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Full text of "Kami yo-no maki. Histoire des dynasties divines, publ. en jap., tr ..."

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m^^0^-'rëS^^^, ^.^^^/^I'— — ^ c^yr/'^ ^ 





PDBLICATIUKS DE L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VI\^\NTES. 


LES POÈME.S DE L'ANNA M 


' . 


^ S ^ fr # 


Tv I M 


Nks, Kl EU 


• 


TÂN TRUYÊN 



PUBJUIE ET TRADUIT POUR LA PKEMIERE FOIS 
TAU 

A^BEL DEBjVnCHELS 

1*R0F£3SKI:R a LECOJ.E 1>KS LA?^ai!E8 0KIE>iîALK5! VlV\XTEî5. 



%a^ 



y-ov^ K^ ^ 



TOME PREMIER 

TEANôCEUTION. lEADrcTlON ET NOTE.^ 



ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

tIBRAtBE DK LA âOCJiTÉ ASIATlgUE 
1>E l.*ÉCOtç;0is lAîFQCES ORllSNTALE:^ YIVA^'TES. ETC. 

2«, liCE BO\.\rARTE 28, 

1884, 



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GooqIc 



B*^?fc«c.fI-.»-w»j r^; .- '*">' -."•*• '■».■ vu . 



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PUBLICATIONS 



DE 



L'ÉCOLE DES LANGUES OKIENTALES VIVANTES 



ir SÉRIE — VOLUME XIV 



^ H ^ ff # 

KIM VÂN KIEU TÂN TRUYÊN 

POÈME POPOIAIBE ANNAMITE. 



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LES POÈMES DE L'ANNAM 



^ # ^ fr # 



Kl M VAN KIÊU 



TÂN TRUYÊN 



PUBLIÉ ET TRADUIT POUR LA PREMIÈRE FOIS 
PAR 

ABEL DES MICHELS 

-PBOFE88EUB A L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES. 




TOME PREMIER 

IRIPTION. TRADUCTION ET NOTES 



PA.RIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOClÈTt ASIATIQUE 
I>E L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ETC. 

28, RUE BONAPARTE 28, 

1884. 









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INTRODUCTION. 



Le titre du poème annmnite dont je publie au- 
jourdUmi la traductmi et qui est Vœuvre de Nguyên 
Duj Hfm tam tri du Ministère des Rites sous le 
règne de Cria long^ signifie littéralement en français : 
< Nouvelle histoire de Kim, deVân et de Kiêu>. 
L'auteur y a réuni les noms des personnages les plus 
marquants de son œuvre, qui est d'ailleurs connue 
en CocImicMne sous la dénomination plus simple de 
€ Poème de Tûy Kiêu>. Il l'a tirée, en y introdui- 
sant des modifications comidé'ables, d'un roman chi- 
nois que plusieurs lettrés de VAîinam croient avoir été 
composé par l'un des Tài tu. Je fie saurais dire si 
cette opinion est fondée, car le seul exemplaire que 
je connaisse de ce livre ne porte pas de nom di" auteur. 
Il présente d'ailleurs cette particularité remarquable 
qu^il est écrit d'un bout à l'autre en wên tchcmg 



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Il INTRODUCTION. 

sans aucun mélange dekouân ho à; ce qui est eairê- 
mement rare dans ce genre de compositions \ 

Une jeune fille appartenant à une famille plus 
1i07iorahle que fortunée va faire y à V occasion de la 
4iFête des tombeauû^^, une excursion dans la cam- 
pagne en compagiiie de sa sœur et de son frère. Elle 
rencontre la tombe déserte d\me comédienne autre- 
fois célèbre par sa vie licencieuse^ et déplore V aban- 
don ou se trouve cette sépulture. Les détails que lui 
dorme son frère sur la vie et la mort de Bqm tien 
la touchent au point de Ud faire verser des larmes. 
Elle offre nn sacrifice sur le tombeau de la chanteuse^ 

^ Au moment où f allais renvoyer à V imprimeur la première épreuve de 
cette introduction et le lendemain même du jour où, dans un mémoire que fa- 
vais Vhonneur de lire devant V Académie des Inscriptions et Belles-lettres , je 
disais n* avoir pu découvrir à quel roman diinois on pouvait rattacher r œuvre 
poétique de Nguyen Du, je reçus de M. le Professeur Truang Minh Ky 
qui, Vayan{ découvert à Saigon, avait F obligeance de me Renvoyer aussitôt^ ce 
roman que f avais si longtemps cherché en vain. Il est intitulé .A- ^g ^^ 
^^ ; ce qui signifie, à une légère nuance près, la même chose que le titre du 
pohne lui-même. MaUicureusement, comme je viens de le dire, cet exemplaire 
qui provient d^une édition tout récemment imprimée à Hà noi ne porte pas de 
nom d^ auteur. On trouve pour tous renseignements sur la couverture que cette 
édition, revue et gravée à nouveau par un lettré nommé ^§ ^^ 3K Phuâc 
Blnh Le, a été publiée sous le règne de S^ ffi[ Tu Duc dans le premier mois 
d^ automne de r année j^ -^, c'est-à-dire en 1876. I 

Ce roman chinois parvient à ma connaissance au moment où le premier 
tome de ma traduction du poème de Tûy Kiiu est presque entièrement com- 
posé et prêt à paraître. Cette circonstance explique l^a présence dans ce volume 
d'un certain nombre de notes destinées à faire ressortir l'origine cJiinoise du 
poème, origine sur laquelle l'existence du ^^ ^a ^S ^^ lèverait toute es- 
pèce de doute y s'il eut ét^ possible d'en concevoir. 



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INTRODUCTION. III 

et prie F ombre de cette dernière de lui apparaître. La 
morte lui ayant aussitôt manifesté sa présence par 
des signes non équivoques^ ce fait produit sur V esprit 
de Tny Kièu une impressio7i des plus prof ondes. De 
retour dans sa demeure, elle voit pendant so?i som- 
meil ^qm tien venir à elle et lui amioncer les mal- 
heurs qui vont V accabler en expiation des fautes com- 
mises par elle dans \me vie antérieure. 

Cepefidant un jeune lettré, compag?io7i d'études du 
frère de notre héroïfie, était ve?iu à passer au momefit 
oh elle se disposait à qiiitter le tombeau après le sa- 
crifice offert. Frappé de sa beauté, il était devenu 
subite?ne7it épris d'elle. Sous V empire de sa nouvelle 
passion, Kim Trong (c'est son 7iom) retourne à 
Ve7idroit où il a vu la jeune fille da7is V espoir de Vy 
renco7itrer eiicore. Son espéra7ice aya7it été déçue, 
il se rend au lieu où demeure celle qui s'est 7*e7idue 
maîtresse de son cœur, et trouve le moyeii de louer 
7uie maison da7is le voisi7iage. 

Après deuœ7nois datte7ite infruct^ieuse 7iot7*e amou- 
reux f?iit par apercevoir l'objet de sa flamme dans 
le jardi7i de la mais07i qu'elle habite. Il se hâté de 
se mo7it7'er da7is l'espoir d'entrer en relation avec 
elle. Tûy Ktêii, effrayée, rentre précipitamment; 
mais elle oublie son épingle de tête do7it Kim Tro7ig 
s'empare aussitôt. Le Ie7idemai7i la jeu7ie fille s'aper- 



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IV INTRODUCTION. 

çoit que cet objet manque à sa toilette et retourfie dans 
le jardifi pour F y chercher. Elle s^ entend appeler par 
Kim Trong^ qui lui déclare son amour et lui rend 
S071 épifigle accompagnée de quelques présents. 

Quelques jours après, Tûy Kiêu, projitant de ce 
que tous les siens ont quitté la maison pour se rendre 
à une fête de famille^ se glisse chez le jeune lettré. 
Les deuûj amants se livrent à une douce causer ie, 
font des vers et de la musique, et se jurent ufie éter- 
nelle fidélité. Cependant lapassio7i de Kim Trong 
tend à devenir coupable. La jeu?ie file le ramène à 
des sentimeîits plus nobles et, le jour étant venu, elle 
retourne daiis sa demeure. La famille revient, et le 
malheur semble arrivei* avec elle. Des satellites du 
tribunal surviefinent inopi?iément et arrêtent le père 
pour une dette iîisignifiante C07itractée envers un mar- 
chand de soieries. On co?ifsque tout, on met la mai- 
son sous scellés, et Ktêu, n^ écoutant plus que son 
amour filial, se vend, pour racheter son père, à un 
misérable. Ce dernier n^est que rimtrument d^une 
vieille femme nommée Tu h à qui, sous le couvert 
d'un mariage simulé, entraîne la jeune fille dans un 
mauvais lieu. Comme elle résiste énergiquement aiuv 
suggestions de la mégère, et te?ite même de s^ôter la 
vie porir y échapper. Tu bà, pour V amener à ses 
fins, use d^un stratagème abominable. Elle lui dé- 



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INTRODUCTION. 



pêche un vaurim fiommé Sa Khanh qui se montre 
à elle sous les apparences d\m lettré distingué. La 
malheureuse jeiifie fille voit en lui un libérateur; elle 
se confie au misérable et ^enfidt avec lui La vieille 
Tu bà la po7irsuity Vatteiîit et V enferme dam sa 
maisofi de prostitidion ou, aidée de Sa Khanh, elle 
ramène à force de mauvais traitements à e^vercer 
le înétier immonde dont elle tire bénéfice. 

Parmi les nombretav jeunes gens qu^ attire la repu- 
tation de beauté de Tûy Kiêu se trouve un jeune lettré 
nommé Thûc sanh. Il rachète la victiîne de Tu bà, 
remmène et vit avec elle. Surviefit le père du lettré 
quiy n'ayant pu faire renoncer soîifils à ime liaison 
indigne de lui, traîne la jeune fille deva^it le tribunal 
du préfet. Ce magistrat la fait d'abord accabler de 
coups; mais, voyant Thûc sanh se désespérer, il 
est touché des pleurs du jetme homme, V interroge, 
et apprend de lui qm la persofine qu'il traite ainsi 
est une jeune fille de grand talent. On met Kiêu à 
répreuve, et le magistrat, entièrement subjugué, in- 
vite lui-même le vieillard à comentir à Vunioti des 
d^ux amants. 

Cependant Thûc sanh, sur les conseils de Tûy 
Kiêu, retourne provisoirement près de sa femme 
légitime; mais il ne lui dit rien de sa nouvelle u?iio?i. 
Ho an thon^ en apprend pas moins V aventure. Trans- 



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VI INTRODUCTION. 

portée de jalousie j elle envoie demv scélérats mettre le 
feu à la maison de sa rivale, et fait enlever cette der- 
nière qu'acné réduit à la co?idition d^ esclave. Accablée 
de mauvais traiteîuentSy ah^euvée dliumiliations, 
Kiêu désarme sa persécutrice par sa résignation et 
la dignité de son attitude^ et Ho an tha lui permet 
de se retirer dans une pagode pour y passer le reste 
de ses jours dam la pénitence. Cependant Thûc sanh 
Vy rejoint; înais il est surpris par Ho an thapendafit 
qu^il causait intimement avec la je^me femme. Cette 
dernièrey à qui une servante a appris qu^elle avait été 
épiéCj est saisie de terreur et se réfugie dans une pa- 
gode éloignée, où elle se concilie facileme?it les boufies 
grâces de la supérieure Gide duyên. Malheureuse- 
ment cette dernièrey ayant reçu les confidences de 
notre héroïne^ craint d^ encourir la colère de Ho an 
tha. Elle confie Tûy Kiêu à une vieille femme nom- 
mée Bac hà quiy sous le couvert dJune grande piété^ 
cache les mœurs les plus infâmes. Cette dernière con- 
fie Kiêu à son neveu qui V emmène dans la ville de 
Châu thaï et la vend au propriétaire dJune maison 
de prostitution. La malheureuse ^ enfouie pour la 
seconde fois dans cette fange j 7*eçoit chez elle un chef 
de rebelles nommé Tù hâi. Il la délivre et Vépouse 
comme V avait fait une première fois le lettré Thûc 
sanh. Après une séparatioii volontaire de six moisy 



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INTRODUCTION. VII 

le guerrier revimt mctoriemv des troupes de FEm- 
pereur qu^il a fait trembler sur sou trône. Tûy Kiêu 
reçoit de grands honneurs des généraux et de Var- 
mée. Mie profite de sa puissance actuelle pour récom- 
penser généreusement to^is ceuù: qui Vont secourue 
dam V infortune et faire mourir ses anciens persé- 
cuteurs au milieu de tortures épouvantables. Elle 
voudrait retenir auprès d^elle Gide duyên qu^elle a 
invitée à venir assister à cette scène de justice distri- 
butive; mais cette dernièrej qui iiHest autre qiùme 
immortelle déguisée^ la quitte en lui prédisant qi^ elles 
se reverront dans cinq ans au fleuve Tien duàug. 

En effet le général de r Empereur a remporté par la 
trahison et avec Vaide inconsciente de la jeune femme 
une rictoire complète sur les troupes du rebelle^ qui a 
trouvé la mort da)is le combat. Le vainqueur donne 
Tùij Kiêu pour femme à un fiotable du pays qui 
emmène dans son bateau la nouvelle épousée; mais 
cette dernièrCj arrivée dans les eaux du fleuve Tiê^i 
duangy se souvient de la prophétie de Gide duyên 
et se précipite dans les flots. Elle est sauvée par Vim- 
mortelle qui V attendait depuis longtemps sur le bord 
du fleuve. 

Désormais notre hérdine a payé sa dette au mal- 
heur. La mesure de souffrances qui lui était réservée 
en expiation des fautes de son existence antérieure 



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vin INTRODUCTION. 

est épuisée. Mie retrouve sa famille et son fiancé 
Kim Trong qui réponse et vit heureux avec elle. 

Ce n^ était pas chose facile que de donner pour la 
première fois une traduction du poème de TûyKiêu. 
Outre qu^il est d\me longueur eœtraordiîiairCj c^est 
peut-être le plus difficile de toits ceiix qui sont éclos 
sous le pificeau des poètes de VAnnam. Le lecteur ne 
s'étonnera donc pas de la grande quantité de notes 
explicatives dont f ai dû en accompagner la traduc- 
tion. Quelque soin que f aie mis à suivre de très près 
Vorigiiialj elle serait^ sans ces notes, absolument in- 
suffisante pour donner une intelligence complète de 
V œuvre du lettré Nguyêîi du, tant les expressions 
en sont cherchées, le texte difficile, et les figures aussi 
multiples qu^ étranges. 

Un des caractères les plus saillants de ce long 
poème co?isiste da?is les idées bouddhiques quHl ren- 
ferme, et sous rififiue^ice desquelles il a été écrit. Uon 
y rencontre notamment à chaque instant rexpressiofi 
de cette docfnne, que les malheurs de notre existence 
actuelle sont desfmés à expier les fautes d^une vie 
antérieure et en prépare?it une troisième après la- 
quelle rame huinaine qui aura suffisamment pro- 
gressé da7is le bien sera dispensée d'mie nouvelle 
incarnafiony et retournera au sein du Bouddha 
pour y demeurer désormais plo?igée dans cette sorte 



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INTRODUCTION. IX 

d'anéantlsseîYient heureux que Von désigne sous le 
nom de Nirvana. 

Le style de Fouvrage est tonkinois. L'une des édi- 
fions diaprés lesquelles fen ai établi le texte m^est 
venue directement du Tonkin; et si Vautre n^en pro-- 
viefit pas, elle est du moins une reproduction j fort 
mauvaise et fort altérée d^ailleurSy de celles qui avaient 
paru antérieurement da7is ce pays. La rédaction pri-- 
mitive du poème de Tûy Kiêu est donc évidemment 
fanbnoise. Il est facile, pour s'efi assurer, de con- 
stater le grand nombre d^expressions spéciales au 
nord de Vempire anfiamité dont il est rempli, ainsi 
que la forme particîdière des caractères démotiques 
ou chw nÔ7n qui Oîit servi à sa rédaction; caractères 
dont une immense quantité diffère de ceux qui sont 
géiéralement adoptés dans la basse Cochinchine et 
notamme7it des signes que Von trouve dans le die- 
tionnaire de Taberd. Quant à la forme prosodique, 
elle appartient à celle que Von nomme en amiamite 
Van. Les vers e?i sont alternativeme?it de huit et de six 
pieds, et pourvus chacun de deux rimes do?it la pre- 
mière se trouve entre le dernier mofiosyllabe du vers de 
six pieds et le sixième du vers de huit, et la deuxième 
entre le dernier monosyllabe du vers de huit pieds 
et le dernier du vers de six. Cette entrecroisement 
de rimes produit un effet impossible à inécoyinaître. 



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INTRODUCTION. 



Jo'mt à la combinaiso7i voulue des différentes espèces 
de tons hhih et trac, il do?ine mie cadeîice qui im- 
pressionne agréablement F oreille d\m lecteur quelque 
peu habitué et surtout sa?is préjugés à V endroit de 
la musique cochinchinoise. 

Parmi les difficultés considérables que présentefit 
r étude et surtout la traduction e?i français de cette 
œuvre à piste titre si réputée, il ne faut pas comp- 
ter en dernière ligne le vague qui existe da?is les dia- 
logues ou les soliloques qui s'y rencontrent à chaque 
page. Nulle part peut-être on ne trouve uneplm grande 
difficulté à bien déternmier le point précis ou il faut 
placer le changement d'interlocuteur, comme aussi à 
bien distingua* si telle ou telle réjlexiofi morale ou 
philosophique appartient à Vun des héros du poème 
ou à V auteur lui-même^ Ce dernier point est parfois 
si impossible à élucider, que Von serait tenté d'ad- 
mettre que le poète a eu Vintention formelle de laisser 
ses lecteiirs dans le doute. La ponctuation ne vient 
nullement en aide; car, de même que dans toutes les 
œuvres semblables^ elle fait absolument défaut. Il en 
est ainsi en ce qui concerne le sens exact qu'il faut 
attribuer à certaines expressiofis. Tout cela vient à ce 
que la langue poétique de VAnnam ne présente pas la 
même fixité que celle de nos idiomes européens; ce qui 

' VoiV, par exemple^ les vers 380 à 385, 



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INTRODUCTION. XI 

proviefity je croisy du monosyllahismey qui permet 
plus facilemeyit à deuœ auteurs différents et quelque- 
fois au même de dominer à telle ou telle expression 
poétique plusieurs sens figurés distincts^ De même 
que tous les poètes annamites et plus encore^ V auteur 
du Tny Kiêu affecte d^ employer une véritable pro/u- 
sionde termes chinois; etcommCy en sa qualité de haut 
fonctionnaire duMxnistère des Rites ^ il avait du for- 
cément passer par les grades les plus élevés des con- 
courSj il a tenu à moîitrer son imtruction en ce genre 
en faisant force allmioîis atuv classiques chinois et 
notamment au Thi ki?ih ou Livre des Vers. Nombre 
d'expressions employées par Nguyên Du ont en effet 
leur origine dans telle ou telle ode de ce recueil 
natiofial des poésies chinoises^ et souvent V allusion 
qu elles renferment est heureuse et bien trouvée. Il 
est d'ailleurs facile de reconnaître combien était 
graîide la culture d'esprit de l'aute^ir du Tny Kiêu 
en remarquant que so7ive?it le sens des expressions 
qu'il emploie est réellement profond et éveille dans 
l'esprit des déductions très délicates. Malheureuse- 
ment il a le défaut de ses qualités; et à côté de méta- 
phores remarquables par leur profondeur et leur 
exactitude j il faut bimi^ pour êtrejmtCy reconnaître 
qu'il en est un grand nombre d'attirés qui so7d si 

' Voir, par exemple, les différents sens que présentent les mots «en anh». 



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XII INTRODUCTION. 

alambiquéesque, samimeexplicatmi détaillée^ Userait 
impossible de les faire sais^ir à un esprit peu fami-- 
liarisé avec le langage poétique particidier à Vex- 
trême orient et spécialement à la Cochinchine. Obéis-' 
sant d^ailleurs à une sorte de tradition qui semble 
coîuimme à tous ces poètes, Nguyên Du se plaît 
soiivent à co7istruire tel ou tel de ses vers de manière 
à ce qu^on puisse légitimement lui donner deux et 
parfois même trois interprétations différentes. Les 
lettrés annamites trouvent un plaisir to2it particulier 
à creuse?* les vers consfmits de cette façon et à dé- 
couvrir les différentes significations que Vatiteur a 
voulu y enfermer. On en verra plus dhin exemple 
dans le courant de ce poème. 

JJédition diaprés laquelle f avais commencé la 
présente traduction était presque illisible, tant les ca- 
ractères p?'imitif s en avaient été dàiaturés par V im- 
primeur chinois, ignorant de la langue annamite, qui 
avait été chargé d^en faire la gravure et le tirage. 
Ileureusemefit, ainsi que je Vai dit plus haut, fen ai 
reçu du Tonkin même une seconde, contenant comme 
c'est V ordinaire une immeiise quantité de variantes, 
mais bien su^périeure au point de vue des caractères 
qui 07it servi à la produire. Il m^a donc été permis de 
rétablir le texie au moye^i d\m procédé semblable 
à celui que f avais déjà mis en usage pour la repro- 



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INTRODUCTION. XIII 

duction de celui du Lu cVân Tien. J^ai adopté comme 
base première V édition que f avais eu dès r abord à 
ma disposition^ et fefi ai chemi?i faisant corrigé de 
mon mieux les erreurs au 7noyen des leçons, toujours 
plus correctes au point de vue des caractères et par- 
fois aussi à celui des expressio7is que fai trouvées 
daus la deuxième. J^ai en outre remplacé par le 
caractère complet u/ne multitude de signes abrégés 
que renfermait H édition primitive. Gela rendra la 
lecture plus facile et permettra en même temps au 
lecteur de se rendre un compte exact de la valeur de 
ces abréviatimis par la comparaison dii texte primi- 
tif avec le texte corrigé que je publie. tTaij du reste, 
respecté le plus souvmit la forme tonkinoise des dm 
710 m. 

L^ étude scient ifque de la la^igue amiamite est en- 
core à peu près lettre morte; et bien des gens se figurent 
qiiil 71^ y a da7is cet idioine 7ii co7istructio?i 7ii syntaxe. 
Ce préjugé incompréhe7isible fie pourra que dispa- 
raître à la vue du texte expliqué de poèmes tels que 
le Téy Kiêu; texte si coficis et parfois si alambiqué 
quhm seul vers dema7ide quelquefois d^ assez lofigs 
tâto7i7ieme7its aux lettrés les plus expérime7ités avant 
d^être compris par eux, et ne peut F être par nous 
qu'au moyen de Vapplication rigoureuse de la règle 
de position. Aussi ai-je cru devoir accompag7ier la 



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XIV INTRODUCTION. 

traductlo7iy 7i07i smlement de notes eiJcpUcatives des 
métaphores et des citatmiSy mais encore d\m grand 
nombre d^mt&prétatmis littérales des vers dont la 
comtniction semble obscure. Tavais déjà adopté 
cette méthode po?ir la traduction que fai donné du 
Liic Vân Tien. J'ai recomm depuis que fy avais 
été trop avare de ces explications; aussi les ai- je 
d^ autant plus inultipliées ici que le Tûy Kiëu est à 
coup sûr beaucoup plus malaisé à comprefidre que 
le poème populaire dont je viens de parler. Je peme 
que les pe^'sonnes qui tiennent à étudier im peu à 
fond ce genre de littérature voudront bien m^en 
savoir quelque gré. Elles y trouveront des éclaircisse- 
ments "utiles pour comprendre mie foule d^ exprès- 
sions par trop cherchées^ au moins à notre poi?it 
de vue européen, et pourront surmonter ainsi plus 
aisémeiît les difficultés que présentent mie foule de 
termes et défigures tout au moins étraîiges. J^ ai cru 
devoir allerjusqu^à donner quelques notiofis de gram- 
maire proprement dite a\i sujet de particularités 
encore inobservées, d^idiotismes dont V interprétation 
manque dans tous les ouvrages publiés jmqu\à ce 
jour, et même de simples mots dont les dictioîmaires 
ne font pas mention. J^imiste beaucoup sur Vap- 
plicatiofi de la règle de position, au moins dans 
les passages les plus compliqués. En efet, bien que 



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INTRODUCTION. XV 

ce Uvf'e soit loifi (Têtre destiné à des commençants^ il 
s'agit d'une littérature encore à peu près inconnne 
et d'un style poétiqiw pour V iiitelUgence duquel cette 
règle est une clef ifidispefisahle. Je me suis efforcé 
enfin de signaler avec soiîi les ifiversions les plus 
difficiles à apercevoir^ à cause des obstacles qu'elles 
apportent aussi à V intellige^ice du texte^ ainsi que 
classez fréqiwnts jeux de mots qui viennetit le com- 
pliquer encore. Tai maintenu dans la traduction les 
métaphores qu^ 'notre lafigue ne repousse pas, etfai 
remplacé par leurs afialogues les plus rapprochées 
celles quHl sei^ait absolument impossible de corner- 
ver sans deveiiir inintelligible, ou qui so7it tout au 
moins antipathiques au génie de nos idiomes euro- 
péens. fP ai fait de même pour la poiictuation, que 
foi fait concorder dam la trafiscription du texte efi 
caractères latins et dam la traduction française 
toutes les fois que le géiie des deux langues ne ré- 
daine pas impérieusement des manières différentes 
cfo couper fes phrases. 

X espère que les orientalistes qui me feront llion- 
neur de lire ce livre trouveront ma version fidèle. Si 
cependant il m^était échappé quelques inervactitudes, 
chose presque inévitable e?i traduisant pour la pre- 
mière fois un semblable onv7*age sur le seîis duquel 
les lettrés indigènes mx-mêmes sont souvent en contra- 



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XVI INTRODUCTION. 

dictmiyf espère qu^ elles voudront bien 7ne tenir compte 
des difficultés que f ai eu à surmonte?*, et récompeîiser 
par quelque ifidulgefice le travail cofisidé'ahle que m^a 
coûté la publication de ce livre. 

Versailles^ le 10 Mai 1884. 



A. DES MICHELS. 



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^ m mm i^ 

KIM VAN KIÊU 

TÂN TRUYÊN 
POÈME ANNAMITE. 



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TRADUCTION 

DE LA 

PRÉFACE EN VERS CHINOIS 

DU PEOFESSBUE 

HOA BÀNG PHÀM^ 



Une belle personne n'est pas allée en réalité jusqu'au fleuve Tïên 

ËUe n'ayait point encore, à la moitié de sa vie^ payé sa dette de 
plaisir! 

Convenait -il qu'elle ensevelît son charmant visage ^ au fond du 
royaume des eaux, 

(^alors qu')à Kim lang elle pouvait garder un cœur irréprochable^? 

Dans un songe de malheur ^ son destin prit son origine, 

et jusqu'au bout le Cam de l'infortunée ne fit entendre que (des gé- 
missements de) douleur, que (des cris de) colère ! 

Le souvenir de ses talents et de son amour, depuis mille antiquités, 
ne s'est point dissipé encore^'! 

Par de nouveaux accents elle n'eut plus, à la fin', de motif de se 
plaindre d'autrui^. 

1. Dans une autre édition, ce lettré est appelé Lwmg Bhng Pham. 

2. Ce vers a un double sens. On pent aussi l'interpréter comme parlant 
en général, et traduire ainsi : < Les belles personnes ne vont point aÎTisi, d'or- 
dinaire, jutqu^au Jleuve Tien Svirnff. » 

3. Litt. : < Son visage de pierre précieuse. » 

4. Litt. : « Un cœur de glace, » 

6. Litt. : ^EUe a enraciné son destin.» 

6. Litt. : « Un rtwrceau de son talent et de son cœur, depuis miUe antiquités, 
a éU lié.* 

7. Litl : « Arrivée au fond, » 

8. Litt. ; <A cause de ^i se serait-elle plainte f» 



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KIM VAN KïÊU TAN TEUYÊN. 



Trâm nâm, trong côi ngirW ta, 
Chir tài chfr sac khéo là ghét nhau ! 
Trâi qua mot cuoc bè dâu ; 
Nhfrng dëu trông thây dâ dau don long! 
5 La chi bî sâc tir phong, 

TrW xanh quen vdi ma hông dânh ghen ? 
Kiéu tliam lân dô* trirô^c dèn, 

1. Litt. : « dans (Tintérieur des) — confins — des hommes (de la 

région habitée par les hommes). » 

2. Litt. : «j^n parcourant — j^ai passé par — une — tdtemance — de 
mer — (et de mûriers). Pour comprendre cette métaphore aussi étrange que 
concise, il faut connaître l'adage chinois suivant, que Ton trouve cité et 
expliqué dans le Sjfj ^^ (vol. 1, p. 5, verso) : ^ -j-» iÊË '^ — - ^^^^ 

nhùt bien. Thuvnff hâi bien vi tang dien; tang dien bi^n vi Uii/ang hài. — 
« Trente années constituent une transformation, La mer, en se transformant, devient 
un champ de mfiriers; le champ de mûriers, en se transformant, devient la mer.» 



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KÏM VÂN KIËU TlN ÏRUYÊN. 



De toat tempg^ parmi les hommes ^^ 

le talent et la beauté, chose étrange ! furent ennemis. 

J'w parcouru dans la vie l'espace d'une génération 2^ 

et tout ce que j'y ai vu m'a fait souflrir dans mon cœur! 

Par quel étrange mystère envers les uns avare, envers les autres 5 

prodigue, 
le CieP a-t-il pour coutume de jalouser les belles filles? 

En parcourant de bons livres à la lueur de la lampe, 

^ + iÊË, trente ans, c'est ce que Ton appeUe en chinois — - «^ 
nkvt (toi, en annamite moi dai, une génération. Selon Tadage, un aussi court 
espace de temps suffit pour amener dans les affaires humaines le renverse- 
œent absolu de bien des choses. Mât cwjc fel dâu signifie donc ici Tespace 
de temps qui suffit pour que la mer fasse place aux mûriers, ou récipro- 
^ïoement; c'est-à-dire un espace de trente am. 

3. Litt : « Le Ciel — bleu * ; mais le mot « xarih — bleu > est là 
iniquement pour faire le pendant de *hSng — rouge*, au second hémis- 
tiche. — €Mà hâng, des joues rouges*, signifie métaphoriquement une jolie 



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6 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÇN. 

Phong tinh cô lue con truyën su* xanh. 

Rang nâm Gia tïnh triëu Minhy 
10 Bon phu-OTig phâng lâng, hai kinh virng vàng. 

Cô nhà Viên ngoai ho Vucmg, 

Gia tu* nghî cûng thu-ông thuông bwc trung. 

Mot trai con tluîr rôt 16ng, 

Vicmig quan là chir, nôi dông nhu gia. 
15 Dâu long hai gâ TÔ nga; 

Tûy kiêu là chi, em là Tûy vân. 

Mai côt câch, tuyêt tinh thân ; 



1. On sait que depuis les lUn les empereurs de la Chine, pour fixer 
la date des événements de leur règne que le cycle de soixante ans, se 
répétant sans cesse, n'aurait pu suffisamment déterminer, adoptèrent la cou- 
tume de donner au temps pendant lequel ils occupaient le trône un nom 
particulier, ou même plusieurs noms successifs TifiE ^^j- Les dénomina- 
tions assignées à ces périodes d'années ,n'avaient, du reste, souvent pas 
d'autre origine que la superstition ou le caprice. Celle de ^£ JH (Qia 
tink) se rapporte à l'empereur j^ ^ Tfii Tông, dont le nom personnel 
était ® ^^ Hâu Tong (1522 — 1567), qui restaura la grande muraille, et 
sous le règne de qui mourut S* François Xavier. Cette date assignée aux 
aventui-es qui font l'objet du présent poème suffirait à elle seule pour faire 
connaîtie que le sujet en est chinois. 

2. Par ces deux capitiiles, l'auteur désigne l'ancienne capitale des Minh 
qui était Kim lang ou Nankin, et Yen kmk ou Pékin où la cour avait été 
transférée sous le règne de l'empereur ^^ ^ Nhân Tông, 

3. Litt. : *Il y avait — la maison — Viên ngoai — de la famille — Virang,* 
— < Viên 9 est la numérale affectée aux mandarins; <ngo^i* signifie «en 
dehors*; les deux mots réunis constituent une qualification dont le sens est 
« un personnage marquant (litt. en dehors du mandarinat) ». 



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V 



KIM VAN KIËU TAN TRUYÊN. 7 

on trouve parfois des histoires d'amour conservées dans les annales. 
On dit que dans les années Gia tinh, au temps où les Minh régnaient \ 

tout le pays était en paix^ et que dans les deux capitales^ régnait la lo 

sécurité. 
Le Viên ngoai^ Vwcmg 

était un homme jouissant d'une fortune médiocre \ 

n possédait un fils^ dernier né de ses enfants. 

Vuang quan était son nom ; il devait perpétuer une race de lettrés, 

(Le jeune homme) avait pour aînées deux charmantes jeunes filles ^ 15 

La plus âgée se nommait Tûy Kiêu, la cadette Tûy Van. 

Lenr taille était gracieuse comme le Mai, leur visage blanc comme 
la neige*; 

^- Litt. : «jSa fortune, — en la comparant, — tout aussi bien — (était) 

^^naire — et de degré — moyen.'» 

. ^' ^^ ^ Tff Nya, que d'autres nomment ^ ^ Hàng Nga, était 

concubine d'un certain ^p ^S Hàu Nghê, prince de ^S Cung et fort 

^^//e ^ircher qui, s'étant révolté contre le bas et vicieux empereur HJj^ 

jK -^^éi Khwamg de la djrnastie des ^| Ha, le rejeta au delà du Fleuve 

^, '*^> «t garda le pouvoir jusqu'à sa mort. (V. Wells Williams.) Il aurait, 

^, ^*'^^' Mencius, été assassiné par son élève ^6 ^^ Phhng Mông qui après 

le t ^'•'ïrvenu sous sa direction presque au même degré d'habileté que lui, 

p ^^ l)our n'avoir point de supérieur dans le tir de l'arc. (V. Mencius, 

Ûk ' ^^v. IV, chap. 24.) D'après une légende populaire, sa concubine éÔ 

r^ ^ ^Tifuit à la suite d'une condamnation injuste. Elle déroba le fameux 

"^^^e d'immortalité et s'envola dans la lune. 

. ^Xiteur du poème, pour exprimer combien étaient grands les charmes 

..^^^^^^x jeunes filles, les compare à cette divinité chinoise. Le vers signifie 

A ^^^^inent : € Les aînées — (étaient) deux — personnes — To Nga*. On dit 

**^^Hie en français, en employant la même figure : € C'est wne Diane*, 

.^- X-âtt. : € (Elles étaient) Mai — (quant à) la taille; — (elles étaient) — 

^^ ' — (quant au) — visage.* (Voyez sur le mot Mai, ma traduction du 



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8 Kl M vAn kiêu tAn truyçn. 

Mot ngrrôi mot vè, mirôi phân ven mirôi. 
Van xem trang trong khâc vM, 
20 Tir phong dây dàn, net ngirôi na nang. 
Hoa cirW, ngoc thôt, doan trang ! 

May khoe nirô-c toc ; tuyêt nhirô-ng màu da. 
Kiêu xem sâc sâo màn ma ; 
So bë tàî sâc, lai là phân hou. 
25 Girang thu thùy, vit xuân son. 

Hoa ghen thua thâm, lieu hô-n kém xanh ! 
Mot hai nghiêng nirô-c nghiêng thành ; 

poème Luc Vân Tien à la page 36, en note.) L'expression tinh thdn (subtils 
esprits), qui signifie le plus souvent humeur, esprit^ iyivadté (en anglais spi- 
ritsjy est parfois, comme ici, prise dans l'acception de visctge; cela probable- 
ment par extension, parce que le jeu de la physionomie reflète l'humeur, 
le caractère intime de l'homme, 

1. Litt. : ^YPourJ une — personne — (il i/ avait) un — teint; — (quant 
aux) dix — parties — (elles étaient) complètes — (dans toutes les) dix.* 

Cette manière de s'exprimer, qui est plus rare dans l'annamite que dans 
le chinois, vient de cette dernière langue, dans laquelle, pour exprimer qu'une 
personne ou une chose est douée d'une qualité à un degré plus ou moins 
éminent, on dit que sur dix parties de cette qualité, elle en possède un 
plus ou moins grand nombre; d'où, par suite, l'expression « -j-* ÂS^ dix 
parties», employée comme une forme très fréquente du superlatif absolu. 

2. Litt. : <De son extérieur — la grâce — (était) pleine; — la modestie 

— d^elle — (était) épanouie.» 

3. Litt. : < Des fleurs — elle riait^ — des pierres précieuses — elle parlait 

— avec convenance. > 

4. Litt. : « (Si) on comparait — le côté — du talent — et de la beauté, — 
en outre — elle était — (douée de) la portion — la plus (considérable). » 



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KiM vAn kiêu tIn truy^n. 9 

chacune avait des charmes diflTérents, mais chacune aussi les avait 

irréprochables*. 
Vân, douée d'un port imposant, d'une rare distinction, 

possédait une beauté parfaite ; elle était pleine de modestie \ 20 

Son rire semblait l'épanouissement d'une fleur; ses paroles étaient 
pleines de convenance ; on eût dit des diamants qui sortaient de 
sa bouche 3! 

Le brillant de ses cheveux eût fait l'orgueil des nuages; la neige, 
en blancheur, le cédait à son teint. 

Kiêu était vive et gracieuse ; 

de plus, en talent, en grâce, elle l'emportait (sur sa sœur)*. 

Son œil était limpide comme les eaux d'automne; son sourcil bien 25 
arqué rappelait les montagnes au printemps ^ 

Les fleurs étaient jalouses de ses couleurs ; le saule verdoyant pâlis- 
sait à son aspect^! 

Charmante à renverser et royaumes ' et villes, 

Phétn hm, par sa position après le verbe substantif d'attribution «M», 
devient un véritable adjectif composé. 

5. Litt. : * ((Tétait un) miroir — d^auiomnales — eaux^ — une image — 
de prinlanikres — montagnes. ^ 

Pour exprimer la limpidité du regard d'une belle personne, on dit mé- 
taphoriquement en chinois :«^ ^ fjj — 'JSi^JîK^ >^^EI 
j^ || I Mï mue nhu nhikt hoành thu thtU/, mi lo^ vi'^n aon! — Son ml char- 
mant est comme un étang (rempli par) les eaux de V automne; son sourcil res- 
semble aux montagnes lointaines!* On sait que Tautomne est le moment de 
Tannée où, les pluies ayant précipité au fond les particules impures qui en 
troublaient la surface, Teau des étangs, d'ailleurs abondamment renouvelée, 
présente l'aspect le plus limpide. D'un autre côté, les contours des collines 
couvertes de bois chargés d'une verdure encore fraîche se dessinent au loin, 
par une sereine matinée de printemps, d'une manière nette et gracieuse. 

6. Litt. ; « le saule — boudait — (parce qyC) — f7 était moindre 

(quant au) vert!* 

Cette figure n'étant pas acceptable en français, j'ai dû la remplacer par 
celle qui s'en rapproche le plus dans notre langue. 



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10 KIM VÂN KIÊU TÂN TRUYÇN. 

Sâc dành d6î mot, tài dành hoà haï. 

Thông minh von sân tir Trôî, 
30 Ven nghë tho* hoa, dû mùi ca ngâm. 

Cung thuong làu brrc nâm âm, 

Nghë riêng an dirt Hô câm mot tnrang. 

Khùc nhà tay lira nên khirong, 

Mot thiên bac mang lai càng nâo nhân. 
35 Phong liru rat mire hông quân, 

Xuân xanh xâp xi trên tuân câp Icê. 

r^ mC ^^^ mao ki^u nghiêu vi chi viru vât; phn dung kitu mi tkâi khà 
khwfnh thànfi ! — (SiJ U7i délicat visage de jeune fiUe s^ appelle un objet de mal- 
heur, un frais visage de femme petit vraiment renverser une viUe! * (xjj ^p 
Au hoc, vol. 2, page 14, verso.) 

Cette maxime du J^ ^^ fait allusion aux paroles que ^p ^jjS A 
Ly phu nhom, concubine de rcmpcreur "^ *jK* Vd de des |S| Hdn, jalouse 
d'une jeune et belle femme dont le prince avait fait son épouse et sa fa- 
vorite, s'en allait chantant : 

«De par la région du Nord se trouve une jolie femme qui détruira le 
» monde et subsistera seule; (car) d'un premier regard elle renverse une 
» ville, d'un second elle cause la chute d'un royaume! (— - i|S 'iS A 
* ^K \ Pt SË "^S ^\^ BB ^hùrt co khugnh nh<m thànhj tcli co khttynh 
^nhcrn quoc!»)-^ satire qui lui valut son renvoi. 

1. Litt. : « (Pour) la beauté — p. aff. — on mettait à part — Vuncf — 
(pour) les talents — p. aflf. — toutes les deux», 

2. Litt. : « (Quant au) Fa — (et au) Sol, — elle connaissait à fond — les 
degrés — des cinq — tons.» 

Les cinq tons de la gamme chinoise, dont les Annamites se servent aussi, 
sont Fuj Solj La, Bo, Hé, qui portent dans leur langue les noms suivants : 

nr-x ^ ^ m m 

Cung Thtecmg Qiâc Trwng Vu. 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 11 

si tout^ deux avaient des talents^ elle était douée d'une beauté à 

part*. 
Ayant reçu du Ciel un esprit vif et pénétrant, 

elle excellait dans la poésie et dans la peinture ; elle chantait avec 30 
un goût parfait. 

Elle était versée dans la connaissauce des cinq gammes de la mu- 
sique 2, 

et possédait sur le H3 odm, un talent à nul autre pareil ^. 

Choisis par elle, des refrains de famille sous sa main devenaient des 
morceaux de musique, 

et lorsqu'elle exprimait les plaintes des victimes du destin, elle ^ sa- 
vait remplir les cœurs dune tristesse toujours croissante. 

Coulant ses jours au sein d'une élégante oisiveté, 35 

elle avait raisonnablement dépassé Fâge de l'imposition de l'épingle ^. 

D faat y ajouter les deux demi-tons Mi et Si que Ton appelle « ^W^ ^ 
bien CungCCteiiff modifié)* et «^Ç» Mf hitn Tncng (Tnmg modifié)*. On voit que 
les cinq notes de notre gamme se retrouvent également dans celle de ces 
peuples. L'expression « ^ raf » est employée pour désigner « la musique >; mais 
elle signifie aussi «un air touchant*. On peut donc entendre par le présent 
vers, soit que Kiêu était une grande musicienne, soit qu'elle excellait par- 
ticalièrement dans le genre mélancolique; et en effet ce talent particulier 
que lui attribue l'auteur joue un grand rôle dans le poème. Ces vers à 
double et quelquefois à triple sens semblent être très goûtés par les lettrés, 
et on les rencontre souvent dans la poésie cochinchinoise. 

3. Le Ho câm est une espèce de guitare. 

4. Litt. : *(Par) un — morceau — de mince — destinée — encore — de 
plus en plus — elle aUrislail — les gens, » On dit en chinois : « 'K ^S OTJ 
j|J^ Mang bac nhte chi, — Une destinée mince comme le papier, v 

5. Litt. ; « Ses printemps — verts (sa jeunesse) — sujfisamment — (étaient) 
au-dessus de — la décade — d'arriver à — Vépingle, » 

On dit des jeunes filles : « -|-* 3t PB ^£ ^^i' "^" **^** ^^ ~" ^«*^ 
eUes ont quinze (ans), en leur impose Vépmgle,y* Cette cérémonie de l'imposi- 
tion de l'épingle, ^£ kê ou "jj/X 4È: constitue un rite domestique qui a 
pour but de constater qu'une jeune fille est arrivée à l'âge nubile. Voici, 
selon M. Trân Nguorn Hanb, comment elle est pratiquée : 



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12 KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 

Ym liëm tnrdiig xù màn che, 
TirÔTig dông ong birôm, di vë màc ai. 
Ngày xuân con en dira thoî, 
40 Thîêu quang chin chue dâ ngoài sâu mircri. 
Cô non xanh tâu cliOTi trô-i ; 
Nhành le trâng dièm mot vàî bông hoa. 

« Lorsqu'une jeune fille est arrivée à sa majorité, c'est-à-dire à quinze 
»ans, le père et la mère ornent les deux autels élevés aux ancêtres de 
» leurs familles, convoquent les proches parents et choisissent pour présider 
»à la cérémonie une dame âgée réputée pour sa vertu et ses lumières. 
» Quand le repas est dressé sur les autels réunis, quand les luminaires bril- 
»lent au milieu des parfums, deux maîtres des cérémonies, placés à cba- 
» cune des extrémités de l'autel, rappellent quel est l'ordre fixé par les rites. 

« Le père et la mère viennent alors se placer devant les autels et disent 
» à voix basse : « Nous avons pour devoir d'informer nos ancêtres que notre 
» fille est, selon les rites, nubile dès ce jour, et que l'âge de quinze ans 
» auquel elle est parvenue lui donne droit de porter l'épingle. » Puis ils se 
» prosternent quatre fois, et les autres parents les imitent. 

«Cela fait, la jeune fille est amenée devant l'autel; elle se prosterne 
» quatre fois et s'agenouille. 

« Alors la dame qui préside la cérémonie, ou, quelquefois, la mère elle- 
-même prend, après s'être prosternée, l'épingle déposée but l'autel et la 
» place sur le chignon de la jeune fille, qu'elle ramène ensuite dans l'inté- 
» rieur de la maison, après avoir de nouveau salué quatre fois l'autel des 
• ancêtres. A partir de ce moment la jeune fille est à marier. 

«L'épingle se transmettra de génération en génération, et sera consi- 
»dérée comme un objet sacré. 

«Après la cérémonie un festin réunit tous les assistants. > (BtUletin de 
la Société internationale des études pratiques d'économie sociale, t. VII, p. 274.) 

1. Litt. : «Dans une calme retraite — les tentures — étaient suspendues 
(autour d'ellej, — les rideaux — la couvraient.^ 

2. Litt. : <ç (Du côté du) mur — de Voccident, — (que) les abeilles — et les 
papillons — allassent et vinssent, — c'était au gré de — ^t (que ce soitj.* 

D'après les données du ^£L ^oR ou Livre des changements, l'entrée d'une 
habitation doit être tournée vers l'Orient ou l'Occident selon que le maître 
de la maison porte tel ou tel nom, qu'il est né en telle ou telle année, etc. 



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KIM vAN KIÊU tAN TRUYÊN. 13 

EUle vivait sans bruit derrière les tentures du gynécée *, 

laissant^ à son gré^ s'agiter au dehors^ la foule aux mœurs légères 

et facfles. 
Aux jours du printemps^ telle qu'une navette, l'hirondelle allait et 

venait dans l'espace ^, 
et des neuf dixaines de la saisou heureuse * six déjà s'étaient écou- 40 

lées. 
Les montagnes verdoyantes s'étendaient jusqu'à l'horizon, 

et les rameaux du poirier se piquaient de quelques fleurs blanches^. 

Dans le cas actnel, la maison devait regarder TOrient; et par suite, les 
pièces les plus retirées, notamment Tappartement des femmes, devaient être 
situées du côté de TOccident, le plus loin possible de l'entrée. La jeune 
Gêu était ainsi soustraite à la vue et à la fréquentation des étrangers qui, 
selon les mœurs chinoises, ne pénètrent jamais dans le grynécée. Elle était 
donc, à ce point de vue comme aux autres, aussi bien élevée qu'une jeune 
personne distinguée doit Fêtre. C'est cette dernière idée qui fait le fond de 
la pensée exprimée dans le présent vers. 

Par *ong btcàm — les abeille» et les papillon»*, le poète entend les per- 
sonnes qui vont et viennent à la recherche des plaisirs mondains, comme 
ces deux insectes voltigent parmi les fleurs pour en pomper le suc. Cette 
expression signifie aussi, par dérivation, les plaisirs eux-mêmes. 

3. Litt. :«.... faisait passer — sa navette. » 

4. Litt. ; «(Des) de Tkiêu quang — les neuf — dizaines, — avaient été 
ni» en dehors — soixante (jours),-» Ngoài — en dehors est un adverbe; mais 
1* particule dS, en le précédant, en fait un véritable verbe, dont le sujet, 
placé après lui par inversion, est sàu mtroi. 

5. La floraison du poirier, dont il est question dans ce vers, est une 
nouvelle preuve que la Chine est bien le théâtre où se passe l'action du 
poème. En effet, le poirier est rare en Cochinchine, et il n'y fructifie jamais. 
«Un jour,> dit dans ses intéressants Souvenirs de Hué mon excellent ami et 
ancien maître M. Btrc Chaigneau, « mon père, alors grand mandarin à la cour 
»de Mhih tnang, reçut après sa sieste de la part du roi une énorme boîte 
> ronde précédée d'un porteur d'ordres et suivie d'un porteur de parasol. 

»0n enleva le couvercle, qui cachait, sur une assiette une petite 

> poire venant de Chine! Malgré le respect qu'il devait à un présent royal, 
• mon père ne put s'empêcher de pousser une exclamation de surprise, que 
»ces hommes, sans doute, auront prise pour de l'admiration. Le cadeau, 
>tout minime qu'il était, avait cependant son importance, attendu qu'il n'e- 
•xiste pas de poires en Cochinchine; et c'était une grande marque de con- 
*8idération de la part du roi Mmh mang». 



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14 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Thanh minh trong tîêt ngày ba, 

Le là Tào m^, goî là Bap thanh. 
45 Gân xa nào nù'c en anh ; 

Chi em sâm sAa bo hành chai xuân. 

Dâp dëu tàî tè gîai nhon, 

Ngwa xe nhir nirô'c, âo quân nhir nen. 

Ngôn Dgang gô dông kéo lên; 
60 Thoî vàng bô râc, tro tàn giây bay. 



1. Les Annamites, qui se servent du calendrier des Chinois, divisent, 
comme ce dernier peuple, l*année en douze mois lunaires et vingt quatre 
divisions (^ -|-* TO "iff -^) qui portent chacune un nom en rapport 
avec certains phénomènes saillants de températm-e ou de végétation qui 
ont lieu d'ordinaire pendant leur cours, non dans PAnnam, mais dans le 
Nord de la Chine; car c'est à Pékin que ce système a été imaginé. Ces 
divisions partent du jour où le soleil entre, soit dans le premier, soit dans 
le quinzième degré de chacun des signes du zodiaque, sans que Taddition 
des mois intercalaires que nécessite rétablissement de la concordance entre 
Tannée lunaire et Tannée solaire influe sur leur disposition. Celle dont il 
est question ici, et dont le nom chinois signifie ^Limpide clarté», est la 
cinquième, et commence lorsque le soleil entre dans le signe du taureau, 
c'est-à-dire au 5 avril. 

2. Litt. : « La fête — est — (celle de) Tào mô (balayer le» tombeaux), — 
(ce qui) $* appelle — * fouler — la verdure, t> 

Les mots «iS ^^ taomô — balayer les tombeaux*^ OU «-|s ^Ê ^n/t mè 
— faire V examen de» tombeaux* désignent une cérémonie qui, ainsi que son, 
nom Tindique, consiste à se rendre au troisième jour du Thanli minh dans 
le lieu où se trouvent les tombeaux de la famille pour en balayer la pous- 
sière. Lors même qu'ils sont, comme c'est le cas pour les tombeaux des 
empereurs, régulièrement entretenus dans un bon état de propreté, on n'en 
fait pas moins le simulacre de ce nettoyage. 

Dans le royaume d'Annam, cette cérémonie du Téo m^ a lien à la fin 
du dernier mois, immédiatement avant les fêtes du T^t ou jour de Tan. 



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KIM VAN KIÊU tAN TRUYÊN. 15 

An toifflème jonr de la saison Tharih minh ^, 

a lieu la fête des tombeaux, occasion d'excursions printanières'. 

Partout circulait la foule brillante ^ ; 46 

Les deux sœurs se préparèrent à aller pédestrement jouir de la sai- 
son nouveUe. 

Nombreux étaient les hommes de talent, nombreuses les jolies per- 
sonnes. 

(La foule) des chevaux et des chars semblait une onde (mouvante), 
les vêtements brillaient comme la pierre Nen K 

Aux regards de tous côtés, s'ofi^ient les tertres funéraires. 

Les barres d'or * gisaient éparses ; la cendre se dispersait, le papier 50 
s'envolait au vent. 

3. Lâtt. : « Prh — (dj loin — (il y avait) grande fréquence — (d^Jhiron- 
ddUê — (et de) perroquet»,* 

L'antenr compare la foule à un rassemblement d*hirondelles et de per- 
roquets. Cette figure toute étrange qu'elle soit, ne manque pas de justesse. 
Les promeneurs sont assimilés à des hirondelles à cause du mouvement 
perpétuel auquel ils se livrent en allant et venant dans tous les sens, et à 
des perroquets à cause de leur bruyant bavardage. 

L'espèce de Lcri auquel ses mœurs remarquablement sociables ont valu 
l'honneur de cette allusion .est l'oiseau que les Chinois appellent « |^ ^Ê 
Yîng Wou* nom que les Annamites prononcent Anh vu ou Anh vo, et même, 
par corruption, Manh rfi et Marili vô. Dans son remarquable ouvrage inti- 
tulé Le» oiseaux de la CochincJiine, un de mes anciens élèves, M. le D" Gil- 
bert Tirant, le décrit sous les noms de Conduis, psUtacu» et Loriculus veniaiU, 
iék svm en cambodgien, comme un charmant petit perroquet de mœurs très 
douces que l'on rencontre communément dans toutes les parties boisées du 
Nord et de l'Est de la Cochinchine.'On le trouve aussi, dit ce savant na- 
turaliste, dans le reste de l'Indo- Chine, l'Assam, le Bengale et la Chine 
méridionale. 

4. Espèce de pierre brillante dont l'éclat est remarquable. 

5. Les parents, lors de la fête dont il est question ici, ont coutume 
d'offrir aux membres défiints de leur famille des images des objets les plus 
nécessaires à la vie; par exemple, des demi- barres ou demi-pains d'or (thoi 
vàngy thoi bac), des sapèques (gi/£y tien), des aliments, le tout représenté sur 
des feuilles de papier. Ils se figurent que, par la combustion, — ces images 



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16 KIM VÂN Kl EU tAN TRUYÇN. 

Ta ta bông ngâ vë tây, 

Chi em tho* thân dân tay ra vë. 

B\r&c dân theo ngon tièu khê, 

Lan xem phong cânh c6 bë thanh thanh, 
56 Nao nao d6ng nirô-c non quanh, 

Nhip câu nhô nhô cuôi gành birô-c ngang. 

86" sô* nâm dât bên dàng, 

Dàu dàu ngon cô nèa vàng nita xanh. 

Rang : « Sao trong tiêt Thanh minh, 
60 «Ma dây hiroTig kliôi vâng tanh thê ma?» 

Chàng Quan mô-i dân gân xa : 

«:0a?7i tien nàng ây xira là ca nhi. 

«Néî danh tài sâc mot thi ; 

«Xôn xao ngoài ciba hiêm gi eu anh? 

*ieviennent, dans les régions inférieures où, d'après eux, habitent les morts, 
i«8 objets même qu'elles représentent, et constituent ainsi d'utiles ressources 
jK)ur les défunts.» 

1. Litt. : «.Cependant — ici — (quant aux) parfums — (et à la) fumée — 
(U y a) absence complète — (de cette) manihre — cependant f^^ 

Vang tanh, absence complète, est ici, par position, un véritable verbe im- 
|>ersonnel. V&ng signifie solitaire^ absent, et tanh, un certain genre de mauvaise 
oileur telle, par exemple, que celle du poisson pourri. A première vue, l'on 
ue s'explique ni la connexion qui existe entre ces deux idées, ni la relation 
grammaticale qui peut exister entre les mots qu'elles représentent. Cepen- 



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KiM vAn kiéu tAn truyen. lî 

L'ombre allait s'allongeant ; le soleil à Thorizon baissait. 

Les deux sœurs erraient, oisives; elles prirent de compagnie le che- 
min du retour. 
Elles marchaient en suivant le lit d'un petit ruisseau, 

et voyaient se dérouler à leurs yeuj les sites verdoyants du pay- 
sage. 
Le lit du cours d'eau s'infléchit quelque peu, 55 

et au bout d'un escarpement elles franchirent un petit pont. 

Un monticule de terre apparut au bord du chemin, 

où les herbes flétries se nuançaient de jaune et de vert. 

* Comment» (dit Kieu) «se fait-il que, dans la saison de Tharili mirA, 

« cette tombe soit ainsi veuve de la fumée des parfums * ? » eo 

Vuong guan en détail lui apprit ce qui en était. 

* Cette Bam tiên^ lui dit-il «jadis était une chanteuse. 

* Jî ftt un temps où son talent et sa beauté étaient célèbres 2. 

^If'on faisait grand bruit à sa porte, et les galants s'y pressaient ^î 

- ^ Ton se rappelle ce fait qu'une maison longtemps inhabitée sent, 

1»© iiQQg disons en français, fe renfermé, on pourra comprendre que les 

j, P^'^^tes aient pu établir dans leur esprit une corrélation entre Tidée 

/•^•«<ïe et celle de mauvaise odeur, 
^. , apposition des deux mots «.hteomg — parfuma* et ^taiih — puanteur > 
^^ ^ t^marquer. Les uns manquant, Tautre se développe. 

^. Utt : ^EUe éleva — (une) réputation — (de) talent — (et de) beauté — 
^. une (certaine) — époque, » 

^ 3. Litt. ; « Tumultueux — en dehors de — la porte — étaient rares — en 
^ — les hirondellea — et les perroquets f » 



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18 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

65 «Kîêp hông nhan c6 mong manh ! 

«Nèa chitng xuân thoat gây nhành Thiên hteang! 

«C6 ngirW khàch ô* viën phrrcmg 

«Xa nghe. Cûng niti^ tiêng nàng; tim chai. 

«Thuyën tinh vira ghé dên noi, 
70 «Thi dà trâm gây, binh roi bao gîô"! 

«Phèng không lanh ngât nhfr tô*; 



1. Thiên kuang (litt. parfum du ciel) est un nom que Ton donne à pln- 
sieurs espèces d'orchidées odoriférantes, ressemblant au MalaxU (Wells 
Williams, au caractère ^^}; m&îs il semble s'appliquer dans la présente 
métaphore à une des variétés de la fleur appelée «jM^ ^ ^ AfJw don 
koa (Pœonia Mouton)*, Voy. le ijfj |ftt, liv. IV, p. 16, verêo, et la note 
sous le vers 826. 

2. Litt. : « (Lorsque) la barque — d'amour — à peine — eUtordtmt — fiU 
aririvée à — V endroit,-» 

3. Litt. : « alors — il y avait eu le fait que — Vépingle — avait été rom- 
pue — et le vase (de fletirs) — tomU à terre — quand f » 

Les femmes de l'Extrême-Orient portent une épingle dans les cheveux. 
Elles ont, en outre, comme cela se voit d'ailleurs aussi en Europe, l'habi- 
tude de soigner des fleurs. Or, si l'épingle que portait une jeune femme est 
rompue ; si le pot de fleurs qu'elle avait l'habitude d'arroser f^ brisé, sur 
le sol sans qu'elle vienne le relever, on sera naturellement fondé à con- 
clure de ces faits qu'elle n'est plus de ce monde. Telle est l'explication de 
cette singulière et gracieuse métaphore qui ne peut guère, malheureuse- 
ment, être reproduite en français, où elle paraîtrait par trop obscure. — 
La particule du passé ââ, que, pour plus de clarté, je traduis ici par les 
mots 17 y avait eu le fait que, fait des quatre mots qui la suivent un véri- 
table verbe composé. C'est là un exemple frappant du rôle que jouent, dans 
la langue annamite, la position et les particules. Les mots baoyio-— quand f 
qui terminent le vers indiquent que le temps écoulé depuis la mort de Bam 
lien était déjà si considérable qu'on n'aurait pu' en déterminer au juste la 
durée. 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 19 

cMais dans la vie des belles filles il est des vicissitudes ! 65 

« Au milieu de son printemps le rameau de Thiên Imcmg ^ vint tout- 

» à-coup à se rompre ! 
«Certain étranger^ habitant des régions lointaines^ 

«malgré la distance en entendit parler. La réputation de la belle 
> arriva jusqu'à lui, et il se mit en chemin pour obtenir ses faveurs. 
«Mais lorsque Tamoureux fut parvenu à sa demeure^, 

«le fil de l'existence (de Bqm tien) depuis longtemps était tranché ^j 70 

«Sa chambre vide était froide et silencieuse^, 



i. Litt. : « (Dan» ta) chambre — vide — le froid — pinçait — comme — 
«m JeuiUe de papier (sic). > 

Cette figare, d'une étrangeté véritablement par trop audacieuse, est 
formée de la combinaison de deux métaphores fondues, ^ur ainsi dire, 
l'une dans l'autre. 

1** On dit « lanh ngât — un froid qui pince » poui* exprimer l'idée d'un froid 
violent Cette première figure est aussi en usage dans notre langage fa- 
milier. 

^ Une feuille de papier est un des objets les plus minces que Ton 
puisse rencontrer. Cela est plus vrai encore du papier destiné à l'impres- 
«ion en Chine; car il l'est tellement que pour que les caractères imprimés sur 
le recto d'une page ne se confondent pas avec ceux du verso, on est obligé 
<le le doubler et de laisser blanche la partie intérieure. Cela étant, ng&t 
^ ^ signifie * pincer tellement fort que Cobjet placé entre les doigts devienne, 
^^ ^^ffet de leur pression, aussi mince que Vest une feuille de papier*. 

^n froid qui pince de façon à causer ù la peau une douleur aussi vive 

qne e^iig q^^ produirait sur elle une pression de doigts assez violente pour 

'f réduire à l'épaisseur d'une feuille de papier serait un froid terriblement 

"'• ^n somme, toute cette expression n'est autre chose qu'une foime de 

P^flatif des plus ampoulées. La chambre de Bam tien est dite être aussi 

*^^ pour exprimer qu'elle est inhabitée et close depuis longtemps. On sait 

*^fiet qu'une pièce fermée pendant un temps considérable devient, dans 

.l^'^ys chauds, assez fraîche pour produire sur ceux qui y pénètrent une 

^^ble impression de froid; mais de là au terrible refroidissement que 

V^"le indiquer le superlatif métaphorique employé ici par l'auteur du 

*^^e, il y a loin î 

2* 



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20 KiM vAn kiêu tAn tkuyçn. 

«Dâu xe ngu-a dâ ; reu lô* mô* xanh ! 
«Khôc than khôn xiêt su* tinh! 
«Khéo vô duyên bây! Là minh v<>i ta! 



1. Litt. : «Le» traces — des chars — (et des) chevaiux — avaient été (n'e- 
xistaient plus, étaient effacées); — la mousse — sombrement — étidt verte!* 

j^5, qui n'est à proprement parler que la marque du passé, donne ici l'idée 
d'une chose qui a été et n'existe plus, et joue le rôle d'un véritable verbe. — 
La teinte sombre ou foncée de la mousse indique l'exubérance de sa végé- 
tation, qui se développe en toute liberté dans ces lieux où le pied de l'homme 
ne la foule plus. On dit quelquefois en style d'horticulture qu'une plante 
vigoureuse est d'un vert noir, pour exprimer la teinte foncée de ses feuilles. 

2. Litt. : € Pleurant — il gémissait — (de telle sorte que) — difficilement 
— on compterait (ou exprimerait) — la chose — (de ses) sentiments. » 

« Su ành » est une expression dont le sens varie beaucoup suivant les 
phrases dans lesquelles on la rencontre. Elle signifie tantôt «^passion, senti- 
ment», tantôt émotif», tantôt simplement * chose, affaire». Le premier et le 
troisième de ces sens sont les plus applicables ici. J'ai cru devoir adopter 
le premier. Il est bon de remarquer que les quatre mots « khân xiët sv Cmh » 
constituent, par leur position après les deux verbes khôc et than, une ex- 
pression adverbiale de manière. 

3. Litt. : *(Elle était) habile à — ne point avoir — de bonheur — com- 
bien ! — Elle était — coTps — avec — nous ! (Elle possédait la même espèce 
de corps, elle était de la même race que nous!)» 

L'adjectif ^khéo», employé pour exprimer un dépit mêlé d'étonnement, est 
d'un usage fréquent en annamite. 11 offre une analogie remarquable avec 
certaines locutions de notre langage familier, telles, par exemple, que celles- 
ci : «Vous vous entendez étonnamment à ne faire que des sottises ! » — 
«Vous avez le talent de tout faire de travers ! » Il est du reste à remarquer 
qu'un assez grand nombre d'idiotismes cochinchinois se rapprochent con- 
sidérablement des manières de parler familières, souvent même populacières 
de notre langue. Ne faudrait -il pas attribuer cette singulière concordance 
dans l'expression des idées à la grande ancienneté de l'idiome parlé dans 
l'Annam? J'ai eu occasion de dire ailleurs qu'il me paraît être formé 
d'une langue primitive dans laquelle se sont introduits d'assez nombreux 
mots chinois, dont la prononciation s'est modifiée plus ou moins selon l'é- 
poque à laquelle ils ont, sous l'influence de la domination chinoise, obtenu 
droit de cité dans le langage usuel. (Voyez la préface de ma Chrestomathie 
codiinchinoise.) Cette introduction du chinois dans l'annamite, beaucoup moins 
prononcée d'ailleurs qu'on ne le croit généralement, n'a pas amené une mo- 
dification -assez grande dans le génie de cette dernière langue pour y faire 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 21 

c et sur 1^ pas des chevaux, sur les traces des chars, s'étendait le 

> manteau vert sombre de la mousse * ! 

€ Amèrement il pleura ses amours (envolées) 2! 

«ô malhenreux destin !> (s'écria- 1- il.) c Elle était hélas! mortelle 

> comme nous ' ! 



disparaître les façons de parler primitives. Or l'annamite, étant un idiome 
fort ancien, a dû être parlé par des tribus dont le développement intel- 
lectuel était naturellement inférieur à ce qu'il est actuellement chez un 
peuple beaucoup plus civilisé que ne le furent certainement ses ancêtres. 
De là viennent petit -être ces analogies de langage qui existent entre la 
phraséologie annamite et celles de la partie la moins éclairée de notre 
nation. Ce serait aux savants qui s'occupent spécialement de l'étude de 
la filiation des langues à nous apprendre si cette analogie existe dans 
tous les idiomes dont l'ancienneté est considérable. On la retrouve, quoique 
plus rarement, dans certaines expressions du chinois parlé. Toujours est-il 
que, sans lui accorder une valeur exagérée, ce phénomène, parfois très sail- 
lant dans l'annamite, me paraît digne d'être signalé à l'attention de ceux 
que leurs études spéciales rendent plus compétents en pareille matière. 
Une semblable concordance entre les formules de langage usitées chez les 
peuples de race primitive et celles qu'emploient les classes les moins poli- 
cées des nations civilisées actuelles constituerait un fait curieux dans l'his- 
toire du développement de l'esprit humain. 

Le mot «^^ dwfèn^ est un de ceux dont la signification varie le plus 
suivant le sujet traité dans les textes où il se rencontre. Il existe cepen- 
dant une dérivation bien réelle entre les principaux sens qu'il présente. 
Comme on le trouve fréquemment dans les poèmes annamites avec plusieurs 
de ces sens (voy. ce vers et le suivant), je crois utile de les rappeler ici et 
d'en fure ressortir la connexion. ^^ signifie : 

V Le coUel ou la garniture d'un vêtement. 

2** La correspondance entre un fait actuel et un autre qui existait préalable' 
ment. Deux faits dont le second est la conséquence du premier font pour 
ainsi dire corps l'un avec l'autre, comme la garniture ou le collet d'un ha- 
bit, bien qu'étant des objets distincts du vêtement lui-même, n'en forment 
pas moins un seul tout avec lui. 

3** Le bonheur, qui n'est qu'une adaptation providentielle des événements 
à nos besoins et à nos désirs. 

4® L'amour OU le mariage, considérés comme la réunion de deux êtres 
destinés providentiellement l'un à l'autre. C'est par une association d'idées 
voisine que nous disons quelquefois que les mariages sont écrits au ciel. 

Dans le présent vers, le mot Ûx a le sens du 3" (heureuse destinée); 
dans le suivant, il aura celui du 4**, et exprimera < V union de deux -êtres qui 
«'aiment^. 



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22 KiM vAn kiêu tAn truyçn. 

75 «Bà không duyên tnr<>c châng thà, 

«Thi chi chut dfch goi là duyêii sau? 

«Sâm sanh nip giây xe châu. 

«Bùi DÔng mot nâm màc dâu cô hoa! 

«Trâibaothôlànâctà? 
80 «Ay mô vô chù! ai ma viêng thàm?» 

Long dâu 8ân mon thu'ang tâm? 

Thoat nghe, Kiêu thôt dâm dâm châu sa. 

Bau don thay phân don bà ! 



Le mot < m\nh — œrpa » qui se présente presque toujours comme un subs- 
tantif, devient ici adjectif par position à cause du verbe qui le précède, et 
signifie «poêsêdant un corps*, « V<H — avec » exprime ici non pas la communauté, 
l'association, mais la similitude de nature. Cet hémistiche contient du reste 
une ellipse. C'est €cZng mot nành vài ta* qu'il faudrait dire. ^Cûng mfil mtnh* 
serait alors un adjectif composé, toujours par suite de Tinfluence du verbe 
qualificatif «/c^»; mais il y aurait alors deux pieds de trop. Ces jeux de U 
règle de position sont indispensables à bien connaître; car ils donnent, con- 
jointement avec le parallélisme, la clef de l'interprétation des vers anna- 
mites qui, si l'on n'en tenait pas compte, jseraient souvent tout-à-fait incom- 
préhensibles. 

1. Litt. : ^(PuiaqtiJU n'y aura pas eu d^ — union — avant, — (çuej ne 
pas — cela a mieux valu,* 

B^à, marque du passé, fait ici du signe de négation không un verbe 
exprimant la non-possession qui correspond exactement au 4^ chinois. 

2. Litt. : «.Alors — quoi — (en f(Ut de) — quelque petite chose — (qui,) 
s^ appelant, — soit — V union — de plus tardf» 

^ich est un terme cantonnais qui signifie «^une petite quantité*. 

3. Litt. : « . . , . des chars — de pierres précieuses. » 

Les xe châu sont des imitations de chars renfermant des aliments imi- 
tés aussi. Ces véhicules sont censés destinés à transporter leur contenu 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 23 

< Puisque le ciel n'a pas voulu que nous nous aimions en ce monde *, 76 

< comment (du moins) lui donner quelque gage de Tamour qui, dans 

>rautre, (unira nos deux cœurs) 2? 

«Il prépara des corbeilles de papier, des aliments à Tusage des 

> morts K 
«Acceptez», dit -il, «ce faible présent, tout insignifiant qu'il puisse 

*être*! 

< Qui dira combien de lunes ont (depuis lors) disparu sous Thorizon; 

> combien de soleils se sont inclinés dans leur course^? 
« Ici est un tombeau sans maître ! qui viendrait le visiter? » 80 

Pourquoi (Kiêu) sentit-elle alors dans son cœur naître la tristesse*? 

A peine avait- elle entendu (ce récit) qu'elle versa des larmes abon- 
dantes. 

< Que le sort de la femme est douloureux ! » dit-elle. 



jusqu'à la région des morts, où il se trouvera à la disposition du destina- 
taire. Les aliments sont qualifiés symboliquement de * pierres précieuses* parce 
qu'ils sont ce qull y a de plus indispensable à la vie. Quant aux nip gié£y, 
ce sont des paniers remplis de ces papiers dorés et argentés que les Chi- 
nois appellent •^ j|^ et ^g j|^, et que Ton brûle aux funérailles dans 
la croyance qu'ils iront se changer, dans les mains du défunt, en or et en 
argent véritables. 

4. Litt. : €fCeci est) de condiments — une poignée; — à votre gré — (ce 
•eront) — des herbes — et des fleurs (des bagatelles) ! » 

5. Litt. : *On a passé par — combien (défaits que) — le lièvre — a plongé 

— (et) le corbeau — s^est incliné f» 

D'après une légende bouddhique, un lièvre (sasi), y oulaxit nourrir ses 
congénères affamés, se précipita dans le feu afin d'y rôtir sa chair et de 
leur en fidre un aliment. Après qu'ils s'en furent repus, Indra transporta 
dans la lune ce qui en restait, et l'appela «g^ jjf^ sakchi ou sakti — celui 
qtn a fait un sacrifice». (Voyez Wklls Williams, A sgllabic dictionarg of the 
ekinese îanguage, au caractère ^.)De là vient ce nom de «Kèwc» que l'on 
donne, surtout en poésie, à la lune. 

On appelle le soleil *dc — le corbeau » ou « «îc vàng — le corbeau d'or* parce 
que l'on croit voir sur son disque l'image d'un corbeau à trois pattes. 

6. Litt : ^Son coeur, — (d^) ou (vient qu^y) — étant disposé — il faiblit 

— (quant à) la tristesse f* 



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24 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

LM rang : <^Bac mang» cûng là 161 chung! 
85 Phu phàng chî bây, Hoâ công? 

Ngày xanh m6n moi, ma hông phui pha ! 

Song, làm va khâp ngirôi ta; 

Haï thay! Nâm xuông, là ma không chông? 

Nào ngày Phung cha Loan chung? 
90 Nào ngirôi tîêc loc? Tham hông là ai? 

Dâ không kè doéi ngirô-i hoài ! 

San dây ta kiêm mot vài nén hirang! 

Goi là gâp gô* gitta dàng ! 

Hoa là ngirôi dirô-i suôî vàng biêt cho ! 
95 Lâm dam khan vâi nhô to ; 

Lâp ngôî, va gât inrô-c mô, birdc ra. 

Mot vùng cô ây bông ta, 



1. Litt : « (Tu es) insouciant — pourquoi — tant, — (6) créant — artisan f» 

2. Litt. : < Ou (sont) — les jours (oh) — les Phung — (vivaient) en désordre 
— et (oh) les Loan — (vivaient) en commun f'» 

Le Ph\mg est un oiseau fabuleux dont l'apparition, qui a lieu aux épo- 
ques où la vertu est en honneur, est réputée de bon augure. Sa femelle 
8*appelle Iloàng, nom que Ton traduit généralement par ^Phénix*, D'a- 
près M. Wells WiLLLàMs, le faisan Argus aurait fourni le type du Phung, 
aussi bien que celui du Loan, oiseau également fabuleux que Ton regarde 
comme la personnification de toute grâce et de toute beauté. Ce dernier 



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KIM vAN KIÊU tAN TRUYÇN. 25 

«Ces deux mot8:<Destin contrcUro, sont bien applicables à toutes! 
«Pourquoi donc, ô Créateur ! te montrer si insouciant ' ? 86 

«Les jours de sa jeunesse ont disparu, et sa beauté s'est effacée ! 
«Vivante, elle était réponse de chacun ; 
« hélas ! la voilà morte, et devenue un fantôme sans époux ! 
«Où sont les jours où autour d'elle se pressaient les galants*^? 

«Où sont (les amoureux) passionnés? Qui, (maintenant,) désire ses 9o 

> charmes? 

«Personne aujourd'hui (sur sa tombe) ne jette plus un regard de 

> pitié ! 

«Puisque nous sommes ici, prenons quehiues bâtons d'encens 
« pour faire avec elle, en chemin, connaissance ! 

«Peut-^&e qu'aux bords de la Source jawie elle ne l'ignorera pas et 

> nous en saura gré \ > 

Tout bas elle récita une série d'invocations, 95 

s'assit, fit quelques inclinations devant la tombe et s'éloigna. 

Sur un tertre couvert d'herbe flétrie dont l'ombre allait s'allongeant. 



fait, dit^on, entendre des chants délicieux. Le Phung et le Loan jouent un 
très grand rôle dans les poésies chinoise et annamite. Les noms de ces deux 
oiseaux expriment ici métaphoriquement la foule des galants qui se pressait 
autour de Bam Tien. 

*Pkunff cha Loan chung» est pour ^ Phung Loan ckung cka». L^expression 
*chung cha*, qui signifie *mvre en commun* et qui renferme le plus sou- 
vent une idée de désordre est dédoublée ici, tant par élégance que pour 
satisfaire aux règles de la prosodie. 

3. Litt. : « le saura ~ à nous, * 



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26 KIM vAn KIËU tAN TRUYEN. 

Gi6 hiu hiu thôî mot va ngon lau. 

Rut tràm 8ân giât mai dâu, 
100 Vach da cây, vinh bon câu ba van. 

Lai càng mê mai tàm thân ! 

Lai càng dtrng sfrng, tan ngân, châng ra! 

Lai càng û dot net hoa ! 

Sau tuôn diH nôi ; châu sa vân dài. 
105 Vân rang : cChi ! cûng nrrc cirM ! 

«Cûng drr nirô-c mât khôc ngirôi dôi xira?> 

Rang : «Hong nhan tur thuô* xira 

«Câi dêu bac mang cô chùu ai dâu? 

«Nôi niêm, tirdng dên ma dau! 
110 «Thây ngirW nâm dây, biêt sau thê nào?> 

Qmn rang : «Chi nôi hay sao? 

«Mot dëu là mot; vân vào, khô nghe! 

«Ô^ dây âm khf nâng ne ; 

1. Dans son chignon. Litt. : *Swr le toit de sa tête.» 

2. Litt. : <i^TrUte, — eiUe laissait couler ensemble (les larmes de ses deux 
yeux) — par cessation — (et) par continuité; — les perles — tombaient — 
courtement — et longuement.* 



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KIM vAN KIËU TÂN TRUYÇN. 27 

aa souffle d'une brise légère quelques joncs inclinaient leur pointe. 

Elle arracha Tépingle qu'elle avait sous la main^ piquée au sommet 

de sa chevelure ', 
et, écrivant sur Técorce d'un arbre, elle composa quatre vers de trois loo 

pieds. 
Et la mélancolie allait augmentant dans son cœur! 

et de plus en plus raidie par un étrange saisissement; elle demeurait 

immobile! 
et ses traits charmants s'assombrissaient de plus en plus ! 

Plongée dans la tristesse, elle laissait de ses yeux couler des larmes 

tantôt rares, tantôt abondantes^, 
c ô ma soeur aînée U lui dit Van, « tu me donnes envie de rire ! 106 

< As-tu donc des larmes de reste pour pleurer ainsi les femmes d'au- 

>trefois?> 
«En aucun temps», dit Ki^u, «parmi les belles personnes 

« le destin ennemi en épargna-t-il une seule ? 

< Cette pensée obsède mon cœur et je souffre ! 

«A la vue de celle qui est couchée ici, je me demande ce que plus iio 

> tard il doit advenir de moi ! 
« Ma sœur!» lui dit Quan (à son tour), « es tu donc dans ton bon sens ^? 

« Une idée est une idée ; mais si tu en mêles plusieurs, te comprendre 

• sera difficile! 
« L'air est humide et étouffant ici ; 

3. Litt. : « Ma aceur amée — parle — comme il convient — ou — 

comment f* 

*Chi noi hay aaof^ est une expression qui équivaut pour le sens général 
à celle-ci : *Chi nôi ky qudl — tu di» des choêes singulière», tu te livres à des 
cm^ectures au fond desqueUes U n^y a rien de sérieux!» 



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28 KIM vAn KIÊU tan TRUYÇN. 

«Bong chiëu dâ ngâ, dàm vë côn xa!» 
1 15 Kiêu rang : «Nhirng dirng tài hoa 
«Thâc là thây pliâch, con là tinh anh! 

1. Litt. : « Tous les — Hres supérieurs — an talent — de fleurs, — 

(laraqu'ils) sont morts, — on voit — (leur) ombre, — (qui) encore — est — 
visifjle — (et) wjilel^ 

Les Chinois et eomme eux les Annamites lettiés ont sur la nature et 
la constitution de Tâme humaine des idées bien diiférentes des nôtres. Ils 
la regardent comme formée par l'association de deux principes opposés. Le 
premier, qui est le plus noble, se nomme ]|jA Thân ou z6 lion; le second 
porte le nom de J^ Qui ou â^ Phâch. 

On lit dans le dictionnaire de Khang-hi, sous le caractère )||É : 

xn.mm^%mmm.%% mz 

# ^ ^ S$ JS ^ ^ J^ o -^''" «"' ""*"• ^""""^ ''"" "' ""*"' 

âm phâch vi qui. Khi chi thân ffià vi thân; khuât gia vi qui. — Il y a aussi 
les qui tfidn (expression empruntée à des paroles de Confucius citées dans 
le Ui| ^g )• Le Hôn, qui procède du principe mMe^ s^ appelle Thdn; le Phâch, 
qui procède du principe femelle s^appelle Qui. ^expansion du Khi (souffle pri- 
moi'dial de la nature ou du Ciel) produit le Thdn; son retrait produit le Çtt». » 
L'âme, telle qu'elle se trouve dans l'homme vivant, est un de ces êtres 
immatériels appelés ^Quîthdn^, qui résultent de l'expansion et du retrait des 
deux grands principes mâles et femelles Àm et Vwong. Le nom du IjA 
tlidn vient, dit-on (par un jeu de mot philosophique très goûté des Chinois 
et indiqué dans la définition citée ci-dessus), de «'M thâii — se déuelopper*; 
parce qu'étant la partie la plus 'subtile de la nature spirituelle (ou mieux 
immatérielle) de l'homme, il se développe après la mort de ce dernier, 
s'étend et erre dans l'espace. On en place le siège dans le foie. On l'ap- 
pelle aussi <2Ô hctn», mot que nous traduisons par «dwie», bien qu'il semble y 
avoir entre cette âme chinoise et l'être immatériel que nous appelons du même 
nom la même diflférence qu'entre le T^'i'^ hébreu, le j:v£U(jl« grec, le latin 
spiritus d'une part, et le spirit anglais de l'autre. (Voy. W. H. Medhurst, 
A dissertation on the theology of the Chinese, etc.) On distingue d'ailleurs trois 
i/cTn ou âmes différentes; Vâme végétative ou ^b z® Sinh hon, Vâme sen- 
sitive ou ^^ zfl Giâc hon, et Vâme raisonnable OU IjA âS Thdn hân. 
Les noms qui leur sont donnés font suffisamment connaître les fonctions 
qu'on leur attribue. 

Quant au JH Qui, que l'on nomme aussi Ô^ Phâch, c'est l'élément gros- 
sier, l'âme imparfaite, qui tire son origine do la partie subtile du principe 



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KiM vAn kiêu tAn truyçn. 29 

clés ombres du soir descendent, et le chemin du retour est long! » 

c Lorsque >, répondit KiSu, «une personne savante et lettrée * ii6 

«n*^ plus, on peut voir son ombre, encore sensible à nos yeux K 

femelle Àm, Son nom lui vient de « ^ ^«», mot qui signifie «retourner»; parce 
qn*étant la partie la pins grossière, il se resserre, se contracte sur lui-même 
après la mort, retourne à ses éléments primordiaux et s'enfonce d<ans la 
terre. Ce A^ peut cependant jouer, dans certaines circonstances, le rôle 
de ce que nous appelons « une ombre, un revenant, un fantôme ». C'est préci- 
sément ce que l'on affirme avoir lieu dans le passage qui nous occupe. 

r 

Lorsque, dit le poète, une personne savante et lettrée a quitté la vie, son 

A^ , malgré sa nature d'ordinaire immobile et invisible, peut cependant se 

manifester à nos yeux. Il est nécessaire, pour s'expliquer cette contradic- 

l tion, de se reporter aux passages suivants du philosophe Châu phu tth. 

\ Comme un de ses disciples lui demandait pourquoi, dans certain passage du 

' ^ j^^ ^^ ^^ principalement question des ]pA tandis qu'on s'y occupe 

beaucoup moins des JH , Ckâu répondit : « Pour les ffl , ils sont dis- 

• sipés, ne donnent pas signe d'existence, et n'ont plus aucune forme; c'est 
» pourquoi il n'était pas nécessaire de s'en occuper spécialement. Mais lors- 
> que les ]|jA se manifestant, ce phénomène n'est rien autre que l'expansion 
^('fr} J^ ' ^^®* précisément le cas pour les ancêtres. Lorsque les 
» forces qui proviennent du ^S sont dissipées, ils deviennent des S9 ; et 

• cependant leurs descendants les font venir à eux en pratiquant la pureté 
»et la sincérité. Ils prennent alors une vaste extension, tellement qu'il 

• semble qu'ils soient au-dessus de nos têtes, à notre droite et à notre 

• gauche. N'est-ce pas là une expansion de ces JH qui déjà s'étaient res- 
I » serrés sur eux-mêmes?» 

« Il faut, dit ailleurs le même philosophe, embrasser cette question dans 

• une vue générale d'ensemble, et (bien savoir qu')au milieu même des ex- 
» pansions, il y a une contraction. Nous nous rendrons alors compte du véri- 
» table état des choses. Les contractions que l'on peut percevoir au milieu 

• d'une expansion se rapportent à l'homme, qui possède un â^ ou esprit 

• animal plus grossier; et les expanakma qui ont lieu au milieu d'une contrac- 
»tion *e rapportent aux j9 , qui alors deviennent parfois jm linh — efficaces 
» (en répondant aux vosux de ceux qui leur adressent un cuUeJ. » (Voy. Medhurst, 
A dissertation etc., pp. 169 et 172.) Ce qui revient à dire que le J^ ou ||^ 
d'nn ancêtre, quoique déjà contracté sur lui-même et rentré dans le sein 
de la terre, peut se dilater de nouveau, et devenir efficace^ autrement dit 
agir dans le sens de la volonté de ses descendants qui désirent l'attirer 



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30 KIM vAn kiêu tAn truyçn. 

«De hay tinh lai gàp tinh! 

«Chô* xem! At thây bien lînh bây giô*.» 

Mot loi nôî chfta kip thira, 
120 Phùt dâu trân gîô ciiôn cb dên ngay! 

Ao ào gîô loc rang cây, 

U trong dirÔTig c6 hiroTig bay ft nhiëu. 

Bè chàng ngon giô lân theo; 

Vit giày tùng birô'C in rêu rànb rành ! 
125 Mât nbin, ai nây dëu kinb! 

Nàng rang : «Nây tbât tînb tbành châng xa! 

«Hfru tinh, ta lai biêt ta! 



auprès d'eux. Or cette espèce d'évocation, que Châu phu ta- dît être pos- 
sible aux descendants vertueux lorsqu'il s'agit de leurs ancêtres, l'auteur 
du présent poème la déclare possible aussi lorsqu'une personne quelconque, 
animée des sentiments convenables, veut en évoquer une autre qui était 
douée, durant sa vie, d'une nature supérieure et distinguée. 

De même que l'on distingue trois SjË diiférents, de même aussi l'on 
compte cinq ti^, qui ne sont autres que l'action particulière de chacun des 
cinq sens. Aucuns, cependant, ne reconnaissent point ces È^, et leur con- 
testent la qualité d'esprit. 

D'après ce qui précède il est facile de comprendre l'expression *Unh anh*, 
qui serait, sans cela, fort obscure. ^TirUi» signifie ici * la forme que prend un 
eiprit pour se rendre visible aitx hommes». — ^Anh* veut dire * affile*. Le hH, 
qui d'ordinaire se dissocie et se perd dans le sein de la terre, qui, par consé- 
quent, est alors dépourvu de forme et de mouvement, peut cependant^ lors- 
qu'il a appartenu à une personne exceptionnellement douée, prendre une 
forme qui le rende visible, et se mouvoir de manière à aller trouver ceux 
à qui il veut se manifester. Aussi le voyons nous, aux vers 120 et 124, 



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KIM VAN KIÊU TÂN TRUYBN. 31 

« n est facile de comprendre que Tafifection appelle raffection ! 

«Attends et regarde! nous sommes certains de la voir à T instant 

» mystérieusement nous apparaître ! > 
Ayant que son frère eût pu répliquer un mot, 

un vent impétueux et subit * droit sur eux arriva tout-à-coup ! 120 

Bruyant et rapide comme le saut du cerf ^^ il secouait les arbres, 

et semblait avec lui apporter un léger parfum. 

En suivant pas à pas la direction du vent, 

ils (virent) les traces d'un pied nettement marquées sur la mousse. 

Les yeux fixés sur elles, chacun était frappé d'eflfroi! 126 

«Sûrement» dit la jeune fille «le spectre ^ n'est pas loin de nous! 

«La sympathie qui nous unit, nous fait connaître Tune à Tautre! 



annoncer sa présence par un tourbillon de vent impétueux et des pas qui, 
slmprimant sur la mousse, indiquent qu'un être invisible a passé près des 
interlocuteurs en courant avec vélocité. 

1. Utt. : *Taut à coup — itn coup — de vent — (de ceux qui font) rouler 
— Icê paviUont — arriva — droit h 

Lorsque le vent est par trop violent, Ton est forcé de rouler les dra- 
peaux autour de leur hampe, sans quoi ils seraient emportés. De là rem- 
ploi de cette figure, pour exprimer un coup de vent brusque et impétueux. 

2. Litt. : « Un vent — de cerf, » C'est là un de ces superlatifs métapho- 
riques qui abondent dans la poésie et même dans la langue vulgaire. 

3. Litt. : « . . . . Ceci — véritablement — (est que) du tinh — la réalité — 
nepaa — (cêt) loin!* J'ai dit plus haut ce que signifie le mot Hinh* dans ce 
passage. <Thành* veut dire ^réel*; mais, dans cette expression qui est chi- 
noise, sa position lui donne le rôle d'un substantif qui met au génitif le mot 
précédent II faut donc traduire *tinh ihàiih* par *la réalité du tinh*, c'est-à-dire 
<UfaU que le Rffl de ^am ti^n a 9ubi une modification qui lui permet d'affecter 
Ut »enê de Chomme», 



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32 KIM vAn KIÊU tAn ITÎUYÇN. 

«Châng ne u hièn, moi là chi em ! 

«Dâ long hîén hîên cho xem, 
130 «Ta 16ng nàng lai iiôi thêm va loi!» 

Long tha laî lâng bôî hôi, 

Gôc cây lai vach mot bài cô thi. 

Dùng dâng dô* ô*, dâ vê, 

Lac vàng dâu dâ tiêng nghe gân gân. 
135 Trông chihig thây mot vân nhân, 

Long buông tay khâu, birô^ lân dàm bâng. 

De hue lirng tùi gi6 trâng 

San chou theo mot vài thâng con con. 

Tuyêt in sâc ngira eu don ; 
140 Cô pha màu âo nhuom non da trôi. 

Nèo xa mdi tô mât nguôi, 

1. Co thi ne signifie pas ici d^ anciennes poésies, mais dea vers ccmpottés en 
longues strophes d'après certaiiies règles prosodiques. 

2. Litt. : « . . . . gauche — (quant à) rester, — gauche — (quant àj partir, » 

3. Litt. : «(Qui,) laissant aller — la bride, — marchait — jpcw à pas — 
et les dam — fra/nchissait». «Tay — mam», joue ici le rôle de numérale par 
rapport à *khâu — brider, et la dernière partie du vers contient une inver- 
sion nécessitée par la mesure et la rime. 

4. Litt. : «Portant dans les hras — et portant sur le dos — le sac — du 
vent — et de la lune. » 

o^Lung — dos» de\nent ici verbe par position, et signifie porter sur le dos. 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 33 

« Si vous ne craignez point d'apparaître dans l'ombre, voici que nous 

> serons deux sœurs ! 
«Puisque vous avez bien voulu vous manifester à notre vue, 

« à nos remerciements j'ajouterai quelques paroles ! * 130 

Puis, son jeune cœur envahi par un trouble indicible, 

sur le tronc de l'arbre elle grava encore des vers composés à la ma- 
nière antique K 
Incertaine, hésitante à rester comme à partir 2, 

elle entendit tout-à-coup non loin d'elle résonner des grelots d'or.. 

Elle regarda, et vit un lettré 135 

qui, lâchant la bride à sa monture, s'avançait dans le chemin ^. 

Dans leurs mains, sur leur dos portant l'attirail de voyage *, 

derrière lui marchaient quelques jeunes serviteurs. 

Son cheval, petit et vif, était blanc comme la neige »\ 

La couleur de ses vêtements tenait du vert de l'herbe et du bleu du 140 

ciel \ 
Dès que du chemin voisin il aperçut leurs visages 

par oppositioii à de hvi, qui veut dire porter à la main. — Tût gio tràng — 
Us Mcê du veiU et de la Urne est nue expression poétique pour désigner Uê 
bagage», parce que les voyageurs cheminent exposés au vent et sous les 
rayons de la Inné. 

5. Litt. i *(A la) neige — étaU »emblable — la couleur — de (son) cheval 
— de petite taille, ^ 

Cu don signifie tm cheval de petite taille et à V allure vive. C'est aussi le 
sens du mot eu employé seul. Don signifie de taille médiocre. 

6. Litt : *(Aeec la couleur de) V herbe — on avait mélangé — la nuance — 
de (bou) vêtement — qui était teinte — clair — en bleu de ciel,» 

3 



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34 KIM VAn KIÊU TAN TRUY^N. 

Khâch dà xuông ngu*a, tô-i nai to tinh. 
Gîai nhon lân hvtàc dàm xanh, 
Mot vùng nhir thây cây qulnh nhành giao! 
145 Chàng Vucmg quen mât; ra chào. 
Hai Kiêu e mât, nép vào dirôi hoa. 
Nguyên ngrrài quanh quât dâu xa. 
Ho Kzm, tên Trqng; von nhà trâm anh. 



1. «TV ^^* est une expression chinoise dont le sens littéral est «(iû- 
courir sur une affaire*. 

2. Litt. : <t(Sur) un (même) — tertre — (c^ était) comme (a*) — U voyait — 
de r arbre — Quinh — (deux) branches — unies!» 

Le C% Quinh ou jB ^Jt Qulnh hoa est une espèce très rare d'Hor- 
tensia qui, disent les historiens chinois, faisait les délices de Tempereur 
parricide ;fê *êf Duong di, de la dynastie des |S 2^y (606 de l'ère chré- 
tienne). 

3. Litt. : « Les deux — Kiêu — eurent peur — quant au visage — (et), se 
cachant, — entrèrent — sous — les fleurs, * 

« Kiêu » est une qualification que Ton donne aux jeunes femmes savantes 
et belles. L'auteur en a fait à dessein un des termes du nom de son héroïne, 
dont les talents et les attraits sont constamment mis en relief dans le 
poème. 

4. Litt. : « Originairement — (c'était un) homme — des alentours j — oh 
(était-ce) — loinf* 

<c^âu xa» est une inversion pour «aja dâu». 

Le mot «dâu — oh» est employé dans un assez grand nombre d*idio- 
tismes annamites pour exprimer le vague, le doute, l'incertitude sur une 
appréciation quelconque. «C'est loin — où?» équivaut à : «On ne sait pas 
au juste à quelle distance se ti-ouve telle ou telle chose, telle ou telle per- 
sonne». 

5. Litt. : ^(Son) nom de famille — (était) Kim, — (son) nom particulier 
— (était) Trong; — de sa nature — (c^ était un homme d'une) maison — d'é- 
pingles — et de bandelettes». 

Les noms des Annamites sont généralement composés de trois éléments 
distincts. 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 35 

L'étranger se hâta de descendre de cheval et vint échanger quelques 

mots*. 
Ce lettré distingué, en continuant à s'avancer vers elles, 

croyait voir, réunies sur un même tertre, deux pousses de Tarbre 

Vuctng, qui le connaissait, s'avança pour le saluer, 146 

et, confuses, les deux charmantes filles ^ sous les fleurs se dissimu- 
lèrent. 
Cet homme demeurait quelque part dans les environs K 

Son nom était Kim et son petit nom Trong; sa famille était hono- 
rable et lettrée ^ 

V Le Hjp ou. nom de famille, qui correspond au -Uj^ tânh chinois. 

2** Le Ckû' lot ou nom intercalaire, 

3* Le Tên tue ou nom particulier. 

Le nom de famille, qui se transmet de père en fils, ne se prononce 
presqne jamais et n^apparaît guère que dans la rédaction des actes, dans 
le corps des lettres ou encore dans la signature. Dans la correspondance, 
il est convenable de désigner la personne à qui Ton s'adresse par son nom 
de famille plutôt que par son nom particulier. 

L*usage du nom intercalaire n'est pas obligatoire ; cependant il est d'u- 
sage que les enfants, surtout l'aîné, conservent celui de leur père. Pour 
les cadets, ils peuvent en choisir d'autres, s'ils veulent établir une distinc- 
tion marquée entre les branches aînées et cadettes. Les femmes n'ont qu'un 
seul et unique nom intercalaire, qui est «^ Un». 

Les Annamites, soit qu'ils se parlent l'un à l'autre, soit qu'ils parlent 
d'un tiers, ne se servent que du nom particulier. 

Dans la signature des actes, tous les noms doivent figurer dans l'ordre 
indiqué ci -dessus. Les femmes mariées, aussi bien que les hommes, y in- 
scrivent leur nom particulier; mais loi-squ'on parle d'elles, on dit, comme 
en français : * Madame une telle», en énonçant le nom ou la qualité de 
leur mari. 

L'usage de désigner les gens par leur qualité est considéré comme poli 
et convenable. C'est ce sentiment qui fait souvent suppléer a renonciation 
de cette qualité, lorsqu'elle est absente, par l'indication de l'ordre de nais- 
sance. On dit alors : *Anh liai, anh ha, anh tu chi nam, chi i>àu, chi 

boy, chi Uim», etc. 

Les souverains ont leur nom propre comme le reste des hommes; mais 
dès qu'ils sont montés sur le trône, il est remplacé par le nom de régne. 

3* 



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36 KIM vAN KIÊU tAn TRUY^N. 

Nën phù hâu, birc tài danh, 
150 Vân chirong net Bât, thông mînh tânh Trài. 
Thiên tir tài mao tôt vôî, 



<Gia l(mg — Mirih mang — Tfrdùc:^ sont des désignations de cette espèce. Du 
jour de son avènement au trône, le nom particulier du prince ainsi que 
celui de sa mère deviennent comme sacrés; il est désormais interdit de les 
porter et même de les écrire ou de les prononcer en public. On tourne 
alors la difficulté en employant un caractère synonyme, dont la prononcia- 
tion, si faire se peut, ne s'éloigne pas trop de celle du monosyllabe mis à 
rinterdit. S'il n'existe pas de caractère synonyme, on se contente de modi- 
fier celui qu'il est défendu d'employer en lui enlevant quelques traits et 
en altérant la prononciation primitive. 

Si, dans une réunion publique, un théâtre par exemple, des dignitaires 
connus sont présents, le président ou le directeur doit faire connaître aux 
acteurs les noms particuliers de ces personnages; et si ces noms se trouvent 
dans le discours ou dans la pièce, on doit leur donner une autre pronon- 
ciation en signe de respect. 

Le nom particulier a«.une signification voulue, et la superstition y a 
attiiché une importance considérable. On a attribué une influence tutélaire 
aux noms les plus abjects, un effet dangereux à ceux qui sont gracieux ou 
agréables. Ces derniers sont réputés susceptibles d'attirer les esprits mal- 
faisants, qui viendraient alors ravir les jeunes enfants qui les portent. Dans 
l'intention de les défendre contre ces mauvais génies, on leur donne des 
noms pour le moins ridicules quand ils ne sont pas incongrus. C'est ainsi 
que l'on rencontre de jeunes garçons ou des jeunes filles affublés de noms 
tels que ^Trâu, buffle — Chô, chien — Bt^ prostituée» et bien pis encore. 
Vers l'âge adulte on les abandonne et on les remplace par d'autres plus 
convenables, le plus souvent de la manière suivante : I^ père choisit dans 
un texte quelconque une phrase à son gré. A son premier -né il donne le 
premier mot, au deuxième le second, et ainsi de suite jusqu'à épuisement 
de la phrase; après quoi l'on passe à une autre, si besoin est. (Voy. M. 
pu» Truong Vmh KJ", Leçon supplémentaire au cours de caractères chinois.) 

Le personnage dont il s'agit ici s'appelle Kim de son nom de famille et 
Trotiff de son nom particulier. Nulle part dans le poème on ne lui voit de 
nom intercalaire. Nous avons vu que ce dernier n'existe pas forcément; et, 
de plus, comme je l'ai dit ailleurs, les personnages, comme le sujet, sont 
ici évidemment chinois. (Voy. pour les noms chez les Chinois, ma traduction 
du Tarn ttr kinh, p. 253 et suivantes.) 

€Trâm anh* est une expression qui, comme «^a« Uiân» désigne les let- 
trés et les dignitaires (^ ^ ^ ^ ft 'ê >^ ^ ^'^'^"* "'*'^ ^^ 



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KIM VÂN KIÊU tAN TRUYÊN. 37 

Appuyé sur une famille dont l'opulence datait de loin, s'élevant par 
le renom de son talent *. 

n traçait avec son pinceau des compositions remarquables, produits i50 
du brillant esprit dont Tavait doué la nature 2. 

Le Ciel, en lui donnant le talent et la beauté, Tavait élevé au-dessus 
du vulgaire. 

thân H hoan chi xtmg. — ijb S^ Au hoc, vol. 2, p. 1, verso). Le sens de 
chacun des mots qui la compose en justifie clairement remploi. En effet 
le trém n'est autre que la grosse épingle de t«te appelée plus communé- 
ment kè r^ "âf ^ -{fe trâm thû kê da), sorte de broche qui se pla- 
çait en travers derrière la tête, où elle servait à relier et à maintenir la 
coiffure. On la voit très nettement représentée dans les portraits des deux 
pfafloBophes Confucius et Mencins qui font partie de la curieuse iconogra- 
phie des Chinois célèbres possédée par la Bibliothèque nationale. Dans la 
même collection se trouve la représentation d'un certain nombre de cos- 
tumes de cérémonie dans lesquels le « AnJi », sorte de mentonnière destinée 
à assujettir le bonnet (j^ ^S ^^ jh. anh qtian aàch dS), se distingue 
aus^ fort bien. Quant au « tàn thân >, c'était, comme son nom l'indique, une 
large ceinture de couleur rouge clair dont les extrémités étaient élégam- 
ment ornées. 

Ces deux parties du costume étant portées exclusivement par les per- 
sonnages qui appartenaient aux classes dont j'ai parlé ci-dessus, il est na- 
turel qu'on les ait adoptées pour désig^iier ces derniers dans le langage 
élégant. 

1. Litt. : * (Ayant des) fondements — opulents, — des degrés — habiles — 
et renommés,^ • 

L'opulence de la famille de Kim Trmtg est assimilée par le poète aux 
fondements d'un édifice, et le talent de ce jeune homme à des degrés qui, 
établis sur ces fondements, lui permettent de s'élever vers les honneurs. 
D'un côté, les fondements sont riches; de l'autre, les degrés sont habiles 
et célèbres; ou, pour parler français, la famille est opulente et le talent de 
son jeune membre déjà renommé. Cette métaphore est cherchée, mais elle 
ne manque pas de justesse. Malheureusement, le génie de notre langue ne 
la supporterait pas, et j'ai dû chercher à la rendre par des équivaleutn, 
en me rapprochant le plus possible de la pensée qu'elle exprime. « Danh 

— réputation* devient adjectif par position, comme ^tài — talent» l'est ici 
lui-même. Son rôle principal dans le vers est de faire le pendant du mot 
• hâu — abondant*^ qui lui correspond à la fin du premier hémistiche, et 
fait partie de l'expression adjective *phû Mu — opulent» qui qualitie *nên>. 

2. Litt. : « (Quant aux) compositions littéraire», — les traits (de son pinceau) 

— (étaient) de la Terre; — (quant à) V esprit brillant, — sa nature — (était) 
du Ciel* 

Le mot *Bdt — Terre* a ici pour unique rôle d'établir un parallélisme 



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38 KIM VAn KIÊU tAN TRUYÊN. 

Vào trong, phong nhâ ; ra ngoài, hào hoa. 
Dông quanh vân dât nirô-c nhà ; 
Vôi Vuang quan tnrô'C vân là dông thân. 
155 Vân nghe thom nyc hircmg lân, 



complet entre les deux hémistiches. Il ne signifie rien par lui-même; et s'il 
imprime au mot «n^i — traits de pinceau* une idée de perfection, c'est, s'il 
m'est permis de m'exprimer ainsi, jpar ricochet, sous l'influence du mot «TVcr» 

— CieU, dont il fait la contre-partie. L'auteur ne l'a choisi qu'en raison de 
la grande habitude où l'on est, tant dans la littérature que dans la langue 
vulgaire cochinchinoise, d'associer ensemble ces deux mots. 

L'Annamite, dans ses serments, dans ses plaintes, dans les circonstances 
critiques ou solennelles de sa vie, prend constamment à témoin le Ciel et 
la Terre; si bien que lorsque le premier est énoncé, l'on peut s'attendre 
presque à coup sûr à voir apparaître aussitôt la seconde. 

Cette habitude d'associer ensemble les mots «TVcrt» et ^Bé£t* a sans 
doute son origine dans le système do la cosmogonie chinoise, qui admet 
trois puissances, le Cidf la Terre, et CHovime, ^^ '^ ^f \'J^ ilfe ^ 
Tarn Tài yià, Thiiii, Bia, Nhoni ». Etant donnée cette manière de voir, il est 
assez naturel que VHomme^ en tant que la plus inférieure et la plus faible 
de ces trois puissances, invoque les deux autres ou les appelle à son se- 
cours dans les circonstances graves de son existence. 

Le mot «TVot» désigne d'ailleurs, comme le fait le mot «C/c/» dans nos 
langues européennes, à la fois la voûte du firmament et la providence créa- 
trice et conservatrice de toutes choses qui vçille sur tous nos besoins, con- 
naît toutes nos actions et toutes nos pensées. Sans indiquer une personnalité 
bien définie, c'est le vocable le plus fréquemment employé pour exprimer 
ridée de Dieu. On le rencontre aussi très souvent avec l'acception géné- 
rale et vague que nous donnons au mot ^nature*. C'est celle qu'il con- 
vient de lui assigner de préférence dans les locutions du genre de celle 
qui termine le vers 150. 

1. Litt. : * (lorsqu'il) entrait — au dedans, — (il était) — élégant; — 
(lorsquifj sortait — au dehors, — (il était) — d'aune suprême distinction.* 

2. IJtt. : « (Comme) aux alentours — il parcourait en tous sens — la terre 

— du royaume, 

avec — « Vitang quan — (dhs) auparavant — se fréquentant, — ils étaient 
(devenus) — ensemble — intimes.* 

3. Litt. : « En passant — il avait senti — un parfum — qui embaumait — 
le voisinage.* 



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K»IM VÂN KIÊU TAN TRUYÇN. 39 

D avait; dans tontes ses démarches une rare élégance; une distinc- 
tion suprême K 

Comme il vivait constamment dans le voisinage ^, 

il avait beaucoup fréquenté Vuang quan et noué avec lui une amitié 
intime \ 

En passant il avait appris par les propos du voisinage ^ 155 



Le mot « JêA vân» a proprement le sens de * couper en travers:^, et, par 
dérivation, chacnn de ceux que je lui attribue dans ces trois derniers vers. 
En effet : 1** Une personne qui traverse une contrée dans toutes les directions 
peut (en usant, bien entendu, de la liberté extrême de comparaison qui 
caractérise les poètes de la Cochinchine), être assimilée à un instrument 
tranchant, qui, promené sur une surface quelconque, la diviserait dans tous 
les sens. 2* L'idée de ce parcours répété, effectué en compagnie d'une 
autre personne, éveille facilement en nous celle de la fréquentation mutuelle 
de deux amis qui ont accoutumé de se livrer ensemble à des promenades, 
à des excursions, à des parties de chasse ou de plaisir, etc. 3** Enfin, en 
restreignant la métaphore exprimée au vers 153 (par Tassociation de ce mot 
coJn» à Texpression ^dôiig quanh* qui Vy précède), on peut la réduire à 
ridée d'un simple passage, ayant lieu une seule fois. Au vers 153, l'instru- 
ment tranchant se promène sur la surface ^dong quanh — atix alentour»», 
c'est-à-dire dans toutes les directions; autrement dit, Kim Trong va et vient 
dans tous les sens. Au vers 165, c'est pendant une de ces sections do l'ins- 
trument, c'est-à-dire un jour ou il passe par là, qu'il entend parler de Tui/ 
Kieu et de r»îy Vân, 

J'avoue du reste que la beauté de cette triple répétition du mot ^|j 
m*échappe absolument Si je n'avais sous les yeux deux éditions différentes 
du texte en chtr nôni de ce poème, et si, dans ces deux éditions qui pré- 
sentent de notables divergences, non seulement dans remploi des caractères 
idéographiques adoptés^ mais encore dans la rédaction elle-même, ce même 
caractère chinois ^êA n'était pas identiquement reproduit, je croirais volon- 
tiers à une erreur de typographie. 11 faut bien le dire, ces poèmes anna- 
mites, d'ailleurs si originaux, présentent parfois, à côté de grandes beautés, 
des puérilités singulières. Ce fait concorde du reste parfaitement avec le 
caractère du peuple cochinchinois qui, très civilisé sous tant do rapports, 
est resté, sons quelques-uns, pour ainsi dire dans une véritable enfance. 

De même que son correspondant chinois < ^ van» y le mot annamite 
*ngke» signifie non seulement < entendre», mais encore <t percevoir une odeur». 
La même analogie se rencontre aussi entre le chinois «^. kien» et l'an- 
namite • ihâky»^ qui ont à la fois le sens spécial de «t^oir», et la signifi- 
cation générale de apercevoir par le moyen des sens». Bien plus, pour «cw- 



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40 KiM vAn kiêu tAn TRUYÇN. 

Mot nên ^ng tu&c toâ xuân haï kîëu. 
Nirdc non câch mây buông thêu ; 
Nhfrng là trôm dâu, thâm yêu choc m5ng. 
May thay giâî câu tirang phùng! 
160 Gàp tuân de là, thôa long tlm hoa. 
B6ng hông liée thay néo xa. 



teTMÎre», on dit en chinois «SE ^^ ^^*«^ A-t^n» et en annamite *nghe ihây * 
deux expressions absolument identiques. 

1. Lîtt. : *CQue sur) une fondation — de ^6ng tiare — on détenait — le 
printemps — de deux — Kiêu.* 

Après avoir été promu à la haute dignité de ^ vwmg par Tempereur 
:^ Jftt ^ Hi^u Bien dS, que son fils ^ ^ Tào Phi devait plus tard 

renverser pour fonder, sous le nom de M jjS^ Minh de, la dynastie des 
fi| Nguy (227 de J.-Ch. — Epoque des Trois royaumes), "ffi jjA Tào Théo 
s'était emparé du territoire ^^ (f) J^ TrungNguyên, Il livrait de terribles 
combate à !M ^A Luru Bi, fondateur des ^ Hàn postérieurs, et à ]^ 
i^ Ton Quyen, qui, après s'être fait élire empereur dans la ville de 

Bfi ^ )fîF ^^ '^^^'"' P^^i devait donner son nom à la dynastie des .ffi. 
Ngô, Il est dit dans le roman historique ^ H ^^ Tam qu^ cki qu'il fit 
bâtir un palais et le nomma «^S ^^ ^^ Dong twàc dài — la tour de V oiseau 
de cuivre >. Il projetait d'y retenir captives la femme de Ton Quyên et celle 
de S9 5Em Châu Du, allié de ce dernier. Il avait même fait vœu de se 
démettre de son commandement et de s'y renfermer avec elles, s'il gagnait 
la bataille qu'il allait livrer à leurs époux. — La demeure du vién ngoai 
Vwmg est poétiquement assimilée à cette tour, comme ses deux filles le 
sont aux deux héroïnes du roman chinois. 

Le mot « ^S ^'^'» — printemps » présente en chinob et en annamite 
plusieurs acceptions métaphoriques. Celle qu'on doit lui attribuer ici se 
retrouve dans nos langues européennes. 

2. Litt. : « Des eaux — (et) des montagnes — séparaient (de lui) — les — 
chambres — de broder (les chambres ou elles brodaient).» 

Comme chez les jeunes personnes demeurant dans l'intérieur du gynécée 
les ouvrages de broderie forment une des occupations principales de la 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 41 

qn'enfennées dans an palais semblable à celai de BSng twàc, deux 

channantes jeunes filles voyaient s'écouler leur printemps '. 
Vivant bien loin de leur retraite \ 

il brûlait d'amour et vivait dans l'attente -^ 

Mais voUà que le hasard les réunissait^ ô bonheur^! 

Au moment où tout semblait perdu •'^, il voyait ses désirs satisfaits! 160 

n contemplait de loin cette charmante apparition ^ 



journée, ron dit poétiquement « buSng thèu — une change ou Von brode » pour 
désigner le lieu où une jeune femme vit à Tabri des regards du public. 

3. Litt. : « (Ce qu'il foUaUJ — seulement — c était (T — en furtivement — 
chériêMont — et en secret — aimant — attendre. > 

4. Litt : *0 bonheur! — par (cette) renconti'e agréable et inopinée — en- 
semble — ils étaient réunis !t^ 

Les quatre mots de ce dernier vers sont chinois et forment une expres- 
fflon courante qui signifie *se rencontrer d'aune manière agréable et inattendue*. 
Chacun des mots <iW giai» et «^§ câu» renferme du reste en lui-même 
ce sens complet. 

5. litt. : € Sencontrant — la semaine (V époque) — de répandre (laisser 
tomber) — les feuilles^ — il était satisfait — (quant à- son) désir — de cher- 
cher — les fleurs. » 

Il y a ici une sorte de jeu de mots poétique. Pour le saisir, il faut con- 
naître une particularité de la végétation de Tarbre que les Annamites ap- 
pellent Mai. (Voy. sur ce végétal ma traduction du poème Lxic Vân Tien, 
p. 36, en note.) 

Vers la fin de Tannée, les feuilles du Mai se mettent à tomber, et c'est 
lorsqu'il les a entièrement perdues que s'effectue la floraison. Or, comme 
les feuilles de l'arbre précieux, les espérances de Kim trong avaient disparu 
jusqu'à la dernière; et précisément en ce moment là, de même que l'odo- 
rante parure se montre à nouveau sur le Mai dépouillé, de même les deux 
^KUu», objet des recherches du jeune lettré, se montraient inopinément à 
ses yeux ravis. Le poète joue sur le double sens du mot « hoa » qui signifie 
à la fois ^des fleurs (ici celles du Mai)* et «Za galanterie*. Seulement c« 
dernier mot ne doit point être pris ici dans l'acception déshonnête qu'il 
présente fort souvent. 

6. Litt. : *L*omhre rose,* 



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42 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Xuân hiroTig, thu cùc, mân ma cà hai! 

Ngirôi quôc sâc, kè thîên tàî ; 

Tinh trong nhir dâ, mât ngoàî c5n e! 
166 Râp rinh can tinh cou me; 

Rôn ngôi châng tien, dut vë chîn khôn ! 

B6ng ta nhu* giuc can buôn. 

Khâch dà lên ngira, iigirôi con ghé theo ! 

Dirôî câu dâi nirô-c trong veo ; 
170 Ben câu ta lieu bong chiëu tha la. 

Kiêu tir trô* g6t tniô-ng hoa, 

Màt trôi lân nui, cliiêng dà thu không. 

Gu-ang Nga vâng vâng dây song. 

1. Les Annamites comprennent sous le nom de €Cûc^ plusieurs espèces 
différentes. Loi-sque ce mot est employé seul, il désigne la Camomille (An- 
thémis nobUis), plante de la famille des Composées, tribu des Sénécîonidées. 

2. Litt. : « . . . . att talent céleste, ^ 

3. Litt. : €(Qiuinl à) V affection, — au dedans, — (elle était) comme — 
existant d/jà; — (quant au) visage, — au deliors, — encore — ils craignaient!» 

IjSl particule du passé «<fff» assume dans ce vers à elle seule un sens 
verbal complet et elle y joue un rôle très analogue à celui que remplit dans 
le chinois de style écrit la particule finale affirmative «-A. dà». Ce sens 
verbal est déterminé par le parallélisme des deux hémistiches, qui, d'ail- 
leurs, est parfait ici. On voit en effet que «da» occupe à la fin du premier 
la même place numérique que le verbe «c» à la fin du second. 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÇN. 43 

Parfum » de printemps, Cûc d'automne^ Tune et Fautre étaient gra- 
cieuses. 

La jeune fille à la beauté royale, le (jeune homme) au talent sur- 
humain ^ 

en leur cœur s'agréaient déjà ; mais leurs visages n'osaient encore le 
laisser voir! ^ 

Palpitante, tour à tour, (Kieu) revenait à elle et retombait sous le 165 
charme *. 

Demeurer plus longtemps était malaisé; mais rompre l'entretien et 
partir, c'était chose bien difficile ! 

L'ombre du soir, en s'allongeant, vint ajouter à son souci. 

L'étranger était remonté à cheval; pour elle, furtivement elle le 

regardait encore ! 
Sous le pont courait un limpide cristal, 

et tout auprès, dans l'ombre du soir, le saule étendait nonchalam- no 
ment ses branches. 



Depuis que Ki^ dans sa demeure était rentrée ^, 

le soleil était descendu derrière les montagnes, et déjà le gong an- 
nonçait la première veille ®. 
(^Le visage de) Guctng Nga'^ tristement remplissait la fenêtre. 

4. Litt : « Palpitante, — par accès — elle revenait à elle, — par accès — 
eUe était troublée.» 

5. Litt. : « Depuis que Kiêu — avait tourné — ses talons — quant h (vers) 
— les tentures — fleuries (brodées de fleurs), » 

6. L'expression ^thu không* signifie «aw cr^fmscule», ^Thu» veut dire 
•fermer»^ et ^không»^ ^Vespace*. Lorsque robscurité vient, il semble que 
l'espace se ferme devant nos yeux. Cette expression adverbiale, précédée 
de la particule du passé, est transformée par cette dernière en un véritable 
verbe. La traduction littérale de ce vers doit donc être : « Le soleil — plon- 
geait — dans les montagnes; — le gong — avait fait crépuscule du soir. » 

Il y a là un exemple des plus frappants de la force que possède la règle 
de position dans la langue annamite, non moins que dans la langue chinoise. 

7. La lune. — Voyez la note du vers 15. 



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44 KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 

Vàng gieo ngân nirô-c, cây lôiig bong sân. 
175 Hâi dirÔTîg râ ngoii dông lân, 

Giot sirang gieo nâng, nhânh xuân là dà! 

Bâm dâm làng nhâm bông hoa, 

Bon dirô-ng gân véi nèo xa bô-i bW. 

«NgirW ma dên thê, thl thôi ! 
180 «BW phiën hoa cûng là dW bô di! 

«NgirM dâu gâp g& làm chi? 

«Tràra nàm biêt c6 duyên gi hay không?» 

Ngôiî ngang tràm moi bên long, 

Nên câu tuyet dieu ngu trong tânh tinh. 

1. Litt. : *.(L*arhre) Jlâi dvhing — écartait — sa cinie — (à) Voriental — 
voiêinage. » 

Le fféU âurimg est une espèce de pommier sauvage cultivé en Chine tant 
pour la beauté de ses fleurs que pour son fruit dont on fait une conserve 
recherchée en le plongeant tout frais dans un bain de sucre fondu. 

2. Les ombres que projetaient les fleurs frappées obliquement par les 
rayons de la lune. 

3. Litt. : <Etle recherdiait avidement — le chemin — rapproché — (efj le 
sentier — éloigné — sans fin. » 

4. Il y a dans ce vers un double sens. L'auteur y joue sur le mot ^Phiên 
hoa* qui, selon qu'il répond à tel ou tel CAractère, présente deux sens dia- 
métralement opposés. Écrit ainsi : « ^ ^t » il signifie « des ennuis, des 
désagréments >. (Voyez Taberd, Dictionnarium anamitico - latinum,) Si , au 
contraire, on le représente par ces caractères : «S JBË » il se traduit 
par € montre d'' élégance, divertissements de toutes sortes». J'ai adopté le pre- 
mier de ces deux sens dans ma traduction, parce qu'il est plus en har- 
monie avec le contexte, et que les deux éditions différentes que je possède 
portant les caractères « ^ ^ », il est à présumel* qu'il n'y a point eu 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYIÊN. 45 

La rosée tombait en gonttes d'or; Fombre des arbres dans la cour se 

montrait. 
La cime du Hai dvibng ^, du côté de Forient, s'étalait dans le voisi- 176 

nage. 
Lourdes tombaient les gouttes d'eau ; nonchalants; les rameaux se 

penchaient! 
(ISJeu) sérieuse et triste, regardait en silence les ombres des fleurs^, 

et sans cesse elle repassait dans son esprit les moindres détails (de 

Fentrevue) \ 
«D a passé», dit-elle, «et voilà tout! 

«Pleine d'ennuis comme les autres, cette existence, elle aussi, pas- 180 

>8era*! 
« Que m'importait, à moi, cette rencontre ? 

« Sais-je si, dans tout le cours de notre vie, quelque lieu nous unira '^î* 

Le cœur agité par mille sentiments divers^, 

elle composa sur l'état de son âme des vers d'une beauté parfaite '. 

ici d'enrenr dans rimpression. Mais, d'un autre côté, Fauteur a certaine- 
ment dû faire allusion au sens donné par le second groupe de signes. En 
effet, 1^ TSty kieu a été présentée par lui comme une jeune fille menant une 
vie élégante et artistique; 2** les poètes de la Cochinchine reproduisent 
assez souvent sous forme de vers en langue vulgaire annamite les adages 
de la langue écrite chinoise qu'ils trouvent appropriés à leur sujet. Or c'est 
le cas ici; car on dît en chinois sous forme de maxime : «^ |BÈ " jH^ 
JR ÉB jR Jg^ ^X Phiên hoa tke giâx chuyèn nJian thành công. — Les 
foonUéê du monde en im din d'asU sont anéanties.» £n entendant ainsi les 
mots *ph''ên hoa*, Tidée exprimée dans le vers 180 devient singulière- 
ment analogue à celle que renferme Fadage chinois. Le vers devrait alors 
être traduit ainsi : ^ Cette existence dissipée, comme les autres, elie aiissi, pas- 
»sera!* 

5. Voyez sur le sens du mot ^Buyên», la note du vers 74. 

6. Litt. : * Empêtrée — (quant àj cent bouts (de fil) — dans la région de 
— (sonj eoBur,» 

7. Litt. : « Créant — des lignes de vers — supérieures à toutes autres, — 
elle empruntait — dans — (sesj dispositions. » « Nên » est ici au causatif. 



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46 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÇN. 

185 Chinh chînh bông nguyêt x^ mành ; 
Dya loan bên trîên mot minh thiu thiu. 
Thoât dâu thây mot tiêu kiëu 
Cô cMu phong vân, c6 chiu thanh tân. 
Sircmg in mât, tuyêt pha thân. 

190 Trên vàng lùng d\hig nhir gân nhir xa. 
Chào mihig ; don hôi dô la : 
«Nguôn 3ào lac loi dâu ma dên dây?» 
Thira rang : «Thinh khi xira nay ! 
«Mô-i cîmg nhau lue ban ngày; dâ quen? 



1. Lîtt. : * Une jeune Kiêu,T> 

2. Litt. : ^Elle avait — des manihres d'être élégantes, — elle avait — des 
manières d'être — décentes. » 

3. Litt. : «La rosée — était semblable à — son visage; — la neige — était 
mélangée — (quant à) son corps.» 

4. Litt. : <Au dessus de — Vor (des Imlustres) — elle était ari'êtée par le 
calme — comme — près — (ou) comme — loin,* 

5. Litt. : *(Vous qui) de votre nature — (t'tesj S-ào, — égarée - quant au 
sentier, — où (est la raison pour laquelle) — vous êtes venue — icify> 

« Bab*, dans la langue des Chinois, signifie * pêcher». Cet arbre est con- 
, sidéré par eux comme supérieur à tous les autres (Jj^}^ 3t TK >2I >BI 
•A ^ào ngu môc chi tinh da). Les Annamites donnent en poésie à ée mot 
une signification générale et assez vague, désignant par là tonte espèce 
d'arbuste remarquable par la beauté de ses fleurs. Dans la langue vulgaire, 
on l'applique, non seulement au pêcher (Bah trhi), mais surtout à la pomme 
d'acajou (Semecarpus Anacardia), et aussi à deux autres arbres de la famille 
des Myrtacées (Jambosa annam, Jambosa malaccensis), (Voy. le travail de 
M. Karl Schrôder, dans La Cochinchine française en 1878,) 

Par métaphore on appelle ^ào les femmes douées d'une beauté hors 
ligne, parce qu'on compare leurs charmes aux belles fleurs de cet arbre. 



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KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÊN. 47 

La lune, baissant à Thorizon, envoyait ses rayons dans les branches 186 

des arbres. 
(Kieu) s'endormit accoudée sur la table de travail. 

Tout à coup elle aperçut une jeune et belle fille * 

dont la personne était élégante, dont le maintien était décent ^, 

Son visage était transparent comme la rosée ; son corps semblait fait 

de neige \ 
An-dessus de la balustrade dorée, elle semblait, tantôt près, tantôt i^ 

loin, suspendue au milieu des airs ^. 
(Kijèu) la saluant avec empressement, lui demanda (qui elle était). 

< beauté charmante ! » lui dit - elle, < comment avez -vous pu, éga- 

> rée, arriver jusqu'en ces lieux ^9 » 

«Ceux qui possèdent les mêmes sentiments de tout temps (cher- 

> chèrent à se rapprocher) >, lui répondit (l'apparition) «. 
«Aujourd'hui même nous étions ensemble ! L'avez-vous déjà oublié? 



6. Litt. : *(U apparition) répondit respectueusement : — ^Sons — et senti- 
ments* — (depuis) autre/ois — jusqu'à présent!» 

Cette explication strictement littérale est en elle-même absolument in- 
compréhensible, si Ton n*en possède la clef, qui réside dans Tallusion que 
renferment les mots ^Thinh khi». 

Dans l'histoire de Bd Nha et de Ta ky, qui fait partie du recueil chi- 
nois ^A- "^ M Sn Kim co kp quan — Faits extraordinaires de V antiquité 
et de» temps modernes, et que j'ai racontée dans une note de ma traduction 
du Lue Vân T^n, on trouve une phrase qui, passée depuis à Tétat de ma- 
xime, a été reproduite dans plusieurs recueils épistolaires, notamment dans 
'** *5S|c itt ^ro ^S -^^^ ^ ^'"^ nang», — Cette phrase est celle-ci : 

*^^>te>P^ ^^>t6^ ^^"^ ^*"^ ^"^ '^' ^"^ ^^^ 
tutmg cdu». — Litt, : «Xc* méme« sons se correspondent, les mêmes sentiments 
se therekent. » Elle se rapporte à la grande amitié qui naquit entre Bâ nha 
et Tûr kj de la parité de leur talent musical. On en a généralisé le sens, 
et on remploie pour exprimer élégamment la sympathie qui existe entre 
deux personnes distinguées par suite de la concordance de leurs goûts lit- 
téraires. On voit de suite que les deux mots « Thinh khi » dont nous nous oc- 
cupons ici ne sont autre chose que les deux caractères saillants de cet adage. 



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48 KIM vAN KIÊU tAn TRUY^N. 

195 «Hàn gia ô* mai tây thiên! 

«Dir^i àbng nirô'C chây; bêii trên c6 câu. 

«May 16ng ha cô dên nhau? 

«May 16i ha tir ném châu, gieo vàng? 

« Vâng trinh hoi chù ! xem txrbug ! 
200 «Ma xem trong sô doan trirô-ng! C6 tên! 

A 

«Au dành quâ kiêp nhcm duyên! 

«Cûng ngirôi mot hoi mot thiiyên; dâu xa? 

Le poète, négligeant les autres, les a placés dans son vers comme une sorte 
d'abréviation destinée à rappeler à la mémoire la phrase entière. 

C'est à peu près comme si, pour faire comprendre qu'une personne a 
succombé à uu péril auquel elle s'exposait sans cesse, l'on disait en fran- 
çais : «Elle est cruche casêée!*, par allusion au proverbe bien connu : *T€Ênt 
va la cruche à Veau qu'enfin elle se caste». Ce genre de citation extra-ellip- 
tique (s'il m'était permis de risquer une pareille expression) ne serait pas 
toléré dans notre littérature. Il en est tout autrement dans le style élégant 
annamite, de même qu'en chinois écrit. Un des exemples les plus frappants 
et les plus étranges de ce genre de citation abréviative dans cette der- 
nière langue se trouve dans un passage du grand commentaire du ^^ 
^^ j|^ par ^ -YÛ JB. On y lit, à propos des devoirs communs à tous 

1^ hommes :^^^f^^^^ ^M i^ ^ & M M 

"J >2 rVi ^^^ ^^^' '*^ ^^HPf ^^^ ^^JP Ihuàn titng, thi vi hinh VU chi hoa, 
— Si le mari et la femme aiment la bonne harmonie, s il» vivent en paix et 
montrent de la condescendance Vun pour Vautre, Von appelle cela « Vinfluence de 
V exemple y* (littéral. : Vinfluence du hinh vu, par allusion à un passage du 
^^ jjK, où ces deux mots forment un sens régulier. Voyez ma traduc- 
tion du ^ ^ jjl^, à la note sur le n** 31).» 

1. Litt. : «^(Ma) froide — démettre — se trouve à — le toit — de V occi- 
dental — sentier de tombeau, » 

€Hàn gia* est une expression à double sens. C'est d'abord une formule 
du langage poli équivalente à « |Ë >^ hàn x<i» ou à «c SE P^ hàn mon >. 
En outre l'adjectif « hàn » y peut être admis avec sa signification propre de 



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KIM vAN KIÊU TAn TRlTïl&N. 49 

cMa demeure est au couchant, au bout du sentier funéraire ' ! 195 

€ Au-dessous court un ruisseau ; au-dessus se trouve un pont. 

< Peu de ccBurs à des morts témoignent des égards ^ ! 

< Peu de gens jettent sur un tombeau les perles, l'or de leurs paroles ^ ! 

«Adresse-toi^ au Hoi dhû! Examine attentivement! 

«Mais cherche au registre des malheureuses^; tu y trouveras un 200 

>nom! 
«Ainsi le veut Timmuable destmée! 

«Nous sommes de la même classe, et nos sorts sont peu différents^! 

* froid 9, ce que Tapparitioii appelle «sa demeure» n'étant autre chose que 
^ou tom\)eau. — «ST* ihiêny^ signifie un sentier qui aboutit à une tombe. 

î. Litt. : € Combien de — ccBur« — en heu regardent — vera d^ autres f > 

L'wteur emploie ici Texpression chinoise *Hà co — regarder en boa» 
{Kuce qu'il s'agit d'égards que l'on a pour les morts, lesquels sont consi- 
^réa comme situés en bas par rapport à nous. — Le mot <Knhau^ ne signifie 
V^idtmutitellemerU»'^ car deux personnes décédées ne peuvent accomplir 
l'une en l'honneur de l'autre les cérémonies funéraires. Ce mot, comme son 
correspondant chinois « jjB tuxmgpy peut exprimer non seulement une action 
'^iproque, mais encore une action unilatérale. 

3. Litt : « Combien de — parolta — en bas — données — jettent — les 
f^j - sèment — Vorf» 

^ parallélisme existe ici entre les premiers hémistiches des vers 197 
et 188. 

** * ^ i ^^ ^^ * comme « -ô* 55 hoi ââu » ou « -ô* "âf hoi 
^» signifie proprement ^V administrateur d'un cercle^ le président d^une so- 
***^»; mais ce terme est pris ici ironiquement; il désigne l'individu qui 
?ère une maison de prostitution. 

6. tBoan trvàng nhcm*, litt. : ««ne personne dont les entrailles sont cou- 
P^ en morceaux» signifie métaphoriquement «mwc personne frappée d'un 
9^'ond malheur». Cette expression renferme souvent en elle-même une pen- 
sée de fatalité, et se prend alors dans un sens assez voisin de « ^Ë ^ 
*?c TOo»!^,, mais avec une nuance de déshonneur en plus. 

6. Litt : « Tout aussi bien — (nous sommes) des personnes — d'une (même) — 
**^ -" (d) d^un même — bateau j — oh (est le fait que) — (nous serions) éloignées f» 

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50 KIM VAN KIÊU TAN TRUYïiN. 

«Nây mirôi bàî moi moi ra ! 

«Câu thân lai muron, but hoa vë vèi!» 
205 Kiêu vâng lânh f de bài. 

Tay tien mot vë dû murôi khùc ngâm. 

Xem tho* thâc thôm, khen thâm. 

<Giâ dành tù kh£u câm tâm khâc thirông! 

«Vi dem vào tàp doan tnrimg, 
210 «Thi deo dâi nhtrt! Chi nhurirag cho ai?» 

Thëm hoa kh&ch dfi trd* hài; 

Nàng c5n b lai, mot hai tu* tinh. 

Gi6 dâu trich biïc mành mành, 

Tinh ra, moi biêt rang mlnh chiêm bao. 
216 Trông theo; nào thây dâu nào? 



1. Litl : « Dea pkraees (vergj — de génie — encore — emprîtnUml, — favec 
ton) pinceau — Jleuri — trace (lea)!» 

2. Litt. : «5a main — d'immortelle — cTtm seul — trait (de pinceau) — 
suffit à — dix — morceaux — à chanter*, 

Ngâm signifie proprement * fredonner, chanter à demi-voix». 

8. Litt. : « (Leur) prix (leur valeur) — convient à — (une) brodée — bouche, 
— à un — cceur — de câm — (d'une façon) autre qtie — Vordinaire*, — Le 
cAm (en annamite Oà^) est une espèce de brocart à fleurs que l'on fabrique 
en Chine. E est très estimé et, surtout en littérature, sert de point de com- 
paraison lorsqu'on veut exprimer une disposition élégante et distinguée. Cette 
expression *SÈ pf ^â l(^ tùkhhu chm tâm», que le poète annamite a 



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KiM vAn kiêu tAn truyçn. 51 

«Yoid dix nouveaux sujets! 

«Cherche en ton esprit de beaux vers; prends ton pinceau et écris- 
>lesi!> 

(Eeu) lui obéit; elle reçoit le sujet et trace le titre. 206 

Sa main habile^ sans lever le pinceau^ compose un morceau de dix 
strophes ^ 

(L'autre); avec une attention profonde; les examine; elle les loue tout 
bas. 

« Ils sont dignes d'un esprit orné; d'une bouche éloquente ^ ! > (dit-elle) ; 

>Ce ne sont point là des vers ordinaires! 
«Si on les insère au livre des destinées malheureuses; 

«on y verra qu'à vous est la première place! Qui pourrait vous la 210 
> disputer^?» 

Déjà la visiteuse a quitté la vérandah fleurie^; 

que la jeune fille est encore là; s'efforçant de s'expliquer (ce qui vient 

de se passer)*. 
(Mais) le vent tout à coup ayant déplacé le treUliS; 

elle revient à elle et comprend qu'elle était le jouet d'un songe. 

Ses regards cherchent (le fantôme); mais rien! Elle n'en voit pas 216 
trace! 



introduite en entier dans ce vers, est employée couramment en Chine pour 
désirer un leUré accompli et éloquent. 

4. litt. : <Âlorê — «m# porterez — la ceinture — en premier! — En quoi 
— le céderieM-vouê — à — qui (que ce êoitjf» Ce passage renferme un double 
sens. Bçm tien, tout en exaltant la supériorité littéraire de 7% kiêu, lui 
fait entendre aussi qu'elle est destinée à subir les douleurs d'une existence 
pareille à celle qu'elle même a menée jadis. 

5. Litt. : « (Souê) la zéraniah — fleurie — la visiteuse — a tourné — ses 
thaussures (du côté de r extérieur , pour s^ éloigner)», 

6. litt :«..-.. (pour) à toute force — débrouiller — Vaffaire», 

4» 



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52 KiM vAn kiêu tAn TRUY^N. 

HiroTig thita diràng hây ra vào dâu dây. 

Mot minh lirôTig lur canh chây. 

Biràng xa nghï nSî sau nây ma kinh ! 

«Hoa trôi bèo giat; dâ dành! 
220 «Bîêt dâu minh biêt phân minh thê thôi? 

«Nôi rîêng dâp dâp s6ng dôi?» 

Nghï d6i ccm lai; sut sùî dôi cou. 

Giong Kiêu rën rî tnrôiig loan ; 

Nhà huyên chat tlnh; hôi : «Can cô* gi? 
225 «Cô* sao trân troc canh khuya, 

«Màu hoa le hây dam de giot mu-a? 

Thura rang : «Chût phân ngây tha 

«Du-ô-ng sanh dôi no* tôc ta chu-a dën! 



1. Litt. : «^ (Quant au) chemin — éloigné — élU réfléchit tfir — ce» circon- 
stances — futures — et — elle craint!» 

Il y a encore ici un double sens. ^Bw/ng xa*^ c'est le chemin sur le 
bord duquel se trouve le tombeau de Bam tien, et où ont commencé ces 
apparitions mystérieuses dans lesquelles Kieu a trouvé une demi-révélation 
de ses futures infortunes; mais c'est aussi une métaphore qui représente sa 
vie elle-même, vie dont les péripéties redoutables sont encore cachées dans 
les lointains de Tavenir. 

2. Ces deux images de la faiblesse incapable de résistance se rapportent à 
Bam tien, que les désordres de sa vie entraînèrent dans un malheur irréparable, 
comme le courant d'un fleuve emporte une fleur détachée de sa tige, ou bien re- 
jette sur la rive, pour s'y dessécher ou s'y corrompre, une lentille d'eau isolée. 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 53 

Cependant on reste de parfum semble encore flotter çà et là. 

(Kleu) reste là bien avant dans la noit^ seule ^ absorbée dans ses 

pensées. 
Elle pense an sentier lointain^ à ce que Tavenir lui réserve. Son 

âme est frappée de crainte ^ ! 
< Cest, à n'en pas douter >, se dit-elle, < une fleur entraînée par le cou- 

>rant^ une lentille d'eau sur la rive échouée ^î 
<Puis-je savoir si mon propre sort ne sera pas semblable au sien^? 220 

cHoi aussi, dois-je me voir submergée par les flots du malheur? > 

A plusieurs reprises elle se plonge dans ces réflexions; à plusieurs 

reprises la tristesse l'accable. 
Comme Kieu dans sa chambre faisait entendre sa voix gémissante, 

sa mère, en sursaut réveillée, lui en demanda le motif. 

«Qu'as- tu >, dit -elle, «à te plaindre ainsi toute seule à une heure 225 

>aussi tardive^? 
€ Pourquoi ton tendre visage est-il encore baigné de larmes 5? > 

«Votre humble fille», répondit (Kieu), 

« n'a rien fait encore pour reconnaître à votre égard le double bien- 
»fait de la vie et de l'éducation! 

3. Litt. : « Oit savoir — (le moyen qtie) — moi-même — je actche — (HJ la 
condition — de moi-même — (êera) de cette quaZiU-làf — ((Ten eslj assez!* 

•Thê» est très Bouvent pris en poésie pour ^tk^éty*. — Les Annamites ter- 
minent fréquemment leurs phrases par Texclamation ^UwH* lorsqu'ils veulent 
exprimer une résignation forcée en présence d'un fait préjudiciable contre 
lequel ils ne peuvent rien. Ce monosyllabe correspond alors assez exacte- 
ment au « ^ j>^ > du *^ ^^ chinois, lorsque ce dernier est employé dans 
des phrases analogues. 

4. Litt. : it(et pourquoi) la couleur — de la fleur — de poirier — encore 
— est eUe trempée — de gouttes — de pluie f» 

ô. LÂtt. : « (Quant à mon) peu — de condition — d^enfant privé 

de raison*. 



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54 KiM vAn kiéu tAn truyên. 

«Buôi ngày choî ma Bara tien ; 
230 «Nhâp di, phùt thây ihig lien chiêm bao! 

«Boan tnrÔTig là sô thê nào? 

«Bài ra thê ây, vinh vào thê kia! 

«Ciî* trong mong triêu ma suy, 

«Phân con, thôi! cô ra gi mai sau?» 
235 Day rang : «Mông triêu cijr dâu? 

cBông không mua nfio châc sau nghi nao?» 

VuTig làî khuyên giâî thâp cao ; 

Chu-a xong dëu nghï, dâ dam mach Tw&ag! 

Ngoài song thô thè anh vàng ; 
240 Dura tu^ông bông lieu bay ngang tnrac mành. 

Hiên ta gâc bông chênh chênh ; 



1. Litt. : «Le au^et — sort — dam cette condition-là, — le chant fia pièce 
de vers) — entrera — dans Vautre condition!*. 

Tûy kiiu compare son existence au travail d'un lettré qui, se proposant 
de traiter en vers un sujet donné, se voit entraîné par son inspiration à 
le faire d'une tonte autre manière qu'il ne s'y attendait. La jeune fille a 
commencé sa vie au sein du calme et du bonheur; mais assiégée qu'elle 
est par les sombres pressentiments qu'ont éveillé dans son cœur les paroles 
de Bam tien, elle manifeste la crainte de la voir finir tout autrement. 

Le poète exprime ici d'une manière plus noble, mais, en revanche, un 
peu pédantesque, l'idée que présente dans un style familier notre proverbe 
bien connu : « Tel qui rit samedi, dimanche pleurerai* 



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Kl M VÂN KIÊU TAN TRUYÇN. 55 

<«rallai^ pendant le joar^ me promener près dn tombeau de Bam 

€(et, cette nuit), à peine avais-je fermé les yeux, que je Tai vue sou- 230 

>dain en songe m'appar^tre! 
<Qni sait ce que me réserve ma malheureuse destinée? 

«Elle commence d'une manière, d'une autre elle finira '! 

«Si je m'en rapporte à ce rêve 2, 

«hélas! dans l'avenir que doit-il en être de moi? » 

«Que peuvent prouver des songes? » dit la mère. ^ 

«Pourquoi vas-tu chercher soudain de vains sujets de tristesse'?» 

(KSu) obéit aux représentations maternelles; 

mais elle n'a point encore mis trêve à ses réflexions, que ses larmes 

déjà coulent abondanmient^! 
L'oiseau Anh vàng^ chuchotte en dehors de la fenêtre, 

et du saule appuyé au mur les chatons volent devant la porte. 240 

Sous 1^ rayons obliques (du soleil) l'ombre du toit penché (s'allonge) *, 



2. Dtt. : « (SiJ je eontmtte — danê — (ce) rêve — pour — réfléchir (H je 
prenda ce rêve pour le point de départ de» déduction» de mon esprit), > 

3. Litt : « Tout à coup — à vide — acheter — la tHsteêse, — acheter le 
chagrin, — (c'est) quelle idéef» 

4. Utt : c Pas encore — eUe a terminé complètement la chose — de réfléchir, 
— (qu'elle) est déjà trempée — quant à la source — (du fleuve) TuoTtg*. 

