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Full text of "L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux"

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I 



L'ACADÉMIE D'ARLES 



AU XVII""' SIECLE 



DU MEME AUTEUR 

J.-A. DE Thou, son Histoire Universelle et ses 

Démêlés avec Rome, i vol. in-8% Paris, 1881, 

Société Générale de Librairie Catholique, 76, rue 
des Saints-Pères. 

Renaissance ET Religion, Leçon d'Ouverture du Cours 
de Morale à la Faculté de Théologie d'Aix, 1882, 
br. in-8°, V Rémondet-Aubin, Aix-en-Provence. 

Hugues de Noyers et Pierre de Courthenay, d'après 
un Manuscrit de la Bibliothèque Nationale, i883, 
br. in-8°, A. Makaire, Aix-en-Provence. 

La Réforme de l'Université De Paris sous Henri IV, 
d'après deux Manuscrits de la Bibliothèque Méjanes, 
i885, br. in-8°, A. Makaire, Aix-en-Provence. 

Jacques-Marie de Condorcet, évêque de Gap (1741- 
1754), br. in-8°, i885. Société Générale de Librai- 
rie Catholique, 76,' rue des Saints-Pères. 

De la Préparation a la Mort, par le cardinal Bona, 
traduction française, i vol. in- 12, Avignon, Séguin, 
i3, rue Bouquerie, 1886. 

Une Thèse de Rhétorique au Collège des Jésuites 
d'Arles (26 août i683), précédée d'un aperçu histo- 
rique sur le collège d'Arles, br. in-8°. Imprimerie 
Marseillaise, 1887. 

Oraison Funèbre du Premier Président Henri de 
FoRBiN d'Oppède, par le P. Daverdy, S. J., publiée 
avec une introduction et des notes, in-8°, Impri- 
merie Marseillaise, 1889. 

La Nouvelle Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, i vol. 
in- 16, Desclée et C", Bruges, 1889- 



L'ACADÉMIE D'ARLES 

AU XVII">- SIÈCLE 
D'APRÈS LES DOCUMENTS ORIGINAUX 



L'Abbé A.-J. RANGE 

Correspondant du Ministère de l'Instruction Publique 



TOME PREMIER 




PARIS 

LIBRAIRIE HISTORIQUE DES PROVINCES 

EMILE LECHEVALIER 
3o, Quai des Grands-Augustins, 39 

1890 



DEC 20 1968 )) P^ 



LETTRE DE M. FREDERIC MISTRAL 



A L AUTEUR 



Avant de publier ce premier volume de l'histoire 
d'une académie, dont le but principal était de popu- 
lariser, dans la Provence, la langue française, nous 
l'avons soumis au jugement de M, Frédéric Mistral, 
le restaurateur de la langue harmonieuse des Trou- 
badours, l'auteur des admirables poèmes qui assurent, 
une fois de plus, l'immortalité au doux" parler d'Arles. 
Voici la lettre qu'il nous a fait l'honneur de nous 
écrire. Il nous permettra de la reproduire ici, comme 
la meilleure préface à ce travail, dédié à nos amis 
de Provence. Il ne saurait paraître sous de plus glo- 
rieux auspices. 

Maillane, 22 janvier 1886. 

Vous voulez bien, Monsieur l'abbé, prendre mon 
avis sur cette honnête Académie d'Arles que vos inté- 
ressantes recherches viennent d'exhumer. Le voici tout 
sincère. Je ne professe qu'une considération très mo- 
dérée pour les beaux esprits de province, qui, sous 
Louis XIV, contribuèrent peu ou prou à implanter le 
culte du soleil de Versailles, et tout ce qui s'en est 
suivi, dans le libre domaine du soleil provençal. Je sais 
bien qu'il n'est pas juste de juger les idées d'un siècle 



— V) — 

avec celles d'un autre siècle, mais vous permettrez, je 
crois, à un poète provençal, profondément épris de 
son pays et de sa langue, de regretter cet entraînement, 
composé d'adulation plus encore que d'admiration, qui, 
sous le roi-soleil, poussa toutes nos provinces à faire 
litière de leurs droits et de leur personnalité devant 
l'absolutisme et le nordisme triomphants. 

Or, les académiciens d'Arles, prenant pour tâche de 
répandre dans leur cité romaine le beau langage de la 
cour, ou de chasser, en d'autres termes, la langue 
provençale de l'usage habituel « des gens de qualité », 
faisaient à leur manière ce que firent, au même temps, 
les consuls arlésiens qui portèrent au roi leur admirable 
Vénus pour recevoir en échange une croix de Saint- 
Louis. La Vénus d'Arles est aujourd'hui au Louvre, et 
le plâtre est à Arles; c'est bien gagné. 

Et de l'Académie qui rêva de tailler les peupliers 
blancs du Rhône comme les ormes de Le Nôtre reste-til 
autre chose que le madrigal de Roubin ? 

Que faire de mon île'? Il n'y croît que des saules 
Et tu n'aimes que le laurier, 

Que les mânes des vingt illustres me pardonnent 
l'injure! Vers 1740, au grand scandale de quelques 
demeurants de l'Académie défunte, un fils de paysan, 



- VI) — 

appelé J.-B. Coye, se remit naïvement à écrire en 
provençal des épîtres, un poème et une comédie ; et il 
se trouve qu'Arles, oublieuse des poètes de son acadé- 
mie royale, a voulu voir dans Coye son poète typique, 
et les œuvres de Coye ont des rééditions. 

Quoi qu'il en soit. Monsieur l'abbé, recevez, avec 
l'assurance que j'ai pris plaisir quand même à lire 
votre étude sur une phase curieuse de notre passé 
local, l'expression de mes sentiments les plus dis- 
tingués. 

F. MISTRAL. 



INTRODUCTION 



Les lettres et les arts furent toujours en 
honneur auprès des brillantes populations de 
la Provence. Sans parler de cette fameuse 
école de Marseille qui, sous l'empire Romain, 
était Témule des écoles d'Athènes et d'Alexan- 
drie, et attirait dans la cité phocéenne une jeu- 
nesse nombreuse venue de tous les points de 
Tempire (i), nous pourrions rappeler le réveil 
littéraire qui signala Tépoque de Charlemagne 
et succéda si heureusement à la période agitée 
et malheureuse, qui avait commencé avec l'in- 



(i) Voici comment Strabon s'exprime au sujet de Marseille: 
« Cette ville qui naguère était l'école des Barbares et communi- 
quait aux Gaulois le goût des lettres grecques, à tel point que 
ceux-ci rédigeaient en grec jusqu'à leurs contrats, oblige aujour- 
d'hui les plus illustres Romains eux-mêmes, à préférer pour leur 
instruction le voyage de Marseille à celui d'Athènes. » Liv. iv 

Cicéron ne se lasse pas de faire l'éloge de Marseille dans ses 
lettres et ses discours. 



— V] — 

vaslon des Barbares, au V^ siècle. Les in- 
nombrables Troubadours des XI '^ et XII *= 
siècles portèrent la poésie provençale à son 
plus haut degré de perfection et de popularité. 
Ces poètes, recherchés des rois et des princes, 
charmaient par leurs chants la solitude des 
châteaux féodaux. A leur exemple, les sei- 
gneurs de la première noblesse se firent une 
gloire de joindre le titre de poète à celui de 
chevalier, et de chanter les dames pour lesquel- 
les ils rompaient tant de lances, dans leurs bril- 
lants tournois. 

On sait l'origine et le succès des ces tribu- 
naux littéraires surnommés Cours d'amour, 
où Ton décidait souverainement et en grand 
appareil, sous la présidence d'une « haulte et 
puissante damoiselle » du mérite des poésies 
qui n'avaient d'ordinaire pour objet que la 
galanterie, ou des scènes de la vie des champs. 
A côté des poètes, les savants composaient 
leurs doctes ouvrages ; la médecine produisait 
les Angelic, la jurisprudence les B langui et la 
science ecclésiastique comptait de nombreux 
représentants parmi les évoques, surtout parmi 
les moines. 

Les Juifs eux-mêmes, fort nombreux en 
Provence, entretenaient plusieurs collèges où 
l'on expliquait savamment la loi et les Écritu- 
res. Arles et Marseille possédaient de ces 



— Vi) — 

établissements i ) dont Thistoire trop peu con- 
nue n'est pas sans gloire. 

La langue d'Oc eut son moment de célé- 
brité et Pétrarque lui-même hésita, dit-on, en- 
tre la langue d'Arles et la langue de sa patrie. 
Mais bientôt vint une période de décadence 
qui dura tout le XIV^ et tout le XV^ siècle, de 
plus en plus irrémédiable. Enfin, la Renais- 
sance, éclose en Italie, s'épanouit aussi sur 
les rives provençales de la Méditerranée et 
produisit des chefs d'œuvres immortels. 

xMalheureusement, la vieille langue, si long- 
temps parlée sur les bords du Rhône, ne se 
releva pas ; la langue du Nord, la langue des 
bords de la Loire et de la Seine l'emporta. Le 
français se constitua, s'épura peu à peu, attei- 
gnit enfin le plus haut degré de perfection qu'il 
puisse peut-être rêver, sous les règne de 
Louis XIII et de Louis XIV. Sous le grand Roi, 
la langue d'Oil était devenue la seule langue lit- 



(i) Dans ces derniers temps, *9e patients crudits ont essaye 
de reconstituer l'histoire de la science juive en Provence et dans 
le Conitat Venaissin. Nous savons, qu'en ce moment, M. Fassin, 
conseiller à la Cour d'Aix, recherche les documents relatifs aux 
écoles juives d'Arles avec la persévérance qu'il apporte à s'ins- 
truire des gloires de sa ville natale. 

V. Revue des Etudes Juives, cet. déc. i883, H. de Maulde. — 
Les Juifs dans les Etats Français du pape. — Les Juifs en 
Dauphiné aux XIV* et XV' siècles , par A. Prud'homme, i 
vol. in-S", Grenoble 1882. 

.Ms.dc la Bibl. Méjanes, 3o8. — Les Juifs du Comfat \'enais$in. 



— viij ^— 

téraire^ la langue vraiment nationale de cette 
population qui de la Méditerranée à la Manche, 
des Pyrénées aux Alpes, de TOcéan au Rhin, 
occupe ce territoire si admirablement distri- 
bué, qui s'appelle la France. 

Si la Provence laissa dépérir et oublia pres- 
que sa langue maternelle, si elle aussi adopta 
la langue du Nord, elle ne perdit rien néari- 
rnoins de son ardeur littéraire. Noter ici les 
grands écrivains, les grands orateurs qui pri- 
rent naissance en Provence, serait une œuvre 
trop longue, mais pouvons-nous oublier que 
le restaurateur de la poésie française, que 
Malherbe écrivit à Aix les premiers vers qui 
révélèrent son génie? En 1786 une réunion 
de savants publia sous forme de diction- 
naire (i) rhistoire succincte des hommes qui 
ont illustré la Provence; c'est un ouvrage 
extrêmement intéressant et que Ton consulte 
toujours avec fruit. Il n'a pas fallu moins de 
deux volumes in-quarto pour donner place 
aux illustrations provençales. Malheureuse- 



(i) Dictionnaire de la Provence et du Comté Venaissin, dédié 
à Monseigneur le maréchal prince de Beauvau, par une société 
de gens de lettres. Tomes troisième et quatrième, contenant 
l'histoire des hommes illustres de la Provence. A Marseille, de 
l'imprimerie de Jean Mossy père et fils, imprimeurs du Roi, de 
la Marine et libraires, à la Canebière, à côté du Bureau des Draps, 
1786, avec approbation du Roi. '— Les deux premiers sont con- 
sacrés à la géographie. 



ment c'est une œuvre hâtive et les matériaux 
qui la composent n'ont pas été réunis avec 
assez de discernement et de critique. 

Là sont classés par ordre des milliers 
d'hommes trop peu connus, et qui mérite- 
raient de l'être, pour servir d'exemple à leurs 
descendants. C'est bien le livre d'Or de la 
Provence. 

Gallula Ronia, Arelas. 
(Ausone) 

Il est toujours imprudent d'établir des com- 
paraisons, surtout lorsqu'on doit se contenter 
de les ébaucher. Aussi nous ne chercherons 
pas à relever la gloire d'Arles au détriment 
de ses sœurs : Aix, Avignon^ Nîmes et Mar- 
seille ; traçons seulement à très grands traits 
son histoire et rappelons son passé qui est trop 
connu, pour que nous insistions au risque de 
nous y attarder. 

La ville d'Arles est une des plus anciennes 
de la Gaule, au témoignage de Bouche, d'Ani- 
bert et de tous les historiens. Son origine se 
perd dans la huit des temps. Sous la domina- 
tion romaine, la cité vit s'accroître son impor- 
tance, attestée encore de nos jours par les 
magnifiques restes des monuments que les 
Romains y élevèrent ; temples, théâtres, bains, 



amphithéâtres. Sa situation sur le bord du 
Rhône en faisait un port qui rivalisait avec 
Marseille. Arles était le centre du commerce 
des riches pays qui avoisinent le Rhône. 
Après la chute de Tempire , Arles appartint 
successivement aux Ostrogoths, aux Visigoths, 
aux Francs et aux Bourguignons. Sa circon- 
scription territoriale était considérable. Arles 
rut la résidence des gouverneurs et fut même 
la capitale de Téphémère royaume établi au 
IX^ siècle en faveur de Boson, qui en fit hom- 
mage aux empereurs d'Allemagne (i). La do- 
mination de ceux-ci, plus nominale que réelle, 
dura jusque vers i i5o, époque à laquelle Arles 
s'érigea en république, sur le modèle des villes 

(i) « Un témoignage frappant de la grandeur de cette Rome 
des Gaules s'est conservé longtemps dans ses Champs Elysées, 
nommés dans le pays Alyscamps. -C'est une plaine située au midi 
de la ville, toute remplie de tombeaux , et couverte jadis de 
magnifiques sarcophages... Une voix imposante dépose de son 
ancienne renommée. L'Homère italien, dans son poème de l'En- 
fer, chant 9, vers 1 12, a dit : 

Sicome ad Arli' ovel Rodano stagna 
Fanno i sepolcri tutto '1 loco varo, 

Comme vers Arles, où le Rhône, perd sa rapidité la plaine est 
toute marquetée de tombeaux. » 

Statistique des Boiiches-du-Rhône, par M. de Villeneuve, t. 11 
p. 428. 

La célèbre nécropole s'étendait autrefois fort loin au sud-est de 
la ville: Il ne reste plus qu'une allée de tombeaux, encore très 
importante, et l'église de Saint-Honorat. Voir sur ce sujet, les 
très intéressantes études de M. Lenthéric: les Villes mortes du 
Golfe de Lion ; la Grèce etl'(^rient en Provence. 



- X) - 

commerçantes de Tltalie (i). Vers i25o, cette 
indépendance de la cité arlésienne disparut et 
les comtes de Provence devinrent les maîtres 
d'Arles. La cité n'avait conservé que certains 
privilèges, restreints encore par le traité de 
i385 (2). Enfin le 29 janvier 1482, elle passa, 
avec le reste de la Provence, sous la domina- 
tion du roi de France Louis XI, que Charles, 
dernier comte de Provence, avait institué 
son héritier. L'édit d'union fut donné par 
Charles VIII, le 24 octobre 1484. 

Les privilèges, libertés et franchises d'Ar- 
les allaient chaque jour en s'amoindrissant. 
La suite des temps et surtout la Révolu- 
tion française ont placé la ville d'Arles sous 
le droit commun, et la vieille cité est au- 
jourd'hui chef- lieu d'arrondissement des 
Bouches-du-Rhône. 

Mais son passé briliant ne saurait être ou- 
blié: la cité de Constantin, berceau du chris- 
tianisme dans les Gaules, illustrée par la 
sainteté et la science de ses évéques , par 
les grands événements qui se sont accomplis 
dans ses murs, conserve dans l'histoire une 



(i) Sur la République d'Arles, voir Statistique des Bouches- 
du-Rhône, t. II, p. 340, et 1046. 

(2) V. < Mémoire sur le gouvernement municipal d'Arles, » 
(Bibl. Méjanes, Ms. 83q). 



. - XI) — 

place que lui envient bien des villes plus 
prospères aujourd'hui. 

En raison de son rôle important et de 
sa situation privilégiée de capitale soit de 
province, soit de royaume, ou de ville in- 
dépendante, puis favorisée par les comtes 
de Provence et les rois de France, leurs 
héritiers, Arles comptait parmi ses habitants 
de nombreuses familles nobles. Son immense 
territoire (io3,o5o hect.) relativement peu 
peuplé, était divisé en grandes propriétés 
qui se sont longtemps transmises dans les 
mêmes familles, retenues dans Arles, tant 
par leurs intérêts, que par l'attachement au 
sol natal, qui est une des notes caractéristi- 
ques de la population arlésienne. Aussi, 
dans la vieille cité, les hôtels sont nom- 
breux, chaque famille possédait le sien et 
la ville d'Arles se glorifiait de ces innom- 
brables familles, de noble extraction, qui y 
faisaient leur séjour habituel. Cette noblesse 
souvent turbulente dépensa longtemps son 
activité dans des guerres stériles dont This- 
toire locale a conservé le souvenir. En 
outre, la Provence placée aux avant-postes 
de la France, fut si souvent envahie que 
Tesprit guerrier n'avait pas le temps de s'y 
endormir. 

Après les guerres de Charles-Quint, vin- 



— xnj — 

rent les guerres religieuses^ puis la Ligue 
et durant tout le XVP siècle, le sol de la 
Provence fut sillonné par des soldats en 
armes. La noblesse était toujours au pre- 
mier rang des combattants. Henri IV réta- 
blit enfin la paix dans la France épuisée et 
ferma Tère des guerres civiles. Le calme 
revint en Provence et la noblesse déposa 
les armes. Mais l'exubérante vie provençale 
ne pouvait être contenue : ces soldats de la 
veille avaient besoin d'une occupation , je 
dirais presque d'un dérivatif. La littéra- 
ture s'offrit à eux comme un passe-temps 
utile et ils s'y jetèrent avec enthousiasme. 
De là de nombreuses réunions littéraires, où 
chacun apportait ses œuvres, œuvres d'im- 
provisation , rarement de longue haleine, 
œuvres légères, brillantes mais vite oubliées 
et remplacées par d'autres non moins éphé- 
mères. Dans ces réunions, ressouvenir des 
Cours d'amour, on discutait sur la littéra- 
ture et sur la galanterie (i), car le plus souvent 
la littérature provençale n'avait d'autre but 
que la galanterie^ et il est resté peu de 
chose de cette activité littéraire, cependant 
fort grande : quelques sonnets , quelques 
pièces de poésie légère, quelques-unes de 



(i) Nous employons ce mot dans le sens noble que lui donnait 
le XVIl* siècle. 



ces improvisations où triomphe la vivacité 
de l'esprit méridional^ et c'est tout. 

Une de ces réunions littéraires a laissé 
des traces plus profondes que les autres et 
joué un rôle d'une très réelle importance. 
Nous voulons parler de Yacadémie royale 
d'Arles, fondée par quelques gentilshommes 
intelligents^ instruits, amis des arts et des 
choses de Tesprit. Sans doute, cette acadé- 
mie n'a pas jeté un très vif éclat et les 
circonstances vinrent trop tôt arrêter son 
essor. Nous le constatons à regret, mais 
son histoire n'est pas sans intérêt, ne fût- 
ce qu'en raison des noms qu'elle rappelle 
et qui sont les noms des plus grandes famil- 
les d'Arles. On peut y étudier une des pha- 
ses de ce grand mouvement littéraire qui 
embrassait toute la France. Si Paris en 
était assurément le centre^ les provinces 
n'y restaient pas étrangères. 

Arles donna l'exemple dans le Midi et ce 
fut le succès de son académie qui porta les 
villes voisines à en établir de semblables. 
Nîmes en fonda une en 1682, tandis que 
Marseille et Aix attendirent bien des années 
encore avant de pouvoir organiser leurs aca- 
démies '^1726). Il ne nous déplaît pas d'insister 
sur ce point et de rappeler hautement que la 
noble cité d'Arles devança ses voisines de Ion- 



gués années. Ajoutons même qu'elle devança 
presque toutes les villes de France et que 
son académie fut une des premières établies 
en province sur le modèle de l'Académie 
française. 

On a dit de l'académie d'Arles que ce 
fut, en résumé, une fille sage qui fera peu 
parler d'elle. Le mot est vrai et jusqu'à ce 
jour elle n'a pas encore été l'objet d'une 
étude d'ensemble. Son histoire reste encore 
à faire. 

En 1841, le Piiblicateur d'Arles publia 
des notes pour servir à l'histoire de l'aca- 
démie d'Arles, dues à la plume d'un des 
meilleurs écrivains arlésiens. En i863, 
M. Galle, professeur de rhétorique au col- 
lège d'Arles, prononça à la distribution des 
prix un discours sur l'académie d'Arles, 
écrit avec une grande élégance. Enfin, en 1868, 
M. Fassin, un érudit modeste et savant, 
reproduisit à la fois dans le Musée le dis- 
cours de M. Galle et les notes du Publi- 
cateitr, en les accompagnant d'une étude 
nouvelle puisée aux meilleures sources, et 
qui y ajoutait de nombreux et intéres- 
sants détails. Si nous mentionnons encore 
l'article du Dictionnaire de Provence (i), 

(i) Forr inexact en ce qui concerna ia ville d'Arles, 



— xvj — 

les remarques historiques à la suite du Pa- 
négyrique de la ville d'Arles par le P. Fabre 
de Tarascon, minime^ et les notes éparses 
dans les divers historiens de Provence, nous 
aurons rappelé presque tout ce qu'on a 
publié sur Facadémie d'Arles. 

Il existe aux archives et à la bibliothèque 
publique de cette ville de nombreux docu- 
ments relatifs à l'académie, en particulier le 
registre original de ladite académie, les notes 
de Bonnemant, de Pierre Véran, le porte- 
feuille du chevalier de Romieu, les œuvres 
de Roubin, etc. 

Il y a là tous les éléments nécessaires pour 
une monographie complète et détaillée : 
nous n'avons pas la prétention d'écrire 
cette monographie, car il nous a été im- 
possible de recueillir tous les documents 
indispensables. Nous voulons simplement 
raconter l'origine de cette société, son affilia- 
tion à l'Académie française et le rôle que 
jouèrent, dans cette circonstance, deux hom- 
mes qui furent l'âme de Tœuvre : MM. De 
Grille Robias et d'Aimar de Châteaurenard. 

Autour de ce noyau, nous grouperons 
quelques faits intéressants, de façon à don- 
ner une idée générale de ce que fut, dans 
Arles, la nouvelle académie, de ses progrès, 
puis de sa décadence. Nous dirons aussi un 



XVlj — 

mot des essais de reconstitution tentés, vers 
lySo, par M. de Romieu. 

Si nous ne pouvons être complets, nous 
serons, du moins, d'une exactitude scrupu- 
leuse, car tous nos renseignements seront 
pris soit aux archives d'Arles, soit dans 
des ouvrages contemporains, soit dans des 
auteurs dont nous contrôlerons sévèrement 
le témoignage. 

Enfin, s'il nous échappait quelques inexac- 
titudes involontaires, on voudra bien nous le 
pardonner, en considération de la difficulté 
extrême que Ton éprouve toujours à écrire 
Thistoire locale d'un pays, auquel on n'est 
attaché que par les liens d'une hospitalité 
récente encore. Des amis obligeants ne nous 
ont pas ménagé leurs précieux conseils : à 
tous nous offrons ici nos plus sincères remer- 
ciements. 



Aix-en-Provence, i février i885. 



L'ACADÉMIE D'ARLES 



CHAPITRE I. 

Les origines de l'Académie royale d'Arles. — Le viguier de Grille, 
les anonymes. — Louis XIV à Arles : le duc de Saint-Aignan 
et les gentilshommes d'Arles. — Premières réunions , les 
premiers académiciens. 



En i582, le jeune J.-A. de Thou, le futur his- 
torien, alors conseiller clerc au Parlement de Paris 
et un des commissaires envoyés pour rendre la justice 
en Guyenne, passa par Arles, dans un voyage qu'il 
fit dans le Midi de la France. « Cette ville, dit-il (i), 
qui fut autrefois la capitale d'un royaume, en conserve 
encore quelques marques, qui sont aussi peu con- 
sidérables que le fut la durée de ce royaume. On y 
voit dans le Rhône quelques piles du pont qui la 
joignait à la partie qui était de l'autre côté (2); mais 



(i) De Thou, Mémoires Ed. de Bâle, 1742, 111-4°, ^' ^' ^*^ 
l'Histoire, p. 65. 

(2) Les culées antiques de ce pont romain sont encore 
visibles sur le quai moderne, dans lequel on les a soigneu- 
sement conservées. V. Lenthéric, la Région du Bas-Rhône, 
p. 7, H. Revoil. Notice sur deux ponts romains à Arles, 
Nîmes, 1864. 



où il ne reste plus que les ruines d'un amphithéâtre 
et plusieurs tombeaux qui sont les monuments de 
son ancienne grandeur. Aujourd'hui la principale 
noblesse du pays y fait son séjour ordinaire ; ce qui 
n'est point en usage dans les autres provinces; il n'y 
a point de ville dans le royaume qui ait de plus 
grands privilèges et de plus grands revenus. » 

Cette nombreuse noblesse fixée à Arles avait l'amour 
des belles lettres et recherchait avec empressement 
les plaisirs de l'esprit. Un grand mouvement littéraire 
se manifestait d'ailleurs dans la France entière, durant 
la première moitié du XVII® siècle, et ce mouvement 
ne fut nullement entravé par les troubles de la 
Fronde. Chaque ville importante était un foyer de 
lumière, un centre de culture intellectuelle. En i635, 
l'Académie française fut fondée à Paris et, sur son 
modèle, il devait s'établir bientôt dans les diverses 
provinces de la France, des « compagnies de gens 
d'esprit pour travailler à la pureté du langage et 
traiter avec élégance toutes les matières de science 
et d'éloquence. » Ce sont les termes dont se sert 
Louis XIV, dans ses lettres patentes de 1668, portant 
érection de l'Académie d'Arles. 

Cette ville, en effet, n'était point restée en arrière 
et de bonne heure elle eut sa réunion de gens d'esprit. 
Elle fut l'une des premières, sinon la première à pos- 
séder une académie. 



Les origines de l'académie royale d'Arles méritent 
de fixer un moment l'attention ; nous verrons combien 
était grande l'activité intellectuelle dans nos provinces 
méridionales. Il ne s'agit nullement de sauvegarder 
le vieil idiome provençal, bien au contraire, il s'agit 
de populariser la langue du Nord et « d'introduire 
la pureté de la langue française, dans une province 
maritime où le mélange des nations apporte ordinai- 
rem.ent la corruption et le changement du langage (i).» 

Dès l'année 1622, il s'était formé, sous l'inspiration 
d'un gentilhomme, M. de Grille d'Estoublon (2), dans 
la ville d'Arles, une sorte de cour d'amour, sous le 
titre d'Académie du bel esprit et de la belle galanterie. 
Cette société (3) ne semble avoir eu qu'une existence 



(i) Lettre patente du mois de septembre 1668. 

(2) Celui que les historiens d'Arles appellent le Grand Grille. 

(3) f Un gentilhomme dont nous avons appris à vénérer le 
nom noblement porté encore parmi nous (a), rassembla quelques 
gentilshommes animés comme lui de la passion des lettres, et 
fonda une société dont les membres s'appelèrent les anonymes. 
Son exemple fut imité et bientôt la ville d'Arles compta dans 
son sein plusieurs sociétés littéraires. Que se passait-il dans 
ces réunions de beaux esprits arlésiens.' On s'entretenait des 
nouvelles de la littérature, des progrès du langage ; on traitait 
des questions de morale, de poésie, d'antiquités. Â chaque dé- 
couverte nouvelle — et l'on sait que notre sol est une mine iné- 
puisable — on publiait des mémoires, qui, s'ils contenaient 
beaucoup d'erreurs — erreurs dont la critique moderne a fait 
justice — prouvaient au moins l'enthousiasme qu'excitaient ces 
exhumations du passé, on y faisait même de la politique. Le 

(à) m. de Grille d'Eitoublon. 



- 4 - 

très éphémère, néanmoins elle donna peut-être l'idée 
de l'académie. C'est, du moins, l'opinion que nous 
trouvons soutenue dans un curieux manuscrit de la 
Méjanes d'Aix : Abrégé historique de l'Académie 
d'Arles. 

« L'an 1622, étant consuls de cette ville Pierre de 
Boche , chevalier, Nicolas d'Icard, Gaucher Peinct 
et Claude Génin, bourgeois, le viguier Jacques- de 
Grille , seigneur de Robias, savant dans les belles 
lettres et attaché à la gloire de sa patrie, y rassembla 
tous les beaux esprits des provinces circonvoisines et 
en forma une société littéraire sous le titre d'Aca- 
démie du bel esprit et de la belle galanterie, pour 
susciter dans la nation ces semences de goût que 
François I^'', père des lettres, y avait jetées, mais que 
les troubles du royaume avaient comme étouffées 
dans tous les esprits. On proposait dans cette société, 
espèce de cour d'amour si vantée, sous les anciens 
comtes de Provence de la maison de Barcelone, des 
questions galantes que décidaient les dames et les 



droit de remontrance que les parlements devaient perdre 
bientôt, le jour où Louis XIV entra tout botté dans le lieu de 
leur réunion, notre lion, le lion arlésien, se l'arrogeait fièrement. 

Dans une pièce singulière, écrite par un membre de la société 
des Anonymes, ce roi du désert se plaint avec une certaine fierté 
devoir la population, placée sous sa garde, menacée de perdre 
quelques-uns de ses privilèges. » 

Discours prononcé par M. Galle, professeur de rliétorique, 
à la distribution des prix du collège d'Arles, le t3 août i863. 



chevaliers composant cette école d'honneur et de 
vertu, où on ne s'occupait qu'à polir les esprits, et à 
exciter ce goût d'émulation seul capable de faire 
fleurir les belles lettres (i). » 

Cette société compta parmi ses membres des Guise, 
des Montmorency, des d'Oraison, des Fouilloux, des 
membres de la noblesse la plus distinguée de Pro- 
vence. M. Fassin, dans un intéressant article publié 
dans le Musée (iSôS), nous a donné, sur l'Académie 
de bel esprit, de curieux détails puisés dans les re- 
cueils de l'abbé Bonnemant conservés à la bibliothèque 
publique d'Arles. Il nous sera utile de lui en em- 
prunter quelques-uns et d'user de la permission qu'il 
a bien voulu nous accorder. 

Cette société littéraire était regardée comme une 
école d'honneur, de vertu et de galanterie, elle con- 
tribua beaucoup à polir les esprits et à y exciter une 
sérieuse émulation pour les exercices de l'intelli- 
gence (2). C'est à propos de cette société qu'un Parisien 
écrivait vers cette époque : « Cela vous surprendra, mon 
lecteur, si vous êtes de la cour, qu'à deux cents lieues 
de cette orgueilleuse ville , qui regarde toutes les 
autres comme des barbares , à l'un des bouts du 



(i) Ms 1060 de la Bibliothèque d'Aix, Abrégé historique de 
l'Académie royale d'Arles, p. i et 2. 

(2) V. Panégyrique de la ville d'Arles, par le P. Fabre, 

1743, et les notes historiques qui l'accompagnent. 



— 6 — 

royaume, dans une ville éloignée de ce pays, qu'on 
appelle le grand monde, on rencontre des gens qui 
parlent tout comme vous pourriez le faire, qui jugent 
et raisonnent des vers et de la prose , en gens du 
métier. » (V. Recueils Bonnemant, vol. Académie.) 
Ce beau zèle cependant n'eut qu'un temps et l'exis- 
tence de l'Académie de galanterie fut assez courte, 
ainsi que nous l'avons dit, mais l'éveil était donné. 
D'autres réunions littéraires s'étaient formées dans 
Arles et lorsque, en 1660, le jeune roi Louis XIV 
traversa cette ville (i) avec toute sa cour, le comte de 

(i) Annales d'Arles, Ms de la Méjanes, 806, année 1660. 

LE ROY A ARLES 

Le 28 décembre de l'année précédente il fut tenu un conseil 
sur les préparations et commissions pour la réception du roy 
en cette ville en suite des avis donnés par M. le duc de Mercœur, 
gouverneur de Provence, et M. d'Oppède, premier président. 
Le i3 janvier de ladite année le roy Louis XIV, venant de Tou- 
louse, et passant par Tarascon, arriva en cette ville. 

Le 17 mars suivant, le roy ayant voulu honorer cette ville 
de sa présence à la sortie de cette province, ainsi qu'il avait 
fait à son entrée, envoya à MM. les consuls, deux heures avant 
son retour, un exempt des gardes pour leur dire de sa part 
qu'il ne voulait point de harangue, mais seulement les civilités 
ordinaires. Il en partit le ig pour Avignon. Voyez la relation 
imprimée de ce qui s'est passé à la réception de S. M. en 
cette ville, laquelle est dans les titres du roy et dans ceux des 
privilèges, voyez encore les conseils et assemblées de ladite 
année tenues à ce sujet. Il fut présenté au roy, à son second 
voyage en cette ville, le cahier des affaires de la communauté 
pour raison de quoi MM. les consuls députèrent à Avignon, pour 
avoir la réponse d'iceluy et pour obtenir lettres patentes sur 
la confirmation des privilèges. Ce qui leur fut accordé. 



Saint-Aignan, alors gentilhomme de la chambre du 
roi, homme d'esprit, grand ami des lettres et qui 
devait entrer, quelques années après, à l'Académie 
française, se lia avec divers membres des sociétés litté- 
raires artésiennes et fut si enchanté, dit M. Galle (i), 

lôSg. € Dans ce consulat, sçavoir le i3 de janvier 1660, un 
mardy, le roy est arrivé en cette ville et y a esté jusqu'au mer- 
credy 16 du mesme mois avec la reine sa mère, M. le duc 
d'Anjou son frère, M. le cardinal Mazarin, etc. 

Le roy a esté logé en la maison de M. de Bouchon, la reine 
à l'archevêché, Monsieur chez M. Decais, le cardinal à Saint- 
Jean. Le roi n'a point voulu d'entrée royale et ayant séjourné 
deux mois à Aix, ou autres villes de la province, il est revenu 
à Arles le 17 mars et en est parti pour Avignon et Orange 
le ig. » Registre des noms des consuls ou syndics d'Arles 
Bib. Méjanes Ms 807 (Voir la Galette de France, 1660, p. 83, 
io5, 296.). 

(i) Discours déjà cité plus haut. 

François de Beauvillier , comte, puis duc de Saint-Aignan, 
naquit le 3o octobre 1610. Sa famille originaire du pays char- 
train, était alliée aux Courtenay, La Trémouille, Rohan, Roche- 
chouart, Béthune, en un mot à tout ce que la noblesse de 
France compte de plus distingué. Il eiit une carrière militaire 
brillante et se signala au combat de Vaudrevanges (i635), au 
siège de Landrecies (1639), etc. Maréchal de camp, puis lieu- 
tenant général , il combattit victorieusement la Fronde en 
Guyenne et en Berri. Il reçut 20 blessures pendant les 14 
campagnes auxquelles il prit part. Gentilhomme de la chambre 
du roi, puis gouverneur de Touraine {1661) et enfin du Havre il 
consacra ses loisirs à la culture des lettres. Ce fut lui qui 
donna à Louis XIV l'idée d'encourager les savants par des 
libéralités. Il composa quelques pièces de vers où l'on trouve 
de la facilité, de la grâce et un peu de mauvais goût. Elles 
sont conservées dans les oeuvres de Scarron, de M"' Deshou- 
lières et les recueils de Vertron. D'une exquise politesse, on 
l'appelait à la cour le Paladin. Il était le grand organisateur 
des fêtes royales et Louis XIV l'avait en particulière estime. 



— 8 — 
« de la noble émulation qui les animait tous, qu'il 
promit de demander au roi des lettres patentes pour 
faire affilier ces sociétés, réunies en une seule, à l'Aca- 
démie française, » Cette promesse fut lente à se 
réaliser. En attendant, huit beaux esprits se réunis- 
saient régulièrement pour s'occuper de littérature. 
C'étaient MM. A' Eyguières-Gageron , l'abbé de 
Barrême, de Boche^ de Bouvet du Val, de Cays, 
Gif on, de Romieu et de Sabatier (i663). 

« Ces Messieurs s'assemblaient régulièrement tous 
les lundis, et deux d'entre eux, qu'on en avait prié, 



Le duc de Saint-Aignan était un lettré : plusieurs de ses 
poésies ont paru dans les Mercures galants et dans quelques 
autres recueils de son temps; l'abbé de Marelles, dans son 
dénombrement d'auteurs, lui attribue même une tragi-comédie 
intitulée : Bradamante. L'abbé d'Olivet , dans l'Histoire de 
l'Académie, dit que les poésies connues du duc de Saint- 
Aignan témoignent « qu'il possédait les règles de l'art comme 
ceux qui en font leur principal objet; mais que par une finesse 
de l'art même, il y répandait de ces négligences méditées, qui 
donnent lieu de croire qu'on n'en fait que son amusement. » 

En 1667, il concourut pour le prix de poésie accordé par 
l'Académie de Caen à la meilleure pièce de vers en l'honneur 
de la Sainte Vierge et fut victorieux, sans que la faveur y eût 
la moindre part, puisque l'on ne connaissait pas son nom. 
Cette pièce est publiée dans le Recueil des poésies qui ont été 
couronnées sur le Puy de l'Immaculée Conceptiori de la Vierge, 
tenu à Caen dans les grandes écoles de l'Université. 

L'abbé d'Olivet nous apprend encore que beaucoup de ses 
compositions poétiques n'ont jamais été livrées à la publicité. 

C'est en somme une noble figure de gentilhomme de cour, 
lettré, actif, brave et chevaleresque. 

Il mourut le 16 juin 1687. 



— 9 - 

apportaient à la compagnie des dissertations où, de 
deux propositions contraires, chacun en avait pris 

une à prouver L'on trouve dans les registres 

beaucoup de sujets aussi curieux , sur lesquels ces 
Messieurs s'exerçaient innocemment, agréablement et 
utilement, laissant toujours aux ecclésiastiques qui 
étaient parmi eux, à traiter les sujets qui pourraient 
avoir du rapport à la religion (i). » 

Pendant quelques années ces réunions se tinrent 
aux époques déterminées. Leur succès était grand 
mais il était à craindre qu'il n'en advint de la nou- 
velle association comme de ses devancières et qu'elle 
ne disparut par suite de la mort ou de la dispersion 
de ses membres. Déjà les troubles et les révoltes 
survenus en Provence avaient éloigné momentané- 
ment quelques-uns des gentilhommes qui la compo- 
saient. Les réunions étaient de plus en plus- espacées 
et de plus en plus désertes. La promesse du comte 
de Saint-Aignan de faire affilier la société à l'Aca- 
démie française, semblait oubliée. Cette situation 
préoccupait les organisateurs de ces réunions: après 
de longues réflexions , ils se convainquirent de la 
nécessité de s'adjoindre de nouveaux collègues pour 
infuser une nouvelle vie à leur œuvre. L'idée ne 
tarda pas à être mise à exécution. 

f l) P. Fabre, Panégyrique de la ville d'Arles, 1743, 



— 10 — 

« Les troubles et les divisions delà France privèrent 
plusieurs savants de fréquenter cette société, les 
assemblées devinrent désertes, et ce ne fut que le 
20 avril 1666 que MM, François d'Ayguières, che- 
valier, sieur de Méjanes et de Gageron, — Jean de 
Sabatier de l'Armeillère, — Jean Giffon, docteur en 
médecine, — Gaspard de Romieii, chevalier, — René 
de Barréme , conseiller clerc en ce parlement , — 
Henri de Boche, chevalier, capitaine des chevaux 
légers, — Michel Bouvet, sieur du Val — et Joseph 
de Cays, chevalier, seigneur de la Fossette, formèrent 
le dessein dans une promenade qu'ils faisaient sur 
la Lice, de relever la société en s'associant quelques 
hommes distingués de cette ville, portés à la faire 
briller. Le 25 avril, jour de la fête de Saint-Marc, 
ces Messieurs s'assemblèrent dans la maison de 
M. de Boche, et ne s'occupèrent qu'à dresser quelques 
règlements (i). » 

Il était nécessaire en effet de rédiger des statuts 
pour assurer l'organisation et l'avenir de l'entreprise, 
si l'on ne voulait pas qu'elle eût le même sort que 
les essais précédemment tentés. 

Ce petit groupe d'hommes intelligents appartenait 

(i) Ces huit savants renouvelèrent la société littéraire établie 
en cette ville par Jacques de Grille de Robias , Viguier , 
en 1622 (Ms 1060), p. 2-3, v. Le Registre original de l'Aca- 
démie, arch. d'Arles. 



— 11 — 

aux meilleures familles de la ville, sauf Gijffon à qui 
la distinction de son esprit tenait lieu de noblesse. 
Tous étaient unis par un longue amitié, plusieurs 
par les liens du sang et il est hors de doute que le 
dessein arrêté par eux, le 20 avril 1666, n'eût été 
souvent l'objet de leurs conversations. Ils avaient à 
cœur de maintenir la vieille réputation d'intelligence, 
méritée par la cité d'Arles et d'en continuer les tra- 
ditions littéraires. 

Quelques notes rapides sur ces fondateurs de l'Aca- 
démie d'Arles trouveront ici leur place. Pour ceux 
d'entre eux qui nous sont moins connus et sur 
lesquels les renseignements sont moins nombreux , 
nous renvoyons le lecteur à l'extrait du Mercure 
galant de 1678, que nous citerons plus loin. 

Nous puiserons surtout nos renseignements dans 
l'Histoire héroïque et universelle de la noblesse de 
Provence , dédiée à Messeigneurs les sindics et 
commissaires possédans fiefs du corps de la noblesse 
élus parmi les membres du même corps dans son 
assemblée générale tenue à Aix, le 3 juin 1754. 
Cet ouvrage en trois volumes in-4'' , avec plusieurs 
planches gravées à Aix « chez Coussin, graveur près le 
Palais » fut imprimé à Avignon, chez la veuve Girard, 
imprimeur-libraire, place Saint-Didier, 1757 et 1759, 
avec permission des supérieurs : il est signé Artefeuil. 
Ce pseudonyme , d'après une note manuscrite de 



- 12 — 

l'exemplaire de la bibliothèque Méjanes d'Aix , 
n*5534, serait celui de Gaillard Lonjumeau (i). 

Nous avons contrôlé le témoignage d'Artefeuil par 
ceux de l'abbé Robert de Briançon, ( L'état de la 
Provence dans sa noblesse, 3 vol. in-12, Paris, lôgB), 
de B. de Majrnier, de Saint-Marcel Franfort, doyen 
et primicier de l'Université d'Aix. (Histoire de la 
principale noblesse de Provence, i vol. in-4*', Aix, 
1719). 

Nous avons aussi consulté la Critique du nobi- 
liaire de Provence , de l'abbé Robert de Briançon , 
par Joseph de Barcillon de Mauvans, dont la bibl. 
Méjanes possède trois copies manuscrites (2). 

Ajoutons que nous avons parcouru plusieurs des 
nombreux manuscrits relatifs à la ville d'Arles, con- 
servés également à la Méjanes (3). 

Ci) D'après M. Roux-Alphéran (Les ruesd'Aix,i, 197), l'histoire 
héroïque et universelle de la noblesse de Provence A^ Artefeuil 
aurait pour auteurs Pierre-Joseph Laurent de Gaillard Long- 
jumeau seigneur de Ventabren, conseiller à la Cour des Comptes, 
né à Aix, le 21 août 1709 et mort le 2 octobre 1766; et Louis- 
Charles-Marie d'Arnaud de Rousset, conseiller au Parlement, 
né à Aix en 1727 et mort en 1784; tous les deux étaient fort 
versés dans l'histoire du pays. 

(2) Bibl. Méjanes, Ms 642-643, 800 et 820. 

(3) Nous les citerons au passage. Mentionnons seulement ici 
le Ms 388, petit vol. in-12, sans titre. Sur le dos on lit « Mé- 
moires d'Arles. » Ce manuscrit a été composé par un Porcelet 
Il fut trouvé dans les livres vendus à M. David (libraire à Aix) 
en 1779, par le marquis *^^ Porcelet. Une note de la main de 
M. de Méjanes, en tête de ce Ms, nous apprend qu'il fut acheté 
par lui chez David, le i»' mai 1779, pour la somme de 2 livres, 



— i:\ - 

tnfin, à la bibl. d'Arles, nous avons compulsé le 
Nobiliaire de la ville d'Arles, par l'abbé Bonnemant 
(Ms 78-79), une copie de la Critique du Nobiliaire 
qui diffère de celles qui se trouvent à Aix, et l'His- 
toire de la noblesse d'Arles, par Pierre Véran. 

François d'Aiguières, chevalier, est né probable- 
ment en 1637, d'une famille très ancienne. Un de 
ses ancêtres , Pierre, de Maillane , fit un accord 
en 1287 avec l'archevêque d'Arles. Un autre membre 
de la famille, Pierre d'Aiguières (Petrus de Aqueria) 
était consul noble, à Arles, en 1420 et, en consultant 
le Ms 808 de la Méjanes , on peut se convaincre 
que de i534à 1786 le nom d'Aiguières revient sans 
cesse dans la liste des consuls. François d'Aiguières 
lui-même fut consul de 1684 à 1690, et il succédait 
à son père dans cette dignité. 

Les d'Aiguières dont le nom est souvent écrit : 
Eiguières, comme dans l'Histoire de la noblesse de 
Provence par Artefeuil (art. de Sade, seigneur d'Ei- 
guières), d'autres fois Eyguières , sont alliés aux 
Quiqueran, aux Romieu, aux de La Tour, aux Por- 
celet, aux de Grille, aux Cays, aux Thomassins, aux 
Gallifet, aux Varadier, aux Brancas, etc. (i). 

Il se compose de 406 pages écrites, plus quelques-unes en 
blanc. Les Notices sur diverses familles d'Arles sont assez 
succinctes, mais très exactes. 

(i) V. le Ms 812, de la Méjanes, recueil de Bouquier, savant 
arlésien. A la page 170, se trouve une généalogie des Aiguières, 



— 14 - 
Depuis le seizième siècle ils étaient seigneurs de 
Gageron et de Méjanes en Camargue. D'après la 
critique du Nobiliaire de Provence de l'abbé Robert 
de Briançon (i) , les Ayguières , sont nobles de 
sang, de nom et d'armes ; ils tirent leur nom de 
la seigneurie qu'ils possèdent de toute antiquité (2). 
Durant la Ligue , les d'Aiguières prirent parti 
pour le roi, et l'un d'eux eût la tête coupée dans 
Arles, en i588, parce qu'on l'accusa d'avoir voulu 
trahir les Ligueurs. Henri IV déclara plus tard cette 
mort glorieuse pour la famille. En 167g , Jean- 
tirée des Mémoires du P. Loys, cordelier d'Arles, touchant la 
famille d'Aiguières. 

(i) Bibl. Méjanes, in-fol., Ms 820. 

(2) Bibl. d'Arles, fonds Véran, La noblesse d'Arles, p. 45. 
Eyguières est un gros bourg de 3, 000 h., chef-lieu de canton 
de l'arrondissement d'Arles, sur le versant oriental des Alpines 
et la lisière de la Crau. L'ancien nom est Aygairia (1044) à cause 
des sources qui y abondent. On y voit les ruines d'un château 
féodal et une fort belle église. 

Le nom latin et le nom vulgaire d'Eyguières indiquent assez 
que ce pays était marécageux et entouré d'eau. La partie nord 
d'Eyguières, sur les confins de Sénas porte le nom de Paluds de 
la Baume. Un fossé d'écoulement appelé la Grande Roubine 
traverse ces marais en formant la limite entre le territoire de 
Lamanon et de Roquemartine. Ce dernier village fait partie 
de la commune d'Eyguières. Il existait d'abord, à l'endroit que 
l'on appelle Le Castellas, qui ne présente plus aujourd'ui que 
des ruines, plus tard il fut bâti à l'endroit qu'il occupe actuel- 
lement. La terre de Rochemartine fut érigée en marquisat 
en 1671, en faveur d'André d'Aube. Cette famille est éteinte 
et ses titres ont passé dans la famille de Lubières ; le château 
de Rochemartine a été restauré depuis la Révolution. 

Sur Eyguières, voir la Statistique du département des Bou- 



-15 — 

Baptiste Piquet , capitaine dans le régiment de 
Conty , d'une famille originaire de Picardie mais 
fixée à Arles depuis plus d'un siècle, épousa Philise 
d'Aiguières de Méjanes. Son fils aîné, appelé égale- 
ment Jean-Baptiste, fut créé marquis de Méjanes, 
en 1724. Ce premier marquis de Méjanes est le 
père de .lean-Baptiste-Marie Piquet , marquis de 
Méjanes , seigneur du Baron et de Saint-Vincent, 
né en 1729 et mort à Paris en 1786. Consul d'Aix, 
procureur du pays de Provence en 1777 et 1778, 
il signala son administration par une foule d'actes 
d'utilité publique. Il avait formé une riche collection 
de livres et de manuscrits achetés par toute l'Europe 
durant de longues années. Il la légua à la ville 
d'Aix par testament. C'est la bibliothèque Méjanes, 
installée à l'Hôtel de Ville. Elle comptait alors près 
de 100,000 volumes; depuis lors elle a été augmentée 
dans de grandes proportions et c'est maintenant une 
des plus riches bibliothèques de Province (i). 

Jean de Sabatier appartenait à une famille arlé- 
sienne de noblesse assez récente. 



ches-du-Rhône. par M. le comte de Villeneuve, 4 vol. in-4V 
Marseille, 1824, t. 11, p. io85 et s. q. q. 

Dict. pratique et portatif des Bouches-du-Rhône par A. Saurel, 
I vol. in-i8, Marseille, 1880. 

(i) Voir la Notice sur la bibliothèque d'Aix, dite Méjanes, 
Aix, Aubin i83i, par M. Rouard, bibliothécaire. 



— 16 — 

« Les seigneurs de l'Armillière, portant le même 
nom que la famille précédente (Sabatier) mais des 
armes différentes , sont connus à Arles où ils ont 
leur demeure , depuis Antoine de Sabatier , qui 
obtint de Louis XIII des lettres d'ennoblissement 
le 19 juin 16 19, enregistrées aux archives du roi 
à Aix, le 2 septembre suivant. (Registre rcligionis, 
n* 33, fol. 106.) (i). » 

Cependant le dictionnaire des hommes illustres de 
Provence assure, d'après Robert de Briançon, que les 
Sabatier furent ennoblis en 1 571, en la personne de 
Jean Sabatier. Nous ne savons non plus pourquoi 
il appelle notre académicien N, de Sabatier, tandis 
que son vrai prénom est Jean. Mais ces erreurs sont 
malheureusement assez nombreuses dans le dic- 
tionnaire. Jean de Sabatier de l'Armillière (non de 
La Mélière comme dit le Nobiliaire de Provence, 
ni de la Meillère comme il est écrit au Ms 1060), 
naquit à Arles dans la première moitié du XVII* siècle. 
Il fut page aux petites écuries d'Artois et prit part 
à l'expédition de Catalogne , avec le duc d'Anjou 
au service duquel il était attaché. 

« Il se distingua par son savoir et par sa pro- 
bité. Il donna au public un recueil de poésies 
avec des Epitres morales et académiques qu'on lit 

(i) Histoire héroïque de la noblesse de Provence, 3 vol. 
in-4*, par Artefeuil. Avignon. 1757, t. 11, p. 35i. 



— il — 

toujours avec plaisir. Il avait lu dans les séances 
de son académie des dissertations curieuses sur des 
sujets très intéressants. Voici le sentiment de l'abbé 
Gouget sur ses épitres : a La sagesse (dit-il) caractérise 
les épitres morales et académiques de M. Sabatier. » 
Elles furent imprimées à Lyon en 1687, in-12, au 
nombre de 54, toutes fort courtes et adressées à des 
personnes connues. Les sujets en sont excellents , 
mais l'auteur ne s'y est pas arrêté assez pour satisfaire 
pleinement le lecteur. . . , Toute la poésie de ces 
épitres est dans le style familier , mais sans bas- 
sesse (i). » 



(i) Dict. des hommes illustres de Provence, t. 11, 186. 

La famille de Sabatier n'existe plus. L'origine de sa noblesse 
est rapporte'e d'une manière si contradictoire par les divers 
historiens qu'il est difficile de se prononcer. Selon Robert de 
Briançon, t. m, p. 4, cette noblesse daterait de ibyi. Il est 
certain que Jean de Sabatier, marié en 1660 avec Monique 
Cotel, fut maintenu dans sa noblesse, lors des recherches qui 
furent faites, le 22 février 1667, en exécution d'une ordonnance 
de Louis XIV. 

Sabatier, noble de race. — Jean Sabatier, de la ville d'Arles, 
est issu de Jean Sabatier du lieu de Gardanne, taxé après avoir 
été baptisé ensuite de la déclaration du roy Louis XII comme 
nouveau chrétien de race judaïque. Il fut annobli par lettres 
patentes du roy Charles IX, l'an i5gi. Il a fait deux branches, 
Louis de Sabatier en fait une et Jean de Sabatier en fait l'autre. 
Elles portent pour armes d'azur à trois coquilles d'or, deux en 
chef et une en pointe, un croissant d'argent posé en abisme. 
Devise : pleno sidère plenas. 

Critique du Nobiliaire de Provence, Ms 820, p. 1 148. Voir 
sur la famille de Sabatier, Maynier, Nouveau état de Provence, 
I vol. in-8 ( Avignon, sans date), p. 109. 



— 48 — 

Sabatier a laissé, à l'état de manuscrits, des Mé- 
moires de cour et de guerre et des Mémoires des 
affaires publiques qui ont été publiés pour la pre- 
mière fois, par M. Fassin, dans le Musée, revue arlé- 
sienne, 3* et 5® séries, et qui constituent, en quelque 
sorte, son autobiographie. 

Jean Giffon, docteur en médecine, était originaire 
d'Arles (i). Il était grand amateur d'antiquités et 
collectionneur émérite ; il avait une bibliothèque 
choisie et quelques beaux tableaux. (Seguin, antiq. 
Il, 9.) Il prit une part très active aux travaux de 
l'Académie, 

Il fut membre de l'académie des Ricurati de Padoue 
et paraît n'avoir produit, en dehors de ses travaux 
académiques, qu'un opuscule (Mesnier, impr. libraire 
à Arles, 1669) contenant la relation des fêtes données 
en l'église de la Visitation d'Arles^ à l'occasion de 
la canonisation de saint François de Sales (2). 

Joseph de Cays était fils de Gilles de Cays , 
gouverneur et commandant des Saintes - Maries , 
marié, le 3o avril 1617, avec Julie des Porcelet de 

Ms Bonnemant, 77-78 , Nobiliaire de la ville d'Arles et la 
noblesse d'Arles, Ms Pierre Véran. 

(i) Voir ce qu'en dit le Mercure galant, n» de janvier 1678. 

(2) Cette relation serait-elle la même qui est conservée ma- 
nuscrite aux archives des B.-du-Rh. fonds Nicolaï , 62 ? La 
relation imprimée se trouve dans les Recueils de Bonnemant, 
à la bibl. d'Arles, recueils inappréciables pour l'histoire civile 
et religieuse de cette ville. 



— i'.) — 

Fos ; il épousa, le 14 avril i65o, Françoise de Cas- 
tillon, tille de François de Castillon et de Made- 
leine de Varadier Saint-Andiol. Il fut consul d'Arles 
en 1667 et, en 1678, il faisait partie de l'assemblée 
communale. 11 mourut en 1690 (i). Les registres 
de l'Académie mentionnent souvent des travaux de 
lui, mais il n'en est rien resté, du moins à notre 
connaissance. Il était excellent latiniste. 

Lors du passage de Louis XIV et de sa cour dans 
la ville d'Arles, Joseph de Cays donna l'hospitalité 
au duc d'Anjou (2). L'Académie le chargea , ainsi 
que nous le dirons plus bas, de différentes missions. 

Les fils de l'académicien , Joseph et Pierre de 
Cays furent reçus chevaliers de Malte, en 1668. 

« Ils ont fait preuve de 32 quartiers ; savoir : 16 du 
côté paternel et 16 du côté maternel, dans lesquels 
se trouvent les familles les plus qualifiées de Provence. 
D'or au lion d'azur, couronné, lampassé, armé et 
vilaine de gueules. Cimier : un lion naissant de même 



(1) Annales de la ville d'Arles, bibl. Méjanes, Ms 787-788. 

« Le 18 octobre 1690, l'académicien Joseph de Cays, âgé 
de 60 ans, mourut et laissa de Françoise de Castillon trois 
fils, François, Joseph et Pierre, chevaliers de Malte. En 1660, 
il reçut dans sa maison le duc d'Anjou, b Bibl. Méjanes , 
Ms 10' o, -1 * partie, p. 3i. 

(2) L'hôtel de Cays se trouve sur la place de Cays, au chevet 
de Sa'nt-Trophime. 



— 20 - 
et pour supports deux porcs-épic d'or. Devise : Fortior 
in adversis (i). » 

» La maison de Cays , établie à Arles depuis 
400 ans est originaire de Nice et issue de Jacques 
de Cays, amiral des mers de cette ville sous Charles I 
d'Anjou. Il fut envoyé en 1262, avec une armée 
navale, pour soumettre les Génois qu'il obligea à 
prêter serment à ce prince (2). » 

Un des petits-fils de l'amiral , Jacques de Cays, 
épousa à Arles, en i35i , Raymonde de l'Estang 
Parade. Il fut élu premier syndic de la ville, en i353 
puis en iSSg, et il fut au nombre des députés qui 
obtinrent la confirmation des privilèges d'Arles par 
Marie de Blois régente de Louis II d'Anjou, comte 
de Provence, en iSgS. 

Les Cays remplirent très souvent d'importantes 
fonctions dans la ville d'Arles. Us sont alliés aux 



(i) L'état de Provence, par Robert de Briançon, i, p. 5oo. 

(2) Hist. de la noblesse de Provence, par Artefeuil, t. i, p. 244. 
Cf. Bibl. Méjanes, Ms 388, p. 283-286. 

« Après la maison de Porcelet^ la plus ancienne que nous 
trouvons dans Arles est celle des Cays. » Noblesse d'Arles, par 
Pierre Véran, p. iii-iig. Elle fournit plusieurs chanoines de 
Saint-Trophime et le dernier représentant a été François de 
Cays, chanoine de Saint-Trophime, qui mourut vers 1820. Ses 
lettres d'ordination et de nomination sont aujourd'hui entre les 
mains de M. Bernard, archiprêtre d'Arles. 

Voir la Critique du Nobiliaire de Provence , Méjanes, 
Ms 800, p. 9. Maynier, Hist. de la principale noblesse de 
Provence, p. 100, Robert de Briançon, Etat de Provence' 
1. 1, p. 497. Bonnemant, Nobiliaire de la ville d'Arles. 



— 21 — 
Quiqueran, aux d'iZyguières, aux Porcelet, aux Cas- 
tillon, aux de Grille, aux Isnard , aux de Boche. 
La famille de Barrême est originaire de Marseille 
et l'on cite des actes de 1405 et 1406 passés par 
Antoine Barrême, juge des premières appellations, 
dans lesquels il est qualifié nobilis et circumspectiis 
vir. Elle s'illustra surtout dans la carrière judiciaire, 
quoique plusieurs de ses membres aient embrassé la 
carrière des armes. 

La branche des seigneurs de Manville descendait 
de René Barrême, II du nom, procureur du roi à 
Arles, en 1602, puis juge en cette ville, après la mort 
de son père, Saxi, dans son Pontificium Arelatense, 
cap. 117, en parle avec éloge. Il eût d'un premier 
mariage deux fils et une fille. L'un, Pierre, fut cha- 
noine de l'église d'Aix et conseiller-clerc au Parlement 
de Provence, l'autre entra à l'Oratoire. D'un second 
mariage avec Diane de Barras , il eut deux fils et 
deux filles Le fils cadet, Louis, docteur en théologie, 
prédicateur du roi, fut abbé de Chamosin , et les 
deux filles se firent carmélites. 

L'aîné seul, Charles de Barrême, se maria avec 
Marguerite d'Aguilhenquy de Chateaufort, en i636 

Il était juge royal d'Arles et, en i663, il obtint 
du roi des lettres patentes qui le confirment dans 
sa noblesse. Elles furent enregistrées, aux archives 



royales de Provence, le 27 novembre i663, Registre 
Oppressa, fol. 328. 

Charles de Barrême est le père de René, IV du nom, 
chanoine de la métropole d'Aix et conseiller-clerc au 
Parlement de Provence (i) , après la mort de son 
oncle, Pierre de Barréme. 

Un des neveux de René, René V du nom, devint 
plus tard chanoine de l'église d'Arles. On voit que 
cette famille donna à l'église nombre de ses mem- 
bres les plus marquants. 

D'après une note marginale ajoutée au Rôle des 
noms de Lieux et taxes exigées des chrétiens issus 
de race judaïque, par Louis XII en i5i2 (2), les 
Barréme de Manville descendraient de Jean de Bar- 
réme, juif converti de Tarascon. 

Nous ne savons sur quoi se base cette assertion 
contraire aux données du Nobiliaire de Provence. 

(i) René de Barrême était docteur en théologie depuis le 
24 novembre i658, voir Catalogus E. E. D. D. doctorum almae 
Universitatis Aquensis, i vol. in-4», Aix, 1677. Il avait fait ses 
études classiques au collège des jésuites d'Arles. Il est cité parmi 
les acteurs d'une pièce de théâtre, jouée le 3 novembre i653, en 
l'honneur du duc de Mercœur récemment nommé gouverneur 
de Provence. V. à la bibl. d'Arles, Ms Bonnemant, vol. Aca- 
démie : Les beauK jours d'Amalthée ou la Provence restaurée 
dans son bonheur, par les mains invincibles de S. A. le duc de 
Mercœur, tragi-comédie allégorique à Arles, par François Mes- 
nier, irapr. du roi et de la ville, i653. René de Barrême mourut 
en 1702. Il était conseiller depuis 1677. 

(2) Bibl. Méjancs, Ms 777, p. 5, Cfr. archives des B.-du-R. 
fonds Nicolaï, 102 pièces, 70-74. 



- ^.3 - 

Elle est combattue par Maynier et par Artefeuil, 
mais elle est admise par la Critique du Nobiliaire de 
Provence , qui prend si souvent le contre-pied de 
Robert de Briançon , et, de nos jours, elle a été 
reproduite par le Nobiliaire des Bouches-du-Rhône. 
La Critique nous semble accorder une trop grande 
autorité à cette fameuse liste des Néophytes, dont on 
s'est si souvent servi, pour attribuer une origine juive 
à plusieurs familles de la Provence et du Comtat. 
Cette liste est-elle bien authentique (i), et les juifs qui 
y sont portés sont-ils les ancêtres des familles du même 
nom? Là est la question et elle- n'est pas résolue. 

On ne peut guère contester la noblesse des Barréme, 
sanctionnée par les lettres patentes du mois d'août 
i658 (2), et confirmée par un arrêt des commissaires 
chargés de vérifier les titres de noblesse, en 1667. 



(i) Voir aux Archives des Bouches-du-Rhône, fonds Nicolaï, 
numéro 102, les pièces 2 et 3. Ce sont deux exemplaires, impri- 
més à Aix, chez Esprit David, d'un arrêt de Louis XVI, rendu 
en avril 1778, et enregistré, à Aix, le 12 juin 1778, qui défend, 
en particulier, d'invoquer contre certaines familles nobles de 
Provence, la liste des néophytes taxés par Louis XII, le 2 1 décem- 
bre i5i2. Elle est déclarée nulle et non avenue a attendu qu'elle 
ne se trouve point au dépôt de la Cour des Comptes » et que 
l'on ne peut « être assuré qu'elle a existé ou qu'elle n'a pas été 
réformée. » 

(2) C'est la date exacte des lettres patentes enregistrées seule- 
ment le 27 novembre i663. 

V. Robert de Briançon, l'Etat de Provence, t. I, p. 346. Selon 
Maynier, Nouveau Etat de Provence, p. 49, l'arrêt serait du 
4 septembre : 667, et c'est probablement la date exacte. Voir Note 



- 24 - 

Les arguments invoqués par la Critique n'ont 
donc pas de valeur, car il n'était pas nécessaire que 
Pierre et René de Barréme, conseillers-clercs au Par- 
lement de Provence, annoblissent leur famille par 
leurs charges. Pierre de Barréme fut pourvu d'un office 
de conseiller clerc, érigé en lôSg, par lettres patentes 
données, à Paris, le 3i janvier i64o, et fut reçu, le 
i8 juin suivant. Il résigna son canonicat, en faveur de 
son neveu René, et cette résignation fut approuvée, 
par le chapitre de Saint-Sauveur, le 16 août 1676. 
Dans cet acte, René de Barréme est qualifié, jurium 
doctor et prieur de Saint-Georges au diocèse d'Arles. 
Il avait été ordonné prêtre, le 17 décembre 1672, dans 
la cathédrale de Saint-Anne, par Jean-Baptiste de 
Sade de Ma^an, évéque de Cavaillon. Il fut mis en 
possession de son canonicat, le 17 septembre 1676 (r), 

de divers jugements de noblesse rendus, en 1667, fonds Nicolaï, 
n* 102 ; Annales d'Arles, Bibliothèque Méjanes, Ms 807, à l'an- 
née 1667; Bonnemant, le Nobiliaire de la ville d'Arles, Ms 78-79. 
Voir dans le Musée, 5°" série, l'Analyse du livre de Raison 
de Pons de Barréme ( 1 6 1 7- 1 647 j. 

(i) Archives de l'Archevêché d'Aix, 42' Registre des Insinua- 
tions ecclésiastiques, du 28 octobre 1675 au 3o mars i683, 
p. 108 et sqq. Toutes les pièces relatives à cette nomination y 
sont enregistrées et la lettre d'ordination est attestée par un no- 
taire d'Arles, le 28 décembre 1672, et enregistrée sous la date du 
18 décembre 1676. Jean-Baptiste de Sade était le cinquième fils 
de Jean-Baptiste de Sade, seigneur de Mazan, Saumane et Beau- 
regard, colonel de la cavalerie légère du pape, au Comtat , et 
de Dians de Siraiane La Coste, d'Avignon. Il fut nommé évéque 
de Cavaillon en 1665, à la mort de son oncle, Richard de Sade, 



— ?.=i — 



et peu après, il fut pourvu par lettres patentes, don- 
nées à Saint-Germain en Laye, le 17 décembre 1676, 
de l'office de conseiller-clerc dans lequel il tut reçu, 
le 9 mars 1677 (0- 

René de Barrême devint plus tard vicaire général et 
Robert de Briançon atteste qu'il s'acquittait de tous 
ces emplois « avec une singulière estime de ceux qui 
ont l'honneur de le connoistre. » René de Barréme 
mourut le 8 décembre 1697, dans ses fonctions (2). 
Maynier lui reconnaît «un mérite de distinction »,le 
P. Fabre le cite parmi « les plus fameux prédicateurs 
modernes » à côté du P. Maure de l'Oratoire, arlésien 
comme lui, et M. de Villeneuve le mentionne parmi 
les principaux littérateurs de son temps (3). 

Gaspard de Romieu avait été reçu chevalier de 



et mourut le 21 décembre lyoS, âgé de yS ans. Il a laissé quel- 
ques ouvrages et la réputation d'un pieux et savant évéque. Voir 
Artefeuil, t. II, p. Sôy. 

(i) Histoire du Parlement de Provence..., par Jean Louis 
Hyacinthe Hesmivy de A/o/s5^c, continuée jusqu'en 1771, par 
Charles Antoine de Ma^enod, t. II, p. 625, Ms delà Bibliothèque 
de M. le marquis Eugène de Boisgelin, à Aix. Pierre mourut 
en septembre 1676, car, au vol. 42% cité plus haut, nous trouvons 
la collation du prieuré de Seillon, faite le 14 septembre 1676, 
par le duc de Vendôme au sieur Pelot, de Paris, après la mort de 
Barrême. 

(2) Et non en 1702, comme il est dit p. 22, note i. Voir son 
acte d'inhumation Registres paroissiaux de Saint-Sauveur, i6ci6- 
1699, fol. 5o, Archives de la ville d'Aix. 

(3) Nouveau Etat de Provence, p. 5o ; Remarques Histori- 
ques, p. i85 ; Statistique des Bouches-du-Rhône, t. III, p. 3 17. 



— 26 — 

Malte, en lôSp. Il était le troisième fils de Charles 
de Romieu, sieur de Lirac, qui avait épousé, en i625, 
Pierrette de Grille, fille de Valentin de Grille et de 
Magdeleine de l'Estang (i). Les Romieu sont nobles 
de sang et d'origine : leur berceau fut, assure-t-on, 
l'Espagne, a La famille de Romieu d'Arles est de très 
grande ancienneté, on la trouve dans toutes les chartes 
de l'église Saint-Trophime et dans les registres de 
l'hôtel de ville d'Arles (2). » 

Les différents nobiliaires de Provence sont d'accord 
sur la noblesse des Romieu et, en 1667, Charles de 
Romieu n'eut pas de peine à produire ses titres devant 
les commissaires royaux. La filiation des Romieu est 
rapportée tout au long par Robert de Briançon, au- 
quel Maynier se réfère absolument (3). 

Gaspard de Romieu est assez souvent cité dans le 

(i) Voir Essai sur le grand prieuré de Saint-Gilles de l'ordre 
de Saint-Jean de Jérusalem, suivi du catalogue des chevaliers de 
la vénérable langue de Provence, par le comte Emmtinuel Ferdi- 
nand de Grasset, ivol., in-fol. Paris, Paul Dupont, 1869. 

Cfr. Robert de Briançon, l'Etat de Provence, t. II, p. 624 • 
Artefeuil, Noblesse de Provence, 1. 1, p. 528. Gilles, frère de Gas- 
pard, était chevalier de Malte depuis 1644, Leur frère aîné, Paul 
Antoine de Romieu se maria et continua la famille. 11 fut 
nommé, en i655, lieutenant général au siège d'Arles. Plusieurs 
Romieu furent chevaliers de Malte ; l'oncle de l'académicien, 
appelé également Gaspard, était chevalier depuis 1624. 

(2) Critique du Nobiliaire de Provence, Bibliothèque Méjanes, 
Ms 820, p. 1 127. 

(3) Robert de Briançon, t. II, p. 620 et sqq. ; Maynier, p. 237 
Bibliothèque Méjanes, Ms 388, p. 245-247, fonds Nicolaï, n" 10^. 



— 27 — 

Registre de l'Académie où son rôle fut cependant 
secondaire. La renommée de son neveu Charles Jo- 
seph, également chevalier de Malte, a nui à la sienne ; 
son nom et sa vie restent enveloppés d'obscurité. 

Henri de Boche était le fils aîné de François de 
Boche, marquis de Vers, baron des Baux, qui avait 
épousé, en i633, Sibylle de Porcelet, de la branche 
des marquis d'Ubaye. 

La famille de Boche (i) descend de Rixendis de 
Boche, gentilhomme de Toscane, qui vint s'établir en 
Provence, au XIII* siècle, à la suite de Robert, roi de 
Naples et comte de Provence, au service duquel il était 
attaché. Les de Boche s'allièrent aux plus nobles fa- 
milles d'Arles et exercèrent des fonctions importantes 

(i) Sur les de Boche, consulter: Robert de Briançon, t. l, 
p. 399 et sqq., Maynier, la Principale Noblesse de Provence, 
p. 75 ; Critique du Nobiliaire de Provence, Ms 800, p. 72 ; Mé- 
moire d'Arles, Bibliothèque Méjanes, Ms 3S8, p. 297 ; la Noblesse 
d'Arles, par Pierre Vérart, Ms de la Bibliothèque d'Arles, p. 48 ; 
le Nobiliaire de la ville d'Arles, par Bonnemant ; Chaos d'Arles, 
Ms 8co de la Bibliothèque Méjanes, passim ; Archives des Bou- 
ches-du-Rhône, fonds Nicolaï, n' 102, Noms des anciennes fa- 
milles nobles de la ville d'Arles ; Ibid., n° 107, pièce 36, généa- 
logie de la maison de Boche, dressée par Henri de Boche, dernier 
de la famille, dont l'original est aujourd'hui (i7i3) au pouvoir 
de M. le chevalier de Giraud; pièces 37 et sqq. (28 pièces), extrai- 
tes d'un cartulaire en forme de la maison de Boche. 

Nous n'avons pas trouvé le nom de Boche dans la Note des 
Jugements de noblesse rendus, en 1667 (fonds Nicolaï, n" 102), 
mais un arrêt du conseil d'état, du 10 mai 1667, défendait 
d'exiger aucun titre de noblesse des gentilshommes qui servaient 
actuellement dans l'armée (fonds Nicolaï, n" 102, pièce 24), 



— 28 — 

dans cette ville. Leur filiation est parfaitement établie 
depuis Rixendis de Boche, jusqu'au sacristain Jacques 
de Boche, qui mourut en 1721. François de Boche, 
père de Henri, servit longtemps dans l'armée : il fut 
deux fois premier consul d'Arles, en 1644, ^t^" 1675. 
Henri suivit son exemple, et à peine sorti du collège 
des PP. Jésuites, où il fut élevé (i), il s'engagea dans 
la marine, servit sous le duc de Beaufort, grand amiral 
de France, puis nous le trouvons, n juillet 1668, major 
d'une brigade des gendarmes de \à maison du roi, en 
l'armée de Flandre. En 1674, il reçut le brevet de ca- 
pitaine de chevau-légers, revint à Arles et fit en 1675, 
la campagne d'Allemagne, où il fut blessé (2)! Enfin, 
retiré du service, il devint grand sénéchal au siège et 
ressort d'Arles, après Pierre de Castillon, vers 1686 
ou 1690, et mourut dans cette charge, le 2 octo- 
bre 1709 (3), sans laisser de postérité. Il avait épousé, 
en 1660, Antoinette de Gtraud, fille de Trophime et 
d'Antoinette de Cays, sœur de l'académicien, morte le 

(r) II est nommé parmi les acteurs de Mœrcis, tragédie 
jouée en février i655, au collège des PP. Jésuites, et imprimée 
à Arles chez François Mesnier, i655. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 63-119-129, etc. 

(3) Cette date est la vraie (quoique nous en disions p. 4g en 
note; car elle est prise dans les Archives du sacristain d'Arles, 
Liber Memorialis, p. 91, Bibl. d'Arles. Un frère de Henri, Louis 
de Boche, chevalier de Malte, mourut en 1709,8 à la fleur de son 
âge aussi saintement qu'il avait vécu, il a été un grand exemple 
de piété dans cette religion. » Fonds Nicolaï, n» 107, pièce 3.^. 



- ^y - 

i5 août 1693. Il épousa, en secondes noces, Margue- 
rite Restaurant, qui mourut le 3o décembre 1704, et 
en 'troisièmes noces, Françoise de Pierre de Bernis, 
fille de Jean Louis de Pierre de Bernis, cosseigneur de 
Saint-Marcel d'Ardèche, qui lui survécut, et mourut de 
la peste, le i3 juillet 1721. Henri de Boche était un 
esprit très distingué, il se créa d'excellentes relations à 
la cour, et le marquis de Vardes, gouverneur d'Aigues- 
Mortes, l'avait en particulière estime. 

Michel Bouvet, sieur du Val, appartenait à une fa- 
mille arlésienne qui est souvent mentionnée dans les 
actes de la ville, dès l'année i36o, et qui a fourni 
plusieurs consuls. Il est un des académiciens dont le 
nom revient le plus souvent dans les discussions et 
qui, durant les premières années du moins, montrèrent 
la plus grande assiduité aux séances. Il tournait élé- 
gamment les vers, et fit plus d'une fois applaudir ses 
traductions de TibuUe, de Properce et de Pétrarque. 

Tels étaient les premiers académiciens : jeunes, 
pleins d'ardeur et tous désireux de continuer les tra- 
ditions de la noblesse de Provence dont le caractère 
« estoit, dit Maynier, d'exceller autant en sçavoir qu'en 
faits d'armes, en solides sciences qu'en brillantes. » 



CHAPITRE II 



Essais d'organisation. — Premières difficultés. — L'Académie 
des bouts rimes. — Admission de M. de Montcalm, de M. Jac- 
ques de Grille d'Estoublon , de M. l'abbé de Boche, du 
P. Vinay, du P. Rupé, de M. l'abbé Flèche. — Rédaction des 
statuts. — Premiers travaux de l'Académie. 



Après avoir tenu deux conférences préparatoires, 
durant la dernière semaine d'avril, MM. de Méjanes, 
Sabatier, Giffon, Romieu, Bouvet, Barrême,de Boche, 
et de Cays se réunirent, le i" mai 1666, dans la 
maison du marquis de Boche, pour jeter les bases 
de leur association. Inspirés par une pensée chré- 
tienne, ils voulurent tout d'abord attirer sur leur 
entreprise la bénédiction divine. Ils se rappelèrent 
le proverbe — Ne se comincia ben se non dal cielo — 
et la séance s'ouvrit par une prière (i). Puis ils 

(1) « Le samedi d'après, i*' mai, ces messieurs assemblés de 
nouveau dans le même lieu procédèrent à l'élection des direc- 
teurs, et, pour commencer heureusement l'ouvrage, ils se 
mirent tous ensemble à genoux et offrirent leur intention au 
bon Dieu, le priant d'avoir ce dessein agréable qui devait bannir 
l'oisiveté et l'ignorance (ces deux malheureuses sources du vice) 
par des occupations honnêtes et vertueuses. Ils firent huit 
billets où furent marqués les huit mois consécutifs, ayant esté 



— 31 — 

s'occupèrent de désigner celui d'entre eux qui pré- 
siderait aux délibérations. 

Ils avaient résolu, d'un commun accord, de ne 
confier ce soin au même membre, que durant un 
mois, afin que chacun d'eux, à son tour, pût jouir 
de cet honneur. Ils lui donnèrent le nom de directeur, 
nom en usage à l'Académie française, et ils évitèrent 
toute contestation en tirant au sort les noms des 
directeurs, pour les huit mois de l'année qui restaient. 
Voici le résultat : 

Mai, MM. de Gageron Ayguières. 

Juin, de Sabatier, 

Juillet, Giffon. 

Août, le chevalier de Romieu. 

Septembre, l'abbé de Barrême. 

Octobre, de Boche. 

Novembre, de Bouvet, 

Décembre, de Cays. 

résolu dans la même assemblée que chacun tirerait un desdits 
billets et serait directeur au même mois qui lui serait escheu. 
Les assemblées devaient avoir lieu chaque lundi à deux 
heures de l'après-midi, mais cela ne fut pas rigoureusement 
suivi. » 

Registre de l'Académie d'Arles, i vol. in-fol. de 25o pages, 
archives d'Arles, fonds de Pierre Véran, fol. i. 

En tête se trouvent les armoiries : un lion tenant un car- 
touche sur lequel sont gravés ces mots : Academia arelatensis, 
et la devise de l'Académie : Lœtabor genuisse pares, avec un 
lion entouré de lionceaux. Les armes de chaque directeur sont 
peintes en tète du récit de sa direction. Le registre commence 
au I*' mai 1666 et se termine en mai 1684. 



— 3Î - 

Enfin ils élurent M. de Bouvet secrétaire (i). 

Le bureau constitué, on délibéra de s'assembler 
ordinairement tous les lundis à deux heures puis 
« il fut fait lecture d'une satyre adressée à madame 
la comtesse de Suze, qui se trouvait en cette ville, 
et d'un mauvais ouvrage contre la société nais- 
sante (2). )^ 

L'Académie ne se laissa pas émouvoir, outre me- 
sure, par cette attaque dirigée contre elle. « L'Aca- 
démie résolut de n'y respondre point , non plus 
qu'à toutes les autres pièces qu'on fairoit contre elle, 
mais comme cette satyre accusoit ce petit corps d'igno- 
rance il estoit nécessaire de faire voir son injustice 
au public, elle fut donc censurée sans passion et les 
remarques de la compagnie furent données à M. Bou- 
vet, qui les mit en ordre et en estât d'estre produites 
deux jours après (3). » La séance se termina par la 
distribution faite à chacun de « son employ de se- 
maine, comme il avoit esté convenu. » Le lundi 
suivant (3 mai) on lut, avec les remarques mises en 
ordre par le secrétaire, un « sonnet en faveur des 
nouveaux académiciens » composé par le viguier 
Jacques de Grille. 

(i) Extrait du sommaire des délibérations prises dans le 
Registre de l'Académie d'Arles , par le sieur Pierre Véran 
(mars, 1812). V. aussi le Registre original aux archives d'Arles. 

(2) Ms 1060, p. 4. 

(3) Registre de l'Académie, fol. i, verso. 



— 83 — 

L'Académie rencontrait , on le voit , de graves 
défenseurs, si les attaques ne lui étaient ménagées. 

La comtesse de Su:{e (i), qu'on avait essayé de 
prévenir contre elle, voulut, au contraire, lui témoi- 
moigner sa sympathie en venant faire visite à ses 
membres, réunis en leur séance ordinaire du lundi. 
« A la fin de la séance (lo mai) la comtesse de Suze 
fit visite à l'Académie qui chargea le chevalier de 
Romieu de la complimenter, ce qu'il fit avec autant 
de grâce que d'éloquence (2). » 

Mais les esprits chagrins — peut-être parmi ceux 
que l'Académie n'avait pas appelés à elle, — ne lui 
épargnèrent ni les critiques, ni les railleries, et le 

(i) La famille de La Su^e était, croyons-nous, originaire de 
la Champagne, mais elle était fort connue en Provence. Durant 
les guerres religieuses qui désolèrent cette contrée, au XVI* 
siècle, un baron de La Sus^e se distingua par sa violence, et 
en 1578, un comte de La Su![e fut gouverneur de Provence. 
Nous ne savons quelle était la comtesse de Sui^e dont il est 
question ici, à moins qu'elle ne soit l'épouse du comte de Suze 
dont la Galette de 1669 parle en ces termes : 

« De La Flèche, le 6 janvier i66g. 

Enfin, le comte de La Suse, chef de cette ancienne maison de 
Champagne, a donné des marques publiques de son abjuration 
de l'hérésie qu'il avait faite il y a longtemps, ayant communié 
le jour de la Nativité de Notre-Seigneur, à la grande messe, en 
sa paroisse de Mansigny, et l'après-dinée, avec toute sa famille» 
entendu vespres et la prédication au mesme lieu : ce qui a 
causé une allégresse si grande, qu'on l'a signalée par des feux 
et d'autres marques de réjouissance , dans les lieux circon- 
voisins. » 

Galette de France, de i66g, n" 6, p. 47. 

(2) Ms 1060, p. 5. 



— 34 — 
Registre nous a conservé quelques traces de cette 
curieuse guerre de pamphlets. Il n'y a là rien qui 
nous étonne : quelle est, en effet, l'institution qui 
n"a pas eu des difficultés de ce genre à son début ? 

Le lo mai, on communiqua encore aux acadé- 
miciens deux satires dirigées contre eux, « l'une sous 
le nom de Gaudion, libraire, et l'autre sous celui 
de certaines jeunesses malmorigénées qu'on appelle 
mousquetaires (i). » 

Ces pièces diffamatoires , dit le Registre , firent 
plus de pitié aux honnêtes gens que de tort à l'Aca- 
démie. Elle tenait ses séances généralement dans 
la maison de François de Boche de Vers (2), père 
du marquis de Boche. Ces séances étaient fermées aux 
étrangers et le secret qui les enveloppait préoccupait 
l'opinion, a Cependant que le dedans de l'Académie 
alloit ainsi, on parloit d'elle au dehors fort diver- 
sement ; son silence et sa retraite émouvoient la 
curiosité (3). » Il planait autour de l'Académie un 
certain mystère et l'on se demandait quel serait le 
résultat de cette association, qui se renfermait dans 
un silence aussi absolu et aussi impénétrable. Les 

(i) Ms 1060, p. 5. 

(i) François de Boche mourut en 1677. Voir son épitaphe 
dans le Sommaire des délibérations prises dans le registre de 
l'Académie royalle d'Arles, par le sieur Pierre Véran de ladite 
ville. Ms conservé aux archives d'Arles, fonds Pierre Véran. 

(3) .Registre de l'Académie, fol. 5, verso, séance du 19 juil- 
let iGr.o. 



— 35 - 
critiques anonymes se multipliaient et, si l'Académie 
recevait de nombreuses pièces en son honneur, il se 
répandait dans le public plus d'un écrit malveillant 
où elle était très vivement prise à partie. 

L'un de ces écrits causa une assez grande émotion. 

Le 26 juillet 1666 « on porta dans l'assemblée 
certaines relations adressées à M"® la comtesse de 
Su:{e soubs le nom de M. Giffon, par 011 l'on faisoit 
une longue raillerie et discussion de tous les emplois 
de l'Académie, que l'on vouloit blasmer, entre autres 
choses, d'ignorance et d'oysiveté ; tous ces messieurs 
qui jusque là n'avoient eu que du mépris pour sem- 
blables reproches tém.oignèrent beaucoup de sen- 
timent et de colère contre cette pièce dont on ne 
cognoissoit point l'autheur. La médisance la donnoit 
à M. le viguier, et comme elle change tout en poison, 
elle se servit (en suite de ce faux bruict) de certaine 
harangue qu'il fit à des thèses publiques , où il 
releva le mérite des académiciens , pour leur faire 
comprendre qu'il les persécutoit par la parole autant 
que par les escrits (i). » Si M. de Grille, renonçant 
à ses premières sympathies, s'était rangé parmi les 
adversaires de l'Académie , la « colère » des acadé- 
miciens se fût expliquée et peut-être le craignirent- 
ils un instant. En tous cas, c'était une erreur ré- 

(i) Registre de l'Académie, fol, 6. 



¥ 



— 36 — 
pandue par la médisance, et les académiciens revin- 
rent bien vite de leur effroi. Ils purent se convaincre 
que M. de Grille n'avait pas cessé d'être de leurs 
amis, car le 3o juillet 1666, il écrivit une longue 
lettre pour démentir les bruits que l'on faisait courir 
au sujet de sa prétendue hostilité, vis-à-vis du « petit 
corps. » Il exhortait les académiciens à ne pas s'ar- 
rêter à de vaines critiques et les engageait à prendre 
enfin le nom d'Académie, malgré les sarcasmes de 
leurs adversaires. On avait dit dans le public que 
le viguier s'opposait à ce que les assemblées fussent 
désignées sous le nom d'Académie. M, de Grille 
affirmait qu'il n'y avait jamais songé, et que, loin 
de chercher à nuire au « petit corps » , il n'avait 
d'autre désir que de le voir se développer. Pour 
manifester aux yeux de tous ses sympathies, il de- 
mandait aux académiciens la permission d'assister 
à leurs réunions. 

« Si je n'avois un désir très sincère, disait-il (i), 
pour l'advancement de votre dessein, et une estime 
très particulière de votre vertu, je me mettrois fort 
peu en peine si l'on m'a creu votre ami ou votre 
ennemi, votre jaloux ou votre persécuteur, mais je 
l'advoue, messieurs, et je veux bien que tout le monde 
le sache, je vous demande votre alliance et votre 

(i) Registre de TAcadémie, fol. y* 



- 37 — 

amitié ; vous me ferez beaucoup d'honneur si vous 
me l'accordez, et c'est aux conditions qu'il vous plaira 
que je vous la demande, n'en mettant qu'une seule 
de ma part, qui sera incomparablement plus glo- 
rieuse pour vous que pour moi, c'est, messieurs, que 
vous ne me soupçonnerez jamais de rien, mais surtout 
d'avoir voulu traverser votre dessein, que j'ai tou- 
jours considéré et proposé comme le plus beau, le 
plus honneste et le plus louable que l'on puisse 
imaginer. » 

Cette lettre répondait catégoriquement à toutes les 
insinuations de la malveillance. L'Académie en fut 
très heureuse et députa, le jour même, MM. de Sa- 
batier et de Boche pour remercier le viguier et « lui 
présenter de la part de tous ces messieurs cette 
alliance et cette amitié qu'il leur demandoit. » 

Le 3 août, les associés quittèrent l'hôtel de M. de 
Boche , non sans l'avoir remercié « du favorable 
accueil qu'il avoit fait à l'Académie depuis son es- 
tablissement. » Ils vinrent tenir leurs séances au 
couvent des Cordeliers, dans un appartement que 
le R. P. Provincial mit à la disposition de l'Aca- 
démie et « où elle est de présent avec toute sorte 
de commodité. » 

Les encouragements de M. de Grille levèrent les 
derniers scrupules , et « on demeura d'accord de 
donner à l'assemblée le nom à! Académie ( qu'elle 



— 38 — 
avoit refusé jusques alors) et d'y ajouter celui des 
Bouts Rimes, puisque c'estoit un nom que toute la 
ville sembloit luy donner, d'autant mieux que c'est 
à l'exemple de toutes les Académies d'Italie, qui 
ont pris des noms ridicules pour prévenir ceux que 
l'on donne ordinairement aux nouveaux establis- 
sements(i). » L'idée de prendre le nom à' Académie 
des bouts rimes est, en effet, assez étrange, pour 
avoir besoin d'explication, et en marge du Registre, 
nous lisons ces lignes : « Il faut remarquer que 
c'estoit la saison des bouts rimes, qu'ils estoyent en 
vogue à la cour et dans la province , et que ces 
messieurs donnèrent eux-mêmes occasion à ce nom, 
pour avoir faict quelques-uns d'entre eux des bouts 
rimes fort heureusement (2). » 

Ce nom à' Académie des bouts rimes disparut bien 
vite pour ne laisser subsister que celui d'Académie, 
puis d'Académie royale, et en 1682, nous voyons 
les académiciens faire peu de cas des bouts rimes 
et déclarer « qu'ils ne sauroient , à l'exemple de 
quelques grands et galants de la cour, se résoudre 
à se ronger les ongles pour ce travail ingrat. » C'était 
raisonner assez juste. 

Le jour où elle acceptait officiellement le nom 
que le public lui donnait, l'Académie admit parmi 

(i) Registre de rAcadémie, fol. 10, verso. 
(2) Ibid. 



- ^9 — 

ses membres M. de Grille. « Ce mesme jour, 
3« d'aoust (i), M. de Robias fut reçu au nombre 
des académiciens, il fut introduit au commencement 
de l'assemblée avec beaucoup de joie et de com- 
plaisance de toute la compagnie, qui le lui témoigna 
par la bouche de M. le directeur (le chevalier de 
Romieu). » 

Cette adhésion honorait beaucoup la nouvelle 
société littéraire. Jacques de Grille, chevalier, sei- 
gneur d'Estoublon, était viguier de la ville d'Arles. 
La charge de viguier était, on le sait, la plus impor- 
tante de la ville et elle était alors conférée à vie (2). 



(i) Registre de l'Académie, fol. lo, verso. Le viguier n'est 
pas qualifié de marquis, ainsi que le fait sans raison le Ms 
1060. En marge du folio 6, verso, nous lisons : C'estoit M. d'Es- 
toublon, viguier pour le roi, perpétuel de ce temps-là — qu'on 
nomme aujourd'hui marquis de Robias. — Ces derniers mots 
sont de la main même de M. de Grille Robias, ainsi que le 
montre un simple rapprochement que nous avons pu faire. 

(2} Dans les actes anciens, on donnait aux gouverneurs nom- 
més par le corps consulaire le nom de podestat ou de viguier 
(vicarius), mais la charge de viguier ne fut régulièrement ins- 
tituée qu'en 1247. Par une convention de i385, entre le comte 
de Provence, Louis II de Sicile et les habitants d'Arles, il fut 
attribué au viguier la connaissance des causes civiles et cri- 
minelles. Le comte de Provence ou son sénéchal ne pouvaient 
s'y ingérer sous aucun prétexte, et les habitants ne pouvaient 
être tirés de la juridiction du viguier que dans le cas d'appel de- 
vant le juge des premières appellations, et en matière crimi- 
nelle seulement. La charge de viguier, d'abord annuelle, devint 
héréditaire en iSyô. Elle fut alors donnée à Valentin de Grille 
(1576-1601). Un édit du mois d'avril 1749, supprima cette 
charge, qui fut rachetée par la communauté d'Arles i5,i29livres 



— 40 — 

Depuis iSyô, cette charge était héréditaire dans la 
famille de Grille qui avait fourni successivement 
quatre viguiers : Valentin, Jacques I, Charles et 
Jacques II. C'était Jacques I de Grille , viguier 
(jusqu'en i63o) qui avait établi la société des Ano- 
nymes , en 1622. Les huit savants qui voulaient 
continuer son œuvre, admettaient très volontiers dans 
leurs rangs son petit-fils. C'était une excellente 
inspiration, car Jacques II pouvait rendre de grands 
services à la société, à son début. Il avait l'amour 
des lettres , il appartenait , en outre , à l'une des 
plus grandes familles d'Arles, et nous verrons plus 
loin que son entrée à l'Académie fut pour celle-ci 
une source de vitalité. Il devait en devenir le 
secrétaire et , par ses relations très étendues , con- 
tribuer beaucoup à la faire connaître. Aussi nous 
reconnaissons volontiers en lui un des fondateurs 
de l'Académie d'Arles : la suite justifiera ce titre. 

Jacques de Grille était alors le chef de l'illustre 
maison de ce nom. 

« Les historiens qui ont parlé de la maison de 
Grille, s'accordent à dire qu'elle est des principales 

14 sols, mais conservée au titulaire Jacques du Roure, jus- 
qu'en 1752. 

Il y eut 5 viguiers de la famille de Grille. 

Cfr. Nobilaire des Bouches-du-Rhône, par H. Gourdon de 
Genouillac et le marquis de Piolenc, Paris, i863, p. 24 et 216, 



— 4i — 

de la République de Gênes et une des 24 qui l'avaient 
anciennement gouvernée (i). » 

La branche établie à Arles descendait de Etienne 
de Grille qui vivait au XIII* siècle, et dont les fils, 
chassés de Gênes par une révolution, vinrent se fixer 
dans Arles, ainsi qu'il ressort des archives de cette 
ville. Ils s'allièrent aux plus nobles familles du pays. 
En 1576 (2), le roi créa Valentin de Grille viguier 
perpétuel, en récompense de ses services. 

Son fils , Jacques de Grille , seigneur de Robias 
et d'Estoublon, lui succéda dans cette charge. Il eut 
de son mariage avec Pierrette de Meyran (17 dé- 
cembre i58i) 5 enfants : 2 fils et 3 filles. L'aîné, 
Charles de Grille, seigneur de Robias et d'Estou- 
blon, fut nommé viguier perpétuel en i63i. Il épousa 
Blanche de Forbin-Soliers dont il eu : 1° Jacques 
de Grille ; 2» Antoine de Grille, maître d'hôtel du 
roi, écuyer de la reine Anne d'Autriche, qui épousa 
Louise d'Azégat et en eût une fille mariée plus tard 
au marquis de Roquemartine ; 3° et 40 Thérèse et 
Pierrette de Grille , mariées dans les maisons de 
Quiqueran Beaujeu et de Bionneau d'Eyrargues (3). 



(i) Nobiliaire de Provence, in-4*, Avignon. 

(ï) Et non 1 579, comme le dit Artefeuil. V. Nobiliaire des 
B.-du-R. , p. 216, qui rectifie certaines dates relatives aux 
viguiers de Grille, 

Ci) Voir Nobiliaire des B.-du-R„ p. 49. 



— 42 - 

Jacques de Grille (fils de Charles) , seigneur de 
Robias et d'Estoublon, fut pourvu de la charge de 
viguier, en i653, et nommé conseiller d'Etat par 
brevet de Louis XIV, du 19 mai i655. Il épousa 
Delphine de Sartres , de Montpellier , le 3 jan- 
vier i65i. En faveur de ses services et de ceux de 
ses ancêtres , le roi érigea en marquisat la terre 
d'Estoublon, par lettres patentes du 4 août 1674. 
Il eut de son mariage 1° François ; 2° Jean-Baptiste ; 
3° Blanche- Thérèse de Grille qui épousa Jacques 
de Meyran^ seigneur d'Ubaye et de Saint-Vincent. 

François de Grille , marquis d'Estoublon fut 
marié à Eugénie de Riquetti, fille d'Honoré, mar- 
quis de Mirabeau et d'Isabeau de Rochemore. De 
ce mariage sont issus 1° Jean-Baptiste-Hector ; 
2° Jacques , prévôt de l'église d'Arles, abbé de la 
Grenetière ; 3° Honoré-François- Xavier , chevalier, 
puis commandant de l'ordre de Malte ; 4° Marie- 
Elisabeth , femme de Louis de Bouchet , seigneur 
de Faucon , conseiller au Parlement de Provence ; 
5° Thérèse de Grille, épouse de Jean de Villardy, 
comte de Quinson. 

Jean -Baptiste -Hector de Grille, marquis d'Es- 
toublon, a laissé de son mariage avec Anne-Margue- 
rite de Montgrand de la Napoule : i " Jean-Baptiste- 
Marie-Achille ; 2" Eugénie de Grille , mariée à 
Guillaume de l'Epine. Jean-Baptiste-Marie-Achille 



-43 — 

de Grille , marquis d'Estoublon , épousa , le 5 fé- 
vrier 1744 , Anne-Charlotte de Galian , fille de 
François -Pierre de Galian , duc de Gadagne. Il 
eut de ce mariage six enfants. 

La branche des marquis d'Estoublon descend de 
Jean-Baptiste de Grille , deuxième fils de Jacques 
de Grille et de Delphine de Sartres , qui épousa , 
en 1695, Louise de Gleyse de Foiirchon, fille d'An- 
toine de Fourchon et de Catherine de Grille. Il en 
eut quatre enfants : 1° Joseph- Jean- Baptiste de 
Grille, qui épousa, en 1729, Françoise de Laugier 
Montblanc ; 2° Jacques, sacristain de l'église d'Ar- 
les ; 3' Antoine^ major général de l'armée commandée 
en Piémont par le chevalier de Belle-Isle et tué 
avec ce général, en 1745 ; 4" Jean - Baptiste de 
Grille , maître de camp de cavalerie et lieutenant 
dans la compagnie des grenadiers à cheval. 

