsister de la critique superficielle qui voit dans la 
Kabbale une pure supercherie, éclose dans la tête d'un 
obscur rabbin du treizième siècle et continuée après lui 
par des imitateurs sans intelligence et sans science. 
M. Amélineau nous découvre chez les pères du gnosticismc, 
absolument inconnus au treizième siècle, principalement 
chez Salurninus et Valentin, un système de théogonie et de 
cosmogonie identique à celui qui est développé dans le 
Zohar\ et ce ne sont pas seulement les idées, mais aussi les 
formes symboliques du langage et les modes d'argumenta- 
tion qui, des deux côtés, sont les mêmes*. 

Dans la même année où M. Amélineau, dans sa thèse de 
doctorat soutenue à la Sorbonne, vengeait le Zohar des 
attaques que lui livrait le scepticisme de notre temps, un 
autre savant, un savant allemand, M. Epstein, restituait au 
Sepher ietzirah, également en butte aux objections de la 
critique moderne, au moins une partie de sa haute anti- 
quité. S'il ne le faisait pas remonter jusqu'à Akiba, et 
moins encore au patriarche Abraham, il établit du moins, 
par des raisons qu'on peut croire décisives, qu'il n'est pas 
postérieur au quatrième siècle de notre ère\ C'est déjà 
quelque chose. Mais, en regardant au fond du livre plu- 
tôt qu'à la forme, et en cherchant des analogies dans les 
plus anciens produits du gnosticisme, je ne doute pas qu'on 
puisse remonler beaucoup plus haut. Est-ce que les nombres 
et les lettres auxquels se ramène tout le système du Sepher 
ietzirah ne jouent pas aussi un très grand rôle dans le 
pythagorisme et dans les premiers systèmes de l'Inde? Nous 
avons la rage aujourd'hui de vouloir tout rajeunir, comme 

1. J'en ai cité plusieurs exemples dans le Journal des Savants, cahiers 
d'avril et de mai 1888. 

2. Epslein, Mihadmoniol hayéhoudim, Bciliagc zur jiidischen AUcrthums- 
Kunde, Vienne, 1887. 



n L4 KABBALE. 

si l'esprit de système et surtout l'esprit mystique n'étaient 
pas aussi anciens que le monde et ne devaient pas durer 
autant que l'esprit humain. 

Yoilà bien des raisons de croire que l'intérêt qui s'attache 
à la Kabbale depuis tant de siècles, aussi bien dans le chris- 
tianisme que dans le judaïsme, dans les recherches de la 
philosophie que dans les spéculations de la théologie, est 
loin d'être épuisé, et que je n'ai pas tout à fait tort de 
rééditer un travail qui peut servir à la faire connaître. Après 
tout, quand il ne répondrait qu'au désir de quelques rares 
curieux, cela suffirait pour qu'on n'eût pas le droit de le 
compter parmi les livres entièrement inutiles. 

A. FRANCK. 

Paris, le 9 avril 1880. 



PRÉFACE 



Une doctrine quia plus d'un point de ressemblance avec 
celles de Platon et de Spinosa ; qui, par sa forme, s'élève quel- 
quefois jusqu'au ton majestueux de la poésie religieuse ; qui 
a pris naissance sur la même terre et à peu près dans 
le même temps que le christianisme; qui, pendant une 
période de plus de douze siècles, sans autre preuve que 
riiypotlièse d'une antique tradition, sans autre mobile ap- 
parent que le désir de pénétrer plus intimement dans le 
sens des livres saints, s'est développée et propagée à l'ombre 
du plus profond mystère : voilà ce que l'on trouve, après 
qu'on les a épurés de tout alliage, dans les monuments ori- 
ginaux et dans les plus anciens débris de la Kabbale *. Dans 
un temps où l'histoire de la philosophie et en général toutes 
les recherches historiques ont acquis tant d'importance, où 
l'on paraît enfin disposé à croire que l'esprit humain ne se 
révèle tout entier que dans l'ensemble de ses œuvres, il m'a 

1. C'est le mot hébreu nSzp {Kabhalah) qui, comme l'indique le radical 
Szp' exprime l'action de recevoir : une doctrine regue par tradition. L'ortho- 
graphe que nous avons adoptée, et qui est depuis longtemps en usage en Alle- 
magne (Kabbale au lieu de cabale), nous a semblé la plus propre à rendre 
la prononciation du terme hébreu. C'est aussi celle que Raymond-LuUe, dans 
son livre de Audilu Kabbalislico, recommande comme la plus exacte. 

1 



2 LA KABBALE. 

semblé qu'un tel sujet, considéré d'un point de vue supé- 
rieur à l'esprit de secte et de parti, pourrait exciter un 
intérêt légitime, et que les difficultés mêmes dont il est hé- 
rissé, l'obscurité qu'il présente, dans les idées comme dans 
le langage, seraient, pour celui qui oserait l'aborder, une 
promesse d'indulgence. Mais ce n'est point par cette raison 
seule que la kabbale se recommande à l'attention de tous les 
esprits sérieux; il laut se rappeler que, depuis le commen- 
cement du seizième siècle jusqu'au milieu du dix-septième, 
elle a exercé sur la théologie, sur la philosophie, sur les 
sciences naturelles et sur la médecine une influence assez 
considérable; c'est véritablement son esprit qui inspirait les 
Pic de la Mirandole, lesReuchlin, les Cornélius Agrippa, les 
Paracelse, les Henry MoruL, les Piobert Fludd, les Yan Hel- 
mont et jusqu'à Jacob Boehme, le plus grand de tous ces 
hommes égarés à la recherche de la science universelle, 
d'une science unique destinée à nous montrer dans les pro- 
fondeurs les plus reculées de la nature divine l'essence véri- 
table et l'enchaînement de toutes choses. Moins hardi qu'un 
critique moderne dont nous parlerons bientôt, je n'oserais 
point prononcer ici le nom de Spinosa. 

Je n'ai pas la prétention d'avoir fait la découverte d'une 
terre entièrement inconnue. Je dirai, au contraire, qu'il 
faut des années pour parcourir tout ce qui a été écrit sur la 
kabbale, depuis l'instant seulement oii ses secrets furent 
trahis par la presse. Mais, que d'opinions contradictoires, que 
de jugements passionnés, que de bizarres hypothèses et, en 
général, quel chaos indigeste dans cette foule de livres hé- 
breux, latins ou allemands, publiés sous toutes les formes et 
sillonnés de citations de toutes les langues! Et remarquez 
bien que le désaccord ne se montre pas seulement dans l'ap- 
préciation des doctrines qu'il s'agissait de faire connaître ou 
devant le problème si compliqué de leur origine; il éclate 
d'une manière non moins sensible dans l'exposition elle- 



PRÉFACE. 3 

même. On ne saurait donc regarder comme inutile un tra- 
vail plus moderne, qui, prenant pour base les documents 
originaux, les traditions les plus accréditées, les textes les 
plus authentiques, ne dédaignerait pas ce qu'il y a de bon 
et de vrai dans les recherches antérieures. Mais, avant de 
commencer l'exécution de ce plan, je crois nécessaire de 
mettre sous les yeux du lecteur une appréciation rapide de 
chacun des ouvrages qui ont fait naître l'idée et qui con- 
tiennent, dans une certaine mesure, les éléments de celui-ci. 
On se fera ainsi une notion plus juste de l'état de la science 
sur cet obscur sujet et de la tâche que nos devanciers nous 
ont laissée. Tel est le vrai but de cette préface. 

Je ne parlerai pas des kabbalistes modernes qui ont écrit 
en hébreu ; leur nombre est si considérable, les caractères 
qui les distinguent individuellement ont si peu d'impor- 
tance, et, sauf quelques rares exceptions, ils pénètrent si peu 
dans les profondeurs du système dont ils se disent les inter- 
prètes, qu'il serait fort difficile et non moins fastidieux de 
les faire connaître chacun séparément. Il suffira de savoir 
qu'ils se partagent en deux écoles qui furent fondées presque 
en même temps dans la Palestine vers le milieu du sei- 
zième siècle, l'une par Moïse Corduero \ et l'autre par Isaac 
Loria *, regardé par quelques juifs comme le précurseur du 
Messie. Tous deux, malgré l'admiration superstitieuse qu'ils 

1. Son nom s'écrit en hébreu TiissiTlip .TC'^D ^> et peut-être faut-il pro- 
noncer Cordovero. Il était d'origine espagnole et florissait vers le milieu du sei- 
zième siècle, à Safed, dans la Galilée supérieure. Son principal ouvrage a pour 
titre : le Jardin des Grenades, a^^'^^l DllS- ^'^-i", Cracovie. Il a composé 
aussi un petit traité do morale mystique, appelé le Palmier de Déborah (^■2T\ 
mm)) Mantoue, 1G25, in-8. 

2. Son nom s'écrit en hébreu 17;5Ç?K prjï^ i ou, par abréviation, i-^^xn- 
Il est mort également à Safed, en 15'/'2'."A pari quelques traités détachés dont 
l'aullienticité est loin d'être constatée, il n'a rien publié lui-même. Mais sous ce 
titre: l'Arbre de Vie (□"inr"*), son disciple Chaïm Vital a réuni toutes ses 
opinions en un seul corps de doctrine. 



4 LA KABBALE. 

inspirent à leurs disciples, ne sont pourtant que des com- 
mentateurs sans originalité. Mais le premier, sans pénétrer 
bien loin dans leur esprit, se tient assez près du sens pro- 
pre, de la signification réelle des monuments originaux; le 
second s'en écarte pi^esque toujours pour donner carrière à 
ses propres rêveries, véritables songes d'un esprit malade, 
xgri somnia vana. Je n'ai pas besoin de dire lequel des deux 
j'ai le plus souvent consulté. Cependant je ne puis m'empè- 
cher de faire la remarque que c'est le dernier qui l'emporte 
dans l'opinion. 

J'écarterai aussi les écrivains qui n'ont parlé de la kab- 
bale qu'en passant, comme Richard Simon*, Burnct', Hot- 
tinger'; ou qui, bornant leurs recherches à la biographie 
et à l'histoire proprement dite, ne font guère que nous indi- 
quer les sources où il faut puiser, par exemple Wolf*, Bas- 
nage% Bartolocci®; ou enfin qui se sont contentés de résu- 
mer, quelquefois de répéter j ce que d'autres avaient dit avant 
eux. Tels sont, par rapport à notre sujet, l'auteur de l'/n- 
trochidion à la philosophie des Hébreux\ et les historiens 
modernes de la philosophie, qui tous ont copié plus ou 
moins Brucker, comme Brucker lui-même avait mis à con- 
tribution les dissertations plus néoplatoniciennes et arabes 
que kabbalistiques du rabbin espagnol Abraham Cohen 
Eréra ^ Après toutes ces éliminations, il me reste encore à 

1. Histoire critique du Vieux Testament, t. I,, chap. \n. 

2. Archœolog. philosoph., chap. iv. 

o. Thés, philolog., et dans ses autres écrits. — Discursus gemaricus de. 
inccstu, etc. 

4. Bihliolhcca hebraïca; Hamb., 1721, A vol. in-4. 

5. Histoire des Juifs; Paris et La Uaye. 

G. Magna Bibliothcca rabbinica, A vol. iii-f\ 

7. J. F. Buddeus^ Introdiiciio ad Historiam philosophix Hebrœoriim : 
Ualœ, 1702 et 1721, in-8. 

8. Eréra appartient au dis-septième siècle. Son principal ouvrage, Porte des 
Cicîix (Porta cœloruni), a été composé en espagnol, sa langue maternelle, puia 



PREFACE. 5 

parler d'un assez bon nombre d'auteurs qui ont fait de la 
doctrine ésotérique des Hébreux une étude plus sérieuse, ou 
à qui du moins il faut accorder le mérite de l'avoir tirée de 
l'obscurité profonde où elle était restée enfouie jusqu'à la 
fin du quinzième siècle. 

Le premier qui ait révélé à l'Europe cbrétienne le nom'^^^r"^ 
et l'existence de la kabbale, c'est un bomme qui, malgré 
les écarts de son ardente imagination, malgré la fougue 
désordonnée de son esprit enthousiaste, et peut-être par la 
puissance même de ses brillants défauts, a imprimé aux 
idées de son siècle une vigoureuse impulsion : nous voulons 
parler de Raymond-Lulle. 11 serait difficile de dire jusqu'à 
quel point il était initié à. cette science mystérieuse, et 
quelle influence elle a exercée sur ses propres doctrines. Je 
me garderai d'affirmer, avec un historien de la philosophie', 
qu'il y a puisé la croyance à l'identité de Dieu et de la na- 
ture. Mais il est certain qu'il s'eii faisait une idée très élevée, 
la regardant comme une science divine, comme une véritable 
révélation dont la lumière s'adresse à l'âme rationnelle"; et 
peut-être est-il permis de supposer que les procédés artifi- 
ciels mis en usage par les kabbalistcs pour rattacher leurs 
opinions aux paroles de l'Ecriture, que la substitution, si 
fréquente parmi eux, des nombres ou des lettres aux idées 
et aux mots, n'ont pas peu contribué à l'invention du grand 
art. Il est digne de remarque que plus de deux siècles et 
demi avant l'existence des deux écoles rivales de Loria et de 

traduit en hébreu, et enfin en latin, par l'auleur de la Kahhalah denudata. I 
en sera encore une fois question un peu plus bas. 

\. Tennemann, Geschiddc dcv Philosophie, t. VllI, p. 857. 

2. « Dicitur hœc doctrina Kabbala quod idem est secundùm IlebriBos ut 
receptio verilatis cujuslibet rei divinitùs revelata; animse rationali.... Est igilur 
Kabbala habilus anim;c rationalis ex rectà ralione divinarum rerum cognilivus; 
propter quod est de maxime eliam divino consequulivè divina scientia vocari 
débet. » [De Audi lu Kabbalislico, sivc ad omncs scienlias inlroduciorium; 
Strasbourg, 1031.) 



6 LA KABBALE. 

Cordiiero, dans le temps même où certains critiques mo- 
dernes ont voulu placer la naissance de toute la science 
kabbalistique, Raymond-Lulle fasse déjà la distinction des 
kabbalistes anciens et des kabbalistes modernes'. 

L'exemple donné par le philosophe majorquin demeura 
longtemps stérile; car, après lui, l'étude de la kabbale 
retomba dans l'oubli, jusqu'au moment où Pic de la Miran- 
dole et Reuchlin vinrent répandre quelque lumière sur une 
science dont on ne connaissait jusqu'alors, hors du cercle 
des adeptes, que l'existence et le nom. Ces deux hommes, 
également admirés par leur siècle pour la hardiesse de leur 
esprit et l'étendue de leurs connaissances, sont pourtant 
loin d'être entrés dans toutes les profondeurs et dans toutes 
les difficultés du sujet. Le premier a tenté de réduire à un 
petit nombre de propositions^ dont il n'indique pas la source, 
entre lesquelles on aperçoit difficilement quelque rapport, 
un système aussi étendu, aussi varié, aussi conséquent, aussi 
fortement construit que celui qui fait l'objet de nos recher- 
ches. 11 est vrai que ces propositions étaient, dans l'origine, 
des thèses destinées à être soutenues en public et déve- 
loppées par l'argumentation. Mais, dans l'état où elles nous 
sont parvenues, leur brièveté autant que leur isolement les 
rend inintelligibles, et ce n'est pas assurément dans quel- 
ques digressions plus étendues, disséminées au hasard dans 
les œuvres les plus diverses, que l'on trouvera l'unité, les 
développements, les preuves de fidélité qu'on est en droit 
d'exiger dans une œuvre de cette importance. Le second, 
moins emporté par son imagination, plus systématique et 
plus clair, mais aussi d'une érudition moins étendue, n'a 

1. Ib.supr. — Quant à l'opinion à laquelle nous faisons allusion, elle sera 
onguement discutée dans la première partie de ce travail. 

2. Conclusiones cabalisticœ, numéro xlvii, sccundum sccretam doclrinam 
sapicntium Hebrœorum,e[c., t. I, page 54 de ses Œuvres, édit. de Bàle. Elles 
furent publiées pour la première fois à Rome, en 1480. 



PRÉFACE. 7 

malheureusement pas su puiser aux sources les plus abon- 
dantes et les plus dignes de sa confiance. Pas plus que l'au- 
teur italien qui, né après lui*, l'avait cependant devancé dans 
cette carrière, il ne cite les autorités sur lesquelles il s'ap- 
puie; mais il est facile de reconnaître en lui l'esprit peu 
critique de Joseph de Castille^ et du faux Abraham ben Dior, 
un commentateur du quinzième siècle, qui mêla à ses con- 
naissances kabbalistiques les idées d'Aristole et tout ce qu'il 
savait de la philosophie grecque, interprétée par les xVrabes". 
En outre, la forme dramatique adoptée par Reuchlin n'est 
ni assez précise ni assez sévère pour un tel sujet, et ce n'est 
pas sans une sorte de dépit qu'on le voit passer à côté des 
questions les plus importantes pour établir, sur quelques 
vagues analogies, une filiation imaginaire entre la kabbale et 
la doctrine de Pythagore. Il veut que le fondateur de l'école 
italique ne soit qu'un disciple deskabbalistes, à qui il devrait, 
non seulement le fond, mais aussi la forme symbolique de 
son système et le caractère traditionnel de son enseignement : 
de là des subtilités et des violences qui défigurent également 
les deux ordres d'idées que l'on essaye de confondre. Des 
deux ouvrages qui ont fait la réputation de Reuchlin, un 
seul, celui qui a pour titre de Arte Cahhaluiicà\ contient 
une exposition régulière de la doctrine ésotérique des Hé- 



1. Reuchlin est né en 1455, et Jean Pic de la Mirandole en 1463. 

2. Va\ hébreu, j^S^TSpU 'HDl"'- ^^ ^^^ l'auteur du livre intitulé la Porte de 
la Lumière (nilî-^ "l^U^)» ^ue Paul Ricci a traduit en latin, et que Reuchlin a 
visiblement pris pour base dans son de Verbo mirifico. 

3. 11 est connu sous le nom de Tix"), c.-à.-d. Abniham bon David. Il a 
fait sur le Sephcr lelzirah un commentaire hébreu qui a été imprimé avec le 
texte, à Manloue, en 1502, et à Amsterdam, en 1642. Il a été longtemps con- 
fondu, à cause de la similitude du nom, avec un autre kabbaliste bien plus 
célèbre, mort au commencement du treizième siècle, et le maître de Moïse de 
Léon, à qui l'on a voulu attribuer la composition du Zohar. (Voir le Journal de 
théologie judaïque de Geiger, t. 11, p. 512.) 

4. ln-f° ; Ihigiienau, 1517. 



8 LA KABBALE. 

breux : l'aiilre (de Verbo mirifico), qui, en effet, a été 
publié d'abord*, n'est guère qu'une introduction au pre- 
mier, mais une introduction conçue d'un point de vue per- 
sonnel, bien qu'elle paraisse un simple développement d'une 
idée plus ancienne. C'est dans ce livre que, sous prétexte de 
définir les différents noms consacrés à Dieu, l'auteur donne 

1. Bàle, 1494, iu-f". — Ce livre étant d'une extrême rareté et d'un grand 
intérêt pour l'histoire du mysticisme, j'ai cru devoir en donner ici une idée très 
sommaire. Ainsi que le de Aric Cabbalisticâ, il a la forme d'un dialogue entre 
trois personnages : un philosophe épicurien appelé Sidonius, un juif nommé 
Baruch, et l'auteur lui-même, qui a traduit son nom allemand par le mot grec 
Capnion. Le dialogue se divise en autant de livres qu'il y a de personnages. Le 
premier livre, consacré à la réfutation de la philosophie épicurienne, n'est guère 
qu'une simple reproduction des arguments le plus généralement employés 
contre ce système ; aussi ne nous y arrêterons-nous pas davantage. 

Le second livre a pour Lut d'établir que toute sagesse et toute vraie philo- 
sophie vient des Hébreux ; que Platon, Pylhagore, Zoroastre, ont puisé leurs 
idées religieuses dans la Bible, et que des traces de langue hébraïque se retrou- 
vent dans la liturgie et dans les livres sacrés de tous les autres peuples. Enfin 
l'on arrive à l'explication des différents noms consaci'és à Dieu. Le premier, le 
plus célèbre de tous, le ego sum qui sum (nMx)? ^st traduit dans la Philoso- 
phie de Platon par ces mots : tô ovtco; wv. Le second, que nous traduisons par 
Lui (x*n)» c'est-à-dire le signe de l'immutabilité de Dieu et de son éternelle 
identité, se retrouve également chez le philosophe grec, dans le TauTov, opposé 
au OaT3p6v. Dieu, dans l'Écriture sainte, est encore appelé d'un troisième nom, 
celui du feu {'^^). En effet, la première fois qu'il apparut à Moïse sur le mont 
Oreb, n'était-ce pas sous la forme d'un buisson ardent ? n'est-ce pas lui que 
les prophètes ont appelé le feu dévorant ? n'est-ce pas de If i encore que parlait 
saint Jean-Baptiste, quand il disait : « Moi je vous lave dans l'eau, un autre 
viendra qui vous lavera dans le feu » (Math., III, 11)? Ce feu des prophètes 
hébreux est le même que Vélher (a'-Ov^p) dont il est question dans les hymnes 
d'Orphée. Mais tous ces noms n'en forment en réalité qu'un seul, qui nous 
montre la substance div'ne sous trois aspects différents. Ainsi Dieu se nomme 
l'Être, parce que de lui émane toute existence; il se nomme le Feu, parce que 
c'est lui qui éclaire et qui vivifie toutes choses; enfin, il est toujours Lui, il 
reste éternellement semblable à lui-même au milieu de l'infinie variété de ses 
œuvres. Comme il y a des noms qui expriment la substance de Dieu, il y en a 
d'autres qui se rapportent à ses attributs, et tels sont les dix sépIiiroUi ou caté- 
gories kabbalistiques dont il sera fréquemment question dans ce travail. Mais 
quand on fuit abstraclion de tout attribut et même de tous les points de vue 



PREFACE. 9 

une libre carrière à son esprit mystique et aventureux; c'est 
là qu'il veut prouver, d'une manière générale, que toute 
philosophie religieuse, soit celle des Grecs, soit celle de 
l'Orient, a son origine dans les livres hébreux; c'est là aussi 
qu'il pose les fondements de ce qu'on a appelé un peu plus 
tard la Kabbale chrétienne. 

déterminés sous lesquels on peut considérer la substance divine, quand on 
essaye de se représenter l'Être absolu comme retiré en lui-même, -et n'offrant 
plus à notre intelligence aucun rapport définissable, alors il est désigné par le 
nom qu'il est défendu de prononcer, par le Tétragramme, trois fois saint, c'est- 
à-dire parle mot Jehovah (U/*1£?2n n'iT)- 

Kul doute que la Tétractys de Pythagorc ne soit une imitation du Tétra- 
gramme hébreu, et que le culte de la décade n'ait été imaginé en l'honneur des 
dix séphirolh. On se ferait difficilement une idée de toutes les merveilles que 
l'auteur sait découvrir ensuite dans les quatre lettres dont se compose en hébreu 
le mot Jehovah. Ces quatre lettres font allusion aux quatre éléments, aux 
quatre qualités essentielles des corps (le chaud, le froid, le sec et l'humide), 
aux quatre principes géométriques (le point, la ligne, le plan, le solide), aux 
quatre notes de la gamme, aux quatre fleuves du paradis terrestre, aux quatre 
figures symboliques du char d'Ezécliicl, etc. De plus, chacune de ces lettres 
considérée à part ne nous offre pas une signification moins mystérieuse. La 
première (i), qui est aussi le signe du nombre dix, et nous rappelle par sa 
forme le point mathématique, nous apprend que Dieu est le commencement et 
la fin de toutes choses; car le point, c'est le commencement, l'unité première, 
et la décade, c'est la fin de toute numération. Le nombre cinq, exprimé par la 
seconde lettre (n) , nous indique l'union de Dieu et de la nature ; de Dieu, repré- 
senté parle nombre trois, c'est-à-dire par la Trinité; de la nature visible repré- 
sentée, selon Platon et Pythagorc, par la dyade. La troisième lettre (i) est le 
signe du nombre six. Or, ce nombre, que l'école pythagoricienne avait égale- 
ment en vénération, est formé par la réunion de la monade, de la dyade et la 
triade, ce qui est le symbole de toutes les perfections. D'un autre côté, le 
nombre six est aussi le symbole du cube, des solides ou du monde ; donc il faut 
croire que le monde porte le cachet de la perfection divine. Enfin, la quatrième 
lettre est la même que la seconde [■^), et par conséquent nous nous trouvons 
encore une fois en présence du nombre cinq. Mais ici il correspond à l'âme 
humaine, à l'âme rationnelle, qui tient le milieu entre le ciel et la terre, 
comme cinq est le milieu de la décade, expression symbolique de la totalité 
des choses. 

Nous voilà arrivé au troisième livre, dont le but est de démoniror par les 
mêmes procédés les principaux dogmes du christianisme. Aussi est-il placé 



10 LA KABBALE. 

C'est à partir de cette époque que les idées kabbalistiques, 
devenues l'objet d'un intérêt plus général, commencent à 
compter sérieusement, non seulement dans les travaux d'éru- 
dition, mais dans le mouvement scientifique et religieux du 
seizième et du dix-septième siècle. C'est alors qu'on voit 
paraître successivement au jour les deux ouvrages d'Agrippa, 

tout entier dans la bouche de Capnion ; car c'est sur les ruines de la philo- 
sophie sensualiste ou exclusivement païenne, et sur les traditions prétendues 
kabhalisliques dont Baruth a été l'interprète dans le livre précédent, qu'il 
s'agit d'élever maintenant l'édifice de la théologie chrétienne. Quelques 
exemples suffiront, je l'espère, pour donner une idée de la méthode que suit 
ici l'auteur, et de la manière dont il y rattache ses vues générales sur l'histoire 
de la religion. Dès le premier verset de la Genèse, « Au commencement iJieu 
créa le ciel et la terre », il trouve le mystère de la Trinité. En effet, en arrê- 
tant notre attention sur le mot hébreu que nous traduisons par créer (x"l2) ; 
en considérant chacune dos trois lettres dont il se compose comme l'initiale 
d'un autre mot tout à fait dislinct du premier, on obtiendra ainsi trois termes 

n II II 

qui signifieront le Père, \e.Fils,\& Saint-Esprit (t;7pn mT']2~2J<)* t)ans ces 
paroles tirées des Psaumes, « La pierre que les architectes avaient méprisée 
est devenue la pierre angulaire », on trouvera, par le même procédé, les deux 
premières personnes de la Trinilé (px'p' 2x)- C'est encore la Trinité chré- 
tienne qu'Orphée, dans son liynime à la nuit, a voulu désigner par ces mots : 
vù^ oùpavô;, aiOr^p ; car cette nuit, qui engendre toutes choses, ne peut être 
que le Père; ce ciel, cet olympe qui embrasse dans son immensité tous les 
êtres, et qui est né de la nuit, c'est le Fils ; enfin, l'élher, que le poète antique 
appelle aussi un souffle de feu, c'est le Saint-Esprit. Le nom de Jésus traduit 

Il II V M II 

en hébreu (^ VCM i)' c'est le nom même de Jehovah, plus la lettre "f^, qui, 
dans la langue des kabbalistes, est le symbole du feu ou de la lumière, et dont 
saint Jérôme, dans son interprétation mystique de l'alphabet, a fait le signe de 
la parole. Ce nom mystérieux est donc toute une révélation, puisqu'il nous 
apprend que Jésus c'est Dieu lui-même conçu comme lumière et parole, ou le 
Yerbe divin. Il n'y a pas jusqu'au symbole même du christianisme, jusqu'à la 
croix, qui ne soit clairement désignée dans l'Ancien Testament, soit par l'arbre 
de vie que Dieu avait planté dans le paradis terrestre, soit par l'altitude suj)- 
pliante de Moïse, quand il lève les bras au ciel pour demander le triomphe 
d'Israël dans sa lutte contre Amalec, soit enfin par ce bois miraculeux qui, 
dans le désert de Marah, changea l'eau amère en eau douce. Dans la pensée de 
Reuchlin, Dieu s'est manifesté aux hommes sous différents aspects pendant les 
trois grandes périodes religieuses que l'on distingue ordinairement depuis la 
création; et à chacun de ces aspects correspond dans l'Écriture un nom parti- 



PRÉFACE. U 

les savantes et curieuses rêveries de Postel, le répertoire des 
kabbalistes chrétiens, publié par Pistorius, les traductions 
de Joseph Voysin, les recherches de Kircher sur toute l'anti- 
quité orientale, et enfin le résumé et le couronnement de 
tous ces travaux, la Kabbale dévoilée. 

Il y a deux hommes dans Cornélius Agrippa : l'auteur du 
livre de Occulta Philosophiâ\ le défenseur enthousiaste de 
toutes les rêveries du mysticisme, l'adepte passionné de tous 
les arts imaginaires, et le sceptique découragé, qui se plaint 
de rincerliludc et de la vanité des sciences^'. Ce n'est cei-tai- 
nement pas le premier, comme on pourrait le croire, qui a 
rendu le plus de services à l'étude de la knhbale. Tout au 
contraire, en perdant de vue le côté métaphysique, c'est-à- 
dire l'essence même et le fond réel de ce système, en s'atta- 
chant seulement à la forme mystique en la développant jus- 
qu'à ses dernières conséquences, jusqu'à l'astrologie et à la 
magie, il n'a pas peu contribué à en détournei-, même à leur 
insu, les esprits graves et sérieux. Mais Agrippa sceptique, 
Agrippa revenu de tous ses enivrements, et rendu en quelque 
sorte à l'usage de la raison, a compris la haute antiquité des 
idées kabbalistiques, et les rapports qu'elles présentent avec 
les diverses sectes du gnosticisme '; c'est lui aussi qui a 
signalé la ressemblance qui existe entre les attributs divers 

culier qui le caractérise parfaitement. Sous le règne de la nature, il s'appelait 
le Tout-Puissanl (i";u;), ou plutôt le fécondateur, le nourricier des hommes : 
tel est le Dieu d'Abraham et de tous les patriarches. Sous le règne de la loi, ou 
depuis la révélation de Moïse jusqu'à la naissance du christianisme, il s'appelle 
le Sei(j>icur (ij^x)' parce qu'alors il est le roi et le maître du peuple élu. Sous 
le règne de la grâce, il se nomme Jésus, ou le Dieu libérateur (nV^n^)- Ce 
point de vue ne manque pas de vérité et de grandeur. 

d. Cologne, 1553, in-8, et 1551. 

2. De Incerliludine et vanitate scienliarum; Col., 1527; Paris, 1529; 
Anvers, 1550. 

5. (( Ex hoc cabalisticaî superstitionis judaïco fermeuto podierunt, pulo, 
Ophitœ, Gnostici et Yalentiniani lucretici, qui ipsi quoque cum discipulis suis 
grsccam quamdam cabalam commenti sunt», etc. De Vanilal. scical., c. 47. 



12 LA KABBALE. 

reconnus par les kabbalistes, autrement appelés les dix 
séphiroth,el les dix noms mystiques dont parle saint Jérôme 
dans sa lettre à Marcella*. 

Postel est le premier, que je sache, qui ait traduit en 
latin le plus ancien, et il faut ajouter le plus obscur monu- 
ment de la kabbale; je veux parler du livre de la Création 
{Sepher lelzirah'^)^ attribué par une tradition fabuleuse, 
tantôt au patriarche Abraham, tantôt à Adam lui-même. 
Autant qu'il est permis de juger de cette traduction, dont 
l'obscurité égale au moins celle du texte, elle nous paraît 
généralement fidèle. Mais il faut renoncer à recueillir le 
moindre fruit des commentaires dont elle est suivie, et où 
l'auteur, se faisant l'apôtre d'une nouvelle révélation, fait 
servir son érudition si féconde et si riche, à justifier les 
écarts d'une imadnalion dérédée. On attribue aussi à Postel 
une traduction inédite du Zohar, que nous avons vainement 
cherchée parmi les manuscrits de la Bibliothèque royale. 

Pistorius s'était proposé un but plus modeste et plus utile, 
celui de réunir en un seul recueil tous les écrits publiés sur 
la kabbale, ou pénétrés de son esprit; mais il s'est arrêté, 
on ne sait pourquoi, à la moitié de son œuvre. Des deux 
énormes volumes dont elle devait se composer dans l'origine, 
l'un était consacré à tous les ouvrages kabbalistiques écrits 
en hébreu, et par conséquent sous l'influence du judaïsme; 
l'autre, aux kabbalistes chrétiens, ou, pour me servir des 
paroles mêmes de l'auteur, « à ceux qui, faisant profession 
de christianisme, se sont toujours distingués par une vie 
pieuse et honnête, et dont les écrits, pour cela même, ne 
sauraient être repousses comme des extravagances judaï- 
ques^ ». C'était une sage précaution contre les préjugés du 

\. De Occiillâ Philosophiâ, lib. III, c. \u 

2. Ahrahami patriarcluc liber Jezirah, ex Itcbrœo versus et commentariis 
illuslratiis à Giiilelmo Poslello; Paris, 1552, in-16. 

5. (( Scriptores collegi qui christianain rcligioncm profcssi, religiosè honcs- 



PRÉFACE. 45 

temps. Cependant ce dernier volume est le seul qui ait 
paru*. Il contient, outre la traduction latine du Sepher letzi- 
rah et les deux ouvrages de Reuchlin dont nous avons déjà 
parlé, un commentaire mystique et tout à fait arbitraire sur 
les thèses de Pic de la Mirandole% une traduclion latine de 
l'ouvrage de Joseph de Castille, qui a servi de base au de 
Verbo mirifico^ et enfin divers traités de deux auteurs juifs 
dont l'un a été conduit par l'étude de la kabbale à se con- 
vertir au christianisme : c'est Paul Ricci (Paulus Riccius), 
médecin de l'empereur Maximilien I"; l'autre est le fils du 
célèbre Abravanel, ou Jehoudah Abravanel, plus connu sous 
le nom de Léon l'Hébreu. Ce dernier, par ses Dialogues^ 
damour\ dont il existe dans noire langue plusieurs traduc- 
tions*, mériterait sans doute une place distinguée dans une 
histoire générale du mysticisme; mais son œuvre ne se rat- 
tachant qu'indirectement à la kabbale, il suffit de rappeler 
ici quelle en est la source, et de montrer, en passant, sous 
une de leurs faces les plus importantes, les idées dont on 
a tiré de semblables conséquences. Ricci, beaucoup plus 
occupé de la forme allégorique que du fond mystique des 
mêmes traditions, se contente de suivre de loin les traces de 
Reuchlin, et cherche à démontrer comme lui, par des pro- 
cédés kabbalistiques, toutes les croyances essentielles du 
christianisme. Tel est le caractère de son principal ouvrage, 

tèque vixerunt et quorum proplerea libros, lanquiim judaicam cleliralionem, 
dctestari nenio potcst. » Prxf., p. 2. 

1. Arlis cahaUslicœ, h. e. recoiidilœ Iheologiœ et philosophiœ scriploriim, 
t. I; Basil., 1587, in-K 

2. ArchaïKjeli Burgonovensis inlcrprelaliones in selecliora obsciirioraqiie 
Cabalislanun (locjmala. Jb. supr. 

5. Ils ont élé écrits en italien sous ce titre : Dialoijhi de amore, composli 
per Leone medico, di nalione hehreo et di poi fatlo christiano. Rome, 1535. 
in-4, et Venise, 1541. 

4. L'une est de Sarrasin, l'autre de Pontus de Tliiard, et une troisième du 
seijrneur du Parc. 



14 LA KABBALE. 

qui a pour lilre : de V Afjricullure céleste^ Il est aussi l'au- 
teur d'une introduction à la kabbale*, où il se borne à 
résumer, sous une forme assez rapide, les opinions déjà 
exposées par ses devanciers. Mais il ne fait pas comme eux 
remonter jusqu'aux patriarches, jusqu'au père du genre 
humain, les traditions dont il est l'interprète; il lui suffit de 
croire qu'elles existaient déjà quand Jésus-Christ est venu 
prêcher sa doctrine, et qu'elles avaient préparé les voies à la 
nouvelle alliance; car, ces milliers de juifs qui ont accueilli 
la foi de l'Évangile, sans abandonner la loi de leurs pères, 
n'étaient pas autre chose, selon lui, que les kabbalistes du 
temps ^ 

Je veux seulement nommer ici Joseph Yoysin, dont le plus 
grand mérite envers la kabbale est d'avoir traduit assez fidè- 
lement du Zohar plusieurs textes relatifs à la nature de 
l'âme*, et je me hâte d'arriver à des travaux plus impor- 
tants, au moins par l'influence qu'ils ont exercée. 

Le nom de Kircher ne peut pas être prononcé sans 
une profonde vénération. C'était une encyclopédie vivante 

1. De cœlesti Acjricullurâ. Il se compose de quatre livres : le premier est 
une réfutation des philosophes qui repoussent le christianisme comme contraire 
à la raison; le deuxième est dirigé contre le judaïsme moderne, contre le 
système thalmudique, et tend à démontrer, par une interprétation symbolique 
de l'Écriture, que tous les dogmes chrétiens sont dans l'Ancien Testament; le 
troisième a pour but de concilier les opinions qui divisent le christianisme, en 
leur taisant à chacune leur part, et de les appeler toutes à l'unité catholique; 
dans le quatrième seulement il est question de la kabbale et du parti qu'on en 
peut tirer pour la conversion des Juifs. 

2. Isagoge in Cabbalistarum crudilionem et inlroducloria theoremala 
cahalislka. 

3. « .. Cabala cujus prœcipui (haud dubiè) fuère cidtores primi hebrœorum 
Christi auditorum et sacram ejus doctrinam atque fidei pietatem amplectentium, 
œmuli tamen paternœ legis. » de cœlesli Agricult., lib. IV, ad init. 

4. Dispidalio cabalistica R. Israël filii Mosis de anima, etc. adjectis com- 
mcniariis ex Zohar; Paris, 1655. — Sa Thcologia Judœorum n'apprend rien 
sur la kabbale. 



PRÉFACE. jH 

de toutes les sciences ; du moins aucune n'est-elle 
restée complètement en dehors de son érudition pro- 
digieuse, et il y en a plusieurs, au nombre desquelles 
on compte principalement l'arcliéologie, la philologie et 
les sciences naturelles , qui lui doivent d'importantes 
découvertes. Mais il est connu que ce savant homme no 
brille pas par les qualités qui font le critique et le philo- 
sophe, et qu'il est même parfois d'une crédulité peu com- 
mune. Tel est le caractère qu'il montre surtout dans son 
exposition de la doctrine des kabbalisles \ Ainsi il ne doute 
pas un instant qu'elle n'ait été d'abord apportée en Egypte 
par le patriarche Abraham, et que de là elle ne se soit répan- 
due peu à peu dans le reste de l'Orient, se mêlant à toutes 
les religions et à tous les systèmes de philosophie. Mais en 
môme temps qu'il lui reconnaît cette autorité imaginaire et 
cette fabuleuse antiquité, il la dépouille de son mérite réel : 
les idées originales et profondes, les croyances hardies 
qu'elle renferme, les plus curieux aperçus sur le fond de 
toute religion et de toute morale, sont entièrement perdus 
pour sa faible vue, frappée seulement de ces formes symbo- 
liques dont l'usage et l'abus semblent être dans la nature 
même du mysticisme. La kabbale est pour lui tout entière 
dans cette grossière enveloppe, dans ses mille combinaisons 
des lettres et des nombres, dans ses chiffres arbitraires, enfin 
dans tous les procédés plus ou moins bizarres au moyen 
desquels, forçant les textes sacrés à lui prêter leur appui, 
elle trouvait un accès dans des esprits rebelles à toute 
autre autorité qu'à celle de la Bible. Les faits et les textes 
que j'ai rassemblés dans ce travail se chargeront de détruire 
ce point de vue étrange et me dispensent de m'y arrêter 
plus longtemps. Je dirai seulement que Kircher, ainsi que 
Reuchlin et Pic de la Mirandole, n'a connu que les ouvrages 

'1. Œdipiis A^(jypliacus, t. II, part. I. — Cet ouvrage a été publié à Rome, 
de 1G52 à 1G54. 



16 LA KABBALE. 

des kabbalistes modernes, dont le grand nombre, en effet, 
s'est arrêté à une lettre morte et à des symboles vides de 
toute idée. 

Il n'existe pas aujourd'hui, sur le sujet qui nous occupe, 
une œuvre plus complète, plus exacte, plus digne de notre 
respect par les travaux et les sacrifices dont elle est le fruit, 
que celle du baron de Rosenroth, ou la Kabbale dévoilée'. 
On y trouve, accompagnés d'une traduction généralement 
fidèle, des textes précieux, entre autres les trois plus an- 
ciens fragments du Zohar, c'est-à-dire du monument le plus 
important de la kabbale; et à défaut de textes elle nous 
offre des analvses étendues ou des tables très détaillées. Elle 

il 

renferme aussi ou de nombreux extraits, ou des traités tout 
entiers des kabbalistes modernes, une sorte de dictionnaire 
qui nous prépare à la connaissance des choses encore plus 
qu'il ne donne celle des mots; et enfin, sous prétexte, et 
peut-être dans l'espoir sincère de convertir au christianisme 
les adeples de la kabbale, l'auteur a réuni tous les passages 
du Nouveau Testament qui offrent quelque ressemblance 
avec leur doctrine. 11 ne faut pas cependant se faire illusion 
sur le caractère de ce grand ouvrage : il ne répand pas plus 
de lumière que ceux qui l'ont précédé, sur l'origine, sur la 
transmission de la kabbale et l'authenticité de ses plus an- 
ciens monuments. Vainement aussi l'on y chercherait une 
exposition régulière et complète du système kabbalistique; 
il contient seulement les matériaux qui doivent entrer et se 
fondre dans une œuvre pareille; et même, à le considérer 
uniquement sous cette face, il n'est pas au-dessus des at- 
teintes de la critique. Quoique beaucoup trop sévère dans ses 
expressions, ce n'est pas sans justice que Buddé l'appelle 
« une œuvre obscure et confuse, où le nécessaire, et ce qui 

1. lîabbala denudata, seu Doclrina Uebrœorum transcendenlalis, etc., 
t. II; Solisb., 1677, ia-4% t. II, liber Zohar restltulus; Francf., 1G84, 
m-4. 



PREFACE. 17 

ne l'est pas, l'utile et le superflu, sont confondus pelc-mêle 
dans un même chaos ' ». Il aurait pu facilement, grâce à un 
meilleur choix, être plus riche sans avoir plus d'étendue. 
En effet, pourquoi n'avoir pas laisse à leur place, c'est-à-dire 
dans le recueil même de ses œuvres, les rêveries de Henri 
Morus, qui n'ont rien de commun avec la théologie mys- 
tique des Héhreux? J'en dirai autant de l'ouvrage prétendu 
kabhalistique d'Eréra. Ce rabhin espagnol, d'ailleurs remar- 
quable par son érudition philosophique, ne s'est pas con- 
tenté de substituer aux vrais principes de la kabbale les mo- 
dernes traditions de l'école d'Isaac Loria *, mais il trouve 
encore le secret de les défigurer en y mêlant les idées de 
Platon, d'Aristote, de Piolin, de Proclus, d'Avicenne, de Pic 
de la Mirandole, en un mot, tout ce qu'il sait de la philoso- 
phie grecque et arabe. C'est lui principalement, sans doute à 
cause de l'ordre didactique de ses disserlationsct de la pré- 
cision de son langage, que les hisloriens modernes de la 
philosophie ont pris pour guide dans leur exposition de 
la kabbale; et qu'on s'étonne après cela si l'on a si souvent 
attribué à cette science une origine toute récente, ou si l'on 
y a cru voir une pâle imitation, un plagiat mal déguisé 
d'autres systèmes parfaitement connus! Enfin, puisque 
l'auteur de la Kabbala denudala n'a j)as voulu s'en tenir 
aux sources les plus anciennes, et nous faire connaître, par 
des citations plus nombreuses , tout ce qu'il y a encore 
d'originalité et de faits intéressants enfouis dans le Zohar, 
pourquoi celte prédilection pour les commentaires d'Isaac 
Loria, dont un homme en jouissance de sa raison ne sou- 
tient pas la lecture? Les sacrifices et les laborieuses veilles 

1. « Confusum et obscurum opus, in quo necessaria cum non neccssariis, 
utilia cum inulilibus, confusa sunt, et in unum velut chaos conjecta. » {Inlrod. 
ad Phil. hebr.) 

2. Il se dit lui-même de celle école, ayant eu pour maître Israël Serug, le 
disciple immédiat de Loria [Varia cœlor., disseit, IV, c. ÎS). 

2 



18 LA KABBALE. 

qu'il en a coûté, de l'aveu même de l'auleur, pour produire 
au jour ces stériles chimères, n'auraient-ils pas été em- 
ployés plus utilement à cette longue chaîne de kabbalisles 
encore trop ignorés, qui commence à Saadiah, aux environs 
du dixième siècle, et finit avec le treizième, à NachmanidcV 
On aurait eu ainsi sous les yeux, en y comprenant celles qui 
composent le Zohar, toute la suite des traditions kabbalisli- 
ques, depuis le moment où l'on commença de les écrire 
jusqu'à celui oîi le secret en fut complètement violé par 
Moïse de Léon ^ Si cette tâche était trop difficile, on pou- 
vait au moins consacrer une place aux œuvres si estimées 
de Nachmanide*, le défenseur du célèbre Moïse ben Maïmon, 
et dont les connaissances kabbalistiques inspiraient une si 
vive admiration, qu'on les disait apportées du ciel par le 
prophète Elie. Malgré ses lacunes et ses nombreuses imper- 
fections, le consciencieux travail de Rosenroth restera tou- 
jours comme un monument de patience et d'érudition ; il 
sera consulté par tous ceux qui voudront connaître les pro- 
duits de la pensée chez les Juifs, ou qui aimeront à obser- 
ver le mysticisme sous toutes ses formes et dans tous ses 
résultats. C'est grâce à la connaissance plus approfondie 
qu'il a donnée de la kabbale, que cette doctrine a cessé 
d'être étudiée exclusivement, ou comme un instrument de 
conversion, ou comme une science occulte. I^llc a pris place 
dans les recherches philosophiques et philologiques, dans 
l'histoire générale de la philosophie et dans la théologie 
rationnelle, qui a essayé d'expliquer à sa lumière quelques 
passages difficiles du Nouveau Testament. 

1. On trouvera sur tous ces noms propres des renseignements suffisamment 
étendus dans la première partie de ce travail. 

2. ^'achmanide ou Moïse ben Nachman, appelé par abréviation Raniban 

\\1'!2'^)f ^st né à Girone, et tlorissail vers la fin du treizième siècle. Il 
était médecin, philosophe, et avant tout kabbalisle. Ses principaux ouvrages 
sont un Commentaire sur le Penlaleuque (riTinn hj TK's)» '^ Livre de la 



PRÉFACE. 19 

Le premier que nous voyons marcher dans cette direction, 
c'est Georges Wachter, théologien et philosophe distingué, 
faussement accusé de spinosisme, à cause de l'indépendance 
de son esprit, et auteur d'une tentative de conciliation 
entre les deux sciences auxquelles il consacrait un égal 
dévouement'. Voici d'abord à quelle occasion il vint à s'oc- 
auper de la kabbale : séduit par ce système, auquel, du 
reste, il était assez étranger, un protestant de la confession 
d'Augsbourg se convertit publiquement au judaïsme, et 
substitua à son véritable nom, Jean-Pierre Speelh, celui de 
Moses Germanus. Il eut la folie de provoquer Wachter à 
l'imiter, et engagea avec lui une correspondance d'oii sortit 
le petit livre intitulé : le Spinosisme dans le judaïsme'. On 
ne trouvera pas dans cet ouvrage beaucoup de lumière sur 
la nature et sur l'origine des idées kabbalistiques; mais il 
soulève une question du plus haut intérêt : celle de savoir 
si Spinosa était initié à la kabbale, et quelle influence elle 
a exercée sur son système. Jusqu'alors c'était parmi les 
savants une opinion presque générale qu'il existe une très 
grande affinité entre les points les plus importants de 
la science des kabbalistes et les dogmes fondamentaux de la 
religion chrétienne. Wachter entreprend de démontrer que 
CCS deux ordres d'idées sont séparés l'un de l'autre par un 
abîme ; car la kabbale, à ses yeux, n'est autre chose que 
l'athéisme, la négation de Dieu et la déification du monde, 
doctrine qu'il croit être celle du philosophe hollandais, et à 
laquelle Spinosa aurait seulement donné une forme plus 
moderne. Nous n'avons pas à rechercher ici si les deux sys- 

foi el (le l'espérance (pnT2im njlCN 1£D) ^t la Loi de l'humme (min 

ma,)- 

\. L'ouvrage où il poursuit ce but a pour titre : Concordia ralionis et fidci, 
sivc Harmouia philosophiœ moralis et rel'ujionis christianx; Anist., 1G92. 
in-8. 

2. Amsterdam, lG9t), in-12, allemand. 



20 LA KABBALE. 

Icmcs sont en eux-mêmes bien ou mal appréciés, mais il 
y a quelque réalité dans la succession historique ou dans le 
rapport de filiation qu'on veut établir entre eux. Les seules 
preuves qu'on en donne (car je ne compte pas les analogies 
et les ressemblances plus ou moin:i éloignées) consistent en 
deux passages en effet très importants : l'un tiré de V Ethique ^ 
et l'autre des lettres de Spinosa. Voici d'abord le dernier : 
ce Quand j'affirme que toutes choses existent en Dieu, et 
qu'en lui tout se meut, je parle comme saint Paul, comme 
tous les philosophes de l'antiquité, bien que je m'exprime 
d'une autre façon, et j'oserai môme ajouter, comme tous les 
anciens Hébreux, autant qu'on peut en juger par certaines 
traditions altérées de bien des manières*. » Évidemment il 
ne peut être question, dans ces lignes, que des traditions 
kabbalistiques, car celles que les juifs ont réunies dans le 
Thalmud ne sont que des récits [hagada), ou des lois céré- 
moniclles (halacha). Le passage de V Ethique est encore plus 
décisif. Après avoir parlé de l'unité de substance, Spinosa 
ajoute : « C'est le principe que quelques-uns d'entre les 
Hébreux semblent avoir aperçu comme au travers d'un 
nuage, quand ils ont pensé que Dieu, que l'intelligence de 
Dieu et les objets sur lesquels elle s'exerce sont une seule et 
même chose^ » On ne saurait se méprendre sur le sens 
historique de ces paroles, si on veut les rapprocher des lignes 
suivantes, que nous traduisons presque littéralement d'un 
ouvrage kabbalistique, le commentaire le plus fidèle qui 
existe sur le Zohar : « La science du créateur n'est pas 
comme celle des créatures; car, chez celles-ci, la science est 

1. (( Omnia, inquam, in Deo esse, et in Deo niovcri, cum Paulo affinno, et 
forte eliain cum omnihus antiquis philosophis, licet alio modo, et auderem 
eliam diccre, cum antiquis omnibus Uebraeis, quantum ex quibusdam tradi- 
lionibus, lametsi muUis modis adulteratis conjicere licet. » {Epist., XXI.) 

2. (( Uoe quidam Uebrœorum quasi per nebulam vidisse videnlm", qui sci- 
licet statuunt Demn, Dei intellectum, resque ab ipso intellectas, unum et idem 
esse. » [Elh., part. II, prop. 7, Schol.) 



PRÉFACE. 21 

distincte du sujet de la science, et porte sur des objets qui, 
à leur tour, se distinguent du sujet. C'est cela qu'on désigne 
par ces trois termes : la pensée, ce qui pense et ce qui est 
pensé. Au contraire, le créateur est lui-même, tout à la fois, 
la connaissance^ et ce qui connaît, et ce qui est connu. En 
effet, sa manière de connaître ne consiste pas à appliquer 
sa pensée à des choses qui sont hors de lui; c'est en se con- 
naissant et en se sachant lui-môme qu'il connaît et aperçoit 
tout ce qui est. Rien n'existe qui ne soit uni à lui et qu'il 
ne trouve dans sa propre substance. Il est le type de tout 
être, et toutes choses existent en lui sous leur forme la plus 
pure et la plus accomplie; de telle sorte que la perfection 
des créatures est dans cette existence même par laquelle elles 
se trouvent unies à la source de leur être ; et à mesure 
qu'elles s'en éloignent, elles déchoient de cet état si parfait 
et si sublime'. » Que faut-il conclure de là? Que les idées 
et la méthode cartésiennes, que les développements tout à 
fait libres de la raison, et par-dessus tout, que les aperçus 
individuels, comme aussi les écarts du génie, ne sont pour 
rien clans la plus audacieuse conception dont l'histoire de 
la philosophie moderne puisse nous offrir l'exemple? Ce 
serait un étrange paradoxe que nous n'entreprendrons 
même pas de réfuter. D'ailleurs, il est facile de voir, par 
les citations mêmes sur lesquelles on s'appuie, que Spinosa 
n'avait de la kabbale qu'une idée sommaire et fort incer- 
taine, dont il a pu reconnaître l'importance après la création 
de son propre système \ Mais, chose étrange! après avoir 
dépouillé Spinosa de toute originalité au profit de la kabbale, 

1. Moïse Corducro, Pardes Rimonim, f" 55, r". 

2. Jl connaissait beaucoup mieux les kabbalisles modernes, ou du moins 
quelques-uns d'entre eux, à qui il ne ménage pas les épitbètes injurieuses : 
Legi etiam et insuper novi nugatores aliquos kabbalislas, quorum insaniam 
nunquam mirari salis poliii [Tract, theol. polit., c. ix). Il serait absurde de 
vouloir appliquer cette phrase aux kabbalisles en général. 



22 LA KABBALE. 

Wachter fait de celte doctrine elle-même un plagiat misé- 
rable, une compilation sans caractère, à laquelle auraient 
contribué tous les siècles pendant lesquels elle est restée 
ignorée, tous les pays où les Juifs ont été dispersés, et par 
conséquent les systèmes les plus contradictoires. Gomment 
une œuvre pareille serait-elle athée plutôt que tlléi^te? 
enseignerait-elle le panthéisme plutôt qu'un Dieu distinct 
du monde? Comment, surtout, aurait-elle pris dans Y Ethique 
l'unité sévère et la rigueur inflexible des sciences exactes? 
Cependant il faut rendre à Wachter celte justice, que, dans 
un second ouvrage sur le môme sujet S il modifie considé- 
rablement ses opinions. Ainsi, pour lui, Spinosa n'est plus 
l'apôtre de l'athéisme, mais un vrai sage qui, éclairé par 
une science sublime, a reconnu la divinité du Christ et 
toutes les vérités de la religion chrélienne^ Il avoue naïve- 
ment qu'il l'avait jugé d'abord sans le connaître, entraîné 
par les préjugés et les passions soulevés contre lui". Il fait 
également amende honorable devant la kabbale, en distin- 
guant toutefois, sous ce nom, deux doctrines essentiellement 
différentes l'une de l'autre : la kabbale moderne demeure 
sous le poids de ses mépris et de son anathème; mais l'an- 
cienne kabbale, qui a duré, selon lui, jusqu'au concile de 
Nicée, était une science traditionnelle de l'ordre le plus 
élevé, et dont l'origine se perd dans une antiquité mysté- 
rieuse. Les premiers chrétiens, les plus anciens Pères de 
l'Eglise, n'avaient pas d'autre philosophie*, et c'est elle qui 

i. Elucidarius Cahalisliciis ; Rome, 1706, in-8. 

2. « Non defuerunt viri docti, qui, posthabilà pliilosophià vuleari, recondilam 
et antiquissimam Ilebrœorum sectarentur. Quos inter memorandus mihi est 
Benedictus de Spinosa, qui ex philosophiie hujus rationibus, divinilatem Christi 
atque circa veritalem universœ religionis cbrislianœ agnovit.... » (Elucid. 
Cab., prœf., pag. 7.) 

3. Ih. siipr., pag. 13. 

4. ... « Hœc philosophia, ab Hebraîis accepta, et sacris Ecclesiœ patribus 
tantopere conimendata, post tempera nicccna mox expiravit. » {Ib. siipr.) 



PRÉFACE. 23 

a mis Spinosa sur la voie de la vérité. L'auteur insiste vive- 
ment sur ce point, dont il fait le centre de ses recherches. 
Quoique très superficiel dans toute son étendue, et quel- 
quefois fort inexact, ce parallèle entre la doctrine de Spinosa 
et celle des kabhalistcs n'a pas peu contribué à éclairer les 
esprits sur la vraie signification de celte dernière; je veux 
parler de son caractère et de ses principes métaphysiques. 
On fut rais en voie de s'assurer que ce qui avait produit 
d'abord tant de surprise et de scandale, que l'idée d'un Dieu, 
substance unique, cause immanente et nature réelle de tout 
ce qui est, n'était pas un fait nouveau; qu'il avait déjà paru 
autrefois près du berceau du christianisme, sous le nom 
même de la religion. Mais cette idée se montre aussi ailleurs, 
dans une antiquité non moins reculée. Où donc en faut-ii 
chercher l'origine? Est-ce la Grèce ou l'Egypte des Ptolémées 
qui l'ont donnée à la Palestine? Est-ce la Palestine qui l'a 
trouvée d'abord? ou bien faut-il remonter plus loin encore 
dans l'Orient? Telles sont les questions dont on se préoccupa 
alors; tel est aussi, excepté un petit nombre de critiques 
uniquement attentifs à la forme, le sens qu'on a toujours 
attaché depuis aux traditions kabbalistiques.il ne s'agit plus 
d'une certaine méthode d'interprétation appliquée à l'Ecri- 
ture sainte, ni de mystères tout à fait au-dessus de la rai- 
son, que Dieu lui-même aurait révélés, soit à Moïse, soit 
à Abraham, soit à Adam, mais d'une science purement 
liumaine, d'un système représentant à lui seul toute la 
métaphysique d'un ancien peuple, et par là même d'un 
grand intérêt pour l'histoire de l'esprit humain. C'est le 
point de vue philosophique, encore une fois, qui a pris la 
place de l'allégorie^^t du mysticisme. Cet esprit ne se montre 
pas seulement dans l'exposition de Bruckcr, où il est par- 
faitement à sa place, mais il paraît dominer généralement. 
Ainsi, en 1785, une société savante, la Société des antiquités 
de Casscl, ouvrit un concours académique sur le sujet sui- 



21 LA KABBALE. 

vant : « La doctrine des kabbalistes, selon laquelle toutes 
choses sont engendrées par émanation de ressence même 
de Dieu, vient-elle, ou non, de la philosophie grecque? » 
Malheureusement la réponse fut beaucoup moins sensée que 
ne l'était la question. L'ouvrage qui remporta le prix, fort 
peu connu et peu digne de l'être, ne répand aucune lumière 
nouvelle sur la nature même de la kabbale; et, quant à l'ori- 
gine de ce système, il se borne à reproduire les fables les 
plus discréditées*. Il nous montre les idées kabbalistiques 
dans les hymnes d'Orphée, dans la philosophie de Thaïes et 
et de Pythagore; il les fait contemporaines des patriarches, 
et nous les donne sans hésiter pour l'antique sagesse des 
Chaldéens. On en sera moins surpris quand on saura que 
l'auteur était de la secte des illuminés, qui, à l'exemple de 
toutes les associations, de ce genre, faisait remonter ses 
annales jusqu'au berceau même du genre humain*. Mais à 
cette époque, ce qu'on appelle en Allemagne la théologie 
rationnelle, c'est-à-dire cette manière tout à fait libre d'in- 
terpréter l'Écriture sainte, dont Spinosa avait donné l'exem- 
ple dans son Traité théologico-politique, faisait de la kabbale 
un fréquent usage. Elle s'en servait, comme je l'ai déjà dit, 
pour éclaircir divers passages des lettres de saint Paul, rela- 
tifs à des hérésies contemporaines. Elle a aussi voulu y 
trouver l'explication des premiers versets de l'Evangile de 
saint Jean, et a cherché à la rendre utile, soit à l'étude du 
gnoslicisme, soit à l'histoire ecclésiastique en général'. Dans 
le même temps, Tiedmann et Tennemann viennent lui 
donner, en quelque sorte, acte de possession de la place que 
Brucker lui a consacrée le premier dans l'histoire de la 
philosophie. Bientôt paraît l'école de Hegel, qui ne pouvait 

i. De la Nature et de l'origine de la doctrine de l'émanation chez les 
kabbalistes; Riga, 1786, in-8, en allemand. 

2. Voyez Tholuck, de Ortu Cabbalœ; Uamb., 1857, p. 3. 
5. Voyez Tholuck, ouvrage cilé, p. 4. 



PRÉFACE. 25 

manquer de tirer parti d'un système oii elle trouvait sous 
une autre forme quelques-unes de ses propres doctrines. 
Cependant une réaction ne tarda pas à s'opérer contre cette 
école à jamais célèbre, et c'est évidemment sous l'influence 
de ce sentiment que fut écrit l'ouvrage intitulé : Kabbalisme 
et Panthéisme^ L'auteur de ce petit livre s'efforce de prouver 
qu'il n'existe aucune ressemblance entre les deux systèmes 
dont il entreprend le parallèle, et cela en dépit de l'évidence; 
car il arrive souvent que les passages sur lesquels il s'appuie 
sont diamétralement opposés aux conséquences qu'il en tire. 
Du reste, très inférieur, pour l'érudition, à la plupart de 
ses devanciers, malgré l'appareil pédantesque et le luxe de 
citations dont il lui a plu de s'entourer, il ne se place au- 
dessus d'eux, ni par la critique des sources, ni par l'appré- 
ciation pbilosopbique des idées. Enfin, récemment, un 
homme qui occupe h juste titre un rang éminent parmi les 
théologiens et les orientalistes de l'Allemagne, M. Tholuck, 
a voulu aussi apporter sur ce sujet le tribut de sa science 
et de sa critique exercée. Mais, comme il ne s'est occupé que 
d'un point particulier, c'est-à-dire de l'origine de la kab- 
bale, et que d'ailleurs l'appréciation de ses opinions exige 
une discussion approfondie, je me suis réservé d'en parler, 
en temps plus opportun, dans le corps de ce travail. Il en 
est de même pour tous les écrivains modernes dont les noms, 
quoiqu'ils eussent mérité une place ici, n'ont pas encore 
été prononcés. 

Tels sont, en substance, les efforts qui ont été faits jus- 
qu'aujourd'hui pour découvrir le sens et l'origine des livres 
kabbalistiques. Je ne voudrais pas que, frappé seulement de 
ce qu'ils ont d'incomplet, on en pût conclure que tout est à 
recommencer. Je suis convaincu, au contraire, que les tra- 
vaux et même les erreurs de tant d'esprits distingués ne 

1. Kabbalismtis und Paniheismus, par M. Freys(adf. Kœnigsberg, 183Si, ia-8. 



26 LA KABBALE. 

peuvent pas être impunément ignorés de quiconque veut 
étudier sérieusement la môme matière. Quand même, en 
effet, on pourrait aborder sans aucun secours les monu- 
ments originaux, il serait toujours nécessaire de connaître 
à l'avance les interprétations très diverses qu'on leur a 
données jusqu'à présent; car chacune d'elles correspond à 
un point de vue assez fondé en lui-même, mais qui devient 
faux lorsqu'on s'y arrête exclusivement. Ainsi, pour fournir 
en même temps la preuve de ce que je viens de dire et le 
résumé de tout ce qui précède, ceux-ci ne considérant dans 
la kabbale que sa forme allégorique et son caractère tradi- 
tionnel, l'ont accueillie avec un mystique enthousiasme, 
comme une révélation anticipée des dogmes chrétiens; ceux- 
là l'ont prise pour un art occulte, frappés qu'ils étaient des 
chiffres étranges, des bizarres formules sous lesquelles elle 
aime à cacher son intention réelle, et des rapports qu'elle 
établit sans cesse entre l'homme et toutes les parties de 
l'univers; d'autres, enfin, se sont emparés surtout de son 
principe métaphysique, et ont voulu y trouver un antécé- 
dent, tantôt honorable, tantôt honteux, de la philosophie de 
leur temps. On conçoit qu'avec des études partielles et incom- 
plètes, conduites par des préoccupations très diverses, on 
ait pu trouver tout cela dans la kabbale, sans être précisé- 
ment en contradiction avec les faits. Mais pour en avoir une 
idée exacte et découvrir la place qu'elle tient réellement 
parmi les œuvres de l'intelligence, il ne faut l'étudier ni 
dans l'intérêt d'un système, ni dans celui d'une croyance 
religieuse; on s'efforcera seulement, sans autre souci que 
celui de la vérité, de fournir quelques éléments trop peu 
connus encore à l'histoire générale de la pensée humaine. 
C'est le but auquel j'ai voulu atteindre dans le travail qu'on 
va lire, et pour lequel je n'ai épargné ni le temps ni les 
recherches. 



INTRODUCTION 



Quoiqu'on trouve clans la kabbalo un système bien com- 
plet sur les choses de l'ordre moral et spirituel, on ne peut 
cependant la considérer ni comme une philosophie, ni 
comme une religion : je veux dire qu'elle ne s'appuie, du 
moins en apparence, ni sur la raison, ni sur l'inspiration ou 
l'autorilé. Elle n'est pas non plus, comme la plupart des 
systèmes du moyen âge, le fruit d'une alliance entre ces 
deux puissances intellectuelles. Essentiellement différente 
de la croyance religieuse, sous l'empire, et, l'on peut dire, 
sous la prolection de laquelle elle a pris naissance, elle s'est 
introduite dans les esprits comme par surprise, grâce à une 
forme et à des procédés qui pourraient affaiblir l'intérêt 
dont elle est digne, qui ne permettraient pas toujours d'être 
convaincus de l'importance que nous nous croyons en droit 
de lui attribuer, si, avant de la faire connaître dans ses 
divers éléments, si, avant d'aborder aucune des questions 
qui s'y rattachent, l'on n'a indiqué avec quelque précision la 
place qu'elle occupe parmi les œuvres de la pensée, le rang 
qu'elle doit tenir entre les croyances religieuses et les sys- 
tèmes philosophiques, et, enfin, les besoins ou les lois qui 
peuvent expliquer l'étrangeté de ses moyens de développe- 



28 LA KABBALE. 

ment. C'est aussi ce que nous allons tenter de faire aTcc 
toute la brièveté possible. 

C'est un fait attesté par l'histoire de l'humanité entière, 
que les vérités de l'ordre moral, les connaissances que nous 
pouvons acquérir sur notre nature, notre destination et le 
principe de l'univers, ne sont pas d'abord accueillies sur la 
foi de la raison et de la conscience, mais par l'effet d'une 
puissance plus active sur l'esprit dos peuples, et qui a pour 
attribut générai de nous présenter des idées sous une forme 
presque matérielle, tantôt celle d'une parole descendue du 
ciel dans des oreilles humaines, tantôt celle d'une personne 
qui les développe en exemples et en actions. Celte puissance, 
universellement connue sous le nom de Religion ou de Révé- 
lation, a ses révolutions et ses lois; malgré l'unité qui règne 
au fond de sa nature, elle change d'aspect avec les siècles et 
les pays, comme la philosophie, la poésie et les arts. Mais, 
en quelque lieu, en quelque temps qu'elle vienne à s'établir, 
elle ne peut pas sur-le-champ dire à l'homme tout ce qu'il 
a besoin do savoir, même dans la sphère des devoirs et des 
croyances qu'elle lui impose, même quand il n'a pas d'autre 
ambition que celle de la comprendre autant qu'il est néces- 
saire pour lui obéir. En effet, il y a dans toute religion, et 
des dogmes qui ont besoin d'être éclaircis, et des principes 
dont il reste à développer les conséquences, et des lois sans 
application possible, et des questions entièrement oubliées, 
qui, cependant, touchent aux intérêts les plus importants de 
l'humanité. Une grande activité de la pensée devient néces- 
saire pour répondre à tous ces besoins, et c'est ainsi que 
l'intelligence est excitée à user de ses propres forces, par le 
désir même de croire et d'obéir. Mais cette impulsion est 
loin de produire partout les mêmes résultats, et d'agir sur 
tous les esprits de la même manière. Les uns, ne voulant 
laisser aucune place à l'indépendance individuelle, poussant 
à ses dernières conséquences le principe de l'autorité, ad- 



INTRODUCTION. 29 

mettent, à côté de la révélation écrite, où l'on ne trouve que 
les dogmes, les principes elles lois générales, une révélation 
orale, une tradition, ou bien un pouvoir permanent et 
infaillible dans ses décisions, une sorte de tradition vivante 
qui fournit les explications, les formules, les détails de la 
vie religieuse, et produit par là môme, sinon dans la foi, du 
moins dans le culte et dans les symboles, une imposante 
unité. Tels sont à peu près, dans toutes les croyances, ceux 
qu'on nomme les ortbodoxes. Les autres, pour remplir ces 
lacunes et résoudre les problèmes que présente la parole 
révélée, ne veulent se confier qu'à eux-mêmes, c'est-à-dire 
à la puissance du raisonnement. Toute autre autorité que 
celle des textes sacrés leur paraît une usurpation, ou, s'ils la 
suivent, c'est parce qu'elle est d'accord avec leur sentiment 
personnel. Mais peu à peu, plus bardies et plus développées, 
les forces de leur intelligence, leurs facultés de raisonner et 
de réfléchir, au lieu de s'exercer sur les dogmes religieux, 
se portent sur eux-mêmes, et ils chercbent dans leur raison, 
dans leur conscience, ou dans la conscience et dans la raison 
de leurs semblables, en un mot, dans les œuvres de la 
sagesse humaine, les croyances qu'autrefois ils se voyaient 
obligés de faire matériellement descendre du ciel. C'est ainsi 
que la théologie rationnelle fait bientôt place à la philo- 
sophie. Enfin, il est encore dans cette sphère une troisième 
classe de penseurs, ceux qui n'admettent pas la tradition, à 
qui, du moins, la tradition ou l'autorité ne peut suffire, et 
qui cependant ne peuvent ou n'osent employer le raisonne- 
ment. D'un côté, ils ont l'âme trop élevée pour admettre la 
parole révélée dans un sens matériel et historique, dans le 
sens qui s'accorde avec la lettre et l'esprit du grand nombre; 
de l'autre, ils ne peuvent croire que l'homme puisse entière- 
ment se passer de révélation, que la vérité arrive jusqu'à lui 
autrement que par l'effet d'un enseignement divin. De là 
vient qu'ils n'aperçoivent dans la plupart des dogmes, des 



SO Li KABBALE. 

préceptes et des récits religieux, que des symboles et des 
images, qu'ils cherchent partout une signification mysté- 
rieuse, profonde, en rapport avec leurs sentiments et leurs 
idées, mais qui, nécessairement conçue à l'avance, ne peut 
être trouvée, ou plutôt introduite dans les textes sacrés, que 
par des moyens plus ou moins arbitraires. C'est principale- 
ment à celte méthode et à cette tendance que l'on reconnaît 
les mystiques. Nous ne voulons pas dire que le mysticisme 
ne se soit pas montré quelquefois sous une forme plus 
hardie; à une époque oii les habitudes philosophiques ont 
déjà pris de l'empire, il trouve, dans la conscience même, 
cette action divine, cette révélation immédiate qu'il pro- 
clame indispensable à l'homme; il la reconnaît, ou dans le 
sentiment, ou dans certaines intuitions de la raison. C'est 
ainsi, pour citer un exemple, qu'il a été conçu au quin- 
zième siècle par Gerson'. Mais lorsqu'il faut encore aux 
idées l'appui d'une sanction extérieure, il ne peut se pro- 
duire que sous la forme d'une interprétation symbolique de 
ce que les peuples appellent leurs Saintes Ecritures. 

Ces trois directions de l'esprit, ces trois manières de con- 
cevoir la révélation et de continuer son œuvre, se retrouvent 
dans l'histoire de toutes les religions qui ont jeté quelques 
racines dans l'âme humaine. Nous ne citerons que celles 
qui existent le plus près de nous, que, par conséquent, nous 
pouvons connaître avec le plus de certitude. 

Au sein du christianisme, l'Eglise romaine représente, à 
leur plus haut degré de splendeur, la tradition et l'autorité. 
L'application du raisonnement aux matières de la foi, nous 
la trouvons non seulement dans la plupart des communions 

1. Consideraliones de theologia mijsticâ. On y trouvera, dès le commence- 
ment, celte proposition : Qiiod si philosophia dicatiir omnis scienlia procedens 
ex expeneniiis, mysiica theologia verè erit philosophia. Consid. 2^ Il va 
même jusqu'à définir la nature de cette expérience : Expericntiis habilis ad 
inirà, in cordibus animanan devotarum. Ib. 



INTRODUCTION. 51 

protestanies, chez les défenseurs de ce qu'on est convenu 
d'appeler Vexégèse rationnelle, mais aussi chez les philoso- 
phes scolastiques qui, les premiers, ont soumis les dogmes 
religieux aux lois du syllogisme, et ont montré généralement 
pour les paroles d'Aristote le même respect que pour celles 
des apôtres. Qui ne voit, enfin, le mysticisme symbolique, 
avec sa méthode arbitraire et son spiritualisme exagéré, dans 
toutes les sectes gnostiqucs, dans Origène, dans Jacques 
Boehme, et ceux qui ont marché sur leurs traces? Mais aucun 
autre n'a porté ce système aussi loin, aucun ne l'a formulé 
avec autant de franchise et de hardiesse qu'Origène, dont le 
nom se présentera encore sous notre plume. Si nous portons 
les yeux sur la religion de Mahomet, si, parmi tant de sectes 
qu'elle a mises au jour, nous nous arrêtons à celles qui nous 
présentent un caractère bien décidé, nous serons frappés 
sur-le-champ du même spectacle. Les Sunnites et les Chiites, 
dont la séparation est plutôt l'effet d'une rivalité de per- 
sonnes que d'une profonde différence dans les opinions, 
défendent également la cause de l'unité et de l'orthodoxie; 
seulement les premiers, pouralteindreà leurbul, admettent, 
avec le Koran, un recueil de traditions, la Sunnah, dont ils 
tirent leur nom : les autres rejettent la tradition; mais ils 
la remplacent par une autorité vivante, par une sorte de 
révélation continue, puisque l'un des articles les plus essen- 
tiels de leur croyance, c'est qu'après le Prophète, son apôtre 
Aly et les imans de sa race sont les représentants de Dieu 
sur la terre*. L'islamisme a eu aussi ses philosophes scolas- 
tiques, connus sous le nom de lilotecallemin^y et un grand 
nombre d'hérésies qui semblent avoir uni la doctrine de 
Pelage à la méthode rationnelle du protestantisme moderne. 

1. Voyez Maracci, Prodromus m réf. Alcor., lom. IV. — M. de Sacy, Exposé 
de la religion des Driizes, inirod. 

2. Ce nom a été converti par les rabbins en celui de d^"12TjD» V^^ signiûe 
parleurs ou dialccliciens. 



32 LA KABBALE. 

Voici comment un célèbre orientaliste définit ces dernières . 
« Toutes les sectes des motazales s'accordaient, en général, 
« en ce qu'elles niaient en Dieu l'existence des attributs, et 
« qu'elles s'altacliaient par-dessus tout à éviter tout ce qui 
« semblait pouvoir nuire au dogme de l'unilé de Dieu ; en ce 
« que, pour maintenir sa justice et éloigner de lui toute 
« idée d'injustice, elles accordaient à l'homme la liberté sur 
« ses propres actions, et ne voulaient pas que Dieu en fût 
« l'auteur; enfin, en ce qu'elles enseignaient que toutes les 
« connaissances nécessaires au salut sont du ressort de la 
a raison; qu'on peut, avant la publication de la loi, et avant 
« comme après la révélation, les acquérir par les seules 
« lumières de la raison^ » 

Les Karmates, dont l'existence remonte à l'an 264 de l'hé- 
gire, ont embrassé le système des interprétations allégori- 
ques et toutes les opinions qui font la base du mysticisme. 
Si nous en croyons l'auteur que nous avons déjà cité, et qui 
lui-môme ne fait que traduire les paroles d'un historien 
arabe, « ils appelaient leur doctrine la science du sens inté- 
cc rieur : elle consiste à allégoriser les préceptes de l'isla- 
a misme, et à substituer à leur observation extérieure des 
« choses qui ne sont fondées que sur leur imagination, 
« comme aussi à allégoriser les versets de l'Âlcoran et à 
« leur donner des interprétations forcées ». Il existe plus 
d'un trait d'une intime ressemblance entre cette doctrine et 
celle que nous avons pour but de faire connaître ^ 

Nous arrivons enfin au judaïsme, du sein duquel sont 

1. M. de Sacy, Introduction à VExposé de la religion des Dr iizes, p. 57. 

2. Je n'en citerai ici qu'un seul. Les Karmates soutenaient que le corps de 
l'homme, quand il est debout, représente un elif, quand il est à genoux, un 
lam, et lorsqu'il est prosterné, un hé; en sorte qu'il est comme un livre où on 
lit le nom à' Allah. (M. de Sacy, Introduction à VExposé de la religion des 
Druzes, p. 86 et 87.) Selon les kabbalistes, la tète d'un homme a la forme d'un 
iod 1, ses deux bras, pendant de chaque côté de la poitrine, celle d'un hé ,-j, 
6on buste celui d'un vau •], et enfin ses deux jambes, surmontées du bassin, 



INTRODUCTION. 35 

sorties, nourries de son àmc et de son suc, les deux 
croyances rivales que nous avons déjà citées ; mais c'est à 
dessein que nous lui avons réservé la dernière place, parce 
qu'il nous conduira naturellement à notre sujet. Outi'e la 
Bible, les juifs orthodoxes reconnaissent encore des traduc- 
tions qui obtiennent de leur part le même respect que les 
préceptes du Pentateuque. D'abord transmises de bouche en 
bouche et dispersées de toutes parts, ensuite recueillies et 
rédigées par Judas le Saint sous le nom de Mischna, puis 
enfin prodigieusement augmentées et développées par les 
auteurs du Thalmud, elles ne laissent plus aujourd'hui la 
moindre part à la raison et à la liberté. Ce n'est pas qu'ei? 
principe elles nient l'existence de ces deux forces morales 
mais elles les frappent de paralysie en se mettant partout à 
leur place; elles s'étendent à toutes les actions, depuis celles 
qui expriment en effet le sentiment moral et religieux jus- 
qu'aux plus viles fonctions de la vie animale. Elles ont tout 
compté, tout réglé, tout pesé à l'avance. C'est un despo- 
tisme de tous les jours et de tous les instants, contre lequel 
on est inévitablement obligé de lutter par la ruse, lorsqu'on 
ne veut pas s'en affranchir par la révolte, ou qu'on ne le peut 
pas en lui substituant une autorité supérieui-e. Les karaïtes, 
qu'il ne faut pas confondre avec les saducéens, dont l'exis- 
tence ne s'est guère prolongée au delà de la ruine du second 
temple*, les karaïles sont en quelque sorte les protestants du 
judaïsme; ils rejettent en apparence la tradition et préten- 
dent ne reconnaître que la Bible, je veux dire l'Ancien Testa- 
ment, à l'explication duquel la raison leur paraît suffire. Mais 
d'autres, qui, sans cesser d'être croyants, sans cesser d'ad- 
mettre le principe delà révélation, ne forment cependant pas 
une secte religieuse, ont réussi à faire à la raison une part 

celle d'un autre hé; de sorte que tout son corps figure le nom trois fois saint 
de Jehovah. Zoliar, 2° partie, fol. 42, r°, édit. Manloue. 

1. Peler Béer, Uisloire des sectes religieuses du judaïsme, l" partie, p. 149 

3 



34 LA KABBALE. 

bien plus grande et plus belle dans le domaine de la foi. 
Ce sont ceux qui voulaient justifier les principaux articles 
de leur croyance par les principes mêmes de la raison; 
ceux qui voulaient concilier la législation de Moïse avec 
la philosophie de leur temps, c'est-à-dire celle d'Aris- 
tote, et qui ont fondé une science entièrement semblable, 
dans ses moyens comme dans son but, à la scolastique 
arabe et chrétienne. Le premier, et sans contredit le plus 
hardi d'enire eux, est le célèbre rabbin Saadiah, qui, au 
commencement du dixième siècle, se trouvait à la tête de 
l'Académie de Sera en Perse, et dont le nom est cité avec res- 
pect par les auteurs musulmans aussi bien que par ses coreli- 
gionnaires *. Après lui sont venus Bahya, auteur arabe d'un 
excellent traité de morale^ et de théologie, et Moïse Maïmo- 
nides, dont l'immense réputation a fait tort à une foule 
d'autres qui, après lui, ont défendu la même cause. Ceux 
d'entre les juifs qui ne voyaient dans la loi qu'une grossière 
écorce sous laquelle est caché un sons mystérieux beaucouo 

1. Le commentaire qu'il a composé en arabe, sur le Seplier ietziraJt, l'un 
des monumenis les plus anciens de la kabbale, est dans un sens fout à fait 
philosophique, et c'est à tort qu'il est compté, par Reuchlin et d'autres histo- 
riens de la kabbale, parmi les défenseurs de ce système. Son livre des 
Croyances et des opinions, niî?7m m-CNH? ti^^duit de l'arabe en hébreu par 
rabbi Jehoudah Ibn-Tibbon, a très probablement servi de modèle au fameux 
ouvrage de Maïmonides, intitulé : le Guide des esprits égarés, □")j"i23 mi/Z* 
Dès les premières lignes de la préface, Saadiah se place franchement entre 
deux partis opposés: « Ceux, dit-il, qui, par suite de recherches incomplètes et 
de méditations mal dirigées, sont tombés dans un abîme de doutes, et les 
hommes qui regardent l'usage de la raison comme dangereux pour la foi. » Il 
admet quatre sortes de connaissances : 1° celles des sons; 2° celles de l'esprit 
ou de la conscience, comme lorsque nous disons que le mensonge est un vice 
et la véracité une vertu; 5° celles que nous fournissent l'induction et le raison- 
nement, comme lorsque nous admettons l'existence de l'àine, à cause de ses 
opérations; A" la tradition authentique, riICX^n m^nri' î"' doit remplacer la 
science pour ceux qui ne sont pas en état d'exercer leur intelligence. 

2. L'ouvrage a pour titre : rT'.SlS mi'^n' ^<^* Devoirs des cœurs, et l'auteur 
vivait en l'an du monde 4291, du Christ llGl. 



INTRODUCTION. 55 

plus élevé que le sens historique et littéral, se divisent en 
deux classes dont la distinction est d'une grande impor- 
tance pour le but où nous tendons. Pour les uns, le sens 
intérieur et spirituel des Ecritures était un système de phi- 
losophie, assez favorable, il est vrai, à l'exaltation mystique, 
mais tiré d'une source tout à fait étrangère; c'était, en un 
mot, la doctrine de Platon un peu exagérée, comme elle l'a 
été plus tard dans l'école de Plotin, et mêlée à des idées 
d'une origine orientale. Ce caractère est celui de Philon et 
de tous ceux qu'on a coutume d'appeler juifs hellénisants, 
parce que, mêlés aux grecs d'Alexandrie, ils empruntèrent à 
ces derniers leur langue, leur civilisation et celui de leurs 
systèmes philosophiques qui pouvait le mieux se concilier 
avec le monothéisme et la législation religieuse de Moïse ^ 
Les autres n'ont obéi qu'à l'impulsion de leur intelligence; 
les idées qu'ils ont introduites dans les livres saints, pour se 
donner ensuite l'apparence de les y avoir trouvées et les faire 
passer, même dans l'ombre du mystère, sous la sauvegarde 
de la révélation, ces idées leur appartiennent entièrement 
et forment un système vraiment original, vraiment grand, 
qui ne ressemble à d'autres systèmes, ou philosophiques 
ou religieux, que parce qu'il dérive de la même source, qu'il 
a été provoqué par les mômes causes, qu'il répond aux 
mêmes besoins; en un mot, par les lois générales de l'es-, 
prit humain. Tels sont les kabbalistes", dont les opinions, 

1. C'est à eux que l'on fait allusion dans ce passage d'Eusèbe : Tô 7:av 
'Iouûa;'o)v 's'Ovo; th Sûo T{JLrJ[i,aTa 3'.rjpr,Tat. Ka\ tïjv [xàv 7:Xt)0Ùv ■zaXq twv vouojv 
XKTa -rjv orj-:r)v 8'.avo;'av T:ct.^r^'^^c.l[iv^a.ii uzoOr//.aiç xnzr^-^f tb 8' ?T£pov Twv ev 
?çE'. TdtY;j.a, xaÛTr); [aIv i^ats'., OsiOTïpit 03 v^ixcù Tol^r.olXoU ijrxvaoîêri/.sia çiÀo- 
CTO'jia -poif/S'.v r);to'j Oî'iipia ts tôjv îv toî"; vo'[jioi; xaià 0'.avo;av a/;aatvoaî'vwv. 
^Eusèbe, liv. VIII, chap. x.) Ces paroles sont dans la bouche d'Arislobule, qui 
ne pouvait pas connaître les kabbalistes. 

2. Quoique nous trouvions l'occasion, plus lard, de parler assez longuement 
de Pliilon, il faut qu'on sache dès à présent lo distinguer des kabbalistes, avec 
lesquels plusieurs historiens l'ont confondu. D'abord, il est à peu près certain 



Sf^i LA KABBALE. 

pour être connues et justement appréciées, ont besoin d'être 
puisées aux sources originales; car, plus tard, les esprits 
cultivés ont cru leur faire honneur en les mêlant aux idées 
grecques et arabes. Ceux qui, par superstition, demeurèrent 
étrangers à la civilisation de leur temps, abandonnèrent peu 
à peu les hautes spéculations dont elles furent le résultat, 
pour ne conserver que les moyens assez grossiers qui ser- 
virent dans l'origine à en déguiser la hardiesse et la pro- 
fondeur. 

Nous chercherons à savoir d'abord vers quel temps nous 
trouvons la kabbale toute formée, dans quels livres elle nous 
a été conservée, comment ces livres ont été formés et trans- 
mis jusqu'à nous; enfin, quel fond nous pouvons faire sur 
leur authenticité. 

Nous essayerons ensuite d'en donner une exposition com- 
plète et fidèle, à laquelle nous ferons contribuer autant que 
possible les auteurs mêmes de cette doctrine ; nous nous 
retrancherons le plus souvent derrière leurs propres paroles, 
que nous ferons passer de leur langue dans la nôtre, avec 
autant d'exactitude que nos faibles moyens le permet- 
tront. 

Nous nous occuperons en dernier lieu de l'origine et de 
l'influence de la kabbale. Nous nous demanderons si elle est 
née dans la Palestine, sous la seule influence du judaïsme, 

que Philon ignorait l'hébreu, dont La connaissance, comme nous le verrons 
bienlôt, est évidemment indispensable à la méthode kabbalislique. Ensuite, 
Philon et les kabbalistes ne diffèrent pas moins par le fond de leurs idées. 
Ceux-ci n'admettaient qu'un seul principe, cause immanente de toutes choses; 
le philosophe alexandrin en reconnaissait deux, l'un actif et l'autre passif. Les 
attributs du Dieu de Philon sont les idées de Platon, qui ne ressemblent en rien 
aux Sephiroth de la kabbale. "EiTtv iv -ot"; o-Jaiv, tô \xv) siva- ooaairjptov «t'itov, 
To ûà -aÔ^iTcv za^ on ~b [i.lv S^n.o'r^o-.w o tûv oâojv voj; estiv eJX'.xftvfaTaTo? 
xpEiTTOjvTc ?j àocTT) -/.x'i xpetXTOjv ?j i-'.TTrJaT] •/.a'i x.psf-Tuv ï] auTÔ to àyaGôv y.a\ 
oÙtÔ tÔ zaÀov tÔ oÏ -aOr^Tov à'ijyo'i /.at «/.•'vr;-:ov Iç iauroS, -/.'.vr^Ûiv ciè, CT/ri[j.a- 
tiaO:v zx'e ■Is/iiMi j-b toj voîj, etc. Phil., de Muud. opific. 



INTRODUCTION. 37 

OU si les Juifs l'ont empruntée, soit à une religion, soit à 
une philosophie étrangère. Nous la comparerons successive- 
ment à tous les systèmes antérieurs et contemporains qui 
nous présenleront quelque ressemblance avec elle, et nous la 
suivrons, enfin, jusque dans ses plus récentes destinées. 



PREMIÈRE PARTIE 



CHAPITRE I 



ANTIQUITÉ DE LA KABBALE 



Les partisans enthousiastes de la kabbale la font des- 
cendre du ciel, apportée par des anges, pour enseigner au 
premier homme, après sa désobéissance, les moyens de 
reconquérir sa noblesse et sa félicité premières*. D'autres 
ont imaginé que le législateur des Hébreux, après l'avoir 
reçue de Dieu lui-même, pendant les quarante jours qu'il 
passa sur le mont Sinaï, la transmit aux soixante et dix 
vieillards avec lesquels il partagea les dons de l'esprit saint, 
et qu'à leur tour ceux-ci la firent passer de bouche en 
bouche jusqu'au temps où Ksdras reçut l'ordre de l'écrire 
en même temps que la loi^ Mais on aura beau parcourir 
avec la plus scrupuleuse attention tous les livres de l'Ancien 
Testament, on n'y trouvera pas un seul mot qui fasse allu- 
sion à un enseignement secret, à une doctrine pkis profonde 
et plus pure, réservée seulement à un petit nombre d'élus. 

1. Voyez Reuchlin, de Arle cahalislic, fol. 9 et 10, éd. de Uagucnau. 

2. Pic de la Mirandole, .\polo(j., p. 116 et seq., tome I" de ses Œuvres. 



40 LA KADBALE , 

Depuis son origine jusqu'à son retour de la captivité de 
Babylone, le peuple hébreu, comme toutes les nations dans 
leur jeunesse, ne connaît pas d'autres organes de la vérité, 
d'autres ministres de l'intelligence, que le prophète, le prêtre 
et le poète ; encore celui-ci , malgré la différence qui les sépare, 
est-il ordinairement confondu avec le premier. Le prêtre 
n'enseignait pas ; il ne s'adressait qu'aux yeux par la pompe 
des cérémonies religieuses; et quant aux docteurs, ceux qui 
enseignent la religion sous la forme d'une science, qui 
substituent le ton dogmatique au langage de l'inspiration, 
en un mot, les théologiens, leur nom, pendant la durée de 
cette période, n'est pas plus connu que leur existence. Nous 
ne les voyons paraître qu'au commencement du troisième 
siècle avant l'ère chrétienne, sous le nom général de Than- 
naïm, qui signifie les organes de la tradition, parce que 
c'est au nom de cette nouvelle puissance qu'on enseignait 
alors tout ce qui n'est pas clairement exprimé dans les 
Ecritui^es. Les thannaïm, les plus anciens et les plus res- 
pectés de tous les docteurs en Israël, forment comme une 
longue chaîne dont le dernier anneau est Judas le Saint, 
auteur de la Mischna, celui qui a recueilli et transmis à la 
postérité toutes les paroles de ses prédécesseurs. On compte 
parmi eux les auteurs présumés des plus anciens monu- 
ments de la kabbale, c'est-cà-dire Akiba et Simon ben Jochaï 
avec son fils et ses amis. Immédiatement après la mort de 
Judas, vers la fin du deuxième siècle après la naissance du 
Christ, commence une nouvelle génération de docteurs, qui 
portent le nom à'Âmoraïm (dixiicn), parce qu'ils ne font 
plus autorité par eux-mêmes, mais ils répètent, en l'expli- 
quant, tout ce qu'ils ont entendu des premiers; ils font 
connaître toutes celles de leurs paroles qui n'ont pas encore 
été rédigées. Ces conimentaiies et ces traditions nouvelles, 
qui n'ont pas cessé de se multiplier prodigieusement pen- 
dant plus de trois cents ans. furent enfin réunis sous le nom 



ANTIQUITÉ DE LA KABBALE. 41 

(le Gncmara, nidj, c'est-à-dire la tradition. C'est par con- 
séquent dans ces deux recueils, religieusement conservés 
depuis leur formation jusqu'à nos jours, et réunis sous le 
nom général de Thalmud*, que nous devons chercher 
d'ahord, non pas sans doute les idées mêmes qui font la 
base du système kabbalistique, mais quelques données sur 
leur origine et l'époque de leur naissance. 

On trouve dans la Mischna^ ce passage remarquable : 
« Il est défendu d'expliquer à deux; personnes la Genèse; 
« même à une seule, la Mercaba ou le char céleste; à moins 
« qu'il ne soit un homme sage et qui comprend par lui- 
« même. » 
ax N^s' vn^i n^DiDa ahi n^nua n'u;Ni3 r^'cv^^i nS ^iy?Tn 'j'X 

LeThalmud rapporte ('Hagiiiga,\'ôa) unebereila (mischna 
qui n'est pas entrée dans le recueil deR. Judas), où R. Hiya 
ajoute : « Mais on peut lui transmettre les premiers mots 
des chapitres ». 

Un rabbin duThalmud, RabbiZéra(i7;i(i), se monirc encore 
plus sévère, car il ajoute que même les sommaires des cha- 
pitres ne doivent être divulgués qu'à des hommes revêtus 
d'une haute dignité, et connus pour leur extrême prudence, 
ou, pour traduire littéralement l'expression originale, « qui 
portent en eux un cœur plein d'inquiétude », 
mp3 axTT "aSu; 'dSdSi "(n nu axS nVn y-piD 'uni incia ^^n 

Evidemment, il ne peut être ici question du texte de la 
Genèse ni de celui d'Ezéchiel, où le prophète raconte la 
vision qu'il eut sur les bords du fleuve Chébar. L'Ecriture 
tout entière était, pour ainsi dire, dans la bouche de tout 
le monde; de temps immémorial, les observateurs les plus 
scrupuleux de toutes les traditions se font un devoir de la 

i. TiaSn» c'esl-à-(lire l'élude ou la science par excellence. 
2. Truite (le 'Harjuirja. 



42 LA KABBALE. 

parcourir dans leurs temples au moins une fois dans une 
année. Moïse lui-même ne cesse de recommander l'étude de 
la loi, par laquelle on entend universellement le Penta- 
teuque. Esdras, après le retour de la captivité de Babylone, 
la lut à haute voix devant tout le peuple assemblé ^ Il est 
également impossible que les paroles que nous venons de 
citer expriment la défense de donner au récit de la création 
et à la vision d'Ezéchiel une explication quelconque, de 
chercher à les comprendre soi-même et de les faire com- 
prendre aux autres; il s'agit d'une interprétation ou plutôt 
d'une doctrine connue, mais enseignée avec mystère ; d'une 
science non moins arrêtée dans sa forme que dans ses prin- 
cipes, puisqu'on sait comment elle se divise, puisqu'on 
nous la montre partagée en plusieurs chapitres, dont chacun 
est précédé d'un sommaire. Or, il faut remarquer que la 
vision d'Ezéchiel ne nous offre rien de semblable; elle rem- 
plit, non pas plusieurs chapitres, mais un seul, précisément 
celui qui vient le premier dans les œuvres attribuées à ce 
prophèle. Nous voyons de plus que cette doctrine secrète 
comprenait deux parties auxquelles on n'accorde pas la 
même importance : car l'une peut être enseignée à deux 
personnes; l'autre ne peut jamais être divulguée tout 
entière, même à une seule, quand elle devrait satisfaire aux 
sévères conditions qu'on lui impose. Si nous en croyons 
Maïmonides, qui, étranger à la kabbale, n'en pouvait cepen- 
dant pas nier l'existence, la première moitié, celle qui a 
pour titre : Histoire de la Genèse ou de la création (nurrn 
nt^i^N'in), enseignait la science de la nature; la seconde, qu'on 
appelle Y Histoire du Char (niDin nu:;a), renfermait un 
traité de théologie ^ Cette opinion a été adoptée par tous les 
kabbalistcs. 

1. Esdrus, II, 8. 

2. Morch Nebouchim, préf. '■jz'Cn r\)2Zl N'in rT^w'X"',! nw"0 



A^'TIQUITÉ DE LA KABBALE. 45 

Voici un aulre passage, où le même fait nous apparaît 
d'une manière non moins évidente: «Rabbi Jochanan dit un 
« jour à rabbi Eliezer: Viens, que je t'enseigne l'histoire de 
« la Mercaba. Alors ce dernier repondit : Je ne suis pas 
« encore assez vieux pour cela. Quand il fut devenu vieux, 
« rabbi Jochanan mourut, et quelque temps après rabbi Assi 
« étant venu lui dire à son tour : Viens, que je t'enseigne 
<c l'histoire de la Mercaba, il répliqua : Si je m'en étais cru 
« digne, je l'aurais déjà apprise de rabbi Jochanan, ton 
« maître'. » On voit, par ces mots, que, pour être initié à 
cette science mystérieuse et sainte de la Mercaba, il ne suffi- 
sait pas de se distinguer par l'intelligence et par une émi- 
ncnte position, il fallait encore avoir atteint un âge assez 
avancé; et môme, lorsqu'on remplissait cette condition éga- 
lement observée par les kabbalistes modernes % on ne se 
croyait pas toujours assez sûr, ou de son intelligence, ou 
de sa force morale, pour accepter le poids de ces secrets 
redoutés, qui n'étaient pas absolument sans péril pour la foi 
positive, pour l'observance matérielle de la loi religieuse. 
En voici un curieux exemple rapporté par le Thalmud lui- 
même, dans un langage allégorique dont il nous donne 
ensuite l'explication. 

« D'après ce que nos maîtres nous ont enseigné, il y en 
« a quatre qui sont entrés dans le jardin de délices, et voici 
« leurs noms : ben Azaï, ben Zoma, Acher et rabbi Akiba. 
« Ben Azaï reg;u-da d'un œil curieux et perdit la vie. On 
« peut lui appliquer ce verset de l'Ecriture : C'est une chose 
« précieuse devant les yeux du Seigneur, que la mort de 
« ses saints'. Ben Zoma regarda aussi, mais il perdit la 
« raison, et son sort justifie cette parole du sage : Avez- 

i. Thiilinud, 'Haguiga, 12 a. 

2. Ils ne permctlent pas, avant l'âge de quarante ans, la lecture du Zoliar et 
<lcs autres livres kabbalistiques. 

3. Psaumes, CXVI, 15. 



44 LA KABBALE. 

« VOUS trouvé du miel? mangcz-cn ce qui vous suffit, de 
« peur qu'en ayant pris avec excès, vous ne le rejcliez^ 
« Acher lit des ravages dans les plantations. Enfin Akiba 
ce sortit en paix^ » Il n'est guère possible de prendre ce 
texte à la lettre, et de supposer qu'il s'agit ici d'une vision 
matérielle des splendeurs d'une autre vie : car, d'abord, il 
est sans exemple que le Thalmud, en parlant du Paradis, 
emploie le terme tout à fait mystique dont il fait usage dans 
ces lignes". Ensuite, comment admettre qu'après avoir con- 
templé de son vivant les puissances qui attendent dans le 
ciel les élus, on en perde la foi ou la raison, comme il 
arrive à deux personnages de cette légende? Il faut donc 
reconnaître, avec les autorités les plus respectées de la syna- 
gogue, que le jardin de délices, où sont entrés les quatre 
docteurs, n'est pas autre chose que celte science mystérieuse 
dont nous avons parlé ^; science terrible pour les faibles 
intelligences, puisqu'elle peut les conduire, ou à la folie, 
ou aux égarements plus funestes encore de l'impiété. C'est 
ce dernier résultat que la Guémara veut désigner, quand 
elle dit, en parlant d'Acher, quilfitdes ravages dans les plan- 
taiiom. Elle nous raconte que ce personnage, assez célèbre 
dans les récits thalmudiques, avait été d'abord un des plus 
savants docteurs en Israël ; son véritable nom était Elisée ben 
Abouïa, auquel on substitua celui d'Acher, pour marquer le 
changement qui s'opéra en lui^ En eTtéF, en quittant le jardin 

1. ProîJ., XXV, 16. 

2. Traité de 'Haguiga, 14 t. 

5. Le paradis est toujours appelé ny 7J ('^ Jardin d'Éden), ou le monde h 
venir, j^q,-; nSllT, tandis qu'ici on se sert du mot OTIS (Parfî^s), que les 
kabbalisles modernes ont également consacré à leur science. 

4. « In hàc Gemarà neque Paradisus neque vujrcdi illuin ad liltcram expo- 
nendum est, sed poliùs de sublili et cœlcsti cognilione, secundùm quam 
magislri arcanum opus currùs intellexerunt, Deum, ejusque majestalem scru- 
tando invenire cupiverunt. » (lloltinger, Diseurs. Gemaricus, p. 97.) 

5. Le mot Acher (-inx) signifie hlléralement un autre, un autre homme. 



ANTIQUITÉ DE LA KABBALE. 45 

allégorique où une fatale curiosité l'avait conduit, il devint 
un impie déclaré; il s'abandonna, dit le texte, à la géné- 
ration du mal, il manqua aux mœurs, il trahit la foi, il 
vécut dans le scandale, et quelques-uns même vont jusqu'à 
l'accuser du meurtre d'un enfant. En quoi donc consistait 
sa première erreur? Oii l'ont conduit ses recherches sur les 
secrets les plus importants de la religion? Le Thalmud de 
Jérusalem dit positivement qu'il reconnut deux principes 
suprêmes* ; et le Thalmud de Babylone, d'après lequel nous 
avons rapporté tout le récit, nous donne à entendre la même 
chose. Il nous apprend qu'en voyant dans le ciel la puis- 
sance de Métatrône, de l'ange qui vient immédiatement 
après Dieu% Acher se prit à dire: « Peut-être, si cela était 
« permis, faudrait-il admettre deux puissances^ ». Nous 
ne voudrions pas nous arrêter trop longtemps à ce fait, 
quand nous devons en citer d'autres beaucoup plus signi- 
ficatifs; cependant, nous ne pouvons nous empêcher de faire 
la remarque que l'ange, ou plutôt l'hypostase appelée Méta- 
trône, joue un très grand rôle dans le système kabbalis- 
tique. C'est lui qui, à proprement parler, a le gouverne- 
ment de ce monde visible; il règne sur toutes les sphères 
suspendues dans l'espace, sur toutes les planètes et les corps 
célestes, comme sur les anges qui les conduisent; car, au- 
dessus de lui, il n'y a plus rien que les formes intelligibles 
de l'essence divine et des esprits si purs, qu'ils ne peuvent 
exercer sur les choses matérielles aucune action immédiate. 
Aussi a-t-on trouvé que son nom, en re\pli({uant par les 



1- riTTin inur )rw au?nur- 

2. TlTC'CD vient prohahleinent des deux mots grecs [j.izà. Oo6vov. En effet, 
d'après les kabhidistes, l'ange qui porte ce nom préside au monde ielzirah ou 
le monde des sphères, qui vient immédiatement après le monde des purs 
esprits, le monde Beriah, qu'on appelle le Trône de gloire {1133,1 NDD)) '^^ 
simplement le Trône (x"'''D"nD)' 



4G LA KABBALE. 

nombres (Nnrcu) est tout à fait synonyme de tout-puissant^. 
Sans doute la kabbale, comme nous le prouverons bientôt, 
est beaucoup plus éloignée du dualisme que de ce qu'on 
appelle aujourd'hui, dans un pays voisin, la doctrine de 
l'identité absolue; mais la manière allégorique dont elle 
sépare l'essence intelligible de Dieu et la puissance ordon- 
natrice du monde, n'est-elle pas propre à nous expliquer 
l'erreur signalée par la Guemara ? 

Une dernière citation tirée de la même source, et accom- 
pagnée des réflexions de Maimonides, achèvera, je l'espère, la 
démonstration de ce point capilal, qu'une sorte de philoso- 
phie, de métaphysique religieuse , s'enseignait pour ainsi 
dire à l'oreille parmi quelques-uns des thannaïm ou des plus 
anciens théologiens du judaïsme. Le Thalmud nous apprend 
que l'on connaissait autrefois trois noms pour exprimer 
l'idée de Dieu, à savoir le fameux tétragramme ou nom de 
quatre lettres, puis deux autres noms étrangers à la Bible, 
dont l'un se composait de douze, l'autre de quarante-deux 
lettres. Le premier, quoique interdit au grand nombre, 
circulait assez librement dans l'intérieur de l'école. « Les 
« sages, dit le texte, l'enseignaient une fois par semaine à 
c( leurs fils et à leurs disciples ^ « Le nom de douze lettres 
était, dans l'origine, plus répandu encore. «On l'enseignait 
« à tout le monde. Mais quand le nombre des impies se 
« multiplia, il ne fut plus confié qu'aux plus discrets d'entre 
« les prêtres, et ceux-là le faisaient réciter à voixbasse à leurs 
« frères pendant la bénédiction du peuple^ » Enfin, le nom 
de quarante-deux lettres était regardé comme le plus saint 

i. Le nom de Mélalrône {'iiyCiZ'd) exprime, comme le mot schadai (i-U,*)f 
que l'on traduit p.'sr tout-puissant, le nombre 514, 

3. Thalm. Babyl Tract. Derachoih et Maim. Moreh Ncbouchim, 1'° partie, 
ch, LXII. 



ANTIQUITÉ DE LA KABBALE. 47 

des mystères*. « On ne l'enseignait qu'à un homme d'une 
« discrétion reconnue, d'un âge mûr, inaccessible à la co- 
« Icre et à l'intempérance, étranger à la vanité, et plein de 
« douceur dans ses rapports avec ses semblables*. » « Oui- 
« conque, ajoute le Tlialmud, a été instruit de ce secret et 
« le garde avec vigilance dans un cœur pur, peut compter 
« sur l'amour de Dieu et sur la faveur des hommes; son 
« nom inspire le respect, sa science ne craint pas l'oubli, et 
« il se trouve l'héritier de deux mondes, celui où nous 
«vivons maintenant, et le monde à venir". » Maïmonides 
observe, avec beaucoup de sens, qu'il n'existe dans aucune 
langue un nom composé de quarante-deux lettres; que cela 
est surtout impossible en hébreu, où les voyelles ne font 
pas partie de l'alphabet. Il se croit donc autorisé à conclure 
que ces quarante-deux lettres se partageaient entre plu- 
sieurs mots dont chacun exprimait une idée nécessaire ou 
un attribut fondamental de l'Etre, et que, tous réunis, ils 
formaient la vraie définition de l'essence divine *. Lorsqu'on 
dit ensuite, continue le même auteur, que le nom dont on 
vient de parler était l'objet d'une étude, d'un enseignement 
réservé seulement aux plus sages, on veut nous apprendre 
sans doute qu'à la définition de l'essence divine se joignaient 
des éclaircissements nécessaires, ou certains développements 
sur la nature même de Dieu et des choses en général. Cela 
n'est pas moins évident pour le nom de quatre lettres ; car, 
comment supposer qu'un mol si fréquent dans la Bible, iet 
dont la Bible elle-même nous donne celte définition su- 
bhme : Cfjo mm qui suin, ait été tenu pour un secret que les 

^ • 'wTp^", u;i-p nViTx cnn n'ovula p cr- ii>- supr. 

2. i:\si D"i2 "irNi rîzi "'^-2 -!2";i i"\:tc ^■)2h aha ^tn d^did vnt 

ib. siiijr. nin2n d:; nnis insn rnna by Taya ij\si ijnwî2 

3. Ib. siipr, 

4. MaïmoniJos, Moreh Nebouchim, ib. supr. cnn mScntl? p£D TNI 

■<:;n"' idï"; "^iri' rn*2NS 1211:"' cnn D^:"':*;n nn:n2 c':-::* Sy nm?3 



48 LA KADBALE, 

sages, une fois par semaine, disaient à l'oreille de quelques 
disciples choisis? Ce que le Thalmud appelle la connais- 
sance des noms de Dieu, n'est donc autre chose, dit Maïmo- 
nides en terminant, qu'une bonne partie de la science de 
Dieu ou de la métaphysique (nin^N .1523" nïp) ; et c'est pour 
cela qu'on la dit à l'épreuve de l'oubli; car l'oubli n'est pas 
possible pour les idées qui ont leur siège dans Vintelligence 
active, c'est-à-dire dans la raison ' . Il serait diflicile de ne 
pas se rendre à ces réflexions, que la science profonde, 
que l'autorité généralement i-econnue du thalmudiste* ne 
recommande pas moins que le bon sens du libre penseur. 
Nous y ajouterons une seule observation, d'une importance 
sans doute fort contestable aux yeux de la saine raison, mais 
qui n'est pourtant pas sans valeur dans l'ordre d'idées sur 
lequel portent ces recherches, et que nous sommes obligés 
d'accepter comme un fait historique : en comptant toutes 
les lettres dont se composent les noms hébreux, les noms 
sacramentels des dix séphiroth de la kabbale, et en ajou- 
tant au nom de la dernière la particule finale, comme 
cela se pratique dans toutes les énumérations et dans 
toutes les langues, on obtient exactement le nombre qua- 
rante-deux'. iN'est-il donc pas permis de penser que c'est le 
nom trois fois saint que l'on ne confiait qu'en tremblant à 
l'élite môme des sages? Nous y trouverions la pleine justifica- 
tion de toutes les remarques faites par Maïmonides. D'abord 
ces quarante-deux lettres forment, en effet, non pas un nom, 

1. ib. loc. cit. j^i^rc) D^rhan nir^ni D^iiin^zn nnEDi nxnnn -qdt 

h'J^zr^ S-rn n:;rn Si ^nzwh iu;2\s' \s nronn 

2. Maïmonides n'est pas seulement l'auteur de l'ouvrage philosophique 
appelé 3Ioreh Neboiichim, il a aussi composé, sous le titre de Main forte 
(np'n T)y i-'" gi'aiid ouvrage thalmudique qui est encore aujourd'hui le 
manuel obligé des rabbins. 

3. Voici ces noms et les chiffres qui indiquent le nombre de leurs 

6633SSD 3 

lettres : tiD^i n'ùS)2 Tin nï: n'iNsn n^nsa nbna nra n^zzn idd 



ANTIQUITE DE LA KADBALE. 49 

comme on l'entend vulgairement, mais plusieurs mots. 
De plus, chacun de ces mots exprime, au moins dans l'opi- 
nion des kabbalistes , un attribut essentiel de la nature 
divine, ou, ce qui est pour eux la même chose, une des 
formes nécessaires de l'Etre proprement dit. Enfin , tous 
représentent, selon la science kabbalistique, selon le Zohar 
et tous ses commentateurs, la définition la plus exacte que 
notre intelligence puisse concevoir du principe suprême de 
toutes choses. Cette manière de concevoir Dieu étant séparée 
par un abîme des croyances vulgaires, on comprendrait très 
bien toutes les précautions prises pour ne pas la laisser sor- 
tir du cercle des initiés. Cependant, nous n'insisterons pas 
sur ce point, dont nous sommes loin, encore une fois, de 
nous exagérer l'importance ; il nous suffit, pour le moment, 
d'avoir montré jusqu'à l'évidence le fait général qui ressort 
de toutes ces citations. 

Il existait donc, à l'époque où la Mischna fut rédigée, une 
doctrine secrète sur la création et sur la nature divine. On 
s'accordait sur la manière dont cette doctrine devait être 
divisée, et son nom excitait chez ceux-là mômes qui ne pou- 
vaient la connaître une sorte de terreur religieuse. Mais de- 
puis quand existait-elle? Et si nous ne pouvons pas déter- 
miner avec précision le temps de sa naissance, quel est du 
moins celui où commencent seulement les ténèbres qui 
enveloppent son origine? C'est à cette question que nous 
allons maintenant essayer de répondre. De l'avis des histo- 
riens les plus dignes de notre confiance, la rédaction de la 
Mischna fut terminée au plus tard en l'an 5949 de la créa- 
tion, et 189 de la naissance du Christ*. Or, il faut nous 
rappeler que Judas le Saint n'a fait que recueillir les pré- 
ceptes et les traditions qui lui furent transmis par les liian- 
naïm ses prédécesseurs; par conséquent, les paroles que 

1. Voyez Schalschelelh Jiakabalah, ou la Chaîne de la Iradilion, par R. Guc- 
dalia, fui. 25, vers., et David Ganz, Tzemach David, fol. 25, rect. 

4 



50 LA KABBALE. 

nous avons citées les premières, celles qui défendent de 
livrer imprudemment les secrets de la création et de la 
Mercaba, sont plus anciennes que le livre qui les renferme. 
Nous ne savons pas, il est vrai, qui est l'auteur de ces pa- 
roles ; mais cela môme est une preuve de plus en faveur de 
leur antiquité; car si elles n'exprimaient que l'opinion d'un 
seul, elles ne seraient pas revêtues d'une autorité suffisante 
pour faire loi, et, comme on le fait toujours en pareille cir- 
constance, on nommerait celui qui doit en être responsable. 
En outre, la doctrine elle-même est nécessairement anté- 
rieure à la loi qui interdit de la divulguer. Il fallait qu'elle 
fût connue, qu'elle eût acquis déjà une certaine autorité, 
avant qu'on aperçût le danger de la répandre, je ne dirai 
pas dans le peuple, mais parmi les docteurs et les maîtres 
en Israël. Nous pouvons donc, sans crainte d'être trop témé- 
raire, la faire remonter au moins jusqu'à la fin du premier siè- 
cle de l'ère chrétienne. C'est précisément le temps où vivaient 
Akiba et Simon ben Jochaï, à qui les kabbalistes attribuent la 
composition de leurs livres les plus importants et les plus cé- 
lèbres. C'est aussi dans cette génération qu'il faut comprendre 
rabbiJossé deSepphorisjmsïT ^dii i, queVIdra Raba, l'un 
des plus anciens et des plus remarquables fragments du 
Zohar, compte au nombre des amis intimes, des plus fer- 
vents disciples de Simon ben Jochaï. C'est évidemment celui 
à qui le traité thalmudique, dont nous avons fait la plupart 
de nos citations, attribue la connaissance de la sainte Mer- 
caba '. Au nombre des autorités qui témoignent de l'anti- 
quité, sinon des livres, du moins des idées kabbalistiques, 
nous n'hésitons pas à placer la traduction chaldaïque des 
Ciwi livres de Moïse, qui porte le nom d'Onkelos. 

Tel est le respect inspiré tout d'abord par cette traduc- 
lion fameuse, qu'elle parut une révélation divine. On sup- 



ANTIQUITÉ DE Li KABBALE. '51 

pose, dans le Thalmud de Babylone *, que Moïse la reçut sur 
le mont Sinaï en môme temps que la loi écrite et la loi 
orale; qu'elle arriva par tradition jusqu'au temps des than- 
naïm, et qu'Onkelos eut seulement la gloire de l'écrire. Un 
grand nombre de théologiens modernes ont cru y trouver 
les bases du christianisme; ils ont prétendu surtout recon- 
naître le nom de la seconde personne divine dans le mot 
Mêimra, »xin^a, qui signifie en effet la parole ou la pensée, 
et que l'auteur a partout substitué au nom de Jéhovah ^ Ce 
qu'il y a de certain, c'est qu'il règne dans ce livre un esprit 
tout opposé à celui de la Mischna, à celui du Thalmud, à 
celui du judaïsme vulgaire, à celui du Penlateuque lui- 
même; en un mot, les traces de mysticisme n'y sont pas 
rares. Partout où cela est possible et d'une certaine impor- 
tance, une idée est mise à la place d'un fait et d'une image, 
le sens littéral est sacrifié au sens spirituel, et l'anthropo- 
morphisme détruit pour laisser voir dans leur nudité les 
attributs divins. 

Dans un temps où le culte de la lettre allait jusqu'à l'idolâ- 
trie; où des hommes passaient leur vie à compter les versets, 
les mots et les lettres de la loi'; où les précepteurs officiels, 
les représentants légitimes de la religion ne voyaient rien 
de mieux à faire que d'écraser l'intelligence aussi bien que 
la volonté sous une masse toujours croissante de pratiques 
extérieures, cette aversion pour tout ce qui est matériel et po- 
sitif, cette habitude de sacrifier souvent et la grammaire et 
l'histoire aux intérêts d'un idéalisme exalté, nous révèlent 
infailliblement l'existence d'une doctrine secrète, qui a tous 

\. Traité de Kidouschin, fol. 49, rect. 

2. Voyez surtout Ritlangcl, son coinmenlaire et sa traduction du Scplicr 
ietzirah, page 84. 

3. Thalmud Babyl., Irailc de Kidonschiii, fol. 50, rect. De là, si nous en 
croyons les thalmudistes, vient le mot isidj 1"' signifie compter, que l'on a 
traduit par celui de scribe. 



52 LA KABBALE. 

les caractères avec toutes les prétentions du mysticisme, et 
qui sans doute ne date pas du jour où elle a osé parler un 
langage aussi clair. Enfin, sans y attacher trop d'impor- 
tance, nous ne pouvons pas nous empêcher de faire encore 
cette observation : nous avons dit ailleurs que pour arriver à 
leurs fins, pour introduire en quelque sorte leurs propres 
idées dans les termes mêmes de la révélation, les kabbalistes 
avaient quelquefois recours à des moyens peu rationnels. 
L'un de ces moyens, qui consistait à former un alphabet 
nouveau en changeant la valeur des lettres, ou plutôt en les 
substituant les unes aux autres dans un ordre déterminé, 
est employé fréquemment dans le Thalmud et mis en usage 
dans une traduction encore plus ancienne que celle dont 
nous venons de parler, dans la paraphrase chaldaïque de 
Jonathan ben Ouziel', contemporain et disciple de Hillel le 
Yieux, qui enseignait avec une grande autorité pendant les 
premières années du règne d'IIérode*. Il est vrai que des 
procédés semblables peuvent servir indistinctement aux 
idées les plus diverses; mais on n'invente pas une langue 



1. Nous voulons parler de l'alphabet kabbalistique appelé Ath Bascli, y;^ j-|{<, 
parce qu'il consiste à donner à la première lettre, aleph, la valeur de la der- 
nière, </ja?<, et réciproquement; à remplacer la seconde, beth, par l'avant-der- 
nière, schhi, et ainsi de toutes les autres. Au moyen de ce procédé, le para- 
phrasle chaldéen traduit par le nom de Babel, ^^2, celui de Sésac, -jy;^7) 
qu'on lit dans Jéréaiie, ch. li, v. 41, et qui n'a par lui-même aucun sens. 
C'est de la même manière que, dans un autre passage de Jérémie, ch. li, v. 1, 
il convertit ces deux mots, tj^p 3,^, qui signifient le cœur de mes adversaires, 
en celui de Qi-t/'D? qu'on traduit par Chaldcens. On suppose que le prophète 
hébreu, captif dans l'empire de Babylone, ne pouvait pas le nommer en le 
menaçant des vengeances du ciel. Mais une telle supposition ne peut se com- 
prendre, lorsque, dans le même chapitre et sous l'influence du même senti- 
ment, les noms de Babel et des Chaldcens y sont fréquemment répétés. Quoi 
qu'il en soit, cette traduction a été conservée par saint Jérôme (voyez ses 
Œuvres, t. IV, Comment, sur Jérémie) et Raschi. 

2. Voyez Schalschelcth hakahalah, fol. 18, rcct. et vers., et David Ganz, 
fol. li>, rect., édit. d'Amsterdam. 



ANTIQUITE DE LA KABBALE. 53 

artificielle dont on garde la clef à volonté, si l'on n'a pas 
résolu de cacher sa pensée, au moins au grand nombre. En 
outre, quoique le Thalmud emploie souvent des méthodes 
analogues, celle que nous venons de signaler, et que nous 
avons lieu de croire la plus ancienne, y est tout à fait étran- 
gère. Entièrement isolé, ce dernier fait ne serait pas sans 
doute une démonstration puissante, mais, ajouté à ceux qui 
ont déjà occupé notre attention, il ne doit pas être négligé. 
Tous réunis et comparés entre eux, ils nous donnent le droit 
d'affirmer qu'avant la fin du premier siècle de l'ère chrétienne 
il se répandait mystérieusement parmi les Juifs une science 
profondément vénérée, que l'on distinguait de la Mischna, 
du Thalmud et des livres saints; une doctrine mystique évi- 
demment enfantée par le besoin de réflexion et d'indépen- 
dance, je dirais volontiers de philosophie, et qui cependant 
invoquait en sa faveur l'autorité réunie de la tradition et des 
Ecritures, 

Les dépositaires de celle doctrine, que dès à présent nous 
ne craignons pas de désigner sous le nom de kabbalistes, ne 
doivent ni ne peuvent être confondus avec les Essénicns, dont 
e nom était déjà connu à une époque bien plus reculée, 
mais qui ont conservé jusque sous le règne de Justinien* 
leurs habitudes et leurs croyances. En effet, si nous nous en 
rapportons à Josèphe^ et à Philon% les seuls qui méritent 
sur ce point d'être écoutés avec confiance, le but de celte 
secte fameuse était essentiellement moral et pratique; elle 
voulait faii'e régner parmi les hommes ces sentiments d'éga- 
lilé et de fralernilé qui furent enseignés plus tard avec tant 
d'éclat par le fondateur et les apôtres du christianisme. La 
kabbale, au contraire, d'après les anciens témoignages que 
nous avons rapportés, était une science toute spéculative qui 

\. Peter Bccr, l" partie, p. 88. 

2. Guerre des Juifs, liv. VIIF. 

3. De Vild eonleniplalhà, dans le recueil de ses Œuvres. 



54 LA KABBALE. 

prétendait dévoiler les secrels de la création et de la nature 
divine. Les Esséniens formaient une société organisée, assez 
semblable aux communautés religieuses du moyen âge; 
leurs sentiments et leurs idées se rétléchissaient dans leur 
vie extérieure; et d'ailleurs ils admettaient parmi eux tous 
ceux qui se distinguaient par une vie pure, même des 
enfants et des femmes. Les kabbalistes, depuis leur appari- 
tion jusqu'au temps oii la presse a trahi leur secret, s'étaient 
toujours enveloppés de mystère. De loin en loin, après mille 
précautions, ils ouvraient à demi les portes de leur sanc- 
tuaire à quelque nouvel adepte, toujours choisi dans l'élite 
de l'intelligence, et dont l'âge avancé devait offrir une preuve 
de discrétion et de sagesse. Enfin, malgré la sévérité toute 
pharisaïque avec laquelle ils observaient le sabbat, les Essé- 
niens ne craignaient pas cependant de rejeter publiquement 
les traditions, d'accorder â la morale une préférence très 
marquée sur le culte, et même ils étaient loin de conserver 
dans ce dernier les sacrifices et les cérémonies cqmmandés 
par le Pentateuque. Mais les adeptes de la kabbale, comme 
les karmates parmi les fidèles de l'islamisme, comme la 
plupart des mystiques chrétiens, se conformaient à toutes 
les pratiques extérieures; ils se gardaient, en général, d'at- 
taquer la tradition qu'ils invoquaient aussi en leur faveur, 
et, comme nous avons déjà pu le remarquer, plusieurs 
d'entre eux étaient comptés parmi les docteurs les plus 
vénérés de la Mischna. Nous ajouterons que plus tard on les 
a vus rarement infidèles à ces habitudes de prudence. 



CHAPITRE ir 



DES LI\TIES KABBALISTIQUES — AUTIIENTICFTE DU SEPHER lETZIRAII 



Nous arrivons maintenant aux livres originaux oii, selon 
l'opinion la plus répandue, le système kabbalislique s'est 
formulé dès sa naissance. Ils devaient être très nombreux, si 
nous en jugeons par les titres qui nous sont parvenus*. Mais 
nous serons uniquement occupés de ceux que le temps nous 
a conservés, et qui se recommandent à notre attention par 
leur importance aussi bien que par leur antiquité. Ces der- 
niers sont au nombre de deux, et répondent assez bien à 
l'idée que nous pouvons nous faire, d'après le Thalmud, de 
VHisloire de la Genèse et de la Sainte Mercaba : l'un, inti- 
tulé le Livre de la création, nT'ïi ied, renferme, je ne dirai 
pas un système de physique, mais de cosmologie, tel qu'il 

\. On cite frcquenimeut le Scplier habaliir, i>|-iin "120' £'tt'''ljué à Nechonia 
ben Ilakana, contemporain de llillel le Vieux et d'Uérode le Grand. Oo fait 
passer, encore aujourd'hui, pour des extraits de ce livre divers fragments évi- 
demment inauthcnliques. Tels sont encore les fragments réunis sous le titre 
du Fidèle Paslcur, x;3î3M)2 N'^VT» <^l ordinairement imprimes avec le Zohar, 
sous forme d'un commentaire. Enfin, il ne nous reste rien que les noms et 
quelques rares citations des auteurs suivants, dont le Zohar fait souvent men- 
tion avec le plus grand respect : R. Jossé le Vieux, XSD ''DV l'f ^- Uamnouna 
le Vieux, j^^D NJ3î2n l'y ^^- J*^''^' ^^ Vieux, j^^D ''2'''! T 



56 LA KABBALL'. 

pouvait être conçu à une époque et dans un pays où Thabi- 
lude d'expliquer tous les phénomènes par une action immé- 
diate de la cause })remière devait étouffer l'esprit d'observa- 
tion; où par conséquent certains rapports généraux et super- 
ficiels aperçus dans le monde extérieur devaient passer pour 
la science de la nature. L'autre est appelé le Zoliar, in?, ou 
la lumière, d'après ces paroles de Daniel : ce Les hommes 
« intelligents brilleront comme la lumière du ciel\ » Il 
traite plus particulièrement de Dieu, des esprits et de l'âme 
humaine, en un mot, du monde spirituel. iSous sommes loin 
d'accorder à ces deux ouvrages la même importance et la 
même valeur. Le second, beaucoup plus étendu, beaucoup 
plus riche, mais aussi plus hérissé de difficultés, doit sans 
doute occuper la plus grande place; mais nous commence- 
rons par le premier, qui nous paraît le plus ancien. 

En faveur de l'antiquité du Sepher ietzirah on a invoqué des 
textes thalmudiques dont ni le sens ni l'âge n'ont été bien 
établis. iSous les passerons sous silence ainsi que les légendes 
et les controverses auxquelles ils ont donné lieu. Nos obser- 
vations ne porteront que sur le fond du livre que nous avons 
pour but de faire connaître. Elles suffiront pour en faire 
apprécier le caractère et en démontrer la haute origine. 

1" Le système qu'il renferme répond exactement à l'idée 
que nous pouvons nous en faire d'après son titre; nous pou- 
vons nous en assurer par ces mots qui en forment la pre- 
mière proposition : « C'est avec les trente-deux voies iner- 
« veilleuses de la sagesse que le monde a été créé par 
« l'Eternel, le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël, le Dieu 
« vivant, le Dieu tout-puissant, le Dieu suprême qui habite 
« l'Eternité, dont le nom est sublime et saint. » 

2° Les moyens qu'on y emploie pour expliquer l'œuvre 
de la création, l'importance qu'on y donne aux nombres et 

1. Daniel, xii, T-. yr-n ir',z '^mv ciS^^rîzn"!. 



DES LIVRES KABBALISTIOUES. 57 

aux lettres, nous font comprendre comment l'ignorance et 
la superstition ont plus tard abusé de ce principe; comment 
se sont répandues les fables que nous avons rapportées; 
comment enfin s'est formé ce qu'on appelle la kabbale pra- 
tique, qui donne à des nombres et à des lettres le pouvoir 
de changer le cours de la nature. 

La forme en est simple et grave; rien qui ressemble, 
même de loin, à une démonstration ou à un raisonnement; 
ce ne sont que des aphorismes distribués dans un ordre 
assez régulier, mais qui ont toute la concision des anciens 
oracles. Un fait qui nous a beaucoup frappé, c'est que le 
terme qui fut plus tard exclusivement consacre à l'àme y 
est encore employé, comme dans le Penlateuquc et dans 
toute l'étendue de l'Ancien Testament, pour désigner le 
corps humain, tant que la vie ne l'a pas abandonné'. Il est 
vrai qu'oii_y^ trouve plusieurs mots d'origine étrangère : les 
noms des sept planètes et du dragon céleste, plusieurs fois 
mentionnés dans ce livre, appartiennent évidemment à la 
langue aussi bien qu'à la science des Chaldéens, qui, pen- 
dant la captivité de Babylone, ont exercé sur les Hébreux 
une influence toute-puissante^ Mais on n'y rencontrera pas 

1. Nous voulons parler du mot Ncphesch, ns;:- I^ est évident qu'il ne peut 
pas s'appliquer à l'àme dans les passages suivants : 1° quand on parle de ceux 
qui, selon le sens lilléral du texte, étaient sortis de la cuisse de Jacob, ^3 
IZiV ^*<2f1 nC^nïQ Ipy^b nNin k^r^ri' Genèse, 4G, 26; 2° quand on permet 
de préparer, pendant le premier jour de Pâques, ce qui est nécessaire à la 
nourriture de chacun, ^:}-) nry H^S XI H "C^Z S^S Sdx"' TJ?f< ni<. Ex., 
12, iO; 3° quand il est ordonné à ciiacun de s'infliger des soufl'rances en 
expiation de ses péchés, pendant le dixième jour du septième mois, ^g^n ^^^ 
r\'^)2''jn nm3:T n-n DIM CTJ2 njyn nS I^N*. Lév., 25, 29. S'il est vrai 
que, pour désigner l'àme, on emploie le mot nesvhania, nGwJ- ^^e préférence 
à celui de nephesch, du moins ce dernier n'est-il jamais employé par les tlial- 
mudistes et les écrivains plus modernes, pour désigner le corps. Mais tous, 
sans exception, se servent du mot v^i^, qu'on ne rencontre pas une seule fois 
dans le Sepher ieizirah. 

2. Ces noms, à l'exception de ceux qui désignent le soleil et la lune, n'ap- 



58 LA KABBALE. 

ces expressions purement grecques, latines ou arabes qui 
se présentent en grand nombre dans leTbalmud et dans les 
écrits plus modernes, où la langue hébraïque est mise au 
service de la philosophie et des sciences. Or, on peut 
admettre en principe général, et j'oserai presque dire infail- 
lible, que toute œuvre de ce genre, où la civilisation des 
Arabes ou des Grecs n'a aucune part, peut être regardée 
comme antérieure à la naissance du christianisme. Nous 
avouons cej)endant que dans l'ouvrage qui nous occupe et 
auquel nous ne craignons pas d'attribuer ce caractère, il ne 
serait pas difficile de montrer quelques vestiges du langage 
et de la philosophie d'Aiislote. Lorsque, après la propo- 
sition que nous avons citée un peu plus haut, après avoir 
parlé des trente-deux voies merveilleuses de la sagesse qui 
ont servi à la création de l'univers, il ajoute qu'il y a aussi 
trois termes : celui qui compte, ce qui est compté et l'action 
même de compter, ce que les plus anciens commentateurs 
ont traduit par le sujet, l'objet et l'acte môme de la 
réflexion et de la pensée*, il est impossible de ne pas se 
rappeler cette phrase célèbre du douzième livre de la Méta- 
physique : « L'intelligence se comprend elle-même en sai- 
« sissant l'intelligible; et elle devient l'intelligible par 
« l'acte même de la compréhension et de l'intelligence; en 
« sorte que l'intelligence et l'intelligible sont identiques^. » 

parlienncnt pas par eux-mêmes à h langue chaldaïque, mais ils sont une tra- 
duction des noms chaldcens. Les voici : n3l3> l^ie l'on croit Vénus; 233» Mer- 
cure; i{s»rilU7' Saturne; p-fi;, Jupiter; QnND) Mars; l'^ji, qui désigne le 
dragon, est arabe. 

''• n2''DT "lEDT 1£D3 D'Oise il* Selon l'auteur du Cozri, R. Jelioudalt 
Hallévi, CCS trois termes désignent la pensée, la parole et l'écriture, qui, dans 
la Divinité, sont identiques, quoique nous les voyions séparées dans l'homme. 
Cozri, 4° partie, § 25. Selon Abraham ben Dior, ils se rapportent au sujet, à 
l'objet et au fait même de la connaissance, ynMI V^V DVl' "^^ ^^^^^ hzV' 
b^tyiDI S^^kUa- "^oyez son Comment, sur le Seph. ielz., p. 27, verso. 

2. xV'jTCiv 0£ voEt 6 voij; Y.CLz'x [j.£TaX:'i>'.v TO'j vor]Toij ; vor]TÔ; -^Icp i-^yveTat O'.yyâ- 
vwv /.a\ vowv ôiaiE lauxbv voiJ; /.A vor^iov. Mélaph., liv. XII, ch. vu. 



DES LIVRES KABRALISTIQUES. 59 

Mais il est évident que ces mots ont été ajoutés au texte; car 
ils ne se lient ni à la proposition qui précède ni à celle qui 
suit; ils ne reparaissent plus, sous quelque forme que ce 
soit, dans tout le cours de l'ouvrage, tandis qu'on explique 
assez longuement l'usage des dix nombres et des vingt-deux 
lettres qui forment les trente-deux moyens appliqués par la 
sagesse divine à la création. Enfin l'on ne comprend guère 
qu'ils aient pu trouver place dans un traité où il n'est ques- 
tion que des rapports qui existent entre les diverses parties 
du monde matériel. Quant à la différence des deux manu- 
scrits qui ont été reproduits dans l'édition de Mantoue, l'un 
à la fin du volume, l'autre au milieu de divers commen- 
taires, elle est loin d'être aussi grande que certains critiques 
modernes ont voulu le croire*. Après une comparaison 
impartiale et détaillée, on la trouve fondée tout entière sur 
quelques variantes sans importance, comme on en ren- 
contre dans toutes les œuvres d'une haute antiquité, et qui 
par cela môme ont eu à souffrir pendant plusieurs siècles 
de l'inattention ou de l'ignorance des copistes et de la témé- 
rité des commentateurs. En effet, c'est de part et d'autre, 
non pas seulement le même fond, le même système consi- 
déré d'un point de vue général, mais la même division, le 
même nombre de chapitres, placés dans le même ordre et 
consacrés aux mêmes matières : de plus, les mêmes idées 
y sont exactement exprimées dans les mêmes termes. Mais 
on ne trouvera plus cette parfaite ressemblance dans le 
nombre et dans la place des diverses propositions qui, sous 
le nom de Mischna, sont nettement distinguées les unes des 
autres. Ici on n'a pas reculé devant des répétitions surabon- 
dantes; là elles ont été retranchées ; ici on a réuni ce qu'ail- 
leurs on a séparé. Enfin, l'un paraît aussi plus explicite 
que l'autre, non plus seulement dans les mots, mais dans 

\. Voyez "NVolf, Bibliothèque hébr., t. I. — Bayle, Didionn. ait., article 
Abraham — Moreri. même article, etc. 