ô. Uoiflean dont il 8*agit ici est VOriolus Sinensis de Gmel (Oridus Oochinchi- 
nensis de Brisson. Yoy. Les oiseaux de la Cochinchine, par le D' G. Tirant, p. 177). 

6. Lâtt :* Le toit — indmê — appuie par le bout — (son) ombre — oUique*. 

Le soleil coachant frappant la maison, celle-ci projette une ombre que 
riotear compare à un corps allongé et incliné vers la terre, sur laquelle il 
ft*a|q)aierait par son extrémité. 



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56 KiM vAn kiêu tAn truyçn. 

Nôi riêng rîêng chanh tac riêng mot minh. 

Cho hay là thôi hûru tinh ! 

Bô ai dirt moi ta mành cho xong ? 

245 Chàng Kim tir lai tha song, 

Nôi nàng cânh cânh bên 16ng canh khuya. 

Sâu dong càng khâc càng dây ; 

Ba thu don lai mot ngày dài ghê ! 

May Tân tôa kfn song the! 
250 Bui hông lèo déo di vê chiêm bao. 

Tuân trâng khuyêt, dïa dâu hao ; 

Mât ma tirô-ng mât, long ngao ngân 16ng ! 

1. Litt. : « Quant aux choses la concernant — particulièree, — en pariiciUier 

— elle est émue — dans son cœur — particuUer — toute seule ». Le sens exact 
de «n^'» ne peut se rendre en français que par une périphrase. Cette triple 
répétition du mot €riêng>, comme plus haut celle du mot «v4n», me semble 
quelque peu puérile. 

2. Litt. : «t/e parie (en ces termes :) — qui — romprait — le fil de soie 

— de manière à — en finir f» 

3. Litt : ii épaisse*. L'auteur compare la tristesse de Kim trong à un 
liquide contenu dans un récipient. Plus le jeune homme y plonge la me- 
sure et la retire pleine, et plus la couche augmente d'épaisseur. Cette méta- 
phore a peut-être été inspirée à Nguy%n Du par un passage du poème fan- 
tastique «ûC ^fc ^p ^^ ^S Thach Sanh Ljj Thông iho'*^ où Ton voit 
le Phh ma ou gendre du roi parier avec un des généraux ennemis, espèce 
de Gargantua, qu'il ne pourra manger en un repas le riz contenu dans une 



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KiM vAn kiêd tAn tkuyên. 57 

et (toujours), en sa solitude, (Kieu), émue, rappelle en son esprit tout 

ce qui lui est arrivé K 
Telle est, on le sdt, la coutume de ceux qui aiment! 

Qui serait capable de rompre le fil de soie (qui retient leur cœur cap- 
tifî?) 



Depuis que Etm était retourné à ses études, 245 

le souvenir de ISeu, bien avant dans la nuit, venait assiéger son cœur. 
Plus il mesurait sa tristesse, plus elle devenait profonde % 
et rinterminable jour lui semblait long de trois années^! 

Un nuage épais comme ceux de la montagne Tan obstruait la vue 

de sa fenêtre. 
Il ne cessait de parcourir en rêve les champs où il avait rencontré 250 

(la jeune fille). 
Le mois tirait sur sa fin; l'huile de la lampe allait s'épuisant. 

n avait soif de voir (certain) visage, et vers (certain) cœur son cœur 
s'élançait^! 

marmite (noij qu'il fait apporter dans la coar du palais. La marmite est 
enchantée. Le malheureux Gargantua voit le riz monter dans le récipient 
au fur et à mesure qu'il y puise, 

€Bâ lung n^ loi hiçn rày com ra!» 
et se voit, après trois jours de lutte, contraint de renoncer au combat d'une 
manière fort peu poétique: 

€Chpc co mai mi^a dang ba bung dây!^ 
4. Litt. : € (Comme) trois — automnes — rasêembléa — un (seul) — jour 

— était long, — Horreur I-» 

La position assignée dans ce vers aux quatre mots ^ha Qm d(fn lai:» en 
fait nue véritable expression adverbiale. — De même, en raison de la place 
qu'il occupe, et aussi sous Tinfluence de cette expression adverbiale, l'ad- 
jectif €dài> devient verbe neutre. 

6. Litt. : <(8on) visage j — désirant — pensait à — un visage; — (son) coeur 

— errait — (autour d'un) cœur». 



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38 Kl M vAN KIÊU tAn TRUYîiN. 

Phong vân hoi giâ nhur dông! 
Tnrô'C se ngôn thô, ta dùn phiêm loan. 
255 Mành tiroTig phât phât giô dàn ; 

Hirang gây mm nhô*, trà khan gîong tinh. 
«Vf châng duyên na ba sînh, 

1. Litt. : ^Dana aa chambre — de littérature ^ — d^un souffle — froid — 
ccvime — le bronze.» 

2. Litt. : * (Quant au) bambou — il montrait — ses doigta — de lièvre, — 
{quant àj la aoie — il lâchait — aon phiêm — de Loan. » 

Le lièvre est un animal dont la course est très rapide; ses pattes sont 
longues et déliées. De là vient que Fauteur, pour indiquer la finesse des 
doigts de Kim Trong et Tagilité avec laquelle il les promène sur sa flûte 
de bambou (b-wrcj, fait du nom de cet animal un adjectif qualificatif. Mais 
comme, en vertu du parallélisme, cette épithèt^ en appelle une autre du 
même genre à la place correspondante du second hémistiche, le phiêm dont 
cm va parler sera qualifié de Loan. Comme je Tai dit plus haut, le nom de 
cet oiseau fabuleux est admis en poésie comme caractéristique de tout 
ce qui est beau et élégant. — Le ^ phiêm* est une espèce de chevalet 
destiné à tendre les cordes du ^n, à peu près comme dans notre violon; 
mais avec cette différence que le chevalet annamite est mobile, et que le 
nmsicicn le déplace sans cesse en jouant de son instrument 

3. Litt. : <^Le parfum — excitait — V odeur — du aouvenir; — le thé — 
rendait rauque — la voix — de V affection.-» 

Voilà une métaphore tellement alambiquée qu'il faut faire un effort d'esprit 
véritablement considérable poiu- arriver à la saisir. L'auteur assimile le 
souvenir à un parfum dont on emporte avec soi des traces; ce qui du reste 
eBt fort poétique. Il exprime dans le premier hémistiche cette idée que le 
parfum du souvenir de Tùy kiêu était resté chez Kim trong tellement durable, 
que celui de sa cassolette, au lieu d'être perçu lui-même, ne faisait que ra- 
viver l'autre. Jusque-là, tout va à peu près bien, quoique cette idée soit 
déjà, comme on dit vulgairement, singulièrement tirée par les cheveux. Mais, 
maintenant, pour que le vers soit le plus parfait possible (au point de vue 
du goût annamite), le poète tient à trouver un second hémistiche qui pré- 
Fonte un double p:irallélisme; celui de l'idée, d'abord, et ensuite celui des 
tnots. Et pour ce faire, de même qu'il a comparé le souvenir à un parfum, 
de même il assimile l'amour à une voix. Comme, dans les mœurs élégantes 
de l'Annam, la théière est, au point de vue de l'usage fréquent qu'on en 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 59 

Dans son cabinet de trayail; soufflant sans entrain; sans chaleur \ 

sur sa flûte il promenait les doigts^ et sous les cordes de soie il dé- 
plaçait le phiêm de sa guitare^. 
Le vent agitait le store de la fenêtre; 255 

les parlfums (de sa cassolette) ravivaient ses souvenirs; le thé qu'il 

bavait excitait sa passion^. 
« Si nous ne sommes point destinés l'un à l'autre > (dit-il); 



fait, le pendant de la cassolette, le mot €trà» se présentera en effet tout 
naturellement pour être opposé an mot <hwmg*. Mais il faut trouver un 
verbe qni, répondant à «^4^», forme le second pied du second hémistiche, 
comme ce dernier mot forme le second pied du premier. Il faut, de plus, 
que ce verbe soit avec «^nm^», qui correspond à «mut», dans une connexion 
snfififiamment acceptable. Ce verbe sera «ArAon»; et voici, je crois, le seul 
raisonnement que Ton puisse faire pour en justifier remploi : 

Le thé, en humectant un gosier desséché, tend à faire cesser Tenroue- 
ment Dans les conditions ordinaires, Ztm trong en éprouverait le bienfaisant 
effet; mais il n^en est pas ainsi en ce qui concerne ^ la voix de ton amour t^. 
Cette «t»M5» est tellement altérée par Tabsence de Tobjet aimé, qu'elle reste 
rauque malgré Tinfluence du liquide salutaire. Bien plus, ce dernier ne fait 
quen augmenter la raucUé! 

Voilà où Tamour du parallélisme peut conduire des poètes qui, comme 
Nguy^n Du, possèdent cependant un talent hors de tout conteste! 

Ce vers est d*ailleurs un de ceux que les lettrés annamites eux-mêmes 
ne comprennent qu'avec une grande difficulté. Il semble que ce soit pour 
les poètes de ce pays une preuve de talent que de poser des énigmes à 
ceux qui les lisent «Tespère néanmoins, en avoir donné Tinterprétation la 
plus juste possible. Ceux de mes lecteurs qui sont versés dans la connais- 
sance de la poésie cochinchinoise jugeront si cette prétention est fondée 
on non. 

4. Litt. : «5i — ne pa* — nous correêpondona à — la dette — de pré- 
detUnation.» 

*Chàng> est pour *ckang, ne pas». 

^Ihufên* est ici un verbe, et signifie * correspondre à quelque chose qtU 
existait préalablement » (voy. la note sur le vers 74). 

Dans les idées des lettrés, si le père donne la vie à Tenfant qui naît 
de lui r^ ^^ ^ phu sanh cht), le maître qui Tinstruit T^jp ^r ^ 
sv giào cht) la lui donne aussi Son élève reçoit de lui la vie intellectuelle 
et morale. Il en est de même du prince, qui, en tant que propriétaire du 
sol entier, est réputé nourrir ses sujets en leur concédant Tusage des ali- 
ments qu'ils en tirent (JBl ^^ J^^ quân tv cht), et par suite, renouveler 



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60 KIM VAN KIÊO tan TRUYJiN. 

«Làm chi flem thôi khuynh thành trêu nguroi?» 

Bâng khuâng rùtà cânh nhô* ngirôi ! 
260 Nhd nai ky ngo ; voi dôi chou di. 

Mot dông cô moc xanh ri, 

Nirô-c ngâm trong vât ; thây gi nfra dâu ? 

Giô chiëu nhir giuc cou sâu ; 

Vi lau hiu hât nhur màu khây trêu ! 
265 Nghë riêng nhd ft tirông uhiëu ; 

Xâm xâm de nêo ; Lara kiêu lân sang. 

Thâm! Nghiêm km! Cèng! Cao tirfmg! 

Can d6ng là thâm ! Dirt dirô-ng chîm xanh ! 

La tha ta lieu buông mành ; 

à chaque instant Texistence que leur père leur donna une première fois 
lorsqu'ils sont tenus au monde. 

C'est pour cela que la naissance, Tinstruction et la nourriture ont reçu 
collectivement, dans la philosophie des lettrés, la désignation générique de 
r ^^ Jf^ tant sanh — les trois vies, en annamite « ba sinh *), Mais ces trois vies 
sont dans les décrets du Ciel. C'est lui qui a prédestiné chaque individu à 
naître, à recevoir Tinstruction, à entretenir sa vie au moyen des aliments 
qu'il tire du sol, lequel est au Prince. Cette expression : *tam sanh* 
ou «6a sinh* comporte donc en elle-même l'idée de ^^ prédestination». On 
peut comprendre dès lors pourquoi «/a dette des trois vies*, devient, en 
poésie, synonyme de ce dernier mot. Il y a dette (n^), parceqn'il y a mandat 
du Ciel. Le destin de chacun doit se réaliser. C'est une dette au paiement 
de laquelle tout être humain est astreint, sans aucun moyen de s'y sous- 
traire. 

1. Litt. : cPtmr faire — gu(À — a-t-eUe apporté — sa coutume — de ren- 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 61 

■ «pourquoi faire de moi une des victimes de sa beauté irréstible et de 

>8e8 regards provoquants ^? > 
Et sans cesse à sa mémoire revenait le paysage^ et sans cesse y re- 
venait la personne! 
/Se rappelant les lieux témoins de Theureuse rencontre, il s'y rendit 260 
à pas précipités, 
n ne trouva que le ruisseau (sur les bords duquel), croissait l'herbe 

verte 
baignée par Tonde claire et limpide. H n'aperçut rien de plus! 

Et la brise du soir lui semblait augmenter sa tristesse, 

et les joncs agités lui paraissaient la provoquer encore! 

(Dans son cœur) occupé d'elle seule, le peu de souvenirs qu'il re- 266 

trouvidt éveillant de nombreuses pensées'^, 
B suivit tout droit le chemin de Lam Kiêu, et finit par y arriver. 

Entrer était impossible! La porte était barrée, les murs d'une grande 
V hauteur ^ 

I Aucun moyen de lui écrire! aucune voie pour aller à elle^! 

Nonchalamment les saules étendaient leurs rameaux. 



' — €m viUeê — (çt de) provoquer — quant à la prunelle f» (Voy. la note 
SOT le vers 27,) 

2. Litt : ^ (Quant au) st^ei de pensées — particidier, — U se souvenait de 
peu — (et) pens€tit — beaucoup. » 

^Nffhê» ne signifie pas ici «tm métier*, mais un sujet de pensées qni 
revient perpétuellement à resprit. De même que l'exercice d'une profession 
se compose d'une série d'actes identiques continuellement répétés, de même 
la pensée qui nous obsède se représente constamment à nous. 

3. Litt. : ^Profond! — sévère/ — (Porte) barrée/ — Haut — (quant au) 
mur/» 

4. Litt. : « (CTétmt) tari — (quant au) courant — des femUes — rouges/ — 
((Tétait) coupé — (quant au) c/ienUn — des oiseaux — bleus/-» 

Hàn phu nhony pour correspondre avec son amant Vu ^«tt, avait imaginé 
de lui écrire sur des feuilles de papier rouge (^J^ ^Ê) qu'elle abandonnait 
an courant de l'eau. De là cette expression métaphorique. 



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62 KIM VÂN KIÊU tAn TRUY^N. 

270 Con anh hoc nôi trên nhành mîa mai. 

May lân cihi dong, then gài! 

Dày thëm hoa rang ; biêt ngirôi à dâu ? 

Chân ngan dihig trot giir lâu ! 

Dao quanh chat thây méi sau cô nhà. 
275 Là nhà Ngô viêt thurang gia. 

Ph6ng không de dô ; ngirôi xa chira vë, 

Lây dëu du hoc, hôi thuê, 

Tùi don, câp sâch, de huë don sang. 

Cô cây, cô dâ sân sang ; 
280 Cô hiên Lâm tûy net vàng chnra phai. 

Màng thâm chôn ây chûr bài : 



Kvn trçng, qui ne sait comment joindre celle qu*il aime, est comparé à 
nn oiseau arrêté dans son chemin. « Xanh — bleu » n'est là que pour faire 
le pendant de €tham — rouge t», qui termine le premier hémistiche. 

1. Le Loriquet. (Voy. la note sur le vers 46.) 

2. Litt. : «7Z prit (comme prétexte) — la choêe — d'en errant — étudier, 
— et interrogea — (quant au fait de) louer. > 

8. Litt. : € Portant dans un sac — son Sxm, — portant sous son bras — 
ses livres, — les transportant — U emménagea,» 

4. Il s'agit ici d'un de ces jardins paysagers ornés de montagnes en minia- 
ture que Ton rencontre si fréquemment à la Chine auprès des riches habitations. 

6. « Hiên lam tûy », ou, en rétablissant la construction chinoise intervertie, 
€lam tày kiôn^j signifie littéralement «un côté de maison (destiné) à encager 
les Tvy», Les maisons élégantes contiennent ordinairement sur le côté (hièn) 
une salle spéciale ayant vue sur un jardin de fleurs et destinée aux jeux 



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KIM vAn KIÊU tAN TRUYÊN. 63 

et le cf>n anh \ sur sa branche, semblait apprendre à parler. 270 

Combien de fois (Kim) trouva la porte close et le verrou tiré! 

La vérandab était pleine de fleurs tombées; mais (la jeune fille), où 

pouvait-elle être? 
inmobile, debout, il restait là de longues heures! 

^fflme il contournait (le jardin), son regard furtif tomba sur une 

fflaisoji qui se trouvait en arrière. 
C'était l'habitation du marchand Ngô vi^t 276 

^e i''est;ait vide; le propriétaire, parti au loin, n'était pas encore de 

(Ktfm^ 3^ donna pour un étudiant touriste, et demanda si on pouvait 
la lonerî; 

(P^)> I>ortant son Bxrn dans un sac et ses livres sous son bras, il y 
inst^U^ son bagage ». 

" y ^"^^it là des arbres et des rochers disposés fort à propos ^, 

^^ ^xi'nn cabinet de divertissements littéraires ^ dont les dorures 280 
^^t^ient point encore effacées. 
^^ de joie de trouver ce lieu tout juste à point : 



^^*pnt qui constitaent le divertissement favori des lettrés. Là, tout en 
Devant dn vin, ils composent des charades, font assaut de talent poétique, 
etc. Le 2%, auquel ces lettrés sont ici poétiquement assimilés, est la femelle 
d'un oiseau dont le plumage vert est très employé comme ornement. Le 
mile est appelé « É^ Pkê>, L'oiseau sans distinction de sexe, porte le nom 
^® 'Iç ai: 1^ ^^ ^% dâu>. C'est VEalcyon smymenais ou Halcyon pileata 
(Eniomobia pileata de Boddaert). Son nom français est Eala/on à coiffe noire, 
^ joli martin- pêcheur est très commun en Cochinchîne où on le nomme 
^ »â m toiîï, nom qui justifierait Topiuion de A. David, qui Ta rencontré 
Pf^ de Pékin. D'après ce naturaliste, il émigrerait pendant l'hiver en C5o- 
chinchine. Cependant, M. le D' Gilbert Tirant n'a, dit-il, rien observé tou- 
^^ cette migration, et les Halcyon pileata habitaient toute l'année les points 
^^ ^ï a pu les étudier. Les Chinois font un grand usage de cet oiseau pour 
^^ectionner de charmants ouvrages de plumes. 



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64 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

cBa sînh au hân duyên trW chî dây!> 

Song hô nâra khép cânh mây. 

TirÔTig dông ghé mât ; ngày ngày hâng trông. 
285 Tâc gang dông toâ nguyên phong ! 

Tuyêt mù! Nào thây bông hông vào ra? 

Nhûng tà quân câc lân la, 

Tuân trâng thâm thoât ; nay dà trôn haï. 

Câch tirông, phâî buéî îm trW, 
290 Dirôi dào dirông c6 bông ngirôi tliiêt tha! 

Buông kim x6c âo voi ra. 

Hircng c5n ngât ngât; ngirôi dà vâng tanh! 

Lan theo tirèng gâm dao quanh, 

Trên dào liée thây mot nhành kim xoa. 
295 Uatay! Vôilây vë nhà; 



1. Litt : € (Quant à) la deatinée — peut être — véritablenient — Punion 

— du Ciel — (en) quoi (que ce eoit) — eêt icif^ 

2. Litt. : *Sa fenêtre — coUée (sic) — à moitié — était fermée — quant 
à ees ailes — de nuages.* 

La fenêtre est formée de cadres sur lesquels est collé un papier huilé. 

— « Cành » est une expression poétique pour désigner léis battants. Quant 
au mot ^MâjfT^, il ne figure ici que comme un ornement dont la signification 
littérale est choisie pour s'harmoniser avec Tidée exprimée par le mot 



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KiM vAn kiëu tAn TRUYÇN. 65 

«Peut-être», pensa- t-il, «dois-je rencontrer ici Tunion que le Ciel 

me destine * ! > 
A travers les battants de sa fenêtre entrebâillée - 

fl glissait son regard vers le mur qui s'élevait à Torient^ et passait 

ses journées entières à regarder (de ce côté). 
Mais la maison, toujours fermée, ne s'entr'ouvrit point d'une ligne ^! 285 

Rien! aucune ombre gracieuse (déjeune fille), entrant ou sortant, ne 

se laissait apercevoir^ ! 
Depuis qu'il fréquentait cette demeure, 

les semaines et les mois rapidement avaient passé ; deux lunes entières 

s'étaient écoulées. 
(Enfin), par-dessus le mur, comme le temps était clair et serein, 

U crut voir l'ombre d'une personne qui chuchottait sous un arbuste 290 

fleurie 
Abandonnant son Kim, il assujettit son vêtement et sortit en toute 

hâte. 
Un vague parfum flottait encore en s'évanouissant (dans les airs); 

mais la personne avait disparu! 
Suivant pas à pas la muraille fleurie «, il fit le tour du jardin, 

et, comme il jetait un coup d'œil du côté de l'arbuste, il y vit une 

épingle à cheveux. 
Elle était (là), tentant sa roain^! 11 étendit le bras, la prit, et re- 295 

tourna dans sa demeure. 

3. Litt : * (Quant à) tm pouce — (ou à) un empan, — de bronze — la 
serrure — avait été 9cellée!» 

4. Litt. : € Absolument — (c^étail) obscur! — Est-ce que — Von voyait — 
une omJIfre — rœe — eintrer — et sorlirf» 

5. Voy. sur le Bùo, ma traduction du Liie Vân Tien, p. 20, en note. 

6. Sur rétoffe appelée Oâ^m se trouvent des dessins de fleurs. De là 
J'emploi de ce mot comme épithéte appliquée au mur qu'ornaient des plantes 
i âenra élégamment disposées. 

7. Litt. : < JSlIf' agréait à — sa maini>. 



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66 KLM VAN KIÊU tAN TRUYÇN. 

«Nây trong que câc ! Dâu ma dên dây ? 

«Gàm au ngu'ôi ây bâu nây ! 

«Châng duyên, chu'a de vào tay! Aï cam?> 

Lien tay, gâm ghé; biêng nâm! 
300 Hây con thoâiig thoâng ; hu'ang tram eliu-a pliai. 

Tan su'ang dâ thây bong ngu-M. 

Quanh tirô-ng ra y tim toi ngân nga. 

Sanh dà c6 y dcri chô*. 

Câch tu-ô-ng len tiêng, xa du'a irôm 16ng. 
305 «Xoa dâu bât du-ac hir không! 

«Biêt dâu Hiêp phô ma mong châu vë?> 

Tiêng Kiêii nghe lot bên kîa : 

1. Litt. : «Cpci — (eut ime chose qtii *c troui)€) danâ — deê jeuneê ^/^^ " 
les palaiê! — Oh (est la raison) — pour (laqudle) — c'est venu — te» ^> 

2. Litt. : « Cette personne, — ce htjou ! » 

3. Litt. : <(SiJ ne pas — il y avait une destinée, — pas encore — i^ ^^^ 
été facile que — il entrât dans — (ma) main! — Qui — (le) garderait '* 

Le mot « Dui/ên » sig^nifie encore ici la destinée, en tant que con^<^^^ 
sous le point de vue du lien qui doit unir les deux jeunes gens. ^^ ®*' 
verbe impersonnel par position, de même que «rfl». 

4. Litt. : «Continu — (quant ù) la main, — il dévorait des yeux; — ilétatt 
paresseux — (quant à) se coucher!» 

6. Litt. : « Encore — (il y avait le fait de) répandre de Ugtres émaTM^il*<^> 
— le parfum — de P épingle — pas encore — s'' était évanoui*. 
« Thoàng thoàng » est verbe impersonnel par position. 
6. Litt. : « (A la) se dissipant — rosée — déjà — il vit — Vomhre " ^ 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 67 

« Ceci, > dit -il, « est un objet de femme! comment le rencontré-je ici *? 

«Mais, j'y pense! ce bijou (doit être à) cette personne^! 

< Si le destin ne Feût voulu, difficilement il fût venu à moi! Le garde- 

>rai-je (sans le rendre)?» 
Et sa main ne quittait plus (Fépingle); il la dévorait des yeux, 

oubliant de se mettre au lit^! 
Un vag^ne et doux parfum se dégageait encore (de robjet)^ 300 

Il vit, sur le matin, paraître la jeune fille *. 

L'air indécis, elle suivait le mur en cherchant (son épingle de tête). 

Le jeune lettré avait résolu de Tattendre. 

A travers le mur élevant la voix, il lui tendait de loin le bijou pour 

sonder ses dispositions''. 
«J'ai trouvé,» dit-il, «par hasard une épingle! 305 

«mais où prendre le Hiep pM pour y renvoyer cette perle"?» 

La voix de Kieu lui parvint, arrivant de l'autre côté: 

la per9<mne». — La cludear du soleil, dès qu'il paraît, fait évaporer la rosée 
qui couvre les plantes. De là cette expression pour désigner le matin. 

7. Litt. : ^COommenlJ saurais -je — m (eut) — le Htêp-phOj — pour — 
/awic que bientôl — le» perle» — (y) retournent? t^ 

Pendant la durée de la seconde domination chinoise, qui pesa sur l 'Annam 
de r&nnée 32 à Tannée 186 de Tére chrétienne et finit à Tavènement de 
'-\' 3p S^ ruanff (le Boi lettré), les gouverneurs envoyés par le céleste 
empire commirent souvent des exactions. Ils imposaient aux Annamites des 
corvées insupportables, les contraignant de rechercher et de réunir à leur 
profit les matières précieuses que produisait le territoire soumis à leur ad- 
ministration. Les habitants du -^ ^Ë IIi^pJiô\ district situé au bord de 
la mer, se livraient à la pèche des perles, qui se trouvaient, par suite, 
en grande abondance dans le pays; mais des gouverneurs trop avides 
voulant les obliger à livrer le produit de leur pêche, ils émigrérent en 
masse k ^S^ »W Oiao châu, et les perles, faute de pêcheurs, manquèrent 



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68 KIM vAN Kl eu TAn TRUYÇN. 

«Oh 16ng quân ta* sa gl cùa roi? 
«Chiêc xoa nào cùa mây miroi? 
310 «Ma Ibng trong ngâî khinh* tài xîêt bao?> 
Sanh rang : «Lan ly ra vào 
«Gân dây; nào phâî ngirôi nào xa xôî? 
«Dirac rày nhfr chut thom roi ! 



aussi tôt dans le Hiêp-pM. Un fonctionnaire plus humain nommé Manh 
thubng ayant succédé à ses avides prédécesseurs, les anciens habitants 
rallièrent, et, dit l'auteur du HJ^ "jiS B ^^ i^.^C' (Histoire poétique 
de FÂnnam): 

^Dtcâi dong Hi^p-pho chûu di cûng vt .» 

*Aux rivages du Hiêp-pho les perles disparues revinrenL* 

Le lettré Kim trçng^ compare, dans une fijçure qui ne laisse pas que d'être 
assez pédantesque, Tépinglc perdue par Tày kieu aux perles dont il est parlé 
dans le poème que je viens de cit<>r; et, comme elles venaient du Hiêp-pho, 
il donne ce nom à la maison de la jeune fille, d'où le bijou perdu était sorti. 

Il est à remarquer que Nguyên du a conservé, dans le vers qui renferme 
cette allusion, la facture de celui d'où elle est tirée. Les mots « mep-phS* 
et le monosyllabe <«^» sont placés exactement de la même façon dans 
l'un et dans l'autre. 

1. Litt. : ^Le bienfait — du cœur — de (vous,) homme supérieur, — fait 
cas — en quoi — rf'im oftjel — tomfté à terre?» 

Le mot Quân tù; selon les passages où il se rencontre, est susceptible 
de plusieurs interprétations différentes (voy. ma traduction du ^£^^ J^)* 
Il a, entre autres, le sens d^€ homme supéi'ieur»^ de ^phUosoplie doué d'un 
esprit élevé au-dessus du commun*. C'est aussi une expression dont les jeunes 
filles se servent pour désigner en lui parlant l'homme qu'elles aiment II 
faut ici lui attribuer à la fois les deux sens. K^i, tout en exprimant l'idée 
que c'est pour elle un grand honneur de voir un lettré aussi distingué 
que Kim trong s'occuper d'une chose d'aussi peu de valeur que son épingle 
tombée à terre, emploie en outre à dessein une appellation qui fait pres- 
sentir qu'il ne lui est pas indifférent. Il y a là un double sens, comme 
il s'en rencontre fréquemment dans les poésies cochinchinoises. 

Ce double sens existe d'ailleurs aussi dans le vers considéré dans son 
ensemble. En effet, si l'on suppose un point d'arrêt après les mots *quàn 



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KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 69 

c noble jeune homme! > disait-elle, «pourquoi dans votre bonté vous 

> occuper d'un objet tombé à terre •? 
«Une épingle, c'est bien peu de chose'-*'. 

«Mais combien en est-îl de ces cœurs qui, prisant haut Tafifection, 3io 

> n'ont que mépris pour les richesses^?» 
« Je suis » reprit le jeune lettré, « un voisin qui va et qui vient 

«Près d'ici, et non pas un étranger, croyez-moi M 

«Ma bonne fortune, en ce moment, me favorise de cette rencontre 
ire^! 



ftr>, il faudra traduire ainsi : ^CCest un) bienfait — du ccsur — (de vous), 
ô homme mtpériew! — Je fais cas — en quoi — d^un objet tombé à terre f» 
Cette seconde interprétation semble moins naturelle. Cependant elle aurait 
Tavantage de mieux cadrer avec les deux vers suivants qui en sont comme 
le développement. Lo manque absolu de ponctuation dans les textes anna- 
mites favorise beaucoup ces doubles sens, que les lettrés de la Cochinchinc 
considèrent comme des beautés. 

2. Litt, : *(Une) épingle à cheveux — esl-ce donc que — (cest) une chose 

— de combien (que ce soit) — de dixf* 

Cette manière de parler est empruntée au chinois parlé. Dans cette 
langue Tone des formes de superlatif les plus usitées est «-|^ Af^ dix 
parties ». On dira d'un objet qui atteint la perfection de la qualité qu'il est 
«-t-' .^^ x|f bon quant à (ses) dix parties». 

Il suit de là que, pour exprimer qu'une chose quelconque ne présente 
qa*an degré de bonté'plus ou moins rapproché de cette perfection, on dit 
qu'elle n'est bonne que pour cinq, six, sept, un nombre quelconque de parties 
au-dessous de dix. En niant (sous forme interrogative) que son épingle soit 
un objet susceptible d'être évalué par un nombre quelconque d'unités contenu 
dans le nombre dix (en annamite mwai) Kieu veut donc faire comprendre 
qu'elle ne lui attribue aucune valeur. 

3. La même citation se trouve dans le poème Luc Yân Tien, au vers 205. 

4. Litt. : « Est-ce que — je suis — un hom/nie — quel (quHl soit) 

— floignéf* L'adverbe •Xa-xôi — fom» devient ici adjectif par position. 

5. Litt. : €j''obtiens — maintenant — de profiler d* — un peu de — par- 
fum — tombé à terre*. 

Kim trong assimile l'occasion passagère qu'il a eue de rencontrer Tûy kiêu 
à un peu de parfum tombé à terre qu'il aurait eu la bonne fortune de ramasser 
pour le respirer. Cette image est des plus gracieuses; mais fendue directe- 
ment en français, elle serait peut-être obscure. 



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70 KIM VAN KIÊU tAN TRUYÇN. 

«Ké dà thiêu nâo long ngmai bây iiay ! 
315 «Bây lâu moi dirac mot ngày ! 

«Dirng cliaii! Gan chût niëm tây goi là!> 

Voi vào thêm lây cùa nhà, 

Xuyên vàng hai chiêc, khân là mot vuông. 

Vén mây nh6ii birô-c ugon tirôiig. 
320 «Phâi ngrrW liôm no ro rang! châng nhe?» 

SiroTig sùng dd y rut rè! 

Kè nhin tô mât! ngirô-i e cùi dâu; 

Rang : «Tir ngâu nhï gâp nhau, 

«Thâm trông trom nliô* bây lâu dà don! 
325 «Xu-OTig mai tinh dâ xô mon! 



1. Litt. : <iEn comptant — J'a», me trouvant privé (de vous), — été attristé 
— (quant au) cœur — de vous — jusqiià présent!» 

2. Litt. : <i An'êteZ'Vous — (quant à vos) pieds! — (cela) s appelle — dé- 
verser — un peu — de pensées — partiadières ! » 

Les mots ^goi là» sont placés par inversion à la fin du vers. Leur place 
régulière serait après ^Dimg cho-n!*. Je la leur rends dans la traduction 
littérale que je donne ici. 

Cette expression, assez fréquente en poésie, est employée lorsque les 
personnages que Tauteur fait parler, tout en expliquant quelqu'un de leurs 
actes ou quelqu'une de leurs paroles, en définissent nettement la véritable 
portée (voy. au vers 93). 

3. Le mot •vuômf — carré», qui est ordinairement adjectif, devient 
ici un nom, et joue par rapport à ^khân» le même rôle de numérale que 



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KIM vAn kiëu tAn truyên. 71 

«Jusqu'à présent mon âme languissait après vous soucieuse ^! 3i5 

«(Attendu) pendant de longs jours, ce jour-ci enfin m'est donné! 
«Arrêtez! laissez-moi vous découvrir un coin de mon cœur^!* 
S'empressant de joindre au bijou des objets qui lui appartiennent, 
deux bracelets en or avec un mouchoir de soie^, 
il se soulève sur là pointe des pieds, et franchit la crête du mur^. 320 
« Mais c'est bien là», se dit Kigu, « le jeune homme de l'autre jour! » 
Elle reste stupéfaite, interdite, confuse! 

Elle le regarde et le reconnaît bien; et lui, il baisse la tête, car il 
craint (d'avoir déplu)! 

«Depuis qu'inopinément nous nous rencontrâmes», dit-il, 

«Que de fois j'espérai en secret! que de furtives souvenances (dans 325 

>mon cœur) se sont amassées M 
«Je me snis consumé en rêves (d'amour), et ma maigreur égale celle 

>de l'arbre Mai^! 



€ch%ec9 remplit par rapport à <xuytn vàwjr». Cela permet à Tauteur d'éta- 
blir un parallélisme absolument complet entre les deux hémistiches. Ce 
vers est un modèle du genre. On peut voir, en effet que chacun des mots 
du second hémistiche répond exactement à chacun de ceux du premier, 
tant au point de vue que nous appelons «grammatical» qu^à celui de la 
signification absolue. — *Lh^ n'est pas ici le verbe substantif, mais bien 
le second élément de Texpression bisyllabique « /».«i là », qui signifie « étoffe 
de soie», 

4. Litt. : <*• Soulevant — les nuages, — à la pointe du pied — il enjambe 
— la crête — du mur*. 

5. Litt. : *(les faits d*Jen secret — espérer, — (et de) furticenieut — se 
souvenir — depuis lors — se sont accumulés ! t> 

6. Litt. : •'(Mes) os — de Mai — en songeant — ao^ devenus maigres». 



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72 KLM VAN KIÊU TAN TRUY|N. 

«Lân-lira ai biêt lai côu liôm nay? 
«Nâm trôn nhir gèi cung mây; 
«Trân trân mot phân âp cây dâ lieu! 
«Tien dây xin mot haï dëu! 
:]:j() «Dài girong soi dên dâu bèo cho châng?» 
Ngâu ngù" nàng moi thira rang : 
«Thôi nhà bâng tuyêt chat hàng phi phong! 



1. Allusion à la fable de ^ ^. 

2. Lit t. : *Le cceur tout occupé, — (dans mon) unique — condition (isolé), 
— in abîmant derrière — un arftre — je me suis exposé! » 

Kim trçng se compare à un chasseur qui, embusqué derrière un arbre, 
attend les lièvres à Taffftt. 

3. Litt^ : « je wrns demanderai une ou deux choses». 

4. Lit t. : «Z»a tour — de miroirs — projettera sa lumih^ — vers — la 
trace — de la lentille d'eau — ou nonf* 

Cette expression : « Bài greang — Umr de miroirs * est singulièrement alam- 
biquée. Elle signifie, en somme, «i une personne considérable*. Une telle per- 
sonne est appelée ^dài — tour», parcequ'elle dépasse les autres dans Testimo 
publique, comme cette sorte de monument dépasse en hauteur les habi- 
tiitions qui Tavoisincnt. — Quand nous nous regardons dans un miroir, 
notre image s'y reflète. Or, qu'est-ce que la considération publique, si ce 
n'est, s'il est possible de s'exprimer ainsi, la résultante des reflets que pro- 
duisent, dans l'esprit de chacun des individus qui composent une agglomé- 
ration d'hommes, les qualités de la personne qui se trouve placée en évidence? 
Ces esprits divers sont considérés dans la présente métaphore comme des 
miroirs qui, superposés les uns aux autres, formeraient une tour projetant 
au loin, autour d'elle, d'éclatants rayons de lumière. D'où l'emploi de cette 
expression : «rfài gwang*, pour désigner un individu que sa haute person- 
nalité met en évidence d'une façon exceptionnelle. 

Le Bèo ou Lentille d'eau est un végétal tout-à-fait insignifiant. Personne 
ne pense à le remarquer. De plus, comme, surnageant au-dessus de l'eau, 
il n'est point attaché au sol, son déplacement ne laisse aucune ti-ace. C'est 
pour cela que Kim Trong, poussant aussi loin qu'il est possible l'expression 



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KLM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 73 

'Jarais-je pensé qn'après une si longue attente, je iH)Uvai8 encore 
* vous rencontrer en ce jour? 
•itendsint une année entière, vous sembliez retirée dans la lune ', 

*(iaiiclîs que moi) seul et le cœur pris, je m'aventurais à vous at- 

* tondre, épiant le moment favorable ^1 

*PtiÎ4$cJ^'aujourd'hui en naît Toccasion, je veux vous adresser une 
■^ ïïiodeste prière 3! 

«If^iîs pouvez-vous, du haut de votre grandeur, accorder quelque 330 

^ ^a^trtention à un être aussi chétif que moi ^?» 
Peiiisî ve, Kieu répond : 

'J^^xxs notre maison les mœurs sont pures, la vie simple, régulière, 

* igmorée *! 

^ ^^tt* humUité exagérée qui fait le fond de la politesse cochincbinoise, 

'^'"^^ ^voir qualifié Tuy Kiêu de ••Tour de mit-oirs», se compare lui-même, 

. ^-li Bèo, ce qui no serait pas encore assez humble, mais à la (mce presque 

'^•t>l.e que serait censé laisser sur les eaux cet infime végétal, déplacé par 

_ ^^^use quelconque. 

~ XJtt, : *Les mœurs — de (notre) maiwn — (sont) de glace — (et) de 
— ... ». 
^-**» lit dans \e ify â^ (^ ^, p. 14, verto) : 

v-^ ^^ S /d^ ffi # n > # ^ ii :e ^ i? ^-^ '«^'' 

1^ ^^ ckâu thào, tdt tvong ph\f chi thanh tfdnk. — Posséder un cœur de 



\^^ — ^ et de neige, être résolue à (suivre Texemple de celle qui composa) 
^^**^- ^wteott de a/pris*^ c'est là ce qui fait à une veuve une réputation im- 

*^çlace>, dit sur ce passage le commentateur chinois, «est-ce qu'il 

»y a de plus résistant; la neige est-ce qu'il y a de plus immaculé. Dans 

'/îfiî/;quité, une épouse pure et chaste se glorifiait de Tépithète de ^bàfig 

*4ê^i». Elle signifiait que son cœur était solide comme la glace, qu'il était 

'pur cotome la neige. — ^ ^j^ ^ Cong Bd Tao, prince héritier du 

•ro/auiuç de |â? Vê étant mort, sa femme 4t ^ Q*^ Khuang resta 

*^'^ a sa mémoire. Comme ses parents voulaient la contraindre à se 

'ïï^Her, elle composa la pièce de vers intitulée JS -JS- Bà chdu — le 

^^** He ct/prh», dans laquelle elle se liait par un serment, et qui fait 

* partie ç|q ijvre des vers». (Elle se trouve dans la première partie; c'est 

« PJ^mî^re du livre 3.) 

* "^ '^ bâng titgêit* a évidemment ici un sens plus général que ne l'indique 
\e P^^SH^e du ;^ â^ que je viens de citer. Cette expressi<m désiste les 



\ 



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74 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÇN. 

«Dâu khi là thâm chi hông, 

«Nêu cliâng tlil cûng tai long me cha! 
335 «Nàng 16ng xot lieu vi hoa! 

«Tré con, dà biêt dâu ma dâm tliira?» 

Sanh rang : «Rày gî6, mai mira! 

«Ngày xuâii dâ de tiuh ce* mây khi? 

«Dâu châng xét tam tiiih si, 
340 «Thiet dây ma c6 ich gi dên ai? 

«Chût chi gâu-v6 mot bai! 

«Cho dành! roi se lieu bài moi manh! 



maisons où non-scuicmcnt les vonvcs, mais toutes les femmes, quel que 
soit leur état, peuvent aspirer à Tépithète dont le traité chinois donne Tex- 
plication. 

1. Litt. : « SXU y a) — des circonstances — de feuilles — rousses — (ou) 
de fil — rouge, » 

Ces deux expressions : € feuilles rousses» et •fil rouge * signifient au 
figuré «te mariage*. La première est une allusion à Thistoire de Hàn phn 
lûiorn. Cette princesse écrivait sur des feuilles d'arbre qu'elle abandonnait 
au courant de Teau, et que recueillait Vu huu. De cette intrigue finit par 
résulter Tunion des deux amants. 

Quant au ^fil rouge », cette métaphore vient de la croyance vulgaire qui 
existe en Chine et dans l 'Annam, qu'un génie appelé H ^- Ngut/H ISo, 
qui résiderait au sommet d'une haute montagne, est occupé à tordre des fils 
de soie de cette couleur, lesquels représentent les unions que doivent con- 
tracter les humains. On dit en chinois « fR ^ft^ ^j^ kè xkh thàng — twuer 
le fil rouget pour <i décider un mariage», 

2, Litt. : <Je suis lourde — (quanl au) cœur — de chagriner — le satUe 
— à cause des — fieurs! ^ 



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KiM vAn kiëu tAn truyên. 75 

c Lorsqu'il s'agit de mariage ', 

«Cest au père et à la mère à décider ce qui convient! 335 

«11 m'est pénible d'être la cause de votre peine ^î 

«Mais je ne suis qu'une enfant! Comment pourrais-je oser vous ré- 

> pondre?» 
«Le vent souffle aujourd'hui,» dit-il; «demain la pluie tombera! 3» 

«D est rare que tout à coup se présente un beau jour de printemps! 

«Si vous n'avez point égard à l'amour qui (brûle) mon pauvre cœur^, 

«Vraiment à qui donc pourrai-je être utile dans ce monde? 340 

«Attachons-nous tout d'abord à cette petite affaii-e! 

«C!ommencez par consentir! nous verrons ensuite à la mener h bien •'^! 



3. Aujourd'hui Foccasion est favorable ; demaiu peut-être elle sera contraire ! 

4. Litt : €Si — ne pas — voua examinez — f^ia) paaaion — stupide^* 
Ce mot *alupide», s'il était employé en français, signiâeinit ici ^dérahon- 

naUe, tfweiu^e». Ce serait pour Kim Trong un singulier moyen de toucher 
le coeur de celle qu'il aime que de lui dire que la passion qu'il éprouve 
pour elle n'a pas le sens commun; mais bien que cette épithète, qui n'est 
du reste qu'une formule polie, s'applique littéralement au mot «6nA», elle 
affecte logiquement non la passion elle-même, mais la personne qui la ressent. 
Du reste, le mot «TwA» remplace ici, en réalité, le mot *tâm» ou ^tbng 

— cœur*; ce qui explique l'emploi de la numérale *tâm* dont il est précédé. 
Je suis forcé de rendre « tâm Ùnk » par « mon pauvre cœur », ce qui n'est 

pas rigoureusement exact; mais l'idée que représente cette expression est, 
comme on le voit, tellement éloignée du génie européen, qu'une traduction 
trop exacte en serait véritablement choquante. 

5. Litt. : * Donnez — le conaenlir! — ayant fini (cela) — noiia aviserons à 

— un moyen — de procédé». 

'iMoiTt signifie proprement oiVextrémité d^un fil» et figurativement «?«* 
moyen efficace de parvenir à un résultat». Nous avons en français une ex- 
pression analogue : ^ tenir le fil d'une intrigue». 



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76 KIM vAn KIÊU tAN TRÙYÊN. 

«Khuôn lînh dâu phu tac thành, 
«Cûiig lieu bô quâ xuân xanh mot dôi! 

345 «Lirang xuân dâu quyêt hep hoi, 

«Công deo duéi châng thiet thoi lâm ru?> 
Lang iighe loi u6i nhu* dâu, 
Chiu xuân de khiên! Net thu ngai ngùng. 
Rang : «Khi buôi moi la lùng, 

350 «Né long cô le; câm long cho daug! 

1. Litt. : « £.« fcrt'nic — efficace, — si elle — li'a pas ^gai'd h — le» poticea 

— shwères». 

Cette explicution ligoureuscinent littérale du vers 343 serait absolument 
incompréhensible sans la connaissance du sens figuratif des expressions 
qu'il renferme. 

Le Ciel est considéré éomme une «/orwic», un i^ cadre Ckhttôn)* qui 
embrasse et renferme tons les êtres créés; et il est qualifié de *llnh — 
ejficace», à cause de la puissance régulatrice qu'on lui attribue. 

La politesse des peuples de Textrême Orient veut que la personne 
qui s'adresse à une autre emploie, pour désigner son interlocuteur ou 
ce qui lui appartient, les expressions les plus relevées et les plus flat- 
teuses possible, tiindis qu'elle rabaisse dans la même proportion ce qui la 
concerne elle-même. Les vers qui précédent offrent plusieurs exemples de 
cette phraséologie, qu'exagèrent encore les formules poétiques. C'est pour 
cela que, pour désigner son propre cœur, Kim Trmuj, parlant à Tûi/ KXêuy 
emploie l'expression «^c /o«^», qui signifie littéralement «wkw pou4x de 
cœur»; le mot * pouce» étant employé ici, en sa qualité de nom d'une mesure 
de petite dimension, pour diminuer l'importance que le jeune homme attache 
à son propre cœur. Do plus, comme les poètes annamites ont au point de 
vue de l'ellipse une audace que les européens n'oseraient imiter, Nguycu 
du supprime ici le mot *lorvf — amr», et ne conserve que le mot *ldc 

— pouce» qui, joint surtout à son épithète ^Ihànli — êinche», est consi- 
déré comme suffisant pour exprimer l'idée entière. 

2. Litt. : « Tout atvsù bien — je mexpone à — IcÙJfser — passer — (quant 
au) printemps — vert — (toute) une vie!» 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÇN. 77 

« ^ le Gel puissant abandonne les cœurs sincères '^ 
«Je crains que pour cette vie, ma jeunesse ne soit perdue ^î > 
«Si vous avez résolu d'être avare de vos faveurs^, 345 

« N'est-ce pas grand dommage de voir tant de peine prise pour rien * ? » 
SUenciense; elle prêtait l'oreille à ces douces paroles ^ 

Son coBur facilement se laissait gagner à l'amour! Sur ses traits se 

lisait son hésitation ^ 
«Dans l'étrange situation (où nous sommes placés) *, dit-elle^ 

«je dois montrer de la réserve; mais comment retenir mon cœur'V 3i60 

« Xmân xanh > est nne expression poétique qui sigoifie < la jeunesse*. Nous 
disons : «2e printemps de la rie». 

Pour bien comprendre ce vers, il faut se rappeler que Tidée philosophique 
qui domine dans ce poème repose sur la doctrine bouddhique de la pluralité 
des existences. Kim Trong craint, si le Ciel Tabandonne en lui refusant Tamour 
de Téy ESiÊt, de voir sa jeunesse perdue, en ce sens que les facultés aimantes 
de son cœur ne trouveront pas d'autre aliment; mais cela dans Cexistence 
actuelle seulement, sans préjuger de ce qui se passera dans les autres. 

3. Litt : « En mesurant — Vamour — si — vous êtes décidée à — être chiche, » 
Le mot cxtfân» a ici une signification différente de celle qu'il présente 

dans le vers précédent II y a cependant entre ces deux acceptions une 
connexité visible. 

4. Litt. : <La peine — de vous poursuivre de mes assiduités — ne pas — 
constituera une perle — extrêmement f » 

<&» est une particule interrogative en usage au Tonkin. 

5. Litt. : « 8e taisant — elle écoutait — (ces) paroles — (douces) comme — 
de VhuOe*, 

6. Litt, : « (Quant au fait â^)incliner vers — V amour — elle était fac'ÛR à 
~ eoceiler; — (quant à ses) traits — elle était hésitante». 

Je ne tradois pas le mot «//m — automne», qui nVst là que pour faire 
le pendant de <xuân». Bien que ce dernier signifie ici € amour», comuio 
le sens primitif en est ^printemps», Tautenr, pour amener le parallélisme entre 
les deux hémistiches, a placé dans le second le nom de la saison f>pposéo. 
J'ai déjà eu l'occasion de signaler ce singulier artifice de la versification 
annamite. 

7. «Cho dang» est un idiotisme qui équivaut à ^làm seio cho âteo^f» 



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78 KIM vAn KIËU tAN TRUYÊN. 

«Dâ 16ng quân-tè da mang! 

«Mot loi «virng» tac dà vàng thî chungîa 

Dipcrc IW, nhir céi tam long! 

Dd" kim hirÔTi vài khân hông, trao tay. 
366 Rang : «Trâm nâm cûng tii* dây, 

«Cùa tin goi mot; chût nây làm ghi!» 

San tay bâ quat lioa qui. 

Vdi nhành xoa ây tù^c-thi dôi trao. 

Mot IM vira gân tât giao, 
360 Mai saii dirông c6 xôn xao tiêng ngirôi. 

Vôi-vàng là rang, hoa roi. 

Chàng vë tha viên; nàng dW lâu trang. 

Tii* phen dâ biêt tiiôi vàng, 



1. Litt. : * Il y a eu (le fait que) — le coeur — de (ixmâ, ô) homme, supé- 
rieur! — beaucoup — eut occupé d^ affaires!* 

Par le mot «tfa», l'auteur met au passé tout le reste du vers, qu'il 
faut considérer comme un long verbe composé; et il le fait pour donner 
plus d'énergie à Taffirmation qu'il exprime. Cette formule d'affirmation par 
le passé est, du reste, fort commune en annamite. « 

2. Litt. : « Un seul — mot : — ^ obéir* — est gravé êur la — pierre — 
(et) Vor — (quant au) commencement — (et quant à) la fin!* 

3. Litt. : « Recevoir — (ce) mot — ftU comme — déahahiller — son cœur! » 
Cette expression est fort pittoresque. Malheureusement on ne peut la faire 
passer en français sans la modifier. Je l'ai rendue par une figure équi- 
valente. 



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KIM vAn KIËU TAN TRUYEN. 79 

«Votre cœur, ô noble jeune homme ! est occupé de beaucoup d'affaires ! 

«(Moi), je ne sais qu'un mot : «Obéir!» et ce mot pour toujours est 

>dit2!> 
(Kim trong) à ces paroles, sentit son cœur soulagé d'un grand 

poids''! 
Prenant des bijoux en or, un rouge mouchoir (de soie), il les mit 

dans la main (de Kiiu). 
«A partir de ce moment, et pour toute la vie», dit-il, 365 

< que, grâce à ce gage (d'amour), mon nom de votre cœur ne dis- 

>parai8se plus^I» 
Elle avait justement à la main un éventail orné de fleurs de Qui. 

Y joignant l'épingle à cheveux, elle les donna aussitôt (au jeune 

homme). 
A peine, par ces quelques mots, s'étaient-ils liés l'un à l'autre '% 

Qu'il leur sembla, derrière la maison, entendre un bruit confus de 360 

voix. 
An plus vite les deux amants l'un de l'autre se séparèrent \ 

n retonma dans sa salle d'étude; elle gagna son cabinet d'atours. 

Depuis le moment où ils connurent leurs sentiments réciproques ', 



4. Lîtt : *CEn fait) de choaeê — de a-oire, — (cela) ê^ appelle — une (de 
cet chfmea); — ce peu-ci — fait — (t action de) graver! 

5. Lîtt. : « (Par) un — mot — c^ peine — avaienl-ih appliqué — le vernis — 
et la colle». 

Ponr exprimer Tîntîme union de deux personnes, on dit en chinois: 
j^ ^C. jjB Zfô Oiao tàt tunrng âdu — eUeê sont finies Vune à Vautre oomme 
ixile et vernis», 

6. IJtt. : *En toute hâte Icjt — feuilles — ioml)hent, — les fleurs tomlth-enl*. 

7. Litt. : « Depuis — la fois que — la pierre — connut Vâge — de Vor, » 
*Tuf'i — ûge» est ici pour ^qualité». L'or est considéré comme étant 

d'autant plus ^^eux qu'il a subi à plus de reprises Tépreuve de Taffinage, de 
même qn'nne personne d'un âge avancé est regardée comme plus parfaite, 



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80 KIM vAN KIÊU TAN TRUY^N. 

Tinh càng thâm tUa, long càng ngân-nga. 
365 Sông Tuomg mot dâi nông trô-, 

Ben trông dâu no, bên chfr cuôi kia. 

Mot tirÔTig tuyët chô* sirang che, 

Tin xuân dâu de di vë cho nâng? 

Lan lân ngày gio dêm trâng, 
370 Thira hông, râm lue; dâ chung xuân qua. 

Ngày viita sanh nhu't ngoai gia; 

Trên haï du-ông, dwôi nfra là hai em. 

parceque les épreuves de la vie ont amélioré sa nature. Dans ce vers les 
deux amants sont assimilés au métal précieux ; et la connaissance que leur 
entrevue leur a donnée de leurs sentiments réciproques est comparée par 
le poète à l'action de la pierre de touche, qui fait apprécier le d^p^ de 
finesse de For. 

1. Litt. : <ti (Quant à) V amour, — de plus en plu» — ils étaient imbibés (êic); 
— (quant au) ccsur — de plus en plus — Us étaient troublé»*. 

2. Litt. : « Lcrsque dans) le fleuve — Tteanf} — (U y a) un courant — peu 
pi'ofondf » 

Le fleuve dont il s'agit ici tst un grand tributaire du i^ "^^ ^'^»V ^ 
kiâng qui traverse la moitié orientale du jfj&l^ ^^^'^ w^" ^^ pénètre dans le lac 
T(mg T\nli. Il donne son nom aux ^ |^ et à d'autres villes qui Tavoisinent. 
(Voy. Wells Williams, A syUabic dicUonary of Uie chinese language, p. 791.) 

Il est dit dans l'histoire de l'état de ^ que les amants qui demeu- 
raient sur les deux rives de ce fleuve avaient coutume, au printemps, de se 
réunir sur ses bords et de s'y promener ensemble. Mais, lorsque les eaux 
étaient basses et ne pouvaient porter bateau, ils étaient privés de moyen 
de communication, et devaient, comme le dit le vers suivant, attendre chez 
eux un état de choses plus favorable. 

3. Litt. : € Les nouvelles — de printemps — om (est le fait que) — facile- 
ment — eUes vont — et reviennent — avec fréquence f» 

4. Litt. : « Peu à peu — les jours — ventaient — et les nuits — produi- 
saient le clair de lunev. 



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KIM vAN KIÊU TÂN TRUY^N. 81 

leur amour devint tous les jours plus profond ' ; tous les jours leur 

oœar se troublait davantage! 
Lorsque dans le lit du fleuve Tttang les eaux sont basses \ 366 

Sur Tun et l'autre bord attendent les amants. 

 travers un mur, à ciel découvert, 

il n'est guère aisé d'entretenir fréquemment des correspondances 

amoureuses^! 
Petit à petit, les jours (succédant) aux nuits \ 

Le rouge des fleurs s'éteignait, faisant place au vert croissant du 870 

feuillage. Le printemps avait passé ^. 
Survint le jour de naissance de Taïeul maternel (de Kiêu). 

Elle avût son frère et sa mère, un frère cadet, une jeune sœur ^. 

Les substaotifs «^> et €trâng> ne sont ici en réalité que des ornements 
poétîqaeB destinés à faire ressortir le parallélisme par la place quMls oc- 
cupent dans le vers, par la nature des choses quUls expriment, et par le 
rapport qu*ont ces choses, en temps que météores, avec le jour et la nuit. Il 
&ut noter aussi qu'ils deviennent verbes par position. 

5. Litt. i *(n y eut) le rare — rouge; — (U y eut) Vépaiê — vert; — ce 
fut le terme — (auqud) le printempê — passe». 

6. Le mot *hâng — rouge» est choisi de préférence comme étant le nom 
de la teinte qui prédomine dans les fleurs. Ces dernières apparaissent au 
printemps, alors qu'en général les feuilles, qui viennent de naître, sont en- 
core peu apparentes. Quant au contraire Tété arrive, les fleurs disparaissent 
peu à peu et la teinte rouge qu'elles donnaient à Tensemble de la végé- 
tation s'efface graduellement, tandis que la masse verte formée par le feuil- 
lage devient de plus en plus épaisse et touffue. L'effacement de la première 
couleur et la prédominance de la seconde indique donc que le printemps 
ûût i^ace à l'été. 

Les expressions ^tkita hSng» et €râm l^c», par leur position symétrique 
au commencement du vers, constituent de véritables expressions imperson- 
neUes, comme «mira dà — U grêle », ^xuông tuyët — U neige» et autres 
semblables; la particule *âà» met au passé tout ce qui suit, et en fait 
une expression verbale composée, de même nature, mais plus longue. 

7. Lîtt. : €(Les parents) au-dessus — (étaient les) deux — (personnes) vé- 
nérables; — les (parents) au-dessous, — en outre, — àaient — les deux — cadets 
(la sœur cadette et le jeune frère de Tûy Kiêu)», 

6 



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82 KIM vAN KIÊU tAn TRUY^N. 

Tâng bâng sâm âo sihi xiêm, 

Bèn dâng mot le xa dem tac thành. 
375 Nhà hirang thanh vâng mot minh; 

Gâm ca hoi ngo dâ dành cô noi. 

TM trân thtrc thirc san bày, 

Gôt sen thoât thoât dao ngay mai tirông. 

Câch hoa se dâng tiêng vàng: 
380 «DiriH hoa thây dâ c6 chàng dihig trông!» 

«Trâch 16ng ha hihig bây long! 

«Lèa hiroTig choc de lanh lùng bây lâu! 

«Nhû-ng là dâp nhô- dôi sau, 

Comme je Tai dit dans une des notes de ma traduction du Lx,tc Vân Tien, 
on assimile poétiquement le père à Tarbre «i^ Xuân* et la mère à la 

plante «^ Huj/ên>*. De là les expressions *>fê^^ Xuân dubng — (la 
personne) vénérable (qwd\fiée) Xuân », « ^* ^g Huyèn dvbng — (la personne) 
vénérable (qualifiée) Jftu/ên»; OU simplement comme ici ^hai duh-ng — fet 
deux personnes vénérables», en sons-entendant leur qualificatif poétique. 

1. Litt. : € Alors, — offrant — une cérémonie, — au loin — Us portèrent — 
un cœur — sincère». 

2. Litt. : « (Avec son) talon — de nénuphar. » « Sen — nénuphar » est une 
épithète qui n'a pas ici de sens réel. L'auteur l'emploie uniquement parce 
qu'il a besoin d'un monoeyllabe de plus pour que son vers soit bien coupé. 
(Voir ce que j'ai dit sur l'emploi de ce singxdier genre d'épithètes dans 
ma traduction du poème Luc Vân Tien, page 95, en note.) 

3. n est assez singulier de trouver sous le pinceau d'un poète cochin- 
chinois dont l'oeuvre aura bientôt cent ans cette expression : *voix d'or*: 
qui s'est introduite tout récemment dans notre langue. 

4. La poésie annamite comporte des répétitions que l'on ne saurait ad- 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 83 

(Tous) s'empressèrent de revêtir leurs habits de cérémonie, 

et lièrent témoigner, dans un sacrifice, à leor ancêtre une affection 

sincère '. 
La jeune fille se trouvant toute seule à la maison, , 376 

(Kim Trong) se dit que c'était, à coup sûr, Toccasion de se réunir. 

Élégamment il disposa les friandises de la saison; 

puis, allant d'un pas^ rapide, il marcha droit sur la crête du mur. 

(Kiêu) à travers les fleurs fit entendre sa voix d'or ^r 

«Jevous vois bien», lui dit-elle, «(là-bas), debout, quime regardez^!» sso 

«J'ai» (répondit le jeune homme) «à me plaindre de votre cœur!» 

» Combien faut-il qu'il soit insouciant 
«pour avoir laissé depxds si longtemps le brûle -parfums refroidir^! 

«Occupé que j'étais sans cesse à étouffer mes souvenirs, à donner le 
> change à ma tristesse ^, 

mettre en français. Le mot *hoa — fleuré» y se trouvant reproduit dans le 
vers 379 et dans celui qui le suit immédiatement, je suis forcé, sous peine 
de produire un effet par trop choquant, de remplacer dans ce damier Tex- 
pression <jpar dessam les fleurt* (traduction de «entrai hoa») par les mots 
^là-ba»» qui, tout en rendant l'idée en gros, ne donnent point le sens strict 
de Tannamite. 

5. ^m Trçnff se plaint de ce qu'elle ne lui a pas donné depuis long- 
temps, en lui rendant visite, Foccasion d'allumer le brûle-parfums en son 
honneur. 

6. Idtt. : * Absolument — c'éUnt que — je recouvrais — mes souvenirs, — 
je changeais — (ma) tristesse;» 

Ce vers est à double sens; on peut aussi le rendre ainsi : 

* Accumulant souvenir sur souvenir, passamt d'une peine à une autre,» 

En effet <dap» signifie à la fois * amonceler» et «recovi^rtr», et «^<>t» 

peut être pris an transitif. La traduction littérale serait alors: 

« Ahsolvment — c^éttdt que — f amoncelais — les souvenirs — et je faisais 

changer (je remplaçais les unes par les autres) — les tristesses;» 

6* 



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84 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

«Tuyêt surong nhuôm nèa mai dâu, hoa râm!> 
385 Nàng rang : «Giô bât, mira cam! 

«Dâ cam te v(M tri âm bây chây! 

«Vâng nhà, dirac buèi hôm nay! 

«Lây 16ng, goi chût ra dây ta 16ng!> 

Lan theo nui giâ di v6ng. 
390 Cuôi tva&ng dirùng c6 nèo thông moi rào. 

San ngang ma mât Bông dào, 

Rë mây trông rô loi vào Thièti thai. 

Mât nhin mât càng thêm tiroi! 



1. Litt. : «La ndge — et la rosée — ont teint — la nwiUé de — U sommet 
— de ma tête — (de la couleur des) fleura — du Eâm, » 

Le < Cây Râm > ou en latin « Phyllirea indica » (Taberd) est une plante 
dont le parfum et le port ressemblent à ceux de l'armoise, mais qui est 
probablement une espèce de VUex (Wells Wiluams). On sait que les fleurs 
agglomérées de Tarmoise sont, surtout avant Tépanouissement, couvertes de 
poils très fins et d'un gris presque blanc. Cette particularité explique la com- 
paraison que nous trouvons dans le présent vers. On dit, du reste, couram- 
ment en annamite : « hoa Râm dâu > pour désigner une chevelure qui blanchit. 

2. Litt. :«.... te vent — me saisissait — et la pluie — me retenait. » 
Kim Trong vient de parler de la neige et de la rosée; 2% kiêu lui ré- 
pond par une métaphore analogue. 

3. Voir, sur lesmots « tri ^m », ma traduction du Lue Vân Tien, p. 30, en note. Le 
conte d'où cette locution tire son origine se trouve dans les recueils chinois inti- 
tulés «>>^ "^ ^ ^ Kim cl ky quan* et «^ {Hl^S ^^"^ thêckm nang.» 

4. Litt. ; *la montagne — simulée.* Ce genre de fabrique est très com- 
mun dans les jardins chinois, où Ton sait que les artistes paysagistes s'ef- 
forcent de reproduire en petit tous les accidents naturels du soL II consiste 
en une agglomération de pierres ou de briques disposées de manière à 
former uîie montagne ou un rocher en miniature au pied duquel coule 



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KIM vAn kiêu tAn TRUYÇN. 85 

cla neige et la rosée ont fait blanchir mes cheveux '! » 

< Mille obstacles»; répondit-elle^ < s'opposaient à ma sortie^! 385 

< (Voilà pourquoi) depuis si longtemps je suis, ami ^! coupable envers 
»vousï 

< Aujourd'hui la maison est vide et l'occasion favorable! 

tVous m'avez pris mon cœur; et voici que je sors pour vous payer 

>de retour!» 
(Ce disant;) elle contourna la rocaille K 

Au bout du mur se trouvait comme un sentier récemment barré. 390 

Elle y pénétra^ ouvrit la porte de la retraite *, 

et; écartant les obstacles, elle distingua nettement le chemin qui 

menait chez Kim Trong^. 
Ds se regardèrent l'un l'autre; et (plus ils se contemplaient) plus ils 

se trouvaient charmants^! 

généralement une fontaine qui alimente un petit lac. Nous avons des dis- 
positions analogues au Trianon et dans beaucoup de nos «Jardins anglais » 
qnll serait plus exact d'appeler «jardins chinoise, 

6. Litt '. *De la grotU — du Bbo ». Les mots « Bong dào » ou « Tien 
dông» désignent une groUe ou réside une fée, CTest, ici, la demeure de 2% Kiêu. 

6. Litt. : « Écartant — les nuages, — elle aperçut — clairement — le sen- 
tier — pour entrer dans — la tour céleste, » 

Nous avons dans ce vers la continuation de la figure du vers précédent. 
En ouvrant la porte qui donnait accès dans sa demeure (dông dào), la fée 
(Tûy Kiêu) écarte les nuages qui Tempêchaient d'apercevoir le chemin qui 
mène à la résidence (Thim thai) de l'immortel, qui est Kim Trong, Cette 
métaphore renferme en outre un jeu de mots. En effet, «m%» signifie à la fois 
* nuage» et * rotin». On peut donc comprendre ce mot des deux manières; 
hii donner le sens que je lui ai attribué ci-dessus, ou traduire tout simplement 
<rê mâg» par * écarter les rotins >y en Supposant que ces plantes avaient 
poussé dans le sentier abandonné qui faisait communiquer les deux habi- 
tations et l'avaient dissimulé à la vue en l'encombrant La jeune fille, les 
rejetant de chaque côté, aperçoit le chemin qu'elles lui cachaient. 

7. litt : < Un visage — regardant — un visage, — de plus en plus — ils 
étaient augmentés — quant à la frakihetir. » 



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86 KIM VÂN KIÊU tAn TRUY^N. 

Bên loi van phirô-c, bên loi hàn huyên. 
396 Sânh vai vë chôn tha hiên, 

Ngâm loi phong nguyêt, nàng nguyën non sông. 

Trên an bût, giâ, thî dông; 

Bam thanh mot bi!rc tranh tông treo lên. 

Phong sirong dirac vè thiên nhiên! 
400 Mân khen; net bût càng nhin càng tiroi. 

Sanh rang : «Phâc hoa viht roi! 



1. Lîtt. : ^CQuant à un) côté — (U y eut) des paroUa — de dix mille — 
bonheurs; — (quant à Vautre) côté — (U y eut) des paroles de — froid — 
(ou) aède.* 

La jeune fille souhaite au jeune homme mille félicités; et ce dernier lui 
répond par la formule de politesse *Hàn huyên f» qui signifie littéralement: 
€Avez-vous froid^ OU éprouvez-vous une douce chaleur f*, et qui a, en gros, à peu 
près le même sens que la question anglaise : *Are you wéllf* Dans son 
ensemble, ce vers signifie que le jeune homme et la jeune fille échangent 
en se rencontrant d'aimables paroles de salutation. 

2. Litt. : «-B» comparant — (leurs) épaules — Us se rendirent — au lieu — de 
la saUe de littérature, * 

J'ai expliqué sous le vers 280 ce que signifie au juste le mot <ihiên*. 

— Quant à Texpression ^Sdnh vai — comparer les épaules t^^ elle rend d'une 
manière pittoresque la situation réciproque de deux personnes qui se tiennent 
à côté Tune de l'autre. Elles sont supposées s'être placées ainsi pour voir 
laquelle des deux a les épaules plus hautes que l'autre. Je l'ai rendae 
par notre expression €côte à côte», qui renferme d'ailleurs une figure ana- 
logue. 

3. Litt, : < Ils murmurèrent — des paroles — de vent — et de lune, — (et) 
gravement — vouèrent — les montagnes — et les rivières,* 

« Lai phong nguyêt — des paroles de vent et de lune » est une formule con- 
sacrée par l'usage, qui signifie des discours amoureux, des paroles passionnées, 

— Ck)mme les Annamites ont coutume de prendre à témoin de leurs pro- 
messes les fleuves et les montagnes , « vouer les montagnes et les fleuves » 
équivaut à n prononcer un serment solennel». 



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KIM VAN KIEU TÂN TRUYÇN. 87 

Elle formula pour lui mille souhaits de bonheur; il lui adressa mille 

civilités '. 
Côte à côte ils dirigèrent leurs pas vers la salle de poésie 2, 395 

oà, murmurant des mots passionnés^ ils échangèrent de solennels 

serments \ 
Sur la table étaient placés des pinceaux, des pupitres, des livres *, 

et Ton y voyait suspendue Timage d'un Tbng au feuillage vert ^, 

merveilleuse imitation de la nature®! 

Plus on en considérait les nuances et le dessin, plus on en sentait 40o 

la beauté. 
«Cette grossière peinture est à peine terminée » dit le jeune homme; 



4. Litt. : « de» ver» de cuivre*, c'est-à-dire ^ver» gravé» »ur de» 

taUeUe» de cuivre». 

Dans one «utre édition que je possède, an lieu de *^^^*> on lit 
<^S^9 thœ dffng — des livre» de ctitore». On peut, du reste, adopter sans 
inconvénient Tune ou l'autre de ces versions; car la seconde est admise 
comme équivalant à la première. Cette expression <^^ ^^» ou *^^3» 
n'est dans ce passage qu'une façon élégante et poétique de désigner *de» 
livre» en général 9, EUe est analogue aux mots *bià dâ — tableUe» de pierre» 
que l'on rencontre souvent dans des passages semblables. I^s livres sont, 
dans cette figure, assimilés aux tables de cuivre sur lesquelles on grave 
des maximes ou des faits dignes d'être précieusement conservés et légués 
à la postérité. 

5. Le Pin est considéré comme un emblème de solidité, de longue durée, 
de longévité et de constance, tant parce qu'il ne perd pas ses feuilles pen- 
dant l'hiver, que parce que, d'après une croyance généralement répandue, 
sa résine, an bout de mille ans, se change en ambre jaune. Les peintres 
placent souvent cet arbre dans leurs tableaux comme un emblème allégo- 
rique des vertus et qualités dont je viens de parler; et Kim Trnng en avait 
sospendu l'image dans son cabinet de travail pour faire comprendre à Tâg 
KHin que sa constance était inaltérable. 

6. Lltt : « (Quant au) vent — (et à la) ro»ée^ — on avait, (en le peignant^ 
oUenu — de» trait» (de» nuance») — eonfcrtne» au ciel (à la nature),* 

Ce vers est passablement obscur; mais en appliquant scrupuleusement 
la règle de position, et en tenant compte de ce genre spécial de phraséo- 



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88 KIM VAn KIÊU TAN TRUY^N. 

cPhâm de xin mot vài loi thêm hoa!> 
Tay tien giô tâp mira sa, 
Khoâng trên dihig bût, thâo va bon câu. 
405 Khen tài nhâ ngoc phùn châu : 

cNàng Ban gâ Ta cûng dâu thê nay? 

logie qu'affectionnent les poètes cochinchinois, on arrive assez facilement 
à en déterminer le sens exact. Le mot < Thien » ne doit pas être pris dans 
son acception ordinaire de *ciel». Il exprime ici ce que nous appelons 
*la nature *f d'où il suit que Tadverbe ^thien nhiên» répond exactement 
à notre expression «au naturel*. 

Seulement, comme cet adverbe se trouve placé après un substantif, il 
change de nature par Tinfluence de la position, et devient un véritable 
adjectif tout en conservant la forme adverbiale *f^ nhièn*; ou, si on 
préfère le considérer ainsi, c'est un adverbe chinois pris de toute pièce et 
adapté au vers annamite avec la fonction d'adjectif résultant de la position 
qu'il y occupe. 

Quant aux mots ^phong 9uang, — le vent et la rosée*, ils sont destinés 
à renforcer au commencement du vers l'idée que renferme l'expression 
adverbiale de la fin. Le vent et la roaée sont pris pour l'universalité des 
influences météoriques susceptibles d'agir sur un végétal. La pensée con- 
tenue dans le vers est donc celle-ci : «Le peintre avait réusêi à reproduire 
dans V image de pin qu'il avait tracée toutes les nuances que Vœil peut rencontrer 
dans un arbre exposé aux intempéries, comme Vest un pin véritable. » £n somme 
•phong swang» joue là, si je puis m'exprimer ainsi, le rôle d*un superlatif 
détourné, qui, en s'appliquant à l'adverbe-adjectif *thiên nhiên* produit dans 
Tesprit l'idée que nous exprimons en français par les mots «tm naturd 
frappant». 

1. Litt. : €(à la manière d^un) dirigeant — st^et de composition, — je vous 
demande — quelques — paroles — pour ajouter — des fleurs!* 

*Phâm de* est un sujet de composition que l'on soumet à des lettrés 
afin qu'ils le développent. C'est par un raffinement de politesse que Kim 
Trong qualifie ainsi les quelques mots qu'il sollicite de la jeune fille et 
qu'à la fin du vers il assimile à des fleurs. 

2. Litt. : < Sa main — d'immortelle, — (à la manière) du vent — qui pousse 
— et de la pluie — qui tombe, * 

3. Litt. : « // loua — son talent — de cracker — des pierres précieuses - 
et d*étemuer des perles. * 



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KIM VÂN KIÊU tAN TRUYÇN. 89 

«mais veuillez bien la rehausser en y ajoutant quelques mots '! » 
De sa main habile^ avec vélocité ^, 

elle posa son pinceau sur l'espace libre, et traça en haut du tableau 

quelques vers en caractères cursifs. 
(Son hôte) fit Téloge du merveilleux talent qu'elle montrait dans 405 

rfanprovisation^: 
< Les savantes Ban et Ta >, àii-JÏ, * n'eussent point écrit aussi bien ^ ! 



4. Litt. : ^LajeuneJUle — Ban — el la sœur aînée — Ta, — iout atusi bien, 
— où (est le fait qa^les auraient écrit) — de cette manière f» 

Cette Ban était la sœur de «]S^@ ^on cô», qui fut historiographe 

impérial sous le règne de Temperettr ^t ^ffl *Sn^ Hiêu hoà di des JÉ[ |S£ 
Bôt^ Hàn (Hdn orientaux). Elle est d'ailleurs connue sous cinq noms dif- 
férents : V igË^^ ^'^ ^^ ^^i '^"^ %]Sii£ ^^^ ^^ ^^' ^"^ 
^^^ ^ào dai gia; ^"^ ^ ^ fj^ Tào dùi cô; et enfin 5*» ^ j^ 
Ban Thiêu. Ce dernier nom lui était commun avec un autre de ses frères, 
illustre général qui, par trente années de victoires, fit reconnaître la supré- 
matie de l'Empire du Milieu à plus de cinquante royaumes. Elle avait, 
étant enfant, profité si bien des leçons que recevaient ses deux frères et 
auxquelles elle participait, qu'elle était en état de lutter avec eux sur le 
terrain de Tinstruction littéraire. Après la mort*de son mari qu'elle avait 
épousé à quatorze ans et envers qui elle s'était montrée le modèle des 
épouses, elle se retira chez son frère Ban co qui, émerveillé de l'instruction 
extraordinaire et du goût délicat qu'il rencontrait chez sa sœur, n'hésita 
pas à la prendre comme collaboratrice dans la composition de son grand 
ouvrage intitulé * ■{ ^^^ ^»^** ^^^ ^^ — ^ Livre des première Hdn», 
ainsi que de plusieurs autres fort remarquables. 

Après la mort de Ban cô emporté par le chagrin où l'avait plongé la 
disgrâce dans laquelle il était tombé, l'Empereur se souvint des éloges 
répétés que lui avait fait de sa sœur le savant historiographe. Il chargea 
cette dernière de terminer les ouvrages de son frère, et, lorsqu'ils parurent, 
la renommée de cette savante femme se répandit dans tout l'empire. Elle 
fut chargée de l'instruction de l'impératrice, pour laquelle elle composa un 
admirable traité sur les devoirs de la femme. Ce livre fut si admiré que 
le chef des lettrés qui travaillaient chaque jour dans la bibliothèque impé- 
riale voulut que sa propre femme l'apprît par cœur. 

Lorsque Ban kp mourut âgée de 70 ans, l'empereur lui fit faire de 
q>lendides funérailles, et de nombreux lettrés composèrent son éloge en vers. 

L'autre femme savante dont il est question dans ce passage se nommait 
H* ^ H^ Ta Boo Huin. «Elle était», dit le ^ ^ jj^T, «fille du 



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90 KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÊN. 

«Kiêp tu xira vi chira dày! 
«Bwc nào dèi dirac gîâ nây cho ngang?> 
Nàng rang : «Trom liée dong quang! 
410 «Châng sân ngoc boi, thôi phirông kîm mon! 

» frère aîné de ^U*^ ^V ^»», premier ministre du roi de ^ Tétn. Dès 
» rage le plus tendre elle savait faire des vers. (Un jour que) la neige tom- 
» bait à gros iiocons dans la cour de sa maison. An, interrogeant ses enfants, 
»Ieur dit : «Que vous rappelle cette neige, à la fois abondante et confuse?» 
»— «Elle ressemble», lui dit 3^ -Diêwi sa nièce, «à du sel que Ton pro- 
» jetterait irrégulièrement dans Tespace». — «Elle rappellerait plutôt» dit 
» Dao Huhn « des chatons de saule soulevés par le vent. » An fut émerveillé 
»de sa réponse. Plus tard elle épousa IS^ ^ Ngttng Chi, fils de ^ 
» Vuang, maréchal de la gauche. 

«Son mari étant mort, elle se fit remarquer par sa chasteté.» 

1. Litt. : €Le8 générations — réUgieuBCê — d'ctutrefois, — (ai) on le* com- 
pare, — pas encore — sont complètes,» 

Dans les croyances qui ont cours dans Textrême Orient, loi*squ'une per- 
sonne a passé sa vie à se perfectionner dans la vertu (tu), ses mérites sont 
réversibles sur les descendants, qui jouissent d'une existence heureuse et 
sont surtout doués d'une Intelligence supérieure. La suite de générations 
constituée par cet ancêtre vertueux et la série des descendants qui re- 
cueillent ainsi la récompense du bien qu'il a fait se nomme «£»éjp tu, — 
une série de générations religieuses». L'auteur donne à entendre ici qu'un 
ancêtre de la jeune fille posséda de si hautes vertus, qu'elles exercent en- 
core leur heureuse influence sur la race, comme le montrent l'intelligence 
et les talents dont est douée Tug Kiêu, 

2. Litt. : « Pour quel degré (de supériorité) — changer — pourrait-on — 
cette valeur-ci — pour — les mettre sur la même ligne f> 

3. Litt. : « (Si) ne ptts (vous faites partie de) la cour — des gens qui portent 
sur eux deê pierres précieuses, — alors — (vous êtes de) la société — de la 
porte d'or!» 

*Ngoc» signifie * pierre précieuse», et *bôi» veut dire * porter sur soi». 
Autrefois, les grands personnages portaient à la ceinture des pendants de 
pierres précieuses; et, lorsqu'un lettré avait brillé dans les concours, le Roi 
l'autorisait à porter de ces pierres à son bonnet et à sa ceinture. De là 
vient que l'on appelle poétiquement €Ngoc boi — personnes qui portent de 
riches pendants de ceinture» les hauts fonctionnaires de l'État. Le poète dit 
*sân ngoc boi — la cour des Ngçc boi», parce que ces fonctionnaires se réu- 
nissaient dans la cour du palais pour y attendre le moment de Tandience 



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KiM vAn kiêu tAn truyçn. 91 

«Le nombre de celles qui durent autrefois leur science ou bien 

> qu'avaient fait leurs ancêtres^ n'était point encore complet K 
«Qui serait capable d'atteindre à la hauteur de votre talent^?» 

«A la dérobée» dit la jeune fille «j'ai regardé votre visage! 

«Si vous n'êtes pas un de ces lettrés qui s'ornent de pierres pré- 4io 
»cieuses3, vous êtes^ alorS; un académicien! 

dn sonverain. Le Livre des vers porte souvent de ce «^H ô^)t», attribut des 
princes et des grands: 

m ^ m m ^ is^ 
# ï ^ ^ « m 
^ » m m ^ ^ 

iSo 5lTo ^o Jto So ^o 

« Chung nam hà hitu f 
*Httu kj hûu dbng! 
€ Quân tùr cki chl 
^PhéU y t& thuang. 
« BH ngoc tuâng tuâng, 
« Tho kiiao bâ^t vmg! 

«Qu'y a-t-il sur le Chung namf 

«n y a des réduits, des clairières! 

«Le Prince y est arrivé. 

«Sur sa robe brodée il porte ses emblèmes. 

« Les pierres de ses pendants de ceinture font entendre leur tintement. 

«Longue vie au Prince! On ne l'oubliera pas!» 

(Livre des ver», Part. I; Liv. XI, ode 6 jftît^ Chung nam,J 

^ Il :?î « 

^ m B m 
^ m. M ^ 

^o Jâlo ISIo ffio 

*noac dl kg t&u, 
*Bdt âX làf tuong! 
^Hugen hugen bçi toai, 
*Bdt di kg irttémg!* 



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92 KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 

«Nghï mlnh phân mông cânh chuôn! 
«Khuôn xanh bîêt cô vuông trôn ma hay! 
«Nhô* tû* nâm hây tha ngây, 
«Cô ngirM tirÔTig sr doân ngay mot loi : 
4 1 5 « Anh boa phàt ti^t ra ngoài! 

«Ngàn thu bac maug, mot dW tài hoa! 
«Trông ngirôi, laî nhâm vaô ta, 
«Mot dày, mot mông; biêt là cô nên?» 
Sanh rang : «Giâi eau là duyen! 



«Si on leur oflfre du vin, 

«Pour eux ce n'est point une liqueur! 

« Si on leur donne de longs pendants de ceinture ornés de pierres précieuses, 

«Ils ne les trouvent point assez longs!» 

(Part. II, Liv. V, ode 9, ^^ L^c nga,) 
Pour Texpression €Kim niôn», voir ma traduction du poème de Luc 
Vân Tien, page 64, en note. 

1, Litt : *Je réfléchis sur — moi-même — (qui suis une personne d'une) con- 
dition — mince — (comme une) otfe — de libellule!* 

2. Litt. : « La forme — bleue — sait — s^U y a — le fait d^être — carré 
— et rond — pour savoir/* 

Le ciel est assimilé métaphoriquement à une forme qui, englobant tontes 
les créatures au-dessus desquelles elle s'étend, les embrasserait comme un 
moule embrasse ce qu'il contient. 

L'expression « Vuông tron, — - carré et rond» est une métaphore très ellip- 
tique dont le développement serait ceci : *que Von considère cela comme un 
carré, le carré est complet et régulier; qu'on le considère comme rond, la circon- 
férence en est complète et régulière aussi, » De là l'adoption de cette expression 
pour exprimer l'état de perfection, de régularité d'une chose ou d'un état. 
Il s'agit ici du parfait accomplissement des devoirs qui incombent à une 
épouse envers son époux et réciproquement. Dans l'espèce, ces mots « vuông 



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KIM VAN KIÊU TÂN TBUYÇN. 93 

< Je pense à mon mince mérite < ! 
« Le Ciel sait si pom* Yons je pois être mie digne épouse ^! 
«Je me sonviens qne jadis^ dsms les années de mon enfance^ 
«Un physiononûste 3 prononça sur moi une parole prophétique: 
«An dehors la splendeur se manifestera!» dit-il. ^^^ 

«Je vois d'interminables infortunés; toute une vie de courtisane 

«artiste^! 
« Eln vous regardant d'abord, en me regardant ensuite, 

«Vous grand et moi chétive, je ne sais s'il nous est permis de nous 

>nnir! > 
«Cest>; dit le lettré; «le destin qui nous met tout à coup en pré- 

>sencel 

trvn* correspondent assez exactement pour le sens à l'expression chinoise 
*ffl SB doàn viên»y bien que la composition étymologique de cette dernière 
soit un peu différente, les mots S et 19 signifiant tous les deux ^rond* 
on €gloUtleux9. 

3. Les Chinois et les Annamites, comme bien d'autres «peuples, ajoutent 
une grande fois aux indications que les traits du visage, la conformation 
des mains, Tallure etc. sont réputés fournir. Cette disposition est exploitée 
par des industriels ambulants qui parcourent les localités habitées, s'éta- 
blissent dans les carrefours et y donnent des consultations publiques. La 
nouvelle chinoise ^ J%, "A ^^ l'anecdote intitulée j^ '^ (^ ^ $) 
sont basées sur cette particularité de mœurs. L'arrêt que rendent ces sortes 
de prc^hètes n'est cependant pas réputé être absolument sans appel; car 
si Ti^twig k'auH, le héros du âf J^'fik» ^oit fondre sur sa tête le malheur 
que lui annonçait le physionomiste ^S^^'A et se tue lui-même, en 
revanche la probité de iftjjj^ conjure les sinistres prédictions du bonze 
— -ij^, et après qu'il a rendu les ceintures précieuses il voit la fortune 
lui sourire et devient prince de ^>. Quant à ce qui concerne l'héroïne de 
notre poème, on verra se réaliser de point en point la prédiction du phy- 
sionomiste dont l'auteur lui met ici les paroles dans la bouche. 

4. Litt. : «Jfôfe — oMUomnes — de blanche (maUieuretueJ — destinée, — 
une vie — de talent et de fleurai* 



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94 KIM VAN KIÊU tAN TRUYÇN. 

420 <Xira nay nhân dinh thâng thiên cûng nhiêu! 

«VI dâu gîâî kîêt dên dëu, 

»Thl dem vàng dà ma liëa vdi thân!» 

Bè dëu trung khùc an can, 

L6ng xuàn phdi phdi; chén xuân tàng tàng! 
425 Ngày vui vân, châng dây gang! 

Trông ra âc dâ ngâm girong non doài. 

Vâng nhà, châng tien ngôî daî, 

Giâ chàng, nàng moi kfp dôi song sa. 

Bên nhà vù'a thây tin nhà; 
430 Haï thân c5n d* tiêc hoa, chira vë. 

Cita ngoài vôi xù rem the, 

Xâm xâm bâng loi vttôti khuya mot minh. 

1. Litt : ^(Depftiê) autrefoU — (juêqu^)à présent — (leêfait» que) de V homme 

— leê dédêiofiM — Vont emporté sur — le Ciel — tout aussi bien — ont été 
nombreux, 9 

2. Litt. : *Si — de dénouer — ce qui est noué — il arrioait — une chose, > 

3. Litt. : < Alors — j'apporterais — Vor — et la piemre — pour — expostr 

— avec — ma personne!* 

Vor et la pierre sont, en poésie surtout, le symbole de la constance et 
de la fermeté. 

4. Litt, : « Oompiktement — de (leur ccBurJ — les détours — (mettaxU au jour) 
avec empressement,* 

Ces mots < les détours* ou «^ coins du cœur*, qui sont en chinœs dans 
le texte, désignent figurativement ^les pensées*. 



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KIM VÂN KIËU TAN TRUYÊN. 95 

«maiS; de tout temps^ bien des décisions hamaines prévalurent sur 420 

> celles du CieP! 
«S'il arrivait que quelque chose vînt entraver notre union ^^ 

«inébranlable, à cet amour je dévouerais du moins ma vie ^î » 

Avec force détails ils mettent à nu les secrètes pensées de leur âme^; 

avec volubilité ils se parlent de leur amour, et leur passion les enivre *! 

(Mais) bien courts sont les jours de bonheur ^1 426 

Ds regardent le soleil, et le voient qui disparaît derrière les mon- 
tagnes de rOuest'. 

La maison est déserte, et ce n'est plus le temps ^ de rester assise à 
causer! 

(KiSu) prend congé du jeune homme, et se retire dans ses apparte- 
ments K 

Eu rentrant à la maison elle reçoit des nouvelles des siens. 

Ses parents, attardés au festin, ne sont point encore de retour. 4do 

Sur la porte d'entrée s'empressant d'abaisser le store. 

Seule, au milieu de la nuit, elle se dirige sans hésiter à travers les 
sentiers du jardin. 

5. mt. : « Quant au cœur — de printempa — ils (parlent) vite; — quant 
à la coupe — de prkUempê — il* sont à demi ivresf» 

6. litt. : « ne pas — remplissent — un empan!» 

7. litt : *Ils regardent au dehors — le corbeau Cd*orJ — qui tient défà 
dans son bec — le miroir — des montagnes — de touesL* 

J'ai dooné plus haut Forigine de 1 appellation poétique <<ic vàng — le 
corbeau d'or* que Ton donne au soleil. Cette figure est mise ici, pour ainsi 
dire, en action. En eflfet, Tastre qui disparaît derrière la cîme des mon- 
tagnes est comparé à un corbeau qui saisirait ces dernières dans son bec 
et se mettrait en devoir de les avaler. 

8. Litt. : « n n'est pas commode .... » 

9. « 8ong sa », litt. : « les fenêtres grUlées (tendues de) soie *, signifie « Vap- 
portement des dames ». 



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96 KIM VÂN KIÊU tAN TRUYÊN. 

Nhftt thira girong gôi dâu nhành, 

Ngon dèn trông trot tnrÔTig huinh hât hiu. 
435 Sanh vûu dira an thiu thiu, 

D* chlu nhir tînh, dô* chiu nhir mê. 

Tiêng lên se dong giâc hoè : 

«Bông trâng dâ xê', hoa le lai gan!» 

Bàng khnâng dânh Hiêp non Tharij 
440 C5n nghi giâc mong dêm xuân ma màng. 

Nàng rang : «Khoâng vâng dêm tràng! 

<V1 hoa cho phâi d5 dàng tim hoa! 

«Bây giô- tô mât dôi ta! 

«Biet dâu roi nfra châng là chiêm bao?» 
445 Voi mihig làm le nrô-c vào. 



1. Litt. : « Bepotait (comme sur un oreUlerJ — (sa) tête — dans les branches, » 

2. On peut anssi, en supprimant les guillemets et en considérant ce 
vers comme faisant encore partie de la narration, traduire ainsi : «Le» 
ombres projetées par la lune s^ allongeaient sous les fleurs au poirier^ et venaient 
toucher (la fenêtre). » L'absence absolue de ponctuation dans le texte original 
en caractères se prête parfaitement à ces doubles sens. J*ai adopté de pré- 
férence la première interprétation, parce qu'elle me semble découler beau- 
coup plus naturellement du sens littéral des mots du texte. «Tai dû, il est 
vrai, intercaler pour l'amener les mots «elle disait»; mais il n'y a rien 
d'extraordinaire à ce que l'auteur n'ait pas indiqué par une formule quel- 
conque qu'il allait faire parler un de ses personnages. Les poètes cochîn- 
chinois ne se gênent pas pour si peu; et la difficulté de déterminer le point 



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KIM VÂN KIÊU tAn TRUYIÊN. 97 

La Inné lentement montait ^ dans les branches des mûriers. 

On voyait briller nne lampe; dans la chambre le vent agitait les 

rideaux. 
Aceondé sur sa table de travail, le jeune homme allait s'endormir. 435 

Éveillé à moitié^ à moitié assoupi, 

il entendit une voix qui doucement venait interrompre son sommeil. 

EUe disait : «La lune à l'horizon s'abaisse; voici venir la fleur du 
> poirier 2! > 

Mais l'esprit (du lettré) voyageait au pays des Immortels ^\ 

(Km) se croyait encore le jouet d'un de ces songes qu'apporte (avec 440 

elle) une nuit de printemps. 
«La nuit», reprit ISiu, «est tranquille et sereine! 

«Votre pensée me poursuit, et me force à venir à vous ^! 

« Nous connaissons maintenant le visage l'un de l'autre! 

«Que vous dirai-je? Désormais ce ne seront plus des rêves!» 

Aussitôt il s'empresse; avec politesse il l'introduit chez lui. 445 



précis où un i>er8onnage commence à parler, comme aussi celui où a lieu 
nu changement dlnterlocuteur, vient souvent se joindre à toutes celles^aux- 
queUes on se heurte lorsqu'on entreprend la traduction de leurs œuvres. 

3. Litt. : «jTZ était troublé — (quant au) sommet — du (mont) Hiêp^ — 
(quant à la) montagne — ThSn,9 

Ce sont des montagnes que Ton suppose habitées par les Immortels. 
Les mots <Binh hi^ non ThSn* forment dans Tesprit de Tauteur une 
expression générale qu'il emploie pour désigner la région où sont censés 
habiter ces êtres fictifs. 

4. Litt, : < A cauêe de — les /leurs — il m'est donné — de devoir — vi'a- 
ekeminer — pour chercher — les /leurs!» 

7 



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98 Kl M vAn KIÊU tAN TRUYÊN. 

Dàî sen nôî nén, song dào thêm hirong! 
Tien tlië cûng thâo mot chiroTig; 
T6c mây mot mon, dao vàng mot dôî. 
Vâng trâng vâc vàc giira trô-î; 
450 Dînli nînh haï màt, mot 16i song song. 
Toc ta cân vân tac 15ng, 
Trâm nâm tac mot chfr €dong:> tan xiroTig! 
Clîén hà sânh gîong quinh tirong. 



1. Litt. : €( Quant au) palais — deê nénuphar»^ — en y joint — de» pain» 
éC encens; — (quant à la) fenêtre — de Bào, — on y ajoute — des parfums h 

Nous avons vu que dans le jardin de Tûy Kiêu se trouvait une de ces 
rocailles qui sont toujours placées au bord d'un lac artificiel. Dans ce lac 
poussaient des nénuphars. De là Texpression de « j^oZom des nénuphars > pour 
désigner la demeure de la jeune fille, et, par extension, la jeune fille elle- 
même. 

Cette comparaison en appelle une semblable en vertu de la règle du 
parallélisme. Voilà pourquoi le poète appelle -Kîm Trong *Song âào — la 
fenêtre de Bào». Cette dernière figure vient de ce que les lettrés aisés ont 
devant leur fenêtre un jardin planté de fleurs dans lequel ils se promènent 
pour se délasser de leurs études; et comme, d'autre part, c'est près de la 
fenêtre qu'ils se livrent au travail, cette partie de leur cabinet est prise 
pour le tout *Song dào» signifie donc * la fenêtre du cabinet de travail qui 
donne sur le jardin planté de Bào* (ce dernier mot étant pris ici comme une 
expression générique désignant toute espèce de fleurs ou d'arbustes d'orne- 
ment), et ici, par extension, < celui qui travaille devant cette fenêtre ou dans ce 
cabinet 9, c'est-à-dire «fe lettré lui-même », 

La fleur du nénuphar est d'un aspect agréable. Si on y ajoute un par- 
fum, tel, par exemple, que celui de l'encens, elle aura plus de charme 
encore. De même Kiêu était déjà heureuse de se savoir aimée de Kim Trong; 
mais la joie que lui causait leur réunion augmentait encore son bonheur. 

Si l'on fait répandre une odeur plus suave aux fleurs du jardin du lettré, 
ce dernier aura plus de plaisir à les respirer dans sa promenade. De même 



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KIM VÂN KIÊU TAn TRUYÊN. 99 

Es étaient heureux déjà; à leur joie s'ajoute une nouvelle joie'! 
Ils composent une poésie renfermant leurs serments (d'amour), 

et chacun d'eux, prenant un couteau, coupe à l'autre une boucle de 

cheveux \ 
(Devant) Forbe de la lune éblouissant au sein du ciel, 

tête à tête les deux amants prononcent un mutuel serment. 450 

(L'un à l'autre) ils se font mille recommandations amoureuses ^, 

et jurent de ne se point quitter que leurs os ne soient réduits en 

poussière^! 
Ib font tinter l'une contre l'autre, rouges comme la nue (au soleil 

levant), leurs tasses pleines de bon vin \ 



JK» Trang ressentait déjà une grande joie de savoir son amour partagé 
par la jeune fille; mais la présence de Tobjet aimé rendait son bonheur 
plus vif encore. 

2. Litt. : « De cheveux — de nuages — une mhhe; — de couteaux — d'*or 

— une paire,» 

Lorsqu^un jeune homme et une jeune fille veulent se lier indissoluble- 
ment Fun à Tautre, chacun d'eux prend son couteau et coupe à l'autre 
une mèche de cheveux. Souvent même ils se font une coupure au bout 
du doigt, et chacun d'eux boit le sang de Tantre. 

Les mots «m^y» et <vàng» ne sont ici que des chevilles poétiques. 

3. Litt. : €(Comfne) un cheveu — (ou) un fil de cocon — ils ae font des 
recommandaiions — (quant à leur) pouce — de coeur,* 

4. Litt. : * (Pendant) cent ans — ils sculptent — leur costtr — de Vunique 

— cttroictère — €ensemhle* — (jusqu'au moment de — se dissoudre — (leurs) os»^ 
6. Litt : *X^^^) Icwrs tasses — (couleur des) nuages colorés en rouge — ils 

comparent — le son — du — bouillon — de qu\nh.y^ 

*^Ê hà* signifie des nuages colorés en rouge, tels, par exemple, qu'ils 
le sont au soleil levant. Si l'on écrit «]^ ha*, c'est le nom d'une pierre 
rongeâtre. Dans les deux cas, cette épithète s'applique à la couleur du vin 
dont les tasses sont remplies. — On appelle €Tw(mg* un liquide épais 
comme du bouillon consommé, du sirop, etc. *Qui'nh* est le nom d'une 
pierre précieuse de couleur rouge ; et « Quïnli twcmg — du bouillon de qu)nh » 
est une expression x)oédque qui signifie «de bon vin*, 

7* 



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100 KIM VAn KIÊU tan TRUYÊN. 

Dâî là hirang lun, binh girang bông long. 
455 Sanh rang : «Gîô mât, trâng troiig! 

«Bây lâu nay mot chut long chèa cam! 

«Giot sirang chèa nàng câu Lam! 

^Sa lân kLân quâ ra sàm sd* châng!» 

Nàng rang : «Hong dîêp, xfch thâng, 
460 «Mot loi cûng dâ tiêng rang tiroTig tri! 

«Dirng dêu nguyêt no hoa kia! 

Ngoàî ra, ai laî tiêc gi vdi ai?» 

Rang : «Nghe nôî tîê\ig câm dàî! 



1. Litt. : «Le ruhan — de'êoie — (à la manière d'un) parfum — se con- 
sume; — le vase — miroir — (quant à son) ombre — s* écarte.» 

L*cntretien de deux personnes qui causent ensemble est assimilé par les 
poètes à un ruban de soie qui se déroule. — La lune est comparée à un vase 
(b\'nh) fait d'un métal si poli et si brillant qu'il pourrait servir de miroir (guong), 

2. Un certain Lu sanh était épris de la fille d'une femme qui tenait une 
auberge; mais cette dernière ne voulait l'agréer pour gendre qu'à une seule 
condition. C'était qu'il lui apportât un boisseau (diu) rempli de pierres pré- 
cieuses. Désespéré, lAlê sanh s'éloignait, lorsque, passant sur un pont appelé 
«Zram kieu (le poni Lam)*, il rencontra un vieillard qui, après s'être en- 
quis de la cause de son désespoir, lui tendit trois cailloux et lui dit d'aller 
les enterrer dans un champ voiûn. «Si tu le fais», ajouta-t-il, «dans cent 
jours d'ici ces trois cailloux se seront changés en un boisseau de pierres 
précieuses.» Lu sanh obéit. Les choses se passèrent comme le vieillard, 
qui n'était autre qu'un immortel, le lui avait prédit, et le jeune homme 
épousa l'objet de sa flamme. C'est, par suite de cette légende que le <pont 
Lam » a été pris comme l'emblème des fiançailles. — Lorsque la rosée tombe, 
elle pénètre la terre; les sentiments, lorsqu'ils sont exprimés au moyen du 
langage, pénètrent dans le cœur. C'est pourquoi l'on compare à des gouttes 
de rosée les paroles affectueuses. Ce vers signifie donc : « Les paroles affee- 



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KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÇN. 101 

MaiS; telle qu'an parfani; la causerie s'épuise; Fastre des nuits à l'ho- 
rizon descend *. 

«Le vent est frais! > dit le jeune homme! < la lune est claire et bril- 455 
liante! 

«et mon cœur^ jusqu'à présent; n'est pas encore satisfait! 

«Les gouttes de la rosée n'ont point chargé le pont Lara V 

«mais je crains que ma hardiesse ne me rende compromettant! » 

«Lorsqu'il s'agit de mariage ^^ 

« un seul mot »; dit la jeune fille^ « suffit pour dire que l'on se connaît ^! 460 

«Ne me parlez pas d'un amour illicite^! 

«Mais à part cela, que pourrais-je vous refuser ^? » 

«J'ai entendu», reprit (Trong), «les sons d'un cam de bonne com- 
»pagnie'! 

tnaues que twus échangeona n'ont peu encore êuffisamnient pénétré dans nos cœurs » 
et, par suite : « Ces ooetars ne se connaissent pas encore bien. > 

3. Litt. : € (En fait de) rouges — feuilles — (et de) rouge — fl, > 
J'ai expliqué plus haut le sens de ces deux expressions figurées. 

4. Litt. : « Par une — parole — tout aussi bien — (il y) a (eu le fait que) 
— la voix — dise: — ^i mutuellement — nous (nous) connaissons!^ 

6. Litt. : « Gardez-oous — (quant à) la chose — de cette lune-ci — et de 
ces flturs4à!* 

L'expression « NguyU hoa — la lune et les fleurs > signifie < le lihertinage ». 
-^ Le mot «no» — parlera doit être supplié après ^dimg*. 

6. Litt : *En mettant (cela) en dehors, — qui — encore — regretterait — 
quoi (que ce soit) — avec — qui (que ce soit)f» 

€ygoài — dehors* doit être pris ici comme un verbe auquel vient s'a- 
dapter la particule d'élimination €ra:^. 

7. Litt. : €ll dit : — «/*a» entendu — s'élever — votre réputation — de 
Cdm — de patiUon, » 

€Bài» signifie, entre autres choses, une terrasse carrée servant à regarder 
au loin, OU bien itn pavillon en belvédère; mais ce mot est pris ici, en géné- 
ral, pour un lieu retiré quelconque où les personnes de la bonne société 
se réunissent pour faire de la musique, s'exercer à la poésie, etc. 



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102 KIM VAN KIËU TAN TRUYÇN. 

cNu-dc non luông nhiïng long tai Chung ky.^ 
466 Thira rang : «Tien ki sa chi? 

«Dâ long day dên; day, thl phâi virng!» 

Hiên sau treo sân câm trâng; 

Voi vàng Sanh dâ tay nirtig ngang mày. 

Nàng rang : «Nghê mon riêng tây 
470 «Làm chi cho nâng 15ng ngirM lâm ru?» 

Lira dan dây vô dây vàn. 

Bon dây to nhô theo van Ctmg t1iv?(fng. 

Khùc dâu Sb Eân chien tHr^-ng; 

Nghe ra tiêng sât tiêng vàng chen nhau! 
475 Khùc dâu Tu ma <LHoàng câw^; 

Nghe ra nhir oân nhir sau; phâi châng? 



1. Litt. : €(A travers) le* eaux — et les montagneSf — sans cesse — il ré- 
sonne à — Voreille — de Chung Kf/,» 

Le jeune lettré se compare au bûcheron Chung K^ (ou Chung Tàr Ky), 
dont les oreilles avaient été frappées par les sons du câm de B& nhà, (Voir, 
pour cette légende, ma traduction du poème Ly^ Vdn Tien, p. 30, en note.) 

2. Ce câm est appelé ^câm tràng — guitare lune^ à cause de sa forme 
ronde. 

3. Litt. : « Avec empressement — le jeune lettré — déjà — de sa mam — 
le souleva — vis-à-vis — de ses sourcils.* 

C'est le geste que font les Annamites lorsqu'ils veulent user de poli- 
tesse en présentant un objet à quelqu'un. 

4. Litt. : « Elle dispose — les cordes — militaires — et les cardes littéraire*. » 



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KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÇN. 103 

«et, comme à celle de Chung Ky, partout; dans la campagne^ ils ré- 

> sonnent à mon oreille <! » 

«Pourquoi», répondit-elle, «vous occuper de mon faible talent? 465 

«Cet ordre là provient de votre bienveillance; il me faut donc vous 

> obéir!» 

Justement au fond de la salle un luth était suspendu ^. 

Le jeune homme, d'un geste poli ^, s'empressa de le lui offrir. 

«Pourquoi», lui dit Kieu^ «de ce pauvre talent qu'en particulier (seu- 

>lement j'exerce), 
«voulez-vous donc, seigneur, que je vous importune? » 470 

Elle met d'accord les cordes, tant les aigties que les graves^. 

Épaisses et minces, toutes les quatre sont disposées selon les degrés 

de la gamme. 
Elle joue d'abord un morceau sur les combats de Sa et de Hdn 

où s'élèvent, confondus ensemble, les sons durs et les sons doux^; 

puis un autre de 2w ma sur « le Phénix qui cherche (sa femelle) », 475 

où Ton croirait vraiment entendre et des cris de vengeance et des ac- 
cents désolés \ 

Ces singulières qualifications s'appliquent, la première aux cordes les 
plus longues et la seconde aux plus courtes. 

5. Par les mots ^sona de fer», on entend les sons aigus et durs à Toreille', 
et par les ««(m« d^or», on entend les sons doux. 

*T^ng t(U — le» sona durs», ou «te bruit du fer» (car il y a ici, ce me 
semble, un jeu de mots), désigne les cris des guerriers qui luttent avec 
acharnement; et ^Ti^ng vàng — lea aona doux» ou <id'or» éveille dans l'es- 
prit ridée d'un * chant doux el plaintif», 

6. Litt. i *On y entend — comme — ae venger, — comme être triste; — 
n'est-ce paaf» 

< ^eat-ce peu f > est ici pour < aana doute/ » Les Annamites expriment souvent 
Taffirmation énergique au moyen d'une formule interrogative. Nous employons. 



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104 KiM vAn kiêu tAn truyçn. 

Kê khang nây khùc Quâng làng^ 

Mot rang : clan thùy», liai rang : «liành vâni 

Quâ quan nây khùc Chiêu qvân, 
480 Nèa phân luyen chùa, nihi phân tir gia. 

Trong nhir tiêng liac bay qua, 

Duc nhir tiêng suôi môî sa niia vW; 

Tiêng khoan nhir giô thoâng ngoài, 

Tiêng mau dâp dâp nhir trôi do mira. 
485 Ngon dèn khi tô khi mb] 

Khiên ngirôi ngôi dây ciing nga ngân sau. 

Khi dira gôi, khi oui dâu, 

Khi gô chfn khùc, khi châu dôi mày. 

Rang : «Hay, thi thât là hay! 
490 «Nghe ra, ngàm dâng nuôt cay thë nào! 

«Lira chi nhfrng khùc tiêu tao, 



da reste, dans notre langage familier les mots ^ne»t-ce patf* à peu près 
de la même manière. 

1. On trouve tout au long dans la transcription du Lt^c Vân Tien de 
Jeanneaux l'histoire de Théroïne dont il est question ici. Le morceau qn© 
cite Fauteur du présent poème contient les plaintes de la jeune fille an 
moment où, gage de paix, elle franchit la frontière au lieu appelé «3Ên 



^ 



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KIM vAn kiëu tAn truyên. 105 

Enfin le morceau de Quàng làng, (dans lequel excellait) Kê khang, 

où il est d'abord question d'eaux qui fuient; puis d'un voyage dans 

les nuées. 
Elle exécuta encore le morceau de ^Chiêuquân passant la frontière * *, 

dans lequel la princesse (exprime) et sa passion pour son prince et 480 

le regret (amer) des siens *^. 
Tantôt c'étaient des sons aigus comme le cri du Hoc traversant les 

airs, 
et tantôt des notes graves comme le bruit d'un ruisseau qui tombe 

dans un fleuve au milieu de son cours. 
(Parfois) son chant était lent comme le soufBe d'une molle brisC; 

(et parfois) fl se précipitait comme la pluie tombant du cieL 

A la clarté de la lampe tantôt vive et tantôt mourante^ 48ô 

elle rendait son auditeur comme enivré de tristesse. 

Tantôt il s'appuyait sur son coussin^ tantôt il baissait la tête; 

tantôt (son cœur) se serrait violemment 3; tantôt il fronçait les sour- 
cils. 

«Oh! certes!» s'écria-t-il, «votre habileté est grande!» 

«Quels douloureux sentiments cette musique excite en moi! 490 

« Mais pourquoi ne jouer que des morceaux mélancoliques 



ngpe mon — porte de* pierres précieuses» et va pénétrer dans le pays des 
Moi, an roi desquels H^ ^ Minh d^ Ta promise. 

2. Litt : « {Qvi) — (pour une) demie — partie — aime avec ardeur — son 
prinee, — (ei pour une) demie — partie — pense à — ■ (sa) famille. » 

3. Litt. : « (Quant à des) fois — il est serré — (quant aux) neuf — détours 
(de ses entrailles); — (quant à des) fois — il fronce — (saj paire de — sourcils » 



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106 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

«Chot long minh cûng nao nao 16ng ngirô-i?» 

Rang : «Quen, mât net di roi! 

€Tè vuî, thôi! cûng tânh Triri! Biêt sao?» 
495 «Loi vàng virng lânh y cao, 

«Hoa dan dan bcH chut nào! Birac không?» 

Hoa hirang càng tô thitc hông, 

Bâu mày cuôi mât càng nông tam yêu. 

Sông tinh xem dâ xiêu xiêu, 
600 Xem trong au yêm cô chiu là loi! 

TLffa rang : «Dihig lây làm choi! 

«Gië! CLo thu-a hêt mot IM dâ nao! 

«Vî cliî mot dôa yêu dào? 

1. Litt. : «De IX» paroles d'or,» 

2. Litt. : « Peut être que — peu à peu — Je diminuerai — fine petite quan- 
tité — quelle (qu'elle soit); — (niais le) pourrai-je, — oti nonf» 

3. Litt. : « La fleur, — parfumée — de plus en plus, — laissait voir daire- 
ment — sa couleur — rose»» 

4. Litt. : « n semblait que — dans — (sa) mélancolie — U aoait le fait d' — 
incliner à — être inconvenant,» 

ô. Litt. : « Doucement! — donnez-moi la fcumUé de — vous dire respectueuse- 
ment — en tout — un (seul) — mot — d^ahoid — donc!» 

€Nao» est pour *nào»f qui, placé ainsi, équivaut au oiià.' — mais!» ou 
• donc!» exclamatif. L'accent est supprimé, parce que les règles de la pro- 
sodie exigent ici un caractère affecté du ton bhifi, 

6. Litt. : ^A de Vimportance — en quoi — un délicat — pêcher f» 

«F»» signifie proprement * queue». Pour comprendre comment ce mot 
peut prendre dans Fidiotisme par lequel ce vers commence le sens d'«i«*- 



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KIM VÂN KIËU TÂN TRUYÇN. 107 

«qui attristent votre cœur, et qui découragent le mien?» 

«L'habitude que j'en ai»; dit-elle^ «en émousse Feffet sur moi. 

«S'ils sont joyeux ou s'ils sont tristes, c'est leur nature! Qu'en di- 

>rais-je?» 
«Je saisis»; répond-il, «la haute portée de vos précieuses paroles \ 495 

< et je veux modérer quelque peu l'essor (de ma passion) ^î mais cela 

»me sera-t-il possible?» 
La jeune fille devenait de plus en plus séduisante % 

et se rendait maîtresse absolue du cœur (du jeune lettré). 

U sembla qu'il commençait à céder à son enivrement, 

et l'on eût dit que dans sa mélancolie se glissait quelque inconve- 500 

nance ^. 
«Oh! ne faites point un jeu (de tout cela)! » dit-elle. 

«Attendez! permettez d'abord que je vous dise quelques mots^ 

«Quelle valeur peut avoir une faible enfant comme moi % 



porianee» OU de € valeur», il faat savoir qu'en chinois Ton dit «J 
oÀ vî», ce qoi signifie littéralement * suivre la queue (de la robe de quelqu'un 
cm marchant) derrière (ses) Udonê», à peu près comme le fait chez nous un 
laquais qui suit sa maîtresse dans la rue. Ceux dont on suit ainsi *la queue* 
sont naturellement des personnages de marque. De là vient qu'on en arrive 
À prendre la figure représentée par le mot «JS v* — queue* pour Tidée 
primordiale qui a donné naissance à Tidiotisme dont il est tiré. 

*B6a» est la numérale des fleurs. Les mots «Féu dào* viennent encore 
d'une expression chinoise; ou plutôt ils ne sont autres que cette expression 
elle-même rendue plus condse et assujettie à la règle de construction du 
génitif annamite, qui se place apcès le mot qui le régit On dit en chinois : 
c;tt ^^ ^^ ^^ dah ehi yêu yêu, litt. : pécher tendre et délicat* pour désigner 
€une jeune fiJLe dx^ngwie*. Le poète a pris les deux caractères constitutifs 
de cette locution, en a interverti la position, et a ainsi composé avec deux 
vocables chinois une expression annamite dont le sens est exactement le 



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108 KIM vAN KIÉU TÂN TRUYÊN. 

«VirÔTi hông chi dâm ngân rào cbim xanh? 
505 «Dâ clio vào bu-c bô kînh; 

«Bao tùng phu lây chûr ttrink^ làm dâu! 
«Ra tuông trên Boc trong dâu, 
«Thi con ngirM ây ai eau? Làm chi? 

même que celui du vers du ^pjj^) dans une des premières odes qui com- 
mence ainsi : 

'È. z ^ m> 

^ "f- ^ z 

m ^ ^ 9k 

« Dào chi yêu yêu! 
€ Chuâc chuâc ky hoaf 
« Chi tur vu qui; 
« Nghi ky thâlt gia, 

«Le pêcher est tendre et délicat! 
«Brillante est sa floraison! 
« Cette jeune femme se rend chez son époux 
«Pour mettre sa maison en ordre.» 

(Voy. Le Livre des vers, P. !'•, Liv. P', ode VI.) 

1. Litt. : « Dans mon jardin — rose — en quoi — oserais-je, — (en) leur 
faisant obstacle^ — arrêter par une barrière — les oiseaux — bleus f» 

Vouloir empêcher au moyen d'une clôture des oiseaux de pénétrer dans 
un jardin serait une entreprise impossible; car leurs ailes se jouent de toutes 
les barrièi-es. De même, faible et délicate jeune fille, Ki^u est incapable 
de se défendre par ses propres forces contre les entreprises des galants; 
aussi est-ce par la persuasion qu'elle va ramener Kim Trçng à des visées 
plus loyales. 

Ce vers est susceptible d'un autre sens. « Chim xanh — les oiseaux bleus » 
peut s'entendre des désirs amoureux. Si l'on adopte cette acception, on peut 
comprendre que la jeune fille dit qu'elle ne peut empêcher sa musique 
d'éveiller dans le cœur de son amant des sentiments déshonnêtes. Une clô- 
ture n'empêche pas les oiseaux de pénétrer dans un jardin, parce qu'ayant 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 109 

«et comment oserais-je empêcher les oiseaux de pénétrer dans mon 

»jardin>? 
« (Mais) vous m'avez donné l'espoir que vous m'élèveriez au rang de 605 

» votre femme ^! 
«Or, la chasteté, chez une épouse, est la première des vertus^! 

«Quant à celles qui imitent les baigneuses du fleuve Boc, les pro- 

> meneuses des mûriers *, 
«qui voudrait pour sa compagne d'une fille de cette sorte*? 

des ailes, ils y entrent tout naburdUmmt, De même, Teffet des morceanx que 
la jeune fille vient de jouer étant aussi la conséquence naturelle de la mu- 
sique qu*ils contiennent, comment Tartiste pourrait-elle y mettre obstacle? 
•Tai préféré la première interprétation à cause de l'idée de faiblesse 
aussi bien physique que morale que contiennent les mots « dôa yèu dào » 
du vers précédent; mais cette expression peut fort bien n'être prise que 
comme une formule poétique désignant *une simple jeune filles. Dans ce 
cas, le deuxième sens dont je viens de parler devient à peu près aussi 
acceptable que le premier. 

2. Litt. : (Voua ni'Javie* donné (d*) — entrer dans — le degré — de la toile 

— et du Kmh.^ 

Le Kinh est un arbrisseau buissonnant que Ton trouve en grande quan- 
tité dans la province chinoise du »fl '^S. On dit d'une femme pauvre, mais 

proprement vêtue : «^1 ^'fjj 3ft f^inh soi US quân — elle porte une 
aigtUUe de tUe en buis et un pantalon de colon 9, Une épouse économe est à 
la fois propre et simple dans sa mise; eUe porte une aiguille et un pan- 
talon faits des matières indiquées plus haut, ou tout au moins de matières 
aussi peu coûteuses. De là vient que les mots bo kinli sont pris couram- 
ment dans le sens de abonne ménagère». 

3. Litt. : *(Dans la) règle — de <^ suivre le mari», — on prend — le ca- 
ractère — € chasteté» — (et on en) fait — la tête». 

On sait que les <^£^Cnu tam tkng — les trois obéissances» constituent 
dans la morale chinoise les trois vertus principales de la femme. ^f&4^ 
Thng phu — Vobéissance au mari» en est la seconde. 

4. Litt. : « (Si une jeune fille) joue le rôle de — (celles qui se promenaicfU) 

— (sur le bord du fleuve) Boc — dans les mûriei's, » 

Le Bçe est une rivière qui arrose la partie sud-ouest de la province de 

L'auteur fait aUusion à certaines jeunes filles éhontées qui donnaient 
rendez-vous à leurs amants dans les mûriers dont était bordée la rive de 
ce fleuve. 

5. Litt. : € Alors — cette personne méprisable, — qui la demandei'oitf — 
(Pour) faire — quoi (la demanderait-on) f »' 



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110 KiM vAn kiêu tAn truyçn. 

«Phâi dën an xôî, à thi, 
610 cTîêt trâm nâm nfra bô di mot ngày! 
cGâm doyen ky ngo xira nay! 
cLiia dôî ai laî dep tày Tliâi Trwomg? 
cMây mira dânh dô dà vàng! 
«Qnà chln, nên dâ chén trlnh en anh! 
516 cTrong khi phoi cânh trên nhành, 
cMà long rè rûng dâ trinh mot bên! 



«(7on ngiehiâ^y* ne signifie pas ici ^Venfant de cette personnes, ^CmiSy* 
veut dire en annamite *^ cette femme * ou * cette JUle», On emploie ce terme 
lorsqu'on parle d'une personne de basse condition ou méprisable. Si Ton se 
rend bien compte que c'est le mot *Con* qui apporte dans cette locution 
une nuance de mépris ou tout au moins d'absence d'égards, on comprendra 
facilement qu'en l'accolant aux mots « tiffu-cri êiy — cette personne », le poète 
compose une expression de même nature que *ccn ^y», mais avec quelque 
chose de plus vague et de plus général. 

1. Litt. : « (Si) c était une choêe — de manger — à la hâte — et de demettrer 
— temporairement, » 

• Xoi», qui ne s'emploie qu'en composition avec certains verbes, tels que^ 
par exemple, <|^ iàm» ou «[^ an*, signifie cà 2a hâte, en pagsant; — 
Th\ reçoit ici de sa position dans la phrase un sens qui n'est pas commun, 
celui d'adverbe de manière. 

Dans l'interprétation littérale ci-dessus, je suis forcé de traduire séparé- 
ment les deux verbes *an» et «<^», pour faire bien comprendre le sens 
des adverbes qui leur répondent, et, par suite, l'idée qu'exprime le vers 
pris dans son entier; mais il ne faut pas perdre de vue que ces deux verbes, 
lorsqu'ils se suivent, constituent une locution tout à fait spéciale qui signifie 
€86 comporter, se conduire, agir*. ^An xoi à" tk\» signifie donc en réalité ««e 
comporter, en passant, suivant les circonstances*, et, dans l'espèce, * profiter 
d'une occasion passagère», 

2. Trmmg Cung et Thôi Oanh Oanh, s'étant vus et n'ayant pu résister à la 
passion qui les entraînait, s'étaient livrés ensemble aux plaisirs de l'amonr. 
Le jeune homme demanda ensuite la jeune fille en mariage; mais la mère 



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KiM vAn kiëu tAn truyên. 111 

« Si nous fixions de notre amonr un court passe-temps d'occasion ^, 

«je serais en nn seul jour déshonorée pour toute ma vie ! 5io 

«Je pense à l'étrange rencontre de deux amants du temps passé ^! 

«Qui consentirait à s'unir comme le firent Thôi et Truang? 

«La pluie en tombant des nuages peut dissoudre la pierre et For^! 

«Pour m'être trop laissée aller, la coupe penche, et vous allez abuser 

>de moi^! 
«A parler ainsi des choses d'amour *, 5i6 

«mon cœur trop aisément s'est laissé séduire^! 



de cette dernière n^ayant pas voulu consentir à cette union, les deux amants 
se séparèrent. 

3. € Vo» belles paroles fimroient par triompher de ma fermeté, » Il y a ici 
une nnance fort délicate. Les nuages sont situés très haut £n les faisant 
intervenir dans la métaphore qu^Ue emploie, la jeune fille donne à entendre 
à Kim Trçng qu'il est très haut placé dans son estime, et que, par suite, 
malgré la fenne résolution qu'elle a prise de rester vertueuse, elle n'a que 
trop à craindre de se laisser aller s'il ne cesse pas de la presser. C'est en 
grande partie à ces nuances, parfois si fines qu'il est presque impossible de 
les rendre exactement en français, que le poème de Tta/ Kiêu doit d'être 
placé si haut dans l'estime des lettrés annamites. 

4. Litt. : •Toi excédé — (U fait de) m*incliner (loers vous); — c'est pourquoi 
— (wnlà qu^Jil y a eu — (le fait que) la tasse — penche — (d'une façon trom- 
peuse).* 

€ En ank » qui signifie le plus souvent « des personnes mondaines » on * des 
li/jertins* devient ici un adjectif et prend ici le sens de * trompeur*, La 
transition est assez facile à saisir. De plus, par sa position dans la phrase, 
cet adjectif revêt la forme adverbiale. 

6. Litt : ^Pendant que — nous séchons au soleil — nos ailes — sur — In 
branle,* 

Kiiu se compare avec Kim Trong à deux oiseaux qui, perchés à côté 
Tnn de l'antre sur la même branche, étendent leurs ailes au soleil. Cette 
habîtnde s'observe surtout chez ceux qui appartiennent aux genres Columha 
et Turtur, 

6, Litt : *CMon) cœur — trop aisément — s^est incliné — cTun côté!» 



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112 KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 

«Mai tây de lanh hirong nguyën, 

«Cho duyên dâm thâm ra duyên bî bàng! 

«Gieo thoi tnrô*c, châng gî& giàng, 
520 cDè sau nên then cùng chàng, bôi ai? 

«Voi chî lîëu ép boa nài? 

«C6n thân c6n mot dën bôi; c6 khi!» 

Thây loi doan chânh de nghe, 

Chàng càng thêm né, thêm vl mirôi phân. 
525 Bong tàu vita Icrt vè ngân, 

Tin dâu dâ dan cèa ngân goi vào. 

Nàng thi vôi trô* buông dào, 

1. Litt. : <CSi 8ouê le) toit — occidental — vouê laissez — refroidir — le 
j^rfum — de vos promesses,* 

« Oe qui se trouve sous le toit occidental », c'est le cceur. En e£fet, CO viscère 
est placé à gauche, comme Test Toccident, lorsqu'on regarde vers le nord. 
Dans cette singulièi-o métaphore, le toit représente la poitrine, qui est con- 
sidérée comme un édifice. 

II y a ici un triple sens. En effet, outre celui que je viens d'indiquer, 
1^ on peut comprendre «m^t tây* y comme désignant la salle de littérature 
(hièn lâm tûy), OÙ les amoureux ont échangé leurs serments, et traduire 
ainsi : «^St votis oubliez les promesses qu^en brûlant des parfitms nous échan- 
geâmes dans le salon de Voccident.» 

2® On peut encore admettre que *mdi tây* est synonyme du «mdi tây 
thiên* dont il est parlé au vers 195. Dans ce dernier cas Kiêu parlerait 
d'elle-même, et ferait allusion au tombeau de Bam tien, sur lequel elle a 
offert un sacrifice, et où elle a réfléchi à la triste destinée que la vie désor- 
donnée de la chanteuse lui a faite, en se promettant d'éviter les écueils 
contre lesquels elle se brisa. 

2. Lorsqu'un tisserand lance sa navette au hasard sans veiller à ce qu'il 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 113 

«Si le vôtre oublie ses serments \ 

«un amour avouable et pur va devenir une honteuse liaison! 
«Si je lance tout d'abord la navette à Faventure ^ 
«et qu'il me faille plus tard rougir devant vous, qui l'aura voulu? 520 
« A quoi bon me presser ainsi ^? 

« Tant que je vis (vous êtes sûr) qu'un jour vous serez dédommagé *! > 
A ces paroles loyales autant que persuasives, 

la réserve, le respect du jeune homme allaient croissant de plus en 

plus. 
A peine les rayons de la lune avaien^ils fait pâlir l'éclat de la Voie 525 

lactée * 
qu'à la porte tout à coup se présenta un porteur de nouvelles. 

La jeune fille sans retard gagna ses appartements; 

fait, rétoffe qu'il tisse est perdue. Si Kiêu se laissait séduire et se donnait 
imprademment à Kim Trong^ Tunion projetée serait compromise. 

8. Litt. : « (En fait de) hâte — que (doil-U y avoir à) — le saule — pres- 
9er, — (à) la fleur — importuner f 9 

4. Litt. : « (Tant qu^Jtl y aura encore — (mon) corps» — il y aura encore — 
un — (fait de vous) dédommager; — il y aura — des fois (des occasions)!* 

6. Litt. : « L*^ mbre — du vaisseau — à peine — avait pâli — la couleur 
— (du fleuve d')argenty » 

Lorsque la lune brille au firmament, les étoiles ordinaires pâlissent A 
plus forte raison en est-il ainsi de celles qui composent la Voie lactée (en 
chinois ^^ |^ Ngûn kà — le fleuve d'M'gent)^ dont Téloignement fait pa- 
raître réclat beaucoup moindre. 

De même que la Voie lactée est assimUée à un fleuve, de même la lune 
est comparée à un navire. L'une des comparaisons appelle l'autre. La lune 
produit une telle lumière qu'elle éteint par opposition la clarté qui vient 
des étoiles; mais l'auteur du poème attribue cet effet à l'ombre que cet 
astre est censé projeter dans l'espace. 

8 



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114 KIM vAn KIÊU TAN TRUY^iN. 

Sanh thi râo birô-c, sân dào vôî ra. 

Cà^ ngoài viht ngô then hoa, 
530 Gia dông vào gôi tha nhà moi sang. 

Bem tin thùc phu tii* dirô-ng, 

Ba va lir thân tha hircnig de hue. 

Lieu dwang câch trd son khê, 

Xuân dirÔTig kfp goi sanh vë ho tang. 
535 Mâng tîn, xiêt nôi kînh hoàng? 

Bâng minh lén 1x0*0*0 dài trang tv tlnh. 

Gôt dâu moi nôi dinh nînh; 

N5i nhà tang tôc, nôi minh xa xuôi. 

«Stt dâu chua kip dôi hôi, 
540 «Duyên dâu chu-a kip mot loi trao ta! 



1. Litt. : « aoaU abandonné la maison,* 

2. Litt. : « quant à (par) des montaffnea — et des tojrents,* 

Il est bon de noter les dififérences de sens qu'amène dans la langue 
annamite nn changement dans la position des mots. «B^BQ. Câch tr&» 
veut dire *étre éloigné*; mais si Ton intervertit les caractères, 
Trv câch* signifiera échanger de maniérée» ou *dhabitude8*, 

3. Litt. : « (LoTêqu'Jil entendit annoncer — la nouveUe, — (qui) aurait compté 
— les drcomtances — de (son fait d^)Ure terrifié?* 

4. Litt. : * (Quant au) taUm — (et quant à) la tête , . . ,* 

5. Litt. : « Le motif — (du fait de) — sa famille — Hre en deuU — (quant 
à) la chevelure .... » 

Cette expression €tang tôc* vient de ce que dans TAnnam les rites du 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 115 

sans retard le jeune homme; sortant^ se rendit dans la cour. 

Dès qu'il eût poussé le verrou de la porte extérieure, 

un serviteur de sa famille lui transmit une lettre des siens, tout ré- 530 

cemment arrivée. 
On lui apprenait que le frère cadet de son père avait quitté ce monde ^ î 

qu'on l'avait, pendant un voyage, mis au cercueil en toute hâte, et 

que des pays étrangers (on allait) rapporter son corps 
(au lieu de) Lieu duomg, situé à une grande distance ^, 

son père le pressait de se rendre pour procéder aux funérailles. 

Qui pourra dire à quel point cette nouvelle le renversa'*? 636 

n s'empressa de se glisser dans la demeure (de Kieu) afin de la lui 

apprendre. 
De point en point ^ il lui raconta tout; 

et le deuil qui frappait sa famille ^, et le voyage lointain (pour lequel 

il allait partir). 
<Le loisir nous a manqué pour nous expliquer ensemble >, dit-il « 

« et nous n'avons point eu le temps de dire un mot du mariage ?! 640 



denfl défendent aux personnes qui le portent de prendre soin de leurs 
cheveux. 

6. Litt. : « CQuarU à) la choêe, — où (que ce êoU) — pas encore — nouê 
avon» aOeirU — une paire de — momenU, » 

7, Litt : * (Quant au) mariage, — oh (que ce êoU) — paa encore — nous 
atone aUekU — une parole — de — noua paster — le fil de soie, » 

Dans certaines provinces de la Chine, les nouveaux mariés sont dans 
lliabitnde de porter un fil de soie enroulé autour d'un de leurs doigts en 
signe de la promesse qui les lie. Cette coutume tire son origine d'une lé- 
gende dont je vais avoir à parier bientôt. (Voy. la note sous le vers 649 
et celle de la transcription du Lifc Vân Tien par Jeanneaux.) « Se pa»»er le 
fil de êoie » signifie donc éprendre Vun envers Vautre un engagement de mariage ». 

8* 



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116 KiM vAn kiêu tAn truyIn. 

«Trftng thê c6n dô sô* sô*! 
«Dâm xa xuôi mât ma thira thôt 16ng? 
«Ngoài ngàn dâm, choc ba dông, 
«Moi sâu khi gà chira xong. Côn chây! 
545 «Gin vàng gifr ngoc cho hay, 

«Cho dành long kè chou mây cuôi trM!» 

1 . Litt. : « En deliors de — Ccea) mille — dam, — à VexpirtUion de — troia 
hivers, » 

i^Ngàn dam* et «/>« âông» représentent ici des quantités considérables, 
mais indéterminées. 

2. Litt. : « Le bout de fil — trùtle, — quand il sera démêlé, — jjos encore — 
(tout) sera terminé. — Il y aura encore — du tard!-» 

Les accidents malheureux qui viennent se jeter à la traverse du bonheur 
des deux amants sont comparés par Kvn Trong à un bout de fil embrouillé 
qu'il s'agit simplement de démêler; après quoi tout ira bien. — *Ckéfy — 
tard », devient ici substantif par position. 

3. Litt. : « Veillez sur — Tor, — veillez siir — la pierre précieuse — cTtmtf 
manière — convenable,* 

Le verbe ^^ghigiit* est dédoublé par élégance. 

4. Ce vers est assez difficile à comprendre au premier abord. Ce n'est 
que par une sévère application de la règle de position qu'il est possible d'en 
dégager la signification précise. 

^Bành» est un verbe d'une nature toute particuKère. Il ne se trouve 
guère que dans certaines locutions où sa signification varie suivant les mots 
dont il est précédé ou suivi. U précède ici le mot ^Ihng — cœur*, et forme avec 
lui une expression dont le sens est bien défini par l'usage, et qui signifie 
^content, satisfait*, OU, étymologiquement, *fixé — (quant au) cœur*. Mais 
cet adjectif composé, se trouvant précédé du mot *cho* qui veut dire •pour* 
ou €de manière à», devient par position un verbe actif qui a évidemment 
pour régime le pronom relatif <kl* suivi de ses compléments. Or, ce verbe 
ne peut avoir qu'un sens, celui de « tenir pour satisfaisant, avoir pour agréable *; 
ce qui, étant donné l'enchaînement d'idées qu'exprime le présent vers et ceux 
qui l'accompagnent, équivaut à * garder son cœur à (quelqtCun)*. 

D'un autre côté, après le pronom relatif «A:!» qui appelle nécessairement 
un verbe, on ne trouve au premier abord que quatre substantifs qui se 
suivent sans aucun intermédiaire. Cependant il faut nécessairement trouver 



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KiM vAn kiëu tAn truyên. ni 

^La lune du serment est encore là (haut), visible à nos yeuxl 

*Si mon corps s'éloigne d'ici; mon cœur oserait-il changer? 

«Après ce grand voyage et les longs jours (de la séparation) ', 

< cette tristesse dissipée ^, tout ne sera pas fini. De longs jours noua 

> resteront encore! 
«Sur vos sentiments veillez avec sollicitude •"*, 015 

« afin de garder votre cœur à celui qui sera si loin ^ ! > 

le verbe quelque part; et comme il n'y a pas de raison pour attribuer ce 
rôle à l'un de ces noms plutôt qu'à Tautre, il faut en conclure que t ïst 
l'association entière de ces quatre substantifs qui reçoit du pronom rel;itif 
le rôle de verbe que ce dernier suppose nécessairement. 

Mais y art-il un, deux, ou plusieurs verbes? Pour déterminer ce point, 
il faut d'abord bien préciser dans quel rapport les éléments dont 8€ coin- 
pose le régime de *kè» sont les uns vis-à-vis des autres. Or on sait (ju'on 
annamite, lorsque deux substantifs se suivent, le second se trouve k pi us 
souvent au génitif par rapport au premier, à l'inverse de ce qui eo passe 
dans la langue chinoise. Mais il existe encore une autre différence cn'tro 
cette dernière langue et l'annamite; c'est que si, dans le style écrit cliinoîs, 
on rencontre parfois un grand nombre de substantifs qui, en raison dt^ knir 
position, se mettent au génitif les uns par rapport aux autres, il est r:ire 
en annamite d'en trouver plus de deux, à moins que l'on ne fasse inter- 
venir dans la série quelque pronom personnel. 

Nous rencontrons ici quatre substantifs accolés. Il faut donc en conclure 
qae cette association doit se diviser en deux groupes placés entre eux dims 
un simple rapport de conjonction; et qu'il faut traduire €chan mây cuSi trin» 
par *le pied des nuages et VextrémUédu ciel 9, Ces deux idiotismes expriment 
du reste une idée sensiblement identique. Le pied ou la base des d naines 
paraît à nos yeux se trouver à l'horizon; il en est de même de l'extr^hnitè 
de la voûte céleste, qui semble y reposer sur la terre. Mais, à me&uic qvie 
l'on s'avance, cette base des nuages, cette extrémité du ciel reculent in- 
définiment. De là suit que dire d'une personne qu'elle se trouve là (nï les 
nuages reposent sur la terre, là où le ciel se termine, c'est dire (|il elle 
est extrêmement éloignée de nous. 

Les choses étant ainsi, on en concluera naturellement que chacun dm 
groupes de deux mots qui terminent levers constitue une locution veih^tlr, 
et que la traduction littérale devra être celle-ci: 

•Pour — tenir pour fixé — (quant au) cœur — celui qui — sera tut jned 
des nuages, — sera à V extrémité du ciel!» 



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118 KIM vAn kiêu tAn truyçn. 

Tai nghe, ruot roi bôi bdi; 
cNgân ngô" nàng moi gîâi loi tnrôtî sau: 
^Ông Tcrghét bô chi nhau? 
550 «Chira vni sum hiêp, dâ sâu chia phui! 
«Cîing nhau trot dâ nàng loi; 
«Dàu thay mai tôc, dâm dM long ta? 
«Qnân bao thâng doi nâm chô*? 
«Nghï ngrrôi an giô nâm mira xôt tKâm! 



1. Litt. : ^Sea oreiUeê — entendant (cela), — ses entt'oUleê — smU troublèet 

— confusément,'» 

2. Litt. : « Ong Ta — (noua hait) — à (noua) faire abandonner — en quoi 

— Vun Vautre f 9 

^/^ (% Te, qu'on appelle aussi en chinois « M*^ NgwfHlao» ou 
H "K^- Nguyèt ha lâo*, est un personnage qui joue dans la mythologie 
des Chinois et des Annamites un rôle analogue à celui des Parques dans 
la fable romaine. Je dis analogue, parce que si les terribles divinités char- 
gées de tordre le fil de la vie humaine le tranchaient ensuite, celui que 
fabrique le génie dont il est question ici ne concerne que le mariage et 
n'a rien de commun avec le trépas. Voici la légende qu'on raconte à son 
sujet, et que je traduis du ]^^^, où je la trouve mentionnée: 

« Sous la dynastie des ^ ^àng, un nommé ^k ffl Vi Co, envoyé pour 
• mettre l'ordre dans la ville de 5|CÎfi Tong thành, rencontra un vieillard 
>qui composait des livres au clair de la lune, et qui lui apprit que ces 
3» livres étaient les registres (où sont inscrits) les mariages des hommes. 
»Les liens rouges que j'ai là dans mon sac», ajouta le vieillard, <sont 
» destinés à attacher les pieds des maris et des femmes. Une fois ces cordes 
» fixées, il devient à jamais impossible de les changer. » Cff lui demanda 
» alors en quel lieu se trouvait sa future épouse. « (Ta future épouse) », lui 
» fut-il répondu, « est la fille d'une pauvre femme qui vend des légumes au 
> marché. > Le lendemain, Co alla voir. Il aperçut la pauvre femme qui por- 



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KIM VAn KIËU TAn TRUY^N. 119 

A ces paroles, en son sein la jeune fille sent une vague émotion ', 
et, d une voix douce, elle s'exprime ainsi : 
€Ùng Ter nous hait-il donc^! Veut-il nous enlever Tun à l'autre? 

«Nous n'avons pas encore goûté le bonheur d'être réunis, que déjà 550 

> voilà qu'il nous faut subir les chagrins d'une séparation! 
«Nous avons entre nous échangé tous les serments! 

«Quand même la boucle de cheveux (coupée) aurait repoussé (sur 

» ma tête) 3, oserais-je aliéner mon cœur? 
«Que m'importe d'attendre et des mois et des jours? 

«(Toujours) je penserai avec une émotion secrète à Fami exposé aux 
> vicissitudes du voyage ^ ! 



>tait dans ses bras une petite fille âgée de deux ans. C'était une créature 

> des plus rustiques. Il ordonna aussitôt à un de ses hommes de percer de 
>8on arme Tenfant, qui fut atteinte au sourcil. 

« Quatorze ans après, l'intendant ^ ^^ Vwmg Thâi donna sa fille pour 
» épouse à Vi C6. Elle était très belle de corps et de visage; mais elle por- 
>tait constaounent entre les sourcils certain ornement de métal fleuronné 
>qui faisait partie de sa coififure. Son mari la pressant de questions à ce 
«sujet, la jeune femme lui répondit : «Mon véritable père était le gou- 
'vemeur de la province. Comme il était mort dans la ville de Tong tkành 

> alors que j'étais encore au maillot, ma nourrice se mit a vendre des lé- 
«gnmes pour se procurer ma subsistance, et elle avait coutume de me 
'porter dans ses bras sur le marché. C'est là qu'un bandit me fit une 
> blessure dont je porte encore la cicatrice.» 0^ ^&v — » ^^' ^^^^ ^^^ 
recto,) 

3. « Quaftd bien même vous seriez assez longtemps absent jpour que la boucle 
de cheveux que vous m^avez coupée lorsque nous échangeâmes nos serments ait 
le temps d'être remplacée par «me autre aussi longue,» 

«TV» fait le pendant de «^», comme «c?<K» fait celui de «^thay». C'est 
une véritable cheville, dont la: signification rappelle toutefois le mariage 
convenu entre les deux amants, mariage symbolisé par le fil de soie rouge 
dont il a été déjà parlé. 

4. Lîtt. : «J^ pensant à — la personne — (qui) mange — le vent — et 
couche — à la pluie » 



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120 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

566 «Bâ nguyën dôî chu* «dông tâm»; 

«Trâm nâm thë châng ôm cam thuyën ai! 

«Côn non, côn nirô-c, c6n dàî, 

«Con vë! Côn nhô- dên ngày hôm nay!» 

Dùng dâng, chira nô* rôi tay, 
560 Vâng dông trông dâ dirng ngay noc nhà. 

Ngai ngùng, mot hxr&c mot xa, 

Mot loi trân trong; châu sa mây hàng? 

Buoc yen quây gânh voi vàng; 

Moi sâu se nèa, hxr&c dàng chia liai. 
566 Buôn muôn phoiig cânh que ngirM! 

Tiêng cây quyên nhât; bông trM nhan thira. 



1 . Litt. : « Nouê promîmes — (quant aux) deux — caractères — ^S /(^ 
(un même cœur)!* 

2. Litt. : « (Pendant) cent — ans — je jure de — n« pas porter au bras 
— mon câm — dans le bateau — de qui (que ce soit).* 

On dit aussi en chinois pour exprimer la même idée : ^^^^^J9ljf@, 
Tî ba bi^J bào — changer son t\ ba de bras,» 

3. Litt. : li(S'il) y a encore — des montagnes, — (sHl) y a encore — des 
eaux, — (si) encore — c'est long, 

il y aura encore — le fait de revenir! — Encore — nous reporterons nos 
souvenirs — vers — le jour — d'aujourd'hui!» 