Les de Grille étaient alliés aux de La Tour, aux 
d'Arbaud, de Meyran , de Varadier, de Villages, 
d'Eiguières, d'Antonnelles, de Bastony, de l'Estang, 
de Piquet , de Romieu , de Quiqueran-Ventabren , 
de Badet, de Forbin La Barben, de Coriolis, de 
Villeneuve Trans, de Porcelet (i). 

(1) Nobiliaire de Provence, Passim. 

V. Bibl. Méjanes Ms 388, p. 26g, et au Ms 777, la généalogie 
des de Grille, jusqu'au milieu du XVI* siècle. 

On y trouve mentionnés deux actes des 20 août 1449 et 
26 juillet 1459, dans lesquels Jacques Grille est qualifié hono- 



Jacques de Grille, sieur de Robias et d'Estoublon, 
fut maintenu dans sa noblesse, en 1667, P^** les 
commissaires chargés de vérifier les titres nobi- 
biliaires (i). Nommé viguier à la place de son père, 



rabilis vir, mercator Jannensis. Jacques de Grille fit cinq 
testaments success'fs dont ce recueil donne des extraits curieux. 

« Jacques Grille, par l'abondance de ses richesses acquit la 
noblesse que sa naissance ne lui donnait pas. Il prend la qualité 
de noble dans son contrat de mariage, du 27 novembre 1444 
(Not. Guillaume Raimondi), avec Magdelaine Boïe. » 

Sur la famille de Grille, en dehors de l'Histoire de la noblesse 
de Provence d'Artefeuil, on peut consulter la Critique du Nobi- 
liaire de Provence, Ms 800, de la Méjanes; Nostradamus, Hist. 
de Provence, Maynier, Histoire de la principale noblesse de 
Provence. La Toscane Française, par VHermite de Souliers. Le 
Recueil de ce qu'il y a de plus honorable sur les de Grille, 
par Benoît Castagneto, édit. de lôgS, enfin les Registres et 
Archives de la ville d'Arles. 

La noblesse d'Arles, par P. Véran, p. i33. 

Bonnemant. Notes sur l'histoire civile d'Arles, t. i, p. 17 
et sqq . 

Recherches historiques sur Beaucaire, Avignon, 1718. 

Cfr. Nobiliaire des Bouches du-Rhône, p. log, au sujet des 
descendants actuels, encore établis à Arles. Devise : Nitimur in 
vetitum. Armes : de gueule à la bande d'argent, chargée d'un 
grillon de sable. 

(i) Voir aux archives des B.-du-R. fonds Nicolaï, n" 102, 
Note de divers jugements de noblesse concernant plusieurs 
familles d'Arles et autres, qui leur sont alliées, rendus par les 
commissaires, députés par le roi en 1667, lesquels se trouvent 
dans les archives de la Cour des Comptes de Provence. On y 
lit les noms de François d'Ayguières, Joseph d'Arlatan de 
Beaumont, François et A ntoine de Barrême, Jacques de VE&- 
tang, Jacques de Grille, Charles de Romieu, Jean Sabatier^ 
Louis-Gaspard de Saint- Andiol. 

Cfr. le Tableau alphabétique du jugement de noblesse 
en «667.... fait par messire de Bonnand de Saint-Pons de la 



— 45 - 

il débuta dans ces fonctions le 22 nîars 1654 " auquel 
jour il fut mis en possession dudit office et assista 
au premier conseil de la maison commune (i). » 
En 1674, il vendit sa charge à Etienne de Meyran 
d'Ubaye (2) et devint trésorier de la ville. La même 
année Louis XIV lui donna des lettres de marquisat, 
« Les lettres de marquisat du sieur Jacques de 
Grille , sieur de Roubias et d'Estoublon , sont de 
cette année 1674, sçavoir sa personne et sa portion 
de la terre d'Estoublon, pour ses successeurs mar- 
quifiés (3). » 

L'Académie avait déjà à cette époque (août 1666) 
certains statuts ou règlements que chacun des mem- 
bres devait signer ; mais le Registre, oti nous trou- 
vons cette prescription, n'a pas conservé le texte de 
ces statuts. Ce n'était vraisemblablement qu'une 
ébauche et il paraît même que l'on y attachait 

Galinière, conseiller en la Cour des comptes, aides et finances 
de Provence, en 1780, archives des B.-du-R. Fonds Nicolaï, 102, 
Extrait des Registres du greffe de la commission pour la recher- 
che des faux nobles (1666), ainsi que plusieurs autres pièces 
de ce même carton, 
(i) Annales d'Arles, Ms bibl. Méjanes, 806. 

(2) Etienne de Meyran fut viguier d'Arles de 1674 à 1687, 
puis sa charge fut donnée à son fils, Jacques de Meyran, qui 
avait épousé une fille de Jacques de Grille. De 1574 a 172g, 
les familles de Grille et de Meyran fournirent tous les viguiers. 

(3) Annales d'Arles, Ms de la Méjanes, 807, note marginale. 
C'est à tort que le Nobiliaire des Bouches-du-Rhône (p. 122) 
assigne la date de 1664 à l'érection du marquisat d'Estoublon, 



- 46 — 

très peu d'importance. Au mois de juin 1666, M. de 
Mellac de Montcalm (i) , conseiller au Parlement 
de Toulouse , témoigna le désir de faire partie de 
la nouvelle association , du « petit corps » comme 
dit le Registre. Il venait souvent à Arles, oti il avait 
des propriétés. Il se distinguait par une connais- 
sance assez approfondie de la langue grecque. 

II fut le premier membre admis par « le petit 
corps » et voici comment le Registre raconte son 
admission, à la date du lundi 21 juin 1666 : 

« M. de Melac fut reçeu dans la mesme assemblée 
au nombre des académiciens, après leur avoir tes- 
moigné le désir qu'il avoit d'estre du corps et qu'on 



(i) La famille de Montcalm est originaire du Rouergue, mais 
elle était fixée à Arles depuis nombre d'années. Elle a donné des 
sénéchaux du Rouergue, des juges-mages de Nîmes, des officiers 
distingués, des magistrats. Le premier Montcalm dont l'histoire 
fasse mention vivait au XIII* siècle. Les seigneuries de S. Véran, 
de Tournemire, de Viala, de Candiac, de Gozon, de Mellac appar- 
tenaient à cette famille. Robert de Montcalm, baron de Fresque, 
était président au Parlement de Provence, en ibj6. Pierre de 
Montcalm, conseiller au Parlement de Toulouse, était fils de 
Louis de Montcalm, conseiller à la Chambre de l'édit, séant 
à Castres. Il avait épousé, en i663, Madeleine de Vignolet, 
fille de Gaspard de Vignolet, président à la Chambre de l'édit 
de Castres. Un de ses frères devint aide de camp du maré- 
chal de Schomberg. 

Le marquis de Montcalm , maréchal de camp, le vaillant 
soldat qui se distingua par sa lutte contre les Anglais, au 
Canada (1712-1759) était de cçtte famille. Voir aux archives 
des B.-du-R., fonds Nicolaï, ni, plusieurs pièces relatives aux 
Montcalm. 



l'eust proposé et agréé. Il fit un petit discours fort 
civil sur sa réception et parla ensuite sur la ques- 
tion proposée où il fit voir son érudition et les co- 
gnoissances qu'il avoit de la belle philosophie et 
de la langue grecque. On lui proposa l'observation 
des règlements ou statuts que chascun devoit signer, 
ce qu'il contredit avec quelques raisonnements tou- 
chant l'indépendance et la liberté de l'Académie (i). » 

Ainsi, en pleine séance, les statuts étaient attaqués 
et traités d'inutiles, sans que le Registre mentionne 
aucune réclamation. Les choses changèrent après 
l'admission de M. de Grille. Il s'était astreint, par 
déférence , à toutes les formalités en usage et, en 
marge du Registre, on peut lire cette note significa- 
tive : « Ledict sieur de Robias avoit rendu visite 
à chascun des académiciens pour leur demander en 
particulier leur consentement, quoy qu'il eust desja 
celui de l'Académie en général pour sa réception , 
et depuis l'Académie a faict une loi de cette visite, 
qui doit être inviolable (2) » 

Peu de jours après, le 16 août, « on leut un long 

(i) Registre, fol. 4, verso. — Le nom de M. de Montcalm ne 
figure pas dans la liste des académiciens donnée par le Ms 1060, 
de la Méjanes (p. 211) et selon P. Véran, l'auteur de ce Ms 
ainsi que du Sommaire des délibérations (conservé à la bibl. 
d'Arles), il n'aurait été admis que le 6 juin i66- . Il y a là une 
erreur évidente. Le nom de M. de Montcalm se trouve parmi 
les signataires des statuts, fol. 28 du Registre de l'.Xcadémie, 

(2) Registre de l'Académie, fol. 10, verso. 



— 48 - 

discours de M. de Robias , par lequel il prouvoit 
l'importance et la nécessité de se faire des lois et 
de s'y soumettre (i). » 

Il y avait une allusion évidente au discours de 
M. de Montcalm. Le Registre se charge de nous l'ap- 
prendre : « Notta que ce sentiment devoit être inspiré 
à l'Académie pour dissiper l'opinion où l'on l'avoit 
mise d'une prétendue liberté et indépendance (2) » 

Déjà le 9 août, on avait examiné une lettre de 
l'abbé Jacques de Boche (3), chanoine et sacristain 

(i) Registre de l'Académie, fol. 11, verso. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 11, verso. 

(3) II était le frère du marquis Henri de Boche. Il y eût 
successivement quatre abbés de Boche , sacristains de Saint- 
Trophime : Jacques de Boche, protonotaire apostolique, au- 
mônier de la reine, abbé de Lure, vicaire général d'Arles sede 
vacante. II avait été élevé auprès du cardinal de Guise et fut 
deux fois député à l'assemblée du clergé. Il était déjà en 
possession de son bénéfice en i63i. Le second, François de 
Boche, résigna son bénéfice à Henri de Boche, clerc tonsuré 
(19 août i655;, Henri de Boche, abandonna l'état ecclésiastique 
pour embrasser la carrière des armes et résigna ses bénéfices 
à son frère Jacques de Boche, clerc tonsuré, en 1659. 

La prébende de sacristain semblait héréditaire dans cette 
famille. On sait que le sacristain était le troisième dignitaire du 
chapitre de Saint-Trophime : dans d'autres églises il portait le 
nom de trésorier. 

Jacques de Boche était né en 1646 et il fut pendant plus de 
60 ans attaché au chapitre de Saint-Trophime. Il embrassa les 
erreurs janséniennes et mourut de la peste, le 24 août 172 1, 
sans avoir voulu rétracter son appel et Mgr de Forbin-Janson 
Interdit l'abbé de Verd qui lui administra les derniers sacre- 
ments. 11 fut enterré, par les soins du commandant de Romieu, 
son parent et son ami, dans l'église ruinée de Saint-Bertulphe. 
Dans une Lettre d'un bénéficier de l'église d'Arles à un de ses 
amis sur la mort de l'abbé de Boche, sacristain de la même 
église, ib août 1721, nous lisons : 



— 49 — 

de l'église de Saint-Trophime , qui achevait ses 
études à Paris. Il demandait à faire partie de l'Aca- 

« L'abbé dont nous pleurons la mort naquit sur la fin de 
l'année 1646. Dès l'âge de i3 ans, il entra dans l'état ecclésias- 
tique et en possession de la dignité de sacristain, qu'il a gardée 
62 ans. La suite de sa vie a fait voir que c'étoit Dieu qui l'appe- 
loit et non la veûe d'un bénéfice qui l'attiroit à l'Eglise, Quoyque 
ce bénéfice soit d'un revenu peu considérable, il s'en est toujours 
contenté et il y trouvoit de quoy fournir à des aumônes abon- 
dantes; il en acquittoit les obligations par une assiduité aux 
offices divins, que les temps les plus rigoureux et ses infirmités 
ne pouvoient interrompre, il prevenoit tous les jours les matines 
par une demie heure d'oraison. Le temps que l'office luy laissoit 
vacant étoit employé à l'étude, h la prière, à l'instruction et au 
soutien des établissements de piété qui tous subsistoient par 
sa prudence et sa charité. La douceur, la modestie et l'amour 
de la retraite ont fait son caractère particulier, ce n'est pas qu'il 
n'eut de quoy fournira la société, la justesse de son jugement, 
la douceur de son esprit, son affabilité le faisoient chérir de 
tout le monde. 11 fut député du second ordre à la célèbre 
assemblée de 1682. Les plus respectables têtes du clergé con- 
nurent alors son mérite, et plusieurs ont voulu estre en 
relation avec lui pendant tout le reste de sa vie. Son érudition 
étoit le fruit d'une étude assidue, accompagnée d'un jugement 
solide qui saisissoit tout d'un coup les difficultés, et qui, sans 
se laisser éblouir par des solutions plus ingénieuses que réelles 
ne pouvoit se tranquilliser que sur la vérité. » p. 6. Cette lettre 
qui comprend 7 pages, in-4*', est conservée aux archives des 
B.-du-R., fonds Nicolaï, 107, p. 55, avec une série de pièces 
relatives aux de Boche, y compris la généalogie dressée, en 1660, 
par Henri de Boche et les titres originaux des bénéfices de 
François, Henri et Jacques de Boche. Henri de Boche mourut 
en 1721, quelques mois avant son frère, le sacristain, qui fut 
le dernier représentant de cette famille. 

Les armes des de Boche se voient encore à l'une des clefs 
de voûte de la sacristie de Saint-Trophime d'Arles, construite 
en i655. La chapelle de la Transfiguration à Saint-Trophime 
appartenait à la famille de Boche. 



— 50 — 
demie dont il avait entendu parler « car elle avoit 
déjà faict du bruict dans le monde. » On accéda à 
sa demande, mais à la condition expresse que, à son 
retour, il remplirait les formalités prescrites et se 
conformerait aux règlements. 

Le i6 août, on accorda à l'abbé François Flèche 
la faveur d'assister comme auditeur à l'assemblée 
ordinaire (i), ce qui l'engagea à demander à faire 
partie de ce « petit corps. » Le chevalier de Romieu, 



(i) s M. l'abbé Flèche fut introduit dans l'assemblée comme 
auditeur, de l'aveu de tous, ce qui lui donna un grand désir 
de demander sa réception. » Registre , fol. 2, verso. L'abbé 
François Flèche appartenait à une famille très honorable de 
la ville d'Arles et il avait une certaine réputation d'éloquence. 
Les annales d'Arles nomment, parmi les consuls bourgeois de 
Tannée i663, un M. Flèche, sans doute parent de l'abbé. Aux 
archives des B.-du-R., fonds Nicolaï, n° 102, dans une pièce 
relative aux jugements portant décharge de l'amende imposée 
pour usurpation de noblesse (en 1667, 6 septembre), nous avons 
relevé le nom d'Antoine Flèche , à côté de celui d'Antoine 
Azégat, maître d'hôtel du roi (novembre 1668); Louis d'Azégat, 
gentilhomme de la chambre du roi (29 février 1668), également 
déchargés de l'amende qui leur avait été infligée à tort. 

L'abbé Flèche s'occupait d'archéologie locale. 

En i65i, on découvrit, devant les deux colonnes du théâtre 
d'Arles, une statue de femme qui fut donnée , en i683 , à 
Louis XIV. C'est la Vénus d'Arles. Les savants se divisèrent sur 
la question de savoir si cette statue représentait Diane ou 
Vénus (a). Avec Rebattu, avec M. de Grille, avec le P. Daugières, 
avec l'Académie presque entière, l'abbé Flèche pensait que c'était 
une statue de Diane et il inséra dans le Mercure une disser- 
tation, pour établir cette opinion depuis lors abandonnée. Ce 
marbre est une copie de la Vénus en bronze de Praxitèle. 

(k) V. Etudes sur Arles, par Estrangia, i8;8, in-8, p. ;6 et sq.q- 



- 51 — 

directeur , répondit à sa lettre du 2 3 août en lui 
indiquant les formalités à remplir, et ce fut après 
qu'il s'y fut soumis qu'on l'admit (3o août 1666). 
Grâce aux soins que M. de Grille apportait pour 
assurer l'observation des règlements, l'Académie se 
montrait désormais très sévère sur ce point. Il fut 
même résolu que l'on donnerait à ces règlements une 
forme définitive, et le 3o août 1666, une commission 
fut chargée de les élaborer. M. de Grille était désigné 
pour la présider et on lui adjoignit comme auxiliaires 
le secrétaire de Bouvet et MM. de Gageron et de 
Sabatier. 

« Nous remarquerons, avant de passer plus avant, 
que ce fut dans cette assemblée (3o août 1666) où 
MM. de Gageron, de Sabatier et de Bouvet furent 
nommés pour conférer avec M. de Robias sur les 
statuts et règlements qu'il falloit dresser. Ils s'assem- 
blèrent pour cela diverses fois chez ledit sieur de 
Robias , où ayant consulté les premiers mémoires 
de l'Académie, ils convinrent enfin de les mettre en 
ordre, en dressèrent le plan et le mirent en estât 
d'estre veu et examiné à la prochaine assemblée. 
M. de Robias donna tous ses soins et son application 
à cet ouvrage, et tut prié de donner les commen- 
taires qu'il avoit fait pour cela (i). » 

(i) Registre de l'Académie, fol. 12, verso. 



- 5-2 - 

Le travail préparatoire dura près d'un mois, et 
ce fut le 28 septembre 1666, que M. de Grille lut 
à la séance de l'Académie, son rapport très développé. 
Il commença par commenter longuement les statuts 
de l'Académie de Sienne, que le Registre reproduit 
« comme un avant propos des règlements de l'Aca- 
démie d'Arles (i). « 

Il fit, à ce sujet, une dissertation légèrement pédan- 
tesque sur laquelle nous passons rapidement, tn 
terminant , il déclara que les statuts de l'Académie 
de Sienne étaient beaucoup trop vagues , et insista 
sur la nécessité d'en adopter de plus précis , puis 
il proposa ceux qu'il avait rédigés , d'accord avec 
la commission 

Ces statuts furent adoptés sans discussion. Le 
18 octobre suivant, l'Académie, sur la proposition de 
M. de Grille, prit pour devise ces mots : Lœtabor 
genuisse pares et un lion entouré de lionceaux (2), 
et le 3o octobre « il fut résolu que l'Académie 
prendroit des armes , outre la devise , dont nous 
avons déjà parlé, qui seroient le lion de la ville, 

(i) Registre de l'Académie, fol. i3, verso. 

(2) Cette décision fut prise du consentement de tous les 
membres présents à la réunion « et parce que TAcadémie s'est 
proposé beaucoup de déférence pour tous ceux qui la composent, 
on pria M. de Sabatier qui s'en alloit à Aix, où M. de Gageron 
se trouvoit pour lors, de l'entretenir de cette résolution et d'en 
tirer son agrément qu'il apporta lui-mesme bientost après. » 
Registre de l'Académie, fol. 17, verso. 



— 53 — 
portant dans un cartouche, en lettres dor, ces mots : 
Academia Arelatensis , et que ces mesmes armes 
seroient le sceau de l'Académie (i). » 

Les mille petits détails de l'organisation étaient ' 
prévus; et partout nous reconnaissons la main d'un 
homme habitué au maniement des affaires. Au mois 
de novembre, M. de Grille fut nommé secrétaire à 
la place de M. de Bouvet, malgré sa résistance et 
les excuses qu'il allégua (2). Le secrétaire était la 
cheville ouvrière de l'association et M. de Grille 
s'acquitta de sa nouvelle fonction avec beaucoup 
de zèle. 11 insista (3) sur la nécessité de conserver 
^es pièces soumises au jugement de l'Académie, e^ 
organisa les archives de la société. Un peu plus 
tard, il rédigea un formulaire à envoyer aux mem- 
bres externes, « qui pût servir généralement pour 
tous ceux que la compagnie voudroit agréger de 
cette manière (4). » Ce formulaire dispensait d'écrire 
à chacun une lettre différente, en réponse à leur 
demande d'admission. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 18. 

(2) « Dans cette mesme séance (8 nov. 1666) M. de Robias 
fut prié d'accepter la charge de secrétaire de l'Académie , à 
jaquelle il fut installé nonobstant toutes les raisons d'affaires, 
de charges et autres excuses qu'il allégua. » Registre de l'Aca- 
démie, fol. 20, verso. 

(3) Séances du 29 novembre et du 6 décembre 1666. 

(4) Séance du i3 décembre 1666, Registre, fol. 23 recto. Le For- 
mulaire fut accepté par l'Académie, dans la séance du 28 dé" 
cembre 1666, tel que M. de Grille l'avait rédigé. 



Le 22 novembre, il avait été prié par ses collègues 
« de faire le caractère de tous les académiciens , à 
quoy il n'a pas encore satisfait, alléguant pour son 
excuse l'occupation qu'il avoit de ramasser les divers 
mémoires de l'Académie pour les insérer au présent 
registre (i). )^ Il lui fallait , en effet , rédiger les 
comptes-rendus des séances et s'occuper de tout ce 
qui intéressait l'Académie. 

Celle-ci continuait ses travaux et se réunissait 
régulièrement chez les PP. Cordeliers : chaque fois 
on lisait quelque pièce de vers ou de prose, quelque 
dissertation historique ou littéraire, sur laquelle on 
discutait ensuite. Pour éviter toute difficulté, il fut 
résolu que tous les ouvrages envoyés à l'Académie 
seraient examinés par deux ou trois commissaires 
désignés par le directeur en exercice. A la séance 
suivante, ce rapport était lu et soumis à l'approbation 
de l'Académie (décision du 29 nov. 1666). 

Les critiques malveillantes avaient cessé, et Ton 
tenait à présent pour fort honorable de faire partie 
du « petit corps. » Les adhésions se multipliaient. 

Le 4 octobre 1666, le sacristain de Boche, de 
retour de Paris assista à la séance , puis fut reçu 
le 25 octobre , « après avoir fait ses visites et ses 
civilités. » Selon l'usage, il remercia l'Académie par 

(1) Registre de l'Académie, fol. 20, verso. 



un petit discours, et le 3o octobre, il parla dans la 
la séance ordinaire « des principales actions de 
Henri IV. » 

Le 2 5 octobre, le P. François Vinqy, religieux 
minime et orateur distingué, demanda le titre d'aca- 
démicien. Sa lettre mit les académiciens dans l'em- 
barras , car ils s'étaient imposé pour loi de ne 
recevoir aucune personne appartenant à un corps 
religieux. Après une longue discussion, ils admirent 
cependant le P. Vinay « en raison de ses talents 
supérieurs , » mais ils protestèrent « de n'accorder 
plus à personne cette faveur durant la vie de ce 
père , se contentant d'honorer en sa robe celle de 
tout Testât monastique (i). » 

Le 14 novembre, le P. Vinay fut agréé comme aca- 
démicien, il « fut introduit et fit sa harangue. » 

Lorsque, un mois après (i3 déc), l'Académie reçut 
la lettre du P. Chérubin Rupé (2) qui sollicitait 
le même honneur, il y eut dans le « petit corps » 
une longue hésitation et quelques membres rappe- 
lèrent la loi expresse de ne recevoir aucun religieux. 
Enfin, il fut résolu que l'on donnerait au P. Rupé 
le titre d'académicien externe et ce fut à son occasion 
que l'on rédigea le formulaire , dont nous avons 
parlé plus haut, 

(i) Séance du 3i octobre 1666 , Registre de l'Académie, 
fol. 18, verso. 
(2) La lettre est écrite de Béziers et datée du 5 déc. 1666. 



— 56 — 

A la fin de l'année 1666, l'Académie se composait 
de i3 membres choisis parmi les représentants les 
plus en vue de la noblesse, de la bourgeoisie, de la 
magistrature, de l'armée et du clergé arlésien. 

Tous étaient pleins de zèle, et les séances étaient 
très suivies. Non seulement les membres y apportaient 
leur concours personnel, mais encore ils examinaient 
nombre de pièces qui leur étaient soumises par des 
étrangers (i). Malheureusement, ces pièces étaient 
trop souvent des jeux d'esprit sans grande valeur. 

Gardons-nous cependant d'une excessive sévérité et 
rappelons-nous .que les débuts de l'Académie française 
elle-même furent des plus modestes. Ses travaux furent 
d'abord assez médiocres et, en 171 3, Fénelon (2) 
voulait lui donner une nouvelle vie ne com- 
prenant pas qu'une si illustre compagnie réduisît 
son activité à conférer sur des mots , entendre des 
harangues, aller en députation complimenter le roi, 
les princes et même ses propres membres, sur le 
moindre événement. 

Le reproche renfermé dans les paroles de Fénelon 
était bien plus mérité par l'Académie d'Arles que 

(i) « Ensuite on examina la pièce d'un père Récollet, recteur 
de théologie, et après l'avoir censurée on la renvoya. i> Séance 
du 2 juillet 1666. « L'assemblée, après avoir examiné et corrigé 
es ouvrages, les renvoya. » Séance du 26 juillet 1666. Voir le 
Registre de l'Académie. 

(2) V. Le Mémoire sur les occupations de l'Académie fran" 
çaise. 



— 57 — 
par l'Académie française. Néanmoins il ne faut rien 
exagérer, et il faut tenir compte des mœurs de cette 
époque où la politesse était très méticuleuse et où 
les questions d'étiquette ne pouvaient, à aucun prix, 
être négligées. 

Les académiciens d'Arles avaient de la bonne vo- 
lonté. Le registre de l'Académie a conservé les titres 
des nombreuses dissertations lues et examinées par 
eux. Si, en général, elles sont de peu d'importance et 
si les panégyriques sont peut-être nombreux, elles té- 
moignent du moins d'un sérieux effort littéraire (t). 

(i) Voici quelques échantillons des sujets traités par les 
académiciens, d'après le Ms 1060, p. 8 à i5, et d'après le 
Registre de l'Académie. 

Dissertation prouvant que la guerre est plus utile à la 
France que la paix. 

Dissertation tendant à savoir qui est plus heureux du riche 
ou du pauvre. 

Dissertation sur la félicité des maux. 

Dissertation prouvant qu'il y a plus à espérer d'une femme 
qui paraît insensible que de celle qui a déjà quelque enga- 
ment. • 

La jalousie entre deux amants est-elle plus forte que celle 
entre deux concurrents de gloire? 

Elégie en faveur de la liberté contre l'amour. 

Si la véritable dévotion peut compatir avec la véritable 
galanterie. 

Quel est le remède le plus assuré contre l'amour, le voyage, 
ou la guerre, ou le jeu .'' 

Ces messieurs s'étant avisés que Tibulle avait bien des pensées 
contre les bonnes mœurs, il fut dit et ordonné qu'il serait 
relégué dans le cabinet et banni à perpétuité de l'Académie. 

Le 5 juillet 1666, M. de Gageron fit un discours historicjue 
des Horaces et des Curiaces, 



- 58 - 

Nous ne devons pas être surpris que les sujets rap- 
pellent beaucoup ceux qui étaient traités dans les 
anciennes cours d'amour. Le génie provençal n'avait 
pas changé, et la galanterie tenait une large place 
dans les préoccupations des gentilhommes qui com- 
posaient la noble Académie. Les dames n'étaient 
pas exclues de leurs réunions et, le 19 juin 1666, 
^« madame Delphine de Sartres, épouse de Jacques 

Le ig juillet 1666, M. Paul Antoine de Romieu, lieutenant 
du sénéchal en ce siège, adressa un long panégyrique à l'Aca- 
démie. 

2 juillet, directeur M. Giffon. 

Assemblée extraordinaire, lecture, par le directeur, d'une 
harangue latine à l'honneur du corps. 

Le 19 juillet, M. de Cays expliqua le commencement de 
l'Enéide. 

21 septembre 1666, M. de Romieu fit le récit du commen- 
cement de l'histoire de Malte. 

16 octobre, M. de Cays récita les principales actions de 
Pompée., 

29 novembre, M. de Sabatier fait un récit succinct au roi 
sur la levée du siège de Gironne. 

20 décembre 1666, invitation de faire lecture de l'histoire 
et dé la géographie aux séances. M. de Cays, directeur, recom- 
mande la lecture de la Gazette. 

Certains sujets étaient réellement scabreux. M. de Sabatier 
lut plus d'une fois des pièces très légères, et il n'était pas seul. 

Sur l'impatience d'un amant pour le retour de sa maîtresse. 

Sonnet sur une belle endormie dans un parterre et à laquelle 
une abeille avait piqué le sein. 

Est-on plus malheureux d'aimer une femme qui nous fuit 
que d'être persécuté par une qui nous aime et que l'on hait. 

Qui est le plus heureux, du mari qui possède sans être aimé, 
ou de l'amant qui est aimé sans posséder. 

On voit que nous aurions tort de tout justifier et plus encore 
de tout louer. 



— 59 - 

de Grille, fit une dissertation par laquelle elle prouva 
que les académiciens doivent produire leurs ouvrages 
et ne pas les tenir cachés (i). » Les études histo- 
riques et philosophiques n'étaient pas oubliées, et 
M. de Sabatier racontait parfois quelque épisode de 
ses campagnes, tandis que le chevalier de Romieu 
donnait aux académiciens la primeur de ses recher- 
ches sur l'Ordre de Malte et que M. de Cays expli- 
quait quelque passage de Virgile ou d'Horace. 
Faut-il aussi rappeler que ces gentilshommes ma- 
niaient souvent mieux l'épée que la plume, et que la 
littérature n'était guère pour eux qu'un passe-temps, 
une agréable et utile distraction ? Ils appréciaient 
du moins les choses de l'esprit à leur juste valeur 
et leurs efforts étaient dignes d'encouragement. 

(i) Ms 1060, p. 6. Cfr. Registre de l'Académie, fol. 5, verso. 
C'était un des reproches que l'on faisait à l'Académie, et nous 
verrons que, plus tard, elle essaya d'y répondre. 



CHAPITRE III. 

Les séances du 2 et du 3 janvier 1667. — Discours de M. de 
Grille sur les armoiries des académiciens. — Promulgation 
des statuts. 



Jacques de Grille fut désigné comme directeur 
pour le mois de janvier 1667. Chaque nouveau 
directeur avait coutume de prononcer un petit dis- 
cours, en prenant possession de la direction et en 
la quittant. Cet usage fut observé pendant plus 
d'un an , puis abandonné parce qu'il causait une 
perte de temps inutile (i). M. de Grille s'y conforma. 
« Le troisième jour de janvier (2) jour de lundy, dans 
la sale haute de l'Académie , au couvent des Cor- 
deliers, M. de Robias commença sa direction ayant 
fait un petit discours , en forme de compliment à 
la compagnie , suivant la coutume. Après quoi il 
demanda la permission d'insérer dans le présent 

(i) A la séance du 9 mai 1667. V. Registre, fol. 46. 

(2) Registre de l'Académie , fol. 2g et s.q.q. Nous citerons 
le récit qui y est consigné, sans en rien retrancher à cause de 
son importance. Nous respectons même l'ortographe et ses 
capricieuses variétés. 



— 61 — 

registre ce qui s'était passé de mémorable pour le 
corps le jour précédant. » 

Cette journée du 2 janvier 1667 fait époque dans 
les fastes de l'Académie d'Arles, car ce jour-là eut 
lieu la promulgation solennelle des statuts adoptés 
dans la séance du 28 septembre 1666 (i). 

Voici le compte rendu inséré dans le Registre. 

« Le deuxième janvier 1667 , les académiciens* 
priés par M. de Robias se trouvèrent à la messe 
solennelle du Saint-Ksprit , qui fut célébrée avec 
une grande cérémonie au maistre autel des RR. PP. 
Cordeliers. Après quoy il les traita chez lui où, à 
l'issue du dîné, l'Académie fut régalée d'une belle 
harangue prononcée de fort bonne grâce par un 
jeune enfant (2) qui présenta ensuite à ces messieurs 
douze distiques latins ou épigrammes ( 3 ) , sur le 

(i) Registre de l'Académie, fol. 17. 

(2) Le Registre ne donne pas le nom de cet enfant, qui était 
sans doute le fils d'un des académiciens, peut-être François de 
Grille, fils du secrétaire. 

(3) Voir ce que nous avons dit plus haut de la séance du 
22 novembre 1666, où M. de Grille fut chargé de faire le 
caractère de tous les académiciens. L'usage des devises était 
alors très à la mode. M. à^Arlatati de Beanmont en avait déjà 
envoyé à l'Académie. Dans les Recueils de la Bibliothèque 
Méjanes, nous avons trouvé de nombreuses devises, entre autres 
une Devise pour le Roi, par M. de Brianville, exemplaire ayant 
appartenu à Conrart ; et les Devises Héroïques sur les armes de 
Mgr de Colbert, à Paris, chez Sébastien Mabre Cramoisy, im- 
primeur du roy, 1667, par Orontius Fineus, pseudonyme dç 
M. de Brianville. 



- 62 - 

sujet de leurs armes dont le tableau estoit exposé 
sur la cheminée , dans lequel on voyoit l'escusson 
avec les pièces et esmaux d'un chascun, selon l'ordre 
des directions; et dont M. de Robias faisoit présent 
ce mesme jour à l'Académie, laquelle a trouvé bon 
de mettre ici au long la ditte harangue et distiques : 

Messieurs , 

Votre académie a fait un si beau bruit dans le 
monde qu'il faudroit n'en estre point pénétré pour 
ignorer les belles vérités que la renommée en publie. 
Nostre ville est charmée de vostre heureux dessein. 
La province vous en loue, nos voisins vous en féli- 
citent et toute la France vous applaudit ou vous 
admire. Cepandant , messieurs, qu'elle me dise les 
moyens de vous exprimer sa joye, je ne puis plus 
contenir la mienne, je viens vous la témoigner par 
quelques saillies d'amour que je ne nomme point, 
parce que je n'en cognois point la nature. Ce sont 
des pièces du cœur, si cela se peut dire, plustôt que 
de l'esprit qui ne sçauroient vous déplaire, si vous 
en considérez le principe. J'advoue, messieurs, que 
vous serez surpris de ma témérité si vous ne regardez 
qu'à ma taille, vous direz sans doute que je le porte 
bien haut pour un petit jeune homme et qu'il est 
bien difficile que tous mes efforts arrivent jamais 
à la hauteur de votre gloire ; j'espère pourtant, mes- 



— 63 — 

sieurs, que ce qu'il y a de defîaut dans cette entre- 
prise sera réparé par mon intention et par la nou- 
veauté de l'ouvrage , et tout cela par la bonté et 
générosité qui vous est naturelle. 

Mais qu'ai-je à craindre en ce dessein 

Pourquoy prédire ma disgrâce? 

Les mesmes nymphes du Parnasse 

Qui vous ouvrent leur sein, 

Flattent ma jeune audace 

Et me donnent la main. 

Il est vray, sçavantes pucelles, 

Que pour couronner mes héros 
Je me passerois bien de vos mains immortelles, 

L'amour anime mes travaux 
Et luy-mesme a cueilli quelques fleurs assez belles 
Dont je leur ai tissu de guirlandes nouvelles 
Qui leur plairront mieux que tous les lauriers 

Des conquérants et des guerriers. 

Cela veut dire, messieurs, que pour dire du bien 
de vous, je n'ay besoin que de vous-m.esme, vostre 
nom est un éloge et il ne faut que vous bien définir 
pour vous bien louer. Qui dit un parfait académicien 
ne dit pas seulement un sçavant poli et un galant 
discret, un esprit doux et complaisant, mais un ami 
généreux, un bon citoyen et un fidèle sujet. Il n'a 
pas moins les vertus morales que les intellectuelles, 
c'est l'homme achevé, le composé véritable du sage 
de Sénèque et du courtisan parfait, il est enfin cet 
agréable universel que les jeunes gens se doivent 
proposer pour idée , à qui les dames ne peuvent 



- 64 - 

reffuser leur estime, que tous les grands honorent 
de leur amitié et les vieillards de leur approbation. 
Cela est si vrai", messieurs, que votre arrivée au 
Parnasse semble adjouter quelque chose à la félicité 
des dieux. Apollon s'en réjouit , il en félicite les 
Muses, il leur detfend le deuil et les chants lugubres, 
il fait des remercîments à vostre patrie qu'il appelle 
la mère et la nourrice des lions (i). 

(i) Les armes de la ville d'Arles portent d'argent au lion 
léopardé , assis, la patte dextre tenant une hampe avec l'ins- 
cription S. P. Q. A., le tout d'or. Devise, tantôt: ab ira leonis, 
tantôt, Urbs Arelat. hostibus hostis et ensis (ces armes sont 
à enquerre, métal sur métal.) 

« L'ancien blason de la ville d'Arles était un lion accroupi, d'or 
sur un fond d'argent, avec la demande du franc carton, fond 
d'azur avec une fleur de lis d'or. — Voici ce que porte, à cet 
égard, une délibération du conseil municipal d'Arles, du 24 no- 
vembre 1814, que je transcris littéralement : Nous lisons dans 
Suétone (in vita Tiberii , cap. IV), que, l'an 48 avant J.-C, 
César envoya dans notre ville Claude-Tibère Néron, père de 
l'empereur Tibère, pour y fonder une colonie composée de 
soldats de la sixième légion. Cette colonne prit pour armes un 
liort. A cette première autorité, nous joindrons celle d'un monu- 
ment respectable, qui prouve que la ville d'Arles n'a jamais 
changé ses armoiries: nous voulons parler d'une médaille que 
cette ville fit frapper à la mort de Constantin le Grand. Elle 
porte de face la tête voilée de l'empereur, avec cette légende : 

DiVO CONSTANTINO M. PrINC. 

Elle a pour type un lion, et pour légende, memoriœ œternce. 
On lit enfin sur l'exergue : P. A. c'est-à-dire percussa Arelate. » 

Les armoiries actuelles de la ville sont surmontées, depuis cette 
année 1837, de l'amphithéâtre en forme de couronne murale. 
Les trois tours de l'amphithéâtre construites dans le huitième 
siècle, individualisent la cité d'Arles; les mots Civ. Arel. rem- 
placent l'ancienne devise ab ira leonis. Le dessin de ces ar- 



(i.) — 



Voicy, Messieurs, comment jose interpréter cet 
Apollon : 

SONNET 

Quittez, muses, quittez ces accens langoureux 
Dont vous solennisez les pertes que vous faites. 
Cessez de regretter en Testât où vous estes 
Et vos cygnes mourants et vos aiglons peureux. 

Quelques jeunes lyons, hardis et vigoureux 
Hantent nos bois sacrés et nos saintes retraites, 
Cette conqueste vaut mille et mille conquestes 
Et nous n'eusmes jamais un destin plus heureux, 

G toy, par qui je vois accroistre mon empire, 
Mère des beaux esprits que nostre cour admire 
Nourrice des lyons qui révèrent ma loy, 

Arles, je te rendray tous ceux que tu me donnes. 

Mais je te les rendray bien plus dignes de toy, 

Et plus grands et plus forts et chargés de couronnes. 

moiries est de M. Huart, professeur de l'école de dessin, et 
conservateur du Musée lapidaire, et la gravure de M. Véran, 
d'Arles, domicilié à Paris. » 

Etudes archéologiques, etc., sur Arles , par M. Estrangin, 
I vol. in-8, Aix, i838, p. 238. 

Les armoiries d'Arles ont souvent varié, mais le lion s'y 
trouve toujours; les accessoires seuls et la devise ont changé. 
Le lion d'Arles tient à la patte dextre le labarum avec ces mots : 
Civ. Arel. Les variations sont si nombreuses qu'il est difficile 
de les indiquer toutes : La fleilr de lis disparaît et réapparaît 
suivant les régimes politiques. Il y a eu aussi des variations 
dans les métaux et les émaux ; d'anciens sceaux portent aussi 
des tours, comme les armoiries actuelles. 

Cfr. Diction, topographique de l'arrondissement d'Arles, par 
MM. de Revel et de Gaucourt, Amiens, in-4'', 1871, p. 12. 

Voir sur les modifications des armoiries d'Arles, le Nobiliaire 
des Bouches-du-Rhône, par M. de Genouillac, p. 22-23. 

Lire dans le premier numéro de la Revue Félibréenne (i5 
janvier i885) une pièce de vers de Mistral sur le Lion d'Arles, 



- 66 - 

Après ces acclamations, Messieurs, qui vous publient 
pour des lyons, pour des illustres et pour des héros, 
peut-on s'estonner si je parle de vous, et puis-je avec 
quelque apparence de raison vous reffuser mon suf- 
frage après celui de tout le Parnasse. Il est vray. 
Messieurs, que je passe plus avant, j'ose vous faire 
des présents, mais outre que la coutume de donner 
des estraines au commencement de l'année (i) autho- 
rise ma témérité, je ne vous régale que de vos propres 
biens. Les couronnes que je vous offre sont faites de 
l'or et des pierres prétieuses qui naissent dans votre 
fonds. Votre naissance et la vertu de vos ayeuls vous 
ont mérité des blasons illustres dont je ne fais qu'ex- 
poser les grands augures : vous allez voir, Messieurs, 
comme dans une glace naturele, vos propres gran- 
deurs ; que si vous laissez faire à votre modestie, elle 
vous mettra un bandeau sur les yeux pour vous em- 
pêcher de vous recognoistre, elle vous dira de cette 
glace tout ce que l'envie elle-mesme pourroit' vous 
dire, qu'elle est obscure, cassante, peu fine ou enfin 
qu'elle n'est pas sans taches; mais si vous laissez agir 
vos lumières, je ne doute point que vous ne vous 
recognoisssiez aisément. Cepandant, Messieurs, je 
vous laisse ces distiques pour exercer vostre curiosité, 

(i) L'Académie chargea, le 3 janvier 1667,1e P. Vinay a d'ap- 
porter tout ce qu'il pourroit d'observations curieuses sur les 
estreines. » Registre, fol. 36. 



— 67 — 
m'offrant en tout c.s (s'il faut que votre modestie 
l'emporte) d'estre l'écho de l'oracle ou pour mieux 
dire l'Œdipe aussi bien que le Sphinx de mes propres 
énigmes. » 

Au-dessous des armes de chaque académicien se 
trouvait un distique que nous reproduisons avec le 
regret de ne pouvoir reproduire aussi les armes. 

XENIA 

M. DE GAGERON 

Orbes argentatos, rubro in stemmate, primus, 
Sex raerito, cui non sufficit unus, habet. 

M. DE SABATIER 

Concha triplex quae plena fuit dura plena Diana, 
En faecundatur nunc mage rore fratris. 

M. GIFFON 

Altivolans, atque ungue potens rostroque, nec usquam, 
Fortior in Rostris Tullius ipse fuit. 

M. LE CHEVALIER DE ROMIEU 

Quas natura dédit, pulcra quas arte paravit, 
Arcta licet, gazas continet innumeras. 

M. l'abbé de barrême 

Multa legit junxitque puer facienda legendis, 
En bis doctus adest, littera bina probat. 

M. DE BOCHE 

Per mare, per terras tandem deductus in altum, 
Hic moror : o quantum est ambitiosa quies. 



— 68 — 

M. BOUVET 

Sum galeatus ego, est etiam galeata Minerva, 
Vicimus, haud mirum est, hostis inermis erat. 

M. DE CAYS 

Voce leo noscor, noscuntur et ungue leones, 
Me domus, Urbs, cœtus clamât academicum. 

M. DE MELLAC 

Sit satis incautae Veneris juga dura tulisse, 
Dulcius en nobis dat dea docta jugum. 

M. DE ROBIAS 

Nititur in vetitum, vetitos dum quaerit honores 
Hos tantum quaerit quos vetat invidia. 

M. l'abbé flèche 

Telum dulce nimis quo dulcia tela vibrantur, 
Undique tela volant aurea dum loqueris. 

M. LE SACRISTAIN DE BOCHE (l) 

Siste gradum, generose puer, nunc contrahe vêla, 
Monte etenim sacro est ipsa thiara minor, 

LE R. P. viNAY, minime 

Inclita, jus violât, semel, et violasse juvabit, 
Imo juvat, demum régnât Academia. 

La critique et l'éloge étaient agréablement mélangés 
dans ces vers, de valeur très inégale, mais dont quel- 
ques-uns sont charmants et pleins d'esprit (2). Ils 

(i) Les armes du sacristain de Boche se composent des armes 
accouplées de Boche et de Porcelet. 

{2) La devise du P. Vinay rappelle l'exception qui fut faite 
en sa faveur (voir plus haut, p. 55), mais en termes dont il ne 
pouvait que se louer. 



— 69 — 
turent remis à chacun de ces messieurs, « qui eurent 
un extrême plaisir de s'appliquer le sens de l'éloge qui 
leur estoit adressé. » Ils passèrent de main en main, 
et, lorsqu'ils revinrent au directeur, M. de Grille se 
chargea de les paraphraser, dans un style rempli de 
bonhomie et aussi d'affectation. 

II prit la parole et, montrant le tableau qui contenait 
les armes des académiciens, encadrées de palmes et de 
laurier, exposé sur la cheminée : « J'admire en ce 
tableau, dit-il (i), l'addresse du peintre. Messieurs, ce 
n'est pas sans sujet qu'il préfère les palmes et les 
lauriers qui environnent vos armes aux lambrequins, 
supports, cimiers et aux autres embellissements de 
l'escu ; c'est sans doute avec dessein qu'il a préféré 
ces prétieux hiéroglyphes du triomphe et de la victoire 
à toutes ces autres pompeuses images de la vanité des 
hommes ; nous pourrions encore admirer, messieurs, 
l'érudition de notre petit orateur, qui dans les estraines 
qu'il vous présente a si galamment touché l'histoire 
et la fable, qu'il ne nous laisse presque rien à dire 
sur cette matière ; il est vray, messieurs, que pour 
ne nous esloigner pas de son esprit et de son intantion 
il ne faut vous entretenir aujourd'huy que de votre 
propre gloire. » 

(i) Registre de l'Académie, fol. 32 et s.q.q. 



— 70 - 

Orbes argentatos, etc. — m. de gagëron 

Ce premier académicien porte de gueules a six 
besants d'argeant, 2 et i , 2 et i que son panégiriste 
appelle orbes. Il dit qu'un seul ne luy suffiroit pas ; en 
effet, messieurs, on le peut dire sans le flatter, tout 
le beau monde de l'un et de l'autre sexe qui acogneu 
le mérite de cet illustre n'a-t-il pas advoué par une 
estime particulière qu'un seul monde n'estoit pas digne 
de luy. 

Tout le monde sçavant, le bon et le beau monde 

Le grand monde de France et celuy de Piémont (i) 

Et le monde du double Mont, 
M'honorent d'une estime à nulle autre seconde, 

On peut jurer sans hazarder sa foy. 

Qu'un seul n'est pas digne de moy. 

Concha triplex, etc. — m. de sabbatier 

Le deuxième distique fait alluzion aux armes du 
second académicien ; ses coquilles qui se vantoient 
autrefois des faveurs de Diane, ne veulent plus de 
gloire que par les influences d'Apollon, elles quittent 
la sœur pour le frère, l'amertume et la saleure de 
la mer pour les douceurs du Parnasse, elles estoient 
plaines mais stériles, elles sont fécondes aujourd'huy 
et pour elles-mêmes et pour les autres. 

(i) M. de Gageron passa de longues années à la Cour de 
Piémont, même après la fondation de l'Académie. 



— 71 - 

Petites filles de Neptune, 
Qui dans vostre berceau trouvez votre prison. 

Et qui, suivant le cours de la saison, 

Suivîtes le cours de la lune. 
Ha ! que vous faites bien de quitter cette sœur, 

Pour le frère plain de douceur. 

Altivoldns atque, etc. — m. giffon 

L'épigramme du troisième académicien est ingé- 
nieuse, elle se joue sur le mot de (Rostris). Rostra, 
chez les Romains , estoit la tribune aux harangues 
dont on voit encore quelque reste au Capitole. Cet 
académicien est ici indiqué comme un aigle eslevé 
dans les airs, puissant du bec et de la serre, et l'équi- 
vocque est tiré de ses armes dont la principale pièce 
est une croix encrée d'hermines , chasque bout de 
l'encre terminé par une teste d'aigle de sable, allumée 
et becquée de gueulles. 

Lorsqu'il parle, on diroit que l'orateur romain, 

Luy preste sa masle éloquence ; 

Il a de la douceur, il a de la science. 
Et lorsqu'il est forcé de faire l'escrivain, 
Les Muses luy guident la main. 

Quas natura dédit, etc. — m. le chevalier de romieu 

Cette bource à l'antique marque le lustre de cette 
famille qui esclatte en la personne et dans l'employ 
de cet académicien, elle contient de grands thrésors 
dans sa petitesse, et cent vaisseaux de cours qui 
reviennent des mers du Levant ne sont pas chargés 



— 72 — 

de raretés si prétieuses que l'âme de cet académicien ; 
vous jugez bien, messieurs, que cette bourse n'est 
qu'une allégorie de cette âme et qu'on peut dire 
parlant de ce quatriesme académicien : 

Q.U 'outre les vertus nécessaires, 
Dont chascun se pique aujourd'huy, 
Toutes les Muses lui sont chères 
Toutes lui donnent leur appuy 
Jusque là, qu'on cognoît deux mille de ses frères, 
Qui n'en scavent pas tant que luy Ci), 

Multat legit, etc. — m, l'abbé de barrême 

C'est ici une énigme à peu près ; il est vrai, qu'à 
faire un peu de réflexion sur la lettre double de cet 
escu , on peut aysément comprendre l'éloge de cet 
académicien. Je crois pour moy que sa double litté- 
rature ne consiste pas seulement à l'intelligence des 
poètes et des pères qu'il joint et qu'il sçait parfaite- 
ment, mais qu'on veut aussi dire qu'il a sçeu joindre 
une pratique honorable à une belle théorie. 

Et qu'entre ceux qu'on admire 
Aucun ne va plus avant, 
Ainsi de luy peut-on dire : 
Qu'il est doublement scavant 
De son double delta la figure enlacée 
Prouve assez bien cette pensée. 

Per mare, per, etc. — m. de bouchon 

Ce sixième se fait assez cognoistre par ce beau 

(i) Les Chevaliers de Malte. 



— 7."^ - 

sentiment : je ne relâche rien, dit-il, de mon ambi- 
tion, au contraire, elle ne fut jamais si belle qu'au 
point qu'elle m'inspire de m'arrester. Le repos de 
l'Académie vaut mieux que l'inquiétude de Pyrrhus, 
et que toutes les sueurs d'Alexandre. 

J'ay veu la cour, j'ay fait la guerre 

J'ay couru la mer et la terre (i), 

J'ay toujours fait tout ce qu'il faut, 
Mais enfin en suivant le cours de mon estoile, 
J'aborde le Parnasse oià je cale la voile, 

N'est-ce pas le porter bien haut ? 

Sum galeatus ego, etc. — m. bouvet 

Ce septième académicien fait paroistre dans le 
blason de ses armes, qui sont des symboles de force 
et de lumière, le rapport qu'il a avec la scavante 
Pallas. Il porte d'azur au chevron d'or, accompagné 
de deux estoiles en chef de mesme, et d'un casque 
d'argeant en pointe, taré de front ; il vous remet en 
mémoire, messieurs, l'heureux employ que l'Académie 
lui donna à la première attaque qu'elle reçeut de 
l'envie (2), ou ce monstre parut abbatu par ses soins; 
mais il dit cela galamment, sans estimer trop une 
victoire qu'il partage avec une divinité. 

(i) M. de Boche, ou Bouchon avait servi dans la marine. 
Il fut nommé capitaine dans le régiment des chevaux-légers en 
1674, et fit, en cette qualité, plusieurs campagnes. 

(2J II s'agit de la critique de la satire communiquée à 
l'Académie le i" mai 1666 et dont nous avons parlé plus haut 

p. 32. 



— 74 — 

Pallas qui chez nous préside, 
Me couvrit de son égide, 
M'adsista de sa vertu , 
La chose ainsi disposée 
La défaite fut aysée, 
De ce phantôme abbatu. 

Voce leo noscor, etc. — m. de cays 

Celuy-ci , messieurs, qui porte dans son escu, les 
mesmes armes que la ville, et que l'Académie ; peust 
soutenir qu'ainsi que lyon se distingue des autres 
animaux par la voix et par la main , un véritable 
académicien, peut estre distingué de la plus part des 
hommes par la parolle et par les escrits (Me domus), 
dit-il, sa maison, la maison commune (i), et l'Aca- 
mie le déclarent assez. 

Si la ville et TAcadéraie, 
Qui sont également l'objet de mes travaux. 
M'estiment autant que je vaux. 
Si l'une et l'autre est mon amie. 
Elles font leur devoir, et le ciel y consent, 

Puisque l'une me considère 

Comme son demi-père, 
Et l'autre comme son enfant. 

Sit salis incautœ, etc. — m. de melac 

Ce sage académicien fait parler ses colombes à 
l'honneur de l'Académie ; luy-mesme qui a tant 

(i) M. de Cays fut élu consul d'Arles pour l'année 1667, 
c'est à quoi M. de Grille fait allusion. 



- 75 — 

parlé en faveur de la galanterie commence à se désa- 
buser, et cognoit que s'il y a quelque bien solide dans 
le monde, ce ne peut estre que l'étude de la sagesse , 
ce qu'il y a de joli en ce latin convient à l'histoire 
fabuleuse , il n'est personne qui ayt commerce au 
Parnasse qui ne scache l'employ des colombes de 
Vénus ; elles disent donc aujourd'huy : 

Adieu, Vénus, adieu la bagatelle, 
Vous n'aurez plus de nous un pas, 
Ny le moindre coup d'aisle, 
Minerve à son char nous attelé, 
Elle est sçavante, elle est pucele, 

Et vous ne Testes pas, 
Adieu donc déesse volage. 
Cherchez vous un autre attelage. 

Nititur in vetitum, etc. — m. de robias 

Celuy-ci employé la divise de ses armes, mais il 

l'adjuste fort bien avec la modestie académicienne : 

l'envie luy fermoit tous les passages pour arriver à 

l'Académie, il a vaincu tous les obstacles (i) et peut 

dire : 

Jamais la vertu ne fait mieux, 
Que dans les choses difficiles 
La tem peste et les vents l'eslèvent jusqu'aux cieux. 
Les plus grands ennemis luy sont les plus utiles. 
Et l'honneur d'estres assis entre des demi-Dieux 
Je le doibs à nos envieux. 

(i) Nous avons exposé plus haut, p. SC-Sy, les circonstances 
dans lesquelles il fut admis à l'Académie; elles expliquent ces 
paroles assez claires d'ailleurs. 



— 7fi — 
Telum dulce nimis, etc. — m. flèche 

C'est bien peu dire à l'honneur de cet académicien, 
que d'employer les termes à'aurea ; gemmea, ignita, 
luminosa , luy seroient encore plus convenables, 
estant certain qu'il ne parle jamais qu'il ne pénètre 
les coeurs et qu'il ne fasse voir que ses paroles sont 
des traits de feu et de lumière. 

Ce trait qui semble d'or est un trait tout de tlamme, 

Mais un trait doux et sans pareil, 
Il pénètre les cœurs et nous laisse dans l'âme, 
I/image du soleil. 

Siste gradum, etc. — m. le sacristain de boche 

C'est le Parnasse en corps, messieurs, qui prie cet aca- 
démicien de s'arrester : il y a grande apparance qu'en 
ce bel aage où il se rencontre (i), et avec tous les autres 
advantages que la grâce et la nature peuvent prester 
à la vertu, il y a, dis-je, grande apparance qti'il devoit 
aller bien avant et qu'il n'est point de grandeur dans 
sa profession où il ne put attaindre ; mais il est trop 
cher aux muses, messieurs, pour qu'elles l'abandon- 
nent à l'ambition (hue contrahe vêla), luy disent- 
elles, et je m'imagine qu'il est assez civil pour leur 
respondre : 

(i) M. de Boche avait alors 20 ans à peine. Il n'aurait été 
reçu à l'Académie qu'au mois d'août suivant, d'après le Ms 1060, 
mais c'est une erreur, voir plus haut, p. 48-49. 



~ 77 — 

Avec beaucoup d'esprit, de noblesse et de bien, 
Un grand cœur se peut tout promettre. 
Mais puisqu'enfin je suis académicien. 
Et que par mes talents j'ay mérité de l'être, 
J'ay tout ce que je veux et ne demande rien. 

Inclita jus violât, etc. — le r. p. vinay 

Cette épigramme touche en passant le mol de Cézar 
(si violandum jus, regnandi causa) mais pour en 
comprendre le sens, il se faut persuader qu'on règne 
par la paroUe aussi bien et plus puissamment quel- 
quefois que par les armes ; que si cela est, messieurs, 
n'est-il pas vray que le mérite de cet académicien 
justifie vostre attantat, vous avez violé la loy que vous 
vous estes faite (i), mais c'est pour un mérite sans 
comparaison, c'est pour une esloquance parfaite qui 
règne sur les cœurs et sur les esprits, dont on peut 

dire : 

Elle est un empire innocent. 

Sous la loy duquel on ressent. 

Une douceur extrême, 

(i) Lorsqu'elle accueillit la demande du P. Vinay, minine, 
le 25 octobre 1666, € l'Académie regarda plutôt son mérite et 
ses talents supérieurs que son état et sa naissance. » Ms 1060, 
p. 8. Il fallut déroger au principe, en vertu duquel les académi- 
ciens devaient tous être nobles d'origine et n'appartenir à aucune 
corporation religieuse, voir le Registre de l'Académie, fol. 17. 
C'est à cette dérogation qu'il est fait allusion ici, avec une ins- 
sistance légèrement étrange et qui nous surprend de la part d'un 
homme si intelligent, mais aussi n'était-il pas le défenseur des 
statuts rédigés par lui-même ? 



- 78 - 

Mais que l'empire est doux, 
Lorsque celuy qui règne en sa pompe suprême 
Ne règne que pour nous. 



Voilà, messieurs, une meschante paraphrase de ce 
pettit chef d'œuvre dont vous avez fourni une si belle 
idée à notre petit orateur. Il reste encore les armes de 
l'Académie (i) qui porte de mesme que la ville 

{2) Lorsque le roi Louis XIV eut accordé à l'Académie le titre 
d'Académie Royale, il fit changer ces armoires, qui servaient 
aussi de sceau. A dater de 1669, elles représentaient le roi en 
manteau royal, assis sur des trophées et le sceptre à la main, 
avec ces mots en exergue : Academia Regia Arelatensis. Voir 
sur le Blason de l'Académie d'Arles, Histoire de Louis le Grand 
par les médailles, du P. Claude François Menestrier de la 
Compagnie de Jésus, 1691. Cfr. ce que nous avons dit plus haut, 
p. 64. note I. 

Il est important de ne pas confondre le blason de l'Académie 
diwcc %a. devise, ni avec la mérfdii'Z/e qui fut frappée, en 1669, en 
mémoire de l'approbation royale. 

Pierre Véran n'a pas évité cette confusion, et une fois encore 
nous surprenons sa critique en défaut. 

« Je trouve que l'Académie d'Arles a souvent changé le blason 
de ses armes. Celui qu'elle avait en 1669, représentait deux 
oliviers l'un plus gros que l'autre, échauffés tous les deux par 
les rayons du soleil placé au millieu de la devise : Foventur 
eodem. Le blason était couronné d'une fleur de lys soutenue de 
droite et de gauche par une guirlande, au bas, on lisait : Acadé- 
mie d'Arles, M Dc lxix. 

Lorsqu'elle fut honorée du titre de royale, elle prit pour armes 
le portrait du roi, en manteau royal, le sceptre à la main et 
appuyé sur des trophées avec cette devise : Academia Regia 
Arelatensis. 

Elle eut aussi pour armes, d'argent au lion d'or assis, sur un 
cartouche de sinople que ce lion soutenait, ayant ces mots en 
lettres d'or : Academia Arelatensis, Elle changea ensuite cet 



— 79 — 
d'Arles, d'argeant au lion d'or assis, tenant un car- 
touche de synople, avec ces mots en lettres d'or : 

ACADEMIA ArELATENSIS. 

Ce lion, fait encore une de vos devises, messieurs, 
lorsque vous le représentez au milieu de quantité 
de lionceaux leur disant : L^etabor genuisse pares, 
l'esclaircissement de ce mot se trouve dans le distique 
qui suit : 



Pars genuina mei vos stirps generosa leonum, 
Laetabor tandem me genuisse pares, 



OU bien 



Pars genuina mei longos spectata per annos, 
Fac, tuus ut quondam noscar ab ungue ieo, 



OU bien 

Quos genui tandem noscuntur ab ungue leones, 
Ipsemet ut quondam notus ab ungue fui, 

ce que la moindre de vos Muses, messieurs, inter- 
prette comme s'ensuit : 

Troupe illustre et généreuse 
Mes chers, mes braves enfants, 
Par vos exploits triomphants 
Rendez ma mémoire heureuse. 
Souvenez-vous qu'autrefois, 
J'ay pu soumettre à mes loix, 
Mars, les Muses et Cythère, 

écusson et elle porta d'argent à un vieux lion d'or, entouré d'une 
troupe de cinq lionceaux et pour devise : Laetabor genuisse pares. ■» 
Seconde partie de l'essai de la statistique de la ville d'Arles et 
son terroir, p. 265, Ms de Pierre Véran, aux archives d'Arles. 



— 80 — 

Faites qu'on dise aujourd'huy, 
Q.ue les enfants d'un tel père, 
Sont toujours dignes de luy (i^. » 

Lorsque ce compte rendu eut été transcrit sur le 
Registre, le directeur proposa de jurer fidélité aux 
statuts et règlements. Ils furent « leus et examinés 
à la rigueur d'un bout à l'autre » et il fut décidé que 
chacun apposerait sa signature au bas, sur le Registre. 
La formule du serment, prêté par chaque membre, était 
ainsi conçue : « Je soubsigné, après avoir ouï et exa- 
miné le contenu aux présents statuts, ay juré sur mon 
honneur et ma conscience de les garder et observer de 
tout mon mieux. » 

Ces statuts comprennent dix-neuf articles (2). 

ART. I" 

L'Académie ne sera composée que de vingt per- 
sonnes d'eslite et véritables amis (originaires de la 
ville et Gentilshommes) (3). 

(i) Il veut rappeler sans doute qu'au temps des Guises et des 
Montmorency, Arles était une belle cour, une belle académie, 
une école d'honneur et de vertu. N'est-ce pas une allusion à la 
société des Anonymes? 

(2) Ms 1060, Bibl. Méjanes, p. i3 et s.q.q., Registre de l'Aca- 
démie, fol. 26, 27, 28. 

(3) Les mots entre parenthèse ne sont pas de la même 
écriture que les autres. En marge du Registre original, on lit : 
c Ce premier règlement a esté interprété, et l'Académie a donné 
des lettres de noblesse tacitement au mérite des personnes. » 



— 81 — 



ART. 



Les académiciens seront reçeus par le consentement 
commun et unanime de la compagnie, et non autre- 
ment (et pour ce sujet il y aura un balotier pour 
avoir ce consentement universel^ et une seule balotte 
de reffus sera admise comme si tous avoient reffusé, 
sans autre considération) (i). On escrira dans le 
Registre le nom de chasque académicien, le jour, le 
serment et toutes les circonstances de sa réception. 

ART. 3 

On ne recevra personne qui ne le demande par 
escrit et qui ne fasse ensuite la visite et les civilités 
accoutumées à chasque académicien ; et on ne recevra 
pas tous ceux qui le demanderont, 

ART. 4 

On ne recevra point de religieux ny telles autres 
personnes attachées à quelque communauté , au 
rang des académiens, quoi qu'on en puisse recevoir 
comme externes, autant que l'Académie trouvera 
bon (2), (et c'est après leur demande faite par escrit 
et autres cérémonies requises). 

(i) On a mal observé cette rigueur pour n'avoir pu s'assembler 
toujours régulièrement. (Note marginale.) 

{1) A la marge il est ajouté : mais par l'ordre ou prière 
expresse de M. le protecteur. 



— 82 — 

ART. 5 

On doit tirer au sort le directeur de l'Académie qui 
sera changé au commencement de chasque mois et 
celuy qui aura tiré le second mois le suivra, et ainsi 
de l'un à l'autre jusques à ce qu'un chascun ayt présidé 
son mois et lorsque le nombre des académiciens pas- 
sera celuy dedouze, les surnuméraires présideront selon 
l'ordre de leur réception. 

ART. 6 

On faira un secrétaire qui gardera le sceau et les 
registres de l'Académie, cire, papiers, lettres missives et 
autres appartenances de la charge, lequel sera changé 
ou maintenu, selon que l'Académie trouvera bon (i). 

ART. 7 

Le secrétaire ne portera aux assemblées qu'une 
main courante, pour y marquer les séances, commis- 
sions et autres choses que le directeur distribuera, qui 
ensuite seront mises dans le Registre, et au commen- 
cement de chasque assemblée, il lira le mémoire des 
commissions données à la précédante. 



(i) M. le duc de Saint-Aignan, protecteur, a changé ce règle- 
ment par son ordonnance du... et, à l'exemple de l'Académie 
Françoise, a faict le secrétaire perpétuel. (Note marginale du Re- 
gistre.) 



- 83 — 



Le directeur s'assira à la place la plus honorable et 
les autres autour de la table qui sera devant luy, 
comme le hazard les aura rengés, sans façon et sans 
cérémonie. 

ART. 9 

L'assemblée estant en estât, le directeur demandera 
à un chascun, suivant le mémoire qu'en lira le secré- 
taire, ce qu'il a fait en vers, prose, dissertation, correc- 
tions et autres choses qui luy ont été commises à la 
dernière assemblée. 

ART. lO 

Le directeur demandera son sentiment à chasque 
académicien, selon le rang où il se trouvera placé, sur 
toutes les choses proposées, et selon l'importance on 
escrira tous les sentiments , affin que la pluralité 
décide. 

ART. I I 

Le directeur nommera un ou deux comissaires 
pour examiner les pièces, qui tous ensemble ou 
chascun à part, ayant fait ledit examen le rapporteront 
à l'Académie, où leursobservations seront examinées 
et corrigées, si besoin est. 

ART. 12 

L'Académie ne s'attachera point à certain lieu 
fixe, mais elle choisira son mieux par la bouche du 

7 



directeur qui déterminera l'heure et la durée de chas- 
que séance (i). 

ART. l3 

Le jour ordinaire sera le lundi et les extraordinaires 
aussi bien que le temps et le lieu, doivent estre des 
privilèges du directeur. 

ART. 14 

Lorsque quelqu'un sera admis au nombre des 

académiciens, le secrétaire faira lecture des statuts et 

le nouveau venu jurera de les observer de tout s on 

mieux, et ensuite signera dans le grand registre l'acte 

de sa réception. 

ART. i5 

Personne ne doit être introduit ny par compliment, 
ny par curiosité, ny pour quelque autre raison, ou 
prétexte que ce puisse estre, dans le lieu de l'assemblée, 
que ce ne soit du gré et consentement d'un chascun 
et délibération prise sur cela (2). 



(i) Nous verrons que le duc de Saint-Aignan, dans sa lettre 
du 16 mai 1669, parle de la maison que les académiciens se pro- 
posaient de construire, ce qui suppose qu'ils avaient changé 
d'avis. Néanmoins ce projet ne fut jamais réalisé. 

(2) En marge de l'article i5 est inscrite cette observation : 
« Avant sa réception, M. l'abbé Flèche fut introduit, et cela ne 
viole point le statut, parce qu'on supposa que tous le veulent bien 
lorsqu'aucun n'est opposant. » Les choses se pratiquaient ainsi 
à l'Académie française, dont les académiciens d'Arles adoptaient, 
en partie, les règlements. 



-85 - 

ART. l6 

Les lettres de l'Académie ne seront signées que du 
secrétaire, et rien ne sera envoyé au dehors, au nom 
de l'Académie, qu'après une révision exacte et fidèle, 
avec le consentement de la pluralité. 

ART. 17 

On se faira une religion de garder le secret aux déli- 
bérations importantes, comme sont les corrections et 
commissions particulières. 



En cas de mort de quelque académicien, la compa- 
gnie et chasque particulier travaillera de tout son 
mieux à honorer la mémoire du deffunt pour lequel 
avant toute chose, l'Académie faira célébrer une messe 
chantée, où elle adsistera en corps. 

ART. 19 

De plus l'Académie se réserve un entier pouvoir 
d'augmanter, de diminuer ou de changer les loix, selon 
les délibérations qu'elle en faira. » 

Après les statuts, on lit dans le Registre : « Ainsi 
a esté délibéré ce 3® janvier 1667, directeur M. de 
Robias, auquel jour les soubsignés académiciens ont 



h 



- 86 - 
juré sur leur honneur et conscience d'observer les sus- 
dits statuts. » 

Au bas du Registre se voient les signatures de MM. 
Gageron de Méjanes, Sabatier, Gijffon, Barrême, 
Gaspard de Romieu, chev.. Boche, Bouvet, Cays, 
Montcalm de Mellac, Robias, Franc. Flèche, Boche, 
sacristain d'Arles, P. Vînay, minime, Manville, 
Castillon, à'Aymard de Chateaurenard, Barras, 
Estoublon , Abeille, Beaumont, d'Ubajye de Va- 
chères, Le Pays, Roubin, Arbaud, Montmiras- 
Lubières, Defaure-Fondumente, Montblan (i). 

L'encre de ces diverses signatures est différente et 
l'on a laissé une page entière en blanc, pour que les 
nouveaux académiciens pussent signer après leur, 
admission : ce qui fut observé assez exactement. 



(i) Ce sont là absolument toutes les signatures qui sont au 
Registre. Elles sont au nombre de 27. Toutes les autres listes 
données par les divers auteurs, qui se sont occupé de l'Aca- 
démie d'Arles, même P. Véran, sont inexactes ou incomplè- 
tes. Cfr. Registre de l'Académie, fol. 28. 



CHAPITRE IV. 



Les grandes nuits. Travaux de l'Académie. — Adhésion de 
MM. d'Aimar, Roubin, de Castillon, de l'Estang, de Barrême, 
du Tremblay. 



Après la mémorable journée du 3 janvier 1667 , 
l'Académie pouvait être considérée comme sortie de 
la période d'organisation. La promulgation des statuts 
s'était faite sous la direction de M, de Grille, et 
on lui avait réservé l'honneur de mettre la dernière 
main à une œuvre qui devait tant à sa sollicitude. 

L'Académie, du reste , lui en fut reconnaissante 
et le lui témoigna hautement. Elle crut même devoir 
remercier le père de M. de Grille, Charles de Grille, 
et son épouse, Delphine de Sartres, qui s'intéres- 
saient vivement à la nouvelle société (i). Elle leur 

(i) « Ensuite de quoi tous ces messieurs , d'un commun 
sentiment, tesmoignèrent leur reconnaissance à M. de Robias 
pour les soins obligeants qu'il avait pris au présent Registre 
et pour le tableau des armes, dont il faisoit présent au corps 
et outre cela ils délibérèrent d'escrire deux lettres, l'une à 
M. d'Estoublon, son père, et l'autre à madame de Robias, comme 



— 88 - 

adressa une lettre fort louangeuse , qui provoqua 
de leur part une réponse pleine des assurances les 
plus formelles de sympathie (i). 

Le Registre de l'Académie, à la page 48 , parle 
incidemment de « la galanterie des grandes nuits », 
pour reconnaître à chacun des académiciens le droit 
« d'escrire en son particulier et de produire ce qu'il 
lui plaira. » 11 renvoie à une décision qui n'est 
pas consignée dans le Registre. 

Parmi les Ms Bonnemant , au volume Collège 
Académie, nous avons retrouvé une pièce manus- 
crite qui nous apprend comment les académiciens 
entendaient leur rôle , au mois de janvier 1667. 
Nous la citons ici , à titre de curiosité. C'est bien 
là un ressouvenir des cours d'amour du moyen âge. 

Extrait de la commission de la Chambre des Grandes 
Nuicts établie par l'Académie d'Arles (2). 

Nous académiciens, après avoir établi par des 
règlements et des statuts un ordre nécessaire pour 

pour porter plus loin les marques de leur recognoissance. 
M. de Sabatier fut nommé pour faire la première et M. l'abbé 
de Boche pour la seconde. » Séance du 3 janvier, Registre, 
fol. 35, verso. Et en marge « Ces deux lettres ayant été exami- 
nées au cabinet de M. Giffon, où l'on s'assembla extraordi- 
nairement, lui furent remises pour les envoyer. » 

(1) Voir cette double réponse, des 4 et 5 janvier, Registre, 
de l'Académie, fol, 36 et 37. 

(2) En note du Ms nous lisons cette note : « De l'écriture de 
M. d'Aymar, marquis de Chateaurenard. » 



— 80 — 

affermir notre compagnie, et la mettre à couvert de 
l'envie et de la médisance n'ayant à présent rien 
tant à cœur que le profit et l'utilité du beau monde 
de cette ville, avons cru que nous devions apporter 
tous nos soins pour rendre toutes les assemblées 
qu'on y fait agréables , galantes et polies vu les 
requestes à nous présentées par divers particuliers 
contenant une infinité de plaintes sur les abus qu'on 
commet dans les conversations contre les douceurs 
de la société et la belle galanterie, avons ordonné 
et ordonnons que six académiciens se porteront dans 
toutes les veillées de cette ville au besoin sera pour 
y voir et connoistre en dernier ressort de l'infidélité 
des amants, du peu de sincérité des amis, des rigueurs 
injustement exercées , des fleurettes grossièrement 
débitées, médisances, impatiences, bagatelles, secrets 
révélés, feintes, inquiétudes, rêveries affectées, con- 
testations opiniâtres , élévations de voix excessives, 
indiscrétion, emportement, dissimulation , railleries 
froides, pédanterie , grimaces étudiées , enjouement 
forcé et autres fautes qui se peuvent comettre dans 
les dites assemblées, pour cet effet les commissaires 
ou députés tiendront leur séance depuis le 20"°^ du 
courant jusqu'au 22"" de febvrier inclusivement, et 
parce que dans les dites assemblées on pourrait 
blesser la modestie, la piété et la retenue, nous avons 
jugé à propos de nommer parmy les six commissaires 



- 90 - 
deux académiciens-clercs pour en prendre connois- 
sance, voulant et entendant que tous ceux ou celles 
qui composent le beau monde de cette ville ne s'oppo- 
sent point à nos volontés et enjoignant à tous chefs 
de veillées de prester main forte pour l'exécution 
des ordonnances des dits commissaires. 

Fait à Arles , dans notre salle académique , le 
20 janvier 1667. 

COMMISSAIRES DE LA CHAMBRE DES GRANDES NUICTS 

Président : M. de Sabatier. 

Conseillers - clercs : M. l'abbé de Bosches , 
M. l'abbé de Barrême. 

Conseillers : M. Bouvet, M. Gifîon. 

Advocat- général : M. de Guageron. 

Nostre veillée consent et approuve vos ordonnances 
et je promets de prester main forte à messieurs vos 
députés. 

J. d'Estoublon. 

Le Registre de l'Académie ne parle plus des 
Grandes nuits ; il est probable qu'il ne fut pas donné 
suite à ce singulier projet. 

L'année semblait s'ouvrir sous de très heureux 
auspices et, malgré les critiques de ses ennemis, l'Aca- 
démie affirmait hautement sa vitalité. Néanmoins si 



- 91 — 

les assemblées se tinrent régulièrement, dès le mois 
de janvier, elles furent peu fréquentées (i) et les criti- 
ques recommencèrent à se faire jour dans le public (2). 
Les amis des académiciens leur adressaient leurs 
travaux et prenaient leur défense. Le 24 janvier, le 
P. Kspéron, préfet du collège d'Arles, envoya une 
épigramme en l'honneur de l'Académie : 

Q.uoy que puisse dire l'envie, 
Vous estes les maistres du sort 
Et tant que vous serez en vie 
Elle sera digne de mort (3). 

La meilleure réponse eût été, de la part de l'Acadé- 
mie, un redoublement d'activité, et c'est le contraire 
qui se produisit. 

Dans sa harangue du 3 1 janvier, à la fin de sa 
direction, M. de Grille exalta pompeusement l'Acadé- 
mie : « Ce mot tout seul, s'écria-t-il, représente votre 
gloire, messieurs, et la faveur du ciel ; cette gloire et 
cette faveur sont des preuves de votre mérite, ces 

(i) Le 10 janvier l'Académie se réunit dans la chambre du R. 
P. Vachier, au couvent des Cordeliers. 

« Le lundi, 17 janvier, l'assemblée fut médiocre, à cause delà 
solennité de mariages et baptesmes où la plus part des académi- 
ciens furent invités ; néantmoins il s'en trouva jusqu'à six. » 
Registre de l'Académie. 

(2) Le 17 janvier, « on s'entretint des nouvelles malices de 
l'envie et des moyens de l'éviter. » Registre de l'Académie. 

(3) Registre de l'Académie. — Le collège d'Arles était dirigé 
par les PP. Jésuites, dont plusieurs des académiciens avaient été 
les élèves. 



— 92 — 

preuves sont les plus beaux éloges et les plus légitimes 
que vous puissiez revoir (i). 

La querelle des anciens et des modernes fit le prin-. 
cipal sujet de cette harangue et M. de Grille prononça 
hautement en faveur des modernes, en citant les nom- 
breux chefs d'œuvre éclos depuis la renaissance du 
XV^ siècle, sans oublier la Diane d'Arles (2). Nous 
sommes obligés de constater que le zèle de l'Académie 
ne répondait pas à celui de son secrétaire. Le Registre 
ne nous fournit absolument rien de saillant : le 26 
janvier l'Académie accepte d'entendre un drame du 
P. Mourgues, jésuite, intitulé Bélisaire (3), elle va 
écouter, les 8 et 9 février, les sermons des abbés de 
Barrême et de Boche, dans l'Eglise de la Visitation. 
C'étaient les débuts de ces jeunes académiciens : ils 
furent très brillants, paraît-il, puisque « ces deux 
messieurs ne contribuèrent pas peu, par ces coups 
d'essay, à l'estime que tout le monde a conçeue de 
l'Académie et des membres qui la composent (4). « 

(i) Registre de l'Académie, fol. Sg. Le harangue de M. de 
Grille occupe trois longs feuillets, 38-39 fit40- 

(2) Registre de l'Académie, fol. 39, verso. 

La question des anciens et des modernes fut encore agitée à la 
séance du 9 août 1667, Registre, fol. 49, recto. 

L'Académie fut toujours disposée à préférer les modernes, avec 
M. Charpentier de l'Académie française et Charles Perraut. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 38, recto. 

(4) Registre de l'Académie, toi. 41, verso. 



— 93 — 

Puis vient le carnaval qui se passa dans des réjouis- 
sances (i) et, le i3 mars, M. de Grille lut à l'Académie 
une épitaphe du carnaval en vers héroïques (2). Les 
séances étaient peu intéressantes et l'abbé Flèche 
avait beau prier ses collègues, de s'appliquer au grec 
et au latin et à quelque traduction importante (3), il 
semble que les académiciens faisaient réellement trop 
peu de cas de mériter des reproches qu'on leur adres- 
sait (4). 

Les moindres causes suffisaient pour faire déserter 
les réunions ; une fête, un voyage, la chaleur, voires 
mêmes « la foire de la Madeleine qui dissipa l'assem- 
blée. » 

Au mois de mars 1667, M. de Cays fut élu consul 
d'Arles ; ses collègues en furent très satisfaits et 
l'Académie vint le féliciter en corps, le 29 mars (5). 

(i) (I Tout le reste du carnaval se passa dans le divertissement 
de la saison et dans le sens que quelques-uns de ces messieurs 
prirent pour la représentation de Be7/5<3/re. Ils dansèrent encore 
un balet à la tin de cette tragédie, dont le subjet estoit le Triom- 
phe de l'Académie. Ces représentations furent la closture du 
carnaval, et eurent un succès admirable. C'est ce qui empêcha 
les assemblées ordinaires de l'Académie durant ce mois de fé- 
vrier. » Registre, fol. 41, verso. Il n'y eut, en effet, que deux 
séances insignifiantes sous la présidence de l'abbé Flèche. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 42, verso. 

(3) Les traducteurs étaient alors très estimés et l'Académie 
française en admit plusieurs, à ce seul titre, parmi ses mem- 
bres. 

(4) Registre, fol. 42, verso. 

(5) Registre de l'Académie, fol. 43, recto, 



— 94- 

M. de Cays , absorbé par ses fonctions ne parut 
plus, cette année-là , que très rarement et, même 
durant le mois de sa direction, il fut suppléé par 
son neveu, le marquis de Boche (février 1668, Re- 
gistre, fol. 49). M. de Montcalm ne fit que passer 
quelques jours à Arles, au mois de mars et d'avril, 
M. d'Aiguières se rendit à Turin où il séjourna 
plusieurs mois (i); l'abbé Flèche s'absenta au mois 
de juillet, M. Giffon au mois de septembre, M. de 
Grille au même mois (2). Tantôt les assemblées 
sont interrompues pendant plusieurs semaines, tan- 
tôt elles ne comptent que quelques membres (3). 
On a beau s'arrêter à « la résolution de reprendre 
vigoureusement les premiers exercices » il faut bien 

(i) Le lundy i3 juin 1667, « M. Gifton produisit la lettre qu'il 
avoit reçue de M. de Gageron, depuis son arrivée à Turin, par 
laquelle il faisoit compliment à l'Académie et fut chargé de la 
réponse. » Registre, fol. 47. 

(2) Voir le Registre. 

(3) Le i8 avril quatre membres seulement se trouvent à la 
séance présidée par le P. Vinay. Le 16 mai a les sottises de la 
ville sont cause du peu de gens qui se trouve dans l'assemblée. » 
Le 12 septembre, la séance « fut une conversation de raillerie, 
il y eut trois académiciens et M. de Beaumont père. > Au mois 
d'octobre, les réunions sont peu fréquentées. 

Le 12 décembre 1667, a l'Acadimie souffre un grand vuide, 
mais pour en dire la vérité, ce n'est pas avec moins d'effort que 
celui que la nature souffre en pareille rencontre. M. de Ven- 
dôme qui arrive, et les affaires de la maison de ville sont des 
tyrannies qui font cette interruption. » Registre, fol. 46. 

Le 20 décembre, assemblée peu nombreuse, de même le 29 
( attendu les festes de la Noël. » Registre de l'Académie. 



— 95 - 
reconnaître « que la saison inspirait beaucoup de 
langueur aux exercices de l'Académie. » 

« Le 6 juin 1667, jour du lundi, M. de Robias, 
directeur , remonstre comme il avoit esté ordonné 
qu'après une année de compliments et de cérémonie, 
il ne s'en fairoit plus, qu'on devoit regarder tout 
ce temps passé comme un préliminaire du solide , où 
il faloit viser et s'appliquer tout de bon (i). » Ce 
conseil fut assez peu fidèlement suivi. 

Durant trois mois l'Académie s'occupa de l'aventure 
de la marquise de Ganges (2) qui passionnait l'opinion. 

(i) Registre, fol. 47, verso. 

(2) Marie de Rossan, mariée en premières noces au marquis 
de Castellane, petit-fils du duc de Viliars, épousa ensuite le 
marquis de Ganges. Elle parut avec éclat à la cour de Louis XIV 
et Mignard nous a conservé ses traits dans un de ses plus 
beaux tableaux. Elle résista aux obsessions criminelles de ses 
deux beaux-frères, qui la contraignirent à absorber une boisson 
vénéneuse. Pour leur échapper, elle sauta à demi nue, par 
une fenêtre du château, où ils la tenaient prisonnière, mais ils 
la poursuivirent l'épée à la main et la frappèrent, malgré l'in- 
tervention des assistants, de plusieurs coups mortels. Le mar- 
quis de Ganges fut lui-même complice des assassins. Ces faits 
monstrueux sont établis par l'enquête du Parlement de Tou- 
louse qui condamna, par contumace, les coupables à être roués 
vifs. Ce drame émut profondément l'opinion publique, et dès le 
lendemain, G juin, l'Académie d'Arles en était instruite. La 
marquise de Ganges était originaire d'Avignon. Un habitant de 
Ganges, M. Mazel, vient de publier, chez Monnerat, à Paris 
fi vol. in-11, i885y, une curieuse biographie de cette malheu- 
reuse femme, à l'aide des traditions locales, des documents 
inédits recueillis sur place, des pièces déjà citées par les his- 
toriens, et son travail éclaircit bien des questions obscures 
jusqu'à ce jour. 



— 96 — 

Le 6 juin, M. Bouvet fut chargé d'en faire la rela- 
tion sous forme de nouvelle, mais il ne l'acheva pas 
et ce fut Giffon qui composa le relation « qui a esté 
reçue avec l'aupplaudissement de tout le monde (i). » 

Cette pièce fut imprimée, et comme elle provoqua des 
protestations dans le public, quelques académiciens 
se plaignirent de ce qu'on l'eut fait sans l'autorisation 
de l'Académie. 

Le i8 juillet, M. Sabatier fut obligé de prendre la 
défense de Giflfon, en faisant observer que l'honneur 
de l'Académie n'était pas engagé et que, du reste, 
chaque académicien pouvait écrire en son particulier 
ce qu'il voulait (2). M. de Grille écrivit sur le même 
sujet « l'Ombre de Madame de Ganges, composée en 
vers héroïques », et il soumit ce travail à l'Académie, 
qui donna son assentiment à l'impression « s'il avoit 
envie de la mettre au jour, comme il disoit (3).» Séance 
du I" août 1667. 

(i) Registre l'Académie, fol. 47, verso. 

(2) Registre, fol. 48, verso. 

(3) Registre, fol. 48, verso. 

Cet ouvrage fut imprimé et se trouve à la Bibliothèque 
d'Arles, parmi les Ms du Fonds Bonnemant, au volume Acadé- 
mie. Voici le titre : L'Ombre d'Amarante, on retour de Madame 
de Ganges qui parle à son mari dans sa prison. A Arles, chez 
François Mesnier, imprimeur du roi et de ladite ville, 28 p., 
in-4». 

Le 12 septembre, M. d'Arlatan de Beaumont « vint voir la sale 
de l'Académie où il se trouva avec trois des académiciens seule- 
ment, il montra un ouvrage qu'il avoit faict en suite de l'Ombre 



Un malencontreux sonnet italien faillit , au mois 
de sept. 1667, brouiller les académiciens. Le Registre 
en désigne l'auteur par N., c'était croyons-nous l'abbé 
Flèche. Un académicien se crut atteint, et exigea une 
réparation qui fut consignée sur le registre. Giffon en 
fut le promoteur. L'auteur du sonnet fut réprimandé 
et très surpris de cette correction : il en usa cependant 
comme un véritable homme d'honneur, et tit des 
excuses à son confrère qu'il avait blessé sans s'en 
douter. 

L'incident est assez mesquin, quoique le Registre 
exalte pompeusement à ce propos la justice de l'Aca- 
démie « aux despens mesme des membres les plus 
considérables » 

Nous avons déjà signalé le reproche adressé à 
l'Académie de s'enfermer dans un mystérieux silence. 
Les réunions étaient interdites aux étrangers, mais 
n'aurait-on pas pu les y admettre , au moins en 
certaines occasions ? C'était l'avis de Giffon qui pro- 



d'Amarante, qu'il appeloit Philis aux Champs Eliziens. » Regis- 
tre de l'Académie, fol. 5o, verso. 

Ce passage indique que M. de Grille avait, à cette date, publié 
son ouvrage : le titre avait été modifié légèrement. 

Il semble que l'Académie ait su mauvais gré, pendant quelque 
temps, à M. de Beaumont d'avoir prétendu marcher sur les tra- 
ces de son secrétaire, car le Registre en parle avec une certaine 
aigreur, en cette occasion. L'abbé Flèche fit deux sonnets sur 
Madame de Ganges. V. Registre, fol. 49. 



- 98 - 

posa, le 27 mars (i), de tenir quelques séances pu- 
bliques. Cette proposition fut prise en considération 
et le lundi de Pâques, 12 avril, on chercha « les 
moyens de satisfaire à la curiosité de tant d'honnestes 
gens qui passionnent de cognoistre des employs de 
l'Académie , on proposa en autres choses de faire 
une assemblée dans le mois de may, comme nous 
avons déjà dit, où la porte fut ouverte au public (2) » 
Le mois de mai se passa, l'Académie tira au sort les 
directeurs pour la nouvelle année qu'elle commen- 
çait (3) et l'on parla de nouveau de cette réunion 

(i) Registre de l'Académie, fol. 4.3. 

L'Académie française elle-même tint pendant longtemps toutes 
ses séances à huis clos, et ce fut seulement en 1671 qu'elle 
décida qu'à l'avenir elle ouvrirait ses portes, pour les jours de 
réception. « Charles Perrault, dont le remercîment avait été 
fort applaudi, prit occasion de son succès pour proposer cet 
important changement qui, malgré l'opposition de Chapelain, 
ennemi de toutes les innovations, fut adopté avec d'autant plus 
d'empressement qu'on le crut suggéré par Colbert. Deux ans 
après, Fléchier inaugura par sa harangue de réception la nou- 
velle solennité des séances publiques. Dans cette même 
année 167 1, où l'Académie décréta la publicité de ses séances 
extraordinaires, le prix d'éloquence fondé par Balzac fut décerné 
pour la première fois. Celui de poésie, dont les frais avaient 
été faits tantôt par quelques académiciens, tantôt par la com- 
pagnie tout entière, commença aussi à être donné régulièrement. 
Ainsi tout concourait à fixer les yeux du public sur l'institution 
académique, au moment même où Louis XIV allait l'adopter, 
1672. » Histoire de l'Académie française, par Paul Mesnard, 
I vol. in-i2. Charpentier, p. 24. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 44, verso. 

(3) «r Le mois de may de cette année 1667 est l'anniversaire de 
l'établissement de l'Académie, ou le temps de la direction d'un 



— 99 — 

et même on prit jour, le 14 mai, « pour une assem- 
blée extraordinaire au cabinet du sieur Giffon, au 
samedi prochain , pour conclure sur le compliment 
qu'on fairoit aux amis invités à la prétendue réunion 
du lundi prochain (i). » 

Quelques membres s'opposaient à cette réunion pu- 
blique qui n'eut pas lieu. Les chaleurs de juin et de 
juillet suspendirent souvent les séances. Le 18 juillet 
et le 14 août, il fut de nouveau question de cette réu- 
nion, qui était une nouveauté, et au sujet de laquelle 
on ne put s'entendre. Elle fut renvoyée à une date in- 
déterminée (2). 

chascun estant achevé, on tire au sort de nouveau, pour donner 
son rang à chasque académicien et son mois, comme il avoit 
esté pratiqué l'année précédante. 

May escheut à M. de Boches, 

Juin à M. de Robias, 

Juillet à M. Flèche, 

Aoust à M. de Sabatier, 

Septembre à M. Gifton, 

Octobre à M. Bouvet, 

Novembre à M. l'abbé de Boche, 

Décembre à M. l'abbé de Barrême, 

Janvier à M. de Manville, 

Février à M. de Cays (M. de Boches présida pour luy à 
cause de son absence)^ 

Mars à M. de Sabbatier, 

Avril à M. 

Registre de l'Académie, fol. 46. M. de Sabatier présida durant le 
mois d'août 1667, les mois de mars et d'avril et même durant 
la moitié du mois de mai 1668, en l'absence du directeur, 
M. de Manville. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 46, verso. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 49. 



— dOO — 

Au mois de septembre 1667, legardien des Cordeliers 
fut changé, conformément à la règle, ce qui n'empêcha 
pas l'Académie de tenir ses séances dans l'appartement 
du R. P. provincial. Souvent aussi on se réunissait 
dans le cabinet de M.Giffon et du sacristain de Boche. 

Les sujets traités sont peu nombreux et peu impor- 
tants ; une dissertation de M. de Grille sur la diffé- 
rence qui existe entre les vertus morales et les vertus 
civiques, quelques vers de MM. Bouvet, Sabatier et 
Flèche, quelques critiques littéraires sont à peu près 
tout ce que nous pouvons relever dans le Registre (i). 
Le zèle de l'Académie avait besoin d'être stimulé et 



(i) Voici quelques-uns des sujets dont s'occupa l'Académie 
durant l'année 1667, d'après le Registre : 

L'origine et l'antiquité des étrennes. 

La méthode d'écrire les lettres. 

Une prose latine du P. Chérubin Rupé. 

Si la mémoire sert plus que le jugement aux productions sa- 
vantes. 

Les aventures tragiques de la marquise de Ganges. 

Epitaphe du carnaval. 

Paraphrase de divers auteurs : Sénèque, Cicéron, Aristote, 
Tibulle, Virgile, Salluste, Tacite. 

Différence qu'il y a entre le mépris de la mort et de souffrir 
constamment la mort. 

Le plan des dix-sept provinces de Flandre. 

Une amitié nouvelle pour une personne de différent sexe peut- 
elle excuser la négligence qu'on a pour les vieux amis, sans que 
l'amour s'en mêle ? 

Si Madame de Conty aurait mieux fait d'accepter le mariage 
proposé par le roi Casimir, qu'elle a refusé. 



— loi — 

nous comprenons que plusieurs directeurs se soient 
plaint de cette apathie (i). 

Ce qui semble avoir le plus occupé l'Académie, du- 
rant l'année 1667, ce sont les réceptions de nouveaux 
membres. 

Les statuts avaient fixé le nombre des académiciens 
à vingt, et il fallait absolument les compléter. Ce 
n'était pas une difficulté, les demandes ne manquaient 
pas, et l'Académie avait besoin de rappeler l'article 3 
des statuts : « On ne recevra pas tous ceux qui le 
demanderont. » Nous ne voyons pas cependant que 
bien des demandes aient été écartées, et il n'y eût peut- 
être que le P. Boeyman (2) dont la candidature fut 
repoussée avec les plus grands ménagements (juillet 
1667), parce qu'il appartenait à un corps religieux et 
que l'on ne voulut pas déroger, en sa faveur, à l'article 
4 des statuts. 

Le Registre témoigne, par contre, que l'Académie 
était très désireuse de compter, parmi ses membres, des 
personnages, importants moins par leur valeur litté- 
raire que par le nom et la fortune. Il y a même de 
ce côté un véritable excès, car elle semblait solliciter 



k(i) € Le 21 septembre, l'assemblée fut mandée extraordinaire- 
ment au cabinet de M. Giffon, pour tascher à renouveler un peu 
l'esprit de l'Académie qui selon le sentiment des sages sembloit 
s'estre relâché depuis quelque temps. 9 Registre, fol. 5 1, verso. 



— 1U2 — 
leur adhésion. C'est ce qui se produisit pour M. 
Guillaume de VEstang Parade et pour M. d'Arlatan 
de Beaumont. Ce dernier fut même assez longtemps 
sans répondre aux avances de l'Académie, qui s'im- 
patientait de ce retard (i). (Sept. 1667). 

Voici, du reste, comment se faisaient les nomina- 
tions des nouveaux membres. Un académicien de 
leurs amis les proposait à ses collègues, on discutait 
leurs titres, puis on prenait les voix « par scrutin et 
par ballote. » L'absence d'opposition était considérée 
comme « le consentement commun et unanime » 
exigé par l'article 2 des statuts. 

On avertissait alors le candidat, qui envoyait sa 
lettre de demande officielle. Ce n'était plus qu'une 
formalité. Il faisait un petit discours, un académicien 
y répondait, il jurait fidélité aux statuts qu'il signait 
et dès lors il faisait partie de l'Académie. 

C'est ainsi que les choses se pratiquèrent pour M. 
d'Aymar de Châteaurenard. « Le 16 mai, les sottises 
de la ville sont cause du peu de gens qui se trouve 
dans l'assemblée et pourtant M. Giffon tesmoigna de 
la part de M. d'Aymar le désir qu'il avoit d'estre 
admis à l'Académie, à laquelle il escriroit au premier 
jour, pour obtenir son aggrégation (2). » 

Le samedi suivant, on délibéra sur cette proposition 

(t) Registre de l'Académie, fol. 5 1, verso. 
(2) Registre de l'Académie, fol. 46, verso. 



— 108 — 

dans le cabinet de M. Giffon j elle fut accueillie sans 
difficulté, et, le 25 mai, M. d'Aymar, informé du ré- 
sultat des démarches de Giffon, fit parvenir sa demande. 

Cette lettre est datée d'Avignon et très flatteuse 
pour le « petit corps ». « Pouvois-je estouffer dans 
mon âme la vertueuse Emulation de participer un 
jour à toutes les belles choses qui partent de vostre 
illustre compagnie ? et puisque j'ay esté autrefois 
membre d'un corps qui avoit pour devise et pour but 
cette louable passion, souffrez, messieurs, que je ne 
me serve que de ce nom pour mériter celui que je vous 

demande Vos assamblées, poursuivait-il, me 

rendront meilleur, plus éclairé et plus poli ; vos 
conférences sauront régler mes mœurs, ainsi que mon 
langage, et si je ne puis à vostre exemple composer des 
livres et des vers galants, j'apprendray du moins 
de vous le moyen de composer mes passions déré- 
glées (i). » 

Le marquis de Châteaurenard ne sollicitait que le 
titre d'externe, mais le 3o mai, après la lecture de sa 
lettre, l'Académie décida « qu'il seroit admis dans le 
rang d'académicien » et le secrétaire fut chargé de lui 
notifier cette décis'ion. 

François Félix d'Aymar, marquis de Châteaure- 

(i) Registre de l'Académie, fol. 47. En marge on lit ; 11 avoit 
été des Emulateurs d'Avignon. 

...8 



— 104 — 
nardjdoit être ici l'objet d'une utile digression, en rai- 
son du rôle qu'il joua plus tard vis-à-vis de l'Académie 
d'Arles. Il naquit le lo mars 1627, à Aix, et non pas à 
Arles, comme l'insinue le Dictionnaire de Provence. 