^ 



60 LA KABBALE. 

la pensée. Nous ne connaissons et par conséquent nous ne 
pouvons citer qu'un seul passage où se montre celle der- 
nière différence : à la fin du premier chapitre, lorsqu'il 
s'agit d'énumérer les dix; principes de l'univers qui corres- 
pondent aux dix nombres, l'un des deux manuscrits dit 
simplement que le premier de tous est l'esprit du Dieu 
vivant; l'autre ajoute que cet esprit du Dieu vivant est 
l'esprit saint, qui est en môme temps esprit, voix et parole*- 
Sans doute cette idée est de la plus haute importance; mais 
elle ne manque pas dans le manuscrit, où elle n'est pas 
formulée aussi nettement; elle constitue, comme nous le 
prouverons bientôt, la base et le résultat de tout le système. 
D'ailleurs \e Livre de la création a été, au commencement 
du dixième siècle, traduit et commenté en arabe par R. Saa- 
diah, esprit élevé, méthodique et sage, qui le regarde 
comme l'un des plus anciens, comme l'un des premiers 
monuments de l'esprit humain. Nous ajouterons, sans 
accorder à ce témoignage une valeur exagérée, que les com- 
mentateurs qui sont venus après lui pendant le douzième ei 
le treizième siècle ont tous exprimé la même conviction. 

Comme tous les ouvrages d'une époque très reculée, celui 
dont nous parlons est sans titre et sans nom d'auteur; mais 
il est terminé par ces mots étranges : « Et lorsque Abraham 
ce notre père eut considéré, examiné, approfondi et saisi 
« toutes ces choses, le maître de l'univers se manifesta à 
« lui et l'appela son ami, et s'engagea par une alliance 
« éternelle envers lui et sa postérité. Alors Abraham crut 
« en Dieu, et cela lui fut compté comme une œuvre de 
« justice, et la gloire de Dieu fut appelée sur lui, car c'est 
« à lui que s'appliquent ces paroles : Je t'ai connu avant 
« de t'avoir formé dans le ventre de ta mère. » Ce passage 
ne peut d'abord pas être considéré comme une invention 

1. ÉJit. de Mantouc, foL 49, rcct. : •csZTi mi 1.17 lim mm Slp- 



DES LIVRES Ki^BBALISTIQUES. 61 

moderne : il existe avec quelques variantes dans les deux 
textes de Manloue; on le retrouve dans les plus anciens 
commentaires. Nous pensons que pour donner plus d'intérêt 
au Livre de la création^ on a supposé, ou plutôt on veut 
faire supposer aux autres, que les choses qu'il renferme 
sont précisément celles qui furent observées par le premier 
patriarche des Hébreux, et lui donnèrent l'idée d'un Dieu 
unique et tout-puissant. Il existe d'ailleurs parmi les Juifs 
une tradition selon laquelle Abraham avait de grandes 
connaissances astronomiques, et s'éleva jusqu'à l'idée du 
vrai Dieu par le seul spectacle de la nature. Néanmoins les 
paroles que nous avons citées tout à l'heure ont été inter- 
prétées de la manière la plus grossièrement matérielle. 
On a imaginé qu'Abraham était lui-même l'auteur du livre 
où son nom est prononcé avec un respect religieux. Voici 
en quels termes commence le commentaire de Moïse Botril 
sur le Sepher ietzirah : « C'est Abraham, notre père (que la 
« paix soit sur lui!), qui a écrit cela contre les sages de son 
ce siècle, incrédules à l'égard du principe de l'unité. Du 
« moins c'est ainsi que pense R. Saadiah (que la mémoire 
« du juste soit bénie!) dans le premier chapitre de son 
« livre intitulé : La pierre pJiilosophale. Je rapporte ses 
« propres paroles : Les sages de la Ghaldée attaquaient 
« Abraham, notre père, dans sa croyance. Or, les sages de 
« la Ghaldée étaient divisés en trois sectes. La première 
« prétendait que l'univers était soumis à deux causes pre- 
« mières entièrement opposées dans leur manière d'agir, 
« l'une n'étant occupée qu'à détruire ce que l'autre avait 
te produit. Cette opinion est celle des dualistes, qui s'ap- 
« puyaient sur ce principe, qu'il n'y a rien de commun 
« entre l'auteur du mal et celui du bien. La seconde secte 
« admettait trois causes premières; les deux principes con- 
« traires dont nous venons de parler, se paralysant réci- 
« proquemeni, et rien de cette manière ne pouvant être 



G2 L.\ KABBALE. 

« fait, on en a reconnu un troisième pour décider entre 
« eux. Enfin, la dernière secte n'avouait pas d'autre Dieu 
« que le soleil, dans lequel elle reconnaissait le principe 
« unique de l'existence de la mort\ » Malgré une autorité 
si imposante et si universellement respectée, l'opinion que 
nous venons d'exposer n'a plus aujourd'hui un seul par- 
tisan. Au nom du patriarche on a depuis longtemps sub- 
stitué celui d'Akiba, l'un des plus fanatiques soutiens de 
la tradition, l'un des nombreux martyrs de la liberté de son 
pays, et à qui il ne manque, pour être compté par la posté- 
rité au nombre des héros les plus dignes de son admiration, 
que d'avoir joué un rôle dans les anciennes républiques 
d'Athènes ou de Rome. Sans doute cette nouvelle opinion 
est moins invraisemblable que la première, cependant nous 
ne la croyons pas mieux fondée. Quoique le Thalmud, toutes 
les fois qu'il fait mention d'Akiba, nous le représente 
comme un être presque divin ; quoiqu'il l'élève au-dessus 
de Moïse lui-même*, il ne le présente pourtant nulle part 
comme une des lumières de la Mercaba ou de la science 
de la Genèse; nulle part on ne laisse soupçonner qu'il ait 
écrit le Livre de la création, ou quelque autre ouvrage de 
même nature. Tout au contraire, on lui reproche positive- 
ment de n'avoir pas sur la nature de Dieu des idées très 
élevées. « Jusqu'à quand, Akiba, lui dit rabbi Jossé le Gali- 
ce léen, jusqu'à quand feras-tu de la majesté divine quelque 
« chose de vulgaire^? ■>-> L'enthousiasme qu'il inspire a pour 
cause l'importance qu'il a donnée à la tradition, la patience 
avec laquelle il en a su tirer des règles pour toutes les 
actions de la vie% le zèle qu'il a mis à l'enseigner pendant 

\. Voyez Sepher ielzirah, édit. de Manloue, fol. 20 et 21. 

2. Thalm. Babijl., tract. Memchotli, 29 b. 

3. Tlialm. Babijl., tract. 'Hagiiiga, ijiq rj Na'ipy iS^San ^DT T lS ION 

Vin n^'^y'S nxD^'J nriN*. 

4. Thalm. BubijL, tract. 'Haguiga, fol. 14, vers. On dit qu'il savait déduire 



DES LIVRES KABBALISTIQUES. 63 

quarante ans, et peut-être aussi l'héroïsme de sa mort. Les 
vingt-quatre mille disciples qu'on lui attribue ne s'ac- 
cordent guère avec la défense que fait la Mischna de divul- 
guer à plus d'une personne, même les secrets les moins 
importants de la kabbale. 

Plusieurs critiques modernes ont imaginé que, sous le 
même titre de Sepher ietzirali, il a existé deux ouvrages dif- 
férents, dont l'un, attribué au patriarche Abraham et men- 
tionné dans le Thalmud, a disparu depuis longtemps ; l'autre, 
beaucoup plus moderne, est celui que nous avons conservé. 
Cette opinion n'a pas d'autre base qu'une grossière igno- 
rance. Morin, l'auteur des Exercices bibliques^ l'a empruntée 
à un chroniqueur du seizième siècle, qui, en parlant d'Akiba, 
s'exprime ainsi : « C'est lui qui a rédigé le Livre de la créa- 
« tion, en l'honneur de la kabbale; mais il existe un autre 
« Livre de la création, composé par Abraham, et sur lequel 
« R. Moïse ben Nachman (nommé par abréviation le Ram- 
« ban) a fait un grand et merveilleux commentaire^ » Or, 
ce commentaire, écrit à la fin du treizième siècle, mais 
imprimé dans l'édition de Mantoue^ [)lusieurs années après 
la chronique qui vient d'être citée, se rapporte évidemment 
au livre qui est aujourd'hui entre nos mains ; la pliipart des 
expressions du texte y sont fidèlement conservées, et il est 
évident qu'il n'a pas été lu par l'historien dont nous venons 
de rapporter les paroles. Au reste, le premier qui ait sub- 
slilué le nom d'Akiba à celui d'Abraham, c'est un kabbaliste 

des moindres particularilés des lettres de la Bible des « monceaux » de pré- 
ceptes : nijSn Su; ]iS^n "iS\n- 

1. Morinus, Exercilaliones biblicœ, p. 574. 

2- iinu nT'ïi iSD *iL*ii nSzpn V^ mirn isdi ^TiSi^a isd un xim 

rh'J nS^J"! bn; UITS "an pDin IUTN omis*. SchalscUeUth Imhabalah, 
fol. 20, vers. 

3. La première édition du Sepher ielzirnh est celle de Manloue, publiée eu 
1505, tandis que la chronique dont nous voulons parler, la Chaîne de la lia- 
dtlion (Schalschelelh hakabalah), a déjà été imprimée à Imola, en 1549. 



64 LA KABBALE. 

du quatorzième siècle, Isaac Délaies, qui, dans sa préface du 
Zohary se demande : « Qui a permis à R. Akiba d'écrire, 
en l'appelant mischna, le Seplter ielzirah^ puisque c'est un 
livre qui avait été transmis oralement depuis Abraham? » 
Ces termes, que nous avons essayé de conserver fidèlement, 
sont évidemment contraires à la distinction que nous voulons 
détruire ; et cependant celle-ci ne repose, en dernier résultat, 
que sur celte seule autorité. L'auteur du Livre de la création 
n'est donc pas encore découvert. Ce n'est pas nous qui dé- 
chirerons le voile qui nous cache son nom; nous doutons 
même que cela soit possible, avec les faibles éléments dont 
nous pouvons disposer. Mais l'incertitude à laquelle nous 
sommes condamné sur ce point ne peut jamais s'étendre 
aux propositions que nous croyons avoir démontrées, et 
qui, au besoin, peuvent suffire à l'intérêt purement philo- 
sophique qu'il faut chercher dans ces matières. 



1^ 



GUAPITRE III 



AUTHEMICITE DU ZOnAR 



Un intérêt bien plus vif, mais aussi de bien plus graves 
difficultés, sont attachés an monument dont il nous reste 
encore à parler. Le Zohar, ou le Livre de la lumière, est le 
code universel de la kabbale. Sous la modeste forme d'un 
commentaire sur le Pentateuque, il touche, avec une entière 
indépendance, à toutes les questions de l'ordre spirituel, et 
quelquefois il s'élève à des doctrines dont la plus forte intel- 
ligence pourrait encore se glorifier de nos jours. Mais il est 
loin de se maintenir toujours à cette hauteur; trop souvent 
il descend à un langage, à des sentiments et à des idées qui 
décèlent le dernier degré d'ignorance et de superstition. On 
y trouve, à côte de la mâle simplicité et de l'enthousiasme 
naïf des temps bibliques, des noms, des Hiits, des connais- 
sances et des habitudes qui nous transportent au milieu 
d'une époque assez avancée du moyen âge. Cette inégalité 
dans la forme comme dans la pensée, ce bizarre mélange 
des caractères, qui distinguent des temps très éloignés les 
uns des autres, enfin le silence presque absolu des deux 
Thalmud, l'absence de documents positifs jusqu'à la fin du 
treizième siècle, ont fait naître sur l'origine et sur l'auteur 
de ce livre les opinions les plus divergentes. Nous allons 

ô 



66 LA KABBALE. 

(l'abord les rapporter d'après les témoignages les plus anciens 
et les plus fidèles; nous essayerons ensuite de les juger, avant 
de nous prononcer nous-mème sur cette question difficile. 
Tout ce qui a été dit, tout ce que généralement l'on pense 
encore aujourd'hui de la formation et de l'antiquité du Zohm\ 
est résumé d'une manière assez impartiale par deux auteurs 
que nous avons déjà plusieurs fois cités. « Le Zohai\ dit 
« Abraham ben Zacouth dans son Livre des gé7iéalogies\ le 
« Zohar dont les rayons éclairent le monde% qui renferme 
« les plus profonds mystères de la loi et de la kabbale, n'est 
« pas l'œuvre de Simon ben Jochaï, quoiqu'on l'ait publié 
« sous son nom. Mais c'est d'après ses paroles qu'il a été 
« rédigé par ses disciples, qui confièrent eux-mêmes à 
« d'autres disciples le soin de continuer leur tâche. Les 
« paroles du Zohar n'en sont que plus conformes à la vérité, 
« écrites comme elles le sont par des hommes qui ont vécu 
« assez tard pour connaître la Mischna, et toutes les déci- 
« sions, tous les préceptes de la loi orale. Ce livre n'a été 
« divulgué qu'après la mort de R. Moïse ben Nachman et 
<■< de Pi. Ascher, qui ne l'ont pas connu\ » Voici en quels 
termes s'exprime sur le même sujet le rabbin Guédalia, 
auteur de la célèbre chronique intitulée La chahie de la Ira- 
dition\ « Vers l'an cinq mille cinquante de la création 
ce (1290 de J.-C), il se trouva diverses personnes qui pré- 
ce tendaient que toutes les parties du Zohar écrites en dia- 
« lecte de Jérusalem (le dialecte aramécn) étaient de la 
« composition de R. Simon ben Jochaï, mais que tout ce qui 
« est en langue sacrée (l'hébreu pur) ne doit pas lui être 

1' roni"' "120) P- "^2 et 45. L'auteur de ce livre florissait en 1492. 

2. Il faut se rappeler que le mot Zohar signifie lumière. 

3- Le premier de ces deux rabbins célèbres, après avoir passé la plus grande 
partie de sa vie en Espagne, est mort à Jérusalem en 1500; le second florissait 
en 1520. 

^- nb^DH ribu/hty> édition d'Amsterdam, fol. 23, vers, et rect. 



AUTUENTICITÉ DU ZOUAR. 67 

« attribué. D'autres afrirmaient que R. Moïse ben Nacbman 
« ayant fait la découverte de ce livre dans la Terre Sainte, 
« l'envoya en Catalogne, d'oij il passa en Aragon et tomba 
« entre les mains de R. Moïse de Léon. Enfin, plusieurs ont 
c< pensé que ce R. Moïse de Léon était un homme instruit, 
« qu'il trouva tous ces commentaires dans sa propre ima- 
« gination, et qu'afm d'en retirer un grand profit de la 
« part des savants, il les publia sous le nom de R. Simon ben 
« Jocbaï et de ses amis. On ajoute qu'il agit ainsi parce qu'il 
« était pauvre et écrasé de charges. Pour moi, dit encore le 
ce môme auteur, je pense que toutes ces opinions n'ont 
(c aucun fondement, mais que R. Simon ben Jochaï et sa 
« sainte société ont réellement dit toutes ces choses, et en- 
ce core beaucoup d'autres ; seulement il peut se faire qu'elles 
« n'aient pas été, dans ce temps-là, convenablement rédi- 
« gées; qu'après avoir été disséminées longtemps dans plu- 
« sieurs cahiers, elles aient enfin été recueillies et mises en 
« ordre. Il ne faut pas qu'on s'étonne de cela; car c'est ainsi 
« que notre maître Judas le Saint a rédigé la Mischna, dont 
« divers manuscrits étaient d'abord dispersés aux quatre 
« extrémités de la lerre. C'est encore de la même manière 
« que R. Aschi a composé hGuemara. » Nous voyons par 
ces ])aroles, auxquelles en dernier résultat la critique mo- 
derne n'a pas beaucoup ajouté, que la question qui nous 
occupe en ce moment a déjà reçu trois solutions différentes : 
ecux-ci veulent que, à l'exception de quelques passages écrits 
en hébreu, mais qui du reste n'existent aujourd'hui dans 
aucune édition*, dans aucun manuscrit connu, le Zohar 
appartienne entièrement à Simon ben Jochaï; ceux-là, tout 
aussi exclusifs dans leur manière de voir, l'attribuent à un 
imposteur, appelé Moïse de Léon, et ne peuvent le faire 

1. Il y a deux ancienacs éditions du Zohar, qui ont servi de modèles à 
toutes les autres : ce sont celles de Crémone et de Mantouo, publiées l'une et 
l'autre dans la même année de 1559. 



C8 LA KABDALE. 

remonter plus haut qu'à la fin du treizième ou au commen- 
cement du quatorzième siècle. Enfin, d'autres ont paru cher- 
cher un terme moyen entre ces deux opinions extrêmes, en 
supposant que Simon ben Jochaï s'est contenté de propager 
sa doctrine par l'enseignement oral, et que les souvenirs 
qu'il laissa ou dans la mémoire ou dans les cahiers de ses 
disciples ne furent réunis que plusieurs siècles après sa 
mort, dans le livre que nous possédons aujourd'hui sous le 
nom de ZoJiar. 

La première de ces opinions, considérée dans un sens 
absolu, quand on prend à la lettre les termes dans lesquels 
nous l'avons exposée, mérite à peine une réfutation sé- 
rieuse. Voici d'abord le fait sur lequel on a voulu la fonder 
et que nous emprunterons au Thalmud* : « R. Jehoudah, 
(c II. Jossé et R. Simon ben Jochaï étaient un jour réunis 
« et près d'eux se trouvait un certain Jehoudah ben Guè- 
« rim \ Alors R. Jehoudah dit en parlant des Romains : Que 
« cette nation est grande dans tout ce qu'elle a fait! Voyez 
a comme elle a construit partout des ponts, des marchés et 
« des bains publics ! A ces mots, R. Jossé garda le silence; 
« mais Simon ben Jochaï répondit : Elle n'a rien fait qui 
« n'ait pour but son propre avantage; elle a fait construire 
ce des marchés pour y attirer des femmes perdues, des 
« thermes pour s'y rafraîchir, et des ponts pour y percevoir 
« des impôts. R. Jehoudah ben Guèrim, allant raconter ce 
« qu'il avait entendu, le fit parvenir aux oreilles de César, et 
ce celui-ci rendit un arrêt ainsi conçu : Jehoudah qui m'a 
^c exalté sera élevé en dignité; Jossé qui a gardé le silence 
« sera exilé à Sipora (c'est-à-dire à Sepphoris); Simon, qui 
c( a médit de moi, sera mis à mort. Aussitôt celui-ci, accom- 

1. Tliahn. Bahijl., iiait. sabhal., cli. ii, fol. 54. 

2. 2i-)j p. Ce nom signifie litléralenient descemlanl de prosélytes. On veut 
probablement donner à entendre, d'après un sentiment très commun chez les 
anciens, que son sang étranger est la vraie cause de sa trahison. 



AUTHENTICITÉ DU ZOIIÂR. 69 

« pagné de son fils, alla se cacher dans la maison d'étude ; 
« la gardienne leur apportait chaque jour un pain et une 
« jatte d'eau. Mais la proscription qui pesait sur lui étant 
« très sévère, Simon dit à son fils : Les femmes sont d'un 
« caractère faible; il est donc à craindre que, pressée de 
<c questions, notre gardienne ne finisse par nous dénoncer. 
« Sur ces réflexions ils quittèrent cet asile et allèrent se ca- 
<c cher au fond d'une caverne. Là, par un miracle opéré en 
« leur faveur. Dieu créa aussitôt un caroubier et une source 
« d'eau. Simon et son fils se dépouillèrent de leurs vête- 
« ments, et, ensevelis dans le sable jusqu'au cou, ils passè- 
« rent tous leurs jours dans la méditation de la loi. Ils vé- 
« curent ainsi dans cette caverne pendant douze ans, jusqu'à 
« ce que le prophète Elie, paraissant à l'entrée de leur re- 
« traite, leur fit entendre ces mots : Qui annoncera au fils de 
« Jochaï que César est mort et son arrêt tombé dans l'oubli? 
« Ils sortirent et virent comment les hommes cultivent 
« et ensemencent la terre. » C'est, dit-on (mais ce n'est plus 
le Thalmud qui l'assure), pendant ces douze années de soli- 
tude et de proscription que Simon ben Jochaï, aidé par son 
fils Eléazar, composa le fameux ouvrage auquel son nom est 
resté attaché. Quand même on aurait écarté de ce récit les 
circonstances fabuleuses qui s'y mêlent, il serait encore dif- 
ficile d'admeltre comme légitime la conséquence qu'on en 
tire; on ne dit pas quels furent l'objet et le résultat de ces 
méditations dans lesquelles les deux proscrits cherchaient à 
oublier leurs peines. Ensuite, on trouve dans le Zohar une 
multitude de faits et de noms que Simon ben Jochaï, mort 
quelques années après la ruine de Jérusalem, au commen- 
cement du second siècle de l'ère chrétienne, ne pouvait cer- 
tainement pas connaître. Comment, par exemple, aurait-il 
pu parler des six parties dans lesquelles se divise la Mischna, 
écrite à peu près soixante ans après lui'? Comment pourrait-il 

i. Zohar, éd'l. de Manloue, 5° p:irl., fol. 20. — Ib., fol. 29, vers. Nous 



70 LA KABBALE. 

mentionner et les auteurs et les procédés de Ja Guemara^ 
qui commence à la mort de Judas le Saint et ne finit que 
cinq siècles après la naissance du Christ ' ? Comment aurait-il 
appris les noms des points voyelles et des autres inventions 
de l'école de TiLériade, qu'on peut faire remonter tout au 
plus au commencement du sixième siècle*? Plusieurs criti- 
ques ont cru observer que, sous le nom d'Ismaélites, il est 
aussi question dans le ZoJiar des Arabes mabométans, que 
tous les écrits publiés par les Juifs modernes désignent de la 
même manière. Il est, en effet, difficile de ne pas admettre 
cette interprétation dans le passage suivant : 

.« La lune est à la fois le siq^ne du bien et le siane du mal. 
« La pleine lune, c'est le bien ; la nouvelle lune, c'est le mal. 
« Et parce qu'elle comprend en même temps le bien et le 
« mal, les enfants d'Israël et ceux d'Ismaël l'ont prise éga- 
« lement pour règle de leurs calculs. S'il arrive une éclipse 
« pendant la pleine lune, ce n'est pas un bon présage pour 
« Israël ; si, au contraire, l'éclipsé a lieu pendant la nouvelle 
« lune (une éclipse de soleil), c'est un mauvais présage pour 
« Ismaël. Ainsi se vérifient ces paroles du prophète [h. xxix, 
« 14) : La sagesse des sages périra et la prudence des hom- 
« mes intelligents sera obscurcie....'» Cependant nous fe- 
rons remarquer que ces mots n'appartiennent pas au texte : ils 
sont empruntés à un commentaire beaucoup moins ancien, 
qui a pour titre : Le fidèle pasteur, N:a''nî2N*i*;i, et que, de 

citons de préférence ce dernier passage, où l'on compare les six traités de la 
Mischna a six degrés du trône suprême : mSyc UU.' liTN n"wD ''1~D îVXj 

1. Tons les termes de la discussion thalmudique sont énuniérés dans le 

passage suivant : p^i, ^s^-f □i;2Sr ip Ni nîZpi NT^p 'il nn^^n n^< ma^t 
ip'in »s~ ~i£2 '-r>* irx Nnini xt --^2 rn'2'j hzi^ n^bn. 3° part-, 

loi. 155, recl., édit. de Mantoue. 

2. Genèse, col. 152 et 155. — Lévil., bl, vers. — Édit. Mantoue, i'" part.^ 
fol. 24, vers.; fol. 15, vers., et pass. 



AUTUENTICITÉ DU ZOIIAR, 71 

leur propre autorité, les premiers éditeurs ont substitué au 
Zohar, partout où dans celui-ci ils ont cru trouver une 
lacune. 

On aurait pu trouver dans le Zohar même un passage 
plus décisif, car voici ce qu'un disciple de Simon ben Jochaï 
prétend avoir entendu de la bouche de son maître : « Mal- 
ce heur sur l'instant où Ismaël a été enfanté au monde et 
ce revêtu du signe de la circoncision ! Car que fit le Seigneur, 
ce dont le nom soit béni? Il exclut les enfants d'Ismaël de 
ce l'union céleste. Mais comme ils avaient le mérite d'avoir 
ce adopté le signe de l'alliance, il leur réserva ici-bas une 
ce part dans la possession de la Terre Sainte. Les enfants d'Is- 
ec maël sont donc destinés à régner sur la Terre Sainte, et 
ce ils empêcheront les enfants d'Israël d'y revenir. Mais cela 
ce ne durera que jusqu'au temps où le mérite des enfants 
ce d'Ismaël sera épuisé. Alors ils exciteront dans le monde 
cèdes guerres terribles; les enfants d'Édom se réuniront 
ce contre eux et les combattront, les uns sur terre, les autres 
ce sur mer, et d'autres près de Jérusalem. La victoire sera 
ce tantôt à ceux-ci, tantôt h ceux-là ; mais la Terre Sainte ne 
ce sera pas livrée aux mains des enfants d'Édom. » Pour bien 
comprendre le sens de ces lignes, il suffit de savoir que, 
sous le nom d'Edom, les écrivains juifs (je parle de ceux qui 
ont fait usage de l'hébreu) ont d'abord désigné Rome 
païenne, puis ils l'ont étendu à Rome chrétienne et aux peu- 
ples chrétiens en général. Or, il ne peut pas être question 
ici de Rome païenne; donc on a voulu parler de la lutte des 
Sarrasins contre les chrétiens, et même des croisades, avant 
la prise de Jérusalem. Quant à la prédiction de Simon ben 
Jochaï, je n'ai pas besoin de dire de quel poids elle doit être 
dans notre jugement. Mais je ne veux pas insister plus long- 
temps sur la démonstration de ces faits, aujourd'hui géné- 
ralement connus et répétés à l'envi par tous les critiques 



72 LA KABDALK. 

modernes \ Nous y ajouterons seulement une dernière ob- 
servalion, qui, je l'espère, ne sera pas perdue pour la con- 
clusion à laquelle nous voulons finalement arriver. Pour 
avoir la conviction que Simon ben Jochaï ne peut pas être 
l'auteur du Zohar et que ce livre n'est pas, comme on le 
prétend, le fruit de treize ans de méditations et de soli- 
tude, il suffit de donner quelque attention aux récits qui 
s'y m^'lent presque toujours à l'exposition des idées. Ainsi, 
dans le fragment intitulé VIdra soula, »xi2i7x-nx, que nous 
espérons traduire au moins en grande partie, et qui forme 
dans celte immense compilation un épisode admirable à tous 
égards, Simon, sur le point de mourir, réunit autour de lui» 
pour leur donner ses dernières instructions, le petit nombre 
de ses disciples et de ses amis, parmi lesquels se trouve son 
fils Eléazar. « Toi, dit-il à ce dernier, tu étudieras, R. Aba 
« écrira, et mes autres amis méditeront en silence ^ » Par- 
tout ailleurs, c'est assez rarement le maître qui parle, mais 
ses doctrines sont dans la bouche de son fils ou de ses amis, 
qui se réunissent encore après sa mort pour se communi- 
quer leurs souvenirs et s'éclairer réciproquement dans la foi 
commune. Ces paroles de l'Écriture : « Combien il est beau 
« de voir des frères rester unis! » leur semblent s'appliquer 
à eux-mêmes''. Quelques-uns d'entre eux viennent-ils à se 
rencontrer en chemin, aussitôt leur conversation se porte 
sur le sujet habituel de leurs méditations, et alors on expli- 
que dans un sens tout à fait spirituel quelque passage du 
Vieux Testament. En voici un exemple, pris au hasard entre 
mille: ce R. Jehoudah et R. Jossése trouvaient ensemble en 

1. ai"i3Dn nnS'CÎZ' 5° part., fol. 281, vers., édit. de Mantoue. Voy. Peler 
Béer, Hisl. des sectes du jucla'isme, 2° part., p. 50 et suiv. — Morinus, Exer- 
cilat. biblic., lib. II, exercit, 9. — Wolf. Bibliollt. Iiébr. 

ini^aba 'î1^Ti'1\ ^° part., fol. 287, vers. 
5. 5° part., fol. 59, vers. 



AUTHENTICITÉ DU ZOIIAR. 73 

« voyage ; alors le premier dit à son compagnon de route : 
ce Dis-moi quelque chose de la loi, et l'esprit divin descen- 
« dra parmi nous; car toutes les fois qu'il médite les paroles 
« de la loi, l'esprit de Dieu vient s'unir à l'homme ou mar- 
<c che devant lui pour le conduire *. » Enfin, comme nous 
l'avons dit plus haut, on cite aussi des livres dont il ne nous 
est parvenu que des lambeaux épars, et qu'il faut nécessai- 
rement supposer plus anciens que le Zohar. Nous nous 
contenterons de traduire le passage suivant, que l'on croi- 
rait écrit par quelque disciple de Copernic, si l'on n'était 
obligé, môme en lui refusant toute authenticité, de le faire 
remonter au moins jusqu'à la fin du treizième siècle : « Dans 
« le livre de Hamnouna le Vieux on apprend, par des expli- 
« cations étendues, que la terre tourne sur elle-même en 
« forme de cercle; que les uns sont en haut, les autres en 
« bas; que toutes les créatures changent d'aspect suivant 
ce l'air de chaque lieu, en gardant pourlant la même posi- 
« tion ; qu'il y a telle contrée de la terre qui est éclairée, 
« tandis que les autres sont dans les ténèbres ; ceux-ci ont 
« le jour quand pour ceux-là il fait nuit ; et il y a des pays 
« oii il fait constamment jour, où du moins la nuit ne dure 
« que quelques instants '. » 

11 est bien évident, d'après cela, que l'auteur du Zohar, 
quel qu'il soit, n'a pas même eu la prétention de l'attribuer 
à Simon ben Jochaï, dont il raconte la mort et les derniers 
instants. 

Sommes-nous donc obligés d'en faire honneur à un 
obscur rabbin du treizième siècle, à un malheureux char- 
latan qui, en l'écrivant, en y consacrant nécessairement 
de longues années, ne cédait qu'au cri de la misère et 
à l'esjioir de la soulager par un moyen aussi lent qu'in- 

I. \'' i)arl., fui. 1 15, vers. 

2- xb;h;n^2 xniri So sm ttii uns nid x:i:î2n m Nison 

t<S''yS ]iSnT XnnS libx y-Z2 xSi:|i:?3. 5° prlie, foi. lO, rect. 



74 LA KABBALE. 

certain? Non, assurément; et quand même nous nous 
contenterions d'examiner la nature intime, la valeur intrin- 
sèque du livre, nous n'aurions aucune peine à démontrer 
que cette opinion n'est pas mieux l'ondée que la première. 
Mais nous avons, pour la combattre, des arguments plus 
positifs. 

Le Zohar est écrit dans un langage araméen qui n'ap- 
partient à aucun dialecte déterminé. Quel dessein Moïse de 
Léon pouvait-il avoir en se servant de cet idiome qui n'était 
pas en usage de son temps? Voulait-il, comme le prétend 
un critique moderne que nous avons déjà cité\ voulait-il 
donner plus de vraisemblance à ses fictions, en faisant 
parler le langage de leur époque aux divers personnages 
sous le nom desquels il désirait faire passer ses propres 
idées? Mais puisqu'il possédait de si vastes connaissances, 
de l'aveu même des bommes dont nous combattons l'opi- 
nion, il ne pouvait pas ignorer que Simon ben Jochaï et ses 
amis sont comptés parmi les auteurs de la Mischna; et 
quoique le dialecte de Jérusalem fût probablement leur 
langue babituelle, il était plus naturel de les faire écrire en 
hébreu. Il y en a qui prétendent qu'il s'est réellement servi 
de celte dernière langue, qu'il n'a pas inventée, qu'il a voulu 
seulement falsifier le Zohar en y ajoutant ses propres pen- 
sées, et que son imposture fut bientôt découverle^ Rien de 
semblable n'étant arrivé jusqu'à nous, cette assertion ne 
doit pas nous occuper plus longtemps. Mais, vraie ou fausse» 
elle confirme les observations que nous venons de faire. 
D'ailleurs nous savons avec une entière certitude que Moïse 

i. « Cùm auctor esset recentissimus, linguaque chaldaïca sua œlate prorsùs 
osset extincto, eamque Judœi doctiores raro intelligerent, consulto chaldaïco 
scripsit, ut antiquilatem apud popularium vulgus libris suis conciliaret. » Mo- 
r'mus, Exercilat. biblic, liv. II, exercit. 9, chap. v. 

2. Outre les deux historiens que nous avons cités plus haut, voyez Bartolocci, 
Grande bibliollièque rabbinique, t. lY, p. 82. 



AUTUENTICITÉ DU ZOUAR. 73 

de Léon a compose en hébreu un ouvrage kabbalislique, 
ayant pour titre : le Nom de Dieu, ou simplement : le Nom 
(oï^yn isd). Cet ouvrage, qui existe encore en manuscrit, 
Moïse Corduero l'a eu sous les yeux * ; il en rapporta plusieurs 
passages d'où il résulte que c'était un commentaire très 
détaillé et souvent fort subtil sur quelques-uns des points les 
plus obscurs de la doctrine enseignée dans \eZohar; par 
exemple, celui-ci : quels sont les différents canaux, c'est-tà- 
dire les influences, les rapports mutuels qui existent entre 
toutes les Sephirolh, et qui conduisent de l'une à l'autre la 
lumière divine ou la substance première des choses? Or, 
comment supposer qu'api'ès avoir écrit le Zohar dans le 
dialecte chaldaïco-syriaque, soit pour en augmenter l'intérêt 
par les difficultés du langage, soit pour en rendre la pensée 
inaccessible au vulgaire, le môme homme ait cru devoir 
ensuite l'expliquer, le développer en hébreu, et mettre à la 
portée de tous ce qu'au prix de tant de soins, de tant de 
labeurs, il avait caché dans une langue presque tombée dans 
l'oubli parmi les savants eux-mêmes? Dira-t-on que par ce 
moyen il était encore plus sûr de réussir à donner le change 
à ses lecteurs? En vérité, c'est trop de ruse, trop de temps 
dépensé, trop de patience et d'efforts pour le misérable but 
qu'on l'accuse de s'être proposé : ce sont des combinaisons 
trop savantes et trop compliquées pour un homme qu'on 
accuse en même temps des plus stupides contradictions, des 
plus grossiers anachronismes. 

Une autre raison qui nous oblige à regarder le Zohar 
comme une œuvre bien antéi'ieure à Moïse de Léon, comme 
une œuvre étrangère à l'Europe, c'est qu'on n'y trouve pas 
le moindre vestige de la philosophie d'Aristote, et l'on n'y 
rencontre pas une seule fois le nom du christianisme ou de 



1. Panlrs Ilimonim [Q'>z^^2'\ D'îns)» f^l. 110, recl., \" col. -ij;»j 



76 LA KADI3ALE, 

son fondalciir'. Or, on sail qu'en Europe, pendantle treizième 
et le quatorzième siècle, le christianisme et Aristote exer- 
çaient sur la pensée une autorité absolue. Comment donc 
pourrions-nous admettre que, dans ce temps de fanatisme, 
un pauvre rabbin espagnol, écrivant sur des matières reli- 
gieuses, dans une langue qui ne pouvait le trahir, n'ait élevé 
aucune plainte contre le premier, auquel les thalmudistes 
et les écrivains postérieurs s'attaquent si fréquemment, et 
qu'il n'ait pas subi, comme Saadiah, comme Maïmonides, 
comme tous ceux enfin qui ont suivi la même carrière, l'in- 
fluence inévitable de la philosophie péripatéticienne? Qu'on 
lise tous les commentaires que nous possédons aujourd'hui 
sur le Livre de la création ; que l'on jette un coup d'œil sur 
tous les monuments philosophiques et religieux de cette 
époque et de plusieurs siècles antérieurs, on trouvera par- 
tout le langage de VOrganum et la domination du philo- 
sophe de Stagyre. L'absence de ce caractère est donc un 
fait dont la gravité ne saurait être contestée. On ne peut pas 
voir dans les dix Sephiroth, dont nous parlerons plus lon- 
guement ailleurs, une imitation déguisée des catégories; 
car celles-ci n'ont qu'une valeur logique; celles-là renfer- 
ment un système métaphysique de l'ordre le plus élevé. Si 
la kabbale a quelques traits de ressemblance avec un système 
philosophique de la Grèce, c'est plutôt avec celui de Platon; 
mais on sait que l'on pourrait affirmer la même chose de 
toute espèce de mysticisme; et d'ailleurs Platon était alors 
peu connu hors de sa patrie. 

Nous remarquons enfin que des idées et des expressions 
qui appartiennent essentiellement, qui sont exclusivement 
consacrées au système kabbalislique exposé dans le Zohar, 
se présentent dans des écrits bien antérieurs à la fin du 

1. Aihle quod eliam conlrà Clirisluin in ioto libro ne minimum quidcni 
effutiatur, proid in reccnlioribus Judœorum sa'iptis plenimque fieri solct. 
(Kabb. dcnud. Pncf., p. 7.) 



AUTUExNTICITÉ DU ZOUAR. 77 

douzième siècle. Ainsi, d'après un écrivain que nous avons 
eu déjà occasion de nommer, d'après Moïse Botarel, l'un des 
commentateurs du SepJier ietzirah, la doctrine de l'émana- 
tion, telle que les kabbalistes l'ont entendue, aurait été 
connue de Saadiah ; car il cite de lui les paroles suivantes, tex- 
tuellement empruntées, dit-il, de l'ouvrage intitulé la Pierre 
philosophale, qui, il est vrai, lui est faussement attribué : 
« toi qui puises à des citernes, garde-toi, quand on viendra 
« te tenter pour cela, de révéler la croyance de l'émanation, 
« qui est un grand mystère dans la bouche de tous les kab- 
« balistcs; un autre mystère est renfermé dans ces paroles 
« de la loi : Vous ne tenterez pas le Seigneur*. » Cependant, 
dans son ouvrage sur les Croyances et les Opinions, Saadiah 
attaque assez vivement cette doctrine, qui est la base du 
système exposé dans le Zoliar, et qu'il est impossible de ne 
pas reconnaître dans ce passage : « J'ai quelquefois ren- 
« contré de ces hommes qui ne peuvent pas nier l'existence 
« d'un créateur, mais qui pensent que notre esprit ne sau- 
ce rait concevoir qu'une chose soit faite de rien. Or, comme 
« le Créateur est le seul être qui existe d'abord_, ils sou- 
« tiennent qu'il a tiré l'univers de sa propre substance. Ces 
ce hommes (que Dieu vous garde de leur opinion!) sont 
ce encore moins sensés que tous ceux dont nous avons 
ce parlé*. » Le sens que nous donnons à ces paroles devient 
encore plus évident lorsqu'on lit, dans le même chapitre, 
que la croyance à laquelle elles font allusion est surtout 

1. Voici le texte (le ce p:iss:igo : ^^p^n n'^nZH -S U^r D-X NM HnX 
ielzircilt, édit. de Manloue, loi. 51. 

2- cSi-j Snp xS -'^1 nu;rjn rroh nrh pr: xS c'*i:*:xn nbx \-ixiV2i 
13 ir^xn xnzn nx 13 im ]\s"i:* pz^ n2T2 xS 12- nvn □niTii'nc ^£3 
ni:vcx-in p a"'S::D inv Sx -j^nT nSxi Tzïy "p □"'■i2in x"a. ^c^ 

Croijanccs eï des Opinions, l" [lart., cli. iv. 



78 LA KABBALE. 

justifiée par ces versets de Job : « D'où vient la sagesse, et 
« en quel lieu se trouve l'intelligence? C'est Dieu qui com- 
« prend ses voies; c'est lui qui connaît sa demeure*. » On 
y trouve, en effet, les noms consacres par le Zohar aux trois 
premières, aux trois grandes Sepliiroth, qui comprennent 
toutes les autres, savoir : la sagesse, Vhitelligence, et au- 
dessus d'elles le lieu, ou le non-être, ainsi appelé parce qu'il 
représente l'infini sans attribut, sans forme, sans qualifica- 
tion aucune, dans un état où il est pour nous incompréhen- 
sible et sans valeur réelle ^ C'est dans ce sens, disent les 
kabbalistes, que tout ce qui est a été tiré du non-être. Le 
môme auteur nous donne aussi une théorie psychologique 
parfaitement identique à celle qui est attribuée à l'école de 
Simon ben Jochaï% et il nous apprend * que le dogme de la 
préexistence et de la transmigration des âmes, qui est posi- 
tivement enseigné dans le Zohar^, était admis de son temps, 
par quelques hommes qui néanmoins se disaient juifs; qui 
prétendaient même, ajoute-t-il, confirmer leur opinion 
extravagante par le témoignage de VEcriture. Ce n'est pas 
encore tout : saint Jérôme, dans une de ses lettres", parle 
de dix noms mystiques, <iece?)i nomma mystica, par lesquels 
les livres saints désisrnent la Divinité. Or, ces dix noms, 
que saint Jérôme ne se contente pas de mentionner, mais 
dont il nous donne encore l'énumération complète, sont 
précisément ceux qui, dans le Zohar, représentent les dix 
Sephiroth, ou attributs de Dieu. Voici en effet ce qu'on lit 
dans h Livre du mystère (NnrjiJï- iSnso), l'un des plus an- 

1. Job, ch. xwiii, V. 20 et 25. 

2. Zohar, 2" part., fol. 42 et 43. Cette première Sephirah se nomme tantôt 
Yiufiiii, riiD T^hs. lanlùt h couronne suprême, piSî? iriD; ^' tantôt le non-être 
^l>^, ou le lieu mpî^- 

3. Des Croyances et des Opinions, G° part., ch. ii. 

4. Ib. siipr., ch. vu. 

5. 2* part., fol. 99, sect. Mischpatim. 

6. Hieron. ad Marcell., epist. 156, t. 111 de ses Œuvres complèl:3. 



AUTUENTICITÉ DU ZOUAR. 79 

tiques fragments du Zoharel en même temps le résumé des 
principes les plus élevés de la kabbale : « Lorsque l'homme 
(c veut adresser une prière au Seigneur, il peut invoquer 
« également, soit les saints noms de Dieu, Eheïeh, Jah, 
« Jehovah, El, Elohim, Jedoud, Elohei-Tsabaoth, Sdiaclau 
« Adonai, soit les dix Sephiroth, à savoir : la Couronne, la 
« Sagesse, rintelligence, la Beauté, la Grâce, la Justice, etc. » 
Tous les kabbalistes sont d'accord sur ce principe, que les i 
dix noms de Dieu et les dix Sepliiroth sont une seule et 
même chose : car, disent-ils, la partie spirituelle de ces ' 
noms, c'est l'essence même des numérations divines \ Saint 
Jérôme, dans plusieurs de ses écrits, parle aussi de cer- 
taines traditions hébraïques sur la Genèse qui font le Paradis, 
ou, comme on l'appelle toujours en hébreu, l'Eden (^^"1:1), 
plus ancien que le monde ^ Remarquons d'abord qu'il 
n'existait pas chez les Juifs d'autres traditions connues sous 
un titre analogue que celles qui étaient comprises dans cette 
science mystérieuse appelée par le Thalmud VHisloire de 
la Genèse. Quant à la croyance rapportée en leur nom, elle 
s'accorde parfaitement avec le Zohar, où la Sagesse suprême, 
le Yerbe divin par lequel a commencé et s'est accomplie la 
création, le principe de toute intelligence et de toute vie, 
est désigné comme le véritable Eden, autrement appelé l'Eden 
supérieur (hnS:; V"^)'"' ^^^'^ un fait plus grave que tous ceux 
qui viennent d'être énoncés, c'est l'intime ressemblance que 

■J- ^'na on m)2ttM riV2nM id ^^x im S^n mrsom marm 

mTSDn. Pai'dcs Rimoniin, fol. 10, verso. 

2. llieron. opp. dernier vol. de l'édit. de Paris. — Voy. aussi le petit 
ouvrage inlilulé : Quesliones liebraïcœ in Gcnesim. — Les traditions sur la 
Genèse sont le livre hébraïque de la Petite Genèse, ou Jubilés, qui rappor- 
tait sans doule l'opinion du Thalmud, que parmi les choses créées avant le 
inonde se trouve aussi l'Eden. Sifri, Mechilla, Pesaliim, 540, .\edorim, 
396, etc. 

3. Zohar, Idra souta, i^-x \S,T, -,NU7 hzi kSSj nNÎ2\1D 7\i{hj NDJH 



80 Li KABBALE. 

nous offre la kabbale, dans le langage aussi bien que dans 
la pensée, avec toutes les secles du gnoslicisme, surtout 
celles qui ont pris naissance en Syrie, et avec le code reli- 
gieux des Nazaréens, découvert il y a (|uelques années seu- 
lement, et traduit du syriaque en latin. Nous attendrons, 
pour donner à ce fait le caractère de l'évidence, que nous 
soyons arrivé à cette partie de notre travail où nous cher- 
cherons à connaître les rapports qui existent entre le sys- 
tème kabbalistiquc et les autres systèmes philosophiques 
ou religieux. Ici nous nous contenterons de faire observer 
que les doctrines de Simon le Magicien, d'EIxaï, de Barde- 
sanes, de Basilide et de Yalentin ne nous sont connues que 
par des fragments disséminés dans les œuvres de quelques 
Pères de l'Église, comme dans celles de saint Irénée et de 
Clément d'Alexandrie. Or, on ne peilt pas supposer que 
ces œuvres aient été familières à un rabbin du treizième 
siècle, qui, dans l'ouvrage même dont on veut lui faire hon- 
neur, se montre fort étranger à toute littérature, et surtout 
à celle du christianisme. Nous sommes donc forcé d'ad- 
mettre que le gnosticisme a beaucoup emprunté, non pas 
sans doute au Zohar lui-même, tel que nous le possédons 
aujourd'hui, mais aux traditions et aux théories qu'il ren- 
ferme. 

Nous ne séparerons pas de l'hypothèse que nous venons 
d'écarter celle qui, nous présentant la kabbale comme une 
imitation de la philosophie mystique des Arabes, la fait 
naître dans l'empire des kalifes, au plus tôt vers le com- 
mencement du onzième siècle, époque à laquelle la philo- 
sophie musulmane nous offre pour la première fois des 
traces de mysticisme*. Cette opinion, exprimée il y a long- 
temps comme une simple conjecture, dans les Mémoires de 



1. C'est Avicennc qui passe généralemenf pour le premier organe du inysU- 
cisme chez les Arabes. Né en 992, il est mort en 1056. 



AUTHENTICITE DU ZOIIAR. 81 

VAcadémie des inscriptions^ M. Tholuck a voulu récem- 
ment la ressusciter et lui prêter l'appui de sa riche éru- 
dition. Dans un premier mémoire, rcclierchant l'influence 
que la philosophie grecque a pu exercer sur celle des maho- 
métnns% le savant orientaliste arrive à cette conclusion : 
que la doctrine de l'cmanalion a été connue des Arabes en 
même temps que le sysième d'Aristolc; car ce dernier n'est 
arrivé jusqu'à eux qu'à travers les commentaires de Thé- 
mislius, deThéon de Smyrne, d'Enée de Gaza, de Jean Phi- 
lopon, en un mot avec les idées d'Alexandrie, exprimées 
cependant sous une forme très incomplète. Ce germe, une 
fois déposé dans le sein de l'islamisme, ne tarda pas à se 
développer en un vaste système qui, semblable à celui de 
Plotin, mettait l'enlhousiasmo au-dessus de la raison, et, 
après avoir fait sortir lous les êtres de la substance divine, 
proposait à l'homme, comme le dernier terme de la perfec- 
tion, d'y rentrer par l'extase et l'anéantissement de soi- 
même. C'est ce mysticisme moitié arabe, moitié grec, que 
M. Tholuck veut nous faire admettre comme la vraie et 
unique source de la kabbale^ A cette fin, il commence par 
s'attaquer à l'authenticité des livres kabbalistiques, surtout 
à celle du Zohar, qu'il regarde comme une compilation de 
la fin du treizième siècle, tout en accordant à la kabbale 
elle-même une existence plus ancienne*. Quand il pense 
avoir mis ce point hors de doute, il entreprend de démon- 
trer la parfaite ressemblance des idées contenues dans ces 
livres avec celles qui font la substance du mysticisme arabe. 
M. Tholuck n'ayant avancé, contre l'authenticité des monu- 



\. Remarques sur l'aiiliquilé et l'origine de la Cabbale, par de La Nauzc, 
(. IX des Méin. de VAcad. des inscript. 

9. Cnmmenlatio de vi quam (jrœca philosophia in (licoloijiam lum Muliani- 
medanorum, tnin Judicortim, exercuerii. Particula I, ihmib., 1855, in-i. 

3. l'urlicula II, de Orln Cabbahe, Uamb., 1857. 

4. Ouvr. et/., part. II, p. 10-28. 

(i 



82 LA KABBALE. 

ments de la kabbale, aucun argument que nous n'ayons 
déjà réfuté, nous nous arrêterons seulement à la dernière 
et sans contredit la plus intéressante partie de son travail. 
Mais ici nous sommes obligé d'entrer, un peu par antici- 
pation, dans le fond même du système kabbalistique, et 
dans quelques considérations relatives à son origine : nous 
ne nous en plaindrons pas si cela peut jeter quelque diver- 
sion sur les recbercbes un peu arides qui nous occupent en 
ce moment. 

La première réflexion qui se présente à l'esprit, c'est que 
la similitude des idées hébraïques et des idées arabes fût- 
elle parfaitement établie, il n'en résulterait pas encore que 
celles-là sont nécessairement une contrefaçon de celles-ci. 
Ne pourrait-il pas se faire que les unes et les autres fussent 
sorties par des canaux différents d'une source commune 
plus ancienne que la philosophie musulmane, plus an- 
cienne même que la philosophie grecque d'Alexandrie? En 
effet, en ce qui regarde les Arabes, M. Tholuck est obligé de 
convenir qu'ils ne connaissaient nullement la philosophie 
d'Alexandrie par ses véritables organes : les œuvres de Plo- 
tin, de Jamblique, de Proclus, ne sont jamais arrivées 
jus(|u'à eux, n'ont jamais été traduites ni en syriaque ni en 
arabe, et de Porphyre ils ne possédaient qu'un commentaire 
purement logique, l'introduction au traité des catégories'. 
D'un autre côté, est-il vraisemblable que les croyances et 
les idées de l'ancienne Perse, que la philosophie religieuse 
des mages, si célèbre dans toute l'antiquité sous le nom 
de sagesse orientale, aient été complètement anéanties à 
l'époque de l'invasion musulmane, et ne comptent pour 
rien dans le mouvement intellectuel qui a illustré le règne 
des Abbassides? Nous savons qu'Avicenne a écrit un ouvrage 
sur la sagesse orientale. De quel droit donc osc-t-oii aTir- 

1. Ib. sup., part. II, p. 7-11. 



AUTUENTICITÉ DU ZOIIAR. 85 

mer, d'après quelques rares citations d'un auteur plus mo- 
derne, que ce livre n'était qu'un recueil de pensées néopla- 
toniciennes*? En mettant sous nos yeux ce passage d'Al 
Gazali : « Il faut que tu saches qu'entre le monde corporel 
« et celui dont nous venons de parler (le monde spirituel) 
« il y a le même rapport qu'entre notre ombre et notre 
« corps" », comment M. Tholuck ne s'est-il pas rappelé que 
c'est aussi dans ces termes, en se servant de la même com- 
paraison, que les zerdustians, l'une des sectes religieuses 
de l'ancienne Perse, avaient formulé le principe fonda- 
mental de leur croyance^? Quant aux Juifs, tout le monde 
sait que depuis la captivité jusqu'à leur entière dispersion, 
ils n'ont pas cessé d'être en relation avec ce qu'ils appellent 
le pays de Babylone. Nous n'insisterons pas, pour le mo- 
ment, sur ce point, qui sera longuement développé ailleurs. 
Nous dirons seulement que le Zohar cite positivement la 
sagesse orientale : cette sagesse, dit-il, que les enfants de 
rOrient connaissent depuis les premiers jours\ et dont il 
cite un exemple parfaitement d'accord avec ses propres doc- 
trines. Evidemment, il ne peut pas être ici question des 
Arabes, que les écrivains hébreux appellent invariablement 
les enfants d'Ismaël ou les enfants de l'Arabie; ce n'est 
pas dans ces termes que l'on parlerait d'une philosophie 
contemporaine, étrangère, née récemment sous l'influence 
d'Aristote et de ses commentateurs alexandrins : le Zohar 
ne la ferait pas remonter aux premiers Tiges du monde; il 
ne la présenterait pas comme un héritage transmis par 

i. Oiivr. cit., part. J, p. IJ. 

2. « Jain verô mundi corporalis ad eum mundum de quo modo diximus, ra- 
lionem talcm, qualis umbroe ad corpus hominis, esse scito.... « Ih. svpr., p. 17. 

3. Voy. Tliom. Hijde, (h Rclifj. vct. Pcrs., c. xxir, p. 29C ot seq. 

\xaip "^WD ^•'yT v,m Nn?22n N^nna iS itzxi. i" i';»-'-, sec. xin» 

fol. 90, verso. 



84 LA KABBALE. 

Abraham aux enfants de ses concubines, et par ceux-ci aux 
nations de rOrient\ 

Mais il n'est pas même nécessaire que nous fassions usage 
de cet argument; car la vérité est que le mysticisme aralje 
et les principes enseignés dans le Zohar nous frappent 
plutôt par leurs différences que par leurs ressemblances. 
Tandis que les unes portent exclusivement sur quelques 
idées générales, communes à toute espèce de mysticisme, 
les autres éclatent surtout sur les points les plus essentiels 
de la métaphysique des deux systèmes, et ne laissent sub- 
sister aucun doute sur la diversité de leur origine. Ainsi, 
pour aller tout droit au plus important, les mystiques 
arabes, après avoir reconnu en Dieu la substance unique 
de toutes choses et la cause immanente de l'univers, en- 
seignent qu'il se révèle ou se manifeste sous trois aspects 
différents : 1" celui de l'unité ou de l'être absolu, au sein 
duquel nulle distinction n'existe encore; 2° celui où les 
objets dont se compose l'univers commencent à se distin- 
guer dans leur essence, dans leurs formes intelligibles, et 
à se montrer présents devant l'intelligence divine. La troi- 
sième manifestation divine, c'est l'univers lui-même, c'est 
le monde réel, ou Dieu devenu visible^ Le système kabba- 
lislique est loin de nous offrir ce caractère de simplicité. 
Sans doute, il nous présente aussi la substance divine 
comme la substance unique, comme la source d'où dé- 
coulent éternellement, sans l'épuiser, toute vie, toute 
lumière et toute existence; mais, au lieu de trois mani- 
festations, de trois formes générales de l'Être infini, il en 
reconnaît d'abord dix : ce sont les dix Sephiroth, qui se 
partagent en trois trinités venant se réunir dans une trinité 
uniijue et dans une forme suprême. Considérées dans leur 



i. Ib. stipr., M. 100, rect. et vers. 

2. Thol . oiivr. cit.. part. IF, p. 28 et 20. 



AUTHENTICITÉ DU ZOIIAR. 85 

ensemble, les Sephirolh ne leprésenlent que le premier 
degré, que la première sphère de l'existence, celle qu'on 
appelle le monde de Vémanation. Au-dessous d'elles se 
trouvent encore, nous offrant, chacun à part, le spectacle 
d'une variété infinie, le monde des purs esprits ou de la 
création^ le monde des sphères ou des intelligences qui les 
dirigent, ayant pour nom le monde de la formation; enfin 
le degré le plus infime appelé le monde du travail ou de 
Vaclion. Les mystiques arabes reconnai-ssenl aussi comme 
une âme collective dont sortent toules les âmes particulières 
qui animent le monde, comme un esprit générateur qu'ils 
appellent le père des esprits, l'esprit de Mahomet, source, 
modèle et substance de tous les autres esprits ^ C'est dans 
cette conception d'esprit qu'on a voulu trouver le modèle 
de VAdam Kadmon, de l'homme céleste des kabbalistes. 
Mais ce que les kabbalistes désignent par ce nom, ce n'est 
pas seulement le principe de l'intelligence et de la vie spi- 
riluelle; c'est aussi ce qu'ils regardent comme au-dessus 
et au-dessous de l'esprit; c'est l'ensemble des Sei)hiroth, 
ou le monde de l'émanation tout entier, depuis l'Etre dans 
son caractère le plus abstrait et le plus insaisissable, à ce 
degré qu'ils nomment le pobit ou le non-êlre, juscju'aux 
forces constitutives de la nature. On ne trouve chez les 
Arabes aucune trace de la métempsycose, qui tient une si 
grande place dans le système hébraïque. Vainement aussi 
vous chercherez dans leurs œuvres ces allégories conti- 
nuelles que l'on rencontre dans le Zohar, cet appel constant 
à la tradition, ces personnifications hardies se multipliant 
par des généalogies sans fin, genealogiis inlerminatk^ 
comme dit saint Paul*, et ces métaphores gigantesques et 



\. Jb. stipr., p. 7)0. 

2. Il est bien difficile de ne pas rapporter à la kabbale ce passage de la 
première lettre de saint Paul à Timolliée : « Ncque intonderint fabulis et 



86 LA KABBALE. 

bizarres qui s'accordent si bien avec l'esprit du vieil Orient. 
Arrivé à la fin de son œuvre, M. Tholuck lui-môine, dont la 
franchise égale la science, recule devant la pensée qui l'avait 
séduit d'abord, et il conclut, comme nous pourrions le 
faire, îi l'impossibilité absolue de faire dériver la kabbale 
de la philosophie mystique des Arabes. Voici, du reste, ses 
propres paroles, qui ne manqueront pas d'autorité dans la 
bouche d'un homme si profondément instruit de la philo- 
so[)hie et de la langue des peuples musulmans : « Que con- 
« dure de ces analogies? Peu de chose, à mon sens. 
« Car, ce que les deux systèmes ont de semblable, on le 
« trouverait ailleurs dans des doctrines plus anciennes, 
« dans les livres des Sabéens et des Perses, et aussi chez les 
« néoplatoniciens. Au contraire, la forme extraordinaire 
« sous laquelle ces idées nous apparaissent dans la kabbale 
ce est tout à fait étrangère aux mystiques arabes. D'ailleurs, 
« pour s'assurer que la kabbale est réellement sortie du 
« commerce de ces derniers, il faudrait avant tout recher- 
« cher parmi eux la doctrine des Sephiroth. Mais c'est de 
« quoi ils ne nous offrent pas le moindre vestige, car ils ne 
« connaissent qu'un seul mode sous lequel Dieu se révèle 
« à lui-même. Sur ce point la kabbale se rapproche bien 
« davantage de la doctrine des Sabéens et du gnosticisme*. « 
L'origine arabe de la kabbale une fois démontrée inadmis- 
sible, l'opinion qui fait du Zohar une œuvre du treizième 
siècle a perdu son dernier appui; je veux parler d'un cer- 
tain air de vraisemblance dont elle pourrait se parer encore. 



« geuealogiis interminalis, qiue qu?csliones prœstant magis quàm acJifica- 
« tionem Dei. » (Epist. ad Timatli., I, 4.) 

1. « Jain veiô ex analogiis istis quid censés colligi posse? Equidem non mulla 
arbitrer. Nam similia etiam in aliis et antiquiorihus quidem disciplinis mons- 
trari licel, in scriptis Sabœis et Persicis, nec non apud neoplatonicos. Contra 
singularis illa forma quam ideœ islac in CaLbalà prae se ferunt, ab Arabicis 
myslicis abcst », etc. 



AUTHENTICITE DU ZOIIAU. 87 

En effet, comme on a déjà pn s'en assni'er par le parallèle 
que nous venons d'établir, le Zohar renferme un système de 
la plus haute portée, de la plus vaste étendue. Or, une con- 
ception de ce genre ne se forme pas en un jour, surtout à 
une époque d'ignorance et de foi aveugle, surtout dans une 
classe d'hommes sur laquelle pèse l'horrible poids du mépris 
et de la persécution. Si donc on ne rencontre dans tout le 
moyen âge ni les antécédents, ni les éléments de ce système, 
il faut bien en reculer la naissance jusque dans l'antiquité. 

Nous voilà arrivé à ceux qui prétendent que Simon ben 
Jochaï a réellement enseigné à un petit nombre de disciples 
et d'amis, parmi lesquels se trouvait son fils, la doctrine 
métaphysique et religieuse qui fait la base du Zohar; mais 
que ses leçons, d'abord transmises de bouclie en bouche, 
comme autant de secrets inviolables, ont été rédigées peu 
à peu; que ces traditions et ces notes, auxquelles se mêlèrent 
nécessaii^cment des commentaires d'une époque plus récente, 
s'accumulant, et par là même s'a Itérant avec le temps, arri- 
vèrent enfin de Palestine en Europe vers la fin du treizième 
siècle. Nous espérons que cette opinion, qui n'a été expri- 
mée jusqu'à présent qu'avec timidité et sous forme de 
conjecture, aura bientôt le caractère et tous les droits de la 
certitude. 

D'abord, comme l'a remarqué déjà l'auteur de la chro- 
nique intitulée la Chaîne de la tradition, elle s'accorde par- 
faitement avec l'histoire de tous les autres monuments reli- 
gieux du peuple juif : c'est aussi en réunissant des traditions 
de diflérenls âges, des leçons de divers maîtres, liés cepen- 
dant par un principe commun, qu'on a formé et la Mischna, 
et le Thalmud de Jérusalem, et le Thalmud de Babylone. 
Elle ne s'accorde pas moins avec une croyance qui, d'après 
l'historien que nous venons de citer, doit èlre assez ancienne. 
« J'ai, dit-il, appris par tradition que cet ouvrage était 
« tellement volumineux, que, com})let, il aurait suffi à la 



88 LA KABBALE. 

« charge d'un chameau'. » On ne peut pas supposer qu'un 
homme, quand même il passerait sa vie à écrire sur de telles 
matières, puisse laisser de sa fécondité une preuve aussi 
effrayante. Enfin, on lit aussi dans les Suppléments du 
Zohar, imn 'Jipn, écrits dans la même langue, et connus 
depuis aussi longtemps que le ZoJiar lui-même, que ce der- 
nier ouvrage ne sera jamais entièrement publié; ou, pour 
traduire plus fidèlement, qu'il le sera à la fin des jours*. 

Lorsqu'on aborde l'examen du livre lui-même, pour y 
chercher, sans préoccupation, quelques lumières sur son 
origine, on ne larde pas à s'apercevoir, par l'inégalité du 
style" et par le défaut d'unité, non pas dans le système, 
mais dans l'exposition, dans la méthode, dans l'application 
des principes généraux, enfin, dans les pensées de détail, 
qu'il est tout à fait impossible de l'attribuer à une seule 
personne. Pour ne pas multiplier les exemples sans impor- 
tance, ])Our ne pas insister sur des faits de langage, que 
nulle traduction ne peut conserver, comme on ne peut, sans 
leur donner la mort, arracher certaines plantes de leur sol 
natal, nous nous bornerons à indiquer rapidement les prin- 
cipales différences qui séparent du reste de l'ouvrage trois 
fragments dont nous avons déjà fait mention, savoir : le 
Livre du mystère, Nnr^'iïT irso , généralement considéré 
comme le plus ancien; la Grande assemblée, Kan nttx, où 
l'on représente Simon ben Jochaï au milieu de tous ses 
amis; et enfin la Petite assemblée, ntcitniin, oii Simon, sur 
son litde mort, après avoir été précédé dans la tombe par trois 

S"24 DNwa "M "tM^ 'h-. Sclialsclielctli hahahalah, fol. 25, rect, 

2. s]iD2 nSx in'2 Ti2n S- NS;n"' nS-^" in-na t;z? fpn ^idi "TT^N-n 

3. ]l y a des passages où l'araméen est à peu près seul employé et d'autres 
où l'on ne trouve que les terminaisons de celle langue, avec des mots qui 
appartiennent tous à l'hébreu rabbinique. 



AUTHENTICITÉ DU ZOIIAR, 8» 

de SCS disciples, donne à ceux qui lui restent ses dernières 
instructions. Ces fragments, qui, placés à de grandes dis- 
lances l'un de l'autre, nous semblent d'abord comme perdus 
dans cet immense recueil, forment cependant un seul tout 
parfaitement coordonné, et pour la marche des événements 
et pour celle des idées. On y trouve, tantôt sous la forme de 
l'allégorie, tantôt dans un langage métaphysique, une des- 
cription suivie et pompeuse des attributs divins, de leurs 
diverses manifestations, de la manière dont le monde a été 
formé, et des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. 
Jamais on n'y quitte ces hauteurs de la spéculation pour 
descendre dans la vie extérieure et pratique, pour recom- 
mander l'observation de la loi ou des cérémonies religieuses. 
Jamais on n'y rencontre ou un nom, ou un fait, ou même 
une expression qui pourrait nous faire douter de l'authenti- 
cité de ces pages, où l'originalité de la forme donne encore 
plus de prix à l'élévation de la pensée. La parole y est tou- 
jours dans la bouche du maître, qui, pour convaincre ses 
auditeurs, n'emploie pas d'autre méthode que celle de l'au- 
torité. 11 ne démontre pas, il n'explique pas, il ne répèle pas 
ce que d'autres lui ont appris; mais il affirme, et chacune de 
ses paroles est accueillie comme un article de foi. Ce carac- 
tère se fait surtout remarquer dans le Livre du mystère, qui 
est un résumé substantiel, mais aussi fort obscur, de tout 
l'ouvrage'. On pourrait dire de lui aussi : docebat quasi 
auctorilalem habens. On ne procède pas ainsi dans le reste 

1. C'est à propos de ce livre, formant un traité complet en cinq chapitres,, 
qu'on lit dans le Zohar celte gracieuse allégorie : o Qu'on se figure un homme 
« demeurant seul dans les montagnes et ne connaissant pas les usages de la 
If ville. 11 ensemence du blé et ne se nourrit que de blé à l'état naturel. Vn 
(I jour cet homme se rend à la ville. On lui présente du pain d'une bonne 
« qualité, et il demande : A quoi sert ceci? On lui répond : C'est du pain pour 
(( manger. 11 le prend et en goûte avec plaisir. Puis il demande de nouveau : 
« Et de quoi cela est-il fait? On lui répond que c'est avec du blé. Quelque 
« temps après on lui ofl're des gâteaux pétris dans l'huile. Il en goûte, puis il 



90 LA KABBALE. 

du livre. Au lieu d'une exposition continue d'un mêuie ordre 
d'idées; au lieu d'un plan librement conçu, suivi avec con- 
stance, où les textes sacrés que l'auteur invoque en témoi- 
gnage vont se placer à la suite de ses propres pensées, c'est 
la marche incohérenle et désordonnée d'un commentaire. 
Cependant, comme nous l'avons déjà fait observer, l'exposi- 
tion de l'Ecriture sainte n'est qu'un prétexte ; mais il n'en est 
pas moins vrai que, sans sortir absolument du même cercle 
d'idées, on est fréquemment conduit, par le texte, d'un sujet 
à un autre , ce qui donne lieu de penser que les notes et les 
traditions qui se sont conservées dans l'école de Simon bon 
Jochaï, au lieu d'être fondues dans un système commun 
d'après l'ordre logique, ont été ajustées, suivant l'esprit du 
temps, aux principaux passages du Pentateuque. On est con- 
firmé dans cette opinion quand on s'est donné la peine de 
s'assuier que souvent il n'existe pas le moindre rapport 
entre le texte biblique et la partie du Zohar qui lui sert de 
commentaire. La même incohérence, le même désordre 
régnent dans les faits, qui, d'ailleurs, sont en petit nombre 
et portent un caractère assez uniforme. Ici la théologie 
métaphysique ne règne plus en souveraine absolue ; mais, à 
côté des théories les plus hardies et les plus élevées, on ne 
rencontre que trop souvent les détails les plus matériels du 
culte extérieur, ou ces questions puériles auxquelles les gué- 
marisles, semblables en cela aux casuistes de toutes les autres 
croyances, ont consacré tant d'années et de volumes. Ici sont 

<( demande : Et ceci, de quoi cela est-il fait? On lui répond : Avec du blé. 
« Plus tard on met devant lui de la pâtisserie royale pétrie avec de l'huile et 
(( du miel. 11 adresse la même question que les premières fois, et il obtient la 
« même réponse. Alors il dit : Moi, je suis le maître de toutes ces choses, je 
« les goûte dans leur racine, puisque je me nourris du blé dont elles sont 
(( faites. Dans cette pensée, il restait étranger aux délices qu'on en tire, et ces 
« délices étaient perdues pour lui. Il en est de même de celui qui s'arrête aux 
(( principes généraux de la science, car il ignore toutes les délices que l'on tire 
(( de ces piincipes. » 



AUTHENTICITÉ DU ZOIIAR. 91 

rassemblés tous les argumenls que les critiques modernes 
ont fait valoir en faveur de l'opinion qui leur est commune, 
et dont nous croyons avoir tout à l'heure démontré la faus- 
seté. Enfin, tout, dans cette dernière partie, la forme aussi 
bien que le fond, porte les traces d'une époque plus récente; 
tandis que la simplicité, l'enthousiasme naïf et crédule qui 
régnent dans la première, nous rappellent souvent et le 
temps et le langage de la Bible. Nous ne pouvons guère en 
citer qu'un seul exemple, sans anticiper sur l'avenir : c'est 
le récit de la mort de Simon ben Jocliaï, parrabbi Aba, celui 
de ses disciples qu'il avait chargé de rédiger ses leçons. Nous 
allons essayer de le traduire. « La lampe sainte (c'est ainsi 
« que Simon est appelé par ses disciples), la lampe sainte 
« n'avait pas achevé cette dernière phrase, que les paroles 
« s'arrêtèrent, et cependant j'écrivais toujours; je m'atten- 
cc dais à écrire encore longtemps, quand je n'entendis plus 
<c rien. Je ne levais pas la tète, car la lumière était trop 
« grande pour me permettre de la regarder. Tout à coup je 
« fus saisi : j'entendais une voix qui s'écriait : De longs 
« jours, des années de vie et de bonheur sont maintenant 
<c devant toi. Puis j'entendis une autre voix qui disait : Il 
« te demandait la vie, et toi lu lui donnes des années éter- 
<c nelles. Pendant tout le jour, le feu ne se retira pas de la 
<c maison, et personne n'osait approcher de lui à cause du 
<c feu et de la lumière qui l'environnaient. Pendant tout ce 
« jour-là, j'étais étendu à terre et je donnais cours à mes 
« lamentations. Quand le feu se fut retiré, je vis que la 
<c lampe sainte, que le saint des saints avait quitté ce monde. 
« ]1 était là étendu, couché sur la droite, et la face souriante, 
ce Son fils Éliézer se leva, lui prit les mains et les couvrit de 
« baisers; mais j'eusse volontiers mangé la poussière que 
« ses pieds avaient touchée. Puis tous ses amis arrivèrent 
« pour le pleurer, mais aucun d'eux ne pouvait rompre 
•« le silence. A la lin, cependant, leurs larmes coulèrent. 



92 LA KABBALE. 

« R. Eliézer, son fils, se laissa jusqu'à trois fois tomber à 
« terre, ne pouvant articuler que ces mots : Mon père! mon 
« père!... R. Ilïah, le premier, se remit sur ses pieds, et 
« prononça ces paroles : Jusqu'aujourd'hui la lampe sainte 
« -n'a cessé de nous éclairer et de veiller sur nous; en ce 
« moment, il ne nous reste qu'à lui rendre les derniers hon- 
« neurs. R. Éliézer et R. Aba se levèrent, pour le revêtir de 
« sa robe sépulcrale; alors tous ses amis se réunirent en 
« tumulte autour de lui, et des parfums s'exhalèrent de 
« toute la maison, il fut étendu dans la bière, et aucun 
« autre que R. Éliézer et R. Aba ne prit part à ce triste 
« devoir. Quand la bière fut enlevée, on l'aperçut à travers 
« les airs, et un feu brillait devant sa face. Puis on entendit 
(c une voix qui disait : Yenez, et réunissez-vous à la fête 

« nuptiale de rabbi Simon Tel fut ce rabbi Simon, fils de 

c( Jochaï, dont le Seigneur se glorifiait chaque jour. Sa 
(c part est belle et dans ce monde et dans l'autre. C'est pour 
« lui qu'il a été dit : Va vers ta fin, repose en paix et con- 
cc serve ton lot jusqu'à la fin des jours*. » Nous ne voulons 
pas, encore une fois, nous exagérer la valeur que ces lignes 
peuvent ajouter aux observations qui les précèdent; mais 
elles nous donneront au moins une idée du caractère que 
Simon avait aux yeux de ses disciples, et du culte religieux 
dont son nom est entouré dans toute l'école kabbalistique. 
On trouvera sans doute, en faveur de l'opinion que nous 
défendons, une preuve plusévidente dans le texte suivant, que 
nous n'avons vu citer nulle part, quoiqu'il se trouve dans 
toutes les éditions, dans les plus anciennes comme dans les 
plus modernes. Après avoir distingué deux sortes de doc- 
teurs, ceux de la Mischna, n:u3 rNî2, et ceux de la kabbale, 
nb^p nNî2, on ajoute : « C'est de ceux-ci que le prophète Daniel 
« a voulu parler, lorsqu'il a dit : Et les hommes intelligents 

1. 0' part., fol. 296, verso, édit. de Manloue. 



AUTHENTICITÉ DU ZOIIAR. 93 

« brilleront comme la lumière du firmament. Ce sont eux 
« qui s'occupent de ce livre, qu'on appelle le Livre ie la lu- 
« mière, et qui, semblable à l'arche de Noé, en réunit deux 
« d'une ville et sept d'un royaume ; mais quelquefois il n'y 
« en a qu'un de la même ville et deux de la même famille. 
<c C'est en eux que s'accomplissent ces paroles : Tout mâle 
« sera jelé dans le fleuve. Or, le fleuve n'est pas autre chose 
« que la lumière de ce livret ^) Ces mots font partie du 
Zohar, et cependant il est évident qu'à l'époque où ils furent 
écrits, le Zohar existait déjà; il était même connu sous le 
nom qu'il porte encore aujourd'hui ; nous sommes donc 
forcé de conclure qu'il s'est formé successivement pendant 
la durée de plusieurs siècles et par le travail de plusieurs 
générations de kabbalistes. 

Voici, non pas la traduction, qui occuperait trop de place, 
mais la substance d'un autre passage, très précieux sous 
tous les rapports, et par lequel nous voulons surtout mon- 
trer que, longtemps après la mort de Simon ben Jochaï, sa 
doctrine s'est conservée dans la Palestine, où il avait vécu et 
enseigné, et que de Babylone on y envoyait des émissaiies 
pour recueillir quelques-unes de ses paroles. R. Jossé et 
R. Ézéchias, voyageant un jour ensemble, la conversation 
tomba sur ce verset de VEcclcsiaste : « L'homme et la bête 
« meurent également ; le sort de l'homme est comme le sort 
ce de la bête; ils ont tous deux le même sort^ >) Les deux 
docteurs ne pouvaient comprendre que le roi Salomon, le 
plus sage des hommes, ait écrit ces paroles, qui, pour me 
servir de l'expression originale, sont une porte ouverte pour 

1- 7)17)2 in''N- -i.Ttn "iSD i-ip^ii N- iniTi iiSinuD xpi pJiN» '}iSx 
D"':n •)'^';>2 Tnx y:^lh^ xm^SD^z 72V^ ^^T2 d"':*^ m ^lurj^nm nj 

l^-j. 3° part., fol. 153, verso. 
2. Ecclés., chap. m, v. 19. 



9i LA. KABBALE. 

ceux qui n'ont pas la foi ^ En raisonnant ainsi, ils furent 
accostés par un homme qui, fatigué par une longue course 
et par un soleil ardent, leur demanda à boire. Ils lui don- 
nèrent de l'eau et le conduisirent auprès d'une source. 
Aussitôt qu'il se sentit soulagé, l'étranger leur apprit qu'il 
était leur coreligionnaire, et que, par l'intermédiaire d'un 
fils qui donnait tout son temps à l'élude de la loi, il était 
lui-même un peu initié à celte connaissance. Alors on lui 
soumit la question dont on était occupé avant son arrivée. 
Il est inutile, pour le but auquel nous voulons atteindre ici, 
de faire connaître la manière dont il la résolut; nous dirons 
seulement qu'il fut vivement applaudi, et ce fut avec grande 
peine qu'on le laissa repartir. Peu de temps après, les deux 
kabbalistes eurent les moyens de s'assurer que cet homme 
était du nombre des amis (c'est ainsi que, dans toute l'éten- 
due de l'ouvrage, se nomment les adeptes de la doctrine); 
que, l'un des plus grands docteurs de l'époque, c'était par 
humilité qu'il faisait honneur à son fils de la science qu'on 
admirait en lui ; qu'enfin il était venu en Palestine, envoyé 
par les amis de Babylone, pour recueillir quelques paroles 
de Simon ben Jochaï et de ses disciples ^ Tous les autres 
faits rapportés dans ce livre sont empreints de la même 
couleur, et se passent sur le même théâtre. Ajoutons à cela 
qu'on y fait souvent mention des croyances religieuses de 
l'Orient, comme du sabéisme ^ et même de l'islamisme ; 
qu'au contraire, on n'y trouve rien qui puisse se rapporter 
à la religion chrétienne, et nous comprendrons comment le 
Zohai\ dans l'état où nous le voyons aujourd'hui , a pu 

1- .Ta r\jT\Vii. NniTZ^-iT^ 1:2 'nS- ]';\sh xnnD Nm. 5' part-, foi. 157, 

verso. 

N"'"'1in "INwl \sn*'' T2 7""?r'^*. Voyez, pour tout le récit, Zohav, o" part., 
loL 157 et 158. 

3. Voyez surtout la 1"^^ partie du Zohar, fol. 99 et 100. 



AUTHENTICITE DU ZOIIAR. 95 

n'être introduit dans nos contrées que vers la fin du trei- 
zième siècle. Quelques-unes des doctrines qu'il renferme, 
comme nous l'avons vu par l'exemple de Saadiah, étaient 
sans doute déjcà connues auparavant; mais il paraît certain 
qu'avant Moïse de Léon, avant le départ de Naclimanides 
pour la Terre-Sainte, il n'en existait en Europe aucun ma- 
nuscrit complet. Quant aux idées qu'il contient, Simon ben 
Jochaï nous apprend lui-même qu'il ne les a pas apportées 
le premier. Il répète à ses disciples ce que les amis ont 
enseigné dans les livres anciens (nson xnn njicxt ne* 
\s*Gip). Il cite particulièrement Jéba le Vieux et Hamnouna 
le \ieux. Il espère, au moment de révéler les plus grands 
secrets de la kabbale, que l'ombre de Hamnouna viendra 
l'écouler, suivie d'un cortège de soixante-dix justes \ Je suis 
loin de prétendre que ces personnages et surtout ces livres 
d'une antiquité si reculée aient existé réellement ; je veux 
seulement constater ce fait que les auteurs du ZoJiar n'ont 
jamais songé à représenter Simon ben Jocbaï comme l'inven- 
teur de la science kabbalistique. 

Il est un autre fait qui mérite de notre part la plus 
sérieuse attention. Plus d'un siècle après que le Zohar fut 
publié en Espagne, il existait encore des bommes qui ne 
connaissaient et ne transmettaient que par tradition la plu- 
part des idées qui en sont la substance. Tel est Moïse Botril, 
qui, en 1409, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même", s'ex- 
prime ainsi sur la kabbale et sur les précautions avec 
lesquelles il faut l'enseigner : « La kabbale n'est pas autre 
« cliose qu'une pbilosopbie plus pure et plus sainte; seule- 
« ment le langage pbilosopliique n'est pas le même que ce- 
ce lui de la kabbale^... Elle est ainsi appelée parce qu'elle ne 
« procède pas par raisonnement, maispar tradition. Et lorsque 

i. Ulra Raha, aJ init. 

2, Voyez son Commentaire sur le Sepher iclzituh, édit. de Mantoue, fol. 46. 

5. Ib. supr.j fol. 5t. 



06 LA KADBALE. 

« le maître a développé ces matières à son disciple, il ne faut 
« pas encore que celui-ci ait trop de confiance en sa sagesse; 
« il ne lui est pas permis de parler de cette sciencesi d'a- 
ce bord il n'y a été formellement autorisé par le maître. Ce 
« droit lui sera accordé, c'est-à-dire qu'il pourra parler de 
« la Mercalja, s'il a donné des preuves de son intelligence, et 
<c si les germes déposés dans son sein ont porté des fruits. Il 
<c faudra, au contraire, lui recommander le silence, si l'on 
« ne trouve en lui qu'un homme extérieur, et s'il n'est pas 
« encore arrivé au nombre de ceux qui se distinguent par 
« leurs méditations '. » L'auteur de ces lignes paraît igno- 
rer jusqu'au nom du Zoliar, qui n'est pas prononcé une 
seule fois dans tout le cours de son ouvrage. En revanche, il 
cite un grand nombre d'écrivains très anciens, mais qui, 
presque tous, appartiennent à l'Orient, comme R. Saadiah, 
R. liai et R. Aron, le chef de l'Académie de Rahylone. Quel- 
quefois aussi il nous parle de ce qu'il a appris verbalement 
de la bouche de son maître ; on ne peut donc pas supposer 
qu'il ait puisé ses connaissances kahhalistiques dans les ma- 
nuscrits qui furent publiés par Nachmanides et Moïse de 
Léon; mais, après comme avant le treizième siècle, le sys- 
tème dont Simon ben Jochaï peut être considéré au moins 
comme le plus illustre représentant, s'est principalement 
conservé et propagé par une multitude de traditions, que les 
uns se plaisaient à écrire, tandis que les autres, plus fidèles 
à la méthode de leurs ancêtres, les gardaient religieusement 
dans leur mémoire. Dans le Zohar se trouvent seulement 
réunies celles qui ont pris naissance depuis le premier jus- 
qu'à peu près vers la fin du septième siècle de l'ère chré- 
tienne. En effet, nous ne pouvons pas faire remonter à une 
époque moins reculée, je ne dirai pas la rédaction, mais 
l'existence de ces traditions si semblables ou si liées entre 

i. Ib., fol. 87, verso. 



AUTHEISTICITÉ DU ZOUAR. DT 

elles par l'esprit qui les anime ; car alors on connaissait 
déjà la Mercaba, qui n'est pas autre chose, comme nous sa- 
vons, que cette partie de la kabbale à laquelle le Zoliar est 
spécialement consacré ; et Simon ben Jochaï nous apprend 
lui-même qu'il avait des prédécesseurs. Il nous est égale- 
ment impossible de les faire naître dans un temps plus rap- 
proché de nous : parce que nous ne connaissons aucun fait 
qui nous y autorise. Ainsi, les difficultés insurmontables 
que l'on rencontre dans les opinions qui se distinguent de la 
nôtre, deviennent dans celles-ci des faits positifs qui la con- 
firment et qui, parmi les preuves dont nous nous sommes 
servi, ne doivent pas être comptées les dernières. 

Il nous reste cependant encore deux objections à résoudre : 
on a demandé comment, dans un temps aussi éloigné de 
nous que celui auquel nous rapportons le principal monu- 
ment du système kabbalistique, on a pu connaître le prin- 
cipe qui fait la base de la cosmographie de nos jours, ou 
le système de Copernic, si clairement résumé dans un pas- 
sage dont nous avons plus haut donné la traduction. Nous 
répondrons que, dans tous les cas, môme en admettant 
que le Zohar n'est qu'une imposture de la fin du treizième 
siècle, ce passage était connu avant la naissance de l'astro- 
nome prussien. Ensuite, les idées qu'il renferme étaient 
déjà répandues parmi les anciens, puisque Aristote le? 
attribue à l'école de Pythagorc. « Presque tous ceux, dit-il, 
« qui affirment avoir étudié le ciel dans son ensemble, 
« prétcntlent que la terre est au centre; mais les pbilo- 
« sophes de l'école italique, autrement appelés les pylha- 
« goriciens, enseignent tout le contraire. Dans leur opinion, 
« le centre est occupé par le feu, et la terre n'est qu'une 
« étoile dont le mouvement circulaire autour de ce même 
« centre produit la nuit et le jour', m Dans leurs attaques 

eîvai '^da:v. Evxvt:io; o'. zzfi zr,v 'IraXi^av. y.aAoj;j.:vo'. ol -jO^-^/oio'. ÀfYOJîtv • 

7 



98 LA KABBALE. 

contre la philosophie, les premiers Pères de l'Eglise n'ont 
pas cru devoir épargner celte opinion, qui est en effet incon- 
ciliable avec le système cosmologique enseigné dans la 
Genèse. « C'est, dit Lactance, une absurdité de croire qu'il 
« y a des hommes qui ont les pieds au-dessus de leurs 
« têtes, et des pays où tout est renversé, où les arbres et 
« les plantes croissent de haut en bas.... On trouve le 
« germe de celte erreur chez les philosophes qui ont prê- 
te tendu que la terre est ronde \ » Saint Augustin s'est 
exprimé sur le même sujet en termes à peu près sem- 
blables^ Enfin, même les auteurs les plus anciens de la 
Guémara avaient connaissance des antipodes et de la forme 
sphérique de la terre, car on lit dans le Thalmud de Jéru- 
salem' qu'Alexandre le Grand, en parcourant la leri*e pour en 
faire la conquête, apprit qu'elle est ronde ; et l'on ajoute que 
c'est pour cela qu'il est ordinairement représenté un globe 
à la main. Mais le fait même dans lequel on a cru trouver 
une objection contre nous, prouve au contraire pour nous; 
car, pendant toute la durée du moyen âge, le vrai système 
du monde est resté à peu près ignoré et le système de Plo- 
Icmée régnait sans partage. 

On pourrait aussi s'étonner de trouver, précisément dans 
cette partie du Zohar que nous regardons comme la plus 
ancienne, des connaissances médicales qui semblent accuser 
une civilisation assez récente. Par exemple Vldra Raba, ou 
le morceau intitulé la Grande assemblée, renferme ces 



l:i\ [aIv yàp tou [asiou 7:up etvai oâi'., rJjv Si -v^y sv twv S^rpwv ou-iav, x-jxXhi 
<jp:po;j.£vriv r.ifi zo ^hov vû/.Ta t£ "/.at fjU.c'pav tzoisTv. De Cœlo, liv. II, chap. xiii. 

1. « Ineplum crederc esse homines quorum vestigia sint superiora quam 
capita, aut ibi quœ apud nos jacent inversa pendere ; fruges et arbores deorsuna 
versus crescere — flujus erroris originem philosophis fuisse quod exislimarint 
rotundura esse mundum. » Lib. III, cap. xxiv. 

2. De Civilate Dei, lib. XVI, cap. ix. 

3. Âboda Zarah, chap. m. 



AUTHENTICITÉ DU ZOIIAR. 99 

lignes remarquables que l'ou croirait empruntées à quelque 
traité d'anatomie de nos jours : « Dans l'intérieur du crâne, 
« le cerveau se partage en trois parties, dont chacune 
« occupe une place distincte. Il est, en outre, recouvert d'un 
« voile très mince, puis d'un autre voile plus dur. Au 
« moyen de trente-deux canaux, ces trois parties du cer- 
« veau se répandent dans tout le corps en se dirigeant par 
« deux côtés : c'est ainsi qu'elles embrassent le corps sur 
« tous les points et se répandent dans toutes ses parties'. » 
Il est impossible de ne pas reconnaître à ces mots, et les 
trois organes principaux dont se composent l'encéphale et ses 
principaux téguments, et les trente-deux paires de nerfs qui 
en partent dans un ordre symétrique, pour donner la vie 
et la sensibilité à toute l'économie animale. Mais nous ferons 
remarquer qu'obligés de se soumettre, relativement à leur 
nourriture, à une foule de prescriptions religieuses, obligés 
d'observer et les divers états et les diverses constitutions 
des animaux, dans la crainte de manger de ceux que la loi 
déclare impurs, les Juifs ont été excités de bonne heure, 
par le plus puissant des mobiles, à l'étude de l'anatomie 
et de l'histoire naturelle. C'est ainsi que dans le Thalmud, 
parmi les affections qui peuvent atteindre les animaux et en 
font proscrire la chair, on compte généralement la perfora- 
tion des enveloppes du cerveau, maS^^ Diip3p''J. Mais il y 
a une condition sur laquelle les avis sont partagés : selon 
les uns, la défense n'est légitime que lorsqu'elle atteint à la 
fois les deux téguments; selon les autres, il suffit qu'on la 
trouve dans la dure-mère. Enfin, d'autres se contentent 
d'une solution de continuité dans les deux enveloppes infé- 

^' xiiEn p''pT Nî2TipT ini Nma Knu;i '.nDri^x yhhn j NnS;bi;3 
\h'^2XD ^nm ^TiSnS p-'s:! i2tt»snK Nnia ^xn '"' ï<u?iu;p NDi-ipi i.tiS:? 
THK ^irxii NTCD \smSi NTt2D \s'nS NSia Sdi ^iTotysna ; ^Sni *'" 



100 LA KABBALE. 

rieiires*. Dans le même traité, on parle aussi de la moelle 
épinière, nii^n :3in, et des maladies qui lui sont propres. 
Nous ajouterons à cela que, dès le milieu du deuxième 
siècle, il existait parmi les Hébreux des médecins de pro- 
fession; car on raconte encore dans le Thalmud^ que Judas 
le Saint, le rédacteur de la Mischna, a souffert pendant 
treize ans d'une affection ophtalmique, et qu'il avait pour 
médecin R. Samuel, l'un des plus zélés défenseurs de la 
tradition, et qui, outre la médecine, cultivait l'astronomie 
et les mathématiques. On disait de lui qu'il connaissait les 
chemins du ciel comme les rues de Néhardéa, sa ville 
natale^ 

Nous terminerons ici, et sans doute il en est temps, ces 
observations purement bibliographiques et ce que nous 
appellerions volontiers l'histoire extérieure de la kabbale. 
Les livres que nous avons examinés ne sont donc pas, 
comme des enthousiastes l'ont affirmé avec confiance, ou 
d'une origine surnaturelle, ou d'une antiquité qui échappe 
à l'histoire. Mais ils ne sont pas non plus, comme le prétend 
aujourd'hui encore une critique superficielle et incrédule, 
ils ne sont pas le fruit d'une imposture conçue et con- 
sommée dans un intérêt sordide, l'œuvre d'un charlatan 
pressé par la faim, dénué d'idées, de convictions, et spé- 
culant sur une grossière crédulité. Ces deux livres, encore 
une fois, ne sont pas moins que l'œuvre de plusieurs gé- 
nérations. Quelle que soit la valeur des doctrines qu'ils 
enseignent, ils mériteront toujours d'être conservés comme 
un monument des longs et patients efforts de la liberté 
intellectuelle, au sein d'un peuple et dans un temps sur 
lesquels le despotisme religieux s'est exercé avec le plus 



\. Thalm. Babyl., tract. Clioidin, chap. m. 
2. Schalschdctli liakabalah. M. 24, verso. 

5. lyTin:! iSu^ùtd N^au;T ^rz'Q n^b V'\r\2. i^- supr. 



AUTIIENTICITË DU ZOIIAR. 101 

d'énergie. Mais tel n'est pas leur seul titre à notre intérêt : 
ainsi que nous l'avons déjà dit, et comme on ne tardera 
pas à en être convaincu, le système qu'ils renferment est par 
lui-même, par son origine et par l'influence qu'il a exercée, 
un fait très important dans l'histoire de la pensée humaine. 



DEUXIÈME PARTIE 



CHAPITRE I 



DE LA DOCTRINE CONTENUE DANS LES LIVRES KABBALISTIQUES 
ANALYSE DU SEPHER lETZIliAH 



Les deux livres que, malgré la crédulilé des uns et le 
seeplicismc des autres, nous avons reconnus pour les vrais 
monuments de la kabbale, nous fourniront seuls les maté- 
riaux que nous allons faire servir à l'exposition de celte 
doctrine. Ce ne sera qu'en de rares occasions, quand l'ob- 
scurité des textes nous en fera une absolue nécessité, que 
nous ferons intervenir les commentaires. Mais les innom- 
brables fragments dont ces livres se composent, empruntés, 
sans clioix et sans disccrnemenl, à des époques différentes, 
sont loin de nous offrir tous un caractère parfaitement uni- 
forme. Ceux-ci ne font qu'étendre le système mythologique 
dont les éléments les plus essentiels se trouvent déjà dans 
le Livre de Jub et les Visions illsaïe : ils nous font con- 
naître, avec une grande richesse de détails, les attributions 
des anges comme celles des démons, et se rapportent à des 
idées dejtuis trop longtemps populaires, pour appartenir 



104 LA KABUALE. 

à une science considérée dès son origine comme un secret 
aussi terrible qu'inviolable. Ceux-là, sans contredit, les plus 
récents, expriment des penchants si serviles et un phari- 
saïsmc si étroit, qu'ils ressemblent à des traditions thal- 
mudiques, mêlées par orgueil, autant que par ignorance, 
aux opinions d'une secte fameuse, dont le nom seul 
inspirait un respect idolâtre. Enfin, ceux qui forment le 
plus grand nombre nous enseignent, dans leur ensemble, 
la véritable croyance des anciens kabbalistes, et sont la 
source à laquelle ont puisé, plus ou moins préoccupés de la 
philosophie de leur siècle, tous les hommes qui voulurent 
passer, dans les temps modernes, pour leurs disciples et 
leurs continuateurs. Nous sommes cependant obligé de faire 
remarquer que celte distinction ne regarde que le Zohar. 
Quant au Livre de la création, sur lequel notre analyse 
s'exercera d'abord, s'il n'est pas d'une grande étendue, si 
même il ne porte pas toujours notre esprit vers des régions 
très élevées, il nous offre du moins une composition très 
homogène et d'une rare originalité. Les nuages dont l'ima- 
gination des commentateurs s'est plu à l'entourer, se dis- 
siperont d'eux-mêmes si, au lieu d'y chercher, à leur 
exemple, les mystères d'une sagesse ineffable, nous n'y 
voyons qu'un effort de la raison, au moment de son réveil, 
pour apercevoir le plan de l'univers et le lien qui rattache 
à un principe commun tous les éléments dont il nous offre 
l'assemblage. 

Ce n'est jamais qu'en s'appuyant sur l'idée de Dieu, qu'en 
se faisant l'interprète de la volonté et de la pensée suprêmes, 
que la Bible ou tout autre monument religieux nous explique 
le monde et les phénomènes dont il est le théâtre. C'est 
ainsi que dans la Genèse nous voyons la lumière sortir du 
néant à la parole de Jéhovah ; Jéliovah, après avoir tiré du 
chaos le ciel et la terre, se fait le juge de son œuvre et la 
trouve digne de sa sagesse : c'est pour éclairer la terre qu'il 



ANALYSE DU SE PUER lETZIRAH. 105 

attache au firmament le soleil, la lune et les étoiles. Quand 
il prend de la poussière, qu'il fait passer en elle un souffle 
de vie pour laisser ensuite échapper de ses mains la der- 
nière et la plus belle de ses créatures, il nous a déjà déclaré 
son dessein de former l'homme à son image. — Dans l'ou- 
vrage dont nous essayons de rendre compte, on suit une 
marche tout opposée, et cette différence est très significa- 
tive, quand elle se montre pour la première fois dans l'his- 
toire intellectuelle d'un peuple : c'est par le spectacle du 
monde qu'on s'élève à l'idée de Dieu; c'est par l'unité qui 
règne dans l'œuvre de la création, qu'on démontre à la fois 
et l'unité et la sagesse du Créateur. Telle est, comme nous 
l'avons dit ailleurs, la raison pour laquelle le livre tout 
entier n'est pour ainsi dire qu'un monologue placé dans la 
bouche du patriarche Abraham : on suppose que les consi- 
dérations qu'il renferme sont celles qui ont porté le père 
des Hébreux à quitter le culte des astres pour y substituer 
celui de l'Eternel. Le caractère que nous venons de signaler 
éclate avec tant d'évidence, qu'il a été remarqué et défini 
avec beaucoup de justesse par un écrivain du douzième 
siècle. « Le Sepher ietzirah, dit Jehouda Hallévi, nous 
« enseigne l'existence d'un seul Dieu, en nous montrant, 
« au sein de la variété et de la multiplicité, la présence de 
« l'unité et de l'harmonie; car un tel accord ne peut venir 
« que d'un seul ordonnateur'. » Jusqu'ici tout est parfai- 
tement conforme aux procédés de la raison; mais, au lieu 
de chercher dans l'univers les lois qui le régissent, pour 
lire ensuite dans ces lois elles-mêmes la pensée et la sagesse 
divines, on s'efforce d'établir une grossière analogie entre 

i. Cuzary, Disc, 4, 8, 23. Au lieu du texte hébreu, qui serait peu compris, 
nous citerons l'excellente traduction espagnole de Jacob Abendana : « Ensena 
la deydad y la unidad por cosas que son varias y inulliplicadas por una parte, 
pero per olra parle, son unidas y concordantes, y su union procède dcl uno 
que los ordcna. » 



106 LA KABBALE. 

les choses et les signes de la pensée, ou les moyens par les- 
quels la sagesse se fait entendre et se conserve parmi les 
hommes. Remarquons, avant d'aller plus loin, que le mys- 
ticisme, en quelque temps et sous quelque forme qu'il se 
manifeste, attache une importance sans mesure à tout ce 
qui peut représenter au dehors les actes de l'intelligence, et 
il n'y a pas encore si longtemps qu'un écrivain très connu 
parmi nous a voulu prouver que l'écriture n'est pas une 
invention de l'humanité, mais un présent delà révélation'. 
Ici il s'agit des vingt-deux lettres de l'alphahet héhreu et 
des dix premiers nomhres qui, en conservant leur propre 
valeur, servent encore à l'expression de tous les autres. 
Réunies sous un point de vue commun, ces deux sortes de 
signes sont appelées les trente-deux voies merveilleuses de la 
Sagesse, « avec lesquelles, dit le texte, l'Eternel, le Sei- 
« gncur des armées, le Dieu d'Israël, le Dieu vivant, le Roi 
ce de l'univers, le Dieu plein de miséricorde et de grâce, 
« le Dieu suhlime, qui demeure dans l'éternité, le Dieu 
« élevé et saint a fondé son nom^ ». A ces trente-deux voies 
de la Sagesse, qu'il ne faut pas confondre avec les distinc- 
tions subtiles, et d'un ordre tout différent, admises à leur 
place par les kabbalistes modernes', il faut ajouter trois 
autres formes, désignées par trois termes d'un sens très 
douteux, mais qui ont certainement, au moins par leur 
généalogie grammaticale, une très grande ressemblance 
avec ceux qui en grec désignent le sujet, l'objet et l'acte 
même de la pensée \ Nous croyons avoir démontré précé- 
demment que ces mots détachés sont entièrement étran- 

1. M. de Donald, Recherches pliilosoph., cliap. in. Voy. aussi M. de Maistrc, 
Soirée-, de Samt-Pétersbourg, t. II. p. 112 et seq. 

2. Premier chapitre, première mischna. 

3. Introduction au commentaire d'Abraham ben Daoud sur le Sepher icizi- 
rah, édit. de Mantoue. 

^' l'ED" 1£D* 13D3» premier chapitre, première proposition. 



ANALYSE DU SEPIIER lETZIRAH. 107 

gers au texte. Cependant nous ne pouvons pas laisser 
ignorer qu'ils ont été compris tout difleremment et d'une 
manière qui ne répugne ni au caractère général du livre, 
ni aux lois de l'élymologie, par l'auteur espagnol que nous 
avons nommé un peu plus haut. Voici comment il s'exprime 
à ce sujet : « Par le premier de ces trois termes (Sephar), *lfeb=- 
« on veut désigner les nombres, qui seuls nous offrent un or^a^*^ t 
« moyen d'apprécier la disposition et les proportions néces- f^M^^v^ 
« saires à chaque corps pour atteindre le but dans lequel 
« il a été créé; et la mesure de longueur, la mesure de 
c( capacité et la mesure de poids, et le mouvement, et l'har- 
« monie, toutes ces choses sont réglées par le nombre. Le ^ ^,0. 
« second terme [Sipur] veut dire la parole et ki voix, ^ijlujtt*^ 
(c parce que c'est la parole divine, c'est la voix du Dieu \'e^<^j^'f^f 
« vivant qui a produit les êtres sous leurs diverses formes, 
c( soit extérieures, soit intérieures; c'est à elle qu'on a fait 
« allusion dans ces mots : « Dieu dit que la lumière soit, 
o et la lumière fut ». Enfin, le troisième terme (SepJier) ''j^b'-i^ 
« signifie l'écriture. L'écriture de Dieu, c'est l'œuvre de la 
<c création; la parole de Dieu, c'est son écriture; la pensée 
c de Dieu, c'est sa parole. Ainsi, la pensée, la parole et \\ ^ 
<■< l'écriture ne sont en Dieu qu'une seule chose, tandis que j\ ^ ' 
« dans l'homme elles sont trois^ » Cette explication a 1' 
d'ailleurs le mérite de caractériser assez bien, tout en l'en- 
noblissant, ce bizarre système qui confond la pensée avec 
des symboles généralement connus, pour la rendre en 
(juelque sorte visible, et dans l'ensemble et dans les diverses 
pai'ties de l'univers. 

1. « Quizo dezir en la palabra Sephar la cantidad y el peso de los cucrpos 
criados, por quanlo la cantidad en modo que sea el cuerpo ordenado y propor- 
oionado, apto para lo que es criado, no es sino por-numero; y la medida, y la 
cantidad, y el peso, y la proporzion de los movimientos, y la orden de la 
liannonia todo es por numéro, que es lo que quiere dezir Sephar. Y Sipur 
quiere dezir la habla e la voz, pcro es liabla divina, voz de palabras de Dios 



Î08 LA KABBALE. 

Sous le nom de Sephiroth, qui joue ailleurs un si grand 
rôle, mais qui entre ici pour la première fois dans le lan- 
gage de la kabbale, on s'occupe d'abord des dix nombres ou 
numérations abstraites^ Elles sont représentées comme les 
formes les plus générales, par conséquent les plus essen- 
tielles de tout ce qui est, et, si je puis m'exprimer ainsi, 
comme les catégories de l'univers. Nous voulons dire qu'en 
cherchant, n'importe de quel point de vue, les premiers 
éléments ou les principes invariables du monde, on doit, 
d'après les idées dont nous sommes l'interprète, rencontrer 
toujours le nombre dix. « Il y a dix Sephiroth ; dix et non 
« pas neuf, dix et non onze; fais en sorte que tu les com- 
« prennes dans ta sagesse et dans ton intelligence ; que sur 
« elles s'exercent constamment tes recherches, tes spécu- 
« lalions, ton savoir, ta pensée et ton imagination; fais 
« reposer les choses sur leur principe, et rétablis le Créa- 
« teur sur sa base*. » En d'autres termes, et l'action divine 
et l'existence du monde se dessinent également aux yeux de 
l'intelligence sous cette forme abstraite de dix nombres, 
dont chacun représente quelque chose d'infini, soit en 
étendue, soit en durée, soit par tout autre attribut. Tel est 
du moins le sens que nous attachons à la proposition sui- 



TÎvo, con laquai es la existencia de la cosa en su forma exterior y enterior, 
de laquai se habla, coine dixo, y dixo Dios sca lia, y fue luz. Y Scplicr quiere 
dezir la escritura;y la escritura de Dios son sus criaciones; y la palabra de 
Dios es su escritura ; y la consideracion de Dios es su palabra conque el Sephar, 
y el Sipur, y el Sepher en Dios son una cosa, y en el hombre son très. » Cuzary, 
Discors., 4, § 25. 

^* HD ^^3. mT£D TkîT". Celte expression seule, aussi bien que les déve- 
loppements dont elle est suivie, ne permet pas d'adopter un autre sens, comme 
celui de splière, fondé sur l'ctymologie grecque cr-jaîpa, ou l'idée de lumière, 
exprimée par le mot aaphir. Le livre de Raziel, malgré les extravagances qu'il 
contient, ne s'éloigne pas, sur ce point, de la vérité. mViS^ m;l2U,*nn Su 
HD^riD T1î2/b HD ^Sl- Raziel, édit. d'Amsterd., fol, 8, verso. 

â. Chap. i", prop. 9. 



ANALYSE DU SEPIIER lETZIRAII. 109 

vante : « Pour les dix Sephirolh, il n'y a pas de fin, ni 
« dans l'avenir, ni dans le passé, ni dans le bien, ni dans 
« le mal, ni en élévation, ni en profondeur, ni à l'orient, 
« ni à l'occident, ni au midi, ni au nord'. « 11 faut remar- 
quer que les divers aspects sous lesquels on considère ici 
l'infini sont au nombre de dix, ni plus ni moins; par con- 
séquent, nous n'apprenons pas seulement, dans ce passage, 
quel doit êlre le caractère général de toutes les Sephiroth ; 
nous y voyons de plus à quels principes, à quels éléments 
elles correspondent. Et comme ces différents points de vue, 
quoique opposés deux à deux, appartiennent cependant à 
une seule idée, à un seul infini, on ajoute : « Les dix Sephi- 
« rotb sont comme les doigts de la main, au nombre de 
« dix, et cinq contre cinq; mais au milieu d'elles est l'al- 
« liance de ^unilé^ » Ces derniers mots nous fournissent 
îi la fois l'explication et la preuve de tout ce qui précède. 

Cette manière d'entendre les dix Sephirotb, sans sortir 
précisément des rapports que présentent les cboses exté- 
rieures, a cependant un caractère éminemment abstrait et 
métapbysique. Si nous voulions la soumettre à une analyse 
sévère, nous y trouverions, subordonnées à l'infini et à 
l'unité absolue, les idées de durée, d'espace et d'un certain 
ordre invariable sans lequel il n'y a ni bien ni mal, même 
dans la splière des sens. Mais voici une énumération un 
peu différente, qui, au moins en apparence, fait une plus 
grande part aux éléments matériels. Nous nous bornons à 
traduire. « La première des Sepbirolli, un, c'est l'esprit du 
« Dieu vivant; béni soit son nom, béni soit le nom de celui 
ce qui vit dans l'éternité! L'esprit, la voix et la parole, voilà 
c< l'esprit saint. 

« Deux, c'est le souffie qui vient de l'esprit': en lui sont 

1. Chap. i", prop. 4. 

2. Chap. 1", prop. 5. 

3. niia nn- ''^" '"^'^'■cu, le même mot désigne à la fois l'air et l'esprit : 



110 LA KABBALE. 

« gravées et sculptées les vingt-ileux lettres qui ne forment 
« cependant qu'un souffle unique. 

« Trois, c'est l'eau qui vient du souffle ou de l'air. C'est 
« dans l'eau qu'il a creusé les ténèbres et le vide, qu'il a 
« formé la terre et l'argile, étendue ensuite en forme de 
« tapis, sculptée en forme de mur et couverte comme d'un 
« toit. 

« Quatre, c'est le feu qui vient de l'eau, et avec lequel il 
c< a fait le trône de sa gloire, les roues célestes [ophanim)^ 
a les séraphins et les anges serviteurs. Avec les trois en- 
« semble il a construit son habitation ainsi qu'il est écrit : 
« Il fait des vents ses messagers, et des feux enflammés ses 
« serviteurs. » 

Les six nombres suivants représentent les différentes 
extrémités du monde, c'est-à-dire les quatre points cardi- 
naux, plus la hauteur et la profondeur. Ces extrémités ont 
aussi pour emblèmes les diverses combinaisons qu'on peut 
former avec les trois premières lettres du mot Jehovah\ 

Ainsi, à part les différents points qu'on peut distinguer 
dans l'espace, et qui n'ont par eux-mêmes rien de réel, tous 
les éléments dont ce monde est composé sont sortis les uns 
des autres, en prenant un caractère de plus en plus maté- 
riel, à mesure qu'ils s'éloignent de l'esprit saint, leur com- 
mune origine. N'est-ce pas cela qu'on appelle la doctrine de 
l'émanation? N'est-ce pas cette doctrine qui nie la croyance 

nous aurions donc pu dire aussi bien l'esprit qui vient de l'esprit. Mais alors 
il faudrait admetlre, dans la proposition suivante, que l'esprit a engendré l'eau, 
ce qui est, sans contredit, moins probable que la version à laquelle s'est arrêté 
notre choix. D'ailleurs, le premier nombre ne présente pas Dieu lui-même, 
mais l'esprit de Dieu; le second, par conséquent, ne peut être que l'expression 
de cet esprit, le souffle ou l'haleine dans laquelle viennent se résoudre, en 
quelque sorte, les vingt-deux lettres. Considéré sous ce point de vue, l'air, 
sans être trop éloigné des régions de l'esprit, peut déjà être compté parmi les 
trois éléments matériels, si positivement désignés dans les chapitres suivants. 
1. Chap. i", de la propos. 9 à la propos. 12. 



ANALYSE DU SEPIIER lETZIRAII. Ui 

populaire que le monde a été tiré du néant? Les paroles 
suivantes nous aideront peut-être à sortir de l'incertitude : 
« La fin des Sephiroth se lie à leur principe comme la 
<c flamme est unie au tison, car le Seigneur est un, et il 
<c n'y en a pas un second. Or, en présence de l'un, que sont 
« les nombres et les paroles'? » Pour ne pas nous laisser 
ignorer qu'il s'agit ici d'un grand mystère qui nous com- 
mande la discrétion jusqu'avec nous-mêmes, on ajoute 
immédiatement : « Ferme ta bouche pour ne pas en parler, 
« et ton cœur pour ne pas y réfléchir; et si ton cœur s'est 
ce échappé, ramène-le à sa place; car c'est pour cela que 
c< l'alliance a été faite*. » Je suppose qu'on veut, par ces 
derniers mots, faire allusion à quelque serment en usage 
parmi les kabbalistes, pour dérober leurs principes à la 
connaissance de la multitude. Quant au premier de ces deux 
passages, la singulière comparaison qu'il renferme est assez 
fréquemment répétée dans le Zohar : nous la retrouverons 
étendue, développée et appliquée à l'âme aussi bien qu'à 
Dieu. Ajoutons à cela que dans tous les temps et dans 
toutes les sphères de l'existence, dans la conscience aussi 
bien que dans la nature extérieure, la formation des choses 
par voie d'émanation a été représentée par le rayonnement 
de la flamme ou de la lumière. 

A cette théorie, si toutefois nous ne faisons pas une dis- 
tinction plus apparente que réelle, s'en mêle une autre qui 
a fait un chemin plus brillant dans le monde, et qui se pré- 
sente ici avec un caractèVe remarquable : c'est celle du 
verbe, de la parole de Dieu identifiée avec son esprit, et 
considérée, non pas seulement comme la forme absolue, 
mais comme l'élément générateur et la substance même de 
l'univers. En effet, il ne s'agit plus, comme dans la traduc- 



1. Propos. 5. 

2. Cliap. 1", propos. G. 



112 L.\ KABBALE. 

lion clialdaïque d'Onkelos, de substituer partout, pour 
anéantir ranthropomorphisme, la pensée ou l'inspiration 
divine à Dieu lui-môme, lorsqu'il intervient comme une 
personne humaine dans les récits bibliques : le livre que 
nous avons sous les yeux affirme expressément, dans un 
langage concis mais pourtant clair, que l'esprit saint, ou 
\ l'esprit du Dieu vivant, forme, avec la voix et la parole, une 
seule et môme chose; qu'il a successivement comme rejeté 
de son sein tous les éléments de la nature physique; enlin, 
il n'est pas seulement ce qu'on appellerait, dans la langue 
d'Aristote, le principe matériel des choses; il est le verbe 
devenu monde. Du reste, il faut nous rappeler que, dans 
cette partie de la kabbale, il n'est question que du monde, 
et non de l'homme ou de l'humanité. 

Toutes ces considérations sur les dix premiers nombres 
occupent une place très distincte dans le Livre de la création. 
11 est facile de voir qu'elles s'appliquent à l'univers en 
général, et qu'elles regardent plutôt la substance que la 
forme. Dans celles que nous avons devant nous, on compare 
entre elles les diverses parties de l'univers, on s'efforce de 
les ramener sous une loi commune, comme on a voulu pré- 
cédemment les résoudre en un principe commun ; on y donne 
enfin plus d'attention à la forme qu'à la substance. Elles ont 
pour base les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu. Mais 
il faut songer au rôle extraordinaire qui, déjà dans la pre- 
mière partie, est attribué à ces signes extérieurs de la pensée. 
Considérés seulement par rapport aux sons qu'ils repré- 
sentent, ils se trouvent, pour ainsi dire, sur la limite du 
monde intellectuel et du monde physique; car si, d'une 
part, ils viennent se résoudre dans un seul élément matériel, 
qui est le souffle ou l'air, de l'autre ils sont les signes indis- 
pensables à toutes les langues, et par conséquent la seule 
forme possible ou la forme invariable de l'esprit. INi l'en- 
semble du système ni le sens littéral ne nous permettent 



ANALYSE DU SEPIIER lETZlRAII. 113 

d'interpréter différemment ces mots déjà cités plus haut : 
« Le nombre deux (ou le second principe de l'univers), c'est 
ce l'air qui vient de l'esprit; c'est le souffle dans lequel sont 
« gravées et sculptées les vingt-deux lettres qui, toutes 
« réunies, ne forment cependant qu'un souffle unique. » 
Ainsi, par une combinaison bizarre, mais qui ne manque 
pas d'une certaine grandeur, qui, du moins, se comprend et 
s'explique, les articulations les plus simples de la voix hu- 
maine, les signes de l'alphabet ont ici un rôle tout à fait 
semblable à celui des idées dans la philosophie de Platon. 
C'est à leur présence, c'est à l'empreinte qu'ils laissent dans 
les choses, qu'on reconnaît dans l'univers et dans toutes ses 
parties une intelligence suprême; c'est enfin par leur inler- 
médiaire que l'esprit saint se révèle dans la nature. Tel est 
le sens de la proposition qu'on va lire : « Avec les vingt- 
ce deux lettres, en leur donnant une forme et une figure, en 
« les mêlant et les combinant de diverses manières. Dieu a 
« fait l'âme de tout ce qui est formé et de tout ce qui le 
ce sera*. C'est sur ces mêmes lettres que le saint, béni soit- 
ce il, a fondé son nom sublime et ineffable^ » 

Elles se partagent en divers ordres qu'on appelle les trois 
mères, les sept doubles et les douze simples". 11 n'est d'au- 
cune utilité, pour le but que nous poursuivons, de faire con- 
naître la raison de ces étranges dénominations*. D'ailleurs 
la place des lettres est entièrement envahie par la division 
que nous venons d'exposer et par les nombres qui en résul- 

1. Chap. ir, propos. 2. 

2- ïrnp: a*,ns icu n^pn ici snzu? nmis' i^ iha. 

3. nrcrw'2 mry D\nun mSi£3 yx^'i mcx ;rSu7 tdi n^mx ià 
-iij:\t So u*£j nr\2 r^^ pnir ^y^zr^i iiirn ]ppn m^mx D^nxi^i anii'y 

Tlïh TTiyn hD U,*EJ1. ^'':'P- "- l"'opos. t. 

4. Les simples ne représentent qu'un son; les doubles en expriment deux, 
l'un doux et l'autre fort. A la première classe appartiennent les lettres sui- 
vantes : pi'îJD p "îtrri TM ; l:i dernière est représentée par ces deux mots : 
mrD "t;2.- Enlln, dans le mot ^»)2N O" réunit les trois mères, dont l'une, le 

8 



il4 U KABBALE. 

lent : ou, pour nous exprimer plus clairement, ce sont les 
nombres trois, sept et douze qu'on cherche à retrouver per 
fas et nefas dans ces trois régions de la nature : 1" dans la 
composition générale du monde; 2° dans la division de 
l'année ou dans la distribution du temps dont l'année est la 
principale unité; 3" dans la conformation de l'homme. Nous 
retrouvons ici, bien qu'elle ne soit pas explicitement énoncée, 
l'idée du macrocosme et du microcosme, ou la croyance que 
l'homme n'est que l'image et, pour ainsi dire, le résumé de 
l'univers. 

Dans la composition générale du monde, les mères, c'est- 
à-dire le nombre trois, représentent les éléments, qui sont 
l'eau, l'air et le feu. Le feu est la substance du ciel; l'eau, 
en se condensant, est devenue celle de la terre; enfin, entre 
ces deux principes ennemis, est l'air qui les sépare et les 
réconcilie en les dominant*. Dans la division de l'année, le 
même signe nous rappelle les saisons principales : l'été, qui 
répond au feu; l'hiver, qui, dans l'Orient, est généralement 
marqué par des pluies ou par la domination de l'eau, et la 
saison tempérée, formée par la réunion du printemps et de 
l'automne. Enfin, dans la conformation du corps humain, 
celle trinité se compose de la tète, du cœur ou de la poi- 
trine, et du ventre ou de l'estomac; ce sont, si je ne me 
trompe, les fonctions de ces divers organes qu'un médecin 
moderne a appelés le trépied de la vie*. Mais le nombre trois 
paraît ici, comme dans toutes les combinaisons du mysti- 
cisme, une forme si nécessaire, qu'on en fait aussi le sym- 
bole de l'homme moral, en qui l'on distingue, selon l'ex- 
pression originale, « le plateau du mérite, le plateau de la 

\y, parce que c'est une letlre sifflante, rejnésenle le feu; la seconde, qui est 
muette, représente l'eau; enfin, la première, légèrement aspirée, est le symbole 
de l'air. 

i . Chap. lu, propos. 5. 

'2. Chap. m, propos. 4. 



ANALYSE DU SEPllER lETZIRAH. H5 

« culpabilité et l'aiguille de la loi qui prononce entre l'un 
« et l'autre* ». 

Par les sept doubles on représente les contraires ou du 
moins les choses de ce monde qui peuvent servir à deux fins 
opposées. 11 y a dans l'univers sept planètes, dont l'influence 
est tantôt bonne et tantôt mauvaise; il y a sept jours et sept 
nuits dans la semaine; il y a dans notre propre corps sept 
portes, qui sont les yeux, les oreilles, les narines et la bouclie. 
Enfin, ce nombre sept est encore celui des événements heu- 
reux ou malheureux qui peuvent arriver à l'homme. Mais 
cette classification, comme on doit s'y attendre, est trop 
arbitraire pour mériter une place dans cette analyse'^ 

Les douze simples, dont il nous reste encore à parler, 
répondent aux douze signes du zodiaque, aux douze mois de 
l'année, aux principaux membres du corps humain et aux 
attributs les plus importants de notre nature. Ces derniers, 
qui seuls ont peut-être quelque droit à notre intérêt, sont la 
vue, l'ouïe, l'odorat, la parole, la nutrition, la génération, 
l'action ou le toucher, la locomotion, la colère, le rire, la 
pensée et le sommeiP. C'est, comme on le voit, l'esprit 
d'examen à son début; et si nous avons lieu d'être surpris, 
tantôt de ses procédés, tantôt de ses résultats, cela même est 
une preuve de son originalité. 

Ainsi, la forme matérielle de l'intelligence, représentée 
par les vingt-deux lettres de l'alphabet, est en même temps 
la forme de tout ce qui est; car, en dehors de l'homme, de 
l'univers et du temps, on ne peut plus rien concevoir ({ue 
riulini : aussi appelle-t-onces trois choses les fidèles témoins 
de la véi'ité\ Chacune d'elles, maliré la variété que nous y 

1- d"'tij2 ynwD pin |VwSt m37 ^3", nnn =]3 p^oi r»2N. •^■•'^n'- '"» 

propos. 1. 

2. Çliap. IV, propos. 1, 2, 5. 

3. Cbap. V, propos. 1 cl 2. 

4. «;2J njy; aSiy s'rrx: any. cimp. iv. propos, i. 



116 LA KABBALE. 

avons observée, est un système qui a son centre et en quelque 
sorte sa hiérarchie : « Car, dit le texte, l'unité domine sur 
« les trois, les trois sur les sept, les sept sur les douze ; mais 
« chaque partie du système est inséparable de toutes les 
« autres^ » L'universapourcentreledragoncéleste;lecœur 
est le centre de l'homme ; enfin, les révolutions du zodiaque 
forment la base des années. Le premier, dit-on, ressemble 
à un roi sur son trône ; le second, à un roi parmi ses sujets, 
et le troisième, à un roi dans la guerre \ Nous croyons que 
par cette comparaison on a voulu indiquer la régularité par- 
faite qui règne dans l'univers, et les contrastes qui existent 
dans l'homme sans détruire son unité. En effet, on ajoute 
que les douze organes principaux dont notre corps est com- 
posé « sont rangés les uns contre les autres en ordre de 
ce bataille : il en est trois qui servent à l'amour, et trois qui 
« produisent la haine; trois qui donnent la vie, et trois qui 
« appellent la mort". Le mal se trouve ainsi en face du bien, 
« et du mal ne vient que le mal, comme le bien n'enfante 
« que le bien. » Mais on fait remarquer aussitôt que l'un ne 
saurait être compris sans l'autre. Enfin, au-dessus de ces 
trois systèmes, au-dessus de l'homme, de l'univers et du 
temps, au-dessus des lettres comme au-dessus des nombres 
ou dos Sophiroth « est le Seigneur, le roi véritable qui 
« domine sur toutes choses, du séjour de sa sainteté et pen- 
te dant des siècles sans nombre* ». A la suite de ces mois, 
qui forment la véritable conclusion du livre, vient cette 

Chap. \i, propos. 3. 

2. -,S^3 r£;2 2S 'nz^mi "fiuD njtt^n b;Sj *ixdd by *]Sî2d ahrji ihr\ 

n'2riS*22. f>l"np. VI, propos. 2. 

^- "wSw* D'x:rw nw'Sc? a^nn'x nurSr n"2nS:2i nnavi t£'j dt^it 

Q\T:2^ ~rbw* □"TiT. '^''''P- ^i- propos. 2. 

^- rj '>TJ T>*1 inp y'J';2'!2 dS1w2 br*'2 ]^n: "jSd Sx- Après avoir été 
appliqué tout entier aux dix Sepliiroth, ce passage ne reparaît qu'en partie à la 
place indiquée. Les quatre derniers mots en sont retranches. 



ANALYSE DU SEPUER lETZIRAH. 1 1 7 

espèce de dénouement dramatique dont nous avons parlé pré- 
cédemment, et qui consiste dans la conversion d'Abraham, 
encore idolâtre, à la religion du vrai Dieu. 

Le dernier mot de ce système, c'est la substitution de 
l'unité absolue à toute espèce de dualisme : à celui de la plii- 
losophie païenne, qui voulait voir dans la matière une sub- 
stance éternelle dont les lois ne sont pas toujours d'accord 
avec la volonté divine; comme à celui de la Bible qui, par 
l'idée de la création, aperçoit bien dans la volonté divine, et 
par conséquent dans l'être infini, la seule cause, la seule 
origine réelle du monde, mais qui en même temps regarde 
ces deux choses, l'univers et Dieu, comme deux substances 
absolument distinctes l'une de l'autre. En effet, dans le 
Sepher ietzirah, Dieu, considéré comme l'Etre infini et par 
conséquent indéfinissable. Dieu, dans toute l'étendue de sa 
puissance et de son existence, se trouve au-dessus, mais non 
en dehors des nombres et des lettres, c'est-à-dire des prin- 
cipes et des lois que nous distinguons dans ce monde : chaque 
élément a sa source dans un élément supérieur, et tous ont 
leur origine commune dans le verbe ou dans l'esprit saint. 
C'est aussi dans le verbe que nous trouvons ces signes inva- 
riables de la pensée qui se répètent en quelque sorte dans 
toutes les sphères de l'existence, et par lesquels tout ce qui 
est devient l'expression d'un même dessein. Et ce verbe lui- 
même, le premier des nombres, la plus sublime de toutes 
les choses que nous puissions compter et définir, qu'est-ce 
qu'il est, sinon la plus sublime et la plus absolue do tontes 
les manifestations de Dieu, c'est-à-dire la pensée ou l'intel- 
ligence suprême? Ainsi Dieu est à la fois, dans le sens le plus 
élevé, et la matière et la forme de l'univers. Il n'est pas seu- 
lement celte matière et celte forme; mais rien n'existe ni ne 
peut exister en dehors de lui; sa substance est au fond de 
tous les êtres, et tous portent l'empreinte, tous sont les sym- 
boles de son intelligence. 



118 LA KABBALE. 

Celle conséquence si aiulacieuse, si élrangère, en appa- 
rence, aux principes qui la fournissenl, est le fond de la 
doctrine enseignée dans le Zohar. Mais là on suit une marche 
toute différente de celle qui vient de se dessiner sous nos 
yeux : au lieu de s'élever lentement, par la comparaison des 
formes particulières et des principes subordonnés de ce 
monde, au principe suprême, à la forme universelle, et 
enfin à l'unilé absolue, c'est ce dernier résultat qu'on admet 
tout d'abord; on le suppose, on l'invoque en toute occasion 
comme un axiome incontesté; on le déroule, en quelque 
façon, dans toute son étendue, en même temps qu'on le 
montre sous un jour plus mystérieux et plus brillant. Le lien 
qui pouvait exister entre toutes les conséquences obtenues 
de cette manière se trouve rompu, il est vrai, par la forme 
extérieure de l'ouvrage, mais le caractère synthétique qui y 
règne n'en est pas moins prononcé ni moins visible. 11 est 
donc permis de dire que le Livre de la lumière commence 
précisément au point où s'arrête celui de la Création : la 
conclusion de l'un sert à l'autre de prémisses. Une seconde 
différence, bien autrement digne d'être remarquée, sépare 
ces deux monuments et s'explique par une loi générale de 
l'esprit humain : aux nombres et aux lettres nous allons 
voir substituer les formes intérieures, les conceptions inva- 
riables de la pensée, en un mot les idées dans la plus vaste 
et la plus noble acception de ce terme. Le verbe divin, au lieu 
de se manifester exclusivement dans la nature, nous appa- 
raîlra surtout dans l'homme et dans l'intelligence; il aura 
pour nom ï Homme prototype ou céleste, ^T2"îp m.x -wb" a"N*. 
Enfin, dans certains fragments dont la haute antiquité ne 
saurait être contestée, nous verrons, sans préjudice pour 
l'unité absolue, la pensée elle-même prise pour substance 
universelle, et le développement régulier de cette puissance 
mis à la place de la théorie assez grossière de l'émanation. 
Loin de nous la folle pensée de trouver chez les anciens 



ANALYSE DU SEPIIER lETZIRAlI. 119 

Hébreux la doctrine philosophique qui règne aujourd'hui en 
Allemagne presque sans partage; mais nous ne craignons 
pas de soutenir, et nous espérons bientôt démontrer que le 
principe de cette doctrine, et jusqu'à des expressions exclu- 
sivement consacrées par l'école de Hegel, se trouvent parmi 
ces traditions oubliées que nous essayons de rendre à la 
lumière. Cette transformation que nous signalons dans la 
kabbale, ce passage du symbole à l'idée, se reproduit dans 
tous les grands systèmes philosophiques ou religieux, dans 
toutes les grandes conceptions de l'intelligence humaine. 
Ainsi, ne voyons-nous pas dans le rationalisme les diverses 
formes du langage dont se compose presque entièrement la 
logique d'Aristole, devenir dans celle de Kant les formes 
constitutives et invariables de la pensée? Ainsi, dans l'idéa- 
lisme, Pythagore et le système des nombres n'ont-ils pas 
précédé la sublime théorie de Platon? Ainsi, dans une autre 
sphère, n'a-t-on pas représenté tous les hommes comme 
issus du môme sang? n'a-t-on pas fait consister leur frater- 
nité dans la chair, avant de la trouver dans l'identité de 
leurs droits et de leurs devoirs, ou dans l'unité de leur 
nature et de leur tâche? Ce n'est pas ici le lieu d'insister 
plus longtemps sur un fait général ; mais nous espérons du 
moins avoir fait comprendre les rapports qui existent entre 
le Sepher ielzirah et l'ouvrage à la ibis bien plus étendu* et 
plus important dont nous allons extraire la substance. 

1. Le Zohar, dans l'éditiou d'Amslerdam, se compose de trois volumes 
grand in-8°, dont cliacun à peu près de 600 pages, en caractères rabbiniques 
|)ar conséquent très lins et très serrés. 



CnAPITRE lï 



ANALYSE DU ZOIL^U — MÉTHODE ALLÉGORIQUE DES KABBALISTES 



Puisque les auteurs qui ont contribué à la formation du 
Zoha?' nous présentent leurs idées sous la forme la plus 
humble et la moins logique, celle d'un simple commentaire 
sur les cinq livres de Moïse, nous pouvons, sans manquer à 
leur égard de respect ou de fidélité, nous conformer au plan 
qui nous aura paru le plus convenable. Et d'abord il nous 
mportede savoir comment ils entendent l'interprétation des 
Ecritures saintes; comment ils parviennent à s'en faire un 
appui, dans l'instant où ils s'en écartent le plus; car c'est 
en cela, comme nous l'avons déjà fait remarquer, que con- 
siste leur méthode d'exposition ; et, en général, le mysti- 
cisme symbolique n'a pas d'autre hase. Voici, sur ce sujet, 
leur jugement formulé par eux-mêmes : « Malheur à 
« l'homme qui ne voit dans la loi que de simples récits et des 
« paroles ordinaires! Car, si, en vérité, elle ne renfermait 
« que cela, nous pourrions, même aujourd'hui, composer 
« aussi une loi bien autrement digne d'admiration. Pour ne 
ce trouver que de simples paroles, nous n'aurions qu'à nous 
« adresser aux législateurs de la terre chez lesquels on ren- 



ANALYSE DU ZOIIAR. 121 

« contre souvent plus de grandeur*. Il nous suffirait de les 
« imiter et de faire une loi d'après leurs paroles et à leur 
« exemple. Mais il n'en est pas ainsi : chaque mot de la loi 
« renferme un sens élevé et un mystère sublime. » 

« Les récils de la loi sont le vêtement de la loi. Malheur 
« à celui qui prend ce vêtement pour la loi elle-même ! C'est 
ce dans ce sens que David a dit : Mon Dieu, ouvre-moi les 
« yeux, afin que je contemple les merveilles de la loi. David 
c( voulait parler de ce qui est caché sous le vêtement de la 
« loi. 11 y a des insensés qui, apercevant un homme couvert 
« d'un beau vêtement, ne portent pas plus loin leurs regards, 
« et cependant ce qui donne une valeur au vêtement c'est le 
« corps, et ce qui est encore plus précieux, c'est l'âme. La 
« loi aussi a son corps. Il y a des commandements qu'on 
« pourrait appeler le corps de la loi. Les récits ordinaires 
« qui s'y mêlent sont les vêlements dont ce corps est recou- 
« vert. Les simples ne prennent garde qu'aux vêlements ou 
« aux récits de la loi ; ils ne connaissent pas autre chose ; ils 
« ne voient pas ce qui est caché sous ce vêlement. Les hom- 
« mes plus instruits ne font pas attention au vêlement, mais 
« au corps qu'il enveloppe. Enfin, les sages, les serviteurs 
« du Roi suprême, ceux qui habitent les hauteurs du Sinaï, 
« ne sont occupés que de l'âme, qui est la base de tout le 
« reste, qui est la loi elle-même ; et dans les temps futurs 
« ils seront préparés à contempler l'âme de cette âme qui 
« respire dans la loi '. » C'est ainsi que, par la supposition, 
sincère ou non, d'un sens mystérieux, ignoré des profanes, 
les kîibbalistes se sont d'abord mis au-dessus des faits histo- 
riques et des préceptes positifs qui composent les Écritures. 
C'était pour eux le seul moyen de s'assurer la plus com- 

Tr^ ^nSi?. ï^*^ Icxlc étant trop long à rapporter tout entier, ncus avons été 
obligé (1(! choisir. 

2. Zoltar, 3° part., fol. 152, verso, sect. nniSyni- 



122 LA KABBALK. 

plète liberté sans rompre ouvertement, avec l'autorité reli- 
gieuse; et peut-être aussi avaient-ils besoin de ces ménage- 
ments avec leur propre conscience. Dans les lignes suivantes, 
nous retrouvons le même esprit sous une forme encore plus 
remarquable : « Si la loi n'était composée que de paroles et 
ce de récits ordinaires, comme les paroles d'Ésau, d'Agar, de 
« Laban, comme celles qui furent prononcées par l'ânesse de 
« Balaam, et par Balaam lui-même, pourquoi serait-elle ap- 
« pelée la loi de vérité, la loi parfaite, le fidèle témoignage 
« de Dieu? Pourquoi le sage l'estimerai t-il plus précieuse 
« que l'or et les perles? Mais non; dans chaque mot se 
« cache un sens plus élevé : cliaque récit nous apprend autre 
« chose que les événements qu'il paraît contenir. Et cette loi 
« supérieure et plus sainte, c'est la loi véritable'. ^> Il n'est 
pas sans intérêt de rencontrer dans les œuvres d'un père de 
l'Eglise une manière de voir et jusqu'à des expressions tout 
à fait semblables : « S'il fallait, dit Origène, s'attacher à la 
« lettre et entendre ce qui est écrit dans la loi à la manière 
« des Juifs ou du peuple, je rougirais de dire tout haut que 
« c'est Dieu qui nous a donné des lois pareilles : je trouve- 
« rais alors plus de grandeur et de raison dans les législa- 
« tiens humaines, par exemple dans celles d'Athènes, de 

« Rome ou de Lacédémone * « 

« A quel homme, dit encore le même auteur, à quel 
« homme sensé, je vous prie, fera-t-on croire que le pre- 
« mier, le second et le troisième jour de la création, dans 
« lesquels cependant on distingue un soir et un matin, ont 

■1- pSî2 ■■■ -S^ "'hz2 rVù'pT KniTX \TX HxV^* XUrnp NniTX INT! 

rnrîN. ^' p^^'t ? f"^- "^^^j verso. 

2. « Si adsideamus litterse et secundùm hoc vel quod Judœis, vel quod vulgo 
videtur, accipianius qu;c in lege scripta sunt, erubesco dicere et confiteri quia 
laies leges dederit Deus : videbuntiir enim magis élégantes et rationahilcs 
hominuin leges, verbi gratià, vel Romanorum, vel Atheniensium, vel Lacedœ- 
moniorum. o Homil. 7, in Levit. 



ANALYSE DU ZOUAR. 123 

« pu exister sans soleil, sans lune et sans étoiles ; que pen- 
te dant le premier jour il n'y avait pas même de ciel? Où 
« trouvera-t-on un esprit assez borné pour admettre que Dieu 
« s'est livré comme un homme à l'exercice de l'agriculture 
« en plantant des arbres dans le jardin d'Eden, situé vers 
« l'Orient; que l'un de ces arbres était celui de la vie, qu'un 
<' autre pouvait donner la science du bien et du mal? Per- 
te sonne, je pense, ne peut hésiter à regarder ces choses 
« comme des figures sous lesquelles se cachent des mys- 
« lères ^ » Enfin il admet aussi la distinction du sens his- 
torique, du sens législatif ou moral, et du sens mystique. 
Seulement, au lieu d'être assimilé aux vêtements qui nous 
couvrent, le premier est comparé au corps, le second à 
l'àme et le dernier à l'esprit ^ Pour établir entre la lettre 
sacrée et ces interprétations arbitraires certains rapports au 
moins apparents, les anciens kabbalisles avaient quelque- 
fois recours à des moyens artificiels, qu'on rencontre très 
rarement dans le Zohar, mais qui, en revanche, ont pris 
beaucoup de place et d'autorité chez les kabbalistes moder- 
nes \ Comme ils sont, par leur propre nature, indignes de 
tout intérêt, qu'ils ne viennent jamais à l'appui de quelque 

1. « Cuinam quœso scnsuin habenli convenienter videbitur dicluni quod dies 
prima, et secunda et terlia, in quibus et vespera nominalur et mane, fueriiit 
sine so!e, et sine lunà, et sine stellis; prima auteni dies sine cœlo? Quis veiô 
ità idiotes inveniliir ut putet, velut hominem quemdam agricolam, Deum plan- 
tasse arbores inParadiso, in Eden, contra orienteni, et arborem vitai plantasse 
in co, ila ut manducans quis ex eà arbore vitam pcrcipiat? et rursùs ex alià 
iiianducans arbore, boni et inali scienliam capiat? » etc., î:spt àp/wv, liv. IV, 
cb. u, Iluet, Origeniaua, p. 167. 