4. Litt. : <cLa brassée (le cercle) — de V Occident.» 

5. « /Si » si^ifie «««€ dieviUe* et, par position, « cheviller». La douleur des 
amants est comparée à une cheville plantée dans leur cœur. Au moment de 
la séparation, elle y pénètre plus avant encore. 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 121 

«Nous nous promîmes de n'avoir (à nous deux) qu'un même cœur *! 555 
«Jamais en cette vie, je le jure! je ne serai Tépouse d'un autre ^î 
«Plus sera grande la distance^ 

«plus au retour (avec douceur) nous penserons au jour présent^!» 
Indécis, ils n'ont pu encore se résoudre à désunir leure mains, 
qne déjà ils voient l'astre du jour ^ planant sur le faîte du toit. 56O 

(Trong), à chacun des pas hésitants qui Féloignent, 

fait quelque importante recommandation, et répand des ruisseaux 

de larmes. 
Il selle son cheval; à la hâte il prend son bagage. 

Leur peine redouble'^! Il se met en chemin, et les deux (amants) 

se séparent 
Tristement le (jeune homme) contemple les innombrables beautés 565 

des paysages étrangers! 
Dans les arbres résonne le cri répété du coucou; au ciel l'ombre de 

quelques rares Nhan (se projette sur les nuages) \ 

6. Utt. : < (En fait de) bruit — cTarbrea, — le coucou — eêt serré j — en 
fait d'ombre — du del, — leê nhan — sattt elairtemés. 

Il e%i facile de voir que chaque mot du second hémistiche est dans un 
parallélisme parfait avec chacun de ceux du premier, tant au point de vue 
de la valeur grammaticale qu*en ce qui concerne Tanalogie de signification. 
Dans une autre édition qui me vient directement du Tonquin, et qui 
porte comme date d'impression «^ 24* année de Tv Birc», ce vers est mo- 
difié comme il suit : < Bdu nhành qw/ên nhat, cuoi Irai nhan (hua. — A Vex- 
trénUté des branchée nombreux (chantent) les coucoits; à V horizon (volent) quelques 
rares nhan»; OU littéralement : <Au bout — des branches — les coucous — 
sont serrés; — au bout — du ciel — les Nhan — sont clairsemés.» 

Comme j^ai déjà eu occasion de le dire dans la préface de ma traduc- 
tion du Luc Vân Titn, ces divergences entre les diverses éditions des poèmes 
coebinchinois se rencontrent pour ainsi dire à chaque pus. Il serait fasti- 



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122 ' KIM vAN KIÊU TAN TRUYlêN. 

Nâo ngirôi châi giô dam mira! 

Mot ngày nâng gânh; tiroTig tir mot ngày. 

Nàng thl dtrng rù hîên tây; 
570 Chfn hôi van vit nhir vây moi ta. 

Trông chirng; khôi ngôt song thira! 

Hoa trôi châc thâm; lieu xa xâc vàng! 

Chân ngân râo gôt lâu trang; 

Mot doàn mung tho ngoaî hirong mô-i vë. 
576 Hàn huyên chira kip ta de, 

dieux pour le lecteur de les lui signaler toutes. Si je fais remarquer 
celle-ci, c'est qu'il me semble que la comparaison des deux versions peut 
donner une idée nette de la facture du vers annamite au point de vue 
du parallélisme. On peut y voir que, si le lettré qui a publié la seconde 
édition a jugé à propos de modifier les deux caractères du premier hémi- 
stiche en remplaçant *Ueng cày — le bruit des arbres » par *HJE>i^ ^^^ 
nhành — t extrémité des branchea*, il n'a pu le faire sans modifier dans le 
fiiême sens les deux premiers caractères du second. En effet, dans la pre- 
mière rédaction le caractère <tb<mg — ombre* qui désigne un phénomène 
affectant le sens de la vue, contrastait parfaitement avec «^n^ — bruU» 
qui désigne un phénomène affectant le sens de Touie; mais il ne remplirait 
plus ce rôle en face de 55 ddu — extrémité»; aussi le correcteur Ta-t-il 
remplacé par *cu^i», qui, signifiant ^fin, bout cTtin espace», cadre au con- 
traire parfaitement avec ce dernier mot. Quant au caractère €trbi» qui 
suit, il a dû le conserver, parce qu'il est aussi bien à sa place dans la nou- 
velle version que dans l'ancienne. — Le Nlian est une espèce d'oie sauvage. 

1. Lîtt. :«.... Vhomme — qui est peigné — quant ou (par le) vent — 
(et qui) est baigné — quant à (par) la pluie!» 

2. Litt. : ^Par neuf — tours — elle enroulait — ainsi — le bout — de 
soie. » 



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KIM vAn KIÊU TÂN TRUYÊN. 123 

Plaignons le voyageur exposé an vent; à la pluie ^! 

Chaque jour son fardeau lui semble plus lourd^ chaque jour à elle il 
pense davantage! 



La jeune fille se tenait mélancoliquement retirée dans le pavillon 

occidental, 
et son amour dans son cœur poussait de profondes racines 2. 571» 

De temps en temps elle jetait un regard (du côté de la maison ; mais) 

à travers la jalousie la fumée (des parfums) s'était dissipée K 
Décolorées^ les fleurs flottaient sur l'eau; les saules se dépouillaient ^! 

Elle errait autour de sa chambre^ marchant d'un pas automatique ^, 

lorsque ses parents revinrent tous ensemble de leur visite de félici- 
tations \ 
Les premières paroles d'accueil n'étaient pas encore échangées ^ 57r» 

3. La maison était déserte. 

4. Litt. : « L€M fleuri — titmagearU — étaient déti*uUe3 — quant (à leur) 
eouleur — rouge; — le» saules — itaienl — arraché» par le vent — quant h 
(heurt feuilletj jaune» ». 

Ce vers a denx sens. Le premier est le sens propre. Les arbres ont 
laissé tomber leurs dernières fleurs, qui flottent sur Teau du vivier, flétries 
et décolorées. Le saule a jauni, et le vent, en le dépouillant de ses feuilles, 
loi donne un aspect comme lacéré (xa xdcj. A ces signes on reconnaît que 
l'automne est venu. 

Le second sens est figuré. La jeune fille, triste et isolée, se compare à 
nne fleur flétrie qui flotte sur Teau dans laquelle elle est tombée, à un 
saule auquel le vent arrache ses dernières feuilles jaunies. 

n ne faut pas oublier que la scène se passe en Chine, où le climat et 
les saisons sont tout autres que ceux de TAnnam. 

5. Litt. : « JSaide, elle promenait çà et là — se» talon» — dan» le palais — 
de la toiletU,» 

6. Litt. : « L'unique — troupe — qui avait (été) féliciter — au sujet de la 
longue vie — dans Vexlérieure — région — enfin — reoint au logis.» 

7. Litt. : •(Les caractères) Ifàn — et Huyèn, — pas encore — on avait 
atteint — (le fait d*) en écricant — (les) inscrire comme argument, » 



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124 KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 

Saî nha bông thây bon bë xàn xao! 

Ngirôi nâcb thir(>c, kè tay dao; 

Bâu trâu, mât ngira; ào ào nhir soi. 

Vo* quàng mot lâo mot traî; 
580 Mot dây vô lai buôc hai thâm tiiih. 

Dây nhà vang tiêng ruôi xanh! 

Rung rôi không det, tan tànb gôi may! 

Dô te nhnyën, cùa riêng tây 

Sacb sành sanli; quét cho dây tùi tham. 
585 Dëu dâu bay bôc ai làm? 

Nây ai dan huyên, trât hàm bông nhirng? 

Hôi ra, sau mdi biêt rang; 

Phâi tên xirng xuât; là thâng bân ta. 



Il y a ici une inversion. Les mots «JTàn huyîn», dont j'ai donné Tex- 
plication sous le vers 394, forment le régime du verbe qui termine le vers. 
L'autour compare la jeune fille et ses parents à des lettrés qui commencent 
une composition de style, et les compliments de bienvenue à l'argument de 
cette composition; parce que, de même qu'avant de commencer cette der- 
nière on en reçoit le thème, de même toute conversation entre gens qui se 
i-evoient commence par ces questions réciproques que l'on s'adpesse au sujet 
de la santé, et que l'auteur désigne ici par les deux mots *Wva huyèn*, 

1. Litt. : <t(Ila avaient) des tètes — de buffle, — des visages — de chevaux, 
— lU produisaient un bruit confus — comme — (quelque chose quij bout.» 

« Tieng ào ào» est une expression employée pour exprimer le bruit pro- 
duit par une cohue de gens qui s'agitent en désordre. 



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KIM vAn kïêu tAn truyên. 125 

qne, tout à coup, Ton vit des satellites en tumulte envahir (la maison). 

Les uns portaient un bâton sous le bras; d'autres avaient un sabre 

à la main. 
Leur visage était rébarbatif, ils s'agitaient avec un bruit confus '. 

Us arrêtèrent à la fois et le vieillard et le jeune homme, 

et, d'un lien impitoyable, garottèrent le père et le fils. sso 

La maison était pleine de ces sbires importuns; leur voix retentis- 
sait partout*! 

Ils brisaient les métiers à tisser, bouleversaient l'ouvrage des fem mes ^! 

Sur les ornements de leur toilette, sur les objets à leur usage 

ils faisaient main basse partout, et remplissaient avidement leurs 

poches ^ 
De qui venait ce malheur qui surgissait à Timproviste? 585 

Qui donc avait lancé la fausse accusation, la calomnie qui tombait 

sur ces têtes? 
On s'informa et l'on apprit, 

d'après le nom déclaré, que c'était un marchand de soieries. 



2. Litt. : ^Rempliêêtmt — la maigon — U» faiêaierU retentir — leur voix 
— de mouches — vertes.* 

« EuSi xanh— mouchée vertes », traduction approximative du chinois «^f |^^ 
thwmg nhang — sauterelles vertes*, est un sobriquet que Ton donne aux satel- 
lites du tribunal tant à cause de leur importnnité que par allusion h la cou- 
leur de leurs vêtements. (Test un enchaînement d'idées semblable qui a fait 
donner aux gendarmes, par les Annamites de notre colonie, le nom de 

3. Litt : ^Us paquets à coudre*. 

4. Litt. : €étaierU nettoyés — en faisant table rase; — ils balayaient — de 
façon à — remplir — leurs poches — avides*. 



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1 



126 KIM vAn kiêu tAn trdyên. 

Mot nhà hoàng hôt ngân nga; 
690 Tiêng «oan!» dây dât; t&n ngîrh day mây. 

Ha tu*, van vâî trot ngày; 

Biêc tai lân trnât, phu tay toi tàn! 

Rirîmg cao rût ngircrc dây oan; 

Dân yàng dà, cûng nàt gan Iva ngirài! 
595 Mât trông, dan don rang rôi; 

Oan nay c5n mot kên trôi nhvng xa! 

Mot ngày là thôi sai nha; 

Làm cho khôc hai, châng qna vl tien! 

«Sao cho côt nhuc ven tuyën? 
600 «Trong khi ngô bien, tùng quyên! Biêt sao? 

«Duyên hôî ngo, âAc cù lao, 



1. Litt. : «Le» voix CcriarU) : — *Ir^u»t%ce!* — rempliÊêaienl — la terref 
(Les DOKB criant :) * Jugement — suborné f 9 — remplitêtderU — le$ nuaget.* 

2. Litt .• €(Cétait,) sur une poutre — éUvée, — tirer — à rebours — ^ 
corde — de Vii^usHee;* 

3. Litt. : «Qttatid même (on aurait été) — Ver — (ou) la pierre, — i"^ 
aussi bien — on aurait été broyé — quant au foie (om cœur); — à plus fortfi 
raison — (étant) un homme!* 

4. Litt. : < (Devant) cette injustice — il y av<iU encore — Vuniçme (rtssoitrte 
dV — appeler — le Ciel — (qui n'est) absolument que — Unnf» 

6. Litt : « Comment — faire que — les os — et la chair — soient irUads 
— et entiersf» 



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KIM vAN KIÊU TAn TRUYIÇN. 127 

Toat le monde; dans la maison, tronblé, comme en délire^ 
criait sans trêve à l'injustice, sans trêve protestait contre la calomnie K soo 
Pendant la journée entière Ton s'humilia, l'on supplia; 

mm les oreilles (de ces gens) étaient sourdes à la pitié; leurs mains 

ne cessaient d'exercer leurs cruelles sévices! 
Tant de brutalités injustes, impitoyables \ 

eussent attendri une pierre; pouvaient-elles ne point briser des cœurs 

d'homme'? 
L'on était, en les voyant, saisi de douleur et d'eflfroi, 695 

et devant un pareil malheur on ne pouvait qu'en appeler au Ciel, à 

ce Ciel inaccessible ^! 
Hais la coutume des satellites est de poursuivre une journée entière 

toutes ces persécutions dans le but d'extorquer de l'argent. 

«Comment puîs-je », (se dit Kiêu,) « ne point manquer au devoir que 

» réclame la voix du sang *? 
«Dans une occiirrence pareille, il faut se conformer aux circonstan- cou 

»ces*î Pourrait-on faire autrement? 
«D'une liaison due à un heureux hasard ou des fatigues de mes 

»parents '', 



Les mots *cot nky^ — os et chair* sont entendus figurativement, soit 
de Taffection qui règne entre personnes réputées *de mêmes os et de même 
diair; on, comme nous disons en français, ^de même sang*, soit des devoirs 
qni incombent à ces personnes par suite de leur parenté. Cette expression 
est plus fréquemment employée lorsqu'il s'agit des frères; mais elle exprime 
Sd les obligations des enfants envers leurs parents. 

6. Litt. : * Lorsque — Von rencontre — un mcdheur inattendu, — on sfiit 
— Us dreonstanees ; — on saurait — comment (faire autrement)?* 

7. Litt. : * L'union — éCune heureuse rencontre, — la vertu — cm lao,* 

« HH ngç », litt. : *ense réunissant — l'encovUrer par hasard » signifie ^ faire 
une heureuse rencontre*. 



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128 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

«Chu* «ft/iA» cliir thiê!u*^ bên nào nânglian? 

«Dé lài thê hâi mînh scn! 

«Làm con, tnrdc phâî dën an sinh thành!» 
605 «Quyêt tinh! nàng moi ha tinh! 

«Gië cho de thiêp bân minh chuôc cha!» 

Ho Chung cô kè laî gîà, 

Cûng trong nha dich, lai là tu* tara. 

Thây nàng hîêu trong tinh thâm, 
610 Vi nàng nghi : «Cûng thircmg thâm x6t vay!> 

«Tfnh bàî lot dô, tron dây! 

«C6 ba trâm lirçrng, viêc nây môd xnôî! 

«Hây eau tam phù giam ngoài, 

«Nhù rang qnî lieu trong dôi ba ngày! 
616 Thu^ang nàng con trè tho* ngây! 

«Gàp cou hoa giô tai bay bât ky! 



L*expressîon ^Chlao — travail et fatigue* désigne à la fois les angoisses 
de Tenfantement et les soins de tonte nature dont les enfants sont Fobjet 
de la part du père et de la mère. 

1. Lîtt : <ilhi caractère — * amour» — (ou) du caracihe — *piêU fiUtde*, 
— le côté — quel — eêt lourd — €plu9f» 

2. Litt. : <c. . , . les parole» — de jurer — la mer, — de jurer — fe» 
vumtagnesf» 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 129 

€ de Famoar on de la piété filiale; qui remportera dans la balance ^? 

< Laissons de côté les solennels serments^! 

« Une fille dabord doit payer de retour les bienfaits de la naissance 

»et de l'éducation! 
«Ma résolution est prise! Je sacrifierai mon amour! 605 

«Ah! laissez-moi me vendre afin de racheter mon père ^!» 

Un nonuné Chung, un vieillard, 

bien qu'employé du tribunal, possédait un cœur charitable. 

A la vue de cette jeune fille douée d'une si haute piété filiale, brû- 
lant d'un si profond amour, 

il réfléchit sur son sort. «Oh!» se dit-il, «combien elle est digne de 6io 
> pitié! 

«Cherchons quelque moyen de compenser (cette dette) ^! 

«Si Ton avait trois cents onces d'argent, cette affaire s'arrangerait! 

«Demandez (que le débiteur) soit provisoirement confié à quelqu'un 

»et détenu au dehors; 
«dites que dans quelques jours toutes choses seront réglées! 

J'ai compassion de cette pauvre fille 6i6 

sur laquelle inopinément vient soufHer le vent du malheur''! 



3. Litt. : « Je voum prie — pour que — vous laissiez — la concubine — vendre 
— eUe-même — et racheter — son père!» 

4. Litt. : ^CaUndona — un biais — pour couvrir — là — cl compléter — 
fci7» 

6. Litt. : *qui rencontre — une crise — de malheur — qui vente — et de 
calamité — qui vole — inopinément!» 
*Gi6 — vent» est verbe par position. 

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130 KiM vAn kiëu tAn truyên. 

«Bail long tè biêt sanh ly! 

«Thân côn chira tiêc; tiêc gi dên duyên? 

«Hat mira sa nghî phân hèn, 
620 «Lieu dem tac cô, quyêt dën ba xnân!> 

Su* 15ng ngô vôi bâng nhân; 

Tin sTrong don dâî xa gan xân xao. 

Gân mien cô mot mu nào 

Dira ngirW viën khâch, tam vào van danh. 
625 Hôi tên, rang : « Jfâ giâm sanh^; 

Hôî que, rang : «Huyên TAm tkanh. Cûng gan!» 



1. Litt. «. . . . (de ce que quant à) la mort — je me sépare, — (quant à) 
la vie — je me sépare!* 

Les ternies de Texpression « U hîH — se séparer » sont intervertis à cause 
des nécessités de la prosodie, et dissociés par élé^nce. 

2. Litt. : ^(Si, quant à) une goutte — de pluiCy — y ayant égard — «"" 
réfléchissez à — ma condition — vile,» 

La bienveillance est comparée par Fauteur à la pluie, parce qne, de 
même que cette dernière ravive une plante qui languit sous Tinfluence de 
la sécheresse, de même la bienveillance ranime en quelque sorte un cœnr 
qui fléchit sous les coups de l'infortune. 

3. Litt. : « En m^ exposant — j^apporterai — (mon) pouce — d'herhf — (^) 
je suis résolue à (vous) — payer de retour — (pendant) trois — printemps >* 

KiSu se compare par humilité à un minime brin d'herbe. Cette méta- 
phore entraîne naturellement comme contrepartie Fexpression' «Aa aw^n — 
trois printetnps» qui est une figure empruntée au même ordre d'idées. Ces 
deux mots sont l'équivalent annamite du chinois « ^^ Jf^ tam sanh — ^^ 
vies» et signifient comme lui «pour toujours*. (Voy. aussi la note sons le 
vers 257.) 

4. L'auteur ayant besoin d'une expression dissyllabique, adapte au niot«^'» 



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KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÊN. 



131 



«Mon cœur souffre» (dit KiSu) cde me voir pour toujours séparée 
»de8 miens '! 

«Je n'ai point souci de ma propre personne; comment liésiteraîs-je 
Ȉ sacrifier mon amour? 

«Si pour une humble créature vous avez quelque bieuveîllaiice^, 

«je veux consacrer ma chétive existence à payer de retour (ce bien- 620 
» fait) 3!» 

On fit connaître à une entremetteuse le dessein (de la jeune fille). 

La nouvelle * se répandit partout et fit grand bruit. 

Une matrone du voisinage 

amenant un étranger, fit des ouvertures de raariag:c \ 

On lui demanda son nom; elle dit qu'il s'appelait Ma gldm mnh, tiïîrj 

On l'interrogea sur son pays; elle répondit qu'il éUiît de Lnm Tltanh ^ 
CTétait, au surplus, un district voisin ! 



— fumvdUi^ répithète de ^surang — rotécT^. Au premier abord cette m 6 ta 
phore semble quelque peu étrange. Cependant, en rexamiiiîmt de près, ou 
ne peut 8*empêcher de la trouver assez juste. En effet, lurs^iue la roj^ée 
est tombée pendant la nuit, on la trouve le matin réjuinrïiie parti niL Or 
c'est aussi le propre des nouvelles à sensation, de se rrjKiiidié à ûm àh- 
tances fort éloignées avec une rapidité presque inconiprrlieTisibk. 

6. Litt. : « et chercha — à s'ititrùduîre — pour thniandt^r — h pftïf 

nom-». 

6. J^ailfinnais dans plusieurs notes précédentes déjà livrées à rîrapressiim 
que, d'après les détails du poème, les héros en sont évideiimiènf riiiiimfî. 
Les recherches auxquelles je me suis livré, et qui ont ulioiiti aiijoiiril htiî 
seulement, m*ont prouvé ce fait d'une ftiçon irréfragaliïr. Je suis en efifet 
parvenu à déterminer exactement le théâtre de Faction, Elle se passe dans 
la province du Ml ^H Chan long; et les diverses localités dout il est question 
dans le poème y existent bien en réalité. B§ "^ Lâm Thnnh [ Lttt T'^m), 
dont il est question ici, ainsi que ^^ Q|r, ou mieux j^ ffi |^ LUu 
Dwmg thành (Leâo Yâng Uh'tng) dont il est parlé au vtrH 53 ;s^ sont «ieus 
villes situées dans le ressort de la préfecture de "^S M StF Tmiff Tchânif/oh. 



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132 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

Quà niên giac ngoai bon tuân; 

Ràu mày nhftn nhni, ào qnân bânh bao. 

Tru-Ac thây, sau t& lao xao. 
630 Nlîà bàng dira moi; nrAc vào lâu trang. 

Ghé lên, ngôi tôt sân sang; 

Phông trong moi dâ dira nàng kfp ra. 

Nôi mlnh, thêm tii*c nôi nhà; 

Thëm hoa mot birAc, giot hoa mây hàng! 
635 Ngai ngùng tlien giô^ e sirong, 

Nghi hoa bông then; trông girong mât dày! 



1. Litt. : « En pa»»ant — les années — il avait mis de coté — au-delà de 
— quatre — décades^, 

2. Litt. : « En avant — (marcliait) U maître, — (etj en (trrihre — des ser- 
viteurs — menant grand bruit, » 

L'expression « lao xao » renferme à la fois Tidée de bruit et celle de multitude. 

3. Litt. : * ^intermédiaire — conduisit — le (premier) contractant, — On 
le reçut — à entrer — dans le palais — des ajustements, » 

€Nhà — maison» est ici nn terme vague qni s*appliqne, entre antres, 
à des personnes dont on ne dit pas le nom et qui, dans une affaire, jouent 
en opposition avec d'autres quelque rôle important. Dans le cas présent, 
il répond assez bien à notre mot * partie», 

«Moi» est une expression générale qui, s'appliquant, dans une transaction, 
tantôt à une partie et tantôt à l'autre, désigne le sujet des obligations ou 
conventions. Il s'agit ici de Ma Oiàm Sanfi, 

4. Litt. : «(Dans In) chambre — intérieure — (Vautre) contractant — déjà 
(immédiatement) — conduisait — la jefine fille — à rapidement — sortir. » 

5. Litt. : « (Quant aux) choses qui concernaient — elle même, — en (joutant 
(davantage) — elle était oppressée — (au sujet des) cJioses qui concemment — 
(sa) famille. » 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 133 

(Cet homme) semblait avoir passé quelque peu la quarantaine *. 
Il avait la barbe et les sourcils fins; sa mise était élégante^ 
et de nombreux serviteurs le suivaient en menant grand bruit ^. 

L'entremetteuse amena son client. On Tintroduisit dans le cabinet 6do 

de toilette \ 
n s'approcha; il s'assit avec grâce, prêt à (entrer en pourparlers), 

et la matrone^ s'empressa d'aller quérir la jeune fille dans sa chambre. 

La pensée de son infortune (serrait le cceur de Kiêu)] mais celle du 

malheur des siens l'oppressait davantage encore ^! 
A chaque pas qu'elle faisait sous la vérandah fleurie, de ses yeux 

coulaient des ruisseaux de précieuses larmes ^! 
Interdite, elle s'arrêta pleine de confusion et de crainte ^. 635 

Pressentant quelque impureté, elle était accablée. Cette pensée lui 
faisait monter le rouge an visage^! 



6. Litt. : « (Pour sous) la vérandah — fleurie — un pas, — de gouttes — 
fie fleurs (de larmes) — combien — de lignes!* 

Le second *hoa» n*a guère d*autre emploi que de faire le pendant du 
premier. 

7. Litt. : « Interdite — eUe avait honte de — le vent, — eUe craignait — la 
rosée h — Tout la couvrait de confusion, tout la remplissait de crainte! 

8. Litt. : * Soupçonnant — des fleurs, — (quant à) Votnbre — elle était 
honteuse, — Regardant — le miroir (la lune) — quant au visage ^ — elle était 
épaisse.* 

Ce vers est fort difficile à comprendre, à cause des nombreuses figures 
qu'il renferme. Je vais essayer de les expliquer le plus clairement qu'il me 
sera possible. 

Les fleurs et la lune jouent un grand rôle dans la phraséologie licen- 
cieuse des Annamites et des Chinois. On sait ce qu*on entend en Chine 
par un «bateau de fleurs». Pour exprimer l'idée que deux personnes ont 
entre elles des rapports intimes et irrégnliers, on dit souvent, surtout en 
vers, qu'elles vont regarder la lune et V ombre des fleurs; ce qui signifie qu'on 
suppose qu'elles se promènent la nuit dans un jardin solitaire, avec la lune 
pour seul témoin. Quant au rôle de Vombre, la décence ne permet pas de 



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134 KIM VAN KIËU TAn TRUY^N. 

Moi càug vén tôc bât tay, 
Net buôu uhxjt eue, dieu gay nhu* mai! 
Dân do eân sâc eân tài; 
640 Ép cung eâm nguyet, thé bài quat thc 



Texpliquer; on comprend d'ailleurs de reste ce que cela signifie. £a disant 
que Kieu est honteuse parce quelle soupçonne les fleurs, qu'elle rou^ parce quelle 
aperçoit la lune, le poète veut faire entendre que cette chaste jeune fille a 
une intuition instinctive de la souillure qui l'attend, et qu'à cette pensée 
la honte lui fait monter le rouge au visage. — J'ai déjà eu l'occasion de 
parler du mot ^gttang — miroir* employé métaphoriquement pour désigner 
la lune, — « Mât dày — un visage épais » a figurativement le sens «ci'tm visage 
qui rougit». C'est qu'en effet, lorsque le rouge monte à la figure de quelqu'un, 
les traits sont quelque peu gonfiés par l'effet du sang qui afflue, et le \1sage 
semble réellement subir un certain épaississement. 

1. Litt. : *(S€s) traits — s'attristèrent — comme — le chrysanthème; — Cen- 
semble de sa personne — maigrit — comme le Mai!» 

Voir, sur le Mai, ma traduction du L\ic Vân Tien, vers 230, en note. 

Les mots « dieu gây nhu mai» qui terminent ce vers font opposition comme 
idée aux mots ^trông gurang mat dàg* qui forment le dernier hémistiche du 
vers 636. 

2. Litt. : «^On la contraignit — quant aux notes — du Cdm — lune, — on 
V essaya — quant aux compositions — des éventais — (ornés) de vers,» 

Les mots ^nguyH — lune» n'est en réalité qu'une cheville destinée à 
donner au substantif qui termine cet hémistiche le même nombre de mono- 
syllabes qu'à l'expression ^quat tho» par laquelle finit le second. Il existe, il est 
vrai, un instrument de musique particulier qui s'appelle en chinois « H S 
NguyH câm » et en annamite vulgaire « 5S fl^ ^<^»» tràng », deux mots qui 
signifient également ^cdm — lune (en forme de lune)». Il en a été parlé 
plus haut. C'est une espèce de guitare à quatre cordes, appelée ainsi à 
cause de la forme de sa boîte, qui est ronde ^ mais il faut se garder de se 
laisser induire en erreur par la ressemblance des mots sans tenir compte 
de la règle de position. Les écrivains de l'Annam ont le plus grand respect 
pour les expressions chinoises, et se permettent très rarement d'y intervertir 
l'ordre des termes. Si le poète avait voulu parler spécialement du H >S^ 
il aurait conservé l'ordre des caractères qui forment le nom de cet instru- 
ment, ou bien il aurait remplacé ce nom par son équivalent annamite. Or, 
il n'en a rien fait; d'où il faut conclure que, si le choix de l'épithète <nguyH» 
a pu, comme c'est très probable, être amené par l'idée de l'instrument dont 
je viena de parler, ce mot n'en est pas moins en lui-même un simple mono- 



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KiM vAn kiëu tAn trdyçn. 135 

Mais à mesure qae l'étranger soulevait ses cheveux^ lorsque sa main 

par lui était saisie^ 
son visage prenait une expression d'amère tristesse. Elle sembla 

maigrir soudain <! 

On évalua sa beauté, on soupesa son talent; 

on la contraignit à jouer du Cam, à composer des poésies \ 640 



syllabe additionnel destiné avant tout à conserver le parallélisme/ cette 
arche sainte des poètes cochinchinois. 

L^expression <quat tha», litt. : ^éventail à vers (omè de vet-s) » doit être, 
à mon sens, interprété d*une manière analogue. On sait que, dans tout 
TExtréme orient, hommes et femmes font le plus grand usage de l'éventail. 
Dans TAnnam, comme en Chine et au Japon, pays où les maximes et les 
vers sont, s'il m'est permis de m'cxprimer ainsi, considérés comme un orne- 
ment architectural, il est naturel que Ton ait contracté l'habitude d orner ce 
petit menble d'inscriptions diverses; et il est de bon goût, chez les femmes 
lettrées, de montrer leur talent en y traçant elles-mêmes des poésies cou- 
rantes. Cette coutume si répandue a influé naturellement sur la phraséo- 
logie, et il en est résulté que l'expression *Quat Uuy» constitue souvent, 
notamment en poésie, un idiotisme employé pour désigner l'action même 
de /aire de» vers, La traduction littérale en est, dans ce cas : « tracer sur 
un éventail — des vers». Il faudrait même, pour être absolument exact, 
forger avec le mot *quat — éventaU* un verbe spécial qui n'existe pas dans 
notre langue, et dire : *éventailler des vers». Je ne pense pas, cependant, 
qne ce soit ici le rôle de ce mot Pour l'apprécier exactement, il faut exa- 
miner le vers au point de vue de la règle du parallélisme, et on verra 
bientôt que l'auteur a voulu s'y conformer aussi strictement que possible. 
Si, en effet, l'on compare chacun des mots qui composent le premier hémis- 
tiche avec ceux qui leur répondent dans le second : 

ép cung câm ^^ut/H, 
th-à; bài quai thcr^ 

on verra du premier coup d'oeil que ces mots se correspondent parfaitement au 

p<Nnt de vue de la forme grammaticale, et même, à i)eu de chose près, en ce 

qui concerne l'analogie de signification. Le verbe « ép — contraindre » répond 

à un autre verbe, « ih^ — essayer » ; le substantif « cung — notes de musique » 

répond au substantif *f*ài — composition littéraires. Il en est de même de 

<ngwfêt — lune» et de *tho^ — vers», 11 faut bien en conclure que *quqt»^ 

qui correspond à *câm», devra être aussi un substantif comme lui; et cela 

d*aatant plus que cette acception est celle qu'il a originairement, et qu'il 

faut l'en détourner pour lui donner le rôle de verbe. Quant à ce qui est 

du ca« présent, soit qu'on adopte l'interprétation que je viens de donner, 



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136 KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 

Màn nông, mot vè mot ira, 

Bâng long khâch mdi tùy ce dàt diu. 

Rang : «Mua ngoc dên Lam kiêu, 

«Sfnh nghi xin day bao nhîêu dây chirÔTig!» 
645 Moi rang : «Dâng gîâ ngàn vàng! 

Râp nhà nhô* luang ngirài thirong! Dâm nài?) 

C6 kè bôt mot, thêm hai; 

Gifr lâu ngâ giâ; virng ngoài bon tràm. 

«Mot loi thuyën dâ êm dâm. 
650 «Hây dira canb thiêp tnrdt) cam làm ghi!» 



8oit qu*admettant ici une infraction invraisemblable à la règle du parallé- 
lisme, on donne à ^quat tha» le sens littéral de Tidiotisme poétique que 
j'ai signalé plus haut, le résultat final sera à peu près le même au point 
de la traduction générale du vers en français; mais il n*en serait pas tou- 
jours ainsi; loin de là! Aussi ne crains-je pas de m'exposer au reproche 
d'être trop diffus en signalant à diverses reprises Timportance de cette étude 
du parallélisme qui, avec la régie de position, donne la clef de poèmes 
dont, sans elles, l'interprétation exacte serait absolument impossible dans 
une multitude de cas. 

1. Litt. : *( Comme) elle était piquante, — (et que, pour) une manih^ d'être, 
— (il y avait) un — (fait de la) goûter, ^ 

«Fe — trait, nuance* est souvent pris en poésie dans le sens plus gé- 
néral de € manière d'être ou défaire*, qu'il comporte d'ailleurs quelquefois 
dans la langue familière elle-même; comme, par exemple, dans l'expression 
« trS vê » qui signifie < changer de façon d'agir ». 

2. Litt : ^n dit : <t(pour) acheter — (cette) pierre prédeuH — et la faire 
veTiir à — Lam KiêUj* 

(Voir la note sous le vers 457). 



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KIM VAn KIEU tAN TRUYÊN. 137 

Comme il lai trouvait de grands charmes^ que tout en elle était de 

son goût \ 
l'étranger^ enchanté^ lui témoigna tous les égards que comportait la 

situation. 
«Pour acheter cette perle dont je veux faire ma compagne 2», dit-il, 

« veuillez m'apprendre quel prix je dois verser au juste pour les pré- 

> sents du mariage ^! > 

«Le prix», lui dit la matrone, «se monte à mille onces d'or! 645 

«mais je m'en rapporte à votre bienveillante générosité! Oserais-je 

> réclamer quelque chose •*?> 

Le marché fut très pénible; pour une once que Fun rabattait, l'autre 

en (voulait) ajouter deux. 
Après une heure de débats, le prix définitif dépassa quatre cents (taëls). 

Un (dernier) mot fut dit, et l'affaire fut conclue *. 

«Avant de toucher», dit Tépoux, «il vous faut me faire un écrit qui 600 
» puisse me servir de preuve! » 



3. Litt : « (QuanU àj — de fiançaUlea — lea présenta, — je voua prie — 
de vCenaeigner — (iU aont) combien — là — nettement! -» 

àfâ gidm aanh joue ici un double rôle. Dans ses rapports avec Tûy Kieu, 
il feint de l'épouser et parle de présent» de fiançailles. Vis-à-vis du public, 
an contraire, il simule Tachât d'une simple ^^ hdu, dont il feint de discuter 
le prix avec sa complice Ta bà. 

4. Litt : « Le rebut — de la maiaon — a^appuie sur — la généroaité — de 
r homme — (qui) a de la bienveillance f — Oaeraia (je) réclamer ft 

€Nài thèm* signifie proprement : <dematnder une augmentation*. 

5. Utt. : « (Encore) un — mot, — (et) la barque — définitivement — Jul à 
Vaiae — quant au courant.* 

€Bâ9 ne joue ici qu'au figuré le rôle de marque du passé; c'est pour- 
quoi je le traduis par le mot ^^ définitivement», qui me paraît bien rendre 
l'influence exercée par cette particule sur l'adjectif *êm — doux, à Vaiae» 
qu'elle transforme d'ailleurs en verbe. Lorsqu'une chose a eu lieu, rien ne 
peut plus l'empêcher d'être, l'existence en est définitive. 

Nous avons en français une métaphore familière très analogue : * L'af- 
faire va aur des roulettes». 



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138 KIM vAn kiêu tAn truyçn. 

Binh thi nap thè vu qui, 

Tien Ixtng dâ thây, viêc gi châng xong? 

Mot IM cay vdi Ckung công; 

Khât t6* tam lânh Vicang ang vë nhà. 
655 Thu-ang nàng con trè cha già! 

Nhin nàng, ông dâ mâu sa ruot xàu! 

«Nuôi con, nhCrng u'ô'c vë sau 

«Trao ta phâi lira, gieo câu dâng nai! 

«Trôi làm chî cire bây, Trôi! 
660 «Nây ai vu thâc cho ngu'ô'i hiep tan? 



1. Litt. : «On fixa — le temps (du mariage^ — on livra — les (présent») 
choisis — (et V épouse) se rendit chez son époux,* — Tout fut expédié en unclind'œil. 

L'expression «^^^ ^V^ ^^* équivaut ici à «^g ^9 thUikky^y qui 
est le nom de la cinquième cérémonie du mariage. «jSb ^^ Nap ^1» est 
celui de la première; enfin *^F^^ ^" qui*, singulière locution tirée de 
l'ode ;M^ ^* du Livre des vers que j'ai eu occasion de citer plus haut, et 
dont j'ai donné l'explication dans les notes de ma traduction du ~ ^ jj^, 
répond à « ^^ |ft) thân nghinh » , le nom de la sixième. Ces trois céré- 
monies, avec celle du « M j^ Vàn tank » ou « ^ ^ Véln danJi > dont 
il a déjà été question au vers 624, sont les seules qui soient encore usitées 
aujourd'hui. Elles ont ordinairement lieu à des intervalles notables, et avant 
qu'elles aient été toutes accomplies, un temps assez long s'écoule d'ordi- 
naire. En les énonçant l'une après l'autre dans le même vers, l'autenr 
donne à entendre qu'elles furent au contraire, dans le cas présent, expédiées 
séance tenante ; et il explique cette infraction aux usages ordinaires par U 
réflexion satirique que renferme le vers suivant. 

2. Litt. : « (OomnieJ il regarde — la jeune fille, — Vhomme respectable — « 
éprouvé cette souffrance (que) — (son) sang — s^écouU peu à peu — (et que set) 
entrailles — se flétrissent,* 



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KiM vAn kiëu tAn truyên. 139 

On fixa répoque du mariage; les présents furent oflferts et Tépouse 

fut livrée K 
Lorsque l'argent est sur table, quelle affaire n'aboutit point? 

Un seul mot fut suffisant pour s'arranger avee Chung công. 

Il demanda une caution écrite, et Vwang ông put retourner chez lui. 

Plaignons cette jeune enfant! plaignons aussi ce vieux père! 665 

En regardant sa fille, il sent son cœur qui saigne et se déchire ^1 

«Je Favais», dit-il, c élevée dans Fespérance que plus tard 

«elle choisirait un époux d'un âge convenable, d'une position as- 

> sortie^! 
«0 Ciel! Pourquoi nous accabler ainsi? 

« Qui nous calomnie auprès de toi, que tu ne nous aies réunis que 660 
»pour nous séparer ensuite? 

La particule «<fâ», qui fait un verbe composé de la phrase qui la suit, 
joue ici un rôle analogue à celui qu'elle a dans le vers 649. Elle équi- 
vaut à peu prés à la formule française : « voilà que , . . .» suivie du 
prétérit 

3. Litt. : «elle transmettrait — un fil de soie — convenable — quant à Vâge; 
— elle — jetterait — une balle — digne du lieu!» 

Il y a là deux allusions. 

La première a trait à la façon dont ^^ Jjk "^ Ly lâm ph^, premier 

ministre de Fempereur ^^ ^^ Hw/ên long des « ^f Bàng » choisit des maris 
pour ses filles. Il convoqua, dit-on, devant son palais tous les jeunes man- 
darins du pays et, ayant fait passer par une fenêtre un certain nombre de 
fils de soie rouge, il invita chacun d'eux à saisir le bout d'un de ces fils. 
L'autre bout était tenu pour une des filles du ministre, qui échut pour 
femme au jeune homme auquel ce fil la reliait. 

La seconde allusion concerne un autre personnage dont la fille ima- 
gina, pour se procurer un époux, un moyen qui ne le cédait pas en sin- 
gularité au premier. Elle confectionna une pelote rondo brodée et, l'ayant 
lancée par la fenêtre, elle donna sa main à un jeune homme qui s'en était 
emparé. 



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140 KIM VÂN KIÊU tAN TRUYÇN. 

«Bùa dao bao quân tbân tàn? 

«Ncr dày doa tré, càng oan khôc già? 

«Mot IM sau trirô'c, cûng ra! 

«Thôi! thi mât khuat châng thi long dau!» 
665 Théo loi nhir chây dông châu; 

Lieu minh ông dâ gieo dâu tirông vôi! 

Vôi vàng kè giû* ngnôi coi! 

Nhô to nàng lai tim IM khuyên can. 

«Vi chi mot mânh hông nhan, 
670 «Toc ta chira chût dën an sinh thành? 

«Dâng tha, dâ then Nàv^ oanh! 

«Lai thua gâ Ly bân minh hay sao? 

«Xuân huyên tuéi hac càng cao; 



1. Litt. : * Assez! — d'une part — (si) tiwn visage — est cacIU, — ne pa» 
— (T attire part — mon cœur — souffrira!» 

^KJiudt mat», litt : itUre caché — (quant au) visage», est un idiotisme 
qui signifie *être trépassé». 

2. Litt. : * Suivant (à la suite de) — (ses) paroles — (c'est) comme (s) — ^ 
faisait couler — un courant — de perles,» 

3. ^Yôi — cJiaux» n'est ici qu'une cheville destinée à terminer levers. 

4. Litt. : « Petites — (ou) grosses, — la jeune fiUe, -— venant, — dierche — 
des paroles — d'en exhortant — empêcJier. » 

6. Litt. : « une — numérale — de rose — visage». 

Le mot *MânIi», dont le sens propre est <i mince, déUé», est emp 
comme numérale des choses minces et fragiles. 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 141 

«Qae m'importerait de mourir par la haehe ou bien par le glaive? 

< Pourquoi maltraiter mon enfant^ augmentant (ainsi) sans motif la 

» douleur de son vieux père? 
«J'en ai dit assez; je pars! 

«Cen est fait! en cessant de vivre », mon cœur du moins cessera 

> de souffiir! » 
Cela dit, il répand un torrent de larmes ^, 665 

et se précipite contre la muraille % afin de s'y briser la tête! 

Bien vite on le surveille, on le garde! 

Kîffu arrive et s'efforce de trouver des paroles pour le détourner de 

sou dessein K 
< Qu'importe le sort d'une pauvre fille ^ 

«qui n'a rien fait encore pour reconnaître le bienfait de l'existence 670 

» qu'elle vous doit ^? 
«Je rougis de ne pouvoir, comme le fit la jeune Oanh, présenter une 

> supplique au Prince ' ! 
«mais le céderai-je à ly qui se vendit (comme esclave)? 



«Les années de mes vieux parents s'accumulent sur leur tête 



8t 



6. Utl : « (Qtdj quant à) un cheveu — (ou à) un fil de scie, — pas encore 
— un peu — a payé de retour — le bienfait — de créer f* 

7. Utt : « (Quanl à) offrir — une lettre, — fai honte — (au êt^et de) Nàng 
Oanhh 

On ^oave dana le ^^jj^ rhistoire de cette héroïque jeune fille. 

8. Litt. : « Le Xuân — et le Hm/ên, — (quant à leurê) années — de ITciCy 
de plus en plus — sont hauts!* 

Ce vers a été reproduit presque mot pour mot par Tauteur du L\vcVân 
Tihi (v. 65), et j*en ai donné Toxplication dans une note annexée à ma 
traduction. Je saisis ici Toccasion de réparer une erreur que j'ai commise 
dans cet ouvrage en ce qui concerne la prononciation du caractère ;fe. 



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142 KIM VAN KIÊU tAn TRUYÊN. 

«Mot cây gânh vâc bîêt bao nhîêu nhành? 
675 «Long tho* dâu châng ditt tinh, 

«Giô mây au hân tan tành nirô'C non! 

«Thà rang : «Lieu mot thân con! 

«Hoa dâu râ cânh, là c6n xanh cây! 

«Phân sao, dành vây, cûng vây! 
680 «Câm nhu* châng dô nbirng ngày c6n xanh. 

«Cûng diîrng tfnh quât tinh quanh! 

«Tan nhà là mot: thiêt minh là haï!» 

Phâi loi ông cûng êm tai; 

^1^1 :i'^"; '1.°''^ ^"^'- •-t*.^:^#^»iiî<A^ 

m 7^ ^^\ J^im ^ ^ Thftçng cô hhi dai Xuûn gîà dï bât thiên 
tuë vi xuân^ bât thiên titê vi thn. — Dans Us temps reculés il y avait le grand 
XuâUf qui pendant huit mille ans voyait le printemps, pendant huit mille ans 
voyait Vautomnc». 

Cette erreur, dans laquelle tombent la plupart des Annamites, avait été 
commise par Mgr. Tabkrd dans son dictionnaire annamite-latin, et c'est en 
suivant les errements de ce savant missionnaire que j'y suis tombé moi- 
même. J'en dois la correction à un jeune et savant lettré, M. Truong Minh 
Ky, professeur au collège Chasseloup Laubat, à Saigon, qui me Ta signalée 
dans une lettre où il me remerciait de l'envoi de mon livre. C'est dire 
qu'il était trop tard pour la faire disparaître. Je m'empresse de l'indiquer ici. 

1. Litt. : «Le vent et les nuages — sans aucun doute — anéantiraient — 
les eaux — et les montagnes!* 

Les mots « Giô mây » peuvent encore être entendus dans le sens figuré 
d'événements suscités par le Ciel pour mettre à néant des serments désor- 
mais impies. 

2. Litt. : « // vaut mietix — disant : — « Exposons — la seule — personne 
— de ("votre) JiUel» 



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KIM VÂN KIÊU tAN TRUYÇN. 143 

< (Chacun d'eux semble) un arbre chargé, qui dira de combien de 

» rameaux? 

< Si je ne rompais pas les liens de mon amour^ 675 

«contre mes serments la nature se révolterait elle-même *! 

«n vaut mieux que seule je me dévoue ^î 

«Pour une fleur dont tombent les pétales, Tarbre ne perd point sa 

» verte parure de feuilles! 
«Puisque c'est là mon sort, je Faccepte tel qu'il est *! 

«Les beaux jours da ma jeunesse ne pouvaient durer toujours ^! 680 

«Que votre esprit ne s'égare pas à former tel ou tel dessein ^1 

«La ruine est un malheur; le suicide en vaut deux ^! » 

Ces conseils pleins de raison résonnent doucement à l'oreille (du 
vieux père) '. 

3. Litt. : « (Que mon) »oH — (êoU) comment (que ce aoU)^ — (n) c^est arrêté 
— ainti, — tout aussi bien — (que ce aoU) ainsi!» 

Le poète a modiOé rintonation du second >f\, parce qne la prosodie 
ne permet pas de terminer le vers par nn mot affecté du ton •^. 

4. Litt. ««/c tiens — comme — (une chose qui) ne pas — démettre — les 
jours — encore — verts!* 

5. Litt. : « Tout aussi bien — gardez-vous de — calculer — d''un côté, -^ 
aviser — de t autre!» 

L*expression <quanh quàt», qui signifie *de côté et d'autre», est â'issociée 
par élégance. 

G. Litt. : * Etre détruit — (quant à) la maison — est — un; — nuire à — 
soi-même — est — deux!» 

7. Litt. : *(Ces) convenables — paroles — V/iomme respectable — fout aussi 
bien — tint pour douces — (quant à) V oreille,» 

II y a inversion. En rétablissant la succession naturelle des mots, on a 
la phrase : 

« Ong cung cm tai phài Ihi, » 

On voit alors que, placée après cf/w^, l'expression * êm tai » devient ver- 
bale, et que le régime direct en est «pAa» loi»; que de plus, ^phâi — il 



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144 KIM VAn KIÊU TÂN TRUYIn. 

Nhin nhau, giot vân giot dài ngôn ngang! 
685 Mai ngoàî ho Ma vù^a sang; 

Tô* hoa dâ ky; cân vàng m<>i trao. 

Trâng già doc dîa làm sao? 

Câm dây châng lu*a, buôc vào to nhiên! 

Trong tay dâ sân dông tien, 
690 Dâu long dèi trâng thay den, kho gi? 

Ho Ckung ra site giùp vi; 

Le tâm dâ dât, tung ky cûng xong! 

Mot nhà dâ tiêm thong dong. 

Tinh ky giuc già; dâ mong do vê! 



faut, U convient*, placé devant un substantif (îhi) et formant avec lui un 
régime direct, perd nécessairement sa nature verbale pour devenir un ad- 
jectif. 

1. Litt. : «i& r^ardent — Vun Vaxdre; — les gouttes — courtes — et les 
gouttes — longues — sont récalcitrantes (ne peuvent être retenues), > 

2. Litt. :«..... /et livres cTor». 

€Eba» n'est là que pour faire un pendant à ^vàvig*, 

3. *Tràng già* est la traduction annamite (avec conservation de la 
construction chinoise) des mots ^M/l^ Nguytt l&o*, dont on retrouve le 
signe idéographique à gauche de la phonétique qui en détermine la pro- 
nonciation et les transforme en chù nom cochinchinois. 

4. « Tinh kg — le terme des étoiles» est le nom poétique de Tépoque ré- 
putée propice pour la célébration des mariages. Les Chinois ont de toute 
antiquité regardé comme tel le temps auquel le gi-oupe d'étoiles qu'ils 
nomment «:^ sûm» et qui fait partie de la constellation d'OHon est vi- 
sible le soir à l'horizon ; ce qui a lieu pendant le dixjéme mois. Or, cette 
constellation chinoise portait autrefois le nom de « ^ S^ tam tinh — les 



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KIM VAN KIÊU TAn TRUYÊN. 145 

Ils se regardent, et leurs yeux ne cessent de verser des pleurs ' ! 
Le seigneur Mà^ sur ces entrefaites, était sorti de la maison. 685 

Le contrat était signé; il paya le prix (de la vente) \ 
Oh! que tu es cruel, vieillard (assis au clair) de la lune^, 
toi qui prends les fils au hasard, sans les choisir! 
Qu'on ait l'argent à la main, 

et Ton peut, sans difficulté, changer en noir le blanc à sa guise! 690 
Ho Chung s'eflForça de protéger (KiSu); 
mais les présents étaient faits, le différend était réglé, 
la famille à peu près libre et déchargée de sa dette. 
Le terme était imminent; (l'épousée) allait partir ^! 



troU éimUê», On la troave désignée ainsi à trois reprises différentes, dans 
rode do '^ ÛR intitulée : « j||9 j^ TrU gâm», qui fait allusion à la joie 
ressentie par deux jeunes époux de s'être mariés au temps convenable, et 
dont voici la première strophe : 



1m 


"f- 


M. 


4 


^~* 


it 


^o 


it 


^ 


M 


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"f- 


^ 


^ 


^ 


A 


^o 


Ao 


^o 


^o 


fïo 












€ Trh 8Ûm thit tànl 






€Tam Unh toi thiênf 






• Emu Uch hà 


tichi 





^ 



10 



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1 



146 KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 

695 Mot minh mrang ngon dèn khuya, 

Âo dam giot luy, t6c xe moi sâu. 

«Phân dâu, dâu vây cûng dâu! 

«X6t long deo âAng^ bây lâu mot loi. 

«Công trinh kè biêt mây miroi 
700 «Vi ta khàng khft cho ngirW dô* dang? 

«The 16ng chira râo chén vàng. 



*Kiën thâ ùtomg nhan! 

€ Ta hi! Ta hêf 

«■Nhu thtir luomg nhan hàf* 

«Tout autour des fagots sont les liens qui les assujettissent! 

«Les Trois étoiles sont au ciel! 

«Quel soir que le soir d'aujourd'hui, 

«(Où je puis) voir ce bon époux! 

«Ô femme! ô femme! 

«Comment (as-tu fait) pour avoir un si bon époux?» 

On sait l'influence considérable qu'ont exercée sur le langage des lettrés 
de la Chine les anciennes poésies nationales dont le recueil porte le 4iom 
de « ^ jj^ Thi kink » OU « Livre des Vers ». Il n'y a donc pas lieu de 
s'étonner qu'on ait pris l'habitude d'appeler élégamment le temps considéré 
comme propice pour les mariages « ^ S^ ^j lam tinh ky — U terme det 
Trois étoUet (ou les Troit étoiUa apparaissent sur VhorizonJ *, et, par abréviation, 
simplement «^^^1 ^ terme des étoiles», 

1, Litt. : ^(Ses) vêlements — étaient trempés — (quant aux) gouttes — àe 
larmes, — (ses) cheveux — étaient tordus — (quant aux) bouts (de fil) —delà 
tristesse, » 

Pour exprimer à quel degré son héroïne est pénétrée de tristesse, le poète 
compare ce sentiment à de la soie, et suppose cette soie tordue avec chacun 
des cheveux de Kiiu pour fonner avec eux des fils. 

2. Litt. : « (Si) la condition — est d'huHe, — quci qu^il en soit — tout aussi 
bien — que ce soit de Vhuilet* 

L'huile est une substance lubréfiante. Si l'on se trouvait placé debout 



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k 



KiM vAn kiëu tAn truyçn. 147 

Seule, dans la nuit profonde, appuyée contre la table sur laquelle 695 

brûlait sa lampe, 
sa robe trempée de ses larmes, elle demeurait éplorée K 

«Quoi qu'on fasse», disait-elle, «il faut subir les caprices du sort^! 

«Je regrette ce cœur qui s'était attaché à moi; (je regrette) Tunique 

> pensée qui depuis lors (nous anima) ^\ 
«Je me serai donné des peines infinies^ 

«pour me lier à un homme qui devait manquer son but! 700 

«La tasse du serment n'est point encore séchée \ 



sur une surface qui en est frottée, il serait difficile de se tenir immobile; on 
se trouverait dans une condition imtahle. De là cette expression : itpkân dâu 
— une situation d'huile*, 

n y a d^ailleurs ici un jeu de mots basé à la fois sur le son et sur le 
caractère. Le mot •ddu — huile*, qui forme le second et le sixième pied 
du vers, se prononce exactement comme €dâu — quoique*, qui en forme 
le troisième, et qui fait t)artie de Tidiotisme *ddu vây — quoi qu'il en soit*, 
litt : € quoique — (ce soit) — ainsi*; et le caractère y^ qui représente ces 
deux mots est le même. 

Ce vers est presque exactement construit sur le modèle du vers 679. 

3. Litt. : « J"c suis émue de tristesse — (quant à ce) coeur — attaché, — (et 
sur) depuis lors — Vumque — parole!* 

Le mot *ïoi* signifie ici, à proprement parler, non-seulement une parole, 
nuds un but. Deux personnes honorablement éprises Tune de l'autre n'ont 
qu'une pensée, celle de s'épouser, et elles en parlent sans cesse. De là 
l'emploi du mot «^*» dans ce vers. Nous disons à peu près dans le même 
sens ^VLOCoir qiiune chose à la bouche*, 

4. Litt, : *(En fait de) travaux^ — en les comptant — on les sait — de 
combien — (de fois) dixf* 

Ces travaux, ces peines étaient sans prix. 

MttoH phân — dix parties*, ou simplement «mi*«ri», étant l'expression 
de la perfection, plusieurs fois «mtroi» exprime, s'il est permis de parler 
ainsi, quelque chose de plus parfait que la perfection elle-même. 

5. Allusion à la cérémonie par laquelle deux futurs époux cimentent 
une promesse solennelle do mariage en mêlant au contenu d'une tasse 
quelques gouttes de leur sang, et en buvant tous deux ce mélange. 

10* 



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148 KIM VAN KIËU tAN TRUYlpN. 

«Loi thë thôi dâ phu phàng v&i hoa! 

«Trôi Lieu non mr&c bao xa? 

«Nghï dâu rë cîra, chia nhà tù* toi? 
705 «Biêt bao duyên na, thë bôi? 

«Kiêp nây, thôi the thM thôi! c6n gi? 

«Tâi sanh chira dtrt nhang thë; 

<Làm thân trâu ngu'a, dën nghi tnr<>c mai! 

«Ng* tinh chira trâ cho ai! 
710 «Khôi tinh mang xuông; tuyën dài chira tan!» 



1. «JJoa» n'est pas pris ici en manvaise part; il répond simplement à 
Texpression française cmofi bien aimé 9. 

2. Litt. : « (8ou8 le) ciel — de Lieu, — (quant aux) montagnes — (et aux) 
eaux, — combien — (est-il) fomf » 

La formule intenogative doit être ici, comme dans beanconp de cas, 
traduite par Taffirmative, qu'elle ne remplace dans le texte que pour donner 
plus d'énergie à renonciation du fait. Cette manière de s'exprimer existe 
aussi dans notre langue, mais elle y est moins fréquente. . 

3. Litt. : cOn aurait pensé — ou cela — (que le fait de) diviser — la porte, 

— (et) diviser la maison — (proviendrait) de — moif» 

^Ci-a nlià* signifie /amt//e, ménage. Ici l'expression est scindée, et les 
mots qui la composent sont unis à deux verbes qui diffèrent de forme, mais 
dont la signification est la même. 

4. Litt. : *((iui) sait — combien — d'amour — dette, (et) de serments — 
paiement f » 

6. Litt : € (Quant à) cette vie-d, — soit! — Il y a encore — (U reste h faire) 

— quoif» 

<2'hôi thë th\ Uiôi — soit!», litt. : ^(si cela) finit — de cette manière — (th^ 
est pour tM âSy) — eh, bien! — il suffit!», est un idiotisme très usité et qui 
jure quelque peu dans ce vers; car il est à peu près exclusivement employé 
dans le style de la conversation familière. L'auteur a sans doute voulu tirer 
de son emploi un double sens. £n effet, la position permet de donner au 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 149 

«et ce serment prêté à Fami de mon cœur \ voilà que je Fai violé 
déjà! 

n est bien loin^ au pays de Lieu! Des montagnes^ des eaux nous 

• séparent 2! 

«Qui eât pensé que j'allais moi-même rompre les liens qui devaient 

• nous unir 3? 

€ (Pourtant) que de marques d'amour payées de solennelles pro- 705 

• messes*! 

«Cette vie doit être telle! il n'y a plus à y compter^! 

«mais dans ma future existence^ je n'oublierai point ce que nous 

• nous jurâmes®! 

«Dussé-je mener la vie d'une bête de somme, je lui prouverai ma 

• reconnaissance pour Famour dont il m'honora! 

«Envers mon ami ' je n'ai point encore acquitté ma dette d'amour! 

• Je Femporterai là-bas, et aux bords de la Source jaune, elle sub- 7io 

• sistera toute entière ^! • 

premier «^ôî» le mot «Arî^» pour sujet, et de traduire littéralement : *(SiJ 
cette vie-ci — finit — de cette manière, — aoU (cest ataez)! — U y a encore (il 
reste à faire) quoif» 

J'ai cherché pour la traduction française de ce vers une formule qui 
répondît à la fois à ces deux interprétations, qui ne diffèrent d'ailleurs, au 
fond, qu'au point de vue du développement de l'idée. 

6. Litt. : « (Lorsque) — de nouveau — je vivrai, — pa^ encore — sera coupé 
— le bâton d'encens — du serment/* 

Le bâton d'encens allumé en témoignage de leurs fiançailles sera censé, 
pour Kiiu, brûler jusque dans l'autre vie. 

7. Voir, pour le sens que présente ici le mot «a»», ma traduction du 
Lific y an Tien, p. 32, en note. 

8. Litt. : *La masse — d^ amour — je porterai — en bas; — au palais des 
(Neu/J sources — p€is encore — elle sera détruite/* 

Ce vers fait allusion à un de ces contes véritablement insensés que l'on 
rencontre parfois dans la collection des légendes chinoises. 

Une jeune fille aimait un étudiant qui la payait de retour. Il se trouva 
qu'elle fut violentée par un étranger et qu'eUe mourut. Sa passion, qui ne 
s'était pas éteinte avec sa vie, prit une forme matérielle, et devint un petit 
être ayant l'apparence d'un homme, qui demenrait étendu sur les reins de 
la jeune fille. Le mandarin du lieu eut connaissance de l'événement et fit 
exhumer le corps pour procéder à une enquête judiciaire. L'étudiant dut 



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150 KIM VÂN KlfiU tAn TRUY|N. 

Niêm riêng riêng nhumg bàn hoàn; 

Dâu chong trâng d!a, luy tràn thSm khân. 

Tûy vân chçrt tinh giâc xuân; 

Dirôi dèn ghé dên, an cân hôî han : 
715 «C(T trôi dâu bè da doan! 

«Mot nhà, de chi riêng oan mot minh! 

«Mot minh ngôi nhân canh tàn! 

«N5i riêng côn mâc mirôi tinh chî dây?> 

Rang : «Long dirong thon thiïc dây; 
720 «Ta duyên c5n yrrcÎTig moi nây chwa xong! 

«Hô* moi ra, cûng then thùng; 

«Bè 15ng, thi phu tam long \ài ai! 

se présenter. Lorsqu'il vît apparaître le cadavre de celle qu'il avait aimée, 
il poussa un cri et fondit en larmes; mais sa voix ne se fut pas plutôt fût 
entendre que le *Kh^i ành> ou «mcw^c d'amour* (sic) que la jeune fille 
portait sur elle disparut. 

Tûy Kieu déclare qu'il n'en sera pas ainsi pour elle, et qu'elle portera 
son € Khoi ùnh » jusque dans le monde des morta. 

« Tui/in dài — palais des sources » est la même chose que « J^ ^ cht 
tnyin — les Neuf sources* OU « «T^S huynh tuyên — la Source jaune*, 

1. Litt. : *Da7u sa pensée — parUculière, — parliculièrement — (eUe ^ 
fait) absolument que — se souvenir sans cesse.* 

2. Litt. : « VhuUe, — ayant été allumée toute la nuit, — a blanchi — ?»<»'*' 
à la soucoupe; — les larmes — en débordant — ont imbibé — (ton) mouchoir.* 

3. Litt : ^(Dans les) ressorts — du Cid, — (quant aux) mûriers ^ (f^ ^) 
la mer — (U y a) beaucoup de mystères/» 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 151 

Elle est là; rappelant sans cesse à sa pensée (tons les malhenrs qni 
Faecablent) '. 

La sonconpe de la lampe est à sec; mais son monchoir est trempé de 

lannes^ 
Tuy Van se réveille en snrsant; 

elle vient près de la lampe^ et presse (Kieu) de questions. 

«Les desseins mystérieux du Gel changent bien souvent toutes 715 

> choses'!» (dit-elle), 
«mais, parmi toute la famille, sur vous seule, ô ma sœur! il fait 

» tomber cette infortune! 
«Vous restez assise ici, jusqu'à la fin des veilles de la nuit! 

«Pourquoi dans la situation où vous êtes, vous attacher encore à des 
» pensée d'amour?» 

«Mon cœur», lui répond Kiffu, «est rempli d'anxiété! 

«Que deviendra ce projet de mariage? Cette affaire n'est point ré- 720 

»glée encore*! 
«Si j'ouvre la bouche, il me faudra rougir de honte, 

«et si je garde le silence, je serai ingrate envers lui *! 

Voir sur €dâu ftl» la phrase du ]^^ que j'ai citée dans la note sous 
le vers 3. 

4. litt. : « La soie — du mariage — encore — est déliée; — ce bout (de fX) 
— pas encore — est — dégagé,» 

Un fil délié n*est pas solide. En lui comparant Tunion projetée avec Kim 
Trong, Té^ Kiiu veut dire que rien n'est assuré de ce côté. En effet, pour 
ee qui la concerne, il lui est désormais impossible d'être l'épouse du jeune 
homme, puisqu'elle se croit mariée à Ma Qiàm Sanh; et d'autre part elle 
ne sait pas encore si sa sœur Tûy Vân consentira à se substituer à elle dans 
l'exécution de ses engagements. 

«ifot> est ici l'extrémité de ce fil qui représente la tristesse, le souci. 
Ce fil est toujours emmêlé avec le reste; ce qui veut dire que le cœur de 
la jeune fille n'est pas encore délivré du souci qui le ronge. 

5. litt : « (SiJ je laisse — (cela dans mon) coeur, — alors — je suis in- 
grate — (quant auj ccsur — avec — quelqu'un/* 



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152 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

«Cây em! Em c6 chiu loi, 
«Ngôi lên cho chî! lay roi se thira! 

725 «Gifra dàng dtd gânh tirong tir; 

«Keo loan châp moi to* thira màc em! 
«Kè tit khi gâp chàng Kim, 
cKhi ngày quat irô'C, khi dêm chén thë. 
«Sur dâu sông giô bât ky? 

730 «Hiêu tinh cô nhe hai bë ven liai! 



€^e l(nig*y litt. : ^laisser — (quant au) cœur (dans le coeur)* est un idio- 
tisme qui signifie % retenir quelque chose dan» son esprit». 

L'auteur joue sur le mot «long»; mais pour indiquer la diflférence du 
rôle qu'il joue dans chacun des deux hémistiches, il le fait précéder dans 
le second de la numérale ^tdm*. C'est que ^Jhng» seul signifie aussi bien 
^espnt» que «cceur», tandis que lorsqu'il est accompagné de sa numérale 
il n'a exclusivement que le dernier de ces deux sens. ' 

1. Litt : € Assieds-toi — en montant — pour — ta sosur àmée! — (Quand 
de) se prostei'ner — elle aura fini, — el^e exposera — (son désir)!» 

Le mot «fôn» indique ici l'invitation que fait Ki^ à sa sœur cadette 
de se placer par rapport à elle dans une position moralement supérieure, 
afin de lui permettre à son aînée de remplir vis-à-vis d'elle le rôle de sup- 
pliante; et aussi la situation matérielle plus élevée où elle va se trouver 
en prenant place sur un siège au fond de la salle, tandis que sa sœur sera 
prosternée à ses pieds. Voir, pour plus de détails sur cette particularité de 
mœurs, ma traduction du Luc Vân Tien, p. 25, en note. 

2. Litt. : « Au milieu de — le chemin — a été coupé — le balancier — de 
Vun à Vautre — penser;» 

Ce vers contient une figure extrêmement originale, mais inacceptable 
dans notre langue. Les pensées amoureuses de Tùy KOii et de Kim Trçng 
sont comparées à ces deux fardeaux que les porte-faix chinois et annamites 
ont coutume d'assujettir aux deux bouts d'un balancier ou fléau qu'ils placent 
en équilibre sur leurs épaules. Le porteur de ce fardeau amoureux le trans- 
portait le long du chemin qui devait aboutir au mariage des deux amants; 



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KIM vAN KIÊU tAN TRUYÊN. 153 

« ô ma sœur, j'ai recours à toi! accéderas-ta à ma demande? 

cAssieds-toi^ laisse-moi me prosterner à tes pieds! Après cela je 

> parlerai <! 

cLe lien de notre amour s'est rompu à moitié chemin ^; 726 

«(mais) tu pourras^ si tu le veux, heureusement le renouer^! 
«Depuis le jour où je connus le jeune Kim, 
«nous échangions jour et nuit nos promesses et nos serments *. 
«Qui eût prévu qu'un malheur subit allait soudain tout détruire ^? 

«Il est (cependant) un moyen de respecter tout ensemble et les 730 

> droits de la piété filiale et l'affection des époux ^! 

mais au milieu de la route, le fléau s'est trouvé rompu, et les voilà désor- 
mais devenus étrangers Tun à Tautre! 

3. Litt. : •Le fait de coller — le Loan — (eij de nouer — les boula — 
de soie — qui restent — est à la volonté de — (toi, ma) sœur cadette!» 

c Loan » est le nom d'une espèce de fil de soie avec lequel on confectionne 
des cordes d'instruments. 

4. Litt. : € Lorsque — (c^ était) le jour — nous éventions — les promesses; 
— lorsque — (c^était la nuit) — nous accompagnions de tasses — les serments, > 

€Quat — éventail» et ^ekén — tasse» deviennent des verbes par position. 
Au contraire, «^ — Jurer» devient, pour la même raison, un substantif. 

Ces deux figures sont extrêmement cherchées. Lorsque deux Annamites 
causent ensemble pendant la chaleur du jour, ils font naturellement grand 
as3ge de l'éventail. Le soir, au contraire, en causant l'on boit du vin. De 
là ces expressions qui, comme on le voit, ne manquent pas de couleur locale. 
*Chén» fait encore allusion à l'ivresse du vin, en tant que comparable à 
celle de l'amour, qui est l'objet des serments dont il est parlé ici. 

5. Litt. : * L* affaire — où (était-elle) — de vagues — (et) vent — inopinés?» 
On peut aussi admettre une connexion entre ce vers et le suivant, et 

traduire ainsi : 

• A présent qu'un malheur inattendu a soudainement tout détruit, 
*il est (cependant) tm moyen . . . .» 

En ce cas la traduction littérale serait : 

• (Quant à) V affaire — où (pouvait-on la pi'évoir^) — de vagues, etc, . . . .» 

6. Litt. : « (Quant à) la piété filiale — (et à) Vamour, — il y a — (un) mot/en 
que — Us deux — côtés — soient intacts — tous deux!» 



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I 

I 



154 KIM vAn KIÊU TAn TOUYÊN. 

«Ngày xuân em hây c6ii dài! 

«Xôt tinh mâu mû! thay lui nxr&c non! 

«Chi dâu thit nât xTrang m6n, 

«Ngâm cirW! Chln suôi cûng c6n thom lây! 
735 «Chiêc vành vôi birc tir mây, 

«Duyên nây thi gîtr, vât nây cûa chung! 

«Dâu em nên vçr nên chông, 

«Xot ngirW mang bac; ât long chô* quên! 

«Mât ngirW, c6n chût cûa tin; 
740 «Phfm don vôi mânh hirang nguyën ngày xira. 

«Mai sau, dâu cô bao giô* 

«Bot lô hu*0Tig ây, dô- dây phlm nây, 

«Trông ra ngon cô là cây, 

«Thay hiu hiu gîô, thôi hay chi vë! 
745 «Hôn côn mang nâng IW thë! 

«Nât thân bô lieu, c6n nglii truô-c mai! 



1. Litt. : €Soi8 émue — (quant aux) sentiments — du sang! — Bemploct 
(moi) — (quant aux) paroles — d'eaux ^ et de montagnes!'» 

2. Litt. : « (Ta) sœur aînée, — si sa chair — est broyée, — (si) ses a "' 
sont usés, » 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYÇN. 155 

«Ton printemps^ ô ma sœur^ durera longtemps encore! 
«Prends pitié de ta sœnr aînée! Cbarge-toi de ses serments *! 
«Quand ma chair et m^ os seront anéantis ^^ 

«•Pen sourirai! et la bonne odeur de votre union viendra, dans le 

> monde d'en bas, se faire sentir jusqu'à moi! 
«Voici son bracelet et sa lettre! 735 






Bemplis l'obligation du mariage! et, quant à ces souvenirs, qu'ils 

soient communs (entre nous)! 
«Si tu contractes cette alliance, 

«tu auras eu pitié de mon infortune. Mon cœur, certes! ne l'oubliera 

>pas! 
«Quand je n'y serai plus, ces quelques souvenirs te resteront de moi; 

«ce pfdm de sa guitare le brâle-parfums du serment. 740 

«Et si quelque jour il arrive 

«que, brûlant de l'encens dans cette cassolette, tendant avec cepAim 

>les cordes de ton mstrument, 
«tu viennes à regarder l'extrémité des herbes ou bien les feuilles 

>des arbres, 
«et que tu les voies agitées par une brise murmurante, sache alors 

»que c'est ta sœur qui revient (pour te visiter) ^\ 
«Mes serments lourdement sur mon âme pèseront encore! 745 

«Lorsque mon corps sera détruit, mon amour (pour celui qui devait 
>être mon époux) n'aura pas cessé d'exister^! 

3. Litt. : « Tu perçoives — le * hiu hiu > — du vent . . . . > « Htu hiu » est 
ane des onomatopées dont la langue annamite est si riche. 

4. Litt. : « (LorsqueJ sera — détruit — le corps — du jonc — (etj du saule, 
— U y aura encore — Vaffeetian — du bambou — (et) du Mai!» 



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156 KIM vAN KIÊU TAN lllUYÊN. 

<Da dài câch màt, khoât IM, 

«Rirôi chan giot iurdc cho ngirôi thâc oan! 

«Bây giô* trâm gây girong tan, 
750 <Kè làm sao xiêt muôn vàn ai an? 

cTrâm ngàn gdi lay tinh quân! 

«Tôc ta vân vôi cô ngân ây! Thôi! 

cPhan sao phân bac nhir vôi? 

cBâ dành ivx&c chây, bèo trôi la làng! 
765 «Oi Kim lang! Hô*i Kim lang! 

«Thôi! Thôi! Thiêp dâ phu chàng tir dây!> 

Can lô-î, hôn ngât, mâu say! 

Mot hai lâng ngât, dôi tay lanh dông. 

Xuân huyên chat tînh giâc nông; 



Voir, sur Texpression *bô lieu*, ma traduction du Lytc Vân Tien, p. 60, 
en note. Cette figure a surtout trait aux jeunes filles. « Trtrâc mai*, au con- 
traire, se dit spécialement du mari et de la femme. Le premier est assimilé 
au bambou à cause de sa force et de sa taille supérieure, et la seconde 
au Mai à cause de sa faiblesse, de sa grâce, ainsi que du charme qu'elle 
répand dans son intérieur et que Ton compare au parfum qui émane des 
fleurs de cet arbre. 

1. Litt. : « (Lorsque dans) de la nuit — le paJeUs — je serai éloifftUe — (quanl 
au) visage, — je serai coucerle — (quant aux) paroles, » 

2. Cette figure se trouve déjà dans le vers 70. 

3. Litt. : €En comptant — comment — énumérer — les dix mille — dix 
milliers de — d'amour — tendresses f * 



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KIM VÂN KIÊU tAn TRUYÊN. 157 

«Quand j'aurai disparu dans la demeure ténébreuse >; et que ma 

>voix ne se fera plus entendre^ 
<Tu verseras des larmes sur la fin malheureuse de ta sœur! 

«Maintenant que Taiguille de tête est rompue, que le vase est mis 

> en morceaux ^, 

«qui pourra dire à quel point Tun l'autre nous nous aimions^! 750 

«ô mon ami! pour toi je forme mille vœux^! 

«Il devait en être ainsi! à notre courte union ce terme était assigné! 

«ô mon destin! pourquoi te montrer si cruel ^? 

«Cen est fait! Le fleuve coule, et la lentille d'eau flotte à l'aventure, 

> emportée par le courant! 

«ô Kim! ô mon bien-aimé! 766 

«Plus d'espoir! Je te perds à compter de ce jour!» 

Elle dit, et ses esprits l'abandonnent; elle tombe évanouie '! 

Sa respiration est oppressée, ses mains froides comme le bronze. 

Ses parents brusquement sont arrachés à leur sommeil. 



4. Litt. : *CAu nombre de) cent — mille — f envoie — (des actions de) — 
me proêUmer devant — de t amour — le prince! i^ 

€T%nh quân* est une désignation passionnée que les femmes annamites 
appliquent à celui qu'elles aiment loi-squ'elles lui adressent la parole. 

6. Litt. : € (Ma) desUnée — pourquoi — (est-elle une) destinée — blanche — 
comme — la diauxf» 

L'expression ^bae nhvvôi», qui est consacrée par Tusage et signifie ^trh 
ingrat», renferme un jeu de mots sur le sens du mot «6a<;», qui signifie à 
la fois * blanc* et *ingrat:^. 

6. Litt : < Étant à sec — de paroles, — (quant à) Vàme — elle s^ évanouit, 
— quant au sang — elle est ivre!» 



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158 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

760 Mot nhà chat nfch kè trong ngirW ngoài. 

Kè thang, ngirW thuôc bài bài! 

M<H dâu cou vâng; chù*a phai gîot hông! 

Hôi sao ra su* la lùng; 

Kiêu càng nii-c nô*, mô* không ra loi. 
766 NÔi nhxigVân moi df tai : 

«Chiêc vành dây v<>i ib bôi ô- dây! 

«May, cha làm loi duyên mây, 

«Thôi! thW iiôî ây, sau nây, dâ em!> 

1. *Ohàt nfch* se dit d'une foule tellement compacte qu'il est impossible 
de s'y glisser. 

2. Litt. €(Ily a des geru qui) apportent un bouillon; — (il y a des persormeê 
quij apportent un niédicament — êimuUanémentl » 

• Thang — bouillon» et €thuoc — médicament* deviennent verbes par po- 
sition, n faut observer en outre qu'il ne s'agit pas ici réellement du bouillon 
apporté d'un côté, et de remèdes apportés d'un autre. Ces deux mots ne 
sont séparés que par élégance et proviennent du dédoublement de l'expres- 
sion * thang thuffc* qui signifie •une poUon*, litt. : •un bouillon — de médica- 
ment*. Ce dédoublement permet à l'auteur l'emploi des deux mots € Arc» et 

• ngwai* qui se font opposition l'un à l'autre, et répondent au français: 

• celui-ci celui-là . . . .» 

3. Litt. : •Ahrê êeulement — elle est colorée — quant à Vacok» — â^étour- 
dissement; — (mais) pas encore — sont décolorées (dissipées) — les gouttes — 
roses,* 

• Ddu* est sjmonyme de •dâm*, et se dit d'une teinte qui se ravive. 
Le mot •hông* est appliqué aux larmes par le poète parce qu'elles coulent 
sur un jeune et beau visage, qualifié poétiquement de «m4 hong*. Cet 
adjectif permet, en outre, à l'auteur l'emploi du verbe •phai*, litt. : •se 
décolorer*, qui lui était nécessaire pour faire une opposition de sens au 
verbe •dâu*, 

4. Litt. : € (^) par bonheur — (notre) père — fait manquer Vunion — de toi,* 

• l2i — faute, erreur* devient ici un verbe, et prend le sens de «man- 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYl^N. 159 

et dans la maison se pressent ^ habitants et gens du dehors. 760 

Tous à la fois lui apportent qui une potion, qui une autre ^i 

Enfin (la jeune fille) commence à revenir à elle; mais ses larmes ne 

sont point taries ^! 
Interrogée sur la cause de cet étrange accident, 

SSu, accablée encore, ouvrait en vain la bouche, et ne pouvait ar- 
ticuler un mot. 

Mais alors F(ît), tout bas à Toreille, lui parla de ce qui intéressait son 765 
cœur. 

«•Fai ici», lui dit-elle, <le bracelet et la lettre! 

<Par bonheur, si, à cause de notre père, ton union est rompue \ 

«ta sœur est là, et pour cette affaire désormais tu peux compter sur 
»elle^! 

quer, fairtfaiuMt routes, L'expresdoD ^lamloi» correspond assez bien à la 
location française *meUre à mal». 

6. Litt. : « // êuffU! — Eh bien! — (daru) cette drcomtance-là, — pour cet 
avenir^ — désormaù — U y a ta sœur!* 

L'inteUigence de ce vers dépend toute entière d*une judicieuse appli- 
cation de la règle de position. 

*Sau* est adverbe; mais Tadjonction du pronom démonstratif «n^l*^» qui 
le suit le transforme en un substantif qu'il faut traduire par €cet aprèê-d*, 
ou pour parler français * cet avenir-ci ». ^Saunây» fait le pendant ^noiéty» 
qui le précède; et le pronom démonstratif «n^fy — ce .... ci» qui qualifie 
««ou» fait opposition au pronom démonstratif €éty — ce , , . , là» qui qua- 
lifie «not». Le choix de ces deux pronoms est fort bien motivé. ^Nhidy»^ 
en effet, représente des malheurs qui* sont dkt à présent arrivés; tandis que 
€$au ndy» se rapporte aux faits qui vont désormais se produire. 

*Em — êOBur cadette», sous Tinflucnce de dâ, marque du passé, devient 
un véritable verbe impersonnel, qu'on pourrait traduire par <ily a (ta) aceur 
cadette»; et en tenant compte de la valeur de la particule qui lui imprime 
son caractère verbal, i^ ^U y a eu (ta) sosur», c'est-à-dire : *ce fait qu'il y 
a ta êCBur eH déêormaiê arrivé, acquis, tu peux donc faire fond sur lui». 

Cette valeur verbale de «en»» étant bien établie, on voit que les ex- 
pressions *nèidy» et ^sau ndy» deviennent, par leur position, des expres- 
sions circonstancielles de lieu et de temps, et qu'on doit les traduire ainsi : 
«DAvs ce^ drconstanee», «pour V avenir qui s'ouvre devant nous». 



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160 KIM vAN KIÊU tan TRUYÊN. 

«Vi ai rang câi roi kîm, 
770 «Bè con bèo nèi mây chim vi ai? 

«LW con nhù lai mot hai! 

«Dâu m6n ngân dâ, dâm sai tac vàng?» 

Lay thôi, nàng lai thira trinh : 

«Nliô* cha giâ dirac nghïa chàng cho xuôî! 
775 «Sa chi tliân pliân toi d6i? 

«Dâu rang xirang trâng que ngwùi, quân dâu?» 

Xiêt dâu trong nôi thâm sau? 

Khâc canh lai giuc nam lâu mây hôi. 

Kiêu hoa dâu dâ dên ngoài; 
780 Quân huyën dâu dâ giuc ngu-W sanh ly! 

1. €Bu,ng rod* signifie «tomber», et *kim cài» signifie échanger». Le 
poète a dissocié et enchevêtré les nns dans les autres les termes de ces 
deux expressions. Pour en effectuer la traduction littérale et trouver par 
suite le sens du vers, il faut rétablir Tordre naturel : « PI ot rang rai «U 
Arm». On verra facilement alors que les deux expressions verbales sont 
impersonnelles, et qu^il faut traduire : 

Par le fait de — qui — a (eu lieu VacUon de) tomber, — a (eu lieu Vactian 
de) changer f* 

L'inversion d'une formule semblable et parallèle qui a lieu dans le vers 
suivant, montre clairement, que c'est bien là le sens littéral qu'il faut attri- 
buer à celle-ci. 

2. Litt. : €(V action de) — laiêter êumager — la lentille d'eau — et être 
submergé — le nuage — (a eu lieu) par le fait de — quif » 

Tûy vân, dans sa modestie, s'assimile à cet infime végétal qu'on appelle 
une lentille d'eau, tandis qu'elle compare sa sœur aux nuages, c'est-à-dire 



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KiM vAn kiêu tAn truyIn. 161 

< (Mais) qui donc a produit an (pareil) changement \ 

«et laissé surnager la lentille d'eau, tandis que le nuage était sub- 770 
• mergé^? 

«(ô mon père! écoutez) ce que votre fille solennellement vous dé- 

> clare ! 

«Avant que mon cœur lui devienne infidèle, les pierres, Fargent 

> s'useront^!» 

Puis, après s'être prosternée, (Kiêu) reprend comme il suit : 

«Je pourrai (ainsi), autorisée de vous, récompenser dignement Taf- 

> fection de ce jeune homme, ô mon père! 

« (Pour moi,) que m'importe d'être réduite à la condition d'une ser- 775 

> vante, 

«et que l'on dise de moi que mes os ont blanchi sur une terre étran- 

>gère?» 
Qui pourrait peindre la tristesse dans laquelle (tous étaient plongés) ^? 

Au pavillon du midi les quarts et les veilles avaient sonné maintes 

fois 
quand un palanquin vint s'arrêter à la porte. 

Une musique se fit entendre, donnant le signal d'une séparation plus 78O 
douloureuse que la mort ^! 

à ce qu'il y a de pins élevé. £lle se demande sous cette figure, comment elle, 
qui a si peu de valeur, se trouve épargnée par la mauvaise fortune, tandis que 
7% Kiêu, dont les qualités sont si éminentes, est accablée par le malheur. 

3. Litt. : * Quand bien m^ie — s'useraient — targent — et la piéride, — 
(est-ce quej f oserais — errer — (quant à son) pouce (de cœur) — d'orf» 

Le signe d'interrogation est assez souvent supprimé dans la poésie an- 
namite quand la structure du vers indique suffisamment qu'il doit être 
soos-entendu. 

*Vàng — or* est bien un qualificatif honorifique appliqué au cœur de 
Kim Trçng; mais son rôle principal est de faire pendant au mot *ââ — 
pierre* qui termine le premier hémistiche conmie il termine le second. 

4. Litt. : *(Le fait d'énumérer — ou (serait-U) — dans (la série de) — 
(ces) drcûnstances — profondes — (et) tristes?» 

5. Litt. : « Les quan — et les instruments à corde, — (d')ou (venaient-ils f), 
— déjà — pressaient — Us gens — (qffii) vivants — se séparaient!» 

11 



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162 KIM VAN KIÊU TAn TRUY^N. 

Dau long kè à ngirW di! 
Luy rai tliâm dâ, ta chia râ tâm! 
Triri hôm mây kéo; toi dam; 
Dau dau ngon khôi; dâm dâm nhànli su'ang. 
785 Rxr&c dâu vë dên trù phông. 

Bon bë xuân tôa; mot nàng ô* trong. 
Ngâp ngù'ng then loc, e hông; 



Le quân est proprement une sorte de flageolet à six trous; mais il dé- 
signe ici les instruments à vent en général, comme « huyên » désigne les ins- 
truments H corde; et les mots *qiiàn huyen» forment en réalité une expression 
consacrée par Tusage dont le sens est : ^toutes sortea d^inatrumenta de mu- 
sique», 

*Sinh ly — «e séparer vivants» est une sorte de condensation sous forme 
d'adjectif composé, de la maxime cochinchinoise : ^Thà lia chê^t, chang thà 
lia s5ng — Il vaut mieux se séparer morts que de se sépai'er vivarUs (la sépa- 
ration amenée par la mort est moins douloureuse que celle qui a lien entre 
personnes encore vivantes).» 

11 n'y a pas, que je sache, do maxime semblable en français; mais 
cxistat-elle, il ne serait pas possible de rendre l'idée qu'elle exprime par 
les simples mots « séparés vicants » auxquels réix)nd exactement, dans ce vers 
annamite, l'expression chinoise « ^b S& sink ly ». Ce serait, au moins dans 
le cas présent, une expression absolument vide de sens. C'est que la langue 
fmnçaise ne permet pas, comme le chinois et l'annamite, de rappeler t«mte 
une maxime par un ou deux mots appliqués, sous foime d'épithète ou 
d'adjectif qualificatif, à une personne ou à une chose. 

L'auteur du poème s'est peut-être inspiré aussi de ce passage du roman 
chinois *. J^ >lfi les pruniers qui fleurissent deux fois : 

— Les anciens disaient : « Parmi les innomhrafjles misères de ce monde, il n^eti 
» est point de comparable à la séparation qu'amhne la mort et à celle qui a lien 
* entre vivants.» TUl ^ ife chap. II, p. 3, vcrso.) 

i. Lit t. : «Le* larmes — tombèrent — (de manière) à im/4l>er — iles pierres; 
~ (car) la soie, — se divisant, — se désunissait (d^avec) — le ver.» 



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KIM VAN KIËU tAN TRUYÊN. 163 

Ceux qui restaient, celle qui partait, sentirent leur cœur se déchirer! 

Abondantes coulèrent les larmes! (car) les parents voyaient d'eux- 
mêmes se séparer leur propre chair > ! 

t Ainsi) le ciel du soir se voile (parfois) de nuages; la nuit se fait et 
la pluie tombe \ 

La fumée s'élève en mélancoliques flocons; ruisselants; les arbres 
(étendent) leurs branches \ 

On conduisit la jeune épouse dans une retraite provisoire^ 785 

et on la laissa seule dans une chambre soigneusement fermée ^. 

Incertaine de son sort, honteuse de s'être vendue et craignant (d'être 
victime de) sa beauté, 

Ces figures ne senûent pas compréhensibles en français; je les ai ren- 
dnes par des équivalents. — *-ThSm ââ*, après un verbe neutre, est adverbe 
par position. 

â. Litt. : « D€ms le ciel — du crépuMcule du 9oir — leê nuages se répandent; 

— les ténèbres — sont trempées d'eau.* 

3. Litt. : * Mélancoliques — (sonlj les flocons — de fumée; — ruisselantes 

— (sont) les branches — de rosée (mouillées comme si elles étaient baignées par 
ta roméejf» 

Ces quidificatifs à effet, formés par la répétition d*un adjectif au com- 
mencement d*nn vers ou d*un hémistiche, sont très fréquents chez les poètes 
snoamites, qui semblent avoir emprunté ce procédé k la poésie chinoise, et 
particalièrement au Livre des vers dans lequel on en renconti'e des exemples 
pour ainsi dire à chaque page. 

Ce vers et le précédent sont, à mon sens, pris au figuré, et expriment 
la tristesse de la situation; mais on peut également leur conserver leur 
acception naturelle, et les regarder comme exprimant simplement la venue 
d^une nuit pluvieuse. 

4. litt. : < (DesJ quatre — entés — c^ était soigneusement fermé; — la seule 

— jeune femme — se trouvait — dedans. » 

« Xuân têa* est une expression qu'il serait bien difficile de traduire litté- 
ralement, tant elle est alambiquée. *Xuûn* dont le sens natui'el est ^ prin- 
temps *, a pour signification secondaire *les plaisirs de Vamour», et, en 
forçant la dérivation, « une personne dont la possession est précieuse h ce point 
de me, une feaimc cUmée de grands charmes p. Le sens de ^Xuân toa» est 
donc *&ien enfermé, comme on enfermerait une jolie femme qiCon veut absolu- 
tnent garder €wprès de soi»; on pourrait dire peut-être en employant un style 
Quelaue peu plaisant : * amoureusement tenue sous clef». 

11* 



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164 KIM vAn KIÊU TAn TRUYÊN. 

Nghï 16ng lai xôt xa 16ng dôi phen! 

*Phâm tien rai dên tay hèn, 
790 «Hoài công nâng gifr mira gin vôî ai! 

«Biêt thân den birdc lac loài; 

«Nliuy dào dâ bè cho ngirW tlnh chung! 

« Vi ai ngân doan giô dông! 

«Thiêt long khi *; dau 16ng khi di! 
795 cTrùng phùng dâu hoa c6 khi, 

«Thân nây thôi c6 con gî ma mong? 

«Dâ sanh ra sô long dong, 

«Con ôm lây kiêp ma hông dirac sao?» 

Trên an phût thây thanh dao, 
800 Giâu câm nàng dâ gôi vào chéo khân. 

«Phong khi nirô-c dâ dên chan, 

«Dao nây thi lieu vôi thân phân nây!» 



1. Litt. : * (Personne du) rang de» Immortel»,* 

2. Litt. : « Je regrette — ma peine de — de la chaleur — me pré»eroer — 
(et) de Ju pluie — me garder — avec — quelquun (Kim Trong)!* 

Par *nâng mira — la chaleur et la pluie t^, Ki^ entend les mille circons- 
tances susceptibles de porter atteinte à la fidélité qu'elle gardait à son futur 
époux. 



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KIM vAn KIËU TAN TRUYÇN. 165 

elle pensait à son amonr, et ces pensées étaient bien amères! 

< Jeune fille distinguée \ tombée en de viles mains^ 

« c'est bien en vain », se disait-elle, « que j'étais, avec tant de soin, 790 

> restée fidèle à mes serments^! 
« Me voici (désormais) abandonnée à Faventure, 

«et la fieur du Bào aura été cueillie pour tout le monde! 

«Pour lui, j'ai arrêté le souffle de Torient^! 

«Si je restais, il souffrirait; il souffrira parce que je pars! 

«Si quelque jour, par hasard, je le rencontrais de nouveau, 795 

«désormais que pourrait-il encore espérer de moi? 

«Née pour une existence errante et malheureuse, 

«pourrais -je (plus tard) vivre encore en femme élégante et dis- 
tinguée *?> 
Tout à coup elle voit un couteau sur la table ; 

elle s'en saisit et le dissimule dans un coin de son mouchoir. 800 

« Au cas >, dit-elle, « où le flot (du déshonneur) monterait jusqu'à mes 

» pieds, 
«ce couteau-ci tranchera les difficultés de ma vie ^! > 



3. •J'ai créé des embarras dans sa vie,^ 

4. Utt : « Encore — embrasser — V existence — (d'aune personne aux) joues 
— roses — pourrais-je — comment f» 

6. Litt. : < Ce couteau-ci — alors — réglera — avec — cette condition — ci 
(l<^ situation qui nCest faite)!* 



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166 KIM vAn KIÊU TAn TRUYÊN. 

Diém sau mot khâc mot cbây ! 

Bâng khaâiig nhir duh nhir say mot mlnh! 
805 Châng là gâ Ma Giâm sanhy 

Vân là mot dû^a phoug tinh dâ quen. 

Quâ chai, lai gàp hôi den, 

Quen vùng lai kiêm an mien nguyêt hoa. 

Lan xanh cô mu Tu hà, 
810 Làng choi, dâ trô* vë già; hët duyên. 

Tinh cir châng hen ma nên; 

Mat cira mu-ôp dâng dôi bên mot phu-dng. 

Chung lirng mô* mot cita hàng, 

Quanh nâm buôn phân bân hirang dâ le. 
815 Dao tim khâp cher thi que, 



1. Litt. ; «Xe* coup» — trisUM -— (pour) un — quart — (ont) un (fait de) 
— se prolonger!* 

2. « Ching là — ce n'était pas > est une expression elliptique dont le dé- 
veloppement est : «ce rC était pas autre chose que » 

3. *Hâi den» signifie « une occasion favorable pour se Uvrer à la débaude*. 

4. Litt. : « Habitué, — il venait — chercher à — manger — (dam) la ré- 
gion — de la lune — (et) des /leurs, » 

5. Litt. : « La sciure — et le concombre sauvage, — des deux — parti — 
(formèrentj une — association,* 

La sciure de bois est chose vile; le concombre sauvage n*a pas plus de 
valeur, et qui plus est, il blesse le goût par son amertume. De là remploi de 
cette comparaison pour désigner une créature infâme et un vaurien naisible- 



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KIM vAn kiëu tAn truy$n. 167 

Les quarts de ces doulonreuses veilles tardent toujours plus à sonner • ! 

Elle ne sait; dans son triste isolement, si elle rêve ou si elle est 

éveillée! 
Or ^ AJà Gidm sanh 805 

n'était autre qu'un libertin adonné aux plaisirs de Tamour. 

Lorsqu en passant par là il rencontrait une occasion favorable^, 

habitué qu'il était des lieux, il se livrait à sa passion ^ 

Dans la maison de plaisir se trouvait la vieille Tû bà. 

Après une vie de débauche, les années étaient venues, et ses charmes sio 

avaient disparu. 
La chose eut lieu par hasard, sans qu'on eût rien fixé d'avance. 

Cette infime coquine et ce fieflFé vaurien -^ se mirent en société. 

Us s'associèrent tous deux, et ouvrirent une boutique 

(dans laquelle), tout le long de l'année, ils vendaient les faveurs des 

courtisanes ". 
La vieille, pour en chercher, courait la campagne et la ville, s 15 

Le mirâp dânff, en chinois "S fl]^ ^^ô qua, que j ^appelle * concombre sau- 
vage * faute de désignation plus exacte, n'est pas la plante que nous nom- 
mons ainsi en français, et dont le nom latin est ^nMomordica elaterium^. C'est 
une autre espèce du même genre, le Monwrdica charantia. Bien que le fruit 
en soit amer, on ne Ten associe pas moins à d'autres ingrédients pour con- 
fectionner une sorte d'achard ou condiment au vinaigre. Cuit, il perd son 
amertume, et passe pour être un légume sain, rafraîchissant et stomachique. 
(Voy. Tabebd, Dictionarium anamUko-UUinum,) 

6. Litt. ; < Tout à Ventour de — Vannée — faire le commerce — du fard — 
et vendre — le* parfuma — étaient leur coutume,^ 

Par €pkéhi hucmg* on désigne les filles publiques. 



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16.8 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Giâ danli liâu ha day nghë an choi. 

Rùi may au cûng sir TrW! 

Doan tnrông lai chon mât ngirôi vô duyên ! 

Xôt nàng, chût phân thuyën quyên, 
820 Nhành hoa di bân vào thuyën lâi buôn! 

Meo lira dâ mâc vào khuôn! 

Sinh nghi, nap giâ, nghinh hôn sân ngày ! 

Mirng thâm : «Cô* dâ dên tay! 

«Càng nh\n vé ngoc, càng say khùc hoàng! 
825 «Bâ nên quôc sâc thiên hirang! 

1. Litt. : «Xa matheureuse — venail — choisir (tomber sur) — an visage 

— de personne — sans — grâce (de manières rebutantes)!» 

2. Litt. : *Je plains — la jeune femme, — petite quantité — de condition 

— de personne belle et distinguée!» 

3. L'auteur, par cette métaphore, compare son héroïne à une chose pré- 
cieuse tombée dans les mains d'une personne incapable d'en tirer avantage. 
Il y a aussi là une allusion aux lieux infâmes appelés «]]^ jte hoâ t'ing 

— bateaux de fleurs » qui sont si communs à Canton et dans les autres villes 
du littoral de la Chine. 

4. Litt. : <i(Par) des artifices — choisis (bien combinés) — elle avait été prise 

— à entrer dans — le moule!* 

5. On comprend facilement ce que l'auteur entend par ces expressions 
ironiques. 

6. Litt. :«.... Le drapeau m'est veim à la main!» 

7. Litt. : « Plus — on regardera — son teint — de pierre prédeuse, — plus 

— on sera ivre — du morceau de — Hoàng (cdu)!» 

Ce morceau de « Hoàng cdu » dont il a déjà été question au vers 475 fut 
composé par ^ ]^ jj^ ^ Tu Ma Tmmg Nhur. Ce célèbre lettré étant 
venu dans une famille où se trouvait une jeune veuve fort instiniite, apprit 
qu'elle désirait se remarier, et qu'elle attendait pour cela qu'un savant se 



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KIM VlN KIÊU TAN TRUYBN. 169 

et, se donnant pour une suivante, elle enseignait un honteux métier. 
La bonne et la mauvaise fortune sont choses dépendant du Ciel! 

Le de^in malheureux (de Kiêu) Favait jetée entre les mains d'une 

rebutante créature '! 
Je te plains, ô pauvre et noble fille ^, 

rameau flenri qu'on mène vendre sur le bateau d'un trafiquant vul- 820 

gaire^! 
La ruse avait réussi, elle était tombée dans le piège ^ ! 

Le temps était venu d'oflfnr les cadeaux de noces; on pouvait livrer 

la fille et la conduire, à son époux '\ 
(La vieille) en son cœur se réjouit : «La bonne aubaine!» (se dit- 

elle) «. 
>Plus on va contempler ses charmes, et plus on va se passionner^! » 

«La voilà devenue une brillante courtisane ^! > 825 



présentât pour ]'époo8er. Tw ma compoea alors le morceau de musique dont 
il est parlé ici, et la jeune femme, séduite par ces accents mélodieux, s'en- 
fuit avec le letM dont e]le fit son époux. 

Tûbà ae dit ici qu'en contemplant les cfaarmes de Ki3u les hommes en 
deviendront épris comme le fit la jeune veuve lorsqu'elle entendit la musique 
séductrice que Tu mS faisait résonner à son oreille. 

8. Lîtt. : « SUe ett devenue — une n^ale — beauté, — un céleste — parfum. » 
La clef de cette métaphore se trouve dans le passage suivant du ]^ ^^ 

kwmg nài miu dim chi phû qui — Par «beauté royale» et «parfum du ciel», 
< on entend Populenie beauté deê Mâu don » ; ce que le commentaire explique ainsi : 

c ^^ ^^ (Huyin tông) des Ë|- (Bàng), prenant plaisir aux fleurs dans son 
» palais, fit à ^ 1^ ^ ("Trân Tu k§) cette question : «Parmi les (lettrés) 
»de la capitale qui ont reçu Tordre de chanter en vers la fleur ^W; ^> qiii 
»a obtenu le premier rang?» — «^5 IF.^J* (Le chành Phong), lui fut-il 
» répondu, s'est exprimé ainsi : 

«/>» c Beautés célèbres», le matmy puisent dans le vin leur gaUé; 

« La nuit, les « Célestes parfums » donnent à leurs vêtements leur teinte (bril- 
lante).» 



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170 KIM vAN KIËU tAN TRUYÉN. 

«Mot cirM nây hân ngàn vàng châng ngoa! 

«Vë dây; iurdc tnidc bé hoa! 

«Virong ton, qui khâcli, ât là dua nhau! 

«Ba bon tràm lirang thd* dâu; 
830 «Cûng dà vira von; c6n sau thi loi!» 

«Miêng ugon kê dên tân noi, 

«Von nhà cûng tiêc; cùa trW cûng tham! 

«Dào tien dâ bén tay phàm, 

«Thôi vin nhành quit cho cam su* dôi. 
835 «Dirôi trân mây màt làng chci? 

« Quoique ces deux vers célébrassent (la fleur) fjj^ ^, ils faisaient en 
» réalité allusion aux concubines impériales (du titre de) 4'^[R (^ P^V- 
» L^Empereur s'adressant (alors) à ces dernières, leur dit : « Avant de vous 
omettre à votre toilette, vous commencerez par boire un rouge bord!» (Je 
» traduis ainsi S^ •^ ta kim — or poui'pre, qui est évidemment un nom de 
»vin coloré en rouge.) 

1. Litt- : * Étant de retour — ici, — pour la fois — d'avant — on cueU- 
lera — la fleur/» 

€Nv&c — eau», signifie par dérivation «un bain de teinture», ^une teinte». 
La mégère compare en quelque sorte rinfâmo exploitation à laquelle elle 
se propose de se livrer à l'action du teinturier qui trempe à diverses re- 
prises une étoffe dans le bain de teinture d'abord pour la colorer, puis 
ensuite pour lui rendre sa nuance primitive et la faire paraître comme 
neuve. 

On pourrait traduire aussi, en prenant «dâi/» dans son acception très 
fréquente de pronom personnel de la première personne : 

<tCeêl à moi à cueillir cette fleur la première, (Lorsque cette fleur sera cueiUie 
pour la première fois, c'est à moi qu'en reviendra le bénéfice) » 

2. Litt. ; * (Alors que ce) morceau — savoureux, — s'approchant, — vient 
— près de — Vendroit (où il doit naturellement entrer, la bouche).» 



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KIM VAn KIÊU TAN TRUYÊN. 171 

«Auprès d'an de ses sourires, mille onces d'or ne sont rien! 

«Nous void de retour ici, et pour la première fois on va cueillir cette 
>fleur^! 

«Grands personnages, nobles étrangers assurément se la disputeront! 

«Essayons d'en demander trois ou quatre cent taëls! 

«J'aurai recouvré ma mise; après, (tout) sera bénéfice!» 830 

Ce beau morceau lui tombe dans la bouche \ 

mais elle n'en regrette pas moins son capital, et voudrait que tout 

f&t aubaine 3 ! 
Quand une figue vient à la main d'un être méprisable, 

il tire à lui la branche de mandarine pour améliorer (encore) sa si- 
tuation^. 

« Bien peu de gens, en ce monde, cherchent des plaisirs avouables ^! 835 

3. litt. : cLc capital — de »a niaiëcn — tout aussi bien — elle regrette; 

— les choses — du Ciel — tout aussi bien — elle convoite!» 

Les deux hémistiches renferment chacun une inversion. — «(7fk Trbi — 
les choses du Ciel (entoyies par le Ciel) », ce sont les choses qui nous arrivent 
ÎDOfiiDément, les aubaines. 

4. Lorsque ces gens méprisables et vils font par hasard quelque béné- 
fice inattendu, ils deviennent insatiables et cherchent sans mesure à grossir 
leur avoir. 

<Bàotièn* est le renversement annamite de l'expression chinoise <f|l|>N^ 
tien dèo — la pêche des Immortels », qui est un des noms de la Jigi^. 

6. Litt, : <.(Dans la) située en dessous — poussière — combien de — visages 

— de gens qui se livrent décemment aux plaisirs de V amour f» 

€ TrSn » est pour ^phbng trdn » OU « chon phong trân — le séjour du vent 
et de lapoussikre, ce bas monde», « Duài trdn» ne doit pas se ti'aduire littérale- 
ment par €sous la poussière», ce qui, du i*este, n'aurait aucun sens. Les An- 
namites emploient fort souvent les mots ^trên», <i dirai» et < Mi ngoài» dans 
on sens bien différent de celui que comportent nos prépositions «^sur», i^sous» 
et <en dehors de». Ces vocables forment alors avec le mot qu'ils régissent 
des îdiotismes fort embarrassants pour les personnes qui ne sont pas suf- 
fisamment familiarisées avec la langue. Ainsi *trèn troi, dtréi ddt, ngoài cher» 



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172 KIM vAn KIÊU tAN TRUYÇN. 

«Choi hoa, ché* de! May ngirôi biêt hoa? 
«Nirô-c vô liru, mâu mông gà, 
«Miron màii chîêu tâp; lai là c6n nguyên! 
«Map mô" dânh lân con den! 

ne signifiont pas ^^au-desêua du ciel, aou» la terre, en dekort du marché »^ 
comme ils le sembleraient au premier abord, mais bien *dan8 le cid, qai 
est placé au-dessus de la personne qui parle; sur la terre, qui se trouve 
au-dessous d'elle; au marché, qui est situé en dehors du lieu où elle se 
tient». Souvent même le point de comparaison est pris en dehors de la 
personne qui parle. Cela a lieu surtout dans les expressions figurées comme 
celle qui nous occupe. Ici le point de comparaison n'est pas la situation 
occupée par Tu bà, mais bien le ciel, en taivt qu'opposé à la terre. Il ne 
faut cependant pas conclure de là que ^trêii, duik et ngoçi> perdent dans 
ces idiotismes leur caractère de préposition (car leur "position P^ rapport 
au mot qu'ils régissent indique clairement qu'ils la conservent), mais bien 
que la langue française ne possède pas les prépositions correspondante». 
C'est principalement par suite de cotte lacune, qui provient de l'absence 
dans notre esprit de l'idée elle-même, en tant que spontanée du moins, 
que vient la difficulté que nous éprouvons à saisir immédiatement; le véri- 
table sens de ces trois mots lorsqu'ils sont employés ainsi, particulièrement 
celui du dernier, ^[%. Aussi pensé-je qu'il n'est pas inutile d'indiquer ici 
un artifice au moyen duquel on pourra, je crois, éviter toute ej*renr. Il 
consiste à considérer dans ce cas les mots dont il s'agit comme des xidjectifs, 
et la locution qu'ils contribuent à former comme une expression Jocative. 
On traduira alors littéralement : *(dan8 le) situé en dessus — del; ('«"' ^) 
située en dessous — terre; (dans le) situé en dehors — marché», Ol» pourra 
éviter ainsi des erreurs de traduction qui pourraient, dans certains cas, 
aboutir à de fâcheux contresens. 

Le mot *mqt» est ici une espèce de numérale amenée par ««i^» c* 
s'appliquant à l'expression ^làwj chai* à laquelle elle fait perdre son sens 
verbal pour le transformer en substantif. Ce mot ^làng choi> signifie *^tre 
un habitué de mauvais lieux»; mais il entraîne en même temps l'idée de ThI)- 
sence d'un scandale extérieur. 

1. Litt. : * S'amuser de — les fleurs — sans doute — est ' facile; — (^^tiJ 
combien d* — hommes — s^ entendent à — les fleurs f » 

2. Amaranthiu crista galli, 

3. Litt. : « (De manière à les) aveugler — je tromperai — les enfants — noirf.* 
L'adverbe ^mâp mer» est placé par inversion au commencement du vers. 
Les mots *dành lân» signifient quelque chose de plus que notre verbe 

* tromper », qui se rendrait par le monosyllabe « lân », soit isolé, soit uni à 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 173 

clk ont des amours^ c'est aisé! mais, combien en est-il parmi eux 

>qm se connaissent en maîtresses ^? 
«Avec de l'eau d'écorce de grenade^ avec le jus de la Crête de coq ^, 

«on refait la couleur primitive, et tout se retrouve au complet! 

«Le bon publie aveuglément viendra donner dans mon piège ^! 

un mot aatre qne dành. Les Annamites adjoignent ce dernier verbe, qui 
signifie proprement € frapper*^ à un autre lorsqu'ils veulent exprimer une 
action qui se répète toujours de la même manière et qui peut être assimilée 
à une série de coups semblables et frappés successivement. C'est ainsi qu'ils 
disent : « :J'T jw ^ifh hoc — jouer de Vargent», « :j^ «4^ dunh cd — pjciier», 
* ^ BÉ ^^ 9^y^ " /**^ ^ guerrt », etc. etc. Ici « :J^ ^C âành lân » 
sig^nifiera donc non-seulement «i tromper», mais € tromper plusieur» personne» 
suaxMtvemenl et de la même mamère». Cette expression, comme malheureuse- 
ment une foule d'autres, ne se trouve pas dans les dictionnaires annamites; 
c'est pourquoi il est utile d'en expliquer le mécanisme. 

L'emploi que je viens de signaler du verbe ddnh correspond tout à fait 
à celui que les Chinois font du verbe <tà* qui signifie également ^frapper». 
Cest ainsi qu'ils disent « :J^ "fè ta yù — pêcher», c -j^ -jk ta choîii — 
tirer de Veau» etc II est à remarquer que le caractère est le même dans 
les deux langues; mais semble au premier abord qu'il y diffère complète- 
ment au point de vue de la prononciation. Dans l'annamite elle procède 
très régulièrement de la phonétique "J^ dinb, dont 1'» s'est changé en a en 
compontion, ce qui n'a rien d'anormal; tandis que dans le chinois cette 
phonétique, qu'on y prononce «Unh», ne pourrait en aucune façon donner 
en se combinant le son «te». On pourrait en conclure qu'il y a là une adap- 
tation irrégulière faite par les Annamites à un mot de leur langue d'un 
caractère chinois qui, tout en répondant absolument à l'idée qu'exprime ce 
mot, en diffère absolument au point de vue du son. Ces cas d'adaptation ir- 
régulière sont fort rares, mais ils se présentent cependant quelquefois. C'est 
ainsi que le signe mj[, qui se prononce en ^S ^& *kàn», et en sinico- 
aanamite *eam», est à peu près universellement adopté dans l'écriture vul- 
gaire de la Cochînchine pour représenter le mot « dtîm », qui signifie comme 
lui « oser », mais dont la prononciation n'a aucun rapport de parenté proche 
ou éloignée avec la phonétique chinoise jpj[. La représentation de ce mot 
en écriture « chO- nom » devrait être quelque chose comme ♦Ê. 11 en est 
de même de ^thita — aaiHr V occasion», et de *thira — recevoir» qui sont 
représentés par les caractères 3ç. et S^, qu'on prononce en ^ ^^ ^ch%ng» 
et <tch%ng», ainsi que de quelques autres. 

Je ne croîs pas, cependant, que le caractère i^ ait été admis comme 
uu des caractères les plus fixes de l'écriture vulgaire annamite seulement 



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174 KIM vAn KIÊU tAn TRUYÇN. 

840 «Bao nhiêu cûng bây nhiêu tien! Mât chî? 

«Mu già hoàc cô dëu g\, 

«Lieu công mât mot buôi qui ma thôi! 

«Dell dây, duô-ng sa xa xuôî; 

«Ma ta bât dong nfra, ngu'W sanh nghî!» 
845 Tiêc thay mot doâ Trà mi! 

Con ong dâ mô* dàng di loi vë! 

Mot cou mu-a giô nâng ne, 

Thu'ang g\ dên ngoe? Tiêc g\ dên huong? 



en mison de la parité de signification, comme cela paraît être le cas pour 
f^. Je suis disposé tout au contraire à croire que la prononciation anna- 
mite vulgaire ^dành» dérive d'une prononciation similaire adoptée autre- 
fois en Chine pour ce caractère, concurremment avec « rfa », qui a été con- 
servé pour la prononciation sinico- annamite du même signe. M. Wells 
Williams donne on effet les sons «fia», <idap» et titâng» comme corres- 
pondant anciennement au son actuel chinois «^à». «Da» a été conservé 
sans altération dains la prononciation sinico-annamite (tîàj du caractère dont 
nous nous occupons. Quant à *tàng», affecté d'une brève, il présente la 
plus gi'ande analogie avec le «^itdnJi» vulgaire annamite; il est probable 
même qu'à part la transformation du t en <t qui est commune et n'a pas 
d'importance, le son que M. Wells Williams représente par «dfn^» (affecté 
d'une brèvej est identique avec <anh». C'est une pure question de trans- 
cription. 

De même, bien que le savant sinologue que je viens de citer n'indique 
pas d'ancienne prononciation chinoise coiTCspondant au ^tfiua» annamite 
pour les caractères ^ et yS^, je suis convaincu qu'il a dû en exister une; 
ce qui le prouve, c'est qu'à à Soua t 'eôu, au son < cbing » du 1^ ^^ cor- 
respondent «scng» et ^ê'^ia»; et à «tching» correspondent «cheng», «teng», 
«chfn», <^chHa» et «^"c». Or ceux de ces sons qui sont reproduite ici en 
italique ont un rapport de parenté visible avec *ikira», 11 faut donc en 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 175 

« Ântant il en viendra^ autant paieront de même, et je n'y perdrai 84o 

>rien »! 
«S'il arrive quelque chose à la vieille, 

«Elle fera si bien qu'elle en sera quitte pour perdre quelques instants 

> passés à genoux devant le tribunal^! 
«Pour arriver jusqu'ici, nous avons fait beaucoup de chemin, 

« et si nous restions inactifs, on pourrait bien concevoir des soupçons! » 

ô pauvre tige de Trà mi! 846 

L'abeUle a trouvé le chemin (de tes fleurs), et (désormais) son va et 
vient commence 3! 

En de si terribles assauts ^ 

qui aura compassion de cette perle? Qui ménagera ce parfum? 



conclure que pour qu'un caractère soit prononcé chez des populations tout 
à fait distinctes d'une manière sensiblement analogue, il faut que les vo- 
cables adoptés par elles proviennent d'une origine commune. C'est dans 
les indications qui nous restent des anciennes prononciations chinoises que 
l'on devra chercher la clef des contradictions qui existent entre celle qui 
a été adoptée pour certains caractères soit annamites, soit sinico annamites, 
et la phonétique chinoise qui devrait lui servir de base. 

L'expression « con den — &* enfants-noir» », comme celle de « dân âen — A? 
peiiple-noir », est la traduction en annamite vulgaire des mots chinois « |^ j^ 
le dân* qui signifient elliptiquement < le peuple aux cheveux noirs», c'est-à-dire 
*les Chinois* y et par extension *la masse du peuple considérée en général^ le 
vulgaire*. 

1. Litt. : <^ Autant (il en viendra), — tout aussi bien — autant (il y aura) 
— émargent; — je perdrai — quoif» 

2. Elle s'arrangera pour être renvoyée absoute par le tribunal en cor- 
rompant les juges de quelque manière. Devant les tribunaux chinois les 
accusés se tiennent à genoux. 

3. Litt : « VafieiUe — a ouvert — le chemin — d'aller — (et) le sentier — 
de revenir!* 

4. Litt. : « (Vans) un — acehs — de vent — (et) de pluie — grave, * 



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176 KIM VAN KIÊU tAN TRUYÇN. 

Tiec xuân mot giâc ma màng, 
850 Duôc hoa de d6; mot nàng ngôi tra! 

Giot rîêng tâm ta tuôn mira, 

Phân e nôi khâch, phân lo n5i m\nh! 

«Tuông chi là gîông hôi tanh? 

«Thân ngàn vàng dé ô danh ma hông! 
855 «Thôi! C6n chi nfra ma mong? 

«DM ngirôi thôi thê, là xong mot dW!» 

Gîân duyên tùi phân bôi bW, 

Câm dao, nàng dâ toan bàî quyên sinh! 

Nghï di nghï lai mot mlnh ; 
860 «Mot mlnh thM chô*! Hai tinh tliW sao? 

«Sau dâu sanh su* thê nào, 

«Triiy nguyên, châng kèo luy vào song thân! 

«Dânh lieu! Au hây thâ dan! 



1. Lîtt. : « Un feaUn — de printemps — dans un — sommeil — elle ne dis- 
tingue pas bien.» 

Le régime est placé par inversion au commencement du vers. 

2. Litt. : « Les gouttes — particulières — en abondance — coulent à flots — 
(comme une) pluie. » 

Le mot «mtm — pluies est adverbe par position. 

3. Litt. : «fJ5n faU de) comédie — quoi — est — (celle) espèce — puante f 9 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 177 

YoTant dans son sommeil confusément des choses immondes \ 
Kiêii est là; seule; accablée^ près de sa lampe solitaire! ^50 

Elle laisse de ses yeux s'échapper un torrent de larmes \ 
Elle a peur de cet étranger; elle s'inquiète de ce qui l'attend! 
«A quoi doit aboutir», se dit-elle, «cette comédie suspecte^? 

«Je laisse, en livrant ce corps précieux, souiller ma réputation de - 

> jeune fille distinguée ^! 
«Cen est assez, hélas! que pourrais-je espérer encore? 855 

«Puisque ma vie doit être telle, il ne me reste plus qu'à en trancher 

>lefil!> 
Irritée contre son destin, exhalant contre lui de vives plaintes, 



la jeune fille saisit son couteau; elle va s'en servir pour terminer ses 

jours! 
(Mais) dans son cœur perplexe les réflexions se succèdent : 



«Ah! s'il s'agissait de moi seule!» dit-elle. «Mais que deviendront 860 

>(les objets de mes) deux amours^? 
«S'il s'ensuivait plus tard quelque aflfaire, 

« et qu'on remontât à la source, infailliblement on s'en prendrait à mes 

> parents!» 

«Je me dévoue à tous risques! provisoirement laissons aller les 

> choses «! 

4. Litt. : €(Ma) personne — de mUle — (ImgoU) cTor — laiêêe — touiller 

— fna réputation — de joues — roses/» 

6. Litt- : €(Qtumt à) Vuràque — moi-même, — d'un côté — peu importe/ — 
(Quant à mes) deux — amours, — de Vautre côté — commentf» 

6. Litt. : * Je frappe — (un fait de) nC exposer/ — Définitivement — relâchons 

— peu à peu/» 

*Bânh Uiu» signifie €s^exposer à ses risques et périls». Le verbe ^dânk» 

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178 KIM VAN KIÊU tAn TRUYÊN. 

«E^lp chây, thôi! cûng mot lân là thôi!» 
866 Nhtrng là do dân ngirçrc xuôî, 

Tîêng gà nghe dâ gây thôi mai tirông. 

Lâu mai vita lue ngni snong, 

Ma sanh giuc giâ voi vàng ra di. 

Boan tnrfmg thay, lue phân ky! 
870 Vô eu khâp khînh; bânh xe gâp gMnh, 

Bë ngoài lên dàm tnràng dinh; 

Vuœng 6ng gânh tiêe tien hành dira theo. 

joue dans cette expression le même rôle que dans celles qui désignent les 
diverses sortes de jeu, comme c :J^ ^|r ddnk cù —jouer au dùque*, c ^J^ jffi 

ddnh bài — jouer aux carte» », « JT* JMl dânh c^ — jouer aux échec» », etc. 
etc. Cela vient que dans le fait de quelqu'un qui s'expose ainsi il y a un 
aléa; il ne sait s'il doit succomber, ou s'il échappera au malheur qu'U re- 
doute. 

1. Litt. :«.,.. fe contraire et le favorable, » 

2. Litt. : *(8ur) le palaiê — du Mai, — de» le moment de — »e calmer 
(commencer à »e dissiper) — la rosée, > 

L'auberge est appelée le palais du Mai parce qu'elle renferme sous son 
toit la jeune femme, poétiquement comparée à cet arbre. 

3. Litt. :«....& moment — de diviser — la divergence!» 

Le mot €ky» désigne le point où aboutissent des chemins divergents; 
et ^pMn là/* Be dit de l'action de gens qui, après avoir suivi d'abord le 
même chemin, se séparent à cette bifurcation. 

4. € KhéCp kkînhj gâp glành » sont des onomatopées très expressives. 

6. Litt. : « A Vextérieur — on monte — le dàm — de la située à une longue 
distance — »tation.» 

La poste se fait en Cochinchine par l'intermédiaire de cavaliers qui, 
à des intervalles déterminés, partent chargés de tubes de bambou cachetés 
qui renferment les correspondances. Ces cavaliers, qui peuvent faire de seize 
à dix-huit lieues par jour, se reposent de distance en distance dans une 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYÇN. 179 

< Qae ce soit tôt oa tard; il me suffira d'un moment!» 
Pendant qu'elle reste ainsi, pesant le pour et le contre \ 866 

sur la crête de la muraille voilà que le coq a chanté. 
Dès que la rosée (de la nuit) a séché sur (le toit de) l'auberge '^, 
le seigneur Ma en toute hâte la presse de se mettre en route. 
Hélas! qu'il est douloureux, le moment où l'on se sépare ^î 
Le sabot du cheval résonne, la voiture cahote \ 870 

et l'on arrive ainsi jusqu'à la station du tram K 
Le vieux Vuomg venait derrière, portant le repas des adieux'*. 

aorte de gare située au bord de la route et que Ton appelle un tram. C'est 
là qu'ils se relaient ou changent de chevaux. 

6. Les Chinois donnent un dîner d'adieu à leurs amis on parents qui 
partent pour un voyage. Cette coutume, qui s'appelle ^^ ^, est extrême- 
ment ancienne. Dès avant l'époque de Confucius, nous voyons les amis du 
voyageur l'escorter à une assez longue distance; puis après que ce dernier 
avait offert un sacrifice au génie du chemin, ils buvaient avec lui et lui 
ofifraient un festin sur le lieu même de la séparation (^t «1}* On trouve 
dans le ^ j^ (ode ^^ ^^^ une description assez complète et fort cu- 
rieuse de cette cérémonie. 

m m n ^ m % m % m m^ m 
^ M ^ m :st m m m -is ik=f m 

Wo -i-o $o ^o fio Mo Ho ^o ^o^oMoifto 

Hàn hdu xuât to; 



XuéCt tùc vu Bo, 
HÙn Phu Hm cki 



12« 



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180 KiM vAn kiëu tAn têuyên. 

Ngoàî thi chù khâch dâp dëu; 

Mot nhà huyên vôi mot Kiêu b trong. 
876 Nhin càng Ift châ giot hông! 

Dî tai, nàng moi giâî 15ng thâp cao. 

cVâ sanh ra phân tha dào! 

«Công cha nghïa me kiêp nào trâ xong? 

«Lô* làng, nirô-c duc pha trong; 
880 tTrâm nâm de mot tam long tit dây! 

«Xem giro-ng trong bây nhîêu ngày, 

«Thân con châng kèo mâc tay bqm già! 



Than t&u bâ h&. 
Ky hào duy hàf 
Bào biêt, Uên ngu, 
jEj/ tÔc duy hàf 
Buy tuân câp h^, 
Ky tànff duy TUif 
Thvea tho, lo xa. 
Bien dâu hthi thà. 
Hdu thi yen ift! 

Le Hdu de Hèm quitta la cour. 

n partit et passa la nuit à B&. 

Bien Phy, lui offrit, au festin des adieux, 

cent h& d'un vin clair et limpide. 

Or les viandes, que furent-elles? 

De la tortue rôtie, du poisson frais. 

Et les légumes, que furent-ils? 

Des pousses de bambou, des racines de jonc. 

Que furent aussi les présents? 

Un char de dignitaire avec son attelage. 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 181 

Au dehors hôte et convives en tumolte (s'agitèrent) 

(tandis qne) KiSa et sa mère se tenaient seules an dedans. 

Plus elles se regardaient^ plus leurs yeux se baignaient de larmes! 875 ^ 

Parlant à Toreille (de Vvrcmg bà), la jeune femme ouvrit complète- 
ment son cœur K 
< (Le Ciel) en me créant de moi fit une (faible) fille ^! 

«Dans quelle vie me sera-t-U donné de m'acquitter envers mon père 

>et vous? 
«J'ai manqué le but (de mon existence)! mais je veux laver ma souil- 

> lure ^, 

« et jusqu'à la fin de mes jours mon cœur ne vous quittera pas ^! ^^^ 

5 En réfléchissant ^ à ce qui s'est passé ces jours ci^ 

«il n'en faut point douter «! votre enfant se trouve aux mains d'un 

> misérable! 

Corbeilles et plats étaient en grand nombre, 
(car les autres) Hdu s'associaient au festin! 

Ici les choses se passent autrement, et ce n'est pas sans intention que 
le poète nous montre le pauvre Vttang ông portant tout le repas aux deux 
bouts de son balancier. 

1. Ldtt. : « délia — ton cçeur — dCune manière basse — tt d^une 

^^amkre haute.» 

2. Litt. : «Or — je sui* née — dans une condition — de tendre — &ào;> 

3. Litt. : « (SiJ fai manqué mon hut, — à Veau — trouble — je mélangerai 

— (de Veau) limpide I» 

4. Litt. : € (Pendant) cent — ans — je laisserai — (mon) unique — cœur 

— à partir d* — ici/» 

6. Litt. : «JS» regardant — à la manière d\n miroir (comme on regarde 
dam un miroir) — dans — tous ces — jours,» 

• Cheomg» est adverbe par position. La jeune femme suppose poétique- 
ment qne devant ses yeux se trouve placé un miroir dans lequel se voient 
les événements qui se sont passés récemment 

6. € Ching kéo », qui signifie « sans aucun doute », est une expression dont 
l'étymologie a besoin d'être mise en lumière. 



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182 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

«Khi vë, bô vâng trong nhà; 

«Khi vào, dùi thâng; khi ra, vôi vàng! 
885 «Khi an, khi n6i, Id* làng! 

«Khi thây, khi td, xem thirùoig xem khinh. 

«Khàc màu kè qui ngrrôi thanh! 

«Gâm ra cho kï, nhir hinh con buôn. 

«Thôi! Con c5n nôi chi con? 
890 «Sông, nhir dât khàch; thâc, chôn que ngirôi!» 

Vuong bà nghe bây nhîêu IM, 

Tîëng «oan!» dâ muôn vach trôi kêu lên! 

Vài tuân chfra can chén khuyên, 

Mai ngoài nghl dâ giuc lien ruôî xe. 
895 X6t con, 16ng nàng bè bè, 

THrô-c yen ông lai nân ne thâp cao. 

^Kêo» veut dire € de peur que t^. Associé à ^ching^, négation d'existence 
qui suppose nécessairement la présence d'un verbe sous-entendu, il constitue 
une formule dont la traduction littérale serait : «ne pas (il y a un) — de 
peur que >. « D n'y a pas de de peur qtte » revient à dire qu'on se trouve 
dans une situation où un fait inspirant une crainte exprimée par l'expres- 
sion €de peur que* (suivie d'un verbe) est certain ou inévitable. On ne peut 
plus dire : «de peur que (cela n'arrive)», puisque la chose est arrivée. — On 
rencontre une association d'idées analogue dans certaines locutions de notre 
langage familier, telles par exemple que celle-ci i *U n'y a peu à dire non!» 

1. Litt. : « il laiêse — (le fait d'être) solitaire — dans — la maistm, » 

2. Litt. : « Tantôt — les maîtres, — tantôt — les serviteurs — le regardent 



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KIM VÂN KIËU TAN TRUYÊN. 183 

«n laisse, lorsqu'il s'en va, la maison vide et déserte >; 
€ lorsqu'il rentre, il hésite; lorsqu'il sort, c'est à la hâte! 
cTout sonne faux dans ses façons d'agir! 885 

«Tant les maîtres que les valets le traitent sans considération 2. 
«Ses manières ne sont point celles des personnes honorables! 
«En y regardant de près, il semble qu'il fait un trafic. 
«Cen ^t fait de votre fille! Elle n'existe plus pour vous *! 

«Vivante, elle habitera une terre étrangère; un autre sol gardera sa 890 

» dépouille !> 
A ces paroles, Vv;(mg bà 

voudrait jusques au ciel crier à l'injustice ^! 

A peine avait-on, à quelques reprises, puisé le courage dans la tasse 

des adieux 
que (Ma) sortit de la maison et pressa le départ du chariot. 

A la vue de sa malheureuse enfant le père sent son cœur lourdement 895 

oppressé! 
Il se tient devant le cheval ^, et, gémissant, il parle ainsi : 

— (comme on regarde un être) ordinaire, — le regardent — (comme on regarde 
un être dont on) fait peu de com, » 

L'adjectif ^thubng — ordinaire» et le verbe ^khvnh — faire peu de cas* 
deviennent ici adverbes par position. 

3. Litt. : * Assez! — (Votre) fille encore — est dite — en quoi (votre) fille f» 

4. Litt. : ii(par le) cri : — * Injustice!» — dès à présent — veut — rager 

— te Ciel — (et) appeler — en haut!» 

Une lame qui raie une surface y produit une empreinte. Vwomg bà vou- 
drait agir de cette manière sur le Ciel, afin de produire sur lui une im- 
pression plus considérable et en obtenir justice. 

5. Litt* : €la selle». 



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184 KIM vAN KIÊU TAn TRUY^N. 

cXôt thân lieu y eu thcr dào, 

cRâp nhà dên nôi chen vào tôî nguroi! 

cTit dây gôc bè ven trôi, 
900 «Nâng mira thùi thùî, que ngu^ôi mot thân! 

cNgàn tam nhir bông Tùng quân! 

cTuyêt surcrng che chô* cho thân cât dâng!» 

Can loi, khàch moi thura rang : 

cBuoc chou thôi cûng xich thâng nhiem trao! 
905 «Mai sau dâu dên the nào, 

«Kia gu-ang nhut nguyêt! No dao qui thân!» 



1. Litt. : €Ayez pitié de — la perê<nme -— du $auU — f<Me, — du tendre 

— J>oo,» 

2. Litt : « (Loin) à partir cT — tct, — au bout — de la mer, — près de 

— le ciel,* 

3. Litt. : « (Par) la chaleur — (et par) la pluie — seule et désolée, — dans 
la patrie — deê Jionunea (étrangers) — un seul — corps!* 

4. Litt. : « (Qucmt à ses) mille — tétm (de hauteur) — je m'appuie sur — 
V ombre — du Titng/» 

Le ^tâm» est une mesure de longueur qui équivaut à cinq Uwô-c et demi, 
c'est-à-dire 2°»6786. 

6. Litt. : « (Quant à) la neige — et à la rosée — exercez votre protection 

— pour — le corps — du Cât dângf* 

«Le jS Cât», dit M. Wells Williams, «est une plante rampante et co- 
mestible, une espèce de DoUchos (probablement D. trilobus) dont les fibres 
servent à faire de la toile et dont on mange quelquefois les tiges. Cette 
sorte de plante se trouve nommée un grand nombre de folâ dans le ^ ÛB, * 
aussi les poètes annamites, qui puisent là une grande partie de leurs ins- 
pirations, n'ont-ils garde d'en dédaigner l'emploi en composant leurs méta- 
phores. Quant au mot « ^£ dâng », c'est le nom générique des plantes qui 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 185 

«Ayez compassion de nia fille, tendre et délicate enfant \ 
«que le malheur de notre famille a rangée parmi vos servantes! 
«A partir de ce jonr, loin, bien loin de ces lieux ^, 

«seule et désolée sur une terre étrangère, elle va être exposée aux 900 

» vicissitudes de l'existence ^î 
«Ainsi qu'un gigantesque ÎSnjf, lui prêtant votre appui tutélaire ^, 

«protégez cette frêle liane-* contre la neige et la rosée! » 

D se tait, et l'étranger avec respect lui répond : 

«Ne craignez rien; les mystérieux fils rouges nous lieront désormais 

»run à l'autre «! 
«Si dans la suite, (par mon fait) il lui arrivait quelque chose ', 905 

«ici (nous sont témoins) le soleil et la lune; le glaive des esprits 
»estlà^!» 

traînent sur le sol. La réunion des deux caractères prend en chinois une 
signification méprisante, celle de €parasUei>; mais en Cochinchine <c& dàng^^ 
paraît aussi désigner, au propre et sans figure, le DoUchos trilobui. 

L'auteur du Tûy Kiêu a voulu évidemment jouer sur cette double signi- 
fication. Vmmg bà, comparant Ma Oiâm aanh à un pin majestueux, lui 
demande de prêter son soutien à son enfant qu'elle assimile au jS Cdt, 
plante qui, abandonnée à elle-même, ne saurait s'élever an-dessus du sol 
où elle se traîne; mais en outre, en ajoutant à ce mot Jg Tépithète ^^ 
dànff, elle applique par humilité à sa fille une dénomination qui, tout en 
étant celle du DoUque à troit lobes, désigne aussi couramment un être gênant 
et nécessiteux; lui donnant à entendre que, bien que Kiêu ne doive être pour 
lui qu'un parasite désagréable^ elle espère néanmoins de sa grandeur d'âme 
qu'il la protégera contre les accidents fâcheux de la vie, désignés ici mé- 
taphoriquement sous les noms de ^ neige» et de €ro$ée». 

6. Litt. : « (Pour nous) attacher — les pieds, — U suffit! — tout aussi bien — 
ks rouges fils — mystérieusement — sont donnés t » — Voir la légende de Vi C3, 

7. Litt : * Demain — (ou) après — si — (quelque chose) arrive — d'une 
manière — quelle (qu'elle soit),* 

8. Ma Qidm Sanh prend à témoins le soleil et la lune de l'engagement 



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186 KIM vAn KIÊU TAn TRUYÊN. 

Bùng dùng giô giuc mây Tan; 

Mot xe trong côi hông trân nhu* bay. 

Trông voi; bât luy; phân tay! 
910 G6c trôi thâm thâm, ngày ngày dâm dàm. 

Nàng thM cSi khâch xa xâm; 

Bac phau eau giâ, chan dâm ngàn mây. 

Vi lau sât sât hoi mai; 

Mot trM thu de riêng tây mot ngirM! 
915 Dàm khuya ng(H tanh mù khci; 

Thây tràng ma then nhirag IM non sông! 



qu'il contracte d'aimer et de protéger la jeune femme qu'il feint d'épouser; 
consentant à ce que les esprits lui arrachent la vie, s'il vient à manquer à 
sa promesse. 

1. Les montagnes de ^è Tân ou ^ ^k Tdn îânk se trouvent dans 

le sud de la province chinoise du |â|^ ]^ Thiim tây (Chèn si), Tûy KUu, 
voyageant dans le ijj ]^ Son tây (Chân n) qui l'avoisine, aperçoit cette 
chaîne au loin dans le sud-ouest. 

2. Litt : « EUe regarde V espace j — elle est supprimée — (quant aux) larmes; 
— elle est séparée — (quant aux mains)!* 

3. Litt. : « Le coin (Vextrémité) — du ciel — se faU profond j — de jour en 
jour — c''est monotone!» 

L'expression ^Ooc trai* peut s'entendre de deux manières; soit de l'ho- 
rizon, qui paraît s'éloigner sans cesse tant que le but du voyage n'est 
pas atteint, soit du coin reculé de l'espace où la jeune femme a laissé les 
siens; coin de l'espace qui semble s'enfoncer dans l'immensité' à mesure 
qu'elle s'en éloigne. J'ai adopté la première de ces deux interprétations 
comme étant celle qui se présente le plus directement à l'esprit; mais tontes 
deux sont également naturelles, et font également pendant à l'idée contenue 



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KIM VAN KIÊU tAn TRUYÊN. 187 

Broyant comme le vent qui dissipe les nuées sur le sommet des 

monts Tctn \ 
le char semble voler dans un tourbillon de poussière. 

Kigu, les yeux secs, regarde dans Tespace. Les yoilà (donc) séparés ^î 

L'horizon fuit devant elle; monotones s'écoulent les jours ^! 91» 

La jeune fillC; au sein de régions inconnues et lointaines, 

va d'horizon en horizon, parcourant l'espace immense ^, 

Les joncs et les cannes sauvages sont imprégnés de la rosée matinale *\ 

La voilà, sous ce ciel d'automne, abandonnée aux mains d'un homme 

seul! 
La nuit a chassé la mer des brouillards ® ; 9i n 

mais à la vue de l'astre qui l'éclairé, elle se rappelle avec confusion 
le serment qu'elle prononça '. 



dans le second hémistiche. Le poète a eu très probablement l'intention de 
donner à entendre Tune et Tautre. 

4. Litt. : €(D'*un) blanc — éclatant — (U y a) des ponts — de glace; — ses 
pieds — se trempent dans — mille — nuages.* 

Cette fignre semble indiquer au premier abord que l'héroïne du poème 
tranchit des montagnes couvertes de glace et de neige; mais elle n'est pas ici 
antre chose qu'une formule poétique employée par l'auteur pour exprimer 
la longueur du chemin parcouru. Il nous la montre dans le lointain, dispa- 
raissant à nos yeux comme le voyageur qui va franchir le col d'une haute 
montagne semble s'évanouir peu à peu dans l'espace. 

6. Litt. : « Les joncs — et les cannes sauvages — adhèrent à — V haleine — 
du matin,* 

Le Vi est un jonc creux à l'intérieur. Le lau est une espèce de canne 
sauvage dont la tige, comme structure, est analogue à celle de la canne à 
sucre. 

6. Litt. : « Sur les dam — de la nuit avancée (parcourue pendant la nuit 
avancée) — a cessé — le brouillard — haute mer.* 

*Khod — haute mer», est adjectif par position. 

7. Litt. : «fe» paroles — de montagnes — et de fleuves». 



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188 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Ritng thu tang bich, ùa hông; 

Nghe chim nhu* nhâc tâm 16ng thân hôn! 

Nhûng là la iurdc la non! 

920 Lâm tri vira mot thâng trôn dêh noi. 

Xe châu ditng bânh cù-a ngoàî; 

Rèm trong dâ thây mot ngwM birô-c ra. 

Thoât trong Içrt lot màu da! 

An chî? Cao \àn dây dà làm sao? 
925 Tnrdc xe hôn hô* han chào; 

Virag loi, nàng moi birô-c vào, tân noi. 

Ben thôi mây gâ mày ngài, 

Ben thôi ngôi bon nâm ngirô*! làng choi. 

Giira thôi huro-ng nên hân hoi; 
930 Treo tranh qnan thânh trâng dôi long mày. 

Lan xanh quen loi xuu nay; 

1. Litt : « La forêt — d'automne — (quant à ses) étages — hleua — est décolorée 
— (et) rouge,"» 

2. Litt : ^ Ahtolument — c^eêt — (le fait d)être étranger — (quant aux) 
eaux, — dêtre étranger — (quant aux) montagnes!» 

3. Le Ngài est une sorte de ver dont la forme est très analogue à celle 



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KIM vAn KIÊU TAn TRUYÊN. 189 

La forêt montre, étagées, ses nappes de verdure que Tantomne et 

rougit et décolore *. 
Le chant des oiseaux ravive au cœur (de Kieu) le souvenir (des jours 



Partout des eau inconnues; des montagnes étrangères^! 

Lorsqu'on parvint à Lâm tri, un grand mois s'était écoulé. 920 

Devant une porte extérieure le char termina sa course. 

A travers la jalousie, quelqu'un se fit voir, puis sortit. 

Tout à coup, aux yeux (de la jeune fille) parut un homme au teint 

blafard. 
De quoi se nourrissait-il, pour avoir cette taille énorme? 

Devant le char il fit un salut joyeux, et s'informa (de la santé des ^25 

arrivants). 
Invitée à le faire, la jeune fille docilement s'avança dans l'intérieur. 

(Elle aperçut) d'un côté des femmes aux sourcils disposés en forme 
de Ngài^; 

de l'autre, elle vit, assis, quatre ou cinq élégants libertins. 

Au milieu de la salle étaient placés des parfums et de l'encens, 

et, (l'on voyait), accrochée au-dessus, l'image d'un génie aux sourcils 93o 

entièrement blancs. 
Telle fut de tout temps la coutume de ces palais du plaisir^, 

da bombyx qui donne la soie; mais il est plus ondulé et pointu à sa partie 
postérieure. Les filles de mauvaise vie ont coutume de donner à leurs sour- 
cils une certaine ressemblance avec cet animal. 

4. Litt. : « Dan$ Uê palais — verU — on est habitué à — (cesj sentiers — 
(depuis) autrefois — (jusqtCà) pt'ésent,» 



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190 KiM vAn kiêu tAn truyen. 

Nghë nây tlii lây ông nây tien sur. 

HiroTig hôm, hoa sôm, phiroiig thir. 

Cô nào xâu via cho thura moi hàng, 
935 Côî xîêm^ lot âo chân churfmg, 

Tnrdc thân se nguyen mânh hirong lâm dam. 

Nêm hoa lot xuông, chiêu nâm; 

Birôin ong bay lai âm âm tit vî. 

Kiêa c6n lieu dât. Biêt gi? 
940 Cii* loi lay xuông; mu thi khan ngay : 

cCèa hàng buôn bân cho may, 

«Dêm dêm hàn thurc, ngày ngày nguyen tiêa! 



1. Lîtt. : « (Si une) demoiaelU — quelle (qu'elle 9oU) — eat tnauvaite — (gutaU 
aux) esprit» vitaux — de manière qu' — elle soit surpassée (par les autres) — 
quant aux acheteurs — de (sa) marchandise, * 

Le mot €cho» fait des trois mots qui le suivent un adverbe de manière. 

2. Ce jeûne consiste à ne manger que des aliments froids préparés 
d'avance (|^ M^ ^"^ *^)- H ^ pratique dans le même temps que les céré- 
monies en l'honneur des ancêtres le troisième jour du troisième mois, c'est-à- 
dire deux jours avant l'époque du jS| ^ thanh minh. Voici quelle en est 
l'origine, telle qu'elle se trouve rapportée dans le Chinese readers manual 
^'ff '^'^ Kfai tchê t'oûï (était) un des fidèles adhérents de g ]^ 
» T 'chông eûlh, prince de -^ Tsfn, dont il partagea l'exil en 654 av. J.-C. 
» Lorsque, dix-neuf ans après, le prince revint et s'empara du pouvoir, Ki^ 
» tchê t'oûï repoussa obstinément toutes les ofires de récompense qui loi 
» furent faites, et, pour se soustraire aux instances de T'chông eûlh, il quitta 
» la cour en compagnie de sa mère avec laquelle il disparut au sein des forêts 
»des monts ^ Jt Ul- l^'^près le ^ |£ ®* ^® ^"ftf» ^® prince, après 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 191 

et ce personnage est Tesprit protecteur des femmes de ce métier. 

Le soir on l'adore avec des parfnms; le matin c'est avec des fleurs. 

Lorsqu'une de ces demoiselles manque d'ardeur et que sa clientèle 

diminue \ 
elle se dépouille de ses vêtements^ et dans une nudité complète 935 

elle adresse tout bas sa prière au génie en brûlant (devant lui) 

quelques parfums; 
puis sur son matelas elle étend une natte et s'y couche. 

De tous côtés alors, d'un vol tumultueux, viennent papillons et abeilles. 