La famille d'Aymar a été, suivant Maynier, auteur 
de l'Histoire de la Principale Noblesse de Provence, en 
grand lustre aux iS""" et i/\P^ siècles: elle possédait au 
diocèse de Sisteron, le fief de Saint-Vincent dont 
Gautier d'Aymar rendait hommage au roi Louis II, en 
1410, et ses enfants au roi Charles III, en 1480(1). Lors 
de la réunion de la Provence au Royaume de France, 
les d'Aymar s'établirent à Aix. Ils furent du parti 
du Roi contre la Ligue, et Guillaume d'Aymar^ con- 
seiller au Parlement dès i554, exposa plusieurs fois sa 
vie dans les guerres de religion, pour le service du roi. 
Il mourut en 1607, doyen du Parlement, où il avait 
vu siéger trois de ses fils, conseillers, procureurs 
généraux et présidents. Jean André d'Aymar fonda la 
Chartreuse d'Aix en 1623 ; son frère Silvi était gen- 
tilhomme de la Chambre du roi, et écuyer de la reine. 
Les d'Aymar s'étaient alliés aux Villeneuve, Forbin, 
Pontèves, Aube de Roquemartine,Benault de Lubières, 
d'Estienne, La Valette d'Espernon, etc. 

Dans la rue de la Grande-Horloge, au coin de la 
rue des Brémondis, se trouve un vaste hôtel décoré de 

(i) Archives des Bouches-du-Rhône, Série B, Registre 773 
et Registre 781. Tome i" de l'inventaire, p. 182 et i85. 



— 105 — 

belles peintures de Daret (i), décrites par de Haitze (2) 
dans un de ses premiers ouvrages. Cet hôtel qui appar- 
tenait autrefois aux Rascas, seigneur du Canet et 
dans lequel naquit, le 8 février 1 562, Jean-Antoine de 
Bagarris le savant numismate, avait été complète- 
ment rebâti ^siv Jean-François d'Aymar d'Albi, baron 
de Châteaurenard, conseiller au Parlement, 

Lorsque Louis XIV, se rendant à la frontière d'Es- 
pagne, OLi Mazarin négociait son mariage avec l'in- 
fante Marie- Thérèse, passa par la Provence, afin 
d'apaiser les troubles d'Aixet de Marseille, le conseiller 
d'Aymar eut l'honneur de recevoir Sa Majesté. 

Les Mémoires du temps nous apprennent que le roi 
et la suite nombreuse qui l'escortait furent logés à 
l'hôtel de Châteaurenard (3), auquel on avait réuni 
l'hôtel de Régusse par des portes de communication, à 
l'hôtel d'Oppède et au palais Archiépiscopal. 

( i) Jean Daret, né à Bruxelles, vint s'établir à Aix, où il épousa 
Madeleine Cabassole et y mourut en 1668, à l'âge de 55 ans. Il 
reste encore dans cette ville de nombreuses peintures qui sont de 
lui. (Mémorial d'Aix, 19 décembre 1843). 

(2) Les Curiosités les plus remarquables de la ville d'Aix. Aix, 
Ch. David, 1679, in-S". 

(3) Honoré Bouche, Histoire de Provence, Pitton, Histoire 
d'Aix, tous les deux témoins contemporains. 

Cet hôtel devint plus tard la propriété de M. Giraud d'Agay 
et, en ces derniers temps, l'administration du Bureau de Bienfai- 
sonce l'a acheté et s'y est établie, quittant les locaux trop étroits 
de l'Ancienne Miséricorde. Les sculptures de la façade et les 
frontons des fenêtres ont malheureusement disparu, lors d'une 
restauration déjà ancienne. 



— i06 — 

Le roi passa trente-cinq jours à Aix, chezle baron de 
Châteaurenard, et il s'en souvint lorsque le frère de son 
hôte parut à la Cour, FrançoisFélix*(i) fut accueilli avec 
la plus grande bienveillance par le roi qui le nomma 
capitaine au régiment royal. Il servit avec distinction et 
se trouva à plusieurs sièges et batailles. Il fut très griève- 
ment blessé, en 1 674, durant la campagne de Hollande. 
C'était un esprit cultivé et un littérateur aimable. Il 
paraît avoir fait sa résidence à Avignon auprès de sa 
sœur Françoise mariée à Jacques Grillet de Brissac, 
seigneur d'Aubres et de Casillac. Il avait été membre 



(i) François Félix d'Aymar était fils de François d'Aymar, 
président à la Cour des Comptes, seigneur de Montsalier et 
baron de Châteaurenard, et d'Anne d'Albi, dame de Brès. Le pré- 
sident d'Aymar avait acquis Id baronnie de Châteaurenard en 
i63 I. Ses descendants ont formé deux branches dont l'aînée, celle 
des barons de Châteaurenard, s'est éteinte à Châteaurenard en 
1760. La deuxième s'est transplantée, en 1728, dans l'Agenais 
où elle est représentée de nos jours (jugement du tribunal de 
première instance de Lyon du i3 juillet 1859), par le marquis 
d'Aymar de Châteaurenard, ancien ambassadeur et conseiller 
d'Etat, qui a plusieurs enfants de son mariage avec mademoiselle 
de SufFren, de la famille de l'illustre marin de ce nom. 

C'est à M. le marquis d'Aymar de Châteaurenard que nous 
devons la communication de bon nombre des documents qui nous 
ont servi pour cette étude. Q.u'il nous soit permis de le remercier 
de son précieux concours ! 

Sur la famille d'Aymar consulter : 

Maynier. La Principale Noblesse de Provence, p. 41. 

Robert de Briançon. L'Etat de Provence, t. i, p. 2 55. 

Artefeuil. La Noblesse de Provence, t. i, p. 12. 

Roux-Alpheran. Les Rues d'Aix, passim. 

Dictionnaire des Hommes illustres de Provence, t. i, p. 554, 



— 107 — 

de l'Académie des Emulateurs (i). Lorsque M, d'Ay- 
mar sollicita l'honneur de faire partie de l'Académie 
d'Arles, cette demande fut accueillie avec empresse- 
ment. Les services qu'il rendit à l'Académie montrè- 
rent qu'elle avait fait en lui une précieuse recrue. Son 
réel talent de parole et les nombreuses relations qu'il 
s'était créées à la cour, l'amitié dont Thonorait le 
duc de Saint-Aignan, tout le désignait pour plaider à 
Paris et à Versailles la cause de l'Académie. Celle-ci le 
comprit et n'eut qu'à s'en féliciter. 

La lettre de M. d'Aymar fut insérée au Registre de 

(i) « Ces jours passés, l'Académie des Emulateurs, établie en 
la ville d'Avignon, et qui a esté honorée depuis peu, par Sa 
Sainteté, de plusieurs beaux privilèges, ayant député le marquis 
de Perraut, secrétaire de cette compagnie, vers l'Académie fran- 
çoise, pour la complimenter, il fut reçeu par l'abbé de Bois- 
Robert et le sieur de La Chambre qu'elle envoya au-devant de 
lui, et introduit par le sieur de Montmort, maistre des Requestes ; 
et après avoir pris séance auprès du chancelier de France, pro- 
tecteur de cette fameuse et illustre assemblée, qui se tient en son 
hôtel, il lit, de fort bonne grâce, son compliment, auquel il fut 
aussi très élogieusement répondu par l'abbé Tallement, qui en 
est le directeur. » De Paris, le 4 décembre 1660. 

Gazette de France, n* 142, p. 1200. 

Il semble que, en 1667, les Emulateurs avaient cessé de se 
réunir; nous ne pourrions, sans cela, nous expliquer l'empres- 
sement de plusieurs savants d'Avignon à se faire affilier à 
l'Académie d'Arles. Cette société des Emulateurs est malheu- 
reusement peu connue, et nous n'avons sur elle aucun rensei- 
gnement précis. Cependant, en 1678, elle demanda vainement son 
affiliation à l'Académie française, ce qui prouve qu'elle se releva 
de sa décadence. La société des Emulateurs avait été fondée, en 
i658, par le cardinal vice-légat Conti. Voir Bouillier, op. cit., 
p. 57. 



— 108 — 
l'Académie (i), ce qu'on fit, d'ailleurs, pour toutes 
les autres. Elle donne le ton général de cette corres- 
pondance où l'éloge tient une place très large. 

Au mois d'août, Gilles Roubin (2), présenté égale- 
ment par Giffon, fut admis au rang d'académicien 



(i) Registre de rAcadémie, loi. 46 6147. 

(2) Gilles Roubin, originaire du Pont-Saint-Esprit, s'était fixé 
à Trinquetailles, faubourg d'Arles. Il fut ennobli par Louis XIV 
en 1677. C'était un rimeur habile^ mais ses œuvres ne se com- 
posent guère que de placet ou de suppliques en vers. Le Diction- 
naire des hommes illustres de Provence, t. II, p. 176, cite de 
Roubin un placet qu'il adressa à Louis XIV, pour être exonéré 
de l'impôt sur les îles du Rhône, qui constituaient la seule for- 
tune, très aléatoire, du rimeur menacé de la misère. 

M. Fassin a consacré à cet homme d'esprit, dont les œuvres 
n'avaient pas ce qui assure la durée et l'avenir, une notice, parue 
il y a une vingtaine d'années, dans un journal d'Arles. « Gilles de 
Roubin du Saint-Esprit fut un académicien des plus distingués 
de cette Académie royale. Il mourut à l'âge de 81 ans, à Toulouse 
{1716), pendant qu'il y faisait imprimer des œuvres mêlées qu'il 
dédia au marquis de Torcy , secrétaire d'Etat. Ce savant a laissé 
divers ouvrages qu'on lit avec plaisir, b Bibliothèque Méjanes, 
Ms 1060, p. 36, deuxième partie. 

D'après M. Bouillier, l'Institut et les académies de Province 
(p. 3g, note 1)5 Roubin aurait été capitaine au régiment de 
Guise et aurait servi en Italie, en 1 658. 

Le 2 janvier i658, M. Roubin envoya à M. Giffon les vers 
suivants : 

Ma foi, mon cher Giffon, ce n'est plus bagatelle. 
Nous courrons à grands pas vers l'éternelle nuit, 
Et notre âge vieillit, quand le, temps renouvelle 
Notre printemps s'enfuit, sans espoir de retour. 
Nos jours comme les flots s'entrepoussent l'un l'autre 
Et lorsque le soleil recommence son tour. 
Souvent il achève le nôtre. 

(Ms 1060}. 



— 109 — 

« bien qu'il ne demandât que le titre d'externe. » Sa 
lettre de demande est datée du 22 août 1667 (i). 

Giffon était plein de zèle pour l'Académie et ce fut 
encore lui qui présenta M. de Castillon (2) sénéchal 
d'Arles, lequel fut admis le 19 septembre 1667. « Je 
fais un coup bien hardi, disait-il dans sa lettre de 
demande, d'oser vous demander quelque part à l'hon- 
neur d'une société si illustre que la vostre. Depuis son 
établissement, j'ay langui , j'ay soupiré inutilement 
pour m'attirer ce glorieux avantage (3). » 



(i) Registre de l'Académie, fol. 5o. Elle est écrite avec une em- 
phase singulière : « Oui, messieurs, je comprends qu'être reçeu 
de cette noble assemblée, c'est entrer en communication de tous 
les trésors de l'esprit, c'est participer à toutes les richesses du 
Parnasse... C'est enfin estre faict le membre d'un corps qui faict 
l'ornement et la gloire de sa patrie, aussi bien que l'admiration 
de toute la terre. » L'encens est un peu grossier, mais le Registre 
ne note-t-il pas que, le 5 septembre 1667, l'Académie fut visitée 
par le marquis de Spinola, Génois, « qui en approuva l'employ et 
les exercices, » et cela avec une satisfaction non dissimulée i 
L'éloge est encore le meilleur des passeports, en maintes occa- 
sions. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 5i. 

(3) Pierre de Castillon était fils de François de Castillon, 
seigneur de Méailles et de Madeleine de Varadier de Saint- An- 
diol. Il avait épousé d'abord Lucrèce de Forbin La Barben 
(9 oct. 1645); puis Anne-Thérèse t/eScarro», rfe Vavre et de Mé- 
rigny. Il fut élu premier consul d'Aix, en 1680. 

Les marquis de Beynes descendent de Luc de Castillon, noble 
Napolitain, qui suivit en Provence, vers iSgo, Louis II d'Anjou, 
roi de Sicile. Ses descendants, honorés des plus hauts emplois par 
les comtes de Provence et les rois de France, s'allièrent aux 
Forbin, aux Quiqueran, aux Villeneuve, aux d'Aube, aux Gri- 
maldi, aux Castellane et aux Varadier. Plusieurs furent consul» 



- liô - 

Dans cette même séance du 19 septembre, on parla 
de la candidature de M. Guillaume de lEstang 
Parade, conseiller au Parlement de Provence, qui 
avait témoigné le désir d'être reçu académicien. 

Afin écarter tout soupçon de complaisance, l'Acadé- 
mie observa à l'égard de ce personnage important toute 
« la rigueur du statut. » On prit les voix par scrutin 
et l'on décida « qu'on ne s'en dispenseroit à l'avenir 
pour qui que ce soit, d'autant mieux qu'on a toujours 
jugé qu'il n'estoit pas à propos de comettre personne 
et l'exposer à faire la demande par escrit de sa récep- 



d'Arles et d'autres conseillers ou présidents au Parlement de 
Provence. 

Pierre de Castillon obtint du roi le titre de marquis de Bcynes, 
en avril 1673. « Les lettres du marquisat du sieur Pierre de Cas- 
tillon de Beine, sénéchal d'Arles, sont de cette année lôyS, véri- 
fiées à Aix, en mars 1674. » Bibl. Méjanes, Ms 807. Registre des 
noms des syndics d'Arles. Registre Ruffus, n" 53, fol. 38, Arm. 
B. Archives du roi, à Aix. 

Pierre de Castillon, seigneur de Beynes, était beau-frère de M. 
Joseph de Cays qui avait épousé Françoise de Castillon sa sœur. 
Son autre sœur Honorée de Castillon fit alliance, en 1643, avec 
Amand de Monier de Cliâteaudeuil, conseiller au Parlement. 
Il avait acheté, en 1667, de François de Simiane, marquis de 
Gardes, comte de Carcès, dernier grand sénéchal de Provence, la 
charge de sénéchal au siège et ressort d'Arles. Il prêta serment 
et fut mis en possession, à Arles, le 26 avril 16Ô7, par M. de 
Barrême, conseiller, et M. ds Gantés ^Jean-P'rançois), procureur 
général, délégués par la Cour. Bibl. Méjanes, Ms 807. 

Cfr. Maynier, la Principale Noblesse de Provence, p. 99. 

Artefeuil, Noblesse de Provence, 1. 1, p. 243. 

Robert de Br lançon, Etat de Provence, 1. 1, p. 490. 

Bonnemant, le Nobiliaire de la ville d'Arles. 



— m — 

tion sans qu'il puisse être assuré du consentement de 
la compagnie (i). » 

Après l'accomplissement des formalités, on fut 
d'avis d'admettre M. de l'Estang « lors qu'il fairoit 
l'honneur à l'Académie de luy marquer son désir. » 

C'est ce qu'il fit par lettre, datée d'Aix, le 29 octobre 
1667 (2). Registre, fol. 45 bis. 

Dans l'intervalle, on parla beaucoup de M. d'Arlatan 
de Beaumont, qui laissait courir le bruit qu'il désirait 

(i; Registre de l'Académie, fol. 5i, verso. 

(2) La famille de l'Estang descend du chevalier de l'Estang qui 
conduisit au XI""' siècle une compagnie d'arlésiens en terre 
sainte. Au XVI"* siècle deux membres de cette famille furent 
successivement viguiers d'Arles. 

Guillaume de l'Estang de Parade était conseiller au Parlement 
depuis i663. Il était le fils aîné de Jacques de l'Estang, marié 
en 1637 à Isabeau de Sade d'Aiguières , et consul d'Arles 
en 1661. Il avait épousé ^Hg-e7/^Me de Simiane La Cos^e, de la 
ville d'Aix. Il était parent, par les dernières alliances de sa fa- 
mille, des Cays, des Sabatier, des Grille, des Porcelet. 

Son fils aîné fut conseiller, en 1698, puis doyen du Parlement 
de Provence. 

Un de l'Estang a composé un recueil des antiquités et de la 
noblesse d'Arles (1540). 

Cfr. Nobiliaire des Bouches-du-Rhône, p. 202, 21 1. 

Artefeuil. Noblesse de Provence, t. i, p. 346. 

Robert de Briançon. Etat de Provence, t. 11, p. 17. 

Maynier. La Principale Noblesse de Provence, p. 117, 

Roux-Alpheran. Les Rues d'Aix. 

Aux archives des Bouches-du-Rhône , fonds Nicolaï , 112, 
p. I à 10, se trouvent, en particulier, le contrat de mariage de 
Guillaume de l'Estang, un arbre généalogique dressé au XVII* 
siècle, à l'occasion d'un procès, et les Mémoires généalogiques de 
la maison de Parade Lestang, par le P. Loys, cordelier, iG p. 
in-folio. 



— 112 — 
être de l'Académie, et l'on écarta sa candidature en 
attendant que l'on fût assuré « de son respect et de 
sa bonne volonté dont on estoit très mal persuadé 
jusques-là (i). » 

Le 3 1 octobre, le sénéchal de Castillon fut introduit 
à l'Académie et complimenté par M. Giffon. Ce même 
jour M. de Grille proposa M. de Barrême de Manville 
ce comme un sujet digne de l'Académie, adjoutant qu'il 
avoit reconnu en luy beaucoup de capacité pour cela, 
et surtout une grande estime, affection et zèle pour 
l'Académie. Ce proposition fut agréée et là mesme on 
procéda à la cérémonie ordinaire de la balotte, où tous 
les suffrages furent pour lui (2), » 

M. de Manville fit sa demande et les visites ordi- 
naires, puis, le 14 novembre, il prit séance (3), et prêta 
serment aux statuts qu'il signa. 

Jean -Baptiste de Barrême de Manville était le frère 
aîné de l'abbé de Barrême, un des fondateurs de l'Aca- 
démie (4). 

(i) Registre de l'Académie, fol. 52, verso. 
Noter que les feuilles 43-52 sont répétées deux fois par erreur, 
après la feuille 52. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 43 (bis), verso. 

(3) Registre, fol. 44 (bis), verso. — « On lui donna Properce 
pour son livre ordinaire. » Chaque académicien était prié de 
faire des remarques sur un auteur qu'on lui désignait. 

(4) 11 fut successivement lieutenant criminel, avocat du roi et 
juge de la ville d'Arles. Il ,'a composé un recueil de Discours, 
plaidoyers et ouvertures de palais, d'un style généralement très 



- 113 — 

Le 5 décembre « M . de Sabatier fit voir une lettre 
de M. Giffon qui pressentoit l'Académie sur la récep- 
tion de l'abbé du Tramblajr. On opina du bonnet 
(comme on dit) et M. de Robias, secrétaire, fut chargé 
de ménager cette affaire comme importante et glorieuse 
pour le corps (i). » 

Le 12 décembre, on lut la lettre que l'abbé du 
Tremblay écrivait de Graveson, le 8 décembre 1667, 
et l'Académie lui accorda plus qu'il ne demandait (2). 
Elle voulut le compter non parmi les externes, mais 
parmi les « assidus » et le pria d'envoyer ses armes 
afin qu'on pût les joindre à celles des autres aca- 
démiciens, ce qu'on avait fait aussi à l'égard de M. 
di Aymar et de M. Roubin. 

élégant. Voir le Dictionnaire des Hommes illustres de Provence, 
t. II, p. 56. Ce recueil fut imprimé à Avignon, en 1698, 1 vol. 
in-i2, voir Dubreuil, Notice sur les ouvrages provençaux, t. 11, 
p. 285, Ms de la bibl. Méjanes SyS-SyS. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 46 bis. 

(2) Voir cette lettre Registre, fol. 46 et 47 bis. Elle est datée 
par erreur de 1668. C'est une coquille de copiste. 

Le 20 décembre, il écrivit pour remercier de son admission. 

L'abbé du Tremblay était frère de l'aumônier du duc de Saint- 
Aignan. Voir le Registre, fol. 53. 



CHAPITRE V 



Négociations pour obtenir l'autorisation royale. — Longs re- 
tards du chancelier Séguier. — Expédition des lettres patentes. 
— Elles sont enregistrées au Parlement de Provence. — Le 
sceau de l'Académie. 



Durant l'année 1667, l'Académie d'Arles « avoit 
fait un assez beau bruit dans le monde. » On s'en 
occupait à la cour, et le cardinal de Vendôme qui 
s'était arrêté à Arles (i), en se rendant à Paris, ne 
manqua pas d'en parler. Le duc de Saint-Aignan 
était, du reste, en relations habituelles avec plusieurs 
académiciens, et il portait un vif intérêt à la jeune 
société. 

Les académiciens avaient repris leurs travaux et 
commencé l'aftnée en se conformant à leur louable 



(1) Registre, fol. 46 bis, recto. 

Le cardinal de Vendôme représenta le pape Clément IX, par- 
rain du Dauphin, baptisé à Saint-Germain en Laye, le 24 mars 
1C68, par le cardinal Antoine Barberini, grand aumônier de 
France. La marraine était la reine mère d'Angleterre représentée 
par la princesse de Conti. La Lau^ière, p. 484. 



-- 115 — 
coutume d'entendre une « messe chantée au Saint- 
Esprit, au maistre autel des Cordeliers. » Les réunions 
de Janvier et de février 1668 furent remplies par des 
discusions sur les différents genres de poésie. Ni M, 
de Manville, ni M, de Gageron, ni M. de Cays (i) 
n'assistèrent aux réunions, à partir du i5 janvier, 
et cela pendant plusieurs mois. 

Le 18 février, l'Académie s'assembla extraordinai- 
rement, chez M. l'abbé de Boche , pour y entendre 
lecture d'une lettre de M. le duc de Saint-Aignan 
(c élégante et civile » qui fut consignée au Registre. 
Antoine de Grille d'Estoublon (2), frère du viguier 
d'Arles, maître d'hôtel de la maison du roi et écuyer 
de la reine Anne d'Autriche, servait d'intermédiaire 
entre l'Académie et le duc de Saint-Aignan. 

Ce fut sur sa demande, que ce gentilhomme écrivit 
de Paris, le 3o Janvier 1668, aux académiciens d'Arles. 

(i) M. de Cays était absorbé par les affaires de la ville, M. de 
Manville était absent et M. de Gageron se trouvait à Turin. Re- 
gistre, fol. 48-49 (bis). 

(2) Antoine de Grille épousa Louise d'Azégat, dont il n'eut 
qu'une fille, Marie, qu'il maria le 26 juin 1672, à André Aube 
marquis de Roquemartine, qui fut consul d'Arles, en 168^. Marie 
mourut sans enfants. Par son testament du 3 juin lySi, elle 
fonda, dans sa maison, de concert avec le P. Barret, minime, 
l'Œuvre des filles de la Providence du Cœur de Marie. Elle 
mourut le 21 décembre lySy, et fut inhumée dans l'Eglise des 
Dominicains (chapelle de Sainte-Catherine qui appartenait à sa 
famille). 

Annales d'Arles, 1682, Ms 806. Cfr. Ms loGo, p. 67 (deuxième 
partie). Son testament se trouve fonds Nicolaï, numéro 62. 

9 



- 116 - 
Messieurs, 



'> 



L'honneur de vostre estime est à mon gré le plus 
grand bien du monde, et la crainte de la perdre en 
vous faisant voir par une méchante lettre que je ne 
suis pas tel que M. d'Estoublon vous l'a sans doute 
faict croire, devroit me faire garder le silence, mais, 
messieurs, je ne sçaurois m'empécher de vous rendre 
enfin ce juste devoir ; il m'est avantageux de vous 
escrire à la veille du voyage que le roy va faire, et dans 
les ambarras inséparables du départ de Paris ; le dé- 
sordre d'une marche précipitée excusera celuy démon 
discours, et après vous avoir suppliés de suspendre le 
jugement que vous voudrez faire demoy, au moins jus- 
ques à mon retour, je vous demanderay mesme avec 
empressement de ne me regarder jamais du costé de 
l'esprit, mais de celuy du cœur ; vous le trouverez 
tout plain de vénération pour vostre illutre compagnie, 
aux pieds de laquelle je mets d'abbord les lauriers que 
beaucoup de faveur, jointe à la justice de messieurs de 
l'Académie de Caen, vient de mettre sur ma teste (i) ; 
et comme je m'attache plus aux effects qu'aux parolles, 
je vous supplie très humblement, messieurs, de 
m'employer en toutes les occasions où il s'agira de 
vostre service ; et que si vous désirez quelque chose 

(i) Il dict cela pour avoir remporté le prix des vers dans 
l'Académie de Caen. (Note du Registre). 



du grand monarque, à qui j'ay parlé de vous avec tant 

de chaleur et de plaisir et duquel on sera toujours 

favorablement écouté sur ce sujet, vous me donniez les 

moyens de vous faire connaître en général et en 

particulier avec combien de passion, je veux toujours 
estre, 

Messieurs, vostre très humble et très obéissant 

serviteur, 

Le Duc de Saint-Aignan (i). 

Cette lettre avait une importance capitale pour l'Aca- 
démie ; elle lui assurait un puissant protecteur. 

a Le lundy, 20 février, il fut résolu dans l'assemblée 
de faire part à tous les associés externes et autres 
absants, de la lettre de M. le duc de Saint-Aignan et 
de les prier d'envoyer chacun leur réponse, tant pour 
servir d'employ académique que pour recueillir de 
cette pluralité de lettres, le sujet d'une réponse qui 
fut digne de l'Académie, aussi bien que de celuy à 
qui elle escrivoit, et comme le temps pressoit, on n'at- 
tendit pas d'avoir les pensées de chacun, et l'on se 
servit de celle de MM. de Sabatier, de Barrême et de 
Boches, dont la lettre fut composée, et là mesme, du 
consentement de tous, il fut résolu de prier mondit 
sieur le duc Saint-Aignan d'accepter le nom et les 
fonctions de protecteur de l'Académie d'Arles, d'autant 

(1) Registre de l'Académie, fol. 49 (bis). 



- lis - 

mieux qu'ayant desjà parlé au roy d'elle si favorable- 
ment, comme il le témoigne dans sa lettre, cela sem- 
bloit une raison de nécessité, autant que de bien- 
séance ; il fut encore ordonné, que M. le secrettaire 
fairoit un plan ou estât de l'Académie, pour envoyer 
avec le nom de chasque académien a ce duc ; ce qui 
fut faict aussitost (i). » 

On n'oublia pas de remercier M. Antoine de 
Grille qui « s'estoit employé avec tant de succès auprès 
de M. le duc de Saint-Aignan. » 

La liste des académiciens et les lettres furent en- 
voyées à M. Mercurin (2), qui fut chargé de les re- 
mettre « avec exactitude. » 

Dans leur réponse au duc de Saint-Aignan, les 
académiciens le priaient d'accepter le titre de protec- 
teur, d'obtenir du roi des lettres patentes portant 
approbation de l'Académie, et de demander leur 
alliance « à messieurs de l'Académie de Paris » dont 
le duc faisait partie, depuis i663. 

(ij Registre, fol. 5o (bis). 

(2) « M. de Mercurin, député de la ville d'Arles au conseil et 
grand amy de l'Académie Royale. » Registre, fol. 1 1 1, verso, 1673. 

M. Mercurin était-il de la famille des Mercurin d'Apt, dont 
parle Artefeuil, t. m, p. 81 i Nous ne pourrions le dire. En 
tous cas, la déférence que témoignent pour lui les académiciens 
d'Arles et le duc de Saint-Aignan lui-même, est la preuve qu'il 
était un personnage assez important. Son habileté et sa persévé- 
rance furent pour beaucoup dans le succès des négociations rela- 
tives aux lettres patentes. Le Registre de l'Académie en parle 
constamment avec les plus grands éloges. 



— no — 

Monseigneur, 

a La haute estime que vous vous estes acquise à la 
cour, et parmi tout ce qu'il y a de plus considérable 
dans le royaume, ne nous laissera jamais croire que la 
nostre puisse ostre pour vous un bien de l'importance 
que vous le dites. Nostre compagnie ne se flatte pas 
d'une telle gloire ; nous en avons reçeu une fort au 
dessus de nous, par la lettre que vous nous avez faict 
l'honneur de nous escrire, elle contient des marques 
si éclattantes de vostre estime, Monseigneur, qu'il ne 
nous est plus permis d'avoir mauvaise opinion de 
nostre esprit ; il n'est point de Province qui ne vous 
regarde comme le favori et le protecteur des Muses, 
mais souffrez, s'il vous plaict, qu'on nous dise qu'en 
vous abbaissant Jusques à nous, vous vous estes mieux 
laissé voir, et que nous vous avons trouvé encore plus 
haut et plus grand, depuis que vos bontés nous ont 
fait Jour par vous approcher. C'est estre véritablement 
grand que de l'estre en nous comblant de biens, mais 
Monseigneur, ne vous accusera-t-on point de les prodi- 
guer en les versant avec tant de profusion surune com- 
pagnie qui ne fait que de naistre dans une province 
d'où il ne sort d'ordinaire rien d'agréable pour la 
cour que des ci:rons et des oranges ; non. Monseigneur, 
personne n'y trouvera à dire, chacun scait que vous 
ne mettez pas plus de bornes à vo5tre générosité que 



— 120 - 

nostre grand monarque en met à l'estime qu'il faict 
de vostre personne ; il nous est en vérité bien glorieux 
que Sa Majesté ait esté informée de nostre établis- 
sement par une bouche qu'elle écoute toujours avec 
plaisir, peust-étre nous plaindrions-nous d'avoir esté 
trop tost exposés au grand jour si nous examinions nos 
forces, mais nous ne les mesurons plus qu'au désir 
violant de signaler nostre reconnaissance. Il est vray 
que nostre compagnie estant composée en partie de 
gentilshommes à qui la paix avoit fait goûter les belles 
lettres, et que la guerre est sur le point de tirer du 
cabinet, n'a pas toute l'érudition de messieurs de 
l'Académie de Caen, toutefois, si nous ne sommes pas 
assez hardis pour oser porter comme eux des lauriers 
sur vostre teste, nous avons trop d'intérêt de publier 
vos bienfaits pour ne pas porter quelques jours à vos 
pieds des marques publiques de nostre gratitude, nous 
la fairons éclatter si haut que chacun sera bien ayse 
de regarder favorablement des personnes qu'on scaura 
avoir l'honneur de vostre protection. Nous vous la de- 
mandons. Monseigneur, avec beaucoup de passion et 
de respect, puisqu'il vous a plu de nommer Académie 
une assemblée qui n'avoit osé prendre ce nom jusques 
ici et qui n'en veut point que sous vostre faveur. Sous 
cette glorieuse protection nous ne fairons pas difficulté 
de vous demander la grâce d'obtenir du roy des lettres 
patantes affin de conserver ^vec titre, ce que vous 



— 121 — 

avez approuvé par bonté, nous ne doutons pas mesme 
qu'à vostre considération messieurs de l'Académie de 
Paris n'accordent quelque jour leur alliance à une 
compagnie dont tous ceux qui la composent sont 
avec beaucoup de zèle et de respect, Monseigneur, vos 
très, etc. (i). » 

Les lettres patentes étaient la reconnaissance offi- 
cielle de l'Académie, et l'approbation royale devait lui 
assurer une situation trop honorable, pour que les 
académiciens ne fissent pas tous leurs efforts pour 
l'obtenir. Pareil honneur n'avait encore été accordé 
qu'à TAcadémie française, en i635 (2). 

Ce n'était cependant pas une prétention exagérée de 

(i) Registre de l'Académie, fol. 5o bis, en marge. 

(2) « Vous estes obligés à remplir dignement la prefférence 
que nostre grand monarque a donné à la ville d'Arles, sur plu- 
sieurs autres de ce royaume qui demendoient le mesme hon- 
neur. » Registre, fol. 84, verso. Récit du Marquis de Château- 
renard. 

Les lettres patentes de l'Académie de Caen, fondée en i652, 
sont de 1705, celles de l'Académie de Nîmes de 1682, celles de 
l'Académie de Lyon de 1724. Les nombreuses sociétés littéraires 
établies à Toulouse, à Castres, à Lille, à Rouen, à Soissons 
n'avaient pas encore obtenu la sanction royale, et n'étaient que 
des réunions libres d'hommes de lettres où l'on discutait sur les 
nouvelles du jour, et pour plusieurs, ce stage académique se 
prolongea près d'un demi-siècle. Voir Bouillier. L'Institut et les 
académies de Province , ch. i. Ménard , Histoire de Nîmes, 
t. VI, Preuves i33. 

Couronnes académiques, par Delandine, 2 vol, in-8», 1787, La 
France Littéraire de i-j6() k 1784. 



— 122 — 
la part des académiciens d'Arles. Louis XIV voyait 
avec plaisir la noblesse s'adonner à la littérature, au lieu 
de former des ligues et des cabales. D'ailleurs, la ville 
d'Arles s'était toujours distinguée par son dévouement 
au service du roi. Lors des derniers troubles de Provence 
(i 659-1 660), la noblesse d'Arles était demeurée fidèle, 
tandis que celle d'Aix et de Marseille était à la tête 
des mécontents. Le roi était donc disposé à faire droit 
à la respectueuse requête des Arlésiens. 

Pendant que cette affaire se traitait à Paris, les 
académiciens recevaient dans leurs rangs M . de Barras 
de la Penne (i), lieutenant de la ville, sur la propo- 
sition de M. de Sabatier, et l'ancien viguier d'Estoii- 
Mon (2) qui tout « accablé de goutte et de douleur » 
demanda, par l'organe de son fils, M. de Grille « d'estre 
reçeu dans cet illustre corps. » M. de Barras prit rang 
le 1 1 mars, après avoir fait ses visites, et signa les 
statuts dans le Registre. M. d'Estoublon se fit porter 
à la séance du 19 mars, et apposa sa signature au bas 
des statuts. 

Les travaux de l'Académie étaient assez actifs et l'on 
se préoccupait vivement de « tout ce qui pouvoit 

(i) Registre, fol. 5o bis, et b-i bis. 

(2) Registre, fol. 5o bis, verso, et 52, recto. Nous avons parlé 
plus haut de M. d'Estoublon. Il était alors très âgé et passait la 
plus grande partie de son temps à sa campagne de Grille, en Ca- 
margue. Il avait quatre-vingts ans. 



— 123 — 
concourir au progrès et advancement de l'Acadé- 
mie (i). » 

(i) Registre, fol. 5i bis, verso, (27 février 1668). 

M. de Barras, seigneur de la Penne, appartenait à l'une des 
plus anciennes familles de Provence, car il est question des 
Barras dès le temps des croisades. Cette famille était divisée en 
plusieurs branches : il y avait les seigneurs de Saint-Jean de 
Valecriche, de la Penne, de Melan, de Clémens de Saint-Laurent 
et de la Robine. Voir Maynier. La principale noblesse de Pro- 
vence, p. 67. 

Artefeuil, 1. 1, p. 96 et sqq. 

Robert de Briançon, i. 1, p. 842 et sqq. 

Les Mémoires du P. Bouguerel de l'Oratoire et les divers 
historiens de Provence, Bouche, Papou, Nostradamus, etc. 

Le Nobiliaire de la ville d'Arles de Bonnemant. 

La Noblesse d'Arles, par Pierre Véran, p. 54. 

Le dernier représentant de cette famille est mort en 1828. 

Jean Antoine de Barras était fort jeune en 1668, cependant 
nous ne croyons pas qu'il s'agisse d'un autre Barras que de celui 
dont le Dictionnaire de Provence fait mention, à moins qu'il ne 
s'agisse de son père — très obcur, ce qui n'est pas probable. 

« Barras de la Penne (Jean-Antoine) gentilhomme d'Arles, né 
dans cette ville vers l'année i65o, fut commandeur de l'ordre 
royal et militaire de Saint-Louis, inspecteur des constructions, 
premier chef d'escadre des galères du roi et commandant du 
port de Marseille. Il mourut le 18 juillet 1730, à 80 ans. 

Il se distingua par sa bravoure, son esprit et ses connaissances. 
On a de lui des mémoires manuscrits sur les divers ordres des 
rames dans les galères des anciens. Ses idées sur cet objet, 
furent attaquées par Af. T'errîM, son compatriote. On peut voir 
dans la vie de ce dernier, écrite par le P. Bouguerel, les lettres 
respectives de ces deux savans. Leur dispute honnête et polie 
doit servir d'exemple aux gens de lettres qui son divisés d'opi- 
nions. » 

Article de M. Paul. Dictionnaire de Provence, t. m, p. 56. 

L'abbé Paul, ancien professeur d'éloquence au collège d'Arles, 
a donné de nombreux articles au Dictionnaire de Provence, mais 
son exactitude^'est parfois en défaut. Voici ce qu'on lit au sup- 
plément du Dictionnaire : 



- J24 — 

Les séances du mois d'avril furent intéressantes, 
car on y lut et examina diverses pièces^ presque toutes 
à l'honneur du duc de Saint-Aignan, envoyées par 
a Messieurs de l'Académie de Caen (i) à Messieurs 



Barras de la Penne {Jean-AntoineJ . Cet article fourni par 
M. l'abbé Paul dans notre Dictionnaire est très défectueux. On a 
imprimé ses ouvrages, qui sont : 

i" Des Remarques sur la dissertation des trirèmes, ou vais- 
seaux de guerre des anciens, par le P. Languedoc S. J., Marseille, 
Boy, 1722, in-8°. 

2" Lettre critique écrite au P. Laval (S. J.), professeur royal de 
mathématique, Marseille 1726, in-4». 

3° Lettre critique de M. Barras de la Penne, premier chef 
d'escadre des galères du roi, écrite à M. le bailli de XX, à Marseille, 
le dernier décembre 1725, au sujet d'un livre intitulé : Nouvelles 
découvertes sur la guerre, etc., avec des remarques critiques sur 
les trois nouveaux systèmes des trirèmes, ou vaisseaux de guerre 
des anciens, imprimés dans les Mémoires du Trévoux, août, 
septembre, octobre 1722, Marseille, Boy, 1727, in-fol. de 58 pages 
avec des planches. Cet ouvrage est en grand papier. 

4» Réplique de M. Barras de la Penne à la réponse du P. 
de la Maugeraye, insérée dans les Mémoires pour l'histoire des 
sciences, mars 1728 article 23, Marseille Dominique Sibié, 1728, 
petit in-8'' de 76 pages, avec une planche, qui représente la coupe 
de l'ordre des Thranites du vaisseau de Philopator. La réponse 
du P. de la Maugeraye se trouve dans les Mémoires de Trévoux, 
du mois de mars 1727. M. de Barras nous apprend, dans sa 
réplique, qu'il était affilié à la société dont le P. de la Maugeraye 
était membre. » 

Dictionnaire de Provence, t. m, supplément et additions, 
p. 568. 

(i) L'Académie de Caen fut toujours en excellents rapports 
avec l'Académie d'Arles : le Registre nous en fournit plus d'une 
preuve. 

Le 23 février 1677, on lut, à la séance de l'Académie, une 
lettre du marquis de Châteaurenard. 

« Cette lettre faict mention des honnêtetés que le dict Châ- 
teaurenard a reçu dans Caen en Normandie, en qualité d'aca- 



- 125 — 

de l'Académie royale d'Arles. » M. Mercurin envoya 
aussi l'ode du duc de Saint- Aignan qui avait été 
couronnée à Caen, l'année précédente. 

Il annonçait (23 avril) que le duc de Saint-Aignan 
lui avait appris que le roi parlait avantageusement 
de l'Académie, sur le rapport du cardinal de Ven- 
dôme (i). Antoine de Grille écrivait de son côté « que 

démicien de la Royalle d'Arles, entre autres choses que M. de 
Segrais (qui s'y trouva) avoyt dit que cette académie avoit 
l'avantage sur toutes celles du royaume d'estre l'unique et 
véritable sœur de celle de Paris, que les autres n'avaient point 
une alliance aussi prochaine et ne pouvoient point se qualifier 
comme elle, la sœur de l'Académie Françoise. » 

Registre de l'Académie, fol. i55. 

L'Académie de Caen fut fondée en i652 par Moysant de Brieux, 
ami de Montausier, de Conrart, de Chapelain, mais ses lettres 
patentes ne datent que de lyoS. Voir dans les Mémoires de l'Aca- 
démie de Caen, année 1872, l'éloge de Moysant de Brieux, par 
René Delorme. 

A côté d'elle existait la société de physique, établie par Huet, 
en 1662. 

Voir la Fr^ïnce L/«eVa/re, 4 vol., in- 12°, (1769-1784), Segrais 
fut, après Moysant de Brieux, le directeur de l'Académie de 
Caen . 

(i) Le cardinal connaissait bien les gentilhommes de l'Acadé- 
mie d'Arles, car il était gouverneur de Provence. 

Louis, duc de Vendôme, fils de César de Vendôme, fils légi- 
timé (en iSgS) de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, naquit en 
1622. Jusqu'à la mort de son père, il porta le titre de duc de 
Mercœur. Il servit en Piémont, en Hollande et en Catalogne, 
où il fut nomaié vice-roi des troupes françaises, 1646. 

Il épousa, en i65i, LaureMancini, l'aînée des nièces de Mazarin, 
et il devint alors commandant de la Provence. Il fit encore, en 
i656, la campagne de Lqmbardie. En 1661, le roi le nomm* 



— 126 — 

Sa Majesté a nommé laditte Académie royale, com- 
mandé l'expédition des lettres pattantes où elle sera 
qualifiée de ce nom, ce qui fut encore confirmé par 
une lettre du sieur du Tramblay, frère de l'académi- 
cien, et aumosnier du duc de Saint-Aignan (i). » 

Les négociations était en très bonne voie, néanmoins 
plusieurs mois se passèrent sans qu'on arrivât au 
résultat désiré. 

Les académiciens, sans manifester encore aucune 
impatience, se réunissaient avec plus ou moins de ré- 
gularité et poursuivaient leurs travaux littéraires. Au 
mois de mai, selon l'usage on tira au sort le nom des 

chevalier de ses ordres. Après la mort de sa femme (1657), il 
embrassa l'état ecclésiastique et le pape Clément IX, en le créant 
cardinal (1667), le nomma son légat à latere en France. 

Le cardinal de Vendôme était le père du maréchal de Vendôme 
qui s'illustra plus tard sur tant de champs de bataille, et du grand 
Prieur, si connu à la cour de Louis XIV. 

Il habitaità Aix, le pavillon qu'il s'était fait construire, en dehors 
de la ville. Ce pavillon existe encore. Il s'appelle le Pavillon de la 
Molle, et appartient aux religieuses du Sacré-Cœur. 

M. Roux-Alphéran, dans les Rues d'Aix,i. 199 et 11. 4.1.3, nous 
apprend dans quelles singulières circonstances il fut créé car- 
dinal. Il mourut à peine âgé de 5y ans, le 6 août 1669, ^^ *''l 
faut en croire les divers récits, recueillis par M. Roux-Alphéran, 
cette mort fut hâtée par la vie peu régulière du petit-fils de 
Henri IV, transformé en cardinal, sans en avoir pris presque 
autre chose que l'habit, mais nous nous défions de ces racontars. 
Le cardinal de Vendôme, qui se trouvait à Paris en 1668, ne tarda 
pas à revenir à Aix, son lieu de séjour habituel. 

Voir sur les regrets que sa mort causa en Provence, la Ga^ettç 
de 1669, p. 809, 833, 948. 

(i) Registre, fol. Sa bis, verso, et 53, 



— 127 — 

directeurs (i), M. de Grille demanda d'être déchargé 
des fonctions de secrétaire qu'il remplissait « avec 
beaucoup d'ardeur et assez heureusement aux affaires 
de l'Académie, » depuis dix-huit mois. Ses collègues 
n'y voulurent pas consentir et le prièrent « de repren- 
dre cette fonction avec tant d'amitié qu'il s'engagea de 
le faire, à cette condition qu'il seroit soulagé par les 
soins d'un chacun dans les occurances. » Gijffon, qui 
avait déjà maintes fois rempli, par intérim, les fonctions 
de secrétaire, fut adjoint à M. de Grille, comme subs- 
titut (2). 

La guerre si rapidement conduite par Louis XIV, 
fit le sujet de plusieurs pièces de poésie, que l'on 
envoya au duc de Saint-Aignan(3), dont on se ména- 

(i) Directoriat de Tannée 1668. 

On commencera la troisième année de l'Académie, le mois de 
may de la présence année 1668, et ce premier mois est eacheu 
par le sort à M. de Manville : 

May à M. de Manville ; 

Juin à M. l'abbé de Barrême ; 

Juillet à M. Bouvet ; 

Aoust à M. de Robias ; 

Septembre à M. de Sabbatier ; 

Octobre à M. de Gageron ; 

Décembre à M. de Barras ; 

Janvier à M. de Cays ; 

Février à M. de Castillon ; 

Mars à M, de Boche. 

Registre de l'Académie, fol. 53 bis, verso. 

(2) Registre, fol. 53-54, passim. 

(3) Registre, fol. 55, recto. 



— 128 - 

nageait les bonnes grâces précieuses pour « le petit 
corps. » 

Deux nouveaux membres furent admis : l'abbé de 
Chambonas, plus tard évêque de Lodève (i), et M. Le 
Pays, tous les deux sur la proposition de M. de Bouvet. 

La lettre de demande de l'abbé de Chambonas est 
datée du 5 mai et celle de M. Le Pays de Grenoble, le 
12 mai (2). L'Académie se hâta de répondre à M. l'abbé 

(i) En 1679 un abbé de Chambonas , tro'isihmQ a.Tch.\à\3iCve et 
député du chapitre de Nimes, signa au bas des articles projetés 
par les habitants de Nîmes, pour l'établissement de l'hôpital gé- 
néral et soumis au roi. Il est à croire que c'était notre académi- 
cien. Ménard, Hist.^de Nîmes, t. vi, preuves, p. 117. 

(2) Voir ces lettres au Registre de l'Académie, fol. 55-57. 

René Le Pays, sieur du Plessis-Villeneuve, était né à Nantes 
en i636. Il passa la plus grande partie de sa vie en Dauphiné. 
C'était un écrivain très fécond que l'on appelait le singe de Voi- 
ture. Il composa une foule d'ouvrages dans le genre léger. Il 
manquait de goût et exagérait singulièrement les défauts de son 
modèle. 

Le Pays sans mentir est un bouffon plaisant, 
Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voiture, 

disait de lui Boileau. Et, chose singulière. Le Pays ne se froissa 
pas, bien au contraire, il entretint toujours de bons rapports 
avec le rigide censeur. 

Nommé directeur des gabelles du Dauphiné et de la Provence, 
il fut un administrateur pitoyable et enfin révoqué par arrêté 
royal. Il mourut le 3o avril 1690 et fut enterré dans l'église de 
Saint-Eustache à Paris. 

Ses ouvrages eurent de la vogue surtout dans le midi de la 
France. On a de lui : Amitiés, amours et amourettes, Grenoble 
1664, in-12», Zélotide, Histoire galante, Paris i665, in-12», etc. 
etc.. Voir Ms 1060, p. 32, deuxième partie, Bayle, Moréri, 
Didot, Michaud, Allard, Bibliothèque de Dauphiné. — Un de ses 
frères, Gilles Le Pays, fut également de l'Académie d'Arles. 



— 12â - 

Chambonas, parce qu'il était à la veille de son départ 
pour Paris (17 mai). Quant à M. Le Pays on lui 
répondit le 28 mai, et ce fut à son occasion qu'il fut 
délibéré : « Qu'attendu la dignité du corps, dont les 
lettres doivent estre graves, sérieuses, et précises, on 
se formeroit de nouveau un formulaire qui serviroit 
pour répondre à tous qui auront écrit pour estre receu 
de l'Académie, de la manière suivante : 

« Monsieur, la lettre que M. N. nous a rendue de 
votre part esté reçue avec tous les tesmoignages d'estime 
et d'amitié que vous deviez vous promettre, la demande 
que vous nous faites, nous a donné beaucoup de joie, 
on l'a regardée comme un augure de la future gran- 
deur de l'Académie et il n'est aucun, parmi nous, qui 
n'ait opiné à votre réception. 

La chose s'est faite à la manière accoutumée, avec 
cette différance que vous avez enlevé tous les suffrages, 
au lieu que la pluspart se contantent de les obtenir. 
Il est vray. Monsieur, que nous espérons d'estre satis- 
fait de cette violence par l'acquisition d'une personne 
de vostre mérite, qui procurera par ses belles produc- 
tions de grands avantages à cette compagnie, dont 

Le Pays vint à Arles, au mois de mai 1673, et après avoir visité 
tous les académiciens et leur avoir soumis « plusieurs observa- 
tions savantes et judicieuses sur les satires du sieur Boileau v 
il demanda à signer au bas des statuts à la suite de ses confrères, 
ce qui lui fut accordé. Le Registre, fol. 112, raconte le sympa- 
thique accueil qui lui fut fait. 



— 130 — 

tous ceux qui la composent sont avec beaucoup de 

passion, 

Monsieur, vos très humbles et très obéissants 

serviteurs, 

RoBiAs, secrétaire (i). 

A cette même séance du 28 mai, M, l'abbé de 
Barréme présenta une lettre de son père, Charles de 
Barrême, juge royal, qui demandait place dans 
l'Académie. Cette demande fut accueillie avec la fa- 
veur qu'elle méritait {2), 

Les mois de juin, de Juillet et d'août furent signalés 
par « beaucoup de relâchement dans les exercices 
académiques », ainsi que l'écrivait à ses collègues le 
viguier d'Estoublon, le 18 juin (3). On régla divers dé- 
tails relatifs aux réceptions qui devaient se faire à l'una- 
nimité et avec l'aveu des membres absents, pourvu 
qu'ils fussent dans le royaume. On donnait ainsi satis- 
faction à M. de Gageron, qui se plaignait des nouvelles 
admissions faites pendant son séjour à Turin (4). 

(i) Registre de l'Académie, fol. 57. 

(2) Registre, fol. 67 et 58. 

Voir Arch. des B.-du-R, Fonds Nicolaï, numéro 107, pièce t, 
Ordonnance du 26 octobre 1645, portant injonction de payer les 
gages de commissaire des inventaires au sieur Charles de 
Barrême et de Manville, juge royal d'Arles, et au-dessous la 
quittance de 62 1. i denier, plus d'autres pièces de comptabilité 
relative au même personnage. 

(3) Registre, fol. 60, verso. Il était alors à la campagne et 
beaucoup d'académiciens aussi. 

(4J Registre, fol. 60, verso, et fol. 63, verso. M. de Gageron 
était revenu de Turin depuis peu de temps. 



— 131 — 

Le 3o juillet « on ht une lettre de M. le lieutenant de 
Romieu à l'Académie, à laquelle il demande réparation 
du mauvais accueil qu'on a fait à certaine ordonnance 
contre Y Incivilité des Dames, dont on le faisoit auteur; 
la pluralité opina qu'on ne répondroit aucunement à 
tous ces griefs et reproches, auxquels l'Académie 
n'avoit aucune part, et qu'autant qu'il se peut on 
doit prendre garde à ne point se commettre avec les 
amis(i). » 

L'Académie agissait avec la plus grande circons- 
pection, pour ne pas prêter le flanc aux critiques de 
ses ennemis ; et c'est pour « n'exciter point l'envie à la 
veille où elle se void de recevoir un plus grand hon- 
neur par les lettres pattantes de Sa Majesté », qu'au 
mois de mai, elle avait refusé la dédicace de certaines 
thèses publiques qui lui était offerte par les pères 
Jésuites (2). 

Les nouvelles reçues de Paris étaient excellentes. 
Le 25 mai, M. Mercurin écrivait à ses amis de l'Aca- 
démie une longue lettre, qui les mit au courant de 
la situation et les renseigna sur les frais qu'entraî- 
nerait l'expédition des lettres patentes. Cette lettre fut 
lue par M. Giffon à la séance du 4 juin. 

« Messieurs, je ne dois point douter que M. le Viguier 
ne se soit donné la peine de vous faire voir tout ce que 

(i) Registre de l'Académie, fol. 63, verso. 
(2) Registre, fol, 54, verso. 



— 132 — 

je luy ay écrit au sujet de vos lettres patantes et quoy 
que vous soyés plainement informés de ma conduite, 
et du zèle de vostre illustre protecteur, je ne laisseray 
pas de vous en faire une petite récapitulation, et vous 
dire qu'au retour de la Franche Comté, après que j'eus 
rendu vostre lettre à cet incomparable duc, je reçeus le 
billet de M, d'Estoublon, où estoit fait mention de la 
grâce que le Roy vous avoit faite de vous ériger 
en Académie royale, et de la résolution qu'on avoit 
prise de faire un projet de patantes, et de me l'envoyer 
pour le faire mettre dans l'ordre, et y adjouter ce que 
je trouverois à propos ; ce billet fut envoyé à poinct 
nommé à M. le Viguier, et ensuite M. le duc m'ayant 
donné ordre de lui porter un mémoire de vos préten- 
tions et de la manière que vous désiriés avoir lesdites 
lettres, je le lui portay, et trois jours après estant de 
retour de Saint-Germain (il me semble environ les 
festes de Pasques), il m'assura que la chose passeroit 
selon vos intentions, qu'il estoit faschc de vous faire 
donner la qualité de conseiller d'Estat, sans une pen- 
sion à chascun (i), mais que la conjoncture n'estoit 

(i) Il fut souvent question d'attribuer une pension aux mem- 
bres de l'Académie Française, mais ils s'y refusèrent toujours 
pour ne pas abdiquer leur indépendance. Colbert se contenta de 
leur accorder des jetons de présence en argent et se demanda 
avec raison si une rétribution un peu plus forte ne paraîtrait pas 
t un bon bénéfice que les grands de la cour solliciteraient et 
feraient avoir à leurs aumôniers, aux précepteurs de leurs enfants 
et même à leurs valets de chambre. » 



— 133 - 

pas favorable, et que cela se pourroit taire avec le 
temps et qu'il ne vous écriroit plus que après lesdittes 
lettres scellées. 

Madame sa femme fut ensuite malade, et comme 
elle est son idole, et qu'il a esté quinze jours durant 
à son chevet, sans vouloir voir, ny parler à personne, 
il a falu se donner patience. 

Enfin, j'eus un matin à ma chambre le bonjour de 
sa part, par un sien page qui me fit sçavoir que mon- 
sieur partoit pour Saint-Germain, et qu'il faloit m'y 
trouver le lendemain, pour terminer l'affaire, que je 
sçavois, à quoy je ne manquay point, mais je fus tout 
à fait surpris d'apprendre que les choses n'estoient pas 
encore bien disposées, d'autant que M. le duc qui 
véritablement avoit montré mon project à M. de Berni, 
et exigé tout ce qu'il lui demanda ne le luy avoit 
point laissé, et il y a apparence qu'il l'avoit perdu, et 
bien que je fus sur le lieu pour luy en donner un 
autre, M. de Lionne me dit que pour bien faire les 
choses il faloit voir les patantes accordées à messieurs 
de l'Académie française en i635, et M. le duc ayant 
esté obligé de partir lemesme jour pour son gouverne- 
La tentative fut renouvelée depuis, mais l'Académie fut a>sez 
heureuse pour sauvegarder sa liberté en refusant tout salaire^ 
Richelieu n'avait pas voulu de rétribution pour ne point blesser 
la dignité des académiciens. 

C'est grâce à cette gratuité, que les fonctions d'académiciens 
conservèrent leur prestige. 



— 134 — 

ment du Havre, je fus contraint (ne pouvant parler 
à luy) de m'en revenir avec M. d'Estoublon qui 
s'intéressa beaucoup à cette affaire ; du depuis m'estant 
addressé à M. d'Aubri pour le prier de me faire voir 
les patantes de Mrs de l'Académie françoise, il me 
renvoya à M. de la Chambre, et celui-ci à l'illustre 
M. Conrard, connu et chéri de toute la terre, mais 
certes j'ay esté autant satisfait de ma civilité et de la 
visite que j'ay faite à ce grand homme, que je le 
pourray estre de vous envoyer vos patantes. Il m'a 
tesmbigné une joie inconcevable de vos beaux et gé- 
néreux sentiments, et il m'a promis de la manière la 
plus obligeante du monde qu'il sera ravi de vous 
servir, et lier une estroite amitié avec vous autres. 
Ne soyés pas fâché de cette acquisition, qui est aujour- 
d'hui recherchée de tout ce qu'il y a de beau 
monde dans le royaume, il s'est engagé de faire luy- 
mesme un projet de vos patantes qui sera fort honneste 
et fort avantageux, il me l'a promis dans trois ou qua- 
tre jours, et je pourray l'avoir pour vous l'envoyer par 
le prochain courrier, cependant l'illustre protecteur 
qui doit estre de retour dans vingt jours, ne manquera 
pas de s'attacher à vostre affaire, mais cependant, mes- 
sieurs, il y faut estre et solliciter les choses qui traîne- 
roient autrement en longueur. Je me suis donné 
l'honneur d'escrireàM. le Viguier qu'il faloit quelque 
argeant pour l'expédition se montant 68 1. lo s., le 



— 135 — 

roy ne faisant grâce que du sceau qui seroit quadruple 

s'agissant d'une compagnie, et il en couteroitdu moins 

336 1., il faudra s'il vous plaît, messieurs, y donner 

ordre affin que cette affaire ne traîne plus. Je vous 

écrirai par le prochain courrier de vendredi, ce que 

les beaux esprits de ce pais auront dit de vos ouvrages 

pour Sa Majesté que je trouve parfaitement beaux, je 

suis cependant vostre,etc. 

Mercurin. 
A Paris, le 2 5 mai t668. » 

Après avoir entendu la lecture de cette lettre, les 
académiciens résolurent de remercier M. Mercurin de 
toutes ses démarches et de se cotiser pour payer les 
frais des lettres patentes, pour lesquelles M. de Grille 
avait fait une première avance (i). 

Le Registre ne mentionne pas la délégation officielle 
des membres qui se rendirent alors à Paris, mais il est 
évident que la lettre de M. Mercurin décida les aca- 
démiciens à cette démarche, en leur rappelant que 
leur présence mettrait peut-être fin à des retards déjà 
trop longs. 

Le duc de Saint-Aignan n'oubliait cependant pas 
ses devoirs de protecteur et, le i5 juin i668, il annon- 
çait aux académiciens le résultat de ses efforts, dans 
une lettre adressée au secrétaire, M. de Grille : il 

(i) Registre de l'Académie, fol. 59. Cette question d'argent 
donna biçn du çouci à l'Académie, qui était sans ressources. 



— 136 ^ 

remerciait les académiciens des vers qu'ils lui avaient 
adressés et qu'il avait montré au roi, selon leur désir, 
puis il s'excusait de n'avoir pu mener encore à bonne 
fin l'affaire des lettres patentes. 

Monsieur, 

« Si vous ne m'aviés accoutumé par des faveurs con- 
tinuelles à recevoir sans confusion les grâces que je re- 
çois de vous, je rougirois aussi bien des vers qu'il vous 
a pieu de m'envoyer, comme je dois rougir de ne vous 
avoir point encore envoyé les lettres patantes du roy, 
que Sa Majesté a eu agréable de me promettre. Je 
laissai en partant pour mon voyage en cette province 
tous les ordres que je devois pour cela et donnay 
l'addresse du logis de M. Mercurin au sieur de Bru- 
gière (i), pour luy porter cette dépêche. Vostre obli- 
geante lettre, monsieur, a bien voulu prévenir celles 
que vous attendez et m'a fait admirer les plus beaux 
vers du monde. Il faut vous rendre compte de ma 
conduite en cette occasion, et vous supplier très hum- 
blement, monsieur, d'en vouloir faire vostre rapport 
à messieurs de vostre illustre corps: je trouvay et les 
odes et les sonnets dignes du lieu d'où ils viennent et 
je creus estre obligé à les faire aller jusques au grand 
roy, que vous servez si bien en toutes manières, je 

(\) Intendant de la maison du duc de Saint-Aignan. 



— 137 — 

choisis pour cela M. Rozes, secrétaire du cabinet, et 
pour luy donner lieu de faire voir à nostre illustre 
maistre de si beaux vers. Je me résolus à luy laisser 
montrer à Sa Majesté une méchante lettre. Je prends 
la liberté, monsieur, de vous en envoyer une copie(i), 
non pas pour vous faire approuver le cheoix qu'il 
vous a pieu faire de moy pour une dignité qui est 
trop au dessus de mon mérite, mais pour vous faire 
voir que je ne veux rien oublier pour ce qui vous 



(i) Copie de la lettre écrite par M. le duc de Saint-Aignan à 
M. Rozes, secrétaire du cabinet, en luy envoyant les ouvrages 
que messieurs de l'Académie d'Arles ont fait à l'honneur du roy, 
pour les montrer à Sa Majesté. 

Monsieur, 

Il a plu au roy de faire planter de beaux arbres dont j'ose 
envoyer à Sa Majesté les premiers fruicts. Comme vous les sçavés 
connaistre, et que votre goût est le plus délicat du monde, vous 
jugerés aussitôt, (non pas qu'il en sont dignes, car rien ne 
l'est d'un si grand monarque) mais qu'ils peuvent luy estre 
présentés ; ils viennent d'un corps dont toutes les parties sont 
nobles, et dont les épées ont autant répandu de sang pour son 
service, qu'ils vont employer d'encre pour sa gloire. Je vous 
prie, monsieur, de faire voir ces œuvres à Sa iMajesté, affin que 
j'en puisse écrire à messieurs de IWcadémie d'Arles, qui s'addres- 
sent par ma plume et par celle de M. de Robias d'Estoublon, 
secrétaire de cet illustrecorps, à l'illustre secrétaire du plus grand 
des roys, pour luy pouvoir rendre ses hommages par mon moyen. 
Usés-en, s'il vous plaît, comme le père, et comme vous en supplie 
très instamment, 

Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, 

Le duc de Saint-Aig.nan. 
De La Ferté, le 1 5 juin i6(j8. 

Registre de l'Académie, fol. 63. 



— 138 — 

regarde. J'escris au marquis de Berny, fils de M. de 
Lionne, pour le conjurer de presser vos expéditions et 
Je vous supplie très humblement, monsieur, en ne me 
réglant pas par le succès, mais par la volonté, de me 
vouloir charger de toutes les affaires qui regarderont 
vostre illustre compagnie, je les solliciteray par mes 
amis ou par moy, et fairay enfin connoître à cette no- 
ble et célèbre assemblée des plus honnestes gens de 
France que nul n'est dans ce royaume plus que je le 
suis d'eux et de vous. 

Monsieur, le très humble et très obéissant serviteur. 
Le duc de Saint- Aignan. 
De La Ferté, ce i5 juin t668 (i). 

A cette lettre était jointe la copie du Billet écrit 

par M, le duc de Saint-Aignan « au sieur Mercurin, 

ageant de l'Académie, touchant les affaires de ce 

corps. )i 

Monsieur, 

« Quand je pense qu'un aussi honneste homme que 
vous et qui veut bien prendre soin de faire tenir les 
lettres patantes à messieurs de l'Académie d'Arles et 
d'en poursuivre l'expédition, s'est donné la peine de 
me voir souvent, et de m' écrire deux fois, en vérité 
j'ay la plus grande honte du monde que cela ne soit 
pas encore terminé. .Te vous supplie très humblement, 

(i) Registre de l'Académie, fol. 61. 



— 139 — 

monsieur, de croire que ce n'a pas été manque de 
soin, ny de connaissance de la gloire et des avantages 
qui m'arrivent par la bonté que ces messieurs ont 
pour moy, je presse encore M. de Brugères et écris à 
M. de Lionne la lettre cy incluse affin que cela ne 
reçoive plus de retardement, s'il est possible et je de- 
meure cepandant avec toute l'estime et la reconnais- 
sance que je dois, 

Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur, 
Le duc de Saint- Aignan. 

De La Ferté, ce t5 juin 1668 (i). » 

Plusieurs membres de l'Académie se trouvaient 
alors à Paris, et l'un d'eux, le marquis de Boche, ma- 
jor de brigade en l'armée de Flandre, écrivait « que 
M. le cardinal de Vandôme a parlé au roy très obli- 
geamment de l'Académie (2). » On l'en remercia par 
une lettre du i5 juillet. M. Mercurin annonçait de son 
côté, que MM. de Boche, à' Aymar et de Chalot, 
« députés de l'Académie d'Arles à M. le protecteur 
s'estoient parfaitement acquittés de ce devoir (3). » 
M. ai' Aymar rendait compte lui-même quelques jours 
après « de sa députation pour l'Académie à M. le duc 
de Saint-Aignan et des honneurs particuliers qu'il 



(i) Registre de l'Acadcmic, fol. 62, verso. 
(2) Registre, fol. 63. 
{>) Registre, fol. 63. 



- 140 - 

a reçeu de Sa Majesté qui l'a gratifié d'une compagnie 
dans le régiment royal, dans le temps de la réformation 
générale, etc. (i). » M. de Boche revint à Arles sur 
ces entrefaites (i3 août) et rapporta a toutes les cares- 
ses, promesses, et civilités qu'il avoit reçeus en qualité 
d'académicien d'Arles, de Monseigneur le duc de Saint- 
Aignan (2). « 

Il entretint également ses collègues des divertisse- 
ments et des pompes de Versailles a de l'accueil que 
Sa Majesté luy fit et des grandes espérances qu'il 
faloit prendre sur la parole des amis touchant les let- 
tres patantes (3). » 

Malgré toutes ces assurances, les lettres patentes 
n'étaient pas expédiées et, le 20 août, M. Mercurin 
expliqua ce retard par « la résolution qu'on a prise à 
la cour d'oster son Committimus et autres privilèges 
à l'Académie françoise (4). » Les gentilshommes arlé- 

(i) Registre de l'Académie, fol. 64. 

(2) Registre, fol. 64. 

(3) Registre, fol. 64. 

(4J Registre, fol. 64, verso. Voir sur ce privilège les lettres 
patentes de Janvier 1 635,qui assimilent les académiciens aux offi- 
ciers de la maison du roi. 

Le droit de Committimus n'avait aucune utilité en province, 
mais il était très important pour les académiciens de Paris. Il 
leur permettait de faire juger leurs procès à Paris, à quelque 
ressort que l'affaire appartînt. Il leur donnait l'autorisation 
d'évoquer toute affaire pendante devant des juges de province 
par devant le tribunal des requêtes de l'Hôtel ou du Palais. Les 
académiciens de Paris partageaient ce privilège avec certaines 
communautés religieuses, avec les princes du sang, les ministres 



— 141 — 

siens perdaient patience et le directeur, M. de Grille, 
écrivit en leur nom à M. Mercurin pour le prier 
« d'obtenir les lettres de quelque manière que ce fust. « 
Il ajoutait, avec une certaine amertume, « que ces 
messieurs, aymoienl mieux mériter les privilèges que 
de les mandier, mais que l'Académie pour son hon- 
neur ne pouvoit se passer desdittes lettres pattentes 
après le grand bruit que celaavoit fait dans la province 
et par tout le royaume (i). » 

Malheureusement, le duc de Saint- Aignan était 
absent et « Saint-Germain fort embarrassé de la cour n 
ce qui nuisait aux affaires de l'Académie (2). 

et tous ceux que leur charge retenait à la cour. Ils se trouvaient 
ainsi affranchis des obligations qui auraient pu les détourner de 
leurs travaux. 

A la suite des abus qu'on avait fait de cette juridiction privilé- 
giée, il fut résolu, vers 1 665, que le droit de Committimus serait 
restreint aux quatre plus anciens membres de l'Académie. Mais, 
en 1667, il fut rendu à tous les académiciens, afin de leur per- 
mettre de travailler plus assidûment. (Voir l'Ordonnance royale 
dans l'appendice du deuxième volume d'Histoire de l'Académie, 
édit. Livet). Segrais, directeur de l'Académie, remercia Colbert 
de cette faveur qui l'avait « plus sensiblement touchée que le 
rétablissement de ses privilèges, » et qui « la délivre de l'impor- 
tunité des affaires et lui conserve le plus beau s:îjour de la 
France. 9 (Cfr Recueil des Harangues de l'Académie française, 
in-4*, 1698). 

On voit que le projet dont s'inquicte Mercurin, ne se réalisa 
pas. Cfr. le Dictionnaire de Trévoux, art. Committimus. 

(1) Registre, fol. 64, verso. 

(2) Lettre de M. Mercurin lue le 27 août. Registre, fol. 64. 
verso. 



— 142 — 

Dans Arles, les grands chaleurs, et l'absence d'un 
grand nombre d'académiciens rendaient les séances 
presque désertes. 

« Le 3 septembre, M. Gif/on, directeur, voulut 
représenter à l'assemblée, en académicien zélé, comme 
depuis longtemps l'esprit de l'Académie s'estoit fort 
ralanti et pria un chacun de vouloir renouveller cet 
esprit, et tascher à l'avenir de n'imposer rien au public, 
qui avoit desja tant de benne opinion de leur établis- 
sement. M. de Sabbatier, pour répondre à cette re- 
monstrance, fit voir des Mémoires de toute sa vie, 
auxquelles il s'estoit appliqué lors qu'on pouvoit le 
plus le soupçonner d'oysiveté ; messieurs les abbés 
alléguèrent l'employ de leurs prédications et tous 
promirent de nouveau de travailler sérieusement aux 
exercices académiques (i). » 

Quelques jours après, 17 septembre, une bonne 
nouvelle arriva de Paris, M. Mercurin s'excusait 
d'avoir douté du bon vouloir du duc de Saint-Aignan, 
pour avoir « confondu l'opinion qu'on doit avoir de 
ce grand protecteur avec celle qu'en a si justement de 
tous les autres grands (2). » 

Il avait bien réparé les longueurs passées et avait 
enfin fait délivrer les lettres patentes, après en avoir 

(i) Registre de l'Académie, fol. 65. 
(2) Registre, fol. 65, verso. 



— 143 — 
conféré avec MM. de Lionne , de Berni et M. de 
Paraire, « leur premier commis. » 

On avait conclu, dans celte conférence « qu'il 
n'estoit pas nécessaire d'avoir une lettre de cachet pour 
les faire enregistrer au parlement, mais qu'ils envoye- 
roient incessemment un arrêt du conseil d'en haut 
(en cas de reffus) pour dispenser l'Académie d'une 
pareille formalité (i). » 

Les lettres patentes étaient entre les mains de M . 
Mercurin ; mais il fallait que le chancelier Séguier les 
contresignât et il n'y mettait pas beaucoup de bonne 
volonté. Deux fois, le duc de Saint- Aignan, accompagné 
de M. Mercurin, s'était rendu chez lui « pour avoir le 
sceau »,sans pouvoir lui parler. Nous ignorons les mo- 
tifs, de l'opposition du chancelier, protecteur de l'Aca- 
démie française, mais elle fut un sérieux obstacle et 
dura plusieurs mois (2). Les académiciens d'Arles 
étaient heureusement fort bien appuyés à la cour. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 65, verso. 

(2) Registre, fol. 65, verso. 

L'opposition du chancelier , protecteur de l'Académie fran- 
çaise, aurait-elle été motivée par une certaine répugnance de la 
part de celle-ci à voir ses privilèges communiqués à une société 
littéraire de province ? Ce sentiment serait assez peu honorable 
et nous n'osons le prêter sans réserve à l'Académie française. 

Néanmoins, sans nous prononcer, nous indiquons cette expli- 
cation de la conduite du chancelier, conduite singulière alors que 
le roi, le duc de Saint-Aignan, son favori, M. de Lionne et tant 
d'autres étaient favorablement disposés vis à vis de l'Académie 
d'Arles. 



— 144 — 
Dès les premiers jours de septembre 1668, M. de 
Berni avait prié le premier président d'Oppède de hâ- 
ter l'enregistrement des lettres patentes par un billet 
'X fort à l'avantage de académiciens. » 

Monsieur, 

« L'establissement de l'Académie d'Arles estant une 
affaire dont j'affectionne très particulièrement le bon 
succès, et par la profession que je fais d'honorer M. le 
duc de Saint-Aignan, qui en est le chef et le protec- 
teur, et par la considération des personnes qui com- 
poseront cette compagnie, que je sçays estre d'un 
mérite extraordinaire, je ne me suis pas contante d'en 
contresigner les lettres patentes qui vous en seront 
présentées, suivant le commandement que j'en ay reçu 
du roy, mais j'ay voulu encore vous témoigner par 
celle-cy que je me tiendray très obligé de la diligence 
et de toutes les facilités qu'il vous plairra d'apporter à 
l'enregistrement desdits lettres, cepandant je vous 
prie de me croire, Monsieur, vostre très humble et très 

affectionné serviteur, 

Berni. 

A Saint-Germain en Laye, le 5 septembre 1668 (i). » 



( i) Ms 475 de la Bibl. d'Arles. Registre de l'Académie, fol. Ç>Ci. 
Berni était fils de Lionne, secrétaire d'Etat au département des 
affaires étrangères, négociateur des traités de Westphalie et des 
Pyrénées, le plus grand diplomate du siècle, d'après Saint- 
Simon. 



— 145 — 

Louis XIV fit même dresser, à la fin de septembre, 
les lettres de cachet, auxquelles on s'était décidé à 
recourir. Il semblait donc que cette affaire des lettres 
patentes aurait une rapide solution. Il n'en fut rien 
et les lenteurs de la chancellerie royale furent incroya- 
bles. Le chancelier Séguier ne se décida à accorder le 
sceau qu'au mois d'avril i66g. 

Les académiciens semblaient découragés et voici la 
note que nous lisons au Registre : « Les longueurs de 
la cour qui conviennent mal au tempérament de la 
Province , avoient presque mis l'Académie dans la 
défaillance, et si le courage, l'adresse et la persévérance 
du sieur Mercurin n'eussent tenu bon contre tant 
d'inconvénients, il estoit à craindre que ces messieurs 
les académiciens n'eussent abbandonné le dessein et la 
prétention des lettres patentes (i). » 

Depuis la fin du mois de septembre 1668 jusqu'au 
i""^ mai 1669, le Registre ne contient pas le compte 
rendu des séances. Faut-il croire qu'il n'y en eut pas, 
durant tout cet intervalle ? 

Cela ne semble pas probable, et la raison de cette 
lacune est peut-être une absence du secrétaire, M. de 
Grille. Néanmoins cette explication ne nous satisfait 
point entièrement, car, le Registre ne mentionne pas 
cette absence, d'ailleurs M. Giffon était secrétaire 

(i) RegistreMe l'Académie, fol. dû, verso. 



— 146 — 

adjoint et, dans bien des circonstances, d'autres mem- 
bres de l'Académie avaient rempli les fonctions de 
secrétaire. Il est probable que l'absence simultanée 
des membres les plus actifs rendit les séances très 
rares durant ces mois d'attente et d'incertitude. 

Les séances reprirent le lundi 6 mai i66g, et ce 
jour-là M. de Grille communiqua la lettre qu'il avait 
reçue, le i" mai, de M. Mercurin, l'informant qu'enfin 
toutes les formalités avaient été remplies pour l'expé- 
dition des lettres patentes. Ce n'avait pas été sans 
peine, a Le sieur Mercurin dit avoir enfin obtenu le 
sceau des lettres pattentes et qu'elles ont esté portées 
au Contreroolle, et qu'après tous les obstacles que 
Mgr le Chancelier a fait en cette affaire, dont ses 
lettres précédantes depuis huit mois ont fait mention, 
il a falu en dernier lieu employer l'ai-gant (qui est la 
grande et dernière machine des affaires) pour conclure 
celle-ci. C'est pourquoi il a tiré une lettre de change 
sur M. de Robias, secrétaire de l'Académie, de 12 
louis d'or que le sieur Pascal de Nismes luy a compté 
dans Paris, lesquels auroit esté distribués par ledit 
sieur Mercurin aux commis et secrétaires employés 
pour les expéditions de l'Académie (i). » 

Une lettre de change de iSy 1. fut donc tirée sur 



(1) Registre de TAcadémie, fol. 66, verso. 

MM. de Bouvet, de Boche frères, de Gageron, de Manville, de 



— 147 - 

M. de Grille. Pour couvrir ces frais, les académiciens 
se cotisèrent à raison de « quatre écus et six sols cha- 
cun » et il fut résolu « qu'on recevroit des absents 
et externes tout ce qu'ils voudroient contribuer pour 
l'honneur et dépences de ce corps, sans presser ny 
reffuser personne, mais il fut dit que chacun se fairoit 
justice (i). » 

Les dépenses occasionnées par « l'affaire desdittes 
lettres patentes » étaient assez élevées, et l'Académie 
ne pouvait les laisser à la charge de son secrétaire, 
M. Mercurin parlait sans cesse, dans ses lettres, des 
dépenses qu'il était obligé de faire, et, le 20 mai, il 
demanda en outre « un dédommagement à la discré- 
tion de messieurs les académiciens (2). » Ceux-ci 
pensèrent qu'il pourrait se contenter de 20 pistoles 
et, comme ils n'avaient pas d'argent, M. de Boche 
proposa «de faire un emprunt de 400 1. pourvu qu'on 
fust assuré moyennant cette somme que tant pour le 
passé que pour l'avenir l'Académie ne fairoit plus 
aucune dépence (3). » 



Sabatier, Giffon, de Barréme, de Cays « envoyèrent l'argent de 
ladite taxe à M. le secrétaire qui se charge de faire la somme 
entière. » M. du Tremblay et le vieux viguier de Grille envoyè- 
rent leur contribution. On n'accepta pas celle du P. Vinay, parce 
qu'il avait fait vœu de pauvreté comme religieux. 
(i) Registre, fol. 67. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 67, verso. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 67, verso. 



- 148 — 

Rien ne fut décidé, et, le 29 juillet, M. de Mellac 
« remonstre que cette affaire ne debvoit pas aller plus 
loing et qu'il seroit honteux qu'un corps revestu de 
tout l'honneur qu'il venoit de recevoir par la bonté 
du roy et à la sollicitation du sieur Mercurin parust 
impuissant ou insensible à cette si petite et si juste 
reconessance (i). » M. de Grille avança les 20 pistoles 
et l'affaire fut terminée. 

Le i3 mai, l'Académie fut informée que les lettres 
patentes étaient en chemin et décida que M. de Grille 
et M. Gijffon se rendraient à Avignon « pour em- 
pêcher les inconvénients que l'envie et la malice 
pourroient causer au sujet de la réception desdites 
lettres (2). » 

Mais, le 20 mai, on apprit qu'elles avaient subi un 
nouveau retard « pour le controolle, pour le sceau 
pour la maladie de Mgr le Chancelier (3). » Enfin 
elles furent envoyées et, le 29 mai, MM. Grille et 
Giffon « furent prendre les patentes à Avignon et 
trouvèrent dans un gros pacquet trois autres lettres de 
cachet, l'une pour monsieur le premier président, 
l'autre au corps du Parlement et l'autre à messieurs 

(i) Registre de l'Académie, fol. 71. 

(2) Registre, fol. 67, verso. 

Le service de la poste se faisait très irrégulièrement et les com- 
mis des postes étaient souvent en désaccord avec le conseil com- 
munal d'Arles. 

(3) Registre, fol. G7, verso. 



- 149 — 

du parquet. Toutes ces lettres portoient les intentions 
de Sa Majesté , touchant l'enregistrement desdites 
lettres pattentes. Ledit pacquet contenoit encore les sta- 
de l'Académie réduits suivant la volonté et dernière 
approbation du roy, la lettre de Mgr le protecteur à 
messieurs de l'Académie, une copie de son ordonnance 
touchant la police de ladite Académie, et la perpétuité 
du secrétaire à l'instar de celle de Paris (i). » 
Voici la lettre du duc de Saint-Aignan : 

De Saint-Germain en Laye, ce i5 mai 1669. 

Messieurs, 

« Comme l'honneur qu'il vous a plu me faire vient 
assurément de celuy que j'ay de servir le roy, c'est 
en son nom que Je rends grâces et que je vous envoie 
les expéditions que vous allez recevoir. Ce nom glo- 
rieux qui après avoir épouvanté l'Asie, ferait encore 
trembler l'Europe, si ce grand monarque n'avait mis 
lui-même des bornes à ses conquêtes, rassure ma juste 
crainte et c'est pour vous parler moins de moy que je 
ne veux vous entretenir quasy que de luy, de ce trône 
auguste que l'on voit être l'appuy des armes et des 
lettres. Il a jeté les yeux sur nos épées et sur vos plumes, 
et jugeant sur ce qu'elles ont produit que rien ne 
pouvait leur résister, Sa Majesté a eu agréable tout ce 
qui a été résolu dans une assemblée aussi illustre que 

( I ) Registre, fol. G7-68. 



- 150 - 

la vôtre et aussi attachée à son service. Il aurait sans 
doute, messieurs, trouvé à redire au protecteur que 
vous avez choisi si sa bonté n'était venue à mon se- 
cours contre son discernement. Il me laisse cette qua- 
lité pour ce que vous me l'avez donnée et c'est par 
elle que je vous envoie, messieurs, tout ce que vous 
avez désiré de moy. Mais quoique je la tienne d'un prix 
inestimable et qu'elle passe de bien loin mon mérite 
et mes espérances, je n'estime pas moins celle que je 
veux porter toute ma vie, messieurs, votre très humble 
et très obéissant serviteur. 

Le Duc de Saint- Aignan (i). » 

Cette lettre était accompagnée de l'ordonnance sui- 
vante : 

« Nous , François de Beauvillier , duc de Saint- 
Aignan, pair de France , premier gentilhomme de 
la chambre du roi, chevalier de ses ordres, gouverneur 
du Havre, chef et protecteur de l'Académie royale 
d'Arles, etc. 

Veu les lettres patentes du roy données à Saint- 
Germain en Laye au mois de septembre dernier par 
lesquelles Sa Majesté nous a honoré du titre de chef 
et protecteur de l'Académie, et, en cette qualité, nous 
a commis le soin et la direction de toutes les choses 
qui concernent son établissement ; nous, sous le bon 
plaisir de Sa Majesté, et sur les instances qui nous ont 

(i) BibL d'Arles, MS475. 



— 151 — 

été faites au nom de messieurs de l'Académie qui doi- 
vent composer cette illustre assemblée, par le sieur 
Mercurin leur député vers nous, avons réglé et ordonné 
ce qui s'en suit : 

Premièrement^ que le sceau dont l'Académie se 
servira à l'avenir pour sceller tous les actes qui éma- 
neront d'elle, suivant la permission qu'il a pieu à Sa 
Majesté de lui accorder pour lesdites patentes, sera 
tel qu'il est ici représenté. 



Secondement, que messieurs les académiciens, pour 
une marque perpétuelle de la reconnaissance qu'ils 
conserveront de la grâce qu'il a pieu au roy de leur 
faire, en consentant à leur établissement et de la pro- 
tection qu'ils espèrent de sa bonté dans les suites 
d'iceluy. mettront les armes de Sa Majesté avec les 
embellissements qu'ils jugeront convenables sur la 
porte de la maison qu'ils ont résolu de faire bâtir, pour 
tenir dorénavant leurs assemblées et leurs conférences; 



— 152 — 
Troisièmement, que toutes personnes de mérite et 
de sçavoir, bien qu'elles ne soyent pas originaires ni 
habitants dans la ville d'Arles, si d'ailleurs ladite 
Académie Juge qu'elles ayent toutes les qualités requi- 
ses pour être admises et agréées dans cet illustre corps 
en qualité d'externes ou adjoints , pourront y être 
reçues et incorporées sans aucune difficulté. 

En témoin de quoy, nous avons signé la présente 
de notre main, à icelle fait apposer le cachet de nos 
armes et contresigner par notre secrétaire, à Saint- 
Germain en Laye, le lô^^ jour de may 1669. 
Signé : François de Beauvillier, 
et plus bas, par Monseigneur, Duret (i). 

Il n'est pas fait mention dans cette ordonnance du 
secrétaire perpétuel, ce qui nous inclinerait à croire, 
d'après l'examen du Registre, qu'il y eut à cet égard 
une ordonnance spéciale ( 2 ) que nous n'avons pu 
retrouver. 

Le duc de Saint- Aignan réglait la question du sceau 
de l'Académie et celle des membres externes que 
l'Académie pouvait adjoindre aux membres titulaires 
et résidents. 

C'était, sur ce dernier point, confirmer une coutume 
déjà admise. 

(i) Manuscrit 475, Bibl. de la ville d'Arles. 

(2) « Le 24 juin on procéda à la nomination du secrétaire qui 
suivant les statuts et ordonnance de Mgr le Protecteur fut per- 
pétuel. > Registre de l'Académie, fol. 49. Voir plus haut p. 149. 



— 153 — 

Dès qu'elle fut en possession des pièces officielles, 
l'Académie ne perdit pas de temps pour faire enre- 
gistrer les lettres patentes. 

Le i^"" juin , toutes les pièces furent confiées à 
l'archidiacre Varadier de Saint- Andiol (i), qui sç 



(il Registre de l'Académie, fol. 68. 

Les Varadier, marquis de Saint-Andiol depuis i656, descendent 
de noble Jacques de Varadier qui est nommé dans une enquête 
faite en i332, par les maîtres rationaux de la Provence. Il était 
seigneur d'En trevenes, du Castelet et de Valbonnette. Les Varadier 
sont alliés aux Romieu, aux Grille, aux Roquemartine, aux Pon- 
tevès, aux Castellane, aux L'Estang, aux Méjanes, aux de 
Boche 'a). 

La famille des Varadier s'est éteinte au XVIIIe siècle. 

Il existe au fonds Nicolaï, archives des Bouchcs-du-Rhône, plu- 
sieurs pièces relatives aux Varadier, entre autres la provision de 
la sacristie de Saint-Trophime, en faveur de Louis de Varadier, 
qui succédait à Jacques de Boche, 3o août i653 (pièce signée 
Molin, vicaire général de François Adhémar de Montheil de 
Grignan, n° 114, p. 87). 

Gaspard de Varadier de Saint-Andiol, archidiacre d'Arles,était le 
second fils de Nicolas de Varadier et de Louise de Grille Robias, 
(le contrat est du 10 mai 1620), tante du secrétaire Jacques de 
Grille. 

Il a laissé des poésies latines estimées. Il fut plus tard membre 
de l'Académie d'Arles; nous aurons à en reparler a l'occasion de 
sa réception. 

Gaspard de Varadier vivait encore en 1704, car à cette date, 
nous le voyons faire sommation à sa nièce Marie de Thésan 
d'avoir à exécuter les conditions de la donation qu'il avait faite 
à son frère Laurent de Varadier, marquis de Saint-Andiol, 
et cela sous peine de poursuites. Voir Fonds Nicolaï 114, p. 86. 

(a) Artefeml, t. 11, p. 475-78. 
Nobiliaire de la ville d'Arles par Bonnemanl. 
Arch. des Bouches-du-Rhône, fonds Nicolaï, 102. 
La Noblesse d'Arles parPiçrrç Véran, p. 69. 



— 154 — 

rendait à Aix et qui voulut bien se charger de les 
remettre à M. de Cays alors dans cette ville , et 
député officiellement pour l'enregistrement des lettres 
patentes. 

Le 7 juin, la requête fut rédigée par MM. de Bar- 
rême et Ganteaume. 

(( A nos seigneurs de la Cour et Parlement de 
Provence, 

Supplient humblement les académiciens de l'Aca- 
démie d'Arles disant que Sa Majesté leur a octroyé 
lettres patentes portant approbation et autorisation 
de leurs règlements et statuts, et concession en leur 
faveur des mêmes privilèges desquels jouissent ceux 
de l'Académie françoise de la ville de Paris. Le tout 
ci derrière attaché qu'ils souhaitent de faire autoriser, 
enregistrer et homologuer. A cet effet, plaira à la 
cour de sa grâce octroyer aux suppliants l'autorisa- 
tion, enregistration et homologation desdites lettres 
patentes , règlements et privilèges de l'Académie 
royale pour jouir des fruits et de l'effet d'icelle et sera 

justice (i). 

Ganteaume, 

M. DE Barrême, 

(i) Extraict deubement collationné sur Fenregistrement des 
lettres patanles de l'Académie royalle d'Arles, par moy soubsi- 
gné, et scellé du grand sceau de l'Académie, à Arles, ce 9 novem- 
bre ï685. Giffbn, substitut du secrétaire de ladite Académie. A la 
fin du Registre de l'Académie. Cfr, Bibl. d'Arles, fonds Bonne- 
mant, Ms 475. 



— 155 — 

Soit montré au procureur général du roy, à Aix, 
le 7 juin 1669. » 

Le jour même, elle fut présentée au procureur géné- 
ral qui donna un avis favorable : 

« N'empêchons les lettres patentes être enregistrées 
au Registre de la cour pour être gardées, à la charge 
que dans lesdittes assemblées il ne sera parlé d'au- 
cune chose que de ce qui regardera l Académie, k 
peine contre celui qui présidera d'en répondre à son 
propre. 

Délibéré ce 7"^ juin 1669. 

Signé : Rabasse (i). 

Attendu le consentement de M. le Procureur général 

du roy, plaira à la cour octroyer les susdites fins et 

faire bien. 

Signé : Ganteaume (2). 

Le 7 juin, le Parlement enregistra purement et 
simplement les lettres patentes de septembre 1668. 
Cette rapidité ne doit pas nous surprendre, si nous 
nous rappelons que l'Académie d'Arles avait parmi 
ses membres des représentants des principales fa- 
milles nobles et parlementaires de la Provence. L'abbé 
de Barrême, rapporteur, était l'oncle de René de 

(i) Balthazar de Rabasse, qui avait succédé, en 1666, à son père 
Guillaume de Rabasse, seigneur de Vergons. 

(2) Registre de l'Académie et MS475, fonds Bonnemant, Bibl. 
d'Arles. 



- 156 — 

Barrême, M. de l'Estang était conseiller et le marquis 
de Châteaurenard comptait à la cour de nombreux 
parents et alliés. 

Les magistrats y mirent beaucoup de bonne volonté, 
et, en moins de 20 jours, les lettres royales furent 
prises à Avignon, portées à Arles, puis à Aix, enfin 
enregistrées à l'audience du 7 Juin. Rarement sembla- 
ble diligence était apportée à ces affaires : il est vrai 
que les lettres de cachet de Louis XIV ne laissaient 
pas place au moindre retard. 

Dressées leSo septembre 1668, elles étaient adressées 
l'une aux membres du Parlement, l'autre aux gens du 
roi, c'est-à-dire aux procureurs généraux et la troi- 
sième au premier président d'Oppède (i) pour leur 
notifier d'avoir à procéder à l'enregistrement pur et 
simple des lettres patentes. 

De par le roy, comte de Provence, 

Nos amés et féaux, ayant pour les causes et considé- 
rations mentionnées es lettres patentes que nous vous 
envoyons, approuvé et autorisé les règlements et statuts 
qui nous ont été présentés de la part des académiciens 
de notre ville d'Arles, et en même temps permis de 
continuer leur conférence sous le titre d'Académie 
royale, nous vous mandons et ordonnons de procéder 



(i) Nous citons ces lettres d'après le Ms 475, Bibl. d'Arles, 
fonds Bonnemant. 



— 157 — 

à renregistrement pur et simple d'icelles, sans y 

apporter aucun retardement ny difficulté, si n'y faites 

faute. Car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain 

en Laye, le 3o septembre 1668. 

Louis, 

Dr Lionne. 

A nos amés et féaux les gens tenant nos cours de 
parlement de Provence. » 

« A nos amez et féaux conseillers en notre conseil 
d'Etat et nos procureurs généraux en notre cour de 
Parlement de Provence. 

Nos amez et féaux, ayant pour les causes et les 
considérations mentionnées ez lettres patentes que nous 
vous envoyons, approuvé et autorisé les règlements 
et statuts qui nous ont été présentés de la part des 
académiciens de notre ville d'Arles et en même temps 
permis de continuer leurs conférences sous le nom 
d'Académie royale, nous vous mandons et ordonnons 
très expressément de faire en notre nom toutes les 
poursuites et diligence nécessaires pour l'enregistre- 
ment pur et simple d'icelles, sans y apporter aucune 
difficulté ny retardement. N'y faites faute, car tel est 
notre plaisir. 

Donné à Saint-Germain en Laye, le 3o* jour de 
septembre. » 

« Lettre de cachet du roy à M, d'Oppède^ conseiller 



— 158 — 

en mon conseil d'Etat et premier président en ma cour 
de Parlement de Provence. 

Monsieur d'Oppède, ayant par les causes et considé- 
rations mentionnées es lettres patentes que j'envoie 
à ma cour de Parlement de Provence, approuvé et 
autorisé les règlements et statuts qui m'ont été pré- 
sentés de la part des académiciens de ma ville d'Arles, 
et en même temps permis de continuer leurs confé- 
rences, sous le nom d'Académie royale, Je vous fais 
cette lettre pour vous dire que mon intention est que 
vous vous employiez en tout ce qui dépendra de votre 
autorité pour faire enregistrer purement et simplement 
lesdites lettres sans aucune difficulté ny retardement, 
et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il 
vous aye, M. d'Oppède, en sa sainte garde. 

Ecrit de Saint-Germain en Laye, le So" jour de sep- 
tembre 1668. » 

Le Parlement obéit ponctuellement aux ordres du 
roi : 

« Sur la requeste présentée à la cour par les académi- 
ciens de l'Académie royale d'Arles, tendante à fin que 
les clauses y contenues que Sa Majesté leur a octroyé 
lettres patentes portant approbation et autorisation de 
leurs règlements et statuts.^et concession en leur fa- 
veur des mêmes privilèges desquels jouissent ceux dç 



— 159 - 
r Académie françoise de la ville de Paris (i), le tout 
attaché à la requeste, requièrent qu'il plaise à la 
cour octroyer aux suppliants l'autorisation, enregis- 
tration et homologation des lettres patentes, règle- 
ments, statuts et privilèges de ladite Académie royale 
pour jouir des fruits et effets d'icelle. 

Veu lesdites lettres patentes données à Saint-Ger- 

(i) Extrait des lettres patentes portant approbation de 
V Académie française janvier i635). 

Et d'autant que le travail de ceux dont elle sera composée doit 
être grandement utile au public, et qu'il faudra qu'ils y emploient 
une partie de leur loisir, notre dit cousin (Richelieu) nous ayant 
représenté que plusieurs d'entre eux ne se pourraient trouver 
que fort peu souvent aux assemblées de ladite Académie si 
nous ne les exemptons de quelques-unes des charges onéreuses 
dont il pourraient être chargés, comme nos autres sujets et si 
nous ne leur donnons moyen d'éviter la peine d'aller solliciter 
sur les lieux les procès qu'ils pourraient avoir dans les provinces 
éloignées de notre ville de Paris où lesdites assemblées se doivent 
faire, nous avons, à la prière de notre cousin, exempté et exemp- 
tons par ces mêmes présentes de toutes tutelles et curatelles et 
de tous guets et gardes lesdits de l'Académie française jusques 
audit nombre de quarante à présent et à l'avenir, et leur avons 
accordé et accordons le droit de committimus de toutes leurs 
causes personnelles, possessoires et hypothécaires, tant en de- 
mandant qu'en défendant, par devant nos amés et féaux con- 
seillers les maistres des requestes de notre palais à Paris, à 
leur choix et option, tout ainsi qu'en jouissent les officiers 
domestiques et commensaux de notre maison. » Ms 475, Bibl. 
d'Arles. 

Nous croyons inutile de citer in-extenso les lettres patentes 
qui approuvent l'Académie française. Elles sont fort longues et se 
trouvent d'ailleurs dans nombre d'ouvrages imprimés. A la fin 
du Registre, il y en a une copie collationnée par M. de Grille et 
scellée du sceau de l'Académie. 



main en Laye, au mois de septembre 1668, par le roy 
comte de Provence, de Lionne, deûment scellées de 
cire verte, statuts et règlements de l'Académie royale 
de la ville d'Arles, requeste avec le décret de soit 
montré au procureur général du roy et les conclusions 
du 7 juin 1669, recharge aujourd'hui : tout considéré 
il sera dit que la cour a ordonné et ordonne que lesdites 
lettres pattantes, statuts et règlements seront registres 
es Registres de ladite cour pour jouir les académiciens 
du fruit et effets d'iceulx , suivant leur forme et 
teneur. » 

Maynier. — ' Barrême. 

Barrême. 

L'arrêt fut publié, le jour même, à la barre du 
Parlement de Provence (i). 



(i) Archives des Bouches-du-Rhône, Palais de justice d'Aix, 
arrêts à la barre du i" au 26 juin 1669, voir aussi Ms 475 de la 
bibl. d'Arles et la copie collationnée : Estienne, à la fin du 
Registre de l'Académie, 

Les lettres furent enregistrées le 7 juin et l'original fut rendu 
le lendemain à M. de Cays : « Reçu lesdites lettres pattantes et 
statuts que j'ai remis à M. de Cays à Aix, le viii juin 1669. 

Ganteaume. 

Note en marge des Lettres royaux, 16G9, f. 279. 

« Il y a arrest à la barre sur l'authorisation, omologation et 
registrement desdites lettres pattantes et statuts du vu juin 16G9.D 
Lettres royaux 1007-1671, fol. 285. — Archives du Palais à Aix. 



- 161 — 

Pendant ce temps, les académiciens écrivaient des 
lettres de remerciement au duc de Saint-Aignan, à 
M. de Berni, à M. Mercurin, à M. Paraire, à tous 
ceux enfin qui s'étaient intéressés à l'Académie. Le 
marquis de Châteaurenard, qui était à la cour, fut 
prié de remercier de vive voix. Monseigneur le Pro- ■ 
tecteur, ce qu'il fit sans retard (i). M. Glffon composa 
en latin et en français un sonnet pour le roi et, le 
5 juin, M. de Sabatier en montra un autre « à 
l'honneur du roy sur l'expédition de Candie. » 

Le 10 juin M. de Cajrs, qui avait déjà annoncé 
par lettre le résultat de ses démarches, fit son rapport 
sur l'enregistrement des lettres patentes, a II exalta 
la bonté, la diligence et la manière obligeante dont 
monsieur le premier président avoit fait la chose, et le 
tout gratuitement et selon l'intention de Sa Majesté 
et celle des académiciens (2). » On résolut de l'en 
remercier^ puis l'on tira au sort le directeur pour le 
mois de juin (3). Ce fut M. de Gageron. 

Quelques jours après, sur la proposition de M. de 
Grille, l'Académie procéda à l'élection du secrétaire 
qui devait être perpétuel « suivant les statuts et 
ordonnance de Monseigneur le protecteur (4). » 

(i) Registre de l'Académie, fol. 68, 

(2) Registre de l'Académie, fol. 68, verso. 