■2. « Tripliceni in Scripluris divinis intelligenliie modum, historicuin, mo- 
ralein, et myslicuin : unde et corpus inesse et animani ac spiritum inlellcxi- 
mus. )) Homil. 5, in Levil. 

3. Ces moyens sont au nombre de trois : l'un, k''"113D"'A' consiste à rem- 
placer un mot par un autre qui a la même valeur numérique, l'autre, VpiTCi:, 
l'ait de cbaque lettre d'un mot l'initiale d'un autre mot. Eudn, en vertu du 
dernier, ni1î2n> o" cbange la valeur des lettres; par exemple, on remplace 



124 LA KABBALE. 

idée importante, et qu'enfin tout le monde en a parlé, nous 
les passerons sous silence pour arriver plus vite à l'objet 
essentiel de nos recherches, à la doctrine qui fut le fruit de 
cette indépendance dissimulée, qui fait l'unité et la base de 
ces prétendus commentaires. 

Nous chercherons d'abord à faire connaître quelle est, 
d'après les plus anciens fragments du Zohar, la nature de 
Dieu et de ses attributs. Nous exposerons ensuite l'idée 
qu'ils nous donnent, je ne dirai pas de la création, mais de 
la formation des êtres en général, ou des rapports de Dieu 
avec l'univers. Enfin nous nous occuperons de l'homme: nous 
dirons comment on le conçoit sous ses principaux aspects; 
comment on définit son origine, sa nature et ses destinées. 
Celle marche ne nous paraît pas seulement la plus simple 
et la plus commode : nous croyons, comme nous l'avons dit 
plus haut, qu'elle nous est imposée par le caractère domi- 
nant du système. 

la première par la dernière, et réciproquement. Yoy. Reuchlin, de Arte caha- 
lislic. ; AVolf, deuxième volume de la Dibliotjr. Jiébr.; Basnage, Hist. dca 
Juifs, etc., etc. 



CHAPITRE III 



SUITE DE L ANALYSE DU ZOIIAR — OPINION DES KARDALISTES 
Sun LA NATURE DE DIEU 



Les kablialisles ont deux manières de parler de Dieu, qui 
ne font aucun tort à l'unité de leur pensée. Quand ils cher- 
chent à le définir, quand ils distinguent ses attributs, et veu- 
lent nous donner une idée précise de sa nature, leur langage 
est celui de la métaphysique ; il a toute la clarté que com- 
portent de telles matières et l'idiome dans lequel elles sont 
exposées. Mais quelquefois ils se contentent de représenter 
la Divinité comme l'être qu'il faut renoncer à comprendre 
entièrement, qui demeure toujours en dehors de toutes les 
formes dont notre imagination se plaît à le revêtir. Dans 
ce dernier cas, toutes leurs expressions sont poétiques et 
figurées, et c'est en quelque sorte par l'imagination même 
qu'ils combattent l'imagination : alors tous leurs efforts ten- 
dent à délriiiie l'anthropomorphisme, en lui donnant des 
proportions tellement gigantesques, que l'esprit effrayé ne 
trouve plus aucun (crme de comparaison, et se voit forcé de 
se reposer dans l'idée de l'infini. Le Lirre du Myxlère est écrit 
tout entier dans ce style-là; mais les allégories qu'il emploie 
étant trop souvent des énigmes, nous aimons mieux, pour 
confirmer ce que nous venons de dire, citer un passage de 



126 LA KABBA.LE. 

Vldra raba ^ Simon ben Jochaï vient de rassembler ses 
disciples. Il leur a dit que le temps était venu de travailler 
pour le Seigneur, c'est-à-dire de faire connaître le véritable 
sens de la loi, que les jours de l'homme sont comptés, les 
ouvriers en petit nombre, et la voix du créancier, la voix 
du Seigneur, de plus en plus pressante. Il leur a fait jurer 
de ne point profaner les mystères qu'il allait leur confier, 
puis, s'asseyant parmi eux dans un champ, à l'ombre des 
arbres, il se montra prêt à parler au milieu du silence. 
« Alors une voix se fit entendre, et leurs genoux s'entre-cho- 
« quèrent de frayeur. Quelle était cette voix? C'était la 
« voix de l'assemblée céleste qui se réunissait pour écou- 
« ter. Rabbi Simon, plein de joie, prononça ces paroles : Sei- 
« gneur,je ne dirai pas, comme un de tes prophètes*, qu'en 
« entendant ta voix je suis saisi de crainte. Ce n'est plus 
« maintenant le temps de la crainte, mais celui de l'amour, 
ce ainsi qu'il est écrit : Tu aimeras l'Eternel ton Dieu ^ » 
Après ■ cette introduction qui ne manque ni de pompe ni 
d'intérêt, vient une longue description entièrement allégo- 
rique de la grandeur divine. En voici quelques traits : « Il 
« est l'ancien des anciens, le mystère des mystères, l'in- 
« connu des inconnus. Il a une forme qui lui appartient, 
« puisqu'il nous apparaît comme le vieillard par excellence, 
« comme l'ancien des anciens, ce qu'il y a de plus inconnu 
« parmi les inconnus. xMais, sous cette forme qui nous le 
c( fait connaître, il reste cependant l'inconnu. Son vêtement 
« paraît blanc, et son aspect est brillant ^ Il est assis sur 

1. Ces deux mots signifient la Grande assemblée, parce que le fragment 
auquel ils servent de titre comprend les discours tenus par Simon hen Jochaï 
au milieu de tous ses disciples, réunis au nombre de dix. Plus tard, quand la 
mort les a réduits à sept, ils forment la Pclile assemblée (x'ol' NTTx)j à 
laquelle Simon ben Jochaï s'adresse avant de mourir. 

2. Habac, III, 1. 

5. Zohar, 5" part., fol. ISS, recto. 

4. Je n'ai pu trouver aucun autre sens à ces doux mois ii^^x" N"j»*"'P 



ANALYSE DU ZOIlAR. 127 

« un Irône crétincelles qu'il soumet à sa volonté. La blan- 
« clic lumière de sa tète éclaire quatre cent mille mondes. 
« Quatre cent mille mondes nés de cette blanche lumière de- 
ce viennent l'héritage des justes dans la vie à venir. Chaque 
« jour voit éclore de son cerveau treize mille myriades de 
« mondes qui reçoivent de lui leur subsistance, et dont il 
« supporte à lui seul tout le poids. De sa tête il secoue une 
« rosée qui réveille les morts et les fait naître à une vie non- 
ce velle. C'est pour cela qu'il est écrit : Ta rosée est une rosée 
ce de lumière. C'est elle qui est la nourriture des saints de 
ce l'ordre le plus élevé. Elle est la manne qu'on prépare aux 
ce justes pour la vie à venir. Elle descend dans le champ des 
ce fi-uits sacrés ^ L'aspect de cette rosée est blanc comme le 
te diamant, dont la couleur renferme toutes les couleurs... 
ce La longueur de ce visage, depuis le sommet de la tète, est 
ce de trois cent soixante et dix fois dix mille mondes. On 
ce l'appelle le long visage; car tel est le nom de l'ancien des 
ce anciens ^ » 

Nous manquerions cependant à la vérité si nous laissions 
croire que le reste doit être jugé sur cet exemple. La bizar- 
rerie, l'affectation, l'habitude, si commune en Orient, 
d'abuser de l'allégorie jusqu'à la subtilité, y tiennent plus 
de place que la noblesse et la grandeur. Ainsi, cette tète 
éblouissante de lumière, par laquelle on représente l'éternel 
foyer de l'existence et de la science, devient en quelque 
sorte le sujet d'une étude anatomique; ni le front, ni la 
face, ni les youx, ni le cerveau, ni les cheveux, ni la barbe, 
rien n'est oublié; tout devient une occnsion d'énoncer des 
nombres et des proportions (jui rappellent l'infinie C'est 

\. C'est ainsi qu'on aj)|)(,'lle les adeptes de la kahljale. 

2. Ce long ou grand visage n'est pas autre chose, comme nous le verrons 
bientôt, que la substance de Dieu ou la première des Sephiroth. 

3. Ib. siipr., fol. 129, recto et verso; lôO, recto et verso. La seule desciiptioa 
de la li:ir!)e et du la clievcltire occupe une 1res grande place dans VIdra raba. 



128 LA KABBALE. 

évidemment là ce qui a provoqué, contre les kabbalisles, le 
reproche d'anthropomorphisme et même de matérialisme 
que leur ont adressé quelques écrivains modernes. Mais ni 
cette accusation, ni la forme qui en est le prétexte, ne 
méritent de nous arrêter plus longtemps. Nous allons donc 
essayer de traduire quelques-uns des fragments où le même 
sujet est traité d'une manière plus intéressante pour la phi- 
losophie et pour l'histoire de l'intelligence humaine. Le 
premier que nous citerons forme un tout complet d'une 
assez grande étendue, et qui, par cela seul, se recommande 
à noire attention. Sous prétexte de faire connaître le sens 
véritable de ces paroles d'Isaïe : « A quoi pourrcz-vous me 
« comparer qui me soit égal'? » il nous explique la géné- 
ration des dix Sephiroth, ou principaux attributs de Dieu, et 
la nature de Dieu lui-même, quand il se cachait encore dans 
sa propre substance. « Avant d'avoir créé aucune forme 
« dans ce monde; avant d'avoir produit aucune image, il 
« était seul, sans forme, ne ressemblant à rien. Et qui 
« pourrait le concevoir comme il était alors, avant la créa- 
« tion, puisqu'il n'avait pas de forme? Aussi est-il défendu 
« de le représenter par quelque image et sous quelque 
« forme que ce soit, même par son saint nom, même par 
« une lettre ou par un point. Tel est le sens de ces mots : 
« Vous n'avez vu aucune figure le jour où l'Eternel vous 
« parla-; c'est-à-dire vous n'avez vu aucune chose que 
« vous puissiez représenter sous une forme ou par une 
ce image. Mais après avoir produit la forme de VHomme 
« céleste, n^V^* aiN, il s'en servit comme d'un char, razm 
^ « Mercaba, pour descendre; il voulut être appelé par cette 
« forme, qui est le saint nom de Jehovah; il voulut se faire 
« connaître par ses attributs, par chaque attribut séparc- 



1 . haie, chap. xl, v. 25. 

2. Dénier., chap. iv, v. 15. 



ANALYSE DU ZOlUn. fog 

« ment, et se fit nommer le Dieu de grâce, le Dieu de justice, 
« le Dieu tout-puissant, le Dieu des armées, et Celui qui 
c< est. Son dessein élait de faire comprendre ainsi quelles 
« sont ses qualités et comment sa justice et sa miséricorde 
« s'étendent sur le monde, aussi bien que sur les œuvres 
« des hommes. Car, s'il n'eût pas répandu ses lumières sui 
« toutes ses créatures, comment ferions-nous pour le con- 
te naître? Comment serait-il vrai de dire que l'univers est 
« rempli de sa gloire? Malheur à qui oserait le comparer 
« même à l'un de ses propres attributs! Encore bien moins 
a doit-il être assimilé à l'homme venu de la terre et destine 
« à la mort. Il faut le concevoir au-dessus de toutes les 
« créatures et de tous les attributs. Or, quand on a ôlé ces 
« choses, il n'y a plus ni attribut, ni image, ni figure; ce 
« qui reste est comme la mer; car les eaux de la mer sont 
« par elles-mêmes sans limite et sans forme; mais lors- 
« qu'elles se répandent sur la terre, alors elles produisent 
« une image, ivizi, et nous permettent de faire ce calcul : 
« La source des eaux de la mer et le jet qui en sort pour se 
« répandre sur le sol font deux. Ensuite il se forme un 
ce bassin immense, comme lorsqu'on creuse une vaste pro- 
« fondeur; ce bassin est occupé par les eaux sorties de la 
« source, il est la mer elle-même et doit être compté le 
« troisième. A présent celte immense profondeur se par- 
ce lage eu sept canaux qui sont comme autant de vaisseaux 
« longs par lesquels s'échappe l'eau de la mer. La source, 
« le courant, la mer et les sept canaux forment ensemble 
« le nombre dix. Et si l'ouvrier qui a construit ces vases 
« vient à les briser, les eaux retournent à leur source, et 
« il ne reste plus que les débris de ces vases, desséchés et 
« sans eau. C'est ainsi que la cause des causes a produit les 
« dix Scphiroth. La Couronne, c'est la source d'où jaillit 
« une lumière sans fin, et de là vient le nom iVInfini, ya 
«^=]iD, EnSopli. pour désigner la cause suprême; car elle 



130 LA KABBALE. 

« n'a dans cet élat ni forme ni figure; il n'existe alors 
« aucun moyen de la comprendre, aucune manière de la 
« connaître; c'est dans ce sens qu'il a été dit : Ne médite 
« pas sur une chose qui est trop au-dessus de toi*. Ensuite 
« se forme un vase aussi resserré (pi'un point (que la 
« lettre i), mais dans lequel cependant pénètre la lumière 
« divine : c'est la source de la sagesse, c'est la sagesse 
« elle-même, en vertu de laquelle la cause suprême se fait 
« appeler le Dieu sage. Après cela elle construit un vase 
ce immense comme la mer, et qu'on nomme l'intelligence : 
« de là vient le litre de Dieu intelligent. Sachons cependant 
« que Dieu n'est intelligent et sage que par sa propre suh- 
« stance; car la sagesse ne mérite pas ce nom par olle- 
« même, mais à cause de lui qui est sage et la produit de 
« la lumière émanée de lui : ce n'est pas non plus par elle- 
« même qu'on peut concevoir l'intelligence, mais pnr lui 
« qui est l'être intelligent et qui la remplit de sa propre 
« substance. Il n'aurait qu'à se retirer pour la laisser 
« entièrement desséchée. C'est ainsi qu'il faut entendre 
« ces mots : Les eaux se sont retirées de la mer, et le lit 
ce du fleuve est devenu sec et aride'. Enfin, la mer se par- 
ce loge en sept branches, et il en résulte les sept vases pré- 
ce cieux qu'on appelle la miséricorde ou la grandeur, la 
ce justice ou la force, la beauté, le tinomplie, la gloire, la 
ce royauté et le fondement ou bi base. C'est pour cette 
ce raison qu'il est nommé le grand ou le miséricordieux, 
ce le fort, le magnifique, le Dieu des victoires, le Créateur 
ce à qui toute gloire appartient et la base de toutes choses, 
ce C'est ce dernier attribut qui soutient tous les autres, 
ce ainsi que la totalité des mondes. Enfin, il est aussi le 
ce roi de l'univers; car tout est en son pouvoir, soit qu'il 

1. Ecclésiaste, chap. ii', v. 2, cilé clans le Thulniud de Dabylone, 'Ilayuiga 
13 fl, et dans Bcreschil Rabba, 8. 

2, Job, chap. xiv, v. 2. 



OPLMON DES KABBALISTES SUR DIEU. l5l " 

« veuille diminuer le nombre des vases et augmenter la 
« lumière qui en jaillit, ou que le contraire lui semble 
« préférable*. » Tout ce que les kabbalistes ont pensé de 
la nature divine est à peu près résumé dans ce texte. Mais 
il est impossible qu'il ne laisse pas une grande confusion, 
même dans les esprits les plus familiarisés avec les ques- 
tions et les systèmes métapbysiques. 11 faudrait, d'une part, 
qu'il pût être suivi d'assez longs développements : de 
l'autre, au contraire, il serait utile de présenter, sous une 
forme à la fois plus substantielle et plus précise, cbacun 
des principes qu'il renferme. Pour atteindre ce doubltî 
but sans compromettre la vérité bistorique, sans avoir la 
crainte de substituer notre propre pensée à celle dont nous 
voulons être l'organe, nous réduirons le passage qu'on 
vient de lire à un petit nombre de propositions fondamen- 
tales, dont chacune sera en même temps éclaircie et justi- 
fiée par d'autres extraits du Zohar. 

i" Dieu est, avant toute chose, l'être infini; il ne saurait 
donc être considéré ni comme l'ensemble des êtres, ni 
comme la somme de ses propres attributs. Mais sans ces 
attributs et les effets qui en résultent, c'est-à-dire sans une 
forme déterminée, il est à jamais impossible ou de le com- 
prendre ou de le connaître. Ce principe est assez clairement 
énoncé lorsqu'on dit « qu'avant la création Dieu était sans 
« forme, ne ressemblant à rien, et que, dans cet état, 
« aucune intelligence ne peut le concevoir ». Mais, ne 
voulant pas nous borner à cet unique témoignage, nous 
cspéi'ons que la même pensée ne sera pas plus difficile à 
reconnaître dans les paroles suivantes : « Avant que Dieu 
« se fût manifesté, lorsque toutes choses étaient encore 
« cachées en lui, il était le moins connu parmi tous les 
« inconnus. Dans cet état, il n'a pas d'autre nom que celui 

1. Zohar, 2" part., fol. 42, verso, et 45, reclo, sect. nS?*13 h.S* Ni- 



132 LA KABBALE. 

« qui exprime l'inlerrogation. Il commcnra par former un 
« point imperccjjtible : ce fut sa propre pensée; puis il se 
ce mit à construire avec sa pensée une forme mystérieuse 
a et sainte; enfin, il la couvrit d'un vêtement riche et 
« éclatant : nous voulons parler de l'univers, dont le nom 
<c entre nécessairement dans le nom de Dieu^ » Voici ce 
qu'on lit aussi dans VIdra souta (la Petile assemblée), dont 
nous avons plus d'une fois signalé l'importance : « L'An- 
« cien des anciens est en même temps l'inconnu des 
ce inconnus; il se sépare de tout et il n'en est pas séparé; 
« car tout s'unit à lui comme à son tour il s'unit à toute 
ce chose; il n'y a rien qui ne soit en lui. Il a une forme, et 
ce l'on peut dire qu'il n'en a pas. En prenant une forme, il 
ce a donné l'existence à tout ce qui est; il a d'abord fait 
ce jaillir de son sein dix lumières qui brillent par la forme 
ce qu'elles ont empruntée de lui, et répandent de toute part 
ce un jour éblouissant : c'est ainsi qu'un phare envoie de 
ce tous côtés ses rayons lumineux. L'Ancien des anciens, 
ce l'inconnu des inconnus est un phare élevé, que l'on 
ce connaît seulement par les lumières qui brillent à nos 
ce yeux avec tant d'éclat et d'abondance. Ce qu'on appelle 
ce son saint nom n'est pas autre chose que ces lumières*. » 
2° Les dix Séphirolh, par lesquelles l'Être infini se fait 
connaître d'abord, ne sont pas autre chose que des attri- 
buts qui, par eux-mêmes, n'ont aucune réalité substan- 

1. Zohar, foL 1 et 2, l"' part.; foL 105, recto, 2*^ part. Il y a dans ce texte 

un jeu de mots que nous n'avons pas pu rendre fidèlement. On se propose 

d'espliquer ce verset : Levez vos yeux vers le ciel et voyez qui a créé cela. 

\ Or il se trouve qu'en réunissant en un seul les deux mois héhrcux, dont l'un, 

I iî2' ^^ traduit par le pronom intcrrogatit qui, et l'autre, n^x» P^f c'c/a, on 

i j obtient le nom de Dieu, Qi-Sx- L'auteur du verset ayant voulu désigner l'uni- 

i vers, on en conclut que celui-ci est inséparable de Dieu, puisqu'ils n'ont, l'un 

! et l'autre, qu'un seul et même nom. 

2- Nmp Nî2*kr pipN p;\s'i ]L:c*î:n*2" "ç^rrr. ]'î:"n nSx -'•Iw nS- 

j°part., fol. 288, rcclo, Idra soula. 



Ol'IMOK DES KABBALISTES SUR DIEU. 153 

lielle; dans chacun de ces attributs, la substance divine 
est présente tout entière, et dans leur ensemble con- 
siste la première, la plus complète et la plus élevée de 
toutes les manifestations divines. Elle s'appelle l'homme 
primitif ou céleste, -jiaTp nia n^hv mx; c'est la figure qui 
domine le char mystérieux d'Ezéchiel et dont l'homme ter- 
restre, comme nous le verrons bientôt, n'est qu'une pâle 
copie. « La forme de l'homme, dit Simon ben Jochaï à ses 
« disciples, la forme de l'homme renferme tout ce qui est 
« dans le ciel et sur la terre, les êtres supérieurs comme 
(c les êtres inférieurs; c'est pour cela que l'Ancien des 
<c anciens l'a choisie pour la sienne'. Aucune forme, 
« aucun monde ne pouvait subsister avant la forme 
c humaine; car elle renferme toutes choses, et tout ce qui 
« est ne subsiste que par elle ; sans elle, il n'y aurait pas de 
te monde, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre ces mots : 
« l'Eternel a fondé la terre sur la sagesse. Mais il faut dis- 
« tinguer l'homme d'en haut, xb'yV'î mx, de l'homme d'en 
« bas, NnnS" D^^^ car l'un ne pourrait pas exister s.ins 
« l'autre. Sur cette forme de l'homme repose la perfection 
<■<■ de la foi de tous; c'est d'elle qu'on veut parler quand on 
<c dit qu'on voyait au-dessus du char comme la figure d'un 
« homme; c'est elle que Daniel a désignée par ces mots : 
« Et je vis comme le fils de l'homme qui venait avec les 
<c nuées du ciel, qui s'avança jusqu'à l'Ancien des jours, et 
« ils le présentèrent devant llli^ » Ainsi, ce qu'on appelle 
riiomme céleste ou la première manifestation divine n'est 
pas autre chose que la forme absolue de tout ce qui est; la 

1- ixm ]^;2i .T3 iSS^nxT ]\xnm '{\sS";t N:p"ii- iin q-xt N:pin 
N:pin >Nn3 tij'pn xmp a-p'n'j "jipn.s ^ixnm yah'j h^hz N:p'n 

i<;ipm- ^'' pai't-» idid raba, fol. lli, verso. 

n Tn^T N^zSy Q\'<p xS d-xt x:ipn "ix.-; xSaSxT x- xSa xt c\s;) 

V1X IC ""Z-ni- '''' siipr., \\j\. Hi, icclo, etc. 



154 LA KABBALE. 

source de loules les autres formes, ou plutôt de toutes les 
idées; en un mot, la pensée suprême, la même qui ailleurs 
est appelée le /2/0? ou le verbe. Nous ne prétendons pas 
exprimer ici une simple conjecture, mais un fait historirpje 
dont on appréciera l'exactitude à mesure qu'on aura une 
connaissance plus étendue de ce système. Cependant, avant 
d'aller plus loin, nous citerons encore ces paroles : « La 
« forme de l'Ancien (dont le nom soit sanctifié!) est une 
« forme unique qui embrasse toutes les formes. Elle est 
« la sagesse suprême et mystérieuse qui renferme tout le 
« reste \ » 

5° Les dix Séphiroth, si nous en croyons les auteurs du 
Zoliar, sont déjà désignées dans l'Ancien Testament par 
autant de noms particuliers, consacrés à Dieu, les mêmes, 
comme nous l'avons déjà remarqué, que les dix noms 
mystiques dont parle saint Jérôme dans sa lettre à Mar- 
cel la". On a voulu aussi les trouver dans la Misclina, 
lorsqu'elle dit que Dieu a créé le monde avec dix 
paroles (dSi"."; ^■'23riii^2S''2 nn^^'-fy^oir^ar autant d'ordres 
émanés de son verbe souverain". Quoique tous également 
nécessaires, les attributs et les distinctions qu'ils expri- 
ment ne peuvent pas nous faire concevoir la nature divine 
de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous 
divers aspects, que dans la langue des kabbalistes on 
appelle des visages, 'j''Si].n3'"|"'Sis'. Simon ben Jochaï et ses 
disciples font un fréquent usage de celte expression méta- 
phorique; mais ils n'en o.nt pas abusé comme leurs 
modernes successeurs. Nous nous arrêterons un peu sur ce 
point, sans contredit le plus important de toute la science 
kabbalistique; et avant de déterminer le caractère particu- 

1>5ky S;i nSSd HNCriD n^by- 5° pnrt., hlra solda, fol. 288, verso. 
2. Zohar, o" part., fol. 11, recto. 
5. Pirké-Aboih, V, 1. 



OPINION DES KABBALISTES SLR DIEU. ISIj 

lier de chacune des Sépliirolli, nous allons jeter un coup 
d'œil sur la question générale de leur essence; nous expo- 
serons en peu de mots les diverses opinions qu'elle a fait 
naître parmi les adeptes de la doctrine. 

Les kabbalistes se sont tous adressé ces deux questions : 
d'abord, pourquoi y a-t-il des Séphiroth? ensuite, ^q uc s ont 
les Séphiroth considérées dans leur ensemble, soit par 
rapport à elles-mêmes, soit par rapport à Dieu? Sur la 
première question les textes du Zohar sont trop posi- 
tifs pour donner lieu au moindre doute. Il_j a des Séphi- 
roth comme il y a jjes^ noms de Dieu, puisque ces deux 
choses se confondent dans l'esprit, puisque les S éphiroth 
ne _sont que les idées^ et les choses exprimées par les 
noms. Or, si Dieu ne pouvait pas être nommé, ou si, 
de tous les noms qu'on lui donne, aucun ne désignait une 
chose réelle, non seulement il ne serait pas connu de 
nous, mais il n'existerait pas davantage pour lui-même; 
car il ne peut se comprendre sans intelligence, ni être sage 
sans sagesse, ni agir sans puissance. Mais la seconde ques- 
tion n'est pas résolue par tous de la même manière. Les 
uns, se fondant sur le principe que Dieu est immuable, 
ne voient dans les Séphiroth que des instruments^ de la 
puissance divine, des créatures d'une nature supérieure, 
mais complètement distijictcs clu premier Etre. Ce sont 
ceux qui voudraient concilier le langage de la kabbale avec 
la lettre de la loi'. Les autres, poussant à ses dernières con- 
séquences le principe antique que rien ne vient de rien, 
identifient complètement les dix 8é})hirotli et la substance 
divine. Ce que le Zohar appelle En Sop h, c'est-à-dire l'In- 
fini lui-même, n'est à leurs yeux que l'ensemble des Séphi- 
roth, rien de plus, rien de moins; et chacune de ces der- 

■1. A In tète do ce parti est l'aulciir' du livre intitulé : les Motifs des com- 
mamlemcnls (nTlï?2n ''GV*k2)» Mcnu'licni Ilekauali, qui floiissait au commea- 
ceuient du (lualuiziénie siècle. 



lôG LA KABBALE. 

mères n'est qu'un point de vue différent de ce même infini 
ainsi compris'. Entre ces deux opinions extrêmes vient se 
placer un système beaucoup plus profond et plus conforme 
à l'esprit des monuments originaux : c'est celui qui, sans 
considérer les Séphiroth comme des instruments, comme 
des créatures, et par conséquent comme des êtres distincis 
de Dieu, ne veut pourtant pas les identifier avec lui. Yoici. 
en résumé, sur quelles idées il repose : Dieu est présent 
dans les Séphiroth, autrement il ne pourrait se révéler par 
elles; mais il ne demeure pas en elles tout entier; il n'est 
pas seulement ce qu'on découvre de lui sous ces formes 
sublimes de la pensée et de l'existence. En effet, les^ Séphi- 
roth iiej^euvent jamais comjDrendre l'inlini, i'En Soph, qui 
est la source même de toutes ces formes, et qui, en cette 
qualité, n'en a aucune : ou bien, pour me servir des termes 
consacrés, tandis que chaque Séphirah a un nom bien 
connu, lui seul n'en a pas et ne peut pas en avoir. Dieu 
reste donc toujours l'Etre ineffable, incompréhensible, 
infini, placé au-dessus de tous les mondes qui nous révèlent 
sa présence, même le monde de l'émanation. Par là on croit 
échnpper aussi au reproche de méconnaître l'immutabilité 
divine : car les dix Séphiroth peuvent être comparées à 
autant de vases de différentes formes ou à des verres 
nuancés de diverses couleurs. Quel que soit le vaso dans 
lequel nous voulons la mesurer, l'essence absolue des 
choses demeure toujours la même; et la lumière divine, 
comme la lumière du soleil, ne change pas de nature avec 
le milieu qu'elle traverse. Ajoutons à cela que ces vases et 
ces milieux n'ont par eux-mêmes aucune réalité positive, 
aucune existence qui leur soit propre; ils représentent seu- 
lement les limites dans lesquelles la suprême essence des 
choses s'est renfermée elle-même, les différents degrés 

i . Celte opinion est représentée par l'auteur du -7"^ p;2 C*^ Bouclier de 
David). 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. 137 

d'obscurité dont la divine lumière a voulu voiler sa clarté 
infinie, afin de se laisser contempler. De là vient qu'on a 
voulu reconnaître dans chaque Séphirah deux éléments, ou 
plutôt deux aspects différents : l'un, purement exiérieur, 
négatif, qui représente le corps, le vase proprement dit / . • 
(iVh l'autre, intérieur, positif, qui figure l'esprit et la 
lumière. C'est ainsi qu'on a pu parler de vases brisés qui 
ont laissé échapper la lumière divine. Ce point de vue, éga- 
lement adopté par Isaac Loria* et par Moïse Corduero% 
exposé par ce dernier avec beaucoup de logique et de pré- 
cision, est celui, encore une fois, que nous croyons histori- 
quement le plus exact et sur lequel nous nous appuierons 
désormais avec une entière confiance comme sur la base de 
toute la parlie métaphysique de la kabbale. Après avoir 
ainsi établi ce principe général sur l'autorité des textes et 
celle des commentaires les plus estimés, il fout maintenant 
que nous fassions connaître le rôle particulier de chacune 
des Séphiroth et les diverses manières dont on les a groupées 
par trinités et par personnes. 

La première et la plus élevée de toutes les manifestations ' *7Jl25 
divines, en un mot la première Séphirah, c'est la couronne, 
"inD, ainsi nommée en raison même de la place qu'on lui 
donne an-dessus de toutes les autres. « Elle est, dit le texte, 
u le pi'incipc de tous les principes, la sagesse mystérieuse, 
« la couronne de tout ce qu'il y a de plus élevé, le dia- 
« dème des diadèmes^. » Elle n'est pas cette totalité confuse, 

!. Voy. Isaac Loria, Séplier Drou/ichini (□vj;«i-n 130^? "f^ '«''• — Cet 
tiuvi-afrc a été traduit par Knorr de lloscnrolh et fait parlie de la Kabhula 
ficnudala. 

2. Voy. Pardes Rimoiiim (le Jardia des Grenades), fol. 21, 22, 25 et 24. 
Oulrc le mérite de la clarté que nous reconnaissons à Corduero, il a encore 
celui de rapporter fidèlement et de discuter d'une manière ap[)r()fondie les 
opinions de ses devanciers et de ses adversaires. 

3. ii-in^i "ç^yc'j Sd •T's. p'cvn^T xS"'';S nvih'j xin^- Zohar, o^part,, 

fol. 288, verso. 



-158 LA KABBALE. 

sans forme et sans nom, ce mystérieux inconnu qui a pré- 
cédé toutes choses, mènieles attributs, ^id ■j\x. Elle représente 
l'infini, distingué du fini; son nom dans l'Écriture signifie 

n't^ j^ ^^*'^' '^■'"''^S parce qu'elle est l'être en lui-même; l'être 
considéré d'un point de vue où l'analyse ne pénètre pas, où 
nulle qualification n'est admise, mais où elles sont toules 
réunies en un point indivisible. C'est par ce motif qu'on 
l'appelle aussi le point primitif ou par excellence, mipj 
iTcius n-ip:- n;iuxi. « Quand l'inconnu des inconnus voulut 
ce se manifester, il commença par produire un point; tant 
« que ce point lumineux n'était pas sorti de son sein, l'in- 
« fini était encore complètement ignoré et ne répandait 
« aucune lumière*. » C'est ce que les kabbalistes modernes 
ont expliqué par une concentration absolue de Dieu en sa 
propre substance, m2:Gi'. C'est cette concentration qui a 
donné naissance îi l'espace, à l'a/r primitif {]*'!21p^^'1ii), qui 
n'est pas un vide réel, mais un certain degré de lumière 
inférieur à la création. Mais par cela même que Dieu, 
retiré sur lui-même, se distingue de tout ce qui est fini, 
limité et déterminé; par cela même qu'on ne peut pas 
encore dire ce qu'il est, on le désigne par un mot qui 

>">< signifie nulle cho se, ou le non être, "iw. « On le nomme 
ce ainsi, dit Vidra souta, parce que nous ne connaissons 
« pas, et qu'il est impossible de connaître ce qu'il y a dans 
« ce principe; parce qu'il ne descend jamais jusqu'à notre 
« ignorance et qu'il est au-dessus de la sagesse elle-même*. » 
Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire remarquer que 
l'on retrouve la même idée et jusqu'aux mêmes expressions 

^- K*-n mip: isms itj t^^ibinxS n"2 ii'ztid Sût ngtid" Nn"'w2 

Zohar, \'" part., fol. 2, recto, 

Nin mip: thj .TmypsT ipim i;^t tj SSd y-i'n.s ah- Zohar, r= pan., 

foL 15, recto. 

yH npN -]3 y^Z' 'ZrhzT-Z- ^'V^vL, m. 288, verso. 



OriNION DES KABBALISTES SUR DIEU. 130 

dans l'un des plus vastes et des plus célèbres systèmes d^ 
métaphysique dont notre époque puisse se glorifier aux 
yeux de la postérité. « Tout commence, dit Hegel, par 
« Vêtrej^r, qui n'est qu'une pensée entièrement indéler- /{^ U 
« minée, simple et immédiate, car le vrai commencement 
« ne peut pas être autre chose.... Mais cet être pur n'est 
« que la plus pure abstraction; c'est un terme absolument 
« négatif, qui peut aussi, si on le conçoit d'une manière 
« immédiate, être appelé le non-ètre'. » Enfin, pour re- 
venir à nos kabbalistcs, la seule idée de l'être ou de l'ab- 
solu, considérée du point de vue sous lequel nous venons de 
l'envisajïer, constitue une forme complète, ou, pour em- 
ployer le terme consacré, une tèle, un visage; ils l'appellent 
la ièie blanche (Nin-Kun), parce que toutes les couleurs, UfUiZf- 
c'est-à-dire toutes les notions, tous les modes déterminés 
sont confondus en elle, ou V Ancien (xp'^n:;), parce qu'elle est '-^^ ''^'^'■ 
la pi-emière des Séphiroth. Seulement, dans ce dernier cas, 
il faut se garder de la confondre avec V Ancien des anciens 
(■jip''n';T Np^n*^*), c'est-à-dire avec l'En Soph lui-même, devant 
lequel son éclatante lumière n'est que ténèbres. Mais on la 
désigne plus généralement sous la dénomination singulière 
de grand vimge, aii2N-jnx; sans doute parce qu'elle ren- '^^^i- , 
ferme toutes les autres qualifications, tous les attributs 
intellectuels et moraux dont on forme, par la même raison, 
\i' pdit vhage,y^:i<')'^'':i'. « Le premier, dit le texte, c'est 'LA^ f 
« l'Ancien, vu face à face, il est la tête suprême, la source 

1. (( Das reine Scipi macht don Anfang, weil es sowolil reiner Gedanlic, aïs 
das uiibestiniinle einfache UniniUelhare isl, der crste Anfong aber nichls 
VerinillcUes und weiler Besliminles scyn kann. Dièses reine Scyn ist nun die 
reine Abstraclion, damit das Absolid-ncgalive, welches, gleichfalIsunniiUelbar 
genomrnen, das Nichls ist. » Encyclopédie des sciences philosophiques, §§ 8(> 
et 87. 

2. N*n 1:^7 aS'yn ^''wxin dS";,"! nt.i i'eis' -i-i>< N-ipj inrnmSiïx' 
TiD\-i "7 HDjna a.T»:r mrED n Sd SSi3 xm"i ^'î:s T"7.Ch:ii).iii,fui.8, 

D^31î21 DT12 '^'^ Muise Corducro. 



uo 



LA KABBALE. 



« de toiile lumière, le principe de toute sagesse, et ne peut 
« être défini autrement que par l'unité*. » 
, Du sein de celte unité absolue, mais distinguée de la 
■variété et de toute unité relative, sortent parallèlement deux 
principes opposés en apparence, mais en réalité insépa- 
Jrables : l'un, mâle ou actif, s'appelle la sagesse, narn ; l'autre, 
passif ou femelle, est désigné par un^mot qu'on a coutume 
de traduire par celui àHnteUlgence, nra. « Tout ce qui 
« existe, dit le texte, tout ce qui a été formé par l'Ancien 
« (dont le nom soit sanctifié!) no peut subsister que par un 
« mâle et par une femelle*. » Nous n'insisterons pas sur 
cette forme générale, que nous retrouverons fréquemment 
sur notre route; mais nous croyons qu'elle s'applique ici 
au sujet et à l'objet de l'intelligence, qu'il n'était guère pos- 
sible d'exprimer plus clairement dans une langue éminem- 
ment poétique. La sagesse est aussi nommée le père; car 
elle a, dit-on, engendré toutes clioses. Au moyen des trente- 
deux voies merveilleuses par lesquelles elle se répand dans 
l'univers, elle impose à tout ce qui est une forme et une 
mesure \ L'intelligence, « c'est la mère, ainsi qu'il est 
« écrit : Tu appelleras l'intelligence du nom de mère * » 
I (Proverbes, II, 3). Cependant, sans détruire l'antitbèse que 
l'on vient d'établir comme la condition générale de l'exis- 
tence, on fait quelquefois sortir le principe femelle ou 
passif du principe nlàle^ De leur mystérieuse et éternelle 

1- iipi^ D'^EiS -jiN* nSd Nmp Np^ivi iiî::n2 iiîin' ib^nc^s ly.- 

Zolictr, 5" part., fol. 292, verso, et 289, verso. 

2. Nipiji 1-1 y^z y'prin aSz KipnxS N'y2 Nunp Np\-i';i ara^i 

Ib. supr., fol. 29t1, recto. 

5. f-xî^ n?23nm :"in2- ï<u.-"'-p p\-iya p"";:: in *Nn ]nnxb zj< ."rrrn 
^- xin Kap"i:T 1311 nDiTi'Ni n:3''2 nTa p^sNi -i^-k^'snx r\^2zn \<nr\i- 

Ib. supr. 



OPINION DES KÂBBALISTES SUR DIEU. 141 

union sort un fils qui, selon l'expression originale, prenant 
à la fois les traits de son père et ceux de sa mère, leur rend 
témoignage à tous deux. Ce fils de la sagesse et de l'intelli- 
gence, appelé aussi, à cause de son double héritage, le fils 
aîné de Dieu, c'est la connaissance ou la science, nyT. Ces JD^f^ 
trois personnes renferment et réunissent tout ce qui a été, 
est et sera; mais elles sont réunies à leur tour dans la tête 
blanche, dans l'Ancien des anciens, car tout est lui, et lui est 
tout'. Tantôt on le représente avec trois tètes qui n'en 
forment qu'une seule, et tantôt on le compare au cerveau ^&^-J^ 
qui, sans perdre son unité, se partage en trois parties, et, 'f- '^h'*^ 
au moyen de jrente-deux paires de nerfs, se répand dans "^î-vu^nK^ 
tout le corps, comme, à l'aiTle Jes trente-deux voies de la 
sagesse, la Divinité se répand dans l'univers. « L'Ancien 
ic (dontlenom soitsnnclifié!) exisie avec trois tètes qui n'en 
« forment qu'une seule; et celte tète est ce qu'il y a de plus 
« élevé parmi les choses élevées. Et parce que l'Ancien '^^^.vt^^^^ 
ce (dont le nom soit béni!) ejt représenté par le nombre ' 

ce trois (nSna Q"|^^^^< Nurnp Np^ny- i^n), toulcs les autres 
<c lumières qui nous éclairent de leurs rayons (les autres :!i^St^iMt\ 
« Séphirotli) sont é<]^alement comprises dans le nombre 7*^ '^^'^'v^ 
(c trois^ » Dans le passage suivant, les termes de cette tri- 
nilé sont un peu différents; on y voit figurer l'En Soph lui- 
même, mais en revanche on n'y trouve pas l'intelhgence, 
sans doute parce qu'elle n'est qu'un rellet, une certaine 
expansion ou division du Logos, de ce qu'on appelle ici la 
sagesse. « Il y a trois tètes sculptées l'une dans l'autre et 
« l'une au-dessus de l'autre. Dans ce nombre, comptons 
« d'abord la sagesse mystérieuse, la sagesse cachée et qui 

1- p?2''D Si'is: yi N'm ]^'^i n>-n nr2 rs'2zr> ^npj^ pi dx-, 2X wm 
Nin vhz y^)2'^7\D n-'z ^'^■'tvj S:t xpTiy xunp xS-^zi ]^)2\-id prxi ]'pSin 

N.T sSj ■'11 xS-- -J" l''"'t-. '"!• 2'J', verso et itcIo. 

2. Idra solda, tlaiis la Iruisiomo iiarlic clii Zuliar, fui. 288, vorto. 



142 LA KADBALE. 

« n'esl jamais sans voile. Celle sagesse mystérieuse, c'est 
« ]e principe suprême de toute autre sagesse. Au-dessus de 
« cette première tète est l'Ancien (dont le nom soit sanc- 
« lifiéî), C3 qu'il y a de plus mystérieux parmi les mystères. 
« Enfin vient la lèle qui domine toutes les autres; une tète 
« qui n'en est pas une. Ce qu'elle renferme, nul ne le sait 
« ni ne peut le savoir; car elle échappe également à noire 
« science et à notre ignorance. C'est pour cela que l'Ancien 
« (dont le nom soit sanctifié!) est appelé le non-èlrc'. » 
Ainsi, l'unité dans rôtre et la trinilé dans les manifestations 
inlellecluellcs ou dans la pensée, voilà exactement à quoi se 
résume tout ce que nous venons de dire. 

r^-'f"****^ Quelquefois les termes, ou, si l'on veut, les personnes de 
celle triji^ité sont représentées comme trois phases succes- 
sives et ahsolument nécessaires dans l'existence aussi hien 
que dans la pensée; comme une déduction, ou, pour nous 
servir d'une expression consacrée en Allemagne, comme un 
procès logique qui constitue en môme temps la génération 
du monde. Quelque élonnement que ce fait puisse exciler, 
on n'en doutera pas, quand on aura lu les lignes suivantes : 

1^*^^' « Venez et voyez, la pensée est le principe de tout ce qui 
« est; mais, en tant que pensée, elle est d'ahord ignorée et 
« renfermée en elle-même. Quand la pensée commence à 
« se répandre, elle^ arrive à l'endroit oii demeure l'espritj 
« parvenue à ce point, elle prend le nom d'intelligence et 
« n'est [dus, comme auparavant, renfermée en elle-même. 
<c L'esprit à son tour se développe au sein même des 
« mystères dont il est encore enlouré, et il en sort une voix 

^^'Jl^ ce qui est la réunion^ de tous les chœurs célestes; une voix 

i,Lf'-*>i ^( qui <^Q répand en paroles distincles et en mots arliculés; 
ce car elle vient de l'espril. Mais en réfléchissant à tous ce-; 
ce degrés, on voit que la penst'e, rinlelligente, ce'.le voiv 
ce et celle parole, sont une seule chose, que la pensée est le 

1. Ib. supr. 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. HZ 

« principe de tout ce qui est, que nulle interruption ne 
« peut exister en elle, La pensée elle-même se lie au non- 
ce être et ne s'en sépare jamais. Tel est le sens de ces mots : 
« Jëliovah est un et son nom est un^ « Voici un autre pas- 
sage où l'on reconnaît facilement la même idée sous une 
forme plus originale et, selon nous, plus antique : « Le nom ; 
ce qui signifie je mis, T\ir^^, nous indique la réunion de tout îi^^V 
ce ce qui est, le degré où toutes les voies de la sagesse sont ■ 
ce encore cachées et réunies ensemble sans pouvoir se dis- 
ce tinguer les unes des autres. Mais quand il s'établit une 
ce ligne de démarcation; quand on veut désigner la mère 
ce portant dans son sein toutes choses et sur le point de les 
ce mettre au jour pour révéler le nom suprême, alors Dieu 
ce dit en parlant de lui : moi qui sîiis, nin\' "i\r'N\ Enfin, ^^')K '^'ù 
ee lorsque tout est bien formé et sorti du sein maternel, 
ce lorsque toute chose est à sa place et qu'on veut désigner 
ce à la fois le particulier et l'existence, Dieu s'appelle JcJio- 
ee valif ou je suis celui qui est, h'-k i^tn* T]''r\ii. Tels sont les '^v,*}^ ^ 
ce mystères du saint nom révélé à Moïse, et dont aucun autre r>'*'h> 

ce homme ne partageait avec lui la connaissance". » Le 
système des kabbalistes ne repose donc pas simplement sur 
le principe de l'émanalion ou sur l'unité de substance; ils 
ont été plus loin, comme on voit : ils ont enseigné une doc- 
trine assez semblable à celle que les métaphysiciens de l'Alle- 
magne regardent aujourd'hui comme la plus grande gloire de 
noli'c temps, ils ont cru à l'identité absolue de la pensée 

1. 1'° part., fol. 2iG, verso, sccl. ip;iT, Ce passage étant trop long à rap- 
porter tout entier, nous en citerons tlu moins les derniers mois : j^t,-; j^>),-)<] 

2. I.e mol (isclter est un signe (iélerunnalif. 

3- nxby N'a\s' ttxt xin: Ninn p^î:x iniiS ahzi nSSd nt hmn» 

n'iiT T2X- ^^ P^'i'tv fol- 05, verso, sect. jiia nnx. 



Ui LA KABBALE. 

et de l'exislcnce; et par conséquent le monde, comme 
nous le verrons plus lard, ne pouvait être à leurs yeux que 
l'expression des idées ou des formes absolues de l'intelli- 
gence : en un mot, ils nous laissent entrevoir ce que peut la 
réunion de Platon et de Spinosa. Afin qu'il ne reste aucun 
doute sur ce fait important , et pour montrer en même 
temps que les plus instruits parmi les kabbalistes modernes 
sont restés fidèles aux traditions de leurs prédécesseurs, 
nous allons ajouter aux textes que nous avons traduits du 
Zohar un passage très remarquable des commentaires de 
Corduero. « Les trois premières Sépbirolh, à savoir : la 
^^ w Kv" « couronne, la sagesse et l'intelligence, doivent être consi- 
rtiiwwji^' « dérées comme une seule et même chose. La première 
■t-y^ « représente la connaissance ou la science, la seconde ce 

^îw« tCvv^w-i ^^ ^^^1 connaît, et la troisième ce qui est connu. Pour s'ex- 
^iC"vv<vJ'>*- « pliquer cette identité, il faut savoir que la science du 
« créateur n'est pas comme celle des créatures; car, chez 
« celles-ci, la science est distincte du sujet de la science et 
« porte sur des objets qui, à leur tour, se distinguent du 
! « sujet. C'est cela qu'on désigne par ces trois termes : la 
1 « pensée, ce qui pense, et ce qui est pensé. Au contraire, le 
« créateur est lui-même tout à la fois la connaissance et ce 
« qui connaît et ce qui est connu. En effet, sa manière de 
« connaître ne consiste pas à appliquer sa pensée à des 
« choses qui sont hors de lui; c'est en se connaissant et en 
« se sachant lui-même qu'il connaît et aperçoit tout ce qui 
« est. Rien n'existe qui ne soit uni à lui et qu'il ne trouve 
^>t)'l (c dans sa propre substance. Il est lej,ype (mr-, typus) de 
« tout être, et toutes choses existent en lui sous leur forme 
« la plus pure et la plus accomplie; de telle sorte que la 
« perfection des créatures est dans cetle existence même, 
« par laquelle elles se trouvent unies h la source de leur 
a êtreS et h mesure qu'elles s'en éloignent, elles déchoient 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. iio 

ce de cet élat si parfait et si sublime. C'est ainsi que toutes 
« les existences de ce monde ont leur forme dans les 
« Sépbiroth, et les Séphiroth dans la source dont elles 
« émanent*. » 

Les sept attributs dont il nous reste encore à parler, et 
que les kabbalistes modernes ont appelés les_Séphirolh du ^4^^*^'^ 
la construction (^ijnn nirro), sans doute parce qu'ils servent '^^^'^'^^'^^^ 
pTus immédiatement à l'édification du monde, se déve- 
loppent, comme les précédents, sous forme de Irinités dans 
chacune desquelles deux extrêmes sont unis par un terme 
moyen. Du sein de la pensée divine, arrivée pour elle- 
même à sa plus complète manifestation, sortent d'abord 
deux principes opposés, l'un actif ou mâle, l'autre femelle 
ou passif : on trouve dans la grâce ou dans la miséricorde, 
*TDn, le caractère du premier; le second est représenté par '"ib^i 
la justice, ]n. Mais il est facile de voir par le rôle qu'elles V^ 
jouent dans rensembic du système que cette grâce et cette 
justice ne doivent pas être prises à la lettre; il s'agit bien 
plutôt de ce que nous appellerions l'extension et la concen- 
tration de la volonté. En effet, c'est de la première que 
sortent les âmes viriles, et de la seconde les âmes féminines. 
Ces deux attributs sont aussi nommés lesjl eux bras de la ^K^-lMifC 
Divinité : l'un TTônne la vie et l'autre la mort. Le monde ^''^^^^ 
ne saurait subsister s'ils restaient séparés; il est même 
impossible qu'ils s'exercent séparément, car, selon l'expres- 
sion originale, il n'y a pas de justice sans grâce; aussi vont- 
elles se réunir dans un centre commun qui est la beauté, 
mxEn, et dont le symbole matéi'icl est la poitrine ou le fr^î^^, 
cœur^ C'est un fait assez remarquable que le beau soit cou- 

1. Pardes WunonimAiÀ. 55, reclo. 

2. nSt xjn T\'hi NT nSi xt «pSo nS -j: 1^:2^ ^îzmi N:n nrpn.N; 

"•Dm .Tl nn- '">" l':irt., fol. 115, vorso. 

Njna S-iSr, "ami S^Sd mx£n xn mxîn \s,-a ]T2ynx N-n iHizz- 

o* part., fol. ii'JO, recto. 

10 



146 LA KABBALE. 

sidéré comme l'expression et le résiillat de toutes les qua- 
lités morales, ou comme la somme du bien. Les trois attri- 
buts suivants sont purement dynamiques, c'est-à-dire qu'ils 
nous représentent la Divinité comme la cause, comme la 
force universelle, comme le principe générateur de tous les 
êtres. Les deux premiers, qui représentent dans cette nou- 
velle sphère le principe mâle et le principe femelle, sont 

"nMîi appelés, conformément à un texte de l'Ecriture, le triomphe, 

t^-ji-^ nïj, et la gloire, Tin. Il serait assez difficile de trouver le 
sens de ces deux mots s'ils n'étaient suivis de cette défi- 
nition : « Par le triomphe et la gloire on comprend l'exten- 
« sion, la multiplication et la force; car toutes les forces 
« qui naissent dans l'univers sortent de leur sein, et c'est 

jL^/n^ « pour cela que ces deux Séphiroth sont appelées les armées 
« de rÉternel*. » Elles se réunissent dans un principe 
commun, ordinairement représenté par les organes de la 
génération, et qui ne peut signifier autre chose que l'élé- 
ment générateur ou la source, la racine de tout ce qui est. 

lit)*' ^^ ^^ nomme, pour cette raison, le fondement ou la base, 
TiDi. « Toute chose, dit le texte, rentrera dans sa base 
« comme elle en est sortie. Toute la moelle, toute la sève, 
« toute la puissance est rassemblée en ce lieu. Toutes les 
« forces qui existent sortent de là par l'organe de la géné- 
« ration. » Ces trois attributs ne forment aussi qu'un seul 
visage, qu'une seule face de la nature divine, celle qui est 
représentée dans la Bible par le dieu des armées^. Quant à 

^IIjVV^ la dernière des Séphiroth, ou la royauté^ msV^, tous les 
kabbalistes s'accordent à dire qu'elle n'exprime aucun at- 
tribut nouveau, mais seulement l'harmonie qui existe entre 
tous les autres et leur domination absolue sur le monde. 
Ainsi, les dix Séphiroth, qui forment dans leur ensemble 

■1 • "(ipï::: p.TZD "ipE:! ]iS''"'n S^t iL*:3ns» 1,12 nS-hi mm Nnura Sy\ 

T,m Pi*: ]';\S1 mxiy pipj^ "Çj \'^ÀTi-7.ohar, l- part., fol. 296, recto. 
2. niDi •l1P^<mï<2ï 11 TD1 nPN »S5"".i hz- N'2*iid »S1"1- Hî-N--^^- snpr. 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. Ul 

l'homme céleste, l'homme idéal, et ce que les kabbalistes ^2tlt^ 
modernes ont appelé le monde de l'émanation, îtîS'ïn dS";v, /ZJ^ 
se partagent en trois classes, dont chacune nous présente la ' 

Divinité sous un aspect différent, mais toujours sous la forme 
d'une Irinité indivisible. Les trois premières sont puiemont 
intelleclLielles ou métaphysiques; elles expriment l'identité 
absolue de l'existence et de la pensée, et forment ce que les 
kabbalistes modernes ont appelé le monde intelligible {uhn ^»A<-'-n' 
^2^*152) : celles qui les suivent ont un caractère moral; d'une 
part, elles nous font concevoir Dieu comme l'identité de la 
bonté et de la sagesse; de l'autre, elles nous montrent dans 
la bonté ou plutôt dans le bien suprême l'origine de la beauté 
et de la magnificence. Aussi les a-t-on nommées les vertm !^n^f^*i-^ 
(rmîz) ou le monde sensible {xûriin Qhvj) dans l'acception la '^''*^~*^'' 
plus élevée du mot. Enfin, nous apprenons par les derniers 
de ces attributs que la providence universelle, que l'artiste 
suprême est aussi la force absolue, la cause toute-puissante, 
et que cette cause est en même temps l'élément générateur 
de tout ce qui est. Ce sont ces dernières Séphiroth qui con- 
stituent le monde nalurcl ou la nature dans son essence et J/tU^^ 
dans son principe, natura naturans (yi^icn dSi!?)'. Voici 
maintenant en quels leimcs on cherche à ramener ces aspects 
divers à l'unité et par conséquent à une trinilé suprême : 
« Pour posséder la science de l'unité sainte, il faut regarder 
« la flamme qui s'élève d'un brasier ou d'une lampe allumée : 
« on y voit d'abord deux lumières, l'une éclatante de blan- 
(c cheur, l'autre noire ou bleue; la lumière blanche est au- 
« dessus et s'élève en ligne droite; la lumière noire est au- 
« dessous et semble cire le siège de la première : elles sont 
« cependant si étroitement unies l'une à l'autre, qu'elles ne 
ce foiment qu'une seule flamme. Mais le siège formé par la 
« luniièie bleue ou noire s'attache à son tour à la mèche qui 

i, Voy. Pardes Rimoniin, fol. G6, verso, 1" col. 



143 LA KABDALE. 

ce est encore au-dessous d'elle. Il faut savoir que la lumière 
ce blanche ne change pas; elle conserve toujours la couleur 
c< qui lui est propre; mais on dislingue plusieurs nuances 
ce dans celle qui est au-dessous : cette dernière prend en 
ce outre deux directions opposées; elle s'attache en haut à la 
ce lumière blanche et en bas à la malière enflammée; mais 
ce cette matière est sans cesse absorbée dans son sein, et 
ce elle-même remonte constamment vers la lumière supé- 
ce rieure. C'est ainsi que tout rentre dans l'unitéo^'pnx nSj'i 
ce inNmnu*. » Pour qu'il ne reste aucun doute sur le sens 
de cette allégorie, nous ajouterons que, dans une autre partie 
du Zohar, elle est reproduite presque littéralement pour 
cxpliqiier la nature de l'àme humaine qui, elle aussi, forme 
une trinité, image affaiblie de la trinité suprême. 

Cette dernière espèce de trinité, qui comprend explicite- 
ment toutes les autres, et nous offre en résumé toute la 
théorie des Séphiroth, est aussi celle qui joue le plus grand 
rôle dans le Zohar. Elle est exprimée, comme les précédentes, 
par trois termes seulement, dont chacun a déjà été présenté 
comme le centre, comme la plus haute manifestation de 
l'une Jes trinilés subordonnées : parmi les attributs méta- 
physiques, c'est la couronne; parmi les attributs moraux, la 
beauté; c'est la royauté parmi les attributs inférieurs. Mais 
qu'est-ce que la couronne dans le langage allégorique de la 
kabbale? c'est la substance, l'Etre un et absolu. Qu'est-ce 
que la beauté? c'est, comme ledit expressément V Idra sauta , 
la plus haute expression de la vie et de la perfection morales. 
Emanation de l'intelligence et de la grâce, elle est souvent 
comparée à l'orient, au soleil dont la lumière est également 
réfléchie par tous les objets de ce monde, et sans laquelle 
tout rentrerait dans la nuit : en un mot, c'est l'idéal. Enfin, 
qu'est-ce que la royauté? L'action permanente et immanente 

I. Zoltar, 1" [lait., fol. 51, recto, sect. n'w'XiS- 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. 149 

de (oiitcs les Séphiroth réunies, la présence réelle de Dieu au 
milieu de la création : et celle idée est parfaitement exprimée 
par le mot Scliéchinah (nr3c), l'un des surnoms de la royauté. 
Ainsi donc, l'Etre absolu, l'être idéal et la force immanenle 
des choses; ou si l'on veut, la substance, la pensée et la vie, 
c'est-à-dire la réunion de la pensée dans les objels, tels sont 
les vrais termes de cette Irinité nouvelle. Jls constituent ce 
qu'on appelle la colonne du milieu (nd^^ïcn" n-172>*) ; parce 
que, dans toutes les figures par lesquelles on a coulume de 
représenter aux yeux les dix Séphiroth, ils sont placés au 
centre, l'un au-dessus de l'autre, en forme de ligne droite 
ou de colonne. Ces trois termes, comme on peut s'y attendre 
d'après ce que nous savons déjà, deviennent autant dévisages 
ou de personnifications symboliques. La couronne ne change 
pas de nom; elle est toujours le grand visage, l'Ancien des 
jours, l'Ancien dont le nom soit sanctifié (N^np xp^ny). La 
beauté, c'est le roi saint, ou simplement le roi ('NUinp Nr'712 
NjS^), et la Schéchinah, la présence divine dans les choses, 
c'est la Matrone ou la Reine (Nniniic). Si l'une est comparée 
au soleil, l'autre est comparée à la lune, pnrce que toute la 
lumière dont elle brille, elle l'emprunte de plus haut, du 
degré qui est immédiatement au-dessus d'elle; en d'autres 
termes, Texislence réelle n'est qu'un reflet ou une image 
de la beauté idéale. La matrone est aussi appelée du nom 
d'Eve; car, dit le texte, c'est elle qui est la mère de toutes 
choses, et tout ce qui existe ici-bas s'allaite de son sein et est 
béni par elle'. Le roi et la reine, qu'on nomme aussi com- 
munément les deux visages (•j'^Eiins n) % forment ensemble un 
couple dont la tâche est de verser constamment sur le monde 
des grâces nouvelles, et de continuer par leur union, ou plu- 

1. hlra soulci, ad fin. ,v{i,-n ^"'D-iniTD m21 y^.'J niQ NnnSi ]"':*;5 S) 

nnS^S C5< "npnx- 

2. Zoltar, ."'^^ jxirl., fol. 10, verso, sccl. t<T;;iT. 



150 LA KABBALE. 

lot de perpétuer l'œuvre de la création. Mais l'amour réci- 
proque qui les porte à celte œuvre éclate de deux manières, 
et produit par conséquent des fruits de deux espèces : tantôt 
il vient d'en haut, va de l'époux à l'épouse et de là à l'univers 
tout entier; c'est-à-dire que l'existence et la vie, sortant 
dos profondeurs du monde intelligible, tendent à se mul- 
tiplier de plus en plus dans les objets de la nature : tantôt, 
au contraire, il vient d'en bas, il va de l'épouse à l'époux, du 
monde réel au monde idéal, de la terre au ciel, et ramène 
dans le sein de Dieu les êtres capables de demander ce retour. 
Le Zohar nous offre lui-même un exemple de ces deux modes 
de génération dans le cercle que parcourent les âmes saintes. 
L'àme, considérée dans son essence la plus pure, a sa racine 
dans l'intelligence ; je parle de l'intelligence suprême où les 
formes des êtres commencent déjà à se distinguer les unes 
des autres, et qui n'est en réalité que l'âme universelle. De 
là, si elle doit être une âme masculine, elle passe par le prin- 
cipe de la grâce ou de l'expansion; si c'est une âme fémi- 
nine, elle s'imprègne du principe de la justice ou de la con- 
centration : enfin, elle est enfantée à ce monde où nous 
vivons par l'union du roi et de la reine, qui sont, dit le texte, 
à la génération de l'âme ce que l'homme et la femme sont à 
la génération du corps \ Voilà par quel chemin l'âme descend 
ici-bas. Voici maintenant comment elle est rendue au sein 
de Dieu : quand elle a rempli sa mission et que, parée de 
toutes les vertus, elle est mure pour le ciel, alors elle s'élève 
de son propre mouvement, par l'amour qu'elle excite comme 
par celui qu'elle éprouve, et avec elle s'élève aussi le dernier 
degré de l'émanation, ou l'existence réelle, ainsi mise en 
harmonie avec la forme idéale. Le roi et la reine s'unissent 
de nouveau, mais pour une autre cause et dans un autre but 

1- NnnS- neIm nî23 np£: Ni-i'irn-cc* azh^z'i N;rMC NUi-p Nncw'j 

ii2^D'•iZ^ ina- i^'Ohar, 5' part., foL 7. 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. 151 

que la première fois*. « De cette manière, dit le Zohar\ la 
« vie est puisée en même temps d'en haut et d'en bas, la 
« source se renouvelle, et la mer, toujours remplie, distribue 
« SCS eaux en tout lieu*. » Cette union peut avoir lieu aussi 
d'une manière accidenlelle, pendant que l'àme est encore 
enchaînée au corps. Mais ici nous touchons à l'extase, au 
ravissement mystique et au dogme de la réversibilité dont 
nous avons résolu de parler ailleurs. 

Cependant nous croirions avoir exposé d'une manière 
incomplète la théorie des Séphiroth si nous ne faisions pas 
connaître les figures sous lesquelles on a essayé de les repré- 
senter aux yeux. 11 y en a trois principales, dont deux au 
moins sont consacrées par le Zohar. L'une nous montre les 
Séphiroth sous la forme de dix cercles concentriques, ou 
plutôt de neuf cercles tracés autour d'un point qui est leur 
centre commun. L'autre nous les présente sous l'image du 
corps humain. La couronne, c'est la tète; la sagesse, le cer- 
veau; l'intelligence, le cœur; le tronc et la poitrine, en un 
mot, la ligne du milieu est le symbole de la beauté, les bras 
celui de la grâce et de la justice, les parties inférieures du 
corps expriment les attributs qui restent. C'est sur ces rap- 
ports tout à lait arbitraires, poussés à leur dernière exagéra- 
lion dans les Tikounim (les suppléments du Zohar), que se 
fonde en grânïïe partie la kabbale pratique et la prétention 
de guérir par les différents noms de Dieu les maladies qui 
peuvent atteindre les diverses parties de noti'e corps. Ce 
n^est pas la première fois, au reste, qu'à la décadence d'une 
doctrine les idées ont été peu à peu étouffées par les symboles, 
même les plus grossiers, et la forme mise à la place de la 
pensée. EnHn, la dernière manière de représenter les dix 

1. Pour ne pas multiplier les citations, je renverrai à CorJuoio, qui les a 
loutcs réunies dans son Vardes Rimonini, fol. 60-Ci. 

2. Zohar, V part., fol. CO-70. — xnnDT xS''>ÎJ Cin ^^DlnX ]n3 



132 LA KABUALE. 

Séphiroth, c'est celle qui les partage en trois groupes : à 
droite, sur une même ligne verticale, on voit figurer les 
attributs qu'on peut appeler expansifs, à savoir : le Logos 
ou la sagesse, la grâce et la force : à gauche se trouvent 
placés de la môme manière, sur une ligne parallèle, ceux qui 
marquent la résistance ou la concentration; l'intelligence, 
c'est-à-dire la conscience du Logos, la justice et la résistance 
proprement dite. Enfin, au milieu sont les attributs sub- 
stantiels que nous avons compris dans la trinité suprême. Au 
sommet, au-dessus du niveau commun, on lit le nom de la 
couronne, et à la base celui de la royauté*. Le Zohar fait 
fréquemment allusion à cette figure qu'il compare à un arbre 
dont l'En Soph serait la vie et la sève, et qu'on a appelé 
depuis l'arbre kabbalistique. On y voit rappelée à chaque pas 
f- V''~:- la colonne de la grâce (x:ioi Niro* nom isr.cî?'), la colonne 
^w^U'^ delà justice (Nam »siicy nVn'/2u;t n-itdd) et la colonne du milieu 
(xnyïCN" Niiny) ; ce qui n'empêche pas la même figure de 
nous représenter sur un autre plan, par les lignes horizon- 
tales, les trois trinités secondaires dont nous avons parlé 
précédemment. Outre toutes ces figures, les kabbalistes 
^[y^ modernes ont encore imaginé des canaux (milaj;) indiquant 
sous une forme matérielle tous les rapports, toutes les com- 
binaisons qui peuvent exister entre les Séphiroth. Moïse 
Corduero parle d'un auteur qui en a compté jusqu'à six cent 
mille^ Ces subtilités peuvent intéresser jusqu'à un certain 
point la science du calcul ; mais c'est en vain qu'on y cher- 
cherait une idée métaphysique. 

A la doctrine des Séphiroth, telle que nous venons enfin 
de l'exposer, se mêle dans le Zohar une idée étrange, expri- 
mée sous une forme plus étrange encore; c'est celle d'une 
chute et d'une réhabilitation dans la sphère même des attri- 

1. Pour toutes ces figures voir le Pordes Rimonim, fol. 51-59 ("nDl^î:? 



OriMON DES KABBALISTES SUR DIEU. 155 

buts divins, d'une création qui a échoué, parce que Dieu 
n'était pas descendu avec elle pour y demeurer ; parce qu'il 
n'avait pas encore revêtu cette forme intermédiaire entre lui 
et la créature dont l'homme ici-bas est la plus parfaite ex- 
pression. Ces conceptions diverses, en apparence, ont été 
réunies dans une pensée unique que l'on rencontre en même 
temps, tantôt plus, tantôt moins développée, dans le Livre 
du mystère, dans les deux Idra et dans quelques autres 
fragments d'une moindre importance. Voici maintenant de 
quelle bizarre façon elle est présentée. La Genèse ^ fait men- /^^^^^f 
lion de sept rois d'Edom qui ont précédé les rois d'Israël, et 
en les nommant elle les fait mourir l'un après l'autre, pour 
nous apprendre dans quel ordre ils se sont succédé. C'est 
do ce texte, si étranger par lui-même à un tel ordre d'idées, 
que les auteurs du Zoliar se sont emparés pour y rattacher 
leur croyance à une sorte de révolution dttns le monde invi- 
sible de l'émanation divine. Par les rois d'Israël, ils enten- 
dent ces deux formes de l'existence absolue qui ont été per- 
sonnifiées dans le roi et la reine, et qui représentent, en la 
divisant pour notre faible intelligence, l'essence même de 
l'Elre. Les rois d'Edom, ou, comme on les appelle encore, 
les anciens rois, ce sont les mondes qui n'ont pu subsister, 
qui n'ont pu se réaliser avant que ces formes fussent établies, 
pour servir d'intermédiaire entre la création et l'essence di- 
vine considérée dans toute sa pureté. Au reste, la meilleure 
manière, selon nous, d'exposer sans altération cette obscure 
partie du système kabbalislique, c'est de citer, en les expli- 
quant l'un par l'aulre, quelques-uns des fragments qui s'y 
rapportent. « Avant que l'Ancien des anciens, celui qui est 
ce le plus caché parmi les choses cachées, eût préparé les 
« formes des rois et les premiers diadèmes, il n'y avait ni 
« limite ni fin. 11 se mil donc ù sculpler ces formes et à les 

1. C!inp. 37, V. 51-10, 



Î5Î LA KADBALE. 

« Iracer dans sa propre substance. Il étendit devant lui- 
« même un voile, et c'est dans ce voile qu'il sculpta ces 
« rois, qu'il traça leurs limites et leurs formes ; mais ils ne 
« purent subsister. C'est pour cela qu'il est écrit : Voici les 
« rois qui régnèrent dans le pays d'Edom avant qu'un roi 
« régnât sur les enfants d'Israël. Il s'agit ici des rois primi- 
IV^T^) « tifs et d'Israël primitif ^ Tous les rois ainsi formés avaient 
« leurs noms; mais ils ne purent subsister jusqu'à ce qu'il 
« (l'Ancien) descendît vers eux et se voilât pour eux*. « 
Qu'il soit question dans ces lignes d'une création anté- 
rieure à la nôtre, de mondes qui ont précédé celui où nous 
sommes, c'est ce qui ne peut laisser aucun doute; c'est ce 
que le Zoliar lui-même nous dit un peu plus loin dans les 
termes les plus positifs % et telle est aussi la croyance una- 
nime de tous les kabbalistes modernes. Mais pourquoi les 
anciens mondes ont-ils disparu? Parce que Dieu n'babilait 
pas au milieu d'eux d'une manière régulière et constante, ou, 
comme dit le texle, parce qu'il n'était pas descendu vers 
eux. parce qu'il ne s'était pas montré encore sous une forme 
qui lui permît de rester présent au milieu de la création, et 
de la perpétuer par celte union même. Les existences qu'il 
produisait alors, par une émanation spontanée de sa propre 
substance, sont comparées à des étincelles s'échappant en 
désordre d'un foyer commun et mourant à mesure qu'elles 
s'en éloignent. « Il a existé d'anciens mondes qui ont été dé- 
cc truits, des mondes sans forme qu'on a appelés les étin- 
cc celles ('[•'jr'ir: nhvj' "p*"') ; car c'est ainsi que le forgeron, en 
« battant le fer, fait jaillir les étincelles de tout côté. Ces 
« étincelles sont les anciens mondes, et ces anciens mondes 
« ont été délruils et n'ont pu subsister, parce que l'Ancien 

1. Le mot « primitif » (7^)2^p)!dans le Zohar, est toujours synonjine d'idéal, 
de céleste ou d'intelligible. 

"2. Idra raba, édit. d'Amsterdam, 5" part., fol. 148, reelo. 

5. 5-^ part., fol. Cl . yS 2nn*. ]'')2h'j nN2 n'.n ndi'j \sn n^pn ni2 ah ly 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. 155 

« (dont le nom soit sanctifié!) n'avait pas encore revêtu sa 
« forme, et l'ouvrier n'était pas encore à son œuvre*. » 

Et quelle est donc celle forme sans laquelle toute durée 
et toute organisation sont impossibles dans les existences 
finies, qui représente, à proprement parler, l'ouvrier dans 
les œuvres divines, sous laquelle enfin Dieu se communique 
et se reproduit en quelque sorte hors de lui? C'est la forme 
humaine entendue dans sa plus haute généralité, embras- 
sant avec les attributs moraux et intellectuels de notre na- 
ture les conditions de son développement et de sa perpétuité, 
en un mot, la distinction des sexes que les auteurs du Zohar jv^^u^fo^ 
admettent pour l'âme aussi bien que pour le corps. La dis- 
tinction des sexes ainsi comprise, ou plutôt la division et la 
reproduction de la forme humaine sont pour eux le symbole 
de la vie universelle, d'un développement régulier et infini 
de l'Etre, d'une création régulière et continue, non seule- 
ment par la durée, mais aussi par la réalisation successive 
de toutes les formes possibles de l'existence. Nous avons déjà 
rencontré précédemment le fond de cette idée ; mais ici il y 
a quelque chose de plus : c'est que l'expansion graduelle de 
la vie, de l'être et de la pensée divine n'a pas commencé 
immédiatement au-dessous de la substance; elle a été pré- 
cédée de cette émanation tumultueuse, désordonnée et, si je 
puis dire ainsi, inorganique dont nous avons parlé tout à 
l'heure, v Pourquoi tous ces anciens mondes furent-ils dé- 
« truils? Parce que l'homme n'était pas formé encore. Or, 
« la forme de l'homme renferme toutes choses; toutes choses 
« peuvent se maintenir par elle. Comme cette forme n'exis- 
te tait pas encore, les mondes qui l'avaient précédée ne pu- 
« rcnt subsister ni se maintenir, et ils tombèrent en ruines, 

1. Idm solda, 5° p:irt. du Zohar, fol. S'.V2, verso, cilit. d'Ainslcnlam. 

]ip^-j npx N:ip*n2 mn kS- x^-m '-^zvr.N' N:ipn .xSi \scip Y,:h'3 



156 LA KABCALi:. 

« jusqu'à ce que la forme de l'homme fut élablie : alors i!::> 
ce renaquirent tous avec elle, mais sous d'autres noms*. » 
Nous ne démontrerons pas par de nouveaux textes la distinc- 
tion des sexes dans l'homme idéal ou dans les attributs di- 
vins; il nous suffira de remarquer ici que cette distinction, 
répétée sous mille formes dans le Zohar, reçoit aussi le nom 
.l^jj^y>) caractéristique de balance (Nbpnn). « C'était avant que la 
' « balance fut établie, dit le Livre du mystère ; ils (le roi et 

« la reine, le monde idéal et le monde réel) ne se regardaient 
ce pas face à face, et les premiers rois moururent faute de 
ce trouver leur subsistance, et la terre était en ruines... Cette 
ce balance est suspendue dans un lieu qui n'est pas (le non- 
ce être primilif) ; ceux qui doivent être posés dans ses pla- 
« teaux n'existent pas encore. C'est une balance tout inté- 
ce rieure, qui n'a pas d'autre appui qu'elle-même, invisible. 
ce Ce qui n'est pas, ce qui est et ce qui sera, voilà ce que 
ce porte et ce que portera cette balance *. » 

Ainsi que nous l'apprend déjà une citation précédente, les 
rois d'Edom, les anciens mondes n'ont pas disparu complè- 
tement; car, dans le système kabbalistique, rien ne naît, rien 
ne périt d'une manière absolue. Seulement ils ont perdu leur 
eincienne place, qui était celle de l'univers actuel ; et quand 
Dieu vint à se manifester hors de lui, à se reproduire lui- 
même sous la forme de l'homme, ils ressuscitèrent, en quel- 
que sorte, pour entrer sous d'autres noms dans le système 
général de la création, ce Lorsqu'on dit que les rois d'Edom 
ce sont morts, on ne veut pas parler d'une mort réelle ou 
ce d'une complète destruction ; mais toute déchéance est ap- 
ce pelée du nom de mort ^ » En effet, ils descendirent bien 
bas, ou plutôt, ils s'élevèrent bien peu au-dessus du néant; 



i. Lira raba ; ib. supr,, fol. 155, reclo et verso. 

2. Nmy-'JST K12D. chap. 1", ad init. 

3. Idra raba, If part, du Zo/ior, fol. 135, verso. 



OPINION DES KABBALISTES SUR DIEU. 157 

car ils fiircnl placés au dernier degré de l'univers. Ils repré- 
sentent l'existence purement passive, ou, pour nous ser- 
vir des expressions mêmes du Zohai\ une justice sans au- 
cun mélange de grâce, un lien où tout est rigueur et justice 
{\y2T\ "jnnNrn i'':'''?! nnxn) \ où tout est féminin sans aucun prin- 
cipe masculin (Nipiiiinx), c'est-à-dire où tout est résistance 
et inertie, comme dans la matière. C'est pour cela même 
qu'ils ont été nommés les rois d'Edom, Edom étant l'opposé 
d'Israël qui représente la grâce, la vie, l'existence spirituelle 
et active. Nous pourrions aussi, prenant à la lettre la plupart 
de ces expressions, dire avec les kabbalisles modernes, que 
les anciens mondes sont devenus un séjour de châtiment 
pour le crime, et que de leurs ruines sont sortis ces êtres 
malfaisants qui servent d'instruments à la justice divine. 
Rien ne serait changé dans la pensée; car, comme nous 
pourrons tous nous en assurer un peu plus loin, dans les 
idées du Zohar, où la métempsycose joue un si grand rôle, 
le châtiment des âmes coupables consiste précisément h 
renaître dans les degrés les plus infimes de la création et à 
subir de plus en plus l'esclavage de la matière. Quant aux 
démons, qu'on appelle toujours du nom significatif d'enue- J))^''}) 
loppes (niîtSp), ils ne sont pas autre chose que la matière 
elle-même et les passions qui en dépendent. Ainsi, toute 
forme de l'existence, depuis la matière jusqu'à l'éternelle 
sagesse, est une manifestation, ou, si l'on veut, une émana- 
lion de l'Etre infini. Mais il ne suffit pas que toutes choses 
viennent de Dieu pour avoir de la réalité et de la durée; il 
faut encore que Dieu soit toujours présent au milieu d'elles, 
qu'il vive, se développe et se reproduise éternellement, et à 
l'infini, sous leur apparence; car, sitôt qu'il voudrait les 
livrer à elles-mêmes, elles s'évanouiraient comme une om- 
bre." Miiîs que dis-jcT Cette ombre est encore une partie de 

Lira laba, ib., fol. 1 1!?, reclo. — ïdra soula, ad lia. 



158 LA KABBALE. 

la chaîne des manifestations divines; c'est elle qui_est la 
matière; c'est êTle qui marque la limite oi!i disparaissent à 
nos yeux l'esprit et la vie : elle est la fin, comme l'homme 
idéal est le commencement. C'est sur ce principe que se 
fondent à la fois la cosmologie et la psychologie kabha- 
listiques. 



CHAPITRE IV 



SUITE DE L ANALYSE DU ZOIIAR — OriMON DES KABBALISTES 
SUR LE MONDE 



Ce que nous savons de l'opinion des kabbalisles sur 3 
nature divine nous dispense de nous arrêter longtemps à 
leur manière de concevoir la création et l'origine du monde ; 
car, au fond, ces deux choses se confondent dans leur esprit. 
Si Dieu réunit en lui, dans leur totalité infinie, et la pen- 
sée et l'existence, il est bien certain que rien ne peut exis- 
ter, que rien ne peut être conçu en dehors de lui ; mais tout 
ce que nous connaissons, soit par la raison, soit par l'expé- 
rience, est un développement ou un aspect particulier de 
l'Être absolu : J'éternité d'une substance inerte et distincte 
de lui est une chimère, et la création, comme on la conçoit 
ordinairement, devient impossible. Cette dernière consé- 
quence est clairement avouée dans les paroles suivantes : 
« Le [)oint indivisible (l'absolu) n'ayant point de limites et ne 
« pouvant pas être connu, à cause de sa force et de sa pureté, 
« s'est répandu au dehors, et a formé un pavillon qui sert de 
(( voile à ce point indivisible. Ce pavillon, quoique d'une 
(c lumière moins pure que le point, était encore trop éclatant 
« pour êlre regardé; il s'est à son tour répandu au dehors, 
« et cette extension lui a servi de vêtement : c'est ainsi que 



d60 LA KABBALE. 

« tout se fait par un mouvement qui descend toujours; c'est 
« ainsi enfin que s'est formé l'univers, NcbyT N:ipn i.tn n t. » 
Nous rappelons que l'être absolu et la nature visible n'ont 
qu'un seul nom qui signifie Dieu. Un autre passage nous 
apprend que la voix qui sort de l'esprit et qui s'identifie avec 
lui dans la pensée suprême, que cette voix n'est, au fond, pas 
autre chose que l'eau, l'air et le feu, le nord, le midi, 
l'orient et toutes les forces de la nature*; mais tous ces élé- 
ments et toutes ces forces se confondent dans une seule chose, 
dans la voix qui sort de l'esprit. Enfin la matière, considé- 
rée sous le point de vue le plus général, c'est la partie infé- 
rieure de cette lampe mystérieuse dont nous avons vu tout 
à l'heure la description. Avec celte opinion, les kabba- 
lisles prétendaient rester fidèles à la croyance populaire, 
que par la seule puissance de la parole divine le monde est 
sorti du néant ; seulement, ce dernier mot, comme nous le 
savons déjà, avait pour eux un tout autre sens. Voici ce 
point de leur doctrine assez clairement exposé par l'un des 
commentateurs du Scpher ielzirah :« Lorsqu'on affirme que 
ce les choses ont été tirées du néant, on ne veut pas parler du 
« néant proprement dit; car jamais un être ne peut venir 
« du non-être. Mais on entend par le non-être ce qu'on ne 
« conçoit ni par sa cause ni par son essence ; c'est, en un mot, 
« la cause des causes; c'est elle que nous appelons le non- 
ce ôlre primitif, 'j'a'îp "j^ss parce qu'elle est antérieure à l'uni- 
« vers : et par là nous n'entendons pas seulement les objets 
« matériels, mais aussi la sagesse sur laquelle le monde 
« a été fondé. Si maintenant on demande quelle est l'es- 
« sence de la sagesse, et suivant quel mode elle est conte- 
ce nue dans le no)i-êlre ou dans la couronne suprême^ per- 

■I- -rn-wN- -': ii.-i N- ti'^SriNi n-3 xi -Cw'EnN' hnShSt nN"2~p mip^a 

NÎ^Syb »S;ipnb »S- hv\ iH-h Xw^S NT- Zohar, l" part., fol. 20, recto. 



'ib^n "INC hzi- fb. l" part., fol. 2 46, verso, sect. s^it. 



OPINION DES KABBALISTES SUR LE MONDE. ICI 

(c sonne ne pourra répondre à celte question, car, dans le 
(( non-èlre, il n'y a aucune distinction, aucun mode d'exis- 
cc tencc. On ne comprendra pas davantage comment la 
« sagesse se trouve unie h la vie *. » Tous les kabbalistes 
anciens ou modernes expliquent de celte manière le dogme 
de la création. Mais, conséquents avec eux-mêmes, ils ad- 
meltaient aussi la seconde partie de l'adage : Ex nihilonihil ; 
ils ne croyaient pas plus à l'anéantissement absolu qu'à la 
création comme on l'entend vulgairement. « Rien, dit le 
« Zohar, n'est perdu dans le monde, pas même la vapeur 
« qui sort de notre boucbe : comme toute chose, elle a sa 
« place et sa destination, et le Saint, béni soit-il, la fait 
« concourir à ses œuvres; rien ne tombe dans le vide, pas 
« même les paroles et la voix de l'homme; mais tout a sa 
(' place et sa deslination \ » C'est un vieillard inconnu qui 
prononce ces paroles devant jtlusieurs disciples de Jocliaï ; 
et il faut que ceux-ci y reconnaissent un des articles les plus 
mystérieux de leur foi, puisqu'ils s'empressent de les inter- 
r.mipre par ces mots : « vieillard, qu'as-tu fait? N'eût-il 
te pas mieux valu garder le silence? Car maintenant te voilà 
« emporté, sans voile et sans mât, sur une mer immense. 
« Si tu voulais monter, tu ne le pourrais plus, et en descen- 
te dont tu rencontrerais un abîme sans fond ''. » Ils lui citent 
rexeni[)le de leur maître, qui, toujours réservé dans ses ex- 
pressions, ne s'aventurait pas sur cette mer sans se ménager 
un moyen de retour; c'est-à-dire qu'il cachait ses pensées 
sous le voile de l'allégorie. Cependant le même principe est 
énoncé un peu plus loin avec une entière franchise. « Toutes 
« les choses, disent-ils, dont ce monde est composé, l'esprit 
« aussi bien que le corj)s, rentreront dans le princijie et 

1. Comincnlaire d'Aljr;iIiain bon Daoïul, "t^xi? ^i"' '^^ S']>lisr icizirali. \o\e/. 
ccli(. Rillangel, pag. Oj et seq. 

2. Zohar, '2° part., fol. 100, verso, soct. D''a2"kî/n. 
5. Zjlnir, ib. 

11 



1G2 LA KABBALE. 

ce dans la racine dont elles sont sorties *. Il est le commen- 
« cernent et la fin de tous les degrés de la création ; tous ces 
« degrés sont marqués de son sceau, et on ne peut le nom- 
ce mer aulrementque par l'unité; il est l'être unique, mal- 
ce gré les formes innombrables dont il est revêtu ^ » 

Si Dieu est à la fois la cause et la substance, ou, comme 
dirait Spinosa, la cause immanente de l'univers, celui-ci 
devient nécessairement le chef-d'œuvre de la perfection, do 
la sagesse et de la bonté suprêmes. Pour rendre cette idée, 
les kabbalisles se servent d'une expression assez originale, 
que plusieurs mystiques modernes, entre autres Boehm et 
Saint-Martin, reproduisent fréquemment dans leurs ou- 
vrages : ils appellent la nature une bénédiction, et ils 
regardent comme un fait très significatif que la lettre par 

'»U^V;*3D. laquelle Moïse a commencé le récit de la création, rT'xyNii, 
entre également la première dans le mot qui signifie béné- 
diction, nsin". Rien n'est absolument mauvais, rien n'est 
maudit pour toujours, pas même l'archange du mal ou le 

';)Ys*fOb serpent venimeux, iS\2;n Niiin, comme ils l'ajipellent quel- 
quefois. Il viendra un temps où il retrouvera et son nom 
et sa nature d'ange\ Du reste, la sagesse n'est pas moins 

1- »sî:ij n^:^ ".pE:" ï^'inn kiidit i^ipyS ihSd itthn i^^z'rji yhn hz 

mtSoS t<*i2?2J1 nnisob- 2° part., fol. 'lis, verso. 

-n}< nSn 'uTn' '.xS 'j'nimD yz-pv- ,T2 n'x- ;,:;x- nxmxb inn- l" part., 

fol. '21, reclo. 

5. i^2nx .Tin ii)2hy T\^2^2 Sbjn'^'x n^-ii ]a"'D in^x rr'ii ]^;i- l'^part., 

fol. 2ûr>, verso, sect. ^*;;i"i. Voyez aussi Oliot de R. Akiba. 
I 4, Son nom mystique est bxî2D) Sainael. On en retranchera, dans les temps 
à venir, la première moitié, qui signitie poison; le seconde est le nom commun 
de tous les anges. La même idée est encore exprimée sous une autre forme : 
après avoir démontré par un procédé kabbalistique (x^Tcn^^) ^l""^ ^^ ï^o™ de 
Dieu comprend tous les côtés de l'univers, à l'exception du nord, réservé aux 
méchants comme un lieu d'expiation, on ajoute qu'à la fin des temps ce côté 
rentrera comme les autres dans le nom ineffable. L'enfer disparaîtra, il n y 
aura plus ni châlimcnt, ni épreuves, ni coupables. La vie sera une éternelle 



OPINION DES KABBÂLISTES SUR LE MONDE. 163 

visible ici-bas que la bonté, puisque l'univers a été créé par 
la parole divine, et qu'il n'est lui-même pas autre cbose que 
celle parole : or, clans le langage mystique du Zoha)\ 
l'expression articulée de la pensée divine, c'est, comme 
nous l'avons déjà appris, l'ensemble de lous les êtres par- 
ticuliers existants en germe dans les formes éternelles de la 
sagesse supérieure. Mais aucun des passages que nous avons 
déjà cités, ou que nous pourrions citer encore à l'appui de 
ce principe, ne peut offrir plus d'intérêt que celui-ci : « Le 
« Saint, béni soit-il, avait déjà créé et détruit plusieurs 
c( mondes, avant d'arrêter dans sa pensée la création de 
« celui oi^i nous vivons; et lorsque cette dernière œuvre fut 
c( sur le point de s'accomplir, toutes les clioses de ce 
« monde, toutes les créatures de l'univers, avant d'appar- 
<( tenir à l'univers et dans quelque temps qu'elles dussent 
« exister, se trouvaient devant Dieu sous leurs vraies 
« formes. C'est ainsi qu'il faut entendre ces paroles de 
« l'Ecclésiaste : Ce qui a été autrefois sera aussi dans 
« l'avenir, et tout ce qui sera a déjà été*. Tout le monde 
« inférieur a été fait à la ressemblance du monde supé- 
« rieur : tout ce qui existe dans le monde supérieur nous 
« apparaît ici-bas, comme dans une image; et tout cela 
« n'est cependant qu'une seule cbose ^ » 

De celle croyance si élevée, si large, et que l'on retrouve, 

fête, un sabbat sans lin. M. Corducro, Parties Rinwnim, fol. 10, verso, et 
Isaac Loria, Emek Ilamelecli, cbap. i''. Dons le Midrascb, Bcreschit Rabbo, 
20, et Pscudo-Jonalban sur la Genèse, III, 15, on dit, au contraire, que soûl lo 
serpent ne sera pas guéri. 

1- Dn S^i "*pS mm ]^'!2hv 12 mn ai^h'j xn rapn k"i:i nS tj 
anh'j •'■ai prN So nicp ]pnnxi .TDp -'in an N^Sy ixna n3nu7Ni 
]i,T;pri:i .TDp in^'p nn xn noSîtS pn^i nS tj xit xt? S33 in^nr^i- 

3" part., fol. CI , verso. 

im SdT TCuîS- 2" part., fol. 20, 1. 



104 U KABBALE. 

()liis OU moins mélangée, dans tous les grands systèmes de 
métaphysique, les kabbalistes ont tiré une conséquence qui 
les ramène entièrement au mysticisme : ils ont imaginé que 
tout ce qui frappe nos sens a une signification symbolique; 
que les phénomènes et les formes les plus matérielles 
peuvent nous apprendre ce qui se passe ou dans la pensée 
divine ou dans l'intelligence humaine. Tout ce qui vient 
de l'esprit doit, selon eux, se manifester au dehors et 
devenir visible ^ De là la croyance à un alphabet céleste et 
à la physiognomonique. Voici d'abord en quels termes ils 
parlent du premier : « Dans toute l'étendue du ciel, dont 
« la circonférence entoure le monde, il y a des figures, des 
« signes au moyen desquels nous pourrions découvrir les 
« secrets et les mystères les plus profonds. Ces figures sont 
ce formées par les constellations et les étoiles, qui sont pour 
« le sage un sujet de contemplation et une source de mysté- 
« rieuses jouissances" — Celui qui est obligé de se mellre 
« en voyage dès le matin n'a qu'à se lever au point du jour 
« et à regarder attentivement du côLé de l'orient, il verra 
« comme des lettres qui marchent dans le ciel. Tune mon- 
« tant, l'autre descendant. Ces formes brillantes sont celles 
« des lettres avec lesquelles Dieu a créé le ciel et la terre; 
« elles forment son nom mystérieux et sainte » De telles 
idées, si elles ne doivent pas être comprises dans un sens 
plus élevé, peuvent paraître indignes de trouver place dans 
un travail sérieux; mais d'abord, en ne faisant connaître 
du système contenu dans le Zohar que les aperçus les plus 
brillants et les mieux fondés, en écartant avec soin tout ce 
qui peut heurter nos habitudes intellectuelles, nous man- 

1" part., fol. 20, \. 

2. 2° part., fol. Ti, reclo, sect. ^itti. 

Stci N'3;jf irc'wi 'j";\x'i ^i^ztid ]"'""n yh'2 ""2- i^- ■5»;-"'-. fol. 70, rccio. 



OPINION DES KABBALISTES SUR LE MONDE. IGo 

querions le seul but que nous nous soyons pioposc; nous 
serions infidèle à la vérilé historique. Ensuite, nous avons 
remarqué que des rêveries pareilles sont sorties plus d'une 
fois du même principe et qu'elles n'ont pas toujours été le 
partage des plus faibles intelligences. Platon et Pythagorc 
en ont été bien près; et d'un autre côté, tous les grands 
représentants du mysticisme, tous ceux qui ne voient dans 
la nature extérieure qu'une vivante allégorie, ont adoplé, 
chacun selon la mesure de son intelligence, la théorie des 
nombres et des idées. C'est aussi comme une conséquence 
de leur système général de métaphysique, ou, s'il nous est 
permis de nous servir ici du langage philosophique de nos 
jours, c'est en vertu d'un jugement a 'priori que les kabba- 
lisles ont admis la physiognomonique, dont le nom était, 
du reste, déjà connu dans le siècle de Socrate. « La physio- 
« nomie, disent-ils, si nous en croyons les maîtres de la 
(c science intérieure, hncjd Nnazm nxa, ne consiste pas 
« dans les traits qui se manifestent au dehors, mais dans 
« ceux qui se dessinent mystérieusement au fond de nous- 
« mêmes. Les traits du visage varient suivant la forme 
« imprimée au visnge intérieur de l'esprit; l'esprit seul 
« produit toutes ces physionomies que connaissent les 
ce sages : c'est par l'esprit qu'elles ont un sens. Quand les 
ce esprits et les âmes sortent de VEden (c'est ainsi qu'on 
ce appelle souvent la sagesse suprême), ils ont tous une 
ce certaine forme qui plus tard se réfléchit dans le visage\ » 
A ces considérations générales succèdent un grand nombre 
d'observations de détail dont quelques-unes sont encore 
aujourd'hui généralement accréditées. Ainsi, un front large 
et convexe est le signe d'un esprit vif et profond, d'une 
intelligence d'élite. Un front Inrge, mais aplati, annonce la 
folie ou la sottise; un front qui serait en même temps plat, 

1. 2° part., fol. 75, verso. 



ICa LA KABBALE. 

comprimé sur les côtes et terminé en. pointe, indiquerait 
infailliblement un esprit 1res borné, auquel pourrait se 
joindre quelquefois une vanité sans mesure^ Enfin, tous les 
visages humains sont ramenés à quatre types principaux, 
dont ils s'éloignent ou se rapprochent, selon le rang que 
tiennent les âmes dans l'ordre intellectuel et moral. Ces 
types sont les quatre figures qui occupent le cliar mystéiieux 
d'Ézéchiel, c'est-à-dire celles de l'homme, du lion, du bœuf 
et de ^'aigle^ 

Tl nous a semblé que la démonologie adoptée par les kab- 
balistes n'est qu'une personnification tout à fait réfléchie de 
ces différents degrés de vie et d'intelligence qu'ils aperce- 
vaient dans toute la nature extérieure. La croyance aux dé- 
mons et aux anges avait depuis longtemps pris racine dans 
l'esprit du peuple comme une riante mythologie à côté du 
dogme sévère de l'unité divine. Pourquoi donc ne s'en se- 
raient-ils pas servis pour voiler leurs idées sur les rapports 
de Dieu avec le monde, comme ils se sont servis du dogme 
de la création pour enseigner tout le contraire; comme ils 
se servaient enfin des textes de rKcriturc pour se mettre au- 
dessus de l'Écriture et de l'autorité religieuse? Nous n'avons 
trouvé en faveur de cette opinion aucun texte entièrement 
à l'abri du doute ; mais voici quelques raisons qui la ren- 
dront au moins très probable. D'abord, dans les trois frag- 
ments principaux du Zohar, dans les deux Idra et le Livre 
du mystère, il n'est jamais question, sous quelque forme que 
ce soit, de cette hiérarchie céleste ou infernale, qui n'était 
vraisemblablement qu'un souvenir de la captivité de Baby- 
lone; ensuite, lorsque, dans les autres parties du ZohaVy 
on parle des anges, on les représente comme des êtres bien 
inférieurs à l'homme, comme des forces dont l'impulsion 

1. Ib. supr., fol. 75-75, recto. 

2. T^yj "izD '\r^D i:d nnx 1:2 d-x i;î: ni2\si nt,""!'- 2= part., foi. 73, 

verso, et seq. 



OPINION DES KABBALISTES SUR LE AIONDE. 1C7 

avcude est constamment la môme. Nous en offrons un 
exemple dans ces mots : « Dieu anima d'un esprit parti- 
ce culier chaque partie du firmament ; aussitôt toutes les 
c< armées célestes furent formées et se trouvèrent devant lui. 
ce C'est ainsi qu'il faut expliquer ces paroles : Avec le souffle 

ce de sa bouche il créa toutes les armées Les esprits 

ce saints, qui sont les messagers du Seigneur, ne descendent 
ce que d'un seul degré; mais dans les âmes des justes il y a 
ce deux degrés qui se confondent en un seul : c'est pour cela 
ce que les âmes des justes montent plus haut, et que leur 
ce rang est [)lus élevé *. » Les thalmudistes eux-mêmes, mal- 
gré leur attachement à la lettre, professent le même prin- 
cipe : ce Les justes, disent-ils, sont plus grands que les 
ce anges *. » Nous comprendrons encore mieux ce qu'on a 
voulu dire par ces esprits qui animent tous les corps célestes 
et tous les éléments de la terre, si nous prenons garde aux 
noms et aux fonctions qui leur sont donnés. Avant tout, il 
faut écarter les personnifications purement poétiques, dont 
le caractère ne peut exciter le moindre doute; et tels sont 
tous les anges qui portent le nom, soit d'une qualité morale, 
soit d'une abstraction métaphysique; par exemple, le bon et 
le mauvais désir {iro ijjv vin is^), que l'on fait toujours agir 
sous nos yeux comme des personnes réelles; l'ange delà 
pureté (Tahariel), de la miséricorde (Rachmiel), de la justice 
(Tsadkiel), de la délivrance (Padacl), et le fameux Raziel^ 
c'est-à-dire l'ange des secrets, qui veille d'un œil jaloux sur 
les mystères de la sagesse kabbalistique '\ D'ailleurs c'est un 

^' y.nnizxi'z in inx^ ]i*nx inSo NniniSu; ^iirji "(Ti-p •[■'n'n S:j 
yrci p.TiTn Tn"" i^pSo -z ^i:!! -ni yV'izi nno x-'''p''-ïi- ^° iiai-t., 

fol. 68, verso. 

2. m*Cn ''^nS'ZQ IDV D^P^TJ U^hM:^- Tlialtnud Dfihijl., Sanhédrin, 
chap. XI, et Clioulin, chap. vi. 

5. Zohar, Impart., fol. 40-il. — Ib., ib., fol. 53, rcclo. — Ib., fol. 140, 
recto. 



1G8 LA KABBALE. 

principe reconnu par tous les kabbalistes, et qui lient au 
système général des êtres, que la liiérarcliie angélique ne 
commence que clans le troisième monde, celui qu'on appelle 
jjjjiy le monde de la formaiion (m^;;' obiy, Olam letzirah), c'est- 
à-dire dans l'espace occupé par les planètes et les corps cé- 
lestes. Or, comme nous l'avons déjà dit, le chef de cette mi- 
lice invisible, c'est l'ange Métatrône, ainsi appelé parce qu'il 
se trouve immédiatement au-dessous du trône de Dieu 
(^''-diid), qui forme à lui seul le monde de la création ou des 
>^ r. purs esprits (nxni ahrj, Olam Beriah). Sa tâche, c'est de 
maintenir l'unité, l'harmonie et le mouvement de toutes les 
sphères ; c'est exactement celle de celle force aveugle et in- 
finie qu'on a voulu quelquefois substituer à Dieu sous le 
nom de nature. 11 a sous ses ordres des myriades de sujets 
que l'on a divisés en dix catégories, sans doute en l'honneur 
des dix Sephiroth. Ces anges subalternes sont aux diverses 
parties de la nature, à chaque sphère et à chaque élément en 
particulier, ce qu'est leur chef à l'univers tout entier. Ainsi, 
l'un préside aux mouvements de la Terre, l'autre à ceux de 
la Lune, et la même chose a lieu |)our lous les autres corps 
célestes*. Celui-ci s'appelle l'ange du feu (Nouriel), celui-là 
l'ange de la lumière (Ouriel), un troisième préside à la dis- 
tribution des saisons, un quatrième à la végétation. Enfin, 
toutes les productions, toutes les forces et lous les phéno- 
mènes de la nature sont représentés de la même manière. 

L'inlcnlion de ces allégories devient tout à fait évidente 
lorsqu'il s'agit des esprits infernaux. Nous avons déjà appelé 
rattention sur le nom que l'on donne en commun à toutes 
les puissances de cet ordre. Les démons, pour les kabba- 
listes, sont les formes les plus grossières, les plus impar- 
faites, \es enveloppes de l'existence; tout ce qui figure l'ab- 

(..ki 1. On va même jusqu'à les désigner sous les inèuies noms que ces corps 
eux-mêmes : l'un s'appelle Vénus (njj), l'autre Mars {u'<m'a)j ui troisième, 
to**'!'^*'*'^ a substance du ciel {Q^'j2''Cri OTj)- Z-:har, 1" liait., fol. 42 et scq. 



OPIMO^i DES KABBALISTES SLR LE MONDE. 109 

scnce de la vie, de l'intelligence et de l'ordre. Ainsi que les 
anges, ils forment dix Sepliirotli, dix degrés, oi!i les ténèbres 
<'t l'impureté vont s'épaississant de plus en plus, comme 
dans les cercles du poète florentin*. Le premier ou plutôt 
les deux premiers ne sont pas autre chose que l'état dans 
lequel la Genèse nous montre la Terre avant l'œuvre des six 
jours, c'est-à-dire l'absence de toute forme visible et de 
toute organisation ^ Le troisième est le séjour des ténèbres, 
de ces mêmes ténèbres qui au commencement couvraient la 
face de l'abîme'". Puis vient ce qu'on appelle les sept taber- 
nacles (mS^M yiu) ou l'enfer proprement dit, oft'rant à nos 
yeux dans un cadre systématique tous les désordres du monde 
moral et tous les tourments qui en sont la suite. Là, nous 
voyons chaque passion du cœur humain, chaque vice ou 
chaque faiblesse personnifiée dans un démon, devenir le 
bourreau de ceux qu'elle a égarés dans ce monde. Ici, c'est 
la volupté et la séduction (mns), là la colère et la violence 
(nDm!]N*), plus loin l'impureté grossière, le démon des soli- 
taires débauches, ailleurs le crime (nnn), l'envie (ni\s'), l'ido- 
lâtrie, l'orgueil. Les sept tabernacles infernaux se divisent 
et se subdivisent à l'infini ; pour chaque espèce de perversité 
il y a comme un royaume à part, el l'on voit ainsi l'abîme 
se dérouler jtar degré dans toute sa profondeur et son im- 
mensité \ Le chef suprême de ce monde téiiél)reux, celui que 
l'Écriture appelle Satan, porte dans la kabbale le nom de 
Samaël (Sn-d), c'esl-à-dir(î l'ange du poison ou de la mort, 

1, Tikoniiiin, Tlloun 15, fol. 56. 

-• irî2T 1~n 4*^"^ '"-'^ Scjilante oui tra;luit pnr les deux mnls : ào'pazo; /.al 
dî/.aT4'j/.3jacro;. 

•>• NE'iSp XT '.nn HiTn yixm . xt bv x- zi'^h'^i nS;j |'3*bp nSn 
nxn^Sn xr^Sp •^•wim . x:*":!-! xs^Sp xi "1.12.1 . nxnp- 1^- «'P''- 

4. l'our lous ces déliiils, voir le Zolinr, 2'^ p:irt., fol. 255-259, sect. I7ip2. 
cl le commenlairc, ou plutôt la liaJuction licljiaïfjuc de ce passage dans le 
Pardcs Rimotiini, n'iSlMn yj'C- 



170 LA KABBALE. 

et le Zohar dit positivement que l'ange de la mort, le mau- 
vais désir, Satan et le serpent qui a séduit notre première 
mère sont une seule et même chose'. On donne aussi à Sa- 
maël une épouse, qui est la personnification du vice et de la 
sensualité; car elle s'appelle de son nom la prostituée [iar 

r !f)*^^ excellence, ou la maîtresse de débauches (a''3lj" h^tn) *. Mais 
ordinairement on les réunit dans un symbole unique qu'on 

■^Vh appelle simplement le serpent (x-îrn). 

Si on voulait ramener cette théorie des démons et des 
anges à la forme la plus simple et la plus générale, ou ver- 
rait que dans chaque objet de la nature, par conséquent dans 
la nature tout entière, les kabbalistes reconnaissaient deux 
éléments très distincts : l'un intérieur, incorruptible, qui 
se révèle exclusivement à rinlelligcnce; c'est l'esprit, la vie 
ou la forme ; l'autre purement extérieur cl matériel dont on 
a fait le symbole de la déchéance, de la malédiction et de la 
mort. Ils auraient pu dire aussi comme un philosophe mo- 
derne issu de leur race : Omnia, quamvis diverm gradibus, 
animala tamen sunt ''. De cette manière, leur démonologie 
serait un complément nécessaire de leur métaphysique et 
nous expliquerait parfaitement les noms sous lesquels on 
désigne les deux mondes inférieurs. 

verso; comme le dil d'ailleurs le Thalmiid, Baba Balra, 10. 

2. On suppose que c'est le même personn;ige (jue Lililli (puissance de la 
nuit), dont il est souvent question dans le TliahnuJ. 

5. Spinosa, Elliica. 



CHAPITRE V 



SUITE DE L ANALYSE DU ZOIIAR OriNlON DES KALBALlSlt.^ 

SUR l'ame IIU.MAINE 



C'est surtout par le rang élevé qu'ils ont donné à l'homme 
que les kabbalistes se recommandent à notre intérêt et que 
l'étude de leur système devient d'une haute importance, tant 
pour l'histoire de la philosophie que pour celle de la reli- 
gion. « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière », a 
dit la Genèse; et à ces paroles de malédiction ne succède au- 
cune promesse positive d'un avenir meilleur, aucune men- 
tion de l'âme qui doit remonter vers Dieu quand le corps 
s'est confondu avec la terre. Après l'auteur du Pentateuque, 
le moilèle de la sagesse en Israël, l'Ecclésiasle a légué à la 
postérité cet étrange parallèle : « L'homme et la brute meu- 
cc reni également; le sort de l'homme est comme le sort de 
ce la brute; ils ont tous deux le même sort ^ » Le Tlialmud 
s'('xj)rime quelquefois on termes assez poétiques sur la ré- 
compense qui attend les justes. Il les représente assis dans 
l'Eden céleste, la tète couronnée de lumière et jouissant de 
la gloire divine'. Mais la nature humaine en général, il 

1. Ecclés., cliap. III, V. 19. 
Herachol, 17. 



172 LA KABBALE. 

cherche plulôt à l'ahaisscr qu'à i'erinohlir. « D'où viens-tu? 
« D'une gouLtc de matière en putréfaction. Où vas-tu? Au mi- 
ce lieu de h poussière, de la corruption et des vers. Et de- 
ce vant qui dois-tu un jour te justifier et rendre compte de 
« les actions? Devant Celui qui règne sur les rois des rois, de- 
ce vant le Saint, béni soit-iP. » Telles sont les paroles qu'on 
lit dans un recueil de sentences attribuées aux chefs les plus 
anciens et les plus vénérés de Técole thalmudique. C'est dans 
un toufc autre langage que le Zoliar nous entretient de notre 
origine, de nos destinées futures et de nos rapports avec 
l'Etre divin, a L'homme, dit-il, est à la fois le résumé 
ce et le terme le plus élevé de la création ; c'est pour cela 
ce qu'il n'a été formé que le sixième jour. Sitôt que l'homme 
ce parut, tout était achevé, et le monde supérieur et le monde 
<e inférieur, car tout se résume dans l'homme; il réunit 
ce toutes les formes ^ » Mais il n'est pas seulement l'image 
du monde, de l'universalité des êtres, en y comprenant l'Etre 
absolu : il est aussi, il est surtout l'image de Dieu considéré 
dans l'ensemble de ses attributs infinis. Il est la présence di- 
vine sur la terre, nxnn nfi^^du; c'est VAdam céleste, qui, en 
soitant de l'obscurité suprême et primitive, a produit cet 
Adam terrestre ''. 

Le voici d'abord représenté sous le premier de ces deux 
aspects, c'est-à-dire comme 3/fcy*ocos/«e : ce Ne va pas croire 
<e que l'homme soit seulement de la chair, une peau, des os- 
ce sements et des veines; loin de là ! Ce qui fait réellement 
ce l'homme, c'est son âme ; et les choses dont nous venons 

1- r.vS^m n^2i i£7 ny^zh "Sin nnx ^h<Si nn";-iD he'cîz fin:! yan 
n-ipn Q^;b^2- irS^r -S:2 ""isS ]i2\:Tn ]n ]rh vw nnx ^a izzhi- Timlm. 

BabijL, Traité des l'èrcs, chap. iir. 

ah^l in'^^iS'J i.TX- 5' part., foL 48, recto. 

5. aix ^■'2 r\i<'2-^p nVih'j laTo lia arhn î-^^Sanx- in2 «b'^hi nia 

HDîh- 2° p^rt., fui. 70, vci'so. 



OPINION DES KABBALISTES SLTx L'AME. 175 

« (le parler, la peau, la chair, les ossements, les veines, ne 
ce sont pour nous qu'un vêtement, un voile, mais elles ne 
(c sont pas l'homme. Quand l'homme s'en va, il se dépouille 
« de tous les voiles qui le couvrent. Cependant ces diverses 
« parties de notre corps sont conformes aux secrets de la 
ce sagesse suprême. La peau représente le firmament qui 
ce s'étend partout et couvre toute chose, ainsi qu'un vêtement. 
« La chair nous rappelle le mauvais côté de l'univers (c'est- 
c( à-dire, comme nous l'avons dit plus haut, l'élément pure- 
ce ment extérieur et sensihle). Les ossements et les veines 
ce figurent le char céleste, les forces qui existent à l'intérieur, 
ce •i5Sia''''pT V^'"'^' ^^^ serviteurs de Dieu. Tout cela n'est ce- 
ce pendant encore qu'un vêtement; car dans l'intérieur est le 
ce mystère de Vhomme céleste. Ainsi que l'homme terrestre, 
ce l'Adam céleste est intérieur, et tout se passe en has comme 
ee en haut. C'est dans ce sens qu'il a été dit que Dieu créa 
ce l'homme à son image. Mais de môme que dans le firma- 
cc ment, qui enveloppe tout l'univers, nous voyons diverses 
ce figures formées par les étoiles et les planètes pour nous 
ce annoncer des clwses cachées et de profonds mystères ; ainsi 
ce sur la peau qui entoure notre corps il y a des formes et des 
ce traits qui sont comme les planètes ou les étoiles de notre 
ce corps. Toutes ces formes ont un sens caché et sont un 
ce ohjet d'attention pour les sages qui savent lire dans le visage 
ce de l'homme \ » C'est par la seule puissance de sa forme 
extérieure, par ce reflet d'intelligence et de grandeur ré- 
pandu dans tous ses traits, que l'homme lait trembler de- 
vant lui jusqu'aux animaux les plus féroces-. L'ange envoyé 
à Daniel pour le défendre contre la rage des lions n'est pas 
autre chose, selon le Zohar, que le visage même du pro- 
phète, ou l'empire exercé par le regard d'un homme pur. 

I. Zoltar, 2" pari., cul. 70a. 
.TDDa yjT] ]iSm I.iSd ïn:i- l" I»a''l-. M- 19' !-.;(^lo. sect. 3-^«i«i. 



174 LA KABBALE. 

Mais il ajoute que cet avantage disparaît aussitôt que 
l'homme se dégrade par le péché et par l'.ouhli de ses de- 
voirs '. Xous n'insisterons pas plus longtemps sur ce point, 
que nous avons déjà remarqué, et qui rentre entièrement 
dans la théorie de la nature. 

Considéré en lui-même, c'est-à-dire sous le point de vue 
de l'ame, et comparé à Dieu avant qu'il soit devenu visible 
dans le monde, l'être humain, par son unité, son identité 
substantielle et sa triple nature, nous rappelle entièrement 
la trinité suprême. En effet, il se compose des éléments sui- 
Tt'yi^'^ vants : 1° d'un esprit, n^*»2;j, qui représente le degré le plus 
élevé de son existence ; 2° d'une âme, m*!, qui est le siège du 
^^ ' bien et du mal, du bon et du mauvais désir, en un mot, de 
-►t)^ tous les attributs moraux; 5° d'un esprit plus grossier, tjrj, 
immédiatement en rapport avec le corps, et cause directe de 
ce qu'on appelle dans le texte les mouvements inférieurs, 
c'est-à-dire les actions et les instincts de la vie animale. Pour 
faire comprendre comment, malgré la dislance qui les sé- 
pare, ces trois principes, ou plutôt ces trois degrés de l'exis- 
tence humaine se confondent cependant dans un seul être, on 
reproduit ici la comparaison dont on s'est déjà servi au sujet 
des attributs divins et dont le germe est dans le Livre de la 
création. Les passages qui témoignent de l'existence de ces 
trois âmes sont en très grand nombre; mais, à cause de sa 
clarté, nous choisissons de préférence celui qu'on va lire : 
« Dans ces trois choses, l'esprit, l'âme et la vie des sens, 
« nous trouvons une fidèle image de ce qui se passe en haut ; 
« car elles ne forment toutes trois qu'un seul être où tout est 
« lié par l'unité. La vie des sens ne possède par elle-même 
«aucune lumière; c'est pour cette raison qu'elle est si 
« étroitement unie au corps auquel elle procure et lesjouis- 

1- n^b =]Snn.s xrnp ><;i:*."'- \sn xnmxi rniNi V"x nS r: ^2 -dv 

Ib. siqji; 



OPLMON DES KABBALISTKS SUR L'AMS. 175 

« sanccs et les aliments dont il a besoin ; on peut lui ap~ 
« pliquer ces paroles du sage : Elle distribue la nourriture 
« à sa maison et marque la tâche de ses servantes. La mai- 
« son, c'est le corps qui est nourri ; et les servantes sont les 
<c membres qui obéissent. Au-dessus delà vie des sens s'élève 
« l'àme qui la subjugue, lui impose des lois et l'éclairé au- 
« tant que sa nature l'exige. C'est ainsi que le principe ani- 
« mal est le siège de l'àme. Enfin, au-dessus de l'àme s'élève 
« l'esprit, par lequel elle est dominée à son tour et qui réflé- 
« chit sur elle une lumière de vie. L'àme est éclairée par 
« celte lumière et dépend entièrement de l'esprit. Après la 
« mort elle n'a pas de repos ; les portes de l'Eden ne lui sont 
« pas ouvertes avant que l'esprit soit remonté vers sa source, 
« vers l'Ancien des anciens, pour se remplir de lui pendant 
« l'éternité; car toujours l'esprit remonte vers sa source'. » 

Chacune de ces trois âmes, comme il est facile de le pré- 
voir, a sa source dans un degré différent de l'existence 
divine. La sagesse suprême, appelée aussi l'Éden céleste, est 
la seule origine de l'esprit. L'àme, selon tous les interprètes 
du Zohar, vient de l'attribut qui réunit en lui la justice et 
la miséricorde, c'est-à-dire de la Beauté. Enfin, le principe 
animal, qui jamais ne s'élève au-dessus de ce monde, n'a 
pas d'autre base que les altribuls de la force, résumés dans 
la Royauté. 

Outre ces trois éléments, le Zohar en reconnaît encore 
un autre d'une nature tout à fait extraordinaire, et dont 
l'antique origine se révélera à nous dans la suite de ce tra- 
vail : c'est la forme extérieure de l'homme conçue comme 
une existence à part et antérieure à celle du corps, en un 
mot Vidée du corps, mais avec les traits individuels qui dis- 
tinguent cliacnn de nous. Cette idée descend du ciel et devient 
visible dès l'instant de la conception. « Au moment où s'ac- 

i. 2° part., fol, 1 i'i, rcclo, sccl. nDlID 



176 



L.V KABBALE. 



complil l'union terrestre, le Saint, dont le nom soit béni, 
envoie ici-bas une forme à la ressemblance de l'bommc, 
et portant l'empreinte du sceau divin. Cette forme assiste 
à l'acte dont nous venons de parler, et si l'œil pouvait 
voir ce qui se passe alors, on apercevrait au-dessus de sa 
tète une image tout à fait semblable à un visage humain, 
et cette image est le modèle d'après lequel nous sommes 
procrées. Tant qu'elle n'est pas descendue ici-bas, envoyée 
par le Seigneur, etqu'elle ne s'est pas arrêtée au-dessus de 
notre tète, la procréation n'a pas lieu; car il est écrit : Et 
Dieu créa l'homme à son image. C'esl elle qui nous reçoit 
la première à notre arrivée dans ce monde ; c'est elle qui 
se développe avec nous quand nous grandissons, et c'est 
avec elle encore que nous quittons la terre. Son origine est 
dans le ciel (xV"^'^ in\s' dVa 'xm)- Au moment où les âmes 
sont sur le point de quitter le céleste séjour, chaque âme 
paraît devant le roi suprême revêtue d'une forme sublime, 
011 sont gravés les traits sous lesquels elle doit se montrer 
ici-bas. Eh bien ! l'image dont nous parlons émane de 
cette forme sublime ; elle vient la troisième après l'àme , 
elle nous précède sur la terre et attend noire arrivée depuis 
l'instant de la conception ; elle est toujours présente à 
l'acte de l'union conjugale *. » Chez les kabbalistes mo- 
•-jtjspi dernes cette image est appelée le 'principe individuel (nT"''). 
')h Ti'ï^ Enfin, sous le nom d'esprit vital (""Ji^n mi ou simplement 
u»sn '^''^)' quelques-uns ont introduit dans la psychologie kabba- 
listique un cinquième principe, dont le siège est dans le 
cœur, qui préside à la combinaison et à l'organisation des 
éléments matériels, et qui se distingue entièrement du prin- 
cipe de la vie animale (nephesch)^ de la vie des sens, comme, 
chez Aristote et les philosophes scolastiqucs , l'âme végéta- 
tive ou nutritive (zh Qpzraty.o^j) se distinguait de l'âme sensi- 



\. Zohar, o* part., fui. 107, reclo et verso, scct. m«2S- 



OPINION DES KABBALISTES SCR L'AME. 177 

tive (tô atc-S/.Tix.dv) . Celle opinion se fonde sur un passage 
allégorique du Zohar, où l'on dil que chaque nuit, pendant 
notre sommeil, notre âme monte au ciel pour y rendre 
compte de sa journée, et qu'à ce moment le corps n'est 
plus animé que par un souffle de vie placé dans le cœur'. 
Mais, à vrai dire, ces deux derniers éléments ne comptent 
pour rien dans notre existence spirituelle renfermée tout en- 
tière dans l'union intime de l'âme et de l'esprit. Quanta l'al- 
liance momentanée de ces deux principes supérieurs avec 
celui des sens, c'est-à-dire quant à la vie elle-même par la- 
quelle ils sont enchaînés à la terre, elle n'est point repré- 
sentée comme un mal. On ne veut pas, à l'exemple d'Ori- 
gène et de l'école gnostiquc, la faire passer pour une chute 
ou pour un exil, mais pour un moyen d'éducation et une 
salutaire épreuve. Aux yeux des kabhalistes, c'est une néces- 
sité pour l'âme, une nécessité inhérente à sa nature lînie, de 
jouer un rôle dans l'univers, de contempler le spectacle que 
lui offre la création pour avoir la conscience d'elle-même et 
de son origine; pour rentrer, sans se confondre absolument 
avec elle, dans cette source inépuisable de lumière et de vie 
qu'on appelle la pensée divine. D'ailleurs, l'esprit ne peut 
pas descendre sans élever en même temps les deux principes 
inférieurs et jusqu'à la matière qui se trouve placée encore 
plus bas; la vie humaine, quand elle a été complète, est 
donc une sorte de réconciliation entre les deux termes ex- 
trêmes de l'existence considérée dans son universalité; entre 
l'idéal et le réel, entre la forme et la matière, ou, comme 
dit l'original, entre le roi et la reine. Voici ces deux consé- 
quences exprimées sous une forme plus poétique, sans èlre 
pour cela méconnaissables : « Les âmes des justes sont au- 
« dessus de toutes les puissances et de tous les serviteurs 



1- Ni^Si Nnvm itsDipT laïUT -- 12 Nîu "^,12 .Ti ixn^.s nSi 

12 



Zohar, \" part., scil. "S ";S 



178 LA KABBALE. 

d'en haut. Et si tu demandes pourquoi d'une place aussi 
élevée elles descendent dans ce monde et s'éloignent de 
leur source, voici ce que je répondrai : C'est à l'exemple 
d'un roi à qui il vient de naître un fils et qui l'envoie à 
la campagne pour y être nourri et élevé jusqu'à ce qu'il ait 
c grandi et soit préparé aux usages du palais de son père. 
( Quand on annonce à ce roi que l'éducation de son fils est 
c tout à fait terminée, que fait-il dans son amour pour lui? 
11 envoie chercher, pour célébrer son retour, la reine sa 

< mère, il l'introduit dans son palais et se réjouit avec lui 

< tout le jour. Le Saint (que son nom soit béni !) a aussi un 
c fils de la reine ; ce fils, c'est l'àme supérieure et sainte. 

11 l'envoie à la campagne, c'est-à-dire dans ce monde, pour 
:< y grandir et être initié aux usages que l'on suit dans le pa- 
c lais du roi. Quand il arrive à la connaissance du roi que 
c son fils a achevé de grandir et que le temps est venu de 
l'introduire auprès de lui, que fait-il alors dans son amour 
pour lui? Il envoie, en son honneur, chercher la reine et 
c tait entrer son fils dans son palais. L'ame, en effet, ne 
quitte pas la terre, que la reine ne soit venue se joindre à 
c elle pour l'introduire dans le palais du roi où elle demeu- 
rera éternellement. Et cependant les habitants de la cam- 
pagne ont coutume de pleurer quand le fils du roi se sé- 
c pare d'eux. Mais s'il y a là un homme clairvoyant, il leur 
c dit: Pourquoi pleurez-vous? n'est-ce pas le fils du roi? 
n'est-il pas juste qu'il vous ait quittés pour aller demeu- 
rer dans le palais de son père? C'est ainsi que Moïse, qui 
savait, lui, la vérité, voyant les habitants de la campagne 

< (c'est-à-dire les hommes) se lamenter, leur adressa ces pa- 
roles : Yous êtes les fils de Jéhovah votre Dieu, ne vous 

c déchirez pas le visage pour {)leurer un mort \ Si tous les 
c justes pouvaient savoir ces chos^es, ils accueilleraient avec 

1. Dcutér., chap. xiv, v. 1. 



OPIMON DES KADBALISTÉS SUR L'AME. 179 

« joie le jour où ils doivent quiLler ce monde. Et n'est-ce 
« pas le comble de la gloire, que la reine (la Schchinah ou 
« la présence divine) descende au milieu d'eux, qu'ils soient 
« admis dans le palais du roi et qu'ils fassent ses délices 
« dans l'éternité*. » Nous retrouvons encore ici, dans les 
rapports qu'on aperçoit entre Dieu, la nature et l'àme hu- 
maine, cette même forme de la trinité que nous avons si 
souvent rencontrée, et à laquelle les kabbalistes semblent 
avoir attaché une importance logique beaucoup plus étendue 
qu'elle ne pourrait l'être dans le cercle exclusif des idées 
religieuses. 

Mais ce n'est pas seulement sous ce point de vue que la 
nature humaine est l'image de Dieu; elle renferme aussi, à 
tous les degrés de son existence, les deux principes généra- 
teurs dont la trinité, à l'aide d'un terme moyen qui procède 
de leur union, n'est que le résultat ou l'expression la plus 
complète. L'Adam céleste étant le résullat d'un principe 
maie et d'un principe femelle, il a fallu qu'il en fut de même 
de l'homme terrestre ; et cette distinction ne s'applique pas 
seulement au corps, mais aussi, mais surtout à l'àme, dût- 
on la considérer dans son élément le plus pur. « Toute 
« forme, dit le Zohar, dans laquelle on ne trouve pas le 
c( principe mâle et le principe femelle, n'est pas une forme 
c( supérieure et complète. Le Saint, béni soit-il, n'établit 
c( pas sa demeure dans un lieu où ces deux principes ne sont 
« pas parfaitement unis; les bénédictions ne descendent que 
« là où celle luiion exisle, comme nous l'apprenons par ces 
(( paroles : 11 les bénit et il appela leur nom Adam le jour 
« où il les créa; car même le nom d'homme ne peut se 
« donner qu'à un homme et à une femme unis comme un 
a seul être \ » 

1. Zoliar, l'° part., fol. 2i5, verso. — Ce morceau a élc traduit en laliii par 
Joseph Voysin. 

2. NpiD nxSy Njpvi i.TN inS Napi:i idi .T3 n^ncx nSi x:pin Sd 



180 LA KABBALE. 

De môme que l'àme tout entière était d'abord confondue 
avec rintclligencfi suprême, ainsi ces deux moitiés de Tètre 
humain, dont chacune du reste comprend tous les éléments 
de notre nature spirituelle, se trouvaient unies entre elles 
avant de venir dans ce monde, où elles n'ont été envoyées 
que pour se reconnaître et s'unir de nouveau dans le sein de 
Dieu. Cette idée n'est exprimée nulle part aussi nettement 
que dans le fragment qu'on va lire : « Avant de venir dans 
« ce monde, chaque âme et chaque esprit se composent d'un 
« homme et d'une femme réunis en un seul être; en descen- 
« dant sur la terre, ces deux moitiés se séparent et vont ani- 
« mer des corps différents. Quand le temps du mariage est 
« arrive, le Saint, béni soit-il, qui connaît toutes les âmes 
a et tous les esprits, les unit comme auparavant, et alors 
« ils forment comme auparavant un seul corps et une seule 

« âme Mais ce lien est conforme aux œuvres de l'homme 

« cl aux voies dans lesquelles il a marché. Si l'homme est 
« pur et s'il agit pieusement, il jouira d'une union tout à 
« fait semblable à celle qui a précédé sa naissance \ » L'au- 
teur de ces lignes peut avoir entendu parler des Androgynes 
de Platon : d'ailleurs, le nom même de ces êtres imagi- 
naires est très connu dans les anciennes traditions des Hé- 
breux; mais combien sur ce point le philosophe grec est de- 
meuré au-dessous du kabbalisle! On nous permettra aussi 
de faire observer que la question dont on est ici préoccupé, 
et même le principe par lequel elle est résolue, ne sont pas 
indignes d'un grand système métaphysique ; car si l'homme 
et la femme sont deux êtres égaux par leur nature spirituelle 
et par les lois absolues de la morale, ils sont loin d'être 

K"in- N2p":", ^;- nSx npx ni D~N IT^.S itH- impart., fol. 55, verso, 
sect. n*CN-"Z. 

oiaT pnSi x;iim |-iy x-oa iz^. 'm ■j'z ni ]*u;-ii:na ^"rin:! Nnyunv 

1" part., foL 01 , verso. 



OPINION DES KABBALISTES SUR L'AME. 181 

semblables par la direclion naturelle de leurs facultés, et 
l'on a quelque raison de dire avec le Zo//rt>' 'que la dis- 
tinction des sexes n'existe pas moins pour les âmes que pour 
les corps. 

La croyance que nous venons d'exposer est inséparable du 
dogme de la préexistence, et celui-ci, déjà renfermé dans la 
théorie des idées, s'enchaîne encore plus étroitement à celle 
qui confond l'existence et la pensée. Aussi ce dogme est-il 
avoué avec toute la clarté possible, à côté même du principe 
oiî il prend sa source. Nous n'avons donc qu'à continuer 
notre modeste rôle de traducteur : « Dans le temps où le 
« Saint, béni soit-il, voulut créer l'univers, l'univers était 
« déjà présent dans sa pensée; alors il forma aussi les âmes 
« qui devaient dans la suite appartenir aux hommes; elles 
« étaient toutes devant lui, exactement sous la forme qu'elles 
(c devaient avoir plus tard dans le corps humain. L'Éternel 
« les regarda une à une, et il en vit plusieurs qui devaient 
« corrompre leurs voies dans ce monde. Quand son temps 
<( est venu, chacune de ces âmes est appelée devant l'Éter- 
« nel, qui lui dit : Ya dans telle partie de la terre, animer 
<c tel ou tel corps. L'âme lui répond : maître de l'imivers, 
« je suis heureuse dans le monde oii je suis, et je désire ne 
« pas le quitter pour un autre oi^i je serai asservie et expo- 
u sée à toutes les souillures. Alors le Saint, béni soit-il, re- 
« prend : Du jour oiî lu as été créée, tu n'as pas eu d'autre 
ce destination que d'aller dans le monde où je t'envoie. Voyant 
« qu'il faut obéir, l'âme prend avec douleur le chemin de la 
« terre et vient descendre au milieu de nous \ » A côté de 
cette idée, exprimée sous une forme plus simple, nous trou- 
vons dans le passage suivant la doctrine de la réminiscence : 
« De même qu'avant la création, toutes les choses de ce 

1- ^riiz'c: Sd niii*i rrup Nmy-a p^So NnSy "nsaS nnpn ii'j2i xrzn 

W\3^ iiW2 ^122 nn^^l-S ^-''•2' r;\Sl- '-" pai't-, foi- 96, verso, sccl. Qi'csra- 



i82 LA KABBALE. 

ce monde étaient présentes à la pensée divine, sous les formes 
« qui leur 'Sont propres ; ainsi toutes les âmes humaines, 
« avant de descendre dansée monde, existaient devant Dieu, 
« dans le ciel, sous la forme qu'elles ont conservée ici-bas ; 
« et tout ce qu'elles apprennent sur la terre, elles le sa- 
« vaient avant d'y arriver \ » On regrettera peut-être avec 
nous qu'un principe de cette importance ne soit pas suivi 
de quelques développements et ne tienne pas plus de place 
dans l'ensemble du système ; mais on sera forcé de conve- 
nir qu'il ne peut pas être formulé d'une manière plus caté- 
gorique. 

Il faut cependant que nous nous gardions de confondre la 
doctrine de la préexistence avec celle de la prédestination 
morale. Avec celle-ci, la liberté humaine est entièrement 
impossible; avec celle-là, elle n'est qu'un mystère dont le 
dualisme païen et le dogme biblique de la création ne sont 
pas plus propres à lever le voile que la croyance à l'unité 
absolue. Or ce mystère est formellement reconnu dans le 
Zohar : « Si le Seigneur, dit Simon bcn Jochaï à ses disci- 
cc pies, si le Saint, béni soit-il, n'avait pas mis en nous le 
ce bon et le mauvais désir, que l'Ecriture nous représente 
ce sous l'image de la lumière et des ténèbres, il n'y aurait 
ce pour l'homme de la création (pour l'homme proprement 
ce dit) ni mérite ni culpabilité. Mais pourquoi en est-il ainsi? 
ce demandèrent les disciples. Ne vaudrait-il pas mieux, quand 
ce même il n'existerait pour lui ni récompense ni châtiment, 
ce que l'homme fût incapable de pécher et de faire le mal? 
« Non, répliqua le maître; il était juste qu'il fut créé comme 
ce il est, et tout ce qu'a fait le Saint, béni soit-il, était né- 
ce cessaire. C'est à cause de l'homme qu'a été faite la loi de 
ce la création. Or la loi est un vêtement de la Divinité. Sans 

•1- x>2S*;S piT"! nS tj ^'jt nSd a^h-j \sna 'çihM<i -^2 S;*,- ^ paît , 

fol. G], verso, scct. j^i^ iinX- 



OPINION DES KABBALISTES SUR L'AME. 185 

« riiommo et sans la loi, la présence divine eût été comme 
« un pauvre qui n'a pas de fjuoi se couvrir'. » En d'autres 
termes, la nature morale de l'homme, l'idée du bien et du 
mal, qu'on ne saurait concevoir sans la liberté, est une des 
formes sous lesquelles nous sommes obligés de nous repré- 
senter l'être absolu. Nous avons, il est vrai, appris un peu 
plus haut que déjà, avant leur arrivée dans ce monde, Dieu 
reconnaît les âmes qui doivent un jour l'abandonner ; mais 
la liberté n'est pas compromise par celte opinion; au con- 
traire, elle existe dès celte époque, et voici comment peu- 
vent en abuser les esprits libres encore des chaînes de la ma- 
tière : ce Tous ceux qui font le mal dans ce monde ont déjà 
« commencé dans le ciel à s'éloigner du Saint, dont le nom 
ce soit béni; ils se sont précipités à l'entrée de l'abîme et ont 
ce devancé le temps où ils devaient descendre sur la terre, 
ce Telles furent les âmes avant de venir parmi nous '. » 

C'est précisément pour concilier la liberté avec la desti- 
née de l'âme; c'est pour laisser à l'homme la faculté d'ex- 
pier ses fautes, sans le bannir pour toujours du sein de Dieu, 
que les kabbalistes ont adopté, mais en l'ennoblissant, le 
dogme pythagoricien de la métempsycose. Il faut que les 
Ames, comme toutes les existences particulières de ce monde, 
rentrent dans la substance absolue dont elles sont sorties. 
Mais pour cela il laat qu'elles aient développé toutes les per- 
fections dont le germe indestructible est en elles; il faut 
qu'elles aient acquis, par une multitude d'épreuves, la con- 
science d'elles-mêmes et de leur origine. Si elles n'ont pas 

. n n n n 

^- NT -jrm "iix i*:x- x-c"'!': xro xiïi nzpn xia- i-n mm xb ik 
NnmxT ]•>;:: y niniîzb n^b hm ^iin p *"nxi-in dtnS .-aim ^z'! mn 

*m1 nN"'^2nx iT;*il- ^'° p;ii'l-, fo'- 23, recto et verso. 