Kieu se tient immobile, comme pétrifiée! Que comprendrait -elle à 

ces choses? 
Obéissant à l'ordre (de Tu bà), elle se prosterne; et, sans rien dissi- 940 

muler, la vieille fait cette prière : 
«(Si tu fais) prospérer le commerce de la boutique, 

«toutes les nuits on jeûnera froid; tous les jours on fera Nguyên 



»de8 recherches infructueuses, tint pour perdu son fidèle partisan, et changea 
> pour honorer son dévouement le nom de la chaîne des montagnes en celui 

* *1® "ff^ llj î n^^Sj d'après une légende postérieure en date, il voulut forcer 
>Kiai tchê t'oûï à sortir de sa retraite, et fit mettre pour cela le feu à la 
» forêt. L'obstiné fugitif, plutôt que de soi-tir, saisit les mains de sa mère; 
>ils entourèrent de leurs bras le tronc d'un arbre et périrent dans les flam- 
»mes. En souvem'r de cet événement, une singulière coutume s'établit dans 
>le Nord-ouest de la Chine. Elle consistait à s'abstenir de l'usage du feu 
» pendant toute la durée du troisième mois de chaque année (époque à la- 

* quelle, disait-on, avaient été brûlés les fugitifs); et comme, par suite, on ne 
«mangeait que des aliments froids, cette pratique prit le nom de « ]f^ ^ » 
>ou c 1^ ^^ », et aussi de « ^^ M3 — interdiction de la fumée». Pendant 
>ce temps-là tout le monde mangeait des œufs teints de diverses couleurs, 
*et l'on dressait des branches de saule à l'entrée des maisons. On trouva 
»qne cet usage de s'abstenir de feu causait un tel préjudice à la santé 
» générale que dans le cinquième siècle de l'ère chrétienne l'empereur Wôu 



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192 KIM vAn KIÊU TAn TRUYÊN. 

«Muôn ngàn ngirW thây cûng yêu! 
«Xân xao anh en! dâp dêu tnrô'C mai! 
946 cTîn ve vach là thcr bàî, 



» ti des Wéi rendit un édit spécial pour interdire de se livrer désormais à 
» cette pratique.» (W. F. Mayebs, Chmeae readera manuai, page 80.) 

Quant au jf* ^j^ Nguyên tiêu, on appelle ainsi la nuit pendant laquelle 
tombe la pleine lune du premier mois chinois, et, par dérivation, la célèbre 
fête de9 Lanternes, dont la date est officiellement fixée à cette époque. Cette 
fête est certainement la plus curieuse et la plus animée de toutes celles 
que célèbrent les Chinois. Je ne saurais mieux faire, pour en présenter une 
idée exacte, que de reproduire ici l'excellente description qu'en donne Tabbé 
Grosieb, dans sa description de la Chine : 

«Cette fête est fixée au quinzième jour du premier mois; mais elle corn- 
»mence dès le 13 au soir et ne finit que dans la nuit du 16 au 17. Elle 
»est générale dans tout Tempire, et Ton peut dire que, pendant ces trois 
»ou quatre nuits, toute la Chine est en feu. Les villes, les villages, les ri- 
»vages de la mer, les bords des chemins et des rivières sont garnis d'une 
» multitude innombrable de lanternes de toutes les couleurs et de toutes 
» les formes. Les villes, les rues, les places publiques, les façades, les cours 
»des palais en sont ornées; on en voit aux portes et aux fenêtres des mai- 
»sons les plus pauvres. Tous les ports de mer sont illuminés par celles qu'on 
» suspend aux mâts et aux agrès des jonques et des sommes chinoises. On 
» allume peut-être dans cette fête plus de deux cent millions de lanternes. 
» Les Chinois opulents rivalisent de magnificence dans ce genre d'illumina- 
»tion et se piquent de suspendi-e devant leurs maisons les plus belles lan- 
» ternes; celles que font faire les grands mandarins, les vice-rois et l'empereur 
» lui-même sont d'un travail si recherché, que chacune d'elles coûte quelque- 
» fois jusqu'à quatre et cinq mille francs. On en construit de si vastes, qu'elles 
» forment des salles de vingt à trente pieds de diamètre, où l'on pourrait 
» manger, coucher, recevoir des visites et représenter des comédies. On y 
» donne en eflTet, par l'artifice de gens qni s'y cachent, plusieurs spectacles 
»pour l'amusement du peuple. 

«Ds y font paraître», cQt le P. Ddhalde, «des ombres qui représentent 
» des princes et des princesses, des soldats, de bouffons et d'autres person- 
» nages, dont les gestes sont si conformes aux paroles de ceux qui les font 
» mouvoir, qu'on croirait véritablement les entendre parler.» Quelques-unes 
»de ces lanternes reproduisent aussi toutes les merveilles de nos lanternes 
» magiques, autre invention joyeuse que nous devons peut-être aux Chinois. 

« Outre ces lanternes monstrueuses qui sont en petit nombre, une infinité 
» d'autres se font remarquer par leur élégante structure et la richesse do 



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KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 193 

cQu'à sa vue des milliers d'hommes se sentent épris d'amour! 

cQue la fonle des galants se presse et bmisse à nos (»^UIes ^i 

cQaand se sera répandue la nouveBe de son arrivée ^y 945 



lenrs ornements. La plupart sont de forme hexagone, composées de six 
panneaux de quatre pieds de haut sur un pied et demi de large, encadrés 
dans des bois peints, vernis ou dorés. Le panneau est formé d'une toile 
de soie fine et transparente sur laquelle on a peint des fleurs, des rochers, 
des animaux et quelquefois des figures humaines. Les couleurs employées 
dans ces peintures sont d'une vivacité admirable, et reçoivent un nouvel 
éclat par le grand nombre de lampes ou des bougies allumées dans Fin- 
térieur de ces machines. Les six angles sont ordinairement surmontés de 
figures sculptées et dorées, qui forment le couronnement de la lanterne. 
On suspend tout autour des banderolles de satin de toutes les couleurs, 
qui retombent avec grâce le long de ces mêmes angles, sans rien dérober 
de la lumière ni des six tableaux. 

«Ces lanternes sont aussi variées par leurs formes que par la matière 
qu'on emploie pour les faire. Les unes sont triangulaires, carrées, cylin- 
driques, en boule, pyramidales; on donne aux autres, suivant un mission- 
naire, la f<nine de vases, de fleurs, de fruits, de poissons, de barques, etc. 
On en construit de toutes les dimensions, en soie, en gaze, en corne peinte, 
en nacre, en verre, en écailles transparentes d'huîtres, en papier fin. Le 
travail fini et délicat qu'on remarque dans un grand nombre de ces lan- 
ternes contribue surtout à les rendre d'un très grand prix. 
«Toutes les merveilles de la pyrotechnie se joignent à celles de l'illumi- 
nation pour donner le plus grand éclat à ces fêtes de nuit II n'est pas 
de Chinois aisé qui ne prépare quelque pièce d'artifice; tous tirent au 
moms des fusées; et de toutes parts des gerbes, des flots d'étoiles et des 
pluies de feu éclairent et embrasent l'atmosphère.» 
Dans l'ardeur de ses rapaces désirs, la vieille Tû bà promet au génie 
protecteur de son infâme établissement qu'on s'y livrera en son honneur, 
nuit et jour et tout le long de l'année, à des pratiques de mortification et 
à des cérémonies qui n'ont régulièrement lieu qu'une fois par an. 

1. Litt. : « Que tumultueux — (soient) les perroquets — (etj les hirondelles/ 

— (Qu'Jen foule (arrivent) — les bambous — (et) les Mail* 
L'expression figurée •tneâe mai*, comme je l'ai dit plus haut, signifie 

primitivement « le mari et la femme *. Par dérivation, elle désigne « les rap- 
porta qiti existent entre les époux, le mariage*. Elle est employée ici dans une 
acception ironique. 

2. Litt. : * (Lorsque) la nouvelle — de cigale — aura écarté — les feuiUes 

— (quant à la) lettre — (de V)exh%ber (annonçant son exhibition),* 

13 



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194 KIM vAn KIËU TÂN TRUYÇN. 

<Bini ngirôi cèa tnrôc, nràc ngirôi c*a 8au!> 

La tai, ngbe chéa biêt dân; 

Xem tinh ra câng nhfrng màn diV dang. 

Le xoBg hmmg hoà gia dàng, 
950 Tu bà vât nhnc, lên givàng, ngoî ngay. 

Day r&Dg : «Con lay me dây! 

cLay roi, thl lay càn may ben kia!> 

Nàng rang : cPhâî birdc lira ly, 

cPhân hèn, yjrng â& cam bê tien tinh. 
955 cBëu dâu lây en làm anh? 



Les cigales, avec leur cri perçant, semblent proclamer en tous lieux àes 
nouvelles importantes. De lÀ cette épithëte que Ton donne en poéûe m 
mot *tm». 

Le poète 8*empare de cette figure, et compare la nouvelle qui se règ^A 
partout à des missives que des cigales, écartant le rideau de feoillitg^ der- 
rière lequel elles chantent, présenteraient au public. 

1. Lîtt. : « En examinant — le sentiment — il re»êort — tout outti bien — 
comme — une couleur — de manqué, 

11 semble à la jeune fille qu'il y a là une comédie mal jo^ée. *^ 
dang» signifie littéralement *ne faire une chose qu'à demi, mÀHi*^ "'" 
coup». 

2. « Câu > est un appellatif qu'on donne aux jeunes gens. 

3. Litt. : € Subissant le fait préjudiciable que — mes pas — s^ ^9^' 
(dans ma) condition — humble, — en obéissant^ — j'ai accepté wAff^^^^ " 
(quant au) coté (rôle) — de femme de second rang. » 

Nous nous trouvons encore ici en présence d'une de ces locutions «n* 
gulièrement elliptiques que permet le génie de la langue annamite connut 



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KIM VÂN KlfiU tAn TRUYÊN. 195 

< amène-les à la porte de devant ! Beconduis-Ies par celle de derrière ! » 

(E^) entend ces paroles noQTelles pour son oreille. Elle n'en com- 
prend rien encore, 

mais, en y regardant de plus près, elle pressent dans tout cela quelque 
chose de mauvais aloi K 

Quand la cérémonie des parfums dans la maison fut terminée^ 

Tu bà sur son lit remit son matelaS; et s'y asseyant sans façon : 900 

«Ma fille >, dit-elle (à ISSu), «devant ta mère, ici, prosterne-toi! 

«après quoi; devant ton galant, de Tautre côté, tu feras de même!» 

«Pauvre égarée que je suis», lui répondit la jeune fille 2, 

««rai dâ, dans mon humble situation, obéir et me contenter du simple 

»rang de concubine ^; 
«mais comment pourrais-je prendre un passant pour un époux *? 955 



celui de la langue chinoise, et qui sont comme la condensation en un ou 
deux mots de tout un proverbe ou de toute une longue phrase. En se re- 
pentant à ce que j*ai dit sous le vers 695 au sujet de Texpression « J^ ^ 
<M Iqf9, on pourra comprendre comment les deux mots < A\^^ ^»^ tinh» 
qui signifient littéralement €pelUe itoïU* peuvent constituer une expression 
d'humilité polie synonyme de « concubine » ou de ^i femme de second rang », et 
dont le complet développement serait : « La personne qui vous est unie, dans 
un rang inférieur, 90u» Vinfluence des Trois étoiles (^£ ^Ê ^w» tinhj,» Cette 
longue succession d'idées s'est condensée en deux simples mots par un même 
niécanisme absolument semblable à celui qui a donné naissance aux expres- 
sions < j$ 4A ^^ ^^* ^^' ^^' *^Wi ^*^ ^^* ^^' ^^^^' * ^J "7^ ^^^ 
t«» (grand commentaire du ^ ^^ ÉR, n** 31) et à bien d'autres. 

4. Litt : « (Cette) chose — ou (estréUe) — (à savoir que) je prendrais — 
««« hirondelle — (^pottr en) faire — un perroquet f» 

Les galants, comme rhirondelle, vont et viennent sans jamais se fixer. 
Le perroquet est au contraire un oiseau sédentaire, qui ne quitte guère 
Taibre qu'il a choisi pour demeure; image d'un époux fidèle, qui abandonne 
le moins possible le toit conjugal. 

13* 



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196 KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÇN. 

«Ngây tho- châng biêt moi danh phân gi! 

cDù dêu nap thê vu qui; 

«Dâ khî chung cha, laî khi dirng ngôî. 

«Giô* ra, thay byc, déî ngôî! 
960 «Dâm xin gài laî mot 16i cho mînh». 

Mu nghe rang nôi hay tinh, 

Bây giô* moi nôi tam Bành mu lên : 

«Nây nây! Sur dâ quâ nhiên! 

«Thôi! Dà cu-dp cùa chông min di roi! 
965 «Bâo thi dî dao lây ngu-ôi, 



1. Litt. : ^ DéfinUivement — (H y avait le) quand — ils vivraient en com- 
mun, — et en otUre — (lej quand — Us se tiendraient debout — et s"" assiéraient 
(ensemble). » 

Le «<f5» établit que le fait, la manière de vivre exprimée par tout le 
reste du vers avait été définitivement arrêté entre eux. €B{tng ng^^^ est 
encore une expression elliptique du genre de celles que j'ai rappelées plus 
haut, et dont le développement est : « vivre emeniUe, toujours à coté Vnn de 
Vautre, que Von soit debout, ou qtie Von soit assis». 

2. Litt. : « Alors — enjin — s^élevèrent — les trois — Bèmh — de la vieille 
femme — en haut.» 

Ces trois «^ Bànli* sont une conception des adeptes du Taosséisme. 
Ils prétendent que tout être humain renferme au dedans de lui-même trois 
esprits de ce nom, qui jouent vis-à-vis de lui le rôle de tentateur. Ils Tex- 
citent à mal faire, dans le but de Taccuser ensuite devant le roi du ciel 
des fautes quMl aura commises. 

3. Litt. : « Voici/ — Voici! — la chose — dès à présent — (se comporte) d^une 
manière — patente!* 

4iQuà nhiên » est un adverbe chinois qui signifie ^réeUemenl, certainement». 
« a9a > en fait im verbe neutre annamite dont le sens est €passer à Vétat de 
réalité, devenir patent ». 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 197 

«Simple et sans expérience, j'ignore et le nom (que je dois prendre) 
»et la condition (qui m'est faite)! 

«Tout est en règle; on a remis les présents; l'épouse à l'époux s'est 
» livrée, 

«et ils devaient en commun vivre l'un auprès de l'autre K 

«Mais voici que maintenant rangs et personnes sont changés! 

««Pose (donc) vous demander un mot d'éclaircissement. > ^^ 

La matrone, à ces paroles qui font voir que la jeune fille entrevoit 
la vérité, 

sent en elle-même s'éveiller tous ses mauvais instincts \ 

«Bon!> dit-elle, «voilà qu'elle sait tout ^\ 

«Cest, maintenant, une affaire manquée M 

«Qui m'obligesiit * à m'en aller à la recherche de cette demoiselle, 965 



4. Litt. : «Cen est faUI — on a ravi — le bien — du mari — de moi — 
déJmiUoemenih 

Ce vers ne doit pas être interprété littéralement II exprime une idée 
générale de regpret et de dépit. C'est une exclamation équivalente à notre 
*UnUeêlperduh, comme beaucoup d'autres que l'on rencontre dans la langue 
familière; et elle tire son origine d'une situation hypothétique dans laciuelle 
se place la personne qui la profère. Rien n'est pénible pour une maîtresse 
de ménage comme de voir le bien de la famille enlevé par des brigands; 
et quand ce bien appartient en propre à son mari, la femme s'en désole 
doublement; car, outre le chagrin personnel que lui cause ce vol, elle a 
grandement à craindre d'être vertement réprimandée, sinon battue, comme 
cela se fait assez couramment dans l'Annam. La mégère se place donc en 
esprit dans la situation d'une femme qui constaterait un pareil vol, et se 
sert, pour exprimer son désappointement^ de l'exclamation qui viendrait na- 
turellement à la bouche de cette dernière. 

«Aftn» signifie «mot» dans la bouche d'un supérieur qui parle de lui- 
même. Tû bà emploie ce terme parce qu'elle parle avec arrogance, en vertu 
des droits infâmes qu'elle s'arroge sur Tût/ KHu. 

5. ^Bào* est pour «^î bâo toif» 



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198 KIM VÂN KIÊD TÂN TRUYÊN. 

<Bam vê nrd'c khâch, kiêm loi ma àii!> 

«Tuông vô ngâi! CTvô nhân! 

cBaôn minh tnrd'c dâ tân mân thû* choi! 

«Alàn bô dâ mât di roi! 
970 cThôi! Thôi! Von liêng di dM nhà ma! 

cCon kia dâ bân cho ta; 

«Nhap gia, phài cijr phép nhà tao dây! 

cNây kia! Cô d* bài bây! 

«Châng phang vào mât, ma mây dihig nghe! 
975 tCà sao, chiu trot mot bê! 

«Gâi te, ma dâ ngû^s, nghê s^m sao? 

«Phài làm cho biêt phép tao!> 

Giot bi tien, râp sân vào ra tay. 

Nàng rang : «TrM thâm! Bât dày! 
980 «Thân nây dâ bô nhirng ngày ra di! 



1. Litt. : €Je »uis affligée sur — moi-même — (de ce que) d'abord — S°* 
fait des ba^tesaes — pour en essayant — m'amuserl* 

2. €Màu ho 9 est un terme familier de commerce dont le sens est : «/«w^ 
ses affaires*. Les deux Caractères chinois qui le représentent, et qui signi- 
fient, le premier € Raccrocher» et le second ^coUerjty indiquent clairement 
Tordre dMdées duquel cette expression tire son origine. 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 199 

«et à la ramener ici, pour attirer les gens et faire aller mon com- 

»merce? 
<ô l'ingrate espèce! Le mauvais cœur que voilà! 

«Que j'ai de regret de m'être d'abord platement abaissée à jouer la 

> comédie M 

«Voilà mon aubaine perdue ^! 

«Cen est fait! Adieu mon capital! C'est de l'argent jeté à l'eau ^î 970 

«Cette fille là, qui m'a été vendue, 

« étant entrée dans ma maison, doit en suivre le règlement! 

c Regardez-moi donc cette sotte eflfrontée ^! 

«Tu verras si je ne te frappe pas au visage, pour f apprendre à m'é- 

> coûter*! 

«Quelques puissent être mes motifs, tu dois obéir en tous points! ^75 

«Une fiUe si jeune, avoir déjà des caprices! 

«n faut qne je te fasse nn peu voir qui je suis! » 

Là-dessus, saisissant nn fouet de cuir tressé, elle s'avance et com- 
mence à la battre, 
«ô Ciel profond! ô terre immense!» s'écrie la jeune fille; 

«du jour où je quittai ma demeure, ce pauvre corps était perdu! 980 



3. Litt. : €Ce8t fini! — (Test fini/ — (mon) capital — $'en est allé — (quant 
à) lavU (pour toujours) — danf la maison — des esprits (dans Vautre monde)!* 

4. Litt, : €Ceae-^, — la voilà! — Elle a (U fait d') — Hre — soiJbe — et 
^rontée!* 

5. Litt : <(Si je) ne pas — lance (un coup) — à entrer dans — ta figure, 
— mais (alors) — toi, — garde-toi — de — m^ écouter!* 



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200 KIM vAn kiêu tAn TRUYÇN. 

«Thôi, thôi thôi! Gà tiêc chi?> 

San dao tay ào ttrc thi dô* ra. 

Sp" gan nât ngoc lieu hoa; 

Mu c5n trông mât, nàng dà quâ tay! 
985 Thu-ong ôi! Tài sâc mu^c nây! 

Mot dao oan nghiet diH dây phong tran! 

Nôi oan vô* lô* xa gan; 

Trong nhà ngurdi chat mot lân nliu* nêm. 

Nàng thi bât bât gîâc tien. 
990 Mu thi mit mit, mât nhin hôn bay! 

Vu^c nàng vào chôn hiên tây; 

Cât ngurôi xem s6c, chay thây thuôc thang. 

Nào hay chù-a hêt tran duyên? 

Trong mây dugong dâ dihig bên mot nàng! 
995 Dî rang : «Nhon quâ dô- dang! 



1. Litt. : € (Quant à) finir, — eh bien! —fimêsons!* 

2. Litt. : <i(Tû bà) craint — (de la part de Kiêu) le foie (le courage) — 
de briser — la pierre précieiue — (et de) sacrifier — la fleur, » 

3. Litt. : € (Tandis que) la vieille — encore — regarde — (son) visage, — 
la jeune fille — déjà — a passé outre — (quant à) la main ! » 

4. Litt. : « Un couteau — fatal — tranche d'un seul coup — le Uen — du 
vent — et de la poussière/» 



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j 



KiM vAn kiêu tAn truyên. 201 

cS'il faut en finir, eh bien! soit *! que pourrai-je regretter?» 

Et, sortant de sa manche le couteau qu'elle y gardait, elle le brandit 
soudain. 

La vieille craint qu'elle n'ose se tuer ^; 

mais à peine Fa-t-elle regardée que la main (de Kiêu) a déjà porté 

le coup'! 
Hélas! de si beaux talents! une si grande beauté! 985 

Un couteau fatal d'un seul coup vient de les retrancher du monde * ! 

Chacun est bouleversé de ce funeste événement 

Dans la maison aussitôt Ton se presse et l'on s'étouffe ^ 

La jeune fille reste sans mouvement; sa respiration a cessé; elle est 

plongée dans un sommeil léthargique ^. 
La vieille, épouvantée, la regarde avec stupeur'! 990 

On emporte Kteu à l'occident dans une pièce de côté. 

Une personne est chargée de sa garde, et l'on court chercher le mé- 
decin. 

Qui eût pensé qu'elle n'avait point encore accompli sa destinée en 
ce monde? 

A ses côtés, debout dans un nuage, elle croit voir une jeune femme 

qui, à l'oreille, lui dit tout bas : « Il te reste à expier les fautes de ta 995 
> vie passée ^! 

6. Litt. : €Dan8 — la maison — les gens — sont serrés — (Tune — fois 
— comme — des coins,* 

6. Litt. : •dans un sommeil — d'Immortel*. Son immobilité est telle quMl 
semble que son âme soit allée voyager au pays des Immortels. — •Bât 
bat» signifie ««an» mouvement et sans respiration*. 

7. Litt. :«.... son visage — regarde, — son âme — s'envole/* 

8. Litt : ^CDans) des causes — les effets — tu n^as réussi qu'à demi/» 



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202 KIM vAN KIËU TAN TRUYIÊN. 

«Bâ toan trôn nçr doan tnrông dirac sao? 

«Sô c6n nâng nghîêp ma dào! 

«Ngirôi dâu muôn quyêt, TrM nào dâ cho? 

cHây, xîn, hêt kiêp lieu bô! 
1000 «Sông Tien dwang se hen h5 vê sau!:> 

Thuôc thang trot mot ngày thâu, 

Gîâc me nghe dâ dâu dâu vita tan. 

Tû bà chwc San bên màn; 

Gieo 16i thon thôt mên man gcr dân : 
1005 «Mot ngu-M de c6 mây thân? 

«Hoa xuân phât nhuy, ngày xuân c6n dài! 

«Cûng là lô" mot lâm hai! 

J'ai déjà eu Toccasion de rappeler que dans le système bouddhique, sur 
lequel roule la donnée philosophique de ce poème, les fautes d'une pre- 
mière existence sont expiées par les malheurs de celle qui la suit De là 
vient la singulière expression dont se sert ici le poète, «ffl nhom — la 
causes*, ce sont les fautes commises dans Texistence précédente. «S quâ 
— les fruits» ou «fe» résultats», ce sont les conséquences que ces fautes 
ont fatalement produites, les malheurs que le coupable subit dans sa vie 
actuelle. Kiêu a échoué dans la combinaison des causes avec les résultais, 
(H Jft)' c'est-à-dire qu'elle n'a pas su vivre assez vertueusement jadis 
pour atteindre le but qu'elle devait se proposer, à savoir le bonheur parfait 
dans la vie présente. Elle n'a su le faire qu'à denU (d& dang); c'est-à-dire 
que sa première vie n'ayant pas été complètement mauvaise, elle n'est pas 
définitivement condamnée, comme l'est Bwn Tien qui lui pai-le; mais elle 
aura beaucoup à souifrir avant de reti-ouver le bonheur, qui consistera pour 
elle dans son union avec Kim Tnmg, comme on le voit à la fin du poème. 



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KIM VÂN KIËU tAN TRUY^N. 203 

€ Crois-tu donc pouvoir éluder le paiement de ta dette d'infortune? 
«Ton destin te condamne aux malheurs de la beauté ^ ! 
«L'homme peut bien vouloir en finir, mais le ciel le permettrait-il? 
«Accomplis jusques au bout ta destmée de faible femme ^! 
«Au fleuve Tien Bvimg je te donne pour plus tard rendez-vous! » looo 
Après que pendant tout un jour la jeune fille eût reçu des soins, 
il sembla que la léthargie peu à peu se dissipait 
Tu bà qui; près des rideaux, épiait le moment (favorable), 
lui glissa, pour la consoler, des cajoleries enfantines ^. 
«Possédons-nous donc plusieurs corps! » lui di^elle. 1005 

«Votre fleur ne fait que de s'épanouir, et le printemps est (pour vous) 

>long encore! 
«Mais moi, sur tous les points, j'ai commis une erreur *! 

1. Litt. : «Tbn deatin — encore — eêt lourd — (quant otiasj chargea — des 
joua — de ^àof* 

2. Litt. : « VeuUïes, — je te prie, — acJiever — (ta) destinée — de aaide — 
(et de) Bô (de faible femme)!* 

<nay* est la fonnale de Timpératif excitatif. Uauteur, par licence poé- 
tique, met ce mot après le verbe qu'il régit afin que les règles de la prosodie 
ne soient pas enfreintes. 

3. Litt. : € Jette — des paroles — fltUées — en langage de barbare — pour 
dégager — (et) débrouiller,* 

Les mots « loi mên man > désignent proprement ces discours inintelligibles 
que les mères tiennent à leurs enfants en bas âge pour apaiser leurs petits 
chagrins. 

4. Litt. : <Tout aussi bien — c'était — me fourvoyer — (quant à) un — 
(et) me tromper (quant à) deux, » 



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204 KIM vAN KIÊD TAN TBUYÇN. 

cBâ vàng sao nd* ép nài mira mây? 

«L* chon trot dâ vào dây! 
1010 «Khôa buông xuân dé doi ngày dào non! 

«NgirM c5n, thi cùa hây c6n! 

cTim naî xtrng dé là con câi nhà. 

«Làm chî toi bâo oan gia? 

«Thîêt minh ma haï dên ta hay gi?» 
1015 Kë tai mây iiôi nân ni, 

Nàng nghe dirôiig cûng thi phi rach r6i. 

Va 8uy thân mong mây loi, 



1. Litt. : «La pierre — (et) Vor, — comment — a^aioiaeraU-cn — de (le») 
c&titraindre — (et de les) importuner — (quant à) la pluie — et aux nuages f* 

L'expression « mua mây — la pluie et les nuages » a un double rôle ici. 
Elle fonne premièrement antithèse en tant qu'opposée k ^d vàng — la 
pierre et Vor*, Cette dernière locution signifiant ^i la fermeté», * mua mai/* 
se prendra pour « la faiblesse », c'est-à-dire pour < un acte de faiblesse, de sou- 
mission »j car la pluie et la vapeur qui produit les nuages étant choses de 
leur nature inconsistantes, peuvent être considérées conmie essentiellement 
opposées à la pierre et à Tor, qui sont des substances dures. Seconde- 
ment, il faut noter que les mots €mua mây* ne sont autre chose que 
la traduction annamite de «^Ê p6 ^àn vu», terme graveleux que Ton 
rencontre dans les romans et les comédies chinoises (notamment dans le 
iyp jX^ 'ft) ®* ^"^ exprime l'union des deux sexes. 

2. Litt. : « Fermez — la chambre — du printemps; — laissant de côté (tout 
cela), — cUtendez — les jours — du pêcher — tendre. » 

Le mot *3cuân — printemps» a encore ici le sens licencieux que j'ai 
signalé dans une des notes précédentes. 

Le temps où les pousses du pêcher (ou du ^ào) sont tendres est celui 
de la floraison, c'est-à-dire l'époque où tous les êtres se reproduisent dans 



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KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 205 

«Comment pourrait-on contraindre; importuner la fermeté même ^? 
«Vos piedS; en s'égarant, vous ont conduite ici; 

«(mais) bannissez les amours jusqu'au jour où votre cœur parlera ^î loio 
«Tant que Ton vit, rien n'est perdu! 
« Je verrai à vous établir comme j'établirais mon enfant. 
«Pourquoi vous laisser aller à une action aussi atroce^? 

«Pourquoi vous nuire à vous même? pourquoi nous nuire à nous 

»au88i?» • 

Elle susurre à son oreille tant de paroles câlines, ioi6 

qu'en les écoutant la jeune fille finit par s'y laisser prendre ^. 

En outre, réfléchissant à ce qu'elle entendit en songe 



la nature; de là remploi des mots <ngb,y âào non» pour exprimer Tidée 
d'un cœur qui s'ouvre à Tamour. 

3. €Tai bâo oan gial*, litt. : «De (ce) crime — la rélrihuUon — nuira — à 
la famille/» est une phrase chinoise passée, en tant qu'exclamation, dans la 
langue annamite, où elle est employée couramment dans le sens de « quelle 
horreur!» ou «quelle atrocité!». Suivant le génie propre à cet idiome qui 
transforme si facilement des phrases entières en véritables noms, adjectifs 
ou verbes, elle peut jouer, selon le cas et le besoin, le rôle de ces diverses 
parties du discours. C'est ainsi que Ton dit fort bien, pour désigner un 
sacripant : ^Môl Ihâng loi bâo oan gia», litt. : «î/n individu — (qui est tel 
que de seg) crimeê — la rétribution — nuira — à aa famille»; on fait alors 
de cette formule un adjectif. Dans le cas qui nous occupe c'est un verbe 
composé qu'elle forme; et pour avoir le sens exact du vers 1013, il faut 
le traduire littéralement ainsi : 

« (Pour) faire — quoi — avez-vous commi» une de ces fautes dont la rétri- 
bution porte malheur à une famille f» 

4. Litt. : « (Tandis que) la jeune fille — (les) écoute — (c'est) comme si — 
tout aussi bien — le vrai — (et) le faux — (y) étaient manifestes, » Elle croit 
y voir une apparence de raison. 



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206 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Tùc nhcm tM cûng c6 Trôi à trong! 

cKiêp nây nçr trâ chùa xong, 
1020 «Làm chi, thi cûng mot chông kiêp sau!: 

Làng nghe dâm thâm, coi âân, 

Thira rang : cAî cô muôn dâu thè nây? 

«Birac nhir 16i thê là may! 

«Hân rang mai c6 nliir rày cho chàng? 
1026 cSo" khi ong birôm dâî dâng. 



1. Le mot «J^ Tûc», pris adjectivement, signifie ^àTaube»; maisd&ns 
le style des sectateurs du Bao, ce terme désigne les choses qui se rap- 
portent à une existence antérieure. 

Les deux éditions que j'ai entre les mains portent «J^ ^ tùc nkân» 
au lieu de «J^^R( ^^ khiên»; si l'on suivait cette version, il faudrait tra- 
duire ainsi : 

« aux sujets des JiançaUles contractées dans une existence antérieure, etc. 
etc.»; 

Évidemment devant les termes du vers précédent cette version n'est pas 
possible-, car pas plus dans le songe où KiSu vient de voir lui apparaître 
Bam tien que dans celui qui est décrit au commencement du poème, il n'est 
question de semblables fiançailles; tandis qu'au contraire, l'apparition y parle 
aussi nettement que possible des fautes commises par la jeune fille dans 
une existence passée. L'éditeur qui a publié le plus ancien de mes exem- 
plaires a dû être trompé par une similitude de son. £n reproduisant, soit le 
manuscrit, soit une édition précédente du poème, au lieu des mots «j^ >^ 
t:ûc khiên — les fautes commises dans une existence antérieure», il aura lu 
«J^ ff^ tûc dtM/ên» qui présentent une consonnance à peu près semblable; 
puis, soit par distraction, soit par suite de cette indépendance d'esprit ou 
de ce besoin d'innovation dont semblent possédés les lettrés annamites, à 
ce qu'il avait cru lire il aura substitué dans la composition les deux ca- 
ractères «]^ i^ tûc nhân* qui ont à peu près le même sens. Plus tard, 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 207 

au sujet des faates d'une existence antérieare \ elle voit là la main 

du ciel! 
cSi cette vie ne suffit pas à Facquittement de ma dettC; 

cdans Fautre, quoi qu'il arrive; je n'aurai qu'un époux!» (dit-elle). 1020 

EUe écoute en silence les douces paroles (de la vieille); et; baissant 

la tête: 
cQui consentirait >; répond-t-eUe, «à demeurer dans cet état? 

«Si vous tenez votre promesse; je m'estimerai heureuse ^î 

«(mais) qui sait s'il en sera de demain comme d'aujourd'hui? 

«En restant au milieu de ce libertinage; je crains d'y succomber 1026 
> (moi-même)'; 



FéditeoT de Fexemplaire le plus récent sera tombé de confiance dans la 
même erreur. 

Ces altérations sont extrêmement fréquentes dans les diverses éditions 
des nombreux poèmes qui forment la partie la plus importante de la litté- 
rature cochinchinoise; et c*est surtout à ce genre d^œuvres que Ton pour- 
rait appliquer avec justesse le proverbe chinois bien connu : « ^£ ip yç 2K 
Tarn ê€u> thétt bon — Après troU copies, VoHgmal est perdu,» 

2. Litt. : *CSi) f obtiens — (le fait qu'il en soit) comme (le comporlent) — 
des paroles — de cette espèce (de Vespèce de celles que vous venez de prononcer), 
— ce sera — heureusement/* 

<Th^» est pour «<^». Cette substitution est très fréquente, même dans 
la langue vulgaire actueUe. 

3. Litt : < Je crains — le temps (que) — les abeilles — et les papillons — 
me (toucheraient) du bout des lèvres!* 

De même que FabeUle et le papillon voltigent de fleur en fleur, de même 
les tibertins cherchent à obtenir les faveurs de toutes les femmes sans s'at- 
tacher longtemps à aucune. De là cette figure. L'emploi des mots «(taî <2an^», 
qui sont originairement un adverbe signifiant <du bout des lèvres* et qui 
deviennent ici par position le verbe € toucher, effleurer du bout des lèvres*, 
la continue heureusement; car les deux insectes dont il est parlé dans ce 
vers semblent effleurer à peine les fleurs de leur trompe, tant est rapide 
leur passage de Fune à^Fautre. 



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208 KIM vAN KIÉU tAN TRUYÊN. 

«Ben dëu sông duc, sao bâng thâc trong!» 

Mu rang : «Con hây thong dong! 

«Phâi dêu 15ng laî dôî Ibng ma choi? 

«Mai sau ô* châng nhu* 16i, 
1030 «Trên dâu cô bông mât trôi sang soi!» 

Thây 16i quyêt doân hân hôi, 

Bành 16ng, nàng cûng se nguôi nguôî dan. 

Truite sau ngung bîêc toâ xuân, 

Vft non xa, tâm trâng gân ô* chung. 
1035 Bon bë bât ngât xa trông 

Cât vàng côn no, buî hông dâm kîa. 

Bï bàng mây sôm dèn khuya! 



1. Litt. : € (Quant à en) venir à — la chose — de vivre trouble, — com- 
ment — teraU-elle égale à — mourir — limpide f» 

2. Litt. : * Devant — et derrièj'C — gelée — (quant à) Vazur — (au point 
de vue de) sa serrure — de printemps. » 

Ce vers, au point de viie de la métaphore, sort absolument de nos con- 
ceptions habituelles. Pour exprimer le grand calme dont jouit son héroïne, 
l'auteur la compare à une mer gelée. L'adjectif «6fôc» qui exprime la teinte 
bleu verdâtre que prennent les eaux profondes, devient ici un substantif, 
et désigne la mer elle-même. 

Le mot 4ixuân* a le même sens qu'au vers 1010. 

3. Litt, : «.Les marques — des montagnes — éloignées — (et) la lune — 
proche — sont — en commun (avec elle),> 

£lle vit pour ainsi dire en commun avec elles, en ce sens qu'elle les a 
constamment sous les yeux. 



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KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 209 

< (et) plutôt que d'en venir à vivre ainsi souillée, il vaut mieux mourii 

» chaste (encore) ^!> 
cMa fille! > lui dit la vieille, «agissez comme il vous plaira! 

«Me ferais-je de nouveau un jeu de vous abuser? 

«Si dans l'avenir je violais ma promesse, 

«Le soleil est là, sur notre tête, qui nous éclaire et me verra! » loau 

A ces paroles empreintes d'une résolution sincère, 

la jeune fille se rend, et dans son cœur elle sent peu à peu le ciliim 

renaître. 
En sûreté désormais derrière une porte bien close ^, 

(elle contemple) à la fois et les montagnes lointaines, et la lune tlcjut 

les rayons viennent la visiter \ 
Au loin, de tous côtés, son regard soucieux se porte lou 

sur le sable * de la colline, sur la poussière du chemin. 

Le matin, beaucoup de nuages (au ciel) ! beaucoup de lampes aux 
maisons la nuit^! 



Dans le lointain, les montagnes se profilent à certaines heures sur Tho* 
rizon avec la netteté d*un trait de pinceau. — «râVn>, numérale des cliuses 
plates, s'applique à la lune. 

4. €Vàng» et *hong» sont deux ornements poétiques qui n'ajoutent rîcu 
à la signification. Ils sont tirés de la nature des objets dont ils qualilleiit 
le nom. Le sable est souvent jaune, et la poussière parfois rougt.'ûtm; 
mais Fauteur n'entend pas dire ici que le sable de telle ou telle colline ilt>iit 
il parle est jaune, tandis que la poussière de tel ou tel dam du chemîti est 
rouge. 

6. Ceci n'est qu'une façon poétique de dire que les jours et les nuit a se 
succèdent dans une monotone uniformité. La présence des nuages an ciel 
le matin, celle des lampes dans les maisons le soir sont en effet deux eir- 
constances qui n'ont absolument rien de remarquable et qui se reproduiaçiit 
constamment. 

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210 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Nlid* dnh, nhô* cânh, nhir chia tam 16n^ l 

TirÔTig ngnM àxrôi nguyêt chén dông! 
1040 Tin sircmg luông hây rày trông, mai alifcùc! 

Ven trô-îy goc bê bo* va, 

Tâm son gut n!ba bao gOr cho phaî? 

X6t ngrrW du'a cita hôm mai! 

Quat nông, dâp lanh, nhftng ai dô chù*? 
1045 Bong lai câch mây nâng mira? 

Cô khi gôc tft* dâ viîra ngnM ôm! 

Buôn trông cùa bien gân hôm! 

Thuyên ai thoâng cânh giô buôm xa xa? 



1. Litt : *Elle pense à — Vhomme (qui) — êouê la lune — (qwnu àj u 
tasse — fut en communauté (avec elle),* 

2. Litt. : «( Prks de — le ciel, — au coin de — la mer, — isolée,* 

3. Litt. : * (Quant à) éventer — (eux) chauds — (et) recouvrir — (eux) froids, 
— les qui — sont là — maintenant f* 

Comp. le vers 1432 du poème L^c Vân Tien : 

*E khi dm lanh buoi nabi Biê't (fâuf» 

L'adverbe €dà — là* devient verbe par position. 

4. Litt : « (La inantagne de) Bong Lai — est éloignée (d*eux) — de combien 
de — chaleurs — (et de) pluies f* 

Voir, sur la montagne de <Bang lai*, ma traduction du Luc Vân TVên 
(p. 66, note 2). 

Tug Kiêu, pour exprimer le grand éloignement où elle est des siens, se 
suppose reléguée sur cette montagne imaginaire. 



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KiM vAn kiëu tAn tbuyIn. 211 

Pleurant ses affectionS; regrettant son pays, il lui semble sentir se 

déchirer son cœur! 
Elle pense à celui qui; à la clarté de la lune, dans la même tasse 

(avec elle a bu) ^ ! 
Toujours elle espère avoir de ses nouvelles ; elle eu attend aujourd'hui, îo4*j 

elle en attendra demain! 
Seule, abandonnée sur une plage lomtaine ^, 

quand verra-t-elle de son cœur s'effacer cette (chère) image? 

Son cœur se serre en pensant à ceux qui, soir et matin, adossés à la 

porte, (l'attendent)! 
Qui est là maintenant pour les rafraîchir de Téventail, pour réchauffer 

(leurs membres) refroidis ^? 
Combien de fois (à ses yeux), dans cette région inconnue, le soleil io4G 

a-t-il brillé? Combien de fois est tombée la pluie ^? 
Le tronc du té^ déjà, peut-être, remplit Tétreinte des deux bras! 

Tristement elle regarde le port à la tombée du jourl 

A qui, là-bas, est ce bateau dont les voiles s'euiient au vent? 



5. Litt. : * Peul-êlre que — le tronc — du ta — dh à prêtent — est à la 
memtre — (Tim homme — qui Vemhreuêe de ses brcu!» 

Ce vers renferme une idée d'une fraîcheur et d'un naturel que l'on ne 
rencontre pas fréquemment dans les poésies cochincliinoiscs. La jeune fille 
rappelle à son souvenir les moindres détails de son heureuse enfance. Elle 
pense à un arbre planté dans le jardin paternel, et se dit qu'il a dû bien 
grandir depuis qu'elle n'est plus là. On comprend du reste que ses souvenirs 
se portent tout particulièrement sur cet objet-, car le isfe Tw est un arbre 
des plus majestueux, dont le bois est fort dur et des plus estimés. Plus 
connu en Chine sous le nom de « "^ ^ Mac vtnmg — le Itoi des arf/res » 
que lui ont valu sa beauté et ses qualités exceptionnelles, il appartient à la 
famille des Enphorbiacées, tribu des Crotonées, ffcnre Roulera. Son nom 
botanique spécial est Roulera Japonica. Cette espèce ne paraît pas appar- 
tenir à la Cochinchine; du moins elle n'est mentionnée ni dans YIIoHvm 
jhriduM de Tabkkt, ni dans le remarquable travail de M. Karl Schroeder 
sur les végétaux de notre colonie. 



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212 KIM vAN KIÊU tAN TRUYÊN. 

Buôn trông ngon nirii'c m<M sa! 
1050 Hoa trôi man màc bîêt là vë dâu? 

Buôn trông noî cô dàu dàu! 

Chan mây màt dât mot màu xanh xanh ! 

Buôn trông giô cuôn màt gành! 

Om sôm, tiêng s6ng kêu quanh ghê ngôî ! 
1055 Bông quanh, nhtrng nu-ô-c non nguW; 

Bau long lun lac, nên vài bon câu. 

Ngâm ngùî xù hÛQ rèm châu, 

Câch lâu nghe cô tiêng dâu hoà van. 

Mot chàng vijta trac thanh xuân, 
1060 Ulnh dung chai chuôt, âo khân diu dàng. 

Nghî rang : «Cûng mach tho* hu^ong!» 

Hôi ra, moi biêt rang chàng Sêr Kliank. 

Bông Nga thâp thoâng du'ôi mành; 

1. Litt. : «Le pied . — des nuages — et la surface — de la terre — (sont 
d'June seule — couleur — bleuâtre/» 

2. Litt : « la surface de la falcUse ». 

La falaise est prise ici pour l'eau qui Favoisine. Cette licence est motivée 
par la nécessité de trouver une monosyllabe rimant avec ^xanh», 

3. Litt. : « Aux alentours — fil n'y a) abtolument que — les eaux — et les 
montagnes — des hommes (étrangers),* 

4. <(Nên — devenir*, est ici au causatif. 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 2ia 

Tristement elle regarde les eaux qui de la source ont jailli tout a 

rheure! 
D'où viennent^UeS; ces fleurs qui flottent éparpillées? lOôO 

Tristement elle regarde la plaine herbue et mélancolique! 

A rhorizon les nuages et la terre se confondent en un lointain bleuâtre '^ 

Tristement elle regarde la vague par le vent roulée sur le rivage '^\ 

Les flots autour de sa chaise font entendre leur fracas! 

Elle ne voit autour d'elle que paysages inconnus ^, 1055 

et, pour déplorer son exil, elle improvise quelques sti-ophes de quatre 

vers^. 
Elle abaissait, le cœur serré^ la jalousie de sa fenêtre, 

lorsque, non loin de la maison, elle entendit une voix qui répondait 

avec les mêmes rimes. 
CTétait un homme jeune encore, 

doué d'une belle prestance, et vêtu avec recherche. vmy 

«Cest aussi là un lettré! » se dit-elle \ 

Elle lui demanda son nom, et sut qu'il s'appelait Sa Khanh. 

Par intervalles sous le treillage glissaient les rayons de la lune ^, 

5. Lîtt. : « Elle pensa -r ditant : — « Awtsi — il est un homme appartenant 
h la parenté — des lettrés !v 

On dît en chinois : «^ ^ ^ ^ Thœ hmmg chi gia*, Htt. : «C/Vk- 
maism du parjum des livres* pour désigner €une famille lettrée*. 

*Mqch — parenté» devient par position un adjectif, qui prend d'autre 
part le rôle de verbe qualificatif par suite de l'absence d'un autre verbo 
dans la phrase. 

6. Lâtt. :«.... V ambre de — (T6) Nga (ou Khurang Nga)*. 



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214 KIM vAN KIËU TAN TRUYÊN. 

Trông chàng, nàng cùng ra tinh deo dai. 
1065 Thaii : côi! Sâc nirô-c! Huang trM! 

«Tiêc cho dâu bông lac loài dên dây! 

«Que trong trâng! Hirong trên mây! 

«Hac bay nô* dé cho dày doa hoa? 

«Tiêc dëu lâm, châng biêt ta! 
1070 «Vê châu vô-t ngoc de dà nhir chai!» 



1. Litt. :«.... Couleur — de Veau! — Parfum — du ciel!» 

Par ces cxclamatioDs, Tûy Kieu donne à entendre qu'elle trouve à Sa 
Khanh une beauté surhumaine, et qu'elle le considère non comme un homme, 
mais comme une créature du ciel. 

2. Litt. : ^(Cest) le Que — (qui est) dans — la lune! — (Ceat) un parfum 

— (fpton respire) au-dessus de — les nuages!:» 

Ces expressions étranges et ampoulées no sauraient, pas plus que celles 
du vers 1067, être traduites directement en français. 

Le Que dont il s'agit ici n'est pas le Laurier cannéUier, mais Y Olea frugrans 
(en chinois ;j^ ^ Que hoa\ arbre très odoriférant qui appartient à la fa- 
mille des OUacées, Cette espèce est extrêmement estimée en Chine. Les fleurs, 
qui répandent un parfum délicieux, servent à faire une espèce de conserve 
analogue à la confiture de roses des Turcs, et à parfumer le thé. Les Chi- 
nois se figurent qu'il se trouve dans la lune un arbre de cette espèce, et 
lorsqu'ils veulent exprimer poétiquement que quelqu'un a obtenu le grade 
de licencié, ils disent qu'il est allé dans cet astre y cueillir un ramenu de 
Q^ ' * i^ ^ -H^ >|^ r^iem cung chiet que», litt. i *Il a rompu le Que 
dans le palais du crapaud rayé>. (Ils désignent ainsi la lune parce qu'ils la 
cn)ient habitée par cette sorte d'animal.) L'arbre dont nous parlons a été 
adopté comme le symbole des hautes dignités littéraires. 

oiHuang irai» est une expression à peu près synonyme de ^iho huang*, 
mais plus laudative encore. Pour en faire comprendre la valeur, il faudrait 
employer cette périphrase : «Le parfum littéraire qtCU répand autour de lui 
n'est pas de la terre} il provient du Ciel!» 

3. Litt. : «cJe regrette — la chose — de (lui) s'être trompé — (etj ne pas 

— connaître — moi (je regrette que ce soit par erreur qu'il est venu id, et non 
parce qu^il savait m^y trouver)!» 



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KIM vAN KIËU TAN TRUYÇN. 21o 

A Taspect de ce jeune homme, elle aussi se sentit prise de Hyiiî|>athie. 
< ô qu'il est beau ^ ! » soupira-t-elle. iô6& 

«Quel malheur que dans ces parages il soit venu s'égarer î 

«Comme il a Tair d'un illustre lettré! Combien il doit [wsséder de 

» science 2! 
«Le Hqc qui passe en volant permettra-t-il qu'on maltraite une fleur? 

«Hélas! venu par erreur, il ignore mon existence ^\ 

«Ce ne serait pour lui qu'un jeu de me tirer de (ce bourbier) ^! ^ io7o 



4. Lit t. : « Pêcher — la perle, — tirer de Veau — la pierre preneuse — 
(lui) serait facile; — ce serait certainement comme — jouer!* 

Dans rédition que je suis (en y corrigeant toutefois les canictèiTs fnux 
ou défectueux), on trouve intercalés entre les numéros I06ïï et lOia bï% 
autres vers en petits caractères. Ils sont précédés de cette iiidication en 
chinois : « ^/ — • 2K "TT Situ nhtrt bon vân : — on trouve dan^ mi autre 
exemplaire :» Ces derniers vers, que je crois intéressant do i\'i>i'iduiro ici^ 
sont les seuls que contienne l'édition que j'ai reçue du Toiikin, et c'est 
probablement à elle que s'applique le renvoi chinois. Les voici avec la trfi- 
duction : 

<Già dành tronff nguyêt trên mây! 
*iHoa! sao hoa khéo d& dày bêùy, hoa! 
« Noi can riêng ffidn Trai già! 
41 Long nây ai ta cho taf Ho-i long! 
« Thuyên quyên vl hiët anh hnng! 
<iRa tay Ûido cUi so 18 ng nhtt chci!» 

«Il serait digne d'être un génie!» 

«Où trouves-tu donc, ô amour! tant de force pour nous aiiïulIlr'P 

«En mon sein naît la colère! je m'irrite contre le Ciel!'^ 

» Lht : « Sa valeur — est digne ci' — (un être qui est) dans — ïa tunef — 
au dessus des — nuages!* 

^ Litt : < Fleurs (désirs amoureux) — comment, — (ô) fleurs! — ^««-tXMi» Aa- 
hUes à — (nous) amollir — tant, — fleurs!» 

' litt : € le vieux Ciel», 



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216 KIM VAN KIËU TAN TRUYÊN. 

Song thn dâ khép cành ngoài; 

Taî con dông vong mây IM sât dinli. 

Nghï ngirôi thôi, lai nghï minh ; 

Câm 16ng chua x6t, ta tinh ba vc? , 
1075 Nhfrng là lân Ifra n&ng mua; 

Kiêp phong tran biêt bao gib !à thôi? 

Dânh lieu nliân mot dôi loi, 

Nhô" tay te do vô-t nguô-i tiâm luîiuî 

Mânh tien kè hêt xa gân; 
1080 Noi nhà bâo dâp, nôi thâti lac làï. 

Tan siroTîg vira rang ngiiy mai, 

« Qui donc nous fera connaître ce que tu contiens, ù mon cœurl * 
«Fille distinguée moi-même, je reconnais lui homme distingué.* 
« S'il se prêtait à ouvrir ma prison, m*échappL*r no serait qif un jeu ! ♦ ' 
Lintercalation que je viens de signaler a cvideniment été m;il ]ï]uH' 

par suite d'une erreur de gravure. Elle devrait so trouver après le veis 

que je cote 1071 dans ma transcription. 

■^ Ce vers n'est pas complètement identique dans len deux édltiotis. ÏMna 1r phi5 in- 
cienne on lit : «at ^ cko te ....», et dans l'autjB : * . , , ni to rAo ai ..-,*» 
Si l'on adopte la première version, il fiiut, je crois, tnulïiirc tomnie je Vm MU et con- 
sidérer cette plurase comme exprimant la confusion et Imftrtituïle r^uo l'htTe>îfit' du iwttK» 
• constate elle-même dans les sentiments do son propre cn-ur Daiu^ li BecuiHle, « ox — qui > 
doit être regardé comme s'appliquant h SîrKhanh (voir, hur Lt; rtVlc lïu ■ i:if >, ma tradist-lkiti 
du L?tc Vân Tihi, page 32, note 2). 

^ Litt : €( Une) fille distinguée — en (le) comparaiU (avec etk^mhiK) ~~ ctm- 
natt — nn héros (un homme diatinfjué),* 

^ Litt : ^(S'il) faisait sortir — (ses) maimt -* (et) déliuU — le tui, -^ 
(m^)échapper du — long — serait convne — jaiw?r .' ^ 

Le Oui est ime cage destinée à contenir des quadrupt^lcs, m tiammcnt do* pfircss pw^ 
fois aussi des criminek Le lîing sert au contraire à rcuTcmier d€» fiâcaïuL 



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KIM vAn KIËU tAn TRUYIn. 217 

Elle avait fermé les volets de sa fenêtre '; 

mais son oreille attentive écoutait encore les paroles enchanteresses^. 

Pensant à Ini; pensant à elle^ 

dans son cœur abreuvé d'amertume, elle sentit le trouble se glisser 3. 

Sans cesse en proie aux jeux de la fortune \ %fm- 

quand donc terminerait-elle son passage au milieu du monde? 

Elle résolut d'envoyer quelques mots de lettre (à Sa Khanh)-^ 

elle aurait recours à lui pour sortir de cet abîme *! 

Elle confia au papier toutes ses aventures; 

comment elle s'était acquittée de la dette filiale, et son isolement i^po 

actuel. 
Le lendemain, dès qu'apparat l'aurore <*, 

1. <Thu — automne:^ est une cheville poétique, tirée de cette idée que 
les fenêtres, qu'on laisse souvent ouvertes en été, se ferment en automne 
à cause du mauvais temps. 

2. Litt. : « Son oreille — encore, — y prenant part, — épiait de loin — les 
paroles — en fer — de chu fces paroles qui faisaient sur son âme une impres- 
sion pareille à celle que produit un clou de fer sur VoLjet dans lequel on Ven- 
fcnce),^ 

3. Litt. : *Elle est émue — (quant à son) cœur — douloureux, — elle est 
pénétrée — (quant à ses) sentiments — troublés, :> 

4. Litt. : ^Altsolument — c^est — tergiverser — (quant à) la chaleur — (et 
à) la pluie; » 

5. Litt. : « Elle s'appuierait sur — (sa) main — (qui, lui) faisant traverser 
le courant — et (la) faisant passer à gué, — tirerait de Veau — (une) personne 
— (T^) s^enfonçait dans Vabîme.* 

6. Litt. : < (Au) dissiper — de la rosée, — précisément quand — commença 
à briller — le jour — du lendemain, » 



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218 KIM vAn KIËU TAn TRUYÊN. 

Cânh hông nàng mô-i nhân IM, gôi sang. 

Trôi tây lùng dèng bông vàng, 

Phuc tha, dâ thây tin chàng dên nai. 
1085 Mo" xem mot httc tien mai; 

Rành rành «ffcA viêt^ cô hai chu* de. 

Lây trong y tit ma suy, 

^Ngày hai raipcri mSt tuât tJà^y phâi châng? 

Chim hôm thôi thoât vë rirng; 
1090 Doà Trà mi dâ ngâm trâng nèa mành. 



1. Litt. : <(Par un) opportun — Hông — la jeune fiUe — enfin — fit par- 
venir — ses paroles — (et, les) envoyant, — les transmit. > 

Le ^A Hong est, d'après M. Wells Williams, une oie sauvage de grande 
taille que l'on regarde comme appartenant à la même espèce que le |}|| 
Nhan, mais qui est plus grosse et est probablement un tout autre oiseau. Ce 
nom est appliqué par métaphore aux porteui-s de lettres. (Voy. Wells Wil- 
liams, A syllabic dictionary of chinese language, au carad. yfe.) 

2. *B6ng — ombrer est pris ici dans le sens de ^^ lueur, lumière affaiblie». 
Cette acception se rencontre fréquemment dans les poésies annamites. 

3. L'auteur, qui a besoin d'un mot rimant avec ^nai», a choisi <mai*, 
parce qu'il est question ici d'un de ces billets galants T^ ^ hoa tien) 
sur le papier desquels sont dessinées en or des fleurs de diverses espèces. 
Il suppose que celui dont il s'agit portait comme ornement la fleur de l'arbre 
Mai, 

4. Ce vers contient un jeu de mots des plus ingénieux. Des deux carac- 
tères « =ë^ f^ tkh viét > le premier signifie <^àla nuit » et le second «ymn- 
chir*. Leur réunion fait donc comprendre à Ttiy Ki^ que son évasion devra 
avoir lieu après le soleil couché. Mais, en outre, si l'on décompose ces deux 
signes on leurs éléments dans le même ordre que le pinceau les trac«, on 
obtient la série suivante : 



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KIM VÂN KIÊU tAN TRUYÇN. 219 

la jeune fille profita d'une occasion pour faire porter son billet *. 
Les jaunes lueurs du soir s'attardaient au ciel occidental ^ 

quand eUe vit arriver, dans une réponse, des nouvelles du jeune 

homme. 
Elle ouvrit l'enveloppe, et vit un billet ^ 1085 

dans lequel s'offraient aux yeux les caractères <^tich viet*. 

Elle réfléchit au sens caché (de cette énigme). 

n s'agissait, à n'en pas douter, du vingt-et-un (du mois) et de l'heure 
TuatK 

Les oiseaux, sur le soh", regagnaient la forêt. 

La corolle de la fleur Trà mi ne recevait alors que la moitié des 1090 
rayons de la lune \ 



thâp rûii nhvrt nhut tâu luéU. 

qui forme une véritable phrase dont le sens est : « Le vingt et unième jour 
(de ce mois) noua parUrona à Vheure Tuât », c'est-à-dirc, selon notre manière 
de compter *à sept heure» du aoîr*. 

Nous avons là un spécimen de cryptographie fort remarquable, en ce 
qu^fl est essentiellement propre au système de formation des caractères chi- 
nois. 

Les mots ^pkài ckângf» qui terminent le vers signifient «n'est-ce pas?» 
On ne pourrait les traduire ainsi en français; car dans notre langue cette 
formule ne s'emploie que lorsque Ton s'adresse à un interlocuteur quel- 
conque. Ils correspondent, comme sens général, à notre expression «*a?w 
aatcttn doute». 

5. Litt : « La fleur — du Trà mi — déêonnais — dévoraU — la lune — 
(quant à) la moitié du — disqite (seulement J, » 

La fleur de ce nom présente une corolle évasée dont l'ouverture est 

toujours tournée du côté de la lumière. L'auteur dit qu'elle ne recevait que 

eelle de Ja moitié du disque lunaire, parce que, le 21 du mois, cet astre était 

à son dernier quartier. L'obscurité était donc suffisante pour que, tout en 

y voysat assez pour se guider, les fugitifs pussent échapper aux regards. 



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220 KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Tirô-ng dông lay dong bông nhànli. 
Rë song, dâ thây Sa Khank birô-c vào! 
Sircmg sùiig, dânh dan, ra chào; 
Doan thôi nàng moi dl trao an can. 
1096 Rang : cTôi bèo nxtfyc chût thân! 

cLac dàng, mang lay no nân en anh. 

«Dâm nhô" côt nhuc td* sanh! 

«Côn nhiêu Mt cb ngâm vành vë sau!» 

1. Le mot dông — orienta, et par position * oriental* n'est ici qu'an orne- 
ment, comme «^u», au vers 1071. 

2. Litt. : nfElleJ dit : ^Je — (auia un) Bèo — cTeau — (quant à mon) peu 
de corps!» 

Voir sur le Bèo ou lentille d'eau ma traduction du Luc Vân Tien, page 44, 
note 2. 

L'expression «Bèo wMYfc» devient ici par position un verbe qualificatif. 

3. Litt. : * AT étant trompée de — chemin, — (en) la supportant — fai pris 
(sur moi-même) — la dette — de sympathie*. 

L'expression ێn anh* est susceptible de plusieurs significations qui pa- 
raissent très éloignées au premier abord, mais entre lesquelles on trouve, 
en les examinant de plus près, une connexion évidente. Dans ma traduction 
du vers 45, je la traduis par €une foule brillante*. Elle exprime ici ^des 
sentiments de sympalhie qui, sans être tout à fait de V amour, lui ressemblent et 
y conduisent*. C'est qu'en effet c'est dans les réunions de personnes des deux 
sexes , où chacun se pare et se met en frais de galanterie, que prennent le 
plus généralement naissance les liaisons de cette nature. H est à remarquer 
qu'entendue dans cette acception l'association de substantifs dont il s'agit 
devient un véritable nom abstrait à chacun des éléments duquel il n'est 
plus possible d'attribuer un sens particulier, et dont la signification étymo- 
logique ne pourrait être indiquée que par une longue périphrase, telle, par 
exemple, que celle-ci : * Un de ces sentiments qui se manifestent dans les réu- 
nions de personnes brillamment vêtues (litt. : d'hirondelles et de perroquets)*. 
Ces sentiments sont la galanterie et V amour; mais ce sont aussi Vhypocrisie, 
la duplicité; aussi ne sera-t-on pas surpris de voir l'expression «en anh*, outre 



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KIM vAn KIÊU TAn TRUYÇN. 221 

• Du côté du mur * les branches remaërent; 

(Eeu) ouvrit sa fenêtre et vit Sa Khanh qui entrait. 

E31e rongit, maiS; s'annant de courage^ eUe sortit et le salua; 

puis, lui parlant à l'oreille^ elle lui fit en détail tout connaître. 

«Je suis», lui dit-elle, «une pauvre créature abandonnée^! 1090 

«Jetée loin de mon chemin, j'ai (pour vous) dans mon cœur senti 

» naître la sympathie \ 
« Je veux me confier à vous pour la vie comme pour la mort ^, 

< et dans la suite, en mainte occasion, je vous prouverai ma gratitude ^ ! » 

les deux sens déjà indiqués de ^fouU brillante* et de i^ sympathie» ou d'«M- 
triffue amcureuit*, signifier aussi très fréquemmeut « la fourberie ^^ ou «yôurôe», 
lorsque la position qu'elle occupe en fait un adjectif. 

Le substantif «no^ ou ««mt iv&n», qui signifie littéralement * dette», a 
en poésie un sens plus étendu que ce dernier mot ne le comporte en fran- 
çjûs. Il exprime aussi, en effet, un sentiment tel qu'il met, vis-à-vis de la 
personne qui en est Tobjet, celle qui le ressent dans la situation d'un dé- 
biteur vis-à-vis de son créancier. Tûy Kiêu éprouve pour Sa Khanh im com- 
mencement d'amour, qui la contraint pour ainsi dire à manifester de la 
sympathie à cet homme comme s'il existait entre eux une obligation par 
suite de laquelle elle serait tenue de le faire. 

4. Litt : <«/'ofe — inappuyer sur — les os et la chair, — (tmr) la mort — 
(et) la vie/» 

On dit en chinois de deux personnes unies par les liens du sang qu'elles 
sont « •& R» (?^ jâ& cot nhuc hw/nh de — frère d'os et de chair ». La jeune 
fille manifeste à ^ Khanh l'intention de rester aussi étroitement attachée 
à Ini que le sont les unes aux antres les personnes auxquelles s'applique 
d'ordinaire cette épithëte, ou encore celles qui restent unies dans la vie 
cofoine dans la mort (^ là^ ta; sanh), 

ô. Litt i *Ily awra encore — beaucoup (de faits de) — joindre — les herbes 
— (et) tenir dan» le bec — un cercle — dorénavant!» 

Ce vers fait allusion à deux légendes. La première est celle du favori 
de Wb â^ ^g^ Th^> <l6 ^ Tdn. Elle se rapporte à l'époque dite des 
«3| QÊ Chien quSc — Boyaumes combattants». En ce temps-là subsistait en- 
core une affreuBe coutume, d'après laquelle les grands désignaient de leur 



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222 KIM vAn KIÊU tAN TRUY^N. 

Lâng ngôi, thâm ngâm, gât dâu : 
1100 «Ta dây!» cPhâi miron ai dâu ma rang? 
«Nàng dà bîêt dên ta châng? 
cBè trâm luân lâp cho bâng; moi tliôi!> 
Nàng rang : «Muôn su* cm nguM! 
«Thê nào xîn quyêt mot bài cho xong!» 



vivant nn certain nombre de personnes pour être ensevelies avec eux; cou- 
tume qu'on trouve mentionnée dans le ^^ jH^ et dans le "^ jK, qui 
renferme une ode des plus touchantes intitulée ^^^ J^ Hitynk dHên — 
Les oisea^tx jmmes* dans laquelle le poète déplore le sort des trois frères 
-¥• !fi ^'^ ^ condamnés avec cent soixante- sept autres personnages de 
marque à descendre vivants dans le tombeau do ^^^^ -M^ công, prince 
de ^è Tdn, Ngujf Thù, voulant éviter cet horrible sort à un jeune homme 
qu'il affectionnait beaucoup, avait recommandé à son fils aîné de faire une 
exception en sa faveur. Malheureusement, lorsqu'il fut à Tagonie, son esprit 
obscurcit et il donna Tordre contraire à son plus jeune fils. Néanmoins Taîné, 
qui avait reçu les recommandations de son père alors qu'il était en pleine 
possession de ses facultés, parvint à persuader à son frère qu'il n'y avait 
point à tenir compte de celles qui lui avaient été faites en dernier lieu, et 
en fin de compte le favori fut épargné. 

Plus tard, les deux frères commandaient les troupes du prince de ^• 
Tân contre celles de celui de ^ Tân avec qui leur souverain était en 
guerre. Ils avaient essuyé une défaite, et le général ennemi avait même 
brisé leur char. Plongés dans l'abattement, ils ne savaient quel parti prendre, 
lorsque, pendant la nuit, l'aîné entendit tout à coup une voix qui prononçait 
ces mots : < ^ |^ ]^ TharUi ihào phâl — Ils seront défaite par les herbes 
vertes!» Tout étonné, il réveilla son frère et lui raconta ce qu'il avait en- 
tendu. Persuadés alors qu'une intervention surnaturelle se déclarait en leur 
faveur, ils 'reprirent courage, montèrent à cheval, et marchèrent au devant 
de l'ennemi. Lorsqu'ils se trouvèrent en sa présence, ils feignirent de prendre 
la fuite et s'élancèrent à travers un marais couvert d'une herbe luxuriapte. 
Au bout d'un certain temps, ne se voyant pas poursuivis, ils se retour- 
nèrent et virent avec étonnement les soldats du prince de Tân qui trébu- 
chaient au milieu du marais et tombaient à terre dans le plus grand désordre. 



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Kl M VAN KIËU tAn TliUYÊN. 223 

Le jeune homme, silencieux, s'assied, il réfléchit et secoue la tête. 



> 



Me voici!» répondit-il. «Où trouveriez-vous, dites-moi! quelqu'un iioo 

(de plus capable) '? 
«Avez- vous, ô jeune fille! entendu parler de moi? 

«Ne craignez rien! Je suis homme à combler Fabîme où vous êtes 

> plongée!» 
«Mille grâces vous soient rendues! > dit Kiêu, 

«Oh! veuillez de suite arrêter les moyens qu'il convient de prendre! » 



Ils revinrent aussitôt sur leurs pas et firent un grand carnage dans lequel 
le général ennemi lui-même resta sur le champ de bataille. C'était, dit la 
légende, Tâme du père du favori épargné qui, reconnaissante de la com- 
passion qu'ils avaient montrée envers son fils, avait noué ensemble les tiges 
des herbes. Les soldats de TVîn, lancés à la poursuite des fugitifs, s'étaient 
trouvés pris dans cet enchevêtrement, et n'avaient pu éviter la chute qui 
les avait mis à la merci de leurs ennemis. 

La seconde légende a trait à un certain chaidonneret que le roi H^ jj^ 
Thài Mâu, de la dynastie des 1^ Thu<mg, avait reçu en présent. Comme 
il voyait l'oiseau rester immobile, ébouriffé et les ailes pendantes tandis 
que sa femelle voletait au dehors en criant d'une façon lamentable, l'Em- 
pereur fut saisi de pitié et donna la liberté au captif. 

La nuit suivante, pendant son sommeil, le prince le vit pénétrer dans 
sa chambre. Il tenait au bec un anneau fait de la pierre précieuse appelée 
^ Bich (eêpèce de jade vert), qu'il déposa dans une cassette et offrit à l'Em- 
pereur. Ce dernier crut à son réveil avoir été le jouet d'un rêve-, mais 
quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'allant à sa cassette, il y trouva véri- 
tablement le joyau que l'oiseau lui avait apporté pour le remercier de sa 
compassion! 

L'héroïne de notre poème promet à Sa Khanli, s'il la délivre, de se 
montrer aussi reconnaissante envers lui que l'esprit qui noua les herbes du 
marais pour donner la victoire aux deux généraux de Tâfn et le chardon- 
neret qui apporta au roi Thài Mâu un anneau de jade. 

1. Litt. : « «/c — »uis ici! — // faudrait — louei' — qui — où — pour — 
— diref» 

Cette formule : «ma rang», qui est du reste assez rarement em- 
ployée, présente une visible analogie avec les finales /\\ f\)j -Vr^TV? 
A'i jk 'i lOO -y ^^ mandchou. 



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224 KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 

1105 Rang : «Ta c6 ngvra Truy pliong! 

«C6 tên dirôi tnrông! Vôii dong kièn nhi! 

«Thira ccr! lén hvaàc ra di! 

«Ba nurcî sâu chirô'c, chudc nào lai han? 

«Dâu khi gio kép mira don, 
1110 «C6 ta dây! Cûng châng can cô- gi!» 

Nghe IM, nàng dâ sanh nghi; 

Song dà quâ dên; quân gi dirçrc thân? 

Cûng lieu nhâm mât sây chcrn 

Ma xem Con tac xây van dên dâu. 
1116 Cùng nhau lén birô-c dirôi lâu; 

Song song ngira tradc, ngu'a sau, mot doàn. 



1. Litt :«.... un chevcU qui sttU le vent». 

2. Litt. : ««/W — des flèches — soua — (ma) tente! — De ma nature — 
je êuia de la race — des forts — enfants!» 

L*expression ^dbng kiht 7ihi* devient par position un verbe qualificatif. 

3. Litt. : ii (Parmi) trente-six — artifices, — (en faU d^)artifice — quoi — 
encore — (est) meilleur f» 

Dans cette locution «c^trcfc» est proprement un terme stratégique, qui 
signifie ^un moyen d^engager la bataille». — L'adverbe ^hon — pbts» devient 
par position un adjectif qualificatif. 

4. Litt. : « 5» — (dans un) temps — le vent — est double — (ou) la pluie 
— simple (s'il vous arrive un malheur petit ou grand),» 

Pour expliquer le rôle de «Mt» dans la locution *dâu klii — s'il arrive 
gî<e . . . . >, il faut le considérer comme un substantif, et observer qu'il se 
trouve toujours, par suite de sa position, au cas circonstantiel (s'il m'est 
permis, pour être plus clair, d'employer cette manière de parler). 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 225 

«Je possède», reprit Sa, « un cheval rapide comme le vent K 1105 

«J'ai le moyen de réussir '! Je suis de la race des forts! 
«Saississez Toccasion! sortez d'ici en cachette! 
< De tous les moyens à prendre, en e&t-il de plus efficace •'*? 
€ S'il vous arrive quelque mauvaise aventure \ 

«Je suis là! Vous n'avez rien à craindre! » H 10 

La jeune flUe à ces paroles sentit naître des soupçons; 
mais elle s'était trop avancée! Que lui importait, d'ailleurs? 
Elle résolut de fermer les yeux et de s'abandonner à l'aventure * 
pour voir comment pour elle allait tourner la roue de la Fortune \ 
A pas de loup tous deux descendirent au bas du pavillon, iii5 

et, montés sur deux chevaux, ils cheminèrent l'un derrière l'autre '. 



5. Ici « #4y ^^^^^ * "C signifie pas précisément * faire im faux pas >, mais 
seulement € marcher dont les canditians de ceux qui amtt exposés à en faire-», 
c'est-à-dire «à VaverUure, à Vaveuglette*, 

6. litt : *Paur voir — la Fortune — en tournant — irait — oùf* 

n y a nne analogie remarquable entre la métaphore que contient ce 
vers et la conception de la Fortune dans la mythologie grecque. Il ne fau- 
drait pas, cependant, pousser trop loin la similitude. Chez les Grecs et les 
Romains, l'idée de la déesse Fortune ne dérivait nullement de celle de 
création coDune le <C<m tao* annamite, qui est identique au j(^ 'fl^ ^<^ 
hod chinois, et n'est nullement représenté comme une femme aveugle qui 
erre au hasard, le pied sur nne roue. 

7. Litt. : * Ensemble, — (un) cheval — devant, — (un) chev€U — derrih-e, 
— fenj un groupe, > 

lô 



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226 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

Bêm thu khâc mân canh tàn; 

Gi6 cây lot là, trftng ngàn ngâm gtrong. 

Loi m5n cô Içrt mùî sirang. 
1120 L6ng que di mot birô-c dirông mot dau! 

Tiêng gà hao hâo gây mau, 

Tiêng ngirM dân dâ mai sau dây dàng. 

Nàng càng thon thitc gau vàng! 

Sa Khanh dâ rë dây cnang nèo nào? 
1125 Mot mlnh, khôn! biêt làm sao? 

Dâm nhig hxr&Q thâp hva&c cao hâi hùiig. 

Hâa nhi thât c<S na 16ng! 

Làm chi giày tfa v5 hông lâm nao? 

Mot doàn dua dên tnidc sau. 



1. Litt : * (Quant à celle) nuU — d^aulomne, — les quarla — étaient coiu- 
plel», — les veillée — étaient eocpirées,» — Le matin arrivait 

2. Litt. : *(Par le) vent — les arbres — étaient esêw/éê — quant auxfeuHlet; 
— (quant à) la lune, — les montagnes — (en) avalaient — le miroir, :^ 

3. Litt. : €(Dans) le sentier — t«^(8ic) — V herbe — était pâle — (quant 
à) la couleur — de la rosée,» 

4. Litt. : « La jeune file — de plus en plus — fut anxieuse — quant à — 
(son) foie — d'or, » 

6. Litt. : €(Dans) les dàm — de la forêt — elle marchait — bas, — elle 
marchait haut, — saisie de terreur,* 

Elle était tellement troublée qu'elle ne pouvait diriger son cheval, dont 
Tallure devint, par suite, irrégulière. 



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KIM vAN KIËU TAn TRUYÊN. 227 

Les heures de la nuit s'étaient écoulées i; la fin des veilles était 

venue; 
le vent séchait les feuilles des arbres; Tastre des nuits allait bientôt 

disparaître ^. 
Dans le sentier battu la rosée voilait Féclat des herbes K 

Chaque pas que faisait (Kiêu) ravivait dans son âme l'amer souvenir 1120 
de son pays natal! 

Le chant du coq se fit entendre à de courtes reprises; 

et, tout à coup, derrière la maison, Ton entendit des cris; un tumulte 

s'éleva. 
La jeune fille en son cœur ^ sentit redoubler ses angoisses! 

Sa Khanh avait tourné bride! Par où donc avait-il passé? 

Elle était là, seule et ne sachant que faire! iits 

Au sein de la forêt elle s'abandonna, pleine d'épouvante, à l'allure 

irrégulière de son cheval K 
« Oh ! vraiment ! > se dit-elle, « j'ai envers le Créateur ^ une dette d'îw- 

» fortune (à payer)! 
«Pourquoi, malheureuse fille, te maltraite-t-il ainsi ^?> 

Devant elle, derrière elle, arrivent des gens en troupe ®. 



6. Litt : «ie Créateur — véritablenient — a (possède) — la dette — de 
(mon) eeeur!» 

7. Lîtt. : €(Pour) faire — quoi — fouler aux pieds — le violet, — rouhr 
entre les doigts — le rose — beaucoup — doncf» 

Tûy Ki£u 86 compare à une fleur fragile que Ton se fait un cruel plal^^tr 
de détruire. Le violet et le rose, étant des teintes que Ton rencontre coiu- 
mnnément dans les fleurs, sont pris ici pour les fleurs elle-même. — Ls 
substantif ^giày — chaussure* devient verbe par position. 

8. Lîtt. : *(En) une troupe — Us rivalisaient pour — venir — devant — 
(et) derrière,* 

16* 



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228 KIM VAN KIÊU tAN TRUYÇN. 

1130 Vùt dâu xuông dât? Cânh dâu len trbi? 

Tu bà toc thâng dên nai, 

Am âm âp dîêu, mot hoi lai nhà. 

Himg hành, châng liôî, châng tra; 

Giâng tay vùi lieu dâp hoa tci bôi. 
1135 Thît da ai cûng là ngirôi 

Long nào hông rang thâm r6i châng dau? 

Hêt loi thù phuc khân câu! 

Uôn lirng nui dô gîâp dâu mâu sa! 

Rang : «Toi chut phan dfm bà! 
1140 «Nu'ci'C non lia cèa lia nhà dên dây! 



1. Litt : * Brut/amtnerU — elle V arrête — (pour) V emmener, — (et en) une 
haleine — elle vient à — la maison,* 

2. Litt. : <^ Étendant — le bras, — elle couvre de terre — le saule, — elle 
remblaie — la fleur — de manière à la mettre en lambeaux, » 

3. Litt. : « Étant chair — (et) peau, — qui (que ce soit) — tout aussi bien 
— étant — homme,* 

La position des deux mots «^t^ — chmr* et «(2a — peau* devant le 
pronom «ai» qui leur est apposé en fait nécessairement des verbes quali- 
ficatifs; et comme ces verbes en précédent un antre verbe (Ih) dont ce 
pronom est le sujet, ils ne peuvent être mis à un autre mode qu'au parti- 
cipe. « Là », à son tour, est participe aussi sous l'influence du verbe « dau > 
qui arrête et détermine le sens de la période entière à la fin du vers sui- 
vant, n faut enfin noter que «a»», lorsqu'il est suivi de «cSti^t — toul aussi 
bien*, ne signifie plus ^quif», mais *qui que ce soit*. 

Voici, dans son ensemble, le sens général de ce singulier vers, qui serait 
absolument incompréhensible si l'on n'appliquait rigoureusement la règle 
de position à tous les éléments qui le composent: 



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KIM VAN KIËU TAN TRUYÇN. 229 

Oft trouvera-t-elle des griffes pour s'enfoncer dans la terre, des ailes 1130 

pour monter au ciel? 
D'un pas précipité, Tu bà sur elle arrive droit, 

la saisit en vociférant, et Temmène tout d'un trait dans sa demeure ^ 

Brutalement, sans lui adresser une question, 

elle la frappe à tour de bras, elle Faccable de mauvais traitements \ 

Quiconque, étant de chair et d'os, sent dans son sein battre un cœur 1135 

d'homme ^, 
pourrait-il voir, sans souffrir, maltraiter une jeune enfant^? 

(Malgré) ses protestations d'obéissance, malgré ses ardentes suppli- 
cations, 

(la mégère) brutalement lui fait courber le dos et la jette sur le sol ^; 
elle lui écrase la tête du pied, elle la met tout en sang! 

«Je ne suis», dit (Ki^), «qu'une pauvre fille! 

«Exilée de la maison (paternelle), je suis venue ici de bien loin '^! mo 



< Qm que et êoU quiy étant composé de chair et de peau, est, en somme (quelle 
que puisse être la dureté de son coeur) un être humain, 
pourrait-il f» 

4. Litt. : *de quel ccmr — (au sujet de ce que) le rose (la fleur rose) — 
tombe, — (et) le rouge (la fleur rouge) — se détache — ne pas — souffrirait?» 

Ce vers contient une inversion, par suite de laquelle *dau — souffrir» 
qui devient ici un véritable verbe actif à peu près synonyme de * déplorer», 
c«t rejeté à la fin. 

5. Litt. : « EUe (lui) courbe — le dos — (à la manière d'une) montagne — 
(qui) est répandue (qui croule); — elle écrase du pied — (sa) tête — (de manière 
que) le sang — coule f» 

L'expression < uSn lung nui do » désigne un genre de violence particulier 
qui consiste à saisir une personne par les cheveux de manière à lui faire 
baisser la tête et gonfler le dos, puis à la jeter brusquement à terre en lui 
imprimant un choc violent. — « Nui do» et « màu sa » sont, à cause de leur 
position après le verbe, des expressions adverbiales de manière. 

6. Litt : « (Quant h) des montagnes — (et h) des eaux (franchissant une longue 



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230 KiM vAn kiéu tAn truyên. 

cBây giô* sông thâc ô* tay! 

«Thân nây da dên thê nây, thi thôi! 

«Nhirng toi, c6 sa chi toi? 

«Phân tôî dành vây; von ngirôi dây dâu? 
1145 «Thân liran bao quân lâm dâu? 

«Chut long trinh bach! tur sau cûng chira!^ 

Birac loi, mu moi tùy ce; 

Bât ngurôi bâo lânh, bât tir cung chiêu. 

Bày vai cô gâ Ma Kiêu, 
1150 X6t nàng ra mdi dành lieu cbiu doan. 

Mu càng kè nhât kè khoan; 

Gan gîing dên mwc, nông nàn mô-î tha. 

Vu-c nàng vào nghî trong nhà; 



distance), — me êépararU de — (ma) porte, me séparant de — (ma) maison, — 
je suis arrivée — idl:» 

1. Litt. : €(Ma) condition, je V accepte — mnsi! — (mais) le capital — de 
vous — (qui est) ici, — ou (sera-t-il f), * — Kiêu prévient la mégère que, si 
elle la fait mourir bous les coups, elle se verra intenter un procès par les 
parents de sa victime, et y perdra son capital. 

2. Litt. : «Afon corps — d'anguille — combien — a-t-il soud — de saUr 
— (sa) téUf» 

3. Litt. : « (En fait de personne qui) comparait — les épaules — » 

L'expi'ession « bày vai — qui compare (ses) épaules » signifie un camarade. 

Les camarades sont souvent réunis, et lorsque deux d^entre eux marchent 



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KIM VA'N KIÊU TAn TRUYÊN. 231 

«Entre vos mains vons tenez maintenant ma vie! 

«Puisque j'en suis venue à ce point de misère, il me faut bien me 
> résigner! 

«Pour ce qui est de moi, qu'importe ce qui m'adviendra! 

«Je me résigne à mon sort; mais prenez garde à votre capital '! 

«Je suis comme l'anguille! craint-elle de souiller sa tête^? ii45 

« Sincèrement je vous l'affirme ! je ne tenterai plus rien désormais ! > 

En possession de cette promesse, la vieille met l'occasion à profit. 

Elle se fait donner une garantie; elle exige une déclaration écrite. 

Une de ses pareilles ^ appelée Ma Kieii, 

touchée de compassion pour la jeune fille, se risque à servir de eau- iiso 

tion. 
La vieille n'en est que plus âpre à tout discuter point par point \ 

Elle apporte jusqu'au bout une attention scrupuleuse, et tombe enfin 

d'accord après force débats K 
(Ma Kiêu) emmena la jeune fille chez elle afin qu'elle y prît du repos. 



côte à côte, ils semblent comparer leurs épaules pour voir lequel est le 
plus grand. 

4. Litt. : « La vieille femme — â^ autant plue — compte — le serré — (etj 
compte le large,» 

5. Litt. : *EUt apporte une êcrupuUuae — attention — jtuqu^à la — limite j 
— (en se montrantj âpre — enfin — elle concède,* 

Lorsque plusieurs personnes jouent à un jeu dans lequel se trouve une 
limite, comme, par exemple, une raie tracée sur le sol, on mesure les écarts 
d'après cette ligne, et a grand soin de bien Taffleurer en prenant son point 
de départ. De là vient Texpression «<ï^n mue» qui signifie proprement * aller 
Jusqu'à la ligne >, et métaphoriquement « n^ahandonner aucun de ses avantages, 
ne faire aucune concession*. 



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232 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Ma Kim lai hd y ra dân loi : 
1155 «Thôî! Bà mâc lan, th« thôi! 

«Bi dâu cbâng biêt con ngirô-i S& KhanM 

<Phn tinh noi tiêng lâu xanh! 

«Mot tay chôn bîet mây nhành PM dung! 

«Bà dao, sâp 8ân chudc dùng! 
1160 <La chi mot côt mot dông xira nay? 

«Cô ba tràm lirong, trao tay! 

«Không nhirng, chi c6 chuyên nay trô kia?» 

Roi ra, trè màt tire thi : 

«B<H IM kêu chd! Lay cbi? Ma dM!> 
1165 Nàng rang : «The thôt nâng IM! 

«C6 dâu ma lai cô ngirôi hiém sâu?» 



1. Lâtt. : ^Eat allé oh — ne peu — on sait — Vhomme Sa Khanhf» 

Le sujet est reporté à la fin du vers par inversion — «Cwi nguai* est 
pour *Con ngieai ta». C'est ici un terme méprisant. 

2. Litt. : * Ingrat — (quant aux) sentiments, — il élève (pour vous) — la 
réputation — des palais — verts (d'une Jiabitante des lieux qtCon désigne ainsi)!* 

3. Qui dira combien à lui seul il a perdu de rameaux de Phk dungf 
Le Phu dung, Phk dong ou Phh duông est V Hibiscus mutabUis, arbuste de 

la famille des Malvacées dont les fleurs, fort délicates, s'ouvrent le matin 
et se ferment le soir. On dit en chinois « ^ ^^ ^ Phù dung cUçn > pour 
désigner un frais visage de jeune fille. Cette plante, qui se trouve en 



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KIM VÂN KIÊU TÂN TRUY^N. 233 

et lai donna en outre le» avis qne voici : 

« On vous a dnpée! c'est une chose certaine! ii55 

« Qui pourrait savoir par où a disparu ce Sa Khanh *? 
« D vous inflige^ Fingrat! le renom d'une courtisane ^! 

« Qui dira combien (en ce lieu) sa seule main a enseveli de branches 

> de PM dung ^! 

« n possède toujours quelque ruse à son service * ! 

« Quoi d'étonnant que de tout temps ils aient été associés ensemble^? iieo 
< Si vous avez trois cents taëls^ donnez-les! 
< Sinon, à quoi bon tout ce bavardage?» 
Là-dessus elle sortit; puis revenant aussitôt : 

< Assez de cris!> reprit-elle. «En quoi vous a-ton dupée? Tout le 

> monde en agit ainsi ^! » 

«L'on m'avait pourtant fait»; dit Kiêu^ «de solennelles promesses! ii65 

« Comment peut-il se trouver des personnes aussi cruelles? > 



grande quantité dans le Sud de la Chine n'a pas encore, à ma connaissance, 
été signalée dans TAnnam. 

4. Litt. : « Il tire avec force — (êonj sabre^ — U prépare — des ruses — 
(ppwj s* en servir I» 

5, Utt : «fj&i faii iVjéUmnafU — qu'y a-l-U qu'J — (ils aient été) une — 
sorcière — (et) un — magicien — (depuis) autrefois — (jusqu'Jà présent f» 

De même que sorcier et sorcière s'entendent pour duper le public, de 

même ce vaurien et cette mégère se sont associés dans leur infâme négoce. 

6, UtL : « Diminuez — tx>f paroles — de crier, — donc! — On vous a 

fittpée • «»» quoif — Mais — (cest) le monde (Ce sont choses qui arrivent Unis 

le$ jcstrê cUms U monde) !^ 



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234 KIM vAn kiêu tAn truyçn. 

Côn dang suy tnr<>c nghï sait, 

Màt mo (dà thây ù dâu?) dân vào. 

Sa Khanh lên tiêng rêu rao : 
1170 «Bo nghe rang c6 con nào à dây 

«Phao cho quên giô rù mây! 

cHây xem c6 biê't màt nây là ai!» 

Nàng rang : cThôi thê; thi thôi! 

«Rang không, thi cûng là loi rang không!» 
1175 Sa Khanh khoâc mâng dùng âmg] 

Birdc vào vira râp thi hiing ra tay. 

1. Litt. : *(Un) visage — cTécorce d'aréquier — (elle VavaU vu — oitf) -- 
étant introduit — entra,* 

2. Litt. : €(Par des) bavarder — fai entendu — disant : — ^il y a — 
une fille — quelconque — id* 

3. Litt. : ^(qui) calomnie — c^ (moi) — (le fait djattirer — le vent — (et) 
d entraîner — les nuage» f» 

4. Litt : €. ,..(n cest) assez — de cette manière, — eh bien! — (c^esl) assez!* 
M Thê* est pour *thi ây*, Sous Tinfluence de Tusage le pronom démons- 
tratif a disparu, on plutôt il s'est réduit au simple signe du ton interrogatîf 
(1^ W^'i et ce signe s'est fondu lui-même avec celui que portait déjà Je 
substantif. La concision du langage a fait ensuite disparaître cette intonation, 
qui allongeait tant soit peu la prononciation du mot Cet instinct de sim- 
plification dans les idiotismes, les locutions on même les mots très usités 
du style familier qui est si marqué dans les idiomes à flexions. Test beau- 
coup moins dans les langues monosyllabiques; car, dans ces dernières les 
émissions de voix sont généralement si courtes que tout y est utile pour 
rintelligence du sens. Ces langues tendraient plutôt à s'allonger par la 
multiplication des monosyllabes, comme on peut le constater surtout dans 
le chinois vulgaire, et aussi, quoique à un bien moindre degré, dans Tanna- 
mite. Cependant, dans cette dernière langue elle-même, il n'est pas rare 
de rencontrer des élisions ou des ellipses. Elles consistent, tantôt dans la 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUY^N. 235 

Pendant qu'elle se livrait à (d'amëres) réflexions^ 

elle vit entrer, (où Favait-elle donc vue déjà?) une figure répugnante K 

C'était Sd Khanh, qui, élevant la voix, cria du haut de sa tête : 

« On m'a dit * qu'ici se trouve une fille 1170 

«qui, calomnieusement, m'accuse de l'avoir séduite*^! 

«Regarde donc ce visage pour voir si tu le connais! » 

«Eh bien soit^!» dit la jeune fille; 

«vous dites que non; je veux obéir, et je dis non comme vous! » 

Si Khanh, vociférant toutes sortes d'injures, 1175 

entra, et l'impudent osa porter la main sur elle ^! 

suppression d*un mot avec ou sans modification d*accent (fia, puis M pour 
thl ây; ong, puis 6ng pour ông dy, etc.); tantôt dans le retranchement d'un 
accent et d'une lettre (comme on le constate dans le mot tém mai, qui 
signifie «matin» et qui se prononce w mot); tantôt dans celui d'une simple 
lettre (dans le mot an nam. que Ton prononce a nam)\ tantôt enfin dans 
Télision complète des voyelles d'un monosyllabe (dans hai nutcri Aa«, kai 
muai lam, etc. que Ton prononce souvent hai m' hai^ hai m' làm, etc.). 

D'autres fois, ce sont des locutions courantes que l'usage a condensées, 
et réduites à un, deux ou trois mots. C'est ainsi que l'on dit : *ai nây* 
pour « ai cûng nhtt n&y — qui que ce sait, tout le monde » / « hhn lâu » pour 
« kèn gi lâu — il y a bien longtemps » ; < xin vo pkép » pour « xin pliép J* vô 
phép — je voua demande pardon » ; « nay mai » pour « ching hôm nay th\ âèn 
mai — aujourd'hui ou demain», et bien d*autres. 

Je ne parle pas de ces citations prodigieusement abrégées qui ne se 
trouvent guère que dans les poésies, et dont j'ai eu déjà l'occasion de 
signaler quelques exemples. Ces dernières sont d'une toute antre nature, 
et l'influence de l'usage contribue beaucoup moins à leur formation que le 
caprice, on pourrait même dire souvent «le pédantisme» de l'auteur. 

6. Litt, : «e» marchant — entra, — (etj tout d'abord — se mit à — payer 
d'audace — et faire sortir — sa mati^». 

€Thi hhng» signifie littéralement ^présumer de son courage». 



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236 KIM vAN KIÊU TAn TRUYÇN. 

Nàng rang : «TrM nhë! C6 bay 
«Quên anh rù en, su* nây tai ai! 
«Bem ngirW gîây xuông giêng thoi! 

1180 cNôi roi, roi lai an IW dirac ngay! 
«Côn tien « Tîch viet^ ô* tay! 
<Rô rang mât ây! Mât nây, chô* ai?> 
\Jyi nghe; dông mât trong ngoài 
Ai ai cûng khiëp mat ngirW vô lirang. 

1185 Riêng tinh an dâ rô rang; 

Da tuông nghî moi kiêm dàng thâo lui, 
Phông riêng riêng nhfrng sut sùi; 
Nghï thân, ma lai ngâm ngùi cho thân! 
Tiêc thay trong giâ, trâng ngân! 

1190 Ben phong trân, cûng phong trân nhu* ai! 



1. Litt. : * Attirer — le perroquet, — entraîner — VhinmdeUe, — cette choêe 
— est cUms — quif» 

Ce que j'ai dit plus haut de roxpression « en anh » suffit, je croîs, pour 
donner une intelligence suffisante de la mét^iphore contenue dans ce vers. 

2. Litt. : « Anienant — une personne (moi) — vous Vavez faite entrer par 
force — en bas éC — un puits — rétréci à Vouverture!» 

3. Litt. : « De parler — ayant fini, — après cela — encore — manger — 
(vos) paroles — vous pouvez — en face!» 



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KIM VÂN KIÊU tAn TRUYÇN. 237 

«Tu sais, ô Ciel! » s'écria KiSu, 

« Qui de nous deux a séduit Fantre ^! 

«Vous m'avez jetée dans un abîme dont je ne pourrai plus sortir ^î 

c Après tout ce que vous avez dit, pouvez-vous me mentir en face 3? use 

« J'ai encore aux mains le billet (dans lequel sont écrits les caractères) 

«Je connais bien le visage de Thomme! quel est celui-ci, (sinon le 

>même*)?> 
Au dedans comme au dehors, tout le monde entend ces paroles, 

et tous sont saisis de frayeur en voyant cet être inhumain. 

Sa lâche trahison étant patente aux yeux de tous, ii85 

racteur de cette infâme comédie se met à battre en retraite. 

Dans sa chambre la jeune fille ne cesse de verser des pleurs, 

et, pensant à ce qui l'attend, elle exhale de sourdes plaintes. 

Pauvre enfant! Limpide cristal ^\ 

Au contact impur de ce monde tu t'es souillée tout comme une autre! ii90 



4. Litt. : ««/c Uen» peur dair (dans ma mémoire) — ce visage-là! — ce 
visage-ci — certes — (qui seraitcefj* 

L'adverbe «r5 rang— datrement» étant suivi d'un régime direct, prend 
Ul fonction verbale, et sig^nifie * avoir pour clair, tenir pour bien connu», 

5. Litt : <Je plains — combien! — la transparence — de la glace — (et) 
la blancheur — de Vargent!» 

Les adjectifs <trong — transparent» et €tr&ng — blanc» deviennent subs- 
tantifs par position. Ces deux métaphores, qui sont d'ailleurs assez gracieuses, 
ne peuvent ^ére être reproduites textuellement dans une traduction française. 



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238 KiM vAn kiêu tAn truyIn. 

Tè vui, cûng mot kiëp ngu-fri! 

Hong nhan phâi gîông à abri mai ru? 

Kîêp xira dâ vung dirÙTig tu; 

Kiêp nây châng kèo dën bô! Môri xuùî! 
1195 Dâu sao binh dâ vu roi, 

Lây thân ma trâ na dW cho xong! 

Vû'a tuân nguyêt rang girang trong, 

Tû bà ghé lai, thong dong dSn do : 

«Nghë choi cûng lâm công phu! 
1200 Con! Ngirôi ta phài biêt cho dû dëu! 

Nàng rang : «Mira giô dâp diu, 

Lieu thân, thi cûng phâi lieu thë thôi! 

Mu rang : «Ai cûng nhtp ai! 

«NgirW ta ai c6 tien hoài dën dây! 
1205 «U trong con lâm dëu hay! 

«NÔi dêm, khép mô*; nôi ngày, riêng clmng. 



1. Lit t. : •(Danê ton) exUtenee — d^atUrefoûf ^ tu i^ iii mJiahile — qmttni 
au chemin — de pratiquer (U bien);* 

2. Lîtt. : « le vote — s^cêt fendu -^ ^une manière d^finUive^^ 



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KJM VÂN KIÊU TÂN TRUY|N. 239 

(Mws,) qu'elle soit triste on joyeuse, nous ne vivons qu'une vie, 

et la beauté n'est point une chose qui dure toujours ici-bas! 

Tu fus, dans une autre existence, incapable de bien agir i; 

en ceDe-cî, sans doute, il te faut réparer, afin que tout soit dans l'ordre ! 

Puisque, de toute façon, ta vie se trouve compromise ^, 1195 

acquitte avec ton corps la dette qui la grève! 

A l'époque où l'orbe brillant de la lune resplendissait (au firmament ^) 

Tû hà survint et, sans gêne, se mit à l'endoctriner. 

«Le métier du plaisir», lui dit-elle, «demande beaucoup de peine, 

«et il faut, ô ma fille! le connaître bien à fond! > 1200 

«Les peines >, répondit Ktêu, «sur moi pleuvent de toutes parts ^! 

« puisque j'ai fait abandon de moi-même, je dois aussi le faire en cela! 

>I1 suffit! » 
La vieille dit : «Un homme en vaut un autre! 

« et quiconque a de l'argent trouve toujours cette demeure ouverte! 

« Au dedans, l'on met en œuvre nombre de charmantes pratiques. 1205 

«La nuit on ferme et on ouvre; le jour tantôt on est seule, (tantôt) 
> on est en compagnie. 



3, Litt : « PréeUémeni à — Vépoque (ou) — la lune — brillait — (quant à 
scnj vdrcir — jwir,» 

4. \ÀtL : «. . . . X(C loenl — (et) la pUde — (me viennent) en abondance!» 



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240 KIM vAn KIÊU tAN TRUY^N. 

«Nây con! Thuôc lây làm long 

«Vành ngoài bây chir, vành trong tâm nghê; 

«Choi cho lieu chân hoa chê, 
1210 <Cho lân 16c dâ, cho me mân dW; 

«Khi nghe hanh, khi net ngirW, 

«Khi ngâm ngm nguyêt, khi cirdi cot hoa! 

«Beu là nghë nghiêp trong nhà! 

«Bù ngân ây net, moi là ngirW chai!» 
1215 Cùi dâu, virng day mây 15i; 

Dirô-ng châu net nguyêt, dirông phaî vè hôngî 

Nhfrng nghe nôi dâ then thùng! 

Nirô-c d6i lâm nôi la lùng khât khe! 

X6t mlnh cfra câc phong que, 



1. Litt. : «..'..... fais (toi) — (un) cœur,* 

Cest-à-dire : * Aênmile-4tn tellement ces choê&f qu'il nmhU qu'elles fauenL 
naturellement partie des sentiments de tcn cobut.t^ 

2. Litt. : « comme — fronçant — les traits — de lune, — comme — se dé- 
colorant — (quant à sa) nuance — rouge! •» 

Les sourcils déliés de Tvy Kiiu sont comparés au bord du disque de 
la lune à cause de Télégante régularité de leur courbure et de la pureté 
de leur dessin; de là cette singulière expression. 

3. Litt. : €(Dans) le royaume — du monde — (sont) beaucoup de — dr- 
constances — étranges — et très aigres I» 

« Lâm » qui n'est en prose qu'une des formes du superlatif, prend assez 
souvent, dans la poésie, le sens de ^nhiSu — beaucoup de*. 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 241 

« Apprends donc^ ô ma fille! et grave dans ta mémoire ^ 

c les six caractères du cercle du dehors, et les huit moyens du cercle 

»du dedans; 
« comment le jeu se continue jusqu'à satiété complète, 

«jusqu'à ce que la pierre soit brisée, et que la vie semble s'éteindre; 1210 

«conunent on soutient un entretien galant, comment on rehausse 

>ses charmes; 
« comment il faut chanter des vers voluptueux, comment on rit en 

» regardant les fleurs! 
« Tel est le métier qu'on exerce en ce logis! 

« Lorsqu'à tous ces secrets l'on est initiée, on peut se dire une vraie 

» courtisane!» 
Docile, baissant la tête, elle écoutait tout cela, 1215 

tantôt les sourcils froncés, tantôt la pâleur au visage 2, 

honteuse de ce qu'elle entendait! 

Que de choses étranges! que d'amertume dans ce monde ^\ 

Elle pleurait sur elle même, jeune fille de bonne maison ^! 



4. Litt. : €Je suis émue (au sujet de) moi-niême, — (qui suis de celles qui 
se sercenlj — des portes — à cdc — (etj des chambres — à que! » 

Le ^ câc est une espèce d'écran qui se place devant la porte des aj)- 
partemente pour empêcher les passants de voir à 1 intérieur lorsqu'elle est 
on verte; et comme ce meuble est, plus que partout, en usage dans les 
pièces où il y a des femmes, le mot même qui le désigne prend aussi par 
dérivation le sens de gynécée. C'est ainsi qu'il faut l'entendre ici. 

Il fîr t'a! ôe ïniuK' du mut «^ (^e» qui signifie proprement «/a porte 
*pti nfipare le* apjforf^menU priaéi d^une maison de ceux dans lesquels on reçoit 
/«y ^r^HJftrs • , ot par i!xtvu*iiiiii ^ tes appartenienls defttinrs aux femmes ». Comme 
^'têi iliiJi» Li sodé té reli'vé*- que Ton fait surtout usage de ces moyens de 

16 



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242 KIM vAn KIÊU tAn TRUYÇN. 

1220 Dô- 16ng hoc lây nhû-ng nghë nghîêp hay! 

«Khéo là mât dan mày dày! 

«Kiêp ngirôî dâ dên thê nây, thôi thôî!» 

Thirong thay tliân phân lac lài! 

Dâu sao, cûng ô* tay ngirôi! biêt sao? 
1225 Lâu xanh moi xù tnrchig dào; 

Càng treo gfa ngoc, càng cao phâm ngirôi! 

Biêt bao hxr&m râ ong rW? 

Cuoc say dây thâng; trân cirôi trot dêm! 

Bâp diu là gî6 nhành chim! 
1230 Sdm dira To7ig ngocj toi tim Trubng klianh. 



séparation, une personne qui habite une maison où ils se trouvent peut 
être considérée pour distinguée. 

Il faut d'ailleurs observer que les quatre mots ^cù'a càc ph<mg que» font 
fonction d'adjectifs par suite do leur position. Ils ne sont du reste que la 
réunion et la traduction en annamite des deux expressions chinoises « SS ^ 
5ti€ cac » et « BP P^ que mon » qui signifient toutes deux métaphoriquement 
«fe* personnes du sexe féminine, 

1. Litt. : * Habilement — elle est — (douée d'un) visctge — audacieux — 
(et de) sourcils épais!» 

J'ai expliqué sous le vers 74 le rôle exclamatif de *^kJiéo» dans ce genre 
de phrases. 

L'expression « Mat dày mày dan — un visage — épais — et des sourcils — 
atidacieux^ constitue un idiotisme dont le sens est ^^ impudent, effronté», et 
qui présente une analogie marquée avec la locution françiiise ^acoir le front 
de . . ,». Elle a été intervertie à cause des nécessités de la prosodie. 

2. Litt. :*.... eh bien! — cest assez!» 



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•if-». ' .>T.^' 1 -^J 



KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 243 

On lui révélait vraiment un singulier sujet d'étude! . 1220 

«Oh! (dit-elle, cette femme) montre une rare effronterie ^! 

< Si, dans cette existence, je dois aller jusque là, la mesure sera 

> comble 2!» 
Pauvre malheureuse égarée! 

Elle était, bon gré malgré, dans les mains (de la misérable)! que 

pouvait elle donc faire? 
On baissa les rideaux ^ de la maison de plaisir, 1220 

et le prix s'éleva sans cesse avec la valeur de la marchandise. 

Qui dira combien de galants vinrent chercher les fatigues amou- 
reuses*? 
L'enivrement durait des mois; toute la nuit résonnaient les rires •'^! 

C'était un mouvement, un va et vient interminable^! 

Le matin elle reconduisait T3ng Ngoc; elle allait, le soir, chercher 1230 
Truinig Khanh, 

3. Bào n'est ici qu'une cheville poétique vide de sens. 

4. Litt. : «CM sait — combien de — papiUmis — furent briaéê, — (et com- 
bien tTj abeilles — furent mises en morceaux f * 

n y a ici un de ces croisements d'expressions que le génie de la langue 
annamite affectionne, surtout dans la poésie où on les considère comme 
une beauté. J'ai dit plus haut quel est le sens de ^ong btràm». Quant à 
l'expression *rS rcri*, elle signifie proprement * épuisé, clef ait ». 

5. Litt. : « Les parties — â^ enivrement — remplissaient — des mois, — les 
combats — de rire — occupaient entièretnent — des nuits.» 

Les adjectifs ^ddt/ — plein» et ^tràt — entier» deviennent verbes par 
position. 

6. Litt. : <i(C^étaUJ sans interruption — (quant aux) feuilles, — (au) vent, 
— (cMx) brandies — (et aux) oiseaux!» 

Les oiseaux, attirés par les feuilles que le vent agite, viennent se per- 
cher sur les branches des arbres; de même les chalands de TA bà, attirés 
par la beauté de sa victime, ne cessaient d'affluer dans sa maison de dé- 
bauche. 

16* 



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244 KIM VÂN Kl EU TÂN TEUYÈK, 

Khi tiuh nrou^ lue tàa canh, 

Giu-t minh; minh lai tliiraiig miiili; xut xa! 

«Khi sao phoDg gam, xû là? 

«016* sao tan tkv. nhu* boa gitra dirùiig? 
1235 «Mât sao dày gio dan suang? 

«Thân! sao Wém cliàn ong cliu'6'iig bây, thàii? 

«Mac ngirW mua Sà^ mây Tâ^i; 

«Nhfrng minh iiho bîêt eu xuàn là gV? 

«Boi phen giô (lira, Iioa ke! 
1240 «Nù-a mành tuyet ngâm^ bon hè tràiig thân! 

«Cânh nào cânh cbâug deo sâu? 

«NgirM buôn cânb co vni dân bao giè*? 



1. Litt. : <i^ Quand — elle retenait à elle — dn vînt — ûw uwnient tfc — 
s'épuiser — les veilles,» 

2. Litt. : « Autrefois — comTneiit (âS faU-il que) -^ fiiùis mifervtée dan* — 
le géfm — (^ que) f abaissais la ifok f •» 

*Khi» est pour ^khi xua*^. 

3. Litt. : « (Mon) visage — œmrneni — est-il épmjf — fqutmi nu) v&d — 
(et) hardi (quant à) la rosée f* 

Par «te vent et la rosée*, U \mètv. entund la lion te, les affroDts do toute 
sorte auxquels la vie qu'elle mène ex4>os4.^ aon huruïue, 

4. Litt. : « Mon corps — cotmnenl — (qnmU mix) papUlmi* — €s-ttt auda- 
cieux, — (quant aux) abeilles — es-tu hat*di — tanl^ — (ô mon) corjmf* 

«Chàn chubng* signifie «atidainçimi^, 

5. Litt. : « Au gré — de» gmts — (c'e^tj la pluie — de ^, — (më te ^} 
les nuages — de Tdn.» 



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KIM VAN KIÊU TAn TRUYÇN. 245 

Lorsqu'à Farrivée du jour ' l'ivr^se du vin se dissipait, 

elle éprouvait en pensant à elle-même un douloureux tressaillement. 

«Quoi?» (se disait-elle) «autrefois de ma chambre tendue de gam 

> j'abaissais les rideaux de soie ^, 

< et me voilà, maintenant, brisée comme une fleur jetée au milieu 
>du chemin? 

« Quoi? habituée à la honte, mon visage ne sait plus rougir 3, 1235 

«et toi, ô mon corps! tu te vautres sans crainte dans cet obscène 

> bourbier ^? 

« Devenue le jouet des hommes, je dois subir Tamour de tous ^ 

« sans que moi-même je sache ce que c'est que le plaisir! 

K Fréquemment le vent s'approche; ensuite la fleur lui succède! 

t n me faut boire ma honte! l'opprobre vient de tous côtés**! 1240 

L De quel côté rencontré-je autre chose que la tristesse"? 

t Où donc une âme navrée poun*ait-elle jamais trouver la joie ^? » 



SJ- et Tân sont les noms de deux anciennes principautés chinoises qui 
jonent dans la poésie annamite le même rôle que ^p Lt et J^ T'châng 
en chinois vulgaire, Pierre et Patd en français, pour désigner ^tel ou td, 
Ig jpremier venu», 

6. On comprendra que je ne cherche pas à donner Texplication littérale 
«robscénités que la poésie annamite n'admet que trop aisément, mais que 
la plume d'un écrivain qui se respecte se refuse à faire passer dans notre 

7. Litt. : « Quel etêpect — (est un) aspect — (qui) ne pas porte avec lui — 
la tristesse f» 

8. hitt. : « {Lorsque) V homme — est triste, — Vctspect — a (le fait à') — 
Hre gai — ^'^ — «n tm temps quelconque f » 



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246 RIM vAn KIËU TAk TRirv^N. 

«Boi phen net vë càu tha; 

«Cung câm trong nguyêt, iméc vir tliré-î hoa, 
1245 «Vui là vni guçrng kéo là! 

«Ai tri âm d6? Màii ma vô^î ai? 

«Thijra ira gi6 tvw&v mira mai; 

«Ngân ngo* tram uui^ gîôt mai mot thâii! 

«Om long dùi doaii xa gâu; 
1250 «Châng v6 ma rôî; châng dâu ma dau! 

«Nliô* an chin chir cao sâu! 



1. Litt. : « 7/ y a — la ffamnie — d« Œm — dan» — la lutm — fei) la 
uiarche — des échecs — sotts — î^ jtêur*. » 

2. Litt. : « (Mon fait d*) ëlre ^ale -- eJtt — (un fmi iT) être gaie — d€ *V" 
forcer — ajin que — je sois f'cc qti'U me faut fir€/I* 

Le verbe ^gwcmg — ê'efforr*fr ^ esft ict au partk'ï]k' pas^è. Comiiïe il ii^st 
pas susceptible de ce mode en trançaiê, il faudrait, pour îaîre i^eutir exacte- 
ment le rôle que sa position fui ïiâsigni', forcer le mot * effm-c^: > ,- car notre 
mot «forcé» n'en rend qu'inroinplùti^inrnt la nuance- 

J'ai déjà parlé du sens part ion lier que prést?iïtc la c(*itj miction «jtw* 
dans les expressions analogut^â à eellt^ que oontit^nt ce vers. KHe y réunît 
véritablement le sens des deux coujoiicttoiife^ fraiiç^tiriee -Js peur que ^ et 
•parce que^, et indique à la ioh iv motif cl le but (Funo aettoii; l" le mi>îîf 
pour lequel ou la fait; -i** son liut^ qui est de parer à uu dê^igrenieut, k 
un accident que Ton craint. 

3. Litt. : ^Qui — connaU — k^ *mt* — làf ^ Je strate en c&mmmiawU 
sympathique de goûts — avec qni^t 

Voir sur l'origine de rexpressiiiu « TH âm » ma traduction dn Lm Vân 
Tien, p. 30, en note. 

Quant à «wan ma», le sens eomplet n'en peut tître rendu que par une 
périphrase, telle que celle que j'emploie dan a la traduction littérale de ce vejis. 

4. Litt : •Conformément à — (hiqh fait d'javoir pour agréable, — (cttt) k 
vent — du bambou^ — (c^eslj lu plms — du Maifi 

J'ai expliqué plus haut le sens de TexpreâsioE ^trwée mai*. 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÇN. 247 

«Maintes fois je trace des vers; 

« au clair de la lune je fais résonner mon luth; parmi les fleurs du 

> jardin je fais quelque partie d'échecs *. 

« Ma joie est une joie forcée, une gaaté de commande ^! 1245 

«Mais, en ces lieux, qui comprendrait mon cœur? Avec qui par- 

> tager mes goûts 3? 

« Changeant d'époux au gré de mon caprice ^, 

« Je ne sais à quoi me fixer ! Je n'ai qu'un soin, celui de ma personne ^ ! 

«A tous propos, sur toutes choses, il me faut contenir mon cœur^! 

« Troublé sans qu'on le froisse, il souflFre sans être frappé^! 1250 

«Je pense au bienfait immense dont je suis redevable aux auteurs 

> de ma vie \ 

5. Litt. : *Indéci»e — (quant à) cent -^ drconatances, — je polis — et fai- 
guiêe — (nwn) seul — corps!» 

6. Litt. : *Je serre dans mes bras — fnwn) cœur — à tous points de vue 

— de près, — de loin!» 

7. Litt. : « Ne pas — il est roulé (entre les mains) — nuiis — il est troublé; 

— ne pas — il est battu — mais il ressent de la douleur!^ 
*Dân» se dit de raction de battre la viande pour la mortifier. 

8. Litt. : « Je pense à — le bienfait — des neuf — caractères — élevé — et profond! » 
Les caractères auxquels Fauteur fait allusion forment les deux deniiers 

vers de la première stance de Tode ^^ ^5 qui est la huitième de la 
seconde partie du ^j^* et dans laquelle un fils se plaint de s'être trouvé 
éJoigTié de ses parents au moment de leur mort, et de n'avoir pu pratiquer 
envers eux les derniers devoirs qu'impose la piété filiale. 

4 ^ H M 
n M m 3 
Wi ^ P ^ 

^ -^ m m 



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248 Kl M VAN KIËU tAn TRUYÊN. 

«Mot ngày mot ngâ bong dâu ta ta! 
«Dàm ngàn mx&c tliâm non xa; 
«Nghî dâu thâu plian con ra thë nây? 
1255 «San hoè dôi chut tlia ngây; 

«Trân cam ai kè dô* thay viêc minli? 
^Nlid 16i nguyën m&c tam sinli! 



^Ltic lue gia Nga! 
ce Phi Nga, y Cao! 
« Ai ai kiT phu niâu ! 
* Sailli ngâ eu lao!* 

«Luxuriant est le Nga! 
«Ce n'est point le Nga, ce n'est que le Cao! 
«Hélas! ô mon père! hélas! ô ma mèi*e! 
«Pour m'élevcr que vous avez souffert!» 

Dans rédition du Se j^ que je possède, le troisième vers ne contient 
pas le « J^ ». Les deux derniers vers ne se com{>osent aloi-s que de huit 
caractères, au lieu des neuf auxquels il est tait allusion ici. 

Tvg Kièu, éloignée, elle aussi, de ses parents, craint d'avoir à se faire 
quelque jour les mômes reproches que le fils dans la bouche duquel Tau- 
teur de Tode met les caractères qu'elle cite. Elle le fait comprendre plus 
clairement encore dans le vers suivant. 

1. Litt. : <ii(PourJ un — jour — (U y a) un — (fait de) Umiber — de 
Vonil/re — du mûrier — oblique!* 

Pour exprimer qu'un vieillard voit s'écouler paisiblement ses deniiers 
jours, on dit très élégamment en chinois «qu'il jouit, sous les mdriers et les 
ot^ieauœ, des bHlltints rayons du soleil du soir ( ^& i§q *§!. -B* Tang du mô 
cânhj», «Or», dit Kiêu, <iVanibre de ces mûriers (sous lesquels mes parents 
jouissent de la vue du soleil couchant) s'allonge de jour eji jour davantage 
(pour eux)!»; ce qui signifie poétiquement qu'ils deviennent tous les jours 
plus âgés, et que bientôt il leur faudra quitter la vie. 

2. <^Ngàn — mille* et «ara — loin* sont adjectifs par parallélisme comme 
répondant à «thnm — profonde qui l'est par sa nature même; et ces trois 
adjectifs deviennent verbes qualificatifs par suite de leur position dans la 
phrase. Il faudrait donc construire ainsi la traduction littérale de ce vers : 



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KIM vAn KIËU tAn TRUYÊN. 249 

«Tous les jours vers le tombeau mes vieux parents sïnclinent cVa- 

>vantage '! 
«(^Séparés de moi) par des milliers de dâm\ de profondes eaux, 

» des montagnes lointaines, 
«peuvent-ils penser que leur fille en est réduite à cette extrémité? 

«Leurs deux autres enfants sont bien jeunes encore ^1 i'-^^ 

«Qui leur présente, à ma place, les aliments de leur goût? 

« Je pense à la promesse (que j'avais faite à Kim Tromj) de lui con- 
> sacrer ma vie^! 



<Le8 dam — (sont) milliers, — les eaux — (smU) profondes, — les mon- 
toffnat — (sont) éloignées!* 

3. Litt. : (Dans) la cour — des IToè — (se trouve) une paire de — peii de 

— U»U jeunes enfants. » 

D'après M. Wells Williams, «le M^ Hoè, qui appartient à la famille des 
»lé«^imineu8es, est commun dans les provinces du nord de la Chine. C'est 
*une sorte de caroubier (Styphnohhium japonicum ou Sophora japonica) qu'on 
» cultive pour son bois et pour l'ombrage qu'il procure. Un prince de l'anti- 
»quité rendait la justice sous un de ces arbres», comme le fit plus tard saint 
Louis sous le chêne de Vincennes. « Ses fleurs fournissent le jaune impérial ; 
^ mélangées avec d'autres ingrédients, elles donnent une couleur verte. Les 
> graines sont entourées d'un suc qui les défend contre la gelée, et les 
• siliques demeurent sur l'arbre jusqu'à la pousse des nouvelles feuilles. 

*A Canton, ce nom est donné au Cassîa àlata, dont l'apparence géné- 
*rale est la même.» 

Ce superbe sophora a été introduit en Europe au siècle dernier. Le 
premier individu qui fut planté en France se trouve dans les jardins du 
petit Trianon, à Versailles; et malgré sa vieillesse, il présente encore un 
aspect des plus majestueux. 

Comme cet arbre est un des plus magnifiques végétaux de la flore chi- 
noise, on en donne en poésie le nom aux enfants pour indiquer l'espoir 
que nounissent leurs parents de les voir arriver à des dignités éminentes ; 
et, par une extension de la même figure, on désigne la famille sous le nom 
de «&2n Hoh — la cour ou sont plantés les Iloè». 

4. Litt. : <i Je me souviens — des paroles — de promettre — et convenir de 

— la prédestination. » 

J'ai dit plus haut ce qu'il faut entendre par l'expression « ^ ^^ tam 
sinh* ou ff*a sinh». 



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250 KIM vAn KIËU tAn TRUYÇN. 

«Xa xuôi, ai cô bîêt tinh châng? Ai? 

«Klii vë, Iiôi lieu chirang dàî, 
1260 «Nhànli xiiân dâ bè cho iigirôî chiiyen tay! 

«Tinh sâu moiig trâ iigâi dày, 

«Hoa kia dâ châp cây uây cho chu*a?> 

Moi tinh doi doan v6 ta, 

Giâc hirang quan luông uhûng ma canh dài. 
1266 Soug sa v5 v5 phirang trW! 

Nay hoàng hôn dâ; lai mai hôn hoàng! 

Lan lân thô bac âc vàng! 

Xot ngirài trong hoi doan triràng doi can ! 

Dâ cho lây chu" hông nhariy 
1270 Làm cho cho liai, cho tàn, cho cân! 

1. Litt. : (Etant) loin, — qui (que ce aoit) — a — (le fait de) coiviaUre — 
(mon) amour — (ou) non? — Qui (le connaîtrait) f •» 

2. Litt. : « du saule — du pavillon des essais litlérairesy * 

3. Litt. : « (Par un) amour — profond — devant incessamment — payer — 
la foi — épaisse, » 

4. L'autre fleur, c'est Tûy Vân; Tarbre, c'est Kim Trong, La jeune femme 
se demande si sa sœur cadette a tenu la promesse qu'elle lui avait fait 
d'épouser son fiancé. 

5. Litt. : « Le bout de fil — de ses sentiments — à maintes — reprises — 
eM enroulé — à la manière de la soie.* 

6. Litt. : « De la fenêtre — le sable — (vole) tristement — dans la région 
— du ciel (dans V espace)!-» 

Le poète assimile ce qui se passe au dehoi-s au sable que le vent sou- 



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1- 



KiM vAn kiëu tAn truyên. 251 

« mais peut-il, à cette distance, savoir à quel point je Faime ' ? 

«Lorsqu'à son retour, il s'informera de la jeune fille lettrée*^, 

«le rameau printanier, brisé, de main en main (ici) passerai i2eo 

«Pour couronner dignement Famour profond (qu'il me voua) ■', 

«à cet arbre l'autre fleur se sera-t-elle rattachée *? 

Le cœur troublé par mille pensées qui s'y mêlent et s'y confuiuIeiit'\ 

tout le long de la nuit, elle songe sans trêve aux choses de sou pays, 

(Mais) tristement le temps s'écoule ^! itïf>5 

A aujourd'hui demain ressemblera^! 

La lune brille, le soleil la remplace, et le temps marche touj^nn-ë ^! 

Je plains cette personne rangée h tant de reprises parmi les cou- 
damnés du destin! 
Le Ciel, en lui donnant la beauté ^, 

l'abreuve, tant qu'elle dure, de douleur par compensation '^î 1270 

lève et qui, vohmt dans Fcspace, passe rapidemeut devant la fenOtre ilvr- 
riére laquelle se tient son héroïne. 

7. Litt. : ^Maintenant — le crépuscule — a eu lieu; — de nonmatt — 
demain — U y aura le crépuscule ! y> 

Placée ainsi, la marque du passé *dà* indique que la chose ]Tréiihibkt- 
ment énoncée a eu lieu déjà, que dès à présent elle est accompliL*. 

8. Litt. : (Se succédant) peu à peu — U y a le lièvre — d'aryentt — U y 
a le corbeau — d^or!* 

9. Litt. : *(Lie Ciel, par le fait qu)U (lui) a donné — de pi'endre — les 
car acte reê — * rouge — visage,» 

10. Litt. : ^ a fait (cela) — à (elle) — de manière à — (lui) nuire, — de 
manière à — (la) faire se faner, — de manière à — peser (compemerjf* 
U y a ici un effet évidemment cherché; par la répétition incessante du 



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252 KIM vAn KIÉU tAn TRUYÊN. 

Dâ dày vào kiêp pliong trâii; 

Sao clio si nhuc mot lân; mô-î tliôi! 

Khâch du bông cô mot ngirôi, 

Ky tâm ho TMc; cûng loàî tha hirang. 
1275 Von ngirM huyên Tîch châu Thuang; 

Théo nghîêm thân mô* ngôi hàng Lâm tri. 

Hoa khôî. Mo tîêng Kiêu nid; 

Thîêp hông tim dên hiraiig que gdi vào. 

TnrÔTig Ta hiep mât hoa dào, 
1280 Vè nào châug mân? Net nào châng U'a? 

Hai diclrng mô'n mèn nhành ta! 

Ngày xuân, càng gio, càng mu*a, càng nông! 

mot « cho », Tauteur semble avoir voulu exprimer les coups répétés dont le 
ciel impitoyable accable sa victime, la terrîissant toujours sans lui per- 
mettre de se relever jamais. 

1. Litt : c. ... à entrer dans — le siècle — du vent — (et) de la pous- 
sière, » 

2. Litt. :«.... (son) parent — sévh-e^. C'est le nom que les fils donnent 
par respect à leur père, surtout dans les lettres qu'ils lui écrivent 

3. Litt. : « Tète fleurie, » 

4. Litt. : «. . . . le gynécée parfumé.» 

5. Thuc sanh avait écrit son nom sur du papier rouge, le seul qu'on em- 
ploie en Chine pour les cartes de visites. C'est pour cela que le poète 
l'appelle « ||Lb *J] thiêp hong — un billet rouge ». 

6. Litt. : (Dans un) pavillon — de Tô (Bvng Pha) — Us unirent — (leurs) 
visages — de fleur — de &tw!y> 

La chose que prisent le plus les Annamites et les Chinois, celle qui 



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KIM vAn kiêu tAn truy^n. WB 

Exilée au sein de ce monde de misère \ 
de toute manière il fallait qu'elle fût souillée une fois! 
Tout à coup un voyageur 

dont le petit nom était Ky Tant et le nom de famille Thûcy appar- 
tenant; lui aussi; à la classe des lettrés^ 
originaire du huyen de Tich et du châu de Thucmg, tifô 

vint à la suite de son père ^ qui ouvrait à Lâm tri une maison de 

commerce. 
Doué (lui-même) d'une grande beauté ^, la réputation de la jeune Kmu 

éveilla ses désirs, 
et il fit porter chez elle ^ un billet rouge ^ 

Une élégante retraite ^ réunit ces deux êtres charmants, 

* et Tun dans Fautre ils ne trouvèrent que séductions et qu'atlraits. isso 

Ravissante est la fleur Hài dwo-ng'^ posée sur sa jeune tige! 

Plus le vent souffle, plus la pluie tombe, et plus nous chaniie un 
jour de printemps! 

donne le plus de relief à la personnalité d'un homme, c'est la culturti lit- 
téraire. L'idée de ^littérature» est chez eux tellement connexe à cellû de 
€dûtinciion», de ^auprCnie élégance», qu'elle se confond souvent avec elle. 
De là l'intervention du nom de Tô ^ng Pha, célèbre lettré de la tlynastie 
des -^^ Tong pour former une sorte d'adjectif dont le rôle est do fîiîre 
comprendre que la pièce où se réunirent les deux amants était à la fois 
retirée comme l'est un cabinet de travail, et élégante comme devait l'être 
celui dans lequel se tenait un lettré aussi éminent que Tô ^Cmg Pha. 

7. L'arbrisseau appelé *j& ^^ Jiài dubng» (lit t. : € sorbier de nter^) 
ou « t^ j^ Jrit Bach Uiiet cki» paraît être le Pgruê japonica. Cependant, 
selon 31. Wells Williams, cette dénomination s'appliquerait à deux nutri^a 
espèces végétales, le Cgd<yiiia Japonica et le Pyrua spedabilia ou hac€lfrrn. 
Je n'ai trouvé le |^ ÎK mentionné dans aucun travail concernant In Hme 
de Cochinchine. 



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254 KiM vAn kiËu tan truyçn, 

Nguyêt hoa, lioa ngiiyêt nâo nùng; 

DêiQ xtiâu ai de câm long dirçrc cbàug? 
1285 La chi? TMiih khî le hâng! 

Mot day dâ biiôc; ai chàitg cho ra? 

&ém duo toi mail lân la, 

Tnréc cou trâng gid, saii ra dâ vaug. 

Dip sao iiiay mân la durfnig? 
1230 Lai vira gàp khoâng iighîem dumig vê qu*5 ^ 

Sank càiig mot tînh muM mê. 

Ngày xiuiii lAm lue queii vë vài xuàu. 



1, Litt, : mC(Té£aUJ iùmnanl -^ en qmîf — Thinh kM — est tm r^*^'^'*^ 



J\'xi expliqué totif nu long sous le vere 193 ce que signifient 1*^^ 



den 



rnota <ikînh klit>; en 80 rcportaut h c« que j'en m dit on coniP' 
tMclIciucnt ce vers. Le dévclofïpemnnt cuiuplct de Tidée qu'il nnifi^î""** 



jj^jiïlra 



celui-ci • ^. . . . le rmmnnptaçnt coiUenu da^ut la -liia^mie » |^ ^S HfQ <R^ \ 
|3 ^^ >ffl ^^ f^^ »"* rakonfmuFjit de latin kg jour^ (e'cst lil Uiui eh*J*^^ 
un rien U'extrLioiiliualreT et que Ton reucantre coustumuiout) >. 

2. Lîtt» : cLe vmUn — (qtmni à) f^ pêche f — le s&ir — (ipmrU u) f^^ 
^ Uk se hantaieJtL* 

3, Lîtt. : ^D*ahord — c était imrorG — l^ lune — et le ticttli — p^**^ 

— eela reèêoHîi (de^hUJ — bi pîerte ^ ei For. » 

Le clîiir de lune et le vent sont choaes eÈsentrelIcment iushxhles *^* jj"^ 
ssi^iTea; In pierre et l'or Boni au eoutrairo exfrêuaemeut diirnble? c* **^" 
De là cette double luétnpliorc. 

K T-ritt. ; « Sank — de j^ita eti phàë — (fionr) un — (fmU ék) rei^€7iî^ * 

— [snhisftuit) dix — (/aiië d'jêù'û enim^,» 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 255 

Us se livraient avec ardeur à leurs ébats passionnés. 
Qui donc pourrait, dans une nuit d'amour, mettre un frein à ses désirs ? 
Entre cœurs qui sympathisent ^ cela n'a rien que d'ordinaire! i285 

Le même Ken les réunissait; qui aurait pu, en Farracliîintj leur 

rendre la liberté? 
Matin et soir, toujours ils se trouvaient ensemble 2, 

et ce qui n'était d'abord que caprice passager devint solide afllectîoii l 

Par un hasard aussi heureux qu'étrange 

on était justement arrivé au moment où le père s'en retournait dans 1290 

son pays! 
De moins en moins le jeune homme était maître de lui-même \ 

Les jours d'amour passaient bien vite; et, tout entier à sa passiou, il 
ne songea plus au retour \ 



5. Litt. : «Le» jours — de printemps — pctsaaient vite; — «7 ouhliaît — 
de s'en retourner — avec — le printemps,^ 

Il y a dans ce vers un jeu de mots sur le mot <cacuân», qui n\t pus lu 
même signification dans les deux hémistiches. Dans le premier il a h sens 
d'amour charnel. Dans le second, selon qu'on conserve au caractère la niiime 
forme (^^)i ou qu'on lui adjoint la clef 75 (J^\ il exprime soit Tobjet 
de cet amour, soit le père de Thûc Sanh, jj^ ^^ xuân hut/ên signifijuit ujùta- 
phoriquement «fe père et la mère». 

Les trois éditions que je possède portent ^^ sans la clef 75 ; ninb cela 
«'implique nullement que le poète ait voulu adopter exclusivement It* ]ia'- 
mier sens; car Tes lettrés annamites no sont nullement difficiles sur l'oillio- 
graphe des caractères démotiques, et il est beaucoup plutôt à présumer 
que la phonétique ^^» commune aux deux vocables, aura été r^'étoi^ â 
dessein dans le but de tenir le lecteur dans l'incertitude. C'est ifiiutînit 
plus vraisemblable que le vers, entendu dans le dernier sens, est phis cor- 
rect et plus conforme au génie de la langue. 



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256 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Khi gîô câc, khi trâng sân; 

Bâu tien chirô'c rirau, câu thâu nôi tha. 
1295 Khi hirang schn, khi mây tnra; 

Bàn vây dêm nirô*c, dirông ta hoà d6ii. 

Map mb trong cuoc truy hoan; 

Càng quen thuoc net, càng dan dfu tinh. 

La cho câi s6ng khuinh thành! 
1300 Làm cho dé quân xiêu dinh nhir chai! 

Thûc sanh quen net bôc rôî; 

Trâm ngàn dô mot trân cirW nhir không! 

Mu càng tô lue chuôt hông; 



1. Litt. : <s.Ta'ntôt — (U y avait) le vent — du palais; — Umtôt — (il y 
avait) la lune — de la cour.* 

aOiô câc» et €tràng sân* deviennent, par position, des expressions ver- 
bales impersonnelles. 

2. Litt. : €(Avec) une gourde — dHmmorlel — ils (se) versaient — le vin; 
— (avec) des phrases — de génie — ils joignaient — les vers, » 

Les qualifications parallèles do « tien — immoi-tel » et de « thdn — génie » 
expriment poétiquement que le vin et le vera étaient également excellents. 

3. Litt. : ^Tantôt — (il y avait) le parfum — du matin; - tantôt (U y avait) 
les nuages — de midi.* 

Même obsei-vation que sur le vers 1294. 

4. Litt. ; <ii(Sur) Véchiquier — t7* comptaient — les marches (des piices); — 
(au moyen des) — Jils — de soie — ils jouaient d'accord — leurs Dbn, » 

5. Litt. : *Ils s'' absorbaient — dans — des parties — de rétrospectives — 
gaUf's, » 

G. Litt. : « Thûc Sanh — était accoutumé aux — mœurs — de prendre par 
pincées — (de f argent) dissocié,» 



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^ kl 



KIM vAn kiêu tAn truyên. 257 

Tantôt dans la maison et tantôt au dehors, passant agréableiiiciit le 

temps \ 
ils buvaient d'excellent vin et composaient des vers merveilleux ^. 

Le matin comme au milieu du jour ils s'abandonnaient à leur ivresse \ nm 

Ils comptaient les cases de Téchiquier; ils mettaient d'accord leurs 

guitares *, 
et entamaient d'absorbantes causeries sur les choses gaies d'autrefois l 

Plus ils s'habituaient l'un à l'autre, et plus l'amour les enchaînait. 

Tu fais, ô étrange flot! crouler les murs fortifiés des villes! 

Tu renverses les maisons, tu fais pencher les palais! et cela, i>oiir i^m 

toi, n'est qu'un jeu! 
TMc Sanh était un étourdi qui agissait sans réflexion «, 

et auprès d'un moment de plaisir cent ou mille (sapèques) à ms yeux 

n'étaient rien'! 
La vieille de jour en jour se montrait plus accommodante ^j 



Cette expression fait allusion à la manière dont le public annamite ré- 
compense les comédiens dont il est satisfait. Les spectateurs généraux 
prennent par pincées ou même par poignées des sapèques préel al ilt^ nient 
séparées de la ligature qui les réunissait, et ils les lancent à rartiate dont 
les chants ou le jeu les charment. Leur libéralité est d'ailleurs exrîtoi' par 
un individu qui représente la claque des théâtres européens et qui, aux 
moments pathétiques, frappe sur une espèce de tambour Tij^ âB e^m 
châu). Les jeunes gens enthousiastes prodiguent sans réflexion aux acteurs 
ces sapèques dites ^ticn rbi^; c'est pourquoi le poète, voulant fairi» <:iitt!mtrc 
que Théc Sanh, incapable de se contenir, suivait toujours l'imimîsîou (k 
son caprice, le dépeint comme agissant de même. 

7. Litt. : *Cent — (ou) mille (pièces de monnaie) — il versait — (dan»J u7ï 
accès — de rire — comme — l'ien!» 

8. Litt. : €La vieille — de pif ut en plus — enduisait — vert — eJ. ^mltji- 
sait — rouge;-» 

Elle se pliait obséquieusement à toutes les exigences de son prmîigiic 
client. 

é 17 



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k 



^ Kl M vAn KIÊU tAn truyên. 

Jlâu tham hê tliây haï dông, tlii me! 
1305 Du(H triiig quyên dâ hôi hè; 

Dâu trrÙTig Ifra Imi lâp loà dam bùng. 

Phong là phâi buèi thoug doiig, 

Thaii liircnig, nirng hm traô-iig hoiig, raeh hoa. 

RO rang troiig ngoc, trâng ngà! 
1310 Dây dây aân duc mot toà tliiCu nhiêii! 

Smîh càng tô uêt, càng khen. 

Ngu thib tay thâo mot thiên luât Bmrug. 



1. Lîtt, : *(Un) êmvf — a^tpkU^ — lowie* H (pt&nlet foi» — iî voit — la 
vapeur — de V argent, — uhr» — il t*l etthrél» 

2. Litt ; * SotM la luné* 

3. Lttt, : «awffîd denifindé.*^ 

Le coucou est réputé nunoticer par son chant que le momeat de» sctaajlles 
est arrivé, 

4. Lïtt. 1 < U feu du fjrenoiikr. » 

5. Liti". ; *(Dans) ga ehamfjre de wié.» 

G. Litt. i < Femte^ — die était créée — el /ondtte — (à la manière d'Jtme 
cmt«trudîon (McUue) — naintelle. ^ 

L'adverbe chinois «^ ^^ fhîên nliiên* ei^ifle ^naturtlIetmctU, de êoi' 
m#nie» (proprement : «A /a manière de [ce tptt crhj le Oiel*); maïs b» poeiition 
le transforme en un adjectif iumsiiuite; et tout le second liétûtstiche *môi 
£oà thiên nhien» devient pûur la mâme niison une expresaiou adverbiale 
de manière, 

7, Litt* : « Fretuxni — (un) Jtujei, — ta maîii — traça en curtiif — une — 
pa^ê (tme p^e de poétiej — de» rè^lm — des ihebn^.* 

Les peuples qui ae servent de récriture chinoise (Chinois, Annamites;» 
Japonais) emploient pour les notes courantes et les papiers sans impt^r- 
tance des caractères abrévîatifs qui portent le nom génénqtîe de *^ ^ 
ih&û tîe>. Ces signes spéciaux, qui préât.«nti.'nt d'ailleurs une foule de variétés 
dont réchelle varie entre les caractères de récriture règ^ulière et une espèce 



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KIM VlN KIÊU tAn TRUYÊN. 259 

(car) à la vue de Fargent un cœur cupide est enivré <! 
Le coucou avait dans les airs^ par ses cris annoncé Tété \ i305 

et Ton voyait au bout du mur le grenadier en feu^ épanouir ses 

fienrs éblouissantes. 
Aux moments où^ dans sa chambre élégante ^, elle jouissait de quelque 

loisir, 
.Kïeu brûlait des parfums; ou bien, prenant une étoffe rouge, (avec 

son aiguille) elle j traçait des fleurs. 
Vraiment, pure conmie un diamant et aussi blanche que Tivoire, 

&vec ses chairs de marbre et sa taille bien prise elle semblait une i3io 

statue vivante^! 
Bdeiix le jeune homme la connaissait, et plus il lui trouvait de charmes. 

n la prit pour sujet, et, de sa main rapidement il traça des vers tels 
qu'on les faisait au temps des Bmbng'^. 

de sténographie extrêmement simplifiée (y^ ]^ dai thào), sont employés 
surtout pour les écrits commerciaux, particulièrement, en ce qui concerne 
1& Chine dans les provinces de ^ ^& Fô kim et de & ^^ Kouàng 
tâng; ce qui tient à ce que dans ces régions méridionales le commerce est 
txès actif, tandis qu'il Test beaucoup moins dans le nord, où les études 
littéraires sont en revanche plus suivies. Dans TAnnam, ce genre d'écriture est 
extrêmement usité; mais c'est au Japon qu'on l'emploie le plus fréquemment. 
Bien que l'écriture ^] soit en général réservée pour les papiers d'af- 
fjûres et les notes privées, et qu'on se serve pour les œuvres littéraires 
de récriture régulière dite ^fr ^I le th<y ou 'Si ^^ cham tu, on a pris 
^néralement l'habitude d'écrire en cursif l'introduction des livres et sur- 
toat les pièces et recueils poétiques. C'est même l'un de ces recueils, rédigé 
en '^ ]^ d'une manière remarquablement élégante, que les lettrés anna- 
mites ont adopté comme leur modèle le plus goûté de calligraphie cursive. 
Ce livre, qui est intitulé «-^^ ^ ^ ]^ ^^ Thiên gia thi ihào pkâp — 
les mille poéêUê de famille dormées comme modèles de récriture tJiâo », est une 
collection de poésies dues aux auteurs les plus célèbres entre ceux qui 
écrivirent sous la dynastie des @S Bttctng (618—907 de l'ère chrétienne). 
Cette époque fut, comme il est facile d'en juger en lisant la savante tra- 
duction d'un grand nombre de pièces de ce temps qu'a publiée M. le mar- 
quis D^HiaiTBT DE Saint-Dents, l'âge d'or de la poésie chinoise. Les pièces 

17* 



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260 Kl M vAN KIÊU tAn TRUYÇN. 

Nàng rang : «Virng biêt 15ng chàng! 
«LM 16i châu ngoc, hàng hàng gâm thêu!> 

1315 Hay hèn, le cûng nôi dieu. 

Nôi sanh nghî mot; hai dêa ngang ngang! 

L6iig c5n gô"! dâm mây vàng; 

«Hoa van, xin hây chiu chàng hôm nay!> 

^^ "^ ^jt ^ !^ ji ^^^ gravées en cai-actères ^ ]& de différentes 
formes, à côté de chacun desquels on trouve le signe régulier ou ^^Z. 
Ce recueil est tellement apprécié comme spécimen de récriture cursive 
abrégée que Ton donne fréquemment en Cochinchine à ce procédé calli- 
graphique le nom d'écriture « thim gia » au lieu de sa véritable qualification 
qui est c -y^ ^[ âai thio » ; et Tautei^r y fait certainement allusion dans 
le présent vers lorsqu'il dit que Tkûc Sank trace une pièce de vers en 
écriture cursice dont ce livre est le modèle le plus remarquable, et d'après 
les règles de la poésie en usage sous les Bvromg dont il renferme les pièces 
les plus goûtées. 

L'art de tiacer élégamment ces caractères cursifs est d'ailleurs fort ap- 
précié par les lettrés de la Chine. Des empereura eux-mêmes n'ont pas 
dédaigné d'en faire leur étude favorite, et l'on voit dans les romans de 
littérature des personnages vantés pour leur talent dans ce genre de calli- 
graphie. C'est ainsi que dans le célèbre livre intitulé ^- ijj *^ «, 

l'ignorant W S — ', ayant désigné pour concourir à sa place avec fjj M 
le savant j^^-S* réputé pour son habileté à tracer les caractères cnreifs 
aussi bien que les carrés Tfi ^ ^ -31 )> l'Empereur fait comprendre 
dans les épreuves une pièce à écrire en ]^. La composition de la jeune 
fille excite l'admiration générale, et ses juges comparent les caractères tom- 
bés de son pinceau «à des dragons qui volent, à des serpents qui se con- 
tournent de mille manières ^^p §ë ^ffe 5$i S^)»* 

Par les mots *^luât Buhmg — les règles (usitées en poésies au temps de») 
Btedng » le poète donne aussi à entendre que les vers de Thûe Sanh étaient 
composés de sept caractères T J^ ■« ^ tfiétt ngôn tht). C'était en effet 
la forme la plus généralement adoptée à cette époque ; aussi lui donne-t-on 
souvent le nom de «ffl* "^X Bàng ihi — vers des Bir^g*. 



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KIM vAN KIËU TAn TRUYÊN. 261 

«Je saisis votre pensée * ! » lui dit alors la jeone femme. 

«Les mots se suivent comme autant de perles et de diamants; les 
>vers, dans leur succession, semblent former le dessin d'une bro- 
>derie de gîim'^l > 

Bien ou mal, à ces rimes elle joignit des rimes pareilles^. 1315 

Pour le jeune homme, il n'avait qu'une unique pensée; les deux choses 

marchaient de front! 
(Tandis que) son cœur exhalait encore de nombreux soupirs d'amour ^ : 

« En comparant nos rimes >, dit Kieu, « (je vois) ^ qu'il me faut aujour- 
»d'hui vous reconnaître pour vainqueur!» 

1. « Vvnff» litt. : ^f obéis» est un terme de déférence employé au Tonkin à peu 
prés dans le même sens que le mot *jh. da», qui est spécial à la Cocliinchine. 