(3) On avait tenu si peu de réunions que l'Académie était 
alors presque désorganisée et n'avait pas nommé ses directeurs 
au mois de mai, comme les années précédentes. 

(4) Voir article 5 des statuts, et plus haut p. 14g. 



— 162 — 

Le Registre rapporte que cette élection se fit le 
24 juin et que les académiciens, réunis en grand nom- 
bre, désignèrent d'une voix unanime M. de Grille. 
Mais il faut dire que ce choix s'imposait puisque le 
duc de Saint-Aignan l'avait déjà nommé. Néanmoins, 
il semble que l'Académie ait voulu sauvegarder ses 
droits et une note marginale du Registre appelle « M. 
de Robias, secrétaire perpétuel par le choix, non seu- 
lement de M. le duc (qui l'a faict tel par son ordon- 
nance) mais encore à la prière et par l'élection de 
messieurs les académiciens, ses confrères (i). » 

Restait la question du sceau, auquel on attachait 
une certaine importance. 

Le duc de Saint-Aignan avait envoyé le modèle 
approuvé par le roi qui avait « voulu le voir dessigné 
et dépeint, ainsi qu'il est porté dans l'ordonnance 
dudit protecteur. » 

Le 6 mai, le secrétaire en parla à la réunion qui 
ne décida rien (2), M. Mercurin écrivit de nouveau, 
quelques jours après, pour informer « messieurs de 
l'Académie de l'importance et de la nécessité du sceau 
dont le roy lui-mesme a demandé des nouvelles (3). » 

(i) Registre de l'Académie, fol. 69, verso. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 67. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 68, verso. 

Le sceau de l'Académie d'Arles fut dessiné par Le Brun, peintre 
ordinaire du roi depuis 1GG4, ainsi que nous l'apprend une lettre 
du duc de Saint-Aignan, en date du 9 juin 1681. 

« Lorsqu'il pleust au roy d'accorder ses lettres pattentcs à la 



— 163 — 
Il avait chargé Varin, graveur du roi, de le prépa- 
rer. Il devait être en argent massif et coûter dix louis 
d'or. L'Académie manquait de ressources, d'ailleurs 
elle fut absorbée par les démarches relatives à l'enregis- 
trement des lettres patentes, et le 5 août (i) M. de 
Grille « remonstre les pressentes lettres du sieur Mer- 
curin pour le sceau, qui estoit gravé depuis longtemps, 
qu'il estoyt absolument nécessaire de le retirer autant 
pour respondre par une prompte obéissance aux in- 
tentions de Sa Majesté, que parce que sans le sceau, on 
ne pouvoit faire aucune expédition académique en 
forme et avec la dignité requise. » M. de Grille fut 
obligé d'avancer les dix louis d'or et le sceau fut expé- 
dié de Paris (2). Il servit pour la première fois à sceller 
les lettres patentes qui déléguaient le marquis de 
Châteaurenard, pour demander à l'Académie française 
son affiliation, (Dec. 1669). 

royalle d'Arles et d'ordonner mesme à M. Le Brun de lui faire le 
dessein d'un sceau dont elle honora cette compagnie, etc., etc. » 

Registre de l'Académie, fol. 2o5. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 71, verso. 

(2) Le 9 septembre, on parle encore du sceau « de la nécessité 
de l'avoir au plus tost, des dix pistolles qu'il falloit trouver 
pour cela. » Registre, fol. yS. En novembre a monsieur le se- 
crétaire montre le crayon du sceau que M. Mercurin avoyt en- 
voyé l'image du roi, etc. » Registre, fol. 74. 

Le sceau lui-même ne fut remis à M. de Grille qu'à la fin de 
novembre. 11 représentait le roi en manteau royal, le sceptre à 
la main et appuyé sur des trophées. En exergue on lisait ces 
mots: Academia regia Arelatensis. 

1^ 



CHAPITRE VI 



La séance du i*' juillet 1669. —• Les nouveaux statuts. — Admis 
sion des roturiers dans la société. — Erreur générale des Histo- 
riens sur ce point. — Ses causes. 



Les lettres royales accordant aux académiciens le 
droit de continuer leurs réunions, et de donner à leur 
société littéraire le nom d' Académie royale d'Arles 
avaient été vivement désirées et sollicitées. Elles 
étaient le véritable titre de fondation de l'Académie, 
qui, à partir de cette date, avait, pour ainsi dire, une 
existence officielle et légale. Sous Louis XIV, plus 
que jamais peut-être, la sanction et l'approbation du 
pouvoir étaient des privilèges de grande importance, en 
raison de la centralisation qui s'était dès lors établie 
dans le royaume. 

On s'explique donc aisément la joie des aca- 
démiciens lorsque leurs désirs furent enfin réalisés. 
Il convenait d'entourer la promulgation des lettres 
patentes d'une certaine solennité, aussi fut-il décidé, le 
10 juin, que l'on ferait « une ouverture publique de 
l'Académie » le i^"" juillet, et l'on pria M. de Gageron 



— i65 — 

de préparer un discours pour cette circonstance. En 
même temps, MM. de Boche et de Sabatier furent 
délégués pour inviter les consuls à cette séance publi- 
que, où l'on se proposait de faire « les exercices ordi- 
naires de l'Académie pour édifier tout le monde de ses 
emplois. » 

Le 17 juin, M. de Gageron soumit son discours au 
jugement de ses collègues, et tous les détails de la 
séance furent réglés, le 24 juin (i). 

La fête projetée eut lieu le lundi i" juillet, dans la 
chapelle des Pénitents-Gris. 

« L'ouverture de cette assemblée fust célèbre et ma- 
gnifique (2) ; le portraict du roy au naturel faisoit la 
première décoration de la chapelle, avec les armes de 
France, au-dessoubs du costé droit, celles de M. le duc 
de Saint-Aignan, du costé gauche, et celles de l'Aca- 
démie plus bas. On avoyt disposé les chaises par 
rang, en sorte que tout ce qu'il y a d'honnestes gens 

(i) Registre de l'Académie, fol. 69. 

a On résoud ensuite qu'au i*' juillet prochain on faira l'ou- 
verture publique selon les résolutions qui ont esté prises, et 
qu'audit jour M. le secrétaire fairoit la lecture des patentes, de 
l'arrest d'enregistrement et de tout le reste, concernant les grâces 
de Sa Majesté, ensuite que M. de Gageron fairoit le discours dont 
il a esté parlé et que chaque académicien porteroit audit jour 
l'ouvrage dont il fut alors chargé pour cette solennité, comme 
il doit estre marqué cy -après. » Registre, fol. 6g, verso. 

Nous avons dit qu'au mois de mai 1667, le projet d'une séance 
publique avait dû être abandonné. Voir plus haut, p. 99. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 69, verso et sqq. 



— m — 

dans la ville, peust voir et ouyr les honneurs que les 
Muses recevoient ce jour-là. Les tapisseries de Flan- 
dres paroient les murs de la chapelle, le laurier 
que les braves et les poètes arrosent de sang et de 
sueur, estoit respendu en abbondance dans la sale. 
M. de Gageron, directeur de ce moys, estoit placé 
selon son rang d'Académie, monsieur le secrétaire de 
mesme, et messieurs les académiciens, tout à l'entour 
de la table, sur laquelle estoit le Registre de l'Acadé- 
mie de marroquin de Levant, doré sur tranche, et la 
grande escritoyre, etc. 

Ces messieurs estoient assis, chacun dans un fau- 
tiieil de velours cramoisy, les lettres pattantes enve- 
loppées d'une toylette de velours couleur de feu, bordée 
d'une broderie or et argent, estoient sur le bureau de 
monsieur le secrétaire dans un grand bassin de vermeil 
doré. Ce fust environ vers lestroys heures d'après-midi 
que MM. de Boche et de Sabbatier furent prendre 
messieurs les consuls, comme il avoyt esté résolu. Ils 
parurent en chapperon, accompaignés de toute une 
nombreuse noblesse et suyvis d'une multitude de 
peuple qui pouvoit à pêne estre contenue dans la cha- 
pelle. 

Les dames firent partie de cette feste, et quelques- 
unes des plus illustres eurent la louable curiosité 
d'assister jusques au bout à la docte cérémonie. Mes- 
sieurs les consuls furent placés où finissoit le rang des 
douze académiciens. » 



\ 



— 167 -- 

Au milieu du plus profond silence, M. de Grille 
« debout, teste nûe, et dans un grand respect » donna 
lecture des lettres patentes et des autres pièces offi- 
cielles, y compris l'arrêt d'enregistrement. 

Louis XIV approuvait et sanctionnait de son auto- 
rité les statuts et règlements de l'Académie. Le nombre 
des académiciens était fixé à vingt, choisis parmi 
« les gentilshommes et autres personnes de savoir et 
de vertu (i). » 

Le roi leur accordait les « mêmes honneurs, privi- 
lèges, franchises et libertés dont jouissent ceux de 
l'Académie françoise. » Ces lettres patentes étaient 
obtenues par l'intermédiaire du duc de Saint-Aignan, 
pair de France et gouverneur du Havre, protecteur 
choisi par l'Académie, et qui avait été chargé de régler 
les menus détails d'ordre intérieur, 

Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de 
Navarre, comte de Provence, Forcalquier et terres 
adjacentes, à tous présents et à venir, salut, 

Sçavoir faisons que l'Académie françoise établie, dès 
l'année 1 63 5, en notre bonne ville de Paris, par le feu 
roy d'immortelle mémoire, nostre très honoré seigneur 
et père, pour travailler à la pureté du langage et 



(i) Elles sont remarquables par l'élégance du langage et l'élé- 
vation des vues et très flatteuses pour les membres de la société 
Artésienne. Il semble que Conrard a collaboré à leur rédaction, 
voir plus haut p. i34. 



— 168 -- 

traiter avec élégance toutes les matières de science et 
d'esloquence, ayant donné de l'émulation dans beau- 
coup de nos provinces, il s'est formé à leur exemple 
dans notre ville d'Arles en Provence, une compagnie 
de gens d'esprit et de qualité, lesquels s'estant diffé- 
rentiez du commun par l'amour des belles lettres et 
les marques qu'ils ont donné de temps en temps de 
leur scavoir, ont mérité que la voix publique ait 
honoré leurs conférences du titre et nom d'Académie, 
bien que ce ne feussent en effet que des assemblées 
particulières, que des personnes sçavantes tachaient de 
faire sans bruict et sans esclat, dans le seul dessein d'y 
conférer entre elles de la pureté du langage, de la 
moralle, des ouvrages d'éloquence, de poésie et des 
choses qui peuvent estre utiles sellon le motif et l'in- 
tention de ceux qui le traitent et à la gloire de Dieu 
et à la nostre : Et comme leur modestie, leur retraite, 
leur esloignement n'a pas empêché que le mérite et le 
talent de ceux qui composent cette compagnie n'ayent 
été connus dans nostre cour, particulièrement lors 
du voyage que nous fîmes en Provence, en l'année 
1659, ^u^ fut ^^ temps auquel lesdittes assemblées 
prirent leur commencement, nous n'avons pas seule- 
ment loué les soins extraordinaires que prenaient tant 
de beaux esprits pour faire fleurir les sciences et les 
arts, et d'introduire la pureté de la langue française 
dans une Province maritime où le mélange des na- 



— 169 — 

tions apporte ordinairement la corruption et le chan- 
gement de langage ; mais nous avons voulu les exciter 
à continuer ces sortes de conférences et exercices aca- 
démiques, en autorisant lesdites assemblées, permettant 
à ceux qui les composent de faire des règlements et 
des statuts pour la police qui devra y être gardée ; 
et les gratifiant en outre de quelques témoignages 
honorables de nostre bienveillance. A quoi nous nous 
sommes porté d'autant plus volontiers que nous en 
avons esté supplié par notre très cher et bien aimé 
cousin le duc de Saint-Aignan, pair de France et 
gouverneur du Havre de Grâce, en qui les belles lettres 
ont toujours été considérées comme un très digne orne- 
ment de sa valeur, et voulant commettre à ses soins 
la direction de toutes les choses qui concerneront 
l'establissement de ladite Académie, non moins par 
la connaissance que nous avons de sa grande suffisance 
et de son zèle et affection à notre service que pour 
satisfaire au désir qu'ont témoigné ceux qui composent 
ladite assemblée, de l'avoir pour leur chef et leur pro- 
tecteur (i). Pour ces causes, ayant esgard à l'utilité que 

(i) «Dans les lettres patentes d'un certain nombre d'acadé- 
mies, il y avait une clause qui les obligeait à prendre leurs pro- 
tecteurs parmi les membres de l'Académie française, parmi les 
illustres comme on disait alors. Ainsi Arles eut d'abord pour, 
protecteur le premier duc de Saint-Aignan, puis le marquis 
Dangeau. .. Cette clause de leurs statuts était un honneur et non 
pas une charge ; c'était un lien filial et non une marque de 
vasselage. » Bouillier , l'Institut et les Académies de province 



— no — 

nos sujets peuvent recevoir desdites conférences, à la 
fidélité et affection pour notre service qu'a toujours 
fait paraître nostre dite ville d'Arles, et inclinant à la 
supplication et remontrance très humbles de nostre dit 
cousin le duc de Saint- Aignan, nous avons, de notre 
grâce spéciale, pleine puissance et authorité royale, 
loué, approuvé et authorisé et par ces présentes signées 
de nostre main, louons, approuvons et authorisons les 
règlements et statuts de ladite Académie cy-attachés 
sous le contre-scel de nostre chancellier. Voulons qu'à 
cet effet elle continue doresnavant les conférences en 
nostre dite ville d'Arles sous le titre de V Académie 
royale d'Arles ; que notre dit cousin s'en puisse dire 
le chef et le protecteur, que le nombre des gentilshom- 
mes et àts personnes de sçavoir et de vertu qui com- 
poseront ladite Académie (et jouiront des privilèges 
ci-après déclarés) soit fixé et terminé à vingt, lesquels 
seront tous originaires ou habitants de ladite ville. 
Permettons en outre à ladite Académie d'avoir un 
sceau avec telle marque et figure qu'il plaira à nostre 
dit cousin et pour l'inscription qu'elle ^ortt Academia 
regia Arelatensis , pour sceller tous les actes qui 
émaneront d'elle, voulant aussi que lesdits vingt aca- 



p. 20. II n'y a rien ni dans les lettres patentes, ni dans les statuts 
qui oblige l'Académie d'Arles à choisir son protecteur parmi les 
académiciens, et le duc de Saint-Aignan n'est même pas qualifié 
(l'académicien, quoiqu'il le fût, à cette date. 



— 171 — 

démiciens originaires et habitants d'Arles jouissent 
des mêmes honneurs, privilèges, franchises et libertés 
dont jouissent ceux de l'Académie Françoise establie en 
nostre ville de Paris. Si donnons en mandement à nos 
amez et féaux les gens tenans nostre cour de Parlement 
de Provence et à tous autres nos officiers qu'il appar- 
tiendra, que cesdites présentes, ensemble les statuts et 
règlements de ladite Académie que nous avons, comme 
dit est cy-dessus, approuvés et authorisés, ils ayent 
à faire enregistrer et de tout leur contenu faire bien et 
dûment jouir lesdits académiciens et leurs successeurs 
plainement, paisiblement et perpétuellement ; cessant 
et faisant cesser tous troubles et empêchements à ce 
contraires, non obstant tous édits, ordonnances, règle- 
ments et autres choses à ce contraire, auxquelles, 
pour ce regard seulement, nous avons dérogé et déro- 
geons par cesdites présentes. Et d'autant que d'icelles 
on peust avoir besoin en divers endroits, voulons 
qu'aux copies collationnées par un de nos amez et 
féaux conseillers et secrétaires, foi soit ajoutée comme 
au présent original : car tel est notre plaisir. Et afin 
que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous 
avons fait mettre nostre scel à cesdites présentes, sauf 
en autre chose nostre droit et l'autrui en toutes. 

Donné à Saint-Germain en Laye, au mois de septem- 
bre l'an de grâce mil six cens soixante huit et de 
nostrç règne ce vingt-gixiesme. Signé Louis, 



— 172 — 

Et sur le replis : par le roy, comte de Provence : 
De Lionne. 

Et à costé, visa Séguier, pour servir aux lettres 
d'establissement d'une Académie royalle en la ville 
d'Arles, 

Et scellées du grand sceau de cire verte à lacs de 
soye rouge et verte sous contre-scel (i). 

Teneur des statuts et règlements de l'Académie 

royalle de la ville d'Arles, 

Soubs le bon plaisir du roy. 



L'Académie ne sera jamais composée que de per- 
sonnes de probité, de savoir et d'expérience. 

(i) Les lettres patentes ont été imprimées, 4 pages, in-4». A la 
fin nous lisons : Collationné à l'original par moi conseiller et 
secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finan- 
ces : Paient in. 

Il y en a un exemplaire à la fin du Registre, au bas duquel 
sont ces lignes à la main : Enregistrées en parlement, le 7 juin 
i66g, en bonne et due forme, en foy de quoi nous sommes soub- 
signés : Robias, secr. perp. de l'Académie royalle. 

Scellée du grand sceau de l'Académie, le 20 juillet 1670, 
Giffon, substitut du secrétaire de l'Académie royale. 

Nous citons les lettres patentes et les statuts d'après les Regis- 
tres du Parlement, soigneusement collationnés. 

Lettres patentes de Sa Majesté portant authorisation des règle- 
ments et statuts de l'Académie royalle à bien parler establie dans 
la ville d'Arles, avec les statuts ensuite. 

Archives des Bouches-du-Rhône. Section du Palais de Justice 
à Aix. Lettres royaux, 1667, 3i janvier 1671, fol. 279-82. 



- 173 — 



On ne recevra personne qui ne demande par escrit, 
et qui ne fasse ensuite la visite et les civilités accous- 
tumées à chaque académicien, et ceux qui se présen- 
teront de la manière susdite pour remplir les places 
qui vaqueront jusques au nombre qui sera réglé 
par Sa Majesté, seront reçus par la pluralité des 

voix. 

3 

On escrira dans le Registre le nom de chaque aca- 
démicien, le jour, le serment et toutes les circonstances 

de sa réception. 

4 

Chacun des académiciens présidera un mois en qua- 
lité de directeur, et le premier jour du mois que 
l'Académie commencera, on tirera au sort pour le 

rang. 

5 

On faira un secrétaire qui gardera le sceau et le 
Registre de l'Académie, papiers, lettres missives, 
archives et autres appartenances de la charge, lequel 
sera conservé dans ladite charge sa vie durant, ainsi 
qu'il se pratique à l'Académie Françoise. 



Le secrétaire ne portera aux assemblées qu'une main 
de papier courante pour y marquer les séances, coni- 



- 174 — 

missions et autres choses que le directeur distribuera, 

qui ensuite seront mises dans le grand Registre, et a i 

commencement de l'assemblée il lira les emplois donnés 

à la précédente. 

7 

Le directeur se mettra à la place Ja plus honnorable 
et les autres autour de la table comme le hasard les 
aura rangés, sans façon et aucune cérémonie. 



L'assemblée estant en estât, le directeur demandera 
à chacun suivant l'ordre de la précédente assemblée, 
ce qu'il aura fait, vers, prose, censure, dissertation et 
autres choses qui lui ont été commises, et il ne sera 
parlé d'aucunes autres ajffaires générales ni particu- 
lières. 

9 

Le directeur demandera le sentiment de chaque 
académicien selon le rang où il se trouvera placé, sur 
toutes les choses proposées et selon l'importance l'on 
écrira tous les sentiments, afin que la pluralité en 
décide. 

10 

Le directeur nommera un ou deux commissaires 
pour examiner ce qui aura été fait, et tous ensemble 
ou chacun en particulier ayant fait ledit examen, le 
rapporteront à l'assemblée où leurs observations seront 
veues et corrigées si besoin eçt, 



- 175 — 



1 1 



Le jour ordinaire des assemblées sera le lundi et les 
extraordinaires aussi bien que l'heure seront au choix 
du directeur. 

12 

Lorsque quelqu'un sera admis aux nombre des 

académiciens, le secrétaire fera lecture des statuts et 

le nouveau venu donnera son serment de les observer 

et ensuite il signera dans le grand Registre l'acte de sa 

réception. 

i3 

Personne ne sera introduit par curiosité ni par fa- 
veur dans les assemblées que ce ne soit en conséquence 

d'une délibération. 

14. 

Les lettres de l'Académie ne seront signées que par 
le secrétaire et rien ne sera envoyé au dehors au nom 
de la compagnie qu'après une révision exacte et le 
consentement de la pluralité, et on se fera une religion 
de garder le secret aux délibération importantes comme 
sont les censures et commissions particulières. 

t5 

La compagnie et chaque académicien en particulier 
travaillera de tout son mieux à honorer la mémoire 
des défunts leurs confrères, pour lesquels avant toute 



— 17G — 

chose l'Académie fera chanter et célébrer une grande 
messe où elle assistera en corps. 

i6 

La compagnie dans le commencement de son éta- 
blissement députera un du corps à Monseigneur le 
chancelier protecteur de l'Académie Françoise, pour 
lui demander sa protection, lequel fera aussi compli- 
ment à cette illustre compagnie et toutes les années on 
se donnera l'honneur de lui envoyer les pièces les plus 
importantes qui seront faites. 

Fait à Saint-Germain en Laye, le premier jour de 
septembre mil six cent soixante-huit. 

Signé : 
François de Beauvillier 

> 

Duc de Saint- Aignan (i). 

M. de Gageron prit ensuite la parole et son discours 
fut un remerciement au roi, qu'il termina en priant 
les consuls de donner une place honorable dans les 
archives de la ville aux lettres royales. 

« Aussitôt après (2), M. le secrétaire fist lecture des 
emplois ordinaires que l'Académie se faisl chasque 

(i ) Archives des Bouches-du-Rhône, Palais de Justice k Aîx, 
Lettres Royaux, 1667-1671, fol. 282-285. Ms 475, Bibl. d'Arles, 
fonds Bonnemant. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 70. 



— 177 — 

semaine, et chasque académicien leut le sien, avec 
beaucoup d'ordre et d'agrément. 

M. l'abbé de Boche leut une partie de la disserta- 
tion, dont M. l'abbé de Barrême avoit l'autre, sçavoir 
si l'on est obligé à un ami qui nous découvre certains 
defîauts, que nous ne connoissions point en nous, l'un 
conclud pour l'affirmative, et l'autre au contraire. 

M. de Sabbatier un sonnet qu'il avoit faict sur 
l'Expédition de Candie. 

M. le chevalier de Romieu une lettre à messieurs de 
l'Académie françoise. 

M. de Cays la censure d'un sonnet ou sa légitime 
critique. 

M. de Boche un remerciment à M. le chancelier. 
M. Bouvet une traduction rithmée de l'ode 3^ du 
4" livre d'Horace. 

M. Giflfon les trois sonnets au Roy, à M. le chancelier 
et à M. le duc protecteur de T Académie. 

M. l'abbé Flesche un discours latin, qui, selon le 
debvoir de l'Académie, la met soubs la protection du 
ciel. 

M. le secrétaire faict voyr le plan dont on l'a chargé 
d'un panégyrique pour Sa Majesté et de suite le poème 
qu'il en a faict. » 

La séance se termina à la satisfaction de tous, les 



— 178 — 
consuls furent reconduits jusqu'à l'hôtel de ville et 
remercièrent les délégués de l'Académie en les exhor- 
tant à ne se relascher jamais d'un si beau dessein et 
qui promet tant d'honneur et tant d'avantage au pu- 
bliq(i) » 

Cette journée fut un triomphe pour l'Académie, et la 
sympathie qu'elle rencontra dans toutes les classes de 
la société fut pour elle un noble encouragement. 

Le secrétaire en instruisit le duc de Saint-Aignan 
en lui envoyant les différentes pièces qui avaient été 
lues à la séance publique (5 août). 

L'Académie royale d'Arles était reconnue au même 
titre que l'Académie française, et dans ces lettres 
patentes de 1668 nous trouvons le modèle de toutes 
celles qui furent accordées dans la suite aux Aca- 
démies provinciales (2), 



(i) Les consuls étaient, en 1669, Laurens de Varadier de 
Saint- Andiol, Louis d'A^égat, Guillaume Grossi, et Barthélémy 
Rémusat. Ms 1060, p. Sy. La Lauzière. 

Nous ne savons ce qu'est devenu le texte original des lettres 
patentes ni celui des statuts ; il est probable qu'il a été perdu 
avec les autres papiers relatifs à l'Académie,, conservés cependant 
par elle avec le plus grand soin dans son « archivaire, » à 
moins qu'il ne se trouve dans les archives d'Arles. 

(2) Dans son livre sur l'Institut et les Académies de Province, 
M. Bouillier insiste sur cette ressemblance des lettres patentes, 
qu'il appelle les titres de noblesse des académies provinciales, 
f On y voit, dit-il, p. i3, leur communauté d'origine et d'attri- 
butions, l'égalité, la confraternité académique, qui n'exclura pas 
une déférence toute filiale à l'égard de l'Académie française, la 
première des Académies, d'où elles procèdent toutes, comme de 



— 179 — 

Louis XIV, en conférant à l'Académie d'Arles les 
mêmes privilèges qu'à l'Académie de Paris, lui impose 
le même devoir, qui est de travailler au perfectionne- 
ment de la langue française, et au développement des 
sciences et des arts. 

Les statuts approuvés par Louis XIV ne furent pas 
lus à la séance du i" juillet ni insérés dans .le Registre 
de l'Académie (i). Le secrétaire se contenta d'ajouter 



leur source, dont elles sont une véritable émanation et qu'elles 
se proposent comme leur commun modèle. En vertu de la lettre 
de leurs statuts, comme par l'esprit qui les anime, tous les aca- 
démiciens de France, "de Paris et delà province, sont les membres 
d'une même famille de savants et de lettrés, » 

Selon le P. Fabre {Panégyrique d'Arles, 1748, p. 3o) ce serait 
à Arles que serait née l'idée de l'Académie française. « Sous Ri- 
chelieu, avant même son ministère, elle avoit donné la première 
idée d'une société littéraire sous le titre d'Académie de politesse 
et de bel esprit, . . Je ne tairai point votre nom, illustre Grille ; 
ce fut vous qui lui donnâtes la naissance, qui rassemblâtes pour 
des fêtes galantes et d'utiles disputes, les Montmorencis et les 
Guises ! Vous-mêmes, dignes chefs, arbitres suprêmes du Par- 
nasse François, vous ne rougiriez point de le reconnoître comme 
l'heureux auteur d'un système, qui peut avoir fourni à un grand 
ministre l'idée de votre érection. Vous n'avez pas dédaigné du 
moins d'associer à votre gloire, comme il l'étoit à vos travaux, cet 
illustre corps, quand le monarque l'autorisa et le favorisa du titre 
d'Académie royale. » 

L'hypothèse est contestable, Richelieu ne chercha sans doute 
pas dans Arles ses inspirations, il n'en est pas moins vrai que 
l'Académie d'Arles peut faire rémonter ses origines à 1622, dix 
ans avant celles de l'Académie française. 

( 1 ) a M. le secrétaire debout, teste nûe et dans un grand respect, 
tist lecture des lettres patantes, de celles de caschet à MM. du 
Parlement, à M. le premier présidant de Provance, à MM. du 

i3 



- 18Ô — 

aux statuts de 1667, sous forme des notes marginales, 
les dispositions nouvelles qu'ils renfermaient. 

Nous avons cité (p. 80 etsqq.)ces notes incomplètes 
qui ne peuvent donner une idée exacte des modifica- 
tions exigées par le roi. Comment expliquer ce qui 
nous semble un oubli regrettable, et ce qui a induit en 
erreur presque tous les historiens ? Faudrait-il y voir 
une marque de mécontentement et l'intention de dis- 
simuler autant que possible des articles désagréables .'' 
Vraiment la pensée nous en est venue , et nous ne 
savons comment la repousser, tout en ne voulant pas 
nous y arrêter. 

Les nouveaux statuts reproduisent sur plusieurs 
points le texte des statuts adoptés par l'Académie, 
le 3 janvier 1667. Mais il résulte d'une collation atten- 
tive, que Louis XIV y apporta quelques modifica- 
tions importantes. Il ordonna que le secrétaire serait 
nommé à vie et non pas révocable au gré de l'Aca- 
démie. Les membres devaient demander leur admission 

parquet, et de la lettre de M, le duc de Saint-Aignan, protecteur, 
et de son ordonnance à l'Académie, comme aussi de l'arrest 
d'enregistrement qu'elle avoit obtenu dans Aix à la sollicitation 
de M. de Cays, > Registre de l'Académie, fol. 70. 

On voit qu'il n'est pas question des statuts, dans ce passage. 

Nous en avons retrouvé le texte dans le volume dé Bonne- 
mant intitulé : Collège, Académie. 11 est joint à une série de 
pièces transcrites en lyôS, selon l'indication qui se trouve sur la 
couverture du cahier. Ce texte est conforme à celui des Regis- 
tres du Parlement de Provence. 



— \Rl — ■ 

et faire visite aux académiciens, mais il pouvaient être 
admis à la majorité des voix et non à Vunanimité, ce 
qui eût rendu le recrutement très difficile, pour ne pas 
dire impossible, si cette prescription eût été strictement 
observée ( i ), En outre, l'article I des statuts du 
3 janvier 1667 exigeait que les membres de l'Aca- 
démie fussent « originaires de la ville d'Arles et 
gentilshommes {2). » C'était faire de l'Académie un 
corps fermé, une réunion absolument aristocratique. 
Nous constatons, dans cet article, l'influence fâcheuse 
des préjugés que la noblesse de province n'avait pas 
encore assez secoués. Mais Louis XIV avait une plus 
grande largeur de vues, et ne pouvait tolérer à l'Acadé- 
mie d'Arles une exclusion qu'il n'admettait pas pour 
l'Académie française. Il abattit cette barrière inutile et 
nuisible et les nouveaux statuts portent simplement : 
Article I. « L'Académie ne sera jamais composée 
que de personnes de probité , de savoir et d'ex- 
périence (3). » 



(i) a On a mal observé cette rigueur, pour n'avoir pu s'assem- 
bler toujours régulièrement. t> Note marginale à l'article 2. Cet 
article donna lieu plus d'une fois à des récriminations dont le 
Régis re a conservé les traces. 

(2) Voir plus haut, p. 80. 

(3) Les lettres patentes de septembre 1668 qui approuvent les 
statuts portent : Voulons que le nombre des gentilshommes et 
autres personnes de savoir et de vertu qui composeront ladite 
Académie soit fixé et limité à 20, lesquels seront tous originaires 
ou habitants de ladite ville. » L'obligation d'habiter Arles était 



— iSi — 

Il n'y est pas question de noblesse, cependant pres- 
que tous les auteurs affirment qu'il fallait, en prin- 
cipe, être noble pour entrer à l'Académie, et signa- 
lent l'admission de roturiers comme une exception. 

Le dernier écrivain qui se soit occupé de l'Académie 
d'Arles, M. Bouillier , reproche au duc de Saint- 
Aignan d'avoir composé l'Académie exclusivement de 
gentilshommes, et déclare qu'il eût peut-être « mieux 
assuré la durée et l'éclat de la société naissante en y 
laissant pénétrer des hommes sans blason. » 

« Ajoutons cependant à l'honneur de l'Académie, 
continue-t-il, qu'elle eut la sagesse de ne pas appli- 
quer cette clause d'une façon bien rigide. Elle n'exi- 
geait pas de ses candidats la noblesse héréditaire, mais 
seulement la noblesse personnelle qui appartenait dans 
la ville à plusieurs classes de citoyens et entre autres 
aux avocats. En outre , elle n'hésita pas même à 
violer ce règlement dans plusieurs circonstances, en 
faveur de candidats d'un mérite reconnu, (i) » 



maintenue, mais l'exclusion des roturiers, des religieux ou des 
personnes attachées à un corps, n'est pas mentionnée par le roi. 
(i) L'Institut et les Académies de Province, i vol. in-i2», 
Hachette, 1879, P- 36. M. Bouillier est tombé dans des erreurs 
regrettables, les dates qu'il donne, à quelques pages de distance, 
ne concordent pas et vraiment on ne sait quelle confiance accor- 
der à son témoignage. Evidemment, il s'en est trop rapporté à 
des autorités douteuses, au lieu de recourir aux sources. Il cite 
un fragment des lettres patentes de l'Académie d'Arles d'une ma- 
nière incomplète et qui en dénature le sens. Nous regrettons 



- 183 — 

M. BoLiillier, dont le travail a été fait non d'après 
les documents originaux, mais sur des ouvrages de 
seconde main, résume en ces quelques lignes le senti- 
ment presque uniforme des historiens qui l'ont pré- 
cédé. 

En i863, un Arlésien distingué écrivait: « Les 
académiciens, d'après le règlement approuvé par le 
roi et annexé aux lettres patentes, devaient être au 
nombre de vingt, tous originaires du pays d'Arles, 
tous gentilshommes. Vous souriez, messieurs ; dans 
notre société si profondément démocratique , nous 
avons peine à comprendre cet article qui aurait eu pour 
effet de fermer les porte's de l'Académie à Racine, à 
Boileau, à Molière, Ne nous hâtons pas trop pourtant 
de condamner nos académiciens. Cet article prouve au 
moins le grand cas qu'ils faisaient de l'esprit et du 
talent, puisqu'ils les regardaient comme un privilège 
de la naissance. Nous devons dire qu'ils n'hésitaient pas 
à le violer toutes les fois que le récipiendaire prouva 
que talent et roture n'étaient pas incompatibles (i). » 

d'être obligés à une critique aussi sévère, mais il le fallait ; 
d'ailleurs nous n'oublierons jamais que la possibilité de l'erreur 
n'est jamais écartée, même pour les esprits les plus sérieux. Le 
Registre de l'Académie, fol. i et 22g, verso, ne se trompe-t-il 
pas sur la véritable date des lettres patentes? 

(i) Discours de M. Galle, à la distribution des prix du Collège 
d'Arles, i3 août i863,p. 14. Ce jugement a été accepté et repro- 
duit par M. f'assin, dans le Musée de 1868. 

On nous permettra de remonter ainsi de période en période 
jusqu'à l'origine de cette tradition non fondée en droit. 



— 484 — 

Le Publicateur de 1841 (i) avait soutenu la même 
erreur dont la responsabilité remonte au Dictionnaire 
de Provence. Un passage de l'article sur Arles a con- 
tribué surtout à la répandre, dans notre siècle. 

« En 1668, Louis XIV établit à Arles une Acadé- 
mie royale composée de vingt gentilshommes habitants 
de la ville. » Géographie de la Provence, t. i, p. 141. 

Nous comprenons qu'en présence de ces distractions 
regrettables et souvent répétées, un lecteur du Diction- 
naire de Provence, peut-être le président Saint-Vin- 
cens, ait ajouté cette note, en marge de l'exemplaire 
conservé à la Bibliothèque Méjanes , sous le nu- 
méro 31267 : « Cet article d* Arles est pitoyable et 
peu exact, j'aimerais encore mieux celui du Diction- 
naire de l'abbé Expilly. » Le Dictionnaire de Pro- 
vence avait adopté, sans la contrôler, une opinion ré- 
pandue à l'époque où il fut composé et qui avait déjà 
cours au commencement du XVIII® siècle (2). 



(i) « L'Académie royale d'Arles fut érigée en l'année 16Ô6 
(c'est en 1668) par lettres patentes du roi Louis XIV; elle devait 
jouir de tous les privilèges appartenant à l'Académie française 
être composée de vingt membres, personnes d'élite, véritables 
amis, originaires de la ville d'Arles et gentilshommes; mais cette 
dernière condition du règlement fut interprétée plus tard et 
l'Académie donna tacitement, par son choix, des lettres de no- 
blesse au mérite des personnes. Les candidats devaient être reçus 
à l'unanimité des suffrages. Les religieux et les membres des 
communautés ne pouvaient être admis que comme étrangers. » 

(2) « En 1668, le roi fît expédier des lettres patentes pour l'éta- 
blissement d'une Académie à Arles, à laquelle il accorda les 



- 18.-) — 

Pierre Véran, qui a laissé de curieux mémoires 
sur la ville d'Arles, n'est pas plus exact, sur ce point 
spécial, que les autres historiens. Cette distraction 
nous surprend, car il y avait sous la main les recueils 
de Bonnemant, où sont transcrits les statuts. 'Voici ses 
propres paroles : a Les académiciens devaient, suivant 
les lettres patentes, être tous gentilshommes et origi- 

mêmes privilèges qu'à celle de Paris. Elle prit pour devise un 
petit et un grand palmier et un soleil qui re'pandait ses rayons 
sur l'un et sur l'autre avec ces mots : Foventur eodem... 

Il n'était permis qu'à des gentilshommes d'aspirer à l'honneur 
d'être reçu à cette Académie, comme il n'est permis qu'à de no- 
bles Vénitiens d'écrire l'histoire de leur république. Ces mes- 
sieurs n'avaient peut-être pas fait réflexion qu'Apollon avait 
gardé les troupeaux et bâti des murailles et que quand il veut 
inspirer quelqu'un il n'a point d'égard à la naissance. » 

Histoire et règles de la poésie française (par M. Mercuesin), 
Amsterdam, 1717, p. 2i3. 

L'abbé d'Olivet écrivait de son côté, à Paris : 

« Il (le duc de Saint-Aignan) procura, en 1669, l'établissement 
de l'Académie d'Arles, qui a cela de singulier qu'elle ne doit être 
composée que de gentilshommes. La France jouissait alors 
d'une paix profonde, et le dessein de M. le duc de Saint-Aignan 
étoit d'inspirer le goût des lettres à une noblesse oisive, dessein 
véritablement digne d'un bon citoyen. Car enfin, quand le goût 
des lettres ne serait de nulle autre utilité pour un royaume, du 
moins il est certain que c'est une passion douce, qui écarte ou 
qui modère les passions turbulentes et qui sert de préservatif 
contre les suites de l'oisiveté et de la barbarie. » D'Olivet, His- 
toire de l'Académie françoise, in-i2, lySo, p. 248. 

L'erreur est plus excusable chez D'Olivet que chez les auteurs 
provençaux; il est assez facile aussi d'expliquer pour quel motif 
il exagère sensiblement le rôle du duc de Saint-Aignan, qui eut 
une part beaucoup moins grande, qu'il ne semblerait d'après ces 
lignes, à la fondation de l'Académie d'Arles. Il encouragea et il 
protégea les académiciens, ce fut tout son rôle. 



— 486 — 

naires d'Arles ; cependant souventes fois on dispensa 
les récipiendaires de ces deux conditions... Dans la 
suite, la noblesse se décida, mais avec répugnance, à 
introduire dans leur société les bourgeois ; aussi 
ils n'accordèrent des places qu'à un mérite supé- 
rieur (i). » 

L'abbé Robert de Briançon, après avoir rappelé 
que l'Académie d'Arles fut établie, en 1668, par lettres 
patentes du roi, ajoute qu'elle fut, dès le principe, 
composée de vingt gentilshommes originaires et habi- 
tants d'Arles, puis il fait cette réflexion : « Jusques ici 
on a observé religieusement de ne recevoir dans cette 
Académie que des gentilshommes, et on n'y a pas 
encore dérogé qu'à l'égard de quelques externes qu'on 
a agrégés à ce corps, à l'égard desquels on a regardé 
plutôt le mérite que la naissance (2). » Il est, on le 

(i) Essai sur la statistique de la ville d'Arles et son territoire, 
seconde partie, p. 263, par Pierre Véran, arlésien, secre'taire de 
la préfecture des Bouches-du-Rhône et chef du bureau de la sta- 
tistique, Ms conservé aux Archives d'Arles. 

C'est à M. Reybaud, archiviste d'Arles, que nous devons l'in- 
dication tirée du Manuscrit en question. 

(2) L'Etat de Provence, t. i, p. 77. 

Le P. Fabre affirme aussi (p. 120) que les académiciens, selon 
la teneur des lettres patentes, devaient être gentilshommes et 
arlésiens. a On dispensa pourtant quelquefois dans la suite le 
récipiendaire de ces deux conditions^ l'Académie interpréta la 
volonté du prince et accorda elle-même des lettres de noblesse et 
de nationalité aux talents et à la vertu. » Ce n'était pas la seule 
méprise que nous pourrions signaler dans les "Remarques his- 
toriques du P. Fabre. Son assertion est reproduite par M. de 
Villeneuve, Statistique des B.-du-R. t. m, p. 567. 



— 187 — 
voit, très catégorique sur ce point et il écrivait en 
1689, à l'époque où, selon son expression, l'Acadértiie 
d'Arles n'était pas « un petit ornement à notre Pro- 
vince. » 

Il est vrai que l'Académie fut fondée par des gen- 
tilshommes, et encore avaient-ils parmi eux un sim- 
ple roturier, Gijffon; il est vrai que beaucoup de 
nobles en tirent partie, mais les registres sont là pour 
témoigner que s'ils y furent en majorité, il y avait à 
côté d'eux plus d'un roturier (i). 

Au lieu de voir dans ce fait, une dérogation aux 
règlements, une interprétation très large de prohibi- 
tions imaginaires, il eut été plus simple de consulter 
les statuts royaux. Faute de cette précaution, les 
historiens se sont tous copiés les uns les autres et 
ont répété une affirmation erronnée. Singulière des- 
tinée des écrivains qui reproduisent si souvent sans 
contrôle ce qui a été dit ou écrit avant eux, au risque 
d'être victimes de leur trop grande confiance, ou plutôt 
de leur négligence. C'est évidemment le cas ici. 

La politique suivie par Louis XIV ne lui per- 



(i) Séguin, après avoir |)arlé de l'établissement de rAcadémie 
qu'il fixe à 1667, de son alliance avec l'Académie française, 
ajoute que cette faveur fut accordée d'autant plus volontiers 
« que les personnes qui composent l'Académie d'Arles, ne sont 
la plus part que des personnes de qualité, parmi lesquelles il y a 
des évêques, des abbés, des commandeurs et des officiers de 
robe et d'armée. » Antiquités d'Arles, p. 27. 



— 188 — 

mettait pas d'exclure les roturiers de l'Académie 
d'Arles. 

Sans doute, la noblesse arlésienne, avait des titres 
particuliers à la bienveillance royale, car, depuis de 
longues années, elle se signalait par son dévouement 
au roi, alors que la noblesse d'Aix et de Marseille ne 
cessait de provoquer des troubles. Mais ce n'était pas 
une raison suffisante pour que Louis XIV adoptât ses 
préjugés, bien surprenants, à l'époque où les grands 
génies de la France étaient de simples roturiers : 
Corneille et Racine, Louvois et Colbert, Pascal et 
Bossuet, Poussin et Lesueur, Molière et La Fontaine, 
Boileau et Bourdaloue, Lebrun et Puget, etc. 

La grande pensée du règne de Louis XIV fut 
d'utiliser tous les éléments qui pouvaient contribuer 
à la gloire de la France, sans distinction d'origine ni de 
classe. Les historiens les plus sagaces de notre siçcle 
proclament que Louis XIV ne cessa de travailler au 
rapprochement des classes sociales (i) et qu'il fut 
assez habile pour réussir dans cette entreprise délicate. 



(i) « Considéré sous le point de vue social, l'esprit de son 
gouvernement (de Louis XIV) fut de tendre par toute sorte de 
moyens au rapprochement des classes., 11 acheva pacifiquement 
la ruine de l'indépendance nobiliaire, astreignit, sans contrainte 
apparente, les grands seigneurs à la vie de cour et au service 
régulier dans l'armée ;et partout, même à la cour, fit prévaloir 
pour les honneurs, la fonction sur la naissance. Les maréchaux 
qu'ils fussent nobles ou non, passaient avant les ducs ; les mi- 
nistres nés dans la bourgeoisie n'avaient au-dessus d'eux quç 



— 189 — 

L'affirmation catégorique que nous rencontrons 
chez tant d'écrivains, d'ailleurs exacts, nous avait 
d'abord impressionné ; mais le texte authentique des 
statuts est formel. Aussi avons-nous essayé de re- 
monter à la source de cette erreur générale. Rappelons 
que les statuts de 1668 n'ont jamais été imprimés, et 
que les écrivains étrangers à Arles n'ont jamais pu en 
juger, que d'après le témoignage des Arlésiens, Or, il 
semble que ceux-ci aient cru de très bonne foi et aient 
voulu laisser croire que la noblesse était une condition 
indispensable pour entrer à l'Académie. Au lendemain 
^méme de l'enregistrement des lettres patentes, le cor- 



les princes du sang, et leurs femmes étaient admises à la table 
du roi. Dans l'armée, il n'y avait plus, pour les grades, aucune 
préférence nécessaire de la grande noblesse sur la petite, ni de la 
noblesse sur la roture ; l'ancienneté du service créait le droit à 
l'avancement, et, sauf le cas de mérite signalé ou de faveur parti- 
culière, on suivait l'ordre du tableau. La vieille aristocratie, écar- 
tée généralement des affaires, n'avait plus, comme classe distincte, 
ni pouvoir ni influence politique; la somme de ses privilèges se 
trouvait réduite à des exemptions d'impôts que le fisc rendait 
souvent illusoires, au droit exclusif d'admission dans un ordre 
de chevalerie (l'ordre du Saint-Esprit) et à des droits seigneuriaux 
devenus moins utiles pour elle qu'onéreux pour les habitants 
des campagnes. L'un de ses membres, aussi homme d'esprit 
qu'entêté de l'orgueil de race (Saint-Simon), appelle le règne 
de Louis XIV un règne de vile bourgeoisie , paroles dont 
Tàcreté prouve qu'après Richelieu et la chute de la Fronde il 
s'était passe en France, au profit de l'égalité civile, quelque 
chose qui, pour les contemporains, avait un air de Révolution, » 
Aug. Thierry, Essai sur l'Histoire du Tiers Etat, ch. X, 
éd. in-i2, Garnier, p. 3oo, 



— J90 — 

respondant arlésien (i) delà Galette de France en- 
voyait à Paris la note suivante : 

D'Arles, le lo juin 1669. 

« Le 8 de ce mois, furent registrées au Parlement 
de Provence, les Lettres Patantes du Roy, pour éta- 
blir icy une Académie Royale, composée de vingt 
gentilshommes, tous originaires et habitants de la 
ville, lesquels jouiront des privilèges qui ont esté 
accordez à l'Académie Françoise de Paris : Sa Majesté, 
qui prend un soin particulier de faire partout refleurir 
les belles lettres, ayant ainsi voulu appuyer le glorieux 
dessein qu'elle a sçeu que quelques particuliers, dont 
le mérite lui est connu, avoyent d'introduire la pureté 
de langage, dans une province maritime, où il est 
aisément corrompu par le mélange qui s'y fait des 
nations. On a eu d'autant plus de joye de cet éta- 
blissement que Sa' Majesté, pour témoigner combien 
elle désiroit le favoriser, a confirmé le choix que ceux 
qui composent cette assemblée avoyent fait du duc de 
Saint- Aignan, premier gentilhomme de sa chambre, 

(i) Ce correspondant ne serait-il pas M. Joseph de Cays qui, 
au mois de décembre 1666, exaltait le mérite de \a.Ga^ette et en 
recommandait la lecture comme très utile ? Registre de l'Acade'- 
mie, fol. 25. Il indique le 8 juin comme la date de l'enregistre- 
ment, alors que l'arrêt fut rendu le 7 juin. Voir Arrêts à la 
barre, 1669, aux archives du Palais à Aix. 

Il semble qu'il ne se fût pas trompé sur la date de l'enregistre- 
ment, mais l'erreur n'est peut-être qu'une coquille d'imprimeur. 



— 191 — 

dont les belles connaissances n'ont pas moins d'éclat 
que sa valeur, à qui elles servent d'un si noble orne- 
ment (i). » 

Le correspondant connaissait fort bien les lettres 
patentes, puis qu'il en cite textuellement plusieurs 
passages. Par suite dequelle inadvertance affirme-t-il 
que l'Académie doit se composer « vingt gentilshom- 
mes, tous originaires et habitants de la ville? » Nous 
ne le savons. Toujours est-il que cette note de la 
Ga\ette, du journal de la cour et de la noblesse, a 
induit en erreur tous les écrivains qui depuis se sont 
occupés de l'Académie d'Arles. Elle semblait, en effet, 
offrir toutes les garanties d'exactitude et il était 
difficile de la contrôler. 

Telle est, selon nous, la cause première de cette 
erreur qui se répandit d'autant plus facilement qu'elle 
correspondait à des tendances non dissimulées (2). 
La confusion entre les statuts de septembre 1668 et 
ceux de janvier 1667, vint la confirmer encore, et lui 
donner une vraisemblance dont on se contenta. 

Signalons cependant une exception à cette erreur 
uniforme des historiens. Nous lisons dans les Annales 
de la ville d'Arles : 

(1) Gai(ette de France, 1669, n' 74, p. 617. 

(2) Le Registre ne contient-il pas cette note marginale, fol. 26, 
en face de l'article i : « Ce premier règlement a estéjnterprété et 
l'Académie a donné des lettres de noblesse, tacitement au mérite 
des personnes. » 



— 192 — 

« L'Académie d'Arles, dont les assemblées avaient 
commencé environ dix ans auparavant, obtint des 
lettres patentes, au mois de septembre, registrées au 
Parlement, le 7 juin 1669, pour être composée de 
vingt gentilshommes ou autres personnes de sçavoir 
et de vertu, sous la protection de M. le duc de Saint- 
Aignan, et avec permission d'avoir un sceau particulier 
avec ces mots pour inscription : Academia regia 
Arelatensis (i). » 

Malgré cette autorité , très grande selons nous , 
l'opinion qu'il fallait être noble pour faire partie de 
l'Académie s'enracina si vite, que dès le XVII* siècle, 
on ne désigna les académiciens que par ces mots : les 
gentilshommes de l'Académie d'Arles, Mais c'est un 
usage abusif et la consécration d'une erreur dont 
l'Académie était complice (2). 



(i) Annales de la ville d'Arles, Bibl. Méjanes, Ms 788, à 
l'année 1668. 

Ce manuscrit est la reproduction du Ms 806, Annales d'Arles, 
avec des notes marginales et quelques additions intéressantes. 

Il fut écrit au XVIII" siècle et contient une histoire succincte 
de la ville d'Arles d'après les documents authentiques, que fort 
peu de personnes pouvaient consulter. Aussi ce Ms fût-il unique 
nous lui accorderions plus d'autorité qu'à tous les autres histo- 
riens réunis. Son auteur a eu évidemment sous les yeux les 
lettres patentes et il y a lu ce qui s'y trouve réellemment. 

(2) A la fin du Registre, se trouve une pièce qui établit d'une 
manière irrécusable la complicité de l'Académie. En présence du 
texte formel des lettres patentes et des statuts, nous ne dissimu- 
lons aucun des arguments que les historiens pouvaient invoquer 
à l'appui de leur théorie : cette pièce est un certificat constatant 



— 193 — 
Il était impossible aux divers écrivains de la relever 
et la lecture du Registre était de nature à l'entre- 
tenir. Néanmoins il est bon , croyons-nous , de la 
signaler et de rappeler que, si la Société des Anonymes 
et Y Académie de Galanterie avaient été de véritables 
ruelles, où la noblesse seule avait entrée, Louis XIV, 
en approuvant la nouvelle Académie, entendait cons- 
tituer un corps de savants sans distinction de caste et 
d'origine. Voilà ce qui ressort de la lecture des statuts 
et des lettres patentes, et ce qu'il est impossible de 
méconnaître, malgré toutes les assertions contraires. 

que M. d'Ayguières (Méjanes Gageron) a été un des premiers 
membres de l'Académie : « Nous, de l'Académie royale d'Arles 
soubsignés certifions et attestons à qui de droict appartient, que 
Messire François d'Ayguières de Méjanes, seigneur de Gageyron 
chevalier, est du nombre des vittgt gentilshommes qui composent 
ladite Académie depuis son établissement, qu'il y a esté nommé 
pour premier directeur et qu'il s'y est dignement acquitté de 
toutes les fonctions académiques où il a esté employé. . . s 

Fait à Arles, ce neufviesme novembre i685. 
Beaumont, Robias, secrétaire directeur, Castillon, Cays, Sabatier, 
le chevalier de Romieu, Giffon, François Flèche, d'Ubaye 
de Vachères. Cette pièce est revêtue du sceau de l'Académie. 
Elle fut légalisée, le lo novembre, par Honoré Mathieu de 
Faucher, lieutenant particulier au siège d'Arles. 

• L'an mil six cens quatre vingt cinq et le dixicsme jour du 
mois de novembre, estant nous Honnoré Mathieu de Faucher, 
conseiller du roy, lieutenant particulier au siège d'Arles, dans 
nostre maison d'habitation, en absance de M. le lieutenant gé- 
néral, y seroit compareu Messire François d'Ayguières et de Mé- 
jannes, sieur de Gageyron qui nous a exposé qu'il lui est néces- 
saire de justifier qu'il est un des vingt gentilshommes de la ville 
d'Arles qui composent le corps de l'Académie royalle que Sa 
Majesté a establi dans laditte ville, ainsi que les sieurs gen- 
tilshommes de laditte Académie, ont attesté le jourd'huy, laquelle 



— 194 — 
Que l'Académie, dans ses élections, ait donné la pré- 
férence à la noblesse, et ne s'en soit point tenue très 
exactement aux sages prescriptions de Louis XIV, 
nous ne le contesterons pas. Nous voulons seulement 
qu'il soit bien entendu, que les statuts de sept. 1668 
sont inspirés par cette sage idée que le talent n'est pas 
l'apanage de la seule noblesse, et que Louis XIV 
ouvrait les portes de l'Académie aux « personnes de 
probité, de savoir et d'expérience », sans distinction 
de noblesse ou de roture. 

attestation il ont signée et y ont fait apposer le sceau de laditte 
Académie, qu'il nous exhibe présentement, et pour éviter qu'on 
ne conteste cette vérité, nous produit MM. Jacques de Grille de 
Robias, marquis d'Estoublon, Pierre de Castillon, marquis de 
Beynes, Joseph de Cays, seigneur de la Fossette, Jean de Sabatier, 
Gaspard de Romieu, chevalier de l'ordre Saint-Jean, Joseph 
d'Arlatan, sieur de Beaumont , Bertrand de Meyran d'Ubaye, 
sieur de Vachères, Messire François Flèche, Jean Giffon, lesquels 
moyennant leur serraant ont recogneu avoir signé et fait escrire 
la susdite attestation, y ayant fait apposer le sceau de ladite 
Académie et affirmé unanimant ledit sieur d'Ayguières de Gagey- 
ron estre un des vingt gentilshommes qui composent ladite Aca- 
démie d'Arles, en avoir esté le premier directeur, et s'estre di- 
gnement acquitté de tous les emplois qu'il y a heu, de quoi ledit 
sieur d'Eyguières de Gageyron nous a requis acte que lui avons 
concédé pour lui servir ce présant acte de notorietté et susditte 
attestation de l'Académie adverée, ainsi qu'il sera à fere par 
raison , et nous sommes soubs signés avec les susnommés 
et nostre greffier, et fait apposer le sceau royal dudit à ces pré- 
sentes. 

Robias, secr. perp., Castillon, Cays, Sabatier, le chev. 
de Romieu, Beaumont, d'Ubaye de Vachères, Flèche, 
GilTon. Faucher. 

Vaugier, greffier. 
Registre, fol. 239 et 240. 



CHAPITRE VII 



Députation du marquis de Châteaurenard à Paris. — Affiliation 
avec l'Académie française. — Séance du 3o avril 1670. 



A la fin de l'année 1669, les académiciens firent 
frapper une médaille commémorative de l'approbation 
royale. Elle représentait un grand et un petit laurier 
éclairés tous les deux par un même soleil. On sait que 
le laurier était le symbole de l'Académie française. En 
exergue, on lisait ces mots : Foventur eodem, pour 
indiquer que les deux sociétés tiraient du roi tout 
leur lustre et tout leur éclat (i). La flatterie était 

(i)Voir l'Estampe de cette médaille en tête du Ms 1060 et 
dans l'Histoire de Louis le Grand, par les médailles, Paris, 1700, 
in-fol., par le P. Menestrier, p. 52. 

« L'Académie d'Arles, qui s'appela l'Académie Royale tout 
court, ayant été d'abord la seule honorée de ce titre, prit une 
devise qui rappelait un peu fastueusement son association avec 
l'Académie française. Par allusion au laurier, devise de l'Académie 
mère, elle grava sur son sceau deux lauriers à côté l'un de l'autre 
et réchauffés par les rayons d'un même soleil, avec ces mots au- 
dessous : Sole foventur eodem. » 

Bouillier, l'Institut et les Académies de Province, p. 37. 

Nous ne relevons pas l'erreur relative au sceau de l'Académie. 
Il s'agit d'une simple médaille, et cette médaille est de i66g, 
c'est-à-dire antérieure à l'affiliation avec l'Académie française. 

H 



— 196 — 

ingénieuse et contenait une grande part de vérité, car 
Louis XIV était alors l'âme de la France, l'inspirateur 
des artistes, des littérateurs et des poètes. 

La noblesse, en particulier, devait beaucoup au roi 
de France et les encouragements qu'il accordait aux 
savants arlésiens les releva beaucoup aux yeux de leurs 
concitoyens. L'émulation fut grande parmi les arlé- 
siens , lorsqu'ils virent ainsi cette société littéraire 
hautement patronnée et officiellement présentée au roi 
de France. Être de l'Académie fut considéré comme 
un honneur inestimable et tout ce qui possédait un 
nom dans Arles chercha à s'en rendre digne (i). 

L'Académie se reposa un peu trop sur ses lauriers, 
durant la fin de cette année. En juillet, elle ne tint 
plus qu'une réunion consacrée à régler des questions 
pécuniaires. Les « extrêmes chaleurs de la saison » 
dispersèrent les académiciens. Le 5 août une petite 
querelle intérieure occupa toute la séance (2). 

CependantM.de Grille rappela, dans cette séance, 
qu'il avait écrit à M. d'Aymar « suivant l'ordre qu'il 
en avoit receu du corps » en le priant « de se disposer 
à prendre la députation et de faire les honneurs de 

Ci) Galle, discours déjà cité. P. Fabre, Panégyrique. 

(2) Il s'agit d'un sonnet envoyé par Giffon au prenaier pré- 
sident d'Oppède, sans l'aveu de l'Académie, ce qui était dit 
M. deCays, un attentat contre les statuts, M. de Grille intervint 
et calma les esprits. Il se déclara le seul coupable et protesta 
qu'il avait agi uniquement dans l'intérêt de l'Académie. Voir 
Registre, fol. 70. 



— 197 — 

l'Académie à messieurs de l'Académie Françoise, à M. 
le chancelier et aux autres puissances (i). » 

C'était se conformer aux prescriptions du duc de 
Saint-Aignan, qui promettait de faire affilier l'Acadé- 
mie d'Arles à l'Académie française. Il y avait long- 
temps que la société littéraire arlésienne ambitionnait 
cette association. La preuve nous en est donnée par 
une pièce curieuse écrite par un membre de la société 
des Anonymes. « J'admirai, dit un des interlocuteurs, 
de certaines traductions qui me sembloient dignes du 
suffrage de la grande Académie et de l'honneur de 
son alliance, et je me plaignais de la négligence de 
messieurs les Anonjymes qui n'avoient point brigué 
cet advantage, à l'exemple de leurs voisins, dont 
l'émulation avoit esté si heureuse. » 

Un peu plus loin l'académicien ainsi pris à parti 
répondait : « Nous reconnaissons la grande et l'illustre 
Académie de Paris pour nostre souveraine, et nous 
répondons à ceux qui se flattent de l'honneur de son 
alliance que les roys ont des subjets, ils n'ont point 
de parents ; et que si nous pouvons quelque jour 
mériter ses suffrages (à quoi nous travaillons), nous 
serons plus glorieux sans doute que ceux qui ont déjà 
son adoption (2). » 

(i) Registre de l'Académie, fol. 71, verso. 
{2) Le Mont-Parnasse ou de la Préférence entre la prose et la 
poésie, par M. D. S. (Estoublon de Grille), dédié a M. le comte 



— 198 — 

Etre affilié à l'Académie de Paris et, à de bonnes 
relations de confraternité, ajouter de véritables traités 
d'alliance avec ce corps déjà illustre, fut au XVII® et 
au XVIII* siècle l'ambition de toutes les Académies 
de province. Il convient d'insister sur cette adoption, 
car c'est un des faits les plus caractérisques de l'histoire 
des anciennes académies^ et la preuve de ces relations 
qui, de nos jours, ont à peu près disparu entre les 
académies de Paris et celles de province. Il semblait 
que Ion voulût resserrer autant que possible ces liens 
de confraternité, et, pour beaucoup d'académies de 
province, l'obligation de s'affilier à l'Académie fran- 
çaise est insérée dans leurs statuts ou dans les lettres 
patentes de leur fondation. Tel est le cas de l'Aca- 
démie d'Arles, qui fut d'ailleurs, la première appelée 
officiellement à cet honneur. 

D'après l'article i6 de ses statuts, l'Académie d'Ar- 
les devait envoyer un de ses membres « dans le com- 
mencement de son établissement, à Mgr le Chancelier, 
protecteur de l'Académie française, pour lui deman- 
der sa protection, lequel fera aussi compliment à 
cette illustre compagnie. » 
Toutes les années on devait également lui adresser 

de Saint-Aignan, à Paris, chez Pierre de Bresche, libraire ordi- 
naire de la reyne... i663. — Au fonds Bonnemant. Il est fait 
allusion à la démarche des Emulateurs d'Avignon qui, en 1660, 
envoyèrent des délégués à l'Académie française, pour demander 
son alliance. Gazette de 1660, n» 142, p. 1200. 



— 199 — 

les pièces les plus importantes lues aux séances. A 
peine établie, l'Académie songea à demander l'affi- 
liation promise. 

Pour s'acquitter de cette mission, il fallait un homme 
qui fût connu à la cour et qui pût s'y présenter avec 
avantage. Aucun membre ne paraissait mieux remplir 
ces conditions que le marquis de Châteaurenard, capi- 
taine au régiment royal (i). Depuis la paix d'Aix-la- 
Chapelle (mai 1668) la France était au repos et uni- 
versellement respectée par l'Europe. Rien n'empêchait 
donc le marquis de se rendre à Paris. Il était alors en 
garnison à Mariambourg,et ce fut là que lui parvint la 
lettre du secrétaire de l'Académie royale. 

Il accepta la mission que lui confiaient ses collègues, 



(i) II était très lié avec le duc de Saint-Aignan et le Registre 
nous en donne maintes fois la preuve. En 1672, le duc de Saint- 
Aignan lui écrivait: « Vostre incommodité, monsieur, m'a fait 
passer ici de plus méchantes heures que tout mon procès à Blois, 
et je vous jure que je n'ai véritablement respiré que depuis que 
vous sortez de la chambre, si vous me rendez justice, vous en serez 
bien persuadé, et, que si je n'avois eu à Paris M. de la Touche 
qui m'a mendé fort régullièrement de vos nouvelles, j'aurais 
pris la poste pour en aller apprendre moi mesme... Si Sa Ma- 
jesté apprend vostre incommodité, elle en sera sans doubte mar- 
rie et je prierai l'un de mes amis, à mon deffault, de la lui faire 
savoir. «De la Ferté, Saint-Aignan, 8 février 1672. 

Il s'agit du procès d'un fermier général qui voulait compro- 
mettre le duc : celui-ci rédigea un long factum contre ces accu- 
sations calomnieuses et il priait le marquis de Châteaurenard 
de le faire tenir aux consuls et aux académiciens d'Arles. Ce qu'il 
fit en accompagnant l'envoi d'une lettre datée de Paris, le 17 fé- 
vrier 1672. Voir ces deux lettres au Registre, fol. io5. 



— 200 — 
mais il demanda des lettres patentes de l'Académie, 
attestant qu'il agirait en son nom. 

« Ce 29 octobre 1669, M. le secrétaire dict que 
M. d'Aymar a remercié par lettre sa députation, et 
que pour l'honneur de son emploi, il demande des 
mémoyres pour tous les compliments qu'il doibt faire, 
mais surtout des lettres patantes de l'Académie par 
où il paroisse de sa commission et de l'authorité du 
corps, ce qui est résolu et M. le secrétaire chargé de 
dresser la minute desdites lettres (i). » 

On apprit, sur ces entrefaites, que « toute la cour 
a prisgoust aux petits ouvrages de l'Académie d'Arles » 
et au mois de novembre, M. de Barras « revenu de 
Paris, parle du beau bruict que l'Académie royalle 
d'Arles y faict et dit que MM. l'abbé de Lédignan et 
d'Arnaud de Beaucaire en ont parlé avec beaucoup 
d'estime et qu'ils souhaiteraient bien d'estre receus 
comme externes (2). » 

Enfin, au mois de décembre, le sceau de l'Académie 
étant arrivé, on scella les lettres patentes pour le 
marquis de Châteaurenard et on les lui envoya. 

(c Nous, de l'Académie royalle d'Arles, establie en 
ceste ville par lettres patentes de Sa Majesté, expédiées à 
Saint-Germein en Laye du i" septembre 1668, après 
nous être assemblés diverses fois pour délibérer, suivant 

(i) Registre de l'Académie, fol. 74. 
(2) Registre de l'Académie, fol. 74. 



- ?(H — 

les intentions de M. le duc de Saint-Aignan, chef 
et protecteur de cette compagnie, sur la nécessité qu'il 
y avoit de députer un du corps à la cour , dont 
l'esprit, le mérite et la qualité répondissent digne- 
ment à l'idée qu'on a desja conçeue de nous en divers 
endroits du royaume, avons enfin résolu de députer, 
comme nous députons par ces présentes, le sieur 
marquis d Aymar de Châteaurenard, capitaine dans 
le régiment royal, pour rendre en nostre nom les très 
humbles et très respectueux hommages que nous 
debvons à Sa Majesté. A ces fins, l'avons chargé de 
s'adresser à M. le duc de Saint-Aignan pour recevoir 
de lui toutes les instructions importantes et nécessaires 
à sa conduite, tant à l'endroit de M. le Chancelier, 
de MM. les secrétaires d'Estat et l'illustre M. Conrart, 
secrétaire perpétuel de l'Académie Françoise, que pour 
le compliment que nous debvons à messieurs de l'Aca- 
démie Françoise, auxquels il rendra une visite solem- 
nelle de nostre part, pour leur demander l'honneur de 
leur alliance. De ce Faire lui avons remis et confié le 
pouvoir dont il a plu à Sa Majesté nous honnorer, et 
pour un plus grand témoignage de notre estime et de 
nos intentions, nous lui avons Faict dresser les présentes, 
signées du secrétaire de la Royalle Académie d'Arles, 
et scellées du grand sceau de laditte Académie, où est 
gravée l'image du roi, nostre Sire, que Dieu conserve. » 
A Arles, ce 25 octobre 1669. 

Robias Estoublon, sccr. de l'A. R. d'Arles. 



— -202 — 

C'était le premier acte officiel de l'Académie, ainsi 
que le fait remarquer une note du Registre (i). 

Après avoir expédié au marquis de Châteaurenard 
les lettres patentes et les diverses pièces dont il avait 
besoin, M. de Grille partit « pour son voyage d'Italie 
qu'il appelle académique, par rapport à certaines veûes 
qu'il a de faire alliance avec les fameuses académies 
de delà les monts (2) ». Il avait déjà visité Rome précé- 
demment (3), mais l'Italie l'attirait par les chefs d'œu- 
vres de ses artistes. 

Il consigna les diverses particularités de ce voyage 
dans un ouvrage publié, en 1676, et dont l'Aca- 
démie s'occupa au mois de juillet 1677, sur l'initiative 
de M. d'Arbaud (4). 

(i) Registre de l'Académie, fol. 74, verso. A la suite on lit : 
< Ces lettres sont dattées du moys d'octobre, quoy que M. 
le marquis de Châteaurenard ne les receut que longtemps après. 
C'est ici le premier acte d'assemblée ou corps approuvé que 
l'Académie aytfaict. Ledit M. d'Aymar demenda long temps cette 
formalité et gardera sans doubte ceste patante pour la gloyre du 
petit corps, autant que pour la sienne particulière. On luy en- 
voyé avec cette commission toutes les lettres nécessaires, à mes- 
sieurs de l'Académie françoise, à M. Conrart, à M. le duc de 
Saint-Aignan, à M. Mercurin, qui agissoit vigoureusement pour 
l'honneur du petit corps, et à M. le Chancelier. » 

(2) Registre de l'Académie, fol. 74, verso. 

(3) Voir le Registre de l'Académie, fol. Sg, verso. 

(4) Lettres de M. le marquis de , de l'Académie d'Arles, 

écrites pendant son voyage d'Italie, en i66g, contenant diverses 
particularités sur son séjour à Rome, et dans les cours de quel- 
ques autres princes d'Italie, avec un recueil des œuvres diverses 
du même auteur, Paris, Barbin, 1676, in- 12. L'abbé Dubreuil, 
t. I, fol. 2 5o, verso. 



— 203 - 

Durant les mois de décembre 1669, ^^ janvier, de 
février et de mars 1670, on ne trouve rien « dans le 
Registre de mémorable ; peust estre la cause de cette 
suspension des exercices académiques doibt estre im- 
putée à l'absence du secrétaire (i). » Les comptes ren- 
dus ne recommencent qu'au mois d'avril. 

C'est que M. de Grille était l'âme de la jeune Aca- 
démie et nous aurons plus d'une fois à constater que 
lorsqu'il n'était pas à Arles l'Académie semblait sans 
vie. 

Les derniers mois de l'année 1669 furent assez peu 
remplis : en juillet on nomma les directeurs (2), dont 
le Registre oublie de nous donner la liste ; au mois 
d'août, M. de Sabatier composa une épitaphe pour le 
duc de Beaufort (3), au nom de l'Académie. Un 

t M. d'Arbaud a dict qu'il avoyt veu un livre à la foyre, im- 
primé par Claude Barbin, à Paris, qui faisoit bien honneur à la 
compagnie. C'est une relacion d'un voyage, avec un recueil à la 
fin de quelque poésie en diverse sorte de langue. L'assemblée a 
désiré voir cet imprimé, d'autant mieux que l'autheur (qui n'a 
pas mis son nom) semble estre un grand etzellé académicien. On 
a prié M. le secrétaire de recouvrer cette relacion et d'en vouloir 
faire un meuble de rarchive. » Registre de l'Académie, fol. 160, 
verso. 

Le Registre ne paraît pas indiquer que les académiciens en 
aient connu l'auteur, mais véritablement ils ne pouvaient pas ne 
le connaître point. 

Nous n'avons pu découvrir ce volume à la Bibl. Méjanes. 

(i) Registre de l'Académie, fol. yS. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 71. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 72. Il venait d'être tué devant 
Candie. Voir Galette de France, 1669, p. SSy et sqq. Le duc dç 



— 204 — 
peu plus tard on rédigea quelques sonnets sur 
le même sujet, mais l'activité de l'Académie n'était 
pas grande et elle refusait (26 août) de prendre en con- 
sidération une proposition très sage de M. l'abbé de 
Boche, tendant à entreprendre une traduction qui fût 
« un emploi de durée. » Aussi, au mois de septembre 
M. de Grille, directeur, exhortait-il ses collègues de 
l'Académie « à reprendre ce beau feu qui l'avoit desjea 
faicte admirer dans tout le royaume. » Il invoquait 
l'exemple des membres de l'Académie française, et 
insistait pour que l'on observât exactement les statuts. 

Le duc de Saint- Aignan demandait aux académiciens 
d'Arles de faire imprimer quelques-unes des pièces 
examinées depuis trois mois : sur ce sujet encore rien 
ne fut décidé, ou du moins rien ne fut mis en exécu- 
tion (i). On laissa à chaque auteur sa liberté. 

Le Registre s'étend sur des petites querelles intes- 
tines, sur des particularités peu importantes, comme 
la visite imprévue de M. dArlatan de Beaumont, qui 

Navailles commandait le corps expédionnaire envoyé au secours 
des Vénitiens assiégés par les Turcs. 

(i) « On dict que l'Académie Françoise ne faisoit rien imprimer 
en son nom ou fort peu de chose, qu'on n'avoit presque rien vu 
de sa manière depuis 35 ans,que les observations sur le Cid, etc., 
mais que pour de pièces des académiciens, en avoit veu quantité 
et que ce seroit tirannie, à laquelle aucun particullier ne sesoub- 
metroit Jamais de vouloir lui deffendre d'exposer ses caprices et 
qu'il estoitmesme honorable pour l'Académie d'Arles, que tout 
le monde fust persuadé qu'elle ne scavoit rien, qu'elle n'approu- 
voit rien de tout cela. » Registre de l'Académie, fol. 72, verso. 



— 205 — 
entra dans la salle de l'Acadénîie, sans qu'il y eût eu 
une délibération pour l'admettre, ce qui provoqua des 
réclamations , car c'était violer le texte formel des 
statuts (i). Enfin nous devons avouer que les exer- 
cices académiques sont de faible valeur et nous 
sommes surpris que l'Académie ait fait preuve d'une 
telle nonchalance, au lendemain -de l'approbation 
royale. 

Heureusement pendant que l'Académie s'endormait 
dans une inaction coupable, ses intérêts étaient dé- 
fendus à Paris par des amis intelligents et dévoués (2). 

Le marquis de Chàteaurenard commença, sans re- 
tard, ses démarches auprès de l'Académie française. 

Le duc de Saint-Aignan l'avait reçu avec des mar- 
ques particulières de sympathie, à son arrivée à Paris, 
au mois de décembre 1669. Le protecteur avait pour 
l'Académie d'Arles « des tendresses de père » et il 
s'employa de tout son pouvoir à faire réussir les 
négociations. Nul doute qu'il n'ait parlé plus d'une 
fois, à ses collègues de l'Académie française de la 
demande d'affiliation qui allait leur être présentée, et 
qu'il n'ait préparé lui-même les voies. 

Il obtint, pour les délégués, une audience solennelle 

(i) Reg-istre de l'Académie, fol. yS, verso. 

(2) « Le 2g octobre, M. de Gageron prend congé de l'assemblée, 
disant qu'il part pour Paris. Il demande une lettre pour M. le 
duc de Saint-Aignan. » Registre, fol. 74. Son absence fut d'assez 
longue durée, mais il ne s'occupa point des négociations. 



— 206 — 

qui fut fixée au 3o janvier 1670, et lui-même devait 
introduire à l'Académie M. de Chdteaurenard, M. de 
Castillon, M. Roubin, et M. Mercurin, qui compo- 
saient la députation arlésienne. Mais il fut « obligé 
de se mettre au lict par l'ouverture de deux ou trois 
blessures qu'il avoit reçeues au service du roy » et dut 
se contenter de leur donner une lettre d'introduction 
a si belle et si obligeante et pour vous et pour moi, 
disait le marquis de Châteaurenard, dans sa Relation, 
que c'est un monument éternel de vostre gloire (i), » 

Le . . janvier 1670. 
Messieurs, 

Vingt personnes de qualité qui composent l'Acadé- 
mie royale d'Arles, et de qui le mérite passe encore la 
naissance, ont député vers vous M. le marquis de Châ- 
teaurenard, pour vous faire leurs compliments . Il 
aurait trouvé bon que je l'y eusse accompagné^ si je me 
fusse trouvé en état de le pouvoir faire, et vous auriez 
su, messieurs, par une bouche aussi véritable que 
peu éloquente (au moins si la voix publique ne vous 
l'a point encore appris) qu'il est des plus considérables 
de ce corps, aussi bien que des armées du roi et de sa 
province. Vous le trouverez sans doute aussi digne de 
cet emploi comme je le suis peu du rang auquel il a 
plu à cette illustre compagnie de m'élever et de la 

(i) Registre de l'Académie, fol. 78, verso. 



— -201 — 

place que j'ai l'avantage de tenir dans la vôtre. Cepen- 
dant, messieurs, j'aurai peine à souffrir la douleur qui 
me force à vous écrire au lieu de vous parler, puis- 
qu'elle me prive de l'honneur de vous voir et du plaisir 
d'entendre un gentilhomme très digne d'être écouté. 
Il est vrai que le sujet de ma souffrance sert à ma 
consolation, c'est tout ce que la modestie peut permet- 
tre de dire à un homme qui cherche à s'excuser de ne 
vous rendre pas ce qu'il vous doit, qui vous honore 
infiniment et qui veut toujours être, messieurs, votre 
humble et très obéissant serviteur (i). » 

Le duc de Saint-Aignan. 

La réception concertée avec M. Conrard, secrétaire 
perpétuel, et M. l'abbé Testu, directeur de l'Académie 
française, eut lieu le jeudi 3o janvier. Sur les deux 
heures, l'abbé Cottin et M. Charpentier vinrent pren- 
dre MM. de Chdteaurenard, de Castillon et Mercurin 
dans la première cour de l'hôtel Séguier. Ils les intro- 
duisirent « dans un salon magnifique de cet hostel 
où se tiennent ordinairement les séances de l'Acadé- 
mie » et les firent asseoir, à la tête de la compagnie 
tout près du directeur. M. de Châteaurenard présenta 
à l'abbé Testu la lettre de l'Académie d'Arles, avec 
celle du duc de Saint-Aignan, puis commença sa 



(i) Bibliothèque Méjanes, Ms loGo. Nous ne l'avons pas trou- 
vée dans le Registre. 



— 208 — 
harangue « comme surpris et estonné de la hardiesse 
que j'avois, dit-il, de m'exposer à parler devant une si 
célèbre assemblée dont chaque illustre teste me debvoit 
estre plus redoutable qu'une armée (i). x» 

Il déclara tout d'abord qu'il n'était qu'un soldat, 
incapable d'exprimer dignement les sentiments de vé- 
nération, que l'Académie d'Arles avait pour l'Acadé- 
mie française, puis il exposa que la jeune académie 
croirait qu'il manque quelque chose à sa gloire, même 
après l'approbation royale, si elle n'obtenait « l'appro- 
bation et l'alliance de la plus célèbre assemblée du 



(i) Registre de l'Académie, fol. 7g. Les membres de l'Acadé- 
mie française étaient à cette date : 

MM. Godeau, évêque de Grasse. — Paul Tallemant. — Chape- 
lain. — Esprit. — Cotin. — Conrard. — Pellisson. — Balesdens. 

— Le cardinal d'Estrées. — Desmarets de Saint-Sorlin. — Se- 
grais. — L'abbé Testu. — Rabutin de Bussy. — Colbert. — 
L'abbé Tallemant. — L'abbé de Bourzeis. — La Mothe Le Vayer. 

— Pierre Corneille. — Gilles Boileau. — De Gomberville. — 
L'abbé Cassagnes, — Le duc de Saint-Aignan. — Charpentier. 

— Le marquis de Coislin. — Patru. — Doujat. — Racan. — De 
Villayer. — Hardouin de Périfixe. — De Salomon. — Furetière. 

— Le marquis de Dangeau. — Mézerai. — De Chaumont. — De 
Montmor. — Cureau de la Chambre. — De Bezons. — Daniel 
Hay du Chastelet. — Boyer. — Le Clerc. 

On peut voir, par cette liste, que beaucoup de gentilshommes 
étaient membres de l'Académie française, mais à côté des prélats, 
des ducs, des ministres de Louis XIV, se trouvaient des hommes 
qui n'avaient d'autre titre que celui d'écrivain et il régnait, entre 
les membres, une égalité absolue. Les différences de rang dis- 
paraissaient et personne n'avait droit à aucun honneur distinctif 
à aucune préséance. C'était l'acheminement naturel et certain 
vers l'empire des intelligences. 



— 2li9 — 
royaume, » « Ne trouvez donc pas mauvais, messieurs, 
poursuivit-il, que dans l'espoir que nous avons de 
pouvoir obtenir un jour cette glorieuse approbation, 
011 tendent les veilks des plus sçavans, et où la plus 
haute ambition des hommes de lettres doibt estre bor- 
née, je vous demende maintenant pour nostre compa- 
gnie cette glorieuse alliance qui faira désormais nostre 
plus grande gloire et qui faict aujourd'hui nostre plus 
grande passion. » 

Il ajouta que la ville d'Arles, « qui a commendé 
autrefois en qualité de reyne à la plus part de celles de 
la France, » se fera une honneur d'être une « colonie » 
de l'Académie françoise et que les académiciens d'Arles 
espèrent que le patronage de l'Académie de Paris 
donnera une vigueur extrême à leur jeune société. 
Enfin, en terminant, il pria ces messieurs de ne pas 
juger les Arlésiens parles discours incultes d'un soldat, 
nourri dans la poussière des camps et au milieu du 
fracas des armes qui « ne s'accorde pas bien avec le 
repos du cabinet (i). » 

L'abbé Testu, directeur, répondit « par un discours 
très éloquent, » puis chaque académicien lut des vers 
ou de la prose, et le tout parut si charmant au marquis 
de Châteaurenard qu'il se croyait « dans un lieu en- 
chanté. » Méieray proposa la lettre R. et le mot Rose 

(i) Registre de l'Acadcmie, fol. 8i, verso. 



— 210 — 
et la discussion sur le Dictionnaire termina la séance. 
Les académiciens d'Arles furent reconduits à leurs 
carosses et visités le lendemain de la part de l'Acadé- 
mie. L'abbé Testu et plusieurs autres les visitèrent, en 
leur nom personnel, et rapportèrent toutes les circons- 
tances de cette séance au duc de Saint- Aignan, qui féli- 
cita le marquis de l'excellente impression produite par 
son attitude et par ses paroles. 

L'Académie accorda l'alliance demandée et, le 5 fé- 
vrier, Conrard rédigea, en son nom, une lettre offi- 
cielle qui constatait cette concession gracieuse : 

Messieurs, 

Nous avons reçeu par M. le marquis de Chasteau- 
renard la lettre qu'il vous a pleû de nous escrire et il 
nous a confirmé dans nostre assemblée avec tant d'es- 
prit et d'éloquance, les sentiments obligeants que 
vous avez pour nous, que nous ne saurions vous tes- 
moigner trop fortement la reconnessance que nous 
avons de l'honneur que vous nous faites. L'alliance 
que vous désirez faire avec nous sera sans doute bien 
avantageuse à nostre Académie, puisque la vostre qui 
est composée de personnes de qualité et de rare mérite, 
donne, dès le moment de sa naissance, des essais si 
glorieux des progrès qu'elle va faire dans les belles 
lettres, et véritablement, messieurs, ce n'est pas une 
des moindres merveilles de nos jours qu'en une 
des extrémités du royaume il se soit trouvé tant de 



— 2H — 
personnes capables de contribuer à la pureté et à 
r élégance de nostre langue ; nous en sommes toute- 
fois moins surpris quand nous considérons que la Pro- 
vence a toujours été fertile en esprits délicats et qui, 
dans la barbarie même des siècles les plus grossiers, 
ont cultivé si heureusement les grâces de la poésie et 
les exercices les plus ingénieux, que les Italiens se sont 
faict honneur de les imiter. Une compagnie si choisie 
et qui faict espérer de si belles choses estoit certes très 
digne d'avoir pour chef un héros, qui s'est signalé 
mille fois dans les armes et dans les lettres, et que nous 
tenons, aussi bien que vous, pour un des plus illustres 
membres de nostre corps. C'est donc et par la considé- 
ration d'un si grand homme et par l'estime que nous 
avons pour vous, messieurs, que nous acceptons avec 
joie l'alliance que vous nous proposez ; vous assurant 
que désormais nous nous intéresserons à tout ce qui 
regardera vostre gloire, et que nous tascherons même 
de l'augmenter par tous les offices d'amitié et par tous 
les services que vous nous jugerez capables de vous 
rendre, et qui pourront persuader que nous sommes, 
messieurs, vos très humbles et très obéissants servi- 
teurs, les académiciens de l'Académie française (i). » 
A Paris, le 5 février 1670. 

CoNRARD, secrétaire de la compagnie. 

(1) Bibl. Méjanes, Ms 1060, p. G 1-62. Registre de l'Académie, 
fol. 83, verso. 

i5 



— 212 — 

Cette lettre officielle était accompagnée d'une lettre 
que M. Conrard adressait, en son particulier, aux aca- 
démiciens d'Arles pour les assurer de son entier dé- 
vouement et leur annoncer la réalisation de leurs 
désirs (i). 

(i) Messieurs, la lettre que vous m'avez faict l'honneur de 
m'écrire et les visites que j'ay receûes de M. le marquis de Chas- 
teaurenard vostre député, me sont si glorieuses que je ne trouve 
point de parolles qui respondent ni à de si grandes faveurs ni au 
ressentiment que j'en ai. Mais quoique j'aie une extrême regret de 
ne pouvoir exprimer ma reconessance dans cette lettre, j'en ai un 
beaucoup plus grand de n'avoir pu vous témoigner, en la per- 
sonne de cet illustre et vertueux gentilhomme, le respect que j'ai 
pour vous. Vous pourrez apprendre de lui, messieurs, que ma 
volonté n'a point eu de part en ce menqueraent, et qu'il a esté 
causé par une impuissance absolue à laquelle mes grandes et 
continuelles indispositions m'ont réduit, pour tous les devoirs 
de la vie civile qui consistent en action. Ce n'est pas qu'il 
eust besoin de mon service pour estre introduit dans nostre 
Académie, comme il vous a pieu de me le dire trop obligamment, 
car, messieurs, j'ai sceu de toute la compagnie, qui estoit fort 
nombreuse le jour qu'il y présenta vostre lettre, qu'il estoit 
impossible de réussir mieux qu'il fist en une action de cette na- 
ture, de sorte que tout ce que j'ai pu contribuer à vostre gloire 
et à la sienne a esté de marquer fidèlement et avec exactitude 
dans nos registres et les civilités obligeantes que vostre compa- 
gnie a faictes à la nostre, et l'allience en laquelle elle a désiré 
d'entrer avec elle, et l'adroite et spirituelle manière dont monsieur 
vostre député s'est conduit en toute cette négotiation. Il vous 
pourra dire, messieurs, combien je suis indigne des louanges 
excessives qu'il vous a pieu de me donner, et auxquelles j'aime 
mieux ne rien répondre que de vous donner subjet de vous plein- 
dre que j'aurois menqué de respect en vous accusant de vous 
estre trompés. Que si, pour mériter l'honneur de la continuation 
de vostre bienveillance, il suffit d'admirer les belles choses qUg 
vostre compagnie a produites à un des bouts de la France, dès son 
commencement, d'espérer que ses progrès seront encore plus 



- 213 - 

C'était la première fois qu'une Académie de province 
était affiliée à l'Académie française, et les démarches 
du marquis de Châteaurenard, combinées avec les 
efforts du duc de Saint-Aignan, étaient pour une bonne 
part dans l'heureuse conclusion de cette affaire. L'Aca- 
démie d'Arles ne fut pas ingrate et plus d'une fois nous 
rencontrons, dans le Registre (i), des témoignages de 
sa reconnaissance envers le marquis de Châteaurenard 
qu'elle traita toujours comme un de ses membres les 
plus zélés et les plus importants. 

Le duc de Saint-Aignan, remis de son indisposition, 
reprit ses fonctions à la cour, et ménagea aux délégués 
une audience de Louis XIV. 

Le 4 février, M. de Châteaurenard se rendit à Saint- 
Germain et remercia le protecteur « des pênes qu'il 

merveilleux et d'avoir une particullière vénéracion pour cet illus- 
tre corps et pour les membres qui le composent, j'ose me pro- 
mettre que vous ne me jugerés pas indigne de cet avantage, ni de 
celui d'estre avoué de vous, messieurs, pour vostre très humble 
et très obéissant serviteur, 

CONRARD. 

A Paris, ce 5 fébrier 1670. » 

Registre de l'Académie, fol. 84. 

(i) a On s'entretient avec joye et complaisance de toutes les obli- 
gacions que l'Académie royalle avoyt à M. le duc de Chasteaure- 
nard, on remet sur le tapis sa députation au roy, à messieurs les 
ministres à l'Académie francese. On n'oublie pas l'alliance que 
la royalle avoyt obtenue par les soings et le mérite de ce confrère, 
mais surtout on s'entretient de cette fameuse journée, où l'on 
tient comme les petits estais généraux de l'Académie dans l'es- 
glise des Pères cordelliers d'Arles, en présence de toute cette 
grande ville. » Mémoires d'août 1674. 

Registre de l'Académie, fol. 122, verso. Le marquis revenait 



— 214 — 

avoit prises et qu'il vouloit encore prendre » par une 
petite harangue fort bien tournée. L'audience royale 
qui semblait effrayer le marquis de Châteaurenard, se 
passa selon le cérémonial accoutumé. « Je fus le len- 
demain (5 février) au lever du roy. La générosité de ce 
duc qui est premier gentilhomme de la chambre, me 
fit entrer des premiers dans un lieu, oti les plus grands 
seigneurs du royaume s'estiment heureux d'estre in- 
troduits parmi la foule. Après que Sa Majesté eust 
achevé de se faire habiller et que la piété de ce grand 
monarque, qui n'est pas moindrje en lui que toutes ses 
autres vertus, l'eust obligé de commencer la journée 
par les prières accoustumées, M. le duc de Saint- Ai- 
gnan me fist placer tout contre la porte du cabinet où 
Sa Majesté entra quelque temps après. Je ne tardai pas 
longtemps à y estre appelle par l'huissier, et c'est sans 
doubte ici, messieurs, où j'avais besoing de vostre 
esprit et de vos lumières, pour pouvoir donner à ce 
grand monarque, le plus éclairé des hommes, quelque 
idée advantageuse de nostre compagnie, mais comme 

alors de la campagne de Hollande où il avait été blessé. Il se 
rendait aux bains de Balaruc, pour soigner ses blessures. 

« Ce lundi permier jour d'octobre (1674), M. le marquis de 
Chasteaurenard arrive d'Avignon avec M. Roubin du Saint- 
Esprit. Ces deux illustres académiciens ne respirent que la gloire 
et les avantages de l'Académie qu'ils ont déjà faict connaître et 
à la cour en se montrant et dans l'assemblée célèbre de la ville 
d'Arles par leur éloquence, .. M. Giffon dict que ces messieurs 
estoient venus malades et qu'ils se font porter aux bains de 
Balaruc. » Registre de l'Académie, fol. ii3, verso. 



J 



- 215 — . 

il est aussi bon qu'il est grand et qu'il est spirituel, il 
me receutavec une douceur extraordinaire, il m'écouta 
avec une patience admirable et me répondit avec des 
termes si glorieux et si doux pour vous et pour moi, 
si éloquens et si polis, etc.. (i). » 

Dans un discours assez long, le marquis de Château- 
renard présenta au roi les très humbles actions de 
grâces de ses plus fidèles et plus zélés sujets, à qui il 
venait d'accorder une faveur signalée, en encourageant 
« les plus petits efforts de quelques gentilshommes que 
l'amour de la vertu, l'oisiveté de la province et le 
calme de la paix avoient assemblés. » 

11 le remercia de leur avoir donné le duc de Saint- 
Aignan, présent à cette audience, pour protecteur, ce 
qui était pour eux une garantie de succès. « Sa Majesté, 
dit-il en terminant, aura la bonté d'excuser mon zelle 
et de pardonner ce deffaut d'éloquence à un homme 
despée, qui ayant mesme l'honneur d'estre actuelle- 
ment à son service, met plustost toute sa gloire à bien 
faire qu'à bien parler et ne respire autre chose que de 
pouvoir répendre un jour, en la servant, jusqu'à la 
dernière goutte de son sang (2). » 

Durant ce discours, Louis XIV encouragea l'orateur 
« par un air doux et riant, et tempéra, pour ainsi dire, 

(i) Registre de l'Académie, fol. 81. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 81, verso. 



— 216 — 

pendant tout ce temps là cette fière majesté qu'on void 
ordinairement sur son visage, et qui pouvoit mettre en 
désordre l'âme la mieux concertée. » Il répondit quel- 
ques paroles flatteuses pour l'Académie d'Arles et 
pour M. de Châteaurenard, dont il loua ensuite le 
discours, en présence des ministres et de tous les sei- 
gneurs de la cour (i). 

Le même jour, 5 février, le marquis de Châteaure- 
nard présenta les hommages de l'Académie, au chan- 
celier Séguier « pour le remercier des bontés qu'il 
avoit eues de sceller si obligeamment les lettres pa- 
tantes dont le roi nous a honorés et lui demander 
ensuite sa protection. » Nous avons vu que le chan- 
celier s'était fait prier longtemps avant d'accorder le 
sceau, mais ce n'était pas le lieu d'en témoigner quel- 
que rancune ; Séguier était protecteur de l'Académie 
française et très influent à la cour. 

i 

Aussi, après quelques remerciements, le marquis de 
Châteaurenard poursuivit-il : « Souffrez que je vous 
demende encore, en leur nom, quelque part de cette 
glorieuse protection que vous accordez si advantageu- 
sement à toutes les Muses françoises et que cet empire 
absolu que vous avez sur tout le monde spirituel se 



(i) Registre de l'Académie, fol. 82. Le marquis fait remarquer 
dans sa relation que le roi lui donna audience dans un cabinet 
« où il ne reçoit ordinairement que les ambassadeurs ou les dé- 
putés des corps les plus considérables du royaume.» 



— 217 — 

répende encore sur nous. Quelques petits que soient 
nos efforts, ils deviendront considérables, s'il nous est 
permis d'espérer que le grand Séguier les protégera, 
et quelque esloignée que soit nostre province du soleil 
de la cour, les bénignes influences que nous recevrons 
de cette précieuse protection nous tiendront lieu de 
toute autre chose (i). » 

Le chancelier « malgré son âge avancé et même 
caduc » répondit par un discours plein de « feu et de 
délicatesse. » a II exalta la ville d'Arles par son an- 
cienneté, par la noblesse et la fidélité de ses habitants 
et conclut par des offres de service en général à nostre 
compagnie et à tous les particulliers qui la compo- 
sent (2). » 

Partout les délégués de l'Académie d'Arles reçurent 
bon accueil et l'influence du duc de Saint-Aignan n'y 
fut pas étrangère. Aussi M, de Châteaurenard avait 
raison de rappeler n ses tendresses, ses ardeurs et ses 
transports » pour l'Académie d'Arles qu'il ne perdait 
aucune occasion de faire valoir auprès de ses amis. 

Au moment où le marquis de Châteaurenard vint 
prendre congé de lui, il lui remit la lettre suivante, 
qu'il le pria de transmettre à ses collègues d'Arles : 
Messieurs, 

Bien que je ne puisse doubter que M. le marquis de 
Chasteaurenard ne vous rende compte du bon succès 

(1) Registre de l'Académie, fol. 82. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 82, verso. 



— 218 — 
de sa députation au roi et à messieurs de l'Académie 
francoise, j'ai creu vous debvoir témoigner ce qui m'en 
a paru ; sa modestie m'est suspecte en cette occasion, 
ce que j'ai entendu moi-mesme et ce que j'ai appris 
par plusieurs de mes amis très capables d'en juger, ne 
s'accorde point "bien avec ce qu'il dit lorsqu'on lui en 
parle, et je ne saurois l'excuser d'estre si retenu en 
recevant de si grands avantages. En vérité, messieurs, 
les louanges du plus grand de tous les roys mérite- 
roient bien qu'il en fust un peu plus vain, et si je ne 
le puis blasmer d'avoir remarqué sans s'esmouvoir les 
applaudissements de messieurs de l'Académie fran- 
coise, j'ai pêne à lui pardonner tant de retenue dans 
les marques de satisfaction qu'il a reçeu nostre grand 
monarque : le discours qu'il lui a faict a esté très élé- 
gant et très délicat, et l'on a bien connu que le ruisseau 
partoit de la plus pure et de la plus vive source d'élo- 
quance qui fut jamais. Cette cadette n'aura pas moins 
d'approbation qae son aînée, et l'on pourra dire avec 
raison que si l'une ne surpasse l'autre, il est au moins 
très difficile de les égaller, aussi bien que la passion 
avec laquelle je suis toujours, messieurs, vostre très 
humble et très obéissant serviteur, 

Le duc de Saint-Aignan. 
Du 10 février 1670 (i). » 

(i) Registre de l'Académie, fol. 83. 



— 219 — 

M. de Châteaurenard quitta Paris au commence- 
ment de mars, au plus tard, et dès que M. de Grille 
fut de retour de son voyage d'Italie, le délégué de 
l'Académie vint à Arles pour rendre compte de sa 
députation (26 avril). 

Il était accompagné de M. Roubin « lun de nos 
messieurs qui s'estoit joint à lui dans la plus part de 
ses affaires de cour (i). » 

Les académiciens lui firent tête, et, le 3o avril 1670, 
on tint une séance publique dans la chapelle des 
Pénitents Gris, pour entendre le récit fidèle et circons- 
tancié de ce qu'il avait fait durant son séjour à la 
cour. L'archevêque d'Arles, Monseigneur François- 
Adhémar de Monteil de Grignan (2) s'y trouva, avec 

(i) Registre de l'Académie, fol.yS et 76, verso. 

(2) François de Castellane Adhémar de Monteil de Grignan 
était fils de Louis-François de Castellane Adhémar, comte de 
Grignan, capitaine de cent hommes d'armes, sénéchal du Valen- 
tinois, et de Jeanne d'Ancézune (mariés en i5q5). Il fut abbé 
d'Aiguebelle, puisévêquede Saint-Paul-T rois-Châteaux, en i63o. 
Transféré à l'archevêché d'Arles, en 1643, il fut nommé com- 
mandeur de l'ordre du Saint-Esprit^ en 1662, et mourut le 
9 mars 16S9. 

II eut successivement pour coadjuteurs ses deux neveux 
Gabriel et Jean-Baptiste, tous deux abbés d'Aiguebelle. Jean- 
Baptiste mourut archevêque d'Arles, le 11 novembre 1697, âgé 
de 59 ans. 

Il était l'oncle de François de Castellane d'Ornano, comte de 
Grignan, lieutenant du roi en Provence de 1670 à 1700 (nommé 
par lettres patentes du 29 nov. 1669), gouverneur du Comtat 
Venaissin en 1688, chevalier du Saint-Esprit, mort en 1714, et 
qui avait épousé en troisièmes noces (29 janv. 166g) Françoise- 
Marguerite de Sévigné, fille de M" de Sévigné, 



— 220 — 
son chapitre et plusieurs notables personnages de la 
ville. 