2. Tp?2 ]''pn-in^2 pn iS-'îx adi'j \sn2 ]ix3- p;nu?D xSt pi-ix S^ 
KoSyS ]inn:i xnyu? ^^pmi n2-i xîzinn- xapiji "çhavi nzp- ^' pari-, 

loi, 6J, verso, scct. j-j-iQ iiHX- 



184 LA KABDALE. 

rempli celte condilion dans une première vie, elles en com- 
mencent une autre, et après celle-ci une troisième, en pas- 
sant toujours dans une condilion nouvelle, où il dépend en- 
tièrement d'elles d'acquérir les vertus qui leur ont manqué 
auparavant. Cet exil cesse quand nous le voulons; rien non 
plus ne nous empêche de le faire durer toujours. « Toutes 
« les âmes, dit le texte, sont soumises aux épreuves de la 
« transmigration, isbi;bji V^^^-^' ^'^ '^^ hommes ne savent 
« pas quelles sont, à leur égard, les voies du Très-Haut; ils 
ce ne savent pas comment ils sont jugés dans tous les temps, 
« et avant de venir dans ce monde et lorsqu'ils l'ont quitté ; 
« ils ignorent comhien de transformations et d'épreuves 
ce mystérieuses ils sont obligés de traverser ; combien d'âmes 
ce et d'esprits viennent en ce monde, qui ne retourneront 
ce pas dans le palais du Roi céleste; comment enfin ils su- 
ce bissent des révolutions semblables à celles d'une pierre 
ce qu'on lance avec la fronde. Le temps est enfin venu de 
ce dévoiler tous ces mystères ^ » A ces paroles, si pleinement 
d'accord avec la métaphysique du Zohar, succèdent des dé- 
tails où se révèle quelquefois l'imagination la plus poétique, 
que peut-être le génie de Dante aurait accueillis dans son 
œuvre immortelle, mais qui n'offrent aucun intérêt à l'his- 
toire de la philosophie, et n'ajoutent rien au système que 
nous désirons faire connaître. Nous ferons seulement remar- 
quer que la transmigration des âmes, si nous en croyons saint 
Jérôme, a été longtemps enseignée parmi les premiers chré- 
tiens comme une doctrine ésolérique et traditionnelle qui 
ne devait être confiée qu'à un petit nombre d'élus : abscon- 
dite quasi in fuveis viperarum versari, et quasi hxredita- 
rio malo serpere in paucis '. Origène la considère comme le 
seul moyen d'expliquer certains récits bibliques, tels que la 
lutte de Jacob et d'Esaû avant leur naissance, tels que l'élec- 

1. 2' part., fol. 99, verso, et secj., sect. QVjr^^'Q. 

2. Ilieronyin., Epislol. ad Deinctiiadcin. Voir aussi lluet, Ovujemann. 



OPIMON DES KABBALISTES SUR L'AME. 185 

tion de Jérémie, quand il était encore dans le sein de sa 
mère, et une foule d'aulres faits qui accuseraient le ciel d'ini- 
quité, s'ils n'étaient justifiés par les actions bonnes ou mau- 
vaises d'une vie antérieure à celle-ci. De plus, pour ne lais- 
ser aucun doute sur l'origine et le vrai caractère de cette 
croyance, le prêtre d'Alexandrie a soin de nous dire qu'il ne 
s'agit pas ici de la métempsycose de Platon, mais d'une théo- 
rie toute différente et bien autrement élevée *. 

Outre la métempsycose proprement dite, les kabbalistes 
modernes ont imaginé encore un autre moyen offert par la 
grâce divine à notre faiblesse, pour nous aider à reconqué- 
rir h ciel. Ils supposent que lorsque deux âmes manquent 
de force pour accomplir, chacune séparément, tous les pré- 
ceptes de la loi. Dieu les réunit dans un même corps et les 
confond dans une même vie, afin qu'elles se complètent l'une 
jar l'autre, comme l'aveugle et le paralytique. Quelquefois 
c'est une seule de ces deux Ames qui a besoin d'un supplé- 
ment de vertu et qui vient le chercher dans l'autre, mieux 
partagée et plus forte. Celle-ci devient alors comme la mère 
de la première; elle la porte dans son sein et la nourrit de 
sa substance comme une femme le fruit de ses entrailles. De 
là le nom de gestation ou d'imprégnation (Ty^v) sous lequel 
on désigne cette association étrange dont le sens philoso- 
phique, s'il y en a un, est très difficile à deviner ^ Mais lais- 
sons ces rêveries ou, si l'on veut, ces allégories sans impor- 
tance, et tenons-nous-en au texte du ZoJiar. 

Nous savons déjà que le retour de l'àme dans le sein de 
Dieu est à la fois la fin et la récompense de toutes les épreuves 



\. ricp'. àv/o)V, liv. I, di;ip. VII. Oj v.y.-.V Il/.âvwvo; [jLiT£v7;oaâT;i;a'.v, àX/.à 
xai' aû-r^'i -'.va C'IrjXorc'pav OE(of!av, Adv. Cclsum, liv. 111. 

2. Ce mode de Irnnsmigralton a |iarliculi(''rement occupé Isaac Loria, comme 
le témoigne son fidèle disciple 'Ilaïin Vital dans son Elz Haïm, Traité de la 
MélempsycoRc (niSliSj "1£D)' '^''■M' '• -^loïsc Cordncro, plus réservé et toujours 
plus près du Zohar, eu parle très peu. 



186 LA KABBALE. 

dont nous venons de parler. Cependant les auteurs du Zohar 
n'ont pas voulu s'arrêter là : celte union, dont résultent 
pour le créateur aussi bien que pour la créature des jouis- 
sances ineffables, leur a semblé un fait naturel, dont le prin- 
cipe est dans la constitution même de l'esprit; en un mol, 
ils ont voulu l'expliquer par un système psychologique qu'on 
retrouve sans exception au fond de toutes les théories enfan- 
tées par le mysticisme. Après avoir retranché de la nature 
humaine celle force aveugle qui préside à la vie animale, 
qui ne quitte jamais la terre S et par conséquent ne joue au- 
cun rôle dans les destinées de l'ame, le Zohar distingue en- 
core deux manières de sentir et deux sortes de connaissances. 
Les deux premières sont la crainte et l'amour : la lumière 
directe et la lumière réfléchie, ou la face interne et la face 
extérieure, telles sont les expressions par lesquelles on dé- 
signe ordinairement les deux dernières. «La face intérieure, 
« dit le texte, reçoit la lumière du flambeau suprême, qui 
« luit éternellement, et dont le mystère ne saurait jamai? 
« être dévoilé. Elle est intérieure, parce qu'elle vient d'une 
« source cachée; mais elle est aussi supérieure, parce qu'elle 
« vient d'en haut. La face extérieure n'est qu'un reflet de 
« cette lumière, directement émanée d'en haut ". » Lorsque 
Dieu dit à Moïse qu'il ne le verra pas en face, mais seule- 
ment par derrière, il fait allusion à ces deux manières de 
connaître, que représentent aussi, dans le paradis terrestre, 
l'arbre de vie et celui qui donnait la science du bien et du 
mal. C'est, en un mot, ce que nous appellerions aujour- 

1- K)2br "iNn^ nbabann Ninp i3 nn^nuTN rs:- 'i" pai'i., fol. 83, verso, 

scct. -jS -S; 2' part., foL 141, sect. nalln- 

2. 2' part., fol. 208, verso. Ces deux sortes de connaissances s'appellent, le 
plus souvent, \c Miroir lumineux, j^inj N^lSpSDX^ et \q Miroir non lumineux, 
Nin; nS~ X''lSp£DN' Sous ces deux noms elles sont quelquefois mentionnées 
dans le Jhalmud. 



OPINION DES KABBAUSTES SUR L'AME. 187 

(l'hui l'inluilion et la réflexion. L'amour et la crainte, con- 
sidéiés du point de vue religieux, sont définis d'une ma- 
nière très remarquable dans le passage suivant : « C'est par 
« la crainte qu'on est conduit à l'amour. Sans doute, 
« l'homme qui obéit à Dieu par amour est parvenu au dc- 
« gré le plus élevé, et appartient déjà, par sa sainteté, à la 
<c vie future ; mais il ne faut pas croire que, servir Dieu par 
« crainte, ce ne soit pas le servir. C'est, au contraire, un 
« hommage très précieux que celui de la crainte, bien qu'il 
« établisse entre Dieu et l'âme une union moins élevée. II 
ce n'y a qu'un seul degré plus élevé que la crainte, c'est 
« l'amour. Dans l'amour est le mystère de l'unité. C'est lui 
« qui attire les uns vers les autres les degrés supérieurs et 
« les degrés inférieurs ; c'est lui qui élève tout ce qui est à 
« ce degré suprême, où il est nécessaire que tout soit uni. 
<c Tel est le sens mystérieux de ces paroles : Écoute, Israël, 
« l'Éternel notre Dieu est un Dieu un \ » 

Nous comprenons sur-le-champ qu'une fois arrivé au 
dernier terme de la perfection, l'esprit ne connaît plus ni 
la réflexion ni la crainte; mais sa bienheureuse existence, 
entièrement renfermée dans l'intuition et dans l'amour, a 
perdu son caractère individuel; sans intérêt, sans action, 
sans retour sur elle-même, elle ne peut plus se séparer de 
l'existence divine. Voici, en effet, comment elle est d'abord 
représentée sous le point de vue de l'intelligence : « Venez 
« et voyez : quand les âmes sont parvenues dans le lieu 
« qu'on appelle le trésor de la vie, elles jouissent de celle 
« lumière brillante, injT Nn^prDx , dont le foyer est dans le 
« ciel suprême : et telle est la splendeur qui en émane, que 
« les âmes ne pourraient la soutenir, si elles n'étaient elles- 
<( mêmes revêtues d'un manteau de lumière. C'est grâce à 

1- hnSî; "inxi p2-nx nzrii^ ^xa nSs- ^x^z nzns* -innb lynt^ ns^^r 
•riNi n'd^:!! .T*:?nD2 pnnxi Nb^yS-^" part., foi. 210, recto, scct. Snpiv 



188 LA KABBALE. 

« ce manteau qu'elles peuvent subsister en face de ce foyer 
« éblouissant qui éclaire le séjour de la vie. Moïse lui-même 
ce n'a pu en approcher, pour le contempler, qu'après s'être 
« dépouillé de son enveloppe terrestre*. » Voulons-nous sa- 
voir à présent comment l'àme s'unit à Dieu par l'amour, 
écoutons ces paroles d'un vieillard, à qui le Zoliar a donné 
le rôle le plus important après celui de Simon ben Jochaï : 
ce Dans une des parties les plus mystérieuses et les plus éle- 
cc vées du ciel, il y a un palais qu'on appelle le palais de 
ce l'amour, niHN S^^^ : là se passent de profonds mystères; là 
ce sont rassemblées toutes les âmes bien-aimées du Roi cé- 
ec leste; c'est là que le Roi céleste, le Saint, béni soit-il, ha- 
ce bite avec ces âmes saintes et s'unit à elles par des baisers 
ce d'amour, ia''n"n "î'p^J '• » C'est en vertu de cette idée que 
la mort du juste est appelée un baiser de Dieu, ce Ce baiser, 
ce dit expressément le lexle, c'est l'union de l'àme avec la 
ce substance dont elle tire son originel » Le même principe 
nous fait comprendre pourquoi tous les interprètes du mys- 
ticisme ont en si grande vénération les expressions tendres, 
mais souvent très profanes, du Cantique des cantiques. 
ce Mon bien-aimé est à moi et je suis à mon bien-aimé «, 
dit Simon ben Jochaï avant de mourir \ et, chose assez di- 
gne d'èlre remarquée, cette citation termine aussi le traité 
deGerson sur la théologie mystique ^ Malgré la surprise que 
pourrait causerie nom justement célèbre que nous venons 
de prononcer, et le grand nom de Fénelon, placé à côté de 
ceux qui figurent dans le Zohar, nous n'aurions aucune 

'""inn- 1'° part., fol. CG, reclo, sccf. nj- 

2' part., fol. 97, reclo, sect. avc£»^'î2- 

3. 1" part., fol. IGS, recto. Kip^^Z NCi::- Nn",p2- ,Tn- np^îl'in NMV 

A. 2" part., Idra rabbn, ad fin. 

5. Consideratiunes de tlicologiâ mysikâ, pars sccunda, ad fin. 



OPINION DES KABBALISTES SBR L'AME. 189 

peine à démontrer que dans les Considérations sur la théo- 
logie mystique et dans Y Explication des maximes des saints 
il est impossible de trouver autre chose que cette théorie de 
l'amour et de la contemplation dont nous avons voulu mon- 
trer les traits les plus saillants. En voici enfin la dernière 
conséquence, que tout le monde n'a pas avouée avec la môme 
franchise que les kabbalistes. Parmi les différents degrés de 
l'existence (qu'on appelle aussi les sept tabernacles, yiu; 
m'7D''n) ', il y en a un, désigné sous le titre de saint des saints, 
où toutes les âmes vont se réunir à l'âme suprême et se 
compléter les unes par les autres. Là tout rentre dans 
l'unité et dans la perfection ; tout se confond dans une seule 
pensée qui s'étend sur l'univers et le remplit entièrement; 
mais le fond de celte pensée, la lumière qui se cache en elle 
ne peut jamais être ni saisie ni connue ; on ne saisit que la 
pensée qui en émane. Enfin, dans cet état, la créature ne 
peut plus se distinguer du créateur; la même pensée les 
éclaire, la même volonté les anime ; l'âme aussi bien que 
Dieu commande à l'univers, et ce qu'elle ordonne, Dieu 
l'exécute *. 

Il ne nous reste plus, pour avoir terminé cette analyse, 
qu'à faire connaître en peu de mots l'opinion des kabba- 
listes sur un dogme traditionnel auquel leur système donne 
un rôle très secondaire, mais qui, dans l'histoire des re- 
ligions, est de la plus haute importance. Le Zoliar lait plus 
d'une fois mention de la déchéance et des malédictions 
(ju'amena dans la nature humaine la désobéissance de nos 
premiers parents. Il nous apprend qu'Adam, en cédant au 
.serpent, a réellement appelé la mort sur lui-même, sur sa 

1. Nous avotis |)aric plus liaul des tabernacles de la iiioit, de la dégradation 
ou de l'enfer; il s'agit ici des tabernacles de la vie. 

2. D" KT 'i?2''SnuNi N72 NI "'mi ihSo p2nnD ~D □•'u;-Tpn u;ip ''nh 

1"!-; 1.TK ihSd îrzSy niT N:"na ■'xnD nnx'z^ Npi-insS ott 7xa '"ni 
> « » « ' ' ' 

T3y^ nipm- ^" l'^'t^ foi- 't^, icclo et verso, sect. ri^-i^xil' 



190 LA KABDÂLE. 

postérité et sur toute la nature*. Avant sa faute, il était 
d'une force et d'une beauté bien supérieures à celles des an- 
ges. S'il avait un corps, ce n'était pas la vile matière dont 
le nôtre est composé ; il ne partageait aucun de nos besoins, 
aucun de nos désirs sensuels. Il était éclairé par une sagesse 
supérieure, à laquelle les messagers de Dieu, de l'ordre le 
plus élevé, étaient condamnés à porter envie ^ Cependant, 
nous ne pouvons pas dire que ce dogme soit le même que 
celui du péché originel. En effet, il s'agit ici, quand on con- 
sidère seulement la postérité d'Adam, non d'un crime qu'au- 
cune vertu humaine ne saurait effacer, mais d'un malheur 
héréditaire, d'une punition terrible, qui s'étend sur l'avenir 
aussi bien que sur le présent. « L'homme pur, disent les 
« textes, est par lui-même un vrai sacritice, qui peut servir 
« d'expiation ; c'est pour cela que les justes sont le sacrifice 
(c et l'expiation de l'univers. » 

"j^zw m^D i^ipiiï N" h'ji ma-'? u?î2a aii-^.p in\s' -xdt in\NT W2 ii 

lis vont même jusqu'à représenter l'ange de la mort comme 
le plus grand bien de l'univers; car, disent-ils, c'est pour 
nous protéger contre lui que la loi a été donnée ; il est cause 
que les justes auront en héritage les sublimes trésors qui 
leur sont réservés dans la vie à venir \ Du reste, cette anti- 
que croyance de la déchéance de l'homme, si positivement 
enseignée dans la Genèse, est représentée dans la kabbale 
avec assez d'habileté, comme un fait naturel, comme la 
création même de l'Ame humaine, telle qu'on l'a expliquée 

1 • SdS isna Dn^T -'':'':a xy-ix axncN dixS kit- a^nn ayji i<T)Tci 

KdSî?- 1'° part., M. 145, verso. 

'■^- Nin.^ n£"1mS -jn"'^^'''^'' niaia t^tni -unnx ï^-cni ^d- 5° part., 

fol. 85, verso, sect. Qi*ki,"np. 

3. 1" part., fol. 68, sect. n::- 

4. 2° part., fol. 165, recto et verso. 



OPINION DES KA.BBALISTES SUR L'AME. 191 

pins haut. « Avant d'avoir péolié, Adam n'écoutait que cette 
« sagesse dont la lumière vient d'en haut; il ne s'était pas 
« encore séparé de l'arbre de la vie. Mais quand il céda au 
« désir de connaître les choses d'en bas et de descendre au 
« milieu d'elles, alors il en fut séduit, il connut le mal et il 
« oublia le bien ; il se sépara de l'arbre de vie. Avant d'avoir 
« fait cela, ils entendaient la voix d'en haut, ils possédaient 
« la sagesse supérieure, ils conservaient leur nature lumi- 
« neuse et sublime. Mais après leur péché ils cessèrent 
« même de comprendre la voix d'en bas *. » Comment ne pas 
admettre l'opinion que nous venons d'exprimer, lorsqu'on 
nous apprend qu'Adam et Eve, avant d'avoir été trompés par 
les ruses du serpent, n'étaient pas seulement affranchis des 
besoins du corps, mais qu'ils n'avaient pas de corps, c'est-à- 
dire qu'ils n'appartenaient pas à la terre? Ils étaient l'un et 
l'autre dépures intelligences, des esprits bienheureux comme 
ceux qui habitent le séjour des élus. C'est là ce que signifie 
cette nudité avec laquelle l'Ecriture nous les représente au 
milieu de leur innocence ; et quand l'historien sacré nous 
raconte que le Seigneur les vêtit de tuniques de peau, cela 
veut dire que, pour leur permettre d'habiter ce monde, vers 
lequel les portait une curiosité imprudente ou le désir de 
connaître le bien et le mal. Dieu leur donna un corps et des 
sens. Yoici l'un des nombreux passages où cette idée, adoj)téc 
aussi par Pliilon et par Origène, se trouve exposée d'une ma- 
nière assez claire : « Lorsqu'Adam, notre premier père, hâ- 
te bilait le jardin d'Eden, il était vêtu, comme on l'est dans 
(( le ciel, d'un vêlement fait avec la lumière supérieure, 
ce Quand il fut chassé du jardin d'Eden et obligé de se sou- 
« mettre aux nécessités de ce monde, alors qu'arriva-l-il ? 
<■( Dieu, nous dit l'Ecriture, fit pour Adam et pour sa femme 
u des tuniques de peau dont il les vêtit; car, auparavant, ils 

1. 1" pari., foi. 52, recto et verso 



192 LA KABBALE. 

« avaient des tuniques do lumière; de celte lumière supé- 
« rieure dont on se sert dans l'Eden — Les bonnes actions 
« que l'homme accomplit sur la terre font descendre sur lui 
« une partie de cette lumière supérieure qui brille dans le 
« ciel. C'est elle qui lui sert de vêtement quand il doit en- 
« trer dans un autre monde et paraître devant le Saint, dont 
« le nom soit béni. C'est grâce à ce vêtement qu'il peut goû- 
« ter le bonheur des élus, et regarder en face le miroir lumi- 
« neux'. Ainsi l'àme, afin qu'elle soit parfaite en toute 
« chose, a un vêtement différent pour chacun des deux 
« mondes qu'elle doit habiter, l'un pour le monde terrestre 
« et l'autre pour le monde supérieur '. » 

D'un aulre côté, nous savons déjà que la mort, qui n'est 
autre chose que le péché lui-même, n'est pas une malédic- 
tion universelle, mais seulement un mal volontaire; elle 
n'existe pas pour le juste qui s'unit à Dieu par un baiser 
d'amour; elle ne frappe que le méchant, qui laisse dans ce 
monde toutes ses espérances. Le dogme du péché originel 
semble plutôt avoir été adopté par les kahbalisles modernes, 
principalement par Isaac Loria, qui, croyant toutes les àmcs 
nées avec Adam, et supposant qu'elles formaient d'abord une 
seule et môme âme, les regardait toutes comme également 
coupables du premier acte de désobéissance. Mais en même 
temps qu'il les montre ainsi dégradées depuis l'origine de la 
création, il leur accorde la faculté de se relever par elles- 
mêmes, en accomplissant tous les commandements de Dieu. 
De là l'obligalion de les faire sortir de cet état, et d'exécu- 
ter, autant qu'il est en notre pouvoir, ce précepte de la loi : 
Croissez et multipliez. De là aussi la nécessité de la mé- 
tempsycose, car une seule vie ne suffit pas à cette œuvre de 



1. C'est-à-dire, comme nous l'avons expliqué plus haut, connaître la vérité 
par intuition ou face à face. 

2. Zoliav, 2" part., fol. 229, verso, sect. 1^^p^. 



OPIMUN DES KABBALISTES SUR L'AME. 195 

réhabilitation'. C'est toujours, sous une autre forme, l'en- 
noblissement de notre existence terrestre et la sanctification 
de la vie comme le seul moyen offert à l'ame d'atteindre 
à la perfection dont elle porte en elle le besoin et le germe. 

11 n'entre pas dans notre plan de prononcer un jugement 
sur le vaste système que nous venons d'exposer; ce que d'ail- 
leurs nous ne pourrions pas faire sans porter une main pro- 
fane sur les plus fortes conceptions de la philosophie et sur 
des dogmes religieux dont le mystère est justement respecté. 
Nous ne nous sommes destiné que le modeste rôle d'inter- 
prète; mais nous avons du moins la conviction que, malgré 
les difficultés sans nombre contre lesquelles nous avions à 
lutter; malgré l'obscurité du langage et l'incohérence de la 
forme ; malgré ces rêveries puériles qui viennent à chaque 
pas interrompre le cours des idées sérieuses, la vérité histo- 
rique n'a pas trop à se plaindre de nous. Si maintenant nous 
voulons mesurer, de la manière la plus sommaire, l'espace 
que nous venons de parcourir, nous trouverons que, dans 
l'étal où nous la présentent le Sepher ietzirah et le Zohar, la 
kabbale se compose des éléments suivants : 

i" En faisant passer pour des symboles tous les faits et 
toutes les paroles de l'Ecriture, elle enseigne à l'homme à 
avoir confiance en lui-même ; elle met la raison à la place 
de l'autorité; elle fait naître la philosophie dans le sein 
même et sous la sauvegarde de la religion. 

2" A la croyance d'un Dieu créateur, distinct de la nature, 
et qui, malgré sa toute-puissance, a dû exister une éternité 
dans l'inaction, elle substitue l'idée d'une substance univer- 
selle, réellement infinie, toujours active, toujours pensante, 
cause immanente de l'univers, mais que l'univers ne ren- 
fei-me pas; pour laquelh', enfin, créer n'est pas autre chose 
que penser, exister et se développer elle-même. 

1. Yoy. Elz 'llaïm, Trailé de l(i Mcloiipsiicose, liv. I, cli. i. 

15 



194 LÀ KABBALE. 

5° Au lieu d'un monde purement matériel, distinct de 
Dieu, sorti du néant et destiné à y rentrer, elle reconnaît 
des formes sans nombre sous lesquelles se développe et se 
manifeste la substance divine suivant les lois invariables de 
la pensée. Toutes existent d'abord réunies dans l'intelligence 
suprême avant de se réaliser sous une forme sensible : de là 
deux mondes, l'un intelligible ou supérieur, l'autre inférieur 
ou matériel. 

4° L'iiomme est de toutes ces formes la plus élevée, la plus 
complète, la seule par laquelle il soit permis de représenter 
Dieu. L'homme sert de lien et de transition entre Dieu et le 
monde; il les réfléchit tous deux dans sa double nature. 
Ainsi que tout ce qui est limité, il est d'abord renfermé dans 
la substance absolue à laquelle il doit de nouveau se réunir 
un jour, quand il y sera préparé par les développements dont 
il est susceptible. Mais il faut distinguer la forme absolue, 
la forme universelle de l'homme et des hommes particu- 
liers qui en sont la reproduction plus ou moins affaiblie. La 
première, ordinairement appelée Vlwmme céleste, est entiè- 
rement inséparable de la nature divine ; elle en est la pre- 
mière manifestation. 

Plusieurs de ces éléments servent de base à des systèmes 
qu'on peut regarder comme contemporains de la kabbale. 
D'autres étaient déjà connus à une époque bien plus recu- 
lée. Il est donc du plus haut intérêt, pour l'histoire de l'in- 
telligence humaine, de rechercher si la doctrine ésotérique 
des Hébreux est vraiment originale ou si elle n'est qu'un 
emprunt déguisé. Cette question et celle de l'influence exer- 
cée par les idées kabbalistiques seront traitées dans la troi- 
sième et dernière partie de ce travail. 



TROISIÈME PARTIE 



CHAPITRE I 

QUELS SONT LES SYSTÈMES QUI OFFRENT QUELQUE RESSEMBL.VNCE AVEC L\ 
KABBALE RAPPORT DE LA KABBALE AVEC LA PHILOSOPHIE DE PLATON 

Les systèmes qui, par leur nature comme par l'âge qui les 
a vus naître, peuvent nous sembler avoir servi de base et de 
mod(Me à la doctrine ésotérique des Hébreux, sont, les uns 
philosophiques, les autres religieux. Les premiers sont ceux 
de Platon, de ses disciples infidèles d'Alexandrie et de Phi- 
Ion, qu'il nous est impossible de confondre avec eux. Parmi 
les systèmes religieux, nous ne pouvons citer en ce moment, 
et cela d'une manière générale, que le christianisme. Eh 
bien, je me hàle de le dire, aucune de ces grandes théories 
de Dieu et de la nature ne peut nous expliquer l'origine des 
traditions dont nous avons précédemment pris connais- 
sance. C'est ce point si important que nous établirons 
d'abord. 

Qu'il y ait une grande analogie entre la philosophie pla- 
tonicienne et certains principes métaphysiques et cosmolc- 
^iques enseignés dans le Zohar et le Livre de la création 



196 LA KABBALE. 

personne ne pourra le nier. Nous voyons des deux côlcs l'in- 
telligence divine ou le Verbe former l'univers d'après des 
types renfermés en lui-même avant la naissance des choses. 
Nous voyons des deux côtes les nombres servir d'intermé- 
diaires entre les idées, entre la pensée suprême et les objets 
qui en sont dans le monde la manifestation incomplète. Des 
deux côtés enfin, nous rencontrons les dogmes de la préexis- 
tence des âmes, de la réminiscence et de la métempsycose. 
Ces diverses ressemblances sont tellement évidentes que les 
kabbalistes eux-mêmes, j'entends les kabbalistcs modernes, 
les ont reconnues ; et pour les expliquer, ils n'ont rien ima- 
giné de mieux que de faire de Platon un disciple de Jérémie, 
comme d'autres ont fait d'Aristote un disciple de Simon le 
Juste'. Mais qui oserait conclure de ces rapports superficiels 
que les œuvres du philosophe athénien ont inspiré les pre- 
miers auteurs de la kabbale, et, ce qui serait encore un plus 
grand sujet d'étonnement, que cette science d'origine étran- 
gère, sortie de la tête d'un païen , soit entourée par la 
MiscJina de tant de respect et de myslère? Chose étrange! 
ceux qui soutiennent cette opinion sont précisément les cri- 
tiques qui ne voient dans le Zoltar qu'une invention de la fin 
du treizième siècle, et par conséquent le font naître à une 
époque oij Platon n'était pas connu; car on ne prétendra pas 
qu'on puisse se faire une idée de sa doctrine par les cita- 
tions disséminées dans les livres d'Aristote et l'amère criti- 
que qui les accompagne. Mais dans aucun cas on ne pourra 
admettre la filiation actuellement soumise à notre examen. 
Je ne m'appuierai pas sur des raisons extérieures dont l'em- 
ploi sera plus opportun dans la suite. Je ferai seulement re- 
marquer ici que les ressemblances qu'on aperroit d'abord 

1. Ari-Nohem de Léon de Modènc, chap. xv, p. 44. D'autres ont prétendu 
qu'Aristote, ayant été en Palestine à la suite d'Alexandre le Grand, y a connu 
les livres de Salonion qui lui ont fourni les principaux cléments de sa philo- 
sophie. Voyez rî;"-,^2N ^b^Tw ^^ !>• ^'*^-r Aldoli. 



SYSTEMES SE RAPPROCUANT DE L\ KABBALE. 197 

entre les deux doctrines sont bientôt effacées par les diffé- 
rences. Platon reconnaît formellement deux principes : l'es- 
prit et la matière, la cause intelligente et la substance inerte, 
quoiqu'il soit bien difficile de se faire d'après lui une idée 
aussi nette de la seconde que de la première. Les kabbalistes, 
encouragés à cela par le dogme incompréhensible de la créa- 
lion exnihilo, ont admis, pour base de leur système, l'unité 
absolue, un Dieu qui est à la fois la cause, la substance et la 
forme de tout ce qui est comme de tout ce qui peut être. Le 
combat du bien et du mal, de l'esprit et de la matière, de 
la puissance et de la résistance, ils le reconnaissent comme 
tout le monde, mais ils le placent au-dessous du principe 
absolu et le font dériver de la distinction qui subsiste né- 
cessairement, dans la génération des choses, entre le fini et 
l'infini, entre toute existence particulière et sa limite, entre 
les extrémités les plus éloignées de l'échelle des êtres. Ce 
dogme fondamental, que le Zohar traduit quelquefois par 
des expressions profondément philosophiques, se montre dt'jà 
dans le Sepher ielzirah sous une forme assez bizarre, assez 
grossière, mais en même temps assez claire pour qu'il soit 
permis de croire à son originalité, ou du moins pour qu'il ne 
le soit pas d'invoquer l'intervention du philosophe grec. Com- 
parons-nous entre elles la théorie des idées et celle des Se- 
pJiiroth, et toutes les deux avec les formes inférieures qui en 
découlent? nous les trouverons séparées par la môme dis- 
tance, et l'on ne comprendrait pas qu'il en fût autrement, 
en apercevant d'un côté le dualisme et de l'autre l'unité 
absolue. Platon, ayant mis un abime entre le principe intel- 
ligent et la substance inerte, ne peut voir dans les idées que 
les formes de l'intelligence, je veux parler de l'intelligence 
supi'ôme dont la noire n'est qu'une participation condition- 
nelle et limitée. Ces formes sont éternelles et incorruptibles 
comme le principe auquel elles appartiennent, car elles sont 
elles-mêmes la pensée el l'intelligence; par conséquent, sans 



198 LA KABBALE. 

elles point de principe intelligent. Dans ce sens, elles repré- 
sentent aussi l'essence des choses, puique celles-ci ne peu- 
vent exister sans forme ou sans avoir reçu l'empreinte de la 
pensée divine. Mais tout ce qui est dans le principe inerte, 
et ce principe lui-même, elles ne peuvent pas le représen- 
ter; et cependant, si ce principe existe, s'il existe de toute 
éternité comme le premier, il faut bien qu'il ait aussi son 
essence propre, ses attributs distinctifs et invariables, quoi- 
qu'il soit le sujet de tous les changements. Et qu'on ne 
vienne pas nous dire que par la matil're Platon voulait dési- 
gner une simple négation, c'est-à-dire la limite qui circon- 
scrit toute existence particulière. Ce rôle, il le donne ex- 
pressément * aux nombres, principe de toute limite et de 
toute proportion. Mais, à côté des nombres et de la cause 
productrice et intelligente, il admet encore ce qu'il appelle 
l'infini, ce qui est susceptible de plus et de moins, ce dont 
les choses sont produites, en un mot, la matière ou, pour 
parler plus exactement, la substance séparée de la causalité. 
Il y a donc (et c'est là que nous voulions arriver), il y a donc 
des existences ou plutôt des formes de l'existence, des modes 
invariables de l'être, qui se trouvent nécessairement exclus 
du nombre des idées. Il n'en est pas ainsi des Sepkiroth de 
la kabbale, au nombre desquelles on voit figurer la matière 
elle-même (^^D"'). Elles représentent à la fois, parce qu'elles 
les supposent parfaitement identiques , et les formes de 
l'existence et celles de la pensée, les attributs de la substance 
inerte, c'est-à-dire de la passivité ou de la résistance, comme 
ceux de la causalité intelligente. C'est pour cela qu'elles se 
partagent en deux grandes classes, que dans le langage mé- 
taphorique du Zohar on appelle les pères et les mères, et ces 
deux principes opposés en apparence, de même qu'ils dé- 
coulent d'une source unique, inépuisable, qui est l'infini 

\. Dans le PItilèbe, p. 554 de la trad. de M. Cousin 



SYSTÈMES SE RAPPROCHANT DE LA KABBALE. 109 

(En Soph), vont aussi se confondre dans un attribut com- 
mun appelé le fils, d'où ils se séparent sous une forme nou- 
velle pour se confondre de nouveau. De là le syslème trini- 
taire des kabbalistes, que personne ne confondra avec la 
trinité platonicienne. Toutes réserves faites pour nos recher- 
ches ultérieures, on convient qu'avec des bases aussi diffé- 
rentes le syslème kabbalistique, dût-il être né sous l'inspi- 
ration du philosophe grec, conserverait encore tous les droits 
de l'originalité; car, en matière de métaphysique, l'origina- 
lité absolue est un fait excessivement rare, pour ne pas dire 
introuvable, et Platon lui-même (qui l'ignore?) ne doit pas 
tout à son propre génie. Toutes les grandes conceptions de 
l'esprit humain sur la cause suprême, sur le premier être et 
la génération des choses, avant de revêtir un caractère vrai- 
ment digne de la raison et de la science, se sont montrées 
sous des voiles plus ou moins grossiers. C'est ainsi qu'on 
peut admettre une tradition qui ne fasse aucun tort à l'indé- 
pendance et à la fécondité de l'esprit philosophique. Malgré 
ce principe qui nous met à l'aise, nous soutenons que les 
kabbalistes n'ont eu aucun commerce, au moins direct, nvec 
Platon. En effet, que l'on se figure ces hommes puisant aux 
sources de la philosophie la plus indépendante, nourris de 
cette dialectique railleuse et impitoyable qui met tout en 
question, et détruit aussi souvent qu'elle édifie ; que par une 
lecture, même superficielle, des Dialogues, on les suppose 
initiés à toutes les élégances de la civilisation la plus raffi- 
née, pourra-t-on concevoir après cela ce qu'il y a d'irra- 
tionnel, d'inculte et d'imagination déréglée dans les pas- 
sages les plus importants du Zo//ar? Pourra-t-on s'expliquer 
celle extraordinaire description de la Tête blanche, ces mé- 
taphores gigantesques mêlées de puérils détails, cette suppo- 
sition d'une révélation secrète et plus ancienne que celle du 
mont Sinaï, enfin ces efforts incroyables aidés des moyens 
les plus arbitraires pour trouver leur propre doctrine dans 



200 LA KABBALE. 

les textes sacrés? A ces divers caractères je reconnais bien 
une philosophie qui, prenant naissance au sein d'un peuple 
éminemment religieux, n'ose pas encore s'avouer à elle- 
même toute son audace, et cherche à se couvrir, pour sa 
propre satisfaction, du voile de l'autorité; mais je ne sau- 
rais les concilier avec le choix tout à fait libre d'une philo- 
sophie étrangère, une philosophie indépendante, qui ne cache 
à personne qu'elle tient de la raison seule son autorité, sa 
force et ses lumières. D'ailleurs, à aucune époque, les Juifs 
n'ont renié leurs maîtres étrangers ni refusé de rendre hom- 
mage aux autres nations des connaissances qu'ils leur em- 
pruntaient quelquefois. Ainsi, nous apprenons dans le Tlial- 
miid que les Assyriens leur ont fourni les noms des mois, 
des anges et les caractères dont ils se servent encore aujour- 
d'hui pour écrire leurs livres sacrés*. Plus lard, quand la 
langue grecque a commencé à se répandre parmi eux, les 
docteurs les plus vénérés de la Mischna eu parlent avec ad- 
miration et permettent de la substituer, dans les cérémonies 
religieuses, au texte même de la loi^ Durant le moyen âge, 
initiés par les Arabes à la philosophie d'Aristote, ils ne crai- 
gnent pas de rendre à ce philosophe les mêmes honneurs 
qu'à leurs propres sages, sauf à en faire, comme nous l'a- 
vons déjà dit, un disciple de leurs plus anciens docteurs et 
à lui attribuer un livre où l'on voit le chef du Lycée recon- 
naissant sur son lit de mort le Dieu et la loi d'Israël ''. Enfin, 
le Zohar môme nous apprend, dans un passage très re- 
marquable cité précédemment, que les livres de l'Orient 
se rapprochent beaucoup de la loi divine et de quelques 

\. Tlialni. de Jérusalem, traité Rosch-Haschana. u''2i'i'hl2T\ niDUT 
b21'2 Dlî^y "h'j □^U7'înm- Ailleurs [traité Sanhédrin, chap. xxi) on dit, en 
pari, nt d'Esdias, que l'Écriture fut changée j)ar lui, T71 ^'J ari^n njntl'J- ^t 
cette écriture porte toujours le nom d'assyrienne, "i"T]"t."'5^' 

2. Thalm. Bab., traité Mccjuilalt, chap. i. Traité Sota. ad fin. 

5, Ce livre s'appelle le Livre de la Pomme, niSHH 13D- 



LA KABBALE ET LA l'IlILOSÛPIIIE DE PLATON. 201 

opinions enseignées dans l'école de Simon Len Jochaï '. 
Seulement on ajoute que celte antique sagesse fut ensei- 
gnée par le patriarche Abraham aux enfants qu'il eut de 
ses concubines, et par qui, selon la Bible, l'Orient a été 
peuplé. Quelle raison aurait donc empêché les auteurs de la 
kabbale de consacrer aussi un souvenir à Platon, quand il 
leur était si facile, à l'exemple de leurs modernes héritiers, 
de le mettre à l'école chez quelque prophète du vrai Dieu ? 
C'est précisément, au dire d'Eusèbe, ce qu'a fait Aristobule, 
qui, après avoir interprété le Pentateuque dans le sens de la 
philosophie de Platon, n'a pas de peine à accuser celui-ci 
d'avoir puisé toute sa science dans les livres de Moïse. Le 
même stratagème est appliqué par Philon au chef du Por- 
tique*; nous sommes par conséquent autorisé à dire que ce 
n'est point dans le platonisme proprement dit qu'il faut 
chercher l'origine du système kabbalistiquo. Nous allons 
voir maintenant si nous la trouverons chez les philosophes 
d'Alexandrie. 

1. Zohav, V pai-f., foL 99 et 100, soct. xTV 

2. Qiiod omnis probiis liber, p. 875, éd. de Mang. 



CHAPITRE II 



RAPPORT DE LA KABBALE AVEC L ECOLE D ALEXANDRIE 



La doclrine métaphysique et religieuse que nous avons 
recueillie dans le Zohar a sans doute une ressemblance plus 
intime avec ce qu'on appelle la philosophie néoplatonicienne 
qu'avec le platonisme pur. Mais avant de signaler ce qu'ils 
ont de commun, avons-nous le droit d'en conclure que le 
premier de ces deux systèmes ait nécessairement copié l'au- 
tre? Si nous voulions nous contenter d'une critique superfi- 
cielle, un seul mot suffirait à résoudre cette question; car 
nous n'aurions aucune peine à établir, et nous avons déjà 
établi, dans notre première partie, que la doctrine secrète 
des Hébreux existait depuis longtemps quand Ammonius 
Saccas, Plotin et Porphyre renouvelèrent la face de la philo- 
sophie. Nous aimons mieux admettre, comme de fortes rai- 
sons nous y obligent, que la kabbale a mis plusieurs siè- 
cles à se développer et à se constituer à son état définitif. 
Dès lors, la supposition qu'elle a beaucoup emprunté de 
l'école païenne d'Alexandrie demeure dans toute sa force et 
mérite un sérieux examen ; surtout si l'on songe que depuis 
la révolution opérée en Orient par les armes macédoniennes, 
plusieurs Juifs ont adopté la langue et la civilisation de leurs 
vainqueurs. 

Il faut d'abord que nous parlions d'un fait déjà prouvé ail- 



LA KABBALE ET L'ECOLE D'ALEXANDRIE. 203 

leurs *, et qui, clans la suite de ce travail, se prouvera plus 
clairement encore par lui-même : c'est que la kabbale, comme 
l'atteste son étroite alliance avec les institutions rabbiniques, 
nous est venue de la Palestine ; car à Alexandrie les Juifs 
parlaient grec, et dans aucun cas ils n'auraient fait usage 
de l'idiome populaire et corrompu de la Terre-Sainte. Or, 
depuis l'instant où l'école néoplatonicienne commença à 
naître dans la nouvelle capitale de l'Egypte, jusqu'au milieu 
du quatrième siècle, époque à laquelle la Judée vit mourir 
ses dernières écoles, ses derniers patriarches, les dernières 
étincelles de sa vie intellectuelle et religieuse*, quels rap- 
ports trouvons-nous entre les deux pays et les deux civilisa- 
tions qu'ils représentent? Si, durant ce laps de temps, la 
philosophie païenne eût pénétré dans la Terre-Sainte, il 
faudrait naturellement supposer l'intervention des Juifs 
d'Alexandrie, à qui depuis plusieurs siècles, comme le prou- 
vent la version des Septante et l'exemple d'Arislobule, les 
principaux monuments de la civilisation grecque étaient 
aussi familiers que les livres saints. Mais les Juifs d'Alexan- 
drie avaient si peu de relations avec leurs frères de la Pa- 
lestine, qu'ils ignoraient complètement les institutions rab- 
biniques qui, chez ces derniers, ont pris tant de place, et 
qu'on trouve déjà enracinées parmi eux plus de deux siècles 
avant l'ère vulgaire '. Que l'on parcoure avec la plus profonde 
attention les écrits de Philon, le livre de hi Sagesse et le der- 
nier livre des Macchabées, sortis l'un et l'autre d'une plume 
alexandrine, on n'y verra cités nulle part les noms qui sont 
entourés, en Judée, de l'autorité la plus sainte, comme celui 

1. Voyez h première partie. 

2. Voyez Jost, Histoire des Juifs, t. IV, liv. XIV, cliap vin. — Et dan3 
Vllisloirc (jénérale du peuple israélite, du même auteur, t. II, cliap. v. 

5. Nous adoptons la chronologie de Jost, précisément parce qu'elle est extrê- 
mement sévère, c'est-h-dire qu'elle diminue autant que possible l'antiquité 
attribuée par les historiens juifs à leurs traditions religieuses. 



2ÛA LA KABBALE. 

du grand-prêlre Simon le Juste, le dernier représentant de 
la grande synagogue, et ceux des thanaïm, qui lui ont suc- 
cédé dans la vénération du peuple; jamais on n'y trouvera 
même une allusion à la querelle si célèbre de Ilillel et de 
Schamaï S ni aux coutumes de tout genre recueillies plus 
tard dans la Mischna et passées en force de loi. Il est vrai 
que Philon, dans son ouvrage de la Vie de Moïse^, en ap- 
pelle à une tradition orale conservée chez les anciens d'Is- 
raël et ordinairement enseiernée avec le texte des Ecritures. 

o 

Mais quand même elle ne serait pas imaginée au hasard 
pour accréditer les fables ajoutées à plaisir à la vie du pro- 
phèle hébreu, celte tradition n'a rien de commun avec celles 
qui font la base du culte rabbinique ; elle nous rappelle seu- 
lement les Midraschim ou ces légendes populaires et sans 
autorité dont le judaïsme a été très fécond à toutes les épo- 
ques de son histoire. De leur côté, les Juifs de la Palestine 
n'étaient pas mieux instruits de ce qui se passait chez leurs 
frères répandus en Egypte. Ils connaissaient, uniquement 
par ouï-dire, la prétendue version des Septante, qui est 
d'une époque bien antérieure à celle qui fixe actuellement 
notre attention ; ils avaient adopté avec empressement la 
fable d'Aristée, qui, du reste, s'accorde si bien avec leur 
amour-propre national et leur penchant au merveilleux ^. 

i. Ces deux corypliées de la Mischna florissaient de l'an 78 à l'an 44 av. J.-C. 
Ils étaient, par conséquent, antérieurs à Philon. 

2. De Vilâ Mosis, liv. I, init. ; liv. II, p. 81, éd. de Mangey. Voici les 
termes de Philon : MaOwy aùtà xxt Ix. p;5Xwv xwv Σ:ôSv... 7,ol\ -apx tivàiv àr.q 
TOJ eOvouç — OcCTouTÉpwv. Tàt fàp X£y6[jL£va Toî"; avavtvwa/.otjivoiç àeï cuvj'oa'.vov. 

5. Traité de MryuilhiJi, fol. 9. Il résulte clairement de ce passage, non 
seulement que les auteurs du Thalmud ne connaissaient pas par eux-mêmes la 
Version des Seplcinie (ils supposent les auteurs de cette traduction au nombre 
de soixante-douze); mais qu'il leur était impossible de la connaître, vu leur 
ignorance de la langue et de la littérature grecques. En effet, en énumérant 
les changements apportés au texte mémo du Pentateuque par les soixante et 
douze vieillards, et cela d'après une inspiration spéciale du Saint-Esprit, ils en 
signalent dix qui n'ont jamais existé, dont on n'a jamais trouvé la moindre 



LA KABBALE ET L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE. 205 

Mais dans toute l'étendue de la Mischna et des deux Gué- 
mara on ne trouvera pas la moindre parole qu'on puisse 
appliquer, soit à Aristobule le Philosophe, soit à Philon, soit 
aux auteurs des livres apocryphes que nous avons nommés 
tout à l'ehure. Un fait encore plus étrange, c'est que le Thcil- 
mud ne fait jamais mention des Thérapeutes, ni même des 
Esséniens ', quoique ces derniers eussent dt\jà, au temps de 
Josèphe l'Historien, de nombreux établissements dans la 
Terre-Sainte. Un tel silence ne peut s'expliquer que par l'ori- 
gine des deux sectes et par la langue dans laquelle elles 
transmettaient leurs doctrines. L'une et l'autre étaient nées 

trace, et dont plusieurs sont ou ridicules ou impossibles. Ainsi, pour en citer 
seulement deux exemples, ils prétendent qu'il a fallu intervertir l'ordre des 
trois premiers mots de la Genèse; qu'au lieu de Bercschit Barn Eloliim (au 
commencement Dieu créa) on lut Elohim Bara Bereschit (Dieu créa au com- 
mencement) ; car, disent-ils, en laissant subsister l'ordre primitif, on aurait 
pu faire croire au roi Ptoléméc qu'il existe un principe supérieur à Dieu, et 
que ce principe s'appelle Bercschit. Mais comment une pareille méprise est-elle 
possible dans une traduction grecque, soit qu'on place les deux mots h àpyji 
au commencement ou à la fin? Et qui irait prendre ces deux mots pour le nom 
d'une divinité? Quant au mot hébreu Bercschit, pourquoi serait-il conservé 
dans une traduction quelconque? Dans le passage du Lévilique, où Moïse défend 
l'usage du lièvre, ils introduisent (toujours au nom des Septante) une variante 
plus ridicule encore : ils racontent que le nom de l'animal défendu (en hébreu 
arnebeth n^JIN) ^^'''^ également celui de l'épouse de Ptolémée, et que, pour ne 
pas choquer le roi en attachant au nom de sa femme une idée d'impureté, on 
se servit de cette périphrase : Ce qui est léger des pieds (niSjnn m'yi*)- Peut- 
être est-ce le nom même des Lagides qu'on veut désigner ici. Mais, dans tous 
les cas, il est impossible de porter plus loin l'ignorance de l'histoire et des 
lettres grecques. Quant à la périphrase dont nous venons de parler, elle est 
tout à fait imaginaire. 

1. En vain un critique du quinzième siècle, Asariah de Rossi, a-t-il prétendu 
que les Bdilhosiens, si souvent mentionnés dans le Thaimud, ne pouvaient être 
que les Esséniens. La preuve qu'il en donne est trop frivole pour mériter la 
moindre attention : il suppose que le nom de Baithosiens, DiD'r|i2' est une cor- 
ruption de celui qui exprimerait en hébreu la secte essénienne, □"ic'ix ri^l- ^'est 
cependant sur un pareil fondement qu'un savant critique de nos jours admet 
l'identité des deux sectes religieuses. Voyez Gfrœrer, Histoire critique du 
Christianisme primitif, 2" part., p. 5i7. 



206 LA KABBALE. 

en Ég\'pte et avaient probablement conservé l'usage du grec 
jusque sur le sol de leur patrie religieuse. S'il n'en était pas 
ainsi, le silence du Thalmud, surtout à l'égard des Essé- 
niens, serait d'autant plus inexplicable que ces sectaires, au 
témoignage de Josèphe, auraient déjà été connus sous le 
règne de Jonathas Macchabée, c'est-à-dire plus d'un siècle 
et demi avant l'ère chrétienne *. 

Si les Juifs de la Palestine vivaient dans cette ignorance 
au sujet de leurs propres frères, dont quelques-uns devaient 
être pour eux un juste sujet d'orgueil, comment supposer 
qu'ils fussent beaucoup mieux instruits de ce qui se passait, 
à la môme distance, dans les écoles païennes? Nous avons 
déjà dit que la langue grecque était fort en honneur parmi 
eux : mais leur a-t-elle jamais été assez familière pour leur 
permettre de suivre le mouvement philosophique de leur 
temps? C'est ce que l'on peut à bon droit révoquer en doute. 
D'abord, ni le Thalmud, ni le Zohar ne nous offrent aucune 
trace, ils ne citent aucun monument de la civilisation grec- 
que. Or comment entendre une langue si on ne connaît pas 
les œuvres qu'elle a produites? Ensuite nous apprenons de 
Josèphe lui-même % qui était né en Palestine et y avait passé 
la plus grande partie de ses jours, que ce célèbre historien, 
pour écrire, ou plutôt pour traduire ses ouvrages en grec, a 
eu besoin de se faire aider. Dans un autre endroit' il s'ex- 
prime à cet égard d'une manière encore plus explicite, ap- 
pliquant à ses compatriotes, en général, ce qu'il avoue de 
lui-môme ; puis, il ajoute que l'étude des langues est fort peu 
considérée dans son pays, qu'elle y est regardée comme une 
occupation profane qui convient mieux à des esclaves qu'à 

1. Anliqiiilcs jud., liv. XIH, chap. ix. Josèphe ne dit pas que les Esscnicns 
fussent alors établis en Palestine. 

2. Jos. contre Appion, I, 9. Xor,(j2;j.î,o; T'.a'i -oô; -r^v 'EÀ/.rjViox ç)ojv/;v auvîp- 

5. Antiquités judaïques, liv. XX, cliap. ix, c'est-à-dire à la fin de l'ouvrage. 



LA KABBALE ET L'ECOLE D'ALEXANDRIE. 207 

des hommes libres ; qu'enfin l'on n'y accorde son estime et 
le titre de sages qu'à ceux qui possèdent à un haut degré de 
perfection la connaissance des lois religieuses et des saintes 
Ecritures. Et cependant Josèphe appartenait à l'une des 
familles les pliis distinguées de la Terre -Sainte; issu en 
même temps du sang des rois et de la race sacerdotale, nul 
n'était mieux placé que lui pour se faire initier à toutes les 
connaissances de son pays, à la science religieuse comme à 
celle qui prépare les personnes d'une haute naissance à la 
vie politique. Ajoutez à cela que l'auteur dos Antiquités et 
de la Guerre des Juifs ne devait pas éprouver, en se livrant 
à des études profanes, le même scrupule que ses compa- 
triotes, restés fidèles à leur pays et à leurs croyances*. Du 
reste, en admettant que la langue grecque fût beaucoup plus 
cultivée en Palestine que nous n'avons le droit de le suppo- 
ser, on serait encore bien éloigné de pouvoir en rien conclure 
par rapport à l'influence de la philosophie alexandrine. En 
effet, le Thalmud établit expressément une distinction entre 
la langue ci ce qu'il appelle la science grecque % rT'iVi' "(lurb 
mnS nii'W na^ni "inS ; autant il accorde à celle-là de respect 
et d'honneur, autant il a celle-ci en exécration. La Mischnat 
toujours très concise, comme doit l'être un recueil de déci- 
sions légales, se borne à énoncer la défense d'élever son fils 
dans la science grecque, en ajoutant toutefois que cette in- 
Icrdiclion a été portée durant la guerre de Titus ''. Mais la 
Guemara est beaucoup plus explicite, en même temps qu'elle 
fait remonter bien plus haut la disposition dont nous venons 
de parler. « Voici, dit-elle, ce que nos maîtres nous ont 
« enseigné : Pendant la guerre qui avait éclaté entre les 

1. Le caractère de Josèphe est 1res bien apprécié dans une thèse pleine d'in- 
térêt, soutenue à la Faculté des lettres do Paris, par M. Philarèle Chasles : 
De VAidorilé historique de Flavius Josrphc. 

2. Tract. Sota, fol. 49, ad fin. 

3. ib. supr. j-|-)j<i«;i ncon ijsns' din iidi^ nSc? -n-a d-iU"';: hxD didSisi- 



2 08 LA KABBALE. 

« princes hasmonéens, Hyrcan faisait le siège de Jérusalem, 
« Arislobule était l'assiégé. Tous les jours on descendait, le 
« long des murs, une caisse remplie d'argent, et l'oncnreti- 
« rait en échanîïc les victimes nécessaires aux sacrifices Or 
« il se trouvait dans le camp des assiégeants un vieillard qui 
« connaissait la science grecque. Ce vieillard se servit auprès 
ce d'eux de sa science et leur dit : Tant que vos ennemis 
« pourront célébrer le service divin, ils ne tomberont pas en 
« votre pouvoir. Le lendemain, arriva comme d'habitude 
« la caisse remplie d'argent; mais celte fois on envoya en 
« échange un pourceau. Quand l'animal immonde fut arrivé 
« à mi-hauteur du rempart, il y enfonça ses ongles, etla terre 
« d'Israël fut ébranlée dans une étendue de quatre cents pa- 
« rasahs. C'est alors que fut prononcé cet anathème : Mau- 
<c dit soit l'homme qui élève des pourceaux; maudit celui 
a qui fait enseigner à ses fils la science grecque \ » A part 
la circonstance fabuleuse et ridicule du tremblement de 
terre, il n'y a rien dîins ce récit qui n'ait une valeur aux yeux 
de la critique. Le fond en paraît vrai, car on le trouve aussi 
dans Josèphe'. Selon ce dernier, les gens d'IIyrcan , après 
avoir promis de faire passer aux assiégés, à raison de mille 
drachmes par tète, plusieurs animaux destinés aux sacrifices, 
se firent livrer l'argent et refusèrent les victimes. C'était une 
action doublement odieuse aux yeux des Juifs, car non seu- 
lement, comme le remarque l'historien que nous venons do 
citer, elle violait la foi jurée aux hommes, mais elle atteignait 
en quelque façon Dieu lui-même. Maintenant, qu'on ajoute 
cette nouvelle circonstance, 1res vraisemblable d'ailleurs, 
qu'à la place de la victime si impatiemment attendue les 
prêtres virent arriver dans l'enceinte consacrée l'animal pour 
lequel ils éprouvaient tant d'horreur, alors le blasphème et 

1. Ib. sujyr. C'est la Guéinara qui suit immédiateinent la Mischna, citée 
dans la note précédente. 

2. Antiquit. jiid., liv. XIV, cliap. m. 



LA. KADDALE ET L'ECOLE D'ALEXANDRIE. 209 

le parjure seront arrivés à leur comble. Or, sur qui lait-oii 
peser la responsabilité d'un tel crime? chez qui en va-t-on 
chercher la pensée première? Chez ceux qui négligent la loi 
de Dieu pour rechercher la sagesse des nalions. Que celte 
accusation soit fondée ou non, peu nous importe; que l'ana- 
ihème dont elle est la justification ou la cause ait été pro- 
noncé pendant la guerre des Hasmonéens ou celle de Titus, 
peu nous importe encore. Mais ce qui nous intéresse et nous 
paraît en même temps hors de doute, c'est que l'érudition 
grecque, à quelque degré qu'elle ait pu exister dans la Pa- 
lestine, y était regardée comme une source d'impiété, et 
constituait par elle-même un double sacrilège : aucune sym- 
pathie, aucune alliance nepouvaient donc s'établirentre ceux 
qui en étaient soupçonnés et les fondateurs ou les déposi- 
taires de l'orthodoxie rabbinique.il est vrai que le Thalmiicl 
rapporte aussi, au nom d'un certain rabbi Jchoudah, qui les 
tenait d'un autre docteur plus ancien appelé Samuel, les pa- 
roles suivantes de Simon, fils de Gamaliel, celui-là môme 
qui joue un si beau rôle dans les Actes des apôtres : « Nous 
« étions mille enfants dans la maison de mon père ' : cinq 
« cents d'entre eux étudiaient la loi, et cinq cents étaient 
« instruits dans la science grecque. Aujourd'hui il n'en reste 
« plus que moi et le fils du frère de mon frère ^ » A cette 
objection, la Guemara répond : Il faut faire une exception 
pour la famille de Gamaliel qui touchait de près à la cour ". 

1. Je traduis litléraleinent ces deux mots j^^X 71^2) pni'ce que je ne suppose 
pas qu'il soit ici question de l'école religieuse, mais bien do la famille de 
Gamaliel. Ce qui le prouve, c'est que la juslification donnée par le Thahnud ne 
perle que sur la personne et la famille de ce docteur. Le privili'gc dont il 
jouissait ne devait pas s'étendre à des étrangers. 

l'fiTWi nSt t?2V.^ n^3n iiaS mxD cnm .-n*.n naS n\sa u;an N2^< 
><^DN3 K2X i-N pi ]X3 •':n nSx Dna- 
3. ib. svpr. nn m;S;3b f ^np- îî n^a b*j >:xu;. 

14 



210 LA KABBALE. 

Remarquons d'ailleurs que ce passage tout entier est loin de 
nous olFrir le même caractère que le précédent : il ne s'agit 
plus d'une tradition générale, mais d'un simple ouï-dire, 
d'un témoignage individuel qui est déjà loin de sa source. 
Quant au caractère de Gamaliel, tel que la tradition nous le 
représente, il n'a rien qui le distingue des autres docteurs 
de la loi, que son altacliement môme au judaïsme le plus 
orthodoxe et le respect universel qu'il inspirait {yo{j.o^)i- 
dx7/.x/.og TÎuiog t.tjzi tw /aw) *. Or, dc tels sentiments ne 
pourraient guère se concilier avec la réputation d'impiété 
faite aux Hellénistes ' ; de plus, ce patriarche de la synago- 
gue, déjà vieux au temps des apôtres, était mort depuis long- 
temps quand l'école d'Alexandrie a été fondée. Enfin, puis- 
que la maison de Gamaliel était une exception, le fait, quel 
qu'il soit, a dû disparaître avec la cause, et il est vrai qu'on 
n'en trouve plus dans la suite la moindre trace. Contre ce 
texte si obscur et si incertain, nous en trouvons un autre, 
pai'faitcment d'accord avec les termes sévères dc la Mischna. 
« Ben Domah demanda à son oncle, rabbi Ismaël, si, après 
« avoir achevé l'étude de la loi, il lui serait permis d'ap- 
« prendre la science grecque. Le docteur lui cita ce verset : 
« Le livre de la loi ne quittera pas ta bouche; tu le médi- 
« teras nuit et jour. Maintenant, ajouta-t-il, trouve-moi une 
« heure qui n'appartienne ni au jour ni à la nuit, et je le 
« permettrai de l'employer à l'étude de la science grecque '\ » 
Mais ce qui achève de ruiner l'hypothèse qui donne à la phi- 
losophie alexandrine des adeptes parmi les docteurs de la Ju- 
dée, c'est que tous les passages précédemment cités (et nous 
n'en connaissons pas d'autres) nous autorisent à croire que 
le nom môme de la philosophie était inconnu parmi eux. En 

\. C'est l'expression même dont se sert J'Evangile. Ad. ap-,^, 34-49. 

'2. Jost, Histoire des Juifs, t. III, p. 170 et seq. 

o. Trait. Menacholh. fo'. 90. nS^b N'S" G'.i nS -:\SC ""w pilZI Nï 



LA KABBALE ET L'ÉCOLE D'ALEXANDBIE. 211 

effet, quel philosophe que ce vieillard qui conseille à Hyrcan 
de faire servir contre ses ennemis les exigences de leur culte, 
d'un culte qui était aussi le sien! Ce serait plutôt un politi- 
que à la manière de Machiavel. I^e moyen aussi de supposer 
la philosophie parmi les connaissances qu'il fallait posséder 
pour être admis chez le roi Ilérode! Si nous consultons sur 
ce point le commentateur le plus ancien et le plus célèhre, Ra- 
schijil ne fera que nous confirmer dans notre opinion : a Ce 
« que loThalmud, dit-il, entend pav science grecque, neèi pus 
ce autre chose qu'une langue savante, en usage chez les gens 
« de cour, et que le peuple ne saurait comprendre *. » Cette 
explication, quoique très sage, est peut-être un peu res- 
treinte ; mais, à coup sûr, l'expression douteuse à laquelle 
elle se rapporte ne peut pas désigner plus qu'une certaine 
culture générale, et plutôt encore une certaine liberté d'es- 
prit produite par l'influence des lettres grecques. 

Tandis que les traditions religieuses de la Judée expri- 
ment tant de haine pour toute sagesse venue des Grecs, 
voici avec quel enthousiasme, avec quelle adoration et quelle 
terreur superstitieuses elles parlent de la kabbale : « Un jour, 

1. Raschi, Glose sur le r/)rt/»HMf/, passage cite; 1^3, ainnc^ "îZ^n 71U?S 
13 VT2a Dî?n "INU? VN1 T^TcSs- Maïmonides, dans son commentaire sur la 
Mischna, s'exprime sur le même sujet dans les termes suivants : « La science 
grecque était un langage allégorique et détourné du droit sens comme le sont 
encore aujourd'hui les énigmes et les emblèmes. » mji^y^T 0.1117 D^TDin 

mrnm nnain iqd mu^M ']Mn d^u^juj- « ^'ui ^ouic, ajoute-t-ii, qu'il 

« n'existât chez les Grecs un langage semblable, quoique nous n'en ayons pas 
(( conservé la moindre trace. » Cette opinion est parfaitement ridicule et ne 
mérite pas même d'être discutée. Nous en dirons autant de celle de Gfrœrer 
(Histoire crilique du Christianisme primitif, t. II, pag. 352). S'appuyant sur 
les paroles de Maïnionides, le crilique allemand suppose que la science grecque, 
telle que l'entemlent les Tlialniudistes, n'usât pas autre chose que l'interprétation 
symbolique, appliquée aux Ecritures par les Juifs d'Alexandrie, et il en conclut 
que les idées mystiques de la Palestine sont empruntées à l'Egypte. Mais com- 
ment apercevoir le moindre rapport entre cet ordre d'idées et le conseil qui a 
été donné à lljrcan, ou les usages pratiqués h la cour du roi Ilérode ? 



212 U KABBALE. 

« notre maître ' Joclianan bcii Zac-liaï se mit en voyage, 
« monté sur un âne et suivi de rabbi Éléazar ben Aroeb. Alors 
« celui-ci le pria de lui enseigner un chapitre de la Mercaba. 
« Ne vous ai-je pas dit, répondit notre maître, qu'il est dé- 
a fendu d'expliquer la Mercaba à une seule personne, à 
« moins que sa propre sagesse et sa propre intelligence ne 
ce puissent y suffire. Que du moins, répliqua Eléazar, il me 
« soit permis de répéter devant toi ce que tu m'as appris de 
« cette science. Eh bien, parle, répondit encore notre maî- 
« tre. En disant cela, il descendit à terre, se voila la tête et 
« s'assit sur une pierre, à l'ombre d'un olivier — A peine 
a Éléazar, fils d'Aroch, eut-il commencé à parler de la Mer- 
« caba, qu'un feu descendit du ciel, enveloppant tous les 
« arbres de la campagne, qui semblaient chanter des hym- 
« nés, et du milieu du feu on entendait un ange exprimer 
« sa joie en écoutant ces mystères^ — » Deux autres doc- 
teurs, rabbi Josué et rabbi Jossé, ayant plus tard voulu suivre 
l'exemple d'Éléazar, des prodiges non moins étonnants vin- 
rent frapper leurs yeux : le ciel se couvrit tout à coup d'épais 
nuages, un météore assez semblable à l'arc-cn-ciel brilla à 
l'horizon, et l'on voyait les anges accourir pour les entendre 
comme des curieux qui s'assemblent sur le passage d'une 
noce ^ Est-il possible, après avoir lu ces lignes, de suppo- 

1. jNous traduisons ainsi le mol ^3,1 (raban) non seulement parce que c'est 

un titre supérieur à celui de rabbi (131), mais aussi parce que c'est probablement 
une abréviulion du mot ij^i qui signifie lilléralement noire maîlrc : rabbi 
signifie mon maître. Le premier de ces deux titres appartient aux Thanaïin et 
exprime une autorité plus générale que le second. 

2. Thaï. Bah., trailéCiiagiiiga, fol. 14. 

5. Thalm. Bah., Irailé Chaguiga. Ces deux passages n'en forment qu'un 
seul, qui n'est pas fini au point où nous nous sommes arrêté : il faut y ajouter 
le songe raconté par Jochanan ben Zacliaï, quand on vint lui rapporter les pro- 
diges opérés par ses disciples : « Nous étions, vous et moi, sur le mont Sinaï, 
« quand, du liaut du ciel, une voix nous fit entendre ces paroles : Montez ici, 
« montez ici où de splendides festins sont préparés pour vous, pour vos disci- 



LA KADBALE ET L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE. 213 

ser encore que la kabbale ne soit qu'un rayon dérobé au so- 
leil tic la philosophie alcxandrine? 

Cependant, nous sommes obligé de le reconnaître, il existe 
entre la kabbale et le nouveau platonisme d'Alexandrie de 
telles ressemblances, qu'il est impossible de les expliquer 
autrement que par une origine commune; et, cette origine, 
peut-être serons-nous obligé de la chercher ailleurs que 
dans la Judée et dans la Grèce. Nous croyons inutile de faire 
remarquer que l'école d'Ammonius, comme celle de Simon 
ben Jochaï, s'était enveloppée de mystère, et avait résolu de 
ne jamais livrer au public le secret de ses doctrines *; qu'elle 
aussi se faisait passer, ;(u moins par l'organe de ses derniers 
disciples, pour l'héritière d'une antique et mystérieuse tra- 
dition, nécessairement émanée d'une source divine^; qu'elle 
possédait au môme degré la science et l'habitude des inter- 
prétations allégoriques ^ ; qu'enfin elle plâtrait au-dessus de 
la raison les prétendues lumières de l'enthousiasme et de la 
foi*; ce sont là des prétentions communes à toute espèce de 

« pies et toutes les générations qui entendront leurs doctrines. Vous êtes des- 
(( tinés à entrer dans la troisième catégorie. » Ne pourrait-on pas voir dans 
ces derniers mots une allusion aux quatre mondes des kabbalistes? Cette 
conjecture est d'autant plus fondée, qu'au-dessus du troisième degré, appelé le 
monde Bcriuh, il n'y a plus que les attributs divins. 
i. Porphyre, Vie de Plolin. 

2. Selon Proclus, la pliiloso|)liie de Platon a existé de tout temps dans la 
pensée des hommes les plus cminents; c'est dans les mystères qu'elle s'est 
transmise d'âge en âge jusqu'à Platon, qui, à son tour, l'a communiquée à ses 
disciples. 'Anaaav p-lv tou IIXaToivo; oiXooo-^îav y,<x\ -r;v ày/ji^ l-/.Xâ[j.'}at voinXoj 
xarà TTjv twv •/psiTrovo)'/ ocyaOocioî) [jO'jXr,atv.... tïJç TS àX),r,; àrrâarj; f,[J.x; [;.£:d- 
yoo; zaTÉTTrjae toj HXâvtovoç œtXoTO'Jiaç xat zoivfDvoù; tîov èv àizopor.TO'.; izarpà 

TWV a'JTOCI -GXCVjTî'pwV [JlctctXrj-JÎ. 

3. Il y a, dit Proclus, trois manières de parler de Dieu : l'une mystique ou 
divine, èvOiaaTi/w; ; l'autre dialectique, SiaXs/.Ti/.w; , et la troisième symbolique, 
aj;j.6oX'./.w;. Ib. supra, cbap. iv. Cette distinction rappelle les trois vêtemcnls 
de la loi admis par le Zohar. 

4. Cette préférence est exprimée à salii'té dans tous les ouvrages de Plotin 
et de Proclus, mais nous citerons principalonient, dans la Tltculotjie plaloni- 



214 LA KABBALE. 

mysticisme, et nous n'y arrêterons pas notre attention, afin 
d'arriver sans relard à des points plus importants. l^Pour 
Plotin et ses disciples, comme pour les adeptes de la kab- 
bale, Dieu est avant tout la cause immanente et l'origine 
substantielle des choses. Tout part de lui, et tout retourne 
en lui ; il est le commencement et la fin de tout ce qui est'. 
Il est, comme dit Porphyre, partout et nulle part. Il est par- 
tout, car tous les êtres sont en lui et par lui; il n'est nulle 
part, car il n'est contenu dans aucun être en particulier ni 
dans la somme des êtres ^ Il est si loin d'être la réunion de 
toutes les existences particulières, qu'il est même, dit Plotin', 
au-dessus de l'être, dans lequel il ne peut voir qu'une de ses 
manifestations. S'il est supérieur à l'être, il est également 
supérieur à l'intelligence, qui, nécessairement émanée de 
lui, ne saurait l'atteindre. Aussi, quoiqu'on l'appelle géné- 
ralement l'unité (tô £v) ou le premier, serait-il plus juste de 
ne lui doimer aucun nom, car il n'y en a pas qui puisse ex- 
primer son essence ; il est l'ineffable et l'inconnu (àpp/jTô;, 
à-/v&)7roç) \ Tel est absolument le rang de Y En Soph, que le 
Zoliar appelle toujours l'inconnu des inconnus, le mystère 
des mystères, et qu'il place bien au-dessus de toutes les Se- 
phiroth, même de celle qui représente l'être à son plus haut 
degré d'abstraction. 2" Pour les platoniciens d'Alexandrie, 
Dieu ne peut être conçu que sous la forme trinitaire : il y a 
d'abord une trinité générale qui se compose des trois termes 

cicnne de ce dernier, le chapitre xxv du livre l", où la foi est définie d'une ma- 
nière très remarquable. 

1. Procl., in Tlicol. Plal., I, 3; II, 4; Elément. tlieoL, 27-54, et dans les 
Comment, sur Platon. 

2. navra -à ovia xa\ (xt) ovra h. toj 6iOj ■/.a\ h Qbj>, "/.a\ où/, aùrb;... rh ôvra 
Ta T.ivzx Yc'vriTat oi' aùtoy xal h a-jiw, oti JîavTa/o-j Èxsîvo;, £'Tî;ya 03 «utou, oit 
a-JTC); oOôaaoj. Sent, ad intelligib., chap. xxxn. 

3. G° Ennéadc, Vllf, 19. — Voy. aussi Jamblique, de ilijsteriis JEyypt., 
sect. Vlll, chap. n. 

4. IVochi-', in Thcol. Plat., liv, II, chap. vi; II, 4. 



LA KABBALE ET L'ECOLE D'ALEXANDRIE. 215 

suivants, empruntés à la langue de Platon : l'unité ou le bien 
(tô e'y, 70 âyxQw), l'inlelligence (vov;) et l'àme du monde 
{'\ivyh ToO ■Koiv'6;. twv oXwv) ou leDémiourgos*. Mais chacun de 
ces trois fermes donne naissance à une trinilé particulière. 
Le bien ou l'unité dans ses rapports avec les êtres est à la fois 
le principe de tout amour ou l'objet du désir universel 
(è'psTov), la plénitude de la puissance et de la jouissance 
(r/.avov) et enfin la souveraine perfection {zéhiov). Comme 
possédant la plénitude de la puissance, Dieu tend à se ma- 
nifester hors de lui, à devenir cause productrice ; comme 
objet de l'amour et du désir, il attire à lui tout ce qui est, 
il devient une cause finale ; et comme type de toute perfec- 
tion, il change ces dispositions en une vertu efficace, source 
et fin de toute existence ^ Cette première trinité n'a pas 
d'autre nom que celui du bien lui-même (rptà? àytxOotiâ-ô;). 
Vient ensuite la trinilé intelligible (rptà; vorj-n) ou la sa- 
gesse divine, au sein de laquelle se réunissent et se con- 
fondent, jusqu'à la plus parfaite identité, l'être, la vérité cl 
la vérité intelligible, c'est-à-dire la chose pensante, la chose 
pensée et la pensée elle-même ^. Enfin, l'âme du monde ou 
le Démiourgos peut aussi être regardée comme une trinilé 
à laquelle il donne son nom {cpiàç â-riij.iovpyiyJi). Elle com- 
prend la substance même de l'univers ou la puissance uni- 
verselle qui agit dans toute la nature, le mouvement ou la 
génération des êtres, et leur retour dans le sein de la sub- 
stance qui les a produits*. A ces trois aspects de la nature, 
on peut en substituer trois autres que représentent d'une 
manière symbolique autant de divinités de l'Olympe : Jupiter 

1. Mot., Ennead., U, liv. IX; 1; Ennemi., III, liv. V, 5, etc. Proclus, 
Theol. Plut., I, 23. 

2. Proclus, ouvr. cité, liv. I, chap. xxiii. 

3. l'Iotin, Ennead., \I, liv. \I1I, i(j; Enn., IV, liv. 111, 17 et pnssim. — 
Proclus, Theol. Plat., I, 25. At^àov oJv on Tfiaoï/.o'v li-i -h Tr|; Soxiàç yavos 
nXjjpe; [jilv oùv TO'j ovto; v.(x\ tt,; ikrfiziatç, Y£vvr,t'./.ûv 3ï Trjç voîf dt; àXr,0£iai;. 

4. Proclus, Tlicol. secuml. Plat., liv. VI, chap. vu, viii et soq. 



21 G U KABBALE. 

est le Démiourgos universel des âmes et des corps \ Neptune 
a l'empire des âmes, etPluton celui des corps. Ces trois tri- 
nilés particulières, qui se confondent et se perdent en quel- 
que façon dans une Irinité générale, ne se distinguent pas 
beaucoup de la classification des attributs divins dans le 
Zohar. Piappelons-nous en efTet que toutes les Sephiroth sont 
divisées en trois catégories qui forment également dans leur 
ensemble une trinilé générale et indivisible. Les tiois pre- 
mières ont un caractère purement intellectuel ; celles qui 
viennent après ont un caractère moral, et les dernières se 
rapportent à Dieu considéré dans la nature. o° Les deux sys- 
tèmes que nous comparons entre eux nous font concevoir 
exactement de la même manière la génération des êtres ou 
la manifestation des attributs de Dieu dans l'univers. L'in- 
telligence dans la doctrine de Plotin et de Proclus étant, 
comme nous l'avons déjà dit, l'essence même de l'être, l'être 
et l'inlelligence étant absolument identiques dans le sein de 
l'unité, il en résulte que toutes les existences dont se com- 
pose l'univers et tous les aspects sous lesquels nous pouvons 
les considérer, ne sont qu'un développement de la pensée 
absolue ou une sorte de dialectique créatrice, qui, dans la 
sphère infinie où elle s'exerce, produit en môme temps la 
lumière, la réalité et la vie ^ En efTet, rien ne se sépare ab- 
solument du principe ou de la suprême unité, toujours im- 
muable et semblable à elle-même; tous les êtres et toutes 
les forces que nous distinguons dans le monde, elle les ren- 
ferme, mais d'une manière intellectuelle. Dans la seconde 



^:'Kr^oo'. xà ij.S'ja zf^ç or,;jL'.o'jpY'./.î^;, y.a\ ilxa'.'j-x tov il/jy t/.ôv S'.âzoaaov x.uoEpvx. 
7.. T. X. L. c.jliv. \I, chap. xxii et seq. 

[jLïVOV Ta; Èv aùirj y.z\>:p\oi- -so'J-apyo'jax; S'jvdtaî'.ç. L. C, liv. III, chap. I. — 
'E-ctJf, yàp àrio -wv vorjTwv ~i/~x -poE'.-j'. Ta ùvTa, /.aT' airîav v/.tt -âvTa -po- 
u-.ioyv.. Liv. Y, chap. xxx. 



LA KABDALE ET L'ECOLE D'ALEXANDRIE. 217 

unité ou dans l'intelligence proprement dite, la pensée se 
divise; elle devient sujet, objet et acte de la pensée. Enfin, 
dans les degrés inférieurs, la multiplicité et le nombre s'éten- 
dent à l'infini*; mais en même temps l'essence intelligible 
des choses s'affaiblit graduellement jusqu'à ce qu'elle ne soit 
plus qu'une négation pure. Dans cet étal, elle devient la 
matière, que Porphyre * appelle l'absence de tout être {ïlhi^iç 
ravror, roî) ovroç) OU un non-être véritable {àl-nBivov u:h ov), que 
Plotin nous représente plus poétiquement sous l'image des 
ténèbres qui marquent la limite de notre connaissance, et 
auxquelles notre ame,en s'y réfléchissant, a donné une forme 
intelligible ^ Rappelons-nous deux passages remarquables 
du Zohar, où la pensée, d'abord confondue avec l'être dans 
un état d'identité parfaite, produit successivement toutes les 
créatures et tous les attributs divins en prenant d'elle-même 
une connaissance de plus en plus variée et distincte. Les élé- 
ments eux-mêmes, j'entends les éléments matériels et les 
divers points qu'on dislingue dans l'espace, sont comptés 
parmi les choses qu'elle produit éternellement de son propre 
sein*. 11 ne faut donc jamais prendre à la lettre, soit dans 
la doctrine hébraïque, soit dans la doctrine alexandrine, 
toutes les métaphores qui nous représentent le principe su- 
prême des choses comme un foyer de lumière dont émanent 
élcrnellement, sans l'épuiser, des rayons par lesquels se ré- 
vèle sa présence sur tous les points de l'infini. La lumière, 
comme le dit expressément Proclus^ n'est pas autre chose 
ici que l'intelligence ou la participation de l'existence divine 

1. 'Ilaav [Xiv oJv /.xi ev t^ "/WTjr, (JLOvâô'. JuvâjjLSiç, àX/.à vorjTw;* x.at Èv xî) 
BsuTcfoc Tipoaoooi yx: à-ovEVTjac'.ç, iXkx vosiwç x.a't voefôj;' èi Se xpÎTT) 7:avo/,ji.o; 
6 ipiOrxô; oAov ixurôv £/.ç,rjva;. L. c, liv. IV, clinp. xxix. 

2. Sentent, ad intcllujib., édit. do Rome, cliap. xxd. 

3. l'iolin, £■««.. IV, liv. III, clia]). ix. — Enn., I, liv. VIII, chap. vu. — 
Enn., II, liv. III, chap. iv. 

4. Voy. la deuxième parlie, p. 191 cl seq. 

5. Tlicolog. sccund. Plat., liv. II, chap. iv. 



218 LA KABBALE. 

[oi/oh a/lo hxl ri oo)ç ■/) az-o-ja lot. -r,\ Qeixç ■j-xplsoiç). Le f'over 
inépuisable dont elle découle sans interruption, c'est l'unité 
absolue au sein de laquelle l'être et la pensée se confon- 
dent •. Il serait sans utilité de reproduire ici, pour le compte 
de l'école néoplatoniqiie, tout ce que nous avons dit, dans 
l'analyse du Zoliar^ sur l'âme humaine et son union avec 
Dieu par la foi et par l'amour. Sur ce point, tous les systè- 
mes mystiques sont nécessairement d'accord, car il peut être 
regardé comme la base, comme le fond même du mysti- 
cisme. Nous terminerons donc ce rapide parallèle, en nous 
demandant s'il est bien possible d'expliquer par l'identité 
des facultés humaines, ou les lois générales de la pensée, des 
ressemblances aussi profondes et aussi continues, dans un 
ordre d'idées à peu près inaccessibles pour la plupart des 
intelligences? D'un autre côté, nous croyons avoir suffisam- 
ment démontré que les docteurs de la Palestine ne pouvaient 
pas avoir puisé dans la civilisation grecque, objet de leurs 
malédictions et de leurs anathèmes, une science devant la- 
quelle l'étude même de la loi perdait son inqDortancc. Nous 
n'admettrons pas même aux honneurs de la critique la sup- 
position que les philosophes grecs pourraient avoir mis à 
profit la tradition judaïque; car si Numenius^ et Longin par- 
lent de Moïse; si l'auteur, quoiqu'il soit, des Mystères égyp- 
tiens '" admet dans son système théologique les anges et les 
archanges, c'est probablement d'après la version des Sep- 
tante, ou par suite des relations qui ont existé entre ces trois 
philosophes et les Juifs hellénistes de l'Egypte : il serait ab- 
surde d'en conclure qu'ils ont été initiés aux redoutables 

1. Ka\ r, ojai'a y.7.\ ô vojç ir.ô toj ^■j'aOo'j -fioTOj; 'jzi'j-x/xi '/U^t-xi, /.at -Ep\ 
xb ayaûb/ tt/; Gnap^'-V £/î'.v, 7.x\ rÀrjOOjaOai toCî t^; à'/.rflt'.xz owrô; ÈzêiOîv 

7rpoï6vTo; 7.a\ 6 voj; apa Oeo; O'.à ~o çG; xô vospàv /.a'i tb voriTov xô za\ aùroj 

xoî» vo3 rpeaêjTcoov. L. c, liv, II, chap. iv. 

2. Numenius appelle Platon un Moïse parlant allique. (Porphyre, de Anlro 
Nympliarum.) 

3. De SJijslo'iis œyypt., sect. II, chap. xi. 



LA KABBALE ET L'ECOLE D'ALEXANDRIE. 219 

mystères de la Mercaba. Il nous reste par conséquent à exa- 
miner s'il n'y a pas quelque doctrine plus ancienne dont 
aient pu sortir à la fois, sans avoir connaissance l'un de 
l'autre, et le système kabbalistique et le prétendu platonisme 
d'Alexandrie. Or, sans avoir besoin de quitter la capitale des 
Ptolémées, nous trouvons sur-le-champ, dans le sein même 
de la nation juive, un homme qu'on peut juger très diver- 
sement, mais qui reste toujours en possession d'une écla- 
tante célébrité, que les historiens de la philosophie regar- 
dent assez généralement comme le vrai fondateur de l'école 
d'Alexandrie, tandis que chez quelques critiques et la plupart 
des historiens modernes du judaïsme il passe pour l'inven- 
teur du mysticisme hébreu. Cet homme, c'est Philon. C'est 
donc sur son système, si toutefois il en a un, que vont por- 
ter maintenant nos recherches, c'est dans ses opinions et 
ses nombreux écrits que nous essaierons de découvrir les 
premiers vestiges de la kabbale; je dis seulement de la kab- 
bale, car les rapports de Philon avec les écoles de philoso- 
phie païenne qui furent fondées après lui se montreront 
d'eux-mêmes ; et d'ailleurs l'origine de cette philosophie, si 
digne qu'elle soit de notre intérêt, ne doit être pour nous, 
dans ce travail, qu'une question tout à fait secondaire. 



CHAPITRE III 



RAI'i-Jins DE LA KABBALE AVEC LA DOCTRLNE DE PHILON 



Sans répéter ici ce que nous avons dit précédemment de 
l'ignorance et de l'isolement où se trouvaient, les uns par 
rapport aux autres, les Juifs de la Palestine et ceux de 
l'Egypte, nous pourrions ajouter à ces considérations que le 
nom de Philon n'est jamais prononcé par les écrivains israé- 
lites du moyen âge : ni Saadiali, ni Maimonides, ni leurs 
disciples plus récents, ni les kabbalistes modernes ne lui 
ont même consacré un souvenir, et aujourd'hui encore il est 
à peu près inconnu parmi ceux de ses coreligionnaires qui 
sont demeurés étrangers aux lettres grecques. Mais nous 
n'insisterons pas plus longtemps sur ces faits extérieurs, 
dont nous sommes loin de nous exagérer l'importance. C'est, 
comme nous l'avons dit à l'instant, dans les opinions mômes 
de notre philosophe, éclairées par les travaux de la critique 
moderne*, que nous allons chercher la solution du problème 
qui nous occupe. 

On ne trouvera jamais dans les écrits de Philon quelque 

1. Gfrœrer, Histoire critique du christianisme primitif. — Daehne, Expo- 
sition historique de Vécole religieuse des Juifs d'Alexandrie, Halle, 1854. — 
Grossmann, Quœstiones Philonece, Leipzig, 1829. — Creuzcr, dans le journal 
intitulé Études et critiques relatives à la théologie, année 1852, 1" livraison. 



LA KABBALE ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 221 

chose qu'on puisse appeler un système, mais des opinions 
disparates, juxtaposées sans ordre, au gré d'une méthode 
éminemment arbitraire, je veux parler de l'interprétation 
symbolique des Ecritures saintes. Liés entre eux par un lien 
unique, le désir qu'éprouvait l'auteur de montrer dans les 
livres hébreux ce qu'il y a de plus élevé et de plus pur dans 
la sagesse des autres nations, tous les éléments de ce chaos 
peuvent se diviser en deux grandes classes : les uns sont 
empruntés aux systèmes philosophiques de la Grèce, qui ne 
sont pas inconciliables avec le principe fondamental de toute 
morale et de toute religion, comme ceux de Pythagore, 
d'Aristole, do Zenon *, mais surtout celui de Platon, dont le 
langage aussi bien que les idées occupent pour ainsi dire 
le premier plan dans tous les écrits du philosophe israé- 
lite : les autres, par le mépris qu'ils inspirent pour la rai- 
son et pour la science, par l'impalience avec laquelle ils pré- 
cipitent en quelque sorte l'âme humaine dans le sein de 
l'infini, trahissent visiblement leur origine étrangère et ne 
peuvent venir que de l'Orient. Ce dualisme dans les idées 
de Philon étant un fait de la plus haute importance, non 
seulement dans la question que nous avons à résoudre, mais 
dans l'histoire de la philosophie en général, nous allons 
essayer d'abord de le mettre entièrement hors de doute, au 
moins pour les points les plus saillants et les plus dignes de 
notre intérêt. 

Quand Philon parle de la création et des premiers prin- 
cipes des êtres, de Dieu et de ses rapports avec l'univers, il a 
évidemment deux doctrines qu'aucun effort de logique ne 
pourra jamais mettre d'accord. L'une est simplement le dua- 
lisme de Platon, tel qu'il est enseigné dans le Timée', l'autre 
nous fait penser à la fois à Plotin et à la kabbale. Voici d'a- 

1. Yoy.rarliclc de Crcuzcr, Tlicologische Sludien und Krilihcn, année 1852, 
i" liv., p. 18 et seq. — Hitler, article Philon, tome IV de la traduction do 
M. Tissot. 



222^ Ll KABBALE. 

bord la première, assez singulièrement placée dans la bou- 
che de Moïse : Le législateur des Hébreux, dit notre auteur 
dans son Traité de la création^ reconnaissait deux prin- 
cipes également nécessaires, l'un actif et l'autre passif. Le 
premier, c'est l'intelligence suprême et absolue, qui est au- 
dessus de la vertu, au-dessus de la science, au-dessus du 
bien et du beau en lui-même. Le second, c'est la matière 
inerte et inanimée, mais dont l'intelligence a su faire une 
œuvre parfaite en lui donnant le mouvement, la forme et la 
vie. Afin qu'on ne prenne pas ce dernier principe pour une 
pure abstraction, Philon a soin de nous répéter dans un 
autre de ses écrits ^ cette célèbre maxime de l'antiquité 
païenne, que rien ne peut naître ou s'anéantir absolument, 
mais que les mêmes éléments passent d'une forme à une 
autre. Ces éléments sont la terre, l'eau, l'air et le feu. Dieu, 
comme l'enseigne aussi le Timée, n'en laissa aucune par- 
celle en dehors du monde, afin que le monde soit une œuvre 
accomplie et digne du souverain architecte ^ Mais avant de 
donner une forme à la matière et l'existence à cet univers 
sensible, Dieu avait contemplé dans sa pensée l'univers 
intelligible ou les archétypes, les idées incorruptibles des 
choses \ La bonté divine, qui est la seule cause de la for- 
mation du monde % nous explique aussi pourquoi il ne doit 

1. De mundi opificio, \, 4. — Nous avons déjà cité ce passage dans l'intro- 
duction. 

2. De incorrupt. mund. 'Q-j-ep Iv. to2 [j.ri ovto; ojSèv yivETa;, oùo' ei; -h jj-tj 
ôv oOstoe-ai. 'E/. toj yàp o-jooi[xiî ovroç à;j.r[-/^avov lax'i -yEvÉaOai zi, ■/.. t. X. 

5. Tû.z-.ô'xzo'i yào f^pt/oTts tÔ [ji-jiarov twv ïp^wv tw jiEyîoTOi Srju-io'jpytj», 
5tx-ÀâaacOa'.. TaXcioTaiov o: o-j/. àv r)^ tl [jltj TSÀeiot; cuvenÀrjpojTO [Aipeiw, waTs 
l/. Y^ç aziar^z -/.où -iv7o; uôxTo; v.a'i «fpo; x.a't n'jpb;, [ArjOEvôç j?w -/.aTaXa'.aOavTo;, 
cu'/ÉaTr) oo£ 6 •/.6j;ao;. {De i^lanlat. Noe, II, init.) 

A. IlpoÀaSôjv yàp ô Oîo;, u-z Oeo;, ot'. p-ifArjua y.aÀôv ojy. à'v -ote ya'vo'.TO 
•/.aXoij ôr/a ::apxos:-);xaTo;, /.. t. ).. {De mund. opijk.) 

5. El yâp T'.; £Os).r|aîiî -7]v aÎTixv, rj; é'vsza tcos to nàv eoyjjjL'.oypYîrTO, o'.c- 
peuvaaOai, Soy.sT [lOt arj otaaapTîr'v toS czozo'j, o«[j.:voç, o~îp v.ai Ttov àpyaîwv 
£Î;:£ Ti;. Puis vient la phrase même de Timée. Ib. supra. 



LA KABBALE ET LA DOCTRINE DE PlllLON. 225 

pas périr. Dieu ne peut pas, sans cesser d'être bon, vouloir 
que l'ordre, que l'harmonie générale, soient remplacés par le 
chaos ; et imaginer un monde meilleur, qui doit un jour 
remplacer le nôtre, c'est accuser Dieu d'avoir manqué de 
bonté envers l'ordre actuel des choses \ D'après ce système, 
la génération des êtres ou l'exercice de la puissance qui a 
formé l'univers a nécessairement commencé ; il ne peut pas 
non plus continuer sans fin, car, le monde une fois formé. 
Dieu ne peut pas le détruire pour en produire un autre ; la 
matière ne peut pas rentrer dans le chaos général. De plus, 
Dieu n'est pas la cause immanente des êtres, ni une cause 
créatrice dans le sens de la théologie moderne, il n'est que 
le souverain architecte, le Démiourgos, et tel est en effet le 
terme dont Philon se sert habituellement, quand il est sous 
l'influence de la philosophie grecque ^ Enfin Dieu n'est pas 
seulement au-dessus, mais complètement en dehors de la 

création (6 £7i[Cccy;xwg to) -/.ouaqi xat è'^o) Toû ^yiuioupy/îQsvro? wv) ^, 

car lui qui possède la science et le bonheur infinis ne peut 
pas être en rapport avec une substance impure et sans forme 
comme la matière *. 

Eh bien, qu'on essaie maintenant de concilier ces prin- 
cipes avec les doctrines suivantes : Dieu ne se repose jamais 
dans ses œuvres, mais sa nature est de produire toujours, 
comme celle du feu est de brûler et celle de la neige de ré- 
pandre le froid ^ Le repos, quand ce mot s'a[)plique à Dieu, 
ce n'est pas l'inaction, car la cause aclive de l'univers ne 
peut jamais cesser de produire les œuvres les plus belles; 



1. Quod mund. sit incornipl., p. 949 et 950. 

2. TsXîtiraTOV yào fJvAOTTc tÔ [jL:YtTCOV twv ef-ycov ~o) [Liy'.i-M orjiJL'.o'jpyo) oia- 
TîÀaaasOa'.. {De plantai. Noe, init.) 

3. De Posterilatc Caini. 

4. De Sacrificnnlibus, cd. Mangcy, t. Il, p. 261. 

TÔ ^j/.î'.v, ojto) /.m Oeoj -h -OUI/. Lcrjis Allcvj., I, éd. Mangcy, t. I, p. 4i. 



224 L\ KABBALE. 

mais on dit que Dieu se repose, parce que son activilé infi- 
nie s'exerce spontanément (o.trx ~o)j:h; î-ju.y.ztiùç), sans dou- 
leur et sans fatigue * ; aussi est-il absurde de prendre à la 
lettre les paroles de l'Ecriture, quand elle nous apprend que 
le monde a été fait en six jours. Bien loin de n'avoir duré 
que six jours, la création w'a pas commencé dans le temps, 
car le temps lui-même, selon la doctrine de Platon, a été 
produit avec les choses et n'est qu'une image périssable de 
l'éternité '. Quant à l'action divine, elle ne consiste plus, 
comme tout à l'heure, à donner une forme à la matière 
inerte, à faire sortir du désordre et des ténèbres tous les élé- 
ments qui doivent concourir à la formation du monde, elle 
devient réellement créatrice et absolue; elle n'esL pas plus 
limitée dans l'espace que dans la durée. « Dieu, dit expres- 
« sèment Philon, en faisant naître les choses, ne les a pas 
« seulement rendues visibles, mais il a produit ce qui au- 
« paravant n'existait pas; il n'est pas seulement l'architecte 
« (le Démiourgos) de l'univers, il en est aussi le créa- 
« leur^ » Il est le principe de toute action dans chaque être 
en particulier, aussi bien que dans l'ensemble des choses, 
car à lui seul appartient l'activité ; le caractère de tout ce 
qui est engendré, c'est d'être passif*. C'est ainsi, probable- 
ment, que tout est rempli, que tout est pénétré de sa pré- 

1, 'Ava-jj/.av Zï où TÇi (i(-px;(xv /.a/.w- î-t'-oxi oûa:'. opxar/'o'.ov tô twv oXojv 
atT'.ov o'jZît.ozi Xt/vi toj -O'.îÎv Ta xa/.Xicrra, a/'/.k t/;v œ/vj y.a/.o-xOifsv ilî-t. 
t;oXa% £j!iaîiia; i-ovoTXTrjv hnp^dx/. Dî Chérubin., p. 123. 

2. "EurjOs; -avj lô ougOa: ?? f,ii.ïpaiç, r^ /.stOo'Xou '^^d/M >coaii.ov ^Eyo/svai. Lcg. 
Alleg. Ib. supr. OjtÔ; o3v (Ô x.Ô7;a.o;) ô vscutcOo; vi'.ô; ô a?30r)TÔç, xivrjOa'i;, ttjv 
ypôvoj ojiiv àvaÀâaiai y.y.\ àvar/Erv £-o:/;7:v. Quod Dcus sit immutabilis. — 
Arjix'.ojpf ô; Zi /.ai /o^/oj Oioç. Ib. 

3, '0 0iô; -à -av-a yîvrîîx;, oj [xdvov £?; TOj;j.a/è; ^^ayêv, àÀÀà y.cii o r.^6- 
xapov Oj/. ?jV Ir.o'.r^'ji'i , oj ùt^'v.o-jt^Ô: [jio/ov, à'/J.k y.a\ 7.■:îz■:r^- ajTÔ; or/. De Som- 
niis, p. 577. 

4. 0îô; /.a\ Toî"? a/.Xot; a-aaiv àf/7) "oj opcév I^t'i. — "lo'.ov [jlÈv Oeoj tÔ 
JtoiEÎv, oj 6/;j.;; l-iypâ'iaîOat yvirr\-.oi, To^ov ôl ^(Viir^-zou tÔ tAt/j.:!. Legis 
Alleg., I; De Chérubin., t. I, p. 155, éd. Mang. 



LA KABBALIC ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 225, 

sence ; c'est ainsi qu'il ne permet pas que rien reste vide 
et abandonné de lui-même*. Comme il n'est rien cepen- 
dant qui puisse contenir l'infini, en môme temps qu'il est 
partout, il n'est nulle part, et cette antithèse, que nous 
avons déjà trouvée dans la bouche de Porphyre, n'est pas 
comprise autrement qu'elle ne l'a été plus tard par le dis- 
ciple de Plotin. Dieu n'est nulle part, car, le lieu et l'espace 
ayant été engendrés avec les corps, il n'est pas permis de 
dire que le créateur soit renfermé dans la créature. Il est 
partout, car par ses diverses puissances (rà; ^uvzast; avroïi) 
il pénètre à la fois et la terre et l'eau, l'air et le ciel ; il rem- 
plit les moindres parties de l'univers, les liant toutes les 
unes aux autres par des liens invisibles ^ Ce n'est pas en- 
core assez : Dieu est lui-même le lieu universel (o twv cXmv 
Ti^-oç), car c'est lui qui contient toutes choses, lui qui est 
l'abri de l'univers et sa propre place, le lieu où il se ren- 
ferme et se contient lui-même ^ Si Malebranche, qui ne 
voyait en Dieu que le lieu des esprits, nous paraît si près de 
Spinosa, que penser de celui qui nous représente le souve- 
rain être comme le lieu de toutes les existences, soit des 
esprits, soit des corps? En même temps nous demanderons 
ce que devient avec cette idée le principe passif de l'uni- 
vers? Comment concevoir comme un être réel, comme un 
être nécessaire, cette matière qui n'a par elle-même ni forme 
ni activité, qui a dû exister avant l'espace, c'est-à-dire avant 
l'étendue, et qui, avec l'espace, est transportée dans le sein 
de Dieu? Aussi Philon est-il conduit, par une pente irré- 



i. nâvTa vàp 7:î7:XrJpfjJX£v ô Osô;, xai O'.à -âvrtov otîXi^XuOîv, y.tX xc'vov où5cV, 
ojCÈ è'fr,;aov àno/.sÀoinîv EauTOJ. Gènes., 1. III, 8. 

2. De Linguarum confitsione, éd. Mangey, t. I, p. 425. 

3. AÙtÔ; 6 0:ô? y.aXerrai t6;îoî, Ttji Kepu'yeiv (lèv xi oXa, Trepisy ssOftt S ï upôg 
(ir,5£''ô; ànXôJ-:, /.a'i zo> xatacpuYTiv twv (JuaTzâvTtuv aùtôv sTvoc, '/.où IxsiSj^jtep aùiôî 
è<3z\ ywfx ÉxjTOj, /.v/w^t/m; irjTÔ; /.où l(j.-^£po[x3vo; [x(iv(j) îtjzm. De Somniisy 
hb. i ' ' 

15 



226 LA KABBALE. 

sistible, à prononcer ce grand mot : Dieu est tout [eïç /.où tô 

Mais comment le souverain être a-t-il fait sortir de ce 
Heu intelligible, qui est sa propre substance, un espace 
réel, contenant ce monde matériel et sensible? Comment 
lui, qui est tout activité et tout intelligence, a-t-il pu pro- 
duire des êtres passifs et inertes? Ici les souvenirs de la 
philosophie grecque sont complètement étouffés par le lan- 
gage et les idées de l'Orient. Dieu est la lumière la plus 
pure, l'archétype et la source de toute lumière. 11 répand 
autour de lui des rayons sans nombre, tous intelligibles, et 
qu'aucune créature ne pourrait contempler^; mais son 
image se réfléchit dans sa pensée (dans son logos), et c'est 
uniquement par cette image que nous pouvons le compren- 
dre \ Yoilà déjà une première manifestation, ou, comme on 
dit communément, une première émanation de la nature 
divine; car Philon, quand ses réminiscences de Platon cè- 
dent à une autre influence, fait du verbe divin un être réel, 
une personne, ou une hypostase, comme on disait plus tard 
dans l'école d'Alexandrie : tel est l'archange qui commande 
à toutes les armées célestes \ Mais notre philosophe ne s'ar- 
rête pas là : de ce premier logos, appelé ordinairement le 
plus ancien (ô -pîGc'jzxro;), le fils aîné de Dieu, et qui, dans 
la sphère de l'absolu, représente la pensée (VJyo; ivârlBcroç), 
en émane un aulre qui représente la parole (Aoyoç -po^opr/.o';), 
c'est-à-dire la puissance créatrice, manifestée à son tour par 

\. Legis Alleg., \. I. 

2. A'jtÔ; oï wv apyÉru-oç aj-f/], [JLuoîaç àv.-v'iot.ç, è/.oâXXat, (ôv o'jo£;i.''a IcjtIv 
ataOrjt/j, vor,Ta\ oï at a~aaat. Uap' o y.at [i.ôvo; ô vorjTÔ; Oîô; aÙTxî; y^pr\-xi, twv 
Se YEvÉascoç ij[E{i.oipa[ji£vwv cjoe'i;. De Chérubin., t. I, p. 156, éd. Mang. 

5. KaOâ;:cp ttjv àvOi^Xiov ayy/jv œç ^Xiov, o: jjlt) ojvî^piîvo'. xôv f)X;ov auTOV lot''», 
ôpwat, O'jTw; x.al ttjv toî5 Oeou Etxo'va, tov àyyeÀov aùiou Xiyov, wç aùiôv xaïa- 
voouCTiv. De Somniis. 

A. '0 -pwToyovo; )^oyo,-,, ô dcyyEÀoç rpî-jS-j-aTOç, dtpy^âyyEXoç. De Confusione 
linguarum, p. 541. 



LA KABBALE ET LA DOCTRLNE DE PlIILON. 227 

l'univers. « Quand nous lisons clans la Genèse qu'un fleuve 
« sortait de TEden pour arroser le jardin, cela signifie que 
« la bonté générique est une émanation delà sagesse divine, 
« c'est-à-dire du verbe de Dieu *. L'auteur de cet univers 
« doit être appelé, à la fois, l'architecte cl le père de son 
« œuvre. Nous donnerons le nom de mère à la sagesse su- 
ce prême. C'est à elle que Dieu s'est uni d'une manière mys- 
« térieuse pour opérer la génération des choses.; c'est elle 
« qui, fécondée par le germe divin, a enfanté avec douleur, 
« au terme prescrit, ce (ils unique et bicn-aimé que nous 
« appelons le monde. C'est pour cela qu'un auteur sacré 
« nous montre la sagesse parlant d'elle-même en ces Icr- 
« mes : de toutes les œuvres de Dieu, c'est moi qui fus for- 
ce mée la première ; le temps n'existait pas encore que j'étais 
c< déjà là. En effet, il faut bien que tout ce qui a été engen- 
« dré soit plus jeune que la mère et la nourrice de l'uni- 
(( vers*. » Il y a un passage dans le Timée, où nous trouvons 
à peu près le même langage, mais avec cette énorme diffé- 
rence que la mère et la nourrice de toutes choses est un 
principe tout à fait séparé de Dieu, la matière inerte et sans 
forme '. Les fragments que nous venons de citer nous rap- 
pellent bien mieux les idées et les expressions habituelles 
du Zohar. Là aussi Dieu est appelé la lumière éternelle, 
source de toute vie, de toute existence et de toute autre lu- 
mière. Là aussi la génération des choses est expliquée méta- 
phori(juement par un obscurcissement graduel des rayons 
émanés du foyer divin et par l'union de Dieu avec lui-même 

1. rioTaijL'Jç çy^T'.v (Mo'jaT);) l/.-opsjïTat 1% 'Ko\ji. tou ttotiÇeiv xôv Tzapâosiaov. 
n',Ta[jLÔ; ri YEvi/.r) i^TiV àyaOoTri;- *''^'^^ 2y.::op£j;Tai va i-ns xoC! Oîoiï co-Ji'aç- t) 5é 
IdTiv ô Ocou loyoç. Lcg. Alleg., \. I. 

2. Tôv yo-jy Tooî tÔ Tîav èpyaaâuEvov &r)u.toupYùv ôu-oCÎ xa\ xxzipa. Eivat to. 
YiycVOTO; îÙOÙ; èv O'V.r) çrîiOjjLîv jjLriTc'pa 8a tV tou r.zr.oir^y.ôiOi È::'.(jir|[ir,-/ f, 
ouvwv 6 Oîo';, z. T. X. De Tenmlcnlid. 

O. Kai 3r, /.(X'. r.po'Zi'.y.i'jT.i r.zir.i'. tô [jiÈv 0£yo|i.Jvov [JirjTpf, lô o' oOîv 7:aipt, 
tr,v oà (xsTa^ù tojtwv i^ûjtv È/.ydvw. Tiinœus, eJ. Slallbaum, p. 212. 



528 L\ KABBALE. 

dans ses divers allriJmts. La sagesse suprême, sortant du 
sein de Dieu pour donner la vie à l'univers, est également 
représentée par le fleuve qui sort du paradis terrestre ; enfin 
les deux logos nous font songer à ce principe kabbalistique 
que l'univers n'est pas autre chose que la parole de Dieu : 
que sa parole ou sa voix, c'est sa pensée devenue visible, et 
qu'enfin sa pensée, c'est lui-même. Une autre image, très 
souvent reproduite dans le principal monument de la kab- 
bale, c'est celle qui nous montre l'univers comme le man- 
teau ou le vêtement de Dieu ; eh bien, la voici également 
dans ces paroles de Philon : « Le souverain être est envi- 
ce ronné d'une éclatante lumière qui l'enveloppe comme un 
« riche manteau, et le verbe le plus ancien se couvre du 
<c monde comme d'un vêtement '. » 

De cette double théorie sur la nature et la naissance des 
choses en général, résultent aussi deux manières de parler 
de Dieu, quand il est considéré en lui-même, dans sa propre 
essence, indépendamment de la création. Tantôt il est la 
raison suprême des choses, la cause active et efficiente de 
l'univers [6 voûç, rà ^paarv-ptov aiziov), l'idée la plus générale 
(tô yeviY.omxrôy)^, la nature intelligible [vorj-h cp-jctç). Lui seul 
possède la liberté, la science, la joie, la paix et le bonheur, 
en un mot, la perfection ^ Tantôt il est représenté comme 
supérieur à la perfection même et à tous les attributs pos- 
sibles; rien ne saurait nous en donner une idée : ni la vertu, 
ni la science, ni le beau, ni le bien*, pas même l'unité; car 

i. Ae'yoj oà tÔ f,yîaovi/.ôv owtI «ùyoî'-OîT -îO'.Xaa-îTa'., w; aÇ'.oypsoj; svoj- 
oaaOai Ta {[xaTta voptiaO^vat • èvouîTa'. oï ô [ih -pîioÛTaTo; toCÎ ovto; Ào'yo; w; 
îaOrj-a xôv 7.0'afi.ov. Dc Pra'fugis. 

2. Leyis Alleg., II. 

3. '0 Ocô; /) ijlÔvtj IXîjOi'pa oûî-.?. De Sonuiiis, II. — Mdvo; ô Osô; «'^euow; 
fi^'oÇz'., '/.où yàp [jLOvo; '(r'fit'., y.cù [J.OVO? eùçoaiVcTai, 7.a\ uo'voj tt)'/ a|i.-'ï'^ 7:cpXî'|j.0u 
au[j.Çï'Çr,/.îv £'.pi^vT,v àyc-.v, /.. t. ).. De Cheriib., t. I, p. i54, éd. Mangey. 

4. De Mundi opiftc, loc. laud. Kpî:-Twv fj £-'.atr[;j.r,, -/piiittov f] «pÉTï], 
y.. T. X. 



Li KADDALE ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 220 

ce que nous appelons ainsi n'est qu'une image du souverain 
être {[j.o'jàg [j.ev £(Tt1v er/.wv ahiou Trpojrou) *. Tout ce que nous 
savons de lui, c'est qu'il existe; il est pour nous l'être ineffa- 
ble et sans nom ^ Dans le premier cas, il est facile de recon- 
naître l'influence de Platon, de la métaphysique d'Aristote 
et môme de la Physiologie stoïcienne ; dans le second, c'est 
un ordre d'idées tout différent où se montre non moins clai- 
rement l'unité néoplatonique et VEn Soph de la kabbale, le 
mystère des mystères, l'inconnu des inconnus, ce qui domine 
à la fois les Sephiroth et le monde. La même remarque 
s'applique nécessairement à tout ce que Philon, par l'elfet 
de ses croyances religieuses ou de ses souvenirs philosophi- 
ques, nous représente comme un intermédiaire entre les 
choses créées et la plus pure essence de Dieu, nous voulons 
parler des anges, du verbe et en général de ce que Philon 
désigne sous le nom un peu vague de puissances divines 
[âvvx^jLtig Toû 6£oû). Quand le dualisme grec est pris au sé- 
rieux, quand le principe intelligent agit immédiatement sur 
la matière et que Dieu est conçu comme le Démiourgos du 
monde, alors le verbe ou le logos est la pensée divine, siège 
de toutes les idées à l'imitation desquelles ont été formés 
les êtres. Alors les forces et les messagers de Dieu, c'est-à- 
dire les anges, à tous les degrés de la hiérarchie céleste, ne 
sont que les idées elles-mêmes. Cette manière de voir est 
assez nettement exprimée dans les courts fragments que 
nous allons traduire. « Pour parler sans image, le monde 
« intelligible n'est nulle autre chose que la pensée de Dieu^ 
« quand il se préparait à créer le monde, de même qu'un 
« architecte a dans sa pensée une ville idéale avant de con- 
« slruire sur ce plan la ville réelle. Or, comme celte ville 

1. De specialibus legibus, I. M, l. Il, p. .ISO, éd. Mangey. 

2. '0 ô' à'pa O'joà T(]j vô) ■/.aiaXriTïtô; oti [i.rj x.aTà xô aTvai [jlo'vov • u-xpÇt; yàp 

iariv •/.aTaXaiJ.Çâvoasv aùiou ^FiXt) dtvsu yafay.TÏjpo; ^ •j-tx^';:;, à/.aiavo[j.ai- 

To; /.«"i àôcr,TÔ;. Quod muudus sil immufahilis. 



230 LA KABBALE. 

« idéale n'occupe aucune place et ne forme qu'une image 
ce dans l'àme de l'architecte, ainsi le monde intelligible ne 
« peut pas être ailleurs que dans la pensée divine, où a été 
«. conçu le plan de l'univers matériel. Il n'existe pas un au- 
cc tre lieu capable de recevoir et de contenir, je ne dis pas 
« toutes les puissances de l'intelligence suprême, mais une 
« seule de ces puissances sans mélange \ » — « Ce sont 
ce elles qui ont formé le monde immatériel et intelligible, 
ce archétype du monde visible et corporeP. » Ailleurs' nous 
apprenons que les puissances divines et les idées sont une 
seule et même chose ; que leur rôle consiste à donner à cha- 
que objet la forme qui lui convient. C'est à peu près dans les 
mêmes termes qu'on parle des anges. Ils représentent di- 
verses formes particulières de la raison éternelle ou de la 
vertu, et habitent l'espace divin, c'est-à-dire le monde in- 
telligible \ Le pouvoir dont ils dépendent immédiatement ou 
l'archange, c'est, comme nous le savons déjà, le logos lui- 
même. Mais ces natures et ces rôles sont complètement 
changés quand Dieu apparaît à l'esprit de notre auteur 
comme la cause immanente et le lieu véritable de tous les 
êtres. Dans ce cas, il ne s'agit plus simplement d'imprimer 
diverses formes à une matière qui n'existe pas par sa propre 
essence; mais toutes les idées, sans rien perdre de leur va- 

\. El oÉ T'.; ÈOcXtÎ^î'.e y'j|jlvot£00'.; yprjTasOa'. ToT; ôvojxaaiv, ojoïv Sv ?T:pov 
el'jwOi xbv vor^-ry/ £fva'. /.d7,aoy 5^ Oîou Xô^o'/ ^'orj y.oc^iOTZO'.owxoi ' oùoï ^àp r] vot^tt^ 
TtdXi;, i'Tepôv ~'. etti'v ri b toD àpyiTcV.TOVO; XoYia[xô; fjîi^ -f,v al-jOTjTTjv zoAiv -ri 
v-7)T^ zt'.Çeîv S'.avoojiJLî'voj. De Mund. opific, t. I, p. 4, éd. Mangey. 

2. A'.à TO'JTwv "wy ûuvâaîwv ô aaw[j.aTo; y.ai voriTo; ETrâyT) 7.d7[j.o;, xô toîj oai- 
vofxf/Ou TO'JTO'J àpyôTU-ov, lofa'.; dcopaTOi; a'j^TaOî\ç, wanî'p oyTO; aojaaiiv opa— 
xj;. De Lii'Hjuarum confusione. 

3. Ta,T; àawfji.âxo'.; ûuvâ|JLîa;y, wy £xu[JLOy ovo|xa aï toia'., -/.aTsypT^aaTO Trpôî 
tÔ ve'vo; ^/caaxoy x/^y àpfioxxoO'aay Xx6îTv [AOporJv. De Sacrificantihus, t. II, 
p 201, éd. Mangey. 

4. EîocVX'. 0£ vuv Tizo-j-^^v.':.'., OT'. ô OîTo; "zÔt.o^ y.a\ tj îspi yoSoa tzXt^ct); (îaùj[i.a- 
To^v Xdywy. De Somniis, I, 21. — Aoyc ou; /.aXîîy l'Oo: à'yycXo'.... oao'. yàp Oîoî 
Xovot, Tocauxa àpE:rç k'Ovij xî -/.a; eior). De Posleiilale Caini. 



LA KABBALE ET LA DOCTRINE DE PIIILOX. 231 

leur intelligible, deviennent en outre des réalités substan- 
tielles, des forces actives subordonnées les unes aux autres 
et contenues cependant dans une substance, dans une forcé, 
dans une intelligence unique. 

C'est ainsi que la sagesse ou le verbe devient la première 
de toutes les puissances célestes, un pouvoir distinct, mais 
non séparé de l'être absolu*, la source qui abreuve et qui 
vivifie la terre, l'échanson du Très-Haut, qui verse le nectar 
des âmes et qui est lui-même ce nectar^; le premier-né de 
Dieu et la mère de tous les êtres (utô; Trpwroyovo;;) ^; on l'ap- 
pelle aussi l'homme divin (àVQpwTTo; Qsoù), car, celte image 
par laquelle l'homme terrestre a été créé le sixième jour et 
que le texte sacré appelle l'image de Dieu, ce n'est pas autre 
chose que le verbe éternel*; il est le grand-prêtre de l'uni- 
vers [y.fjyjcpev; roù zotj'j.ov), c'est-à-dire le conciliateur du fini 
et de l'infini. On pourrait le regarder comme un second 
dieu, sans porter atteinte à la croyance d'un Dieu unique ^ 
C'est de lui que l'on parle dans les Ecritures toutes les fois 
que l'on donne à Dieu des titres et un nom ; car le premier 
rang appartient à l'Etre ineffable ^ Ce qui achève de nous 
convaincre que toutes ces expressions se rapportent à une 
personnification réelle, c'est que dans la pensée de Philon 
le verbe s'est quelquefois montré aux hommes sous une 

1. 'II cooia TO'j Oîou siTiv, fjV àx.çav /a\ -ooTi'iTrjv £Tc[x:v (xr.o ToJv iauTOu 
ojvâ[x£wv. Leg. Alleg., If. 

2. KaTî'.'ji o\ wa-sp i-fj Tir^-^r^i, xf); a09''a;, -OTaaoij too'-ov, 6 Oifo; î.oyo;... 
5;Xi{pTj TO'J ao<p''a; vmaTo; tov O:tov Xoyov... o'.voyoo; xoS 0:oj za"'. au|x-oa;apyo;, 
où otaospwv Tou -i&'jiaTO;. De Somniis, II. 

"). Ajo yâp, ôj; k'o'./.Tv, hpa Ocou, 2v [ihi ooî ô v.'jtxo;, sv w /.oC. apyicOcùî ô 
rproTovovo; xjtoj OïTo; X^'yo;. De Sonviiis, I, t. I, p. G53, éd. Mangey. 

•4. Ka''. à.o/ri y.-x\ ovol».x 0;oj /.ai ô /.ax' ît/.o'va à'vOpojno;, /.. x. X. De Confu- 
sione limiuarum, t. I, p. 427, éd. cit. 

5. Oû:o; fk'j r,ixw/ xwv àxïÀôjv av eÎ't; Oîo;, z. x. X. Le{/. Alleg., 111, t. I, 
p. 128, éd. cil. 

6. De Somniis, I, t. I, p. G5G, éd. Mangey. 



252 LA KABBALE. 

forme matérielle. C'est lui que le patriarche Jacob a vu en 
songe ; c'est lui encore qui a parlé à Moïse dans le buisson 
ardent *. Nous avons déjà vu comment ce verbe suprême en 
engendre un autre, qui sort de son sein par voie d'émana- 
tion, comme un fleuve jaillit de sa source. C'est la bonté ou 
la vertu créatrice {âîivxij.iç -novri-ciy.-o), une idée de Platon trans- 
formée en une hvpostase. Au-dessous de la bonté vient se 
placer la puissance royale (v^ ^xtjÛM-h) qui gouverne par la 
justice tous les êtres créés ^ Ces trois puissances, dont les 
-deux dernières, quand elles ne s'exercent que sur les hom- 
mes, prennent les noms de grâce et de justice (v^ t'Xeo); /.où ri 
voixo-eOr/.-ri), se sont autrefois montrées sur la terre sous la 
figure des trois anges qui ont visité Abraham^. Ce sont elles 
qui font le bien invisible et l'harmonie de ce monde, comme, 
d'un autre côté, elles sont la gloire, la présence de Dieu, 
dont elles descendent par un obscurcissement graduel de la 
splendeur infinie; car chacune d'elles est à la fois ombre 
et lumière ; ombre de ce qui est au-dessus, lumière et vie de 
tout ce qui est au-dessous de leur propre sphère *. Enfin, 
quoique leur action soit partout présente et que leurs formes 
se manifestent dans celles de l'univers, il n'est pas plus 
possible d'atteindre leur essence que celle du premier être. 
C'est ce que Dieu lui-même apprend à Moïse, quand celui-ci, 
après avoir demandé vainement de le voir face à face, le 
supplie, dit Philon, de lui montrer au moins sa gloire (r/jv 
Ad;av aÙTov), c'est-à-dire les puissances qui environnent son 



1. Ib. supra. 

2. De Profitgis, t. I, p. oCO, éd. Mang. Al o' à'ÀXat -vi-z w; 5v à-o-.xia'., 
iuvâ|iE'.; d-j\ TO'j Xc'i-ov-oç, wv àpysi rj Ttoir^Ti/r^, •/., x. À. 

3. De Vilâ Abraham, t. II, p. 17, éd. Mangey. 

A. "0<j;:îp yàp ô Oîô; TzyLpiht'.-^^ix T?jç £'.-/.dvo;, fjV a-/.;av vuvi y.i/Xr/.zy, o'^tw; f^ 
tî/.w àXÀwv YÎvî-ai -apâÎEiYax... a/.i'a Oeoij Si 6 Xoyoç a'JTOJ l'j'iy. Lccj. Alleg., 
III. 



LA KABBALE ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 253 

trône inaccessible {âopvfopo-j^ûcg âvjy.p.eii)\ Quant aux anges, 
dans lesquels nous avons vu tout à l'heure des idées repré- 
sentant les différentes espèces de vertus, ils ne sont pas seu- 
lement personnifiés à la manière des poètes et des écrivains 
bibliques, on les considère aussi comme des âmes nageant 
dans rÉlIier, et venant s'unir quelquefois à celles qui habi- 
tent le corps de l'homme*. Ils forment des substances réelles 
et animées qui communiquent la vie à tous les éléments, à 
toutes les parties de la nature. En voici la preuve dans le 
passage que nous allons traduire : « Les êtres que les phi- 
« losophes des autres nations désignent sous le nom de dé- 
« mons. Moïse les appelle des anges. Ce sont des âmes qui 
K flottent dans l'air, et personne ne doit regarder leur exis- 
« tence comme une fable; car il faut que l'univers soit 
« animé dans toutes ses parties et que chaque élément soit 
« habité par des êtres vivants. C'est ainsi que la terre est 
« peuplée par les animaux, la mer et les fleuves par les ha- 
cc bitants de l'eau, le feu par la salamandre, que l'on dit 
K très commune en Macédoine, le ciel par les étoiles. En 
ce effet, si les étoiles n'étaient des âmes pures et divines, 
« nous ne les verrions pas douées du mouvement circulaire, 
« qui n'appartient en propre qu'à l'esprit. Il faut donc que 
a l'air soit également rempli de créatures vivantes, quoique 
ce l'œil ne puisse pas les voir''. » 

C'est surtout quand il s'agit de l'homme que le syncré- 
tisme de Philon se montre à découvert et qu'on aperçoit 
sans peine la double direction à laquelle il s'abandonne, 
malgré sa vive prédilection pour les idées orientales. Ainsi, 
non content de voir avec Platon, dans les objets de la sen- 

1. I\If,r' ojv i'û, [li-i T;'va twv sjj.rTiv oj'/â;A;(o'/ /.xxk Tr// OJîi'av sX-iar,; -otI 
ojvr|a:aOai y.xTxkixZz'.y. De Monarchiâ, I, t. H, p. 218, éd. Mangey. 

2. De Planlalione. — De Monarchiâ, II. Celle réunion d'une ànic à uno 
autre a élé reconnue des kabba listes sous le nom de gestation (n^^y)- 

5. De Gi(juiilibus, t. I, p. 2Ô5, éd. Mangey. 



234 LA KABBALE. 

salion, une empreinte affaiblie des idées éternelles, il va 
jusqu'à dire que sans le secours des sens nous ne pourrions 
jamais nous élever à des connaissances supérieures; que 
sans le spectacle du monde matériel nous ne pourrions pas 
même soupçonner l'existence du monde immatériel et invi- 
sible'; puis il déclare l'influence des sens tout à fait perni- 
cieuse; il commande à l'homme de rompre avec eux tout 
commerce et de se réfugier en lui-même. Il établit un abîme 
entre l'âme raisonnable, intelligente, qui seule a le privili'ge 
de constituer l'homme, et l'âme sensitive à laquelle nos or- 
ganes empruntent à la fois la vie et la connaissance qui leur 
sont propres; celle-ci, comme l'a dit Moïse, réside dans le 
sang% tandis que la première est une émanation, un reflet 
inséparable de la nature divine ( àTroV-ao-aj^ où dixipirhv, 
àny.vyocyax ^hxç ç-jo-soj; ^). Et cependant, ce point de vue 
exalté ne l'empêche pas de conserver l'opinion platoni- 
cienne qui reconnaît dans l'âme humaine trois éléments : la 
pensée, la volonté et les passions*. En mille endroits il in- 
siste sur la nécessité de se préparer à la sagesse par ce qu'il 
appelle les sciences encycliques [èy/.vy.hoç Traif^eia, èyy.v/.hx 
p.a0v7y.aTa), c'est-à-dire les arts de la parole et ceux qui don- 
nent cette culture extérieure si chère aux Grecs. Notre es- 
prit, dit-il, a besoin d'être nourri de ces connaissances 
mondaines avant d'aspirer à une science plus haute, comme 
notre corps a besoin d'être nourri de lait avant de suppor- 

1. Tôv £•/. TOiV toîojv auarxOi'vTa v.al vorj-ôv /.O'ju.ov O'jz svS'TTtv aXXw; zaraXa- 
êeîv ors [1^ £/. TÎ;; to'j alaOriTOij /.cù. 6po;i.Evou to-jtou [xSTavaSaaEto;, x. t. À. De 
SomJiiis, l. 

2. Aî[JLa où^i'a •ir/^; Ètti, 0'j/^\ t^; voscxç v.y.\ Xo^^'.v.rii, àXÀi -r^^ a'.^Or-jTr/.r^ç, 
xaO' fjv TjfxTv T£ /.a\ toîç àXùyo'.; xo'.vôv tÔ Çfj'v au[xêcorj-/.sv. Dc Concupisccntiâf 
t. II, p 556, éd. Mangey. 

3. Quod dclerior poliori insicliari soleat, t. I, p. 208, éd. cit, 

4. "Eat'.v f,[iwv /j '^y/i\ Tpt;i3çr];, v.(x\ v/b\ ppo; xo ah \o^(v/.rrj ^ /.. -.. \. Lcg. 
Alleg., L — De Confiisione liinjuarum. — De Concupisccntiâ, t. II, p. 550,, 
éd. cit. 



LA KABEx^E ET LA DOCTRLNE DE PIIILON. 235 

ter des aliments plus substantiels *. L'homme qui néglige de 
les acquérir doit succomber dans ce monde, comme Abel a 
succombé sous les coups de son frère fratricide. Ailleurs, il 
enseigne tout le contraire : il faut mépriser la parole et les 
formes extérieures, comme il faut mépriser le corps et les 
sens, afin de ne vivre que par l'intelligence et dans la con- 
templation de la vérité toute nue. Quand Dieu dit à Abra- 
ham : Abandonne ton pays, ta famille et la maison de ton 
père, cela signifie que l'homme doit rompre avec son corps, 
avec ses sens et avec la parole ; car le corps n'est qu'une 
partie de la terre que nous sommes forcés d'habiter ; les 
sens sont les ministres et les frères de la pensée ; enfin la 
parole n'est que l'enveloppe et en quelque sorte la demeure 
de l'intelligence, qui est notre véritable père\ La même 
idée est reproduite d'une manière encore plus expressive, 
sous le symbole d'Agar et d'Ismaël. Cette servante rebelle et 
son fils, si ignominieusement chassés de la maison de leur 
maître, nous représentent la science encyclique et les so- 
phismes qu'elle enfante. Il est à peine nécessaire d'ajouter 
que tout homme qui aspire à un rang élevé dans le monde 
des cspiils doit imiter le patriarche hébreu \ Mais au 
moins, lorsque l'âme s'est réfugiée tout entière dans l'in- 
telligence, y trouve-t-elle les moyens de se suffire et d'arri- 
ver par elle-même à la vérité et à la sagesse? Si Philon avait 
répondu à celle question dans un sens affirmatif, il n'aurait 
pas été au delà de la doctrine de Platon ; car, lui aussi, nous 
montre le vrai sage, se détachant entièrement du corps et 
des sens, et ne travaillant toute sa vie qu'à apprendre à 
mourir*; mais notre philosophe d'Alexandrie ne s'arrête 
pas à celle limite : il lui faut, oulre les connaissances que 

1. De Congressu quxrendœ enuUlionis (jralià. 

2. De Soinniis, L L 

5. De Clicrub. — De Comjrcssu quxrendœ criidit. gralid. 
A. PItcdon., ad init. 



256 LA KABBALE. 

nous empruntons à la raison, outre les lumières que donne 
la philosophie, des lumières et des connaissances supé- 
rieures directement émanées de Dieu et communiquées à 
l'intelligence comme une grâce, comme un don mystérieux. 
Quand nous lisons, dit-il, dans l'Écriture, que Dieu a parlé 
aux hommes, il ne faut pas croire que l'air ait été frappé 
d'une voix matérielle; mais c'est l'âme humaine qui a été 
éclairée par la lumière la plus pure. C'est uniquement sous 
cette forme que la parole divine peut s'adresser à l'homme. 
Aussi, quand la loi a été promulguée sur le mont Sinaï, ne 
dit-on pas que la voix a été entendue; mais, selon le texle, 
elle a été vue de tout le peuple assemblé : « Vous avez vu, 
dit aussi Jéhovah, que je vous ai parlé du haut du ciel \ » 
Evidemment, puisqu'on explique un miracle, il ne peut pas 
être ici question d'une connaissance rationnelle, ou de la 
seule contemplation des idées, mais de la révélation, enten- 
due à la manière du mysticisme. Nous attacherons le même 
sens à un autre passage où l'on admet la possibilité, pour 
l'homme, de saisir Dieu en lui-même, dans une manifesta- 
tion immédiate (à?-' a-j-ov aùrôv zaraXap.Saverv), au lieu de 
remonter à lui par la contemplation de ses œuvres. Dans cet 
état, ajoute noire auteur, nous embrassons dans un seul 
regard l'essence de Dieu, son Verbe et l'univers ^ 11 recon- 
naît aussi la foi (-t'or:?), qu'il appelle la reine des vertus 
(v^ Twy àp£Twv|3«(7t?iç), le plus parfait de tous les biens, le ci- 
ment qui nous lie à la nature divine'. C'est elle que nous 
voyons représentée dans l'histoire de Judas, s'unissant à 
Thamar, sans écarter le voile qui couvre sa face, car c'est 
ainsi que la Foi nous unit à Dieu. 

1. Toj; Toy Occu Xofou; oi y_pr)T[JLo\ owTb; ppo'-ov Ôîoju.î'vou; [Jir]vjou'jt • 'kiyB-za.i 
^àp o'-'. -a; ô Xaô; Iwpa ir,v owvf,v, ojy. ^xoutriv, x. x. X. De iligrat. Abraham. 

2. ...'AXX' u-spy.pû'ia; to Y^vr^TOv, sfx-jota'.v svapY^ to3 iyvnlro-j Xaaoxvst, 
<jj; a-' a'jTO'j a-jTOv zaTaXaaSâvîiv /.ai tt// a/.i'rtv aùroîi, or.io r^v Tov /Jr(OV xai 
•cdvoE tÔv y.ow.ov. Lcg. Allcg., \. IL 

5. De Miçjralione Abraham. — Quis rerum divinarum hœres. 



LA KABBALE ET LA DOCTRLNE DE PUILON. 257 

Pliilon ne montre pas moins d'hésitation quand il parle 
de la liberté humaine que lorsqu'il veut nous expliquer la 
nature et l'origine de nos connaissances. Quelquefois c'est la 
doctrine stoïcienne qui l'emporte : l'homme est libre; les 
lois de la nécessité, qui gouvernent sans exception toutes 
les autres créatures, n'existent pas pour lui. Or, ce libre 
arbitre qui est son privilège lui laisse en môme temps la 
responsabilité de ses actions; c'est ainsi que, seul parmi 
tous les êtres, il est capable de vertu, et à ce titre il est per- 
mis de dire que Dieu, voulant se manifester dans l'univers 
par l'idée du bien, n'a pas trouvé de temple plus digne de 
lui que l'àme humaine *. Mais il est facile de voir que cette 
théorie si vraie et si sage est en contradiction avec certains 
principes généraux exposés précédemment, comme l'unité 
de substance, la formation des êtres par voie d'émanation 
et même le dualisme platonique. Aussi notre philosophe 
n'a-t-il aucune peine à l'abandonner pour le point de vue 
contraire, et il est facile de remarquer qu'il s'y trouve plus 
à l'aise, qu'il y déploie beaucoup mieux les richesses de son 
style à demi oriental et les ressources de son génie naturel. 
Alors il ne laisse plus rien à l'homme, ni de son libre arbi- 
tre, ni de sa responsabilité morale. Le mal que nous nous 
attribuons comme celui qui règne en général dans ce monde 
est le fruit inévitable de la matière', ou l'œuvre des puis- 
sances inférieures qui ont pris part avec le Logos divin à la 
formation de l'homme. Le bien au contraire n'appartient 
qu'à Dieu. En elfet, c'est parce qu'il ne convient pas au sou- 
verain Etre de participer au mal, qu'il a appelé des ouvriers 
subalternes à concourir avec lui à la création d'Adam; mais 
à lui seul doit être rapporté tout ce qu'il y a de bon dans 

1. De Nobililale, t. II, p. 437, éd. cit. Nïwv i^'.oKozizi'^TZfov liz: y^; où/* 
£?»;£ XoY'.<J;i-'>!j Y.ot'.z-ui • 6 "cio voCÎ; àya^.iJLaTOOopîî -6 ayaO^v. 

2. De Opific. mund. — Qitis rernm divinarum hœrcs. — De Nominwn 
mulalione. — De Vild Mos., III 



^38 LA KABBALE. 

nos actions et dans nos pensées '. En conséquence de ce prin- 
cipe, il y a de l'orgueil et de l'impiété à se regarder comme 
l'auteur d'une œuvre quelconque; c'est s'assimiler à Dieu, 
qui seul a déposé dans nos Ames la semence du bien, et seul 
aussi a la vertu de la féconder^; cette vertu, sans laquelle 
nous serions abîmés dans le mal, confondus avec le néant 
ou la matière, Philon l'appelle de son véritable nom, c'est la 
Grâce {h x«pt;)- «ï^îi Grâce, dit-il, est cette vierge céleste qui 
« sert de médiatrice entre Dieu et l'àme, entre Dieu qui 
« offre et l'âme qui reçoit. Toute la loi écrite n'est pas au- 
« tre cbose qu'un symbole de la Grâce ". » A côté de cette 
influence toute mystique, Philon en reconnaît une autre 
qui ne porte pas une atteinte moins grave à la responsabi- 
lité morale et par conséquent au libre arbitre : c'est la ré- 
versibilité du bien. Le juste est la victime expiatoire du 
méchant ; c'est à cause des justes que Dieu verse sur les 
méchants ses inépuisables trésors *. Ce dogme, également 
adopté par les kabbalistes et appliqué par eux à l'univers 
tout entier, n'est au fond qu'une conséquence de la Grâce : 
c'est elle et elle seule qui fait le mérite du juste ; pourquoi 
donc, par ce canal, n'arriverait-elle pas aussi jusqu'au 
méchant? Quant au péché originel, cette autre entrave à la 
liberté humaine, il ne serait pas impossible d'en trouver la 
définition dans quelques paroles isolées de notre auteur ^ ; 

1. De Mund. opific, p. 16, cdit. de Paris de 1640. — De Profwjis, même 
édit., p. 460. 

2. Leg. Allcg., l. — De Prof^ujis. — De Cherub. — Gfrœrer, ouvrage cite, 
L I, p. 401. 

3. ''QaxE ou;j.6oÀO'/ cfva-. oiaOrlx.rjV yap'.To;* f,v [i.î'ar,v ËOr,-/.£V ô Ocô; lauTOÙÎ tî 
opc'YOVTo; x.at àvOpoj-ou ),a[j.ÇâvovTo;. 'Y-i^îolr, hï zùiçijfjîai tojxo IztX, fivi 
eTva-. Oeoij xa^t 'J'y/vj; [j.£tov, ot'. [ir^ -rjv -apOivov yiy.zoi. De Nomintiiu mutalione, 
p. 1052, éd. cit. 

4. '0 anojôaîo; too çajÀou Xjipov. De Sacrificiis Ahelis et Caini, p. 132, 
éd. de Paris. 

5. Nous citerons principalement ce passage : nxvTl ysvvr^Tô) v.'A h o-ouooclov 



LA KABBALE ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 239 

mais dans un sujet aussi grave il faut attendre des preuves 
plus explicites et plus sûres. Tout ce que nous pouvons affir- 
mer, c'est que la vie même était aux yeux de Philon un élal 
de déchéance et de contrainte; par conséquent, plus on en- 
tre dans la vie, ou plus on pénètre, soit par la volonté, soit 
par l'intelligence, dans le règne de la nature, plus il devait 
croire que l'homme s'éloigne de Dieu, se pervertit et se dé- 
grade. Ce principe est à peu près la seule base de la morale 
de Philon, sur laquelle il nous reste encore à jeter un coup 
d'oeil ra])ide. 