2. Cette formule du pluriel par répétition des mots, qui est empruntée 
à la phraséologie chinoise, est assez rare en annamite. Elle implique une 
idée de succession. La traduction littérale de ce vers serait exactement : 

^Mot — (à) mot — (ce sont) des perles — (et) des pierres précieuses; — 
ligne — (à) ligne — (c^est un) gâlm — brodé h 

3. Litt. : ^Élégants — (ou) sans valeur, — les raisonnements (les idées) — 
tout aussi bien — joignent — les ^iêu, » 

Les mots «not dieu — joindre les Biêu» expriment un genre de diver- 
tissement poétique très en vogue chez les lettrés et qui consiste à faire 
à deux des vers alternants sur les mêmes rimes. 

^3 Biêu (tiào) est le nom chinois de la zibeline de Sibérie (Mustela zibe- 
lina). LsL manière symétrique dont on dispose les queues de ces animaux sur 
les vêtements confectionnés avec leur fouriiire fait comprendre facilement la 
singulière métaphore renfermée dans Texpression qui nous occupe. 

Si cependant les renseignements qui m*ont été donnés sont bien exacts, 
le mot *Biêu» désignerait dans TAnnam un tout autre animal que la zibe- 
line. Ce serait un quadrupède un peu plus grand que le cerf de Cochin- 
chine, et dont la peau, très précieuse, serait réservée à la confection des 
fourrures de l'Empereur. Comme ces animaux se tiennent toujoiu^, lorsqu'ils 
sont en troupe, les uns derrière les autres, l'expression <^ joindre les Biêu» 
signifierait alors «faire des vers qui se correspondent pour le sens et pour la 
rime, comme se suivent les individus qui composent un troupeau de Biêu», 

4. Litt. : c (Son) cœur — encore — envoyait — des réunions — de nuages — d^or; » 

5. Litt. :«.... Je demande à .... » 

Le mot <xin — je demande à» correspond à notre formule de politesse 
* permettez-moi de ...... 11 y a cependant entre les deux une diiférence 

qu'il faut bien noter pour l'intelligence de certains passages, et qui tient 



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262 KI^ vAn KIËU TAN TRUYÊN. 

Rang : «Sao nôî la lùng thay? 
1320 «Nhành kia châng phâî coî nây ma ra!» 

Nàng càng ù giot thu ba. 
' Boan tnrîmg lue ây nghï ma buôn tanh! 

«Thiêp nhir hoa ââ lia nhành, 

«Chàng nhir con birô-m lîêng vành ma choi! 
1325 «Chù xuân dành dâ cô nol! 

«Vân ngày thôî chd! Dài IM làm chi?» 

SanK rang : «Tir thiiô" tirang tri, 

«Tarn riêng riêng nhîrng nàng vi nirôt; non! 

«Trâm nâm tinh cuôc vuông trôn! 
1330 «Phâî dô cho dên ngon ngnôn lach sông.» 

à la civilité extrême qui règle les relations chez les Annamites. La per- 
mission que Ton semble demander à Tinterlocuteur par le mot «a»n» im- 
plique, en effet, non-seulement des choses avantageuses pour celui qui l'em- 
ploie, mais encore des choses désavantageuses ou même préjudiciables. Nous 
faisons en France un certain effort d*amour-propre lorsque nous disons : 
«Je m'avoue vaincu », et nous n'ajoutons rien à cette formule. Un Annamite 
au contraire, s'il est poli, dira comme le fait ici notre héroïne : ^Je vous 
demande la permission de m' avouer vaincu», 

1. Mts désirs n'ont rien de commun avec les vers! 

2. Litt. : € La jeune femme — de plus en plus — ét-ait triste — (quant aux) 
d'automne — flots. » 

Le ciel étant souvent sombre pendant l'automne, les eaux, qui le re- 
flètent, présentent un aspect triste. C'est ce qui a donné naissance à cette 
figure, employée pour désigner poétiquement les larmes. 

3. Litt. : <Xa maîtresse — du printemps — évidenimeiit — dks à présent 
— a — (son lieu)!» 



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KIM vAn KIÊU tAN TRUYISN. 263 

«Pourquoi», répondiWl, «ces paroles étranges?» 

«Le rameau (dont je m'occupe) ne sort point de ce tronc ci M », 1320 

Sentant redoubler sa tristesse, la jeune femme pleura 2. 

En ce moment la pensée de son infortune au fond de son cœur la 

navrait! 
«Je suis», dit-elle, «une fleur séparée de son rameau, 

« et TOUS, un papillon qui planez autour pour vous distraire! 

«Vous avez, c'est évident ! une épouse légitime 3, 132® 

« et vous êtes en ce moment absent (de votre ménage). Avouez-le 

»donc sans détours!» 
«Depuis», répondit Thtjc Sanh, «que nous avons fait coimaissanee, 

«mon cœur à moi n'a qu'un souci : l'amour qu'il veut vous gardera 

«Afin de tout régler, et d'assurer pour la vie la réalisation de mon 
» projet 5, 

«il me faut sonder à fond (les dispositions de ma femme) '^*. i3;^o 

^Chû xuân*, litt : «Za maUresse du printemps » , est une métaphore qui 
signifie scelle qui préride aux amoura*. Cette singulière mais pc)t*tique ex- 
pression désigne Tépouse légitime ou femme de premier rang. — *fiwîjAij 
adverbe par position, a le même sens que <<2a âành*. 

4. Litt. : €Mon morceau (de cœur) — particulier — en particulier — flA#o- 
btment — est lourd — à cause — des eaux — (et des) montagnes!^ 

Il n'est pas dit précédemment que Thûc Sanh ait fait un serti MMit à Téi/ 
Kiêii; mais l'emploi qu'il fait ici des mots *nwàcnon* qui expriment rommc 
je l'ai dit plus haut, les objets que l'on prend d'ordinaire à témïtin ilo ces 
sortes de serments indique bien qu'il veut actuellement témoigner à k jeune 
femme la résolution arrêtée de se lier à elle. — €T^m* est puur ^Mi»^ 
lîmff*, 

6. Litt. : *(Afin de pour) cetit — ans — régler — le but — en turré ^- 
(et) en rond.» 

6. Litt. : < // faut — sonder — jusqu'à — la nappe (d'eau) — de la Hmtrce 
— et le chenal — du fleuve, » 



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264 Kl M VAN KIËU TAN TRUYÊN. 

Nàng rang : «Muôn doi on long! 

cChùt e bên thù bên tiing de dâu? 

«Binh khirong âng nâ bây lâu, 

«Yêu hoa, yen dirac mot màu dièm trang; 
1335 «Roi ra râ phân trao hircmg, 

«L6ng kia gifr dirac tlnrfrng thirfrng mai cLâng? 

«Va trong thëm que, cung tring, 

«Chû tnrong dành dâ chi Ilang b trong! 

«Bây lâu khâng khft dâi dông; 
1340 «Thêm ngu-M, ngirW cûng cliia 16ng riêng tây! 

«V! chi chut phân bèo mây, 

«Làm cho bê ai khi dây khi voi? 

«Trâm dëu ngang ngùu vi toi, 

1. Litt. : « Un peu — je crains que — le coté — de (me) prendre (pour) 
femme — (et) le côté — de êuivre (mon) époux^ — aoit faciles — okf (ne soient 
nullement faciles), » 

* 2. Litt. : €( Alors que) — (dans un) paisible — repos — notju vaquions (à 
nos affaires) — jusqu'à ce jour, » 

3. Litt. : «a (Quant à) aimer — la fleur , — aimer — vous pouviez — une 
couleur — d'orner (de toilette) ;* 

4. Litt. : < Or — dans — la vérandah — du Qu3 — et (dans) le palais 
— de la lune,-» 

Voir, pour rintelligcnce de ces figures, ce que j*ai dit plus haut de 
l'arbre ;|^ et de Kheang Nqa ou llàTu/ Nga, 

5. Litt. : <^( Quant au fait de) diriger, — évidemment — dhs à présent — 
(ma) sœur — Ilting (Nga) — est — dedans!» 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 265 

«Soyez*, reprit JK^> «mille fois remercié! 

«Mais je crains que, pour nous épouser, nous ne rencontrions quelques 

» obstacles ^ ! » 
« En ce lieu tranquille où jusqu'à ce jour ^ nous vaquions à nos affaires, 

« vous pouviez aimer une fille et vous laisser charmer par ses artifices 

»de toilette 3; 
«mais quand je serai hors d'ici, que mon fard aura disparu et que 1335 

» j'aurai donné tout mon parfum, 
«votre cœur à jamais pourra-t-il me rester fidèle? 

«Or dans votre maison, son domaine ^ 

«(La maîtresse du logis), telle que Hàng Nga dans la lune, dirige 

>et gouverne tout^! 
«Jusqu'à présent un lien étroit a réuni vos deux coeurs^; 

«si vous en introduisez une autre, l'affection se divisera! 1340 

« Et que suis-je donc, moi, créature malheureuse et vile ', 

«pour venir modifier le noble amour de votre coeur^? 

«Si ma présence amène le désordre'^, 

6. Litt. : * Jusqu'à ce jour — a été serré — le lien — commun;» 

7. Litt, : €A de Vimportance — en quoi — (num) peu — de condition — 
de lenUUe d'eau — et de nuagefT^ 

Tny Kiêu fait entendre par là qu'elle est vile comme la lentille d'eau, et 
que, de même que les nuages sont le jouet du vent, elle est le jouet de la 
mauvaise fortune. 

8. Litt. : « (Pour) faire que — la mer — de V amour — tantôt — soU pleine 
— (el) tantôt — diminuée (pour exercer une influence quelconque sur vos affections 
domestiques 9) ». 

9. Litt. : « (S'il y a) cent — choses — désordonnées — à cause de — moi, » 
Le mot «oî» qui se trouve dans le vers suivant comme sujet de la 

phrase montre que ce qui précède est nécessairement une proiK)8ition con- 
ditionnelle; et comme cette dernière ne renferme aucun mot susceptible de 



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266 KIM vAN KIÊU tAN TRUYÊN. 

«Thân sau ai chiu toi TrW ây cho? 
1345 «Nhir chàng c6 virng tay co, 

«Mir6i phân xin dâp dîêm cho mot vài! 

«The trong dâu lôn hou ngoài, 

«Tnrdc hàm su* tir gôi ngrrM dâng la! 

«Cûi dâu lôn xuông mai nhà, 
1360 «Giâu mùi, lai toi bâng ba lèa hirng! 

«CTtrên côn cô nhà xuân. 

«Long trên trông xuông, biët 15ng c6 thirang? 

«Sa chi lieu ngô, hoa tu-ùng? 

jouer le rôle du verbe indispensable, il faut en conclure que le vers dans 
son entier constitue une formule verbale impersonnelle. 

1. Litt. : ^(Dana ma) condition — de plus tard — qui — sttbira — ce 
châtiment du Ciel (le châtiment que le Ciel m'infligera pour avoir troublé votre 
ménage) — pour — moif» 

2. Litt. : ^Si — vous avez (le fait d^J — être ferme — (quanl h) la main 

— contractée,» 

L'expression «vînwjr tay co* se rapproche singulièrement de notre ex- 
pression vulgaire € avoir la poigne solide». Voir à ce sujet la note sous le 
vers 74. 

3. Litt. : « (Poxtr) dix — parties — je (vous) prie de — (couvrir) — pour 
(moi) — un — quelque (quelque peu)!» 

4. Litt. : ^ (Quant à) la puissance — intérieure, — si — elle est grande 

— plus que — r extérieure,» 

La puissance intérieure, c'est celle de la personne qui gouverne Tinté- 
rieur, c'est-à-dire celle de la femme, La puissance extérieure est celle du 
mari, qui a dans ses attributions la gestion des affaires du dehors. 

5. Litt. : « Devant — la mâchoire — du lion — vous appelez — la personne 

— ^ang la!» 

Le €Bàng la» est une espèce de liane dont il m'est impossible de 



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. ^.c - -"^^'-^^/i 



KIM vAn KIÊU tAn TftUYEN. 267 

€ qui à ma place, plus tard; en subira les conséquences >? 
«Si vous avez la main ferme 2, 1345 

€ accordez-moi, je vous en supplie! quelque peu de protection^! 
cMais si son pouvoir l'emporte sur le vôtre ^, 
cvous me jetez, faible créature, dans la gueule du lion^! 
«Si j'entre chez vous en baissant la tête, 

«et que nous celions nos rapports, ce sera aussi un terrible griefs ! 1350 
«Dans un rang supérieur se trouve encore votre père'. 

«Si tant est qu'il me témoigne des égards^, aura-t-il pour moi de 
>raffection?> 

«Compte-t-on pour quelque chose le lierre de la porte, la fleur de la 
»muraflle*?» 

donner le nom botanique. Je ne croîs pas qu*elle ait jamais été classée. Ce 
nom signifie € liane la». Le mot «^S la* est une qualification générique 
qui s'applique aux plantes parasites et à celles qui s'enroulent autour des 
arbres. 

En se comparant à la liane dont il s'agit ici, Tût/ Kiiu veut dire qu'elle 
n'a aucune force de résistance, et qu'elle sera incapable de supporter les 
persécutions de l'épouse légitime si Thûc sanh ne la soutient pas comme 
le font à l'égard du ^Bâng la* les arbres qui lui servent de support. 

6. Litt. : €(Et que) nou9 cachions — la couleur, — encore — la faute — 
égtdera — trois — feux — qui se répandent!* 

7. 4iNhà xuân* est la traduction annamite de l'expression métaphorique 
chinoise «^S ^ Xuân âuang* que l'on trouvera au vers 1388, et qui 
signifie «fe père*. 

8. Litt. : *(8i) le cœur — cTen haut — regarde — &t bas, — (qui) sait 
— (si ce) cosur — aura — (le fait d*) aimer f * 

9. Qu'importe une pauvre fille que l'on n'aime qu'en passant? On jette 
un regard sur le lierre qui s'accroche aux montants de la porte, sur la 
fleurette qui se montre timidement sur la muraille; puis on passe et l'on 
n'y pense plus! Ce sont des accessoires trop infimes de l'habitation pour 
que le maître leur accorde autre chose qu'une attention de hasard. 



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268 KIM VÂN KIËU tAn TRUYÊN- 

«Lâu saiih lai bo ra pbiràiig lâu xaiih! 
1355 «L^i càiig lilia daug dai likh! 

tDành thân phan tliiep; ngliî danh giil eliàiig! 

«Thircnig sao cho ven thi tliucrng! 

tTfnli sao cho trou; moi dirà-iig tlii vâtig!» 

Sanh rang : *Hay iioî de ebiriig! 
1360 «Loiïg dây long day cLura tihig hay sao? 

«Du'ôriîg xa clid ngaî Ngô Lào! 

«Tnlm deu hây cù* trung vào mot ta! 

tDfi gân! CW cô deu xa? 

<DA vàng cûiig qiiyët; plioiig ba cûiig lieu!* 



L ÏAtt : 9 (Si) le paiaî» — vf^'l — encore — je qidUe^ — je (nett) (f^h 
det>iendrid (pnê moijuj — fmie ^fcrêoiine de) ia ^ociélé — dcê p^îlids — veri*'* 

2. Litt, : ^Encci'T -* de piuji en phts — je serai sordide — (qutrd ^J '* 
/ym^, — je tertù Hupide — (qimni à) tagpeH ! » 

3. Lïtt : ^Appro3cifntdiG&mefd*. 

4. ïiïtt i * Le cŒur — d'ici — (etj le cmur — de ?â . > , . ,» 

5. ' -^ lY^yy» »?st le nom û\m aïiDÎcn royaTimo dimois, le troîsièmii wû 
couit que l\m appt'lftit * '^_ ^R Tani qmc — Im Tr&îê royanm^»- En**?^' 
priïiïant comme il lo f:iit ici, l'nntciir, tjiii a Umi iViilioTil plaeà ract^m de 
sou poème sons le rùgnc do l'ciupereur S^ ôS CVîa thiFi de la <i)D«'**''^ 
des RH ^^^*"^i commet un étiornio anueliroiiismc; car -[j^ ^ T/t? ^ '"•?* ^^^^ 

|, est monté sur lo trône do CIudc en î'i^» ^^■' 



le nom de rè^c était ^E-iS» 
de l'ùrc clirétieiine, tandb que le royaume de ^^ avait pris fin ik^^ ^ 
gimrmUe-dnq nm âUfiaras'ârit (277) ti la priiie de Nankin par ^ Jç j^ 
Tw Jffï Viêm i^ï^-^ 'î^* '^/^<'''^5 V'3 <?€'), Peut-être cependîinl >>/^ 
Df* vent -il parler do la vilïe de ^ ^>| TÙ châu, ipii etjiit autrefois 1» 



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« I 



KIM vAn KIËU TAn TRUYÊN. 200 

ainsi) de nouveau cette maison de plaisir ne serait <[ik^ 

uer (ailleurs) la vie que j'y ai menée M 

ion n'en deviendrait que plus vile, mon rôle que plus ridi 1350 

i, j'accepte mon sort; mais j'ai souci de voti-e honneur 1 

yi comme vous pourrez le faire sans rien compromettre! '^ 

mt de point en point; de point en point je vous (obéirai 1> 

lez sanB réfléchirai» dit TTiuc Sanh, 

rs* ne se connaissent-ils donc point encore ?i^ i300 

meî de la distance! L ne s'agit point d'un voya^rc en Chinv 
1 au Laos*'! 

t pour toutes choses à vous reposer sur moi seul! 

■es de vous! ce qui est loin n'existe même pas'^^! 

tout doive se passer au mieux, soit que je doive soulever 
apctes^ je me risquerai quand même'!» 

royaume de ^^, et à laquelle on donne encore souvent le nom 
*%M hu^ (V. W*:Lt8 Williams, au caractère .^ ). 
bc^iieonp plus porté à croire que le poète s'es^t laissé fillcr k 
ion, et f|u'oul)li.iut qu'il fait vivre ses héros eu Chîue, il cite 
inel les Amiatnites donnent assez souvent par uiépriH le uom de 
une région éloignée de Tendroit où se trouvent 77tûc Sanh et 

rroborcmit cette supposition, c'est l'intervention dn Lam^ \\nys 
[lu'nois du ceutri^ jiensent fort peu, et qui doit au coutmire, 

Ciit do peuiJÎades hostiles et réfractaires à leur diuuin:ïtion, se 
sez souvent h Te^prit des Annamites comme celui d'au lieu où 
ms d'ordinaire, 
ms ufius bi^âoiu d'arrêter notre pensée sur une absence V Litt.: 

fy) af-t-Uj — la chose — d'être éloigné f» 

< (S'il y a) In pierre — (et) Vor, — tout aussi hltni — je j>ttis 
S'il y aj — le vetd — et les flots, — tout aussi hîen — j> m^tx- 



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C^ogle 



270 KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 

1365 Cùng nhau cân vân dên dëu; 

Chî non thë bien, nâng gieo dên 16i. 

Nî non dêm vân, tinh dài! 

Ngoàî hiên thô dâ non doàî nhâm grrang. 

Mnron dëu trùc vien thdra liroTig, 
1370 Ettô-c vë; hây tam giâu nàng mot no*î. 

Chien, h5a, sâp sân liai bài! 

Cây tay thay tha, mirÔTi ngiriri dô la. 

Bân tin dên mât Tû hà! 



Ce vers présente un double sens. On peut aussi, en effet, le traduire ainsi: 
<De la fermeté, fen aurai; et ê*U y a des orages, je suis résolu à les affronter!» 

J*ai préféré adopter la première de ces interprétations dans ma traduction 
française, parceque Texpression *Phong ba» désignant un état de choses, il 
est plus conforme à la loi du parallélisme qui domine pour ainsi dire tant 
dans la poésie annamite de considérer *dd vàng* qui lui fait pendant 
comme exprimant aussi une situation plutôt qu'une qualité, et comme devant 
s'entendre d'un état de choses stable, calme et tranquille, par opposition à 
^phong ba* qui renferme l'idée de la tempête, c'est-à-dire du bouleversement 
et de l'instabilité. La répétition du mot ^cîrng — tout aussi bien* après 
chacune de ces deux expressions parallèles vient fortifier encore cette im- 
pression d'une opposition absolue, c'est-à-dire existant non seulement dans 
les mots, mais encore au fond même de l'idée qu'ils expriment 

1. Litt :«.... jusqu'à — (la dernière) chose, » 

La formule *din â^u» est elliptique, et équivaut à *den dêu sau hit*. 

L'expression « càn vàn — faille des recommandations » ne se trouve pas dans 
les dictionnaires. Elle est formée de deux mots dont la réunion donne le sens 
de it visser avec grand soin». On saisit de suite la relation qui existe entre la 
signification littérale de cette formule et le sens méthaphorique qui en découle. 

2. Litt. : * Montrant — les montagnes — (et) jurant — la mer, — lour- 
dement — ils lancèrent — jusqu'à — (la dernière) parole», 

€^m Un* correspond à ^d^ dêu* et contient une ellipse semblable. — 
L'adverbe ^n^ng* est placé par exception avant le verbe pour donner plus 



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KIM vAn KIËU tAn TRUYIn. 271 

Us se firent Fun à Tautre les recommandations les plus minutieuses \, um 

et^ prenant à témoin la mer et les montagnes, ils se prodiguèrent les 
serments 2. 

La nuit fut trop courte pour leur amoureuse causerie 3. 

Au dehors la lune disparaissait derrière la cime des montagnes^. 

Ils allèrent prendre le frais sous les bambous du jardin -\* 

puis, rayant reconduite, il se mit en quête d'un lieu (propice) afin isto 

d'y cacher la jeune femme. 
Se préparant à la guerre comme à la paix, 

il eut recours aux talents d'un écrivain, et s'adressa à une personne 

habile afin de tâter le terrain ". 
(La vieille) Tû hà reçut cette nouvelle en plein visage'! 



de force à l'idée qu'il exprime. Ce procédé est Tinveree de celui qui est 
employé en chinois dans des cas semblables. Cela tient à ce qu'ici les 
syntaxes des deux langues sont en opposition complète. 

3. Litt. : *(IhJ se livraient à leurs confidences amoureuses — (quant à) une. 
nuit — courte — fet à) une passion — longue», 

4. Litt. : *En dehors — (quant au) boudoir — le lièvre (la lune) — avaU 
(subi le fait que) — les eaux des montagnes — avaient — dévoré — (son) miroir, » 

La formule *Non doài ngâmguong», qui est pour ainsi dire consacrée dans 
la poésie annamite et que j'ai déjà eu occasion d'expliquer devient, soïis 
l'influence de la particule du passé 4idà*, un verbe composé qui, tout en 
étant actif dans la forme, produit cependant l'impression du passif dans 
sa relation avec le sujet €tJiâ*. Il faut, pour interpréter ces sortes de com- 
binaisons assez mal définies, admettre comme je l'ai fait que le verbe 
*ckiu» doit être sous-entendu après le mot «d^5». 

6. Litt. : « Us etnpruntèrent — la chose de — (dans) des bambous — Venclos 

— profiter de — la fraîclieur.9 

6. Il s'adresse k un écrivain pour qu'il prépare l'acte de vente, et loue 
les services d'un intermédiaire qui devra sonder les dispositions de Tû hà, 
Thtic sanh fait ces deux choses en même temps pour no pas laisser à 1a 
mégère le temps de la réflexion. Cette intention est plus accentuée encoiti 
dans le vers suivant. 

7. Litt. : «O» tira (comme on tire une flèche) — la nouvelle — au — visatjf; 

— de Tû bà!* 



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272 KIM VAN KIËU TAN TRUYÊN. 

Tliua ca, mu cûng câu hoà; dâm sao? 
1375 Rô rang cùa dân tay trao; 

Cung di mot thiëp, thân vào ctba công. 

Công xem hai le dëu xong; 

G6t tien phùt dâ thoât v6ng trân ai. 

Mot nhà sum hiep tiTTÔ-c mai; 
1380 Càng sâu ngâi bien, càng dàî tinh sông. 

HTrcng càng diram, lèa càng nông! 

Càng xue vè nguyêt, càng long màu sen! 

Nia nâm hai tîêng vira quen, 

San ngô nhành bfch dâ chen là vàng. 



1. Litt. : ^BcUbue — (quant aux) slraiaghneê, — la vieille — ttnU atusi 
bien — demanda — la paix. — Elle aurait o^é — comment f* 

2. Litt. : ^Clairement — les ofjjets — on amena — et la main — leê livra,* 

3. Litt. : « Exposant V affaire au mandarin — on (lui) transmit — un écrit 
-— (qui) pénétra dans — la porte — officielle (le tribunal), » 

4. Litt. : < (Quant à des) tcUons — d'immortels — en un din d'œU — ils 
avaient fui — le cercle — de la poussière. > 

L*autcur compare la précipitation joj^eusc avec laquelle ses héros courent 
s'enfermer dans la solitude à celle d'immortels qui, fuyant le monde et 
ses souillures, s'enfuieraîent vers la montagne de Bong lai, qui est réputée 
leur retraite ordinaire. — *Trdn ai», expression bouddhique formée de deux 
mots qui signifient tous les deux <^poussihre», répond à ce qu'en français 
nous appelons cZc siède*. 

5. Litt. : « (à la manière) du bambou — (et à la manière du) 

Mai, » 

Cette expression composée qui désigne métaphoriquement *le mari et 
la femme » devient ici par suite de sa position un adverbe de manière. 



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KIM VÂN KIÊU TÂN TRUY|N. 273 

Elle avait trouvé son maître! Qu'aurait-elle osé faire, sinon demander 
la paix'? 

On apporta Targent sur la table ^ 1376 

et Ton fit parvenir au magistrat une demande officielle l 

Quand il eut constaté les droits des deux parties et vu que tout était 

en règle, 
(les amoureux) se hâtèrent de s'enfuir bien loin du monde K 

A l'instar de deux époux, réunis dans la même demeure"^, 

ils voyaient de jour en jour leur affection devenir plus profonde, leur isso 

amour devenir plus vif ^. 
Mieux cet encens brûlait, plus la chaleur en était ardente! 

Plus ils goûtaient les plaisirs de l'amour, plus ils y trouvaient d'attrait \ 

A peine étaient-ils, après la moitié d'une année, devenus familiers 

l'un à l'antre ^, 
que dans la cour les rameaux (bleuâtres) des arbres Ngô se mêlèrent 

de feuilles jaunes*. 

6. Litt. : «2>e pliu en plus — ils étaient profonds — (quant à) t affection 

— mer, — de plu9 en plu» — iU étaient long» — (quant à) V amour — fleuve. » 

7. Litt. : «P/ttf — était belle — la nuance — de la lune, — plu» — était, 
vive — la couleur — du nénuphar.» 

8. Litt. : < (Pendant) une demie — année — (quant à) Vhaleine — (et à) 
la voix — à peine — étaient-il» habitué», » 

9. Litt. : « (Dan») la cour — de» Ngô — les branche» — de B'ich — s'étaient 

— mêlée» — de feuille» — â^or. » 

Le B'ich est une pierre bleue. — L'arbre Ngô, dont il est question ici 
n'est pas le *>{^ ^H^ Ngô dông» ou Eleococca verrucosa qui intervient si 
souvent dans les poésies annamites et chinoises, mais bien le Stercidia to- 
mentosa^ appelé communément *Varhre topaze»^ et qui porte en chinois le 
nom de *^Ê'^të Bldi Ngô» à cause de sa couleur (v. Wells Williams, 

au caractère >|§). 

La teinte jaune que prennent avant de tomber tant les feuilles de cet 
arbre que celles du Ngô dông annonce que l'automne est arrivé. 

18 



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274 lîM YAK KIËU TAN TRUYÉN. 

J385 Mâïi tlin VT^a nây gio sirmig, 

Xe bô da tliay; xuân dutrng den noi! 

Pliong loi Tioi gian bfri bM! 

Sot long c âp tinb bài pliâu rbia. 

Qnyct ïiffîiy bien bacb mot bê, 
l^îîo Day elio ma pljân lai vë lâu xaiih! 

Tliây Icrî ngbiem biiân nmb rànli, 

fiâiili lieu Sanh m(>i lay tlnîi iiàî kêu. 

Rang : «fCon bie't toi dâ iiîiieu! 

fltpàu râîig sâm ôét bua nu^ cûng mm\ 
1395 «Xot vi tay dà nbùng cbàni! 

«Dai loi, mil biêt khôii làm sao dày? 

^Cîliig nhaii va tiêng mot ngày; 

«Om cam, ai u& diit dây cho dànli? 

I. Le *ZîcT» est le ^I)fpha, vul^iureraent îippdè '^Qnmse de chal^* I^g poète 
âiip]}f)se qiit\ pour f*vîter les stH'ini«Hes et lu bruit, h père cle Tftf'tc Sanh en 
avait fait garnir les rcmea tli* son eliariot; mais son Lut ri!t*l, en adjoi^isiTL* 
au mot ^xe — ^har* 1© nom de ce i-o&cau, esl de donner plus d'élè^^ 
à roxpreSBioiL 

^* Litt. : M. Il rr'j/ùbd — ^ul fb^oii — de régler cîairÊmenl — un été (jfy^)* 

3. Litt, ; « , . , . fWd jùtie de fard, » 

4. Litt. : K Quand tmuifi — vou^ (parlsri^) âîtmû — fondit — Tfisrtf^^ ^ 
et hache, ^- tout au^H fneti — je le» tttpporteraù volfmiîeril» 

5. Litt* ; «*/e d^f&re — parce qit€ — (ma) viam — *Vjï^ trcMpéi dani -^ 



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KIM VÂN KIÊU TÂN TRUYÊN. 275 

Du prunier automnal venaient de sortir les pousses que baigne la i385 

froide rosée 
lorsqu'on vit s'approcher un char '. C'était le père qui arrivait! 

Comme le vent, comme un tonnerre, bruyamment sa colère éclata! 

n résolut de les effrayer, afin de provoquer leur séparation. 

Pour obtenir ce résultat il prit une décision nette ^, 

et ordonna à la belle ^ de retourner dans la maison de plaisir! 1390 

Etevant ces ordres sévères et précis, 

Sai)h, se risquant, prit le parti de recourir aux supplications. 

«Votre fils», dit-il, «sait qu'il est bien coupable, 

«et, quelque durs que soient vos reproches, il les subira volontiers M 

«(Mais) maintenant, hélas! le mal est fait-^! 1395 

«A présent que je suis fou, comment saurais-je agir en sage? 

«Alors que l'on pourrait dire^ que nous ne sommes restés ensemble 

» qu'un seul jour, 
«Qui donc, lorsqu'il joue d'unCam, consentirait à en rompre les cordes'? 

I^ tache existe, et on ne peut plus empêcher qu'elle se produise. Ce 
qui est fait est fait!» 

6. Litt. : « (Qtiant au fait d*) être ensemble, — quand — il y aurait le mot 
— •pcuter un sévi — jour, » 

*Oing nhttu*, ^Uëng^ et ^môt nghji^ sont trois expressions qui doivent 
être considérées comme ayant toutes un sens verbal. Il est facile de voir 
qu'elles le doivent à la position toute particulière qu'occupe dans le vers 
la conjonction «u5 — quoique^. 

7. ••Cho ilànJi» signifie «de $on plein gré», litt. : «à la façon de quelqu'un 
qtd consent», La préposition ^cho» fait ici, comme on le voit, un adverbe 
de manière du mot « âhiih ». 

18* 



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276 KJM VÂN KIËU tAn THUYÈN- 

*r Ltrçrng trên quy e t rhâng tliirong tinh, 
1400 *Bac den! Thùî! Cd tie'c miiih làm chi?> 

Thay loi vàng dâ tri tri, 

Sot gau, ông mèi câo «jùi cûa cuiig. 

Bât bâiig n*>i soiig dnng dimg! 

Phù dir&ïig sai là phieii liông tliui tra, 
1405 Ciiiig îiltau theo gut sai nlia; 

Song song vào trirô-c sân hoa, lay qui, 

Trôîig lên màt sât den si! 

Lâp uy, tnrdc da uy ra nàng lô-i : 

«Gâ kîa daî iiêt clioi bW; 
1410 «Mil con ngirM ây là ngirôi dong dira! 



(^ifon jmploie loraqn'on s'adreg^e k un péie ou à tiu î^ii]ji'' rieur de qui Too 
Mmd une déei&ion, C*cst laualoguo île la formule * Lhih y irht - M^ 
d*fn hitnt*, ofiitêe aeiil émeut lorsqu'on «'adreseï^ au Souvcraiu, 

2. Litt. : ^ Blanc — (au) fwir, — il »nfft! — TauraÎM — (ie/ail de) rt^r^^ 

— moi-mcme — (p^urj faire — r/wolf * 

-1 LÎW. : « V&^ani — (et*) paroles — d'm* — (fij de jdertf — ^Ml^^^ 
répHéfët 9 

i, Litt* : « Eehan£lé — fqttxfnt au) foie^ — Thonorahlt perwonnasé — ^^P 

— acntêmit — ti^agmouiîla — drvaïû la portr — offcîelle. > 
5, Lîtt* : ^Yotci tieiiiV la calealrophe f *^ 

G, Lîtt. : < Du ptrfil — U préhire — emîoifii — lu fiuiUe — di t^^^ "" 
rctujfe — ipmtr) oMMÎgner — ftt) m^umm^^^ 



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Qoo^ç: 



p 



^ 



KTM vAn Kl Eu tAn teuyçx. 3?Î 

«Si vone^ arez réBoIa de n*avoir point compassion de mon amonr, 
-Tont me devient indifférent! je n'ai nul ^uci de moi-même^! * 1400 
lie voyant tonjours répéter obstinément la même chose ^, 
Oatréj le père finit par s'adreeser an magistrat*. 
Voici qne but tib sol uni s'élèvent des flots tumultueux^! 
Le préfet envoie la citation; on va procéder à l'enquête ^ 
Tmî le monde marche à la suite des envoyés du tribunal. iiûfî 

Ensemble on entre an prétoire ; on se prosternej on reste à genoux. 
Ils lèvent le^* yeux et voient un visage dur et sombre'! 

Tout d'abord, d'un ton d'autorité, le magistrat fait entendre ces paroles 
sévères : 

< Le jeune homme que voici mène une vie folle et dissipée; 

«mais, quant à cette fille, c'est ime vile créature dont on n'a point Hto 
Ȉ tenir compte 1 

Les Chinois et à leur irnîtation les Annainites désignetit souvent les per- 
ieiiim^es offieicls f>u réputés tels par le nom du lieu (Lias lequel ils exercent 
leurs fonctions. C'e«t ainsi que Ton dît ; ■ jSp ^ Fki dwbnn — le prétoire 
du préfeî^j *^S 'g' Ih^m. âtf'frng — k préioîre du soiu-pré/H*, *^iS *&* 
XuM âîtimff — la talle de /mtUlls dari» Ictqudh le père exei-^e non autorité -, 
f ffl iffi JWfii âhih — la Cour > ete., pour « le préfet, le sùits-prêfett le père^ 
U m*, etc. 



7. Litt* :€.,.. wn i?i^a^e — (h fer — très noir, * 

Cette expresfiîoîi n'est qu'mie traduction approximative du surnom qui 
I fut donné à "fe -^ B^^ ^^i q'iî rendit la justiee sons les ^^ Tong avec 

nne iotéi^té quasi snrnatnrelle. On dîsfiit de lui qu^il avait SB jg ^^ ffij 
Eh mi ihU't diin — deâ soutcUê noirs et im ^ia^€ de jh% 



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278 KiM vAn kiêu tAn truyIn. 

«Tuôiig chi hoa thâi liirang thira? 
«Miran màu son phân dârih lira con den! 
«Suy trong tinli trang iiguyên dan, 
«Bë nào thi cùng cliéa an bë nào! 
1415 «Phép công chiêu an luan vào : 

«C6 hai dirô*ng ây; muôn sao, màc minh! 
«Mot là cir phép gia hinli, 
«Mot là lai cir lâu xanh phù vê. 
Nàng rang : «Dâ quyêt mot bë! 
1420 «Nhên nây vuang lây ta kia mây lân? 
«Bue trong, thân cûng là thân; 
Yen tha, virng chîu trirô*c sân loi dinh! 
Day rang : «Ciî* phép gia hinh!» 

1. Litt. :«.... une a'éaJture qui a servi d'objet aux passions de chacun! * 

2. Litt. : «.Empruntant — la couleur — du rouge — et du fard — die 
séduit — les enfants — noirs!* 

«Con deny>, comme je Tai déjà dit, répond en 'annamite aux expressions 
chinoises «^ ^ Le dânt^, «^ ^^ Le quân» et «3^ é^ Lé chàng» qui 
signifient «le peuple, la muUittule (aux cheveux noirs) ^, Par extension, elle 
signifie «les gens simples*, qui sont réputés former la grande masse du peuple, 
une haute intelligence et une grande énergie morale étant des qualités 
d'exception. 

3. Litt. : « (Quant h) le côté — quel^ — eh bien ! — tout aussi bien — pas 
encore — on est en paix — (quant à) le côté — quel!* 

4. Litt. : « Cette araignce-ci — s' accrocJiant — prendra — ce fU de soie là 
— combien de — foisf* 



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KIM vAx KIÈU TAn TttUTÊN. 279 

*^ Quelle valeur |w.uvent avoir nue fleur abaudoimée, quelqueî^ restci^ 

*de {lartouî '? 
<Art:€ 8oti ronge et Bon tard elle attire et séduit les âhnpIeB-! 

tA eonsïdéî^r le contenu de la plainte, 

<à quelque point de vue qu'on se place, ou ue ëait à quai g'arréter^l 

• Selon les lois de la justice et après avoir examiné le délit, voici ce Ui5 

» que nous décidons : 
"11 y a deux partis à prendre; voue êtes libre de choisir 1 

»0u bien selon la loi je vous ferai châticrj 

ton je vous enverrai reprendre votre vie dans la maison de plaisir.» 

*yion parti est bien pris S répondit la jeune femme. 

t Combien de fois cette araignée me prendra-t-ellc dany ses pattes ^? 1^20 

nQue je sois souillée ou pure, je n'en sms ^jas moins une femme ^! 

«(Tonte) jeune et faible (qne je Sfus^i^ je veux subir dans cette en- 

» ceinte les effets de votre colère '^1 » 
«Selon la loi qu'on la châtie!» commande le magistrat. 

Par *^ixi£é araiffnée*^ la jeunc femme désigne la mauvaise fortune, qui 
l'achame apr^s elle ccmiint* llnsccte k laqiiclliv elle ta coiTipiirc accroche 
avec ees pattes le fil qu1l sécrète et donÉ il foriuc sa tuile. 

6. Litt. ; *TrmiMe — (ou) limpide^ — fnwn cùrpë) iaut auêti ùien — &tt — 
ftin) csfrpjt, — Ce torp$ fjué votif allez meurtrir n''art pwt cTi'Mie mitrû nalHrt 
^e t^ui des e^titre* fefiimt^; il saftra aùn^rir cmmue le Uftr/v 

On lit ut encore enti^ndre ce vcr& ainsi ; « Somllée mi pan; , je nen »«i> 
jjût moim* mis créftlufc himiamc, et emnme lelk je mérileraîa plna rfét^ard^^.* 

6. lAtV ;«,,-, en oMùmni - Je aH]ijïQHa*m — en avatti — (quant à) 
h cour ^ U ^rmidenwni du tomvet^reS* 

« Truàc tdn s ne SÎgnitic pns ici « deuaid la cour *, mai« " il^iia l^ ("Ottr ** 

11 faut sippltqner à cet idiotisme la coustmctioti que J*ui indiquée tlai*s hi 
iw»te aons le vers 836, 



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280 KIM vAn KIEU tAN TRUYÊN. 

Ba cây chat lai mot nhành mâu â(ni! 
1425 Phân dành! chi dâm kêu oan? 

Bào giun cuôn ma, lieu tan tâc mày! 

Mot sân lâm cât dâ dây! 

GiroTig lô* nirô'c thùy! mai gây voc sirong! 

Nghï tinh chàug Thùc ma thirang; 
1430 Néo xa trông thây, long càng x6t xa! 

Khôc rang : «Oan khôc vi ta! 

«Cô nghe mînh trir^c, chèa dà khôi sau! 

«Can long, châng biët nghï sâu! 

«De ai trâng tûi hoa sau vi ai?» 



1. On la met à la cangue. 

2. Litt : <Lc &ào, — se retirant sur lui-même — replie — la tendre 
extrémité de sa tige; — le saule — est anéanti — quant à ses sourcils (ses 
feuilles)!^ — Les feuilles du saule ont la forme des sourcils humains. 

Le poète joue sur les deux expressions «ma âào — mie jeune beauté », 
litt. : ^ des joues — de âào* et ^may lieu — des sourcils bien foui-nis», litt.: 
^des sourcils de saule». Cette sorte de jeu do mots qu'il est impossible de 
reproduire exactement en français a un grand charme pour des esprits 
annamites, surtout quand le parallélisme y est bien observé, comme c'est 
le cas ici. — Tout cela veut dire que le corps de Kiêu frissonne et se 
contracte sous l'impression des coups qu'il reçoit. 

3. Litt. : « Le miroir — est sombre — (quant à sa) teinte — de mercure; 
— le Mai — est maigre (flétri) — (quant à sa) taille — de rosée! > 

Elle pâlit et s'affaisse. 

<Suomg* est là uniquement pour faire pendant à ^th^». Le choix de 
cette singulière épithète est motivé par le double sens de ce dernier mot, 
qui signifie à la fois ^mercure» et «eau». 



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KIM VÂN KIËU TAN TRUYÇN. 281 

Dans trois pièces de bois on lie ce rameau de Mâu dctn^f 
Elle se résigne à son sort! comment oser crier à l'injustice? 1426 

Le Bào se retire sur lui-même, il replie le bout de sa tige; les feuilles 

du saule sont lacérées ^î 
Elle est là, seule et souillée, au milieu de cette cour pleine de boue 

et de sable! 
Du miroir s'assombrit l'éclat! Le Mai voit se flétrir sa taille délicate'! 

En pensant à l'amour de Thuc elle est saisie de compassion. 

Elle l'aperçoit de loin, et sa douleur augmente encore! ^^^^ 

«Cest pour moi», dit (l'autre) en pleurant, « qu'elle souflFre des tour- 

»ments immérités! 
«Pour m'avoir écouté d'abord, elle ne peut maintenant s'y soustraire! 

«Son cœur sincère ne pouvait prévoir toutes ces conséquences^! 

« Pourquoi faut-il que pour moi elle ait à pleurer son sort, à éprouver 
cette douleur 5?» 

4. Litt. : * (Quant au) gué — de son cœur — ne pas — elle savait — 
réfléchir sur — (ce qui est) profond!» 

€Can long» est une expression qui signifie * sincèrement, du fond du cœur». 
Il y a encore ici un jeu de mots sur l'opposition des mots <(can — gué» et 
€sâu — profond». Là OÙ il y a un gué, le lit du fleuve est rapproché de 
la surface de Teau, il y a peu de profondeur. 

5. Litt. : «On laisse — quelqu'un — (quant à) la lune — de déplorer (sa 
misère), — (quant à) la fleur — d'être triste — à cause de — quif» 

Voir sur la véritable portée du mot tai» ma traduction du Luc Vân 
Tien, p. 32 en note. Les mots •lune» et * fleurs» jouent un si grand rOle 
dans la poésie annamite, qu'on les voit parfois, comme ici, employés comme 
de simples chevilles dépourvues ou à peu près de signification. Il est 
probable cependant que Taut^ur a voulu, par l'intervention de ces deux 
mots dans les étranges métaphores qu'ils contribuent à former ici, rappeler 
quelle est l'origine des souffrances de son héroïne. Gn sait que * H ^ 
Nguyèt hoa» en chinois, ou *Tràng hoa» en annamite vulgaire, qui signifient 



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282 Kl M VÂN KFÊtF TAN TKUVÊN. 

1435 Pliû duàiïg iij^^lic tljoàng: vào tai, 

Dùu{^ lùiig, lai j^au àen Im liLug tây. 

Sut BÎii cliàiig mô-î tliura ngay; 

Bail duoi lai kft sir iigày càii thâii, 

«Nàng dà tïiih het xa gân; 
1140 *Tir xira nàny* dà bîêt thân eu rày! 

«Taî toi xûîig lây inùt tay, 

«Bè nàng clio dên n3i uây vl tôî!* 

Nglic IW nui, eùng tliircriig lô-i; 

Bçp oai, mc^i day mè bàî giài vây, 
1445 Rang ; «NliTT bân c6 tliê nây, 

«Traiig lioa, iiliiïng cûiig tld jibi bîêt dcii! 

6a7i/i rang : «Xut pbâu bot beo! 

IJtUirnleincnt *la (une H k^^ur»*, uoiistitneTit une cxprcssbn qni ^^^P^ 
* ia ih'ftfittche, lu Ubsrtinitffe v, 

L Lit t, :«..... e£ eu ortfrc — *7 (ùti) urrtithe — jtuipùniT^ — /wrrrfw 
— imiihtiiîèreif — fïfij «ecrhleg,» 

■i. Litt. : *CM*iHni ^J (o i^^^î — ^^a^ qfmni oj la f/we«e — m outrt - 
,lînijtth'e — ka ehmctt — du jouf — fie drfuandûr — ralUatwt. » 

3. Litt. ^ * Lti JÊtate /cumie — «t-aî^ calculé — en tout — le ioh — ^ 

4. Lïtt, ; * J>qîMNf — <iî/^re/btff — la jeune femme — a tu qtte — ™ r 
/f* r^trrurtiY — nurtilt - lu viaitttenartl (œ qui hi arriVc maini^niaïilj'' 

M. Wt:i-i^B WiLLUim îiasigiie, entre nutref!, îui camcturc -^ f^';^"'^^ 
siîîis de ^l^hufjinf^ to one '^ «elf». C'est, ii mon sens, celui nu'il laut "' 



I 



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KIM VAn KIËU tAn TRUYÊN. 283 

Uoreille du préfet saisit quelque chose de ces paroles. 1435 

Il en est touché, se renseigne, et force Thtc à ouvrir son cœur^. 
Le jeune homme en versant des larmes lui dit tout avec franchise, 

et raconte, sans rien omettre, ce qui se passa lorsqu41 la demanda 
pour femme 2. 

«Elle avait», dît-il, «prévu les conséquences de tout cela^, 

«et d'avance elle savait ce qui lui amve^ aujourd'hui! Uio 

«La faute en est à moi seul, qui ai pris sur moi de tout faire, 

« et suis cause que, pour moi, elle en est réduite à cette extrémité! » 

A ces mots (le magistrat) sent dans sou cœur s'éveiller la pitié. 

Il se laisse fléchir et ordonne qu'on cesse de torturer (la jeune femme). 

«S'il en est», dit-il, «comme vous l'affirmez, 1446 

«toute fille de joie qu'elle est, elle n'est pas sans jugement^!» 

«Ayez», dit Sanli, «pitié de sa faiblesse «! 



attribuer ici, si Ton admet comme exacte l'orthographe du texte en carac- 
tères. 

5. Litt. : * (Etant une peisonne que ccmcetment) la lune — (et les) /leurs — 
cest cJtsolnment que — tout aussi hien — (quant au) vrai — (et au) faux — 
elle connaît — les choses!» 

L'expression *tràng hoa»^ dont j'ai donné plus haut le sens, doit être 
prise ici adjectivement à cause des deux particules adversatives «nhung» 
et €cung», et de la nature du verbe *biet — connaître », qui ne peut avoir 
pour sujet qu'un substantif désignant un être animé. 

6. Litt. :«.... rfc (cette) condition — de mousse — et de lentille d'eau!» 
La mousse et la lentille d'eau sont deux choses extrêmement faciles à 

anéantir; de là cette comparaison. 



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284 Kl M vAn Kl Eu tân teuyên. 

iThco doi cûng va it nhiëii bût ngliiêiK 
Cwm rhig : «Dà thê, thi uêûI 

1450 tifoc già îiâj^ 11)4 mot tîiiên, trinli ïighë!* 
Nàiig viriig, cât bût^ tay de, 
Tien hoa trinb trwàtc an phê xem tnîmg, 
Khen rang : «Giâ lu'd't tbaiih Bm^iig! 
«Tài nây, sAc ây, ugàn vàng chù'a cânî 

1455 *Tbât là tàî tt gîaï iilicrn! 

L Lit t. : ^ $iàieant — *et mmliiîonj — to^ au**i Aîen — néanjrmîn» — feBi 
CMt 4i>uée d^) nn peu — heattcoitp — de jnncmu — (et) (Vûnttier!* 

L*eKprc8skui * U nltlcu htii nqhîen ^ joue, par suite de la place qu'elle 
occupe T le rûle d'un adjectif qualificalif. 

2. LitÈ. : *Canffu€ de ûplf.^» 

3. Litt* ; ■ Le papier à fiettr^ — e/fe prhmîe — dejmM — h t^ihmî^ — 
(pour qtian It) voie — claifeinerU. » 

Ou emploie fréquemment, pour y traeer les eomi^sitions poétifiuep, m 
pHpier sur lequel ?fmt inqirimees des fleurs d*or. On le fait surtour hîm\m 
les verîi sont ilestîuê^ à éfn? offertî^ à une personne que Ton houoni. 

Les mots chîiiois «^ J^ un phêit qui signifient proprement ^prmM 
tiQicièUenimt un arrrté^ deviennent ici, par position, un adjectif attributif 
quali&ant le mot ^dtmg^ qui est Bous-entt'udu — ^U perBmtjmr^t qui tiétidt 
oJ^ckileTtierU >- 

4. Litt. : ^^(Â) ce talent, — (à) cetie beauté^ — miUe — (tm&e^ if > cr — 
jMiff encoriî — feraient cmitt^epokh ! ^ 

5. Le préfet» voulant exprimer raduùradon que lui cause le talent poé- 
tique de Tûtf kîiii, ne trouve rien de mieux que de la qualifier de <^ ^ 
Tàî itc ft*Mâi Èihj >* Pour faire connaître la véritable portée tle Véloge qui! le 
piïcte met dans lu bmiclie do ce fonctionnaire, je ne sauralâ mieux faife 
que do citer la renian|u:ible detinition ([u*u laissée de cette expreasioa Unt^* 
raneîen et savant professeur de ehiiioia uuKlenio à TEcolc des laagac* 
orientales vivante», en respectant Torthog-raplie que ee sinolog-ue avait cm 
devoir adopter dans la trauscriptiou des eanictérca cliimuïi. 

«Qu'est-ce qu'un Tlisaï-tseu, et que faut-il entendre par ce mot 



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ï- 



KIM vAk KIËU TÂN TRUYÊN. 285 

«Elle a, pour sa condition, quelque peu de littérature '1 » 

cS'O en est aînsi^ c'est bien! » dit eu riant (le préfet), 

«Que SUT le mot de cangue^ elle e&saie une coniï>osîtian, et nous 1450 

ï fasse Toir Bon talent!» 
La jeune femme oliclt, prend le pinceau et compose; 

fpuîsi elle soumet son œuvre à Texamen du magiistmt^, 

(Ce dernier) loue (les vers) et dit ; «Us dépassent en valeor ceux du 

» beau temps des Bitirag! 
c Mille uuees dW ne paieraient-* pas ce talent et cette beauté! 

ïCest yraiment un Tài tA^ {aussi bien qu'une) charmante fille! 1455 

enmposé, que ron îi?Dcontre souvent dans ]ea préfaces des écrivains cliî- 

«M. S-TAîrtBLAi JiîLiKK a parfaitement expliqué le sens des deux carnet ères 
qui Texprîment ; «Le caractère Tlisaï (pria îsûlément) désîg-ue les talents 
naturels de Thomme, innaUs ingenît dotes ^ par opposition aux tulents <\\ï\ sont 
le friiît de rétude (examcTï critique, p. 121). Tseu (fils) est, d'après k* dictioii- 
n^re de Kking-hi, une qnalîti cation tlistinjçftée qu'on emploie pour designer 
im philosophe, un pieux perstrnuflge oti uti personnage élevé en digTjitéi 
mais MoEnisox fait observer tju'on l'applique souvent aux écrivains èmincnta 
qui ont traite de la morale, de la philosophie ou d^ la Huéruiure (simple 
fsposê, p. 163). 

*Un ThsalT-tseu est donc an écrivain distingTié, on plutôt, comme Ta dit 
Ki.ipÊ<mi, un bel esprit, A ce sujet, il y a une remanine que je ne puis 
m'emjjécher de faire; c'est que le mot Thsaï-tseu a eu le loOme sort dans 
la langue chinoi.se que ïe mot èd e^piîi dans notre lang-ue française. «Il ne 
*e pn^nait autrt^fois» dit la Habce, «que dans un sens très favorable ; c'était 
le titre le plus honorifique de ceux qui cultivaient les lettres , . . Aujour- 
dliiïî le mot de bel esprit ne nrms prtV^eute plus que Tîdée d'un mérit^î secon- 
daire. Ce changement n dfi s'opèrcr qimnd le nombre des écrivains qui 
pouvaient niêrîter d'être cpialitiès de lienux *^f4prits est venu à se multiplier 
davantage. Alors ce qui appartcuiiit à tant de gens n'a pbis paru uns dh- 
ImtUon WÊMez hùnorafJej H Vmk :i eberehé d^tuUrc» ^ert/î^Mf pour ^^primer la 
rupénoriù! *, Ce changement très remarquable s'est opêrè dans la langue 
cMaoïse. Au commencement de la dynastie des Mîug, vers Tan MO-t de 
notre ère, on comptait six ThsalT-tseu, bi'juix esprit;? on écrivaiuB du premier 
ordre : le philosophe Tehouang-tseu, qui vivait quatre siècles tivant noire 



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286 KIM VAN KIËU TÂN TRUYÇN. 

« Châu Tràn nào c6 Châu Trân nào han? 
«Thôi! Birng châc dû* mua hÔTi! 
«Làm chî la birc cho dÔTi ngang ciing? 
«Bâ dira dên tnrô-c cira công; 
1460 «Ngoài thi là nhë, song trong là tinh! 
«Dâu con trong dao gia d\nh! 
«Thôî thi dep nôi bât binh là xong!^ 



1» 



Klp truyën sâm sèa le công; 

ère-, Khio-youen, poète de la dynastie des Tchcon; Sse-ma-thsièn^ le plus 
célèbre des historiens chinois; le poète Tou-fon, le romancier Chi naï-ngan, 
et Wang-chi-fou, écrivain dramatique. 

Sous les Thsing, on a d*abord exclu du nombre des Thsaï-tsen les quatre 
premiers écrivains que je viens de citer; puis on a mis Fauteur du San- 
kôue-tchi à la place de Tchouang-tseu; Fauteur du Hao-khieou-tchoucn à 
la place de Khiô-youen, et Fauteur du Yu-kîao-li à la place de Ssc-ma- 
thsièn. Est-ce volontairement, systématiquement qu'on a fait descendre du 
rang supérieur qu'ils occupaient le plus grand philosophe do la secte des 
Tao-sse, le plus grand poète de la dynastie des Tcheou, le plus célèbre des 
historiens chinois, celui qu'on a surnommé le Prince de l'histoire, et Tou- 
fou, qui \ivait dans le huitième siècle de notre ère? Je n'affirme rien, mais 
j'incline à croire que le mot Thsaï-tseu a cessé d'être le titre honorifique de 
ces grands hommes, parcequ'il n'a «pZw* paru une distincHon assez horiortible». 

Le magistrat qui fait l'éloge de Tày kiëu est un fonctionnaire vivant 
sous la dynastie des Ming, époque où, suivant l'opinion du savant Bazik 
que je viens de citer, le titre de Thsdi-tseu {Tài ta- suivant la prononciation 
adoptée en Cochinchine) n'avait pas encore subi l'espèce de déchéance qu'il 
signale. Nguyên Du fait certainement parler ses personnages suivant l'osprit 
de l'époque à laquelle il les fait vivre et agir. Il y a donc lieu d'admettre 
qu'en qualifiant la jeune femme de «^ -^ tài tà^, le préfet veut lui 
appliquer le titre littéraire le plus élevé qu'il connaisse. 

1. Litt. : <((En fait de) Châu Trdn, — est-ce qu' — il y a — (un) Châu 
Trân — qtiel (quHl soit) — pltts avantageux f» 

«;^ Châu» et «^B 7V^» sont les noms do deux états qui jouèrent 
un grand rôle à l'époque des S^ fi| Chi^n quâ'c — Boyaumes combattants. 



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Kl M VAN KIÊU tAn TRUY^N. 287 

cOù pourrait-on trouver une préférable union ^? 

«Allons! n'écoutons pas la rigueur et la colère ^1 

«Pourquoi troubler l'harmonie iVun instrument si bien d'accord ^1 

<Vou8 l'avez amenée devant mon tribunal; 

«la raison ne perd pas ses droits; mais il faut ici écouter son cœur^! ugo 

«Les affaires des brus et des fils sont des affaires de famille^! 

«Allons! allons! que la querelle cesse! et tout ira pour le mieux ^•!!> 

Il ordonne aussitôt de tout préparer pour la cérémonie; 

Lea alliances furent assez fréquentes entre eux pour que leur nom ait été 
adopté en poésie comme une métaphore courante pour exprimer «^Vumon 
de deux époux». Il n'est peut-être pas i!n poème annamite où cette expres- 
sion n'intervienne au moins une fois. 

Il est utile de remarquer à quel point la position change la signification 
du mot €nào*. Elle modifie aussi considérablement celle de *han» qui 
d'adverbe qu'il est presque constamment, devient ici un adjectif qualificatif. 

2. Litt. :«....,.... gardons nous d' — acquérir — la cruauté — (et) 
â^ acheter — VirrUation!» 

L'adjectif «dS* — cruel p est transformé en substantif par suite de sa 
position qui en fait le régime direct du verbe «chàc», lequel provient du 
dédoublement avec inversion du verbe composé «mua châc — acheter >. 

3. Litt. : « (Pour) faire — quoi — déranger — les degrés — pour que — 
le don — goU de travers — quant à la gamine f» 

Le préfet compare l'harmonie qui règne dans un couple si bien assorti à 
celle que produit un Bbn parfaitement d'accord. En séparant les deux amants, 
on romprait cette harmonie, et on ferait, d'après lui, une faute analogue à 
celle d'un homme qui détruirait l'accord dans l'instrument dont il parle. 

4. Litt. : «Au dehors, — eh hien! — c'est — la raison, — mais — au 
dedans — cest — V affection !» 

«Nhe* est une forme tonquinoise pour *lê». On peut encore entendre 
ce vers ainsi : « Pour les étrangers, il y aie droit strict; mais dans la famille, 
en jugeant. Von doit tenir compte de V affection. » 

6. Litt. : «Les brus — (et) les fils — sont dans — la règle — de V intérieur !» 
6. Litt. : «Assez, — alors! — réprimer — les circonstances — (de) ne pas 
— être en paix — sera — achever!» 



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288 KIM vAn KIËU tAN TRUY^N. 

Kiêu hoa tiuh giô, duôc hông diêm sao. 
1465 Bày hàng c6 vô xâii xao, 

Song song dira toi tnrchig dào sânh dôi. 

Thirong vi net, trong vi tàî, 

Thùc ông, thôi! cûng dep IM phong ba. 

Hue lan nâo niïc mot nhà! 
1470 Tùng cay dâng, lai mân ma han xira. 

Mâng vuî nrau sôm cô* tnra, 

Dào dà bay thâm, sen vira nây xanh. 

Trirô-ng hô vâng vè dêm thanh, 



1. Litt. : «Z)c* palaTiquinê — à fleurs — (ç^t*) *ont rapide» — à la ma- 
nière du vent, — des torches — rouges — (qui) brillent — à la manière de* 
étoiles, 9 

Les substantifs ^^sao» ot «yîo» deviennent par position des adverbes 
de manière. — L'adjectif ^Unh» devient verbe par parallélisme, comme 
pendant du verbe ^diem» qui lui correspond dans l'autre hémistiche. 

2. Litt. : « Ensemble — on (les) conduit — f)ers — les tentures — de ^ào 
— (pour) comparer — le couple. * 

Les €^ào»^ comme nous l'avons vu, sont des arbrisseaux que l'on con- 
sidère comme le symbole de l'élégance et de la distinction. De là vient 
l'emploi de leur nom dans une foule de cas où Ton veut exprimer par une 
épithôte la beauté d'un objet quelconque. Pour tapisser la chambre qui 
doit recevoir les époux on se sert tout naturellement de ce qu'on peut se 
procurer de plus beau. On comprend dès lors que ces tentures, qualifiées 
«i>ào» à cause de leur magnificence supposée, soient prises dans ce vers 
pour la chambre nuptiale elle-même. 

3. Litt. : «(Quant à) Thuc ông, — c'en était assez! — tout aussi bien — 
il réprima — (ses) paroles — de vent — et de flots. » 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYEN. 289 

des palanquins rapides comme le vent; des torches brillantes comme 

les étoiles K 
On dispose de bruyantes lignes de musiciens et de danseurs^ 1465 

et tous deux sont conduits à la chambre (nuptiale)^ pour consommer 

leur union. 
Aimant la jeune femme pour sa modestie^ plein d'estime pour ses 

talentS; 
TMc 6ng lui-même finit par oublier sa colère^. 

Le parfum du Hti4 Lan* se répandait par toute la maison! 

Après répreuve subie*, leur liaison fut plus douce encore. U7o 

Pendant que, tout à la joie, le matin ils boivent du vin, qu'au milieu 

du jour * ils jouent aux échecs, 
le Bào a perdu sa rouge (parure) '; voici que le nénuphar laisse voir 

ses feuilles vertes. 
Dans leur chambre solitaire, au sein de la nuit sereine, 



L'action dn vent sur les flots produit la tempête, laquelle exprime au 
figuré les sentiments d'une personne irritée. 

4. La présence des jeunes époux, — D'après M. Wells Williams, «BS 
Lan* est le nom générique de toutes les plantes appartenant à la famille 
des Orchidées, telles que les Malaxis, Epidendrttm, Vanda, etc. Cette dénomi- 
nation s'applique même par extension à d'autres fleurs remarquables par 
leur parfum et leur beauté; et cela, soit qu'elles aient pour support des 
pédoncules spéciaux, soit qu'elles soient insérées alternativement sur le 
même de manière à former un épi; mais le nom de «]» €S Huê Lan» 
est propre à un genre particulier d'orchidée qui croît dans les régions maré- 
cageuses et se distingue par la grande quantité de fleurs que supporte son 
pédoncule floral. Cette dénomination générique s'applique à plusieurs espèces, 
probablement les Angrœcum, Cymbidium, etc. 

5. Lîtt. : « (Après qu^J ils eurent expérimenté — Vamer, — en retour — ce 
fui plaisant — plus qu* — autrefois, » 

6. Litt. : « Pendant ç?<' — ils se réjouissaient — (quant au) vin — du matin 
— (et attxj échecs — de midi,» 

7. Le printemps tirait sur sa fin, 

19 



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290 KIM vAn KIËU tAn TRUY^N. 

E tinli, nàng moi bày tinh riêng chung : 
1475 «Phan bô tir ven chir tùng, 

«DÔi thay nhàn câ dâ hông dây niên! 

«Tin nhà ngày mot thâm tin. 

«Màn tinh cât luy, lat tinh tào khirong! 

1. Litt. : ^Craigiumt — (au sujet de) V amour y — la jeune femme — enfin 

— exposa — les affaires — particulières — (et) communes,* 

Le poète joue sur le mot «AnA» qui présente un sens différent dans 
chacun des deux hémistiches. 

2. Litt. : *(Moi, personne de) la condition — du Bô (humble comme le Bô), 

— depuis que — jl^ai rendu complet — le caractère — «*tti«jrc», (depuis que 
j^ai réalisé, par V accomplissement régulier du mariage, tout ce qui est compris 
daTis celui des — ' ^fSt qui me concerne ( ztt Jt tkng phu — V obéissance au 
mari),'» 

3. Litt. : •(Quant au fait de) changer Vun pour Vautre — le Nhan 

— et le poisson, — il y a eu — presque — (le fait de) remplir — (une) 
année!'» 

Voici encore une métaphore si étrangère au génie de notre langue qu'il 
est absolument impossible de la conserver dans la traduction française, 
sans peine de faire de cette dernière un pathos incompréhensible. 

Le Nhqn passe sa vie dans les nuages; le poisson passe la sienne dans 
l'eau. Ce sont par conséquent deux êtres qui ne peuvent jamais se trouver 
associés ensemble; et pourtant, par le mariage insolite qui a eu lieu, une 
vile courtisane a été unie à un jeune homme de la haute société, ce qui 
constitue un fait aussi extraordinaire que le serait la réunion du poisson 
qui séjourne humblement au-dessous de la surface des eaux avec le A^Aai» 
qui vole au plus haut des airs. 

Le verbe «<*o» thay* indique qu'il y a échange de rôles. En élevant k 
lui le poisson (Tûy kiêu), le Nhan (Thûc sanJi) lui a donné son rang, tandis 
qu'il s'abaissait lui-même jusqu'à l'infime condition de la courtisane qu'il 
épousait. 

4. Litt. : « Vous êtes salé — (quant à) V amour — du dolique rampant, 

— vous êtes fade — (quamt à) Vamour — du résidu — et de la balle (des 
grains) I » 

Le «Jg tS ^i %» selon les conjectures les plus fondées, est une 
liane grimpante appartenant au genre Dolichos (famille des Légumineuses, 
tribu des PapiUonacées), Le Livre des Vers en fait mention à plusieurs 
reprises: 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 291 

Inquiète pour leur amour^ elle dit ce qu'elle craint tant pour elle qne 

pour tous deux K 
«Depuis que, pauvre créature, je vous consacrai mon existence ^j uiâ 

«Voilà» dit-elle, «près d'un an que sont réunis deux êtres si peu 
> faits pour vivre ensemble ^1 

« Chaque jour s'écoule sans apporter de nouvelles de votre famille. 
«Vous êtes de flamme pour moi, de glace pour votre épouse^! 



m H m ^ 
m m m m 



^^Nam htèu etcu mpc; 
€Càt lûy luy chi, 
*Lac chl quân tft 
«Phuràc Ifj tuy chi! 9 

«Au midi se trouve un arbre dont les branches se courbent vers le sol, 

«Le Dolique grimpant les couvre. 

«Nous mettons notre joie en notre auguste maîtresse! 

«Que rien ne manque à son bonheur, à sa dignité!» 



(Sect. 1, liv. 1. Ode 4 TfÇJ 



y^ m m ^ 
m ^ =f t 
^ # ^ if 

« Mac mac càt luy, 
<Thl vu dieu mai! 
€ Khi dp. qvân tit 
*Cdu phu&c bat hôi!» 



19* 



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292 KIM VAn KIËU tAn TRUYÊN. 

«Nghï ra thiêt cûng nên dnông! 
1480 «Tâm hai ai kè giva giàiig cho ta? 
tTrom nghe kê \&n trong nhà 
«0 vào khuôn phép, nôi ra moi giëng. 
«E thay nhfrng da phi thuông! 
«De dô rùn bien; khôn lirông dây sông! 



«Luxuriant est le (feuillage du) Dolique grimpant, 
«qui monte aux branches, aux arbustes! 
« Le prince, à Taise et plein de joie 
«ne cherche point le bonheur dans (les chemins) tortueux! 

(Sect. 3, liv. 1. Ode 5 

^ m m ^ ^ m 
M i& m ^ m m 

^ A A Jï. ^ il^ 



« Mien mien cdt luy 
€Tai hà chi hù! 
^Chnng vièn kuynh dé, 
« V» tha nhan ph\i! 
« Vi tha nhan phy>; 
*Diêc mac ngà co!> 

«Les Doliqucs grimpants étendent de tous côtés leur luxuriante végétation 

«sur les rives du fleuve Hà! 

«Pour moi, de mes frères éloigné pour toujours, 

«j\Mppelle un étranger «mon père»! 

«J'appelle un étranger «mon père»; 

« Mais lui ne me regarde point! » 

(Sect. I, liv. 6. Ode 7 ;jg ^.) 
L'ode d'où est tiré ce deraier passage porte le nom de la plante même 
qui nous occupe. 



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KIM vAN KIËU TAN TRUYÇN. 293 

«SU lui venait quelque doute, il serait vraiment fondé M 
«Qui pourra nous prémunir (contre TefiFet) de ses soupçons 2? 1480 

« Je me suis informée sous main, et je sais que la reine de votre logis 
«mène une conduite réglée, que sa parole est sage et sévère'*. 
«Ces cœurs extraordinaires sont grandement à redouter! 

«Sonder le fond de la mer est aisé; (mais) il est difficile de mesurer 
>(ce que contient) le lit d'un fleuve! 

Quant à ce qui concerne rexpressîon «îjStt M| Tah khuàng»^ j'en ai donné 
l'explication dans ma traduction du Ly4i Vân Tien (voir la note sous le 
vers 408). 

1. Litt. :«.... véritablement — Umt aussi bien — cela deviendra — la 
vraisemblance /» 

La conjonction ^dwmg ~ comme* devient substantif par position. 

2. Litt : « (Quant aux) bulles d'air — (et aux) émanations, — qui — sera 
celui qui — préservera — à — nousf 

Lorsque Ton voit sur Feau s'élever des bulles d'air, on sait qu'au fond 
de la rivière se trouve quelque poisson. Lorsqu'on perçoit une odeur, on 
sait que l'objet qui la répand n'est pas loin; d'où l'expression ««^»i hai 
— les bttUes d'air et V exhalaison », qui se rapproche singulièrement de notre 
locution familière savoir vent de quelque chose.» 

*Kê — celui qui», devient sous l'influence de «a»? — quif» un véri- 
table verbe : *être celui ç«« ....». — La préposition ^cfio*, placée entre 
un verbe ordinairement actif et son régime, indique que l'action, le fait 
qu'exprime ce verbe a lieu pour le bénéfice, pour l'utilité de quelqu'un. 
Elle donne au verbe qui en est affecté une grande analogie avec ces verbes 
actifs de la langue espagnole qui sont suivis de la préposition «à» lorsque 
l'action qu'ils expriment concerne une personne (matar à un hrnnbre — tuer 
un homme). Il ne faudrait pas cependant pousser l'analogie trop loin; car 
en espagnol c'est la nature de l'être dont le nom forme le régime direct 
du verbe qui entraîne l'addition do la proposition «à», et non, comme en 
annamite, l'idée d'un avantage ou d'un service rendu. 

3. Litt. i *en se comportant — entre dans — la règle, — en parlant — 
sort dans — la loi.» 

Les particules opposées « vab » et « ra » ont ici pour rôle essentiel d'accen- 
tuer le parallélisme entre les verbes «o-» et «not», et d'exprimer la concor- 
dance qui existe entre la conduite et les paroles de la personne en question. 



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294 KIM VAn KIEU TÂN TRUYEN. 

1485 «Ma ta trot mot nâm rong 

«The nào cûng cliâng giâu gîung dircrc nào! 

«Bây giô* chita tô âm hao; 

«Hoâc là trong cô làm sao châng là! 

«Xin chàng lieu kfp laî nhà, 
1490 «Tradc là dep y, sau ta biêt tinh! 

«Bêm ngày giû* mwc giâu quanh, 

«Rày lân, mai Ifra, nhu* hinh chûa thông!» 

Nghe lô-i khuyên dô thong dong, 

Binh 16ng Sanh mdi quyêt Ûnh bôi trang. 
1495 Rang ra gôi dên thung dàng; 

Thttc ông cûng voi giuc chàng ninh gia. 

Tien dira mot cbén quan hà. 

1 . Litt. : « D^une manière — quelle quelle boU, — tout aunsi bien — ne pas 

— ditsimuler — nouê pourrons! — Quel (moyen aurions nous de le faire?)» 
Le mot ^nào — quelf» joue à la fin du vers un rôle tout à fait sem- 
blable à celui que remplit le mot ^dâu — ohf», lorsqu'il est placé de même 
(voy. ma traduction du L\ic Vân Tien, p. 296, en note). Pour en bien saisir 
la valeur, il faut développer le sens de la manière que je fais ici. 

2. Litt. : € Peut-être que — là dedans — il y a — comment que ce soit 
(une chose quelconque) , — ou ne pas — cela est!* 

3. Litt. : « vous gardez — (une) règle, — vous cachez — autour ;> 

4. Les deux monosyllabes qui composent régulièrement le verbe «Wn Iwa 

— tergiverser p sont dissociés, et chacun d'eux est joint à un adverbe spécial. 

5. Litt. : « (En qualité de) présent fait à V occasion du départ, — U donna 

— une tasse — de postes de frontihre — (et de) fleuves, » 



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KiM vAn kiëu tAn truyên. 295 

«Pour nouS; tout le long de Fannée 1485 

«nous ne pourrions, quelques soient nos efforts, dissimuler (notre 

» liaison)'! 
« Elle n'a pas encore donné de ses nouvelles, 

«et je crains qu'il n'y ait là dessous quelque chose 2 ! 

« Pensez, je vous en prie, à vous rendre au plus vite en votre demeure, 

«d'abord pour plaire à votre femme, puis pour savoir ce qui en est! 1490 

«Car nuit et jour vous suivez une règle tracée, vous me céiez mille 
» choses^; 

«vous hésitez le matin, vous tergiversez le soir, comme un homme 
»qui n'est point fixé^!» 

En entendant ces avis que (la jeune femme) à cœur ouvert lui don- 
nait, 

Sanh, se décidant, prit le parti de retourner dans sa maison. 

Il alla le lendemain en faire part à son père. 1495 

TTiûc ông, lui aussi, le pressa de rejoindre sa famille, 

et fit au voyageur son présent de départe 

Le caractère < BS guan » signifie entre autres choses un poste établi au 
point où Ton passe la frontière. Comme cette dernière est souvent formée par 
les crêtes d'une chaîne de montagnes, on l'emploie ici dans ce dernier sens. 

Lorsqu'une personne fait un long voyage, il lui arrive le plus souvent 
d'avoir à franchir des montagnes, à traverser des rivières ou à naviguer sur 
leurs eaux. C'est pour cela que les mots ^vionlagneê et fleuves > ont été adoptés 
pour former une expression métaphorique qui est synonyme de ^voyage*^ 
et qu'une < tasse de montagnes et de fleuves » serait la tasse de vin que boit 
le voyageur au moment de se mettre en route (ce que nous appelons le 
«coup de Cétner*)\ mais cette manière de parler exprime en réalité le festin 
d'adieu qu'en Chine les parents et les amis sont dans la coutume d'offrir 
aux voyageurs, généralement après les avoir accompagnés jusqu'à une cer- 
taine distance. 



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VIENNE. — TYP. ADOLPHE HOLZHAUSEN. 

IMPRIMKCR DE LA COUR I. & R. KT DE L'UNIVERSITÉ. 



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VIENNE. — TYP. ADOLPHE HOLZHAUSEN. 

IMPRIMKUR DE LA COUR I. & R. RT DE L'UNIVERSITÉ. 



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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR. 

- Esgaî sur Im affinftùa de k civilisation cliez les Annamites et chez 

lï- -- ^ ^ ^ 'i'*i«i tir kîtih (San têzé kïn^) on lo Lîvro des plirasofl 

de truis Pîirsu'tùies, rivx^f le f^^innd co mm en taire de \'u'criitî tiiu thsifig. 

Jpxt^ traiîscTÎptïoii ann^imitc et rhimiise, ex l'iicatî ou littérale et trfi4loetion 
CompIètCB. (PufilkaLion de V École deê lawjueê orknlafeê vwantta.J i8H2. 

En prépamiîiiii : 

hUlfirigJic de» Sf^hr. roi/anmes. fAnn''rft 6'n2—4-î3 de Ci're chrétienne.) 
H. — ^fliCo)^^ Mîug Èin pîio kïén. Oiivmi^e pliiiosapîiiqtie. 

iCi'K di Kv cMuiîi-rs rhiijnis tj mit pas encore été truduits.) 

Annamite. 

ï. — Dîseoiir» prt>noDcé à roii\'ertpre du cours de Crtcliitichitioia à rÉc(de 
aïmexe de iii S^irlioïint^. IHGD. 

IL -- Lea sîk iutmiatïmiF eliez les ATînamites. 1869. 

m. — Dîi systêMïD des intonations ehinoif^câ et de ses rîi|)i)orta «vee celui 
des inroniitionti annnmitea. Imprimerie nritionale, 18G9, 

IV. — lîtiit contpaen tarigiiç eOchînehinQÎM\ aaivis d'exercices pratiques 
sur la cniiveiî^atioo et la constmetioD di^s phrase**, par P. Tnro-a^ viiili ki 
tn»n^erit.H en canietôres iî^oratifM par A. E. des ^Michels. XMd, 

V. — Dialogues corliinrliinoLs, publiés eir WAS soa^ la direeti.m de 
M^ Talierd. évét|ut3 d'bîuirnpoli*» expliqués litténdement en français, en 
au^lai* et en btin avec étude philoloe^iiiue par A, E, dea Michel». 1871, 

VI. — Chrcîitoniatlne cocLiiicbinoise, Kecneil de textes ann«niiteâ publiés^ 
traduits pimr l:i jnemière foij?, it trauticrits en earàetôres %nrîUif:3. 1J*T2. 
(Premier tîiKeîeide.) 

VJl. — t'bu' uoin annani. Petit dictionnaire pratique à l'usage du cours 
d':unKiolite. 1877. 

VllI. — Lue van tien. Piu^iue populaire. Texk^ en cliîï iiGm, transeripti^m 
en earactéres latins, traduetion et notes. CFiMkaiion dt rÉatk de^ hm^ut* 
o rînnta h-Jt v iv ante^.J 1 8S3. 

Entikremcni terminé et prêt à puUîre sou* preste : 

Les* (Il UT en diVi xîra. — Coni^» pfaUantf annamite» , traduits en en lier 
pour hi première fan*. 

En préparation : 
Les poènjcs de rAnnjiui: 

'à, -^ Le fini liîim ijuuc siV diôn m, 

i. — Le Tbaeîi nanb hy thôiig ther — traiiijtuit eu eametères latins 
pour îa première km. 
Ct^ deux tîeriiîeï's ouvrages sont cjû^alement tradiiitts fiour la première foîs^. 



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PUBLICATIONS 



DE 



:)LE DES UNGUES OEIENTALES VIVANTES 



II-^ SERIE — VOLUME XV 



KIM VAN KIEU TAN TRUYEN 

POÈME POPULAIRE ANNAMITE. 



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LES POÈMES DE L'ANNAM 
^ H ^ fr # 

KIM VAN KIÊU 

TÂN TRUYÊN 

PUBLIÉ, ET TRADUIT POUR LA PREMIÈRE FOIS 
PAB 

ABEL DES MICHELS 

PBOFESSEUB ▲ L ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES 



TOME II, PREMIÈRE PARTIE 

'^tVANCjpS. TRANSCRIPTION, TRADUCTION ET NOTES 



JCni 



ÉCHANGES 
nTE»N.\TI«NAllXl|l 

•J^v — y^J 

v<rN-_-.-^'v' PARIS 

^^ii-^^ ERNEST LEROUX, EDITEUR 

UBBABtE OB hk SOCliTti ÀSUTIQUE 

DB L'ACOtl DES LAHOVES OBIBNTàLBS TtTANTBS, ETC. 

98, Km BOKAPABTE 86, 

1885. 



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Œ^ 3? ^& W w 

KIM VAN KIÊU 

TÂN TRUYÊN 

POÈME ANNAMITE. 



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KIM VAN KÏÉU TÂN TRUYÊN. 



Xuân dinh thoât dâ, dao ra cao dinh. 
Sông Tân mot dâî xanh xanh 
1500 Loi thôi bfr lieu. May nhành dircmg quan? 
Câm tay, dài thè, vân than! 
Chia phxii ngÙTig chén; hîêp tan nghen loi. 
Nàng rang : «Non nu*<>c xa khoî! 

1. Litt. : * (Lorsque — ce qtti coTicmmaUJ — du Xuân le âhih — auMiiiot 
— eut été (fui terminé) j — il se rendit à — de se lamenter — le â\nh.* 

Le â\nh est un ^rand bâtiment carré qui sert de lieu de réunion aux 
notables des communes annamites. Cet édifice, toujours en assez mauvais 
état, est le plus souvent la pagode du génie protecteur du Village. Il sert, 
d'ailleurs, au besoin de théâtre, et même d'abri temporaire pour les voyageurs 
de marque. C'est dans cette dernière acception qu'il faut entendre ce que le 
poète en dit ici. 

Il y a dans ce vers un jeu de mots chinois qui est absolument intraduisible 
en français. Tkùc ông est loge dans l'intérieur du « B\nli »; c'est pourquoi le 
poète appelle cet édifice «;j^ A Xuân d\nh — le mnh du Xuân (appeUatim 
poétique du ph-e) ». Après y être entré pour lui faire ses adieux, le jeune 
homme se rend dans la cour d'où il doit partir pour commencer son voyagc'i 



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KIM VAN Kl EU TAN TRUYÊN. 



Sanh eut quitté son père, il se rendit au dhih où allait avoir 
emelle séparation '. 
) rimraen.se ruban azuré du fleuve Tan, 

in {qii*il va suivre) est bordé de saules aux branches non- i50o 
ites, intemiinable lig^ne de verdoyants rameaux^! 
la main (de Ki^u)-, il soupire, et soupire encore^! 

yjiu lie) la st^paratinn glace la tasse (dans leur main); les 
^ d'adieu s'arrêtent dans leur gorgée 
liez an loin S-' dit la jeune femme. 

ï c'est la (jifil prentira congé de Kiêu, laquelle va gémir de ce 
Hte autre partie du Bnth reçoit dans le vers le nom de «^ft ^C 

— ■ le flin/i de» litmêîUftlions», 
[. : '^ EmÎ Tumchalan^ — Ojuant aux) bordé — de taules, — Combien 
fichcM — de verdure immmse! 

t, ^ < . - . . » longuement — il soupire, — courtement — il toupire!-» 
t. : -"î La Méparaii&n — glace — la tasse; — la réunion — qui se distout 
îe dans Uur gorge — les paroles.^ 

L : * /vf* mcntagnes — ei les eaux (que vous allez franchir) — sont 
*— txmimr la haute wier/* 

bstantif « Khai — la haute mer» devient par position un adverbe 
re, 

1* 



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4 KIM VAn KIÊU TAN TEUYÊN. 

«Sao clio trong âm, tlii ngoài môi êm! 
1505 «De Ion chî thâm trôn kîm? 

«Làm chî birng mât bât chîm kh6 16ng? 

«Dôi ta chût ngâi dèo b6ng, 

«Dên nhà, trirô-c lieu nôî song cho minh! 

«Dâu khi mira gio, bât binh, 
1510 «LÔTi dành oai Idn, toi dành phân toi! 

«Haii dëu gîâu ngirçrc giân xiiôi, 

«Lai mang nhfrng viêc tày tr6i dên sau! 

«ThiroTig nhaii; xin nhd Ifri nhau! 



1. Litt. : ^(SiJ comment (que ce aoitj — voua donnez à — U detUm» — (h 
facuUA d^Jêtre dana une douce chaleur, — aloi'a — le dekora — en^ — aero 
à aon aiae!» 

*Le dedana*, c'est Tépouse de premier rang; «fe dehora*, c'est la con- 
cubine. Cette dernière fait comprendre par là qu'elle ne se préoccupe que 
d'une seule chose, la paix qu'elle veut voir régner dans le ménage de celui 
qu'elle aime. Lorsqu'on ressent une chaleur modérée (étm), on se trouve à 
son aise (êm). C'est comme si Kiêu disait au jeune homme : *La fadeur 
que voua procurerez à votre épouae me réchauffera moi-même». On connaît 1h 
célèbre phrase de Madame de Sévigné : ^J'ai mal à aon cœur!» Le poète 
ministre de la cour de Oia hmg s'est rencontré avec la grande dame bel 
esprit de la cour de Louis XIV. 

Ce vers est un exemple frappant de l'influence qu'exerce en annamite h 
position sur le sens des caractères. On voit, en eflfet, que quatire mots sur 
huit (sao, cho, trong, ngoài) y prennent une valeur grammaticale toute dif- 
férente de celle qu'ils ont ordinairement, et cela par suite de la position 
qu'ils occupent soit réciproquement, soit par rapport aux antres monosyllabes 
du vers. 

2. «2)lt est pour ^lU dlf ^ Comment aerait-il facile f (Il n'eat nuUemenl 
facile!)» 



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KIM VAN KIËU TAN TRUYÊN. 5 

«Pourvu qu'au dedans tout soit bien ', au dehors on sera satisfait! 

« Il est malaisé de passer un til rouge à travers le chas d'une aiguille ^! 1505 

« Qu'aviez- vous besoin de vous créer des embarras, en allant, à l'insu 

»de votre épouse, à la recherche d'autres amours ^V 
« Si entre nous deux règne quelque affection, 

«Dès que vous serez dans votre demeure, risquez d'abord^ quelques 

» paroles claires! 
«Que s'il suiTÎent une tempête^ 

«et que celle qui commande fasse sentir son autorité, moi j'agirai i5io 

» suivant ma condition. 
«Cela vaut mieux que de dissimuler ici, de dissimuler là*', 

«et d'accumuler sur notre tête une montagne de malheure'! 

«Nous nous aimons! Je retiendrai ce que nous nous sommes dit! 



Cette figure Blgnitie : «/^ vous sera difficile de persuader à votre épouse 
de faire votre volonté h mon égard. De même que celui qui veut enfler une 
aiguille doit s^y reprendre plusieurs fois, de même il vous faudra faire bien des 
tentatives avant de réussir!^ 

3. Litt. : €(Pour) faire — qttoiy — en couv^rant — hs yeux — (et) en 
prenant — Voiseau, — avoir des difficultés — quant au cœur f y* 

«Prendre un oiseau à Tinsu de son maître en couvrant les yeux de ce 
dernier (pour qu'il ne voie pas le larcin)», signifie «faire une chose quel- 
conque à rinsu de la personne intéressée à s'y opposer, en usant de ruse 
pour que cette dernière ne s'aperçoive de rien». Cette locution cochin- 
chinoise ne saurait être conservée en français. N'ayant pas cours dans notre 
langue, elle y amènerait de l'obscurité. 

4. «^oi *on^» signifie proprement <i sonder le terrain». 

5. Litt. : « iSiî — il y a une fois — de pluie — et de vent, — (et que) ne 
pas — on êoit en paix, » 

Sous l'influence de <ddu^, le mot «Mi — quand ^ ou «/owv tonne, avec 
ses compléments *mua^ et «^rtV», une expression verbale impersonnelle. 

6. Litt. : « cachet- — contre le courant — (et) cacher — suivant le 

courant. » 

7. Litt. :«.... des affaires — égales — au ciel v 



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6 KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 

«Nàm chây, cûng châng di dâu ma chây! 
1615 «Chén dira nhà bira hôm nay! 

«Chén mâng xin doi dêm nây nàm sau!» 

NgnM lên ngu^a, kè cliîa bâu ; 

Rirag pliong tliu dâ nhuôm màu quan san. 

Dàm hông buî cuôn chinh an; 
1520 Trông DgirM, dâ khuât mây ngàn cây xanh! 

Ngirôi vë chîch bông iiâm canh; 

Kè di muôn dàm, mot mînh pha phui ! 

Vâng trâng ai rë làm dôi, 

Nèa in gôi chiec, nira soi dàm tnrcrag? 



1. Litt. : «Le» années — deviennent tard; — (viais nous,) totU aussi bien 

— ne pas — nous allons — oh (que ce soit) — pour que — ce soit tard!* 
^Chdy* est un adverbe qui signifie *lard»; mais par la position qu^il 

occupe à l'égard des autres mots, il se transforme en verbe, et signifie 
«i devenir lard», c'est-à-dire * passer» en ce qui concerne les années, et «ne 
plus Hre à temps» en ce qui concerne les personnes. 

2. Litt. : *(U y a une) personne — (qtU) monte sur — le cheval, — (il y 
a) celle qui — est séparée — (en tant que) collet. » 

Le mari et la femme sont comparés poétiquement à un vêtement et à 
son collet-, d'où il suit que, pour exprimer la séparation des époux, Ton dit 
souvent, comme ici, que le collet est séparé du vêtement auquel il était uni. 

3. Litt. : *La forêt — des érables — d'automne — a teint — la couleur 

— des passages — de montagnes (les passages des montagnes présentent une 
teinte automnale produite par la forêt d'érables qtti les couvre). » 

Il ne faut pas prendre à la lettre l'expression <fqium san — lesjtassages 
des montagnes». L'auteur l'emploie ici pour exprimer l'effet que produit le 
paysage vu de très loin. L'origine de cette singulière manière de parler se 



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KIM vAn kiêu tAn truyçn. 7 

«Les jours passent, mais nous, nous restons! nous serons toujours à 

» temps*! 
«Prenez cette tasse-ci pour vous souvenir du jour présent! 1515 

« Pour boire celle (du retour) je vous attends Tan prochain à pareille 

» nuit! » 
H monte à cheval et Ton se sépare*^. 

A perte de vue^ s'étend la forêt d'érables revêtue de sa parure 

automnale. 
La poussière du chemin tournoie et couvre la selle. 

Il cherche à lavoir (encore); mais des milliers d'arbres la dissimulent 1020 

à ses yeux. 
(Pour elle) elle retourne dans sa demeure, et toute la nuit elle reste 

seule. 
Lui va, et, seul (aussi), tristement il parcourt l'immense étendue! 

Qui a donc ainsi en deux partagé l'orbe de la lune, 

qu'une moitié s'imprime dans l'oreiller solitaire, tandis que l'autre 
illumine la longue route*? 

trouve dans ce fait que les lieux habités sont généralement dans la plaine ; 
d'où il suit que les défilés, qui> se trouvant au point de Jonction des deux 
déclivités, sont à une grande distance du pied de la montagne, ne peuvent 
être vus que de très loin. 

Le nom de «tt|^ Ph<mg» est donné en Chine à plusieurs sortes d'érable, 
et aussi, mais à tort, à quelques autres espèces botaniques. 

On sait que la feuille des érables prend à l'automne une teinte pourpre. 
Cette particularité a fait donner à cette espèce le nom chinois de « ^ ;|^ 
Ban phong*. En parlant d'une forêt d' érables d'atUonine (tels quils sont à 
CauiomneJ, le poète veut donc indiquer que les arbres qui composent cette 
forêt sont revêtus de feuilles rouges; ce qui fait que les montagnes qu'elle 
couvre, vues de la plaine, semblent teintes de cette couleur. 

4. L'auteur assimile à l'orbe de la lune les visages des époux réunis; 
et maintenant qu'ils sont séparés, il en conclut poétiquement que cet orbe 
a été divisé en deux parties égales, dont l'une va par les chemins, tandis 
que l'autre repose solitairement sur l'oreiller de la chambre nuptiale. 



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8 KIM VAN KIÊU tan TRUYÇN. 

1525 Kè chi nhûng nôi doc diràng? 

Ph5ng trong lai nôi chù tnrang àt nhà! 

Von d5ng ho Hoan danh gia; 

Con quan lai bo, goi là Hoan thû. 

Duyên Barig thuân nèo giô dira; 
1530 Cùng chàng kêt toc xe ta nhtrng ngày. 

Ô' an, thi net cùng hay; 

Nôi dëu rang buôc thi tay cûng gîà. 

1. Litt. : *J'*énumérerais — (pour) quoi — Ze# drconHtmcea — de le long 
du — chemin f* 

2. Litt : « Danê /-a chambre — à son tour — surgit — celle qui dirige — 
à la maison!* 

3. Litt. : « (Sa) destinée — de Bâng — (par un) favorMe — sentier — U 
vent — poussait.* 

Pour comprendre ce vers, qui renferme d'ailleurs une inversion, il faut 
se reporter à ce passage du traité chinois intitulé « M j(^ w ^ ^"*^ 
tdm bvru giàm — Le miroir précieux des cœurs éclairés» : 

Bac nhttt Tihtft, quâ nhvrt nhwt; ââc nhiU th\, quâ nhttt tht. Cân hành mon 
hànhf tien trtnh chi hihi hua âa lô. Thï lai phong tô'ng Bâng vwmg ak. — 
Quand on a un jour, on passe un jour (on met à profit ce jour). Quand ob 
a une heure, on passe une heure (on met à profit cette heure). Qu'on aille 
vite ou qu'on aille lentement, plusieurs voies nous mènent au degré d'élé- 
vation auquel il nous est donné de parvenir. Lorsque le temps en est venu, 
le vent nous transporte au palais de Bang vuong>. 

Le commentaire qui suit donne la clef de ces paroles énigmatiqnes. Je 
le traduis textuellement. 

«Sous les ^B* Bàng, 3p ^jfc Vuo^ Bot, surnommé -^ ^^ Ta An, 
était, dès l'âge de six ans, habile aux exercices littéraires. A douze, il ftl^ 
visiter son père; (mais) il n'avait pas de cheval. Comme il était parvenu à 
sept cents lis de "^ M Nam xuang, il rêva que l'Esprit des eaux 



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KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÇN. 9 

on raconter toate^ les péripéties du voyage *? 1526 

eue Ta paraître la maîtresse du logis ^î 

irtenait à FiUastre înaison des Hoqn^; 

fille crTiB miuîsrtre^ et son nom était Hoan ihcr. 

n avait été heoreuse, 

k ce jour elle avait vécu en compagnie de son époux *. 1630 

i de mœurs vertueui^es 

idait à merveille à prévenir les infidélités \ 

it sur les aîlee du veut, et qu'en une seule nuit il atteignait 
e san voyag^c); qu'il assistait à un festin donné par le Du 
hnl Tnandchou) et coraposait une pièce de vers dans le palais 
^ 3^ Bâiii/ vtemitj. ti/eite aventure) le rendit plus célèbre encore». 

^ ^ ^^'^' It P- y recto.) 

^j[ Vtam^ B(d était un poète des plus remarquables qui florissait 
Cne de Ferniverpur "^ ^^ Cao long. Sa réputation était universelle, 
ce proffiDde faisait nffîîier les disciples à Técole qu'il avait ouverte. 
iM-inent, sa vie fut courte; c«r, à peine âgé de vingt huit ans, il 
mort dans les eaux d'une rivière qu'il tentait de traverser, 
re cadet de Fw^ro^ BqI était le lettré ^ 3jj| Vurmg Tri^u de 
>w^ mmi, rotina par uutï histoire de là dynastie des ^^ Tîty. 

. : « Av^ — le jeune homme — eUe avait joint — les chevelures — 
a soie — fmc» les jours. » 

yts ^^'e ta» renferment une allusion à la coutume où sont à la 
nouveaux mariés de mêler à leur tresse quelques brins de soie 

. : m (Si Von) parle — de la chose — de lier, — eh bien! — (sa) 
ytd aussi bien - — Mail vtfiille. » 

-^rier trop jeune manque d'expérience; mais a mesure qu'il vieillit 

de rii.'ibilefé- Oit jKinr cela que le mot *già — vieux» se prend 

ans un lâtyle un peu familier comme synonyme d'habile et même 



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GfSie 



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10 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

Tir nghe vircm moi thêm hoa, 
Mieng ngmiyi dâ lâm, tin nhà thi không. 
1535 Lii'a tâm càng giap, càng nông. 

Giân ngirôi den bac ra 16iig trâng hoa. 
«VI bâng thù thiêt cùng ta, 
«Cûng dung ké dirôi; nidi là dirô'ng trên! 
«Daî chi châng gîir lây nën? 
1540 «Têt gi ma châc tiêng ghien vào mmli? 
«Lai con birng bit giâu qnanh! 
«Làm chi nhtrng thôi trè ranh nçc cirôi? 
«Tinh rang : «Câch màt khuât IW!» 
«Giâu ta, ta cûng lieu bài giâu cho! 

1. Que son mari avait pris une seconde femme. 

2. Le mot «/am» qui n'est d'ordinaire qu'une simple marque de>«uper- 
latif, est transfoimé par la particule du passé «<tâ» en un verbe qualificatif 
qu'il faudrait, si la langue française le permettait, traduire par ^être trha»^ 
et qui équivaut ici, étant donnée la nature du sujet, à *êlTe très aciices* 
ou *très nombretueë», — *Tm nhà* ne signifie pas dans ce passage «rfa* 
nouvelles de la famille», mais bien «cZ«* nouvelles arrivant à Vintérieur*. Ce 
sens est indiqué par l'opposition qui existe entre ces deux mots et *mieng 
ngwai — les langues des hommes (des étrangers)»; opposition qu6 fait nettement 
ressortir le parfait parallélisme qui existe entre les deux expressions. 

3. Litt. : *Elle était irritée contre — Chomme — ingrat — (qui) produinail 
au dehors — un cœur — de lune — et de fleurs (les sentiments d''un libertin), » 

4. Litt. : «7oM^ aussi bien — f aurais montré de Vindulgence pour — celle 
qui — est au dessous (de moi); — alors — c^eùt été — la voie — (d'une per- 
sonne) placée au-dessus!» 

« Trên » est ici un participe, comme le montre le parallélisme dans lequel 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 11 

Depuis qu'elle avait entendu dire qu'au jardin l'on venait d'ajouter 

une fleuri, 
les langues du dehors n'avaient point chômé; mais au dedans elle 

était sans nouvelles 2. 
Plus on étouflFe le feu qui consume le cœur et plus il devient ardent. 1635 

Elle s'irritait contre l'ingrat qui cherchait des amours étrangères ^ 

«S'il m'eût tout avoué >, disait-elle, 

«Je me fusse montrée digne de mon rang en marquant quelque 

> indulgence envers une inférieure ^ 
«Aurai-je cette folie de renoncer à la haute main*? 

«Irai-je, (d'autre part), me faire un renom de femme jalouse*^? 1540 

«Dissimulons toujours! Gardons-nous de rien laisser voir"! 

« Pourquoi me livrerais-je à des agissements ridicules et enfantins? 

«Il se figure qu'il est bien loin de moi, que je n'ai point de ses 

» nouvelles^! 
«Puisqu'il me joue, je verrai à le jouer pareillement! 

il se trouve avec «cienn», préposition dans laquelle le pronom relatif «A;^» 
qui la précède ne permet pas de méconnaître un rôle semblable. II ne 
faudrait donc pas traduire <nîwmg trên» par «^ voie (In règle de conduite) 
supérieure *, mais bien par «Za voie de ceux (<jue doivent suivre ceux) qui sont 
placée au-desêuê (des autres)». 

5. Litt. : <LJe serais sotte — (pour) quoi — de ne pas — conserver pour 
moi-même — les fondations f » 

Le poète appelle « nên —fondations » le gouvernement du ménage parceque, 
de même que la maison matérielle repose sur le soubassement, de même 
tout, dans Tintérieur, dépend de la direction. 

6. Litt. : *Il 1/ a de bon — quoi — pour — acheter — (le fait que) la 
réputation — de jalousie — entre dans — moi-même f» 

7. Litt. : « De nouveau — encore — fermons hermétiquement — (et) cachons 

— autour!» 

8. Litt. : «// calcule — disant : — €je suis éloigné — (quant au visage) 

— W je «*w caché — (qTiant aux) paroles!» 



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12 KIM yÂN KJËU TAN TRITYÇN, 

î^i5 «Lo chi vîêc ây ma lu? 

*Kîê'u trong mîèïig ehéii c6 bu di dâu? 

*Lhîii clio nliÎTi cliâïïg dwqc nliaii! 

^Làiïi clio day df% cât dâu eliâiig- Ifîii! 

«Làni cho trông- tliây nbân tien, 
1550 *Cho Tigirm thani vân ban thuyën biêt tay!* 

Troïig loîîg kfn cbâiig ai hay; 

Ngoài tai, dé màc gio bay mai iigo«ai. 

Tuâii sau, liong eu liai ugirèl 

Màvh tîn; y <*iing lîêu bài tâii eôiig, 
Î&5.1 Tien tli(T iiAi giiin duiig dînig! 

Gô^m thay! «Tliêu det ra U'mg treu iigirm! 

«Laiig quân nào phâi iibir at? 

^Bëii nây bâii hùi iiliûiij»,^ ngiitrî tb| jilii! 

L Kilo retombera toiijoiîrs dans la tJigse, — ll« »otit outre îtit-^ roaJ»s1 

t!, Litt* : <^. . , - ffewfWï^ ?iïf ^eto*. » 

3* Lit t. ; "Pour que — V homme — ôjtii^ àatd avidr, tU — plmehr^»* - 

Vax ruétfipbore qui? t'Oiïtioiit ee vara présente une gratidB ftuaJoirip «^"^ 
lu lUctoiT fran^ftia *â^mnf!r un ftmif pour amir un €b»^», 

4, IML : • Kri dtshffrit ch — «f* om7/«* ^ irffe ImwêttU -* «w *;rrf '^* ^ 

Lu mot 4 îf-zaiii j oenipi.' «lu lis ce ver» deux positions qiiî \\\\ ûmnfn^ ^^ 
valeur» lïrammatîcnlr» bien ciltfémntcSi 




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KIM vAn KIÊU tAN TRUYÊN. 13 

3011 me créer tant de souci de cette aflFaire? 1546 

rnii, dau8 uue tasse^ a beau courir! où irait-elle '? 

a|^r de façon quils ne puissent se reconnaître! 

la maltraiter au point qu'elle n'ose relever le front! 

ïrai se regarder en face 2, 

î réjjoux qui m'a sacrifié à une créature de rien sache ce 1660 

je Huift capable ^Îj» 

^rDia son se<^rét dans son cœur sans le révéler à pei'sonne, 

ut Foreille à la rumeur publique, elle lui laissait prendre à 

eur un libre essor*. 

naine suivante, survinrent tout à coup deux hommes 

se faire valoir^ lui révélèrent la nouvelle \ 

dame entra dans une terrible colère! 1555 

if >rreur ! > s'éeria-t-elle. « Ce sont là des histoires forgées pour 
;r mon dépit *■! 

vous donc que mon époux' soit comme les autres hommes? 

cei-tainement une invention de médisants désireux de semer 

corde ^î 

: ï E^vélèretii — la fwuvelle; — (leur) intention — tout ausai bien 
*}a^lÊÊt à ^ un tnoi^en — de mettre en avant — fleursj mét-iteê.* 

; t<7«*i hQrrilih — combien! — (Teitt brodp — et tiêsé — (pour) 

tertérieur — un cœur — de vexer!* 

: * Le prince dùttin^nt » C'est Texpression dont se servent les 
i la bonne société lorsqu'elles parlent de leur mari. 

: < , . .»..,** proviennent de — personnes — de oui — et de 

es dîscuayîonsT les uns disent «owi/» et les autres «?Mm/»; les 
nu eut le ^pmir*^ i?t les autres soutiennent le * contre». De là vient 



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C -^Ogfe; 



14 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Vôî vàng làm dfir, ra uy; 
1560 Dù-a thi : «va mieng!» dihi thi : «bè rang!* 

Trong ngoài kln mit nhir birng. 

Nào ai c5n d&m n6i nâng mot 15i? 

Buông thêu khuya sô-m thânh thoi, 

Ra vào mot mire; nôi cirôi nhir không. 
1565 Bêm ngày 15ng nhûng dân long. 

Sanh dà vê dêh lâu hông; xuông yen. 

LW tan hiêp, nôi hàn huyên; 

Chip ûnh eàng mân, chu* duyên càng nông. 

Tây trân vnî ehén thong dong; 

Texpression *m$t nguin thi phi» employée pour désigner une personne qui 
€êhne la zizanie*. Les Mandchoux disent absolument dans le même sens : 



(>^M-^Ji^t^ 



Ces mots signifient aussi *un médiêarU». On dit en chinois <â^ A 
^& ^fe Thuyët nhcm thi phi» pour * médire de quelqu'un». L*auteur a pro- 
bablement choisi à dessein cette expression à cause du double sens qu'elle 
présente. 

1. Litt ', *A la hâte, — faisant — la cruelle — (et) produisant au dehors 
— de la majesté,» 

2. Litt : *Au dedans — (eij au dehors — il y avait (le fait d'être) altso- 
ItÊment secret — comme — (un vase) hermétiquement fermé», 

3. Litt. : « EUe sortait — (et) entrait — conformément à une menu — règle 
(de la même manière); — elle parlait — et riait — comme «* — il n'y afxtit 
rien.» 

^ Không», négation marquant le vide, la non-existence, devient ici verbe 
impersonnel par position. 



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KIM VAN KIÊU tAn TRUYÊN. 15 

Puis soudain; prenant un ton dur et altier \ 

elle menaça de souffleter Fun et de briser les dents de l'autre. I66O 

Au dedans comme au dehors les bouches n'eurent garde de s'ouvrir 2. 
Qui eût encore osé hasarder nn seul mot? 
D'un air dégagé, matin et soir; dans sa chambre 

elle allait et venait, gardant la même allure 3, parlant et riant comme 

si de rien n'était. 
Pendant que nuit et jour elle ourdissait sa trame *, 1666 

voilà que Sanh, de retour*^; descendit de son cheval. 

Les questions dont ils s'accablèrent sur l'absence, sur le retour, sur 

l'état de leur santé ^; 
ravivèrent leur affection ' efc rendirent leur amour plus ardent. 

Le festin du retour ^ fut gai; avec abandon les tasses (circulèrent); 

4. Litt. : <i (Pendant guej — nuit — (etj jour — (son) coeur (ne faisait) 
absolument que — faire des recommandations à — (son) coeur, » 

5. Litt. : €Sanh — était, — revenant, — arrivé au — pavillon-rouge,* 
L'adjectif «A^n^ — rouge* appliqué à la maison de Thuc sanli n'indique 

pas absolument que cet édifice était peint en rouge. C'est une épithète 
honorifique, choisie par l'auteur parce que le rouge est réputé la couleur 
heureuse et noble par excellence; ce qui fait qu'on l'affecte, soit aux objets 
auxquels on désire attacher un heureux présage, comme, par exemple, la 
chaise à porteurs qui sert dans les mariages à conduire la fiancée à la 
maison de son époux, soit à ceux qui sont à l'usage des fonctionnaires de 
rang élevé, comme les globules des hauts mandarins, les sceaux, etc. 

6. Litt. ; <(Par) les paroles — de se séparer — et de se réunir, — (par) 
Us circonstances — de froid — (et) de chaud, » 

7. < Le caractère « affection » — de plus en plus — fut salé, — le caractère 
— * amour» — de plus en plus fut ardent.* 

8. L'expression chinoise «|^ jw ^"^ trdn*, litt. ; * laver la poussière*, 
désigne le festin que l'on a coutume d'offrir aux amis et aux parents 
voyageurs à l'occasion de leur retour. 



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iS KiM vAn kiëu tAn tkutIn. 

u^7U N5Î 16iig, ai à trong long mk ra? 

Chàng vê xem y tii' nhà; 

Su- mhih cÛTig lâp lâii la giâi bày, 

May plieii cirM tlnh, iiôi eay? 

Tùc ta châng dôiig mây raay sir tliili, 
i57fi Nghï ra btnig km mîêiig bhih! 

Nào ai eu kliào ma mhûi dà xuiigV 

Nliû-ïig là e âp diuig dâiig; 

Riit dfty m nûa dyiig ritiig, laî thôi! 

C6 klii nu triiyÈn, mua cn:M. 
I5sa tTièu thu lai iighï nhmig dëu dâu dâu?» 

Rang : «Troîig iigoc dii vàng thaii, 



L y tu ; * ( Qimnt atm) df^^nitancûM — de (mm) oœiip, — ^ul — «^ 

— daiu — (*on) cffîir — est ^ fm^ *oWa£iÉ {'gï*f idrfdl'i d^ ton ciBW^f» 
li. Lit!» : -» L^iîiletiiimi de ht «laiVen* *■ 

B. Litt, ; 1 L%ffaire — de lui-mêfite — ùmt, auHxi hîtii — ii wtt^ ^ ^^'^ 

— §^avança'îi£ peu à peu — il délitdé — ^J ûrrtmffeaii. * 

4. Un. : <€hfnbieti de — foùt — eUe rtnH — à h nmm^^rr d* i;fir''r'""* 
i/H< i^vierd à »m, — (et) parlait — (à lu Hitinihrr. d^nne permnm) îcnr/» 

Liî verbe ^link — ret^enh- à #o*» et l*aUjectîf *aia^ — tcrr.>^ tirapî^MiH^nt 
tous dfiix il leur pobition une valeur itlentit|UL*, ot forment deia mlvefM 
lie luatîîère. 

vwuvatl — uni* miniinf partk — d^ Vaffnire!> 

ti* LîtL : - /vT^r — rrmortmi ûir^tmniî) ^ fermer — /irrni^t^tf^r"' *" 
fi^fiaiiJ! tV l'orifice — dti vagef* 



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KiM vAn kiêu tAn TRUYÊN. 17 

(mais) de qui donc en son cœur était-elle préoccupée '? 1570 

Ayant vu dès son retour quelle était la pensée de sa femme 2, 
il laissa de côté sa propre affaire et s* efforça de la rasséréner 3. 

Souvent elle riait avec froideur, puis elle prononçait des mots incohé- 
rents^; 
(mais) de ce qui Foccupait elle ne touchait pas un mot s. 

Elle restait impénétrable ^ ! 1576 

Aucun genre de torture n'eût pu la faire parler'! 

Elle laissait traîner Tafifaire en longueur, 

de peur qu'en tirant sur une seule liane, toute la forêt ne s'ébranlât 
et que tout ne fût perdu ^ ! 

Parfois elle semblait goûter les plaisanteries et riait d'un rire em- 
prunté ^ 
«A quoi pensez-vous donc encore, ô ma noble épouse?» (dit Sanh). i580 

« Pour les choses importantes aussi bien que pour les futiles *", 

Le poète compare Hban tha à un vase hermétiquement clos, et son secret 
au liquide qu'il contient. 

7. Litt. : ^Est-ce que — qui (que ce fût) — aurait eu — (le fait de la) 
mettre à la question — pour qu^ — elle — eut avoué? * 

8. On dit en français : «2Vop tevidre la corde*. 

9. Litt. : ^11 y avait — des fois (que), — s'égayant des — contes (que lui 
faisait son marij — elle achetait — le rire.'» 

10. Litt. : « Dans — les piei^res précieuses — (et) les pierres 

^communes), — Vor — (et) le cuivre,» 

ÏAis pierres précieuses et Tor sont des choses de prix à l'acquisition 
et à la conservation desquelles on s'attache. L'on néglige au contraire la 
pierre ordinaire et le cuivre qui sont des matières de peu de valeur. Aussi 
les premiers représentent-ils métaphoriquement les affaires de haute impor- 
tance, et les seconds celles qui n'offrent point d'intérêt. 

2 



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18 KIM vAn kiéu tAn truyên. 

«MwM phân ta dâ tin nhau câ mirôi. 
«Khen cho nhtrng miêug dông dài, 
1585 «Birôin ong lai dât iihfrag dëu no kia! 
«Thiêp dâu bung châng hay suy, 
«Bâ do* bung nghî, lai bia mieng ciràî!» 
Thây Icri tbùng thînh nbir choi, 
Thuân lô-i, chàng cûng n6î xuôi âà dèn: 

1590 «Nhirng là cirô-i phân cot son, 

» 

«Dèn khuya cliong bong trâng trôn sânh vaiîj 



1. Lîtt. : <^(Sur) dix — parties — iioua — aviona eu confiance en — Vun 
Vautre — (quant à) la totalité des — dix.* 

2. Litt. : «7c loue — à (vous) — (quant àj les bouches — parlant à tort 
et à travers,» 

3. Litt. : « (et comment, à la manière du) papillon — (et) de VaheUle, — en 
outre — vous composez — des choses — celles-ci — et celles-là!» 

Les deux substantifs < hw&m — papillon » et « ong — abeille » forment par 
position une expression adverbiale de manière, ffoan thv raille son époux, 
qui, dit-elle, va chercher bien loin les choses invraisemblables qu'il lui ra- 
conte pour se donner une contenance et endormir ses soupçons; ressem- 
blant ainsi à Tabeille et au papillon, qui voltigent à Faventtire et au gré 
de leur caprice, et puisent dans toutes les fleurs une gouttelette de miel. 

Les adjectifs démonstiatifs «Ttp» et «^•ta» deviennent ici, par un chan- 
gement de position assez remarquable, de véritables adjectifs qualificatifs. 

4. Litt. : *J^ai été souillée — (quant à un) ventre (un cœur) — (qui) dou- 
tait, — et en outre — fai été eocposée à la manière d^une insa'iption — (quant 
aux) bouches — (qui) riaient. 

Le rôle du mot ^bia — inscription» est fort obscur au premier abord. 
On ne peut en mettre au jour le véritable sens qu'en tenant rigoureuse- 
ment compte de la position et de la valeur que lui donne le parallélisme. 

Ici en efl'et, comme dans tous les vers analogues dont la facture est 
correcte, chacun des mots du second hémistiche présente la même valeur 
grammaticale que ceux qui lui correspondent dans le premier. D'cMi il suit 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYBN. 19 

«nous avions»; répondit-elle, «pleine confiance Fun dans Fautre^ 
«J'admire la façon dont vous parlez à tort et à travers 2, 
«allant chercher; je ne sais où; je ne sais quelles histoires^! 1580 

« Bien que mon cœur n'ait point coutume de réfléchir, 

«je Fai laissé souiller par de mauvais soupçons; j'ai; de pluS; encouru 

» les rires du public ^ ! » 
Voyant qu'elle parlait sur ce ton calme et badiu; 

il lui donna la réplique, et pour éviter un orage, il répondit de façon 

à lui plaire \ 
«Quant à ce qui est de courir les filles^, 1590 

«je n'ai eu », dit-il, « pour compagnes que la pleine lune et ma lampe 
»de nuit'!» 

que €da — sale*, devenant par position verbe passif , «6ia — tablette, im- 
cripUon* doit jouer le même rôle, et ne peut signifier que «ê^re comme une 
hucription ridicule, qui prête à rire aux tjens qui la lisent^. Réciproquement, 
*da* ne peut être un verbe actif; car, si Ton peut à la rigueur traduire 
littéralement «rfcr hnng iighï» par <i souiller — (son propre) cœur — (gyi) 
doute* en faisant de ^bung» un régime direct, on ne pourrait faire paral- 
lèlement de ^mièng* le régime direct de «6ia» et traduire «6*a mi^g cuai* 
par « exposer à la matiière d'une inscription — les bouches — (qui) rient » ; car 
cela n'aurait aucun sens. On est donc conduit par le raisonnement à re- 
garder «c{<7» et €bia> comme deux verbes passifs parallèles, et à admettre 
que *bung nght» et «mièng cvbi» sont, non des régimes, mais des expres- 
sions modificatives qui déterminent la portée de ces deux verbes passifs. 
On voit vite, du reste, que Texpression «6»a mi^ng cmri* traduite ainsi a, 
sons sa forme annamite, beaucoup d'analogie avec la locution *être exposé 
à la risée publique» qui lui correspond en français. 

6. Litt. : « j>arla — dans le sens du courant — pour retenir (en 

Pair) — le bâton». 

6. Litt. : « de rire avec — le fard, — de plaisanter avec — le 

vermillon». 

Les courtisans usant avec profusion de ces deux cosmétiques, < le fard 
et le vermillon» sont pris métaphoriquement pour les désigner. 

7. Litt. : «Jfo lampe — de nuU avancée — je garde allumée pendant toute la nuit 
— (quant à) V ombre; — la lune — ronde — je compare — (quant aux) épatdes», 

2* 



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20 KLM yAk KiIu tAn TEOYÊK. 

Non xuân gbi \irOT béu mW; 
Giêng vSiiig dà iiây mot vài tin iigA. 
Chaiih niëm iihà cânh giâiig bô; 
1595 Mot iiiëm quan tâi^ mây mua gîd trâug! 
Tinh riêog ch4a dâra di râug, 
Tiéii tlicr tnrô'c dâ lieu cliû-ng nhft qiia, 
*Câch nSiB mây bac xa xa! 
*Lâm tri cfing phâi tiiili dëu tliâii hôn!> 

160D Duffc lori nlin mè tac son; 

Ces lieux héiiiistîchi*s pr6sL*Mtt?ut F un vi l'ïiutn* iiiiï? mvi*n«ion. 

Le m^tt < Aiîïi^7 * intervit^nt ici en compagnie du ujot • Jhi — lanj*è », y 
HUe^ daii& respèfe^ une lauipe de nnît reste bien ?i! In niée pour tïmim'î *tv 
la lumières mîiia la persaune qui wen sert n'use pûiir aàxm dire de celle! il 
mi ère que d'une maulère iWirct-te; elle n grand min de hi dirigei" J^ d»** 
KÎi^re il rt5ïiter elle - même d^is Vomhfé^ nliii de pouvoir doniLir, tit^ qiii («* 
serait impossible si ses yeux restaient exjKi&éi à la clarté. 

1. Litti : <i Âujn montoffueit ^^ de prhd^fip« (uu prmiéntpM) -* fittfflÇtW" 

Le pmla — <IV — amdi p&uêté — une — p^Ue t^umUité de — fnmt^ 
de Ngê^. 

Le mot * nmi — fttmia^n^ * n't^t ici qu*uti Minple ni'ciîîiRôirtt éméié à 
ilfiMbler le nii>t ^urfuln — j^r;riterap«*> tft elioisi uniquement piircv i|U*îl **l^* 
if'i de sidsou, e'e^t à-dire d'nne clioee qui concerne la naiure. il 5^ * lA» ^'ii 
iîM*'me tempsi, un double sens. Outre que rexpreaaion * fum ^téii * es^imm* 1 iil**' 
e!e printeuipH, elle présente le ^îeng erotique qu'entraîne »i souvent t*n p*^^»* 
îe dernier de eee deux mot». Quant au ^Vuçc*, eest k pnqireiirin iwifli^f 
lia ]KM.i.soii ]ij>p;iTteuant ati pleure Corviuji (C, gr_vpotîi) donl le ntjm ctnijjpî*^t 
vhl *fidj ^ Vnt^€ uffif' an 'Ë^ 5S ÎV*' dâ^'. *^t t|Ui e*t fcirt coiïinmf* i 
l^anlou, (ii\ un le fait sôeber l'onniie îe ptuckfish (v. Wklm Wtu.ïi.^t *•"* 
ee caraetére;. Le ^tfJi utwt», espèce de ragoût coTîfectkmut^ a\ ee f c iwii^*** 
i-rn^ est une i^fMiruiandiBe fort reclierebée* Mius îï ne n'rti^it pa» k\ f*"»'*^'' 
menf du rnjîout en iiueaiion. Le nom en est employé n»étaplion»iJi*'iMf'iï 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 21 

D avait, au printemps, goûté au ragoût de Vyrac^] 

maintenant près du puits, le Ngô, émettant quelques pousses, annon- 
çait la saison (d'automne) 2, 
Le cœur (de Sanh) s'émut au souvenir de pittoresques rives ^; 

il ne rêvait que voies et chemins, que voyages interminables "^l 1595 

Mais comme il n'osait ouvrir la bouche de ce qui l'occupait en secret, 

sa noble épouse, se hasardant, entama la question la première. 

«Votre père est loin de vous!» dit-elle. 

« n faut aussi songer à aller à Lâm tri pour lui rendre vos devoirs ^ ! » 

Ces paroles dilatèrent le cœur "^ (du jeune homme), I600 

par le poète pour désigner les relations amoureuses que Thûc aanh avait 
eues avec Tùy kiiu. 

Le poète appelle « tîn — nouvelle* » les rejets du Ngô parce que ces pous- 
ses, qui se font jour au commencement de Tautomne apportent pour ainsi 
dire, la nouvelle que cette saison arrive. Une autre édition porte «^ i^ 
là Ngô — de* feuiUe* de Ngô » -, mais cette variante ne change rien à Fidée 
exprimée dans le vers. 

5. Litt :*.,.. il *e tournent — de* paysages — de flewoe* — (et) de lacs », 

Au bord des fleuves et des lacs la verdure est plus fraîche et le coup 
d*œil plus gai. 

Les Chinois ont comme nous l'habitude d'aller en touristes visiter des 
sites pittoresques. Le poète dit ironiquement que son héros se sent tout-à- 
coup pris du besoin de se- livrer à des excursions, faisant entendre par la 
qu'il cherche un prétexte de s'absenter pour aller rejoindre Ttig kien. 

3. Litt. : < Uniquement — il pensait à — des passage* — et des /rontièreu, 
— fàj combien de — saisons — de vent — et de lune!* 

Les mots ^Gi6 trâng — vent et lune* forment, comme je l'ai expliqué 
plus haut, une désignation poétique des voyages. 

4. €Thân hôn* est une formule abrégée pour «j^ -^ ^ x Thân hôn 
dmh Unh — s*vnfonaer soir et maUn de la santé de ses parents », phnise tirée 
du Livre des Rites. 

5. Litt. : « (Le fait d") obtenir — (ces) paroles — (fut) comme — (le fait 
d')ouvrir — (son) pouce — de vermiUon», 



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22 KIM vAN KIÊU tAN TRUYÊN. 

Vô eu thâng ruôi iurdc non que ngirM. 
Long dong dây nu'ô'C in trW; 
Thành xây trè biêe, non phoi bông vàng. 
V6 eu vira chông dâm tràng, 
1605 Xe hu'OTig nàng dâ thuân dàng qui ninh. 
Tbwa nhà huyên hêt moi tinh, 
Nèi chàng ô* bae, nô'i minb ehiu den. 
Nghï rang : «Gian lày bô-n ghen, 
«Xâu ebàng; ma e6 ai kben ebi mlnb? 

^Tâc son* est synonyme de «^ l(mg*, appellation poétique du cœur. 
Comme ce viscère est rouge, les poètes le désignent souvent ainsi par le 
nom de sa couleur, bien qu'il s'agisse aloi-s non du cœur matériel (trdi Um), 
mais du cœur moral (long). 

1. Litt. : «Xe aahot — de (son) petit cheval de course — Umt drvit — se 
précipita vers — les eaux — (et) les montagnes — du pays — des hommes*, 

2. Litt. : « (Sanh) était errant — (quant au) fond -^ des eaux — (qui) res- 
semblait au — ciel*. 

Le sujet du verbe étant presque constamment sous- entendu dans les 
poésies annamites, il en résulte la nécessité de le suppléer dans la traduc- 
tion, en évitant Tabus du pronom personnel, dont l'emploi amènci-ait sou- 
vent une grande obscurité, parfois même une impossibilité absolue de con- 
naître exactement l'auteur de l'action que le verbe exprime. 

3. Le poète décrit les jeux de lumière que produit sur le soir le soleil 
au sein de l'atmosphère sereine de l'automne, et la teinte que prend en 
cette saison le feuillage des arbres qui couvrent les montagnes. 

4. Litt. : « (Que, sur son) char — parfumé, — la jeune femm^, — suivant 
— le chemin, — retournait — saluer», 

^Ninh — saluer», se dit proprement des visites qu'une nouvelle épousée 
fait à ses parents après son mariage. En accomplissant ces actes, elle re- 
tourne (^) réellement dans la maison paternelle. 

Cette expression est tirée de la troisième strophe de l'ode « jS §[ Ckii 
dàm » (la seconde du Livre des Vers). 



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KIM VÂN KIËU tAn TRUYÊN. 23 

et droit vers les pays lointains * son petit cheval s'élança. 
(Sanh) allait, longeant des eaux dont le fond réfléchissait le ciel*^. 

Les remparts des vDles s'élevaient bleuâtres, les montagnes, jaunies, 

au soleil se séchaient 3. 
à peine le petit cheval eut-il pris sa course, 

que la dame sur son char alla visiter ses parents^. I6O6 

Elle raconta tout à sa mère; 

et ringratitude de son époux, et le chagrin qu'elle en ressentait ^ 

«Je considère », dit-elle, « que si je m'irrite, si je boude par jalousie, 

«je ferai rougir mon époux; mais quelqu'un m'approuvera- t-il? 

m W m m -0 w 

^ m m m ^ ^ 
^j!t w n n w m 

# ^o tlo ^^ Mo ^ 

« Ngôn câo stv thif 
^Ngôn cdo ngôn qui! 
*Bac 6 ngà tu! 
«Bac cdn ngS y! 
^Hat cdnf Hat phâf 
« Qui ninh phn mâu!> 
«J*en ai prévenu la Grande maîtresse! 

«Elle doit annoncer (au Roi) que Je vais visiter mes parents! 
«Je laverai mes vêtements privés! 
«Je laverai ceux de cérémonie! 
«Que laverai-je? Que ne laverai-je point? 

«Je vais retourner à la maison paternelle pour y visiter mes parents!» 
5. Litt. : « La circonstance — dû jeune homme — (qui) se conduitait — en 
blanc, — la circonatance — d'elle-même — (qui) supportait — en tioiV». 

Il y a là un jeu de mot absolument intraduisible en français, parce qu'il 
est basé sur la composition du mot annamite ^bac den — ingrate, litt. : 



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I I 



I \ 24 KIM vAn KIËU tAn TMUYÊN. 

1610 «Vây nên ngânli mat làm thinli! 
I «Mwu cao vôii dS niiji ranli nhûng iigày! 

<^Lâm tri du'ô-ng bô tliaug chây ; 

«Ma dirô-ng liai dau sang ngay thi gaii. 

«Don thuyën, lira mat gia iihâu; 
1615 «Hây dem dây xi< h biiôe i lien iiàiig vê* 

«Làm cho cho met elio me, 

«Làm cho dau ddii o hë cho iiao! 

«Trirô-c cho bô gliét nliirng ngurcri, 

«Sau cho de mot trè cu^M vë gau!^* 
1620 Phu nhân khen rhué^c cuiig mâu; 

Chiu con, môî day niàe dâii ra tay. 

Sû-a sang buôm gio lèo mây- 



<ihlanc et noir». Le poète expriiue ihiiis le premier hémistiche que Thntu 
se conduit avec ingratitude. Dans le a€(!ond, il dit que sa feiDine Hoan 
souffre des effets de cette coudnite. Pour rendre ëlê^''amïnent c^tte idée 
un même terme, il en dissocie ]ef^ deux tjlt- meurs, puis il rêuuil le prei 
(hacj au verbe « ^ — se conduiie, se ûomporler ^^ qui Concerne le sujet T 
sanh, et le second fdenj au verbe ^t^hiu — jtw/jiV, éprouver:^, qui se rapp( 
à l'objet Hban tho. 

1. Litt. : «Ainsi donc — il convieid de — déi^timer — le visoffe — (M) hé tùii 

2. Litt. : €(pour que) je fatêe — à (eUe) — de titauière à — ^« tpt\ 
soit épuisée, — de manière à — fûe que) je soi* stdHréCf » 

3. Litt. : *(pour que) je fas$e — à (^e) — souffrir de vwes dml^n 
abondamment — de manière à — ('ce qtAjdle soU démuragmî * 



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Kl M VAN KIËU tAN TRUYÊN. 25 

emi doue l'affaire bous silence ^, I610 

t qne de longue main j'ai ourdi une ruse habile! 
1er par terre à Lnm tri, Ton est obligé de marcher tout un 
T eau il faut peu de temps, car le trajet est direct. 

préparer un bateau. Parmi mes gens je choisirai (deux) 

ûes. 

ûrtemnt rtea liens, et ramèneront les pieds garottés, I615 

e je puisse Taccabler, que je puisse Tépuiser de fatigue ^, 

er de douleur et la mettre au désespoir 3. 

d'abord sur eux satisfaire ma haine, 

faire, pour Tavenir, un objet de dérision!» 

e dame trouva l'expédient très sage, 1620 

nt à sîi fille son assentiment, elle lui laissa liberté entière K 

la voiles et agrès -^. 



Hîsyllatîe - rko > H dans les deux hémistiches de ces vers une va- 
«ition bien différente. Dans le premier, il représente notre prépo- 
, et il a pour régime le pronom personnel «no» qui est sous-en- 
Eîs l€ second, il forme avec le verbe passif qui le suit un adverbe 

&, 

: * Le t^ant (au point de vue de la volonté) à — sa JiUe, — alors 
UMj ordfmnà de — à ^on gré — faire sortir — (sa) main*, 

;«.*** tie* ooileë — de vent (que le venu pousse) — des cordages 
ft* fmmitanl jmqu'auj: nuages) 9, 
table rôle de =«% — nuages» est de faire le pendant de *gi6 



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M KIM VAK KlfiU TAN TEUYÈîi. 

Khuyen Ung lai *'Iion raôt vài cou <]iiang- 
Dàïi do hët uàe moi dàiig, 
1625 Thuàn phong mot lA virot suîig bièu 7e, 
Nàîij,^ tii' cl liée h(mg soiig the^ 
Botriig kîa nui uo iilitr ciiia moi sâu. 
Bong tang da xê ngang dan ! 



îiux «TiHix sct'IiTîUs qui* 7/iwt* //irr «liarj^o d'cnifç^tT sa rivîik «L^mbleiit ^fn* *!^ 
tf?* dt-nuitiiuiitioii» trmlitionritiMeH 4114.^ le» rifUniiidortt cIjiiioma|iiili<^ui'nt niii 
^Njii» fÎL" Me ot du conÏL* €liarg{'î* de nuclque lubskni c^mmbU^ ab&nUtDMmt 
triiiiiiH.^ jMo[ien3 désigne certaina perBouua^es di3 ses coûiéiiies d^apr^s k* Kile 
rtiniiiine qii'ïï htwv h^^a^mm. Oh les retrouvî? ilsïis le ïoïiî;*ii fliiiioiV jHp j^ 
'^^ «m r«Ti voit ^ Jf^ î.1^ plriîiHÏn* à la mère rk^ ^ |:b ^ dr etMjQv 
\v. Tiiihlt! -^ -^ a ïmt ù oie ver sa fille par àm mis^mbloâ (Hît. : |»o*^ 4m 

m ^ ^ ^ i^....ïw 7 mê^m :K tT A i 

■Alors ce noble Tô K'omU . . . .avait onltmiié à iiit §rniijd' nomlin- île 
inrâêralilus rie pénétrer rie force daus sa nialson et d'enlever ea tî!lc. • 

'i- IJtt. : t Suivant fimpitlâioti du — lîftii, — fqHiini à) «tm! {êCfd%} ^ /milii 
fcoiir) — ffrt 7iafi^tin7iif — ils franchirtrd — £et Wi«r — dis jTJ », 

Il s'a^rit probiiblement ici d'rin de ees lne8 ^alen fine Foo reiicafitri" «u 
Miiiie, ïiritîiuiiijeiit tiaiiâ îa province du [^ ^. L'nncîeu royaunie de S 
To qui joua UTi grand rôle dans rhistoire de ia Chine entre li'u anitée^ HttS 
avant J.-C. et 265 de r*^re chrétienne, et drmt le [x^He donne It mm i 
ta frrtt^ t|«e les ravi»9eiir8 de ÏVii/ ^t^^t &e disfiosent à rranchir, s'êteudiiit 
jii&fpi'anx r^gioni* on se passe la scène. II coinpi^ïiaitT *?R i^ffet, unt' gnî»*!*' 
partie» cîii UJ W_ Bcptentrional 

î.e mot 'l'i — ftnilh* est employé ici k la place du «nÎT^etiuitif «M« 
— t^oi^e*, dopt il vHt la iiiiinéralov 

3. Litt. : 'La jmnt! Jl^mme, — dêptiië qn — eUéî étak imlér — ffHÉtd ^ 
rmnhre — fguimi à a a) fm%Urt — de 9ohJîu€». 

I/idée conteuut? dans ce vers est celle-ci ; 



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KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 27 

Kkayen et Uhg ' s'adjoignirent quelques gens de sac et de corde. 
Lorsqu'ils furent munis de toutes les instructions nécessaires^ 
un vent favorable aidant; ils franchirent la distance d'une traite^. 1625 
Depuis que seule en sa chambre la jeune femme était restée^, 
sa tristesse, comme divisée, s'étendait à plusieurs objets^. 

(Déjà) l'ombre portée des mûriers s'était abaissée à la hauteur de la 
tête M 

Lorsque deux personnes sont réunies dans la même chambre, Tombre 
qu'elles projettent le soir, lorsque la lampe est allumée à l'intérieur, soit 
sur les murailles, soit sur le store qui clôt la fenêtre, est naturellement 
double; mais si Tune d*elle est absente, la même ombre devient unique et 
comme dépareillée. {Chiec est proprement la numérale des objets qui vont 
par paire, lorsqu'Us sont pris isolément.) Or telle était la situation de Tvy 
kiêuj depuis que Thûc sanh Tavait quittée. Les personnes de Textérieur, qui 
étaient habituées à voir se projeter sur les murs la double ombre des deux 
amant«, n'apercevaient plus que celle de la jeune femme. 

*^The^y ou mieux ^gié ihe» désigne une espèce de soie d'une trame ex- 
trêmement ténue. S'il s'agit du store, ce mot s'applique ici au fin treillis 
dont on suppose qu'il est fait; mais le mot €8ong — fcTiêlre* se prenant 
aussi au figuré pour la chambre toute entière, on peut, si l'on préfère, lui 
donner cette acception, et admettre que cette retraite était tapissée de soie; 
mais le choix de l'interprétation de ce terme est assez indifférent; car, au 
fond, il n'y a là qu'une expression poétique adoptée par l'auteur pour dé- 
signer la chambre de Tûy kiêu. 

Il est bon de noter encore l'influence de la position, qui fait ici un verbe 
d'une simple particule numérale. 

4. IJtt. : * (Quant àj ce côté là — (et quant à) cette circonstance ci, — (cé- 
taitj comme «i — on avait divisé — le bout de fil — de (sa) tristesse !t^ 

Voir sur l'expression «mot sdu* ma traduction du Luc Vân Tien (p. 16 
en note). 

5. Litt. : « Vombre — des mûriers — s^etait inclinée — à la hauteur de — 
U têU». 

L'automne était arrivé. Cette saison est, en Chine, celle où on taille les 
mûriers nains, ce qui se fait en les rabattant à la hauteur de la tête; d'où 
il résulte que les rayons de la lune produisent, en rencontrant ces arbres, 
une ombre qui naît au niveau indiqué. 



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28 KiM vAn kiêu tAn truyçn. 

Biêt dâu âm lanh? Biêt dâu ngot bùi? 
1630 Toc thë dâ châm quanh vai! 

Nào 16i non lïxt&c? Nào 16i sât son? 

Dèo bông chut phân con con; 

Nhân duyên biêt cô vuông tron cho châng? 

«Thân sao nliiëu n5i bât bâng? 
1635 «Lieu nhu* cung quâng chî Hang! Nghï nao?» 

Dêm thu giô lot song dào; 

Nù^ vành trâng khuyêt, Ba sao gifra trôi. 

1. Litt. : « Elle savait — m — c'était chaud — (et ou) c^ était froid f — 
Elle êavait — oh — c'était doux — fet oh) c'était savoureux fp 

Elle ne savait à qui s'adresser. 
Ce vers peut être interprété de deux manières : 
1° On peut l'entendre dans le sens que je lui donne. 
2** On peut le considérer comme se rapportant à l'amant de r»/y Jfe*^ 
qui ne sait si, en ce moment, il est heureux ou malheureux. 

2. Le temps qui s'était écoulé depuis que ce serment avait été échangé 
était déjà si long que la boucle de cheveux coupée sur la tête de la jeune 
femme avait eu le temps de croître assez pour arriver jusqu'au niveau de 
ses épaules; et pourtant ce serment n'était pas encore accompli! 

3. Litt. : «0« (étaient) — les paroles — de montagnes — et d'eau f — Oh 
(étaient) les paroles — de fer — et de vermillon f* 

Le poète qualifie ces paroles de ^paroles de fer ^^ pour marquer l'éner- 
gie de la résolution qui animait les deux amants, alors qu'ils les pronon- 
cèrent; il les qualifie de •paroles de t?«r»it/fon>, parce qu'elles émanaient de 
c<Bur8 purs et sincères, que l'on désigne métaphoriquement en annamite par 
le nom de « tbng son — cœurs de vermillon » ; car OU suppose que la couleur 
naturelle du cœur, qui est le rouge, se ternit lorsque les sentiments qu'il 
renferme perdent de leur pureté. 

4. Litt. : €Des hommes — l'union, — on savait (si) — elle aurait — (le 
fait d') être carrée — (et) ronde (d'arriver à son parfait accomplissement) — 
pour (eux) — ou nonf* 



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KlM VAn KIÊU TAn TRUYÊN. 29 

Où trouver une protection? Où rencontrer le bonheur»? 
La boucle du serment venait toucher son épaule*-^! 1630 

Qu'étaient-eUes devenues, les paroles de ce serment si énergique et 

si sincère*? 
(Sanh) avait montré de la sympathie à une pauvre fille; 

mais qui pouvait dire si leurs liens devaient ou non se resserrer^? 

«Que de malheurs fondent sur moi^!> dit-elle. 

Devrai -je (ainsi toujours attendre), comme, à la lune, Hàng (Nga) 1635 

dans son palais^? A quoi pense donc (Thûc Savh)? 
Le vent de cette nuit d'automne s'insinuait à travers sa fenêtre. 

La lune décroissante montrait la moitié de son disque ; les Trois étoiles 
au firmament brillaient ^ 

Le c^rré et le rond sont deux figures géométriques parfaitement régulières. 
De là remploi qu*on en fait pour exprimer qu'une chose suit son cours 
avec une entière régularité, qu'elle arrive à son parfait accomplissement. 

5. Litt : €(Ma) personne — pourquoi — (poêse-t-eUe par) beaucoup — de 
circonêtanceê — non — tranquilles f y* 

L'expression composée ^nhiiu nii bat bang» devient par position un vé- 
ritable verbe qualificatif qui se rapporte à €lhân», 

6. Litt. : €je risque — (qu^il en soit) comme — du palais — vasie — de 
ma soeur atnée — Hâng (Nga)! — Il pense à — quelle (chose) f» 

Kiêu veut dire par là qu'elle n'aura pas la patience d'attendre toujours 
Thûc sanh dans la solitude où elle est confinée comme Hang Nga attend 
son époux dans la lune. 

«^ jK Cung quâng» est pour « & ^£ ^ Quâng hàn cung — le pa- 
lais du vaste froid », un des noms que l'on donne à la lune. 

7. Litt. : *La moitié du — cercle — de la lune — manquait; — les Trois 
étoiles — étaient — au milieu de — le ciel». 

Ce vers contient une allusion à la première strophe de l'ode «]||B j^ 
TVtt mâu» (Livre des Vers, Sect. 1, Liv. X, ode V) que j'ai déjà eu occa- 
sion de citer à propos du vers 695. 

Cette mention des <7'row étoiles» est faite ironiquement; car loin d'avoir 
à se réjouir d'avoir été mariée dans un temps favorable et d'être réunie 
à son époux, Tvg kiêu va être enlevée par les émissaires de sa rivale. 



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30 KIM vAN KIËU TAN TRUYÊN. 

Nén hirang dên trirô-c thîên dài; 

Nôi long khan chèa can 161 van vân! 
1640 Dirôd lioa dây lu âc nhân; 

Am âm khôc quf, kinh thân moc ra! 

Dây San girom tôt sang 16a! 

Thât kinh, nàng chèa bi^t rang làm sao! 

Thuôc me dâu dâ nrdi vào; 
1645 Mo* màng nhu giâc chiêm bao; biêt gi? 

Giây ngay lên ngira tii-c thi; 

Ph6ng thêii, vien sâch, bon bë lèa dông. 

San thây vô chu bên sông. 

Bam vào de dô. Lan song ai hay? 
1650 Toi doi phâch lac hôn bay, 

Pha càn bui cô, gôc cây an minh. 

Thûc ông nhà cOng gân quanh. 

Chçrt trông ngon Wa, thât kinh, rung r6î! 

1. Litt. : ^( Quant à) la circonstance — de son comr — (qtti) faisait des 
vcsux, — pas encore — elle était à sec — de paroles — de dire — et de dire», 

2. Litt. : « Bruyamment, — pleurant — à la manière des damons ^ — fpon- 
vanlanl — à la manière des génies — ils surgirent!» 

«^Qui» et *thdn» sont adverbes par position. 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 31 

Vers le ciel son encens montait; 

mais elle n'avait pas terminé sa prière; elle priait et priait encore '! 
Du sein des fleurs surgit la bande de misérables. 1640 

Ils apparurent poussant d'infernales clameurs'-^. 
Partout, nus, dans la cour étincelaient les sabres! 

Glacée d'épouvante, la jeune femme ignorait encore ce que ce pou- 
vait être. 
On lui avait versé je ne sais quelle boisson enivrante ; 

elle était comme plongée dans un songe, inconsciente de ce qui se 1645 
passait. 

On la poussa vers un cheval; on l'y fit monter sur le champ, 

(tandis) que chambre et bibliothèque devenaient la proie des flammes. 

Précisément au bord de la rivière se trouvait un cadavre abandonné^. 

On l'introduisit (dans la maison) et on l'y laissa. Personne n'aurait 

pu découvrir le subterfuge M 
Hors d'eux de terreur'', seiTiteurs et servantes i650 

couraient aflblés dans les buissons; ils se cachèrent derrière des 

troncs d'arbres. 
La maison de Thûc ông se trouvait dans le voisinage. 

Tout-à-coup il aperçut les flammes et fut saisi d'épouvante ! 

3. Litt. \ *. . , , un cadavre êona propriétaires, 

4. €Lûn9 signifie «i frauder» et ^song», * une partie de jeu», 

5. Litt. : « Les servante» — (quant an) phâch — ti* égaraient, — (quant au) 
htm — vofnienij» 



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32 KIM vAn KIËU tAK TRUYÊSf. 

T& tliây ehay thlug dën liai; 
1655 Toi bèî tirdi lt!ta, Ûm ugrïin lao xao. 

(iiô tang ngon lèa càug cao! 

Toi doi tim dti; nkng nào thây dân? 

Hét lia hô*t hàî iiliiii nhau! 

Giëug sâUj biiî râîii^ tiirô-c sau tim quàiig. 
1660 Cliay ra l4iôu cù phuiig liuaiig; 

Truiig tliaii thây mot dôiig straiig eliày tàii! 

Ngay tiiih, ai bie't rauu gian? 

Hân nàîîg tliôi! Lai eô bàii rang : «AI»? 

"rh4a ùmj roi ky yiw dài. 
i^îGfj Ngliî con vâiig vé, tliiiang ogirM net na! 

I)i bàî nhât gôî vë tihk ; 

Nào là kliàm liêm, nào là te traï. 

Le tliirô^ng dft ven mut haï, 

Lue triuh cbàng eûng deii nai bây gîfr. 

li Lift. : * Le^ itervifjSiirx et te» serwsniêg — rh^r^t^rmU — «i^'wi «»'*''• ' 
îti jtiiiie fenimt» — érf^ffC-çii' — iU (la) virent. — mV fffui* ft fti/)fy 

t. L'fin inMtrmit k lu rigueur se disppiiai'r i\v tr.itîniri* Ips ai^jertifr'*^ " 
prnfùnd ' ut - rdm — épaU>, ces Utnix L*|>it litotes iit^ st' îr<rtiv«nf \h Hi*'' ^""'^ 



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KTM vAK KIÊU TAN TRUYÊN. 33 

i domestiques^ tous accounirent aussitôt ! 
imnlte ! On jetait de Teau sur le feu ; on recherchait Tûy 1666 
e par le vent^ de plus en plus montait la flamme, 
îteurs eurent beau chercher i; déjeune femme nulle part! 
uoode se regardait ; on ne savait quel parti prendre ! 