Les consuls François Duport, sieur de la Vignole, 
Jacques de Mont/ort, Arnaud Eymin et Biaise 
Boussard, « s'excusèrent sur l'embarras de certaine 
ordonnance receûe touschant les choses de la ville. » 
La véritable cause de leur abstention fut qu'ils pré- 
tendaient avoir le pas sur l'archevêque et le chapitre, 
ce qui leur fut refusé (i). 

Malgré cet incident désagréable, la séance du 3o 
avril fut très solennelle , et M. de Châteaurenard 
satisfit pleinement la légitime curiosité de ses confrères 
dans une longue relation qui fut écoutée avec un vif 
intérêt. 

Il exposa ses démarches, le succès qui les avait 
couronnées, les encouragements qu'il avait reçus et il 
conclut en ces termes : « Voilà, messieurs, ce que 
J'avois à vous dire pour nous rendre un compte exact 
de la députation dont il vous a pieu m'honnorer ; 
mais avant que finir mon discours, souffrez que la 
gloire qu'elle m'a procuré et dont je me voids encore 
revestu face esclater mon zelle en ce jour devant une 
si auguste compagnie, et permettez-moi de vous dire 

Voir Pithon Curt, Hist. de la noblesse du Comté- Venaissin, 
t. IV, p. 38-39, Gilles Duport, Guillaume Marcel, l'abbé Tri- 
chaud, etc. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 75, et Ms io6o, Bibliothèque 
Méjanes, p. 49. 



— 221 — 

hautement que vous estes obligés à soutenir à l' adve- 
nir, cette belle réputation que vous vous estes acquise 
et toute cette gloire qui vous environne. Vous le pou- 
vez, mais c'est par une digne application à vostre 
debvoir, par des productions proportionnées à l'estime 
qu'on a conçeu de vous, par des ouvrages immortels, 
tels que la plus part de vous scavent faire, enfin par 
une union et une intelligence que rien ne puisse jamais 
ébranler. . . (i). » 

M. Roubin prit ensuite la parole et compléta, sur 
certains points, le récit du marquis de Châteaurenard 
et rendit surtout hommage au tact et à l'habilité dont 
ce dernier avait fait preuve. 

Le directeur, M. l'abbé de Boche, remercia chaleu- 
reusement les deux orateurs et les pria de remettre une 
copie de leur discours à M. le secrétaire. 

M. de Châteaurenard se conforma à ce désir et son 
récit fut consigné tout au long dans le Registre, en 
vertu d'une délibération de l'Académie (2). 

(1) Registre de l'Académie, fol. 84, verso. 

{•1) M. l'abbé de Boche remercie de nouveau et dans l'assem- 
blée ces MM. d'Aymar et de Roubin de l'honneur qu'ils avoient 
faict à l'Académie par leurs discours et récits du jour de devant. 
Ensuite il les pria de la part de la compagnie, d'en vouloir 
donner une copie à M. le secrétaire qui se chargea agréablement 
de les mettre dans le Registre. » Registre de l'Académie, fol. 77. 

La relation de M. le marquis de Châteaurenard occupe les 
feuilles 78-85. Nous la citerons aux pièces justificatives. Roubin 
ne remit sans doute pas son discours, car il n'est pas au Re- 
gistre, 



— 222 — 

Au mois de mai, le sort désigna pour directeur le 
marquis de Châteaurenard, mais il était pressé de partir 
et il remit « son authorité directoriale » à l'abbé de 
Boche. 

En même temps, il proposa d'adopter « le formulaire 
des lettres d'académicien que donne M. Conrard, de la 
part et au nom de l'Académie françoyse, pour en pou- 
voir expédier de semblables au nom de la royale 
d'Arles, à tous les membres qui la composent, y appo- 
sant le sceau du roy, le seing du secrétaire et toute 
autre chose en forme (i). » 

M. deChâteaurenard montra le formulaire de l'Aca- 
démie française qu'il avait apporté (2) et sa propo- 
sition fut acceptée. Le secrétaire lui donna une copie 
sur parchemin de ce formulaire, adapté à l'Académie 
d'Arles, et un mois après, M. Roubin en demanda 
une semblable. Il fut décidé qu'on en accorderait 
à tous les académiciens , externes ou assidus, qui 
le désireraient (3). 

Il nous semble intéressant de le reproduire ici : 

« L'Académie royale d'Arles à tous ceux qui ces 

présentes lettres verront, salut : ayant pieu au roy 

d'établir nostre compagnie, en cette ville d'Arles, par 

lettres patantes du mois de septembre 1668, vérifiées 

(i) Registre de l'Académie, fol. 77, verso. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 77, verso. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 87. Délibération du 22 juin 1670. 



— 223 — 

et enregistrées au parlement de Provence le 7 juin 
1 669, pour les mêmes causes, pour la même fin et avec 
les m£mes privilèges (\WQ l'Académie Françoise fut éta- 
blie dans Paris, par l'édit du feu roy Louis XIII, de 
glorieuse mémoire, en janvier i635, nous avons jugé 
que pour répondre, autant qu'il nous sera possible, à 
l'intention de Sa Majesté et au dessein de Mgr le duc 
de Saint-Aignan, nommé par les mêmes lettres chet 
et protecteur de cette compagnie, nous ne devions 
jetter les yeux, pour le choix des académiciens, que sur 
des personnes àt probité, d'esprit et de mérite, et pro- 
pres aux fonctions académiques, c'est pourquoi ayant 
reconnu toutes ces qualités en la personne de M. N. ., 
nous, suivant le pouvoir à nous donné par l'ordon- 
nance de mondit Seigneur le duc de Saint-Aignan, du 
16 may 1669, de Saint-Germain en Laye, signé Fran- 
çois de Beauvillier, donnons et accordons par ces pré- 
sentes, une place d'académicien audit sieur N..., 
l'agrégeons et l'admetons parmi nous, pour assister à 
toutes les conférences académiques tant ordinaires 
qu'extraordinaires, y opiner, avoir voix délibérative 
et même y présider lorsqu'il sera élu directeur, comme 
aussi pour jouir des honneurs, privilèges et exemptions 
qu'il a pieu au roy de nous accorder, à la charge 
d'observer tous les statuts de l'Académie faits ou à 
faire, d'obéir et se soumettre à toutes les résolutions 
qui seront prises dans les asssemblées, ce qu'il jurera 



— 224 — 

et promettra entre les main du directeur, ou en son 
absence en celles du secrétaire sur les Registres de 
l'Académie, auxquels nous mandons qu'après que l'un 
d'eux aura pris le serment, il admette au nom de la 
compagnie ledit sieur de N.., lui fasse prendre séance 
dans les assemblées, pour Jouir ensuite de toutes les 
concessions qui nous sont accordées par les lettres 
patentes. Mandons aussi à leurs successeurs auxdites 
charges de directeur et de secrétaire qu'ils les main- 
tiennent en la possession desdits avantages, et audict 
secrétaire qu'il fasse mettre le nom dudit sieur N.. . 
dans le Registre de l'Académie, selon l'ordre de sa 
réception, aux rolles des académiciens, attendant qu'il 
puisse signer luy-mesme et, si besoin est, copie des 
présentes luy sera expédiée par ledit secrétaire. Car 
telle est notre intention, pour témoignage de laquelle 
nous avons fait sceller les présentes du sceau royal de 
l'Académie (i). » 

A Arles, ce 25 juin 1669. 

ROBIAS ESTOUBLON, 

Secr. de l'Académie. 

Le marquis de Châteaurenard ne prolongea pas 
longtemps son séjour dans Arles. Le 2 juin^ il était à 
Tarascon, sur le point de retourner à Paris, et ce fut là 

(1) Registre de l'Académie, fol. 87, verso. Voir aussi le Ms 
475, Bibl. d'Arles. Le même formulaire est donné avec de 
légères variantes dans le Ms io6o, p. 63. 



— 225 — 

qu'on lui remit avec des lettres de remerciement à 
l'adresse du protecteur, de M. Conrard et de l'Acadé- 
mie française, la « lettre de l'Académie royalle à M. le 
duc de Saint-Aignah, contenant le mémoire fidelle du 
récit de M. le marquis d'Aymar, après sa députation 
en cour. » C'était le compte rendu de la séance du 3o 
avril. L'Académie le jugeait assez important pour en 
faire part au protecteur. 

Monseigneur, 

« Nous regardons la gloire de l'Académie royale 
d'Arles comme un bien qu'il nous a plu de nous 
confier. 11 est donc bien juste de vous apprendre 
l'usage que nous faisons de nos biens. M. le marquis 
de Châleaurenard s'est chargé de le faire, en vous 
portant nos très humbles remerciments, et de vous 
témoigner les sentiments d'amour, de respect et de 
reconnaissance que nous conservons pour toutes vos 
grâces ; c'est avec beaucoup de complaisance. Monsei- 
gneur, que nous l'en avons prié, puisqu'il est vrai, 
comme il vous a plu de nous l'écrire, que nous ne 
saurions remettre nos affaires en meilleures mains. 
Mais si sa modestie nous a paru suspecte lorsqu'il 
nous devoit entretenir de l'heureux succès de sa dépu- 
tation, quel soupçon n'auriez-vous pas de lui lorsqu'il 
vous parleroit de vous-même r 

Il s'intéresse trop assurément en tout ce qui vous 
touche , et vous , vous en intéressez trop peu , 



— 226 — 

Monseigneur , pour l'en croire sur sa parole ; vous 
nous permettrez d'y joindre la nostre, et de vous faire 
ici le récit fidèle de tout ce qui s'est passé parmi nous 
en la réception de vostre lettre et de celle de messieurs 
de l'Académie françoise. Tout nostre monde spirituel 
de l'un et de l'autre sexe ne manqua point d'honorer 
le 3o avril 1670, nostre feste académique, car c'est un 
jour de feste pour nous, Monseigneur, de faire monstre 
de vos faveurs; ce fut donc dans le couvent de RR. PP. 
Cordeliers, dans la chapelle des Pénitents-Gris où 
l'assemblée fut convoquée, elle fut nombreuse et com- 
posée de personnes de première qualité ; les curieux 
de tous les états, les dames les mieux faites, les 
dévotes et les savantes s'y rendirent, Mgr l'archevêque 
qui révère jusqu'aux moindres intentions de Sa Majesté 
et qui a une estime très particulière de nostre ouvrage 
attira par sa présence tous messieurs du vénérable 
chapitre Saint-Trophime, les religieux importants, 
les supérieurs des ordres et les RR. PP. Jésuites, qui 
peuvent passer sans faire tort à personne pour les 
arbitres des choses de l'esprit, s'y trouvèrent; chacun 
y fut logé sans choix, mais sans confusion, lorsque 
environ les trois heures d'après-midi messieurs les 
académiciens estant placés selon leur coutume sans 
façon, M. de Robias, secrétaire l'Académie et M. le 
chevalier de Romieu furent recevoir M. le marquis de 
Châteaurenard et l'accompagnèrent dans la chapelle 



— 227 — 

où il estoit attendu. Aussitôt qu'il eut prit sa place 
parmi nous, M. l'abbé de Boche, directeur de ce mois, 
fit un discours sur le sujet de cette assemblée ; il fit 
voir la grandeur d'âme de Sa Majesté qui ne paraissoit 
pas moins dans l'établissement de nos emplois pacifi- 
ques, que dans les plus bruyants et dans les plus 
glorieux exercices de Mars. Il fit connoistre les grandes 
obligations que nous vous avions pour cette seconde 
vie d'honneur et de réputation que vous nous aviez 
donnée, et enfin s' adressant à M . le marquis de 
Châteaurenardf il le pria au nom de toute la ville de 
faire le récit fidèle et circonstancié de toute sa députa- 
tion, ce qu'il fit de la meilleure grâce du monde. Mais 
ce fut après nous avoir remis la [lettre dont il vous a 
plu nous honorer, celle de messieurs de l'Académie 

française et celle de M. Conrard dont la lecture fut 

> 

faite par M. le secrétaire : nous estions ravis. Monsei- 
gneur, d'observer la joie de tous nos compatriotes pen- 
dant cette lecture, elle éclatoit dans leurs yeux, et sur 
leur visage, n'osant la faire paroistre autrement, de peur 
d'interrompre une si glorieuse occupation. De vous 
dire maintenant le détail du discours de M. le marquis 
de Châteaurenard, ce seroit une grande entreprise. En 
vérité, Monseigneur, un commandant des troupes de 
Sa Majesté qui seroit un peu plus éloquent que nostre 
confrère (s'il s'en trouve) se voyroit soubmis au repro- 
che que fist autrefois un grand orateur à un brave : 

i6 



— 228 - 

« N'as-tu point de honte, luidisoit-il, de mieux haran- 
guer que nous, » Tout ce qu'on pourroit lui reprocher, 
c'est qu'après avoir parlé du Roy comme d'un Mars et 
de vous. Monseigneur, selon nos sentiments, comme 
d'un Alexandre ; après avoir dit les soins obligeants 
qu'il nous a pieu prendre pour nous mériter l'alliance de 
messieurs de l'Académie Françoise et fait connoistre à 
tout le monde le prix de cette obligation, il s'alla 
imaginer qu'un discours de deux heures sur cette ma- 
tière pourroit enfin ennuyer. Si vous eussiez pu voir 
le silence et l'attention des écoutants vous auriez 
condamné son scrupule et vous l'auriez obligé de 
parler encore. Il est vrai. Monseigneur, que nous ne 
perdîmes pas tout et que M. de Roubin, l'un de nos 
messieurs qui s'estoit joint à lui dans la plupart de ses 
affaires de cour, nous vengea de la trop grande mo- 
destie de celui-ci, et fit le supplément de sa relation 
de la manière du monde la plus éloquente et la plus 
sincère ; son discours passe pour une pièce achevée au 
rapport des maistres, et si l'un et l'autre de ces con- 
frères est aussi docile qu'il est parfait académicien, il 
nous remettra son discours pour en charger le Re- 
gistre. 

Après cela. Monseigneur, les esprits se trouvèrent si 
pleins de la grandeur du Roy et si satisfaits .de vos 
bontés, à nostre égard, qu'ils n'en perdront jamais la 
mémoire. Nous eûmes à peine le temps de lire deux 



— n<) — 

ou trois ouvrages d'Académie, que M. le directeur 
donna selon la coutume pour estre examinés, ensuite 
de quoi, il conclut, comme il avoit commencé, par les 
louanges de nostre invincible monarque, mais, Mon- 
seigneur, quelque insensibilité que vous professiez 
pour les vostres, vous auriez pris plaisir à la manière 
dont il s'y prit. Il remercia M. le marquis de Château- 
renard d'avoir si bien parlé des merveilles de nostre 
ville et d'avoir rendu publiques ■ nos obligations. 
Mgr l'archevêque confirma ce qu'avoit dict nostre di- 
recteur, son discours estoit digne d'un prince de l'église, 
il n'oublia pas les éloges de Sa Majesté ni les vostres, 
il en laissa même tomber quelques-unes sur nostre 
Académie, par une harangue aussi sainte qu'elle 
estoit instructiveet éloquente. Après cela, Monseigneur, 
on faillit estouffer nostre confrère à force de le caresser. 
Tout le monde demeura d'accord des vérités esclatantes 
qui sont couchées dans vostre lettre en sa faveur, 
mais quoique vous ayez escrit de sa modestie, croiriez- 
vous bien que de M. de Châteaurenard est un insa- 
tiable en matière de gloire, et qu'il parut non plus 
touché des acclamations publiques qu'avoit mérité 
son éloquence que s'il eut ouï louer les hauts faits de 
feu Gustave Adolphe ou de quelque conquérant plus 
éloigné. Il nous advoua franchement que ni l'encens de 
la province, ni la gazette de l'armée, ni l'eau bénite 
de la cour, n'auront jamais rien de si touchant pour 



- m) — 

lui, que ce que vous mesme avez eu la bonté de 
lui dire, et qu'il seroit très peu satisfait de tout le 
reste, s'il n'avoit une place illustre dans vostre esprit 
Il a raison, Monseigneur, c'est la plus belle place du 
monde et nous lui porterions envie, quelque obligation 
que nous lui ayons, si vostre cœur bienfaisant, ne 
s'estoit partagé entre nous, depuis longtemps. Nous ne 
ferons jamais rien qui nous rende indignes de cette 
grâce, et nous n'oublierons jamais que nous sommes, 
par vostre consentement aussi bien que par nostre in- 
clination, Monseigneur, vostres humbles et très obéis- 
sants serviteurs, 

Les Académiciens de L. R. A. 

RoBiAS d'Estoublon, 
secrétaire de l'Académie (i). 

A Arles, ce 28 mai 1670. 
(i) Registre de l'Académie, fol. 75, verso, et sqq. 



CHAPITRE VIII 



L'Académie de 1670 à 1675. — Admission de M. d'Abeille, du 
comte de Modène, de M. de Ranchin, de M. d'Arbaud, de M. de 
Verdier. — Mort du viguier de Grille. — La traduction de 
Corbinelly. — Rapports avec l'Académie française. — M. de 
Grille à Paris. — La critique des œuvres de l'Académie d'Arles 
par M. Charpentier. — Ferricr et ses poésies. 



L'affiliation de l'Académie d'Arles à l'Académie 
française était une grande marque de faveur. 

Les lettres de l'Académie française à son alliée sont 
très flatteuses, et les savants arlésiens les recurent avec 
de grandes démonstrations de joie. Mais noblesse 
oblige, et M. de Châteaurenard le rappelait, fort à 
propos, à ses collègues : « Vous êtes obligés, leur 
disait-il, à remplir dignement la prefférence que nos- 
tre grand monarque a donné à la ville d'Arles sur 
plusieurs autres de ce royaume qui demendoient le 
mesme honneur (i). » L'examen du Registre nous 
conduirait peut-être à douter que les académiciens 
aient suffisamment rempli le rôle qu'ils pouvaient et 
devaient jouer, pour l'honneur des lettres, dans le midi 

(1) Registre de l'Académie, fol. 84, verso. 



L 



— 232 — 

de la France. Nous constatons presque continuelle- 
ment que les séances ne sont pas très suivies, et que 
les membres de l'Académie s'en dispensent très facile- 
ment. Les abbés de Boche et deBarrême, M. Bouvet, 
M.G(^ow,M. de Grille, M. de Cays sont généralement 
assidus, mais souvent les autres membres sont absents. 

L'article i des statuts n'avait pas reçu son applica- 
tion, et les académiciens n'étaient pas au nombre de 
vingt, dans la ville d'Arles. Cependant les adhésions 
ne manquaient pas, mais il était difficile de trouver, 
dans une seule ville, vingt lettrés, qui eussent du zèle 
pour les exercices académiques. 

Les principales adhésions sont celles des académi- 
ciens externes, et, parmi celles-ci, celle de l'abbé Gas- 
pard d'Abeille, prieur de N.-D. de la Merci, et auteur 
assez apprécié à Paris, où il était fixé auprès du duc 
de Luxembourg. 

Le Registre ne mentionne pas la date de la réception 
de M. d'Abeille, qui eut lieu très probablement dans 
les premiers mois de 1670(1), pendant l'absence du 
secrétaire. Une des premières fois qu'il soit question 
de M. d'Abeille « confrère de l'Académie royalle » , c'est 
en mars 1672 (2), à propos d'une pièce de vers latins 

(i) Le Ms 1060, p. 48, deuxième partie, fixe sa réception au 
8 juillet 1670, mais le Registre n'en parle pas, ce qui nous 
étonne, car M. d'Abeille était, par ses relations, un personnage 
assez important. 

{2) « On receut encores un sonnet à l'honneur du roy avec 



— -m ~ 

intitulée Sol et Ranœ, à l'honneur du roi, centre les 
Hollandais, et envoyée de Paris. Au mois d'octobre 
1673, M. d'Abeille écrivit quelques sonnets sur la 
prise de Maestricht, puis, en septembre 1675, il com- 
posa un sonnet sur la mort de Turenne, qu'il envoya à 
l'Académie d'Arles. Après l'avoir examiné, « elle 
tesmoigna beaucoup de désir de voir l'autheur, dont 
les ouvrages imprimés ne peuvent que lui faire beau- 
coup d'honneur, après avoir eu l'avantage de plaire 
à la bonne cour, et à M. le prince qui est assurément 
un bon connesseur en ces matières d'esprit quoi qu'il 
passe pour le génie de la guerre (i). » 

L'abbé d'Abeille avait une maison à Tarascon, où il 
venait de loin en loin passer quelques jours. Il appar- 
tenait à la famille de ce nom, domiciliée à Riez, qui 
avait pour ancêtre un frère de celui dont la descen- 
dance subsista à Tarascon jusqu'au milieu du 18" siècle, 
d'après l'opinion des Abeille actuels de Marseille, qui 
prétendent remonter à l'un des trois frères Abeille, 
venus d'Italie en Provence, vers le 1 3^ siècle. Mais 
cette prétention n'est pas absolument prouvée. 

La Critique du nobiliaire de Provence conteste 
même la noblesse des Abeille, en disant que la dignité 
de viguier de Marseille, qui fut possédée par l'un 

l'inscription du Louvre au bas parle sieur d'Abciilc. » Registre, 
fol. 5-2 bis, verso. — 16 avril 1668. 
(i) Registre de l'Académie, fol. 140., verso. 



— 234 — 

d'eux, ne prouve pas qu'ils soient d'origine noble. 
Cependant, les Abeille furent maintenus dans' leur 
noblesse par les commissaires chargés de la vérification 
des titres nobiliaires, en i66g (i). 

(x) Voir Artefeuil, l, p. i; Dictionnaire de la Noblesse de La 
Chesnaye Desbois. 

Gaspard d'Abeille, né, en 1648, à Riez (Basses-Alpes), vint de 
bonne heure à Paris; le maréchal de Luxembourg le prit pour 
secrétaire. Doué d'un esprit très vif, il se lia avec le duc de Ven- 
dôme, le prince de Conti et une foule de beaux esprits. En 1670, 
il n'avait encore composé que quelques poésies ; plus tard il 
écrivit même pour le théâtre quelques pièces qui eurent, il est 
vrai, peu de succès. La première, Argélie, tragédie en 5- actes, 
date de 1673, et fut imprimée à Paris, en 1674. 

En 17 14, il composa une ode sur la Valeur, à la louange du 
maréchal de Luxembourg; on cite encore de lui nombre de pièces 
qui se trouvent dans les différents recueils de l'Académie fran- 
çaise. Il fut reçu membre de cette compagnie, en 1704 (11 août), 
à la place de Charles Boileau, abbé de Beaulieu. Son discours de 
réception est un des meilleurs, bien qu'il manque d'élévation et 
de trait. Son successeur à l'Académie, Vabbé Mongault, a fait son 
éloge, inséré dans le tome m de l'Histoire de l'Académie par 
d'Alembert. Ses œuvres sont très nombreuses, mais d'un style 
lâche et languissant. Il fut secrétaire général de la province de 
Normandie, et jmourut à Paris, le 22 mai 1718. Très attaqué 
de son vivant, on fit contre lui cette épigramme : 

Abeille, arrivant à Paris, 

D'abord pour vivre vous chantâtes 

Quelques messes à juste prix ; 

Puis au théâtre vous laissâtes 

Les sifflets par vous renchéris ; 

Quelque temps après fatiguâtes 

De Mars l'un des plus grands favoris. 

Chez qui pourtant vous engraissâtes ; 

Enfin digne aspirant entrâtes 

Chez les quarante beaux esprits. 

Et sur eux même l'emportâtes 

A forger d'ennuyeux écrits. 
(Hom. ill.de Prov.,I, 3). 



— 235 — 

L'abbé d'Abeille semble n'être guère venu à Arles 
avant le mois de mars 1676. « M. l'abbé d'Abeille 
confrère de messieurs les académiciens de l'Académie 
royalle, estreçeu dans l'assemblée de ce jour (lundi i3 
mars 1676) avec beaucoup de Joie, après une absence 
de 4 ou 5 années. Il entretient la compagnie des di- 
verses pièces d'esprit de la cour et de ses amis, mais 
il la régalle agréablement de trois imprimés de vers et 
de prose de sa façon ( i ). » 

A la fin de l'année 1675, il était encore à Paris (2). 

L'abbé d'Abeille fut un académicien très actif et le 
Registre lui en rend témoignage. Au mois de mai 1677, 
il célébra en vers latins la victoire de Cassel remportée 
par Monsieur, frère du roi ; au mois de juillet 1677, 
il ne « se lasse point de parestre tousjours et partout 
académicien, il travaille continuellement à la gloire 

M. Ollivier, avocat, de l'Académie de Marseille, lui fit cette cpi- 

taphe : 

Ci-git un auteur peu fêté, 

Qui crut aller tout droit à l'immortalité, 

Mais sa gloire et son corps n'ont qu'une même bière; 

Et quand Abeille on nommera, 

Dame postérité dira : 

(t Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère. » 

Voir les Mémoires du P. Niceron, t. XLII, p. 848 et sqq, re- 
produits par tous les dictionnaires biographiques, y compris le 
Dictionnaire des hommes illustres de Provence. 

M. de Beauchamp, Recherches sur les Théâtres de France, t. 11, 
p. 38g, Bibl. Méjanes, Ms 1060, deuxième partie, p. 48. 

(1) Registre de l'Académie, fol. 144, verso. 

'2) Registre de l'Académie, fol. 139, verso, 



du roy, il fait des petits vers à l'honneur des armes et 
des victoires de Sa Majesté (i). » 

Nous pourrions multiplier les citations, pour mon- 
trer qu'en aucune circonstance, il « ne manque de sa 
part aux debvoirs d'académicien royal, » et ne cesse 
d'envoyer des vers « pour entretenir la confraternité. » 

Au mois de mai 1670, Giffon avait présenté la de- 
mande d'admission du comte de Modène (2) et de 



(i) Registre de l'Académie, fol. 160, verso; voir aussi fol. i56- 
i5g et passim. 

(2) Esprit de Raimond de Mormoiron, comte de Modène, appar- 
tenait à une famille noble du Comtat Venaissin. Il était fils de 
François et de Catherine d'Alleman. Il naquit à Sarrians, près de 
Carpentras, leig novembre 1608. Il servit dans l'armée, et accom- 
pagna en Italie Henri de Lorraine, duc de Guise, lors de son 
aventureuse campagne à Naples, contre les Espagnols ( 1 647- 1 648), 
Prisonnier de ces derniers, le comte de Modène passa deux ans 
dans le Château-Neuf de Naples. Marié deux fois, il eut d'abord 
un fils unique, puis, de Madeleine Béjart, une fille, née le 3 juillet 
i638, qui devint la femme de Molière, s'il faut en croire Voltaire 
et Pithon-Curt (Hist. de la Noblesse du Comtat Venaissin). Mais 
le fait est nié par M. Beffara, danssadissertationsurJ.-B.de 
Poquelin de Molière, Paris 1821. Le comte de Modène mourut 
le i"' décembre 1672. 

Il a laissé : i* Histoire des Révolutions de la ville et du 
royaume de Naples, 3 vol. in-12, 1667 (publiée de nouveau en 
1828. Paris, 2 vol. in-8). 

2<* Des Mémoires depuis l'expédition de Béarn jusqu'au siège 
de Montauban, restés inédits, dont le président de Grammont 
s'est servi dans son Histoire latine de Louis XIII. 

3' Un ouvrage burlesque sur les mœurs de ses compatriotes, 
une traduction d'une partie du livre des Rois, une paraphrase du 
psaume 5o, des prières pour la messe en vers, des odes, des son- 
nets, le tout manuscrit. 



— 237 — 

M. de Bédouyn (i), auxquels T Académie répondit fa- 
vorablement. 

Ce fut également au mois de mai que l'on répondit 
à M. rfe Venel « qui avoit demandé d'estre reçu dans 
l'Académie, par une lettre de civilité et d'agrément (2).» 

Gaspard de Venel de Garron avait été conseiller 
au Parlement de Provence, charge dans laquelle il fut 
reçu le 1 1 octobre i633, et qu'il résigna l'an 1649 ^^ 
faveur de César de Gaillard, son beau-frère. Il se 
distingua par son zèle pour les intérêts du Parlement, 
durant les troubles du semestre, en 1 649. Il est qualifié 
conseiller du roi en ses conseils d'état et privé, dans 
le contrat de mariage C. de Gaillard du 28 octobre 

(i) Nous n'avons aucun renseignement sur M.deBédouin,dont 
nous ignorons même le prénom. Voici du moins quelques détails 
sur sa famille, extraits de la Géographie de la Provence par 
Achard, t. i, p. 334. 

La terre de Bédouin passa de la maison des Baux à celle des 
Rascas, puis à celle de Budo^, enfin à celle de Pétris. Cette fa- 
mille, connue en France sous le nom de d'Orléans, finit avec 
le XVII* siècle et la terre de Bédouin fut vendue à Pierre de 
Vervins. 

Sur la famille d'Orléans, voir Pithon-Curt, t. II,p. 3o3 et sqq. 
p. 3o6 en particulier. 

« François d'Orléans II du nom, seigneur de Bédouin épousa 
Marif, fille de Pompée Catilina, gouverneur des armes du pape 
à Avignon. Il en eut : 

i" Charles-Joseph, marié en 1640 à Lucrèce de Joannis, fille de 
Pierre sieur de Verclos. D'où des enfants, entre autres Alexandre 
d'Orléans, mort sans postérité, en 1726 ; 

2° Paul d'Orléans, appelé l'abbé de Bédouin, né en 1623, cha- 
noine et prrécenteur de la cathédrale de Carpentras. » 

(2) Registre de l'Académie, fol. 79 et 86, 



— 238 — 
i656, et maître des requêtes ordinaires de la reine 
dans le testament que fit, le 1 8 juin 1680, demoiselle 
Madeleine de Gaillard, sa femme, dame ordinaire de 
la reine et sous-gouvernante des enfants de France (i). 

(i) Artefeuil II, p. 481 et sqq., rapporte tout au long la filiation 
des Venel. Cfr Robert de Briançon, t. III, p. 19g et sqq. 

Il y a dans les Juvenilia de Varadier de Saint-Andiol, plu- 
sieurs pièces dédiées à M. de Venel, conseiller au Parlement 
de Provence, p. iSy et sqq. M. de Venel était docteur en droit de 
la Faculté d'Aix, depuis le 3o novembre i63i. 

Le Registre mentionne rarement son nom et jamais sa présence 
aux assemblées, car il ne fit dans Arles que de courtes appari- 
tions. 

Gaspard de Venel fut le dernier représentant de la famille de 
ce nom, d'après la Critique du nobiliaire de Provence. 

« La famille de Venel, noble et ancienne, est éteinte par la 
mort de Gaspard de Venel sans enfant, ancien conseiller au 
Parlement d'Aix, distingué en Provence par son bel esprit. 
Henri d'Antoine, conseiller en la Chambre des Comptes, son 
neveu, a recueilli sa succession, de la part de N. de Venel, son 
aïeul maternel; il a été chargé d'en porter le nom et les armes, 
coupé d'azur et de gueule, par une fusée d'or, d'azur chargé de 
trois pals d'or et de gueule, d'un lion aussi d'or. » Bibl. Méjanes, 
Ms 820, fol. 125 1. 

Gaspard vivait tantôt à la cour, tantôt dans son hôtel de la rue 
de Venel, à Aix. Il mourut en 1692. 

Le portrait de Gaspard de Venel fut peint par Fauchier. 

La tombe où il reposait près de sa femme n'existe plus, nous 
n'en avons pas trouvé trace dans la chapelle des Ursulines. 

Magdelaine de Gaillard était fille de Pierre de Gaillard, seigneur 
de Ventabren, conseiller du roi, contrôleur général et tréso- 
rier des Etats de Provence, et de iVf<ïr^«î5e de Villages. Elle naquit 
à Marseille, le 24 janvier 1620, et épousa à i3 ans Gaspard de 
Venel (févr. i633). D'abord gouvernante des nièces de Mazarin, 
puis sous-gouvernante des enfants de France, elle mourut a Ver- 
sailles, le 22 novembre 1687. La Galette de France mentionne 
sa mort, en ces termes : « De Paris, le 29 novembre 1687. La 



— -239 ^ 

En juin 1670, l'Académie admit parmi ses membres, 
sur la proposition de M. Giffon, M. de Ranchin, con- 
seiller à la chambre de l'édit de Castres. Il était l'auteur 
d'une ode intitulée: Le Voyage de l'Amour et de 
rHjyménée, en l'honneur du mariage de Louis XIV 
(1660). M. de Grille en fit, au mois de février 1671, 
une longue et élogieuse critique, insérée au Registre 
(folio 92, verso et sqq). 

M. de Ranchin adressa sa demande de Balaruc, 
où il prenait les eaux avec Giffon, le 2 juin. Dans sa 
lettre de remerciement (8 sept. 1670) il déclarait que 
« les lettres patantes de l'Académie royalle d'Arles » 
seraient le titre le plus glorieux pour sa famille. Sans 
être un lettré de profession, il envoya à l'Académie 
plusieurs travaux et, en 1675, on le citait en exemple 
aux académiciens externes (i). 

dame de Vend, sous-gouvernante des enfants de France, mou- 
rut à Versailles, le 22 de ce mois, après une longue maladie. » 
Galette (\q 1687, p. 644. Elle fut enterrée à Aix, dans la cha- 
pelle de Sainte -Croix de l'église du premier monastère de la Vi- 
sitation (Ursulines, rue Mignet;. Louis XIV lui avait concédé le 
droit exclusif de vendre de la glace en Provence, ce qui lui valait 
plus de 20,000 fr.de rentes. V. Artefeuil, i, 432. 

Son frère Jean de Gaillard, né en 1634, fut de 1671 à i6g5 
évêque d'Apt. Moréri lui dédia son dictionnaire. 

M. Roux-Alphéran rapporte sur G. deVenel diverses anecdotes 
qui prouvent qu'il était un mystificateur infatigable. Les Rues 
d'Aix, 1. 1, p. 1 39-196-41 2-5 10, II, 120. 

Cfr. Pitton, Histoire d'Aix. — Papon, Histoire de Provence, t. 
IV, p. 5 17 et sqq, Robert de Briançon, i, 108 et sqq. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 128. 



— 240 — 

A cette date, il était gravement malade, mais il ne 
mourut que plus tard, sans avoir pu cependant venir 
remercier l'Académie, comme il se le proposait (i), 

M. de Grille présenta M. Pierre d'Arbaud{2) le 22 



(i) En 1682 (19 janvier) il demanda à l'Académie d'admettre 
son fils aîné, désirant « lui laisser cette survivance prefférable- 
ment à celle de sa charge de conseiller. » Registre, fol. 2 1 o, verso. 

L'Académie ne rejeta pas cette demande qui n'eut pas de suite, 
ce semble, bien que le Ms 1060 affirme le contraire. 

Il envoya également (nov. 1682) un sonnet qui fut jugé assez 
sévèrement par les académiciens (Reg., fol. 219). Il était adressé 
au roi, sur la naissance du duc de Bourgogne. 

(2) « Pierre d'Arbaud, sieur de Blonzac, fut capitaine d'infan- 
terie et littérateur. Il était membre de l'Académie royale d'Arles. 
Nous ignorons s'il a donné au public ses productions. » Hommes 
Illustres de Provence, t. II, p. 122. 

Est-il l'auteur de la Relation de ce qui s'est passé entre le 
roi et M. le comte de Belle Isle, au sujet de l'échange delà ville 
de Beaucaire par M. de R. (d'Arbaud de Rougnac), viguier et 
premier consul de Beaucaire, Avignon, Giraud, 1723, in-S" ? N'y 
eut-il pas deux familles de ce nom ? Les auteurs ne sont pas 
d'accord sur ce point, et l'extrait du sommaire des délibérations 
de l'Académie, par Pierre Véran (Ms des Archives d'Arles) si- 
gnale, à cette date de novembre 1669, l'admission d'un Arnaud, 
de Beaucaire, dont parle aussi le Registre, fol. 74. 

Pierre était de la même famille que François d'Arbaud de Por- 
chères qui fut de l'Académie française, et mourut en 1648. Les 
poésies de François d'Arbaud sont très médiocres. Elles furent 
publiées en i56o. Il a été ridiculisé par Saint-Evremont dans la 
Comédie des académiciens. 

Pierre d'Arbaud fut chargé de faire les honneurs de la ville de 
Nîmes aux consuls d'Arles qui s'y rendirent en 1677 (Reg., fol- 
162, verso). Ménard, Histoire de Nîmes, t. VI, p. 23 1 et sqq. 

Le Registre fait à diverses reprises l'éloge de M. d'Arbaud, qui 
prit une part active aux travaux de l'Académie. Il fut comme le 
trait d'union entre l'Académie d'Arles et celle de Nîmes. M. d'Ar- 
baud, d'abord protestant, se convertit au catholicisme. 



— 241 — 

juin, et il est à noter que cette élection est la première 
qui fut soumise à l'approbation du protecteur. Le duc 
de Saint-Aignan semble, du reste, n'avoir jamais en- 
travé la liberté des académiciens, du moins durant les 
premières années. Le Registre ne mentionne pas d'op- 
position de sa part et même, jusqu'en 1678, l'élection 
de M. d'Arbaud est peut-être la seule qui lui ait été 
formellement soumise. 

« Dans cette mesme assemblée du 22 juin 1670, 
M. le secrétaire propose la passion de mériter l'entrée de 
l'Académie, que lui avoit tesmoigné M. d'Arbaud, 
gentilhomme de Nîmes, et connu dans Arles despuis 
longtemps, y ayant mesme une ancienne maison, et 
faisant profession particuUière de la vertu et des belles 
lettres, on le balotta selon la coustume et l'on chargea 
M. de Robias de tout le reste. 

a Le 3o de ce mois,ledict M. d'Arbaud ayantescrità 
l'Académie, sa lettre fut estimée et l'on résolut qu'il 
seroit reçeu, si tel estoit le bon plaisir de M. le duc 

D'après Robert de Briançon, t. I, p. 291, Pierre d'Arbaud 
appartenait à l'ancienne famille arlésienne de ce nom. 11 était fils 
de Tristan d'Arbaud et de Françoise de Blanc, et fut capitaine au 
régiment de Montpézat. Il est aussi renommé par sa valeur que 
par ses belles lettres, dit Maynier, Principale Noblesse, p. 54. 

La branche des d'Arbaud Blonzac s'éteignit au XVIII* siècle, 
mais d'autres branches de cette famille fournirent des conseillers 
au Parlement, des officiers de marine, etc. Voir Artefeuil, t. I, p. 
46etsqq. Sur les d'Arbaud-Blonzac, branche des Arbaud établie 
dans Arles, voir le Dictionnaire de la Noblesse de La Chesnaye 
Desbois, t. I, p. 653. 



— 242 — 

protecteur auquel on doniieroit avis de la chose, et 
cependant qu'au cas qu'il se présentât il auroit séance 
comme les autres dans l'assemblée (i). » 

M. d'Arbaud fit ses visites, et prit place parmi les 
académiciens, à la séance du 8 juillet 1670 (2), sans 
qu'on eût encore reçu la réponse du duc de Saint-Ai- 
gnan relative à sa réception ; mais il ne pouvait se re- 
fuser à l'approuver, car le Registre fait un portrait 
excessivement flatteur de Pierre d'Arbaud. 

« On peut dire de ce gentilhomme que si le caractère 
d'académicien estoit égaré ou perdu, on le retrouveroit 
en sa personne. Il a de la capacité autant qu'il en fault 
pour soustenir cette qualité partout, il a de l'honneur 
beaucoup et de l'honnêteté, mais entre autres choses, 
on peust dire, sans le flatter, qu'il a ce zèle académi- 
que, si nécessaire aujourd'hui pour respondre à la 
réputation que la fortune ou le mérite ont acquis à 
l'Académie royalle, dans la France et peut-estre dans 
toute l'Europe (3). » 

Le duc de Saint-Aignan s'employait très assidû- 
ment à faire connaître la jeune Académie , dont il était 
le protecteur, et une lettre de M. Mercurin, lue à une 
des séances d'octobre, nous donne, à ce propos, des dé- 
tails intéressants. Elle est adressée à M. de Grille : 

(i) Registre de l'Académie, fol. 87. 
(a) Registre de l'Académie, fol. 88. 

(3) Séance du 23 juillet, où M. d'Arbaud est élu directeur pour 
le mois d'août lôSi. Registre de l'Académie, fol. 204. 



— -243 — 

« Vous scavez, monsieur, mieux que tout autre, si je 
m'intéresse comme je doibs pour les affaires de vostre 
Académie, mais quoy que j'aye faict jusqu'icy, je ne 
serois pas content de moy mesme sy je ne vous appre- 
noys ce qui se passe à l'honneur de cet illustre corps. 
Monseigneur le duc de Saint-Aignan m'a faict l'hon- 
neur de m'inviter à un repas magnifique qu'il donna 
dimanche passé à cinq ou six personnes choisies, aux- 
quelles, pour son plus délicat entremets, il présenta 
vostre ode héroïque, et le portraict du roy que je luy 
avois remis de la part de l'Académie royalle. Il fist 
voir là mesme un autre ouvrage pour luy qu'avoit 
faict M. Giffon, en suyte il fist porter une cassette d'où 
il tira certains mémoires de sa vie qu'il destine au 
publiq. Mais, adjousta-t-il fort obligeamment, on ne 
verra rien dans ces mémoires-cy, de si glorieux pour 
moy que l'article de la royalle Académie d'Arles, je 
vous supplie, continua-t-il, beuvons à sa prétieuse 
santé I M"° de Scudéri qui estoit là porta cette santé, 
qui fust suyvie à la ronde de toute la compagnie. Je 
ne vous dis pas comme il s'étendit sur la noblesse et 
valeur des académiciens, sur les bontés du roy, sur 
l'avantage et la joye qu'il avoyt reçeue en cette af- 
faire, etc. (i) » 

Pendant ce temps, les reproches d'oisiveté et d inac- 

(i) Registre de l'Académie, fol. 89, verso, octobre 1670. 

'7 



— 244 — 
tion recommençaient à se répandre, dans la ville d'Ar- 
les (i) contre « le petit corps » qui méprisait ces 
reproches, tout en se proposant d'en tirer son profit, 
pour exciter son zèle qui semblait, en effet, singulière- 
ment ralenti. 

D'après l'article i6 des statuts, on devait envoyer 
chaque année à l'Académie française les principales 
pièces lues aux séances : au mois de décembre 1670, 
M. de Cays regrettait que cet envoi n'eût pas encore 
été fait. La mort du vieux viguier de Grille (2) qui 
arriva le 4 décembre 1670, affligea beaucoup l'Acadé- 
mie. Elle lui composa une pompeuse épitaphe et char- 
gea le P. Vinay de prononcer son oraison funèbre, 
L'Académie exprima, en cette circonstance, tous ses 
regrets à M. de Grille, et fit tout son possible, pour 
honorer la mémoire du vénérable collègue qui avait 
constamment témoigné une grande sympathie pour 
la nouvelle entreprise. 

Après en avoir conféré dans plusieurs séances, on 
convint que la cérémonie aurait lieu le 8 janvier, et 

(i) « M. Bouvet se trouve directeur de ce mois (nov. 1670), il 
dict et monstre qu'on a escrit certaines sottises contre l'Académie 
et propose de quelle manière il falloit se deffendre, qu'on l'accu- 
soit d'un excès de loysir, d'inaction et d'inutilité. Il fust trouve 
bon de combatre cet insulte par le mespris et par le scilance, et de 
profiter cependant des advi^ que les envieux et les ennemis don- 
noient. > Registre de 1 Académie, fol. 90. 

(2) On l'appelait à la cour le Bassompierre de Provence. Il 
mourut à son château de Mompaon, près des Baux. 



— 245 — 
consisterait en une messe chantée, suivie de l'orai- 
son funèbre, dans la chapelle desPénitents-Gris. Mais 
il y eut des contestations a qu'on ne pouvoit nullement 
prévoir !t> et elle fut ajournée au 27 janvier. 

« Ce fust le mardi 27 janvier 1671 que le R. P. 
Vinay fist la harangue dans la sale ou salon des RR. 
PP. cordeliers, tapissée de noyr et fermée et obscurcie 
de partout , autant qu'elle esloit éclairée de divers 
luminaires. La compagnie y estoit nombreuse. Le 
R. P. sans flatter les morts ni les vivants, y fist des 
merveilles, et son éloquance le rendist considérable, 
autant qu'elle fist naistre d'estime et d'affection pour 
l'Académie dans l'âme de ses auditeurs (i). » 

Peu de jours après, 9 février 1671, l'abbé de Ver- 
dier fut reçu dans l'assemblée , après avoir rempli 
les formalités d'usage. Appartenait-il à la famille de 
Verdier, éteinte par la peste en 1 721, et qui descendait 
de Guillaume Verdier, docteur en médecine de l'Uni- 
versité de Montpellier , dont le fils Pierre , anobli 
par lettres patentes de Louis XIII, données en 1623 
et vérifiées à la Cour des Comptes, à Aix, le 26 
mai 1626 , fut consul d'Arles en 1641 ? Nous le 
croyons. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 91, verso. Le P. Vinay avait 
prononcé, le i3 mars 1G66, dans l'Eglise de Saint-Trophime, 
l'oraison funèbre de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. 
Voir cette pièce au fonds Bonnemant, vol. 58. Elle fut imprimée 
aux frais de la ville (Ms 806, Annales d'Arles). 



— iH\ — 

S'il en était ainsi, l'abbé de Verdier aurait été parent, 
par alliance, des Varadier de Saint- Andiol. 

Séguin (Antiquités d'Arles, p. 22) le qualifie 
excellent prédicateur. 

Il fut un des membres les plus assidus de l'Acadé- 
mie et, en 1677, il fit le rapport sur le fameux discours 
du P. Lucas, De monumentis publicis latine inscri- 
bendis, et prit part à la discussion relative à Cor- 
binelly, aussitôt après son admission. 

En 1675, il proposa d'augmenter le nombre des 
académiciens, en allant au devant des désirs « de tant 
de bons subjets qui pourraient faire honneur à l'Aca- 
démie et qui n'osent pas s'expliquer touschant la de- 
mande et les cérémonies de leur réception (i). » 

Il s'associa aux abbés de Boche et de Barrême pour 
demander que l'Académie entreprit une traduction 
d'Epictète ou d'Isocrate (juin 1675). 

Il rédigea une inscription pour le piédestal de la 

(i) Registre, fol. 129, verso. 

(2) Le 10 octobre 1677, l'abbé Honoré de Verdier fut parrain 
de Honoré de Verdier, baptisé à l'église Saint-Martin. C'est vrai- 
semblablement l'académicien. 

Voir à la Bibliothèque d'Arles les papiers de la famille 
Verdier, 1 vol. in-8% don de M. Louis Mège. Jean et Pierre de 
Verdier, sieurs de la Carbonière, fils de Pierre, furent reconnus 
nobles le 18 janvier i66y. — Jugement de Noblesse, n" 3, 
fol. 3208. Une demoiselle de Verdier, décédée en 1664, fut une 
des bienfaitrices du collège d'Arles. Cfr. Bonnemant, Noblesse 
d'Arles, passini. Robert de Briançon, t. m, p. zii. Maynier, 
p. 119; Artefeuil, t. II, p. 491. 



' — 247 — 

Diane que les consuls voulaient placer dans l'hôtel de 
ville (sept, 1675). 11 écrivit aussi pour mettre sur la 
grande porte de ce monument, nouvellement achevé, 
l'inscription latine qu'on y lit encore aujourd'hui. 
(Portail du Midi). 

Le fait le plus saillant de l'année 1671 est la critique 
qui fut faite par l'Académie de la traduction de l'Art 
poétique d'Horace par Corbinelly . Cet auteur était 
alors le compagnon d'exil du fameux marquis de Var- 
des, qui lui promettait une pension par testament, 
ce qui ne se réalisa point. 

Le marquis de Vardes aimait beaucoup l'acadé- 
micien Henri de Boche et avait écrit au moins une fois 
à l'Académie (i) qui connaissait de longue date Cor- 
binelly. Elle savait les rapports de ce dernier avec 
M'"^ de Sévigné. 11 y a une allusion évidente aux 
lettres de cette dame, dans les lignes suivantes : «. Les 
dames éloquantes avec qui vous avez commerce d'es- 
prit n'emploient-elles pas des termes en vous escrivant 
dont elles n'oseroient se servir dans une honneste 
conversation, ni mesme dans les lettres qu'elles escri- 
vent à leurs autres amis, qui n'ont peut estre pas vos 
goûts, ou qui ne sont pas de vostre force (2). » 

(i) En décembre 1670. Registre de l'Académie, fol. 91. 
{2) Réponse de M. de Grille aux observations de Corbinelly. 
Registre de l'Académie, fol. 99, 



— 248 — 

Au mois de mars 1671, Corbinelly écrivit d'Aigues- 
Mortes, pour solliciter la critique de l'Académie sur la 
traduction qu'il lui fit remettre. Cette démarche ne fut 
pas sans causer quelque ennui aux académiciens, car 
après avoir pris connaissance de la traduction, ils 
reconnurent qu'elle était médiocre. Ils essayèrent alors 
de se soustraire à la nécessité d'en donner leur senti- 
ment. Ils se retranchèrent derrière leurs règlements, 
mais Corbinelly (i) insista, il s'adressa aux abbés de 

(i) « Il y a parmi les amis les plus intimes de M°"= de Sévigné 
une figure qui reste pour nous un peu obscure et indistincte. C'est 
celle de Corbinelly : philosophe équivoque, chrétien équivoque, 
en toutes choses, ce nous semble, caractère équivoque ; homme 
d'esprit, dit-on, mais cela ne se voit pas d'un premier coup d'œil. 
Cependant il ne faut pas trop se hâter. S'il n'y avait que le dic- 
tionnaire de Somaize qui eût parlé de la finesse de son esprit, ce 
ne serait peut-être pas très embarrassant. Mais quand M"" de 
Sévigné dit : « Son esprit est fait pour plaire au içien... Je 
perds la joie et la douceur de ma vie en le perdant, » on se sent 
tout autrement arrêté. Il ne semble pas que ce soit là un com- 
pliment banal. » 

Notice biographique sur M"' de Sévigné, p. 146. En tête de 
l'édition des Grands Ecrivains de France. 

Jean Corbinelly était originaire de Florence, son père était 
venu en France avec Concini, dont il était secrétaire. Il fut plus 
attaché à Bussy qui le mit en relation avec M"' de Sévigné. Mêlé 
aux intrigues du marquis de Vardes et de Mademoiselle de Mon- 
talis, fille d'honneur de Madame, il fut emprisonné en i663. Plus 
tard Vardes ayant été exilé, Corbinelly alla le rejoindre. En 
1672, M"* Sévigné le trouva auprès de Vardes lors de son voyage 
en Provence. Après la mort du marquis de Vardes, le cardinal 
de Retz vint au secours de Corbinelly qui fut toujours pauvre 
et mourut, en 1716, âgé de plus de cent ans. Il en est parlé très 
souvent dans les lettres de M"" de Sévigné, 



— ■?40 — 

Barrème et de Boche, fit même intervenir le coadju- 
teur d'Arles, si bien que l'Académie se décida à lui 
envoyer le jugement tant désiré(i). Mais Corbinelly le 
trouva trop sévère et se plaignit avec aigreur. 

L'Académie s'étonna « que ledit sieur Corbinelly (2) 
semble picqué de ce qu'elle s'est expliquée dans ce 

(1) « Le 20 avril lôyijM.Ie sacristain abbé de Boche remonstre 
que le sieur Corbinelly lui avoit escrit deux ou trois fois, aussi 
bien qu'à l'Académie, pour le mesme subjet, qu'il l'avoit prié et 
conjuré par une dernière lettre d'offrir ses très humbles et res- 
pectueux saluts à messieurs les académiciens, qu'il appelle mes- 
sieurs mes maistres, et qu'il les prie encore très instemment de 
voir la traduction qu'il a faicte de la poétique d'Horace, de l'exa- 
miner oculo inimico, et de lui en donner leur sentiment sans mi- 
séricorde. 

Les advis ne sont point partagés sur cette matière ; tous ces 
messieurs demeurent d'accord que l'Académie ne doibt point 
accorder sa prière à M. Corbinelly, non plus qu'à un père malade 
d'esprit, qui prieroit ses amis de prendre la pêne d'escorcher 
ses petits enfants. Mais, enfin, M. l'abbé l'emporta et fist connes- 
tre à la compagnie qu'on désobligeroit infiniment le demandeur 
si l'on ne censuroit point sa pièce, et qu'on lui laisseroit croire 
par ce constant refus qu'on ne l'a pas mesme trouvée digne d'es- 
tre examinée. » Registre de l'Académie, fol. 94, verso. 

M. de Bouvet et M. de Sabatier furent chargés du rapport, et le 
9 mars, ils remirent le cahier tel qu'ils l'avaient reçu, en disant 
a qu'il auroit esté trop ennuyeux et trop difficile de faire des 
remarques sur tous les mots et façons de tourner les choses 
qu'on trouvoit dans cet ouvrage, » se contentant d'un jugement 
sommaire. M. l'abbé de Boche a s'en allant àAigues-Mortes avec 
M. le coadjuteur > fut prié, au mois de juin, d'informer M. Corbi- 
nelly des délibérations de l'Académie. 11 rapporta que M.Corbinelly 
était mécontent et que l'on se moquait de lui parce que des 
« jeunes gens » lui montraient qu'il n'était pas infaillible, comme 
il prétendait. 

{2) Registre dcl'Acadcmie, fol. 96, verso. Séances de juillet 1671. 



— 250 — 

cahier, l'ayant faict avec tant de modération et après 
tant de lettres et tant de prières, M. le secrétaire qui 
faict la lecture de ces observations, faict remarquer à 
l'assemblée l'injuste chagrin dudict Corbinelly... M. 
N. dict que l'Académie royalle ne debvoit pas souffrir 
qu'un particulier du calibre du sieur Corbinelly prist 
la liberté qu'il avoit prise. » 

Quelques membres proposèrent de lui répondre 
comme il le méritait, mais la majorité fut d'avis de ne 
pas le froisser et de lui envoyer simplement une ré- 
ponse telle « que la moralle et la dignité académique 
le demenderoient. » Il fut ensuite décidé que l'Acadé- 
mie refuserait désormais de donner son appréciation 
sur les ouvrages qu'on lui enverrait. La réponse au 
sieur Corbinelly rédigée par M. de Grille, fut insérée 
tout au longs dans le Registre, mais ne lui fut pas com- 
muniquée (i), car il était de bonne politique de ne 



(i) Registre de l'Académie, fol. 97 et sqq. 

La critique de M. de Grille est mordante et pleine d'esprit. En 
voici un échantillon : 

a Vous sçavez bien, monsieur, que c'estoit à vostre requeste 
et très humble supplication que ces messieurs avoient prononcé 
et que vos maistres prétendus (contre la coustume des souve- 
rains) avoient eu cette modestie de rendre raison de leur juge- 
ment, parce que, disoient-ils, la poétique d'Horace et là traduc- 
tion du sieur Corbinelly sont de deux différents caractères, et 
c'est de quoi le raisonnable lecteur ne sçauroit doubter, s'il s'en 
trouve quelqu'un aussi débonnaire ou d'aussi grand loisir que 
ceux qui se sont donné la pêne de lire votre ouvrage et de le 
conférer avec le latin... (Registre, fol. loi). Puis en terminant il 



— 251 — 
point s'aliéner un auteur lié avec les Grignan, les 
protecteurs de l'Académie et les premiers personnages 
de Provence. 

Cette curieuse affaire se prolongea jusqu'au mois 
d'octobre. 

L'Académie qui ménageait avec tant de soin ses 
amis , même trop susceptibles , faillit se brouiller 
avec les PP. Cordeliers, et à deux reprises, ceux-ci 
fermèrent à clef le local ordinaire de l'Académie, ce qui 
obligea les académiciens à se réunir chez M. le sacris- 
tain de Boche, le i5 mars et le 22 octobre 1671. La 
cause de ce froissement est assez mesquine. Le 9 fé- 
vrier l'Académie avait introduit dans une de ses 
réunions le P. Marsain, minime, qui prêchait alors 
dans Arles. Elle avait eu soin, il est vrai, de tenir 
cette réunion chez M. de Boche, afin que les Cordeliers 
n'eussent pas lieu de se plaindre de la faveur accordée 
aux Minimes, à leur exclusion. 

ajoute : « Au reste, ne soubçonnez personne d'avoir pris l'inté- 
rêt de l'Académie royalle par commission. Je vous jure toutes 
les divinités du Parnasse que ces messieurs non seulement ne se 
sont pas tous refleschis sur l'insulte de vos corrections, mais que 
je suis presque le seul qui a pris la pêne de les lire, vous ne 
sçauriez les accuser que d'un peu d'indifférence pour vos ouvra- 
ges, comme peut-estre je suis coulpable d'un peu trop de considé- 
ration. B 

M. de Grille raille très agréablement Corbinelly qui n'enten- 
dait pas la plaisanterie, et vraiment ces pages sont pleines de sel; 
elles sont, en même temps, un curieux spécimen de critique lit- 
téraire. 



Il faut croire que les Cordeliers trouvèrent le pro- 
cédé blessant. Us le firent sentir à l'Académie, mais 
ils durent s'incliner devant l'ordre de leur général qui 
leur prescrivait « de caresser, honorer et loger l'Acadé- 
mie. » Ce différend n'eût pas de suite et les réunions 
continuèrent à se tenir au local habituel. 

Une affaire plus sérieuse fit diversion à ces petites 
querelles, ce fut la mort du premier président Henri 
de Meynier de Forbin d'Oppède, décédé à Lambesc 
pendant la tenue des Etats de Provence (i). 

(i) Henri de Forbin Meynier, baron d'Oppède, successive- 
ment conseiller fi638), puis président (1645), enfin premier pré- 
sident du Parlement de Provence (i655), mourut le i3 novem- 
bre 1671. Il joua un rôle très important dans les affaires de 
Provence. En 1667, il exerça le pouvoir de commandant du pays 
en l'absence du duc de Vendôme et du comte de Mérinville. On 
lui reprocha d'avoir sollicité cette charge, qui revenait de droit 
au Parlement, mais que le roi fut bien aise de déléguer à qui il 
voulait, depuis cette date. Henri d'Oppède était un homme éner- 
gique et dévoué aux intérêts du pays. Papon fait sur lui cette 
réflexion, dont nous lui laissons la responsabilité ; a Quoiqu'il 
eût des vertus et des talens rares pour sa place, on sait qu'il ne 
négligeait point les intérêts de sa gloire et de sa fortune, lorsqu'il 
pouvait les concilier avec le bien public, et dans les traverses que 
l'humeur et la jalousie lui suscitèrent il mit quelquefois des 
personnalités dont un grand magistrat ne sait pas toujours se 
défendre. » (T. iv, p. 601.) 

L'assesseur de Juliany fit son éloge dans l'assemblée des Etats, 
le 17 novembre 1671. 

Il courut des épitaphes où le premier président était assez mal 
mené (fonds Nicolaï, n" 109, p. 37), on lui reprochait surtout sa 
sévérité, lors de la révolte de Marseille, en i65g. Voir aussi le 
Registre, fol. 106. Sur les Forbin consulter les divers Nobi- 
biliaires de Provence. Plusieurs branches de cette illustre fa- 
mille existent encore. 



— 253 — 

Il légua son cœur à Lambesc et les consuls de cette 
ville prièrent l'Académie de lui composer une épitaphe. 

Celle-ci n'avait pas oublié les bons offices du prési- 
dent lors de l'enregistrement des lettres patentes, et 
M. de Grille fut chargé de rédiger cette épitaphe qui 
fut consignée sur le Registre (folio 104). 

Au mois de décembre 1671, M. d'Aymar de Châ- 
teaurenard faillit mourir par suite de la maladresse 
d'un chirurgien qui le blessa, en le saignant. L'Acadé- 
mie fut très émue de cette nouvelle, et envoya Giffon à 
Avignon, pour prendre des informations exactes. Heu- 
reusement M. d'Aymar fut promptement rétabli et, au 
mois de janvier, il était de retour à Paris (i), d'où il 
remerciait chaleureusement ses collègues de leur sym- 
pathie. 

Les séances de l'année 1672 furent remplies par des 
éloges de Louis XIV. Les victoires des Français en 
Hollande absorbaient l'attention et nombre de mem- 
bres de l'Académie étaient au service du roi dans ses 
armées, ce qui explique la rareté des réunions. 

« Ces messieurs ne s'assemblent point durant le 
moys de may et presque point encore durant le moys 
de Juin, du moins n'a-t-on pas lieu de marquer aucune 
assemblée régulière dans le moys de juillet, ce ne sont 
encore que des entretiens, et de simples conversations, 

(i) Registre de l'Académie, fol. io5, verso, 



— 254 — 

à cause de l'absence de la plus part des académiciens. 
Il est vray, et c'est ce qu'on ne doibt pas oublier pour 
une marque éternelle de leur reconessance qu'ils ne 
s'entretiennent que des victoires du roy, ils commen- 
tent la gazette de l'armée et laschent par leurs grands 
souhaits de suppléer aux muses académiciennes quy 
sont en vacation, durant les grandes chaleurs. » 

M. de Sabatier, M. Roubin lisent des sonnets à la 
louange du roi, non transcrits dans le Registre (i). 
Voici un sonnet de M. de Grille sur le même sujet, qui 
fut lu et examiné dans les rares séances d'août et de 
septembre. 

Louys, l'honneur du ciel et l'amour de la terre, 
L'appuy des oppressés, le protecteur des lois, 
La terreur des mutins et l'exemple des Roys, 
L'invincible Louys a quitte son tonnerre. 

Pour vaincre plus longtemps en une juste guerre. 
Il laisse respirer ceux qu'il mit aux abboys. 
Et trace avant partir (2), par mille beaux exploits, 
Le chemin de la gloire aux braves d'Angleterre. 

Le perfide Hollandoys, qu'un second Alexandre(3j, 
Dans le siècle dernier n'a pas sceu faire rendre. 
Donne en son désespoir ces mots audacieux : 

« Je voids mes champs déserts et mes villes en poudre, 
Mais il est toujours beau d'avoyr affaire aux Dieux, 
On ne scauroyt périr que par un coup de foudre. » 

(i) Il est aussi question d'une traduction de Pétrarque, à la- 
quelle travaillait M. Bouvet. V. le Registre, fol. io5 et s.q.q. 

(2) Allusion au départ du roi qui avait quitté l'armée au mois 
de juin. 

(3) Alexandre Farnése, duc de Parme, gouverneur des Pays- 
Bas pour le roi d'Espagne. 



La guerre de Hollande avait été une suite de triom- 
phes pour les armées françaises, conduites par Condé, 
Turenne et Luxembourg, sous les ordres suprêmes de 
Louis XIV. Les Hollandais furent écrasés dans toutes 
les rencontres. Le 12 juin 1672, Louis XIV franchit le 
Rhin à Tolhuys, près du fort de Schenck. Ce passage 
du Rhin, qui valut au roi les adulations de Boileau et 
de tous les poètes de l'époque, ne fut, au rapport de 
Napoléon, qu'une opération militaire de quatrième 
ordre, mais il produisit l'effet d'une grande victoire. 

Dès qu'ils eurent passé le Rhin, les Français prirent 
Arnheim, Nimègue, Amersfoot^ Naarden. Utrecht ca- 
pitula avec toute la province qui porte son nom ; l' Over 
Yssel, la Gueldre, firent de même. Amsterdam était 
menacée et cette capitale prise, c'en eût été fait de la 
Hollande. 

Les frères de Witt envoyèrent des ambassadeurs à 
Louis XIV, pour lui demander la paix et lui offrir dix 
millions, avec la ville de Maëstricht, et les places de 
Bréda, Bois-le-Duc, Ravenstein et Berg op Zoom. La 
réponse arrogante de Louis XIV exaspéra les Hollan- 
dais qui massacrèrent les frères de Witt et se prépa- 
rèrent à une lutte désespérée sous les ordres de Guil- 
laume d'Orange (i). Une nouvelle coalition se forma, 

(i) Voir dans le Registre une pièce latine contre les Hollan- 
dais, intitulée : Sol et Rana, de la manière de M. d'Abeille, (Re- 
gistre, fol. 106, verso). La guerre de Hollande occupait beaucoup 
les académiciens d'Arles. 



— 256 — 

Louis XIV eut à lutter contre toute l'Europe, et la 
guerre ne se termina que par les traités de Nimègue, 
en 1678. 

Pendant cette guerre acharnée Louis XIV trou- 
vait le temps de s'occuper de l'Académie française. 
Elle avait assez grandi pour qu'elle lui parût digne 
d'être placée sous son patronage direct , après la 
mort de Séguier, en 1672 (i). Il lui ouvrit le Louvre 
pressa et encouragea ses travaux, aidé par Colbert qui 
fut l'intermédiaire naturel entre l'Académie et son 
nouveau protecteur. 

Elle sembla entrer dans une période d'activité plus 
grande ; mais lorsqu'elle se plaignit que l'Académie 
d'Arles ne la suivît pas dans cette voie, ses plaintes 
furent assez mal reçues. « Le lundi , neufviesme 
janvier 1673, M. le secrétaire monstre une lettre 
de M. Mercurin qui escrit de Paris et remonstre 
à messieurs les académiciens de la ville d'Arles , 

(i) Voir l'oraison funèbre de Messire Pierre Séguier, chance- 
lier de France, et protecteur de l'Académie Françoise, prononcée 
à ses obsèques faites au nom de cette compagnie, en l'église des 
Billettes, par M. l'abbé de la Chambre, curé de Saint-Barthélémy, 
à Paris^ chez Pierre Le Petit, imprimeur ordinaire du roi et de 
l'Académie françoise, 1672, 40 p., in-4». (Recueils de la Biblio- 
thèque Méjanes). 

Le 10 novembre 1672^ € on s'entretient de l'honneur que 
le roy faisoit à l'Académie françoise, et qu'il est assuré qu'il 
s'en est déclaré le protecteur. » Registre, fol. 108, verso. Suit 
un sonnet de M. de Grille sur cet événement important pour 
le monde des lettres. 



— 257 — 

comme MM. Conrard , l'abbé Talman, M. Char- 
pentier, Paraire (secrétaire de M. de Pomponne) et 
autres illustres de l'Académie Françoise , luy ont 
faict des pleintes amoureuses du scilance de leurs 
confrères et nouveaux alliés, messieurs les académi- 
ciens d'Arles. On demande qu'est-ce qu'il y a à res- 
pondre la dessus et l'on ordonne que M. le secrétaire 
prendra la peine de justifier le petit corps de cette 
oysiveté prétendue , par une lettre qu'il escrira à 
M. Mercurin, en réponse de la sienne, affin qu'il puisse 
satisfaire à ces messieurs les plaintifs » 

Le 1 6 janvier, on lut à la séance cette lettre qui fut 
insérée dans le Registre comme « pièce justificative 
pour l'Académie royalle qu'on semble accuser d'inac- 
tion ou de paresse (i). » 

Monsieur, 

Nos messieurs ont chargé le secrétaire de l'Académie 
de respondre à l'honneur de vos remonstrances, avec 
toute la sincérité que mérite vostre franchise. Je leur 
ay faict voir vostre lettre, comme l'écho des pleintes 
amoureuses et fraternelles que font messieurs nos mais- 
tres contre nostre oisiveté. On a receu la chose avec- 
que plaisir, etchascun a tasché de s'en faire une leçon, 

(i) Registre de l'Académie, fol. iio. Cette lettre fut envoyée 
à M. Mercurin, le 21 janvier 1673. 



- -258 — 

en son particullier quy peut l'instruire et l'élever 
Jusqu'à la dignité de mètre au jour quelque composi- 
tion à la gloyre du monarque, mais enfin après un 
long entretien sur ce subjet, on s'est advisé que nos 
illustres confrères n'ont point encore faict suer les 
presses, sous le poids de leurs ouvrages despuis la 
guerre de Hollande, ils ont leur excuse, à la vérité, 
aussi bien que toutes les Académies de l'Europe, Sa 
Majesté est allée si viste et si rapidement jusques icy, 
qu'il a estourdi la Gazette, il aesbloui tous les yeux, 
et il n'a guère esté plus facile de faire l'histoire de ses 
conquestes à nos scavans qu'à ses ennemis de luy 
résister. Mais, monsieur, on a trouvé à propos de vous 
dire que, avant que de nous instruire de nostre debvoir, 
il eust esté bien que ces messieurs, nous eussent en- 
voyé les divers ouvrages qu'ils ont composé sans doubte 
à l'honneur de Sa Majesté. Il eust fallu que toutes les 
provinces eussent esté inondées de cette eau du Par- 
nasse, dont ils ont la clef, qu'au reste ce seroyt à nous 
de nous plaindre de leur scilance, puisque la qualité 
d'autheur que la plus part d'entre eux ont prise sem- 
ble les engager nécessairement à quelque royalle com- 
position, où il est vray de dire que les académiciens 
d'Arles, comme vous scavez, sont braves avant qu'au- 
theurs et ils donnent la primauté à la bravoure, d'au- 
tant mieux qu'ils sont assurés que nostre monarque 
donne la préséance dans son cœur à cette qualité 



— 259 — 

héroïque et quelque tendresse qu'il ayt pour les muses 
qu'il ne les regarde que comme les suy vantes de sa 
vaillance, ainsi nous avons quelques-uns de nostre 
petit corps dans les armées, nos officiers de la ville font 
leur charge et servent le roy dans leurs fonctions ! 
Nos abbés s'occupent à la prédication et aux autres 
employs de la robe, et en suyte chascun selon son ta- 
lant, ne laisse pas de faire toujours quelque chose à 
l'honneur du maistre, nos abbés ne preschent jamais 
qu'ils ne confondent heureusement les honneurs de Sa 
Majesté avec ceux du bon Dieu, sur quoy il est im- 
portant que vous sachiez qu'entre plusieurs quy se 
font admirer dans leur employ, M. l'abbé de Verdier, 
directeur du mois passé, fist un discours digne de l'an- 
cienne Romme ou de la fameuse Athènes (à l'ouverture 
de son moys) aussy bien que de la gloyre du roy, avec 
tout cela ny lui ny pas un de ses confrères n'estiment 
point assez tout ce quy entre du leur dans ce qu'ils 
composent, pour s'en faire feste, l'excès de leur zelle 
ne leur laisse pas laliberté de rien mètre au jour, parce 
qu'ils ne se persuadent pas aisément qu'on puisse rien 
escrire qui soit digne de Sa Majesté. Ils attendent 
néantmoins (et cela est digne du bon sens) que leurs 
confrères de l'Académie francoise leur ouvrent un che- 
min par où ils puissent porter des couronnes sur la 
teste de la statue royalle dans le temple de la gloyre où 

nos maistres la doivent poser. 

18 



— 200 — 
« Voilà, monsieur, cependant ce que vous pourrez 
faire comprendre, pour excuser nos bons amis de 
l'Académie royalle, qui vous remercient très amou- 
reusement de vos bons offices et qui m'ont chargé tous 
en corps et en particullier de vous saluer de leur part. 
Pour moy, je suis toujours du meilleur de mon caur, 
monsieur, vostre très humble et très obéissant servi- 
teur, 

ROBIAS ESTOUBLON, 

secrétaire de L. R. A. (i). >5 

On proposa ensuite « d'en escrire une autre à peu 
près dans le mesme sens à M . le duc protecteur, dont 
l'estime n'est pas moins nécessaire aux académiciens 
d'Arles que celle de MM. de l'Académie françoise. » 

Le duc de Saint-Aignan avait une grande affection 
pour l'Académie, il déplorait lui aussi qu'elle n'eût 
encore rien envoyé à l'Académie française, et, au mois 
d'avril 1673, M. Mercurin « député de la ville d'Arles 
au conseil, et grand amy de l'Académie royalle, escrit à 
M. le secrétaire l'estonnement de Monseigneur le pro- 
tecteur à quy la gloire de ce petit corps est toujours fort 
chère. » De son côté, le marquis de Châteaurenard se 
plaignait de ne pas recevoir de réponse (2). 

L'Académie « délibère de respondre à tout cela et 

(i; Registre de l'Académie, fol. no, verso, et m. 
(2) Sa lettre est écrite de Wisbourg, lieu de sa garnison. Regis- 
tre, fol. III, verso. 



— 261 — 

de faire connestre à M. le protecteur la continuation 
du zelle et du respect qu'elle professe pour son service. » 
Mais ce zèle ne se traduisait point par des actes : 
« Cependant, lisons-nous au Registre (i), comme 
toute l'Europe est en suspens touchant les desseins de 
Sa Majesté, l'Académie royalle attend avec toute l'Eu- 
rope, qu'est-ce que le roy veut faire d'Amsterdam et 
des misérables restes des Estats de Hollande. Elle 
prend haleine pour entonner ensuite avec la renommée 
les merveilles et les victoires de nostre monarque, et se 
contente de faire des vœux avec toute l'esglise pour 
l'heureux retour de Sa Majesté victorieuse. » 

Le passage de M. Le Pays, dans Arles, au mois de 
mai, permit à l'Académie d'entendre « plusieurs obser- 
vations scavantes et judicieuses sur les satyres du sieur 
Boysleau et sur bien d'autres livres du temps (2). » 

Puis les trois mois d'été se passent dans les « lan- 
gueurs ordinaires en cette saison, les assemblées sont 
peu nombreuses et l'on se relasche aisément (3). » 

Il semble que l'Académie n'ait eu encore durant cette 
année 1673 d'autre souci que les louanges de Louis 
XIV : « Les amys et les alliés de l'Académie royalle 
escrivent de Paris, d'Aix et d'Avignon à messieurs 
les académiciens et envoyent des devises pour le roy, 

(i) Registre de l'Académie, fol. m, verso. 
(a) Registre de l'Académie, fol. 112. 
(3) Registre de l'Académie, fol. 112. 



— 262 — 

chascun à l'envy et à sa manière tasche de célébrer 
les exploits du monarque. » 

Le P. Bertet, jésuite, .communique des vers « qui 
ont eu l'honneur de divertir Sa Majesté durant le siège 
de Maestricht (i). » 

Ce siège qui dura trois jours seulement et qui fut 
dirigé par le roi en personne (juin 1678) lui valut les 
éloges les plus enthousiastes, auxquels l'Académie 
d'Arles ne pouvait manquer de s'associer. 

« Le R. P. Vinay, le sieur Ferrier et quelques au- 
tres académiciens externes souffrent impatiemment 
que l'Académie d'Arles semble immobile en ce temps 
où toute la terre se remue et que toutes les plumes 
s'occupent pour dire ce que la renommée a publié du 
fameux siège de Maestricht (2). » 

Les louanges de Louis XIV étaient alors célébrées 
avec le plus grand zèle par l'Académie française. 

« Le principal objet de l'Académie est de consacrer 
le nom de l'incomparable Louis à l'immortalité » put 
dire, avec l'approbation de tous, l'évéque de Noyon, 
dans la séance où il déclara son dessein de fonder à 
perpétuité le prix de ces compositions poétiques dont 
la louange du grand roi devait toujours être le sujet. 

(1) Voir le P. Bouguerel, p. 208, sur la nature de ces épigram- 
raes et sur le P. Bertet (Hommes illustres de Provence). 

(2) Registre de l'Académie, fol. 112, verso. Voir fol. 114, 
verso, un sonnet de M. d'Abeille contre les Espagnols. 



— 263 — 

Vingt ans auparavant (1678) Racine ne s'était pas 
exprimé très »différemmeni : « Qui mieux que vous, 
disait-il à l'abbé Colbert, pouvait nous seconder dans 
le dessein que nous nous sommes tous proposé de tra- 
vailler à immortaliser les grandes Actions de notre au- 
guste protecteur. » . . . . On pourrait trop aisément 
multiplier les exemples de cette rhétorique adulatrice, 
qui semblait être devenue la fonction la plus impor- 
tante, le premier devoir de l'Académie (i). » 

L'évêque de Noyon, M. de Clermont Tonnerre, ne 
fit qu'établir comme une règle fixe ce qui, depuis 1671, 
avait été un usage constamment suivi, ainsi qu'on 
peut le voir en parcourant les recueils de l'Académie. 
La première pièce couronnée était de La Monnaye et 
célébrait le duel aboli par le roi{i6yï) ; on y lisait ces 

vers : 

Sagesse, esprit, grandeur, courage, majesté, 

Tout nous montre en Louis une divinité. 

L'Académie d'Arles imitait l'Académie française. 

Le P. d'Augières,')ésmie, écrivit un poème latin en 
l'honneur du roi, le P. Vinay et M. Ferrier (2) le tra- 
duisirent en vers français que l'Académie trouva fort 
bons. 

(i) Histoire de l'Académie française par Paul Mesnard, p. 3i. 

(2) Ils l'adressèrent à l'Académie au mois d'avril 1674, sous le 
titre de Maestricht rendu. Ils l'avaient fait imprimer, et l'abbé 
de Barrême proposa de joindre ce poème aux pièces que l'on 
devait communiquer à l'Académie française. (Registre fol. 118, 
\erso^. 



— 264 — 

Aux séances d'octobre et de novembre on lut et 
approuva deux sonnets sur la prise de*Maestricht et 
contre les Hollandais , composés par M . l'abbé 
d'Abeille (i). 

Au mois de septembre 1 678 , M. de Grille était parti 
brusquement pour Paris, sans même avertir ses collè- 
gues ; mais, si les négociations relatives au titre de 
marquis qu'il sollicitait, furent le motif déterminant 
de ce voyage, il n'oublia pas néanmoins l'Académie 
et « les suytes ont faict voir que ce n'estoit principa- 
lement que pour la gloire de cette Académie qu'il s'en 
esloignoit. » 

Il écrivit le 5 octobre, de Saint-Germain enLaye,une 
longue et intéressante lettre à ses collègues : 

« Que si je n'ai point eu de regret de vous quitter 
pour un temps, leur disait-il (2), et si je suis même 
parti sans recevoir vos ordres, donnez cela, je vous 
conjure, à la tendresse que j'ai pour l'Académie. Ma 
désertion n'est pas une marque de mon indépendance 
prétendue, au contraire, messieurs, c'en est une 
d'amour et de respect. J'aurois eu trop bonne opinion 
de moi mesme si j'avois pu croire d'avoir failli et si 
j'avois eu quelque regret de laisser la conduite de nos 
petites affaires entre les niains de ceux qui pourroient 

(i) Ces deux sonnets furent consignés sur le Registre, par ordre 
deM.de Gageron, directeur. 
(2) Registre de l'Académie, fol. 1 13, 



— -265 — 

conduire celles d'un Estât. Chacun de vous est le 
secrétaire né des muses royalles,et quand je m'esloigne 
d'Arles, c'est pour les faire honnorer en d'autres lieux, 
mais toujours sous vos auspices. Je prétends que 
l'heureuse influence de l'Académie royale me porte 
bonheur à la cour, et je prétends par reconnessance 
de resusciter son nom et sa gloire, en un pays où le 
malheur du temps sembloit l'avoir effacée. J'ai desja 
escrit à M. le duc de Saint- Aignan au Havre, d'où il 
m'a fait l'honneur de me rescrire qu'il est ravi de me 
scavoir à Paris, qu'il se hastera d'y venir bientost et 
qu'il meurt d'envie de s'entretenir avec moi de nos 
petites affaires. J'ai salué M. l'archevesque de Paris, 
M. de Colbert et bien d'autres illustres de l'Académie 
françoise qui tous entrent amoureusement dans l'inté- 
rest de la nostre. » 

Il écrivit très souvent à ses collègues « sur tout ce 
qui peust servir à l'honneur de leur corps,» et, au mois 
de novembre, l'abbé de Verdier, directeur, le proposait 
« comme exemplaire de la vertu académicienne. » Cha- 
que semaine il envoyait des nouvelles « de la bonne 
cour, » 

a Notre cher protecteur, mandait-il à Giffon au 
mois de décembre (i), est près de venir à la cour, il 
m'a envoyé quelques lettres de recommendacion pour 

i) Regi.stre de l'Académie, fol. 1 15. 



— 266 — 

ses amis. Il admire les vers que je lui ai envoyés (i) 
sur la réduction de Maestricht, il loue nos petits soins 
et nous prie de faire imprimer ce poëme. Je ne me 
laisse pourtant pas séduire à son opinion, je l'attends 
avec impatience et j'espère de lui faire comprendre que 
le nom de l'Académie royalle ne doibt pas estre en 
compromis, et qu'il faudra bien examiner la chose 
avant que d'en hazarder l'impression. » 

Le duc de Saint- Aignan arriva à Paris à la fin de 
janvier 1674, MM. de Grille et de Boche le virent 
aussitôt et annoncèrent à leurs collègues que ce protec- 
teur « conserve toujours beaucoup de tendresse pour 
l'Académie. » 

« Il les prie et les invite, il les accompagne chez 
les dames de bel esprit, chez les Bussi Rabutin, au 
Louvre, à l'opéra, à la comédie et n'oublie rien de ce 
qui peut leur persuader son amitié (2). » 

Il parla au roi de l'Académie et lui fit voir « quel- 
ques sonnets ou madrigaux à l'honneur des campa- 
gnes passées, qui ont le bonheur de plaire à Sa Ma- 
jesté (3).» 

(i) Il s'agit du poème du P. d'Augières. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 116, verso. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 116, verso. 

« Ce lundi '4 décembre lôyS) du courant M. Giffon, secrétaire 
substitué, monstre à l'assemblée une lettre de Paris, par laquelle 
on apprend que, M. le duc protecteur a eu son congé du roi, et 
qu'il part de son gouvernement dii Havre pour la cour, cepen- 



Peu après, le marquis de Châteaurenard revint à 
Paris, et se joignit à MM. de Grille et de Boche, pour 
régler les affaires de l'Académie. 

Le 24 février, M . de Grille demanda à ses collègues 
« un certain petit recueil de pièces choisies en vers et 
en prose, qui est de la manière de quelques-uns de nos 
confrères et qui a esté souvent examiné par la compa- 
gnie. » Il se proposait de le soumettre au jugement de 
M. Charpentier, de l'Académie française, en même 
temps qu'un autre recueil déjà entre les mains du duc 
de Saint-Aignan. A cette fin, il engageait l'Académie 
à prier ce savant de donner son sentiment sur les di- 
verses pièces, que le protecteur voulait faire imprimer 
et qui semblaient au secrétaire peu dignes de cet hon- 
neur(i). Après une semaine de réflexion (20 mai 1674), 



dant pour entretenir la reconnaissance de ces messieurs, envers 
ce duc, il les advize des bontés qu'il continue d'avoir pour l'Aca- 
démie, qu'il a envoyé audict M. d'Estoublon, le sieur de Touche, 
gentilhomme k M. le duc de Saint-Aignan avec diverses lettres 
de recommandation pour M. Roze, pour son fils M. le comte de 
Saint-Aignan, et pour quelques autres personnes de qualité, et 
que entre autres bontés, il a eu celle là d'estimer infiniment un 
petit poëme à l'honneur du roy, sur la prise de Maestricht,que 
M. d'Estoublon lui a faict voir sous le nom de l'Académie royale 
d'Arles. » Registre de l'Académie, fol. 11 5. 

Leduc de Saint-Aignan demandait qu'on imprimât Maestricht 
rendu, mais M. de Grille voulait que l'on ne se pressât pas. 

Il est souvent question de l'impression d'un recueil des prin- 
cipales pièces lues à l'Académie. Voir en particulier fol. 118, 
verso. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 117, verso. Lettre escrite de 



— 268 — 
on envoya à M. de Grille plein pouvoir, pour l'im- 
pression de ce recueil ; on écrivit à M. Charpentier de 
vouloir bien examiner les ouvrages en vers et en prose 

Paris, ce 24 fébrier 1674, à messieurs de l'Académie royalle. 
Messieurs, 
a Vous aurez veu dans la dernière lettre que je me suis donné 
l'honneur de vous escrire, tous les tesmoignages d'estime et de 
bonté que j'ai receus de M. le duc de Saint-Aignan. Je scay que 
c'est à vostre mérite principallement à qui je les doibs et c'est 
pour cela que je vous en rends mes très humbles grâces. Mais il 
m'en fault faire encore une, s'il vous plaist, et vous souvenir 
qu'ayant l'honneur d'estre vostre secrétaire, tout ce que je vous 
demanderai et tout ce que vous m'accorderez sera pour vostre 
gloire. Vous aurez bien connu par toutes mes précédantes comme 
je suis un académicien zellé, et que ma cour que monseigneur 
nostre protecteur me faict assez bien faire, deux ou trois fois la 
sepmaine, les scavantes conversations où j'ai l'honneur de l'ac- 
compagner, les bals et les comédies de Saint-Germein, tout cela 
ne m'arresteroit pas si longtemps hors de nostre ville, si je ne 
voyois quelque jour d'estre ici utilement, pour les avantages du 
petit corps. Ce que vous debvez faire présentement pour moi, 
c'est, messieurs, de m'envoyer incessemment un certein petit 
recueil de pièces choisies en vers et en prose, qui est de la ma- 
nière de quelques-uns de nos confrères et qui a esté souvent 
examiné par la compagnie. Il seroit tout à faict nécessaire de 
joindre ce recueil à celui que nous avons trouvé dans le cabinet 
de nostre cher protecteur. Il le gardoit prétieusement despuis 
plus d'un an, que je le lui envoyai par vos ordres, mais je ne 
scay si l'air de Paris m'a donné d'autres lumières ou plus de 
délicatesse, je ne voids pas que ce que nous faisions l'année 
passée soit digne du grand jour où on le destine. Cependant, le 
sieur Barbin s'en est saisi, M. le duc de Saint-Aignan lui a donné 
mein levée sur ce petit trésor (comme il l'appelle) il lui a mesme 
obtenu le privillège de le faire imprimer, et c'est tout ce que 
j'ai pu faire de le faire revoir par M. Charpentier, l'illustre aca- 
démicien. Il fault encore, s'il vous plaist, que vous escriviez à 
cet illustre ; il honore le petit corps et s'intéresse pour sa gloire, 
comme je pourrois faire moi-n^sme, il fault, s'il vous plaist, 



— 269 — 

que Ton rechercha dans les archives, pour les lui 
envoyer par l'entremise de M. de Grille (i). 

Notons ici que le nom de M. Charpentier, qui 
n'est encore guère apparu dans le Registre, y sera 
désormais répété bien souvent. Charpentier est 
même, en divers endroits, qualifié de « confrère de 
la royalle d'Arles, » non pas, croyons-nous, qu'il 
en ait jamais été membre, mais il est certain qu'il 
fut , depuis ce moment , l'ami dévoué de la jeune 
Académie. Il en était comme le second protecteur et 
lui facilitait singulièrement les rapports avec l'Aca- 
démie française, en l'absence du duc de Saint- Aignan, 



messieurs, que vous le priez par une de vos lettres, mais que 
vous l'en priez instemment, de revoir ce petit recueil et de vous 
en rescrire son sentiment. Le mien a esté, pour ne pas choquer 
celui de M. le duc de Saint-Aignan, de consentir à cette préten- 
due impression conditionnellement, et qu'en premier lieu toute 
l'Académie royalle le voudra bien, qu'elle priera messieurs de 
l'Académie françoise d'y jetter exactement les yeux dessus et 
qu'enfin on ne metra aucun titre à cet imprimé par où l'Acadé- 
mie royalle puisse estre exposée ; à ces conditions, je pense, mes- 
sieurs, que vous ne m'en desdirez pas, et que nous pouvons 
avoir cette complaisance pour le protecteur que de laisser faire 
la chose. Mais n'oubliez pas, je vous en conjure, de m'envoyer 
tout ce que vous trouverez dans les archifs, de vers ou de 
prose, affin que l'ayant faict voir et examiner à nos illustres 
confrères de l'Académie françoise, nous puissions le joindre avec 
ce premier recueil dont je vous parle, qui est desja entre les 
mains de M. Charpentier. J'apporterai tous mes soins à cette 
affaire et la ménagerai avec autant de précaution que de, etc. » 

Registre de l'Académie, fol. iiy. 

(i) Registre de l'Académie, fol. ii8, 



— 270 — 

très souvent retenu loin de Paris, par ses fonctions. 
C'est à Charpentier que les académiciens d'Arles au- 
ront recours, en bien des cas, comme à un de leurs 
meilleurs amis (i). 

(i) Charpentier (François), né à Paris^ le i5 février 1620, fut 
d'abord destiné au barreau, où sa santé vigoureuse, sa voix mâle 
et forte, son éloquence naturelle jointe à un certain air d'intré- 
pidité lui assuraient une brillante carrière. Néanmoins il l'aban- 
donna, pour se consacrer tout entier aux lettres. Il composa pour 
Colbert, qui songeait à fonder une compagnie pour le commerce 
des Indes Orientales, Le Discours d'un fidèle sujet du roi, tou- 
chant l'établissement d'une compagnie française, pour ce com- 
merce, Paris 1664 et i665. Ce discours fut suivi, en 1666, d'une 
relation de cet établissement. 

Colbert mit Charpentier à la tête d'une réunion de savants 
qui s'assemblaient dans son hôtel, et qui donna naissance à 
l'Académie des inscriptions et belles lettres. Membre de l'Acadé- 
mie française depuis 1 65 1, il en devint dans la suite directeur 
perpétuel. Dans la querelle des anciens et des modernes il prit 
parti contre les anciens, qu'il connaissait à fond. On a oublié ses 
écrits et l'on ne se souvient que des épigrammes de Boileau con- 
tre le Gros Charpentier . 

Il plaida en faveur des inscriptions françaises et réfuta le dis- 
cours du P. Lucas : De tnonumentis publiais latine inscribendis, 
par deux ouvrages: LaDéfense delà langue française, pour l'ins- 
cription de rArc-de-Triomphe,i676, in-12 ; et de l'Excellence de 
la langue françoise, i683, 2 vol. in-12. 

Son zèle pour la langue nationale peut être taxé d'exagération, 
mais il est fort louable, et à Charpentier revient l'honneur d'en 
avoir défendu le premier les droits avec cet accent de conviction 
qu'on retrouve dans]ses ouvrages de polémiqne. 

Malheureusement les écrits de cet académicien, malgré leur 
mérite, sont d'une lecture difficile et assez diffus. 

Il fut un des principaux rédacteurs du volume intitulé : Mé- 
dailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand^ 
premier travail de l'Académie des inscriptions, imprimé à Paris» 
impr. Royale, in-4'', 1702, puis réimprimé, en 1723, in-fol. 



^ ^71 - 

Le marquis de Boche rentra à Arles, au mois de 
mai. Il entretint la compagnie «de tout ce qui la peust 
charmer, de la santé du roy, et de ses victoires du 
voyage prétendu en Franche-Comté », et il affirma 
« que la réputation et l'estime de la Compagnie n'est 
pas diminuée, qu'elle a toujours de grands amis, que 
messieurs de l'Académie françoise l'ayment comme 
leur véritable sœur et que M. le duc de Saint-Aignan 
se faict toujours et partout beaucoup d'honneur de 
l'Académie (i). » 

M. de Grille suivit de près le marquis de Boche et 
l'Académie fut aussitôt convoquée, pour entendre le 
récit de ce qu'il avait fait à Paris et connaître le résultat 
de ses démarches (fin juin 1674). Les diverses pièces 
académiques, envoyées d'Arles, avaient été lues et exa- 
minées par M. Charpentier, qui donna son avis dans 
une lettre très longue et assez obscure, datée du 20 
juin et remise à M. de Grille. 11 s'excusait d'abord de 
remplir le rôle de censeur vis à vis d'une Académie 
(( qui est un tribunal du jugement duquel on n'appelle 
point. » Puis il déclarait qu'il s'y était astreint, sur la 

En 1679, il écrivit un Panégyrique au roi sur la paix, et le 
Recueil des Harangues de l'Académie contient de lui de nom- 
breux discours, entre autres celui qu'il prononça à la réception 
de Bossuet. La préface et l'épitre dédicatoire du Dictionnaire de 
l'Académie, édition de 1694, sont également de lui. 

Charpentier mourut, le 22 avril 1702, doyen de l'Académie 
française, dans des sentiments très chrétiens. 

(i) Registre de l'Académie, fol. iig, 



demande du duc de Saint-Aignan et à la prière de 
M. de Grille. Il signalait vaguement quelques passages 
un peu négligés et ajoutait : « Comme vous n'avez 
rien publié jusques ici au nom de vostre illustre corps, 
je suis persuadé que vous ne publierez rien encore sous 
son nom, qui ne soit de la dernière exactitude et qui 
ne puisse servir de règle aux autres. Il est permis aux 
particuliers d'exposer des ouvrages douteux, mais ce qui 
porte le nom d'une compagnie entière doit, à mon sens, 
n'avoir rien à creindre de la malice des envieux, ni de 
la jalousie des rivaux. Ce sont des réflexions dont vous 
voyez beaucoup mieux que moi l'usage qui se doibt 
faire, et je n'entrerois point si librement en délibéra- 
tion avec vous sur ce sujet, si vous ne me l'aviez 
ordonné par un effect de la trop bonne opinion que 
vous avez de moi. J'ai déjà prié M, le marquis de 
Ghâteaurenard qui m'arenduvotre lettre de vous mar- 
quer le ressentiment que j'en ai et que j'en conserverai 
éternellement (i). » 

Après la lettre de M. Charpentier, on lut encore 
une lettre du duc de Saint-Aignan, confiée également à 
M. de Grille. 

Le protecteur, après quelques mots d'éloge pour 
M. le marquis de Robias (2), cet illustre et généreux 

(i) Registre de l'Académie, fol. 120. 

(2) M. Charpentier parle aussi de M. le marquis d'Estoublon 
et le Registre du marquis de Robias. Il est donc à croire que 



— 273 — 

ami, demandait aux académiciens de s'en rapporter à 
ce qu'il leur dirait de sa part, enfin il les conviait 
« comme autant de dignes parties d'un auguste corps, 
à ne le point laisser deschoir de ses avantages et ne 
pas se relascher de cette ardeur et de ce zeile pour la 
gloire du roy qui a charmé toute la France jusques 
ici et dont M, le marquis de Robias a convaincu toute 
la cour (i). » Il terminait sa lettre en exprimant l'es- 
poir qu'il sauraient maintenir la réputation, que leurs 
plumes avaient acquise aussi bien que leurs épées. 

M, le marquis de Grille, nommé directeur pour le 
mois de juillet 1674, entretint ses collègues des nou- 
velles de Paris et de la cour. Il leur cita, pour les 
encourager, l'exemple des académiciens de Paris qui 
« se font une loi de se rendre assidus et ponctuels aux 
assemblées du lundi et Jeudi de chasque semaine. Il 
leur descript le rendé-vous des Muses dans le Louvre, 
où le roy les a logées, il leur parle de ce fameux ou- 
vrage du Dictionnaire que toute la France attend 
despuis si longtemps avec impatience. Il leur monstre 



M. de Grille avait obtenu ce titre, durant son séjour a la cour, 
quoique les lettres patentes ne soient que du 4 août 1674. 

Ce qui nous surprend c'est que l'Académie ne l'en félicite nulle 
part, et l'on sait qu'elle saisissait avidement les occasions de 
complimenter un de ses membres. Mais, comme il était secré- 
taire, peut-être s'est-il abstenu de mentionner ce compliment à 
son adresse, dans le Registre. Voir plus haut p. 45. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 120, verso. 



~ 274 - 
un poëme de deux ou trois cents vers qu'un de ces 
messieurs composa l'année dernière, pour remercier Sa 
Majesté de ce superbe bâtiment et de la protection 
qu'il leur a donnée (i). » 

Il confirma ce qu'il leur avait dit dans ses lettres, 
au sujet du duc de Saint-Aignan, toujours plein d'es- 
time et d'affection pour l'Académie d'Arles, et il pro- 
posa de placer son portrait au-dessous de celui du roi, 
dans la salle des séances, ce qui fut exécuté. Il com- 
muniqua même à ses collègues une pièce de vers 
qu'il avait dérobée au duc (2). 

Charmant et glorieux vainqueur, 
Q.ui mettez tout sous vostre empire, 
Ce qui se passe dans mon cœur, 
Vous voulez donc l'apprendre. Sire, 
Hélas ! à toute heure il soupire. 
Et dit, accablé de travaux. 
Que brusler et ne l'oser dire, 
Est le plus grand de tous les maux. 

Mon esprit n'a plus de vigueur. 
Rien n'est égal à mon martyre, 
Et, dans l'excès de ma langueur, 
Je ne scay ce que je désire, 
A chaque instant mon mal empire, 
J'ay des jaloux, j'ai des rivaux. 
Mais brusler et ne l'oser dire, 
Est le plus grand de tous les maux. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 121. Cfr Mesnard, Histoire 
de l'Académie française, p. 26. 

(2) Louis XIV ayant demandé au duc s'il n'était pas amoureux, 
Saint-Aignan lui répondit par cette Ballade insérée au Registre, 
fol. 121, verso, et conservée dans les Archives de l'Académie avec 
une autre de M. de Momplaisir, apportée aussi par M. de Grille. 



- 275 — 

On voit à ma triste couleur. 

Un changement que l'on admire : 

Partout Fexcès de ma douleur, 

Tous les plaisirs vient m'interdira. 

Je ne scay si l'on peust descrire 

Des tourments qui n'ont point d'égaux. 

Mais je sais que n'oser les dire, 

Est le plus grand de tous les maux. 

L'arrivée du marquis de Châteaurenard, à Avignon, 
au mois d'août, réjouit fort l'Académie, car il avait 
affronté tous les périls de la guerre durant deux cam- 
pagnes en Hollande. On avait fait courir le bruit de 
sa mort, il avait reçu deux blessures et subi diverses 
maladies, et ce confrère avait contribué à donner à 
l'Académie « la plus grande partie de son lustre et de 
cette haute réputation où elle est à la cour (i). » 

MM. Giffon et de Bouvet allèrent le visiter et rap- 
portèrent qu'il était à peu près rétabli, et qu'il se pro- 
posait de venirà Arles, en compagnie de M. Ferrier{2)f 

(i) Registre de l'Académie, fol. 122, verso. Il y avait alors 
dans Avignon comme une succursale de l'Académie formée par 
MM. Le Pays, Ferrier, d'Aymar et le P. Vinay, qui n'était 
plus correcteur du couvent des Minimes d'Arles. 