Ici, quoiqu'on trouve encore de loin en loin quelque con- 
tradiction, l'influence grecque n'est plus guère que dans le 
langage ; le fond est tout oriental et mystique. Par exemple, 
quand Philon nous dit avec Antisthène et Zenon qu'il faut 
vivre conformément à la nature (Çv5v 6[j.oloyovy.ivbii; 7-ç çuo-st), 
il entend par la nature humaine, non seulement la domina- 
tion entière de l'esprit sur le corps, de la raison sur les sens, 
mais Tobservancc de toutes les lois révélées, telles, sans 
doute, qu'il les interprète et les conçoit*. Quand il admet 
avec Platon et l'école stoïcienne ce qu'on a appelé plus lard 
les quatre vertus cardinales, il nous les représente en même 
temps comme des vertus inférieures et purement humaines; 
il nous montre au-dessus d'elles, comme leur source com- 
mune, la bonté ou l'amour, vertu toute religieuse, qui no 
s'occupe que de Dieu dont elle est l'image et l'émanation la 
plus pure. 11 la fait sortir directement de l'Eden, c'est-à-dire 
de la divine sagesse, oii l'on trouve la joie, la volupté, les 
délices dont Dieu seul est l'objet \ C'est probablement dans 

^, zap' osov r,XO:v eîç yava^iv, au[j.3'j:? tÔ à[jLap-âvciv I'jv'. De Vitâ Mos., III, 
t. JI, p. 157, cd. Mangey. 

1. Dans ces paroles de l'Écriture : « Abraham suivait toutes les voies du 
Seigneur », on trouve cette maxime enseignée par les plus célèbres philo- 
sophes, fju'il faut vivre selon la nature, etc. De Miynil. Abraham. 

2. Api es avoir dit que les quatre vertus ont leur source dans la beauté, notre 



240 LA KABBALE. 

ce sens qu'à l'imitation de Socrafe il confond la vertu avec 
la sagesse *. Enfin, il faut se garder aussi de lui attribuer 
la pensée d'Aristote, quand il nous enseigne, d'après les ter- 
mes de ce philosophe, que la vertu peut dériver de trois 
sources : la science, la nature et l'exercice ^ Aux yeux de 
Pliilon, la science ou la sagesse véritable n'est pas celle qui 
résulte du développement naturel de notre intelligence, mais 
celle que Dieu nous donne par un effet de sa grâce. La na- 
ture, dans l'opinion du philosophe grec, nous porte d'elle- 
même vers le bien ; selon Philon, il y a dans l'homme deux 
natures entièrement opposées qui se combattent, et dont 
l'une doit nécessairement succomber; dès lors, toutes deux 
sont dans un état de violence et de contrainte qui ne leur 
permet pas de rester elles-mêmes. De là son troisième 
moyen d'atteindre à la perfection morale : l'ascétisme dans 
toute son exaltation, substitué à l'empire légitime de la vo- 
lonté et de la raison sur nos désirs. En effet, il ne s'agit pas 
seulement d'atténuer le mal, de le circonscrire dans des 
limites plus ou moins restreintes, il faut le poursuivre tant 
qu'il en reste la plus légère trace, il faut le détruire, s'il est 
possible, dans sa racine et dans sa source. Or le mal dont 
nous souffrons dans ce monde est tout entier dans nos pas- 
sions, que Philon regarde comme absolument étrangères à la 
nature de l'âme". Les passions, pour me servir de son lan- 
eage, ont leur origine dans la chair. Il faut donc humi- 
lier et macérer la chair ; il faut la combattre sous 
toutes les formes et à tous les instants *; il faut se rele- 

auteur ajoute : Aa[i.6xvEi [ih ojv là; àoy à? ^ ■^Z'/iy.ri ofiô'Trj àr.ô t^; 'Eoàjj., T?;? 
TOu OeoC» cO'ji'a;, îj yaiozi 7.a\ yiYj-:a.i 7.x\ Tfjcpa £7:'t r/O'/W tw TzaTpi auT^; Ozoï. 
Leg. Alîcg., 1. 

1. KTr,7a;jL£vo; oï £-'.a-:/îar;v, Tr;v àp-rtov [Σoa'.OTaTr,v ouvê/.xxTO y.a\ t'x; àX/.aç 
i;îâ<îa;. De Nobilitate, éd. Mangey, t. II, p. 442. 

2. De Migrât. Abrah. — De Somniis, I et passim. 

3. Quis rerum divinamm sit. 

4. Oj p.£Tp;o-âO£'.av àXXà oyvoXoj; à-aOî'.av iya-wv. Legis Alleg., III. 



LA KABBALE ET LA DOCTRINE DE PIULON. 241 

ver de cet état de déchéance qu'on nomme la vie ; il faut, 
par une indifférence absolue pour tous les biens périssa- 
bles, reconquérir sa liberté au sein môme de cette prison 
que nous appelons le corps*. Le mariage ayant pour but et 
pour résultat de perpétuer cet état de misère, Philon, sans 
le condamner ouvertement, le regarde comme une humi- 
liante nécessité dont au moins les âmes d'élite devraient sa- 
voir s'affranchir*. Tels sont à peu près les principaux carac- 
tères de la vie ascétique, telle que Philon l'a comprise et 
telle qu'il nous la montre, plutôt encore qu'il ne l'a vue, 
réalisée par la secte des thérapeutes. Mais la vie ascétique 
n'est qu'un moyen; son but, c'est-à-dire le but de la morale 
elle-même, le plus haut degré de la perfection, du bonheur 
et de l'existence, c'est l'union de l'àme avec Dieu par l'en- 
tier oubli d'elle-même, par l'enthousiasme et par l'amour. 
Voici quelques passages que l'on croirait empruntés à quel- 
que mystique plus moderne : « Si tu veux, ô mon ame, hé- 
« riter des biens célestes, il ne faudra pas seulement, comme 
« notre premier patriarche, quitter la terre que tu habites, 
« c'est-à-dire ton corps; la famille où tu es né, c'est-à-dire 
« les sens ; et la maison de ton père ou la parole ; il faudra 
« aussi te fuir toi-même, alin d'être hors de toi, comme ces 
« corybanles enivrés d'un enthousiasme divin. Car là seule- 
ce ment est l'héritage des biens célestes, où l'àme, remplie 
« d'enthousiasme, n'habite plus en elle-même, mais plonge 
« avec délices dans l'amour divin et remonte entraînée vers 
ce son père". Une fois l'àme délivrée de toute passion, elle 
c<.se répand elle-même comme une libation pure devant le 
ce Seigneur. Car, verser son âme devant Dieu, rompre les 
« chaînes que nous trouvons dans les vains soucis de cette 

1. Tô awjAX v.y/.-.7], oca;Ao-r|p'.ov. De Migrât. Ahrah. — Quis rennn div- 
hœres sil, et passim. 

2. Quod dcler. poliori i)isidiari soleal. — De Monarchià. 

3. Quis rerum divin(tritm lucres sil. 

IG 



2i2 LA KABBALE. 

« vie périssable, c'est sorlir de soi-même pour arriver aux 
« limites de l'univers et jouir de la vue céleste de celui qui 
« a toujours été *. » Avec de tels principes, la vie contem- 
plative, si elle n'est pas la seule qu'il soit permis à l'homme 
d'embrasser, est placée bien au-dessus de toutes les vertus 
sociales, qui ont pour principe l'amour, et pour but le 
bien-èlre des hommes*. Le culte lui-même, j'entends le 
culte extérieur, devient inutile pour la fin que nous devons 
chercher à atteindre. Aussi Philon est-il très embarrassé 
sur ce point : « Ainsi qu'il faut, dit-il, avoir soin de son 
« corps, parce qu'il est la demeure de l'âme, de même som- 
« mes-nous obligés d'observer les lois écrites; car pi us nous y 
« serons fidèles , et mieux nous comprendrons les choses 
« dont elles sont les symboles. Ajoutons à cela qu'il faut 
c< éviter le blâme et les accusations de la multitude"'. » Cette 
dernière raison ne ressemble pas mal au post-scriptum de 
certaines lettres ; elle exprime seule la pensée de notre phi- 
losophe, et établit un rapport de plus entre lui et les kab- 
balistes. En même temps elle justifie ce que pensaient les 
thalmudistes de leurs coreligionnaires initiés aux sciences 
grecques. 

De tout ce que nous venons de dire résultent deux con- 
séquences extrêmement importantes pour l'origine de la 
kabbale. La première, c'est que cette doctrine traditionnelle 
n'a pas été puisée dans les écrits de Philon. En effet, puis- 
que tous les systèmes grecs, et l'on peut dire la civilisation 
grecque tout entière, ont laissé chez ce dernier des traces 
aussi nombreuses, aussi intimement mêlées à des éléments 



1. De EbricUtte. 

'2. De Migrai. Abroh., éd. Mang., L I, p. 595, 415. — Lecj. Allerj., môme 
cL, t. I, p. 50. — De Vilâ contcmplalivâ. 

5. 'V.ij-zr, ou/ coj|ji.aTo; zt.v.om ^u'/^; izzi't ot/.oç rpovorjTcOV, ojtoj /.ai xwv 

f7)T0)V vô;iwv ï~:u.z\r^-io'j rpô; w y.oX xi; à-ô Twv ;:ûÀ).wv [j.£[A'}£-.s x-~\ xx-rj- 

Yov!a? à-ootooâ'j-.'.ïiv. De Migrât. Abrali. 



LA KABBALE ET LA DOCTRINE DE PIIILOX. 243 

d'une autre naUire, pourquoi n'en serait-il pas de même 
dans les plus anciens monuments de la science kabbalisli- 
que? Or jamais, nous le répétons, on ne trouvera ni dans le 
Zohar, ni dans le Livre de (a création, le moindre vestige de 
cette civilisation brillante, transplantée par les Plolémées 
sur le sol de l'Egypte. Sans parler des difficultés extérieures, 
précédemment signalées, et que nous maintenons ici dans 
toute leur force, est-ce que Simon ben Jochaï et ses amis, ou 
les auteurs quels qu'ils soient du Zohar, auraient pu, sans 
autre guide que les écrits de Philon, y démêler ce qui est 
emprunté aux divers philosophes de la Grèce, dont les noms 
sont rarement prononcés par leur disciple d'Alexandrie, et 
ce qui appartient à une autre doctrine, fondée sur l'idée d'un 
principe unique et immanent, substance et forme de tous 
les êtres? Une telle supposition ne mérite pas d'être discu- 
tée. D'ailleurs, ce que nous avons appelé la partie orientale 
du syncrétisme de Philon est loin de s'accorder, sur tous les 
points importants, avec le mysticisme enseigné par les doc- 
teurs de la Palestine. Ainsi, Philon ne reconnaît en tout que 
cinq puissances divines, ou cinq attributs; les kabbalistes 
admettent dix Sephirolh. Philon, même quand il expose 
avec enthousiasme la doctrine de l'émanation et de l'unité 
absolue, conserve toujours un certai:n dualisme, celui de 
l'Etre et des puissances, ou de la substance et des attributs, 
entre lesquels il nous montre un abîme infranchissable. 
Les kabbalistes considèrent les Sephiroth comme des limites 
diverses dans lesquelles le principe absolu des choses se 
circonscrit lui-même, ou comme des vases, pour me servir 
de leur propre langage. La substance divine, ajoutent-ils, 
n'aurait qu'à se retirer, et ces vaso.s seraient rompus et des- 
séchés, llappelons-nous aussi qu'ils enseignent expressé- 
ment l'identité de l'Etre et de la pensée. Philon, toujours 
dominé à son insu par cette idée de Platon et d'Anaxagore 
que la matière est un principe distinct de Dieu et éternel 



244 LA KADBALE. 

comme lui, se trouve naturellemeiu conduit à considérer la 
vie comme un état de déchéance et le corps comme une pri- 
son : de là aussi son mépris pour le mariage, qu'il regar- 
dait seulement comme une satisfaction donnée à la chair. 
Tout en admettant avec l'Écriture que l'homme, dans les 
premiers jours de la création, quand il n'avait pas cédé en- 
core aux voluptés des sens, était plus heureux qu'aujour- 
d'hui, les kabbalistes regardent cependant la vie en général 
comme une épreuve nécessaire, comme le moyen par lequel 
des êtres finis, tels que nous, peuvent s'élever jusqu'à Dieu 
et se confondre avec lui dans un amour sans bornes. Quant 
au mariage, il n'est pas seulement pour eux le symbole, 
mais le commencement, la condition première de celte union 
mystérieuse; ils le transportent dans l'âme et dans le ciel; 
il est la fusion de deux âmes humaines qui se complètent 
l'une par l'autre. Enfin, le système d'interprétation appli- 
qué par Philon aux livres saints, quoique le même, pour le 
fond, que celui des kabbalistes, ne peut cependant pas avoir 
servi d'exemple à ces derniers. Sans doute Philon n'ignorait 
pas absolument la langue de ses pères, mais il est facile de 
prouver qu'il n'avait sous les yeux que la version des Sep- 
tante, dont se servaient d'ailleurs tous les Juifs d'Alexandrie. 
C'est généralement sur les termes de celte traduction et des 
étymologies purement grecques que se fondent ses interpré- 
tations mystiques ^ Dès lors que deviennent ces ingénieux 
procédés employés dans le Zohar et dont la puissance est 
tout à fait anéantie quand ils cessent de s'appliquer à la 



1. En voiji quelques exemples : dans ces mots qui s'adressent au serpent 
dont la femme doit écraser la tète, aùxôç aoy -cTjp/jas'. xeoaXT^v, il trouve, avec 
raison, une faute grammaticale; mais celte faute n'existe pas dans le texte 
hébreu. {Leg. Alleg., 111.) 11 fait dériver du grec odo^rsOcu le mot Phison, le 
nom d'un des quatre fleuves qui sortent du Paradis tenestre. Le mot Evitât 
vient de eu et de i'Àwç. II lui importe peu que le nom de Dieu, Qiôc, soit pré- 
cédé ou non de l'article 6, etc. Voy. Gfr'trer, oiiv. cit., t. I, p. 50. 



L\ KADDALE ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 245 

langue sacrée ' ? Du reste, nous l'avouons, celte différence 
dans la forme n'aurait pas à nos yeux une très grande im- 
portance, si Philon et les kabbalistes s'accordaient toujours 
dans le choix des textes, des passages de l'Ecriture qu'ils 
donnent pour base à leur système philosophique, ou bien si, 
abstraction faite du langage, les mômes symboles éveillaient 
en eux les mêmes idées. Mais cela n'arrive jamais. Ainsi la 
personnilication des sens dans la femme, dans Eve, notre 
première mère, de la volupté dans le serpent qui a conseillé 
le mal, de l'égoïsme dans Caïn, que l'homme a engendré 
en s'unissant à Eve, c'est-à-dire aux sens, après avoir 
écouté le serpent: Abel, type de l'esprit qui méprise entiè- 
rement le corps et succombe par son ignorance des choses 
de ce monde ; Abraham, type de la science divine ; Agar, de 
la science mondaine; Sarah, de la vertu ; la nature primi- 
tive de l'homme renaissant dans Isaac, la vertu ascétique 
représentée dans Jacob, et la foi dans Tiiamar, toutes ces 
riches et ingénieuses allégories qui, selon nous, sont la 
seule propriété du pbilosophe d'xVlexandrie, n'ont pas laissé 
le plus faible vestige, soit dans le Zohar, soit dans le Livre 
de la création. Pour toutes ces raisons, nous croyons avoir 
le droit de dire que les écrits de Philon n'ont exercé aucune 
influence sur la kabbale. 

Nous arrivons maintenant à la seconde conséquence que 
l'on peut tirer de ces écrits et du caractère de leur auteur- 
Nous avons vu avec quelle absence de discernement, avec 
(piel oubli de la saine logique, Philon a pour ainsi dire mis 
au pillage la philosophie grecque tout entière ; poui-quoi lui 
supposerions-nous plus d'invention, plus de sagacité et de 
profondeur dans cette partie de ses opinions qui nous rap- 

1. Comment, par exemple, la subslancc abslraile aurait-elle pu être appelée 
le non-être (^ij^) sans ce texte hébreu, xïm ]\sa nn^îl' 0"e deviendraient 
les noms dos trois premières Sephiroth? Comment l'imité de Dieu et du monde 
rcsullcrail-elle de ces trois mots, s'ils étaient traduits, ;-\^^ ^^2 ^D'' 



24G LA KABBALE. 

pelle au moins les principes dominants du système kaLba- 
listiqne? Ne serait-il pas juste de penser qu'il l'a trouvée 
toute faite dans certaines traditions conservées parmi ses 
coreligionnaires, et qu'il n'a fait que la parer des brillantes 
couleurs de son imagination ? Dans ce cas, ces traditions 
seraient bien anciennes, car elles auraient été apportées de 
de la Terre-Sainte en Egypte avant que tout commerce reli- 
gieux eût cessé entre les deux pays; avant que les souvenii's 
de Jérusalem et la langue de leurs pères fussent complè- 
tement éteints parmi les Juifs d'Alexandrie. Mais nous ne 
sommes heureusement pas obligés de nous en tenir aux con- 
jectures; il y a des faits qui nous prouvent jusqu'à l'évi- 
dence que plusieurs des idées dont nous parlons étaient 
connues plus d'un siècle avant l'ère chrétienne. D'abord, 
Philon lui-même, comme nous l'avons dit précédemment, 
nous assure avoir puisé à une tradition orale, conservée par 
les anciens de son peuple ' ; il attribue à la secte des théra- 
peutes les livres mystiques d'une antiquité très reculée * et 
l'usage des interprétations allégoriques, appliqué sans excep- 
tion et sans limite à toutes les parties de l'Écriture sainte, 
« La loi tout entière, dit-il, est à leurs yeux comme un être 
« vivant dont le corps est représenté par la lettre, et l'âme 
« par un sens plus profond. C'est dans ce dernier que l'âme 
« raisonnable aperçoit à travers les mots, comme à travers un 
« miroir, les merveilles les plus cachées et les plus extraordi- 
« naires^.» Rappelons-nous que la même comparaison est em- 
ployée dans le Zohar, avec cette différence, qu'au-dessous du 



i. De Vilâ Mosis, I; éd. Mang., liv. II, pag. 81. 

2. De Yitâ contemplativâ. 

3. 'A-3taa yào f, vojjLoO^-ji'a oo)t:T toÎ; àvooaai tojto'.; lov/.itz'. to'jw* y.7.\ aôSax 

vojv, £v fij ^ç?xTo fj Xoyr/.rj ^-j/rt StasEpov-tos "cà oizsTa Oetopeîv, tlja;;£p o'.à y.aT- 
o'nTpou twv Ôvo;astojv, IÇai^ta y.iXXri vor,;jLâ-'aJV £;jLÇ£p(5;x£ya xaTiooijsa. De Vilâ 
conlonpkdiiâ, t. II, p. 475, eJ. Mang. 



Li KABBALE ET Ik DOCTRINE DE PIIILON. 247 

corps est le vôtement de la loi par lequel on désigne les faits 
matériels de la Bible : au-dessus de l'àme est une âme plus 
sainte, c'est-à-dire le Verbe divin, source de toute inspira- 
lion et de toute vérité. Mais nous avons d'autres témoignages 
bien plus anciens et plus sûrs que celui de Philon. ^'ous 
commencerons par le plus important de tous, la fameuse 
version des Septante. 

Déjà le Tlmlmud avait une vague connaissance* dos nom- 
breuses infidélités de cette antique traduction, pour laquelle 
cependant il exprime la vénération la plus profonde. La cri- 
tique moderne a démontré jusqu'à l'évidence qu'elle a été 
faite au profit d'un système éminemment hostile à l'anthro- 
pomorphisme biblique, et où l'on trouve en germe le mys- 
ticisme de Philon *. Ainsi, quand le texte sacré dit positive- 
ment' que Moïse, son frère et les soixante et dix vieilhirds 
virent le Dieu d'Israël sur un trône de saphir : selon la tra- 
duction, ce n'est pas Dieu qui a été aperçu, mais le lieu 
qu'il habite \ Quand un autre prophète, Isaïc, voit le Sei- 
gneur assis sur son trône et remplissant le temple avec les 
plis de sa robe \ cette image trop matérielle est remplacée 
par la gloire de Dieu, la Schechinah des Hébreux \ Ce n'est 
pas en réalité que Jt3hovah parle à Moïse face à face, mais 
seulement dans une vision; et il est probable que cette vision, 
dans la pensée du traducteur, était purement intellectuelle^ 
Jusqu'ici nous ne voyons encoreque la destruction de l'anthro- 
pomorphisme et le désir de dégager l'idée de Dieu des 

1. Tlialm. Babtjl., traité Meguillah, fol. 9, chap. i. 

2. Voir, pour les documenis nécessaires, Gfrœrcr, Christianisme primitif, 
t. Il, p. 4-18, et Daehne, Exposition liistoriqua de la pliilosopliic religieuse 
chez les Juifs d'Alexandrie, t. Il, p. 1-72. 

5. Exode, chap. xxiv, v. 9 et 10. 

4. Ka\ sToov xôv Tonov o3 eh-J/.n ô Osô? toj 'lapT^X. 

5. Isaïe, chap. vi, v. 1. 

G. Ka\ -/.ij j/;; 6 oTxoç ttj; SoÇ^? ayroi'. 

7. Xto'jxx 7.7.'% i-'j'j.a. Xa^z-TO) otCxiT) Iv sloci. I\'ombrcs, chap. xii, y. 8. 



248 LA KABBALE. 

images quelquefois sublimes qui l'éloignent de l'intelli- 
genec. Mais voici des choses plus dignes de notre intérêt : 
au lieu du Seigneur Sabaoth, du Dieu des armées que la 
Bible nous représente comme un autre Mars, excitant 
la fureur de la guerre et marchant lui-même au combat', 
nous trouvons dans la traduction grecque, non pas le Dieu 
suprême, mais les puissances dont Philon parle tant dans 
ses écrits, et le Seigneur, Dieu des puissances [-/.ûpio; 6 Biog 
Tcôv cJuvaascov). S'agit-il d'une comparaison où ligure la rosée 
née du sein de l'Aurore*, l'interprète anonyme y substitue 
cet être mystérieux que Dieu a engendré de son sein avant 
l'étoile du jour % c'est-à-dire le Logos, la lumière divine 
qui a précédé le monde et les étoiles. Lorsqu'il s'agit d'Adam 
et d'Eve, il se garderait bien de dire, avec le texte, que Dieu 
les créa mâle et femelle*; mais ce double caractère, ces 
deux moitiés de l'humanité sont réunies dans un seul et 
même être, qui est évidemment l'homme prototype ou 
VÂdam Kadmon ^ On trouvera aussi dans ce curieux monu- 
ment, qui n'intéresse pas moins le philosophe que le théo- 
logien, des traces non équivoques de la théorie des nom- 
bres et des idées. Par exemple, Dieu n'est pas, dans le sens 
ordinaire du mot, le créateur du ciel et de la terre; il les a 
seulement rendus visibles, d'invisibles qu'ils étaient ^ « Oui 
« a créé toutes ces choses? » demande le prophète hébreu''; 

1- HNJp T3?i manha U\S'^ Nïi -nnw "• l&aie, chap. xLii, V. 15. 

2- ^mSi ViD "S '\~Xjy2 DnlD- Psaumes, chap. cx,v. 3. 
3. 'Ez yaTTiô; -pô Éwaao'pou lycvv/jaa al. 

^- Di-IN X-ia napjT 137- Gen., J, v. 27. 

5. "Aprsv y.a\ OJiÀu £-o-V,'j:v ;.ûtÔv. 

6. O'JTo; ô OeÔ; 6 y.axaoîi'Çaç vr\') yrjv xî'A TZOïVjTa; aÙTTjV aùib; otojp'.iîv aùir/^. 
h., chap. xLv, V. 18. 11 faut ajouter à ce passage les deux mots suivants, àooa- 
To; -/.al oLY.T.-za.T/.v'jy.i-Q-, qu'on a remarques depuis longtemps dans le deusièmu 
verset de la Genèse. 

'i- "Sx N12 la- Is., chap. 40, v. 26, t;; /.x-Ar-vJ-i taD'Ta -âvia. 



LA KADDALE ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 24» 

« qui les a rendues visibles? » dit l'interprète alexandrin. 
Quand le même prophète nous représente le maître du monde 
commandant aux étoiles comme à une nombreuse armée*, 
son interprète lui fait dire que Dieu a produit l'univers d'a- 
près les nombres ^ Si dans ces divers passages il est facile 
de trouver une allusion aux doctrines de Platon et de Pytha- 
gore, n'oublions pas que la théorie des nombres est aussi 
enseignée, quoique sous une forme grossière, dans le Se- 
'pher ieizirah, et que celle des idées est absolument insé- 
parable de la métaphysique du Zohar. Nous ajouterons à 
cela qu'il y a dans le premier de ces deux monuments une 
application du principe pythagoricien littéralement repro- 
duite dans les écrits de Philon, que l'on chercherait en 
vain dans quelque autre philosophe ayant écrit en grec : 
c'est à cause et par l'influence du nombre sept que 
nous avons sept organes principaux , qui sont les cinq 
sens, l'organe de la voix et celui de la génération ; c'est 
par la même raison qu'il y a sept portes de l'àmc, à savoir, 
ies doux yeux, les deux oreilles, les deux narines et la bou- 
che ".Nous trouvons également dans la version des Septante 
une autre tradition kabbalistique dont plus tard le gnosti- 
cisme s'est emparé. Quand le texte dit que le Très-Haut 
marqua les limites des nations d'après le nombre des 
enfants d'Israël, nous lisons dans la traduction d'A- 
lexandrie que les peuples furent divisés d'après le nom- 
bre des anges du Seigneur *. Or cette interprétation si 
arbitraire et si bizarre en apparence devient très intel- 



^- DS32f "120)22 N^yiCn- ^^- sîipr. Voir In traduclion de Sacy. 

2. '0 lz-j:'piijv xaT ap'.OtAÔv tov z'iajj.ov aCroy. 

3. T^; r)ti£Tc'paç i^u/î]; oi/jx toû r,Y£[JLOv./.o'j [Xîpoç érrrr/rj <z-/jX,t-%'., -pb; r.vm 
aiaOr|a£'.i; /.a't -6 oo)vr,Tr|piov ooyavov xa\ ItÀ r.à's: To y^V'.ixov, /.. T. X. De Mund. 
opific, p. 27, éd. de Paris. 

^- Sxiï/"' ^:2 ''Er:')^^ DTy rhlZ, aï^ Dcul.c\\;\\^. XXXII, V. 8. -- k'<jTr,a£v 
opta êOvwv ■/.■x-hi àpiOjAÔv à.^^^i\'ù^i Osoj. 



250 L\ KABDALE. 

ligible par un passage du Zohar, où nous apprenons qu'il 
y a sur la terre soixante et dix nations; que chacune 
de ces nations est placée sous le pouvoir d'un ange qu'elle 
reconnaît pour son Dieu, et qui est, pour ainsi dire, la 
personnification de son propre génie. Les enfants d'Israël 
ont seuls le privilège de n'avoir au-dessus d'eux que le 
Dieu véritable qui les a choisis pour son peuple*. Nous ren- 
controns la mémo tradition chez un auteur sacré non moins 
ancien que la version des Septante ^ Sans doute, la philo- 
sophie grecque, si florissante dans la capitale des Ptoléinécs, 
a exercé une grande influence sur cette traduction célèbre, 
mais il s'y trouve aussi des idées évidemment puisées à une 
autre source, et qui ne peuvent pas même être nées sur le 
sol de l'Egypte. En effet, s'il en était autrement, si tous les 
éléments que nous venons de signaler comme l'inlerpréla- 
tion allégorique des monuments religieux, la personnifica- 
tion du Verbe et son identité avec le lieu absolu, étaient le 
résultat du mouvement général des esprits à cette époque et 
dans le pays dont nous venons de parler, comprendrait-on 
comment, depuis les derniers auteurs de la version des Sep- 
tante jusqu'à Philon, c'est-à-dire pendant un espace de 
deux siècles, il n'en paraît pas la moindre trace dans l'his- 
toire de la philosophie grecque ^? Mais voici un autre mo- 
nument à peu près contemporain, où nous trouvons le mèrne 
esprit sous une forme encore plus précise, et dont l'origine 



^ • '{■'im ]Ty y'jiv) Sy ^nai ]:î2S ^"""nw* iirN 'jibx oiSiian D'':'':nn 

D1:T xy-lX h'J IU'O-hxD mcS inSo lN''-'2ni>{ -p- Zohar, l" part., fol. 40, 
verso. 

2. 'EzciTTO} eOvEi 7.'x~i<r:r,'jZi r,voj,u.£vov, xa\ [■'■'/•? v.'j^'-O'j 'Iapa7)A laTi'v. Jes. 
Sirac, chap. xvi;, v. 17. 

5. Le traducteur de Jésus, flis de Sirah, qui vivait environ cent cinquante 
ans avant Jésus-Christ, dans la trente-huitième année du règne d'Evergète H, 
nous parle de la version des Septante comme d'une œuvre connue et termi- 
née dc[juis longtemps. 



LA KABBALE ET LA DOCTRLNE DE PIIILON. 251 

hébraïque ne saurait être contestée : c'est le livre de Jésus, 
fils de Sirah, vulgairement appelé V Ecclésiastique. 

Nous ne connaissons aujourd'hui cet auteur religieux que 
par une traduction grecque due à la plume de son petit-fils. 
Ce dernier nous apprend lui-même, dans une sorte de pré- 
face, qu'il était venu en Egypte (probablement après avoir 
quitté la Judée) dans la trente-huitième année du règne 
d'Evergète II. Par conséquent, si nous faisons vivre l'écrivain 
original cinquante ans auparavant, nous le rencontrerons 
à la distance de deux siècles avant l'ère chrétienne. Sans 
croire aveuglément au témoignage du traducteur, qui nous 
assure que son aïeul avait uniquement puisé à des sources 
hébraïques, nous ferons remarquer que Jésus, fils de Sirah, 
est souvent cilé avec éloge par le Thalmud, sous le nom de 
ben Sirah*. Le texte original existait encore au temps de 
saint Jérôme et jusqu'au commencement du iv" siècle ; les 
juifs aussi bien que les chrétiens le comptaient au nombre 
de leurs écrivains sacrés. Or vous rencontrerez chez cet an- 
cien auteur, non seulement la tradition dont nous avons 
parlé tout à l'heure, mais la doctrine du Logos ou de la 
sagesse divine, à peu de chose près, telle qu'elle est ensei- 
gnée parPhilon et les kabbalislcs. D'abord la sagesse est la 
même puissance que le Verbe ou le Mêmra des traducteurs 
chaldéens; elle est la parole ; elle est sortie de la bouche du 
Ti'ès-IIaut (êyoj ànb (jTo^ocToq v^î(jzo'j è^v^XOcv) ^ ; elle ne peut 
pas être prise pour une simple abstraction, pour un être 
purement logique, car elle se montre au sein de son peuple, 
dans l'assemblée du Très-Haut, et fait l'éloge de son âme 
(iv p.eo"0) laoû ocùrv^ç y.x-jyrt'je'ixi. ... alviiu "i^^iyr,)) xiiT'/içj''. Celle 

assemblée céleste se compose probablement des puissances 
qui lui sont subordonnées; car le Thalmud et le Zohar 

i. Voyez Zunz, De la Piédicalwn religieuse chez les Juifs, chap. vu. 
2. Cliap. XXIV, V. 3 ; trad. de Sacy, même chapitre, v. 7. 
ô. Chap. XXIV, V. 1. 



252 LA. KABBALE. 

emploient fréquemment, pour rendre la même idée, une 
expression tout à fait semblable ^ La sagesse, ainsi intro- 
duite sur la scène, se représente elle-même comme le pre- 
mier-né de Dieu ; car elle a existé dès le commencement, 
quand le temps n'était pas encore, et elle ne cessera pas 
d'être dans la suite de tous les âges*. Elle a toujours 
été avec Dieu ^ ; c'est par elle que le monde a été créé ; elle 
a seule formé les sphères célestes et est descendue dans les 
profondeurs de l'abîme. Son empire s'étend sur les flots de 
l'Océan, sur toutes les régions de la terre, sur tous les peu- 
ples et toutes les nations qui l'habitent*. Dieu lui ayant 
ordonné de se chercher ici-bas une demeure, son choix s'ar- 
rêta sur Sion ". Quand on songe que, dans l'opinion de notre 
ciuteur, chacune des autres nations est placée sous le pou- 
voir d'un ange ou d'une puissance subalterne, le choix de 
Sion pour demeure de la Sagesse ne doit pas être regardé 
comme une simple métaphore, mais il signifie, comme le 
dit expressément la tradition que nous avons citée, que l'es- 
prit de Dieu ou le Logos agit immédiatement et sans inter- 
médiaire sur les prophètes d'Israël ^ Comment concevoir 
aussi que la sagesse, si elle n'a rien de substantiel, si elle 
n'est pas en quelque sorte l'organe et le ministre de Dieu, 
ait établi son trône dans une colonne de nuée, probable- 
ment la même colonne qui marchait devant le peuple 
hébreu dans le désert'? En somme, l'esprit de ce livre, 
comme celui de la version des Septante et de la paraphrase 
clialdaïque d'Onkelos, consiste à placer entre le souverain 



2. Chap. XXIV, V. 9; Sacy, v. '!■. Doi toj aiwvo; à-' àpyîî; ïy.T'.zi ;/£. 

3. Chap. I, V. 1. 

4. Chap. XXIV, V. 5 et seq. 

5. Chap, XXIV, V. 7 et seq.; Sacy, \. II. 

G. Chap. XVII, V. 15. ]Mspt; xjf^i'o-j 'laoa/^À Icjtiv. 
7. '0 6sovo; ao3 iv OTÔÀtij vîvÉÀr,;. 



L.\ KABBALE ET LA DOCTRINE DE PIIILON. 255 

Être (6 v'\iL<jrQ;) et ce monde périssable, une puissance mé- 
diatrice qui est en même temps éternelle et la première 
œuvre de Dieu, qui agit et qui parle à sa place, qui est elle- 
même sa parole et sa vertu créatrice. Dès lors, l'abîme est 
comblé entre le Uni et l'infini : plus de divorce entre le ciel 
et la terre ; Dieu se manifeste par sa parole, et celle-ci par 
l'univers. Mais, sans avoir besoin d'être reconnue d'abord 
dans les choses visibles, la parole divine arrive quelquefois 
directement aux hommes sous la forme d'une inspiration 
sainte, ou par le don de la prophétie et de la révélation. 
C'est ainsi qu'un peuple a été élevé au-dessus de tous les 
autres peuples, et un homme, le législateur des Hébreux, 
au-dessus de tous les autres hommes. J'ajouterai que, dans 
ce résultat si important pour nous, la théologie est parfai- 
tement d'accord avec la critique; car si vous consultez, sur 
l'ouvrage qui fixe actuellement notre attention, les traduc- 
tions les plus orthodoxes, par exemple celle de Lemaistrc 
de Sacy, vous y verrez signalées de nombreuses allusions à 
la doctrine du Verbe*. Nous pourrions peut-être en dire au- 
tant du livre de la Sagesse, dans lequel on a depuis long- 
temps remarqué un passage ainsi traduit par Sacy : « La 
« Sagesse est plus active que les choses les plus agis- 
« santés — Elle est une vapeur, c'est-à-dire une émanation 
« de la vertu de Dieu et l'ellusion toute pure de la clarté du 

(<■ Tout-Puissant Elle est l'éclat de la lumière éternelle, 

« le miroir sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa 
« bonté. N'étant qu'une, elle peut tout; et, toujours im- 
« muable en elle-même, elle renouvelle toutes choses, elle 
« se répand parmi les nations dans les âmes saintes, et elle 
<c forme les amis de Dieu et les prophètes *. » Mais le carac- 
tère général de cet ouvrage nous paraît plutôt se rapprocher 

1. Voir surtout le 1" et le 24° clin|jilro. 

2. Chap. VII, V. 24-27. 



254 L\ KABBALE. 

de la philosophie platonicienne que du mysticisme de Phi- 
Ion. Et comme on n'en connaît encore ni l'âge ni la véri- 
table origine \ nous avons cru devoir attendre qu'une cri- 
tique plus savante que la nôtre ait résolu ces questions ^ Au 
reste, les faits que nous venons de recueillir suffisent à nous 
démontrer que la kabbale n'est pas plus le fruit de la civi- 
lisation grecque d'Alexandrie que du platonisme pur. En 
effet, parlez-vous seulement du principe qui sert de base à 
tout le système kabbalistique, à savoir : la personnification 
de la Parole et de la Sagesse divine, considérée comme la 
cause immanente des êlres? vous le trouverez à une époque 
où le génie particulier d'Alexandrie était encore à naître. Et 
011 le trouvez-vous? dans une traduction pour ainsi dire 
traditionnelle de l'Ecriture et dans un autre monument 
d'origine purement hébraïque. S'agit-il des détails et des 
idées secondaires, par exemple des différentes applications 
de la méthode allégorique ou des conséquences qu'on a pu 
tirer du principe métaphysique dont nous venons de parler? 
vous apercevrez sans effort une assez grande différence entre 
les écrits de Philon et ceux des kabbalistes hébreux 

i. Voir dom Calmet, Dissertation S2ir V auteur du livre de la Sagesse, dans 
son Commentaire littéral de VAnc. Testam., et Daehme, ouvrage cité, liv. II. 

2. Nous croyons cependant que les sources hébraïques étaient familières à 
l'auteur, car on trouve chez lui des légendes apocryphes qui n'existent pas 
ailleurs que dans les Midraschim de la Palestine. Telle est celle de la manne 
prenant toutes les qualités des mets dont on avait le désir; telle est aussi la 
croyance que Joseph était devenu roi de l'Egypte, et que pendant les trois jours 
de ténèbres les Égyptiens ne pouvaient conserver aucune lumière artificielle. 
Sap., chapitre xvi, v. 20-23. Voir dom Calmet, Préface sur le livre de la 
Sacjesse. 



CHAPITRE IV 



r.APPORTS DE LA KABBALE AVEC LE CIIRISTIAKISÎIE 



Puisque la kabbale ne doit rien ni à la philosophie, ni 
à la Grèce, ni à la capitale des Ptolémées, il faut bien qu'elle 
ait son berceau en Asie; que le judaïsme l'ait tirée de son , J/iv'^.^v^-• 
sein, par sa seule puissance; ou qu'elle soit sortie de quelque 
autre religion née en Orient et assez voisine du judaïsme, 
pour exercer sur lui une influence incontestable. Cette reli- 
gion ne serait-elle pas le christianisme? Malgré l'extrême 
intérêt qu'elle éveille tout d'abord, cette question, déjà 
résolue par tout ce qui précède, ne peut pas nous arrêter 
longtemps. Il est évident pour nous que tous les grands 
principes métaphysiques et religieux servant de base à la 
kabbale sont antérieurs aux dogmes chrétiens, avec les- 
quels du reste il n'entre ])as dans notre plan de les com- 
parer. Mais, quelque sens qu'on attache à ces principes, leur 
forme seule nous donne l'explication d'un fait qui nous 
paraît offrir un grand intérêt social et religieux : un bon 
nombre de kabbalistes se sont convertis au christianisme; 
nous citerons entre autres Paul Ricci, Conrad Otlon', 

1. Auteur d'un ouvrage intitulé Gali Razia, c'cst-ii-dire les Secrets dévoilés, 
Nureinlicrg, 1G05, in-4. Le but de cet ouvrage, entièrement composé de cita- 
tions liébraïques traduites en latin et en allemand, est de prouver le dogme 
chrétien par différents passages du Thalinud et du Zohar. 



256 LA KABDALE. 

Piitlangel, le dernier éditeur du Sepher ielziraJi. A une 
époque plus rapprochée de nous, vers la fin du dernier siècle, 
on a vu un autre kabbaliste, le Polonais Jacob Frank, après 
avoir fondé la secte des Zohariles, passer dans le sein du 
catholicisme avec plusieurs milliers de ses adhérents'. Jl 
y a longtemps que les rabbins ont aperçu ce danger; aussi 
quelques-uns d'entre eux se sont-ils montrés très hostiles à 
l'étude de la kabbale % tandis que d'autres la défendent 
encore aujourd'hui comme l'arche sainte, comme l'entrée 
du Saint des Saints, pour en éloigner les profanes. Léon de 
Modènc, qui a écrit un livre contre l'authenticité du Zohar'\ 
est loin de complcr sur le salut de ceux qui ont livré à la 
presse les principaux ouvrages kabbalistiques^. D'un autre 
côté, les chrétiens qui se sont occupés du même sujet, par 
exemple Knorr de Resenroth, Pieuchlin et Rittangel après 
sa conversion, y ont vu le moyen le plus efficace de faire 
tomber la barrière qui sépare la synagogue de l'Eglise. C'est 
dans l'espoir d'amener un jour ce résultat tant désiré qu'ils 
ont rassemblé dans leurs ouvrages tous les passages du 
Zohar et du Nouveau Testament qui présentent entre eux 
quelque affinité. Au lieu de les suivre dans cette voie et de 
nous rendre leur écho, nous qui sommes étranger à toute 
polémique religieuse, nous aimons mieux rechercher ce qu'il 
y a de commun entre la kabbale et les plus anciens organes 
du gnosticisme. Ce sera pour nous un moyen de nous assurer 
si les principes dont nous voulons connaître à la fois Pin- 
fluence et l'origine n'ont pas été répandus en deliors de la 
Judée; si leur influence ne s'est pas exercée encore sur 
d'autres peuples absolument étrangers à la civilisation 
grecque, et, par conséquent, si nous ne sommes pas dès lors 

1. Peter Béer, HisL des secles relujieuses chez les Juifs, t. II, p. 309 et seq. 

2. Voir .4)7' noheni de Léon de Modène, p. 7, 79 et 80. 

3. Ali noliein [\e lion rugissant), publié par Julius Fiirst. Leipzig, 1840. 

4. Ib. supy.,Y- 7. ai-iSCn DniK DD^STH TwnS " SinD'' DN TTiTi nSv 



LA. KADBALE ET LE CIIRÎSTIANbME. 257 

autorisé à regarder la kabbale comme un reste précieux 
d'une pbilosopbie religieuse de l'Orient, qui, transportée à 
Alexandrie, s'est mêlée à la doctrine de Platon, et, sous le 
nom usurpé de Denys l'Aréopagite, a su pénétrer jusque 
dans le mysticisme du moyen âge. 

D'abord, sans sortir de la Palestine, nous rencontrons, 
au temps des apôtres, à Samarie, et probablement dans un 
âge déjà avancé, le personnage assez singulier de Simon le 
Magicien. Quel était cet homme qui jouissait au milieu de 
ses concitoyens* d'un pouvoir incontesté et d'une admiration 
sans bornes^? Il pouvait avoir des idées assez basses sur les 
motifs qui nous portent à partager avec les autres les dons 
les plus sublimes, mais assurément ce n'était pas un impos- 
teur, puisqu'il plaçait les apôtres au-dessus de lui et qu'il 
voulait obtenir d'eux à prix d'argent le privilège de commu- 
niquer l'esprit saint \ J'irai plus loin, je pense que son 
autorité eût été vaine si elle n'avait pas eu pour appui une 
idée bien connue et depuis longtemps accréditée dans les 
esprits. Celte idée, nous la trouvons exprimée très nette- 
ment dans le rôle surnaturel qu'on attribuait à Simon. Le 
peuple tout entier, disent les Actea, depuis le plus grand 
jusqu'au plus petit, le regardait comme une personnifica- 
tion de la grande puissance .le Dieu : Hic csl virtm Dei qnx 
vocalur magnat Ov saint Jérôme nous apprend que par là 
notre prophète samaritain n'entendait pas autre chose que 
le verbe de Dieu (sermo Dciy. En cette qualité, il devait 
nécessairement réunir en lui tous les autres attributs divins; 

1. L'opinion la plus généralement admise, c'est que Simon était de Giltlioï, 
bourg samaritain. L'historien Josèplic est le seul qui parle d'un Juif, originaire 
^e Ciiypre, qui se faisait passer pour magicien. {Anliqiiit., liv. XX, chap. vu.) 

2. Ad. apost., Vilt, v. 10. 
5. Ib., V. 18 et 19. 

4. Ib., V. 10. 

5. Hier., Commcnlar. in Malthœi, chap, xxiv, v. 5, t. VII de ses œuvres, 
éd. de Venise. 

17 



2oS LA ILVBBALE. 

car, d'après la métaphysique religieuse des Hébreux, le 
Verbe ou la Sagesse renferme implicitement les Sepliirotli 
inférieures. Aussi saint Jérôme nous donne-t-il pour au- 
thentiques ces paroles que Simon s'applique à lui-même : 
« Je suis la parole divine, je possède la vraie beauté, je suis 
« le consolateur, je suis le tout-puissant, je suis tout ce qui 
ce est en Dieu*. )> Il n'est pas une seule de ces expressions 
qui ne réponde îi l'une des Sephiroth de la kabbale, dont 
nous retrouvons encore l'influence dans ce fait rapporté par 
un autre père de l'Eglise^ : Simon le Magicien, qui se con- 
sidérait lui-même comme une manifestation visible du 
Yerbe, voulut également personnifier dans une femme 
d'assez mauvaise réputation la pensée divine, le principe 
féminin corrélatif au Verbe, c'est-à-dire l'épouse de celui-ci. 
Or cette bizarre conception, qui n'a aucun fondement ni 
dans la philosophie platonicienne, ni dans l'école d'Alexan- 
drie, quand même elle aurait existé alors, s'accorde à mer- 
veille, tout en le défigurant, avec le système kabbalistique 
où la Sagesse, c'est-à-dire le Verbe, représenté comme un 
principe mâle, a, comme tous les autres principes du môme 
ordre, sa moitié, son épouse; telle est celle des Sephiroth 
qui porte le nom d'intelligence (nju)% et que plusieurs gnos- 
tiques ont prise pour le Saint-Esprit, en continuant à la 
représenter sous l'image d'une femme. De ce nombre est le 
Juif Elxaï, qui a plus d'un trait de ressemblance avec le 
prophète de Samarie. Son nom même (c'est lui sans doute 
qui l'a choisi) est l'expression du rôle qu'il s'est donnée 
Non seulement, comme nous venons de le dire, cet héré- 

1. « Ego sum sermo Dei, ego sum spcciosus, ego paracletus, ego omnipo- 
lens, ego omnia Dei. » Ib. supr. 

2, Clément., Rccocjnitiones, liv. II. — Iren., liv. I, chap. xx. 
5. Voir la deuxième partie de cet ouvrage, p. 188 et suiv. 

^- ^DO hHf peut-être aussi 152 ^51;^, la force mystérieuse. Epiphanc, 
19* liércsie. 



LA KABBALE ET LE CIIRISTLANISME. 259 

siarque conçoit le Saint-Esprit comme un principe féminin, 
mais le Clirist n'est à ses yeux qn'nne force divine, prenant 
quelquefois une forme matérielle, dont il décrit avec de 
minutieux détails les proportions colossales'. Or nous nous 
rappelons avoir trouvé dans le Zohar une description 
semblable de la Tôle blanche ; et un autre ouvrage très 
célèbre parmi les kabbalistes, l'Alphabet pseudonyme de 
rabbi Akiba% parle de Dieu à peu près dans les mêmes 
termes. A côté de cette manière de concevoir le Verbe, 
l'Esprit saint et en général les couples divins dont se com- 
pose le Plérôme, nous trouvons aussi dans les souvenirs qui 
nous restent du Syrien Bardesancs le principe de la cosmo- 
gonie kabbalistique. Le père inconnu qui habite au sein 
de la lumière a un fils; c'est le Christ ou l'homme céleste; 
à son tour le Christ s'unissant à sa compagne, à son épouse 
qui est le Saint-Esprit (zo TTveù^ta), produit successivement 
les quatre éléments, l'air et l'eau, le feu et la terre; en 
sorte que ces éléments et le monde extérieur en général sont 
ici, comme dans le Sepher ietzirah, une simple émanation 
ou la voix de l'Esprit". 

Mais pourquoi persisterions-nous à glaner péniblement 
quelques souvenirs épars dans les Actes des Apôtres ou dans 
les Hymnes de saint Ephrem, quand nous pouvons puiser à 
pleines mains dans un monument du plus grand prix, nous 

1. //'. siipr. 

2. nS^pîT 11 nTnlN- ^^^'^' l'* traduction d'un passage de ce livre : « Le 
<( corps de la présence divine (nj^3w Su? IDIj) '^ """^ étendue de deux cent 
« trcnle-six fois dix mille parasah, à savoir : cent dix-luiil fois dix mille 
<( dejiuis les reins jusqu'en bas, et autant depuis les reins jusqu'en haut. Mais 
<( ces parasak ne ressemblent pas aux noires. Chaque parasah divine a mille 
« fois mille coudées ; chaque coudée divine a quatre zarelh et une palme ; 
<( chaque zarcth représente la longueur comprise entre les deux extrémités 
<( opposées de l'univers. )> Lettre n, P- ^5j verso, éd. de Cracovie de 1579. 

3. Saint Ephrem, bjnme LV, p. 557. 



260 LA KABBALE. 

voulons parler du Code nazaréen\ celle bible du gnosll- 
cisme purement orienlal. On sait que saint Jérôme et saint 
Epiphane font remonter la secte des nazaréens jusqu'à la 
naissance du christianisme'. Eli bien, telle est la ressem- 
blance d'un grand nombre de ses dogmes avec les éléments 
les plus essentiels du système kabbalistique, qu'en les lisant 
dans l'ouvrage qui vient d'être cité, on croit avoir trouvé 
quelques variantes ou quelques fragments égarés du Zohar. 
Ainsi Dieu y est toujours appelé le roi et le maître de la 
lumière; il est lui-même la splendeur la plus pure, la lu- 
mière éternelle et infinie. Il est aussi la beauté, la vie, la 
justice et la miséricorde''. De lui émanent toutes les formes 
que nous apercevons dans ce monde; il en est le créateur 
et l'arlisan ; mais sa propre sagesse et sa propre essence, 
personne ne les connaît '^. Toutes les créatures se demandent 
entre elles quel est son nom, et se voient forcées de répondre 
qu'il n'en a pas. Le roi de la lumière, la lumière infinie 
n'ayant pas de nom qu'on puisse invoquer, pas de nature 
qu'on puisse connaître, on ne peut arriver jusqu'à elle 
qu'avec un cœur pur, une âme droite et une foi pleine d'à- 
', mour". La gradation par laquelle la doctrine nazaréenne 

1. Codex Nazareus, 3 vol. iii-4, 1815, publié et traduit par Mathieu Nor- 
berg. 

2. Celte opinion, adoptée par la plupart des théologiens, doit l'emporter sur 
celle de Mosheim qui, pour mieux répondre aux objections de Toland contre 
l'unité de la foi chrétienne, fait naître la secte des nazaréens au quatrième 
siècle. \oir Mosheim, Jndiciœ anliquœ chrislianorum disciplinx , sect, 1, 
chap. V. 

3. « Rex summus lucis, splendor pia-us, lux magna. >'on est raensura, numé- 
ros et terminus ejus splendori, luci et majestati. Tolus est splendor, toîus lux, 
tolus pulchritudo, tolus vila, totus juslilia, tolus miscricordia )),etc. Cod. J\az., 
t.I,p. 5. 

4. (( Creator omnium formarum, pulchrarumque artifex, retinens vcrô sux' 
sapientiîc, suîque oblegens, nec sui manifestus. » Ib., p. 7. 

5. (( Crealurœ omnes tui nominis nesciœ. Dicunt reges lucis, se invicem 
intcrrogantes : nomcnne sil magnae luci? iidcmque respondentes : nominc 



LA KABBALE ET LE CHRISTLV^JISME. 261 

descend du souverain être aux dernières limites de la créa- 
tion est exactement la môme que dans un passage du Zohar 
déjà fréquemment cité dans ce travail : « liCs génies, les rois 
« et les créatures célèbrent à l'envi, par des prières et par 
« des hymnes, le roi suprême de la lumière dont partent 
« cinq rayons d'un éclat merveilleux : le premier, c'est la 
« lumière qui éclaire tous les êtres; le second, c'est le 
« souffle suave qui les anime; le troisième, c'est la voix 
« pleine de douceur avec laquelle ils exhalent leur allégresse ; 
a le quatrième, c'est la parole qui les instruit et les élève 
« à rendre témoignage de leur foi ; le cinquième, c'est le 
« type de toutes les formes sous lesquelles ils se dévelop- 
« peut, semblables à des fruits qui mûrissent sous l'action 
« du soleil \ » Il est impossible de ne pas reconnaître dans 
ces lignes, que nous nous sommes borné à traduire, les 
ilifférents degrés de l'existence représentés chez les kabba- 
listes par la pensée, le souffle ou l'esprit, la voix et la parole. 
Voici, pour exprimer la même idée, d'autres images qui ne 
nous sont pas moins familières : avant toute créature était 
la vie cachée en elle-même, la vie éternelle et incomprélien- 
sible, sans lumière et sans forme (fcrho). De son sein naquit 
l'atmosphère lumineuse (ajar zivo, Nin inx) qu'on appelle 
aussi la parole, le vêtement (lyjiaSN*. l^S^r) ou le fleuve sym- 
bolique qui représente la Sagesse. De ce fleuve sortent les 
eaux vives ou les grandes eaux par lesquelles les nazaréens 

caret. Quia autem nomine caret, nec fuerit qui illius nomen invocet, nosccndœrjtic 
illius natunc insistât, beati pacifici qui te agnoverunt corde puro, nienlionem 
tuî fecerunt monte justà, fidem tibi integro atTectu habuerunt. » Cod. Naz., t. I, 
p. 11. 

1. « Oinnes genii, reges et crealurœ, precationi et hynino insistentes, célé- 
brant regem summum lucis, a quo oxcunt quinque rndii magnifici et insignes : 
primus, lux quic illis orta : secundus, flalus suavis qui eis adspirat : terlius 
dulcedo vocis quà excellant : quartus verbuin oris quod eos erigil et ad confes- 
sionem pietalis insliluit : quinliis specics fornitc cujusque, quà adolescunt, 
sicutsole fruclus. » Ib. siipr., p. 'J. 



262 LA KABBALE. 

comme les kabbalistes représentent la troisièms manifesta- 
tion tle Dieu, l'intelligence ou l'esprit, qui à son tour pro- 
duit une seconde vie, image très éloignée de la première*. 
Cette seconde vie, appelée Juschamin (^id ou "j-ia ï/*', le lieu 
des formes, des idées), au sein de laquelle a été conçue d'a- 
bord ridée de la création dont elle est le type le plus élevé 
et le plus pur; la seconde vie en a engendré une troisième, 
qu'on appelle ]e père excellent (abatur, ini 2x), le vieillard 
inconnu et Vancien du monde [senem siii obtegentem et 
(jrandxmtm mnndi)-. Le Père excellent ayant regardé l'abîme, 
les ténèbres ou les eaux noires, y laissa son image qui, 
sous le nom de Fétahil, est devenue le Démiourgos ou l'ar- 
cbitecte de l'univers". Alors commence aussi une intermi- 
nable série d'Eons, une hiérarchie infernale et céleste qui 
n'a plus aucun intérêt pour nous. Il nous suffit de savoir 
que ces trois vies, ces trois degrés qu'on distingue dans le 
Plérôme, tiennent ici la même place que les trois visages 
kabbalisliques, dont le nom même (farsufo, Nrims) se 
retrouve dans la bouche de ces sectaires^; et nous pouvons 
nous arrêter avec d'autant plus de confiance à cette inter- 
prétation, que nous rencontrons également parmi eux les 
dix Sephiroth, partagées, comme dans le Zohar, en trois 
attributs suprêmes et sept inférieurs% Quant au singulier 



1. (( Anlequam creaturœ omnes existùre, Ferho dominus exislit per qucra 
Jordanus exislit. Jordanus dominus vicissime exslitit aqua viva, quaî aqua 
inaxima et l^la. Ex aquà vero vivà, nos vita exslitinius. » Ib., t. I, p. 145. 

2. Ib., t. II, p. 211. 

3. « Surrexit Abatur et, porta aperlà, in aquam nigram prospexit. Fictus 
autem extemplo filius, suî imago, in aquà istà nigrà, et Fctahil conforinatus 
fuit. î Ib., t. I, p. 508. 

4. Ib., t. III, p. I2G, Onomasticon. 

5. « Ad portani domùs vitœ tlironus domino splendoris apte positus. Et ibi- 
dem tria habitacula. Parique modo septem \i[x procrealœ fuerunt, quœ a Ju- 
kabar Zivic (v7 122; 1^ grande splendeur) eaîque clarœ suà specie et splendore 
supernè veniente lucentes. » Ib., t. III, p. CI. 



LA KABBALE ET LE CHRISTIANISME. 265 

accident qui a fait naître le Dcmiourgos et à la génération 
(le plus en plus imparfaite des génies subalternes, ils sont 
l'expression mythologique de ce principe, d'ailleurs très 
nettement formulé dans le Code nazaréen, que les té- 
nèbres et le mal ne sont que l'alTaiblissement graduel de 
ia lumière divine {caligo iihi exsliterat etiam cxslithse de- 
crementiim et detrimentum) \ De là le nom de corps ou 
de matière (gèv, VJ, et gof, ï^pa) donné au prince des ténè- 
bres*; et ce nom ne diffère pas de celui que porte le même 
principe dans le système kabbalislique (ms^Sp, les écorces, 
la matière). Les nazaréens reconnaissent aussi deux Adam, 
l'un céleste et invisible, l'autre terrestre, qui est le père 
de l'humanité. Ce dernier, par son corps, est l'œuvre des 
génies subalternes, des esprits stellaires; mais son âme 
est une émanation de la vie divine \ Cette âme qui devait 
retourner vers son père, dans les régions célestes, a été 
retenue dans ce monde, séduite par les puissances malfai- 
santes. Alors, le message dont les kabbalisles ont chargé 
l'ange Uaziel, nos hérétiques le font remplir par Gabriel, qui 
joue d'ailleurs un très grand rôle dans leur croyance; c'est 
lui qui, pour les relever de leur chute et leur ouvrir les 
voies du retour au sein de leur père, apporta à nos premiers 
parents la loi véritable, la parole de vie, propagée mysté- 
rieusement par la tradition, jusqu'à ce que saint Jean- 
llaptisle, le vrai prophète selon les nazaréens, la promulguât 
hautement sur les bords du Jourdain*. Nous pourrions citer 
encore d'autres traditions que l'on croirait empruntées aux 
Rlidraschim et au Zohar^"; mais il nous suffit d'avoir signalé 

i. Ib., 1. 1, p. 145. 

2. Ib., III, Onomasticoii. 

0. Ib., t. I, p. 190-200. Ib., p. 121 cl 125. 

4. T. II, p. 25-56-117. 

5. Nous citerons entre autres la manière dont les nazaréens expliquent la 
formation du fœtus et la part qu'ils y font ù clr.icua dos deux parents, t. II, 
p. 41, du Codex IS'azafcuii. 



2Gi LA KABBALE 

ce qui a le plus de droits à l'alteiitioii du philosophe. 
Si après cela nous allions découvrir les mêmes principes 
dans le gnoslicisme égyptien, dans les doctrines de Basilide 
et de Valentin, on n'aurait plus le droit d'en faire honneur 
à la philosophie grecque, ni même au nouveau platonisme 
d'Alexandrie. Et, en effet, dans ce qui nous reste des deux 
célèbres hérésiarques que nous venons de nommer, nous 
pourrions montrer sans peine les éléments les plus caracté- 
ristiques de la kabbale, comme l'unité de substance', la 
formation des choses, d'abord par la concentration, ensuite 
par l'expansion graduelle de la lumière divine% la théorie 
des couples et des quatre mondes", les deux xVdam, les trois 
àmes\ et jusqu'au langage symbolique des nombres et des 
lettres de l'alphabet ^ Mais nous n'avons rien à gagner à 
démontrer celte similitude, car le but que nous nous sommes 
proposé dans celte dernière partie de notre travail, nous 
croyons l'avoir atteint. Après avoir établi antérieurement 
que les idées métaphysiques qui font la base de la kabbale 
ne sont pas un emprunt fait cà la philosophie grecque; que, 
loin d'être nées soit dans l'école païenne, soit dans l'école 
juive d'Alexandrie, elles y ont été importées de la Palestine, 
nous avons prouvé en dernier lieu que la Palestine, ou au 
moins la Judée proprement dite, n'en est pas encore le ber- 

\. « Conlinere omuia palrera omnium et extra pleroma cssc nihil, et id ([iioJ 
oxlià et id quod intrà secundùm agnitionem et ignorantiam. » lien., II, 4. 

2. Au sommet des choses est le Bythos ou l'inefiable, du sein duquel sortent 
par couples tous les Éons qui constituent le Plérôme. Mais toutes ces émana- 
tions se perdraient dans l'infini, sans une limite, un vase (ocq:) qui leur donne 
de la solidité et de la consistance. Iren., ib. siij)r. — .\candre, Ilisl. gcnel. du 
Gnoslicisme, article Valentin. 

5. La matière est le monde le plus infime. Immédiatement au-dessus d'elb 
sont le Démiourgos et les âmes humaines (Olam ielzirah). Aun degré plus haut, 
on rencontre les choses spirituelles, -v:j;j.xt'./.o: (Olam hcriah), et enlin le Plé- 
rôme (Aziloulh). Ib. siipr. 

i. Voir NéanJre, ouvrage cilé, p. 219. 

5. ^'éandre, p. 17G, Doclrinc de Mcrciic. 



LA KABBALE ET LE CIlRISTL\NISilE. 2C5 

ccau; car, malgré le mystère impénétrable dont elles étaient 
entourées chez les docteurs de la synagogue, nous les trou- 
vons, sous une forme, il est vrai, moins abstraite et moins 
pure, dans la capitale infidèle des Samaritains et chez les 
hérétiques de la Syrie. Peu importe qu'ici, enseignées au 
peuple comme fondement delà religion, elles aient le carac- 
tère des personnifications mythologiques', tandis que là, 
devenues le partage des intelligences d'élite, elles constituent 
plutôt un vaste et profond système de métaphysique; le fond 
de ces idées demeure toujours le môme, rien n'est changé 
dans les rapports qui existent entre elles, ni dans les formules 
dont elles sont revêtues, ni dans les traditions plus ou moins 
bizarres qui les accompagnent. Il nous reste donc encore à 
rechercher de quelle partie, de quelle religion de l'Orient 
elles ont pu sortir pour pénétrer immédiatement dans le 
judaïsme, et de là dans les différents systèmes que nous 
avons mentionnés. C'est le dernier pas qu'il nous reste à 
faire pour avoir terminé entièrement notre lâche. 

1. Déjà l'iotin avait remarqué, avec sa profondeur habiluelle, que le gnosli- 
cisme ca général assimilait les choses intelligibles à la nature sensible et maté- 
rielle : Naluram inlclli(jihilem in simililudinein dcduciml sensihiUs deferio- 
iisqtic nalurœ. 1"' Ennéade, liv. IX, cliap. vi. 



CnAPlTRE Y 



RAPPORTS DE LA KABBALE AVEC LA BELIGION DES CUALDEEKS 
ET DES PERSES 



S'il existe quelque part, dans les limites où nous devons 
maintenant circonscrire nos recherches, un peuple distin- 
gué par sa civilisation aussi bien que par sa puissance poli- 
tique, qui ait exercé sur les Hébreux une influence immé- 
diate et prolongée, c'est évidemment dans son sein que l'on 
pourra découvrir la solution du problème que nous venons 
de soulever. Eh bien, ces conditions, nous les trouvons 
remplies, même au delà des exigences de la critique, chez 
les Chaldéens et les Perses, réunis en une seule nation par 
les armes de Cyrus et la religion de Zoroastre. Pourrait-on, 
en effet, imaginer dans la vie d'un peuple un événement 
plus propre à altérer sa constitution morale, à modifier ses 
idées et ses mœurs, que ce mémorable exil appelé la capti- 
vité de Babylone? Serait-ce donc impunément pour les uns 
et pour les autres que les Israélites, prêtres et laïques, doc- 
teurs et gens du peuple, auraient passé soixante et dix ans 
dans le pays de leurs vainqueurs? Nous avons déjà cité un 
passage du Thabnuil où les pères de la synagogue recon- 
naissent formellement que leurs ancêtres ont rapporté de la 
terre de l'exil les noms des anges, les noms des mois et 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 2G7 

mùma les lettres de l'alphabet. Or il n'est guère permis de 
supposer que les noms des mois n'aient pas été accompa- 
gnés de certaines connaissances astronomiques*, probable- 
ment celles que nous avons rencontrées dans le Scpher 
ietzirah, et que les noms des anges aient pu être séparés 
de toute la hiérarchie céleste ou infernale adoptée chez les 
mages. Aussi n'est-ce pas d'hier qu'on a fait la remarque 
que Satan se montre pour la première fois, chez les écri- 
vains sacrés, dans l'histoire du Chaldéen Job. Cette riche 
et savante mythologie, adoptée par le Thalmud, répandue 
dans les Midraschim, forme aussi \a partie poétique et, si 
je puis me servir de cette expression, l'enveloppe extérieure 
du Zohar. Mais ce n'est })as sur ce fait depuis longtemps 
reconnu que nous voulons insister. Laissant les Chaldéens, 
dont nous n'avons aucun monument de quelque étendue et 
d'une entière certitude, qui d'ailleurs ont été vaincus mora- 
lement et matériellement par les Perses avant le retour des 
Hébreux dans la Terre-Sainte, nous allons montrer, je ne 
dis pas les principes les plus généraux, mais à peu près 
tous les éléments de la kabbale, dans le Z end Av esta et les 
commentaires religieux qui en dépendent. Nous ferons 
remarquer en passant qu'à une époque où l'on est aussi 
curieux de toutes les origines, ce vaste et admirable monu- 
ment, déjà connu parmi nous depuis plus d'un siècle, n'a 
pas encore rendu à la philosophie histori(|ue, la véritable 
science de l'esprit humain, tous les services qu'elle est en 
droit d'en attendre. Nous n'avons pas la prétention de com- 
bler ce vide; mais nous espérons rendre visible la Irans- 



1. Je devrais aussi dire astrologiques, car, à partir de cette époque, l'in- 
lluence des astres joue un très grand rôle dans les idées religieuses du peuple 
juif. Le Tludmud reconnaît des jours heureux et des jours néfastes; et, inênie 
encore aujourd'hui, les Israélites, quand ils veulent se témoigner inuluellenient 
de l'intérêt, dans quelque grande circonstance de la vie, se souhaitent une 
heureuse influence de la part des étoiles (3,112 S'D)- 



568 LA KABBALE. 

mission des idées entre la Perse et la Judée, comme nous 
l'avons déjà fait en partie pour les rapports de la Judée avec 
Alexandrie. 

D'abord, tous les chronologistes, soit juifs ou chrétiens*, 
s'accordent à dire que la première délivrance des Israélites, 
retenus captifs enChaldée depuis Nabuchodonosor% a eu lieu 
durant les premières années du règne de Cyrus sur Baby- 
lone, de 550 à 55(3 ans avant l'ère chrétienne. C'est dans 
celle période si limitée que se renferme toutes les diver- 
gences d'opinion qui existent entre eux. Or, si nous croyons 
aux calculs d'AnquetiI-Duperron% Zoroastre avait déjà com- 
mencé sa mission religieuse en 549, c'est-à-dire au moins 
quatorze ans avant le premier retour des captifs hébreux 
dans leur patrie. Il était alors âgé de quarante ans; l'époque 
la plus brillante de sa vie venait de s'ouvrir, et elle se pro- 
longe jusqu'en 559. C'est pendant ces dix années que 
Zoroastre convertit à sa loi toute la cour et tout le royaume 
du roi Gustasp, que l'on croit être Hystaspe, père de Darius. 
C'est durant ces dix années que la réputation du nouveau 
prophète va effrayer jusqu'aux brahmines de l'Inde, et que 
l'un d'entre eux, arrivé chez le roi Gustasp, pour confondre 
ce qu'il appelle un imposteur, est obligé de céder, comme 
tout ce qui l'entoure, à l'irrésistible puissance de son adver- 
saire. Enfin, de 550 à 524, Zoroastre enseigne publique- 
ment sa religion dans la capitale de l'enijiire babylonien, 

1. Scaliger, Ememlaliotempor., p. 57G. — Alph. Desvignoles, Chronologie, 
1. II, p. 582. — Bossuet, Hisi. universelle, t. H. — Scder Olani llaha, chap. xxis, 
p. 86. — David Ganz, liv. I, année 5592, et liv. II, 5590. — Zunz, les Vingt- 
quatre livres de l'Écriture Saiyite, table chronologique reproduite dans le 
•lome XVIII de la Bible de Cahen. — Pour se convaincre de l'accord des chro- 
nologistes juifs et chrétiens, il faut seulement remarquer que les premiers ont 
fixé l'avènement du Christ à lu date conventionnelle de 57G0 ans depuis la 
création. 

2. Esdras, I, I. 

3. Zend Avesta, t. II, Vie de Zoroastre. 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 26.0 

qu'il converlit tout entier, en ratlachanl avec prudence ses 
propres doctrines aux traditions déjà existantes ^ Est-il rai- 
sonnable de supposer que, témoins d'une telle révolution, 
retournant dans le pays de leurs pères au moment où elle 
répandait le plus vif éclat, par conséquent quand elle devait 
laisser dans leur esprit l'impression la plus forte, les Israé- 
lites n'en aient emporté aucune trace, au moins dans leurs 
opinions et dans leurs idées les plus secrètes? Cette grande 
question de l'origine du mal, que jusque-là le judaïsme 
avait laissée dans l'ombre, et qui est pour ainsi dire le centre 
et le point de départ de la religion des Perses, ne devait- 
elle pas agir puissamment sur l'imagination de ces bommes 
de l'Orient, accoutumés à tout expliquer par une interven- 
tion divine, et à remonter, pour tous les problèmes pareils, 
jusqu'à l'origine des cboses? On ne pourra pas dire qu'é- 
crasés sous le poids de leur maJbeur, ils sont restés étran- 
gers à ce qui se passait autour d'eux sur celte terre de l'exil ; 
l'Ecriture elle-même nous les montre, avec une sorte de 
complaisance, élevés dans toutes les sciences, par consé- 
quent dans toutes les idées de leurs vainqueurs, admis 
ensuite avec eux aux plus liantes dignités de l'empire. Tel 
est précisément le caractère de Daniel, de Zorobabel et de 
Nébémias', dont les deux derniers jouent un rôle si actif 
dans la délivrance de leurs frères. Ce n'est pas tout : outre 
les quarante-deux mille personnes qui retournèrent à Jéru- 
salem, à la suite de Zorobabel, une seconde émigration, 
conduite par Esdras, eut lieu sous le règne d'Arlaxerce Lon- 
gue-Main, environ soixanle-dix-sept ans après la première. 
Durant cet intervalle, la réforme religieuse de Zoroasire 
avait eu le temps de se répandre dans toutes les parties de 
l'empire babylonien et de jeter dans les esprits de profoiide^ 

\. Zend Avcsla, t. II, Vie de Zoroasire, p. 07. 

2. Daniel, I, 1. — Esdras, l, 2; H, t. — Joseph, Anliquil., liv. XI, 
chap. IV cl V, 



270 LA. KABBALE 

racines. Enfin, de retour dans leur pays, les Juifs demeu- 
rent toujours, jusqu'à la conquête d'Alexandre le Grand, 
les sujets des rois de Perse; et môme après cet événement 
jusqu'à leur entière dispersion, ils semblent regarder comme 
une seconde patrie ces rives de l'Euphrate, autrefois arro- 
sées de leurs pleurs, quand leurs regards et leurs pensées 
se tournaient vers Jérusalem. Sous l'autorité à la fois civile 
et religieuse des chefs de la captivité (xm^j un), s'élève la 
synagogue de Bahylone qui concourt avec celle de la Pales- 
tine à l'organisation définitive du judaïsme rabbiniquc*. 
Sur tous les points du pays qui leur a donné asile, à Sora, 
à Pombéditah, à Nehardea, ils fondent des écoles religieuses 
non moins florissantes que celles de la métropole. Parmi les 
docteurs sortis de leur sein, nous citerons Hillel le Babylo- 
nien, mort près de quarante ans avant l'avènement du 
Christ, après avoir été le maître de ce Jochanan ben Zacliai, ] 
qui joue un si grand rôle dans les histoires kabbalisliqucs 
rapportées précédemment. Ajoutons que ces mêmes écoles 
ont produit le llialmud de Bahylone, expression dernière et 
complète du judaïsme. Bien qu'à l'énumération de ces faits, 
on peut déjà prévoir que nulle autre nation n'a exercé sur 
les Juifs une action plus intime que les Perses; que nulle 
puissance morale n'a du pénétrer dans leur esprit plus for- 
tement que le système religieux de Zoroastre avec son long 
cortège de traditions et de commentaires. Mais le doute 
n'est plus possible aussitôt qu'on abandonne ces rapports 
purement extérieurs pour comparer entre elles les idées 
qui représentent, chez les deux peuples, les résultats les 
plus élevés et les bases mêmes de leurs civilisations respec- 
tives. Cependant, afin qu'on ne puisse pas nous soupçonner 
à l'avance de fonder sur des ressemblances isolées et pure^ 



1. Jost, Histoire générale des Israélites, liv. X, chap. xi el xii. — Le même, 
Histoire des Israélites depuis les Macchabées, t. iV, liv. XIV tout entier. 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PEB ES. 271 

ment fortuites l'origine que nous attribuons à la kabbale, 
nous allons, avant de montrer tous les éléments de ce sys- 
tème dans le Zend Avesta, signaler en peu de mots et par 
quelques exemples l'influence de la religion des Perses sur 
le judaïsme en général. Loin d'être une digression, celle 
partie de nos recherches ne sera pas la plus faible preuve 
de l'opinion que nous voulons soutenir, et je me hâte d'a- 
jouter que mon intention n'est pas de [)arler des dogmes 
fondamentaux de V Ancien Testament : car, puisque Zoroasire 
lui-même en appelle sans cesse à des traditions plus an- 
ciennes que lui, il n'est pas nécessaire, il n'est pas même 
permis, en bonne critique, de regarder comme des emprunts 
faits à sa doctrine les six jours de la création, si faciles à 
reconnaître dans les six Gâhanbar\\Q paradis terrestre et 
la ruse du démon qui, sous la forme du serpent, vint souf- 
fler la révolte dans l'àme de nos premiers parents% le châ- 

1. Le mot Cûhanhav désigac à là fois les six époques de la création et les 
six fêles destinées à les rappeler à la mémoire des fidèles (M. Burnouf, Com- 
mentaire sur le Yaçna, p. 500). Pendant la première de ces époques, Onnuzd - 
a créé le ciel; pendant la deuxième il a fait l'eau; pendant la troisième, la 
terre; pendant la quatrième, les végétaux; pendant la cinquième, les animaux; -*-' 
enfin, à la sixième, est né l'homme. (Anqueiil-Duperron, Zend Avesta, t. 1, /"^! 
2° part., p. 84.) Ce système de la création était déjà enseigné avant Zoroastre, ''^ 
par un autre prophète mède ouchaldéen, appelé Djemschid. (Anquetil-Duperron, 

Vie de Zoroasire, p. 07.) 

2. Ormuzd apprend lui-même à son serviteur Zoroasire que lui, Ormuzd, 
avait donné (ou créé) un lieu de délices et d'abondance, appelé Ecrïené Véedjô. 
Ce lieu, plus beau que le monde entier, était semblable au Béhescht (le Paradis 
céleste). Puis Ahrimane fit naître, dans le fleuve qui arrosait cet endroit, la 
Grande Couleuvre, mère de l'hive;-. {Zend Avesta Vendidad, t. II, p. 264.) 
Ailleurs, c'est Ahrimane lui-même qui saute du ciel sur la terre, sous la l'orme 
d'une couleuvre. C'est lui encore qui séduit le premier homme, Mescltia, et la 
première femme, Mcschiané. « Il courut sur leurs pensées, il renversa leurs 
dispositions et leur dit : C'est Ahrimane qui a donné l'eau, la terre, les arbres, 
les animaux. Ce fut ainsi qu'au commencement, Ahrimane les trompa, et, 
jusqu'à la fin, le cruel n'a cherche qu'à les séduire. » [Zend AvestOf t. III, 
p. 551 et 578.) 



272 L\ KABBALE. 

liment terrible et la croissante déchéance de ces derniers, 
obligés, après avoir vécu comme les anges, de se nourrir, 
de se couvrir de la dépouille des animaux, d'arracher les 
métaux au sein de la terre, et d'inventer tous les arts par 
lesquels nous subsistons*; endn, le jugement dernier avec 
les terreurs qui l'accompagnent, avec la résurrection des 
morts en esprit et en chair*. Toutes ces croyances, on les 
trouve, il est vrai, dans le Boun-Dehesch^ et dans le Zend 
Avesta, sous une forme non moins explicite que dans la 
Genèse; mais, nous le répétons avec une conviction parfaite, 
c'est beaucoup plus haut qu'il en faut chercher la source. 
Nous ne pouvons pas en dire autant du judaïsme rabbi- 
nique, beaucoup plus moderne que la religion de Zoroastre : 
ici, comme nous allons nous en assurer, les traces du par- 
sisme sont de la dernière évidence, et nous comprendrons 

1. « Le dew qui ne dit que le mensonge (Ahrimane), devenu plus haidi, se 
présenta une seconde fois, et leur apporta (au premier couple) des fruits, 
qu'ils mangèrent, et par là, de cent avantages dont ils jouissaient, il ne leur 
en resta qu'un. )) (Ib. supr.) Après cela, nos premiers parents, séduits ime 
troisième fois, burent du lait. A la quatrième fois, ils allèrent à la chasse, 
mangèrent la viande des animaux qu'ils venaient de tuer, et se firent des habits 
de leurs peaux : c'est le Seigneur faisant des tuniques de peau à Adam et à 
Eve. Ensuite ils découvrent le fer, se font une hache, avec laquelle ils coupent 
des arbres pour se construire une tente; enfin ils s'unissent charnellement, et 
leurs enfants héritent de leurs misères, {[b. siipr.) 

2. Au jour de la résurrection, l'âme reparaîtra d'abord ; elle reconnaîtra son 
corps; tous les hommes se reconnaîtront. Ils seront divisés en deux classes, les 
justes etles chtrwands (les méchants). Les justes iront au Gototman (le paradis) ; 
les darwands seront de nouveau précipités dans le Douzakh (l'enfer). Pondant 
trois jours, les premiers goiiteront, en corps et en âme, les jouissances du 
paradis; les autres soulTriront de la même manière les peines de l'enfer. Ensuite 
les morts seront purifiés, il n'y aura plus de méchants : « Tous les hommes 
seront unis dans une même œuvre. Dans ce temps-là, Ormuzd, ayant achevé 
toutes les productions, ne fera plus rien. Les morts ressuscites jouiront du 
même repos. » C'est ce qu'on pourrait appeler la septième époque de la 
création, ou le sabbat des Parses. {Zend Avesla, t. Il, p. 414.) 

5. Après le Zend Avesta, le Boun-Dchcscli est le plus ancien livre religieux 
des Parses. {Zend Avesta, t. 111, p. 557.) 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 275 

sur-le-champ quel jour peut en rejaillir sur l'origine de la 
kabbale, si nous nous rappelons que les plus anciens maîtres 
de cette science mystérieuse sont également comptés parmi 
les docteurs de la Mischna et les pères les plus vénérés de 
la synagogue. 

Si, à côté des plus sages maximes sur l'emploi de la vie, 
des idées les plus consolantes sur la miséricorde et la jus- 
lice divines, on trouve souvent, dans le judaïsme, des traces 
de la plus sombre superstition, il faut surtout en chercher 
la cause dans l'elfroi qu'il inspire par sa démonologie. Telle 
est, en effet, la puissance qu'il abandonne aux esprits mal- 
faisants (anu;, mnn) que l'homme, à tous les instants de 
son existence, peut se croire entouré de ces ennemis invi- 
sibles, non moins acharnés à la perte de son corps qu'à celle 
de son àine. Jl n'est pas encore né, que déjà ils l'attendent 
près de son berceau, pour le disputer à Dieu et à la tendresse 
d'une mère; à peine a-t-il ouvert les yeux sur ce monde, 
qu'ils viennent assaillir sa tète de mille périls, et sa pensée 
de mille visions impures. Enfin, malheur à lui, s'il ne 
résiste pas toujours ! car, avant que la vie ait complètement 
abandonné son corps, ils viendront s'emparer de leur proie. 
Eh bien, dans toutes les idées de ce genre, il y a une simi- 
litude parfaite entre la tradition juive et le Zend Avesta. 
D'abord, d'après ce dernier monument, les démons ou les 
dews, ces enfants d'Alirimanc et des ténèbres, ne sont pas 
moins nombreux que les créatures d'Ormuzd; il y en a 
de plus de mille espèces, ils se présentent sous toutes les 
formes, ils parcourent la terre en lous sens pour répandre 
chez les hommes la maladie et la faiblesse*. « Quel es!, 
demande Zoroastre à Ornuizd, quel est le lieu oii sont les 
dews mâles, où sont les dews femelles, où les dews courent 
en foule de cinquante côtés, de cent, de mille, de dix mille 

1. Zend Avesla, t. II, p. 255; l. III, p. 158. 

18 



274 LA. KABBALE. 

côtés, enfin de tous les côtés'?... Anéantissez les dcws qui 
affaiblissent les hommes et ceux qui produisent les mala- 
dies, qui enlèvent le cœur de l'homme comme le vent em- 
porte les nuées ^ » Voici maintenant en quels termes le 
Thalmud s'exprime sur le même sujet : « Aba Benjamin a 
dit : Aucune créature ne pourrait subsister devant les esprits 
malfiiisanls, si l'œil avait la faculté de les voir. Abaï ajoute : 
Ils sont plus nombreux que nous et nous entourent comme 
on voit un champ entouré d'une clôture. Chacun de nous, 
dit notre maître Houna, en a mille à sa gauche et dix mille 
à sa droite. Quand nous nous sentons pressés dans une 
foule, cela vient de leur présence; quand nos genoux flé- 
chissent sous notre corps, eux seuls en sont la cause; quand 
il nous semble qu'on a brisé nos membres, c'est encore 
à eux qu'il faut attribuer cette souffrance^. » « Les dews, 
dit le Zend Âvesta, s'unissent l'un à l'autre et se repro- 
duisent à la manière des hommes\ » Mais ils se multiplient 
également par nos propres impuretés, par les actes honteux 
d'une débauche solitaire et les dérèglements même involon- 
taires que provoque durant le sommeil un songe volup- 
tueux^ Selon le Thalmud, il y a trois choses par lesquelles 
les- démons ressemblent aux anges, et trois autres par les- 
quelles ils ressemblent aux hommes : comme les anges, ils 
lisent dans l'avenir, portent des ailes et volent, en un instant, 
d'une extrémité à l'autre de la terre : mais ils mangent, ils 



■1. Yendidad Sade, t. If, du Zend Av., p. 525. 
2. Zend. Ac, t. II, p. 115. 

5. Traité Beracholh, fol. 6, recto. Un autre doclcur va jusqu'à accuser les 
démons d'user par le frottement de leurs mains les vêtements des rabbins, 

"inTi -lEinc ibi- ]:2TT ^ing •:.■!• ^^• 

4. Zend Av., t. Il, p. 556. 

5. Un de-s\- appelé Eschem dit lui-même que, dans ce cas, il conçoit comme 
une femme qui a eu commerce avec quelqu'un. Zend .Av., l. II, p. 408, Ven- 

■ didad Sade. 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 275 

boivent et se reproduisent à la manière des hommes*. De 
plus, ils ont tous pour origine les rêves lascifs, qui trou- 
blaient les nuits de notre premier père pendant les années 
qu'il a passées dans la solitude-, et aujourd'hui encore, chez 
ses descendants, la même cause engendre les mêmes effets ^ 
De là, chez les Juifs comme chez les Parses, certaines for- 
mules de prière dont la vertu est de prévenir ce malheur*. 
Enfin, ce sont les mêmes fantômes, les mêmes terreurs qui 
les assiègent, les uns et les autres, à leurs derniers instants. 
A peine l'homme est-il mort, disent les livres zends, que 
les démons viennent l'obséder et ^interroger^ Le Daroudj 
(le démon) Nésosch arrive, sous la forme d'une mouche, se 
place sur le mortel le frappe cruellement*' ; ensuite, lorsque 
l'àme séparée du corps arrive près du pont Tchinevad qui 
sépare notre monde du monde invisible, elle est jugée par 
deux anges dont l'un est Mithra, aux proportions colossales, 
aux dix mille yeux, et dont la main est armée d'une massue'. 
Les rabbins, en conservant le même fond d'idées, ont su le 
rendre plus effrayant encore. « Lorsque l'homme, disent-ils, 
au moment de quitter ce monde, vient à ouvrir les yeux, 
il aperçoit dans sa maison une lueur extraordinaire et 
devant lui l'ange du Seigneur, vêtu de lumière, le corps 
tout parsemé d'yeux et tenant à la main une épée flam- 
boyante; à cette vue, le mourant est saisi d'un frisson qui 
pénèli"e à la fois son esprit et son corps. Son àme fuit 

1. Ce passage a été traduit en latin par Buxtorf, dans son Lexicon Tlialinu- 
dictim, p. '2359. 

2. Ib. fupr. 

Ti. Voii- dans le ni"i2n mmS Tii? Iiyp» P- 'lOS» verso, de l'édit. d'Ams- 
terdam, un extrait fort curieux de Rabbi Mcna'hem le Babylonien. 

4. Zcnd Av., t. H, p. 408. — Kilzour, édit. citée dans la note précédente, 
p. 92, verso, et p. 45, reclo. 

5. Zcnd Av., t. 11, p. 104. 
G. Zend Av., t. 11, p. 516. 

7. Zcnd Av., t. II, p. 114, 151. — Ib., t. ill, p. 205, 20G, 211-222. 



276 LA KABDALE. 

successivement dans tous ses membres, comme un homme 
qui voudrait changer de place. Mais voyant qu'il est im- 
possible d'échapper, il regarde en face celui qui est là 
devant lui, et se met tout entier en sa puissance. Alors, 
si c'est un juste, la divine présence se montre à lui, et 
aussitôt l'àme s'envole loin du corps'. » A cette première 
épreuve en succède une autre, que l'on appelle la question 
ou l'épreuve du tombeau (i:pn i2i2in)*. « A peine le mort 
est-il enfermé dans le sépulcre, que l'âme vient de nou- 
veau s'unir à lui, et, en ouvrant les yeux, il voit à ses 
côtés deux anges, venus pour le juger. Chacun d'eux tient 
à la main deux verges de feu (d'autres disent des chaînes 
de fer), et l'âme et le corps sont jugés en même temps 
pour le mal qu'ils ont fait ensemble. Malheur à Thomme 
s'il est Irouvé coupable, car personne ne le défendra! Au 
premier coup dont on le frappe, tous ses membres sont 
disloqués; au second, tous ses ossements sont rompus. 
Mais aussitôt son corps est reconstruit et le supplice recom- 
mence^ » Ces traditions doivent avoir à nos yeux d'autant 
plus de prix qu'elles sont empruntées presque littérale- 
ment au Zohar, d'où elles ont passé dans les écrits pure- 
ment rabbiniques et dans les recueils populaires. A ces 
croyances nous pouvons ajouter une foule d'usages et de 
pratiques religieuses, également commandés par le Thal- 
mud et par le Zend Avesta. Ainsi le Parse, après avoir, 
le matin, quitté son lit, ne peut faire quatre pas avant 

1. Zohar, 5' part., sect. x^J» P- '2^> verso, cJ. d'Amsterdam. En prenant 
le fond de ce tableau dans le Zohar, nous y avons joint quelques détails 
empruntés du Kiizour, p. 20 et 21. 

2. D'après les kabbalistes, ces épreuves sont au nombre de sept : 1° la sépa- 
ration de l'àme et du corps; 2° la récapilulalion des actes de notre vie; 5° le 
moment de la sépulture; 4° l'épreuve ou le jugement du tombeau; 5° le moment 
où le mort, encore animé par l'esprit vital ('^1*3^), sent la morsure des vers; 
G' les cliàliments de l'enfer; 7° la métempsycose. Zohar, ib. supr. 

5. Mêmes passages du Zohar et du Kiizour, 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 277 

d'avoir passé aulour de ses reins la ceinture sacrée, appe- 
lée Kosti'; sous prétexte que pendant la nuit il a été 
souillé par le contact des démons, il ne peut toucher aucune 
pnrtie de son corps avant de s'être jusqu'à trois fois baigné 
les mains et le visage*. On trouvera chez l'observateur de 
la lui rabbin ique les mêmes devoirs appuyés sur la même 
raison''; seulement le Kosti est remplacé par un vêtement 
d'une autre forme. Le disciple de Zoroastre et le sectateur 
du Thalmud se croient également obligés de saluer la lune, 
dans son premier quartier, par des prières et des actions 
de grâces \ Les pratiques par lesquelles on éloigne d'un 
mort ou d'un nouveau-né les démons qui cherchent à s'en 
emparer, sont chez tous deux à peu près les mêmes^. L'une 
et l'autre, portant, si je puis m'exprimer ainsi, la dévotion 
elle-même jusqu'à la profanation, ont des prières et des 
devoirs religieux pour tous les instants, pour tous les actes, 
pour toutes les situations de la vie physique comme pour 
toutes celles de la vie morale*; aussi, quoique la matière 

1. Zend Av., t. II, p. 409, Veiididad Sade. 

2. Thoni. Ilyde, Reluj. veteriim Persarum, p. 4G5 et 477. 

3. Oiach Cliaïm, p. 54. La même chose est recoinmandée par les kabba- 
listes. Selon ces derniers, l'àme supérieure nous abandonne durant le sonnneil 
et il ne nous reste alors que l'àme vitale, incapable de défendre le corps des 
esprits impurs et des émanations de la mort. Zohar, i'" part., sect. 3't?i'i. — 
Voir aussi le Thalmud, traité du Sabbat, chap. vni. 

4. Zend Av., t. III, p. 513. Cet usage subsiste encore aujourd'hui sous le 
nom de Sanciificalion de la lune (nj2.Sn w'ITp)- 

5. Chez les l'arses, lorsqu'une femme vient d'accoucher, on entretient dans 
sa chambre, pendant trois jours et trois nuits, une lampe ou un feu allumé. 
Zend Av., t. IH, p. 565. — Th. Ilyde, ouvrage cité, p. 445. Chez les Juifs le 
même usage est observé à la mort d'une personne. Quant aux cérémonies dont 
le but est d'éloigner du nouveau-né le démon Lilith, elles sont bien autrement 
compliquées. Mais on en trouvera la raison et la description dans le livre de 
Raziel. 

6. On trouvera dans le recueil de litanies appelées Icschts sadcs, des for- 
mules de prières que le Parse est obligé de réciter au moment de se couper les 
ongles, avant et après les fonctions naturelles, avant de remplir le devoir 



278 LA KABBALE. 

ne soit pas encore près de nous faire défaut, est-il temps 
que ce parallèle touche à sa fin. Mais la bizarrerie, l'excen- 
tricité même des faits que nous venons de recueillir ne 
donne que plus de certitude à la conséquence que nous en 
tirons; car ce n'est pas assurément dans des croyances et 
des pratiques de ce genre que l'ou peut invoquer les lois 
générales de l'esprit humain. Nous pensons donc avoir 
démontré que la religion, c'est-à-dire la civilisation tout 
entière des anciens Perses, a laissé des traces nombreuses 
dans toutes les parties du judaïsme : dans sa mythologie 
céleste, représentée par les anges ; dans sa mythologie infer- 
nale et enfin dans les pratiques du culte extérieur. Croirons- 
nous à présent que sa philosophie, c'est-à-dire la kabbale, 
ait seule échappé à cette influence? Cette opinion est-elle 
probable, quand nous savons que la tradition kabbalistique 
s'est développée de la même manière, dans le même temps, 
et s'appuie sur les mêmes noms que la loi orale ou la tra- 
dition thalmudique? Mais à Dieu ne plaise que dans un sujet 
aussi grave nous puissions nous contenter, quelque fondée 
qu'elle soit, d'une simple conjecture. Nous allons prendre 
un à un tous les éléments essentiels de la kabbale et montrer 
leur parfaite ressemblance avec les principes métaphysiques 
de la religion de Zoroastre. Cette manière de procéder, si 
elle n'est pas la plus savante, devra paraître au moins la 
plus impartiale. 

1° Le rôle que VEn Soph, l'infini sans nom et sans forme, 
remplit dans la kabbale, est donné par la théologie des 
mages au temps éternel (Zervane Akéréne), et d'autres 
disent à l'espace sans limites '. Or nous ferons remarquer 

conjugal. Zi:nd Av., t. 111, p. 117, 120, 121, 125, 124. Des prières semblables 
sont ordonnées aux Juifs dans les mêmes circonstances. Voir Joseph Karo, 
Schouîchan Aroiich, p. 2, xDjH TV2 nin:~- et le Kilzour, p. 52, ^i^ï i:";y. 
d. Anquelil-Duperron, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, 
t. XXX Vil, p. 58 L 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 279 

sur-le-champ que le nom de l'espace ou du lieu absolu 
(a*,p^2, makôm) esl devenu chez les Hébreux le nom mémo 
de la divinité. De plus, ce premier principe, celle source 
unique et suprême de toute existence, n'est qu'un Dieu 
abstrait sans action directe sur les èlres, sans commerce 
efficace avec le monde, par conséquent sans forme appré- 
ciable pour nous : car le bien et le mal, la lumière et les 
ténèbres existent également, sont encore confondus dans 
son sein *. D'après la secte des zervanites, dont l'opinion 
nous a été conservée par un bistorien persan*, le principe 
dont nous venons de parler, Zervàne ne serait lui-même, 
comme la Couronne chez les kabbalistes, que la première 
émanation de la lumière infinie. 

2° On reconnaîtra sans effort le Meïmra des traducteurs 
chaldéens dans ces mots par lesquels Ormuzd lui-même 
définit l'IIonover ou la parole créatrice : « Le pur, le saint, 
« le prompt Honover, je vous le dis clairement, ô sage Zo- 
« roastre ! était avant le ciel, avant l'eau, avant la terre, 
« avant les troupeaux, avant les arbres, avant le feu, fils 
« d'Ormuzd, avant l'homme pur, avant les dews, avant tout 
« le monde existant, avant tous les biens. » C'est par cette 
môme parole qu'Ormuzd a créé le monde, c'est par elle qu'il 
iigit et qu'il existe \ Mais elle n'est pas seulement anté- 
rieure au monde; quoique donnée de Dieu, comme disent 
ies livres zends *, elle est éternelle comme lui ; elle remplit 

1. T. II du Zend Av. Vcndklud. — Ib., t. III, traJ. du boun-Dehesch. 
Dans ce livre, Ormuzd et Ahriinane sont appelés un seul peuple du temps sans 
Jjornes. 

2. Sliarislani, ap. Tliom. Ilydc, de Vetcr. Pcrs. nlig., p. 297. « Altéra 
magorum secla sunt Zervanihe qui" asscrunt lucem produxisse personas ex 
Luce, quœ omncs erant spiriluales, luminosa;, dominales. Sed quod harum 
maxima pcrsona, cui nomen Zervan, dubitavit de rc aliquà, ex islà dubilalicncj 
•cmersit Salarias. « 

5. Zend Av., t. II, p. 158. 

4. Mcinoircs de V Académie des Inscriptions, t. XXXVIi, p. 620. 



280 LA KACDALE. 

le rôle de médiateur entre le temps sans bornes et les exis- 
tences qui s'écoulent de son sein. Elle renferme la source 
et le modèle de toutes les perfections, avec la puissance de 
les réaliser dans les êtres '. Enfin, ce qui achève de lui don- 
ner toute ressemblance avec le verbe kabbalistique, c'est 
qu'elle a un corps et une âme, c'esL-à-dire qu'elle est à la 
fois esprit et parole. Esprit, elle n'est rien moins que l'âme 
d'Ormuzd, comme ce dernier le dit lui-même expressément*; 
parole ou corps, c'est-à-dire esprit devenu visible, elle est 
en môme temps la loi et l'univers ^ 

5" Nous trouvons dans Ormuzd quelque chose de tout à 
fait semblable à ce que le Zohar ap[)elle une 'personne ou 
1*1^*^^^ un visage (ï^'.ïid). Il est, en effet, la plus haute personnifica- 
' tion de la parole créatrice, de cette parole excellente dont 

on a fait son âme. Aussi faut-il chercher en lui plutôt que 
dans le principe suprême, dans le temps éternel, la réunion 
de tous les attributs que l'on donne ordinairement à Dieu 
et qui en sont la manifestation, c'est-à-dire, dans le langage 
oriental, la lumière la plus brillante et la plus pure. « Au 
« commencement, disent les livres sacrés des Parses, Ormuzd, 
« élevé au-dessus de tout, était avec la science souveraine, 
« avec la pureté, dans la lumière du monde. Ce trône de 
« lumière (nasTr), ce lieu habité par Ormuzd, est ce qu'on 
cf appelle la lumière première *. » Il renferme en lui, ainsi 
que l'homme céleste des kabbalistes, la vraie science, l'in- 
telligence à son plus haut degré, la grandeur, la bonté, la 
beauté, l'énergie ou la force, la pureté ou la splendeur; en- 



1. Ih. supr. Voici les propres paroles de l'auteur : « L'ilonover, dans l'opi- 
nion de Zoroaslre, renferme la source et le modèle de toutes les perfections 
des êtres, la puissance de les produire, et il ne s'est manifesté que par une 
sorte de prolation de la part du temps sans bornes et de celle d'Ormuzd. » 

2. Zend Av., t II, p. 415. 

3. Zend Av., t. 111, p. 325 et 593. 

4. Zend Av., t. 111, p. 543. 



L\ KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 281 

fin, c'est lui qui a créé, ou du moins qui a formé et qui 
nourrit tous les êtres '.Sans doute, on ne peut rien conclure 
de ces qualités elles-mêmes et de leur ressemblance avec 
les Sephiroth; mais on ne peut s'empêcher de remarquer 
qu'elles sont toutes réunies dans Ormuzd, dont le rôle, par 
rapport à l'infini, au temps et à l'espace sans bornes, 
est le même que celui d'Adam Kadmon par rapport à 
VEn Soph. Et même, si nous en croyons l'historien que 
nous avons déjà cité, il y avait chez les Perses une 
secte fort nombreuse aux yeux de laquelle Ormuzd, c'était 
la volonté divine, manifestée sous une forme humaine et 
tout éblouissante de lumière ^ Il est vrai aussi que les livres 
zends ne s'expliquent pas sur l'acte par lequel Ormuzd a 
produit le monde, sur la manière dont il est sorti lui-même 
ainsi que son ennemi du sein de l'Eternel, et enfin sur ce 
qui constitue la substance première des choses ^. Mais, Dieu 
iine fois comparé à la lumière, la cause efficiente du monde 
subordonnée à un principe supérieur, l'univers considéré 
comme le corps de la parole invisible, il n'est guère possible 
qu'on n'arrive pas à regarder tous les êtres comme des mots 
isolés de cette éternelle parole ou comme des rayons épars 
de cette lumière infinie. Aussi avons-nous remarqué que le 
pnnlhéisme gnoslique se rattache plus ou moins au prin- 
cipe fondamental de la théologie des Parses *. 

1. Voir Eugène Burnouf, Commentaire sur le Yaçua, chap. i, jusiju'à l.i 
page 14G. 

2. Celle secte est celle des Zerdusthiens. Voici leur opinion, rapportée par 
Sharistani dans la traduction latine de Thom. llvde {de Vet. Pers. reliy., 
p. 298) : « et postquam effluxissent 5000 anni, transmisisse volunlatem suam 
in forma lucis fulgentis compositœ in figuram humanam j. 

3. Ils disent qu'Onnuzd et Ahrimane ont été donnés de Zervan, le temps 
éternel; qu'Ormuzd a donné le ciel, la terre et toutes ses productions. Mais 
nulle part le sens de ce mot important n'est clairement déterminé. 

4. Cependant il n'est pas sans importance d'observer que dans le Zend 
Avcs(a (t. 11, p. 180) Ormuzd est appelé le corps des corps. Ne serait-ce pas 



282 LA KABBALE. 

4° D'après les croyances kabbalistiques, comme d'après 
le système de Platon, tous les êtres de ce monde ont d'abord 
existé dans le monde invisible, sous une forme beaucoup 
plus parfaite; chacun d'eux a dans la pensée divine son 
modèle invariable, qui ne peut se montrer ici-bas qu'à 
travers les imperfections de la matière. Cette conception, 
où le dogme de la préexistence est confondu avec le principe 
de la théorie des idées, nous la trouvons également dans le 
Zend Ave^la, sous le nom de feroucr. Yoici comment ce 
nom est expliqué par le plus grand orientaliste de nos 
jours : ce On sait que, par ferouër, les Parses entendent le 
« type divin de chacun des êtres doués d'intelligence, son 
« idée dans la pensée d'Ormuzd, le génie supérieur qui 
ce l'inspire et veille sur lui. Ce sens est établi tout à la 
« fois par la tradition et par les textes ^ » L'interprétation 
d'Anquetil-Duperron est parfaitement d'accord avec celle-ci% 
et nous ne rapporterons pas tous les passages du Zoid 
Avesta qui la confirment. Nous aimons mieux signaler sur 
un point particulier de cette doctrine, entre les kabbalistcs 
et les disciples de Zoroastre, une coïncidence très remar- 
quable. Nous nous rappelons ce magnifique passage du 
Zohar oh. les âmes, au moment d'être envoyées sur la terre, 
représentent à Dieu combien elles vont souffrir éloignées do 
lui ; combien de misères et de souillures les attendent dans 
notre monde : eh bien, dans les traditions religieuses des 
Parses, les ferouërs font entendre les mômes plaintes, et 
Ormuzd leur répond à peu près comme Jéhovah à ces âmes 

la substance des substances, le fondement (i"idi) des kabbalistes? Burnout 
cite aussi un commentaire pehlvi très ancien, où nous voyons, comme dans le 
Sépher ielzii-ah et le Zohar, les deux mondes représentés dans le symbole d'un 
charbon embrasé; le monde supérieur, c'est la flamme, et la nature visible, la 
matière enflammée. Comment, sur le Yciçna, p. 172. 

1. Comment, sur le Yaçna, p. 270. 

2. Voir le Précis raisonné du système Ihéologiquc de Zoroastre, Zcnd Av., 
t. Ul, p. 595, et les Mémoires de V Académie des Inscript., t. XXXVII, p. 025. 



LA KADBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 



285 



affligées de quitter le ciel. Il leur dit qu'ils sont nés pour la 
lutte, pour combattre le mal et le faire disparaître de la 
création ; qu'ils ne pourront jouir de l'immortalité et du 
ciel que lorsque leur tâche aura été remplie sur la terre \ 
« Quel avantage ne retirez-vous pas de ce que, dans le 
« monde, je vous donnerai d'être dans des corps! Combat- 
te tez, faites disparaître les enfants d'Ahrimane; à la fin je 
« vous réhabiliterai dans votre ])remier état et vous serez 
<■< heureux. A la lin je vous remettrai dans le monde, et 
« vous serez immortels, sans vieillesse, sans mal ^ » Un 
autre trait qui nous rappelle les idées kabbalistiques, c'est 
que les peuples ont leurs ferouërs comme les individus; 
c'est ainsi que \eZend Avesta invoque souvent le ferouër de 
l'Iran, du pays où la loi de Zoroastre a été reconnue pour 
la première fois. Du reste, cette croyance, que nous rencon- ^ 
Irons également dans les prophéties de Daniel", était pro- ./tx^hY 
bablement déjà très répandue chez les Chaldéens avant leur 
fusion politique et religieuse avec les Perses. 

5° Si la psychologie des kabbalistes a quelque ressem- 
blance avec celle de Platon, elle en a encore davantage avec 
celle des Parses, telle qu'on la trouve enseignée dans un 
recueil de traditions fort anciennes, reproduit en grande 
partie par Anquetil-Duperron, dans les Mémoires de l'Aca- 
démie des Inscriptions''. Piappelons-nous d'abord que, d'après' 
les idées kabbalistiques, il y a dans l'àme humaine trois 
puissances parfaitement distinctes l'une de l'autre, et qui 
ne demeurent unies que pendant notre vie terrestre : au 
degré le plus élevé est l'esprit proprement dit (n^u?:), pure 
émanation de l'intelligence divine, destinée à rentrer dans 
sa source et que les souillures de la lerre ne peuvent pas 



1. Méin. (le VAcud. des Inscript.. t. XWVII, p. OiO. 

2. ZcndAv., t. II, p. ,150. 
5. Cliap. X, V. 10 et seq. 

4. T'jin. XXXVIl,p. (Jilî-GiS. 



284 LA KADBALE. 

atteindre : au degré le plus bas, immédiatement au-dessus 
de la matière, est le principe du mouvement et de la sensa- 
tion, l'esprit vital (>:'3j), dont la tâche expire sur les bords 
de la tombe; enfin, entre ces deux extrêmes vient se placer 
le siège du bien et du mal, le principe libre et responsable, 
la personne morale (n i)*. Nous devons ajouter qu'à ces trois 
éléments principaux, plusieurs kabbalistes et quelques phi- 
losophes d'une grande autorité dans le judaïsme* en ont 
ajouté deux autres, dont l'un est le principe vital, séparé du 
principe de la sensation, la puissance intermédiaire entre 
l'âme et le corps ("Tî) ; l'autre est le type, ou, si l'on veut, 
l'idée qui exprime la forme particulière de l'individu (^~''M^ 
dSï, n^^:'!). Cette forme descend du ciel dans le sein de la 
femme au moment de la conception, et s'envole trente jours 
avant la mort. Ce qui la remplace durant ce temps-Là n'est 
plus qu'une ombre informe. Or telles sont précisément les 
distinctions établies dans l'àme humaine par les traditions 
théologiques des Parses. Le type individuel sera reconnu 
sans peine dans le ferou'ér, qui, après avoir existé pur et 
isolé dans le ciel, est obligé, comme nous l'avons vu plus 
haut, de se réunir au corps. Le principe vital , nous le 
retrouvons d'une manière non moins évidente dans le djaiiy 
dont le rôle, dit l'auteur que nous avons pris pour guide, 
est de conserver les forces du corps et d'entretenir l'harmo- 
nie dans toutes ses parties. Ainsi que la 'Ha'iah des Hébreux, 
il ne participe pas au mal dont l'homme se rend coupable; 
il n'est qu'une sorte de vapeur légère qui s'élève du cœur 
et doit, après la mort, se confondre avec la terre. L'akko 
est, au contraire, le principe le plus élevé. Il est au-dessus, 

1. Voir la deuxième partie, chap. m, Opinion des kabbalistes sur l'àms 
humaine. 

2. Moïse Corduero, dans son livre intitulé le Jardin des Grenades 
(□"'J'IDI DTIE)- — ■ ^oi'" aussi Rab. Saadiali dans son livre les Croijanca 
et les Opinions, sect. VI, chap. ii. 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 285 

comme le principe précédeiU est au-dessous du mal. C'est 
une sorte de lumière venue du ciel et qui doit y retourner, 
quand notre corps sera rendu à la poussière. C'est l'intelli- 
gence pure de Platon et des kabbalistes, mais restreinte à 
la connaissance de nos devoirs, à la prévision de la vie future 
et de la résurrection, en un mot, la conscience morale. 
Vient enfin l'âme proprement dite, ou la personne morale, 
une malgré la diversité de ses facultés et seule responsable 
de nos actions devant la justice divine'. Une autre distinc- 
tion beaucoup moins pbilosopliique, mais également admise 
par les livres zeiids, c'est celle qui, faisant l'homme à 
l'imaiïe de l'univers, reconnaît dans la conscience humaine 
deux principes d'action entièrement opposés, deux kerdars^ 
dont l'un, venu du ciel, nous porte vers le bien; tandis que 
l'autre, créé par Ahrimane, nous entraîne à faire le maP. 
Ces deux principes, qui cependant n'excluent pas la liberté, 
occupent une très grande place dans le Thalmiid et dans la 
kabbale, où ils sont devenus le bon et le mauvais désir 
(miDnïi rVi^ "lï"") ; peut-être aussi le bon et le mauvais ange. 
0° La conception même d'Ahrimane, malgré son carac- 
tère purement mythologique, a été conservée dans les doc- 
trines de la kabbale ; car les ténèbres et le mal sont person- 
nifiés dans Samaël, comme la lumière divine est représentée 
dans toute sa plénitude par l'homme céleste. Quant ta l'in- 
terprétation métaphysique de ce symbole, à savoir que le 
mauvais principe c'est la matière, ou, comme disent les 
kabbalistes, l'écorcc, le deinier degré de l'existence, on 



1. L'âme proprement dite, ou la personne morale, se compose elle même de 
(rois facultés : 1° le principe de la sensation; 2° le Roé ou riiitelligence pro- 
prement dite; 3° le Roiian, qui paraît tenir à la fois du jugement et de l'imagi- 
nation. Ces trois facultés sont inséparables et ne forment qu'une seule âme. Du 
reste, j'avoue que cette parlie de la psychologie des Parses m'a semblé très 
obscure dans le mémoire d'Anquelil. 

2. Màn. de VAcad. des Insaip., passage cité. 



286 LA KABBALE. 

pourrait la trouver sans aucune violence dans la secte des 
zcrdustiens, qui établissait entre la lumière divine et le 
royaume des ténèbres le même rapport qu'entre un corps et 
son ombre*. Mais un autre fait encore plus digne de notre 
attention, car il n'existe pas ailleurs, c'est qu'on trouve dans 
les parties les plus anciennes du code religieux des Parscs 
cette opinion kabbalistique que le prince des ténèbres, que 
Samaël, perdant la moitié de son nom, deviendra, à la fin 
des temps, un ange de lumière et rentrera, avec tout ce qui 
élait maudit, dans la grâce divine. « Cet injuste, cet impur, 
« dit un passage du Yaçna, ce roi ténébreux qui ne com- 
te prend que le mal; à la résurrection, il dira l'Avesta ; exé- 
« cutant la loi, il l'établira même dans la demeure des 
« damnés (les darwands)". « Le Boun-Dehesch iïioulo qu'on 
pourra voir alors, d'un côté Ormuzd et les sept premiers 
génies, de l'autre Ahrimane et un pareil nombre d'esprits 
infernaux, offrant ensemble un sacrifice à l'Eternel, Zervane 
Akéréne". Enfin, à toutes ces idées métaphysiques et reli- 
gieuses nous ajouterons un système de géographie assez 
étrange que l'on trouve également, avec de légères variantes, 
dans le Zohar et dans les livres sacrés des Parses. Selon 
le Zend Avesta^ et le Boun-Dehesch\ la terre est divisée en 
sept parties (keschvars), arrosées par autant de grands 
fleuves, et séparées l'une de l'autre par Veauversée au com- 
mencement. Chacune d'elles forme comme un monde à part 
et porte des habitants d'une nature différente : les uns sont 
noirs, les autres blancs ; ceux-ci ont le corps couvert de 
poils à la manière des animaux ; ceux-là se distinguent par 
quelque autre conformation plus ou moins bizarre. Enfin. 

i. Tliom. llyde, ouvrage cilé, p. 296 et 21)8, cliap. xxii. 

2. Zeml Av., t. Il, p. 109. 

3. Zend Av., t. III, p. Mb. 

4. Zend Av., t. II, p. 170. 

5. Zend Av., t. III, p. 563. 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 287 

une seule de ces grandes parties de la terre a reçu la loi de 
Zoroaslre; les six autres sont abandonnées aux de^vs. Voici 
maintenant sur le même sujet l'opinion des kabbalistes. 
Nous nous bornerons, en la rapportant, au rôle de traduc- 
teur. c( Quand Dieu créa le monde, il étendit au-dessus de nous i ^ ^ 
« sept cieux, et lorma sous nos pieds un même nombre de 1 ' 
« terres. Il fit également sept fleuves, et composa la semaine ' "/ ^k/vt^ 
« de sept jours. Or, comme cbacun de ces cieux a ses con- ' y fU/j 
« stellations à part et renferme des anges d'une nature par- ' m ^ 
« ticulière, il en est de même des terres qui sont en bas. 
« Placées les unes au-dessus des autres, elles sont toutes 
« habitées, mais par des êtres de diverses natures, comme 
« il a été dit pour les cieux. Parmi ces êtres, les uns ont* * 
« deux visages, les autres en ont quatre, d'autres n'en ont 
« qu'un. Ils ne se ressemblent pas davantage par leur cou- 
ce leur : il en est de rouges, de noirs et de blancs. Ceux-ci 
« ont des vêtements; ceux-là sont nus comme des vers. Si 
« l'on objecte que tous les habitants de ce monde sont éga- 
« lement sortis d'Adam, nous demanderons s'il est possible 
(c qu'Adam se soit transporté dans toutes ces régions pour 
« les peupler de ses enfants? Nous demanderons combien de 
« femmes il aurait eues alors? Mais non, Adam n'a existé ' j 
« que dans cette partie de la terre qui est la plus élevée et ( ■^-^^'^^ 
u qu'enveloppe le ciel supérieur\ » La seule différence qui 
sépare cette opinion de celle des Parses, c'est qu'au lieu de 
regarder les sept parties de la terre comme des divisions 
naturelles d'une même surface, elle nous les représente enve- 
loppées les unes dans les autres et semblables, dit le texte, 
aux pelures d'un oignon (a^Si'! nSi^ "j^Sx b" 'i'''?^). 

1. Zuhar, 5° part., p. 9, verso, et 10, recto, de l'édition d'Amsterdam, sect. 
Nlp^l- Nous nous faisons un devoir de faire observer que les idées ne se suivent 
pas aussi bien dans le texte. Nous avons été obligé d'écarter beaucoup de répéti- 
tions et de digressions, non seulement inutiles, mais extrèu»ftujcat fastidieuses 
cl beaucoup trop longues à rapporter. 



288 L\ KABBALE. 

Tels sont, dans toute leur simplicité, sans aucun arran- 
gement systémalique, les éléments qui constituent le fond 
commun de la kabbale et des idées religieuses nées sous 
l'influence du Zend Avesta. Quels qu'en soient le nombre 
et l'importance, nous reculerions encore devant la consé- 
quence qui résulte de ce parallèle, si nous n'avions égale- 
ment trouvé, dans les livres sacrés des Parses, toute la 
mythologie céleste et infernale, une partie de la liturgie et 
même quelques-uns des dogmes les plus essentiels du 
judaïsme. Cependant, à Dieu ne plaise que nous accusions 
les kabbalistes de n'avoir été que de serviles imitateurs ; 
d'avoir adopté sans examen, ou du moins sans modification, 
en se bornant à les couvrir de Tantorité des livres saints, 
des idées et des croyances tout à fait étrangères. En thèse 
générale, il est sans exemple qu'un peuple, si forte que soit 
sur lui l'action d'un autre peuple, en soit venu à abdiquer 
sa véritable existence, qui est l'exercice de ses facultés inté- 
rieures, pour se contenter d'une vie et, si je puis m'ex- 
primer ainsi, d'une âme d'emprunt. Or il est impossible 
de considérer la kabbale comme un fait isolé, comme un 
accident dans le judaïsme ; elle en est au contraire la vie et 
le cœur; car si le Thalmud s'est emparé de tout ce qui con- 
cerne la pratique extérieure, l'exécution matérielle de la 
loi, elle a gardé pour elle exclusivement le domaine de la 
spéculation, les plus redoutables problèmes de la théologie 
naturelle et révélée, sachant d'ailleurs exciter la vénéra- 
lion du peuple en montrant elle-même, pour ses grossières 
croyances, un respect inviolable, et en lui laissant entendre 
qu'il n'y avait rien dans sa foi ou dans son culte qui ne 
s'appuyât sur un myslère sublime. Elle le pouvait sans user 
d'artifice, en portant ta ses dernières conséquences le prin- 
cipe de la méthode allégorique. Aussi avons-nous vu à quel 
rang elle a été élevée par le Thalmud et quel ascendant 
elle a su exercer sur l'imagination populaire. Les sentiments 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 289 

qu'elle inspirait aiUrcfois se sont conservés jusque dans les 
temps les plus rapprochés de nous; car c'est en s'appuyant 
sur des idées kabbalistiques que Sabbataï-Zévy, ce moderne 
Earchochébas, avait ébranlé pour un instant tous les Juifs 
de l'univers*. Ce sont encore les mêmes idées qui, vers la 
fin du xvju" siècle, ont excité la plus vive agitation parmi 
les Juifs de la Hongrie et de la Pologne % donnant naissance 
à la secte des zobarites, des nouveaux 'hassidim, et con- 
duisant des milliers d'Israélites dans le sein du christia- 
nisme. A considérer maintenant la kabbale en elle-même, 
il est impossible de n'y pas voir un immense progrès sur la 
théologie du Zend Àvcsla. Ici, en effet, quoique moins absolu 
qu'on ne le pense communément, quoique né en principe 
dans une religion qui reconnaît un seul Etre suprême, le 
dualisme est la pierre angulaire de l'édifice : Ormuzd et 
Ahrimane ont seuls une existence réelle, un caractère divin 
et une vraie puissance; tandis que l'Eternel, ce temps sans 
bornes dont ils sont sortis l'un et l'autre, est, comme nous 
l'avons dit, une pure abstraction. En voulant le décharger 
de la responsabilité du mal, on lui a enlevé le gouverne- 
ment du monde et par conséquent toute participation au 
bien ; on ne lui a laissé qu'un nom avec une ombre d'exis- 
tence. Ce n'est pas encore tout : dans le ZendAveUay comme 
dans les traditions postérieures qui s'y rattachent, toutes 
les idées relatives au monde invisible, tous les grands prin- 
cipes de l'intelligence humaine sont encore enveloppés dans 
un voile mythologique qui les fait prendre pour des réalités 
visibles et des personnes distinctes, faites à l'image de 
l'homme. Dans la doctrine des kabbalisles, les choses nous 
présentent un tout autre caractère : c'e^t le monothéisme 
qui est le fond, la base et le principe de tout; le dualisme 

i. Voir Lacroix, Mémoires de l'empire Ottoman, p. 259 el siiiv. — Peter 
Béer, ouvr. cit., t. II, j). 'iOOetsiiiv. — Uasmgc, Histoire des Jui/s, liv. IX, etc. 
2. Voir Y Appendice de ce volume. 

19 



290 LA KABBALE. 

et toutes les autres distinctions, quelles qu'elles soient, n'exis- 
tent plus que dans la forme. Dieu seul, le Dieu unique et 
suprême, est à la fois la cause, la substance et l'essence intel- 
ligible, la forme idéale de tout ce qui est ; il n'y a d'opposi- 
tion, de dualisme qu'entre l'être et le néant, entre la forme 
la plus élevée et le degré le plus infime de l'existence. Celle-là, 
c'est la lumière; celui-ci représente les ténèbres. Les ténèbres 
ne sont donc qu'une négation, et la lumière, comme nous 
l'avons plusieurs fois démontré, c'est le principe spirituel, 
c'est l'éternelle sagesse, c'est l'intelligence infinie qui crée 
tout ce qu'elle conçoit et conçoit ou pense par cela seul 
qu'elle existe. Mais s'il en est ainsi; s'il est vrai qu'à une 
certaine bauleur l'être et la pensée se confondent, les grandes 
conceptions de l'intelligence ne peuvent plus seulement 
exister dans l'esprit, elles ne représentent pas de simples 
formes dont on fait abstraction à volonté; elles ont une 
valeur substantielle et absolue, c'est-à-dire qu'on ne peut 
les séparer de l'éternelle substance. Tel est précisément le 
caractère des Sephirolb, de l'Homme céleste, du Grand et 
du Petit Visage, en un mot de toutes les personnifications 
kabbalistiques, bien différentes, comme on voit, des réali- 
sations individuelles et mythologiques du Zend Avesta. 
Cependant le cadre, le dessin extérieur du Zend Avesta est 
resté, mais le fond a complètement changé de nature, et la 
kabbale nous offre, par le fait même de sa naissance, un 
curieux spectacle, celui d'une mythologie passant à l'état 
de métaphysique, sous l'influence môme du sentiment reli- 
gieux. Cependant, malgré tant d'étendue et de profondeur, 
le système qui a été le fruit de ce mouvement n'est pas 
encore une de ces œuvres où la raison humaine fasse un 
libre usage de ses droits et de sa force; le mysticisme lui- 
même ne s'y produit pas sous sa forme la plus élevée, car 
il reste encore enchaîné à une puissance extérieure, celle de 
la parole révélée. Sans doute, cette puissance est plus appa- 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 291 

rente que réelle; sans doute, l'allégorie a bientôt fait de la 
lettre sainte un signe complaisant qui exprime tout ce qu'on 
veut, un instrument docile au service de l'esprit et de ses 
plus libres inspirations ; mais toujours est-il que ce procédé 
même, qu'il soit l'eftet d'un calcul ou d'une illusion sincère, 
cet art d'abriter des idées nouvelles sous quelque texte sécu- 
laire, est la consécration d'un préjugé fatal à la vraie philo- 
sophie. C'est ainsi que la kabbale, quoique née sons l'in- 
fluence d'une civilisation étrangère et malgré le panthéisme 
qui est au fond de toutes ses doctrines, a cependant un carac- 
tère religieux et national. C'est ainsi qu'en se réfugiant sous 
l'autorité de la Bible, ensuite de la loi orale, elle a conservé 
toutes les apparences d'un système de théologie, et de théo- 
logie judaïque. Il restait donc encore, pour la faire entrer 
dans l'histoire de la philosophie et de l'humanité, à détruire 
ces apparences et à la montrer sous son vrai jour, c'est-à- 
dire comme un produit naturel de l'esprit humain. Ce pro- 
grès, comme nous l'avons déjà dit, s'est accompli lente- 
ment, mais d'une manière d'autant plus sûre, dans la 
capitale des Ptolémées. Là, en effet, les traditions hébraïques 
franchirent pour la première fois le seuil du sanctuaire et 
se répandirent dans le monde, mêlées à beaucoup d'idées 
nouvelles, mais sans rien perdre de leur propre substance. 
Les dépositaires de ces vieilles traditions, en voulant re- 
prendre un bien qu'ils supposaient leur appartenir, accueil- 
lirent avec ardeur les plus nobles résullats de la philoso- 
phie grecque, les confondant de plus en plus avec leurs 
propres croyances. D'un autre côté, les prétendus héritiers 
de la civilisation grecque, s'accoutumant peu à peu à ce 
mélange, ne songèrent plus qu'à lui donner l'organisation 
d'un système oii le raisonnement et l'intuition, la philoso- 
phie et la théologie devaient être également représentés. 
C'est ainsi que se forma l'école d'Alexandrie, ce résumé 
brillant et profond de toutes les idées philosophiques et reli- 



-292 LA KABBALE. 

gieuses de rantiquité. Ainsi s'explique la ressemblance, 
j'oserais presque dire l'idenlité que nous avons trouvée sur 
tous les points essentiels, entre le néoplatonisme et la kab- 
bale. Mais, une fois entrée par cette voie dans le fond com- 
mun de l'esprit humain, la kabbale n'en continua pas moins, 
chez les Juifs de la Palestine, à se transmettre exclusivement 
par la tradition dans un petit cercle d'élus et à se regarder 
comme le secret d'Israël. C'est dans cet état qu'elle a été 
introduite en Europe, et qu'elle a toujours été enseignée 
jusqu'à la publication du Zohar. Ici commence un nouvel 
ordre de recherches, à savoir : Quelle influence la kabbale 
a exercée sur la philosophie hermétique et mystique qui a 
jeté en Europe un si vif éclat depuis le commencement du 
xv^ jusqu'à la fin du xvif siècle, dont Raymond Lulle peut 
être regardé comme le premier, et François Mercuricus van 
Helmont comme le dernier représentant. Ce sera peut-être 
le sujet d'un second ouvrage, qui pourra être regardé comme 
le complément de celui-ci. Mais le but que nous nous 
sommes proposé relativement au système kabbalistique 
proprement dit, nous pensons l'avoir atteint, et il ne nous 
reste plus qu'à énoncer, dans une récapitulation rapide, les 
résultais que nous croyons avoir obtenus. 

1° La kabbale n'est pas une imitation de la philosophie 
-platonicienne, car Platon était inconnu dans la Palestine, 
où le système kabbalistique a été fondé; ensuite, les deux 
doctrines, malgré plusieurs traits de ressemblance dont on 
est frappé au premier coup d'oeil, diffèrent totalement l'une 
de l'autre sur les points les plus importants. 

2° La kabbale n'est pas une imitation de l'école d'Alexan- 
drie : d'abord parce qu'elle est antérieure à l'école d'Alexan- 
drie; en outre parce que le judaïsme a toujours montré à 
l'égard de la civilisation grecque une aversion et une igno- 
rance profondes, dans le même instant où il plaçait la kab- 
bale au rang d'une révélation divine. 



LA KABBALE ET LA RELIGION DES PERSES. 295 

5° La kabbale ne peut pas être regardée comme l'œuvre 
de Pbilon, bien que les doclrines de ce théologien philo- 
sophe renferment un grand nombre d'idées kabbalisliques. 
Philon n'aurait pu transmettre ces idées à ses compatriotes 
demeurés en Palestine, sans les initier en même temps à la 
philosophie grecque. 11 était incapable, par la nature de 
son esprit, de fonder une doctrine nouvelle. Déplus, il serait 
impossible de trouver, dans les monuments du judaïsme, 
les moindres traces de son influence. Enfin, les écrits de 
Philon sont plus récents que les principes kabbalisliques 
dont on trouve soit l'application, soit la substance, dans la 
version des Septante, dans les proverbes de Ben Sirah et 
dans le livre de la Sagesse. 

4° La kabbale n'est pas un emprunt fait au christianisme, 
car tous les grands principes sur lesquels elle s'appuie sont 
antérieurs à l'avènement du Christ. 

5" Les ressemblances frappantes que nous avons trouvées 
entre cette doctrine et les croyances de plusieurs sectes de la 
Perse, les rapports nombreux et bizarres qu'elle nous pré- 
sente avec le Zend Âvesta, les ti'aces que la religion de Zoro- 
astre a laissées dans toutes les parties du judaïsme, et les 
relations extérieures qui, depuis la captivité de Babylone, 
n'ont pas cessé d'exister entre les Hébreux et leurs anciens 
maîtres, nous ont fait conclure que les matériaux de la 
kabbale ont été puisés dans la théologie des anciens Perses ; 
mais nous croyons avoir démontré en môme temps que cet 
emprunt ne détruit pas l'originalité de la kabbale; car, au 
dualisme en Dieu et dans la nature, elle a substitué l'unité 
absolue de cause et de subslance. Au lieu d'expliquer la 
formation des êtres par un acte arbitraire de deux pouvoirs 
ennemis, elle nous les représente comme les formes diverses, 
comme des manifestations successives et providentielles 
de l'intelligence infinie. Enfin, dans son sein, les idées 
prennent la place des personnifications réalisées, et la meta- 



294 U KABBALE. 

physique succède à la mythologie. Nous ajouterons que telle 
nous paraît être la loi universelle de l'esprit humain. Point 
d'originalité absolue; mais aussi, d'un peuple et d'un siècle 
à un autre, point de servile imitation. Quoi que nous puis- 
sions faire pour conquérir, dans le domaine des sciences 
morales, une indépendance sans limites, la chaîne de la 
tradition se montrera toujours dans nos plus hardies décou- 
vertes; et, si immobiles que nous paraissions quelquefois 
sous l'empire de la tradition et de l'autorité, notre intelli- 
gence fait du chemin, nos idées se transforment avec la 
puissance môme qui pèse sur elles, et une révolution est 
sur le point d'éclater. 



APPENDICE 



LA SECTE DES NOUVEAUX 'HASSIDIU 



La secte, kabbalistique des Zoharites a e'té pre'céde'e par celle des non- n '>*7'>C 
veaux 'Hassidim, c'est-à-dire des nouveaux saints, ou des nouveaux 
piétistesS fondée en 1740 par un rabbin polonais appelé /sraé/ Baal- 
schein, ou Israël le Thaumaturge^, et dont le centre était la ville de 
Medziboze, dans la province de Podolie. En peu de temps elle s'étendit, 
non seulement dans la Pologne, mais dans toute la Valachie, dans la 
Moldavie, en Hongrie, particulièrement dans les environs de la Galicie, et 
aujourd'hui encore elle est loin d'être éteinte. Elle a son culte, ses livres, 
ses docteurs à part, désignés sous le nom de justes {tsadiklin), et, pre- 
nant ses articles de foi pour l'expression complète, pour l'expression 
unique de la vérité, telle qu'il est donné à l'homme de la connaître 
ici-bas, elle repousse toute autre influence, tout élément de civilisation et 
touteculturequi n'est pas sortie de son sein. Elle oppose la plus énergique 

1. Les Juils désignent en général sous le nom de 'Hassid (fOn) quiconque se di<;- 
tinguc parmi eux par une stricte observance de toutes les lois religieuses, jointe à une 
vie ascétique et entièrement vouée à la |iénilcnce; celui qui fait de la piété le but et 
l'occupation de toute sa vie. 

2. Le nom de Bnalschcm (q^; S^l) signifie littéralement le maitre du nom. U 
s'applique à certains kabbalisles pratiques, à qui l'on accorde la vertu d opérer des 
miracles et des cures merveilleuses au moyen des diflérents noms de Dieu, au moyeu 
d'une sorte de tbéurgic kabbalistique. Voir le texte, 2" partie, cliap. m. 



290 LA KABBALE. 

résistance aux efforts que fait le gouvernement russe pour civiliser, et 
sans doute pour convertir à la religion nationale, les juifs répandus dans 
ses imnîenses possessions. Elle a pris pour base de sa doctrine le Zohar, 
mais en substituant, pour la multitude, la foi aveugle aux raisonnements 
métapbysiques, et en tempérant par une morale semi-épicurienne les 
austérités de la vie contemplative. Plus franche que les anciens kabba- 
listes, elle a rejeté ouvertement toutes les pratiques extérieures, tout 
l'échafaudage des préceptes thalmudiques, incompatibles, à ses yeux, 
avec une connaissance plus profonde de la nature divine. Elle ne recon- 
naît pas d'autre culte que la prière élevée jusqu'à la contemplation, 
jusqu'au ravissement et à l'extase; elle n'admet pas d'autre enseignement, 
entre le Zohar, que l'interprétation symbolique des écritures saintes 
dans la bouche des justes, c'est-à-dire de ses chefs. En vertu de ce 
principe kabbalistique, que le juste est l'expiation de Viinivers, elle 
accorde à ses chefs des pouvoirs spirituels d'une nature extraordinaire, 
comme celui d'absoudre l'homme de ses péchés, de le délivrer d'un 
danger imminent, de le guérir par sa seule prière des maladies les plus 
incurables; mais à la condition que celui qui souffre aura foi dans cette 
intervention surnaturelle. Du reste, cette intervention n'est pas absolu- 
ment indispensable, chacun peut obtenir les mêmes résultats en s'unis- 
sant étroitement à Dieu ; car dans cette union mystique est la véritable 
science, la véritable puissance et l'accomplissement de tous nos vœux. 
A ces idées viennent se mêler de superstitieuses légendes, des habitudes 
grossières et des préjuges de toute espèce, fruits de l'ignorance, de la 
dégradation civile et d'une misère séculaire. 

Un homme de beaucoup d'esprit et de savoir qui, après avoir traversé 
les plus étranges vicissitudes, aprèsavoir connu toutes les superstitions et 
toutes les misères, s'est reposé finalement dans la philosophie de Kant, 
Salomon Maïmon, dans ses mémoires *, nous a laissé quelques détails 
assez piquants sur cette secte à laquelle il avait été affilié. Nous croyons 
donc bien faire en traduisant ici quelques pages de son livre trop peu connu 
et devenu extrêmement rare ; mais auparavant nous regardons comme 
un devoir de prévenir nos lecteurs que Salomon Maïmon, à l'exemple de 
Kant, dont au reste il n'a guère pris que le scepticisme, est d'une sévérilé 
extrême pour toutes les opinions mystiques, et particulièrement pour la 
kabbale, sans doute pour faire oublier son exaltation première. Voici 
donc en quels termes, après avoir traité avec beaucoup de rigueur les 

1. Salomon Maimons Lcbensgeschichle, von iltm selbst gescJiriehcn iind heraus- 
gegehcn von K. P. Moritz. 2 voi. in-12. Berlin, 1792. L'cxlrait que nous allons tra- 
duire apparlicnt au t. \', cliap. xtx. 



APPENDICE. 297.' 

kabbalistes pratiques, les thaumaturges, les auteurs de cures merveil- 
leuses au moyen des noms divins, il s'exprime sur le compte des kabba- 
listes spéculatifs, des fondateurs de la secte des nouveaux 'Hassidim : 

(( D'autres, d'un génie supérieur, d'une àme plus noble, se proposaient 
un but bien autrement élevé. Persuadés que pour être utiles à la cause 
générale et à leur cause particulière, ils avaient besoin d'être investis de 
la confiance du peuple, ils voulurent prendre sur lui de l'ascendant, mais 
pour l'éclairer. Leur plan était donc tout à la fois politique et moral. 
D'abord on peut croire qu'ils voulaient seulement débarrasser l'organisa- 
tion morale et religieuse des juifs des abus qui s'y étaient introduits; 
mais ces réformes partielles devaient nécessairement faire crouler le 
système tout entier. 

« Les principaux points sur lesquels portaient leurs attaques étaient 
les suivants : 1° La science rabbini(iue, au lieu de simplifier les pré- 
ceptes religieux et de les rendre intelligibles pour tous, tend, au contraire, 
à les compliquer et à les rendre incertains. 2" Elle a le défaut de 
s'attacher exclusivement à l'étude de la loi, au lieu de s'occuper surtout 
des moyens de la mettre en pratique. Ainsi, certaines dispositions de cette 
loi, entièrement tombées en désuétude, comme celles qui règlent les 
sacrifices, les purifications et quelques autres du même genre, sont appro- 
fondies avec autant de soin que celles dont l'usage n'a pas cessé. 5° Ils 
reprochaient enfin à cette même science de ne tenir compte, dans la 
pratique elle-même, que des cérémonies extérieures, et de perdre de vue 
leur but moral. Ils s'attaquaient, avec la même rigueur, à la piété mal 
entendue de ceux qui se livraient à la pénitence. Les hommes dont nous 
parlons s'efforçaient sans doute de pratiquer la vertu ; mais, comme la 
raison n'était pas la source de leurs croyances, et que par là même ils 
S3 faisaient une fausse idée de Dieu et de ses attributs, ils devaient néces- 
sairement méconnaître la vraie vertu et s'en créer une d'après leur 
imagination. Aussi, tandis que l'amour de Dieu et le désir de lui ressem- 
bler auraient dû les porter à se soustraire à l'esclavage des sens et des 
passions, et à se conduire d'après les lois d'une volonté libre guidée par 
la raison, ils cherchaient bien plutôt à anéantir leurs sens et leurs passions 
en détruisant en même temps leurs forces elles-mêmes, comme je l'ai 
démontré ailleurs par quelques exemples déplorables. 