!ha dans le puits profond, au sein des buissons touffus^; de- 

derrièrej aux environs! 

'on courut à leudroit où naguère se trouvait la chambre, 166O 

it dans les charbons un monceau d'os consumés! 

au e<Bur sincère pouvaient-ils soupçonner une fraude? 

îen elle! et qui serait-ce?» dirent-ils en se consultant 3. 

7 répandit des larmes abondantes K 

t à sou fiïs absent ; il regrettait cette modeste fille ! 1665 

porta chex lui les ossements soigneusement enveloppés; 

leevelît, on Eâcrifia, on jeûna. 

i avait accompli fjuelques-unes des cérémonies accoutumées 

e jeune homme sar\'int, arrivant par la route de terre. 

UD de ces effets de parallélisme si recherchés par les poètes an- 

* : *En vérëé — celait la jeune femme! — il aufJUait! — En outre 
ml ^ (U fait dé) délibérer — digant : — «gwtf » 
. : € . , . . Udtta t&niher — des larmes — courtes — et longues*. 

3 



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M Kl M vAX KlEc TAN TRl-YÇX. 

IIÎ70 Birét* vào chôii m lau thcr; 

Tro tliaii mot dông! Nâiig mira IkÎii tv^imgl 
Sang Tïhà cha, toi tiniug dirôug; 
Linh sang, bài vi; tliir uàug A trfnî 
Hô-i 6i! NÔi hêt stt^ diiyéii! 

l^iîi Ta tînli dut mot, lén phîën chày gan! 
Gieo mlnli vàt va klicic thaii* 
«Con ngirôrl tliê ây! Thàc oan tbe'uay! 
«Châc rang mai tnr^c lai vâyî 
«Aï hay vlnh quyêt dên ogày dura nhau?» 

ir,80 Thumig càng ngliî, nghï càng dau! 

«De ai lâp thâm^ qnat sau cho khuày?;» 
Gân oiiën nghe co mot thây 
Phi |iliù tri qui, eao tay tliông huyën* 
Trêii Tarn btni, diréi Cêtii tuyê^^. 



1. Lift. : * Lt Jil -— de rafe^ihn ^ Jîl 9i t^mpêr — ^f* rttlrmfUmi — I 
frit — du chmjrin — Jit *t i^in't/pr — jn>« foi&/» 

2. Les éjïiMIX. 

Ik Lit t. : * Eët-ûe qut — ipidijuun — vfmJdfijffdt — tn irkêÊêm — {^i/ mbi 
é$rmt (dt4M«erak attee Véiîêniaiij iê 4^ififff*m — de man&tm à m qm* — 3m tttmt 



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KIM VÂN KIÊIJ TAn TRUYÇN. 35 

n se dirigea vers l'endroit où se trouvait jadis le cabinet de travail. 1670 

(Plus rien qu')une masse de charbons et de cendres ! Des murs ou- 
verts à tous les vents ! 
n se rendit à la maison de son père ; et là, au milieu de la salle, 

8ur un autel (il aperçut) la tablette de la jeune femme ! 

Hélas ! Hélaâ ! on lui raconta tout ! 

A la pensée de ses amours perdues ses entrailles se déchirèrent ; il 1676 

sentit dans son cœur la brûlure du chagrin^ ! 
Pleurant, gémissant, il se jeta sur le sol (comme) pour y briser (son 

corps). 
«Une telle femme!» s'écria-t-il; «un si horrible trépas! 

«J'étais persuadé que, le Mai et le bambou ^ allaient être de nou- 

> veau réunis! 
«Pouvais -je penser que, le jour de notre séparation, elle me disait 

>un éternel adieu?» 
Son regret excitait ses pensées, ses pensées ravivaient sa douleur! leso 

Qui calmerait cette tristesse? Qui dissiperait ce chagiin^? 

Il apprit qu'aux environs se trouvait un maître (sorcier) 

habile à faire voler les amulettes, à invoquer les démous, à pénétrer 

dans les enfers \ 
Que ce fût dans le paradis ^, que ce fût auprès des neuf sources, 



Le substantif composé i^thàm sâu — profonde afjlictwn* est dédoublé, 
et les éléments qui le composent aflfectés comme régime aux deux verbes 
que renferme la préposition. 

4. «^^ Huyên* est ici pour «^^ ^jSk huyên d& — la sombre capitale». 

5. Le paradis de Bouddha. 

3* 



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36 KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 

1685 Tim dâu, thi cûng biêt tin r3 rang! 

Sâm sanh le vât, dira sang; 

Xin tim cho thây màt nàng hôi han. 

Dao nhon phuc tnrô'c tlnli dàn ; 

Xuât thân dây phùt, chira tàn nén liirang! 
1690 TrO" vë mînh bach n6i tirÔTig : 

«Mât nàng cMng thây; vîêc nàng dâ tra. 

«Ngirôi nây nâng kiêp oan gîa! 

«Côn nhiêu nçr lâm! Sao dà thâc cho? 

«Mang cung dang mâc nan to! 
1695 «Mot nâm nfra mô-i thâm do; dirac tin! 

«Hai bên hîêp mât chin chin; 

«Muôn nhin, ma châng dâm nhin! La thay!» 

«Dell dâu nôi la dirô'iig nây? 

«Su* nàng là thê, IW thây dâm tin? 

1. Litt. : * Cette personne-ci — est lourde — (quant à non) existence — de 
malheurs ! » 

2. Le verbe neutre annamite « :^ thàc — mourir» reçoit de la prépo- 
sition « -^ cJio — à» qui le suit une valeur tout à fait différente de celle 
qu'il a onlinairement. Employé ainsi, il renfenne une idée de faveur, de 
permission, de faculté accordée à quelqu'un. La traduction littérale ; ««wi- 
ment — a-l-on mort — à (elle)» est par trop barbare, et réellement incom- 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÇN. 37 

où qu'il s'enquît, toujours il avait des nouvelles certaines ! 1686 

(Sanh) prépara des cadeaux, les oflFrit, 

puis il pria le magicien de chercher à voir la jeune femme afin de 

rinterroger. 
Le sorcier se prosterna devant Tautel, 

et son âme sortit eu moins de temps qu'un pain d'encens n'en met 

à brûler. 
Il revint, et clairement il dit : 1690 

< Je n'ai point vu la jeune femme, mais je me suis enquis de ce qui 

> la concerne. 

« Il lui faut, en cette vie, porter un lourd poids de malheur * ! 

«Sa dette est grande encore; comment lui serait -il accordé de 
mourir 2? 

« Son destin lui réserve de grandes infortunes ! 

< Informez- vous dans un an, et vous aurez de ses nouvelles ! 1695 
«Tous deux vous serez mis en face l'un de l'autre. 

«Vous voudriez -vous reconnaître, mais, chose étrange! vous ne Fo- 

> serez ! » 

«Vous me dites», dit Sanh, «des choses singulières^! 

«Après ce qui lui est arrivé, comment croirais je à vos paroles *? 

préhensible en français. Elle reproduirait cependant, sMl était possible de 
remployer, le sens exact que donne au verbe dont il s'agit la position qu'il 
occupe dans le vers. 

3. Litt. : « (Quant aux) choêeg, — oh (est le fait que) — vous (les dites) — 
étranyes — de cette n^anière-cif* 

Nous disons familièrement en français : *0h prenez-vous tout cela?» 

4. ^Thë» est pour *t}^ dy», — Le second hémistiche contient une in- 



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m KT*r vAn kiêlî tIn TRirrÉN* 

1700 'cCliâiig qna dông côt qiiàiig xuyéii! 

<Ngiràî di\u ma laî tlïây treii coi trâii?» 

Tiêe hoa; nhfrng ngàm tigiii xiiân! 

*TliâE nây de lai may lân gaji tien?» 

^Xiréc troï hoa rang dâ y eu! 
1705 <C6 dâu dia nguc à mîëii nli0ii gian?» 

Klmtjèn ITitg dâ dên iimii giaii; 

VïTC nàng dira xuong dé an dirô-i tlmyën, 

Buôm cao lèo tliâiig eâiib xifîng ; 

Bfe eliùîig lîiiyeii HcA, bâiig mïëu virât sang. 
Il 10 Beu bëii, len tiirétî thinh ducnig; 

Kkmjmi Uny liai dùa nap nàiig dâng côiig. 

Vire nàîig tara xuôiig mon pliung. 

Hây con tliip thfp; giâc nôjjg rhtra pliai. 



VfTïinn, dc^tînèî^ « f obtenir le paraliélisine de poi^îtioti tnitrc ^m nàn^ — 
r7io*e« de In jetatr Jhnm*?^ t^t * i*r* Ût^tf ^- hit parole* dn maUt^^^ ïhA lH 
[n vffs, ]M)ur êtru imt'ux fuit^ n'en est pas nioÎDa ckir. 

I , I Jtt, : -£ /^ rtffnttnii. -* /a Jifëttr; — fU ne faiëaù) aA«?/«fiî*nl (f«€ - ?/ 

J'ai rlit pins bant ce qu'il faiit eatonclrp par */*T<r- t't .|>r*ni^ni»i 
*i. Lîtti ; ' ^V cof^tjr — t^Mt-r^ ffUf! — tifi ntjftvénn — i^rmhien rA? — fiit t 

3. <E]k n'existe pïus*!- 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 39 

« (^Tout ceci) n'est autre chose qu'une jonglerie de sorcier! noo 

«Où pourrait-elle donc être, qu'en ce monde on puisse la revoir?» 

H regrettait l'objet de ses amours, et repassait sans cesse en son 

esprit les plaisirs (qu'il goûtait avec elle) '. 
«Comment pourrais -je jamais >, disait -il, «retrouver une personne 

> aussi accomplie ^ ? 
«Les eaux ont emporté cette fleur tombée; c'est certain ^î 

«Comment les enfers pourraient - ils se trouver dans le monde des 1705 

hommes^?» 
Khuyen et Uhg avaient mené à bonne fin leur entreprise perverse. 

Ils portèrent avec précaution la jeune femme vers la barque, et l'y 

mirent en sûreté. 
La voile fut hissée, bien assujettie par les cordages. Au vent, de côté, 

elle se présenta. 
Mettant le cap sur le huyen de Tich, ils cinglèrent droit vers ce lieu, 

et (dès) leur arrivée à l'embarcadère, ils se présentèrent à la salle 1710 

de réception. 
(Là) Khuyen et Uhg livrèrent la jeune femme et demandèrent leur 

récompense ^ 
On déposa provisoirement Kiêu^ dans une pièce voisine de l'entrée. 

Elle demeurait insensible, et son sommeil durait toujours ; 



4. « Comment pourrait-an retrouver en ce monde une personne qui, étant morte, 
habile Uê régionê inférieures f* KHu ne peut être à la fois sur la terre et 
dans le royaume des ombres. Il faudrait pour cela que Tordre immuable 
des choses fût bouleversé, que les enfers et le monde des hommes fussent 
confondus ensemble. 

5. Lit t. :«.... offrirent — (leurs) mérites^. 

6. Le poète emploie dans ce vers, pour désigner son héroïne, le même 
terme (nàng) que dans le précédent. Il n'est pas possible de faire de même 
en français, où de pareilles répétitions seraient intolérables. 



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40 RÎM TAK KTEU TAn rBUYÇH. 

llmuli lirmig iighe tiiûi lioii mai, 
ni/v «Cèa lilui dilu mâty Lan ûki nào dây?» 

Bàug lioàug ilà tîiili dà say, 

Tliiiih trCii màîig tiêiig dû! iigsy lêii hau, 

A Imbu trCu diréi giiM* mau; 

Hâi Iiùiig îum^ mèi tlieu sau muî ngw&î. 
1720 Liée trông tuà roiig dày dài; 

^Tkièn qiHiM hmng te.» eu bàî trco tren. 

Bâiig ughy dèii thàp liai beu; 

Treii giuirng tliât bùti, ngôi Icn mot bà. 

Gaii gùiig iigoiî hii, nhành tra; 
lîâô Su- luiiih nkug M cû mk gèi tliira. 

Uât tiiih nui giân inây mua! 

L Lïtt. : - (Aprht tjue *^e /fit ëesmlé le temps de cuire une marmiié diRj Ltti" 
jaune — on ùntmtdU — revenir à die — ëon âme — dm Mai*, 

Les uuAs '^hy'^nk Itrauf}* eoiistituent une espèce d'elJi|ï»*? ih 1» nj^ 
nature â[uv edle *h VtjLpws^\on ^ûtitàh khi* doot j'ai pari 6 ploîi hmt. 
Vidée qu'ils reiiiVroient est la même cpie eelle que doiis voyons expnu 
au vers iBëîJ par les raofB ^chua ùin néa hinm^*, — Par répithète « Jf«' 
poète fait camprendre que Tàme dont il s'agît est celle d^uue per^jnn*^ if* 
h beauté gracieuse et éléjtçiiute est comparable à celle de l'arbi-e decui^*- 

2. Lîtt» : - (Tièdtf/ée m cm ierm^s :J * Du €id — umnânrin — & Tré^ ' 
— U y avait — une lâbleUe — «uâpmidue en hikUi *-. 

Le * rrïîru? U ^1 litt, : ^ EnUnent préddeni » esl une eepéee fit* h»«t d'^' 
teur des services civils. Il est placé au- dessus des miijistri**i iju'il dlrl 
Comme le père de Buan Mct avait été revêtu de cette d^Aité^ rBiBtp«n 



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KIM tAn kiêu tAx TRUY^N. 41 

eu nprès 'j ou Teu tendit qui reprenait conuaissanee. 

n'ent» ili*îait-elle 4 que je ne suis plus dans ma chambre V et 1715 

I est donc i*e j^alais* ci?> 

ourdie encore^ à moitié réveillée; à moitié assoupie^ 

endit dans k salle une voix qui lui enjoignait de se présenter 

ijte. 

?ant^j survenant dtf toutes pai-ts, Texcitèrent à se hâter. 

l'effmî, la jeune femme à leur suite se mit en marche. 

a un coup d'ciïi! autour d'elle et aperçut une salle immense 1720 

t de laquelle était suspendue une tablette avec ces mots : 
ndarin impirkdj président du Ministère'^», 

deux cotés (de k table") étaient, en plein jour, allumées des 
un lit onié des Hept choses précieuses, elle vit une dame 
k pressa de questions ^, 
une femme lui fit connaître tout ce qui la concernait. 1725 

ne lui parle) durement, eUe entre dans une terrible colère \ 

: conféré j â titre de distinction honorifique, le droit d'en exposer 

rracé en raractères d*or sur une tablette qui demeurait suspendue 

salle principale de pïi maison. 

;8 personnes qtii occupent de hautes positions administratives sont 

dans l'habitude de faire placer en plein jour des bougies allumées 

ible devant laquelle elles s'asseyent. 

tt. : < En ùpproftnidhjfont, — (qttant àj la cime — elle interrogea; — 

U3ê) hfranchat — - eîît i'ênquU*, 

tt. ; « Samt — xentimmd — elle élève — une colère — de nuages — 

:eur compare la colère qui surgit dans le coeur de Hoan thtr à un 

II éclate* Le verbe *gidn — se fâcher, se mettre en colère* devient 
if par position. 



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42 KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 

Nliiêc nàng nhimg «giông ba thô* quen thân>! 

cCon nây châng phâi thiên nhân! 

cChâng màu trôn chù, thi quân Ion chông! 
1730 «Ra tuông mèo ma c6 dông, 

cRa tuông lûng tung! Châng xong bë nào! 

«Bft dem mlnh bân cA'a tao, 

«Lai con khnng khinh, làm cao thê nây! 

«Gîa phâp dâu trè no bay? 
1735 «Hây clio ba chue biêt tay mot lâu!» 

A huÙTi trên Axriri «da!» rân; 

Dâu rang tràm mîeng khôn phân nhë nào! 

Tnrdc côn ra sirc âp vào! 

Thit nào châng nât? Gan nào châng kînh? 
1740 X6t thay dào ly mot nhành! 

1 . Litt. : « Elle (ne) dit comme insidtes à ~~ la jeune fenwie — abêolwntnt 
que des : — « eêp^,ce — de dévergondée — qui es habituée — (quant à ta) per- 
sonne !» (Créature qui vis dans V habitude du dévergondage!)» 

2. On trouve sur les tombeaux des chats errants qui s'y reposent; et 
Faigrette court çà et là dans la campagne, en quête des ordures dont elle 
se nourrit. De là cette figure employée par Hoan tha pour exprimer que 
Tût/ kiêu est une malheureuse sans feu ni lieu. 

3. Litt. :«.... iV(5 pas — (la rechercïie de ce qu'elle est au' juste) — est 
achevée — (quant à) un côté — quel (qtiil soit)!» 

4. Litt. i^Dela maison — discipline, — ou (sont) — ces garçons, — vous(auires)f» 



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KIM vAn KIÊU TAn TRUYÊN. 43 

Elle rinsulte, elle l'appelle : ^dévergondée! JUle perdue \f^ 
«Cette créature», dit-elle, «n'est point une personne honnête! 

« Si ce n'est pas une esclave fugitive, elle est de celles qui se trom- 

>pent de mari! 
«On dirait d'un chat de tombeaux, d'une aigrette vagabonde^! 1730 

«Elle a l'air embarrassé! Tout cela n'est nullement clair 3! 

«Tu es venue toi-même te vendre dans ma maison, 

« et tu te montres grossière? et tu prends ces grands airs (avec moi)? 

«Où sont donc les gens chargés de manier le rotin ^? 

«Donnez-lui en trente (coups)! et qu'elle sente une fois ce que pèse 1735 

> votre bras ! > 
«Madame va être obéie! > dirent en chœur les suivantes. 

Kieu aurait eu cent bouches qu'elle n'eût pu placer un mot ! 

Avec un bâton de bambou on la frappe à tour de bras! 

Quelle chair n'en serait broyée? Quel cœur n'en serait frappé d'é- 
pouvante? 
Hélas! ce Bào et ce prunier appartiennent à la même branche*^! 1740 



6. Lîtt. : *Je sttis ému — combien! — (Ce) pêcher — (el ce) prunier — 
(sont) éCune (même) — branche! (ces deux personnes sont femmes toutes deux!) 
D'un — côté — (il y a) la pluie — (et) le vent; — on est brisé — d'un — 
côté (de Vautre coté)!* 

Le Pêcher, c'est Tûy kieu; le prunier, c'est Hoan tho. 
On pourrait aussi considérer les deux mots <Bào» et «iy» comme se 
rapportant tous deux à Tity kWu, Il faudrait alors traduire ainsi ces deux 
vers : 

^ Que je plains ce rameau de pêcher, cette branche de prunier ! 
Pour le briser, un orage a suffi!» 



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44 KIM vAN KIÊU TAN TRUY^N. 

Mot phen mira gio, tan tành mot phen! 
Hoa iw truyën day dèi tên, 
Phong thêu day âp vào phiên thi Û. 
Ra vào theo lu thanh y; 
1745 Dâi dâu, toc roi, da chl, quâii bao? 

Hoan gia c6 mot mu nào. 
Thây ngirM thây net ra vào ma thirang. 
Khi trà chén, khi thuôc thang; 
Giùp IM phirang tien, mô* dàng hâo sanh. 
1750 Day rang : «May rùi dâ dành! 

«Lieu bô! Minh giû* lây minh cho hay! 
«Cûng là oan nghiêp chi dây; 



Je préfère la première version, bien qu'il faille, pour Tobtenir, donner 
au mot *phen* le sens de *c6té», qu'il n'a que par dérivation. Dans le style 
imagé le pêcher et le prunier sont généralement opposés Fun à l'autre. 
Cette opposition est même nettement exprimée dans la maxime chinoise sui- 
vante, qui a vraisemblablement inspiré au poète annamite l'idée renfermée 
dans ces deux vers : « ijA^ ^fe "^ ^^ Bào ly iranh xuân — Le pêcher et 
le prunier rivcUisent (ê^aJtiraiU) prirUanierê», 

Il est, du reste, assez probable que Ngwfkn Du aura eu le dessein d'é- 
tablir ici, comme il le fait souvent, une amphibologie calculée. 

1. Voy. la note précédente. 

2. L'expression « Hoa nô », litt. : « Fleur etdaoe » se prend* dans le sens 
à^^etdave de fankMie, esclave dont on ne tire ctucun prqfil». 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÇN. 45 

Le premier provoque Forage, et le second est brisé ' ! 

On lui ordonna de quitter son nom, de prendre celui de Hoa nô^, 

et de se tenir dans la chambre de travail pour faire, à son tour de 

rôle, le service de suivante \ 
Elle dut aller et venir avec les autres domestiques ^ 

Peu importait que la fatigue la brisât, que sa chevelure fût en dés- 1745 
ordre, et que sa peau fût plombée ! 

Dans la famille de Hoqn se trouvait une vieille dame. 

Ayant vu Kmi, elle remarqua sa distinction, et la prit en pitié. 

Elle lui donnait tantôt une tasse de thé, tantôt quelque médicament, 

lui disant de bonnes paroles, et cherchant à lui rendre la vie (plus) 

supportable l 
«Le bonheur comme Tinfortune sont», lui disait-elle, € choses fixées 1750 

»d*avance! 
«Veille bien sur toi, ô gracieuse et faible enfant®! 

«Peut-être portes-tu aujourd'hui un héritage de malheur; 



3. Litt. : •(Dans) la chanihre — à broder — on (lui) ordonna d' — en 
9* approchant — entrer dans — les rôles — d^ assistantes — servantes ••. 

4. Litt. : «. . . . la troupe — des bl^is — hafjits». 

Les serviteurs des g^'^nds personnages sont ainsi désignés a cause de 
la couleur affectée à leur vêtement. 

5. Litt. : € Employant pour V aider — des paroles — charitables — et (lui) 
ouvrant — (une) voie — de bonne — existence*. 

Le verbe giûp a ici pour régime direct non pas le nom de la personne, 
mais celui du moyen d'action. La langue française ne permettant pas un 
semblable emploi du verbe aider , je suis forcé d'employer une périphrase. 

G. Litt. : cO savle et jonc!» 



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46 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

«Sa ca méi dên thê nây châng nhiriig! 

«U dây tai vâch, mach rirag! 
1755 «Thây ai ngirô-î cwu, cûng dirng nhin chi! 

«Kèo khi sâm sét bât ky! 

«Con ong câi khiën kêu gi dirac oan?» 

Nàng càng dé ngoc iihir chan; 

No long no nhirng bàn hoàn niëm tây. 
1760 «Phong trân kiêp dà chiu dày; 

«Lâm than cûng c6 thir nây bâng hai! 

«Làm sao bac châng vira thôi? 

«Châng châng buoc mai lây ngirM hông nhan? 

«Bâ dành! Tùc trâi tien oan! 

1. Litt. : <Tcmbant dans — des machinations, — enfin — tu es arrivée à 
— cette condition — peut-être — aussi f* 

2. Litt. : €lci — (il y a) des oreilles — de murs, — des sources — de forêts!» 
Ce vers fait allusion au proverbe cochinchinois : ^Bkng c6 mach, vâch 

cô tai, — La forêt a des sources, les murs ont des oreilles (de même que dans 
la forêt qui est déserte, U y a cependant des sources, de même, sur utic muraille 
qui semMe unie, U existe des oreilles)». 

L'identité absolue du second membre de ce dicton annamite avec notre 
proverbe français est très remarquable. 

3. Litt. : « (Si) tu vois — qui (que ce soit) — homme ancien, — tout aussi 
bien — garde-toi de — (le) reconnaître — en quoi (que ce soit)!» 

Les mots « ngurbi cyni — homme ancien » sont synonymes du chinois € "db 

A CO nhom » et signifient comme lui « une ancienne connaissance ». Il est bon de 

remarquer que cette expression, composée elle-même d'un substantif et d'un 

adjectif, devient par position un adjectif bisyllabique, lequel qualifie le pronom 



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KIM vAN KIÊU TAn TRUY^N. 47 

« peut-être aussi de (perverses) machinations t'ont-elles réduite à ce 

» point de misère * ! 
«Ici les murs ont des oreilles^ et Ton sait tout ce qui se passe ^! 

«Si tu aperçois un visage familier », garde-toi de le reconnaître^ 1755 

«de peur qu'inopinément la foudre ne vienne à éclater! 

«Et comment (alors) une abeille, une fourmi pourrait - elle obtenir 

> justice^?» 
(A ces mots) les larmes de Kiëu coulèrent en flots plus abondants 

encore*, 
et son cœur fut rempli d'une inquiétude secrète^. 

«Mon destin dans ce monde est d'être exilée! » dit-elle; 17G0 

«mais cette fois ma misère redouble'! 

«La série de mes malheurs n'est-elle donc point épuisée? 

« (Le destin ennemi) autour de ma beauté toujoure resserre ses liens! 

«Il n'en faut point douter! je paie une ancienne dette®! 

<at» qui le précède. Il y a lieu de noter ici le rôle de *ch% — quoir^ qui n'est 
pas, comme on pourrait le croire, le régime direct de ^nKm^, mais bien un 
véritable adverbe de manière qu'il faut traduire par «en quoi (que ce êoUJ*, 

4. Litt. : «. . . . crier — en quoi (que ce noU) — pourraient — V injustice f * 
On dit en annamite écrier V injustices au lieu de *. crier à V injustice*. Le 

régime direct de «Aréu» est *ocm*, ^Kéu gi duac oan* est une inversion 
pour *kéu oan g* duoc*. Le mot €g\» doit, en conséquence, être pris ici 
adverbialement, comme son équivalent «c/t»» qui terniine le vers 1755. 

5. Litt. : « La jeune femme — d'autant plus — versa — des pierres pré- 
cieuses — comme — une averse de pluie,* 

6. Litt. : * Saturée — (quant au) cœur, — elle (n jetait saturée — absolu- 
ment que d' — inquiétude — (quant à) — ses pensées — secrètes*. 

7. Litt. : € (Quant à) Vinfortune, — aussi — il y (en) a — cette fois — 
comme — deux!* 

8. Litt. : €(Test arrêté! — (il y a une) concernant une existence antérieure 
— dette; — (il y a une) précédente — injustice!* 



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'^\yi 'f^ ' 



48 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

1766 «Cûng lieu ngoc nât hoa tàn; ma chi?* 

Nhiïng là nirang nâu qua thi, 

Tièu tha phài buèi moi vë ninh gîa. 

Me con trô chuyen lân la ; 

Phu nhan moi goi nàng ra day 16i : 
1770 «Tièu tha dirôi trirông thiêu ngirM; 

«Cho vë bên ây theo dôi dài trang!> 

Lânh 16i, nàng méi theo sang ; 

Biêt dâu dia ngnc, thiên dàng là dâu? 

S&m khuya khân mâc, lirac dâu ; 
1775 Phan con hâu giir con hâu dâm sai? 

Phâi dêm êm â chiëu trôi, 

Le caractère «J§^ tûc» signifie, dans la doctrine des ^T ^, quelque 
chose qui concerne une existence précédente. C'est ainsi qu'on dit : «J^ 
jp£ Tûc duyên* pour désigner deux personnes qui, dans cette vie antérieure, 
furent unies par les liens de Tamitié, ou bien encore un homme et une femme 
qui furent dés lors liés Tun à l'autre par le destin comme devant, dans une 
vie future, devenir mari et femme. (Voy. Wells Willums, au car. J^.) 

Nous sommes toujours en présence de la donnée fondamentale du poème; 
à savoir les malheurs infligés à l'héroïne comme expiation de fautes com- 
mises dans une existence antérieure. 

1. Ce vers et ceux qui précèdent peuvent aussi bien être mis dans la 
bouche de l'auteur, à titre de réflexion philosophique. 

2. Le titre de <^tim tha* se donne aux jeunes femmes de rang élevé. 

3. Litt. : «*0M« Us tentures (de ses appartements) t^, 

4. Litt. : «On (te) donne — de te rendre — de ce côté — (pour) suture — 
fea fonctions — â! ornement du palais^. 



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KIM vAn kiëu tAn truyên. 49 

«Si le diamant est brisé, si la fleur est flétrie, qu'importe * ! » 1765 

Pendant que (de cette façon) s'écoulait son existence 

le moment vint où la jeune dame^ alla visiter ses parents. 

La mère et la fille eurent ensemble de fréquents entretiens. 

Enfin la vieille dame appela KiSu et lui donna les ordres suivants : 

«Ta maîtresse a besoin de quelqu'un pour son service personnel'*. 1770 

«Vas, et remplis Toffice de servante pour la toilette*! > 

La jeune femme obéit et se rendit à ses fonctions. 

Bien ou mal, elle ignorait ce qu'elle y devait trouver*! 

Nuit et jour «, un turban sur la tête, un peigne dans les cheveux, 

elle remplissait son rôle de servante. Elle n'eut osé y manquer! 1775 

Un soir que le ciel était serein. 

L'expression «©à» — trang» désigne les servantes qui sont spéciale- 
ment affectées à la toilette des grandes dames. Le verbe € trang > dont le 
sens exact est corner la tête et peindre les yeux» est, comme le verbe «dô» 
— matuier», pris ici substantivement, ainsi que le fait voir la position qu'il 
cccnpe. 

5. Litt. : *EUe savait — oh, — V enfer, — le paradis — étaient — oUf» 
Ce vers, comme bien d'antres, montre clairement que l'auteur du poème 

était un sectateur de Bouddha. Ce fait est assez extraordinaire, vu le mé- 
pris que les lettrés, adeptes de la doctrine philosophique de Confucius, pro- 
fessent potu* cette religion. 

6. Litt. : *Le matin — (et) dans la nuit avancée — éUe encadrait d'un 
turban — son visage, — eUe garnissait d'un peigne — sa tête». 

Les substantifs « khan — turban » et « Ittoc — peigne » deviennent ici des 
verbes. Cette acception, excessivement rare, montre bien quelle est la force 
de la règle de position dans la poésie cochinchinoise. 

4 



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50 KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 

Tnrôtî ta hôî dên, nghë choi moi ngày. 

Lftnh loi, nàng méi nhâc dày. 

NI non, thânh thôt, de say long ngirM! 
1780 Tieu tha xem cûng thirong tàî ; 

Khuôn oai dirông cûng bcH vài bon phàn. 

CiVa ngirô-î dày doa chût thân 

Sôm nftn nî bông, dêm nga ngân long! 

Lâm tri chût nghîa dèo bong, 
1785 Nirô-c bèo dé chir ^twûng phhng> kîêp sau! 

Bon phiroiig mây trâng mot màu ! 

Trông vM; cô quôc biêt dâu là nhà? 

Lan lân thâng lun, ngày qua ; 



1. Lîtt. : «. . . . rappela les cordef*. 

2. Litt. : « (Du) cadre — de (aa) nu^esté — (ce fui) comme (si) — aiuêi 
— elle diminuait — qudquea — quatre — parUeê*, 

^Murtri phétn — dix parties» étant la totalité, €vài bon phân — quelques 
(environ) qiuUre parties* représente ««ne certaine quantité*, 

3. Litt. : « (De) la porte — d^eUe — eJh avait maltraité — (œ) peu — de 
corps (cette pauvre créature)». 

*Ctta ngtibi», idiotisme qui signifie €à son service», est placé par inver- 
sion au commencement du vers. Sa place véritable est à la fin, où il for- 
merait par position un adjectif se rapportant à €chût thân». Le mot «dhi», 
de même que le chinois «H mon» qui lui correspond, a parfois le sens 
que nous attachons au mot * maison» lorsqu'il s'agit de Toiganisation du 
ménage chez les personnes élevées en dignité. 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 51 

8a maîtresse loi demanda si elle connaissait la musique^ cet élément 
de distraction jonmalière. 

Obéissante; la jenne femme accorda son instrument^. 

Des sons doux et plaintifs^ une voix au timbre élevé; facilement 

enivrent le cœur. 
Devant ce talent; la dame pamt se laisser toucher; 1780 

et sembla quelque peu se relâcher de sa rigueur^. 

Elle avait maltraité cette pauvre servante' 

qui; le matiU; dans Fombre se plaignait; et passait des nuits anxieuses! 

(Mais) à celui qui; à Ldm tri, lui avait montré quelque attachement; 

il lui restait Fespoir d'être réunie dans une existence future^! 17S5 

De toutes parts elle ne voyait que nuages d'un blanc uniforme ! 

Elle regardait au loin sur les eaux. Où était son pays? Où se trou- 
vait sa maison^? 
Peu à peu les mois passaient; peu à peu se succédaient les jours. 



4. .Litt. : « Veau — et la lentille aquatique — étaient UUêêés — (quant aux) 
earaetèrea — €en9emlle — se rencontrer* — dont la vie futt$re! (Cet espoir 
leur étaU laissé.)* 

La lentille aquatique ne se trouvant que sur Teau, on peut dire qulb 
sont inséparables et faits Tun pour l'autre. De plus, Teau supporte le faible 
végétal et le nourrit De même, Thuc sanh et 7% kiSu ne pouvaient vivre 
heureux étant séparés, d'autant que, soit par sa qualité d'homme, soit par 
la position qu'il occupait dans le monde, Thûc sanh était pour la pauvre 
fille un protecteur, un support. De là la singulière figure que le poète em- 
ploie ici pour désigner ces deux personnages. 

o. Litt. : *EUe regardait — la haute mer, — (Dans) le vieux — royaume 
— on savait — oh — c^était — (sa) maison f* 

*ÉfiC H ^ ^^ ~~ ^ ^^^"^ royaume* est un idiotisme dont le sens est 
«Ze pays natal*, 

4* 



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52 KIM VAN KIÊU tAn TOUYEN. 

Nôi gan nào biêt? Dirô-ng xa thê nây : 
1790 Lâm tri tù* thirô* oan bay, 

Phèng không thirang kè thâng ngày chfch thân! 

Mày xanh trâng mcVi in ngân; 

Phân thwa hirong eu boi phân xôt xa! 

Sen tàn, mai lai chiêhg hoa. 
1795 Sâu dài, ngày vân! Bông dâ, sang xuân! 

Tim dâii cho thây cô nhân? 

Lay câu vân mang, cèî dan, nhô* thirong! 

Chanh niêm nhô* dên gia hircrng! 

Nhô* que chàng lai tim dwông thâm que. 
1800 Tîèu tha don c*a giâ gië. 

Hàn huyên viSra can moi bë gan xa, 

1. Les oiseaux Oan et Uang (Anas galerieulataj représentent figurative- 
ment les époux bien unis. Oan est le mâle, c'est-à-dire Thûc »anh, et U^mg 
la femelle, ou Tûf/ kiêu. 

2. Litt. : ^(Dana êa) chambre — vide — j« plains — edle qui — (Jwi- 
danl) les mois — (et) les jours — était dépareillée — (quant au) wrptl* 

L*oiseau Virnff (Tûy kiSu) était dépareillé (chich). 

8. Litt : « (Se») sourciU — verts — de la lune — nouvelle — imprinnakii 
(reproduisaient) — la trace*. 

Lorsqu'une plante végète vigoureusement, elle est verte. Or KUu étant 
dans la fleur de la jeunesse, ses sourcils étaient bien fournis et pouvaient 
être comparés à un végétal en pleine sève. C'est pour cela que le poète 
leur donne cette épithête. 

Autrefois, lorsqu'elle était libre, la jeune femme les lissait, les disposait 



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KiM vAn kiêu ïAn truyên. 53 

Qorait œ qui avait lieu près d'elle; au loin, voici ce qu'il en 
qu'à Lâm tri l'oiseau Oan ' s'était envolé, 1790 

lélasl eu 8a cliaiubre vide, elle avait vu s'écouler le temps ^î 
m soureik ressemblaient à la lune nouvelle^! 

^enir des amours passées provoquait en elle une vive souf- 
re \ 

uphar î^e âétrissait^ et de nouveau sur le Mat, à la fleur allait 
îder le fruit 

e^e est longue, maiB les jours sont courts! Après l'hiver vint 1796 
intemps! 
rallait-il chercher pour apercevoir l'ami d'autrefois ? 

i pleurant sur son (propre) sort, son esprit troublé avec amour 
portait vers lui, 

îceur battait au souvenir de son village ! 

ianh) se rappela son pays ; il voulut aller le revoir. 

e épouse, pleine de joie, le vint recevoir à la porte. 1800 

eurent pris fin les empressements de l'arrivée, les questions 
ute nature*, 

eut; mais îHijourtVliui , réduite à la condition d'esclave, elle n'en 
liiâ aucun ïioin; au^si, en raison de leur croissance rapide, leurs 
i ne sont plus retenus par aucun cosmétique, prennent- ils la dis- 
d'yn segment d^ eerclu évidé par en bas, ressemblant ainsi, comme 
ïiir, au croissant *le lifc lune nouvelle. 

!e détail sur rextéricnr de son héroïne, le poète donne à entendre 
i son décounigeTuent, ello ne prenait plus aucun soin de sa personne, 
tt. : m Le fard — rexianl — (etj le parfum — ancien — considéraMe- 
rémowoaimi douloureitjtement». 

tt. \ * (Lorsque) — fer «li^m?» — et les «huyên?» tout juste — furent 
de làw — co^ — prê# — - et loin, » 
pour le sens dss motâ <Aàn» et ^ huyên :^, la note sous le vers 394. 



Digitizecfby Vj^^QI^ 

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54 KIM VAn KIÊU TAn TRUYÊN. 

Nhà hmmg cao cnôn htcc là, 
Ph6ng trong truyën goi nàng ra lay mwng. 
Bvtàc ra; mot bir^c mot ngûng! 
1805 Trông xa, nàng dâ tô chihig nèo xa, 
«Phài rang n&ng quàng dèn loà? 
<R0 rang ngôi ct6 ch&ng là Thiic sanhf 
«Bây giir tinh m<M rô tinh! 
cThôi! Thôi! Bâ mâc vào v5ng! Châng sai! 
1810 «Chiréc dâu c6 chiréc la dM? 

«NgirM dâu ma lai c6 ngnM tinh ma? 
<m rang thiêt lita dôi ta! 
<Làm ra con à chû nhà dôi noi! 
cBë ngoài, lot lot n6î cirW; 
1815 cMà trong, nham hièm; giêit ngirM không dao!> 

L'auteur compare les questions empressées que s'adressent sur leur santé 
Thûe êcmh et sa femme à Teau qui coule dans le lit d*une rivière. Noos 
disons, en employant une métaphore analogue : *tmflnx de paroU$». Lorsque 
la rivière est à sec, on n'y trouve plus d'eau; lorsque ces mille questions 
ont été faites, les époux n'ont plus rien à se dire. L'expression «c^ £rt, 
litt à aec de paroUê*, est d'ailleurs courante en annamite. 

1. Litt. : ^Begardant — au îoki, — la jeune femme — a perçu — appro- 
xknaUvemerU — dans (un) êenUer (un endroit) — éUngnL 

2. Litt. : * Maintenant, — (quant à) F affaire — enjin — fai pour daire 
— Vicaire!» 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 55 

dans la maison^ josques en haut; Ton roula les tentures de soie^ 

et Tây Kiêu reçut Tordre de venir dans la salle se prosterner au pied 

du maître^ afin de le féliciter. 
Elle sort (de sa retraite). A chaque pas qu'elle fait^ davantage elle 

se sent glacée ! 
Elle jette les yeux au loin ; il lui semble y voir quelqu'un M 1805 

€ Est-ce le soleil qui m'éblouit?» se dit-elle; «sont-ce les lampes qui 
m'aveuglent? 

L'homme que je vois clairement assis là^ est-ce que ce n'est point 
^ThûcSanhf 

cLe mystère à présent se dévoile à mes yeux^î 

« Je suis tombée dans un piège ! Il n'y a point à en douter! 

« Mais quelle machination inouie ^ ! 1810 

«Gomment peut -il se trouver des gens doués de cette malice infer- 

>nale4? 
€ Oui ! c'est bien vrai ! Tous deux (nous voici réunis) ! 

« (Mais) je suis servante et lui maître; nos positions sont différentes^! 

« (Ma maîtresse) au dehors^ semble plaisanter et rirC; 

€ mais, sournoise et perfide au dedans, elle tuerait les gens sans cou- I8I6 
>teau*!» 

3. Utt. : *(P<mrJ une niaehintUion, — où — fy) a (-t-UJ — une machina- 
tion — étrange — fquani au) monde (de cette sortefj» 

Les formules du genre de celle que contiennent ce vers et le suivant 
supposent Tellipse des mots *duf<mg %» ou «^1 ^ — de cette tarte», 

4. Lâtt. : €(Pour) dee hammeê, — oh — (y) a (-t-UJ — des Iiommea — 
manttre» — (et) démon» (de cette sorte) f» 

6. Litt : « Nouê formons — une servante — et un maître, — deux — en- 
droit» (deux positions)!» 

6. On emploierait dans notre langage familier une expression analogue : 
«Elle nuit aux gens sans avoir Tair d'y toucher!» — Nkam signifie «tme 



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56 KiM vAn kiêu tAn truyçn. 

Bây giô" dât thâp trM cao! 
An làm sao, nôi làm sao bây gib? 
Càng trông mât, càng ngân nga, 
Ruot tâm dôi doan nhir ta roi bM. 
1820 Sa oai, dâm châng virng IM? 

Cuôi dâu, nép xuông sân mai mot chiêu. 
Sanh dà phâch lac, bon phiêu! 
«Thirong ôi! Châng phâî nàng Kiêu & dây? 
cNhon làm sao dên thê nây? 
1826 «Thôi! Thôi! Ta dâ mâc tay! Bà roi!» 
Sa quen dâm ha ra loi; 
Khôn ngân giot ngoc sut sùi nhô sa. 

haute montagne» et hûm veut dire dangereux. Sur les cîmes escarpées des 
montagnes se trouvent des précipices à pic dans lesquels on tombe parfois 
sans les avoir aperçus. Une personne du caractère attribué ici à Hoan th<r 
fait du mal à ses semblables sans quMls aient pu se mettre sur leurs gar- 
des; de là cette épithète métaphorique. 

1. Litt. ; € Maintenant — Us êont terre — basse — (etj ciel — haut!» 

2. Litt. : € Manger — comment, — parler — comment — maintenant?» • 
^An noï» signifie savoir une manière d'être (quelconque)». 

3. Litt. : « (Ses) entrailles — ver à soie — en plusieurs — sections — comme 
— de la soie — sont embrouillées». 

On donne ordinairement en poésie aux entrailles Tépithéte de €tàm — 
ver à soie» parce que le corps de cet insecte, rétréci de place en place, a 
une ressemblance éloignée avec les entrailles de Thomme ou des animaux. 

4. Litt. : « Sanh — a (subi le fait que) — (son) phâch — était égaré, — 
(et que son) hon — échouait,» 



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KIM vAn KIÊU tAn TRUY^N. 57 

Les voici; maintenant; Tun en bas et l'autre en haut * ! 

Quelle contenance prendre ^9 

Plus Fun et l'autre ils se regardent et plus ils restent interdits. 

Mille pensées embrouillées et confnses se combattent dans leur 

cœur 5. 
Intimidée (par sa maîtresse); oserait-elle ne pas obéir? 1820 

Elle baisse la tetC; incline le visage, et sur le sol fait un prosteme- 

ment. 
Les esprits de Sanh l'abandonnent^! 

«Hélas! Hélas !> pense-t-il, «n'est-ce point Kiâi qui est là? 

«Comment en cet état a-t-elle pu se voir réduite? 

«Cen est fait! nous sommes tombés entre les mains (de ma femme) !> 1825 

Si elle le reconnaît; il craint qu'elle n'ose parler, 

(et) malgré lui les larmes s'échappent de ses yeux\ 

Les deux verbes «^» et <xiêu:», réunis d'ordinaire ensemble pour for- 
mer un verbe composé qui sig^nifie ^b' égarera, sont dissociés ici par élé- 
gance. Les deux expressions €phâch lac* et *hon xiêu» sont d'ailleurs 
transformés en verbes composés par la particule ^dâ* qui les précède. 

(Voir, pour la définition du <phâch» et du «A^n» la note sous le vers IIC.) 

5. Les mots ^^giçt — gouttes» et «^ C*^)J — verser des larmes» sont re- 
présentés dans le texte en chv nom par le même signe j^!^* Cette identité 
de caractère est logique, car la phonétique ^ dôt est susceptible de don- 
ner les deux sons, et la clef de Teau est également appropriée au sens 
général de chacun de ces mots; mais ce double emploi d'un chtk nom pour 
exprimer dans Je même vers, deux mots de signification différente n'en est 
pas moins fâcheux. C'est là un des très nombreux inconvénients de ce sys- 
tème d'écriture. 

J'ai cru devoir conserver ces caractères tels quels parce qu'ils sont égale- 
ment reproduits dans les deux éditions différentes que je possède; ce qui 



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58 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

îïitt th(T trông mât, hôi tra : 
«Moi vë, c6 viêc du ma dong dung?» 
1830 Sanh rang : cHîêu phuc vihi xong! 

<Sny long trâc ti; dan 16ng chung thiên!» 

ELhen rang : cHiên td* dft nên!» 

Tây trân miron chén giâi phiên dêm thu. 

semble indiquer qu*ils sont généralement adoptés. Il serait dn reste asseï 
difficile de les différencier. Taberd donne pour le mot *giot> le même cane* 
tère qne mes deux éditions. 

Quant à «#^>, le chw nôni ^^ qu'il adopte répond suffisamment to 
son; miûs la clef de Teau, indispensable ici vu la signification du mot (ré- 
pandre des larmes), y manque. Peut-être pourrait-on écrire <'}^*' 

1. Lâtt :«.... (îet) de la piéU filiale — vetementê — tout jûue — «"< 
achevée. f» 

m ± m. % m ^ 

* ^ ^ Ho M « 

m m m ^ n *& 

Mo Mo Mo f- ^O ^O 

n 

«o 

€Trâc U H M!^ 

^Chiêm vang mâu ki! 

*Mâu vt^ : *Ta dtc qui hànk dich! 

«TVic da vô mi! 

^Thtimig thân chien toi! 

*Du Ici va khi! 
«Gravissant cette colline dénudée, 
«je dirige mes regards vers (les lieux où vit) ma mère. 
«Hélas!» dit-elle : «mon enfant est au service! 
«Le matin, la nuit, il est sans sommeil! 



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KIM VlN KIËU tAn TBUYÊN. 59 

s. noble dame le regarde an visage et Tinterroge (en ces termes) : 
A peine de retour îeij quelle chose vous attriste ? » 
Je viei^ de prendre le deuil de mon père! » dit Savh K ^^^ 

En songeant que je ne le re verrai plus, je suis pensif Je soufire au 
»foBd du oœur^!» 
Voil vraiment un bon filgU reprend (la dame) avec éloge. 

31e emprunte une tasse au featin d'arrivée (et la lui oflfre) pour dis- 
siper son chagrin ^ 

• Oh! qu'a veille bîeB sur lui-même, 
«pour rcreuir, pour ne point succomber!» 

Ces puolee sont misea p&r Fauteur de Tode IV (livre IX de la pre- 
liùre paitie du ^ ÈSA dans In. bouche d'un jeune soldat du contingent 
( ^ ^3^j/ quî regrette d'être obligé de combattre sans gloire pour le 
ervice do roi de ^ TSn^ Toppresseur de son pays. 

M É^ 5^ ^ ^àng thnn$ lien mm est un idiotisme qui signifie en 
hiuoig * aller au ftotd de ta cat-rièrCf arriver êans accident au terme deêa vie». 

Liante ur du Kim. vân Hiu iruyên sMnspirant des paroles de la strophe 
jue je vienB de citer, fait dea deux mots saillants (trâe H) du premier vers 
c cette strophe nue exprea^iou métaphorique à laquelle il donne le sens 
e *r€ffreU£r tm de 4t9 par^jus^, îci, ce parent, c'est le père, et non la mère 
onmie dans l^ode du ^^ ÊR , puisque c'est son père que Sanh dit avoir 
•erdu. D'un autre côté, comme le montre l'idiotisme que j'ai rappelé en 
Qmnû lieu, jÊ^ ^ chung thihi (Utt : *le terminal — del») doit être pris 
Mm le mrm de ^^ndc la me*. Ces données permettent de saisir le sens 
!es métaphores tout d'abord slngalièrement obscures que contient ce vers, 
tout la traduction littérale est : 

«Je ré^iéehii — (qu^M à mcn) eceur — de manier sur — la eoUine peUe, 
- je »ùuffre — fquani à mcnj cœur — du terminal — ciel. » 

De même que, sur *fà eaUine pelée *y le jeune soldat regrette sa mère 
tbseute, de tnêioe Thuc jonA regrette son père mort; et son cœur souffire 
L la pensée que m vie entière (ehung thOnJ s'écoulera sans plus jamais le 
rolr. 

3. Litt : « Du (fetUn dctimé à) la/ver — la pounilhre — éUe emprunte — 
me tmte - — pour diënper — la iriêteêêt — de la mdt — d^automne*, 

*T^ irdn — lav^ la pûuaaih^e», se dit d'un festin de bienvenue que 
'm a coutume, en C^iue, d*offrir à un ami qui revient de voyage; festin 



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I 



60 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

Va chông chén tac, chén thù ; 
1835 Bât nàng dihig chu-c tri hô hai noi. 

Bât khoan, bât nhât dên IM; 

Bât qui tân mât, bât moi tân tay! 

Sanh càng nhir dai nhir ngây; 

Sut dài sut vân chén dây chén voi. 
1840 Lâng dî; chat nôi, chat cu-M; 

Cào say, chàng dâ tinh bài lâng ra. 

Tièu tha vôi thét con Hoa : 

«Khuyên chàng châng can, th6i ta c6 don!» 

Sanh càng nât ruot, tan hôn ! 
1845 Chén mM phâi ngâm; bon h6n trau ngay! 

qui fait le pendant du ^^1 ^j^ tân hành dont il a été parlé à roccasion 
du vers 873. — Les mots *âêm thu» ne sont ici autre chose qu*un rem- 
plissage. 

1. g^ tac, se dit du convive qui rend à son hôte toast pour toast. M|| 
thu exprime la même action venant de Thôte. 

2. Litt. : « c^ tenir — la bouteille — dans les deux — endroiU*. 

3. Litt. : « Elle (la) aaiêit — étendu — elle (la) saùU — resserré — jus- 
qu^à — (un) mot (jusqu'au moindre mol),» 

4. Litt. : «iî verse des larmes — en Umg, — il verse des larmes — en court 
— (avec sa) tasse pleine — (et sa) tasse — vide*, 

La facture du premier hémistiche de ce vers est identique à celle du 
commencement du vers 1836. Dai et vSn jouent le même rôle adverbial 
que khoan et nhat. Le second hémistiche pris en entier forme pareillement 
une expression adverbiale de circonstance. 

5. Litt. : « (Si) tu exhorte — mon époux — pas — du fond du coeur . . . .> 



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KiM vAn kiêu 1 An truyên. 61 

Le mari et la femme font (alors) circuler les coupes ', 

et (Hoqn Tha) force Kleu à se tenir près d'eux pour verser le vin à 1886 
Fun et à l'autre 2. 

Elle saisit la moindre occasion de lui faire des réprimandes ^^ 

la fait agenouiller à toucher leurs visages^ la force à oârir jusqu'à 

toucher leurs mains ! 
Tkdc Sanh de plus en plus semble perdre l'esprit;. 

Que son verre soit plein ou vide, ses pleurs ne cessent de couler^. 

Tantôt il marche en silence, tantôt il parle tout-à-coup; tantôt (en- 1840 
fin) subitement il rit. 

Il s'excuse, disant qu'il est ivre; il cherche quelque moyen de chan- 
ger de conversation. 

Aussitôt la noble dame accable la servante Hoa. 

«Si tu mets la moindre mollesse^ à inviter monsieur à boire, je te 

» fais bâtonner! » lui dit-elle. 
Sanh, le cœur de plus en plus déchiré, l'âme de plus en plus anéantie, 

ne peut avaler le vin qu'on lui offre; il est gorgé d'amertume**! 1845 

€Cçn* est ici pour *can thng». Le premier mot de cette expression 
signifie proprement cà «ce». Le cœur est comparé à un fleuve, dont les 
eaux sont représentées par les sentiments et la volonté. Un fleuve est 
à sec lorsqu'il n'y a plus d'eau. Le cœur est «à «ec» quand les senti- 
ments qu'ils renferment ont été consacrés à un amour, un résultat, une 
entreprise quelconque. Les Chinois disent dans le même sens < Égt t(^ », 
litt : •^^uiêer son cceur*, 

6. Litt. : €Leê tasse» — d'invitation (que sa femme VinvUe à boire) — il 
hti faut — garder dans sa bouche, — et le Bon hôn — avaler — tout droit!» 

Dans chacun des hémistiches de ce vers le régime direct est placé par 
inversion avant le verbe. 

Le 0% bbn him (Sapnvdus saponaria ou longifolia) — Saponaria offidnalis, 
flf ;fa[ P'èn fân des Chinois, qui a reçu en français le nom d'Arbre à sa- 
ponaire, est un arbre de la famille des Sapindacées dont la baie, écrasée et 
macérée dans l'eau, peut, comme notre saponaire officinale, servir au blan- 



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62 KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 

Tim tho cirW tînh nôi say. 

ChiVa xong cuôc nrou, lai bày tro choi. 

Rang : €Hoa nô dû moi tài ! 

cBàn âbn thiSr dao mot bài; chàng nghe!» 
1850 Nàng dà tan hoàn tê mê! 

Virng loi, ra tnrdc blnh the, vàn dàn. 

Bon dây nhir khôc, nhir than! 

Khiên ngirôi trên tiêc cûng tan nàt 16ng! 

Cûng trong mot tiêng ta dông, 
1855 NgirM ngoài cirài rô, ngirài trong kh6c thâm! 

Giot châu IS châ khôn cam. 

Cûi dâu, chàng nh&ng bat thâm giot Tucmg! 

Tièu tha lai thét lây nàng : 



chiflsage à la manière du savon. Comme ces baies sont fort amères, le poète 
les emploie ici métaphoriquement pour exprimer la douleur dont est abreuvé 
Tkùc êonh. 

1. Elle se moque de son mari. 

2. ^expression €trh ehri* qui signifie littéralement «tm dM)ertiê9emad* 
doit être prise ici dans le sens spécial de «cJtvereiMemen^ muncal, coneeK». 

8. Il s'agit du grand paravent que Ton place à Tintérieur, en face de 
la porte d'entrée, pour intercepter la vue du dehors. 

4. Litt. : ^Tout ouêH bien — dans — Vunique — ton — de la toie — et 
du B&ng fyU une vertu merveilleuêe, qui fait que . . . .J » 

Par «la soie et le dung* le poète entend Tinstrument dont joue 2% itôW. 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 63 

La dame rit de sang froid et parle comme si elle était ivre *. 

On n'a pas fini de boire qu'elle organise nn concert^; 

disant : € Hoa nô possède tous les talents ! 

«Elle va, pour vous divertir, essayer de vous jouer un morceau, ô 

» mon ami, écoutez la I » 
La jeune femme, que le désespoir égare, i^^ 

obéit, se place devant le paravent^, et met son instrument d'accord. 

Les quatre cordes semblent pleurer, elles semblent gémir! 

Les deux convives, à cette musique, sentent leur cœur se déchirer! 

Par la seule vertu des sons que rendent le dâng^ et la soie, 

en dehors Sanh rit aux éclats ; en dedans il verse des larmes ! 1855 

Ses pleurs coulent en abondance; il ne peut les retenir. 

La tête baissée, en cachette, il leur donne un libre course 

La dame fait à Kiiu reproches sur reproches : 



Le XH M^ ^^Hif % (Ekeococca ainentU) est, dit M. Wellb Williams, 
un grand arbre appartenant à la famille des Euphorbiacées, dont le bois 
léger et durable sert à faire des instruments de musique. 

Un jour le célèbre lettré ^ ^ Tkdi Ung, musicien renommé, était 
assis au coin du feu dans la maison d*un hôte chez lequel il s'était réfugié. 
Tout-à-coup il entendit craquer un morceau de B&ng que Ton avait déposé 
dans le foyer. Le son de ce bois lui parut si beau et si clair, qu'il tira du 
feu la bûche qui commençait à se consumer, et en fabriqua une guitare. 
(Test de ce fait que Texpression de ««otè et âSng* tire son origine. La 
«soie» désigne les cordes de Tinstrument; le *dong» en désigne le corps. 

5. Litt :«.... des gouUe$ — (du fleuve) Tu(mg», 



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64 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÇN. 

cCuoc vui khây khùc doan tràng ây chî? 
1860 cSao ching biêt ^ ttr gi! 

cCho chàng buon bâ, toi thi tai ngirol!> 

Sanh càng thâm thiêt bôi bÔi. 

Vôi vàng càng nôi càng cirôi cho qua. 

Khùc rông canh dft dîèm ba. 
1865 Tièu tha nhin màt; dirimg dà cam tâm! 

L6ng rîêng khâp khdi mùng thâm; 

Buôn nây dft bô dan ngâm xnu nay! 

Sanh thôi gan héo, mot gây! 

N8i 16ng càng nghl, càng cay dâng 15ng. 
1870 Ngcrôi vào chung gôi loan ph5ng; 

Nàng ra du-a bông dèn chong canh dàî, 

Dën nay moi biêt dâu duôi ! 

Mâu ghen dâu c6, la dW nhà ghen! 

1. Litt. : « De toute manih^ — ne pas — je êai» — (en fait 6^) idée — 
quoi!» 

2. Litt :«.... pour — passer», 

3. Litt : « (Par) cette tristesse — elle a laissé de côté — la douleur — se- 
crète — de jusqu^à ce jour! 9 

4. Litt. :€.... foie — pâle — entrailles — maigres! • Ces quatre mots 
forment par position une sorte d*a<^*ectif composé. 

6. Litt. : «// entre — mettre en commun — Voreiller — de la chambre de 



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KIM vIn KÏÊU tAN TRUYÊN. 



65 



ûoi», lui dît-elle^ « jouez- vons ce morceau mélancolique dans 

moment où Ton se réjouit? 

ïst iDcoîicevable '1 quelle idée avez-vous donc? 1860 

époux est attristé, c'est à tous qu'il faut s'en prendre! » 

leur de Sanh devient toujours plus profonde; toujours davan- 

se gonfle son c^eur. 

oies se pressciit de pluB en plus^ de plus en plus il rit pour 

bonne contenance^, 

nïk que le tambour a marqué la troisième veille. 

le les re^rde au \isage; il lui scrable que leurs cœurs sont 1865 
ord (danë la douleur). 
■même elle est ra\iel 

iste^se la venge du dépit que jusqu'à ce jour elle renferma 

son cœur^î 

le Sa^ih est abattue ^ ! 

réfléchit en lui-merae^ et plus il ressent d'amertume. 

dans la chambre conju^le; sur roreiller commun il repose 1870 

i(?Uj elle s'en va; appuyée (sur une table), toute la nuit elle 
ï à la lueur de Ba lampe, 
nprend tout^ à cette heure! 

a jalousie règne^ il se passe d'étranges choses'! 

î fa ehambre ornée de tênittreâ bridée* r^prcsmUmt Us oiseaux fabuleux 

tt : «. . , . /û tiiê — U la q\tm&^. 

tt, ; < . , . , *md àrang&t — (quant au) fmmde — les famiUes (les per- 

— qfd êoni jalousa ! ^ 

lot *nhà — nmU&n, fmiUk- est souvt^nt employé, notamment en 
pour défii^ier soit dea personnes, soit surtout des catégories de 
^a prisée en général 

5 



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66 KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÇN. 

Chirô-c dâu rë tùy chia uyên? 
1875 Ai ra dàng nây, ai nhin dirac ai? 

Bây gîir mot dât mot trM, 

Hêt dêu dùi thâng! Hêt dëu thi phi! 

Nhe nhir btrc, nâng nhir chi, 

Gô- sao ra nçr? C6n gi là duyên? 
1880 Lô* làng chut phân thuyën quyên, 

Bè sâu, sông câ! Cô tuyën dirac vay! 

Mot mlnh âm y dêm chây; 

Dïa dâu vai, rnrô-c mât dây nâm canh! 

Sô-m khuya hâu ha dài dinh, 
1886 Tiêu tha cham mât, de tinh, hôi tra. 

Lu'a loi, nàng moi thira qua; 

Phâi khi minh lai x6t xa nôi minh! 

Tiêu tha lai hôi Thûc sank : 



1. Litt. : « Sont finies — les choses — incertaines; — sont finies — les cho- 
ses — de oui — et non!» 

2. Litt. :«.... encore — quoi — est — (son mariage) », 

3. Litt. : « (Quant à) la mer — profonde — et au fieuve — grand, — awÀr 
— (le fait d^) accomplir en entier ses devoirs — pourra-t-éUe ainsi f» 



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KIM vAN KIËU tAn TRUYÊN. 67 

Par quel artifice a-t-on pu du Tûy séparer le TJyen'i 

Chacun va de son côté; sans qu'aucun des deux puisse reconnaître 1875 

Fautre! 
Maintenant qu'ils habitent la même terrC; qu'ils sont sous le même 

ciel, 
Aucun doute n'est plus possible; toute incertitude a cessé*! 

Qu'elle soit légère comme le jonc à moelle, qu'elle soit lourde comme 
le plomb, 

comment se délivrerait-elle de sa dette d'infortune? et que sont de- 
venus (ses projets d')union2? 

Pauvre fille de talent égarée loin de sa voie, lôso 

dans cet abîme de malheur comment remplir sa mission^? 

Toute la nuit elle est seule, toute la nuit elle gémit. 

L'huile de lampe s'épuise; mais tout le long des cinq veilles ses lar- 
mes ne tarissent point! 

(Pendant que), matin et soir, elle faisait dans la maison son office de 

servante, 
la noble dame, par surprise, se rencontrait face à face avec elle. Elle 1885 

guettait ses allures, elle l'accablait de questions. 
La jeune femme, pour répondre, avait à peser ses paroles, 

et rencontrait mainte occasion de déplorer son triste sort. 

La dame, de nouveau, interrogea Thûc Savh. 



Le mot «toyên» n'est pas ici l'adjectif signifiant «entier»; c'est un verbe 
dont le sens est : * accomplir tout ce qui est demandé de nous (ta do àU that 
is required», Voy. Wells WiLLLàiis, au car. ;^). Tûy kiêu vient de penser 
à Tanéantissement des projets d'union qu'elle avait formés; et elle se la- 
mente de ce qu'il ne lui sera jamais possible, à ce qu'elle croit, d'accom- 
plir envers Kim trong tous les devoirs qui incombent à une épouse. 

5* 



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68 Kl M VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 

«Cây chàng tra lây thiêt tinh cho nao!> 
1890 Sanh dà rât ruôt nhir bào! 

N6i ra châng tien, trông vào châng dang. 

Nhfrng e lai luy dên nàng, 

Phô song moi se lieu dàng hôi tra. 

Oui dâu, qui torde sân hoa, 
1895 Bach cung nàng moi lên qua mot tô*. 

Dîen tien trinh vô-i Tiêu tha:, 

Thoât xem du'àng cô ngân nga chut tinh. 

Lien tay trao lai Thûc sanh, 

Rang : «Tàî nên trong, ma tinh nên thu-ang! 
1900 «Vf sinh c6 sô giàu sang. 

«Giâ nây dâu duc, nhà vàng cûng nên! 

1. Litt. : <S€mh — dèa à présent — ressentait une dotdeur cuisante — 
(quant à ses) entrailles — comme si — on les rabotait!* 

2. Litt. : « (Quxvnt à) s'expliquer — ne pas — c'était commode; — en re- 
gardant en (lui-même) — ne pas — t7 se regardait comme capable». 

Ce vers est un modèle de parallélisme. Chaque mot du dernier hémis- 
tiche présente exactement la même valeur fi^rammaticale que celui qui lui 
correspond dans le premier. De plus, les particules des verbes forment entre 
elles une opposition fort heureuse. 

3. Litt. : €Sân hoa — la cour fleurie» est une de ces expressions vagues 
et purement omamentales que Ton rencontre assez fréquemment dans les 
poésies annamites. Ici, elle désigne les maîtres de Tûg kiiu. 



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KiM vAn kiêu tAn truyIn. 69 

«A propos! > lui dit-elle, «tirez donc tout cela au clair! > 
Satih était sur les épines ^ ! 1890 

Parler n'était guère facile, il ne s'en sentait point capable 2; 
maiS; craignant pour la jeune femme de fôcheuses conséquences^ 
il tâta le terrain pour risquer Tinterrogatoire. 
Tûy Kieu incline la tête, se prosterne devant ses maîtres 3, 
et présentant une supplique en blanc *, 1895 

elle explique sa position en présence de la noble dame. 
Une impression de pitié soudain semble émouvoir le cœur de celle-cL 
Elle passe la supplique à Thûc Sanh. 

«Son talent»; dit- elle, «est digne d'estime; ses sentiments excitent 

» la compassion. 
« On dirait qu'elle était née pour être heureuse et distinguée. 1900 

«Avec sa valeur en or on pourrait fondre une maison^! 



4. Lîtt. : € De blanche — supplique — la jeune JUle — alors — élève — 
une — feuille». 

Dans les cas très graves les plaignants ont le droit d'arrêter nn man- 
darin sur la voie publique et de lui présenter une feuille de papier blanc. 
La nature même de cette sorte de supplique fait connaître au fonctionnaire 
l'importance de Taffaire qui la motive. Ici, c'est le désespoir où est réduite 
Kiêu qui la pousse à prendre ce parti extrême. 

6. Lîtt. : «Cfe prtX'd, — si — on (le) fondait, — une maison — cTor — 
tout aussi bien — deviendrait (serait élevée)! — si sa valeur était représentée 
par de For, il y en aurait assez pour bâtir une maison». 

Nous disons «tm objet, un cheval de prix:f; les Annamites appliquent 
cette expression aux personnes elles-mêmes. 



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70 KIM vAN KIËU TAn TRUYÊN. 

«Bë tran chim noi thuyën quyên. 

«Hfiru tàî! Thmnig nôi vô duyen la dM!» 

Sanh rang : «Thîêt c6 nliir 16i, 
1905 «Hong nhan bac mang mot ngirW, nào vay? 

«Ngàn xira au cûng thê nây! 

«Tir bi au lieu b(H tay; moi vira!» 

Tiêu thcr rang : «Y trong tir, 

«Rap dem mang bac, xin nhir cù*a không. 
1910 «Thôi, thl thôî! Cûng chiu long! 

«Cûng cho cho nghl trong v6ng birô-c ra. 

«San Qitan âm câc vu'Ôti ta. 

«C6 cây trâm thu'ô'c; c6 hoa bon miia. 



1. Litt. : ^(QiMnt à ce qtCen f<Ut de) vermeil — visage — (et de) Uanche — 
destinée — (U y ait) une unique — personne, — est-ce que donc — c'est eUnsif» 

Les qualificatifs *hSng — vermeil* et «ôoc — Uanche* sont employés 
parallèlement Tun à l'autre, de même que les substantifs *nhan — ^ visage* 
et <^mang — destinée* auxquels ils se rapportent. Les mots *mot ngubi — 
une personne* deviennent par position une expression verbale impersonnelle; 
pour la même raison *vay (pour vây) — ainsi» joue le rôle de verbe. 

2. Litt. : * pendant dix mille autrefois*. 

3. Litt. : «(Vous montrant) douce — il convient de — voir à — diminuer 
— . (votre) main — et alors — ce sera — (comm^ il convient)/* 

4. Litt. : « Directement — apportant — sa destinée blanche — die demande 
à — profiter — d'une porte — vide*. 

Il y a parallélisme de position et de sens entre les deux adjectifs €bae* 
et * không*. 



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KiM vAn kiëu tAn TRUY^N. 71 

«Cest une fille bien élevée qu'a submergée Tocéan de ce monde. 

«Elle est habile; et j'ai pitié de son étrange infortune!» 

«S'il en est comme vous dites», lui répondit Sanh, 

«n'y a-t-il donc que cette femme à qui sa beauté fasse un destin mal- 1905 
> heureux »? 

«Il en fut de tout temps ^ comme il en est aujourd'hui! 

«Montrez- lui quelque douceur; pesez sur elle d'une main moins 

» lourde, et tout sera pour le mieux ^! » 
«Si je comprends bien sa supplique », reprit Hoçn thcr, 

«elle nous demande un refuge où abriter son infortune^. 

« Eh bien ! après tout, j'y consens ! 1910 

«Je lui permets de résider auprès (de notre demeure)*. 

«Justement dans le jardin est un temple de Quan âm. 

« Il s'y trouve des arbres de cent coudées, des fleurs de toute saison % 



6. Litt. : €Tout ausn bien — accordant — je donne à — elle — danê — 
le cercle (de notre famille) — (la faculté) de marcher — (et) aortir (d^ aller et 
de venir)*. 

L'expression qa'emploie ici le poète se rapproche assez de notre locu- 
tion métaphorique : «graviter dans Torbite de quelqu'un». 

6. Il y a là un double sens. 

La première interprétation est la plus naturelle; c'est que dans le jar- 
din de la pagode se trouvent de grands arbres et des fleurs en toute sai- 
son; mais, en outre, il faut savoir qu'on désigne sous le nom d'«ar6r«« de 
cent coudéeê* les baguettes odoriférantes que les bonzes brûlent dans les 
pagodes. Ils doivent, tout le long de Vannée, faire leurs dévotions devant ces 
baguettes allumées. De là la qualification de « hoa bon mùa — des fleurs des 
quatre saisons t^ que l'on donne à leurs prières. 



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72 KIM vAn KIÊU tAN TRUYÊN. 

«C6 c6 tho, c6 san hô. 
1916 cCho nàng ra dô giô* cbùa tung kinh! 

«Tirng tirng, trôi moi binh minh, 

«Hirang hoa ngû cùng sâm sanh le thirông». 

Dira nàng dên tirrô-c Phât dirông; 

Tarn qui, ngû giâi, cho nàng xuât gia. 
1920 Ao xanh dôi lây ca sa; 

Phâp danh lai dôi tên ra Trac tuySn. 

Sôin khuya tfnh dû dâu dèn; 

Xuân thu cât San haï tên Inrang trà. 

Nàng tir lânh gôt virè'n hoa, 
1926 Dirông gân nhig tfa, dirông xa bni hông. 



1. Par «Tarn qui — les trois refuges (en sanscrit TAehoiranc^i^ on entend 
la profession de foi bouddhiste, qni consiste dans les formules suivantes : 
«^ '^ '^ Qni y Phât — Je me réfugie en Bouddlia*, «^ ^ ^ Qui 

y phâp — Je me réfugie en Dharma (la loi religieuse) », et « '^î >ffr fg Qui 
y làng — Je me réfugie dans VéUU religieux (Sangha)», 

Les ^cinq Défenses (Pamlia Vèramanl)^ sont les suivantes : 
1° Ne tuez pas ce qui a vie. 
2° Ne volez pas. 
3** Ne soyez pas luxurieux. 
4** Ne parlez pas à la légère. 
6° No buvez pas de vin. 

(W. F. Mayebs, Chinese reader^s manual.) 

2. Le vêtement des bonzes s'appelle en annamite ^àocasa*. Il est fait 
de morceaux d'étoffe jaune rapportés. 



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Kl M vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 73 

< de vieux arbres, des viviers, des rocailles. I9i5 

€ Qu'elle s'y rende et garde la pagode en psalmodiant des prières ! 
«Alors que l'aurore amène les premières clartés du jour, 

« elle préparera les cinq offrandes d'épices et disposera tout pour les 

> cérémonies accoutumées ». 
On conduisit la jeune fetome dans le temple de Bouddha 

pour qu'elle y menât la vie religieuse en faisant la profession de foi, 1920 

en observant les cinq défenses \ 
Elle changea ses vêtements bleus contre la robe des bonzesses^, 

et son nom (mondain) contre le nom religieux de Trac tuyênK 

Matin et soir on lui mesurait l'huile, ou lui comptait les bougies suf- 

âsantes, 
et, pour toute l'année, deux petits serviteurs lui furent assignés*. 

Depuis que dans ce jardin elle s'était retirée, 1926 

il lui semblait qu'elle se rapprochait de la sainteté, qu'elle s'éloignait 
des souillures humaines ^ 

3. Ce nom signifie ^la tource purifiante», 

4. Litt. : €Pour le printemps — et T automne — (<m lui) désigna — tout 
prêta — deux — ncmiê — d'encens — et thé*. 

Les petits serviteurs désignés sous le nom de ^htromg ira» ont, comme 
lenr nom Tindiquo, pour attiibutions principales d'allumer rencens et de 
servir le thé. 

5. Litt. : €Elle était comme — près de — la forêt — violette, — elle était 
comme — loin de — la poussière — rouge». 

Bvbng est verbe par position. 

Dans la phraséologie bouddhique, le mot <irhmg — forU» désigne la 
sainteté, parce qu'elle est réputée s'acquérir dans les monastères, lesquels 
sont situés au sein des forêts qui couvrent les montagnes. Quant au mot 
«^a», U est là pour faire pendant à l'adjectif *h&ng» qui occupe la place 
correspondante dans le dernier hémistiche. 



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74 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

Nhân duyên dâu lai côn mong? 

Khôi dêu then phân, tùî hông, thi thôî! 

PhM tien thâm lâp, sau vùi; 

Ngày phô, thù to; dêm nôi tâm hirong. 
1930 Cho hay giot nirô-c nhành dirong, 

Lita 16ng tirô-i tât moi diràng tran duyên. 

Sông nâu tù* trô* màu thuyën, 

San thu trâng dâ vàî phen dirng dâu. 

<5uan ph5ng, then nhât, lu-ôi mau! 
1935 Nôi cu-M tiTrô-c mât, roi châu vâng ngu*ôi! 

Câc kinh viên sâch dôi nai ! 



« B^% h&ng » est la traduction annamite de Texpression chinoise « j^ J^ 
k&ng tréh — la potuêière rouge». Par «j^ trân — potunère», les bouddhistes 
entendent tout ce qui attire dans le monde, tout ce qui tient à Tintérêt ou 
à la vanité humaine, tous les atti-aits que la matière exerce sur nous, et 
qu'ils rangent dans les six catégories suivantes, appelées par eux les six 
ÊÊ \.A^ ^Ê '^ ^''^ ^^ sanscrit Bâhf/a ayatana) : 

1** "A Sâc, la forme (sansc. Rùpa), 

-** ^ Think, le son (sansc. Sadda). 

S^ 5^ Huang, Todorat (sansc. Oandha). 

4*» ^ Vi, le goût (sansc. JRasa). 

6** jffi Xûc, le toucher (sansc. Pôttabha). 

C** j^ Phdp, la perception du caractère ou de l'espèce (sansc. Dharma). 

On dit que ces ^^ sont «rouges», parce que de même que le rouge, 



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KIM VAN KIËU TAn TRUYÊN. 75 

Pouvait-elle rêver encore au bonheur de cette terre? 

Elle était désormais afiranchie des honteuses vanités du monde *! 

Devant Fautel de Phât, elle sentait s'engourdir sa tristesse \ 

Le jour elle pratiquait Tabstinence "^j elle gardait la pagode; la nuit 

dans le brûle-parfums elle entretenait Fencens. 
n faut savoir que les gouttes de Teau qui jaillit de la branche de 1930 

Duang 
calment par leur fraîcheur le feu des passions en effaçant toute 

souillure mondaine. 
Depuis que, revêtant la robe brune ^, elle était entrée en religion, 

la lune plusieurs fois dans la cour avait brillé sur sa tête. 

La porte était soigneusement fermée; (elle était là comme un oiseau 

que le) filet enserre. 
En présence des autres elle parlait gaiement; seule, elle répandait 1935 

des larmes ! 
Le palais de la prière et le cabinet d'étude étaient éloignés Fun de 

l'autre *; 

étant une couleur éclatante, attire les regards, de même ils attirent sur 
eux Tattention de notre esprit. 

1. Lîtt. : ^EUe échappait à — la chose — d'avoir honte de — le fard, — 
de déplorer — le rouge, — et voilà tout!* 

2. Litt. : * Devant le Bouddha — (son) afJUction — était couverte de terre, 
— (ia) tristesse — était couverte de teTre*. 

3. Les bonzes font abstinence tous les jours. 

4. Litt. : « (Quant à) la cotdeur de sang — brun — depuis qu^ — _ elle était 
retournée à — la cotdeur — du bouddhisme,'» 

Le s&ng est une écorce qui fournit la couleur jaune marron avec laquelle 
on teint Tétoffe qui sert à faire les habits des bonzes. 

Le mot *thui/ên» dit M. Wells Williams, signifie : «demeurer assis, 
plongé dans une contemplation abstraite, comme cela est requis pour le 
€dyana> OU abstraction; d'où ce mot est devenu un des termes par lesquels 
on désigne les prêtres de Bouddha», et par extension les bouddhistes en 
général. 

6. Litt. : «. . . . (étaient) deux — endroits*. 



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76 KIM VAn KIÊD tAn TRUYÊN. 

Trong gang thirô-c lai bi mirôi quan san! 

Nhtrng là ngâm thô* ngùi tlian, 

Ti^ tha phâi buèî vân an vë nhà. 
1940 Thita ca Sanh moi lén ra ; 

Xâm xâm dên mai Yxxbn hoa vôi nàng. 

Sut sùi kè nôi doan tràng, 

Giot châu tam ta irô-t tràn âo xanh! 

Rang : «Cam chiu bac vôi tinh! 
1945 «Chù dông de toi mot minh cho hoa? 

«Thâp ce thna tri don bà; 

«Trong vào, dau mot; nôi ra, ngai loi! 

«VI ta cho luy dên ngirôi; 



1. Litt. : « Dam — %m empan — de coudée, — en outre, — elle était triste 
— (qucml à) dix — pasêoges — de montagnes-». 

Après le goût du parallélisme, celui qui domine le plus chez les poètes 
annamites est le goût des oppositions. Ce vers en est un exemple assez 
remarquable. L*auteur parle ici de dix passages de montagnes pour exprimer 
le grand éloignement où KHu se trouve des siens, parce que c'est par les 
passages que Ton franchit les montagnes, et que plus il y en a, plus cela 
suppose de montagnes placées les unes derrière les autres, et, par consé- 
quent, plus la distance est grande. Il ne faut pas oublier que le pays où 
se passe l'action du poème est une région très montagneuse. €Miroi — cKr» 
est pris ici pour une quantité indéterminée, mais considérable. 

2. Litt. : « Les gouttes — de perles — abondamment — en le mouillant — 
débordaient sur — son vêtement — bleu». 

Le mot €ocank — bleu» n'a ici d'autre emploi que de rimer avec le mot 



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KiM vAn kiëu tAn truyçn. 77 

Mais toute enfermée qu'elle était dans un espace resserré, là bas, par 

delà les montagnes, au loin sa pensée s'envolait ' ! 
Pendant qu'elle gémissait en son cœur et se livrait à la tristesse, 

il advint que la grande dame alla visiter sa famille. 

Sanh profita de l'occasion; il sortit en cachette 1940 

et se rendit tout droit au jardin de la pagode pour y rejoindre -ffieV. 

Tandis qu'elle lui contait en pleurant ses infortunes, 

des flots de larmes qu'il versait son vêtement était trempé '. 

«Je l'avoue», dit-il, «j'ai payé votre aflTection d'ingratitude 2, 

« et moi qui pourtant suis le maître, j'ai laissé tomber sur vous seule 1945 
>ce malheur 3! 

«Je me suis laissé vaincre par la ruse et la finesse d'une femme! 

« Quand je fais un retour sur moi-même, je sens mon cœur se déchi- 
>rer! Lorsqueje veux parler, mes paroles meurent dansmagorge^! 
« Cest moi qui causai votre infortune ; 



«ânA» qui termine le vers suivant Dans les habitudes de la prosodie anna- 
mite, les deux sons •anh» et «tn^» sont, en effet, considérés comme rimant 
ensemble. Kiiu ne porte pas réellement un vêtement bleu, puisqu'on a vu 
quelques vers plus haut qu'elle Tavait échangé contre la robe jaune brun 
des bonzesses. 

3. Litt. : < De plein gré — je confeste — avoir été ingrat — avec 

(envers) — (votre) affed,%on*, 

4. Litt. : *(Moi qui) gouverne — V Orient — ai laissé — la faute (le mal- 
heur) — tout seul — à — la fleur (à vous)!* 

5. Litt. : € (Quand) je regarde (cela) en dedans (de moi-même) — je souffre 

— (quant à mes) entrailles; — (quand) j'en parle — en dehors (de mai-même) 

— je suis obstrué — (quant à mes) paroles!» 

Ce vers est un modèle de parallélisme au point de vue du rôle gram- 
matical des mots et de l'opposition des idées. On voit en effet qu'il n'est 



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78 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

«Cât lâm, ngoc trâng, thiêt th5i xuân xanh! 
i960 «Quân chî lên câc, xuông gành? 

«Cûiig toan 8Ông thâc vôi tinh cho xong! 
«Tông dirÔTig chut chéa cam 15ng; 
«Cân rang bé mot chtr dông làm hai! 
«Then minh dâ nâi vàng phai! 
1955 «Trâm thân de chuoc mot IM dirac sao?» 
Nàng rang : «Chiêc bâ sông dào 
«Phù tram cûng mâc lue nào rûi may! 
«Chut thân quân quai vùng vây, 

pas un verbe, une particule, un substantif du premier hémistiche qui n'ait 
son pendant dans le second. 

1. Ldtt. : *(Que le) Ddique rampant — a trempé dans Veau — (et) la 
pierre précieuse — blanche — a été endommagée — dans (son) printemps !> 

2. Litt. : €Je tiendrais compte — en quoi — de monter dans — un palais, 
— de descendre — une faleiisef » 

*^V ^É -^^ dttrang* est une expression chinoise qui signifie «ce^ 
qui préside aux ancêtres*, c'est-à-dire le chef de la famille, qui a seul mis- 
sion d'accomplir les cérémonies de leur culte. 

3. Litt. : «72 m^rd — (ses) dents — (de ce que), rompant — Vunigue — 
caradkre — dSng (ensemble), — on en a fait — deux ! » 

L'expression « can rang — supporter avec beaucoup de peine (litt. : mordre 
ses dents)» constitue un verbe actif composé dont le régime direct est la 
proposition entière qui le suit. — Le père de Thvc sanh croit encore que 
Tûy kiêu a péri dans Tincendie de sa maison. 

4 de ce qu'une personne d'une telle valeur succombe par ma 

faute sous le poids d'une semblable infortune. 

5. Allusion à la première strophe de l'ode du ^ j^ intitulée « ijA 
4H* Bà châu — le bateau de cf/prhs». 



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KiM vAn kiêu tAn TRUYÇN. 79 

«c'est par moi que s'est flétrie votre fraîche et brUlante jeunesse M 
«Que ne ferais-je point (pour vous plaire)^? i960 

«Que je vive ou que je meure, je veux être digne de vous! 
«Le chef de ma maison ^ n'est nullement consolé encore, 
«et il est irrité de voir notre union rompue ^! 

«Je suis honteux de ce que la pierre est brisée, de ce que l'or est 
>temi^! 

« Que ne puis-je au prix de cent vies racheter la parole (violée)!» 1966 

«Telle», dit Kiiu, «qu'un bateau de cyprès^ emporté par les grands 

» flots, 
«au gré du bonheur ou de l'infortune je flotte ou je suis submergée! 

« Pendant que je me débattais (contre les malheurs qui m'accablent)^, 

« igi ^ m ^ a 

m n ^ w^ % ^ 
^ m m r^ ^ ^ 

^o ïSo Mo ^o l^o ^To 

^Phiêm bl là châu! 

^Diêc phi&n ky Itru! 

« Cành cdnh bâ^t mi, 

« Nhu hùru an uni, 

« F» ngE v6 t&u 

«2^ ngao di du. 
«Flottant à Taventure, il s'en va, le bateau de cyprès! 
«Il flotte à Taventure, et le courant l'emporte! 
«Sans repos comme sans sommeil, 
«Je suis semblable à un blessé qui souffre! 
«Ce n'est pas que je manque de vin 
«pour errer çà et là au gré de mon caprice!» 
Le bois de cyprès est réputé propre à construire des barques. 
6. Litt. : € (Pendant que mon) peu — de corps — pliant sous le poids -^ 
te démenait^ 9 



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80 Kl M VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 

«Song thù-a con tirông dên rày utra sao? 
i960 «Cûng lieu mot giot mira dào; 

«Ma cho thiên ha trông vào, cûng hay! 

«Chût vi cam dâ bén dây, 

«Châng tràm nàm, cûng mot ugày duyên ta! 

«Lieu ma ma cà-a cho ra! 
1965 «Ay là tinh nàiig; ây là on sâu!» 

Sanh rang : «Riêng tirôiig bây lâu! 

«Long ngu'ô'i nham hièm! Biêt dâu ma lirô-ng? 

«Nfra khi dông to phu phàng, 

«C6 riêng dây cûng lai càng cire dây! 
1970 «Lieu ma xa chay cao bay! 

«Ai an ta cô ngân nây ma thôi! 

«Bây giô* kê ngirac ngirôi xuôi; 

«Biêt bao giô* lai nôi 16i mr&c non?> 



1. Litt : « Tout aussi bien — je me suis exposée à — une — goutte — 
d^a/oerse ». 

2. Notre amour a pris naissance. 

3. ^expression ^tràm nàm — cent ans» signifie * toute la vie». 

4. Litt. : •(S'il) y avait — du particulier — là, — tout aussi bien — en 
retour — d'autant plus — ce serait douloureux — ici!» 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYIn. 81 

«anrais-je pu m'attendre à* vivre jusqu'à ce jour? 
«J'ai dû subir quelques tracas \ i960 

« et si je me laissais voir^ (votre femme) le saurait. 
< Quoi qu'il en soit, le câm avait été mis d'accord 2, 
«et notre union a duré sinon cent ans^, du moins un jour! 
«Voyez à m'ouvrir la porte afin que je puisse sortir! 

«Ce sera là une grande preuve d'aflTection! Ce sera un bienfait 1965 

> signalé!» 
«Je n'ai jamais cessé d'y penser!», (lui) dit Sanh-, 

« (mais) ma femme est méchante et dissimulée ! Comment savoir ce 

» qu'il faut faire? 
« Si quelque tempête venait à nous séparer de nouveau 

« et qu'il vous survînt quelque ennui, j'en souffrirais plus encore que 

»vous^! 
« Efforcez-vous de vous enfuir bien loin *, 1^70 

« et notre amour toujours sera le même ! 

«Nous sommes aujourd'hui séparés l'un de l'autre «! 

« qui sait quand nous pourrons renouer l'union que nous nous jurâmes'? 



« Bâ^t/9, mot tonkinois qui est synonyme de <iâà — là* signifie ici «t>oti#», 
de même qne ^lâûy — ici* signifie «moî». 

6. Litt. : € Voyez à — loin — courir, — haut — voler,* 

6. Litt, : « MaiiUenarU — (il y aj celui qui — est à contre — courarU — 
feij la personne — (qui va) dans le sens du courant!» 

7. Litt. :€..,, de nouveau — nous joindrons — les paroles — d'eaux — 
(etj de montagnes?* 

6 



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82 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Dâu rang : «Sông can, dâ mon, 
1975 «Con tâm dën chêt cûng c6n kéo ta!» 

Cùng nhan kè le sau xira. 

N6Î roi, laî n6i; 16i chira hêt IW! 

Mât trông, tay châng nô* rW! 

Hoa Û dâ dông tîêng ngirôi nèo xa. 
1980 Ngân nga n6î tûî, dihig ra; 

Tiêu tha dâu dâ thêm hoa hxràc vào! 

CirW cirM, n6i nôî ngot ngào. 

Hôi chàng : «Moi à chôn nào laî chod?» 

Dôi quanh, Sanh moi lieu loi : 
1985 «Tâm hoa quâ birô-c, xem ngirM vîêt kinh». 

Khen rang : «But phâp dâ tinh! 

«So vào vôi thiêp Huomg dïnh nào thua? 

1. Sanh veut dire par là qu'aucune circonstance ne peut les empêcher de 
s'aimer. Puisque des situations impossibles à réaliser ne sauraient amener ce 
résultat, à plus forte raison en est-il ainsi de celles qui sont possibles. 

2. Nous nous aimerions toujours de même. 

3. Litt. : « Elle riait, — riait, — ditait — disaU — (deê ckotes) nUeUeuêet, » 

4. Elle fait semblant de ne pas reconnaître son mari et de le prendre 
pour un étranger. 

5. Une des fonctions de 2% kiiu dans la pagode était d'y écrire des 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYIn. 83 

«Quand les fleuves seraient à sec, quand les pierres seraient usées i, 

«le ver à soie, jusqu'à sa mort, filera toujours son cocon ^î 1976 

Ensemble ils s'entretenaient de l'avenir et du passé. 

Quand ils avaient fini de parler, de rechef ils parlaient encore; leur 

langue était infatigable! 
Us se regardaient, et leurs mains ne pouvaient se séparer ! 

Une servante (vint les prévenir) qu'au dehors on entendait du bruit. 

(8anh)y indécis, exprima sa douleur; il se préparait à partir, i980 

quand, tout^à-coup la noble dame s'avança sous la vérandah fleurie. 

Son visage était riant, sa parole mielleuse et aisée '. 

^lyoù êtes- vous venu vous promener ici?» demanda-t-elle (à Thûc 
sanh) *. 

Ce dernier, alors, chercha des détours : 

«Je cueillais des fleurs», dit-il. «Entraîné trop loin dans ma course, 1985 
> (j'ai) profité de Toccasion pour visiter (cette) personne qui écrit 
» des oraisons*. / 

«Elle a une main merveilleuse!» ajouta-t-il en louant (KiSu), 

« Comparées au modèle de Huomg â\nh ®, ses œuvres, certes ! n'auraient 
» point le dessous! 

prières. •— Ce vers, extrêmement concis, ne peut être complètement rendu 
en français que par une phrase assez longue. 

C. ^& JÉC Huang dinh — le pavillon des parfums, plus communément 

nommé S| SC Lan dïnh — le pavillon du Lan (Epidendrum), était au 
rV' siècle de Tère chrétienne, le rendez-vous d'un cercle de lettrés distin- ' 
gués et joyeux dont les compositions en prose et en vers étaient transcrites 
par la main du célèbre calligraphe "^P ^^ ji^ Vtmng hy M, On a gravé, 
à différentes époques, des facsimile de ses textes sur des tables de marbre, 

6» 



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84 KIM vAN KIÊU tAN TRUY^N. 

«Tiêc thay liru lac giang hô! 

«Ngàn vàng thîêt cûng nên mua lây tàî'.j 
1990 «Thuyên trà rôt mr&c Hong mai; 

Thong dong nôi gôt, tha traî cûng vê. 

Nàng càng e hTù ê; 

Di tai hôî lai hoa Û Inrô-c sau. 

Hoa rang : «Bà dên dâ lâu! 
1996 «Chôn chon dihig nép, dô dâu nihi gib. 

«Rành rành chou t6c kè ta; 

«May 16i nghe hêt dâ dir tô tirông; 

«Bao nhiêu doan khô, tinh thirong, 

«Nôi ông vât va, nôi bà thô* than! 
2000 «Dàn toi dihig lai mot bên; 



et les reproductions de ces inscriptions sont connues sous le nom du pa- 
villon d'où provenaient les originaux. 

Ce ^ ^ jj^ Vuang hy chi ou j^ ^ Dâi thâu vécut de Tannée 
321 à Tannée 379 de Tère chrétienne. C'était un fonctionnaire distingué; 
mais il est particulièrement célèbre pour son talent d'écrivain. C'est à lui 
que Ton doit en très grande partie les principes de Técriture moderne. On 
lui attribue Tinvention de la forme appelée "Mif ^È giai tha, U est désigné 
souvent sous le nom de ^ yfe ® Vuang hvu quân, à cause du titre de 

sa charge qui était celle de «>^ JS 48* S! ^^^ 9*^^ iwàng quân*, 
(Matbb*8, Chineae reader^s manual,) 

1. Litt. :«.... (danêj les Jleuves — et les lac», * 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 85 

«Pauvre femme! Dans ce monde ^, égarée loin de sa voie, 
«en vérité son talent vaudrait bien mille pièces d'or!» 
(Kiëu) leur versa le thé de HSfig mai, 1990 

puis, avec une allure pleine d'aisance, ils retournèrent chez eux de 

compagnie^. 
La jeune femme, de plus en plus soucieuse. 



parlant à Toreille de la servante, lui demanda le détail (de ce qui 

s'était passé) ^ 
«Cette dame», dit celle-ci, «était là depuis longtemps. 

«Elle s'est tenue immobile, aux aguets dans un coin, environ une 1995 

» demi-heure. 
«Elle a saisi jusqu'à la moindre chose ^, 

«et, sans en perdre une seule, a entendu toutes vos paroles^; 

«toutes vos paroles de tristesse, toutes vos paroles d'amour, 



« 



ce que vous disiez en contant vos peines, les soupirs que madame 
a poussés! 
«Elle m'a commandé de rester debout auprès d'elle; 2000 



2. Utt. : « Avec aisance — joignant — les talonê (de Vun à ceux de Vautre), 

— (à) des livres — le cabinei — tout aussi bien — Us s^en retournèrent». 

3. Litt : « en avant — et en arrière*, 

4. Litt. : *EUe a distingué clairement — la hase — des cheveux — et les 
intervalles — des fils de soie grége ». 

L'adverbe *rành rành — clairement* est ici verbe actif par position. 

6. Litt. : « (Quant au fait que) les paroles — elle a entendu — toutes, — 
il y a eu — un superfiu — clairement*. 

Par leur position, les deux adjectifs «rfv — superflu* et «^ twang 

— dair*, deviennent le premier un verbe qualificatif, et le second un 
adverbe. 



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86 KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 

«Chân tai roi môi birô-c lên trên lâu». 

Nghe tliôi, kinh hâi xiêt dâu? 

«Bô-n bà dirô-ng ây thây au mot ngirôi! 

«Ay moi gan! Ay môi tài! 
2005 «Nghï, càng thêm nghi! Rèn gai! Rung rW! 

«Ngirôi dâu sâu sâc nu-ô-c d6i? 

«Ma chàng TMc cûng ra ngu*6i b5 tay! 

«Thiet tang bât duçrc du^ô-ng nây, 

«Mâu glien ai cûng nheo mày cân rang! 
2010 «The ma êm, châng dâi dâng; 

«Chào mM vui vè, nôi nftng diu dàng! 

«Giân ru? Ra da thê tliirô-ng; 

«Cuôi ru? Mdi thiet khôn lirô-ng hièm sâu! 

1 . Litt. : « (Lorsque le fait de) déborder — (quant à ses) oreUle» — a éié 
complètement terminé, .... » 

2. Litt. : « (Quant à les) voir — certainement — U y a une unique — per- 
sonnelle 

« Mot ngithi — une unique personne » devient par position une expression 
verbale impersonnelle. 

3. Litt. : « (Si) de vrais — objets volés — saisir — eUe a pu — de cette 
manière, » 

Il y a ici une allusion aux codes annamite et chinois, qui règlent, en 
cas de vol, la gravité de la peine sur la valeur du corps du délit 19£ 
tang), cVst-à-dîre des objets volés, réunis en un tout. 



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KIM VAN KIÊU TÂN TEUYÇN. 87 

«pniS; après avoir tout entendU; elle est montée au mirador^». 
A ces mots, qui dira l'effroi (de IS^Su)? 

«Certes! » dit- elle «jamais on n'a vu qu'une femme de cette espèce ^1 
«Quelle énei^e, et quelle habileté! 

«Plus j'y pense et plus cette pensée m'obsède! J'en ai la chair de 2006 

» poule! J'en tremble de frayeur! 
«Où trouver de par le monde une personne plus redoutable? 



« 



Quant à ce Thûc, c'est un homme qui rampe sur les mains (devant 
elle)! 
»Si elle a pu contre nous acquérir une semblable preuve^, 

«qui ne serait, (à sa place,) transporté de jalousie^ ? 

«Peut-être (cependant) se tiendra-t-elle en paix, et n'en fera-t-elle 2010 

• point une affaire, 
« puisqu'elle s'est montrée aimable et gaie, que ses paroles étaient 

> affables! 
« (Mais) lorsqu'elle est irritée, elle dissimule; sa contenance ne change 

» point"*, 
«et l'on ne peut savoir les pièges qu'elle cache dans son sourire"! 

S^ ^ ® WL iÊf $f ^ ® So ^"^^ ^'^ ^"^** ^^* ^' ^"'^'^ **^ ^^ 

chi tang hiçp nhi vi nhirt, Itcc tang chi khinh trçng luân toi chi khinh trong », 

(M jë #^> ^ ^ —' p'*^ 2*>' ^'^•) 

4. Litt. : « (Quant au) sang — de jalousie — qui (que ce soit) — tout aussi 
bien — JrcnceraU — les sourcils — (et) mordrait — (ses) dents!» 

5. Litt. : « Est-elle irritée f — elle produit au-dehors — un ventre (un cœur) 
— de la condition — ordinaire»; 

6. Litt. : * Rit' elle f — alors — véritablement — il est difficile de — me- 
surer — (son fait <fj être dangereuse!» 

uRu» est une particule interrogative particulière à la phraséologie ton- 
kinoise. 



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^ 



88 KIM VAN KIÊU TAn TRUYÊN. 

«Thân ta ta phâî lo an! 
2015 «Mieng hiim doc r&n à dâu chôn nây! 

«Vf chàng châp cânh cao bay! 

«Rào cây lâu, cûng cô ngày bè hoa! 

«Phân bèo, bao quân nirô-c sa? 

«Linh dinh dâu nûa, cûng là linh dinh! 
2020 «Chîn e que khàch mot minh, 

«Tay không, chii-a de tim vành âm no! ^ 

Nghï di nghï lai quanh co, 

Phât tien sàn c6 moi do kim ngân. 

Ben minh giât de ho thân, 
2025 Long nghe canh dâ mot phân trông ba. 

Cât minh qua ngon tu'ông hoa, 



1. Quelque piège ici me menace, 

2. Litt. : ^TpCaHacker det aUeê*, ^ 

3. Si elle me gai-de êi longtemps près cCeUe, cett qu'elle me ménage quelque 
douloureuse surprise. 

4. Ldtt. : *(Dans ma) condition — de lentille d'eau — combien e*^'^ ^ 
— je mHnquihte de — Veau — qui tombe f» 

De même que la lentille aquatique, étant constamment plonge 
Teau, n'éprouve ni bien ni mal de la pluie qui tombe sur elle, de ^ 
Kiiu, habituée à être abreuvée de douleur, s'occupe fort peu des n^^ 
souffrances qui peuvent l'attendre. 



> 



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KiM vAn Kiêu tAn truyçn. 
lie faudra veiller gar ma pereoone! 



89 



r) qaelqTiepart ici se trouvent la dent du tigre ou le venin du 2015 
serpent ' î 

e ne puis-je me douuer des ailes ^ et m'en voler au haut des airs! 

ene enferme longtemps l'arbre, c'est pour en briser un jour les 
leurs 3! 

a lentille de marais quHmporte la pluie qui tombe ^? 

'elle surnage ici ou là, ce n'en est pas moins surnager! 

is vraiment j'ai peur que^ toute seule, au sein d'un pays étran- 2020 

rer, 

mains vides^ je ne puisse pourv oir à ma subsistance ^ ! » 

8 s'être abandonnée à bien des réflexions diverses^, 

vit) que dans la pagode ^ elle avait sous la main tous les usten- 

es d'or d'argent. 

les prenait avec elle pour subvenir à ses besoins, 

que) en prêtant roreillc elle entendit frapper le premier coup 2025 
la troisième veille, 
se bissa, franchit la crête du mur du jardin, 



Lîtt. : * < . . . ptu enmrc — U eM facile — de chercher — le cercle — 

chaudetiieni — et dêire r<Uf«a*iét^. 
es dcas: cboseâ qui août les plus essentielles à Texistence sont le vête- 

et k nourriture, 

'un autre <^tû^ pôtir que cette existence ne cesse point, il faut que ce 
'entretient nous aoît fourni satin interruption. De là cette métaphore, 

laquelle le poète représente la vie matérielle comme un cercle, c'est- 
B une succeafflou non interronipnti de luttes contre le refroidissement 

faîm. 

. Litt. : * (Ctmmt) m^ réjîêjchisnanî — elle allaU, — en réfléchissant — elle 
i — toHueuëcrtiffnii » 
, Lîtt : • JJevani k Botiddha, » 



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Gt 



90 KIM VAN KIÊU TA*N TRUYÉN. 

Lan dir6*ng theo b6ng trâng ta vë tây. 
Mit mù dâm cât, chôî cây. 
Tiêng gà dêm c6, dâu giày eau sirong. 
2030 Canh khuya thân gâi dàm tnrdiig, 
E dàng sa! Phân thirong dâi dâu! 
Trôi dông vira rang ngàn dâu. 

1. Litt. : €ll faUait obscur — (quant aux) dàm — de salle — (ei) aux 
touffes — d^ arbres^. 

2. Voilà une série de huit substantifs placés à la suite l'un de Tautre : 
« Fbw5, coq, herbe, nuit, trace, chawtsure, pont, rosée!» Au premier coup d'œil 
on serait tenté de croire que le poète a voulu poser à ses lecteurs une 
véritable énigme. Cependant, en s'aidant de la règle de position et de la 
loi du parallélisme qui sont, comme je Tai déjà dit à plusieui-s reprises, les 
deux clefs de la traduction des poésies annamites, on peut arriver assez 
facilement à fixer le sens de ce vers. 

En vertu de la loi du parallélisme, il est dès Tabord à peu près certain 
que ces huits substantifs, ou plutôt ces huit mots présumés tels, doivent 
être divisés également par une coupure qui formera deux propositions com- 
posées chacune de quatre monosyllabes. Et en efifet, en y regardant de plus 
près, on voit que *tiénff — voix* et «cJ — herbe», premier et quatrième 
mot du premier des hémistiches ainsi formés, présentent, au point de vue 
des choses qu'ils expriment, une relation non douteuse avec leurs corres- 
pondants du second, qui sont *dàu — trace» et *suomg — rosée», La voix 
du coq fait reconnaître son voisinage, comme la trace laissée par les pieds 
de quelqu'un fait reconnaître son passage. D'un autre côté Vherbe est, la 
nuit, imprégnée de rosée. Il n'est donc guère possible d'admettre une autre 
coupure, et non s avons bien là deux propositions parallèles, renfermant 
deux idées évidemment correspondantes. 

Cela étant, il n'y a plus qu'à découvrir quel est, d^ns chacune de ces 
deux propositions, celui des quatre substantifs qui fait fonction de verbe; 
car toute proposition suppose l'existence de cette partie du discours. Or, si 
on ne le détermine pas immédiatement dans la première, on voit que, dans 
la seconde, le mot «cWi* — trace» est seul susceptible de jouer ce rôle. 
Il suit de là, toujours en vertu du parallélisme, que dans le premier hé- 
mistiche, le verbe sera le mot correspondant à «dcm», c'est-à-dii-e •tieng». 
On s'apercevra bien vite alors que «</à - coq» et *giài/ — chaussure» étant, 
par la nature même des objets qu'ils expriment, des génitifs inséparables 



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KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 91 

et suivit le chemin dans la direction de Fombre (que formait) la lune 

en s'inclinant vers Toccident. 
Sur la route, dans les touflfes d'arbres \ partout régnait l'obscurité. 

Elle entendait le coq dans Fombre. Sur le pont trempée de rosée sa 

chaussure laissait une trace ^. 
Au cœur de la nuit, pauvre enfant qui parcours cette longue route, 2030 

je redoute pour toi ce voyage! j'ai compassion de tes fatigues! 

Au moment où au sommet des mûriers ^ Ton voyait s'éclaircir le ciel 
oriental, 

des substantifs «Uênff» et «cW-ti», ils doivent forcément les suivre dans leur 
fonction grammaticale*, et que si ces derniers mots sont verbes, ils doivent 
s'unir à eux pour former deu^ expressions verbales impersonnelles corres- 
pondantes, qui se traduiront en français par : € Il 1/ a des cris de coq» — 
^i II y a des traces de chaussures*. Cela étant bien établi, il est facile de voir 
que les substantifs « dêm — nuit » et « câu — pont », sont au locatif par po- 
sition, et signifient ^tdans la nuit*, ^sur le pont». ^Le pont de rosée*, c'est 
* le pont trempé de rosée*: Cette sorte de génitif elliptique est courante dans 
la poésie cocbinchinoise. 

Quant au mot «c^ — herbe*, le poète, comme dans une multitude de 
cas analogues, ne Ta probablement placé après le « dêm — nuit *, que pour 
sacrifier au parallélisme, en mettant dans le premier hémistiche, au rang 
correspondant à celui qu'occupe dans le second le mot *suong — rosée*, 
une épithéte qui lui corresponde par une certaine concordance d'idées. 
L'herbe étant souvent représentée dans la poésie comme trempée de rosée, 
le mot qui la désigne en annamite lui a paru suffisamment approprié à son 
but. U ne s'est guère inquiété de voir s'il constituait au mot *dêm — nuit* 
une épithéte bien nettement compréhensible. Les poètes de la Cochinchino 
ne s'embarrassent pas pour si peu ! « La nuit herbue *, c'est la nuit pendant 
laquelle la jeune fiUe foule Vherbe en s'enjuf/ant. On saisit cette relation avec 
un léger effort d'intelligence ; mais dans l'esprit du poète, le véritable mé- 
rite du mot €cé*, c'est qu'il répond bien au mot *surang*. 

Il faudra donc traduire littéralement ce vers comme il suit : 

*Il y a des cris de coq — (dans) la nuit — herbue; — Il y a des traces 
de chaussures — sur le pont — baigné de rosée,* 

3. Litt. : «Xe ciel — de V Orient — tout juste — commençait à s'éclaircir 
— au haut — des mûriers*. 

Il s'agit de ces mûriers nains qu'on cultive en bordure dans les champs. 
Voilà pourquoi l'auteur peut dire qu'on voit l'horizon s'éclairer à travers 
le sommet de leurs branches. Cette sorte de mûrier a été introduite depuis 
peu dans l'agriculture françjiise sous le nom de mûrier Lhnu. 



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92 KIM vAn KI£u TAn TRUY^N. 

Ba va nào dâ bîêt dâu là nhà? 

Chùa dâu trông thây nèo xa! 
2035 Eành rành tChiêu an am> ba chu* bày. 

Xâm xâm gô cfta birô-c vào. 

Tra tri, nghe tîêng, nrô-c, moi vào trong. 

Thây màu an màc nâu sông, 

Gîâc duyên sir tnr6*ng lành 16ng lien thirang. 
2040 Gan gùng nhành ngon cho tirông; 

La lùng nàng hây tim dirông nôi quanh. 

«Tièu thiën que à Bac kinh; 

«Qui su* qui phât, tu hành bây lâu. 

«Bon su* roi cûng dên sau; 
2045 «Day dua phâp bèu, sang hâu su* huinh. 

«Rày vâng dîên bien rành rành! 

1. Ces trois mots sont chinois. 

2. Litt. : « (Quant aux) rameaux — (et quant à) la ame .... » 

3. Litt. : * (Etant) étrangère, — la jeune femme — chercha — un chemin 
— de parler — par détours». 

4. Le mot âB signifie ««e conformer à la loi». Les bouddhistes dési- 
gnent sous le nom de « ^£ â^ tam qui — les trois qui », trois actions ou 
plutôt trois manières d'être qui consistent à suivre le bouddha, la loi et 
les règles du sacerdoce. Ces ^ â^ paraissent être la conséquence ou la 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 93 

elle marchait à Taventure, et ne savait où (rencontrer) une habitation. 

Au loin, tout-à-coup, elle aperçut une pagode, 

sur laquelle elle vit clairement inscrits ces mots : ^T&nvple de V appel 2035 

^àla retraite* ^ 
Elle alla droit (à cet édifice), heurta la porte et entra. 

Le gardien, entendant du bruit, vint au devant d'elle et Finvita à 
pénétrer dans Tintérieur. 

En voyant qu'elle portait un vêtement teint de la couleur marron que 
donne le SSng, 

le coBur bienveillant de la supérieure Gide duyen se prit de sym- 
pathie pour elle. 

EDe rinterrogea sur les moindres détails ^ afin de tout connaître 2040 
clairement; 

(mais) la jeune étrangère s'efforça de lui donner le change ^. 

«Je suis de Pékin» (dit-elle), 

« et depuis bien longtemps, embrassant la vie religieuse, je me suis 

> vouée au culte de Bouddha^. 
«D'ailleurs ma supérieure doit venir ici plus tard. 

«Elle m'a commandé de vous apporter ces objets précieux du culte ^ 2046 

«A ses ordres fidèlement j'obéis et vous les présente®!» 



réalisation des ^^ S dont j'ai parlé dans une note antérieure. Le pré- 
sent vers n'en mentionne que deux, le premier et le dernier. 

5. Litt. : itElle «l'a ordonné — de (vous) transmettre — (ces) de la loi — 
(choses) précieuses, — (et de,) me transportant (ici), — assister — le bonze — 
(mon) Jrère aîné ». 

Dans la religion bouddhique, les bonzes et les bonzesses sont considérés 
comme étant, au point de vue religieux, de même sexe. C'est pour cela 
qu'ils s'appellent tous indifféremment *huynk — frhre aîné», 

6. Litt. : */ace à face — je les présente >. 



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94 KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 

Chuông vàng, khânh bac bên minh àà ra. 
Xem qua, sir moi day qua: 
«Phâi noî Hàng thuy là ta hâu tinh? 
2050 «Hiên dô dirông sa mot minh; 

«CT dây ch6* doî sir huinh it ngày ! 

«Gôi thân dirçrc chôn am mây. 

«Muôî dira dâp dôi, thâng ngày thong dong! 

«Kê kinh câu eu thuôc long, 



1. Le kkành est une espèce d'instrnment de musique consistant en une 
plaque sonore suspendue à un cadre de bois plus ou moins ornementé, et 
dont on joue en la frappant avec un marteau. Il servait dans Tantiquité à 
régler, comme une espèce de diapason, le ton de tous les instruments de 
musique. Ainsi que Tindique la clef du caractère qui le désigne, on le fa- 
briquait avec une pierre sonore. On en a fait ensuite de différentes matières. 
Aujourd'hui le métal qui sert à sa fabrication est généralement le même 
que celui qui entre dans la composition des cloches. Celui dont il est parlé 
ici est en argent. C'est probablement une des espèces appelées ^ ^Ç 
Sank khânh OU ^§ St Tx^mg khânh; dénominations que le P. A. Zottou, 
qui a donné dans son Cursus lUteraturœ sinicœ (Vol. II, notœ prsBviœ, p. 67) 
une description complète de toutes les variétés de cet instrument, traduit 
par fistulai-is et hymnifer. 

Ces khânh, isolés ou multiples selon Tusage auquel on les destinait, 
ont été en usage à la Chine de toute antiquité. Nous voyons au 42* para- 
graphe du XIV livre du iâ|' ^^ Confucius lui-même jouer de cet instru- 
ment. Le livre des vers en parle en plusieurs endroits. (Voy. les odes ^t 

^' ^ !J^' ^ ^ ^^ ifi^O ^^^° P^^^' ^^ ^^^^^ ^^J^ ^^^^ employé 230o 
ans avant Tère chrétienne*, car on le voit mentionné dans le ^^ ^jR on 
Livre des Annales au chapitre intitulé « ^ ^ Vb cffng — le tribut de Vô », 
à l'occasion des contributions à fournir par les habitants de la province de 
1^ ^ 2>ir châu : *^ ^ ^ ^ Tich c^ khânh thfi -^ on foumissaU, 
larsqu^on en était requis, des pierres à polir les khânh». 

Les clochettes et cloches de toutes grandeurs sont, comme le khânh, 



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KIM ¥AK KIÊU TAn TRUYEN. 



95 



I Pïus) elle tendit la cloËhettê d'or et le Khdnh d'argent * qu'elle 

avait sur eUe, 
La supérienre les regarda et dit^ : 

cÊteg-TOOS donc da eouTeat de Hàng thày que dirige une amie à 

>moi? 
«Toos voyagez bien isolée^ nia fille ^! 206O 

I Restez ici quelques jourii en attendant ma sœur la supérienre! 

s An sdn de cette pagode^ vous pouvez vous établir. 

tVons en suivrez le régime , et vous y vivrez an jour le jour sans 

ï contrainte K 
Œn fait de prières^ vous réciterez celles qui vous sont habituelles 

>et que vous savez par e«înr'' j 

citées fiOQveEtt ûaub les clasâiqnDs. Elles semblent avoir formé avec les 
:Ambourfi (S^)» 1^ ^^^^ ^^ '^ muai que chinoise antique. 

ï. Lee Atmamites, qui sont peut-être plus formalistes encore que les 
Jhinoi», Dot dans leur langue de a termes spéciaux affectés aux différents 
legrés hiérarchiqneâ de la Boeîété; et cela, non seulement pour les pronoms 
personnels^ mais encore pour beaucoup de verbes qui, tout en rendant au 
cmd la même idée, Yaricnt selon le degré que la personne dont ils expriment 
'action occupe dans récheîle sociale. C'est ainsi qu'ici, au lieu du verbe <iinf)i» 
[m est employé dans les relations ordiimires pour exprimer Tidée de parler, 
e poète fait usa^e du mot *dc^* qui signifie proprement ^erueigner», parce 
ju'il s*agit de la supérieure d'un Couvent parlant à une de ses subordonnées. 
î*îl était question du roi, ce serait le verbe €pkân — juger, rendre une dédaion* 
[u'il faudrait employen II est cependant bon de noter que ces nuances, qui 
ont assez strictement observées dana le style élevé et particulièrement dans 
ft poésie, s'effacent plu& oit moins Jîms la conversation familière. 

3, Litt. :«...* (^yûfa) vertueuj: disciple/* 

4- Utt 1 * ... . dans le lieu — de la petite pagode — de nuages». 

Voir, pour rexpîication de cette singulière épithète, ma traduction du 
uc Vân T^Tif vers 1154, en noie, 

5. Litt. ; <{Qu^nt à) h «et — (ei) les légumes, couvrez — et changez (les 

ut pour Us aulrçs) — Us moU — (ti) les jours — à votre aise, » 

Les mots ^dàp âm tliôwj ti//%» dont je donne ci-dessus la traduction 

éraie, correspond à notre expression française * vivre au jour le jour». 

^ Lf tt. - * { ^^'J pHiî«ii — (set'Dfd) i£s phrases — ancienneji — possédées 



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^ 



96 KiM vAn kiëu tAn teuyçn. 

2055 «Hirong dèn viec eu, traî ph6ng quen tay>. 

SÔTD khnya ra mai phên mây, 

Ngon dèn khêu nguyet, tiêng chày nàng sircmg. 

Thây nàng thông huê khâc thirùng, 

Sir càng né mât, nàng càng vfrng chou. 



Le mot 4% kf signifie proprement les mouv^nents de main que les 
bonzes font en priant; ÛR kinh désigne les prières vocales. 

Le verbe se trouve ici, par position, renfermé dans Texpression que 
fonnent les qnatre derniers monosyllabes du vers. Cette application de U 
règle de position est mise en relief par la disposition parallèle que Ton cons- 
tate entre ce vers et le solvant, qui complète le distique, et dont le sens lit- 
téral est : €( Votre) nroioe — (sera) lea action» — anàeaneê; — le jeune — delà 
chambre — (sera) celui auquel vous He» JiabUuée — (quant aux) maint >, et OÙ 
il est facile de voir que ^huang dèn»^ litt ^Venceru et les lampée (Ventretien 
de Veneena et des lampes, le service du temple)» répond à •kê kinh», €vièceA* 
à €câu câ», et, par continuation du parallélisme, *quen tay» k ^h^ kinh» et 
à *trai phbng». 

Le mot €tay — main» est placé là pour obtenir dans la quantité des 
monosyllabes qui composent chacune des expressions correspondantes le 
parallélisme qui existe déjà dans les idées qu'elles représentent. L'emploi 
de ce mot est d'ailleurs justifié par la nature du verbe qui l'accompagne, 
la main étant l'organe de notre corps avec le secours duquel nous accom- 
plissons la plus grande partie des actions accoutumées de notre vie. 

La prière des bonzes, appelée «A;| kinh», se fait le matin à quatre heures 
et le soir à six. Un religieux entre alors dans la pagode et y récite la 
prière, qu'il accompagne de temps en temps par des coups frappés sur une 
cloche avec un instrument en forme de pilon. C'est ce que, dans leor 
langage spécial, ils appellent ^công phu — la corvée», 

1. Voir la note précédente. 

2. Litt. :«.... sortait (de sa cellule pour entrer sous) — le toit — aux 
doisons — de nuages», 

3. Voici encore un vers qui, tant à cause des inversions qu'il contient 
que d'un singulier artifice poétique dont use l'auteur, semble, à première 
vue, absolument incompréhensible. 

En effet, l'association de ces huit mots : ^Flamane, lampe, moucher, hue, 
bruit, pilon, lourd, rosée ne présente dès l'abord rien d'intelligible. Pour en 
démêler le sens, il faut commencer par éliminer les deux mots f^ii^ et 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 97 

«Vous ferez le service auqnel vous êtes accoutumée, et vous jeûnerez 2066 

> selon vos habitudes^ >. 
Matin et soir, entrant dans la pagode^, 

Kieu haussait la mèche des lampes et frappait du pilon à coups re- 
tentissants ^ 
En voyant cette jeune femme d'une rare perspicacité, 

la supérieure de jour en jour la comblait de plus d'égards, et de jour 
en jour KiSii lui témoignait plus de déférence^. 

9V<mg, qui n'ont ici d'autre rôle que celui de cheville. L'auteur avait besoin 
de compléter le premier hémistiche par un monosyllabe quelconque, lequel, 
en vertu du parallélisme, devait nécessairement avoir pour pendant à la 
fin du second hémistiche un autre monosyllabe exprimant une idée analogue. 
Comme les deux mots ^nguyèt — lunei et *stciyng — roêée» sont très 
fréquemment associés en poésie (probablement parceque la rosée se dépose 
sur la terre pendant les nuits où le ciel est découvert, et où, par conséquent, 
les rayons de la lune ne sont pas interceptés), il a adopté ces deux mono- 
syllabes, pour en faire la terminaisotn de chacun des deux hémistiches. 

On peut admettre cependant que, parlant de fonctions qui se renou- 
vellent avec la plus grande régularité, l'auteur a pu être conduit par la 
pensée de cette régularité même à choisir de préférence deux mots ex- 
primant des phénomènes qui se reproduisent pendant la nuit, laquelle vient 
réffuUèrement interrompre le jour. 

Quoi qu'il en soit, une fois ces deux chevilles éliminées, nous nous trouvons 
en présence des mots importants du vers (s'il m'est permis de m'exprimer 
ainsi). Ces mots sont placés dans l'ordre suivant : 

Ngon dèn khêu .... tieng chat/ nang 

Or, en examinant les trois premiers, il est très facile de constater d'après 
le sens même de ces mots qu'il y a ici une inversion. En effet, le mot 
kkht joue tm^oura (autant qu'on peut employer cet adverbe en parlant d'un 
monosyllabe annamite) le rôle de verbe actif. Son régime direct se trouve 
donc dans les mots ngçn dhn qui le précèdent, et il faut traduire : ^Elle 
haussait la flamme (la mèche) des lampes». Cela étant acquis, nous devons, en 
vertu du parallélisme, retrouver la même valeur grammaticale dans les trois 
mots correspondants *tiing chày ndng»-^ c'est-à-dire que l'adverbe ^nàng — 
lourd» deviendra un verbe (rendre lourd), lequel régira par inversion les 
deux mots <^tiêng chày — le hruit du pilon». Or * rendre lourd le hruit du 
pilon» ne se dirait pas en français; mais on comprend facilement que le 
sens de cette métaphore annamite est *appuger avec le pilon, frapper fort 
avec le pilon de manière à produire un bruit retentissant», 

4. Le mot *chan — pied» est ici pour faire le pendant de «m^ — visage» 
dans l'expression «ni mat — avoir des égards», litt. : «airotr égard au visage», 

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98 KiM vAn kiêd tAn truyên. 

2060 Cfra thuyën vira tràng cuôi xuân; 

B6ng hoa dây dât; vé ngâii ngang trôi. 

Gi6 quang, mây tinh thânh thoi. 

C6 ngirôi dàn viêt lên chai cû^a già. 

Dd* dô chuông khânh, xem qua, 
2065 Khen rang : «Khéo het cùa iihà Hoan nu(mg!> 

Gide duyên tliîêt y lo lir6*iig; 

Bêm thaiih mô-i liôi lai iiàug triidc sau. 

Ngliï rang : «Khôn nôi giau màu!> 



Les pieds servent d'ailleurs à une personne qui reçoit un ordre pour se 
rendre au lieu où elle doit l'exécuter, comme les mains servent à en opérer 
l'exécution elle-même. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'expression 
pittoresque ^Kè tay cJtan — les serviteurs», ceux qui sont pour ainsi dire les 
pieds et les mains du maître. 

1. Litt. : « .... /a nuance — d'argent ». 

2. Le mot Unh veut dire à la fois ^ calme et jwr»; mais on ne pourrait 
en français appliquer directement aux nuages la première de ces épithètes. 

3. J'ai omis, en rétablissant le texte en cAff nom de rectifier le premier 
des caractères de l'expression « Bàn viêt ». Il faut lire jfê et non ^J. Les 

iS j^ Bàn viêt ou ^l^ ^^ Bàn na sont des bienfaiteurs (jj^ ^ thl 
chu) des couvents bouddhiques. Au moyen des dons qu'ils leur font, ils tra- 
versent (j^) la mer de la pauvreté. Bana est le nom que porte en sanscrit 
la vertu de la charité religieuse et du renoncement. (Voy. Wells Williams, 
au car. >|^.} 

Le mot '^ (/ià, qui termine ce vere est une abréviation pour 'fjjf ^ 

già lam OU |i^ -ttp ^S tàng già lam, expression bouddhique qui vient du 
sanscrit sangharama et signifie *un monastère» ou «un couvent», (Voy. Wklls 
Williams, au car. -ttlf.} 



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KIM vAn KIËU TÂN TRDYIn. 99 

Devant la porte de la bonzerie le printemps, sur sa fin, passait. 206O 

Les fleurs couvraient la terre; en travers du ciel brillait la Voie 

lactée \ 
Le vent était vivifiant, le calme régnait; les nuages (d'un blanc) 

pur 2 étaient plaisants à là vue. 
Un pieux bienfaiteur vint faire un tour au couvent ^. 

Comme il examinait^ les objets du culte, il considéra la clochette et 

le Khdnh. 
«C'est singulier!» dit-il, en les admirant. «Ils sont absolument pareils 2065 

>à ceux qui sont chez madame Hoqn!> 
Gide duyên en son cœur ressentit quelque inquiétude, 

et, prenant à part la jeune femme ^, elle la pressa de nouvelles ques- 
tions. 
Pensant qu'elle ne pourrait lui celer la vérité^. 



4. Litt. :«....»/ soulevait*, 

5. Litt : *Par une nuit sereine ». Dans les pays chauds surtout 

la nuit est, lorsqu'elle est belle et sereine, le moment des promenades, et, 
par suite, des apartés et des confidences. De là cette expression métapho- 
rique. 

6. Litt. : « EUe réfléchit — disant que — difficilement — elle parviendrait 
à dissimuler — la couleur (les apparences),» 

Le verbe «noi», qui signifie littéralement * surnager» est ici par position 
au causatif, et se traduirait par * faire surnager». Il est assez facile de 
comprendre la relation qu'il y a entre cette signification primitive du mot 
et son sens dérivé qui est ici «parvenir». Un objet qui surnage n'est pas 
perdu; on peut s'en emparer-, mais il en est autrement de celui qui va au 
fond de l'eau. Ici, le résultat à obtenir est une action, celle de «dissimuler 
les apparences»; et cet action est assimilée à un objet qu'on ne pourrait 
faire surnager sur l'eau. On ne pourrait saisir cet objet, puisqu'il serait 
allé au fond; c'est-à-dire que l'on ne peut atteindre le résultat désiré. 

Màu — la couleur, et par dérivation «les apparences, les manifestations 
extérieures» désigne métaphoriquement les signes auxquels on reconnaît la 
vérité d'un fait, d'une situation. En effet, de même que la couleur d'un 
objet le fait saisir à nos yeux, de même les indices visibles fout reconnaître 
la véritable situation des choses, la vraie nature des événements. 

7» 



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100 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Su* mlnh nàng mdi gàt â&a bày ngay. 
2070 «Bây gîir su* dâ dirông nây, 

«Phân hèn, dâu riii, dan may, tai ngir6i!> 

Gide duyên nghe nôî rang rôi. 

Nfra thn-OTig, nù'a sçr, bôî hôî châng xong. 

Df tai nàng moi gîâî 16ng : 
2075 «6 dây cira Phâty là không hep gi! 

«E châng nhtrng su* bât ky; 

«Bè nàng cho den thë thi cûng thircng! 

<Lânh xa tra-ô-c! Lien tâm dirông! 

«Ngôi chfr nu'ô'c dên nên dwông con quêîj 
2080 C6 nhà mu Bac bên kia; 



1. Litt. : €( Quant à) raffaire, — éCéUt-n\ême — la jeune femme — f^ 

— (quant au) talon — (et quant à) la lête — Vexpoaa — tout droU>, 
L'expression * quant au talon et à la tête* ou, ce qui revient an même, 

«cZm talon à la tête* ressemble beaucoup à notre locution €deUi tête au pied*] 
mais cette dernière manière de s'exprimer ne s'emploie pas en français lors- 
qu'il s'agit d'un fait moral. 

2. Litt. : « (Quant à — ma) condition — viU, — Jtoit — le malheur, — m^ 

— le bonheur — est en — vou*!* 

3. Litt. : «. . . . la porte — de Phât — (qui) est — non - étriÀte — » 
quoi (que ce soit)*, 

4. Litt. : < Je crains, — qui sait f — des choses — sans — terme f^*i 
La finale ^ctiàng* (modification de ^chang*^ lequel est pour tha^làdutng 

— ou non *), qui se place d'ordinaire à la fin des phrases et leur donne nn 
sens interrogatif ou dubitatif, se trouve, par l'effet d'une licence poétique, 
transposée immédiatement après le verbe. Je la traduis dans l'explicatiw 



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Kl M VÂN KIËU l'iN TRUYÊN. 



101 



deniièrei loi exposa f^n^ détours mn histoire d'au bout à 



re' 



aloïÊnaiit i|tie les choses ont toumé aiiisii*, dit-elle^ 



2070 



tene?. datis voa mains la perte et le mini d'une pauvre créa- 

uym à ces mois fut saisie de frayeur. 

idae entre la compassion et la crainte, elle ne pouvait sortir 

on indécision. 

parlaut à Voreille de I^ii^ elle lui fit connaître sa pensée. 

dit-elle, ^ dans la maison de Phâty on ne contraint qni que ce 2076 

(cependant) je crains qnll ne survienne quelque événement 

3révn^, 

je vous Y laissais exposée '\ j'aurais (ensmte) k vous plaindre! 

£ avant, fuyez loin ! Voyez à eberclier votre voie! 

dre ici sans houger que le flot monte et vous arrête serait 

ise par trop inepte ** ! » 

in de là demeurait une vieille femuie nommée B^, 208O 

de eta vtjtn par ^^ mUf^ atln de lui couder ver ie plus possible 
iT dubitative. 

itt. : * Si je Imê^JtU — (txttaj Jeunt J'enmit -- jitMqu'à (cm choses là), 
ite maitièrû ^ alors — taul ausiri bïen — je vous pùùndrais!» 
eat pour iftë d^, comme je Vi\\ exp!i(]ué plus Ijaut. 

Itt. : < liestant. asêùfe — &tteiuire que ^ frua — nrHm — deviendrait 
itnière — tPmàe (toUe) jWe de campaffjti^f* 

era fait alhi&iim à un dicton anïmiuite doat ]n vulgariré fait un sin- 
ontraste avec la di^Jiîté de In ]jrr!^oime dans la btmclir de laciuelle 
: le Etei:. Four exprimer iprune ypreoime court un danger menaçant, 
|ue l'eau lui monte jusqu'à cette partit^ du corps que l'on appelle 
potie/; fnuéc Uri trôiij. C'est qu'eu effet lorsque, daua une inondation 
Œiple, un H'i'Nt taîssé «iirpreudrc par le tiot et qu'il est arrivé à cette 
, il n eal pltiâ possible de courir pour lui éebupper. 



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p-'r^^^^VW^ 



102 KIM vAn KIÊU TAN TOUYÊN. 

Am mây quen loi di vë dâu hirang. 

Nhân sang, dân hêt moi dirông, 

Don nhà hây tam cho nàng trù chou. 

Nhirng mâng dirçrc chôn an thân, 
2085 Voi vàng nào kip tinh gân tînh xa? 

Nào ngô* cûng to bom già, 

Bac bà hoc vôi Tû bà dông mon? 

Thây nàng lat phân dirçrm son, 

Mâng thâm dircrc chôn bân buôn cô IM. 
2090 «Hir không ! » dàt bô nên IM ! 

Nàng dà giôii giâc rang rôi lâm phen. 

Mu càng xuôî duôi cho lien ; 

Lây 16i hung hièm ép duyên Châu Trdn. 

1. Litt. : €(Dan8 la) pagode — de nuage», — éiant famUUariaée avec — let 
sentier 8, — elle allait — et venait — (quant à) VhtUle — et Veneenê». 

2. Litt. : « . . . . est-ce que — elle était à temps — de calculer — le près 
— et de calculer — le loinf* 

3. Litt. : «. . . . du même — ancêtre — une drôlesse,* 

4. Le root M mon — porte est assez souvent employé dans les textes 
chinois non seulement dans le sens de secte, classe, profession, mais encore 
dans celui d'école, Confucius l'emploie déjà ainsi dans cette parole, qui est 
rapportée dans le É^ ^ Luân ngù (Liv. XI, § 2). 

già, giai h4t câp mon dà. — De tous ceux qui m*ont suivi dans Tétat de 
Trân et dans celui de Thài, on n'en trouverait aucun dans mon école». 



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KIM vAn KIËU tAN TKUYÊN. 103 

qui fréquentait la pagode, oflrant de Thuile et de l'encens '. 

Gide duyên la fit venir et lui donna ses instructions 

afin qu'elle disposât sa demeure pour y donner à la jeune femme un 

asile provisoire. 
Toute à la joie d'avoir trouvé une retraite paisible, 

(KiSu) ne put, dans son empressement, ni calculer ni réfléchir 2. 2085 

Pouvait- elle se douter (qu'elle avait aflFaire) à une vieille misérable 

de la même catégorie % 
et que Bac bà avait étudié à la même école ^ que Tu bà? 

Voyant cette jeune personne au teint de rose et de lys*, 

la vieille se réjouit en son for intérieur de cette occasion de bénéfice. 

«Ce qui tombe dans le fossé ... ! » Elle savait le proverbe^! 2090 

Saisie d'eflFroi, la jeune femme ne cessait de frissonner. 

La matrone la pressait sans lui laisser de répit, 

et voulait, par d'aflfreux discours, la contraindre au mariage'. 

5. Litt. : «. . . . à couleur pâle — de céiniêe, — à couleur vive — de ver- 
millon,» 

6. L'expression «Atr không — litt. : gâté et vide» signifie généralement 
« sans cause » et désigne subsidiairement, comme c'est le cas ici, « une chose 
dont on ne pouvait prévoir la rencontre et que Ton trouve par hasard, wie 
aubaine». 

7. Litt. : < PrenaTit — de.9 paroles — effrayantes - elle forçait — Vunion 
— de Châu — et de Trltn^, 

On dit en chinois « it j^fc ^^ tSS Cçng kiet Châu Trân » pour « am- 
tracter un mariage». Dans l'ouvrage intitulé ^Bông châu Wi quôc» et qui 
est une histoire romanesque des petits états qui subsistèrent en Chine du 
huitième au troisième siècle de Tère chrétienne, on voit des alliances se 



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104 KIM VAN KIÊD tan TBUYÇN. 

Rang : ^Nàng muôn d&m mot thân, 
2095 tLai mang nay tîêng du- gan lành xa! 

cKhéo! Oan gia càa phà gia! 

cCon ai d&m gm vào nhà ntra dày? 

«E^p toan kiëm chôn xa dây; 

cEiông nhirng, chô* de ma bay dirfrag trôi? 
2100 tNoi gan, thl châng tien noi; 

cNoi xa, thi châng cô ngirM nào xa! 

tNây chàng Bac hanh châu nhà. 

«Cûng trong thân thfch mot rà; châng ai! 

former fréquemment entre ceux de ^ Châu et de ^ Trân, (Test de U 
qu'est venue l'expression qui nous occupe, et dans laquelle les familles qui 
s'allient par le mariage de leurs membres sont comparées à ces deux pe- 
tits royaumes. 

1. Litt : € . . . . quant à — dix mUle — dam — tin wniqut — corpt,> 

2. Litt : « (et) en outre — vouê êtes entachée cT — tme réputaHm — 0^ 
quej le cruel — eH près — et le doux — eH loin/» 

^ Mang 9 signifie ^porter suspendu au cou ou à VépauLe»; et c2^», lors- 
qu'il est placé après un autre verbe, indique en général que l'acte exprimé 
par ce dernier est fait par le sujet pour lui-même, que l'effet de cet acte 
le concerne lui-même et non un autre. Quant aux mots €<iô ^ W a»»» 
ils se rapportent au mot *-l<n» sous -entendu ici par l'auteur, et âgnifi^ot 
« les méchantes paroles sont rapprochées, les bonnes sont éloignées >. De pItUi ^ 
dicton devient par position un véritable adjectif composé qualifiant le Bob»- 
tantif ^tiëng — renommée * qui le précède. 

3. Litt. : « un lieu — de tordre — (oh Von torde pour vw) - ^ 

lien*. 

Il s'agit des liens tordus par le vieillard Nguyêt l3o, (Voy. la note som 
le vers 549.) 

4. Litt. : *(SiJ vous restez oisive, — est- ce que — il y aura de îafoàBi 
— pour — voler - dans le chemin — du cielt» 



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Kl M vAn KIÊU tAn truy|n< 105 

êtes^j lui dit-elle, «isolée, éloignée de votre pSLyn\ 

• Tons VoD dit plus de mal que de bîeu^^! 

:i ^îent des maisone qiie le destin poursuit corrompt, certes! 

autres familles \ 

oudrait encore ici Yooâ accneiltir dans ^ demeura ? 

t TOUS hâter de chercher nn parti *, 

TOUS n'ayez plus aucun moyen de Balut^ ! 

a près dici rien de convenable \ 

a de ces lieux vous n'atmes personnel 

mon neveu Bac hqnh, 

nn de mes parents directs, et non point le premier venu*! 

Ziiu. n'accepte pas le parti qu'on lui offre^ elle ce trouvera sur cette 
icun chemin par où eïle puisse éch:ipper. Il faudrait, pour ce faire, 
9'envoïât au ciel, chose qui lui est impossible, 

tît, : « Le lieu — rapproché — tTmi f^êiê — nt pas ^- est commode — 
que) Uèu^M 

lemier * mn> ne doit pas être considéré comme un substaotif qua- 
' l'adjectif *ii^n* qui le pri^eêdc; car daus co cas le génie particu- 
la langue annamite exigerait qu'il ffit suivi de ce dernier. Ce mot 
îent par position uu véritable adverbe de manière. Il existe, il est 
elques Joeu rions où l'adjectif semble être plaeê avant le substantif, 
cela a lieu eu cbinoia (voy, la grauuuarre aouaiuite de P»" TnrcVng 
\\ p. 31); mais outre que dans ces cas, fort rares d'ailleurs, la va- 
bfitantive du monosyllabe qui suit Tadjeetif pourrait être contestée, 
rois pas qu'il y ait des motifs auflisantà pour regarder i'cxpression 
1^1 comme une nouvelle exception h cette règle si générale en an- 
qtii veut que Tadjcctif soit toujours placé après le ûoui qu'il qualifie, 
itt, : « Toui aiiêH iiien — il e^t pm-mi — (met) parentr — ^ entrailles ; 
iu» — il eH (im) qui fit 

fjrèpoaition *iron0 — ptsmd* devient ici verbe par [>o&ition. 
Ht au mot «ai — quif» qui termine le vers, il joue ici un rôle des 
iguliers- 



2095 



1^^ 



2100 



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Gomc 



106 KiM vAn kiêu tAn truyçn. 

«Qu'a nhà buôn bân Châu thai:^ 
2105 «Thiet thà c6 mot, doii sai châng hë! 

«The nào nàng cûng phâî nghe! 

«Thành thâu roi se lieu vë Châu thai. 

«Bây giô* ai lai biêlt ai? 

«Dâu long bien rong, sông dài thinh thinh. 
2110 «Nàng dâu cbâng quyêt thuân linh, 

«Trâi loi nèo tru'ô'C, luy minb dên sau!> 

Nàng càng màt û, mày châu. 

Càng nghe mu nôi, càng dau nhw dan. 

Nghï minh tung dât sây chan! 
2115 The cùng nàng mô*i xa gân thô* than : 

«Thiêp nhw con en lac doàn; 



Ce mot, qm est ordinairement un pronom, se transforme ici par position 
en un véritable substantif. *Bac hanh n'est pas (un) quif»; c'est-à-dire : il 
n'est pas de ces gens dont on dit : ^qui est-il f»,- il est connu, et non pas 
le premier venu, un étranger. 

1. Litt. : ^(En fait d*J être honnête, — U y a — V unique (lui); — (quant 
au fait d*J être siîicère, — à manquer à sa parole — i7 ne penserait pas!* 

2. IJtt. : ^ (Lorsque) d'établir — (votre) personne — vous aurez achevé, . . .» 

3. Litt. : ^Au gré de — votre cœur — (qu'il y ait) la mer — vaste — et 
les fleuves — loTigs — d'une manihre immense! — (livrez-vous sans frein à vos 
désirs !) » 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 107 

«n possède à Châu Thai une maison de commerce. 
« Sa sincérité est extrême ; jamais il ne voudrait tromper ' ! ^^^^ 

«Bon gré malgré, jeune femme! il vous faut écouter (mes paroles)! 
«Lorsque vous serez mariée^, vous verrez à vous rendre à Châu thai. 
« (Tous les deux) jusqu'à présent vous n'avez point fait connaissance. 
«A votre guise livrez-vous aux épanchements de l'amour^! 
«Si vous n'êtes pas décidée à vous montrer obéissante, 2110 

«si tout d'abord vous me résistez*, plus tard il vous en coûtera!» 

Les traits de la jeune femme s'assombrissaient de plus en plus; de 

plus en plus ses sourcils se fronçaient. 
Plus elle écoutait les paroles de la vieille, et plus son cœur était à 

la torture \ 
Elle pensait à son extrême embarras, à la chute qu'il lui fallait faire ^! 

Réduite aux abois, en soupirant elle parla ainsi : 2115 

«Telle que l'hirondelle égarée loin de ses compagnes 



4. Litt. : « Si vou» êtes opposée à — mes paroles — dans le sentier — d'à- 
vanij — vous attirerez des mécomptes à — vous — (pour) plus tard*. 

Le mot €néo — sentier » est employé dans un sens détourné et un peu 
vague. 11 répond ici assez exactement à notre mot * conjonctures*. On trouve 
fréquemment le substantif <dàng — chemin »t employé d'une manière ana- 
logue. 

5. Litt. : « de plus en plus — souffrait — comme (si) — on battait 

sa chair à coups de marteau*. 

*Ddn* signifie proprement <t battre la viande pour la mortifier*. 
0. Litt. : €Elle réfléchissait — (sur ce qu) elle-même, — acculée — quant 
au terrain, — portait à faux — le pied!» 



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108 KIM vAN KIÉU tAN TRUYÊN. 

«Phâî cung, rày dâ sa làn mày cung! 
«Cùng dàng, dâu tfnh chtr ^tiing^'^ 
«Biêt ngtrM, biêt mât; bîêt long làm sao? 
2120 «Nfra khi muôn mot th^ nào, 

«Bân hùm, buôu qui, châc vào lirng dâu? 



1. Litt. : € Ayant êupporlé V action pr^udiciable de — Varc, — maiTiCenant 
— désormais — je crains — la portée — du ressort — de tare/* 

Nous avons en français, en style plus familier, un proverbe analogue : 
<Ckal échaudé craint Veau froide», 

La signification que je donne ici au mot *phài» est celle qu'il a, non 
seulement devant un verbe qui exprime une action préjudiciable au sujet 
(cas spécial où il devient une des marques du passif), mais encore devant 
un substantif qui désigne un instrument^ un objet, une action, une influence 
capable de nuire à une personne quelconque. On saisit facilement comment, 
de l'idée de nécessité exprimée primitivement par ce verbe dont le sens 
primordial est ^ falloir, devoir», on peut passer à celle qu'il exprime ici. 
Celui qui souffre une action préjudiciable pour lui y est condamné par sa 
destinée. Il doU la souffrir, quoi qu'U fasse. Les croyances d'un peuple se 
retrouvent jusque dans la phraséologie, et il n'y a rien d'étonnant à ce que 
le fatalisme bouddhique des Annamites se reflète jusque dans la forme du 
passif adoptée par eux, lorsque ce passif renferme en lui-même l'idée de 
châtiment, de condamnation ou simplement de préjudice inévitable. (Voir, 
sous le vers 74, la note sur les différentes acceptions du mot «|^ dttyên».) 

2. Litt. : « *» — je songe à — mettre en pratique le caractère jfSt 

(tung), > 

Les deux dcniiei-s mots du vers deviennent par j^sition une expression 
verbale. L'auteur ne pouvait faire suivre le verbe ^dnh — compter, songer 
à» du simple mot <itu7ig»i car, outre qu'il lui fallait placer avant un autre 
monosyllabe affecté d'un des tons tràc, ce mot *ihng» est un vocable chi- 
nois qui ne s'emploie guère seul en annamite dans le Sens qu'il a ici. Il 
fallait indiquer par le procédé ordinaire (lequel consista à faire précéder 
les termes de cette nature du mot ^chiH — car€ictère») qu'il s'agit ici de 
l'une des Trois obéissances C~^ 4&\ ^ savoir celle qui concerne la femme 
dans ses rapports avec le mari; mais alors, le verbe corrélatif à ^thût» 
manquant, c'est l'expression entière «i^ :^ chu tung» qui doit forcément 
en jouer le rôle. Il ne faut donc pas traduire ces deux mots par « le carac- 
tère ;^», ce qui n'exprimerait pas l'action supposée par le verbe ^Unk» 



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-TW- 



KIM VAN KIÊU tAN TRUYÊN. 109 

cet blessée par une flèche *, maintenant je crains la portée de l'arc! 