(2) Au mois de septembre 1674, M. Bouvet fait grand éloge du 
talent de M. Ferrier et montre une satire de cet auteur « con- 
tre certaines gens qui affectent de parestre ce qu'ils ne sont pas, 
beaux esprits de profession et souvent véritablement ridicules. 
On loue la pièce et l'on attend l'autheur avec impatience. > 
Registre de l'Académie, fol. laS. 

Louis Ferrier naquit d'une noble famille d'Avignon, en i652, 
et donna de bonne heure des marques d'un goût prononcé pour 
la poésie; jeune encore il composa des pièces de vers qui eurent 
du succès. Son admission à l'Académie d'Arles en est la preuve. 

»9 



- 27G - 

qui avait grande envie d'avoir le sentiment de l'Aca- 
démie, sur certaines pièces de poésie de sa façon. 

Le marquis de Châteaurenard vint, en effet, à 
Arles avec M, Roubin et y passa huit jours avant de 
se rendre aux bains de Balaruc. Les académiciens 
s'empressèrent de le visiter, et il leur remit les œuvres 
de Boileau qu'il rapportait de Paris (i). Il sera piquant 
de voir le jugement qu'en porta l'Académie : « Le 
21 octobre 1674, la compagnie assemblée chez 
M. l'abbé de Boche, prend la pêne d'estendre lire et 
d'examiner le livre du sieur Boyleau,' ses satyres, sa 
traduction de la poétique de Horace, son Lutrin et le 

Use rendit à Paris, en 1675, et le duc de Saint-Aignan lui confia 
l'éducation de ses enfants. En 1C78, Ferrier publia et dédia au 
duc de Saint-Aignan son poème des Préceptes galans (Barbin, 
Paris, I vol. in-12). Il composa quelques pièces de théâtre : 
Anne de Bretagne, reine de France, tragédie représentée en 
1678, à l'hôtel de Bourgogne, publiée Tannée suivante (on y 
trouve, dans le portrait de Charles VIII, des éloges délicatement 
tournés à l'adresse de Louis XIV) ; Adraste, tragédie ; Monté- 
:(utna, dernier roi du Mexique, tragédie représentée en 1702. 11 a 
laissé aussi une traduction de Justin, sous ce titre : Histoire uni- 
verselle de Trogue-Pompée, réduite en abrégé par Justin, traduc- 
tion nouvelle, avec des Remarques, par D. L. M., lôgS, 2 vol. 
in-12. Ces initiales signifient De La Martinière, nom d'un château 
que Ferrier avait acheté en Normandie, et où il mourut, en 1721, 
âgé de 69 ans. Cfr. Hommes illustres de Provence, t. i, p. 291, 
et Bibliothèque Méjanes, Ms 1060, 2» partie, p. 5o. 

(i) Avec la critique venait d'en faire Desmarets. t Ce lundi 
i" jour d'octobre M. le marquis de Chasteaurenard arrive d'Avi- 
gnon avec M. Roubin du Saint-Esprit, ces deux illustres acadé- 
miciens ne respirent que la gloire et les avantages de l'Académie 
qu'ils ont desjà fait connestre. » Registre, fol. i23, verso. 



— 277 - 

reste. On demeure d'accord que la traduction estoit 
juste, et qu'elle pouvoit estre utile selon la disposition 
des lecteurs, on dit pour le Lutrin que peu de gens y 
trouveront le mot pour rire, s'ils n'entendent bien toute 
l'intrigue du chapitre, çt les divers intérêts des capi- 
tulans, on observa dans sa composition beaucoup' 
d'inégalité, des vers excellents, d'autres moindres, 
quantité qui ne sont pas dignes de la réputation que 
prétend ce moderne autheur, mais entre autres choses 
une infinité de meschantes césures, qui déshonorent le 
vers. On ne laissa pas, malgré tout cela, d'admirer le 
tour de la phrase, l'esprit et la manière toute nou- 
velle de sa diction en divers endroits de son livre (2). » 

M. Charpentier envoya, en octobre 1674, la critique 
qu'on l'avait prié de faire des œuvres de l'Académie, 
et que sa lettre du 20 juin avait seulement ébauchée. 
Celle-ci le remercia et l'assura « qu'on suivroit exac- 
tement non seulement les doubtes qu'il se propose 
dans ses observations, mais encore qu'on vouloit bien 
considérer la pluspart de ses moindres scrupulles, 
comme une règle de bien penser et de bien dire. On 
ugea ce compliment à propos, puisque on avoit non 
seulement demendé son sentiment à M. Charpentier, 
mais qu'on l'avoit comme forcé de le donner. 

On dict qu'après cela on n'estoyt plus libre de re- 

•(2) Registre de TAcadémie, fol. 124. 



- 278 - 
jeter ce sentiment, mais que la bienséance et la confra- 
ternité demendoient une submission aveugle et entière 
en cette rencontre (i). » 

L'Académie accepta les observations de Charpentier, 
non sans quelque arrière pensée, mais elle ne tint pas 
rigueur à son critique, et en cela elle fit preuve d'in- 
telligence et de largeur d'idées. 

Les vers dont M. Ferrier avait entretenu M. Bouvet 
furent communiqués à l'Académie, au mois de décem- 
bre 1674. L'œuvre était faible, aussi le pria-t-on de 
ne plus rien publier « sans l'avoir premièrement en- 
voyé à l'Académie. » Cet avis lui fut donné trop tard, 
car ces vers étaient déjà imprimés et avaient été l'objet 
de sévères critiques. Ils lui occasionnèrent même des 
poursuites de l'inquisiteur de la foi, à Avignon, parce 
que Ferrier ne les avait pas soumis à l'approbation 
exigée par les règlements sur la librairie. L'Académie 
dut intervenir auprès de l'inquisiteur, le P. H. de 
Pérussis, qui apporta la plus grande bienveillance dans 
cette affaire. Ferrier, qui avait aussi blessé ses compa- 
triotes par ses satires, fut heureux d'être soutenu par 
l'Académie et la remercia chaleureusement, au mois de 



(i) Registre de l'Académie, fol, 124. Et en marge on fait ob- 
server que les académiciens « en usèrent d'une manière bien 
différente à celle dont le sieur Corbinelli en avoit usé, » 



— 279 — 

mars 1675, de l'avoir « fait craindre des sots et respec- 
ter des raisonnables (i). » 

M. Ferrier, était un esprit turbulent et ambitieux, 
et dans ses ouvrages il prenait le titre d'académicien, 



(i) Registre de l'Académie, fol. 126. « Ferrier est l'auteur des 
Préceptes galans, poème dédié à M. de Sainl-Aignan, qui fit des 
affaires à son auteur, à cause de ce vers : 

L'amour pour les mortels est le souverain bien. 

L'inquisition en prit connaissance, et Ferrier fut obligé de se 
retirer à Villeneuve lez Avignon, pour éviter les poursuites. Ses 
amis s'intéressèrent pour lui auprès du P. de Perussis, grand 
inquisiteur. Ce dominicain qui connaissoit Ferrier, qui l'estimoit 
et qui étoit porté à le favoriser, exigea que l'auteur du poëme 
vint se soumettre au tribunal et s'y rétracter, il lui donna ensuite 
l'absolution et cette affaire fut terminée. » Cet extrait du Dic- 
tionnaire de Provence (Hom. Illust., t. I, p. 291), a besoin d'une 
rectification. M. Ferrier fut mis en prison. « Il a des ennemis ou 
des envieux, qui le defferent au tribunal de l'inquisition, on l'ac- 
cuse principalement de n'avoir pas rendu le respect qui est deu 
et ordinaire en ce pays là, d'attendre que messieurs les inquisi- 
teurs aient veu et examiné son livre. On lui fait peur, on l'ar- 
reste. » Registre, fol. i25, verso. 

Il avait fait imprimer quatre pièces fort critiquées, et cela mal- 
gré les instances du P. de Perussis qui, dans sa lettre aux aca- 
démiciens (février 1675) dit avoir fait tous ses efforts pour l'aider 
a à sortir du petit embarras où il s'est trouvé pour n'avoir voulu 
defférer à la prière très honneste que je lui avais faite de ne pas 
précipiter son impression. > Ces pièces semblent avoir été des 
satires contre « les gens d'Avignon qui découvrent leurs noms 
renversés et mis en anagramme », dont le Registre de l'Académie 
parle folio i23. En tout cas, il ne s'agit pas des Préceptes galans 
qui ne furent achevés d'imprimer, pour la première fois, que 
le 6 juin 1678, ainsi qu'on peut le lire en tête du volume in-12, 
publié chez Claude Barbin, à Paris, 1678. 



— 280 — 

ce qui donna lieu à M. de Montcalm de demander 
depuis quelle date il avait ce droit. 

On sait que M. de Montcalm ne résidait pas habi- 
tuellement dans Arles, et il n'avait point trouvé la 
lettre de demande de M. Ferrier dans le Registre, car 
elle n'y avait pas été consignée, parce qu'au moment 
où elle fut envoyée, le secrétaire était à Paris. Personne 
ne s'en rappelait la date précise. M. de Grille la re- 
trouva dans les Archives de l'Académie et en fit lec- 
ture, le 9 mars 1675. On constata qu'elle était datée 
du 2 octobre 1673 (i), et que M. Ferrier se réclamait 
du P. d'Augières qui l'avait, disait-il, engagé à de- 
mander son admission dans « le petit corps. » Il avait 
traduit en vers français le poème du P. d'Augières 
sur les victoires du roi, et paraît avoir été très lié avec 
ce savant religieux (2) dont nous aurons à parler plus 
bas, puisque lui aussi fut académicien. 

(i) C'est donc à tort que le Ms 1060, p. 211, assigne à la ré- 
ception de Ferrier la date du g janvier 1668. Sur la famille de 
Montcalm, voir Artefeuil, t. Il, p. i56 et s.q.q. 

(2) Au mois d'octobre lôyS, M. Ferrier envoya de Paris un 
sonnet sur la mort de Turenne et une ode imitée d'Horace. Le 
tout fut trouvé » un pur attentat contre les lois de l'Académie, » 
et l'on pria M. Ferrier de se rappeler qu'un particulier ne devait 
pas se qualifier académicien dans un écrit que l'Académie 
n'avait pas approuvé « ne devant point commettre à la critique 
ou mauvaise humeur du publiq, l'honneur d'un corps que le 
roy chérit et que toute la France estime. » Registre de l'Acadé- 
mie, fol. i38. 

Ferrier n'avait pas observé cette règle et il adressait toujours 



— 281 — 

S'il fallait s'en rapporter au Dictionnaire de Pro- 
vence, Ferrier n'aurait été admis à l'Académie que 
sur la demande du duc de Saint-Aignan. Il y a là une 
erreur, Ferrier n'avait aucun rapport avec le duc au 
moment où il sollicita son admission et ce fut même 
une lettre de recommandation de l'Académie qui lui 
valut la faveur du protecteur (i). Ferrier n'alla à 
Paris qu'au mois de mars i6j5. Les assertions du 
Dictionnaire sont donc très hasardées. 

Cette période de 1670 à lôyS s'était écoulée sans 
incident grave, et l'Académie avait vécu dans le 
plus grand calme, honorée et estimée dans Arles, 
pendant qu'elle recrutait de nombreux amis à Paris 
et à la cour, grâce à M. Charpentier, au marquis 
de Châteaurenard et surtout au protecteur, le duc de 
Saint-Aignan. L'Académie était hautement patronnée 



ses ouvrages à l'Académie, lorsqu'ils étaient imprimés, sans se 
préoccuper s'il compromettait l'honneur de ce corps, qui lui en 
fit plusieurs fois remonstrance. 

Les pièces en question sont insérées à la suite des Préceptes 
galans, et sont très médiocres. 

(i) « M. d'Estoublon escrit pour M. le marquis d'Aymar, pour 
M. Giffon, et adjouste à cela une recommandation obligeante au 
nom de l'Académie pour le sieur Ferrier qui désiroit faire con- 
nestre le talent qu'il a pour les vers à l'Académie françoise et à 
M. le duc protecteur de la royalle d'Arles. Ces lettres ont leur 
effet, comme on le verra dans la suite. » Mars. 1675, Registre, 
fol. 128, verso. Le duc de Saint-Aignan présenta les vers de 
Ferrier à l'Académie française. 



— 282 — 
par Mgr de Grignan, archevêque d'Arles, oncle du 
comte de Grignan, lieutenant du roi en Provence. 

Les consuls d'Arles témoignaient à la nouvelle 
société une légitime déférence et prenaient son avis 
pour les diverses inscriptions de l'Hôtel de Ville, qu'ils 
faisaient reconstruire. Ce bon accord fut rompu mo- 
mentanément, dans des circonstances qu'il nous faut 
rapporter avec quelque détail. 



CHAPITRE IX 

Le marquis de Châteaurenard et Giffon à l'Académie française. 
— Admission de M. Joseph d'Arlatan de Beaumont. — L'obé- 
lisque et les inscriptions. — Longs démêlés de l'Académie avec 
les consuls (1675-1677). 



Au mois de mars 1675, M. le marquis de Château- 
renard et M. Giffon se rendirent à Paris, munis de 
lettres de recommandation pour l'Académie française 
et pour le duc de Saint- Aignan. 

M. Ferrier « qui désiroit faire connestre le talent 
qu'il a pour les vers à l'Académie françoise» les accom- 
pagnait. Dès leur arrivée à la cour, ils donnèrent des 
nouvelles de ce qui s'y passait, de Bossuet et du P. La 
Chaise, des projets du roi, etc. 

Pendant qu'ils traitaient à Paris les affaires de l'Aca- 
démie et visitaient ses amis, M. de Grille ne cessait 
d'exciter le zèle de ses confrères en leur citant l'exem- 
ple des académiciens de Paris et en rappelant l'intérêt 
que Louis XIV témoignait à l'Académie française (i). 

(i) Registre de l'Académie, fol. 129. « On s'entretient de la 
passion que tesmoigne le roy pour cet ouvrage, et comme Sa 
Majesté descend jusques au détail de leurs exercices, des mé- 



— 284 — 

Il venait d'instituer les Jetons de présence et Colbert, 
en son nom, pourvoyait à tous les besoins de la société. 
Prise d'une noble émulation l'Académie, assemblée 
dans la chambre du P. Vadé, cordélier, chercha les 
moyens d'entretenir et d'augmenter la gloire du petit 
corps. Depuis quelque temps, il n'y avait pas eu d'ad- 
missions, la dernière avait été celle de M. le chanoine 
de Sabatier, frère de Jean de Sabatier, et datait du 
mois de décembre 1672 (i). M. Ferrier n'avait été 
reçu que comme externe, en octobre 1673. 

dailles qu'elle leur fait distribuer au nombre de quarante, toutes 
les semaines deux fois, etc. On s'excite à l'exemple de ces mes- 
sieurs^ et l'on propose de s'occuper toujours plus glorieusement 
dans la suite.» Séance du mois d'avril 1675. V. plus haut p. 273. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 109. « Ces messieurs propo- 
sent d'acquérir M. le chanoine de Sabatier, nouvellement arrivé 
de Paris, comme estant un très bon subjet d'Académie. M. de 
Sabbatier remercie l'assemblée d'un sentiment si obligeant pour 
M, l'abbé son frère. Il dit enfin qu'il rendra ses debvoirs à l'Aca- 
démie et qu'il taschera de mériter l'honneur qu'elle lui faict par 
les révérences accoustumées en pareilles occasions. » Séance de 
décembre. Nous n'avons pas rencontré dans le Registre la men- 
tion de la lettre de demande de l'abbé de Sabatier. D'ailleurs eu 
l'absence de M. de Grille (sept. 1673-juin 1674) le Registre fut 
tenu avec quelque négligence. C'est ainsi que nous avons cons- 
taté qu'il ne?parlait pas de M. Ferrier qui sollicita le titre 
d'académicien, en octobre 1673, et qui fut admis « au nombre des 
académiciens, ou du moins au nombre des amis externes de 
l'Académie » comme le fait observer le Registre, fol. 127. 

Ce chanoine de Sabatier a laissé peu de traces de son passage. 
Il ne faut pas le confondre avec Pierre de Sabatier égalemen 
chanoine de Saint-Trophine, neveu du précédent. Le premier 
mourut à une époque^que nous ne pouvons préciser ; Pierre, fils 
de Jean de Sabatier et de Monique de Cotel, fut baptisé à la pa- 



,— 285 - 

M. l'abbé de Verdier soumit à l'Académie la ques- 
tion de savoir s'il ne serait pas à propos de se rendre 
aux « vœux secrets et clandestins de tant de bons sub- 
jets qui pourroient lui faire honneur et qui n'osent pas 
s'expliquer touschant la demende et les cérémonies de 
leur réception. » Après examen, l'Académie tomba 
d'accord « que sauf l'honneur des statuts et maximes 
escrites de l'Académie, qui doibvent estre inviolables, 
elle se doibt rendre facile à la réception et acceptation 
de tous ceux qui auront le courage de se présenter (i).» 

Quelques semaines après, le 2 juin 1675, M, Joseph 
de Beaumont envoya à l'Académie une lettre de de- 
mande qui laisse trop entendre qu'il cédait aux solli- 
citations dont il avait été l'objet (2). 

roisse de Sainte-Croix d'Arles, le 3 septembre 1670, et mourut 
le 6 mai 1748, âgé de 77 ans (obituaire du chapitre). Il a composé 
divers ouvrages estimés, entre autres les Acta Ecclesiœ Arela- 
tensis, Ms 839, pièce 9, de la Bibliothèque Méjanes. C'est une 
histoire de l'Eglise d'Arles depuis Saint-Trophime jusqu'à l'an- 
née 1731, qui rectifie sur certains points \e. Pontijicium Arela- 
tense deSaxi, et le complète, car il s'arrête à l'année 1628. Pierre 
de Sabatier, alors théologal, remplaça fen 1730) l'abbé de La 
Mothe, depuis évêque d'Amiens, comme directeur des conférences 
ecclésiastiques établies dans Arles par Mgr Fr. Adh. de Grignan 
et encouragées par Mgr Jacques de i^ort/n Janson, l'infatigable 
adversaire du jansénisme. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 129, verso, a C'est à dire, est-il 
ajouté en marge, des scavans, gentilshommes, serviteurs du roy, 
amateurs de la paix et de la poésie, et le reste comme il est porté 
dans les statuts. » 

(2) Messieurs, 

« La connaissance que j'ai de moi mesme m'ayant persuadé jus- 



— 286 — 

Joseph d'Arlatan, sieur de Beaumont, était le re- 
présentant d'une des plus anciennes familles d'Arles. 
Il avait épousé Jeanne Saxi et il mourut le 2 juin 
1697 (i). Son hère Jacques d'Arlatan, ancien capi- 
taine d'infanterie, fut nommé commandant de la 
ville, par M . de Caylus, et mourut de la peste, en 1 72 1 , 
en accomplissant courageusement son devoir. 

Les d'Arlatan tiraient leur nom de la ville d'Arles, 
où ils étaient établis depuis le XP siècle. Geofroi 
d'Arlatan était consul d'Arles, en 11 00, et, dans la 
suite, il y eut nombre de consuls de cette famille. 
Maynier, Robert de Briançon et la Critique du Nobi- 
liaire de Provence, sont d'accord sur ce point (2). Les 

ques aujourd'hui que je ne méritois pas d'estre de vostre illustre 
compagnie, j'avois considéré toutes vos semonces quoique très 
obligentes et pleines d'empressement comme des complaisances 
dont je ne devois point me prévaloir à vostre préjudice, mais, 
messieurs, vous voyant persister dans vostre sentiment avec tant 
de bonté, je passe volontiers au dessus de toutes ces raisons pour 
vous assurer en mesme temps qu'il ne me sauroit rien arriver de 
plus avantageux ni de plus satisfaisant que d'avoir part en vos 
exercices, et que vous me fairez une grâce très particullière, s'il 
vous plaist de me donner rang parmi vous. Je scay, messieurs, 
que parce seul endroit on peut aller à la véritable gloire et à la 
source de la vertu sublime, et je ne désespère pas d'y arriver sous 
la conduite et à la compagnie de tant d'excellants maistres, si je 
suis assez fort pour les suivre et assez heureux pour avoir leur 
approbation, c'est, messieurs. . . Vostre très humble et très obéis- 
sant serviteur, Beaumont. » 

Registre de l'Académie, fol. i3i, verso, 2 juin 1675. 

(i) Registres de la paroisse Saint-Lucien. 

(2) « Arlatan, noble de nom et d'armes. J'ai trouvé dans les 
vieux documents et dans les chartes d'Arles que la famille d'Ar- 



— 287 — 
armes des d'Arlatan étaient gravées sur le tombeau de 
Jean d'Arlatan, surnommé le Grand, qui illustra sa 
maison au XV« siècle, et fut enterré dans l'Eglise des 
Carmes, à Arles. Elles sont d'argent à cinq losanges de 

latan a pris son nom de cette ville, par le droit qu'elle y avoit 
depuis que les noms furent fixes et héréditaires. Elle a conservé 
jusqu'à ce jourd'huy le droit de vermillon qu'on lui paye dans 
Arles un denier couronné par livre. Il n'est pas permis de le 
cueillir dans tout le terroir d'Arles sans en avoir obtenu la per- 
mission de la famille d'Arlatan. Elle la donne dans la saison de 
le cueillir en faisant publier la permission à son de trompette, 
par tous les carrefours de la ville. Les Arlatan sont nommés dans 
les plus anciennes chartes tantôt d'Arlatan, Arlatan, et d'autres 
fois Arelates et d'Arles d'Arlatan. On le trouve chef de la ville 
dans lesXI% XII* et XIII' siècles. Jean d'Arlatan, jurisconsulte et 
chevalier, est un des députés de la ville d'Arles pour terminer les 
différents entre la communauté et plusieurs seigneurs voisins de 
leur territoire, au sujet des bornes de leurs seigneuries et celles 
d'Arles et de Tarascon en la charte de l'Hôtel de Ville d'Arles de 
l'an 1297. Ce même d'Arlatan fut député de la ville d'Arles l'an 
i32i, pour faire leur hommage au procureur général du roi Ro- 
bert. Ses descendants ont possédé la terre de Gignac. Ils passè- 
rent à la cour des comtes de Provence où ils furent pourveu des 
principaux emplois. Ils ont possédé les terres de Châteauneuf 
lez Martigues et celles de Pélissane, et dans les XIV» et XV* siè- 
cles, une branche des Arlatan s'étoit établie à Marseille, où elle 
y a possédé une rue entière de maisons, les terres de Ventabren, 
de Beaumont, de Négréoux. Elle revint à Arles reprendre son 
premier établissement avec toutes ses branches, dont l'abbé Ro- 
bert a fait la filiation. Jacques et Joseph d'Arlatan, frères qui 
en sont les chefs, ont leurs armes sur un vieux monument, avec 
l'écrit en lettres antiques ; Arlatan, chevalier, maître d'hôtel et 
conseiller du roi de Naples comte de Provence. » 

Critique du Nobiliaire de Provence, Bibliothèque Méjanes, 
Ms 820, p. 220 et s.q.q. — Nostradamus, p. 296. — Robert de 
Briançon, 1. 1, p. 299 et s.q.q. — Maynier, la Principale Noblesse 
de Provence, p. Sy. 



— 288 — 

gueule, posés en croix, le timbre couronné d'une cou- 
ronne fleurdelysée et ont pour cimier un lion assis 
tenant de sa patte une épée haute, soutenant une fleur 
de lis avec cette devise : Nul autre que nous. 

En 1667, les commissaires royaux maintinrent 
Joseph d'Arlatan en possession de sa noblesse (i). Ce 
gentilhomme était aussi distingué par son talent que 
par sa naissance. Au moment où il entrait à l'Acadé- 
mie, il était dans la maturité de l'âge et les jeunes 
académiciens lui pardonnaient volontiers certains pro- 
cédés un peu cavaliers. Tantôt il louait l'Académie, 
tantôt il semblait en faire peu de cas (2). Ainsi, au 
mois d'octobre 1670, il se présenta à la porte de 
la salle où se réunissaient les académiciens , pour 
demander quelqu'un. On pria le secrétaire de lui 
faire civilité et de l'engager, de la part du petit corps, 
à entrer, M. de Beaumont «se laisse vaincre et n'osant 
demander place dans l'Académie, il la prend sans 
qu'on la lui présente et comme si c'estoit pour une 
conversation ordinaire. Invitus invitos invîsit : quel- 
qu'un dit ces trois paroles, sans y penser ; qui ont servi 
depuis d'excuses à l'Académie (3). » 

Peu de jours après, le 21 octobre « messieurs les 
académiciens absans laissent la place libre à deux 

(i) Archives des Bouches-du-Rhône, fonds Nicolaï, n» 102. 
{2) Voir plus haut, p. 96, note 3 et p. 102. 
(3) Registre de l'Académie, fol. 73, verso. 



— 289 — 
beaux esprits, M. de B. (de Beaumont) et M. de G. qui 
firent une ample conversation académique dans ce 
mesme domicile des Muses, où leurs favoris ordinaires 
estoient en coustume de s'assembler. Le sieur Giffon 
arrive sur les trois heures et M. le secrétaire, qui seuls 
adsistent pour tout le corps (i). » 

Le Registre porte en marge de ce récit : « nota que 
M. de Beaumont a esté possédé d'amour pour l'Aca- 
démie, quelque mine au contraire qu'il fist. » 

Au mois de septembre 1667, il était déjà venu voir 
la salle des réunions et avait fait « connoistre à ces 
messieurs, qu'il voudroit bien trouver une porte facile 
et commode pour venir à l'Académie, mais on lui 
tesmoigna que, pour qui que ce soit, on ne dérogera 
jamais à la dignité académique, ni à la sévérité des 
statuts (2). » Après huit années d'hésitations, il se 
décidait enfin à se conformer à l'usage et à solliciter 
son admission, dans les formes. La séance du 3 juin 
fut consacrée à cette affaire importante. 

« M. le secrétaire présente à l'Académie la lettre 
dont M. de Beaumont l'avoit chargé, par laquelle il 
demande l'honneur d'être reçeu. On discourt long- 
temps sur ce subjet, on justifie la légitime passion 
qu'il en avoit, et l'on demeure d'accord que l'acquisi- 
tion de ce gentilhomme, dont la science et la capacité, 

(i) Registre de l'Académie, fol. 74. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 5o, verso. 



- 290 - 
l'honneur et la vertu sont si connues dans sa patrie, ne 
pourroient estre que d'un grand usage à l'Académie. 
On le receut dans les formes ordinaires, tous les suf- 
frages furent en sa faveur (i). » 

Cette décision n'a rien qui doive nous surprendre car 
M. de Beaumont avait des titres sérieux à faire valoir. 
Il faisait de très jolis vers, et prenait une part active au 
mouvement intellectuel dont la ville d'Arles était le 
centre. Il avait été très lié avec le savant François de 
Rebattu, conseiller au présidial d'Arles, qui lui 
donna un exemplaire de sa dissertation sur la Diane 
d'Arles (2), et qui entretenait avec lui une correspon- 
dance littéraire suivie (3). L'archidiacre Gaspard de 
Varadier de Saint-Andiol lui adressa plusieurs pièces 



(i) Registre de l'Académie, fol. i3i. 

(2) Ms 545 de la Bibliothèque Méjanes : Roolle de ceux qui 
ont reçeu des portraicts retouchés de ma Diane, lôSg ; voir aussi 
MsSSg, la liste de ceux à qui M, de Rebattu avait donné la pre- 
mière édition de ce travail. 

(3) Le Ms 56i de la Bibliothèque Méjanes contient sur cette 
correspondance de très curieux détails. Le 26 août 1660, M. Jo- 
seph de Beaumont envoyait à M. de Rebattu un sonnet sur sa 
traduction des épigrammes de Martial (p. 247). M. de Rebattu 
avait alors 62 ans, il nous l'apprend lui même à la fin d'une pièce 
signée de lui et datée du 19 août 1660. Le 5 janvier 1661, M. de 
Rebattu envoyait à M. J. de Beaumont des bouts rimes et celui-ci 
lui répondait sur les mêmes bouts (p. 355). 

Les dernières lettres de M. de Rebattu sont de janvier 1662. 

Le Ms 56 1 est le Ms de François de Rebattu cité par Dubreuil, 
1. 1, p. 254 et qui provient de M. de Méjanes. Presque toutes les 
pièces ont été imprimées et M. de Rebattu en indique la date. 



- è9i — 

de poésie et en tête des Juvenilia, nous lisons cette 
épigramme de la manière de M. Joseph de Beaumont : 

Si l'esprit, l'art et l'abondance, 
Contentèrent jamais les critiques du temps, 
Cet ouvrage immortel, selon tout apparence. 

Sans doute les rendra contents (i). 

La candidature de M. de Beaumont était appuyée par 
M. de Grille, qui était en relation depuis longtemps 
avec lui (2), et qui avait partagé son affection pour 
M. de Rebattu. L'accord ne régna pas toujours entre 
ces deux hommes, à peu près égaux en âge et qui tous 
les deux cultivaient la poésie, mais ce jour-là, les dis- 
sentiments furent mis de côté, et l'Académie fit, en la 
personne de M. Joseph de Beaumont, une excellente 
acquisition, bien que la susceptibilité du nouvel aca- 
démicien, et plus tard sa santé délicate l'aient empêché 
de rendre tous les services qu'on était en droit d'en 
attendre. 

(i) iVI. de Beaumont loua en particulier la traduction en vers 
latins des vers de La Monnaye sur l'éducation du Dauphin, cou- 
ronnés par l'Académie française, insérée dans les Juvenilia. 
Après avoir longtemps admiré cet ouvrage, 
Qui remporta le prix et qui fit tant de bruit, 
Qu'on l'examine bien en cet autre langage. 
Et l'on admirera l'auteur qui l'a traduit. — p. 227. 
Voir p. iSy quelques vers : Pro assumpta suppositia coma; — 
p. 194, quatre lettres à M. de Beaumont ; — p. 249 et s.q.q., la 
traduction en vers latins de diverses pièces de M. de Beaumont 
avec le texte en regard ; — p. 11, 2* partie, quelques pièces. 
(2) En octobre 1670, M. de Beaumont adressa à M. Jacques de 
Grille, l'ancien viguier, un sonnet, auquel celui-ci a à la veille 
de son départ de ce monde » répondit de son lit par un sonnet, 
inséré au Registre de l'Académie, fo). 90, verso. 



— 29^ — 

Le 10 juin, M. de Beaumont, qui avait rempli 
toutes les formalités d'usage (i), fut introduit à la 
séance de l'Académie par M. de Verdier. M. de Saba- 
tier, directeur, le complimenta brièvement et il répon- 
dit en termes fort élégants « comme un vieux acadé- 
micien », puis jura d'observer les statuts qu'il signa. 

Le 28 mai 1675, M. Gifîon revenu de Paris (2) avait 
fait le récit de son voyage, sans oublier aucun détail 
de nature à intéresser ses collègues. Il raconta que, 
grâce au duc de Saint- Aignan, il avait pu assister à 
une séance ordinaire de l'Académie, le 8 mai, avec 
M. deChâteaurenard, au palais du Louvre. Le grand 
Corneille lui-même « les receut à la porte , et les 
conduisit, et les accompaigna, M. de Châteaurenard 
et luy, jusques au hault de la table, à l'entour de la- 
quelle dix huit ou vingt de ces illustres estoient rangés, 
un chascun ayant le chapeau à la main et debout dans 
un scilance et une modestie vénérable, digne de l'an- 
cien aréopage d'Athennes (3). » Segrais, directeur, les 

(i) Registre de l'Académie, fol. i32. 

La famille de Beaumont avait son banc à Saint-Trophime, 
près du second pilier du chœur du côté de l'Epitre. Voir au Ms 
839 le plan de Saint-Trophime. « En août 1717, le feu prit à la 
maison de M. de Beaumont près du Sauvage, et la ville paya 
60 1. pour le prix des flambeaux seulement pour esclairer pen- 
dant l'incendie. » Annales d'Arles, Ms 806. 

(2) Registre de l'Académie, fol. i3o. 

M. de Châteaurenard revint un peu après porteur d'une lettre 
du protecteur à l'Académie. 

(3) Registre -de l'Académie, fol. i3o, verso. 



- -293 - 

complimenta et les traita comme des confrères, en leur 
permettant de prendre part à la discussion sur le mot 
Air et en leur demandant leur avis comme aux autres 
académiciens. 

L'Académie revisait alors son Dictionnaire achevé 
récemment, mais qui ne fut publié qu'en 1694. Segrais 
leur fit donner à chacun trois médailles ou jetons de 
présence et les pria d'assister toutes les semaines aux 
séances, durant leur séjourà Paris. Cette bienveillance 
de l'Académie française était fort honorable pour l'Aca- 
démie d'Arles qui entendit avec le plus grand plaisir 
le récit de Giffon (i). 

(i) Giffon rapporta un sonnet de M. Charpentier, composé à 
l'occasion des jetons de pre'sence accordés par le roi, et le discours 
qu'il fit en réponse au discours de réception de Bossuet. Il n'ou- 
blia rien « pour bien persuader la compagnie de l'estime et de 
l'amitié que celle de Paris lui promettait. » Il parla du « grand 
Dictionnaire, tant attendu dans toute l'Europe », et assura qu'il 
était achevé et que l'Académie en faisait alors la révision. 

Ordre de la séance de messieurs de V Académie française en 
la réception de MM. le marquis de Chdteaurenard et Giffon, le 
jeudi, 8 mai iGyS, dans la sale du Louvre. Directeur (à la droite), 
M. de Segrais, chancelier (à la gauche), M. l'abbé Tallemant. 
Tous deux au bout d'une longue table autour de laquelles 
estoient rangés : 

M. de Marais. M. Perraut. 

M. de La Furetière. M. Quinaut. 

M. l'abbé Cottin. M. l'abbé Cassagne. 

M. de Corneille. M. de Mezcray. 

M. Racine. M. Boycr. 

M. Doujat. M. Charpentier. 

M. Balesdans. M. Giffon. 

M. l'abbé Fléchier. M. de Châteaurenard. 

" M, Pélisson. 
Registre de l'Académie, fol. i3o, verso. 



— 294 - 

On remercia sans retard le duc de Saint-Aignan et 
l'Académie française, qui répondit, le i5 juillet 1675, 
par une lettre empreinte de cette politesse exquise 
qui était un des caractères distinctifs du siècle de 
Louis XIV. 

Messieurs, 

« La lettre que vous nous avez fait l'honneur de 
nous escrire nous a confirmé toutes les assurances de 
vostre estime et de vostre affection, qui nous avoient 
esté données quelque temps auparavant par MM. le 
marquis de Chasteaurenard et de Gifîon, dans une de 
nos assemblées, où ils avoient désiré d'estre introduits. 
Vous savez peut estre, messieurs, que nos règles ne 
nous permettent pas d'y admettre des personnes estran- 
gères, mais nous avons creu que ce ne seroit qu'expli- 
quer favorablement cette règle, que d'en dispenser ces 
deux messieurs, dont nous connessions déjà le mérite 
et qui tiennent un rang si considérable parmi vous, 
puisque l'alliance qui est entre vostre compagnie et la 
nostre, nous deffend de les considérer comme estran- 
gers, nous avons apris avec joye vos sentiments sur ce 
subjet et vous y adjoutez des louanges qui nous font 
connoistre, messieurs, combien vous en méritez vous- 
mesmes, puisque vous les scavez donner d'une manière 
si éloquente et accompagnée de tant de délicatesse 
d'esprit ; c'est ce qui nous fait croire que vous les em- 



- 295 - 
ployerez désormais à célébrer les victoires et les triom- 
phes du roy, qui, par ses nouvelles conquestes, nous 
engage tous à travailler incessemment pour sa gloire, 
si nous voulons n'estre point ingrats envers sa bonté. 
Nous vous exhortons donc, messieurs, d'y contribuer 
de tout vostre pouvoir, comme nous sommes résolus 
de faire tous les efforts qui nous seront possibles pour 
tacher de mériter la protection de ce grand monarque. 
Nous ne doutons pas aussi que M. vostre illustre pro- 
tecteur ne joigne ses exhortations aux nostres, luy qui 
peut encore mieux juger que nous des actions héroï- 
ques de Sa Majesté, puisqu'il a le bonheur de l'appro- 
cher de plus près. Il ne nous reste plus qu'à vous 
assurer qu'en toutes les choses, où nous pourrons vous 
estre utiles et vous faire connoistre combien nous 
estimons vostre compagnie, et tous ceux qui la compo- 
sent, vous aurez sujet de croire que nous sommes véri- 
tablement, messieurs, vos très humble's et très obéis- 
sants serviteurs, 

CONRART, 

secrétaire perpétuel de la Compagnie. 
A Paris, le i5 juillet 1675 (i). » 

(i) Registre de l'Acade'mie, fol. i33, verso. 

Cette lettre est une des dernières écrites par Valentin Conrart, 
qui mourut cette année même (23 septembre). 

Il était né à Paris, en i6o3, d'une famille protestante. Il fut le 
premier secrétaire perpétuel de l'Académie française. 11 n'a rien 
publié, et Boileau a rendu fameux son silence prudent. En re- 
vanche, il écrivait beaucoup et les matériaux manuscrits, ras- 



— 296 — 

Le 3 juin, M. de Sabatier, directeur, avait rappelé la 
nécessité de mériter l'estime particulière de l'Académie 
française, par un renouvellement de zèle. Sur quoi, 
MM. les abbés de Verdier, de Boche et de Barrême 
furent d'avis « de se faire une occupation qui dure et 
où chascun contribue du sien, quelque chose comme 
une traduction des œuvres d'Epictètes, la vie d'Atticus, 
ou quelque chose d'Isocrate, qui n'ayt pas été tra- 
duit. » (Registre de l'Académie, fol, i3i.) 

Cette proposition ne fut pas mise à exécution mais, 
le 10 juin, il fut résolu « que chascun observeroit de 

semblés par ses soinSj forment 42 volumes, in-fol., déposés à la 
Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris. On a de lui des lettres, des 
mémoires et de nombreux et utiles documents. Voir sur Conrart 
V Etude publiée en 1881 par MM. Kerviler et de Barthélémy, et 
la thèse de M. Bourgoin, en i883. 

Cette lettre était transmise par le marquis de Châteaurenard, 
qui écrivait à la même date (i5 juillet 1675) : 

a Je ne vous parle point de l'honneur que M. Giffon et moi 
receumes de ces messieurs, et qui couvre nostre corps naissant 
d'une gloire immortelle, croyant bien que nostre cher confrère, 
vous en aura fait un fidelle récit, avec plus d'éloquence que je ne 
le saurois faire ; mais comme sa modestie ne lui aura pas peut 
estre permis de vous parler de ce qui le regarde, je ne puis 
vous taire, sans trahir la vérité ce que j'en ai veu et oui moi- 
mesme. Le sieur Giffon s'acquit une si grande estime parmi 
tous ces messieurs, le jour que nous fumes admis et lui et moi 
dans leurs;[séances, et il y parla si juste et si à propos, enfin i 
pleust si fort à toute l'assemblée, qu'ils ne peuvent se lasser 
présentement de m'en parler et de me dire que si tous les 
subjets de nostre Académie sont à peu près de sa force, nous 
fairons dans peu un grand bruit dans le monde. M. de Cor- 
neille, entre autres, et M. de Charpentier en font un grand cas. » 
Registre, fol. 134, verso. 



— -297 — 
tout son mieux les mots ou phrazes les plus ordinaires 
qui sont dans la bouche des Provenceaux,et qui choc- 
quent ou la grandmère francese ou la politesse, affin 
qu'estant observées on les pust éviter facillement (i). » 
On rappela, à ce sujet, que ce travail d'épuration de la 
langue était, à proprement parler, l'emploi particulier 
de l'Académie, d'après les lettres patentes de Louis 
XIV. Giffon, au mois de juillet suivant, apporta ses 
observations sur les mots aveindre, chuchutement et 
autres ; on cita les remarques de Vaiigelas (2) et l'on 
émit le vœu que le Dictionnaire de l'Académie fût 
rapidement- achevé, pour trancher toutes les difficultés 
de la langue. 

Au mois d'août, l'Académie s'associa au deuil causé 
en France par la mort deTurenne, et les nouvelles du 
théâtre de la guerre firent l'objet presque unique de 
l'entretien, dans toutes les réunions de ce mois. 

L'affaire de l'obélisque vint passionner les esprits à 
un point dont nous avons peine à nous rendre compte 
et prima toutes les autres questions. 

Sur les bords du Rhône, au quartier de La Ro- 
quette (3), on avait découvert, sous Catherine de 



(i) Registre de l'Académie, fol. lii. 

{2) Claude Favre de Vaugelas naquit en i585 et mourut en 
i65o. Ses Remarques sur la langue française, publiées en 1647, 
ont exercé une grande influence sur la formation de notre langue. 

(3) Le jardin où l'obélisque fut découvert porte encore le nom 
de Jardin de la Pyramide. 



— 298 — 

Médicis, un bloc de granit qui attira l'attention. 
C'était un fragment de l'obélisque qui décorait la 
spina du cirque romain d'Arles, aujourd'hui complè- 
tement disparu sous le limon du Rhône. 

Par ordre de Charles IX, cet obélisque fut mis à 
découvert, puis, plus tard, Henri IV ordonna de 
démolir les maisons qui encombraient les Arènes et 
d'élever au milieu l'obélisque de La Roquette (i). 
Il ne fut pas donné suite à ce projet, et, en 1675, le 
vieux monument romain était encore abandonné dans 
l'endroit où on l'avait découvert. 

Les consuls d'Arles, jaloux de contribuer à gloriher 
Louis XIV, songèrent alors à l'ériger sur une des 
places publiques de la ville, et à le dédier au roi. 

Devant la maison de Jean de Sabatier, se trouvait 
un fragment de granit que l'on reconnut être la pointe 
de l'obélisque. Réunir les deux fragments, les dresser 
sur un piédestal, les orner des emblèmes du roi, avec 
des inscriptions sur la base : telle fut la proposition 
adoptée par le conseil de la ville, le i5 septem- 
bre 1675 (2). Jacques Pej^tr et, l'habile architecte de 

(i) Yoiv Lantelme de Romieu, les Antiquités d'Arles,|[Ms3 Bi- 
bliothèque Méjanes 83g, P. Joseph Guis, de l'oratoire, Descrip- 
tion de l'amphithéâtre, J. Séguin, les Antiquités d'Arles, Es- 
trangin, Etudes sur Arles, Clair, Monuments d'Arles. 

(2) « En cette année on a découvert la partie de la pyramide ou 
obélisque ayant cinq cannes, trois pans de longueur, dans le jar- 
din de la dame Bourgarel, veuve du sieur Deloste, à La Roquette, 
l'autre partie qui fait la pointe d'icelle ayant deux cannes deux 



— 299 — 
l'hôtel de ville, fut chargé de l'exécution de ce dessein 
et il s'en acquitta avec une science technique et une 
habileté au-dessus de tous les éloges. 

Il n'y avait pas alors en France d'obélisque aussi 
monumental que celui d'Arles, et l'idée des consuls 
arlésiens était on ne peut plus ingénieusement flatteuse. 

La rédaction des inscriptions revenait de droit à 
l'Académie royale qui fut priée d'y travailler. « Ce 
lundi, 9 septembre lôyS, M. le sacristain de Boche 
estant nommé directeur a remonstré à l'assemblée qu'il 
y a desja longtemps que messieurs les consuls ont eu 
le dessein de seconder le zelle de l'Académie pour la 
gloyre du monarque et qu'ils n'ont rien immaginé 
de si grand que d'eslever une pyramide (qui est en- 
pans de longueur étant devant la maison de M. Jean de Sabatier, 
écuyer, faisant les deux parties sept cannes cinq pans au tout, et 
ayant été considéré que l'élévation dudit obélisque seroit d'un 
grand ornement dans la ville, pour n'y avoir point d'autres dans 
la France, il fut délibéré, le i5 septembre lôyS, de le faire élever 
pour la gloire du roy dans la place du Marché. Pour cet effet, il 
fut passé convention avec Claude Pagnon, de la ville des Marti- 
gues, et Antoine Barthélémy, de celle de Marseille, pour le trans- 
port dudit obélisque, depuis la porte Marcanau (Marché Neuf), 
(où il avait déjà été transporté, moyennant la somme de i5oo Iv.) 
jusqu'à la place du Marché, et pour élever lesdites deux pièces 
et les poser l'une sur l'autre, sur le piédestal qui avoit été fait à 
ladite place, moyennant la somme de SySo Iv. Il fut élevé le 
20 mars de l'année suivante. Comme il était écorné en ses arrêtes, 
il fut ensuite réparé par Rochereau, ouvrier en marbre de la 
ville d'Aix. Le globe de bronze, avec les six fleurs de lis qui est 
au dessus ledit obélisque, est du poids de deux quintaux dix-sept 
livres. Le poids du soleil qui est de même matière n'est point 
marqué. » Bibliothèque Méjanes, Ms 806, année lôyS. 



— 300 — 

terrée despuis plusieurs siècles) comme un monument 
éternel de leur vénération et du culte qu'ils ont voué 
à Sa Majesté, et que pour achever ce grand dessein, ils 
avoient besoin de l'esprii et de la conduite de mes- 
sieurs les académiciens, qu'ils les prient bien fort de 
vouloir travailler aux inscriptions qu'il estoit néces- 
soire de mètre aux quatres faces de laditte pyramide 
qu'on avoit intention de mètre au mitan de la place du 
Marché vis-à-vis de l'hostel de ville, avec le soleil de 
bronze doré qui sommera la piramide, et tout le reste 
qui concerne la devise et simbole de Sa Majesté de 
Louys le Grand (i). » 

Immédiatement l'Académie désigna M. de Grille 
pour préparer les inscriptions, dont on discuta séance 
tenante le programme. 

(i) Registre de l'Académie, fol. i36, verso. 

« Ils suivaient en cela, dit Gilles Duport, l'exemple des Egyp- 
tiens qui avaient l'habitude d'élever des obélisques pour immor- 
taliser les grands rois. » Histoire de l'Eglise d'Arles, p. 22. 

Une discussion assez singulière s'éleva entre les savants : il 
s'agissait de savoir si on devait se servir du mot Pyramide, ou 
du mot obélisque. II y eut plusieurs écrits. L'archidiacre de 
Saint-Andiol publia une plaquette de huit pages, in-4*', ajoutée 
ordinairement au volume des Juvenilia contenant : 

1° Pyramidis Arelatensis vindicatum nomen Civi Arelatensi, 
une page et demie, paru en août 1677, d'après le Ms 1060, p. 94 ; 
voir Dubreuil, t. i, p. 253 ; 

2» Une lettre au P. Athanase Kirker en date du 25 septem- 
bre 1676, pour lui demander son avis ; 

3» La lettre du P. Kirker, qui approuve le nom de Pyramide 
(Rome, le 9 novembre 1676; ; 



— 3ni — 
La première inscription, en face le portail de l'hôtel 
de ville, devait rappeler les victoires de Louis XIV, 
la seconde, en face de Saint-Trophime, devait célébrer 
les vertus chrétiennes du roi ; la troisième, du côté 
de l'église Saint-Anne (Musée lapidaire) devait porter 
les noms des consuls, qui présidaient à l'érection de 
l'obélisque ; la quatrième devait rappeler simplement 
l'endroit où ce monument avait été trouvé (i). 

4' Une seconde lettre au P. Kirker du 2 décembre 1676, avec 
sa réponse du 7 décembre 1676 ; 

5» Une troisième lettre du 22 janvier 1677, avec la réponse du 
P. Kirker, le tout terminé par ce distique : 

Me mage sunt cœci licet aima luce fruantur. 
Qui dum vera vident, falsa probare nolunt. 

Le P. Kirker, célèbre par ses travaux sur les antiquités égyp- 
tiennes, dit Charpentier, (de l'Excellence de la langue Françoise, 
p. 873), croyait l'obélisque transporté d'Egypte, Il mourut peu 
après, et son épitaphe est à la fin des Juvenilia. Il a laissé un 
ouvrage intitulé : Kircheri (Athan.) è Soc. Jesu Iter exstaticum 
cœleste quo Mundi opificium id est cœlestis expansi siderumque 
tam errantium quam tixorum natura, vires, proprietates, singu- 
lorumque compositio et structura ab infimo Telluris globo usque 
ad ultima Mundi confinia per ficti raptus integumentum explo- 
rata nova hypothesi exponitur ad veritatem, et illustratum a 
P. Gasp. Schotto ; access. ejusd. auctoris iter exstaticum terres- 
tre. Herbipoli, 1671. In-4, d'env, 700 pag. avec 12 pi. grav. 

L'Académie, saisie de cette querelle ÇS.eg., fol. 145, verso) ne se 
prononça pas, et le Registre emploie indifféremment les deux 
mots : obélisque et pyramide. — Claude Terrin soutint qu'il 
fallait donner à ce monument le nom d'obélisque et ses Observa- 
tions sur les proportions des Pyramides et des obélisques furent 
le point de départ de la discussion. 

{i) Tel est le programme adopté par l'Académie, au mois de 
septembre 1675. Voir Registre, fol. 1 36, verso. 



— 302 — 

Durant plusieurs mois, la question des inscriptions 
fut à l'ordre du jour, et l'on discuta longuement sur le 
style à employer, sur la méthode à suivre, sur les qua- 
lités d'une bonne inscription. On convint qu'il fallait 
« une latinité forte et vigoureuse, une éloquence ren- 
forcée pour ainsi dire avec éloge, le tout succinct et 
sans obscurité. » 

Dès la fin de septembre, M. de Grille soumit à ses 
collègues des inscriptions pour les quatre faces du 
piédestal et l'Académie prit son temps pour les juger. 
En dehors de l'Académie, on présenta également divers 
projets mais l'abbé de Boche affirma que les consuls 
n'accepteraient aucune inscription qui ne fût approu- 
vée par l'Académie (i). 

Ils lui demandaient également une inscription pour 
la Vénus ou Diane qu'ils voulaient placer dans l'hôtel 
de ville : l'accord le plus parfait régnait entre les con- 
suls et les académiciens. 



(i) « M. l'abbé de Boche a dict que messieurs les consuls ne 
vouloient recevoir d'inscription, pour le roi et pour l'honneur 
de la ville, que des mains de l'Académie royalle, et que cela lui 
estoit dû naturellement. On a délibéré de les remercier, d'autant 
mieux que le plus souvent on n'exécute point dans un conseil de 
communauté, les délibérations des sages. » Registre, fol. iSy. 
Séances de septembre 1675. 

Au mois de novembre, « M. le secrétaire a dict qu'il falloit re- 
mercier messieurs les consuls d'un jugement aussi équitable, 
mais qu'il estoit si bien du droit naturel de l'Académie de donner 
cette inscription qu'on ne peut lui refuser cette prefferance sans 
lui faire tort. » Registre, fol. i3q. 



- 303 — 

Confiante dans la promesse de M. de Boche, l'Aca- 
démie réunit les divers projets d'inscription, pour les 
comparer et les examiner. Elle les soumit au coad- 
juteur de Mgr de Grignan. Mais les sermons de la 
mission que l'on prêchait alors ayant « un peu dissipé 
les employs académiques (i), » et éclipsé l'Académie 
durant tout le mois de janvier 1676, on ne s'occupa 
sérieusement de l'affaire qu'au mois de février. 

Le 6 de ce mois, la réunion se tint chez le sacristain 
de Boche, afin que l'on pût entendre le premier consul 
François de Boche, son père. Il était question de charger 
le marquis de Châteaurenard, alors à la cour, d' « en- 
tretenir le roy du zelle, de la dépense et des soins que 
prennoit la ville pour élever ce monument éternel à la 
gloire du monarque (2). » 

(i) Voir sur cette mission, l'Histoire de la Sainte Eglise d'Arles 
par l'abbé Trichaud, t. IV, p. 171. 

Les principaux missionnaires étaient le grand pénitencier 
d'Avignon, le prévôt de l'Isle, l'abbé de La Pérouse et M. Viany, 
frère du grand prieur de Malte. Ils prêchaient à la Major, à 
Saint-Trophime et à Sainte-Croix. La mission se termina par la 
consécration de la ville d'Arles à la Sainte- Vierge, et chaque 
année jusqu'à la Révolution, cette consécration fut renouvelée 
par la municipalité arlésienne, en exécution d'une délibération 
conservée aujourd'hui aux Archives d'Arles. Cfr. Gilles Dtiport, 
Histoire de la Sainte Eglise d'Arles, les Manuscrits Bonnemant, 
le Ms 806 de la Bibliothèque Méjanes, etc., etc. 

(2) Registre de l'Académie, fol, 141. D'après Robert de Brian- 
çon, t. I, p. 4o5, le projet d'ériger l'obélisque à la gloire de 
Louis XIV appartenait en propre à François de Boche, marquis 
de Vers. 



— 304 — 

Le consul de Boche, s'était engagé verbalement à 
lui confier cette mission et il fallait se hâter, car le 
marquis était sur le point de rejoindre son régiment, 
et l'Académie lui avait fait espérer cette députation. 
Le consul, tout en protestant de «l'estime particullière 
qu'il avoit pour l'esprit, la conduite et le mérite de 
M. de Chasteaurenard, et même du désir et de l'inten- 
tion qu'il a de faire réussir cette députation, » repré- 
senta qu'il fallait attendre que l'obélisque fût érigé et 
que les inscriptions fussent gravées. Il promit de faire 
accepter les inscriptions proposées 'par l'Académie et 
il fallut se contenter de cette promesse , bien que 
l'Académie se défiât des dispositions des consuls qui 
allaient être nommés. Les consuls en exercice étaient 
fort bienveillants pour l'Académie et ils firent com- 
mencer de graver, sur le piédestal de l'obélisque, une 
inscription à la gloire d'Arles, due à M. de Grille 
(mars 1676), et M. de Sabatier affirmait encore, en 
février, que leur volonté était de n'accepter que les ins-" 
criptions approuvées par l'Académie (i). 

L'érection de l'obélisque commença le 18 mars et 
tout fut terminé le 20 mars (2). On avait réparé tant 

(i) Registre de l'Académie, fol. 143, verso. — fol. 144, verso. 

(2) Il existe au fonds Bonnemant, vol. Antiquités, une relation 
détaillée de l'érection, avec la figure des machines' employées. 

« On se servit pour cet effet de huict gros masts de navires 
qu'on avoit dressez à l'entour du pied d'estail et liez ensemble 
par le haut. On y avoit attaché plusieurs fortes poulies dans 



— 305 - 

bien que mal les fractures du monolithe, avec des mor- 
ceaux de granit antique (i), et, le 20 mai, on plaça au 
sommet un globe en bronze parsemé de fleurs de lys 
dorées. Trois jours après, on ajouta à ce globe un soleil 
doré représentant la figure de Louis XIV. C'est l'œu- 
vre du sculpteur arlésien Jean Dedieu. 

L'Académie suivait avec une grande attention, 
l'affaire de l'obélisque, et, sur l'observation de M. de 
Gageron, directeur, que la promesse du consuls ne 
se réalisait pas, un académicien fit remarquer, à la 

lesquelles passoient de gros cables qui estoient tirés par huict 
tours ou cabestans qu'on faisoit tourner en même temps. Et ces 
machines eurent un succès si heureux, que cette pièce qui pèse 
environ deux mille quintaux, selon la supputation qui en a été 
faite par des habiles mathématiciens, ayant esté suspendue en 
l'air par la force des cabestans, fut mise sur son pied d'estail dans 
un quart d'heure. Ce qui attira si fort l'admiration des specta- 
teurs, que chacun poussoit des cris de joye, pendant que les fan- 
fares des trompetes estoient interrompues par le bruit des canons 
qui estoit redoublé de toutes parts. » ^ég-MîM, Antiquités d'Arles, 
p. 4, Cfr. La Lau^ière, p. 4S9. 

(i) » Il fut enfin élevé sur la place du Marché, en 1676, avec 
d'autant plus de peine, qu'il étoit rompu en plusieurs endroits 
et principalement vers la base, qui ne pouvoit le soutenir ; on 
eut grand soin d'en ramasser toutes les pièces, et on les rajusta 
avec tant d'art et de succès qu'une grande partie du poids (qui 
selon la supputation qu'en a fait M. de Rotnieu est d'environ 
2,000 quintaux) porte sur ces morceaux brisés et séparés en lon- 
gueur. » P. Fabve, Remarques Hist., p. 96. 

Nous serions plutôt de l'avis de M. Clair (op. cit., p. 5o). Il 
regrette que les cassures n'aient pas été mieux dissimulées et 
croit qu'il y aurait peu de chose à faire pour raccorder le ton du 
ciment avec celui du granit. Voir le P. Bouguerel, Hommes Illus- 
tres de Provence, p. 317 et sqq. 



- 306 - 

séance du 20 mars 1676, « qu'on estoit après pour 
faire crayonner les inscriptions, que celles de l'Acadé- 
mie avoient été choisies par messieurs les consuls, et 
qu'assurément on lesferoit graver ou dans ce consulat, 
ou dans le prochain ; que l'irrésolution où l'on estoit 
de scavoir si ce seroit sur la même pierre blanche qui 
sert de base à la pyramide, ou sur une incrustation de 
marbre, cette irrésolution faisoit qu'on ne se hastoit 
pas de graver les dittes inscriptions et parconséquand 
on ne pouvoit en aucune manière envoyer l'histoire 
de la superbe machine que tout ne fust en estât (i). » 

La remarque était juste, mais le même académicien 
avait également raison d'ajouter « qu'après le consulat 
de M. de Boche, l'Académie ne seroit pas autant con- 
sidérée qu'elle avait esté apparemment, et que le temps 
et le nouveau consulat apporteroit quelque change- 
ment dans les résolutions avantageuses qu'on avoit 
prises pour l'honneur de l'Académie (2). » 

C'était l'avis général : « Ces messieurs demeurèrent 
tous d'accord de cette opinion, mais qu'il y avoit cer- 
taines choses qu'on pouvoit plus aisément prévoir 
qu'empescher, d'autant mieux qu'il s'agissoit en cela 
de la parole donnée aux ministres, à M. le duc de 
Saint-Aignan et même de tirer les anciens consuls 
de toute sorte de reprosche (3). » 

(i) Registre de l'Académie, fol. 145. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 145, voir aussi foi. 143, verso. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 145. 



-. 307 — 

Colbert, sollicité par le duc de Saint-Aignan et par 
le marquis de Châteaurenard , s'intéressait à cette 
question de l'obélisque et l'Académie comptait beau- 
coup sur la protection du puissant ministre. 

Le 25 mars 1676, MM. Pierre de Sabatier de l'Ar- 
millière, Pierre Deloste, Bœuf Gérard et Bœuf Claude, 
furent nommés consuls (i). 

(i) Pierre Deloste, second consul, fut plus tard, en 1688, lieute- 
nant général au siège d'Arles (Ms 806), après Charles de Laugier 
de Momblanc. Il fut installé le i" avril 1688 (Ms 806). 

Un de ses frères était médecin, peu ami de Giffon apparem- 
ment, et l'Académie avait refusé une inscription propesée par lui : 
ce sont la tout autant de petites causes qui expliquent son atti- 
tude, dans la question de l'obélisque. 

« M. Pierre Deloste, second consul, présente des lettres d'écuyer 
qu'il a obtenus de Monseigneur Louis de Lorraine, comte d'Ar- 
magnac, de Brione et de Charny, pair et grand écuyer de France, 
en vertu desquelles il a droit de jouir des mêmes honneurs, pri- 
vilèges, franchises et prérogatives que les autres nobles ou 
écuyers du roi étant dans le royaume. » Bibliothèque Méjanes, 
Ms 806, Annales d'Arles, année 1676. 

a MM. François de Mandon et de Liautard, Claude Faucheri et 
Jean Deloste, docteurs en médecine, et autres savants,présentent 
des inscriptions relatives à l'obélisque. L'assemblée refuse de les 
transcrire sur le Registre académique (décembre lôyS).» Ms 1060, 
p. 80. Faucheri, était un ami de Giffon qui fit peu après son 
éloge, en pleine Académie, et lui composa une épitaphe. 

Parmi les conseillers (Ms 808, Bibliothèque Méjanes), nous 
relevons les noms de François Flèche, Antoine Flèche, Antoine 
de Ferrier, J.-B. de Forbin, Ch. Barras de La Penne, Jean 
François de Romieu, Henri de Boche, Joseph de Barrême, André 
Aube de Roquemartine, Louis et Antoine d'Azégat, Joseph d'Ar- 
latan de Beaumont, Joseph de Cays, Robert de Chiavari, Imbert 
de Chalot, Jacques d'Augières, avocat, Henri d'Eyguières, trois 
de Grille, Pierre Gavarri, avocat, cinq d'Icard, Jacques de l'Es- 
tang. 

21 



— 308 — 

Ils ne modifièrent en rien les dispositions prises par 
leurs prédécesseurs, et M. de Cays put constater que 
l'Académie n'avait pas à se plaindre « puisqu'on a 
desja tracé et crayonné sur le piédestal de l'obélisque 
deux inscriptions de celles que l'Académie a approu- 
vées (i). » Cependant, dès ce mois de mars, le deuxième 
consul Pierre Deloste manifesta le dessein d'envoyer 
à l'Académie une inscription composée par un de ses 
amis. Cette nouvelle émut l'Académie avec d'autant 
plus de raison, qu'au mois de décembre précédent, elle 
avait écarté une inscription rédigée par un frère de ce 
même consul (2). 

On représenta, il est vrai, que Pierre Deloste n'avait 
pas intention de substituer son jugement à celui de 
l'Académie, et que les consuls n'en feraient graver 
aucune sans son approbation. M. de Grille, tout en 
réservant le droit de l'Académie à la composition des 
inscriptions projetées, fit remarquer que, si les consuls 
lui demandaient son avis et s'y conformaient, elle n'au- 
rait pas lieu de se plaindre, quel que fût l'auteur des 
inscriptions (3). L'assemblée se rangea à cet avis, en 
disant que a. faire quelque chose ou l'approuver, en ces 
sortes d'affaires d'esprit, c'estoit le mesme, » et elle de- 
manda à voir l'inscription proposée. 

(1) Registre de l'Académie, fol. 146, verso. 

(2) Registre de l'Académie, fol. iSg, verso. 

(3) Registre de l'Académie, fol. 145, verso. 



- 309 - 

L'affaire restait pendante, mais on s'en occupait 
dans le public et, au mois d'avril, le P. d'Augières, 
jésuite, envoya à l'Académie des vers latins de sa façon, 
sur l'obélisque. 

Au mois de mai, MM. de Grignan, de Guitaut (i) 
et de Rouillé étant venus dans Arles, on leur montra 
les projets d'inscription qu'ils approuvèrent, en louant 
le zèle de l'Académie. 

A la séance, tenue chez l'abbé d'Abeille, le i" 
mai 1676 (2), « M. le sacristain de Boche a dict qu'on 
en avoyt escrit à Paris à M. de Pomponne, secrétaire 

(i) Guillaume de Pechpeyrou-Comminges, comte de Guitaut, 
marquis d'Epoisses, né le 5 octobre 1626, fut d'abord page du 
roi en la petite écurie, puis il s'attacha au prince de Condé qui 
n'eut pas d'ami plus constamment dévoué. Il fut honoré de très 
grandes charges militaires et civiles. Il fut gouverneur des Iles 
Saint-Honorat et Sainte-Marguerite, et assista à plusieurs ba- 
tailles, aux côtés de Condé. Chevalier des ordres du roi depuis 
16Ô1, il mourut à Paris, le 27 décembre i685, avec la réputation 
d'un des gentilshommes les plus accomplis du royaume. Son 
corps fut inhumé à Epoisses. Le comte de Guitaut était très lié 
avec Madame de Sévigné qui lui écrivit de nombreuses lettres 
conservées au château d'Epoisses (Côte d'Or), avec ii3 lettres du 
prince de Condé. Son portrait fait partie de la galerie des por- 
traits, du château d'Eu, numéro 244. Voir la description de cette 
galerie par M. Vatout,t. IV, p. 61, — où se trouve une notice 
biographique sur le comte de Guitaut. Cfr. les Lettres de Madame 
de Sévigné; Histoire des grands Officiers de la Couronne, t. IX; 
Désormeaux, Histoire de Condé, in-12, 1766, t. II, passim; Coste, 
Histoire du prince de Condé ; les Mémoires de Gourville ; enfin, 
les Archives de la noblesse de France, par M. Laine, Paris, 1843, 
t. VIII, et les papiers de la famille de Guitaut qui possède encore 
aujourd'hui le château d'Epoisses. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 147. 



— MO — 

d'Estat, dans le despartement duquel estoit la ville 
d'Arles, que la Ga:{ette avoyt parlé des soins amoureux 
de cette ville pour la gloire du roy et qu'on parleroit 
demesme des inscriptions académiques aussitôt qu'elles 
seroient gravées, mais ce qui suspend la chose, c'est 
pour n'avoir point encore pu recouvrer le marbre qui 
est nécessaire, pour une incrustation dont on doibt re- 
vestir le pied destail de la machine. » 

L'inscription latine était déjà « crayonnée » et ce- 
pendant, le 8 mai, l'Académie après avoir examiné le 
livre de La Dejjfence de la Langue Françoise, par 
Charpentier, et rappelé que la statue de Louis XIII 
sur la place royalle à Paris portait une inscription 
française (i) se demandait s'il ne serait pas à propos de 

(i) « Un autre de nos illustres m'a dict que si nos consuls le 
vouloient croire, ils songeraient à parer cette belle antique de 
quelques ornements à la mode, selon le goust et le génie de 
du siècle, et qu'après l'inscription de la dédicace qu'ils metront 
dans la face principalle, ils fairoient mettre dans les autres tout 
ce qu'ils trouveroient à propos, en beaux vers latins etmesmeen 
beaux vers françois, quelque chose pour faire honneur à nos- 
tre pays, à nostre siècle et à nostre langue ; c'est ainsi que le 
grand cardinal de Richelieu en a usé au pied destail de la statue 
du roy Louis treiziesme, dans la place royalle. Il me dict encore 
cent petites observations qui marquent plus de caprice, selon 
moi, que de bon goust et que je ne vous redist point de peur de 
vous ennuyer. > 

Extrait d'une lettre « d'un confrère de l'Académie royalle 
présent à Paris, qui, ayant esté prié de tirer le sentiment des 
amis touchant le caractère des inscriptions, faisoit response. > 
Cette lettre « parust de bons sens et tout à faict instructive » à 
M. de Grille qui la lut à la séance du 5 février 1676, et l'inséra 



— 311 — 

faire graver sur le piédestal de l'obélisque un éloge de 
Louis XIV en français, comme par exemple le sonnet 
de Gilles Roubin, déjà inscrit au Registre (i). Tel 
était l'avis de M. de Grille, mais les abbés de Boche 
et de Sabatier rappelèrent qu'il était intempestif de 

au Registre. Les inscriptions avaient été communiquées à ce 
confrère, aussi bien celles des académiciens que les autres. Il in- 
formait M. de Grille que ses deux inscriptions avaient été trou- 
vées irréprochables. 

(i) « M. GifFon faict voir un sonnet qu'il a receu de la part 
d'un confrère, c'est M. Roubin du Saint-Esprit. 

Sur l'obélisque : 

Grand roi dont les exploits sont fameux dans l'histoire, 
Qui joins le nom d'Auguste à celui de chrétien, 
Ton bras qui de la France est le ferme soutien 
Entasse tous les jours victoire sur victoire. 

Ton règne est si chéri des filles de mémoire,' 
Qu'elles en font partout leur plus doux entretien ; 
Jamais destin ne fut plus heureux que le tien : 
Le temps qui détruit tout s'intéresse à ta gloire. 

Ce pompeux monument de l'orgueil des Romains 
Qu'aujourd'hui la fortune a mis entre nos mains 
Est de ces vérités une preuve éclatante. 

Il semble que les ans ne l'ont tant respecté 
Qu'afin de nous offrir une table d'attente 
Pour y graver ton nom à la postérité. 

M. le directeur demende le sentiment à la compagnie^ on de- 
meure d'accord du mérite de ce petit poème et que, s'il plaisoit à 
messieurs les consuls, il pourroit bien honorer une des faces du 
pied destail de la pyramide qu'on prétend bientôt d'élever. L'on 
admira non seulement la richesse des rithraes, le tour du vers, la 
douceur et la majesté de cette poésie, mais encore la modestie 
de l'autheur qui la soubmettoit avec tant d'honnesteté à la 
censure et au jugement de messieurs ses confrères. » 

Registre de l'Académie, fol. 143. Février 1676. 



— 312 — 
« toucher à cette corde » attendu que le premier 
consul de Boche avait fait mettre, le 22 mars 1676, 
dans les Registres de la communauté, la délibération 
du conseil de la ville, touchant les inscriptions latines 
proposées pour l'obélisque (i). Cette remarque fut 
consignée dans le Registre. Mais peu après, on acquit 
la certitude que les inscriptions de l'arc de triom- 
phe (2) que l'on élevait à Paris, près de la porte Saint- 

(i) Registre de l'Académie, fol. 147, verso. 

(2) Juin 1676, Registre de l'Académie, fol. 148, verso. 

Cet arc de triomphe dont la première idée appartenait à 
Colbert, et dont Charles Perrault avait dressé les plans, devait 
s'élever sur le point culminant du faubourg Saint-Antoine, et 
rester comme le monument principal consacré à la gloire de 
Louis XIV. a La première pierre fut posée le 6 août 1 670, et quoi- 
que cet ouvrage ne fut encore qu'à la hauteur des piédestaux des 
colonnes, on pouvoit juger par la beauté du modèle de maçon- 
nerie, qui a longtemps resté sur pied, que ce devait être un des 
plus riches morceaux d'architecture qu'il y eût en Europe. » Ainsi 
s'exprime Germain Brice dans sa Description de Paris, 1752, 
t. n. Ce projet grandiose ne fut pas réalisé, le monument que 
l'on commença avec des soins inouïs ne fut jamais achevé ; ja- 
mais les inscriptions n'y furent gravées et les dernières as'sises 
de la construction abandonnée furent enlevés en 1716. Il reste 
plusieurs estampes du monument, la meilleure est celle de Le 
Clerc, célèbre graveur du XVII' siècle, d'après laquelle est faite 
cette description de Germain Brice : 

« C'étoit un grand édifice à deux faces, ouvert par trois arcs, 
entre lesquels étoient placés quatre corps d'architecture formés 
chacun de deux colonnes corinthiennes isolées, qui, toutes en- 
semble faisoient le nombre de huit à chaque face, sans compter 
deux autres colonnes sur les épaisseurs des extrémités. Les 
entablements en ressault sur les groupes de colonnes, étoient 
chargés de trophées d'armes, aux côtés desquels des captifs étoient 
attachés. Le dessus de tout l'ouvrage devoit être en plate forme» 



— 313 — 

Antoine devaient être en langue française, par ordre de 
Louis XIV, assurait-on. La discussion continua et 
rien ne fut décidé pour le moment. 

Nous retrouvons ici la trace des longs démêlés qui 
passionnèrent les savants, au XVII* siècle. 

En i663, Colbert avait pris dans l'Académie fran- 
çaise quelques hommes pour former la petite Acadé- 
mie, l'Académie des médailles, dont l'unique fonction 
était de rédiger des inscriptions et des devises pour 
les arcs de triomphes, les pyramides, les médailles 
dont le XVII' siècle, appelé spirituellement par Ville- 
main le siècle de l'admiration, était si prodigue en 
l'honneur de Louis XIV. Bour\eis, Chapelain, Cas- 
sagne, Perrault, Charpentier, furent les premiers 
membres de ce petit corps, qui devint plus tard l'Aca- 
démie des Inscriptions et belles lettres. Colbert con- 

au milieu de laquelle s'élevoit un grand amortissement en gorge, 
surmonté d'un piédestal où la statue du roi Louis XIV devoit 
être placée. Tous les divers ornements de cet édifice dévoient 
apprendre à la postérité les événements du règne passé, qui 
auroient été représentés dans des médaillons de figure ovale, 
placés sur les massifs entre les pilastres qui répondaient aux 
colonnesj 

Cet arc de triomphe, s'il avoit été achevé et mis dans la perfec- 
tion où il devoit être, auroit surpassé tous ceux qui se voient à 
Rome et en d'autres endroits, restés sur pié jusqu'à présent, dans 
lesquels on remarque encore l'arc et la magnificence des anciens, 
Celui-ci auroit fait voir plus de régularité et de grandeur, et la 
solidité auroit répondu à la beauté de tout le reste. » 

Description de Paris, pav Germain Brice, in-12, Paris 1752, 

t. II, p. 25o. 



— 314 — 

sulta les académiciens pour savoir si les inscriptions de 
l'arc de triomphe ne pourraient pas être rédigées en 
français. C'était aller contre l'usage admis jusqu'alors, 
mais la langue française semblait assez perfectionnée 
pour remplacer enfin le latin. La discussion sortit 
bien vite du petit cercle des académiens et dans tout 
le monde savant, on se demanda si on devait rédiger 
ces inscriptions en latin ou en français. 

« C'est sur quoi les sentiments étaient partagés* 
L'avis de M. Colbert était qu'on les fît en français. Le 
plus grand nombre des membres de l'Académie opinait 
de même. . . D'un autre côté les défenseurs de la langue 
latine représentaient qu'il ne fallait pas troubler dans 
sa possession une langue qui avait immortalisé les 
Césars et les Augustes, La dispute s'écHauffa, M. San- 
teul et quelques autres poètes se livrèrent à tout leur 
zèle pour la langue de l'ancienne Rome (i). » Desma- 
ret de Saint-Sorlin, l'abbé Bourzeis, le P. Lucas, 
l'abbé de Marolles, M. de la Chambre, l'avocat Belot 
et surtout Charpentier (2) prirent une large part à 
cette dispute, qui provoqua la fameuse querelle des 
anciens et des modernes. 

Charpentier consulté par Colbert publia la « Dej^ence 
de la Langue Françoise pour l'inscription de l'arc de 

(i) L'abbé Gouget, Bibliothèque Françoise, t. I, 
(2) L'abbé Gouget donne la liste des ouvrages enfantés par 
cette controverse, dans sa Bibliothèque Françoise, t. H. 



— 315 — 

triomphe. » Il dédia cet ouvrage au roi, en lui deman- 
dant sa protection, pour la langue française, qui de- 
vait, en cette occasion, entrer avec le roi « en possession 
de l'immortalité. » « Oui, Sire, un roy qui a bien voulu 
accorder sa protection au Parnasse François, ne peut 
pas la luy refuser en cette rencontre, car, que serviroit- 
il de le déguiser ? L'Académie n'est plus rien si cette 
langue, qu'elle s'est efforcée, depuis 40 ans, de rendre 
agréable, riche, éloquente, est demeurée si imparfaite 
que de ne pouvoir pas fournir avec dignité, cinq ou 
six lignes pour consacrer à vostre valeur le trophée 

immortel qu'on lui prépare 11 ne s'agit point de 

condamner la langue latine comme on se le pourroit 
imaginer. 11 s'agit seulement d'examiner si la langue 
française est 'aujourd'huy si défectueuse qu'on ne doive 
pas lui confier l'inscription de ce monument. » 

Dans sa préface, Charpentier proteste de nouveau 
qu'il n'entend pas « donner atteinte à l'authorité delà 
langue latine », mais seulement établir que la langue 
française est capable de fournir une inscription, et 
qu'il ne faut pas voir dans son ouvrage une invective 
contre la langue des Romains, ce qui est loin de sa 
pensée. Puis il exprime l'espoir qu'il sera soutenu par 
ceux à qui l'amour des latin ne fait pas oublier qu'ils 
sont Français. 

Après que son collègue à l'Académie des Inscrip- 
tions, l'abbé Bour^eis, eut attaqué ses conclusions, il 



— 316 — 

refondit son plaidoyer, le développa et fut amené à 
faire ressortir les avantages que le français, selon lui, 
a sur le latin. Ce plaidoyer est écrit avec chaleur, les 
preuves sont bien présentées, la discussion est courtoise 
et vraiment c'est un ouvrage de valeur. 

La première édition sortit des presses, le 2 mars 1 676. 
Charpentier se hâta de l'envoyer aux académiciens 
d'Arles, pour lesquels il professait une grande estime 
et dans l'espoir, sans doute, de les gagner à sa cause. 
Il savait qu'ils travaillaient alors à la rédaction des 
inscriptions pour l'obélisque, et que, si les premiers 
projets adoptés par eux étaient en latin, au mois de 
février 1676, ils avaient proposé d'inscrire sur le 
piédestal du monument un sonnet français de Rou- 
bin (i). Il y avait donc lieu de croire qu'ils ne se range- 
raient pas du côté des Latinistes, et c'est ce qui arriva. 
L'Académie d'Arles suivit l'opinion de l'Académie fran- 
çaise et se prononça en faveur de la langue nationale(2). 
Charpentier se félicita de cette adhésion et lorsque, en 
i683, il fit imprimer son ouvrage sur l'Excellence 
de la langue française, il en fit tenir des exemplaires 
à l'Académie d'Arles et à celle de Nîmes, par l'entre- 
mise de M. de Faure Fondamente. Les deux exem- 

(i) Registre de l'Académie, fol. 143. V. plus haut p. 3i i. 

(2) Elle aimait beaucoup le « cher M. Charpentier, lequel s'est 
hautement déclaré pour les intérêts de l'Académie royalle. » Re- 
gistre de l'Académie, fol. i2y, verso, mai lôyS. 



— 317 — 

plaires destinés à l'Académie d'Arles lui furent remis 
en novembre i683, et sans tarder les académiciens re- 
mercièrent M. Charpentier, par une lettre que l'abbé de 
£eaM;eM se chargea de lui porter, en rentrante Paris (i). 

M. Charpentier avait envoyé en même temps une 
copie du compliment qu'il avait fait, au nom de l'Aca- 
démie française, au roi et à toute la famille royale sur 
la mort de la reine. 

La lettre à l'Académie est datée du 21 septembre, 
mais de Faure Fondamente rentré à Nîmes le 5 octo- 
bre i683, ne la fit parvenir qu'un mois après (2). Nous 
la citons d'après le Registre. 

(1) « On reçoit lettre de Nîmes et deux exemplaires du livre 
qu'a fait en dernier lieu M. Charpentier de l'Excellence de la 
langue Françoise. Ledit M, Charpentier escript une lettre obli- 
geante à messieurs deTAcadémie royalle et à M. le secrétaire en 
son particullier, le priant de présenter de sa part son livre à ses 
chers confrères auxquels il demende leur sincère et légitime sen- 
timent sur son ouvrage. Messieurs les académiciens prient M. le 
secrétaire de respondre à tant d'honnestetés et de vouloir insérer 
la lettre et la response dans le Registre, afin qu'il conste à perpé- 
tuité de l'honneur qu'a faict un si digne confrère à messieurs les 
académiciens et de la reconnessance de ceux-ci. L'abbé de Bêau- 
jeu, confrère royal, nouvellement receu, partant pour Paris, s'est 
chargé de laditte response et des autres lettres qu'escript M. le 
secrétaire au protecteur, amis et confrères externes avec lesquels 
il faut entretenir le commerce. » Registre de l'Académie, fol. 228' 
verso. La réponse du secrétaire ne s'y trouve pas. 

(2) Charpentier écrivait une lettre à peu' près identique à ces 
messieurs de Nîmes, en leur adressant son traité et une copie 
du compliment au roi. « Du mercredi, 6 octobre i683, M. de 
Faure étant de retour de son voyage de Paris depuis hier au soir 
seulement, a témoigné à la compagnie la satisfaction qu'il a de 



— 318 — 

Messieurs, 

(i. J'ai prié monsieur vostre illustre secrétaire et 
M. de Gifîon de vous présenter de ma part un 
exemplaire du livre, que j'ai nouvellement faict im- 
primer, touschant Y Excellence de la langue fran- 
coise. Ce titre, messieurs, vous doibt agréablement 
disposer à le recevoir, car je ne vois pas de quelle uti- 
lité peuvent estre les académies françoises, si elles ne 
travaillent à l'avancement de nostre langue et si elles 
ne favorisent les efforts de ceux que tachent d'en dé- 
couvrir les beautés. Vous m'avez desjea secouru dans 
une pareille entreprise, et l'excellante response que 
vous fistes à monsieur le premier président de Pro- 
vence, qui vous avoit demendé vostre sentiment sur le 
livre du P. Lucas, jésuite, m'a faict croire que je ne 

se trouver pour la première fois à ses assemblées, et lui a rendu . 
deux lettres de M. Charpentier de l'Académie françoise: par l'une 
desquelles il assure la compagnie des sentiments avantageux 
qu'il a pour elle, et la prie d'avoir pour agréable un exemplaire 
du livre qu'il a fait imprimer depuis peu sur l'Excellence de la 
langue françoise, pour répondre au livre que le P. Lucas, jésuite, 
a fait imprimer contre lui, touchant l'inscription de l'arc de 
triomphe. Il proteste aussi à la compagnie qu'il voudroit l'avoir 
fait assez bien pour mériter son approbation, puisqu'il lui sera 
toujours très glorieux d'avoir fait quelque chose qui obtienne les 
suffrages d'une compagnie choisie, qui fait honneur à nostre 
siècle et qui devient'un des ornements de la France... Sur quoi 
la compagnie a délibéré d'écrire à M. le Charpentier pour le re- 
mercier le plus honnestement qu'il se pourra... » 

Registre de l'Académie de Nîmes, cité par Ménard, Histoire de 
Nîmes, t. VI, preuves, p. \i5. 



— 319 — 

debvois pas me retirer du combat, après que vous y 
estiez entrés si généreusement pour moy. Cependant 
je ne vous regarde plus comme mes défenseurs, je vous 
considère désormais comme mes juges. Car je me fairai 
un plaisir singulier d'apprendre ce que vous aurez 
pensé de la manière dont j'ai traitté mon subjet. Je vous 
prie donc très sincèrement, messieurs, de ne pas me 
reffuser vos advis, puisque c'est pour un intérest com- 
mun, et qu'il n'y a personne au monde qui soit avec 
plus de respect, ni avec plus de zelle que moi, mes- 
sieurs, vostre très humble et très obéissant serviteur et 

confrère. 

Charpentier (i). » 

Mais revenons à l'année 1676 : l'Académie d'Arles 
témoigna sa reconnaissance à Charpentier en étudiant 
sérieusement son ouvrage (2), dont elle admit les 
conclusions. Nous aurons à en parler plus tard. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 229. 

(2) Du huitiesme may 1676. L'assemblée se faict chez M. 
d'Abeilles, directeur de moys, ces messieurs s'entretiennent 
aggréablement sur les pensées de M. Charpentier, ils ne peuvent 
s'ennuyer dans une lecture si utile et qui semble proprement de- 
voir occuper toutes les académies, M. le secrétaire a dict que si 
l'estime de ce petit ouvrage avoyt conveincu la cour et les minis- 
tres, nous verrions bientôt la superbe machine qui faira l'arc de 
triomphe de Sa Majesté inscripte en son piédestal des éloges en 
langue françoise, et en vers et en prose, que pour l'un et pour 
l'autre il y avoit déjà de grands préjugés, que la statue à chevai 
du roy Louis XIII, dans la place royalle, avait en sa baze un son- 
net François et un éloge de ce prince en racsme langage de prose, 



— 320 — 

La Dejffence de la langue francoise était accompa- 
gnée d'une Elégie de Santeuil, en vers latins, où les 
mêmes idées étaient soutenues (i). 

M. de Grille la traduisit en vers français, que l'on 
résolut d'envoyer à M. Charpentier « pour marquer ' 
plus d'estime d'une pièce qui entroit si juste dans les 
sentiments de son livre et pour lui faire connestre le 
soing et l'attaschement qu'on avoit pour ses ouvrages, 
puisque les particulliers du corps en traduisoient les 
louanges latines, ce qui ne se fait guère sans beaucoup 
de réflexion, d'observation et de complaisance. » 

Les vers du chanoine de Saint-Victor en faveur de 
Charpentier nous étonneraient, si nous ne savions 
que Santeuîl était l'homme changeant par excellence 
et que ses palinodies sont très nombreuses (2). 

que si l'Académie le trouvoit à propos on pourroit en user de 
mesme pour l'obélisque. » Registre, fol. 147, verso. 

Juin 1G76. « M. N. a mis de nouveau sur le tapis la question 
des inscriptions, on est demeuré d'accord que les plus naturelles 
et les plus intelligibles seront toujours les meilleures, d'autant 
mieux que les lettres de Paris portent que le roy veut et entend 
que toutes les inscriptions de l'arc de triomphe qu'on élève à la 
porte Saint-Anthoine soient en langue Françoise. Ce suffrage royal 
décide la chose. » Registre, fol. 148, verso. 

(i) Dix avril 1676. « M. d'Estoublon monstre encore une élégie 
latine de la manière d'un ami de M. Charpentier, par laquelle ce 
livre intitulé: Deffence de la langue française, est extrêmement 
loué. On admire la douceur et la force desdicts vers et l'on résout 
de les garder dans les Archives, avec les pièces académiques. » 
Registre, fol. 146. Et en marge : par M. de Saintœuil, Santolius, 
Victorinus. 

(2) Voir Rigaut, Histoire de la Querelle des anciens et moder- 
nes, p. 108, Gouget, Bibliothèque française, t. I. 



- 33i — 

Ses relations amicales avec Charpentier expli- 
quent comment le poète latin le plus remarquable du 
XVII® siècle put chanter un ouvrage tout à l'honneur 
de la langue française. 

M. de Grille apporta à la défense de l'idée nou- 
velle l'ardeur qu'il mettait à toute chose. C'était 
presque une conversion, car il était excellent lati- 
niste et nous ne devons pas oublier qu'il était 
l'auteur des inscriptions latines en l'honneur du roi, 
adoptées par l'Académie, et que tout récemment en- 
core il venait d'en composer une, à la demande des 
consuls (i). 

Au milieu de ces discussions interminables, arriva 
une lettre du protecteur « toute pleine d'amour et 
d'estime pour l'Académie » par laquelle il témoignait 



(i) Séance du 6 mars 1676. « M. le sachrestein abbé de Boche 
dict que messieurs les consuls gouverneurs de la ville et pères 
de la patrie désireroient avant la fin de leur consulat de mètre 
un éloge de la ville d'Arles, dans la maison commune qu'ils ont 
faict bastir, ou au pied destail de la piramide, affin d'immorta- 
liser leur amour pour la patrie, aussi bien que la gloire de cette 
Romme françoise. M. le secrétaire monstre celui qui est ici enre- 
gistré, disant qu'il estoit ce lui semble dans le sens de messieurs 
les consuls. » Registre de l'Académie, fol. 144. 

Il commence par ces mots : Exultet gallula Roma. 

L'Académie le trouva fort bon, mais fut d'avis qu'il ne devait 
point « occuper la place d'une inscription dans l'une des faces de 
la piramide, en son pied destail, comme on l'avoit proposé. » 
Néanmoins une note du Registre nous apprend que les consuls 
furent d'un avis différent et le firent même « ébaucher sur le pied 
destail qui est desja posé en mars 1676. » 



— 322 — 

que l'inscription latine lui plaisait fort, et que M. Rose, 
secrétaire du cabinet, devait la montrer au roi (i). 



(i) ^ A Paris, le 24 avril 1676, 

Monsieur, 

Ce n'est pas d'aujourd'huy que j'ay dict avec beaucoup de 
raison, que messieurs de l'Académie royalle d'Arles meintenoient 
la gloire des armes du roy par leurs espées, et l'eslevoient par 
leurs plumes, il fault adjouter meintenant que le ciel secondant 
leur zelle pour nostre victorieux monarque, faict parler tout ce 
qui est sur la terre, et mesmes ce qui est au dessoubs pour cé- 
lébrer ses louages, s'il se trouve dans le royaume une pièce rare 
et extraordinaire, s'il naist une huictiesme merveille en France, 
si quelque pyramide peut effacer le lustre de celles d'Œgypte, 
qu'on a tant ventées, c'est au royaume d'Arles qu'elle se rencon- 
tre, on la lève avec autant de soing que de despense ; rien ne 
couste, pourveu qu'il face mention de S. M. et vous, messieurs, 
vous adjoutez à ce miracle de la nature," un autre miracle d'élo- 
quence. Vous faites si bien parlerles pierres, qu'on vous recon- 
noyt facilement pour un grand maistre en l'art de bien dire. Il ne 
se peut exprimer combien d'approbation on a donné à vostre 
inscription, que j'ay faict voir à des gens très délicats, et entre 
autres a M. Rose, secrétaire du cabinet du roy, qui la doibt lire 
à Sa Majesté à la première alte. Il eust esté à désirer, monsieur, 
que pour donner à de si grandes choses l'approbation et l'applau- 
dissement qu'elles méritent, on se fust moins pressé d'en parler, 
et que M. de Colber et moy eussions pris le soing d'exagérer au 
roy tant de merveilles, lorsqu'elles eussent esté plus achevées, 
mais je me console en ce que des tableaux parfaits l'esbauche 
mesme est toujours belle, et ce que j'aurois à souhaiter en cette 
occasion seroit seulement deux choses, l'une que le mesme génie 
qui a si bien commencé l'une des inscriptions, voulut bien ache- 
ver les autres, et qu'estant confus et comblé de toutes les grâces 
et les bontés de messieurs d'Arles, dont nous parlons souvent 
avec M. le marquis de Chasteaurenard, je pusse estre employé 
pour leur service et vous tesmoigner avec combien de passion je 
suis toujours, monsieur, vostre très humble et très obéissant 
*erviteur, Le duc de Saint-Aignan. 

A M. le marquis d'Estoublon, secrétaire. Registre fol. 149. 



- m - 

Mais il exprimait aussi le regret qu'on eût trop parlé de 
cette affaire, avant qu'elle tut terminée, et pressait les 
académiciens de rédiger au plus tôt les autres inscrip- 
tions, car il n'y en avait encore qu'une seule d'ap- 
prouvée. Cette lettre était accompagnée d'un billet du 
marquis de Châteaurenard,qui engageait ses collègues 
à en faire part aux consuls. 

L'Académie, après en avoir pris connaissance (i), 
résolut de déléguer deux ou trois de ses membres, pour 
la présenter aux consuls et s'informer de leurs senti- 
ments, à cet égard. 

Cette idée ne fut point mise à exécution et ce fut un 
tort, car les consuls eussent été flattés de cette démar- 
che : on voulut attendre que l'estampe de l'obélisque 
fut gravée et que les consuls en eussent adressé quel- 
ques exemplaires à l'Académie. De là un nouveau re- 
tard. Le lo juin, M. N. proposa, puisque la gravure 
de l'estampe n'était pas encore achevée, de s'excuser 
auprès des ministres du roi de ce trop long délai (2).. 

Le marquis de Châteaurenard écrivait, en effet, qu'il 
était de l'intérêt de l'Académie «de faire sa cour à mes- 

(i) La lettre était adressée à M. de Grille qui fit quelques dif- 
ficultés pour la communiquer à ses collègues : Giffon représenta 
qu'elle ne pouvait être personnelle puisqu'elle lui était adressée 
comme secrétaire de l'Académie, M. de Grille se rendit à cette 
bonne raison, il fit lui-même lecture de la lettre, le 28 juin, et 
elle fat consignée au Registre, comme très importante, fol. 149. 

(2) Registre de l'Académie, fol. 149. 

22 



— 324 — 
sieurs les ministres, surtout que M. de Colbert et 
M. le duc de Saint-Aignan, M. Rose et M. Charpen- 
tier ont des bonnes intentions pour les avantages de 
l'Académie royalle et pour la ville ; qu'ils ont desja 
parlé fort obligeamment de l'une et de l'autre, que tous 
les amis s'unissent pour obtenir du roy quelque ré- 
compense et, que, si l'on s'y prend comme il fault, la 
ville sera recouvrée des frais et despense qu'on a faicte 
pour l'élévation de la pyramide, et l'Académie qui a eu 
le bonheur de plaire par ses inscriptions, pourroit 
bien avoir le don des médailles, à l'instar de son illus- 
tre alliée, l'Académie françoise (i). » 

Cet espoir était partagé par les amis de l'Académie 
à Paris, mais il était tout au moins prématuré. 

On était alors à la fin de juin : la bonne volonté des 
consuls devenait très douteuse. Le 23 juin, un acadé- 
micien exposa « qu'il y avoit quelque petite discution 
entre messieurs les consuls pour le faict des inscrip- 
tions, et que cela retardoit les résolutions de l'Acadé- 
mie (2). » Néanmoins, il fut convenu qu'on écrirait 
aux amis de Ja cour que, dès qu'on pourrait se procurer 
l'estampe de l'obélisque, on la leur enverrait^ et que 
« si messieurs les consuls ne vouloient plus employer 
les inscriptions de l'Académie, elle ne seroit pas coul- 

(i) Registre de l'Académie , fol. i5o. Nous verrons ci-après 
ce qu'il advint de cette affaire des jetons de présence. 
(2) Registre de l'Académie, fol. r5o. 



— 325 - 
pable de ce petit attentat et manquement de pa- 
rolle (i). » 

Le bruit que les consuls ne voulaient plus des ins- 
criptions précédemment acceptées prit de la consis- 
tance et l'Académie, au mois de juillet, résolut d'en in- 
former le protecteur, afin de sauvegarder, s'il était 
possible, l'honneur du corps. Malheureusement, la 
protestation était assez platonique et tout ce qu'on 
pouvait tenter, pour faire revenir les consuls sur leur 
décision, était de leur rappeler l'engagement d'hon- 
neur qu'ils avaient pris, et d'écrire, pour se plaindre 
du procédé, à ceux qui pouvaient être de quelque se- 
cours (2). Les chances de réussite étaient faibles. 

Les consuls, pour atténuer l'odieux de leur conduite, 
proposaient d'ajouter à l'inscription approuvée par 
l'Académie, une nouvelle qui ne lui serait pas sou- 
mise. L'Académie ne voulait point accepter ce com- 
promis, et, puisque le français semblait prévaloir sur le 
latin, elle proposa « à messieurs les confrères et protec- 
teurs de Paris de faire les inscriptions françoises, si 
c'est l'intention de Sa Majesté plutôt que de souffrir 
le mélange qu'on propose des inscriptions latines qu'on 
a faictes dans la ville avec celles de l'Académie qui ont 
desja esté receues et crayonnées sur le pied destail(3). » 

(i) Registre de l'Académie, fol. i5i. 

(2) Registre de l'Académie, fol. i5o, verso. 

(3) 2 juillet 1676. M. le secrétaire reçoit un pacquet de Paris 
avec les lettres de M. Charpentier et deRoubin, par lesquelles on 



■ — :m — 

Les consuls en furent sans doute informés et froissés : 
le 19 juillet, ils écrivirent à Pellisson, de l'Académie 
française, en lui demandant des inscriptions pour les 
quatre faces de l'obélisque (i). C'était rompre en visière 
avec l'Académie d'Arles. 

Le lendemain, il fut représenté au sein de cette 
Académie « que ce moyen d'accord estoit déshonorant 
pour ceux qui avoient desja faict les premières inscrip- 
tions, déshonorant pour l'Académie en particulier et 
pour le corps de ville, qu'on pourra dire à la cour et 
partout le royaume que cette célèbre ville d'Arles, qui 
faict tant de bruit, tantost sous le nom de chef de pro- 
vince, de Royaume, de seconde Rome, nourrice de tant 
de beaux esprits, de tant de noblesse et de tant de 
braves n'a pas un génie dans tout son terroir capable 
de fournir six lignes en latin, ou en français pour une 
des faces de l'obélisque (2). » Il fallait agir vigoureu- 

donnc advis à l'Académie des intentions de S. M. touschant les 
inscriptions et qu'il est certain que toutes celles de l'arc de triom- 
phe seront en langue Françoise. » Registre, fol. i5o, verso. 

(i) 20 juillet, M. N. a dict qu'on ne sauroit ignorer l'indignité 
qu'on a faicte despuis 24 heures à l'Académie, et qu'il est tout à 
fait expédiant d'en donner advis à M. le duc protecteur, on assure 
que pour ad juster messieurs les consuls sur le faict des inscrip- 
tions, on avoit résolu qu'on escriroit à M. Pellisson de la part 
desdicts consuls et qu'on le prieroit de travailler luy-mcsme 
pour les quatre faces de l'obélisque. » Registre, fol. i5r. 

Paul Pellison-Fontanier, né ù Béziers, en 1624, mourut en 
1693. On lui doit l'Histoire de l'Académie française jusqu'en 
i653. Voir les divers dictionnaires biographiques. 

(2) Registre de l'Académie, fol. i5i. 



— 3:?7 — 
sèment afin d'obtenir du roi et des ministres les ordres 
nécessaires « pour réprimer l'attentat des envieux. » 
M. de Grille promit de se conformer à cette décision, 
tout en exprimant l'espoir que Pellisson « auroit soin 
de l'honneur et de l'intérêt de l'Académie royalle en 
cette rencontre. » Pellisson répondit, en effet, aux 
consuls « qu'il y avoit lieu de s'estonner qu'ayant une 
compagnie de gens d'esprit establie dans cette ville par 
lettres patantes de S. M., on fust en peine de faire 
faire des inscriptions (i), » et il se réserva d'en parler 
au roi, pour agir ensuite conformément à ses ordres. 

Par suite d'un concours fâcheux de circonstances, 
l'Académie, au mois d'août 1676, n'avait plus d'agent 
ni de correspondant à la cour, ce qui laissait le champ 
libre à ses ennemis (2). 

(i) Registre de l'Académie, fol. i5i, verso. Le Ms 1060 prétend 
que Pellisson écrivit en même temps à l'Académie. 

(2) « M. le secrétaire a dict que si M. de Saint-Aignan estoit à la 
cour, on ne seroit pas en pêne de protecteur, qu'il ne désespéroit 
pas pourtant de la fortune académique. »... 