« Les réformateurs ou édaireurs demandaient, au contraire, comme 
condition indispensable de la vraie vertu, la sérénité de l'àmc et un esprit 
disposé à toute espèce d'activité; ils ne se contentaient pas de permettre, 
mais ils recommandaient l'usage modéré de toutes les jouissances, afin 
de conserver cette sérénité si précieuse. Leur culte divin consistait ù se 



298 LA KABDALE. 

détacher librement du corps, c'est-à-dire à de'tourner leur pensée de 
tout ce qui n'est pas Dieu, sans en excepter leur »ioz individuel, et à 
s'unir complètement à Dieu : de là une sorte de négation d'eux-mêmes, 
qui leur faisait mettre sur le compte de la divinité toutes les actions 
qu'ils commettaient dans cet état. 

« Leur culte était donc une espèce de piété spéculative à laquelle ils 
n'assignaient ni heure ni formule particulière, laissant chacun s'y livrer 
selon le degré de perfection auquel il était parvenu ; cependant ils choi- 
sissaient de préférence les heures destinées au service officiel du culte ; 
ils s'y appliquaient surtout à ce détachement dont j'ai parlé, c'est-à-dire 
qu'ils se plongeaient si avant dans la contemplation de la perfection divine, 
que tout le reste disparaissait devant eux ; à les en croire, ils n'avaient 
même plus conscience de leur propre corps, qui, assuraient- ils, était 
privé dans ces moments-là de toute sensibilité. 

« Mais, comme un aussi complet détachement n'est pas chose facile à 
obtenir, ils s'efforçaient, au moyen de diverses opérations mécaniques, 
telles que le mouvement et les cris, de rentrer dans cet état lorsqu'une 
distraction quelconque les en avait tirés, et de s'y maintenir durant 
toute la durée des exercices pieux. C'était chose comique de les voir 
fréquemment interrompre leurs prières par des exclamations étranges, 
par des gestes ridicules adressés à Satan, cet ennemi invincible qui 
cherchait malignement à les troubler durant leurs prières, et qu'ils 
repoussaient par la menace et l'insulte; maintes fois, fatigués par la 
violence de cet exercice, ils tombaient évanouis à la fin de la prière. 

« Plusieurs naïfs sectateurs de cette doctrine, interrogés sur ce qui 
occupait leur pensée durant ces longs jours où ils se promenaient oisifs, 
la pipe à la bouche, répondaient « qu'ils pensaient à Dieu » ! Mais, pour 
que cette réponse fût satisfaisante, il eût fallu qu'une étude constante de 
la nature les aidât à compléter les notions qu'ils avaient de la perfection 
divine; or, comme il n'en était point ainsi, comme leurs connaissances 
naturelles étaient au contraire des plus restreintes, cette concentration 
de toute leur activité sur un point unique et qui devait leur échapper 
sans cesse constituait un état contre nature. En outre, pour pouvoir 
attribuer leurs actions à Dieu, il eut fallu que ces actions eussent pour 
mobile une connaissance exacte des attributs divins; étaient-elles, au 
contraire, le résultat de leur ignorance, il arrivait infailliblement qu'une 
foule d'excès étaient mis sur le compte de la divinité ; c'est du reste ce 
que les suites ont trop bien prouvé. 

« Il est d'ailleurs facile de comprendre comment cette secte se répandit 
si promptement, et pourquoi la nouvelle doctrine trouva tant de faveur 



APPENDICE. 299 

auprès de la majeure partie de la nation : l'amour de l'oisiveté et de la 
vie spéculative chez cette foule vouée à l'étude dès sa naissance, la séche- 
resse et la stérilité de la science rabbinique, l'ennui des prescriptions 
cérémonielles dont la nouvelle doctrine voulait alléger le fardeau, enfin 
la satisfaction qu'y trouvaient un penchant naturel k l'exaltation et le 
goût du merveilleux, tout explique le fait d'une manière plus que 
suffisante. 

« Dans l'origine, les rabbins et les dévots de l'ancienne mode cher- 
chèrent à s'opposer au développement de cette secte, qui n'en obtint pas 
moins le dessus pour les raisons que je viens d'énumérer. L'animosité 
devint très vive des deux côtés ; chaque parti chercha k se faire des 
adhérents, une scission s'opéra parmi le peuple, et les opinions furent 
partagées. 

« Je ne pouvais k cette époque me former une idée exacte de cette secte 
et ne savais trop qu'en penser, lorsqu'un jeune homme, déjà incorporé 
à la société, et qui avait eu le bonheur de parler aux supérieurs face k 
face, vint k passer par l'endroit où je demeurais. Je n'eus garde de laisser 
échapper une si belle occasion, et demandai k l'étranger quelques ren- 
seignements sur l'organisation intérieure de cette secte, sur la manière 
dont on y était admis, etc. 

« L'étranger, qui n'avait pas encore dépassé le premier degré d'initia- 
tion, ne savait rien touchant l'organisation intérieure et ne put rien m'en 
apprendre ; mais, quant au mode d'admission, il m'assura que c'était la 
chose la plus simple du monde. Quiconque se sentait le dé^ir d'arriver 
k la perfection sans savoir comment il pourrait satisfaire k ce vœu ou 
comment il se délivrerait des obstacles qui se trouveraient sur sa route, 
n'avait qu'à s'adresser aux supérieurs, et, eo ipso, le voilk membre de 
cette société. Il n'était pas même nécessaire (comme cela se pratique 
avec les médecins) d'entretenir les chefs de ses infirmités morales ni du 
genre de vie que l'on avait mené jusqu'alors; car, rien n'étant inconnu 
à ces hommes sublimes, le cœur humain se montrait k nu devant eux, 
et ils y lisaient jusque dans les plus secrets replis; pour eux, l'avenir 
n'avait point de voiles, et la di.stance dans l'espace disparaissait à leurs 
yeux comme la distance dans le temps. 

« Leurs prédications et leurs leçons morales n'étaient pas méditées et 
ordonnées à l'avance d'après un plan régulier; car ce moyen, générale- 
ment usité, ne saurait convenir qu'k celui qui se regarde comme existant, 
agissant par lui-même et distinct de la divinité; ces supérieurs ne con- 
sidéraient au contraire leur enseignement comme divin, ut [)ar conséquent 
comme infaillible, que lorsqu'il était le fruit de l'anéantissement d'eux- 



500 U KABBALE. 

mêmes devant Dieu, c'est-à-dire lorsque la parole leur était inspirée 
{ex tempore), selon le besoin des circonstances et sans qu'ils y missent 
aucunement du leur. 

« Enchanté de cette description, je priai l'étranger de me communi- 
quer quelques-unes de ces divines leçons; alors, se frappant le front de 
la main, comme s'il eût attendu l'inspiration d'en haut, et agitant sans 
relâche ses bras qu'il avait à demi découverts, il se retourna vers moi d'un 
air solennel et commença de la sorte : 

« Chantez à Dieu un nouveau cantique ; sa louange est dans la réunion 
« des saints. (Ps. 149, v. 1.) Voici comment nos supérieurs expliquent 
« ce verset : Les attributs de Dieu, être tout parfait, doivent nécessai- 
(( rement surpasser de beaucoup les attributs de tout être fini; sa 
« louange, comme expression de ces attributs, doit donc également sur- 
« passer toute louange donnée aux hommes. Or, jusqu'à présent, quand 
« on voulait louer Dieu, on se bornait à lui reconnaître certaines puis- 
« sances surnaturelles, comme de découvrir l'inconnu, de prévoir l'avenir, 
(( d'agir immédiatement par sa simple volonté, etc. Mais, maintenant 
« que les hommes pieux (les supérieurs) sont également capables d'ac- 
« complir ces merveilles, et que Dieu n'a aucune prérogative sur eux à 
(( cet égard, il faut songer à trouver une louange nouvelle qui ne puisse 
« se rapporter qu'à Dieu seul. » 

« Tout ravi de cette manière ingénieuse d'interpréter les Saintes 
Écritures, je suppliai l'étranger de me citer encore quelques explica- 
tions de ce genre, et celui-ci, toujours dans le feu de l'inspiration, 
continua en ces termes : Tandis que le musicien jouait, l'esprit de 
Dieu descendit sur lui. (II, Li^Te des Rois, m, 15.) « Voici comment ils 
(( interprètent ces paroles : Tant que l'homme n'a pas renoncé à son 
(( activité personnelle, il est incapable de recevoir l'inspiration de 
<( l'Esprit-Saint; il faut pour cela qu'il se considère comme un instru- 
(( ment purement passif. Ce passage signifie donc : Quand le musicien 
(( (le serviteur de Dieu) devient semblable à l'instrument, alors l'Esprit 
« de Dieu descend sur lui*. » 

« Et maintenant écoutez encore, poursuivit l'étranger, l'explication 
« de ce passage de la Mischna où il est dit : Que l'honneur de ton 
« prochain te soit aussi cher que le tien. » 

1. Cette interprétation repose sur deux équivoques. Le mot liébreu Tj;; signifie à la 
fois un instrument de musique et l'action d'en jouer. Ce mot est précédé du préfixe 
3 dont la signification est également double; car on peut le traduire à la fois par 
lorsque, tandis que [tandis que le nnisiricn jouait ., et par comme, semblable à 
[le musicien devenu semblable à un instrument). (A. Y.) 



APPENDICE. 501 

« Nos maîtres expliquent ces paroles de la manière suivante : Il est 
« certain que personne ne peut trouver de plaisir à se faire honneur 
« à soi-même, ce qui serait tout à fait ridicule; mais il est tout aussi 
« ridicule d'attacher trop de prix aux témoignages d'honneur qui peu- 
« vent nous être rendus par un autre, puisque nous ne saurions réelle- 
« ment acquérir par là une valeur supérieure à celle que nous possédons. 
« Aussi le vTai sens de ces paroles est-il : u Que l'honneur de ton 
{( prochain (c'est-à-dire que ton prochain te rend) te soit aussi indifférent 
« que le tien (que celui que tu te rends à toi-même) . » 

« Je restai confondu d'admiration devant l'excellence des pensées, et 
tout émerveillé de l'ingénieuse exégèse sur laquelle on les appuyait. 

« Mon imagination s'exalta vivement à la suite de ces récits, et 
devenir memhre de cette vénérahle société fut dès lors mon vœu le 
plus ardent; aussi, hien décidé à faire le voyage de M..., où résidait 
le chef suprême B..., j'attendis avec impatience la fin de mon servage' ; 
dès que le terme en fut arrivé et que j'eus reçu mon payement, je 
commençai mon pèlerinage, au lieu de retourner dans mon domicile, qui 
n'était éloigné que de deux milles; le voyage ne dura pas moins de 
plusieurs semaines. 

« Aussitôt arrivé à M..., et à peine reposé de mes fatigues, je n'eus 
rien de plus pressé que de me rendre chez le supérieur, croyant que 
j'allais immédiatement lui être présenté. Mais on me dit que je ne 
pouvais encore être introduit chez lui, que j'eusse à revenir le samedi 
suivant, comme les autres étrangers également arrivés pour le voir et 
avec lesquels j'étais invité à sa tahle; à cette occasion j'aurais le honheur 
de voir le saint homme face à face et d'entendre de sa bouche l'ensei- 
gnement le plus sublime, de telle sorte que cette entrevue publique 
pourrait être regardée comme une audience particulière, à cause de tout 
ce que j'y remarquerais d'individuel et n'ayant trait qu'à moi seul. 

(( J'arrivai donc le jour du sabbat à ce festin solennel, et je trouvai 
chez mon hôte inconnu un grand nombre d'hommes vénérables, venus 
de difl'érentes contrées dans le même dessein que moi. Le grand homme 
fit enfin son entrée ; il avait un maintien des plus imposants et portait 
un vêtement complet de satin blanc; ses souliers et jusqu'à sa tabatière 
étaient de celte couleur, que les kabbalisles regardent comme la couleur 
de la grâce. Il gratifia chaque nouvel arrivé d'un salam, c'est-à-dire 
qu'il le salua. 

(( On se mit à table, et durant tout le temps du repas régna un silence 

1. Salomon M;iïmori était alors engage dans une ferme isolée, comme inslilulcur 
des enl'anls du fermier. 



302 LA KABBALE. 

solenneL Le repas terminé, le chef entonna une mélodie sacrée, propre 
à élever l'àme, puis il appuya la main sur son front et appela à haute 
voix chaque nouvel arrivé par son nom et celui de sa demeure, ce qui 
nous causa une extrême surprise. 11 demanda à chacun de nous de lui 
réciter un verset tiré de l'Écriture sainte, et lorsqu'on eut satisfait à 
sa demande, le supérieur commença un sermon auquel les versets récités 
devaient servir de texte ; il savait les lier avec tant d'art que, bien qu'ils 
fussent pris sans suite dans divers livTes de l'Écriture sainte, il les pré- 
sentait comme s'ils eussent formé un tout homogène ; mais ce qui était 
plus étrange encore, c'est que chacun de nous croyait trouver dans la 
partie du sermon correspondant à la citation quelque chose de relatif à 
ses sentiments intimes. Tout cela nous jeta dans une grande admiration. 

« Mais peu de temps suffit pour me faire revenir de ma haute opinion 
sur ce chef et sur cette société en général. Je remarquai que leur ingé- 
nieuse exégèse était fausse et en outre qu'elle était rétrécie par les prin- 
cipes extravagants qui lui servaient de base ; puis, une fois cette exégèse 
entendue, adieu toute autre nourriture intellectuelle! — Leurs prétendus 
miracles s'expliquaient aussi de la manière la plus simple : les corres- 
pondances, les espions, une certaine connaissance du cœur humain aidée 
de la physiognomonique, des questions habilement posées de manière à 
surprendre les secrets de l'àme, voilà par quels moyens ils se faisaient 
décerner, par les gens simples et crédules, leur brevet de prophètes. 

« Ce qui contribua beaucoup aussi à me dégoûter de cette société, 
ce furent ses allures cyniques et son dévergondage dans la gaieté ; pour 
n'en citer qu'un exemple, je dirai qu'un jour, nous étant tous réunis chez 
le supérieur à l'heure de la prière, l'un des nôtres arriva un peu plus 
tard que de coutume; les autres lui en ayant demandé la cause, il 
répondit que c'était parce que sa femme était accouchée d'une fille 
pendant la nuit; sur quoi chacun se mit à le féliciter à grand bruit. Le 
supérieur survint, s'informa de la cause de tout ce tumulte, et quand il 
apprit que P... était devenu père d'une fille, il s'écria avec humeur : 
« Une fille ! qu'on lui donne les étrivières ! » 

« Le pauvre homme se défendit de son mieux ; il ne comprenait nul- 
lement pourquoi une peine lui serait infligée parce que sa femme avait 
mis une fille au monde; mais rien n'y fit! On s'empara de lui, on vous 
retendit à terre, et ce fut à qui le fustigerait le plus durement. Tous, à 
l'exception de la victime, entrèrent en grande gaieté à la suite de celte 
exécution, et là-dessus le chef les exhorta à la prière en ces termes : 
(( Frères, servez le Seigneur avec joie! » 

« Je ne voulus pas séjourner plus longtemps dans cet endroit, et, après 



APPENDICE. 503 

avoir reçu la bénédiction du supérieur, après avoir pris congé de la 
société, je partis avec la résolution de l'abandonner à jamais et je re- 
tournai dans mes pénates. 

« Cette secte formait, à considérer son but et les moyens mis en 
œuvre, une espèce de société secrète qui aurait acquis la domination 
de la nation presque entière et opéré sans nul doute une grande révo- 
lution, si les extravagances de quelques-uns de ses membres n'avaient 
mis à nu bien des côtés faibles et fourni des armes contre elle à ses 
adversaires. 

« Quelques-uns d'entre eux, qui avaient à cœur de se montrer vrais 
cyniques, violaient ouvertement toutes les lois de la décence, couraient 
entièrement nus sur des places publiques, etc. Leurs improvisations 
(conséquence du principe de l'annihilation) leur faisaient souvent intro- 
duire dans leurs sermons les absurdités les plus incompréhensibles et 
les plus désordonnées : il y en eut même qui devinrent fous au point de 
se figurer qu'effectivement ils n'existaient plus. A cela se joignirent 
encore (et ce furent les causes principales qui hâtèrent leur chute) leur 
orgueil et leur mépris pour tout ce qui n'était pas de leur secte, mais 
surtout pour les rabbins, dont ils se firent des adversaires acharnés et 
puissants. » 

Chez les anciens 'Hassidim l'étude du Zohar et les croyances kabba- 
listiques étaient toujours accompagnées des plus grandes austérités, des 
plus cruelles abstinences de la vie ascétique. C'étaient le mépris de la 
vie et le principe de la pénitence portés jusqu'à leur dernière exagération. 
Le même Salomon Maïmon nous en rapporte un exemple terrible qu'il 
a eu sous les yeux pendant son enfance et son séjour en Pologne. On ne 
nous saura pas mauvais gré d'ajouter à ce qui précède la traduction de 
ce récit. 

« Un savant renommé par sa piété, Simon de Lubtsch, avait déjà 
accompli la pénitence de Kana, qui consiste à jeûner tous les jours 
pendant six ans et à ne rien prendre le soir qui provienne d'un être vivant, 
comme la viande, les laitages, le miel, etc. ; il s'était en outre acquitté 
de la pénitence dite Golath, c'est-à-dire une pérégrination constante 
durant laquelle on ne passe pas deux nuits de suite dans le même endroit, 
et il portait habiluellcmcnt un cilicc de crin sur la peau nue; eh bien, 
tout cela ne suffisait pas à sa conscience, et pour être en paix avec lui- 
même, il se crut obligé à une autre espèce d'épreuve, appelée la péni- 
tence au poids*, c'est-à-dire une pénitence particulière et proportionnée 

1- SDï?cn nai^rn- 



504 LA KABIiALE. 

à chaque péclié. Mais, après avoir fait son compte, il resta persuadé que 
le nomljre de ses péclie's était trop grand pour qu'il put jamais les expier 
de cette façon, et il se mit en tète de se laisser mourir de faim. Après 
avoir jei!mé quelque temps, il vint à passer par l'endroit qu'habitait mon 
père, et, sans prévenir qui que ce fût de la maison, il s'en alla tout droit 
dans la grange, où il tomba sans connaissance. Mon père, étant survenu 
par hasard, trouva cet homme, qu'il connaissait depuis longtemps, 
étendu par terre à demi mort et tenant à la main un Zohar, le livre 
le plus important de la kabbale. 

(( Mon père savait à qui il avait affaire et se procura aussitôt une 
foule de rafraîchissements; mais toutes ses instances furent vaines, il ne 
put rien lui faire accepter ; plusieurs fois il revint à la charge, et tou- 
jours il trouva Simon inflexible; ayant à la fm quelque occupation qui 
l'appelait dans l'intérieur de la maison, il fut obligé d'abandonner son 
hôte pour quelques instants; aussitôt celui-ci, pour se délivrer de toute 
importunité, rassembla ses forces et parvint à se traîner hors de la 
maison et même hors du village. Quand mon père retourna dans la 
grange et la trouva vide, il se mit à courir après lui et le trouva mort 
non loin du village. Le fait se répandit parmi les juifs, et Simon fut 
regardé comme un saint. ' 

1, Ourr. cilc, l. I, thap. xvi. 



LA SECTE DES ZOIIAUISTES OU ANTITIIALiMUDISTES 



Vers l'an 1750, un certain Jacob Frank, né en Pologne en 1712, qui 
avait exercé dans sa jeunesse le métier de distillateur, et plu 5 tard avait 
séjourné en Crimée et dans d'autres provinces turques adjacentes, revint 
de là avec la réputation de kabbaliste. Il s'établit en Podolie et se fit, 
parmi les juifs polonais et quelques-uns de leurs rabbins les plus fameux, 
un parti considérable, dans lequel entrèrent des communautés entières: 
par exemple, celles de Landskron, Biisk, Osiran, et plusieurs autres. Il 
répandit parmi eux la doctrine de Sabbathaï-Zévy, non sans y apporter 
toutefois les modifications qu'il jugeait convenables, et composa dans ce 
but un ouvrage qu'il fit circuler manuscrit parmi ses disciples. On ne 
pouvait lui reprocber d'en imposer par des jongleries, comme sespréde'- 
cesseurs et comme Bescht-, son rival contemporain; car il agissait uni- 
quement par la persuasion et par l'ascendant que lui donnaient des 
manières pleines de distinction. 

Jaloux de sa réputation, les rabbins persécutèrent Frank et ses par- 
tisans avec une violente aniniosité. Un jour que Frank et un grand 
nombre de ses sectaires avaient entrepris un pèlerinage à Salonique, où 
demeurait alors leur corypliée Bcracbiab, les rabbins les dénoncèrent au 
gouvernement polonais; et, sur leurs instances, tous nos pèlerins furent 
arrêtés à la frontière et tenus dans une étroite captivité. Les sectaires 
curent recours à l'évèquc de Podolie, alors très puissant, et, en effet, 
celui-ci leur procura une sauvegarde royale qui leur permit de vivre en 
Pologne conformément à leurs principes, d'y fonder une secte distincte 

1. Le fragment qu'on va lire est en grande partie Irailiiit d'un liistoricn allemand, 
frcquonmiciit cité dans le cours de eut ouvrag(\ l'el(M' Uoer, Histoire des doctrines 
cl opinions des sortes religieuses chez les Juifs, t. IF, p. 5U9 et suiv. 

2. C'est ainsi qu'un appi-lle i)ar aljrévialion le l'ondatcur de la secte des nouveaux 
'Ilassidiin, Israël Iîa:ilsiliein. Voir rap])eiiJi(X' précédent. 

20 



306 LA KABBALE. 

sous le nom de zoharites ou à' antilhahniidistes, parce qu'ils adoptaient 
le Zohar ou le système kabbalistique comme le fondement de leur reli- 
gion, et rejetaient le Thahniid. Avant que cette décision fût prise, les 
deux partis soutinrent, dans les églises de Kamienitz, Podolsky et Lem- 
berg, différentes controverses en présence de plusieurs évêques et 
officiers de la couronne. En cette circonstance, la nouvelle secte fit 
publiquement sa profession de foi, qui consistait dans les propositions 
suivantes' : 

« 1° Nous croyons à tout ce que Dieu nous a, de temps immémorial, 
communiqué par la tradition et la révélation, et nous nous regardons 
comme tenus, non seulement à pratiquer ce qui nous est commandé 
par sa loi, mais encore à pénétrer plus avant dans le sens de nos doc- 
trines, afin d'y découvrir aussi les mystères qui y sont renfermés. Car 
Dieu n'a-t-il pas dit à Abraham [Gen., XVII, H) ; « Je suis le Tout- 
« Puissant; marche devant moi, et sois sincère » ? N'a-t-il pas dit ailleurs 
[Deuléronome, X, 12) : « Et maintenant, Israël, que demande de toi 
« l'Éternel, ton Dieu, sinon de craindre l'Éternel, ton Dieu, de marcher 
« dans toutes ses voies et de l'aimer; de servir l'Éternel, ton Dieu, de 
« tout ton cœur et de toute ton âme; c'est-à-dire de garder les com- 
« mandements de l'Éternel et les statuts que je t'impose aujourd'hui pour 
(( ton bien »? Tout cela prouve qu'il faut être fidèle à Dieu et à ses 
préceptes, et s'appliquer à comprendre clairement le sens de la loi; il 
faut en outre le respect du Seigneur : « La crainte de Dieu est le com- 
« mencement de la sagesse. » {Prov., III, 10.) 

« Cependant l'amour et la crainte de Dieu ne sont point suffisants : 
il faut aussi que l'homme reconnaisse la grandeur de Dieu dans ses 
œuvres. C'est d'après ce principe que David, sur son lit de mort, disait 
à son fils Salomon [Chroniques, I, 28, 9) : « Reconnais le Dieu de 
« ton père et sers-le » . La-dessus le Zohar demande : « Pourquoi lui 
« a-t-il recommandé d'abord de connaître Dieu, et seulement ensuite de 
« le servir? C'est qu'un culte divin qui n'a pas été précédé de la con- 
« naissance de Dieu n'a aucune valeur. » Il faut que ce culte soit fondé 
sur la sagesse et la vérité. « La sagesse », dit le Nouveau Zohar, au 
nom de Simon ben Jocliaï, « la sagesse qui est nécessaire à l'homme 
« consiste à réfléchir sur les secrets du Seigneur, et tout homme qui 
« abandonne ce monde sans avoir acquis cette connaissance sera repoussé 

1. Celte profession de foi, rcdig^ée en polonais et en hébreu rabbinique, a clé publiée 
simultanément dans ces deux langues, à I.cmbcrg. Comme elle paraissait trop longue 
à rapporter tout enlière, on s'est contenté d'en donner des extraits qui siil'liront à en 
faire connaître rc5i>rit. 



APPE>'DICE. 307 

« de toutes les portes du paradis, quel que soit le nombre des bonnes 
« œuvres dont il pourra d'ailleurs être accompagné. » 

« Nous lisons dans le même livre : « Celui qui ne sait pas honorer 
« le nom de son Dieu, il vaudrait mieux pour lui qu'il n'eût pas été 
« créé; car Dieu n'a mis l'homme en ce monde que pour qu'il s'efforce 
« d'approfondir les mystères renfermés dans son divin nom. » A propos 
de ces paroles de David (Ps. 145, 18) : « Dieu est près de ceux qui l'in- 
« voquent avec sincérité », le Zohar demande : « Est-il donc possible 
« de ne pas invoquer Dieu sincèrement? » Et il répond : « Oui. Car 
« celui qui invoque Dieu et ne comprend pas quel est celui qu'il invoque, 
« celui-là est dans l'erreur. Par là il est démontré que c'est un devoir 
« pour tout homme de croire en Dieu et à sa révélation, d'étudier ses 
« lois, de le reconnaître, lui, ses lois et ses jugements, et d'approfondir 
« les mystères de la Thora. Celui qui croit de cette manière accomplit la 
« volonté et l'ordre de Dieu, et celui-là seul mérite réellement le nom 
« d'Israélite. » 

« 2" Nous croyons que Moïse, les prophètes et tous nos maîtres qui 
les ont précédés s'expriment souvent dans leurs écrits d'une manière 
figurée, et qu'un sens mystérieux se cache sous leurs paroles. Ces écrits 
sont semblables à une femme voilée qui n'expose pas sa beauté à tous les 
yeux, mais qui exige de ses adorateurs qu'ils se donnent quelque peine 
pour soulever le voile qui la couvre. C'est ainsi que le voile du symbole 
enveloppe ces paroles, et toute la sagesse humaine ne parviendrait pas 
à le soulever, sans l'assistance d'une grâce céleste. En d'autres termes, il 
est parlé dans la Thora de choses qui ne doivent nullement être prises à 
la lettre; mais il faut invoquer l'esprit de Dieu, afin qu'il nous aide à 
découvrir le fruit renfermé sous l'écorce. » 

« Nous croyons donc qu'il ne suffit pas de lire les prophètes et d'en 
comprendre le sens littéral, mais qu'une assistance divine est nécessaire 
pour pénétrer le sens réel d'une foule de passages. C'est pourquoi David 
s'écrie (Ps. 119, 18) : « Ouvre-moi les yeux, ô Seigneur, afin que je 
« contemple les merveilles de ta loi ». Si David eût pu tout comprendre 
à l'aide de l'enseignement ou de ses propres recherches, de quel besoin 
lui aurait été le secours divin? Mais il l'invoquait, ce secours, afin de 
pouvoir approfonchr les mystères renfermés dans la loi. « Malheur, dit 
« le Zohar, malheur à l'homme qui ne voit dans la loi que de simples 
« récits et des paroles ordinaires! Car, si réellement elle ne renfermait 
« que cela, nous pourrions, même aujourd'hui, composer aussi une loi 

1. Voir la 2* |)arlie du présent ouvrage, cliap. u. 



508 LA KACD.VL". 

« bien plus cligne d'admiration. Pour ne trouver que de simples paroles, 
« nous n'aurions qu'à nous adresser aux législateurs de la terre chez 
« lesquels on rencontre souvent plus de grandeur. Il nous suffirait de les 
« imiter et de faire une loi d'après leurs paroles et à leur exemple. Mais 
« il n'en est pas ainsi; chaque mot de la loi renferme un sens élevé et 
« un mystère sublime.... » 

« Les récits de la loi sont le vêtement de la loi. Malheur à celui qui 
prend ce vêtement pour la loi elle-même! C'est dans ce sens que David 
a dit : a Mon Dieu, ouvre-moi les yeux, afin que je contemple les mer- 
« veilles de ta loi » . 

« Il est incontestable que sous la lettre de la loi sont renfermés de 
grands mystères que tout vrai fidèle doit s'efforcer d'approfondir. A 
ce propos le Zoliar dit encore : « La loi ressemble a une belle femme 
« aimée qui se cache dans un endroit secret, et ne laisse voir que son 
« portrait. Si son ami déploie une grande persévérance, s'il se donne 
« des peines infitiaables {)our arriver jusqu'à elle et lui témoigner de 
« cette manière son respect et sa tendresse, elle lui ouvrira ses portes 
« et lui permettra un libre accès auprès d'elle. » 

« 0" ^ous croyons que, de toutes les explications de la loi, celle que 
donne le Zohar est la meilleure et la seule véritable, et que les rabbins, 
au contraire, lui donnent dans le Thalmud un grand nombre défausses 
interprétations qui sont en contradiction manifeste avec les attributs 
divins et la charité enseignée par la loi. 

(( 4" Nous croyons qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui n'a pas eu de com- 
mencement et n'aura pas de fin ; qui seul a créé les mondes et tout 
ce qu'ils renferment, aussi bien ce que nous connaissons que ce qui 
nous est inconnu. C'est pourquoi l'Ecriture dit (Deutéronome, VI, 4) : 
« Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu est un Dieu unique )). On trouve 
aussi dans les Psaianes : « Tu es grand, ô Seigneur ! Toi seul accomplis 
« des merveilles ». C'est-à-dire non comme les rois de la terre, qui ne 
peuvent rien accomplir sans le secours d'aulrui; Dieu a créé seul le ciel 
et la terre, sans aucune autre participation, et, seule, sa Providence veille 
sur tout. 

« o" Nous crovons que, bien qu'il n'y ait qu'un seul Dieu, il se com- 
pose néanmoins de trois personnes (D'S*i'"l2j, parfaitement égales l'une 
à l'autre, parfaitement indivisibles, et qui, à cause de cela, ne font 
qu'un. La loi mosaïque, aussi bien que les prophètes, nous enseigne 
cette vérité. Le Zohar dit : (( La loi commence par la lettre 2 » (beth); 
cette lettre se compose de deux lignes horizontales réunies à une verti- 
cale: ce qui fait allusion aux trois natures divines réunies en une seule. 



APPENDICE. 509 

La croyance en celte trinité divine est fonde'e sur les saintes Écritures, et 
confirmée par d'innombrables passages. Nous ne voulons en citer ici que 
quelques-uns : par exemple, Moïse dit {Gen., 1, 2) : « L'esprit (ni"!) des 
« Dieux (d'hSn) (au pluriel) flottait sur les eaux ». S'il n'y avait qu'une 
seule personne divine, Moïse aurait dit : « L'esprit de Jéhovah ou du 
« Seigneur flottait », etc.; mais il voulait dès le principe établir la 
trinité en Dieu. Plus loin {Gen., 1, 26), Dieu dit : « Faisons l'bomme selon 
<( notre image et notre ressemblance ». Le Zohar conmiente ainsi ces 
paroles : « 11 y en a deux et encore un, ce qui fuit trois, et ces trois ne 
« font qu'un* ». Ailleurs il est dit {Gen., 111,22) : « Les Dieux, Jéliovali, 
(( dirent : Voici l'bomme qui devient semblable à l'un de nous ». S'il 
n'y avait pas trois personnes, il y aurait seulement : « Jébovali dit », etc. 
Pourquoi les Dieuxl Mais c'est une preuve de la trinité divine. Quand il 
est dit (Ge/i., XI, 15) : « Jéliovah descendit pour voir la ville et la tour », 
voici en quels termes il s'exprime : « Descendons et mettons la confu- 
« sion dans leur langue », etc. A qui Jéliovah s'adressait-il? Ce ne pou- 
vait pas être à ses anges, qui sont ses serviteurs, et auxquels il aurait 
commandé sans employer avec eux la forme de la prière. Mais Dieu 
parlait ainsi aux personnes divines qui sont ses égales en dignité. « Trois 
« anges apparurent à Abraham [Gen., XVlll, 2, 5); il courut au-devant 
« d'eux et dit : Seigneur », etc. 11 en voyait donc trois et ne s'adressait 
qu'a l'un d'eux, parce que ces trois ne font qu'un. Moïse dit {Exode, 
XII, 7) : « Us prendront du sang de cet agneau et en mettront sur les 
(( deux poteaux et sur le linteau de la porte ». Pourquoi, demande le 
Zohar, pourquoi ce sang doit-il précisément être mis sur trois places? 
« C'est pour que la croyance parfaite en son saint nom éclate sur les 
« trois places. » Ceci fait encore allusion a la trinité divine. « Quel est le 
« peuple si grand, dit Moïse {Deutéronome, IV, 7), qui ait les Dieux 
« (Eloliim) aussi près de lui «pie nous? » S'il n'y avait point plusieurs 
personnes divines, il faudrait ici El (Dieu), et non point Eloliim, les 
Dieux. 

« Jéhovah, est-il dit {Gen., XIX, 24), fit pleuvoir sur Sodome et 
Gomorrhe une pluie qui venait de Jéhovah. » Preuve nouvelle de plu- 
sieurs personnes divines. Dieu dit à Moïse : « Monte vers l'Hterncl » 
{Exode, XXIV, 1). Ici il y aurait simplement : « Monte vers moi », s'il 
n'existait plusieurs personnes en Dieu. Sur le passage suivant : « Écoute, 
Israël, l'Kternel notre Dieu est un » {Deuléron., VI, i), voici le commen- 



\. Ces paroles du Zoliar ne ?c rapporicnl p.is à la trinilc divine, mais à la (rinilé 
humaine et à certains cas de métempsycose. (.\. F.) 



510 LA KADBAL" 

taire du Zohar : « Trois font un » ("iijiN Tn T\'lT\). Il est dit (Er., III,G) : 
{( Le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ». Le nom de 
Dieu, répété devant celui de cliacun des patriarches, fait allusion à la 
Trinité divine. Josué disait (XXIV, 19) : « Vous ne pouvez pas servir 
Jéhovah, car il est les Dieux Saints » (dl'Tip OTibN')- 

(( D'une part il y a Jéhovah, de l'autre les Dieux Saints, ce qui 
prouve la Trinité réunie en Dieu. )> 

(( 6° Nous croyons que Dieu apparaît incarné sur la terre, et alors il 
boit, il mange et accomplit d'autres actions humaines; mais il est dégagé 
de tout péché. La preuve en est dans ce que dit Moïse [Gen., YI, 3) : 
(( Quoiqu'il soit chair ». Le Zohar donne de ces paroles l'exphcation 
suivante : « Dieu devient chair, pour se tourner vers le corps; ce qui 
veut dire qu'au moment de la création, Dieu s'incarna dans Adam, et 
lorsque ce dernier eut péché, Dieu se retira de lui et en demeura éloigné 
jusqu'à ce qu'il s'incarnât de nouveau dans ce même corps. « A propos 
des quatre éléments, le feu, l'eau, l'air et la terre, le Zohar dit : « Dieu 
se revêtit de ces éléments et il eut un corps ». Ne lisons-nous pas dans 
Moïse {Ex., XX, 115, 19) : « Le peuple vit la voix », etc.? Pourquoi 
n'y a-t-il pas que la voix fut entendue? Mais Dieu se montra cette fois 
aux Israélites sous une forme bumaine afin de les instruire qu'un jour, 
à l'époque du Messie, il apparaîtrait de nouveau sous la même forme. 
Dieu dit par l'organe de Moïse : « Je marcherai au milieu de vous » 
(Lév., XXVI, 12). Le livTe Jalhut, 'CTp7% explique ainsi ces paroles : 
« Ceci nous rappelle un monarque qui se promène dans son jardin et 
devant qui le jardinier confus cherche à se cacher. Afin de le rassurer, 
le roi s'adresse à lui et lui dit avec douceur : « Que crains-tu, mon fils? 
« Vois, je suis un homme comme toi, et je marche à tes côtés. » C'est ainsi 
que Dieu revêtit une forme humaine afin d'instruire humainement les 
hommes. C'est aussi pourquoi le prophète s'écrie {Isaïe, XXX, 20) : 
« Tes yeux verront ton maître ». Quand Dieu dit [Deul., XXXII, 40) : 
« J'élève ma main vers le ciel », il ne pouvait, puisqu'il remplit tout de 
sa présence, prononcer ces paroles qu'en tant qu'homme et marchant 
sur la terre. Que signifient ces paroles du prophète Amos : « Dieu a 
établi son faisceau sur la terre », sinon que par ce faisceau il entend la 
réunion des trois personnes divines tandis qu'il habitait la terre? Nous 
trouvons dans Salomon ces paroles {Cantiq, V, 1) : « J'entrai dans mon 
jardin, etc., et je mangeai de mon miel ». Comment, demande le Zohar, 
comment peut-on dire de Dieu, dont il est question durant tout le cours 
de ce cbant, qu'il a bu et qu'il a mangé? Mais ceci ressemble à un ami 
qui en visite un antre, et fait pour lui plaire mainte chose qu'il n'a pas 



APPENDICE. 311 

coutume de faire; par exemple il mange sans avoir faim et boit sans 
avoir soif. Ainsi fait Dieu quand il apparaît aux hommes, puisqu'alors il 
descend à toutes les occupations et à toutes les actions humaines. 

« 7° Nous croyons que Jérusalem ne doit jamais être rebâtie. Car il 
est dit dans l'Écriture [David, IX, 27) : « Le peuple d'un puissant 
monarque détruira la ville et le sanctuaire. La destruction sera complète 
comme par un déluge. » Le prophète Jérémie dit aussi (IV, 6) : « Les 
péchés de la ville de mon peuple (Jérusalem) sont bien plus grands que 
les péchés de Sodome, qui a été détruite de fond en comble » . Si l'on 
ne doit plus rebâtir Sodome, bien moins encore Jérusalem sera-t-elle 
reconstruite, puisque le prophète dit expressément que les péchés de 
Jérusalem surpassent ceux de Sodome. 

« 8° Nous croyons que les Juifs attendent en vain le Messie mortel 
qui, d'après leur croyance, doit les délivrer, les élever au-dessus de 
toutes les nations, et leur apporter richesses et grandeurs. Mais Dieu lui- 
même apparaîtra sous une enveloppe humaine et rachètera les hommes 
de la perdition qu'ils ont encourue par la faute de leurs ancêtres ; cepen- 
dant il ne rachètera pas seulement les Juifs, mais tous ceux qui auront 
foi en lui, tandis que les incrédules seront tous plongés dans les abîmes 
de l'enfer. » 

A cette profession de foi rédigée pour le public se mêlèrent une orga- 
nisation et des croyances secrètes. Aussi la secte des zoharites, même 
après avoir embrassé le christianisme, a-t-elle conservé son cachet parti- 
culier, la discipline à la fois militaire et monacale, et probablement ses 
anciens dogmes. Le but de son fondateur, autant qu'on en peut juger 
par sa conduite extérieure et par les lettres qu'il adressait à ses anciens 
frères pour les engager à recevoir le baptême, paraît avoir été de con- 
duire les juifs à travers le christianisme à un mysticisme particulier, 
fondé sur la doctrine du Zohar et sur l'ancienne idée de la suprématie 
du peuple juif. C'est surtout le principe de la foi que Frank cherchait à 
accréditer parmi les siens et parmi les juifs en général; c'est grâce h ce 
principe et par son seul concours qu'il prétendait leur révéler des vérités 
inconnues jusqu'à lui. Dans ce cas, le christianisme n'eût été à ses yeux 
qu'une simple préparation à la doctrine nouvelle, absolument ce que le 
judaïsme est aux yeux des chrétiens. Telle paraît avoir été aussi l'opinion 
de Sabbathaï-Zévy, par rapport à toutes les religions actuellement exis- 
tantes, tant la musulmane que la chrétienne. 11 pensait que, l'homme 
n'étant jamais entièrement abandonné de Dieu, il y a dans tous les 
grands cultes de la terre quelque chose de saint et de vrai, et que la 
tâche du véritable Israélite, c'est-à-dire de celui qui a pris pour base de 



512 LA KABDALE. 

sa foi la kabbale et le Zoliar, était d'attirer à lui les éléments de sainteté 
répandus dans les autres religions, afin de les leur rendre ensuite enno- 
blis et purifiés par ses propres croyances. C'est sans doute en vertu de 
ce principe qu'il adopta lui-même l'islamisme, comme Frank, à son 
exemple, adopta la religion catholique, et qu'il attira sur ses pas un 
nombre considérable de ses partisans. On ne saurait mieux caractériser 
cette manière de voir qu'en l'appelant une sorte d'éclectisme religieux : 
et, en effet, ne trouve-t-on pas quelque chose de semblable, je ne dis pas 
seulement dans le néoplatonisme, mais dans les écoles religieuses et phi- 
losophiques d'Alexandrie? Le caractère commun de ces différentes écoles, 
n'est-ce pas d'avoir voulu embrasser dans une même conviction, sinon 
dans un même système, le christianisme et les éléments les plus 
saints de la pliilosophie païenne, la mythologie grecque transformée 
par l'interprétation symbolique et la plupart des anciennes religions de 
l'Orient? 



fI.N 



TABLE DES MATIÈRES 



Avant- PROPOS de la deuxième éiiition 

Préface i 

Introduction 27 

PREMIÈRE PARTIE 

Chapitre I. Antiquité de la kabbale 39 

Chapitre II. Des livres kabbaiistiques. — Authenticité du Sepher ietiirah. 55 
Chapitre III. Authenticité du Zohar . <• . 65 

DELXIÈME PARTIE 

Chapitre I. De la doctrine contenue dans les livres kabbaiistiques. — 

Analyse du Sepher ietzirah 105 

Chapitre II. Analyse du Zohar. — Méthode allégorique des kabbalistes. 120 
Chapitre III. Suite de l'analyse du Zohar. — Opinion des kabbalistes sur 

la nature de Dieu 125 

Chapitre IV. Suite de l'analyse du Zohar. — Opinion des kabbalistes sur 

le monde 159 

Chapitre V. Suite de l'analyse du Zohar. — Opinion des kabbalistes sur 

l'àme humaine 171 

TROISIÈME PARTC 

Chapitre I. Quels sont les systèmes qui offrent quelque ressemblance avec 
la kabbale. — Rapports de la kabbale avec la philosophie de Platon. . 195 



514 TABLE DES MATIERES. 

Chapitke II. Rapports de la kabbale avec l'école d'Alexandrie 202 

Chapitre LU. Rapports de la kabbale avec la doctrine de Pliilon. . . . 220 

Chapitre IV. Rapports de la kabbale avec le christianisme 255 

Chapitre V. Rapports de la kabbale avec la religion des Chaldéens et des 

Perses 2GG 

APPENDICE 

I. La secte kabbalistique des nouveaux 'has.si'Iim 295 

II. La secte des zoJiarislcs ou anlilliabnudisics »... 505 



Conlommiers. — Typ. Pall BRODARD. 



LA KABBALE 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



X 



OCCULTISmE 

Traité méthodique de Science Occulte. Lettre- Préface d'An. 
Franck, de l'Institut. 1 vol. gr. in-S" de xxv-1050 pages avec 10 
traités techniques, 2 dictionnaires et 1 glossaire, 400 gravures et 

taiîleaux et 2 planches phototypiques hors texte (1891) 16. » 

Le Tarot des Bohémiens, le plus ancien livre du monde. — Elude 
historique et critique sur la clef de la Science Occulte (à l'usage 
des initiés). 1 vol. grand in-S» de 372 pages, avec 6 planches phototy- 
piques et 200 figures et tahleaux 9 . » 

Traité élémentaire de Science Occulte. 1 vol. iii-18, 4^^ édition. (Épuisé) 

L'Occultisme Contemporain. I11-I8 (Épuisr) 

Fabre d'Olivet et Saint- Yves d'Alveydre. In-80 0.75 

L'Occultisme (petit résumé), ln-16 0.20 

KABBALE 

Le Sepher Jésirah, i^^ traduction française. — Les 32 Voies de la 

Sagesse ; les 50 Portes de l'Intelligence (Épuisé) 

La Science Secrète (en collaboration) 3. 50 

ALCHIIYIIE 

La Pierre Philosophale, preuves de son existence. In-18 avec 
planche phototypique 1 • » 

THÉOSOPHIE 

Les Sept Principes de l'Homme au point de vue scientifique. 
In-8° avec figures (Épuisé) 

SPIRITISME 

Considérations sur les Phénomènes du Spiritisme. — 

Rapports de l'Hypnotisme et du Spiritisme. — Réglus pratiques pour 

la formation des médiums. In-80 avec 4 planches 1 . " 

Le Spiritisme (petit résumé) 20 

La Fraude et la Médiumnité, en collaboration avec L. Le.merle, 
ingénieur, ancien élève de l'Ecole Polytechnique. (Sous presse.) 

MAGIE 

La Chiromancie (résumé synthétique). In-S» avec 23 figures 1 . " 

Traité élémentaire de Magie pratique. (En préparation.) 

DIVERS 

Essai de Physiologie Synthétique (Gérard-Encausse-Papus) appli- 
cation de la Science Occulte à nos Sciences expérimentales. 1 vol. 
in-80 avec 35 schémas inédits 4 . » 

Direction de la revue mensuelle l'Initiation (4^ année) et du journal 
hebdomadaire le Voile d'Isis (2e annéej. 



F-A.FXJS 



LA 



KABBALE 

(TRADITION SECRÈTE DE L'OCCIDENT) 

RÉSUMÉ MÉTHODIQUE 



Quoi que nous puissions faire pour 
conquérir, dans le domaine des scicncos 
morales, une indépendance sans limites, 
la chaîne de la Iradition se montrera 
toujours dans nos plus hardies décou- 
vertes. 

Ad. FiiANCK. 



OITVHAGE PRÉCÉDÉ D'UNE LETTRE d'Ad. FRANCK, DE L'IXSTITUT 
ET ORNÉ DE 20 FIGURES ET TABLEAUX ET DE 2 PLANCHES HORS TEXTE. 



PARIS 

58, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-AUTS, 58 

1892 



Paris, le 23 octobre 1891. 

LETTRE 

DE M. ADOLPHE FRANCK A L'AUTEUR 



Moi 



NSIEUIi 



J'accepte avec le plus grand plaisir la dédicace que vous 
voulez bien m'offrir de votre ouvrage sur la Kabbale, qui 
7i'est pas un essai, comme il vous plaU de T appeler, mais 
un livre de la plus grande importance. 

Je nai pu encore que le parcourir rapidement ; mais je 
le connais assez pour vous dire que c'est, à mon avis., la 
publication la plus curieuse, la plus instructive, la plus 
savante qui ait paru jusqu'à ce jour sur cet obscur sujet. 

Je ne trouve à y reprendre que les termes beaucoup trop 
flatteurs de la lettre à mon adresse dont vous la faites 
précéder. 

. Avec une rare modestie, vous ne me demandez mon 
opinion que sur le travail bibliographique par lequel se 
termine votre étude. 

Je n'oserais pas vous affirmer qu'il n'y manque abso- 
lument ?'ie?i ; car le cadre de la Science Kabbalistique peut 
varier à l'infini; mais un travail bibliographique aussi 
complet que le vôtre., je ne l'ai rencontré nulle part. 

Veuillez agréer, Monsieur., avec mes félicitations et 
mes remerciements, l'assurance de mes sentiments dévoués. 

Ad. FRANCK. 



TABLE MÉTHODIOUE 



DES 



MATIÈRES 



Lettre de M. Ad. Franck. 

DÉDICACE. 

Première partie. 

Les divisions de la Kabbale. 

Chapitre premier. — La Tradition hébraïque et la classifi- 

calion des ouvrages qui s'y rapportent 7 

§ 2. — La Mashore 11 

§ 3, — La Mischna 12 

§ 4. — La Kabbale 13 

Deuxième partie. 

Les enseignements de la Kabbale. 

Chapitre I". — Exposé préliminaire, division du sujet 29 

Chapitre IL — L'alphabet hébraïque 33 

Chapitre IIL — Les noms divins 43 

Chapitre IV. — Les Sephiroth 61 

Chapitre V. — La philosophie de la Kabbale 83 

Chapitre VI. — L'dine d'après la Kabbale 106 

Chapitre VIL — Les textes {Scpher Jesirah. — Les 32 'Voies de la 
Sagesse. — Les 50 Portes de l'intelligence 119 



TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES 

Troisième partie. 

Bibliographie résumée de la Kabbale. 

Chapitre premier. — Introduction à la bibliographie. 

§ 1 . — Préface 141 

§ 2. — Principales bibliographies kabbalistiques 142 

§ 3. — Nos sources 146 

CuAPn-RK II. — Classification par idiomes. 

§ 1. — Ouvrages en langue française 149 

§2.— — latine lo3 

§3. — — allemande 160 

§ 4, — Principaux traités en langue hébraïque 161 

§ 5. — Ouvrages en langue anglaise 164 

§6. — — espagnole... 165 

Chapitre III. — Classification par ordre des matières. 

§ I . — Traités concernant la Mischna. 167 

§2.— — le Targum 167 

§3.— — le Talmud 168 

§ 4. — — la Kabbale en général 168 

§5.— — les Sephiroth ... 172 

§ G. — — le Sepher Jesirah 173 

§ 7. — — la Kabbale pratique 174 

Appendice. 

PÉRIODIQUES. 

Langue française 1 '7S 

— allemande 176 

— anglaise l'i'6 

— espagnole 1~6 

— italienne 1^6 

— hollandaise l'76 

Table alphabétique des auteurs cités dans la bibliographie 177 

Table alphabétique des ouvrages cités dans la bibliographie 181 



A Monsieur ADOLPHE FliAXC h\ 

Membre de l' Institut 

Professeur honoraire au Collège de France 

Président de la Ligne nationale contre l'Athéisme. 



Mo\ riiKii Mmiue, 

Voulez- vous me pennettre de vous dédier le modeste essai 
que je publie aujourd'hui sur cette question de la Kabbale, si 
importante à élucider pour le philosophe? 

Vous avez été le premier, non seulement en France, mais 
aussi en Europe^ à mettre au jour un travail considérable sur 
la « philosophie religieuse des Hébreux », comme vous la nom- 
mez vous-jnème. — Cet ouvrage, que vous seul pouviez 
mener à boime fin, grâce ci votre parfaite connaissance de la 
langue hébraïque, d'une part, et de V histoire des doctrines phi- 
losophiques, d autre part, a fait, dès son apparition, autorité 
dans la matière et a justement mérité les traductions et les imi- 
tatio)is qui se sont produites depuis cette publication. Les 
quelques critiques allemands qui ont voulu vous reprendre au 
sujet de la Kabbale nont réussi quWi donner la mesure exacte 
de leur insuffisance et de leur parti pris. La réédition de 1881) 
est venue sanctionner le succès de l'édition de 1843. 

Mais si nous tous, qui nous occupons aujourd'hui de ces ques- 
tions, nous devons une profonde reconnaissance à iiotre doyen, à 

1 



notre initiateur en ces études, comment pour rais-je, personnel- 
lement, vous remercier de ri)isigne Jionneur que vous avez bien 
voulu me faire en encourageant mes efforts de V autorité de 
votre nom, en déclarant que^ si vous n êtes pas mystique , vous 
préférez du moins voir les nouveaux venus épris de ces recher- 
ches, ptlutôt que de les sentir apôtres des doctrines désespé- 
rantes, antiphilosophiques et, osons le dire, antiscientifiques 
du positivisme matérialiste ? 

A r heure où nous avons levé le bouclier de la lutte intellec- 
tuelle contre le matérialisme, à l'heure oii tous les adeptes de 
cette doctrine, épars dans les Facultés de médecine, dans la 
Presse^ et dans les couches les plus élevées comme les plus basses 
de la société, nous ont considéré comme des <( dilettanti », des 
cléricaux ou des fous, le président de la Ligue nationale contre 
r athéisme est venu, bravant tous les sarcasmes, ?îous couvrir 
de l'autorité incontestable et incojitestée d'un philosophe pro- 
fond, doublé d'un défenseur ardent du spiritualisme. 

Vous nous avez montré que ces sava?its, éminents pour la 
plupart par leurs découvertes analytiques, sont astreints, de 
par leur spécialisation même, à une étude trop hâtive de la 
philosophie. De là leur mépris pour une branche du savoir 
humain qui, seule, pourrait leur fournir cette synthèse des 
sciences qu'ils aspirent tcmt à posséder ; de là leurs conclusions 
matéricdistes, de là /'inconnaissable et toutes les formules 
qui indiquent la paresse de l'esprit Jiumain, inapte à u)i effort 
sérieux, et pressé de conclure, sans approfondir la valeur ou 
les conséf/uences sociales de ses affirmations. 

A côté du courant officiel, des Universités religieuses ou 
laïques, des Académies des sciences et des Laboratoires des 
Facultés, a toujours existé un courant indépendant , générale- 
ment peu cojinu, et, partant, assez in éprise, formé de cher- 
cheurs parfois trop imbus de philosophie, parfois trop épris de 
mysticisme, mais combien curieux et combien intéressants à 
étudier! 

Ces adeptes de la Gnose, ces Alchimistes, ces disciples de 



III — 



Jacob Boï'hin^ de Martinez Pasqualis ou de Louis- Claude de 
Saint-Martin, sont pourtant les seuls qui Ji aient j'nnais 
négligé l'étude de la Kabbale jusqu'au moment où ï appari- 
tion de votre travail est venue montrer quils avaient trouvé 
lin approbateur et un maître dans la personne d'un des plus 
éminents parmi les représentants de l'Université. 

C'est comme admirateur et disciple moi-même de Saint- 
Martin et de ses doctrines, que je prends la liberté de vous 
remercier, au nom de ces « indépendants », de l'appui précieux 
qu'ils ont trouvé en votre perso)i)ie et, si j'osais., en terminant 
vous adresser une prière, ce serait de vous voir intercéder pour 
eux auprès des chefs de notre Université, 

Il g a dans les œuvres de Saint-Martin, dans celles de Fabre 
crOlivet, de Wronski, de Lacuria et de Louis Lucas, une série 
d études que je crois très profondes et qui sont peu connues, 
sur la psychologie, la inorale ou la logique. 

Or il serait pour le moins utile de voir au prograynme de 
notre Ecole Normale Supérieure le Traité des signes et des 
Idées de Saint-Martin, ou les Vers dorés de Pythagorc de 
Fabre d'Olivet, ainsi que le système de psychologie qui forme 
r introduction de son Histoire philosophique du genre humain, 
ou bien encore la partie philosophique de la Médecine nou- 
velle ou du Roman alchimique de Louis Lucas, sans parler de 
la Création de la réalité absolue de Wronski, peut-être trop 
technique et trop abstraitement présentée. 

Vous me direz que ces auteurs sont des « tnystiques », des 
écrivains dont l'érudition laisse à désirer quelquefois ; ?)iais 
c'est im « mystique » aussi qui réclame qu'on les lise davantage 
et qu'on les critique, ne serait-ce que pour mieux se rendre 
compte des diverses évolutions de l'esprit humain. 

Quel que soit l'accueil fait à ma requête, je vous serai tou- 
jours reconnaissant, ??io?i cher Maître, de tout ce que vous avez 
fait pour notre cause. 

Ce nest pas sans efforts, ni sans luttes que nous avons pro- 
gressé, et nous continuerons notre route, comme nous l'avons 



— IV — 

coimmmcée , répondant par le travail et par des œuvres à toutes 
les attaques qui accablent chacune de nos œuvres ou chacune 
de nos jjersonnalités. En effet toute œuvre de bonne foi subsiste 
bien longtemps encore; mais que reste-t-il^ après quelques 
années, des calomnies les plus perfides? Un peu d amertume et 
beaucoup de pitié au cœur des victimes, de plus grands 
remords en ïâme des calomniateurs, et rien autre chose. 

Mais si les œuvres subsistantes perdent, par la suite des temps, 
de leur valeur comme puissance dijnamiqtie, il est un sentiment 
sacré, que tous ceux qui défendront plus tard notre cause 
devront éprouver autant que nous-même, cest la reconnais- 
sance profonde pour celui qui n'hésita pas, dans les moments 
les plus difficiles, à encourager nos efforts en les appuycmt de 
tout le respect et de toute l'autorité qui s' attachent à un grand 
nom. 

Veuillez agréez, mon cher Maître, l' assurayice de ma consi- 
dération très distinguée. 

PAPUS. 



PREMIÈRE PARTIE 



LES 

DIVISIONS DE LA KABBALE 



CHAPITRE PREMIER 

LA TRADITION HÉBRAÏQUE 

ET LA CLASSIFICATION DES OUVRAGES QUI S'Y RAPPORTENT 



Celui qui, pour la première roiï=, aborde l'étude de la Kabbale, 
ne saurait trop être renseigné sur la place exacte qu'il faut attri- 
buer aux ouvrages purement kabbalistiques, comme le Seplier 
Jesirah et le Zohar, par rapport aux autres traités se rapportant à 
la tradition hébraïque. 

Ainsi l'on sait généralement qu'on trouve dans la Kabbale l'ex- 
posé des règles théoriques et pratiques de la Science Occulte; 
mais on a peine à discerner le rapport existant entre le texte sacré 
proprement dit et la tradition ésotérique. 

Tous ces embarras proviennent de la confusion qui s'établit dans 
l'esprit dès qu'il faut classer les immenses compilations hébraïques 
parvenues jusqu'à nous. 

Nous allons faire nos efforts, dans Texposé suivant, pour établir 
une classification aussi claire que possible des divers ouvrages 
ayant pour objectif de fixer la tradition orale. 

Il n'existe pos, à notre connaissance du moins, un travail assez 
complet, résumant en un ou plusieurs tableaux les données techni- 
ques complétées par une sérieuse bibliographie. 

On trouvera à la fin de notre étude la liste des ouvrages moder- 
nes dans lesquels nous avons puisé pour notre exposé et l'on |)Ourra 
se rendre compte, en se reportant à ces ouvrages, de la diKiculté 
que nous avons rencontrée dans cette tâche. C'est pourquoi nous 
ne sommes pas sûr d'avoir encore épuisé définitivement cette ques- 
tion, et nous sommes tout prêt à roconnaitre les faut(,'s que nous 



— 8 



puurriuns avoir commises dans cet exposé, si quelqu'un de plus 
auU»risé que nous veut bien nous les signaler. 



Tous ceux qui sont un peu au courant des choses d'Israël 
«avent qu'à côté de la Bible il a, sinon toujours, du moins depuis 
un temps très reculé, existé une tradition destinée à mettre à même 
certaine classe d'initiés d'expliquer et de comprendre la Loi (la 
Thorah). 

Cette tradition, transmise presque uniquement par la voie orale 
pendant de longues années, portait sur plusieurs points différents : 

1° Il y avait d'abord tout ce qui concernait le corps tnafériel de la 
Bible. De même que nous verrons au moyen âge cerlaines corpo- 
rations posséder des règles strictes et tenues cachées pour la cons- 
truction des cathédrales, de même, la construction de chaque 
exemplaire rie la Bible hébraïque était soumise à des règles fixes, 
constituant une paille de la tradition; 

2° Il y avait de plus tout ce qui concernait Vesprit du texte 
sacré. Les commentaires et les interprétations portaient sur deux 
grandes parties: d'un côté la Loi, l'ensemble des règles qui déter- 
minent les rapports sociaux des membres d'Israël entre eux, entre 
les voisins et entre la Divinité ; d'un autre côté la Doctrine secrète, 
l'ensemble des connaissances théoriques et pratiques grâce aux- 
quelles on pouvait connaître les rapports de Dieu, de l'Homme et 
de l'Univers. 

Corps du texte sacré, partie législative de ce texte et partie doc- 
trinale, telles sont les trois grandes divisions qui font de la tradi- 
tion ésotérique un tout complet formé de corps, de vie et d'esprit. 



Lorsque, suivant le commentaire placé en tête du SepherJesirah, 
« vu le mauvais état des affaires d'Israël », il fallut se décider à 
écrire les divers points de cette tradition orale, plusieurs grands 
ouvrages prirent naissance, destinés à transmettre chacun une 
partie de la tradition. 

Si l'on a bien compris ce qui précède, il sera on ne peut plus 
facile d'établir une classification claire de ces ouvrages. 



Tout ce qui avait rapport au corps du texte, les règles concer- lALc^i 
liant la manière de lire et d'écrire la Thorah (la Loi), les considé- 
rations spéciales sur le sens mystique des caractères sacrés, tout 
cela fut tixé dans la Massora ('ou Mashore). 

Les commentaires tradilionnels sur la partie législative de la lAtc^ 
Thorah formèrent la Misu.\a, et les additions faites ultérieurement 
à ces commentaires (correspondant à notre jurisprudence actuelle) 
formèrent la Gemarah (ou Gemmare). La réunion de ces deux frac- %jjf^ 
lions de la partie législative en un seul tout forme le Talmud. «y 
Voilà pour la partie législative. 

La Doctrine secrète comprenait deux divisions, la théorie et la 
prati^ue^ échelonnées en trois degrés : un degré historique, un 
degré social, un degré mystique. 

L'ensemble des connaissances renfermées dans ces deux divisions V /Q 
constitue la Kabbale proprement dite. 

La partie théorique seule de la Kabbale a été fixée par l'écriture 
et surtout par l'impression. Cette partie théorique comprend deux 
études: 1° celle de la création et de ses lois mystérieuses (Bkrescuit), /n^ 
résumée dans le Sep h er^Jesira h ; 2° celle, plus métaphysique, de 
Vessence divine et de ses modes de manifestation, ce que les kab- V^ 
balistes appellent le Char céleste (Mercavah), résumée dans le 
Zohar. 

La partie pratique de la Kabbale est à peine indiquée dans quel- 
ques manuscrits épars dans nos grandes collections. A Paris, la 
Bibliothèque Nationale en possède un des plus beaux dont l'origine 
est attribuée à Salomon. Ces manuscrits, généralement connus s>v 
sous le nom de clavicules, ont servi de base à tous les vieux gri- 
moires qui courent les campagnes {Grand et Petit Albert, Dragon 
rouge et Enchiridion) ou à ceux qui poussent les prêtres à l'aliéna- 
tion mentale par la sorcellerie [Grimoire d'Honorius). 

Nous allons entrer dans quebiues détails au sujet de chacun des 
ouvrages dont nous venons de parler; mais auparavant, résumons 
ce qui précède en un tableau qui permettra de tout embrasser d'un 
coup d'œil. 



fafi-2 



* os 




« 



c 




es 


S. 
fa 

e 


TJ 


<u 


CI (» 


u 










« 


a; 


9-T3 




-i) 


.^ 


0) ai 




i5 




3 S • 








es 

H a 



?c 




ai 






o 

H 




o 

Cl. 


_g 


05 


Q 


> 


te 


•cS 


O 


C3 








H 


H 




<u 







— Il - 



Nous pourrons maintenaut aborder avec plus de détails chacun 
de ces recueils pour bien en déterminer le caractère. 

Masiiore. — La mashore forme le corps de la tradition ; elle 
traite de tout ce qui a rapport à la partie matérielle de la Thorah. 

La M'sorah consiste en deux points principaux : 

« 1° Elle enseigne la manière de lire les passages douteux à 
l'aide des points et des voyelles, d'assembler et de prononcer les 
mots et les phrases au moyen des accents. 

« 2° Elle s'étend sur les consonnes comme sur la partie extérieure 
et matérielle de la Bible, et donne un registre des hiéroglyphes 
exprimés par la forme plastique de la Thorah, tels que la division 
des livres, des chapitres, des versets, la figure des lettres, etc., 
sans néanmoins expliquer le sens de ces hiéroglyphes^ » 

Les occultistes qui se sont occupés spécialement de la Kabbale 
comme Saint-Yves d'Alveydre ^, Fabre d'Olivet^, Claude de Saint- 
Martin *, prétendent que la mashore, ensemble de formules tout 
exotériques, est destinée à enlever à la langue hébraïque tout ce 
qui peut mettre sur la voie du sens secret de la Thorah. 

On divise souvent la Mashore en grande et petite. La Bible 
rabbinique a été imprimée pour la première fois chez Daniel 
Bemberg, imprimeur à Venise (1525), puis à Amsterdam (1724- 
1727). 

MiscnNA*. — La Mischna comprend six sections [sedarim) qui se l oi 
divisent en soixante paragraphes ou traités (M'sachoth); chacun de î?* ^ 
ces traités se subdivise de nouveau en chapitres {Perakim). 

Nous donnons ici un aperçu de la Mischna, afin que le lecteur 
puisse avoir une idée de son contenue 



1. Molilor, p. 249. 

2. Voici on (juoi consista la réforme pédagogique et primaire d'Esdras : 

11 changea les caractères primitifs de Moïse pour ceux des prêtres chaldéens 
.•ivec la notation à lassyrienne qui constitue la première mashore. {Mission des 
Juifs, p. 64 G.) 

li. Lu Langue Iiéhraîque restituée. 

4. Le Crocodile (œuvres diverses). 

1. Outre la Bible, les juifs orthodoxes reconnaissent encore des traductions 
qui obtiennent de leur part le même respect que les préceptes du Pentateuque. 

D'abord transMiis(;s de bouche on iiouche et dispersées de toutes parts 
ensuite recueillies et rédigéijs par Judas le Saint sous le nom de .Alischno, puis 
enfin prodigieusement augmentées et déviloppées par les auteurs du Taimud, 
elles ne laissent [)lus aujourd'hui la moindre part à la raison et à la liberté. 
Ad. i"'ranck, op. cit.) 

2. Molit., op. cit., p, 17. 



12 — 



§ 3. — LA MISCHNA 

PREMIÈRE SECTION 

Des semences, comprenant onze chapitres. 

1° De la prière et de la bénédiction journalière; 2° du coin de 
champ appartenant au pauvre; 3° des fruits dont on refuse la dîme, 
comment il faut en user; 4" des hétérogènes ou des animaux qui ne 
doivent pas être accouplés; des semences qu'on ne doit point mêler 
ensemble dans la terre; des fils qu'on ne peut tisser ensemble; 5° des 
rapports de l'année sabbatique ; 6° des présents faits au prêtre ; 
7° de la dîme des lévites; 8° de la seconde dîme que doit fournir le 
propriétaire à Jérusalem; 9° des cuisines des prêtres; 10° de la 
défense de manger des fruits d'un arbre pendant les trois premières 
années; 11° des prémices, des fruits qu'on doit apporter dans le 
temple. 

2'= SECTION 

Des jours de fête, comprenant douze chapitres. 

1° Du rapport du sabbat; 2° des biens sociaux, c'est-à-dire que 
toute la ville est considérée comme une seule maison; 3° de la fête 
de Pâques; 4° du sicle que chacun est obligé de donner annuel- 
lement à l'église; 5° des fonctions aux fêtes propitiatoires; 6° de la 
fête des tabernacles; 7° des différents mets défendus aux jours de 
fête; 8° du jour de nouvel an; 9° des différents jours d'abstinence; 
10° de la lecture du livre (ïEsther; 11° des demi-jours de fête ; 
12° du sacrifice annuel; des trois apparitions à Jérusalem. 

3'- SECTION 

Des contrats de mariage et du divorce, cojnprenant sept chapitres. 

1° De la permission, de la défense d'épouser la femme de son 
frère; 2° du contrat de mariage ; 3° des fiançailles; 4° de la manière 
de divorcer; 5° des vœux; 6° des personnes consacrées à Dieu ; 
7° des femmes soupçonnées d'adultère. 

4" SECTION 

Des dommages causés, comprenant dix parties. 

i° Des droits pour les dommages; 2» des droits sur les objets 
trouvés, prêtés, mis en dépôt; 3° de la vente, de l'achat, de l'héri- 
tage, de la caution et d'autres rapports sociaux ; 4" de lajuridiclion 



— 13 — 

en général et des punitions; 6° des quarante coups moins un; 
6° des serments ; 7° des conclusions générales, du droit et des témoi- 
gnages; 8° ce que doit faire le juge si par erreur il a porté un faux 
jugement; 9° de Tidolâtrieet du commerce avec les païens; 10° pro- 
verbes moraux. 

5'' SECTION 

Des offrandes sacrées, comprenant onze parties. 

1° Des offrandes; 2° de l'offrande de farine; 3° des premiers nés; 
4° de l'immolation des animaux sains ou malades; o" de la taxe 
des choses consacrées à Dieu et de son paiement; 6° de l'échange 
de l'offrande; 7° violation des choses sacrées ; 8° des 36 péchés à 
cause desquels a lieu la peine d'extermination ; 9° de l'offrande 
journalière; 10" de la construction du temple; 11° des colombes et 
des tourterelles. 

6» SECTION 

Des purifications, comprenant douze parties. 

i° Des meubles et de leur purification ; 2° delà tente où se trouve 
la mort; 3° de la lèpre; 4° des cendres de la vache de purification; 
5° des différentes purifications; 6° des bains pour la purification ; 
7° des menstrues; 8° qu'on ne doit rien manger d'impur, à moins 
qu'on n'ait répandu dessus quelque chose de liquide; 9° du flux 
séminal; 10° celui qui a pris un bain est encore impur jusqu'au 
coucher du soleil; 11° du lavement des mains; 12° comment la queue 
du fruit le rend impur. 

Gemurad. — La Gemurah forme un véritable recueil de juris- 
pi'udence basé sur la Mischna. La réunion de la Mischna et de la 
Gemurah forme le Talmud. 

A propos de ces deux recueils, je rencontre avec le plus grand 
plaisir l'occasion de signaler un travail tout personnel et d'une 
grande valeur de l'auteur de la Mission des Juifs : c'est l'histoire 
des divers éléments de la tradition à propos du Talmud (p. 650 et 
suiv.). Voici un extrait de cette histoire : 

« L'encombrement de littérature casuistique et scolastique, qui 
depuis le retour de l'exil remplaça la puissante intellectualité des 
prophètes, et continua à se multiplier après la destruction du 
troisième temple, pendant dix siècles, est généralement comprise 
sous le nom de Midrash, commentaire. 

t Les deux prinripaJes routes de celte forêt de papier s'appellent 



— 14 — 

HaUac/iah, l'allure ou règle de la marche; Ilaggadah, ron-dit ou 
la légende. 

« C'est dans ce dernier chapit; e que les commuriau.lés ésolériques 
ont laissé transpirer un peu de leur sejence : Kabbale, Shemata. 

(( Les premiers recueils de VHallachnh sont un mélainge inextri- 
cable de droit civil et de droit canon, de politique nationale et de 
méthodisme individuel, de lois divines et humaines, enchevêtrées 
et se ramifiant dans des détails infinis. 

« Cette œuvre, d'ailleurs infércssante à consulter à bien des 
points de vue, évoque les noms fameux d'Hillel, d'Akiba et de 
Simon B. Gamaliel. 

« Mais la rédaction finale est due à Juda Hamassi en 220 ap. J.-C. 

« Elle forme la Mischna, de shana, apprendre; et ses supplé- 
ments sont connus sous le nom de Toseflah, les Boraïlha. 

« Les rédacteurs de la période mischnaïque, après les Soferim 
d'Esdras, sont les Tannim, auxquels succédèrent les Amoraïm. 

« Les controverses et les développements de la Mischna par ces 
derniers forment la Ghemarah ou le complément. 

« Elle eut deux rédactions : celle de Palestine ou de Jéru- 
salem, au milieu du iv° siècle; et celle de Babylonc, au v'' siècle 
après J.-G. 

« La Mischna et la Gemurah réunies sont connues sous le nom 
de Talmud, continuation et conclusion de la réforme primaire 
d'Esdras. » 

Le Talmud. — D'après ce qui précède, on voit que le Talmud est 
forme par la réunion des deux principaux recueils se rapportant 
à la parlie législative de la Thorah. 

Le Talmud constitue donc la Vie même de la tradition con- 
densée en plusieurs traités. Outre les deux recueils que nous avons 
cités (Mischna et Gemurah), le Talmud contient, si l'on s'en réfère 
à d'autres auteurs que Molilor, l'ensemble d'une nouvelle série de 
commentaires (Medrashim) et d'autres adjonctions [Tosiflha). 

En somme, voici la nomenclature des recueils dont la réunion 
forme le Talmud : 



Mishna 
Ghemarah 
Medrashim 
Tûsiftha 



Talmud 



Le lecteur curieux de nouveaux développements pourra con- 
sulter avec fruit la Philosophie de la tradlfion, de Molitor, et 



— 15 — 



surtout Ja Mission des Juifs, de Saint-Yves (p. Go3 et suiv.). Ce 
dernier ouvrage contient une histoire fort bien faite des vicissitudes 
du Talmud à travers les âges. 



§ 4. — LA KABBALE 

Nous arrivons maintenant, à la partie supérieure de la tradition, 
à la Doctrine secrète ou Kabbale,^ l'âme véritable de cette tra- 
dition. 

On peut voir, en consultant le tableau ci-dessus, que la partie 
théorique de la Kabbale nous est seule bien connue, la partie 
pratique ou magique étant encore tenue secrète, ou étant à peine 
indiquée dans quelques rares manuscrits, 

1" Kabbale théorique. 

Cette partie théorique a même été considérée de façon bien 
différente au point de vue du classement par les auteurs qui se 
sont occupés de la question. Nous allons dire quelques mots des 
principaux de ces travaux. 

Un premier groupe de chercheurs, le plus nojiibreux, a suiji les 
divisionsjdçMnLnéexpjlJes_Kai)haUsies eux-mêmes. C'est là le plan 
suivi par M. Ad. Franck dans son bel ouvrage (1843), par Eliphas 
Lévi (1833) et par M. Isidore Loeb (article Cabbale dans la Grande 
Encyclopédie). 

Les principaux sujets de la spéculation mystique du temps 
s'appidlent œuvre du char [maasse mercaba), par allusion au char 
d'Kzéchiel, et œuvre de la création [maasse bercschit). 

L'œuvre du char qui est aussi le grand œuvre [dabar gadol), ^f^C- 
comprend les êtres du monde supra-naturel. Dieu, les puissances, %J*^ 
les idées premières, la « famille céleste », comme on l'appelle '^^'^ 
quelquefois ; l'œuvre de la création comprend la génération et la '•^ 
nature du monde terrestre '. /*^ 

Voici cette division : 

,, . , \ Maasse Mercal)a — Z()nAH {o'uvre du char). 

I Maasse Beresdiil. — Ski-ukr Jesiraii [œuvre de la création). 

i . h'u\. LoOb. 



— IG — 



Dautres écrivains, comme M. ^'. Munck^, divisent la Kabbale 
de la façon suivante : 



|o Symbolique. 



i. Calculs mystiques. — The- 
^ mura. - 
\ tarikon. 



KABBALE. 



2" Positive, dognufliquc 

3° fipéciiluliir ci mclnphy- 
sique. 



^ [ Angps et 

i'/uc. < Divisions 



An^ps et dt'mons. 



( Trausmigi'a'.ioii dos ài 



\ Sopl 



lirotli. elc. 



Comme on le voit, M. S. Manck se rapproche de l'ancienni- 
division adoptée par certains Kabbalistes, surtout par Kircher. 



Mais la division la plus complète, à notre avis, de la Kabbale, 
est CQ\\sASL^2Jdî2L^ > ^'^^^ ^^^^^ ^["^ nous avons adoptée nous-mêmes 
dans notre tableau général ci-dessus, car elle a le mérite de 
répondre, par ses grandes lignes, aux divisions généralement 
adoptées, tout en complétant ces divisions par la reconnaissance 
d'une partie pratique. 



KABBALE. 






Bereschit. 
Sepher Jesirah. 
Mercabau. 
Zoliar. 

Rien oiij)resgue rien | 
d'écrit. 

Manuscrits. 

Magiques. 

[Clavicules.) 



1" degré. 

Légendes historiques. 

Haggndah. 

2"= degré. 

Morale pratique. 

3 ''degré. 

Mystique. 

(Magie pratique.) 



L'enseignement traditionnel, trine comme la nature humaine et 
ses besoins, était à la fois historique, moral et mystique ; en sorte 



\. S. Munk, article Kabbale {Dict. de la conversation) . 
2. J.-F. Molitor, Pldlosophie de la tra dition, traduit de l'allemand par 
Xavier Qnris. 



que récriture sainte renfermait un triple sens, savoir : 1° le sens '^ 
littéral, historique (pashut),qui correspond au corps et au p_ams '^ 
du temple; ""^ ^ 

2° L'explication morale [drusch], h l'àme ou au saint ; ^ t/ 

3" Enfin le sens mystique (sorf), qui représente l'esprit et le saint 3" 
des saints. 

Le premier, composé de certains récits tirés de la vie des anciens 
patriarches, se transmettait de génération en génération comme 
autant de légendes populaires. Qi^ ^e trouve épars çà et là en 
forme de glose, dans les manuscrits bibliques et les paraphrases 
chaldaïques. 

Le sens moral envisageait tout sous le point de vue pratique, 
tandis que le mystique s'élevant au-dessus des rapports du monde 
visible et passager, planait sans cesse dans la sphère de l'éternel. 



Le mystique obligeait donc à une discipline secrète, exigeant 
une piété d'âme peu commune. 

C'était en raison de ces deux conditions qu'on initiait un disciple, 
sans considérer ni l'âge ni la condition, puisqu'il arrivait quelque- 
fois au père d'instruire ses fils encore tout jeunes. 

On nomme cette haute tradition Kabbale [en. hébreu KIBBEL, 
réunir). Ce mot enferme, outre l'objet extérieur, l'aptitude de 
Tàme à concevoir les idées surnaturelles. 

\ax Kabbale se divisait en deux parties, savoir : la théorique et la 
pratique. 

1° Traditions patriarcales sur le saint mystère de Dieu et des 
personnes divines ; 

2° Sur la création spirituelle et la chute des anges; 

3" Sur l'origine du chaos, de la matière et la rénovation du 
monde dans les six jours de la création ; 

4" Sur la création de l'homme visible, sa chute et les voies 
divines tendant à sa réintégration. 

Autrement elle traitait: 

De l'oeuvre de la création. [Masse-Dcreschit). 

Du char céleste. {Mercaùah). 



L'œuvre de la création est renfermée dans le Sepkcr Jcsirak. 
Nous avons fait de ce livre la première traduction française 
qui ail paru (1887). 

2 



— 18 — 

Uopui.-;, une nouvelle tradiirtion, plus développée, grâce à des 
originaux plus complets, a été faite par M. M aijer- Lambert *. Nous 
ne pouvons que recommander vivement ce travail très sérieux. Un 
seul i-egret peut être exprimé, c'est l'absence d'une bibliographie 
qui eût été fort ulile pour tous. 

Afin de permettre au lecteur de compléter, autant que possible, 
noire traduction qui se trouvera plus loin, nous donnons ici un 
tableau résumant les développements complémentaires du Sep/ier 
Jesirah. Nous avons modifié fes rapports des planètes et des jours 
de la semaine, ra[)ports qui nous semblent défectueusement établis 
par suite d'un rapprochement mal compris entre l'ordre des pla- 
nètes et celui des jours. L'horloge égyptienne donnée par Allietle 
(Elteila) permet de bien voir l'origine de cette erreur. 

1. Mayer Lambert. Commenta're sur le Seplier Yesira ou livre de la 
création par le fiaon Saadya de Kayoum, publié et traduit par Mayer 
l.ambert, élève diplômé de l'École pratique des hautes éludes, professeur 
au séminaire isi-aëlile. (t^aris, liouillaud 1891.) 



1 




J 
< 



O 



~ ^ L- 





OJ 






















; 








c 


•a) 


cr 


n 


•u: 












r> 


-a 






— 


3 


c 


rt 






tt 












— 


a. 



— _- 3 






'^ 
























es 




« 




^ 




E 
























■^ 




<; 




C 




*Cj 




C^ 








C 








H 


X 



ci 



>r 



a 




s- 




J 












* 


u 






c 


« 






-^^ 


H 






*A 



n Uj 






ri «-s 



r n 



a 









Cl 








93 


x; 
















r] 


ô 


3 


O 










* — 


=! 


■n 


ce 


T3 


■o 


a 


iX> 


03 


_2 












^ 


^ 


u 


^ 


Ci 




UJ 


s 


rt 




o 


o 


ii 


1^. 


— 



o o 







u: 










T 


a 


a 






n 


UJ 


M 


^_, 


Cl 
ce 
< 


/■ 


:i 


ci 




< 






—s 


y 


Q 


>■ 


^ 


1) 


























-3 




a 


._ 


_^ 


r. 






-3 


'TH 


o 


"rî 


y 




5 


13 


3 












— 


-" 


•^ 


■^ 


—s 



03 
'E. 




!5 


3 


03 

3 
O 

0- 



3 


ci 
Q 


"ri 


43 


j2 

o 





























































































a 


6(; 




















































o 
a 


T3 


3 

si) 




CîJ 


03 


3 
ci 
SI 


'c 
-a 


_03 


03 


o 

W 


a 


a 
"S 


03 




'5 


'5 


-a 

0) 



















0,^ 
























^ 


x: 










c 


^ 


û 




rt 


3 


L. 






03 




.-s 


? 






Oj 






bc 


C 


r^ . 


n 


.— 






















3 


3 


C 


o 






O 


M 


« 




es 










CD 


CJ 








H 


~ 


CJ 


-J 


> 


as 


C/J 


C/J 


o 


> 



3 
es 
> 


a 


43 

a: 




o 


£ 


a 

s 


o 

03 

S 
ce 


^ 


-3 

Oi 



fr 



■ — 


1— 


c 


y 


- 


r 


•n 


rj|r. 


M 



— 20 — 

L'œuvre ilu char célesle est contenue dan? le Zoliar. N'ayant 
pas le loisir de faire iri nne Lradurilon française de ce livre (traduit 
déjà en latin et en anglais), nous nous contenterons de publier 
l'excellent résumé fait par M. Isidore Loëb dans la Grande 
/'Jncycloplédie (article Cabbale). 

«■ Le Zohar est un commentaire cabbalistique du Pentateuque; 
il n'est pas sûr que nous l'ayons dans sa forme primitive, et il est 
possible que plusieurs personnes y aient travaillé. C'est une vaste 
compilation où sont entrés, avec les idées du rédacteur, ou des 
rédacteurs, d'autres ouvrages, plus ou moins anciens, comme Le 
Livre du Secret, la Grande Assemblée, la Petite Assemblée, le Livre 
des Tentes célestes, le Pasteur fidèle, le Discours du jeune homme 
et d'autres. 

« Les théories fondamentales sont déjà, en grande partie, dans le 
livre d'Azriel. Nous en donnons ici une analyse, elle suffira pour 
faire connaître en gros toute la Kabbale. » 



ANALYSE DU ZOHAR 
Par m. Isidore Loeh'. 

« Dieu est la source de la vie et le créateur de l'univers, mais il est 
infini (en sof), inaccessible, incompréhensible, il est l'inconnu (aïn 
rien, néant, pour notre intelligence), il est le grand problème [mi, 
qui?), il serait profané s'il était en relation directe avec le monde; 
entre lui et le monde se placent les dix sefirot, au moyen desquelles 
il a créé le monde, qui sont ses instruments ikélim), les canaux 
[ci nnoro t] par lesquels son action se transmet au monde des Faces 
(V. plus loinj. L'ensemble des dix sefirot forme l' homme prototyp e. 
Adam supérieur ou Adam éternel ion encore Pré- Adam), qui est le 
macrocosme, le type intellectuel du monde matériel. Les sefirot 
sont généralement représentées, chez les cabbalistes, par le dessin 
ci-après, qui est Varbre des sefirot. (Voyez p. 18.) 

« Leurs noms, en suivant les numéros d'ordre de ce dessin, sont : 
i, couronne ikéter); 2, sagesse (hokhma]\ 3, intelligence [bina); 4, 
grâce [hésed); o, justice (c?m); 6, beauté [tiféret); 7, triomphe 
{nt'çah;; 8, gloire (hod); 9, base [iesod); 10, royauté ou royaume 
(malkkul). Les neuf premières sefirot se divisent en triades, con- 
tenant chacune deux principes opposés et un principe de conci- 
liation. C'est la Balance du Livre de la Création. La première 

1. Grande Encyclopédie, ailicle Cahbale. 



— 21 — 

triade (n"' 1, 2, 3) représente les attributs métaphysiques de Dieu, 
ou, si l'on veut, le monde intelligible; la deuxième (n"* 4, 5, 6), le 
monde moral; la troisième (n°^ 7, 8, 9), le monde physique; la 
dernière (n° 10) n'est que le résumé et l'ensemble de toutes les 
autres, elle est ïharmonie du monde. Le rôle le plus important, 
dans ce monde des sefirot, est joué par la première H'fira (n° 1), 
la Couronne, qui a créé les autres sefirot et, par suite, le monde 
entier. Elle est donc le Métatron de l'ancienne cabbale, une espèce 
de démiurge. Comme elle est presque aussi insaisissable et imma- 
térielle que Dieu lui-même, elle est aussi appelée quelquefois infini 
ou néant [en sof, aïn); elle est dans tous les cas le point premier 
(sans dimensions ni rien de matériel), la matière première, la Face 
sainte, la longue Face, et toutes les autres sefirot ensemble ne 
sont que la petite Face. Elle est aussi la Volonté de Dieu, à moins 
que la Volonté ne soit en Diini lui-même et identique avec lui. La 
triade dont la première sefira tient la tête est le plan de l'univers, 
la triade du monde; les sept sefirot suivantes sont inférieures à ces 
trois, elles ne sont que les sefirot de l'exécution (de la construction, -^ ;^ 
comme disent les cabbalisles). Considérées à un autre point de ^jJja 
vue, les sefirot se divisent en sefirot de droite (n»^ 2, 4, 7), de c^^^^ 
gauche (n"" 3, 5, 8) et du milieu (n°' 1, 6, 9). 

« Celles de droite représentent l'élément masculin, lequel est con- 
sidéré comme supérieur à l'autre, meilleur; il est principe actif, 
ayant les attributs de la bonté et de la miséricorde ; celles de 
gauche représentent l'élément féminin, qui est le principe passif et 
qui a les attributs de la réflexion concentrée, de la justice stricte ; 
le groupe du milieu est le groupe de la conciliation des principes 
opposés. Les trois unités qui le composent représentent respecti- 
vement, en partant d'en haut, le monde intelligible, le monde 
moral, le monde sensible ou matériel. Dans d'autres écrits cabba- 
listiqucs, ce sont les trois triades des n"'' 1 à 9 qui représentent res- 
pectivement ces trois mondes, lesquels correspondent aux trois 
parties de l'âme humaine, comme on les trouve chez les néo-plato- 
niciens : l 'intelligence [nous), le^iLQeur [psyché], l'àme végétative 
(physis). L'introduction des sexes en Dieu est un des traits les plus 
remarquables de la cabbale. Dans cette division des sefirot en 
triades parallèles, allant de haut en bas, on distingue aussi les 
triades par les couleurs, ce qui est également digne de remarque : 
le groupe de droite est blanc, le groupe de gauche est rouge, le 
grou|)C du milieu a une couleur intermédiaire (bleu, jaune ou verli. 
E^lin la sefira n° G est reliée d'une certai ne façon a.u \ s efirot laté- 
ralesj^ce qui forme des combinaisons divers^. 



->-) 



<( Les dix sefirot sont comme les lofjoi ou idées mères du monde. 
Elles composent ensemble un monde qui vient directement de 
Dieu et qui, par opposition aux mondes inférieurs qui en pro- 
cèdent, s'appelle le monde de Témanation [acllul). Par des évolu- 
tions successives, trois autres mondes sont formés, pourvus chacun 
de dix sefirot aussi : 1, le monde de la création [bei^ia], quiestaussi 
,' 'V le monde des sphères célestes ; 2, le monde de la formation (iec/ra), 
'*^**''qui est aussi le monde des anges ou esprits qui animent les sphères ; 
3, le monde de la terminaison [açigya], qui est le monde matériel, 
l'univers visible, ïccorce des autres mondes. Dieu a essayé beaucoup 
de mondes avant le monde actuel, déjà le Talmud connaît les 
mondes créés et détruits avant le monde actuel; ce mythe repré- 
sente ou bien l'activité perpétuelle de la force créatrice, qui produit 
sans cesse et ne se repose jamais, ou bien la théorie de l'opti- 
misme, suivant laquelle ce monde est le meilleur des mondes pos- 
sibles. Ce monde contient cependant le mal, qui est inséparable de 
la matière. Le mal vient de l'afraiblissement successif de la lumière 
divine qtii, par son irradiation ou émanation, a créé le monde; il 
est une négation ou manque de lumière, ou bien il est le reste et 
résidu des mondes essayés et trouvés mauvais. Ces restes sont les 
écorces, le mal est toujours représenté comme une écorce, il y a 
même un monde du mal, peuplé d'anges déchus, qui sont également 
des écorces {kelijrpot). 
"^"^■^ « L'homme terrestre est l'être le plus élevé delà création, l'image 
de l'Adam prototype, le microcosme. La triade cosmique se re- 
trouve, comme nous l'avons vu, dans les trois âmes qui le com- 
posent et dont le siège est respectivement dans le cerveau, le cœur 
et le foie. L'âme humaine est le résultat de l'union du roi (n° 6) 
avec la reine (n° 10), et, par l'un de ses attributs les plus remar- 
quables, la reine peut remonter jusqu'au roi, l'homme peut agir 
par ses vertus sur le monde supérieur et l'améliorer. De là l'im- 
portance de la prière, par laquelle l'homme agit sur les forces su- 
périeures pour se les rendre favorables ; par elle, il les met 
positivement en mouvement et est leur excitateur. L'âme est immor- 
telle, mais elle n'atteint le bonheur céleste que lorsqu'elle est 
P^^' 'devenue parfaite, et, pour le devenir, elle est souvent obligée de 
Xi .vivre dans plusieurs corps; c'est la théorie de la métempsycose'. 
'""r^ Il lui arrive môme de descendre du ciel pour s'associer à une autre 



1 . Le mot réincarnulion rend bien mieux celle idée que celui de 
niéleinpsycose. — L'àme se réincarne dans un corp« d'iiomnie, Jamais dans 
un corps d'animal (P). 



- i;i — 

âme dans un même corps {sod ha ibOur), afin de s'améliorer à son *^^ 

contact ou d'aider celle-ci à se perfectionner. Toutes le s âmes son t ^ 

créées depuis l'origine du monde, et lorsque toutes seront à l'état (^ 

de perfection,' TêTfessie ' viendra. Le Zohar, comme' beaucoup rr^^ 
d'autres ouvrages de la littérature juive, calcule même la date à 
laquelle viendra le Messie. » 

2" Kabbale i-ratique. 

2° La Kabale pratique expliquait : 

A. Le sens spirituel de la loi ; 

B. Prescrivait le mode de purification qui assimilait l'àme à la 
divinité et en faisait un organe priant, agissant dans la sphère du 
visible et de l'invisible. 

C'est ainsi qu'elle devenait capable de s'abîmer pieusement dans 
la méditation des noms sacrés, l'écriture étant, suivant les kabba- 
lisles, l'expression visible des forces divines, sous la figure des- 
quelles le ciel se révèle à la terre. 

On comprend facilement que rien ou presque rien n'ait été écrit 
ni surtout publié de ce qui a rapport à cette partie de la Kabbale. 

Aussi la critique n'a-t-elle pas manqué de diriger ses poinles les 
plus acerbes contre les kabbalistes qui prétendaient aux connais- 
sances magiques. 

Il faut bien reconnaître toutefois que la critique, tablant sur des 
ouï-dire, ne pouvait guère porter un jugement favorable. 

La théorie de la Kabbale pratique se rattache à la théorie géné- 
rale de la magie : union de VUlée et du symbole dans la Nature, 
dans rilomme et dans l'Univers. Agir sur des symboles, c'était agir 
sur des idées et sur des êtres spirituels (anges) ; de là tous les pro- 
cédés d'évocation mystique. 

L'étude de la Kabbale pratique comprenait tout d'abord des ^^ 
connaissances spéciales sur les lettres hébraïques et les divers /^^f^ 
changements qu'on pouvait leur faire subir au moyen de trois «^ 
opérations bien connues de la plupart des kabbalistes ( Themuriq, 'W^ 
Gcinalria, Nolorin). g^ 

Ce point est important à connaître, car il constitue la partie la {.Vt" 
plus grossière, la plus exotérique de la kabbale pratique, et cepen- 
dant plusieurs critiques (surtout les Allemands) n'ont voulu voir 
dans toute la Kabbale que celte science des charades, dos rébus 
et des anagrammes, tout cela pour ne pas avoir pris la peine 
d'aller jijs(prau fond de la queslion. 

• ilomme ii est important ile connaitro cet Itii'n'itfjhjphismc spi-cial. 



c)! 



nous allons emprunter à Molitor [op. cil.) quelques exemples 
typiques à ce sujet. 



Nous avons dit plus haut qu'il était aussi difficile d'écrire la 
Tliorah que de la lire. En effet, il se trouvait souvent dans un mot 
une lettre de plus ou de moins, quelquefois l'une pour l'autre, 
puis enfin les finales à la place des médiantes et vice-versâ. 

Outre cet hiéroglyphisme plastique, la Bible en renferme encore 
un autre où les mots sont considérés comme autant de chiffres 
mystérieux. 
;1 y Cet hiéroglyphisme lui-même est ou synthétique on identique : 
i° Synthétique quan d un mot en r ecèle plu sieurs autres qj^ i'on 
L»''****'^(lécouvre soit en développan t, en divisant ou en iransposatit les 
lettres; "^ ^ 

2° Identique lorsque plusieurs mots de l'écriture expriment la 
même chose. Cette identité se fonde soit sur le rapport mystérieux 
existant entre les lettres, soit sur leur valeur numérique, ainsi que 
nous en trouvons des traces évidentes dans les prophètes. Le 
Mischna appelle cet hiéroglyphisme le parfum de la sagesse. 

Voici maintenant plusieurs exemples de l'hiéroglyphisme syn- 
thétique. 

1° Vévolution des lettres. 

David, dans son testament à son fils Salomon, s'écrie : // m'a 
maudit avec de dures malédictions (Nimreziîtu NMRZTh). 

Or le mot hébreu Nimrezelh renferme le contenu de ces reproches 
injurieux que le prophète faisait à David. 
5^îf N oeph, ti adultère. 

t»A*yY> ^I oabi, 'f.- Moabite, parce qu'il descendait de Ruth. 
. *\ R o-eacA, '"''meurtrier. 
ti^^?. Z ores, iii violent. 

,4^(1.^ T Aoeô, J^ cruel. 
p .", 2° La division. 

;>V/0 ^^ divisant le mot B'reschil, on a Bara-Schith, il créa six, c'est- 
'. " "^ à-dire les six forces fondamentales qui président à l'œuvre mysté- 
rieuse des six jours. On jouit de la même liberté pour la construc- 
tion des phrases et des périodes entières, 
3° La transposition. 

Dieu dit dans l'Exode : Je veux envoyer devant toi M'iachi, 
c'est-à-dire mon ange; en transposant dans ce mot, on a le nom de 
Michel, le protecteur du peuple hébreu. 

La plus remarquable de ces évolutions, appelée Gilgul, consiste 



dans la transposition régulière des différentes lettres d'un mot, 
telles que celles du saint nom lEVE [Jéovah). Les douze change- 
ments mystérieux qu'on peut opérer avec les quatre lettres de ce 
nom représentent le jeu continuel de cette puissance première qui 
fait sortir la variété de l'unité ', 

Emploi des nombres. 

Outre l'hiéroglypliisme synthétique dont nous venons de parler, 
il en existe un autre fondé sur le rapport numérique des lettres qui 
représentent chacune une certaine valeur. 

Les nombres forment trois classes ; chaque classe renferme neuf 
lettres correspondantes. La première contient les nombres simples 
depuis 1 jusqu'à 9. On les appelle les petits nombres. 

La deuxième, qui commence à 10 et linit à 90, renferme les nom- 
bres moyens. 

La troisième enfin, formée du produit des unités et des dizaines, 
est à proprement parler le grand nombre. 

Quant aux mille, le dernier degré de la progression numérique, 
on peut les ramener facilement à l'unité = 1.000 = 1 ; voilà pour- 
quoi ces deux nombres ont la môme lettre en hébreu: Aleph-. 
(Voy. p. 41.) 

Les lettres se remplacent par des nombres et alternativement. 
Ceux-ci s'additionnent ou s'énumèrent à part, c'est à volonté. 

Prenons [)Our exemple le mot Adam m d a dont la somme égale 

40 4 1 
45 (40 -|- 4 -|- 1 = 45); si l'on extrait la racine, on aura 9. 

11 suit de là qu'il y a affinité entre les mots dont la valeur numé- 
rique est la même, témoin Achad et Aliabha dont le nombre 
correspondant est 13, et qui signifient, le premier Yunitc, et le 
second Vamour, chargé précisément de reconstruire aujourd'hui 
Funité détruite ; du reste le nombre l.'J est le nombre de l'amour 
(■ternel figuré par Jacob et ses (ils, Jésu>Christ et ses apôtres; et 
ce (pi'il y a d'admirable, c'est qu'eu l'additiounanl, ou arrive à la 
laciin.' i (1 -(- 3 = 4), qui corres|)():id aux quatre lellres du saint 
nom /A'IVi', principe de vie et d'amour. 

La clef générale de ces évolutions si curieuses qu'<jn fait subir 

1. Molilor, p, 31, 32, 3;). (Voy. aussi p. 123 pour les ciiangenicnls de 

iKvi:.) 

2. La l;inj,Mie ln'hr'aïqiic iiiamiuo d'un nnni lu-oitro pour cxitiimci- le 
nombre dépassant 1(100. Ainsi IWiIh) qui siguilic dix uiilh' a la inOnie 
racine que linbli (uuillitiide). 



— 2(i — 

aux mots et aux lettres, nous la trouverons dans ce livre hiérogly- 
phique et numéral si peu connu quant à ses hases scientifiques, le 

TAROT ^ • 

L'explication mystique de ce tarot formait la base de l'enseigne- 
ment oral de la magie pratique qui conduisait le Kabbaliste initié 
jusqu'à la prophétie. Rien n'a été imprimé, à notre connaissance, 
sur ce sujet dans les livres dits « Kabbalistiques. » Nos bibliothèques 
publiques renferment quelques manuscrits attribués à Salomon et 
traduits de l'hébreu en latin, et de là en français; ces manuscrits 
renferment, d'une part, la reproduction, sous le nom de talismans, 
des lames du Tarot ou « clavicules », et d'autre part Vexplication 
et la mise en usage de ces clavicules. On les connaît soit sous 
le nom de clavicules de Salomon, soit sous le nom de Schemam- 
pkoras ; encore faut-il reconnaître que les données fournies par 
ces manuscrits sont bien incomplètes. 

Quoi qu'il en soit, il était nécessaire de les citer pour déterminer 
aussi exactement que possible les divisions principales qu'on peut 
établir dans celte partie de la tradition secrète des Hébreux. Voici 
donc, pour terminer, la manière dont nous diviserons la Kabbale. 



Divisions. 



Livres et Manuscrits. Csncordanees entre les antouri, 



KABBALE 



Bereschit. 
Œuvre de la 
création. 



Mcrcavah. 
Œuvre du char. 



Hiéroglyphiame 
synthétique. 

Geraatria. 

Themuria. 

Nolarikon. 

Manuscrits ma 
giques. 

Ésolérisme 
Tarot. 



Skpher 
Iktzirah. 



ZOUAR. 



Tarot. 



du 



Clavicules, 
schemamphohas 



Division identique 
d'Ad, Franck et de 
la plupart dps au- 
teurs contemporains 
ainsi que des kab- 
balistes eux-mêmes. 

Partie clorjma'.ique 
de M. Munck. 

Partie nirlaphy- 
sique de iM. Munck. 

i" degré de Moli- 
tor. 

Partie symbolique 
(le M. Munck. 

2* degré de Moli- 
tor. 

Partie mystique 
de Molitor. 



1. Voy. Eliphas Uvi, Wlnd d: Haute Magie, cliap. XX.!, cl Vapus , 
Le Tarot des bohémiens. 



DEUXIÈME PARTIE 



LES 

ENSEIGNEMENTS DE LA KABBALE 



Horizon de (( i) l'Éternité 




r+ 365 



Système kabbalistiqi'e des Séphirotus. 



RÉSUMÉ METITODIQUE DE LA KABBALE 



CHAPITRE PREMIER 
EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE. — DIVISION DU SUJET 

Dans l'étude suivante nous allons résumer de notre mieux les 
enseignements et les traditions de la Kabbale. 

La tâche est assez difficile, car la Kabbale comprend, d'une part, 
tout un système bien particulier basé sur l'étude de la langue 
hébraïque, et, d'autre part, un enseignement philosophique de la 
plus haute importance, dérivant de ce système. 

Nous allons faire tous nos efTorls pour aborder ces divers points 
de vue l'un après l'autre en les séparant bien nettement. Notre 
étude comprendra donc : 

1° Un exposé préliminaire sur l'origine de la Kabbale; 

2° Un exposé sur le système kabbalistique et ses divisions, véri- 
lable cours de kabbale en quelijues pages; 

3" Un exposé sur la philosophie delà Kabbale et sur ses applica- 
tions; 

4° Les textes principaux de la Kabbale sur lesquels sont bâties 
les données précédent(;s. 

C'est la première fois qu'un travail de ce genre est présenté au 
public. Aussi nous efforcerons-nous de toujours nous appuyer sur 
des auteurs compétents lorsque les dévelop[)ements ne nous seront 
point personnels. 

La Kabbale est la clof de voûte de toute la tradition occidentale. 
Tout phil(j>o[)be abordant les conceptions les plus élevées que 



— 30 — 

puisse alleindre l'esprit humain aboutit forcément à la Kabbale, 
qu'il s'appelle Raymond Lulle *, Spinosa^, ou Leibniz ^ 

Tous les alchimistes sont kabbâÏÏstes, toutes les sociétés secrètes 
religieuses ou militmtes qui ont paru en Occident : Gnostiques, 
Templiers, Rose-Croix, Martinistes ou Francs-Maçons, se rattachent 
à la Kabbale et enseignent ses théories, Wronski, Fabre d'Olivet et 
Eliphas Levi doivent à la Kabbale le plus profond de leurs connais- 
sances et le déclarent plus ou moins franchement. 

D'où vient donc cette doctrine mystérieuse? 

L'étude, même su[)erficieUe des religions, nous montre que 1 ini- 
tiateur d'un peuple ou d'une race divise toujours son enseignement 
en deux parties : 

Une partie voilée sous les mythes, les [)arabolcs ou les symboles 
à l'usage des foules. C'est la partie exolérique. 

Une partie dévoilée à quelques disciples favoris qui ne doit 
jamais être écrite clairement, si elle est écrite, mais qui doit être 
transmise oralement de génération en génération. G est la doctrine 
ésotérique. 

Jésus n'échappe pas à la règle générale pas plus que Bouddha; 
1 Apocalypse en est la preuve ; pourquoi Moïse serait-il le seul qui 
ait failli à cette règle? 

Moïse, sauvant le plus pur des mystères d Egypte, sélecta un 
peuple pour garder son livre, une tribu, celle de Lévi, pour gar- 
der le culte; pourquoi n'aurait-il pas transmis la clef de son livre 
à des disciples sûrs? 

Nous verrons en effet que la Kabbale enseigne surtout le manie- 
ment des lettres hébraïques considérées comme des idées ou môme 
comme des puissances effectives. C'est dire que Moïse indiquait 
par là le sens véritable de son Sepher. 

Ceux qui prétendent que la Kabbale vient (ÏAdam racontent tout 
simplement l'histoire symbolique de la transmission de la tradition 
d une race à l'autre, sans insister sur une tradition plus que sur 
une autre. 



1. Les adeptes de cette science (Kabbale) parmi lesquels il faal con- 
prendre plusieurs mystiques chrétiens, tels que Raymond LuMe, Pic de 
la Mirandole, Reuchlin, Guillaume Poslel, Henri Morus, la re{.'arde>nt 
oomme une tradilion divine aussi ancienne que le génie humain l'DJc- 
tionnaire philosnpldque de Fran( k;. 

2. Les ouvrages de Spinosa alli-stent une connaissance profonde de la 
Kabbale. 

3. Leibniz f:it initié à la Kabbale par Mercure van H-lmont, lils du 
célèbre alchimiste, et grau 1 kaM)ah"ste lui-inèuie. 



— ;}i — 

Quelques savants contemporains, ignorant tout de l'antiquité, 
sont étonnés d'y trouver des idées profondes sur les sciences, et 
placent l'origine de tout le savoir au second siècle de notre ère, 
d'autres daignent aller jusqu'à l'école d'Alexandrie. 

Des critiques prétendent même que la Kabbale a été inventée au 
xiii" siècle par Moïse de Léon. Un véritable savant, digne de toute 
notre admiration, M. Franck, n'a pas eu de peine à remettre ces 
critiques à la raison en les battant sur leur propre terrain'. 

Nous nous rangerons donc à l'avis de Fabre d'Olivet plaçant 
l'origine de la Kabbale à l'époque môme de Moïse. 



Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moïse lui-même, 
prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses interpré- 
tations qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours 
à une loi orale, qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont 
il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de transmettre dans le 
secret du sanctuaire à d'autres hommes qui, la transmettant à leur 
tour d'âge en âge, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus 
reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes se flattent encore 
de posséder se nomme Kabbale, d'un mot hébreu qui signifie ce 
qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en 
main. 

Les livres les phis fameux qu'ils possèdent, tels que ceux du 
Zohar, le Bahir, les Medrasliim, les deux Gemares qui composent 
le Talmud, sont presque entièrement kabbalistiques. 

Il serait très difficile de dire aujourd'hui si Moïse a réellement 
laissé cette loi orale, ou si, l'ayant laissée, elle ne s'est point altérée 
comme parait l'insinuer le savant Maimonides, quand il écrit que 
ceux de sa nation ont perdu les connaissances d'une infinité de 
choses sans lesquelles il est presque impossible d'entendre la Loi. 
Quoi qu'il en soit, on ne peut se dissimuler qu'une pareille institu- 



\. Quand on oxaniine la Kabbale en elle-même, quand on la compare 
aux doclrities analogues, et (ju'on réllécliit à l'inHuence immense qu'elle 
a exercée, non seulement sur le judaïsme, mais sur l'esprit humain en 
général, il est impossible de ne pas la regarder comme nn système très 
sérieux et parfaitement original. Il est tout aussi im|tossil)le d'expliquer 
sans elle les nombreux textes de la Mischna et du Talmud qui attestent 
chez les Juifs l'existence d'une doctrine secrète sur la nature de Dieu el 
de l'univers, au temps où nous taisons remonter la science kahhalislique 
(Ad. Franck). 



— ;i2 — 

tion ne fût parfaitement dans l'esprit des Égyptiens, dont on con- 
naît assez le penchant pour les mystères. 

La Kabbale, telle que nous la concevons, est donc le résumé le 
plus complet qui nous soit parvenu de l'enseignement des mystèi'es 
d'Egypte. Elle contient la clef des doctrines de tous ceux qui 
allèrent se faire initier, au péril de leur vie, philosophes-législa- 
teurs et théurges. 

De même que la langue hébraïque, cette doctrine a pu subir 
les vicissitudes nomljreuses dues à la longue suite des âges qu'elle 
a traversés; toutefois ce qui nous en reste est encore digne d'une 
sérieuse considération. 

Telle que nous la possédons aujourd'hui, la Kabbale comprend 
deux grandes parties. La première constitue une sorte de clef 
basée sur la langue hébraïque et capable de nombreuses applica- 
tions, la seconde expose un système philosophique tiré analo- 
giquement de ces considérations techniques. 

On désigne dans la plupart des traités sur cette question la 
première partie seule sous le nom de Kabbale; l'autre étant 
développée dans les livres fondamentaux de la doctrine. 

Ces livres sont au nombre de deux : 1° le Sepher Jesiraii, le livre 
de la formation qui contient sous forme symbolique l'histoire de 
la Genèse Maassch bereschit. 

2° Le ZoHAR, le livre de la lumière, qui contient également sous 
forme symbolique tous les développements ésotériques synthétisés 
sous le nom d'Histoire du char céleste : Maasseh merkabah '. 

C'est encore au symbolisme qu'il faut rapporter les deux cabales 
des Juifs, la cabale Mercava, et la cabale Bereschit. La cabale Mcr- 
cava faisait pénétrer le Juif illuminé dans les mystères les plus 
profonds et les plus intimes de l'essence et des qualités de Dieu et 
des anges; la cabale Bereschit lui montrait dans le choix, l'arrange- 
ment et le rapport numérique des lettres exprimant les mots de 
sa langue, les grands desseins de Dieu, et les hauts enseignements 
religieux que Dieu y avait placés. (de Brière.) 

Merkabah et Bereschit, telles sont les deux grandes divisions clas- 
siques de la Kabbale adoptées par tous les auteurs. 

Pour aborder les enseignements de la Merkabah, il faut con- 
naître déjà la Bereschit et, pour ce faire, il faut connaître l'al- 
phabet hébraïque et les mystères de sa formation. 

Partant donc de cet alphabet, nous allons aborder successivement 

i. Fabre d'OIivet, Uing. héb., p. 29, (. 1. 



— 3} — 

les diverses parties qui constituent cette clef générale dont nous 
avons parlé, ensuite nous parlerons du système philosophique. 

On [teut diviser les kabbalistes en deux catégories. Ceux qui ont 
appliqué les principes de la doctrine sans s'attarder à développer 
les fondements élémentaires et ceux qui, au contraire, ont fait des 
traités classiques de la Kabbale. 

Parmi ces derniers nous pouvons citer P ic de la Mirandole , 
Kirche r et L enain . 

Pic de la Mirandole divise l'étude de la Kabbale en étude des 
numérations (ou Sephirolh) et élude des noms divins (ou Schenroth). 
C'est en effet à ces deux puints que se réduit toute la clef. 

Kircher, R, P. Jésuite, est un des auteurs les plus complets sur 
cette question ; il adopte la division générale en trois grandes parties : 

\° Génmtrie ou élude des transpositions; 

2° Notarla ou étude de l'art des signes; 

3° Thémurie ou étude des commutations et des combinaisons. 

Lenain, auteur de la Science cabalistique, traite surtout des noms 
divins et de leurs combinaisons. 

Nous donnerons les plans suivis dans ces divers ouvrages après 
notre exposition, car, actuellement, la plupart des divisions ne 
seraient pas bien comprises. 

CHAPIIRK 11 

i;alpiiabet hébraiouk 

LES VINGT-Di:UX LETTRES ET LELR SIGNIFICATION 

Le pf»int de départ de toute la Kabbale c'est l'alphabet hébraïque. 
L'alphabet des Hébreux est composé de vingt-deux lettres; les 
lettres ne sont pas cependant placées au hasard les unes à la suite 
des autres. Chacune d'elles correspond à un nombre d'après son 
rang, à un hiéroglyphe d'après sa forme, à un symbole d'après ses 
rapports avec les autres lettres. 

T(uites les lettres dérivent d'une d'entre elles, le iod, ainsi (pie 
nous l'avons déjà dit'. Le iod les a générées de la façon suivante 
(voy. Sepher Jesirah): 
1" Trois mères : 

L'A (Aleph) 5^ 

L'M (Le Mem) "0 

Le SI) (LeSrliiri) "C* 

\. Voy. l'élude siu' le mol itd, hr, Vdii, hé (|>;ige 498). 



34 



2" Sept doubles (doubles parce qu'elles exjiilmeiil deux som 
lun positif fort, l'autre négatif doux) : 



Le B (Belh) 
Le G (Ghimel) 
Le D (Dalelh) 
Le Cil (Caphj 
Le Ph (Phé) 
L'R (Resch) 
Le T (Thauj 



1 



3" Enfin duuze simples formées par les autres letlres. 
Pour rendre tout cela plus clair, donnons l'alphabet hébreu en 
indiquant la qualib^ de chaipie lettre ainsi que son rang. 



d"ordre 


UlÉRuGLYPHE 


NOMS 


VALEURS 

EN LETTRES 

roma'nes 


VALEURS 

DANS l'alphabet 


1 


.S 


aleph 


A 


m è re 


2 


"2 


beth 


B 


double 


3 


1 


ghimel 


G 


double 


4 


1 


daleth 


D 


double 


5 


n 


hé 


K 


simple 


6 


K 


va u 


>• 


simple 


7 


T 


/.aïn 


Z 


simple 


8 


n 


heth 


H 


simple 


9 


t: 


leth 


r 


simple 


10 


y 


iod 


I 


simple el prinri[ie 


11 


D 


caph 


CH 


double 


! 12 


S 


lamed 


L 


simple 


13 


*^ 


me m 


M 


mèi'e 


14 


: 


noun 


N 


simple 


lo 


D 


samerh 


S 


simple 


16 


> 


h aïn 


G H 


simple 


17 


- 


phé 


PII 


double 


18 




tsadé 


!> 


simple 


19 


P 


coph 


K 


simple 


20 


1 


resch 


II 


double 


21 


r 


shin 


SI] 


mère 


22 


P 


thciu 


TB 


double 



Chaque lettre hébraïque représente donc trois chose? : 

1° Une lettre, c'est-à-dire un hiéroglyphe; 

2° Un nombre, celui de Tordre qu'occupe la lettre; 

3° Une idée. 

Combiner des lettres hébraïques c'est donc combiner des 
nombres et des idées; de là la création du Tarot ^. 

Chaque lettre étant une puissance est liée plus ou moins étroiie- 
nient avec les forces créatrices de l'Univers. Ces forces évoluant 
dans trois mondes, un physique, un astral et un psychique, chaque 
lettre est le point de départ et le point d'arrivée d'une foule de 
correspondances. Combiner des mots hébraïques c'est par suite agir 
sur l'Univers lui-même, de là les mots hébreux dans les cérémonies 
magiques. 

Maintenant que nous connaissons l'alphabet en général, il nous 
faut étudier la signification et les rapports de chacune des vingt-deux 
lettres de cet alphabet. C'est ce que nous allons faire. Un verra, 
dans cette étude faite d'après Lenain, les correspondances de 
chaque lettre avec les noms divins, les anges et le sephiroth. 



Les anciens rabbins, les philosophes et les cabalistes expli- 
quent, selon leur système, l'ordre, Vharmonie et les influences 
des deux sur le monde, par les ^:2 lettres hébraïques que com- 
prend l'alphabet mystique des Hébreux ^ 

Explication des mystères de l'alphabet hébreu. 

Cet alphabet désigne : 

1° Depuis la lettre aleph ^ jusqu'à la lettre * iod le monde invi- 
sible, c'est-à-dire le monde angélique (intelligences souveraines 
recevant les influences de la première lumière éternelle attribuée 
au Père de qui tout émane). 

2" Depuis la lettre "2 caph jusqu'à celle nommée tsadé *; 
désigne différents ordres d'anges qui habitent le monde visible, 
c'est-à-dire le monde astrologique altribuéà Dieu le Fils, qui signifie 
la divine sagesse qui a créé cette infinité do globes circulant dnns 
l'immensité de l'espace dont chacun est sous la sauvegarde d'une 
intelligence spécialement chargée parle créateur de les conserver 

i cl 2. Voy. If Tarol des Rnhéinienii, par Papiis. 



— 3G - 

el Ips mainfimir dans leiir.> orhes, afin qii'ancnn aslro ne pnisse 
troubler l'ordre et l'harmonie qu'il a établis. 

3° A partir de la lettre tsadé ^ jusqu'à la dernière, nommée H 
thau, Ion désigne le monde élémentaire attribué par les philo- 
sophes au Saint-Esprit. C'est le souverain Etre des êtres qui donne 
Tàme et la vie à toutes les créatures. 



Explication Hépnrôo des 22 lelfres. 

1 is* Aie/j/i 

Correspond au premier nom de Dieu, Eheieh ^^~l^ fl"6 l'"" 
inter|)rète essence divine. 

Les cabalistes l'appellent celui que l'œil n'a point vu à cause de 
son élévation. 

Il siège dans le monde appelé Ensophe qui signifie l'infini, son 
attribut se nomme Kcther ~P3 interprété couronne ou diadème: 
il domine sur les anges appelés par les Hébreux Haioth-Nakodisch 
li/npnjn^ri c'est-à-dire les animaux de sainteté; il forme les 
premiers chœurs des anges que l'on appelb; séraphins. 

2 2 Betk 

2" nom divin correspondant à cette lettre : Bachour 'HinS 

(clarté, jeunesse), désigne anges de 2^ ordre, Ophanim D^JS'^i^. 

Formes ou roues. 

Chérubins (par leur ministère Dieu débrouilla le chaos). ^M ^-t^ '-a^*> 
Numération riDDil Hoschma, sagesse. iAo^^-^^\ 

3 :; Ghimel 

Nom Gadol ^*'2,^ (magnus), désigne anges Aralym D^7"!S c'est-à- 
dire grands et forts, trônes (par eux Dieu tetragrammaton Elohim 
entretient la forme de la rnalière). 

Numération Binach HJO providence et intelligence. 

4 " Dairth 

' - 1^ 

Nom Dagotil "y^^"^ (insignes^ anges Ilasmalim D^7D\^*n. •^^.*^*'*^ 



— 37 — 

Dominations. 
C'est par eux que Dieu EL^J^ représente Jes effigies des corps et 
toutes les diverses formes de la matière. 
AllriJjut IDn (iiœsed), clémence et bonté. 

5 T] Hé 

Nom Hadom "j"".!!! (formosus, majesluosus). Seraphim D*S"lW, 
puissances (par leur ministère Dieu Elohim Lycbir produit les 
éléments). 

Numération "ÎÎIS (pachad), crainte et jugement, gauche de 
Pierre. 

Attribut n"11!2.5 Geburah, force et puissance. 

6 1 Vau 

A formé V'1 Vezio (cum splendore), G° ordre d'anges □JD5<"lD 
Malakim, chœur des vertus (par leur ministère Dieu Eloah produit 
les métaux et tout ce qui existe dans le règne minéral). 

Attribut ri"l")^Sr Tipherith, Soleil, splendeur. 

7 T Za'in 

A formé f^,' Zakai (purus nmndus), 7" ordre d'anges, princi- 
pautés, enfants d'Elobim (par leur ministère Dieu tétragrammaton 
Sababot produit les plantes et tout ce qui existe en végétal). 

Attribut "^27] wezat, triomphe, justice. 

8 n Ilet/i 

Désigne chased l^DH (misericors),angesde8*ordreBené Elohim, 
fils des Dieux {chœur des archanges) [Mercure] ; par leur ministère 
Dieu Elohim Sabahot produit les animaux et le règne animal. 

Attribut lin Ilod, buiange. 

9 ta Tet/i 

Correspond au n(jm "^'t^ Tebor (mundus purus), auges de 
0" ordre cpii président à la naissance des hommes (par leur minis- 
tère Saday et l-^lhoi envoient des anges gardiens aux hommes). 

Attribut "lin* Jesod, fondement. 



:j8 



10 f lod 

D'où vient fah H' (Deus). 

Attribut : royaume, empire et temple de Dieu ou influence par 
les héros. C'est par leur ministère que les hommes reçoivent 
l'intelligence, l'industrie et la connaissance des choses divines. 

Ici finit le inonde angéllque. 



1 1 D Caph 

Nom "l')2!3 fpolens). Désigne l^"" ciel, i" mobile correspondant 
au nom de Dieu 1 exprimé par une seule lettre, c'est-à-dire la 
1" cause qui met tout ce qui est mobile en mouvement. La pre- 
mière intelligence souveraine qui gouverne le premier mobile, 
c'est-à-dire le premier ciel du monde astrologique attribué à la 
deuxième personne de la Trinité, s'appelle 3''nt2î2D Mittatron. 

Son attribut signifie prince des faces: sa mission est d'introduire 
tous ceux qui doivent paraître devant la face du grand Dieu ; elle 
a sous elle le prince Orifiel avec une infinité d'intelligences subal- 
ternes ; les cabalistes disent que c'est par le ministère de Mitta- 
tron que Dieu a parlé à Moïse; c'est aussi par lui que toutes les 
puissances inférieures du monde sensible reçoivent les vertus de 
Dieu. 

Gaf, lettre finale ainsi figurée 1^ correspond aux deux grands 
noms de Dieu, composés chacun de deux lettres hébraïques, 
El i"^^ lah n^ ; ils dominent sur les intelligences du deuxième 
ordre qui gouvernent le ciel dos étoiles fixes, notamment les douze 
signes du Zodiaque que les Hébreux appellent Galgol hamnazeloth ; 
l'intelligence du deuxième ciel est nommée Raziel. Son attribut 
iiiunilie vision de Dieu et sourire de Dieu. 

12 ^ Lamr>l 

D'où vient Lumined T2*7 (doctus), correspond au nom Sadaï, 
nom de Dieu en cinq lettres, nommé emblème du Delta, et domine 
sur le troisième ciel et sur les intelligences de 3* ordre qui gou- 
vernent la sphère de Saturne. 



;}n 



13 D Me?n 

Meborakc HH'O (beaediclus), corre5«pond au -4'" ciel et au A" nom 
Jehovah mn\ domine sur la sphère de Ju[)iter. L'intelligence qui 
gouverne Jupiter se nomme Tsadkiel. 

Tsidkiel reçoit les iaflueuces de Dieu par rintermi''diaire de 
Schebtaïel pour les transmettre aux intelligences du 5'' ordre. 

Mem 52, lettre capitale, correspond au 5° ciel et au o** nom de 
Dieu; c'est le 5" nom de prince en hébreu. Domine la sphère de 
Mars. Intelligence qui gouverne Mars : Samaël. Samaël reçoit les 
influences de Dieu- par l'intervention de Tsadkiel et les transmet 
aux intelligences du 0'" orih'e. 

14 2 Noiin 

Nun Xora ^"["'.J (Tormidaltilis) ; correspond aussi au nom 
Emmanuel (nobiscum Deus), 6" nom de Dieu; domine le 6^ ciel, 
Soleil; V intelligence du Soleil, Raphaël. 

Nom " finale ainsi figurée, se rapporte au V nom de Dieu Ararita, 
composé de 7 lettres (Dieu immuable). Domine le 7^ ciel et Vénus, 
Intelligence de Vénus : Haniel (l'amour de Dieu, justice et grâce de 
Dieu). 

1 5 D Samech 

Xom Samock "î"Q'|l2 .'•'l'i*'"'', firm.uis;, ?>" nom de Dieu; étoile 
Mercure; l'"*' intelligence de Mercure, Mikael. 

1 6 :: Haïn 

Nom 1"^ Ila/.az (forlis'; correspond ;i Jehova-Sabahot. Domine 

le 9' ciel; I^une; intelligence de la Lune, (iabriel. 
Ici finit le monde archange liqut:. 



17 S P/iê 

18* nom lui correspond; ni^î Phodé (relcmplor). /?»îp inlellec- 
(uelle (Kirchrr, ii, 227 }. 



— 40 — 

Cettro lettre désigne le Feu, l'élément où luibilcnl les sala- 
mandres. Intelligence du Feu, Séraphin et plusieurs sousordres. 
Domine en été sur le Sud ou Midi. 

La finale T\ ainsi figurée désigne Cair, où habitent les Sylphes. 
Intelligences de l'air, Chérubin et plusieurs sous-ordres. Les intel- 
ligences de l'air dominent au printemps sur l'Occident ou l'Ouest. 

18 ï Tsade 

Matière universelle (K). Nom Z' "^ Ïsedek(justu5). Désigne VEau 
où habitent les nymphes. Intelligence, Tharsis. Domine en 
automne sur l'Ouest ou l'Occident. 

Finale ^ forme des éléments (A. E. T. F.) (K). 

\ 9 p Coph 

Nom dérivé \l*ip Kodesch (sanctus). Terre où habitent les 

Gnomes. Intelligence de la Terre, Ariel. En hiver vers le Nord. 
Minéraux, inanimé (Kircher). 

20 1 Bcsck 

Nom nin (i'iiperans) Rodeh, végétaux (Kircher); attribué au 
1" principe de Dieu qui s'applique au règne animal et donne la vie 
à tous les animaux. 

21 ^ S/lin 

Nom Schaday HU (omnipolens) qui signifie Dieu tout-puissant, 
attribué au second principe de Dieu (animaux, ce qui a vie (Kircher), 
qui donne le germe à toutes les substances végétales. 

22 n T/iaii 

Nom Thechinah pl^HP (gratiosus), Microcosme (Kircher). 
.S"" principe de Dieu qui donne le germe à tout ce qui existe dans le 
règne minéral. 

Cette lettre est le symbole de l'homme parce qu'elle désigne la 
fin de tout ce qui existe, de même que l'homme est la lin et la 
perfection de toute la création. 



— 41 







Dicislun 


de /' 


alpha 


het 










Unité 


9 


8 


7 





5 




4 


3 


-i 


1 


l^' monde 


lÛ 


n 


~ 


•I 


n 




1 


: 


n 


^* 


Dizuine 


90 


80 


70 


60 


50 




40 


30 


20 


10 


2^ inonde 


i: 


5 




D 


J 




D 


n 


r 


Centaine 


900 


800 


700 


600 


500 




■100 


300 


200 


100 


3" monde 


:; 


5 


" 


D 


1 




n 


\r; 


1 





Yoici comment il faut ranger ces lettres et quelle est leur signifi- 
cation mystique. 



1'° CONNEXION 



2" connp:xion 



3'^ CONNEXION 



SS^î alepli c'est-à- 
dire poitrine. 

no beth, maison. 

;; ghimei, [dénitudo, 
rétribution. 

I daletb, table el 
porle. 

II indique quelle est 
la maison de Dieu 
(pii dans les livres 
divins se trouve 
nommée pléni- 
tude. 



n hé (ista, rue), ainsi 
celle-ci. 

I vau, uncinus. 

\ zuïn (Hœc), celle-là, 

armes. 
n vie. 

II indique analogi- 
quement l'une et 
Tautre vie, et quelle 
peut être l'autre 
vie sous la même 
des écritures par la- 
quelle le Christ lui- 
même annonce la 
vie des croyants. 



t2 Ibel, bien, Ijon, dé- 
clinaison. 
> iod, principe. 

Il indique analogi- 
quement que, quoi- 
que maintenant 
nous sachions l'uni- 
versalité des choses 
écrites, cependant 
nous n'en connais- 
sons qu'une partie 
et nous n'en pro- 
phétisons qu'une 
partie ; cependant 
(juand nous aurons 
mérité d'être avec 
le Christ, alors ces- 
sera la doctrine des 
livres, et alors nous 
aurons face à face 
le bon piinci|ie tel 
(ju'il est. 



Monde a}i(ji;Hquc. 



M — 



¥ CONNEXION 




o" CONNEXION 


6'' CONNEXION 


3 capli, main, con- 


D 


mem, ex ipsis. 


"J haïn, source, œil. 


duite. 


J 


ioun,sempilernum. 


5 phé, bouche. 


"^ lamecl (discipline), 


D 


samech, adjuto- 


i* Isadé, justice. 


cœur. 




l'i u m . 


Il indique analogi- 


Ils contiennent ceci : 


11 


indique analogi- 


quement que l'é- 


Les mains sont com- 




quement que c'est 


criture est la sour- 


prises dans l'œu- 




des écritures que 


ce ou l'œil et la 


vre, le cœur et la 




le? hommes doivent 


bouche de la jus- 


conduitesontcom- 




tirer uniquement 


tice, qui contient 


pris dans les sens 




les sources néces- 


l'origine de toutes 


parce que nous ne 




saires à la vie éter- 


les œuvres de la 


pouvons rien faire 




nelle. 


partie constituée 


qu'au |) a r a v a n t 






par la bouche di- 


nous ne sachions 






vine. 


ce qu'il faut faire. 






• 



Monde des orbes. 



r CONNEXION 



p cojih Vocation, voix. 

"^ resch Tête. 

X} shin Dents. 

ri thaii Signe, microcosme. 

(Test comme si l'on disait : la vocation de la tète est le 
signe des dents ; en effet la voix articulée dérive des dents 
et c est par ces signes qu'on parvient à la tête de tous qui 
est le Christ et au liovaume éternel. 



Monde des / rhimenfs. 



- 4:j — 
chapitre ih 

LES NOMS DIVINS 

Si le lecleur a bien compris les données qui précèdent, s'il sait 
liien que chaque lettre a trois fins et exprime un hiéroglyphe, un 
nombre et une idée, il connaît les fondements de la Kabbale. Il 
nous suffira maintenant de nous occuper des C(jmbinaisons. 

Si chacune des lettres est une puissance effecti^^e, le groupement 
de ces lettres d'après certaines règles mystiques donne naissance à 
des centres actifs de force qui peuvent agir d'une manière efficace 
lorsqu'ils sont mis en action par la volonté de l'hcjmme. 

De là les dix noms divins. 

Chacun de ces noms exprime un attribut spécial de Dieu, c'est-à- 
dire une loi active de la Nature et un centre universel d'action. 

Comme toufes les manifestations divines, c'est-à-dire tous les 
actes et tous les êtres, sont liées entre elles autant que les cellules 
de l'homme sont liées à lui, mettre une de ces manifestations en 
jeu c'est créer un courant d'action réel qui se répercutera dans 
tout l'Univers; de même qu'une sensation perçue par l'homme en 
un point quelconque de sa peau fait vibrer l'organisme tout entier. 

L'élude des noms divins comprend donc : 

l" D'une part les qualités spéciales attribuées à ce nom; 

2° D'autre part les rapports de ce nom avec le reste de la Nature. 

Nous allons aborder ces points l'un après l'autre. 

Tout d'abord énumérons ces dix noms qu'on retrouve sur tous 
les talismans et dans toutes les formules d'évocation. 

Nous mettons les lelties françai-es sous les leltres hébraïques, à 
l'envers, pour indi(iuer le sens de la leclure de l'hébreu. 



1 


a i a A 


h'hieU. 


2 


Al 


loi,. 


3 


aval 


lehovali 


i 




El. 


5 


aana 


Elolia. 


6 


MiaJÂ 


L'iohini. 



résumant le Symbolisme de tous les Arcanes majeurs et 

du sens de l'un quelconque de ces 



PRINCIPE CRÉATEUR 


Dieu le Père 


Volonté 


Le Père 




P Actif '> 












1 


4 


7 




PRINCIPE CRÉATEUR 

Passif n 


Adam 


Pouvoir 


Réalisation 




PRINCIPE CRÉATEUR 

Équilibrant * 


La Xature naturanle 


créateur 
Fluide universel 


Lumière astrale 




PRINCIPE CONSERVATEUR 

(H) Actif "> 


Dieu le Fils 


Intelligence 


La Mère 






2 


5 


8 




PRINCIPE CONSERVATEUR 

Passif (n) 


Eve 


Autorité 


Justice 




PRINCIPE CONSERVATEUR 


La Nature naturée 


La Vie universelle 


Existenc? élémentaire 




Équilibrant 1 










PRINCIPE RÉALISATEUR 

(1) Actif f 


Dieu le Saiiit-Es[>rit 


Beauté 


Amour 






3 


6 


9 




PRINCIPE RÉALISATEUR 
Passif n 


Adam-Ève, l'Humanité 


Amour 


Prudence (se taiue) 




PRINCIPE RÉALISATEUR 


Le Cosmos 


Attraction universelle 


Fluide astral (aoup.) 




É(iuilibraiit 1 












Lui-même ( 


f) Manifesté 


Lui-même (H) 




+ 


— 


+ 




D I 


E U (21) 


L'HOM 








L'HUMA 



LEAU 

permettant de déterminer immédiatement la définition 
Arcanes. 





Nécessité 


l'riiicipe transformateur 
universel 


La Deslruction 


Les Éiément-i 




10 


13 


16 


19 




La Forre en iniissance 


La Mort 


La Ciiute adamitpie 


La Nutrition 




de manifeslaliun 
Puissance niagiiiue 


La Force plasti(iue 
universelle 


Le Monde visible 


Le Hèçjne minéral 




La Liberté 


L"lnvolution 


L'Immortalité 


Le Mouvement propre 




11 


14 


17 


20 




Le Courage (osF.n) 


La Vie corporelle 


L'Espérance 


La Respiration 




La Vie réflérhie 
et passagère 


La Vie individuelle 


Les Forces physiques 


Le Règne végétal 




Charité 


Le Destin 


Le Chaos 


Le Mouvement 
de durée relative 




12 


15 


18 







Kspéranre (fAvom) 


La Destinée 
iXaliasIi 


Le Corps matériel 


L'Innervation 




Force é(iuilil>rante 


Lumière astrale 
en circulation 


La Matière 


Le Règne animal 


Manifesté 


Lui-même (1\ Manifesté 


Relour (p) 


— 


+ 


à 


ME (21) 


L'UNIVERS (21) 


l'Unité 


NITÉ 











— Ar, — 


1 


aval 


Tetragratnmalon 




^'^^♦nî: 


Sabaolh. 




TÛAaST 




8 


MiajA 


Elohiui. 




m^^ni: 


Sabaolh. 




TOAaST 




9 


las 


S h ad a'/. 





LXQA 


Adonat. 



La Kabbale est si merveilleupement construite que tous les termes 
qui la constituent ne sont que des faces diverses les uns des autres. 
Ainsi nous sommes obligé, vu la pauvreté d'abstraction de nos 
langues européennes, d'étudier séparément la signification et les 
rapports des dix noms divins, puis la signilicalion et les rapports 
des dix nombres, le tout dans leurs diverses acceptions. Or, tout 
cela, nom, idée et nombre, se trouve synthétisé dans chacun des 
ITuM'oglyphes, soit qu'on parle du nom divin, soit qu'ijn énonce la 
Scphiroth. 

Ces noms (qui tous ont un sens secret développé en détail dans 
les écrits des kabbalistesj méritent d'attirer parliculièrement notre 
allrMitiun. 

1er Nom divin 

Le premier d'entre eux Ekkh s'écrit souvent pai- la siniiile lettre 
> (iod). Dans ce cas il signifie simplement MOI. 

Lacour, dans son livre des iEloïm ou Dieux de Moïse, montre que 
ce mot a donné naissance au grec 'j.v., toujours. Eh'xeh signifie donc 
exactement le Toujours, et l'on comprend comment la lettre iod, 
qui exprime le commencement et la fin de tout, puisse le repré- 
senter. 

\. Le nom lEVE ou 10IL\ ne devant jamais être prononcé par les pro- 
fanes, est remplacé par le mot télrayrammaton ou le mot aionai (sei- 
gneur). 



Ce nom écrit mystiquotnenl en triangle par trois iod aiiKsi : 



représente les trois principaux attributs de la divinité émanant la 
création, du Toujours donnant naissance aux mesures tem|)i>- 
relies. 

Le premier iod montre en eiïet l'Eternité donnant naissance au 
Temps dans sa triple division : Passé. Présent et Avenir. 

C'est le i\ ombre. 

C'e-t le Père. 



Le second iod montre l'Infini donnant naissance à l'Espace dans 
sa triple division de Longueur, Largeur et Profondeur. 
C'est la Mesure. 
C'est le Fils. 