«Si, me voyant à bout de ressources, je me décide^ à épouser cet 

> homme, 
< en faisant connaissance avec lui, j'apprendrai bien quel est son vi- 

>sage; mais que saurais-je de son cœur? 
«Si, dans la suite, il arrivait quelque événement imprévu', 2120 

«ayant traité sans garantie, quelle assurance pourrais-je voir^? 



qui signifie € compter, songer à faire quelque chose », mais bien, comme je 
le fais, par ^meitrt en pratique le caradkre 4jt*' 

3. Ldtt. : « En outre — quand — dan» dix mille (choses) — U y (en) aura 
une — cTuTte mamère — quelle gttelle soit,* 

Ce vers, extrêmement concis, ne peut être compris sans une stricte ap- 
plication de la règle de position. ^Muôn — dix mille* est au locatif par 
rapport à *môt — une», comme l'indique la place qu*il occupe et qui est, 
surtout en poésie, celle des expressions circonstancielles de temps ou de 
lieu. *Mçt» est verbe, comme étant le seul mot de la phrase susceptible 
d*avoir cette acception que nécessite forcément la présence de la préposi- 
tion <^khi — quand* au commencement de la phrase. Enfin le mot «nào» 
qui la termine, et qui signifie ordinairement ^qml ou quelle*, prend ici le 
sens de < quelle qtie ce soit, quelconque* qui doit lui être attribué toutes les 
fois quMl se trouve dans une phrase exprimant une supposition, un doute, 
une conditicm, comme aussi dans les phrases interrogatives ou négatives où, 
soit la particule de négation ^îchfhig ou ekung», soit toute autre particule 
équivalente se trouve exprimée. 

L'expression ^une chose sur dix mille* signifie ««n événement imprévu quel 
qu'il soit*. En effet, lorsqu'il s'agit de prévoir les événements qui peuvent 
arriver, le champ est illimité; on peut en supposer dix mille, c'est-à-dire 
une quantité aussi grande qu'on te voudra. 

4. Litt. : « Vendant — le tigre — et trafiquant de — le diable, — (le fait 
d*) être sûre — qu'ils entreront dans — (mes) reins (ma ceinture) — est ouf* 

La figure que contient ce vers, tout obscure qu'elle soit au premier 
abord, est incontestablement d'une grande originalité. 

On ne vend pas sérieusement à quelqu'un un tigre ou un diable; car il 
est évident que cette terrible marchandise est par trop difficile à livrer; 
d'où suit la présente métaphore pour désigner un contrat illusoire, dans 
lequel l'une des parties est dans l'impossibilité absolue de savoir quel marché 
elle fait en réalité. — Les Annamit^'s sont dans l'habitude de placer dans 
leur ceinture l'argent ou les choses précieuses qu'ils reçoivent ou portent 
avec eux. 



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1 10 KIM vAn kiêu tAn 'mUYÊN. 

«Dâu ai long co sô* eau, 

«Tâm mînh xîn quyêt vô*i nhau mot loi! 

«Chirng mînh c6 dât c6 tr6i, 
2125 «Bây gibt virot bien ra khai quân gi?» 

Dircrc 15i, mu moi ra di, 

Mâch tin ho Bac. Tire thi sâm sînh. 

Mot nhà don dep linh fflnh; 

Quét sân, dàt trâc, riht binh, thâp huxmg. 
2130 Bac sanh qui xuông voi vàng, 

Quâ loi nguyen hêt Thành hoàng, Tho công. 

1. Litt. : *Si — quelqu'un (vous) — datiê (son) cœur — a — et qu - ^ 
demandCf » 

Voir, pour cet emploi du mot «at» la note de ma traduction du Lue 
Vân Tiêo, sous le vers 206. 

2. Litt. : « (Quant au) cœur — jurant devant la Dwinité — je vous demoMâe 
<r — affirmer — envers moi — un mot!» 

Le mot «^s tikau* qui répond au Jfl chinois, exprime parfois comme 
lui une action unilatérale. 

3. Litt. : « de, naviguant sur — la mer, — nCéloigner — au lary^ 

— je m'inquiète — en quoif* 

4. Pour accomplir la cérémonie. 

6. Litt. : « En excédant — les paroles — il prie — en tout — Tkành hoàfig 

— (etj Tho công*. 

Thànli hoàng est regardé comme le dieu tntélaire des villages. Je trouve 
dans le célèbre livre annamite intitulé « Bien phân ta cJihh (^ J^ ^ 
"ïp ) Tori^ne du culte dont ce personnage est Tobjet. 

«Ce Thành hoàng ^^ dit Touvrage que je viens de citer, «était nn géoé- 
»ral qui vivait sous la dynastie des ^àng et s'appelait Truang tuSn. Il 
» remplissait les fonctions de vice-roi. Une révolte ayant eu lieu, il fut vainra 
» dans un combat qui se livra sur une plage de sable. Lorsque le Roi ^ 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 111 

«Si VOUS avez réellement Fintention de réaliser cette alliance*, 

< veuillez me le garantir par un engagement sacré ^! 

< Avec le ciel et la terre pour témoins de cette promesse, 

€ sans plus d'inquiétude, je suis prête à tout affronter^ ! > 2125 

En possession de ces paroles, la vieille alla 

prévenir Bac. On prépara aussitôt (les présents de mariage); 

on disposa une maison bien montée. 

La cour fut balayée; on y plaça des estrades, on nettoya les vases, 

on alluma Fencens. 
Bac sanh s'empressa de s'agenouiller •, 2130 

et, avec un flux de paroles, prit Thành Hoàng, prit Tho công^ à 
témoin de son serment. 

>prit que Trunmg tudn avait perdu la vie dauB la bataille, il lui décerna 
» aussitôt le titre de Thành hoàmj (WJ ê.) ^^ ^"^ éleva un temple pour 
»ry adorer, voulant ainsi reconnaître la loyauté sans tache de ce fidèle 
• sujet». {Bien phân ta chhih, p. 88.) 

Quant à Tho côny, le dieu des jardins chinois, le Bi^n phân le confond 
avec Tho ché, lequel, d'après cet ouvrage, n'est autre que ^C ^ Viecmg 
cJiéU, un des immortels les plus célèbres parmi ceux qui rêvèrent les Bao 
«7. Cependant Mgr. Tabkrd, dans son Dictionarium anamilico-lalinum, les 
considère comme deux pereonnages distincts. 

Voici ce qu'en dit le livre chinois intitulé ^)J ^l|| >tt Li^l tien truyèn 
— Jliêtoire des Immortels» : c^C ^ Vtcang chat était im homme de ^B^ 

»4U Cu châu qui vivait sous les ^- Tdn, Il alla dans la montagne pour 
> abattre des arbres, et s'avança jusqu'à ^ ^ ijl Thach tMt tan (la 

> montagne de la maison de pierre). Ayant aperçu dans la grotte des vieil- 
» lards qui faisaient une partie d'échecs, Chéit déposa sa coignée et les re- 
> garda (jouer). Les vieillards lui donnèrent un objet qui ressemblait à un 

> noyau de jujube ; ils lui ordonnèrent de le garder dans sa bouche et d'en 
» avaler le jus. (Ils lui affirmèrent qu'en ce faisant) il ne ressentirait plus 
>ni la faim ni le soif. Voilà longtemps que tu es ici! lui dirent-ils ensuite; 



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112 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

Tnrô*c sân 16ng dft giâi lèng; 

Trong màn làm le ta hông kêt duyên. 

Thành thân, môî nrô*c xuông thuyën; 
2136 Thuân buôm mot là xuôi mien Châu ihai. 

Thuyën viira dâu bên thành thoî, 

Bac sanh lên tnrô*c, tim noî moi ngirôi. 

Cùng nhà hàng vien xira nay! 

Cûng phirfmg bân thit; cùng tay buôn ngirM! 
2140 Xem ngirM dinh giâ vira roi, 



»tu feras bien de t*en retourner. ChéU prit (donc) sa collée; mais le manche 
» était réduit en poussière! Il se rendit chez lui en toute hâte. (Or depuis 
»quMl avait quitté sa demeure) il s'était écoulé plusieurs siècles et il y avait 
» bien longtemps qu'il ne restait plus personne de sa famille. D rentra dans 
^ la montagne où il reçut le ^^ Buo (embrassa les pratiques du Taosséisme). 

^0n Ty rencontre souvent.» (^j ^|I| ^ Liv. III, page 3, verso.) 

Cette histoire est précédée dans Tcxemplaire que je possède d'une gra- 
vure chinoise où Ton voit Vttang Chdl qui, coiffé d*un grand chapeau de 
paille, s*appuie les bras croisés sur un rocher dans une posture pleine d*a- 
bandon, et regarde d'un air à la fois curieux et sagace les deux Immortels 
absorbés par leur partie. Les figures de tous les personnages sont remplies 
de naturel et d'expression; mais, chose singulière! Téchiquier sur lequel 
les deux joueurs concentrent toute leur attention est absolument vide de 
pièces! 

La version que je viens de traduire du ^|| ^}^ 4jfL ne montre nulle- 
ment pourquoi Vttcmg Chat est considéré par les Chinois et les Annamites 
comme le génie protecteur des jardins. Celle que je trouve dans le Bi^ 
phân et qui diffère considérablement de la première donne au contraire une 
explication très naturelle de cette croyance. 

Tf^ ché (^ i)» lït-on dans cet ouvrage, était un homme qui vi- 
vait au temps des Tâln. Il s'appelait Vuomg ChêU, était bûcheron et demen- 



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KIM vAN KIËU tAn TRUYÊN. 113 

Au lieu de la cérémonie les cœurs s'étaient épanchés. 

Dans la chambre nuptiale on accomplit les rites du mariage \ 

et, lorsque Tunion fut consommée, (Bac) conduisit (Kteu) à une bar- 
que dans laquelle il la fit descendre. 
La voile obéissante les poussa vers le pays de CMu ihai. 2136 

Dès que le bateau eût en sûreté accosté Tembarcadère^, 

Bac sanh débarqua le premier et s'enquit d'une maison publique \ 

C'était encore un comptoir comme l'autre ! 

Un marché de chair (humaine ! et là se trouvait) encore une per- 
sonne faisant commerce de ses semblables ! 
Dès qu'elle eut vu la jeune femme et que l'on eut fixé le prix, 2140 



r^t dans le pkâ de Son tây ( ^J ^Y Comme il était allé un jour faire 
du bois sur une montagne nommée Thqx:li ihàt, H y* vît de mauvais esprits 
lui apparaître sous la forme de joueurs d'échecs. S'étant aussitôt appro- 
ché pour regarder (la partie), ces démons lui enlevèrent tout sentiment, et 
Tempôchèrent ainsi de retourner chez lui. Ils donnèrent en outre à son 
visage une laideur extraordinaire. Lorsque plus tard il fut revenu à lui et 
retourna dans sa maison, ses enfants lui voyant ce visage étrange ne le 
reconnurent point et le prirent pour un imposteur. Vuomg CMt fut tiès 
affecté de se voir méconnu par ses petits fils (%ic). Il les quitta, s'en fut, et 
construisit immédiatement dans un coin du jardin une espèce d'appentis 
dont il fit sa demeure, afin de pouvoir, en allant et venant, apercevoir ses 
petite enfants. Après sa mort ces derniers construisirent sur l'un des côtés 
du jardin une cabane en forme d'appentis dans laquelle ils l'adorèrent, 
parce qu'ils pensaient qu'il leur avait autrefois rendu quelque service en 
surveillant le jardin lorsqu'ils se trouvaient absents. (Bien pMn ih chhik, 
p. 92.) 

1. Litt. : ^Dcms Vintérieur de — les tentures — faisant — les cérémonies 
— de la soie — rouge — i^ Tiouèrent — Vunion-», 

2. Litt. : « . . . . wn lieu — de tous les — hommes*, 

3. 4nr ^^ Hàng vièn signifie littéralement : ««n enclos renfermant des 
marchandises ». 

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114 KiM vAn kiêu tAn TRUYÇN. 

Moi hàng mot dâ ra mirôi, thi buông. 

MirÔTi ngirôi thuê kiêu nrô*c nàng; 

Bac dem, mât bac kiêm dàng cho xa. 

Kiêu hoa dât tnrô*c thëm hoa; 
2145 Ben trong thây mot mu ra voi vàng. 

Du-a nàng vào lay gia dàng. 

Cùng thân mày trâng! Ciing phu-ông lârU xanh! 

Thoât trông, nàng dâ biêt tinb! 

Chim long khôn nhë cât minh bay cao! 
2150 «Chém cha câi sô hoa dào! 

«Gô* ra, roi lai buôc vào nhu* chai! 

«Nghï dW ma ngân cho dôi! 

1. Litt : €U argent — ayant été apporté, — le visage — ingrat — cherCW 
— (un) chemin — pour — s^ éloigner». 

Il y a ici un assez médiocre jeu de mots qu'il est impossible de coa- 
server en français, et qui roule sur la similitude existant entre le nom ^^ 
faux mari de Tvy kiêu d'une part et, de Tautre, la double signification du 
mot «ôoc», lequel veut dire à la fois * argent» et * ingrat». 

2. Les mots ^kiêu hoa» sont le renversement de l'expression chinoise 
« "^^ i^ hoa kiêu » qui désigne la chaise à porteurs de cérémonie dans 
laquelle les nouvelles mariées sont conduites à la maison de leur époox. 
Le poète l'emploie par ironie, et fait allusion au mariage simulé au nmyen 
duquel on a trompé la jeune femme. Quant au mot ^Jtoa» qui sert d'épi- 
thète au mot ^ihim», il est susceptible d'un double sens, et peut être com- 
pris, soit dans le sens des relations impures qu'il désigne métaphoriquement^ 
soit avec sa signification primordiale, les vérandas étant généralement ornées 
de vases de fleurs et de plantes grimpantes. 



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KiM vAn kiêu tAn truyen. 115 

racheteur, voyant qu'il gagnerait dix pour un, se décida, 
n loua des hommes et une chaise pour aller prendre Kiêu, 
et ringrat Bac, ayant touché son argent ', s'arrangea pour s'esquiver. 

Lorsque devant la vérandah fleurie^ Ton eût déposé la chaise de 

noces, 
(Kiêu) vit de l'intérieur accourir une vieille femme. 2145 

Cette dernière la fit entrer et la conduisit devant l'autel de l'esprit 
protecteur de la maison ^ (afin qu'elle) s'y prosternât. 

C'était encore le génie aux sourcils blancs! C'était encore une mai- 
son de plaisir! 

La jeune femme d'un coup d'œil connut ce qu'il en était ! 

mais un oiseau en cage ne peut prendre son essor et s'élever dans 

les airs ! 
« Maudit soit >, s'écria-t-elle, «le destin (que me valent) mes charmes ^! 216O 

«destin qui, m'ayant délivrée, se fait un jeu de m'enchaîner, de 

> m'emprisonner de nouveau ! 
«Je pense à mon existence, et mon existence m'écœure! 

3. i^ >A|l Quân Chung OU ^ Jg Bach mi, l'idole des femmes de mau- 
vaise vie dont il a déjà été question plus haut (voy. au vers 930). 

4. Litt. : <i(On aurait dûj décapiter — ton père, — (ô monj destin — de 
jkuri — pêcher (de belle personne)!» 

Ces mots ^ehém cha» constituent une des imprécations les plus graves 
chez les Annamites. Pour en comprendre toute la violence, il faut se rap- 
peler combien, de même que les Chinois, ce peuple attache d'importance à 
la perpétuation de la race. Or celui qui la profère contre quelqu'un exprime 
par là le regret que le père de celui qu'il insulte n'ait pas été tué avant 
d'avoir eu aucun enfant, ce qui aurait amené l'anéantissement de sa descen- 
dance. Au fond ce genre de malédiction est tellement passé dans leurs ha- 
bitudes qu'ils ne se rendent pas même compte du sens des paroles qu'ils 
profèrent. C'est ce qui explique la singulière application que Tûy kieu en 
fait à sa destinée, laquelle est un être purement moral. 

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116 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

cTài tinh chi lâm cho TrM Bât ghen? 

cTîec thay iiirô*c dâ dânh phèn 
2155 «Ma cho bùn lai nhuôm lên mây lân! 

«Hong quân vôi khâch hông quan! 

«Dâ xây dên thê, con hôn! ChAa tha! 

«Lô* tù lac birô*c birô*c ra, 

«Câi thân lieu nhfrng tu* nbà lieu di! 
2160 «Dâu xanh dâ toi tinh chi? 

«Ma hông dên quâ nèa, thi chùa thôi? 

«Biêt thân chay châng khôi TrM! 

«Cûng lieu mât phân cho roi ngày xanh!> 

1. Litt. : « . . . . que Veau — ait été traitée par Valun, > 

Lorsque Teau est trouble les Annamites y mettent une petite quantité 
d'alun et la remuent ensuite. Ualun entraîne au fond toutes les souillures. 
Kiiu exprime par cette figure l'idée qu'elle avait été débarrassée une pre- 
mière fois de la souillure qu'elle avait contractée en séjournant dans l'im- 
monde établissement de la vieille Tû bà, 

2. Litt. : < mais — qu'on avait fait que — la fange — de nouveau — la 
souillant — montait — combien de — fois!» 

3. Litt. : «Xc grand — tour de potier — avec — son hôte — la jeimefUe, 

— a tourné — à en venir à — (cette) manière; — (et) encore — il est vrrUéj 

— (et) pas encore — il pardonne!-» 

Le Ciel, créateur de toutes choses suivant la mythologie annamite, est 
comparé à un potier qui façonnerait avec son tour tous les êtres qui sont 
dans ce monde. 

4. Litt. : « Egarée, — depuis qtC — errante — (quant aux) pas — en wmt- 
chant — je suis sortie (de ma demeure),* 

Par suite de leur position différente, le premier ^bteàc* est un substantif 
et le second un verbe. 



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KLM vAN KIËU TAN TRUYÉN. 



117 



I à pnaîid mérite ai-je en moi, qne le Qel et la Terre m'honorent 

? leur jalonsie ? 

-je donc échappé (nne première fois) à ma honte * 

pour que cette fang^ remonte et revienne toujours me sonîHer-? 2155 

tear de toutes choses envers moi, (pauvre) fillcj 

point a pouBsé la rigueur^ et sa rage n'est point apaisée^! 

ais qu'égarée dans ma voie, mes pas errants m*ont portée loin 

; ma demeure \ 

iiis que, quittant ma fiimille, je me Btiîs hasardée à partir, je 

'attendais* à ces aflTroutë''! 

îit-eUe donc, cette faute qui pèse sur ma jeune tête? -i^o 

îxpîer j'ai u&é déjà plus de la moitié de mes charmes, et ce 

est pa^ assez encore? 

lis «lue je ne puis me soustraire (à la persécution) du Ciel*! 

icritîerai donc ma beauté jusqn*à la fin de mes jeunes ans^! * 

[Jtt, ; ^fSiJ la personne (de moi) — a été rUquée, — ce n'eU que — 
Jaii çmêj de — la maiaùti — me rùtqtmTit — je auk partiel* 

vers e^t Irês chercliè; raiïteiir yim k y produire ijuo espèce de jeu 
:s au njoyea de la répétition du caractère <t J^j* lieu*. 

Lltt. z *Je Mtdf que — ma personne — en courant — ne jk»# — édtap- 
— U Oeil* 

is avons vti ailleurs le Ciel rcpréseTité couiine un itnuien!*D filt^t qui, 
uni toute la surfaco de la tt-^rrtv^ oc i)ennct à persomu; do lui ùcbap- 
% même idée se retrouve ici. 

Lift. : « TtnU auêH bien — je rhque — vion visage — fardé — pour — 

r — mêê jomrê — vertu f* 

it que aotre bércunc sera jeune elle excitera Faniour de tmis^ et cet 
lui suscitera de nouvelles persueutiou». Elle s'y résiguc; mais elle 
que, lorscpic la vicillesee aura détruit sa beauté, elle retrouvera eufin 

Q^^ ^ L,j mot *phSi ^ /nrd> cât adjectif par positiou, et a pour 

XHidaut le mot *xank — verl* qui tenuiue lo secoud tiémistiche. 



,t;rf-î 



r^-t 



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118 KIM vAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 

Lan thâu gi6 mât trâng thanh, 
2165 Bông dâu c6 khâch bien fflnh dên chai. 

Râu hùm, hàm en, mày ngàî; 

Vai dôi thir6c rong; thân mirôi thirdc cao. 

BirÔTig dirÔTig mot dihig anh hào! 

Côn quyën hau sirc, lircrc thao gôm tài. 
2170 Boi trôi dap dât ô* dW! 

Ho ràr, tên Hài; von ngirM Viêt dong. 

Giang hô quen thù vày vîing. 



1. Litt. : c .... on atiait traversé — les vents — frais — et k» l^^ 
sereines». 

Les phénomènes météorologiques s'étaient succédés les uns aux autre», 
le temps avait passé. 

2. Les Chinois considèrent cette confonnation particulière du vis«gc 
comme un signe d'habileté à la guerre et de valeur indomptable. Dans le 
célèbre roman iMp i^ ^A — Vhistoire <Fun mariage bien assorti (XIV chap, 
pages 1 et 2), le héros ^^ Ûf ^ s'approche d'un vaillant général qu'un 
échec amené par la trahison a fait condamner à mort; et, constatant quîl 
a « une tête de léopard, des yeux ronds comme des bracelets, wie mâdi^re 
d'hirondelle et qu'il porte au menton une barbe de tigre :^ f^k w^^ 
^ HH ^IS J^ ^)' il déclare qu'il doit être un remarquable chef 
de guerre (jj^^ ^ yj" j^^ et il se porte caution pour lui. 

Le Ngài est un insecte dont la forme est très analogue à celle du ver 
à soie; cependant il est plus ondulé et se termine en pointe. 

3. On rencontre ici une singulière erreur dans le texte en caractères 
idéographiques. Les épaules du héros y sont dites larges de cinq pouces (nà* 
tû^cj! J'ai pris sur moi de la corriger et de remplacer ces deux caractères 
par ceux qui représentent les mots « rfoî thieàv — deux coudées*. La eondéc 
annamite équivaut à 0»", 487. Le double, c'est-à-dire 0"°, 974 est une mesure 



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KÎM VlN KJÈU TÂN TEUYÇN. 119 

à peu le temps s'était écoulé \ 

[ne tont-à-coup un étranger (venu) de la frontière, arriva pour 2165 
divertir 

•ait la barbe du tîgre, la niâclioire de Fliirondelle; ses sourcils 
^^mblaient au Ngài*K 
épaules étaient larges de deux coudées ^^ sa taille était haute de 

lit un béros imposant! 

eu du bâton ^ à la boxe il suqiaasait les plus forts; il possédait 

LDs les Lï€<7€ et les th<Wj une seienee consommée^. 

ait puissant sur la terre ^î 2170 

nom de famille était Tïcj soo petit nom était Hâi; Viet dong 

ait son pays. 

exiâteace se passait à faire du bruit dans le monde. 

convenable pour les épaules d'un géant qui, dît le poète, est haut de 

LitL : *fQua7d au) bâhn — (H au) poing — lï avait plus que — de la 
fgvanl aux) lu^c — fei auz) ihao — U rénniësait — ftoug) les talents *> 

oîr ce que j'ai dit au sujet de Tongine dos ^ ^S, Tarn lucre et des 

^ L\tc ihm dans la note sous le vers 14 de ma traduction du Luc 

Tien, 

& premier de ces ouvrages est attribué par aucuns non à ^ê "jf^ .^ 

TTi^ thâi coM^j mais a un peraonnago légendaire appelé ^P JjC .^ 
^ iha^ eân^. Le sceontl se didsc en six chapitres, intitulés : 

r ^S Lon^ — le dragon, 

"^ J^ ff^ — lo tigre. 

3* ^ V^^ — la Uttérature, 

\° j^ Vd — la guerre. 

5" ^ Bêo — le léopard. 

6** -^ Khiit^n — le chien. 

Lîtt. : * Il portait sur la Ute — le cfeZ, — il fmdaU sous ses pieds — 
Te -^ dans — fe m.o^de!> 



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God^^K, 



120 KIM vAn KIEU TA^' TRUYÎN- 

GiTOTn 3àn nû*a câiih, non sông mot {^hèo, 
Qaa cbori thSy tiêng nàng Kiêu; 
2t76 Tâm long nlii nfr cûug xiêu anU hùng, 
Tbiêp dauh dira âên lau liôug; 
Hai bên cuug liée, Lai long eftng na. 
Tîir rang : «Tàm dam tcrorng ky! 



1. Lîtt. t * Stm épée — hrandis^aiU — (ave.cj la demie — rémutm fifir iifttJP 
brtvif — êur te» fieta>€a — U emplù^ail ume seule — rarne >. 

Je ne traduis pas le mot «tion — montu^nes* que rauttur, avec «tt* 
indÉpendunce qui e^aractérisc les poètes annamites, emploie ici tiniquenwnl 
eoïiirae chevi(k% et qu'il choisit pour eette seule raison qu'il se trouve très 
fréqueinnietït assoeié dans les lM>èHieB au mot «wï«7 — jteMtjet», auquel il 
fait opposition. 

2. Le mot ^ûii^^* qui signifie le plus oitlinaircnieut tijoîr>, est pria ici 
dans le sens û'&dendre. Ou dit très bien en annamite ^ ^t -fè thây tm » 
ponr rapprendre tmc nouveîU*. Eu chinois parlé il en est de ttiême. et K 
^ y sî^nîtic simplement -evUendre*. 

3. Le verbe *.méu> qni est oiiiinairement neutre devient iei eausatif par 
position. 

4. L'expreî*sion AUb d^ thiêfp danhf qui sigiiifie littérale m eut ^tAUd dt. 
fumt^ n'est, comme il est facile de le voir, pas autre chose que le renver- 
sement conforme à la syntaxe annamite du substantif composé ehînuis ^ 
Èik, leqne! désigne une feuille de papier rouge sur laquelle un \\sÂt^m 
iusrrît son nom et ses qualités, et qu'il fait parveuir quelque temps d'avanee 
à la personne qu'il doit aller voir. Ces :^ |J^ représentent â peu dfl 
chose près nos cartes de visite, 

5* Litt. : * A'iffls cŒUrâ — et nos eéMiciiIe^ biliuirea — miUutUenieni -^ *^ 
rencofitreiUl* 

Cette expression équivaut au dicton chinois suivant, dont elle ne diffi"r<? 
d'ailleurs t|ue par uu mot : * ^ ^ j^ ^ Tâm phi^c ttr^n^ k"^ — ^ 
cmufê ei Um eetdrejt ae reticordreiU^. 

Le ea'Uf et le ventre sont deux parties très centrales et très esseatiellp* 
du corps humain ; aussi les Chinois ont-ils été tout naturellement piîtiés s 
eu faire le siège de nos sentiments les plus intimes, comme nous le f^mMs 
d'ailleurs aussi nous-mêmes eu ce qui concerne le ccemr. Dire que le cœor 



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EIM VAN KIÊU TAN TEUYÊN. 



121 



issant mn ëpéc cFime niaiii ot s*aidaiU d'une seule raine, sur 

fleuves il naviguait ', 

pour se divertir^ il entendît parler'^ de Kitu, 

3 le e^ienr de la jeune fille s'inclina celui du lieras^. 

le palais du plaisir sur un billet il envoya sou nom *. 

que du eoîn de I œil ils se furent examinés, leurs deux cœurs 

atrent d'accord. 

B nDUS>, dit 2tf, «s'est établie la sympathie M 



2175 



entre de deux personnes se pencontrent sîgnitie donc métaphorique- 
ue leurs ^cntimi^nts les pltis intimes eaclrtnt [imfîuti^nientj «^ii'il existe 
■llejs une syaujathie atrsolue. 

te tïianîêix' figiirïilîvc de .VexpriiuLU- a très vniir^cniMabh'iiivnt sa source 
chapitre dn ^fe J^ JJvre dca Ainwk't*) itïtitniù ^L ^S Bàn coiJi, 

e ilans ïa tpnstiî'iiiL' section duc^uel un lit cette plirase : .>^ ■+• ^C 

>hnr ûiân tràti^j Hch cào nhï /«• Mit/i vu trâm dii — Mainteuiint j*ai 
découvert mon cœur, uion v^dre, lues reins et mes entrailles, et je 
ai dévoilé toute mu volonté^ ô voue, cent familles!» 
trouve déjà cette expression avec le seus tic *coiifidenl* dans le 
t ou Livre des Vers : 



Et Et ^ 5^ 



<& ^ 



'O 



« Cu tVi vô jphti 
cOSn*^ kâu pkuc (âm! 

itrépide ^^uerrter 

ieti fait (lour être) le con fuient (litt, i k vetitre tt k cœto') du Prince î» 
poète Huuamite it probablement remplacé le veîiire par U vésicule 
Ofàm) jKUir fîiire nue alîu.^ioii anticipée à la conduite plciiio d'aniuur 
*ourag"e que va montrer sou bëriïïia' îl réf.''ai(l du guerrier Tte NaL 
!t, si lea Cltiooi» et les AuDainite» font couiiiie nous du co^nr le stég-e 
irimeiits affectueux, c'eât dans la véhicule biiiairc ou dans le foie 
slacent le courage. 



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122 KIM vAn kiëu tAn truyên. 

«Phâi ngirW trâng giô vât vfr hay sao? 
2180 «Bây lâu nghe tiêng ma dào! 

«Mât xanh châng de ai vào dông không! 
«Mot d6i dirçrc mây anh hùng? 
«Bô chi câ châu chim long ma choi?» 
Nàng rang : «NgirW day quâ IM! 
2185 «Thân nây c5n dâm xem ai làm thirô-ng? 
«Chût rîêng, chon dâ thù* vàng, 
«Biêt dâu ma gôî can tràng vào dâu? 

1. Litt. : < Vous êtes — une personne — de lune — et de vent, (une per- 
sonne avec laquelle on a un commerce passager comm^ le plaisir qu'on goùU h se 
promener au clair de la lune ou à s'exposer à une brise rafravchissamU) — (et) 
avec qui Von a des relations oiseuses — ou — comment celaf» 

€^ vât w» signifie € errer, flâner*. Cette expression devient par posi- 
tion un adjectif qualificatif qui, de même que celles qui la précèdent ne 
peut être rendue en français que par des périphrases. 

2. Litt. : <ii(Un) œil — noir — ne pas — laisse — qui que ce soit — entrer 
dans — (sa) cavité — vainement!* 

Pour comprendre ce vers, il est nécessaire de se reporter à Taiiecdote 
suivante que Ton trouve dans le traité chinois ;^ ^^ (section ^ SS 
3|g, Liv. 2, i). 27 v«) : 

» dài ho nhcrn — Nguyèn Tich, en leur montrant (les pupilles) noires (de ses 
>yeux (litt.: en faisant des yeux noirs), témoignait sa bienveillance aux gens.» 
Commentaire : « Nguym Tich était un lettré qui pouvait montrer le noir 
»ou le blanc do ses yeux. Lorsqu'il voyait un homme instruit et bien élevé, 
>il le recevait en lui montrant le noir. Sa. mère étant morte et ^^ ^£ 
» Ke Hi étant venu lui faire des compliments de condoléance, Tich lui mon- 
»tra le blanc. J^ Khang, frère cadet de Hl, s'avança alors, portant son 
» câm sous son bras, et lui offrit du vin à deux mains. Nguyln Tich fut ravi 
»et montra le noir.» 



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KIM VAN KIËU TÂN TRUYIPN. 123 

«Êtes -vous donc une personne avec laquelle, par occasion, Ton se 

> divertit en passant ' ? 
«J'avais depuis longtemps entendu parler de votre beauté! 218O 

«A Foeil d'un connaisseur personne ne peut se soustraire^! 

«Combien, dans une vie, rencontre-t-on de héros? 

< Ne peut-on se divertir avec un poisson dans un vase, avec un oiseau 

»en cage?» 
«Seigneur, vous daignez me flatter»! lui répondit la jeune femme ^ 

«Gomment pourrais-je vous^ regarder comme le premier venu? 2185 

«Pauvre créature que je suis*, choisissant, pour éprouver For, une 

» (bonne) pierre (de touche), 
«comment saurais-je à qui donner mon cœur<^! 

Ttt nài, en parlant de son œil notr^ se pose comme un connaisseur qui 
sait, comme Nguyèn Tich, reconnaître les personnes distinguées. 

Le mot annamite >KS xanh qui, de môme que le chinois ^ thanh dont 
il est probablement une altération, signifie ordinairement ^hJeu» ou «ver^», 
prend aussi parfois, comme lui, le sens de «runV». 

3. Litt. : « . . . . Vous — en enseignant — dépassez — les termes (vous nie 
traitez d'une façon trop polie pour une personne de ma condition!)* 

L'expression « day — enseigner » s'emploie souvent lorsqu'il s'agit de pa- 
roles adressées par un supérieur (réel ou supposé tel par politesse) à son 
inférieur. On dit en chinois d'une manière analogue : ^recevoir les instruc- 
tions de quelqu'un» pour ^s^ entretenir avec lui», 

4. Ce vers peut être entendu dans un double sens. Si l'on prend le mot 
€ai9 dans son acception ordinaire, on devra l'interpréter ainsi : € Comment 
une créature aussi vile que moi pourrait-elle traiter de pair à égal avec qui que 
ce soitf» Kiêu faisant entendre par là à Tk Hâi qu'elle n'est pas digne des 
compliments qu'il lui fait. Si au contraire on entend ce mot dans le sens 
de <tvous»f comme j'ai montré précédemment qu'il y a ordinairement lieu 
de le faire dans les situations semblables à colle-ci, il faut adopter la ver- 
sion que j'ai donnée. Je la regarde comme préférable, parce qu'elle s'ac- 
corde mieux tant avec la situation qu'avec les vers qui suivent. 

5. Litt. : « Le peu - - particulier (de moi) .... 

6. Litt. ; «Je saurais — ou — pour — confiant — (mon) foie — (et mes) 



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'"'■ 



124 KIM VAN KIÊU tAN TRUYÊN. 

«Con nhn vào tnr&c ra sau, 

«Ai cho kén chon vàng thau tai minh?* 
2190 Tù rang : «LW nôi htrn tinh! 

«Khîên ngirôi lai nhô* câu Bïnh nguyên quart! 

«Lai dây xem laî cho gan, 

«Phông tin ctirac mot vài phân hay không». 

Thira rang : «Lnong câ bao dung! 
2195 ^Tân dw&ng dircrc thây mây rông c6 phen! 

«Rong thirang c6 noî, hoa hèn, 

«Chut thân bèo bot dâm phiëu mai sau!» 

Nghe lô-i vùa y gâc dâu. 

enlraille* — Us faire entrer — ouf — (où serait pour moi le moyen de taw^ 
à qui confier ... .fj» 

1. Litt. : ^Encore — comme (cT) — entrer — par devant — ^ de toriir 
— par derrière,» 

2. Dans le honteux esclavage auquel je suis réduite, il ne m'est point 
permis de m'attacher de préférence aux gens doués d'un cœur élevé. 

3. Le 2p jg ^ Bmh nguyên quân dont il s'agit ici mourut en 250 
avant l'ère chrétienne. Ce nom, qui signifie « prince de 2K IS Bknh nguyên», 
est un titre qui fut conféré à ^^ |B^ Triêu thâng, le plus jeune frère du 
souverain qui régnait alors sur l'état de Triêu. Btnh nguyên quân fut un 
des chefs qui conduisirent les luttes dont fut précédé le triomphe final de 
la maison de ^è, Tdn sur les états feudataires, et il se trouva plusieurs 
fois à la tête des combinaisons militaires ou diplomatiques formées en vue 
de résister aux empiétements de l'envahisseur. Il est un des Quatre Cbeft 
rpn ^) de cette période, et fut, comme ses contemporains, à la tête 
d'une troupe considérable de fidèles partisans. Pour satisfaire le ressenth 
ment de l'un d'eux qui était bossu il mit à mort une concubine favorite 



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KIM VÂN KIËU TAN TRUYÊN. 125 

< Quant à ce qui est d'agir à ma guise K 

« Qui m'aurait laissée^ à mon gré, choisir For, et (laisser) le cuivre^?» 
«Vos paroles sont sages», dit Tu; 2190 

«Elles rappellent au souvenir la phrase sur Bïnh nguyên quân^, 
«Je suis venu ici pour vous considérer de plus près 
« et voir si je puis avoir quelque part à vos faveurs. » 
« Que votre magnanimité se montre indulgente ! » dit-elle. 
Le chef de Tân dteang réussit parfois dans ses entreprises^ ! 2196 

«Soyez généreux envers l'herbe de la plaine! ayez compassion d'une 

» humble fleur, 
«de ma chétive personne, qui, faible comme le Bho et la mousse, 

» n'ose s'appuyer sur vous, et tôt ou tard vous pèsera! > 
En l'entendant, par ces paroles, accéder à son désir, Tw hai secoua 

la tête. 

qui avait ri de sa difformité. (Matebs, Chinese reader's manual, pages 175 
à 176.) 

Ce personnage avait une grande réputation d*hospitalité ; il comblait ses 
hôtes de présents splendides. Tù lui compare galamment Tûy kiêu, et dit 
que de même que Bïnh nguyên quân traitait avec une générosité sans égale 
les personnes qu'il recevait bien qu'elles fussent innombrables, de même la 
jeune femme comble de ses inappréciables faveurs tous ceux qui viennent 
les demander. 

4. Litt. : ^(Quafnl au fait que) Tétn Dieang — obtient — de voir — les 
nuages — du dragon, — il y a — des fois!» 

Ceci est une sorte de plaisanterie littéraire singulièrement cherchée. Tûy 
kiêu fait entendre à Tù hài que la fortune le favorisera dans les rapports 
galants qu'il veut avoii* avec elle comme elle favorisa jadis Du(mg cao à qui, 
de simple gouverneur du Quân de Tân dwang, devint empereur de la Chine. 

Le dragon qui, d'après l'antique dictionnaire chinois ^^ ^, est le 
chef des trois cent soixante espèces de reptiles à écailles, a seul le pou- 
voir de monter dans les nuages (ce qu'il fait chaque printemps). 



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126 KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 

Cnôi rang : «Tri ky tnrd'C sau mây ngirôi? 
2200 «Khen cho con mât tinh d6i! 

«Anh hùng dùng gîtra tran ai! Moi già! 

cMôt 16i dâ biêt dên ta! 

«Muôn chung ngàn tir, cûng là c6 nhau!» 

Haï bên y hiêp, tâm dâu; 
2205 Khi thân, châug lira là eau; m(>i thân! 

Ngô IW nôi vuôi bâng nhcm, 

Tien trâm lai en- nguyên ngàn phât hoàn. 

Ph5ng riêng sèa ehon thanh nhàn ; 

Bât giu'ô'ng thât bùii, vây màn bât tien. 

Comme il est d'ailleurs, en sa qualité de chef des êtres sumatureb, le 
symbole spécial de tout ce qui concerne l'Empereur de la Chine, < voir la 
nuages du dragon* ou voir le dragon venir à soi dans les nuages qu'il ha- 
bite, c'est devenir empereur soi-même. 

1. Litt. : « (Quant à) connaître — toi — awmt — (et) aprèt, — 

combien d^ — hanimeê se connaissent f * 

2. Litt. : « . . . . Alors — cest très bien!» 

Le mot €già» signifie directement ^ vieux »\ mais comme une personne 
qui est parvenue à la vieillesse a atteint tout son développement, cette 
idée a fait prendre également ce mot dans le sens de «j>ar/at^>, ou plutôt 
de ^parfaitement » *, car ce mot ne s'emploie guère ainsi que comme adverbe, 

3. Le ^fi Chung est une ancienne mesure qui équivalait suivant \& 
uns à quatre, suivant les autres à trente -quatre ou même soixante -quatre 
ip Bâu, — On appelle MA TU uu attelage de quatre chevaux. 

Les termes *muôn chung — dix mUU chung», <ngàn tù — mille tu» 80nt 
employés ici par le poète pour désigner une fortune considérable. A&«j/A* 
Du les a tirés, en leur donnant la forme annamite, du philosophe chinois 
^ -^ Mç^nh tè. 



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Kim VÂH KIËU TlN TEin^N. 



127 



Combien», dit-il en riant, «est il de c^uïb qui s^aecordent en tous 
* points'? 
Qne vous arez dea yeux eliajmants! 2200 

[Moi, je guis^ un héros debout au milieu du monde! Nous sommes 
» faits pour nous entendre^ ! 
Four que nouB nous ooniiaissiouS; une parole a suffi! 

|b ierais riche k dix mille rhung, je jiosséderais mille tir, que tou- 
^Joure nous vh^rions ensemble -* ! * 
es ¥olontéâ et les eœnm dea deux parts se tmuvaient d'ae^ord. 

fl 
n'e^t'il besoin, quand l'aniour est venu, de frais pour se faire aimer ^ ? 2205 

'on porta de^ propositions en s'aidant d'un intermédiaire, 

: l on rendit les centaines d'onces déboursées priraîtivement^ 

ne chambre à jmrt fut préparée^ asile de leur bonheur "^^ 

Ton y dressa im Ht («nié des Bcpt choses précieuses; on Fentoura 
de rideaux (portant, tmjdt^f^,) les huit génies ^ 

M M Wl ^ P ^ ^i^ ^ :2:i>" ^'*"'^^' ^ '''' ^"^^ ^ 

hta nhi Uip Mf — (Miiiâ 1*11 fl'agit de) dix miihr chuufft on ]vb acceptera 
ns s'inquiéter îles eouveiiaiMMîa ou de k juistJct'! {^ ^, Lîv. VI, 1* sec- 
>iij chHjL X, § 7.') 

^p- ^ -1 ^ ifl # Jl/tl ï' ^-'"' ^^ -« ^^^^ " ^'^ 

'.at Ûti dâS — Y lloTm qUilJHl itli lui MU mit tiiU]v. Tuillc ttc de che- 

M%j ne lea aurait pas mémo roo^unJés! (Id. Liv, V, djup. VI I^ % îi.) 

4. Litt. : « Quand — on n^aim^j — ne pm — on tient compte tU — c/jc?'- 

5. Litt» : « UartjenL — en <?«xfâme# — etiçorË — fxntfarhiénieîU à — Vofi^i- 
ire — argent — en k prtïdi^Uunt tiu dehm-ê — on ^oidU^. 

n hm rt'mbourse à la propiiétiiiro de ht utaisîtiii de proatitutitm le prix 
'elle avtiit piiyé pour aequéiir r% M«. 
fi, hitt ; * Dan^ nue charniers — spécUUn — &n tU^mèa — le lieu — du 

7. Vonr ces objet» précieux, voir ma fradiiction du Luc Vân Ti^n, p. 225. 
\nt ânJt titiit ^4nîea, ce sont dos hanjuies qui, élevés au raug de divi- 



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128 KiM vAn kiêu tAn tkuyên. 

2210 Trai anh himg, gâî thuyën qnyên, 

Phi nguyên sfnh phung, dep diiyen câi rông» 

Nii'a nâm hmnig lu*a dang nôiig ; 

TnroTig phu phut dâ dong long bon phtrcnig. 

Trông vôi trôi bien minh mông- 
2215 Thanh girom, yen ngvra, lên dàog thâng x6ng* 

Nàng rang : «Phan gâi chfr tiing! 

«Chàng dî, thiêp cûng quyêt long xiii dî!> 

Tic rang : «Tâm dam tiroTig tri, 

cSao chira thoât khôi? Nfr nliî tlmàrng tinh! 
2220 cBao giô* mnôi van tinh bînh, 



ni tés, sont regardés maintenant comme les protecteurs des arta. lis sont 
d'origine Bao «î; voici leurs noms : 

1** S *^ ^S Lit Bffng Thân, qui porte une épée et accorde son atiei»- 
tance à ceux qui se livrent à la pratique de reacrime. Il est l*obJÊt d'au 
culte de la part des malades. 

2" ^ ^^ ^ Hâng Chung Ly tient un éventuil avec leqnel, disent 
quelques-uns, il évente et ranime les âmes des mortels. 

3** S J^ ijffi Lam Bien Jlà porte un panier de fleura et une bêeltt*; 
il protège les jardiniers fleuristes. 

4° ^^ jl& ^^ Tkiet Linli Ly porte une calebfifiae et une béquille; e*eit 
le patron des magiciens. 

G"* 1^ B M Tào Quoc Cvu, coiffé d'un bonnet de matidaiin, tî^nt À 
la main des castagnettes. Il est invoqué par les bouffant et les eomèdiem 

6** 2Ë ^B -^j^ Tneomg QuS Lao tient une bcHle ù pinceaux en bîwnboii. 
Il forme au beau style les écrivains et les lettres. 



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KIM VÂN KIÊU TÂN TRUY^N. 129 

Ce héros, cette noble fille 2210 

au gré de leurs désirs s'abandonnèreut aux transports de l'amour K 

Leur feu dura la moitié d'une année; 

puis tout-à-coup le guerrier se mit à penser à la gloire K 

Les yeux dirigés vers l'espace, avisant le ciel et la mer immenses, 

n ceignit son glaive tranchant, sella son coursier et, sur le chemin, 2216 

droit devant lui il s'élança. 
cLe devoir d'une femme», dit KiSu, «est de suivre celui qu'elle 

> aime ' ! 
«Dans mon cœur, puisque vous partez, j'ai résolu de partir aussi! » 

«(A présent)» répondit Jîr «que notre connaissance est intime^, 

«comment n'avez -vous pas fui encore? (car) c'est ainsi d'ordinaire 

» (qu'en agit) le cœur de la femme ! 
« Lorsqu'avec des bataillons innombrables de guerriers, 2220 

^** ^1 ^ "^ ^^ Tvxmg tir est représenté sous la forme d*un jeune 
homme qui joue de la flûte. C'est le patron des musiciens. 

8** Enfin ^ ^[Jj -^ Hà Tien <X génie du sexe féminin, se tient de- 
bout sur un pétale de fleur qui flotte sur Teau. Elle a dans les mains une 
fleur de Lotus, et un panier. On invoque son secours en matière de ménage. 
(Voy. le Dictionnaire de S. Wklls Williams, au mot Stën.) 

1. Lift. : *dcm9 une belle alliance — épouêèrent — le phénix, — danê une 
plaisante — alliance — chevauchèrent — le dragon*. 

2. Litt. : « JîU ébranlé — (quant au) cœur — (au sujet de) — les 

quatre — points cardinaux (le désir d'étendre partout sa réputation fit battre 
»cn cour), 

3. Litt : « la condition — de la femme — est — le caractère — 

suivre/» 

Les deux mots €ch3 thng* deviennent par position un verbe qualificatif. 

4. Litt. : « . . . . (nos) cœurs — (et nos) foies — se connaissent mutuelle' 

wierU», 

9 



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130 KIM VAn KIËU TÂN TRUYÇN. 

«Tiêng bë dây dât, bông sînh dep dirông, 

«Làm cho rô màt phi thir6*ng, 

<cBây giô* ta se nrô'c nàng nghi gia! 
2225 «Bâng nay bon bien không nhà! 

«Théo, càng thêm bân! Biêt là di dâu? 

«Dành long chô* do it lâu! 

«Chây châng là mot nâm sau. Vôi gl?» 

Quyêt IW, dirt âo ra dî, 
2230 Giô mây bâng dâ dên ky dâm khod! 

Nàng thi chiêc bông song mai. 

Ngày thâu dâng dâng; nhàt gài then mây. 

1. La figure contenue dans le dernier hémistiche est si énergique et si 
frappante que j'ai cru pouvoir me permettre de la conserver telle quelle 
dans la ti'aduction, bien qu'elle fasse dans notre langue un effet quelque 
peu étrange. 

2. Litt. : «(que) j^aurcU fait qtie — je sois mis en évidence — (quant à 
mon) visage — cCune manière non ordinairCf* 

3. Litt. :«.... darw les quatre mers, 

4. Litt. : « tranchant d'un seul coup — le vêtement .... » 

Cette singulière métaphore est la conséquence d'une autre qui est assez 
fréquemment employée en poésie, et dans laquelle on compare un ménage 
bien uni à un vêtement pourvu de son collet, parce que cette pièce acces- 
soire, qui représente la femme, est absolument inséparable du corps du 
vêtement, qui figure le mari. 

6. Il y a ici transposition du mot *hàng — comme* dont la place gram- 
maticale est avant les deux substantifs *gi6 mây*, £n Vy reportant, la tra- 
duction littérale sera celle-ci : 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 131 

€du bruit de mes tambours faisant trembler la terre, de Tombre* des 
» drapeaux balayant les chemins, 

«je me serai distingué du vulgaire^, 

«je viendrai vous chercher afin de nous unir! 

«En ce moment dans le monde entier^ je n'ai pas (même) une de- 

> meure! 
«Vous ne feriez, en me suivant, qu'accroître votre détresse! (car) où 2226 

» pourriez- vous aller? 
«Veuillez bien en ce lieu m'attendre quelque temps ! 

« au plus tard, pendant un an. Nous n'avons rien qui nous presse ! » 

Ds conviennent de tout; Ton se sépare'* et Tft s'éloigne, 

semblable au vent et aux nuages, lorsque le temps est venu pour eux 

de (se rendre au) larges 
La jeune femme, isolée, dans sa chambre ® demeura. 2230 

Lentement les jours s'écoulèrent! sa porte était fermée à tous^. 

€ comme — (lorsque) le vent — (et) les nuages — sont arrivés à — le terme 
fixé — des dam — du large!» 

6. Litt. : « La jeune femme — alors — Jut dépareillée — quant à Vombre 
— de sa fenêtre — de mai. » 

Cette manière de parler, singulière au premier abord, n'en renferme pas 
moins une idée très gracieuse. Lorsqu'un couple est bien uni les deux 
époux sont souvent rapprochés l'un de l'autre et, le soir, la lumière de la 
lampe qui éclaire l'intérieur de la chambre nuptiale reflète leur ombre à 
tous deux sur le store qui clôt la fenêtre. Un observateur placé à l'exté- 
rieur peut donc voir souvent passer et repasser derrière ce store une ombre 
double; mais si l'un des époux vient à s'absenter, il n'apercevra plus qu'une 
ombre unique, une ombre dépareillée, — Le mot €mai:^ intervient ici comme 
une épithète vague, renfermant en elle-même une idée d'élégance, de dé- 
licatesse. Il n'implique pas absolument l'existence d'une représentation de 
l'arbuste mai sur le store dont il s'agit. 

7. Le mot mây — nuages est encore une épithète simplement miiemen- 
taie, qui fait pendant au mot «mat» et rime avec ^giày^ qui termine le 
vers suivant. 

9* 



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132 KIM VÂN KIÉU TÂN TRUY^N. 

San rêu châng vë dâu gîày. 

Cô cao hem third'c; lîëu gay vàî phàn. 

Doâî thircmg muôn dâm ta* phân ; 
2235 Hôn que theo ngon mây Tan xa xa! 

X6t thay huyên côî xuân già ! 

Tarn long thirang nhô* biêt là cô ngui ? 

«Choc ra mirôi mây nâm trôi. 

«Côn ra khi dâ da moi t6c sirong! 
2240 «Tîêc thay chût ngâî cû cn-ông! 

1. Cette métaphore est très obscure. Elle signifie qu'il se passa un tempe 
assez long. Par ce^ mots : «Zc saule maigrit», Fauteur du poème veut pro- 
bablement dire que Tarbre, en vieillissant, perd un certain nombre de ses 
branches, ou que son feuillage devient plus clairsemé; et réciproquement, 
cette raréfaction de la verdure des saules indique que le temps a marché. 

2. Litt. : « En regardant en arrière, — elle avait compaaaion de — Ui Six 
mille — dam — du tàf — et du phân*. 

J'ai parlé du JS^ tw. Le jjA phân est Tonne blanc En se reportant 
à la note sous le vers 1047, on saisira facilement comment le premier de 
ces arbres entre dans la figure employée ici par le poète. Quant à Tarbre 
ift", il faut, pour se rendre compte du rôle qu'il y joue, se reporter à 
rode ^ P^ ^ >^ <iu ^ jj^j ^ont la première strophe décrit les 
divertissements auxquels se livrent ensemble auprès de Tune des portes les 
citoyens d'une même ville. On pourra saisir alors comment le souvenir de 
l'arbre dont il est parlé au premier vers de cette strophe peut susciter dans 
l'esprit de Kiiu la pensée du pays absent : 

m f- n M 

1^ 4» ^ PI 

^ Z Z Z 

"F ^ « # 



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Kl M VÂN KIE0 TÂN TRUTÊN- 133 

Sur la moTisse de la cour aucun pied ne marquait son empreinte. 

L'herbe dépassa tine coudée^ et le saule quelque peu maigrit ^ 

(E^ti) était émuej en pensant au lieu de sa naissance ^ qu'une im- 
mensité (séparait) d'elle, 

etj au souvenir du pays^ à la suite des nuî^es qui couronnaient le 223û 
(mont) Tan, son âme bien loin s'élançait! 

Combien elle souffrait (â la pensée de) son vieux père et de sa vieille 
mère * 1 

Où pouvaîlelle à ses regrets trouver nu adouciâsemeut? 

< Déjà pins de dix ans se sont écoulés! * (pensait elle). 

i S'ils sont encore en ce monde, ils doivent [)orter le sceau de la 

1 vieillesse ! la neige a couronne leur tête ^ ! 
«Je le regrette (aussi), c^ cœur que le hasard avait attaché au mien^"*! 2240 

*&ông m^ chi phânf 
*b'T/m khwu chi vu! 
« 7^ iruivf ehi tte 
« Bà ia ky ha. 
«(Ce sont) les ormes de la porte orientale! 
«(Ce sont) les chênes û"Ut/^.n Kkuu! 
«La fille de Té Trung 
*soQS (cea itrbrea) se livre à la danse.» 

( 1^ ^ Sect I, lâv. Xn, ode 2,) 
Je m'aperçois que j'aî omis de rettitier le texte en caractères figuratifSj 
qui porte t^ au lieu de jk&. Je signale iei cet oubli. 

3- Litt, : < KUe diaU imws — eomïtiêTt / — (au ^H de) le Hnykrh — tronc 
— ^ U Xuân — pfc*Lt/s 

4. Litt. ; * 3n.€ûrt — il rctëort — un quant (U esf prt>hable que) — dkjt à 
prêtent — îh &ni tnte pemi — de toritte cartt, — iU tmt des chevcugô — de roêéel * 
L'expression « da moi — peou de icrlue cajri* désigne Taspect que pré- 
BCLte ta peau des vieillards très âges. Cette companiison vient de ce que 
les taches dont elle est semée la font resiembler linéique peu à la cara- 
pace du reptile dont il a^agit. — La particule verbale de paaaë «rfa^j qui 
ei^prime ici que la modification dont il s'agit est dès à présent accomplie^ 
fait un verbe composé des quatre derniers mots du vers. 

â. Litt. : *Je rti^reitt — ccfmhi&n! — ie peu d' — offeclhn — intima tt 
ttfiûra^ée peu- hasard i » 



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134 KIM vAn KIÊU TÂN TRUYÊN. 

«Dàu lia moi chî, côn viroTig ta long! 

«Duyên em dâu nôi chî hông, 

«May ra khi dà tay bông, tay mang!» 

Tac niëm cô quôc, tha hirang, 
2245 Birô-ng kia, nôi no ngôn ngang bW bW. 

Cânh hông bay bSng tuyêt vM! 

Bâ mon con mât, phirong trM dâm dam! 

Bêm ngày luông nhfrng âm thâm, 

Lèa binh dân dâ âm âm mot phuong! 
2260 Ngât trW, sât khf ma màng! 

Bây sông kinh ngac, chat dàng giâp binh! 

NgirW quen thuôc, kè dông quanh, 

Rû nàng hây tam lânh minh mot nai. 

1. Litt. : € Quoique — nous soyons séparés — (quant au) bout — de fil, — 
encore — nous sommes pris dans — la soie — du cœur!» 

Kieu veut dire par là que si le fil rouge, symbole du mariage, n*attache 
pas leurs personnes l'une à Tautre, Tamour, comme un autre fil, réunit en- 
core leurs deux cœurs. 

2. On se rappelle qu'en se vendant pour payer la dette de son père, 
Tûy kieu avait chargé sa sœur 7'vy Vân d'épouser h sa place son fiancé 
Kim Trong. 

3. Litt. : « Par bonheur — il ressort — (un) quand (il est probable que) 
— dès à présent — leurs mains — portent, — leurs mains — soutiennent sus- 
pendu au cou (un enfant)!» 

La facture de ce vers est presque entièrement semblable à celle du 
vers 2239. 



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KIM vAn kiêu tAn TRUYÊN. 135 

«Bien que nous n'ayons pu être époux, nos âmes sont restées atta- 
> chées Tune à l'autre! > 

«Si de cette union ma sœur cadette a renoué les flls^, 

«dans leurs bras ils doivent porter, embrasser un doux fardeau^! > 

En son cœur le souvenir du pays, la douleur de son exil* 

se trouvaient confondus ensemble. 2245 

L'aigle 5 avait tout-à-coup pris son vol à perte de vue ! 

à le suivre ses yeux s'étaient lassés, le ciel leur paraissait obscur! 

Tandis que la pensée (de Tù hâi), nuit et jour, hantait l'esprit (de 

la jeune femme), 
tout- à- coup dans un coin de l'horizon éclatèrent les feux d'une 

armée. 
Les vapeurs du massacre obscurcissaient le cid; (aux yeux de Kieu 2250 

tout) devint confus*»! 
Les K\nh, les Ngçc'^ remplissaient les fleuves; les chemins étaient 

pleins de guerriers cuirassés! 
Ses connaissances, ses voisins 

la pressaient, pour un temps, de chercher un refuge. 

4. Lîtt. :«..../« vieux — royaume, — Vautre — village,» 

5. Litt. : < L^aile — de Voie sauvage .... » 

C'est à Tir Hâi que s'applique cette désignation poétique. 

6. Litt. : € Il y eut obscurcissement — (quant au) ciel; — de la tuerie — 
les vapeurs — firent indistinct!» 

7. Kinh est le nom de la baleine, à une espèce fabuleuse de laquelle 
les Chinois attribuent une longueur de mille li. — Quant au Ngac, ce nom 
désigne d'après M. Wells Williams le crocodile et le gavial du Gange. Le 
premier aurait, dit-on, existé primitivement près de Swatow dans la rivière 
Han, d'où on l'aurait banni par des exorcismes à l'époque de la dynastie 
des T'âng. 

Sous les noms de Kinh et de Ngac, le poète désigne ici métaphorique- 
ment des guerriers redoutables et armés de cuirasses. 



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.136 KiM vAn Kl eu tAn TRUyÉN, 

Kâng rang : «Trcdc dâ hen IM! 
2256 «Dàu trong nguy liiém, dam rM wùc xira?* 

Con dang giiii thâng ngâri nga^ 

Mai ngoai dà tliây ngon m^ tîêng la! 

Giâp bînli kéo dên quanh nhà; 

Bông tlianh ciing lioi : *Nào là pliu iihcn? 
2260 Hai bêu mvtbi vî iu&ng quan 

Bât gïTcnn^ coi giâp, tnrôc sân khau dâu. 

Cuiig nga thê nfr nôî sau, 

Rang : «:Vâng lînli cliî rude cliâu Yii qui!» 

San sang pliumig tan, loaii nghî, 
2265 Hoa quang giâp gi6î, hà y vu rang. 

Kco cfr, uAi trông, lên dàng; 



1. IJtL : < » . . . AnpariÂvant — jaîJâh ^:^i fqnant &u lieti ou au ler^nej — 
fi la parole!» 

2. Comme W s*a^ît ilc hauts pC'rji(inn.tR-L^s, le poèt^e croît devoir enjpioyer 
ici des termes plua tiûbles. C'est pour cela qu'à TexpreÊsion annamite ^mêt 
tien^» il eubatilue les tnots ehîuoia « [S ^g iP'mtj thanh». 

Les mota -4^ ^^ phu 7ih(rn s'emploient pour déeigncr les femmes de 
fonctionnaire» ou «rofBciers d*un rang très èlevô. N'ayjint pas â ma dispo- 
sition de terme français équivalent, je les traduis! par *ia femme du ehrft 
afin d'indiquer autant que pos&ibîe hi nuanee (ju'îla expriment. 

3. Litt, i < frappment le j^ùI. — de Icfir iête i*. 

Ces généraux fotit le grand Balut chinois appelé ^É h3 ^à l'^kt au- 
quel répond ie La^ aunamite. 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 137 

«A Fattendre (en ces lieux) j'engageai ma parole * ! » dit-elle; 
«Oserais-je, même an sein du péril, violer le serment d'autrefois?» 2256 
Elle hésitait encore, indécise, 

quand elle vit au dehors (flotter) un étendard, et entendit le bruit du 

gong. 
L'armée, s'avançant, entoura la demeure, 

et tous, d'une voix, demandèrent : tOû est la femme du chef^?» 

De chaque part, dix généraux 2260 

déposaient leurs armes, dépouillaient leur cuirasse, et se proster- 
naient à (l'entrée de) la cour^. 
Des filles d'honneur arrivaient ensuite 

qui disaient : tNous (allons) selon l'ordre du Prince, conduire Ma- 
dame à son époux ^ ! » 

Tout était prêt; les superbes parasols et la magnifique escorte ^ 

le brillant bonnet qui flottait au vent, les splendides vêtements 2265 

brodés. 
On hissa le drapeau, le tambour résonna, et l'on se mit en marche. 

4. Litt. : « Obéissant — aux ordres — de la volonté souveraine, — en vous 
accompagnant — jums escorterons — votre transport chez votre époux*. 

J'ai rappelé plus haut la première strophe de Tode jj^ ^^ (Livre des 
Vers, Sect I, Liv. l, ode 6), d'où Texpression «-J- ^ vu qui» tire son 
origine. 

6. Litt. : * , , . , de phénix — les parasols, — de Loan — les cérémonies,* 

Les noms des deux oiseaux fabuleux «JM Phung» ou «.Phteong* et 

«â| Loan* désignant les époux dans le langage élégant, on en a fait 

aussi par dérivation des épi th êtes que Ton applique au luxueux appareil 

dont est formé le cortège des mariages de la haute société. 

Le texte porte ^ par erreur. Il faut lire ^fe. 



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138 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

True ter nèi tnrô-c, kiêu vàng kéo saiL 

Hôa bài tien lo ruôi mau; 

Nam dinh nghe dong trông châii daî dinh. 
2270 Kéo cb lûy, phât sùng thành. 

Tît công ra ngu'a, thân nghinh cia iig6aî. 

Rô* minh, la vê cân dai; 

Hây c6n hàm en, mày ngàî nhir xira! 

CnW rang : «Câ nirô-c duyên na! 
2275 «Nhô* loi n6i nhttng bao giô* hay không? 

«Anh hùng, m<>i biêt anh hùng! 

Rày xem! Phông dâ cam long ây chira? 

Nàng rang : «Chut phân ngây tha 

1. Litt. : €Le8 bambous et la soie*. 

Les instruments de musique que Ton emploie le plus souvent (flûtes, 
guitares, etc.) sont formés de ces deux matières. 

2. Le mot «y^ hâa» n'est pas ici le substantif /cm, mais un adverbe 
qui en est formé. Il signifie donc « à Zo manière du feu >, c'est - à - dire : 
*t d'urgence et en toute hâte*. 

Le mot «j^ bài* est le nom d'une tablette sur laquelle est inscrit 
soit un ordre souverain, soit un décret émanant d'un haut fonctionnaire. 
Il désigne ici <le porteur de cette tablette». Nous disons en français d'une 
manière identique •deux cents fusils», * vingt lances», «dtx tambours», La 
traduction littérale de l'expression *h6a bài», basée sur la règle de posi- 
tion, sera donc : «('«n courrier qui) d'urgence et en toute hâte — porte la ta- 
bleUe», 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 139 

La musique 1 allait, précédant, le palanquin doré suivait. 

Prenant les devants, un rapide courrier ^ s'élança sur la route avec 

vélocité, 
(tandis qu)'au palais du sud on entendait, dans la cour d'honneur, 

le tambour battre à l'assemblée, 
sur les murs on hissait les drapeaux; l'on tirait le canon du rempart. 2270 

Tac công sortit à cheval et alla recevoir en personne (la jeune femme) 

hors des portes. 
Son costume brillait, splendide; son bonnet et sa ceinture étonnaient 

(les yeux) de leurs (riches) couleurs %• 
(mais) il avait encore cette large mâchoire^, ces sourcils de Ngài 

d'autrefois! 
Il riait. « Nous étions faits l'un pour l'autre ^ ! » dit-il. 

«Vous rappelez-vous les paroles qui jadis furent prononcées? 2275 

«Un (cœur de) héros sait seul discerner un (cœur) héroïque ^î 

«Voyez maintenant! Pensez- vous que vos désirs soient satisfaits?» 

«Pauvre femme simple d'esprit',» dit-elle. 



3. Litt. : « Il était êplendide — (quant à sa) personne; — il était merveU- 
leux — qttant aux nuances — du bonnet — (etj de la ceinture;» 

4. Litt. :«.... «a mâchoire d'hirondelle ». 

5. Litt. : « . . . . (Quant au) poisson — (et à) Veau, — (notre) union — est 
favorable, (Nous jouirons dans notre union du même bonheur que le poisson 
éprouve à se trouver dans Veau, qui est son élément naturel)!* 

Il y a encore lieu de remarquer ici la similitude absolue qui existe 
entre l'annamite et le français. Nous disons aussi, en effet : ^heureux comme 
un poisson dans Veau». 

6. On peut aussi supprimer la virgule et traduire ainsi : « Un héros trottve 
enfin un autre héros». Je préfère néanmoins la première version, parcequ'elle 
conserve an mot « biêt — savoir, connaître » son acception la plus directe et 
la plus naturelle. 

7. Litt. : € . . . . (moi) peu de — condition — de privé de raison — enfant, » 



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140 Kl M VÂN KIÊU TAN TRUYÊN. 

«Cûng may! Dây cât, dirçrc nhfr hàng cây! 
2280 «Ben bây gifr mô-î thây dây! 

«Ma 16ng dâ châc nhn'ng Bgày mot bai!» 

Cùng nhau trông mât, câ cirô-i, 

Dan tay vë chôn tnrÔTig mai tu* tinh. 

Tiêc bày thirô'ng tirông, khao bînh. 
2285 Am tram trông trân, râp rinh nhac (juân. 

Vînh boa bô thuô* phong trân; 

Ch* €t\nh> ngày lai thêm thân mot ngày. 

Trong quân, nbon lue vui vây 

Thong dong md*i kè su» ngày hàn vî; 
2290 Khi Vô tîch, kbi Lâm tri^ 

Noi tbi lira dâo, noi tbl xôt tbirong. 

«Tâm tbân rày dâ nbe nbàng; 

«Chut c5n! An oân dôi dàng cbua xong!> 



1 . Litt. : « Mcài — num cceur — avait été solide — (pendant) tous ces jours 

— (quant à) un — (et quant à) deux (absolument)!* 

2. Litt. :«.... dans le Heu — des rideaux — de Mai — pour causer de 

— Vamour», 

3. Les expressions <4m Irdm — harmonieux» et *râp Anh — bn^am- 
ment» deviennent ici par position des verbes impersonnels. 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 141 

€ Liane frêle, j'ai le bonheur de m'abriter sous Fombre d'un arbre! 
«Aujourd'hui enfin je vous retrouve ici! 2280 

«Mais pendant ces (longs) jours mon cœur jamais n'avait douté ^ ! > 
Us se regardent l'un l'autre, et tous deux rient aux éclats; 

puis, se tendant la main, dans une chambre ils vont causer de leur 
amour ^. 

Un festin fut dressé pour récompenser les chefs, pour fêter les sol- 
dats vainqueurs. 

Le tambour des batailles harmonieusement résonna; la musique mili- 2285 
taire entonna ses accords bruyants '. 

La gloire faisait oublier les moments de fatigue, 

et leur affection de jour en jour se resserrait^. 

Au sein de l'armée, profitant de ces heures joyeuses, 

elle (put) enfin librement raconter ses jours d'infortune; 

ce qu'elle (souffnt) à Vô tich, ce qui (se passait) à Lâm tri; 2290 

comment ici on la trompa, comment là on eut pitié d'elle. 

«Maintenant», dit-elle (à Z& công), «mes peines ont disparu; 

«mais (il me reste) quelque (souci)! Quant aux bienfaits, quant à 
»la vengeance, rien n'a été réglé encore"^! 



4. Litt. : < Le earacth-e — € affecHon » — joumeUemerU — encore — clou- 
tait — rirUimité — d*tm jour *, 

L'adjectif ^^ ihân — intime devient substantif par position. 

6. Litt : « Un peu — reste encore : — (quant à) le bienfait — (et) la ven- 
geance, — leê deux — oôtù — pa» encore — wnt terminés/* 



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142 KIM VAN KIÊU TÂN TKUYÊN. 

Tijc công nglie noi tbûy eliiuig^ 
2295 Bât binh, nôi trâo; dèiig dùïig sâra vaiig! 

Nghiêm qiiàîi tiiyôn tirfrrig sait sang. 

Dirô-i cô" mot lênli, vôî vàug ruôi sao. 

Ba quân cliî iigon cb dào, 

Bao ra Va tîch^ dao vào Lâm trL 
2300 May ngirM pliu bac xira kïa, 

Chîêu danh, tam lioacli, bât vë, dâi tra. 

Lai sai lêuli tien truyën qua 

Gift giàng ho Thûc mot nlià clio yen. 

Mu Quàn giaj vai Gide diiyêtif 
2305 Cûng sai lênh tien dem tin nrô-c miri. 

Thê STT ké liët moi 16i. 

1. Litt. : € , . , . eut entendu — totd — h cmnnimcemenl — et ta jtn,^ 

2. Lisez dans le texte ]^ ^" et non j^ W, I/eaiprcesk>n N^hUm 
quân signifie en chinoiâ * celui qid eoinfiiande danê la fkinîîfe ** 

3. Litt. : « Sous — les draj}€aux — (il y eitl) un ordte; — mt lo*Ue kêU 
— Ua 86 prédpUhrent — à la mauiht des étoiles*. 

Le substantif sao duvîimt adverbe pur position. 

Sous la dynastie des ^ Châu. le nombre do troipes que l'empereur 
et les princes feudataircsi .■avaient le droit d'entretenir lut rû^K\ l^fi ?»(juvi*' 
rain pouvait avoir six corps d'ijrniée ou W quânj qiû se eompuz^Aieui ée 
12,500 hommes selon les uni, et de 10,000 ou môme do %mù stolon li« 
autres. Les princes feudAtnîres de la première clasâo en avaient trtiffi^ fft }m 
autres deux ou même un seul suivant leur rang hiL-nirchuiue respectifs 7% 



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KIM vAN KIÊU tAN TRUYÊN. 143 

Lorsque Tù công fut au courant de tout^, 

îl s'irrita; sa fureur éclata comme le tonnerre! 2295 

Le maître choisit des chefs qu'il avait tout prêts sous la main. 

Dans le camp un ordre fut donné; et, tels que des étoiles (filantes), 

ils partirent avec vélocité^. 
L'armée mit au vent son brillant étendard 5. 

Un corps marcha sur Vô tidi et l'autre entra dans Lâm tri. 

De ceux qui autrefois avaient agi méchamment*, 2300 

l'on rechercha les noms; on s*enquit d'eux, on les saisit; ils furent 

amenés, on les interrogea. 
Une dépêche aussi fut expédiée avec des instructions 

ordonnant de faire garder à vue une famille du nom de Thûc sans 

attenter à son repos \ 
Quant à l'intendante et à la bonzesse Cridc duyên, 

un autre avis leur porta des nouvelles et une invitation à (se pré- 2306 

senter). 
Les troupes®, dans une harangue, furent mises au courant de tout. 

eong est assimilé ici à un prince feudataire de première classe; le poète lui 
attribue, par conséquent, le plus haut rang après l'empereur. Voilà pour- 
quoi son armée est censée se composer de trois qtiân C~^ S! ^»'» guân, 
00, en annamite, ba qtiân), — Le mot €dào* n'est ici qu'un simple orne- 
ment de style. 

4. Litt : ^ingrcUs*. 

5. Litt. : € d'une manière paisible*, 

6. Litt. : < Haranguant les troupes ». 

Le mot ^É^ thê est emprunté au ^È iR Tho kinh ou Livre des An- 
nales. Son sens primitif est € jurer 'î^ et il signifie par suite € proclamation, 
harangue militaire». On trouve dans le commentaire du ^ ^î J^, par 
3E W ^ Texplication de cette dérivation assez obscure : « ^ ^ 'j^ 



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144 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Long long cttng gîân, ngirôi ngirW chdp uy! 
Bao trW bâo phuc chln ghê! 
Khéo thay mot mây tôm vë d6i noi! 
2310 Quân trung giram lôn, giâo dài! 

Vê trong thi lâp; ccr ngoài song phi. 

San sang te chînh uy nghi! 

Vâc dông chat dât; sanh ky dep sân! 

»^H[ Thê giâ tin da, Nhan quân cung hành thiên thao, mang tuàng thf mt, 
9 Un thttâng tâU phat cJU tu — Le mot c^ — jurer * veut dire tin — Jidé- 
» lité dan» les engagements. Le prince des hommes, mettant respectueusement 
»en pratique les châtiments que le ciel ordonne, commande aux généraux 
»de proclamer avec serment devant leurs troupes qu'ils récompenseront fidèle- 
»ment et ne failliront point à punir.» 

On voit que la harangue dont il s'agit ici ne rentre que très imparfaite- 
ment dans la pompeuse définition de Vumig tâln thâng, 

1. Litt. : « Tous les cœurs — tout aussi bien — étaient irrités; — tous les 
hommes — lançaient des éclairs — d'une manière imposante!* 

2. Litt. : €Les gardes — du dedans, — assistant, — se tenaient debqut; — 
les drapeaux (compagnies) — du dehors — en paire — s'' étendaient*» 

Lisez ]ffi au lieu de -S* dans le texte en caractères. 

La comparaison des deux expressions <quân trung* et ♦t>ç trong*, qui 
forment le commencement des vers 2310 et 2311, fait parfaitement ressortir 
la différence absolue de construction qu'amène, avec des termes tout-à-fut 
analogues, l'application de la règle de position faite dans deux langues 
d'un génie opposé. Évidemment le signe chinois pb tnmg et le signe ^^ 
trong (équivalent de celui qui se trouve dans le texte en caractères), sont 
identiques au point de vue de leur signification intrinsèque; et le second, 
comme lindiquent assez sa structure et la prononciation qui lui est affec- 
tée, n'est au fond que l'altération du premier; mais comme Texpresaion 
«^ Fb quân trung* appartient à la langue chinoise, le premier de ces 
deux mots devra être mis au génitif, et l'on traduira (dans) Tîntérieur de 
Vannée; tandis que |K ^rfl étant au contraire une expression annamite 
(bien que le premier de ses deux termes soit chinois), ce sera le second 



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KiM vAn kiêu tAn truyçn. 145 

Tous les cœurs étaient irrités! Les yeux lançaient des éclairs; les 

visages étaient sévères * ! 
Les voies du Ciel, quand il se venge, sont vraiment épouvantables ! 

et c'est merveille de voir comment de toutes parts (les coupables) 

sont, par lui, rassemblés en un instant! 
Dans Tannée (l'on ne voyait) que grandes épées, longues lances! 2310 

La garde intérieure, debout, assistait; les compagnies du dehors se 

développaient sur les ailes 2. 
Tout est prêt, tout est en ordre; c'est un spectacle imposant ^î 

Les armes, serrées, (hérissent) la terre; la cour est pleine de dra- 
peaux K 

mot qui devra être affecté de ce cas, et la traduction sera : «les gardes 
de Vintérieur», 

Bien qu'il s'agisse de la Chine et d'un révolté chinois, Fauteur du poème, 
qui est annamite, attribue aux troupes de Tie Eâi, usurpateur de Tautorité 
souveraine de TËmpereur, Torganisation de Tannée de son pays. Cette der- 
nière, en effet, se compose en gros de deux éléments distincts : 1° Une 
armée royale, composée de régiments désignés sous le nom de «Gardes 
r^fiff F|)»; 2** des milices provinciales appelées * Pavillon» (Jj& Ky ou Otr). 
Les unes et les autres sont formées de troupes astreintes au service mili- 
taire décennal, et appelées par bans. 

Elles sont d'ailleurs organisées d'une manière à peu près semblable; 
mais la première est plus considérée, et les officiers qui la commandent 
sont plus élevés d'un rang dans la hiérarchie du mandarinat que leurs col- 
lègues de même grade de l'armée des ]ffi. C'est parmi eux que sont choi- 
sis le jl^ ^ ^ Châfih lànk binh, général en chef, et le SM ^ J^ 
Phà ISnk binh, lieutenant - général qui commande à toutes les troupes de 
Tarmée. Ils sont en outre spécialement affectés à la garde de la capitale. 
Aussi Nguyln du donne-t-il dans le présent vers le rôle principal aux |ifi 
yib Vé trong, gardes intérieures OU de la capitale, tandis qu'il place au se- 
cond rang les 'JS& ^k Cb ngoài, compagnies (pavillons) exlérieureê ou pro- 
vinciales. 

L'expression €»ong phi» est chinoise, comme la plus grande partie des 
termes militaires de la langue annamite. 

3. Litt : ^Cest prêt, — c^est en ordre, — c^est imposant It> 
La concision de ce vers est remarquable. 

4. Le texte porte « . . . . de sanh et de k^*. 

Le "te savk est une espèce d'oriflamme en plumes de diverses couleurs 

10 



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146 Kl M vAn KIÊU tAn TRUYEN. 

TriTiîiig hîim mô' gifra trung quân; 
2316 ri^ công sânh vôi phu nhcm cùng ngaî. 

Tien nghiêm trông chAa ditt hôi, 

Bièm danh truô-c; dân chu-c ngoàî cùa viên. 

Târ rang : «An oân hai bên 

«Mac nàng x4 quyêt, bâo dën cho mînh!» 
2320 Nàng rang : «Nhir cây oaî lînh, 

«Hây xin bâo dâp an tinh cho phu ! 

«Bâo on roi se trâ thù! » 

Tîv rang : «Viêc ây de cho màc nàng!> 

Cho giram truy dên Thûc kmg. 
2325 Mât nhir chàm dô, thân dirô-ng cây run! 



suspendu par une boucle à la gueule d'un dragon recourbé qui termine la 
hampe, et terminé par une espèce de rosette. 

Le J^ k^ ou cb est d'une forme très différente. C'est un véritable dra- 
peau carré à bord découpé en forme de flammes et attaché latéralement à 
une hampe surmontée d'une tête de dragon portée sur un cou recourbé 
comme celle du jM^. De la gueule du dragon sortent deux bandelettes. 
Sur la surface de l'étendard sont représentés huit ours et huit tigres. L'ours 
et le tigre qui avoisinent la hampe sont dressés; les six autres sont placés 
alternativement les uns au-dessus des autres dans l'attitude de la course. 

Les Chinois possèdent en réalité neuf espèces d'étendards; mais comme 
ils se rapportent tous par la forme soit au ift , soit au J^, on a fait des 
noms réunis de ces deux types une expression générique désignant les 
drapeaux ou bannières, de quelque nature qu'ils soient 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYEN. 147 

Au milieu de Tannée la tente du chef est ouverte*. 
7t^ cong et la princesse s'y asseoient côte è côte. 2315 

Le tambour n'a pas cessé de battre aux champs^ 

que déjà l'on fait l'appel des personnes convoquées; puis on les fait 

attendre en dehors de la tente. 
Tù dit : € Pour les bienfaits comme pour les injustices 

«c'est à vous, madame, de juger et de prononcer sur la récompense 

>ou l'expiation!» 
«Appuyée», dit Kieu, «sur votre autorité puissante, 2320 

«permettez que, selon la justice, je paie de retour les services et 

» l'affection! 
«Puis, après les récompenses, la vengeance aura son tour! » 

«Madame», répondit Ta, «agissez à votre guise!» 

(Alors) elle commanda aux gardes armés -^ d'amener Thûc lang. 

Son visage était vert de peur. Il tremblait comme un chien (près du 2326 
feu) 4! 

1. Lîtt : *Le pavillon — du tigre — est ouvert — au milieu de — du 
milieu — le quân». 

2. Litt : * (Quant à) de celui qui est en t?.te — la hatUrie, — le tambour 
— pas encore — a interrompu — (sa) batterie*. 

Le mot «Aoi» est le correspondant annamite du chinois ^nghiêm*. 

3. Le mot *gworm» signifie littéralement ^épée», et par dérivation € bour- 
reau*, 

Tûy kiêu veut d'abord effrayer Thûc lang afin de le punir de sa lâcheté; 
après quoi elle donnera un libre cours à son affection en lui faisant de 
riches présenta. 

4. Litt. : *8on visage — étaii comm4i — de Vindigo — répandu; — son 
corps — était comme — un chien — qui tremble*. 

Cdtf est proprement le nom d'une espèce de renard: mais il se prend 
aussi dans Tacception de «cAten». 

10* 



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148 KIM vAn KÏËCr TÂN TRUYÊN- 

Nàng rang : ^Ngliia nàng ngàn non, 

^Lmi tri ngây cù, chàng con nh* kliung? 

^Sâm Tkumig châng ven chfr dong^ 

«Taî ai? Hâ dàm pha 15ng co iihOTi? 
2330 «Gâm tram cuôn, bac ngàn eân, 

«Ta long de xirng bâo an goi là? 

«Vçr chàng qnî qnâî, tïnh ma! 

«Plien nây kè câp bà già gâp nliau! 

«Kîên b6 miêng chén ch6 lân! 
2335 «Muai âàu, eûug trà ngâî sâu ebo vira!» 

TMe smih trông mât bây giô' ; 

Mo bôi cliàng dâ nbir mura irét dam ! 

Long rieng mang sa kbôn câm ! 



Pour dire qii'uïie personne est en proie k nne terreur violente, on dit 
en annamite qu'elle tremble ^ tomme nn chien fnûuiUé àr^ntUe prè* du fi^>. 

1. Litt. : « . , » p , L'ttffectwn — Imirdt! ^^ comme mille manloffnf^t *■ 

2. On lit dans le ^ ^, I-iv. 1, piige 31, verao : ^^^Jf ^^ 

*BM >2I ^ 1^ ^* ^^^^ '"'^^ '"^' ^'^ '^'^ ^*'"" Thifcmg. — Lc*reque ïle^ii 
» personnes ne (peuvent) se réunir, ou les appelle 8âm et Thuimq»: 

et à la pase 2, verso : .fi )f - Mv ^ ffi M ^ * ^ 

»Sâm Thmrng nhi Unli, kjf xu^t rmU hëi èinmg Jdên- — Les deux étuîîea 
^Sûm et ThvoTiff ne se voient nî à leur lever m k leur coucher,» 

Commentaire : «L'é toile Thixmig &c tronvc rfana la iK-isïtîon ÛH Mm 

• (Est direct) de rOricnt; Té toile Sâm m trouve dnus la position ^ Dêu 



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KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 149 

« Cet amour immense ^ », dit KvSu, ^ 

«et les anciens jours de Lâm tri, ne vous en souvient-il déjà plus? 

«Si les étoiles Sam et Thuorng ne purent se réunir 2, 

«qui en fut cause? Mais pourrais-je oublier Tami d'autrefois 3? 

« Cent rouleaux de gâm, mille livres d'argent, 2830 

«sont certes bien peu de chose en retour de vos bienfaits^! 

«Votre femme est douée d'une ruse infernale ! 

«Mais en ce jour le filou et la vieille se rencontrent^! 

« La fourmi qui rampe au bord de la coupe ne (s'y tient jamais) 

» longtemps ! 
« Si profonde a été son astuce, pour vous profonde est mon aflFection ! » 2335 

Alors Thue Sanh regarda son visage, 

et, comme une averse de pluie, la sueur inonda son corps ! 

La joie et la crainte (à la fois remplissaient) son âme ; il n'y pouvait 
résister! 

» (Ouest direct) de l'Occident. Lorsque celle-ci se lève, celle-là se couche, 
> et jamais elles ne se voient». 

3. Litt. :«.... Vancien — hommef» 

4. Litt. : € (Quant à) — remercier — (votre) cœur, — est-ce que, — V allouant 
comme — (une chose qui) paye de retour — les bienfaits, — on rappellerait f » 

*Dê» est pour *hâ dl*, qui signifie littéralement : a comment serait -il 
fadle . , . , f». Voir sur le sens de cette expression ma traduction de L\ic 
Vân Tien, à la note sous le vers 642. 

5. Je n'ai pu découvrir à quelle anecdote il est fait allusion ici-, mais 
U est facile de comprendre qu'il s'agit d'un voleur qui, par suite de cir- 
constances probablement merveilleuses, fut découvert par une vieille femme 
qu'il avait dépouillée et ne put échapper à son châtiment. 



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150 KIM VAN KIÊU TAN l^RUYÊN. 

Sa thay ! Ma lai mang thâm cho ai? 
2340 Mu già, sir tnrô'ng thtr hai 

Thoat dira d^u tnrô'c, voi mW nrô-c lên. 

Dâc tay, mô* mât cho nhin : 

^Huê nô kia vôi Trac tuyên, cûng toi! 

«Nh* khi 1* birô-c sây vW. 
2346 «Non vàng chèa de dën bôi tam thirong! 

«Ngàn vàng goi chût le thirông! 

«Ma 15ng Phi^u mâu, mây vàng cho cân?> 

Hai ngirôi trông màt chân ngan; 

Niba phan khiêp scr, néa phân mâng vui. 
2360 Nàng rang : «Xin hây rôu ngôi! 

«Xem cho rô mât, bi^t toi bâo thù!» 

Kfp truyëu chir tirông hi^n phù, 



1. Litt. : « . . . . pour quif* 

Il s^agit ici de Kiêu. J^ai parié plus haut de cette acception particu- 
lière du pronom «at». 

2. Cette )M -Q: Phtëu mSu blanchissait, comme le rappelle son nom, 
du linge au bord d'un ruisseau-, elle y vit arriver un malheureux nommé 
Hhn Tin, exténué de fatigue et mourant de faim. Saisie de compassion, elle 
lui offrit de la nourriture, et le soigna maternellement jusqu'à ce qu'il eût 
complètement recouvré ses forces. Hàn Tin parvint dans la suite à de hautes 



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KiM vAn kiêu tAn TRUYÊN. 151 

Il tremblait certes bien (pour lui)! maiS; au fond de son cœur^ il se 

réjouissait pour une autre * ! 
Aussitôt que la vieille dame, et la supérieure après elle, 2340 

eurent été introduites (Kiêu), avec empressement, les pria de mon- 
ter (près d'elle). 

Elle leur saisit la main, et se plaça en face d'elles pour s'en faire 
reconnaître. 

«Cette Hvê no, cette Trac tuyen, n'étaient», dit -elle, «autres que 
» moi ! 

«Je me souviens du jour où, égarée dans mon chemin, j'étais tom- 
»bée dans l'abîme. 

« Une montagne d'or ne saurait payer la pitié (que vous me mon- 2345 
strates)! 

« Mille onces de ce métal sont un présent bien ordinaire ! 

« mais combien en faudrait -il pour égaler, dans la balance, le cœur 

»de Phieumâu^?^ 
Les deux femmes la regardaient immobiles et stupéfaites, 

suspendues entre la frayeur et la joie! 

«Veuillez-vous asseoir un instant», dit Kiêu^ 2360 

«et regarder, pour bien savoir comment j'exerce mes vengeances!» 

Aussitôt elle commanda aux chefs de faire comparaître les cou- 
pables 3, 

dignités et commanda les troupes de TEmpereur. Se souvenant alors des 
soins qu'il avait reçus de la vieille blanchisseuse, il la récompensa magni- 
fiquement en lui donnant mille onces d*or auxquelles fait allusion le pré- 
sent vers. Tuy kiêu veut dire par là que, de même que l'or de ITàn Tm 
ne pouvait équivaloir aux soins maternels que lui avait donnés Phiiu mâu, 
de même elle aussi ne saurait payer Taffèction dont la vieille dame et la 
supérieure lui ont donné autrefois des preuves. 

3. j^lr '^ hièn phù est une expression chinoise qui signifie littérale- 
ment *pré»eïUer à un supérieur — un captif». 



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152 KIM VAn KIÊU TAn lllUYÊN. 

Lai dem câc tich pham tù hâu tra. 

Dirôi cîr, girom rùt nâp ra. 
2355 Chânh danh thù pham tên là Uoan th/r! 

Xa trông, nàng dS chào so* : 

« TÛu thor cûng c6 bây giô* dên dây ! 

cBembàdëcômây tay? 

«DM xira mây màt? BW nây mây gan? 
2360 «Dd* giang là thôi hông nhan! 

«Càng cay ngot lâm, càng oan trâi nhiêu!» 

Hoan tha phâch lac, hôn phiêu, 

Kiâu dâu dirô-i tnrôiig, Iç-a dêu kêu ca. 

1 . Litt. : « Les femmcè — eat-ce qu^ — elles ont — combien que ce saU — 
de niainaf (Y a-t-U, oui au non, plusieurs femmes capables d'agir?) 

2. Litt : « Dans Us siècles — cTautre/ois — combien y (en) eut -il — de 
visagesf — danM ce siède-ci — combien y (en) a-t-il — de foiest» 

L'idée contenue dans ces deux vers est assez obscure. Kiiu emploie 
cette figure de rhétorique qui consiste à formuler une affirmation énergique 
sous le couvert de la forme inteiTogative, et demande à Hoàn tho si elle 
croit que, tant dans l'antiquité qu'aujourd'hui, il ne se trouve qu'une seule 
femme possédant une main, c'est-à-dire capable d'agir; un visage, c'est-à-dire 
âmUe d'audace'y un foie, c'est-à-dire douée de courage; voulant exprimer par 
là que d'autres que Hoàn tha sont aussi des femmes énergiques et habiles; 
autrement dit que, sous ce rapport, elle (Kiêu) la vaut bien. 

3. Litt. : ^la coutume», 

4. Litt : *Haan thc^ — (quant à son) âme subtile — s*égara, — (et quant 
à) son âme grossière — inclina». 

Voir à la note sous le vers 116, ce qu'il faut entendre par les mots 
*kân* et € phâch». Leur réunion correspond ici à ce que nous entendons 



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KIM VAN KIÊU TAn TRUYÊN. 153 

et d'introdoire la cause des criminels qu'elle allait interroger. 

Au pied du pavillon se tenait un bourreau^ une lance nue à la main. 

Le nom de la principale coupable (fut appelé); c'était Hoqn Tha! 2356 

La jeune femme la regarda de loiU; et lui fit un salut sommaire. 

«Vous voilà pourtant ici, maintenant, madame!» (dit-elle.) 

«Eh bien! n'est-il (en ce monde) qu'une femme (d'énergie)*? 

«Il n'en manqua pas autrefois; en manque-t-il aujourd'hui 2? 

« L'infortune est le partage ^ de la beauté ! 2360 

« (mais) plus on est doucereuse et méchante, plus on s'attire de mal- 

» heurs!» 
Hoan Thcr, défaillante de terreur 4, 

se prosternait devant le trône, cherchant ce qu'elle pourrait dire^ 

par «2e9 espriu^-^ et les deux verbes xiêu et lac, qui sont séparés ici pour 
produire une intercalation élégante, signifient lorsqu'ils sont réunis < errer 
au loin*. La traduction non littérale, mais exacte de ce vers serait donc 
celle-ci : «Les esprits de Hoan tho' errhrent au loin*. Cette manière de par- 
ler ressemble beaucoup à notre locution familière «battre la campagne >-, 
seulement cette dernière se prend dans le sens de diatractUm, et non de 
dé/aiUanee comme Texpression annamite. 

5. Litt : « . . . . cîioisisêaU — des choses — d'en criant — chanter — (elle 
cherchait quelle chanson elle pourrait bien chanter). 

Cette expression, très énergique en annamite, serait presque triviale en 
français. Nous disons très familièrement dans le même sens : « chansons que 
tout cela!* ou encore *^que me chantez-vous làf» 

J'ajouterai, pour faire complètement comprendre la portée de cette ex- 
pression, que lorsque les Annamites du commun se plaignent de quelque 
chose ou se défendent contre une accusation, ils sont assez dans Thabitude 
de traîner leurs mots en criant du haut de leur tête et en exagérant le 
caractère chantant des intonations de leur langue. 



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154 KIM vAN KIÊU tan TRUYÊN. 

Rang : «Toi chût da don bà; 
2365 «Ghen tiroiig thi cûng ngirôî ta thirÔTig tinh! 

«Nghï cho khi câc viêt kînh, 

«Vôi khi khôi cû-a; dtrt tinh châng theo. 

«L5ng riêng riêng cûng klnh yen ! 

«Chông chung chô* de ai chiu cho ai? 
2370 «Trot long dây viêc chông gai, 

«Côn nhô* lircrng bien! Thirong bài nào châng?» 

Khen cho thât dâ nên rang : 

«Khôn ngoan dên mire, nôi nâng phâi IM ! 

«Tha ra, thi cûng may dîri; 
2376 «Làm ra, thi cûng ra ngirôi nhô nhen! 

«Dâ 15ng tri quâ, thi nên!» 

Truyën quân lenh xuông tru-ô-ng tien tha ngay. 

Ta 15ng lay traô-c sân mây. 

1. Litt. : € . , . , Je — suis un peu de — ventre (sic) — de femme! ^ 

2. Litt. : € (Quant à) la jalousie, — eh bien! — tout aussi bien — les hom- 
mes — sont d'habituel sentiment.* 

3. Litt. : « B/fléchissez — pour (moi) — (au st^et de) la fins — du palais 
— d'écrire — les prihres, 

avec — la fois — de sortir de — la porte; — coupant court à — me» 
sentiments, -— ne pas — je vous suivis!» 



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KiM vAn kiêu tAn truyçn. 155 

«Mon cœur», s'écria t-elle, «est celui d'une faible femme*, 

< et toute créature humaine est encline à la jalousie ^ ! 2366 

«Ayez égard à ceci : Lorsque dans la pagode vous écriviez des 

> prières, 
« une fois sortie de là, je résolus de ne point vous poursuivre 3. 

«Cest qu'aussi bien, au fond de mon cœur, je sentais quelque amour, 

> quelque respect pour vous! 
«Mais consent-on jamais à partager son époux avec une autre? 

< Si je me suis acharnée à vous susciter des ennuis ^, 2370 

«je n'en fais pas moins appel à votre cœur magnanime! N'aurez- 

»vous point de pitié pour moi*?> 
«Je reconnais», (se dit Ki&u) «combien est vraie cette maxime : 

«La suprême finesse consiste à parler comme il convient ! 

« Si je la laisse aller, cela me vaudra du bonheur en ce monde ; 

« si je pousse l'afiFaire à fond, je montrerai peu de grandeur**! 2375 

« Puisqu'elle reconnaît sa faute, tout est bien ! » 

Elle ordonna aux gardes de relâcher (Hoan tho*) sur le champ en 

sa présence^. 
(La dame) se prosterna dans la cour en signe de gratitude. 

4. Litt. : *(Si avec manj entier — cœur — je auadtai — des affaires — 
de buisson d'épines,» 

5. Litt. : * encore — je m'appuie sur — votre nutgnanimUé — de mer (grande 
comme la mer); — vous aurez pitié — qwmt à une disposition — queUe (qtCdle 
soit) — ou nonf» 

6. Litt : « (Si) en agissant — je donne V expansion, — alors tout aussi bien 
— je ressortir ai — (à Vétat de) personne — petite (de caractère).» 

7. Litt. : € devant le pavillon». 



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156 KIM VÂN KIÊU TAn TRUYÊN. 

Cihk viên lai dâc mot dày dân vào. 
2380 Nàng rang : «Long long Trôi cao! 

«Hai nhon, nhon hai! Sir nào tai ta?» 

Trirô-c là Bac fianh, Bac bà; 

Ben là Ung, Khuyen; bên là Sa kkanh; 

Tu bà cùng Ma giâm sanh. 
2385 Câc tên toi ây xét tinh côn sao ? 

Linh quân truyên xuông nôi dao; 

The sao, thi lai cii* sao gia hinh. 

Mâu roi, thit nàt tan tành ! 

Ai ai trông thây bon kinh phàch rôî ! 
2390 Cho hay muôn su* tai TrM! 

Phu ngirôi châng bô, khi ngir6i phn ta ! 

May ngirôi bac âc tinh ma, 



1. Litt : *Lçng lônj est une de ces formes irrégulières de superlatif dont 
abonde la langue annamite. 

«Cflo long lông^ veut dire «très élevé». L'origine de cette expression est, 
comme celle de ses analogues, assez obscure. Cependant le mot «fôn^» 
signifiant * côtoyer*, *l6ng lâng^» semble porter avec lui le sens de ^s^avan- 
cer f'ici monter) toujours d'avantage», 

2. Litt. : €aux de Vintérieur — glaivea,* 

3. Litt. : « lU avaient juré — (selon un) comment, — alorê — en retour — 
suivant — (ce) comment — on (leur) appliqua — le supplice.» 



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KIM VAN KIËU tAN TRUYÊN. 157 

Par la porte de Fenceinte on introduisit (les prisonniers) attachés 

les nns aux antres. 
« ô (ciel) immense ! CSel élevé * ! > s'écria la jeune femme ; 2S80 

« A qui nuit aux autres, on nuit! Y suis-je, moi, pour quelque chose? » 

C'étaient d'abord Bac hanh, Bac bà; 

d'un côté Vhg et Kkayen, de l'autre côté Sa Khanh ; 

(enfin) Tû bà et Ma gidm sanh, 

Qu'allaitil maintenant résulter de l'examen de ces coupables? 2385 

Des ordres sont transmis aux bourreaux^, 

et leur châtiment est réglé sur les promesses (qu'ils violèrent) \ 

Le sang coule sur le sol, et les chairs s'en vont broyées! 

Quiconque est témoin de cela se sent mourir de terreur*! 

Cela fait voir que par le ciel toutes choses sont gouvernées. 2390 

Aux mauvais traitements des autres nous devons répondre de même, 

et ne point les laisser (impunis) ^ ! 
Ces créatures douées d'une méchanceté infernale 



Tous ces misérables avaient violé les promesses qu'ils avaient faites à 
Kiiu. Le poète suppose que ceux-là même au sujet desquels il n*a pas 
mentionné ce fait s'étaient engagés par serment vis-à-vis de la jeune femme. 

4. Litt, : « 8on âme subUle — eat épouvanlée! — Son âme grossière 

— ae diatout!* 

6. Litt. : *N<mê rendons mal peur mal à — les homme* — (et) ne pa» 

— les laissons de côté — quand — les hommes — manquent d'égard pour 
nous!» 



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158 • KIM vAn kiêu tAn truyên. 

Minh làm, minh chiu! Kêu, ma ai thuong? 

Ba quàn dông mât phàp tnrông. 
2396 Thanh thiên, bach nhut, rô rang cho coi. 

Viêc nàng bâo phuc vita rôî, 

Giâc duyên vôi dâ gdi loi tà qui. 

Nàng rang : «Thien tâi nhiH thi! 

«Cô nhon dâ de mây khi bàn hoàn? 
2400 «Roi dây bèo hîêp, mây tan ! 

«Biêt dâu hac nôi mây ngàn là dân?» 

1. Litt. : *EuX'inhneê — ornaient fait, — eux-mêmes — suppcrtaientJ — 
lia criaient, — mais — qui — aurait eu pitié f* 

2. Litt. : « (Pour) mille — ans — une (aeulej fins!» 

Cette expression est complètement chinoise. 

3. Litt. : <la d'autrefois — personne (vieille amie), — a eu pour facSie 

— combien de — ^ fins — de prendre quelques jours de relâche f» 

Les deux premiers et les deux derniers mbts de ce vers sont des ex- 
pressions chinoises. 

4. Litt. : €(Les choses) étant complètement terminées — ici, — comme des 
lentilles deau — ayant été — réunies, — comme les nuages — nous serons dis- 
persées!» 

On sait que les lentilles d*eau s'agglomèrent sur les eaux tranquilles de 
manière à y former une couche verte uniforme. Kieu use de cette image 
pour donner une idée de Tétroite amitié qui Tunit à la bonzesse Oiàc Dwfên, 
Elle emploie, au contraire, pour désigner leur séparation imminente et ra- 
pide, une figure tirée des nuages, dont la dispersion a souvent lieu à Tim- 
proviste sous Tinfluence d'un vent impétueux et subit 

Les substantifs *bèo — lentille deau» et «m^y ^- nuages» deviennent ici 
des adverbes de manière que le poète place, à la manière chinoise, avant 
le verbe pour donner plus d'énergie aux expressions qu'ils concourent à 
former. 

5. Litt. : ^On saura — <^f — la grue — de la plaine — (et) le nuage 

— du versant escarpé — seront — oùf» 



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KIM vAn KIËU TAn TRUYÊN. 159 

portaient la peine de leurs méfaits M qui se fût ému de leurs cris? 

L'armée entière se trouvait sur le lieu de Fexéeution. 

Le ciel était pur, le jour clair; on pouvait (tout) voir nettement. 2S95 

Dès que la jeune femme eut rendu (à chacun) ce qui lui était dû, 

Giâc duyen en toute hâte lui adressa ses adieux. 

«Depuis de longues années, nous n'avons eu», dit Kêu, «que cette 

* occasion (de nous voir)^! 
« Avez-vous si souvent, 6 ma vieille amie! Toccasion de prendre quel- 

» ques jours de distraction ^ ? 
« Après cette entrevue, réunies (un moment), nous allons nous se- 2400 

» parer (encore)'*! 
« Qui saura (désormais) où trouver la grue de la plaine, le nuage de 

» la montagne^!» 

Le premier «dâaf — oit f» se rapporte au verbe «Wft — aanoir*. J'ai 
déjà indiqué cette tournure, si familière à la langue annamite, qui consiste 
à employer Tadverbe interrogatif de lieu pour composer une formule in- 
terrogative équivalent à une négation énergique. «Où (est le fait de) êovoirf* 
c'est-à-dire : «iZ n'est pas possible de savoir, on ignore absolument/» 

Le second €ââu^ conserve au contraire sa signification ordinaire et 
directe. 

Le ^S& Hqc, dit M. Matebs, n'est autre que «la Qrus montignesia de 
«Bonaparte {Orne de Mandckourie des ornithologistes). Cet oiseau est, après 
» le JS Pkwng, celui que les légendes chinoises, qui le revêtent d'un grand 
» nombre d'attributs fabuleux, ont rendu le plus célèbre. On l'y considère 
» comme le patriarche de la tribu ailée et le coursier aérien des immortels. 
»0n y trouve mentionnées quatre espèces de ||^, à savoir le noir, le jaune, 
»le blanc et le bleu. Le noir serait celui qui vit le plus longtemps. Il at- 
> teint (dit- on) une vieillesse fabuleuse. Lorsqu'il a six cents ans, il boit, 
>mais il ne prend plus de nourriture. Des êtres humains ont été à plu- 
» sieurs reprises changés en |^, et il manifeste constamment un intérêt 
>tout particulier pour ce qui concerne l'espèce humaine. Dans les légendes 
» relatives à cet oiseau on trouve ce qui suit : Il est rapporté que É Oông 
*êJC '^» prince de V$ du temps de Ch4u kuê vteang (676 avant l'ère 
» chrétienne) était si attaché à un oiseau de cette espèce qu'il l'emporta 
»8ur le champ de bataiUe dans son propre chariot, alors qu'il était engagé 



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160 KiM vAn kiêu tAn truyen. 

Sir rang : «Cûng châng mây lâu! 

«Trong nàm nain lai gàp nhau dô ma! 

«Nhô* ngày hành khirô-c phirong xa, 
2405 «Gâp sir Tarn vôn là ngirôi tien tri. 

«Bâo cho hoî hiêp chî ky. 

«Nftm nay là mot, nira thi nâm nâm ! 

«Moi hay tien dînh châng lâm! 

<Bâ tin dëu tnrd'C, ât nhâm deu sau! 
2410 «Côn nhiëu an âî vôd nhau! 

«Ca duyên nào dâ hêt dâu? Vôi gi? 



»dans une guerre contre les barbares du nord. Ses troupes, découragées 
»par cet engouement de leur chef, se démoralisèrent et furent défaites, et 
»ron dit que la bataille avait été perdue par une grue C^ ||È JÉ^ Nhon 
:^hac bai). Cet oiseau donna une preuve de sa sagacité sous le règne de 
»Ttty duxmg di (année 605 de l'ère chrétienne). Conune ce fyran avait 
» exigé une énorme provision de plumes pour orner le costume de ses 
» gardes, on poursuivit de tous côtés les oiseaux avec un acharnement im- 
» pitoyable. Une grue avait son nid sur un arbre élevé. Craignant pour sa 
» couvée si elle était attaquée, elle arracha ses propres plumes et les jeta 
»à terre pour satisfaire aux besoins des chasseurs». 

(Mayers, ChvMit reader*» tnanual, p. 52.) 

Tta/ kiêu fait entendre par la figure contenue dans ce vers qu'elle 
craint de ne plus revoir Gide duyên. Les grues errent au gré de leur ins- 
tinct, le vent emporte aux quatre points cardinaux les nuages qui couron- 
nent les pics. €^c duyên et son amie seront peut-être jetées de même, au 
gré des événements, sur des plages inconnues et éloignées Tune de l'antre. 

1. Litt. : « . . . . Tout aussi bien — ne pat — U y aura combien que ce soit 
de — longtemps! 

Le mot ^mây — combient* est un de ceux à la traduction directe des- 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 161 

cCela», lui dit la bonzesse, cne tardera pas bien longtemps^, 
cet dans cinq années d'ici, nous nous retrouverons là bas! 
«Je me rappelle qu'un jour, étant allée quêter au loin, 

€ je rencontrai la religieuse Tara hiep qui est douée du don de pro- 2405 

> phétie, 
«elle m'a dît les temps de notre réunion 2. 

«Cette année-ci en est un; et dans cinq ans viendra l'autre ! 

«Nous avons vu se réaliser la première partie de sa prédiction ^î 

«Sur le passé, elle est digne de foi; elle aura dit juste (aussi) sur 

• l'avenir! 
«Des rapports d'aflfection doivent encore (exister entre nous)! 2410 



Le destin ne nous garde-t-il pas de nouvelles occasions^? Qu'avons 
nous donc qui nous presse?» 






quels il faut, lorsqu'ils sont accompagnés de la négation, ajouter la for- 
mule *que ce soU» pour en obtenir la véritable valeur phraséologique. 

L'expression €mây lâu» joue ici par suite de sa position le rôle d'un 
verbe impersonnel. 

2. Les mots 'w -^ ^ SB ^9* hièp cki ky sont chinois. Ces formules 
chinoises, toujours fréquentes dans la poésie annamite, le deviennent en- 
core plus lorsque l'auteur traite un sujet plus élevé ou qu'il fait, comme 
c'est le cas ici, parler quoique personnage vénérable. 

3. Litt. : «il présent enfin — ruma sanowi que — (quant à) de Vaupara- 
vant, — la fixation — ne pas — elle êétaii trompée!» 

llâf ^ë '^'^ ^^^ ^^^ encore une expression chinoise. 

4. Le mot €nào», qui représente avec une nuance considérable d'éner- 
gie notre formule interrogative ^ est- ce quef» est encore renforcé par le 
mot <dâu*, qui a ici la même valeur phraséologique que dans le premier 
hémistiche du vers 2401 : 

Les ressorts — de la sympcUhie que le destin a établie entre nous, — est-ce 
que — Us sont — finis — où (se trouve le fait quHls n^ existent plus) ? ... » 

Cette traduction littérale donne la signification élémentaire de l'expres- 
sion ea duyên, qui se prend couramment dans le sens d'une rencontre for- 

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162 KiM vAn kiêu tAn truyên. 

Nàng rang : «Tien dinh tien tri, 

«Lài sir dâ day ât thi châng sai! 

«Hoa bao gid- cô gâp ngo*îri, 
2415 «Vi toi cây hôi mot loi chung thân!» 

Giâc duyên vâng, dân an cân, 

Ta tit, thoât dâ dîri chou côi ngoài. 

Nàng tir an oân rach rôi, 

Bien oan dirông dâ; voi voi canh long. 
2420 Ta an lay trirô-c 7%" công : 

«Chût thân bô lieu nào mông cô rày? 

«Trom nhô* sam sét ra tay; 

«Tac riêng nhir cât gânh dây dô di! 



tmU et agi'éable. Le poète l'emploie certainement à dessein ici pour faire 
ressortir la connexité qui existe entre la destinée de Tûy kHu et celle de 
Qiàc duyên. 

Voir au commencement de cet ouvrage ce que je dis de la valeur du 
mot «)^ duyèn*, 

1. Litt. : « (Quant à) de Vauparavant — la fixaUon — àe celle qui 

d'avance — sait,» 

Les éléments des deux expressions chinoises "È^ ^ Hên dinh et 4q 
^ tien tri dont je donne ici le sens littéral sont agencés dans chacune 
d'elles conformément au génie de la langue a laquelle ils appartiennent; 
mais elles sont construites Tune par rapport à Tautre conformément à celui 
de la langue annamite, qui place le génitif en dernier. 

2. Litt. : « Pour — mot — fai recours à vous — (po^r) V interroger — éCune 
parole — de (concernant) — ma «ic entière/» 



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KIM vAn kiêu tAn truy^n. 163 

€ Au sujet du premier terme que vous fixa la prophétesse ^, 
«ce que vous me dites», répondit Kieu, «est exact, certainement! 
« Si quelque jour vous la rencontrez, 
«sollicitez d'elle quelques mots sur la destinée de ma vie entière^!* 2415 

Gide duyên le promit; elle fit (à la jeune femme) des recomman- 
dations détaillées, 
prit congé, puis aussitôt elle porta ses pas vers d'autres régions. 

Depuis que Kieu avait équitablement réglé (tout) ce qui concemdt 

les bienfaits et la haine, 
le chagrin semblait dans son cœur avoir fait place à la joie^. 

En signe de reconnaissance elle se prosterna devant Tù công. 2420 

«Pauvre créature!» dit-elle; «aurais-je donc pu prévoir ce qui se 

» passe aujourd'hui * ? 
«Furtivement, pour agir, je me suis servie de la foudre ^ 

«et mon âme est délivrée du lourd fardeau qui l'accablait^! 



É^ S^ Chung thân, litt. : ^V extrême — corps ^^ est un idiotisme chi- 
nois qui signifie ^UnUe la vie 9. 

3, Litt. : « La mer — de Vinjustice (du chagrin causé par les ir^usUces su- 
bies) — était comme si — dès à pi'ésent — elle était presque remplie (de satis- 
faction) — (quant au) bord — de son cœur». 

4. Litt. : « (Mçn) peu de — corps — de roseau — et de saule (faible comme 
le roseau ou les rameaux du saule) — est-ce que — U aurait eu Vobscure per- 
ception que — U y aurait — le maintenant (ce qui se passe maintenant) f 9 

6. C'est-à-dire *de votre puissance, qui est aussi terrible que la foudre», 
6. Litt. : « Mon pouce (de coeur) — particulier — est comme — si, — s'é- 
tant chargé — d'une charge de fléau — pleine, — U Veut — renversée!» 

Elle compare Tallègement moral qu'elle éprouve au soulagement physique 
ressenti par un homme qui, portant un balancier dont la charge est com- 
plète, se débarrasse subitement en jetant cette charge sur le sol. On sait que 

11* 



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164 KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 

«Cham xirang ghî da xiêt chî? 
2425 «De dem gan ôc dên nghi trW mây?> 

Ta- rang : «Quôc si xira nay 

«Chon ngirM tri kj^ mot ngày dirac châng? 

«Anh hùng tiêhg dâ goi rang, 

«Gifra dàng dâu thây bât bâng ma tha? 
2430 «Huông chî viec cûng viêc nhà! 

«Ln^a là thâm ta mcH là tri an? 

«X6t nàng con chût song thân, 

«Bây nay kè Viêt ngirM Tan câch xa! 

«Sao clio muôn dâm mot nhà 
2435 «Cho ngirW thây màt, là ta cam 16ng?» . 

les fardeaux se transportent dans tout Textrême Orient aux deux bouts d'un 
balancier ou fléau dont la partie moyenne repose sur Tépaule du porteur. 

1. Litt. : « (Quant aux faits de) graver sur — (mesj os — et cTinscrire dans 

— mon ventre, — on énumérerait — quoif» 

2. Litt. : « Comment (me) serait-il facile de, — en apportant — (mon) foie 

— d'escargot, — pi^er de retour — une amitié — de del — et de nuages f» 
dI est encore ici pour ^hâ de», 

3. Uexpression €quoc sî — les hommes distingués, de courage, de grand 
coeur*, signifie littéralement : *du royaume — les lettrés (ou les guerriers)*. 

Le mot ^quoc — royaume* mis au génitif, n'est ici qu'une expression 
superlative donnant l'idée du sununum de la perfection. C'est dans ce même 
sens que Ton trouve au commencement de ce poème Texpression ^quoc 
sic* prise dans le sens d'une <^ beauté accomplie, hors Ugne*, 

4. Litt. : €A quoi bon — de profonds — remerc^ments — (pour) et^ — 
être — (une personne qui) connaît — le bienfait f* 



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KIM VAn KIÊU tAn TRUY^N. 165 

« Qui pourrait dire combien profondément vos bienfaits sont gravés 

» dans mon cœur * ? 
€ Comment pourrais-je, moi, chétive, payer de retour votre immense 2426 

>aflFection^?> 
€ Depuis Tantiquité les cœurs magnanimes^» dit Tû, 

€ outils toujours rencontré un cœur qui put les comprendre? 

«Serait-il digne du nom de héros, 

«celui qui, rencontrant l'opprimé sur sa route, (passerait), le laissant 

de côté? 
«Lorsqu'en outre il s'agit d'une affaire de famille, (cela est bien plus 2480 

>vrai encore)! 
« Qu'avez-vous donc besoin de tant d'actions de grâces pour me prou- 

>ver votre reconnaissance^? 
«Mon cœur souffre de voir qu'ayant toujours vos parents^, 

«vous fûtes jusqu'à ce jour séparés les uns des autres^! 

« (Comment, puisqu'ils sont si loin, former ensemble une seule famille^ 

«afin qu'ils puissent nous voir? Cela serait si doux à mon cœur! 2436 

6. Litt. : « tm peu de — en paire — parents, » 

« Chût — tm peu cle » me semble n'être qu'une cheviUe inutile au sens 
général de la phrase. 

6. Litt : * Jusqu'à présent — ceux — ^î sont Vi^ — et les personnes — 
Tdn — sont séparés — loinl* 

De même que les habitants de ces deux principautés habitaient des 
territoires très éloignés l'un de l'autre, de même, vous et vos parents, vous 
avez été jusqu'ici séparés par une longue distance. 

7. Litt. : « Comment — foÀre que — (ceux qui sont séparés par) dix mille 
— dam — soient une seule — famille f» 

Le mot < ;^ cho » est ici un verbe annamite qui correspond au chinois 
^S ou (tîL. — « Muôn dam — dix mille dam » est une expression elliptique 
dont le sens développé est celui que je donne ci-dessus. — Enfin l'expres- 
sion chinoise < — -- S? nhût gia — une seule famille » devient, par position 
et sous l'influence de < ;^ cho », un verbe composé. 



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^ 



166 KM VAN KIÊU tAN TRUYÊN. 

Vôi truyën s*a tiêc qnân trung, 

Muôn binh ngàn tirông hôi dông tây oan. 

Thita ca, tnrdc chè dâ tan; 

Binh oai tè ây sâm ran trong ngoài ! 
2440 Triêu dlnh riêng mot gôc trW; 

Sânh hai vàn v5, rach dôi son hà! 

Bôi cou giô quat, mira sa, 

Huyên thành dap dô nâm t5a c5i nam. 

t^hong trân mai mot lirôi girom; 
2446 Nhftng loài giâ âo, tùi cam, sa gi? 

1. Litt. : « . . . . pour laver — (sa) vengeance*. 

Le mot «;^ odn — vengeance* qui est affecté d'un ton cttnA» ne peut 
terminer le vers; c'est pourquoi Tauteur, usant d'une licence que les poètes 
annamites se permettent assez souvent, admet ici pour ce mot la pronon- 
ciation 3^ W^ Vinh ihinh ou plane, 

2. n avait triomphé constamment. Le bambou et la pierre sont fort 
durs. Pour fendre Tun et pulvériser l'autre il faut surmonter une grande 
résistance; de là cette métaphore. 

3. Litt. : €(LuiJ égalant — les (hommes des) deux (sections) des lettres — 
(et) de la guerre, — il divisait — en deux — les montagnes — (et) les fleuve^!* 

4. Litt : « (Dans) le vent — et la poussière (dans le monde) — il aiguisait 
— une — lame — de glaive*, 

* Aiguiser son glaive dans le monde* n'étant pas une figure admise dans 
notre langue, je l'ai remplacée par une expression équivalente aussi rap- 
prochée que possible. 

Voir, pour la signification des mots ^phong trân — le vent et la pous- 
sière*, ma traduction du Ly^c Vân Tien, à la note sous le vers 594. 

5. Litt. : * (Quant à) des espèces — de supports à — vêtements — (et) de 
sacs — à riz cuit — U (en) aurait fait cas — en quoif* 



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KIM VAN KIÊU tAn TRUYÊN. 167 

Il s'empressa d'ordonner qu'au milieu du camp un festin fût préparé 

(pour les) innombrables guerriers, pour les milliers de généraux qui 
s'étaient assemblés afin de venger sa querelle i. 

Grâce à eux le bambou s'était fendu, la pierre avait été réduite en 
poudre 2, 

et depuis lors sa terrible armée grondait partout comme le tonnerre ! 

L'Empereur était isolé, relégué dans un coin sous le ciel, 2440 

(et lui), vainqueur des savants et des forts, devenait le maître du 

monde ^! 
Plusieurs fois, comme le vent qui balaie, comme l'averse qui tombe, 

il avait au midi de l'empire bouleversé cinq chefe- lieux de district. 

Sur cette terre il brandissait^ son glaive; 

quel cas aurait-il fait de guerriers ineptes et gloutons*? 2446 

Les mots €tûi ccrm* sont la traduction annamite d'une expression chi- 
noise qui fait allusion à un fait historique assez insignifiant. 

On lit dans le ^jf/ ^, liv. II, pag. 9 verso : «|g M^^M 
» A^ -^^ Sk ^^ ^& T&u nang pTian dai vi nhcm tkieu hoc da xan — Par 
»les mots *tùu nang phan dai» on veut dire qu'un homme étudie peu et 
> mange beaucoup». 

Commentaire : cSous les S Bàng (un i|ommé) JE Ma gouvernait le 

* JtB JÊÊ -ST^ quang. Il avait reçu le surnom de ^^ ^ SS vuomg. C'était 

»un homme prodigue, artificieux et arrogant envei-s les fonctionnaires 

» Comme il n'accorda jamais aucune attention à la littérature et à l'art 
» militaire, les hommes de son temps l'appelèrent ^ ^S ^B dE& tûu nang 
9 phan dai — un sac à vin et une poche à riz.» 

Le poète annamite a remplacé les deux premiers mots chinois du sobri- 
quet de Ma par les mots annamites ^|Ë jft giâ ào, qui signifient €un sup- 
port à habité, un porte -manteau». Cette dernière désignation correspond au 
chinois !^ ^|Ë ^ ^. Il est possible qu'elle se rencontre aussi réunie aux 
deux mots suivants dans cette dernière langue ("^t^ S& ^^ ^^ y già 
phan dqi)\ mais je ne l'y ai jamais trouvée. Je serais plutôt porté à 
croire que Ngugên Du a remplacé la première partie de l'expression citée 



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168 KIM vAn kiéu tAn truyên. 

Nghinh ngang mot côi bien thùy, 
Thiêu gi cô quâ? Thieu gi bà viroTig? 
Tnrdc ctr ai dâm tranh cirÔTig? 
N&m nâm hùng cù* mot phirang hâi tan. 
2450 Cô quan tông doc trong thân, 

Là Hô Tông Hiln, kinh luân gôm tài. 
Gîây xe, vâng chî dâc saî ; 

dans le Ju hoc (f^ ^s) P^ ^^ caractères (z^ ^Sc) ^^° ^^ former une 
épithète spéciale, qui est, dn reste, admirablement appropriée au caractère 
des adversaires de Tù hâi; adversaires qu'il veut dépeindre comme des es- 
pèces de mannequins habillés en soldats, des gloutons sans courage et sans 
capacité qui n'ont de militaire que l'habit qu'ils portent 

1. Litt. : «7Z manquent — en quoi — de «cô», — de «quà», — de «bà» 
— (ou) de «vutîrng» — (du pouvoir de prendre tel ou tel de cet titre») f* 

L'empereur de Chine, parlant de lui-même, se nomme *JR ^Ç — 
(Thomme qui appartient à une) famille solitaire, c'est- à -dire sans égale*, et 
» jBT ^l quâ îihom — r homme isolé ou sans pareil*. Le nom de ^S Bà 
se donnait autrefois au chef des princes feudataires. Quant au mot -Ç 
vuang, il se prend en chinois dans plusieurs acceptions distinctes, qui se 
rapportent du reste toutes à l'idée de souveraineté. En effet ce caractère 
est formé, dit le dictionnaire chinois-anglais de Mobbisson, « de trois lignes 
» horizontales qui représentent le ciel, la terre et Yhomme, et d'une ligne 

> perpendiculaire qui relie ces trois pouvoirs. Il représente par suite la per- 

> sonne qui agit de la même manière, c'est-à-dire un chef de nations, La se- 
»conde ligne est plus près de la ligne supérieure (que de l'autre) pour 
» montrer qu'un prince doit imiter les vertus du Ciel dont sa position éle- 
»vée le rapproche». 

Le titre de ^ fut adopté primitivement par -^ ^ V6 vwmg, fon- 
dateur de la troisième dynastie chinoise (celle des S^ Châu), en 1122 av. 
J.-Ch. Ce fut dès lors la qualification officielle des souverains de la Chine 
jusqu'à ^^ JëS^ Vwmg chành, le brûleur do livres, qui prit, en fondant l'é- 
phémère dynastie des ^S Tân (246 av. J.-Ch.) le titre de Ê^ ™* Hoàng 
d^ (^è "b^ ê^ ^K* Tdn thi hoàng dM — l'empereur magnifique et au- 



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KIM vAn kiêu tAn truyên. 169 

AadacieaX; au sein d'un pays de frontière; 
qui l'empêchait d'agir en empereur, en roi * ? 
Cîontre ses étendards qui eût osé lutter? 
n tenait depuis cinq ans une région riveraine de la mer. 
Le mandarin gouverneur de la province, grand délégué impérial^, 2460 
nommé 3 Ho tông hien, était un homme d'un savoir accompli. 

chargé par l'Empereur d'une mission spéciale, (il arrivait) monté sur 
son char. 

gnste qui a commencé la dynastie des Tétn), « A partir des ^è> Tétn et des 
^ Hàn, les princes feudataires », dit le J^ ËB ^ ^, «reçurent tous 

. le titre de 3É (^ ^ g| m T Jl S ^ W ^ ï)- ce 

>nom», ajoute le même ouvrage, «est aussi attribué aux parents décédés, 

»aux oncles et aux frères du souverain». 

D'après la transition observée dans le vers annamite, il est clair que le 
poète entend donner, ici au caractère en question son sens primordial, le 
plus étendu et le plus élevé, qui est celui de ^chef de nations, de roii>; car 
en opposant ici le titre de ^ à celui de ^[, il s'est certainement inspiré 

du passage suivant du philosophe ^^ -5^, dans lequel cette opposition 

^i précisément développée, et où ^ ne signifie rien moins que ^VEm- 

> ift fla ^ Jy^ Itec già nhon già hâ; hâ t^t hwu dai quôc, Dî duc hành nhon 
*g%à vu(mg; vucmg bât dâi dai. Thang d!% thât thâp ly, Van wrong di bà ly, 
> — Celui qui, se servant de la force, prend pour prétexte l'humanité est 
»un chef des princes feudataires. Celui qui, par sa vertu, met en pratique 

> l'humanité est empereur. Pour être empereur, il n'est pas besoin d'attendre 
» d'avoir un état considérable. Thang (fondateur de la dynastie des j^ 
>Thff(mg) le fut avec soixante-dix lys; Vàn vwrng (fondateur de la dynastie 
»des ^3 Châu) le fut avec cent lys». 

2. Ce mot signifie littéralement <i impérial -minùtre». Le caractère «^J 
trong» n'a pas ici le sens d!<^ important», mais bien celui d^^ impérial», 

3. Litt. : « . . . . (quant aux) Kinh — et aux Luân — réunissait — (tous 
les) talents». 



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170 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

Tien nghî bât tiêu, viêc ngoài dông nhnng. 

Biêt mik dâng anh hùng, 
2455 Biêt nàng cûng dus, quân trung luân bàn, 

Bông quân, làm chxràc chiêu an, 

Ngoc vàng gâm v6c, sai quan thuyêt hàng. 

Lai riêng mot le vô-i nàng, 

Hai tên thè nfr, ngoc vàng ngàn cân. 
2460 Tin vào gôî tnrô*c trung quân, 

Tît công riêng nghï mirM phân ho do! 

Mot tay gây du-ng ca do, 

Bây lâu bien Sa sông Ngô tung hoành! 

B6 thân, vë vdi triêu dinh, 
2465 Hàng thân la lâo, phân mlnh ra dâu? 

«A6 xiêm buoc tr6i lây nhau! 

«Vào lôn ra cùi, công hâu ma chi? 

cSao bâng riêng mot bien thùy? 



1. Litt. : < Depuis H longtempê — sur la mer — de S6 — (et) nir le fleuve 
— de Ngô — il agissait verticalement — et agissait horizontalement». 

Nous rencontrons encore ici un exemple de cette habitude poétique qui 
consiste à employer métaphoriquement les noms de deux états de Tanti- 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUY^N. 171 

Selon qu'il convenait, contre les rebelles il dirigeait les batailles et 

commandait les troupes en campagne. 
Sachant que 7% était un héros, 

et que Kiêu, qui raccompagnait, avait sa voix au sein du conseil 2466 

militaire, 
il fit camper ses soldats, feignit de proclamer la paix, 

et fit partir un envoyé chargé de diamants, d'or et de soieries pour 

traiter de la soumission. 
Comme présent spécial destiné à la jeune femme, 

(il lui oflfrait) deux suivantes, mille livres d'or et de pierres précieuses. 

Lorsqu'il reçut dans son camp l'avis de (ce qu'on préparait), 2460 

Tù: công réfléchit en son cœur. Il était grandement indécis! 

n avait, de sa seule main, constitué son héritage, 

et depuis longtemps, partout, impunément en maître il agissait ^ ! 

Si, se liant (les mains) lui-même, il se rendait à l'Empereur^, 

sujet réduit et inactif ^, quelle serait sa condition? 2465 

€(Là) tous», disait-il, <se tiennent ensemble comme liés par leurs 

» vêtements! 
«S'il faut se courber en entrant, baisser la tête à la sortie, que sert 

> (d'avoir) de grandes dignités? 
«Est-il rien de mieux que de (régner) entre ses propres frontières? 



quité chinoise pour désigner soit des lieux opposés, soit des personnes 
jouant des rôles contraires ou connexes. 

2. Litt. : *CSi,) liant — son corps — U revenait — avec — la cour,* 

3. Litt : € indolent». 



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172 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

cSiïc nây dâ de? Làm gi dirac nhau? 
2470 «Duc trM, khuây nirdc, mâc dau! 

«Doc ngang, nào biët trên dâu c6 ai?» 

Nàng thi thât da tin ngirW, 

Le nhiëu, nôi ngot; nghe 15i, de xiêu. 

«Nghï minh mât nirdc cânh bèo, 
2475 «Dâ nhiëu ton lac, lai nhiëu gian truân! 

«Bâng nay, chîu tiêng vu-ong thân, 

«Thinh thinh dàng câi, thanh vân hep gi? 

«Công tu* ven câ hai bë; 

«Dan dà roi se lieu vë cô hu^oiig. 
2480 «Cûng ngôi mang phu dugong du-ông! 

«Nô* nang mày mât, rcr rang me cha! 

«Trên vi nu-dc, duôi vi nhà; 

«Mot là dâc hiêu, hai là dâc trung! 

1. ^DH de! — est facile (à réduire/)* Le héros parle ironiquement 

2. Litt. : c (Quant à) agir en long — et agir en traverê, — etl-ce qum td 
que — sur (ma) tête — il y ait — qui que ce soUf 

Comme «^ngr» et ^hoành* au vers 2463, les mots «doc» et ««W» 
sont ici verbes par position. 



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KIM VAn KIÊU TAN TRUY^N. 173 

«Je suis fort! que feraient-ils tous ensemble contre moi^? 
«Je puis transpercer le ciel et troubler les eaux à ma guise! 2470 

«Je puis agir impunément! Qui (donc) est au-dessus de moi^?> 
La jeune femme, certaine de posséder sa confiance', 

lui opposait bien des raisons; sa voix était douce; il Fécouta, et faci- 
lement il se laissa persuader. 

«Pensez» dit- elle «que nous sommes, comme le blo qui flotte sur 
» Teau, 

«exposés à de nombreuses vicissitudes, soumis à bien des malheurs! 2475 

«Si vous vous laissez maintenant imposer le nom de vassal, 

«sur le grand chemin vous serez au large! dans votre paix sereine* 

>où sera la contrainte? 
«Les intérêts du Prince et les nôtres seront également sauvegardés; 



c 
> 



puis peu à peu viendra le temps où nous pourrons aviser à revenir 
dans la patrie. 
«Votre femme, elle aussi, siégera parée de titres honorables^! 2480 

« son visage resplendira; elle illustrera ses parents! 

«En haut, vous vous donnerez au pays; en bas, à votre famille; 

«vous acquérant, d'une part, un renom de piété filiale, de l'autre, 
>un renom de loyal sujet! 

3. Litt. : « tenant pour vraie — (quant à êonj cœur — la confiance 

— de lui,* 

L'adjectif ^thât — vrai» devient verbe par position. 

4. Litt. : €dans les bleus — nuages 9. 

6. Litt. : € Aussi — ma dignité (sera) — (celle de) dame titrée — hono- 
rablementl» 



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174 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

«Châng hon chiêc bâ gîfra dông! 
2485 E de sông giô hâi hùng c6 hoa! 

«Nhon khi bàn bac gân xa, 

«Thù-a ca, nàng mô-i bàn ra nôi vào. 

Rang : «Trong Thânh de dôî dào! 

«Ru-di ra dâ khâp; thâm vào dâ sâu! 
2490 «Binh thànii, công dù-c bây lâu, 



1. Allusion à la premièi*e strophe de Tode intitulée ;ji|^ ^ Bd ckâtu 
(Voy. la note sous le vers 1956.) 

2. Litt. : €j^éprouve de V appréhension — (qwmt à) les fioU — et le veiU; 

— je êuis êoiêie de frcu/eur — (quant à) t herbe — et aux fleuré!* 

Ce vers, si je puis m'exprimer ainsi, renferme, joint à une conddon 
tout-à-fait annamite, comme un entrelacement de deux propositions bien dis- 
tinctes : 

1** «Je crains que les flots n'emportent Therbe». 

(Je crains que, tels que Therbe fragile qui croît au bord des fleuves, 

— le 6eo ou lentille d'eau, p. ex. —, et que les flots irrités emportent, nous 
ne soyons victimes d'une catastrophe.) 

2** «Je suis saisie de terreur en pensant que le vent peut enlever la 
fleur». 

(Je suis effrayée de l'idée que nous pouvons avoir le sort de la fleur 
qui croit dans la campagne, et qu'une bourrasque peut enlever.) 

Le poète annamite, voulant faire tenir tout cela dans un seul vers et 
produire en même temps un multiple effet de parallélisme, a tout d'abord 
supprimé le second verbe (enlever, emporter) qu'entraînait forcément la 
présence du premier (e de ^ f appréhende que), et l'a remplacé par un équi- 
valent, une doublure (hâi hùng). Ensuite, groupant à la fin du premier hé- 
mistiche les deux substantifs (aéng giô) qui désignent les agents actifs de 
la catastrophe indiquée, il a réuni de même à la fin du second les deux 
substantifs (c6 hoa) qui en désignent l'objet II a obtenu ainsi un premier 
parallélisme entre les deux verbes (e dh — hâi hhng) qui expriment tous 
deux la crainte que son héroïne dit ressentir; un second entre les deux 
groupes (sông giô et ci hoa), qui désignent le premier l'agent et le second 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUY|N. 175 

«Nous ne sommes pas pins (assurés) que le bateau de cyprès qui 
» flotte au milieu du courant ^l 

«Craignons que les flots et le vent n'emportent Therbe et les fleurs 2485 
»delaplaine2!> 

Aux moments où (tous les deux) ils causaient de choses et d'autres^ 
la jeune femme^ saisissant Toccasion^ tentait de le persuader^ 

disant : «C!omme une averse (bienfaisante, les) dons du Prince se 

> répandent sur tout (le peuple) ^ ! 

« (C'est une pluie) qui arrose en tous lieux (la terre) et la pénètre 

> profondément! 

«Depuis la pacification de FEmpire, cette longue série de vertus et 2490 
» de bienfaits 

l'objet de raction; et enfin un troisième, résultant de ragencement intérieur 
de ces deux groupes eux-mêmes; sSfig qui exprime Tagent qui a pour ob- 
jectif ce se trouvant lui correspondre exactement au point de vue de la 
place occupée dans Thémistiche; et gié exprime Tagent qui a pour objectif 
Ttoa se trouvant aussi avec ce mot dans le même rapport de position. 

3. Litt : « Danê — (la perêonne du) Saint — empereur — U y a 

aïoerae!* 

Cette figure ne saurait évidemment être reproduite en français avec la 
concision que le poète cochinchinois lui a donnée. 

Les auteurs tant annamites que chinois comparent souvent à une pluie 
abondante l'avantage que procurent au peuple la bonne administration et 
les bienfaits du Prince. Cette métaphore semble avoir son origine dans le 
passage suivant du ^ j|^. 

L'empereur |§f "T* Vd dinh, ayant vu en songe au tombeau de son 
père un sage du nom de âfr Duyêt, en fait son premier ministre, et, en lui 
conférant ses pouvoirs, il lui dit entre autres choses : « ^ë^ jg^ -j^ â 
> VR iHr ^ijp, St ^S Nhvorc tttJë dai han, dijmg nhûr tàc lâm v{c — Si je me 
» trouve dans une année de grande sécheresse, je me servirai de vous 
> comme d'une pluie abondante.» T^ jj^ Sect. IV, Liv. VIII ^ '^ 

±, § 6.) 

n s'agit ici, il est vrai, des services que le Prince attend de son mi- 
nistre; mais il est assez naturel que les lettrés, qui puisent de préférence 
dans les ^^ les figures de leur langage, aient plus tard employé celle-ci 
en parlant des bienfaits du Prince lui-même. 



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176 KIM vAn KIËU tAN TRUYÊN. 

«Ai ai cûng doi trên dâu; xiët bao? 

«Gàm tir dây viêc binh dao, 

«Dông xirang vô dînh; dâ cao bâng dâu! 

«Làm chî dé tiêng vë sau? 
2495 «Ngàn nâm ai cô khen dân Hoàng $ào9 

«Sao bâng loc trong, quyën cao? 

«Công danh ai dâc loi nào cho qua?» 

Nghe IM nàng nôî màn ma, 

The côug Tîir moi trâ ra thê hàng. 
2500 Climli nghi tiêp sir voi vàiig; 

Hen ky thùc giâp, quyêt dàng giâi binh. 

Tin IW thành ha yêu minh. 

Ngon cô" ngo* ngâc, trong canh sâi trirô-ng. 

1. Litt. : ^Taus, quels qu^tU soient — tmU aussi bien — la portent — sur 
— la tête; — on la compterait — à combien f» • 

2. Litt. : « Le monceau — d^os — est sans — fixation .... » 

3. ^r ML Hoàng sào était un chef do rebelles fameux qui vivait à la 
fin de la dynastie des Bàng, Mécontent d'avoir échoué au concours des let- 
trés, il réunit une bande de rebelles dans la région du J^ ^ actuel, et ra- 
vagea à leur tête plus do la moitié de l'empire. Il prit en 880 de Tère chré- 
tienne la ville de Trwang an, résidence do TEmpereur d'où ce dernier s'était 
enfui, et se proclama lui-même souverain de la Chine avec le titre dynastique 
de -^ ^C Bai tê\ mais en 884 il fut défait avec l'aide des troupes auxi- 
liaires fournies par les nations tartares voisines de la frontière chinoise, et 
fut mis à mort par un de ses partisans. (Mayeb's chinese reader's manual, p. 69.) 



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-WW1''^.Y^ 



KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 177 

€ s'est^ qui dira combien? épanchée sur la tête de tons ^ ! 

«Songez y! depuis que vous avez suscité cette guerrC; 

«les ossements des morts forment un monceau toujours croissant^. 

»I1 a atteint la hauteur de là tête! 
«Pourquoi transmettre aux âges futurs une mauvaise renommée? 

«Qui jamais^ depuis mille ans, a fait Téloge de Hoàng Sào^? 2495 

«Est-il rien de meilleur qu'un fort traitement, qu'une haute dignité? 

«Par quel chemin peut-on atteindre un but plus élevé que Thonneur 
»et la réputation?» 

Les douces paroles de la jeune femme 

changèrent les dispositions belliqueuses de Tù en sentiments de sou- 
mission ^ 

On prépara en toute hâte les cérémonies (usitées) pour la réception 2500 

de renvoyé (hnpérial) ; 
On fixa un terme pour déposer les armes, on traita du licenciement 

de Tannée*, 
et Tir crut aux serments échangés au pied des remparts. 

Les étendards se balançaient nonchalants; le tambour des veilles 
languissamment battait^. 

On peut voir que le rôle joué par ce ^T ML dans Thistoire est abso- 
lument semblable à celui que le poète attribue à Tît k&i. 

4. Litt : *La condition — de combattre — de Ta — oIots enfin — se 
tourna en — condition — de se êoumettre». 

6. Litt. : €0n fixa — le terme — de lier — les cuirasses; — on décida — 
la voie (la manih-ej — de dissocier — V armée*. 

Dans l'extrême Orient les soldats, lorsqu'ils se rendent, le font connaître 
à Tennemi en liant ensemble leurs lances ou leurs autres armes. Ils se 
mettent ainsi d'eux-mêmes dans l'impossibilité de s'en servir de nouveau 
par surprise. 

6. Litt. : « . . . . était long d'une brasse*, 

12 



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n« KIM VAK KÎÊr tAn truyêh. 

Vîêc binh bô ehân^ gifr gîàîigp 
2505 Virong sir dom da tô tàng tliîêt hir, 

n6 cârig quyêt kë thèa ccr. 

Le tien, binb hân; khâe kl ly eông, 

Kéo ce chîêu phù tien pboîig. 

Le ngbi gîkn tnr<>c, vâc dôiig pbae san* 
2510 Tît câng ha liâng; biet dau? 

Bai quan, le phnc, ra dâu cû-a vien. 

Jîff ding âm bien trân tiëiL 

Ba be phât sÙDg; bon ben kéo et. 

Bang kbi bât y, ehâng îigÎF, 
2f*i5 Hîim tbîÊng, kbî dâ sa co, cûng hèn! 

Tù" sanb lieu gîfra trân tien; 

Dan dày cho biêt gan lien tn^ng quCm! 

1. Lit t. : ' D^t Rm — l&i tr&ttpex — qui ffueUaie^i — d^* 
rnrtnt pour elair — k phin — et k vide*. 

L'adjectif * ià ièn^ — dair, paiefd » devient Terbe actif p^ 

2. Litt. : * /jHftr pré^e^iis — de cérémmiiê — JurmU — écha/aud 
— Ef. les ariiie^ — de èroh^ — fia^eni platées en emhuêivtde — 

3. En ce quî eoticeriie le canon, Tanteiir ne parle que 
parée que Ttt hài, qni n'était paa sur la tléfensivej ne m trcnn 
rnier mnment en roeeure de s'en servir i>oiir repousser J'entiem 
traitreiiaemeijt. Les dnii>eau3t de fruerre srmt au eoritraîre liÎHKéi» 
prèa »imul tan émeut; du côté de Tagresseur [KJur exefler le% tr 



M. 



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KIM VAN KIËU tAn TRUYÊN. HQ 

i laissa de coté les allures griicrrières et l'on ne se garda plus, 

a coté de) l'armée impériale on était aux fig:uetsî bientôt Fou fut 2505 

au courant de tout 1, 

Ho công combina un stratagème pour profiter de cette occasion. 

s présents devaient marcher devant et les troupes suivre derrière. 
A nn signal déterminé commencerait Tattaque au dedans, 
hissa un {mvillon pour prévenir Tavant garde. 

R cadeaux de cérémonie turent disposés ^ en avant, et par derricrCj 

m embuscadCj se placèrent des hommes armes, 

rcông ne 86 gardait pas; pouvait il rien s^ïupçonner? 2510 

iffé dn grand bonnet, revêtu du costume de cérémonie, il se pré- 
senta devant la jjorte de reuccînte, 
^ công donna secrètement le signal de la bataille. 

trois cotés le canon tonna; partout Ton hissa les dra|>eauxl 

s au dépourvu, lorsqu'il est hors de garde, 

tigre puissant, tombé dans le piège, doit céder comme tout antre 25ïrj 

risqua sa vie au sein de la bataille 

paya d'audace, voulant faire voir le courage-' qui anime les grands 
::hefs de guerre, 

iticr rattatiue mi moyen rlos sîgnîmx qu'ils servent à faire; du coti' de 

hait pour commaiuler la défense. 

4. t Li^n — contimielleviejit > devient par position un adjectif qui qualifie 
m — /oie fcottraffe)^. Il signifie bien, dans le sens géiiéml du vers, qne le 
irage dos chefs de gucn-e est continu, qu'il ne suliit pas de dèiaillanee; 
is au fond le ijoète ti'eui|»kne ce mut qui u'esit jamais ou presque jamais 
§ aiijcvçtivemeut que pour obtenir une rime coiTCspoudaut nu mot «fît*»* 

termine le vers précédent^ tandis que «*;tt(2ii> riniora avec *fhân>^ du 
s suivant. (Voir sur la double rime des v3n T introduction de cet ou- 

12* 



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IHO KIM VAN KIËU TAN TRUYÊN. 