« M. Giffon a dict que M. le marquis de Chasteaurenard luy 
avoit escrit du camp devant Haire, et que le sieur Roubin estoit 
parti de Paris de manière que les ennemis s'estoient imaginés 
avec grande joye que l'Académie royalle n'auroit plus d'agent ni 
de correspondance à la cour. » 

a M. N. a dict que ce ne seroit pas sans pêne qu'on se defferoit 
de l'envie, en cette conjoncture, que les anciens amis de l'Acadé- 
miese destachoient despuis peu, pour quelque vil interest, et que 
les déserteurs faisoient à peu près autant de mal à cet illustre 
corps que les renégats en faisoient aux chrétiens. » Mémoire 
d'aoust 1676. Registre de l'Académie, fol. i5i, verso. 



— 328 - 

Pellisson avait soumis la demande des consuls d'Ar- 
les à M. de Pomponne, en le priant d'entretenir le roi 
« de l'obélisque et de Testât des inscriptions. » 

L'Académie comptait sur l'appui de Colbert, dont la 
sœur avait épousé le fils du duc de Saint- Aignan. 

M. de Grille qui était disposé à user de « tout le zèle 
et toute l'adresse nécessaire pour faire les honneurs du 
corps, quoi qu'il lui en deubt couster, » fit dresser le plan 
de l'obélisque, pour l'envoyer au grand ministre (i). 
Il paraît que ce dessin fut très mal interprété par 
les ennemis de l'Académie. Il y a, au fonds Bonnemant, 
volume Antiquités, toute une série de lettres échangées 
entre Claude Terrin et un avocat au Parlement de 

(i) « M. le secrétaire a dict que sur la bonne foi des intentions 
de l'assemblée qu'il avoit receues despuis longtemps, il avoit 
faict faire un plan de l'obélisque avec ses mesures etdimentions, 
par le meilleur architecte de la province ; que ce plan avoit esté 
dressé sur une toile avec l'échelle mathématique au pied, avec 
les couleurs observées de la pierre granité orientale, avec les 
esmaux du soleil de la boule, ou globe, des fleurs de lis qui som- 
moient l'obélisque, le tout représenté au naturel, les lions qui 
le soustenoient, le pied destail, la place du marché et tout le 
reste, qu'il avoit envoyé aux amis de Paris laditte figure, pour 
l'offrir en présent à M. de Colbert de la part de l'Académie 
royalle d'Arles, parce que ce ministre se trouve dans l'alliance 
de M. le protecteur duc de Saint-Aignan lequel ne menquera point 
d'en savoir bon gré à la compagnie, et M. de Colbert encore, qui 
est scavant et très affectionné à ces sortes de ces sortes de curio- 
sités, qu'au reste il n'en peust jamais arriver que de l'honneur 
à l'Académie, puisqu'elle sera la première en date qui faira voir 
au roy ce que la ville d'Arles a faict pour sa gloire, d'où l'on 
debvoit attandre infailliblement de grands avantages. » Registre 
de l'Académie, fol. i52. 



— 329 — 
Piiris du nom de Brunct (i). Terrin parle de la gra- 
vure de l'obélisque et se plaint qu'on la confie à un 
artiste médiocre, puis il accuse l'Académie de vouloir 
accaparer pour elle seule le mérite de l'érection de ce 
monument et il lui reproche l'envoi du dessin à M. de 
Colbert , comme un empiétement sur le droit des 
consuls. Le ton de ces reproches est, en général, très 
violent, preuve évidente que la passion avait envenimé 
singulièrement la dispute, et que les rivalités de per- 
sonne y jouaient un rôle déplorable. 

La démarche proposée par M. de Grille était toute 
naturelle, et l'hostilité des consuls ne lui ôtait rien de 
son opportunité, bien au contraire. 

Au mois d'octobre, Charpentier annonça au secré- 
taire « le favorable accueil que M. de Colbert, secré- 
taire d'Estat et intendant des finances, avoit faict au 
présant de l'Académie royalle, que le ministre malade 
et accablé d'affaires n'avoit pas laissé d'estudier (s'il 
fault ainsy dire) et d'examiner sérieusement la figure 
envoyée, d'en avoir pris les dimensions avec le compas 
luy-mesme, d'avoir demendé avec curiosité, à M. Char- 
pentier la nature de la pierre, dont on ne lui disoit 

(i) Ce Brunet était sans doute arlésien. La famille bourgeoise 
de ce nom a fourni des notaires, des médecins et des avocats. 
L'un d'eux a laissé une Histoire d'Arles, conservée au fonds 
Nicolai, 140, Archives des Bouches-du-Rhône, et il était notaire à 
Arles, à l'époque dont nous nous occupons. 



— 330 — 

rien, savoir si c'estoit marbre, porphire, granité, etc., 
et quels mémoires il peut y avoir, de quelle part de 
la terre on a transporté laditte pierre (i). » 

Après avoir entendu la lecture de cette lettre, les 
académiciens discutèrent sur l'origine de l'obélisque. 
M. de Sabatier dit tout d'abord que les registres de la 
ville ne contenaient aucun renseignement à cet égard, 
mais qu'il était probable qu'un bloc aussi pesant ne 
venait pas de loin. 

Un académicien prit alors la parole et exposa l'avis 
de M. Pejrtrety « expert et intelligent en ces sortes de 
choses. » D'après lui, l'obélisque avait été tiré des 
carrières de granit de Provence et il offrait même d'in- 
diquer l'endroit où l'obélisque a été taillé, au dessous 
de la Sainte-Baume « où il montrera le lict et la mi- 
nière et les proportions de cette piramide et la mesme 
matière granité dans le mesme lieu (2). » L'Académie 

(i) Registre de l'Académie, fol. 1 52, verso. — Le silence de 
M. Charpentier et des autres amis de Paris mécontentait les 
académiciens, ainsi qu'il ressort du compte rendu des séances 
de septembre 1676. « On demande la raison de ce scilance et 
chascun a dict une opinion. » Reg., fol. i52. 

(2) Registre de l'Académie, fol. i52, verso. 

Sur l'origine de l'obélisque d'Arles, qui est une imitation 
romaine des obélisques d'Egypte, oii peut consulter le P. Bou- 
guerel, Hommes illustres de Provence, p. 3i5, les Remarques 
Historiques du P. Fabre, p. 96, qui le prétend apporté d'Egypte ; 
La Revue Britannique fjuin i836) qui est du même avis ; Les 
Monuments d'Arles par H. Clair, p. 49 et 56, qui le croit tiré des 
carrières de l'Estérel, ainsi que M. Estrangin,àan?, ses Etudes 
Archéologiques sur Arles, p. 240. La Lati:jière, p. 489, dit que 



— 331 - 
accepta cette opinion comme vraisemblable, en cons- 
tatant que ni l'histoire de la Provence, ni l'histoire 
d'Arles, ne parlaient de l'obélisque, et M. de Grille fut 
prié d'envoyer à MM. Colbert et Charpentier le résumé 
de cette discussion. 

Cependant le marquis de Châteaurenard était revenu 
à Paris et, presque en même temps (novembre 1676) 
le duc de Saint-Aignan s'y trouva. Le marquis de 
Châteaurenard, « très zellé confrère » parla sans retard 
au protecteur de la proposition faite à Pellisson, Puis, 
de concert avec lui, avec M. de Roubin,qui était alors 
à Paris, avec M. Antoine de Grille, maître d'hôtel de la 
maison du roi, et neveu par sa femme de François 
F^M^fer, premier médecin de Louis XIV, il vit M. Pel- 
lisson pour lui demander raison de sa conduite. 

Les inscriptions qu'il avait composées étaient déjà 
connues à Arles, mais, comme il n'y avait point d'ordre 
du roi pour les graver sur l'obélisque, on pouvait 
« faire réparer la chose. » Pellisson donna pour excuse 
que l'Académie ne lui avait pas écrit au sujet des ins- 
criptions, et qu'il avait cru, par conséquent, pouvoir 
se rendre au vœu des consuls. L'excuse était faible, 
et M. de Grille avait raison de penser que l'Académie 

l'obélisque est en granit oriental, c'est aussi l'opinion deMoréri, 
article sur Arles. Cette énumération est forcément incomplète. 

On pense généralement aujourd'hui que l'obélisque fut taillé 
dans les carrières de l'Estérel, et l'opinion qu'il serait d'origine 
égyptienne est totalement abandonnée. 



— 832 — 

ne devait pas prendre cette précaution « qu'il eust 
semblé qu'elle eust doubté de son droit, qu'elle se fust 
méfiée de l'honnesteté de M. Pellisson en craignant 
quelque chose de sa part (i). » 

Il proposa de lui écrire, pour le remercier de ses 
offres, mais M. de Sabatier objecta « qu'il n'estoit plus 
libre à la compagnie de recevoir les offres de personne 
puisque les consuls s'estant addressés audict M, Pel- 
lisson et luy ayant demendé les inscriptions, ils les 
avoient reçues, que ce seroit se moquer. (2) » 

Il était trop tard, semblait-il, les inscriptions de Pel- 
lisson étaient acceptées, mais le duc de Saint-Aignan 
se plaignit au roi et Louis XIV voulut savoir « le fonds 
de cette affaire. » C'est ce qui ressort des lettres du mar- 
quis de Châteaurenard et de Roubin, adressées à M. de 
Grille, au mois de décembre 1676 : 

« Ces deux confrères le prient d'advertir la compa- 
gnie du desplaisir que tesmoigne M. le duc de Saint- 
Aignan, au faict des inscriptions, qu'il en a parlé au 
roy et que S. M. a voulu sçavoir le fonds de cette 
affaire, que M. Pellisson ne se justifie pas simplement 
de ce qu'il a faict les inscriptions, mais qu'il se pleint 
encore pour l'intérest de l'Académie royalle, de ce 
qu'elle ne lui a point faict l'honneur de lui escrire, 

(i) Registre de l'Acade'mie, fol. 1 53. V. Mémoires de décem- 
bre 1676, analyse d'une lettre du marquis de Châteaurenard. 
(2) Registre de l'Académie, fol. i5j. 



— 333 — 
que si, dans la naissance de ce desmélé, il en eust esté 
adverti, il est sans doubte qu'il eust prefféré l'intérest 
de l'Académie royalle à celui des envieux de ce corps 
illustre, mais que pour réparer ce malentendu et pour 
un moyen d'accord, il semble qu'on pourroit mettre 
la première inscription de l'Académie, la deuxiesme 
des consuls et les deux dernières de la manière dudict 
sieur Pellisson. Toute la compagnie d'une commune 
voix se récrie contre cette proposition, on examine 
les avantages que pourroit recevoir l'Académie d'un 
pareil expédiant, et l'on opine qu'il vault beaucoup 
mieux en demeurer aux termes où l'on se trouve que 
de faire une si honteuse composition (i). » 

Ce fut l'avis général, et le compromis proposé 
n'était pas réalisable, puisque les nouvelles inscrip- 
tions avaient reçu l'approbation du roi. D'ailleurs, 
les académiciens étaient trop irrités contre les con- 
suls qui avaient manqué aux engagements de leurs 
devanciers et fait effacer les inscriptions déjà crayon- 
nées, pour consentir à ces concessions. Il fut dont dé- 
cidé qu'on laisserait les choses en l'état, et qu'on écri- 
rait, en ce sens, au duc de Saint-Aignan. Quant à 
M. Pellisson, l'Académie lui fit une réponse dans 
laquelle, à travers les formules très polies, on devine 
tout son mécontentement. Elle fut rédigée par M. de 

(i) Registre de l'Académie, fol. i53, versQ, 



— 334 — 

Grille, qui informa également de la décision prise « les 
amis de l'Académie et les confrères de Paris. » 

La lettre adressée à M. Pellisson fut approuvée le 
2 janvier 1677 et insérée au Registre (i), à cause de 
son importance « pour l'honneur du corps. » Elle est 
datée du 25 décembre 1676, bien qu'elle n'ait été 
envoyée qu'en janvier 1677. 

Monsieur, 

« Si nous n'avions eu beaucoup de respect pour vos- 
tre personne et une confience très particulière en vos 
jugements, nous aurions gaigné les devants à nos en- 
vieux, vous auriez été informé par nous-mêmes du 
subjet de nos contentions et peut estre vous seriez 
vous laissé prévenir en faveur de l'Académie royalle 
d'Arles. Il est vraisemblable, monsieur, que nos mes- 
chants politiques ne l'auroient pas emporté sur une 
compagnie de gentilshommes, establie par lettres pa- 
tantes de S. M., et qui a l'honneur de vostre alliance 
puisqu'elle vous reconnaît pour un des plus illustres 
membres de l'Académie françoise, mais qu'aurions 
nous jamais faict de si glorieux que ce que l'envie elle 
mesme vient de faire ? Elle a voulu tout perdre pour 
conserver ses inscriptions, cependant elle entre dans nos 
sentiments sans y penser ; elle n'a rien gaigné que pour 

(i) Registre de l'Académie, fol. 154, verso, 



— 335 — 
nous et nous n'aurions rien pu faire que ce qu'elle 
a faict pour l'honneur de nostre patrie et pour laisser 
une belle idée de la grandeur du roy à la postérité. 
Oui, monsieur, nous nous fussions adressés à M. Pel- 
lisson, vous eussiez esté nostre oracle en cette occasion 
et nous eussions faict par choix et par raison ce qu'elle 
n'a faict qu'étourdiment et par désespoir. Quoi qu'il 
en soit, nous vous remercions très humblement des 
inscriptions qui vous avez envoyées à nos consuls, 
nous n'en voulons point d'autre et il sera toujours vray 
de dire que l'Académie les a faictes, vous représentez 
assez bien l'Académie, l'intérest de sa gloyre et de sa 
réputation qu'elle vous a commis depuis longtemps, les 
ouvrages admirables qui sont partis de vos meins, le 
portraict de S. M. que sans avez faict adorer à toute 
la terre, tout cela nous sert de préjugé et de satisfaction. 
M. le duc de Saint- Aignan, protecteur de l'Académie 
royalle d'Arles, et nos amis de la cour vous diront plus 
au long nos petites affaires, si cela ne vous ennuie 
point. Nous n'avons rien aujourd'hui de plus impor- 
tant à vous dire, si ce n'est que nous sommes avec 
passion, monsieur, vos très humbles et très obéissans 
serviteurs, 

Les académiciens de l'Académie royalle d'Arles. 

EsTOUBLON, secrétaire. » 
Pellisson , historiographe du roi, accompagnait 



— 336 — 

Louis XIV dans la campagne de Flandre et ce fut 
là que M. de Châteaurenard lui remit la lettre de 
l'Académie (i). 

Il y répondit assez tardivement, par une lettre datée 
du 20 mai 1677, « au camp de Thulein, près Saint- 
Gaidain. » Le Registre de l'Académie la cite et la 
fait précéder de ces lignes : « Monsieur le secrétaire 
monstre une lettre de M. Pellisson qui lui estaddressée, 
pour rendre à l'Académie ; elle est du 20 mai 1677, 
par laquelle ce fameux accadémicien se justifie de ce 
qu'on pourroit luy imputer, contre les considéracions 

(i) Le 18 mars 1677, ^' '^^ Châteaurenard écrivit à ses confrè- 
res, une longue lettre datée du Camp de Valenciennes. « Il rend 
compte de ce siège à messieurs les académiciens, de la bravoure 
des mousquetaires qui sont entrés en héros de romant dans cette 
place ; des seings infatigables du roy qui est partout et de l'es- 
tonnement des ennemis, mais enfin il prie M. le secrétaire de faire 
lire en particulier à tous ces messieurs les compliments de 
M, Pellisson et les honnestetés qu'il observe à l'esgard de l'Aca- 
démie royalle. Il le fust voir dans sa tente, n'ayant pu le voir 
à Saint-Germein, et lui rendit la lettre de l'Académie touschant 
l'affaire des inscriptions, qu'il s'excusa comme il avoitdesja faict 
sur ce que personne ne lui avoit parlé de l'intérest que l'Acadé- 
mie pouvoit avoir en cette affaire, qu'au reste dès que M. le duc 
de Saint-Aignan s'en estoit expliqué avec luy, il eustbien voulu 
ne s'estre jamais meslé de la chose, et qu'il s'en estoit mesrae 
excusé à S. M. à laquelle il avoit dict en lui monstrant trois ins- 
criptions qu'il avoit faictes : Sire, j'ai admiré celle de l'Académie 
d'Arles, et j'en ai pris la plus part des pensées que j'ai employées 
dans les trois que j'ai faictes. » Qu'après tout cela il avoit assuré 
M. le marquis de Chasteaurenard qu'il rendroit toujours ses 
services à messieurs de l'Académie comme il prétendoit le leur 
tesmoigner par sa réponse dont ledit marquis s'est chargé. » 

Registre de l'Académie, fol, i56, verso. 



— 337 - 
qu'il fault avoyr pour une compagnie de gentilshom- 
mes establie par lettres pattantes de S. M, en titre 
d'Académie ; ses honnestetés vont plus loing que 
les compliments ordinaires, il leur demende pardon 
d'avoir travaillé après eux aux inscriptions pour le 
pied destail de l'obélisque (i). » 

Il est probable, en effet, que Pellisson « eust bien 
voulu ne s'estre jamais meslé de la chose », comme il 
l'assurait au duc de Saint-Aignan, mais il était trop 
tard. Voici du reste sa lettre : 
Messieurs, 

« 11 m'a esté plus difficile de vous respondre qu'il ne 
l'a esté au roy de prendre Valenciennes, Cambray et 
Saint-Omer et de gaigner une grande bataille ; ce fut 
au siège de la première de ces trois places que M . le 
marquis de Chasteaurenard me rendit la lettre dont 
vous m'avez honnoré, mais le froid, les bourbiers et le 
tumulte 011 nous vivions ne me sembloient pas se pou- 
voir accorder avec que le beau feu, l'élégance et la 
liberté d'esprit qu'il faudroit pour vous escrire. Je 
m'apperçois à la fin qu'en attendant tout ce qu'il fau- 
droit, vous pourriez bien n'avoir jamais de mes nou- 
velles et me croire fort insensible à vos bontés. Il vault 
mieux vous remercier comme je le puis, c'est à dire 
comme je le fais icy, fort simplement et de tout mon 

(i) Séances de juin ih-jj, Registre, fol. iSq, verso. 



— 338 ~ 

cœur, de la considération qu'il vous a pieu avoir pour 
moi et vous assurer en mesme temps que je n'ai jamais 
pu, ni ne puis jamais en menquer pour des personnes 
de vostre qualité et de vostre mérite. Quand il m'a 
esté commandé de travailler aux inscriptions pour 
l'obélisque, je n'ai point sceu qu'il y en eust une de 
vous. Je puis, messieurs, faire voir à qui il vous plaira 
à Paris l'original de ce qui m'a esté envoyé, oîi la 
clause prœbente vocem Academia Arelat. ne se trou- 
vera paS; M. le duc de Saint- Aignan m'a faict l'hon- 
neur de m'en parler despuis, mais ce que j'avois à 
faire estoit faict et envoyé longtemps auparavant 
Sans vous connestre pourtant, messieurs, je vous ai 
rendu justice, car j'ai conseillé qu'on se servit de vos- 
tre pensée sur le soleil et je n ai faict qu'y joindre 
d'autres pensées au mesme sens qui n estoient point de 
moi. Si j'eusse esté mieux informé, ce petit traict de 
vostre mein auroit esté comme cette ligne unique 
qu'Appelle tira chez Prctogène, que les siècles suivans 
regardèrent avec respect et à laquelle personne n'osa 
jamais rien adjouter : ma faute n'est pas volontaire, je 
ne laisse pas de vous en demander pardon, et suis avec 
toute sorte d'estime et de passion, 

Vostre très humble et très obéissant serviteur, 
Pellisson Fontannier (i). y> 

(i) Registre de l'Académie, fol. lôg, verso. Ces explications de 
Pellisson sont très embrouillées. (Voir Ms 1060, p. 92). Il crai- 



— :^.-!9 — 

Cette lettre fut examinée en détail, mais elle ne 
satisfit point les académiciens , trop gens d'esprit 
cependant pour s'en plaindre ouvertement. 

« On s'entretint durant un temps des pansées de 
cette lettre, du stille et de l'honneur qu'on faisoit à 
l'Académie ; on se reffleschit entre autres choses sur 
ce mot fai conseillé, qu'on se servit de vostre pensée 
(sur le soleil) et je n'ay faict qu'y joindre d'autres 
pensées au mesme sens , qui n estaient point de 
moy, etc. » Cela est assez remarquable ou surprenant 
que les consuls aient mendié la plume de M. Pellis- 
son et qui la leur ayt reffusée. J'ay conseillé, dict-il, 
c'est à dire à ceux que j'avois subdélégués pour satis- 
faire vos consuls (i). » La remarque est mordante, 
sinon juste, mais l'Académie était vaincue. 

Les inscriptions de Pellisson arrivèrent à Arles, au 
mois de mars (2), et les consuls firent toute la diligence 

gnaitde mécontenter le duc de Saint-Aighan, dont l'amitié ne lui 
avait jamais fait défaut. Ne pourrions-nous pas conclure de sa 
lettre qu'il travailla aux inscriptions de concert avec ses collè- 
gues de la Petite Académie dont là fonction était de composer 
des inscriptions et des devises en l'honneur de Louis XIV ? 

(i) Registre de l'Académie, fol. 160. 

(2) (' On parle des inscriptions de M. Pellisson qui sont arri- 
vées et que messieurs les consuls prétendent faire graver avant 
que de sortir de charge, on demeure d'accord de la justice de 
cette prétention et que la ville d'Arles se chargeroit du'ne affaire, 
si ses consuls ou quelque particullier reffusoit des inscriptions 
à l'honneur de S. M., après les avoir demendées et avoir mis en 
;eu un secrétaire d'Estat. » Registre de l'Académie, fol. 1 55, verso. 

23 



— 3^0 — 

possible pour les faire graver, avant de sortir de 
charge. Mais ils n'y parvinrent pas et cet honneur 
était réservé à leurs successeurs, MM. Pierre de Chd- 
teauneuf de Mollégès, Honoré Gros de Boussicaud, 
Jacques Borel et Jean Alivon. 

La ville d'Arles put se flatter d'avoir célébré digne- 
ment la gloire de Louis XIV, mais la dépense fut 
considérable (i) et l'Académie ne pardonna pas aux 

Il s'agit de M. de Pomponne qui fut favorable à la demande des 

consuls, encouragea Pellisson à rédiger les inscriptions deman- 
dées et les fit approuver par le roi. 
(i) Dépense pour le transport et élévation de l'obélisque : 

Le 28 août 1675^ payé à Hector Bremond, jardinier, pour dom- 
mage causé au jardin de la demoiselle Deloste, tenu par lui en 
arrentement 20 '• 

A Louis Roque, travailleur, pc3ur journées employées à 
découvrir ladite obélisque ^5 

A la demoiselle Bourgarel et audit Bremond pour 

dommage lorsqu'on l'a enlevée 126 2 

A la demoiselle Bourgarel, veuve du sieur Deloste, en 
considération de la pierre obélisque qui a été tirée 
de son jardin 33o 

A Antoine Daniel, pour le transport depuis ledit jardin 

jusqu'à la porte Marcanau (ou Mercanou) i5g5 

A Mathurin Rochereau,mArbv\&v,po\iv ouvrage par lui 
. fait à iceluy 3i5 

A Jacques Peytret , architecte, pour la construction 
dudit pied d'estail 664 

Le 24 mars 1676, à Claude Pa gnon et Antoine Bar- 
thélémy, maîtres d'ache (?) de Marseille, pour le 
transport depuis la porte Marcanau jusqu'à la place 
du Marché et élévation des deux pièces de l'obélisque 
sur le pied d'estail 3760 

6825 1. 2 
Suivent les inscriptions de Pellisson. Bibl. Méjanes, MsSoy 



- m - 

consuls de 1676 d'avoir eu recours à M. Pellisson, 
pour composer les inscriptions de l'obélisque, Le Re- 
gistre le prouve. 

Au mois de juillet 1677, M. d'Arbaud arriva de 
Castres, d'où il apporta des nouvelles de M. de Ran- 
chin, et passa quelque temps dans Arles, où il venait 
assez rarement. Ses confrères lui firent fête et lui con- 
fièrent, sur sa demande, le Registre des délibérations 
« attendu que ce gentilhomme qui est sans doubte 
l'un des plus zellés pour toutes les choses de l'Aca- 
démie n'estoit pas souvent à la ville »,et à la condition 
qu'il le rendrait au secrétaire, dans les 24 heures (i). 

On le pria d'occuper le fauteuil du directeur, en 
l'absence de M. de Sabatier, ce qu'il fit en remerciant 
la compagnie « avec des paroUes d'honnesteté et beau- 
coup d'esprit, à son accoustumée. » 

Puis il dit « qu'après avoir leu et passé plus d'une 
fois les mémoires contenus dans le Registre (2), il 
seroit aisé, ce lui semble, de faire un juste volume de 
l'histoire de l'Académie royalle, et que celuy qu'a 
composé M Pellisson de l'Académie françoise n'a pas 
tant d'articles importants et considérables, mais qu'en- 
fin il nesauroit se consoler de l'injustice qu'on a faicte 
à la compagnie de chercher hors de son sein un pan- 
négiriste du roy, pour les inscriptions de l'obélisque, 

(i) Registre de l'Académie, fol. i6i, verso. 
(2) Registre de l'Académie, fol. x6i, verso. 



- 34^ — 

que la lettre de M. Pellisson à l'Académie royalie ne 
se debvoit pas prendre pour un compliment, qu'il 
l'avoit assez bien examinée pour en juger comme le 
mesme M. Pellisson en jugeoit, lorsqu'il faisoit des 
excuses à ces messieurs jusques au pardon. M. le se- 
crétaire a dict que c'estoit une affaire faicte et qu'on 
n'en debvoit plus parler. » On n'en parla cependant 
encore lorsque, quelques années plus tard , M. c/e 
Vertron demanda à être délégué pour haranguer 
Mme la Dauphine. On lui refusa cet honneur et, dans 
le cours de la délibération, un académicien donna 
pour raison de son refus qu'il ne fallait pas confier 
toujours aux étrangers et aux externes les missions les 
plus honorables, parce qu'on pourrait croire qu'ils 
sont plus habiles que les académiciens et « que cette 
conjecture est faisable, puisque on a veu un M. Pel- 
lisson employé pour faire des inscriptions au piédestal 
de l'obélisque, comme si l'Académie n'eust pas eu un 
esprit assez élevé pour faire les éloges de S. M. (i). » 

Les inscriptions de Pellisson n'eurent qu'une durée 
très éphémère et l'Académie est bien vengée de 
« l'injure «[qu'elle reçut alors, on ne les retrouve plus 
que dans les divers historiens de la ville d'Arles (2). 



(i) Registre de l'Académie, fol. i85, verso. Mémoires d'avril et 
de mai 1680. 

(2) Elles sont citées par Séguin à la fin de son ouvrage sur les 
Antiquités d'Arles à la suite d'une bonne gravure de l'obélisque 



— 3.i3 — 

Le projet de revêtir le piédestal de l'obélisque de 
plaques de marbre sur lesquelles on eût gravé les 
inscriptions, fut abandonné, comme trop coûteux 
apparemment pour les finances de la ville. On se 
contenta de les graver sur le piédestal en pierre du 
pays et, dès 1743, elles étaient à peine lisibles (1). 

Vint la Révolution française qui les effaça complè- 
tement, puis l'aigle de Napoléon remplaça, en i8o5, le 
soleil de Louis XIV, et les louanges du vainqueur de 
Marengo celles du grand roi (2). Napoléon mourut en 
exil, et la place des inscriptions resta vacante. Le pié- 
destal était tellement rongé qu'on dut, en 1825, le 
renforcer par une application de blocs de pierre, sans 
élégance et sans grâce. L'obélisque est aujourd'hui 
découronné, le soleil et l'aigle ont disparu, les quatre 
faces du piédestal sont ornées de masques en bronze, 
de modèle antique ; autour du piédestal on a disposé 
une vasque de style fort ordinaire, et le monument, 
dans son état actuel, est loin d'avoir la physionomie 



par M. Ogier. Elles se trouvent également dans le Ms 807 de 
la Bibliothèque Méjanes et dans une foule d'ouvrages imprimés 
ou manuscrits. 

(1) « Il eût été à souhaiter qu'on eût donné un piédestal de 
marbre à un monument si digne d'être conservé : nos pierres 
sont trop molles pour résister au temps : celles du piédestal sont 
déjà toutes rongées et les inscriptions sont à peine lisibles. > 
Fabre, Remarques historiques, p. 97. 

(2) Délibérations du conseil municipal du 22 ventôse, an XIH. 



_ 344 — 

gracieuse, que nous ont conservée les excellentes gra- 
vures de François de Poilly (i), et de M. Ogier. 

Néanmoins, il n'y a guère, en France, que l'obé- 
lisque de Louqsor, sur la place de la Concorde, à 
Paris, qui produise un effet plus imposant et rappelle 
plus de souvenirs d'un passé évanoui. 

(i) Le piédestal à 14 pieds de hauteur et l'obélisque lui-même 
47 pieds {i5 m. 26 c). Il est soutenu par quatre lions en bronze. 

Il existe plusieurs fort belles gravures de l'obélisque d'Arles, 
avec cette inscription : 

Erexere consules Francisons de Boche, Mauritius Romany, 
Anthonius Agard, Joannes Maître, Anno salutis M DC LXXVI, 
et insequenti anno erectum ornavere consules Petrus de Sabatier 
de l'Armeillière, Petrus de Loste,Claudius BœitJ, Ger ardus Bœuf, 
ornatum denique consules Petrus de Chasteauneuf de Moideges 
Honoratus Gros de Boussicaud, Jacobus Borel, Joannes Alivon 
excudi curaverunt regique offerri ab JEgidio Roubin Arelat. 
Academ. 

Bibliothèque Méjanes, Icônes provinciarum. Recueil de gra- 
vures très intéressantes formé par Roux-Alphéran. 

Dans le Ms SBg de laBibliothèque Méjanes, il y a une Estampe 
de l'obélisque, avec ces mots : Cura Jacobi Peytret, Arelat. Ar- 
chit. De Poilly sculpsit. Le P. Ménestrier dans l'Histoire de 
Louis le Grand par les Médailles, in-fol. 1700, a inséré (p. 63) 
une gravure de Vobélisque, sans nom d'auteur. 

Sur l'exhumation et l'érection de l'obélisque, sur l'affaire des 
Inscriptions, voir les Memo/re5 de l'académicien t/e<3M de Saba- 
tier, dans le Musée d'Arles, troisième série, p. 193-197. 



PIECES JUSTIFICATIVES 



LES ANONYMES 

(voir p. 3) 



Nous extrayons d'un curieux ouvrage de M. de 
Grille Estoublon, conservé à la Bibliothèque d'Arles 
(Fonds Bonnemant, vol. Collège, Académie), quel- 
ques détails sur la Société des Anonymes, qui fut, pour 
ainsi dire, le berceau de l'Académie d'Arles, 

Le Mont Parnasse, ou de la préférence entre la 
prose et la poésie, par M. N. S. (d'Estoublon), dédié 
à Monseigneur le comte de Saint-Aignan (i). 

A Paris : chez Pierre de Bresche^ libraire et im- 

(1) Franço's de Beauvilliers obtint de Louis XIV l'e'rection du 
comté de Saint-Aignan (dans le pays Charirain) en duché-pairie. 
Les lettres patentes sont du mois de décembre i663, et furent en- 
registrées au Parlement de Paris, le i3 décembre i663. 

Voir Histoire généalogique et chronologique de la maison 
royale de France, des Pairs, grands officiers de la couronne, etc., 
etc., par le P. Anselme, à Paris, in-fol. 1728, 3" édit., t. IV, 
p. 693 et sqq., Bernier, Histoire de Blois. 

Sur les Anonymes, consulter le P. Fabre, Panégyrique d'Ar- 
les, ^. 3 1, tt. Remarques Historiques, p. 118, mais se tenir en 
garde contre plusieurs affirmations inexactes. 

Voir aussi le Musée à'\v\Qs, le discours de M. Galle, etc., etc. 

Le Mont Parnasse est bien l'œuvre de M. Jacques de Grille, 
l'académicien, car nous lisons dans l'Epitre au lecteur, en tête du 
Poème Provençal sur l'obélisque, Arles, 1676 (Bibliothèque 
Méjanes, Recueil 31687, pièce 9) : 

« On se contentera d'admirer en passant les rares productions 
de ce grand génie, et surtout la préférence qu'il a fait de la poé- 
sie à la prose et son Voyage d'Italie », p. 6, 



— 346 — 

primeur ordinaire de la Reyne, rue Saint-Jacques, à 
l'image Saint-Joseph et Saint-Ignace, mdclxiii, avec 
privilège du roy. 

L'IMPRIMEUR AU LECTEUR 

Amy lecteur, ce seroit une espèce d'injustice de vous 
faire approuver ce petit ouvrage ou parce qu'il porte 
un beau nom, ou, parce qu'il rencontre un grand pro- 
tecteur. Je ne veux point vous surprendre, je ne vous 
donneray mon livre que pour ce qu'il vaut, et, c'est 
pour cela, que je vous prie délire cette préface qui sera 
comme l'histoire de sa naissance, et l'éclaircissement 
de tout son dessein. 

Je revenois d'un long voyage (peu de temps après 
le mariage du roy), lorsque je fus contraint par la 
nécessité de mes affaires d'arrester dans Arles. Cette 
ville est célèbre dans la Provence et par sa noblesse et 
par son antiquité. Elle est peuplée d'un grand nombre 
de gentilshommes et personnes de qualité, entre les- 
quels j'en reconnais un, dont le mérite et la vertu ne 
m'étaient pas inconnues. Celuy-ci me fit l'honneur de 
me recevoir dans sa maison et de payer avec usure 
quelque petit service qu'il disait avoir reçeu de moy 
dans Paris : et que sa générosité luy rendait considé- 
rable. 

Un jour, (c'était le jour que je destinais à mon dé- 
part), et que tâchant de remercier ses bienfaits par des 
paroles, je lui disois que je ne les oublierois jamais ; 
que je dirois partout de sa maison, qu'elle estoit non 
seulement le refuge des malheureux et des affligés ; 
mais un vrai temple d'honneur et de vertu, il me 
prit par la main, et me dit en riant : Vous n'avez pas 
eu le temps de voir le sanctuaire de ce temple, il vous 



- 347 — 

faut bien encore quinze jours pour cette visite. C'est 
ainsi qu'il appelloit son cabinet, où j'eus l'honneur 
d'être introduit avec un plaisir incroyable. Je vous 
jure, mon cher lecteur, que je ne fus point marry de la 
douce violence qu'il me fit pour m'arrester, et vous ne 
le serez pas, à mon advis, d'apprendre ce que j'appris 
dans ce lieu. 

Je ne vous parlerai point de la situation agréable et 
commode de ce cabinet ; le rapide Rhône qui baigne 
son pied, et qui le sépare d'une fort belle campagne 
(si l'on peut donner ce nom à la grande Isle qui se 
forme au milieu de cette rivière), luy en laisse une 
vetie libre et fort estendue, avec la jouissance d'une 
éternelle musique que font les rossignols et les autres 
oiseaux qui l'habitent. Il est inutile de vous décrire 
la propreté de ce cabinet, la petite, mais savante biblio- 
thèque qui le pare, les peintures, les fenestrages, le 
beau balcon et les autres beautés que j'admirois ; mais 
voici ce qui n'est pas inutile, ce me semble, et ce qui 
fait à propos de nostre livre. 

Cinq ou six amis de mon hoste entrèrent après nous 
dans ce cabinet, qui n'y furent pas longtemps, sans 
s'informer de mon nom et de mon employ. Il leur 
répondit en riant ces quatre paroles : C'est, messieurs^ 
ou ce sera (si vous l'agréez) l'imprimeur de l'Acadé- 
mfe.N'en faites rien, me dit le premier de ces messieurs, 
qui était entré. Ce serait pour vous une misérable 
pratique où vous n'auriez rien à faire la plus part du 
temps. Mon hoste adjouta que je ne serois pas plus 
délicat que les abbés et prélats à la mode, qui se per- 
mettent facilement la multiplicité des bénéfices, et que 
l'imprimeur de la Reyne pourroit bien adjouter à son 
titre, sans scrupule, Imprimeur de la nouvelle Acadé- 
mie. Un autre dit que j'oublierais mon mestier, dans 



— 348 — 

cet employ, que leur Académie estoit en coustume de 
ne mettre ses œuvres au jour, que comme on dit du 
Phœnix, après plusieurs siècles ; et Je pense continua- 
t-il, que c'est en veûe de cette coustume que nous 
avons consulté durent longtemps si nous prendrions 
ce bel oyseau pour le Caryn (??) de notre devise. Vous 
ne dites pas, reprent un autre, que le phœnix est le der> 
nier effort de la nature, qu'elle ne compte pour rien 
son travail de cinq ou six cents ans, pour mettre au 
jour une aussi rare production. Si la comparaison est 
juste, poursuit un autre, j'augure mal de notre Acadé- 
mie ; il faudra qu'elle se consomme pour faire quelque 
merveille qui lui ressemble. Ha ! c'est trop, dit celui 
qui n'avoit pas encore parlé, nous retrancherons, si 
vous m'en croyez, quelque chose de cette longueur de 
temps, et nous ne mettrons plus que dix ans à faire un 
livre, encore serons-nous plus sages que beaucoup 
d'autres, car après tout, continua-t-il, cela n'est pas 
fort honorable, d'estre plus lents à produire que les 
éléphants (i). 

Ces messieurs s'entretindrent ensuite et plus du 
même style, des autheurs nouveaux, ils parlèrent de 
la diversité des livres, dont l'impression nous occupe ; 
ils en parlèrent avec beaucoup d'esprit et de discerne- 
ment, et je remarquai dans tous leurs discours outre 
cette raison universelle qui fait les hommes, cette au- 
tre raison particulière qui les différentie les uns des 
autres. 

Cela vous surprendra, mon lecteur, si vous êtes 
de la cour, qu'à deux cents lieues de cette orgueilleuse 
ville (2) qui regarde toutes les autres comme des bar- 

(i) Note marginale. L'éléphant selon Pline porte dix ans. 
(2) Note marginale. Paris, comme l'ancienne Rome, dite par 
çjçcellence Urbs. 



— 349 — 

bares, à l'un des bouts du royaume, dans une ville 
éloignée de ce pays qu'en appelle Grand Monde, on 
rencontre des gens qui parlent tout comme vous pour- 
riez le faire, qui jugent et raisonnent des vers et de la 
prose en gens du mestier. J'en fus surpris moi-même, 
je vous l'advoue, comme je le pourrais cstre de ren- 
contrer des pierreries dans un chemin public, mais je 
ne m'oubliay point de mes advantages pour toute cette 
surprise, comme vous allez voir. 

Les six amis se rangèrent à l'entour d'une longue 
table, et commencèrent une discussion agréable et 
judicieuse de quelques sonnets qui, selon moy, étaient 
admirables. Ils étaient de la manière d'un jésuite (i), si 
je ne me trompe, qui, au passage du roy, avait ravi 
et régalé la meilleure partie de la cour de sa poésie. 

J'étais fort attentif à leur entretien lorsqu'un de ces 
messieurs, me dit ainsi : « Il faut bien que vous 
soyez des amis, puisque notre cher secrétaire ne vous 
a point fait un secret de nos petits exercices. » 

« Pardon, illustre Académie, se prit à dire mon 
hoste d'un ton de voix et d'un air enjoué. Pardon de 
cette entreprise, j'ai cru que l'interprétation des loix 
estoit un privilège de ma charge et comme nostre pre- 
mière loi, c'est de n'en avoir point, je n'ay pas cru que 
ce secret que nous professons, deust estre inviolable. » 

Je profitay de la belle humeur de mon hoste, et de 
la complaisance de cette petite assemblée. J'appris 
comme il en était le secrétaire durant cette semaine, 
mais que cette charge non plus que celle du président, 
n'estoient point affectée à aucun d'eux en particulier ; 
que le premier venu avoit la première place ; qu'ils ne 
se rencontroient jamais guère plus d'une douzaine en- 

(i^ Note marginale. Le P. Le Blot, 



— 350 — 

semble, qu'ils avoient pris un nom de caprice en appa- 
rence, mais, en effet, un nom qui marquait leur inten- 
tion. Ils s'appelaient les Anonymes, un nom sans nom, 
qui dissumulait plus tôt leur gloire, qu'il ne servait à 
la publier , sachant bien que l'éclat qu'on fait de 
pareilles choses, les ruine et les détruit. L'envie les 
regarde avec ses yeux empoisonnés, elle les attaque 
par la médisance quijui sert de bouche et d'armes à 
feu, au lieu que le secret et la solitude sont comme un 
baume précieux et incorruptible qui maintient et 
conserve les choses en leur entier, et leur communique 
une espèce d'immortalité. 

J'appris qu'ils s'assemblaient chez le secrétaire aux 
Jours de dissertation, c'est ainsi qu'ils nommaient cer- 
tains sujets problématiques qu'on agite par des raison- 
nements opposés et contraires, dont il fallait que le 
Registre fût chargé, non point, pour en achepter en- 
suite l'opinion des hommes qu'ils n'ont jamais recher- 
chée, mais enfin que leur divertissement durast plus 
d'un jour et qu'ils le pussent reprendre en un autre 
temps. Je me servis de l'offre obligeante qu'on m'avait 
faite , et j'assistai durant mon séjour à toutes leurs 
conférences. 

J'observai dans celles qu'ils nomm'aient {de la belle 
raillerie) certaine façon de dire et de penser les choses 
qui me charma et dont peut-être je vous régalcray bien 
tost, mon cher lecteur, si l'on me tient parole : (Le 
Pour et le Contre du mariage), et l'autre : (Si 
l'homme de bien doit prendre-partjy dans les troubles 
de la République) (i) passent la force ordinaire des 



(0 Ces trois dissertations sont de M. de Beaumont, d'après une 
note marginale. 



— 351 - 

provinciaux ; j'admirai de certaines traductions qui 
me semblaient dignes du suffrage de la grande Acadé- 
mie et de l'honneur de son alliance, et je me plaignais 
de la négligence de messieurs les Anonymes qui 
n'avaient point brigné cet advantage, à l'exemple de 
leurs voisins (i), dont l'émulation avait été si heu- 
reuse; leur manière enfin de composer, de réciter leurs 
vers, de raisonner les pièces sans chicane et sans flatte- 
ries et tous les autres ouvrages de ces modernes acadé- 
miciens, me donnèrent tant de plaisir et tant d'estime 
pour eux, que je ne sceusm'empêcherde connoistre ces 
trésors cachés, je fus tenté plus d'une fois de violer les 
droits de l'hospitalité, et d't:nlever à mon hoste un tas 
d'écritures qui semblaient mieux à mon usage qu'au 
sien. Mais enfin, convaincu de sa générosité, et sup- 
posant que celuy qui me donnait ses faveurs de si 
bonne grâce me laisserait jouir de celles de ses amys, je 
me donnay la liberté de les lui demander : Vous m'obli- 
gez, me dit-il ; (c'était un autre jour que nous estions 
seuls dans ce même cabinet), vous m'obligerez asseu- 
rément, d'avoir assez bonne opinion de nosessays aca- 
démiques pour m'en demander des copies ; mais vous 
vous trompez, si vous me croyez assez vain pour vous 
les donner, et puis, continua-t-il en riant, ce que 
vous me demandez ne dépend pas de moy. Dès le 
moment qu'on nous reçoit de l'Académie des Ano- 
nymes, nous nous obligeons d'estre secrets et fidèles. 
Notre gloire va par le monde incognito, comme les 
princes en Italie, nous faisons vœu de nous cacher 
aux yeux des hommes, pour jouir plus doucement et 
plus agréablement du commerce des Muses. Advouez, 

(i) Note marginale, d'Avignon. Voir plus haut p. 107, note i. 



— 35^ - 

me disait-il, que cette maxime est commode, personne 
ne prend garde à nous, et nous jugeons impunément 
de tout le monde. Il est vrai que la justice est révérée 
dans nos jugements, la vertu y est toujours couronnée, 
toutes les sciences, tous les arts, la guerre, la cour et 
la politique sont de notre juridiction. Mais comme ce 
n'est ny pour régler la conduite de l'Etat que nous 
travaillons , ny pour acquérir du bien , ny pour la 
vanité de faire des livres ; que ce n'est que pour nous 
plaire à nous-mêmes et pour nous désennuyer, nous 
ne nous obligeons point aux fonctions des savants, 
et quelque vénération que nous ayons pour la science 
nous trouvons qu'il y a moins de peine à nous divertir 
et à nous instruire, qu'à vouloir instruire les autres, 
et à soutenir la réputation des véritables savants. 

Nous estimons infiniment la politesse du langage, 
et la perfection du style, mais, ny pour écrire, ny 
pour parler, nous ne nous attachons à rien avec scru- 
pule, quoi que nous jugions de tout sans flatterie et 
sans complaisance. Nous professons une grande liberté 
dans tous nos sentiments, sans que notre liberté offense 
personne. Nous n'avons point fait de loix parmy nous, 
parce que nous suivons les loix gériérales de la raison. 
Nous reconnaissons la grande et l'illustre Académie 
de Paris pour notre souveraine, et nous répondons à 
ceux qui se flattent de l'honneur de son alliance, que 
les roys ont des subjets, ils n'ont point de parents, et 
que si nous pouvons quelque jour mériter ses suffra- 
ges (r), (à quoi nous travaillons), nous seront plus 
glorieux sans doute, que ceux qui ont desja son adop- 
tion. J'estais tout à fait arresté aux paroles de mon hoste, 

(t) Note marginale. Comme messieurs les Emulateurs. 



lorsqu'il se prit à rire en me regardant. On dirait, me 
dit-il, à voir votre sérieux et votre attention, que vous 
songez à faire un livre, au moins, continua- t-ii, si 
vous imprimez l'histoire de notre Académie, n'oubliez 
pas sa devise, car, c'est là l'essentiel de l'histoire aca- 
démique, comme on le voit par l'inimitable original 
qu'en a fait le sieur Pellisson. Il satisfit ensuite ma 
curiosité touchant cette devise, dont j'ai voulu satis- 
faire la votre, mon cher lecteur, par sa représentation. 
C'est la Lyre d'Orphée, comme vous voyez, dont 
l'âme explique l'intention de ces illustres inconnus. 



DE LA PRÉFÉRENCE ENTRE LES ANCIENS OUVRAGES 
ET LES MODERNES 

Par m. J. de Grille 

Nous avons mentionné, page 92, un discours de M. de Grille, 
prononcé le 3i janvier 1667, nous le citons ici, à titre de curio- 
sité. Rappelons que M. de Grille était versé dans la connaissance 
de l'espagnol et de l'italien, les deux langues à la mode. On 
verra, par son discours, ce qu'il pensait de la querelle qui devait 
diviser si profondément les esprits, quelques années après. 

Messieurs, 

Çà esté l'occupation de mon esprit durant long- 
temps de considérer Testât présent de cette ville, les 
geux, les sociétés et les divertissements d'aujourd'huy 
et de comparer toutes ces choses aux occupations illus- 
tres et éclattantes de nos pères. J'avais de la peine à la 
recognoistre cette aymable ville, qui se vantait d'estre 
autrefois la rivale de Rome, qui a esté la cour des rois, 
le séjour des grâces, l'amour et les délices des Guises et 
des Mommorencis, je rougissois de mémoire lorsque 
je voyais raconter les geux et les parties d'esprit, les 
inventions, les carouzels, les devises, les vers et la prose 



— 3n^ - 

dont la galanterie du siècle passé faisoit profession, à 
la honte du nostre, et je voulois mal à l'histoire qui 
sembloit nous reprocher l'abhatement d'esprit et la 
pesanteur où nous vivions, cependant qu'elle nous re- 
présentoit l'honneur, la vertu et la belle ambition de 
ceux qui nous ont précédé. xMais enfin, messieurs, il le 
fault dire à vostre gloyre, je me console de tout lorsque 
je regarde vostre petit corps, lorsque je le considère 
comme une production extraordinnaire du ciel qui 
dans la vieillesse et la décrépitude (s'il faut ainsi dire) 
de nostre patrie, dans ses misères et dans sa nécessité, 
permet qu'elle se recouvre en quelque manière de 
toutes ses pertes par l'establissement à l'Académie. 

Ce mot seul représente vostre gloire, messieurs, et 
la faveur du ciel ; cette gloire et cette faveur sont des 
preuves de vostre mérite, ces preuves sont les plus 
beaux éloges et les plus légitimes que vous pouvez 
recevoir, et ces éloges doivent satisfaire à tous les re- 
merciements que je vous doibs, et que vous devez 
attandre de moi, mais, messieurs, comme je confonds 
tous mes désirs et toutes mes pensées dans l'Académie, 
il faut que mes parolles sentent encore cette confusion, 
que je ne me lasse point de vous féliciter de l'inspira- 
tion du ciel, des grandeurs nouvelles de l'Académie, 
des éloges qu'on luy donne et de ceux que méritez ; 
que je me réjouisse avec tous les gens de bien de tout 
cela comme d'une félicité publique, et qu'après avoir 
donné mes soins et mes services à l'Académie, je me 
serve d'elle-même en cette rencontre, pour la décision 
de notre problème. 

On demande quelle doibt estre la préférence entre 
les ouvrages modernes et les anciens : je ne fais pas 
difficulté, messieurs, de me déclarer pour les premiers 
et, pour ne pas vous ennuyer, je réduis tout mon art 



- â55 -^ 

et toutes mes preuves en une seule expérience. Je ne 
vous parleray donc point de Raphaël d'Urbin, de 
Michel-Ange, du Carrache, de Frédéric Succharo, de 
Pietro di Cortona , du Titian et de quelques autres 
dont les moindres ouvrages ont effacé les miracles des 
Xeuxis, des Appelles, des Phydias et des Praxiteles. 
No'stre France, messieurs, a produit, dans nos jours, des 
Mignards, des Poussins et des Veluds (?) et des Bruns, 
qui ont eu leurs partisants dans Rome contre ces pre- 
miers, le cavailler Bernin et le beau Romain pour le 
demi relief et pour l'architecture sont miraculeux, le 
cirque de Saint-Pierre et le dessein de Place Navonne, 
la Proserpine du palais Ludovisio du premier, la Ma- 
dona del populo, Castel Gondolphe et Saint-Jean de 
Latran réparés par le deuxième sont des merveilles de 
nostre siècle qui laissée démêler l'affaire à la postérité, 
scavoir qui le doibt emporter des ouvrages modernes 
ou des anciens. J'ai vu dans Rome la Vénus de Médi- 
cis et la Niobé, l'infâme favori de Néron et son matte- 
las d'une même pièce de marbre, j'ai veu les deux 
luitteurset le frondeur, mais la Flora, la Daphné et le 
Gladiateur ne sont pas de moindre prix et tout cela 
me persuade, messieurs, que je me suis pas tant mal 
fondé de chercher chez nous-mesme ce qu'on ne trouve 
point dans Rome, je veux dire la décision du pro- 
blème. 

Vous scavez si la Diane d'Arles est estimée, si les 
doctes honnestes gens et les curieux qui passent 
n'advotient pas qu'ils n'ont rien veu dans toute l'Italie 
qui soit comparable à cette statue : j'en cognois un 
entre autres d'une province voisine qui a fait plus 
d'un voyage en ce pays pour lui rendre visite, qui 
ne se lasse point de la regarder et qui trouve toujours 

24 



— 356 — 

quelque chose qui le charme et qui le surprend en 
contemplant cette merveille (aliquid divinitatis spirat) 
me disoit-il , la dernière fois qu'il fut ici, je ne scay s'il 
me disoit cela pour exprimer la perfection de l'ouvrage 
ou la cognoissance qu'il avoit de cette perfection (i). 
Mais que dira-t-il ce scavant ami lorsqu'il appren- 
dra par ma bouche ce que c'est que la Minerve d'Ar- 
les (l'Académie), quelle difîérance il y a entre cette 
nouvelle divinité et cette divinité de pierre qu'il estime 
tant. Je m'asseure, messieurs, qu'il décideroit bientost 
le différant d'entre les curieux et qu'il le décideroit 
bien tost à nostre advantage, qu'il diroit que la Mi- 

(i) En marge et d'une écriture très serrée, on lit : Messieurs, 

« Vous avez eu parmi vos citoyens un illustre dont la docte cu- 
riosité ne mérite pas seulement une honorable mention, chez tous 
les amateurs des belles lettres qui vivent, mais qui sera renommé 
sans double de la juste postérité pour tant de beaux ouvrages 
qu'il a laissés, c'est lui qui a esté plus avant que l'histoire des 
Dieux et qui a si bien escrit de nostre Diane, qu'il en a descou- 
vert l'origine et en a faict un objet d'amour et de vénération 
pour quelques uns et de beaucoup d'estime et de jalousie pour 
les autres. Vous savez donc, messieurs, quelle est cette Diane 
d'Arles qu'on estime tant et si les curieux, etc. » 

Registre de l'Académie, fol. 3g, verso. 

Il s'agit évidemment de François de Rebattu, conseiller du roi 
au siège d'Arles, qui avait publié en i656 : La Diane et le Jupiter 
d'Arles se donnant à cognoistre aux esprits curieux. En lôSg, 
il en donna une seconde édition sous le titre de : Le Portrait de 
la Diane retouché. Nous aurons à en parler à l'occasion du débat 
provoqué par la célèbre statue, connue aujourd'hui sous le nom 
de Vénus d'Arles. (Musée du Louvre). 

Le savant < d'une province voisine » est peut-être M. François 
Graverol de Nîmes, qui se prononça plus tard contre M. de Re- 
battu à la suite de Claude Terrin. Il avait 3o ans, en 1667. 

Voir sa Dissertation, 7 p. in-4", Bibliothèque Méjanes, Recueil 
28255. Elle est datée du 16 février i685,et dédiéeà M. de Charnes. 



— 357 - 

nerve d'Arles n'est pas une statue taillée par la main 
des hommes, un ouvrage de marbre ou de métail, une 
divinité factice, mais animée de l'esprit et du cœur 
des plus honnestes gens du royaume, que son corps 
n'est composé que de parties nobles, que son âme toute 
pure et plus chaste que celle de la Diane fabuleuse ne 
lui inspire rien de prophane, rien que ce que la vertu 
la plus charmante peut inspirer aux véritables déesses, 
qu'elle se fait elle-mesme un secret, des lois et un 
point d'honneur, des mystères et une religion. Le 
consentement qu'elle donne à ses règlements- fai et 
cognoistre que les hommes ne sont pas raisonnables 
qui affectent l'indépendance ; le secret qu'elle observe 
nous tesmoigne qu'elle n'a rien de la femme ordinaire, 
et qu'elle est toute déesse, toute divine en son tout et 
en ses parties. Son point d'honneur n'est autre chose 
que le bel exemple qu'elle propose à toute la province et 
aux jeunes gens, de fuir l'oisiveté et dechercherlagloire, 
comme font les braves ou dans la guerre ou dans le 
Parnasse; la religion enfin de nostre Minerve, mes- 
sieurs, doibt estre une saincte et parfaicte union, une 
amitié inviolable et éternelle que vous devez professer 
parmi vous. Disons le plus clairement, messieurs, et 
trouvons sans figure toutes les proportions d'une belle 
âme , toutes ses puissances et ses fonctions dans 
l'Académie : j'y vois sa mémoire dans le Registre, sa 
volonté dans l'union, et l'intelligence, qui rend l'âme de 
l'homme l'image de la divinité, dans la personne de 
celui que le sort nous donne pour directeur. Ce n'est 
pas, messieurs, qu'en cet endroit je n'eusse un beau 
champ pour controoller la conduite du sort ou la vos- 
tre et que je ne peusse peut-estre avec justice vous 
reprocher l'honneur que vous m'avez faict : je dis re- 
procher, messieurs, parce que vous n'avez rien faict 



- 3^8 ^ 

pour vostre utilité particulière, vous n avez travaillé 
que pour mes advantages, mais comme je vous le pro- 
testay en prenant le rang honorable que je quitte au- 
jourd'huy, puisqu'il est vray que vous ne scauriez 
rien faire que de bien, et que je puis jurer que mon 
intention a tout à faict esté bonne, je puis conclure 
que nous avons parfaictement bien fait et vous et moi, 
mais, messieurs, si je vous regarde comme la cause et 
l'objet de toutes mes bonnes pensées, encore faut-il 
que je vous réitère les asseurances de mes services, 
c'est ce que fait, Messieurs, autant par inclination 
que par recognoissance, vostre très, etc. » 

(Registre de l'Académie, du fol. 38, verso, au fol. 40 verso.) 



RELATION 

FAITE PAR M. LE MaRQUIS DE ChaTEAURENARD, A MM. DE l'AcADÉMIE 

Royale d'Arles , dans une publique assemblée , le mardi, 
2g avril 1670. 
Contenant un fidèle récit de toute sa gestion en qualité de député 
de ce corps auprès de Sa Majesté, de Monseigneur leChaicelier 
et de Monseigneur le duc de Saint-Aignan et de MM. de 
l'Académie Française (i). 

Messieurs, 

Lorsque vous me fîtes l'honneur de jeter les yeux 
sur moi, pour porter à Sa Majesté le témoignage de 

(i) Nous citons le texte du Ms 475 du fonds Bonnemant : 
Collège Académie, Bibliothèque d'Arles, parce qu'il est plus 
complet que celui du Registre (fol. 77, verso, à fol. 85, verso), 
et nous indiquerons au passage la seule variante importante. 
La relation se trouve dans un cahier transcrit en 1753. 

Notons de suite que la séance est assigne'e par le Registre au 
3o avril, nous avons adopté cette date contredite par le Ms 476 
de la Bibliothèque d'Arles et par le Ms 788, Annales d'Arles, de 
a Bibliothèque Méjanes. On y lit à l'année 1670 : « Le 29 



— 359 — 

votre respect et de votre gratitude, pour l'établissement 
glorieux de notre Académie, selon les ordres et les 
intentions de Monseigneur le duc de Saint-Aignan, 
notre protecteur ; lors même que vous eûtes la bonté 
de me confier vos dépêches à MM. de l'Académie fran- 
çaise, et me charger en même temps de demander la 
protection et l'alliance de cette illustre compagnie, de 
remercier Monseigneur le Chancelier de la bonté qu'il 
avait eu de sceller les lettres patentes, dont il a plu au 
roy de nous honorer, et rendre les très humbles actions 
de grâces que nous devons à notre incomparable pro- 
tecteur de tous les avantages qu'il nous a procurés ; 
l'oserai-je dire, messieurs, je balançai longtemps en- 
tre l'obligation de vous satisfaire et l'appréhension que 
j'avais de ne pouvoir pas remplir aussi dignement vos 
espérances que vous vous l'étiez peut-être promis. 
La grandeur de cet emploi me paraissait au-dessus de 
mes forces, et mon peu de suffisance me le faisait re- 
garder comme un écueil à votre naissante gloire et 
comme un abîme dont j'aurai peine à me retirer. Mais 
mon zèle et mon devoir l'emportèrent par dessus toutes 
ces considérations, je crus que vos lumières, messieurs, 

avril, dans une assemblée publique de l'Académie, M. le marquis 
de Châteaurenard rendit compte de sa députation à Paris, avec 
M. le marquis de Castillon, et comment ils avaient été admis à 
une assemblée de l'Académie française, leSo janvier précédent.et 
à l'audience du roi et à celle de M. le Chancelier, le b février, sui- 
vant. » 

En faux titre, le Ms 475 porte ce qui suit : Relation de ce qui 
s'est passé au sujet de la députation faite par MM. de l'Académie 
royale d'Arles, de M. d'Aymard, marquis de Châteaurenard, au- 
près du roy, de Monseigneur le Chancelier, de M. le duc de Saint- 
Aignan et de MM. de l'Académie françoise(i67o). 

Voir le chapitre VII, du présent volume où nous avons résumé 
ce récit, p. igS et sqq. 



— 360 — 

suppléeraient au défaut des miennes, que mon cœur 
me tiendrait lieu d'esprit, en cette rencontre, et que, 
si j'étais privé de la force et des brillants de ce dernier^ 
les ardeurs et la sincérité de l'autre feraient mon excuse- 
Notre Magnanime protecteur rie contribua pas peu à 
ce dessein, son éloquence soutint ma faiblesse , et ce 
grand homme qui sait forcer ses amis et ses ennemis 
par des moyens différents, à qui rien ne résiste, me 
soumit d'abord à ses sentiments avec la même facilité, 
que les plus redoutables guerriers ont accoutumé de se 
rendre à la force de son épée. Je ne pus après cela me 
dispenser d'accepter cet emploi, qui me fit paraître en 
même temps environné de toute votre gloire, et qui est 
la plus 'forte et la plus favorable raison de l'heureux 
succès qui a suivi ma députation. Mais comme vous 
m'ordonnez aujourd'hui de vous en rendre un compte 
exact, de vous particulariser les moindres circonstan- 
ces, de réciter devant cette illustre et nombreuse com- 
pagnie, jusqu'aux moindres paroles que j'ai dites de 
votre part à notre grand monarque, à la savante et très 
polie Académie française, à Monseigneur le chancelier 
et à notre généreux et illustre protecteur M. le duc de 
Saint-Aignan, je suis contraint d'avouer, messieurs, 
devant cette auguste assemblée, que c'est mettre mon 
obéissance à bien plus forte et plus rude épreuve, puis- 
que par tout ce que j'ai fait de votre part à la cour et à 
Paris, je ne hasardais que votre gloire que vous sou- 
tiendrez à l'avenir par mille choses dignes de l'immor- 
talité, et je sacrifie aujourd'hui toute la mienne que 
je ne recouvrerai peut-être jamais, et que je n'ai acquise 
que par un bonheur inespéré et par la participation 
de la votre ; mais comme je ne soutiens pas assez par 
mon mérite l'honneur que j'ai d'être votre confrère, il 
faut que ce soit par mon obéissance : aussi veux-je, 



— 361 — 

messieurs, la faire éclater hautement devant tout ce beau 
monde qui m'écoute et vous donner aujourd'hui des 
marques authentiques de ma defférence et de ma sou- 
mission à vos ordres, en vous rapportant mot à mot 
toutes les choses que j'ai dites de votre part, autant 
que ma mémoire pourra me le permettre. 



RELATION 

Suivant les ordres de Monseigneur le duc de Saint- 
Aignan, à qui je remis la patente de ma députation^, 
que vous m'aviez envoyée en bonne forme, il fut arrêté 
que je serai reçu en l'Académie française, le jeudi, 
3o janvier, jour de l'ordinaire assemblée, et selon les 
formes accoutumées, ayant visité M. Conrard, secré- 
taire perpétuel de cette illustre compagnie et M l'abbé 
Testu qui était le directeur. Monseigneur le duc de 
Saint-Aignan se rendit de Saint-Germain à Paris, sur 
le commencement de la semaine, pour se trouver à 
l'assemblée de cet illustre corps, dont il est un si digne 
membre, et soutenir mes faiblesses par l'éclat de sa 
protection et de sa présence, mais votre malheur et le 
mien en particulier voulut qu'en arrivant à Paris, il se 
sentit tout d'un coup incommodé et obligé de se mettre 
au lit, par l'ouverture de deux ou trois anciennes 
blessures, qu'il avait reçues au service du roy et qui 
furent des bouches bien plus éloquentes que la mienne 
pour publier sa valeur et son mérite. Ne pouvant 
donc par cette raison assister à l'assemblée, il me char- 
gea d'une lettre pour MM. de l'Académie française, 
si belle et si éloquente et pour vous et pour moi, que 
c'est un monument éternel de votre gloire et de la 
mienne, si j'ose ainsi le dire. (V. cette lettre, p. 206). 



— 362 — 

' Le jour arrêté étant arrivé, nous fumes introduits 
sur les deux heures après midi dans cette fameuse 
assemblée, M. le marquis de Castillon, M. Mercurin 
et moi. M. de Castillon, comme un des plus dignes 
membres de notre corps et des plus considérables gen- 
tilshommes de cette ville, donna beaucoup d'éclat à la 
députation, et M. Mercurin par ses soins assidus, par 
son adresse et par son esprit n'y contribua pas peu, 
ainsi qu'il avait fait à l'établissement de cette compa- 
gnie par la sollicitation des lettres pattentes et par 
mille autres bons services, qu'il nous a rendus et dont 
nous lui devons une éternelle gratitude. 

Messieurs de l'Académie nous envoyèrent recevoir 
par deux de leur corps jusque dans la première cour 
de l'hôtel de Monseigneur le Chancelier, où se tient 
leur assemblée. Les députés furent M. l'abbé Cottin 
et M. Charpentier, tous deux très connus par leurs 
mérites et par les beaux ouvrages qu'ils ont donné au 
public. 

Ils nous conduisirent jusque dans un salon magni- 
fique de cet hôtel, où se tiennent ordinairement les 
séances de l'Académie française, et où ils nous firent 
placer sur trois fauteuils préparés exprès à la teste de 
leur compagnie, tout auprès du directeur. Je présentai 
en entrant à M. l'abbé Testu la lettre dont vous 
m'aviez chargé et celle de notre auguste protecteur, 
mais tout le monde s'étant disposé à écouter attentive- 
ment ce que j'avais à dire, j'avoue, messieurs, que je me 
sentis tout d'un coup surpris et étonné de la hardiesse 
que j'avais de m'exposer à parler devant une si célèbre 
assemblée, dont chaque illustre teste me devait être 
plus redoutable qu'une puissante armée; cette surprise 
parut à mon discours, et si elle n'eut pas assez de force 
pour m'ôter la parole, elle m'obligea du moins à la 



— ses - 

commencer comme je vais vous la dire, bien que Je 
l'eusse préparé autrement. Voici donc, messieurs, dans 
quels termes je leur parlai : 

Harangue a MM. de l'Académie Française 
Messieurs, 

C'est avec juste raison que je me trouve surpris de 
me voir au milieu d'une si célèbre assemblée, et d'être 
obligé de parler devant de si éclairés et si illustres 
auditeurs. Quelque hardie pourtant et peut-être témé- 
raire que soit mon entreprise, je pourrai trouver mon 
excuse dans le métier que je fais, mais vos bontés, 
messieurs, et vos lumières me sont encore plus néces- 
saires, pour me pouvoir dignement acquitter du dis- 
cours que j'ai à vous faire, de la part de messieurs de 
l'Académie royale d'Arles, que notre grand et invin- 
cible monarque a depuis peu érigée en corps, par des 
lettres patentes très authentiques, sous la protection 
de Monseigneur le duc de Saint- Aignan, pair de France 
et un des plus dignes et des plus illustres membres de 
votre auguste corps. En effet, messieurs, j'aurai besoin 
de toute votre éloquence pour vous pouvoir parfaite- 
ment exprimer les sentiments de ce petit corps naissant 
pour votre incomparable compagnie. Quelque gloire 
dont il se voye revêtu dès son établissement, il croit 
qu'il manque quelque chose à sa bonne fortune s'il ne 
vous en faisait part et quelques applaudissements 
qu'on y donne, rien n'est capable de pouvoir remplir 
ses souhaits que l'approbation et l'alliance de l'assem- 
blée la plus célèbre du royaume. Ne trouvez donc pas 
mauvais, messieurs, que dans l'espoir que nous avons 
de pouvoir mériter un jour cette glorieuse approbation, 
où tendent les veilles des plus savants et où la plus 



- 361 — 

forte ambition des hommes de lettres doit être bornée, 
je vous demande maintenant pour notre compagnie 
cette glorieuse alliance qui fera désormais notre plus 
grande gloire et qui fait aujourd'hui notre plus forte 
passsion, 

Vous êtes, messieurs, les souverains du royaume 
des lettres, tout le monde spirituel vous reconnaît à 
juste titre pour ses maîtres et ses arbitres, mais tout 
le monde n'a jusqu'ici pu participer à vos lumières, 
quelques brillantes et fortes qu'elles soient, elles n'ont 
pu venir jusqu'à nous. L'éloignement de notre pro- 
vince et la barbarie de notre langage nous ont privé 
d'un avantage si précieux et c'est seulement aujour- 
d'hui que nous en pouvons recevoir quelques écoule- 
ments, par la glorieuse alliance que je vous demande; 
mais comme nous ne sommes pas assez polis ni assez 
éclairés, pour oser prétendre le droit de bourgeoisie 
parmi vous, je veux vous protester, messieurs, que la 
ville d'Arles, qui a commandé autrefois en qualité de 
reine ù la plupart de celles de France, se fera gloire 
aujourd'hui d'être une de vos colonies et préférera son 
obéissance et, si j'ose le dire, sa servitude même, aux 
sceptres et aux couronnes qu'elle a porté. 

Après cet aveu, messieurs, et la crainte que j'ai 
d'abuser de votre patience, j'ajouterai seulement, de la 
part de notre compagnie, que quelques avantages 
qu'elle trouve dans son établissement, elle n'en veut 
jouir que sous vos auspices, qu'elle met dès à présent 
ses naissantes muses sous votre illustre protection 
qu'elle espère de voir bientôt croître ses lauriers à l'om- 
bre des vôtres et d'apprendre de vous le bel art d'en 
faire des couronnes. Ainsi, messieurs, bien que ses 
commencements soient très faibles et très petits, elle 
se persuade facilement que par votre moyen les suites 



— 365 - 

en seront un jour très hautes et très glorieuses ; il ne 
me reste qu'une chose à vous dire, qui est de ne vou- 
loir pas juger ces messieurs^ de l'Académie d'Arles, 
par mon peu de capacité, je vous ai protesté, dès le 
commencement de mon discours, que je portais l'ex- 
cuse de mes fautes dans le métier que je fais ; car ce 
n'est pas pas dans la poussière des camps que l'on 
éclaire les esprits et que l'on polit le langage, et le 
fracas des armes ne s'accorde pas bien avec le repos du 
cabinet. Ne prenez donc pas garde, messieurs, au peu 
de justesse de mes paroles, mais à la sincérité de mes 
sentiments, c'est par elle que j'espère devons persuader 
de la vénération parfaite, de l'attachement extraordi- 
naire et de la passion inviolable que messieurs de 
l'Académie royale d'Arles auront éternellement pour 
votre illustre corps et pour les particuliers qui le com- 
posent. 

Suite de la Narration 

Monsieur le directeur répondit à mon compliment 
par un très éloquent discours, où, avec les éloges de 
notre monarque, il n'oublia pas de donner une gloire 
immortelle à notre nouvelle Académie, d'élever extrê- 
mement celle de la ville d'Arles et d'en faire tomber 
quelques écoulements sur moi. Mais pour faire voir 
l'estime que cette compagnie faisait de notre corps et 
de nous-mêmes, quand M. l'abbé Testu eut fini son 
discours, chaque académicien citait des vers ou de la 
prose qu'il avait composé ; le tout m'y parut si char- 
mant que je me crus dans un lieu enchanté ; pour 
donner ensuite à notre compagnie une idée de l'occu- 
pation de l'Académie française et du Dictionnaire 
utile et savant qu'ils travaillent depuis si longtemps, 
M- de Mé:^eray proposa la lettre et le mot où ils 



— 366 - 

étaient demeurés en leur dernière assemblée : la lettre 
était R. R. et le mot Rose sur lequel ils disent tout ce 
qu'on peut imaginer de bon et de beau. La nuit finit 
bientôt après l'assemblée et termina tout d'un coup 
nos plaisirs. Au sortir, nous fûmes ramenés par les 
mêmes députés jusqu'à nos carrosses, et le lendemain 
matin, ils vinrent chez moi, pour me faire compliment 
de la part de toute l'Académie. Monsieur le directeur 
me visita quelques jours après, et plusieurs autres 
membres des plus illustres de ce corps m'ont rendu 
le même honneur (mettez tout cela, messieurs, sur vo- 
tre compte). Comme je crus après toutes ces choses être 
obligé d'aller informer Monseigneur notre protecteur 
du succès de cette journée, je fus chez lui le jour sui- 
vant, pour lui rendre un compte exact de tout ce qui 
s'était passé en cette assemblée, mais la part qu'il 
prend aux intérêts de notre Académie ne lui permit 
pas d'attendre que je fusse alléchez lui, il avait mandé, 
prié le même jour deux de ces messieurs qui s'étaient 
trouvés à cette assemblée de le venir voir et le soir 
même, ayant appris toute chose dans la vérité, il leur 
parla si avantageusement pour chacun de nous et pour 
toute notre compagnie que la portion de gloire qui en 
rejaillit sur moi me fit paraître, aux yeux de ces mes- 
sieurs, tout autre que je n'étais et fascina pour ainsi 
dire leurs esprits et leurs jugements, en ma faveur. 
Deux jours après, le duc ayant repris sa santé s'en 
retourna à Saint-Germain, mais avant de partir il me 
fit promettre que je m'y rendrais le mercredi suivant 
pour pouvoir le lendemain, 5 février, au lever du roy, 
faire mon compliment à Sa Majesté. Je ne pus résister 
aux ordres de ce grand homme et je me contentai de 
lui représenter que c'était une chose bien au-dessus de 
mes forces d'oser parler devant le plus grand des rois 



— 367 — 

et le plus éclairé des hommes, mais comme il écouta 
peu mes raisons, je suivis aveuglement les siennes et 
je me rendis à Saint- Germain, le 4 février. Je connus 
en arrivant qu'il était de mon devoir et de la bien- 
séance d'aller, avant toute chose, remercier de votre 
part ce généreux protecteur des peines qu'il avait pri- 
ses, et qu'il voulait encore prendre pour nous, je fus 
donc lui faire la révérence à son lever et je lui fis 
ensuite ce petit compliment : 

Compliment a Monseigneur le duc de Saint-Aignan 
Monseigneur, 

Messieurs de l'Académie royale d'Arles que vous 
honorez de votre glorieuse protection, m'ont chargé 
de venir vous rendre de nouvelles grâces de celles dont 
vous les comblez tous les jours, et qu'ils sont encore 
prêts de recevoir de Sa Majesté par votre moyen. 
Comme ils doivent déjà leur établissement à vos bon- 
tés et à votre appui et toute la gloire dont ils sont 
revêtus à celle de votre illustre protection, agréez, 
Monseigneur, que je vienne, en leur nom, vous faire 
aujourd'hui un nouvel hommage de toutes ces choses 
et vous protester encore, de leur part, qu'ils ne souhai- 
tent de profiter de tous les précieux avantages que 
vous leur avez si généreusement procurés que pour 
pouvoir plus noblement un jour dresser des Trophées 
à votre gloire et donner l'immortalité à votre auguste 
nom. Vous vous étonnerez peut-être. Monseigneur, 
qu'ils aient voulu se servir d'une voix aussi faible que 
la mienne, pour vous exprimer des sentiments aussi 
forts que les leurs, mais comme ils connaissent le juste 
discernement de votre esprit, ils savent que vous ne 
regarderez pas tant à la politesse d'un homme d'épée 



— 36S — 

qu'aux véritables sentiments du cœur qui sont si né- 
cessaires, en cette rencontre. Recevez donc, s'il vous 
plaît, aujourd'hui, Monseigneur, l'offrande que je 
vous fais de tous les nôtres à la fois, en reconnaissance 
que nous vous devons et souffrez qu'après vous avoir 
demandé la continuation de cette précieuse protection 
qui fait toute joie et toute notre gloire, je vous assure 
que nous conserverons inviolablement dans ces mêmes 
cœurs pour votre illustre personne, un respect très 
profond, une vénération parfaite et une passion si forte 
qu'elle ne finira qu'avec nos vies. 

Suite de la Narration 

Il reçut mon compliment à son accoutumée c'est-à- 
dire avec une civilité sans exemple et des Louanges 
et pour vous et pour moi, que sa seule générosité et 
votre mérite peuvent autoriser. Il répondit ensuite sur 
le champ à tout ce que je venais de lui dire, en des ter- 
mes si éloquents et si polis que qui ne l'aurait jamais 
ouï parler aurait cru que c'était des choses étudiées. Je 
fus le lendemain, suivant ses ordres, au lever du roy ; 
la générosité de ce duc qui est premier gentilhomme 
de la chambre, me fit entrer des premiers, dans un lieu 
où le plus grand seigneur du royaume s'estime heu- 
reux d'être introduit parmi la foule. Après que Sa 
Majesté eut achevé de se faire habiller et que la piété 
de ce grand monarque, qui n'est pas moindre en lui 
que toutes les autres vertus, l'eût obligé de commencer 
sa journée par la prière, Monseigneur le duc de Saint- 
Aignan me fit placer tout contre la partie du cabinet 
où Sa Majesté entra quelque temps après : je ne tardai 
pas longtemps à y être appelé par l'huissier, et c'est ici 
sans doute, messieurs, où j'avais besoin de vostre es- 



— m — 

prit et de vos lumières lumières, pour pouvoir donner 
À ce grand monarque, le plus éclairé des hommes, 
quelque idée avantageuse de notre compagnie, mais 
comme il est aussi bon qu'il est grand et qu'il est spi- 
rituel, il me reçut avec une douceur extraordinaire, il 
m'écouta avec une patience admirable et il me répondit 
avec des termes si glorieux et si doux pour vous et 
pour moi, si éloquents et si polis, que tout ce j'en ai 
à vous dire là-dessus surpasse si fort mon expression 
et mon imagination même, que je ne prends pas garde 
que j'oublie à vous réciter ce que je lui dis de votre 
part, qui fut à peu près en ces termes : 

Harangue au Roy 
Sire, 

L'établissement que Votre Majesté a eu la bonté 
de faire depuis peu d'une Académie royal le de belles 
lettres, dans la ville d'Arles et les marques éclatantes 
et glorieuses dont elle a voulu l'honnorer tout d'un 
coup me donnent la hardiesse de me présenter aujour- 
d'hui devant elle, pour lui en rendre de très humbles 
actions de grâce, avec tout le respect et toute la soumis- 
sion qu'elle doit attendre des plus fidèles et des plus 
zélés de ses sujets. En effet. Sire, quand nous consi- 
dérons que le plus grand de tous les rois n'a pas 
dédaigné de jeter les yeux sur la plus éloignée de ses 
provinces et d'enhardir par ses bontés les petits efforts 
de quelques gentilshommes que l'amour de la vertu, 
l'oisiveté de la province et le calme de la paix avaient 
assemblés, rien ne nous a paru moins pardonnable 
qu'un silence ingrat et honteux, dans cette rencontre ; 
ne trouvez donc pas mauvais. Sire, que ma voix, toute 
faible quelle est, vous exprime aujourd'hui, quoique 



— 370 — 

imparfaitement, les sentiments d'ardeur et de recon- 
naissance que conçoit pour son monarque ce petit corps 
naissant et que Votre Majesté me permette encore de 
lui dire que, quelques petits et faibles que soient ses 
commencements, les suites n'en peuvent être un jour 
que très hautes et très glorieuses puisqu'elle nous a 
donné pour protecteur M. le duc de Saint-Aignan, 
dont l'esprit et le cœur et le mérite répondent si bien 
à la haute réputation qui s'est acquise dans le monde, 
et comme notre assemblée n'est composée pour la 
plus part de gentilshommes nous ne saurions man- 
quer de réussir sous un si digne chef, qui réunit en sa 
personne les véritables et les plus éclatantes marques 
de la noblesse, je veux dire les armes et les lettres, 
ainsi ce généreux protecteur éclairera nos esprits par 
ses lumières, fortifiera nos coeurs par ses exemples, et, 
comme un autre César, il nous montrera le chemin de 
l'immortalité par l'épée et par la plume. Aussi ce n'est 
qu'à Votre Majesté, Sire, qu'appartient la gloire d'être 
servie par des Césars, puisqu'elle en surpasse de si 
loin la réputation et l'éclat, par la gloire de ses actions. 
Tout ce qu'on voit en Votre auguste Majesté en sou- 
tient si puissamment la grandeur et l'élévation, que 
ce n'est pas sans raison qu'elle est devenue l'admiration 
et l'étonnement de tous les peuples de la terre. Votre 
conduite. Sire, est si admirable qu'elle imite parfaite- 
ment celle du souverain maître de l'univers, qui, sans 
s'ébranler, en fait mouvoir toute la vaste machine et 
sans diminuer en rien de l'éclat de sa gloire prend un 
soin tout particulier des plus petites choses et des plus 
basses. De là vient. Sire, que tout votre règne n'est 
qu'une suite de triomphes et de succès étonnants ; 
aussi il n'y a rien que de merveilleux en votre per- 
sonne sacrée. Le ciel a épuisé ses plus riches trésors 



- .^71 - 

pour la former, la nature et la fortune lui ont com- 
muniqué tout ce qu'elles avaient de plus précieux et 
Votre Majesté me permettra, s'il lui plaît, de lui dire 
qu'elle s'est faite encore elle-même quelque chose de 
plus grand et de plus beau, que ce que toutes ensemble 
avaient pu lui donner, mais que je ne puis qu'admirer 
et révérer dans le silence un si haut sujet, n'étant pas 
de force à le traiter. Votre Majesté aura la bonté de 
pardonner le défaut d'éloquence à un homme d'épée, 
qui, ayant même l'honneur d'être actuellement à son 
service, met plutôt toute sa gloire à bien faire qu'à bien 
parler, et ne respire autre chose que de pouvoir répan- 
dre un jour, en la servant, jusqu'à la dernière goutte 
de son sang. Après cet aveu. Sire, recevez, s'il vous 
plaît, au lieu de mes paroles, les sentiments ardents de 
mon cœur, comme le plus sûr gage de notre recon- 
naissance, c'est un langage muet. Sire, qui ne connaît 
point l'artifice, ni le déguisement, et c'est par lui et 
par nos actions que nous espérons de persuader à 
Votre Majesté que nous sommes ses très humbles, 
très obéissants et très fidèles serviteurs et sujets. 

Suite de la Narration 

Durant ce grand discours, ce grand roi véritable- 
ment grand en tout, soutint mes faiblesses par un air 
doux et riant et tempéra, pour ainsi dire, pendant tout 
ce temps cette fière Majesté qu'on voit ordinairement 
sur son visage et qui pouvait mettre en désordre l'âme 
la plus concertée. Notre incomparable protecteur qui 
s'était caché dans un recoin de l'alcove qui répond au 
cabinet avec M. Le Tellier^ l'évêque de Laon, le comte 
d'Ajyen, capitaine des gardes du corps pour lors en 
quartier, qui s'étaient aussi rangés de l'autre côté de 
l'alcove opposée à celle-là, sous un rideau de brocard 

23 



- 3:2 - 

d'or qui les empêchait d'être vus, ce grand protecteur, 
dis-je, remarqua avec une joie extrême l'assiette de mon 
âme, dans une telle conjoncture, et comme il ne perd 
aucune occasion de faire valoir ses amis et élever la 
gloire de notre Académie à l'immortalité, sortant du 
cabinet du roy, il dit à tous les ministres et à tous les 
seigneurs qu'il rencontra, des choses si hautes et si 
glorieuses pour moi qu'il ne me siérait pas bien de 
rapporter et que vous soutiendrez sans doute un jour 
par vos actions et par vos ouvrages. J'oubliais à vous 
dire, messieurs, pour notre commune gloire, que le 
cabinet où le roy me donna audience est un lieu où 
il ne reçoit que les ambassadeurs des princes étrangers 
et les députés des corps les plus considérables de son 
royaume, qu'il est enrichi de tout ce que la nature a 
produit et que l'art a inventé de plus précieux, de plus 
rare et de plus surprenant, en un mot que, comme le 
roy seul est digne d'avoir un si beau lieu pour retraite, 
ce cabinet seul aussi peut mériter la présence d'un si 
grand roy. 

Pour achever de m'acquitter de mon emploi, je 
fus le jour même chez Monseigneur le Chancelier 
pour le remercier de votre part, messieurs, des bontés 
qu'il avait eu de sceller si obligeamment les lettres 
patentes dont le roy nous a honnorés, et lui demander 
ensuite sa protection, ce que je fis à peu près comme 
vous allez l'entendre. 

Harangue a Monseigneur le Chancelier 

Monseigneur, 

Messieurs de l'Académie royale d'Arles, que notre 
grand monarque a depuis peu érigée en corps par des 
lettres patentes authentiques, que vous avez eu la bonté 



— 373 — 

de sceller^ m'ont chargé de venir vous rendre de très 
humbles actions de grâce, d'une faveur si signalée et 
consacrer toute leur gloire aux pieds de Votre Gran- 
deur. Mais pour la rendre plus parfaite, Monseigneur, 
souffrez, s'il vous plaît, que je vous demande encore, 
en leur nom, quelque part de cette glorieuse protection 
que vous accordez si généreusement à toutes les muses 
françaises et que cet empire absolu que vous avez sur 
tout le monde spirituel se répande encore sur nous. 
Quelques petits que soient encore nos efforts, ils de- 
viendront considérables, s'il nous est permis d'espérer 
que le grand Séguier les protégera, et quelque éloignée 
que soit notre province du Soleil et de la .Cour, les 
bénignes influences que nous recevrons de cette pré- 
cieuse protection nous tiendront lieu de toutes choses, 
nos esprits en seront éclairés, nos voix en deviendront 
plus fortes et plus nettes, elles le seront peut-être assez 
un jour, pour pouvoir être mêlées à ces doux concerts 
qui chantent incessamment votre gloire et donnent par 
avance l'immortalité à votre auguste nom. En atten- 
dant cet avantage. Monseigneur, souffrez que ma voix, 
toute faible qu'elle est, vous assure aujourd'hui du 
profond respect et de la vénération parfaite que notre 
compagnie aura éternellement pour votre illustre per- 
sonne aussi bien que tous les particuliers dont elle est 

composée. 

Suite de la Narration 

Après que ce grand ministre m'eut écouté paisible- 
ment, il me répondit par un discours très poli et très 
obligeant où, malgré son âge avancé et même caduc- 
que, l'on remarquait beaucoup de feu et de délicatesse. 
Il loua fort votre dessein, messieurs, il exalta la ville 
d'Arles par son ancienneté et par la noblesse et la 
fidélité de ses habitants et conclut par des offres de 



— 374 — 

service en général à notre compagnie et à tous les par- 
ticuliers qui la composent. 

le fus ensuite prendre congé de Monseigneur le duc 
de Saint-Aignan qui me chargea de cette lettre pour 
l'Académie, ainsi que M. Co«r<a:r<^ avait déjà fait de 
ces deux icy, l'une desquelles est de l'Académie fran- 
çaise. Agréez, messieurs, que pour la conclusion de 
ma députation, J2 vous présente toutes ensembles au- 
jourd'hui pour que vous puissiez en faire lecture 
devant une si auguste assemblée (i). 

Voilà, messieurs, ce que j'avais à vous dire, pour 
vous rendre un compte exact de la députation dont 
vous m'avez fait l'honneur de me charger, mais avant 
que de finir mon discours , souffrez que la gloire 
qu'elle ma procurée et dont je me vois encore revêtu, 
fasse éclater mon zèle en ce jour, devant une si auguste 
compagnie, et permettez-moi de vous dire hautement 
que vous êtes obligés de soutenir à l'avenir cette belle 
réputation que vous vous êtes acquise et cette écla- 
tante gloire qui vous environne ; vous lepouve:{, mes- 
sieurs, mais c'est par une digne application à votre 
devoir, par des productions proportionnées à l'estime 
qu'on a conçu de vous, par des ouvrages dignes de 
l'immortalité , tels que la plupart de vous savent 
,/5wVe;.enfin par une union et une intelligence que rien 
ne puisse jamais ébranler. Ne doutez pas, messieurs, 
' qu'un si louable dessein ne soit toujours appuyé de la 

(i^'dEil cet endroit du récit que faisait M. le député, M. le 
directeur ay^nt reçeu les trois lettres qu'il avoit présentées à 
M. le secrétaire, il le pria d'en faire laJecture hautement. » Re- 
gistre, fol. 82, verso. Voir ces lettres p. 217, et p. 210, .21 1, 2 12; 

«'ATprès que- là lecture fut faite des lettres-, M. lé- nrarquis 
d'Aypnar s-^dresse à l'Acadéinie en ces. termes: V'ôilâi mes- 
sieur&^.etc. » 



— 375 — 

Cour, parles complaisances et la bonté avec lesquelles 
notre grand monarque regarde cet établissement. Cet 
auguste prince a toujours vu avec plaisir et reçu avec 
estime tous les ouvrages qu'on lui a présentés de 
votre part, et j'ose dire que j'ai été plus d'une fois 
témoin du succès qu'ils ont eu à la cour. Messieurs de 
l'Académie française seconderont votre zèle dans 
l'étroite alliance qu'ils vous ont accordée. Monsei- 
gneur le Chancelier vous donnera le même appui et 
vous honorera des mêmes grâces, dont il combla tous 
les jours toutes les Muses françaises, et votre généreux 
et obligeant protecteur ne manquera jamais d'élever 
votre gloire au plus haut point où elle puisse monter 
et de nous communiquer même des écoulements de la 
sienne, qui ne nous rendront pas moins considérables 
dans les pays étrangers que dans toute l'étendue de ce 
royaume, et il n'y a personne qui puisse mieux que 
moi rendre témoignage de cette vérité ; j'ai vu ses 
tendresses et, si j'ose me servir de ce terme, j'ai vu ses 
ardeurs et ses transports, pour notre compagnie. Secon- 
dons, messieurs, je vous prie, les vœux et les senti- 
ments de ce grand homme, si nous voulons en quelque 
manière répondre à ses bontés, et soutenir la bonne 
opinion qu'il a de nous et la gloire qu'il nous a pro- 
curé. Je dirai bien plus, messieurs, vous êtes obligés 
à remplir dignement la préférence que notre grand 
monarque a donné à la ville d'Arles, sur plusieurs 
autres du royaume, qui ont cherché sans ej^et le 
même honneur ; le vôtre vous y sollicite plus que tout 
autre chose, et si nous voulons nous réfléchir sur celui 
que nous recevons aujourd'hui de la présence de Mon- 
seigneur l'archevêque, nous connaîtrons que sa bonté 
veut, en cette occasion, s'intéresser pour notre gloire 
et s'en rendre pour ainsi dire le garant et le témoin. 



— 370 — 

S' adressant à Monseigneur l'archevêque d'Arles ; 

Oui, Monseigneur, vous me permettrez, s'il vous 
plaît, de le publier en cette belle et nombreuse assem- 
blée, nos lauriers ne seraient pas tout à la fois à l'abri 
de la foudre , que l'ignorance , l'envie et la malice 
lancent presque toujours sur les nouveaux établisse- 
ments, si Votre Grandeur ne nous faisait concevoir 
cette belle espérance, qu'elle appuyera le nôtre de 
toutes ses bontés et de tout son crédit. 

Nous savons assez (i), Monseigneur, quelle en est 
l'étendue auprès du plus grand roy du monde, et de 
tous les ministres les mieux autorisés. Il serait superflu 
de mettre en avant toutes les marques glorieuses que 
vous en portez sur votre personne. Ce prétieux ordre 
(du Saint-Esprit) qui est comme héréditaire en votre 
famille, et dont la couleur du cordon est un parfait 
symbole de votre fidélité inviolable, relève bien moins 
l'éclat de votre illustre sang que celui de votre mérite 
particulier et de la haute vertu de tous vos ancêtres ; 
ce sont des attributs qui vous sont si familiers et si 
connus de tous nos roys, que la fortune n'a jamais eu 
de part à leur élévation ny à la vôtre, non plus qu'à 
celle de messieurs vos neveux en qui la France admire 
autant de qualités qu'il en faut pour pouvoir faire ua 
successeur digne de vous, et nous donner un héros 
parfaitement accompli, pour commander en chef à 
toute notre province (2). 

N'avons-nous pas sujet de croire après cela, Monsei- 
gneur, que cette Académie que nous appelons juste- 

(1) Tout ce passage est analysé seulement dans le Registre. 

(2) Le comte de Grignan, neveu de l'archevêque, venait d'être 
nommé lieutenant de Roy en Provence, 29 novembre 1669, et 
le coadjuteur d'Arles était lui aussi neveu de l'archevêque. 



- 377 - 

ment aujourd'hui l'ouvrage de Sa Majesté par le titre 
de Royale, dont elle l'honnore, et un ouvrage qu'elle 
regarde assurément en son tout et en ses parties avec 
beaucoup de complaisance, pourra parfaitement inté- 
resser la vôtre et par la haute profession que vous 
avez toujours faite d'estimer la vertu et par la déférence 
que vous avez toujours témoignée à toutes les inten- 
tions de Sa Majesté. Nous osons tirer de là comme 
un heureux pronostic des succès glorieux qui doivent 
suivre notre établissement, sachant bien qu'une bouche 
comme la vôtre, Monseigneur, est toujours un organe 
favorable à toutes les personnes pour qui vous tenez 
l'employer ; nous laisserons cependant à celles de nos 
muses le soin de se glorifier d'un pareil avantage et 
d'immortaliser avec vôtre nom le témoignage de nos 
respects et de notre reconnaissance. 

Suite du Discours au public 

Considérez cependant, je vous prie, messieurs, la 
haute estime que le roy fait aujourd'hui de cette belle 
et ancienne cité, et du grand nombre de personnes de 
qualité qui la composent qu'il sait être autant de bras 
généreux toujours prêts à le servir dans les armées, et 
comme rien n'échappe à la connaissance de cet auguste 
prince , il a su que dans la dernière guerre cette 
seule ville lui avait plus fourni de capitaines et d'offi- 
ciers que la meilleure de ses provinces. Il m'est bien 
difficile après cela, messieurs, que vous faisant remar- 
quer de si glorieux avantages, je n'adresse au général 
de cette assemblée, où je vois tant d'honnêtes gens, 
tout ce que j'avais résolu de représenter à messieurs les 
consuls que des affaires imprévues nous dérobent à 
cette occasion. Je vous dirai donc, messieurs, que ce 
n'est pas sans sujet que cette belle ville, qui fut autre- 



— 378 — 

fois la capitale d'un célèbre royaume, et qui a donné 
de l'émulation à toute la terre, en cause encore aujour- 
d'hui aux plus florissantes de la France. Mais notre 
grand monarque, dont le discernement est si parfait, 
en a bien su faire la différence ; il a refusé aux ins- 
tantes prières et aux pressantes sollicitations des 
autres ce qu'il a accordé à vos simples désirs, et Sa 
Majesté est si persuadée de votre fidélité et de votre 
zèle pour son service, que, se souvenant que votre 
Minerve le publie in utrumque paratum, il a voulu 
que, dans le temps que vos épées manquaient d'exer- 
cice pour sa gloire, les langues et les plumes de tant 
d'illustres sujets de sa ville d'Arles s'occupent à le 
publier. Cette obligeante considération, messieurs, et 
l'amour du plus grand roy ne doit-elle pas vous faire 
envisager cet établissement de votre Académie, avec 
des yeux de père et des bras de protecteur? Je ne sau- 
rais en douter, messieurs, j'en ai vu de trop sensibles 
marques sur vos visages et dans vos cœurs aujour- 
d'huy, pendant ce récit que je viens de faire. Aussi 
les faiblesses de nos commencents ont besoin de deux 
qualités que je vous demande, puisque par la force de 
l'une vous les soutiendrez et par la beauté de l'autre 
vous les excuserez. Enfin, toutes les deux ensemble 
nous font espérer des suites si glorieuses, si éclatantes 
et si durables, que cette ville se rendra très assurément 
un jour plus considérable par son Académie qu'elle 
n'est aujourd'hui par les superbes monuments de 
grandeur et de gloire que les Romains lui ont laissé : si 
bien, messieurs, que l'on pourra dire à l'avenir avec 
plus de justice et de raison que ne l'a dit de lui-même 
un des plus illustres auteurs de l'antiquité : 
Exegi monumentum œre perennius. 



— 379 - 
Jean dk Sabatier. — Sks Mémoires 

(voir p. i8). 

Jean de Sabatier, dit de l'Oume, parce que sa mai- 
son était sur le Planet de l'Oume, né k Arles, en 1634, 
fit ses études chez les PP. Jésuites chargés du collège 
de cette ville, depuis i638, et, en i65o, il se rendit à 
Paris, où le comte d"Harcourt lui donna une place de 
page de la grande écurie. Il servit plus tard en 
Guyenne, en Roussillon et en Catalogne, sous les 
ordres du prince de Conty et du comte de Mérinville, 
dans le régiment d'Harcourt (avec un de ses frères, 
qui fut tué en i655) en qualité de cornette de la com- 
pagnie du comte d'Armagnac. En i658, cette com- 
pagnie fut supprimée, Jean de Sabatier, alors en congé 
à Arles, perdit tout espoir de devenir capitaine. Il 
attendit deux années encore, puis en 1660, la pacifica- 
tion générale l'obligea à renoncer à la carrière des 
armes. Le séjour d'Arles lui était presque insupporta- 
ble, affirme-t-il dans ses Mémoires, néanmoins après 
un voyage en Italie (1660) il revint s'y fixer. Il y prit 
une large part aux affaires municipales soit comme 
conseiller, en 1672, après la mort de son père, soit 
comme consul, en 1679, et nous le trouvons mêlé à 
maintes négociations délicates. Il fut, en 1680, un des 
recteurs de l'hôpital. 

Les réunions de l'Académie furent pour lui un 
agréable passe-temps. Il employa ses loisirs à rédiger 
ses Mémoires et il y travaillait déjà en 1668 (r). 

Ces Mémoires se divisent en deux parties : 1° Les 

(i) Voir le Registre de l'Académie, fol. 6b, cité plus haut p. 
142, et même le 27 novembre 1666, il lut à ses collègues le Récit 
de la levée du Siège de Gironne, raconté dans les Mémoires dç 
Cour et de Guerre. Voir Musée, 5* série, p. 176, 



— 380 — 

Mémoires de Cour et de Guerre, qui contiennent le 
récit des événements dont il fut le témoin, soit à la cour 
soit à l'armée de i65o à i658, et un récit de voyage 
en Italie avec M. de Cabassoley en 1660 ; 2" Les 
Mémoires des ajff aires publiques auxquelles j'ai eu 
quelque part, qui comprennent une période de huit 
années (1672-1680). 

Ces deux ouvrages (1) ont été publiés par le Musée 
d'Arles, le premier dans la cinquième série 1880- 
i885, le second dans la troisième, 1876-1877, d'après 
une copie prise par Bonnemant, en 1772, sur l'ori- 
ginal de l'auteur que M. Pierre de Sabatier, son 
fils^ chanoine d'Arles, mort en 1748, avait légué à 
Mgr J. J., Chapelle de Saint- Jean de Jumilhac. 