Le troisième iod représente la Substance éternelle donnant nais- 
sance à la Matière dans sa triple spécifiralion de Solide, Li(|nide el 
Gazeuse 

C'est le Poids. 

C'est le Saint- h' sp rit. 



Réunissez en un tout le Temps, l'Espace et la Matière el la Subs- 
tance éternelle et infinie, le Toujours se manifestera. 

De là la représentation suivante de ce nom divin parles kab- 
balistes : 




— 48 — 

Les correspondances <\e ce nom sont ainsi données par Agrijipa, 
l'un des plus forls kabbalisles connus'. 

4° Eheie, le nom d'essence divine : 

Numération : keter (couronne, diadème), signifie l'être très 
simple de la divinité, il s'appelle ce que l'œil n'a point vu. On l'at- 
tribue à Dieu le Père et il influe sur l'ordre des Séraphins, ou, 
comme parlent les Hébreux, Haiol/i Hacadosch, c'est-à-dire en latin 
animalia sanclitatis, les fameux animaux de sainteté, et de là, par 
le premier mobile, donne libéralement Je nom de l'être à toutes 
choses remplissant l'L'nivers par toute sa circonférence jusqu'au 
centre. Son intelligence particulière s'appelle Milhatron (Prince des 
Faces) dont l'office est d'introduire les autres devant la face du 
Prince, et c'est par le ministère de celui-ci que le Seigneur a parlé 
a Moïse. 

2e Nom f)^ 

2° Nom lah : 

lod ou ïetragrammatoa joint avec lod ; numération Ilochena 
[sapienlia). 

Signifie divinité pleine d'idées et premier engendré et s'attiùbue 
au fils. Il influe par l'ordre des chérubins (que les Hébreux 
nomment Ophanim) sur les formes ou les roues et de là sur le 
ciel des étoiles y fabriquant autant de figures qu'il contient d'idées 
en soi, débrouillant le chaos ou confusion des matières par le 
ministère de son intelligence particulière nommée Raziel qu'v fut le 
gouverneur d'Adam. 

3e Nom 

3° i\om : IBVE — niH* . 

Ce nom, l'un des plus mystérieux de la théologie hébraïque, 
exprime une des lois naturelles les plus étonnantes que nous con- 
naissions. 

C'est grâce à la découverte de quelques-unes de ses propriétés 
que nous avons pu donner l'explicalion complète du Tarot-, expli- 
cation qui n'avait jamais été donnée jusqu'à présent. 

Voici comment nous analysons ce nom divin : 

LE MOT KAB BALISTIQUE ^\^^\1 ijod-hr-vau-hé). 

Si l'on en croit l'antique tradition orale des Hébreux ou Kabbale, 
il existe un mot sacré qui donne, au mortel qui on découvre la 
véritable prononciation, la clef de toutes les sciences divines et 

i. H. G. Agrippa, Philosophie occilte, t. H, p. 30 et suiv. 
2. Voyez la sijL^tiificalion dos lettres précédemmnnt. 



— A9 — 

humaines. Ce mot que les Israélites ne prononcent jamais et que le 
grand prêtre disait une fois l'an au milieu des cris du peuple pro- 
fane, est celui qu'on trouve au sommet de toutes les initiations, 
celui qui rayonne au centre du triangle flamboyant au 33'' degré 
franc-maçonnique de l'Ecossisme, celui qui s'étale au-dessus du 
portail de nos vieilles cathédrales, il est formé de quatre lettres 
hébraïques et se lit iod-hé-vau-hé 7V\rW 

II sert dans le Sepher Bereschit ou Genèse de Moïse à désigner la 
divinité, et sa construction grammaticale est telle qu'il rappelle 
par sa constitution même' les attributs que les hommes se sont 
toujours plu à donner à Dieu. 

Or, nous allons voir que les pouvoirs attribués à ce mot sont, 
jusqu'à un certain point, réels, attendu qu'il ouvre facilement la 
porte symbolique de l'arche qui contient l'exposé de toute la 
science antique. Aussi nous est-il indispensable d'entrer dans quel- 
ques détails à son sujet. 

Ce mot est formé de quatre lettres, iod (f\ hr fT\\ van i^\ hé (n). 
Cette dernière lettre hé est répétée deux fois. 

A chaque lettre de l'alphabet hébraïque est attribué un nombre. 
Voyons ceux des lettres qui nous occupent en ce moment. 

1 Le iod = 10 
n Le hé = 5 
1 Le vau = 6 

La valeur numérique totale du mot niH^ est donc 
10 4-5-f6-f5 = 26 

Considérons séparément chacune des lettres. 

1. « Ce nom ollVe d'abord le signe indicateur de la vie, doublé, et 
formant la racine essentiellement vivante EE ('^'^)- Cette racine n'est 
jamais employée comme nom et c'est la seule qui jouisse de celle préro- 
gative. Elle est, dès sa formation, non seulement un verbe, mais un verbe 
unique dont tous les autres ne sont que des dérivés : en un mol le verbe 

»l" (EVE) êlre-élanl. Ici, comme on le voit, et comme j'ai eu soin de 

l'expliquer dans ma grammaire, le signe de la lumière intelligible 1 (Vô) 
est au milieu de la racine de vie. Moïsp, prenant ce verbe par excellence 
pour en former le nom propre de l'Être des Êtres, y ajoute le signe de 

la manifestation potentielle et de l'éternité^ (I) et il obtient m»!^ (lEVE) 
dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine 
et un futur sans terme. Ce nom admiral)le signilîe donc exactement 
rLlrc-qui-est-qui-ful-el-qui-sera. » 

(Fabre d'Olivet, Langue hébraïque restituée.) 

4 



oO 



LE lOD 



Le iod, figuré par une virgule, ou bien par un point, représente 
le principe des choses. 

Toutes les lettres de l'alphabet hébraïque ne sont que des com- 
binaisons résultant de différents assemblages de Ja lettre iodK 
L'étude synthétique de la nature avait conduit les anciens à penser 
qu'il nexislailquune seule loi dirigeant les productions naturelles. 
Cette loi, base de l'analogie, posait l'unité-principe à l'origine des 
choses et ne considérait celles-ci que comme des repels à degrés 
divers de cette unité-principe. Aussi le iod, formant à lui seul toutes 
les lettres et par suite tous les mots et toutes les phrases de l'al- 
phabet, était-il justement l'image et la représentation de cette 
Unité-Principe dont la connaissance était voilée aux profanes. 

Ainsi la loi qui a présidé à la création de la langue des Hébreux 
est la même que celle qui a présidé à la création de l'univers, et 
connaître l'une c'est connaître implicitement l'autre. Voilà ce que 
tend à démontrer un des plus anciens livres de la Kabbale : le 
Sepher Jesirah^. 

Avant d'aller plus loin, éclairons par un exemple cette délini- 
tion que nous venons de donner du iod. La première lettre de 
l'alphabet hébreu, l'aleph [j^j, est formée de quatre iod opposés 
deux à deux (^'\ Il en est de même pour toutes les autres. 

La valeur numérique du iod conduit à d'autres considérations. 
L'Uaité-Principe, d'après la doctrine des kabbalistes, est aussi 
I'Unité-Fin des êtres et des choses, et l'éternité n'est, à ce point de 
vue, qu'un éternel présent. Aussi les anciens symbolistes ont-ils 
figuré cette idée par un point au centre d'un cercle, représentation 



1. Voy. la Kabbala denudata. 

2. Traduit en français récemment pour la première fois. (Se trouve 
chez l'éditeur Carré.) 



— ol — 

de rUnité-Principe [le point) au centre de l'éternité [le cei'cle 
ligne sans commencement ni fin'). 

D'après ces données, l'Unité est considérée comme la somme 
dont tous les êtres créés ne sont que les parties const'dvantes ; de 
même que l'Unité-Homme est formée de la somme de millions de 
cellules qui constituent cet être. 

A l'origine de toutes choses la Kabbale pose donc l'affirmation 
absolue de l'être par lui-même, du Moi-Unité dont la représenta- 
tion est le îorf symboliquement, et le nombre 10 numériquement. 
Ce nombre 10 représentant le Pi'incipe-Totit, 1, s'alliant au Néant- 
Rien, 0, répond bien aux conditions demandées^. 



LE HE 

Mais le Moi ne peut se C()ncevoir que par son opposition avec le 
Non-Moi. A peine l'affirmation du Moi est-elle établie, qu'il faut 
concevoir à l'instant une réaction du Moi-Absolu sur lui-même, 
d'où sera tirée la notion de son existence, par une sorte de divi- 
sion de l'Unité. Telle est l'origine de la fhialitr,de l'opposition, du 
Binaire, image delà féménéité comme l'unité est l'image de la mas- 
culinité. Dix se divisant pour s'opposer à lui-même égale donc 

— = 5, cinq nombre exact de la lettre Hé, seconde lettre du grand 

nom sacré. 

Le Hé représentera donc le passif pav roppord au iod qui sym- 
bolisera l'actif, le non-moi par rapport au moi, la femme par rap- 
port à l'homme; la substance par rapport à l'essence; la vie par 
rapport à l'àme, etc., etc. 

LE VAU 

Mais l'opposition du Moi et du Non-Moi donne immédiatement 
naissance à un autre facteur, c'est le rappotH existant entre ce Moi 
et ce Non- Moi. 

Or, le Vau, G° lettre de l'alphabet hébraïque, produite par 10 

1. Voy. Kircher, OEcUpus uEgi/ptiacus; 

Loiiain, la Science kabbalisliquc; 
J. Dée, Monas Uierogluphicu. 

2. Voy. S.iint-MarLiii, Des rapports qui existent entre Dieu, l'Homme et 

V Univers; 
Lacuria, Harmonies de l'être exprimées par les nombres. 



(iod) -\-o (hé) =r 15 = 6 (ou 1 -|" ^)' signifie bien crochet, rapport. 
C'est le crochet qui relie les antagonistes dans la nature entière, 
constituant le 3^ terme de celle mystérieuse trinité. 

Moi — Non-Moi. 

Rapport du Moi avec Non-Moi. 

LE 2" UÈ 

Au delà de la Trinité considérée comme loi, rien n'existe plus. 

La Trinité est la formule synthétique et absolue à laquelle abou- 
tissent toutes les sciences, et cette formule, oubliée quant à sa 
valeur scientifique, nous a été intégralement transmise par toutes 
les religions, dépositaires inconscients de la Science Sagesse des 
primitives civilisations ^ 

Aussi trois lettres seulement constituent-elles le grand nom 
sacré. Le quatrième terme de ce nom est formé par la seconde 
lettre, le Hé, répétée de nouveau ^ 

Cette répétition indique le passage de la loi Trinitaire dans une 
nouvelle application, c'est à proprement parler \ine transition du 
monde métaphysique au monde phj'sique ou, en général^ d'un 
monde quelconque au monde immédiatement suivant^. 

La connaissance de cette propriété du second Hé est la clef du 
nom divin tout entier^ dans toutes les applications dont il est sus- 
ceptible. Nous en verrons clairement la preuve dans la sititeK 



RESUME SUR LE MOT lOD-HE-VAU-HE 

Connaissant séparément chacun des termes composant le nom 
sacré, faisons la synthèse et totalisons les résultats obtenus. 

1. Voy. Elipbas Levi, Dogme et Rituel de haute magie ; la Clef des grands 
mystères; — Lacuria, op. cil. 

2. Voy. Fabre d'Olivet, la Langue hébraïque restituée. 

3. Voy. Louis Lucas, le Roman alchimique. 

(t Prseter hsec tria numera non est alia magjiiludo, quod tria sunt omnia, 
et ter undecunque, ut jrijthagorici dicunt; omne et omnia tribus determinata 
sunt. » (Aristote, cité par Ostrowski, page 24 de sa Mathése). 

4. Malt'alli a parfaitement vu cela : « Le passage de 3 dans 4 cor- 
respond à celui de laTrimiirli dans Maïa, et comme cette dernière ouvre 
le deuxième ternaire de la décade prégénésétique, de même le chilïre 4 
ouvre celle du deuxième ternaire de notre décimale génésélique. » 

{Mathèse, p. 25.) 



— o3 — 

Le mot iod-hé-vau-hé est formé de quatre lettres signifiant cha- 
cune : 

Le lod Le principe actif par excellence. 
Le Moi= 10. 

Le Hé Le principe passif par excellence. 
Le Non-Moi = 5. 

Le Vau Le terme médian, le crochet reliant l'actif au 
passif. 
Le Rapport du Moi au Non-Moi = 6. 

Ces trois termes expriment la loi Irinitaire de l'absolu. 

Le 2" Bé Le second Hé marque le passage d'un monde 
dans un autre. La Transition. 

Ce second Hé représente l'Etre complet renfermant dans une 
Unité absolue les trois termes qui le constituent Moi-Non-Moi-Rap- 
port. 

Il indique le passage du noumène au phénomène ou la réci- 
proque, il sert à monter d'une gamme dans une autre. 



FIGURATION DU MOT SACRE 

Le mot iod-hé-vau-hé peut se représenter de diverses manières, 
qui toutes ont leur utilité. 
Un peut le ligurer en cercle de cette façon : 

iod 
) 

l"hé I 2" hé 

n I n 

vau 

Mais comme le second Hé, terme de transition, devient l'entité 
active de la gamme suivante, c'est-à-dire comme ce Hé ne repré- 



sente en somme qu'un iod en germe', on peut représenter le mot 
sacré en mettant le second Hé sous le premier iod ainsi : 



iod 
2^ hé 



i" hé 



vau 



Enfin une troisième façon de représenter ce mot consiste à enve- 
lopper la trinité, iod hé vau, du terme tonalisateur ou second kr, 
ainsi : 

2' hé 



2^ hé 




2«hé 



2" hé 



L'étude du Tarot n'est que l'étude des transformations de ce 
nom divin, ainsi qu'on le voit parla figure synthétique suivante : 



i. Ce 2*= Hé, sur lequel nous insistons volontairement si ]onf:;temps, 
peut être comparé au grain de blé par rapport à l'épi. L'épi, trinité ma- 
nifestée ou iod fié vau, résout toute son activité dans la production dti 
grain de blé ou 2e Hé. Mais ce grain de blé n'est que la transition entre 
l'épi qui lui a donné naissance et l'épi auquel il donnera lui-même nais- 
sance dans la génération suivante. C'est la transition entre une généra- 
lion et une autre qu'il contient en germe, c'est pourquoi le deuxième Hé 
est un iod en germe. 



\le,,.(S/Vd) 


ÇoiVCi 


1 


8 


? 


5 


n 


2 


ycOi^l 


G)<^ 




LE TAROT 
PAPUS 



Enfin si nous voulions méjne résumer les déductions des kabba- 
listes sur ce 3'' nom, un volume nous serait nécessaire. Eliphas 
Levi fournit de merveilleux développements à ce sujet dans tous 
ses ouvrages. Kircher développe aussi longuement ses diverses 
acceptions. Citons les rapports hiéroglyphiques de niH^ d'après 
cet auteur. 

L'hiéroglyphe suivant est ainsi expliqué par Kircher. 




Le globe central représente l'essence de Dieu inaccessible et 
cachée. 

L'X image du denaire indique le iod. 

Les deux serpents s'échappant du globe en bas sont les deux hé. 

Enfin les deux ailes symbolisent l'esprit le Vaô. 



Le nom de 72 lettres. — Les 72 génies. 

C'est encore de ce nom divin qu'on tire le nom kabbalistique de 
72 lettres par le procédé suivant : 
On écrit le mot lEVE dans un triangle ainsi qu'il suit : 





Le mot sacré. — V manière de l'écrire. 



— 37 — 

Voici l'explication de ces deux façons d'écrire le nom de 
72 lettres. 

Pour la première : 

Additionnez les nombres correspondant à chaque lettre hébraïque, 
vous trouverez le résultat suivant : 

> = 10 = 10 

n> = 10 + 3 =13 

«in» = 10 4- 3 + 6 =21 

r\^J^]1 = 10 -f- 3 + 6 -f 3 = 26 

Total... 72 

Pour la seconde : 

Comptez le nombre de boules couronnées qui forment le mot 
mn» écrit de cette manière, vous trouverez 24 boules (les 24 
vieillards de l'Apocalypse). 



^ 



^ 




Le mot sacré. — 2" manière de l'écrire. 

Chaque couronne ayant trois fleurons, il suffit de multiplier 24 
par 3 pour obtenir les 72 lettres mystiques : 

24 X 3 = 72 



Dans la Kabbale pratique (magie universelle), on se sert des 
72 noms des Génies tirés de la Bible par les procédés suivants : 

Les noms des 72 anges sont formés des trois versets mystérieux 
du chapitre 14 de l'Exode sous les 19, 20 et_21, lesquels versets, 
suivant le texte hébreu, se composent chacun de 72 lettres hé- 
braïques. 



— o8 — 



Manière (Vextraire les 72 noms. 

Écrivez d'abord séparément ces versets, formez-en trois lignes, 
composées chacune de 72 lettres, d'après le texte hébreu, prenez la 
première lettre du 19'' et du 20° verset en commençant par la 
gauche, ensuite prenez la première lettre du 20* verset qui est celui 
du milieu en commençant par la droite; ces trois premières lettres 
forment l'attribut du génie. En suivant le même ordre jusqu'à la 
fin, vous avez les 72 attributs des vertus divines. 

Si vous ajoutez à chacun de ces noms un de ces deux grands 
noms divins lah ni ou El Si^, alors vous aurez les 12 noms des 
anges composés de trois syllabes, dont chacun contient en lui le 
nom de Dieu. 

D'autres kabbalistes prennent la première lettre de chaque dic- 
tion qui compose un verset. 

Mais nous ne devons pas oublier que c'est un résumé de la Kab- 
bale que nous présentons à nos lecteurs; aussi terminons ce qui se 
rapporte à ce troisième nom pour passer aux sept autres.. 

3* nom Tetragrammal on Elohim : 

Nunierala Bina {providentia et intelligenlia) signifie jubilé, 
rémission et repos, rachat ou rédemption du monde et la vie du 
siècle à venir; il s'applique au Saint-Esprit et influe par l'ordre 
des Trônes (ceux que les Hébreux appellent Arabim, c'est-à-dire 
anges grands, forts et robustes) et après par la sphère de Saturne 
fournissant la forme de la matière fluide, son intelligence parti- 
culière est Zaphohiel, gouverneur de Noé, et l'autre intelligence 
est Jophiel, gouverneur de Sem, et voilà les trois numérations 
souveraines et les plus hautes qui sont comme les Trônes des 
personnes divines par les commandements desquelles toutes choses 
se font et arrivent ; mais l'exécution s'en fait par le ministère des 
autres sept numérations appelées pour cela les numérations de la 
fabrique. 

4e Nom 

4* nom El : 

Numération Hxsed (clementia, bonitas), signifie grâce, miséri- 
corde, piété, magnificence, sceptre et main droite; il influe par 
l'ordre des Dominations (celui que les Hébreux appellent Hasmalim) 
sur la sphère de Jupiter et forme les effigies ou représentations des 
corps, donnant à tous les hommes la clémence, la justice pacifique, 



— o9 — 

et son intelligence particulière se nomme Zadkiel, gouverneur 
d'Abraham. 

5e Nom 

5® nom Elohim Gibor [Deus robustus puniens culpas impro- 
borum) : 

Numération Geburah (puissance, gravité, force, pureté, juge- 
ment, punissant par les ravages et les guerres). On l'adapte au tri- 
bunal de Dieu, à la ceinture, à l'épée et au bras gauche de Dieu; il 
s'appelle aussi Pechad (crainte) et il influe par l'ordre des Puis- 
sances (ou celui que les Hébreux nomment Seraphim) et de là 
ensuite par la sphère de Mars à qui appartient la force, et il en- 
voie la guerre, les afflictions et change de place les éléments. 

Son iiilolligencc particulière est Camael, gouverneur de Samson. 

6" Nom 

6^ nom Eloha (ou nom de quatre lettres) joint avec Vaudahat : 
Numération Tiphpreth (ornement, beauté, gloire plaisir), il 
signifie Bois de vie. Il influe par l'ordre des Vertus (ou par celui que 
les Hébreux appellent Malackim, c'est-à-dire anges) sur la sphère 
du Soleil, lui donnant la clarté et la vie et ensuite produisant les 
métaux, et son intelligence particulière est Raphaël, qui fut gouver- 
neur d'Isaac et du jeune Tobie, et l'ange Feliel, gouverneur de 
Jacob. 

7« Nom 

7*= nom Tetragrammaton Sabaolh ou Adona'i Sabaoth, c'est-à- 
dire le Dieu des armées : 

La numération est Nezah (triomphe, victoire), on lui attribue la 
colonne dextre et il signifie éternité et justice du Dieu vengeur. 
Il influe par l'ordre des Principautés (et par celui que les Hébreux 
nomment Elohim, c'est-à-dire des Dieux) sur la sphère de Vénus 
et signifie zèle et amour de justice, il produit les végétaux, et son 
intelligence s'appelle Haniel et son ange Ce}'irel, conducteur de 
David. 

8^ Nom 

8* nom Elohim Sabaoth, qu'on interprète aussi Dieu des armées, 
non pas de la guerre et de la justice, mais de la piété et de la con- 
corde; car tous les deux noms, celui-ci et le précédent, ont chacun 
leur terme d'armée : 

Numération Hod (louange et confession, bienséance et grand 



— GO — 

renom), on lui attribue la colonne gauche. Il influe par l'ordre des 
Archanges (ou par celui que les Hébreux appellent Bene Elohim, 
c'est-à-dire fils des Dieux) sur la sphère de Mercure, il donne l'éclat 
et la convenance de la parure et de l'ornement et produit les ani- 
maux. Son intelligence est i/icAaé7, qui fut gouverneur de Salomon, 

9" Nom 

9"^ nom Sadai (tout-puissant et satisfaisant à tout) ou Elhai (Dieu 
vivant) : 

Numération Jesod (fondement). Il signifie bon entendement, 
alliance, rédemption et repos. Il influe par l'ordre des Anges (ou 
par celui que les Hébreux appellent Cherubim) sur la sphère de la 
Lune qui donne l'accroissement et le déclin à toutes choses, qui 
préside au génie des hommes et leur distribue des anges gardiens 
et conservateurs. Son intelligence est Gabriel, (\\x\ fut conducteur de 
Joseph, de Josué et de Daniel. 

10^ Nom 

10'' nom Adoncâ Melech (Seigneur et Roi) : 

Numération Malchut (royaume et empire), signifie Eglise et 
Temple de Dieu et porte. Il influe par l'ordre animastique, c'est-à- 
dire des âmes bienheureuses, nommé par les Hébreux /ssim, c'est-à- 
dire nobles, Eliros et Prince; elles sont au-dessous des Hiérarchies, 
elles influent la connaissance aux enfants des hommes et leur 
donnent une science miraculeuse des choses, l'industrie et le don 
de prophétie ou, comme d'autres disent, l'intelligence Metalhhi qui 
porte le nom de première création ou âme du monde; elle fut 
conductrice de Moïse. 



-- Gl 



CHAPITRE IV 
LES SÉPHIROTH (d'ai>rès Stanislas de Guaita) 

LE TABLEAU DES CORRESPONDANCES 

Les Séphiroth. — Exposé de Stanislas de Guaita. 

Il nous reste, pour terminer ce qui a rapport à cette partie de la 
Kabbale, à parler des numérations ou Séphiroth. Dans ce travail 
extrêmement remarquable, un des plus instruits parmi les kabba- 
listes contemporains, Stanislas de Guaita., a condensé d'impor- 
tantes données tant sur les noms divins que sur les Séphiroth. 

Ce travail n'est que l'analyse d'une planche kabbalislique de 
Khunrath. Nous donnons d'abord cette planche sur laquelle le lec- 
teur pourra suivre les développements donnés par de Guaita. 



— 62 — 



LA PLANCHE DE KHUNRATH SUR LA ROSE-CROIX 

NOTICE SUR LA ROSE -CROIX 

La planche kabbalislique offerte en prime aux abonnés de Vlni- 
tiation est extraite d'un petit in-folio rare et singulier, bien connu 
des collectionneurs de bouquins à gravures et très recherché de 
tous ceux que préoccupent, à des titres diver?, l'ésotérisme des 
religions, la tradition de la doctrine secrète sous les voiles symbo- 
liques du christianisme, enfin la transmission du sacerdoce magique 
en Occident. 

« Ampaitheatrum sapienti^ j:tern^, solivs verje, chrisliano-kaba- 
listicum, divino-magicum, necnon physico-chemicum, tertriunum, 
katholikon, instructore Henrico Khlnratu, elc.^ IIanovi^, 1609, in- 
folio. » 

Unique en son genre, inestimable surtout pour les chercheurs 
curieux d'approfondir ces troublantes questions, ce livre est mal- 
heureusement incomplet dans un grand nombre de ses exem- 
plaires. On nous saura gré peut-être de fournir ici quelques 
rapides renseignements, grâce auxquels l'acheteur puisse prévoir 
et prévenir une déception. 



Les gravures, en taille-douce [l'Initiation compte en reproduire 
plusieurs en faveur de ses abonnés), les gravures au nombre de 
douze sont ordinairement reliées en tête de l'ouvrage. Elles sont 
groupées d'une sorte arbitraire, l'auteur ayant négligé — à dessein 
peut-être — d'en préciser la suite. L'essentiel est de les posséder 
au complet, car leur classement varie d'exemplaire à exemplaire. 

Trois d'entre elles, en format simple : 1° le frontispice allégo- 
rique encadrant le titre gravé ; 2° le portrait de l'auteur, entouré 
d'attributs également allégoriques ; 3° enfin, une orfraie armée de 
besicles, magistralement perchée entre deux flambeaux allumés, 
avec deux torches ardentes en sautoir. Au-dessous, une légende 
rimée en haut allemand douteux, et que l'on peut traduire : 

A quoi servent flambeaux et torches et besicles 
Pour qui ferme les yeux, afin de ne point voir? 

Puis viennent neuf superbes ligures magiques, très soigneuse- 



— 63 — 

ment gravées, en format double et montées sur onglets. Ce sont : 
1° Le grand androgyne hermétique* ] 2" le Laboratoire de Khun- 
rath*; 3° V Adam-Eve dans le triangle verbal; 4° la Rose-Croix^, 
pentagrammatique* (dont nous allons parler en détail); 5° les Sept 
degrés du sanctuaire et les sept rayons; 6° la Citadelle alchimique 
aux vingt portes sans issue*; 7° le Gymnasium naturse, figure syn- 
thétique et très savante sous l'aspect d'un paysage assez naïf; 8° /a 
Table d'émeraude gravée sur la pierre ignée et mercurielle ; 9° en- 
fin, le Pantacle de Khunrath*, enguirlandé d'une caricature sati- 
rique, dans le goût de Callot ; c'est même un Gallot avant la lettre. 
(A^ ce qu'en dit Eliphas Levi, Histoire de la magie, p. 368.) 

Cette dernière planche, d'une sanglante ironie et d'un art sau- 
vage vraiment savoureux, manque à peu près dans tous les exem- 
plaires. Les nombreux ennemis du théosophe, qui s'y voient 
caricaturés d'un génie âpre et que sans peine on devine tiiomphale- 
ment soucieux des ressemblances, s'acharnèrent à faire disparaître 
une gravure d'un si scandaleux intérêt. 

Pour les autres pantacles, ceux dont nous avons fait suivre 
l'énoncé d'une astérique font également défaut dans nombre d'exem- 
plaires. 



Occupons-nous, à cette heure, du texte divisé en deux sections. 
Les soixante premières pages, numérotées à part, comprennent un 
privilège impérial (en date de 1598), puis diverses pièces : discours, 
dédicace, poésies, prologue, arguments. Enfin le texte des pro- 
verbes de Salomon, dont le reste de VAmphitheatnim est le com- 
mentaire ésotérique. 

Vient ensuite ce commentaire, constituant l'ouvrage proprement 
dit, en sept chapitres, suivis eux-mêmes d'éclaircissements très 
curieux sous ce titre : Interprelaliones et Annotaliones Henrici 
Khunrath. Total de cette seconde partie : 222 pages. Un dernier 
feuillet porte le nom de l'imprimeur : G. Antonius, et la date : 
Hanoviae, M DG. L\. 

Nous terminerons cette description par une note importante du 
savant bibliophile G. -F. de Bure, qui dit, au tome II de sa Biblio- 

{. Celte figure, ainsi que celle marquée dans ces notes au numéro 1 
{YAndrogrjiu hermétique) seront reproduites en laille-douce avec un com- 
mentaire détaillé, en tête d'une nouvelle édition refondue et considéra- 
blement augmentée que nous allons donner chez Carré de notre ouvrage 
paru en 1886 : Essais de sciences maudites : I. Au seuil du mystère. 



— 64 — 

graphie : « Il est à remarquer que dans la première partie de cet 
ouvrage, qui est de soixante pages, on doit trouver, entre les 
pages 18 et 19, une espèce de table particulière imprimée sur une 
feuille entière à onglets, et qui est intitulée : Summa Amphithea- 
tri sapientix, etc., et dans la deuxième partie, de deux cent 
vingt-deux pages, l'on doit trouver une autre table, pareillement 
imprimée sur une feuille entière, à onglets, et qui doit être placée 
à la page loi, où elle est rappelée par deux étoiles que Ton a 
mises dans le discours imprimé. — Nous avons remarqué que ces 
deux tables manquaient dans les exemplaires que nous avons vus ; 
c'est pourquoi il sera bon d'y prendre garde... » (page 248). 

Passons maintenant à l'étude de la planche kabbalistique que 
Vlniliation a offerte à ses abonnés. 



ANALYSE DE LA ROSE-CROIX 
d'après Henry Kuunrath 



Cette figure est un merveilleux pantacle, c'est-à-dire le résumé 
hiéroglyphique de toute une doctrine : on trouve là synthétisés, 
comme la revue l'a annoncé précédemment, tous les mystères pen- 
tagrammatiques de la Rose-Croix des adeptes. 



C'est d'abord le point central déployant la circonférence à trois 
degrés différents, ce qui nous donne les trois régions circulaires et 
concentriques figurant le processus de V Émanation proprement 
dite. 



Au centre, un Christ en croix dans une rose de lumière : c'est le 
resplendissement du Verbe ou de l'Arfam ^arfmôn I^Qlp tZl^?; 
c'est l'emblème du Grand Arcane : jamais on n'a plus audacieuse- 
ment révélé l'identité d'essence entre l'Homme-Synthèse et Dieu 
manifesté. 

[Ce n'est pas sans les raisons les plus profondes que l'fiiéro- 
graphe a réservé pour le milieu de son pantacle le symbole qui 
figure l'incarnation du Verbe éternel. C'est en effet joar le Verbe, 



(io 



dans le Verbe et à travers le Verbe (indissolublement uni lui-même 
à la Vie), que toutes choses, tant spirituelles que corporelles, ont 
été créées. — « In principio eral Verbum (dit saint Jean), et Ver- 
bum erat apud Deum, et Deus erat Verbum... Omnia per ipsitm 
facta sirnt et sine ipso factum est nihil quod factum est. In ipso 
vita erat... » Si l'on veut prendre garde à quelle partie de la figure 
humaine est attribuable le point central déployant la circonfé- 
rence, on comprendra avec quelle puissance hiéroglyphique l'Ini- 
tiateur a su exprimer ce mystère fondamental.] 

Le rayonnement lumineux fleurit alentour ; c'est une rose épa- 
nouie en cinq pétales, — l'astre à cinq pointes du Microcosme kab- 
balistique, Y Etoile flamboyante de la Maçonnerie, le symbole de la 
volonté toute-puissante, armée du glaive de feu des Keroubs. 

Pour parler le langage du Chi'istianisme exotérique, c'est la 
sphère de Dieu le fils, placée entre celle de Dieu le Père (la Sphère 
d'ombre d'en haut où tranche Aïn-Soph si']D "J'ï^ en caractères 
lumineux), et celle de Dieu le Saint-Esprit, liùach Ilakka- 
dôsh V:J''liTir\ ni"l (la sphère lumineuse d'en bas où l'hiérogramme 
Œmeth rii2S tranche en caractères noirs). 

Ces deux sphères apparaissent comme perdues dans les nuages 
à'Atziluth T\\TJ'^, pour indiquer la nature occulte de la première 
et de la troisième personne de la sainte Trinité : le mot hébreu 
qui les exprime se détache en vigueur, lumineux ici sur le fond 
d'ombre, là ténébreux sur le fond de lumière, pour faire entendre 
que notre esprit, inapte à pénétrer ces principes dans leur essence, 
peut seulement entrevoir leurs rapports antithétiques, en vertu de 
l'analogie des contraires. 



Au-dessus de la sphère A'Aïn-Sopk, le mot sacré de léhovah ou 
Ihoâh se décompose dans un triangle de flamme, comme il 

suif : 




— G6 — 

Sans nous engager dans l'analyse hiéi'ogl^'phique de ce vocable 
sacré, sans prétendre surtout à exposer ici les arcanes de sa géné- 
ration — ce qui voudrait d'interminables développements, — nous 
pouvons dire qu'à ce point de vue spécial, lod 1 symbolise le 
Père, Jah n^ ie Fils, Icihô in^ l'Esprit-Saint, lahôah niH^ l'Uni- 
vers vivant : et ce triangle mystique est attribué à la sphère de 
l'ineflable Aïn-Soph, ou de Dieu le Père, f^es Kabbalistes ont 
voulu montrer par là que le Père est la source de la Trinité tout 
entière, et bien plus, contient en virtualité occulte tout ce qui est, 
fut ou sera. 



Au-dessus de la sphère à'Œmeth ou de l'Esprit-Saint, dans l'ir- 
radiation même de la rose-croix et sous les pieds du Christ, une 
colombe à tiare pontificale prend son vol enflammé : emblème du 
double courant d'amour et de lumière qui descend du Père au Fils, 
— de Dieu à l'Homme — et remonte du Fils au Père, — de 
l'Homme à Dieu, — ses deux ailes étendues correspondent exacte- 
ment au symbole païen des deux serpents entrelacés au caducée 
d'Hermès. 

Aux seuls initiés l'intelligence de ce rapprochement mystérieux. 



Revenons à la sphère du Fils, qui demande des commentaires 
plus étendus. Nous avons marqué ci-dessus le caractère impéné- 
trable du Père et de V Esprit-Saint, envisagés dans leur essence. 

Seule, la seconde personne de la Trinité, — figurée par la Rose- 
Croix centrale, — perce les nuages d'Atziluth, en y dardant les dix 
rayons séphirotiques. 

Ce sont comme autant de fenêtres ouvertes sur le grand arcane 
du Verbe, et par où l'on peut contempler sa splendeur à dix points 
de vue différents. Le Zohar compare, en effet, les dix Séphires à 
autant de vases transparents de couleur disparate, à travers les- 
quels resplendit, sous dix aspects divers^ le foyer central de 
rUnité-synthèse. — Supposons encore une tour percée de dix croi- 
sées et au centre de laquelle brille un candélabre à cinq branches ; 
ce lumineux quinaire sera visible à chacune d'entre elles; celui qui 
s'y arrêtera successivement pourra compter dix candélabres 
ardents aux cinq branches... (Multipliez le pentagramme par dix, 



— G7 — 

en faisant rayonner les cinq pointes à chacune des dix ouvertures, 
et vous aurez les Chiquante Portes de Lumière). 

Celui qui prétend à la synthèse doit entrer dans la tour ; celui 
qui ne sait que la contourner est un analytique pur. On voit à 
quelles erreurs d'optique il s'expose, dès qu'il veut raisonner sur 
l'ensemble. 



Nous dirons quelques mots plus loin du système séphirotique ; il 
faut en finir avec l'emblème central. Réduit aux proportions géo- 
métriques d'un schéma, il peut se tracer ainsi : 




Une croix renfermée dans l'étoile flamboyante. C'est le quater- 
naire qui trouve son expansion dans le quinaire ; c'est l'Esprit qui 
se sous-multiplie pour descendreau cloaque de la matière où il s'em- 
bourbera pour un temps, mais son destin est de trouver dans son 
avilissement même la révélation de sa personnalité et déjà — pré- 
sage de salut — il sent, au dernier échelon de sa déchéance, 
sourdre en lui la grande force de la Volonté. C'est le Verbe, 
mn*, qui s'incarne et devient le Christ douloureux ou l'homme 
corporel, ni\!.*n^, jusqu'au jour où, assumant avec lui sa nature 
humaine régénérée, il rentrera dans sa gloire. 

C'est là ce qu'exprime l'adepte Saint-Martin au premier tome 
({'Erreurs et Vérité.^ quand il enseigne que la chute de l'homme 
provient de ce qu'il a interverti les feuillets du Grand Livre de la 
Vie et substitué la cinquième page (celle de la corruption et de la 
déchéance) à la quatrième (celle de l'immortalité et de l'entité spi- 
rituelle). 

En additionnant le quaternaire crucial et le pentagramme étoile, 
l'on obtient 9, chiffre mystérieux dont l'explication détaillée nous ^ 
ferait sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Nous avons 



— c;5 — 

ailleurs (Z:o;(/s, tome II, n" 12, p. 327-328) détaillé fort au long et 
démontré par un calcul de kabbale numérique, comme quoi 9 est 
le nombre analytique de l'homme. Nous renvoyons le lecteur à 
cette exposition... 

Notons encore, — car tout se tient en Haute Science et les con- 
cordances analogiques sont absolues, — notons que dans les figures 
sphériques de la Rose-Croix, la rose est traditionnellement formée 
de neuf circonférences entrelacées, à l'instar des anneaux d'une 
chaîne. Toujours le nombre analytique de l'homme : 9! 



Une importante remarque et qui sera une confirmation nouvelle 
de notre théorie. Il est évident, pour tous ceux qui possèdent quelques 
notions ésotériques, que les quatre branches de la croix intérieure 
(figurée par le Christ les bras étendus) doivent être marquées aux 
lettres du tétragramme ; lod, hé, vaxt, hé. — Nous ne saurions reve- 
nir ici sur ce que nous avons dit ailleurs* de la composition hiéro- 
glyphique et grammaticale de ce mot sacré : les commentaires les 
plus étendus et les plus complets se trouvent communément dans 
les œuvres de tous les kabbalistes. (V. de préférence Rosenroth, 
Kabhala denudaia; Lenain, la Science kabbaliitique ; Fabre d'Oli- 
VET, Langue hébraïque restit^iée; Eltphas Levi, Dogme et Rituel, 
Histoire de la magie, Clef des grands mystères, et Papus, Traité 
élémentaire de la science occulte.) Mais considérons un instant l'hié- 
rogramme Jeschua nTH^il^ \ de quels éléments se trouve-t-il com- 
posé? Chacun peut y voir le fameux tétragramme niH^ écartelé 
par le milieu îlVn^, puis ressoudé par la lettre hébraïque ^27 schin. 
Or, n^m exprime ici VAdam-Kadmôn, l'Homme dans sa synthèse 
intégrale, en un mot, la divinité manifestée par son Verbe et figu- 
rant l'union féconde de l'Esprit et de l'Ame universels. Scinder ce 
mot, c'est emblématiser la désintégration de son unité et la multi- 
plication divisionnelle qui en résulte pour la génération des sous- 
multiples. Le schin \27, qui rejoint les deux tronçons, figure (Ar- 
cane 21 ou du Tarot) le feu générateur et subtil, le véhicule de 
la vie non différenciée, le Médiateur plastique universel dont le 
rôle est d'effectuer les incarnations en permettant à l'Esprit de 
descendre dans la matière, de la pénétrer, de l'évertuer, de l'éla- 



\. Au seuil du mystère, 1 vol. gv. in-8. Carré, 1886, page 12. — Lotus, 
tome II, n° 12, pages 321-347, passim... 



— 60 — 

borer à sa guise enfin. Le \i; en trait d'union aux deux parties du 
tétragramme mutilé est donc le symbole de la chute et de la fixa- 
tion, dans le monde élémentaire et matériel, de niH^ désintégré 
de son unité. 

C'est \i7 enfin, dont l'addition au quaternaire verbal de la sorte 
que nous avons dite, engendre le quinaire ou nombre de la 
déchéance. Saint-Martin a très bien vu cela. Mais 5, qui est le 
nombre de la chute, est aussi le nombre de la volonté, et la volonté 
est l'instrument de la réintégration. 

Les initiés savent comment la substitution de 5 à 4 n'est que 
transitoirement désastreuse; comment, dans la fange où il se 
vautre déchu, le sous-multiple humain apprend à conquérir une 
personnalité vraiment libre et consciente. Félix culpa! De sa chute, 
il se relève plus fort et plus grand ; c'est ainsi que le mal ne suc- 
cède jamais au bien que temporairement et en vue de réaliser le 
mieux! 

Ce nombre o recèle les plus profonds arcanes ; mais force nous 
est de faire halte ici, sous peine de nous trouver engagé dans d'in- 
terminables digressions. — Ce que nous avons dit du 4 et du 5 
dans leurs rapports avec la Rose-Croix suffira aux InUiables. Nous 
n'écrivons que pour eux. 



Disons quelques mots à cette heure des rayons, au nombre de 
dix, qui percent la région des nuages ou d'Atziluth. C'est le dénaire y^ 
de Pythagore qu'on appelle en Kabbale émanation séphirotique. 
Avant de présenter à nos lecteurs le plus lumineux classement des 
Séphiroths kabbalisliques, nous tracerons un petit tableau des cor- 
respondances traditionnelles entre les dix séphires et les dix prin- 
cipaux noms donnés à la divinité par les théologiens hébreux : ces 
noms, que Khunrath a gravés en cercles dans l'épanouissement de 
la rose flamboyante, correspondent chacun à l'une des dix Séphires. 
(Voir le tableau à la page 521.) 

Quant aux noms divins, après avoir donné leur traduction en 
langage vulgaire, nous allons, aussi brièvement que possible, 
déduire de l'examen hiéroglyphique de chacun d'eux, la significa- 
tion ésolérique moyenne qui peut leur être attribuée : 

n>n^^. — Ce qui constitue l'essence immarcessible de l'Etre 
absolu où fermente la vie. 

^^ — L'indissoluble union de l'Esprit et de l'Ame universels. 



— -0 — 

nin\ — Copulation des Principes mâle et femelle qui engen- 
drent éternellement l'Univers vivant. (Grand arcane du Verbe.) 

^j^, — Le déploiement de l'Unité-principe. — Sa diffusion dans 
rKspace et le Temps. 

*^"',2J| DTI ;i^. — Dieu-les-dieux des géants ou des hommes- 
dieux. 

^'',S^^. — Dieu reflété dans l'un des dieux. 

r"^.^!2^mn^ — Le lod-hévê (voir plus haut) du septénaire ou 
du triomphe. 

JT1>Î2^ D'^'l^ — Dieu-les-dieux du septénaire ou du 
triomphe. 

>^\j;, — Le fécondateur, par la Lumière astrale en expansion 

quaternisée, puis son retour au principe à jamais occulte d'oij elle 
émane. (Masculin de rifH^, la Fécondée, la Nature). 

^j-j^, — La multiplication quaterne ou cubique de l'Unité- 
principe, pour la production du Devenir changeant sans cesse (le 
zavTx pE'. d'Heraclite); puis l'occultation finale de l'objectif concret, 
par le retour au subjectif potentiel. 

"T^tO, — La Mort maternelle, grosse de la vie : loi fatale se 
déployant dans tout l'Univers, et qui interrompt avec une force 
soudaine son mouvement de perpétuel échange, chaque fois qu'un 
être quelconque s'objective. 

Tels sont ces hiérogrammes dans l'une de leurs significations 
secrètes. 



Notons à cette heure que chacune des dix séphires (aspects du 
Verbe) correspond, dans le pantacle de Khunrath, à l'un des 
chœurs angéliques ; idée sublime, quand on sait l'approfondir. Les 
anges, en Kabbale, ne sont pas des êtres d'une essence particu- 
lière et immuable : tout vit, se meut et se transforme dans l'Uni- 
vers vivant ! En appliquant aux hiérarchies célestes la belle 
comparaison par laquelle les auteurs du Zohar tâchent d'expri- 
mer la nature des séphires, nous dirons que les chœurs angé- 
liques sont comparables à des enveloppes transparentes et de 
couleurs diverses, oii viennent briller tour à tour d'une lumière 
de plus en plus splendide et pure, les Esprits qui, définitivement 
affranchis des formes temporelles, montent les suprêmes degrés 
de l'échelle de Jacob, dont l'Ineffable ilin^ occupe le sommet. 



1 — 





















Dipu 


























des 


Armées. 














"« 






















o 






c 
'S 






O 






o 

!/3 




2 ^ 

=2 i 


'5 




(L> 




"rt 






a 


rt 


S 




•3 % 


fcç 




kl 


5 






"o 




"o 




o H 


03 
C/2 


^ 


j 


r3 "03 

>-5 "-^ 


^ 


5 


"T 




^ 




•^ j 


o; 


In 






































. .1 






o 




tsj 






S 












s 
^ 






% 




•o 




. 


5 
s 

o 


3 










^ 






-n 




^^ 






O 




^ 






n 
h 






fr 


J 












V* 


C 


^ 


^ 


n 






n 


« 


ri 


tS 








rr 


*-- 


rr 


*A 


s 

-o 


% 


~3 
tS3 


^ 


s 






/ 


rr 


n 


fï 


.j^ 


P 




E 


c 




E 




1^ 


\ 








0. 




















<a 




<D 

O 


£ 














fi 


43 




c 
c 


0. 


C 

0) 


c 




a; 


»i 




■0) 




a 


t4 


S 




c 


cr 


.SP 






o 
















a. 


t- 






^ 




■ <— < 




'C 


"o 


oâ 




s 


fc 


5 S 






m 


ca 




a 




c 


ÇJ 


fr. 




o 


c: 


« 






3 


03 




2, 




c 




o 


C/2 


u 


rj- 


fl 


ii 




i-s 


a 






te 


> 


ce 




rt 


jj 


et 




nj 


cd 




■H 




o. 


rt 


43 


1 


— 


— 


— 






J 


J 




-3 








J 


cd 
























































X 






























Ch 






























>w 






























C/3 












.<; 


1 




















C 










^ 












•< 














^ 


-< 
















«. 


.5 


^ 






S 


s 












;5 






►2 


C 


"S 




lO 


É^ 




»} 




^ 


"^ 


k^ 




n 


r 

n 


(5 
n 


^ 

n 




n 


V* 




1 




1 


o 


P 




c; 


O 


»H 


p 




f~ 


V 




^V 




a 




f- 


n 


fr 


r 




r: 


c 




rr 




F 


i- 


C 



— 72 — 

A chacun des chœurs angéliques, Khunrath fait correspondre 
encore l'un des versets du décalogue : c'est comme si l'ange recteur 
de chaque degré ouvrait la bouche pour promulguer l'un des pré- 
ceptes de la loi divine. Mais ceci semble un peu arbitraire et moins 
digne de fixer notre attention. 



Une idée plus profonde du théosoiihe de Leipzig est de faire sor- 
tir les lettres de l'alphabet hébreu de la nuée d'Azilulh criblée des 
rayons séphirotiques. 

Faire naître des contrastes de la Lumière et des Ténèbres les 
vingt-deux lettres de l'alphabet sacré hiéroglyphique, — les 
quelles correspondent, comme on sait, aux vingt-deux arcanes de 
la Doctrine absolue, traduits en pantacles dans les vingt-deux clefs 
du Tarot samaritain, — n'est-ce pas condenser en une image frap- 
pante toute la doctrine du Livre de la Formation, Sephcr-Yetzirah 
(nV>^ 15D) ? Ces emblèmes, en effet, tour à tour rayonnants et 
lugubres, mystérieuses figures qui symbolisent si bien le Fas et le 
Nefas de l'éternel Destin, Henry Khunralh les fait naître de l'ac- 
couplement fécond de l'Ombre et de la Clarté, de l'Erreur et. de la 
Vérité, du Mal et du Bien, de l'Être et du Non-Être! Tels soudain 
surgissent à l'horizon d'imprévus fantômes, au visage souriant ou 
lugubre, splendide ou menaçant, quand sur l'amoncellement des 
nuages denses et sombres, Phœbus, une fois encore vainqueur de 
Python, darde ses flèches d'or. 



Le tableau que voici fournira, avec le sens réel des séphirolhs, 
les correspondances qu'établit la Kabbale entre elles et les hiérar- 
chies spirituelles : 







1 

c 

o 


'S 






a- 




3^ "2 








72 


vflj 










^-J 








'> 


V) 






s; 


î 


a ri 








o 


o 











eu S 














_3 


5 "« t2 

en • ^ 
--? -o;. («! 3 
0- t*, 3 TD 
=" CD en 


en 
O) 

"■eu 






<U 


T3 


93 







ce 


ë --5 ^ 





< 




ce « 

— 3 

S o o 


G 
tn 
'3 


3 


te 
c 


•s .1 -S 1 


tX) 
en 

S 






en 

0. 




tn 


rr. 

OJ 


es Q t- s 

en en en en 

Oj a; (n 


en 




Q 






J 


J 


J 


-J 


J _3 ^ -J 


J 


o 




















1 


















a 


-« 


















(73 


i-ii 














s 




U^ 


1—. 


















ce 


_^ 














s 




r^ 


t^ 














^ 




C 


o 




T^ 


S 

▼0* 




►ce 


'0* . "^ S: 

^ S 5 •§ 








-c 


i 


f- 




1 


"i i " g 
!s ~ n s 

> % % r» 


g 




fi 

g — 








p 


r 
Al 


n rr n n 


& 




^ 


















/ 
\ 




u 


b 


D 


D 


D D P P 


P 






















Q^ 


à 








^ 


3 










> 










te 








C 


'^ 








ti 


C 










o 

a 






'li 


3 

en 


rt 


en 

eu 






'E 
b 
va 

o 

a 

c 


en 3 
en o 

C8 o 


'c 

' .s 




6 

en 
3 
«—s 


3 



"en 


> 

-a 



t3 'JS — ' 


a 

u 


en 

<u 

TS 
0) 


Q 
(/: 




c 

a 


'2; "S -^ 

-c -^ «-; 


0) 



Si 
cS 

B 

S 


'c 

> 


•- v<u ^ 

eu 'J^_ .^ 
»a -^ -E rt 


"S 
c 

o. 


ÊE 




c 


«! r- 


ci 


c3 


cti 


* -w rt -^ 


(U 


~ 






-3 -; 


hJ 


i-] 


i-i 




^ nJ 


_2 


■w ; 








































C/3 1 






















cyo 1 






















td ■ 






















-J 






C 

s 




"« 










S 






i. 


r ^ 






ri 


1^ 




"« 1 




i 






n 


n n 
Q ^ 


r 

D 




r 
9 


rr p 


-^ 






r 


rr r 


1- 


rr 


c; 


r: 


F F 


E 



Pour compléter les notions élémentaires que nous avons pu 
fournir touchant le système séphirotique, nous terminerons ce tra- 
vail par le schéma, bien connu du triple ternaire; ce classement est 
le plus lumineux, selon nous, et le plus fécond en précieux corol- 
laires. 



Blinah 



Geburah 





u 

Tiphéreth 



— Netzah Q- 



Hochmah -|- 



7O Chesed + 



-O Hod. 



+ 



8 lesod 



O 

Malkuth 



Les trois ternaires figurent la trinité manifestée dans les trois 
mondes. 

Le premier ternaire, — celui du monde intellectuel, — est seul 
la représention absolue de la trinité sainte : la Providence y équi- 
libre les deux plateaux de la Balance de l'ordre divin : la Sagesse 
et V Intelligence. 

Les deux ternaires inférieurs ne sont que les reflets du premier 
dans les milieux plus denses des mondes moral et astral. Aussi 



sont-ils inve7-sés, comme l'image d'un objet qui se reflète à la sur- 
face d'un liquide. 

Dans le monde moral, la Beauté (ou l'Harmonie ou la Rectitude) 
équilibre les plateaux de la balance : la Miséricorde et la Justice. 

Dans le monde astral, la Génération, instrument de la stabilité 
des êtres, assure la Victoire sur la mort et le néant, en alimentant 
l'Éternité par l'intarissable succession des choses éphémères. 

Enfin, Malkuth, le Royaume des formes, réalise en bas la syn- 
thèse totalisée, épanouie et parfaite des séphiroths, dont en haut 
Kether, la Providence (ou la couronne) renferme la synthèse ger- 
minale et potentielle. 



Bien des choses nous resteraient encore à dire de la Rose-Croix 
symbolique de Henry Khunrath. Mais il faut nous borner. 

Au demeurant, ce ne serait pas trop d'un livre entier pour le 
développement logique et normal des matières que nous avons 
cursivement indiquées en ces quelques notes; aussi le lecteur nous 
tiouvera-t-il fatalement trop abstrait et même obscur. Nous lui 
présentons ici toutes nos excuses. 

Peut-être, s'il prend la peine d'approfondir la Kabbale à ses 
sources mêmes, ne sera-t-il pas fâché de retrouver, au cours de cet 
exposé massif et de si fatigante lecture, l'indication précise et 
même l'explication en langage initiatique d'un nombre assez 
notable d'arcanes transcendants. 

Comme l'algèbre, la Kabbale a ses équations et son vocabulaire 
technique. Lecteur, c'est une langue à apprendre, dont la merveil- 
leuse précision et l'emploi coutumier vous dédommageront assez 
par la suite des efforts où votre esprit a pu se dépenser dans la 
période de l'étude. 

Stanislas de Guaita. 




Cercle résumant l'enseignement de la Kabbale 
(voie page 106). 



DERIVATION DES CANAUX 

Voir le tableau frontispice (p. 28) pour les sept qu'ils joignent. Je 
n'indique ici que le nom divin qu'ils désignent. 

1 J^ Dieu de l'Infinité H^^ 

2 "2 Dieu de la Sagesse H^H 

3 5 Dieu de la Rétribution PI^A 

4 "7 Dieu des Portes de Lumière HH 

5 n Dieu de Dieu ïl^n 

6 1 Dieu fondateur H^l 

7 7 Dieu de la Foudre (fulgoris) n^T 

8 n Dieu de la Miséricorde n^Il 

9 t3 Dieu de la Bonté H^tO 
10 y Dieu principe H^^ 
H ^ Dieu immuable n^)2 

12 S Dieu des 30 voies de la Sagesse HH 

13 Q Dieu arcane îl^D 

14 J Dieu des 50 portes de la Lumière n^3 

15 D Dieu foudroyant H^D 
10 *; Dieu adjurant H*^ 

17 2 Dieu des Discours îl^S 

18 ï Dieu de Justice H^ï 

19 p Dieu du Droit H^p 

20 -] Dieu lête HH 

21 \2; Dieu Sauveur r\^)î; 

22 n Dieu fin do tout H^D 

Tous les noms ont la même terminaison rW Leur signification 
dépend uniquement de la lettre initiale et, par suite, peut servir à 
établir la signification de la lettre initiale elle-même. 



78 — 



RESUME 



Il existe donc entre les nombres, les noms divins, les lettres et 
les séphiroths d'étroits rapports ; Stanislas de Giiaita vient d'en 
énumérer quelques-uns ; les deux tableaux suivants, extraits l'un 
de Kh'cher, l'autre du R. P. Esprit Sabbathier, vont développer 
encore toutes ces concordances et résumer tout ce que nous avons 
dit jusqu'ici. Nous plaçons ici une table générale montrant non 
seulement les Séphiroths et les noms divins, mais encore la 
Kabbale tout entière dans un coup d'œil d'ensemble. 



— 79 





c« 
























<V 






























<a 


















- C 


o 




o 


^ 










^ 


o 




H rt 


^ 


o 


^ 


^ 




*--■ 


« 




o 






O ^3 
(S C 
S O 


C 
o 




CL 


■| 


4i 


':t 


1 


\ 


a 

1^ 


3 

ci 




S* Q. 


3 




• — ' 


ci 


V 


— 


7^ 


'-' 


^, 




i S 


O 


(Â 


w 






^ 


> 




^o 


o 

es 




o 
























o 




























o 


































rr 1 










2 Q 


a 


c 
c 


r! 

O) 

'5 


t. 
"es 

c 
Q 


3 


^'1 

r: - 


£ 

rr ^ 

c 
tt 


ci 

*^ 1 

o 


Xi Î 

•~ a 
n s? 








W 










G 


'53 

V5 








.„ r. 
























eu M 








tn 






en 










.2- ^ 


in 


tn 




Cl 




en 


vlj 


tn 








"S en 5 


a 


_fi 


en 


O 


!2 


OJ 

o 


3 


tu 


tn 


en 




Si =5 s 


"S- 

es 

:- 


13 


C 
•O 

c 


C 




fi 

tn 

'3 


'ô 


3 

"o 

t. 


ai 

te 
c 

< 


a 
-< 






on 


o 




o 
Q 




Oh 


Oh 


< 








»=; Q 
























i ,, « 








a 








a 

15 

o 










o 
3 


rt 


"5 

El 


a 


a 
is 

ctf 


a 

15 
J2 


15 


a 

la 

3 


a 

15 

o 




^ -.' 'J 


33 


Qh 


-< 


"Ô 


O) 


"03 


w 


C 


rC 






a 5 «- 




o 




ci 


C/D 


S 




a> 


a 






g « 








K 








CQ 








s 
























-j^ 
























o H 


,-^ 






















cr* a 




_« 


G 












^., 






'5 J 
^, -a 

S „ --^ 
£ a 


eu 


15 
o 

a 


a 


a 

03 


'S- 


I- 


5 
on 


tn 


3 
O 


43 

3 




•2 H 


"ôî 


^ 


£ 


<n 


"^ 












M ^ 


G 














































— 
















































^ S 


















<£} 






'^ _ <L 
o 5! t^ 


rt 


c 
o 


L. 


^ 






"ëa 


■y) 


z. 








o 

C-. 


a 


3 

s 


_o 






'S 


'5 

5 


ci 




5 j t. 




p 




CAI 










_aj 


S 




S ,, -^ 


o 






M 












^■ 
























"" 
























'/•- 
























u 
























H 'r 
























à :: 
























o _ 
























vu rt 
























ce ' — 
























s. o 
























o "^ 


>^ 


s^ 


ro 


'^ 


iO 


o 


(^ 


oo 


05 


O 




























3 


« MONDE (DIVIN), pai 


le R. p. Esprit Sabbathier 


M. S. 


INTELLIGENC1-.S DES SPHÈRES 


ORDRES DES BIENHEUREUX 


1 


Prince du Monde 


Séraphins Saints Animaux 




niiî^î^D 


:n-iipnnrD 


:; 


Mitt itron 


Hakkodest haroth 


n 


Courrier de Dieu 


Chérubins Roues 




tbi^^n 


:tz*JSl^ 


S 


Ratsiel 


Ophanim 


y 


Contemplation de Dieu 


Trônes Puissants 




h^'-p^)S 


trz^Ss^n^ 


ï 


Tsaphkiel 


Erelim 


^ 


Justice de Dieu 


Dominations Etincelanls 




S^Î^.T:: 


':^''j'2'^u 


n 


Tsadkiel 


Haschmalim 


n 


Punition de Dieu 


Puissances Entlammés 


d* 


Sn»dd 


ni^siu 


r 


Sammael 


Sera phi m 


D 


Qui est semblable à Dieu 


Vertus Rois 




h^^yn 


u2>::^Q 


\1* 


Michael 


Melachim 


1 


Grâce de Dieu 


Principautés Dieux 


9 


"lï^^j.s^n 


a»nSj< 


S 


Haniiiel 


Eloïm 


D 


Médecin de Dieu 


Archanges Enfants de Dieu 


9 


S.sn 


LZ'nhi^ ^Jn 


^ 


Raphaël 


Elohim Bene 


1 


Homme Dieu 


Anges Base des enfants 




S5^^*,n;i 


tH^nilD 


D 


Gabriel 


Kerubim 


D 


Messie 


Ames bienheureuses Hommes 




mitat:^ 


t^^l^'i^ 


T 


Mittalron 


Ischim 


D 






S 


PAS DE N 


OM DE H LETTRES, MAUVAIS NOMBRE 


D 






:: 







(Ombre idéale de la Sagesse universelle). 





SÉPH[ROTH 


NOMS DE DIEU 

SELOX LE NOMBRE DE LETTRES 


NOMS DE DIEU 

KABBALISTIQIJES 




Couronne 
Kether 


Moi 

I 


Je serai 

Ebie 




Sagesse 
Hocbma 


Dieu Être de soi 
El lah 


L'Être des Êtres Moi 
Jehova I 




Intelligence 
Bina 


Jésus Tout-puissiiit 
Jeschou Scliaiidai 


Dieu Être des Êtres 
Elobim Être des Êtres 




Libéralité 
''071 
Hesed 


Être des Êtres 
Jehova 


Dieu 

El 




Force 
Gevoura 


Sauveur Dieu Très haut 

riwny tz:MS.s» a^Sn 

Jehoschouha Elobim Helim 


Fort Dieu 
Gilbora Elobim 




Beauté 
Tiphereth 


Dieu fort 
El Gilbora 


Dieu 
Eloah 




Victoire 
Nelsali 


Immuable 
Ararita 


Des années Seigneur 
Tsebaoth Jeliovah 




Louanges 
Hod 


La Science de Dieu 
Jehova 


Des armées Dieu 
Tsebaoth Elobim 




Etablissement 
Jesod 


Des armées Seigneur 
Tseliaoth Jeliovah 


Tout-puissant 
Schaddai 




Uuyauté 
Malcliouth 


Des armées 

Dieu 

^^ Elobim 
Tsebaoth 


Seigneur 
Âdonai 


d"ai>rès les hébreux 


Dieu 

tZIpD 
Malcom 




Saint-Esprit Père Fils 

Hahk Odesh Verouah Ben Af 


Dieu Uni Trinité 
Agla 



82 



Nous avons promis de finir notre exposé en donnant les plans 
des deux principaux traités qui ont été faits sur la question ; celui 
de Kirclier et celui de Lenahi. Le lecteur comprendra maintenant 
ces plans grâce à l'exposé qu'il vient de parcourir et il verra que 
nous avons fait tous nos efforts pour résumer au mieux cette partie 
de la kabbale hébraïque. 



TLAN DE L ÉTUDE DE KIRCHEH 

Ch. 1. Les noms divins. — Les divisions de la Kabbale. 

— 2. Histoire et origines de la Kabbale. 

— 3. Premier fondement de la Kabbale. — L'alphabet, ordre 

mystique de ses caractères. 

— 4. Les noms et surnoms de Dieu. , 

— 5. Les tables Zruph ou des combinaisons de l'alphabet 

hébraïque. 

— G. Du nom divin de 72 lettres (mn^) et de son usage. 

— 7. Le nom divin tétragrammatique dans l'antiquité païenne. 

— 8. Très secrète théologie mystique des Hébreux. — Kabbale 

des dix Séphiroths ou numérations divines. 

— 9. Des diverses représentations des Séphiroths, de leur in- 

flux et de leurs canaux. 

— 10. De la Kabbale naturelle appelée Bereschit*. 

PLAN DE l'Étude de lexain 

Ch, 1. Du nom de Dieu et de ses attributs. 

— 2. De l'origine des noms divins, leurs attributs et leur in- 

fluence sur l'Univers. (Alphabet et sens des lettres.) 

— 3. Explication des 72 attributs de Dieu et des 72 anges qui 

dominent sur l'Univers. 

— 4. Les 72 noms. 

— o. Explication du calendrier sacré. 

— G. Les influences des 72 génies^ leurs attributs et leurs 

mystères. 

— 7. Les mystères (Kabbale pratique). Magie. 

1. Voy. pour le développement, p. 158, n" 179. 



— 83 — 
CHAPITRE V 

LA PHILOSOPHIE DE LA KABBALE 

l'ame d'après la kabbale 

2°. — La philosophie de la Kabbale. 

La partie systématique de la Kabbale se trouve exposée dans le 
paragraphe précédent. H nous reste à parler de la partie philoso- 
phique. 

Nous avons fait, lors de la réédition de l'excellent livre de 
M. Ad. Franck, une critique de cet ouvrage dans laquelle nous 
résumions de notre mieux les enseignements doctrinaux de la 
Kabbale, en rattachant ces enseignements à quelques points de 
science contemporaine, selon notre habitude. 

Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ce travail en le 
faisant suivre de la lettre que M. Franck nous adresse à ce propos. 
Ensuite, pour bien indiquer la profondeur des données kabbalis- 
tiques en ce qui concerne l'homme et ses transformations et l'iden- 
tité de ces données avec la tradition orientale, nous terminerons 
ce paragraphe par une étude d'un kabbaliste allemand contempo- 
rain, Cari de Leiningen. 

1 

ANALYSE DU LIVRE DE M. FRANCK 

la kabbale 

M. Franck a fait de la Kabbale une étude très sérieuse et très 
approfondie, mais au point de vue particulier des philosophes con- 
temporains et de la critique universitaire. H nous faudra donc 
résumer de notre mieux ses opinions à ce sujet; mais en mettant 
à cùlé celles des kabbalistes contemporains connaissant plus ou 
moins l'Esotérisme. Ces deux points de vue quelque peu différents 
ne peuvent qu'éclairer d'un jour tout nouveau une question si 
importante en Science Occulte. 

Ces considérations indiquent par elles-mêmes le plan que nous 
suivrons dans cette étude. Nous résumerons successivement les 
opinions de M. Franck sur la Kabbale elle-même, sur son antiquité 



— 84 — 

et sur ses enseignements en discutant chaque fois les conclusions 
de cet auteur comparativement à celles des occultistes contem- 
porains. 

Nous devrons toutefois nous borner aux questions les plus géné- 
rales, vu le cadre restreint dans lequel doit se développer notre 
article. 



Voyons d'abord le plan sur lequel est construit le livre de 
M. Franck. 

La méthode suivie dans sa disposition est remarquable par 
la clarté avec laquelle des sujets si difficiles se présentent au 
lecteur. 

Trois parties, une introduction et un appendice forment la char- 
pente de l'ouvrage. 

L'introduction et la préface donnent une idée générale de la 
Kabbale et de son histoire. 

La première partie traite de l'antiquité de la Kabbale d'après ses 
deux livres fondamentaux, le Sepher Jesirah et le Zohardont l'au- 
thenticité est admirablement discutée. 

La seconde partie, la plus importante sans contredit, analyse les 
doctrines contenues dans ces livres, base des études kabbalis- 
tiques. 

Enfin la troisième partie étudie les rapprochements du système 
philosophique de la Kabbale avec les écoles diverses qui peuvent 
présenter avec elle quelque analogie. 

L'appendice est consacré à deux sectes de Kabbalistes. 

En résumé, toutes ces matières peuvent se renfermer dans les 
questions suivantes : 

1° Qxi est-ce que la Kabbale et quelle est son antiquité? 
1° Quels sont les enseignements de la Kabbale : 

Sur Dieu; 

Sur C Homme; 

Sur r Univers? 
3° Quelle est l'influence de la Kabbale sur la philosophie à travers 
les âges ? 

Il nous faudrait un volume pour traiter comme il le mérite un 
tel sujet; mais nous devons nous contenter de ce que nous avons 
et nous borner aux indications strictement nécessaires à cet 
effet. 



85 — 



qu'est-ce que la kabbale et quelle est son antiquité ? 

Se plaçant sur le terrain strict des faits établis sur une solide 
érudition, M. Franck définit ainsi la Kabbale : 

« Une doctrine qui a plus d'un point de ressemblance avec celles 
de Platon et deSpinosa; cjui, par sa forme, s'élève quelquefois 
jusqu'au ton majestueux de la poésie religieuse; qui a pris nais- 
sance sur la même terre et à peu près dans le même temps que le 
christianisme ; qui, pendant une période de douze siècles, sans autre 
preuve que l'hypothèse d'une antique tradition, sans autre mobile 
apparent que le désir de pénétrer plus intimement dans le sens des 
livres saints, s'est développée et propagée à l'ombre du plus pro- 
fond mystère : voilà ce que l'on trouve, après qu'on les a épurés de 
tout alliage, dans les monuments originaux et dans les plus anciens 
débris de la Kabbale. >^ 

Sur la première partie de cette définition tous les occultistes sont 
d'accord : la Kabbale constitue bien en effet une doctrine ù^adi- 
tionnelle, ainsi que l'indique son nom même*. 

Mais nous différons entièrement d'avis avec M. Franck sur la 
question de V origine de celte tradition. 

Le critique universitaire ne peut s'écarter dans ses travaux de 
certaines règles établies dont la principale consiste à n'appuyer 
l'origine des doctrines qu'il étudie que sur les documents bien 
authentiques pour lui, sans s'occuper des affirmations plus ou 
moins intéressées des partisans de la doctrine étudiée. 

C'est la méthode suivie par M. Franck dans ses recherches his- 
toriques au sujet de la Kabbale. Il détermine au mieux l'origine 

1. « Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moyse Iiii-niôniP, 
prévoyant le sorl que son livre devait subir et les fausses interprclalious 
qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi 
orale, qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé 
la fidélité, et qu'il chargea de Irnnsmellre dans le secret du sanctuaire 
à d'autres hommes qui, la transmettant ;i leur tour d'âge eu âge, la fis- 
sent ainsi parvenir h la postérité la plus reculée. Cette loi orale que les 
Juifs modernes se flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d'un 
mol hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui 
se passe de main en main. » 

(Fabkk d'Olivet, Langue hé^irdique restituée, p. 29.) 



— so- 
dés deux ouvrages fondamentaux de la doctrine : le Sepher Jesi- 
rah et le Zohar et infère de cette origine même celle de la Kabbale 
tout entière. 

L'occultiste n'a pas à tenir compte de ces entraves. Un symbole 
antique est pour lui un monument aussi authentique et aussi pré- 
cieux qu'un livre, et la tradition orale ne peut que transmettre des 
formules à forme dogmatique que la raison et la science doivent 
contrôler et vérifier ultérieurement. 

Wronski définit les dogmes des porismes, c'est-à-dire des pro- 
blèmes à démontrer^ ; c'est pourquoi nous devons poser d'abord les 
dogmes traditionnels, mais sans jamais les admettre avant de les 
avoir scientifiquement vérifiés. 

Or, nous allons voir ce que la tradition occulte nous enseigne au 
sujet de l'origine de l'Esotérisme et par suite de la Kabijale elle- 
même, en posant comme problème à démontrer ce que la science 
n'a pu encore éclaircir, mais en indiquant par contre les points où 
elle vient confirmer les conclusions de la tradition orale ou écrite 
de la Science Occulte. 



Chaque continent a vu se générer progressivement une don' et 
une faune couronnées par une race humaine. Les continents sont 
nés successivement de telle sorte que celui qui contenait la race 
humaine qui devait succéder h. celle existante, naissait au moment 
où cette dernière était en pleine civilisation. Plusieurs grandes 
civilisations se sont ainsi succédé sur notre planète dans l'ordre 
suivant : 

1° La civilisation colossale de l'Atlantide, civilisation créée par 
la Race Rouge, évoluée d'un continent aujourd'hui disparu, qui 
s'étendait à la place de l'océan Atlantique ; 

2° Au moment où la Race Rouge était en pleine civilisation, 
naissait un continent nouveau qui constitue l'Afrique d''aujour- 
d'hui, générant, comme terme ultime d'évolution, la Race 
Noire. 

Quand le cataclysme qui engloutit l'Atlantide se produisit, cata- 
clysme désigné par toutes les religions sous le nom de Déluge uni- 
versel, la civilisation passa rapidement aux mains de la Race 



i. Wronski, Messianisme ou réforme absolue du Savoir humain, t. H, 
Introduction. 



— 87 — 

Noire, à qui les quelques survivants de la Hace Rouge transmirent 
leurs principaux secrets. 

3" Enfin, alors que les Noirs furent eux-mêmes arrivés àl'apogée 
de leur civilisation, naquit avec un nouveau continent (Europe- 
Asie) la Race Blanche, à qui devait passer ultérieurement la 
suprématie sur la planète. 



Les données que nous venons de résumer là ne sont pas nou- 
velles. Ceux qui savent lire ésolériquement le Scpher de Moïse en 
trouveront la clef dans les premiers mots du livre, ainsi que nous 
l'a montré Saint-Yves d'Alveydre ; mais sans aller si loin, Fabre 
d'Olivet, dès 18:20, dévoilait cette doctrine dans V Histoire philoso- 
phique du Genre Humain. D'autre part, l'auteur de la Mission des 
Juifs nous fait voir l'application de cette doctrine dans le Ramayana 
lui-même. 

La Géologie est venue prouver, de concert avec l'Archéologie 
et l'Anthropologie, la réalité de plusieurs points de cette tra- 
dition. 

De plus, certains problèmes encore obscurs de la théorie de 
l'évolution, entre autres celui de la diversité des couleurs de la Race 
Humaine, trouvent là de précieuses données encore inconnues de 
nos jours de la Science officielle. 

C'est donc de la Race Rouge que vient originairement la tradi- 
tion et, si l'on veut bien se souvenir (\\xAdayn veut dire terre rouge, 
on comprendra pourquoi les Kabbalistes font venir leur science 
d'Adam lui-même. 

Celte tradition eut donc comme sièges principaux de transmis- 
sion : V Atlantide, V Afrique, VAsie et enfin Y Europe. 

L'Océanie et l'Amériipie sont des vestiges de l'Atlantide, et d'un 
continent antérieur: la Lémurie. 

Beaucoup de ces affirmations dogmatiques étant encore pour le 
savant contemporain des porismes (problèmes à démontrer), nous 
nous contentons de les poser, sans discussion, et nous allons 
maintenant partir du point où en est arrivée la science officielle 
comme origine de l'Humanité : ïAsie. 



Toutes les traditions, celles des Bohémiens^ des Francs- 
^. Voy. la Kdhhalc des Bohémiens, n° 2 ci'" V înitiiition . 



— 88 — 

Maçons^, des Égyptiens et des Kabhalistes^ , corroborées par la 
Science officielle elle-même, sont d'accord pour considérer l'Inde 
comme l'origine de nos connaissances philosophiques et reli- 
gieuses. 

Le mythe à' Abraham indique, ainsi que l'a montré Saint-Yves 
d'Alveydre, le passage de la tradition indoue ou orientale en 
Occident ; et comme la Kabbale que nous possédons aujourd'hui 
n'est autre chose que cette tradition adaptée à l'esprit occidental, 
on comprend pourquoi le plus vieux livre kabbalistique connu, le 
Sepher Jesirah, porte en tète la notice suivante : 



LE LIVRE KABBALISTIQUE DE LA CREATION 

EN HÉBREU, SEPBER JESIRAU 
Par ABRAHAM 

Transmis successivement oralement à ses fils; puis, vu le mauvais état des 
affaires d'Israël, confié par les sages de Jérusalem à des arcanes et à des 
lettres du sens le plus caché 3. 

Pour prouver la vérité de cette affirmation, il nous faudra donc 
montrer les principes fondamentaux de la Kabbale et particulière- 
ment les Séphirolhs dansl'ésotérismeindou. Ce point, qui a échappé 
à M. Franck, nous permettra de poser l'origine de la filiation bien 
au delà du premier siècle de notre ère. C'est ce que nous ferons 
tout à l'heure. 

Pour le moment, contentons-nous de dire quelques mots de 
l'existence de cette tradition ésotérique dans l'antiquité, tradition 
qui existe réellement malgré l'avis de Littré*, avis partagé en 
partie par un des auteurs du Dictionnaire pliilosophique de 
Ad. Franck^. 

Chaque réformateur religieux ou philosophique de l'antiquité 
divisait sa doctrine en deux parties: l'une voilée, à l'usage de la 
foule ou exotérisme, l'autre claire, à l'usage des initiés ou éso- 
térisme. 

Sans vouloir parler des Orientaux, Bouddha, Gonfucius ou 



1. Voy. Ragon, Orthodoxie Maçonnique. 

2. Voy. Saint-Vves d'Alveydre, Mission des Juifs. 

3. Papus, le Sepher Jesirah, p. 5. 

4. Préface à la 3e édit. de Salverte (Sciences occultes). 
o. Article Esotérisme. 



— 89 — 

Zoroastre, l'histoire nous montre Orphée dévoilant l'ésotérisme 
aux initiés par la création des mystères, Moïse sélectant une tribu 
de prêtres ou initiés, celle de Lévi, parmi lesquels il choisit ceux à 
qui peut être confiée la tradition. Mais la transmission ésotérique 
de cette tradition devient indiscutable vers l'an 550 avant notre 
ère, avec Pythagore initié aux mômes sources qu'Orphée et Moïse, 
en Egypte. 

Pythagore avait un enseignement secret basé principalement sur 
les nombres, et les quelques bribes de cet enseignement que nous 
ont transmises les alchimistes', nous montrent son identité absolue 
avec la Kabbale dont il n'est qu'une traduction. 

Cette tradition se perd d'autant moins parmi les disciples du 
grand philosophe qu'ils vont se retremper à sa source originelle, 
en Egypte, ou dans les mystères grecs. Tel est le cas de Socrate, 
de Platon et d'Aristote. 

La lettre d'Alexandre le Grand adressée à son maître et l'accu- 
sant d'avoir dévoilé l'enseignement ésotérique, prouve que cet 
enseignement traditionnel et oral subsistait toujours à cette 
époque. 

Nous en retrouverons encore mention dans Plutarque quand il 
dit que les serments scellent ses lèvres et qu'il ne peut parler; enfin 
il est inutile d'allonger notre travail de toutes les citations que 
nous pourrions encore faire, ces détails sont assez connus des 
occultistes pour qu'il ne soit pas nécessaire d'insister davantage. 

Signalons en dernier lieu l'existence de cette tradition orale 
dans le christianisme alors que Jésus dévoile à ses disciples seuls 
le véritable sens des paraboles dans le discours sur la montagne, et 
qu'il confie le secret total de la tradition ésotérique à son disciple 
favori, saint Jean. 

L' Apocalypse est entièrement kabbalistique et représente le véri- 
table ésotérisme chrétien. 

[j'antiipiilé de cette tradition ne peut donc faire aucun doute, et 
la Kabbale est bien plus ancienne que l'époque que lui assigne 
M. Franck, du moins pour nous autres, occultistes occidentaux. En 
outre, elle a pris naissance sur une terre très éloignée de celle où 
est né le christianisme, ainsi que nous le montreront les Séphiroths 
indoiis. 

Mais il est temps d'arrêter là le développement de notre pre- 
mière question et de dire quelques mots des enseignements de la 
Kabbale. 

i. Voy. Jean Dée, MoJias hieroglyphica in Theatrum Chemicum. 



— 90 



IT 



ENSEIGNEMENTS DE LA KABBALE 



On peut faire à M. Franck quelques critiques au sujet de la 
manière dont il présente les enseignements de la Kabbale. En 
eiïet, si les données kabbalistiquessur chaque sujet particulier sont 
analysées avec une science merveilleuse, aucun renseignement 
n'est fourni sur l'ensemble du système considéré synthétiquement. 
Par exemple, après avoir lu le chapitre iv, intitulé : Opinions des 
Kabbalistes sur le Monde, le lecteur connaît certains points de la 
tradition concernant les Anges, l'Astrologie, l'unité de Dieu et de 
l'Univers; mais il est impossible de se faire, d'après ces données, 
une idée générale de la constitution du Cosmos. 

Nous allons nous efforcer de présenter à nos lecteurs un résumé 
aussi clair que possible de ces traditions kabbalistiques, si bien 
analysées d'ailleurs par notre auteur. Pour être compréhensible 
dans des sujets aussi ardus, nous partirons dans notre analyse de 
l'étude de THomme, plus facilement appréciable pour la généra- 
lité des intelligences, et nous n'aborderons qu'en dernier lieu les 
données métaphysiques sur Dieu. 

1" Enseifpieme/its de la Kabbale sur V Homme. 

La Kabbale enseigne tout d'abord que l'homme représente exac- 
tement en lui la constitution de l'Univers tout entier. De là le nom 
de Microcosme ou Petit Monde donné à l'homme en opposition au 
nom Macrocosme ou Grand Monde donné à l'Univers. 

Quand on dit que l'Homme est l'image de l'Univers, cela ne veut 
pas dire que l'Univers soit un animal vertébré. C'est des principes 
constitutifs, analogues et jwn semblables, qu'on veut parler. 

Ainsi des cellules de formes et de constitution très variées se 
groupent chez l'Homme pour former des organes, comme l'esto- 
mac, le foie, le cœur, le cerveau, etc.. Ces organes se groupent 
également entre eux pour former des appareils qui donnent nais- 
sance à des f'o7icfions (groupement des poumons, du cœur, des 
artères et des veines pour former Vappareil de la circulation, 
groupement des lobes cérébraux, de la moelle, des nerfs sensitifs 
et des nerfs moteurs pour former l'appareil de Vinnervation, etc.). 



— 01 — 

Eh bien ! d'après la méthode de la Science Occulte, l'analogie, 
les objets qui suivront la même loi dans l'Univers seront analo- 
gues aux organes et aux appareils dans l'Homme. La Nature nous 
montre des êtres, de formes et de constitution très variées (êtres 
minéraux, êtres végétaux, êtres animaux, etc.) se groupant pour 
former des planètes. Ces planètes se groupent entre elles pour 
former des systèmes solaires. Le jeu des Planètes et de leurs satel- 
lites donne naissance à la Vie de V Uiùvers comme le jeu des 
organes donne naissance à la Vie de V Homme. L'organe et les Pla- 
nètes sont donc deux êtres analogues, c'est-à-dire agissant d'après 
la même loi ; cependant Dieu sait si le Cœur et le Soleil sont des 
formes difi'érentes ! Ces exemples nous montrent l'application des 
données kabbalisliques à nos sciences exactes, ils font partie d'un 
travail d'ensemble en cours d'exécution depuis bientôt cinq ans et 
qui n'est pas près d'être terminé. Aussi bornons là ces développe- 
ments sur l'analogie et revenons à la constitution du Microcosme, 
maintenant que nous savons pourquoi l'Homme est appelé ainsi. 

La Kabbale considère la Matière comme une adjonction créée 
postérieurement à tous les êtres, à cause de la chute adamique. 
Jacob Boehm et Saint-Martin ont suffisamment développé cette 
idée parmi les philosophes contemporains pour qu'il soit inutile 
de s'y attarder trop longtemps. Cependant il fallait établir ce fait 
pour expliquer pourquoi dans la constitution de l'Homme aucun 
des trois principes énoncés ne représente la matière de notre corps. 

L'Homme, d'après les Kabbalistes, est composé de trois éléments 
essentiels : 

1° Un élément inférieur, qui n'est pas le corps matériel, puisque 
essentiellement la matière n'existait pas, mais qui est le principe 
déterminant la forme matérielle : 

NEniESCU. 

2° i'n élément supérieur, étincelle divine, l'âme de tous les idéa- 
listes, l'esprit des occultistes : 

NESCUAMAll. 

Ces deux éléments sont entre eux comme l'huileet l'eau. Ils sont 
d'essence tellement différente qu'ils ne pourraient jamais entrer 
en rapports l'un avec l'autre, sans un troisième terme, participant 
de leurs deux natures et les unissant '. 

1. Comme eu chimie les carbonates alcalins unissent l'iuiile et l'eau 
par la saponification. 



— 92 — 

3° Ce troisième élément, médiateur entre les deux précédents, 
c'est la vie des savants, l'esprit des philosophes, l'àme des occul- 
tistes : 

RUAH. 

Nephesch, Ruah et Neschamah sont les trois principes essentiels, 
les termes ultimes auxquels aboutit l'analyse, mais chacun de ces 
éléments est lui-même composé de plusieurs parties. Ils corres- 
pondent à peu près à ce que les savants modernes désignent par : 

Le Corps, la Vie, la Volonté. 

Ces trois éléments se synthétisent cependant dans /'wn?7e c/e /'é/re, 
si bien qu'on peut représenter l'homme schématiquement par trois 
points (les trois éléments ci-dessus) enveloppés dans un cercle 
ainsi : 




Maintenant que nous connaissons l'opinion des Kabbalistes sur 
la constitution de l'Homme, disons quelques mots de ce qu'ils pen- 
sent des deux points suivants : D'où vient-il? Où va-t-il? 



M, Franck développe très bien ces deux points importants. 
L'Homme vient de Dieu et y retourne. H nous faut donc considérer 
trois phases principales dans cette évolution : 

1° Le point de Départ ; 

2° Le point d'Arrivée ; 

3° Ce qui se passe entre le Départ et l'Arrivée. 

1° Départ. — La Kabbale enseigne toujours la doctrine de l'Ema- 
nation. L'homme est donc émané primitivement de Dieu à l'état 
d'Ksprit pur. A l'image de Dieu constitué en Force et Intelligence 
(Chocmah et Binah) c'est-à-dire en positif et négatif, il est consti- 
tué en mâle et femelle, Adam-Ève, formant à l'origine un seul être. 
Sous l'intluence de la chute * deux phénomènes se produisent : 

1. Le cadre Irop restreint de notre élude ne nous permet pas d'appro- 
fondir ces données métaphysiques et de les analyser scientifiquement. 
Voy. pour plus de détails, le Cain de Fabre d'Olivet. 



— [VA — 

1° La division de l'être unique en une série d'êtres-androgynes 
Adams-Eves ; 

2° La matérialisation et la subdivision de chacun de ces êtres 
androgynes en deux êtres matériels et de sexes séparés, un homme 
et une femme. C'est l'état terrestre. 

Il faut cependant remarquer, ainsi que nous l'enseigne le Tarot, 
que chaque homme et chaque femme contiennent en eux une 
image de leur unité primitive. Le cerveau est Adam, le Cœur est 
Eve en chacun de nous. 

2° Transition du Départ à l'Arrivée. — L'homme matérialisé et 
soumis à l'influence des passions doit volontairement et librement 
retrouver son état primitif; il doit recréer son immortalité perdue. 
Pour cela il se réincarnera autant de fois qu'il le faudra jusqu'à ce 
qu'il ait su se racheter par la force universelle et toute-puissante 
entre toutes : l'Amour. 

La Kabbale, à l'image des centres indous d'où nous vient le 
mouvement néo-bouddiste, enseigne donc la réincarnation et par 
suite la -préexistence, ainsi que le remarque M. Franck ; mais elle 
s'écarte totalement des conclusions théosophiques indoues sur 
le moyen du rachat, et nous ne pouvons ici que reproduire l'avis 
d'un des occultistes les plus instruits que possède la France, 
F. Ch. Baillât: 

« S'il m'est permis de hasarder ici une opinion personnelle, je 
dirai que les doctrines hindoues me semblent plus vraies au point 
de vue métaphysique^ abstrait, les doctrines chrétiennes au point 
de vue moral, sentimental, concret: le Christianisme, le Zohar, la 
Kabbale, dans leur admirable symbolisme, laissent plus d'incerti- 
tude, de vague dans l'intelligence philosopiiique (par exemple, 
quand ils représentent la chute comme source du mal, sans définir 
ni l'un ni l'autre, car cette définition donnerait un tout autre tour 
intellectuel à la question). 

« Mais ce Panthéisme indien, qu'il soit matérialiste comme dans 
l'école du Sud, ou idéaliste comme dans celle du Nord, arrive à 
négliger, à méconnaître, à repousser même tout sentiment et spé- 
cialement V Amour avec toute son immense portée mystique, occulte. 

« L'un ne parle qu'à l'intelligence, l'autre ne parle qu'à l'âme. 

« On ne peut donc posséder complètement la doctrine théoso- 
phique qu'en interprétant le symbolisme de l'un par la métaphy- 
sique de l'autre. Alors et alors seulement les deux pôles ainsi ani- 
més l'un par l'autre font resplendir, par les splendeurs du monde 
divin, l'incroyable richesse du langage symbolique, seul capable 
de rendre pour l'homme les palpitations de la Vie absolue I ^) 



— 94 — 

3° Arrivée. — L'homme doit donc constiluor d'abord son andro- 
gynat primitif pour réformer synthétiquement l'être premier pro- 
venant de la division du grand Adam-Eve. 

Ces êtres androgynes reconstitués doivent, à leur tour, se syn- 
thétiser entre eux jusqu'à s'identifier à leur origine première : 
Dieu. La Kabbale enseigne donc, aussi bien que l'Inde, la théorie 
de Tinvolution et de l'évolution et le retour final au ISirvâna. 

Malgré mon désir de ne pas allonger ce résumé par des citations, 
je ne puis résister ici au plaisir de citer d'après M. Franck (p. 189) 
un passage très explicatif: 

« Parmi les différents degrés de l'existence (qu'on appelle aussi 
les sept tabernacles), il y en a un, désigné sous le titre de saint des 
saints, oh toutes les âmes vont se réunir à l'âme suprême et se 
compléter les unes par les autres. Là tout rentre dans l'unité et 
dans la perfection, tout se confond dans une seule pensée qui 
s'étend sur l'univers et le remplit entièrement ; mais le fond de 
cette pensée, la lumière qui se cache en elle ne peut jamais être ni 
saisie, ni connue, on ne saisit que la pensée qui en émane. Enfin, 
dans cet état, la créature ne peut plus se distinguer du créateur; 
la même pensée les éclaire, la même volonté les anime ; l'âme 
aussi bien que Dieu commande à l'Univers, et ce qu'elle ordonne, 
Dieu l'exécute. » 

En résumé, toutes ces données métaphysiques sur la chute et la 
réhabilitation se réduisent exactement à des lois que nous voyons 
chaque jour en action expérimentalement, lois qui peuvent s'énon- 
cer à trois termes : 




L Unité. 

n. Départ de l'Unité. Multiplicité. 

III. Retour à l'Unité. 



Edgar Poë dans son Eurêka a fait une application de ces lois 
à l'Astronomie. Si nous avions la place nécessaire, nous pourrions 
les appliquer aussi bien à la Physique et à la Chimie expérimen- 
tale, mais notre élude est déjà fort longue, et il est grand temps 
d'en venir à l'opinion des Kabbalistes sur l'Univers. 



9.^i 



2° Enseignements de la Kabbale sur VUnivers. 

Nous avons vu que les Planètes formaient les organes de l'Uni- 
vers et que de leur jeu résultait la vie de cet Univers. 

Chez l'homme la vie s'entretient par le courant sanguin qui 
baigne tous les organes, répare leur perle et entraîne les éléments 
inutiles. 

Dans l'Univers la vie s'entretient par les courants de lumière 
qui baignent toutes les planètes et y répandent à flots les principes 
de génération . 

Mais, dans l'homme, chacun des globules sanguins, récepteur et 
transmetteur de la vie, est un être véritable, constitué à Cïmage 
de l'homme lui-même. Le courant vital humain contient donc des 
êtres en nombre infini. 

Il en est de même des courants de lumière et telle est l'origine 
des anges, des fo7'ces personnifiées de la Kabbale et aussi de toute 
une partie de la tradition que M, Franck n'a pas abordée dans son 
livre : la Kabbale pratique. 

La Kabbale pratique comprend l'étude de ces êtres invisibles, 
récepteurs et transmetteurs de la Vie de l'Univers, contenus dans 
les courants de lumière. Les Kabbalistes s'efTorcent d'agir sur ces 
êtres et de connaître leurs pouvoirs respectifs; de là toutes les don- 
nées d'Astrologie, de Démonologie, de Magie contenues dans la 
Kabbale. 

Mais dans l'Homme la force vitale transmise par le sang et ses 
canaux n'est pas la seule qui existe. Au-dessus de cette force et la 
dirigeant dans sa marche, il en existe une autre : c'est la force 
nerveuse. 

Le fluide nerveux, qu'il agisse à l'insu de la conscience de l'in- 
dividu dans le système de la Vie Organique (Grand-Sympathique, 
Corps Astral des Occultistes) ou qu'il agisse consciemment par la 
Volonté (cerveau et nerfs rachidiens), domine toujours les phéno- 
mènes vitaux. 

Ce fluide nerveux n'est pas porté, comme la Vie, par des êtres 
particuliers (globules sanguins). Il part d'un être situé dans une 
retraite mystérieuse (la cellule nerveuse) et aboutie à un centre de 
réception. Entre celui qui ordonne et celui qui reçoit il n'y a rien 
qu'un canal conducteur. 

Dans l'Univers il en est de même d'après la Kabbale. Au-dessus 
ou plutôt au dedans de ces courants de lumière, il existe un fluide 
mystérieux indépendant des êtres créateurs de la Nature comme 



— 96 — 

la force nerveuse est indépendante des globules sanguins. Ce fluide 
est directement émané de Dieu, bien plus, il est le corps môme do 
Dieu. C'est V esprit de VUnivei^s. 

L'Univers nous apparaît donc constitué comme l'Homme : 

1° D'î/n Corps. Les Astres et ce qu'ils contiennent ; 

2° D'î/»e Vie. Les courants de lumière baignant les astres et 
contenant les Forces actives de la Nature, les Anges ; 

3° D'ime Volonté directrice se transmettant partout au moyen du 
fluide invisible aux sens matériels, appelé par les Occultistes: 
Magnétisme Universel, et par les Kabbalistes Aour 115^; c'est l'Or 
des Alchimistes, la cause de l'Attraction universelle ou Amour des 
Astres. 

Disons de plus que l'Univers, comme l'Homme, est soumis à une 
involution et à une évolution périodiques et qu'il doit finalement 
être réintégré dans son origine : Dieu, comme l'Homme. 

Pour terminer ce résumé sur l'Univers, montrons comment Bar- 
let arrive par d'autres voies aux conclusions de la Kabljale a ce 
sujet : 

Nos sciences positives donnent pour dernière formule du monde 
sensible : 

Pas de matière sans force ; pas de force sans matière. 

Formule incontestable, mais incomplète, si l'on n'y ajoute le com- 
mentaire suivant : 

1° La comlùnaison de ce que nous nommons Force et Matière se 
présente en toutes proportions depuis ce que l'on pourrait appeler 
la. Force matérialisée (la roche, le minéral, le corps chimique 
simple) jusqu'à la Matière subtilisée ou Matière Force {le grain de 
pollen, le spermatozoïde, l'atome électrique) ; lai/a^ière et la Force, 
bien que nous ne puissions les isoler, s'offrent donc comme les 
limites mathématiques extrêmes et opposées (ou de signes con- 
traires) d'une série dont nous ne voyons que quelques termes 
moyens ; limites abstraites, mais indubitables ; 

2° Les termes de cette série, c'est-à-dire les individus de la nature, 
ne sont jamais stables ; la Force., dont la mobilité infinie est le 
caractère, entraine comme à travers un courant contmuel d'un 
pôle à l'autre la matière essentiellement inerte qui s'accuse par un 
contre-courant de retour. C'est ainsi, par exemple, qu'un atome 
de phosphore emprunté par le végétal aux phosphates minéraux 
deviendra l'élément d'une cellule cérébrale humaine (matière subti- 
lisée) pour retomber par désintégration dans le règne minéral 
inerte. 

3" Le mouvement, résultat de cet équilibre instable, n'est pas 



— 97 — 

désordonné ; il offre une série d'harmonies enchaînées que nous 
appelons Zo^5 et qui se synthétisent à nos yeux dans la loi suprême 
de V Évolution. 

La conclusion s'impose : Cette synthèse harmonieuse de phéno- 
mènes est la manifestation évidente de ce que nous nommons une 
Volonté. 

Donc, d'après la science positive, le monde sensible est l'expres- 
sion d'une volonté qui se manifeste par l'équilibre instable, mais 
progressif de la Force et de la Matière. 

Il se traduit par ce quaternaire : 

I. Volonté (source simple) 

III. Force (Éléments de la Volonté polarisés) — 

II. Matière — IV. Le Monde Sensible 

(Résultat de leur i'([uilibre instable, dynamique)'. 

3° Enseignement de .la Kabbale sur Dieu. 

L'Homme est fait à l'image de l'Univers, mais l'Homme et l'Uni- 
vers sont faits à l'image de Dieu. 

Dieu en lui-même est inconnaissable pour l'Homme, c'est ce que 
proclament aussi bien les Kabbalistes par leurs Ain-Sopk que les 
Indous par leur Parabrahm. Mais il est susceptible d'être compris 
dans ses manifestations. 

La première manifestation Divine, celle par laquelle Dieu créant 
le principe de la Réalité crée par là môme éternellement sa propre 
immortalité : c'est la Trinité ^ 

Cette Trinité première, [)rototype de toutes les lois naturelles, 
formule scientifique absolue autant que principe religieux fonda- 
mental, se retrouve chez tous les peuples et dans tous les cultes 
plus ou moins altérée. 

Que ce soit le Soleil, la Lune et la Terre; Bra/ima, Vie/mou, 
Siva ; Osiris-Isis, Horus ou Osiris, Ammon, Plita ; Jupiter^ Jwion, 
Vulcain ; le Père, le /ùls, le Saint-Esprit , toujours elle apparaît 
identiquement constituée. 

La Kabbale la désigne par les trois noms suivants : 

Chocmau, Binau, 

Ketueh. 

1. F.-Ch. Barlel, Initiation. 

2. Voy. Wronski, Apodiclique Messianique ; ou Papus, le Tarot où le 
passage de Wronski est cité in extenso. 

1 



— 98 — 

Ces ti'uis noms forment la première trinilé des Dix Sephiroth ou 
Numérations. 

Ces dix Sephiroth expriment les attributs de Dieu. Nous allons 
voir leur constitution. 

Si nous nous rappelons que l'Univers et l'Homme sont chacun 
composés essentiellement d'un Corps, d'une Ame ou Médiateur et 
d'un Esprit, nous serons amenés à rechercher la source de ces prin- 
cipes en Dieu même. 

Or les trois éléments ci-dessus énoncés : fCethe)\ Chocmah et 
Binah représentent bien Dieu ; mais comme la conscience repré- 
sente à elle seule l'homme tout entier, en un mot ces trois prin- 
cipes constituent l'analyse de Yesprit de Dieu. 

Quelle est donc la Vie de Dieu ? 

La Vie de Dieu c'est le ternaire que nous avons étudié tout 
d'abord, le ternaire constituant l'Humanité, dans ses deux pôles, 
Adam et Eve. 

Enfin le Corps de Dieu est constitué par cet Univers dans sa 
triple manifestation. 

En somme, si nous réunissons tous ces éléments, nous obtiendrons 
la définition suivante de Dieu : 

Dieu est inconnaissable dans son essence, mais il est connaissable 
dans ses manifestations. 

L' Univers constitue son corps, Adam-Eve constitue son ame, et 
Dieu lui-même dans sa double polarisation constitue son esprit, 
ceci est indiqué par la figure suivante : 



— 99 



+ 



Esprit de 
Dieu 


Binah 


Kether 


Chocmah 


Monde Divin 
Le Père, 

B n A H M A 


Ame de 
Dieu 


Eve 


Adam -Eve 
Humanité 


Adam 


Monde Humain 
Le Fils, 

"V I c II N u 


Corps de 
Dieu 


La Nature 
Natw'ée 


L'Univers j 


La Nature 
Naturante 


Monde Naturel 
Le St-Espri/, 

SlVA 



Ces trois ternaires, tonalisés dans l'Unité, forment les Dix 
Sephiroth. 

Ou plutôt ils sont l'image des Dix Sephiroth qui représentent le 
développement des trois principes premiers de la Divinité dans tous 
ses attributs. 

Ainsi Dieu, l'Homme et l'Univers sont bien constitués en dernière 
analyse par trois fermes; mais dans le développement de tous leurs 
attributs ils sont composés chacun de Dix termes ou d'Un ternaire 
ayant acquis son développement dans le Septénaire [3 -{- 1 = iO). 

Les Dix Sephiroth de la Kabbale peuvent donc être prises dans 
plusieurs acceptions : 

1° Elles peuvent être considérées comme représentant Dieu, 
l'Homme et l'Univers, c'est-à-dire l'Esprit, l'Ame et le Corps de 
Dieu ; 

2° Elles peuvent être considérées comme exprimant le dévelop- 
pement de l'un quelconque de ces trois grands principes. 

C'est de la confusion entre ces diverses acceptions que naissent 
les obscurités apparentes et les prétendues contradictions des Kab- 
balistes au sujet des Sephiroth. Un peu d'attention suffit pour dis- 
cerner la vérité de l'erreur. 

On trouvera des détails nombreux sur ces Sephiroth dans le 



{. Celte figure est tirée du Tarot des Bohémiens, par Papus, où l'on 
trouvera des explications coiuplémejutaires. 



— 100 — 

livre de M. Franck (chap. m), mais surtout dans le remarquable 
travail kabbalistique publié par Stanislas de Giiaita dans le n°6 de 
V Initiation (p. 210-217). Le manque de place nous oblige à renvoyer 
le lecteur à ces sources importantes. 

Il ne faudrait pas croire cependant que cette conception d'un 
ternaire se développant dans un septénaire fût particulière à la Kab- 
bale. Nous retrouvons la même idée dans l'Inde dès la plus haute 
antiquité, ce qui est une preuve importante de l'ancienneté de la 
tradition kabbalistique. 



Pour étudier ces Sephiroth indous, il ne faut pas s'en tenir uni- 
quement aux enseignements transmis dans ces dernières années par 
la Société Théosophique. Ces enseignements manquent en effet 
presque toujours de méthode et, s'ils sont lumineux sur certains 
points de détail, ils sont en échange fort obscurs dès qu'il s'agit de 
présenter une synthèse bien assise dans toutes ses parties. Les 
auteurs qui ont essayé d'introduire de la méthode dans la doctrine 
théosophique, Sovbba-Rao, Sinnet et le D' Harttmann, n'ont pu 
aborder que des questions fort générales, quoique très intéressantes, 
et leurs œuvres, pas plus que celles de i\f™^ H. P. Blavatsky, ne 
fournissent des éléments suffisants pour établir les rapports entre 
les Sephiroth delà Kabbale et les doctrines indoues. 

Le meilleur travail, à notre avis, sur la Théogonie occulte de 
l'Inde a été fait en Allemagne vers 1840 ' par le D" Jean Malfatti 
de Montei^eggio. Cet auteur est parvenu à retrouver l'Organon mys- 
tique des anciens Indiens et par là-même à tenir la clef du Pythago- 
risme et de la Kabbale elle-même. Il arrive ainsi à reconstituer une 
synthèse véi^itable^ alliance de la Science et de la Foi, qu'il désigne 
sous le nom de Mathèse. 

Or voici, d'après cet auteur, la constitution de la décade divine 
(p. 18): 

« Le premier acte (encore en soi) de révélation de Brahm fut 
celui de la Ti^imnrti, trinité métaphysique des forces divines (pro- 
cédant à l'acte créateur) de la création, de la conservation, et delà 
destruction (du changement) qui sous le nom de Brahma, Wishnou 
et Schiwa ont été personnifiées et regardées comme étant dans un 
accouplement intérieur mystique [e circulo triadicits Deus egreditw). 



\. La date de cet ouvrage indique l'orthographe des noms indous em- 
ployés par l'auteur. Celle orthographe s'est modifiée aujourd'hui. 



— 101 ~ 

« Cette première Trimurti divine passe alors dans une révélation 
extérieure, et dans celle des sept puissances précréatrices, ou dans 
celle du premier développement métaphysique septuple personnifié 
par les allégories de J/aia, Oum, Haranguerbehah, Porsh, Pradia- 
pat, Prakrat et Pran. » 

Chacun de ces dix principes est analysé dans ses acceptions et 
dans ses rapports avec les nombres pythagoriciens. De plus, 
l'auteur examine et analyse dix statues symboliques indiennes qui 
représentent chacune un de ces principes. L'antiquité de ces sym- 
boles prouve assez l'antiquité de la tradition elle-même. 

Nous ne pouvons que résumer pour aujourd'hui les rapports des 
Sephiroth iudoiis et kabbalistiques avec les nombres. Peut-être 
ferons-nous bientôt une étude spéciale sur un sujet si important. 

Un rapprochement bien intéressant peut encore être fait entre la 
trinité alphabétique du Sepher Jesirah EMeS 1!/D5^ et la trinité 
alphabétique indoue AUM. Mais ces sujets demandent un trop 
grand développement pour être traités dans ce résumé. 



SEPHIROTH 

KABBALISTIQUES 


NOMBRES 


SEPHIROTH 

INDOUS 


Kelhcr 


1 
2 
3 
4 
W 
G 
7 
8 

10 


Biahma. 


Chocmah 


Viohnoii. 


Binali 


Si va. 


Cliesed 


Maïa. 


Geburah . .... 


u ni . 


Tipherelh 

Hod 


HarangiK'ibeliah, 
Porsch. 


Netzali 


Pradiapal. 
Prakral. 


lesod 


Malchut 


Pra 11 . 







Viiw dernière considération qu'on peut faire est tirée de cette 
définition de Dieu dorin('*e ci-dessus, délinition corroborée par les 
enseignements du Tartd qui représente la Kabbale égyptienne. 

La philosophie matériaMste étudie le corps de Dieu ou l'Univers 
et adore à .«on insu bi manifestation inférieure de la divinité dans le 
Cosmos : le Destin. 

C'est en effet au Hasard que le matérialisme attribue le groupe- 
ment primitif des atomes, i)rocIamant ainsi, quoique athée, un prin- 
cipe créateur. 



— 102 — 

La philosophie panthéiste étudie la vie de Dieu ou cet être collec- 
tif appelé par la Kabbale Adam-Eve ^ (mn^). C'est l'humanité qui 
s'adore elle-même dans un de ses membres constituants. 

Les Théistes et les Religions étudient surtout V Esprit de Dieu. De 
là leurs discussions subtiles sur les trois personnes et leurs mani- 
festations. 

Mais la Kabbale est au-dessus de chacune de ces croyances philo- 
sophiques ou religieuses. Elle synthétise le Matérialisme, le Pan- 
théisme et le Théisme dans un même total dont elle analyse les 
parties sans cependant pouvoir définir cet ensemble autrement que 
par la formule mystérieuse de Wronski : 

X. 



III 



INFLUENCE DE LA KABBALE SUR LA PUILÛSOPUIE 

Cette partie du livre de M. Franck est forcément très remar- 
quable. La profonde érudition de l'auteur ne pouvait manquer de 
lui fournir de précieuses sources et des rapprochements instructifs 
et nombreux au sujet de l'influence de la Kabbale dans les systèmes 
philosophiques postérieurs. 

La doctrine de Platon est d'abord envisagée à ce point de vue. 
Après quelques points de contact, M. Franck conclut à l'impossibi- 
lité de la création de la Kabbale par des disciples de Platon. Mais 
le contraire ne serait-il pas possible? 

Si, ainsi que nous l'avons dit à propos de l'antiquité de la tradi- 
tion, la Kabbale n'est que la traduction hébraïque de ces vérités 
traditionnelles enseignées dans tous les temples et surtout en 
Egypte, qu'y a-t-il d'impossible à ce que Platon ne se soit forte- 
ment inspiré non pas de la Kabbale elle-même, telle que nous la 
connaissons aujourd'hui, mais de cette philosophie primordiale 
origine de la Kabbale? 

Qu'allaient donc faire tous ces philosophes grecs en Egypte et 
qu'apprenaient-ils dans l'Initiation aux mystères d'Isis? C'est là un 
point que la critique universitaire devrait bien éclaircir. 

Imbu de son idée de i'origine de la Kabbale au commencement 



1. Voy. à ce sujet le travail de Stanislas de Guaila dans le Lotus et 
Louis Lucas, Chimie nouvelle. Introduction. 



— 103 — 

de l'ère chrétienne, M. Franck compare avec la tradition la philo- 
sophie néo-platonicienne d'Alexandrie, et conclut que ces doctrines 
sont sœurs et émanées d'une même origine. 

L'étude de la doctrine de Philon, dans ses rapports avec la Kab- 
bale, ne montre pas non plus l'origine de la tradition (chap. m). 

Le Gnosticisme, analysé dans le chapitre suivant, présente de 
remarquables similitudes avec la Kabbale, mais n'en peut être non 
plus l'origine. 

C'est la religioyi des Perses qui est pour M. Franck le rara avis 
tant cherché, le point de départ de la doctrine kabbalistique. 

Or, il suffit de parcourir le chapitre ix d'un livre trop peu connu 
de nos savants : la Mission des Juifs de Saint-Yves d'Alveydre pour 
y trouver résumée au mieux l'application de la tradition ésotérique 
aux divers cultes antiques, y compris celui de Zoroastre. Mais ce 
sont là des points d'histoire qui ne seront universitairement connus 
que dans quelque vingt ans ; aussi attendons-nous avec patience cette 
époque. 

Nous avons dit déjà l'opinion des occultistes contemporains sur 
l'origine de la Kabbale. Inutile donc d'y revenir. 

Rappelons seulement l'influence de la tradition ésotérique sur 
Orphée, Pylbagore, Platon, Aristote et toute la philosophie grec- 
que d'une part, sur Moïse, Ézéchiel et les prophètes hébreux de 
l'autre, sans compter l'école d'Alexandrie, les sectes gnostiques et 
le christianisme ésotérique dévoilé dans l'Apocalypse de saint 
Jean ; rappelons tout cela, et disons rapidement quelques mots de 
l'influence qu'a pu exercer la tradition sur la philosophie moderne. 

Les Alchimistes, les Rose-Croix et les Templiers sont trop connus 
comme kabbalistespour en parler autrement. Il suffît à ce propos 
de signaler la grande réforme iihilosophique produite par l'Ars 
Magna de Raymond Lnlle. 

Spinosa a beaucoup étudié la Kabbale, et son système se ressent 
au plus haut point de cette étude, ainsi que du reste l'a fort bien 
vu M. Franck. 

Un point d'histoire moins connu, c'est que Leibniz a été initié 
aux traditions ésotériques par Mercure Van Helmont, le fils du 
célèbre occultiste, savant remarquable lui-même. L'auteur de la 
Monadologie a été aussi en rapports très suivis avec les Rose-Croix. 

La philosophie allemande touche du reste par bien des points à 
la Science Occulte, c'est un fait connu de tous les critiques. 

Signalons en dernier lieu la Frnnc-Maçonnerie qui possèdeencore 
de nombreuses données kabbalistiques. 



d04 — 



CONCLUSION 

Nous avons voulu, tout en analysant l'teuvre remarquable et 
désormais indispensable de M. Franck, résumer chemin faisant 
l'opinion des Kabbalistes contemporains sur cette importante 
question. 

Nous ne différons d'opinion avec M. Franck que sur l'origine de 
cette tradition. Les savants contemporains ont une tendance à 
placer au second siècle de notre être le point de départ de la Science 
Occulte dans toutes ses branches. C'est l'avis de notre auteur au 
sujet de la Kabbale, c'est aussi l'avis d'un autre savant éminent, 
M. Berthelot, au sujet de l'alchimie*. Ces opinions viennent de la 
difficulté qu'éprouvent les critiques autorisés à consulter les sources 
véritables de l'Occultisme. Un symbole n'est pas considéré comme 
une preuve de la valeur d'un manuscrit; mais prenons patience et 
l'une des plus intéressantes branches de la Science, l'Archéologie, 
fournira bientôt de précieuses indications dans cette voie aux cher- 
cheurs sérieux. 

Quoi qu'on en dise, l'Occultisme a bien besoin d'être un peu 
étudié par nos savants; ceux-ci apportent dans cette étude leurs 
préjugés, leurs convictions toutes faites; mais ils apportent aussi 
des qualités bien rares et bien précieuses : leur érudition et leur 
amour de la méthode. 

Il est désolant pour les chercheurs consciencieux de constater 
l'ignorance étrange que beaucoup de partisans de la Science Occulte 
ont de nos sciences exactes. 11 faut cependant mettre hors de cause 
à ce sujet les Kabbalistes contemporains comme Stanislas de 
Guaita, Joséphin Péladan, Albert Jhouney. La Science Occulte ne 
forme que le degré synthétique, métaphysique de notre science 
positive et ne peut vivre sans son appui, ainsi que l'a montré, dans 
le n° 8 de Y Initiation'^ , un savant doublé d\in remarquable occul- 
tiste, M. F. Cil. Barlet. 

La réédition du livre de M. Franck constitue donc un véritable 
événement pour la révélation des doctrines qui nous sont chères à 
tous, et nous ne pouvons que remercier bien vivement l'auteur du 
courage et de la patience qu'il a déployés dans l'étude de si arides 

\. Berthelot, Les Origines de V Alchimie, 1886, in-8°. 
2. Cours méthodique de Science Occulte. 



— 105 — 

sujets, tout en conseillant fortement à tous nos lecteur* de réserver 
une place dans leur bibliothèque à la Kabbale d'Ad. Franck, qui 
est un des livres fondamentaux de la Science Occulte. 



LETTRE DE M. AD. FRANCK, DE L'INSTITUT 
A Monsieur Papus, directeur de Y Initiation . 

Monsieur, 

Je vous suis très reconnaissant de la manière dont vous avez rendu 
compte dans VlnUiation de mon vieux livre de la Kabbale. J'ai été d'au- 
tant plus susceptible à vos éloges qu'ils attestent une connaissance 
approfondie et un grand amour du sujet. 

Mais ce qui m'a charmé dans votre article, ce n'est pas seulement la 
part personnelle que vous m'y faites, c'est la manière dont vous ratta- 
chez mon modeste volume à toute une science fondée sur le symbolisme 
et la méthode ésotérique. Je n'ai pu, eu vous lisant, m'empècher de 
penser à Louis XIV, conservant à Versailles le modeste rendez-vous de 
chasse de son père en l'encadrant dans un immense palais. 

Bien que mon esprit, que vous qualifiez d'universitaire, mais qui veut 
simplement rester fidèle aux règles de la critique, se refuse à vous suivre 
dans vos magnifiques développements, je vois avec plaisir qu'en face du 
positivisme et de l'évolutionisme de notre temps, il se forme, il s'est 
déjà formé une vaste gnose qui réunit dans son sein, avec les données 
de l'ésotérisme juif et chrétien, le bouddhisme, la philosophie d'Alexan- 
drie et le panthéisme métaphysique de plusieurs écoles modernes. 

Ce réactif est nécessaire contre les déchéances et les dessèchements 
dont nous sommes les victimes et les témoins. La Mission des Juifs, que 
vous citez souvent dans votre Revue, est un des grands facteurs de ce 
mouvement. 

Je vous recommanderai seulement, dans ma vieille expérience, de ne 
pas aller trop loin. Les symboles et les traditions ne doivent pas être 
négligés comme ils le sont généralement par les philosophes; mais le 
génie, la vie spontanée de la conscience et de la raison doivent aussi être 
comptés pour quelque chose, sans cela l'histoire de l'humanité n'est rien 
qu'une table d'enregistrement. 

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus 
distingués. 

Al). l''nA\nK. 



Nous venons d'exposer la doctrine kahbalistiquc sans entrer dans 
aucun détail. 

Aussi donnons-nous in extenso l'étude suivante pour montrer qu'il 



— 10B — 

existe encop» en plein xix' siècle d'émiiients kabbali&tes et que 
leurs travaux résument au mieux les données de la tradition éso- 
térique. 

CHAPITRE VI 



COMMUMCATION FAITE A LA SOCIÉTÉ PSYCHOLOGIQUE DE MUNICH 
A LA SÉANCET DU 5 MARS 1887 PAR C. DE LEININGEN. 

LAME D'APRÈS LA QABALAII 

(Voy. la Fig. p. 76) 

1. — L'âme pendant la vie. 

Parmi toutes les questions dont s'occupe la philosophie en tant 
que science exacte, celle de notre propre essence, de l'immortalité 
et de la spiritualité de notre Moi interne, n'a jamais cessé de préoc- 
cuper l'humanité. Partout et en tout temps les systèmes et les doc- 
trines sur ce sujet se sont succédé rapidement, variés et contradic- 
toireS;, et le mot « Ame » a servi à désigner les formes d'existences 
ou les nuances d'êtres les plus variées. De toutes ces doctrines anta- 
gonistes, c'est, sans contredit, la plus ancienne — la philosophie 
transcendante des Juifs — la Qabalah* qui est aussi la plus rappro- 
chée peut-être de la vérité. Transmise oralement — comme son 
nom l'indique — elle remonte jusqu'au berceau de l'espèce 
humaine, et, ainsi, elle est encore peut-être en partie le produit de 
cette intelligence non encore troublée, de cet esprit pénétrant pour 
la vérité que, selon l'antique tradition, l'homme possédait dans son 
état originaire. 

Si nous admettons la nature humaine comme un tout complexe, 
nous y trouvons, d'après la Qabalah, trois parties bien distinctes : 
le corps, l'âme et l'esprit. Elles se diflerencient entre elles comme le 
concret, le particulier et le général, de sorte que l'une est le reflet 



1. Nous avons adopté celte orlhographe comme la seule solution au- 
llientiqiie de tous les doutes entre les formes vraiment fantaisistes pro- 
posées jusqu'ici pour ce mot, telles que Cabbala, Cabala, Kabbala, Kab- 
balah, etc.. C'est un mol hébreu qui se compose des consonnes g, b, l et 
/(. Or la lettre qui dans les noms grecs correspond au k et dans les noms 
latins au c, paraît êlre vérilablement dans ce mot hébreu la lettre g. 
Cette orlhographe vient aussi d'êlre introduite récemment dans la litté- 
rature anglaise par Mathers dans sa Kabbala deniidata parue il y a peu 
de temps chez George Redway, à Londres. 



— 107 — 

de l'autre, et que chacune d'elles offre aussi en soi-même cette 
triple distinction. Ensuite, une nouvelle analyse de ces trois parties 
fondamentales y distingue d'antres nuances qui s'élèvent successive- 
ment les unes sur les autres depuis les parties les plus profondes, 
les plus concrètes, les plus matérielles, le corps externe, jusqu'aux 
plus élevées, aux plus générales, aux plus spirituelles. 

La première partie fondamentale, le corps, avec le principe vital, 
qui comprend les trois premières subdivisions, porte dans la 
Qabalah le nom de Nephesch ; la seconde, l'âme, siège de la volonté, 
qui constitue proprement la personnalité humaine, et renferme les 
trois subdivisions suivantes, se nomme Muach; la troisième, l'esprit 
avec ses trois puissances, reçoit dans la Qabalah le nom de 
Neschamah. 

Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, ces trois parties fonda- 
mentales de l'homme ne sont pas complètement distinctes et sépa- 
rées, il faut au contraire se les représenter comme passant l'une 
dans l'autre peu à peu ainsi que les couleurs du spectre qui, bien 
que successives, ne peuvent se distinguer complètement étant comme 
fondues Tune dans l'autre. Depuis le corps, c'est-à-dire la puissance 
la plus infime de Nephesch, en montant à travers l'àme, — Ruach 
— jusqu'au plus haut degré de l'esprit — Neschamah — on trouve 
toutes les gradations, comme on passe de l'ombre à la lumière par 
la pénombre; et réciproquement, depuis les parties les plus élevées 
de l'esprit jusqu'à celles physiques les plus matérielles, on parcourt 
toutes les nuances de radiation, comme on passe de la lumière à 
Tobscurité par le crépuscule. — Et, par-dessus tout, grâce à cette 
union intérienre, à cette fusion des parties l'une dans l'autre, le 
nombre Neuf se perd dans l'Unité pour produire l'homme, esprit 
corporel, qui unit en soi les deux mondes. 

Si nous essayons maintenant de représenter celte doctrine par un 
schéma, nous obtenons la figure ci-jointe (Voir p. 526) : 

liC cercle rt, a, a, désigne Nephesch, et 1, 2, 3 sont ses subdivi- 
sions; parmi celles-ci, i, correspond au corps, comme à la partie 
la plus basse, la plus matérielle chez l'homme. — h, b, b, c'est 
lluach (l'àme) et i, 5, 6 sont ses puissances. — Enfin c, c, c, c'est 
Neschamah (l'esprit) avec les degrés de son essence, 7, 8, 9. Quant 
au cercle extérieur 10, il représente l'ensemble de l'être humain 
vivant. 

Considérons maintenant de plus près ces différentes parties fon- 
damentales, en commençant par celle du degré inférieur, nephesch. 
C'est le principe de la vie, ou forme d'existence concrète, il cons- 
titue la partie externe de l'homme vivant; ce qui y domine princi- 



— \m — 

paiement c est la sensibilité passive pour le monde extérieur; par 
contre, l'activité idéale s'y trouve le moins. — Nephesch est direc- 
tement en relation avec les êtres concrets qui lui sont extérieurs, et 
ce n'est que par leur influence qu'il produit une manifestation 
vitale. Mais en même temps, il travaille aussi au monde extérieur, 
grâce à sa puissance créatrice propre, faisant ressortir de son exis- 
tence concrète, de nouvelles forces vitales, rendant ainsi sans cesse 
ce qu'il reçoit. — Ce degré concret constitue un tout parfait, 
complet en soi-même et dans lequel l'être humain trouve sa repré- 
sentation extérieure exacte. — Regardée comme un tout parfait, en 
elle-même, cette vie concrète comprend également trois degrés, qui 
sontentre eux commele concret, leparticulier et le général ou comme 
la matière efTectuée, la force effectuante et le principe, et qui en 
même temps sont les organes dans et par lesquels l'interne, le spiri- 
tuel opère et se manifeste extérieurement. Ces trois degrés sont 
donc de plus en plus élevés et intérieurs, et chacun d'eux renferme 
en soi des nuances différentes. Les trois puissances de Nephesch en 
question sont disposées et agissent absolument de la façon qui va 
être exposée tout à l'heure pour les trois subdivisions de Ruach. 

Ce second élément de l'être humain Ruacu (l'âme) n'est pas aussi 
sensible que Nephesch aux influences du monde extérieur; la pas- 
sivité et l'activité s'y trouvent en proportions égales; il consiste 
plutùi en un être interne, idéal, dans lequel tout ce que la vie cor- 
pore lie concrète manifeste extérieurement comme quantitatif et maté- 
riel, se retrouve intérieurement à l'état virtuel. Ce second élément 
humain flotte donc entre l'activité et la passivité, ou l'intériorité 
et l'extériorité; dans sa multiplicité objective, il n'apparaît claire- 
ment ni comme quelque chose de réel, passif et extérieur, ni comme 
quelque chose d'intérieur intellectuel et actif ; mais comme quelque 
chose de changeant, qui du dedans au dehors se manifeste comme 
actif bien que passif; ou comme donnant, bien que de nature 
réceptive. Ainsi l'intuition et la conception ne coïncident pas exac- 
tement dans l'âme, bien qu'elles n'y soient pas assez nettement 
séparées pour ne pas se fondre aisément l'une dans l'autre. 

Le mode d'existence de chaque être dépend exclusivement du 
degré plus ou moins élevé de sa cohésion avec la nature, et de 
l'activité ou de la passivité plus ou moins grande qui en est la con- 
séquence ; l'aperception de l'être est en proportion de son activité. 
Plus un être est actif, plus il est élevé, et plus il lui est possible 
d'examiner dans les profondeurs intimes de l'être. 

Ce Ruach, composé des forces qui sont à la base de l'être maté- 



— 409 — 

riel objectif, jouit encore de la propriété de se distinguer de toutes 
les autres parties comme un individu spécial, de disposer de soi- 
même et de se manifester au dehors par une action libre et volon- 
taire. Cette « âme » qui représente également le trùne et l'organe 
de l'esprit est encore l'image de l'homme entier, comme nous 
l'avons dit ; de même que Nephesch elle se compose de trois degrés 
dynamiques qui sont, l'un par rapport à l'autre, comme le Concret, 
le Particulier et le Général, ou comme la matière actionnée, la 
force agissante et le principe : de sorte qu'une affinité existe non 
seulement entre le concret dans Ruach qui est son degré le plus 
has et le plus extérieur (le cercle 4 du schéma), et le général dans 
Nephesch, qui forme sa plus haute sphère (cercle 3), mais aussi 
entre le général dans Ruach (cercle 6) et le concret dans l'esprit 
(cercle 7), 

En même temps que Ruach, ainsi que Nephesch, renferme trois 
degrés dynamiques, ceux-ci ont leurs trois correspondants dans le 
monde extérieur, comme il apparaîtra plus clairement par la com- 
paraison du Macrocosme et du Microcosme. Chaque forme d'exis- 
tence particulière dans l'homme vit de sa vie propre dans la sphère 
du monde qui lui correspond, avec laquelle elle est en rapport 
d'échanges continuels, donnant et recevant, au moyen de ses sens 
et de ses organes internes spéciaux. 

En outre, ce Ruach, en raison de sa partie concrète, a besoin de 
comnmniquer avec le concret qui est au-dessous de lui, de même 
que sa partie générale lui donne une tendance vers les parties géné- 
rales qui lui sont supérieures. Nephesch ne pourrait pas se relier à 
Ruach s'il n'y avait pas ainsi quelque affinité entre eux, non plus 
que Ruach ne se relierait à Nephesch et à Neshamah s'il n'y avait 
pas entre eux quelque parenté. 

Ainsi l'âme puise d'une part dans le concret qui la précède la 
plénitude de sa propre réalité objective, et d'autre part dans le 
général qui la domine l'intériorité pure, l'Idéalité qui se constitue 
elle-même dans son activité indépendante. Ruach est donc le lien 
entre le Général ou Spirituel, et le Concret ou Matériel, unissant en 
l'homme le monde interne intelligible avec le monde externe 
réel ; c'est à la fois le support et le siège de la personnalité 
humaine. 

L'âme se trouve de cette façon en un double rapport avec ses 
trois objets, savoir: \° avec le concret qui est au-dessous d'elle; 
2° avec le particulier qui répond à sa nature et est en dehors d'elle ; 
3° avec le général qui est au-dessus d'elle. Il se fait en elle, en deux 
sens contraires, une circulation de trois courants entremêlés, car : 



— no — 

1° elle est excitée par iSephesch qui est au-dessous d'elle et à son 
tour elle agit sur lui en l'inspirant; 2° elle se comporte de même 
activement et passivement avec l'extérieur correspondant à sa 
nature, c'est-à-dire le Particulier; 3" et cette influence qu'elle trans- 
forme dans son sein après l'avoir reçue ou d'en bas ou du dehors, 
elle lui donne la puissance de s'élever assez pour aller stimuler 
Neschamah dans les régions supérieures. Par cette opération active, 
les facultés supérieures excitées produisent une influence vitale 
plus élevée, plus spirituelle, que l'âme, reprenant son rôle passif, 
reçoit pour la transmettre au dehors ou au-dessous d'elle. 

Ainsi, bien queRuach ait une forme d'existence particulière, soit 
un être d'une consistance propre, il n'en est pas moins vrai que la 
première impulsion de son activité vitale lui vient de l'excitation 
du corps concret qui lui est inférieur. Et de même que le corps par 
un échange d'actions et de réactions avec l'àme, est, grâce à son 
impressionnabilité, pénétré par elle, tandis qu'elle-même devient 
comme participante du corps; de même, Pâme, par son union avec 
PEsprit, en est remplie et inspirée. 

La troisième partie fondamentale de l'être humain, neschamah, 
peut être désignée par le mot Esprit, dans le sens où il est employé 
dans le Nouveau Testament. En elle, la sensibilité passive envers 
la nature du dehors ne se retrouve plus; l'activité domine la récepti- 
vité. L'esprit vit de sa vie propre, et seulement pour le Général ou 
pour le monde spirituel avec lequel il se trouve en rapport cons- 
tant. Cependant, comme Ruach, Neschamah n'a pas seulement 
besoin, en raison de sa nature idéale, du Général absolu on Infini 
divin ; il lui faut aussi, à cause de sa nature réelle, quelque relation 
avec le particulier et le concret qui sont au-dessous de lui, et il se 
sent attiré vers les deux. 

L'Esprit aussi est en un double rapport avec son triple objet; 
vers le bas, vers l'extérieur et vers le haut, il se fait donc encore 
en lui, en deux sens contraires, un triple courant entrelacé tout à 
fait semblable à celui décrit plus haut pour Ruach. — Neschamah 
est un être purement intérieur, mais aussi passif et actif à la fois, 
dont Nephesch, avec son principe vital et son corps, Ruach avec 
ses forces, représentent une image extérieure. Ce qu'il y a de quan- 
titatif dans Nephesch et de qualitatif dans Ruach, vient de l'esprit 
— Neschamah — purement intérieur et idéal. 

Maintenant de même que Nephesch et Ruach renferment trois 
degrés diflereiits d'existence, ou potentialité de spiritualisation, de 
sorte que chacun est une image plus petite de l'être humain entier 



— 111 — 

(voir le schéma), de même la Qabalah distingue encore trois 
degrés dans Neschamah. 

C'est particidièrement à cet élément supérieur que s'applique ce 
qui a été dit au début, que les difiérentes formes d'existence de la 
constitution humaine ne sont pas des êtres distincts, isolés, séparés, 
mais qu'ils sont, au contraire, entremêlés les uns dans les autres ; 
car ici tout se spirilualise de plus en plus, tend de plus en plus vers 
l'unilé. 

Des trois formes supérieures d'existence de l'homme qui sont 
réunies, dans la plus large acception du mot Neschamah, la plus 
inférieure peut se désigner comme le Neschamah proprement dit. 
Celle-là a encore au moins quelque parenté avec les éléments supé- 
rieurs de Ruach; elle consiste en une connaissance intérieure et 
active du qualitatif et du quantitatif qui sont au-dessous d'elle. — 
La seconde puissance de Neschamah, qui est le huitième élément 
dans l'homme, est nommée par la Qabalah, « Ckaijah ». Son 
essence consiste dans la connaissance de la force interne supérieure, 
intelligible, qui sert de base à l'être objectif manifesté et qui, par 
conséquent, ne peut être perçue ni par Ruach ni par Nephesch et 
ne pourrait être reconnue par Neschamah proprement dit. — La 
troisième puissance de Neschamah, le neuvième élément et le plus 
élevé dans l'homme, est « t/ecA/^/arf » (c'est-à-dire l'L'nilé en soi- 
même); son essence propre consiste dans la connaissance de l'Unité 
fondamentale absolue de toutes les variétés, de i'Un absolu origi- 
naire. 

Maintenant, ce rapport signalé dès le début, de Concret, de Par- 
ticulier et de Général qui relie Nephcsch, Ruach et Neschamah de 
sorte que chacun offre l'image du tout, va se retrouver en résumant 
tout cet exposé : Premier degré de Nephesch, le corps — le concret 
dans le concret; second degré, le particulier dans le concret; troi- 
sième, le général dans le concret. 

De môme dans Ruach : première puissance, le concret dans le 
particulier; deuxième, le particulier dans le particulier; troisième, 
le général dans le particulier. 

Enfin, dans Neschamah, premier degré, le concret dans le géné- 
ral ; second degré (Ghaijah), le particulier dans le général ; troisième 
(Jechidad), le général dans le général. 

C'est ainsi que se manifestent les diverses activités et les vertus 
de chacun de ces éléments de l'être. 

L âme (Ruach) a sans doute une existence pro[)re, mais elle est 
cependant incapable d'un développement indépendant sans la [tar- 



— 112 — 

ticipation de la vie corporelle (Nephesch;, et il en est de même vis- 
à-vis de Neschamah. En outre Ruach est avec Nephesch dans un 
double rapport; iufluencée par lui, elle est en même temps tournée 
au dehors pour exercer une libre réaction, de sorte que la vie cor- 
porelle concrète parlicijje au développement de l'âme; il en est de 
même de l'esprit par rapport à l'âme ou de Neschamah par 
rapport à Huach; par Ruach il est même en double rapport 
avec Nephesch. Toutefois, Neschamah a en outre dans sa propre 
constitution la source de son action, tandis que les actions de 
Ruach et de Nephesch ne sont que les émanations libres et vivantes 
de Neschamah. 

De la même manière, Neschamah se trouve en une certaine 
mesure en ce même double rapport avec la Divinité, car l'activité 
vitale de Neschamah est déjà en soi une excitation pour la divinité 
d'entretenir celui ci, de lui procurer l'influence nécessaire à sa sub- 
sistance. Ain^i l'esprit ou Neschamah, et par son intermédiaire 
Ruach et Nephesch, vont puiser tout à fait involontairement à la 
source divine éternelle, faisant i-ayonner perpétuellement l'œuvre 
de leur vie vers le haut; tandis que la Divinité pénètre constamment 
en Neschamah et dans sa sphère pour lui donner la vie et la durée 
en même temps qu'à Ruach et à Nephesch. 

Maintenant d'après la doctrine de laQabalah, l'homme, au lieu de 
vivre dans la Divinitéet de recevoir d'elle constamment la spiritualité 
dont il a besoin, s'est enfoncé de plus en plus dans l'amour de soi- 
même et dans le monde du péché, du moment où après sa « chute » 
(voir la Genèse, III, 6-20;, il a quitté son centre éternel pour la péri- 
phérie. Cette chute et l'éloignement toujours plus grand delà divi- 
nité, qui en e>t résulté, ont eu pour conséquence une déchéance des 
pouvoirs dans la nature humaine, et dans l'humanité tout entière. 
L'étincelle divine s'est retirée de plus en plus de l'homme, et Nes- 
chamah a perdu l'union intime avec Dieu. De même Ruach s'est 
éloignée de Neschamah et Nephesch a perdu son union intime avec 
Ruach. Par cette déchéance générale et le relâchement partiel des 
liens entre les éléments, la partie inférieure de Nephesch, qui était 
originairement chez l'homme un corps lumineux éthéré, est devenue 
notre corps matériel ; par là l'homme a été assujetti à la dissolution 
dans les trois parties principales de sa constitution. 

Ceci est traité dans la doctrine de la Qabalah sur l'âme pendant 
et après la mort. 



— 113 



2. — Lame dans la mort. 

La mort de l'homme, d'après la Qabalah, n'est que son passage 
à une forme nouvelle d'existence. L'homme est appelé à retourner 
finalement dans le sein de DieUj mais cette réunion ne lui est pas 
possible dans son état actuel, en raison de la matérialité grossière 
de son corps; cet état, comme aussi tout ce qu'il y a de spirituel 
dans l'homme, doit donc subir une épuration nécessaire pour l'ob- 
tention du degré de spiritualité que requiert la vie nouvelle. 

La Qabalah distingue deux causes qui peuvent amener la mort : 
la première consiste en ce que la Divinité diminue successivement 
ou supprime brusquement son influence continuelle sur Neschamah 
et Ruach, de sorte que Nephesch perd la force par laquelle le corps 
matériel est animé, et celui-ci meurt. Dans le langage du Sohar, 
on pourrait appeler ce premier genre < la mort par en haut, ou du 
dedans au dehors ». 

En opposition à celle-là, la seconde cause de la mort est celle que 
l'on pourrait nommer « la mort par en bas, ou du dehors au 
dedans ». Elle consiste en ce que le corps, forme d'existence infé- 
rieure et extérieure, se désorganisant sous l'influence de quelque 
trouble ou quelque lésion, perd la double propriété de recevoir d'en 
haut l'influence nécessaire et d'exciter Nephesch, Ruach et Nescha- 
mah afin de les faire descendre à lui. 

D'ailleurs, comme chacun des trois degrés d'existence de l'homme 
a, dans le corps humain, son siège particulier et sa sphère d'acti- 
vité correspondant au degré de sa spiritualité, et qu'ils se sont 
trouvés tous trois liés à ce corps à différentes périodes de la vie', 
c'est aussi à des moments diderents, et d'après un ordre inverse, 
qu'ils abandonnent le cadavre. Il en résulte que le travail de la 
mort s'étend à une période de temps beaucoup plus longue qu'on 
ne le pense communément. 