Khf thiêng khi dâ vë thân, 

Nhîên nhîên c6n diriig chôn chan gifra v6ng! 
252tï Tra nhip dâ, vfrng nhir dông! 

Ai lay châng rùng! Ai rung châng dôi! 

Quan quân truy sât, duôi dài; 

Ù ù sât khi ngat trù-i! Ai dang? 

Trong hào, ngoài lûy tan hoang! 
2n2U Loan quân vù-a dâc tay nàng dën noî. 

Trong vông tên dâ bôi bôl, 

Thây Tî^ côn dirng gifra trô-i tra tra! 

Khôc rang : «Tri dong cô thira! 

«Bô-i nghe loi thiêp, dên ca hoi nây! 
î>5a<t «Màt nào trông thây nhau dây? 

«Thl lieu sông chêt mot ngày vô*i nhau!» 

Dông thu nhu* chây can sau ; 

Dtrt IM, nàng cûng gieo dâu mot bên! 

1, Litt. : *Son souffle vUal — âpirUuel». 

Viiîr la note sous le vers 116. 

'2. l^a répétition ^nhiên nhiên — mnsi atrui, de cette wrte de cette wHe> 
*'X|iiitMi^ que le spectacle dont il est parlé est patent aux yeux de tous, 
K\\\x* ffnil le monde peut le contempler. 



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KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÇN. 181 

Quand son âme poissante^ eût été rejoindre les esprits^ 

chacun put le voir^ debout; les pieds plantés au milieu de Tarène! 

Immobile comme la pierre et ferme comme Tairain^ 2520 

nul ne pouvait Tébranler ni le faire changer de place ^! 

Mandarins et soldats se livrèrent au massacre et longtemps poursui- 
virent ses troupes. 

Le vacarme (était eflFroyable); les vapeurs du carnage obscurcissaient 
le ciel; qui aurait pu résister? 

Dans les fossés^ hors des remparts^ (toute Tarmée) se dispersait 

Des soldats débandés prirent par les mains la jeune femme et Tame- '^525 
nèrent sur la place. 

Sur le champ de bataille (où) pierres et flèches volaient sans inter- 
ruption, 

elle vit Tîc qui^ statue immobile^ se dressait encore dans Tespace. 

Elle pleura et dit : «Intelligence et force, il en possédait plus que 

>le nécessaire! 
«Pour avoir écouté mes conseils, voilà où il en est réduit! 

«De quel front oserais-je lever ici les yeux sur lui? 2530 

« Du moins je veux donner ma vie; je veux que le même jour voie 

> notre trépas à tous deux^! > 
Sa douleur s'épanche en un torrent de larmes; 

elle dit et, tête première, elle tombe à ses côtés! 

3. Lîtt. : € (lorsque) qui que ce f(U — VagUciU, — ne pas — il était ébi'anlé; 
— (Un*8que) qui que ce fût — le secouait — ne pas — t^ était déplacé! » 

4. Litt : « Alors — je me risque — pour vivre — (ou) mourir — (en) un 
(même) — jour — ensemble!* 



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18Q KIM vAN KIËU TxlN TUUYKH 

La thay! Oau khi tiroiig triën! 

2535 Nàng \Tra pbuc ba, r?rli5n ngS ra! 
Quan qiiâu^ ké laî, Bgiriri qua, 
Xot eàiig, se laî vwe ra dan daiu 
Dam vào âën tïnàc tvuug qttâiL 
Ho công tbây màt; an eau hôi han, 

2310 Rang : «Nàng cbut pbau houg nbau, 

«Gap ccru binb caeli, niiieu nàn; ciiug I 
«Bà bay tbànb toâu miëu do'mig, 
«Giùp công, cûiig cô IM nàng, m6î mii 
*Bi\y gicr sur dà van tuyën; 

2515 <Màc lùng ngbî dô! Muôn xîn bë nào?^' 
Nàîig eàiig dô ngoc^ tuôn dào; 
Ngàp ngùng, moi gtVi tbâp eaa bit long 
Rang ; ^iTitlk dùng anb bùng! 

meut — Im tfilaç^itw! 

Cette phmse eët t^ntiêrcment cliîuoisi^. 

2. LitL : <Peu — tîc <5tmtlîi*c»fi — de rm^ — iicinti* 

3. Lîtt : < . . . t^aluer — ^cf jiXafu loîe 4m tewiïfe «Ees ^mcHM 
» jS ^£ ^^ h ifi^" *f""5f <*/!• fAw/ny ^ Li? liant <1 



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KiM vAk kiëu tAn truyèn. 



183 



range î après la mort ràmc da guerrier restait unie à la sienne 

Jaos le désir de la veugcaoce ' î 

[>eioe kl jeune femme se fût-elle prosteniée que, sur le champ, il ï!535 

tomba (sar le sol)! 

indariES et soldats, gens qui venaient^ gens qui pass;ûeutj 

us de eompassion, Ventraînôreut doucement. 

ramena au milieu de Tannée, 

' cong, lorsqu'il la vit, la pressa de questions, 

auvre et belle aile!> dit-ir-^ 2510 

)mlié-e au milieu du tunmlte des armes, vous avez grandement 

>Riuflertî aussi bien j'ai cumpassiun tle vous! 

11 m'a été donné de réussir dans la mission que m'avait confiée 

»la cour^ 

ï secours de votre parole n'en a pas moins assuré le sueeès*! 

[aintcnaut que mon entreprise est arrivée à bonne fin, 

^fléi hisser, et voyez ce qu'il vous plaît de réclamer (de moi)!» 2545 

8 larmes de la jeune femme coulèrent en flots plus abondants 

encore*, 

au milieu de ses hésitations, la pensée de son C03ur tout au long 

isc fit jour \ 

1^, t dit-elle, «était un héros! 

iple des ancùtres^ est uni- iks expressitma coDaîicrcea pour désiguor */e 
ccmemetil de r Empereur*. 

4. Litt. : « (Quaiii à) aider — le mérite, — encore — il ^ a eu ^ les jki- 
ig — ^ eoïw, maduTue, — (et.) alor* enfin — cela a eu litit / ^ 

5. Litt* : « La jeune femme. — d'autant pi a* — répandit — des pkrrejt pré- 
(Ma — et laiana cotder alM>fulammfml — nne pluie af>otidante ; * 

(3. Lîrt. : *E[le hétUa — et enfin — confia — Is haut — rt k hwt — de 
Taire — de f*cni) cafir». 



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184 Kl M VAN KIÊU TAN TRUYÇN. 

«Doc ngang trôi rong, vây vùng bien khai! 
2550 «Tin toi, nên quâ nghe loi! 

«Bira thân bâ chien, làm toi triëu dlnh. 

«Ngô* là phu qui phu vinh! 

«Ai ngô" mot phût tan tành thit xirong? 

«Nâm nâm trôi bien ngang tàng, 
2555 «Bam mlnh di bô chien tnràng nhir không! 

«Hai chông kè lây làm công! 

«Kè bao nhiêu, lai dau long bây nhiêu! 

«Xét minh, công ft, toi nhiêu! 

«Sông thira toi dà nên lieu mlnh toi! 
2560 «Xin cho tien thô mot doi! 

«Goi là dâp diêm lây ngu*ôi tè sinh!» 

1. Litt. : ^J"* avais pensé — que nous serUma — un mari — noble — (ei) 
une épouse — glorieuse! p 

2. Litt. : € Apportant — (sonj lui-niême — il est allé — P abandonner — 
sur de bataille — le champ — comme — rien!^ 

3. Litt. : « Cela s^appeUera — en couvrant — prendre — des personnes — 
morte — et vivante!* 

Ce vers peut signifier encore : « (Cette terre) recouvrira ceux (gui Jurent 
unis dans) la mort comme dans la vie!* 

Je préfère le premier sens parce qu'il est plus en rapport avec la si- 
tuation. Il est assez naturel que, dans la folie de son désespoir et pour se 
punir d'avoir causé la perte de son époux, Kiêu demande à être enterrée 
vivante à côté de lui. La disposition du vers n'est pas un obstacle à cette 
interprétation. Si en effet le mot qui veut dire «personne» (n^wi) se trouve 



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feiM vAn kiêu ïAn TRUYÊN. 185 

«En long, en large il traversait Tespace; impétueux il sillonnait la 

> vaste étendue des mers! 

«Confiant qu*il était en moi, il écouta trop mes paroles! 2050 

«Après s'être exposé dans cent combats, il avait fait sa soumission 
>à l'Empereur, 

«et je m'attendais à devenir la glorieuse compagne d'un noble et 
» puissant époux > ! 

«Qui eût pensé qu'en un instant ses os, sa chair seraient mis en 

> morceaux? 

«Pendant cinq ans, au sein du monde, il avait agi en maître, 

« et voilà que dans ce combat il est venu chercher une fin misérable ^ ! 2656 

«Vous me comptez comme un mérite le mal fait à mon époux! 

« (Mais) plus vous l'estimez haut, plus mon cœur souflFre de tortures! 

« En m'examinant moi-même, (à côté d'un) mince mérite, (je trouve 

» une) grande faute, 
« (et, loin de) lui survivre, il convient que je meure (aussi)! 

«Accordez-moi un coin de terre propice (pour la sépulture)! 2660 

«A côté du mort elle me recouvrira vivante '! > 

placé avant «^i^ shik», ce qui n'aurait pas lieu si Texpression était entière- 
ment chinoise ( ^ £^ ^ ou ^ £^ ^ ^^ c'est qu'il y a ici une 
de ces formules hybrides que l'on rencontre fréquemment dans la poésie 
cochinchinoise, et qui sont composées d'un élément annamite (ici ngwrC) 
et d'un élément chinois (ici ^^ ^b tw »ink). Or il est à noter que dans 
ce cas le génie de la langue annamite a le pas sur celui de la langue chi- 
noise, c'est-à-dire que ce sont les mots chinois qui se plient à la construc- 
tion annamite; ce qui est du reste assez naturel, puisque c'est dans cette 
dernière langue que l'auteur écrit. 

Si l'on admettait la seconde interprétation que j'indique et qui a été 
probablement aussi dans la pensée de l'auteur, la traduction littérale des 
mots *ngitbi t& Hnh* serait : «cic* peraonnet — de vie — et de mort (unien 
dans la vie comme dans la mort)». 



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186 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÇN. 

llô công nghe nôi thirong tinh; 

Truyën cho câo tâng, di hinh bên sông. 

Trong quân ma tiêc ha công; 
2566 Xân xao ta tnrdc, hoi dông quân quan. 

Bât nàng thi yen dird'î màn; 

Dà say lai ép vân d6ii nhât tâu. 

Mot cung giô thâm mira sau, 

Bon cung nhô mâu nâm dâu ngôn tay ! 
2570 Ve ngâm, vu*gn hôt nào tày? 

Lot tai Hâ cûng nhàn mày rai châu. 

Hôî rang : «Nây khùc à dâu? 

«Nghe ra, muôn thâm ngàn sau lâm thay! 

1. Litt. : * Il y eut (un) bruyamment et harmonieusement — de scie — (et) 
de bambou, — il y eut (une) cusemblée — â^ officiera — (et) de soldats*. 

L'adverbe €xàn xao> et le substantif « ^ot d3ng» deviennent par position 
des verbes impersonnels. — La soie et le bambou sont les matériaux les 
plus employés dans la confection des instruments de musique chez les Chinois. 

2. Litt. : « .... à jouer — des instruments de musique — et (àj en fai- 
sant de la musique — jouer pour distraire le supérieur*. 

Les anciens princes feudataires de la Chine avaient, comme TEmpereur 
lui-même, des troupes do musiciens à leur service. Les mandarins d'un rang 
élevé se conforment encore souvent aujourd'hui à cet usage. 

3. Litt. : €Un — mode — comme le vent — fut triste, — comme la pluie 
— fut lugubre;* 

Les substantifs ^yià* et «niwa» sont pris adverbialement^ mais, par suite 
d'une inversion poétique, ils se trouvent reportés avant les adjectifs qu'ils 
modifient et qui, en vertu de la disposition générale du contexte, devien- 
nent eux-mêmes des verbes neutres. 



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KIM VAN KIÊU TAn TRUYÊN. 187 

H3 cong, à ces paroles^ fat ému de compassion; 

et commanda que, pour l'y enterrer provisoirement; Ton transportât 

le corps au bord du fleuve. 
U donna un festin à ses troupes en félicitation des mérites acquis, 

et; aux sons harmonieux de la soie et du bamboU; officiers et soldats 2565 
s'assemblèrent ^ 

On amena la jeune femme dans la salle pour qu'elle assistât à (ce) 
festin 

(où) le chef; à moitié ivrC; la contraignit à l'amuser en lui faisant 

de la musique^. 
Elle joua sur un mode d'une tristesse lamentable 3; 

puis sur quatre autres (si lugubres qu'on eût dit que) le sang coulait 
au bout de ses cinq doigts^! 

Ni le gémissement de la cigalC; ni les clameurs du Vuqm n'en éga- 2570 
laient (la mélancolie) ! 

Dès (que ces accents) parvinrent à l'oreille de Ho, il fronça les sour- 
cils et laissa couler ses larmes. 

« Quel est donc» dit-il «ce morceau 

«qui me plonge, quand je l'entendS; dans une tristesse indicible^?» 

4. Litt. : * quatre — modea — firent couler goutte à gouUe — le êang — 
des cinq — bouU — de (aeê) doigté t^. 

Le poète veut dire par là que, si le premier mode but lequel joua Kieu 
était déjà extrêmement triste, les quatre autres produisaient une impression 
tellement déchirante, qu'on eût dit que les doigts de la jeune captive pieu- 
raient du sang. 

Les cinq cung dont il s'agit ici sont à proprement parler des gammes 
composées de six notes qui, disposées dans chacune d'elles d'une manière 
différente, ont donné naissance à cinq modes distincts, mais tous caracté- 
risés par une extrême tristesse. Ils furent, dit-on, inventés par un musicien 
de l'état de â} Trinh. Ck)nfucius les avait en horreur et ne les employait 
jamais lorsqu'il faisait do la musique. «Non seulement» disait-il «ils sont 
tristes, mais encore ils séduisent l'homme en excitant ses passions.» 

5. Litt. : « (Lorsqu'on) Ventend, — il y a dix mille — tristesses — et mille 
— mélancolies — fortement — à quel point/» 



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188 KIM VAN KIÊU TÂN TRUYÊN. 

Thira rang : <Bacphân> khùc nây; 
2^75 Phô vào don ây nhtrng ngày côn tha. 

Cung dÔTi lura nhiinig ngày xira; 

Ma gnong bac mang bây giô* là dây ! 

Nghe càng dâm, dâm càng say. 

La! cho mât sât cûng ngây vi tinh! 
2580 Day rang : «Hurang hoâ ba sînh, 

«Dây loan xin nôi kim lành cho ai!» 

Thura rang : «Chût phân lac làî, 

«Trong minh nghï dâ c6 ngirM thâc oan! 

«Côn chi? Nfra cânh hoa tàn! 

Les adjectifs «^âm» et ««^u» deviennent substantifs par position; et 
les six derniers monosyllabes du vers constituent sous la même influence 
un verbe impersonnel composé. 

1. Litt. : € Etrange! — que Von donne — un vUage — de fer, — tout ausii 
bien — il sera atupide à cause de — V amour!* 

^C/to* est une ellipse dont le développement complet est la formule 
€ cJio .... ^t nSa mac Vmg ». 

2. Litt. : « Prescrivant — U dit : — (^ Quant à) de V encens — îe feu — (et 
aux) trois — naissances, > 

L*expredsion *hwmg hSa ba sinh» désigne ^toul ce qui concerne le ma- 
riage*, c'es^à-dire les sacrifices faits dans la famille, la naissance des en- 
fants, rinstruction et la nourritiu*e qui leur sont données etc. (Voir la note 
sous le vers 267.) 

3. Litt. : « (Quant au) lien — de Loan, — je demande à — joindre — un 
E^m — doux — à — quelqu'un!* 

Le Loan est un oiseau fabuleux que les Chinois considèrent comme la 
personnification de toute grâce et de toute beauté. De là l'expression mé- 
taphorique ^dây Loan — un lien de Loan* pour désigner les liens du mariage. 



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KIM vAn kiêu tAn truyen. 189 

«(7e8t>, lui répondit-elle, «le morceau du Mauvais destin*! 
«Dès les jours de mon enfance je Tadaptai à cet instrument-ci. 2576 
« Lie choix de la musique est ancien, 

« mais vous avez sous les yeux, en ce jour, un exemple d'une des- 

> tinée malheureuse! > 
Plus il l'entendait, plus il se passionnait, et sa passion croissante (en 

lui) faisait croître l'ivresse. 
Chose étrange ! l'amour est capable d'amollir même un cœur ^ de fer! 

« Parlons >, dit-il, « de mariage ^ ! > 2680 

«Je veux avec quelqu'un renouer l'union interrompue ^î > 

«Pauvre créature abandonnée, > (répondit-elle), 

«je pense toujours qu'à cause de moi un homme ^ a péri d'une in- 
>jnste mort! 

«Que reste-t-il de moi? un fragment^ de pétale flétri! 

Voir, sur rexpression «^-Wu (cOm) êâc» ma traduction du Lyic Vân Tien, 
à la note sous le vers 344. 

Le général chinois, enivré à la fois par Tamour et par les famées du 
vin, propose à Tâp kiiu de remplacer son époux. Dans Tunion des époux 
représentée fignrativement par le groupement harmonique des deux instru- 
ments de musique làm et »àc, ce dernier représente la femme. Le làm a 
été brisé, c'est-à-dire que Tépoux est mort. Rattacher un autre k\m à ce 
sàc, c'est rétablir Tassociation dite «Bm aâc*, c'est-à-dire le mariage; autre- 
ment dit se substituer à l'époux déAmt. 

Ici encore le terme vague «ot — quelqtiun* remplace le pronom per- 
sonnel défini, comme cela a lieu fréquemment dans la poésie annamite, sur- 
tout lorsqu'il est question de propositions amoureuses ou matrimoniales. 

4. L'expression vague ^unlwmme* est employée ici à dessein. Tûy kOu 
craint d'irriter le vainqueur en prononçant devant lui le nom de son époux 
mort. 

5. Litt. : *Une moitié de pétale». 



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190 KIM vAN KLÈD TAN TRUY^N. 

2585 «Ta long dâ dut dây dùn Tiêu lÂn! 

«Rong cho c6n mânh hông quân! 

«Haï tàn dirac thây gôc phân, là may!> 

Hç, công chén dâ quâ say; 

H6 công dên lue rang ngày nhô* ra. 
2590 Nghï mlnh phirong diên qnôc gia, 

Qiian trên nhâm xnông, ngrrôi ta trông vào. 

Phâi tuông trâng giô hay sao? 

Su* nây bîët tlnh thê nào dirçrc dây? 

Tâo nlia viîra buôi rang ngày, 
2595 Quyët tinh, Công moi doân ngay mot bài. 

Linh quan ai dàm than I5i? 



1. Lîtt. : •Le fil de êoie — de (mon) cœur — a été coupé — à la manière 

— des cordes — du dbn — de 2%« Lan/» 

Tieu Lan est le nom d*an musicien célèbre. Tûy kiêu vent dire que, de 
même que les cordes du dan de TUu Lan, ayant été coupées, ne pouvaient 
plus servir à ce pourquoi elles étaient faites, c^est-à-dire à rendre des sons, 
le fil de soie qui reliait à son cœur celui do Tk liai ne peut plus servir à 
y rattacher un autre cœur-, en d'autres termes, qu'elle ne peut plus se 
marier. (Voir plus haut la note sur Ông ta ou Ngw/ft ISo,) 

2. Litt. : « Vou» montrant généreux — donnez-moi éC — avoir encore — un 
lambeau — de (mon) rouge — pantalon/* 

3. Litt. : € (Lorsque mon) souffle — se perdra, — (si) f obtiens de — voir 

— un coin — de fard, — ce sera — un Ixmheur/» 



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KiM vAn kiëu tAn truyên. 191 

«Et, comme les cordes de Tinstrament de Tïeu lân, le fil de mon cœur 2585 

>e8t coupé^! 
«Soyez généreux! épargnez les restes de ma beauté 2 ! 

« Si; à mon dernier soupir je puis y donner quelques soinS; je m'esti- 
» merai heureuse ^ ! > 

Dans (ce) festin des félicitations pour la victoire, tous étaient par- 
venus au dernier point de Tivresse^; 

mais Ho công, quand vint le point du jour, se souvint (de ce qu'il 
avait dit) \ 

n réfléchit que lui, qui dans TÉtat faisait grande figure, 2590 

Il était, d'en haut, surveillé par ses chefs, et que d'en bas, la foule 

avait les yeux sur lui^ 
Qu'était ceci, sinon une débauche déguisée'! 

Comment s'y prendre, maintenant, pour se tirer de cette affaire? 

Au point du jour, lorsque s'ouvrit l'audience du matin, 

le công, fixé, se traça une ligne de conduite. 2695 

Quand un mandarin donne un ordre, qui oserait y trouver à redire s? 



4. Litt. : €CDant V action de) féUcUer — le mérite, — (quant aux) taêset 
— on evoait dépctssé — (le fait â^) être ivres». 

5. Il y a entre ce vers et le précédent un jeu de mots absolument in- 
traduisible en français. Dans le festin de félicitations (hà công), tout le 
monde est ivre, et Ho công (le seigneur Hâ) n'est plus lui-même; mais le 
lendemain, il recouvre sa personnalité, se rappelle la proposition impru- 
dente qu'il a faite à 7% kiiu, et réfléchit aux conséquences qu'en entraî- 
nerait la réalisation. 

6. ^NhSm ocuong» signîfie raviser d'en haut»^ et €trông vào* veut dire 
«eaximtner d'en htu*. 

7. Litt. : « C* était — (tme) comédie — de lune — (et) de vent — ou' — 
comment f* 

8. Litt : < . . . . gémir de — (s&i) parole»?* 



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192 KIM vAn kiêu tAn trdyên. 

Ép tinh, là gân cho ngirôi thô quan. 

Ùng tct thiêt nhë dâ doan! 

Xe ta chô' khéo, va quàng va xiên! 
2000 Kiêu hoa âp thâng xuông thuyën. 

Là màn xû thâp, iigon dèn khêu cao. 

Nàng càng ù lieu, phai dào; 

Trâm phan nào c6 phân nào phân tirai? 

Bành thân cât lâp sông bôi; 
2fi05 Chrô*p công cha me; thiêt dM; thông minh! 

Chan trM màt b^èn linh dinh, 

Nâm xu'ang biêt gai ti!b sinh chôn nào? 

Duyên dâu? Ai dâc ta dào? 

1 . Lîtt. : « .... tZ 2a œîla — à — im homme — de la terre — mandarin ». 

2, €Nke» est la prononciation tonquinoise du mot «2« — rauon, moUf». 
îJ* Litt. : « (Quant àj tordre — lea JUa de soie, — a»aurément — il eH ha- 

fdlei — il saisit — le droit, — il saisit — V incliné f 9 

Je n'ai pu avoir exactement la signification du mot * quàng» pris isolé- 
Dicnt^ mais le sens général de Texpression dont il fait partie ainsi que la 
8Î;^^iiîfication de son correspondant <^xiên», qui sont tous deux bien connus, 
Tio me paraissent pas devoir laisser de doutes. 

4. Tout ce développement poétique signifie simplement qu'il faisait nuiL 

5. Litt. : « . . . . triste — (quant au) saule — (et) décolorée — (quant au) 

*Liêu dào» ou €(îào lieu» est, comme je Fai dit plus haut, une expres- 
sîoD employée couramment dans la poésie pour désigner * une jeune fille». 
Ia-ei doux termes en sont dissociés par élégance. *Phai — décotorét» doit 
ici m prendre au moral. L'emploi métaphorique de cet adjectif est amené 
par Tcxpressiou figurée (liu dào) qui précède. 



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KiM vAn kiêu tAn truyen. 193 

H fit violence aux sentiments (de Kiêti), et lui imposa pour mari* 

un notable de la contrée. 
Le génie du mariage, vraiment, suit des voies bien mystérieuses^! 

H tord ses fils d'une façon étrange, et prend (pour nouer les unions) 

tout ce qu'il trouve sous sa main 3! 
Le palanquin fleuri fut porté tout droit à bord d'un bateau. 2600 

Les rideaux de soie jusqu'en bas étaient baissés; la mèche des lam- 
pes était maintenue haute *. 
Kiêu, de plus en plus, était triste et découragée *, 

et son affaissement dépassait toute limite \ 

Elle se résignait, quant à elle, à être le jouet de la fortune'; 

mais elle avait à ses parents coûté des peines inutiles! sa vie était 2605 

perdue! il n'en fallait point douter^! 
Elle flottait sous le ciel, à la surface de la mer. 

Savait-elle ce qu'allait devenir sa chétive personne*? où elle allait 

mourir ou vivre? 
Quelle était cette union (nouvelle)? qui lui fallait-il épouser*^, 

6. Lîtt. : €(8ttr) cent — partie» — eêt-ce qu^ — elle avait — (tme) partie 

— queUe qu'elle fût — (qui fut une) partie — fraîche f» 

L*adjectif €tu<n — frais • est employé ici comme synonyme de «tmî — 
gai», pour le motif indiqué à la note précédente. 

7. Litt. : « Elle supportait que — sa per senne — par le sable — fàt com- 
blée, — par les flots — fût recouverte; » 

€Bành* a ici le même sens que «cA»//». — Devant les mots ^Cdt lâfjp 
song bffi» il faut sous-cntcndre la particule du passif «W^ ou «phâi». 

8. Litt. : «[Elle avait volé — par la force — les peines — de (son) phre 

— et de (sa) mère; — elle avait causé du dommage à — (saj vie — évidemment!» 

9. Litt. : « (Quant à sa) — pincée — d'os, — elle savait — elle la confiait 

— pour mourir — ou pour vivre — dans un lieu — quel?» 

10. Lîtt. : €( Celle) union — (d')oh (venait élle)f — ^î — amenait — ce 
fil de soie — de -Dàof» 

Le fil de soie de Bào (concernant le Bào, autrement dit la jeune fille)^ 
c'est le lien du mariage. 

13 



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194 KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 

Na dâu? Aï dâ dâc vào tân tay? 
2610 Thân sao, thân! Dên thê nây? 

C6n ngày nào, cùng do* ngày ây thôi! 

Dâ không bîêt sông là vuî! 

Hoàî thân nào bîêt thîêt thoî là thirong! 

Mot mlnh cay dâng trâm dirông, 
2615 Thoî! thW nât ngoc tan vàng, thirî thôî! 

Mânh giroTig dâ ngâm non doài, 

Mot minh luông nhiïng dung ngôî, chiia xong. 

Trîêu dâu nôî tîêng dùng dîing! 

Hôî ra, nidi biêt rang sông TiSn dubng! 
2620 Nhd lirî thân mong rO rang! 

Nây thôî! Hêt kiêp doan tràng là dây! 

^Bqm tien! Nàng nhë! c6 hay? 

«Hen ta, thi daî du'ô'î nây nrôtî ta! 



1. Litt. : €( Cette) dette — (d'Jou (venait-elle) f — Qui — Vamenanl — Va- 
vail fait entrer — à toucJier — (ses) mains f » 

2. Litt. : « S'il y avait encore — un jour — quel qu'il fut, — tout aussi 
bien — die serait souillée — ce jour là — et voilà tout!» 

3. Litt. : •(avec son) uniqtte — corps, — amère — quant à — cent — 
voies (manières), 9 



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KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 195 

et qui (donc) la chargeait (encore) de cette dette de malheur i? 

Comment en était elle arrivée à ce degré (d'infortune)? 26io 

Cen était fait! chaque nouveau jour allait lui apporter une souillure 

nouvelle 2! 
Elle ne savait point que la vie (par elle-même) est une joie! 

En attentant à ses jours, elle ignorait, pauvre femme! le mal qu'elle 

allait se causer! 
Isolée (en ce monde), abreuvée de misère 3, 

c'en était assez! (disait -elle). Il ne lui restait plus qu'à briser son 2615 

existence^! 
La lune était descendue derrière les cîmes des montagnes \ 

et, cependant, dans sa solitude, se levant, puis se rasseyant, elle 

n'en avait point fini encore®. 
(Mais) voici que des grandes eaux soudain le grondement s'élève! 

Elle s'informe et apprend que c'est le fleuve TïeVi dwang. 

Les paroles de l'esprit qu'elle entendit en songe lui reviennent claire- 2620 

ment à la mémoire. 
Tout est fini, maintenant! et c'est bien ici le terme de sa malheureuse 

destinée! 
«ô Bam tien! m'entends-tu?» s'éerie-t-elle. 

«Tu m'as fixé ce rendez-vous; attends -moi donc sous ces ondes, 
>pour m'accueillir!» 

4. Litt. : € Assez! — alors — on briserait — la perle, — on dissoudrait — 
Vor, — (et) alors — ce serait fini!* 

Tous les vers qui précèdent peuvent être, aussi bien, mis directement 
dans la bouche de Tày kiêu. 

6. Litt. ; «ic volume — du miroir — avait — été dévoré — (quant au) 
sommet — des montagnes*, 

6. Elle hésitait toujours à eu finir. 

13» 



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196 KIM vAn KIËU TAN TRUYÊN. 

DiTÔi dèn sân bipc tien hoa; 
2625 Mot thîên tuyet but; goi là de sau. 

Cûu bèng voi thâc rèm châu. 

Trôi cao, bien rong mot màu bao la. 

Rang : « Tv; công hâu dâi ta ! 

«Chut vl vîec nu'ô'C ma ra phu 15ng! 
2630 «Giêt chông ma laî lây cliông, 

«Mât nào ma lai dirng trong côî dM? 



1. Litt : €(Par) wne feuille — elle brisa — faon) pinceau, — (ce qui) ê^ ap- 
pelle — laisser — après (soi)*. 

Cette allusion serait incompréhensible sans la connaissance de la phrase 
suivante du ^ ^t Ê^ : * Lorsqu'il eût écrit le ^^ ^/^ Xuân thû, Con- 

fudus brisa son pinceau*; ce qui signifie que le ^£ jH^ fut la dernière 
œuvre à laquelle il mit la main. 

Le mot < ^Q tuyêt» signifiant à la fois ^briser* et €une stanee composée 
de quatre vers»; il peut se faire que Fauteur du poème ait voulu donner 
un double sens à cet hémistiche. 

La seconde version, qui supposerait une inversion et donnerait au subs- 
tantif bût — pinceau un rôle verbal, serait alors : 

« Une feuille (numérale) — de stanee de quatre vers — elle écrivit » 

Je serais peu porté à admettre cette dernière interprétation. Ce genre 
d'inversion appliqué à un substantif qui, comme ^btit* est assez rarement 
pris dans le sens verbal, ne me paraît guère admissible. 

Les mots *goi là ... . — (ce qui) s* appelle .... » sont très fréquemment 
employés en poésie lorsqu'on veut exprimer la volonté formelle et bien dé- 
terminée de faire connaître un sentiment ou une intention quelconque. Nous 
employons en français dans le langage familier une expression absolument 
équivalente au point de vue des mots, lorsque nous disons, par exemple : 

€cela s'appelle être vertueux, cela s'appelle bien manœuvrer, etc.»; 

mais il faut remarquer que Tanalogie ne va pas ici beaucoup plus loin 
que les mots; car les mots ^céla s'appelle» expriment en français Tadmira- 



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KIM VÂN KIÊU TAN TRUYÊN. 197 

Près de la lampe justement se trouvait une feuille de papier. 

Elle prit son pinceau, renferma dans quelques lignes ses dernières 2625 

volontés ^, 
et ouvrit d^une main rapide l'écoutille^ du navire. 

On n'apercevait au loin que la vaste mer et le ciel élevé, confondus 

à rhorizon K 
€ Tù công m'avait comblé de ses bienfaits! » dit-elle 

«et, pour un mince intérêt d'État, je le payai d'ingratitude! 

« Si, meurtrière de mon époux, je m'unissais à un autre homme, 2630 

«de quel front oserais-je encore occuper une place en ce monde? 



tien causée par un acte déjà accompli^ tandis que la locution annamite 
•goi là» exprime Tintention d'obtenir un résultat ou de produire une im- 
pression dans Tavenir. 

2. Je traduis « càa hbng .... rhn châu » par « écoutille > à défaut de meil- 
leur terme pour indiquer un genre d'issue qui ne se rencontre pas sur nos 
bateaux européens. Le mot €bbng* désigne un des côtés de la couverture 
du bateau dans lequel est pratiquée une porte, et « ahi bong — la porte du 
bongy est le nom de cette porte elle-même qui est fermée par un store 
ou une natte (rhn). — Quant au mot <châu — perles*, il n'est ici qu'un 
simple ornement poétique employé de la même façon que le mot «(?ào» 
Test en d'autres circonstances-, car, il est inutile de le dire, ce store n'est 
nullement orné de perles. La traduction littérale de ce vers, qui renferme 
d'ailleurs une inversion, serait donc : 

€De la porte — du bong — en toute hâte — elle ouvrit — le atore — de 
perleê». 

3. Litt. : « Le ciel — élevé — (et) la mer — vaste — (dans) une seule — 
teinte — enveloppaient — à la manière d'un filet > . 

Le mot ^la» signifie à la fois en chinois *un filet* et ^étendre». On 
pourrait l'entendre ici dans les deux sens; mais il est évident que l'expres- 
sion annamite ^bao la» tire son origine d'une comparaison très fréquente 
en chinois dans laquelle le ciel est assimilé à un filet immense qui englobe 
tout ce qui existe sur la terre. On l'appelle dans cette langue «"^ ^8 
iîai la — le grand filet», et, surtout lorsqu'il est question d'un ciel nuageux 
d'automne ^^ ^ ^ ^ ihi vân t^ la». 



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198 KIM vAN KIÊU tAn TRUY^N. 

«Thôî! Thi mot thâc cho roi! 

«Tarn long phû màc trên trirî dirdi sông!» 

Trông vôi, con mrdc minh mông, 
2635 Bam minli gieo xuông giira dèng trircrag giang! 

Thô quan theo vdt vôi vàng; 

Thi dà dâm ngoc, chim hiroTig dâ roi! 

ThiroTig thay! Cûng mot thân ngiriri! 

Hai thay! Mang lây sâc tài làm chi? 
2640 NhÛTig là oan khô liru ly, 

Chô* cho hê't kiêp, con gi là thân? 

MirM lâm nàm bây nhiêu lân 

Làm girang cho khâch hông quân thô* soi! 

DM ngirM dên the; thi thôi! 

1. Litt. : « Cf^est aaaezl — Alors — (il y a) Vunique — mouHr — de ma- 
nière à — en finir/» 

Les mots ^mot thâc cho roi» forment ici par position un véritable verbe 
impersonnel. (Voir, pour le sens de râi, ma traduction du Luc Vân Tien à 
la note sous le vers 956.) 

2. Pour qu'ils soient témoins de ma sincérité. 

Litt. : <(Mon) coeur — je livre à — au-dessus — (quant au) ciel, — (à) 
au-dessous — (quant au) fleuve!» 

Voir ce que j'ai dit antérieurement sur le rôle exact des prépositions 
trên, duâi et ngohi, 

3. On remarquera certainement la similitude qui existe entre cet épi- 
sode et celui du Luc Vân Tien dans lequel Nguy^ Nga se précipite dans 
le fleuve pour échapper à Talliance du roi des Ô qua. 



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KIM VAN KIËU tAn TRUYÇN. 199 

«C'en est donc fait! Je. n'ai plus qu'à mourir • ! 
«Au ciel, aux flots je livre mon cœur 2 ! » 
Elle considéra Fespace et l'immensité des eaux; 

puis au sein du grand fleuve, au milieu du courant, elle se précipitait 2636 
Le notable l'avait suivie; il s'empressa pour la sauver; 

mais tout était fini! Les flots avaient submergé cette créature accom- 

pKe^! 
Hélas! Hélas! comme tant d'autres*, 

pourquoi fut-elle victime de son talent et de sa beauté? 

£n proie à des malheurs sans fin, à des vicissitudes sans nombre, 2640 

si elle eût attendu le terme des ses malheurs, que serait-elle deve- 
nue^? 

Tout ce qui se passa durant les quinze années de sa vie ^ 
doit servir aux jeunes filles et d'exemple et d'instruction ^. 
L'existence humaine en arrive à ces extrémités! 

4. Litt. : « Alors — on avait fait couler à fond — la pierre précieuse, — 
on avait submergé — le parfuni/» 

Les verbes neutres dSm et dàm deviennent actifs par position. 

5. Litt. : € Hélas I — tout aussi bien — (elle était) un — corps — d'homme!* 
Les mots €môt thân ngieai* forment par position un verbe neutre com- 
posé. 

6. Litt. : « (Si) elle avait attendu — de manière à — Jinir — Vère (de ses 
malheurs), — il y aurait encore eu — quoi — qui fût — sa personne? y 

7. Litt. : «Xc* quinze — années — (et) les toutes et quantes — fois» 

8. Litt. : €fait — miroir — pour — les personnes — (à) rouges — pans 
de robe — (les jeunes personnes distinguées) — en essayant — regarder». 

Le mot ^khâch — étrangères» est ici synonyme de «^ngtcai — personnes». 



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200 KIM vAN KIÊU TAn TRUYÊN. 

2645 Trong ca dirang otc âm hôi khôn hay. 
May ngnôi vi nghïa xira nay 
Trôi làm chi dën lâu ngày càng thirang? 
Giâc duyên, tir tiêt giâ nàng, 
Treo bâu, quây nfp, rong dàng van du. 

2650 Gâp bà Tarn hap dao cô; 

Thong dong hôi hêt nhô to su* nàng. 

«NgirW sao hiêu nghïa dû dàng, 

«Kiêp sao mâc nhiïng doan tràng thê tliôî?» 

1. Litt. : €Dan8 — la circonstance que — (lorsque) le bonheur — est à son 
cotnble — le malheur — revient — U est difficile de — savoir!» 

On voit que Texplication littérale ci -dessus donne un sens diamétnde- 
ment opposé à celui de ma traduction; et pourt-mt c'est dans cette der- 
nière que se trouve la véritable pensée du poète. En effet Nguyen du, qui 
avait besoin au sixième pied d'un mot affecté du ton binli, ne s'est i)as 
fait scrupule de retourner la locution proverbiale chinoise bien connue : 
« S^ jf^ uÊf \pf\ Àm eue duong hôi — quand le malheur est à son comble, 
le bonheur revient». Cette inversion est singulièrement audacieuse, et ne 
saurait être admise dans nos langues européennes; elle paraît, au contraire, 
très naturelle aux Annamites. Pour eux, comme le sens du proverbe t^ jBâ 
^ [gj est connu d'avance, peu importe que l'ordre des monosyllabes étant 
changé, le sens littéral (qui est déterminé par la règle de position) de- 
vienne absolument inverse. Ils ne font en ce cas attention qu'à l'ensemble, 
et le reste n'est pour eux qu'une affaire de prosodie. 

S^ JBâ ^r [gl signifie littéralement : «quand Vobscurité est à son 
comble, la clarté revient >. Notre proverbe français * après la pluie vient le 
beau temps» ressemble d'autant plus à son correspondant chinois qu'il s'agit 
dans ce dernier d'une obscurité causée par les nuages et de la clarté que 
produisent les rayons du soleil. Ces deux sens font en effet partie des in- 
nombrables interprétations dont sont susceptibles en chinois les caractères 
B^ et ^r . — J& est un substantif qui signifie * extrémité, comble, apogée»; 



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KIM vAN KIÊU ïAN TRUYÇ N. 201 

Lorsque les malheurs sont finis le bonheur vient; mais sait-on quand ^ ? 2645 
Pourquoi de tout temps en ce monde les amis de la justice 

(ont-ils été laissés) si longtemps par le Ciel dans une situation tou- 
jours plus lamentable? 
Depuis le moment où Gide duifên avait pris congé de la jeune femme, 

munie de sa gourde et portant au bout d'un bâton son coflFret de 

voyage, elle avait erré en tous lieux 2. 
Elle avait rencontré la religieuse^ Tarn hçp, 2650 

et l'avait interrogée en toute liberté sur tout ce qui concernait la 

(destinée de) Ki^. 
«Pourquoi», lui dit-elle, «cette personne si grandement douée de 

> piété filiale et de justice 
« voit-elle son existence en butte à tous ces malheurs * ? 

mais sa position , parallèle à ceHe du verbe « [gl revenir », lui donne ici 
une valeur verbale. 

2. Litt. : « . . . . largement — (quant aux) chemins — dafiê les nuages — 
elle errait à V aventure y. 

*Nip» est le nom d*une espèce de corbeille ou coffret de voyage dans 
lequel on renferme des provisions de route. €Vân du*, expression chinoise 
qui correspond à Tannamite ^chcri mât/», exprime le genre de vie que 
les sectateurs de -^ -^ attribuent aux immortels. Ils croient que ces 
derniers errent sur la montagne ^g ^ BSng lai, leur demeure habituelle, et 
parmi les nuages qui en couronnent le sommet; aussi ceux des taosséistes 
qui veulent arriver à la perfection et à Timmortalité cherchent-ils à imiter 
les immortels en rôdant dans les montagnes. Les bonzes s'efforcent pareille- 
ment de copier la manière de vivre du Bouddha. 

3. Litt : «du Bao — (une) cô». 

Le mot «ftj' cô», qui s'applique en général à toutes les femmes et 
plus particulièrement à celles qui sont jeunes et non maiiées, s'emploie 
aussi comme dénomination courante pour les religieuses, ^ao cô désigne 
donc une religieuse sectatrice du ifao ou doctrine des ^^ ^ Bao st. (Voir 

sur le sens du mot Bao, mon ouvrage sur le ^ ^t jfef . 

4. Litt. : *(SaJ vie — pourquoi — était -die entravée par — des fatalités 
nudheureuses — de cette manière là — et voilà tout?» 

Il existe ici une opposition entre le mot ^ngubi» du vers précédent et 



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202 KIM vAn KIËU TAN TRUYÊN. 

Su* rang : Phirô-c hoa dao Triri; 
2655 «Côi nguôn cûng à 15ng ngirW ma ra! 

fCô Trôi, ma cûng taî ta! 

«Tu là coî phir6c; tlnh là dây oan! 

« Tûy Jdêu sâc sâo, khôn ngoan; 

«Vô duyên là phân hông nhan; dâ dành! 
2660 «Laî mang lây mot chû" ành^ 

«Khir khir minli buôc lây minh vào trong. 

«Vây nên nhfrng tânh thong dong, 

«{Tkliông an 6n, ngôi không virng vàng. 

«Ma dâc loi, qui dem dàng, 
2665 «Laî tim nhtrng chou doau tru'irug ma dî! 

«Hêt nan ây dên nan kîa; 



le mot « kiêîp » de celui-ci, comme entre les vertus de Tûy kiêu et les mal- 
heurs auxquels sa destinée la condamne. — The est pour thë ély, — Lq 
mot *thôi! — et c'est assez ! — et voilà tout! 9, lorsqu'il termine ainsi une 
phrase interrogative, est une espèce d'exclamation énergique, impliquant à 
la fois l'étonuement et la résignation. 

1. Lit t. : «La vie religieuse — est — le tronc — du bonheur; — V amour 

— est — le lien — du préjudice». 

2. Litt. : «J5»i outre — en le contractant — elle avait pris — Vunique — 
cara^re — amour*. 

3. Litt. : «-(et) strictement — elle-même — liant — avait pris — eUe-mème 

— à entrer — dedans if. 



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Kl M vAN KIÊU TÂN TRUYÇN. 203 

« Suivant ses lois mystérieuses, le Ciel >, dit la bonzesse, « distribue 

>Fheur et le malheur; 
< mais c'est dans notre cœur que tout a son origine. 2666 

«Les choses dépendent du Ciel, mais elles viennent aussi de nous! 

«La vie religieuse est la source de la félicité; la passion est le lien 

> (qui nous enchaîne au) malheur '. 
« Tûy Ktêu est belle et sage; 

«mais rinfortune est le lot assigné à la beauté! 

«Elle s'était, de plus, donnée uniquement à Tamour^, 2660 

«et cet amour en maître avait envahi son cœur^ 

«Or ces natures libres et vagabondes 

«ne peuvent en paix séjourner nulle part, et nulle part elles ne se 

» fixent^. 
«Par voies et par chemins l'esprit pervers les mène 5; 

« elles cherchent tous les endroits (où les attend) leur mauvais des- 2665 

»tin^ 
« Délivrée d'un malheur, elle est tombée dans un autre. 



4. Litt. : € demeurant — ne pas — sont en repos, — étant assises — ne 
pas — sont pas fermes», 

5. Litt. : «£c démon — les mène — dans les sentiers, — le diable — les 
conduit — dans les chemins». 

Le mot € ma qui — démon » est dédoublé par élégance, comme Test d'ail- 
leurs ridée elle-même, qu'on trouve reproduite à peu près identiquement 
dans chacun des deux hémistiches. 

6. Litt. :«.... tous les — lieux — de destinée malheureuse — pour — 
(y) aUer», 



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204 KIM vAN KIÊU TAN l'RUYÊN. 

«Thanh lâu hai lirol;; thanh y hai lân! 

«Trong vông sâo dirng, giram trân, 

«Kë rang hùm s6î, gd-i thân toi doî! 
2670 «Gifta d5ng nirdc chây sông dôi, 

«Tnrdc hàm rông câ gieo mlnh thûy tinh. 

«Oan kia theo mai v&i tinh! 

«Mot mlnh minh bîêt; mot minh nûnh hay! 

«Làm cho sông doa, thâc dày! 
2675 «Boan tnrÔTig cho hêt kiêp nây, moi thôi!> 

Giâc duyên nghe noî rung rM! 

«Mot dM, nàng nhe! Thirang ôi! c5n gi?» 



1. Litt. : <t(EUe a habité) le bleu — palais — dettx — foi»; — (elle a re- 
vêtu) le bleu — habit — deux — fois». 

Le poète se sert de la répétition du mot * thanh — Ueu ou wsH* pour 
faire ressortir, en les opposant Tune à Tautre, les deux situations malheu- 
reuses et infimes par lesquelles a passé son héroïne. 

2. <Au milieu de dangers terribles,'* 

3. «en entrant à son service elle s^est mise à la merci d^une personne cmeQe*^ 

4. C'est la continuation de la même idée. — A la place du caractère 
Jl^ qui termine ce vers, il faut lire ^. — TfJ^ ^ & Thûy tinh cung 
est le nom du palais du Neptune chinois. 

5. L'idée contenue dans ce vers ne doit pas être prise à la lettre. < Song 
doa thàc dày» n'est en réalité qu'une formule exprimant Tachamement avec 
lequel la mauvaise fortune poursuit Tûy kiêu. 

6. Tarn hap, qui, en sa qualité de prophétesse, emploie des expressions 
obscures, joue ici sur le mot ^fejj kiep. Ce caractère exprime proprement 



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Kl M VAN KIÊU tAn TRUYÊN. 205 

«Elle s'est prostituée deux fois; deux fois elle a été esclave '. 

«Au milieu d'un cercle de lances, parmi des épées nues et levées', 

«sous les dents du tigre et du loup, elle s'est faite servante 3, 

«Au sein d'un coumnt rapide, au milieu des flots agités, 2670 

« devant la gueule du dragon et des poissons féroces elle s'est pré- 

>cipitée dans les domaines du Koi des eaux*. 
«Ces malheurs là sont toujours la conséquence de nos passions! 

«Seuls nous nous connaissons, seuls nous savons ce qui nous con- 



> cerne 



«C'est pourquoi, maltraitée pendant sa vie, après sa vie exilée*, 






le destin vengeur la poursuivra jusqu'au terme de cette existence 2676 
(malheureuse), et (tout alors) prendra fin«!» 
A ces mots Gfidc duyên trembla! 

«(Pauvre) femme! » s'écria-t-elle, «que te réserve encore cette seule 
»vie'?» 



une ère, un cycle, une période; mais on le prend aussi, surtout en composi- 
tion, comme désignant la durée d'une existence humaine, passée ici bas ou 
ailleurs. C'est ainsi que Ton dit «iâS ^tj^ màn kiip — toute la vie»; 
ife 4v tS ^^^ ^P ^^^ — pcuaer à une auire vie». Enfin il signifie 
€êouffrance8». La prophétesse donne à entendre à la fois dans le vers 2675 
que le destin condamne Tûy kiêu à des épreuves répétées, soit jusqu'à la 
fin de sa vie, soit jusqu'à la fin du siècle ou du cycle, soit enfin jusqu'à 
ce qu'elle ait passé par toutes les sôuflfrances qu'il lui faut supporter pour 
expier les fautes d'une existence antérieure. C'est à mon sens, dans cette 
dernière acception qu'il faut prendre ici le caractère ^feg. 

7. Litt. : ^(Dana) une seule — vie, — jeune femme, — cUnai, — hélas! — 
tZ y aura encore — quoi f » 

Pour saisir complètement l'idée contenue dans ce vers, il est nécessaire 
de se rappeler que le poète est bouddhiste, et croit à la pluralité des exis- 
tences. — Nhe est une expression tonkinoise qui répond au ^làm vây» 
exclamatif. 



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206 KIM vAn KIÊU TAN TRUYÊN. 

SiT rang : «Song châng hë chî! 

«Nghîêp duyên cân lai, nhâc di côn nhiêu! 
2680 «Xét trong toi nghîêp Tûy kiiu, 
^ «Mac dêu finh ai; khôî dêu ta dâm. 

«Lây tinh thâm, trâ tinh thâm! 

«Bân mînh dâ dông, hiêu tâm dên Trôi. 

«Hai mot ngirM, ciïu muôn ngirirî! 
2685 «Biêt dirÔTig khinh trong, biêt loi phâi châng. 

«Thèa công diîrc ây ai bâng? 

cTùc khiên dâ rfra nrng nmg sach roi! 

«Khi nên, Trôi cùng chiu ngirôi! 

«Nhe nhàng nçr tradc, dën bôi duyên sau. 
2690 € Giâc duyên! Dâu nhd ngâi nhan, 

1. Lîtt. : « (Si) êon héritage (de màUieurê) — et (êa) deêtinée an^vgoie — 
Bont pesée ensemble, — le être déplacé (la différence de niveau résultant de Vk- 
égaUté des poids) — est encore — beaucoup*, 

Tarn hqp vent dire par là que le bonhenr conjugal réservé à notre hé- 
roïne dépassera de beaucoup les peines qu'elle est condamnée à sonffnr. 

2. Litt. : « EUe est sous le coup de — la chose — de la passion — ffliwio', 
— elle échappe à — la chose — de la luxure*, 

3. Litt. : €EUe connaU — la voie (le côté) — du futile — et de tinfor- 
tant, — elle connaU — les paroles — de oui — ou non (vraies ou fausse»)*' 

Les mots « ^^ J^ phài chàng > correspondent en annamite pur à 1* 

locution chinoise «^ ^ thi phi*. 

4. Litt. : « .... «e pencJie vers V homme*. 



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1 



KiM yAn ïafiu tAn teutên. 207 

«K'en ayez sûnci, cependant! » lui dit alors la religieuse, 

«(Le bonheur de) son union future lemporteni de Vancoup snrBon 

> héritage d'infortune ^ 
« En ooosidéraût le destm de la malheureuse Tâ^ Ktiu, 2680 

«je la vois désormais) enlacée dans les liens de Tamaur conjugal; 

>mais elle est affrancliie de ceux des plaisirs impurs^, 
«et sa profonde affection de retour sera payée* 

<En se vendant elle a ému le Ciel, et son coeur filial s'etrt élevé jas- 
* qu à lui. 

« Eu causant la mort d'un homme elle en a sauvé dix mille! 

tElle sait distinguer Flmportant du futile et dîseerner le vrai du 2686 
3 faux ^, 

*C^ mérite«j ces vertus^ qui pouiTait les égaler? 

«Elle a lavé jusqu'à la deniière de s^ taches antérieures! 

«Le Cielj quand il y a lieu, vient aussi eu aide à rbomme^l 

«Elle a compeifâé ses dettes primitives par Tamour qui les a suivies \ 

«0 Gide duyên! ù tu te souviens de votre affection mutuelle^ 2690 

Ô. Litt : ■ (Fmtr) alU^er — la deiie -^ éTauptiraimjU — eÏÏe a ûmnpmi^é 

€e vers a deux Bens. On peut reutendro ainsi : «EUs a conipeiiAé lei 
/ftul« cofjimUfet daft9 nne exUtsJtcc atUérieurc par ta7Jiour quelle a conçu d<ins 
oifc via (pour Kim Trongjw; ou bien encore considérer le second verbe 
(dên hoi) comme étant an fntur, et traduire comme il suit ; * Elle rtickht^a 
*et premièrÈn Jhut^ (celles qutlle a dé^à ctmimiëêx dfifu aa préseiût exUlc^^ce) par 
^<mmur et le* v^iua qu^elle mamfe^lera îorsfjil'ÉUe aura été unie (à ami fiancé) ». 

J(^ peesM; qu'au doit s'attîtelier de préftTt'nce à lit prewiêrc do ces deux 
lûterprétatioris purce qu'elle s'accorde mieux avec le cuntexte de tout le 
P^*^iige^ dans lequel se fuit jour, coiume dans tout le reste du poème, l'idée 
iwaddhîque de Tespiatioii dans le coura de la vie actuelle des tantes cora- 
ûiisea ikua une existence antérieure. 



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208 KIM vAN KIËU tan TRUYÊN. 

< Tien âwàng thâ mot vî lau nrô-c ngicM! 

«Tnrdc sau cho ven mot IW! 

«Duyên ta; ma cûng phirdc TrM chi không?» 

Giâc duyên nghe nôî mâng long; 
2695 Lan la tlm thù bên sông Tien dubng. 

Dânh tranh, nh6m nâu thâo dirông 

Mot gîan niidc biec mây vàng chia dôî. 

Thuê nàm ngu* phu hai ngirM ; 

D6ng thuyën, chu-c bên, kêt chài, giâng sông. 
2700 Mot 15ng, châng quân mây công; 

Khéo trong gâp gô*, cûng trong chuyén van! 

Kiêu tu* gieo xuông d5ng ngân, 

Nirdc xuôi bông dâ trôi dan tan nai. 

Ngir ông kéo lirô*! vôt ngnM; 



1. Litt. : * (Il y a) le destin — de nous; — mais — aussi — les bienfaits 

— du CHel — en quoi — n^ existent-ils pasf» 

Không est ici le verbe négatif d'existence. 

2. Litt. : « (En) un — intervalle — d'eau — azttrée — (et) d'osiers — jaunes 

— elles formèrent la séparation — en deux*. 

On peut entendre aussi ^mây vàng» dans le sens de € nuages jaune*» ou 
* nuages d'or», expression figurative qui désigne la petite pagode construite 
sur le bord du fleuve par les deux religieuses. 



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KiM vAn kiêu tAn truyên. 209 

€ sur le TteVi âuimg abandonne au courant une nacelle pour la re- 

» cueillir! 
«Pour tout te dire en un mot, 

«nous avons notre destinée, mais le Ciel a ses bienfaits M > 

A ces mots GUc duyên en son cœur se réjouit 

et dirigea peu à peu ses pas vers le fleuve lïen dubug. 2695 

Avec du chaume elle fit une cabane, dans laquelle elles s'instal- 
lèrent 
au bord des eaux bleues, sous les osiers jaunes 2. 

Elles louèrent à Tannée deux pêcheurs 

qui construisirent un bateau et attendirent près de la rive, après 
avoir tendu en travers du fleuve leurs deux filets mis bout à bout. 
D'un seul cœur, sans s'épargner, ils affrontèrent bien des fatigues. 2700 

Si le hasard leur donna le succès, la cause en fut aussi dans le re- 
tour des chances favorables ^. 
Après que KiSu se fut précipitée au sein des ondes argentées, 

soudain un courant favorable près de ce lieu la porta doucement. 

Les pêcheurs, amenant leurs filets, la tirèrent hors de l'eau. 



3. Lîtt. : « (Si) le fait dCêtre habile, — fut daru — le rencontrer (par ha- 
eard), — aussi — il fut — dans — la révolution des choses*. 

L'expression « ÉÉl jfi chuyèn vân», litt. : € tourner — la bonne chance* 
indique cette révolution des choses par laquelle, suivant les croyances chi- 
noises, le Ciel fait succéder la bonne fortune à la mauvaise. Cette con- 
ception se rapproche singulièrement de celle de la roue de la fortune chez 
les anciens, maïs avec cette différence capitale que cette dernière était ré- 
putée aveugle, tandis que le Ciel ou « J[^ *|fe Thuang de* des Chinois 
est réputé diriger et gouverner toutes choses avec une infaillible sagesse. 

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210 KIM VAN KIËU TAN TRUYÊN. 

2705 Grâm loi Tarn hqp r5 mirôi châng ngoa! 

Trên mai ir(H lot âo là; 

Tuy dam hoi mTÔ-c, chù-a 16a bông gcrong. 

Giâc duyên nhin thîêt mât nàng; 

Nàng c5n thîêp thiêp ; giâc vàng chèa phai. 
2710 Mo* màng phâch que hôn mai, 

Bqm tien thoât lai thay ngirfri ngày xira! 

Rang : «Toi dâ c6 long chJr; 

«Mât công dâ mây nâm thihi ô* dây! 



1. Litt. : €(Oiàc dut/ên) réfléchit que — le» paroles — de Tcm hap — 
étaient claire» — quant à dix (parties) — et ne pas — présentaient éPexagi- 
ration*, 

2. Litt. : « Quoiqu^ — elle edt été trempée dans — riialeine — de teaUj " 
pas encore — était éblouie — V ombre — du miroir*. 

Les figures de ce vers sont extraordinairement cherchées, et l'auteur, 
comme cela lui arrive assez souvent, y sacrifie la clarté à Tamour du pa- 
rallélisme. Il compare la beauté de Tuy kiSu à la pureté d'un beau mirw. 
Lorsqu'un miroir est bien pur, il reflète parfaitement l'image, ou, d'après 
la manière de parler des Annamites, Vombre (bong) des objets placés en 
face de lui. Si on le ternit en y projetant son haleine, l'image devient 
aussi confuse qu'elle le serait pour un œil ébloui par les rayons du soleil. De 
là l'emploi du verbe ^loà — éblouir». Comme la figure contenue dans le se- 
cond hémistiche a besoin d'être complétée par l'intervention du mot «*<»' 
— haleine*, le poète ne se fait aucun scrupule d'attribuer cette haleine i 
l'eau, qui est censée l'avoir projeté sur le beau miroir (Tuy kHu) submergé 
dans son sein; et l'emploi de ce substantif est d'autant plus justifié à ses 
yeux, qu'il cadre parfaitement avec €bônff — ombre*, qui occupe la place 
correspondante dans l'autre hémistiche. Le vere, constitué ainsi, est obscur 
pour nous; mais il constitue, selon les idées des Annamites sur la poéae, 
un modèle du genre, à cause du parfait parallélisme qui existe entre les 



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KiM vAn kiêu tAn truyen. 



211 



et (Gide duyên), en elle-même, réfléchit sur TinfaillibUité ^ des pré- 2705 

dictions de Tam hap, 
Snr la courerture humide da bateau on la dépouilla de ses vête- 

menU de soie. 
Le séjoor dans Fean n'avait pas encore altéré la splendeur de sa 

beauté K 
Gide duyên reconnut le visage de la jeune femme; 

(raais) elle restait immobile et son sommeil ^ ne cessait point. 

Pendant que son corps et son âme y demeuraient plongés encore^, 2710 

elle TÎt Êout-à-coup cette Bqm tien qui jadis (lui était apparue) *. 

EUe disait : «J'avais voulu f attendre; 

«mais depuis bien des années ici j'ai perdu ma peine ^! 



deux hémistiches au double point de vue de la valeur grammaticale des 
mots et de la nature des idées. 

3, ^Vhng* n'est autre chose qu'une épithète poétique comme les mots 
<çiK* et %mai* du vers suivant. 

4, Litt* ; * (Fenddint qujelle était as90upie — quant à son phâch — de que 
^- et à ton hon — de mai, 9 

5, Lîtt. : *. , * . -Jo personne — des jours — d'autrefois». 

6* Litt. : * (Le faU de) perdre — (ma) peine — a duré maintes — années 
^ d, plus — ici/» 

Pour comprendre Vidéo de l'auteur il faut savoir que les Annamites 
regardent les pcj-sonnea qui ont une destinée semblable comme étant de 
la même famille. Tû^ ki^u vi Bam tien sont toutes deux des «condamnées 
du destin fâoan îruro^g) », et elles ont passé par les mêmes situations pendant 
Je cours de leur existence. Ce sont donc vraiment deux sœurs, et il est 
naturel que la première, qui est morte, attende la seconde au lieu même où 
cette dernière doit mourir afin de lui être plus tôt réunie. 

Ou peut voir encore dans ce vers l'expression d'une des superstitions 
du fmys. Ou croit en Coehinchîne qu'il existe dans l'eau une espèce de 
dèiuou qui a horreur de la solitude et cherche constamment à s'adjoindre 
un compagnon. Bam iîm, qui, pour avoir mal vécu, est devenue l'un de 
ces mauvais esprits, avait d'abord pensé que Tûy kOu serait condamnée 
à la niCiuL- situation après aa mort, et deviendrait peut-être sa compagne. 

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212 KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 

«CM sao phân mông dite dày? 
2715 «Kiêp nây, cùng vây! Long nây, de ai? 

«Tarn thành dâ thâu dên Trfri! 

«Bân minh là hiëu; cihi ngirôi là nhân! 

«Mot minh vi nirô-c, vi dân, 

«Dirang công nMc mot dông cân dâ già. 
2720 «Boan tririmg sô rut tên ra! 

«Boan trir&ng thira phâi nghinh ma gîâ nbaa! 

«Côn nhiëu hirang tlio vë sau. 

«Duyên xira trôn trân; plurdc sau dôi dào!» 

Nàng c5n ngo* ngân, blet sao? 
2725 Trac tuyên nghe tiêng goî vào bên tai. 

Giui; minh, thoât tinh gîâc mai. 

Bâng khuâng, nào dâ biet ai ma nhin? 

Trong thuyën nào thây Bava tien? 



1. Litt. : € Ma sœur a%née — comment — (étaU-élU une personne de) êoH 

— mmce — (et) de vertu — épaisse f* 

2. Litt : € (Qtumt à) celle vie, — toitt aussi bien ^ elle a été sembhbUi 

— ce comr — comment serait — U facile que — quelquCun — V^tf* 
L'adverbe ««/2y» devient ici adjectif par position. — «Z^» est poor 

«Ad cfô». — Le verbe dont le pronom «oî> est le sujet est sons-entenda. 

3. Le poète emploie ici le nom du principe mâle CBr dvfmg avec le 



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KIM VÂN KIÊU tAn IT^UYÊN. 213 

» ô ma scËur! comment ce triste sort put-il échoir à ta grande vertu ^ ? 

* (Jette tICj je i'aî vécue! mais ce cœur, qui peut Tavoir^? 2715 

«Tes geDtimeEts siucêreB et fidèles ont pénétré jusques au Ciel! 

cEb te vendant, tu pratiquas la piété filiale; et en sauvant tes sem- 

» blables> tu en agis avec humanité. 
«A toi seule (tn as travaillé) pour TÉtat comme pour le peuple, 

*et !e Cîelj dans ses balances, (en ta faveur) a enlevé un poids dé- 

» sonnais devenu excessif^. 
«Sur la liste des infortunées ton nom a été effacé! 2720 

< (Pour moi), condamnée au malheur, j'ai dû ici venir à ta rencontre 

^afin de te dire adieu! 
«La viej dans lavemi, te garde encore des jouissances nombreuses. 

«Dans f amour jadis tu fus accomplie; ton bonheur, plus tard, doit 

> être abondant!» 
Encore étourdie, la jeune femme ne savait à quoi s'en tenir 

lorsqu'eQe entendît résonner à son oreille une voix qui appelait Trac 2726 

Elle tressaillit et, soudain^ elle sortit de son sommeil^. 

Toute confuse, eUe regardait sans reconnaître personne. 

N'avait-elle donc point vu Bam Tien dans cette barque? 



sens eontenu dans la définition scientifique qu'en donnent les Chinois*, à 
savoir : ^Ct qui opère le fjon travail du ciel et produit toutes choses au dehors 9. 

Le poids des fautes de Tû^ hiêu, d'abord considérable, enti'ahiait le plateau 
de la bîilanee; mais les sentiments élevés qu'elle a manifestés par la suite et 
Ui& u*.ilik'ij actions qu'elle a faites ont touché le Ciel, qui a rétabli l'équilibre 
tu m faveur, 

L Litt ; «. . , , de son sf^vmeU de Mai.» 



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214 KIM vAN KIÊU tAN TRUYÊN. 

Bên minh chî thây Giâc duyèn ngôi kê! 
2730 Thây nhau, mirag ra trâm bëj 

Don thuyën, moi rade nàng vê thâo lir. 

Mot nhà chung cha sdm trira. 

Gi6 trâng mât mât; muôi dira chay long. 

Tir bë bât ngât, mênh mông! 
2735 Triëu dâng hôm sôm; mây long tnrôtî san! 

Nan xira tr6t sach làu làn; 

Duyên xira chira de biêt dâu chôn nây? 

Nôi nàng tai nan dâ dây; 

Nôi chàng Kim trong bây chay moi thirong! 
2740 Tù" ngày muôn dâm tri tang, 

Nèa nâm ô* dât Lieu dicang; lai nhà. 

Vôi sang vrrÔTi tùy, db la; 

Nhin phong cânh eu, nay dà khâe xira! 



1. Litt. : €(Sous le) vent — (et) la lune — elles rafra%chi»8a%ent — (lemr) 
vwage; — (avecj du sel — felj des légumes — elles faisaient jeûner — leur eœur». 

Par Teffet du parallélisme le verbe neutre €chay — jeûnera devient 
actif comme €niât — rafratchir» qui lui correspond dans le premier hémis- 
tiche. 

2. Pour elles les heures du jour, uniformes et toujours les mêmes, se 
succédaient comme les phénomènes naturels dont parle le poète. 



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KIM VÂN KIÊU tAN TRUYÊN. 215 

Et voilà pourtant que^ seule; Gide duyên était à son côté! 
A la vue l'une de l'autre elles furent transportées de joie, 2730 

et (la bonzesse); préparant son bateau , conduisit KiSu à sa chau- 
mière. 
Elles y passèrent ensemble les jours en mettant tout en commun. 

Elles demeuraient en plein air et pratiquaient Fabstinence en vivant 

de sel et de légumes ^ 
Partout un pays inconnu et triste! (autour d'elles) l'immensité! 

Matin et soir le courant montait ; devant, derrière, volaient les nuages \ 2735 

Des malheurs d'autrefois il n'était plus question 3; 

(mais) l'ami d'autrefois, où était-il maintenant ^? 

La mesure de l'infortune pour Kieu était comblée; 

(mais) pour ^m trong, jusqu'à ce moment il fut digne de compassion! 

Depuis les jours de son voyage*, alors qu'il avait pris le deuil, 2740 

il séjourna la moitié d'une année dans le pays de Lieu du(mg\ en- 
suite il retourna dans sa demeure. 

D s'empressa de se rendre au jardin de fleurs et de prendre des in- 
formations; 

mais en considérant ce paysage (qu'il avait vu) naguères, il y trouva 
de grands changements ! 

3. Litt. : «Xc« malheurs — d^autrefoia — complàenient — étaient nets — 
tout'à-fait, » 

4. Litt. : < (Quant à) V amour — d'autrefois^ — pas encore — U était facile 
de — savoir — U était oh — dans ce lieu-ci t^, 

5. Litt. : € Depuis — les jours de — Cçf*<i'nt aux) dix mille — dam — 
avoir pris le deuil,* 



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216 KIM vAN KIÊU TAN TRUYfN. 

Bây VTTÔTi cô moc, lau thua. 
2745 Song trâng quanh que; vâch mua râ rôi! 

Trirô-c sau nào thây bông ngiriri? 

Hoa dào nâm ngoâi c6n cnW giô dông; 

Que hoa en lanh; nrimg không; 

Cô lan màt dât; rêu phong dâu giày! 
2750 Cuôi Urimg gai gôc moc dây; 

Bi ve nây nhiïng loi nây nâm xu^! 

Dông quanh lanh ngât nhu* tir! 

N5i niëm tâm sir, bây giô* hôi ai? 

Lâng riëng c6 kè sang choi; 
2755 Lan la se hôi mot hai sw tinh. 

Hôi ông, ông mâc tung dinh; 

Hôi nàng, nàng dâ bân mlnh chuôc cha. 

Hôi nhà, nhà dâ dôi xa; 

1. Litt. : € La fenêtre — de lune — était déserte; — le tnttr — de pluie 
— était eff<mdré9. 

Les mots ^tràng — lune» et «mira — pluie* sont ici des épithètes 
poétiques appliquées aux substantifs qu'elles qualifient d'après Tusage 
auquel servent les objets dénommés par ces derniers. La fenêtre laisse, 
le soir, passer les rayons de la lune, et la muraille empêche la pluie de 
pénétrer à l'intérieur. 



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TW^ySi» »i?^ 



KiM vAn kiêu tAn truy|n. 217 

Uherbe avait crû, remplissant le jardin; des joncs clair semés (y 

poussaient). 
La fenêtre était déserte, les murailles étaient eflFondrées K 2745 

De traces d'homme nulle part^! 

Les fleurs du Bào de Fan passé ^ riaient encore à la brise de l'Est; 

(mais) plus d'hirondelles errantes parmi les canelliers en fleurs^ ! une 

charpente nue et vide! 
Un tapis d'herbes couvrait le sol, et la trace des pas s'imprimait dans 

la mousse. 
A l'extrémité du mur croissait un fourré d'épines; 2750 

mais c'étaient bien là les sentiers où (tous deux) jadis allaient et 

venaient! 
Un sDence de mort régnait aux alentours^! 

Qui questionner, maintenant, sur ce qui occupait son cœur? 

* 

Quelques personnes du voisinage venaient là dans leur promenade. 

(Trucmg), peu à peu, fit leur connaissance, et put glisser quelques 2755 

mots sur ce qui causait son souci. 
U s'informa du vieillard, (et sut qu')il avait été victime d'un procès; 

de Kiêu; on lui dit qu'elle s'était vendue afin de racheter son père; 

de la famille; il apprit qu'elle avait émigré au loin. 

2. Litt. : € Devant — (et) derrière — est-ce qu* — on aurait vu — ombre 
— d'hommes f» 

3. Celui par dessons lequel 7% kieu avait aperçu Kim trong franchissant 
la muraille de son jardin. 

4. Le mot *lanh^ a en annamite une significaticm plus étendue que le 
mot * froid» qui lui correspond en français. Il implique souvent comme 
ici une idée de vide, d'absence, d'abandon. 

5. L'auteur a déjà usé de cette métaphore au commencement du poème. 



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218 KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

Hôi chàng Vnxmg vuôî cùng là Téy vân. 
2760 Bëu là sa sût kho khàn, 

Thuê mai, bân viêt, kiêm an lân hôi. 

Bëu dâu? Sét dânh! Lirng trM! 

Thoât nghe, chàng thôt rung rôi xiêt bao? 

Voi han d6i trù noi nào; 
2765 Bânh dnông, chàng moi lim vào tan noi. 

Nhà tranh, vâch dât ta toi. 

Sâo rêu rèm nât; tnràc gài phên thira. 

Mot sân dât cô dam mua. 

Càng ngao ngân nôi, càng nga ngân dirirag! 
2770 Bânh lieu, lên tîêng ngoàî tirô-ng. 

Chàng Vuang nghe tiêng, voi vàng chay ra. 

Dâc tay, voi nrô-c vào nhà. 

1. Litt. : « à manger — pour vivre au jour le jour*. 

Chez un peuple aussi profondément épris de la littérature que les 
Chinois, le pinceau, qui sert à tracer les caractères, est considéré comme 
un objet des plus précieux. C'est par suite de cette idée que le poète 
lui donne ici le nom de Tarbuste Mai, qui est considéré par les Annamites 
comme Temblème de Félégance et de la distinction suprêmes. 

2. Litt. : €( Quant à cette) chose, — oh (pouvait- on voir quelque^ ehoie de 
pareil) f — La foudre, — frappant, — mettait en fracas — le ciel». 

Les mots ^Dêu ââuf» constituent une ellipse dont le développement 
est celui que je donne dans cette explication littérale. — Bien que l'ex- 
pression € mettre en fracas» ne soit pas usitée dans notre langue, je crois 



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KIM vAN KIËU tAn TRUYÊN. 219 

Il se renseigna de même sur Vuang et sur Tûy van. 

Tous étaient tombés dans la pauvreté! 2760 

Pour soutenir leur précaire existence ib louaient leur pinceau, ils 

vendaient leur écriture K 
Quelles nouvelles! quel coup de foudre^! 

Aussitôt qu'il les eût entendues il trembla, qui dira combien? 

n s'empressa de demander quel était actuellement leur asile, 

et se mit en chemin pour aller les y retrouver. 2765 

(H vit) une chaumière dont les murs de terre tombaient en ruine. 

La mousse envahissait les stores; les claies étaient en lambeaux; 

aux cloisons insuffisantes, des bambous servaient de fermeture. 
(D se trouvait dans) une cour tapissée d'herbes détrempées par la 

pluie. 
Son embarras augmenta; il ne savait comment agir^! 

S'armant de tout son courage, il appela du dehors. 2770 

Le jeune Vu<mg l'entendit et, se hâtant d'accourir, 

il lui prit la main; tout empressé, il l'introduisit dans la maison. 

pouvoir l'employer ici pour faire mieux ressortir le rôle verbal que la 
position donne ici au substantif <lteng — Jracaa», 

3. Litt. : €De plua en plus — il était indécis — (quant à) la manih-e; — 
de plu» en plus — il était troublé — quant à la voie (la façon) ». 

Le verbe €ngao ngân*y qui signifie serrer çà et là» exprime d'une 
manière frappante l'allure d'une personne qui, ne sachant comment s'in- 
troduire dans une maison fermée, se dirige indécise dans toutes les direc- 
tions en cherchant à qui parler. Malheureusement cette manière d'être que 
l'annamite rend en deux monosyllabes ne peut s'exprimer dans notre langue 
que par une longue périphrase. 



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220 KIM vAn kiêu tAn truyên. 

Mai sau Viên ngoai ông bà ra ngay. 

Khôc than kè hêt niëm tây : 
2775 «Chàng ôi! bîêt nôi nirô-c nây cho chu»? 

^Kiêu nliî phân mông nhir tfr; 

cMôt loi dâ loi t6c ta vuoî chàng! 

«Gâp cou gia bien la dirông, 

«Bàn mlnh n6; phâi tlm duàng cthi cha! 
2780 cDùng dâng khi birô-c chcm ra! 

«Gu'c trâm ngàn n5i, dàn ba bon lân. 

cTrôt loi nàng vnôi lang quân, 

«Mirçrn con em n6 Tûy vân thay loi; 

«Goi là giâ chût nghla ngirôi. 



1. Litt : « Kiêu — (mcn) enfant — a une deêUnée — mince — comme — 
(une) feuiUe de papier; » 

Les quatre derniers mots du vers forment par position un verbe com- 
posé dont le sujet est KiSu nhi. 

2. Litt. : « (Quant à) une — parole — a été en faute 9ur — le cheveu — 
et la êoie — avec — (voua), mon jeune ami!» 

J*ai donné précédemment Texplication de Texpression *tôc t^». 

3. Litt. : € Rencontrant — (un) accès — de de famille — changement — 
extraordinaire — (quant à) la manière,» 

« ^^ ^^ Gia bien » est une expression chinoise qui désigne un chan- 
gement survenu dans la position d'une famille. 

4. Litt. : « Etant à bout — {quant à) cent — mille — droonêtemces, — éJe 
recommanda — trois — (et) quatre — fois». 



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KIM VÂN KIÊU TÂN TOUYÊN. 221 

Le vieux Vuang ngoai et sa femme sortirent aussitôt de la chambre 

du fond 
et lui ouvrirent, en pleurant, leur cœur. 

«ô mon jeune ami! (dit Vvxfng) saviez-vous déjà où nous en sommes 2775 

> réduits? 

«Ma fille Exëuj victime de sa triste destinée^, 

«a violé, pour tout vous dire en un mot, les engagements qu'elle 

> avait contractés envers vous^! 

«Notre famille ayant essuyé des malheurs peu communs^, 

«Elle se vendit elle-même; car il fallait trouver un moyen de sauver 

»son père! 
« Elle Jiésitait en s'éloignant d'ici! 2780 

« Écrasée par la douleur, à trois, à quatre reprises elle (nous) fit ses 

» recommandations ^ ! 
«Comme elle avait à son fiancé fait de solennelles promesses s,» 

< elle chargea sa cadette Tûy vân de tenir ses serments à sa place ^. 

«Elle voulait, par ce moyen, récompenser votre aflFection'. 



6. Litt. : € (Comme) elle avait été enUère — (quant aux) paroles — graves 

— avec — (son) époux,» 

L'expression cHJ 3* lang quân» ou «yj* 3* tài quân» signifie en 
chinois €tnari*. Tûy kiêu considérait déjà Kim trçng comme son époux, à 
cause des promesses mutuelles qui les liaient Tun à Tautre. Notre langue 
n'admettant pas l'emploi de ce terme en semblable circonstance, j'ai dû 
m'abstenir de le reproduire dans la traduction. 

6. Litt : « EUe emprunta — la soeur cadette — d^eUe — Tûy Vân — pour 
remplacer — (ces) paroles». 

7, Litt. : € (Ce gui) s'appelle — refndre grâce, — un peu — pour Vaffeàtion 

— de Im {le fiancé, c'est-à-dire vous)». 

Voir ce que j'ai dit plus haut sur le caractère optatif de l'expression 
<gçi là». 



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222 KIM VAN KIÊU TAN TEUYÊN. 

2785 cSâu nây dâc dàc, muôn dôi chû-a quên! 

«Kîêp nây, duyên dâ phu duyên; 

cDa dài con biêt se dën lai sanh? 

«May 16i ky chù dînh ninh; 

«Ghî 15ng, de da; cât minh ra Si. 
2790 «Phân sao bac bây, Kiêu nhi! 

iChàng Kim vë dô; con thi ô* dâu?« 

Ông bà càng nôî càng dau; 

Chàng càng nghe n6i, càng xàn nhn* dira! 

Vât minh; châî giô tuôn mn*a; 



1. Litt. : «Ce chagrin — sera proUmgé indifimment; — (aprhê) dix mUle 
— vies — pas encore — il sera oublié! » 

2. Litt. : « (Sous) de la nuit — la plate-forme — encore — sait (elle si) — 
elle donnera en competisation — la future vief» 

On lit dans le :i^ ^ (Vol. IV, p. 13, verso) : «j^ :j^ ^^ 
*^^ ^ ^ PA^n vi^t da âài; khoâng vieft chuàn tich — Le tombean 
»S*appel]e * terrasse de la nuit*; la fosse S'appelle ^nuit épaisse*. 

Commentaire : «Lorsqu'un tombeau est élevé, on le nomme *i&phân*; 
> lorsqu'il est recouvert d'un monceau de terre, on l'appelle «tS trûng*; lors- 
» qu'il est de niveau (avec le sol), on l'appelle «^£ mô», terme qui tire 
»son origine des pensées et des regrets affectueux des fils et des petits 
»fils. 

«Sous les M|- Bà,ng, vj^ j^ Trétni Bân, âgé de quatre vingts ans, 
» désigna sur une digue un grand arbre et dit à ses serviteurs : < Lorsque 
»je mourrai, vous m'ensevelirez ici». Lorsqu'il fut parvenu à la fin de ses 
» jours, au moment où l'on allait creuser la fosse on rencontra un ancien 
» tombeau. Dans l'intérieur se trouvait une lampe antique, et sur la te^ 
>rasse (^^ <^à%) était une soucoupe de laque. A l'entrée de la fosse (on 



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KIM VÂN KIÊU TÂN TRUYÊN. 223 

«Ce chagrin doit durer à jamais sans soulagement * ! 2785 

«Dans cette vie Famour a manqué à Tamour; 
«après la mort, par sa vie à venir, lui sera-t-il donné s'acquitter? 
«Elle me fit de point en point toutes ses recommandations; 
«je les gravai dans mon cœur^; elle se leva et partit. 
« Kieu! ô mon enfant! Pourquoi ton sort est-il si cruel? 2790 

«Maintenant Kim est de retour; mais toi, ma fille où es-tu?» 
Plus les deux vieillards parlaient, plus leur douleur se ravivait, 
et plus le jeune homme écoutait, plus il sentait se serrer son cœur^! 

n se jeta sur le sol, les cheveux épars, versant des larmes abon- 
dantes*, 

»vît) une tablette de bronze (avec rinscription suivante tracée en) carac- 
>tèreB de sceaux (^^ "^ Truyèn vàn) : *Vhew*euêe cité nuUrUenafU est 
couverte 9, (Mais) bien qu'elle fQt ouverte, on n'y avait enseveli personne. 
»La lampe de laque n'était pas encore éteinte; on l'avait laissée là pour 
>y attendre la venue de Trdm Bân, 

«S| Chuân* a le sens de <JS ^4^ — large*\ *^S ^ch* signifie *la 
*nuU». On veut dire (par la phrase du texte) que dans l'intérieur de la 
> fosse l'obscurité est épaisse comme celle d'une longue nuit». 

3. Litt. : *Je le» gravai dan» mon cœur et le» déjpoaai dan» mon »ein9. 

4. Litt. : €...,.. plu» — U »e flétri»»ait — comme — (font) le» légume» 
macéré» dan» le vinaigre/ * 

5. Litt. : « U fut peigné — (qtiant au) vent, — il coula en abondance 

— (quant à) la pluie*. 

On sait que les cheveux des Annamites sont disposés en un chignon 
qu'un peigne solide maintient sur l'occiput. Pour exprimer que, dans le 
désordre de sa douleur, Kim trpng a les cheveux épars, l'auteur dit poéti- 
quement qu'il se peigne avec le vent, autrement dit que le vent s'y joue. 
Il compare, en outre, les larmes de son héros à une pluie abondante. 



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224 KIM VAn KIÉU TAn TRUY^N. 

2795 Dam de giot ngoc; dât dô* hôn mai! 

Dau âhi doan, ngat Sbi hôi. 

Tînh ra lai khôc, khôc roi lai me! 

Thây chàng dau nôi biêt ly, 

Ngân ngir ông moi vô vë, lai khuyên : 
2800 cBây giô* vân dâ dông thuyën! 

«Bâ dành phân bac; khôn dën tlnh chung! 

«Quâ thirang chût nghïa dèo b6ng! 

«Ngàn vàng thân ây thl hong bô sao?» 

Dô dành, khuyên giâi trâm chlu, 
2805 Lihi phiën khôn dâp; càng khêu moi phiën! 

Thë xira dô* dën kim huim; 

Cûa xira lai dâ dën dim vuôi hiroiig. 

Sanh càng trôn thây càng thirang; 

1. Litt : «JZ était trempé — (quant aux) gouttes — de pietTe prédeute; 
— il était errant — (quant àj — Vâme — de Mai*, 

2. Litt. : «7Z touffi'it — (quant à) plusieurs — tronçons ...... 

Cette métaphore est extrêmement énergique. La personne qui souffre 
est supposée coupée en plusieurs morceaux. A chaque tronçon détaché de 
son corps, elle endure une nouvelle et atroce douleur. 

S. Litt. : €, , . les planches — ont construit — le bateau (le bateau est f<ùt, 
les planches y ont été employées, on ne peut plus s^en servir pour un autre usage) ». 

4. Litt. : € Il est dijficile (impossible) — de (vous) payer de retour par — 
une affection — commune (teUe que celle qui existe entre époux)!* 



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KIM vAn KIÊU tAn TROYlêN. 225 

et, le visage trempé de pleurs, il tomba en défaillance^. 2795 

A plusieurs reprises la douleur (le terrassa) 2; il s'évanouit à plu- 
sieurs reprises. 

H revenait à lui et pleurait; il pleurait, puis, de nouveau, il tombait 
en défaillance! 

En voyant la douleur que causait au jeune homme cette séparation, 

le vieillard le flattait de la main, et doucement il l'exhortait 

€ Maintenant le sort en est jeté! > disait-iP. 2800 

«Son malheur n'est (que trop) certain! elle ne peut vous payer de 

> retour en devenant votre compagne^ ! 
«Que votre liaison est digne de pitié! 

«Mais allez- vous détruire ainsi votre précieuse existence'^?» 

(Le vieillard) de cent façons le consolait, l'exhortait ; 

mais il ne pouvait éteindre sa douleur; sa tristesse toujours devenait 2806 

plus profonde «! 
On lui fit voir le bracelet d'or, gage du serment jadis échangé; 

il montra les présents autrefois reçus : l'instrument de musique et le 

brûle-parfums. 
Plus le jeune lettré les contemplait et plus il souffrait en son âme; 

5. Litt. : « De mille — lingots d'or (valant mille lingots d'or) — ce corps- 
là ...... Ce premier hémistiche contient une inversion. 

6. Litt. : *Le /eu — de (sa) tristesse — était di/jficile (impossible) à — 
fouler aux pieds; — de pltts en plus — (le vieillard) remontait — le bout {de 
mèche) de sa tristesse!». 

Le poète assimile la douleur de Kim trong à un feu teUement vif qu'il 
est impossible de l'éteindre en le foulant aux pieds. Il compare l'effet des 
exhortations de Vvcmg ngoai à l'action d'un homme qui, au lieu d'éteindre 
une lampe en soufflant dessus, en remonterait la mèche et en raviverait 
ainsi la flamme. 

15 



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226 KIM vAN KIÊU tAn TRUY$N. 

Gan càng ttrc toi; raôt càng x6t xa! 
2810 Rang : «Toi trot quâ chou ra 

«Bè cho dên nôi trôi hoa dat bèo! 

«Cùng nhau thë thôt dâ nhiëu! 

«Nhfrng dëu vàng dâ phâi dëu nôi không? 

«Chira chàn gôi, cûng va chông! 
2815 «L6ng nào ma nô* dirt 16ng cho dang? 

«Bao nhiêu cûa, mây ngày dàng, 

«Côn toi, toi mot gâp nàng, moi thôi!* 

Nôi thn-OTig nôi châng hët 16i, 

Ta tù* Sanh moi sut sùî trà ra, 
2820 Vôî vë sù-a chôn vurim hoa. 

Ru'ô'C mM Viêti ngoai; ông bà cùng sang 



1. Litt. : « (Son) foie — de plu8 en plus — palpUait; — fteâj erUraSUt 

— de plus en plus — étaient cuisantes/* 

2. Litt. : « Je — tout-à^/ait — en excédant — (quant amx) pieds 

— étais parti, » 

3. Litt. : « Des choses — d^or — et de pierre (durables comme Vor et la 
pierre) — Jurent — les choses — dites — ou nonf* 

4. Litt : « (Quoique) pas encore — il y eU la couverture — (et) toreUkri 

— tout aussi bien — nous étions épouse — et époux!* 

Le mari et la femme, partageant la même couche, s'abritent sous la mtoe 
couverture et reposent leur tête sur le même oreiller j de là vient que les noms 
de ces deux objets de ménage sont pris en poésie comme synonymes de 
la cohabitation des époux. Les deux expressions *chan gSi* et «wcA^n^», 



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KIM vAn KIËU TAN TRUYÊN. 227 

plus mn eœtir palpitait, pliis la douleur déchirait son sein^! 

cCest par suite de mon absence beaucoup trop prolongée^» di^il 28io 

«qtie le courant a emporté la fleur et que les hèo sont dispersés! 

«Nous nous étions fait bien des serments mutuels! 

«Ne nous étîona-noTis par promis une fidélité inaltérable 3? 

t Sans avoir encore vécu de la même vie *, nous n'en étions pas moins 

Ȏpoiix! 
«Lequel de nos (deux) cœurs aurait été capable de briser les liens 28I6 

»qm l'eneliaînaîent ^^à l'autre)*? 
* Quelque fortune que je possède, combien de jours que j'aie à vivre ^, 

«tant que j'eidsteraî, je n'aurai de repos que je ne Faie retrouvée ^î» 

Les vieillards n'avaient pas encore cessé de lui témoigner leur com- 
passion 
que le jeune îettré prit congé d'eux et s'en alla triste et sombre. 

n se liâta de remettre le jardin de fleurs en état 2820 

Invités par lui à s'y rendre^ le vieux Viên ngoai et sa femme allèrent 
s'y établir* 

qui aont pariai tijnient parallèles tant au point de vue de la place qu'elles 
oceupent dans le vt^rs qn'k celui des éléments qui les composent, forment, 
par position après les mots *chua* et ccfin^», des verbes neutres composés. 

5* Litt» ; *(îl y miraUj lequel cœur — pour supporter de — rompre — 
le e<£ur — d'une manière capable (efficace) f* 

Ce vers, traduit trop strictement, présenterait en français une obscurité 
qui semble couatituer au contraire aux yeux des Annamites un des charmes 
de leur poésie. 

6. Lîtt- : « Combien que (faie) — de fortune, — combien que ffaie) — de 
jt^fift — de chernîn fà pareourtr dans la vie),» 

7. Litt. ; *{Ta7idiM qu'Jil 1/ aura encore — moi, — je — uniquement — 
fior»queJ uurai reb-oJt^ — die, — alort — ce sera assez!» 

16* 



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228 KIM vAn KTËU tAn TRUYÊN. 

Thân hôn châm chut le thirô-ng, 

Dircrng thân thay tam long nàng ngày xn-a. 

Binh ninh mai luy, chép tha, 
2825 Cât ngirôi tlm toi, dira tô* nhân nhe. 

Biêt bao công nnrô-n, cùa thiiê, 

Lâm tri mây do dî vë dâm klioi? 

Ngu-M mot noî, hôî mot nai! 

Mînh mông nào biêt bien trôi noî nao? 
2830 Sanh càng thâm thiêt khât khao. 

Nhir nông gan sât; nhn bào long son! 

Ruot tâm ngày mot héo don! 

Tuyêt sirang ngày mot hao mon minh ve! 

Thân tha, lue tînh, lue me. 



1. Voir ma traduction du Luc Vân Tien, à la note sous le vers 1434. 

2. Litt. : €En soignant — les parents — il tenait la place de — le cœur 

— de la jeune femme — des jours — - d'autrefois». 

3. Litt. : «Avec instances — frottant — ses larmes — il traça — fwiej 
lettre». 

Le mot «mai» se dit do Faction de frotter sur Tencrier un bâton d'encre 
de chine avec une certaine quantité d'eau pour le délayer. Le poète, pour 
faire comprendre combien la lettre de Kim trong est touchante, suppose 
qu'il se sert pour dissoudre son encre de ses larmes en place d'eau. 

4. Litt. : «(et quant h) Lâm tri — combien de — distance — pour aller 

— et pour revenir — par les dam — de haute mer (de lointain espace)?» 
Le nom de la ville de Lâm tri, qui devrait régulièrement se trouver 



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KÏM VAN KIÊU TAn TRUYÊN. 
Observant^ matin et soir, exactement les convenances^, 



229 



il leur doQnaît ses soins avec Tamonr que (Kieu) leur témoignait 

jadis-. 
Il cMrri^-ît avec ses larmes nue lettre pleine d'instances 3, 

et ctargea quelqu'un d'aller à la recherche de la jeune femme et de 2625 

lui porter de ses nouvelles. 
Qui dim les peiuesi^ les frais, 

et Tcspaee immense qu'il fallut franchir pour aller à Lâm tri et pour 
en revenir*? 

Elle était dans un endroit, et on la cherchait dans un autre! 

Cc^tnment savoir où la trouver sur la mer immense, sous le ciel sans 

limiteB^? 
L'afBîetîoo du jeune homme, sa soif (de voir Kieu)^ s'accroissaient 2830 

de jour en jour. 
Dans sa vaillante poitrine il sentait comme un feu brûlant; son fidèle 

cœur se broyait dans son sein ', 
et chaque jour il semblait qull se desséchât davantage®! 

Exposé aux intempéries et rompu de lassitude, comme celui de la 

cigrale mn cor|>s allait maigrissant! 
Tout déscjau\Té, il errait, tantôt absorbé, tantôt revenant à lui. 



après les mots «dt b^*j se trouve placé par inversion au commencement 

5, Lîtt* ; tfQuaTii à) Vim^ierviité, — esl-ce qii — on savait — (eUe était) 
de ta ttier ^ (etj du dci — dans VendroU — quelf* 

Xm est pour nà0. 

C. Je suis souTCJît coDtniint de rét«abHr dans ma traduction les noms 
ttes personnages que le pocte a sous -entendus; sans quoi la phnise con- 
Bcrvçiait a no obscurité qui ne serait pas supportable en français. 

î. LitL : * CT était eciitine fv — Von chauffait — son foie — de fer; — 
e(mLine « — Toti mboiatt — son cœur — de vermillon!* 

^. LitL î c Ses etûraiUes — de ver à soie — (quant aux) jours — un (par 
wy — jpfi desséckai^û ! * 



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I 



230 KIM vAn kiëu tAn trutçn. 

2835 Mâu theo nirô'c mât, hôn lia chiêm bao! 
Thung huyên lo sçr xiêt bao! 
Quâ ra, khi dên thë nào ma hay! 
Voi vàng sâm sù-a, chon ngày, 
Duyên Vân sô-m dâ nôi dây cho chàng. 
2840 Ngirôi yèu dieu, ké vân chirong, 

Trai tài, gâi sâc, xuân dirang kip thi. 
Dâu rang vui chûr vu qui, 
Vuî nây dâ cât sâu kîa dircrc nào? 
Khi an ô*, lue ra vào, 

1. Litt : *CSiJ par trop — il sortait, — loraqu^ — U viendrait, — de queUe 
manière (serait-il) — pour savoir f* 

Ce vers est fort obscur. Je pense que l'idée qu'il renferme est celle-ci : 
€ Si Kim Trçng franchissait ainsi par trop les bornes de Vexistence ordinaire, 
» lorsque, sortant de cet état maladif de son esprit, il reviendrait à lui, dans quel 
*état serait-il f» L'absorption continuelle du jeune homme est assimilée par 
le poète à un voyage lointain. — Ma hay est une formule destinée à don- 
ner de l'énergie à l'interrogation. Bien, que n'ayant pas la même significa- 
tion littérale, elle a une valeur analogue à celle du yK J^ du chinois 
parlé. Elle est presque identique comme forme au * savez- vous f* par le- 
quel les Belges terminent si souvent leurs phrases dans la conversation 
familière ; mais elle en dififère complètement comme valeur phraséologique. 
Le «ma hay> annamite exprime en effet le doute, tandis que le ^sanez- 
vous 9 des Belges n'est en réalité qu'une affirmation énergique déguisée 
sous la forme interrogative. 

2. Litt. : <(Par) V union — de Vân (avec Vân) — de bonne heure — iU 
eurent joint — les liens — à — le jeune homme ». 

3. L'expression ffil S|J ylu dieu, qu'il faut corriger et lire ^j ^, est 

tirée de la première ode du Livre des vers, qui est intitulée « ^ fj^ 
Quan thuT*, 



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KIM VAN KIÊU tAn TRUYÊN. 231 

Son saDg coulait avec ses larmes; dans un songe son âme fuyait! 2835 
Qui dira le souci; la crainte qui dévoraient ses parents? 
Comment savoir où pouvait le mener une telle existence ^ ? 
Us se hâtèrent de tout préparer et de faire choix d'un jour, 
et bientôt ils l'engagèrent avec Vân dans les liens du mariage 2. 
L'une était modeste et vertueuse; l'autre était un savant lettré*. 2340 

L'homme avait du talent, la femme avait des charmes; dans leurs 

cœurs l'amour allait naître*. 
Mais bien qu'on dise que se marier est chose joyeuse*, 

cette gaîté ci pouvait-elle enlever cette tristesse là? 

Pendant qu'ensemble ils faisaient vie commune®, 

m ^ ^ m 

f- ïï, m m 

M m z m 

M ic m^ Mo 

« Quan! quan! thv cwt 
« Toi hà chi châu. 
€Yêu dieu thuc ntt! 
€ Quân ta hâo cUuI 

«Quan! quan! crient les orfraies 
«dans Tîlot de la rivière. 
« Cette jeune fille réservée, vertueuse 
«pour le Prince est un bon parti! 

4. Litt. : « (Quant au) priniempt (à VamourJ — iia étaient eii train 

cf — atteindre — le temps (favorablej». 

5. Litt. : « qu'on se réjouit — des caractères — vu qui*, 

6. Litt. : « Dans les fois qu* — t^ mangeaient — et demeuraient, — dans 
le» moments qu* — ils sortaient — (et) entraient,» 



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232 KIM vAn KIÊU tAN TRUYÊN. 

2845 Càng âu duyên mô-i, càng dào tinh xira! 

Nôi nàng nhô* dên bao giô*? 

Tuôn châu doi tran, v6 ta tram vông! 

C6 khi vâng vê hirong phông, 

Bot 16 hirang dô* phfm dông ngày xira. 
2850 Bë bai rù ri tiêng ta! 

Tran bay lat kh6i; giô dira lay rem. 

DirÔTig nliir trên noc trirô'c thêm 

Tiêng Kiêu dông vong, bông thêm ma màng. 

Bai 15ng tac dâ, ghi vàng, 
2855 Tirô-ng nàng nên lai thây nàng vë dây! 

Nhûng là phiên muôn dêm ngày, 

Xuân thu biêt dâ dèi thay mây lân? 

Ben khoa gâp hôi tniô-ng vân ; 

Vu(png, Kim ciing chiêm bâng xuân mot ngày, 

1. Lîtt. : «J7 répandait abondamment — des perler — dan9 pltuieurs — 
criées f combats), — *7 enroulait — la soie — en cent — tours». 

De même que dans un épais écheveau de soie le fil revient cent fois 
sur lui-même, de même Tesprit de Kim Trpng était obsédé par une même 
pensée qui s'y présentait sans cesse. 

2. Litt. : €par suite de ce que — (son) cœur — était gravé, — à la ma- 
nière de la pierre, — était buriné — à la manière — de Vor*. 

3. Nous dirions ^Jtt place à Vété»,- mais comme le mot *thu — automne» fonne 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 233 

à mesure que se resserraient les liens nouveaux, l'ancien amour de- 2845 

venait plus profond. 
Jusques à quand devait-il (donc) se souvenir de Kieu? 

Souvent il répandait des larmes; la même pensée l'obsédait toujours M 

Parfois, isolé dans sa chambre, 

il allumait le brûle-parfums, et disposait le pMm de cuivre, (ces pré- 
sents) que jadis {Kiêu lui avait oflFerts). 
(n tirait des cordes de) soie des sons prolongés et touchants. 2850 

(L'on voyait) voler la poussière, ténue comme une fumée; le vent 

agitait les stores. 
Il lui semblait que sur le toit, au-dessus de la vérandah, 

résonnait la voix de Kiêu; et sa rêverie tout à coup devenait plus 

profonde encore. 
Cest que dans son cœur cette image était gravée à jamais 2, 

et, comme il pensait à elle, il la voyait revenant à lui! 2855 

Tandis qu'au sein de la tristesse il passait les nuits et les jours, 

qui dira combien de fois le printemps fit place à l'automne^? 

Quand fut arrivé le moment du concours de littérature, 

Viecmg et Kim le même jour obtinrent les honneurs de la tablette *. 

avec le mot € oeuân — printempt » le nom de la chronique composée par Con- 
fucius, Fauteur du poème ne recule pas devant cette singulière licence pour 
avoir une occasion de nommer Tœuvre célèbre du grand philosophe chinois. 

4. Litt. : « Vtnmg — (etj Kim — tout ausH bien — s^ emparèrent de — la 
tahUlte — de printemps (glorieuse) — en un (même) — jour ». 

Il 8*agit de la tablette sur laquelle on inscrit les noms des candidats 
reçus au concours. (Voir ma traduction du Lwc Vân Tien, à la note sous 
le vers 1741.) 



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234 KiM vAn kiêu tAn tbuyên. 

2860 Cù-a trW rong mô* dàng mây! 

Hoa chào ngô hanh, hirong bay dàm phân. 
Chàng Vuang nhô; dên xa gan! 
Sang nhà Cliung lâo ta an châu triën. 
Tinh xira on trâ, nghïa dën, 
2865 Gia tliân bèn mô-i kêt duyên Châu Trân. 
Chàng càng nhe birdc than vân, 
Nôi nàng càng nghï xa gan, càng thircmg. 
cAy ai dân ngoc thë vàng? 



1. Litt. ', <A la porte — du ciel — largement — on avaii ouvert — le 
chemin — des nuages!» 

Les lettrés qui se font remarquer dans les concours et fournissent une 
carrière brillante sont assimilés au dragon qui s'élève dans les nuages. On 
retrouve cette idée très poétiquement exprimée au commencement du poème 
Luc Vân Tien : 

€Vàn dà khai Phung dàng Dao. 

« Pour les lettres, on Peut comparé à Toiseau Pht^ng, ou au dragon Dao 
» lorsqu'il s'élève dans les airs». 

€ Chi làm bân Nhqn ven mây, 

«J'atteindrai l'oiseau Nhan au milieu des nuages.» 

2. Litt : ^Les fleurs — (les) saluaient — à la porte — des abrico- 
tiers; — (leur) parfum — volait — par les dqm (chemins) — bordés d'arbres 
Phân*. 

Ce vers est extrêmement obscur. En voici, je crois, le sens : 
Le mot }^ hanh s'applique en général à tous les arbres du genre 
Prunus, mais plus spécialement à l'abricotier, dont la fleur passe aux yeux 
des Chinois pour être d'une beauté remarquable. Aussi l'ont -ils appelée 
« ^ ^^ ^ffi ^^P <^? ^^ — ^ft fl^ur de ceux qui atteignent au degré (par 
excellence), c'est-à-dire des docteurs de l'académie des Hàn lâm (^^ yK 
^^V. Cette désignation lui vient, dit- on, de ses belles couleurs. J'incU- 



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KIM vAN KIÊU TAN TRUYÊN. 235 

Large, le chemin de la gloire s'était ouvert devant leurs pas M 2860 

La fortune leur souriait; leur renommée se répandit au loîn^ 
Vuang n'avait rien oublié^. 

Il alla chez Chung pour le remercier du service qu'il avait rendu en 

arrangeant au mieux leur affaire. 
La bonté, les bienfaits d'autrefois reçurent leur récompense, 

et dans les liens de Thyménée les fiancés enfin s'engagèrent*. 2865 

Plus le jeune homme à pas légers parcourait le chemin de la gloire* 

et plus la pensée de Kieu le hantait, plus cet amour croissait (dans 

son cœur). 
«Qui s'engagea» disait-il «(jadis) par un serment solennel^? 



nerais plutôt à croire qu'elle lui a été donnée en souvenir du lieu où Con- 
fucius tenait son école, et qui portait le nom de « 7^ ^J Jlanh dàn — 
Tautel des abricotiers >. Cela étant donné, il est facile de comprendre Tal- 
lusion contenue dans le premier hémistiche du vers 2861. Les fleurs de la 
porte des abricotiers (c'est-à-dire des abricotiers placés près de la porte), 
fleurs attribuées aux docteurs et aux académiciens, saluent nos héros; cela 
signifie évidemment qu'ils obtiennent aisément le droit de prendre ces fleurs 
pour emblèmes, autrement dit qu'ils parviennent en peu de temps aux plus 
hauts grades littéraires. 

Pour le mot jj^ Phdn, il désigne une espèce d'orme de grande taille; 
mais il me paraît placé ici dans le seul but de faire un pendant au mot 
€kanh — abricotier*, qui occupe dans le premier hémistiche une position 
parallèle. Le sens métaphorique du second est aisé à saisir. Nous disons 
d'une manière analogue : «La bonne odeur de ses vertus s'est répandue 
au loin». 

3. Litt. : « en se 80uvena,ni — arrivait à — le près — et le loin* 

Dën peut aussi être considéré comme une préposition. 

4. Litt : « . . . . nouèrent — V union — de Châu — et de Trétn». 
Lire jj|H au lieu de ^. 

6. Litt, : € , . , . les bleus — nuages, » 

6. Litt. : « Ainsi — qui — recommanda — les pierres précieuses — (et) 
jura — Vorf* 



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236 KIM VAN KIRL TAN TkUYÉN. 

Bây giô* kim ma ligne dàii^ç viM ;ii? 

2870 Ngon bèo chon soiiy làv lai! 

Nghï minh vinh bien, tlitraiig Bgnfrî la'W b'* 
Virng ra ngoai nhâTo Lâm frl^ 
Quan scrn ngàn dâiii tlu* iilii mot doàiL 
Cam dwang ngày tliiuiji,^ tlianli nh;\ii; 

2875 Sdm khuya tiêng luir Hriig dan tien tUmu. 
Phông xuân trirôiig- xu ln>a dào, 
Nàng Vân nâm boii^^ rlném ban tliây wlrn^il 
Tînb ra, mô*! di ciiiig cbàiiîjj 



1. Litt. : « Maintenant — U sat ttor — f^hcval — cl ds pkrrtsé ptJâ^ 
— salle — avec quif:» 

Voir, pour le surnom de «^ ^fj§ A'"'* ^>*^ — cht^i'al ffflr' ifiiiMMt 
donne aux membres de Tacadémit ilr^ Nmi Mm, mii traductioti J» ^V*'*'^ 
Tien, à la note sous le vers 415. 

Le nom de «^K ^& ^5'?c dù^^r; - lut d nlM>rd iïnnnc it une salk^ J'' !^ 
lais des empereurs de la dynastii^ di'n ïl'fu. Hi^us h*s Bàntf ce «'iu^ ^'J 
employé pour désigner le bureau r>rii('k'l d'uù 6ïiiiiîL'Ut*îit hs dêrrcB itup 
riaux. Enfin, sous le règne de j^ ^ X;if'!/in Phnn'j de la ilyiJf^^^ "'* 
^ Tông l'on en fit une des d6:ii^nuuiim;> du colîi'gc des Mn Hf^ *^*F'' 
il est depuis lors resté attaché. Uiw t^xplicatiou dt» c*e titre coti'i'^'*^* 
adoptée, mais dépourvue d'autorîtu, le r.ippnrd' h eu fait quf li''* ï**^^ 
lias (en chinois ^j^ ^ %<)c Zon) <. ridïî^ï^îikiit anfri-luîti jnàtL* on faff J'" ^ 
grande porte du collège. (MA>rïi"is Chiner rmder'x nmnnnîf i^ ^^-^ 

2. De même que la frêle plaiiTo à JjujiH-Ile il In rmwpnre suit \v ^^^'^ 
ment des flots qui l'emportent à rîiwtitim', de tmim Kiêu, jeaue iilbi*^lf'» 
et sans défense, est le jouet des aiprieew lîo k fortune. — 1^ wA *^ 



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i 



KIM VlN KIÊU TAN TRUYÊN. 237 

€ (Et celui-là), académicien et docteur, quelle compagne a-t-il aujour- 

*d'huii? 
«Le frêle Bèo à la base des flots s'en va flottant à Taventure^ ! 2870 

«En pensant à mes succès, je plains sa vie errante et malheureuse! » 

Obéissant (à Tordre du Prince), il s'éloigna pour administrer (le terri- 
toire de) Lâm tri, 
et toute la famille partit ensemble pour ce long voyage \ 

Dans le palais de la sous-préfecture ^ (Kim) coulait des jours heureux, 

et du matin au soir il se délassait en écoutant le Hqc et en jouant 2875 
du câm. 

Dans sa chambre aux rideaux baissés^ 

Van était couchée. Tout à coup en songe elle aperçut Kteu. 

En se réveillant elle en fit part à son époux, 



— pointe:» constitue ici une sorte de diminutif. La pointe d'une plante en 
est en effet la partie la plus mince. 

3. Litt. : < (Po^r) les passes — des vumiagries — (pendarUj mille — dam — 
réponse — (et) les enfants — formèrent une seule — troupe », 

L'expression *m§t doàn* devient par position un verbe neutre composé. 

4. Par allusion aux anciens mandarins lettrés qui, sans aucune pensée 
de lucre mondain ou de basse intrigue, se contentaient de se récréer au 
moyen de leur luth favori, la demeure d'un fonctionnaire vertueux est ap- 
pelé du nom de «5S ^ Oâm âàng — la salle du luth», et les abords 
de son tribunal sont appelés < ^ï i& cdm giai — les degrés qui condui- 
sent au luth». (Mayer's Chinese reader^s manual, p. 98). 

On cite comme ayant eu un goût tout particulier pour cet instrument 
un nommé Triêu bien. Ce fonctionnaire se plaisait aussi beaucoup à écou- 
ter les cris de la grue (p| hç^). De là Tallusion contenue dans le vers. 
qui suit. 

6. Les mots €xuân — printemps*^ et <hoa dào — fleurs de cfào» sont 
des épithètes poétiques destinées à indiquer que les objets dont on parle 
appartiennent à une jeune et belle femme. 



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238 KIM VAn KIÉU TAN TRUYÊN. 

Nghe IM, chàng cûng hai dàng tin nghî, 
2880 No Lâm thanh vài Lâm tri, 

Khâc nhau mot chft*; hoâc khi c6 lâm! 

Trong ca thinh khf tirong tâm, 

U dày hoâc c6 giai âm châng là! 

Thâng dirÔTig, chàng moi hôi tra; 
2885 Ho :©ô cô kè lai già thira lên : 

cSu" nây dâ ngoai thâp niên! 

«Toi dà biêt mât, biêt tên rành rành! 
' ^Tûhà cùng Ma giâm sanh 

«Di mua ngirW ô* Bac kinh dira vê. 
2890 « 2% À:eez^ tài sâc ai bi? 

«Cô nghë dÔTi, lai dû nghë vân tha. 

«Kiên trinh; châng phâi gan vù-a! 

«Lieu mlnh thë ây, phâi Itta thë kia! 

«Phong tran chiu dâ ê hë, 

1. Litt. : « (ae trouva entre) les deux — voies — de croire — et 

de douter *, 

Les quatre mots €hai âàng tin nghi* forment par position un verbe 
nentre composé. 

2. Litt. : « ne p<ts — e'Aait — un foie — médiocre!» 

3. Litt. : « Elle avait exposé — elle-même — (elle avait fait le sacrifice de 



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KIM vAn KIÊU TAn TRUYÊN. 239 

qui, à ce récit, ne savait s'il devait douter ou croire^. 
«Ces deux noms de <Lâm thanh* et de <Lâm tri* dit-il, 2880 

«ne diffèrent que par un mot; et peut-être vous trompez-vous! 

«En ce moment qu'avec sympathie nous nous cherchons les uns les 

» autres, 
« peut-être qu'ici nous trouverons quelque indice favorable. » 

n monta dans les bureaux et prit des informations. 

Voici ce que lui apprit un vieillard appelé Bô : 2885 

«Tout ceci (dit ce dernier) remonte à plus de dix ans! 

« Je connais bien la personne et sais parfaitement son nom. 

« Tû hà et Ma gîdm Sanh 

« allèrent à Bâc Idnh acheter cette jeune fille, et l'amenèrent ici. 

« Tûy Kteu était d'une beauté sans rivale. 2890 

«Elle était musicienne, et possédait aussi en poésie un talent fort 

» sérieux. 
«Affermie dans la chasteté, elle n'avait point un cœur ordinaire ^1 

«Elle avait adopté une voie, mais elle dut en suivre une autre 3. 

«Ayant déjà passé par bien des vicissitudes^, 

sa vie) — dana cette condition là, — (mais) il (lui) fallut — choisir — cette 
autre condition!» 

Elle avait voulu se donner la mort, mais le Ciel en avait décidé autre- 
ment. Il fallait qu'elle devînt une fille publique. 

4. Litt. : €(En ce qui concerne) le vent — et la poussière (les vicissitudes 
du numde), — (le fait d^en) subir — avait été abondant », 



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240 Kl M vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 

2895 «Dây duyên sau lai gâ vë Thûc lang. 

«Phâi tay va câ phu phàiig, 

cBât vë Vô tich toan dàng bè hoa. 

«Cât minh, nàng phâi trôn ra; 

«Châng may lai gâp mot nhà Bqx^ kia! 
290Q «Thoat buôn vë, thoat bàn di. 

«Mây trôi bèo nôi, thiêu gi là noi? 

«Bông dâu lai gàp mot ngirM 

«Han ugxsbi tri dông nghiêng trôî oai linh! 

«Trong tay muôn van tinh bînh; 
2905 «Kéo vë dông chat mot thành Lâm tri. 

«Toc ta, câc tlch moi khi, 

«Oân, thi trâ oân; an, thi trâ an, 

«Dâ nên cô nghïa cô nhan! 

«Trirôc sau tron ven, xa gân ngai khen. 

1. Lîtt. : < 86 propota — une voie — de briser — la fl^^** 

2. Lit t. : « Nuage — emporté par le courant, — hko — êumageosdj — **** 
manqua de — quoi — qui fût — des endroUsf» 

Tantôt dans une position élevée comme le sont les nuages w ^^^ 
tantôt dans une situation infime comme Test celle du bko flottant sur If» 
eaux, elle passa souvent d'un lieu à Tautre. 

3. Litt. : « supérieur à — les hommes — d'intelligence — et de eottraff^ " 
qui renversent — le ciel — d'une manière imposante!» 



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KIM yAn KIÊU TÂN TRUYÊN. 
Edans les liens dn maria^ avec Th\ic elle s'engagea. 



24! 



'inn 



cEUe tomba dans les mains d'une épouse principale. Cette femme, 

'ingrate et méchantej 
tla saisit et Femmena à Vo t{ch, dans Fintention de Taccalder^. 

*Lâ jeune femme par la fuite dut se soustraire (à ses pertï(!*cutionB^ ; 

«mais mallienretisement elle rencontra cette femme que Ton ucmnuait 
*Bac! 

* Tantôt elle fut achetée, et tantôt elle fut vendue. 2f»i*ù 

cTantAt nuage emporté ijiar les vents), tantôt blo flottant (an grv ile^ 

»eaux), le courant de sa destinée la porta) en bien des lieux-, 
< luopinémeut ensnite elle rencontra un homme 

* surpassant tous ces héros imposants qui, par leur intclli^^cucc it 

>leur courage, sont capables d'eflFondrer le cieP! 
*l\ avait entre les mains des myriades de soldats 

<qui] fit camper près d'une ville appelée du nom de Lam tri ^mb 

'Revenant avec soin sur chacun des détails de sa vie^, 

«elle rendit le mal jxïur le mal comme (aussi) le bien pour le bien. 

«Cétaît une personne douée de justice et de bienveillance ^1 

*Sa vertu fut toujours parfaite; de toutes parts on la loua* 

4. Litt. : ^ (Qumtt à un) dieveu — (et à un) fil de soie grégt { tnimdît'ujiti- 
ntenijf — fau Jrn^ei dt;) ternies — les causes antérieures — de chatfnf^ — fois, • 

5. Les ft>rniuléfl ta* n^ftîa » et «co niion* sont des verbes (tnalificntif^ 
par position; il faut aoiiB-t'ij tendre devant chacune d'elles le prnimni rdaîif 
/L ^«> carrélîitîf du *^ gi&9 chinois. J\^ ^ âfe ke co nyhiïï, J(^ 

§ 'fc ^^ ^'^ tût€Fn rêpoiitlent exactement au chinois "j^ ^g ^^ hùtt 
ii^hU ffiâf ^à tn ^* '*^' nham gtà, 

" te 



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4 



242 KIM vAn KIÊU tAn TRUYÊN. 

2910 «Chita tirÔTig dirac ho, dircrc tên. 

«Sir nây, hôî Thûc sanh vîên, min tirimg!» 

Nghe loi B6 nôî rô rang, 

Turc tlii tông thiëp moi chàng Thûc sanh. 

N5i nàng hôî hêt phân minh; 
2915 Chông con dâu ta, tânh danh là gl? 

Thûc rang : «Gàp lue liru lî, 

«Trong quân toi hôi; thîëu gi tôc ta? 

nDqi vmmgy tên Hàij ho 2^, 

«Bành quen trâm trân, svrc du* muôn ngirM! 
2920 «Gâp nàng ngày à Châu thai. 

cLa chi quôc sâc thiên tài phâi duyên? 

«Vây vùng trong bây nhiêu nîên! 

«Làm nên dong dia, kinh thiên dùng dùngl 

«Bai quân don dông côi dong 

2925 «Vë sau, châng biêt vân mông làm sao!» 

1. Litt. : « (Lorsque) je rencofitrtU — le moment — (f(^) 

errante — et séparée,* 

Ou dit en chinois «jjfc S^ :^ J9f ^^ ^ ^^^ *^» Pour dérfgner ^ 
personne qui n^a plus ni feu ni lieu, 

2. Litt. : « manqua-t'U (à mes questions) — en quoi (que cefi^J" 

un cheveu — ou un fil de soie grégef* 



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KIM vAn kiêu tAn truy^n. 



243 



«Je ne saiB pas eDCîore exactement son nom de famille et son petit â^io 

• nom* 
«Pour les connaître^ vous n'avez qu'à les demander à Thûc «a«A.» 

Après ce récit très clair que venait de lui faire Bô, 

(Km) envoya sur le champ un billet à Thûc sanh pour le prier de 
Tenir (le voir). 

n rinterrogea dans les plus grands détails sur ce qui concernait la 

jeune femme, 
(lui demandant) où était son mari, quels étaient son nom et sa famille, ^^^^ 

«Lorsque fut venu» dit ThuCy «le moment oti elle devait se trouver 

ïsanâ asile ^, 
«je m'informai près des soldats, et ^e n'omis aucun détail^. 

*Le ^î vt^mg, dont le nom était Hài et qui était de la famille Tk, 

«vivait au milieu des combats; sa force sui*passait celle de dix niille 

» hommes! 
t II rencontra la jeune femme alors qu'elle était à Châu ihai, 2^20 

«Quoi d'étonnant qu'une beauté royale et un talent gurhumîiîn^ 

» s'éprennent d'amour l'un pour l'autre? 
«Il avait grandement bataillé^ pendant toutes ces années là! 

«n faisait frémir la terre; il ébranlait à grand fracas le ciel! 

*Sa grande armée campa dans la région de l'orient 

f jignore ce qu'ensuite il en est advenue » S925 

s, Ijtt. : < . . . un ialeni céUite,* 

4, Lïtt : « iî * était dhiiené . . . . ^ 

ô. lÀti. : vQumil à — ensuite, — ne pas — je saU — les nuages — fgtj 
fef Êonges — (ml été commew^. » 

Par ]'Q]cpro33ion métaphorique €vân mong — les nuages et les songe** oa 
dèeigne poétiquemetit tuut ce qui est dans le domaine de Tinconnu, tûut ee 

16» 



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244 KIM vAn KIÉU TÂN TRUY^iN. 

Nghe tiTÔTig nhành ngon tiêu hao, 

Long riêng cLàng luông lao dao thân thô*. 

X6t thay chiêc là ha va! 

Kiêp trân bîêt giû bao giô* cho xong? 

2930 Hoa trôi, inrô-c chây xuôî àhng 

X6t thân chim nôi, dau 15ng hiêp tan! 

Loi xura dâ 15i muôn vàn! 
Mânh giroTig c6n dô! Phfm dfm c6n dây! 
Bbn cam khéo ngân ngc dây ! 
2935 L6 hiroTig biêt cô kiêp nây nfra thôi? 
Blnh bông c6n chût xa xôi ! 
Bânh chung sao nô* an ngôî cho an? 



sur quoi on n'a pas de données certaines. On ne sait pas en effet où vont 
les nuages, et ce que signifient les songes. — *Làm aao — comment » devient 
ici verbe neutre par position. 

1. Litt. : ^Lorsqii'U eût entendu — clairement — les branche* — et la t%me, 
— éCune manière épuisée — et consommée,* 

Les branches et la c^me d\m arbre forment à peu prés la totalité de ce 
qu'on en voit; de là l'emploi de l'expression *fMnh ngçn» pour désigner 
une chose en tant que considérée dans tous ses détails. ^Ngon — la cSsne» )' 
représente métaphoriquement le point capital, et *nhànli — les rameaux» 
les détails accessoires. — Le chinois «9fi ^Ê^ tiêu hao» a ici le même sens 
que l'expression annamite «^ 3£ truràc sou*. 

2. Litt. : * cette feuille — ahurie» 

La jeune femme est comparée ici à une feuille sèche qui, tombée sur 



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Kl M vAn KIÊU TÂN TRUYÊN. 245 

Après qu'il eût appris tous ces détails ', 

Kim, en son cœur, souffrit sans relâche; il tomba dans la langueur. 

Combien il plaignait cette errante nacelle ^î 

Jusqu'à quand lui faudrait-il traîner, pour en finir, cette existence 
de malheur 3? 

La fleur était emportée; (puis) le courant devenait favorable 2930 

n avait pitié de ce corps qui tantôt enfonçait dans l'abîme, et qui 
tantôt y surnageait; il souffrait de Tavoir perdue après Tavoir une 
fois rencontrée^! 

Le serment (prononcé) jadis avait été mille fois enfreint, 

et (pourtant) la lune était là encore! le Phim encore était ici! 

Oh! que languissamment elles vibraient, les cordes de sa guitare! 

Qui pourrait dire si, dans cette vie, le brûle-parfums (fumerait) de 2935 

nouveau? 
Tant que le Binh et le Bon^^ seraient encore éloignés l'un de l'autre, 

comment pourrait -il vivre en paix au sein des honneurs et de la 
richesse*? 

la surface de Teau, obéit à toutes les impulsions du vent et ne s'arrête 
nulle part. 

3. Litt : « La fleur — était emportée par les eaux; — (puis) Veau — coulait 
— fatxfrablement — (quant au) courant » 

4. Lîtt : « n était ému au sujet de — le corps — qui était submergé — et sur- 
nageait; — U souffrait — (quant au) cœur — d^être réunie — (et) d'être dispersés*. 

La concision de ce vers est particulièrement remarquable. 

5. Voir, sur le Binh et le Bmg, ma traduction du poème Luc Vân Tien, 
aux notes sous les vers 291 et 312. 

6. Les deux premiers mots de ce vers constituent une ellipse dont le 
développement n'est autre que ce dicton chinois : «^^ fj^ |^ ^ Chung 
minh dînh thvc — Lorsque sonne la cloche , le chaudron fournit son nour- 
rissant (contenu)*; dicton qui est passé à Fétat d'adjectif et signifie < riche 



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246 KIM VAn KIÊU TAN TRUYEN. 

Râp mong treo an, tdr quan. 

May sông cûiig loi, mây ngàn cung pha! 
2940 San mlnh trong dâm can qua, 

Vào sanh, ra tu, hoa là thây nhau! 

Nghl dëu trôi thâm, vu'c sâu! 

Bông chim tâm cà biêï dâu ma nhln? 

Nhfrng là nân nâ doi tin, 
2945 Nâng mira dâ biêt mây phen dèi dôi? 

Nàm mây dâ thây chiê'u Trôi, 

Khâm ban sâc, chî dên nod rành rành. 

Kim thi câi nhâm Nam bïnh, 

Chàng Vwang cûng câi nhâm thành Hoài dicang. 
2950 Sâm sanh xe ngu'a vôi vàng; 

et honorée. Diaprés M. Wells Williams qui le donne sous le caractère Ift, 
il se rapporte à une coutume ancienne et patriarcale. Bien que le savant 
lexicographe anglais ne s'explique pas davantage, il est facile de comprendre, 
d'après l'idée que contiennent implicitement ces quatre caractères, en quoi 
consistait cette coutume. Le premier caractère du vers doit être lu Ift. 

1. Le sceau étant l'insigne par excellence d'un fonctionnaire public, 
suspendre ce sceau à un arbre équivaut à résigner ses fonctions. 

2. Litt. : « Les fleuves — tout aussi bien — U traverserait à la na^, — 
les sommets de montagnes — tout aussi bien — U détruirait !i* 

3. Litt. : «// insinuerait — lui-même — dans la réunion — des boudiers 

— et des lances,» 

4. Litt. : * Qu'ils entrassent dans — la vie, — (ouj qu'ils sortissent dans 

— la mort » 



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KIM vAN KIÊU tAn TRUYEN. 247 

n avait résolu de suspendre son sceau ^ et d'abandonner sa charge. 

II franchirait toutes les barrières^ il détruirait tous les obstacles^! 

Il pénétrerait au sein de la mêlée ^^ 2940 

et peut-être (enfin) pourraientils^ vivants ou morts ^, se revoir! 

Mais il pensait que le ciel était haut et que Tabime était profond^! 

Comment reconnaître l'oiseau à son ombre, le poisson à sa bulle d'air «? 

Pendant qu'il vivait dans l'impatience^ attendant toujours des nou- 
velles, 

qui peut dire combien de fois la chaleur et la pluie se succédèrent 2945 
l'une à l'autre? 

Dans le courant de l'année^ parut tout à coup un édit du Prince 

qui les créait envoyés royaux ^ et leur enjoignait de se rendre au lieu 

de leurs attributions. 
Kim devait administrer le territoire de Nam liïnh^y 

et Vuang commander dans la ville de Hoài dwong. 

On prépara en toute hâte et les chars et les chevaux; 2950 

5. Il pensait que Tespace dans lequel il devait la chercher était trop im- 
mense pour qu'il eût quelque chance de la rencontrer. Nous disons familière- 
ment dans le même sens : i^chet^cher une aiguille dam une hotte de foin». 

6. Lorsque le poisson fouille dans la vase, on voit à la surface do Teau 
s'élever des bulles d'air qui décèlent sa présence; mais il est difficile de 
juger à la vue de ces bulles quelle est l'espèce de poisson qui les produit. 

7. Mây est une épithète purement ornementale. — - ^Chiëu Trai» signifie 
littéralement ««n édit du ciel». L'empereur T^ -5^^ étant investi du 
mandat du Ciel, ses édits sont censés émaner du Ciel lui-même. 

8. ^Mj Khâm est pour ^Mj ^é Khâm sai, 

9. Nam Iknli (j^ 2Œl ^ ^an p^ing hién) est une ville du jjjg i# 
FovL kién qui dépend de ^ 2|£ tel y^ p'Xrvf foh. 



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248 KIM yM KIÊU TAN TRUYÊN. 

Hai nhà cûng thuàn, mot flàog pbô qnam 

Xây nghe the giâc dâ tan^ 

Sông êm Pliicéc klën^ tro tàii Tîch giang, 

Burac tin, Km mô-i rù Vwang : 
2955 «Tien dàng cùng lai tîm nàiig saii xira!* 

Vien châu dên âo bày gicr, 

Tliiet tin hôi dirac toc ta ràiih rành. 

Rang : «Ngày hôm no giao binh; 

«Thât co", TitM thâii liuh trân tien. 
2960 «Nàng Kim công câ cliâng dën! 

«Lenh quan lai bât ép diiyên tbô tii. 

«Nàng dà gieo ngoc, ti*âm ebn; 

«Sông Tien dumig d6 ây mô hông nlianîj 



1. Litt. : «gwe les flots -^ é&aient ù^anqnUtet — âaxi» le Pkmk ki^^* ""^ 
les cendres étaient disperséf^j — d^nê h Tich gimtg »* 

Lorsqu'un incendie a eu Ijeiij ou peut croire, tant qu'il reste des ceate 
que le feu n'est pas entièrtïuniiit vfeiiit; tnais iiutî fois les cendres dtsp*'^^ 
par le vent l'on peut avoir iino sécurité complète, 

2. **^au xttra est synonyme de Mi ^m.^, t^ettc aîngiilière expre«sî^''t *^ 
les deux termes se contredisent, m^ et'mble êtro «ne c(jrrti]>tton Jf *^*^' 
xtea*. 

3. Litt. : *(et) de vraie» — nùim4lts — eu ifUerro^anl — I/j M^^^^ 
(quant h) un cheveu — (et àj tm Jil de sois — elairemeni. * 



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KIM vAN KIÊU tAN TRUYÇN. 249 

puis, obéissant (aux ordres du Souverain) tous deux, de compagnie, 

se rendirent à leurs fonctions. 
Tout à coup Ton apprit que Tennemi était dispersé, 

que la paix régnait au Phwôc Jden, que le Tïch giang était tranquille ^ 

A cette nouvelle Kim invita Vuang à agir, 

«Nous avons» lui dit-il «une occasion favorable de retrouver notre 2955 

» amie d'autrefois ^1 » 
Us arrivaient alors à Vwn châu, 

où ils purent obtenir des nouvelles et des informations détaillées 3. 

«L'autre jour» leur fut-il dit «Ton a livré une bataille, 

«et Tîk, vaincu, est mort sur le lieu du combat^. 

« Le grand mérite de Kîêu n'a point reçu sa récompense! 2960 

« On l'a saisie d'après l'ordre du mandarin pour la marier de force à 

»l'un des chefs du pays^ 
«Mais la jeune femme dans les flots a précipité ses charmes, 

« et ce fleuve TiSn ÔAcàng est le tombeau de sa beauté. » 



4. Litt. : € Perdant — Voccaaion, — Tit — a retiré — son âme — devant 
les troupes 9, 

L'expression chinoise «"7^^^ théUca — perdre Vaxasion favorable t^, est 
nn euphémisme assez remarquable qui signifie *ètre vainai». Il en est de 
même des mots «i|x ^R ^^^** ^*'*^ — retirer son âme* c'est-à-dire «nuwmr». 
Les Chinois, comme les Annamites, ont la plus grande répugnance à pro- 
noncer certains mots, surtout celui qui dans leur langue signifie * mourir». 
Ils les remplacent le plus souvent par des expressions détournées ou des 
périphrases. 

5. Le mot ^jSi duyên» devient ici verbe par position. Il a pour régime 
direct Texpression chinoise «+ ^^ (ho th^. 



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250 KIM VAN KIÊU TAN TRUYÊN. 

«Thirong ôi! Không hiêp ma tan! 
2965 «Mot nhà vînh hiên, riêng oan mot nàng!> 

Chiêu bon thiêt vi, le thirông; 

Giâi oan lâp mot dàn tnrông bên sông. 

Ngon trîëu non bac trùng triing. 

Voi trông, c6n turang cânh hông lue gîeo! 
2970 cTinh tbâm bien thâm, la dëu! 

«Nào bon Tinh vê biêt tbeo cbôn nào?> 

Cor duyên dâu bông? La sao? 

Gtâc duyên dâu bông tim vào dên nai! 

Trông lên lînb vi, chir bài; 

1. Litt. : ^Ne pas — noua V avons rejointe, — mais — elle a pértÎT^ 

2. Litt. : « Une famille — est glorieuse; — spécialement — est maUieureuse 

— une — jeune femme!» 

3. Litt. : «On invoqua — Came, — on installa — une tahlelte, — cérémonie 

— accoutumée*. 

Lorsqu'une personne est morte au loin, les Chinois accomplissent des 
cérémonies particulières au moyen desquelles ils croient rappeler son âme 
absente. Ces cérémonies portent le nom de «dS z|& Chièa hon ~ fmoo- 
cation de Vâme*, 

Voir, au sujet de la tablette, ma traduction du Li^ic Vân Tien, à la note 
sous le vers 2016. 

4. Le «flS dàn* est un autel à ciel ouvert Le mot «J» trtflmg* a 
ici le sens spécial de «Z*eu découvert destiné aux sacrifices, emplacement sur 
lequel on érige le ctàn*. Ces deux mots se trouvent comme c'est le cas ici, 
fréquemment réunis ensemble, et se prennent aussi dans le sens de Tautel 
considéré isolément. 

5. Litt. : « . . . . les ailes — du Hong — dans le moment — de se lancer!» 



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Kl M vAn kiêu tAn truyen. 
«Hélaël* L8*écria Kim) «elle a péri sans nous revoir M 



251 



t Quand tonte la famille est dans les bonnenrs; elle senle est infor- 2oe5 

>tanée-!> 
Selon la eonlume^ ou établit une tablette^ on fit Tinvocation de Tâme ^y 

et, pour rompre (la ehaine de) son malheur, au bord de la rivière 
on disposa un autel *. 

Semblables à des montagnes blanches, les vagues du courant gron- 
daient 

(Kim), regardait an loin; il croyait la voir se précipitant, telle que 
le Hong lorsquil ouvre les ailes en prenant son essor \ 

«ÉtraDgemeot profonds > dit-il «sont ma tristesse et mon amour ^! 2i»7o 

«Eusse je Fâme de Tinh vV, comment saurais-je où la poursuivre?» 

Mais soudain, ô chose étonnante®! 

Giâc duyênf qui les cherchait, arriva jusqu'à ce lieu! 

Elle leva les yeux, et voyant les caractères inscrits sur la tablette, 

n serait împo&sibîe en français de rendre aussi brièvement cette figure 
qae le po^te aQiiaiDÎtQ a pu condenser en quatre monosyllabes. 

6, Lîtt. ; ^(Quanl à) Vaffection — profonde, — il y a une nier — de tria- 
iôëÈe; — étrange — (m fait de) chose I* 

7, D'après une légende chinoise, la fille de Tempereur ]|jA ^S Thdn 
nvng ou -fr ^ft TUn nông, qui régna, dit-on, de l'année 2737 à l'année 
Ï6D7 av, J.-C, et qu'on adore comme le génie de Tagriculture et de la 
niéfkcine, aimait aon mari d'un amour passionné. Son époux ayant trouvé 
la mort dans la mer orientale, la fille de Iffjjji ^, saisie de désespoir, s'y 
précipita et se noya. Elle fut changée en un oiseau semblable, pour la 
forme, k ud faisan. Cet oiseau, nommé )Ë| |ftf Tinh vê, prit des pierres 
jivec son bec, et se mit à les jeter dans la mer pour la combler et retrouver 
le corps du prince, 

8, Litt, : * (Une USh) comlnnaison — (et) connexiU (une telle rencontre for- 
luU^} — ou (Taurml-an trouvée) — (ainsi) tout à coupf — (Ce fait) étrange — 
«wrtiîiCTté (a\iaU-U fieu)f* 

Où peut voir k Finspection du texte annamite de ce vers qu'il renferme 



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252 KIM vAn KIÊU tAN TRUYÊN. 

2975 Thât kinh, mô-i hôi : «Nhfrng iigirM dâu ta? 

«Vô-i nàng thân thîch gân xa? 

«Ngnôi c5n! Sao bông làm ma, khôc ngnM?» 

Nghe tîn, giôn giâc, rung rW! 

Xùm quanh kê ho, ron Wi hôi ti'a. 
2980 «Nây chông, nây me, nây cha! 

«Nây là em mot; nây là em dâu! 

Thiêt tin nghe dâ bây lâu; 

Phâp STT day thë! Sir dâu la durông! 

Sur rang : «C6 qua vdi nu-ô-ng, 
2985 ^Lâm tri buôi tnrdc, Tien duhng buôi sau. 

«Khi nàng gieo ngoc dây sâu, 

«don theo, toi dâ gàp nhau nrdc vê. 

«Cùng nhau nu-cng cù'a Bô de; 

plusieurs expressions elliptiques dont l'explication littérale ci-dessus donne 
lu développement complet. 

1. Litt. : «. . . . (Ces) honmies — ou (est le fail que) — iU sont de nouaf* 
Le pronom personnel c ittS ta — notu » devient ici par position un verbe 

neutre qualificatif. Cette manière de parler se rapproche assez de celle que 
uous employons en français, lorsque nous disons : ^Ces gens-là ne sont point 
tks nôtres!» 

2. Litt. : « (Si) avec — la jeune femme — vous êtes pai^ents — proches — 
im éloignés, » 

3. Litt. : « en faites-vous un esprit f» 



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KIM VAN KIÊU TAN TRUYÇN. 253 

elle demanda, (comme) efirayée : « Qui sont ces gens qui ne sont 2975 

» point des nôtres^? 
cSi vous avez avec elle une parenté quelconque^, 

celle vit! Pourquoi (donc) tout à coup la traitez -vous en morte ^ et 

> pleurez-vous sur elle?» 
A cette nouvelle chacun, surpris et tremblant, la regarde. 

On se réunit; on décline les noms; les questions se pressent, confuses. 

€ Voici son époux; voici sa mère et son père; 2980 

«sa sœur et sa belle-sœur! 

« En vérité jusqu'à ce jour on nous avait dit (qu'elle était morte), 

« et vous parlez ainsi ! ô chose étrange ^ ! » 

«Croyez-moi!» dit la bonzesse. «Je me suis trouvée avec elle 

« à Lâm tri tout d'abord, puis au Tien duàng. 2986 

« Quand elle se jeta dans le gouflFre profond'', 

«je l'avais suivie; je l'ai retrouvée et emmenée dans ma demeure®. 

«Dans une pagode de Bouddha nous avons vécu ensemble. 

4. Litt. : €(Vouê,) de la loi — molUretêe, — pregcrivez — de cette façon! 
— (Une) chote — où (trouverait-on) — extraordinaire — de (cette) manière (là)?* 

Phàp SIC est une appellation respectueuse que Ton emploie en s'adressant 
aux supérieurs et aux supérieures des couvents bouddhistes. — Th^ est 
pour Uiif dy, et duang pour duhng âly. J'ai parlé plus haut de cette sim- 
plification très usitée en poésie. 

6. Litt. : « jeta — la pierre précieuse — dans le fond — profond, » 

6. Le mot €^fe nhau*, qui répond exactement au «;te tu&ng* chinois, 
se prend parfois unilatéralement comme lui. J'ai déjà eu l'occasion d'en 
citer nn exemple. C'est encore le cas ici. 



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254 KIM vAN KIÊU TAn l'RUYÊN. 

cThâo am âà cûng gan ke châng xa. 
2990 tPhât tien ngày bac lân la; 

«Bâm dâm, nàng cûng nhô* nhà; khôn khnây!» 

Nghe tin nô* mât, mô* mày! 

Mâng nào lai qnâ mâng nây nfra châng? 

Tir phen chiêc là lia rimg, 
2995 Thâm tim, luông nhûng lieu chirng uxr&c mây! 

Rô rang hoa rang hircng bay; 

Kjêp sau hoa thây; kiêp nây hân thôi! 

Am dirong dôi ngâ châc rôî ! 

C5i tran ma lai thây ngirôi cihi nguyên! 
3000 Sâp nhau, lay ta Giâc duyên, 

Bô hành mot lu theo lien mot khi. 



1. Les mots «n^c^ bac* me paraissent être, avec une légère déviation 
dans le sens, la traduction annamite de l'expression chinoise « Q Q hw^ 
nhiH»y qui signifie entre autres choses «fe tempa du jour», Ua^ectif < jm 
6ac» ne signifie pas * blanc* en chinois, mais il a souvent ce sens en an- 
namite, où il est alors synonyme de «^ b^h* 

2. Litt. : « . . . . ii ê* épanouit — (quant au) foiaage, — U ouvrit — les êOurcHsI» 
8. Litt : « Depuis — la Joie que — la feuille — s'était séparée — de la forêt, » 
4. Litt. : « Visitant — (et) cherchant, — tot^ours — (U ne faisait) abêolwnent 

qu^ — évaluer — le terme (la mesure) — de Veau — (et) des nuages!» 

L'eau des fleuves ou de la mer, aussi bien que les nuages, sont choses 
qui ne peuvent se mesurer ni s'évaluer. Mesurer Veau et les nuages, c'est 
donc agir en aveugle. 



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Y-X^fT, ■ -T^', J^JW 



KIM vAN KIÊU tAn TRUYÊN. 255 

cCe petit temple en paillette se trouve tout près d'ici. 
«Devant le PAa< journellement ' nous demeurons de compagnie. 2990 



« 



Plongée dans la mélancolie, Kiêu regrette sa famille, et rien n'appaise 
(sa tristesse)!» 
A cette nouvelle, le visage (de Kim) s'épanouit ^1 

Oh! Quelle joie jamais surpassa cette joie? 

Depuis le jour où la jeune femme avait été séparée des siens ^, 

sans relâche, à Faventure, il se lassait à la chercher^! 2995 

Il (se croyait) certain que la fleur s'était détachée, que le parfum 

s'était évanoui 5; 
qu'il la verrait peut-être dans une vie future; mais que pour celle-ci, 

tout était terminé! 
Lui était vivant, elle morte; on n'en pouvait point douter®! 

(Comment s'attendre à) revoir en ce mon&e une habitante des neuf 

sources? 
Se prosternant devant Oidc duyên, ils rendirent grâces à la bonzesse, 3000 

et la troupe des voyageurs de compagnie la suivit. 

5. n croyait que Kiêu était morte. 

6. Litt. : «De VÂm — (et) du Dteang, — les deux cotée — â^ être fixés — 
(matent complètement terminé! 9 

Pour comprendre cette expression figurée, il faut se rappeler que par 
J^ Am, nom du principe femelle, les Chinois désignent ce qui est obscur, 
inférieur, le monde des morts; et par j& Dieang, nom du principe mâle, 
ce qui est lumineux, supérieur, le monde des vivants. «C7e qui regarde le 
monde des morts et le monde des vivaTits était bien fixé désormais, > en ce qui 
concernait Tut/ hiiu et Kim Trong; c'est-à-dire que Ton savait (ou croyait 
savoir) clairement lequel des deux amants était moi*t et lequel était vivant. 
Le vivant était Kim Trçmg qui parlait; par conséquent KiSu était morte. 



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256 KIM vAn KIÊU TAN TRUYEN. 

Bè lau, vach cô, ûm ai ; 

Tinh thâm luông hây hô nghi nira phân. 

Quanh co theo dâi gîang tân, 
3005 Khôi rihig lau, dâ t^î sân Pkât dàng. 

Giâc duyên lên tîêng goi nàng; 

Ph6ng trung voi khîên sen vàng birô-c ra. 

Nhln xem dû mât mot nhà, 

Thung già c6n khoé; huyên già con tirai! 
3010 Hai em phirong trirông h5a haï! 

No chàng Kim, d6 là ngirô-î ngày xira! 

Tirô-ng bây gîîr là bao giô*; 

Rô rang ma mât, c6n ugb chîêm bao! 

Gîot châu thânh thôt quyên bào. 
3015 Mâng mâng sa sa xîêt bao là tinh! 

Huyen già dirô-i coi gieo minh; 

1. Litt. : < . . . . i/« étaient arrivés à — la cour — de de Pkât — la salle*, 

2. Le poète nomme ainsi Tûy kitu à cause du costume jaune des reli- 
^euses bouddhistes qu'elle porte. 

3. Litt, : <fElle pensait — fnaintenant — était — quand f* 

4. Litt. : « Du Huyên — vieux — en dessous — quant au tronc (au jpied 
du tronc) — elle jeta — elle-même > 



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