Voir Bibliothèque d'Arles, fonds Bonnemant, Mé- 
moires historiques. 

Au point de vue de l'histoire de l'Académie, ils 
offrent peu d'intérêt, car ils ne mentionnent l'Acadé- 
mie qu'à propos de l'obélisque. Il est vrai, qu'ils nous 
apprennent que les promoteurs de l'érection de l'obé- 
lisque furent Jean de Sabatier et Joseph de Cays 
dont la persévérance triompha de toutes les résistances 
que provoqua ce projet, que l'on traitait de chimérique 
et de ruineux, pour la ville. 



Acte d'inhumation de René de Barrême 

(voir p. 25). 

L'an et jour que dessus (1697, 9 décembre), mort le 
jour d'hier, muni des sacrements de l'église, a été 
enseveli dans le caveau de messieurs les chanoines de 

(i) Papon les avait déjà mis à profit pour son Histoire de 
Provence. Voir p. 4 de la préface du t. IV (1786). 



— 381 — 

cette église, Messire René deBarrême, prêtre, chanoine 
en cette même église, vicaire officiai général de ce 
diocèse et conseiller clerc en ce Parlement de Provence ; 
témoins les soussignés : François Savournin, Joseph 
Levet, prêtres secondaires de curé de cette église. 
Signés : Savournin, Levet et J.-B. Blegier, curé. 

Registres de Saint-Sauveur, i6g6 à 1699. Archives de la ville 
d'Aix, fol. 53, (et non 5o, comme il est imprimé p. 2b, note 2). 



La Comtesse de Suze 

A la page 33, nous avons parlé de la comtesse de 
Suze, de passage à Arles, en 1667. Nous avions des 
doutes sur l'identité de cette comtesse et de nou- 
velles recherches ne les ont pas dissipés , bien au 
contraire. Il y eut, au XVII° siècle, une comtesse de 
La Suze (16 18- 1673) dont le salon fut une succursale 
de rhôtel de Rambouillet. Henriette de Coligny, 
petite fille de l'amiral, épousa successivement l'écossais 
Thomas Hamilton (1643) et le comte de La Su\e (i), 
de la maison de Champagne. Elle se fit un nom par 
sa beauté, par ses aventures, ses malheurs et ses vers 
que l'on a publiés dans divers Recueils de poésies 
galantes, mélangés avec ceux de Pellisson, de Bussy, 
de Quinaud, de Desmarets, ses admirateurs, et aujour- 
d'hui oubliés à juste titre. Les poètes, les Mercure, la 
Galette de France elle-même, chantaient les louanges 
de la comtesse qui pouvait être, pour l'AcadémJe 
d'Arles, une puissante protectrice, mais son nom ne 
revient plus jamais dans le Registre, après 1667. Il est 
vrai qu'elle mourut en 1673. 

(î) La Suze est aujourd'hui un chef-lieu de canton de la Sarthe 
de 2,5oo h. à 20 kil au S. O. du Mans. On y voit les ruines d'un 
château appelé vulgairenient Château de Barbe-Bleue. Note A. R- 



— 382 — 

La comtesse, dont il est question, ne serait-elle pas 
plutôt la femme de N. de La Baume, comte de Su:{e, 
dont parle Pithon Curt, t. I, p. i3o, ou quelque autre 
dame de la famille de La Baume de Su^e, très connue 
en Provence (i) et en Languedoc ? Un an après 
(mai 1668) M, de Chambonas fut admis à l'Académie, 
et sa mère est Charlotte de La Baume de Su\e ; 
Armand Anne Tristan de La Baume de Su\e, prévôt de 
l'église de Nîmes, depuis 1666, devint, en 1675, évê- 
que de Tarbes, puis de Saint-Omer et enfin archevê- 
que d'Auch, et il avait succédé à Louis François de 
La Baume de Suze, qui mourut évéque de Viviers, 
en 1690 (son portrait a été gravé, en i656, par R. Nan- 
teuil) et fut remplacé par M. de Chambonas, son 
neveu, évéque de Lodève, précédemment son vicaire 
général et membre de l'Académie d'Arles, 

Ne s'agirait-il pas simplement de la fille de François 
de Montier, comte de Mérinville et de Rieux, che- 
valier des ordres du roi, lieutenant de roi en Provence 
de 1 659 à 1 669, qui épousa le comte de Suze en 1 663 ? 
Le lecteur appréciera. Nous n'osons nous prononcer. 



Epitaphe de m. François de Boche, par M. de Grille 

(mars 1677, p. 34). 

Francisais de Boche de Vers, arelatensis, 

Ex antiqiiis Marcliionibiis de Baux 

Oriiindus, 

Nobillimo et probatissimo sanguine, ex utroque, 

(1) On a publié, en 1878, \qs Lettres inédites du comte de Su^e, 
d'après les Mss. autographes de la Bibliothèque de S. M. l'em- 
pereur de Russie, par M. E. de Barthélémy, Paris, Br. in-8. Ces 
4 lettres de François de La Baume, qui joua un rôle important 
en Provence et qui mourut le 28 août 1567, au siège de Monté- 
limar, sont datées d'Avignon, ibGi, et adressées au roi. 



— 383 — 

Vixit, 

Miles, A iilicus et civis proestant issimus, 

Fortitudine in hostes 

Fide in principem, 

Amore in patriam, 

Immortalis. 

Hune plangunt pauperes, 

Hune obeliseus ostentabit 

Hune requirit patria, 

Hune tota pêne Provineia ademptum luget 

Obiit Anno Dont.. . 

Siste parumper viator, non obiit 

Qid 

Parte meliore vivit in perpétuas œternitates, 

Qui 

Fîlios ecclesice, régi, patrice, aeadcmice procreavit, 

Filios 

Vera virtute, animi magnitudine tnorutnque suavitate, 

Nontam sibi similes quant pares, 

Obiit tamen 

Parte sui quam mortalem gerebat, 

Tert. Kal. Martii 

1677, 

Abi viator et pro defuncto precare. 

Registre de l'Académie, fol. i 55, verso, et Ms i 060, p. 87, 



RÉPONSE DE M™' DE GrILLE A l'AcADÉMIE. 

(voir p. 88). 

Messieurs, 
Vous serez sans doute estonnés de ma témérité d'oser 
répondre à un corps aussi redoutable par son esprit, 
qu'il est illustre par le mérite de tous ceux qui lé 
composent, et d'oser lui répondre aussitost après avoir 
reçeu vostre obligeante lettre, mais, messieurs, comme 
je ne me pique point et avec raison d'estrebel esprit, 
et que je ne prétends vous parler que des sentiments 
de mon cœur, j'ai creu que je le pourrois aujourd'hui 
a\issi bien qu'une aiitl*e fois, d'autant mieux qu'il me" 



— 384 — 

semble que la recognoissance qui agit plus prompte- 
ment est toujours la meilleure et la moins suspecte ; 
celle que j'ai pour vos bontés^ messieurs, est toute 
telle qu'elle doibt estre, mais ne pensez pas que ces 
bontés m'éblouissent et qu'elles me tirent de la juste 
cognoissance que je doibs avoir de moi-mesme, je scay 
fort bien que l'approbation que vous me demandezj 
n'est pas de celles qui peuvent vous donner de la 
gloire, et ce sera toujours pour la mienne que je pu- 
blierai hautement les sentiments d'estime et de véné- 
ration que j'ai pour vostre compagnie. Si ce n'estoit 
que d'aujourd'hui, messieurs, que j'eusse de pareils 
sentiments, ils pourroient vous paroistre inthéressés, 
mais avant que d'estre dans le commerce estroit avec 
monsieur vostre secrétaire, je m'estois déjà expliquée 
en vostre faveur, si j'ose parler ainsi et j'eusse pris 
agréablement vostre parti contre l'envie, mais, mes- 
sieurs, mon zèle demeure inutile aujourd'hui ; ce 
monstre n'oseroit plus attaquer une compagnie qui 
sçait si bien se defîandre, vous marchez si bien et si 
vite dans le chemin de la gloire, qu'il vous perd de 
veue ; ainsi, messieurs, mon esprit est si bien d'accord 
avec l'inclination que j'ay de vous honorer que je ne 
suivray point, s'il vous plaît, le conseil que vous me 
donnez de ne pas le consulter, et c'est par son adveu, 
autant que par le sentiment de mon cœur, que je seray 
toute ma vie, messieurs, vostre très humble et très 

obéissante servante, 

D. DE Sartres, 

ROBIAS (i). 
A Arles, ce 4 janvier 1667. » 

(0 Registre de l'Académie, fol. 36, verso. M-' de Grille (Del- 
phine de Sartres) appartenait à une famille noble de Montpellier. 
Son père,conseiller à la cour des Aides de Montpellier, était exilé 



- 385 - 
La Marquise de Ganges 

(P- 9j)- 

Ganges est un bourg de 4500 h., chef-lieu de can- 
ton de l'arrondissement de Montpellier (Hérault) ; 
c'était autrefois une terre, seigneurie et baronnie qui 
donnait entrée aux Etats de Languedoc. « Après avoir 
été dans la maison de Pterrefort, elle passa dans celle 
de Saint-Etienne, d'où elle est entrée dans celle de 
Vissée de La Tude, par le mariage, en 1629, de 
Jeanne de Saint-Etienne, baronne de Ganges, avec 
Jean Pons de Vissée de La Tude, gouverneur, pour 
le roi, du fort de Saint-André de Villeneuve lez Avi- 
gnon. Les descendans de ce dernier possèdent au- 
jourd'hui cette barronnie. Voir Vissée de La Tude. » 
La Chesnaye Desbois, t. VIII, p. 927, nouv. édit. 

La Marquise de Ganges était Anne-Elisabeth de 
Rpssan, fille de Gabriel de Joannis, sieur de Rossan ou 
Roussant et possesseur de la propriété de Château 
Blanc, aux bords de la Durance, qui avait appartenu au 
XI V siècle au cardinal Blanc, et de Laure de Rousset 

en i663, aux environs de Calais. Voir Mémoires de Jacques de 
Parades de l'Estang, Musée, 2» série, p. 267. Elle s'intéressa dès 
le début aux travaux de l'Académie, voir p. 58. 

« Le 17 mai i685, Delphine de Sartres, épouse de Jacques de 
Grille, secrétaire perpétuel de l'Académie, mourut à l'âge de 5i 
ans, très regrettée, elle avoit beaucoup de goût pour la musique 
et étoit très savante dans la littérature. » Ms 1060, p. igS. 

Jacques de l'Estang Parade, dont les curieux Mémoires com- 
prennent la période de 1642 à 1674, et ont été publiées dans le 
Musée, 2' série, était un gentilhomme aventureux, ennemi des 
Grignan qui prit part à toutes les cabales de. 1642 jusqu'à sa 
mort. Il fut consul en 1 645, en 1 652 et en i 66 1. Il était né en 1 6 1 4 
et il est le père de Guillaume de l'Estang. (Voir plus haut, p. no). 
On a de lui un Discours généalogique de la maison de VEstang, 
dressé en i655, imprimé à Aix, chez Roize, 



- m — 

de Saint-Sauveur, {étude Floreng, notaire à Avignon). 

Giberti (Ms Carp., t. II, ch. X,art. 2, p. 1430- J451) 
lui donne le prénom de Diane, et a été suivi en cela 
par quelques auteurs, en particulier La Chesnaye 
Desbois et M. de Fortia d'Urban. Quoiqu'il en soit, 
elle naquit à Avignon, en i635 ou i636, et épousa 
vers 1647 Dominique de Castellane, sieur d'Ampus 
(veuf de Gabrielle de Cambis) qui servait dans la 
marine et périt dans un naufrage, sur les côtes de 
Sicile. Elle se remaria, en i658, avec Charles de 
Vissée de La Tude, né en i638, baron de Ganges, 
colonel d'un régiment d'infanterie, gentilhomme ordi- 
naire de la chambre du roi (i656), gouverneur du 
fort de Saint- André de Villeneuve lez Avignon, après 
la mort de son père, lôSy. Il fit ériger la baronnie de 
Ganges en marquisat, en i663. De ce mariage naquit 
un fils qui continua la famille et une fille, Marie 
Esprite de Vissée de La Tude de Ganges, qui épousa 
d'abord Henri de Fay, marquis de Peraud, en Viva- 
rais, puis, en 1691, Paul de Fortia d'Urban, dont elle 
devint veuve en 1734. (Voir La Chesnaye Desbois, 
t. XIX, p. 900. Nouv. Ed., que nous citons toujours). 

Nous n'avons pas à insister sur les péripéties de la 
vie de M°»e de Ganges : elles ont été souvent racontées 
plus ou moins exactement. 

Voir en particulier : Histoire véritable de la mort véritable de 
la marquise de Ganges, par un officier du Languedoc, voisin du 
lieu de Ganges, écrite, à ce qu'il paraît, en 1667, et imprimée à 
Arles. Ce pourrait bien être la Relation de Giffoyi, dont nous par- 
lons page 96; Histoire véritable de la mort déplorable de la mar- 
quise de Ganges, imprimée à Rouen, en 1667; Relation de la 
mort de la marquise de Ganges, publiée à Paris, en i6f57, et 
signalée par le P. Lelong, Bibl. Hist. de France, n» 17439. 

Il est parlé aussi de la marquise de Ganges dans l'Histoire 
amoureuse des Gaules de Bussy-Rabutin ; dans les Causes Célè- 



— S87 — 

bres de François Gayot de Pitaval (20 vol., in-12, 1734 et sqq.) ; 
dans les Causes Célèbres de François Richer (22 vol., in-12, 
1 778- [788, Amsterdam) ; dans les Caprices de la Fortune, par 
Adrien Richer (4 vol., in-12, 1786-1789) ; dans les lettres Histo- 
riques et galantes de M"" Dunoyer {Londres, 9 vol., in-12, l'/b-j). 

Cfr. Recueil, Ms Bibliothèque Méjanes, 767. La mort de 
M"» la marquise de Ganges, cy devant marquise de Castellane, 
empoisonnée et assassinée par l'abbé et le chevalier de Ganges 
ses beaux frères. Récit divisé en j3 paragraphes et terminé par 
l'arrêt du parlement de Toulouse qui condamne l'abbé et le che- 
valier a être rompus tout vifs et le marquis au bannissement 
perpétuel (21 août 1667), jS p., petit in-fol. Ce n'est pas la 
Relation de Giffon et nous en ignorons l'auteur. 

Ses malheurs ont fait le sujet de plusieurs pièces de théâtre, au 
commencement de notre siècle. Nous ne mentionnons qu'avec 
répugnance le roman : la Marquise de GiJHges (Paris, in-12, 
181 3), par le marquis de Sade, où l'auteur de Justine a cherché à 
avilir son héroïne. Trois années plus tôt, M. de Fortia d'Urban 
lui avait consacré un travail sérieux : Histoire de la marquise 
de Ganges, 1810, i vol., in-12. 

Enfin, M. Ma^el, en i885, a coordonné et complété ces travaux 
de valeur très diverse. 



Les Emulateurs d'Avignon 

(voir page 107) 

Nous avons recueilli trop tard quelques renseigne- 
ments sur cette Académie. Barjavel, dans son Diction- 
naire Historique, biographique et bibliographique du 
département de Vaucluse {Carpentras, 2 vol., in-8, 
1840-41) lui consacre un très court article, et dit que 
vers T678 il n'en était plus question. Sur la foi de 
M. Bouillier (op. cit., p. Sy) nous avons parlé d'une 
demande d'affiliation avec l'Académie française, en 
1678. Cette demande eût lieu en 1660, et Chapelain 
fut chargé d'y répondre. Il y a dans le recueil des 
lettres de Chapelain (publiées dans la Collection des 

26 



— 388 - 

documents inédits sur l'Histoire de France), t. Il, 
i883, p. 121-149-15 1-176-178, plusieurs lettres 
adressées au marquis de Peraud, secrétaire des Emu- 
lateurs, qui se rapportent à l'année 1661. Enfin, dans 
le Bulletin Historique, Archéologique et Artistique 
de Vaucluse de 1879, ont paru plusieurs articles du 
docteur Lava/, sur l'Académie des Emulateurs. 

Les indications sommaires de Barjavel sont complé- 
tées, surtout d'après un Ms de Richard de Cainbis, 
d'Orsan, auditeur de Rote et primicier de l'Université 
d'Avignon, en 161 3 et en 1625. Ce Ms appartient 
aujourd'hui à M. Valère Martin de Cavaillon. Il 
nous apprend que la deuxième séance se tint, le i^"" 
février i658, en présence du légat Jean Nicolas Conti 
et qu'on y lut les. statuts définitifs de la société. 
« M. François Félix d'Aymar, baron de Château- 
renard, lieutenant au régiment des gardes de Sa Ma- 
jesté, fut ensuite introduit dans l'assemblée et reçu au 
nombre des académiciens. » Bulletin, p. 267. 

M. de Châteaurenard prit souvent part aux discus- 
sions de l'Académie. Un jour, il agita cette question : 
s'il vaut mieux posséder les charges sans mérite que 
d'avoir le mérite sans les posséder ; et il prouva par 
un discours solide et brillant « que, quoiqu'il soit 
avantageux de posséder les charges sans les mériter, 
il est beaucoup plus glorieux de les mériter, sans en 
avoir la possession. » Un autre jour, il établit « qu'il 
n'y a rien de si nécessaire au monde que l'amitié. » 

Joseph d'Arlatan de Beaumont fut aussi parmi les 
adhérents de la première heure, avec l'abbé Cassagne 
(i 635- 1679), Samuel Sorbière de Nîmes (161 5-1670) 
et J. ^. Suarei, évêque de Vaison (i 599-1677). 

La mort de M de Benoist (i658) le départ du légat 
Conti, qui réunissait chez lui les académiciens (1659), 



- 389 — 

de M. de Peraud (1660), l'occupation française en 
i663, mirent fin aux séances et le Ms de M. de Cambis 
ne contient plus rien qui concerne les Emulateurs. 

Néanmoins, l'Académie n'était pas morte définiti- 
vement : nous trouvons dans le Journal des Sçavans 
de [680, l'éloge d'une Table Chronologique, histo- 
rique et généalogique des rois de France, par mes- 
sieurs de la conférence géographique et historique 
d'Avignon, 1679. A Avignon, et se trouve à Paris 
chez Jean Cusson (éditeur du journal). C'était le nom 
nouveau des Emulateurs. En 1687, ils célébrèrent, 
avec toute la France, des fêtes en l'honneur du réta- 
blissement de la santé de Louis XIV. Voir la Relation 
de ce qui s'est fait par messieurs de l'Académie de 
belles lettres d Avignon, en action de grâce à Dieu 
pour le rétablissement de la santé du roy, dans la 
chapelle royale de S. Pierre de Luxembourg, patron 
de la ville, à Avignon, che:{ Michel Mallard, mar- 
chand-libraire et imprimeur de l'Académie royale 
d'Avignon. » 

Dans cette pièce, les Emulateurs se font gloire d'être 
associés avec l'Académie française. Ce fut leur chant 
du cygne. Désormais, il n'ert plus nulle part question 
des Emulateurs. Le marquis de Peraud, dont la pré- 
sence à Avignon, donnait la vie à cette Académie, 
était absorbé par la fondation de l'Académie de Nîmes 
et ne paraissait plus que rarement dans la capitale du 
Comtat. Il mourut, d'ailleurs, peu après. 

Le nom d'Emulateurs ne doit pas nous surprendre, 

il existe encore, dans plusieurs départements de France, 

des sociétés d'Emulation pour le progrès des lettres, 

des arts et des sciences. 

Vo'r : Bulletin de Vaucluse, 1^79, p. 5-27, une lettre de Cha- 



- 390 - 

pelain, publiée par M. Tamizey de Larroque et relative aux 
Emulateurs, qui l'avaient nomme membre de leur société 
en i66i. 



L'abbé de Chambonas 

(page 128) 

Nous n'avons donné presque aucun détail sur cet académicien, 
il faut réparer cet oubli. L'abbé de Chambonas dont il est ques- 
tion dans la note i (p. 128) ne peut être que son frère ou son 
neveu. Voici la notice consacrée à M. de Chambonas, dans la 
France pontificale, que nous nous permettons d'emprunter tout 
entière : 

Charles-Antoine de La Garde de Chambonas 
. [1671-1690] 

Charles-Antoine de La Garde de Chambonas était le 
deuxième fils d'Antoine de La Garde, seigneur de 
Chambonas, commandant dans la province de Lan- 
guedoc, et de Charlotte de la Baume de Sii\e qu'il 
avait épousée, par contrat du 16 août 1629. Il était 
issu d'une maison d'ancienne chevalerie, tirant son 
nom de la seigneurie de La Garde Guérin, au diocèse 
de Mende, et de celle de Chambonas au diocèse de 
d'Uzès, cette dernière érigée en marquisat, par lettres 
du mois d'avril i683, en faveur de Louis François de 
La Garde, seigneur de Chambonas, frère aîné de 
l'évêque de Lodève. Chanoine comte de Brioude, 
Charles Antoine était vicaire général de Viviers, lors- 
qu'il fut appelé à monter, en 1671, sur le siège de 
Lodève. Son sacre eut lieu à Paris, le i5 novembre de 
cette année, en l'église du couvent des Chartreux, et 
la cérémonie en fut faite par Louis François de la 
Baume de Su\e, évêque de Viviers (i), son oncle, 

( I ) Prévôt de l'Eglise de Nîmes de i65S à 1 666, eut son neveu 
pour successeur dans cette dignité, voir plus haut, p. 382. 



— 39i — 

assisté de Louis de Rechignevoisin de Guron, évêque 
de Comminges (i), et Louis de La Vergue de Mon- 
teynard de Tressan, évéque du Mans. 

Le nouveau prélat prêta, le 19 de ce mois, serment 
de fidélité aux mains du roi. Il fit prendre d'abord 
possession du siège par Robert de Guilleminet, archi- 
diacre de la cathédrale et vicaire général, et ne tarda 
pas à venir en personne à Lodève, puisqu'on le voit, 
dès le ig mars 1672, signer divers actes notariés con- 
tenant des baux à ferme'des biens ou droits lui appar- 
tenant, dans toute l'étendue du diocèse ; quelques-uns 
de ses mandements sont signés : C. A. de Chambonas, 
évêque et comte de Lodève, tandis que les titres rédigés 
par les notaires de l'évéché le qualifient évêque et 
seigneur de Lodève, comte de Montbrun. Depuis 1096, 
en effet, le titre de comte de Lodève était passé dans la 
maison des comtes de Rouergue. 

M. de Chambonas assista à l'assemblée du clergé de 
France de i685. Le 20 mars 1688, Jean François 
d' le lier lui rendit aveu et dénombrement à raison de 
la seigneurie de la Vaissière. 

Un brevet du 14 octobre 1690, nomma Charles 
Antoine de Chambonas au siège de Viviers que laissait 
vacant la mort de son oncle, Louis de la Baume de 
Su\e, arrivée le 5 septembre précédent. 

Les démêlés que la cour de France avait, à cette 
époque, avec le Saint-Siège, retardèrent sa préconisa- 
tion qui n'eut lieu que le 24 mars 1692. Des bulles 
lui furent accordées dans le consistoire du 5 mai sui- 
vant, et M. de Chambonas qui, pendant tout cet 
intervalle, n'avait pas cessé d'administrer spirituelle - 

(i) C'est à lui que Graverol dédia, en i 687, la Sorberiana. 



- 392 — 

ment le diocèse de Lodève, où il se trouvait encore en 
avril 1691, alla immédiatement prendre possession 
de sa nouvelle église. 11 quitta rarement son troupeau ; 
nous le trouvons toutefois à Paris, le 23 avril 1702 
dans l'église du noviciat des Jésuites, conférant l'onc- 
tion épiscopale à Jean Louis de La Bourdonnaye, 
évéque de S. Pol de Léon, et assister Daniel de Cos- 
nac, arch. d'Aix, le 2 3 juillet de cette année, dans la 
cérémonie du sacre de Gabriel de Cosnac, évêque de 
Die (i). En 1707, il fut député de la province ecclésias- 
tique de Vienne à l'assemblée du clergé de France 
qui se réunit à Paris au mois d'avril, et mourut dans 
son diocèse au mois de février 171 3. 

Les armoiries de M. de Chambonas étaient d'argent 
au chef d'azur. 

Fisquet, la France pontificale, province d'Avignon. Les Evê- 
quesde Lodève, p. 462-463. 



Lettre du Marquis de Chatraurenard 

Accompagnant l'envoi d'un factum du duc de Saint- Ai gnan, 
do'it il est parlé en note, p. 199. 

A Paris, ce 17 février 1672. 

Messieurs, 

Dans le temps que je cherchois les moyens de vous 
donner des marques de ma reconessance et du senti- 
ment que je veux conserver éternellement pour vos 
bontés et pour la part que vous avez bien voulu pren- 
dre en mon dernier malheur, nostre incomparable 

(1) II était précédemment vicaire général d'Aix, en même temps 
que l'abbé de Barrême, et leurs signatures reviennent souvent au 
bas des actes épiscopaux. Voir 42» Registre des Insinuations, aux 
Archives de l'Archevêché d'Aix. Ibid. Collations àe 1694 a 1708, 



— 393 — 

proteoteur est venu à mon secours et comme le factum 
qu'il m'a envoyé pour vous, touschant une affaire qu'il 
passionne extrêmement, peust seulement m'acquiter 
d'une partie de ce que je vous doibs, je ne scaurois 
différer plus longtemps et pour vostre intérest et pour 
le mien de vous l'envoyer, faisant connoistre par là 
à tout le monde et ce que nous debvons et ce que je 
doibs en mon particullier à cet illustre duc. Mais 
quand je considère que c'est payer mes debtes d'une 
monnoye estrangère, je tombe doublement dans la 
confusion, et je vous prie de considérer que comme 
jusqu'ici mon zelle et mon attachement pour le corps 
m'ont tenu lieu de mérite, vous aurez la bonté de 
recevoir ma bonne volonté et les sentimens ardans de 
reconessance que je conserve dans l'âme, comme les 
marques les plus assurées de la vénération éternelle 
que j'aurai tousjours pour toute la compagnie et pour 
chascun de vous en particullier, en qualité de, mes- 
sieurs, vostre très humble et très obéissant serviteuret 

confrère, 

D'Aymar Chasteaurenard. 

Registre de l'Académie, fol. io5, verso. < Le dernier jour de 
février (1672), M. de Grille montre la lettre qu'il écrit au duc en 
remerciement du factum et promet de répondre à M. d'Aymar 
qui l'avait envoyé. » Ibid. Au sujet de sa maladie, voir p. 253. 



MM. DE Lédignan, d'Arnaud et de Valavoire 

(voir p. 200). 

Au mois de novembre 1669, deux nouveaux mem- 
bres avaient été proposés par M. de Barras, à son 
retour de Paris. C'étaient M . l'abbé de Roys de Lédi- 
gnan et M. âï Arnaud, de Beaucaire (i), dont il n'est 
plus question au Registre. 

(i) Registre de l'Académie, fol. 74. Cité plus haut, p. 200. 



— 394 — 

La famille de Rqys (i) est originaire du Languedoc, 
elle a donné, dans tous les temps, des officiers fidèlement 
attachés au service du roi. Quatre branches de cette 
famille étaient établies à Beaucaire, au XVII*' siècle. 
La noblesse des Roys est très ancienne et l'on cite 
une donation faite le 24 septembre 1200, par Pé- 
tronille, femme de Pons de Roys à Guillaume de 
Roys. Ils étaient seigneurs de Saint-Michel , de 
Marvejols, de Cessenon, de Brescou et de Lédignan, 
près de Nîmes. Plusieurs membres de cette famille 
furent chevaliers de Malte, ce qui est une preuve de 
bonne noblesse. En i2o5, Hugues de Lédignan était 
prévôt de l'église de Nîmes. 

Joseph de Roys, seigneur de Marvejols, au diocèse 
de Nîmes, né en i65i, établit sa noblesse de race 
depuis le i6« siècle, et prouva que la terre de Marvejols 
appartenait à sa famille depuis 1200, aussi fut-il dé- 
chargé le 16 janvier 1679, de la taxe des francs-fiefs 
par M. Ba\in de Besons, intendant de Languedoc. 

Les Roys portaient d'azur à l'aigle éployée d'or à 
deux têtes ; ils étaient alliés aux Pignan, Lusignan, 
d'Arlos, Liautard, Amphoux, Thieulay, Monestier. 

J.-B. de Barrême frère de René de Barréme, né 
en 1 63 8, et plus tard avocat du roi au siège d'Arles, 
épousa Gabrielle Gras de Preigne, fille de Jacques de 
Preigne et de Dominique de Roys de Lédignan. 

L'abbé de Lédignan, sur lequel nous n'avons aucun 
détail personnel, était de cette famille, et peut-être 
frère du cousin de Joseph de Roys dont nous venons 
de parler (2). 

(i) Dictionnaire de la Noblesse de laChesnaye Desbois, t. XVII, 
p. 911. 

(2) En 1678, le P. Marc Antoine de Roys prononça l'oraison 
funèbre de la mère Marie Madeleine de la Très-Sainte-Trinité, 



— 395 — 

M. d'Arnaud, de Beaucaire, appartenait-il à la fa- 
mille Arnaud, originaire du Dauphiné, qui sctablil à 
Pézenas, en Languedoc, au commencement du XVII" 
siècle, ou à l'une des deux autres familles Arnaud dont 
Robert de Briançon (t. I, p. 3o8 et sqq.) et Artefeuil, 
(t. I,p. 60 et sqq.) rapportent la filiation ? En l'absence 
de documents précis , nous ne pouvons nous pro- 
noncer. Le nom de M. d'Arnaud n'est qu'une seule 
fois cité dans le Registre de l'Académie, à notre con- 
naissance, aussi c'est pour nous un inconnu. 

En 1659, M. de Rebattu donna un exemplaire de 
son Portraict retouché de la Diane d'Arles, à M. Ar- 
naud, aumônier de Monseigneur l'Archevêque (Bibl. 
Méjanes, Ms 545), y a-t-il quelque rapport entre cet 
abbé et l'académicien du même nom ? Nous ne savons. 

Il y avait parmi les académiciens^ dès les premières 
années, un abbé de Valavoire, mais nous n'avons 
trouvé nulle part dans le Registre la date de sa récep- 
tion. Le Sommaire des Délibérations, par Pierre Vé- 
ran, ne le mentionne pas ; et il nous est impossible 
d'assigner une date, même approximative. Tout ce 
que nous savons c'est qu'il fut admis avant 1677. 



et cette oraison funèbre fut imprimée à Avignon, i vol., in-12 
(Bibl. Méjanes, 16 154). Ce religieux était sans doute de la famille 
de l'académicien. 

Voir dans le Ms 788 de la Bibliothèque Méjanes, une plaquette 
(2 p. in-fol.; insérée avant l'année îyBS, qui a pour titre : 
Compliment prononcé sur le théâtre à Beaucaire, le 5 janvier lySz 
à M. de Lincel, premier consul d'Arles, au nom de la jeune 
troupe des acteurs, représentant dei)ant lui Le Médecin malgré 
lui et Les Fourberies de Scapin. C'est l'œuvre du Chevalier de 
Roys de Brescou, dont le nom figure au bas. 

M. Joseph de Croze de Lincel était consul en 1722, il le fut de 
nouveau en 1732. Voir M» 788, 



— 396 - 

Le Ms 1060 assigne sa réception au 5 décembre 1667 : 
« Ignace d'Amat, seigneur de Graveson, l'abbé de 
Valavoire et Frain du Tremblai, conseiller au présidial 
de Anvers (?) furent reçus académiciens. » P. 212. 
Mais faut-il nous en rapporter à cette indication ? 

La famille de Valavoire est une des plus considé- 
rables et des plus anciennes de Provence. Elle tire son 
nom de la terre de Valavoire, viguerie de Sisteron, 
qu'elle possédait depuis le XII I^ siècle, ce qui est établi 
par des titres incontestables (i). Elle s'est illustrée sur- 
tout dans les armes, et l'on cite un Valavoire qui fut 
blessé à la bataille de Marignan, d'autres se signalèrent 
pendant les guerres de la Ligue et commandèrent di- 
verses places fortes de Provence. Vers la fin du XV II" 
siècle un Valavoire servait dans la marine royale et 
la Galette de France le cite. en divers endroits. 

En 161 8, Pierre de Valavoire, seigneur de Vaux 
épousa Gabrielle, fille de Gaspard de Forbin-Soliers, 
gouverneur de Toulon et de Clarisse de Pontevès- 
Carcès. Il fut viguierde Marseille, en 1628, et laissa 
plusieurs enfants, parmi lesquels : François Auguste, 
l'aîné, créé marquis de Valavoire en novembre i652, 
et marié la même année avec Marie d'Amat ; il mourut 
lieutenant général des armées et gouverneur de Siste- 
ron, sans postérité (après 1689). Nicolas second fils de 
Pierre, fut nommé évêque de Riez, en i652, et mourut 
en i685 ; Louis quatrième fils de Pierre, fut chanoine 
de Riez et occupait encore cette fonction en 1689, ^ 
l'époque où Robert de Briançon écrivait son Etat de 

(i) Ces titres sont rapportes par Robert de Briançon, t. Ilf, 
p. 168 et sqq., auquel s'en réfère Maynier, p. 171-172, et Arte- 
feuil, t. II, p. 471 et sqq. Cfr. Le Dictionnaire de la Noblesse de 
Lt» ChesnayeDesbqiî, t. XIX, p. 369. 



- 397 — 

la Provence. En 1695, il fut nommé abbé de Lure, 
diocèse de Sisteron (i). 

Louis de Valavoire n'est peut-être autre que notre 
académicien. Il vivait encore en 1709 (2) et nous 
n'avons pu découvrir la date précise de sa mort. 

L'abbé de Valavoire était allié aux grandes familles 
de la Provence et l'Académie le traita toujours comme 
un de ses membres les plus respectés. Le 14 août 1677, 
il vint à Arles et aussitôt M. de Grille alla le compli- 
menter : 

« M. l'abbé de Valavoire, confrère de l'Académie 
royalle, arrive ; M. le secrétaire le visite, en l'absence 
de la plus part de ces messieurs, qui sans doubte 
eussent tesmoigné à cet académicien l'estime que tout 
le corps se conserve pour lui (3). » Il ne paraît pas 
que M. de Valavoire ait souvent assisté aux séances, 
car il était retenu à Riez, par ses fonctions. 



Deux sonnets de l'ancien viguier de Grille 

(voir p. 244). 

En octobre 1670, MM. de Beaumont et de Sabatier 
adressèrent chacun un sonnet à M. de Grille, qui leur 

(i) Voir Fisquet, Métropole d'Aix, diocèse de Sisteron, p. 172, 
et diocèse de Riez, p. 431-436. 

(2) Il existe au fonds Nicolaï, n» 114, pièces 10 et i3, deux let- 
tres de l'abbé de Valavoire à l'évêque de Sisteron, son oncle, en 
date du 3i mars et du 19 avril 1709, relatives à une cession de 
bénéfice. Il s'agit évidemment de l'académicien, car il n'existait à 
cette date aucun autre abbé de Valavoire, à notre connaissance. 
L'évêque de Sisteron était alors Louis de Thomassin, fils de 
François de Thomassin, conseiller au parlement de Provence, 
né en 1637, évêque de Sisteron, de 1680 à 1718. Wo'ir Fisquet, 
Métropole d'Aix, diocèse de Sisteron, p. i3o-i34. 
C^) Registre de l'Académie, fol. 161, verso. 



— 398 — 

répondit sans retard : « Le lundi trantiesme novambre, 
M. le secrétaire faict voir deux sonnets en responses 
des deux précédans, que M. d'Estoublon mourant 
et très incommodé avoit dicté lui-mesme. On les peut 
voir ici pour l'honneur d'un si digne personnage, 
aussi bien que pour celui de l'Acadénùe, qui s'estime 
honnorée par un tel acte d'académicien que vient de 
faire cet illustre confrère, à la veille de son départ de 
ce monde, en octobre 1670. » Registre de l'Académie, 
fol. 90. 

Les sonnets de MM. de Beaumont et de Sabatier 
n'ont pas été conservés, voici ceux de M. d'Estoublon : 

A M. DE Beaumont 

Je veux mal à mes yeux, cher et docte Damon, 
De ce qu'ils n'ont sceu voir les savantes merveilles ; 
J'en ai pourtant gousté les saveurs sans pareilles. 
Grâces à mon lecteur, grâces à son poulmon. 

Que n'ai-je le secours de quelque heureux démon, 
Pour mériter l'honneur de tes scavantes veilles 
Q.ue n'ai-je de bons pieds et de bonnes oreilles, 
Pour te suivre et t'ouïr jusques au double mont ! 

Ton sonnet qui me flatte et me comble de gloire, 
A mis comme en dépost dans ma faible mémoire. 
Et de biens et de maux le meslange divers. 

Car, hélas ! on peut dire, en cette conjoncture, 
Si je veux aujourd'hui me repaistre de vers, 
Que peust estre demain, j'en serai la pasture. 

A M. DE Sabatier 

Quelque affreux sentiment que la parque nous donne 
Quand son fantosme noir assiège nostre lict, 
Ton sonnet, cher Damon, au momant qu'on le lit. 
Semble éclairer la nuit dont l'horreur m'environne. 



- 309 — 

Sans double cette main qui n'cspargne personne, 
Epargne un triste objet que ta Muse ennoblit, 
Cette Muse peust tout, elle flatte^ embellit, 
Et se faict escouter alors qu'elle raisonne. 

Mais enfin, cher Damon, c'est en vein nous flatter, 
La mort, la fière mort lasse de t'escouter. 
Va finir d'un seul coup une longue menace. 

Que si rêvant pour moi quelque chose de beau, 
Tu veux bien prodiguer les fleurs de ton Parnasse, 
Garde les, cher ami, pour orner mon tombeau. 

De mon lict, ce 14 novembre 1670. 

ESTOUBLON (i). 



Le Marquis de Vardes 

(voir p. 247) 

La famille du Bec, originaire de Normandie, géné- 
ralité de Rouen, possédait les seigneuries de Vardes, 
La Brousse et Bourri. Le dernier membre fut le mar- 
quis de Vardes, dont il est ici question. 

François René du Bec, gouverneur d'Aigues- 
Mortes, capitaine des cent-suisses de la garde du roi, 
chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, perdit les bonnes 
grâces du roi, en i663, selon d'autres, en i665, lors- 
que Madame eut révélé à Louis XIV le complot qu'il 
avait formé avec la comtesse de Soissons, pour perdre 
M"»* de La Vallière, en 1662. « Il lui en coûta sa 
charge, dit Saint-Simon, et plus de vingt-cinq ans 
d'exil en Languedoc ; il en revint si rouillé qu'il en 
surprit tout le monde et conserva toujours du pro- 
vincial. Le roi ne revint jamais qu'à l'extérieur, et 

(i)Il mourut après « avoir esté alicté durant une année »,le4 
décembre 1670, voir plus haut, p. 244. Registre de l'Académie, 
toi. 90, verso. 



— 400 - 

encore fort médiocre, quoiqu'il lui rendit enfin un 
logement et ses entrées. « Il mourut le 3 septem- 
bre ]688, après une longue maladie. Son exil n'avait 
duré que vingt ans, car il reparut à la cour, en i685. 
D'après les Mémoires de Dangeau, t. II, p. 164 et i65, 
il était « de ceux qu'on nommoit pour être gouverneur 
de M. le duc de Bourgogne. » C'est pourquoi on lui 
applique un passage de La Bruyère (delà Cour) relatif 
aux brigues qui aboutirent à la nomination du duc 
de Beauvilliers, fils du protecteur de l'Académie d'Ar- 
les. Cette clef est très contestable. 

En octobre 1675, le marquis de Vardes alla voir, 
en compagnie du coadjuteur d'Arles, l'obélisque que 
l'on venait de déterrer. Livre de raison de Barrai 
Saint-Martin, analysé dans le Musée, i"^ série, p. 227. 

En 1679, il était à Arles, logé à l'archevêché, et il 
entretenait d'excellents rapports d'amitié avec les Gri- 
gnan, ce qui explique les ménagements de l'Académie 
pour Corbinelly (i). Voir plus haut p. 25o. 



EpiTApHE DE M. Henri d'Oppède 

(voir p. 253) 

Le premier président Henri de Meynier de Forbin 
d'Oppède, comte palatin, mort à Lambesc, le i3 no- 



(i) « Le marquis de Vardes, gouverneur d'Aigues-Mortes et 
cordon bleu, vint alors (1679) à Arles ; nous fûmes le voir en 
chaperon, pour obliger M. l'archevêque chez qui il estoit logé, 
et pour faire honneur au gouverneur d'une place de notre voisi- 
nage, de qui nos habitants peuvent souvent avoir besoin. » Mi- 
moires de J. de Sabatier, Musée, 3» série, p. 227. 

Voir La Chesnaye Desbois, t. XI, p. 781 ; Bussy-Rabutin, His- 



— 401 - 

vembre 1 67 1 , à l'âge de 5o ou 5 i ans, légua son cœur 
à cette ville. Les consuls de Lambesc prièrent Henri 
de Boche (i) de demander à l'Académie une épitaphe 
pour le premier président. M. de Grille en fut chargé, 
son projet fut examiné par MM. les abbés de Boche et 
de Barrême, puis approuvé par l'Académie et Henri 
de Boche le transmit aux consuls. 

Si cette inscription fut gravée , il n'en reste plus 
trace dans l'Eglise de Lambesc, reconstruite d'ailleurs 
sous la monarchie de juillet. 

toire Amoureuse des Gaules ; les Lettres de M"* de Sévigné ; 
Moréri ; Les grands officiers de la Couronne, t. VI, p. 63 1 ; le 
Laboureur, Du Chesne, Sainte-Marthe, La Roque; Mémoires 
du marquis de La Fare, etc.. 

(i) « Monsieur de Boche revenu de Lambesq porte la nouvelle 
de la mort de M. le premier président. Il dit qu'il avait laissé 
son cœur en tesmoignage de son affection à cette ville là, dont 
les consuls estoyent obligés par reconnaissance de faire tra- 
vailler à son épitaphe. M. Bouvet, directeur de ce moys, re- 
monstre que c'est là un employ digne de l'Académie. M. de 
Boche dict que les consuls de Lambesq l'avaient chargé d'en 
faire la très humble prière à messieurs de l'Académie royalle. 
M. le secrétaire est chargé de la chose et promet de faire tout son 
possible, d'autant mieux que M. d'Oppède avait donné l'arrest 
d'enregistrement des lettres patentes du roy pour l'establissement 
de l'Académie royale, il estoit de justice de rendre quelque gloire 
à son tombeau. M. le secrétaire fit voyr quelques vers et quel- 
ques proses qu'on addressait à l'Académie sur la mort de M. le 
premier président, de quoy on deraendoyt le sentiment de la corn., 
pagnie. La chose estant agitée, il fut résolu qu'on ne s'expliquera 
point et que la mauvaise humeur du sieur Corbinelly debvoit 
instruire ces messieurs de ce qu'ils debvoient faire en pareilles 
rencontres (a). > 

(a) Registre de l'Académie, fol. 102, verso. Décembre 1671. Voir les Mémoire» 
de J. de Parades de l'Estang, année 1671. Cités dans le .Vuiél de 1875, p. 177. 



— 40? — 

D. O. M. 

Hcnrico de Meynier de Forbin Baroni d'Oppède, in 

Supremo galloprovinciae senatu protoprœsidi, 

Quod 

Cor et viscera 

Suprema sua voluntate deponi jusserit Lambesco, 

Ubi, dum comitia obit, 

E vivis abiit 

Anno 1671, mense nov. die.... 

Grato dictante genio, 

Magno patrono suo, 

Hoc Carmen posuit civitas Lambescensis. 

Cui fuerat nuper vasti brevis area regni, 
Conditur augusta magni cor prœsidis urna, 
Scilicet ad superos mens una capacior orbe, 
Angustas pertœsa domos, cœlo fruitura recessit, 
Viscera quae dulcis dum vita manebat, acuto 
Torquebant sensu miserae fata aspera plebis, 
Hic deposta jacent, orbas solatia gentis, 
Sed late spirant cineres fatoque s.uperstes 
Spargit odoratam virtutum gloria famam, 
Dum generis titulos Forbinœ insignia gentis, 
Patriciosque atavos, qui claro stemmate et arctis 
In reges vincti obsequiis, belloque, togaque, 
Conspicui, primas regni tenuere curules 
Œterno charités laudum splendore coronant, 
Doctas mentis opes, facundae munera linguas, 
Et curas animi vigiles, vastique labores 
Concilii, gemino dignam diademate frontem, 
Pectoris invicti robur sublimiaque acta, 
Oppressas scelerum pestes, incendia belli 
Civilis i-estincta, altae molimine mentis. 
Sed melius Phocensum animos, nisusque féroces 
Mentita fractos hostiiis imagine belli, 
Et pulchram cœlo jussam descendere pacem, 
Incidunt memores ferali in marmore musae, 
Nec tamen hic décorum cumulus nec pulcher honorum 
Limes erit: meritos alibi virtutis honores, 
Magnorumque operum fructus Provincia sospes, 
Purpurei patres, comitia, principis aulae. 
Et favor œternum populis regnoque loquentur. 
Registre de l'Académie, fol. 104. 



— 'i03 — 

Une des inscriptions satiriques que la médisance 

composa an président d'Oppède : 

IN TITULUM SEPULCHRI 

Henricus de Meynier de Forbin, 

Nobilissimus vir 

Baro d'Oppède antiquissimus, 

Marchio novus, 

Cornes Palatinus, 

Militias togatse dux quondam, 

Nuperrime proi-ex, gubernator et provinciae prœfectus 

Sub cujus imperio, 

Summa libertas exspiravit 

Sed immerito, 

(Urbs enim fidelis aeterna libertate donanda) 

Ejusdem concilie, 

Rex triumphavit, 

Sed invitus 

Quia de subditis. 

Aquensis senatus princeps, 

Strenuus, Magnanimus, prœpotens, 

Massiliam pacificam in castrensem convertit, 

Rempublicam evertit, 

Maenia subvertit, 

Dignitatis acerrimus vindex, 

Quippe qui 

Hostes ad crucem usque prosecutus est, 

Hic tandem, 

Amicorum cura 

Opère et industria medicorum, 

Jacet. 

R. I. P. 

Archives des Bouches-du-Rhône , fonds Nicolaï , n» 109, 

pièce 37. V. son Oraison funèbre, Bibl. Méjanes, Ms 849, pièce 46, 

Sonnet de M. de Grille 

(voir p. 256, note) 

Ces vers furent lus à la séance du 1 8 novembre 1 672 . 
Ils sont à l'honneur du roi, sur la devise composée 

27 



d'un laurier éclairé par le soleil, avec ces mots : Vi- 
rescam dum aspiciet, devise qui rappelle le protec- 
torat que Louis XIV réclama cette année-là sur l'Aca- 
démie française. 

L'âme du grand Armand que le ciel a ravie, 
Me fit part autrefois du bonheur de ses jours, 
Je fus un digne objet de toutes ses amours, 
Et sa pourpre me mit au-dessus de l'envie. 

Des faveurs de Séguier ma faveur fut suivie, 
Mon règne s'établit sur celui des deux cours. 
Mais enfin mon laurier eut flétri pour toujours, 
Si mon divin soleil n'eût ranimé sa vie. 

Grand Roi dont les regards font ma félicité, 

Vous êtes mon soleil et ma divinité, 

Le temps ne verra point vos merveilles bornées. 

Je ne crains aujourd'hui ni sort, ni changement, 
Ce que font les héros dure quelques années. 
Mais ce que font les dieux dure éternellement (i). 



Le p. Bertet, S. J. 

(voir p. 262) 

Jean Bertet naquit à Tarascon, le 22 février 1623. 
Il était fils de François Bertet et d'Anne d'Ise. En 
1637, il entra dans la Compagnie de Jésus et fut, du- 
rant plusieurs années, chargé d'enseigner les huma- 

(i) Registre de l'Académie, fol. 109. 

Le Laurier est le symbole de l'Académie française, qui parle 
dans ces vers. Le cardinal Armand de Richelieu, fondateur de 
l'Académie, fut le premier protecteur et le chancelier Séguier lui 
succéda. Voir une pièce intitulée : Academia Gallica ad Lupa- 
ram accita, Alb. Daugières, Carmina, etc. Lyon, 1708, p. 2 53. 



— 4nô — 

nités. Il se tît rapidement une réputation méritée de 
littérateur et de savant dans les langues. Il s'attacha 
au cardinal de Bouillon, grand aumônier de France, 
qui fut, dit-on, son élève et chez qui il se retira lors- 
que, en 1681 , il quitta la compagnie de Jésus. Il mou- 
rut le 29 juin 1692, c\ Paris. 

Il était en correspondance avec le président Henri 
de Forbin d'Oppède, Boiirdaloue, le P. La Chaise, 
le P. Ménestrier, Sorbière, Gassendi, etc., etc. La 
liste de ses ouvrages qui roulent sur toute espèce de 
sujets est donnée par le P. Bougerel, à la suite de la 
notice de ce savant. Bertet tenait de son père un 
goût prononcé pour la poésie, il tournait élégamment 
les vers en latin, en français, en espagnol, en italien 
et en provençal. En 1672, il composa une chanson 
provençale sur : La Campagno d'Hollando. Cette 
pièce ayant plu au roi, il en écrivit d'autres sur les 
divers exploits de Louis XIV. Celle qui eut le plus 
de retentissement fut une épigramme sur le siège de 
Maestricht (juin lôyB). 

« Pour en sentir toute la beauté, il faut se ressou- 
venir que le siège ne dura que treize jours ; que le 
jour de Saint-Pierre nos troupes donnèrent un assaut 
furieux ; que les ennemis capitulèrent le jour de Saint- 
Paul, et se rendirent le lendemain. 

San Peyre eme sa testa ra:{0, 
Diguet devant Maéstric l'autre jour à San Pau, 
Per combattre aujourd'hui presto mi ioun espa^o, 
Din dous jours, per intra te prestaray ma clau. 

Il la traduisit aussi en vers latins ; elle fut fort 
goûtée ; on la lut au roi. Elle fut encore traduite en 
vers latins par M. de Montmor et par le P. Albert 



— 406 - 

d'Augières, jésuite (i), elle fut cause d'une petite 
dispute entre plusieurs beaux esprits, dont on trou- 
vera le détail dans la vie de Pierre de Chasteuil Ga- 
laup. y» Bougerel, p. 209-210 (Cette vie n'a pas paru). 

Sur le P. Bertet, en dehors de la notice de Bougerel (Hommes 
Illustres de Provence, p. 2o3-22i) composée sur des mémoires 
communiqués par M. Bertet, son petit neveu, et par M. Pierre 
Galaup de Chasteuil, (né à Aix, le 22 août 1644^ y mourut le i3 
juillet 1727), on peut consulter le nouveau supplément de Mo- 
réri, art. Bertet, dans les Add. ; Pa^^OM, Histoire de Provence, t. VI, 
p. 786 ; Dictionnaire de Provence, t. I, p. 79 et sqq., mais tous 
s'inspirent du P. Bougerel. 



Mgr d'Orléans de La Motte 

(voir p. 285, note) 

Louis François d'Orléans de La Motte, né à Car- 
pentras, en i683, mort évéque d'Amiens, le 10 Juin 
1774, après avoir été chanoine de Carpentras, vicaire 
général d'Arles et administrateur du diocèse de Senez, 
après la déposition de Soanen, par le concile d'Em- 
brun, était de la même famille que l'académicien M, de 
Bédouin, dont nous avons parlé p. 287. 

Voir la Vie de M. d'Orléans de La Motte, évêque d'Amiens, 
dédiée à Monseigneur l'Archevêque de Sens (de Brienne) princi- 
pal ministre, par M. l'abbé Prqyart, Paris, Lyon, Amiens, Lille, 
1788, I vol. in-12, et Dictionnaire de Provence, t. II, p. 23. 

(i) Voici cette traduction, insérée dans les œuvres du P. d'Au- 
gières, Carmina, etc. Edit. de Lyon, 1708, in-8, p. 25o : 
Cum premeret Lodoix Trajecti mœnia, calvus 
Hisdictis Paulum fertur adisse Petrus : 
Congredior, nunc nunc gladium mihi porge; vicissim, 
Claves, biduo ut hinc ingrediare, dabo. 
Un des frères de J. Bertet était capucin : le P. Théodose, pré- 
dicateur assez renommé,dont les sermons ont paru, à Lyon,in-8, 
1694. Il était peut-être aussi parent d'Antoine Bertet, fondateur 
des Gardistes. 



— iOT - 
Quelques pièces de M, de Beaumont 

(voir p. 290) 

A l'illustre M. de Rebattu, conseiller du roy au siège d'Arles 
Sur sa traduction en vers des épi grammes de Martial (i). 

Sonnet 

Illustre Rebattu, cet excellent ouvrage, 
Fait voir jusques où va ton esprit sans égal, 
On ne sauroil juger ce qui vaut davantage. 
De la traduction ou de l'original. 

Qui pourroit hors de toi faire de Martial, 
Un poëte françois comme ceux de notre âge, 
Et lui faire changer pour le bien général, 
Sans changer son esprit, de grâce et de langage :• 

Tu fais bien aujourd'huy ce qu'il fit autrefois. 
Et tes vers sont au moins aussi dignes des rois, 
Que les siens l'ont esté des souverains du Tybre. 

Vous estes différents toutefois en ce point : 
C'est qu'il eust une humeur et médisante et libre. 
Et des vices que tu n'as point. . 

Beaumont (2). 

(0 12J épigr. de Martial, tornées en vers françois, Ms 5ôi, 
p. 253 et sqq. Traduction commencée en août 1660. Continuation 
de Martial dédiée à Joseph de Beaumont, p. 2g5etsqq. 

(2) L'original se trouve Ms 56 1, p. 247, et à la suite M. de Re- 
battu a écrit: Reçeu le 26 aoust 1660, puis sa réponse. 

Nobilissimo clarissimoque viro D. Josepho d'Arlatan Beaumont, 
Musarum alumno, virtutiim cultori prœcipuo. 

Quod célébras nostrum, Belmonti, carminé librum, 
Debetur merito gratia magna tuo. 
Nos quoque laudamus tua carmina gallica, ut ipsum, 
Quod tribuis libro, det liber ipse tibi. 



_ 4ns — 

Pour M. le conseiller de Rebattu, sur sa poésie. 
Sonnet 

Que l'on doit à tes soings, que l'on doit à tes veilles, 
Grand démon du Parnasse, esprit dont tant de fois 
Tous les meilleurs esprits ont faict si digne choix, 
Pour publier la gloire et chanter les merveilles ! 

La douceur de tes vers enchante les oreilles, 
Et dans ceste douceur le mérite a son pois, 
Tu scais louer les dieux, tu peux louer les rois. 
Et ta muse a pour eux des grâces sans pareilles. 

Mais digne de louer les hommes et les dieux. 
Tu peux encore plus, les donnant à nos yeux 
Par les traicts d'un pinceau dont la main est fameuse. 

Aussi, cher Rebattu, mesme entre les mortels, 
Chacun t'immortalise et Thémis est heureuse 
Qu'un homme de ton prix ait soin de ses autels. 

d'Arlatan de Beaumont ([). 

Sonnet 

Enfin quand je devroy faire crever l'envie, 
Rien ne m'empeschera de faire dans mes vers 
Un portrait raccourci des miracles divers 
Que Rebattu fait veoir tous les jours de sa vie. 

II a par sa Rochelle (2) une palme ravie, 
Aux plus scavantes mains qui soient dans l'Univers, 
Son Marché (3) lui produit des lauriers toujours verds. 
Et sa moindre action est de gloire suivie. 

(1) « Reçeu le 3o janvier i65i, par un laquet du sieur de Beau- 
mont, » au bas de l'autographe, Bibl. Méjanes, Ms 664, Recueil 
de diverses pièces de Rebattu. Cfr. Ms 56i, p. 5. 

(2) Centon imprimé au temps du siège et réimprimé en 1643. 

(3) Mercatus Arelatensis, poème imprimé en lôSg. Voir 
p. 176 du Ms 56 1, sur le prix de l'impression (François Mes- 
nier, Arles). En tête, il y a des vers de Claude Terrin. 



— 409 — 

Mais un grand coup d'essay qu'il a fait au barreau, 
Est pour toute la France un miracle nouveau, 
Où l'on peut admirer la doctrine et la reigle. 

Et bien qu'il eust paru d'un cœur toujours pareil, 
Toutefois à ce coup il paraît comme un aigle, 
Qui mène sans trembler son Aiglon au Soleil. 

Beaumont (i). 



Le p. Athanase Kirker, S. J. et l'Obélisque 

(voir p. 301 ET SaO..) 

Né à Fulde, le 2 mai 1601, le P. Kirker mourut à 
Rome, en nov. 1680. Il fut professeur de mathéma- 
tiques et de langues orientales, au collège des Jésuites 
d'Avignon. 11 le quitta, en i635, pour aller professer 
à l'Académie impériale de Vienne. On voit, dans la 
préface de ses Primitiœ Gnomonicce Catoptricœ (i . 
Piot, Avignon, 1 635) qu'il quitta à regret un climat 
favorable à ses observations astronomiques. 

Le collège des Jésuites, fondé en 1564, était établi 
dans le palais du cardinal de Brancas, dont une an- 
cienne tour, en face l'Eglise Saint-Didier, servait d'ob- 
servatoire. C'est dans cette tour que le P. Kirker avait 
tracé des projections uranographiques qu'il appelait : 
Horologium avenionense astronomico - catoptricum 
in quo totiiis primi mobilis motus, reflexo solis radiOy 
demonstrabatur .CqX. Horologium existe encore, et l'an- 
cien collège des Jésuites est aujourd'hui le lycée (2). 
La résidence du P. Kirker à Avignon explique ses 
rapports avec M. de Varadier de Saint-Andiol. 

(i) Bibliothèque Méjanes, Ms 56 1, p. 8, sans date. 

(2) Voir de l'Etat ancien de l'Instruction publique dans Vau- 
cluse, Y>a.v Jules Cour tet, Bulletin de Vaucluse, 1879, p. 463-64. 

Le P. Niceron donne la liste des ouvrages innombrables du 
P, Kirker, Mémoires, t. XXVII, p. 190. 



- hiO — 

Le Mercure Galant de janvier 1678, publia un 
abrégé des observations de Terrin sur les obélisques, 
et ce savant, mécontent de quelques erreurs qui 
s'étaient glissées dans cet abrégé, fit imprimer lui- 
même ses Observations sur les proportions des pyra- 
mides et des obélisques (i), sous forme de lettre à la 
suite de ï Entretien de Musée et de Callisthène sur la 
prétendue Diane d'Arles, et réunit le tout en un vo- 
lume in- 12, sous le titre : La Vénus et l'Obélisque 
d'Arles, par M. Terrin, conseiller du roy au siège de 
cette ville, à Arles, chez Jaques Gaudion, marchand 
libraire m dc lxxx, dédié au coadjuteur d'Arles, 179 p. 

Après les Observations se trouvent les Eclaircisse- 
ments des doutes proposés contre mes observations sur 
les obélisques et les pyramides. Terrin nous apprend 
que le P. Kirker avait vu tirer des ruines du cirque de 
Caracalla l'obélisque qu'Innocent X fit dresser sur la 
place Navone, et il invoque, en sa faveur, l'autorité de 
ce savant. Dans une curieuse pièce latine qui termine 
le volume, intitulée : Obeliscus régi, Arelatoque res- 
titus, et qui est dressée à Eugène Brunet, avocat au 
parlement de Paris, Terrin fait l'historique de la 
discussion. Il établit, dès le début, l'importance de la 
question, parce que « Levis momenti quibusdam visa 
res est, ingeniosa quœ hactenus litteratos exercuit de 
lapidese molis in foro arelatensi erectœ nomine discep- 

(i) Terrin avait composé des inscriptions latines pour l'obélis- 
que d'Arles. Il les a conservées à la fin de son ouvrage La Vénus 
et l'obélisque d'Arles ; quant aux a inscriptions françoises à la 
louange du roi, pour mettre au piédestal de l'obélisque, au nom 
de l'Académie royale d'Arles », dont parle le P. Bougerel (Hom- 
mes Illustres, p. 338) nous croyons à une confusion de sa part, 
Terrin, à cette date, n'était pas de l'Académie, encore moins 
travaillait-il en eon nom, car il lui était peu sympathique. 



— 'iM — 

tatio. » Tel ne fut pas, selon Terrin, l'avis des érudits 
qui s'accordèrent à donner à ce monument le nom de 
obélisque, tandis que le peuple l'appelait pyramide, 
et cela depuis longtemps. Un seul homme soutint que 
ce serait un crime de changer la vieille dénomination 
populaire. Il s'agit de M. Gaspard de Varadier de 
Saint- Andiol que Terrin qualifie « vir ecclesiastica 
dignitate, nobilitate, eruditione, carminumque scrip- 
tione conspicuus. » M. de Varadier s'autorisa du P. 
Kirker et, dans une lettre adressée à M. Brunet, avocat 
au parlement de Paris, il soutint son opinion que 
Brunet réfuta, dans une dissertation « ingenii, doctri- 
naeque plénum opus. » Brunet demanda avis à Terrin, 
qui lui répondit par ses Observations, dans lesquelles 
il développe une opinion moyenne. Il prétend que le 
monument d'Arles est une pyramide, il est vrai, mais 
de celles qu'il faut appeler obélisques, en raison de 
leurs proportions, car entre une pyramide et un obé- 
lisque, il n'y a pas d'autres différences, l'obélisque 
étant une espèce de pyramide. L'opinion publique 
adoptait ce sentiment, le P. Fatou, S. J., le défendait 
dans un discours prononcé à la rentrée des classes du 
collège d'Arles ; le P. d'Aiigières (i) chantait l'obélis- 
que ; le cardinal Emmanuel Théodose de Bouillon^ 
grand aumônier de France, passant à Arles, au retour 
de Rome, après l'élection du pape Innocent XI, et 
regardant la place royale des fenêtres de l'archevêché, 

(i) Obeliscus Arelatensis régi consecratus, carmen A. D. J. J. 
(d'Augières) 148 vers hexamètres, in-40. — Voir Dubreuii, t. I, 
p. 253, verso. Voir plus haut, p. 3og. Il fut traduit en français 
par M. de Bouvet, avril 1676. 11 est cité, Alb. Daugières Car- 
mina, etc., 1708, p. 48, sous la date 1675, et il fut imprimé, dès 
1675. Voir Ms 545 de la Bibliothèque Méjanes, à la fin. 



— 41Î — 

s'écriait : « Voilà un obélisque et une autre Rome. » 
Ces paroles étaient répétées dans le public. Enfin 
Pellisson, dans ses inscriptions, penchait vers ce sen- 
timent et le roi les avait approuvées. Tout à coup, 
parut l'écrit de M. de Varadier qui combattait l'opinion 
générale (i). « Inopinato prodit tanquam e tripode 
oraculum : Pyramidis arelatensis vindicatum nomen, 
opéra scilicet nobilissimi viri supra laudati. » 

M, de Varadier l'envoya à Terrin qui le parcourut, 
pour y découvrir les raisons opposées à ses observa' 
tions. Pour tout argument, il y trouva trois lettres du 
P.Kirker. (Nous continuons à analyser l'écrit de Terrin.) 

Certes, l'autorité de cet homme « pour qui la sagesse 
des Egyptiens n'a pas de secrets » était de nature à 
trancher le débat. Aussi Terrin, pris à parti, essaya- 
t-il de montrer que ces lettres ne prouvaient rien et 
que les ouvrages du P. Kirker établissaient, au con- 
traire, que le monument d'Arles était un obélisque, 
non une pyramide. La première lettre du P. Kirker, 
écrite après une grave maladie, ne peut être invoquée 
comme l'expression de sa pensée vraie ; la seconde est 
embrouillée et prouve plutôt que le monument doit être 
appelé obélisque, puisque il convient qu'obélisque et 
pyramide ne diffèrent que de mesures « non nisi decur- 
tatione. » Dans la troisième lettre, sollicitée par M. de 
Varadier qui « anxius desuae pyramidis fato, oraculum 

( I ) Dans la préface de son écrit: Pyramidis arelatensis vindicatum 
nomen, M. de Varadier faisant allusion à sa cécité disait: « Fateor 
equidem cœcum in errores facillime labilem, nec ejus testimonio 
de re visibili esse attendendum ni peritissimorum authoritate et 
suffragiis innitatur. » Il ne cesse d'en parler dans ses vers. 

Dans les Juvenilia, V. p. 8 , 4 pièces sur la pyramide, pui» 
p. 3 12 se trouvent deux autres pièces : Erectae Pyramidi Arela- 
tensi. V, Ms 1060 à l'année 1677. 



— 413 — 

tertium tentavit », il n'y a aucun argument nouveau. 
Le P.Kirker n'est pas plus affirmatif: <i! Solum in con- 
textu sermonis molem nostram Pyramidem vocat, at 
obeliscum esse non negat , de quo tamen summa 
quœstionis, » p, 171. 

Mais si les lettres du P. Kirker, en faveur du nom 
de pyramide, ne sont pas concluantes, ses ouvrages 
sont très formels, en faveur du nom d'obélisque. 

« Sed nondum ab adyto discedat vir nobilissimus ; 
habeo quo continuetur oraculi vox ; supplebit Obelis- 
cus Pamphilius, quod primo et ultimo eruditissimi 
Kircheri responso deest mediumque, meamque simul 
sententiam plenissime confirmabit, scilicet pyramidem 
ab obelisco non differre nisi ut genus a specie, obelis- 
cum esse pyramidem nostramque molem verum obe- 
liscum esse. » Et Terrin cite les pages de l'ouvrage 
en question, (paru en i65o) il ajoute que c'est dans 
les écrits de ce père, qu'il faut chercher son véritable 
sentiment et non dans les lettres où l'amitié nécessite 
certaines atténuations, pour ne pas froisser les opinions 
de nos amis. Cela est d'autant plus vrai, ajoute-t-il, 
que le P. Kirker, dans ses lettres, est très réservé tandis 
que ses ouvrages sont très explicites. 

« Hic verus mihi crede Kircheri sensus est qui 
saepius molem nostram pyramidem dixit, ut viro nobi- 
lissimo favere videretur , nunquam obeliscum esse 
negavit ne veritatem lœderet : nisi tamen putare quis 
possit patrem eruditissimum ut urbanitatis officiis 
plenius fungeretur, totum Obeliscum Pamphilium, 
totumque Œdipum^Egyptiacum (i), ingentisdoctrinae 
opéra quibus maxima famae sua pars structa est, unico 
epistolio obliterata voluisse. » p. lyS. 

(i) VŒdiyus ^gyf}tiacus du P. Kirker parut en i65<. 



— 414 — 

Terrin conclut que le nom d'obélisque est seul 
admissible, l'obélisque étant une sorte de pyramide 
aiguë dont les proportions répondent à celles du mo- 
nument d'Arles, et que cette sorte de pyramide « est 
appelée indispensablement du nom d'obélisque. » La 
postérité s'est rangée à l'opinion de Terrin, et la que- 
relle que nous venons de résumer est bien oubliée 
aujourd'hui. 

Le récit de la marche et de l'élévation de l'obélisque se 
trouve avec les planches et les dessins dans les Mémoires de 
Véran. Le livre de raison de la famille Barrai de Saint-Martin 
analysé dans le Musée de 1873 (225-232) contient de nombreux 
détails sur la découverte de l'obélisque, son transport et son élé- 
vation et sa décoration. 

Cfr. Mémoires de J. de Sabatier; Annales des Minimes d'Arles 
par le P. Melchior Fabre, p. 121-1 25, Ms 547, Bibliothèque Mé- 
janes. Les inscriptions de Pellisson y sont citées avec la traduc- 
tion de Séguin, faite a avec sa subtilité ordinaire. » 

Les inscriptions de Pellisson furent traduites en français par 
Séguin (1682) qui dédia sa traduction aux consuls et la fit im- 
primer sous forme de placard, à l'usage des « voyageurs curieux. » 
Il y a un exemplaire à la suite des Antiquités, à la Bibliothèque 
Méjanes, n" 14601,(13290). 

Consulter un très curieux ouvrage, dont la Bibliothèque Mé- 
janes possède un exemplaire, avec l'ex-libris de Sade (Recueil 
31,687 pièce 9): Poème provençal sur l'Obélisque d'Arles, nouvel- 
lement érigée à la gloire de Louis le Grand, par nobles François 
de Boche, Maurice Romani, Antoine Agard, Jean Maure, et 
mise dans sa dernière perfection par nobles Pierre de Sabatier, 
sieur de l'Armelière, Pierre Deloste, Claude Beuf, Gérard Beuf, 
consuls et gouverneurs de la ville et citté d'Arles, juges des poli- 
ces, seigneurs de Trinquetaille, composé par Pierre Vespier 
maistre. fournier des^Baux, habitant de cette ville d'Arles. 

A Arles, chez Claude et Jacques Mesnier, imprimeur du roy et 
de ladite ville, 1676, 36 p., in-8. Cité par Dubreuil, 1, 253. 

Notons en terminant, que M. Estrangin est revenu sur l'opi- 
nion émise par lui, dans les Etudes sur Arles, p. 106, et affirme 
dans sa Description de la ville d'Arles (Aix, 1845), p. 64, que 
l'obélisque est d'origine égyptienne. 



— 4!5 — 
Inscription pour l'Obélisque 

(voir !>. 503) 

Cette inscription fut proposée par M. de Grille 
comme la moins imparfaite (décembre 1 675), et c'est 
d'elle que Pellisson s'est inspiré. Voir Registre, fol. 
140 et fol. 159, et plus haut p. 3o2 et 338. 

Dum Batavos domat 

Ludovicus Magnus, 

Dum Belgas, Hispanos, Germanos vincit, 

Dum hostes ubique fugat et fundit. 

Ne quid sileat, 

In tanto victoriarum et triumphorum applausu, 

Loquuntur lapides, 

Ne quis non audiat, 

Vocem praebet Academia regia Arelatensis. 

Sciant posteri 

jEgyptiorum more urbem inclytam 

Obeliscum hune soli regio, 

Erexisse, dicasse, sacrasse. 



Inscriptions dr l'Obélisque d'Arles 

Composées par Pellisson. 

I 

Ludovic© magno, 

Omnes omnium ante se principum virtutes amplexo, 

Imperatori invictissimo, 

Legislatori sapientissimo, 

^quissimo judici, 

Clementissirao domino, 

Benefactori amplissimo, 

Patri populorum optimo, 

Vere régi, 

S. P. Q, A. 

II 

Olim soli sacrum 
Gentium Dec ; 

Nunc felicioribus auspiciis, 



~ 416 — 

Splendore ac sublimitate fortunac, 

Ingenii lumine, perspicacitate, 

Vi, claritate, 

Mentis magnitudine ac beneficentia, 

Vero orbis gallici soli, 

Nec pluribus impari, 

Qui nec errât, nec cessât 

Quieto similis : 

Proque ejus incolumitate, alque saiute. 

In qua salus publica .versatur 

Deo optimo maximo, 

Dicat, vovet, consecrat, 

S. P. Q. A. 

III 

Ludovico raagno, 

Ad aeternitatem gallici nominis nato. 

Semper victori, 

Semper pacifico, 

Studiorum, artium, virtutum omnium, 

Parenti mitissimo et liberalissimo 

Ejusque justitias, pietati, providentias, 

Munificentiae, 

S. P. Q..A. 

IV 

Ludovico magno, 

Q.uod labefactatam rempublicam, 

Restituerit, 

Authoritatem regibus, vim legibus. 

Rébus ordinem, 

Reddiderit, 

Impiam singularium certaminum rabiera, 

Exstinxerit, 

Terra marique in immensum 

Francorum vires, commercia, imperium, 

Auxerit, propagaverit, 

Gentis Fœderatas armis, 

Ipsam invidiam gloria 

Vicerit, 

S. P. Q. A. 



- 417 - 

Quelques Rectifications de détail, 
(dates, noms, inexactitudes partielles, etc.) 

« C'est un métier que de faire un livre, comme de 
faire une pendule : il faut plus que de l'esprit pour 
être auteur. » La Bruyère (des Ouvrages de l'esprit). 
Pour l'exécution matérielle d'un volume il faut une 
grande patience et une attention soutenue, encore 
échappe-t-il nombre de fautes et d'erreurs ! Les 
Errata sont rarement consultés, néanmoins un auteur 
peut et doit se livrer à la révison matérielle de son 
livre, ne serait-ce que comme satisfaction personnelle. 
C'est ce que nous avons fait, en essayant de relever 
les principales fautes, et avec la conscience cependant 
de n'avoir pas réussi à les signaler toutes. Les erreurs 
purement typographiques seront corrigées par les lec- 
teurs eux-mêmes, qui voudront bien n'en faire un 
crime ni à l'auteur, ni même à son imprimeur : 



Qiiandoque bonus dormitat Homerus. 



Nous avons écrit tantôt Conrard, tantôt Conrart. 
Les deux manières d'écrire sont employées dans le 
Registre de l'Académie d'Arles, et au XVII* siècle, 
Chapelain et les autres correspondants de Conrart s'en 
servaient indifféremment. Mais toutes les signatures 
du Dossier, conservé à la Bibliothèque Nationale 
(pièces originales 889, Conrart i8832, p. 52 à 58) 
portent Conrart, avec un t, ce qui tranche le débat. 

De même, nous avons écrit Aj^mar et Aimar, parce 
que ces deux orthographes étaient en usage au XVII« 
siècle ; de même encore. Boche et Boches, Robin et 
Roubin, Aiguières et Eyguières, Bouvet avec ou sans 
particule, etc., etc. L'orthographe était chose si varia- 



— 4^8 — 

ble, surtout pour les noms propres, au XVII" siècle, 
que nous n'insistons pas. Nous avons adopté l'ortho- 
graphe d'Augières, mise en honneur par le P. Bou- 
gerel, puis par le Dictionnaire de Provence, alors que 
d'après les documents originaux, il faut écrire Dau- 
gières, en un seul mot : nous réparerons cette faute. 
Une erreur plus grave, et que nous devons relever 
ici, est celle qui nous a fait écrire presque partout Bou- 
guerel, au lieu de Bougerel. Le savant oratorien est 
trop connu, pour qu'il soit excusable de ne pas écrire 
son nom correctement. 

Joseph Bougerel, naquit à Aix, le 23 février 1680. 
Son père était procureur au Parlement. Le 3 mai 1678 
Jean-Baptiste Bougerel et Michel Bougerel frères, fu- 
rent reçus au prieuré de Saint-Gilles d'Arles en qua- 
lités de chapelains conventuels. Ils étaient nés à Aix, 
paroisse Sainte-Madeleine, en i663 et 1667. Etaient- 
ils les frères ou les cousins de Joseph ? Nous ne sa- 
vons (i). Ce dernier entra à l'Oratoire, en 1702, et 
mourut à Paris, le 19 mars 1753 âgé de 73 ans. Il y 
résidait depuis 1726, époque où il quitta la Provence. 

L'abbé Gouget, son ami, a publié son éloge dans 
le Journal de Verdun de juin 1753, p. 445-451. 

« S'il n'étoit pas doué d'un grand génie, il avoit,en 
dédommagement un grand amour pour le travail. Il 
s'appliqua principalement à faire des recherches sur 
les écrits et la vie de plusieurs gens de lettres, et en 
particulier sur les Hommes Illustres de sa province. » 
Bibl. Méjanes, Ms 746, p. 149. Le P. Bougerel fut un 
chercheur intelligent qui consacra sa vie à l'étude. 

(i) Pierre Augustin Bougerel, était conseiller au siège d'Aix, 
en 1750, et semble être le frère de l'Oratorien. 



— il9 — 

Voir pour plus de détails sur la vie et les ouvrages de 
Bougerai le Ms 746 de la Bibl. Méjanes : Vie des Pères 
de l'Oratoire provençaux les plus distingués ou par 
leurs ouvrages, ou par leur piété ou par les places 
qu'ils ont occupées dans la congrégation, par le P. 
Bicaïs, de l'Oratoire, p. 149-156. Cfr. Notice de 
l'Oratoire de France {1788-89) par le P. Bicaïs, 2 vol. 
10-4°, Ms Bibliothèque Méjanes 639-640, d'où est tiré 
l'ouvrage précédent ; Dictionnaire des Hommes Illus- 
tres de Provence, t. I, p. 118 (i). 

Bougerel avait préparé un ouvrage en 4 vol., in'4°, 
dont il avait même publié le prospectus en 1 7 1 8 . Il était 
intitulé : Mémoires pour venir à l'histoire des Hom- 
mes Illustres de Provence et de tous ceux qui se sont 
distingués par leur sainteté, leur sçavoir leurs em- 
plois... depuis la fondation de la ville de Marseille 
jusques à présent, avec des dissertations et des notes. 

Cet ouvrage avait été annoncé dans les Mémoires 
de littérature et d'Histoire du P. Desmolets, t. I, pre- 
mière partie, p. 77, dans les Nouvelles littéraires, vers 
1723 et dans la Bibliothèque historique du P. Le- 
long,en 17 19, p. 872^ mais la mort surprit Bougerel, 
au moment où il venait de l'achever et d'en publier un 
extrait : Mémoires pour servir à l'Histoire de plu- 

(i) Les œuvres de Bougerel sont éparses dans les divers recueils 
littéraires et le plus grand nombre sont restées manuscrites. 

La Bibliothèque d'Aix possède le Parnasse Provençal ou les 
poètes provençaux qui ont écrit depuis environ le seizième siècle 
jusques à présent, par le P. Bougerel de l'Oratoire (Ms 728 ) petit 
in-4' de i36 p. Ce n'est qu'une ébauche intéressante. On trouve 
encore à la Méjanes une lettre ou dissertation du P. Bougerel sur 
l'avocat général Guéri n adressée au président Hénaut. Recueil, 
Ms 798, pièce 4. Elle est datée du i5 décembre 1747, et comprend 
24 p. in-fol. 

2» 



- m — 

sieurs Hommes Illustres de Provence, i vol., in- 12, 
Paris, Claude Hérissant (1752). 

Le Ms 782 delà Bibliothèque Méjanes, pièce i3 '• 
Ecrivains de la Provence qui sont en vie, en 1750 
parle (§ XIII) de^ce ^volume que l'on imprimait et 
qui devait paraître, sur la fin de cette année 1751 ou 
au commencement de 1752. Voir le Journal des Sca- 
vans de 1752 et le Journal de Fer^wn, de juillet 1752. 

Consulter sur le P. Bougerel, un volume de la petite 
Bibliothèque oratorienne du P. Ingold, intitulé : 

Le P. Joseph Bougerel, prêtre de l'oratoire. Notice 
biographique et bibliographique, d'après des docu- 
ments inédits, Paris 1882, I vol., in-i8. 

Les œuvres imprimées du P. Bougerel, avaient déjà 
été indiqués dans l'Essai de Bibliographie orato- 
rienne, par le P. A. M. P. Ingold, bibliothécaire de 
l'Oratoire, i vol., in-8, Paris, 1880-1882, Sauton et 
Poussielque, p. 14-16. Cette liste est complétée dans 
le nouveau volume, et les Ms qui existent encore (car 
beaucoup sont perdus) y sont décrits avec la plus scru- 
puleuse exactitude. 

L'œuvre capitale de Bougerel, les Vies des Hommes 
Illustres de Provence, forme 4 vol., in-4°, d'une écri- 
ture serrée et tout prêts à être livrés à l'imprimeur. Le 
Ms définitif est en la possession de M™» de Bougerel, à 
Lyon, et M. le marquis de Clapiers, à Marseille, pos- 
sède la copie d'une notable partie. Au t. III, après le 
livre XVI, se trouve V Histoire de l'Académie d'Arles 
(environ 5o pages). Ce sont, au rapport de Goujet 
(journal de Verdun, juin 1753, p. 451) des documents 
que Bougerel eut pas le temps de mettre en œuvre. 
Comme le P. Ingold, nous désirons vivement que les 
précieux Ms de Bougerel soient publiés, car il contien- 
nent probablement des trésors des choses ignorées. 



— 421 - 

Nous regrettons, en particulier, de n'avoir pu consulter 
les notes sur l'Académie d'Arles. Bougerel avait résidé 
à Arles et devait avoir des informations très précises. 

Nous lisons dans le Parnasse Provençal qu'An- 
toine Bertet, père de Jean Bertet (voir p. 404) était 
poète lui-même et qu'en dehors de vers provençaux 
très appréciés, il composa un traité'd'éloquence (p. 83). 

Enfin nous empruntons à cet ouvrage inédit la no- 
tice sur Gaspard de Venel, qui complétera les rensei- 
gnements donnés déjà par nous, plus haut p. 237. 

« Il n'y a guère eu de magistrat en Provence plus 
connu que A/, de Venel (i). Il naquit à Aix, et fut 
reçu conseiller au Parlement de Provence, l'an i633. 
La poésie provençale fit ses délices, il composa une 
grande quantité de pièces qu'on n'a pas pris soin de 
recueillir et qu'on aurait aujourd'huy bien delà peine 
à retrouver. En 1676, il donna une tragédie Françoise 
intitulée : Jephté. Il avoit mille secrets très curieux 
qui le faisoient passer pour sorcier parmi le peuple ; 
il aimoit le plaisir, la joie ; aussi n'a-t-il rien épargné 
pour se contenter. Il avoit épousé Magdeleine de 
Gaillard, dame d'un grand mérite, dont il n'eut point 
de postérité ; elle fut gouvernante des nièces du car- 
dinal Ma^arin et ensuite sous-gouvernante de Mes- 
seigneurs les ducs de Bourgogne, à' Anjou et de 
Berry. Elle mourut en 1687. Son mary lui survécut 
car il ne mourut qu'en 1697, il fut enterré dans 
l'Eglise du premier couvent de la Visitation. J'assistai 
à ses obsèques. C'étoit un très bel esprit. Il eut, comme 
j'ai dit ailleurs (2), une petite dispute avec M. deCha- 

(i) Parnasse Provençal, Bibl. Méjanes, Ms 723, p. ii8etsqq. 
(2) Ibid. p. 71. Jean de Chazelles, prévôt du chapitre de Saint- 
Sauveur d'Aix, mourut en 1671. 



425 

\elles, sur quelques expressions qu'il avoit employées 
dans un sonnet. Ils choisirent M. Godeau pour 
arbitre. Je m'en vais rapporter la lettre de ce prélat, 
telle que Je la trouve dans le recueil Ms de ses lettres, 
que j'ai entre mes mains, parce qu'on n'en a donné 
qu'une partie. Elle se trouve dans mon recueil p. 102. 

Lettre de M. Godeau à MM. de Venel et de Cha:{elles. 

Messieurs, 

Vous me faites beaucoup d'honneur de me prendre pour juge 
delà noble dispute qui s'est élevée entre vous 

Au 'reste je souhaiterois q^u'il n'y eut dans l'Europe que des 
querelles semblables à la vôtre ; elles feroient quelque bruit, 
mais ce.seroit un bruit comme celui des cascades. Que sait-on 
si la fontaine d'Hypocréne n'en fait point sur le mont du Par- 
nasse ! Si vous devez toujours disputer aussi agréablement que 
vous faites, je ne vous conseille pas de vous accorder jamais et je 
me mêlerois volontiers de votre querelle, non pas comme juge, 
mais comme entremeteur intéressé qui apprendray toujours 
quelque chose en nous entendant disputer : je suis de tout mon 
cœur.., 

Antoine, évêque de Vence. 

A Vence, le i" septembre 1669. » 

Nous ne citons pas cette lettre en entier, non qu'elle 
ne soit piquante, mais il faut nous borner et elle a déjà 
été publiée dans la notice sur le P. Bougerel, dont nous 
parlions plus haut. Godeau mourut 3 ans après, âgé 
de 69 ans (1603-1672). 

Un autre nom a été complètement défiguré par suite 
d'une erreur de lecture, c'est celui du P. de Mervesin, 
qui est transformé en celui de Mercuesin. p. i85. 

Joseph de Mervesin, né à Apt, en Provence, fit pro- 
fession dans l'ordre de Cluny, qu'il quitta plus tard. 
Il publia, en 1706, une Histoire de la Poésie Fran- 



çaise, qui tut bien accueillie, malgré son peu de va- 
leur réelle, à cause de la nouveauté de la tentative. 

Il fut vivement pris à partie par M. de Remerville 
de Saint -Quentin, aptésien, comme lui, et à la suite de 
ses critiques , Mervesin donna une seconde édition 
améliorée de son œuvre, in- 12, Amsterdam, 1717. 

J. de Mervesin mourut de la peste, en soignant les 
malades, à Apt, en 1721. 

Il a laissé V Histoire du marquis de Saint-André 
Montbrun, Paris, 1696, in- 12, plusieurs poésies, et 
un canevas de rhétorique restés manuscrits (i). 

Dans l'introduction, p. xvi, au lieu de : par le 
P. Fabre de Tarascon, minime, lisez : par le P. Fabre 
de Tarascon, grand carme ; 

P. 3, note I , au lieu de : lettre patente, lisez : lettres 
patentes, le singulier n'est pas usité ; 

P. i3, au lieu de : François d'Aiguières est né pro- 
bablement en 1637, lisez: François d'Eyguières est 
né en 1647, ^'^^^ 1^ date exacte donnée par les généalo- 
gistes de la famille, en particulier par le P. Loys, cor- 
delier .d'Arles, mort à Nîmes, en décembre 1744 ; 

P. 14, dans la note 2, lire : Roquemartine, au lieu 

(i) Voir le Dictionnaire de Provence (t. I, p. 5 14-5 1 5) qui lui 
consacre un long article, et Bibl. Méjanes, Ms 820, p. 1101-2, 
Critique du Nobiliaire de Provence : « N. de Remerville de Saint- 
' Quentin, très scàvant dans les vieilles Chartres et dans l'Histoire 
des Familles. » Recueil Ms 84g, pièce i3, une lettre autographe 
de M. de Remerville à M. de Chasteuil de Galaup, à Aix, datée 
d'Apt le 14 décembre i7o3,et contenant un conte badin, etc. Voir 
Recueil, Ms 77g, 4 lettres de 1725 à 1728 ; Ms 847, d'autres let- 
tres datées de 1706, et l'article du Dictionnaire de Provence, t. II, 
p. 148-150, sur ce savant qui mourut en 1730, à Apt, où il était 
né, en i65o. 



— 424 — 

de Rochemartine, puis ajouter : Les Lubièr&s sont 
éteints, et le nom et les biens de cette famille appar- 
tiennent aujourd'hui à M. de Bonnecorse , ancien 
conseiller à la cour d'Aix ; 

P. 21, à la ligne 24^, lire : en i658, au lieu de : 
en i663. Voir p. 23, note 2 ; 

P. 22, à la fin de la note i, au lieu de : René de 
Barrême mourut en 1702, lisez : mourut en 1697, voir 
aux Pièces Justificatives, p. 3 80 ; 

P. 33, la note sur la comtesse de Su\e, doit être 
rectifiée, ainsi qu'il est indiqué aux Pièces Justifica- 
tives, p. 38 1 ; 

P. 49, à la fin de la note, au lieu de : Henri de 
Boche mourut en 1721, lisez: mourut en 1709, voir 
p. 28. Ce fut la troisième femme de Henri de Boche, 
Françoise de Pierre de Bernis qui mourut en Juin ou 
Juillet 1721 ; 

P. 5o,-à la troisième ligne de la note, au lieu de : 
Registre, fol 2, verso, lire : Registre, fol. 1 1, verso ; 

P. 74, la note i doit être supprimée, car, si M. de 
Cays avait déjà fait partie du conseil de ville, il ne 
fut élu consul que le 2 5 mars 1667, selon l'usage ; 

P. 86, parmi les signaturer des académiciens, au 
lieu de : Montmiras-Lubières, lisez : Montmiral- 
Lubières, au lieu de : Defaure Fondumente, lire : 
De Faure Fondamente ; 

P. 92, ligne quatrième, au lieu de : M. de Grille 
prononça hautement, lisez : M. de Grille ^e prononça 
hautement ; 

P. 92, ligne septième, supprimez le membre de 
phrase : sans oublier la Diane d'Arles, qui semblerait 
indiquer que cette statue est une œuvre de la Renais- 
sance, ce qui est inexact "; 

P. p3, ligne huitième, au lieu de : peu de cas de 



— r:.^ — 



mériter des reproches, lisez : peu de cas des reproches ; 

P. 93, ligne douzième, au lieu de: voires mêmes, 
lisez : voire même ; 

P. 95, sur la marquise de Ganges, voir Pièces Jus- 
tificatives, p. 385 ; 

P. 107, Smx \&s, Emulateurs, von Pièces Justifica- 
tives, p. 387 ; 

P. 108, la note sur Gilles Roubin a besoin d'être 
corrigée. Sur la foi de l'abbé Paul, collaborateur du 
Dictionnaire de Provence, nous affirmons que Roubin 
s'était fixé à Trinquetaille. La vérité est qu'il habita 
toujours le Pont Saint-Esprit, sa patrie. 

L'article de M. Fassin, auquel nous faisons allusion 
a été reproduit dans le Musée, 3'" série, p. 35 et sqq. 
Il est puisé dans V Avertissement qui se trouve en tête 
des oeuvres de Roubin (17 16) et qui a été rédigé par 
Joseph Roubin, son fils ; 

P. 122, au lieu de : M. de Barras, lieutenant de la 
ville, lire : M. de Barras, lieutenant particulier du 
siège d'Arles. Il fut installé par Terrin, conseiller au 
même siège. Nous avons quelques doutes sur l'identité 
de xM. de Barras ; peut-être nos recherches les feront- 
elles cesser, mais nous en devons l'aveu aux lecteurs ; 

P. 123, à la ligne sixième de la note, au lieu de : 
Clémens de Saint-Laurent, lisez : Clumanc et Saint- 
Laurent. Clumanc, canton de Barrême (Basses-Alpes) ; 

P. 128, la note i est rectifiée aux Pièces Justifica- 
tives, p. 390; M. de Chambonas fut député aux assem- 
blées du clergé de 1670-1685-1693-1695-1701-1707, 
pour la Province de Vienne ; 

P. 200, sur MM. de Lédignan et ai Arnaud, voir 
Pièces Justificatives, p. 393 ; 

P. 239, Balaruc est une station d'eau à 12 kil. de 
Cette, à l'extrémité orientale de l'étang de Thau ; on y 



— 4^'B - 

envoie les malades atteints de scrofule, de paralysie, 
de rhumatisme, etc., on voit que sa réputation est 
ancienne, le Registre en parle souvent ; 

P. 270, dans la note, il est dit de Charpentier, qu'il 
devint directeur perpétuel de l'Académie, c'est : secré- 
taire perpétuel qu'il faut lire. Il succéda à Valentin 
Conrart, en lôyS ; 

P, 290, dans la note 2, au lieu de : M. de Rebattu 
avait alors 62 ans, lisez: 72 ans. Voir Ms SSg delà Bi- 
bliothèque Méjanes, à la suite de l'autographe du Por- 
traict retouché de la Diane d'Arles. « Commencé le 
23 avril lôSg, achevé d'imprimer le 23 juin lôSg, 
Rebattu fecitanno œtatis 72, Deo gratias 1659. » Il 
mourut en 1662. La Méjanes possède nombre de ses 
autographes, Ms 545, 56 1, 664, 839, etc. ; 

P. 3oi, nous avons dit, en note, que les Oô.s-er)Ja^/ow5 
de Terrin furent le point de départ de la discussion 
sur l'obélisque, elles en furent, en réalité, la conclusion. 
Voir Pièces Justificatives, p, 409 et sqq. ; 

P, 328, en parlant de Colbert nous avons dit que sa 
sœur épousa le fils du protecteur de l'Académie, Ce 
n'est pas la sœur, mais la fille de Colbert (16 19-1683) 
Henriette Louise, qui épousa Paul, hls aîné du duc 
Beauvilliers, le 20 janvier 1671. Voir Arte/euil, t. I, 
p. 273 ; P. Anselme, t. IV, p, 693 et sqq. ; 

P. 329, la note i doit être complétée ainsi qu'il suit : 
La famille Brunet a fourni successivement six notai- 
res de 1622 à 1765. Le nom de l'un d'eux est cité dans 
le Registre de l" Académie, à l'occasion des dépenses 
pour l'obtention des lettres patentes de 1668. Ce doit 
être ^runef^S/mon, qui exerça de i653 à 1682 et succéda 
à son père Gaspard Brunet, l'auteur du Recueil de di- 
verses pièces et mémoires servant pour les affaires de 
la ville d'Arles, de 877 à 1666, par Gaspard Brunet, 



notaire royal et secrétaire de la maison commune d'Ar- 
les, Ms autographe, Archives des Bouches-du-Rhône, 
fonds Nicolaï, n" 140. Les actes de Brunet sont à pré- 
sent dans l'étude de Af" Fouquoii. 

Un Gaspard Brunet fut capitaine de la ville en 
i683, puis trésorier de 1688 à \y\5 au moins, ce ne 
peut être le même personnage ; 

P. 370, au lieu de : notre assemblée n'est composée 
pour la plus part de gentilshommes, lisez : n'est com- 
posée pour la plus part que de gentilshommes ; 

P. 386, au lieu de : épousa vers 1647, Dominique 
de Castellane, lisez : épousa en 1649. (Bibliothèque 
Méjanes Ms 757). La marquise de Ganges fut mariée 
à peine âgée de i3 ans. 

Nous bornons là nos rectifications mais plus nous 
relisons ce volume, plus nous voudrions modifier, 
ajouter ou remanier. . . 



Fin du premieu volume. 



TABLE DES MATIERES 



DU PREMIER VOLUME 



Pige» 

Introduction v 

Chapitre I 

Les Origines de l'Académie royale d'Arles, — Le 
Viguier de Grille. — Les Anonymes. — Louis 
XIV à Arles : le duc de Saint-Aignan et les 
Gentilshommes d'Arles. — Premières réunions, 
les Premiers Académiciens _ i 

Chapitre II 

Essais d'Organisation ; — Premières difficultés. 
— L'Académie des Bouts Rimes . — Admission 
de M. de Montcalm, de M. Jacques de Grille 
d'Estoublon, de M. l'abbé de Boche, du P. 
Vinay, du P. Rupé, de M. l'abbé Flèche. — 
Rédaction des Statuts. — Premiers travaux de 
l'Académie 3o 

Chapitre III 

Les séances du 2 et du 3 janvier 1667. — Dis- 
cours de M. de Grille sur les Armoiries de 
Académiciens. — Promulgation des Statuts. > 60 



— 'j30 — 

Chapitre IV 

Les Grandes Nuits. Travaux de l'Académie. — 
Adhésion de MM. d'Aymar, Roubin, de Cas* 
tillon, de l'Estang.de Barrême. du Tremblay. 87 

CHAPrrRE V 

Négociations pour obtenir l'autorisation royale. 

— Longs retards du chancelier Séguier. — 
Expédition des lettres patentes, — Elles sont 
enregistrées au Parlement de Provence. — Le 
Sceau de l'Académie : 114 

Chapitre VI 

La séance du i*'"' juillet 1669, — Les nouveaux • 
statuts. — Admission des Roturiers dans la 
Société. — Erreur générale des historiens sur 
ce point. — Ses causes î 64 

Chapitre VII 

Députation du marquis de Châteaurenard à 
Paris. — Affiliation avec l'Académie française. 

— Séance du 3o avril 1670 iqS 

Chapitre VIII 

L'Académie de 1670 a 1675. — Admission de 
M. d'Abeille, du comte de Modène, de M. de 
Ranchin, de M. d'Arbaud, de M. de Verdier ; 

— Mort du viguier de Grille. — La traduction 



- m — 

de Corbinelly, — Rapports avec l'Académie 
française. — M. de Grille à Paris. — La cri- 
tique des œuvres de l'Académie d'Arles par 
Charpentier. — Ferrier et ses poésies 23 i 

Chapitre IX 

Le marquis de Châteaurenard et Giffon à l'Aca- 
démie française. — Admission de M. Joseph 
d'Arlatan de Beaumont. — L'Obélisque et les 
Inscriptions. — Longs démêlés de l'Académie 
avec les consuls (1675-1677) 283 



Pièces Justificatives 

Les Anonymes 345 

De la préférence entre les anciens ouvrages et les 

modernes, par M. J. de Grille 353 

Relation du marquis de Châteaurenard (1670). . 358 

Jean de Sabatier, ses Mémoires 379 

Acte d'inhumation de René de Barrême 3 80 

La comtesse de Suze 3 8 1 

Epitaphe de M. François de Boche 382 

Réponse de M™*' de Grille à l'Académie 383 

La marquise de Ganges 385 

Les Emulateurs d'Avignon 387 

L'abbé de Chambonas 390 

Lettre du Marquis de Châteaurenard (.17 fé- 
vrier 1672) 392 

MM. de Lédignan, d'Arnaud et de Valavoire, . . 393 

Deux sonnets de Tancien viguier de Grille 397 



~ 432 - 

Le marquis de Vardes 3gg 

Epitaphe de M. Henri d'Oppède 400 

Le P . Bertet, S . J 404 

Monseigneur d'Orléans de la Motte 406 

Quelques pièces de M. de Beaumont 407 

Le P. Athanase Kirker, S. J., et l'Obélisque ..... 409 

Inscription pour l'Obélisque 414 

Inscriptions de l'Obélisque d'Arles (Pellisson). . 414 

Quelques rectifications de détail 417 



FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME 



SCEAU DE L'ACADÉMIE D'ARLES ^^S5i 



Dessiné par Lebrun, gravé par Varin, en 1669, 

Aujourd'hui perdu, 

Restitué par M. J. de Magallon, de l'Académie d'Aix, 
d'après des empreintes anciennes. 



A clievé d'imprimer, 

à Ai X- en - Prove n c e , 

Par J. Re mon de t- Aubin , 

Le 3o Janvier 1886. 







BINDINC? ^^ "^ OCT 281969 



PC Rance-Bourrey, A. Joseph 
^^■^^ L» académie d'Arles 



R3 
t.l 



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