Neschamah, qui a son siège dans le cerveau et qui, en sa qualité 
de principe de vie spirituel, supérieur, s'est uni en dernier lieu au 
corps matériel — celte union commençant à l'âge de la puberté — 
Neschamah est le premier à quitter le corps; ordinairement déjà 
avant le moment que nous désignons du nom de « Mort ». Elle ne 

1. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer comment les principes spirituels 
s'unissent à la matière par l'acte de la génération, sujet que la (Jabalah 
traite très explicitenienl. 



— H4 — 

laisse dans sa Merkahab^ qu'une illumination; car la personnalité 
de l'homme peut, comme il est dit dans Esarah Maimoroth, sub- 
sister encore sans la présence effective de Neschamah. 

Avant le moment qui nous apparaît comme celui de la mort, 
l'essence de l'homme est augmentée d'un Ruach plus élevé d'où il 
aperçoit ce qui, dans la vie, était caché à ses yeux ; souvent sa vue 
perce l'espace, et il peut distinguer ses amis et ses parents défunts. 
Aussitôt qu'arrive l'instant critique, Ruach se répand dans tous 
les membres du corps et prend congé d'eux ; de là résulte une 
secousse, Vagonie, souvent fort pénible. Puis toute l'essence spiri- 
tuelle de l'homme se retire dans le cœur et là se met à l'abri des 
Masikim (ou mauvais esprits) qui se précipitent sur le cadavre, 
comme une colombe poursuivie se réfugie dans son nid. 

La séparation de Ruach d'avec le corps est fort pénible parce que 
Ruach ou l'àme vivante flotte, comme dit rEz=ga=Chaiim, entre 
les hautes régions spirituelles, infinies (Neschamah) et celles infé- 
rieures corporelles, concrètes (Nephesch), penchant tantôt vers 
l'une, tantôt vers l'autre, elle qui, en tant qu'organe delà volonté, 
constitue la personnalité humaine. Son siège est dans le cœur ; 
celui-ci est donc comme la racine de la vie; c'est le 7;^ (Melekh, 
Roi), le point central, le trait d'union entre le cerveau et le foie^; 
et comme c'est dans cet organe que l'activité vitale se manifeste à 
l'origine, c'est aussi par lui qu'elle finit. Ainsi, au moment de la 
mort Ruach s'échappe, et d'après l'enseignement du Talmud, sort 
du cœur par la bouche, dans le dernier souffle. 

Le Talmud distingue neuf centsespècesdemortsdifl'érentesplusou 
moins douloureuses. La plus douce de toutes est celle qu'on nomme 
le « baiser » ; la plus pénible est celle dans laquelle le mourant 
éprouve la sensation d'une épaisse corde de cheveux arrachée du 
gosier. 

Une fois Ruach séparé, l'homme nous semble mort ; cependant 
Nephesch habite encore en lui. Celui-ci, vie corporelle du concret, 



d. Merkabah signifie proprement char; c'est donc l'organe, l'instru- 
ment, le véhicule par lequel Neschamah agit. 

2. La Qahalah dit : « Dans le mot j*)2 (Roi) le cœur <( est comme le 
point central entre le cerveau et le foie ». Ce qu'il faut interpréter par 

le sens mystique des lettres; le cerveau, v2 est représenté par la pre- 
mière lettre du mot *]'^D ; le foie, 13'1^ par sa dernière lettre, et enfin 
le cœur, ^^ par le "^, qui est dans le milieu; la lettre -^ à la fin d'un 
mot fait "1). 



— llo — 

est chez l'homme, l'âme de la vie élémentaire, et a son siège dans 
le foie. Nephesch, qui est la puissance spirituelle inférieure, possède 
encore une très grande affinité, et par suite beaucoup d'attraction 
pour le corps. C'est le principe qui s'en sépare le dernier, comme 
il a été aussi le premier uni à la chair. Cependant, aussitôt après le 
départ de Ruach, les Masikim prennent possession du cadavre 
(d'après Loriah, ils s'amoncellent jusqu'à une hauteur de quinze 
aunes au-dessus de lui) ; cette invasion jointe à la décomposition du 
corps oblige bien((>t ^"ephesch à se retirer; il reste pourtant long- 
temps encore auprès de sa dépouille, pour en pleurer la perte. 
Ordinairement, ce n'est que quand survient la putréfaction com- 
plète qu'il s'élève au-dessus de la sphère terrestre. 

Cette désintégration de l'homme, consécutive à la mort, n'est 
cependant pas une séparation complète; car ce qui a été une fois 
un seul tout ne peut pas se désunir absolument; il reste toujours 
quelque rapport entre les parties constitutives, Ainsi une certaine 
liaison subsiste entre Nephesch et son corps même, déjà putréfié, 
.^près que ce récipient matériel, extérieur, a disparu avec ses forces 
vitales physiques, il reste encore quelque chose du principe spiri- 
tuel de Nephesch, quelque chose d'impéi'issable, qui descend jusque 
dans le tombeau, dans les ossements, comme dit le Sohar; c'est ce 
que la Qabalah nomme « le souffle des ossements « ou ^< Yesprit des 
ossements ». Ce principe intime, impérissable, du corps matériel, 
qui en conserve complètement la forme et les allures, constitue le 
Habal de Gormin, que nous pouvons traduire à peu près par « le 
corps de la résurrection » (corps astral lumineux). 

Après que les diverses parties constitutives de Thomme ont été 
séparées par la mort, chacune se rend dans la sphère vers laquelle 
l'attirent sa nature et sa constitution ; et elles y sont accompagnées 
des êtres qui lui sont semblables et (jui entouraient déjà le lit de 
mort. Gomme dans l'Univers entier tout est dans tout, naissant, 
vivant et périssant d'après une seule et même loi, comme le plus 
petit élément est la reproduction du plus grand, comme les mêmes 
principes régissent également toutes les créatures depuis la pki- 
infime jusqu'aux êtres les plus spirituels, aux puissances les plus 
élevées, l'Univers entier, que la Qabalah nomme Azilutii et qui 
comprend tous les degrés depuis la matière la plus grossière jusqu'à 
la spiritualité — jusqu'à l'Un — l'Univers, se partage en trois 
mondes: Asiau, Jezirau et Briau, correspondant aux trois divisions 
fondamentales de l'homme: Nephesch, Ruach et Neschamah. 

Asiahest le monde où nous nous mouvons; toutefois, ce que nous 
percevons de ce monde par nos yeux corporels n'en est que la 



— H6 — 

sphère la plus inférieure, la plus matérielle, de même que nous ne 
percevons par les organes de nos sens que les principes les plus 
inférieurs, les plus matériels de l'homme : son corps. — La figure 
donnée précédemment* est donc un schéma de l'Univers aussi bien 
que de l'homme, car d'après la doctrine de la Qabalah, le Micro- 
cosme est absolument analogue au Macrocosme ; l'homme est 
l'image de Dieu qui se manifeste dans l'Univers. Ainsi donc, le 
cercle a, a, a représente le monde Asiah, et 1, 2, 3 sont ses sphères 
correspondant à celles de Nephesch (Voy. p. 326). 

b, b, b représente le monde Jesirali analogue à Ruach, et 4, 5, 6 
en sont les puissances. 

Enfin le cercle c, c, c figure le monde Bi'iah, dont les sphères 7, 
8, 9 atteignent, comme celles de Neschamah, la plus haute puis- 
sance de la vie spirituelle. 

Le cercle enveloppant, dO, est l'image du Tout d'Azihith, comme 
il représentait aussi l'ensemble de la nature humaine. 

Les trois mondes qui correspondent, selon leur nature et le degré 
de leur spiritualité, aux trois principes constitutifs de l'homme 
représentent aussi les différents séjours de ces principes. Le corps, 
comme forme d'existence la plus matérielle de l'homme, reste dans 
les sphères inférieures du monde Asiah, dans la tombe ; l'esprit des 
ossements reste seul enseveli en lui, constituant, comme nous 
l'avons dit, le Habal de Garmin. Dans la tombe il est dans un état 
de léthargie obscure qui, pour le juste, est un doux sommeil ; plu- 
sieurs passages de Daniel, des Psaumes et d'Isaïe y font allusion. Et 
comme le Habal de Garmin conserve dans la tombe une sensation 
obscure, le repos de ceux qui dorment de ce dernier sommeil peut 
être troublé de toutes sortes de manières. C'est pourquoi il était 
défendu chez les Juifs d'enterrer l'une auprès de l'autre des per- 
sonnes qui, pendant leur vie, avaient été ennemies, ou de placer 
un saint homme auprès d'un criminel. On prenait soin, au contraire, 
d'enterrer ensemble des personnes qui s'étaient aimées, parce que 
dans la mort, cet attachement se continuait encore. Le plus grand 
trouble pour ceux qui dorment dans la tombe est l'évocation; car, 
alors même que Nephesch a quitté la sépulture, « l'esprit des osse- 
ments » reste encore attaché au cadavre, et peut être évoqué; mais 
cette évocation atteint aussi Nephesch, Ruach et Neschamah. Sans 
doute, ils sont déjà dans des séjours distincts, mais ils n'en restent 
pas moins unis l'un à l'autre sous certains rapports, de sorte que 



1. Voyez page 526. 



— H7 — 

l'un ressent ce que les autres éprouvent. Voilà pourquoi l'Écriture 
Sainte (3, Moïse, 18, 11) défendait d'évoquer les morts'. 

Comme nos sens matériels ne peuvent percevoir que le cercle le 
plus bas, la sphère la plus inférieure du monde Asiah, il n'y a que 
le corps de l'homme qui soit visible pour nos yeux matériels, celui 
qui, même après la mort, reste dans le domaine du monde sensible; 
les sphères supérieures d'Asiah ne sont plus perceptibles pour 
nous, et de la même manière, le Habal de Garmin échappe déjà à 
notre perception; aussi le Sohar dit-il : « Si cela était permis à nos 
yeux, nous pourrions voir dans la nuit, quand vient le Schabbath, 
ou à la lune nouvelle ou aux jours de fêtes, les Diuknim (les 
spectres) se dresser dans les tombeaux pour louer et glorifier le 
Seigneur. » 

Les sphères supérieures du monde Asiah servent de séjour à 
Nephesch, Le Ez-ha-Ckailm dépeint ce séjour comme le Gan-Eden 
inférieur-, « qui, dans le monde Asiah, s'étend au sud du pays 
Saint, au-dessus de l'Equateur «. 

Le second principe de l'homme, Ruach, trouve dans le monde 
Jesirah un séjour approprié à son degré de spiritualité. Et comme 
Ruach constituant la personnalité propre de l'homme, est le sup- 
port et le siège de la Volonté, c'est en lui que réside la force produc- 
tive et créatrice de l'homme; aussi le monde Jesirah est-il, comme 
l'indique son nom hébreu, le mundns formationis, le monde de la 
formation. 

Enfin Neschàmah répond au monde Briah que le Sohar nomme 
« le monde du trône divin », et qui renferme le plus haut degré de 
la spiritualité. 

De même que Nephesch, Ruach et Neschàmah ne sont pas des 
formes d'existence complètement distinctes, mais qu'au contraire 
elles se déduisent progressivement l'une de l'autre en s'élevant en 
spirituahté, de même les sphères des différents mondes s'enchaînent 
l'une dans l'autre et s'élèvent depuis le cercle le plus profond, le 
plus matériel, du monde Asiah, qui est perceptible à nos sens, 
jusqu'aux puissances les plus élevées, les plus immatérielles du 
monde Briah. On voit par là clairement que, bien que Nephesch, 
Ruach et Neschàmah trouvent chacun son séjour dans le monde qui 



\. Kl voilà pourquoi, entre autres raisons, la pratique du spiritisme est 
condamnable. [N . du Tr.) 

2. Gan-Edeii signifie jardin de volupté. Dans le Talmud et dans la Qa- 
balah, d'après le Cantique des Cantiques, 4, 13, il est aussi nommé Far- 
des, ou jardin de plaisir; d'où est venu le mot Paradis. 



— 118 — 

lui convient, ils n'en restent pas moins unis en un seul tout. C'est 
spécialement parles « Zelem » que ces rapports intimes des parties 
séparées sont rendus possibles. 

Sous le nom de « Zelem » la Qabalab entend la figure, le vêle- 
ment sous lequel les divers principes de l'homme subsistent, par 
lequel ils opèrent. Nephesch, Ruach et Neschamah, même après 
que la mort a détruit leur enveloppe corporelle extérieure, conser- 
vent encore une certaine forme qui répond à l'apparence corpo- 
relle de l'homme originaire. Celte forme, au moyen de laquelle 
chaque partie persiste et opère dans son monde, n'est possible que 
par le Zelem; ainsi il est dit dans le psaume 39, 7 : « Ils sont donc 
comme dans le Zelem (le fantômej ». 

D'après Loriah, le Zelem, par analogie avec toute la nature 
humaine, se partage en trois parties : une lumière intérieure spiri- 
tuelle, et deux Makifim ou lumières enveloppantes. Chaque Zelem 
et ses Makifim répondent, dans leur nature, au caractère ou au 
degré de spiritualité de chacun des principes auxquels il appartient. 
C'est seulement par leurs Zelem qu'il est possible à Nephesch, à 
Ruach et à Neschamah de se manifester au dehors. C'est sur eux 
que repose toute l'existence corporelle de l'homme sur terre, car 
tout l'influx d'en haut sur les sentiments et les sens internes de 
l'homme se fait par l'intermédiaire de ces Zelem, susceptibles 
d'ailleurs d'être affaiblis ou renforcés. 

Le processus de la mort se produit uniquement dans les divers 
Zelem, car Nephesch, Ruach et Neschamah ne sont pas modifiés 
par elle. Aussi la Qabalah dit-elle que trente jours avant la mort de 
l'homme, c'est d'abord dans Neschamah que les Makifim se retirent, 
pour disparaître ensuite, successivement, de Ruach et de Nephesch ; 
ce qu'il faut comprendre en ce sens qu'ils cessent alors d'opérer 
dans leui- force : cependant, à l'instant même oîi Ruach s'enfuit, 
ils se raccrochent, comme dit la Mischnalh Chasidim, au processus 
delà vie, « pour goûter le goût de la mort ». Toutefois, il faut 
regarderies Zelem comme des êtres purement magiques; c'est pour- 
quoi le Zelem de Nephesch même ne peut agir directement dans le 
monde de notre perception sensible externe. 

Ce qui s'offre à nous dans l'apparition de personnes mortes c'est, 
soit leur llabal de Carmin, soit la subtile matière aérienne ou 
éthérée du monde Asiah, dont se revêt le Zelem de Nephesch, pour 
se rendre perceptible à nos sens corporels. 

Gela s'applique à toute espèce d'apparition, que ce soit celle d'un 
ange ou de l'âme d'un mort, ou d'un esprit inférieur. Ce n'est pas 
alors le Zelem lui-même que nous pouvons voir et percevoir par 



— il9 — 

nos yeux ; ce n'en est qu'une image, qui, construite avec la « vapeur » 
subtile de notre monde extérieur, prend une forme susceptible de 
se redissoudre immédiatement. 

Autant la vie des hommes sur la terre offre de variétés, autant 
est varié aussi leur sort dans les autres mondes: car, plus on a 
commis ici-bas d'infractions à la loi divine, plus il faut subir dans 
l'autre monde de châtiments et de purifications. 

Le Sohar dit à ce sujet : 

« La beauté du Zelem de l'homme pieux dépend des bonnes 
œuvres qu'il a accomplies ici-bas » ; et plus loin : « Le péché 
souille le Zelem de Nephesch. » — Loriah dit aussi : « Chez 
l'homme pieux, ces Zelem sont purs et clairs, chez le pécheur, ils 
sont troublés et sombres. » — C'est pourquoi chaque monde a, 
pour chacun des principes de l'homme, son G an- Ed en {Pur ndis), 
son Nahar Dinw' (fleuve de feu pour la purification de l'âme) et son 
Gei-Hinam *, lieu de torture pour le châtiment; de là aussi la doc- 
trine chrétienne du ciel, du purgatoire et de l'enfer. 

Notre intention n'est pas d'exposer ici la théorie de la Qabalah 
sur l'état de l'âme après la mort, et notamment sur les châtiments 
qu'elle subit. On en trouvera une exposition très claire dans l'œuvre 
célèbre du Dante, la Divine Comédie. 

(Traduit du Sphinx, par Ch. Barlet.) 



CHAPITRE VU 

LES TEXTES 

Toutes les données scientifiques, philosophiques ou religieuses 
de la Kabbale sont tirées de deux livres fondamentaux, le Zohar et 
le Sepher Jesirah. 

Le premier de ces livres est très volumineux. Il est traduit en 
latin dans la Kabbala denxidata et en anglais dans la Kabbala 
unveiled de M. A. Matthers. 

Nous donnons ci-joint la traduction du second de ces ouvrages 
telle que nous l'avons publiée en 1887 avec les commentaires et 
les notes. En plusieurs endroits on trouvera des répétitions de ce 
que nous avons développe clans les paragraphes précédents; mais 

1. fJei-Hinam était proprement le nom d'ui; endroit situé près de Jé- 
rusalem où se faisaient autrefois les sacrifices d'enfants ùMoloch; la Qa- 
balah entend par ce nom le lieu de damnation. 



120 



ces répétitions mêmes montreront quels sont les points sur lesquels 
le lecteur doit de préférence porter son attention. 

Cette traduction du Sepher Jesirah est suivie de celle de deux 
ouvrages kabbalistiques très postérieurs comme composition : 
les 32 voies de la sagesse et les 50 portes de V intelligence. Les 
remarques qui précèdent ces ouvrages indiquent leur caractère. 



LE SEPHER JESIRAH 

LES 50 PORTES DE l'iNTELLIGENCE 
LES 32 VOIES DE LA SAGESSE 

Avaiit-propos. 

A la base de toutes les religions et de toutes les philosophies, on 
retrouve une doctrine obscure, connue seulement de quelques-uns 
et dont l'origine, malgré les travaux des chercheurs, échappe à 
toute analyse sérieuse. Cette doctrine est désignée sous des noms 
différents suivant la religion qui en conserve les clefs; mais une 
étude même superficielle permet de la reconnaître partout la même 
quel que soit le nom qui la décore. Ici le critique montre avec joie 
l'origine de la doctrine dans l'Apocalypse, résumé de l'ésotérisme 
chrétien; mais bientôt il s'arrête, car derrière la Vision de saint 
Jean apparaît celle de Daniel et l'ésotérisme des deux religions, 
Juive et Chrétienne, se montre identique dans la Kabbale. Cette 
doctrine secrète tire son origine de la religion de Moïse, dit l'his- 
torien et, saluant son triomphe, il s'apprête à donner ses conclu- 
sions, quand les quatre animaux de la vision du Juif se fondent en 
un seul, et le Sphinx égyptien dresse silencieusement sa tête 
d'Homme au-dessus des disciples de Moïse. Moïse était un prêtre 
égyptien, c'est donc en Egypte que se trouve la source de l'ésoté- 
risme symbolique, dans ces mystères où toute la philosophie 
grecque à la suite de Platon et de Pythagore vint puiser ses ensei- 
gnements. Mais les quatre personnifications mystérieuses se séparent 
de nouveau et AddaNari la déesse indoue se dresse et nous montre 
la tête d'ange équilibrant la lutte entre la Bête féroce et le Taureau 
paisible avant la naissance de l'Egypte et de ses mystères sacrés. 

Poursuivez vos recherches, et sans cesse cette origine mystérieuse 
fuira devant vous : vous traverserez toutes ces civilisations antiques 
si péniblement reconstituées, et quand enfin, las de la course, vous 



— 121 — 

reposerez votre esprit en pleine race rouge, sur la première civili- 
sation qu'a produite le premier continent, vous entendrez le pro- 
phète inspiré chanter les habitants divins de l'orbe supérieur qui 
révélèrent à ceux-ci le secret symbolique du sanctuaire. 

Laissons là ce Protée insaisissable qui s'appelle l'origine de l'Eso- 
térisme, et considérons la Kabbale dans laquelle, avec un peu de 
travail, nous pourrons retrouver le fonds commun, la Religion 
Unique dont tous les cultes sont des émanations. Pour savoir ce 
qu'est la Kabbale, écoutons un homme profondément instruit, aussi 
savant que modeste et qui ne parle jamais qu'une fois sûr de ce 
qu'il avance : Fabre d'Olivet. 

« Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moïse lui- 
même, prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses 
interprétations qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut 
recours à une loi orale, qu'il donna de vive voix à des hommes 
sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de transmettre 
dans le secret du sanctuaire à d'autres hommes qui, la transmet- 
tant à leur tour d'âge en âge, la fissent ainsi parvenir à la posté- 
rité la plus reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes se 
flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d'un mot hébreu 
qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe 
de main en main* )^. 

Deux livres peuvent être considérés comme la base des études 
kabbalistiques : le Zohar et le Sepher Jesirah. Aucun d'eux n'a 
été, que je sache, complètement traduit en français; je vais m'ef- 
forcer de combler une partie de cette lacune en traduisant le 
Sepher Jesirah le mieux qu'il me sera possible. Je prie le lecteur 
de pardonner d'avance les erreurs qui pourraient s'être glissées 
dans mon travail auquel je joins une bibliographie permettant au 
chercheur de consulter les originaux, et des remarques qui éclai- 
rent, autant que possible, les passages par trop obscurs du texte. 

i. Fabre d'Olivet, la langue héhr. restituce, p. 29. 



122 — 



LE LIVRE KABBALISTIUUE DE LA CRÉATION, EN HÉBREU, 

SEPHER JESIRAH 

Par Abrauam 

Transmis successivement oralement à ses fils; puis, vu le mauvais état des 
affaires d'Israël, confié par les sages de Jérusalem à des arcanes et à des 
lettres du sens le plus caché. 

CllAriTliE I 

C'est avec les Trente-deux voies de la Sagesse, voies admirables 
el cachées que lOAH {^\^^^]f) DIEU d'Israël, DIEUX VIVANTS et 
Roi des Siècles, DIEU de miséricorde et de grâce, DIEU sublime et 
très élevé, DIEU séjournant dans l'Éternité, DIEU saint, grava son 
nom par trois numérations : SEPHER, SEPHAR et SIPUR, c'est-à- 
dire le NOMBRE, le NOMBRANT et le NOMBRE* contenus dans 
Dix Sephiroth, c'est-à-dire dix propriétés, hormis l'ineffable, et 
vingt-deux lettres. 

Les lettres sont constituées par Trois mères, sept doubles et 
douze simples. Les dix Sephiroth, hormis l'ineffable, sont consti- 
tuées par le nombre X celui des doigts de la main et cinq contre 
cinq; mais au milieu d'elles est l'alliance de l'unité. Dans l'inter- 
prétation de la langue et de la circoncision on retrouve les Dix 
Sephiroth hormis l'ineffable. 

Dix et non neuf. Dix et non onze, comprends dans ta sagesse el 
tu sauras dans ta compréhension. Exerce ton esprit sur elles, 
cherche, note, pense, imagine, rétablis les choses en place et fais 
asseoir le Créateur sur son trône. 

Dix Sephiroth, hormis l'ineffable, dont les dix propriétés sont ^^ «^ • i 
^.infinies : l'infini du commencement, l'infini de la fin, l'inlini du, fj^ 
bien, l'infini du mal, l'infini en élévation, l'infini en profondeur, " 
l'infini à l'Orient, l'infini à l'Occident, l'infini au Noril, l'infini au 
Midi et le Seigneur seul est au-dessus; Roi fidèle, il les domine 
toutes du haut de son trône dans les siècles des siècles. 

Dix Sephiroth, hormis Tineffable; leur aspect est semblable à 
celui des flammes scintillantes, leur fin se perd dans l'infini. Le 

1. Abendaua traduit ces trois termes par l'Écriture, les Nombres et la 
Parole. 



— 123 — 

verbe de Dieu circule en elles; sortant et rentrant sans cesse, sena- 
blables à un tourbillon, elles exécutent à l'instant la parole divine 
et s'inclinent devant le trùiie de l'Éternel. 

Dix Sephiroth, hormis rinelFable; considère que leur fin est 
jointe au principe comme la flamme est unie au tison, car le Sei- 
gneur est seul au-dessus et n'a pas de second. Quel nombre peux- 
tu énoncer avant le nombre un? 

Dix Sephiroth, hormis l'ineffable. Ferme tes lèvres et arrête ta 
méditation, et, si ton cœur défaille, reviens au point de départ. 
C'est pourquoi il est écrit : Sortir et revenir, car c'est pour cela 
que l'alliance a été faite : Dix Sephiroth, hormis l'ineffable. 

La première des Sephiroth, un, c'est l'Esprit du Dieu vivant, 
c'est le nom béni et rebéni du Dieu éternellement vivant. La voix, 
l'esprit et la parole, c'est l'Esprit Saint. 

Deux, c'est le souffle de l'Esprit, et avec lui sont gravées et 
sculptées les vingt-deux lettres, les trois mères, les sept doubles et 
les douze simples, et chacune d'elles est esprit. 

Trois, c'est l'Eau qui vient du souffle, et avec eux il sculpta et 
grava la matière première inanimée et vide, il édifia TOHU, la 
ligne qui serpente autour du monde et BOHU, les pierres occultes 
enfouies dans l'abîme et desquelles sortent les Eaux. 

Quatre, c'est le Feu qui vient de l'Eau, et avec eux il sculpta le 
trùne d'honneur, les Ophanim (roues célestes), les Séraphins, les 
animaux saints et les anges Serviteurs, et de leur domination il fit 
sa demeure comme dit le texte : C'est lui qui fit ses anges et ses 
esprits ministrants en agitant le feu. 

Gin<[, c'est le sceau duquel il scella la hauteur quand il la con- 
templa au-dessus de lui. Il la scella du nom lEV ("^H*). 

Six, c'est le sceau duquel il scella la profondeur quaiul il la con- 
templa au-dessous de lui. Il la scella du nom IVE (nV). 

Sept, c'est le sceau duquel il scella l'Orient quand il le contempla 
devant lui. Il le scella du nom EIV (VH). 

Huit, c'est le sceau duquel il scella l'Occident quand il le contem- 
pla derrière lui. II le scella du nom VEI (^Hl). 

Neuf, c'est le sceau du(|uel il scella le Midi quand il le contempla 
à sa droite. Il le scella du nom VIE (H^l). 

Dix, c'est le sceau duquel il scella le Nord quand il le contempla 
à sa gauche. II le scella du nom EVI (^IH) . 

Tels sont les dix Esprits ineffables du Dieu vivant : l'Esprit, le 
Souffle on l'Air, l'Eau, le Feu, la Hauteur, la Profondeur, l'Orient, 
rOccident, le Nord et le Midi. 



— 124 



CHAPITRE II 



Les vingt-deux lettres sont constituées par trois mères, sept 
doubles et douze simples. 

Les trois mères sont : E M e S (\i^'Oi^j c'est-à-dire l'Air, l'Eau et 
le Feu. L'Eau M (D) muette, le Feu S (U) sifflant, TAir A (5^) 
intermédiaire entre les deux comme le langage de la loi OCH (pH) 
tient le milieu entre le mérite et la culpabilité. A ces vingt-deux 
lettres il donna une forme, un poids, en les mêlant et les transfor- 
mant de diverses manières, il créa l'âme de tout ce'qui est à créer 
ou le sera. 

Les vingt-deux lettres sont sculptées dans la voix, gravées dans 
l'Air, placées dans la prononciation en cinq endroits : dans le gosier, 
dans le palais, dans la langue, dans les dents et dans les lèvres. 

Les vingt-deux lettres, les fondements, sont placées sur la sphère 
au nombre de 231. Le cercle qui les contient peut tourner direc- 
tement, et alors il signifie bonheur, ou en rétrograde, et alors il 
signifie le contraire. C'est pourquoi il les rendit pesantes et les 
permuta, Aleph (J^) avec toutes et toutes avec Aleph, Beth (2.) avec 
toutes et toutes avec Beth, etc.. 

C'est par ce moyen que naissent 231 portes, qu'on trouve que 
tous les idiomes et toutes les créatures dérivent de cette formation 
et que par suite toute création procède d'un nom unique. C'est 
ainsi qu'il fit (nï^), c'est-à-dire l'Alpha et l'Oméga, ce qui ne 
changera ni ne vieillira jamais'. 

Le signe de tout cela c'est vingt-deux totaux et un seul corps. 

CHAPITRE III 

Trois mères E M e S (UD^^) sont les fondements. Elles repré- 
sentent le plateau de l'affirmation, le plateau de la contradiction el 
le langage de l'examen OCH i'p'n) qui est au milieu. 

Trois mères E M e S. Secret insigne, très admirable et très caché 
gravé par six anneaux desquels sortent le feu, l'eau et l'air qui se 
divisent en mâles et femelles. Trois mères E M e S et d'elles trois 
Pères; avec ceux-ci toutes choses sont créées. 

t. Voir aux remarques pour l'explication de ce passage. 



— 125 — 

Trois mères EMeS dans le monde, l'Air, l'Eau, le Feu, Dans le 
principe, les Gieux furent créés du Feu, la Terre de l'Eau et l'Air 
de l'Esprit qui est au milieu. 

Trois mères E M e S dans l'année, le Chaud, le Froid et le Tem- 
péré. Le Chaud a été créé du Feu, le Froid de l'Eau et le Tempéré 
de l'Esprit, milieu entre eux. 

Trois mères EMeS dans l'Homme, la Tête, le Ventre et la Poi- 
trine. La Tête a été créée du Feu, le Ventre de l'Eau et la Poitrine, 
milieu entre eux, de l'Esprit. 

Trois mères EMeS. Il les sculpta, les grava, les composa et 
avec elles furent créées trois mères dans le monde, trois mères 
dans l'année, trois mères dans l'homme, mâles et femelles. 

Il fit régner Aleph (^^] sur l'Esprit, il les lia par un lien et les 
composa l'un avec l'autre, et avec eux il scella l'air dans le monde, 
le tempéré dans l'année et la poitrine dans l'homme, mâles et 
femelles. Mâles en E M e S (\t^Di^) c'est-à-dire dans l'Air, l'Eau et le 
Feu, femelles en A S a M' c'est-à-dire dans l'Air, le Feu et l'Eau. 

Il fit régner Mem (D) sur l'Eau, il l'enchaîna de telle façon et 
les combina l'un avec l'autre de telle sorte qu'il scella avec eux la 
terre dans le monde, le froid dans l'année, le fruit du ventre dans 
l'homme, mâles et femelles. 

Il fit régner le Schin (M^) sur le Feu et l'enchaîna et les combina 
l'un avec l'autre, de telle sorte qu'il scella avec eux les cieux dans 
le monde, le chaud dans l'année et la tète dans l'homme, mâles et 
femelles. 



CUAPlïRE IV 



Sept doubles 



T R PH CH D G B 



constituent les syllabes : Vie, Paix, Science, Richesse, Grâce, 
Semence, Domination. 

Doubles parce qu'elles sont réduites en leurs opposés, par la 
permutation; à la place de la Vie est la Mort, de la Paix, la 
Guerre, de la Science, l'Ignorance, des Richesses, la Pauvreté, de 
la Grâce, l'Abomination, de la Semence, la Stérilité et de la Domi- 
nation, l'Esclavage. Les sept doubles sont opposées aux sept termes ; 

L D\r;5< 



— 126 — 

rOrient, l'Occident, la Hauteur, la Profondeur, le Nord, le Midi et 
le Saint Palais fixé au milieu qui soutient tout. 

Ces sept doubles, il les sculpta, les grava, les combina et créa 
avec elles les Astres dans le Monde, les Jours dans l'Année, et les 
Portes dans l'Homme, et avec elles il sculpta sept ciels, sept élé- 
ments, sept animalités vides depuis l'œuvre. Et c'est pourquoi il 
choisit le septénaire sous le ciel. 

Deux lettres construisent deux maisons, trois en bâtissent six ; 
quatre, vingt-quatre; cinq, cent vingt; six, sept cent vingt; et de 
là, le nombi-e progresse dans l'inénarrable et l'inconcevable'. 
Les astres dans le monde sont le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune, 
Saturne, Jupiter et Mars. Les jours de l'année sont les sept jours de 
la création, et les sept portes de l'homme sont deux yeux, deux 
oreilles, deux narines et une bouche. 



CHAPITRE V 



Douze simples 



K Ts Gh S N L I ï H Z \^ E 

p •:: V ^ " '"^ ■ ^ i^ 1 " ^ 



Leur fondement est le suivant: La Vue, l'Ouïe, l'Odorat, la Pa- 
role, la Nutrition, le Coït, l'Action, la Locomotion, la Colère, le 
Rire, la Méditation, le Sommeil. Leur mesure est constituée par 
les douze termes du monde : 

Le Nord-Est, le Sud Est, l'Est-hauteur, l'Est-profondeur. 

Le Nord-Ouest, le Sud-Ouest, l'Ouest-hauteur, l'Ouest-profon- 
deur. 

Le Sud-liauteur, le Sud-profondeur, le Nord-hauteur, le Nord- 
profondeur, 

Les bornes se propagent et s'avancent dans les siècles des siècles 
et ce sont les bras de l'Univers. 

Ces douze simples, il les sculpta, les grava, les assembla, les 
pesa et les transmua et il créa avec elles douze signes dans l'Uni- 
vers, savoir: le Bélier, le Taureau, etc., etc.. 

Douze mois dans l'année. 

Et ces lettres sont les douze directrices de l'homme, ainsi qu^il 
suit : 

Main droite et main gauche, les deux [jieds, les deux reins, le 
foie, le fiel, la rate, le colon, la vessie, les artères. 

1. V. aux remarques. 



— 1:>7 — 

Trois mères, sept doubles et douze simples. Telles sont les 
vingt-deux lettres avec lesquelles est fait le tétragramme lEVE 
mn^ ^ c'est-à-dire \otre Dieu Sabaoth, le Dieu Sublime d'Israël, 
le Très Haut siégeant dans les siècles; et son saint nom créa trois 
pères et leurs descendants et sept ciels avec leurs cohortes célestes 
et douze bornes de l'Univers. 

La preuve de tout cela, le témoignage fidèle, c'est l'univers, 
l'année et l'homme. Il les érigea en témoins elles sculpta par trois, 
sept et douze. Douze signes et chefs dans le Dragon céleste, le Zo- 
diaque et le Cœur. Trois, le feu, l'eau et l'air. Le feu au-dessus, 
l'eau au-dessous et l'air au milieu. Cela signifie que l'air participe 
des deux. 

Le Dragon céleste, c'est-à dire l'Intelligence dans le monde, le 
Zodiaque dans l'année et le Cœur dans l'homme. Trois, le feu, 
l'eau et l'air. Le feu supérieur, l'eau inférieure, l'air au milieu, 
car il participe des deux. 

Le Dragon céleste est dans l'univers semblable à un nti sur son 
trône, le Zodiaque dans l'année semblable à un roi dans sa cité, le 
Cœur dans l'homme ressemble à un roi à la guerre. 

Et Dieu les fît opposés, Bien et Mal. Il fit le Bien du Bien et le 
Mal du Mal. Le Bien prouve le Mal et le Mal, le Bien. Le Bien 
bouillonne dans les justes et le Mal dans les impies. Et chacun est 
constitué par le ternaire. 

Sept parties sont cuusliluées par deux ternaires au milieu desquels 
se tient l'unité. 

Le duodénaire est constitué par des parties opposées: trois 
amies, trois ennemies, trois vivante^ vivifie.il, trois tuent et 
Dieu, roi fidèle, les domine toutes du seuil de sa sainteté. 

L'unité domine sur le ternaire, le ternaire sur le septénaire, le 
septénaire sur le duodénaire. mais chaque partie est inséparable 
de toutes les autres depuis qu'Abraham notre père considéra, exa- 
mina, approfondit, comprit, sculpta, grava et composa tout cela, 
et de ce fait joignit la créature au créateur. Alors le maître de 
l'Univers se manifesta à lui, l'appela son ami et s'engagea par une 
alliance éternelle envers lui et sa postérité, comme il est écrit : Il 
crut en lOAH (Him) et cela lui fut compté comme une œuvre de 
Justice. IL contracta avec Abraham un pacte entre ses dix orteils, 
c'est le pacte de la circoncision, et un autre entre les dix doigts de 
ses mains, c'est le pacte de la langue. IL attacha les vingt-deux 
lettres à sa langue et lui découvrit leur mystère. IL les fit descendre 
dans l'eau, les fît monter dans le feu, les jeta dans l'air, les alluma 
dans les sept planètes et les efl'usa dans les douze signes célestes. 



— 128 



REMARQUES 



Notre intention n'est pas, dans ces courtes observations, de faire 
un commentaire du Sepher Jesirah. Ce commentaire, pour avoir 
quelque valeur, ne peut être basé que sur le texte hébraïque dont 
la langue conservant encore sa triple signification* permet seule de 
rendre tout entière la pensée de l'auteur. Du reste les maîtres les plus 
éminents en occultisme, Guillaume Postel et l'alchimiste Abraham, 
ont fait, en latin, des commentaires excellents auxquels nous ren- 
voyons le lecteur désireux d'approfondir ces questions. 

Nous voulons borner notre ambition à éclaircir de notre mieux 
les passages trop obscurs, par des notes et par la traduction de 
deux ouvrages kabbalistiques trop peu connus: Les cinquante por- 
tes de rintelligencÊ et Les trente-deux voies de la Sagesse. 

D'une façon générale on pourrait appeler le Sepher Jesirah le 
livre de la créalion kabbalistique plutôt que le livre kabbalistique 
de la création. C'est en effet sur le nom mystérieux lOAH /nTH^) 
que le livre tout entier repose, et la création du monde par LUI- 
LES-DIEUX^se borne à la création toute kabbalistique des nombres 
et des lettres. Par là l'auteur du Sepher proclame, dès le début, la 
méthode caractéristique des Sciences Occultes : l'Analogie. 

La forme que l'artiste donne à son œuvre exprime exactement 
la grandeur de l'idée productrice, il existe un rapport mathéma- 
tique entre la forme visible et l'idée invisible qui lui a donné nais- 
sance, entre la réunion des lettres formant un mot et l'idée que 
ce mot représente ; aussi créer des mots c'est créer des idées et l'on 
comprend pourquoi le Sepher Jesirah se borne, pour raconter la 
création d'un monde, à développer la création des lettres 
hébraïques qui représente des idées et des lois. 

« Le Sohar est une genèse de lumière, le Sepher Jesirah une 



1. « Moïse a suivi en cela la méthode des Prêtres égyptiens; car je 
dois dire avant tout que ces Prêtres avaient trois manières d'expriuier 
leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbolique et 
figurée, la troisième sacrée ou hiéroglyphique.... Le même mot prenait 
à leur gré le sens propre, figuré ou hiéroglyphique. Tel était le génie de 
leur langue. Heraclite a parfaitement exprimé cette différence en la dé- 
signant par les épithètes de parlant, de signifiant et && cachant, y (Fabre 
d'Olivet.) 

2. Traduction exacte du mot D^il'^ï^ (j:iohim). Du reste, on peut voir 
au début du Sepher Jesirah Dieu désigné au pluriel. 



— 129 — 

échelle de vérités. Là s'expliquent les trente-deux signes absolus de 
la parole;, les nombres et les lettres ; chaque lettre reproduit un 
nombre, uneidéeetuneforme, en sortequelesmathématiquess'appli- 
quent aux idées et aux formes non moins rigoureusement qu'aux 
nombres, par une proportion exacte et une correspondance parfaite. 

« Par la science du Sepher Jesirah l'esprit humain est fixé dans 
la vérité et dans la raison et peut se rendre compte des progrès 
possibles de l'intelligence par les évolutions des nombres. Le 
Sotiar représente donc la Vérité absolue et le Sepher Jesirah 
donne les moyens de la saisir, de se l'approprier et d'en faire 
usage. » (Eliphas Levi, Histoire de la Magie.) 

La loi générale qui va donner naissance au monde une fois 
créée sol;s le nom de lOAH', nous allons lavoir se développer dans 
l'Univers à travers les dix Sephiroth ou Numérations. 

Qu'expriment donc ces dix Sephiroth? Peu de termes ont donné 
naissance à plus de commentaires ; d'après les racines hébraïques 
de ce mot, je 'crois qu'on pourrait exprimer l'idée qu'il renferme, 
par la définition suivante :79om^ d'arrêt d'un mouvement cyclique. 
Les dix Sephiroth ne seraient alors que dix conceptions à degrés 
différents d'une seule et même chose que les Kabbalistes désignent 
sous le nom d'En Soph, l'inefl'able, qui représente l'essence divine 
dans sa plus grande abstraction et qui est désignée dans le nom 
(lEVE) par la première lettre droite I 1 (mn*). 

Le Sepher nous montre l'application de ces idées en se servant 
du même mot (EVE) (H"!!) combiné de façons différentes pour 
nous indiquer les six dernières Sephiroth (chap. 1'^'). 

ï. Je crois rendre service aux lecteurs eu publiant une partie du com- 
mentaire de Fabre d'Olivet sur ce nom mystérieux dont l'étude est, à 
dessein, à peine abordée par les écrivains en occulle ; 

« Ce nom offre d'abord le signe indicateur de la vie, doublé, et for- 
mant la racine esseriliellenient vivante EE ('^'^)- Cette racine n'est ja- 
mais employée comme noni et c'est la seule qui jouisse de celte préro- 
gative. Klie est, dès sa formation, non seulement un verbe, mais un verbe 
unique dont tous les autres ne sont que des dérivés : en un mot le verbe 

tl"in (KVE) ôlre-étanl. Ici, comme on le voit, et comme j'ai eu soin de 

l'explicjuer dans ma graniniairc, le soigne de la lumière inlelligible (Vô) 
est au milieu de la racine de vie. Moïse, prenant ce verbe par excellence 
pour en former le nom propre de l'I^lre des Élres, y ajoute le signe de 

la manifestalion potentielle et de réternité 1 (I) cl il obtient Hin* (lEVE) 
dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine 
et un futur sans lermo. Ce nom admirable signifie donc cxadement 
rf^U'e-qui-est-qui-fut-el-qui-sera. » 

9 



— 130 — 

M. Franck, interprétant les Kabbalisles, dit aussi : « Quoique luus 
également nécessaires, les attributs et les distinctions que les Se- 
phiroth expriment ne peuvent pas nous faire comprendre la nature 
divine de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous 
divers aspects que dans le langage desKabbalistes on appelle des 
visages ou des personnes». )> 

Mais c'est Kircher qui va nous éclairer tout ù fait en nous mon- 
trant dans une seule phrase l'origine des travaux modernes sur 
l'unité de la force répandue dans l'Univers, travaux poursuivis 
avec tant de fruit par Louis Lucas^; écoutons notre auteur: 

« C'est pourquoi toutes les Sephiroth ou Nombres sont une seule 
et même force modifiée différeinment suicant les milieux qu'elle 
traverse^. » 

Bientôt la substance divine va, par de nouvelles modifications, 
donner naissance à des conceptions encore inconnues manifestées 
par les vingt-deux lettres. Ici les grandes lois qui régissent la 
nature vont apparaître une à une dans les applications analogiques 
qu'emploie l'auteur du Sepher en parlant de l'Univers, de Tannée 
et de l'homme. 

La première distinction apparaît dans la division ternaire des 
lettres qui se partagent en mères, doubles (exprimant deux sons, 
l'un positif, fort, et l'autre négatif, doux) et simples (n'exprimant 
qu'un son). 

Cette idée de la Trinité se retrouve partout dans le Sepher. Elle 
est surtout bien développée dans le chapitre m où l'on montre sa 
constitution: un positif (^j S le Feu ; un négatif, l'Eau (D) M; et 
enfin un neutre, l'Air A ('^\ intermédiaire entre les deux et résul- 
tant de leur action réciproque. 

Considérons chaque Tiinité comme une seule personne et nous 
allons voir apparaître une Trinité positive, une Trinité négative et 
l'Unité qui les accorde dans le Septénaire comme le dit le texte: 

« Sept parties sont constituées par deux Ternaires au milieu des- 
quels se tient l'unité. » 

De même le duodénaire est formé de quatre ternaires opposés 
deux à deux. 

Dans ces quelques chifTres sont cependant contenues toutes les 

d. Vranck, la Kabbale. 

2. Vo3'ez VOccultisme contemporain, par Papus (chez Carré). 

3. Kircher, (Mdipus Mji/ptiacus [Cubala Hebrœorum, § 1 1). 



— i;n — 

lois que la Science occulte considère comme les lois primordiales, 
les pourquoi de la Nature. 

Et cela est si vrai que l'auteur termine son livre en synthé- 
tisant dans une seule phrase les lois qu'il a analysées précédem- 
ment. 

A côté de cette évolution, partie de la Divinité pour se répandre 
à travers la création, dont l'idée est, en somme, assez claire, appa- 
raissent, de place en place, des passages obscurs dont le sens se 
rapporte aux pratiques divinatoires, et par suite occultes, du sanc- 
tuaire. 

Quelques lettres de l'alphabet suffisent pour exprimer un 
nombre incalculable d'idées et cela par leur simple combinaison. 
Ainsi voici trois lettres l'N l'M et l'O qui vont exprimer une idée 
entièrement différente suivant qu'on les écrira NOM ou MON. C'est 
à ces combinaisons des lettres et par suite des nombres et des idées 
que se rapportent les deux cent trente et une portes de la fin du 
chapitre ii et les maisons du chapitre iv. 

Les deux cent trente et une portes se rattachent à la pratique 
d'une table appelée Ziruph en Kabbale et indiquant tous les mots 
que peuvent former les vingt-deux lettres, substituées les unes aux 
autres. Mais, dans le cas qui nous occupe, voici l'explication de 
Guillaume Postel: 

Multipliez les vingt-deux lettres par les onze nombres (les dix 
Sephirolli -)- l'ineffable), vous obtiendrez deux cent (|uarante-deux 
desquels vous retrancherez les nombres pour n'avoir plus que les 
portes occultes, ce qui vous donnera 242 — H = 23i portes. 

La table des substitutions sert à remplacer la première lettre de 
l'alphabet par la dernière, la deuxième par l'avaiit-dernière et 
ainsi de suite. 

Prenons un exemple du français, l'alphabet: 

A B C D l<] F G H IJ K L M N F Q II S T U V X Y Z deviendra : 
ZYXVUTSRQPONMLKJIHGFEDCBA, 

si bien que pour écrire ART on écrira en lisant ra]|)habet placé au 
dessous ZHF. Cette méthode combinée avec la suivante est d'un 
grand secours pour l'usage pratique de la Rota de Guillaume 
Poste M . ' " 

]>e deuxième [)assage (fin du chapitre IV) se rapporte au nombre 
de combinaisons que peuvent former un certain nombre de lettres; 

1. Voyez Eliphas Lovi, liituel de Haute Magie, cliapilie \\\. 



— 132 — 

ainsi deux lettres ne peuvent former que deux combinaisons, trois 
peuvent en former six. Ex. : 

1. A B G 

2. A G B 

3. B A G 

4. B G A 

5. G A B 
G. G B A 

et ainsi de suite d'après une loi mathématique. Gomme on peut le 
voir, le Sepher Jesirah est déductif, il part de l'idée de Dieu pour 
descendre dans les phénomènes naturels. Les deux livres dont il 
me reste à parler, sont établis l'un d'après le système du Sepher 
Jésirah, c'est celui intitulé: Les trente-deux voies de la Sagesse. 
L'autre est inductif, il part de la Nature pour remonter à l'idée de 
Dieu, et présente un système d'évolution remarquable en cela 
qu'il offre une analogie digne d'intérêt avec les idées modernes et 
les données de la Théosophie*. Je veux parler des cinquante portes 
de Cmieltigence. 

D'après les Kabbalistes, chacun de ces deux systèmes procède 
d'une des premières Sephiroth. Lestrente-deux voies de la Sagesse 
dérivent de Ghochmah et les cinquante portes de l'Intelligence de 
Binah, comme l'enseigne Kircher: 

a De même que les trente-deux voies de la Sagesse, émanées de 
la Sagesse, se répandent dans le cercle des choses créées, de même 
de Binah, c'est-à-dire de l'Intelligence que nous avons vu être l'Es- 
prit saint, s'ouvrent cinquante portes qui conduisent auxdites voies ; 
leur but est de conduire à Tusage pratique des trente-deux voies 
de la Sagesse et de la Puissance. 

« On les appelle Portes parce que personne ne peut, d'après les 
cabalistes, parvenir à une notion parfaite des voies susdites s'il 
n'est d'abord entré par ces Portes. » 

I. Voyez la secoiulu partie ilii Tniitr cl/'iiiciUnlre de Scicnl'c uccullf. 



— 13:^ — 



LES 50 PORTES DE L'INTELLIGENCE 

!■•« CLASSE 
PRINCIPES DES ÉLÉMENTS 

Pi)i-te I — (la plus infime) Matière première. Hyle, Chaos. 

— 2 - Vide et inanimé : ce qui est sans forme. 

— 3 — Attraction naturelle, l'abîme. 

— 4 ■ — Séparation et rudiments des Eléments. 

- o -' Elément Terre ne renfermant encore aucune semence. 

— 6 — Elément Eau agissant sur la Terre. 

— 7 — Elément de l'Air s'exhalant de l'abîme des eaux. 

- 8 - Elément Feu échauffant et vivifiant. 

- 9 — Figura lion des Qualités. 

10 - f>eur attraction vers le mélange. 

2c CLASSE 
DÉCADE DES MIXTES 

Porter il — Apparition des Minéraux par la disjonction de la 
terre. 

— 12 — Fleurs et sucs ordonnés pour la génération des 

métaux. 
13 — Mers, Lacs, Fleurs sécrétés entre les alvéoles (de la 
Terre). 

— 14 • — Production des Herbes, des Arbres, c'est-à-dire de la 

nature végétante. 

— 15 - Forces et semences données à chacun d'eux. 

— 16 - Production de la Nature sensible, c'est-à-dire 

— 17 — Des Insectes et des Reptiles. 

— 18 — Des Poissons | chacun avec ses propriétés 

— 19 — Des Oiseaux ( spéciales. 

— 20 — Procréation des Quadrupèdes. 

:î- CLVSSE 

DÉCADE DE LA NATLRE lUMAlNE 

Porte 21 — Production de l'homme. 

— 22 — Limon de la Terre de Damas, Matière. 

— 23 — Soufde de Vie, Ame ou 

- 24 — Mystère d'Adam et d'Eve. 

— 23 — Homme-Tout, Microcosme. 



— iU — 

Porte 26 — Cinq puissances externes. 

— 27 — Cinq puissances internes. 

— 28 — Homme Ciel. 

— 29 — Homme Ange. 

— 30 — Homme image et similitude de Dieu. 

4e CLASSE 
ORDRES DES CIEUX, MONDE DES SPHÈRES 

Porte 



31 




/ De la Lune. 


32 




De Mercure. 


33 




\ De Vénus. 


34 




\ Du Soleil. 


35 


<D 


) De Mars. 


36 


•r-t 




\ De Jupiter. 


37 




j De Saturne. 


38 




/ Du Firmament. 


39 




Du premier Mobile 


40 




\ Empyrée. 



Se CLASSE 
DES NEUF ORDRES d'aXGES, MONDE ANGÉLIQUE 

Porte 41 — Animaux saints Séraphins. 

— 42 — Ophanim, c.-à-d. Roues Chérubins. 

— 43 — Anges grands et forts Trônes. 

— 44 — Haschemalim c.-à-d Dominations. 

— 45 — Seraphim c.-à-d Vertus. 

— 46 — Malachim Puissances. 

— 47 — Elohim Principautés. 

— 48 — Ben Elohim Archanges. 

— 49 — Chérubin Anges. 

6e CLASSE 
EN-SOPH, DIEU IMMENSE 

MONDE SUPERMONDAIN ET ARCHÉTYPE 

Porte 50 — Dieu, Souverain Bien, Celui que l'homme mortel n"a 
pas vu, ni qu'aucune recherche de l'esprit n'a 
pénétré. C'est là la 50*^ porte à laquelle Moïse ne 
parvint pas. 



— 135 — 

Et telles sont les cinquante portes par lesquelles le chemin est 
préparé de l'Intelligence ou l'Esprit Saint vers les 32 voies de la 
Sagesse au scrutateur soucieux et obéissant à la loi. 

« Les 32 voies delà Sagesse sont les chemins lumineux par les- 
quels les saints hommes de Dieu peuvent, par un long usage, une 
longue expérience des choses divines et une longue méditation sur 
elles, parvenir aux centres cachés. » Kircher. 



LES 32 VOIES DE LA SAGESSE 

La première voie est appelée Intelligence admirable, couronne 
suprême. C'est la lumière qui fait comprendre le principe sans 
principe et c'est la gloire première; nulle créature ne peut atteindre 
son essence. 

La seconde voie c'est l'Intelligence qui illumine; c'est la couronne 
de la Création et la splendeur de l'Unité suprême dont elle se rap- 
proche le plus. Elle est exaltée au-dessus de toute tête et appelée 
par les Kabbalistes : La Gloire seconde. 

La troisième voie est appelée Intelligence sanctifiante et c'est la 
base de la Sagesse primordiale, appelée créatrice de la Foi. Ses 
racines sont "^Di^. Elle est parente de la foi qui en émane en 
effet. 

La quatrième est appelée Intelligence d'arrêt ou réceptrice, 
parce qu'elle se dresse comme une borne pour recevoir les éma- 
nations des intelligences supérieures qui lui sont envoyées. C'est 
d'elle qu'émanent toutes les vertus spirituelles par la subtilité. 
Elle émane delà couronne suprême. 

La cinquième voie est appelée Intelligence radiculaire, parce 
que, égale plus que tout autre à la suprême unité, elle émane des 
profondeurs de la Sagesse primordiale. 

La sixième voie est appelée Intelligence de l'influence médiane, 
parce que c'est en elle que se multiplie le flux des émanations. 
Elle fait influer cette afflucnce même sur les hommes bénis qui s'y 
unissent. 

La septième voie est appelée Intelligence cachée, parce qu'elle 
fait jaillir une splendeur éclatante sur toutes les vertus intellec- 
tuelles qui sont contemplées par les yeux de l'esprit et par l'extase 
de la foi. 

La huitième voie est appelée Intelligence parfaite et absolue. 
C'est d'elle qu'émane la préparation des princi()es. Elle n'a pas de 
racines auxifuellcs elle adhère, si ce n'est dans les profondeurs de 



— 136 — 

la Sphère Magnificence do la substance pi'opre de laquelle elle 
émane. 

La neuvième voie est appelée Intelligence mondée. Elle purifie 
les Numérations, empêche et arrête le bris de leurs images ; car elle 
fonde leur unité afin de les préserver par son union avec elle delà 
destruction et de la division. 

La dixième voie est appelée Intelligence resplendissante, parce 
qu'elle est exaltée au-dessus de toute tête et a son siège dans 
BINAH; elle illumine le feu de tous les luminaires et fait émaner 
la force du principe des formes. 

La onzième vi)ie est appelée Intelligence du feu. Elle est le voile 
placé devant les dispositions et l'ordre des semences supérieures 
et inférieures. Celui qui possède cette voie jouit d'une grande 
dignité, c'est d'être devant la face delà cause des causes. 

La douzième voie est appelée Intelligence de la lumière, parce 
qu'elle est l'image de la magnificence. On dit qu'elle est lelieu d'où 
vient la vision de ceux qui voient des apparitions. 

La treizième voie est appelée Intelligence inductive de l'Unité. 
C'est la substance de la Gloire; elle fait connaître la vérité à chacun 
ries esprits. 

La quatorzième voie est appelée Intelligence qui illumine, c'est 
l'institutrice des arcanes, le fondement de la Sainteté. 

La quinzième voie est appelée Intelligence constitutive parce 
qu'elle constitue la création dans la chaleur du monde. Elle est 
elle-même, d'après les Philosophes, la chaleur dont l'Ecriture parle 
(Job, 38), la chaleur et son enveloppe. 

La seizième voie est appelée Intelligence triomphante et éter- 
nelle, volupté de la Gloire, paradis de la volupté préparé pour les 
justes. 

La dix-septième voie est appelée Intelligence dispositive. Elle 
dispose les pieux à la fidélité et par là les rend aptes à recevoir 
l'Esprit-Saint. 

La dix-huitième voie est appelée Intelligence ou Maison de l'af- 
fluence. C'est d'elle qu'on tire les arcanes et les sens cachés qui 
sommeillent dans son ombre. 

La dix-neuvième voie est appelée Intelligence du secret ou de 
toutes les activités spirituelles. L'affiuence qu'elle reçoit vient de 
la Bénédiction très élevée et de la gloire suprême. 

La vingtième voie est appelée Intelligence de la Volonté Elle 
prépare toutes les créatures et chacune d'elles en particulier à la 
démonstration de l'existence de la Sagesse primordiale. 

La vingt et unième voie est appelée Intelligence qui plaît à celui 



— 137 — 

qui cherche; elle reçoit rinfliience divine et influe par sa hénédic- 
lion sur toutes les existences. 

La vingt-deuxième voie est appelée Intelligence fidèle, parce qu'en 
elle sont déposées les vertus spirituelles qui y augmentent jusqu'à 
ce qu'elles aillent vers ceux qui habite sous son ombre. 

La vingt-troisième voie est appelée Intelligence stable. Elle est 
la cause de la consistance de toutes les numérations (Sephirolh). 

La vingt-quatrième voie est appelée Intelligence Imaginative. 
Elle donne la ressemblance à toutes les ressemblances des êtres qui 
d'après ses aspects sont créés à sa convenance. 

La vingt-cinquième voie est appelée Intelligence de Tentation 
ou d'épreuve, parce que c'est la première tentation par laquelle 
Dieu éprouve les pieux. 

La vingt-sixième voie est appelée Intelligence qui renouvelle 
parce que c'est par elle que DIEU (béni soit-il) renouvelle tout ce 
qui peut être renouvelé dans la création du monde. 

La vingt-septième voie est appelée Intelligence qui agite. C'est 
en eiïet d'elle qu'est créé- l'Esprit de toute créature de l'Orbe 
suprême et l'agitation, c'est-à-dire le mouvement auquel elles sont 
sujettes. 

La vingt-huitième voie est appelée Intelligence naturelle. C'est 
par elle qu'est parachevée et rendue parfaite la nature de tout ce 
qui existe dans l'Orbe du Soleil. 

La vingt-neuvième voie est appelée Intelligence corporelle. Elle 
forme tout corps qui est corporifié sous tous les orbes et son 
accroissement. 

La trentième voie est appelée Intelligence collective parce que 
c'est d'elle que les Astrologues tirent par le jugement des étoiles et 
des signes célestes, leurs spéculations et les perfectionnements de 
leur science d'après les mouvements des astres. 

La trente et unième voie est appelée Intelligence perpétuelle. 
Pourquoi? Parce qu'elle règle le mouvement du Soleil et de la 
Lune d'après leur constitution et les fait graviter l'un et l'autre 
dans son orbe respectif. 

I^a trente-deuxième voie est appelée Intelligence adjuvante 
parce qu'elle dirige toutes les opérations des sept planètes et de 
leurs divisions et y concourt. 

Voici l'usage pratique de ces 32 voies. 

Les Cabalistes, quand ils veulent interroger Dieu par une voie 
quelconque des choses naturelles, s'y prennent ainsi : 

D'abord ils consultent dans une préparation antérieure les 3:2 



— 438 — 

endroits du 1" chapitre de la Genèse, c'est-à-dire les voies des 
choses créées, et exercent sur elles leur étude '. 

Puis par le moyen de certaines oraisons tirées du nom ELOIM 
(^^"^ ;i^ lls prient Dieu de leur accorder largement la lumière 
nécessaire à la voie cherchée et se persuadent, par des cérémonies 
convenables, qu'ils sont adeptes à la Lumière de la Sagesse, si bien 
qu'ils se tiennent, par leur foi inébranlable et leur ardente charité, 
dans le cœur du monde pour l'interroger. Pour que l'oraison ait 
dès lors une plus grande puissance, ils se servent du nom de 
42 lettres^ et par lui pensent qu'ils obtiendront ce qu'ils deman- 
dent. 



Les lecteurs curieux de nouveaux détails sur la Kabbale en 
trouveront dans les récits de tous les Kabbalistes contemporains, 
Éliphas Levi, Stanislas de Guaita, Joséphin Peladan, Alber Jhou- 
ney. Ceux qui désirent pénétrer au fond du système kabbalistique 
esquissé symboliquement dans le Sepher Jesirah trouveront des dé- 
veloppements considérables dans mon étude sur le 7'aro/ des Bohé- 
miens, gros volume de près de 400 pages, basé sur le 3" nom 
divin. 



1. Dans le 1'^'' chapitre de la Genèse le nom divin ^Elohim est men- 
tionné 32 fois. 

2. Ce nom est tiré des combinaisons du Télragramme; voy. Kircher, 
op. cil. 



TROISIÈME PARTIE 



BIBLIOGRAPHIE RÉSUMÉE 
DE LA KABBALE 



CHAPITRE P' 

INTRODUCTION A LA BIBLIOGRAPHIE 
DE LA KABBALE 



INTRODUCTION A LA BIBLIOGRAPHIE DE LA KABBALE 

§ 1. — Préface. 

Il n'existe pas, à noti'C connaissance du moins, de bibliographie 
spéciale de la Kabbale en langue française. On trouve bien dans 
les manuels courants des listes d'ouvrages classés sous cette rubri- 
que; mais ces listes sont faites sans ordre et sans méthode et sont 
très incomplètes. Mêmes remarques à faire pour les articles des 
dictionnaires consacrés à la Kabbale et les quelques volumes aux- 
quels on renvoie, sauf pour l'étude consacrée à celte question dans 
le Dictionnaire des Sciences philosophiqites. 

Il y avait donc là une lacune très préjudiciable aux chercheurs 
sérieux, lacune que nous avons essayé de combler dans la faible 
mesure de nos moyens. Noire but est donc moins de présenter une 
interminable liste d'ouvrages cueillis à droite et à gauche (ce qui 
aurait déjà quel(|ue utilité), que d'établir certaines divisions dans 
cette liste, el par suite d'éviter de longues recherches aux philoso- 
phes et aux historiens (|ui, à la suile des travaux d'A. Franck sur 
la Kabbale et d'autres éminents critiques sur l'Ecole d'Alexandrie 
et les doctrines néoplatoniciennes, cherchent de plus en plus à 
approfondir ces questions. 

Il nous faudra tout d'abord [jasser en revue les principales 
i)ibliographies faites à l'étranger ou dans les derniers siècles sur la 
Kabbale. Nous aurons à établir le caractère spécial de chacun de 
ces travaux, leur utilité ou leurs défauts. 



— 142 — 

A ce propos, nous indiquerons les sources diverses auxquelles 
nous avons puisé, carie premier devoir de l'écrivain est de «rendre 
à César ce qui appartient à César », quitte à perdre un peu de 
prestige et à gagner beaucoup de satisfaction morale. 

C'est alors que nous pourrons aborder avec quelque fruit la 
Mbliograpbie proprement dite, divisant les livres d'après les 
idiomes dans lesquels ils sont écrits, puis d'après les sujets traités, 
enfin condensant en une courte liste les ouvrages les plus indis- 
pensables à connaître. Nous prendrons également soin d'établir 
dans ces grandes divisions d'autres séparations plus accessoires, 
comme la distinction entre les ouvrages d'études purement scientifi- 
ques sur la Kabbale, d'avec les œuvres produites par les kabbalistes 
mystiques et inspirées par la Kabbale. Nous espérons ainsi atteindre 
au mieux notre but, qui est, avant tout, d'être utile, et de faciliter la 
tâche à ceux qui, plus compétents que nous-mème, voudront 
bien mettre nos efforts à contribution. 

§2. — PRINCIPALES BIBLIOGRAPHIES KABBALISTIQUES 

Une étude détaillée sur chacun des écrivains qui se sont occupés 
de la bibliographie de la Kabbale demanderait à elle seule, un 
volume. On ne peut donc attendre de nous une analyse complète 
de chacun de ces ouvrages. Nous nous contenterons d'indiquer 
rapidement le caractère général des principales de ces bibliogra- 
phies, renvoyant le lecteur curieux de détails plus amples à la 
Bibliothèque Nationale, dont nous donnons les numéros du catalo- 
gue, ce qui facilitera et abrégera beaucoup les recherches. 

Jean Buxtorf 

Jea.i Buxtorf est le chef d'une famille qui, pendant deux siècles, 
s est rendue célèbre dans la littérature hébraïque*. Il naquit le 
2o décembre 1564, à Camen en Westphalie et mourut à Bâle le 
13 septembre 1629. Il professa pendant trente-huit ans l'hébreu 
dans celte ville. 

JoHAN BuxTORFi. — De AbrevicUionis hebraicis liber novm et copiosus 
oui assessenint operis tulmudici brevis rccencio, cum ejusdem librormu et 
capilwn Indici item « Bibliotheca rabbinica » novo ordine alphabetico dis- 
230sita Basilea, typis Cnnradi Waldkirchi impensis Ludovici Konig, 1613, 
In-8°. (Bib. Nat. A. 7505). 

1. Biographie Universelle, l. 6. 



— 143 — 

Ce petit volume de 335 pages, quoique incomplet, a une très 
grande valeur, car c'est le premier travail aussi sérieusement 
établi. Il fut complété par les travaux ultérieurs de l'auteur et de 
son fils. 

Il est imprimé de droite à gauche à l'inverse de nos ouvrages 
ordinaires. Le travail suivant est cependant bien plus coin[)let. 

Bartolocci 

Sinon par ordre de date du moins par ordre d'importance, la 
première grande bibliographie se rapportant à la Kabbale est celle 
de Bartolocci. 

Bartolocci (Jules) était un religieux italien de l'ordre de saint 
Bernard. Il passa la plus grande partie de sa vie à professer la 
langue hébraïque au collège de la Sapience à Rome. Il naquit en 
1613 à Celano, dans l'Abruzze, et mourut d'apoplexie le l'"" no- 
vembre 1687. 

BuiLiOTiiEGA MAGNA Uauui.xu.a. — De sciiptoribus cl scriptis rabbinici)i, 
ordine alphabUico hebraice et latine dvjestis, auclore D. Iiilio Barto- 
loccio de Celleno, Congreg. S. Bernarit Reform. Ord. Cistere et S. Sebas- 
liani ad Catacumbes Ahbato, 4 vol., Rome, 1678-92 (Bib. Nat. A. 704). 

Cette bibliographie est établie sur le plan alphabétique. Les 
quatre volumes in-folio qui la constiUient sont imprimés en deux 
colonnes ; le commencement du volume est à droite en ouvrant 
l'ouvrage comme pour les livres en langue hébraïque, de plus tuas 
les passages hébreux cités sont traduits eu latin et de nombreuses 
tables, minutieusement établies, permettent de se retrouver très 
facilement dans cette immense quantité de sujets traités. 

On trouve à propos de chaque sujet une bibliographie, non 
seulement des ouvrages hébraïques, mais encore de tous les traités 
sur la question. Ainsi par exemple on voit à la page 106 du 
tome I" une étude sur les Points suivie de renvois bibliogra- 
phiques de vingt-trois ouvrages hébraïques et de sept ouvrages 
latins. 

Chacun de ces renvois est établi, le plus souvent, par chapitre et 
par page, c'est dire toute la conscience qui a présidé à Tédilication 
de cet admirable traité*. 

1 . Il y a environ 4000 ouvrages écrits eu langue Liobriaque, cités dans 
le cours de cet important travail. 



— la — 

L'ouvrage de Bartolocci a élé continué et complété par le 
suivant. 

Imbonatl's. — Bihliotheca latina-hebraica sive de scriplorllus laiinis 
qui ex diversis nationibiis, contra Judxos, vel de re helraicu ulcumque 
scripsere : additis observationibiis criticis, et phtlologico-historicis, quibus 
quse circa patriam, setatem. vitœ institulum, mortemque ; auctorum consi- 
deranda veniunt, exponuntur, auctore et vindice P. Carolo Ioseph Imbo- 
NATo Mediolangasi, Couq. S. Bernardi Ord. Cistere Monacho, Rome, 
1694, in-folio (Bib. XaL. A. 763). 

' On y retrouve les mêmes qualités que dans la Bibliothèque 
Rabbinique. 



Nous trouvons maintenant, toujours par ordre de date: 

Basnage. — Histoire des Juifs depiuis Jésus-Christ jusqu à présent, Rot- 
terdam, 1707, in- 12, o vol. (Bib. nat. H. 6947-52). 

Ce traité contient une table des auteurs cités d'où l'on peut 
tirer de sérieux renseignements bibliographiques. 



Nous arrivons enfin à l'un de ceux qui ont le plus contribué à la 
difTusion de ces études : 

WOLF 

Wolf (Jean-Christophej est né le 21 février 1683 à Wernigerode 
dans la Haute-Saxe. Il mourut le 23 juillet 1739 à cinquante-six ans. 

0. Christoph. Wolf. — Bibliotheca hebrœa, sive notitia tum auctorum 
hebraiconan cujuscumque setatis, tum scriptorum, quœ vel hebraice pri)iium 
exarata, vel ab aliis conversa sunt, ad noslramxlatem deducta, Hambourg et 
Leipsig, 171o, 4 vol., in-4'', Bib. Nat.) (Invent. A. 2967. 

Le tome premier contient la notice des auteurs hébreux au 
nombre de 2^31 ; le second, l'indication bibliographique de tous 
les ouvragesimprimés ou manuscrits relatifs à l'Ancien Testament, 
à la Mashore, au Talmud et à la grammaire hébraïque, la biblio- 
thèque judaïque et antijudaïque ; la notice des paraphrases 
chaldaïques^ des livres sur la cabale, et enfin des écrits anonymes 



— 145 — 

des Juifs. Les deux derniers volumes renferment les corrections et 
les suppléments '. 

L'ouvrage de Wolf est imprimé sans colonnes de gauche à 
droite. Il contient aussi le traité de Gaffarel sur les manuscrits 
dont s'est servi Pic de la Mirandole : accedit in calce Jacobi Gaffa- 
RELLi index codicum cabbalistic, mss, quitus Jo. Picus Mirandu- 
lanus cornes, usus est. 

Les quatre volumes de Wolf, abrégés du travail de Bartolocci 
avec de nombreuses additions d'ouvrages plus récents que \a.Magna 
Bibliotheca rabbinica, formeraient un ensemble presque parfaitsans 
une singulière manie qui déprécie beaucoup d'ouvrages de l'auteur. 
Cette manie consiste à retraduire en latin les titres d'ouvrages et 
les noms d'auteurs quels qu'ils soient, sauf toutefois pour les 
auteurs allemands dont le nom est bien traduit en latin, mais dont 
les ouvrages sont mentionnés dansla langue originale. Il résulte de 
là une confusion regrettaljle dans l'esprit du chercheur et des 
difficultés qu'on aurait dû éviter dans un recueil bibliographique. 
Aussi conseillons-nous de recourir toujours de préférence à l'ou- 
vrage de Bartolocci, sauf pour les auteurs modernes. Pour donner 
au lecteur un exemple du genre de Wolf, il lui suffit de se reporter 
aux listes que nous donnons d'après lui. 



Citons, pour terminer, comme beaucoup plus modernes les deux 
ouvrages suivants dont le dernier ne nous est malheureusement 
connu que de nom. 

KURST. — Bibliotheca Jiidaica: Bihlioijraphisches Hamlbruch umfassoid 
die « Druckwerke der Judischen Literadiv» einschiiesslich der ùbcrjudenund 
judenthum veroffentlichten Schriflen nach cUfabelischcr ordnung der verfas- 
ser bearbeitel. Mit cincr Geschichtc der Judischen Bibliographie Sowie mit 
indices versehen und Ilerausgegeben, von D. Julius Kuust, leherer an der 
universitat zu Leipzig. Leipzig, Ycrlag von Wilhelin Engelinann, 1863 
(Bib. Nat., Q. 5139, ol40, 5141). 

Rien de bien particulier à signaler dans ce travail ({ue le diclionnaiie 
hébraïque, placé ù la (in du troisième volume et qui est imprimé comme 
un de nos dictionnaires, c'est-à-dire de gauche à droite. 

Catalogue of hcbraica and hudaîca in the librari/ of the corporation of 
the City of London, Londres IH'.H, gr. in. -8» de 231 ])a},'es. 

1. Weiss, Biograph. Univ., t. 45. 

10 



146 



§ 3. — NOS SOURCES 

Outre les ouvrages précédents, nous avons consulté les listes 
placées à la fin des études sur la Kabbale dans la plupart des en- 
cyclopédies. 

G'estainsi que nous citerons spécialement la Grande Encyclopédie 
(article de M. Isidore Loëb), VEncyclopédie des Sciences religieuses 
de Lichtenberger (article « Kabbale »deM. Nicolas), le/?ic/?o?î«a/Ve de 
la conversation,]e Dictionnaire encyclopédique de Larvoiié^e S Ency- 
clopédie de Diderot (article « Cabbale » de l'abbé Pestré suivi d'une 
note de d'Alembert, cet article est un des meilleur» qui aient été 
publiés sur la question), la Biographie universelle de Michaud (ar- 
ticle de M. Tabaraud). 

Et parmi les étranger» VEnglisch cyclopédia, VEncyclopédia Bri- 
lannica et la Biblioiheca brilannica de Watt, bibliographie très 
remarquable à diilerents points de vue. 



Parmi les ouvrages qui nous ont été d'une très grande utilité pour 
l'établissement de notre bibliographie, nous citerons en première 
ligne celui de M. Ad. Franck sur la Kabbale qui constitue le seul 
recueil français dans lequel on trouve une bonne bibliographie du 
sujet. 

Nous ne parlerons pas de Basnage, Bartolocci,Buddeus, Duxtorf, 
Jmbonatus, Isid. Loëb, Molitor, Wolfei Wall auxquels nous avons 
emprunté quelque peu. 

Les collections de la Bibliothèque Nationale sur la Kabbale nous 
ont également fourni quelques numéros de notre liste.. 

Enfin nous ne saurions terminer sans signaler de quelle utilité 
nous a été la bibliothèque particulière de notre ami Stanislas de 
Guaita, le kabbaliste justement estimé, pour le catalogue des 
ouvrages mystiques sur la question. 

PLAN DE NOTRE RIRLIOGRAPHIE. 

i° Ordre. 

Nous avons classé les ouvrages d'une part [)ar idiomes, d'autre 
part par matières traitées. 

La classification par idiomes a été faite d'après l'ordre mùme 
de nos recherches. 



— 147 — 

La classification par matières a été faite d'après l'ordre adopté 
par les catalogues de la Bibliothèque Nationale. Nous y avons 
ajouté quelques rubriques tirées de notre classification générale 
des ouvrages se rapportant à la tradition hébraïque. 

2" SoiD'ces. — Caractère da chaque ouvrage. 

Chacun des ouvrages cités est précédé dun numéro dVirdre. 

Entre le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage ou avant ce litre 
quand l'ouvrage est anonyme, onHrouve une lettre qui indique la 
source d'où nous avons tiré l'indication dudit ouvrage. 

A la fin des indications bibliographiques on trouve des indications 
particulières : 

(SCT). Si le caractère de Fouvrage est surtout purement ^cî'ewfi- 
fique, s'il s'agit d'une étude didactique ou bibliographique. 

(MYS). Si Touvrage est d'origine ou de tendances occultistes ou 
mystiques. 

(PHIL). Si l'ouvrage est surtout philosophique. 

3** Tables alphabétiques. 

Enfin, pour permettre au chercheur la plus grande facilité pos- 
sible, nous avons ajouté à notre bibliograpliie deux taides alpha- 
bétiques, l'une par noms d'auteurs, l'autre par titres d'ouvrages. 

On voit par tous ces détails que nous avons cherché avant tout 
à faire œuvre utile, à épargner, aux autres, les tàtoiuiements que 
nous avons personnellement éprouvés dans ces recherches; notre 
plus vif désir est maintenant d'être pillé le plus souvent possible 
au plus grand profit de l'étude. Nous voudrions surtout voir cette 
bibliographie incomplète et résumée, reprise et agrandie par un 
auteur plus compétent que nous-même. La France aurait ainsi un 
ouvrage à peine indiqué par cet essai, ouvrage que nos trop nom- 
breuses occupatifuis nous interdisent pour l'instant d'entreprendre. 
Nous avons défriché le terrain; qui voudra bien maintenant le faire 
prospérer? 



— 148 — 



CATALOGUE DES SOURCES DE NOTRE BIBLIOGRAPHII 



(B). 


Basnage. 


(BG). 


Bartolocci. 


(BD). 


Buddeiis. 


(BN). 


Bibliothèque Nationale. 


(BX). 


Buxtorf. 


^DV). 


{Divers auteurs). 


(F). 


Ad. Franck. 


(G). 


Bibliothèque de Guaita 


(I) 


Imbonatus. 


(L). 


Isidore Loëb. 


(M). 


Molitor. 


(P)- 


Papus. 


(W). 


Wolf. 


(Wt). 


Watt. 



CARACTÈRE DE CHAQUE OUVRAGE. 

(SCT) Scientifique (Bibliographies, études didactiques, etc.). 
(MYS) Mystique (Inspiré par la Science Occulte ou à tendances 

mystiques). 
iPHIL) Philosophique (Intermédiaire entre les caractères 

précédents). 



CHAPITRE II 



CLASSIFICATION PAR IDIOMES 



§ 1. — OUVRAGES EN LANGUE FRANÇAISE 

1. Ad. Franck (P), La Kabbale, Paris, 1843, in-S" (SCT). 

2. Richard Simon (F), Histoire critique du Vieux Testament 
(SCT). 

3. BuRNET (F), Aix/iéologie philosophique , chap. IV (SCT). 

4. HoTTi.NGER (F), 1 hcorie philosophique [SOT). 

5. Basnage (F), Histoire des Juifs (SCT). 

6. E. A.MELiNEAu (F), Essai sur le gnosliclsnie égyptien, ses déve- 
loppements et son origine égyptienne, i vol. 111-4", |)aru en 1887 
(Bib. nat. 0' A 690) (SCT. 

7. Paul Adam (P), Etre, roman (MYS). 

8. Amaravella (P), Jm Consiilu/ion du microcosme (revue le 
Lotus) (MYS;. 

9. F. Cil. Barlet(P), Essai sur révolution de ridée, \'è^\,\î\-{'i>>'' 
SCT cl PHIL). 

10. Berïiielot (P), Des origines de CAlcJiimic, Paris, 1887,111-8" 
(SCT). 

11. De Brière (P), Essai sur le symbolisme antique des peuples 
de rOrient, Paris, 1854, in-8° (SCT). 

12. René Caillié (P), L'Etoile, lu Revue des Hautes Etudes 
(articles divers;. Avlsilon, 1889-92 (MYS^. 

13. Augustin Chakoseau (P), Essai sur la philosophie bouddhique, 
p. 156 et 157, Paris, 1891, 111-8" iPHIL). 

14. P. Christian (P), L'Homme rouge des 7uileries, Far'is, 1854, 
in-S" (MYS). 



><v 



')( 



— 150 — 

15. (DivERSj fPj, Congrès spirite de 4889, 1 vol. in-8°, p. 70, 89 
et suivantes (MYS). 

16. Court de Gébelin 'P.. OEuvres (PHIL). 

il. Henry Delaage Pi, Jm Science du vrai, Paris, 1884, in-18° 
(PHIL). 

18. Louis Figuier (P), L'Alchimie (PHIL et SCTj. 

19. Paul Gibier (Pj, Analyse des choses (MYSj. 

20. Eliphas Levi (P), Dogme et rituel de la haute Magie, Paris, 
1834, in-8"; La clef des grands mystères; Histoire de la Magie; 
Fables et symboles (MYS et SCTj. 

21. Fabre d'Olivet (Pj, La Langue hébraïque i^estituée, Paris, 
1823, 2 vo]. in-4° (PHIL et SGT). 

22. S. DE Guaita (P), Au Seuil du Mystère, Paris, 1890, in-8" 
(SGT et MYS); Le Temple de Satan, Paris, 1891, in-8'' (MYSj. 

23. Alber JiiouNEY (Pj, Le Royaume de Dieu, Paris, 1888, in-8° 
(MYS). 

2i. H. G. kG^wvhi^), Philosophie occulte, 2yo\., LaBaye,ll21, 
in-8'>(SCTetMYS). 

23. Lacour (P), Les Amoim ou dieux de Moïse, Bordeaux, 1839, 
in-8° (MYS). 

26. Lacuria (Pj, Harmonies de l'Etre exprimées par les nombres, 
Paris, 1833, in-8" (MYS). 

27. LÉONCE DE Larmandie (P), Eoraka, roman, Paris, 1891, iii-8*' 
(MYS). 

28. Julien Lejay (Pj, La Science secrète, Paris, 1890, i[i-8° 
(MYS et PHILj. 

29. Lenain (P), La Science cabalistique, Amiens, 1823, in-8° 
(MYSj. 

30. Jules Lermina CP), A Brader, nouvelle, Paris, 1889, in-8" 
(MYS). 

31. Emile Michelet (P), L'Esotèrisjne dans l'art, Paris, 1891, 
in-18'' (MYS). 

32. MoLiTOR (Pj, La Philosophie de la Tradition, Paris, 1834, 
in-8° (MYSj. 

33. George Montière (P), La Chute d'Adam, Paris, 1890 (revue 
Vlnitiation) (MYS). 

34. Papus (P), Traité élémentaire de Science occulte, Paris, 1887, 
in-S» (MYS) ; le Tarot des Bohémiens, Paris, 1889, gr. in-8° (MYS 
etPHILi; Traité méthodique de Science occulte, Paris, 1891, 
gr. in-8" (PHIL et SGT). 

33. JosÉPfliN Peladan (P), La Décadence latine, 11 voL. Paris. 
1884-91, in-18" (MYS). 



— loi — 

3'î. Albert Poisson fP), Théories et symboles des Alchimistes, 
Paris, 1891, in-8°(PHIL . 

37. DrcuESSE de Pomar (P), Théosophie sémitique, Paris, 1887, 
in-8^' (MYS). 

38. Abbé Roca (P), i^ouveaux Cieiir, nouvelle Terre, Paris, 1889, 
in-S° (MYS). 

39. R. P. Esprit Sabathier (P), Ombre idéale de la sagesse wii- 
verselle, 1679 (MYS et PHIL). 

40. L -C DR Saint-Martin (P), Le Crocodile, Paris, an II, in-8° 
^Bib. nat. Ye 10.27:2) (MYS). 

41. Ed. Schuhé (P), Les Grands Initiés, Paris, 1889, in-S" (MYS 
et PHIL . 

4:2. Sai.nt-Yves d'Alveydre (Pj, Mission des Juifs. Paris, 1884, 
gr. in-8'' (SCT et PHIL). 

43. J.-A. Vaillant fP). Les Bûmes, histoire vraie des vrais Bohé- 
miens, Paris, 1834 (MYS). 

44. G. ViTOUx (P), L'Ocrullisme scientifique, Paris, 1891, in-8° 
(MYS et PHIL). 

43. WroxsivI (Hcené) (P , Messianisme ou réforme absolue du 
savoir humain, Paris, 1834, in-folio (PHIL . 

46. (P), De la Magie transcendante et des méthodes de guérison 
dans le Talmud (MYS . 

47. (Pj, Le Vrrgn de Jacob, Lyon. 1693, in-12(MYS). 

48. Lagneau(P), Harmonie mystique, p. 1636, in-8° (MYS). 

49. Abraham le Jl'if (G), La Sagesse divine, dédié à son fils 
Lamecli, manuscrit fin de xviii* siècle, 2 vol. pet. in-8'' (Traduction 
d'un manuscrit allemand) (MYS). 

30. Gaffarel (G), Curiosités inouies{'NlYS). 

31. Jérôme Cardan (G), De la subtilité (MYS). 

52. Sieur de Salerne (G), La Géomancie et nomande des 
anciens, la nomancie cabalistique, in-16, 1669 (MYS). 

33. D'Eckoartrausen (G), La Nuée sur le Sanctuaire ou quelque 
chose dont la philosophie orgueilleuse de notre siècle ne se doute 
pas (MYSj. 

34. M. P. H . n. D. G. .G), La Physique de V Ecriture, in-8« (MYS). 
33. Kelei'ii Be\ Nathan (G*, La Philosophie divine, appliquée 

aux lumières naturelle, magique, astrale, surnaturelle, céleste et 
divine, ou immuables vérités que Dieu a révélées de Lui-même et de 
ses œuvres dans le triple i7iiroir analogique dr il )iivers, de 
VHommo et de la Hévélation écrite, 1793, in-8" MYS.) 

31». QuANTius AircLERC (G), Aa Threicie, ou la seule voie des 



— 132 — 

sciences divines et hwnaities du culte vrai et de la morale, Paris, 
an VII (MYS). 

57. L. Grassot (d. m. m.) (G), La Philosophie céleste, Bordeaux, 
an IX (1803), pet. in.-S» (MYS). 

58. F. Vidal Comnèm (G), L' Harmonie du Monde où il est traité 
de Dieu et de la Nature-Essence, Paris, 1671, in-12 (MYS). 

39. Pierre Fournie (clerc tonsuré) (G), Ce que nous avons été, 
ce que nous sommes et ce que nous deviendrons, Londres, 1861, 
in-S" (MYS). 

60. Drach (Gj (Le Chevalier Drach), ancien rabbin, De l'harmonie 
de r Eglise et de la Synagogue, Paris, 1844, 2 vol. gr. in-8° (MYS). 

61. Adolphe Bertet (G) (cabaliste pur, disciple direct d'Eliphas 
Lévi), docteur en droit civil et en droit canon, avocat près la cour 
de Cham])érv, Apocalypse du Bienheureux Jean dévoilée (Kabbale 
et Tarot, à toutes les pages), Paris, Arnauld de Vresse, 1861, in-8° 
(MYS). 

62. Goulianof (G) (le chevalier de), Essai sur les hiéroglyphes 
d'Horapollon et quelques mots sur la CABALE, Paris, 1827, 
in-4<' (MYS). 

63. Anonyme (G), Cabala Magica tripartita, c'est-à-dire trois 
tables cabalistiques..., avec leur explication et leur usage, etc.,S.L., 
1747, in -8° (allemand et traduction française) (PHIL et MYS). 

64. Isaac Orobio (G), IsraiH vengé, ou Exposition naturelle des 
prophéties hébraïques que les chrétiens attribuent à Jésus, leur 
prétendu messie, Londres, 1770, pet. in-8° (PHIL et MYS). 

63. Alexandre Weill (G), nnil^ ninDJI a^pin [Lois et 
mystères de V Amour), d'après les rabbins et la Kabbale, traduit 
d'un missel hébreu, [Paris, Dentu, 1880, pet. in-8'' (PHIL et 
MYS). 

66. LoDOiK (comte de Divonne, S.*. I .• .){Ct),La Voie de la Science 
divine (traduction de l'anglais de Law, disciple de Buhme), 
précédé de la Voix qui crie dans le désert, Paris, 1803, in-8° 
(MYS). 

67. LoPOUKiNE (mystique cabaliste russe) (G), Quelques traits de 
V Eglise intérieure, Moscou, 1801 (avec figures), in-8'' (MYS). 

• 68. MuNCK (L), Mélanges de Philosophie juive et arabe, Paris, 
1830, p. 275 et 490 (SCT); (L) La Palestine, p. 520 et 321 
^(SGT). 

69. Herzog (DV), Encyclopédie, t. VII, p. 203, 205 et 206 
(SCT). 

70. Marquis Le Gendre (WT), Traité de VOpinion^ ch. VII 
(SCT). 



^ 



— Io3 — 

70 bis. Malfatti DE MûNTEREGGio (D.) (P), La Mathèse, traduit 
par Ostrowski, Paris, 1839, in-S» (MYS) '. 



§ 2. — OUVRAGES EN LANGUE LATINE. 

71. Raymond LuLLE (F), Œuvres, 10 voL in-folio, Mayence, 1721 
(PHIL). 

72. Pic de la Mirandole (F), Conclusiones cabalisttcœ, Rome, 
1486 (PHIL). 

73. Reuculin (F), De Arte cabbalistica (PHIL). 

74. De Verbo Mirifico (PHIL). 

73. H. -G. Agrippa (F), De occulta philosophia (SCT et MYS). 

76. PosïEL (F), Abscwiditorum a const'Uutione mundi clavis, 
Bâie, 1547, in-4% et Amsterdam, 1646, in-12° (MYS). 

77. PiSTORius (F), A7H1S cabalislicse scriptores, Bàle, 1387, in-folio 
(PHIL et MYS). 

78. KiRCiiER (F), Œdipus /Egyptiacus, Rome, 1623, in-folio 
(SCT ^iPHIL). 

79. KxoRR DERosENROTH(F),/ira6ôa/af^e«Hrfafa(SCTetPHIL). 

80. Ricci (F), De celesti agricullura (MYS et PHIL). 

81. Joseph Voysin (F), Disputatio cnbalistica (MYS). 

82. Georges Wagiiter (F), Concordla rationis et fidei, sive 
Harmonia philosophix moralis et religionis christianx , Amsterdam, 
1692, in-8'' (MYS). 

83. Elucidarius cabalislicus, Rome, 1706, in-S" (PHIL). 

84. TiiOLLK (F), De Ortu Cubbahc, Hambourg, 1837 (MYS). 
83. Bhucker (Jean-Jacques) (F), Inslitutiones philosophix, 

Leipsick, 1747, in-8", édition refaite et annotée par Fred. Born, 
Leipzick, 1790 (SCT et MYS). 

86. Paracelsus (F), Opéra. 

87. Henry Morus (F), Psycho-Zoia ou la Vie de VAme, 1640-1647, 
in-8", traduction laline, 3 vol. in-folio 1679 (MYS). 

88. Robert Fludd (F), Œuvres, 3 vol. in-folio (MYS). 

89. Van Helmont père (J.-B.) (F), Orlus mcdicinx, Amslei-dam, 
1648-52, in-4°, Venise, 1631, in-folio (PHIL). 

90. iMercure Van Helmont (F), Alphabeté vere naturalis hebraice 
brevissima delineatio, Sulgbach, 1607, in-12 (PHIL). 

1. Au monienl de mettre sous presse, nous recevons un nouvel ouvrage 
d'IîluGÈNE Nus : A la recherche des destindrs, où tout un chapitre est con- 
sacré à la Kabbale. 1 vol. in- 18, Paris 1891, — 70 1er. 



— In4 — 

91. Jacob Buehm (F), Anrora, 1612 MYS). 

92. De tribus principiis, 1619 (MYSj. 

93. Bartolocci (F), Magna bibliotheca rahhinica, \ vol. iii-folio 
(SCT). 

9i. BuDDEUS F , Introductio ad Historiom jihilosophix Hebrxo- 
rum, 1702 et 1721, in-S" (SCT). 

9o. Arias Montanus (B), Aniiquitatum Judàicarum (PHIL). 

96. Bartenov.e (B), Commentarii in Misnam (SCT). 

97. BocECius (B), De testid. templo Rabbinorum, t. l*"', in-folio, 
Amsterdam (MYS). 

98. Capzovii (B), Jnlroductio ad Theologiam Jxidaicam 'PHIL^. 

99. Chaiim (B) Comment, in Siphra Zeunitha et Synodes Cahb. 
denudatœ, in-4'' (SCT). 

100. Cocn (B), ou Cocci;il;s (Johanne), Duo tituli Thalmud'icl, 
Sanhedrim et Maccoth (SCTj. 

101. Drusii (B), Quesliones Hebraicse (PHIL). 

102. Fret (Ludor) (B), Excepta Aharonis PIrush al Attorah 
explicationis Pentateuchum, in-4", Amsterdam, 1703 (PHIL). 

103. HoOGT iB), Prefatio in Biblïa hebraica, in-8", 2 vol., Ams- 
terdam, 1705 (SCT). 

104. Leusden (B), Prefatio ad Bibliothecam hobraicam in-S", 
2 vol., Amsterdam, 1680 (SCT). 

103. Lorle (Isaaci) (B), Cahbala recentior (SCT et PHIL). 

106. Maimonides (B;, Commentarii in Misnam, Amsterdam, 
1760, in-folio (SCTj. 

107. Misnau (Bj, sive tolius Hebreorum Juris Jiiluum, Aniiqui- 
tatum systema cum Maimonides et Bartenovœ Commentariis integris, 
quibus accedunt variorum Auctorum Notx ac Versiones Latine 
donavit et nolis illustravit Giixelmus Surenuusius, in-folio, 6 vol., 
Amsterdam, 1700 (SCT). 

108. MoRi (Henrici) (B), Fundamenta cabbalu- Aclopœdomeliss.r 
PHIL. 

109. Mosis Naciimanidis (B), Disputatio apud Wagenseili Tela 
ignea Satanx (MYS). 

110. Naputali Hirtz (B), Introductio pro meliori intellectu libri 
Zohar [Kabbala denudata, p. 3j (PHIL). 

111. Otbonis (Johan Henrici) (B), Historia doctorum misnicorum 
(PHIL . 

112. Peringeri (B), Prtefatio ad Tract. Arodoh Zarah in 
Misnœ, t. V (PHIL). 

113. Relandi (Hade) (B), Annlecta /tabbinica, in-8% Ultraj, 1702 
(SCT.. 



— l5o — 

114. Ursini (Gorgio) (B), Anliqu'dales hebi'aicv Scholasticx Aca- 
deinuv, in-i", Hasnia, 1702 (SGT). 

115. AVagenseilii (B), Tela ignca Safanœ, 2 vol., 108!, in-i". in 
Misna, p. 911, editionis Amstel (MYS). 

116. Paracelsus (BD), Isagoge (PHIL). 

117. Peti Gassendum (BD), Marc Mersennum, Œuvres (PHIL). 

118. KnuiNRATU (BD) , Amphitheatrum Sapientix /Eiernse 
(MYS). 

119. Gaffarel (BD), Codkum Kabbalisticorum manuscriptoi'um 
(MYS). 

120. CiiEXTOi'iiORi StebII (BD), Cœlum Sep/iiroticinn Ebreorum 
per portas inlelUgentix Mogsi Hevelatum, 1079, in-folio (MYS). 

421. IuL. Si'ERBERLS (BD), Isagogue in veram Dei natura'que 
cognifioriem (PHIL). 

122. MiCDAELis RiTTiiALERi (BD), Hemiat/iena p/iilos"pkica theo- 
logia, 1684 (PHIL et MYS). 

123. Franciscus MercuriusHelmontis |BD), Seder o/am (PHIL). 

124. Iac. Boumius (BD), Opéra (MYS). 

125. loACiiiMUS HopPERUS (BD), Seduardtis sive de ver a jnrispru- 
dentia, 1656 (PHIL). 

126. loNAS CoNRADus ScQRAM.Mius (BD), Inlroductlo ad dialec- 
ticam Kabbalorum, 1703 (PHIL). 

127. JoRDANO Bruno (Pi, De Specierum scrulneo ; de lampade 
combinaioria lulliana ; de progressu et lampade venaloria logico- 
rum (PHIL et MYS). 

128. Yalerius de VALERiis fG"), Aureum opus in arhorem scien- 
tiarxun et in artem gêner alem (MYS). 

129. BuKGONovo (Archangelus de) (G), I. — Apologia pro defen- 
sione doctrinœ Kabbalx {"PHlIlj) ; II. — Conclusiones Cabalistice, 
n" 71, secundum Mirandulayn (PHIL) (ces conclusions sont dif- 
férentes de celles qui sont dans Pislorius, quoique du même auteur 
et sous le même litre. — St. de Guaita^, 1 vol. in-10 carré, Bononiœ, 
1564. 

130. Gai-ATini (G), De Arcanis calholicx veritatis, livre XII, 
1 vol. in-fol., 1612 (MYSj. 

131. Jouannes Frankius (G), Systema ethices dioinx et plusieurs 
auli'es traités du même, Brandeburgi-Mecklinburgi, 1724, petit 
in- 4° (MYS). 

132. Vuolfgangus Sidelius (G), De Templo Salumonis Mystico, 
prope Maguntiaui, 1548, in-12 (MYS). 

133. ÏRiTUÈME (G), /> Septem secundeis, Coloni;e, 1567, in-12 
fMYS). 



— 156 — 

134. (G), Veterum Sophorxnn Sigilla el Imagines Magiac, cui ac- 
cessit catalogus Rariorum magico-cûbbalisticorum (MYS et SCTj. 

133. (Anonyme) (G), Trinuum magiciim, sive secretorummagico- 
rum opus (MYS). 

136. CHR[STornoRUS Wagenseilius (G), Tela ignea Satame, con- 
tenant les ouvrages hébreux suivants avec traduction latine et 
commentaires (MYS et PHIL). 

[137. LiPMANN, Carmen memoriale. 

(Anonyme), Liber nizzachon velus. 

138. Rabbi Jecuiel, Acta disputatioms cum quodam Nicolao. 

139. Rabbi Moses NacdmaiMoes, Acta disputationis cum fraire 
Paulo Christiani et fratre lîaymundi Martini. 

140. Rabbi Isaacci, Sepher Chissuck Emuna [Munimen fîdei). 

141. (Anonyme), Scpher Toladolh Jeschua [Liber Generationiim 
Jesu).] 

142. Relandi (Hadrian) (G), Antiquitates sacrée veterum hebreo- 
rum breviter delineatx, trajecti ad Rhenum, 1741, in-4° (SCT). 

143. Heimus (J. Philip.) (G), Dissertationum sacrorum libri duo, 
Amsterdam, 1736, in-4'' (PHIL). 

144. F. Rurnetii (G). — I. Telluris Theoria sacra. — II. Doc- 
trina Archeologiiô philosophicce (tout un grand chapitre sur la 
Kabbale), Amstelodami, apud loannem Wolters, 1699, in-4o (Fron- 
tispice et figures) (MYS). 

14o. Robert Fludd (DV'. — 1° Utriusque cosmi metaphysica, 
physica atqve technica historia^ Oppenheim, 1617, in-folio. 

146. — 2" L)e super7iaturali, naturali, piveternaturali et contra- 
nalurali microcosmi hisloria, Oppenheim, 1619 1621- 

147. — 3" De natura sinia scu technica, macrocosmi historia, 
Francfort, 1624. 

148. — 4" Veritatis procenlum seu deynonstratiô analytica,¥ranc- 
fort, 1621. 

149. — o° Monochordan mundi symphoniacum , Francfort, 1622, 
in-4", 1623, in-folio (ces deux derniers traités en réponse à Kepler). 

130. — 6» Anatomia theatrtnn, tripUci effgise designatum, Franc- 
fort, 1623, in-folio. 

131. — l^iVedicina cathoUca, seu mysticum artis medicandisacra- 
rium, Francfort, 1629. 

132. — ^'' Integrum morborum mysterium, Francfort, 1631. 

133. — 9° Pulsus, seu nova et acarnas pulswnim historia. 

134. — 10" Philosophia sacra et vere Christian a, seu metcoro- 
logia cosmica, Francfort, 1629. 

153. — \\° Sophix cumMû7'ia certamen, 1629. 



— 157 — 

156. — 12° Summum bonum, quod est verum magix, cabalie et 
alchymix verse ac fratrum Rosese-Crucis subjeclum, 1629. 

157. — 13" Claris pkilosophise et alchymiœ Fluddanse, Francfort, 
1633. 

158. — iA" Philosophia Mosdica, in qua sapientia et scientia 
creaturarum explicantur, Gonda, 1638; Amsterdam, 1940, in-folio ; 
traduit en anglais, Londres, 1659, in-folio. 

159. — 15° De unguenlo cwmario (discours dans le Theatrum 
sapienticC, 1662, in-4''. 

160. — 16° Respo7isiim ad Hoplocris?naspongum Forsteri, Lon- 
dres, 1631, in-4°. 

161. — 17° Pathologia dœmoniaca, Gonda, 16-40, in-folio. 

162. — 18° Apologia compendiaria, f?'afe7'nitatem de Rosea- 
Cruce suspicionis et infauùx maculis aspersam abluens, Leyde, 
1616, in-8°. 

163. — 19° Tractatus apologeticus integritatem societatis de 
Rosea-Cruce de fendens, Leyde, 1647 ; traduit en allemand, Leipzick, 
1782. 

164. — 20" Tractatus tkeologo-philosophicus de vita, morte et 
resurrectione, fratrihus Rosea-Crucis dicatus, Oppenheim, 1617, 
in- 4°. 

165 . Bl'xtorf (DV) {Œuvres), Manuale hebralcum et ckaldaicum, 
Bàle, 1658, in-12. 

166. — Synagoga judaica, Bàle, 1603 (allemand); Hanau, 1604 et 
1622, in-8° (latin); Amsterdam, 1650, in-8° (flamand); Bàle, 1641, 
latin (revue par son fils); Bàle, 1682, latin (revue et corrigée par 
Jacques Buxtorf, petit-neveu de Tauleur). 

Cet ouvrage roule sur les dogmes et les cérémonies des Juifs. 

167. Institutio epistolaris Jiebraica cum epistolarum. Iiebraica- 
rum centuria, Bàle, 1603, 1616, 1629. in-8°. 

L'auteur y donne des règles et des modèles pour une corres- 
pondance littéraire en hébreu. 

168. Epitome grammalicic hebrex, Leyde, 1673, 1701 , 1707, in-12. 

169. Epitome radicum hcbraicx et chaldaicx, Bàle, 1607, in-8°. 

170. Thésaurus grammaticus lingux hebrex, Bàle, 1609, 1663, 
et 1615, in-8°. 

171. Lexicon hebraicum et chaldaicum cum brevi lexico Rabbi- 
nico, Bàle, 1607, in-8°, et 1678, in-8°. 

172. Grammaticx chaldaicx et syriacx libri très, Bàle, 1615, 
in-8°, 

173. Bibliolheca hebrxa Hahbinica, Bàle, 1618-19, 4 vol. in-folio. 

174. Tibcrias, Bàle, 1620, in-4°. 



- l.iS — 

Traité historique et critique sur la massore où l'auteur attribue 
rinvenlion des points voyelles à Esdras. Il y donne aussi Thisloire 
des Académies de Juifs après leur dispersion. 

175. C oncordantise Bibliorum hebraicx, publiées par ses fils avec 
les concordances chaldaïques, Bàle, 1632, in-folio; réimprimée en 
1636, Bâle, et dont on a un abrégé par Chrétien Ravius à Francfort- 
sur-l'Oder, 1676; Berlin, 1677, in-8", sous le titre de Fons Sion; 
c'est un des meilleurs ouvrages de Bi;:vlorf. 

176. Lexicon chaldaicum thalmudkum et rabbinicum, Bàle, 1639, 
iu-folio. 

Cet ouvrage qu'il avait laissé imparfait après vingt ans de 
travail, coula encore dix année> à son fils pour le mettre en état 
de paraître. 

177. Dispulatio Judxicum Chrisliano, Hanau, 1604, 1622, in-8". 

178. Epistolarum liebraic. decas (hébreu et latin), Bàle, 1603, 
in-8°. 

179. KiRCUER (P), Plan complet de son élude sur la Kabbale de 
Hébreux dans Vt'dipus Fgyptiacus : 

La Cabale des Hébreux 

Savoir : De la sagesse allégorique des anciens Hébreux, parallèle 
avec la cabale égyptienne et hiéroglyphique qui montre de nou- 
velles sources pour l'exposition de la doctrine hiéroglyphique et 
indique les origines de cette doctrine superstitieuse et sa réfutation. 

CuAi'. I. — Définition et division de la Kabbale. 

§ 1. Exemple de la Gématrie. 

§ 2. Exemple de Notaria. 

§3. Exemple de Themura i ou Ziruphj.. 

CuAP. II. — Ue l'origine de la Kabbale au dire des Kabbalistes. 

Chap. 111. — Du premier fondement de la Kabbale : l alphabet 
et de l'ordre mystique de ses caractères. 

Ghap. IV. — Des tioms et surnoms de Dieu. 

§ 1. Nom divin tétragrammatique ÎTin^ ou de 4 lettres. 

§ 2. Mystères du Nom n'H^ 

§ 3. Du nom divin de 12 lettres ou duodécagranimatique. 



— 15'J — 

§ 4. Du nom divin de 22 lettres, avec lequel les prêtres avaient 
autrefois coutume de bénir le peuple, au dire des Rabbins. 
§ 5. Du nom divin de A2 lettres. 

CiiAi'. V. — De la Table Ziruph ou des combinaisons de 
ral/)habet hébraïque. 

§ I. Comment le nom divin de 42 lettres est tiré de la table 
Ziruph. 

§ 2. Noms des 42 anges, qui dériveiil du nom divin de A2 lettres 
avec les interprétations. 

GuAP. VI. -- Du nom divin de 12 lettres et de son usage. 

Les 72 versets extraits de divers Psaumes dans lesquels sont 
contenus les paroles de Dieu et les noms des anges, colligés 
d'après diverses œuvres rabbiniques. 

GuA['. VII. — Le nom divin de 4 lettres ne fut pas inconnu aux 
anciens païens. Le nom lESU contient en lui tout ce qui a été dit 
du nom de ces lettres. 

GuAr. VIII. — De la très secrète théologie mystique des 
Hébreux: la Kabbale des dix Sephiroth. 

§ 1. l£nsoph, essence infinie, cachée, éternelle. 
^2. Kether,\^ couronne suprême, premier Sephiroth et des 
autres Sephirolli. 

CiiAP. IX. — Des diverses représentations des 10 noms divins de 
Sephiroth, de leur influx et de leurs canaux au dire des Rabbins. 

§ 1. Représentation des 10 Se[>hir()th par l'image de figure 
humaine. 

§ 2. Des systèmes de canaux el iidliix des S(q)hirolh, au dire des 
Kabbalistes. 

§ 3. Dérivation des canaux (voir la figure). 

§ 4. Des 32 voies des la Sagesse et de leur interprétation. 

§ o. Des 32 passages du chapitre I«' de la Genèse où le nom divin 
ELOIM est cité. Liste des 32 voies de la Sagesse. 

§ G. Des 50 portes de l'Intelligence. 

§ 7. Des 30 puissances émanant de la droite en Gedulah et des 
30 autres émanant de la gauche en Geburah. Du nom de 72 lettres 
et de 32 voies de la Sagesse. 



— 160 — 

§8. Des préceptes négatifs et affirmatifs qui sont annexés aux 
canaux sephirothiques de Gedulah et Geburali à Netzah et Hod, au 
dire des Rabbins. 

§ 9. Interprétation des chemins sephirothiques. 

§ 10. Du ternaire, septénaire et duodénaire des 22 lettres consti- 
tuant les canaux sephirothiques, et leurs mystères, de l'avis des 
Hébreux. 

CuAP. X. — De la Kabbale naturelle appelée « Bereschit ». 

ti 1. En quoi consiste cette Kabbale. 

§ 2. Kabbale astrologique. 

§ 3. De la Kabbale Bereschit, ou de la Nature, c'est-à-dire de la 
connaissance des caractères des choses de la Nature par la vraie 
et légitime Kabbale. 

§ 4. De la Magie kabbalistique, égyptienne, pythagoricienne et 
de leur comparaison. 

§ 3. — OUVR.\GES EN LANGUE ALLEMANDE. 

180. P>STEL\ (E), Mikad minot haychondin, Beitrâge zur jddi- 
schen Alterthimiskwide, Vienne, 1887 (SGT). 

181. Kleuker (F), De la nature et de r origine de la doctrine de 
l'incarnation chez les kabbalistes, Riga, 1786, in-8° [allemand) 
(PHIL). 

182. Freystad (F), Kabbalismus und Pantkeismus, Kœnigsberg, 
1832, in-8° (PHIL). 

183. Wacuter (F), Le Spinozisme dans le judaïsme, Amsterdam, 
1699, in-8° [allemand) (PHIL). 

184. ZuNZ (L), Gottesdienstliche Vortrœge, Berlin, 1832, ch. IX 
etXX(SCTj. 

185. Landauer (L), Literaturblatt de l'Orient de Furst, 1845, 
t. VI, p. 178 (SCTj. 

186. Graetz (L), Geschichte der Juden, t. V, p. 201-208, t. VII, 
mot Kabbala (SGT). 

187. J. Hamburger (L), lieal-Encyclopœdie f. Bibel u. Talmud, 
2*= partie, 1874-83, articles Geheimlehre, Kabbala, Mystik, Religions- 
philosophie, et dans le supplément, aux a-riicles Kteinere Midraschim 
elSohar (SGT). 

188. Steinscheneider (L), Judische Literatur dans l'Encyclo- 
pédie Ersch et Griiber (SGT). 

189. H. Joël (L), Bie Religionsphilosophie des Sohar, Leipzig, 
1849 (PHIL). 



— IGl — 

190. Ad. Jellinck (L), Moses ben Schemtob de Léon iind sein 
Vei'hxltniss zum Sohar, Leipzig, 1831 (PHIL). 

191. Id. (L), Beitrxge zur Geschichte dcr Kabbala, Leipzig, 1832 
(SGT). 

192. Graetz (L), Gnosticismus und Judenthian, Krotoschin, 1846 
(PHIL). 

193. M. Joël (L), Blicke in die Religionsgeschichte, Breslau, 1880, 
I" vol., p. 103-170 (SGT). 

194. GUDEMANN (L), Geschichte des Erziehungswesens der Juden, 
Leipzig, 1800, t. P'", p. 133 (mysticisme allemand), p. 67 (mysti- 
cisme en France au xiu° siècle) (SGT). 

193. D. Kaufmann (L), dans Jubelschrift zum 90 tcn Geburtstag 
des D"^ L. Zung, Berlin, 1884, p. 143 (SGT). 

196. Carl du Prel (F), Philosophie der Mgstik, Leipzig, 1887 
(PHILetMYS). 

197. (G), Cabala, Spiegel der Kunst in Kuppersliick (MYS). 



§ 4. — PRINCIPAUX TRAITÉS EN LANGUE HÉBRAÏQUE. 

Massore. 

198. Majer Halein (M), AVsorah siag l'Thorah (La Massore, 
un frein à la loi), xiii" siècle. 

Mischna et Gemurah. 

199. (M), M'sachta sophrbn (on voit), desci-iption de la forme 
extérieure de la Bible. 

200. Nasi Juda IIakadoscu (M), Mischnuh. 

201. Maimonides (M), La puissante main. 

202. Joseph Karo (M), Table couverte, 4 vol., i3oO. 

Le compendium le plus complet de la doctrine hébraïque. 
Kabbale. 

203. AiîRAHAM Akibaii (?) (M), Sephnr letzlrah (Livre de la crée- 
lion), Mantoue, 1332. 

204. Moïse (?) (M), M'eine Hachochinh (Les Sources de la 
Sagesse) ; Raja M'ckiinnak (Le Fidèle Pasteur). 

205. Rab Juda ren Betiiehu (M), Sepher Habelhachun (Le livre 
de la confiance). 

206. Rab. N'ciiuniau (M), 40 av. J.-C. Le livre Ua-Bahir (la 
lumière dans les ténèbres), Amsterdam, 1631, — Berlin, 1706. 

207. — (M), Jlamiuchad (Le mystère du nom de Dieu). 

208. — (M), Jggered Hasovoth (La Lettre sur les Mystères) 
(premiers siècles de J.-C). 

11 



— loi — 

209. Rab. Samuel, fils d'Elisée (M), Sepher Kanah (Les frag- 
ments du temple). 

210. Paraphraste Onkolos (M), différents Michaschim Mei 
kaschiluach (les eaux coulant lentement) (120 ap. J.-C). 

211. Rab. Simon, fils de Jochai, disciple d'Akibali (M), Sohar 
(La splendeur de la lumière). 

Fragments du Sohar. 

212. — Sitkrei Thorah (Les mystères de la Thorah). 

213. — Irnnka (L'enfant). 

214. — P'Kuda (L'explication mystique de la loi). 

215. — Midrasch Hanelam (La mystérieuse recherche). 

216. — Maimer tha chasi (Viens et vois). 

217. — Idra /?a66a (La grande assemblée). 

218. — 7f/ra 5u^a (La petite assemblée). 

219. — Siphra f/zeniiUka (Le livre des secrets). 

Éditions du Sohar : Mantoue, 1360, in-4°. — Dublin, 1G23, 
in-lbliu. — Gonslantinople, 1736. — Amsterdam, 1714 et 1803. La 
meilleure est celle de 1714. 

Principales publications depuis le Sohar jusqu'au xii® siècle. 

220. — Rab. Iuda Hanasi, 213 ap. J.-G. (M) : 1" Le livre des 
doux fruits. 

221. — 2" Le livre des Points, 

222. — 3° Un diamant dans Urim et Thumim. 

223. — 4° Le livre de l'Ornement. 

224. — 5° Le livre du Paradis. 

223. — 6° Le livre de la Rédemption. 

226. — 7° Le livre de l'Unité. 

227. — 8° L'alliance du Repos. 

228. — 9° Le livre de la Recherche. 

229. — 10" La voix du Seigneur dans sa puissance. 

230. — 11° Le livre de l'Agrégation avec différentes explications 
sur les nombres 42 et 72, la loi et la morale, etc. 

231. — 12° La Magnificence. 

232. — 13° Le livre de la Récréation. 

233. — 14° Le livre de la Vie future. 

234. — 13° Le mystère de la Thorah. 
233, — 16° Le livre sur les Saints Noms. 

236. — 17° Le trésor de la Vie. 

237. — 18° L'Eden du jardin de Dieu. 

238. — 19° Le livre de la Rédemption. 



— iG:i — 

Principales publications depuis 12^0 jusqu'au wi" siècle. 

239. — 20» (M), L'ordre de la Divinité. 

240. — 21° Le vin aromatisé. 

241. — 22° Le livre des âmes. 

242. — 23° Le mystère de l'esprit. 

243. — 24° Le livre des Anges. 

244. — 25° Le livre du Rapport des formes. 

245. — 26° Le livre des Couronnes. 

246. — 27° Le livre des Saintes Voix. 

247. — 28° Le livre des Mystères de l'Unité et de la Foi. 

248. — 29° Le livre des portes du divin Entendement. 

249. — 30° Le Mystère de l'obscurité. 

250. — 31° Le livre de l'Unité de la Divinité. 

251. — 32° Le Jardin intérieur. 

252. — 33° Le Saint des Saints. 

253. — 34° Le Trésor de la Gloire. 

254. — 35° La Porte des Mystères. 

255. — 36° Le livre de la Foi. 

256. — 37° La Fontaine d'eau vive. 

257. — 38° La Maison du Seigneur. 

258. — 39° Urim et Thumim. 

259. — 40° La Demeure de la Paix. 

260. — 41° Les Ailes de la Colombe. 

261. — 42° La Source du jardin. 
2)2. — 43° Le Suc de la grenade. 

263. — 44° Ce qui illumine les yeux. 

264. — 45° Le Tabernacle. 

265. — 46° Le livre de la Foi. 

266. — 47° Le livre des Dix. 

267. — 48° Le livre de l'Intuition. 

268. — 49° Le livre des mystères du Seigneur. 

269. — 50° Le sens du Commandement. 

270. — 51° Traité sur les dix Sephirotb. 

271. — 52° Explication de la Thorab. 

272. — 53° La poudre d'aromate. 

273. — 54° La lumière de Dieu. 
27 i. — 55° L'Autel d'Or. 

275. — 56° Le Tabernacle. 

276. — 57° Le livre de la Mesure. 

277. — 58° La lumière de la Raison. 



— 164 — 

278. — 59° Le mystère de Ja Thorah. 

279. — 60° Le livre de l'Angoisse. 

280. — • 61° La Porte de la lumière. 

281. — 02° L'Arbre de Vie. 

282. — 63° Le Rameau de l'Arbre de Vie. 

283. — 64° La Voie pour arriver à l'Arbre de Vie. 

284. — 03° Les Trésors de la Vie. 
28o. — 06° Le livre de la Piété. 



^ o. — OUVRAGES EN LANGUE ANGLAISE 

286. H. -P. Blavatsky (P), Isis Unveiled, New-York, 1873, 
3 vol. in-8° (MYSj. 

Indigeste compilation des écrivains français, pour tout ce qui a 
rapport à la Kabl)ale. — Aucune métliode. 

287. (P), rhe secret Doctrine, London, 1889, 2 vol. gr. in-8° 
(MYS). 

Même remarque que pour le précédent. 

288. D' G. DU Prel (P), Philosophy of Mysticism, transi, p. 
G.-C. Massey (PHIL et MYSj. 

289. A.-Edw. Waite (P), Lives of Alchenvjstical Pliilosophers 
(MYS). 

290. S. LiDDELL Macgregor Matuers (P), The key of Salornon 
ihe Kmg (clavicula Salomonis). 

291. — The Kabbala h Unveiled {SCT). 

292. Franz Hartmann (P), Magic, White and Black (MYS). 

293. — The Lilerature of Occuliism and Archaeology 
(MYS). 

294. A.-E. WArrE(P), The Mysteries of Magic (MYS). 

293. (DVi, Supernatural, religion a inquiry into ihe reality of 
divine révélation, 3 vol., London, 1873 (PHIL). 

290. Henry Morus (WT), A conjectural essay of interpreting 
the mind of Moses,according to a threefold Cabala, London, in-8°, 
1634 (PHIL et MYS). 

297. Smith (DV), 'Dictionary of Christian Biography (Article 
Cabbalah) PHIL). 

298. Ginsburg (DV), The Kabbalah,its Doctrines Developement 
and Littérature (PHIL^. 

299.- AzARiEL (DVj, Commentary on the Doctrine of the Sephi- 
roth, Varsau, 1798; Berlin 1850 (PHIL). 



— 105 — 

\jr 300. — (DV), Commenlary on the SoJig of Songa, Altonn., 
-^ 1763 (MYS). 

301 . Mackay (P), Memory of extraordinary popiilars delusions, 
London, 1842, in-8'' (Portraits de J. Dée, de Paracelse et de 
Cagliostro) (PHIL). 

302. Barrett (P), Magus a celeslial intelligence, Londres, 1801, 
in-4'>, fig. (MYS). 

303. AiNSWORTH (Henry) (B), Annotations upon the five boohs of 
Moses, in-folio, London, 1630 (PHIL). 

304. CuDWOuïii (B), The trxie intellectual system of the Universe, 
in-folio, London, 1678 (MYS). 

304 bis. — Anna Kinsfort (D), The perfect Way, Londres, 
in-8'', 1887. 

§ 6. — OUVRAGES EN LANGUE ESPAGNOLE 

303. Castillo (P),//iA'/or/a y magia naturnl, Madrid, 1692, in-4'' 
(MYS). 

301). Abendana (P), Cuzari, libro de grande scicncia y mucha 
doctiina, tradiicido por Abendana, Amsterdam, 5423 (Bib. Nat. 
A 2l).>4) (PHIL et MYS). 

307. Cardoso (B), Tas Excellencias de los IJebreos, y las Cnlo- 
nias de los hebreos, in-4", Amsterdam, 1679 (PHIL). 



CHAPITRE III 



CLASSIFICATION PAR ORDRE DES MATIÈRES 



§ 1. — TRAITÉS CONCERNANT LA MISCIINA 

{Bibliothèque nationale.) 

310. R. MosES Maimonides, et R. Obadia BARiENOViE, Mischnat, 
traditiones, Sabionetx, 1563, 2 vol., in-4<'(A. 828). 

R. JuD.E Sangti, Venitiis, 1606, in-folio (A. 829). 
Voir aussi n°^ 830 à 834. — Tous ces ouvrages sont en hébreu, 

311. GuiLTELMUsSuRENHUSius, Misclinn,sivc totius hebrœorumjuris, 
rituum, antiquitatum ac legum oratium systema, cinn Rabbinorum 
Maimonidis ET Bartenov.e commentariis integris ; quibus accedunt 
variorum auctorum notx ac versiones bi eos quos edidennit codices: 
omnin a Guilielmo Suren?iusio lalinitate donata, digesta et notis 
illustrata Hebraicè et latine, Amstelodami, Girard et Jacobus 
Borstius, 1098, G vol. in-folio (A. 834). 

Voir (le plus n"' 833 à 840. 
Mischna (meilleurs commentaires). 

312. MoisK Maimonides et Oiudia Bartenove, Bib. nat. A 673, 
fol. Imprimé à Naples, 1490-92, texte latin, publié par Suren- 
iiusius, 6 vol., Amsterdam, 1698-1703 (A 674). 

313. Miscn.VA en espagnol^ Venise, 1606. 

314. — en allemand, par Habe, Onolzbach, 1761. 

315. — en hébreu, Berlin, 1834. 

§ 2. — TRAITÉS CONCERNANT LE TARGLJM 
{Bibliothèque nationale.) 

316. PaulusFagius et Onkelus, Tliargum, 1346, in-fol, (A 824). 

317. UziEL, Targum, Bàle, 1607, in-fol. (A 825). 



— 108 — 

318. L'ziEL ou lend. de Fraxciscl'sTaylerus, Londres, 1649, in-i" 
(A 826). 

319. R. Jacob. F. Blnam, Bâle, in-4« f A 827). 
. 320. Voir de plus n"^ A 435, A 786, A 2-332. 

TRAITÉS CONCERNANT LA MASSORE 

(Bibliothèque nalionalc.) 

321. BuxTORF, Tiberias (A 822, 823). 

5; 3. — TRAITÉS CONCERNANT LE TALMUD 

[Bibliothèque nationale.) 

322. 1° Talmud de Jérusalem, R. Jochanan, Talmud Hierosoly- 
mitamim, divisum in quatuor ordines. Venetiis, Daniel Bomberg, 
in-fol. s. date (A 840); autre édition, Cracovie, Isaac, Aron, 1607- 
4609, in-folio; 2° Talmud de Babylonc. 

323. Rab. AscnE, Talmud Dabylonicum inlegrum, ex sapientum 
scriptis et responsis compositum a Rab. Asche,centum circiler annis 
post confectum Talmud Hierosohjmitanum, additis commentariis, 
R. Salomonis Jarchi, et R. Mosis Maimonidis, Venetiis, Daniel 
Bomberger, 1520, 1521, 1522, 1523; 15 vol. in-fol. (A 842). 

Voir de plus n" A 843 à 857. 

324. Pour les abrégés du Talmud, n°' 857 à 879. 

325. Pour les commentaires du 7a//;mf/, n°^ 879 à 914. 

326. Pour les traités sur le Talmud, n°^ 915 à 917, 

En résumé, la Bibliothèque nationale possède, dans son catalo- 
gue ancien, cent vingt-quatre ouvrages sur le Talmud, la plu- 
part très considérables. 

^ 4. — TRAITÉS CONCERNANT LA KABBALE EN GÉNÉRAL 

{Bibliothèque nationale, Wolf.) 

1" Introduction à la Kabbale. 

327. R. Joseph Cornitolis, Schaace Hedek portx perlicia 
(hébreu), Ruca, 1401, in-4° (A 964). 

328. R. Joseph Gecatilia, Gan egiz, hortus lucis, sive introductio 
in artemcabalisticam (héhreu), Hanovriœ, 1615, in-fol. (A 965). 

2" Iraités généraux sur la Kabbale. 

329. R. Akiba, Sepher Jesirah (hébreu), Mantoue, 1562, in-4° 
(A 966). 



— 169 — 

330. RiTTANGELius, Sep/ier Jesirah (hébreu), Amstelodami, 1642, 
in-4'' (hébreu et latin) (A 957). 

331. R. ScHABTAi ScnEPiiTEL HoRwiTZ, Sckepha Tal sar Sep han- 
tai (hébreu), Hanovre, 1612, in-fol. (A 968). 

332. Knorr de Rosenrotu, Kabbala denudata (A 969) (latin). 

333. PiSTORius, Ar^is cahalistlcx scriptoj'es (latin), Basileœ, 1387, 
in-folio (A 970). 

334. Voir de plus les traités en langue hébraïque, n°^ 970 à 978. 
33o. Joseph de Voysin. Trad. de l'hébreu en latin. 

R. Israël filii. R. Mosis, Disputatio cabalistica de anima, et 
opus i'hythmicum R. Abraham Abben Ezr^, De modis quibus Hebrsei 
legem soient interpretari, adjectis commenlarïis ex Zohar, aliisque 
rabblnorum libris, cum Us qux ex doctrina Platonis convenere, 
Parisiis, Tussanus du Pray, 1638, in-8° (A 978). 

336. Aggripa (Hen.-Gom.) Phil. Occulta, (liv. 3); De Vanitale 
Scientiarum (ch. 67). 

337. Alberti (Frid. -Christian), Œuvres. 

338. Altingius (Jacob), Jn Dissertât, de Cabbale Scripturaria. 

339. Andrew (Samuel), In Examine generali Cabballx philoso- 
phic;i\ Henri Mari, Herboni, 1670, in-4". 

340. Bartoloccius (Julius), rabbinica Bibliotheca [passim], 1694, 
o vol.; Rome, 1673-93, 4 vol. in-folio. 

341. Basunysen (Hen.-Jac. Van), Disputationes II de Cabbala 
vera et falsa, Hanov., 1710. 

342. Basnage (Jacob), Uistoria Judaica, lib. 3, cap. 10 et suiv. 

343. Berger (Paul.), In Cabbalismo Judaïco Christiano, Vitem- 
berg, 1707, in-4». 

344. Buscherus (Frédéric-Christianus), In Mensibus Pietisticis 
(mense IV). 

343. BuDDEUs (Jo. Franc), In observationibus Halensibus salutis, 
t. 1, observât. I et 16 et i)i Introductio in philosop. Hxbreo- 
rum. 

346. De Burgonovo (Archangelus), Ordinis minorum, Pro defen- 
sione doctrinse Cabbahc, Basil., 1600, in-8° (p. 33 et 34.) 

347. Ejusde.m, Cabbaiistarum selectiora obscurioraqxie dogmata 
illustrata^ Ventiis, 1369, in-8" ; Basil. 1387, in-folio. 

348. Garpyiorius (Joh.-Benedictus), Introductio in Theologiam 
Judaicam, c. VI. 

349. GoLBERG(Ehregott. Daniel), /nCArw^ianwmo Hermctica Pla- 
tonica. 

340. CiOLLANGEL (Gabriel), In Dissert, de Cabbala, cum ejusdem 
pulygraphia Galliœ édita, Paris, 1361. 



— 170 — 

351. DiCKiNSON (Edmond), In physica cetere et vera, cap. IV 
et XIX. 

353. DiSENBACH (Martinus), In Judxo convertendo, p. 94, et con- 
versa, p. 145 sqq. 

334. DuRETUS (Claudius), Dans F histoire de V origine des langues, 
c. 7. 

3oo. Fludd (Robertus), m Philosophia mosaica, et alibi, passim. 

356. Gaffarellus [id.z.),Abdita divinse Cabbalx mysteria contra 
Sophistarum Logomachiam defensa, Paris, 1623, 4 teste Leone Alla- 
tio de Apibut Urbanis. Ejusdem tractatum de Cabbala, et in eum 
Mersenni notes M. S. S. in Biblioth. Peirescii memora, Colomesius 
in Galia Orientali, p. 134. Promisit et Cribru?yi Cabbalisticum. 

357. Galatinus (Pet.), lib. 1, De Arcanis Catkol. Veritat., c. 6. 

338. Garzia (Pet.), Vide supra Archangelus Burgonosensis. 

339. GASïALDL's(Thom.) In libris de Angelica potestate passim de 
Cabbala Judaica egit, eamque confiitavit, teste Kirchero in Edipo 
Egyptiaco, t. II. parti, qui passim ad eum provocat. 

360. Gerson (Christian), In Compe.ndio Tahnudis, part 1, c. 31. 

361. Glassiiis (Salomon), In Philologia Sacra, lib. Il, part 1, 
p. 302. 

362. Hackspanil'S (Theofloricu=i, In Brevi Expositione Cabbalx 
Judaicx, Misccllaneis ejus Sacris subjuncta, p. 282 sqq, qui specia- 
tini, p. 341 sqq. fuse de usu Cabbalse in Theologio differit. 

303. Hebenstreitius (Jo.-Bat), In dissertât, de Cabbala Log. 
Arithmo-Geometro-Mantica spargi nuper cœpta, Ulm, 1619, in-4''. 

364. Henningius fJo.) In Cabbalologia sive Brevi Institut ione de 
Cabbala eum veterum Rnbbinorum Judaica, tum Poetarum Para- 
grammatica,\À\)^\, 1683, in-B". 

365. Hoornbeckius (Jo.j In libris VIII pro convincendis et conver- 
tendis Judicis, lib. 1, c. 2., p. 89 sqq. 

366. Hottingerus (Jo. Hen.) In Thesauro Philolog., lib. 1, c. 3, 
sect. V. 

367. Hottingerus (Jo. Henres.) Nepos, In notis ad discursum Ge- 
maricum de Incestu Creatione et opère Currus, p. 41 sqq. 

363.^ircher us (Athana §}, In jEdipo yE gyptiaco , t. II, p. I. 

369. Knorr (Christianus), A Rosexroth, in Cabbala denudata, 
t. 1, Solisbac, 1677 et 1678; t. II, Francof. ad Moen, 1684, in-4'>. 
Vide Buddei Introduct., p. 281 sqq. 

370. Langius (Joach.), In Medicina Medicina Mentis.,^. 131, sqq. 

371. Langius (Jo. Mich.), In Dissert, de Charactere primœvo 
Bibliorum Hebr. et in Comment, de Genealogiis Judaicis. 

372. Lensdenius (Jo.), In Philolog. Hebr. Dissert. XXVI. 



~ 171 — 

373. LoESCHAR (Valent. Ernestus), In Prsenotionibus Theologicis, 
p. 288, sqq. 

374. LoBKOviTZ (Jo. Caramuel a), Cabbalx Theologicx Excidiiim, 
qua stante in tota S. Scriptura ne unwn quidem verbum esset de 
ûeo, Vide Imbonatï Biblioth. Lat. Beb., p. 96. 

373. Ejusdem, Spécimen Cabbalse Grammaticœ^ Bruxellis, 1642. 
in-12. 

376. MiRAXDULANUS {Vid. Piciis). 

377. MoRESTELLis (Pet.), Academia Artis Cabbalist., Paris, 1621, 
in-8°, édita prorsus hue non pertinet, quippe qux tantum de Arte 
Lulliana exponit. 

378. MoRUS (Henr.), In scriptis variis, de quibus diligenter exponit 
Rev. Jo. Franc. Buddeus in Iniroducl. in Philos Hebrxornm. 

379. UvLLERVS (io.), In Judaismo Prolego7)i. VI. 

380. Neander (Michael), In calce Erotematum L. Hebr., p. 514, 
sqq. 

381. Pastritius (Jo.), CuJhs tractatum M. S. de Cabbnla ejusqun 
divisione et auctoritate laiidat Imbonatus in Biblioth. Hebrieo, 
Latina, p. 126. 

382. Picus (Jo.) MirancUilanus, LXXII, Concliisiones Cabbalisticœ 
et alia in Operibus ejus legenda. Conclusiones illx integnv erstant 
in Rev. Budder Introduct.,]). 230 sqq. Conf. Archangelus Burgonov. 

383. PiSTORiusfJo.), Nldanus, in tomo 1. Scriptorum. Artis kabba- 
list., Basile, 1587, in-folio, quo conlinentur Pauli Riccii, lib W , de 
cœlesti Agricultura, et opuscula nonnulla ejus alia: R.Josephi Casti- 
liensis Porta lucis, Leonis Ebrai de amore Dei dialogi très: Jo. 
Reuchlini lib. 3 de Arte kabbalistica ; item lib. 3 de verbo mirifico: 
Archangell Burgonoviensis Intcrpretatioiies in selectiora obseuriora- 
que Cabbalistarum dogmata ; et Abrahami liber Jezira. Lege de hnc 
colleclione Buddeum in Introduct. ad Histor. Philos. Hebr., p. 221. 
Rich Samaneni in Bibliotheca Selecta, t. 1, p. 322, sqq. et Pel. 
Bœlium in Dictioyiario edit. recentiss.., t. III, p. 2315, sqq. 

384. Reimmannus (Jac. Frider.), In Conata introduct. inHistoriani 
Thcolog. Judaicx, lib. i, c. lo. 

383. Reuchlinus (Jo.), In libris 3 de Arte Cabbalist. Ilagenoa-, 
1517, in-4". Basile, 1550, et cum Galatino. Francof., 1672, in-folio, 
item in Pistoris Scriptoribus Cabbalist., Basil., 1587. 

386. Riccius (Paulus), In libris IV de cœlesti Agricultura et 
aliaa ; vide part. 1, n" 1817. Conf. Pistorius. 

387. RiTTANGELius (Jo. Steph.),/» notis ad lib. Jezirn, et libro de 
« Veritatc /leligionis Christ ianx ». 

388. RosENROTH (V. Christianus Knorr). 



— 172 — 

389. ScQERZER (J. Adamus), bi TrifoUo Orieniali, p. 109, sqq. 
389 bis. ScBiCKARDus (Giiilielmus), Jn Bechinath Bapperuschim, 

Diss. IV. 

390. ScnoTTUS (Casp.), In Technica Curiosa, lib.XII, de Mh^abili- 
hus Cabbalic. 

391. SciiUDT (Jo. Jac), In Memorabilibus Judaicis, part. IT, lib. 6, 
cap. 31, p. 188, sqq. 

392. Sennertus (Andr.), Dissert. peciUlari de Cabbala, Wiemhe., 
1055, in-4°, quœ récusa est in Heptade II. Exercitatt. Pïlolog. 
num III. 

393. Sperberus (Jiiliu>), Isagoge in veram triunius Dei et naturse 
cognitionem, concinnata an. 1008, Jinnc vero primwn publicl juris 
facta, in gna multa quogue prxclara de rnateria lapidis Philoso- 
phici ejusque mirabilissimo continentur, Hambui'gi 1074. Hune 
puto esse tractatiim, in quo probasse sibi videlxir, artem kabbalis- 
ticam omnium artium esse nobilissimam. Vide prœfationem ejus ad 
Preces Cabbalisticas. 

393 bis. Ejusdem, Kubbalisticx Precaliones, Latine, Amstelod., 
1075, 111-8°, et German eodem anno Amstelod., et Francofurti. Conf. 
Godefredi Arnoldi Hislor. Hxresiologic., part. III, p. 10, sq. 

394. VoisiMUS (Jos.j, In notis ad proœm, in Ilagm. Martini 
Pugionem l'idei, et ad R. IsraH, fil. Mosis, Disputât, Cabbalist. 

395. Wagoter (Jo. Georg.), In Spinosisrno Judaismi, kvailQloû., 
1799, in-8°, et ElucAdario Cabbalistico, Rostoch., 1700, in-8". 

390. Walther (Jo.), in Officina Biblica, p. 523, sqq, 

397. Waltonus iBrianus), In Prolegom. VII ad Biblia Poli- 
glotta, § 30, 38. 

398. ZiEROLDUS (Joh. Wilhelmus), Inintroduct. ad Histor. Eccle- 
siast, cap. III. Ex Judœis, qui historiée de Cabbala 2)rc€ceperunt, 
potiores sunt Elias Levita in Tisbi voce, li. Moses Corduero in 
R. Nephthali in pnefat. et Menasse ben Israël in C onciliatione 
super Exodum, qu;est CXXV, p. 249, sqq., edit. Hispanicœ. 

^ 5.